La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- QUARANTE-SIXIÈME ANNÉE
- 1918 — DEUXIEME SEMESTRE
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- 46° ANNÉE. — N° 2336.
- 13 JUILLET 191S
- LA NATURE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LE DEVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE LA SUISSE DEPUIS LA GUERRE
- La Suisse, comme tous les neutres, profite de la guerre, tout * en se plaignant à l’occasion avec quelque vivacité d’en souffrir. Son développement industriel depuis quatre ans a été considérable et
- interrompue par les hostilités. Sans entrer dans les détails, ni citer des noms, pour lesquels on nous opposerait aussitôt des réponses machinées d’avancé avec adresse, on peut se borner, sur ce dernier
- promet d’être durable. Il nous intéresse à tous égards, en raison de notre voisinage, des vieilles jet importantes relations commerciales qui nous lient à la'Confédération helvétique et surtout par suite du réseau de combinaisons savantes qui tend progressivement à englober la Suisse dans une sorte de vassalité allemande, à faire de la Suisse le prête-nom de l’Allemagne pour les pénétrations commerciales dont nos ennemis songent avec cynisme à reprendre bientôt la marche, un moment
- point, à des remarques générales dont nos amis de Suisse et les publications des provinces romandes nous fournissent abondamment tous les éléments.
- La situation de la Suisse est la suivante. Elle manque à la fois de charbon, de fer et de blé. Le charbon et le fer lui'sont fournis parcimonieusement par les Allemands qui exigent en retour tous les services et iL en résulte actuellement, pour .certaines vieilles industries de paix, une crise écô-
- 46° Année. — 2” Semestre-
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- 2 LE DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE LA SUISSE DEPUIS LA GUERRE
- nomique dont l’acuité a été signalée dans la presse avec insistance. Le blé vient par la France, qui apporte une pudeur sentimentale à en profiter. Les Allemands, poussés, encouragés par leur gouvernement, pffrent leurs capitaux, achètent des usines, fondent des filiales et prennent pied dans toutes les affaires. Au contraire, le gouvernement français, continuant à s’imaginer que l’univers finit là où son pouvoir cesse de s’étendre, emploie tous les moyens de rigueur pour empêcher ses nationaux de n’utiliser chez les neutres ni marchandises, ni argent, ni personnes, ni influence. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que l’industrie, le commerce et la banque suisses passent peu à peu aux mains des Allemands et les Suisses ont beau jeu pour répondre à nos reproches : « Vous n’avez qu’à venir vous aussi,/nous ne demandons qu’à vous recevoir ». En fait, on constate, à l’appui de cette riposte, que telle Société comme la Lonza, dont le caractère germanique vient d’être mis en lumière par un procès retentissant, ne craint pourtant pas de fournir du carbure de calcium au Ministère de la Guerre français. %
- Je n’insiste pas sur ces considérations dont le développement ne serait pas à sa place ici ; mais il était nécessaire de les indiquer pour montrer la gravité d’une évolution qui risque de nous causer des surprises fâcheuses dans l’après-guerre. La Suisse, d’une manière générale, importe des matières premières et des produits alimentaires, pour exporter des produits fabriqués. Il lui faut tirer du dehors les trois quarts des matières premières nécessaires à son industrie, avec les deux tiers des produits alimentaires indispensables à sa consommation. Malgré des efforts actuels, dont nous parlerons en finissant, pour tirer du sous-sol helvétique des comhustibles, du pétrole ou des métaux et pour utiliser plus complètement la houille blanche, cette dépendance ne saurait guère se modifier en ce qui concernera nourriture, les matières textiles et les métaux. Tout au plus pourrait-on espérer réduire légèrement les importations de houille si, d’autre part, le développement industriel continu et intense n’exigeait pas chaque jour des quantités d’énergie plus fortes que la veille. Cela est d’autant plus vrai que, même à l'heure actuelle, la Suisse exporte en Allemagne de l’énergie électrique qui passe la frontière pour s’en aller, par exemple, à Waldshut et à Rhiua. (On en estime la quantité, sur ces deux points seulement, à 40 000 kilowatts-heure.) La Suisse restera donc toujours importatrice dans les cas où elle importe actuellement et, en particulier, elle aura toujours besoin de l’Allemagne pour le charbon que l’Allemagne sera toujours la plus en situation de lui fournir. Là conclusion sè devine. Mais, par contre, la Confédération helvétique devient de plus en plus un pays d’industrie exportatrice, en même temps qu’elle se prépare à utiliser davantage sa situation centrale sur le système des transits européens et qu’elle développe sa puissance financière et bancaire
- par les bénéfices actuellement faits sur les deux groupes de belligérants.
- La prospérité de l’industrie suisse, à laquelle j’ai fait allusion dès le début de cet article, pourra surprendre quelques lecteurs. En effet, bien des branches du commerce extérieur se sont trouvées frappées à la fois par la dépréciation du change étranger, par la disette de matières premières et, plus tard, par les prohibitions d’importation chez les belligérants. La crise a . atteint d’abord les filatures et les tissages de coton; puis les industries de la soie et la métallurgie; plus tard, l’industrie du papier et, dans une certaine mesure, l’horlogerie. Mais la hausse des prix a été si forte qu’elle a souvent plus que compensé la réduction sur la quantité des marchandises vendues. En outre, là comme chez les belligérants et comme chez la plupart des neutres, à'ces industries pacifiques se sont substituées des industries de guerre, sur lesquelles les bénéfices sont énormes. Les deux groupes de belligérants ont envoyé en Suisse des matières premières à élaborer. Tout ce qui était mécanique fine s’est adapté à l’industrie de guerre. Il s’est produit en conséquence un déplacement industriel, mais aussi un développement d’industries nouvelles en plein épanouissement.
- Le commerce extérieur de la Suisse en 1915 était représenté par 1919 millions à l’importation et 1576 à l’exportation. L’équilibre était alors rétabli surtout par l’argent qu’apportaient chaque apnée les étrangers. D’importatrice, la Suisse est devenue au contraire exportatrice depuis la guerre ; et, si l’on prend les 20 principaux articles, on voit que l’excédent d’importation de 255 millions s’est transformé en un excédent d’exportation à peu près équivalent de 240 millions. Vers quels pays se fait le commerce extérieur de la Suisse, on le savait avqnt la guerre. A cette époque, les Centraux vendaient à la Suisse pour 759 millions et en importaient ponr 524 millions. La France importait pour 548 millions et tirait de Suisse pour-141 ; l’Angleterre importait pour 115 millions et achetait pour 256, etc. Depuis la guerre, le Gouvernement suisse garde un silence discret et trop motivé sur la destination de ses exportations, dont les chiffres mêmes sont parfois visiblement inexacts, ou tout au moins groupés de manière à rendre le contrôle difficile.
- On pouvait constater, par exemple, sur les tableaux douaniers de 1916, une importation de citrons et oranges pour 4 500 000 fr., sans aucune contre-partie à l’exportation, alors que, de notoriété -coùrante, une grande partie de ces fruits a passé en Allemagne. Les observations analogues s’imposent pour les corps gras et ponr d’autres substances. . ’
- Souvent l’augmentation de valeur exportée que nous venons de signaler tient seulement au renchérissement : notamment peur certains produits dont l’industrie n’en est pas moins gênée. Quelquefois,
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- un accord latent, sur lequel on ferme les yeux des deux parts, aboutit à des échanges en transit que continuent à faire entre eux les pouvoirs publics dans les deux groupes de belligérants, sans vouloir paraître le soupçonner ni l’un ni l’autre. Enfin des chapitres nouveaux se sont ouverts, ou ont subi un accroissement disproportionné. Ainsi je remarque que les articles de cuivre ont monté à l’exportation de 500000 francs à 150 millions, la soie brute de 55 à Tl 5 millions, le fil de bourre de soie de 28 à 61 millions, les rubans de soie de 42 à 75, le bétail de 10 à 70, le bois de 4 à 61, les machines de 97 à 151, l’aluminium de 15 à 49, les chaus-
- des Sociétés anonymes suisses, a plus que-doublé de 1911 à 1915, grâce aux augmentations de capital et la moyenne des dividendes a passé de 6,6 à 10,4 pour 100.
- 11 est, d’ailleurs, juste de dire qu’au cours de 1917, des efforts sérieux ont été faits par les Alliés pour remédier aux fuites qui se produisaient dans le blocus par l’intermédiaire des pays neutres voisins de l’Allemagne et que, par un phénomène probablement connexe, les livraisons dë l’Allemagne à la'Suisse en houille, coke et fer, ont été sensiblement réduites, accentuant l’embarras de certaines industries.
- Nous aurons peu à dire sur les vieilles indus-
- Fig. 2. — La même usine transformée pour la fabrication des pièces de fusées d'obus français.
- sures de 19 à 58. Pour certains de ces produits, la cause n’en est pas difficile à deviner, lorsqu’on connaît un peu les besoins amenés par le blocus dans les Empires Centraux. D’autres, tels que le bois ou les matières colorantes, sont passés en France, en Italie et en Angleterre. Le carbure de calcium et l’aluminium ont généralement été envoyés en Allemagne. Les articles de cuivre et de laiton fabriqués avec du métal importé étaient plutôt destinés aux Alliés. L’exportation des machines et engins mécaniques, en notable augmentation, paraît se répartir entre les deux groupes de belligérants. Par contre, comme on pouvait le prévoir, l’industrie hôtelière, en dehors des grandes villes, a souffert et accuse un déficit d’environ 5G0 millions. Mais, dans l’ensemble, le bénéfice net
- 'tries du pays, telles que les filatures de coton ou de soie et les broderies de Saint-Gall, qui ont subi les fluctuations prévues de prospérité au début, puis de gêne croissante à mesure que le charbon et la main-d’œuvre se sont faits rares. On peut cependant citer, parmi ces industries anciennes, l’horlogerie qui a passé de 10 millions de montres valant 147 millions en 1910 à 18 millions, valant 208 millions en 1916. Pendant cette année 1916, il en a été exporté pour 45 millions en Allemagne et Autriche. Mais, en 1917, celte importation a été prohibée et plusieurs usines d’horlogerie ont dû se tourner vers la fabrication des munitions dont elles produisent, dans l’ensemble, pour plus d’un million par jour. Rien qu’à Genève, 8000 ouvriers et ouvrières, qui travaillaient dans l’horlogerie, fabri-
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- quent aujourd’hui des munitions. Récemment pourtant, on annonçait d’énormes 'commandes destinées à-fournir de montres les soldats de l’armée américaine.
- Les principaux bénéfices ont été naturellement obtenus : soit dans les industries qui ont pris la place laissée libre par des usines allemandes, soit dans celles qui, plus ou moins directement, ont collaboré à la guerre. Dans le premier ordre d’idées, on peut citer l’industrie des produits chir miques et pharmaceutiques, pour laquelle une hausse de prix énorme a contribué à donner des bénéfices, même quand la quantité vendue restait stationnaire ou diminuait. Ainsi les fabriques, de Vallorbe et de Turgi ont vendu, en 1916, pour 4,5 millions de francs de chlorate de potasse. Les fabriques de produits chimiques à Bâle ont également donné de brillants résultats. Avant la guerre, la Suisse ne distillait même pas le goudron de ses usines à gaz et était entièrement tributaire de l’Allemagne, aussi bien pour les matières colorantes que pour la fabrication de ses explosifs : les deux industries utilisant, on le sait, les mêmes matières premières. Des installations modernes ont été faites à Zurich, Bâle, Genève, Soleure, Winterthur et Ghippis. Le benzène et le toluène, tirés de cette distillation, sont employés dans la manufacture fédérale d’explosifs de Dottikon.
- Parmi les industries travaillant pour le matériel de guerre, on peut citer celles qui fabriquent des fusées d’obus ou des machines, mais encore plus celles qui trouvent l’occasion d’appliquer d’abondantes forces hydrauliques aux fabrications électrochimiques. Aluminium, carbure de calcium, ferro-alliages, etc., sont fabriqués en quantités croissantes.
- L’industrie de l’aluminium est, nous l’avons dit, en grande partie orientée vers l’Allemagne. Notamment les usines de la Société de Neuhausen (Neu-hausen et Chippis) se sont trouvées embarrassées au début de la guerre, quand la France leur a refusé ses bauxites ; il leur a fallu s’arranger tant, bien que mal avec les bauxites inférieures d’Autriche venant de l’île de Veglia dans l’Adriatique et d’Istrie, ou encore d’Odeberg en Hongrie. '
- Le carbure de calcium était déjà fabriqué à la Lonza, en même temps>que les ferro-alliages destinés à l’Allemagne. Trois nouvelles usines ont été montées à Affoltern, à Meiningen, et à Tenero près de Locarno. Une quatrième est en projet dans le Tessin. Au total, la Suisse fournit 40 000 t. de carbure de calcium à l’Allemagne (1916) et une quantité beaucoup moindre à la France. La cyanamide, qui, de'simple engrais, a passé, en 1915, explosif, par sa transformation en acide nitrique, est fabriquée à la Lonza et à Martigny (Société des produits azotés). ^
- Comme ferro-alliages, le ferro-silicium à 90 pour 100, destiné à la production d’hydrogène dans les appareils transportables pour le gonflement des
- aérostats et le ferro-silicium employé en métallurgie sont produits par les usines de la Lonza (17 000 t.), des Gothartwerke (7000 t.), de la Compagnie Meteor à Martigny (3000 t.) et de Bodio (Tessin) et passent tout entiers en Allemagne. D’autres ferro-alliages sont produits par « F Elec-tro-Chem.-Werk » de Laufen; et'la « Bernische Krafl-Werke Allgemeine Gesellschaft », à Oey-Demtingen dans le Simmenthal. L’un des centres principaux est la Lonza, qui fabrique du ferro-chrome et du ferro-titane pour l’Allemagne et dont l’énergie électrique passe en outre la frontière pour alimenter l’usine allemande de Waldshut. Cette grande société, dont le siège social est à Gampel dans le Valais, a en outre organisé la fabrication de l’alcool synthétique (').
- On peut mentionner également l’acide nitrique, qui est maintenant fabriqué par l’usine d’aluminium allemande de Ghippis. Une autre usine d’acide nitrique à Bodio appartient, comme l'usine allemande de Bhina, à une société fondée en 1915 par « l’AHgemeine Elektricitâts Ges. », la société allemande de l’azote à Bitterfeld, la Deutsche Bank et un institut de crédit suisse.
- Une fabrique d’alcool synthétique a été installée à Yicje par la Société de la Lonza et prétend pouvoir vendre de l’alcool à 55 francs les 100 kg, quand le coke est à 40 francs la tonne. 11 s’est créé égalemènt des fabriques d’acétylcellulose, de bichromate de potasse, d’oxygène, d’eâu oxygénée : le tout à l’image des usines allemandes qu’il s’agit de remplacer progressivement, d’abord dans les pays neutres, tels que l’Espagne et; plus tard, dans les pays alliés.
- On s’est demandé quel serait le sort de ces industries nouvelles après la guerre. Dans quelques cas, on y rencontrera sans doute les mêmes difficultés que l’on prévoit partout pour les industries intensivement tournées vers l’industrie de guerre et qui auront à évoluer vers les industries de paix. Cette évolution sera favorisée, pour la Suisse, par le fait que ses usines, restées intactes et supposées officiellement ne pas appartenir à des belligérants, pourront, en France, en Angleterre, en Italie, prendre une avance dont les résultats seront durables. Nous aurons alors à nous défendre contre des affaires qui ont commencé par être des filiales de maisons allemandes et qui se sont transformées en sociétés suisses. Les Allemands qui sont nombreux en Suisse (voyageurs de commerce, prisom niers internés* déserteurs, etc.) achètent ouvertement toutes les usines métallurgiques à vendre, en même temps qu’ils monopolisent les diverses formes de publicité par la presse ou par le film. Ils comptent bien utiliser les Suisses comme intermédiaires pour se procurer chez les alliés les matières premières que nous leur refuserons directement et, par le même système, nous envoyer leurs marchandises en échange. On a remarqué,
- 1. Voir La Nature, n° 2280.
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- par exemple, que le syndicat des Chambres de commerce allemandes (D. II. K.) aval créé des Chambres sur les deux frontières de la France et de l’Italie, à Bàle, Genève et Lugano, avec vastes installations de magasins, docks, etc., pour servir d’entrepôts à des marchandises en transit.. Cet appui déguisé de l’Allemagne aidera certainement les usines suisses à prospérer. Il faut ajouter la situation financière du pays qui sera très forte. La Suisse, enrichie par des achats de guerre pour lesquels les belligérants ne lésinent pas, est devenue un banquier, qui aujourd’hui prête aussi bien à' l’Allemagne qu’à la France, en proportion des marchandises vendues. On peut, il est vrai, objecter que le budget de l’État est en déficit croissant. Mais cette situation, qui se retrouve à un degré bien plus fort dans tous les pays, n’est pas ici de nature à contre-balancer l’enrichissement de tous ceux^qui, sous une forme quelconque, ont profité de la guerre.
- Enfin, pour terminer cet exposé rapide, nous ajouterons que la Suisse tente actuellement des efforts pour diminuer une dépendance qui tient à sa situation centrale, comme à la pauvreté minière et agricole de son sol. On a fait notamment quelque bruit autour de recherches destinées à
- réduire la disette de combustibles : recherches favorisées par les cours actuels du charbon. Une société fondée à Berne avec l’appui de la confédération, a trouvé un peu de lignite vers Buix. On a également essayé, comme en France, d’utiliser les mauvais anthracites, depuis longtemps connus dans les Alpes, notamment dans la région de Wallis. En ce moment, on commence des sondages pour trouver du pétrole. Trois zones d’oligocène inférieur avaient paru pouvoir être explorées avec quelques chances de succès : sur l’Aar, à Yverdon, au sud du lac de Neufchatel et dans la plaine de Genève. Dans la dernière région un sondage est en cours.
- Mais ce qui est d’un avenir plus assuré, c’est l’utilisation croissante de la force hydraulique. En dehors des usines déjà citées, , un grand projet est en étude pour électrifier les chemins de fer. Il en avait déjà été question avant la guerre; mais on avait reculé devant la dépense qui serait au minimum de 500 millions, aux cours d’avant-guerre. Avec les prix du charbon actuels, la question a été reprise et un bureau spécial s’en occupe à l’Administration des chemins de fer. Là encore, on cite, comme devant intervenir dans la combinaison, une puissante société allemande qui fournirait les câbles nécessaires. L. De Launay.
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- LES APPAREILS DE PESÉE
- Dans une série d’articles nous avons exposé quelques-uns des problèmes qui se posent pour l’organisation, rationnelle des usines modernes, et nous avons surtout cherché à indiquer en quelques mots la nature des questions et.les solutions diverses. et suggestives qu’elles ont reçues. Mais cette recherche de la meilleure utilisation du matériel et de l’activité humaine pour être vraiment fructueuse doit s’étendre jusqu’aux détails les plus infimes en apparence, jusqu’à ceux sur lesquels l’attention des ingénieurs et des industriels ne s’arrête presque^jamaiSi Nous voudrions dans cet article en donner un exemple typique et nous ne croyons pouvoir mieux choisir qu’en prenant les appareils de pesées.
- Métrer et peser sont les deux opérations fondamentales de tout commerce et de toute industrie. Mais tandis qué les mesures de longueur se font toutes avec un instrument unique, le mètre, dont les réalisations ne présentent que des différences
- insignifiantes, il n’en est pas de même pour le opérations de pesées. Elles sont moins immédiates, moins objectives, pourrait-on dire, que les précédentes, et moins directement contrôlables. Echappant au contrôle direct des sens, elles nécessitent l’intervention de poids tarés de comparaison et un instrument la balance, dont les types sont non seulement variés à l’infini, mais dont les qualités spécifiques sont plus difficiles à discerner. Des premiers nous ne dirons rien. Soumis à la surveil lance des pouvoirs publics, ils sont $u sortir de leur usine de fabrication très exactement comparables et amplement suffisants pour des pesées ne dépassant pas en précision le milligramme. 11 n’en est pas de même des balances, et avant d’examiner les divers modèles qui ont été construits, nous allons dire quelques mots des conditions qu’elles doivent remplir, conditions dont l’ignorance est trop générale de la part de ceux qui se servent de ces instruments. '
- Fig. i. — Balance à fléau ordinaire.
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- Théoriquement, la seule Condition que doit remplir une balance est d’être sensible, c’est-à-dire que la surcharge sous laquelle s’incline le fléau soit petite. Naturellement nous suppo-
- Fig. 2. — Balance ordinaire permettant de peser 5 tonnes à 5o grammes près.
- sons que les conditions mécaniques sont réalisées (parallélisme des axes de rotation, rigidité des pièces). Il est alors très simple, par la méthode dite de la double pesée, de trouver la masse exacte d’un corps. Voici en quoi consiste cette méthode : dans l’un des plateaux de la balance nous plaçons le corps dont il faut déterminer la masse et à. l’aide de « tares », des grains de plomb par exemple, nous amenons l’aiguille indicatrice dans une position quelconque par rapport à sa graduation. Remplaçant alors le corps par des masses marquées nous aurons, quand l’aiguille sera revenue dans la même position, la masse exacte cherchée. La preuve de cette affirmation est bien simple : si la masse du corps d’une part et les masses marquées de l’autre produisent le même effet, c’est-à-dire ramènent l’aiguille au même point, elles sont égales (1).
- Mais on voit que la pesée nécessite deux opérations, et par suite, au point de vue pratique, elle est inadmissible. Aussi exige-t-on que les balances remplissent une condition supplémentaire et qu’elles soient justes. On entend par là, que si dans un' plateau, on place le corps et que par addition de masses marquées dans l’autre, on réalise la coïncidence de l’aiguille indicatrice avec le zéro de la
- 1. Nous employons intentionnellement ici le mot masse et non pas poids. C’est qu’en, effet la caractéristique d’un corps est isa masse, grandeur physique, invariable, tandis que son poids (produit de la masse par l’accélération de la pesanteurpVarie d’un lieu-de la terre à un autre.
- Dans les' relations commerciales, l’erreur que l’on faisait en confondant masse et poids n’a d’ailleurs aucune importance, mais il était utile de signaler la différence de ces deux grandeurs
- graduation, les masses marquées donnent exactement la masse cherchée.
- Ceci ne peut être réalisé que si la balance est construite avec un soin extrême, si les axes de . suspension de ses or-_ _ _ _ ganes mobiles sont
- absolument parallèles, si tout l’ensemble est exactement symétrique par rapport à l’axe d’oscillation , aussi bien géométriquement que mécaniquement, si la température des pièces est la même, la dilatation amenant des erreurs considérables, etc., autant dire que seules les balances de précision des laboratoires peuvent être justes et encore ne faut-il pas dépasser certaines limites. Commercialement, ces conditions sont irréalisables et toutes les balances du commerce sont fausses... mais de combien et quelles conséquences pratiques peut-il en résulter? C’est ce que bien peu d’usiniers ont
- Fig. 3.
- Balance indiquant directement les prix dé vente. <
- déterminé. Les balances sont achetées au petit bonheur chez un fournisseur quelconque et affectées à peser n’importe quelle marchandise. Or, s’il est assez indifférent de peser une matière valant 0 fr. 20 le kilogramme sur une balance qui .donne ce poids
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- à 10 grammes près, il n’en est plus de même s’il s’agit d’un produit vendu 100 ou 200 francs le kilogramme !
- Et pourtant, c’est ce qui se passe journellement. Dans une enquête faite aux Etats-Unis par les soins du Bureau of Standards, des constatations absolument extraordinaires furent faites, même dans des usines remarquât blés et comme outillage eu comme direction.
- C’est ainsi que dans une usine de produits pharmaceutiques, une matière valan-environ 20 fr. le kilogramme était pesée sur une balance dont la précision ne dépassait pas 1 kg pour 100 kg pesés. C’est dire que dès l’origine, la vente commerciale était entachée d’une erreur de 1 pour 100, considérable par suite du prix élevé de la matière. Dans la même usine, et dans le même service, un autre produit vendu couramment 1 fr. le kilogramme était pesé sur une balance pesant 100 kg à 100 gr. près. Cependant jamais le
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- directeur n’avait cherché à se rendre compte de la précision de ses balances et encore moins ne s’était inquiété d’affecter la meilleure à la pesée du produit le plus coûteux. Dans une fabrique de vis, celles-ci étaient mises en boîtes contenant un certain nombre de pièces et, comme cela a lieu généralement pour ce genre de conditionnement, au lieu de compter les pièces, on les pesait sur une balance automatique, se déclenchant lorsque un poids, correspondant au nombre, était
- atteint. Mais l’instrument n’étant pas suffisamment juste, le nombre de pièces au paquet était supérieur de 2 à 3 pour 100 à celui annoncé. Cette libéralité qui coûtait environ 5000 fr. par mois à l’usine n’était évidemment pas signalée par les clients et il fallut ln visite d’un ingénieur spécialiste ert balances, il en
- existe en Amérique où le fait signalé s’était
- présenté, pour appeler l’attention de l’usinier sur
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- Fig. 4. — Balance vidant automatiquement dans la caisse les matières pesées quand celles-ci atteignent un poids fixé d'avance.
- Fig. 6. — Une bascule de 8a5 tonnes permettant de peser sur sa plateforme une locomotive équipée.
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- cette perte sèche importante. Les exemples pourraient être multipliés à l’infini. Les Compagnies 'de chemins de fer américaines, sur les réseaux desquelles chaque jour des milliers de pesées sont effectuées, frappées des pertes qui pourraient résulter pour elles d’erreurs systématiques de leurs balances, les firent examiner par le Bureau of
- Standards^) qui établit dans un rapport, une classification des appareils de pesée suivant la précision avec laquelle ils doivent mesurer les poids maxima qu’ils peuvent porter. Un pareil travail serait désirable pour la France, où il n’est pas rare de voir les poids du même colis transité par diverses administrations, présenter des variations de *40 et 20 pour 100.
- Ces erreurs proviennent du mauvais entretien ou de la mauvaise installation des appareils et non du système de la balance. En effet, la balance classique à deux fléaux (fig. 1) peut parfaitement convenir même pour des charges énormes et la figure 2 montre un appareil du même type pesant 5000 kgs à 50 gr. près. Sous cette forme l’appareil de pesée est toujours délicat et encombrant, aussi lui préfère-t-on dans un grand nombre de cas les balances genre Roberval, ou les bascules.
- Mais la tendance actuelle semble surtout être dirigée vers la réalisation d’appareils qui ou bien
- 1. La Nature a dér-rit en detail, l’installation spéciale employée pour la vérification des plateformes.
- donnent automatiquement le poids sans manipulation de masses marquées, ou bien enregistrent les pesées successives et les totalisent, ou encore fractionnent une masse quelconque en parties de poids déterminé. Ce sont quelques-uns de'ces appareils que nous voudrions présenter à nos lecteurs.
- Voici, par exemple, une balance (fig. 5) dont la
- graduation est établie, non pas en kilogrammes mais en prix de vente, chose beaucoup plus intéressante pour l’acheteur. D’un emploi très général dans toutes lès branches de l’alimentation, elle indique sur un. graphique, qui porte plusieurs graduations correspondantes aux articles vendus au rayon où la machine est en service, le prix que le client doit acquitter.
- Dans d’autres cas, il s’agit de confectionner des paquets contenant tous, aussi exactement que possible, le même poids de marchandises. Les appareils qui permettent d’arriver à ce résultat sont infiniment variés et dépendent surtout de l’état physique de la matière travaillée :
- liquide, poudre fine, matière granulée, etc.... Le lype le plus courant'se compose de deux récipients dont l’un s’emplit pendant que l’autre se vide; la manœuvre des vannes d’admission et de vidange est commandée par le basculage 'd’un organe régulateur sitôt que le poids pour lequel est réglé l’appareil est atteint dans l’un des récipients.
- Lorsqu’il s’agit non plus de peser une masse fixe de matière, mais au contraire d’évaluer une quantité variable à chaque instant, comme par exemple le poids de grains qui d’un bateau s’écoule dans
- Fig. y. — Une balance de 3o mètres de long permettant de peser 8z5 tonnes.
- Fig. 8. — Une hajle-de VAmerican Express Company-contenant 42 balances automatiques.
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- un silo, on le poids de charbon ou de minerais amené par un tapis roulant d’un parc d’emmagasinage à une chaufferie ou un atelier de traitement, les dispositifs sont tous différents. Certains instruments sont utilisés pour le dosage automatique de nombre de produits industriels, sable et ciment par exemple, mais leur simple énumération nous entraînerait beaucoup trop loin.
- Nous terminerons en disant quelques mots de la mesure des très grosses masses, problème qui se présente chaque jour non seulement dans les chemins de fer, mais dans toutes les industries métallurgiques. L’augmentation du tonnage des wagons et des locomotives a conduit à construire d’énormes plateformes et la figure 7 montre une moitié seulement du grand appareil construit par la Fairbank Gy, long de 35 m. et pouvant supporter 825 tonnes. Nous sommes loin des petites balances d’octroi installées il y a 50 ans et qui sont encore en service dans un si grand nombre de gares !
- Cette plateforme commandée par la New-York Central Railway Cy comporte 6 sections pouvant porter chacune 137 t. Les leviers correspondants que l’on distingue nettement sur la fig. 7 sont suffisamment résistants pour transmettre la charge qu’ils supportent au cinquième levier qui est lui-même relié avec le système de pesée, de sorte que l’ensemble peut recevoir une charge totale de six fois 137 t. Cet appareil est plus que suffisant dans les conditions actuelles où les plus lourdes locomotives ne
- dépassent pas 275 t. Ajoutons que la pression sur les couteaux qui atteint 140 kgs par centimètre de longueur des couteaux n’a pas été jugée excessive et que d’autres engins aussi puissants sont en commande par la Yirginian Railway Cy.
- Ainsi, depuis les balances né pouvant peser que des poids inférieurs au kilogramme jusqu’aux énormes appareils pesant des locomotives avec leurs tenders en ordre de marche, toute la gamme et tous les types de balances sont utilisés par le commerce et l’industrie. Étant donnée l’importance pratique de l’opération et ses répercussions sur le prix de revient, on ne saurait y attacher trop d’importance. La vérification légale des balances est nettement insuffisante, il faut qu’elle soit complétée par l’élude de leur sensibilité et de' leur précision. Des résultats de cette étude doit découler l’affectation de l’appareil à un travail déterminé, de façon à éliminer une des innombrables causes de pertes sèches que l’on rencontre à chaque instant dans les usines.
- Il serait à souhaiter qu’en France, comme cela existe en Amérique et aussi en Allemagne, les industriels et les commerçants eussent recours à des « ingénieurs d’économie » qui étudieraient le fonctionnement de leurs entreprises et leur signaleraient les économies souvent très simples à réaliser, qui actuellement grèvent inutilement leurs frais généraux, augmentent les prix de revient et les mettent en état d’infériorité vis-à-vis de la concurrence qui se fait sans cesse plus âpre. H, Yolta.
- LA CASÉINE
- Une récente note du Ministère du Ravitaillement aux journaux a fait connaître un nouvel aliment de remplacement des plus intéressants : la caséine. Déjà même quelques épiceries en ont mis en vente sous forme de farine. Le moment est donc venu de faire connaître à nos lecteurs l’origine et la valeur de ce nouveau produit.
- A vrai dire, on le connaissait depuis longtemps et même on l’utilisait pour la nourriture, mais sans le dire ou plutôt sans lui donner son véritable nom. Les fromages frais maigres ne sont pas autre chose; certains biscuits tels que les petits beurres en contenaient; de même, diverses marques de cacaos, de potages en poudre, etc.
- Qu’est-ce donc que la caséine?
- La caséine est la principale matière azotée du lait. On sait que le lait est un aliment complet qui suffit à lui seul à la nourriture de l’enfant, et même à celle de l’adulte dans certaines conditions physiologiques. C’est même le seul aliment parfait qui ne nécessite aucune addition d’autres substances pour assurer tous nos besoins. Il le doit à sa composition, à l’heureuse proportion qu’il renferme de tous les principes indispensables :
- matières azotées, graisses et hydrates de carbone.
- Un litre de lait — de vrai lait tel que la vache nous le donne — contient 900 gr. d’eau, 35 à 40 gr. de matières azotées principalement sous forme de caséine, 35 à 40 gr. également de graisse sous forme de beurre, 45 à 50 gr. d'un sucre spécial, le lactose.
- La caséine est une' nucléoprotéide contenant 0,85 pour 100 de phosphore. Elle a l’avantage de ne pas coaguler par la chaleur, si bien qu’on peut la faire bouillir sans la précipiter et sans l’empêcher de rester soluble; on sait que le lait bouilli reste liquide. Elle est précipitée par les acides; c’est ainsi que le lait caille quand il devient acide par fermentation ; on utilise cette propriété dans la préparation industrielle de la caséine. Par contre elle est soluble dans les alcalis et dans les carbonates alcalins d’où elle déplace l’acide carbonique; c’est ainsi qu’on empêche le/lait de- tourner pendant quelque temps en l’additionnant de bicarbonate de soude.
- La meilleure manière d’utiliser le lait est de le consommer en nature. C’est ce que l’on fait le plus communément. Seulement, c’est un liquide extrêmement altérable et qui ne supporte pas une longue
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- conservation. Aussi ne peut-on le transporter bien loin et le ravitaillement des grands centres de consommation, Paris par exemple, est-il limité par les distances à parcourir, Certaines régions laitières éloignées des grandes villes ou mal desservies par les chemins de‘fer ont donc une production supérieure à la consommation directe.
- On peut, il est vrai, donner au lait une conservation indéfinie en le stérilisant. Mais c’est alors un aliment volumineux, encombrant, nécessitant des récipients de verre.-Son prix s’en trouve tellement augmenté que le lait homogénéisé et stérilisé n’est, guère préparé que pour,les besoins des enfants. On peut aussi lui enlever une partie de l’eau qu’il contient, en faire 'une pâte ou même une poudre. On le réduit ainsi à un petit volume et tout le monde le connaît sous la forme de lait concentré.
- Mais en ce moment, le fer-blanc est rare et ces préparations dépensent beaucoup de charbon. Force est donc de les limiter.
- À vrai dire, la plus grande partie du lait des régions d’élevage éloignées des villes est utilisée tout différemment, soit à faire du beurre, soit à faire des fromages gras.
- Avant la guerre, on comptait en France 7 millions de vacheslaitières donnant annuellement 77 millions d’hectolitres de lait. Sur cette quantité, un quart environ était employé à la fabrication du beurre.
- Nous n’avons pas à décrire ici la fabrication de ce produit. Après repos, le lait se sépare en deux couches, la matière grasse montant à la surface et sê rassemblant sous forme de crème. Cette crème est battue, barattée, pour rassembler les globules de graisse en une masse qu’on essore et qu’on pétrit, le beurre.
- Il reste alors un liquide blanc, le lait écrémé ou lait maigre qui contient toujours la caséine et le lactose, et qui a encore par conséquent une valeur alimentaire considérable.
- On consomme ce lait écrémé en nature, quand les difficultés de transport ne s’y opposent pas. C’est un bon aliment pour les adultes, mais insuffisant pour les enfants auxquels il ne faut pas le donner.
- On le concentre également pour en faire du lait concentré, vendu en boîtes de fer-blanc hermétiques, malheureusement trop souvent confondues comme qualité et comme prix avec celles de lait complet.
- Mais les raisons qui limitent actuellement la production du lait concentré entier valent aussi pour le lait écrémé et même il serait désirable qu’on favorisât plutôt la conservation du lait total, plus nutritif à volume égal, que celle du lait concentré.
- Une partie du lait écrémé est caillée par la présure ou l’acide lactique et donne un précipité de caséine ou caillebotte qu’on essore pour en fabriquer des fromages frais maigres, abondamment consommés dans les grandes villes. Leur défaut est de se conserver peu de temps, ce qui oblige à n’en fournir que les centres où la vente est assurée d’être rapide.
- Une autre partie du lait écrémé, la plus importante peut-être, est donnée aux porcs ; ceux-ci peuvent l’absorber en très grande quantité et l’on obtient ainsi un élevage très rapide et une viande blanche recherchée.
- Une autre partie encore était achetée avant la guerre par des industriels, la plupart austro-allemands, qui la traitaient complètement en France où l’expédiaient mi-travaillée, principalement en Autriche, pour en faire de la galalithe et de la colle. En effet, la caséine est certainement une des colles les meilleures et les plus adhérentes qu’on connaisse; on l’emploie donc pour l’encollage des papiers et des tissus, pour les enduits des murs, etc. Traitée par le formol, elle devient dure et semblable comme qualité de matière, à la corne ou au celluloïd. N’étant pas inflammable, pouvant se mouler dans n’importe quelle forme, se teinter à volonté, elle était de plus en plus recherchée pour mille objets, les boutons, les manches d’ombrelles, les boîtes, etc.
- Enfin, une très minime partie servait à préparer de la caséine alimentaire dont les débouchés étaient extrêmement limités.
- En temps de paix, il n’y avait rien à dire à tout ceci. Les-aliments abondaient, les marchés étaient libres, les importations faisaient au besoin l’appoint.
- Mais, en temps de guerre, les points de vue doivent changer, pour la caséine comme pour toutes choses.
- D’abord plus de galalithe. On se passera de boutons et de manches d’ombrelles plutôt que de manger et c’est un crime de transformer de la nourriture en simili-celluloïd, corne ou écaille.
- Plus besoin de colle de caséine. Quand les briques de nos murs en seraient couvertes, cela ne nous permettrait pas de les manger mieux. Si quelques industries de guerre ne peuvent absolument se passer de cette colle admirable, qu’on leur accorde les quantités nécessaires, mais pas plus.
- Pour les porcs, examinons la question. Certes, la viande de porc est plus savoureuse que la nouvelle farine du Ravitaillement qui est sans goût, sans saveur. Mais quel rendement les porcs nous offrent-ils? Est-ce la même quantité de nourriture, un peu ou beaucoup moins? Eh bien, de toutes les observations faites dans les fermes à cochons, il est constant qu’il faut donner 10 kg de caséine pour en obtenir 1 kg de viande. C’est donc une transformation déplorable. En temps de richesse, on peut se permettre de payer un tel prix la satisfaction de sa gourmandise. En ce moment, on ne peut plus tolérer un tel luxe, car ce qu’il nous faut ce ne sont pas des saveurs et des parfums, mais bien des nourritures réelles, de quoi nous substanter ; nous n’avons plus assez d’aliments à notre disposition pour transformer en fumet de viande les neuf dixièmes de l’un des plus intéressants d’entre eux.
- Restent les fromages et la consommation directe
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- du lait écrémé dont il n’y a rien à dire et qu’il faut même encourager.
- En un mot, plus de caséine industrielle, plus de caséine pour les cochons. Réservons-la toute pour l’homme que l’on vient de priver partiellement de viande. Elle la remplacera parfaitement, sinon comme goût, du moins comme valeur nutritive.
- Supposons qu’il en soit ainsi, que des mesures soient prises non seulement pour nous approvisionner, mais encore pouf empêcher tout gaspillage, toute transformation inutile.
- Sur quelles quantités pourrons-nous compter? Nous disions tout à l’heure que la France possédait avant la guerre 7 millions de vaches laitières. Admettons que ce cheptel ait diminué, qu’on n’en compte plus que 5 par exemple. Admettons encore que la production laitière soit seulement de 1000 litres de lait par vache et par an. Cela fait encore 50 millions d’hectolitres de lait. Supposons que le cinquième soit transformé en beurre, soit 10 millions d’hectolitres. Nous prenons systématiquement des chiffres un peu faibles. Le beurre fabriqué, il reste presque la même quantité de lait écrémé avec ses 35 à 40 gr. de caséine par litre. Calculez et vous trouverez 35 à 40 000 tonnes.
- Pour se faire une idée de l’importance de cette production, on peut l’examiner aux deux points de vue de nos besoins en calories et en matières azotées..
- En calories, un gramme de caséine dégageant dans l’organisme — comme toutes les albumines — environ 4 calories, cela fait 140 milliards de calories, ün- homme en dépensant 2400 par jour, cela représente de quoi nourrir près de 60 millions d’hommes pendant un jour ou toute la France pendant un jour et demi, ce qui n’est pas à dédaigner.
- En matières azotées, la viande en contenant un peu moins d?un cinquième et la caséine n’étant que cela,,, la production annuelle possible représenterait 200 Û00 tonnes de viande, soit 400000 bœufs de 500 kg. Au moment où la viande devient rare, l’arrivée d’un pareil troupeau n’est pas à dédaigner.
- D’autant plus que c’est un troupeau qui ne
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- L’emploi de l'air comprimé sè généralise de plus en plus. Le développement de l’appareillage pneumatique autant que le degré de perfection auquel il est arrivé de nos jours prouvent très bien les services rendus par cet agent de force motrice. Son utilisation avait pris, avant la guerre, des proportions telles que les seules usines de Paris avaient dû, pour satisfaire à leurs besoins, porter leur puissance totale de 8000 à près de 15000 C.-V.
- Examiner ses applications, c’est en réalité passer en revue presque toutes les industries, et arriver à
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- mange pas, qui se conserve très bien dans des sacs, qui se transporte sans difficultés.
- Quant à sa production, elle est fort simple. Il suffit de cailler le lait écrémé soit par la présure, soit par l’acide lactique. Dans les caséineries, on l’active en chauffant légèrement le lait dans des bassines à double fond. Le précipité est égoutté et forme alors la caillebotte ou fromage frais. On le sèche par les procédés ordinaires, sur des claies circulant sur chariots dans un tunnel, où un ventilateur envoie de l’air chaud. Les grumeaux passent ensuite au moulin qui les réduit en farine. Et c’est tout.
- Si on a soin de traiter le lait frais, avant qu’il fermente et défaire toutes .les opérations .proprement, on obtient une poudre parfaitement blanche et sans aucune odeur.
- Cette poudre est insoluble dàns l’eau, mais digestible en cet état. On peut la solubiliser par addition d’une petite quantité de bicarbonate de soude. Certaines caséineries la vendent ainsi traitée.
- Des usines outillées pour ce traitement existent dans toutes les régions beurrières : Normandie, Charentes, Vienne, Jura, etc. La production peut donc être assurée sans difficultés.
- Reste à utiliser le produit que l’on trouve chez l’épicier. Donnant avec l’eau une pâte blanche, il peut être introduit dans les sauces, les pâtes, les crêpes, ajouté au macaroni, au chocolat, etc. Il leur donne plus de liant et de consistance sans modifier en rien leur goût puisqu’il est insipide. Et c’est une manière vraiment simple d’assurer sa ration d’azote au moyen d’un albuminoïde entièrement et'facilement digestible. Ajoutons que son prix n’est en rien comparable à ceux que la viande atteint actuellement.
- Mangeons donc la caséine et n’en laissons ni aux cochons, ni à l’industrie; c’est un aliment trop précieux pour qu’on le laisse gaspiller. Voici la saison du lait et du beurre; que le Ministère du Ravitaillement organise sans tarder la production de cette richesse trop peu exploitée, et n’en laisse plus rien perdre! Nous ne sommes plus assez riches pour la négliger. R. M.
- te
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- cette conclusion que non seulement il procure pour chacune d’elles une économie de temps et de maim-d’œuvre, mais encore un meilleur rendement et une plus parfaite régularité de travail. Nous ne pouvons dans ce court article que citer les plus connues : appareils de levage et de pression, travaux de rivetage, forgeage et burinage, de décapage au jet de sable, de moulage mécanique, de métallisation, traxail de la pierre et percements de tunnels, révêtements en ciment, chaux ou plâtre de parois et de murs (Q.
- 1. La Nature : Le cement-gun, n° 2320, 16 mars 1918.
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- Ces temps derniers, l’air comprimé a acquis un nouveau champ d’action avec la peinture pneumatique. L’application despeintures, vernis, laques,etc., aux surfaces des pièces de machines, d’appareils électriques, charpentes en fer, automobiles, etc., ne devait pas tarder, au cours de cette longue guerre,
- à devenir un problème sérieux en raison de l’accroissement imprévu de la fabrication des munitions de toutes sortes. Même si l’on avait disposé d’ouvriers peintres habiles et en nombre suffisant, la peinture à la brosse est un procédé lent, et s’y fier eût été retarder infiniment le ravitaillement des armées sur le front. Dans bien des cas, on a substitué le pulvérisateur au pinceau, surtout pour les aéroplanes, les. canons et blindages, la peinture des obus et des douilles, le vernissage et le laquage des fusées, la peinture des caissons de munitions, des wagons, etc. L’application également du vert d’ordonnance à une multitude de pièces nécessaires aux troupes, en plus du laquage des automobiles et motocyclettes, a fait que le procédé a été utilisé dans une très large mesure à la peinture des aciers et à celle de bien des machines-outils.
- Les différentes figures illustrant le texte de cet article montrent des installations de pulvérisation et de peintures combinées et construites par deux firmes, l’une anglaise, l’autre française. La figure 1 qui représente l’installation complète de la « Àiro-style and Lithos Ld » se compose essentiellement d’un réservoir d’air comprimé à la partie inférieure, d’un réservoir de peinture (camion en terme de métier) à la partie supérieure et du pistolet pulvérisateur (1). L’air .comprimé est fourni par tout compresséur convenable, l’air libre étant filtré afin d’éliminer les poussières possibles, et passant en divers points de la conduite par des trappes, de condensation qui en enlèvent l’humidité avant qu’il
- Fig. i. — Appareil de pulvérisation anglais.
- » i. The Engineering : The airostyle .paint-spraying plant,. n° Aug. 17, 1917.
- ne pénètre dans le réceptacle du pulvérisateur par une soupape de réduction au moyen de laquelle l’opérateur peut régler à volonté-la pression de pulvérisation. Un tuyau d’air relie le camion à la seconde soupape de réduction, qui est ajustée de telle sorte que la pression effective de ce réservoir soit le 1/10e environ de celle de la pulvérisation. Ceci explique que l’alimentation en peinture du pistolet pulvérisateur se fait sous pression, ce qui rend possible l’emploi de n’importe quelle peinture à l’huile; avec les lavis et les vernis qui sont moins visqueux, l’alimentation peut se faire sans pression, mais la surface ou la paroi revêtue sera moindre en un temps donné.
- La figure 2 montre le pistolet pulvérisateur. L’air pénètre en A et la peinture en B ; l’air est réglé par une soupape à siège plat C. Une soupape à aiguille D limite l’arrivée du pigment et reste fermée par l’intermédiaire du ressort E tant que le pistolet ne sert pas. L’air entre par le passage F, tandis que la peinture arrive au centre. Les soupapes C et D sont
- Fig. 2. — Pistolet pulvérisateur anglais.
- commandées par nne targette H qui manœuvre une came /.
- Pour certaines petites pièces, le pistolet'peut fonctionner sans lès accessoires de la figure 1. De petits récipients, les uns marchant sous pression, les autres fonctionnant simplement par la pesan-
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- teur sont alors montés sur le dessus du pistolet.
- Afin d’abriter l’ouvrier contre les fumées, lorsque, la pièce à travailler est petite, la peinture s’opère sous un chapeau relié à une caisse d’évacuation dans laquelle un léger vide est maintenu par un ventilateur. Pour les grosses pièces où il faut employer le pulvérisateur on se sert d’un compresseur électrique portatif, où des conduites d’airà haute pression sont établies à travers l’atelier auxquelles on peut relier la série de pulvérisateurs en différents points.
- Le temps nécessaire à la peinture d’un obus est extrêmement court, 12 à 15 secondes pour un 60 pounder (projectile de 60 livres), 55 secondes pour un obus de '200 mm et de 70 à 80 secondés pour un 300 mm, les autres calibres en proportion, L’économie de temps est encore plus marquée dans l’opération du vernissage qui se fait d’une façon satisfaisante et économiquement : les obus de 150 mm prennent de 4 à 6 secondes, ceux de 200 mm de 6 à 8 secondes, les 230 mm environ
- 10 secondes, les 300 mm de 12 à 15 secondes.
- 11 ne se produit aucun gaspillage de vernis, toute la charge passant dans l’obus et il ne s’en échappe pas. La pratique a montré qu’on a même bien moins de mal à retarauder l’extrémité filetée de l’obus avec ce procédé mécanique. D’ailleurs les autorités militaires anglaises ont accepté sans hésiter le procédé de pulvérisation comme donnant des couches en tous points équivalentes à celles obtenues par les autres méthodes usitées.
- Ce procédé est aussi employé pour la peinture
- des pièces de fusées, et à cet égard, les fabricants ont noté ùn rendement de 200 000 pièces par semaine et par ouvrier.
- Nous donnons figures 5 et 4 la vue d’un des modèles de pistolet pulvérisateur « Charmic » et le schéma de montagne de l'appareillage de la maison française Ch. Michel et Cie. Le pulvérisateur est en bronze et cuivre sauf l’aiguille qui est en métal
- inoxydable et la tuyère qui est en mailléchort ou en acier cémenté. La couleur : vernis à l’alcool, Zapon, peintures céramiques et à l’eau, peintures laquées, etc., est placée dans un camion pneumatique mobile où elle est soumise par un dispositif
- Fig. 3.
- Pistolet pulvérisateur « Charmic ».
- ne comportant aucune pièce mécanique, à un mouvement de barbotage automatique qui évite tout dépôt ou colmatage. Voici le mode d’emploi de cet appareillage. On embranche le tuyau d’arrivée d’air sur le détendeur d’air comprimé(J) et du côté du robinet; on relie le tuyau de 10 m. avec le détendeur et la pièce D en forme de T du camion, du côté du manomètre, et le tuyau de 5 m. avec l’extrémité du T restée libre et du raccord K du pulvérisateur, enfin le robinet I avec le raccord L du pistolet par le second tuyau de 3 m. On met le liquide (peinture ou vernis) dans le camion en ayant soin de bien le tamiser et on referme le camion au moyen des quatre boulons à oreilles.
- D’une manière générale, pour travailler sur grandes surfaces, on éloigne le pistolet d’environ 20 à 25 cm de l’objet à peindre. La vitesse du mouvement à imprimer au bras est d’environ 1 m., aller et retour, dans une seconde, en maintenant toujours régulièrement la distance indiquée et en laissant tomber .^autant que possible le jet perpendiculairement sur la surface; le réglage du jet se fait uniquement par le levier M en le retirant plus ou moins. On comprend que pour des petites pièces, irrégulières
- 1. Le détendeur n’est nécessaire que . dans le cas où il existe de l’air sous une pression de 3 à 8 l;gs ; si l’on dispose d’une canalisation d’air de 2 à 5 kgs, il devient parfaitement inutile.
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- Fig. 4. — Dispositif de peinture pneumatique français.
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- et détaillées, le jet sera plus petit et la distance entre. l’objet et l’ajutage du pulvérisateur plus courte.
- Avec l’appareillage « Charmic », un ouvrier pour peindre 20 m2 au minium de fer met 20 minutes alors qu’avec le pinceau ordinaire il lui faudrait 68 minutes ; il emploie 60 gr. de peinture au mètre carré alors que dans le second cas, il lui en aurait fallu 100 gr.
- On a songé aussi à établir des installations portatives capables d’assurer la peinture d’entretien des navires, ponts, grands bâtiments, etc. Le compresseur d’air et ses accessoires sont montés sur châssis automobile ou à traction animale. La figure 5 représente un groupe moto-compresseur « Charmic »; le compresseur est du type II, 2 cylindres, à circulation d’eau, clapets Corliss, aspirant 135 litres d’air à la minute, et le moteur est du type Fairbanks, sans soupape, à essence et circulation d’eau, force 1 1/2 CV, allumage par magnéto Bosch. Certaines de ces installations mobiles alimentent 3 ou 4 pulvérisateurs, travaillant simultanément sur de larges surfaces, chacun d’eux pouvant revêtir de 3 m2 à 6 m2 environ selon la densité du liquidé employé. Une semblable installation existe pour la « Airo-style and Lithos C° Ld. »
- Il est certain qu’après la guerre, la peinture pneumatique sera grandement employée dans bien des industries : ateliers de constructions maritimes,
- de matériel de chemins de fer, constructions électriques, machines-outils, charpentes en fer, fabriques d’objets en métal (extincteurs d’incendie, seaux, bidons, compteurs, ferblanterie peinte et émaillée, etc.), fabriques de bronzes ((pieds de lampes, lustres, cadres, etc.), industries du bois, du cuir, manufactures de linoléum et toiles cirées, carrosserie, vernissage des toiles d’avions et de ballons, fabriques de fleurs arti-fici elles, chromos, cartonnages, décoration des calicots, papiers peints, badigeonnage et peinture à la détrempe et au pochoir sur les murs, etc.
- Les nombreux avantages que nous croyons devoir résumer y contribueront sans nul doute : possibilité de doubler et même tripler la production d’une usine, d’un atelier, sans que cela nécessite de plus vastes locaux, par suite d’une exécution bien plus rapide qui permet de réaliser une économie de main-d’œuvre de 30 à 60 pour 100 ; consommation de peinture moindre variant de 10 à 30 pour 100, de ce fait que la peinture ou le vernis étant étendu régulièrement, il suffit d’une couche très légère pour couvrir parfaitement les objets; faculté d’employer des ouvriers pouvant fort bien ne .pas être du métier ; suppression de brosses et pinceaux qui s’usent et doivent être renouvelés fréquemment; possibilité de faire pénétrer la peinture dans des interstices que l’on n’atteint pas avec le pinceau, etc. M. Bousquet.
- GUERRE ET LA PEINTURE PNEUMATIQUE
- Fig. 5. — Chariot moio-compresse'ur « Charmic « pour la peinture pneumatique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 mai 1918.
- Les succédanés du blé dans le pain de munition. — M. Balland étudie les diverses substances pouvant servir de succédanés au blé, telles que avoine, châtaigne, fèves, haricots, maïs, orge, pommes de terre, sarrasin, soja, etc. Ces succédanés agissent différemment sur le gluten de blé. Les farines déniais, orge et riz à 10 .et 20 pour 100 abaissent à'29 et 26 le gluten de la farine de blé'en contenant 33 pour 100; avec le soja, on reste à 30; la panification se fait mieux et la mie est plus développée. Les pains avec succédanés retiennent plus d’eau que les pains sans mélange : de 38 à 41 pour 100 au lieu de 36. - ^
- Fabrication des pâtes à papier avec des feuilles mortes.— Dans une note présentée par M. Penier, Mme Karen Bramson remarque qu’il se trouve chaque année,
- en France, entre 35' et 40 millions de tonnes de feuilles mortes, qui ne sont que partiellement nécessaires au maintien de la végétation. Ces feuilles peuvent être transportées en blocs comprimés. Après les avoir écrasées, on en sépare la nervure qui est utilisable pour le papier et la poudre qui fournit un combustible. La nervure • est simplement soumise à un lessivage rapide, suivi de lavage et de blanchiment et la pâte est faite. 1000 kgs de feuilles donnent 250 kgs de pâte à papier, qui pourrait être partiellement substituée, pour certains emplois, à la pâte de bois de plus en plus déficitaire en France.
- Le psy.choqraphe. — M. Jules Amar appelle ainsi un dispositif qui permet l’enregistrement graphique du temps de réaction simple ou délibérée. Il décrit l’appareil qu’il a construit et en montre les applications.
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- ESSAIS DES RAILS PAR FLEXION RAPIDE
- La Compagnie de chemin de fer du « Pennsylvania Railroad » introduisit, pour la première fois, dans son cahier des charges, en 1900, des essais de choc pour les rails en acier au carbone. A cette
- Ces mêmes essais de choc appliqués aux aciers Martin donnent des résultats tellement comparables, même sur des aciers très différents, qu’on est obligé d’admettre que ces indications sont tout à
- Bureau '
- <Sect/onAA
- Fig. i. — Presse à essayer les rails par flexion rapide; installation de la presse sur wagon-
- époque, tous les rails étaient en acier Bessemer, c’est-à-dire à haute teneur en phosphore, et, par conséquent, assez fragiles. L’essai de choc imposé à cette époque, avait , donc pour but d’écarter les rails dont la fragilité serait excessive.
- Depuis 1908, au contraire, tous les cahiers des charges améri-. cains spécifient que les rails seront en acier Martin, à faible teneur en phosphore et il est un fait reconnu que, pour une même dureté, cet acier présente des qualités de ductilité et de ténacité beaucoup plus accusées que l’acier Bessemer.
- Les essais de choc exécutés pendant près de dix ans sur toutes les livraisons de rails, n’ont permis d’établir ni des règles générales de comparaison, sur les différentes qualités d’acier, ni des constantes et des caractéristiques de qualité.
- fait insuffisantes. Il fut alors décidé d’étudier si on ne pourrait pas remplacer cet essai par un essai de flexion rapide transversale qui donnerait des indications plus précises et des relations entre laduc-tilité, l’élasticité et la dureté du métal.
- Cette idée fut soumise au Comité technique des voies ferrées qui décida de consacrer une somme considérable pour la conduite des essais et de faire toute une série d’essais comparatifs avec lesexpériences de choc ordinaires.
- Il fut même décidé, le 22 novembre 1916, de monter les appareils d’essais sur wagon à voie normale pour pouvoir faire aussi rapidement que possible une grande série d’opérations dans le plus nombre d’usines possibles.
- La machine fut commandée à la Southwark Foundry and Machine Co, et livrée aux Compa-
- Fig. 2.
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- ESSAIS DES RAILS PAR FLEXION RAPIDE
- gnies de chemins de fer le 46 avril 1917 et, depuis cette époque, les essais ont été poursuivis d’une façon continue.
- La machine constituée par une presse hydraulique et un multiplicateur de pression, fut proposée par S. T. Wallis, conseiller technique du Pennsylvania Railroad.
- La presse est du type à 4 colonnes dont l’écartement est de 1 m. 40 dans le sens de la longueur et de 510 mm dans le sens de la largeur. Le piston a un diamètre de 400 mm et une course de 305 mm.
- Les deux pistons symétriques de rappel ont un diamètre de 150 mm et ils sont reliés à la table mobile par des tirans de 44 mm de diamètre.
- Les dimensions totales de la presse sont les suivantes : Longueur 2 m.; largeur 0 m. 90 ; hauteur 3 m. 10.
- Le dégagement maximum entre la table fixe et la tête mobile est de 300 mm. Le poids total de la presse est de 10 t.
- Le multiplicateur de pression est du type normal à pression unique et il pèse environ 4 tonnes.
- La liaison entre les cylindres à basse et haute pression est faite par une tige venue de fonte avec le piston du cylindre à basse pression. La course du plongeur est de 0 m. 90 et le rapport des pressions unitaires est de 8,55 à 1. Le cylindre à haute pression est relié au cylindre de presse par un tube de 50 mm sur lequel est montée une valve d’arrêt.
- En admettant à la basse pression, une pression unitaire de 52 kg par centimètre carré, on obtient, dans le cylindre de presse,, une pression d’environ 260 kg par centimètre carré donnant une capacité totale de 578 tonnes sur la section du piston.
- Le caisse de 900 mm dans le multiplicateur correspond à là course de 505 mm du piston de presse, grâce à la haute pression seule, ce qui permet de pouvoir obtenir des lectures toujours proportionnelles sur les courbes de pression.
- Avant livraison, la machine a été vérifiée et calibrée pour connaître . ses caractéristiques pratiques de pression effective.
- La machine a été conçue de telle sorte qu’on ne doive pas employer plus de 60 pour 100 de sa capa-
- Fig. 3. — Essai des rails. Vue de la presse.
- cité totale dans les essais les plus importants, afin de ne pas détériorer les joints et de conserver aussi longtemps que possible les caractéristiques initiales.
- Un appareil enregistreur permet d’obtenir constamment la relation entre la pression du cylindre de presse et le mouvement du piston, c’est-à-dire la déflexion de la pièce soumise à la pression.
- Pour effectuer l’essai, on dispose le rail sur la' machine ainsi que l’indique l’illustrafion ci-jointe, puis on fait agir la pression qu’on maintient jusqu’à la rupture qui est généralement obtenue au bout de 7 à 8 secondes. L’indicateur permet ensuite d’avoir, pour chaque position du piston, les pressions effectives correspondantes, et les courbes
- obtenues sont particulièrement intéressantes, en ce sens qu’elles donnent des renseignements qu’on n’aurait pas pu obtenir avec des essais normaux de choc.
- Les abscisses de la courbe correspondent aux déflexions tandis que les ordonnées représentent les pressions effectives.
- On peut ainsi obtenir les caractéristiques de déflexion et de charge correspondant à la limite élastique et à la rupture du métal considéré. Ces courbes permettent enfin de faire des études comparatives des caractéristiques mécaniques des rails de provenances différentes.
- Cette machine est installée sur un wagon’ de marchandises monté sur boggies, avec quelques améliorations supplémentaires permettant de l’accrocher à un train de voyageurs pour déplacement rapide.
- Depuis avril 1917 jusqu’à ce jour, les essais comparatifs faits par flexion rapide et par choc, ont démontré qu’un grand nombre de rails qui passaient facilement 'a l’essai de choc, montrait sur la courbe de rupture par flexion rapide des qualités mécaniques absolument insuffisantes.
- D’autre part, les indications tout à fait incomplètes données précédemment pour les essais de choc, ont été complétées par les derniers essais qui ont permis d’obtenir des indications précieuses sur la limite élastique et les charges de rupture.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2337.
- 27 JUIILLET 1918.
- L’ÉVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE IV
- Gouvernes. — Instruments de bord. — Appareil respiratoire.
- chaque organe de commande et donnent aux
- Les moteurs des avions allemands actuels, dont nous avons déjà étudié le développement (xj permettent aux avions de guerre de voler, si besoin est, pendant plusieurs heures consécutives ; les avions de chasse doivent pou voir voler pendant 2 ou 3 heures,
- pilotes des bases certaines d’appréciation.
- Chaque avion comporte des gouvernes de direc-tion, de profondeur et de redressement latéral qui lui permettent de rectifier sa position dans chacune ^
- «ea
- p
- Gouvernail de virage à droite. P, palonnier de direction:,
- c, commandes en câbles d’acièr{2);
- g, gouvernail.
- Commande du gouvernail de direction (Avions allemands).
- Fig. i. —
- les avions de Corps d’Armée 4 ou 5 heures et les avions de bombardement modernes (Riesenflügzeug) 8 ou 10 heures.
- Ces avions possèdent une grande vitesse et peuvent parcourir,, au cours de l’accomplissement de leurs missions, des distances considérables de l’ordre de 500 à 1000 km suivant leur catégorie;
- Fig. 2. — Boussole allemande compensée pour avion.'{Cari. Bamberg.) A gauche, les 4 aimants servant à la compensation. Une lampe électrique placée à la partie inférieure de la boussole éclaire le cadran par transparence.
- ils sont appelés de plus en plus à voler par tous les temps et aussi bien pendant le jour que pendant la nuit.
- Pour commander ces avions, dont la puissance, le poids et la vitesse sont en voie constante d’augmentation, il est devenu nécessaire que leurs pilotes aient à leur disposition des organes de gouverne puissants, simples et faciles à manier ; il faut aussi que ces pilo possèdent des auxiliaires mécaniques qui les .lident à voir s’ils volent correctement en direction et en stabilité.
- Des indicateurs mécaniques correspondent à
- 1. La Nature, nos 2517, 2520 et 2528.
- des trois directions de l’espace (Cf. Navigation sous-marine).
- Le gouvernail de direction permet au pilote de diriger son avion vers un point déterminé de la surface terrestre; le gouvernail de profondeur lui permet de commander les tendances à monter , ou à descendre, de son avion; les ailerons ou le gauchissement permettent de. régulariser la stabilité latérale en plein vol et de corriger les tendances que pourrait avoir l’avion à s’incliner sur sa droite ou sur sa gauche.
- Organes de direction. — Les gouvernails de direction des avions sont en tous points assimilables aux gouvernails des bateaux; ils se composent' sur les avions allemands d’une surface de forme variable, placée à la partie arrière du fuselage et articulée sur un axe vertical.
- Trois éléments entrent en jeu pour déterminer leur efficacité : leur surface, leur distance de la cellule et la vitesse de l’avion.
- Sur la plupart des avions ennemis le gouvernail de direction est commandé par deux câbles qui agissent sur deux « guignols » latéraux ; ces câbles sont fixés d’autre part à une barre de direction appelée « palonnier » et maniée parles pieds du pilote (fig. 1).
- Autant le jour, par temps clair, il est facile à un pilote de se diriger en consultant le pays et sa carte, (dans ce cas, les villes, les rivières, les routes sont autant de points de repère qui lui permettent de situer sa position et de déterminer la direction à suivre), autant il lui est difficile de se diriger pendant les vols de nuit ou par temps brumeux.
- Bien rares sont en effet, au cours des raids nocturnes au-dessus du territoire ennemi, les gares, les usines ou les villes illuminées qui peuvent
- 2. — 17
- 46e Année — .2° Semestre
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- fournir des éléments de repère ; les rivières, les routes et les bois sont cependant assez visibles si la nuit èst claire et permettent de contrôler de temps en temps la direction suivie.
- L’organe de contrôle de la direction est la boussole;'* contrôle très relatif d’ailleurs, car il ne tient aucunement comple de la dérive qui peut être produite par un vent latéral ; en effet, celui-ci peut entraîner l’avion dans une toute autre direction que celle qu’il croyait suivre.
- (Ex. : Zeppelins, octobre 1917.)
- Bien plus, une boussole ordinaire, placée dans un avion, n’indique pas forcément le Nord exact. La proximité de grandes masses métallique constituées tant par le moteur que par une armature métallique (Fokkertri-plan, Lizenz géant) ou la proximité des magnétos et de tout l’appareillage électrique d’un avion (génératrice. T. S. F., chauffage) donnent naissance à. des flux magnétiques qui se composent et dérivent l’aiguille de la boussole.
- réglable et permet de corriger les déviations (fig.^).
- Pour certains avions, les Allemands préfèrent placer leur boussole sur le plan inférieur à une certaine distance du fuselage (Rumpler), dans d’autres cas elle a été placée dans le plan supérieur au-dessus
- du pilote (Albatros).
- Les boussoles, utilisées à bord des avions de nuit, sont lumineuses soit par application d’une pâte phosphorescente sur l’aiguille et les graduations, soit mieux encore par une lampe électrique placée dans le fond de la boussole qui est transparente.
- Les avions allemands géants (type R), qui viennent de faire leur apparition sur le front sont assez puissants pour comporter une cabine spéciale de réception de T. S. F. Il leur est ainsi possible d’utiliser les ondes hertziennes pour se diriger au cours des raids à très longue distance.
- Cette utilisation des ondes hertziennes à la direction des avions ou des dirigeables s’appelle la
- ''Brème
- Londres
- /Vorc/
- ôtraâbourg
- Fig. 3. — Schéma des procédés employés pour diriger à longue distance les dirigeables et avions au moyen de la radiogoniométrie. — a et b, postes radiogoniométriques; Z et Z', dirigeables ; II, hangars.
- Exemple : A minuit le dirigeable Z envoie son indicatif aux stations a et b. a et b déterminent les angles a et a' avec le Nord, la valeur de ces angles est envoyée à Z qui connaît ainsi sa position au-dessus de la mer du Nord et se met à suivre une direction ZH qui le conduira vers son hangar H suivant un angle h. La même opération se fera à minuit i5 pour Z' qui suit une mauvaise route pour regagner H aussitôt après réception des messages de a et b faisant connaître à Z' les angles b et b'. Z' corrigera sa route et suivra la direction Z' H.
- s*
- Gouvernail en descente : M, manche à balai ou levier de commande', c, commandes en câbles d'acier inversées (2 droites, 2 gauches); g, guignol de fixation des câbles sur le gouvernail ; P, gouvernail de profondeur.
- Fig. 4. — Commande du gouvernail de profondeur.
- Pour rendre à la boussole sa précision, il est nécessaire de neutraliser ces flux perturbateurs. L’aviation utilise, comme d’ailleurs la marine et l’aérostation, des boussoles « compensées ».
- Sur les boussoles des avions allemands, la compensation est obtenue par 4 petits aimants fixés sur une tige, leur distance à l’aiguille aimantée est
- « Radiogoniométrie » ; en effet, elle procède par mesure des angles que fait la position d’ün avion avec deux points fixes et par rapport à une direction commune. (Ex. : Nord.)
- Le dirigeable Z, à minuit, envoie son indicatif par T. S. F. Les deux postes fixes A et B reçoivent cet indicatif et déterminent la direction de sa prove-
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- nance. Chacun d’eux envoie à Z le résultat de ses mesures, le dirigeable Z en peut aussitôt déduire sa position et corriger sa route s’il y a lieu (fig. 5).
- Ce procédé de contrôle de direction des avions par radiogoniométrie sera certainement appliqué sur une grande échelle pour guider les avions qui feront dans quelques années la traversée de l’Atlantique ou des voyages transcontinentaux.
- Organes de profondeur. —
- Les gouvernails de profondeur des avions allemands sont constitués par un ou plusieurs plans horizontaux fixés à l’extrémité arrière du fuselage par l’intermédiaire d’un axe horizontal (fig. 4).
- Comme pour les gouvernails de direction, trois éléments entrent en jeu pour déterminer l’efficacité de ces gouvernails : leur surface, leur distance de la cellule et la Vitesse de l’avion.
- Sur la plupart des avions allemands le gouvernail de profondeur est actionné par deux jeux de commandes inversés en câbles d’acier; ces câbles sont fixés d’une part sur des guignols de commande et d’autre part vertical, ou « manche à balai ».
- En poussant le levier le gouvernail se baisse, engendre une force F verticale et dirigée vers le haut qui fait pivoter l’avion et tend à le faire descendre ; le contraire se produit si le pilote tire lé levier vers lui.
- Les a vions allemands possèdent un dispositif pour immobiliser leurs commandes de profondeur dans une position déterminée ceci afin de permettre au pilote d’essayer son moteur au sol sans crainte de capoter/ (le gouvernail étant mis en montée la poussée de l’air plaque la queue au sol) et de gagner une haute
- Fig. 5. — Indicateur de vitesse à godets « Morell » de 40 à 200 km à l’heure. La masse centrifuge décentrée se trouve dans le renflement du corps. L’aiguille et les chiffres sont recouverts de pâle lumineuse.
- altitude sans se fatiguer à tirer sur le manche.
- La manœuvre du gouvernail de profondeur représente la plus grande partie de l’art du pilotage, elle en est évidemment la partie la plus délicate et la plus dangereuse tant en ce qui concerne l’atterrissage, que le décollage ou que la tenue de l’avion en plein vol.
- L’instrument mécanique qui aide le pilote à voir exactement dans quelle proportion et à quel moment il doit utiliser le gouvernail de profondeur est un indicateur de la vitesse de l’avion dans le vent. En effet, à puissance de moteur constante, quand l’avion monte sa vitesse diminue et quand il descend sa vitesse augmente.
- En dehors du moment précis de l’atterrissage où l’avion doit venir frôler le sol avec une vitesse minima bien déterminée pour chaque type d'avion, le jeu du gouvernail de profondeur permettra au pilote d’augmenter sa vitesse en piquant et de la diminuer en cabrant (atterrissage).
- Pour assurer la sustentation
- sur un levier I normale d’un avion, il est
- Fig. 6. — Altimètre ordinaire de o à 35oo m. Une graduation supplémentaire permet d’aller à 5ooù m. Les chiffres intérieurs sont les millimètres de pression atmosphérique. L’altimètre est fixé dans une pochette
- nécessaire de connaître sa vitesse dans l’air qui l’entoure. En effet, les 20 m2 de surface portante d’un avion Albatros de combat, ne peuvent supporter les 1000 kg que pèse cet avion en vol qu’à condition d’être en traîné dans l’air à la vitesse minima qui correspond à une poussée verticale sur la voilure de 1000 kg, soitpar exemple à 90 km à l’heure. Si au moment d’atterrir, le pilote, au moyen de son gouvernail de profondeur, cabre et freine ainsi son avion dont le moteur est au ralenti, au point que sa vitesse devienne moindre de 90 km à l’heure, l’avion perdra rapidement ses qualités de vol, les surfaces ne porteront
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- Fig. 7. — Altimètre enregistreur (modèle içi8) de o à 8000 m. Sur la paroi, une étiquette permet de connaître les corrections. Exemple : ù000 m. marqués au baromètre correspondent à ùî'io m. après: correction. Suspension par sandows en caoutchouc.
- plus la charge de 1000 kg, l’avion « s’enfoncera », les gouvernails deviendront inefficaces et l’avion pourra faire une glissade ou une abattée jusqu’à ce qu’il ait repris dans l’accélération de sa chute une vitesse suffisante pour la sustentation et l’efficacité de ses gouvernails.
- Cette « perte de vitesse » est l’accident qui certainement a causé le plus de victimes depuis le début de la guerre ; elle affecte d’autant mieux les avions, toutes choses égales, que ceux-ci ont une plus lourde charge au mètre carré.
- De même, pour des raisons de résistance de la cellule, les avions ne doivent pas dépasser une vitesse limite qui dans certains avions peut être atteinte au cours de vols piqués avec plein moteur.
- Quand il s’agit d’un avion léger et maniable, le pilote « sent » que les commandes rencontrent sur Pair une résistance suffisante pour assurer une bonne sustentation de la voilure; le problème devient beaucoup plus délicat quand il s’agit d’avions lourds ou d’avions dont les commandes sont fortement démultipliées et dont les gouvernes sont compensées.
- Le but des indicateurs de vitesse est de montrer au pilote à quelle vitesse l’avion vole dans l’air ambiant ; ils ne donnent naturellement aucune précision sur la vitesse des avions par rapport au sol, celle-ci étant la résultante de la vitesse propre de l’avion dans le vent, de»la vitesse et de là direction du vent.
- Les Allemands utilisent actuellement deux types d’indicateurs de vitesse.
- L’un est un anémomètre à godets dont la viteése
- de rotation est sensiblement proportionnelle à la vitesse du vent (fig. 5).
- Une masse circulaire est entraînée par les godets et maintenue inclinée sur son plan de rotation par un ressort. Sous l’influence de la force centrifuge, cette masse tend à revenir dans son plan de rotation; l’importance de ce mouvement de redressement est enregistrée sur un cadran gradué en kilomètres-heure. (Anémomètre à godets Morrel, Leipzig). Cet indicateur de vitesse est généralement fixé à l’un des mâts de l’avion pour le soustraire aux remous du fuselage et à la surpression" créée derrière l’hélice.
- Depuis peu, les Allemands utilisent un indicateur de vitesse qui semble dériver de l’indicateur français « Badin ».
- Cet indicateur est constitué par une petite trompe double en aluminium embouti et fixée au milieu d’un mât. Les dépressions créées dans la trompe sont transmises à un véritable baromètre de précision par deux petits tubes. Ce baromètre est placé devant les yeux du pilote et gradué en kilomètres à l’heure: il permet d’apprécier la vitesse de l’avion (Bumpler). *
- Un autre organe mécanique enregistre les résultats donnés par la manœuvre des gouvernes de profondeur, c’est l’altimètre. Cet instrument de bord est un simple baromètre, qui au lieu d’être gradué en millimètres de pression atmosphérique'- est gradué en mètres d’altitude.
- Il existe un assez grand nombre de types d’altimètres allemands, tous basés sur les principes courants et ne se différenciant les uns des autres que par le poids, la précision ou l’altitude maxima (0 à 3000, à 5000, à 7000 et enfin 0 à 8000 m.) (fig. 6).
- Beaucoup d’avions emportent des altimètres
- Fig.8. — Commande de stabilité latérale. — A, aileron droit levé; A’, aileron gauche baissé; M, levier de commande incliné sur la droite; g, guignol fixant la commande c’ servant à conjuguer les 2 ailerons; c, commande directe; c’, commande de rappel. t
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- enreg'streurs plombés qui permettent soit aux pilotes allemands de vérifier le réglage de leurs avions par l’examen des courbes de montée, soit aux commandants d’unités de contrôler à quelle altitude ont été exécutées certaines missions (fîg. 7).
- Stabilité transversale. — Le gauchissement des ailes par torsion de celles-ci (oiseaux, ailerons des poissons) était autrefois adopté sur tous les avions.
- Ce dispositif de redressement a été abandonné comme ne permettant pas de construire des cellules d’une suffisante résistance ou comme demandant aux commandes de trop considérables efforts.
- Actuellement, sur tous les avions, la
- stabilité transversale n’est plus obtenue que par le jeu d’ailerons articulés et placés aux extrémités des plans (fig. 8).
- Les avions allemands du type courant ne possèdent que 2V ailerons fixés aux extrémités du plan supérieur. Ces ailerons sont commandés par des câbles fixés à des guignols et qui' passent généralement dans l’intérieur des plans inférieurs sur des poulies et dans des tubes; ils jsont, d’autre part, rattachés au levier de commande de profondeur ou bien passent sur les gorges d’un volant fixé sur ce levier, le levier ou le volant étant placés devant le pilote.
- Fig. q. — Indicateurs allemands de stabilité latérale. — R, demi-disque opaque rouge; T, demi-disque transparent blanc; B, liquide bleu; L, lampe électrique. Dès que l’avion s’incline latéralement un angle blanc devient aussitôt visible [fig. i); T, O, rectangle opaque bleu affleurant le niveau du liquide; R, liquide rouge contenu, dans un tube aminci aux extrémités supérieures.; B, Partie 'apparaissant blanche dès que l’avion s’incline;
- L, lampe électrique.
- Fig. io. — Coupe schématique du détonateur servant à détruire les avions allemands. — A, poignée; g, goupille qui arrachée avec la poignèe\lïbère le mouvement d’horlogerie; II, môuvement d’horlogerie; R, roue commandée par le mouvement d’horlogerie (révolution en io minutes); P, percuteur bandé, maintenu isolé du détonateur D par le dis-queKR. Au bout de 7 minutes le percuteur passe à travers une ouverture dans R et fait sauter D et l’explosif.
- Le premier dispositif avec levier est employé pour les avions de faible poids (1000 kg) qui permettent aux pilotes d’agir directement sur les ailerons par la seule démultiplication d’un bras de levier.
- La deuxième solution avec volant démultiplie l’effort considérablement, elle est employée sur les avions de poids moyens (1500 à 2000 kg) et sur les gros avions de bombardement (G. 4000 kg; R. 14000 kg).
- Les Allemands utilisent deux types d’indicateur de stabilité transversale, ceux-ci ne sont montés que sur les avions de nuit ou sur les avions très lourds; pendant le jour et sur un avion léger, le pilote s’aperçoit immédiatement de l’inclinaison de son avion. Le premier de ces appareils est constitué par un cadrap à 2 couleurs, rouge et blanc, rempli juste à fleur de la séparation des couleurs par ùn liquide bleu. Une petite ampoule électrique se trouve placée derrière l’appareil; dès que l’avion s’incline, un angle blanc est aussitôt visible et attire par
- sa luminosité, l’attention du pilote, afin qu’il rectifie sà position
- (fig- 9> i).
- Le second appareil est constitué par un tube en U dans lequel se trouve un liquide affleurant un niveau; tout déplacement. transversal de l’avion entraîne une forte dénivellation du liquide et prévient ainsi le pilote. Cet appareil peut être
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- Fig. ii. — Appareil inhalateur d’oxygène muni d’un tuyau et de son sac régulateur. L'oxygène est contenu dans le ballon placé à la partie inférieure. En haut, à droite, le robinet de débit; au centre, le manomètre.
- également éclairé par transparence au moyen d’une lampe électrique (fig. 9,2).
- La stabilité générale de vol a été obtenue sur les avions allemands par une judicieuse répartition des points d’application des forces de sustentation et des forces de pesanteur, par des formes appropriées en dièdre transversal, longitudinal et latéral, par la position d’empennages fixes qui régularisent la position de l’avion en vol normal, tels que plans de dérive verticaux, et plans stabilisateurs horizontaux. L’évolution vers la simplicité des empennages et des gouvernes est particulièrement sensible, en considérant les empennages actuels des zeppelins, il en sera de même pour l’évolution dès avions et actuellement les avions français, anglais et allemands ont des empennages — stabilisateurs — presque identiques.
- Organe de destruction. — Depuis plus d’un an, la plupart des avions allemands biplaces sont munis d’un engin de destruction qui permet à chaque pilote d’anéantir complètement son avion au cas où il est forcé d’atterrir dans nos lignes.
- Cet>engin est un détonateur à temps, de forme rectangulaire, en fonte et porte à sa partie supé^ rieure, une poignée rabattue et fixée par un fil de plomb.
- À l’intérieur, se trouve un mouvement d’horlogerie, divers détonateurs-relais et enfin l’explosif qui se compose de deux pains d’acide picrique.
- Le mécanisme est déclenché par l’arrachement de la poignée, qui libère le mouvement d’horlogerie.
- Le percuteur est isolé de la capsule de fulminate par un disque denté monté sur un axe et actionné par le mouvement d’horlogerie, ce disque porte une ouverture qui coïncide à un moment donné avec le percuteur, celui-ci frappe alors le fulminate et l’engin saute.
- Le temps de délai est d’environ 7 à 8 minutes, les parois de ce détonateur sont assez épaisses pour résister aux balles même perforantes ; le tout est solidement fixé sur l’avion à proximité du réservoir. L’avion est toujours entièrement détruit (fig. 10).
- Appareil respiratoire. — Nous avons vu précédemment que la supériorité d’altitude était un avantage tactique d’une valeur considérable surtout dans le combat, en ce qu’il permet à celui qui en bénéficie de' choisir le moment propice pour
- Fig. 12. — Dispositif de correspondance entre le pilote et le passager d’un avion allemand. — D, D', dis.ues porleurs des inscriptions; A, A', aiguilles solidaires l’une de l'autre; B, boutons molités permettant de commander les aiguilles; S, cordonnets de soie inextensible; T, tube de cuivre servant de guide aux cordonnets ; P et P', emplacements respec-tijs du pilote et du passager. Inscriptions portées : avion allemand; avion ennemi devant; avion ennemi derrière; artillerie tire sur nous; je suis blessé; mitrailleuse enrayée; repasser sur l’objectif; embrayer la T. S. F.
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- l’attaque ou la possibilité de regagner s<?s lignes avec une forte avance.
- Autrefois le « plafond d’un avion » était limité par la puissance du moteur, celle-ci baissant rapidement aux nautes altitudes.
- Actuellement divers procé- ’ dés de carburation et de réglage permettent d’atteindre des hauteurs de 6500 ou 7000 m. au cours de missions (avions allemands Rum-pler). C’est l’organisme humain qui cette fois ne fonctionnait plus dans de bonnes conditions. Les poumons n’ayant pas le temps voulu, au cours de la rapide ascension, de régler leur rythme en ' proportion avec la quantité d’oxygène du milieu ambiant, • il fut nécessaire pour éviter l’étouffement ou les accidents de circulation de donner à l’équipage un supplément d’oxygène.
- Les passagers des Zeppelins portent tous une petite bouteille d’oxygène comprimé, chaque bouteille est munie d’un manodétenteur spécial, permettant d’en régler exactement le débit. L’oxy- I gène est conduit jusqu’à la bouche de chaque J
- A bord des avions Rumpler destinés à exécuter des reconnaissances à longue portée et à haute altitude on trouve un appareil inhalateur d’oxygène commun au pilote et au passager.
- Cet appareil se trouve placé derrière le passager» dans le fuselage, deux tuyaux de caoutchouc armé en partent, l’un pour le pilote, l’autre pour le passager, et c’est ce dernier qui en règle le débit.
- Construit chez Ahrendt cet. inhalateur pèse complet 8 kg (fig. 11).
- L’oxygène est emmagasiné à l’état liquide dans un vase d’Arsonval à doubles parois. Cèt oxygène se vaporise au ftir et à mesure des besoins dans deux chambres de détente, Les gaz produits sont à une température extrêmement basse qui congestionnerait instantanément les poumons ; l’oxygène gazeux se réchauffé peu à peu en circulant dans des serpentins entourant le corps de l’appareil, puis il débouche par un robinet à pointeau réglable dans un sac en caoutchouc qui régularise le débit ; les gaz sont ensuite distribués à l’équipage par
- Fig. 14. — Schéma de l’inhalateur allemand d’oxygène utilisé sur les avions destinés à voler aux altitudes supérieures à 5ooo mètres. — B, Bouchon de remplissage; V, Vase à doubles parois isolées par le vide contenant l’oxygène liquide; T, tube de prise d’oxygène; D et D', chambres de détente; 5, S, S, Serpentins de réchauffage; R, Robinet à pointeau réglant le débit; C, sac en caoutchouc; P, embouts de distribution au pilote et au passager; M, manomètre; O, soupape de sûreté.
- Fig. i3. — Trousse de santé se trouvant à bord des avions allemands.
- homme par un tube en caoutchouc et une embou- I les deux tuyaux. Cet appareil peut fonctionner chure de pipe. là 6000 m, pour une personne pendant 1 h. ,40
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- 24 : .......- LE ROUISSAGE DU LINT PAR
- et pendant 1 heure pour deux personnes (fig. 14).'
- Il ne peut éclater au contact d’une balle, la pression intérieure étant minime, mais il peut donner lieu à un violent incendie. Le sac régulateur en caoutchouc est contenu dans un filet confectionné avec de la ficelle de papier (crise de chanvre?).
- Trousse de santé. — De nombreux avions allemands ont été trouvés porteurs d'une trousse de santé spécialement couçue pour l’aviation.
- Cette trousse très légère pèse 1,5 kg. De couleur vive, elle attire l’attention des spectateurs d’un accident venant porter secours à l’équipage. Elle contient, avec une notice d’utilisation très détaillée, une paire de ciseaux destinée à couper rapidement les vêtements, des paquets de pansement ordinaires, des paquets de pansement au bismuth contre les brûlures, une écharpe pouvant servir à former » « garrot », pour arrêter les hémorragies, des planchettes pour la réduction des fractures, etc.
- Ceintures. — Le pilote et le passager, pour ne pas être projetés hors de l’avion, soit au cours des évolutions d’un combat, soit au moment d’un capotage sont attachés sur leurs sièges par des ceintures de chanvre tressé. Ces ceintures sont munies d’anneaux en ressorts à boudin qui leur donnent une certaine élasticité ; elles ont un système de fermeture très robuste qui permet de les ouvrir d’un seul coup de main. Le pilote et le passager peuvent ainsi se dégager rapidement et éviter d’être brûlés vifs si un incendie éclate.
- FERMENTATION BACILLAIRE ~~...................
- Les avions allemands sont équipés avec d’autres dispositifs de bord moins importants. Sur certains il existe un système de correspondance sommaire entre le passager et le pilote, le bruit du moteur couvrant absolument le bruit de la voix.
- Ce dispositif se compose de deux cadrans placés, l’un devant le pilote, l’autre devant le passager. Sur ces cadrans sont portés quelques signes correspondant aux différentes indications que le passager veut faire connaître au pilote ou inversement.
- « Avion ennemi », « devant », « derrière », « nous sommes sous le feu de batterie », « mitrailleuse enrayée », « je suis blessé », « embrayez la génératrice de T. S. F. », « repassez sur l'objectif », etc.... Deux aiguilles tournent sur ces cadrans et sont solidaires l’une de l’autre par une cordelette de soie circulant dans un tube de cuivre (fig. 12).
- Les avions de chasse monoplaces sont munis d’une petite glace convexe placée au-dessus du pilote et devant lui, elle permet de surveiller d’un seul coup d’œil, et sans se retourner, toute la zone arrière.
- Cette glace possède un champ décision très étendu et décèle aussitôt l’approche de tout avion.
- Les pilotes d’avions monoplaces peuvent ainsi ne pas être victimes des attaques foudroyantes par derrière. Ll Jean-Abel Lefbanc.
- LE ROUISSAGE DU LIN PAR FERMENTATION BACILLAIRE
- Le rouissage industriel du lin est aujourd'hui à l’ordre du jour. Les événements de Russie lui ont donné en quelque sorte une actualité. Les lins de ce pays, meilleur marché que ceux du reste de l’Europe et se prêtant à plus d’emplois, étaient avant la guerre indispensables à l’alimentation de toutes les filatures du continent sans exception : rien qu’en France nous en recevions 959 956 quintaux en 1915 d’une valeur de 101 896 000 francs et cette quantité ne représentait que le tiers des exportations russes. Or, voici que les provinces Baltiques, grandes productrices de lin, sont entre les mains des Allemands, et rien ne dit que la culture du lin continue à être intensifiée comme avant la guerre dans les autres régions de la Russie. Si nous ne devons plus compter sur ce pays, du moins-dans les mêmes proportions, les seuls remèdes résident pour nous soit dans l’augmentation de notre aire culturale, soit dans l’exploitation de la filasse pour des pays neufs comme la République Argentine et le Canada qui jusqu’ici brûlaient comme inutilisables les pailles de lin qu’elles récoltaient pour n’en retirer que la graine. Mais on ne saurait y songer avec les procédés actuels de rouissage agricole, longs, dispendieux, empoisonnant les cours
- d’eau, exigeant, dans tous les cas des soins minutieux et accaparant pour sécher ou étendre les tiges des terres qui seraient à coup sûr beaucoup mieux utilisées pour la culture. Les divers procédés de rouissage industriel ont tous au moins le grand avantage d’être rapides et de pouvoir traiter sans inconvénients de grandes quantités de tiges ; mais ils avaient encore jusqu’en ces derniers temps besoin d’être étudiés de près pour donner les résultats attendus et notamment là production des sortes à bon marché comparables à celles de provenance russe.
- On s’était déjà préoccupé quelques années avant la guerre, de la façon dont il serait possible de remédier à un déficit occasionnel delà récolte russe, mais sans y être poussé par l’aiguillon de l’actualité, de la même manière que nos filateurs de coton par exemple s’inquiétaient, sans sé presser, de la propagande de la culture du coton dans nos possessions africaines en vue de ne pas rester perpétuellement tributaires de la récolte américaine. Il y avait alors notamment deux procédés de rouissage industriel en pleine activité : celui de M. Peufaillit et celui de M. Fouillette, décrits ici même (voy. nos 2084 et 2129). On connaissait également en
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- plein fonctionnement d’autres méthodes que nous pourrions appeler semi-agricoles, parce que, pour le séchage des tiges notamment, elles étaient soumises à l'influence des saisons : celle de M. Le-grand-Vanstenkiste, mise en pratique avant les hostilités à Bernem-les-Bruges, puis à Appinge-dam, en Groningue, et celle de M. J.-B. Gousinne, installée à llalluin, Ponl-à-Marcq, et Saint-Georges-les-Gravelines, dans le Mord.
- Mais pendant que fonctionnaient ces procédés, un professeur de bactériologie réputé, M. Jacques Rossi, se livrait dans son laboratoire de l’École royale supérieure d’agriculture de Portici, à l’étude des méthodes microbiologiques de rouissage. Par une série de mémoires dont il serait trop long de rendre compte (*), il constata qu’il existe dans la nature une série de microbes pouvant anéantir les éléments cellulaires des végétaux tout en respectant d’une façon absolue les cellules et leurs dérivés, fibres, pellicules, etc. Il fit une culture de Ba-cillus Comesii (du nom du professeur Orazio Comesi), isolé par lui dans des conditions spéciales, en présence de brindilles de lin stérilisées et chimiquement intactes, et obtint la dissociation de la tige en ses trois parties : bois, fibres textiles du liber et cellules des couches corticales. Il constata de plus que pendant plusieurs années les fibres pouvaient rester en présence du bacille encore vivant sans être le moins du monde attaquées, fait qui au poini de vue du rouissage avait une importance capitale. Il avait donc isolé dans ses tubes un bacille mangeur de pectose, si nous pouvons nous exprimer ainsi, et dédaigneux de la cellulose, c’est-à-dire qui, mis en présence d’une tige de lin, en détruisait la matière gommo-résineuse, la pectose dont il s’alimentait, et laissait la fibre elle-même intacte.
- Mais comment industrialiser et rendre pratique ce procédé de laboratoire? Il a fallu pour cela une série d’essais, ayant duré plusieurs années, faits
- 1. Voir notamment Primo conlribulo allô studio délia decomposizione di fvammenli ricavaii da organi vegetali vivent i (1903); Sludi istologici e chimici sulla decomposizione dei vegetali (1905); U Bacillus Comesii e le sua proprietg (1907) ; Primo conlribulo allô studio délia mace-razione délia canapa (1905), etc. ^
- le plus souvent en présence de. manufacturiers compétents, et qui ont abouti, en ce qui concerne la France, à l’installation, à Bonnétable, dans la Sarthe, d’un établissement de rouissage industriel basé sur les procédés Rossi, qui fonctionne depuis plus de deux ans, et donne les résultats les plus probants.
- Les expériences bactériologiques de M. Rossi avaient mis en évidence deux points principaux : 1° le B. Comesii est aérobie, et d’autant plus actif que l’air au milieu duquel il se meut est plus abondant; 2° une température de 50 à 52° lui est nécessaire pour vivre. En application de ces principes, le rouissage du lin proprement dit a été méthodiquement divisé comme suit : 1° immer-
- sion des bottes de lin en paille dans des cuves appropriées, renfermant une eau à la température de 50 à 52° G. ; 2° addition d’une certaine quantité de bouillon de culture dans des conditions que nous allons indiquer ; 3° insufflation pendant toute la durée du rouissage d’une grande quantité d’air venant du fond des • cuves et traversant toute la masse d’eau. Nous allons indiquer comment sont conduites à Bonnétable ces diverses opérations.
- Préparation du bouillon de culture. :— Les tubes renfermant les bacilles sont envoyés tout préparés à l’usine, en caisses bien closes, par les soins de M. Rossi. Avant de les expédier, les préparateurs ont eu soin de renfermer dans chacun d’eux un petit morceau de tige textile contenant naturellement de la matière pectique (lin, chanvre ou ramie), de façon à subvenir constamment à l'alimentation du ferment microbien et à lui maintenir toute son activité. On peut déjà se rendre
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- compte, en examinant ce fragment de tige à travers le verre à son arrivée à l’usine, combien est actif, le travail bactériologique, car la fibre est presque complètement mise à nu.
- Il s’agit avec ces tubes de préparer dans l’établissement, le bouillon de culture. Pour cela, une simple ouvrière suffit, procédant en quelque sorte mécaniquement, suivant les instructions qui lui ont été données. Son premier soin est de libérer le contenu des tubes, qui naturellement sont hermétiquement clos; elle se sert d’une simple lampe à alcool, à la flamme de laquelle elle chauffe l’extrémité, et aussitôt celle-ci ouverte, elle la ferme immédiatement d’un tampon de ouate. Elle a devant elle deux récipients clos en zinc de
- 40 litres de capacité, communiquant l’un avec l’autre. Dans le premier se trouvent 3 kg de lin en paille immergeant dans l'eau; par une introduction de vapeur, elle fait bouillir cette eau durant 40 minutes et prépare ainsi la quantité de pectose nécessaire à l’alimentation du ferment microbien. Au bout de ce temps, elle fait passer la préparation dans le second récipient; la température s’y, abaisse à 35° G. environ, on l’y maintient à ce degré pendant 48 heures, après quoi par une introduction d’eau froide on l’y ramène à 30 ou 32° G. ; c’est le degré de température nécessaire à la vie du ferment. L’ouvrière introduit alors le contenu de chaque tube (deux en moyenne) dans le second récipient à l’aide d’un entonnoir de verre terminé par un tuyau mobile qu’elle a eu soin de stériliser par un passage sur la flamme de la lampe à alcool. La température du récipient étant maintenue à 310 C., le bouillon est prêt à être
- versé de suite dans les cuves où se trouve le lin en paille préparé comme nous allons l’indiquer.
- Préparation des cuves, — Les cuves sont de vastes quadrilatères en ciment armé, ouvertes à l’air libre, d’une contenance moyenne de 50 m3. Billes se trouvent à Bonnétable au nombre de quatre, côte à côte, dans un massif en briques couvert d’un hangar clos muni de portes pour les tenir suffisamment à l’abri des intempéries. Chacune d’elles contient environ de 5000 à 5500 kg de lin en paille, mais ces quantités ne sont pas limitatives et les cuves pourraient être plus grandes sans inconvénients. Elles sont munies dans le fond, de chaque côté, de deux tuyaux ramifiés percés de trous, pour l’arrivée de l’air ; puis, au centre et également
- dans le fond d’un autre tuyau plus gros percé de trous : c’est celui qui sert pour l’injection de la vapeur et le maintien à 50-32° C. de l’eau qu’on va y introduire. Celle-ci ar-l’ive par un nouveau tuyau ; de sorte que chaque cuve est munie de trois systèmes de tuyautage réglables chacun par un robinet spécial; le premier pour l’air, le second pour la vapeur, le troisième pour l’eau. Les bottes de lin en paille, qu’on a eu soin d’égrener de façon à en retirer la semence d’un prix très élevé en ce moment, sont d’abord placées horizontalement et côte à côte dans la cuve vide jusqu’à parfait rempli. Les cuves de Bonnétable sont en fonctionnement perpétuel et leur séparation permet de rouir dans chacune d’elles des lins d’une qualité hien déterminée. Lorsqu'elles sont pleines, on y introduit l’eau. Les hottes sont maintenues dans le liquide par un barrage en bois, car elles ont tendance à monter. Puis on ouvre le tuyau de vapeur pour porter cette eau froide à 30-52° C. On va alors recueillir dans des seaux à l’air libre le bouillon de culture du récipient où nous l’avons vu préparer tout à l’heure et on en déverse tout simplement le contenu à la surface des cuves : les 40 litres qu’il contient suffisent pour 2 cuves, soit 20 litres pour chacune d’elles. C’est alors qu’on envoie dans les cuves le courant d’air. Un compresseur d’air Westinghouse dessert les quatre cuves de Bonnétable, à raison de 200 litres par minute et par cuve. L’arrivée de cet air est marquée par un
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- bouillonnement considérable : les cuves se couvrent jusqu’à 1 m. de hauteur d’une mousse blanche tellement abondante qu’on la voit se déverser de l’une dans l’autre.
- Le ferment est alors en travail. Nous nous sommes rendu compte de son activité croissante par des examens microscopiques durant tout le temps du rouissage. Les bacilles, grossis à 1200 diamètres, ont la forme de bâtonnets qui évoluent en tous sens dans le liquide, mais leurs mouvements sont plus rapides au fur et à mesure que se poursuit l’opération. Au bout de 36 à 40 heures, celle-ci est terminée, le lin est roui. Ce temps peut être dépassé sans inconvénient pour les tiges, puisque nous avons dit tout à l’heure ('jue le ferment microbien s’attaquait uniquement à la matière pectique et respectait la cellulose de la fibre. Nous avons pu du reste, en retirant quelques tiges et en constatant que le filament s’en détachait avec facilité, nous assurer que le rouissage était bien terminé.
- Il ne reste plus qu’à retirer les bottes comme nous allons l’indiquer et à vider les cuves. Cette dernière opération se fait à Bonnétable par une canalisation en ciment qui conduit directement l’eau de rouissage à une rivière voisine ; celle-ci n’est pas souillée comme dans le rouissage rural, car l’eau des cuves esta peine teintée de jaune et son odeur, assez peu sensible et nullement incommodante, ne ressemble en rien au relent nauséabond qui se dégage des environs des routoirs à eau courante de la Lys, le seul qui puisse lui être comparé.
- Retrait des bottes de lin de la cuve. — Pour retirer les bottes, on commence par enlever le barrage de bois qui maintient les tiges immergées, celles-ci remontent d’elles-mêmes à la surface de l’eau : des ouvriers, couverts de vêtements en toile cirée, armés de fourches, retirent les bottes une à une et les placent sur des wagonnets d’un chemin de fer Decauville à la porte même de la salle de routoir. Il est évident que cette manipulation des plus faciles est autrement simple que celle qu’exige dans le rouissage rural le retrait de la rivière des lourdes caisses de lin qui y ont séjourné. Les bottes sortant des cuves sont ici de belle cou-
- leur, une eau jaunâtre à peine colorée en découle.
- Au fur et à mesure que les wagonnets sont chargés, on les conduit au champ de séchage pour y subir un ressuyage rapide à l’air libre et abandonner la plus grande partie de leur eau de rouissage. Poussées jusqu’au bord du champ, les bottes sont enlevées et amenées à l’ouvrier étendeur. Celui-ci saisit chacune d’elles, la débarrasse de ses liens, la pose à plat sur le champ, y prend des poignées qu’il ouvre en éventail et dont il forme, en écartant les pieds et rapprochant les têtes, des cônes désignés dans les pays liniers sous le nom de « cahoutes ». Un homme en temps norfnal suffit pour mettre en cahoutes, 1000 kg par jour, mais il. lui faut des aides pour les « retôurner » tous les
- deux jours, c’est-à-dire pour placer à l’extérieur les tiges intérieures : au bout de 4 à 6 jours, suivant la saison, de ce séchage préliminaire essentiellement économique, la presque totalité de l’eau de rouissage s’est écoulée ; on peut enlever le lin en paille et le remettre en bottes de 6 kg environ, dont on égalise la grosseur en plaçant par moitié les racines d’un côté, les têtes de l’autre. En été, s’il fait beau, le lin est suffisamment sec pour être broyé etteillé; mais en hiver, et parfois en été, à cause du mauvais temps, il faut pour une dessiccation complète le faire sécher artificiellement de la façon que nous allons indiquer.
- Séchage artificiel complémentaire. — Le séchoir artificiel de Bonnétable se compose d’un long couloir cimenté en briques, fermé de tous côtés à l’exception des deux extrémités, de 26 m. de longueur, chauffé par deux tuyaux à ailettes placés sur le sol à chacun de ses côtés et traversé par un
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- violent courant d’air chaud refoulé à une extrémité par un ventilateur précédé d’un aéro-condenseur. Il est traversé par un petit chemin de fer Decauville, où sont placés au fur et à mesure de leur chargement en lin et paille des chariots se composant d’un quadrilatère en hois (2 m. de haut sur 0 m. 90 de large et 5 m. de long) dans lesquels sont étagés 20 claies en bois et 01 de fer superposées : c’est sur celles-ci qu’on étend les poignées humides.
- Lorsque les bottes arrivent, en effet, du champ de séchage, elles sont aussitôt ouvertes par les ouvriers chargeurs, et placées sur les claies mises en place dans les crans de chaque chariot. Celui-ci contient 10 bottes de 2 kg environ. Tout chariot prêt est immédiatement^introduit dans le séchoir, engagé sur les rails; puis on en prépare un autre. Successivement 28 chariots finissent par remplir le séchoir, poussés à la suite les uns des autres, et subissent sur leur parcours l’action du courant d’air chaud. La préparation des 28 chariots dure 2 heures : en d’autres termes on. estime qu’au bout de ce temps tous sont passés dans le séchoir et qu’on peut les retirer un à un à l’extrémité de sortie. Plus d’ailleurs les couches de lin en paille étalées dans chaque chariot sont minces, plus cette rapidité est accentuée. Les tiges sont alors remises en bottes pour une plus facile manipulation : elles restent impunément accumulées dans l’atelier en attendant d’être broyées, puis teillées. Mais elles peux^ent de suite, si l’on veut, être transformées en filasse. Pour nous en convaincre, un ouvrier a enlevé en notre présence une botte de lin encore chaude, l’a passée sous nos yeux
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- La Nature a déjà parlé à maintes reprises des problèmes du ravitaillement, et ses lecteurs sont aujourd’hui familiarisés avec ces questions difficiles.
- Ils ont notamment pu se rendre compte que notre nourriture dépend de trois conditions principales : la production intérieure du pays ; les importations provenant des autres grands pays agricoles, en première ligne des États-Unis ; le fret, en majeure partie anglais.
- Comme aucun Allié ne produit sur son sol toutes les matières nécessaires à son alimentation en quantités juste suffisantes, un partage équitable des excédents de chacun et leur transport chez les déficitaires est hautement désirable pour éviter les restrictions pénibles et les changements d’habitudes alimentaires qui diminuent la force de résistance des.pays.
- U faut réaliser la mise en commun entre Alliés de toutes les ressources, aussi bien des aliments ! que des hommes, et un commandement unique,
- INTERALLIÉE D’ALIMENTATION ===
- à la broyeuse, l’a teillée au moulin flamand, et nous a présenté l’état de long brin le lin que nous avions vu en paille quelques minutes auparavant.
- Ce -procédé de rouissage industriel, simple, rapide et peu coûteux, nous a paru d’autant plus intéressant à signaler, qu’au point de vue des applications générales de la science à l’industrie, il nous semble marquer une étape dans l’évolution des idées de certains milieux manufacturiers. U y a quelques années en effet, lorsqu’on parlait' à un filateur de lin de l’intérêt qu’il pourrait y avoir à trouver - une méthode réellement bactériologique applicable à la pratique du rouissage, on le voyait hausser les épaules et sourire, rejetant bien loin du domaine des faits tangibles ce qui ne pouvait être à ses yeux qu’une curiosité de laboratoire. Cette mentalité se modifierait-elle en regard de la pénurie actuelle en lins russes? Toujours est-il que, durant notre séjour à Bonnétable, nous avons vu un certains nombre de filateurs de lin des environs s’inquiéter de la nouvelle méthode, visiter l’usine de rouissage industriel et en rapporter l’impression la plus favorable : plusieurs d’entre eux avaient demandé à faire leur visite sans préavis, craignant qu’une préparation plus soignée permit de ne pas leur montrer le traitement sous son vrai jour. Des manufacturiers étrangers faisaient de même. Aujourd’hui, on peut le dire, la bactériologie du rouissage est complètement mise au point et son application industrielle est un fait accompli. Le progrès peut y amener des modifications ; mais le principe du procédé, sa base scientifique, restent acquis. . x\lfred Renouard.
- INTERALLIÉE D’ALIMENTATION
- pour la distribution des vivres comme pour la direction des batailles.
- C’est ce qu’a compris le Congrès interallié de Versailles, à l’automne de 1917, quand il décida de créer une Commission scientifique interalliée d’alimentation et un Comité exécutif interallié de ravitaillement, la première pour étudier les ressources de chacun, le deuxième pour les répartir.
- Le problème de l’alimentation étant d’abord une question physiologique, la Commission scientifique, eut à examiner les besoins exacts de chaque peuple, de chaque race, de chaque catégorie d’habitants : soldats, femmes, enfants, vieillards. Puis vinrenL les problèmes statistiques : nombre de consommateurs de chaque catégorie, productions et stocks de chaque espèce de nourriture, prévisions de récoltes pour 1918. Vinrent ensuite les questions de répartition qui se posent toutes ainsi : étant donné, pour un des pays alliés, une production connue de blé, de viande ou de tel autre aliment nécessaire, celle-ci est-elle inférieure, égale ou supérieure à ses
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- besoins? Que doit-il céder aux autres ou que faut-il lui apporter afin d’assurer à tous une nourriture suffisante pour maintenir la population en santé et lui conserver son activité nécessaire. Enfin, quel fret nécessiteront tous cès échanges, tous ces transports et comment les régler le plus utilement et le plus économiquement possible?
- La Commission Scientifique Interalliée d’Alimen-tation est constituée par des délégués des divers états : les professeurs Gley et Langlois pour la France, Bottazzi et Pagliani pour l’Italie, Rulot pour la Belgique, Chittenden etLusk pour les États-Unis, Starling et Wood pour F Angl eterre. Dans chaque pays s’est formé un comité national pour l’étude des mêmes questions, le Food Committee de la Royal Society de Londres, celui de l’Académie des Sciences de Washington, celui de l’Académie des Lincei, à Rome; enfin en France, tout récemment, la Commission d’Alimentation de la Société de Biologie.
- La Commission Scientifique Interalliée s’est déjà réunie trois fois, à Paris, à Rome, puis à Londres. Les deux premières réunions eurent surtout pour but de fixer les bases de tous les calculs. On décida d’employer la tonne métrique comme unité de poids, l’hectare comme unité de surface, la calorie comme unité d’énergie alimentaire. La valeur nutritive en calories des divers aliments fut établie, principalement d’après les données d’Atwater qui sont classiques. On discuta la ration normale m- yenne à accorder aux hommes, aux femmes et aux enfants, selon leur âge. On examina la question du besoin d’aliments spéciaux : matières azotées, graisses, etc.
- Le terrain étant ainsi déblayé, la dernière réunion de Londres aboutit à. un ensemble de conclusions qui viennent d’être transmises aux gouvernements représentés et qui doivent servir de bases ?aux prochaines décisions du Comité exécutif interallié
- Ce sont ces conclusions sur lesquelles nous voulons attirer l’attention de nos lecteurs, car elles inspireront certainement les mesures de noire Ministère du Ravitaillement pendant l’année 1918-1919.
- hI. La Commission a décidé qu’il n’est pas désirable de fixer une ration minima de viande, car il n’y a pas de besoin physiologique absolu de viande, les matières protéiques qu’elle fournit pouvant être remplacées parcelles du lait, du fromage,des œufs et de différents végétaux.
- II. La Commission a fixé une ration minima désirable de graisse : 75 gr. par homme moyen et par jour. Cette ration pourra être assurée in<liffér remment par des graisses d’origine végétale ou animale. Si la quantité de graisses végétales est déficitaire, il pourra être nécessaire d’élever un nombre d’animaux suffisant pour conserver cette ration.
- III. La Commission recommande de réserver à l’homme la plus grande proportion possible de toutes les céréales, excepté l’avoine.
- IV. La Commission est d’avis que tous les Alliés adoptent un taux uniforme d’extraction pour le blé et que ce taux soit de 85 pour 100. L’extraction pourra varier de 80 pour 100 en été à 90 pour 100 en hiver. Cette mesure pourra être appliquée aux États-Unis, en cas de nécessité et seulement pour leur consommation intérieure.
- V. L’homme devra toujours passer avant les animaux domestiques dans les répartitions de nourriture faites par les gouvernements. Il est préférable de limiter les prix des aliments d’origine animale plutôt que les produits végétaux pouvant servir également à la nourriture de l’homme et des animaux. Ainsi, la production du veau, du porc et de la volaille au moyen d’aliments utilisables par l’homme sera découragée, puisque l’éleveur ne pourra y trouver bénéfice.
- VI. La Commission a émis l’opinion que dans tous les pays alliés une propagande pour encourager la production de nourriture et éviter le gaspillage devrait être organisée et dirigée par des hommes de science compétents en ces matières.
- Ajoutons à ces décisions quelques commentaires pour en indiquer la portée.
- Inutile d’insister sur la question de la viande. Les lecteurs de La Nature la connaissent sous ses diverses faces par les deux articles publiés dans les numéros 2282 et 2533. L’avis de la Commission interalliée est conforme à l’opinion de tous les physiologistes.
- La question de la graisse est plus délicate. C’est la première fois qu’on affirme le besoin d’une quantité minima de matières grasses, bien que les physiologistes ne se soient jamais prononcés dans ce sens. Au contraire, ils admettent tous que la graisse et les hydrates de carbone (amidons et sucres) peuvent se remplacer mutuellement, avec, il est vrai, des valeurs énergétiques différentes. Un gramme de graisse fournit 9 calories, alors qu’un gramme d’hydrates de carbone n’en donne que 4. La graisse a donc un pouvoir nutritif plus de deux fois plus grand, ce qui a son importance au point dé vue du fret, quand il s’agit de transporter une grande masse de calories sous un faible poids et un faible volume. Mais la fixation d’un minimum de graisse, quelque modique qu’il soit, n’est pas sans danger. Prenons l’exemple de la France. 75 grammes de graisse par homme et par jour, cela lait pour chaque journée un ravitaillement à assurer de :
- 75 gr. X 40 000 000 = 3000 tonnes et pour l’année, de :
- 5000 X 365 = 1 095 000 tonnes.
- Si nous pouvons aisément nous les procurer, il n’y a certes rien à dire.
- Mais les plantes oléagineuses sont en grande partie des productions coloniales et l’on sait toutes les difficultés que nous éprouvons pour transporter
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- 30 .. ==r NÉCROLOGIE : LE BARON HULOT
- en France les richesses de nos colonies! Si cette source de matières grasses est insuffisante, nous pourrons certes y remédier en produisant sur place des graisses animales. Mais alors il faudra mettre des animaux à l’engrais, leur fournir des nourritures d’homme, des grains, des pommes de terre, des aliments concentrés, et ils ne nous rendront en graisse qu’une faible part des hydrates de carbone que nous leur aurons fournis, beaucoup moins que la moitié.
- Ne sera-ce pas là un gaspillage? Et si le besoin d'une ration minima de graisse n’est pas prouvé, ^ n’aurait-il pas mieux valu éviter de la fixer à un chiffre déterminé, quitte à parfaire, en cas de nécessité, le besoin de calories par une augmentation du taux des hydrates de carbone, plus faciles à se procurer et moins dispendieux à produire.
- C’est là la seule observation à adresser aux travaux de la Commission.
- Les décisions relatives aux céréales et au taux de blutage du blé sont des plus sages. Tandis que les Anglais mangent un pain de farine extraite à 92 pour 100, les Français consomment actuellement de la farine à 80 ou 82 pour 100 et les Américains du pain blanc de farine à 70 pour 100. Un peu plus
- d’uniformité ne sera pas mauvaise, car si notre pain actuel est parfaitement mangeable, celui à 92 pour 100 s’altère et moisit facilement, surtout l’été, et toute altération est cause de gaspillage.
- Les idées de la Commission sur les taxations des viandes gagneront à être appliquées de suite. Combien de veaux ont été nourris de lait, de porcs avec des pommes de terre, de poulets aveç du blé, parce que les hauts prix de la viande rendaient pécuniairement avantageuses de pareilles pratiques ! 11 faut cependant qu’elles cessent si nous voulons continuer de manger notre content.
- Tel est l’état actuel des travaux de la Commission scientifique Interalliée du Ravitaillement. Dans Sa prochaine réunion, elle examinera les statistiques de production des divers pays et leurs besoins de nourriture respectifs, d’où découlera le tonnage des exportations possibles et des importations nécessaires pour chacun.
- Ainsi sera enfin réalisée l’unité alimentaire de tons ceux qui combattent pour le droit et la liberté. Ainsi prendront fin les mesures isolées, hâtives et dispendieuses, les restrictions iuutiles lorsqu’elles ne sont pas basées sur la science.
- Daniel Claude.
- NÉCROLOGIE : LE BARON HULOT
- Tous ceux qui s’intéressent au progrès des' sciences géographiques, ont été douloureusement affectés en apprenant la mort’ si prématurée du baron Hulot. Fils d’un inspecteur général des Finances, petit-fils d’un lieutenant général qui avait pris une part brillante aux guerres de la Révolution et de l’Empire, Étienne-Gabriel-Joseph Hulot fit de fortes études à la Faculté de Droit et à l’École des Sciences politiques (dont les anciens élèves devaient faire un jour de lui leur président). Plusieurs voyages dans les principaux pays de l’Europe et dans l’Amérique du Nord développèrent son goût pour les études de géographie. Il publiait en 1888 un excellent livre : De l'Atlantique au Pacifique qui fut couronné par l’Académie française, et qui fut suivi de remarquables études sur Dumont d'Urville et d'Entrecasteaux. Élu en janvier 1897 secrétaire général de la Société de géographie, en remplacement de M. Maunoir dont il avait été pendant quatre ans le collaborateur, il a rempli depuis cette époque les fonctions qui lui ont été confiées, avec autant de dévouement que d’intelligence. Son activité ne s’est même pas démentie pendant la cruelle maladie à laquelle il a succombé. On peut dire que le baron Hulot a été pendant vingt et un ans, l’ami et souvent le conseiller de tous nos grands
- explorateurs. Il se fit maintes fois leur avocat, de même qu’il exposa maintes fois dans des notices remarquablement écrites, le résultat de leurs travaux. Il contribua puissamment au succès de diverses missions (mission Lenfant, mission Foureau Lamy, mission de la maladie du sommeil). C’est lui aussi qui mit sur pied en 1915-1914 la mission scientifique du Maroc qui a déjà donné de si précieux résultats. Quand la guerre éclata, cet ardent patriote (il était d’origine lorraine) organisa dans les divers arrondissements de la capitale des conférences populaires ayant pour but de faire comprendre les causes profondes de la guerre et les ambitions de l’Allemagne. Il fut lui-même un des conférenciers. [Le premier des deux volumes où elles sont reproduites, précédé d’une ,préface de M. Paul Deschanel, qui met en lumière l’œuvre accomplie par la Société de Géographie, a récemment paru.] Nous nous bornerons à ajouter que si la Science perd en la personne du baron Hulot un représentant distingué, tous ceux qui ont été en contact avec cet homme charmant, perdent en lui un .ami très sûr, très dévoué et très bon. Le souvenir d’Étienne Hulot ne s’effacera pas de la mémoire de ceux qui l’ont connu.
- Georges Blondel.
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- LES AGRANDISSEMENTS DU PORT DE LA PALLICE
- La Rochelle fut pendant longtemps un des plus grands ports de France. Si les guerres de religion la troublèrent longuement jusqu’au fameux siège de Richelieu qui barra la mer d’une digue pour isoler les Rochelais protestants révoltés du secours de la flotte anglaise, le commerce y reprit prospère. Puis La Rochelle s’endormit dans sa gloire, et son importance déclina de plus en plus. Malgré la sécurité de sa rade, les lignes de navigation la délaissèrent progressivement à cause de l’ensablement de son chenal et ausjsi par suite de l’insuffisance de ses voies d’accès.
- La Rochelle n’était plus qu’une vieille ville riche d’histoire, quand, à la suite d’études entreprises* notamment par Bouquet de la Grye, une loi du 2 avril 1880 la ressuscita ou plutôt lui adjoignit un port de commerce moderne capable d’attirer les bateaux comme autrefois. Ge port est La Pallice situé à 5 kilomètres delà ville, sur la pointe qui s’avance en face de l’île de Ré. Le Bulletin hebdomadaire de la Navigation et des Ports maritimes vient de relater les progrès rapides de la nouvelle ville. Le port inauguré en 1891 et considéré alors comme largement suffisant pour tous les vaisseaux était dès 1914 trop petit pour le trafic qui s’y faisait.
- Le port primitif fut créé de toutes pièces, en partie creusé de main d’homme dans les roches de la côte et en partie conquis sur la mer. Il comprend un avant-port très sûr accessible même par gros temps, de 12 hectares 1/2 de superficie, bordé par deux jetées longues de 433 et 626 mètres, terminées chacune par un feu, et un bassin à flot de 11 hectares 1/2, long de 700 m., communiquant avec l’avant-port par une écluse de 235 m. sur 22, permettant de sasser des bateaux de 8 m. de tirant d’eau. Le port est bordé de larges quais abondamment éclairés et pourvus de nombreux engins de levage.
- Dès son ouverture le port devint un point d’attache de la Pacific Steam Navigation Company. La Compagnie Générale Transatlantique y organisait peu après un service hebdomadaire pour Londres via Saint-Nazaire et New-Haven. Bientôt de nombreuses lignes régulières s’organisaient pour relier La Pallice aux ports*de la mer du Nord, du Maroc, de l’Algérie, de l’Afrique Occidentale, de l’Amérique du Sud. Des usines se construisaient pour traiter les pétroles, les engrais chimiques, le guano, etc. Le trafic qui n’était en 1890 que de 666000 t.r atteignait dès 1895 1220000 et approchait en 1912 de 2 500000 t. de jauge brute. Le tonnage des marchandises qui était de 917 000 t. en 1912 a crû énormément depuis la guerre puisqu’il a' atteint 1 500000 t. en 1915 et près de 1 800000 en 1916. Cette croissance rapide s’explique suffisamment par la sécurité du port éloigné de la zone des opérations
- de guerre et par l’espace considérable disponible pour la construction des usines.
- Dès avant la guerre, le port était devenu trop petit, surtout pour les grands navires d'escale, toujours pressés, qui ne peuvent perdre de temps au passage des écluses et qui exigent des transbordements rapides assurés par un puissant outillage.
- Une loi du 21 avril 1914 approuva un vaste pro- ' jet d’agrandissement du port dont les travaux étaient évalués à 23 800000 francs. Ce projet prévoit la construction d’un immense avant-port permettant l’entrée dé*navires calant 10 m. et plus. Le nouveau quai Nord formera quai d’escale et sera accostable par les paquebots. Il sera bordé d’un môle de protection de 760 m. de long protégeant le port contre l’agitation due au vent de Nord-Ouest, le seul gênant.
- L’avant-port actuel s’ouvrira dans le nouveau et l’on bordera ses jetées de deux quais de marée pris sur la mer et d’une largeur de 125 à 175 m. Pour faciliter la manœuvre des navires le musoir et une petite partie de la jetée nord seront démolis, pour porter l’entrée à 130 m. de large.
- Aux deux cales de radoub s’ouvrant actuellement à l’angle sud-ouest du bassin à flot, on en ajoutera une autre de 300 m. de long, débouchant dans l’avant-port actuel à la- racine de la jetée sud.
- Ce premier travail ajoutera au port actuel 925 m. de quai dont 600 abordables pour des navires de 12 m. de tirant d’eau. Le cercle d’évitage de cet avant-port aura 800 m. de diamètre.
- Une décision ministérielle du 27 mai 1916 a pris en considération l’exécution d’un pont tournant accessible aux voitures et à une, voie ferrée sur l’écluse actuelle. Une autre du 3l octobre de la même année a décidé .l’aSouillement de l’avant-port existant de la cote — 5 à la cote — 7 m. Un décret du 27 décembre 1916, a prévu Rallongement du bassin à flot sur 150 m. vers le fond. Des voies ferrées sont tracées pour desservir tous les quais.
- Malgré l’ampleur de ces travaux il a semblé judicieux de prévoir plus loin encore et l’on a fait l’étude des agrandissements ultérieurs possibles.
- Au nord du futur avant-port on pourrait encore construire un immense bassin de marée contenant un cercle d’évitage de 500 m. et s’ouvrant par une passe de 100 m. sur 75. Ce bassin se prolongerait par deux darses de 200 m. de large sur 600 à 700 m. de long, séparées par un large môle. Il pourrait recevoir dans son angle sud-ouest deux formes de radoub de 300 et 400 m.< de long. La longueur totale des quais ainsi construits, atteindrait 4780 mètres.
- Au sud du port actuel, on pourrait également construire une digue partant de terre et s’avançant vers le môle nord en laissant une entrée de 500 m.
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- LES AGRANDISSEMENTS DU PORT DE LA PALLICE
- Derrière celte digue une darse de 400 mètres de Farge compléterait à 4 500 mètres la longueur des quais utilisables dans cette partie. La guerre a empêché d'entreprendre ces travaux et ils ne pourront -vraisemblablement être commencés avant la fin des hostilités. Mais leurs détails d’exécution sont actuellement soigneusement étu-i'on es-mêrae
- qui possède un plan d’extension aussi soigneusement étudié. Il est impossible de prévoir en combien de temps ces projets seront réalisés, mais pour un port aussi jeune, aussi actif et de croissance aussi rapide que La Pallice, on.convien-
- Projets d’agrandissements du port de La Pallice.
- pouvoir les amorcer prochainement en commençant par les rectifications de routes et de voies ferrées nécessaires.
- La Pallice est peut-être le seul port de France
- dra qu’il est préférable de voir grand, plutôt que d’entreprendre des travaux au jour le jour, sans programme d?ensemble et toujours en retard sur les nécessités. A. Breton,
- Le Géranl • P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras. 9. à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 233 8.
- 10 AOUT 1918
- LE PLUS RECENT ET LE PLUS GRAND CHANTIER
- DE CONSTRUCTION NAVALE
- Reportons-nous seulement à un an en arrière. Nous venions de subir l’apogée de la guerre sous-marine. 1 300000 tonnes avaient disparu pendant le premier trimestre de 1917, 875 000 dans le seul mois d’avril; en quatre'mois l’équivalent de la (lotte française du temps de paix ! Les constructions des alliés et des neutres n’égalaient pas à beaucoup près le tonnage détruit. Et les hommes compétents voyaient avec inquiétude l’avenir.
- La piraterie soüs-marine allait-elle terminer la guerre comme l’annonçaient triomphalement les Allemands? Les Alliés seraient-ils réduits' à la famine, isolés du reste du globe? L’Angleterre finirait-elle par êtrebloquéedans ses îles? L’Amérique ne pourrait-elle venir à notre secours?
- Tels étaient les graves soucis de l’été- dernier, qu’il faut bien rappeler, maintenant qu’ils ont disparu, pour appuyer notre certitude de victoire.
- Dès juillet 1917, la crise diminuait; les Alliés organisaient contre les sous-marins une
- défense de plus en plus efficace dont les éléments sont bien connus des lecteurs de La Nature : patrouilleurs, contre-sous-marins, scout-dirigeables, armement des bateaux, voyages en convois, bombes sous-marines, etc.
- Aussitôt, les pertes diminuèrent; elles continuent à baisser et sont actuellement' de moins de 50 pour 100 des mauvais jours. Ainsi, avril 1918 .n’a perdu que 268 000 t. au lieu des 875 000 d’avril 1917. Le million de soldats envoyé des États-Unis et le matériel formidable qui les accompagne nous sont arrivés pour ainsi dire sans pertes. Le danger sous-marin n’est plus capable de terminer la guerre et, selon le mot d’un journaliste américain, c’est « un cauchemar qui s’évanouit ».
- En même temps que la lutte, les Alliés ont mieux organisé l’utilisation du tonnage existant. En désencombrant les ports, .en diminuant les sures-taries, en réglant la rotation des navires et en confiant la direction des transports à un organisme unique, le Shipping Board de Londres,'ils
- Fig. i.
- Hog Island en septembre içij s'élever les 'chantiers
- ont obtenu un rendement beaucoup plus efficace. Les vaisseaux ennemis internés dans les ports ont presque tous repris la mer à notre profit; ainsi, l’ancien Vaterland amène régulièrement, dans ses vastes lianes, d’imposants contingents américains. On a renfloué un grand nombre de navires coulés près des cotes. Enfin et surtout, on a construit de nouvelles unités.
- A la fin de l’année dernière, le tonnage détruit par les sous-marins s’élevait à 11 542 558 t. (dont plus de la moitié en 1917, exactement 6 550 000 t.). Les constructions navales avaient compensé plus de la moitié de cette perte en lançant 6 600 500 t.
- / nouvelles. Les navires ennemis remis en service avaient procuré 2 540000 t. Cela suffisait pour conjurer le danger, mais un nouvel effort était cependant nécessaire.
- A partir de janvier 1918, on renfloua de nombreux bateaux coulés. L'Angleterre à elle seule mit à flot : en janvier 1 726800 tonnes, en février 2 040160, en mars .2 millions 100 000, çn avril 2422 500: la Érance répara en janvier 151 125 t., en février 240 500, en mars 255 000, en avril 261 000 ; les États-Unis fournirent dans le même temps 556 746 t., le Japon 105 000, la Hollande 48^00, la Norvège 51 000, l’Italie 25 000, la Suède 20 000, le Danemark 18 000.
- On peut donc affirmer que le danger sous-marin est définitivement supprimé ; lé tonnage à notre disposition a retrouvé son chiffre normal; et les mers étant redevenues plus sûres, nous ne risquons plus d’être bloqués et de ne pouvoir nous approvisionner dans le monde entier.
- Est-ce tout? Devons-nous ralentir notre effort, considérer la partie comme gagnée, et ne plus nous soucier de la mer ?
- Ce n’est certes l’avis d’aucun des pays en guerre, et plus qu’aucun autre, des États-Unis.
- Depuis le début de cette année, ils ont lancé plus de 125 navires, dont 100 navires marchands, 14 croiseurs et destroyers, 12 contre-sous-marins.
- les terrains où vont
- 46’ Année.
- 2° Semestre-
- ÛO.
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- 34 LE PLUS RECENT ET PLUS GRAND CHANTIER DE CONSTRUCTION NAVALE
- Dans la seule journée du 4 juillet dernier « Inde-pendence Dây », ils ont mis à l’eau un tonnage supérieur à celui que les Allemands leur avaient coule' depuis le début de la guerre, supérieur à celui que les sous^marins peuvent détruire en un
- mois. Cent navires, représentant plus de 500000 t., glissèrent de leurs cales ce jour-là 1 Les chantiers de l’Atlantique et du golfe du Mexique lancèrent 27 navires en bois d’un total de 95 700 t. et 11 navires en acier de 76 486 t. ; ceux des Grands Lacs fournirent 14 navires d’acier de 47 700 t. ; ceux du Pacifique 25 navires en bois et 17 en acier atteignant près de 250000 tonnes.
- Pour mieux nous rendre compte de l’intensité de cet effort, et de ce qu’il peut produire, glanons au hasard quelques anecdotes :
- Voici les Baltimore Dry Docks; ils viennent de mettre en chantier le Naïwa, cargo de 8000 t., le premier d’une série. Les ouvriers affirment qu’il pourra être lancé le 4 juillet; la chose paraît tellement impossible que le directeur parie 2000 dollars contre 1000 qu’il faudra attendre au moins jusqu’au 25 juillet. Et naturellement, il perd le pari.
- La Downey Ship Building Corporation, de New York télégraphie au général Pershing :
- « Nous devenons plus experts chaque jour. Avec l’aide de Dieu, nous ferons de notre mieux et nous vous enverrons des vaisseaux, encore des vaisseaux et toujours des vaisseaux. Et si, ensuite, vos soldats n’ont pas tué tous les Huns, nous viendrons nous-mêmes leur prêter notre aide, afin de terminer le travail. »
- Un esprit aussi patriotique, un élan aussi chaleureux enfantent des prodiges. Us le font d’autant plus que cette ardeur est soutenue par une organisation sans précédent.
- En un an, nos amis américains ont construit 1 700 000 tonnes, plus de six fois le tonnage produit par la Grande-Bretagne Tannée dernière (*). 552 cales de Construction ont déjà été élevées pour les navires en bois, la plupart ont leur coque; certaines ont été vidées d’un premier bâtiment. Quand les nouvelles cales seront toutes construites, on compte obtenir par an 40 millions de tonnes de navires en bois et 7 millions de navires en fer. A ce taux, les États-Unis espèrent avoir en 1920 une flotte marchande de 25 millions de tonnes, de beaucoup la plus formidable du monde.
- On jugera mieux de la possibilité de cette réalisation en suivant le développement d’un chantier de constructions navales.
- Nous prendrons l’un des plus récents, et dès aujourd’hui le plus grand du monde, celui de Hog Island, sur la baie Delaware, près de Philadelphie.
- U s’étend au fond de la baie, en un point d’eau profonde, dans un endroit bien protégé, à l’abri d’une attaque ennemie par mer.
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- Fig. 3. — État actuel des chantiers.
- En septembre 1917, Hog Island n’était recouvert
- 1. D’après ce que nous savons, l’Allemagne aurait mis en chantier depuis le début de la guerre 184 navires de plus de 1000 tonnes, én y comptant les bateaux-citernes, les docks-flottants et les grues. Les travaux auraient été arrêtés pour 33, à cause de commandes plus imputantes pour la marine dé guerre. Qu’on compare ces chiffres à ceux de l’Amérique et l’on jugera pour qui « l’avenir est sur l’eau ».
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- LES SUBSTITUTS DU VERRE
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- que d’une lande broussailleuse qui ne laissait rien présager de son importance future (fig. 1). Le
- 20 septembre, les ingénieurs en prirent possession et se mirent au travail. Douze semaines plus tard, la première cale de construction s’élevait avec sa charpente de poteaux. À la trente et unième semaine, on comptait déjà 21 cales; à la trente-cinquième,
- 21 coques de navires se profilaient; aujourd’hui l'installation s’achève et comptera bientôt les 50 cales prévues.
- 50 cales alignées côte à côte sur un même point! Jamais avant la guerre, on n’aurait même imaginé semblable chantier, ou l’on aurait considéré ce projet comme un rêve fantastique échappé d’un foman de Jules Verne ou de Wells!
- Et cependant, il existe. Bientôt, il comptera 50 vaisseaux en construction pendant que 28 autres, déjà lancés, finiront de s’équiper le long des quais. On compte prochainement y faire un lancement tous les deux jours, et non pas de petits bateaux, mais bien de cargos de 7500 tonnes et de navires mixtes, cargo-transports, de 8000 tonnes!
- Les chantiers s’allongent sur deux milles de côte tandis que sept jetées de 300 m. chacune peuvent servir à l’équipement et l’armement des coques déjà lancées.
- Toutes les parties des bateaux assemblées à Hog Island sont fabriquées ailleurs, dans 3500 usines différentes réparties dans tous les Etats-Unis. Cette énorme masse de matériel arrive par voie ferrée, la durée moyenne des transports étant de 20 jours. 300 wagons sont reçus chaque jour et répartis entre les docks, les magasins et les cales. Pendant les cinq premiers mois, 26 000 hommes furent employés à Hog Island; on en comptait en juin
- dernier 35000 et leur nombre continue d’aug-menter.. Des barraques se sont élevées pour loger 6000 d’entre eux; les autres habitent Philadelphie et les environs. 39 milles de canalisations d’eau ont été posés, une usine d’eau construite avec stérilisation de l’eau potable et épuration des eaux d’égout. Une brigade de pompiers comptant 90 hommes a été constituée, 260 postes d’eau contre l’incendie, 7 milles de tuyaux, plusieurs tours de surveillance répartis dans les chantiers. Les cantines pour le personnel servent plus de 10000 repas parfjour.
- C’est une ville nouvelle — et combien active — qui s’est bâtie en moins d’un an!-
- Pour finir, citons encore un fait qui montrera l’esprit d’initiative et la hâte de nos alliés à collaborer à l’œuvre mondiale présente. En février derr nier* en pleinq. période de construction des cales, il gela; le sol devint si dur qu’il fut impossible de continuer les travaux d’excavation. Allait-on s’arrêter et perdre de précieuses semaines ? Non. On apporta des chaudières, on injecta de la vapeur dans le sol et le dégelant on put éviter d’interrompre les fouilles. Les chantiers furent en action dans les délais prévus.
- Que ces quelques données fortifient notre confiance dans la victoire prochaine. Une telle volonté, une telle activité sont un sûr garant que nous sortirons victorieux de la lutte et que l’Allemagne trouvera son maître. Qu’ils nous montrent aussi ce qu’on peut faire, ce que nous devrons entreprendre bientôt pour recréer notre marine.
- Notre avenir dépendra de notre flotte; il faudra donc la reconstituer sans délai ; les Américains nous enseignent comment nous pouvons nous organiser, ce qu’on peut en obtenir. A. Breton.
- LES SUBSTITUTS DU VERRE
- [1 n’est pas douteux que le verre, actuellement fort coûteux et rare, sera après la guerre un des matériaux les plus chers. Sa production en France était déjà réduite, elle le sera encore plus, d’abord faute de matières premières indispensables, puis parce que la plupart des usines de fabrication se trouvent dans les régions envahies et par suite mises hors d’état de produire. Tout le verre alors fabriqué sera encore insuffisant pour les besoins urgents des villes et il ne faut pas compter pouvoir en disposer, même en petite^ quantité, pour les petites agglomérations. Pour l’économiser ou parer à ce grave inconvénient, on propose de recouper les vides des fenêtres des maisons à reconstruire en petites surfaces, afin d’éviter la casse possible provenant du transport des grandes caisses de verre et même d’utiliser les déchets des grands carreaux. C’est là certainement un bon moyen, comme aussi d’employer des substituts du verre pour l’éclairage de locaux pour lesquels une translucidité parfaite n’est pas indispensable, tels que caves, écuries, garages, débarras, etc. .
- Quelles sont les matières pouvant remplacer le verre? L’industrie moderne a créé plusieurs produits qui, à première vue, semblent pouvoir convenir plus ou moins.
- Citons-en quelques-uns. Le siloxyde est un verre .5 teinte bleue composé de silice et de certains oxydes acides tels que les oxydes de zirconium et de titane. Quant au mica artificiel, on le fabrique en mélangeant 45,5 parties de sable vert avec 12 parties de bauxite et 30,5 parties de magnésie calcinée, le tout fondu au four électrique; on y ajoute ensuite 14 parties d’alcali à 90 pour ,100. On laisse refroidir lentement. Ces produits, transparents il est vrai, ont le défaut, cela se devine, d’être chers. En utilisant certains dérivés de la cellulose on a obtenu des substituts du verre n’exigeant pas de transparence parfaite. La cellophane, qui est fabriquée en coagulant la cellulose dans une solution de viscose au moyen d’un sel d’ammonium; la cellite, qui se dissout dans l’acide acétique et donne avec le camphre une masse ressemblant au celluloïd.
- Dans le même but, on a essayé dans certains cas : de la gélatine que l’on met en, solution et que l’on fait 1 ensuitg. dessécher ; des produits dérivés de la caséine et de corps albuminoïdes, comme, la backélite, résine synthétique que l’on prépare par condensation de phénols, sous l’influence de formol.
- Aux Foires de Paris et de Lyon, on a pu voir un cer-
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- tain nombre de produits de nature à remplacer, pour le but que nous indiquons, le verre à vitre : La toile (tissu de -coton écru) huilée dont le défaut est d’être très peu transparente, perméable à l’air qui au bout de peu dè temps lui fait prendre toutes sortes de couleurs fort sales, enfin d’être inflammable. Le « P. A. T. » formé de deux feuilles de papier adhérant l’une à l’autre, mais entre lesquelles est interposée une armature constituée de fils de chanvre très résistants ; la translucidité est le fait d’une colle spéciale unissant les deux feuilles et d’un vernis souple étendu à l’extérieur, vernis et colle assurant toute imperméabilité à l’eau. Ce produit est fort bon marché. Le « vitro-cellose » inattaquable à l’air et insoluble dans l’eau, se composant d’un treillis métallique extrêmement fin et léger recouvert d’une matière
- non [inflammable ni explosible comme le celluloïd. Ce genre de vitre se pose comme le verre, soit avec des des parcloses, soit à bain de mastic. Son prix est de 16 fr. 50 le mètre carré. Le « verre souple » constitué comme le précédent par la combinaison d’un produit translucide, imperméable à l’air et à l’eau avec un support ajouré (tarlatane, mousseline, gaze, toile métallique fine et légère), enduit du produit en question sous forme d’une pellicule souple et régulière. Cette sorte de vitre est d’une grande souplesse, ce qui permet son expédition en rouleaux ; la pose se fait au moyen de baguettes clouées. Son prix de revient est, pour le type support en tulle, de 5 francs le mètre carré et pour le type support toile métallique, de 12 fr. 50 le mètre carré.
- M. IL
- LES PROCÉDÉS MODERNES
- DE CONSTRUCTION DES PETITS MOTEURS ÉLECTRIQUES
- La grande extension prise par l’utilisation de l’électricité a amené le développement considérable d’une branche importante de l’industrie, celle de la construction des moteurs électriques.
- En dehors des grosses unités réservées aux usines génératrices l’emploi de moteurs du faible puissance a trouvé place, soit dans la vie domestique pour entraîner ventila-r teurs, machines à coudre, petites potapés, etc., soit dans l’industrie où, les salaires s’élevant sans cesse, il faut réduire la main-d’œuvre à un strict minimum en exécutant mécaniquement la moindre des opérations.
- 11 faut donc que ces petits moteurs, tout en étant robustes, légers et d’un rendement suffisant, soient d‘un prix modique.
- C’est le but qui a été atteint par la méthode de fabrication que nous allons exposer et qui est un remarquable exemple de l’emploi des nouveaux pro- ' lédés d’usinages dans lesquels la presse et l’emboutissage ont un rôle prépondérant.
- Jusqu’à ce jour, dans les môteurs à courant continu, la fonte était exclusivement employée pour les organes fixes : la carcasse et les masses polaires venaient ensemble de fonderie, les deux flasques, le socle étaient également en fonte. Pour les moteurs d’induction, à courants alternatifs, les mêmes pièces en fonte se retrouvaient pour les flasques et le socle à quelques détails près ; la carcasse ne possédait pas de,masses polaires mais, une fois Usinée, on y introduisait le paquet de tôles du stator. f ,
- Malgré les grands perfectionnements apportés à la fonderie par les procédés de moulage mécanique, ces pièces nécessitent un usinage assez long. Outre les qualités magnétiques inférieures de la fonte conduisant à un poids élevé et à un rendement plus faible, de nombreuses soufflures introduisent dans une même série des différences notables d’un moteur à l’autre, et augmentent la fragilité déjà grande de ces petites pièces en fonte.
- „ Le moteur étant cassant, un déchet non négligeable se produit pendant les diverses manipulations que l’on est forcé d’effectuer, tant dans la fabrication que dans les opérations commerciales. De plus il ne peut trouver place sur des appareils mobiles,perceusesàmain par exemple, sans être une cause de fragilité.
- Depuis de nombreuses années l’acier coulé a remplacé avantageusement la fonte dans les machines électriques, diminuant leurs dimensions, leur .poids et par suite leur prix tout en augmentant leur rendement. Néanmoins la présence toujours possible de soufflures est une cause d’incertitude dans la construction du moteur.
- L’acier doux laminé remplit toutes les conditions voulues : plus résistant que l’acier coulé et surtout que la fonte, il est plus perméable au flux magnétique; il est exempj de soufflures, du fait de la compression que subit la matière au moment du laminage. Il ne nécessite donc aucun coefficient de sécurité tant au point de vue magnétique que mécanique ; il contribue de plus à réduire la tem-
- 20000
- 15000
- 10000
- 5000
- Ampères
- ours par
- Fig. i. — Courbes comparatives d’aimantation.
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- pérature intérieure des moteurs, il est meilleur conducteur de la chaleur qu’il rayonne plus rapidement que la fonte. C’est donc la matière de choix pour la construction des moteurs électriques.
- Mais il faut changer complètement leur mode de fabrication.
- une très forte production et exige une vaste organisation et un. emplacement important, la presse débitant de 100 à 200 pièces à la minute. Lorsque ces conditions sont réalisées, c’est la plus simple et la plus économique des méthodes, tant au point de vue matières premières que main-d’œuvre.
- Fig. 2.
- Les différents stades de l’emboutissage d’une carcasse de moteur.
- Il faut en effet transformer les tôles d’acier doux d’épaisseur convenable, en pièces de toutes formes. Deux procédés se présentent : l’emboutissage, à froid ou à chaud et le forgeage.
- L’emboutissage a la supériorité d’intéresser toutes
- La mise au point, effectuée en Amérique, a exigé des études, des travaux et des sommes considérables que les Américains, avec leur esprit d’initiative et leur hardiesse qui leur sont propres, n’ont pas hésité à engager. La General Electric O
- %
- Fig. 5.
- Rondelle d’espacement.
- Fig. 6. ' Fig. 7.
- *Td/e du stator. Coupe de l’ensemble du stator.
- les parties intérieures de la tôle ; tandis que dans le forgeage le marteau n’a d’effet que sur la partie frappée.
- Une très forte presse, d’environ 500 tonnes, est nécessaire pour emboutir les différentes pièces du
- de Schenectady N. Y. livre déjà au public des .séries de ces moteurs allant de 1/30 à 1/4 de HP (sur l’arbre), et nous allons donner un aperçu général des opérations à effectuer.
- Construction d’un petit moteur en acier embouti.
- Fig. 8. — Coupe et vue d’ensemble d’un flasque. Fig. 9. — Socle de fixation.
- moteur, elle coûte cher : 80 000 francs environ, ce qui exige qu’elle travaille constamment et que la production soit continue. L’estampe et sa mise en place sont aussi d’un coût élevé qu’il faut par suite répartir sur des milliers de pièces.
- Ce mode de fabrication ne -s’applique donc qu’à
- — Considérons un moteur d’induction pour courant triphasé par exemple.
- L’induit, ou rotor, du type dit à « cage d’écureuil » est identique à celui de tous les moteurs de cette nature. Un perfectionnement ÿ a’ cependant été introduit : un ciment spécial immobilise les
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- CONSTRUCTION DES PETITS MOTEURS ÉLECTRIQUES
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- barreaux qui constituent la cage d’écureuil dans les encoches des tôles, ce qui évite les déformations détériorant les connections électriques des barreaux et des. joues de la cage.
- La partie fixe se compose de la carcasse, du stator, de deux flasques et leurs paliers et d’un socle.
- Carcasse. — Elle est constituée par un cylindre dans lequel on empile les tôles de fer du stator. Pour le fabriquer par emboutissage on-découpeàla presse dans la tôle des rondelles ^ou flans de dimensions convenables (fig. 2).
- Ces disques sont amenés, par des passes successives à la presse, à prendre la forme d’un cylindre fermé à un bout (fig. 5); sur cette extrémité une troisième opération, suivant immédiatement la précédente, découpe une rondelle qui laisse à la carcasse un bord saillant.
- Le paquet de tôles encochées du stator comprises entre des rondelles d’acier dites d’espacement est introduit d’un bloc par l’ouverture libre de la carcasse jusqu’à prendre appui sur le bord saillant, une clavette empêche le chevauchement des tôles les unes sur les autres. Un sertissage sur le bord libre emprisonne solidement le paquet de tôles; la figure 7 montre une coupe de l’ensemble. Il ne reste plus qu’à percer et tarauder de part et d’autre de la carcasse, dans les rondelles d’espacement, quatre trous pour la fixation des flasques.
- Le bobinage est-alors effectué comme de coutume.
- Flasques. — Les flasques sont emboutis d’une façon analogue aux carcasses. Un découpage à la presse ménage les trous d’aération s’il y a lieu, remplacement des bornes et des vis de fixation ainsi que l’orifice de passage de l’arbre. /'
- L’emplacement du palier, après ces deux opérations, est formé par une collerette repoussée à l’extérieur (fig. 8). Autour de celle-ci, de part et d’autre du flasque, on coule en métal anlifriction un cylindre qui emprisonne un graisseur à mèche. Le trou d’arbre est alors alésé. L’induit est introduit dans la carcasse, les deux flasques vissés et le moteur est prêt à être essayé après montage sur son socle.
- Socle. — Celui-ci est découpé etestampé,àchaud généralement dans de la tôle dont l’épaisseur atteint parfois 15 mm d’épaisseur. Outre quatre trous de fixation, il porte deux rainures remplaçant le châssis tendeur. 11 se visse sur la carcasse par deux vis à tête noyée (fig. 9).
- Le socle est généralement la partie qui se brise à la suite d’un choc dans les moteurs ordinaires en fonte, il est ici incassable; le moteur peut tomber d’une table sans être hors d’usage.
- Moteurs à courant continu. — La construction est identique à celle des moteurs précédents.’ Les
- tôles découpées forment le circuit inducteur bipolaire. L’induit de construction courante est, soit bobiné à la machine, soit formé de sections rapportées; les secteurs du collecteur sont estampés à leur forme définitive.
- L’un des flasques, plus bombé, (laisse l'emplacement nécessaire au collecteur et reçoit les deux porte-balais.
- Démarrage des petits moteurs à induction. —
- Gomme on le sait, les moteurs à courant alternatif bi et triphasés démarrent seuls à la fermeture du courant. Pour les moteurs à courant monophasés, au contraire, il faut faire intervenir un dispositif spécial dont le but est d’introduire au démarrage une phase auxiliaire nécessaire à la production d’un champ tournant qui permet l’entraînement du rotor.
- Fig. io. — Moteur d’induction 1/4 HP.
- Induit
- Fig. 11. — Démarrage des petits moteurs monophasés.
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- La plupart de ces moteurs sont, à cet effet, munis d’un commutateur à deux positions successives : démarrage et marche.
- La G. E. G0 a réalisé simplement ce dispositif de démarrage pour les petits moteurs.
- Une couronne collectrice C (fig. 11) isolée est entraînée par l’arbre et reste en contact avec un balai fixe Bt. Cette couronne est en relation électrique avec deux leviers mobiles en Oj 0a, maintenus par deux ressorts et formant contacts frottant sur une bague collectrice B solidaire et isolée de l’arbre et en relation avec le circuit extérieur par l’intermédiaire du balai B2. Ces deux balais B4 B2 sont introduits dans le circuit de la phase auxiliaire.
- A partir d’une certaine vitesse, inférieure au synchronisme, la force centrifuge devient supérieure à la tension des ressorts, les leviers 1* 12 quittent la bague B et coupent ainsi la phase auxiliaire de démarrage.
- L’ensemble est très petit, d’un diamètre inférieur à celui de l’induit et sert en même temps de ventilateur; étant ên métal découpé il est d’un prix très bas.
- Moteurs de très faible puissance. — Pour les moteurs, destinés à entraîner de petits ventilateurs, dont la puissance est comprise entre 1 /100e et 1 /30e de HP,, la construction est encore simplifiée à l’extrême.
- On emploie uniformément pour le courant alternatif ou continu des moteurs série à collecteur; une seule phase du courant alternatif est alors utilisée. La carcasse extérieure en tôle emboutie est supprimée, le paquet de tôles inductrices est percé de part en part de 4 trous/4 tiges filetées assemblent les flasques sur les tôles, le serrage étant effectué au moyen d’écrous.
- Moteurs de puissance moyenne. —-- Ce mode de construction extra-simple a été envisagé pour des moteurs allant jusqu’au moteur de traction. Dans ce cas la carcasse est obtenue au moyen d’une tôle roulée et soudée à l’autogène; les masses polaires sont vissées dans cette carcasse.
- Cette méthode de construction par emboutissage est appelée à un grand développement. La tendance générale dans l’industrie est de remplacer, pour de grosses séries de petites et moyennes pièces, toutes les opérations de fonderie, de fraisage, etc., par des opérations de découpage et d’emboutissage. Celles-ci, en effet, sont susceptibles d’une plus grande précision, une pièce emboutie a rigoureusement les dimensions de la matrice, le personnel peut n’avoir qu’une éducation professionnelle très moyenne, juste suffisante pour la conduite de la presse, enfin le débit est infiniment supérieur et l’interchangeabilité des pièces absolue. G. S.
- Ingénieur Ê. P. C.
- CULTURE DES PLANTES ^MÉDICINALES
- Le Ministère du Commerce vient de nommer une Commission des Plantes Médicinales dont on comprendra l’importance quand on saura quelle était la situation de la. France à ce point de vue avant la guerre et quel effort elle a dû faire depuis, effort qu’il faudra encore accroître demain, si nous ne voulons plus jamais dépendre de nos ennemis.
- Le commerce des Plantes médicinales se chiffrait, en 1915, par dizaines de millions. A ce moment, les trois quarts peut-être, les deiix tiers au moins de ces plantes, venaient de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, grandes fournisseuses. Nous payions, de ce fait, un lourd tribut aux puissances centrales, aujourd’hui nos ennemies.
- Un autre inconvénient, beaucoup plus grave, apparut dès le début des hostilités. Le nombre des blessés et des malades ayant augmenté dans des proportions considérables, l’emploi des alcaloïdes, si usités aujourd’hui en médecine, augmenta dans-les inêmes rapports. Les achats aux puissances centrales étant, naturellement, supprimés, et les centres de production du Nord de la France dans l’impossibilité de continuer leurs envois, il en résulta une pénurie telle que le prix des plantes médicinales subit une hausse formidable, atteignant,
- pour quelques-unes, dix et même quinze fois le. prix d’avant-guerre.
- Cette situation, d’ailleurs, n’était pas spéciale à notre pays. En Russie, en Angleterre, en Italie, en Allemagne, il fut fait de grands efforts pour l’intensification de la récolte de ces plantes vivant à l’état sauvage, et leur culture, en Angleterre, en Italie, en Allemagne surtout, a été conseillée et encouragée par tous les moyens.
- En France, également, la récolte des plantes sauvages a été organisée. La Société nationale des Conférences populaires a institué, en 1917, entre toutes les Écoles communales de France, un concours pour la cueillette des plantes médicinales, avec nombreux prix, dont un objet d’art, et le Syndicat général de la Droguerie française a publié un Guide calendrier du récolteur de plantes médicinales.
- Mais la récolte des plantes sauvages n’est pas suffisante pour nos besoins et l’on s’occupe très activement, au Ministère de l’Agriculture, d’organiser la culture de ces plantes; l’initiative privée n’a d’ailleurs pas attendu ces encouragements officiels, et plusieurs fermes existaient déjà en France avant la guerre qui se sont longuement étendues
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- depuis. Nous prendrons comme exemple, celle de Vintué, près d’Etrechy (Seine-et-Oise) créée par la maison Boulanger-Dausse, qui, en 1915, consacrait une trentaine d’hectares à cette culture. Elle a accru depuis l’étendue de ses terres, et exploite actuellement 160 hectares, dont plus des trois quarts en plantes médicinales, le reste étant ensemencé en produits destinés aux animaux de la ferme.
- Principales variétés cultivées. — Les toxiques étant actuellement très demandés, leur culture occupe une place très importante à la ferme de Vintué, ainsi qu’on pourra le voir par les chiffres
- lique, le cresson, l’absinthe, la sauge, la saponaire, le chanvre, etc. Des essais d’acclimatation sont faits également, et nous avons pu voir quelques ares de terrain, plantés d’arbres fruitiers, garnis de pieux soutenant des fils de fer sur lesquels on peut tendre des toiles, réservés à la culture de l’Hydrastis Cana-densis, plante exotique qui aime les ombrages épais.
- Il est d’ailleurs cultivé d’autres plantes exotiques, parmi lesquelles nous pouvons citer : podophylle (des États-Unis), en sous-bois; hammamelis (des États-Unis) ; cascara sagrada (des États-Unis) ; grindelia robusta (des États-Unis) ; on y essaie d’autres cultures, telles que celle du ginseng (de
- Fig. i. — Des équipes de travailleurs préparent la multiplication de la Belladone et de la Valériane
- en divisant les racines.
- suivants, indiquant le nombre des hectares consacrés à quelques-unes de ces plantes.
- Belladone (Atropa belladona) : 40 hectares; Chardon bénit (Cnicus benedictus) : 40 hectares; Jusquiame (Hyoscyayius niyer) : 20 hectares;
- Datura (Datura stramonium) : 8 hectares; Valériane ( Valeriana officinalis) : 5 hectares; Pavot (Papaver somniferum) : 2 hectares; Cochléaria (Cochlearia officinalis) 1 hectare; Raifort (Co-
- chlearia armoraria) : 1 hectare; Rue (Ruta yra-veolens) ; 1 hectare ; Bardane (Lappa communis) : ‘ 50 ares; Galéga (Galega officinalis) : 30 ares; Hysope (Uyssopus officinalis) : 30 ares.
- D’autres plantes, au nombre d’une cinquantaine environ, sont cultivées sur des espaces beaucoup plus restreints. Parmi celles-ci on peut citer l’angé-
- Mandchourie), delà rhubarbe (de Chine), de Par té-mise (de Russie), d’argémone mexicana, de soja, de la fleur de la passion (du Brésil), etc.
- Ces cultures, on s’en doute d’ailleurs, sont organisées de façon tout à fait scientifique. Non loin des bâtiments de la ferme est un terrain, d’expériences où ont lieu d’autres essais d’acclimatation de plantes exotiques, et où des plantes indigènes sont cultivées par parcelles fumées à l’aide d’engrais -différents.
- Les produits obtenus sont analysés dans les laboratoires, lés résultats consignés, et l’ensemble de ces mesures conduira évidemment peu à peu à une culture absolument rationnelle de ces plantes. ,
- Il est fait également un choix des terrains suivant les variétés à cultiver. D’expériences déjà
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- concluantes, il résulte, par exemple, que la belladone exige de bonnes terres, plutôt fraîches, mais non marécageuses; que le datura se contente de terres médiocres; que la valériane recherche la proximité des cours d’eau. La ferme possède d’ailleurs des terrains de toutes natures : bonnes terres franches, pour la majorité des cultures, marécages, p.our le cresson — utilisé uniquement comme plante médicinale — terrains escarpés et rocailleux pour l’anémone pulsatille; toutes les plantes médicinales indigènes peuvent y être cultivées avec succès.
- Semis et plantations. — Quelques-unes de ces
- Reproduction de la belladone. — Pour la belladone, dont l’importance, a l’heure actuelle, est considérable, il est fait de curieux essais, dont les résultats seront fort intéressants.
- Cette plante, en effet, est reproduite actuellement de quatre manières différentes. En premier lieu, les racines provenant de l’arrachage sont mises en silos à l’entrée de l’hiver. En février, elles sont retirées des silos. Elles portent alors de nombreux yeux. Les plus développés de ceux-ci sont enlevés avec la pointe d’un couteau, et 'repiqués sous châssis, et on laisse quelques autres yeux à la
- racine. Celle-ci est alors divisée, suivant sa grosseur, à l’aide du même couteau, et dans le sens de la longueur, en deux ou trois fragments portant chacun un œil au moins, qui sont plantés immédiatement et donneront naissance à un pied de la plante.
- Les boutures d’yeux pris sur les racines restent sous châssis de fé-
- Fig. 2. — Sarclage de la Belladone.
- plantes sont semées directement en pleine terre. Tel est, par exemple, le chardon bénit, semé en mars, en . rangs espacés de 40 centimètres, et à 20 à 25 centimètres dans les rangs.
- Le datura, également, est semé en pleine terre, en mai, en rangs espacés de 60 centimètres, les pieds étant eux-mêmes à 50 centimètres. 11 en est ainsi pour beaucoup d’autres plantes.
- Pour d’autres, au contraire, les semis doivent avoir lieu sous châssis ou en planches,et les plants obtenus repiqués ensuite. La ferme possède, pour ces semis, un millier de châssis, répartis en plusieurs groupes, le plus important étant disposé près des bâtiments delà ferme. Elle dispose, de plus, d’un vaste jardin, attenant à cette ferme et divisé en planches, où sont faits, notamment, des semis de jusquiame et de belladone.
- D’autres plantes, comme la valériane, peuvent être obténues par semis. Actuellement, celle-ci est reproduite de racines venant du Morvan, où elles ont été recherchées spécialement pour ces plantations.
- Fig. — Champ de Cochléarias en fleurs..
- vrier à avril, époque à laquelle elles sont plantées à leur tour.
- Les semis de graine ont lieu sous châssis en février, ou un peu plus tard en planches à l’air libre. Les plants qui en proviennent sont mis en terre à partir du mois d’avril et en mai.
- Enfin, il est fait usage également de boutures herbacées prélevées à la sommité des tiges au cours de la saison précédente, qt portant un œil. Ces boutures sont mises en terre généralement dans la première quinzaine d’avril, après avoir passé l’hiver sous châssis.
- Voici donc quatre modes bien définis de reproduction pour la belladone. Un vaste terrain, près de la ferme, uniformément fumé, a été divisé en quatre planches égales. Chacune de ces planches
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- portera une culture obtenue par l’un de ces pro- ! cédés, et les résultats en seront consignés. La comparaison des moyennes relevées après, quelques années de ces essais donnera évidemment de précieuses indications. Quelle que soit leur provenance, d’ailleurs, les pieds ou racines de belladone sont plantés à 50 cm dans des rangs espacés de 80 cm.
- Il en est de même pour la jusquiame, semée sous châssis ou en planches à partir de la fin de janvier, et repiquée vers la fin d’avril.
- Soins culturaux. — Les semis de graine-et les enfouissements de. racines ne nécessitent aucun arrosage, mais les plantations de pieds sont arrosées immédiatement. L’eau nécessaire à ces arro-, sages est prise à la ferme même, où a été captée une source, et déversée dans des tonnes en tôle, montées sur chariots, à l’aide d’une pompe actionnée I par un moteur. L’arrosage, dans Jes champs, est fait avec des arrosoirs remplis aux tonnes.
- En dehors des travaux préparatoires : labours, hersages et roulages, cette culture, pour certaines plantes, nécessite de nombreux binages, six quelquefois, fpour la belladone notamment. D’autres plantes, par contre, sont d’un entretien facile. Le chardon bénit, par exemple, ne demande qu’un sarclage, peu après la levée. Il n’en est plus besoin ensuite, ce chardon étouffant toutes les mauvaises herbes qui pourraient pousser dans le champ. A ce point de vue, cette variété est précieuse pour nettoyer les terres.
- Un grand nombre de ces plantes sont annuelles. La jusquiame est bisannuelle, mais, si elle ne donne sa graine que la seconde année, elle permet, dès la première année, trois récoltes de feuilles. La belladone, le galéga, sont des plantes vivaces, qu’on , laisse en terre pendant 5^ ans, et dont on coupe les tiges au ras du sol. Le datura, peu exigeant,, nous L’avons dit, quant aux terrains, doit se reproduire tous les ans, par semis de graines en plein champ.
- Les plantes à culture annuelle succèdent évidemment aux plantes vivaces, et les plantes à racines superficielles aux plantes à racines profondes, ceci afin d’assurer la fertilité du sol, auquel on restitue, par des engrais appropriés, les principes qu’il a perdus, et pour permettre la destruction des mauvaises herbes. . ' •</
- Récoltes des plantes. — De même que lorsqu’elles sont recueillies à l’état sauvage, la récolte de toutes ces plantes ne se fait que par un temps ensoleillé. Les feuilles, lorsqu’elles constituent la partie utilisable, doivent toujours être cueillies avant leur maturité complète, c’est-à-dire à la floraison : les fleurs, alors qu’elles s’épanouissent; les parties souterraines seules après maturité de la plante, à l’automne.
- Cette récolte s’effectue, pour la belladone, de mai en octobre. On enlève la tige complète, et on émonde les feuilles. Pour le chardon bénit, elle a lieu fin mai et en juin. Pour la jusquiame, ainsi que nous l’avons vu, on peut faire trois récoltes de feuilles la
- première année, et on laisse la tige qui monte la seconde année pour donner sa graine. La première récolte des feuilles du datura a lieu en juillet. A l’automne, on enlève les feuilles et les tiges. Les racines de valériane, — la seule partie utilisée de la plante, — sont recueillies en automne et en hiver. Pour le cochléaria, qui est semé en avril et monte à graines au printemps suivant, la récolte a lieu en automne et en hiver. La récolte des autres plantes suit des règles identiques suivant la partie utilisée.
- Les produits de cette récolte sont déposés dans des paniers ou corbeilles, non tassés, et transportés à la ferme, où a lieu la dessiccation.
- Séchage. — Celui-ci s’opère dans des séchoirs, au nombre de six, spécialement aménagés pour cet usage. Deux d’entre eux méritent plus spécialement une description. Le premier mesure environ 20 m. de long, son sol porte ùne double voie sur laquelle circulent des wagonnets chargés de claies dans lesquelles sont déposées feuilles ou fleurs à sécher.
- Des foyers Michel Perret sont construits à l’une des extrémités et, à l’extrémité opposée, est installé un puissant ventilateur mû par l’électricité qui aspire l’air chaud venant des foyers et lui fait traverser tout le séchoir où il se sature d’eau. Les wagonnets chargés de plantes, introduits dans le séchoir du côté du ventilateur, sont peu - à peu refoulés, à l’aide d’autres wagonnets du côté des foyers, et sont alors sortis du séchoir, la dessiccation des plantes étant complète. Douze wagonnets, portant chacun 18 claies, peuvent tenir sur chaque voie du séchoir, soit 24 wagpnnets pour les deux voies lorsque le séchoir en est rempli. À leur sortie de ce séchçir, les claies sont débarrassées des plantes séchées, et chargées de nouveau, pour un autre passage au séchoir..
- Le second séchoir, de construction récente, mesure environ 40 m. de long. Il est divisé en 18 espaces portant chacun, superposées, 6 toiles sans fin de près de 8 m. de long sur 1 m. 65 de large. Ces toiles s’enroulent, aux deux extrémités, sur des prismes de bois hexagonaux placés horizontalement, et sont supportées, de place en place, par des fils de fer tendus. Un mécanisme très simple, construit à la ferme même, permet de faire tourner les prismes des extrémités, et d’amener toutes les parties de la toile près de l’opérateur.
- Celui-ci charge cette toile des produits à sécher, et la renvoie au fur et à mesure, et jusqu’à ce qu’elle en soit complètement recouverte. Lorsque la dessiccation est opérée, il suffit, après avoir placé une longue corbeille au bas de.chaque toile, de ramener celle-ci au moyen du mécanisme, et les plantes séchées tombent dans cette corbeille. Des tuyaux horizontaux et verticaux, recouverts, dans toute leur longueur et aux angles du séchoir, d’une toile métallique à mailles très fines, assurent la circulation des gaz chauds venant des foyers, et
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- permettent d’obtenir une température d’au moins 60°, tout en évitant tout risque d’incendie..
- Les autres séchoirs, établis dans les greniers, sont également chauffés, et munis de cheminées d’aération. Le séchage s’y opère sur des toiles ou sur des claies grillagées.
- La durée du séchage est d’environ 36 à 48 heures à une température de 35 à 40°. En cas de besoin, elle pourrait être obtenue en 24 heures, avec une température de 55 à 60°.
- Le séchage a toujours lieu à l’ombre et dans les séchoirs, à une température voisine de 50°. La dessiccation terminée * on laisse les plantes reprendre un peu d’humidité sous un hangar, puis on pro-, cède à l’emballage, avec des presses à papier, ou dans des toiles d’emballage qui sont ensuite cousues.
- Conclusion. — Ainsi comprise, la culture des plantes médicinales présente le plus grand intérêt.
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- ACADÉMIE D
- Séances des 3
- La désintoxication par saignée lymphatique. — M. Yves Delage remarque que, clans un grand nombre de cas, la vie du patient est mise en danger par des toxines produites plus vite qu’éliminées. Il suggère une méthode de traitement qui s’applique uniquement au cas ou la source des toxines est limitée et peut être épuisée par des soustractions partielles, comme cela arrive pour les brûlures étendues, beaucoup de cancers, etc. Alors, les procédés de destruction physiques ou chimiques n’empêchent pas l’élaboration des toxines de se continuer. Celles-ci sont en quantité finie, mais ne peuvent être éliminées aisément en raison de leur nature colloïdale. On a pu. songer à une large saignée suivie de la transfusion; mais la saignée soustrait, avec les toxines, des substances précieuses, hématies et leucocytes. L’idée de M. Delage, qui n’a pas encore pu recevoir la consécration de l’expérience, consiste à pratiquer une saignée sélective ou filtrante en s’adressant à la lymphe, qui contient les toxines, mais pas d’hématies et peu de leucocytes. Suivant lui, on devrait introduire une fine canule dans de gros troncs lymphatiques en remplaçant le produit éliminé par du sérum artificiel en injection hypodermique. La difficulté opératoire tient à la grande finesse des vaisseaux lymphatiques.
- Les temps quaternaires. — M. Depéret étudie, sur la côte atlantique française, des traces d’anciens rivages, correspondant l’un à 10 m., l’autre à 20 m. au-dessous du niveau moyen actuel. On peut, en outre, déterminer trois lignes de rivage vers 35, 60 et 100 ra. ; coïncidant exactement avec les lignes de rivage tyrrhénienne, mi-lazzienne et sicilienne.
- Le sorgho. — D’après MM. Daniel Berthelot et René-, Trannoy, le sorgho ne peut, en temps normal, concurrencer industriellement la bettèrave parce que ses jus sucrés cristallisent difficilement et parce que leur saccharose rétrograde en glucose et lévulose quand la plante est coupée, ce qui gêne pour la conserver en silo. Néanmoins, le sorgho est une plarife rustique, facile à cul-
- Elle assure à l’armée, ainsi qu’à la population civile, une partie des produits dont elles ont le plus grand besoin, et dont l’état de guerre les aurait privées. Elle est une des formes de la Défense nationale ; elle permettra, après la guerre, de conserver une partie des millions qui. s’en allaient à l’étranger pour l’achat de ces plantes et d’utiliser, pour certains travaux faciles et peu pénibles, de nombreux mutilés,
- Elle nécessite, en effet, une main-d’œuvre assez
- ' v
- considérable, plus de cent personnes, hommes et femmes, dans l’établissement que nous avons visité, au moment de la récolte. Cette main-d’œuvre, pour l’instant, est, surtout assurée par des femmes, aidées d’équipes de Tunisiens, et’ d’une petite équipe de prisonniers boches qui contribuent, ainsi, à soulager une partie des maux qu’ils ont causés.
- Georges Lanorville.
- ES SCIENCES
- et io juin 1918
- tiver, jusque dans le nord de la France et qui, actuellement, pourrait rendre des services pour la confection des sirops.
- Apparition d’une Nova. — Divers télégrammes ont annoncé l’apparition d’une nouvelle étoile brillante de première grandeur, le 9 juin dans la constellation de l’Aigle. Cette étoile, glus brillante que Vega, est. d’une éclatante blancheur.'
- Éclat intrinsèque du ciel étoilé. — M. Henry Bourget s’est appliqué à mesurer l’éclat du ciel suivant la méthode de Charles Fabry, en faisant une première photographie posée 3 minutes, dans laquelle on obtenait, pour une région du ciel, un cercle de 1 mm uniformément éclairé èt faisant, sur la même plaque, trois poses dé 3, 4 et 5 minutes pour une étoile de comparaison de grandeur connue. Il en conclut, notamment, que l’éclat par degré carré de la Voie Lactée est 1,7 fois celui des régions en dehors de la Voie Lactée.
- Dosage du mercure par le zinc en limaille. — M. Maurice François fait connaître un nouveau procédé permettant de doser le mercure avec précision en le déplaçant de ses solutions salines par un métal sur lequel il.se dépose. Il a choisi le zinc qui précipité le mercure de ses sels et est ensuite soluble dans l’acide chlorhydrique, tandis que le mercure y . est insoluble. Le mercure, libéré de l’amalgame de zinc, se réunit en un globule unique, facile à peser.1
- Perceptions sensorielles chez le Pagure. —Mlle Marie Goldsmith, à l’occasion de ses expériences sur l’acquisition d’habitudes chez les crustacés, a étudié les mouvements du Pagure, lorsque, poussé hors de la coquille qu’il habitait, il est à la recherche d’un nouvel abri, et a examiné quelles sont les pèrceptions sensorielles qui le guident dans ses recherches. C’est le tact qui est en jeu et qui fournit à l’animal trois sortes de données : sur la forme de l’objet, sur ses dimensions, sur l’état de sa surface. Les perceptions visuelles ne paraissent jouer aucun rôle. - " .
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- BALLES ALLEMANDES ET AUTRICHIENNES
- EXPLOSIVES, EXPANSIVES ET PERFORANTES
- Au cours de la guerre'de 1870-1871, Français et Allemands s’accusèrent réciproquement d’utiliser des balles explosives.
- L’examen de blessures extrêmement graves dont l’étendue était disproportionnée avec la masse de la balle ordinaire, tirée par le chassepot ou le fusil à aiguille, conduisaient en effet les belligérants à croire que des balles d’un modèle spécial avaient été glissées dans le tonnerre des fusils. En réalité,
- il n’en a rien été, du côté français certainement, et très probablement aussi du côté allemand. Ces effets, dits explosifs, sont dus, comme nous le verrons, à d’autres causes. Néanmoins, sous le coup d’une telle préoccupation, les puissances cosignataires , de la Déclaration de Pétrograd, qui, en 1868, « s’étaient en£a-
- ^Enveloppe de fa balle
- ___Plomb
- _____Charge d'explosif
- ___Enveloppe de la. charge
- d explosif
- _____P/omb
- fube fendu pour maintenir le. percuteur
- __Percuteur •
- .Gode t
- Plomb
- ._ Poudre.
- gées en cas de
- Fig. i.
- Balle explosive autrichienne.
- guerre entre elles, à renoncer à l’emploi, par leurs trou-« pes de terre et « de mer, de tout projectile à
- a inférieur « 400 gr. qui
- « serait ou explosible ou chargé de matières « fulminantes ou inflammables », complétèrent un tel acte d’humanité en signant à La Haye le 29 juillet 1899 les actes internationaux. Il s’y trouvait une « déclaration concernant l’interdiction de l’emploi « de balles qui s’épanouissent ou s’aplatissent « facilement dans le corps humain ».
- Ce furent là pour l’Allemagne et l’Autriche autant de chiffons de papier. Allemands et Autrichiens, Allemands surtout, voulaient une guerre haineuse. Il y a plus de vingt ans, le colonel Koetchschau l’écrivait non pas ingénument, mais en le souhaitant ardemment et bien d’autres le pensaient et le disaient, s’ils ne l’écrivaient pas aussi nettement. C’était là un des principes de la grande guerre, terroriser par des moyens nouveaux, si cruels qu’ils fussent et de préférence imprévus
- ___Tube porte amorce
- Ressort ___ Percuteur
- fube de relais
- _ Enveloppe de la balle en acier
- Godet
- Explosif
- parce que les adversaires avaient eu la loyauté de n’y point songer, leur signature ayant été apposée sur un traité.
- Balles explosives. — Aussi vit-on apparaître dès le début de la guerre, en Serbie, des balles explosives autrichiennes et allemandes, préparées pendant la paix. Elles ont été si souvent décrites, et leur dessin publié, qu’il nous paraît ^presque oiseux de les reproduire. Comme la figure 1 le montre, la
- percussion se ^Amorce
- produit au moment où la balle rencontre un obstacle, môme léger. Le percuteur, qui doit se trouver à l’arrière au moment du départ, se porte brusquement en avant et vient frapper la composition fulminante au moment où la balle a déjà pénétré dans le corps. Aucun organe de sécurité ne retient le percuteur qui peut se déplacer vers l’avant ét revenir brusquement en arrière au moment du tir. Dans ces conditions, il se pro- '-
- duisait des déformations qui amenaient la détérioration du fusil. «
- Au cours de la guerre, on vit bientôt apparaître une nouvelle halle explosive fusante (fig. 2), fort bien étudiée et qui n’a pu être mise au point qu’après plus d’un an d’efforts. Elle fut donnée aux aviateurs allemands sans doute parce que, dans la déclaration de Pétrograd il n’est question que des troupes de terre et de mer. Par un raffinement d’hypocrisie, ces balles furent appelées par eux balles de repérage sous prétexte que leur éclatement se produisait toujours à la même distance. Il n’y a, en effet, qu’un seul retard, qui s’allume au moment du départ et à une distance moyenne de 300 m., celle des combats entr» avions, et la halle éclate en laissant un bien faible nuage de' fumée que le vent a vite dissipé. Les écarts d’éclatement sont d’une
- Culot en plomb
- Fig. 2.
- Balle explosive allemande à temps.
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- BALLES ALLEMANDES ET AUTRICHIENNES
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- centaine de mètres environ. On voit combien il est difficile d’admettre la thèse allemande.
- Ce sont là, bel et bien, des balles explosives fusantes, à une seule durée.
- Balles expansives. — Au début les balles tirées par les fusils Gras et Lebel, puis par les Mauser et Mannlicher parurent être, à cause de leur grande vitesse et de leur faible calibre, beaucoup moins dangereuses que les anciennes balles. On alla même jusqu’à les appeler des balles humanitaires, comme si ses deux mots ne juraient pas l’un à côté de l’autre.
- On se plaisait à rappeler que des condamnés à mort, fusillés par quatre ou cinq balles ne s’en portaient pas plus mal, au contraire. Qu’on en juge par l’exemple suivant. Aux Indes anglaises, un espion indigène fusillé à 15 pas reçut six balles dont trois lui'traversèrent la poitrine; on le crut mort et on le détacha, mais à peine libre le prétendu mort s’enfuit et ne put r~
- pas être rattrapé par le peloton d’exécution. Il fallut envoyer à la poursuite un cavalier qui ne le rejoignit qu’à 5 ou 400 m. de là.
- Il est certain que dans bien des cas, les nouvelles balles à calibre moyen de 8 mm et à grandes vitesses initiales de 700 m. traversaient le corps dans les parties molles sans produire de grands ravages.
- Contre des adversaires déterminés et résolus, le faible -calibre des balles et leur masse de 10 gr. en moyenne ne produisaient pas toujours un choc suffisant pour briser cet élan. Les blessés continuaient à s’avancer au lieu de tomber, ils ne ralentissaient pas l’effort de la troupe et bien souvent les Anglais virent des derviches fanatisés, arriver jusqu’à eux, malgré un feu violent. Aussi y eut-il une hésitation chez les partisans de la réduction du calibre. On se demanda s’il ne faudrait, pas revenir à des balles plus lourdes, capables par leur masse et par l’importance de leur choc d’arrêter l’ennemi le plus résolu.
- Augmenter le calibre était une solution déplorable au point dé vue du rendement : arme trop lourde, munitions en trop petit nombre en étaient la conséquence. On songea alors à employer des balles analogues à celles employées pour la chasse aux fauves. Diverses solutions avaient été adoptées pour ce genre de chasse.
- Parmi les balles employées dans la chasse aux fauves se trouvent des balles explosibles: On peut citer la balle Pertuiset, formée de deux pièces creuses, réunies.par compression. A l’intérieur se trouve un mélange détonant de sulfure d’antimoine et de chlorate de potasse. Mais il est à noter que cette balle terrible contre les fauves à peau peu résistante, l'ion, tigre, est sans effet "contre les grands pachydermes : éléphant, rhinocéros. Comme
- Fig. 3. . Balle expansive pour chasse aux fauves.
- pour presque toutes les balles explosibles, afin d’éviter des éclatements dans l’âme, on est en outre obligé de tirer à charge réduite; aussi la balle éclate-t-elle au contact de la peau et ne pénètre-t-elle plus. „ ,
- Nous ne l’avons rappelée qu’à cause de l’observation précédente qui présente un grand intérêt, ainsi qu’il sera dit plus loin.
- En réalité, les balles employées sont des balles déformables et par suite expansives (fig. 3).
- Les balles tirées, par exemple, par les express rifles étaient en plomb légèrement durci. Elles étaient percées suivant leur axe d’un trou borgne qui s’arrêtait à 3, 4 ou 5 mm de la tranche du culot. Dans ce trou se trouvait logé un petit tube en laiton dont le fond est placé en avant. De telles balles s’épanouissaient au choc par suite de l’ouverture du trou et du refoulement du petit tube ;
- elles produisaient des trous énormes dans les chairs. Elles sont les meilleures des balles expansives, les balles sectionnées pouvant perdre un de leurs segments dans l’âme.
- Rappelons à ce propos que le commandant Journée avait préconisé pour la chasse l’emploi d’une balle en aluminium chemisée en maillechort formée de deux parties. L’avant devait être en aluminium pur et l’arrière en aluminium allié pour obtenir une plus grande dureté. Cette idée a été reprise par les Allemands.
- Les balles dont la partie antérieure n’est pas recouverte par l’enveloppe métallique se champignonnent beaucoup plus facilement que celles à chemise entière. Mais elles peuvent produire de graves accidents, quand elles sont tirées à grande vitesse.
- La partie non chemisée peut s’affaisser et après déformation emplomber fortement l’arme. Au bout de quelques coups, l’arme a perdu toute justesse. Si le choc au départ est plus violent encore, il y a rupture de la balle et les deux morceaux s’en vont sans aucune précision.
- . Les balles perdues présentent des inconvénients analogues. Aussi les Allemands ne les ont-ils pas utilisées dans leurs Mausers ; mais les ont-ils tirées avec des fusils spéciaux.
- Effets explosifs des balles ordinaires. — D’ailleurs, il n’est nullement nécessaire de recourir à de telles balles pour produire dans le corps des effets aussi terribles que ceux dus à des balles expansives ou explosibles. La balle tirée par le vieux Chassepot à courtes distances, amenait la formation de blessures considérables, et les nouvelles balles, comme la balle S, ne furent plus considérées comme des balles humanitaires. On dut admettre qu’aux faibles distances ces balles produisaient de véritables effets explosifs. Avec les anciennes balles, tirées par les Mausers, la zone s’étendait de 0 à 400 m. Avec les nouvelles balles, cette zone
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- BALLES ALLEMANDES ET AUTRICHIENNES
- peut s’étendre plus loin encore et atteindre 700 m. Des essais exécutés en Espagne montraient qu’à petite distance les effets pouvaient être désastreux.
- Il est à noter en outre que la stabilité de la nouvelle balle S étant moindre que celle de l’ancienne, les blessures doivent être plus graves. La balle bascule en effet plus facilement et ne traverse plus le corps par sa section minimum. Ses ravages sont par suite plus grands.
- Bien des théories ont été échafaudées pour expliquée la production de ces blessures extrêmement graves, dont l’aspect paraît être celui dû à une explosion. Une des premières théories fut celle de la pression hydrostatique et le premier qui ait cherché à reproduire en France les phénomènes explosifs des nouvelles balles semble être le commandant Dau-deteau. Il tirait sur des récipients pleins d’eau et attribuait l’éclatement produit à l’augmentation de la pression. D’après le colonel médecin suisse Bercher, la balle du fusil suisse produisait des blessures fines dans le cœur quand il est contracté et amenait au contraire l’e-clatement quand cet organe était dilaté.
- Mais les conclusions tirées de-ces essais furent bientôt contestées. On finit par admettre que la balle projetait devant elle, suivant un cône plus ou moins ouvert, dés débris qui agissaient à leur tour comme des projectiles secondaires. Il ne faut pas oublier que la résistance du corps est très variable, que sur des muscles; contractés ou sur des muscles au repos, la balle ne doit pas agir de la même manière, que les
- parties remplies de liquides diffèrent elles-mêmes entre elles. De plus la stabilité de la balle intervient dans bien des cas.
- Enfin, il convient de rappeler les remarquables observations de Melsens qui, en 1882, insistait sur le projectile-air. Il signalait qu’un projectile exer-
- çait trois actions différentes, se succédant dans un intervalle de temps très court et dans l’ordre suivant :
- 1° Action due à la matière, au poids, à la forme et à la vitesse du projectile; 2° Action due à l’élasticité du gaz, dont le volume augmente subitement, au moment de l’arrêt par un corps solide ;
- Vue de profil. Trou de sortie. Trou d’entrée.
- Sur plaque de plomb anlimonieux.
- Sur plaque de cuivre.
- Fig. 4, .5, 6. — Essais de tir avec balle D à 10 mètres sûr des plaques ' de métaux divers.
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- Acier
- 5° Action du solide qui se déforme ou se brise, sans changement sensible de volume et frappe les obstacles solides déjà entamés, sans doute, par l’action du projectile-air, l’air étant considéré comme partie intégrante du projectile.
- Indiquons à ce propos, que dans 'le beau musée de guerre du Yal-deGrâce dont l’installation due à l’initiative de M. Justin Godard a été si bien faite par M. le professeur Jacob, médecin-inspecteur, se trouvent des échantillons de métaux divers sur lesquels ont été tirées des balles D à la distance de 10 m. L’étain et le plomb sont des métaux aussi mous l’un que l’autre, d’après les observations courantes et ce-pendantlestirs effectués dans les mêmes conditions, sur des plaques de même épaisseur, montrent que l’étain se comporte tout autrement que le plomb (fig. 4). Sur la plaque de plomb, le trou de sortie est nettement plus grand que le trou d’entrée. Il n’y a pourtant pas eu d’entraînement, de pression hydrostatique, de cône de débris et il y a un phénomène d’expansion presque d’explosion. Les figures 5 et 6 montrent également de quelle manière différente se comportent le cuivre métal mou et le plomb antimonieux métal dur et cassant.
- Balles perforantes. -— La balle S avait été construite par nos ennemis pour obtenir des effets perforants supérieurs à la vieille balle. Comme on le sait la balle S (pointe; Spitze) est en plomb antimonieux à faible teneur en antimoine pour le durcir un peu avec une chemise en acier cupro-nickelé. Elle traverse des épaisseurs de bois sec à :
- 100 mètres de 60 centimètres.
- 400 — 80 —
- 800 — 35 —
- 1200- — 10 —
- Fig. f.
- Balle perforante.
- Des tôles de 7 mm jusqu’à 350 m. sont entièrement traversées. Après un tel résultat, on chercha à obtenir des balles plus efficaces encore contre les boucliers de nos pièces de 75. Peu de temps avant la guerre, les Allemands étaient .arrivés à créer une nouvelle balle à chemise en acier très dur à haute teneur en carbone et renfermant du tungstène. Les barres dans lesquelles sont pratiquées ces noyaux sont préparées à l’aide de machines à rétreindre, analogues à célles qui servent au tréfilage dü tungstène. A l’avant de ces balles comme on peut le voir sur la fig. 7 se trouve une petite masse de plomb mou,
- qui permet au noyau de s’implanter droit. Aussi à 400 m. les plaques d’acier de 10 mm sont-elles traversées sans difficulté. «
- Cet exposé qui ne rappelle que des choses bien connues montre combien serait illusoire toute idée de protection du corps contre les balles. D’ailleurs la proportion des blessures graves ou mortelles causées par celles-ci n’atteint pas 15 pour 100 comme la chose a été rappelée ailleurs (*). Aussi convient-il de préparer au plus tôt une cuirasse légère qui peut être en cuir ^de buffle ou autre, ou en tôle d’acier mince, voire même en cotte de mailles et protégeant les parties du corps où les blessures sont les plus graves (fig. 8).
- Grâce à elle, nous verrons disparaître une grande quantité de blessures graves produites par les éclats de grenades, de shrapnells de bombes et d’obus, comme les casques ont sauvé bien de nos courageux combattants. Et même contre les balles une telle cuirasse sera-t-elle inefficace? Si elle est
- S/cssi/PGS morfefks 1. 1 Û/essures peu iyrç?yes
- — graves «. — «. m. fivfti c/e /a cuirasse
- \
- Fig. 8. — Gravité differente des blessures des diverses régions du corps.
- impuissante dans tous les cas contre les balles perforantes et à courtes distances, ne va-t-elle pas diminuer pour ces dernières l’étendue de la zone où se produisent les effets explosifs. Et, contre les balles explosives ou expansives restera-t-elle sans \. Génie civil, 15 septembre 1917.
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- 48 — - WAGONS DE CHARBON A GRANDE CAPACITÉ
- effet, ne va-t-elle pas dans bien des cas produire leur éclatement ou leur déformation avant qu’elles pénètrent dans le corps.
- Aussi ne peut-on être qu’heureux de voir l’Académie de Médecine appuyer de sa haute autorité la proposition de doter nos hommes d’une cuirasse légère et souple. L’idée n’est pas nouvelle d’ailleurs. Voici un marché passé par Sully le 12 avril 1603, pour la fourniture et la livraison en l’arsenal
- de Paris de 500 « harnoys » complets et de 1000 « corcelets » passé avec Philbert Godet, marchand bourgeois de Châlons :
- « C’est assavoir ledit Godet avoir promis et promut « audict Seigneur Grand Maistre de fournir et li-« vrer en l’Arsenal de Sa Majesté à Paris, la quantité « de cinq cens harnoys complets, le devant et la salit lade à l’épreuve du pistollet et le reste de coups « d’espée seulement. » Claude Pernelle.
- WAGONS DE CHARBON A GRANDE CAPACITÉ DU PENNSYLVANIA RAILROAD
- La Compagnie du chemin de fer de Pennsylvanie a construit dans ses ateliers d’Altoona un type de wagons à très grande capacité pour le transport de la houille. Il n’y a pas très longtemps déjà, la Cambrian Steel Company avait établi, en vue d’assurer une traction économique des trains houillers, 5000 wagons à grande contenance, dont
- verturè maximum et la fermeture complète.
- La construction, suivant la pratique habituelle du P. R. R., comprend une maîtresse poutre qui absorbe les efforts de traction et de compression. Cette poutre axiale est composée de deux longerons en U, de cornières rivées et de plaques de recouvrement, de façon à être tubulaire. Des bras, réu-
- Wagon de charbon à grande capacité dit Pennsylvania R. R.
- un certain nombre, mis en service sur le Pennsylvania R. R., donnèrent les meilleurs résultats et conduisirent la Compagnie à étudier un type poussé jusqu’aux extrêmes limites actuellement permises!
- Le nouveau wagon est entièrement en acier. Sa caractéristique la plus remarquable est l’immense capacité qui lui a été donnée et qui atteint 82 m5, ce qui correspond à un chargement de 77 tonnes. À vide, ce véhicule pèse 27 t., de sorte que le poids total nominal en charge n’est pas inférieur à 104 t. La charge par essieu s’élève à préside 27 t., approchant ainsi le maximum maintenant réalisé pour les locomotives américaines modernes.
- L’intérieur du wagon comporté cinq trémies, divisées chacune en deux parties. Chacune de celles-ci possède elle-même deux portes à bascule, donnant ensemble une ouverture maximum de 1 m. 07 sur 0 m. 61, manœuvrées mécaniquement à partir du côté du wagon et qui peuvent être maintenues dans une position quelconque, intermédiaire entre l’ou-
- nis à leur tour par des pièces longitudinales auxquelles tiennent les montants et les parois du wagon, sont rivés sur la poutre.
- Les .deux bogies . à quatre roues sont d’une construction très robuste, avec de grandes -surfaces portantes pour les fusées d’essieux et un bon système de suspension. On a particulièrement étudié la question du graissage. Les freins à air et à main ont été prévus. Voici enfin les principales
- dimensions du nouveau wagon :
- Distance des axes des bogies ... Il m. 684 Longueur entre coupleurs. ... 45 m. 542
- Longueur intérieure. . .... 14 m. 173
- Largeur extérieure ..... . 5 m. 099
- Largeur intérieure............... 2 m. 807
- . Hauteur au-dessus du rail. . _. 5 m. 200
- Empattement de chaque, bogie. . 1 m. 778
- Les résultats obtenus jusqu’ici avec ce type de wagon sont excellents et il y a tout lieu de penser qu’il deviendra un modèle standardisé pour le trans* port du charbon sur les lignes de la Compagnie de Pennsylvanie. Lucien Pauin.
- Le Gérant : J*. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- 24 AOUT 1918.
- LA NATURE. — N° 2339.
- LES PIGEONS VOYAGEURS AUX ARMEES
- Ce n’est que depuis la guerre de 1870 que les armées européennes tirent parti du merveilleux et mystérieux instinct des pigeons, instinct qui a été développé jusqu’à la perfection par le double effort de la sélection et de l’éducation. Il paraît que dès la plus haute antiquité, on se servait de ces oiseaux comme de messagers, et des colombophiles aiment à citer à ce propos le poème de la Colombe et du Passant, où Anacréon met en scène l’oiseau favori de Vénus transportant une lettre dans son bec.
- 'igMjgBggjMf
- regagnaient bientôt leur colombier en apportant des nouvelles de la province, imprimées photographiquement en caractères microscopiques sur des pellicules que des employés spéciaux de la Direction des Postes de la rue de Grenelle projetaient sur un écran. Grâce à cé procédé, c’était de véritables journaux que les fidèles messagers transportaient à Paris.
- La création de colombiers militaires fut comprise dans la réorganisation de notre armée, et le nou-
- Br'tis'i oflicial.
- Fig. i. — Pigeonnier de l'armée anglaise, monté sur voiture.
- Mais cette poésie est considérée comme d’origine suspecte par les hellénistes, qui l’attribuent à quelque obscur auteur de la décadence grecque.
- Passons donc rapidement sur ces antécédents, en négligeant même de rechercher, selon le préjugé qui fait accorder aux Chinois la paternité de toutes les inventions, si les Célestes furent les premiers, à constituer des coknnbiers militaires. Et contentons-nous de remohter à l’époque du siège de Paris, qui marque l’apparition systématique du pigeon voyageur dans l’art de la guerre..
- Ces jolis oiseaux rendirent alors des services éminents. Les ballons qui s’échappaient de la capitale investie emportaient de nombreux pigeons qui
- 46* Afinée. — 2* Semestre
- veau’ service fut rattaché d’abord à celui de la télégraphie militaire, pour passer pins tard à l’arme du génie.rLa colombophilie, encouragée par les gouvernements dans différents pays, notamment en France, en Angleterre, en Belgique et en Allemagne, prit un rapide essor. De puissantes sociétés colombophiles organisèrent bientôt des concours internationaux qui contribuèrent efficacement au perfectionnement des procédés d’éducation comme à la sélection des sujets. On vit, au cours de ces épreuves à longue distance, des concurrents parcourir d’une seule traite jusqu’à mille kilomètres, dont une partie au-dessus de la mer. Dans les concours qui obligeaient les propriétaires à mettre aux enchères les oiseaux vainqueurs, on connut
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- LES PIGEONS VOYAGEURS AUX ARMEES
- parfois des chiffres fantastiques : un pigeon se vendit jusqu'à 1500 fr.
- Plusieurs journaux du soir se dotèrent de colombiers modèles pour assurer la prompte réception des nouvelles sportives. Ce service fonctionnait admirablement à l’Intransigeant avant la guerre. Des cyclistes emportaient les oiseaux sur les champs de courses de la région parisienne, et les résultats des épreuves parvenaient au journal avec une rapidité qui battait les records du télégraphe et du téléphone.
- 11 va de soi que la constitution de colombiers
- énorme voiture, comprenant 200 oiseaux, avec un personnel formé d’un sergent et de quatre hommes. Le colombier ne suivait pas la division dans ses déplacements lointains, et restait attaché à une certaine zone. Les oiseaux étaient répartis entre les diverses unités. Ainsi chaque régiment, chaque observation d’artillerie, chaque parti de uhlans, disposent de quatre oiseaux. Nous rappellerons, en outre, que nos ennemis, quelques années avant la guerre, avaient eu l’idée d’employer les pigeons comme observateurs photographiques. Un appareil minuscule, à déclenchement automatique, était
- « British official. »
- Fig. 7. — Vue intérieure d'un pigeonnier de l'armée anglaise.
- était entrée dans la formidable préparation militaire de l’Allemagne. Par l’intermédiaire d’agents secrets, nos ennemis accaparaient méthodiquement les meilleurs oiseaux reproducteurs de da Belgique, où l’élevage du pigeon voyageur était devenu une industrie nationale. On se souviendra que les Allemands, dès qu’ils eurent envahi le territoire belge, lancèrent des proclamations qui ordonnaient aux habitants, sous menace des peines les plus sévères, de livrer tous leurs pigeons voyageurs aux autorités militaires. De nombreux Flamands furent mis à mort pour avoir tenté de soustraire à la réquisition leurs oiseaux favoris.
- Quand la guerre éclata, chaque division allemande disposait d’un colombier aménagé dans une
- fixé au corps de l’oiseau à l’aide de bretelles, et l’on obtenait ainsi des clichés topographiques plus ou moins utilisables.
- Les armées françaises et britanniques n’ont rien à envier à l’Allemagne sur le domaine de la colombophilie, qu’elles ont poussé à un rare degré de perfection. Notre Censure a longtemps interdit toute publication de notes et de photographies relatives aux pigeons voyageurs. Le veto n’a été levé que partiellement, si bien que nous devrons éviter tout détail technique concernant l’organisation et l’importance des « corps de pigeons » attachés à chaque armée.
- Tandis que les colombiers français sont organisés dans des véhicules automobiles spécialement cons-
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- LE NOUVEAU BASSIN HOUILLER DE LYON
- truits, ceux des armées britanniques sont généralement aménagés dans d’anciens autobus londoniens à impériale, transformés pour leur nouvelle destination. Ces voitures sont installées à 10 ou 12 km des lignes, c’est-à-dire assez près des batteries à longue portée pour que les oiseaux s’habituent au fracas de la canonnade.
- Si les reproducteurs sont demandés à l’industrie privée, placée sous la surveillance du Ministère de la Guerre, l'élevager et l’éducation ont lieu sur place. L’entrainement commence dès que le pigeonneau a la force de voler. Son gardien l’habitue à connaître sa voix, à répondre à son numéro matricule, à venir manger dans sa main.
- A l’âge de trois mois, l’entraînement méthodique commence. Relâché à un millier de mètres de son colombier, l’oiseau retrouve sans hésitation le chemin du logis. La distance est augmentée 'de jour en jour. Quand elle a atteint une trentaine de kilomètres, l’apprentissage est presque terminé.. Il ne s’agit plus que d’habituer l’oiseau aux différents bruits du champ de bataille. On obtient assez facilement ce résultat en transportant d’abord l’oiseau dans un camp d’aviation, où le fracas des moteurs cesse bientôt de le terroriser. Puis, on s’efforce de le familiariser avec les détonations de l’artillerie, en rapprochant progressivement sa cage des pièces en action, puis, en le lâchant au moment d’une rafale.
- C’est l’épreuve suprême et décisive, et ce serait une erreur de croire que tous les oiseaux l’affrontent avec le même sang-froid. 11 en est, certes, qui, du premier coup, s'habituent à l’infernal vacarme. Mais on en voit qui s’affolent, s’enfuient au loin en un vol désordonné, et ne retrouvent plus le chemin du colombier.
- Après ces épreuves, les pigeons sont déclarés bons « pour le service armé ». A tour de rôle, ils prennent place dans les cages d’osier que cyclistes et motocyclistes emportent aux premières lignes. On les relève régulièrement toutes les 48 heures.
- Les règlements exigent que l’emploi des utiles messagers soit exclusivement réservé pour les cas où tout autre moyen de communication est supprimé, soit que le relief du terrain ou l’état du ciel ne se prête pas à la télégraphie optique, soit que les fils téléphoniques aient été coupés par les éclats d’obus.
- Les communiqués officiels ont enregistré fréquemment les services des braves messagers. Au plus fort de la bataille de Verdun, les intrépides défenseurs du Fort de Douaumont firent parvenir des messages au moyen des rares oiseaux qui avaient survécu à l’intense « marmitage ». A la défense du Fort de Souville, ce fut un pigeon, qu'un observateur d’artillerie avait emporté au sommet d’un arbre, qui apporta la nouvelle que les troupes allemandes étaient massées dans un certain ravin ; un tir de barrage aussitôt déclenché décima * les assaillants et fit complètement échouer l’attaque. On cite des oiseaux qui regagnèrent leur nid, le corps déchiré par des projectiles, les pattes brisées. On peut même voir aux abords des tranchées de minuscules monuments funéraires où de pieuses mains enterrèrent des piégeons « morts au champ d’honneur », après avoir apporté leur message teint de leurs dernières gouttes de sang.
- Les pigeons voyageurs sont maintenant employés pàr l’aviation maritime et par les patrouilleurs et sous-marins. Tout récemment, les journaux anglais ont publié le fac-similé d’un message par pigeon qu’un patrouilleur avait lancé au moment de sombrer corps et biens. On cite encore un hydravion anglais qui, tombé désemparé en pleine mer du Nord, fut sauvé par ses deux pigeons, dont le prompt retour au colombier permit l’expédition d’un torpilleur au secours des aviateurs.
- Les colombophiles d’Angleterre se proposent d’élever un monument à la mémoire des carrier-pigeons morts au service du pays. Les colombophiles français ne resteront pas insensibles à cette touchante manifestation. V. Forbin.
- Fig. 3.
- En France :
- Un gardien de colombier.
- LE NOUVEAU BASSIN HOUILLER DE LYON
- La France manque de charbon et ne saurait alimenter les besoins de la consommation nationale. Tandis que Celle-ci excède, en temps normal, 60 millions de tonnes, notre production houillère ne dépasse pas 40. millions. Nous ' sommes, par conséquent, contraints d’importer annuellement une vingtaine de millions de tonnes.
- Une telle situation, qui nous met sous la dépendance des charbonniers étrangers, n’a pas été sans préoccuper nos grands industriels, les métallurgistes en particulier, et ceux-ci se sont intéressés à toutes les campagnes de recherches entreprises pour reconnaître de nouveaux dépôts. Les sidérurgistes lorrains ont non seulement participé
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- LE NOUVEAU BASSIN
- à l’exploration du sous-sol de Meurthe-et-Moselle, où l'on a retrouvé le prolongement du bassin de Sarrebrück, mais encore à la prospection des couches du sud du Pas-de-Calais. Ils ont même porté leurs investigations jusqu’en Belgique, et la mise en valeur des gîtes du Limbourg aura été leur œuvre. >
- A l’heure actuelle, leurs ell'orts sont concentrés sur la région lyonnaise. Depuis plusieurs années, et particuliérement depuis 1913, des travaux considérables ont été poursuivis sur la rive gauche du Rhône, dans le département de l’Isère, et le champ d’opérations s’étend chaque jour davantage.. Des sondages sont, aujourd'hui, pratiqués jusque dans le Bugey. La campagne d’exploration en cours a donné des résultats positifs.
- Mais le silence gardé jalousement par les intéressés sur leurs découvertes n’a pas permis jusqu’ici au public d’en apprécier l’importance.
- A l’heure où le problème des combustibles se pose toujours plus angoissant pour le pays tout entier, nous pensons devoir combler cette lacune. L’histoire, d’ailleurs, de la reconnaissance des charbonnages lyonnais doit nous être un enseignement. Elle nous fournit un nouveau témoignage de l’opiniâtreté nécessaiïe dans la recherche de gisements minéraux. Ce n’est qu’au prix d’un effort prolongé et incessant qu’on parvient à arracher à la terre les secrets et les richesses qu’elle recèle.
- Le prolongement du bassin houiller de Saint-Etienne sur la rive gauche du Rhône, au sud de Lyon, était géologiquement connu depuis près d’un siècle. Non seulement des géologues hautement qualifiés comme Fournel, Grand d’Eury ou Grüner l’avaient pronostiqué, mais encore Fournel avait signalé l’existence d’un affleurement à Chamagnieu, à 28 km à l’est de Communay.
- La continuité du gîte faisait si peu de doute que,, dès 1853, la Société de Communay tentait de recouper la formation houillère à l’est de ses domaines, situés, d’ailleurs, sur la rive gauche du Rhône, et semblant comme un pont naturel jeté entre les charbonnages stéphanois et les dépôts entrevus du Lyonnais.
- Le sondage n° 1 de Simandres pénétra à 147 m. dans le houiller, et fut arrêté 11 m. plus loin, sans avoir recoupé le charbon. Un second sondage fut entrepris beaucoup plus tard, en 1879, à 600 m. au sud du précédent. Après avoir franchi 178 m. 60 de morts-terrains, et 145 m. 35 de houiller, il fut interrompu à la profondeur de 333 m. 50, dans des micaschistes, 'apparus à 324 m. Plus malheureux fut encore le sondage n° 1 de Marennes (1880), qui, sur 320 m. de hauteur, ne put rencontrer le houiller.
- Ces échecs ne découragèrent toutefois pas les prospecteurs. Une Société de recherches, dite d’Heyrieux, se constitua au capital de 160000 fr., , et explora à Chaponnay en 1881. La sonde fran-7 chit 212 m. de morts-terrains et 65 m. de houiller.'
- HOUILLER DE LYON - ..—
- Elle ne put déceler l’horizon de charbon, mais à 258 m. apparurent quelques fragments de houille dans des schistes charbonneux.
- Ce résultat était plus encourageant. Une nouvelle tentative fut faite peu après, à Toussieu cette fois. Elle devait réserver des surprises. Tout d’abord, à 266 m. 75, la sonde recoupa un banc de fer et manganèse de 9 m. 20 de puissance qui fut ultérieurement concédé aux inventeurs. Ensuite, elle reconnut le houiller entre les niveaux 321 et 465; celui-ci apparut fortement incliné. Le charbon y faisait défaut. Deux autres sondages complémentaires à 200 m. au nord et à 160 au sud ne furent pas plus décisifs relativement au charbon, mais précisèrent les données relatives à la formation manganésée. Dans le deuxième sondage, le houiller fut suivi de 18 à 324 m. 50.
- Les recherches furent alors orientées vers le nord. Le sondage de Saint-Bonnet de Mure (1.892-1894) fut arrêté à 686 m. de profondeur. Il n’avait atteint le houiller qu’à 655 m., mais, par contre, il avait, comme à Toussieu, recoupé 3 couches de minerai de fer et 1 de manganèse entre les cotes 391 et 407.
- La Société d’Heyrieux, devant ces insuccès, dut liquider le 29 août 1895.
- Avec l’année 1895 se clôt la première série des recherches, poursuivies durant 40 ans sans avoir pu découvrir le dépôt.
- Les, travaux devaient être, cependant, repris dix ans plus tard par un consortium de métallurgistes de la Loire (Aciéries de la Marine, Hauts Fourneaux de Chasse, Aciéries de Saint-Étienne), de Sociétés minières (Blanzy et Mokta-el-Hadid), et quelques particuliers, MM. Gillet et Mirabaud. Une série de sondages méthodiques fut commencée. Celui de Chandieu Saint-Bonnet, placé à 1 km du précédent, traversa les grès houillers de 550 à 570 m., et les micaschistes à 580. Il fut, néanmoins, poussé jusqu’à 594 m. Celui de Grenay (1905) trouva aussi de 394 à 421 m. des micaschistes, mais il avait recoupé à 365 m. un lit de schistes noirs charbonneux de 50 cm d’épaisseur.
- La recherche de Saint-Laurent-de-Mure (1905-1906) ne sortit pas du tertiaire jusqu'à 796 m., profondeur à laquelle elle fut interrompue. Simultanément, aux Glandiers, un sondage avait été exécuté jusqu’à 1065 m. 15. Il décela à 585 m. un filonnet de houille de 0 m. 10 et à 634 m. une veinule de 30 centimètres.
- Mais le 'sondage de Chavagnieu fut moins favorable (1907-1908), quoiqu’il eût traversé le houiller sur plus de 650 m. (490 à 1175). On constata seulement une • veinule d’un demi-centimètre, à 860 m. Par contre, des suintements d’huile caractéristiques furent observés aux niveaux 1020,1037, 1105, 1120, 1135. Ces indices de pétrole n’arrêtèrent pas l’attention des prospecteurs. La plupart, d’ailleurs, lassés de leurs échecs successifs, abandonnèrent la partie. 1
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- LE NO'ÜVEAU BASSIN HOU1LLER DE LYON
- Seules les Compagnies minières, Blanzy et Mokta, ne se laissèrent pas impressionner par les déceptions du passé. Elles entreprirent, de compte commun, la recherche de Leyrieu (4910-1911), qui recoupa le houiller entre 550 et , 510 mètres. Celle-ci constata la présence de fdonnets minuscules aux niveaux 557, 359, 572, 467 (0 m. 10), 498 (0 m. 08). Le sondage fut arrêté à la profondeur de 553 m. 50, dans les terrains primitifs.
- Le sondage de Saint-Romain ne fut . pas plus affirmatif (1911-1912). 11 franchit le houiller entre 453 et 879 m., rencontra un filet charbonneux d’un centimètre d’épaisseur à 741 m., et recoupa des schistes bitumineux à 748, 784, 807, 820 m. Quinze sondages n’avaient donc donné aux hardis pionniers que de minces espoirs. Mokta-el~Hadid_ jugea l’heure venue de se retirer. .
- Blanzy n’en persista pas moins à tenter la chance. La Compagnie de Montceau-les-Mines entreprit en 1915 le sondage de Mions. Celui-ci devait, enfin, payer Blanzy de sa foi et de ses peines. Le 17 avril 1914, le bruit se répandit que la formation charbonnière était, après1 soixante ans d’efforts, découverte aux -portes de Lyon. Le sondage de Croix-Rouge, ou Mions-Sud, après 302 m. de morts-terrains, avait, en effet, recoupé le houiller, et reconnu 5 petites couches de 0m. 80, 0m. 87 et 0 m. 78, séparées par des bancs schisteux de 1 m. 18 et 0 m. 75 d’épaisseur, entre les niveaux 472 m. 75 et 477 m.. 10, et à 555 m. 60, une formation de 1 m. 60 de puissance, constituée par des, bancs alternés de charbon et de schistes, avait été traversée.
- Un peu plus bas, à 557 m. 92, était apparue une belle couche de charbon-de 3 m. 09 d’épaisseur. Des analyses avaient accusé 29,40, 29,80 et 50,64 pour 100 de matières volatiles, 7,50, 11,55 et 14 de cendres.
- La nouvelle de ce succès causa, comme on peut penser, une profonde sensation dans les milieux lyonnais, et, en particulier, parmi les prospecteurs de la veille. Aussitôt, une nouvelle campagne vde recherches s’organisa. On ne voulait pas que Blanzy fût seule à se partager un gâteau dont les dimensions semblaient respectables.
- Cinq groupes se disputèrent, en 1914-1915, la reconnaissance d’un gîte dont l’existence n’était désormais plus problématique. La Société de Blanzy, avec un admirable désintéressement, s’était effacée devant un groupement composé d’impor--tants consommateurs de la région, et avait constitue la Société Civile de Recherches du Bassin gauche du Rhône (8 juin 1914), dans laquelle entrèrent, outre Blanzy, les établissements Schneider, les forges de Franche-Comté, le groupe Giros-Lou-cheur, les forges de Montbard-Aulnoye, les Aciéries de la marine.
- D’autre part, les hauts fourneaux de Chasse, les Aciéries de Saint-Étienne, les mines de Montram-bert créaient simultanément la Société des Recher-
- ches de l’Isère, cependant que Mokta-el-Hadid, d’une part, les mines de la Mure de l’autre, entreprenaient des travaux indépendants. Enfin, la Société des mines de la Loire, les Houillères de Saint-Étienne, les Aciéries de Firininy, les forges d’Unieux groupées engageaient, de leur èôté, des prospections.
- La Société de la Rive gauche du Rhône avait doublé son sondage de la Croix-Rouge par celui de Mions-Nord (n° 9), qui avait rencontré le houiller à 278 m., mais se perdit à 827 m. dans les terrains primitifs sans avoir réussi à recouper le gîte.
- Elle compléta ces travaux par deux sondages sur la commune de Saint-Priest : le premier, dit de Mi-Plaine (1914-1915) fut arrêté à 1261 m. 50, après avoir atteint les grès houillers à 536 m. Ceux-ci contenaient deux petits bancs de charbon de 0 m. 20 à 0 m. 25 d’épaisseur et des schistes bitumineux.
- Le sondage de la Fouillouse donna des résultats singulièrement plus réconfortants. Commencé le 12 mai 1915, il franchit le houiller à la cote 570, recoupa à 611 m. une couche de charbon d’un mètre de puissance en deux bancs, à 693 m. 45 une seconde couche de 2 m. 40 (en 4 bancs), et à 718 m. 35 trois couches de 1, m. 50 d’épaisseur. Les produits reconnus sont des houilles grasses tenant 58 à 40 pour 100 de matières volatiles.
- Un sondage tenté, la même année, à Marennes (n° 10) avait rencontré le 3 février le terrain primitif à 247 mètres.
- Sur les bases de ses explorations décisives, la Société de la Rive gauche avait demandé une concession dès 1914 (23 juin), avec Mions comme centre. Une demande concurrente fut formulée presque aussitôt par l’ancienne Société d’Heyrieux, fondue dans la Société des Recherches de l’Isère. Les travaux jadis exécutés par la Société d’Heyrieux ne pouvant raisonnablement justifier la requête formulée, la Société de l’Isère a entrepris trois sondages, dont l’un est venu confirmer les heureux résultats de Mions et de la Fouillouse^
- Si le sondage du Logis-Neuf, près de Toussieu (1914-1915) n’a pas trouvé la moindre parcelle de charbon, quoique ayant traversé le houiller entre 400 et 875 m., la recherche de Rechin, à 1500 m. au Sud du sondage de Croix-Rouge, a reconnu à 450 m. un faisceau de trois couches de 5 m. de puissance totale. Le sondage du Pont-des-Portes, à Flassieux (1915) a dû être interrompu à 380 m. dans les terrains anciens.
- La Compagnie de Mokta, qui éprouvait un amer regret d’avoir abandonné la partie quelques mois trop tôt, s’empressa de réparer son erreur, et, dès 1914, témoigna "d’une grande activité, qui fut, d’ailleurs, couronnée de succès.
- Le sondage de Marennes, effectué au Sud de celui de la Société de la Rive gauche du Rhône, se perdit à 400 m. sans avoir donné de résultat. Au 'contraire, la recherche de Gênas, ou plus.exacte-y ’ ment de Vurey au Nord de Mi-Plaine et de la route
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- LE NOUVEAU BASSIN
- de Lyon à Chambéry, franchit le houiller entre les niveaux 692 et 1355. Elle y décela trois horizons de charbon, ayant respectivement 3 m. 60, 2 m. 10 et 1 m. 50 d’épaisseur, soit 7 m. environ de puissance totale.
- Un sondage tenté plus à l’Ouest, à Chassieu (1916) a été poussé à 830 m. La zone Vurey marque la limite de la formation de ce côté.
- Dans la même région, le groupe de la Loire avait, en 1914, pratiqué un sondage à Manicieux, au Sud de Mi-Plaine, et recoupé le houiller - à 450 mètres.
- La formation houillère y était apparue sous forme de petites couches de charbon et mesurait au total 0 m. 40. La Société a toutefois sollicité une concession.
- Enfin, les mines de la Mure avaient porté leurs . investigations tout à fait dans le sud du bassin, et à proximité de la concession de Communay, sur laquelle elles avaient jeté leurs visées. Malgré les insuccès du passé à Simandres, à Marennes et à Chaponnay, la Société grenobloise exécüta quatre sondages en 1914-1915. Le premier, à Simandres, a reconnu le houiller entre 165 et 302 m. Le sondage n° 3 de Marennes, poussé à 840 m., a traversé les grès houillers à partir du niveau 235, et y a décelé deux couches de 2 m. 40 et 1 m. 95 d’épaisseur. Le sondage n° 4 de Marennes a été négatif, quoique porté à 852 m. Enfin, à Saint-Pierre-dé-Chandieu, plus à l’Est, le houiller, compris entre les niveaux 218 et 936, comporte, d’après le son^-dage de 1915-1916, 3 m. de charbon au total. La Société de La Mure a revendiqué, corollairement à ces travaux, une concession de plus de 5000 hectares sur Gorbas, Saint-Symphorien d’Ozon, Simandres, Marennes, Mions, Chaponnay et Communay, qui empiète sensiblement sur la demande de la Société de la Rive gauche du Rhône.
- L’État se trouve donc en présence de cinq requêtes, en général justifiées : celles des Sociétés de La Mure, au sud; de la Rive gauche du Rhône, autour de Mions; de la Loire qui se confond en partie avec celle de la Société de l’Isère, laquelle fait concurrence à celle de la Société de Blanzy ; enfin de Mokta el-Hadid, tout à fait dans le Nord.
- La Société de l’Isère avait de fortes raisons de croire qu’elle serait évincée au profit de la Société de la Rive Gauche du Rhône, à l’opiniâtreté de laquelle on doit la découverte du bassin. Pour ne pas perdre tout le fruit de ses efforts d’antan, elle a fusionné avec la Société de la Rive gauche du Rhône, et lui a apporté, outre ses propres travaux, tous les droits appartenant à la Société d’Heyrieux, ainsi que la concession de Toussieu, pour manganèse et fer.
- La Société des Houillères Lyonnaises, au capital, de 17 millions, est née de cette fusion.
- On pouvait supposer que les recherches s’arrêteraient là, du moins jusqu’à ce que l’État, par des concessions judicieüses, eût stimulé à nouveau les
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- initiatives. 11 n’en a pas été effectivement ainsi. Une nouvelle campagne d’exploration a été entreprise en 1917 au nord des régions précédemment prospectées. ' „
- Le groupe de Saint-Étienne, qui ne pouvait se faire aucune illusion sur le sort réservé à sa demande de concession de Manicieux, formulée par M. Holtzer, d’Unieux, au nom de la Société minière du bassin du Rhône, tenta une nouvelle recherche vers Mi-Plaine et constata que la formation houillère de Manicieux * s’y élargissait sans, cependant, dépasser 0 m. 65.
- Délaissant alors résolument cette zone, la Société se porta au nord de Gênas, à Azieu. Un sondage y fut pratiqué. Il dut être interrompu à 800 mètres, sansavoir dépassé le lias. Deux nouveaux sondages, encore en cours, ont été entrepris à Meyzieux, au nord d’Àzieu, et à Authon, au sud du confluent de l’Ain et du Rhône.
- Simultanément, la Société de la Mure a installé son trépan à Balan, au nord du Rhône, et un consortium, dans lequel Blanzy occupe la première place, explore le sous-sol de Zonchet (commune de Saint-Maurice-de-Gourdan) au nord du confluent de l’Ain.
- Un certain nombre de Sociétés lyonnaises (les Omnibus et Tramways de Lyon, le Gaz de Lyon, les Aciéries de la Marine, etc.) se sont, d’autre part, groupées, sur l’initiative de M. Natanson, et, après avoir racheté là concession de Communay, vendue à la barre du tribunal, ont fondé la Société des Houillères du Rhône, qui, avec un capital de 2 millions, a commencé des sondages au bord du Rhône à Décines et Jonage.
- Ce n’est pas tout. Mokta el-Hadid, les Aciéries de la Marine, Pont-à-Mousson, les Aciéries de Miche-ville ont constitué la Société d’exploration et de recherches du Bugey, qui, sur le conseil avisé de M. le Directeur de l’École des mines de Saint-Étienne, cherche depuis un an à dévoiler les secrets du sous-sol de l’Ain,, aux abords d’Ambérieu. Les travaux de Torcieu ont déjà rencontré le houiller, et l’on peut espérer qu’ils recouperont la formation.
- On ne saurait nier qu’en dehors de toute réclame de grands progrès aient été réalisés au point de vue de la reconnaissance des charbonnages du Rhône. Les sondages positifs et négatifs exécutés permettent d’avoir une idée assez exacte du dépôt.
- Tout d’abord, il est aujourd’hui' avéré que le prolongement du bassin stéphanois constitue une zone minéralisée d’une étendue considérable, supérieure à celle des bassins de Saint-Étienne ou du Pas-de-Calais. Par contre, le gîte apparaît de peu de largeur. Il semble également qu’il se soit produit des rétrécissements, et qu’on ait affaire à une formation en chapelets. Le nouveau bassin serait également relativement pauvre, et l’on ne prévoit pas pour le moment que sa production doive dépasser au total un million de tonnes par an.
- D’un autre côté, on a pu constater que, contrai-
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- rement à ce qu’on observe à Saint-Étienne, les réserves de combustibles ne se rencontrent pas sur le bord sud du bassin, mais plutôt sur le bord nord. Ceci explique l’échec des tentatives faites ' pour reconnaître le dépôt vers le sud, et le succès des sondages exécutés sur le flanc nord de la cuvette.
- Les charbons recueillis sont des houilles grasses convenant à la fabrication du gaz. L’exploitation des agîtes paraît devoir nécessiter des dépenses d’établissement considérables. L’épaisseur des morts-terrains est, en effet, très grande. Elle est aussi fort variable. Si la molasse marine superficielle présente une puissance sensiblement égale partout, et voisine de 200 mètres., les calcaires et conglomérats sous-jacents ont une épaisseur, qui oscille entre 0 et 500 mètres.
- Il convient de considérer également'que les venues d’eau, dans des terrains fissurés et perméables, seront abondantes, qu’il faudra foncer, les puits par congélation et cela à des profondeurs ou ce procédé n’a pas encore été employé.
- Les recherches du passé ont, d’autre part,
- <#3sS
- c LÀ MONTRE
- On a pu considérer, et non sans raison, la mode comme le baromètre de la futilité. C’est en tout cas un baromètre extraordinairement sensible et qui ne pouvait manquer d’être impressionné vivement par l’état de guerre où nous avons presque pris l’habitude de vivre.
- Les appareils servant à la mesure de l’heure n’ont pas échappé à l’influence de la tactique et de la stratégie. D’un côté, les pièces de haute précision et de luxe ont vu leur vente favorisée par l’arrivée au sommet de l’échelle sociale des nouveaux riches et'les besoins‘de la ri/arine et de l’armée. De l’autre, le débit des montres ordinaires et de qualité courante s’est extraordinairement développé parmi les corps de troupes. Ce double courant suffit à expliquer le prodigieux essort industriel qu’accusent les statistiques hor-logères suisses dont les plus récentes — celles relatives à 1917 — viennent'de paraître.
- On sait qu’en montres, la Suisse est le pourvoyeur du mohde entier. L’année qui précéda l’ouverture des hostilités, elle avait exporté pour 183 millions de francs de montres et mouvements, pendules, réveils, boîtes, fournitures et outils d'horlogerie. Ce chiffre était un record et nos voisins craignaient qu’il n’eut pas de lendemain. Dans ce gros total, les montres et mouvements finis ^figuraient pour 150 millions de francs en nombre rond.
- 1914 amena une chute profonde.\De 150 millions, on descendit à moins de 100. Mais, en 1915, on remonta à 121 millions. 1916 atteignit 183 mil-
- DE GUERRE
- révélé l’existence incontestable dans le sous-sol lyonnais de formations hydrocarburées, d’indices de pétroles. A Chavagnieu, les grès hoùillers sont imprégnés sur plus de 80 m. d’huile caractéristique. Si l’on veut bien se rappeler que le sondage de Vaux (Bugey) a dû être interrompu à la suite d’accidents causés par l’éruption de gaz hydrocar-burés, qu’à Seyssel et Chézery on exploite des formations bitumineuses puissantes, on devra reconnaître que l’existence d’horizons pétrolifères dans l’Ain et l’Isère apparaît de plus en plus vraisemblable, et qu’il y aurait. lieu d’engager des recherches dans le but de les découvrir.
- Le bassin houiller du Lyonnais ne saurait être regardé comme pouvant améliorer sérieusement notre situation industrielle. Mais sa position à proximité de Lyon et la qualité de ses produits lui donnent un intérêt exceptionnel, et il importerait que l’État consentît au plus tôt, par des concessions libérales, la mise en valeur d’un dépôt, qui apportera certainement à l’industrie lyonnaise des facilités nouvelles de développement. ^
- Auguste Pawlowski. ~
- DE GUERRE
- lions et 1917 vient d’enregistrer 192 millions.
- 192 millions de francs de montres sont parties des usines suisses dans toutes les directions. Ce chiffre représente 14 200000 montres finies et plus de 2 600 000 mouvements terminés et prêts à être emboîtés.
- On estime que les trois quarts de ces montres et mouvements sont destinés à des bracelets.
- C’est que le bracelet-montre, primitivement article de mode et de bijouterie, est devenu, dans l’armée et par l’armée, un objet de première utilité.
- Parmi ceux qui ont donné une vive impulsion à la fourniture du bracelet-montre, il convient de placer au premier rang le gouvernement des États-Unis. Tout soldat américain est muni d’un bracelets montre. Le bracelet-montre n’est-il pas en effet la meilleure pièce d’identité?
- Si nos alliés d’outre-Atlantique, mettent sur pied une armée de 10 millions d’hommes, c’est un joli stimulant qu’ils vont offrir aux fabricants. A 35 francs l’unité, cela représente une dépense de 350 millions de francs en perspective et une fourniture que seule la Suisse peut actuellement entreprendre.
- Je viens de citer un chiffre, celui de 35 francs. On peut le considérer eomme à peu près officiel. Tout en paraissant élevé,sen comparaison des prix pratiqués avant la guerre pour cet objet, il est cependant fort bas pour un article solide et de bonne qualité courante, comme on les aime aux États-Unis. On peut estimer en effet, que, depuis 1914, les prix ont doublé.
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- LA MONTRE DE GUERRE
- Cette augmentation n’est pas due complètement à la hausse des matières premières et à l’élévation de la main-d’œuvre. Le change défavorable y entre pour une bonne part. Il est facile de s’en rendre compte par le petit tableau suivant qui indique, d’après les chiffres de la douane helvétique, les prix de vente à l’exportation des divers articles rentrant
- dans la statistique horlogère en 1915 et en 1917.
- Prix moyen de vente nette
- Articles. en 1913 en 1917
- Montres en métal 5^22 6,67
- Montres en argent 11,70 13,83
- Montres en or. . ? . . . . 54,41 . 60,91
- Ghronograplies, répétitions, etc. . . 65,53 52,40'
- Autres montres . . . 33,11 22,82
- Mouvements finis ....... 8,43 11,40
- Pièces. à Production par jour la main. à la machine.
- Pilons 36 500
- Arbres de barillet ........ 36 350
- Axes de balancier 24 600
- Tiges d’ancre 24 700
- Roues d’ancre complètes avec pignon. 36 600
- Roues de champ complète avec deux pignons . 36 600
- Roue de petite moyenne avec deux pignons 36 600
- Roue de grande moyenne avec chaussée et deux pignons 24 300
- Vis dé pont 72 1400
- Roue à canon 30 2000
- Un grand nombre de machines-outils servant à la fabrication de la montre sont absolument auto-
- Fig. i. — Un atelier d’horlogerie.
- Il n’y a aucune raison de s’étonner de ce phénomène.
- La fabrication mécanique de l’horlogerie est tellement développée en Suisse, que la main de l’homme n’y intervient guère, en dehors de la conduite des machines-outils, que pour le montage des mouvements et des boîtes. Le réglage lui-même des pièces ordinaires ou courantes peut être con-. sidéré comme étant automatique, par suite du classement préalable et méthodique des spiraux et des balanciers destinés à être accouplés ensemble.
- Yoici un petit tableau qui donne une comparaison de la production manuelle et de la production mécanique d’un certain nombre de pièces de montres. Il est suffisamment suggestif pour se passer de commentaires.
- matiques, l’homme n’intervenant que pour les alimenter de temps à autre.
- On peut citer des batteries de machines à pivoter qui travaillent seules et avertissent par une sonnerie lorsqu’elles n’ont plus de matières premières.
- Les usines modernes possèdent de grands balanciers servant à l’étampage des médailles et des boîtiers de montres. Il existe dans certaines des milliers d’étampes dont les modèles parfois extrêmement artistiques sont obtenus automatiquement au moyen de réducteurs du genre des appareils Collas. Dans ces machines, découpeurs ou étam-peurs, la main-d’œuvre humaine est extrêmement réduite. On les retrouve, en plus petit, dans la fabrication des aiguilles qui, malgré la douzaine de séries de découpages qu’elles doivent subir,
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- LA MONTRE DE GUERRE
- arrivent à ne coûter parfois que cinquante centimes la grosse!
- Pour nous rendre compte de l’invraisemblable bon marché qu’avaient atteint certaines catégories de montres fabriquées en grandes séries, il suffira de nous rappeler qu’avant la guerre"certaines de ces montres se vendaient par cartons de six à
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- détermine sur les prix une augmentation de 5 à 10 francs.
- L’influence de la guerre sur les achats des États-Unis en Suisse est nettement marquée par les statistiques dont les dernières sont toutes récentes.
- En 1910, la Suisse n’avait vendu aux États-Unis
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- Fig. 2. — L’usine de Waltham (États-Unis), la plus grande fabrique de montres du monde {vue de nuit).
- peine deux francs pièce ! C’est sa neutralité qui a permis à la Suisse occidentale de continuer, malgré la tourmente, à produire dans les conditions de prix indiquées par notre tableau.
- que pour 2 748 599 francs de montres finies, pour 2 632 922 francs de mouvements et pour 1 575 590 francs de pièces détachées, soit un total de 7 millions de francs en chiffres ronds.
- Fig. 3. — Usine des Billodes (près Neuchâtel).
- A côté de la fabrication proprement dite des mécanismes et des boites, il s’est développé une fabrication accessoire extrêmement variée de bracelets en étoffe, en cuir, en métal, extensibles ou non, avec dès systèmes d’agrafes, de protecteurs de verre et de cadran, etc.... La matière radifère est aussi fréquemment employée pour donner l’éclairement du cadran pendant la nuit. L’addition de cette substance, très précieuse à tous égards,
- En 1917, ce total est monté à 54675000 francs,(*) après avoir été de 20500000 francs en 1916. Et pour les cinq premiers mois de 1918 il dépasse
- 1. Dans ce chiffre entrent :
- 20355000 francs pour 1 768 840 mouvements finis.
- 6 276 000 — . pour 1182 836 montres métal.
- 1559 000 — pour 88 550 montres argent.
- 3 052 080 — pour 58 349 montres or.
- 1 117 000 — pour 64 701 autres montres.
- (au total 5 163 270 montres ou mouvements prêts à emboîter).
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- déjà 17 millions de francs! Cela, malgré que les États-Unis soient un pays abondamment producteur d’horlogerie, et qu’on y trouve des usines magnifiques comme celles de Waltham dont notre figure 2 donne une vue de nuit de la façade principale qui se développe sur une longueur de 550 m. Dans ses immenses ateliers on n’emploie exclusivement que des machines-outils du dernier cri. Les États-Unis sont aujourd’hui le principal client de la Suisse. La, guerre a réalisé ce paradoxe économique.
- C’est en 1906 que le port de la montre au poignet a commencé à prendre une extension que les statistiques suisses n’ont pas tardé à mettre en lumière.
- Aujourd’hui, le nombre des industriels produisant le bracelet pour montres est devenu considérable.
- Combien, parmi ces fabricants, se doutent que le bracelet-montre est une invention française datant presque de trois siècles? C’est au poignet que notre illustre Pascal portait sa montre. Ce grand savant et maître écrivain avait un faible pour l’horlogerie. Avant Huyghens, Hooke et Haute-feuille, il avait essayé d’assurer le réglage des pièces portatives par un ressort qui malheureusement n’était point spiral.
- Le succès, triomphal du bracelet-montre est un véritable hommage rendu par la mode frivole universelle à l’un des plus -glorieux d’entre les Français. Léopold Revercuon.
- LE MOTEUR LIBERTY — SON HISTOIRE
- Lorsqu’en 1917, le secrétaire d’État à la guerre Baker annonça qu’un nouveau moteur d’aviation baptisé « Liberty » avait été établi par deux ingénieurs dans une conférence secrète qui dura 5 jours, l’attention et la curiosité publiques furent excitées au plus haut point. Les commentaires allèrent bon train et, tandis que les journalistes clamaient au miracle, les spécialistes qui savaient la complexité du problème, l’infinité des pièces d’un moteur moderne d’aviation, les longues études et les essais préliminaires indispensables, haussaient les épaules ou tout au moins déclaraient l’information inexacte et exagérée, devant se ramener à des modifications de détail d’un type déjà existant. Peu à peu cependant le mystère s’éclaircit et le Scientific American dans un de ses récents numéros a pu donner un historique complet de la genèse du « Liberty », historique que nous allons analyser, afin d’en tirer les enseignements qu’il comporte.
- Dès les début des hostilités, M. Henry Joy, président de la célèbre Société d’automobiles Packard, pressentant le rôle que l’aviation serait appelée à” jouer dans la guerre et soupçonnant que tôt ou tard les États-Unis seraient entraînés dans le conflit mondial, étudia les possibilités de fabrication de l’Amérique en moteurs d’avion. 11 se rendit immédiatement compte de la difficulté du problème et du délai très long qui serait nécessaire pour monter une fabrication de grande importance. Aussi décida-t-il sa Société à entreprendre l’étude d’un moteur comparable aux meilleurs moteurs européens, mais adapté aux méthodes de travail., et‘à l’outillage en service dans les usines américaines.
- Commencés au printemps de 1915, les plans étaient terminés en novembre et le premier moteur construit en février 1916. Afin de pouvoir faire . les essais plus facilement, on le monta sur un châssis de voiture spéciale propulsée par l’hélice aérienne. Le premier moteur était du type en V à 12 cylindres. Un second type fut ensuite construit
- en tenant compte des enseignements des essais précédents, en avril 1917. Les cylindres étaient en acier forgé et les chemises d’eau en acier soudées sur lès cylindres. Ce travail est très délicat à bien exécuter, car il faut éviter de surchauffer le métal. Pour arriver à l’exécuter dans de bonnes conditions, après de nombreuses tentatives infructueuses, on détermina la condition nécessaire : donner aux portions des 2 pièces qiii doivent être soudées, exactement la même épaisseur, afin que le chalumeau puisse les amener plus aisément à la même température. 4
- Tandis que dans le premier modèle, les deux rangées de cylindre étaient, comme dans la plupart des moteurs, inclinées à 60°, dans'le second, l’angle fut ramené à 40°, de façon à réduire la surface transversale et par suite la résistance de l’air. Avec cet angle, même à petite vitesse, il n’y a encore aucune vibration. L’arbre à came était placé directement au-dessus des cylindres.
- Le troisième modèle, commencé en avril 1917, immédiatement après la .déclaration de guerre, était terminé en mai. Il se distingue des précédents par un certain nombre de points, et en particulier par une réduction de poids et une plus grande facilité d’usinage. Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Lorsque les Alliés demandèrent aux Américains d’entreprendre en série la construction des moteurs d’avions, ceux-ci s’aperçurent- bien vite que les types européens ne permettaient pas une fabrication intensive et, par suite, la nécessité.s’imposa de créer un type de moteur adapté aux moyens dont disposaient les usines américaines. C’est à ce moment que la Compagnie Packard offrit généreusement au gouvernement son moteur, ses plans et ses études, pour lesquelles plus de 2 millions de francs avaient déjà.été dépensés. C’est à cette époque que M. Vincent, ingénieur en chef de la Packard, eut la conférence dont il est parlé plus haut avec M. Hall, de la Hall Scott Motor
- Il fallait en effet tenir compte des desiderata
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- LE MOTEUR LIBERTY — SON HISTOIRE
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- des services d’aviation. Au début de la guerre, par exemple, la puissance moyenne était de 125 chevaux. Mais, par suite de l’évolution de la cinquième arme, la puissance passa progressivement à 150, 175, 200, 250 chevaux. Étant donnée cette évolution, et afin de ne pas être en retard, au moment où la construction serait au point, MM. Vincent et Hall s’attachèrent, sur la demande des armées, à la réalisation d’un moteur de 550 à 400 chevaux. Par suite de la grande dimension des cylindres, l’angle des 2 rangées Eut ramenéde 40 à ..°. Au lieu de graissage par huile sous pression du vilebrequin employé dans les automobiles Packard, M. Hall préféra le graissage par cuillère du Mercédès, c’est-à-dire par une sorte de cuillère qui à chaque tour plonge dans un bain d’huile et en entraîne une certaine quantité sur l’arbre.
- Immédiatement après que les deux ingénieurs se furent mis d’accord sur ces points ainsi que sur. d’autres détails, les instructions furent télégraphiées à la Packard Cy, et, avant même l’arrivée des dessins, les modèles en bois du nouveau moteur étaient prêts. Le travail continua avec la même vitesse et, le 5 juillet, le premier moteur était réalisé.
- Il fut immédiatement soumis à des essais très durs. La puissance développée par un poids total de ... kg fut trouvée supérieure à .. . chevaux, ce qui est, comme poids au.cheval-vapeur, inférieur à celui de la plupart des moteurs d’aviation. Les épreuves d’endurance à grande altitude, exécutées au sommet du Pike’s Peak, furent très satisfaisantes ainsi que celles effectuées au Bureau of Standards de Washington dans pne chambre spéciale où la pression atmosphérique pouvait être diminuée de façon à atteindre la pression régnant aux plus hautes altitudes atteintes pendant le vol. Ce ne fut qu’en septembre que la mise en fabrication fut commencée à l’usine Packard.
- Pour arriver à une production rapide, au lieu de construire une nouvelle usine, la modification de l’outillage et de l’aménagement intérieur fut étudiée pendant que grâce à un travail intensif ininterrompu jour et nuit, un stock considérable de moteurs d’automobiles était constitué.
- Les premiers moteurs sortis de l’usine présentèrent un certain nombre, d’imperfections, en particulier en ce qui concerne la circulation d’huile. On revint alors au système primitif de lubrification par huile sous pression. Les cylindres au lieu d’être pris dans la masse, opération longue et onéreuse, furent pbtenus, après'lés recherches de la Ford Cy, en partant de tubes d’acier forgé, ce qui permet une production infiniment plus considérable. Commencée au mois de janvier, cette opération permit de réduire de moitié le prix de revient du cylindre et de porter à .... la production journalière.
- Le dispositif d’allumage fut aussi l’objet de minutieuses études. Le système « Delco » de la
- Packard (génératrice commandée par'l’axe, transmettant le courant par 2 distributeurs aux bougies) fut remplacé par une batterie de 4 magnétos. Mais les vibrations désaimantaient peu à peu les." pièces polaires ; on en revint alors au système initial.
- Actuellement la production des moteurs dépasse celle dès cellules d avions. De 15 par jour, elle passe progressivement à l’usine Packard à ... Dans l’usine Ford, elle est aussi complètement transformée, elle atteindra prochainement ... par jour. Ajoutons que le type définitif, capable de développer ... chevaux, pèse 564 kg et est, de l’avis des experts, He meilleur moteur pour les grands avions de bombardement. Voici d’ailleurs quelques renseignements techniques sur le moteur « Liberty » :
- Arbre à came : type Hall-Scott. Même principe que celui des moteurs Mercédès et Hispano-Suiza.
- Angle entre les 2 rangées de cylindres : .,° au lieu de 60p, angle généralement adopté tous sur les moteurs en V, ce qui réduit l’encombrement et les vibrations de l’arbre.
- Pistons : système Hall-Scott. x Allumage : système Delco (Packard) allégé.
- Pompe à eau: système Packard.
- Carburateur : système Zenith.
- Articulations des bielles : système de Dion-Bouton et Cadillac.
- Quels enseignements pouvons-nous tirer de cet historique rapide d’un engin aussi important qu’un moteur d’avion ? D’abord que la conception d’une pareille machine est fort longue, et qu’il faut savoir prévoir l’avenir et travailler sur le moteur futur. Avec le développement à pas de géant de l’aviation, un moteur, si bon soit-il, est vile insuffisant et, pourrait-on dire, presque démodé dès sa mise en service. C’est donc à nos services techniques de guider les constructeurs et d’orienter leurs recherches vers le moteur de demain. On peut douter qu’il en soit ainsi. Ensuite un moteur ne doit pas être étudié uniquement « en soi », mais encore en tenant compte des possibilités industrielles du pays et des méthodes de travail courantes. Un moteur doit non seulement être excellent, il faut encore qu’on puisse le construire rapidement et en grande série, ce qui implique une entente des: constructeurs et une coordination intime de leurs efforts. Enfin il ne faut pas hésiter à adapter les usines aux besoins de la production, changer leur aménagement intérieur et leur outillage de façon à augmenter le rendement. On ne doit donc pas, comme certains industriels, laisser immuables-les machines et organiser le travail pour l’usine, au lieu d’agencer l’usine pour le travail. Ce sont des vérités évidentes sans doute, mais que beaucoup ignorent et qu’il n’était pas inutile de concrétiser sur un exemple particulier qui nous permet de mieux apprécier l’effort de nos alliés d’Amérique. ; H. Volta..
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- LE SUCRE D’ERABLE
- Ou a dit que la guerre ramenait aux temps primitifs les nations les plus civilisées. Cela est vrai de l’instinct de lutte qu’elle ranime, cela pourrait être vrai également de la recherche de la nourriture.
- En temps de paix, nous mangions du sucre en abondance, nous consommions des confitures, des entremets, des bonbons, des pâtisseries, des plats sucrés de toutes natures, sans nous préoccuper d’où ils nous venaient. Nous savions que- si la betterave était insuffisante pour nos besoins,.nous pouvions satisfaire notre goût avec du sucre de canne que les bateaux nous apportaient de loin.
- Les temps ont changé; les navires sont rares, et il a fallu nous restreindre, supprimer les bonbons, la pâtisserie, limiter notre consommation de sucre en nature. Les gourmands en ont gémi.
- Et cependant, utilisons-nous tout le sucre dont nous pourrions disposer? C’est dans le monde végétal, la matière la plus répandue. On le trouve à peu près partout, dans les fruits, les graines, les feuilles, le bois même.
- Quand la canne était inconnue de l’Europe et que la betterave n’y était pas encore cultivée, comment se procurait-on le sucre, plus rare, plus précieux et beaucoup
- moins recherché, il est vrai, qu’au jourd’hui ?
- Dans l’Amérique du Nord, au Canada et aux Etats-Unis on vient de voir renaître cette année une vieille industrie indienne, bien déchue, l’extraction ‘du sucre d’érable. À vrai dire, elle n’avait jamais complètement disparu et l’on trouvait encore sur quelques tables la bouteille de « Maple Syrup », dé sirop d’érable, accessoire traditionnel des plats de crêpes qu’il servait à sucrer et à parfumer.
- Mais, au printemps dernier, le nombre des tra-, vailleurs occupés dans les forêts d’érables a considérablement augmenté et leur récolte est loin d’être négligeable.
- Le sucre d’érable semble être une découverte des Indiens de l’Amérique du Nord qui en préparaient déjà des quantités considérables quand les premiers pionniers européens débarquèrent sur la côte. Ces
- Fig. i. —La récolte de la sève.
- derniers perfectionnèrent les méthodes indigènes, augmentèrent ainsi le rendement et la pureté du produit et allèrent jusqu’à cultiver l’érable sur de grandes étendues uniquement pour s’en procurer du sucre. La feuille d’érable devint un emblème nationaLqû’on retrouve encore aujourd’hui, notamment'dans les insignes des lieutenants-colonels et des commandants américains. Jusqu’à la fin du xvme siècle, on ne connut guère d’autre sucre, si ce n’est une très petite quantité de sucre de canne vendue son poids d’or par les apothicaires. Chaque
- année, au début du printemps, les forêts se peuplaient d’une foule d'ouvriers venant y installer des sucreries très primitives.
- La canne à sucre tua peu à peu cette industrie; tandis qu’en 1859, on faisait encore aux États-Unis 24 000 tonnes de sucre d’érable, en 1910, année de la dernière statistique, on ne comptait plus que 6000 t. de sucre et 190000 hectolitres de sirop, bien que la population ait augmenté dans les proportions qu’on sait. Chaque Américain ne consomme guère aujourd’hui plus • d’une demi-livre de sucre d’érable par an. Les forêts plantées autrefois ne sont plus conservées que pour leur bois, sauf en quelques endroits 'dont on a fait des camps de réunion, ou des sites pittoresques pour les touristes.
- Au début de là guerre, le sucre d’érable était si peu recherché qu’il ne coûtait pas beaucoup' plus que le sucre de canne, 8 cents (0 fr. 40) la livre anglaise. L’année suivante, il atteignait déjà 15 cents; il vaut maintenant de 30 à 55 cents.
- Ceci explique le renouveau d’activité de l’industrie du sucre d’érable. Elle s’est réveillée surtout dans les États de New-York, Pensylvanie, Ohio, Indiana, et dans celui de Vermont qui est de beaucoup le plus grand producteur. ,
- On choisit surtout les arbres de la variété noire, de préférence aux rouges ou argentés. La récolte commence en février dans le Sud, en mars dans le Nord, au moment où les arbres se réveillent et où la sève commence à affluer. Le meilleur temps est quand il gèle la nuit et qu’il fait doux le jour. La
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- récolte dure de quatre à six semaines au plus, selon les conditions météorologiques. Chaque arbre donne' en moyenne de 70 à 100 litres de sève contenant environ 3,5 pour 100 de sucre qui peuvent fournir près de 2 kg de sucre cristallisé.
- Pour obtenir la sève, les paysans forent au vilebrequin une, série de trous dans le tronc, vers la base de l’arbre (fig. 1); ils insèrent dans chaque trou un tuyau qui débouche dans un seau ou un godet couvert.
- La forêt rappelle alors celles de pins des Landes quand on y récoite la résine.
- Si le temps est humide et la saison propice, la sève sort claire et limpide. Les seaux se remplissent/assez rapidement. Les hommes et les enfants les vident dans des cuves qu’on transporte en voiture ou en traîneau au camp voisin (fig. 2).
- lequel même le sucre cristallise si l’on pousse l’opération assez loin.
- L’équipement est donc extrêmement primitif. Certains se servent simplement de leur fourneau de
- Fig. 3. — La concentration des jus.
- La sève est alors versée dans des bassines plates où on la fait évaporer à petit feu (fig. 3). Peu à peu, elle se réduit, se transforme en un sirop, dans
- Fig. 2. — Le transport des jus.
- cuisine; d’autres ont des appareils spéciaux. Généralement, le sirop d’érable est d’autant plus clair et plus put* que la concentration du jus a été plus soignée et que toute caramélisation a été évitée.
- Nous ne manquons pas d’érables en France. Ils abondent en certaines régions, disséminés dans les forêts, surtout en pays de montagne.
- Nous avons donc cru bon de signaler le parti qu’en tirent les Américains du Nord. L’installation nécessaire est dés plus simples, la récolte très facile et, ne nécessite aucune technique’ spéciale. Peut-être nos paysans pourraient-ils essayer au printemps prochain de remédier à la pénurie de sucre et d’augmenter leur ration sans bourse délier en fabriquant le sirop d’érable. A. B.
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- Séances du 17 juin
- Vitamines et symbiotes. — On sait aujourd’hui que la nourriture ne peut se contenter d’apporter un minimum d’azote avec des hydrates de carbone, mais qu’elle doit, en outre, fournir des principes particuliers de composition chimique encore énigmatique qui existent dans les téguments des graines et dans certaines graisses et que l’on appelle les vitamines. La quantité de vitamines nécessaire - est faible mais indispensable. Quand elle manque, il y a épuisement et sous-nutrition. MM. Henri Bierrv et Paul Portier proposent une hypothèse hardie
- au ior juillet 1918.
- sur le rôle des symbiotes, ou bactéries isolées des tissus normaux, qui seraient,- à leur avis le substratum des propriétés attribuées à l’hypothétique vitamine. .Ces symbiotes, comme l’a fait remarquer M. Delage, semblent en contradiction avec certaines données de la conception pasteurienne; mais on^peut les y ramener en les considérant comme résultant d’une infection parfaitement banale par des germes contenus dans les aliments et qui traversent là partie digestiv(e pour se répandre dans les tissus. Il est également singulier, que ces symbiotes
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- résistent jusqu’à près de 120°. L’hypothèse, très originale, demandera encore des expériences nombreuses, variées et particulièrement attentives.
- Congrès dè thalassothérapie. — M. d’Arsonval présente les comptes rendus de ce Congrès, qui s’est tenu à Cannes en avril 1914 et qui a été particulièrement consacré à l’héliothérapie marine. Il fait ressortir le grand intérêt de cette œuvre essentiellement française qui manifeste la réaction de notre pays contre les prétentions de l’Allemagne à l’hégémonie scientifique.
- Chaleur de formation des borates de calcium anhydres. — Les borates jouent un rôle important dans la fabrication des verres et émaux céramiques. Aussi M. R. Griveau s’est-il attaché à déterminer leur chaleur de formation. Il a conslaté que, si l’on ajoute à 2 molécules d’anhydride borique des quantités . de chaux croissantes, l’énergie de combinaison de la molécule de chaux Ya en décroissant depuis 39 cal., 8 jusqu’à 15 cal., 7.
- Géologie de la province de Cadix. — Al. Louis Gentil reconnaît, dans la province de Cadix, l’exislence de trois nappes- de recouvrement très continues; ' la première formée de nummulilique, la seconde de jurassique associé souvent au crétacé inférieur, la troisième de trias lagunaire.
- Action nocive du carbonate de magnésium sur les végétaux. — II. Henri Coupin remarque que Je carbonate de magnésium, si répandu dans le sol, est généra-- lement considéré comme incapable d’agir nocivement sur les plantes, en raison de son insolubilité dans l’eau. Il se dissout cependant dès que l’eau contient de l’acide carbonique comme cela arrive si communément et exerce alors une influence nettement nocive, avec une intensité et une modalité variables, suivant les espèces considérées. Mais, en aucun cas, il ne paraît avoir d’effet utile.
- Un sel de plantes du Cameroun. — Dans les régions africaines où il n’existe pas de gisements salifères et où le sel d’importation parvient difficilement, les indigènes utilisent, pour leur alimentation, un sel extrait par lixiviation des cendres de divers -végétaux aquatiques. M. Lacroix étudie un tel sel constitué par du chlorure de potassium, avec une petite quantité de sulfate dépotasse et une certaine proportion anormale de chaux. L’examen minéralogique montre qu’il est constitué par l’association de deux minéraux que l’on retrouve également réunis dans certains gisements salifères, la sylvine et la syn-génite. Il pourra être intéressant d’examiner les sels produits par chacune des variétés de plantes utilisées.
- U anesthésie générale par le chloralose. — M. Charles Richet étudie l’anesthésie par Je chloralose (combinaison de glycose et de chloral anhydre) qui donne des résultats très remarquables pour les grands blessés, dans des cas^ où aucun autre anesthésique n’aurait pu être employé. Celui-ci possède, en effet, l’avantage de n’exercer aucune action toxique sur le cœur, dont il augmente même la tonicité, et de ne pas abaisser la pression artérielle. Son inconvénient est de produire, dans des cas assez nombreux, une sécrétion exagérée qui accumule des mucosités dans l’arrière-gorge et peut amener des troubles respiratoires d’origine mécanique, faciles à combattre d’ailleurs par les tractions rythmées de la langue. Un autre défaut, quand l’opéré ;n’est pas déjà [déprimé, est
- qu’il s’agite beaucoup, malgré son anesthésie absolue ; ce à quoi on remédie par une addition d’hydrate de chloral et de bromure de sodium. Le réveil est très lent, au bout de 7 ou 8 heures, mais se fait sans aucun vomissement et avec bien-être. D’après M. Richet, toutes les anesthésies générales peuvent être faites avec le chloralose sans danger, mais non sans inconvénient et il vaut mieux réserver cette substance pour les cas très graves.
- La nouvelle étoile de l'Aigle. — Divers savants étudient la Nova de l’Aigle. M. Besler y reconnaît une série de raies chromosphériques, déjà observées dans les Novae antérieures, et dans les nébuleuses gazeuses (surtout de l’hydrogène). L’effet Doppler se manifeste comme si le gaz absorbant se rapprochait de nous; mais on est conduit à une vitesse radiale énorme de 2500 km par seconde, le quadruple de celle déjà suggérée par les précédentes Novae pour lesquelles elle avait déjà paru excessive. En quelques jours, le spectre de l’étoile s’est assez sensiblement modifié.
- Le phénomène catathermique. — D’après M. Le Bel, si, dans un milieu matériel, on organise un flux de chaleur du centre vers la périphérie, l’énergie peut revenir en arrière sur un détecteur placé dans la partie centrale et produire de la chaleur ou un courant. Ce phénomène, qu’il appelle catathermique, expliquerait, suivant lui, comment le rayonnement des étoiles vers l’espace peut être accompagné d’une restitution par des rayons centripètes, qui entretiendraient l’équilibre de l’énergie cosmique. Il serait dù à une tension de l’éther.
- Le corroyage de l’acier. — On admet généralement que, pour faire" acquérir à l’acier son maximum de qualité, il faut faire subir aux lingots, par forgeage ou par laminage, une déformation qui constitue le corroyage. M. Charpy a recherché l’origine de cette idée qui se traduit par des dépenses résultant de son inscription dans les cahiers des charges. Ses expériences ont montré que le corroyage a des résultats bienfaisants dans les barreaux prélevés en long, parallèlement au sens de, l’étirage, mauvais dans les barreaux prélevés en travers.
- La superstition qui s’est établie tient à ce qu’on a uniquement considéré le premier cas et les résultats en sont particulièrement fâcheux pour les canons où l’on demande des essais en travers. Dans ce cas, le corroyage exerce une influence défectueuse, tout au moins sur les épreuves mécaniques qui servent d’essais de réception. D’une manière générale, le corroyage a peu d’efl’et sur la résistance maxima et l’allongement proportionnel et se fait sentir sur la striction, l’angle de flexion avant rupture dans l’essai de liage au choc et la résilience.
- Constance de vitesse de la lumière émise par une source mobile. — Les expériences de M. Q. Majorana, dont nous avons déjà résumé le début, lui permettent de conclure que la vitesse de la lumière ne change pas par le mouvement de la source le long de la direction de sa propagation. Elles forment une vérification de laboratoire des observations astronomiques faites avec des réseaux de Rowland, dans le cas où l’on connaît la vitesse des corps célestes, comme par exemple pour les bords du soleil.
- Élections. — M. G. Neumann est élu correspondant pour la section d’Economie rurale à la place de M. Ileckel, et M. Lameere correspondant pour la section de Zoologie, à la place de M. Yung.
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- UNE NOUVELLE ÉTOILE
- Si le grand public ne voit, dans le brusque flamboiement d’une étoile nouvelle, qu’un curieux phénomène, les astronomes y attachent la plus haute importance, en raison des problèmes suscités par un tel événement : ces problèmes intéressent à la fois la constitution et l’évolution de l’univers. Aussi doit-on enregistrer soigneusement tous les faits.se rapportant à cette période si particulière de la vie d'un astre.
- Nos lecteurs savent déjà qu’une brillante Nova est apparue récemment entre les constellations de Y Aigle et d'Ophiucus. D’après les télégrammes et les premières observations publiées par les Comptes Rendus de l'Académie des Sciences et le Bulletin de la Société astronomique de France, c’est le 8 juin que la Nova de 1918 s’est imposée aux regards de nombreux astronomes. Ceux-ci ont unanimement constaté que dès l’abord la Nova d’éclatante blancheur, d’un aspect électrique, surpassait en intensité la brillànte. Véga (a de la Lyre) ; c’était donc ce soir-là l’astre le plus étincelant du ciel, et il n’est pas surprenant qu’il ait été découvert simultanément un peu partout.
- On sait que ces astres encore très mystérieux ont pour caractéristique de se montrer presque subitement et d’atteindre très vite un maximum de peu de durée. Comme il est très intéressant d’avoir le pins de données exactes sur le début du phénomène, il faut retenir que le 7 juin, dans le crépuscule, et très bas sur l’horizon, l’astre nouveau a été aperçu par le professeur Laskowsky, à Genève, avec un éclat déjà de lre grandeur mais inférieur cependant à celui de Yéga. D’autre part, un amateur d’astronomie, M. Du Doré à Montrevault (Maine-et-Loire), l’aurait remarqué dès le 27 mai, mais sans noter son éclat, puis le 50 surpassant a Hercule (dont la grandeur est 3,5) et le 5 juin, supérieur à a Ophiucus (grandeur 2,1). Il est d’ailleurs curieux de remarquer que M. de Roy a précisément observé quelques astres de cette région les 3, 5, 6 et 7 juin et dit-il(4) : « Je suis à peu près sûr qu’il n’y avait pas là, à ce moment, une étoile de 3e grandeur nouvelle.... »
- Quoi qu’il en soit, la Nova s’est comportée comme ses pareilles; après son apparition presque subite et un brillant maximum de peu de durée, la diminution' d’éclat a été rapide ainsi qu’on le constate sur le tableau suivant, résumant les premières observations de M. Luizet, à l’observatoire de Lyon, et de M. de Roy en Angleterre.
- Luiüel.(*). de Roy(s;.
- 8 juin 1918. 10"45T. M. Gr. 1' 11,4 1‘ “,09
- 9 — 9h 35 — 0" »,4 (Max.) 0” >,64
- 10 — 11» 23 — 0” \36
- 11 — llh10 — 0” \5l
- 12 — 9h 50 — 0” >,65 (9» 42) 0“ >,61
- 13 — 10» 13 — 1" >,3 (10" 5) 0° >,96
- 14 — 10» 0 — ln ‘,4
- « LA NOVA » DE 1918
- En même temps la lumière de la Nova subissait, d’après M. de Roy, les sensibles variations suivantes :
- 8 juin 1918. Blam: pur, brillant.
- 9 — Blanc bleuâtre, plus bleu que Véga.
- 10 — Blanc brillant, avec, peut-être, un faible soup-
- çon de jaune.
- 11 — Blanc toujours, mais avec légère nuance jau-
- nâtre.
- 12 — Blanc, légèrement, mais nettement jaunâtre.
- 13 — Jaunâtre.
- Ces remarques concordent avec celles de M. Flammarion, qui estime le 13 la coloration d’un blanc terne, nuance étain, tirant sur le jaune; le 15 (tombée à la 2e grandeur) terne et de teinte plombée.
- Ces observations ne sont que les premières se rapportant en somme au début du phénomène, la suite des variations et des transformations,que l’on ne manquera sans doute pas de constater constituera un ensemble des plus intéressants pour l’étude d’un problème remis à l’ordre du jour et, répétons-le, très loin d’être élucidé. Ces sortes d’événements sont très rares, et celui-ci est le 30e seulement que l’on admire depuis l’an 134 av. J.-C. (date de la dre observation authentique). Il s’agit, bien entendu, d’apparitions visibles à l’oeil nu et, à ce point de vue, celle du 8 juin peut compter parmi les plus brillantes ; d'après M. de Roy, elle serait presque comparable à celle si célèbre de 1572 décrite par Tycho-Brahé, et qui jusqu’alors semble détenir le « record » en ce genre. Dans le domaine télescopique elles -sont incontestablement plus fréquentes, mais il n’en reste pas moins que depuis l’application des modernes et puissantes méthodes d’investigation, photographiques et surtout spectroscopiques, les documents enregistrés sont encore peu nombreux. Aussi bien, les hypothèses ingénieuses ou hardies que ces constatations ont fait naître ont besoin d’être étayées sur de plus nombreux exemples. Et encore, tous ces phénomènes ont-ils un mécanisme uniforme?...
- Les premières observations de la Nova de 1918 confirment des faits antérieurement connus. Tout d’abord il ne s’agit pas d’un astre réellement nouveau,.raison pour laquelle on a fait remarquer qu’il est plus correct de se servir de la dénomination étoile temporaire; en réalité, une Nova est une faible étoile déjà enregistrée et dont l’éclat vient à subir un paroxysme déconcertant.
- Dans le cas présent, M. R. Jonckheere fait con-
- 1. Bull, de la Soc. Astr. de France, juin 1918.
- 2. C. R. de l’Acad: des Sc., 17 juin 1918.
- 3. C. R. dé VAcad, des Sc., 24 juin 1918. Cet auteur ayant calculé une moyenne, d’après plusieurs observations, nous donnons avec l’heure correspondante l'observation se l’approchant le plus de cette moyenne.
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- UNE NOUVELLE ÉTOILE « LA NOVA » DE 1918
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- naître (') qu’il a identifié la Nova avec celle qui porte le n° 108 du cliché 1003 du catalogue photographique d’Alger; elle y est portée en 1895 avec la grandeur 8,8,-tandis que d’autres enregistrements plus récents, la décèlent plus faible. Ainsi M. Qué-ninet qui l’a photographiée en 1905 à l’observatoire de Juvisy l’estime de grandeur 10,5. En 1909 à Alger et"l 910 à Johannesburg, on l’a photographiée de grandeur 9,5 tandis que M. Comas Solâ à Barcelone l’a retrouvée pour 1915, 1916 et 1917 respectivement de grandeur 10,2 et 11,0. Cet astre parait donc, antérieurement à son éclat nouveau, suspect de variations appréciables.
- I( faut espérer que l’avenir nous révélera la cause exacte de ces étranges cataclysmes. On a supposé la rencontre de deux astres, ou leur passage à proximité l’un de l’autre déterminant une formidable explosion de gazin-candescents — hydrogène principalement — consécutive à de prodigieuses marées faisant éclater la croûte de ces astres dans de telles circonstances. A l’appui de ces hypothèses on fait valoir que toutes les étoiles temporaires se sont montrées dans la Voie Lactée ou’ son voisinage immédiat (et c’est encore le cas présent) ; on sait le nombre fantastique d’étoiles constituant cette sorte de fleuve céleste, conditions favorisant évidemment la possibilité d’une rencontre. Mais pour que l’argument ait toute sa valeur, il resterait à prouver que ces astres innombrables fussent là plus condensés que partout ailleurs ; si au contraire la Voie Lactée n’est qu’une condensation apparente engendrée par la perspective, il serait peut-être plus prudent d’estimer que la localisation des Novæ est due simplement à ce que le phénomène est rarissime eu égard au nombre des étoiles et que jusqu’alors on a pu seulement en . enregistrer des exemples là où Ton avait le plus de chances de le voir,, apparaître, c’est-à-dire au sein d’une armée innombrable.
- Enfin on a supposé aussi des cas particuliers, et exagérés, de variabilité d’éclat, ce caractère de/non-uniformité étant propre, comme.
- t. C. R-, Acad, des Sc., 8 juillet 1918.
- on le sait, à un si grand nombre d’astres. La place nous manque pour énumérer toutes les hypothèses émises, et qui fatalement restent encore très incomplètes. Ce qui estévident c’est que, d’après l’observation des dernières Novæ, l’aspect de ces astres se complique d’apparences nébuleuses, que la spectroscopie (par la méthode Doppler-Fizeau) met en évidence des mouvements relatifs opposés d’une ampleur extraordinaire de l’ordre de 1000 km à la seconde par exemple.
- En ce qui concerne Factuelle Nova, M. Luizet écrit qu’elle offrait l’aspect d’une flamme de torche et M Quénisset au spectroscope de l’observatoire de Juvisy a constaté qüe la raie C, dans le rouge, était extraordinaire, « elle flambait littéralement, par suite de la scintillation, et rappelait d’une
- façon frappante les protubérances solaires » (\). Enfin M. Bos-ler (2), à l’observatoire de Meu-don, a estimé, d’après ses premières observations spectroscopiques, qu’il faudrait admettre pour les mouvements précités une vitesse de 2300 km-sec. ; de telles vitesses semblent si inadmissibles à certains astronomes, qu’ils préfèrent chercher une autre explication générale que celle du mouvement relatif de deux corps célestes, explication du déplacement constaté des raies, par la mé7 thode Doppler-Fizeau.
- En effet les raies de l’hydrogène sont légèrement déviées vers le rouge quand la pression augmente; l’aspect d’un spectre est aussi modifié lorsque la lumière se produit dans, un champ magnétique. Alors on serait tenté, si l’on abandonne l’hypothèse de la rencontre ou de la proximité de deux corps, de mettre en avant d’intenses perturbations électriques dans un gaz à haute pression.
- On comprend tout l’intérêt du phénomène actuel, qui remet en évidence, en lui apportant de nouveaux éléments, la question restée largement ouverte. Mais, à quelque point de vue que l’on se place, il est facile de concevoir l’importance de tels faits pour l’étude de la constitution et dé l’évolution de l’Univers. " L. R.
- t. Bull, delà Soc. Astr. de France, juin 1918.
- 2. C. R. Acad, des Sc., 24 juin 1918. Le Gérant • P Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleuras, 9. à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2340. .......-.- - ....... 7 SEPTEMBRE 1918.
- AMÉNAGEMENT MODERNE DES USINES
- La manutention des obus dans les usines de munitions anglaises
- Nous avons déjà décrit dans un article publié par La Nature (n° 2536) les différents systèmes de manutention mécanique employés dans les usines et nous avons indiqué un certain nombre de solutions et d’applications permettant, tout en économisant la main-d’œuvre, de diminuer le prix de revient des produits usinés.
- Nous voudrions aujourd’hui traiter en détail un cas particulier dont malheureusement l’intérêt est général : la fabrication des obus. Le problème ainsi limité est susceptible de solutions qui méritent d’être signalées et montrent bien comment chaque appareil doit être entièrement adapté au genre de production de l’usine.
- Tout n’est pas d’employer des dispositifs de manutention mécanique quelconques* il faut encore les modifier et les transformer au mieux de leur utilisation. Tandis que dans la plupart des usines, en* temps de paix, par suite de la diversité de la forme, du poids, du volume, de la nature des pièces, il faut employer des transporteurs d’un « type omnibus », dans les usines de munitions, les pièces sont toutes identiques (obus de 75 par exemple) ou presque identiques (quelques usines fabriquent des obus de calibres différents mais peu nombreux) ; de plus ces pièces très nombreuses et passant dans un grand nombre de mains sont toutes cylindriques et presque du même poids. Ces caractéristiques : multiplicité, identité, forme cylindrique ont conduit les constructeurs à créer des appareils de manutention spéciaux que nous allons passer en revue d’après une étude parue dans le Industrial Management.
- Signalons, avant de commencer, l’importance du problème : d’après une statistique officielle, le temps pas; pour la manutention d’un obus de 9,2 pouces atteint facilement 12 à 15 pour 100 du temps total d’usinage dans une usine bien organisée. Le temps brut moyen d’usinage varie de 4 h. 28 à 5 h. 57, et lè temps réel de fabrication
- 46e Année — 2' Semestre
- passe de 4 h. 38 à 6 h. 51 suivant l’habileté des ouvriers et l’efficacité, des dispositifs de transport.
- Les méthodes de manutention peuvent être rangées en deux classes : dans la première, les obus sont supportés par « en dessous », la pesanteur les appliquant sur le transporteur; dans la seconde, ils sont au contraire suspendus, le poids de l’obus faisant traction sur le transporteur. Cette seconde catégorie comprend en particulier tous les . dispositifs destinés à manutentionner les obus de très gros calibre.
- Le plus simple des appareils, applicable dans le
- cas particulier que nous traitons, est le plan incliné (fig. 1) : l’obus roule sous l’action de la pesanteur. Il peut être réalisé soit par de simples glissières en bois, soit, lorsque la pente ne peut être assez accentuée, ou que la distance à parcourir d’une machine à une autre, ou d’un atelier à un autre est trop considérable, par des dispositifs méca-niques tel le transporteur à roulettes construit par Rownson Drew et Clydes-dale Ld qui peut servir pour, des obus 'de 6 à 9,2 pouces et dont la figure 2 représente un élément du chemin de roulement. On comprend immédiatement le fonctionnement de ces dispositifs dont lés roulettes métalliques ont les jantes caoutchoutées lorsqu’il s’agit de transporter les obus terminés et ceinturés. La pente est d’ordinaire de 4 pour 100 et la vitesse moyenne d,e déplacement des obus de 20 m. par minute. Lorsque les obus sont ceinturés, la pente est un peu plus forte ei atteint 7 à 7,5 pour 100. Un simple fer en U suffit pour supporter les éléments du roulement constitués par 'deux roulettes montées sur un fer profilé.
- Un tel système est très employé dans les usines, de préférence aux transporteurs ordinaires à courroie. En effet, le meilleur rendement de ceux-ci est obtenu lorsque la charge est répartie uniformément sur la courroie et lorsqu’elle ne se déplace pas dans le transport. Ce n’est pas le cas lorsqu’il
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- s’agit des obus qui, très denses et très mobiles, obligent non seulement à mettre de chaque côté de la courroie un dispositif les empêchant de tomber, mais encore à soutenir cette courroie en
- Fig. 2.— Un transporteur à roulettes servant à la manutention d'obus de 9,2 pouces.
- dessous pour en éviter soit la tension exagérée, soit le fléchissement sous la charge.
- Un dispositif intéressant dû à MM. Ed. Bennis et O à Liltle Ilutton (Angleterre) mérite cependant d’être signalé.
- La ligure 3 en montre une vue d’ensemble. Il est du type à transporteur sur rail.
- Chaque élément dont le profil est en forme d’M ou de gouttière est monté sur deux galets. Le dispositif représenté permet le transport des obus de 4,5 à 9,2 pouces.
- La même maison construit également un très ingénieux appareil élévateur, à la fois simple, robuste et sûr.
- Nous ne dirons rien des nombreux véhicules servant au transport des piles d’obus, à l’aide d’appareils Cowau par exemple dont l’emploi se répand d’ailleurs en France.
- Fig. 4. — Poussette utilisée pour le transport des obus de l'howitzer de 3oo mm.
- Lorsqu’il s’agit de gros obus, comme ceux des howitzer, le transport a lieu pièce par pièce et, de plus, il faut utiliser un dispositif automatique
- assurant l’enlèvement de poids atteignant souven plusieurs centaines de kilogrammes.
- La figure 4 montre, sans qu’il soit besoin d’insister, une sorte de poussette pour le transport des obus de howitzer de 12 pouces dans laquelle l’obus est saisi par une forte pince dont la fermeture est commandée par un grand levier placé sur le bras de la voiturette.
- Mais le transport d’un atelier à un autre, ou même d’une machine à une autre n’est pas la seule manutention que l’on ait à faire. Il faut encore réaliser la manutention individuelle des pièces, placer les obus sûr les machines, tours, fraiseuses, etc..., et, lorsqu’il s’agit des projectiles de gros calibre, ces opérations, pas plus d’ailleurs que celles du transport, ne peuvent s'effectuer à la main ou à l’aide des transporteurs ordinaires. Il faut avoir alors recours aux grues et ponts roulants spécialement adaptés à cet usage et c’est de.
- la manutention de ces gros obus que nous allons dire maintenant quelques mots.
- Voici tout d’abord, pour le montage des gros obus sur les tours, une mâchoire très simple construite par MM. Pickerings L*1 du Stockon on Tees (Angleterre). Les ligures 5 (A, B, C) en font bien comprendre le fonctionnement. Lorsque le palan auquel est attachée- la griffe exerce un effort de traction, il détermine la fermeture de la mâchoire qui vient serrer énergiquement l’obus. Quand celui-ci est en place, il suffit de faire coulisser une mâchoire mobile à cet effet sur un des bras de la griffe. Ce dispositif convient particulièrement bien pour les calibres jusqu’à 15 pouces et pèse dans ce cas. environ 55 kg; il peut également servir au transport des billettes et des ébauches d’obus. Lorsqu’il s’agit des obus terminés, pour éviter les empreintes des mâchoires, celles-ci sont garnies de cuivre.
- Les formes de grappins sont excessivement nombreuses et nous n’indiquerons que les plus caractéristiques; le dispositif figure 6 A sert pour le transport vertical des obus. Les bras sont constitués par un fer en T, ' forgés à leur extrémité pré-hensive de façon à leur permettre de saisir l’obus en 4 points symétriques. Bans d’autres cas, on
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- saisit les obus par l’intérieur. La figure 6 B montre un appareil analogue au précédent servant pour le transport des obus de 6” tandis que celui de la figure 6 C qui saisit l’obus par le trou de la fusée comporte un ressort ' qui sous l’action de la traction fait saillir deux ergots à l’intérieur de l’obus. Le projectile de 9,“2 pouces de la figure 6 D
- trop nombreuses pour -que nous puissions meme les énumérer. Signalons simplement le dispositif représenté figure 7 : les obus sont saisis par groupe de 4 entre les 5 dents d’une sorte de fourche dont l’écartement est calculé convenablement.
- Pour que tous ces dispositifs rendent les services que l’on peut en attendre, il faut que l’organisation
- A . B c
- Avant la manœuvre. L’obus serré dans les griffes L’obus transporté et libéré,
- par la traction des palans. • '
- Fig. 5. — Le grappin servant à soulever les obus de gros calibre.
- est saisi dans un collier horizontal et les deux bras verticaux viennent le coincer lorsqu’on tend à le soulever.
- Pour déplacer les obus, un certain nombre de modèles de grues . _
- simplifiées et de faible puissance ont été cons-
- truites par différentes maisons.
- Signalons en particulier celui établi par la Royce 'Ld de Manchester.
- Le maximum de charge est de 500 kg et le.rayon d’action de 5 m.
- Un moteur électrique de 1 cheval permet de soulever la charge avec une vitesse de 3 m. à la minute et les manœuvres de déplacement latéral ou circulaire se font très facilement à la main.
- Si les distances à parcourir sont grandes, on a alors recours aux ponts roulants, mais, pour activer lë travail, il y a intérêt à augmenter le nombre des obus transportés à chaque voyage. Gomment alors les amarrer solidement d’une part, facilement et rapidement de l’autre? Ici encore les solations sont'
- A B G D
- Fig. 6. — Différents systèmes pour le transport vertical des obus.
- èt l’agencement intérieur de l’usine soient étudiés avec soin et la fabrication organisée de façon à éviter les parcours inutiles et l’encombrement qui peut si facilement se produire dans une usine
- importante où non seulement le nombre des obus en cours d’usihage atteint 4 ou 5 fois la production journalière, mais encore où le stock des obus terminés en cours de vérification ou de réception est souvent formidable. Chaque cas particulier doit être examiné par des ingénieurs spécialisés dans ces questions et , " nous ne pouvons
- ici donner aucune indication générale.
- Il est cependant une dernière opération qui rentre dans lë cadre de cet article : c’est la pesée des obus terminés, contrôle important .de la fabrication et que l’on peut réaliser très rapidement en employant les balances spécialement adaptées-à cet. effet et dont nous allons dire quelques mots pour terminer.
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- L’un des systèmes les plus pratiques est construit par la maison Henry Pooley et Son, de Birmingham. Il est intercalé dans une table de roulement, un système de bascule actionné par un levier ' permettant de libérer le plateau de la balance lorsque l’obus passe sur lui. Le cadran devant le-. quel se déplace une aiguille est gradué de telle sorte que l’aiguille resté au zéro si l’obus a le poids réglementaire ; elle se déplace dans le cas contraire soit d’un côté, soit de l’autre suivant que l’ôbus est plus lourd ou plus léger ; la position où elle s’arrête donne la valeur de l’écart. Ces appareils très robustes permettent donc un contrôle rapide et en même temps très exact du poids
- des obus. Ils sont aussi d’un usàge courant dans les usines de chargement des obus et des • cartouches.
- Tels sont, trop rapidement passées en revue, quelques-unes des solutions adoptées pour le travail spécial des obus. On voit, par leur diversité même, la nécessité de l’étude minutieuse de chaque cas particulier lorsqu’il s’agit du très important problème de la, manutention.
- Nous avons dit en commençant qu’il faut choisir les appareils, les modifier suivant les besoins de chaque industrie pour en obtenir le rendement maximum. Nous espérons avoir montré ici nettement la nécessité de cette adaptation. II. Volta.
- Fig. p. — Mode de transport simultané de plusieurs obus par pont roulant.
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- Par ce temps de charbon cher et de pétrole absent, l’imagination des inventeurs se retourne tout naturellement vers l’emploi des forces naturelles inutilisées et disponibles. Je ne parle pas ici de la houille blanche qui a maintenant son application normale et généralisée; mais il est d’autres énergies dont l’homme ne fait rien ou à peu près rien, bien qu’elles représentent évidemment des milliers, des millions de chevaux-vapeur. Il semble qu’on puisse les ramasser en se baissant et, périodiquement, des esprits imaginatifs se demandent pourquoi on ne fait pas ce mouvement si simple au lieu d'affréter des navires exposés aux squs- marins pour amener le charbon de Cardiff ou le pétrole de Pennsylvanie. Je vais étudier ici celles de ces forces qui sont les plus évidemment utilisables afin de montrer où en est leur application pratique et pourquoi on ne s’en sert* pas davantage : le vent, les marées, la chaleur solaire, la chaleur interne et la gravité.
- Lé vent. — Le vent est, de toutes ces forces plus ou moins perdues, celle pour laquelle le problème mécanique a été le plus anciennement résolu. Il existe des moulins à vent depuis la plus haute
- antiquité. Cependant le vent passe actuellement par une phase d’abandon, analogue à celle que la houille blanche a connue, entre le temps des roues à palettes et celui des turbines. Peut-être assisterons-nous, de ce côté, à un réveil que certains ingénieurs ont rêvé, mais qui n’apparaît pas encore très vraisemblable dans un avenir prochain. Le premier fait qui frappe l’attention, c’est jque le vent renferme des réserves d’énergie gigantesques. Il offre toutefois un défaut capital pour une industrie moderne, c’est son irrégularité et son intermittence. Le moulin à vent a sa place toute marquée dans ces pays d’Orient, où la notion de temps n’existe pas. Là on voit encore s’aligner, sur la v crête des collines, des rangées de moulins qui, tous ensemble, s’animent sous la brise et s’endorment avec elle. Le meunier, résigné, attend que le vent souffle, comme le marin à voile prend patience par le calme plat. Tous deux également interrompent leur travail quand le vent prend une allure de tempête. La marche de tels moulins ressemble ainsi à celle de ces voitures somnolentes qui prennent le pas pour les descentes comme pour les montées. Au temps de l’automobile, nous exi-
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- geons plus de continuité II faut ajouter un autre défaut commun à toutes ces forces naturelles dont nous voulons parler ici, c’est qu’elles ne comportent pas la centralisation industrielle. Les plus récents moteurs à vent ne correspondent guère qu’à une puissance de 15 à 20 chevaux au grand maximum. Dans ces conditions, leur emploi reste limité à des élévations d’eau, ou tout au plus à de faibles productions de force motrice dans les châteaux, villas ou installations agricoles.
- Je me borne, dans cet ordre d’idées restreint, à rappeler un système ingénieux, décrit ici, en 1915, par M. de Saporta, qui consistait en une roue à aubes montée sur un arbre vertical et susceptible d’obéir à un courant d’air venu de n’importe quel point.de l’horizon : l’action contraire du vent sur les palettes qui reviennent vers lui étant arrêtée par un masque-girouette à réglage automatique. Cependant, pour des emplois plus importants, il semblerait logique d’employer le vent, comme on utilise un courant d’eau, à produire de l’électricité qu’on pourrait ensuite accumuler et transporter. Un torrent présente les mêmes défauts d’irrégularité et même d’intermittence ; pourtant on en est venu à bout. Il est vrai que les chômages sont moins longs et les crues moins accentuées. C’est, en effet, dans ce sens qu’ont eu lieu les tentatives les plus modernes, où l’on voit un moulin charger un accumulateur. Je renvoie, pour les détails du moulin à vent électrique, à un.article antérieur(*). En deux mots, il s’agit d’un moulin américain à disques, permettant l’utilisation de vents très faibles et réduisant, par conséquent, les phases de chômage, ce qui est un point très important, car les calmes plats, qui se prolongent même dans les régions à vents réguliers comme la Scandinavie, exigent des moteurs de secours à benzol. Le moulin se règle automatiquement dans le vent, soit par l’orientation des aubes elles-mêmes, ce qui a l’inconvénient d’exiger un mécanisme coûteux, soit par un gouvernail. Le pylône a une hauteur de 12 à 15 m., de manière à dépasser largement tous les obstacles environnants. Le point le plus délicat est de transformer la force variable du vent, produisant une vitesse de rotation et une tension également variables, en un courant de tension constante, tel qu’on doit en avoir un pour charger les accumulateurs. Il faut, par suite, une génératrice dont la tension soit indépendante de la vitesse. G’est un problème analogue à celui que l’on a résolu pour l’éclairage électrique des wagons au moyen de dynamos actionnées par les essieux. Dans l’un des systèmes, quand la rotation s’accélère trop, un enroulement' supplémentaire des inducteurs désaimante les pôles, afin d’évitét les supertensions. Si la tension de la dynamo baisse exagérément, un commutateur fonctionne et la batterie assure alors seule l’alimentation du réseau. Tel est le principe de l’interrupteur ou relais La Cour.
- 1. Vov. La Nature, 1911, t. Il, p il.
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- On s’est rendu compte qu’il fallait utiliser l’énergie électrique à basse tension de 15 à 50 volts, pour pouvoir mettre à profit des vents très faibles. Sans doute, la basse tension a de gros inconvénients économiques; lorsque le vent souffle fort, elle perd la plus grande partie de son énergie dans l’enroulement modérateur de tension; elle exige, pour une même énergie disponible, un gros débit, par conséquent des conducteurs de grand diamètre;* mais elle est plus pratique et nécessite des lampes moins coûteuses. D’autre part, on est amené à régulariser la tension du réseau d éclairage.
- S’il n’y avait à résoudre que de tels problèmes mécaniques, l’ingéniosité humaine en viendrait à bout rapidement. Mais être forcé, pour une installation de faible puissance, d’avoir un moteur de secours, et, par conséquent, un mécanicien avec des frais de combustible, voilà un défaut capital. Les installations de houille blanche impliquent bien, il est vrai,- elles aussi, une machine de secours et l’on passe par-dessus cette sujétion; mais il s’agit là d’industries importantes. On ne voit donc pas l’avenir des moteurs anémo-électriques, en dehors des petits emplois actuels, tant qu’on n’aura pas trouvé le moyen d’obtenir une grosse puissance et, par conséquent, de domestiquer la fantaisie du vent. On le voit d’autant moins pour nos pays que l’on peut prévoir, après la guerre, une généralisation des distributions électriques alimentées par la houille blanche, ou simplement par le charbon, jusque dans nos campagnes et qu’il sera toujours plus simple, pour un petit travailleur inexpérimenté, d’acheter la force à une usine que de s'ingénier à la produire lui-même avec un moteur sujet à se détraquer. Peut-être n’en sera-t-il pas de même . dans certaines régions coloniales, où l’isolement est beaucoup plus grand et où parfois, d’autre part, le régime des vents est à la fois plus intense et plus régulier.
- Lès marées. — La force des marées représente également une immense énergie perdue. Si l’on multiplie les cubes d’eau soulevés seulement sur les côtes de l’Atlantique par une hauteur de 5 ou de 10 m., on arrive à des chiffres de chevaux-vapeur formidables. La lune nous propose là de travailler chaque jour pour nous et nous ne savons pas en profiter. Cependant, ici encore, la solution mécanique ne paraît pas compliquée. 11 suffit de faire monter la marée dans un bassin, de fermer une écluse et, lorsque la marée descend, d’utiliser la chute dont la hauteur s’accroît avec l’abaissement de la mer ou de faire actionner par la marée des accumulateurs hydrauliques.
- Un projet de 1890, que nous avons décrit à cette époque (U, peut nous servir de type. Il consistait à installer deux bassins séparés de la mer par une digue insubmersible : le plus haut servant de régulateur et d’accumulateur, le second d’intermédiaire pour restituer l’eau à la mer.
- 1. N° 901, 6 septembre 1890.
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- Entre ces bassins situés à des niveaux différents, il y aurait eu un barrage transversal renfermant les turbines. A marée haute, l’eau pénétrerait dans le premier bassin, le plus haut, par des ouvertures pratiquées dans la digue et fermées par des clapets s’ouvrant à l’intérieur. Elle tomberait de là dans le second bassin en actionnant les turbines; puis, à marée basse, elle s’échapperait du second bassin par des clapets ouvrant à l’intérieur. L’inventeur admettait, pour une amplitude de marée de 5 m, telle qu’elle existe à l’embouchure de la Seine, une chute moyenne de 3 m. et une puissance recueillie de 3 chevaux par hectare de surface endiguée. Il proposait d’installer une digue de 25 km delongueur entre Tancarvillé et le Havre, ce qui aurait donné une surface de 7000 hectares à mer haute. Le projet, comme tous les autres du même genre, n’a eu aucune suite et les terrains dont il s’agissait trouvent aujourd’hui, sous une tout autre forme, une utilisation industrielle plus avantageuse.
- Les marées ont en effet, les inconvénients habituels de toutes les forces naturelles : irrégularité et phases de violence. D’une façon générale, les accumulateurs d’énergie auxquels il faut recourir sont des outils coûteux et à rendement médiocre. On a besoin de bassins de grande étendue pour obtenir une force relativement faible. Etant donné le prix du terrain le long de nos côtes, il y a la une immobilisation de capitaux considérable, tant sous forme de terrains à acheter que sous forme de travaux analogues à des travaux de ports : travaux qui doivent être assez résistants et bien entretenus pour éviter les chances de destruction dans une tempête. C’est exclusivement sous cette forme financière que se présente le problème pratique et non sous une forme mécanique. Il s'agit simplement de savoir si, en employant la marée, on aura de la force à meilleur compte qu’en achetant simplement un moteur à vapeur ou à essence. L’expérience répond : non, dans nos pays. Cependant, comme pour le vent, il est possible que, sur une côte exotique, la solution devienne plus avantageuse ; par exemple sur la rive africaine de l’Atlantique. Encore faut-il que I on ait, sur place, la vente de la force produite. Or, en général, quand on trouve à écouler de la force, c’est qu’il y a centre de population, et alors les terrains en bordure de la mer représentent une valeur d’autant plus que, pour la construction des bassins, il faut une plaine étendue. On se heurte donc, jusqu’à nouvel ordre, à un cercle vicieux.
- La chaleur solaire. — En principe, les essais pour capter la chaleur solaire ont eu, le plus généralement, pour objet réchauffement direct de l’eau par des miroirs paraboliques ou tronconiques. On a pu aussi vaporiser de l’eau contenue dans des tubes de fer noircis avec une lame de verre. Enfin d’autres artifices dont nous dirons un mot, ont été encore employés en utilisant la chaleur à vaporiser de l’ammoniaque.
- En France, on se rappelle surtout l’insolateur de MM. Mouchet et Abel Fifre, qui fut lancé industriellement vers 1880 et qui obtint des résultats intéressants. Déjà, à l’Exposition Universelle de 1878, M. Mouchet avait fait installer un grand appareil de 24 m2 d’insolation normale composé d’un miroir en laiton recouvert d’argent appliqué à une chaudière de 100 litres de capacité. Son dernier appareil se composait essentiellement d’un réflecteur tronconique concentrant les rayons de l’astre sur une petite chaudière cylindrique disposée sur son axe. Installé dans des régions très ensoleillées comme l’Algérie ou l’Égypte, cet insolateur a fourni normalement une puissance d’un cheval-vapeur avec un réflecteur d’une surface de 20 mètres carrés.
- C’est exactement le même principe qui lut appliqué en 1903 par l’ingénieur américain W.-H. Jacques. Son miroir, installé à Pasadena, en Californie méridionale, présentait la forme d’un cône tronqué, dont le plus grand diamètre avait 10 m. 66 et le plus petit 5 m. 20. Sa surface réfléchissante totale était d’environ 100 m2 et réalisée par environ 1800 petites plaques de verre argentées au dos. Dans l'axe dû cône on avait monté une chaudière en cuivre de 2 m. 74 sur 0 m. 30 qui recevait les rayons réfléchis et fournissait de la vapeur sous une pression de 9 kg 250, en quantité suffisante pour alimenter un moteur de 10 chev. On pouvait périodiquement faire varier l’inclinaison du miroir en suivant le soleil comme avec un héliostat et, de plus, le système était entraîné par un mouvement d’horlogerie tout comme un télescope. Cet appareil a servi pendant quelque temps pour une alimentation d’eau.
- L’inconvénient des miroirs tronconiques ou paraboliques et des lentilles est d’exiger un mouvement d’horlogerie compliqué pour maintenir l’action du soleil dans la direction voulue.
- En 1911, nous avons décrit ici un système tout différent inventé par un autre ingénieur américain, Frank Shuman (’), qui échappe à cette nécessité. Son « sun-power-plant » (usine d’énergie solaire) est formé de trois parties : l’absorbeur de chaleur solaire, qui est la partie originale du système, le moteur à ba'Sse pression et le condenseur de vapeur qui a pour but d’utiliser indéfiniment la même eau en la faisant circuler dans un circuit continu fermé. L’absorbeur se compose d’une série d’éléments identiques, comprenant chacun une boîte à eau -fermée par un couvercle de verre, comme un châssis de jardinier (hot box), que i’on peut incliner sans peine de manière à la placer perpendiculairement aux rayons solaires et dans laquelle l’eau, contenue dans un tuyau de fer noirci, peut être portée, à 115° G sous la latitude de Philadelphie, où à 150° sous des tropiques. Le principe est très simple. Les rayons solaires traversent librement le verre. Leur chaleur radiante est absorbée par les tuyaux noircis et . la chaleur produite est retenue par la L 1908, II, 27 et 1911, II, 567.
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- double lame de verre jouant le rôle d’isolateur. Pour accélérer l’effet, on accole à chaque boîte, sur sa. face latérale, un miroir plan, de fabrication économique qui doit, de son côté, renvoyer les rayons. Le nombre des éléments peut être accru à volonté suivant l’espace dont on dispose.
- Si l’on entre dans le détail, on constate que chaque boîte métallique de forme rectangulaire est divisée en une série d’alvéoles, sur lesquelles l’eau d’alimentation circule comme dans une gaufre gigantesque. Ce premier récipient métallique est enfermé à son tour dans une boîte en bois, plate elle aussi et fermée par un couvercle composé de deux vitres séparées par un intervalle de 0 m. 025 rempli d’air. Pour lutter avec plus d’avantage contre la perte de chaleur par radiation, le fond de ces boîtes a été muni de deux feuilles de carton imperméable à l’eau, séparées par une couche de liège pulvérisé de 0 m. 05.
- Ces boîtes sont montées sur des supports qui les élèvent à O m. 75 au-dessus du sol et qui permettent, en outre, par un mécanisme très simple de les incliner perpendiculairement aux rayons du soleil.
- Dans chaque boîte, il existe deux tuyaux, l’un pour l’alimentation d’eau, l’autre pour l’évacuation de la vapeur. Ces tuyaux à vapeur sont en connexion avec une conduite principale qui conduit la vapeur à la machine. L’appareil, essayé en Pennsylvanie, a pu, paraît-il, actionner pendant cinq semaines une pompe qui élevait 13 500 litres d’eau par minute à une hauteur de 10 mètres.
- En 1885, Charles Tellier a fait fonctionner un autre appareil, au moyen duquel il a pu, en une heure, élever 2500 liires d’eau d’une profondeur de 6 m. Ici la chaleur est employée à volatiliser et à mettre sous pression du gaz ammoniac. On doit se représenter un toit fprmé de dix plaques métalliques constituées chacune par deux feuilles de tôle formant un récipient étanche, à l’intérieur duquel on enferme un liquida volatil, tel que de l’ammoniaque. Le tout étant exposé au midi, l’ammoniaque se volatilise sous l’influence du soleil; les vapeurs sortent par une série de tubes qui, par un collecteur, aboutissent à un récipient. Par un autre tube, les vapeurs s’échappent de ce récipient avec une pression de une à trois atmosphères suivant le travail à produire et vont agir, dans un- sphère creuse placée au fond d’un puits, sur un diaphragme en caoutchouc. La sphère étant remplie d’eau, cette eau est alors chassée; puis l’ammoniaque est chassée automatiquement et l’eau rentre, prête à subir une pression nouvelle. Pendant ce temps, par un artifice ingénieux, la solution ammoniacale revient au point de départ pour y servir de nouveau (*).
- Des recherches d’un ordre différent ont été fondées sur,l’observation faite dans certains lacs salins de Hongrie que, sous une couche d’eau douce, l’eau
- 1. Voir la description de l’appareil n° 640, 5 sept. 1883.
- salée, vers 1 m; 20 à 1 m. 50 de profondeur pouvait atteindre spontanément une température de 69°. Cette combinaison, facile à reproduire, constitue donc un véritable accumulateur de chaleur que l’on peut combiner avec l’un ou l’autre des principes précédents.
- Enfin, rappelons à titre de curiosité que le colonel de Rochas dans un ancien article paru ici même (7 déc. 1895), montrait comment. Héron d’Alexandrie avait utilisé la chaleur solaire pour élever de l’eau dans un appareil, nommé la Source, que décrivent ses Pneumatiques. On peut aisément comprendre que, lorsque le soleil donne sur un globe rempli d’eau, la dilatation de l’air aboutit à chasser une partie du liquide par un siphon vers la base de l’appareil. Si le globe est ensuite mis à l’ombre, il se produit une condensation et une aspiration qui fait remonter l’eau de la base jusque dans le globe par un autre tube.
- Tous ces systèmes nous sont offerts avec la même prétention de réaliser une sorte de mouvement perpétuel (du moins pendant le jour), au moyen d’une machine pouvant atteindre une puissance considérable par un nombre d’éléments suffisants et n’exigeant ni surveillance, ni graissage, ni entretien. Mais, quand on y regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit qu’il faut une installation assez compliquée pour obtenir une force médiocre. On s’explique dès lors, comment, même dans les pays comme l’Égypte où de tels appareils auraient semblé devoir être employés pour l’irrigation, ils n’ont pu réussir encore pratiquement.
- La chaleur interne. — Le moyen le plus simple d’utiliser la chaleur terrestre est d’aller chercher de l’eau bouillante à une profondeur suffisante. On sait qu en moyenne la température s’accroît d’environ 5° par 100 mètres quand on s’enfonce, avec tendance à une accélération. En tenant compte de la température moyenne du sol dans la zone soustraite aux influences superficielles, il faudrait donc, dans les conditions normales, descendre à environ 2500 m. : ce qui dépasse les-profondeurs actuelles de nos sondages, sans être pourtant, ce semble, irréalisable. Un sondage poussé à cette profondeur ne pourrait manquer de rencontrer de l’eau, qui se vaporiserait au fond de cette longue chaudière échauffée à la base et remonterait au jour à l’ébullition. Si l’on plaçait ce sondage dans une région où il existe quelque chance de rencontrer en profondeur le terrain houiller, région qu’il ne serait pas très difficile de localiser et qui pourrait êtrë tout simplement la plaine Saint-Denis, on aurait une double chance d’utiliser son travail. Mais il est plus indiqué de se placer dans une région' où le degré géothermique est inférieur à 30 m: ; c’est-à-dire où l’on n’aurait pas à forer 2500 m. pour gagner la température de l’ébullition. Toutes les régions volcaniques anciennes et la plupart des régions méditerranéennes sont dans ce cas.
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- Les sources thermales dont, en principe, on laisse perdre les calories pendant les intervalles des « saisons », sont un moyen naturel d’emprunter de la chaleur à la tèrre. Le calcul montre que les seules sources thermales françaises représentent une consommation de 100 000 t. par an. Beaucoup d’entre elles sortent spontanément à l’ébullition : geysers, soîfioni, etc. Ainsi les soffioni de Toscane fournissent dés dégagements de vapeurs que l’on utilise depuis longtemps comme source d’acide borique et dont on recueille, depuis quelque temps, la chaleur pour actionner des moteurs, ainsi que comme nous avons eu l’occasion de l’indiquer ici. Les Islandais se servent ainsi de leurs sources chaudes. On pourrait assez aisément pratiquer une opération semblable en Algérie pour les sources d’Hammam Meskoutine qui, malgré le refroidissement superficiel, jaillissent à 95°.
- La gravité. — Enfin, la gravité représente encore, dans certains cas, une force utilisable. C’est elle, en somme, qui constitue l’énergie de la houille blanche. De même, lorsqu’on actionne un funiculaire en remplissant des caisses d’eau à une source au sommet de la montagne pour équilibrer le poids du wagon montant. A diverses reprises, on a été séduit par l’idée de créer une chute d’eau en faisant tomber de l’eau dans le fond d’un puits ou d’un sondage. Sous cette forme, il est bon de remarquer que l’idée est inexacte, ou du moins, contrairement aux espoirs des inventeurs, ne pourrait être utilisée que dans des cas extrêmement particuliers. L’intérieur de la terre n’a aucune chance pour renfermer, au-dessous de la zone très
- superficielle des grottes, limitées à peu près aux terrains calcaires, des grands vides béants, analogues à ceux qu’a imaginés Jules Verne dans son Voyage au centre de la Terre. S’il y a des vides, ils doivent être déjà remplis d’eau. Si, dans un tel puits, on voulait alors jeter de l’eau à partir de la surface, elle ne trouverait pas d’écoulement ou ne s’écoulerait qu’avec une extrême lenteur.
- On peut, il est vrai, penser au cas particulier des puits absorbants qui communiquent avec une nappe poreuse souterraine, située au-dessus de la zone aquifère de la région. Mais, dans ce cas même, l’absorption, qui se produit par porosité, est lente et très limitée dans ses effets et ne correspond, par suite, aucunement avec les conditions nécessaires pour l’établissement d’un moteur. Il faudrait donc, pour que l’idée fût applicable, rencontrer de l’eau utilisable au sommet d’un plateau calcaire coupé de falaises, dans un cas où l’eau manque précisément à peu près partout.
- On voit donc, en résumé, que, si la nature nous réserve des énergies abondantes pour le jour où nous aurons épuisé le charbon et le pétrole, dans notre civilisation actuelle ces réserves de force ne sont guère économiquement utilisables, lorsqu’on suppose réalisé l’état de paix que nous avons depuis si longtemps oublié. Il n’en est peut-être pas tout à fait de même en temps de guerre avec les prix auxquels atteignent les combustibles; et, de même qu’on reprend un peu partout de petits moulins à eau, on pourrait, dans certains cas spéciaux, songer aux autres forces dont nous venons de faire l’énumération. L. De Laujnay.
- RESTAURATION DES CHEMINS DE FER APRÈS LA GUERRE
- Alors que la guerre de 1870 n’affecta que la Compagnie de l’Est, en lui enlevant son réseau d’Alsace-Lorraine, la guerre mondiale de 1914 a fait passer aux mains des Allemands les 2/3 des réseaux Nord et Nord belge, et l/7e environ du réseau de l’Est, et la partie envahie de ces réseaux correspond malheureusement à la plus grande densité de circulation et de trafic.
- Lorsque ces Compagnies pourront reprendre possession de leurs lignes envahies, il est probable qu’elles n’en retrouveront rien ou presque rien. Après le recul des Allemands dans la Somme, il' ne restait pas grand’chose des chemins de fer de la région : les voies étaient enlevées ou détruites ; l’infrastructure, assez bouleversée. Quant aux stations, quelques fermes abattues et quelques pans de murs indiquaient seuls leur ancien emplacement.
- Ce que la paix restituera aux réseaux blessés, ressemblera fort aux lignes de la Somme. Tout ce qui se sera trouvé sur les lignes de feu, n’existera plus ; ce qui n’aura été qu’occupé, n’existera guère.
- Il faut donc préparer dès maintenant la reconstruction quasi totale des quelques milliers de kilo-
- mètres ruinés par la sauvagerie allemande, de façon à les mettre — dans le minimum de temps — en état de répondre à la reprise d’un trafic qui dépassera certainement toutes les prévisions.
- Rails et ouvrages d’art. — Il appartient aux Compagnies précitées, de réunir dès maintenant la quantité de ballast, de rails et de traverses nécessaires à la réfection des lignes détruites sur leur réseau respectif.
- Les Services de la Voie pourront de même reviser certains tracés d’anciennes lignes et, d’une façon générale, revoir tous les ^tracés dans le but de diminuer le nombre.d’ouvrages d’art à reconstruire.
- Évidemment les grands franchissements de rivières ou de vallées ne pourront être écartés ; et, là, il pourra être utilisé provisoirement des ponts militaires à éléments interchangeables.
- Pour les autres ouvrages moins importants, une partie d’entre eux pourra, peut-être, être évitée par une déviation des tracés d’avant-guerre; le reste sera rétabli provisoirement par des moyens de fortune.
- Construction des voies. — A toute situation
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- nouvelle, • il faut des procédés nouveaux, et la reconstruction des réseaux ruinés par la guerre, demande à être entreprise avec des moyens ultra-rapides dont je n’indiquerâi ci-après que les grandes directives :
- Le ballast sera mis en place par des trains de caterpillars, composés chacun de deux locomobiles en sens inverse, l’une en tête, l’autre en queue ; et d’un wagon intermédiaire. Les chenilles sont continues sur toute.la longueur du train, et sont espacées de 2 m. 50, largeur de la plate-forme. Le wagon est formé d'un grand réservoir à fond incliné de la droite vers la gauche.
- Le ballast est donc déversé entre les deux chenilles d’avant, celles-ci étant protégées à l’intérieur par des plaques latérales, pour éviter tout arrêt du
- analogues aux trains de ballast, mais dont le wagon intermédiaire sera constitué seulement par un plancher incliné de gauche à droite. Les éléments de voie y seront chargés, superposés par dix éléments, mais, séparés par des tringles pivotantes ou déclenchables, de façon que chaque élément de voie, glissant sur le plancher incliné, puisse être déchargé successivement entre les chenilles de train, sur le ballast posé par les trains de ballast précédents. II ne restera plus ensuite qu’à bourrer, dresser et éclisser pour avoir la voie prête.
- Chaque train de rails posant' 100 m. de voie, il suffirait pour correspondre au travail des trains de ballast, de 4 trains de rails : l’un, déchargeant, l’autre allant décharger, le 3e, prenant charge et le 4e revenant prendre charge.
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- 15
- 20
- 25 Mefres
- P/ate forme
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- ciment
- Pampe
- traverses
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- bestiaux
- (en terre J
- vote
- voie
- Fig:, i. — Schéma d’uné gare provisoire.
- chemin de roulement continu, dû à un coincement accidentel. -
- Le ballast, contenu dans le réservoir, entièrement déversé, le train de caterpillars tourne à droite ou à gauche, et cède la place au train de ballast suivant ; puis va reprendre charge. Tous les cinq trains, on intercale un sixième train dont le réservoir est rempli d’eau à répandre sur le ballast pour en amener le tassement. '
- Chaque train de ballast pouvant amener le chargement de deux wagons, soit environ 20 tonnes, ce qui correspond à 20 m. de plate-forme (2 m. 50 de largeur sur 0 m. 50 de hauteur), les 5 trains précédents garnissent 100 m. de ballast. En évaluant le déchargement successif des 5 trains à une durée d’une heure, on poserait le kilomètre de ballast en 10 ou 12 heures.
- Il faudrait 4 séries de 5 trains de ballast : la lre déchargeant, la‘2e, allant décharger, la 5e, prenant charge,xet.la 4e revenant prendre charge.
- Les rails seront préparés tout posés sur leurs traverses, par élémenls dévoies de 10 m. de longueur. Ils seront mis en place par des trains de caterpillars
- Donc, en résumé, avec un groupement dé 28 trains de caterpillars (20 trains de ballast,. 4 trains-réservoirs, 4 trains de rails) et un travail continu, il semble qu’on pourrait poser, au minimum, 2 km de voie unique par 24 heures, les ponceaux et ouvrages d’art étant supposés préalablement rétablis par des moyens provisoires (poutres, travées démontables, etc.), en attendant leur rétablissement définitif ultérieur.
- Pour construire une voie double, il faudrait deux groupements de 28 trains distincts. La construction de ces groupements de trains à chenilles doit être envisagée dès maintenant de façon à pouvoir commencer la reconstruction des lignes rub nées, dès leur libération.
- Le procédé ultra-rapide qui vient d’être étudié sommairement, permettrait de rétablir la circulation'ferrée ancienne dans un laps de temps de quelques mois. , Sur les lignes ferrées libérées, il est probable qu’on ne retrouvera pas beaucoup plus des stations, que des voies.. Il vaut donc mieux envbager une remise en état provisoire, totale, que compter sur des bâtiments réparables.
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- De même que nous avons étudié la réfection complète et rapide de la superstructure des voies, de même il faut chercher à marcher de pair avec le travail précédent, et élever des constructions légères permettant une reprise sommaire du trafic, presque immédiate.
- Les baraques démontables à double cloison semblent répondre à ce désideratum. Pour accélérer leur construction, il est préférable de n’envisager que des baraques de plain-pied reposant sur une plate-forme en ciment (ou bitumée faute de mieux) de 10 m. sur 25 m. Leur disposition pourrait être conçue ainsi :
- Sur la plate-forme, on place 5 baraques de 6 m. sur 10 m. constituées par deux cloisons de 6 m. (l’une A, avec une porte médiane E et deux fenêtres latérales F; l’autre B, avec deux fenêtres latérales F seulement); et deux cloisons de 10 m (l’une C, pleine avec 2 fënêtres latérales F; et l’autre, D, pleine avec une porte latérale G). ,
- On met .en longueur la lre baraque et les deux autres côte à côte en travers dans leur plus petite largeur. La cloison de 10 m. et celle de 6 m., disponibles du fait de ce placement, servent à former les 4 pièces de la 2e baraque.
- La lre baraque sert de salle d’attente et de-salle des bagages; la 2e de bureau, chambre, cuisine et consigne; 3e de halle contiguë à la voie, avec grue roulante à l’intérieur. Il reste, sur la plate-forme en ciment : le quai de départ, de 4 m. sur 10'm.; et une plate-forme de 3 m. sur 6 m., entre la halle et le quai à bestiaux. Une rampe en traverses mène à ce quai (en terre et au niveau du plancher des wagons) de 3 m. sur 4 mètres.
- Une bascule sur roulettes ; une boîte, pour les billets en papier; une paire de ciseaux, un timbre à date au nom de la station, une table et 2 chaises; 1 poêle; 1 fourneau de cuisine, et la station est prête à recevoir son personnel restreint.
- Trafic voyageurs. — Une reprise rapide du trafic voyageurs demande des procédés simplifiés. Il y aurait donc lieu de diviser les ligues nouvelles en sections de 10 km, à l’intérieur desquelles le tarif serait uniforme (0 fr. 50 en 3e classe, 0 fr. 75 en 2e et 1 fr. en lre classe). Des billets en papier.de couleur différente, correspondraient à chaque section de ligne. Une ligne, de 50 km pourrait donc être parcourue avec un billet de la 5e zone délivré au départ.
- Pour les demi-places, le billet serait coupé süi-1 vant la ligne antérieure de gauche et pour les billets militaires, suivant la ligne antérieure de droite. Les U seraient supprimés.
- Pour une ligne de 50 km comportant 13 stations, chacune de ces stations pourrait assurer le trafic voyageurs de la ligne entière avec 15 blocs de billets différents (5 zones des 3 classes), au lieu des 144 séries de billets du temps de paix. On voit l’avantage et la simplification. La comptabilité serait arrêtée tous les 10 jours sur un carnet com-
- portant 45 lignes horizontales et 4 colonnes verticales (3 décadaires et 1 total) par mois.
- Trafic bagages. — Suppression de la franchise de 30 kg. Taxe de 0 fr. 10 par 50 kg et par zones de 10 kilomètres.
- Les stations sont numérotées sur chaque ligne de 1 à x. Chaque station reçoit donc autant de séries de numéros (gommés au dos) que de stations sur la ligne; ces numéros de stations sont collés sur les bagages.
- Pour faire la perception, chaque station reçoit' autant de séries de tickets en papier, que de zones sur la ligne, chaque série comportant 4 coupures : 50 kg,'100.kg, 300kg, 700 kg. Ces tickets portent : le nom' de la station; l’indication de la zone; le* prix à percevoir ; un numéro d’ordre. A gauche du ticket, un emplacement vide permet d’y coller un numéro pris dans ceux des bagages, indiquant le nombre de colis du voyageur (5, pour 5 colis, par exemple).
- Un voyageur transportant 150. kg à 30 km, reçoit donc deux coupures de 100 et de 50 kg, de la 3e zone, l’uné des coupures portant à gauche, le nombre de colis.
- Trafic marchandises. — La reprise rapide du trafic marchandises sur les lignes- détruites èt reconstruites, amène à un ordre d’idées nouveau et simplifié : donc plus de trafics distincts pour les postaux, les messageries, la petite vitesse; un seul trafic pour le tout.
- Toute expédition comporte une déclaration au décalque, dont l’original ou le décalque sert de feuille de route suivant que l’expédition est en port dû ou port pôyé. La 2e feuille de la piqûre, au décalque est collée dans un livre à onglets numérotés (livre de départ).
- A l’arrivée, la feuille de route est collée dans un livre à onglets numérotés (livre d’arrivée).
- C’est la simplification absolue : plus de livres de postaux, d’expéditions d’arrivages, etc. La 3e feuille au décalque de la piqûre d’expédition, sert de lettre d’avis à l’arrivée.
- Tous les frais de transport au départ (ports payés) ou à l’arrivée (recouvrements sur ports dus) sont acquittés par les clients au moyen de timbres qu’ils achètent à l’avance dans n’importe quelle gare; et qu’ils collent sur la feuille de route au départ ou à l’arrivée. Ges timbres de 1 fr., 2 fr., 5 fr., 10 fr., 20 fr. et 100 fr. sont envoyés aux gares qui en prennent charge et les vendent. Les centimes sont payés en espèces. Les timbres posés sont annulés avec le timbre à date. Donc plus de carnets de ports payés, ni de livres de recouvrements; rien qu’un compte-courant de timbres.
- Les stations nouvelles ne pourraient suffire à abriter les tarifs multiples et complexes accoutumés; supprimons-les donc radicalement.
- Le prix de transport sera calculé d’après les éléments suivants : Faire le cube de la marchandise (hauteur X longueur X largeur) en décimètres
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- cubes, y ajouter le poids en kilos. Multiplier le total par la distance en kilomètres. Multiplier le tout par 5 ; et diviser par un million.
- Le paiement des avis d’encaissement au départ se fait par l’apposition de timbres sur ces avis, comme pour le paiement des frais de transport.
- Centralisation. — Un petit compte-courant à cinq colonnes, au débit; et cinq au crédit permet
- d’attente et l’autre dans la halle, sur des paillasses ou des brancards. Les agents des nouvelles stations sont choisis spécialement de façon à présenter toutes garanties d’activité et d’intelligence. Ils touchent un traitement fixe avantageux, plus un tant pour cent sur les opérations de la station.
- Pour préparer et exécuter cette restauration des chemins de fer dans les régions envahies, les com-
- z^n
- Fig. 2. — Train caterpillard pour la pose, du ballast des voies.
- d’inscrire les recettes (Voyageurs — Bagages — Timbres — Marchandises — Total) et les dépenses ou crédits (Versements — Remboursements — Mandats — Solde et dépenses de gare —- Total).
- Contrôle.— États mensuels simplifiés àl’extrême : un bordereau de voyageurs d’une feuille — un état au décalque, pour les bagages faits — un petit état récapitulatif mensuel. Et c’est tout.
- Les livres Marchandises (Départ et Arrivée) sont envoyés eux-mêmes au contrôle, le dernier jour du mois.
- Les rectifications au déhit se règlent par l’apposition, sur les avis, de timbres achetés par le débiteur.
- Personnel. — Un chef de "station, un employé et deux hommes d’équipe suffiront à assurer le fonctionnement des stations restaurées.
- Le chef de station couche dans sa chambre; l’employé, dans le bureau, sur un lit pliant ou un brancard; un des hommes d’équipe dans la salle
- pagnies intéressées désigneraient dès maintenant un fonctionnaire muni de pleins pouvoirs, qui s’occuperait de la réunion ou de la construction des trains de caterpillars, rails, traverses, ballast, baraques démontables et du matériel nécessaire, de façon à pouvoir entamer le travail dès l’instant venu, à l’origine de chacune des lignes à reconstruire.
- En résumé, les réseaux envahis seraient considérés, pour leur remise en état et leur fonctionnement, comme des réseaux nouveaux, gérés par de nouvelles règles, de façon à permettre une reprise rapide du trafic, compensant les dommages causés par la guerre. Telles sont les idées générales et progressistes qu’on peut concevoir pour pousser de nouveaux rails vers les territoires envahis, dès qu’ils auront été libérés; et y faire jaillir à nouveau l’étincelle revivifiante de l’activité française.»
- Hekri Morissat.
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- Fig. 3. — Projet de billet.
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- Séances du 8 au 16 juillet 1918.
- Nécrologie : Charles Wolf. — Charles Wolf, Membre de l’Académie des Sciences dans la section d’Àstronomie depuis 1883, s’est éteint à Saint-Servan, à plus de 90 ans. Élève de l’École Normale, il fut d’abord professeur à Metz et à Montpellier, puis attaché à l’Observatoire de Paris depuis 1862. On lui doit, notamment, un système de synchronisation d’un nombre quelconque d’horloges, qui a été étendu à toute la ville de Paris. Il à découvert un nouveau type d’étoiles, les Novas vieillies, auxquelles son nom reste attaché. Ces étoiles, devenues un instant plus
- brillantes sous l’influence de causes encore hypothétiques, présentent cette particularité de reprendre ensuite un état sensiblement stable. En physique, il a découvert le premier exemple de variation du spectre, touchant ainsi, comme l’a remarqué M. Bigourdan, à la base même de la doctrine spectrale, qui, à l’origine, regardait comme absolue la constance du spectre.
- Enfin, il a écrit un grand ouvrage classique : les « Hypothèses cosmogoniques » et, dans ses dernières années, il s’est occupé d’études historiques, >
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- Effet des injections intraveineuses isotoniques dans les hémorragies. — Les expériences de MM. Charles Richet, Brodin et Saint-Girons les ont conduits aux conc'usions suivantes : en cas d’hémorragie grave, le chirurgien ne devra pas hésiter à faire des injections intraveineuses extrêmement abondantes. Evidemment, ces injections abaisseront beaucoup la proportion centésimale' des hématies; mais elles augmenteront la masse du sang. Et c’est cela qui importe; car, en général, après hémorragie, il reste eneore un nombre d’hématies parfaitement compatible avec la vie du cœur et le système nerveux.
- L’argon. — M. Leduc étudie la densité, la compressibilité et la masse atomique de l’argon. Il trouve 59, 91 pour sa masse moléculaire.
- La théorie des voyelles. — Les méthodes de rééducation applicables aux soldats frappés de surdité ou atteints d’un vice de prononciation fournissent des résultats plus ou moins satisfaisants suiv-mt la valeur et la précision des données phonétiques qu’elles mettent en œuvre. M. Mari-chelle essaye, à ce propos, d’exposer une théorie cohérente des voyelles. Sa définition physiologique des voyelles est fondée sur une notion très simple : celle d’un orifice analogue à celui du (( souffl^ment » qui se forme dans la bouche ou dans le pharynx et qui subit deux ordres de-modifications ayant trait respectivement à son degré d’ouverture et â sa localisation. Toutes les voyelles, les consonnes et leurs associations peuvent s’expliquer clairement par le jeu combiné de ces deux facteurs. Les conclusions d’Iïelmholz à ce sujet sont en désaccord avec les faits d’observation.
- Le terrain houiller de Littry. — Ce petit bassin houiller, situé dans la Manche, a été souvent cité par ceux qui se font des illusions sur l’avenir de notre production houillère comme pouvant contenir des richesses insoupçonnées. L’administration des mines y a fait faire en conséquence deux sondages qui n’ont pas donné de charbon, comme les géologues le prévoyaient du reste à peu près unanimement, mais qui ont mieux fait connaître un épisode curieux de l’histoire géologique. Ainsi que le montre-M. Termier, il s’est produit là, pendant la dernière période du houiller dite stéphanienne, qui est généralement la phase productrice de houille, des phénomènes volcaniques d’une intensité exceptionnelle, tels qu’on en constate antérieurement dans le Plateau Central pendant le dinantien. Pendant la sédimentation même, il s’est épanché des, laves,-avec pluies de cendres, coulées de boues, etc, de telle sorte .que, sur les 90 mètres de houiller traversés dans un des derniers sondages, à Saint-Martin de Blagny, il y a eu 62 mètres de roches volcaniques et, dans le second, à la Poterie, sur 10,5 mètres, 40 mètres de coulées laviques, basaltes,.andésites, etc.
- Destruction rapide' des matières organiques. — La méthode préconisée par M. Paul Duret est basée sur la production, à l’état naissant, d’oxygène fortement ozonisé, au moyen de persulfate d’ammoniaque en milieu acide. On a ainsi une manipulation facile et simple, avec une exécution rapide. ;;
- Pronostic de la tuberculose pulmonaire. —~ Les variations cytologiques du sang acquièrent une importance chaque jour plus grande dans l’étude scientifique de cette maladie. M. Casimir Cépède, en construisant le polygone leucocytaire neutrophile d’un même tuberculeux pulmonaire au cours de l’évolution, observe, quel que soit le degré de la tuberculose étudiée, qu’en cas d’aggravation le polygone le plus récent,est une figure située à gauche
- du polygone normal et des polygones précédents du même malade; en cas d’amélioration,,il est à droite.
- Guérison de la gangrène gazeuse. — On sait les ravages causés parmi nos blessés, par cette infection que l’on avait pu croire pratiquement disparue. M. H. Vincent, auquel on doit déjà le sérum de la fièvre typhoïde et, par conséquent, la vie d’innombrables soldats, apporte aujourd’hui, avec M. G. Stodel, un sérum préventif et curatif de la gangrène gazeuse. Malgré quelques résultats déjà obtenus par d’autres dans cet ordre d’idées, et trop peu utilisés, a difficulté était grande. La brève durée de l’incubation qui fait apparaître la gangrène 8 à 15 heures après le traumatisme, et l’évolution rapide de cette grave complication, ne permettaient pas d’espérer un résultat favorable de l’emploi des vaccins spécifiques. La gangrène gazeuse survient, en effet, avant que les anticorps fabriqués dans l’organisme aient eu le temps de se former. On est donc conduit à emprunter au cheval ces substances protectrices ou défensives, c’est-à-dire qu’il faut recourir à l’immunisation passive. Le sérum nouveau est obtenu par l’injection aux chevaux de races bactériennes multiples provenant des principales espèces anaérobies qui déterminent le syndrome gangrène ^gazeuse. Antérieurement, M. Vincent avait indiqué le moyen de déterminer l’apparition constante de la gangrène gazeuse en inoculant le Bacillus perfringens dans les muscles de la cuisse d’un cobaye et broyant ces muscles à l’aide d’une pince chez l’animal anesthésié. Il a pu ainsi soumettre au contrôle son nouveau sérum et constater que la mortalité tombait de- 79 à 4, 5 pour 100. Ce sérum a été injecté chez l’homme. A tilre préventif, 50 blessés à lésions très graves de la cuisse ou de la fesse avec infection des plaies par de la terre et par débris de vêtements, n’ont présenté ensuite aucun cls de gangrène; à titre curatif, 13 blessés gangreneux, dont "4 considérés comme désespérés, ont donné 12 guérisons.
- Les cellules des foraminifères. — On a toujours admis, jusqu’ici, que les foraminifères étaient des animaux unicellulaires, n’ayant qu’un noyau. M. II. Douvillé montré, au Contraire, que certains foraminifères sont, dans les premières phases de leur développement, quadri ou bi-cellulaires, et cette disposition coïncide avec l’apparition de types nouveaux particulièrement remarquables par leur développement un peu exceptionnel, tels que les orbitoïdes et les nummulites. Elle ne persiste pas. longtemps, mais présente une évolution régressive, qui la ramène bientôt au type normal unicellulaire. 11 semble que, d’une façon générale, le mélange des protoplasmes soit, dans tous les cas, avantageux pour le développement de l’individu et qu’il devienne même nécessaire dans les formes les plus évoluées.
- Les ports profonds de l’Océan. — L’a.ttention a été attirée récemment sur la nécessité d’avoir des ports susceptibles de recevoir les plus grands navires en service : ce qui demande une passe d’accès et un abri avec des profondeurs d’au moins 12 m. d’eau à mer basse. En France nous avons trois emplacements favorables : La Pallice, Brest et Cherbourg, dont M. Renaud discute les avantages respectifs. La rade de La Pallice présente des avantages exceptionnels par les profondeurs de ses accès ' et par le jeu dés courants alternatifs tenant à la propagation lente de la marée qui ont pour résultat de la balayer. Il s’est formé ainsi, entre l’Ue-de-Ré et le continent, une fosse profonde bien abritée, qu’il est facile de transformer d’abord en une rade-abri.
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- A PROPOS DE L’INCENDIE DE L’ESTEREL
- Remarques sur les incendies des forêts en Provence.
- Les 27-28 juillet 1918, un incendie gigantesque a dévoré une grande partie de la belle forêt de l’Est erel. '
- Sur les montagnes, s’étendant du nord au nord-est d’Antibes, sur une longueur de 50 km, nous avons pu compter six autres feux parmi les bois de pins, dont quelques-uns très importants. Le mistral, assez fort, était accompagné d’un air chaud et très sec.
- Le dimanche suivant, même régime atmosphérique mais encore plus accentué; les incendies recommencèrent le soir, il y avait huit feux en vue et, de plus, un incendie immense, au sud-ouest, colorant le ciel jusqu’à 50° de hauteur ; nous apprîmes le lendemain que c’était le bois de la corniche de Vallauris qui flambait.;
- Ces incendies, fréquents l’été dans les forêts de nos montagnes, seraient dus, d’après le dire du public, à des imprudences, à de la malveillance, etc. Cela arrive, malheureusement, mais il y a certainement autre chose.
- En ne prenant que les deux cas précédents et en laissant même l’Estérel de côté, ces feux se produisent toujours par air très sec et mistral fort; avec des vents d’est,„ même' plus violents, mais humides, ces incendies sont nuis ou rares; de plus, voilà deux dimanches, jours de repos, où ces feux sont abondants. Avec la pénurie d’hommes àl’époque actuelle et dans les régions absolument désertes nous ne croyons pas beaucoup que les quelques paysans, restant à la maison ces jours-là, aient envie d’aller se promener et d’en « griller une » dans les bois et d’y mettre le feu par imprudence.
- La simultanéité de ces incendies sur de vastes régions, par temps très secs et vents forts, paraît indiquer une autre cause que la main humaine pour les produire.
- L’incendie spontané des bois de sapins pourrait peut-être s’expliquer en faisant les hypothèses suivantes :
- 1° Ne pourrait-on admettre que le frottement des branches résineuses, fortément agitées par le vent, soit suffisant pour porter les parties frottées à une température assez élevée pour produire l’inflammation. On sait que c’est un des procédés primitifs employé par l’homme pour se procurer du feu.
- . 2° Le sol; couvert d’aiguilles de pins et de matières organiques en décomposition s’échauffe sous l’influence du soleil et dépasse, dans les mois chauds, 50° ; cette température peut aider à des effets de catalyse en présence de matières résineuses impalpables. .
- 3° Des gouttelettes de résine, de forme sphérique, produisent l’effet de véritables lentilles au foyer desquelles bien des corps peuvent prendre feu.
- 4° Les feuilles de pins, les fragments d’écorces, imprégnés de résine et chassés par le vent peuvent, par leur frottement mutuel, dégager assez d’électricité pour produire des étincelles enflammant les poussières de résine très ténues; on sait avec quelle facilité brûlent les pollens des pins, les spores de lycopode, etc. *
- Ces différentes hypothèses, pour se réaliser, ont besoin que l’air soit très sec, agité, et que la température ambiante soit aussi élevée que possible; ces conditions ont toujours été remplies dans les cas que nous avons cités plus haut, et c'est toujours dans ces conditions que ces incendies se produisent tout le monde, dans nos régions, est d’accord sur ce point. Par temps de mistral, non seulement il se produit des effets de véritable Fœhn, mais, de plus, la sécheresse de l’air est considérable ; nous possédons de nombreuses observations où les hygromètres à cheveux, les mieux construits, indiquent 0°, c’est-à-dire la sécheresse absolue et sont inutilisables. Dans ces cas-là, l’hygromètre à condensation donne une humidité relative de 10 à 15 pour 100, sécheresse que l’on rencontre dans le Sahara ou les hauts plateaux du Thibet, etc. - .
- Les phénomènes d’électrisation par frottement, lorsque l’air contient peu de vapeur d’eau, sont très remarquables, nous en citerons quelques-uns : dans le Sahara, lorsque l'air est desséché, ce qui .est si fréquent, des couvertures de laine, agitées avec les mains, pendant la nuit, répandent des gerbes d'étincelles.
- En Provence, par régime de mistral, un peigne d’écaille, passé dans les cheveux, laisse sortir des étincelles à l’extrémité de chacune de ses dents lorsqu’on les approche du front, par exemple.
- Notre ami, le regretté F. Foureau, l’explorateur bien connu, a cité, à plusieurs reprises, que le sable du désert, chassé avec violence par le simoun sur la vitre qui recouvre les boussoles de poche, électrise tellement la surfàce du verre, que l’aiguille magnétique est complètement affolée.
- Contre les incendies inopinés dont nous venons de parier, on ne peut guère recommander que de laisser dans les forêts de vastes « chemins de feux » ou espaces dénudés, tracés perpendiculairement à la direction du vent dangereux; ensuite, la destruction des broussailles et des accumulations de. feuilles et débris végétaux si fréquentes dans nos bois.
- • G. Haymom).
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- L’ÉLEVAGE DES LAPINS A FOURRURE
- Bien que la guerre ait interrompu, depuis quatre ans déjà, les achats effectués par les fourreurs et pelletiers français sur le grand marché de Leipzig, le commerce des fourrures n’en a pas moins conservé en France une importance considérable, et, non seulement en hiver, mais encore pendant les autres saisons, nos élégantes se montrent "a nos yeux parées de ces ornements légers et souples qui rehaussent si bien leur beauté.
- Il n’est pas, d’ailleurs, que les femmes de la classe aisée qui portent fourrure. Nos midinettes elles-mêmes ert ornent leurs épaules, en enserrent leur cou, en recouvrent leur poitrine, et ce serait là pour nous, certes, un véritable sujet d’étonnement, si La Nature ne nous avait appris^) que le lapin, le vulgaire, lapin de clapier, est aujourd’hui, le plus souvent, le véritable dispensateur des magnifiques pelleteries que nous admirons de confiance, pour peu qu’elles portent un nom exotique ou recherché.
- Mais, si les animaux sauvages, de plus en plus chassés et, par suite, de plus en plus rares, ne peuvent suffire à l’extension considérable qu’a prise la vente de ces fourrures, il est évident que l’élevage dés lapins a dû. acquérir, en ces dernières années, une importance toujours plus grande.
- En fait, le nombre des clapiers consacrés, presque exclusivement, à l’élevage des lapins à fourrure, a notablement augmenté. Nous allons, si vous le voulez bien, vous conduire, aux portes de Paris, dans l’un des plus récemment créés.
- Installation générale du clapier. — A 2 km à peine delà gare de Juvisy-sur-Orge, au sommet du plateau qui s’élève sur la rive gauche de la Seine, est installée la grande et belle ferme de Chain--pagne, très connue des agriculteurs. Cette ferme est exploitée, actuellement, par {'Union des Colonies étrangères en France en faveur des victimes' de la guerre, et cette Union, sous l’habile direction de M. Lanne, y a installé un Centre de rééducation physique agricole.
- C’est près des bâtiments de la ferme qu’a été organisé de toutes pièces, depuis la guerre, un remarquable établissement d!aviculture et de euniculture. Délaissant, pour l’instant le premier de ces . établissements, nous nous contenterons de visiter le clapier qui, d’ailleurs, est .installé dans le même bâtiment que l’établissement d’aviculture.
- Les logements pour lapins sont élevés sous une vaste construction en forme de hangar, fermée de tous côtés, sauf au midi, et recouverte de tuiles.
- Il est reconnu, en effet, qu’un clapier doit être orienté vers l’est ou le sud, et de préférence vers
- 1. L’examen des fourrures, n° 2114, p. 435; Fourrures et plumes eu 1915, n° 2125, p. 193; Le commerce des fourrures, n° 2260, p. 53.
- j le sud, à condition, toutefois, que les animaux qu’il abrite soient soustraits aux rayons du soleil. Les logements pour les lapins étant montés près de la grande muraille qui fait face au nord, et la vaste toiture débordant largement vers le midi, ainsi qu’on pourra s’en fendre compte sur la figure 2, ces lapins sont en tous temps à l’ombre.
- Aucun grenier n’étant construit au-dessus de leur logement, les animaux, en hiver, pourraient souffrir du froid. Pour les en préserver, un grillage soutenu par les poutrelles court au-dessus des cases. Pendant la mauvaise saison, des bottes de paille sont juxtaposées sur.ce grillage et protègent les animaux contre les rigueurs de la température hivernale.
- Les niches pour lapins sont au nombre d’une quinzaine. Entièrement construites en bois, et démontables, elles sont supportées’ par des pieds qui les éloignent du sol, de façon à protéger les animaux contre l’humidité. Sauf pour trois d’entre elles, qui sont . plus hautes, et renferment chacune 9 çases, réparties en 3 étages, toutes ces niches, alignées l’une à côté de l’autre, sont à 6 cases, réparties en deux étages, chaque case mesurant environ 70 centimètres de largeur sur 50 centimètres de hauteur et près d’un mètre de profondeur.
- Le devant de chaque case est fermé à l’aide d’une grille formée de petits barreaux de fer, espacés d’environ 2 centimètres et demi, et dans laquelle s’ouvre une porte également en forme de grille.
- Le pourtour des cases est garni, jusqu’à moitié à peu près de la hauteur, d’un recouvrement de zinc qui protège les parois de bois contre la dent des rongeurs. Le plancher à claire-voie, formé de baguettes de bois très rapprochées, sur lesquelles est posée la litière, permet aux urines de s’écouler. Celles-ci sont reçues dans un récipient de zinc, de mêmes dimensions que la case, et qu’on glisse, comme un tiroir, immédiatement sous le plancher à claire-voie. La litière, ainsi, ne peut être souillée par l’urine, et c’est là une disposition fort recommandable pour l’élevage des lapins à fourrure, dont le pelage doit etrer soigneusement préservé.
- En raison de l’espacement des barreaux, il pourrait arriver que des débris de litière ou de nourriture fussent projetés par les animaux, dans leurs .mouvements', en dehors . de la case, et vinssent souiller le sol, recouvert de fin gravier de rivière, et tenu dans le plus grand état de propreté. Pour y remédier, le bas des grilles est garni d’un tin grillage de fil de Fer, tendu sur un cadre de bois mobile, qu’il suffit de déplacer pour ouvrir la porte.
- Chaque case est garnie d’une petite augette de bois pour la menue nourriture, d’une terrine ou d’un petit récipient de métal pour l’eau de boisson,
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- et d'un râtelier en fer galvanisé accroché à l’une des parois. Le tout peut être facilement sorti de la case pour le nettoyage.
- Races élevées. — A part quelques magnifiques spécimens de lapins Géant des Flandres , et Géant normand, élevés surtout pour leur chair, toutes les ; variétés sont des variétés à fourrure. Les plusgrosses sont les variétés Bleu de Vienne, au pelage d’un bleu cendré donnant le Renard ble_u, et Chinchilla, d’un gris perlé imitant la fourrure du chinchilla très rare et très recherchée par les fourreurs. Les Argentés de Champagne, race très prolifique et très recommandable, y sont également fort bien reprér
- sentés. Dans l’un des logements sont des Angoras, petites boules de neige, soyeuses. -à souhait, qu’on épile de leur vivant,
- .et dont la fourrure est employée pour faire des sous-vêtements très chauds.
- Les Polonais et les' Russes, de petite taille, donnent une fourrure d’un blârtc immaculé avec laquelle on imite à s’y méprendre la véritable hermine. Les Havanes, de petite taille également, ne dépassant guère le poids de deux kilos, donnent un pelage avec lequel on remplace la fourrure de castor ou de marte.
- melle, donnant tous les renseignements sur leur origine et leur mode de vie.
- Les animaux provenant de cet élevage sont ainsi-suivis pendant tout le cours de leur existence, et la sélection des sujets élevés peut être faite avec le moindre risque'd’erreur.
- Le nombre des femelles est actuellement d’une soixantaine, à raison de 5 à 6 par race. Pour chaque groupe de femelles, il est gardé deux mâles, dont l’un en service et- L’autre destiné à le remplacer en cas de perte ou de maladie. Les autres sujets vivant à rétablissement, qui compté environ 100 animaux, sont des jeunes à l’allaitement ou sevrés depuis peu.
- * Nourriture des animaux. — La distribution de la nourriture a lieu deux fois par jour, par les mutilés chargés de ce travail, sous la direction deleur camarade, qui était avant la guerre garde particulier. L’un des mutilés distribue le fourrage, le second, la menue nourriture, un troisième met une petite tasse d’eau dans chaque terrine. Le' fourrage, actuèllement de la luzerne séchée un peu au préalable, est déposé dans le râtelier, et les pois cassés, qui eon-
- Fig. t.
- /-. Lapin Chinchilla. — 2. Havane. — 3. Polonais. 4. Bleu de Vienne. — 5. Alaska. —.6. Noir et feu.
- L’Alaska, d’un beau noir et le Noir et Feu, à la fourrure noire, d’une grande douceur, avec les pattes et le dessous du ventre de couleur feu, permettant d’imiter la loutre, complètent cette belle collection.
- Tous ces animaux proviennent de sujets de choix, soigneusement sélectionnés, achetés chez les éleveurs les plus renommés. Leurs produits sont eux-mêmes sélectionnés avec le plus grand soin, et les spécimens les plus remarquables sont conservés à la ferme comme reproducteurs.
- Fiches et registre. — Un registre des origines est d’ailleurs tenu par le militaire, mutilé de la guerre, qui a la haute direction de cet élevage, et qui est aidé par d’autres mutilés dans ses travaux. De plus, chaque case porte une étiquette, différente suivant qu’il s’agit d’un mâle ou d’une de-
- stituent la menue nourriture, dans les petites au-gettes de bois. Un. quatrième soldat approvisionne ses camarades. Immédiatement après la distribution de cette nourriture, l’allée de graviers qui dessert le clapier est soigneusement ratissée, et les débris de nourriture qui ont pu tomber sont ainsi enlevés sans retard.
- En hiver, il est donné des betteraves coupées en morceaux et saupoudrées de son.
- Aux 160 animaux élevés actuellement, il est distribué chaque jour 5 kg de luzerne et 4 kg de pois cassés. Avec la paille employée pour la litière, cette nourriture représente, aux prix actuels, une dépense journalière d’environ 3 fr. 50.
- Production et vente. — Pour assurer de meilleurs produits, les mâles ne sont employés comme
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- reproducteurs que lorsqu’ils ont au moins 6 mois, et ne restent en service que jusqu’à 2 ans ou 3 ans au plus. Les * femelles ne le sont également que lorsqu’elles ont au moins 6 mois, et pourraient être conservées comme reproductrices jusque vers 2 ou 3 ans également. Cependant, afin de ne pas les fatiguer, et de n’obtenir que des produits de choix, on ne leur laisse guère faire plus de cinq portées, à raison de 4 par an en moyenne.
- La durée de la gestation est de 30 à 31 jours, la durée de l’allaitement de 6 semaines environ, suivant le nombre des petits. Lorsque ceux-ci
- chillas et les Bleus de Vienne, vendus généralement 15 francs vers l’àge de 3 mois, et de 20 à 25 francs lorsqu’ils ont 5 mois. Les autres variétés se vendent de 10 à 12 francs à 3 mois; les mâles, moins demandés, sontun peu moins chers que les femelles.
- La variété la plus prolilique est l’Argen té de Champagne. Une femelle de cette race, à la Ferme de Champagne, a donné, en une seule année, 38 lapins vendus chacun 12 francs, soit 456 francs de produits pour une seule mère.
- Tous ces animaux, d’ailleurs, sont vendus à des particuliers qui viennent chercher à l’établissement des sujets de choix, et, jusqu’à présent, il n’en est
- Fig. 2. — Élevage de lapins à fourrure. — Les niches sont adossées à un mur au Nord et s’ouvrent vers le Midi; elles sont protégées du soleil par une forte toiture.
- dépassent la moyenne, qui est de .5 ou 6 par portée, il est préférable de ne pas prolonger cet allaitement, qui pourrait fatiguer la mère. Il peut, au contraire, être continué au delà des 6 semaines lorsque le nombre des petits est inférieur à cinq.
- Après le sevrage, les petits sont mis tous ensemble dans une même case pendant 15 à 20 jours. Ils sont ensuite placés à raison de 2 ou S par case. Lorsqu’ils atteignent 3 mois et demi, ils sont sépa-, rés par sexe. -
- Ils sont, d’ailleurs, généralement vendus déjà à cet âge, leur vente, sauf pour les reproductèurs qui doivent être conservés à l’établissement, ayant lieu lorsqu’ils ont de 2 à 3 mois.
- Les plus hauts prix sont atteints par lés Chin-
- pas cédé au commerce. Le placement néanmoins, ainsi qu’on peut îe voir par ce rapide exposé, en est assuré dans les meilleures conditions.
- Nous avons cru intéressant de montrer ce que pouvait donner un élevage de ce genre bien compris et bien installé. Si un établissement de cette importance ne peut être réalisé par tous, il peut du moins servir de modèle, quant au dispositif /à adopter, et, à côté du lapin commun, si prolifique et si rustique, nous avons la conviction que chacun de nos lecteurs pourra élever quelques spécimens de ces animaux de luxe, qui demandent sans doute un peu plus de soins, mais qui sont aussi plus intéressants, et, ainsi qu’on peut le voir, d’un meilleur rapport.
- Georges Lanorville.
- Le (iérant : P. Masson. — lmp. Lahdre, rue de Fleurus. 9. à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2341.
- 21 SEPTEMBRE 1918
- ÉVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- V
- Photographiés aériennes.
- i
- \>Y-.
- V'
- Les reconnaissances aériennes ont pour but de faire connaître aux belligérants les indices qui peuvent permettre de deviner les mouvements de l’ennemi et de s’opposer ainsi à ses projets.
- Quand les hostilités se stabilisent sous la forme
- nisent à des distances considérables du point où elles doivent agir, ces distances peuvent être de l’ordre de 100 à 200 km.
- Seule l’aviation de reconnaissance permet d’obtenir sur ces mouvements des certitudes; les.docu-
- Fig. i. — Spécimen de photo aérienne.
- La ligne pointillëe indique la séparation des lignes et nous montre que nous possédons les tranchées allemandes au sud .du village dejuvincourt.
- de combats de tranchées, les reconnaissances aériennes s’attachent de préférence à étudier l’organisation de l’ennemi sur ses positions; aü contraire, au cours d’une guerre de mouvement, l’importance de l’aviation de reconnaissance est considérablement accrue : celle-ci s’applique alors à surveiller l’ennemi et à prévenir nos états-majors contre des surprises stratégiques qui pourraient causer des désastres irréparables. Les moyens de transports automobiles ont donné une telle élasticité aux mouvements de troupes, que toutes les grosses concentrations s’orga-
- ments qui proviennent des services de renseignements ne donnant que les impressions ou les observations d’individus plus ou moins sujets à caution. Les Allemands viennent d’ailleurs de montrer qu’ils attachent une importance toute particulière aux reconnaissances aériennes qui surveillent nos arrières, en créant, dans leurs armées, des escadrilles uniquement spécialisées dans ce büt. Elles sont munies d’avionS spéciaux montés par un personnel choisi.
- L’utilisation des reconnaissances aériennes, au moyen de la vue directe de l’observateur, ne peut
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- 46° Année. — 2' Semestre
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- donner lieu, à cause de la haute altitude, qu’au discernement d’éléments sommaires.
- Les observateurs de cette façon surveillent assez facilement l’activité des voies ferrées, ils notent le nombre des trains, leur direction et leur importance, ainsi que l’activité dans les gares et leurs abords.
- Ils surveillent également les routes, remarquent
- teur peut avoir à intervenir pour observer lui-même certains points précis; il descend, dans ce cas, à basse altitude pour porter toute son attention sur le point particulièrement intéressant, ce que ne saurait faire aussi fructueusement un appareil photographique.
- L’observateur sert, nous l’avons vu, de lien intelligent entre les troupes engagées dans un
- Fig. 2. — Plan directeur allemand {fragment).
- Les gros traits représentent les tranchées françaises du bois le Prêtre.
- Voir dans le carré OX-36 (N. de Montauville) les emplacements de batteries h. e. f. g. Postes de commandement Va et dans le carré OW-36.
- les convois, les mouvements de troupes. Ils cherchent à deviner quelle est l’importance de l’activité générale d’un secteur par l’observation des villages, des cantonnements, des feux de bivouacs, des rassemblements de voitures, etc.
- Cette utilisation de la vue directe convient très bien pour les guerres de mouvement ; en effet, dans ce cas, le facteur « temps » devient primordial et le champ visuel d’un observateur intelligent et perspicace vaut tous les documents photographiques.
- Dans le cas de la guerre de tranchée, l’observa-
- combat et les organisations de l’arrière qui cherchent à connaître exactement leurs emplacements, Soit pour les ravitailler, ;soit pour protéger leur progression au moyen de l’artillerie. La liaison, dans ce cas, se fait entre l’infanterie et l’avion par panneaux, feux de bengale, etc.
- Nous avons vu précédemment que l’observateur joue un rôle personnel important dans le réglage du tir de l’artillerie. Depuis peu, les Allemands ont étendu son rôle à la surveillance du champ de bataille (Uberwachungsflieger) ; l’observateur survole le terrain et recherche les objectifs
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- mobiles pour les signaler à l’artillerie et régler le tir sur eux (colonnes de soutien en marche, tanks, artillerie d’accompagnement).
- Dans les cas précédents, qui relèvent de la guerre de mouvement, l’utilisation de la vue directe permet découvrir une immense superficie de térrain; dans les cas de guerre de tranchée, l’avantage de la vue directe tient à l’instantanéité de l’observation et à la possibilité de transmettre immédiatement ses résultats à l’arrière au moyen de la T. S. F.
- La principale difficulté d’utilisation des reconnaissances par vision directe, est l’intervention du coefficient personnel de l'observateur.- Certains observateurs de bonne foi ramènent quelquefois des quantités de renseignements, dont une forte partie n’est que le fruit de leur imagination subconsciente.
- Ce phénomène psychique est très certainement dû à l’hypertrophie des sensations, chez des individus dont toutes les facultés sont tendues à l’excès.
- Quand c’est umbombardier de bonne foi qui déclare avoir vu ses bombes éclater au milieu de la rotonde d’une gare importante, le mal n’est pas grand, mais quand c’est un observateur qui déclare avoir vu toutes les tranchées de l’ennemi nivelées et les réseaux détruits, alors que ces destructions ne sont pas aussi complètes que dans son ima’gination, il en peut dépendre le succès d’une attaque..
- L’usage des jumelles n’améliore pas sensiblement l’utilisation de la vision directe, leur champ de vision est très petit à 4 ou 5000 mètres et les vibrations et mouvements de l’avion ne permettent que très difficilement de trouver un point, de le conserver dans le champ de la jumelle et de l’examiner. Les observateurs allemands en avion ne possèdent pas de ju-mellés.
- L’établissement de la guerre de tranchées et la construction par les belligérants de plusieurs centaines de kilomètres de positions fortifiées, ont fortement contribué au v développement de la photographie aérienne.
- Une photographie offre l’immense avantage de donner des éléments qui ont une précision rigoureusement scientifique.
- Les services de photographie aérienne permettent aux belligérants de connaître presque dans les moindres détails, l’organisation technique des positions et des lignes ennemies.
- On sait, par exemple, que les Allemands, avant d’exécuter un coup de main contre nos lignes, construisent chez eux, à l’arrière, une reproduction-exacte de la position française qu’ils doivent
- enlever. Les troupes d’assauts (strosstrüppen) sont, pendant plusieurs jours, minutieusement entraînées à circuler dans cette position et à en connaître tous les détails.
- Les photos aériennes décèlent les tranchées,-les réseaux de fils de fer barbelés, les chicanes pour les franchir, les boyaux d’accès, les nids blindés pour mitrailleuses, les points de ravitaillement, les batteries, les dépôts de munitions, les lignes téléphoniques dont les tracés sont marqués par les pistes des hommes qui les entretiennent, les centres
- O. Molette de l’armement. ' K.'Cadran des vitesses.
- H. Débrayage pour changer les vitesses.
- 1). Détente. t
- J. Molette de verre jaune. V. Viseur.
- D'. Diaphragme.
- Fig. 3. — Appareil photographique de 0,25 de foyer. Marque Ernemann.
- téléphoniques, les observatoires, les postes de commandement, les gares de ravitaillement, etc.
- On comprend facilement que la connaissance de tous les éléments techniques des positions de l’ennemi favorise les offensives en permettant de neutraliser les forces adverses et leurs moyens de combat. De même, la connaissance de l’évolution de leurs travaux et la connaissance des signes précurseurs d’une attaque permettent de préparer soigneusement la défensive et d’éviter toutes les surprises (convois, rassemblement, bivouacs, batteries, abris, pistes, boyaux d’accès, terrains d’aviation, etc.).
- L’intelligente interprétation des photos aériennes
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- est très difficile, elle permet la constitution et la tenue à jour dans les États-majors d’armée, des cartes et plans des positions ennemies et de leur organisation.
- La restitution photographique est un véritable art qui consiste dans le rétablissement planimé-trique des photos prises, dans leur rétablisse-
- T C
- 1
- D. Détente.
- T. 'Molette de tension de l’obturateur.
- K. Bouton commandant la largeur de la fente.
- J. Verre jaune.
- C. Châssis Ica 6 plaques.
- L. Objectif.
- Fig. 4. — Appareil photographique de o,5o de foyer. Marque Ica {içiô).
- ment à l’échelle désirée (l’appareil de 0,25 donne 1/15 000 à 4000), et enfin dans l’adjonction de nombreuses retouches qui accentuent les éléments importants et permettent la création de vastes cartes photographiques concernant tout un secteur d’armée par exemple (fig. 2).
- La photographie aérienne doit lutter contre deux rodres de difficultés. f
- Certaines proviennent du fait de l’ennemi qui attache la plus grande importance à dissimuler ses projets, et dans ce but utilise le plus possible le secret que procure le camouflage ; les tranchées sont creusées, par exemple, à l’abri d’un paillasson d’herbes artificielles, les pistes et les routes sont recouvertes de terre neutre, les hangars et baraques sont peints aux couleurs du terrain environnant, les avions eux-mêmes ont leurs faces supérieures bariolées de teintes naturelles, etc.
- Les belligérants cherchent à cacher leurs cantonnements et leurs bivouacs à l’abri des forêts et des bois; les batteries se nichent dans les taillis, profitant de ce que les plaques sensibles photographiques enregistrent mal les différences de tonalité des colorations vertes.
- La plupart des travaux et des mouvements de troupes s’effectuent la nuit, les routes alprs regorgent de matériel et de convois ; le jour, au contraire, elles ne sont plus occupées que par des voitures isolées ou les équipes de réparations.
- Souvent, de faux travaux sont entrepris pour tromper l’ennemi, fausses batWies, fausses ''gares, etc., la photographie enregistre à peu de détails près, les mêmes symptômes que pour les travaux véritables qui, d’ailleurs s’effectuent peut-être à quelques kilomètres de là, sous d’épais camouflages.
- D’autres difficultés sont de nature technique, telle que la haute altitude à laquelle les avions sont obligés de se tenir, ou les imprécisions de la visée ou enfin la faible surface de terrain couverte par une plaque de 13 cmX '18 cm à des altitudes de 5 à 6000 mètres.
- La lutte contre le camouflage nécessite le contrôle incessant du secteur surveillé, il est bien rare que la comparaison de nombreuses photos du même point, prises à différentes époques, ne laisse apercevoir aucun indice révélateur. Contre les secrets .que couvrent les verdures des .bois, il n’existe rien autre que l’utilisation, devant l’objectif des appareils, de verres jaunes spéciaux qui permettent aux plaques d’être impressionnées par les moindres détails lumineux noyés dans le vert. :
- Contre les imprécisions des visées et le faible champ couvert par les appareils, l’observation aérienne utilise maintenant, pour surveiller les secteurs actifs ou les régions intéressantes des appareils automatiques qui permettent de tirer sans intervention constante de l’observateur, un grand nombre de clichés de l’ordre de 150 à 200 photos._ L’observateur n’a plus qu’à s’occuper de la visée et de manœuvrer un levier qui arme l’appareil, chasse la plaque tirée, en attire une vierge et déclenche l’obturateur.
- D’autres appareils sont encore plus perfectionnés et évitent à «l’observateur tout souci autre que celui de la visée. L’appareil est mû électriquement
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- ou à l’aide d’un mouvement d’horlogerie; le film se déroule, l’obturateur s’ouvre à intervalle déterminé et il est ainsi possible de ramener d’une mission avec 3 magasins, près de 1000 photos couvrant une bande de terrain de 400 km sur 2,5!
- La question de la photographie à longue distance a été plus délicate .'à résoudre. Deux solutions se présentaient, soit l’emploi des appareils téléphotographiques, soit l’emploi d’appareils à longs foyers. La téléphotographie emploie des appareils munis d’objectifs ordinaires, mais avec adjonction d’un système optique grossissant, placé devant l’objectif. Le principal inconvénient de ce dispositif est l’absence de luminosité ; dans ce cas, en effet, l’intensité de la lumière impressionnant la plaque après un grossissement est inversement proportionnelle au carré du grossissement. A titre d’exemple, il faut considérer qu’un appareil photographique courant' de 0 m. 20 de foyer, muni d’un dispositif télé photographique grossissant 6 fois, donnera la même image qu’un appareil normal de 1,20 de foyer, mais l'intensité lumineuse ' reçue par la1 plaque de l’appareil téléphotographique sera 36 fois moindre. Il fut donc difficile dans ces conditions d’adopter la téléphotographie pour la photographie en avion, étant donné que les objectifs dans Ce cas doivent travailler à des vitesses variant entre 1/100e et 1 /600e de seconde, cela par suite des grandes vitesses réalisées par les avions (47 m. à la seconde).
- Les appareils à longs foyers, par contre, permettent de faire des -photographies à longue distance sans perte de luminosité. A la suite d’essais nombreux, une commission du Ministère de la guerre, réunie en 1900 et dans laquelle collaboraient les capitaines Hirschauer et Bouttiaux, décidait d’adopter pour les services, de l’armée, les appareils à longs foyers. En admettant que le dixième de millimètre soit perceptible à l’œil nu sur une photographie, pour percevoir un objet de 1 m. tiré à 5000 m. de distance, il faudrait que
- —soit un foyer de 0 m. 50. Cette
- longueur focale est d’ailleurs la dimension des appareils les plus courants dans l’aviation.
- I/inconvénient des appareils photographiques à longs foyers est que ceux-ci sont très encom-
- 85
- brants,. lourds et difficiles à manier en avions.
- L’aviation allemande en utilise 3 types. Ils ont pour longueur focale, 0m. 25, 0 m.50ou 1 m. 20, et sont montés pour recevoir des châssis porteurs de 6 plaques 13x18.
- Appareil de o,25; (fig. 5). — Ces appareils sont mobiles et maniés à la main par l’observateur. Ils sont utilisés, soit pour prendre des vues obliques à basse altitude, soit pour prendre des photographies sur des avions qui ne sont pas spécialement aménagés pour recevoir des appareils fixes.
- Leurs dimensions d’encombrement sont 40 X 35 X 25 cm et leur poids est de 5 kg 800. Construits en bois contreplaqué recouvert dç toile, ils sont extrêmement robustes et résistent généralement aux plus fortes chutes.
- M. Magasin amovible de 6 plaques i3xi8.
- R. Porte-rideau d’obturation.
- I. Indicateurs de degrés d’inclinaison.
- V. Volet double s’ouvrant au déclenchement '.
- F. Ceinture extérieure de fixation.
- E. Cadre électrique pour réchauffage de l’appareil.
- P. Prise de courant de réchauffage.
- C. Corps de l’appareil en bois entoilé.
- O. Objectif de o,5o de foyer.
- D. Diaphragme.
- J. Verre jaune.
- Les objectifs sont construits chez Zeiss et se diaphragment à 4,5 — 6,3 — 9 au moyen d’un dispositif à iris commandé de l’extérieur par un bouton glissant sur un secteur.
- Un écran jaune peut s’interposer à volonté devant l’objectif, pour permettre les photos détaillées des colorations vertes (forêts, camouflage).
- Cet écran se manœuvre de l’extérieur aii moyen d’un bouton moleté qui, par l’intermédiaire d’une biellette, agit sur l’écran.
- L’obturateur est à rideau et comporte 4 fentes de 3 — 6—-Il— 21 mm correspondant respectivement aux vitesses de 1/750, 1/350, 1/180, 1/90 de seconde. . .
- La tension du ressort d’obturation est proportionnelle à la largeur de la fente et ces deux éléments de la vitesse d’obturation sont commandés par le même bouton moleté et solidaires l’un de l’autre.
- Derrière l’objectif çt dans la chambre noire se
- ---O
- Fig. 5. — Coupe schématique d’un appareil Goerz de o,5o de foyer.
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- EVOLUTION DE L’AVIATION ALLEMANDE
- trouve un volet à deux battants qui est également commandé par le déclenchement de l’obturateur.
- Le viseur est constitué par un cadre rectangulaire et solidaire d’un guidon qui se lève en même temps que lui.
- L’appareil possède 2 poignées permettant à l’observateur de le tenir par-dessus bord.
- Dans l’intérieur de la chambre noire, se trouvent
- O
- O. Objectifs.
- Verre jaune.
- E. Prise de courant pour le réchauffage de l’appareil.
- Fig. 6. — Comparaison entre l'appareil allemand de 1,20 . et celui de o,5o de foyer (/9/S).
- deux petits dispositifs placés dans le champ des rayons lumineux. Ces dispositifs' permettent de photographier, sur chaque plaque impressionnée, les deux inclinaisons.de l’appareil au moment même où la photo a été prise.
- . Ces indications sont précieuses pour faciliter la restitution plânimétrique des photos obliques tirées par cet appareil à main.
- Deux petits pendules en verre gradué (l’un en forme de cylindre, l’autre en forme de disque) impriment leurs degrés d’inclinaison sur la plaque
- par l’intermédiaire de petites lentilles correctrices des rayons lumineux provenant de l’objectif.
- Appareil de o,5o (fig. 4 et'5). — L’appareil de 0,50 est constitué de la.même manière que l’appareil de 0,25, il possède des dispositifs analogues pour régler le diaphragme et mettre en place l’écran jaune.
- Contrairement à l’appareil de 0,25, il existe deux dispositifs distincts, l’un pour régler les largeurs de fente convenable, 2,5 — 5 — 10 — 20 mm, l’autre pour agir sur la tension du ressort de déclenchement avec 6 valeurs de vitesse. La combinaison entre les largeurs de fentes et la tension du ressort permet d’obtenir 24 vitesses différentes d’obturation variant de l/85e à 1 /850e de seconde.
- Cet appareil possède également un viseur, un rideau à double volet, etc.
- Complet, avec un châssis de 6 plaques, il pèse 9 kg 100.
- Les nouveaux appareils de 0,50 sont munis d’un dispositif de chauffage électrique, composé d’un cadre rectangulaire et plat, contenant une résistance, placé dans la chambre noire et alimenté par le courant électrique fourni par la génératrice de l’avion. Trois degrés de chaleur peuvent être obtenus, l’un pour les températures de 0° à —15, l’autre entre — 15 et —50 et l’autre pour les températures inférieures à — 50°.
- Le réchauffage des appareils photographiques a pour but d’augmenter la sensibilité des plaques et d’éviter les phénomènes de conden-" sation.
- Les appareils de 0,50 sont fixés dans le fuselage des avions par l’intermédiaire de sandows reliés à un cadre rigide, boulonné sur les longerons (fig. 5).
- Appareil de 1,20 (fig. 6). — Cet appareil dont la hauteur totale est d’environ 1,60 est construit en tôle d’acier. Établi par la maison Goerz, l’objectif, de dimensions considérables, permet d’obtenir des pholos tirées de 4000 m. à l’échelle de 1/1355e environ.
- Les dispositifs d’obturation sont identiques, à peu de détails près, à ceux des appareils de 0,25 et 0,50, l’observateur a donc, le choix entre 24 modalités de vitesse.
- Le réglage du ^diaphragme se fait à la main et' directement, de même que la pose et l'enlèvement du verre jaune.
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- Cet appareil géant utilise les mêmes châssis que les appareils de 0,50 et de 0,25, c’est-à-dire des plaques 13x18.
- A 4000 m., le champ photographié ressort à
- après l’appareil et les cadres extérieurs fixés après l’avion.
- Etant donné le faible champ photographié sur chaque plaque, l’observateur doit évidémment avoir
- Fig. 7. — Schéma d’installation.
- G. Génératrice annexée au moteur.
- B. Boîte des connections.
- D. Prises de courant pour chauffage.
- C. Chambre noire.
- F. Magasin à films.
- R. Rhéostat.
- M. Moteur électrique.
- V. Voltmètre. '
- O. Dispositif d’obturation.
- P. Prise de courant pour T. S. F.
- 400 m.xOOO m. environ à l’échelle de 1 /5333e; naturellement, cet appareil n’est utilisé que pour photographier des points particulièrement intéres-
- à sa disposition un appareil] de visée très précis.
- Appareil chronophotographique. — L’ensemble de l’installation à bord d’un avion d’un appareil
- Fig. 8. — Appareil chronophotographique.
- C. Chambre noire.
- O. Obturateur.
- D. , Diaphragme.
- F. Prise de force.
- P. Compteur de photos.
- T. Tension de l’obturateur.
- B. Brides d’attaches du magasin à films.
- A. Tubes supports.
- SO-SC. Sandows amortisseurs de chocs et d’oscillations.
- sants, tels que batteries lourdes, tranchées avant un coup de main, etc.
- Très encombrant, il dépasse le dessous du fuselage de l’avion, d’environ 40 à 50 cm et il est fixé par l’intermédiaire_ de cadres séparés par des ressorts à boudin, les cadres intérieurs fixés
- chronophotographique, construit par la « Projections Maschinenbau Gesellschaft », comporte :
- 1° Une génératrice de courant électrique, accouplée au moteur;
- 2° Une boite de connections ;
- 3° Une commande mécanique ;
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- ÉVOLUTIQN DE L’AVIATION ALLEMANDE
- 4° L’appareil chronophotographique composé lui-même.
- a) d’une chambre noire ;
- b) d’un dispositif d’obtüration synchronisé;
- c) d’un magasin amovible porte-films (fig. 10).
- Fig. 9. — Magasin à films de l’appareil chronophotographique. Pour l’enroulement du film voir le schéma {fig. io).
- La génératrice J. D. Flieger est du type courant employé sur les avions de corps d’armée et déjà décrite dans le n° 2528 de La Nature ; elle fournit en continu 50 watts, 4 ampères et en alternatif 270 watts, 3 ampères à 600 de fréquence.
- Les carters des connections précédemment étudiés, ont été dissociés de la génératrice et reportés dans une boîte unique fixée sur l’avion même, devant le pilote. Cette boîte permet d’accorder la génératrice avec les installations de T. S. F. et avec le sens de rotation du moteur.
- La commande mécanique se compose d’un petit rhéostat, d’un moteur élec-. trique de 45 volts qui actionne le déclenchement de l’appareil chronophotographique, d’une boîte de vitesse (permettant d’obtenir 6 vitesses différentes pour régler l’intervalle entre les prises de photos) et d’un voltmètre.
- Ces 4 appareils sont fixés sur une planchette et boulonnés sur le flanc droit interne du fuselage dans le poste de l’observateur (fig. 11).
- L’appareil chrono a un foyer de 0,50 et possède l’objectif Zeiss monté sur tous les appareils de 0,50.
- La chambre noire est en forme de tronc de pyramide renversé; elle contient l’objectif dont le diaphragme est commandé par un gros bouton moleté, placé à l’extérieur (fig. 8). > '
- Cette chambre, comme d’ailleurs tout l’appareil, est en bois contreplaqué, recouvert de toile collée.
- L’obturateur est à rideau et animé d’un mouvement alternatif, la largeur de la fente est constante et de 9 mm.
- Un bouton moleté placé à l’extérieur permet de régler la tension du ressort d’obturation ; 6 vitesses sont possibles, les numéros correspondants apparaissent sur un petit compteur.
- Un cadran gradué de 0 à 400 indique le nombre de photos prises par l’appareil.
- Le magasin-à films est amovible et fixé sur la boîte d’obturation par deux brides à taquets. Le déroulement du film est assuré par un engrenage solidaire de l’obturateur et animé d’un mouvement continu. Un axe d’entraînement, porteur de cames en caoutchouc, synchronise le mouvement du film avec les prises de vue. Le développement utile de la came est de 6 cm et correspond à l’avancement du film entre deux prises de vue (fig. 10).
- Le film a 16 m. de long sur 24 cm de large, il est donc possible de tirer 270 photos 6 X 24 cm
- C. Chambre noire de l’appareil.
- O. Dispositif d’obturation.
- F. Magasin à films.
- Fig.
- f. Film.
- I. Rouleau du film impressionné.
- V- Rouleau du film vierge.
- R. Axe porte-cames tfentraînement.
- A. Contre-axe.
- io. — Schéma du magasin amovible porte-films, de l’appareil chronophotographique :
- représentant à 4500 m. une bande de terrain de 145 km de'long sur 2100 m. de large (fig. 9).
- L’avion emporte facilement 3 magasins pour photographier une bande de terrain de 450 km sur 2100 mètres.
- : La grosse supériorité d’un appareil chronophotographique sur les appareils ordinaires ou simple-
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- ment automatiques est la possibilité d’obtenir une grande quantité de photos parfaitement jointives les unes avec les autres et cela indépendamment de 1 habileté de l’observateur.
- Cette qualité des photographies aériennes ne< peut être obtenue que si les intervalles de prises sont en relations directes avec l’altitude de l’avion et sa vitesse par rapport au sol. En effet, le champ couvert par une photo croît avec l’altitude d’où elle est tirée et l’appareil de 0,50 qui, sur une plaque 15x18 photographie un carré de 1000 par 1400 m. si la photo est prise à 1000 m., couvre un champ de 4000 par 5600, si la photo est prise à 4000 m. D’autre part, on comprend facilement que l’intervalle entre plusieurs prises de photos devra être d’autant plus court, que la vitesse de l’avion _ sera plus grande.
- L’observateur qui utilise un appareil chronopho-tographique allemand, s’il veut obtenir des photographies jointives, doit utiliser une table lui indiquant automatiquement quelle est celle des 6 vitesses d’intervalle d’obturation qu’il doit adopter. L’altitude de l’avion au-dessus du sol lui est fournie par sa carte et l’altimètre de l’avion.
- La vitesse par rapport au sol est obtenue en chronométrant le temps que met un point du sol à parcourir un angle déterminé (c.f. viseur Goerz,
- La Nature, n° 2281). En l’espèce, l’avion allemand porteur de l’appareil chro-nophotographe. précédent possédait un viseur très simple composé d’un index placé au longeron supérieur du fuselage et deux repères fixés au longeron inférieur.
- Les 6 vitesses donnent des intervalles de prise de vue de 17, 14, 11, 8, 6, 5 secondes. Etant donné qu’à 4500 m. une photo 24x6 cm tirée avec un appareil de 0,50 de foyer permet de couvrir une surface de 2160x540 m. et que l’avion fait par rapport au sol 150 km à l’heure, l’ob-. servateur en déduit qu’il devra adopter un intervalle de 13 secondes, soit la vitesse n° 2 qui est de 14 secondes.
- Si l'avion à 4500 m., poussé par un vent favorable, couvre 200 km dans l’heure, l’intervalle de prise de vues devra être de 9,8 secondés, soit la vitesse n° 3.
- Malgré sa complication apparente, cet appareil est très simple à manier et il permet de tirer des missions photographiques d’armées le maximum de résultats, tout en ne tenant que peu compte de la valeur professionnelle de l’observateur.
- L’appareil chrono photo graphique est suspendu à cardan dans le fuselage. Il possède des sandows amortisseurs des çhocs et des sandows amortisseurs des oscillations. Il réalise un gros progrès dans l’utilisation scientifique de la photographie aérienne. /
- L’aviation militaire est devenue l’arme la plus
- Rhéostat.
- Voltmètre.
- Moteur. .
- Boîte des vitesses.
- Transmission flexible à l’appareil.
- Fig. il. — Commande mécanique R. M. V. A.
- scientifique; en effet, elle touche à l’aérodynamique, à la résistance des matériaux, aux moteurs à explosions, à l’armement, à la pyrotechnie, à la photographie, à l’électricité, à la balistique, etc.
- L’effort technique allemand a été considérable ; à plusieurs reprises, au cours’ des hostilités, la maîtrise de l’air a changé He camp, il semble qu’actuellement nous, la détenions ; nos ennemis n’en feront que plus d’efforts pour nous la ravir. De fortes organisations civiles se sont jointes aux militaires pour les aider à réaliser un effort industriel qui veut contre-balancer le nôtre.
- Nous avons pu voir, par les quelques articles qui ont précédé celui-ci, qu’il faut, pour se maintenir au courant des incessants perfectionnements de l’aviation, travailler sans arrêt et
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- c’est avec acharnement qu’il faut travailler si nous voulons diriger cette évolution en la précédant.
- Nous n’avons peut-être pas tout ce qu’il serait nécessaire d’avoir comme services techniques pour surveiller de très près l’utilisation des avions et de leurs accessoires au front,' ou pour étudier sur place les avions ennemis dès quüls sont abattus;, nous devons profiter de l’expérience de nos ennemis, comme ils profitent avidement de la nôtre. Nous n’avons que fort peu d’officiers techniques mécaniciens et ceux que nous possédons, nous ne les encourageons d’aucune façon à travailler, ni par récompenses, ni par avancement/bien au contraire.
- Nous ne connaissons d’ailleurs pas d’autre école que celle de là pratique journalière, pour en former de nouveaux et cela est très insuffisant, étant donné la complexité technique de cette arme. Nous ne possédons aucune revue technique militaire qui permette de se maintenir au courant des perfection-
- nements constants de cette nouvelle arme. Le seul procédé actuel est de se procurer de temps en temps quelques renseignements par relations d’amis.
- 11 faut que notre aviation évolue vers la simplification et le renforcement de tous ses éléments, de même que vers l’unification des éléments secondaires des avions.
- La simplification industrielle obtenue, même au détriment de la perfection technique, favorisera le progrès, en permettant la fabrication en grande série. Les résultats en seront une forte production, une parfaite étude de tous les éléments, l’abaissement des prix, une grande diffusion et peu à peu la possibilité de créer après la guerre, une flotte aérienne qui portera nos trois glorieuses couleurs partout où cela sera nécessaire.
- J.-A. Lefranc,
- sous-lieutenant, breveté mécanicien, adjoint technique.
- c£§7W$vt,§ÿi
- PARIS-LE HAVRE
- L’importance croissante des communications entre le Havre et Paris nous avait déjà, avant la guerre, amené à étudier toute une série de projets pour faciliter l’arrivée à Paris des marchandises débarquées dans notre grand port normand. On prévoyait, notamment, un rapide développement du Havre après l’intensification du trafic par Panama, et on voulait être en mesure de l’utiliser. La guerre a posé le problème sous une forme un peu différente, mais n’a fait qu’en souligner l’acuité. On connaît le progrès magnifique de Rouen, du Havre et de la région intermédiaire dans ces dernières années. On sait aussi quelles crises a occasionnées l’embouteillage du Havre par l’accumulation des marchandises qui ne pouvaient plus gagner Paris et des bateaux qui ne pouvaient plus débarquer leurs cargaisons. Pour remédièr à ce défaut, il existe deux types de solutions, qui ne sont nullement contradictoires, mais complémentaires : l’amélioration de la voie d’eau et celle de la voie ferrée. Notre revue a déjà consacré plusieurs articles à la première méthode en étudiant les ports du Havre, de Rouen et de Paris (1).. Nous voudrions aujourd’hui dire quelques mots de la seconde, qui présente un véritable intérêt d’actualité, en utilisant une récente communication . de M. Legrain, directeur des Chëmins de fer de l’État, à l’Association nationale d’Expansion économique.
- Pour relier Paris au Havre, il existe, on le sait, une ligne passant par Rouen, Malaunay et Motte-ville (228 km). Elle présente plusieurs points faiblès, depuis longtemps connus et dont certains accidents sùrvenus pendant la guerre ont
- 1. 2230, 24 juin 1917 et 2306, 8 décembre 1917; 2266, 3 mars 1917.
- mis en évidence le danger possible. On doit songer, d’abord, à l’améliorer. Mais il existe un autre programme beaucoup plus grandiose qui passionne les Havrais, et inquiète les Rouennais, en raison de la rivalité classique entre les deux villes : c’est le doublement de la voie ferrée par une seconde ligne suivant la rive gauche de la Seine, avec traversée de l’estuaire-. On appelle cette voie nouvelle, la ligne du Sud-Ouest, parce qu’elle est présentée comme devant relier directement le Havre avec l’Ouest et le Sud-Ouest de la France. Ce projet, si séduisant qu’il semble au premier abord, présente de grosses difficultés et entraîne des frais considérables. Aussi, a-t-il donné lieu à des discussions très vives qui ne semblent pas près de s’apaiser. Pour arriver à une solution rationnelle, on doit, semble-t-il, examiner la question d’une manière générale, comme un moyen de desservir en même temps la vallée de la Seine et de faciliter les communications, actuellement presque impossibles, entre les deux rives de l’estuaire. Nous allons donc commencer par parcourir sommairement la ligne actuelle en examinant à cette occasion les perfectionnements plus simples qu’il pourrait y avoir lieu, avant tout, d’y apporter. ’’
- De Paris à Mantes, il existe deux très bonnes lignes de vallée, l’une par Poissy, l’autre par Argenteuil, toutes deux déjà trop chargées, difficiles, dit-on, à dédoubler, mais sur lesquelles un quadruple cours, déjà prévu pour la ligne de Poissy, finira néanmoins par s’imposer. De Mantes à Rouen, on continue à suivre la vallée pour aboutir sur la rive gauche jusqu’à la gare de Rouen-gauche. Ici le quadruplement complet s’amorce déjà par tronçon compris entre deux stations dans
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- —-,.... —- , , - ' - PARIS-LE
- les régions les plus faciles. Après quoi, on repasse sur la rive droite en franchissant la ville par un souterrain. Là, se présente une première question importante qui intéresse la ville de Rouen. Tous les quais de la rive droite et les nouveaux bassins des prairies Saint-Gervais, où Ton exécute en ce moment *4 km de nouveaux quais, n’ont, par suite du souterrain que nous venons de mentionner, aucun accès pratique vers la grande ligne. Il faut faire passer le tonnage correspondant que l’on évalue à 3 millions de tonnes par les voies du quai pour le mener à Darnetal et le redescendre à Sotte-ville, où il retrouve enfin la ligne de Paris. On a cherché des remèdes à cette difficulté et la meilleure solution que l'on ait trouvée serait une ligne partant de Duclair, traversant le massif de Roumare, desservant les bassins de Saint-Gervais, puis, par
- HAVRE ..91
- toute la discussion sur la ligne du Sud-Ouest. Le dernier passage de la Seine se trouve à Rouen. Pour passer par voie ferrée du Havre à Honfleur, il faut remonter à Rouen et parcourir 250 km. Des projets de tous genres ont été envisagés pour ' remédier à cernai, bac, viaduc, souterrain, et les études faites ont montré avec clarté qu’un ouvrage de ce genre pouvait être seulement compris comme élément d’un programme plus général, satisfaisant à des intérêts nationaux, tel que la ligne du Sud-Ouest ‘dont nous avons déjà dit un mot, et à laquelle nous revenons maintenant.
- Dès 1879, la loi de classement Freycinet faisait pour la première fois mention de cette ligne sous le nom « de ligne de Pont-Audemer à port Jérôme avec bac à. vapeur sur la Seine ». Depuis, il en a été fréquemment question ; mais on peut dire que le
- un tunnel indépendant sous la ville de Rouen, allant rejoindre la grande ligne vers Pont-de-1’Arche.
- Une fois Rouen franchi, la ligne a été tracée uniquement pour gagner\le Havre le plus simplement possible sans se préoccuper en aucune façon de desservir la vallée, qui prend, en ce moment, une expansion industrielle admirable et qui se développerait encore bien davantage si ses plages étaient plus accessibles. Elle passe de la cote 50 à la cote 150 qui caractérise les plateaux du pays de Gaux et traverse ces plateaux sans aucune autre vue sur la Seine que les deux embranchements défectueux de Duclair et de Lillebonne. Il faut donc ici trouver un moyen simple de,desservir les industries et l’agriculture de la vallée. En outre, cette ligne du Havre à Rouen présente de nombreux ouvrages d’art, tels que. le viaduc de Barentin; dont la destruction pourrait, en temps de guet-re, être considérée comme un désastre.
- Au Havre se pose un autre gros problème, c’est la jonction des deux rives qui, en réalité, domine
- gros élément litigieux du problème est toujours la traversée de la Seine. Nous venons de voir qu’en 1879, on prévoyait un bac à vapeur : solution qui garde toujours de sérieux avantages. En 1911, un projet présenté par l’Administration de l’État envisageait la solution par le viaduc d’Aiziers. Rouen a éprouvé quelque inquiétude à l’idée de voir établir un viaduc énorme entre la mer et son port. On s’est fondé avec raison sur le danger d’un accident (et l’on aurait pu également songer à un fait de guerre), qui amènerait l’écroulement du viaduc et viendrait emprisonner les navires de l’amont, barrer la route à ceux de l’aval. D’autre part, pour laisser* passer les grands voiliers, il fallait prévoir là un pont le plus grand du monde avec une portée de 420 m. entre culées : par conséquent, un ouvrage très coûteux. On a été amené ainsi*à étudier le souterrain, qui présente, d’autre part, de grosses difficultés géologiques.
- Le lit de la Seine est formé là par upe couche épaisse de. sables vaseux très instables, super-
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- 92 ... SUCCÉDANÉS PE1
- posée à • un massif de craie arasé vers la cote 23 au-dessous de la mer. Si on veut rester dans les sables, comme on l’a généralement admis,
- . leur nature et les courants ( violents qui balaient le lit de la Seine ne permettent guère de songer à la méthode des caissons juxtaposés que le Métropolitain a employée à la Cité. Il ne reste donc qu’une méthode connue, l’avancement au bouclier avec air comprimé, techniquement très difficile et très coûteux à travers des sables semblables. Simplement à titre d’indication, on a évalué le travail à 16 000 francs le mètre courant de voie simple. D’autres estimations plus optimistes descendent, il est vrai, à 6000 fr. mais semblent difficiles à admettre. D’autre part, la longueur de l’ouvrage serait nécessairement forte; car il faut, d’une part, descendre assez bas pour que des dragues ou des afîouiilements naturels ne viennent pas atteindre la voûte ; d’autre part, il faut garder des pentes douces analogues à celles de la ligne courante (10 mm) pour ne pas être obligé de remanier les trains aux deux extrémités. L’emploi de l’électricité ne serait pas un palliatif suffisant ; car elle ne change pas la limite de résistance des attelages, limite qui descend ' rapidement à mesure que les déclivités augmentent. On évite, il- est vrai, ce défaut avec l’attelage américain par une attache centrale très puissante; mais notre matériel ne s’y prête pas; et, d’autre part, les ingénieurs de la traction n’osent pas employer le système du poussage dans un tel fond de bateau, en raison des dangers de déraillement qu’il comporterait et des conséquences qu’aurait aussitôt un tel déraillement. La longueur serait encore plus grande si on établissait le souterrain dans la craie : ce qui malgré tout, semblerait, à bien des égards, préférable. Il s’agit donc là d’un très gros, très difficile et très coûteux ouvrage, qui est néanmoins actuellement l’objet d’une étude approfondie,poussée jusqu’àl’exécution de deux amorces sur les deux rives, analogues à celles qui ont été pratiquées pour le tunnel de la Manche, afin de pouvoir apprécier plus exactement les conditions dans lesquelles on se trouvera.
- «ft
- SUCCÉDANÉS PEU
- La récolte de blé qui vient de se terminer est bonne. M. Hoover, ministre du ravitaillement des ,-États-Unis, nous promettait récemment que nos restrictions allaient être prochainement fort atténuées. Nous pouvons donc envisager l’année agricole qui commence avec confiance. Nous ne manquerons pas de pain.
- Cependant, cette année encore* malgré toutes les mesures prises, la période de « soudure » fut difficile. Dans certains endroits, ou manqua de farine quelque jours par-ci par-là. A Paris, pendant une semaine, le pain fut une pâte épaisse, lourde,
- CONNUS DU BLÉ l.:-...:.:::......", . :
- C’est pourquoi la ligue maritim^française, sur la proposition de M. Hersent, a émis un vœu d’une réalisation immédiate que M. Legrain se déclare disposé a adopter, c’est le retour à la solution de Freycinet par ferry-boat, tel qu’il a été pratiqué dans de nombreux pays étrangers, en Scandinavie, aux États-Unis, etc.... On construirait donc rapidement une ligne du Havre à Pont-Audemer par Port-Jérôme (Quillebeuf), avec traversée en ferry-boat portant un train entier : ce qui permettrait, en même temps, de relier le Havre à la vallée de la Seine avec ses industries métallurgiques nouvelles et au bassin minier de Caen. La ligne de Bréauté-Beuzeville serait prolongée jusqu’à Port-Jérôme avec antenne jusqu’à la tête du canal de Tancarville. Sous cette forme, on desservirait les nombreux groupements industriels, qui n’attendent que cette solution pour s’installer sur les plages de Tancar-ville et de Lillebonne. Une ligne d’une quinzaine de kilomètres, facile à construire jusqu’à Caudebec, rejoindrait ainsi par Duclair la nouvelle ligne projetée, de Rouen rive droite par les bassins Saint-Gervais dont nous àvons montré l’intérêt plus' haut.
- Le ferry-boat, tel qu’il fonctionne couramment sur l’Hudson, peut porter jusqu’à 44 wagons et fournit par conséquent une solution très acceptable, au moins à titre provisoire, jusqu’à ce qu’on ait achevé les études, nécessairement longues, du tunnel. C’est une sorte de chaland de rivière avec une plateforme portant des rails que traîne Un remorqueur. La seule difficulté sur la Seine serait le mascaret. Mais le trafic, tel qu’il existe aujourd’hui, pourrait être aisément desservi. On n’estime pas, en effet, qu’il parte, pour le Sud-Ouest, plus de 1000 tonnes par jour : soit un mouvement de 200 wagons, 100 dans chaque sens et. l’on parerait facilement aux accroissements de trafic que tout fait prévoir; Il semble que cette solution ait le grand avantage d’être applicable pour l’après-guerre immédiate : sinon même pour la période de guerre si celle-ci se prolonge comme il est sage de le prévoir.
- , L. De La.unay.
- CONNUS DU BLÉ
- indigeste, à cause de la trop grande proportion de succédanés qu’on dut ajouter à la farine de blé.,
- Je sais bien que cette période de crise eut pour cause les difficultés de transport bien plus que la pénurie de grain.
- Mais enfin, qu’une mauvaise récolte advienne dans les prochaines années, et nous serons bien forcés de recourir à nouveau aux * mélanges de farines, aux additions exagérées de succédanés. Il est donc encore d’actualité de parler de ceux-ci, d’autant plus que nous commençons seulement à pouvoir juger de leur valeur panifiable.
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- SUCCÉDANÉS PEU CONNUS DU BLE ..................._. ' -.- 93
- 58JK:'
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- Fig. i. — La récolte des patates.
- Je ne parlerai pas des plus communs que nous connaissons maintenant par expérience : le seigle bis et excellent, le sarra sin croquant sous la dent et parfumé, le mais jaune d’or, le riz parfaitement blanc, l’orge moins agréable, la pomme de terre humide, etc.
- Tous, sauf le seigle, ne doivent être ajoutés qu’en petites proportions, 15 à 20 pour 100 au plus, à la farine de froment, car tous manquent de gluten, ne lèvent pas pendant la fermentation panaire et donnent un pain lourd et compact.
- On ne peut faire de vrai pain qu’avec le blé et le seigle qui seuls permettent une mie aérée, une pâte bien levée, un produit facile à digérer.
- Et même on peut se demander s’il ne vaudrait pas mieux augmenter le taux d’extraction des deux céréales panifiables, plutôt que d’être obligé d’y ajouter 30 ou 40 pour 40.0, et même plus de moitié de succédanés, comme on l’a fait le mois dernier?
- Quoi qu’il en soit de cette question, il est certain que l’emploi des succédanés du blé est nécessaire, que seul il nous a.permis, depuis deux ans, de manger du pain à notre faim, de compléter nos récoltes déficitaires.
- Pendant quelque temps encore — quelques années peut-être — il faudra y recourir.
- Il est donc intéressant de faire le recensement de .toutes les farines qu’on peut ajouter à celle de pur froment.
- Or, à côté de celles que nous connaissons dans notre vieille Europe, il en est beaucoup d’autres que nous ignorons et que les Américains ét udient en ce moment.
- La patate douce (fig. l),que l’on cultive en abondance aux États-Unis, donne en abondance comme la pomme de terre, des tubercules qui peuvent être
- séchés, .réduits en farine et incorporés au pain.
- Le soja, qu’on trouve dans toute l’Asie orientale et qu’on cultive au Japon, en Mandchou-, rie, etc., fournit des graines, rappelant les haricots nains, riches surtout en albuminoïdes (37,5 p. 100) et en graisse (18 p. 100). On l’emploie déjà, après mouture et dégraissage pour faire des pains de régime pour diabétiques, pauvres en hydrates de carbone ; on peut aussi , l’ajouter à la farine de blé dans le pain
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- SUCCÉDANÉS PEU CONNUS DU BLÉ
- ordinaire qu’il enrichit en matières protéiques. L’arachide, le vulgaire cacahouète, qui foisonne dans nos colonies d'Afrique et d’Indo-Chine, donne, après extraction de l’huile, un tourteau très riche en azote (41 à 50 p. 100 de matières albuminoïdes) qu’on peut aussi broyer et incorporer au pain si on ne , le réserve pas pour l’alimentation du bétail.
- La banane, séchée, fournit également une farine sucrée riche en hydrates de carbone (66 p. 100) dont on fait parfois un pain spécial.
- Le potiron et la courge, le melon et la pastèque, bien que très riches en eau (90 à 95 p. 100) et par suite plus coûteux à sécher, pourraient au. si donner une farine sucrée susceptible d’être ajoutée au pain.
- Le manioc (fig. 2), abondant dans tous les. pays tropicaux: Amérique du sud, Antilles, Indes, Afrique, fournit Fig. 3. des tubercules qui, râpés,, sé-
- L’épi du feteriia. chés, torréfiés et pulvérisés, donnent une farine à plus de 80 pour 100 d’amidon que nous consommons déjà • sous forme de tapioca.
- Ces produits ne nous sont pas totalement inconnus.
- En voici d’autres que nous n’utilisions pas du tout et sur lesquels les savants des États-Unis attirent notre attention.
- La graine de cotonnier, uniquement destinée au bétail, contient de 50 à 50 - pour 100 de matières protéiques. Mélan-, gée au maïs cafre, elle fournit un pain extrêmement riche en azoté.
- Le maïs, cafre, abondant dans les États du sud des États-Unis, donne des grains durs qui peuvent être grillés avant d’être transformés en farine ; ils contiennent 10 pour 100 de protéine seulement et 70 pour 100 d’amidon, composition voisine de celle du blé.
- Le feterita (fig. 3), autre graminée récemment
- Une culture de Taro (Colocasia).
- Ne pourrions-nous apprendre d’eux d’autres manières de consommer les farines que sous forme de pain? Daniel Claude,
- importée au Texas, croît dans les régions chaudes et arides et produit une farine plus agréable au goût que le maïs cafre. Sa composition est sensiblement la même.
- Le taro (Colocasia antiquorum) (fig. 4), grosse aroïdée importée d’Égypte dont la culture s’étend aujourd’hui aux États-Unis, donne une graine riche en albumen que l’on pourrait également transformer en farine.
- Les savants américains ne se sont pas contentés de recenser nos ressources possibles en farines, ils ont essayé d’en faire du pain et les résultats qu’ils ont obtenus ne sont pas inférieurs, de goût et d’aspect, aux pains que nous connaissons en France.
- Nous pouvons donc être assurés qu’en cas de mauvaises récoltes en France, nous ne manquerions pas de farine, si toutefois les moyens de transport nous permettent d’aller chercher dans les grandes régions de culture les succédanés nécessaires.
- Mais — l’idée en est venue à beaucoup pendant cette période de soudure où le pain était si indigeste — puisque le froment et le seigle donnent seuls un pain bien levé, ne devrions-nous par chercher à utiliser les autres farines, sous-une forme différente du pain?
- Plutôt qu’une mie lourde, mal levée, qu’on gaspille, ne vaudrait-il pas mieux consommer les succédanés sous forme de' pâtes, de bouillies, de galettes, etc. Nos amis américains savent faire de leurs céréales mille préparations excellentes — industrielles èt domestiques — grillées, écrasées, pressées, salées, sucrées, etc., du meilleur goût.
- Fig. 4,
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- ACADÉMIE DES SCIENCES '
- Séances du 2a juiJNet au u août 1918.
- Le feu grégeois. — M. Michel Stéphanidès arrive à la conclusion que le feu grégeois était simplement du pétrole. Peut-être y ajoutait-on du nitre. On arrosait les .vaisseaux ennemis au moyen de tubes flexibles, ou bien on le projetait, comme dans nos lance-flammes modernes, par des tube§. métalliques.
- Les mouvements généraux de l'atmosphère. — M. Paul Garrigou-Lagrange signale un procédé qui permet de comparer rapidement une longue suite de cartes météorologiques, en les considérant comme une série de photographies instantanées et les transportant sur un film cinématographique. Les phénomènes généraux apparaissent ainsi très nets, soit sur la surface de l’Europe, soit sur l’Amérique du Nord. Il semble que l’atmosphère éprouve, sur la région étudiée, une sorte de respiration qui la fait alternativement monter ou descendre. Il n’y a, d’ailleurs, aucune régularité comparable à celle d’un phénomène astronomique ; mais on peut cependant rattacher aux mouvements, de la lune, principalement à son mouvement en déclinaison, ces mouvements généraux de l’atmosphère.
- Parasitisme normal et microbiose. — M. Galippe apporte, une contribution nouvelle à l’étude des éléments vivants existants en permanence, à l’état normal, dans le tissu cellulaire. Contrairement aux idées reçues, les morceaux de viande, présentant le meilleur aspect, ne sont pas seulement colonisés à leur surface, mais aussi en profondeur et le suc de viande, extrait par une pression énergique, se montre également riche en micro-organismes.
- L’eau de chaux dans la préparation du pain. — M. Balland analyse les résultats obtenus en mêlant de l’eau de chaux avec de la farine blutée à 85 pour 100 dans la fabrication du pain de munition. Les résultats paraissent peu concluants. Il est - Souvent impossible d’établir la moindre différence. L’acidité même reste à peu près identique, tantôt plus faible, tantôt plus forte. Le procédé avait été proposé dès 1855 par Liebig et n’avait pas été adopté., . :
- Mesure de la température des sondages. — M. Verzat, ayant à mesurer la température à 1616 mètres de profondeur dans le sonclage de Saint-Jean d’IIéram, y a descendu, dans une gaine non étanche, deux thermomètres à mercure sectionnés préalablement, l’un réservoir: en haut, l’autre réservoir én bas, de manière qu’il s’en échappe du mercure. Au retour,, il les a comparés avec un thermomètre étalon dans une cuve progressivement chauffée. Les thermomètres ayant été sectionnés à 40°, quand le mercure a atteint le niveau de 40°, c’est-rà-dire atteint le degré de dilatation où s’était produit son écoulement maximum, le thermomètre étalon a marqué 62°,5, qui donne la température au fond du sondage : le degré géothermique étant par suite de 52 m. 50. Les deux thermomètres de sens contraire ont donné un même résultat; ce qui élimine les causes d’erreur tenant:à la viscosité du mercure.
- La régénération épithéliale. — Suivant M. Ladreyt, l’épithélium se régénère : 1° par ses propres moyens; 2° aux dépens du tissu conjonctif. Les processus de régénération, épithéliale ou épidermisation paraissent déterminés par l’importance de la brèche à réparer. Les cellules vibratiles et les cellules glandulaires repré-
- sentent les formes âgées d’un même élément histologique, la cellule épithéliale, qui s’est différenciée par simple vieillissement autogénétique.
- Les jumelles à prisme et la fatigue nerveuse. — L’emploi des jumelles à prisme s’est vulgarisé pour augmenter, avec le pouvoir grossissant, le relief apparent. D’après M. Blondel, ces jumelles peuvent servir dans le diagnostic des affections du système nerveux central, en rendant plus sensible l’apparition du symptôme de la diplopie. Chez lés sujets présentant une tendance à l’incoordination motrice d’origine nerveuse, la superposition des images ne se fait pas et l’on voit deux images, au lieu que les images sur les deux rétines concordent comme dans la vision directe.
- Le creusement du Fier. —M, Ch. Gorceix montre comment le cours du Fier est un assemblage de tronçons récents réunis par les progrès de l’érosion. Le Fier, en raccourcissant son cours inférieur d’une vingtaine de kilomètres, ce qui a changé son niveau de base, l’a creusé d’une quarantaine de mètres et s’est incrusté à pic dans la mollasse. C’est l’explication qui convient pour beaucoup des gorges admirées par les touristes : notamment pour le cours de la Tamina à Ragatz.
- La sérothérapie antigangreneuse. — MM. Vincent et Stodel donnent la technique qui leur a permis de préparer leur nouveau sérum antigangreneux, dont les résultats favorables se multiplient. Us sont partis de ce principe, que pour être efficace, la sérothérapie de la gangrène gazeuse doit viser simultanément les divers microbes susceptibles de provoquer cette affection. C’est pourquoi un sérum, pour être efficace, doit être à la fois antimicrohien et antitoxique. On sait, en effet, que l’association dfcs espèces pathogènes est beaucoup plus 'Virulente et plus rapidement mortelle que la même dose de chacun de ces bacilles injectée isolément. C’est pourquoi ils injectent au cheval le mélange des cultures pathogènes eu cultivant chacune d’elles sur gélose.
- Les courants stellah’es. — En étudiant la constellation de la Vierge par un procédé stéréoscopique antérieurement décrit, M. Comas Solà constate l’exigtence d’un courant.général d’étoiles qui tourne en moyenne de l’Est à l’Ouest. Ce courant paraît correspondre à un immense amas stellaire formé , principalement par les étoiles brillantes jusqu’à la dixième grandeur qui nous donnerait l’impression de tourner tout ensemble autour de notre système. La Voie lactée paraît être extérieure à cet amas central.
- Immunité des végétaux à l’égard de leurs propres toxines. — Lesumimaux s’empoisonnent par les produits toxiques qu’ils élaborent. Les végétaux produisent des substances nocives dont ne souffre pas la plante qui les élabore et les accumule dans ses grains. M. Raoul Combes a fait des observations sur la saponine d’Agros-temma githago qui, a une teneur de 1/10 000% est nocive pour les racines d’autres plantes et qui, même au centième, ne nuit pas à la plante par laquelle elle a été produite.*11 en résulte que, de l’action exercée par une substance sur une espèce quelconque, on ne peut conclure à la même action sur l’espèce végétale productrice.
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- L’EMPLOI ÉCONOMIQUE DE LA SCIURE DE BOIS
- DANS LES CUISINES DOMESTIQUES
- Au moment où les arrivages de charbon se font rares, et où le gaz déjà fortement rationné est doublé de prix, on nous saura gré d’indiquer aux lecteurs de La Nature un moyen très simple d’utiliser dans tout fourneau de cuisine la sciure de bois aujourd’hui produite abondamment par les ateliers de construction de baraques militaires, d’aéroplanes, etc..., et trop souvent laissée sans emploi. L’an dernier, a été présenté à la Foire de Paris, un fourneau de cuisine à sciure qui a été construit depuis par plusieurs fabricants.
- Le principe d’un tel appareil était connu des bergers de la Camargue qui n’ayant pas de bois à leur disposition et sachant bien qu’il fallait, pour éviter diverses maladies, faire bouillir l’eau impure employée à leur alimentation , avaient construit
- — voici cent cinquante ans
- — à l’aide de bouse ou de crottin séché au soleil, un monticule avec cheminée B centrale, en ménageant sur le côté un orifice par où ils mettaient le feu à leur singulier combustible.
- Mais il ne fallait pas songer, pour appliquer ce principe aux fourneaux de cuisine, à conserver le conduit horizontal et l’allumage latéral, puisqu’au niveau du foyer d’une cuisinière il n’y a aucun orifice débouchant au dehors. J’essayai donc d’abord d’un fourneau à sciure ne comportant qu’une cheminée centrale verticale avec trou de prise d’air dans le fond. Un appareil de ce genre fonctionnait parfaitement fil avait déjà l’avantage de la simplicité sur les fourneaux à sciure du commerce puisqu’il ne nécessitait qu’un mandrin de moulage au lieu de deux et que l’allumage pouvait se faire à la base de l’unique cheminée.
- En réduisant là hauteur de l’appareil, on pouvait le placer.dans le foyer d’une cuisinière. C’était encore trop compliqué; et voici le dispositif on ne peut plus simple qui, à l’usage, donne toute satisfaction.: dans le foyer A d’une cuisinière on enlève la grille qu’on remplace par une plaque de tôle T perforée d’un trou 0 et s’appuyant sùr les ergots de fonte E. Un mandrin, en bois M de 5 cm de diamètre autour duquel on tasse la sciure S sert à mouler la cheminée centrale. Pour dégager et enlever le mandrin, on le fait osciller coniquement, ce qui comprime la sciure et donne finalement, quand on le retire, une cheminée conique où il suffit pour l’allumage de faire tomber une mèche de papier gras enflammée; quand toute la cheminée de sciure est bien flambante, on ferme le dessus du fourneau soit avec les ronds R, soit avec les casseroles qui sont rapidement
- portées à l’ébullition. Tout tirage exagéré sera évité en fermant le plus possible la clé de réglage du tuyau de la cheminée. Cette même clé fermée permet de faire dormir le feu longtemps dans l’intervalle de deux emplois.
- Avec une cuisinière ayant une façade de 1 m. de largeur, le pot en fonte du foyer contient 1 kg 5 de sciure qui brûle sans qu’on ait à y toucher pendant trois heures au moins : la dépense est réduite à 0 fr. 05 l’heure.
- Il est d’ailleurs possible de recharger de sciure le foyer en pleine marche et par moitié en la tassant
- avec le dos de la pelle et en dégageant le trou d’air 0.
- Le rendement calorifique
- excellent d’un foyer à sciure est dû pour une part à sa marche continue avec un orifice 0 admettant la quantité d’air strictement nécessaire à la combustion, et par ailleurs à la faible conductibilité de la sciure qui empêche longtemps la chaleur de gagner les parois extérieures en fonte où elle se perdrait par rayonnement. On peut mettre à profit ces propriétés pour perfectionner encoré le rôle de la plaque de tôle T. En effet, il n’y a aucun intérêt à faciliter la déperdition de chaleur du côté extérieur B du fourneau; il faut au contraire que les calories gagnent le plus vite le four F et le côté du réservoir d’eau. Pour y arriverait suffit que le trou 0 au lieu d’être rond soit allongé (5 cm sur 1 cm) dans le sens de l’ovale du foyer et qu’en outre il soit pourvu du côté du foyer d’un rebord G vers le bas; ce rebord a pour effet d’incliner vers lé four les: filets d’air qui creusent une caverne D dans la sciure en diminuant sa consommation du côté A.
- Avec l’appareil ayant les dimensions indiquées ci-dessus on fait couramment la cuisine pour 6 personnes. Il n’y a pas trace de fumée dans la cuisine; l’allumage est presque instantané, et l’on évite tout ce qui rend odieux l’emploi de mauvais charbon dans une cuisinière (difficulté d’allumage, extinction par les pierres, tamir sage des cendres, etc...). "
- On peut d’ailleurs mélanger à la sciure des copeaux de raboteuse, des feuilles et brindilles de bois séchés (à l’exclusion de poussier de houille ou de coke). Enfin la cendre de bois peut être utilisée à faire la lessive.
- Tous ces avantages joints à une. économie considérable et certaine, valent bien l’achat d’ûne plaque de tôle
- mince de 0 m. 15 sur 0 m. 25 qui permet à toute
- famille de transformer en fourneau à sciure la cuisinière d’un appartement. Emile Belot.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2342.
- 5 OCTOBRE 1918
- MARINE DE COMMERCE A VAPEUR
- Problèmes d’après guerre.
- Comme elle l’a été hier et l’est aujourd'hui, la victoire sera demain suspendue à la question du tonnage, dans la Grande-Bretagne et aux États-Unis. Parler tonnage de marine de commerce, c’était hier .parler guerre navale; ce sera demain, pour nous, parler guerre économique avec la Germanie. De la victoire qui nous a sauvés en 1917 et qui assure en 1918 la sécurité décisive des communications à
- français. Pour le surplus, un tribut de 400 millions, dont la Germanie prenait une part croissante, était payé au pavillon étranger. Pour satisfaire, avec le concours de notre flotte à voiles, à cette trop faible part des besoins nationaux, notre flotte à vapeur disposait d’un tonnage brut total de 1 861 331 t., d’après le répertoire du bureau Veritas d’août 1914. Sa capacité de transport s’évalue mieux en a limi-
- Fig. i. — Chantiers de construction au Japon. . Vue générale du chantier Kawasaki, à Kobé.
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- V
- travers l’Atlantique, tout l’honneur revient aux armateurs et aux constructeurs [de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis ; leur effort a rendu vaine la menace sous-marine. Pour la victoire qui fera triompher, après la paix, des difficultés économiques nées de la guerre, la flotte de commerce française est indispensable; sa restauration et son développement sont d’importance vitale.
- Rappelons sommairement la situation de notre commerce maritime et de ses moyens de transport avant la guerre.
- De, notre fret annuel d’exportation, évalué à 5 millions de tonnes en poids, à 5 milliards en valeur, la moitié à peine, et de notre fret d’importation dé 30 milliards de tonnes et 7 milliards de francs, le quart seulement, naviguaient sous pavillon
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- 46e Année — 2* Semestre
- ‘ tant aux navires longs courriers, c’est-à-dire en additionnant les tonnages de nos dix-neuf compagnies principales de navigation, de celles qui ont plus de 40 000 t. en service. Leur total, de 1208026 t. de jauge brute pouvait correspondre au plus à 863 000 t. de jauge nette et à 1 726000 t. de port net en lourd, d’après les rapports approximatifs qui conviennent surtout aux navires de charge.
- Après la guerre, un tonnage brut supplémentaire de 1 200000 t. sera donc nécessaire pour répondre aux besoins de l’ancienne exportation.il semblerait naturel de dire. 1 500 000, afin de te,nir compte des pertes et de' l’usure pendant la guerre. D’autre epart, la flotte nouvèlle ne comprendra plus de ces grands paquebots luxueux qui portent 5 où 6 pour . ' 7.-97
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- 100 de leur déplacement comme cargaison. Il ne sera construit que des paquebots mixtes, portant de 25 à 50 pour 100, et des cargos portant de 60 à 65 et jusqu’à 70 pour 100. Le tonnage de 120000.0 suffira. C’est un minimum.
- Plus tard, le tonnage brut pourra doubler graduellement, en suivant la progression espérée de notre exportation et dû trafic avec les colonies. Il atteindrait alors 4800000 t., chiffre voisin de celui de la Germanie en 1914, et il répondrait à notre fret d’importation.
- Quelques nouvelles lignes s’établiront sans doute, une sur-out utilisant le canal de Panama, création française, où, parune ironie du sort, notre pavillon est à peu près inconnu. La côte occidentale des deux Amériques mérite la visite de nos vapeurs, autant, pour le moins, que celle de nos voiliers.
- Sur la côte orientale, le Canada souhaite l’établissement d’un service qui, d’une escale à Brest au terminus dans le1 détroit de Belle-Isle, limiterait à 1750 milles la traversée de l’Atlantique. Nosdix-: neuf compagnies peuvent suffire à tout; les trois principales, qui entrent aujourd’hui pour 700000 t. dans le total de 1200000, sont de taille à doubler leur flotte et y trouveront bénéfice. Pour la répartition dii surplus de tonnage, les lumières du Comité des armateurs, de longue date composé de professionnels expérimentés, aideront à stimuler les efforts et à surmonter lés difficultés.
- Les chantiers de construction ne manquent pas plus que les compagnies d’armateurs. Nous en comptons dix-neuf importants, échelonnés le long des côtes, de Dunkerque à La Seine. Ils sont surtout groupés à l’embouchure de la Seine et delà Loire, cinq entre le Havre et Rouen, cinq entre
- Saint-Nazaire et Nantes avec un sixième en voie de création. Leur dissémination est favorable au recrutement du personnel. Dans la répartition des commandes et l’organisation du travail èn série, notre nouveau syndicat des constructeurs aura la plus belle occasion d’affirmer sa compétence.
- Le commerce a des représentants attitrés qui sont aptes à établir l’entente avec l’armement, entre autres trois syndicats parisiens d’exportation, bien connus à la Commission économique de la Ligue française. Le commerce d’importation gagnerait à ce que les grandes., industries, filature et tissage, raffinerie du pétrole etc., pussent assurer la régularité des dates d’arrivée et des prix de fret, soit en se dotant de flottes spéciales, soit en prenant un intérêt financier prépondérant dans les compagnies dont elles sont les principaux clients. La première méthode est appliquée en ce moment à Hambourg, par •M.'Hugo Stinnes, un des magnats à la fois du commerce Hambourgeois et de l’industrie rbéno-westphalienne. La seconde, très préférable, est celle de notre Comité des raffineurs, qui possède en réalité sa flotte de pétroliers-citernes, mais qui la fait naviguer sous le couvert d’une compagnie étrangère, afin d’échapper aux exigences de l’inscription maritime.
- Le constructeur est à peu près à l’armateur, ce que ce dernier est au négociant, à peu près seulement, parce que le premier n’est pas un fournisseur ordinaire. Le constructeur, celui qui possède la technique de son métier, est l’homme, d’art dont l’homme d’affaires doit prendre l’avis. Il peut arriver que les deux se confondent en un seul.
- Fig. 2. — Chantier Kawasaki Atelier des turbines.
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- L’armateur s’est fait ainsi constructeur à La Giotat et à Saint-Nazaire, comme lés négociants ou les industriels se sont faits parfois armateurs. L’accord devait alors être parfait et les désirs de -l’armateur pris en considération aussi scrupuleusement que les exigences de la Mécanique du navire ; le système n’en a pas moins été abandonné par les Messageries maritimes comme par la Compagnie transatlantique. La construction des navires en série adoptée pour les besoins de la guerre économique qui se continuera après la guerre militaire, sim-
- coque des navires, sont connues de longue date; elles ont inspiré depuis trente ans la détermination des principaux échantillons. Leur répercussion sur la loi qui lie le poids de la coque au déplacement avait moins attiré l’attention; j’en ai tenu compte cependant, dans des avant-projets, sur les navires de guerre.
- L’extension de ces recherches aux navires de commerce était tout indiquée, quand sont apparus les paquebots de 50 000 et de 60 000 t. et que le déplacement de 100 000 t. était considéré comme éventuellement possible ; elle a été entreprise en
- Fig. 3. t~— Chantier Kawasaki. Embarquement des canons sur un croiseur cuirassé.
- plifie les accords en les supprimant; le constructeur ayant rempli sa tâche une fois pour toutes, l’armateur n’a plus qu’à fixer son choix entre les modèles éprouvés. Mais les séries ne seront pas plus immuables dans l’avenir que les modèles des navires dans le passé. Il se créera des séries nouvelles. En outre les successeurs des plus grands, des plus beaux navires d’hier, des Maurilania, des lniperator, des France, ne se construiront jamais en série.
- La part d’études qui revient au constructeur porte principalement sur la robustesse de la charpente et sur les qualités nautiques. »
- Les exigences de la résistance des matériaux au moment de flexion longitudinale exercée sur la
- 1912, en partant de données numériques un peu moins précises que pour la marine de guerre.
- Le tableau I, extrait de 1 [Esquisse d'itii chapitre d'architecture navale, s’applique à trois séries de bâtiments de 24, de 19 et de 13 nœuds de vitesse respective, faisant le trajet du Havre à New York, en prenant au départ le combustible d’une traversée simple augmenté du tiers selon l’usage. Le poids des moteurs par cheval et les consommations de combustible et d’eau par cheval-heure sont supposés les mêmes. Pour les paquebots mixtes de 13 nœuds, presque des cargos, les formules adoptées correspondent à des coques plus légères que celles des grands paquebots. P est le déplacement de la carène et p le poids de la car-
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- Panorama de la baie de Nagasaki,
- gaison, c'est-à-dire la différence entré le déplacement et la somme de tous les poids, coque, moleur, combustible, équipage, etc., autres que la cargaison payante. Le rapport de p à P représente une sorte de rendement économique du navire sur la ligne desservie.
- Tableau I.
- Déplacement. 24 nœuds. 19 nœuds. 13 nœuds.
- P P P P P V P p P i P
- 10.000* » » 2346* 0,235 4759* 0,476
- 30.000 1675' 0,056 6392 0,214 12559 0,419
- 50.000 2235 0,045 8864 0,177 18746 0,375
- 70.000 1793 0,026 10090 0,144 23757 0,339
- 90.000 465 0,005 10311 «0,115 27814 0,309
- Pour les trois classes de navires, le rapport de p à P diminue constamment lorsque P augmente au-dessus d’un certain chiffre. Le déplacement correspondant à son-maximum est celui de 30 000 t. pour les paquebots de 24 nœuds ; il doit se rencontrer au-dessous de 10 000 t. pour les autres. La diminution est beaucoup moins rapide sur les paquebots de moindre vitesse, ainsi qu’il était à prévoir.
- Pour les paquebots de 24 nœuds, le déplacement de 90 000 t. est. la limite au delà de laquelle °p serait négatif. Les poids de coque et de moteur suffiraient, à 100 000 t., pour mettre le navire en surcharge.
- Les mêmes calculs n’avaient pas été étendus aux cargos, classe de bâtiments que je n’ai rencontrée que deux fois dans ma carrière, en faisant le sauvetage du Pascal en 1876 devant Auderville et en réparant, dix ans auparavant, Vïowa échoué à Omonville. C est aujourd’hui la classe intéressante au premier chef. En abordant son étude dans ces derniers temps, j’ai adopté, pour le calcul du poids de la charpente et du moteur, des coefficients empruntés à des cargos français récents; La vitesse prévue est de 12 nœuds et la distance franchissable de 4000 milles.
- L’emploi des moteurs a combustion interne, tend à se répandre sur les cargos. Il donne une économie du quart sur le poids du moteur, et des quatre r cinquièmes environ sur le poids du combustible : pour le parcours^de 4000 milles, c’est au total une économie de moitié sur le poids consacré à la propulsion.
- Les calculs, faits pour les deux sortes du moteur, ont donné les résultats suivants
- Tableau II.
- Déplacement. Moteur à vapeur. Moleur à combustion.
- P P V P P P F
- 10.000' 6.359* 0,636 7.079* 0,708
- 30.000 19.429 0,647 20.920 0,697
- 50.000 32.297 0,646 34.400 0,688
- 70.000 44.820 0,640 47.456 0,678
- 90.000 57.341 0,637 60.453 0,672.
- Les déplacements de 30 000 t. et au delà n’ont été considérés que f pour la comparaison entre les lois régissant, soit les paquebots, soit les cargos. Sur les cargos, le rapport de p à' P ne subit que de faibles variations; avec les moteurs à vapeur, un maximum du rapport apparaît, au déplacement de 50000 t.
- Dans une communication faite à la dernière session des.Navals Archilects de Londres, M. John Anderson a donné les valeurs àap pour cinq cargos de 3000 t. à 27 000 t., de déplacement. Entre 11000 t. et 27 000 t. le rapport de p h P est en moyenne de 0,65; au-dessous de 11 000 t., il descend à 0,60 pour 6500 t. et à 0,46 pour 3000 t. de déplacement. Les moteurs sont à vapeur et la distance franchie est de 4000 milles. La vitesse est de 11 nœuds seulement.
- Au total, le tableau II, assez bien confirmé par les exemples de M. Anderson, montre que la valeur 0,7, souvent attribuée au rapport d& p à P sur les cargos, ne peut être atlèinte qu’en employant le moteur à combustion.
- La question des qualités nautiques est également du domaine du constructeur. Ce qui concerne la stabilité, la sécurité à l’état intact et après torpillage par un forban sous-marin, est devenu de première importance. La réduction de l’amplitude ‘du roulis mérite aussi l’attention; elle intéresse la vitesse des navires à hélices latérales et surtout le bien-être des passagers. L’addition des quilles de roulis est entrée aujourd’hui dans la pratique. L’adoption d’un modèle à grandes plages sur les flancs et à l’arrière, tel que celui représenté dans le n° de La Nature du 23 mars dernier (fig. 7), serait beaucoup plus efficace. La réduction de la longueur à cinq fois* la largeur, au lieu dé neuf fois comme sur la France, donnerait une économie appréciable sur le poids de coque. La vitesse de
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- chantiers de la Compagnie Mitsubishi.
- 24 nœudsN ne pourrait être envisagée, mais celle de 19 nœuds serait très réalisable. La question, comme on voit, mérite une étude. La figure 1 représente un paquebot de 51 600 t. et 19 nœuds, qui pourrait atteindre, dans le rapport de p à P, la valeur 0,5 au lieu de 0,177 indiquée sur le tableau I. Des bâtiments du même genre, mais de déplacement moindre de moitié, conviendraient particulièrement bien à la traversée'du canal de Suez,
- Les considérations laissées dans le domaine de l’armateur seul sont plus nombreuses et parfois plus délicatesque celles dont le constructeur se préoccupe. Ainsi, le temps pris par les opérations de chargement et de déchargement qui augmente avec les dimensions des navires. M. John Anderson indique que la durée d’immobilité dans le port est, pour son cargo de 27 000 t., presque égale à la durée de la traversée, tandis qu’elle n’en est guère plus du septième pour le cargo de 3000 t. Il en résulte que le cargo dé 27 000 t. ne transporte par an que 8,7 fois son déplacement, tandis que celui de' 50n0 t. transporte 9,5 fois. *
- Après les relations entre le commerce, l’armement, la construction, il ne faut pas oublier celles de ces trois facteurs du futur relèvement économique avec l’État préoccupé a juste titre de panser les plaies de la* guerre.
- Le commerce extérieur n’est pas menacé d’une ingérence directe de l'État dans ses opérations. Il gagnera au rétablissement de notre liberté douanière. Sa loyauté répugnerait à toute protection analogue au dumping germanique.
- L’armement et la construction accepteront avec gratitude la libéralité de 740 millions votée en février dernier pour indemniser des pertes de guerre. Leurs représentants auraient quelques motifs de se préoccuper de la méthode de dédommagement prévue. L’État, qui a pris en main le choix des modèles, qui se chargera des commandes des navires et dés livraisons de matériaux aux chantiers, qui peut-être construira parfois lui-même, promet des bâtiments identiques à ceux perdus. Est-cë le meilleur emploi de l’argent du contribuable? Pourquoi l’armateur ne serait-il pas libre, en participant à la dépense, de remplacer le navire ancien par fin bâtiment répondant mieux aux besoins nouveaux. La Compagnie Transatlantique, par- exemple, ne?, répondrait-elle pas au besoin national, en même temps qu’elle satisferait
- ses intérêts, en remplaçant la Provence par un Rochambeau agrandi. Ihest à noter de plus, que la date du remplacement est aussi intéressante que le remplacement lui-même et que la loi n’a rien prévu à son sujet. En Grande-Bretagne et aux États-Unis, la mainmise, par l’État sur les constructions, pour la durée de la guerre, est extrêmement profitable. Commençant en France après la guerre, elle pourra encore être utile, si elle sait se borner et rester temporaire. Notre marine de com-’merce a trop souffert dans le passé, d’être élevée et nourrie comme une plante de serre chaude, pour ne pas souhaiter se développer au grand, soleil de la liberté.
- L'État, dont l’ingérence en ce qui n’est pas de son domaine peut être funeste, ne saurait par contre se montrer trop énergique dans l’accomplissement de ses propres devoirs. Rappelons que le droit à la grève est incompatible avec le monopole de l’inscription maritime et les privilèges qu’elle confère. Le public français, industriels, commerçants, voyageurs, a droit à la protection des pouvoirs publics. Espérons d’ailleurs que la survivance de l’esprit de guerre suffira; elle doit préserver les équipages de la tentation criminelle de déserter la chambre de chauffe pendant l’embarquement des passagers.
- Nous avons vu l’état de notre marine de commerce en 1914 et indiqué ses besoins après la guerre. Disons un mot de ce qui a été fait depuis quatre ans et jetons un coup d’œil autour de nous, pour voir ce qui a été accompli et ce qui est projeté. Nous pourrons ainsi juger de notre situation relative dans l’avenir. ^ .
- Nos pertes, du 1er août 1914 au courant de juillet 1918, se-sont élevées à 846 460 t. de jauge brute en tout, vapeurs et voiliers, dont un peu plus des six septièmes par faits de guerre. Nos armateurs les ont compensées, pour un tiers environ, par l’achat à l’étranger de 116000 t. et la construction en France de 185000 tonnes. Nos chantiers, comme on voit, ont su reprendre quelque activité. 11 est même remarquable qu’à Dunkerque, les chantiers de France aient pu terminer quatre cargos de même type, de 19000 t. de déplacement, dont la construction avait été entreprise avant la guerre, pour quatre armateurs britanniques. Cela est peu de chose, comparé au besoin de 1 200 000 t. à peine atténué par la livraison de vingt vapeurs
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- promis par les États-Unis, de six autres attendus du Japon, et par un prêt du Brésil plus important, mais de trop courte durée pour entrer en compte. Si peu que ce soit, c’est une [promesse de bon emploi par la marine des 740 millions votés.
- En Italie, où le gouvernement n’a rien promis, du moins à ma connaissance, l’initiative privée s’est manifestée par la création de quatorze compagnies nouvelles de navigation et par celle de neuf compagnies de construction, à laquelle s’ajoute l’extension dès anciens chantiers. Le capital souscrit est de 560 millions. Le développement pris par la construction, en Grande-Bretagne, sous l’impulsion du Merchant shipbnil-ding advisory Commit (ee, aux État§-Unis sous celle du Fédéral Board of shipbuilding, a été indiqué dans le n° de La Nature du 50 mars dernier.” La puissance industrielle de ces deux pays ne nous permet pas d’y chercher une évaluation de ce que nous sommes capables de produire. Nous sommes, au contraire, en droit d’invoquer l’exemple du Japon, dont les chantiers n’atteignaient pas tout à fait, en 1914, la puissance des nôtres, et qui, de même que l’Italie, est dépourvu de métallurgie du fer..
- En 1914, ledit pays possédait deux chantiers privés de premier ordre, que j’avais connus à d’état embryonnaire, l’un à Nagasaki, l’autré à Eobé, trois moindres, de création plus récente, à Uraga, Innoshima et Osaka, qui restaient cantonnés dans les travaux de réparation et les constructions de faible importance, et un grand nombre d’autres de puissance tout à fait secondaire. Les trois grandes compagnies de navigation et tous les armateurs particuliers eurent, dès la fin de 4914, la claire vision des avantages à tirer de la situation et des dividendes possibles, de 50 pour 100, que la Nippon Yusen et la Osaka shosen ont en effet distribués en 1917. Les commandes affluèrent, sans jamais satisfaire tous les besoins. Le développement des chantiers y répondit. Le chantier Matsu-kata avait en construction à Robé * 61 600 t. à la fin de 1917, avec 157000 en projet pour 1918. La Compagnie Mitsubishi, à Nagasaki et
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- ailleurs,, avait-à peu près le même tonnage en construction, mais le tiers seulement en projet. Deux associations de négociants se sont faites constructeurs en 1915; Tune d’elles avait, dès 1917, un tonnage de 68 000 t. en main et un de 92000 t. à l’étude; la seconde un peu plus lente au début, vise à dépasser la première en 1918. D’autres constructeurs encore, anciens ou nouveaux, mériteraient d’être cités. Il y avait en achèvement, à la fin de 1917, le total de 1 200000 t., dont nous aurons précisément un besoin immédiat après la paix.
- Les préparatifs de la Germanie pour la reconsti-
- port de l’indemnité au dommage subi. L’État semble ne vouloir donner qu’un concours, une aide à l’effort des armateurs, et il y met certaines conditions. La prime n’est accordée aux navires de remplacement que s’ils sont capables de porter une lourde cargaison ; son montant varie avec la durée de leur construction. D’après l’interprélation hardiment donnée à la loi dans les cercles financiers, le sacrifice prévu par l’État s’élèverait à 2 milliards, peut-être même à 2 milliards et demi de francs, ce qui couvrirait largement les perles, y compris les dépenses d’entretien des navires immobilisés, etc.
- tution de sa flotte commerciale sont beaucoup plus qu’un exemple; ils sont une menace. Ils font partie du vaste projet de guerre industrielle succédant à la guerre militaire, récemment découvert par l’American secret service dans un mémoire aussi instructif que confidentiel dû à la plume de Mr. S. Herzog, que le gouvernement de Washington livrera prochainement à la publicité (1).
- La participation de l’État germanique est déterminée par la loi d’octobre 1917, qui ne promet nullement le dédommagement intégral des pertes subies, 2400000 t. environ de jauge brute presque entièrerhent à vapeur, et qui ne fixe pas le rap-
- 1. Land and. W'aler du lor août. Herzog, The Trade Bernhardi, par Raph. W.
- Ainsi comprise, la loi a été accueillie avec enthousiasme, comme pierre angulaire de l'édifice économique de la Germanie. L’activité se manifeste fiévreusement depuis lors, dans les compagnies de navigation et chez les constructeurs, sous‘toutes les formes qui n’exigent pas de main-d’œuvre, commandes de navires, et achats de terrain pour la création de chantiers nouveaux ou l’agrandisse-ments des anciens.
- Les deux grandes compagnies, qui tenaient en 1914 le premier rang dans le monde, l’une avec 1 507 0Q0, l’autre avec 820000 t., ont donné l’exemple en .commandant vingt grands paquebots mixtes. Les cargos purs ont les préférences de la plupart des armateurs, tels que M. Stinnes mentionné plus haut.1
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- Pour utiliser les milliards du contribuable accrus de l’apport des armateurs, toute la grande industrie pangermanique, plus ou moins enrichie par la guerre, l’À. E. G. électrique, la Securitas des matières explosives et diverses sociétés rhéno-westphaliennes se sont découvert des vocations de constructeurs. Des chantiers nouveaux se créent ainsi, sur l’Elbe à Hârbourg, dans l’estuaire de Flensbourg au Nord de Kiel, à l’embouchure de la Trave; les anciens s’agrandissent à Danzig, à Elbing, à Lubeck, à Hambourg, à Brême.
- Que vaudront après la guerre les actions des 'Compagnies de navigation, même celles de la H. A. P. À. G- qùi en 1913 accusait des bénéfices atteignant 38 pour 100 du capital. Le traité de paix, et surtout la persistance de l’Entente à ligotter la; pieuvre mondiale, en décideront. A coup sur, quelque chose sera changé dans le monde. Le concert des industriels et commerçants germaniques, mobilises selon la méthode S. IL rzog, ne peut pas compter sur l’accompagnement du sempiternel cliquetis du sabre .de Michel. La force militaire aura été 'incapable d’amener une décision, connue l’a annoncé M. von Külhmann parlant de son pays à son pays. Vérité désagréable, qui a fait tomber du pouvoir celui qui a osé rentrer dans la tradition de sa famille et de la famille de sa femme et rompre -ainsi en visière avec le grand état-major. Vérité qui le ramènera au pouvoir, quand elle- sera évidente, si toutefois la Germanie garde le libre usage delà dernière des trois armes préparées pour ses trois guerres, la guerre par le fer et le feu, la guerre par l’espionnage et la trahison, la guerre par l’industrie et le commerce. La troisième, la plus redoutable des trois, est celle que l’ex-secrétaire d’État; aux Affaires étrangères excellerait à conduire.
- Pour la guerre économique, la Germanie a son état-major, partie teuton, partie sémite, qui vaut celui des professionnels du sabre,, et à pris autrefois’ part pour moitié à la rédaction du traité de Francfort. Le monde alors nous fut peu favorable; la défaitè de la Francê n’a guère été déplorée ailleurs qu’au pays welche; la Russie avait fait
- entendre à l’Autriche en 1870 un quos ego sans réplique. Les yeux se sont ouverts, depuis que l’ancien butin de guerre a payé l’invasion de la Belgique,'la forfaiture de la Russie et toutes les intrigues infructueuses ailleurs, depuis qu’il paie la construction des forbans de la guerre navale, -et qu’il alimente les dernières armées germaniques. Les intérêts accumulés de 5 milliards, au taux industriel de 10, parfois 38 pour 100, a pu couvrir la dépense de quatre années de guerre.
- Les conditions seront différentes cette fois pour la France et pour la Belgique. Si nos plaies pécuniaires de 1871 ont été pansées, nous avons subi depuis 1914 des dévastations, estimées à”40 milliards pour les deux premières années. Les réparations, réclamées d’avance par nous à juste titre et pénalement méritées par les malfaiteurs, ne sauraient être qu’un faible dédommagement; elles ne passeront d’ailleurs qu’après la guérison des glorieuses blessures de la Belgique. Même avec l’appoint du pays welche rentré au' bercail gallo-romain, la lutte économique sera rude, pour la France et la Belgique, contre la Prusse suzeraine désormais de l’Autriche tout autant que de la Bavière et de toute la Germanie.
- 11 n’y a rien là qui ébranle notre confiance. Nous triompherons avec l’aide du Dieu, de la justice et de la vérité, avec l’aide des alliés qui assurent aujourd’hui, dans la guerre d’usure, la victoire que nous avons obtenue contre l’attaque brusquée. Mais nous n’oublions pas que l’aide de Dieu va à ceux qui savent lâ mériter dans le combat, et le concours des amis à ceux qui savent associer leur travail au leur. Il nous faudra travailler comme nous avons combattu. Nous travaillerons. Nous faisons grand fond, pour la victoire économique, sur le développement de notre commerce d’outre-mer et l’exploitation de notre empire colonial, et nous savons que l’un et l’autre sont subordonnés à la reconstitution de la marine de commerce.
- Pour la France, à son tour, la victoire, après la paix, sera une question de tonnage.
- E. Bertin,
- . • - de l’Institut.
- V > •
- L’INDUSTRIE CHIMIQUE FRANÇAISE ET SES PROGRÈS
- DEPUIS LA GUERRE
- L’un des périodiques britanniques les plus autorisés en matière technique, The Chemical Trade Journal and Chemical Engineer, vient de publier sur l’industrie chimique française, une étude suggestive, qui rend un juste hommage à l’effort accompli par nos industriels, et attire l'attention, sur l’une des branches de notre activité économique des moins connues du public. Il nous semble, sans toutefois" excéder les limites d’une discrétion imposée par les circonstances et les exigences de la Défense nationale, que l’heure est venue de mettre
- en lumière la grandeur de l’œuvre réalisée tant par l’initiative privée que par les pouvoirs publics.
- Il y a quelques années encore, l’industrie chimique était monopolisée, en quelque sorte, par l’Allemagne. Celle-ci alimentait le monde entier, y compris les États-Unis, et la France, en particulier, était sinon dans la dépendance absolue de la production germanique, du moins sous' son influence directe.
- L’importation en France de produits chimiques d’outre-Rhin était passée^ de '•623372 quintaux,
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- . L’INDUSTRIE CHIMIQUE FRANÇAISE ET SES PROGRÈS 105
- représentant une valeur de 21 549 000 francs, en 1902, à 2 553 810 quintaux d’une valeur de 60944000 francs en 1912.
- Il faut considérer, en outre, que notre marché national avait été sournoisement accaparé par la création de liliales ou succursales allemandes sur notre territoire. Cette pénétration, dont on ne saurait nier la gravité, n’avait pas été brutale ni subite, mais, au contraire, lente et progressive par essence. M. Duchemin, l’éminent secrétaire général du Syndicat général des Produits chimiques, a pu écrire justement dans un de ses savants rapports : « Il n’est pas de domaine où le rôle de la persévérance dans l’effort et de l’organisation méthodique, qualités indiscutables des Allemands, n’ait été plus marqué. » -
- Le succès obtenu par les Germains en matière d’industrie chimique a tenu à des causes multiples, qui se peuvent résumer ainsi : 1° L’institution de cartels, qui a permis à la fois d’écouler les stocks ^ d’une surproduction momentanée et de conquérir les marchés extérieurs en y empêchant la création d’usines nouvelles; 2° le concours illimité des banques qui ont soutenu les producteurs" allemands durant les périodes de crise et leur ont facilité des crédits à long terme; 3° la ^protection avisée de l’État qui a aidé l’exportation par l’établissement de tarifs douaniers favorables au dumping, de tarifs de chemins de fer réduits, et l’allocation de primes directes ou indirectes à la fabrication; 4° la formation de groupements de coordination, comme le Central Verbund (datant de 1882, qui a dressé un état des besoins de chaque nation et de la solvabilité de la clienièle étrangère: 5" l’appui éclairé donné à l’industrie germanique par sa représentation diplomatique à l’étranger ; 6° les conditions économiques du travail et la richesse du sous-sol germanique en charbon, potasse et fer.
- De plus, l’industrie chimique allemande a su profiter de ses méthodes d’organisation. Non seulement elle a bénéficié de l'adaptation de son enseignement à des buts utilitaires, mais encore de la collaboration active de ses savants aux travaux industriels. Tandis qu’en France les chimistes étaient considérés trop souvent comme des employés inférieurs, que nos professeurs faisaient « de la science pure » et s’enfermaient « dans une tour 'd’ivoire », en Allemagne on préparait avec soin chimistes de recherches, analystes et chimistes de fabrication, auxquels l’industrie ouvrait des horizons prometteurs et rémunérateurs; les laboratoires des usines prolongeaient harmonieusement ceux des Universités, et les complétaient, tandis que des crédits largement distribués permettaient à la chimie germanique de s’améliorer, de se renouveler, de réduire ses prix de revientet, corollairement, de dominer dans le mondé.
- Il faut aussi observer que, par suite d’un équilibré méthodiquement établi, les fabrications s’em chaînaient de façon que toute matière première
- se trouvait disponible, que tout produit dérivé était ^ assuré d’un écoulement facile.
- Dans un rapport officiel récent on pouvait ainsi justement caractériser toute cette organisation.
- « L’organisme, complété par un outillage commercial puissant et admirablement adapté, constamment soutenu et rajeuni par un effort scientifique bien coordonné, avec le concours du gouvernement, devait placer l’Allemagne dans des conditions tout à fait exceptionnelles. »
- En un mot, la Germanie avait préparé son œuvre de paix comme une œuvre de guerre, et c’est pour, ce motif que son industrie chimique a pu passer sans à-coups de l’état de paix à l’état de conflit, pour lequel elle avait été armée.
- L’industrie chimique française était dans une situation beaucoup moins prospère. Elle manquait d’unité. Malgré Descartes, l’esprit de méthode n’avait guère pénétré notre indmtrie chimique. Un certain‘nombre d’industriels étaient liés par des cartels qui assuraient leur existence, mais leurs fabrications étaient limitées par ces associations. D’un autre côté, les productions ne s’enchaînaient pas. Il y avait de sérieuses lacunes entre elles, et nombre de firmes étaient obligatoirement tributaires de l’Allemagne pour tout ou partie dest produits qu’elles transformaient. En troisième lieu, les banques, les tarifs douaniers, les agents consulaires, les tarifs de chemins de fer, loin de favoriser le développement de notre industrie chimique, tendaient plutôt à la paralyser.
- Enfin, le manque de potasse et de nitrates dans notre sol, l’insuffisance de notre production houillère et d’acide sullurique, l’absence de fabriques, de brome rendaient malaisée la tâche de nos chimistes.
- Est-ce à dire, toutefois, que notre industrie demeurait tout à fait impuissante ?
- L’auteur anglais que nous avons cité au début de cet article observait légitimement que nos progrès étaient, néanmoins, indéniables. En 49.12 nos exportations atteignaient pour les produits chimiques 147 millions, contre 151 en 1969.
- La guerre nous surprit brusquement. Avec notre organisation plus qu’incomplète nous dûmes non seulement pourvoir à la vie normale du pays, mais fournir un effort nouveau pour répondre aux besoins croissants de l’armée. II fallait, à tout prix, employer tous les moyens pour assurer au pays les médicaments et les, produits chimiques nécessaires à son existence. - . _
- Aussi, dès le 17 octobre, 1914, le gouvernement institua-t-il par décret l’Office des produits chimiques, sous la présidence du sénateur Aslier, qui en fut l’âme, et la direction du professeur Béhal, qui en demeura le cerveau. L’Office remplit heureusement la mission complexe qui lui lut confiée. Il remit en marche les usines, assura la répartition' et la reconstitution des matières tinctonalès, effectua la distribution des produits fournis à
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- l’industrie par le Ministère de la Guerre, mit au point diverses questions industrielles. Enfin, il s’attacha à développer lès fabrications anciennes et à en créer de nouvelles.
- Grâce à son impulsion éclairée, grâce aussi à la sagacité et à la volonté de nos industriels, l’industrie chimique nationale a été transformée.
- Le journal anglais nous a montré les admirables progrès accomplis en matière de fabrication d’explosifs; Il nous rappelait la création d’usines de munitions d’État à Sorgues, près d’Avignon, Bassens (Bordeaux)* Oisset, Blancpignon (Bayonne), d’ateliers privés à Saint-Fons (Lyon), Péage dp Roussillon, Salin de Giraud, Massy, Vénissieux, Paimbœuf, Salindres, Loriol, Saint-Martin-de-Crau. Au moment de la mobilisation, la France pouvait livrer 25 t. d’explosifs par jour. Au printemps de 1916 elle en fournissait 750 t., et à la fin de 1916, suivant le journal anglais, 1000 tonnes.
- Mais l’effort n’a pas porté uniquement Sur les explosifs, qui sont des composés. Il a fallu multiplier la production de leurs éléments constitutifs, Avant la guerre,, l’acide sulfurique, ce « pain de l’industrie chimique », nous venait pour les 5/4 de l’Allemagne. Nous ne livrions que 5000 t. par mois d’acide à 66°. A la fin de 1916 nous atteignons à 90 000 t., après 6000 t. en septembre 1914. L’extension de cette fabrication a été obtenue en partie par la constitution de l’Union des fabricants d’acide sulfurique qui groupe tous les producteurs, à l’exception de Saint-Gobain, elle a été provoquée à la fin de 1915 par le Ministre de l’Armement.
- L’État lui-même a bâti des usines nouvelles,. Les bords de l’étang de Berre se sont couverts d’ateliers, et le seul département des Bouches-du-Rhône pourrait aujourd’hui approvisionner d’oléum la France d’avant-guerre. Au jour de la paix, la surproduction éventuelle permettra d’alimenter largement l’industrie nationale des matières colorantes et des superphosphates, dont notre agriculture aussi a grand besoin.
- Mais la grande industrie chimique a fait d’autres conquêtes. En 1914, le chlore et la soude électrolytiques n’étaient fabriqués qu’à la Pomblière (Savoie) et à^ la Motte de Breuil.(Oise). De puissantes usines de chlore liquide se sont édifiées sur notre territoire, sous l’égide du Service technique du matériel chimique de guerre. Ces ateliers utilisent les appareils Outhenin Chalandre, Monthey et Solvay, applicables à l’électrolyse du chlorure'de sodiiim, et notre production présente surpasse largement nos besoins du temps de paix. Nous pourrons donc faire de l’exportation, alors que F Allemagne d’hier avait monppolisé le trafic du chlore liquide dans le monde.
- De même, l’industrie des chlorates, qui triomphait avant les hostilités à Prémont (Savoie), Chedde (Haute-Savoie), Epierre (Savoie) et Auzat (Ariège) a été développée, et pratiquée dans beaucoup d’autres centres.
- L’acide nitrique n’était préparé par oxydation de l’azote de l’air au four électrique qu’à La Roche de Rame (Hautes-Alpes). Des ateliers pour cette fabrication se sont installés en Savoie (Aigue-belle) et dans les Pyrénées, ou sont en voie d’exécution. Nous aurons tout le loisir dans l’avenir de tenter la conquête des marchés du dehors pour les produits azotés.
- La production du carbure était assurée avant la mobilisation par 15 usines françaises. Les besoins de l’armée ont conduit à l’édification d’usines nouvelles, à Brignoud (Isère), à Luchon et ailleurs. Aux anciennes applications du carbure pour l’éclairage à l’acétylène et la soudure autogène s’ajoutera désormais celle de la transformation du carbure en cyanamide calcique, le plus parfait des engrais azotés, dont la fabrication va être disputée à l’usine de Notre-Dame de Briançon par celles de Luchon. On envisage, d’ailleurs, des applications complémentaires du carbure, spécialement en ce qui louche la synthèse de l’alcool éthylique et la préparation de l’acide acétique à partir de l’acétylène.
- La fabrication électro-thermique du phosphore — hier concentrée à Moutiers et Annecy — a été étendue sensiblement en Haute-Savoie. On tente en ce moment de rénover la production du cyanure, naguère monopolisée par la « Deutsche Gold und Silberscheide Anstalt », de Francfort, celle du brome en parlant des eaux mères des marais salants.
- La Magnésie française a, de son côté, élaboré un procédé industriel de préparation des sels magnésiens et du sulfate de magnésie chimiquement pur, propre à la fabrication de l’acide sulfürique par le procédé de contact.. L’eau oxygénée est d’une consommation de plus en plus courante, tant pour la médicamentation antiseptique que pour d’autres usages. On l’obtenait, il y-a quatre ans, par le traitement du peroxyde de baryum, provenant du carbonate de baryum importé d’Allemagne. La Société l’Air liquide a découvert une méthode pour transformer les barÿtines, dont notre sol est fort riche, en carbonate de baryum. Notre production ^encore insuffisante, ne tardera pas à se développer. Complétant ses innovations, la même Société fabrique les sels de baryum indispensables à la confection de certaines laques, et plus particulièrement de nombreux papiers photographiques.
- L’industrie chimique a poussé ses investigations de tous côtés, et avec succès. Notre confrère anglais, si bien documenté sur nos fabrications de guerre, apprendra avec plaisir que nous avons fait un pas de géant en matière de production d’abrasifs. Non seulement nous avons accru la fabrication du corindon et du carborundum, mais nous avons recherché et trouvé en France des gîtes susceptibles de fournir à l’industrie des boutons et du polissage des métaux et aux fabricants de pâtes et liquides à polir le fameux blanc de Neubourg, dont l’Allemagne nous envoyait pour une vingtaine de millions de francs annuellement. Ge produit a révélé à 'l’analyse - ' - !
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- NOUVEAUX PROCEDES DE CONSERVATION DU POISSON PAR LE FROID. 107
- 70 pour 100 de sable quartzeux et 30 pour 100 de kaolinite.
- La craie de Vienne, de provenance germanique, n’est que le résultat de la calcination d’une dolomie, renfermant 40 pour 100 de magnésie. Nous la fabriquons aujourd’hui, ainsi que les Cendres bleues teutonnes, avec lesquelles on brunit les cuivres, le métabisulfite de soude, recherché par la viticulture, le carbonate de potasse (Choisy-le-Roi et Château-ponsac), le bichromate de soude (Marseille), réclamé par le tannage et les fabriques d’aniline, le permanganate de potasse, qui sert à la préparation de la saccharine (Châteauponsac), le ferro-cérium (Lyon), cher aux fumeurs, et qui procurait de sérieux bénéfices aux industriels d’outre-Rhin, l’acide sulfureux liquide (Rouen), la poudre de bronze, tous produits naguère monopolisés par l’Allemagne.
- L’agriculture sera alimentée en tartre et acide tartrique par les usines nationales ; le tanin pour le traitement des vins est désormais fabriqué en France. On a réussi à retirer de l’acide oxalique des eaux mères servant à préparer certains explosifs et à partir des formiates. Nous ne parlerons que pour mémoire des progrès réalisés par l’industrie des colorants, mais nous devons signaler que l’effort de l’industrie pharmaceutique a été parallèle à celui de l’industrie chimique. La production des sels de
- quinine a atteint un niveau inespéré. Nous avons découvert les secrets de la préparation de certains anesthésiques comme la novocaïne, innovation dé Meister, Lucius et Bayer, et’ de maintes spécialités de consommation mondiale.
- Tel apparaît le bilan, que nous avons volontairement abrégé, des réalisations de notre industrie chimique de guerre. On voit combien étaient justifiés les éloges décernés par la presse anglaise à nos compatriotes, encore que celle-ci n’eût pu mesurer précisément la grandeur de l’effort entrepris.
- L’œuvre de reconstitution de l’industrie chimique nâtionalén’apparait, toutefois, que comme ébauchée, de l’aveu même du Syndicat général. fia France demeure dépourvue de certaines matières premières précieuses comme la potasse et de goudrons en abondance. D’un autre côté, notre régime douanier aurait besoin, en ce qui concerne l’industrie chimique,- d’une refonte radicale, étudiée dans ses détails par les intéressés. Il n’en demeure pas moins que la France envisage désormais non seulement la possibilité de se suffire pour la plupart des produits, mais encore celle d’exporter nombre de matières qu’hier encore elle devait recevoir d’Allemagne, et, à cet égard, l’Industrie Chimique peut être fière de son récenbpassé. Elle a bien mérité du pays.
- Auguste Pawlowski.
- NOUVEAUX PROCÉDÉS DE CONSERVATION DU POISSON PAR LE FROID
- Est-ce bien le moment de parler de conservation du poisson? Pour en conserver, il faut en avoir, en pêcher plus que les besoins de la consommation journalière, et ce n’est certes pas ce qui se produit actuellement.
- Un nous a bien dit d’économiser*notre cheptel en remplaçant la viande par le poisson, on nous a même enseigné cette vérité au moyen d’une gra-éieuse affiche composée dans une des écoles communales de la Ville de Paris, mais le poisson reste rare sur tous les marchés, même ceux du littoral, et ce n’est pas la pêche qui sauvera notre troupeau.
- 11 y a à cette situation bien des faisons, dont beaucoup sont bonnes. La grande pêche, la plus productive, est presque arrêtée, chalutiers et pêcheurs se livrant à d’autres besognes plus urgentes : dragage de mines, chasse aux sous-marins, etc. Le principal lieu de pêche, la mer du Nord, est un vaste champ de bataille, un front de mer/sur lequel les paisibles bateaux n’ont guère place. Les autres côtes, plus paisibles, sont trop éloignées des grands centres de consommation pour que le transport soit possible. Il y faudrait des bateaux à chambres froides, des installations frigorifiques à terre, des wagons équipés spécialement et des entrepôts également frigorifiques à l’arrivée à destination. En l’absence de^ ce réseau de cold-storage, inexistant avant la guerre, impossible à réaliser maintenant,
- nous devons consentir à perdre une ressource qui pourrait être précieuse pour notre ravitaillement en aliments azotés.
- L’auriotts-nous, que la situation ne serait probablement guère meilleure, puisque nos pêcheurs ne pêchent pas. Ce n’est pas la crainte du danger qui les empêche de sortir en mer, mais uniquement les bénéfices qu’on y fait — quelque paradoxal que cela paraisse. Habitués à de maigres gains, vivant au jour le jour sans prévoyance, ils ne travaillent pour la plupart que selon leurs besoins du moment. Or, les prix du poisson sont devenus tels que la moindre pêche d’un jour suffit à leur assurer la vie d’une semaine et ils ne travaillent guère qu’un jour sur sept. Ainsi, la hausse des prix est accompagnée régulièrement d’une baisse de production. La sardine valant maintenant de 60 à 150 francs le mille/ le thon ayant atteint 500 francs la douzaine, les poissons fins (sole, turbot) se vendant plus cher que la viande, nos pêcheurs trouvent dans une seule pêche le bénéfice qu’ils tiraient autrefois de plusieurs mois de labeur et ils en travaillent d’autant moins que leurs besoins n’ont guère augmenté.
- ^.La pêche n’économise donc pas le cheptel, puisqu’elle est nulle ou à peu près.
- Laissons cette situation actuelle pour songer au lendemain. ’
- La guerre finira, la mer redeviendra tranquille,
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- 108 NOUVEAUX PROCÉDÉS DE CONSERVATION DU POISSON PAR LE FROID.
- les bateaux reprendront leur chalut et les pêcheurs le travail régulier. ' - * . " '
- Que pourra-t-on faire alors pour intensifier la pêche, lui créer des débouchés plus nombreux, ravitailler en poisson l’intérieur du pays?
- Une seule solution : créer le,réseau frigorifique qui permettra de faire parvenir partout un aliment aussi périssable, d’une conservation si dé licate.
- 11 y faudra non seulement des installations de froid à bord des bateaux, mais aussi de vastes entrepôts frigorifiques dans les quelques grands ports de pèche, des wagons spécialement aménagés, d’autres entrepôts dans leS centres de consommation. Tous ces besoins sont solidaires, car il faut que le poisson une fois gelé ne soit plus réchauffé jusqu’au moment de la consommation.
- Nous pourrions prendre exemple sur ce qu’ont fait les États-Unis, dont l’importance peut être jugée par la figure 2.
- Le «moment est venu de mettre au point cette question de la conservation du poisson par le froid, si nous ne voulons pas nous trouver pris au dépourvu.
- Aujourd’hui, nous voudrions seulement examiner les méthodes de frigorification sur lesquelles les techniciens ne sont pas encore d’accord ; elles préoccupent en ce moment aussi bien nos ennemis, lesquels publient actuellement de nombreuses études, que nos amis qui viennent de con-’denser en une brochure leur documentation1.
- La méthode la plus simple et la meilleure est celle qu’on emploie en hiver au Canada (fig. 1) et dans la Russie du Nord; elle consiste à pêcher à travers un trou pratiqué dans la glace; les poissons sont gelés comme ils arrivent, encore vivants, sur la neige ou la glace, et leur conservation est parfaite à condition qu’on lés garde gelés jusqu’au moment de les consommer. Malheureusement, ce moyen n’est pas applicable en nos pays,
- \. Ci.ark et Almï. The^ Commercial Freezing and Sloring of Fish. Bull. n° 635, U. S. Départ. of Agriculture, 9 mars 1918. -,
- On peut réaliser artificiellement les mêmes effets et c’est en cela que consistent les divers procédés actuellement employés.
- On sait que pour obtenir une bonne conservation il faut d’abord que le poisson soit absolument frais, sans aucun commencement d'altération, d’ôù la nécessité d’opérer la frigorification sur les lieu* de pêche, dès que les bateaux s’éloignent quelque peu de la côte.
- Il ne faut traiter que des poissons intacts, non entamés, brisés, écorchés ou ayant perdu leurs écailles. Il est bon qu’ils aient conservé le mucilage qui les enrobe et qui s’oppose' à la dessiccation.
- Les grosses pièces doivent être vidées et nettoyées,surtout quand l’estomac est plein de matières en digestion. Les petits poissons peuvent 'être conservés en vrac, tels quels.
- La conservation est d’autant plus délicate que les poissons sont plus gras. Les espèces qui renferment en abondance de l’huile dans leur foie sont les-plus fragiles et donnent les moins bons - résultats.
- La frigorification a pour but d’arrêter la pullulation microbienne et les actions diastasiques, causes de la pu-tréfàctiori. On n’est par d’accord sur la température la plus efficace, Certains préconisent le voisinage de 0°, d’autres — 5 à —7, d’autres encore de —15 à — 20°, L’inconVénient des très basses températures appliquées sans précautions spéciales est la formation d’aiguillès de glace dans l’intérieur des chairs, et la fragmentation de celles-ci qui se réduisent en bouillie lors du réchauffement.
- On est, par conlre, unanime à reconnaître la nécessité de maintenir la température aussi constante que possible et d’éviter, tou te décongélation partielle suivie d’une nouvelle recongélation.
- L’humidité des chambres froides ne doit pas être trop élevée*pour qu’il ne se produise pas de dépôt de* glace quand la température baisse un peu. Mais il faut aussi qu’elle soit- suffisante pour qu’il n’y ait pas lente dessiccation de'la surface dçs poissons.
- Fig. i. — La pêche à la glace (d'après le Bull. n° 635 de l’U,. S. Department’ of Agriculture).
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- NOUVEAUX PROCEDES DE CONSERVATION DU POISSON PAR TE FROID. 109
- On admet généralement une humidité relative de 75 à 85 pour 100.
- La durée de la conservation par le froid n’est pas indéfinie. Pratiquement, elle est au maximum de huit mois; un an est exceptionnel. Le poisson ainsi traité ne perd rien de sa valeur nutritive, il est aussi assimilable que le poisson frais. Si la conservation est bien faite; il conserve même ses qualités de goût et son aspect au point d’être difficilement distingué du poisson qui vient d’être 'pêché.
- Les procédés de conservation par le froid sont nombreux et très différents les uns des autres.
- Les plus communément employés sont les chamf-bres froides ou frigorifi-quès, dans lesquelles le refroidissement est obtenu par l’intermédiaire de l’air (fîg. 3). On utilisé des chambres aux parois soigneusement calorifugées dans lesquelles ou bien une batterie de tubes réfrigérés placés au plafond maintient la température basse, ou, bien une batterie de radiateurs refroidit
- un courant d’air entretenu par un ventilateur. Les tubes sont refroidis par circulation d’une saumure incongelable aux températures où l’on opère. Le froid est produit le plus souvent par des machines à ammoniaque ; la dissolution de celle-ci dans l’eau abaisse la température, la consommation d’énergie nécessaire pour récupérer l’ammoniaque est proportionnelle à la température atteinte et aux défauts de l’isolation.
- La congélation lente, dans l’air froid, sans circu-
- lation, bien que la plus répandue, est peu satisfaisante.
- En Amérique, on préfère généralement la congélation dans un courant d’air, qui amène plus rapidement toute la masse du poisson à la basse tempé-^ rature où il ne s’altère plus.
- On y pratique également la congélation dans une-
- saumure ou encore le glaçage, ce dernier procédé consistant à plonger le poisson refroidi dans l’eau douce qui gèle à sa surface, lui faisant une enveloppe protectrice contre les microbes et contre l’évaporation. Le poisson glacé est conservé à l’air froid, dans les frigorifiques.
- Il est évident que la frigorification dans l’eau, douce ou salée, est beaucoup plus rapide que dans l’air, la chaleur spécifique et la conductibilité de l’eau étant plus grandes. Toutefois, ce procédé ne peut être employé sans précautions spéciales parce que des phénomènes d’osmose se produisent entre le poisson et le liquide, salant la chair si c’est une saumure concentrée ou la lavant si c’est de l’eau pure.
- Le traitement des poissons par un mélange de glace et de sel est déjà fort ancien puisqu’il semble avoir été employé dès 1861 aux États-Unis et en 1880, par des Anglais aux îles Lofoden.
- En 1890, Wallem congela des harengs en les roulant dans un tonneau avec de la glace pilée et du sel.
- En 1898, le Français Rouart fit breveter un procédé de congélation des aliments à — 20° dans un liquide ne gelant pas à cette température, solution aqueuse d’alcool, de glycérine ou de sel marin.
- Mais tous ces procédés n’empêchent pas ^ les échanges osmotiques entre le poisson et la saumure.
- Un nouveau procédé dont on parle en France depuis la guerre semble avoir tourné cette difficulté.
- Fig. 2. — Le plus grand frigorifique à poissons des'États-Unis.
- Fig. 3- — Une chambre frigorifique à poisson.
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- 1.10 NOUVEAUX PROCÉDÉS DE CONSERVATION DU POISSON PAR LE FROID,
- En 1911, M. Ottesen, exportateur de poissons du Danemark, fît breveter un nouveau mode de conservation par le froid des denrées alimentaires. Le principe en est le suivant : lé poisson est d’abord plongé rapidement dans un bain d’eau douce, froide mais liquide ; à peine égoutté, on le place dans une saumure à la température de — 10 à — 20°, de
- communique avec deux chambres à refroidissement pouvant fonctionner alternativement et traiter 10 tonnes de poisson par jour. Les poissons lavés et refroidis à l’eau douce sont disposés dans des casiers en fil de*fer galvanisé et plongés dans la saumure, circulant du condenseur à la surface des bacs, et du fond de ceux-ci au condenseur par
- telle façon que l’eau qui le recouvre gèle instantanément et lui fait une enveloppe protectrice de glace s’opposant à la pénétration du sel.
- De plus, la concentration de la saumure est calculée pour qu’elle soit exactement son point de congélation. Le poisson s’y refroidii dans toute sa masse ou comme on dit s’y gèle à cœur, après quoi il peut être transporté dans une chambre frigorifique où on le conserve. Les bacs à saumuré possèdent des agitateurs qui assurent une température égale dans toute la masse et régularisent la marche du refroidissement.
- Les premiers essais pratiqués à Bergen et au Danemark, à Thisted, ont permis d’expédier à Hambourg des poissons de toutes sortes (maquereaux , morues, soles, truites, etc.) après trois à dix-huit semaines de conservation.
- La dégustation qui en fut faite montra qu’ils n’avaient rien perdu de leurs qualités.
- En 1915, un vapeur fut équipé au.Danemark (fig. 4) pour la frigorification du poisson par le procédé Ottesen.
- L’installation comporte une machine à vapeur actionnant un compresseur à acide carbonique qui débite 50 000 calories à l’heure ; un condenseur fermé se trouve à l’arrière ; l’évaporateur
- l’action d’une pompe. Les poissons congelés sont ensuite débarrassés de la saumure et enrobés d’une mince couche de glace protectrice par passage dans l’eau glacée, puis transportés dans les magasins frigorifiques d’une capacité de 20 tonnes où on les emballe. Cette installation n’est qu’un type semi-industriel, car, dans la "pratique, on prévoit un bateau conge-leur restant sur les lieux de pêche et des bateaux transporteurs pourvus seulement de magasins frigorifiques.
- Le procédé ‘Ottesen vient d’être proposé en France et a fait Fobjet en juin dernier, au Havre, d’expériences intéressantes
- f Parmi les nouveaux procédés de congélation du poisson, signalons aussi le tonneau du Norvégien Henrik Bull, imaginé en 1913 pour les petites installations. C’eét (fig. 5) un baquet en bois dans lequel on fait circuler, au moyen d’une hélice, une saumure sur de la glace pilée placée dans un cylindre central, tandis que le poisson se trouve à la périphérie.
- On économise ainsi la machine’frigorifique et son condenseur. Les poissons sont d’abord lavés à l’eau douce, puis placés dans l’appareil où ils se congèlent en un temps qui varie de 15 minutes à deux 'heures selon leur taille. On
- » Fig- 5.
- Petit appareil Bull.
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- DANS L'IMPRIMERIE D’UN JOURNAL CHINOIS
- tions de pêche. Tels sont lès nouveaux progrès de l’industrie du froid en ce qui concerne le poisson, qui méritent d’être attentivement examinés pour le temps proche où nos pêcheurs pourront reprendre leur travail de mer habituel.
- A. B.
- ' DANS L’IMPRIMERIE D’UN JOURNAL CHINOIS *
- peut aussi les congeler en bloc. Un bloc de cette sorte, simplement protégé par une caisse de bois, a pu voyager sept jours de Bergen à Hambourg au mois de juillet, et les poissons sont arrivés en bon état. Le tonneau de Bull pourrait trouver immédiatement son utilisation sur nos petites embarca-
- Les Célestes devancèrent les Occidentaux dans l’invention du journalisme. Le plus vénérable représentant de la presse chinoise, le Iling-Pao, plus connu on Europe sous le nom de Gazette de Pe'kin, remonte effectivement à la dynastie des Taner (vne-vme siècles de notre ère). .Ce* journal, qui paraît encore aujourd’hui, date donc,de plus de mille ans, mais s’il renfermait les reserits impériaux, les décrets administratifs, les nominations de fonctionnaires et autres communications officielles, par contre, vu sa faible diffusion, il n’exerçait guère d’influence sur l’opinion publique. Actuellement le King-Pao joue également un rôle très effacé ; chacun deses numéros distribué gratuitement aux mandarins par des courriers spéciaux et vendu aux particuliers, comporte J 2 feuillets longs de 18 cm, larges.de 10 et divisés à leur tour en .7, colonnes par des lignes rouges.. Ces pages, très mal imprimées javec des caractères en bois, sont brochées sous forme de cahier et revêtues d’une couverture de papier jaune au recto de laquelle figure le titre dans l’angle supérieur gauche. -
- En réalité la presse, telle que nous la comprenons, naquit seulement en Chine aux environs de 1872. Vers cette époque, Ernest Major, rédacteur de l’organe de.la colonie anglaise North China Daily News qui se publiait alors à Shanghaï, eut l’idée de faire paraître sous le nom de Chenn-Pao (gazette de Shanghaï), un supplément en chinois, traduction des informations, reçues par son journal et susceptibles d’intéresser les indigènes. Cette feuille eut un grand succès et depuis ses modestes débuts se perfectionna sans cesse, grâce au puissant appui de lettrés chinois, de collaborateurs et de typographes très habiles. Il s’imprime maintenant en caractères chinois d’une élégante netteté sur du papier jaunâtre mince, d’une longueur de 1 m. 20 sur 0 m. 25 de largeur et d’un seul côté. Avant la guerre, ce quotidien chinois ne coûtait qu’un sou, mais son prix a augmenté de quelques sapèques depuis le conflit européen. Il, eut d’ailleurs soit à Shanghaï même, soit à Pékin, Tien-Tsin, Canton et autres grandes villes, de nombreux concurrents qui apportèrent aux Célestes les nouvelles du monde entier et modifièrent profondément leur mentalité. Citons au hasard de la plume, parmi les plus célèbres périodiques chinois, le xénophobe Che'pâo, le Houapao ou gazette hebdomadaire illustrée de des-
- sins au trait dont chaque numéro comprend -.8 feuilles brochées sous couverture rouge, le Youenn-lou (archives de nouvelles utiles) publié par les jésuites dans le but de servir de lecture aux catholiques chinois, le Tchen-joujepao lancé en 1908, etc.
- Arrêtons-là cette liste d’ailleurs fort incomplète de la presse chinoise pour montrer ce qui différencie un journal du* Céleste Empire de ses confrères européens, au point de vue de l’organisation technique.
- , D’abord, presque tous les journaux s’impriment sur une espèce de papier de soie èt d’un seul côté.; seuls quelques-uns d’entre eux emploient actuellement du papier plus fort imprimé au recto et au verso. Quant à leur format identique et à leur disposition typographique uniforme, la langue chinoise les impose. Nos lecteurs savent, en effet, que le chinois s’écrit verticalement de haut en bas et de droite à gauche. Pour changer d’alinéa, on abandonne la colonne verticale que l’on vient d’écrire tout comme en français on quitte la ligne horizontale commencée. Pratiquement, ce changement d’alinéa' né doit pas entraîner trop de blanc et partant il faut limiter la longueur des colonnes verticales pour ne pas perdre trop de papier. A l’encontre des quotidiens européens, les journaux chinois së composent tous d’une seule feuille, pliée en deux horizontalement et plus large que haute ; chacune des grandes pages ainsi réalisées se subdivise en huit petites pages numérotées à partir de la droite. Le titre du journal s’inscrit dans le haut de «fe première, en caractères plus ou moins fantaisistes et d’un œil généralement assez gros.
- D’autre part, comme la langue chinoise n’a pas d’alphabetxet comporte un signe spécial monosyllabique pour chaque mot, on conçoit les difficultés de lecture et d’écriture qu’elle présente. Dans quel ordre faut-il donc répartir, les caractères, dans une salle d’imprimerie, pour que le typographe puisse composer un article de journal? On y est parvenu en classant tous les mots du dictionnaire en 214 groupes d’idées. Chacune de ces classes comporte une clef ou mère, radical servant à former tous les dérivés d’un même type, grâce à l’adjonction d’un accent phonétique (ouvert, muet, montant, descendant et rentrant). Ces 214 classes se placent toujours dans le même ordre, basé sur le plus ou moins grand nombre de ^traits des clefs.
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- DANS L'IMPRIMERIE D’UN JOURNAL CHINOIS
- Par exemple, dans la classe « main » on rencontrera les signes représentant les doigts, les poignets, les verbes tirer, pousser, etc. ; à leur tour, les mots ongle et phalange se trouveront dans la subdivision « doigt » et ainsi de suite.
- Nanti. de ce bagage sinologique rudimentaire, pénétrons dans l’imprimerie d’un journal de Pékin ou de Shanghaï. Nous -y verrons les caractères disposés dans des salles aux murs tapissés d’innombrables compartiments portant en'relief l’indication des signes chinois qu’ils renferment, rangés de haut
- ciels. Après viennent les faits divers, les annonces, les réclames, les^ informations théâtrales ou financières et « in fine », les départs et arrivées des paquebots. Certains organes publient aussi des romans traduits principalement du français et de l’anglais, mais toujours sur des feuilles séparées. Ainsi le Quouo%e'pao> de Canton, a donné Manon Lescaut il y a peu de temps, et la Guerre des Mondes, de Wells, a paru de même dans le Tchenjoujépao, de Shanghaï.
- D’autre part, les journaux chinois n’ont pas à proprement parler d’abonnés; chacun d’eux possède dans les grandes villes, des déposants qui se chargent de les faire porter au domicile des lecteurs et de recueillir mensuellement le prix fixé. La plupart des entreprises jofirnalistiques appartiennent soit à de riches lettrés, soit à de gros commerçants et, quelques hauts man-
- Fig. i. — Tirage sur presse plate d’un journal chinois à New York.
- en bas et de droite à gauche. L’ouvrier perd naturellement assez de temps pour rechercher les caractères, dans ce dédale de cases, mais, comme il obtient ses mots d’un seul coup, il compose encore assez vite la copie des rédacteurs. En revanche, il arrive parfois que le signe dont il a besoin n’existe pas. Les typographes chinois ne s’embarrassent pas pour si peu et, en ce cas, ils taillent les caractères défàil-lants avec un canif, dans des morceaux de plomb préparés exprès. A la vérité, cette opération ne s’exécute pas si rapidement qu’avec les linotypes modernes; cependant, vu l’habileté des professionnels Célestes elle n’exige pas encore un temps trop
- long-
- Une fois les caractères mis en formes et les épreuves corrigées par de véritables lettrés possédant souvent des grades universitaires, on imprime sur des presses à retiration ou des presses rotatives, la plupart américaines ou anglaises. La disposition typographique des journaux chinois ne varie guère. En première page, figurent d’ordinaire les articles de fond, les documents gouvernementaux et offî-
- Fig. 2. — Composition d’un journal chinois.
- Les caractères sont' si nombreux que les casses occupent une grande salle tout entière.
- darins ne dédaignent pas non plus de s'intéresser financièrement à quelques-uns d’entre eux.
- Depuis plusieurs années, quoiqu’il n’existe pas en Chine .de magazines comme en Angleterre, en France ou en Amérique, on compte quelqués revues techniques et spéciales : par exemple le Noung Won-Pdo consacré à l’agriculture, le Chang Nou-. Pao qui s’occupe de questions économiques et le Nupao ou Journal des Dames consacré au relèvement moral de la femme et qui renferme aussi quelques articles de vulgarisation scientifique. Quant aux journaux étrangers qui paraissent en Chine, ils n’offrent aucune particularité digne de remarque et ressemblent à leurs confrères nationaux respectifs.
- Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N« 2343.
- 19 OCTOBRE 1918.
- LE CORPS DES INGÉNIEURS DE L’ARMÉE AMÉRICAINE
- Parmi les services de l'armée, il n’en est guère d’aussi techniques que le corps du génie, « Engineering » disent nos alliés. Ses besognes sont multiples et toutes nécessitent de solides connaissances scientifiques.
- Les États-Unis ont du développer, depuis leur entrée en guerre, cette arme indispensable et éduquer rapidement leurs ingénieurs civils pour les adapter aux nécessités nouvelles. Il ne s’agit plus maintenant d’étudier longuement un projet, d’en examiner à loisir toutes les solutions, d’apporter à sa réalisation toutes les ressources de l’industrie moderne. Il faut exécuter rapidement,
- Fig. i. Un quai de débarquement
- Régiments forestiers,
- Régiments de construction des chemins de fer à voie normale,
- Régiments et bataillons d’exploitation des chemins de fer,
- Régiments des ateliers de chemins de fer, Régiments et bataillons d’entretien des voies, Rataillons de transports par chemins de fer, bataillons de magasiniers,
- Service de camouflage,
- Régiments de construction, d’exploitation et d’entretien des chemins de fer à voie étroite,
- Régiment routier,
- Régiment de ravitaillement,
- Régiment des constructions générales,
- Régiment du service des eaux,
- Régiment de mineurs,
- Régiment de carriers,
- Service du contrôle et de l’imprimerie,
- Régiment des gaz et lance-flammes,
- Régiment de mécanique et électricité,
- souvent avec des moyens de fortune, dans des conditions difficiles, sous le feu de l’ennemi. Il y a là un entraînement à acquérir. « Essayons », ont dit les Américains, répétant la devise de leurs corps d’ingénieurs.
- Essayons, nous aussi, de donner une idée de leurs progrès dans cette voie en nous servant des études publiées par leur Engineering News-Record. A la déclaration de guerre, l’armée américaine , comptait, pour l’arme du génie 256 officiers, 3 bataillons réunissant 2100 hommes et 112 employés civils. En juillet dernier —on ne peut dire aujourd’hui, tant la croissance de l’armée est rapide —le « Corps of Engineers » possédait déjà 7800 officiers en service actif aux armées et 284 régiments, sans compter les bataillons indépendants, répartis dans les services suivants :
- Régiments du génie divisionnaires,
- Rataillons du génie montés,
- Trains du génie divisionnaires,
- Compagnies de déchargement des navires, Bataillons forestiers auxiliaires,
- Compagnies d’automobiles,
- Services de pontonniers,
- Parcs de pontonniers,
- Détachements de dépôts du génie,
- Régiments du génie, (enseignement),
- Régiments de corps d’ingénieurs (enseignement), Compagnies de canalisations d’eau,
- Service géographique,
- Service des gaz (enseignement).
- . Le nombre des soldats du génie répartis dans ces diverses formations était vers le milieu de juin de 2.31 000 dont 200 000 déjà arrivés en France. Les bureaux employaient en outre 315 employés civils.
- Cette longue énumération, des services suffit à indiquer la variété, la multitude des opérations qu’on demande au génie.
- Et divers régiments nous ont déjà donné la
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- 46* Année. — 2° Semestre.
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- LE CORPS DES INGÉNIEURS DE L'ARMÉE AMÉRICAINE
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- preuve qu’on peut compter sur eux en toutes circonstances.
- Rappelez-vous l’organisation dans les ports des bases américaines de débarquement. Nous n’en reparlerons pas en détail ici, car le sujet est maintenant familier au lecteur français : en quelques mois, on
- couvre maintenant presque entièrement le pays sont reliés par les lignes téléphoniques et télégraphiques nouvelles.
- Ajoutez à ceci qu’il fallut prévoir pour chaque camp, pour chaque agglomération, des services généraux de transports de force, d’éclairage élec-
- Fig. 2. — Une ligne américaine a double voie : à gauche, ballast préparé pour de nouvelles voies.
- vit s’établir des kilomètres de quais, en bois ou en ciment (fig. 1), puis des voies ferrées, 10, 15, 20, alignées parallèlement, des hangars immenses et innombrables. La réalisation fut aussi rapide partout.
- Ces ports furent reliés par des voies ferrées nouvelles souvent doubles (fig. 2) à des dépôts répartis à l’intérieur du pays, le plus souvent près de gares d’embranchements. Et quels dépôts, de quoi approvisionner pendant trois mois deux millions d’hommes ! Le plus grand comporte 144hangars, llTmilles de rails, 815 embranchements, etc. (fig. 3).'
- .* En même temps, de ces dépôts, d'autres lignes poussaient vers les camps, les camps immenses destinés à l’instruction des arrivants. Je connais certaines vallées où les barraques américaines se continuent, pour ainsi dire sans intervalles, sur des dizaines de lieues. ^
- Puis, quand le général Pershing, dans un geste mémorable, eut mis son armée à la disposition de la France en danger, ce furent les hôpitaux nombreux et vastes qu’il fallut réaliser sans tarder. ' ...
- Et i tous lés. points de cet immense réseau qui
- trique, d’adduction d’eaù potable, d’évacuation d’eaux usées, etc.
- Rien que pour l’eau, l’armée américaine a déjà ajouté à de nombreuses villes françaises de province disposant de trop peu d’eau ou d’eau peu sûre,
- des usines de pompage et d’épuration, notamment par le chlore liquide, dont La Nature a déjà parlé (n° 2326).
- Et tous ces travaux, quelque rapides qu’ils soient, suffisent à peine à l’accroisse^ ment prodigieux du corps expéditionnaire.
- Nos amis atteignaient un million le 4 juillet; ils sont maintenant presque deux; ils comptent être quatre millions avant le prochain printemps.
- Mais tout ceci n’est que besogne d’arrière, besogne colossale certes, et menée avec une rapidité étonnante, mais comparable, sauf par son étendue, à bien des travaux du temps de paix.
- 11 n’en est plus de même du rôle du génie dans la zone de bataille. Là, les conditions sont toutes différentes; et toutes nouvelles, même pour des. ingénieurs exercés. - .
- Je ne puis dire actuellement ce que le génie
- Fig. 3.
- Un des 144 bâtiments du grand dépôt.
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- LE CORPS DES INGÉNIEURS DE L’ARMÉE AMÉRICAINE
- américain a déjà exécuté pendant nos récentes avances, il faut attendre pour en parler.
- Mais on pourra juger de la qualité et de l’intensité de travail de ce corps technique par la connaissance de son mode d’instruction et d’entraînement.
- Ceux-ci commencent en Amérique dans les camps où l’on constitue les diverses unités.
- Aussitôt après l’équipement et l’école du soldat, .on apprend aux futurs « Engineers » les conditions de la guerre actuelle, les problèmes qu’elle pose et on les oriente immédiatement vers une spécialité. L’enseignement théorique est doublé d’un travail pratique sur le terrain.
- Dans les camps du génie, au camp Humphreys, par exemple, les soldats s’exercent à la construction des voies et des travaux d’art, à la pose des rails, à la conduite des trains, au tracé des routes, aux adductions d’eau, etc., en même temps qu’on leur
- Fig. 5.
- Installation d'un puits d’eau,
- apprend la guerre des gaz, l’emploi des moyens de protection, etc. D’autres s’initient au creusement des tranchées, des abris, à la guerre de sape et de mine.
- Après un entraînement suffisant, ils sont envoyés en France où depuis le printemps dernier, existe une école d’ingénieurs qui reçoit les meilleurs soldats et les transforme en officiers. Cette école est surtout un centre d’instruction où le travail sur le terrain occupe la principale place. Selon leur
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- spécialité, les élèves s’entraînent aux opérations particulières à la guerre moderne : la pose et l’entretien des fils barbelés, le tracé des tranchées, le creusement des abris souterrains, l’interprétation des photographies aériennes, le repérage des batteries par le son, la détection microphonique des sapes ennemies, le lancement des passerelles, la
- réparation des ponts, le camouflage des canons et des positions, etc.
- Tous font « une semaine de gaz », apprenant les divers moyens de défense et de protection qu’ils devront ensuite enseigner à leurs hommes.
- Tous étudient aussi un secteur de division réalisé sur le terrain où ils se rendent compte du travail de fortification. Successivement, ils collaborent au tracé de nouvelles lignes, à la pose des barbelés; au creusement des tranchées, des abris, des boyaux,' à leur drainage, à leur camouflage, à l’installation des liaisons téléphoniques, des postes d’observation, de mitrailleuses, des emplacements de batteries.'
- Ainsi entraînés aux conditions générales du champ de bataille, ils se spécialisent. «•
- Les uns, pontonniers, s’entraînent au lancement rapide des diverses sortes de ponts. Ils emploient beaucoup les tubes d’acier dont le poids est moindre, la résistance plus grande et le montage plus rapide que les pièces de bois. Des concours de vitesse sont organisés et ils réussissent à lancer en moins de 10 minutes, des
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- ponts de 30 mètres, tel que celui représenté figure 4.
- D’autres, futurs mineurs, apprennent à creuser des abris solides, des sapes rapides, aussi bien qu’à préparer la destruction des routes, des ponts et des maisons. Ils s’initient à dépister, les travaux ennemis dans des postes d’écoute, à User utilement des divers explosifs, à porter secours aux asphyxiés de la guerre souterraine, etc.
- Tous les travaux sont faits en silence, comme il convient dans la réalité. Ils sont d’abord exécutés de jour, puis de nuit, chaque homme ayant sa tâche bien définie, la précision et la rapidité étant toujours recherchées au maximum.
- Ces travaux pratiques sont entrecoupés de conférences et d’études sur la carte, si bien qu’après quelques semaines d’entraînement, les élèves sont prêts à subir l’examen d’officier, à partir pour le front véritable, à commander un groupe de soldats, à entrer en action.
- Les ingénieurs du service des Eaux reçoivent une instruction particulière : captage de sources, forage de puits, installations de canalisations, postes d’eau, abreuvoirs, épuration, écoulement des eaux usées, etc. (tig. 5).
- Les sections de repérage par le son s’exercent à
- leur manière, à utiliser avec précision les méthodes actuellement en usage dans les armées française et anglaise.
- La section géographique lit nos cartes d’État-major, apprend à interpréter les photographies aériennes, si importantes maintenant pour connaître le travail de l’ennemi, à deviner les camouflages, les fausses batteries, tous les subterfuges qui dissimulent l’importance réelle des points, des travaux, des forces d’un secteur. Elle redresse les perspectives photographiques, suit l'histoire que racontent les vues successives, se sert au besoin du cinématographe.
- La section de camouflage cherche dans les lois de l’ombre et de la lumière les règles d’une bonne dissimulation et leur application pratique sur le terrain, au matériel de guerre.
- Et les équipes d’élèves-ingénieurs se suivent, apprenant en peu de temps l’art de la gderre moderne, profitant de tout ce que nous avons mis quatre ans à acquérir, et partant aussitôt pour le front mettre immédiatement en pratique l’enseignement de l’école.
- De quelle façon heureuse, nous le savons déjà. Nous le saurons encore mieux dans les mois qui vont suivre. A. B.
- LA MUSARAIGNE HÉROÏQUE ET LES ANIMAUX CUIRASSÉS
- Il existe dans le règne animal un grand nombre d’espèces que la nature a revêtues d’une armure protectrice qui est leur seule défense contre des ennemis avides d’en faire leur proie, ou contre les causes de destruction accidentelles qu’elles peuvent rencontrer pendant leur vie. Les Mollusques, qui semblent les mieux doués sous ce rapport, portent ou traînent souvent une coquille, véritable maison de substance calcaire qui, sans doute, leur était indispensable, aux premiers âges de la Terre, pour se protéger contre des dangers dont nous ne pouvons nous faire qu’une idée très incomplète à l’époque actuelle.
- Aussi, le professeur Gaudry a-t-il pu dire que, pour les plus parfaits de ces animaux — les Céphalopodes, — le progrès de l’évolution a consisté à se débarrasser de cette carapace lourde et incommode qui entravait leurs mouvements et leur développement. Les Ammonites, si bien enfermées • dans leur coquille enroulée, ont été remplacées par ces « Pieuvres » agiles (Poulpes et Calmars), au corps nu, mais d’humeur agressive et batailleuse, pleines de confiance dans leurs bras puissants, et dont quelques-unes ont pu atteindre, dans nos mers actuelles, les dimensions gigantesques des Mouchezia et des Ârchiteuthis, c’est-à-dire 7 à 12m. de long.
- Chez les animaux qui ont conservé ce moyen
- de défense que l’on désigne vulgairement sous le nom de « cuirasse » on constate une grande variéLé de formes, depuis les « écailles 0 des Tortues, les plaques des Tatous et des Pangolins, la « carapace » des Crustacés, des Coffres (Ostracion) et des Loricàires, jusqu’aux épines des Diodons, des Pôrc-épics, des Echidnés et des Hérissons, tous organes de défense, constitués par ce que les naturalistes appellent des adaptations secondaires des téguments.
- La « cotte de maille » elle-même est représentée par la peau du Neomylodon listai dont on a trouvé des lambeaux, bien conservés dans les cavernes de la République /Argentine. Cet édenté de grande taille de la période quaternaire était couvert d’une peau farcie de petits ossicules de la dimension d’un grain de café, ce qui le mettait à l’abri des morsures du grand Félin à canines en sabre (Smilodon neogœus) qui vivait à la même époque dans cette contrée.
- Qui n’a vu, dans la campagne, un paysan ignorant et brutal assommer à coups de sabot ou de bâton un pauvre Hérisson égaré sur son chemin? N’ayant aucune notion des services que lui rend l’animal en dévorant les insectes nuisibles et même les vipères, le rustre n’àbandonne sa victime que lorsqu’il croit l’avoir achevée. Mais le Hérisson roulé en boule, gonflant sa peau doublée d’un épais
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- LA MUSARAIGNE HÉROÏQUE ET LES ANIMAUX CUIRASSÉS 117
- pannicule musculeux qui redresse à demi les épines dont elle est couverte, a fait le mort, supportant patiemment les coups, grâce à ce matelas bien rembourré ; et si le paysan, qui s’éloigne satisfait, a l’idée de se retourner, il est tout surpris de voir l’animal, remis sur ses pieds, se hâter en boitillant vers le tas de pierres qui lui sert de retraite.
- supérieur de l’Ituri (prononcez llouri), dans cette région du cœur de l’Afrique ou se trouve le faîte du partage des eaux entre les bassins du Congo et du Nil, — région déjà célèbre par la découverte de l’Okapi, — lorsqu’un jour, sortant de leur campement, ils aperçurent un groupe nombreux d’indigènes formant le cercle autour d’un nègre qu'ils connaissaient comme le sorcier ou « homme-médecine » du village, appartenant à la tribu des Mangbetu.
- Curieux de connaître la cause de ce rassemblement les deux Américains s’approchèrent, et bien que peu versés dans la langue du pays, aidés par les gestes de l’orateur, ils purent comprendre de quoi il s’agissait. La scène nous est dépeinte par M. Herbert Lang.
- Le sorcier vantait avec l’emphase habituelle à ses pareils un nouveau fétiche dont il allait faire l’exhibition, et qui était, comme d’ordinaire de nature animale. « Le guerrier ou le chasseur qui porterait, suspendu à son cou, sous forme d’amulette, le cœur ou certaines autres parties de la bêle en question, serait à l’abri du fer des flèches
- Fig. i. — La Musaraigne héroïque (Scutisorex congicus) (grand, natur.). , Dans le médaillon, le sorcier se balançant sur le dos de l’animal.
- La nouvelle forme de cuirasse ou d’armure sous-cutanée que l’on vient de découvrir chez une Musaraigne (Sculùorev congicus Thomas) de l’Afrique équatoriale, est encore différente de toutes celles que l'on connaissait jusqu’ici chez les Vertébrés.
- Les circonstances qui ont amené cette découverte sont assez curieuses. Deux naturalistes du Muséum de Nejv York, MM. Lang et Ghapin, envoyés au Congo Belge pour recueillir des spécimens d’histoire naturelle, se trouvaient à Medjé, sur le cours
- et des sagaies, à l’abri aussi de la défense des Éléphants et de la corne des Bulfles ». Puis tirant de son sac un petit animal que nos naturalistes reconnurént pour une Musaraigne de moyenne taille, le sorcier le plaça par terre et mit immédiatement dessus l’un de ses pieds nus. Relevant l’autre jambe, dans la posture du génie qui surmonte la colonne de Juillet sur la place de la Bastille, il continua à vociférer, en se balançant comme si l’air dont il remplis>ait ses poumons devait ajouter à son poids qui, d’après sa car-
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- 118 ....... LA MUSARAIGNE HEROÏQUE ET LES ANIMAUX CUIRASSÉS
- rure, ne pouvait être inférieur à 80 kilogrammes.
- Au bout de quelques minutes de cet exercice, l’homme retira son pied de dessus sa victime que l’entourage devait supposer complètement écrasée. Mais la Musaraigne, se secouant légèrement et ne paraissant nullement blessée, fit quelques pas, cherchant à s’échapper. Son tourmenteur ne lui en laissa pas le temps; la saisissant et l’élevant en l’air pour montrer qu’elle était bien vivante, il la remit dans son sac aux applaudissements de son auditoire émerveillé.
- Enfin, pour faire la contre-épreuve, il prit dans le même sac un petit rongeur et une Musaraigne d’une autre espèce qui, placés successivement
- (Voyez notre figure qui la représente de grandeur naturelle.)
- M. Lang prit un de ces spécimens conservé dans l’alcool et en fit une dissection attentive; ce n’est qu’en arrivant au squelette que nos deux naturalistes reconnurent ce qu’on peut appeler le « secret de la Musaraigne ». Le travail plus élaboré, fait au retour de l’expédition à New-York, par M. J.-A. Allen, et accompagné des figures que nous reproduisons, donne une idée complète de la structure de l’animal.
- Dans leur ensemble, tous les os sont plus forts que chez les autres Musaraignes de même taille, mais c’est la colonne vertébrale qui attire tout spé-
- sous son pied, furent écrasés en un instant.
- Nos deux naturalistes, peu enclins à voir dans cette expérience quelque chose de magique, avaient remarqué que le sorcier n’avait posé son pied que sur le train postérieur de l’animal, laissant libre la tête, le cou et la partie antérieure des épaules delà Musaraigne.
- La facilité avec laquelle celle-ci avait supporté un poids aussi considérable, devait tenir à une organisation spéciale qu’il s’agissait de découvrir.
- La Musaraigne leur était connue comme une des douze espèces que l’on tfôuve dans le pays ; ils en avaient déjà capturé un certain nombre de Spécimens ; c’est une forme d’assez grande taille pour le groupe auquel elle appartient, groupe qui renferme, comme on sait, lés nains de la classe des mammifères. Cependant elle ne dépasse pas les dimensions d’un jeune Rat noir (Mus rattus). —
- cialement l’attention par sa grande largeur et une organisation tout à fait exceptionnelle. Depuis la 7e vertèbre dorsale jusqu’à la 6e vertèbre lombaire, le corps de ces os est largement dilaté de chaque côté et pourvu de zygapophyses courtes et fortes qui s’articulent et s’enchevêtrent, réunissant la vertèbre précédente à la vertèbre suivante, de manière à former une gouttière en forme de tunnel, faisant suite à la cage thoracique, et que M. Lang compare à un canot renversé sur le sable, la quille en l’air (fig. 3). Le tout forme une voûte solide, que l’on pourrait croire d’une seule pièce, fortement bom- ; bée, mais n’en gardant pas moins une certaine élasticité, et ne nuisant en rien à la souplesse des mouvements de l’animal.
- On comprend que cette voûte puisse protéger les organes renfermés dans les cavités thoracique et abdominale et supporter un poids considérable.
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- D’ailleurs, accessoirement, les côtes, le crâne (qui est remarquablement épais et rugueux), et tous les os en général, sont relativement plus volumineux que chez les autres Musaraignes de même taille. Le pelage lui-même est plus long et plus abondant que d’ordinaire dans ce groupe.
- M. H. von Schulte, après avoir étudié avec soin cette conformation qu’il considère comme « peut-être unique parmi les Mammifères », renonce à en trouver la raison d’être, toute idée d’exostoses pathologiques devenues héréditaires devant être écartée. Puisqu’il en est ainsi, on me permettra
- sous-sol, n’en sortant que la nuit pour chercher sa nourriture, qui consiste en insectes et en petites grenouilles dont on trouve les débris dans son estomac.
- Or, on sait que ce sous-sol est formé par le plateau granitique de l’Afrique qui n’a pas été recouvert par la mer depuis les temps primaires, mais qui présente à sa surface d’épaisses couches de latérite, — argile colorée en rouge par du sesquioxyde de fer, — produit de l’érosion des roches sous-jacentes. C’est dans cette argile, mal cimentée, que notre Musaraigne creuse son terrier, assez
- Y
- Y JJ i)
- Fig. 3. — Colonne vertébrale du Scutisorex vue de profil et par la face ventrale (grand, natur.). — Sixième vertèbre lombaire détachée pour montrer ses détails : A, de profil; B, face dorsale; C, face ventrale; D, face antérieure; E, face postérieure.
- à mon tour de proposer, à titre d’hypothèse, une solution qui, tout au moins, n’a rien d’invraisemblable'.
- Les mœurs du Scutisorex congicus ou « Musaraigne héroïque », n’ont pas encore été étudiées de près. Tout ce que l’on sait, par le rapport de M. Lang, ciest que si l’on pose un de ces animaux sur le sol en lui laissant son libre arbitre, il cherche aussitôt à se terrer en écartant les pierres et les feuilles mortes qui recouvrent l’humus, peu épais dans cette région de la grande forêt équatoriale. Il est évident qu’à l’exemple des autres Musaraignes, celle-ci fait sa retraite dans les galeries du
- solide pendant la saison sèche. Mais quand arrive la saison des pluies et que des torrents d’eau coulent sur les pentes de la vallée de lTturi, entraînant des masses de graviers de toutes tailles, et désagrégeant la latérite, les Musaraignes sont exposées à être écrasées sous cette avalanche et leur charpente osseuse a dû se fortifier et se développer, comme celle d’un lutteur, pour résister à ce danger sans cesse renouvelé. Cette explication, si elle n’est pas la vraie, est tout au moins plausible et s’appuie sur le Lamarckisme le plus pur.
- E. Troüessart.
- Professeur au Muséum National.
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- LA CRYPTOGRAPHIE
- La cryptographie ou l’art d’écrire en écritures chiffrées a été appelée des noms les plus divers : la désignation la plus employée est celle d’écriture chiffrée ou mieux de cryptographie, parce qu’elle est plus générale. La cryptographie est de nos jours presque exclusivement employée par les diplomates, les militaires et les commerçants. Lien d’autres moyens de correspondre ont été employés, puis abandonnés; depuis la scytale lacédémonienne et le tonneau de Kessler, jusqu’aux disques ou aux fils de phonographes.
- D’autres procédés, encore en usage, comme les caractères tracés avec des encres sympathiques ne rentrent pas dans la catégorie des écritures secrètes. Nous laisserons de côté également les écrits ésotériques et hermétiques que seuls peuvent comprendre les initiés ou les écrits à lecture convenue, qui sont vraiment trop faciles à déchiffrer, tels que 1 o jargon utilisé au xvne siècle ainsi que les vers coupés par le milieu ou à lecture alternée.
- En dehors des domaines où la cryptographie est seule employée de nos jours, il est intéressant de rappeler le rôle qu’elle joua parfois dans le domaine scientifique, où la clarté semble être la condition la plus importante à remplir et notamment son emploi par un grand et malheureux savant, Galilée. Ses démêlés avec l’absolutisme théocratique, battu en brèche depuis, comme le sera le militarisme odieux et criminel, si bien représenté par les Allemands, le rendaient prudent.
- Ayant cru trouver avec sa lunette deux satellites à Saturne et ayant découvert les phases de Vénus, phénomènes qui confirmaient les vues de Copernic, Galilée consigna ses deux grandes découvertes dans des phrases très courtes, où toutes les lettres étaient transposées. Il cachait sa découverte, tout en s’en assurant la possession. C’était probablement la manière alors de déposer des plis cachetés.
- Képler essaya de déchiffrer les deux lignés de Galilée, que voici reproduites :
- Smaismn milne poêla leumi bune leuctavinas; hcec immatura a me jam frustra leguntur oy.
- La difficulté était pour lui un attrait de plus. Mais il ne fut pas heureux. Ses efforts l’amenèrent à trouver ce vers étrange
- Salve umbislinum Martis geminata proies
- Il se contenta cependant de ce résultat parce qu’il croyait que la découverte de Galilée était relative à Mars.
- Dans la seconde partie, il ne put trouver que: solem gyrari. Cette divination de Képler a précédé de quelques mois la découverte des taches et de la rotation du soleil par Galilée. Il y avait bien divi-
- nation parce que la signification véritable de la phrase de Galilée était 0
- Altissimum planetam lergeminum observavi.
- Cynihiæ figuras œmulatur mater amorum.-
- J’ai observé la plus haute planète (Saturne) et je l’ai trouvée triple. Les formes île Vénus rivalisent avec celle de Diane (la planète Vénus a des phases comme la lune). Il était réservé à Iluighens d’expliquer le phénomène de l’anneau de Saturne.
- D’autres fois des alchimistes au.langage déjà si obscur cherchaient encore à e'carter des initiés par l’emploi de la cryptographie. Enfin de nos jours un des candidats à l’Institut, mort depuis, après avoir été nommé, ne put-il pas prouver l’existence de titres véritables, parus sous le nom d’un autre, à l’aide des premières lettres de chacune des lignes des premières pages d’un livre, dont l’ensemble constituait la preuve de sa propriété scientifique.
- Ce seraient là précautions aujourd’hui sans intérêt, puisque les plis cachetés peuvent être déposés et le sont en trop grande abondance peut-être, surtout en ce moment.
- La cryptographie consiste essentiellement en deux systèmes :
- inversion ou transposition substitution
- que des modifications compliquent ensuite à l’extrême. Ce sont là les procédés auxiliaires de chiffrement.
- L'inversion consiste à transposer ou à déplacer les lettres du texte clair suivant une méthode convenue entre les correspondants. Seuls, les initiés devraient pouvoir rétablir l’ordre primiLif.
- Dans la swôs///w£?’on*chaque lettre du texte clair est remplacée par un signe toujours le même, d’après un système conventionnel déterminé entre correspondants. l a substitution peut être alphabétique ou polyalphabéliqve.
- Inversion. — Le renversement est le mode le plus simple d’inversion; il consiste à placer les lettres en sens inverse de leur ordre naturel soit dans le texte entier, soit par mots, groupes de mots ou de lettres. Si les lignes sont repliées sur elles-mêmes de manière à obliger à lire de gauche à droite, puis de droite à gauche et ainsi de suite, on oblienL l’écriture en bouslrophèdon, rappelant la marche des bœufs traçant des sillons.
- Dar le groupement, on prépare avec le texte clair un tableau formé de lignes horizontales et verticales dans lequel les lettres sont relevées suivant un ordre convenu pour préparer le cryptogramme.
- Par l’addition de signes ou de lettres nulles, la dernière rangée est complétée. Le tableau ainsi préparé est simple ou naturel, quand toutes les lignes sont écrites de gauche à droite, alterné ou en bouslrophèdon si une ligne sur deux est écrite
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- ...........LA CRYPTOGRAPHIE
- de droite à gauche. Il est diagonal si les lettres sont disposées en partant d’un angle parallèlement à l’une des diagonales. Dans ce cas encore le tableau peut être alterné ou non.
- / 4 3 2 S 6
- et les colonnes dans celui-ci :
- 2 3 4/
- parce que dans les mots clés les lettres sont , marquées d’après leur rang dans l’alphabet
- \ A-J M-4 1-3 E=2 N-5 S-S
- N=2 0-3 R=4 D-î
- ! ' L’emploi des mots clés signifie ici tout simplement que la deuxième et la quatrième rangée devront être alternées et que dans les colonnes la première deviendra la dernière. Avec le mot France comme clé, les permutations auraient été plus nombreuses.
- Fran c e
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- Malgré cette complexité apparente le travail du dé-chilfreur ne serait pas beaucoup augmenté ; l’addition
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- de lettres nulles ne protège pas non plus les cryptogrammes ainsi obtenus contre un déchîffrage méthodique et patient. 11 est préférable de laisser un certain nombre de cases vides, et en général, les dernières du tableau. Le correspondant, après avoir compté les lettres, en sachant qu’il doit y avoir 6 rangées et 7 colonnes, ajoutera autant de cases vides qu’il y a de lettres en moins de 42 (6x7).
- Au lieu de disposer les lettres du texte clair sous la forme de carrés ou de rectangles, on peut adopter la disposi-) lion en losanges, en trapèzes ou en toute autre figure géométrique convenue;! l'avance pourvu que les lettres puissent être toujours placées exactement.
- Jusqu’ici le relèvement, si compliqué qu’il pût être, était continu, un fil pouvait être placé sur la première lettre et sur la dernière en rencontrant toutes les lignes suivant un enroulement simple ne se recouvrant jamais. Il n’en est plus de même par l’emploi des grilles, imaginées pour la première fois, semble-t-il, par Jérôme Cardan.
- La grille est constituée par une feuille percée de trous disposés de félle sorte qu’en appliquant cette feuille dans quatre positions différentes sur un damier de même dimension, toutes les cases de ce damier apparaissent successivement et une seule fois à travers toutes les fenêtres. Elle permet de chiffrer très rapidement un cryptogramme et on peut s’en servir de deux manières :
- 4° Disposer les lettres du texte clair suivant l’ordre convenu et en forme de damier, appliquer ensuite la grille et relever dans l’ordre normal (ou tout autre convenu) les lettres lues. Tourner la grille de 90° dans le sens convenu et relever de même. Effectuer quatre fois l’opération. Grouper ensuite les résultats des quatre lectures;
- 2° Placer la grille sur un damier vide et inscrire les lettres du texte clair dans un ordre convenu (de haut en bas, de bas en haut...), tourner de 90° et opérer de même et ainsi de suite, jusqu’à ce que tout le lexLe ait été inscrit. Compléter par des nulles ou laisser des ca<es vides.
- Pour déchiffrer, on procède dans l’ordre inverse, la deuxième méthode de chiffrement servant pré-ci'ément à déchiffrer le cryptogramme écrit par la première manière.
- La grille peut encore être renversée "et dans ce -cas on a des grilles à double rotation. Il est alors possible d’obtenir huit positions différentes qui permettront de chiffrer un texte extrêmement long. Avec six ouvertures on peut, en effet, chiffrer 48 lettres avec quinze, 12Û..., etc.
- Mais il est nécessaire pour cela que les fenêtres soient pratiquées de telle manière* qu’elles ne se * recouvrent jamais dans les diverses rotations. Il paraît bon d’ajouter que l’on peut disposer le texte suivant un triangle équilàtéral ou mi hexagone et que, dans ces cas, les grilles occuperont trois ou
- Simple.
- alterné
- diagonal
- simple.
- Après formation des tableaux le relèvement est effectué; celui-ci peut être régulier ou irrégulier. Les relèvements réguliers se divisent en naturels et diagonaux et chacun d’eux peut être simple ou alterné.
- Dans le relèvement naturel, on écrit horizontalement les lignes verticales; il est simple, }si les lignes sont écrites les unes à la suite des autres, alterné si chaque colonne a été prise d’abord en sens inverse. Les mêmes observations s’appliquent au relèvement diagonal, simple ou alterné.
- Ce mode de relèvement peut encore être compliqué, en transposant au préalable et suivant un ordre convenu les colonnes ou les lignes ou les unes et les autres. Pour effectuer celte transposition et se rappeler ensuite l’ordre suivi, on prend un mot clé pour les rangées et un autre pour les colonnes. Si Amiens est le mot clé pour les rangées ét Nord celui des colonnes, cela veut dire que les rangées devront être placées dans l’ordre suivant :
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- six positions dilïérentes par rotation et un nombre double, si elles peuvent se renverser.
- Les grilles peuvent n’être pas perforées ; il suffît de pointer les cases vides que l’on obtiendrait en . juxtaposant les grilles dans leurs quatre positions successives, on marque sur le texte les lettres à relever. On recommence l’opération et on obtient ainsi le cryptogramme.
- Enfin pour transposer on a proposé l’emploi des cartes, les combinaisons du taquin, des échecs, les signes du télégraphe Chappe, l’emploi de compartimentages déterminés par une séquence de chiffres, telle par exemple que celles fournies par les fractions irréductibles, les extractions de racines, etc. Cette dernière méthode proposée par le colonel Roche a été modifiée par lui, puis rendue inutile par l’emploi d’un nombre uniforme de lettres dans chacun des compartiments, déterminés par les périodes précédentes.
- Substitution. —Dans ce système, les lettres ne sont plus conservées, on leur substitue des signes conventionnels, nombres, figures quelconques ou autres lettres. La lecture du Scarabée d’or, un des chefs-d’œuvre d’Edgar Poë intéressera vivement sur ce point ceux de nos lecteurs qui ne connaissent pas encore cette œuvre.
- Ce procédé déchiffrement, très employé autrefois sous toutes les formes, ne peut plus l’être aujourd'hui que sous la forme de lettres à cause des communications télégraphiques.
- La substitution est simple ou complexe : simple si à chaque lettre du texte clair correspond une lettre du chiffre et réciproquement, complexe, si les lettres du texte clair sont groupées par deux, trois ou plus (digrammes, trigrammes, polygrammes) et si à chacun de ces groupes correspond un signe conventionnel dans le chiffre et inversement, tout cela sans qu’il soit nécessaire d’avoir une clé. Ce dernier système est celui des dictionnaires.
- La substitution simple est également appelée système de Jules César. Celui-ci correspondait secrètement (ou du moins le croyait-il) en se servant d’un alphabet dont chaque lettre était avancée, de quatre rangs. Jules César ne l’a pas inventé, les Phéniciens s’en servaient depuis longtemps.
- Mais celui qui révéla toute l’importance de ce système fut Biaise de Vigenère,' un fin diplomate français et qui plus est, un chimiste, imagina le chiffre carré, que dans leur enthousiasme ses contemporains appelèrent le chiffre indéchiffrable ou le chiffre par excellence. Il est d’ailleurs encore en usage avec la modification apportée en 1857, par l’amiral anglais Sir Francis de Beaufort.
- Chacun de ces alphabets est chiffrant et déchiffrant. Pour transformer un texte clair en,, cryptogramme, on choisit un mot clé qui sert à diviser le texte clair en groupes renfermant autant de lettres qu’il y en a dans la clé, et, sous chacun de ces groupes, on écrit la clé. A chaque lettre du texte clair est alors substituée la" lettre qui, dans le
- tableau, est à l’intersection de la colonne commençant par la lettre du clair et de la rangée débutant par celle de la clé. Voici le résultat obtenu avec le tableau de Vigenère :
- a r'/i lier ie/o u raie
- RIVE RIVE RIVE R/VE
- êzom clzv mmgs Izyi
- a b c a e f îf h l j k l m n O p q T s t U V W x y Z a
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- T h i R k I m Tl o ? q T' S t Al V \v JC y Z a F 0 F e r
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- i j k 1 m n o p q V S t Al V w X y 7 a b C S e f t h i
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- i m n o P q P s t Al V w JC y Z a TT C a e f S' b. i J k 1
- m U o p t T* s t U V w JC y Z a b C d e r ? F 1 .7 k 1 tü
- u o p R P S t 11 V vv X X Z a T C d e t JT t i ,i k 1 m Tl
- o R R V S t U V IV Jï. Y z a b e d e f S" h i j k 1 in n 0
- p q P s t U V WX y z a b C d e f g n i .i k 1 m n o R
- Ü V S t Al V wx y Z a b O d e f JLV i .i k l m n 0 p R
- X* S t U VW X Tv z a b c d e r <r 6 h i d k 11 m B o p q V
- I s t U y z a b 0 d e r s: h i ,7 k i m Tl 0 p q T s
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- R Z a b c d e f cr h i j k V JB n o p q r S 1 a V yr JC y
- Z a b c d e f y b i ,7 k 1 m TL o p q r s t 11 v w X y z
- a b c d e r 3? h i J k i m B O -p q r s t n V w X "Y Z a
- Tableau de Beaujort.
- Le tableau de Beaufort est celui de Vigenère complété en reportant sur la droite la première colonne de gauche et au bas la première rangée. Les cryptogrammes que l’on obtient sont les mêmes que ceux fournis par le chiffre de Vigenère dans lequel on aurait retourné l’alphabet normal, ainsi que l’a montré M. Kerckhoffs. Chaque lettre sert de chiffre à une autre et est également chiffrée par celle-ci. M. Delestelle, qui a Complété l’observation de M. Kerckhoffs, montre que l’on peut remplacer le chiffre carré précédent par celui-ci :
- A A B CD £ F G H / J K L M N azyxwvutsrqpon
- B BC DE F GH !J KLM NO azyxwvutsrqpon
- C BC D EF GH IJ K LM N 0 ôazyxwvutjrqpo
- qui serait d’un emploi.plus facile.
- Porta a généralisé le système d’alphabet à lettre couplée dont on retrouve l’emploi dans la Bible, soit en écrivant sous le demi-alphabet normal le reste
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- LA CRYPTOGRAPHIE
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- de l’alphabet, soit en modifiant systématiquement l’ordre des lettres.
- D’après ce tableau pour chiffrer le texte envoyer batteries avec la clé bure, il faudrait pour la première partie de l’alphabet prendre la première lettre dans la colonne et descendre jusqu’à la rangée indiquée par la lettre de la clé ; pour la seconde moitié, partir de la rangée indiquée par la clé et choisir dans la colonne verticale la lettre du premier demi-alphabet. Le cryptogramme sera :
- envo
- BURE
- yen b
- BURE
- myax
- athe
- BURE
- zmcn
- ries
- BURE
- frvj
- Mais, de la comparaison de ces divers chiffres, il ressort clairement qu’il suffît de connaître la valeur d’un seul caractère pour connaître tout le sous-alphabet'et pour lire le cryptogramme. Aussi a-t-on construit des carrés avec des alphabets intervertis. La connaissance d’une seule lettre ne suffît plus pour en déduire le sous-alphabet, mais la symétrie horizontale permet encore, comme l’a montré Kerckhoffs, de bien abréger les tâtonnements du déehiffreur.
- Le capitaine de Calbiac a imaginé de mélanger les systèmes de Vigenère et de Beaufort en y ajoutant un autochiffrement et une transposition. Malheureusement sa méthode exige la confection d’un carré de 676 cases.
- Au lieu de prendre les lettres pour un signe isolé, on peut leur attribuer une valeur numérique de' trojs chiffres, par exemple, et les coupler en prenant le premier chiffre de chacun de ces nombres, puis le second et enfin le troisième. Les lettres peuvent être prises par deux, trois ou six. Cette méthode, imaginée par M. Delestelle, permettrait de couper les lettres.
- Enfin, il existe les dictionnaires dont l’idée semble avoir été émise pour la première fois par Brachet en 1850. Le premier dictionnaire pratique fut publié en 1868 par Sittler. Il était formé d’un petit vocabulaire renfermant une cinquantaine de feuilles. Chaque page contenait 100 mots représentés par les nombres allant de 00 à 99 ; on déterminait le mot à écrire en ajoutant à ce nombre le numéro de la page. La pagination laisséeren blanc était indiquée à la main d’après un système conventionnel qui constituait le secret de la méthode. .
- D’autres dictionnaires ont été créés depuis, ceux de Brunswick, Galliour, Niethe dont le secret est fondé sur un doublé principe» de' combinaison. Très pratiques pour la correspondance commerciale^ ces dictionnaires le sont beaucoup moins pour la correspondance en temps de guerre, parce qu’ils exigentle secret et nécessitent la possession même d’un dictionnaire. Le 8 janvier 1871, un cryptogramme venu du quartier général du roi de Prusse fut remis au
- général de Werder qui ne put pas le lire parce que le dictionnaire était dans une valise et celle-ci dans une voiture fort éloignée.
- En plus des dictionnaires, ont été imaginés des instruments appelés cryptographes permettant de chiffrer. Le premier de ce type digne de ce nom a été imaginé par Porta et'était un système à cadran. Le P. Kircher en a proposé un autre sous forme de catalogue mobile. Les signes des télégraphes Chappe et Morse ne sont pas autre chose que des cryptographes. Après sont venus les appareils Mouilleron,1 Yinay et Gaussin, le phyrographe de Rondepierre, l’instrument de Wheatston, celui de Viaris, du commandant Bazeries et enfin le scotographe Ducros.
- Malgré la complication apparente de tous les procédés rappelés plus haut, il est encore nécessaire de compliquer les cryptogrammes par les procédés appelés procédés auxiliaires de chiffrement par le capitaine Valério. Ce sont, suivant cet habile cryptographe, « les moyens employéspour augmenter les chances d’indéchiffrabilité des dépêches ».
- Résumons-les rapidement :
- Groupements (les lettres du clair sont groupées et toutes transposées ou cryptographiées isolément suivant une clé convenue) .
- Lettres nulles, lettres indices, lettres d’arrêt, lettres signes, lettres numériques (elles servent les unes à combler des vides, les autres à prévenir d’une opération nouvelle à exécuter suivant convention ou à marquer la fin des groupes ou à indiquer une opération).
- Reports et déplacements (le début delà dépêche est changé).
- Clé variable, brisée ou multiple (on interrompt l’ordre des alphabets).
- Clé cryptographiéé (le choix de la clé est laissé à l’expéditeur).
- Enfin, on peut même supprimer le mot d’ordre en convenant de prendre pour clé un nombre indiqué par une lettre numérique. Les grilles elles-mêmes ont été modifiées.
- Après ce rapide examen, les divers systèmes proposés répondent-ils bien aux conditions nécessaires pour qu’un cryptogramme garde réellement son secret ?
- Kerckhoffs a indiqué les six conditions que doit remplir un système d’écriture cryptographique :
- 1° Le système doit être matériellement, sinon mathématiquement indéchiffrable;
- 2° Il faut qu’il n’exige pas le secret et qu’il puisse sans inconvénient tomber entre les mains de l’ennemi ;
- 3° La clé doit pouvoir être communiquée et retenue sans le secours de notes écrites et être changée ou modifiée au gré des correspondants ;
- 4° 11 faut qu’elle soit applicable à la correspondance télégraphique ;
- 5° Il faut qu’jl soit portatif et que son maniement ou fonctionnement n’exige pas le concours de plusieurs personnes ;
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- 6° Enfin, il est nécessaire, vu les circonstances qui en commandent l’application, que le système soit d’un usage facile, ne demandant ni tension d’esprit, ni la connaissance d’une longue série de règles à observer.
- Et Kerckhofîs conclut à l’adoption d’un appareil mécanique. Sur ce point il semble qu’il ait tort et il serait préférable que le système ne comportât l’emploi ni d’un livre, ni d’un appareil nécessaire et attirant l’attention. Enfin, il faudrait que le rapprochement du cryptogramme et de sa traduction ne permît jamais de découvrir la clé et par suite de lire tout cryptogramme ultérieur. -
- Il semblerait que l’on dût être d’accord sur le premier point. Il n’en est rien. Dien des militaires soutiennent que l’indéchifîrabililé absolue du chiffre n’est pas une condition nécessaire; il suffit que la lecture des ordres soit retardée pendant un certain temps seulement. Une fois exécutés, les
- ordres peuvent être connus de l’ennemi, la chose est sans importance.
- Il n’est pas besoin d’insister beaucoup pour montrer la fausseté, pour ne pas dire plus, de ce point de vue. La connaissance d’ordres antérieurs et leur comparaison avec la manière dont ils ont été exécutés est un précieux enseignement pour l'ennemi qui sait observer. Qui ne voit, de plus, qu’une fois le chiffre connu, les ordres écrits ultérieurement seront lus rapidement et qu’ainsi disparaîtra tout le secret non plus en quelques jours, ni en quelques heures, mais souvent en quelques minutes. Et enfin la guerre actuelle n’a-t-elle pas montré tout récemment combien la.lecture d’ordres déjà exécutés, pris sur des prisonniers, était importante.
- N’est-ce point la reconnaissance de leur faillite, au point de vue mililaire, qu’ont signée LudendorS et ses collègues en boucherie, en interdisant l’attaque par colonnes serrées? Nicolas Flamel.
- NOUVEAUX FERRY-BOATS f)
- Pour raccorder les points terminus de deux lignes de chemins de fer s’arrêtant sur les rives opposées d’un laree fleuve, d’un bras de mer ou d’un lac, — quand la distance à franchir rend impraticable la construction d’un pont, — les techniciens ont imaginé de transporter les wagons sur des bateaux spéciaux dits ferry-boats afin d’éviter le transbordement des voyageurs et des marchandises. Voilà pins d’un demi-siècle, les États-Unis inaugurèrent ce mode de transit, qui se développa considérablement depuis lors dans toutes les parties du monde. De nombreux navires porte-trains sillonnent maintenant la mer Baltique assurant la traversée des détroits danois du Grand Belt, du Petit Belt et du Sund. L’Al'emagne se trouve reliée de la même façon à la Suède entre Sassnilz et Trelleborg. Divers services de car-ferries rattachent également les voies du Wurtemberg et de la Bavière à celles de la Suisse sur le lac de Constance. Enfin tout récemment un train d’une cinquantaine de voitures a franchi la Manche sur un ferry-boat d’un nouveau type (22 février 1918). ;
- En Amérique, on rencontre des ferries de grandeurs et de modèles variés; il en existe, par exemple quelques-uns de faibles dimensions, destinés à recevoir 2 ou 3 voilures et qui font le service sur plusieurs rivières de l’Union'tandis qu’on en voit d’énormes naviguer toute l’année sur les grands lacs transitant, en une seule fois, trois ou quatre douzaines de wagons avec leur chargement complet, tels le Milwaukee, le Lünsdowne et F Ontario lancés en 1916 par le « Grand Trunk Railway » canadien. Ces navires ont 10U m. de long, 17 m. de
- 1. Voy, La Nature n® 2111 (8 nov. 19i3), p. 399-400; n° 2213 (20 fév. 1916), p. 134-137.
- large, 5 m. 75 de tirant d’eau et leur puissance motrice de 2250 chevaux permet de réaliser des vitesses de 17 nœuds.
- Sans être aussi imposant, le Ramon de la Compagnie « Oakland, Àntioch and Eastern Railway » (États-Unis) récemment construit mérite une mention, car un moteur à gazoline de 600 chevaux (poids 44 432 kg) le propulse. Il a une longueur de 236 pieds (71 m. 52), une largeur de 58 pieds (17 m. 67) et seulement un tirant d’eau maximum de 12 pieds (3 m. 65). Sur le pont principal, régnent trois voies, et la coque d’acier, divisée en 11 compartiments étanches, assure la sécurité du bâtiment en cas d’abordage. Grâce au Ramon, le service d.es trains peut se faire avec une grande rapidité, entre Sacrâmento et San Francisco.
- D’une façon générale, la plate-forme des nouveaux ferry-boals aménagés pour garer un train entier comporte de 3 à 4 voies. Aus>i leurs constructeurs durent leur donner une largeur plus grande et une carène de forme plus évasée que les navires ordinaires. De telles dispositions,imposées par la destination même du bâtiment, chargé à la partie supérieure, contribuent à le mieux stabiliser. Un pont supérieur ou spardeck avec cabines àr passagers, salons, restaurants et autres pièces, abrite ou non la plate-forme des voies ; généralement ce pont supérieur existe dans les ferries marilimes. Les embarquements et les débarquements s’opèrent parfois uniquement à l’arrière; d’autres fois on débarque les trains par l’avant et on les embarque par l’arrière. Dans le premier cas, le bateau doit pouvoir accoster par l’arrière; il porte alors à chaque extrémité, un gouvernail avec poste de manœu\re tandis que les ferry-boats de la seconde catégorie comportent
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- à l’avant une partie mobile se soulevant à la manière trices sont généralement du type vertical. Quelque-d’un pont-levis et on aménage des portes à l’arrière. fois, par exemple, pour la traversée de larges
- Fig. i. — Le plus grand ferry-boat à moteur à gazoline Ramon.
- Fig. 2. — Le grand ferry-boat Milwaukee.
- premiers navires porte-trains d’Amérique; toutefois on leur préfère, le plus souvent, des hélices ou même des turbines. Les machines mo-
- de chalands, tirés par des remorqueurs ou des toueurs.
- Le plus long trajet desservi par les ferry-boats
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- est celui de Key-West (Floride) à la Havane (185 km). Le Henry M. Flager, le navire porte-trains qui assure ce service depuis le mois de février 1915 et ainsi baptisé du nom du promoteur de l’entreprise, mesure 110 m. de longueur. Sa plate-forme à quatre voies peut recevoir 30 wagons à réfrigération ; sa coque comprend trois soutes d’une capacité de 300 tonnes environ sans compter de grands réservoirs destinés aux mélasses de cannes à sucre. On peut décharger les marchandises soit directement des wagons, soit les introduire par des sabords de charge. Les générateurs de vapeur comprennent 4 chaudières munies de foyers Morrisson et à tirage forcé Ilowden; les machines, du type marine à triple expansion, qui développent 1500 chevaux à 100 tours par minute, lui permettent d’effectuer la traversée en 8 heures. Aussi grâce au Henry M. Flager, les oranges, bananes, ananas, pastèques et autres produits agricoles de Cuba parviennent maintenant en excellent état et très rapidement dans les grandes villes américaines tandis que les États-Unis peuvent approvisionner à leur tour la perle des Antilles, des objets manufacturés et des denrées alimentaires dont elle a besoin.
- D’autre part, les lignes de ferry-boats nécessitent à leurs terminus des installations spéciales destinées à faciliter les manœuvres d’embarquement et de débarquement au moyen de locomotives, de treuils ou de cabestans. D’ordinaire, un navire porte-train accoste la terre ferme entre deux jetées en bois ou en maçonnerie laissant entre elles un espace libre de forme appropriée à sa section ; des pans de charpente, sans liaison rigide avec l’ouvrage mais s’y appuyant par l’intermédiaire de tampons à ressorts élastiques, tapissent les murs de cet alvéole.
- Quand le ferry-boat heurte un des bords de cette ; charpente, les tampons le renvoient de l’autre côté puis, petit à petit, ses mouvements s’amortissent.
- Il finit alors par s’immobiliser complètement dans le bassin et grâce à une passerelle en bois ou en fer de 30 m. de longueur, on assure la liaison momentanée de la voie ferrée terrestre avec les rails qu’il porte. Généralement cette passerelle s’articule, au moyen d’une charnière horizontale, dans la maçonnerie des quais et s’inclinant automatiquement, compense la différence de niveau entre la plate-forme du navire et celle des quais. Cette dénivellation déperid de la hauteur des eaux, de la charge du ferry-boat et varie même au cours des débarquements ou des embarquements par suite de l’allègement ou de l’alourdissement du bateau.
- Un portique, installé près de l’extrémité libre de la passerelle, la soutient et des contrepoids l’équilibrent de façon qu’on puisse la manœuvrer aisément au moyen de treuils électriques qu'à bras. "Une fois que ces derniers lui ont donné l’inclinaison
- nécessaire, on engage une forte cheville, disposée sous son tablier, dans le logement ad hoc ménagé sur le porte-train. On assure ainsi l’alignement entre les voies ferrées terrestres et celles du bateau. Comme au cours des manœuvres, le ferry-boat'prend parfois de la bande du côté où il se trouve momentanément le plus chargé, l’extrémité de la passerelle s’incline obliquement tandis que, du côté de terre, sa charnière demeure horizontale; mais, en articulant les entretoises qui relient les poutres longitudinales, le tablier supporte ce gauchissement sans inconvénient pour sa solidité. Cependant, afin d’éviter autant que possible la dénivellation qui en résulte entre les rails, on fait manœuvrer les convois simultanément sur deux vois latérales, dans les grands ferry-boats.
- Une fois les wagons embarqués sur les navires porte-trains, des chaînes avec tendeur se terminant par des griffes qui saisissent le rail ou se fixent à des crochets placés clans l’axe de la voie, les immobilisent pour la traversée. Aussi, grâce à tous ces dispositifs, les opérations de transbordement des ferry-boats se font aujourd’hui avec une étonnante rapidité. On embarque un convoi en 6 minutes environ et son débarquement ne demande pas même~un quart d’heure. Quant à la passerelle, 30 secondes suffisent pour l’abaisser et 2 ou 3 minutes pour la relever.
- Mais vu l’importance des marées dans la Manche, on a dù procéder à des installations spéciales sur les quais de la nouvelle ligne de ferry-boats franco-anglaise. Le transbordement s’effectue dans un bassin à flot et on maintient l’eau au niveau convenable en fermant les portes au moment de la pleine mer. D’autre part, lis horaires de la traversée se règlent sur les marées. Le raccordement des voies se fait par un appontement dont l’une des extrémités se fixe à l’amorce des rails terrestres, tandis que l’autre, supportée par un flotteur, se maintient à la hauteur de la plate-forme du navire. Pour embarquer le train, on le partage en 4 rames, correspondant chacune à une des voies du ferry-boat et que remorquent la locomotive ou des moteurs électriques. Quant au système d’immobilisation des wagons, il n’offre rien de particulier. Le projet prévoit la construction d’une flotte de 3 ferry-boats similaires dont les caractéristiques sont : capacité 3000 t., longueur 110 m., largeur 13 m., tirant d’eau, à pleine charge 3 m. 40, capacité d’embarquement 48 wagons et vitesse 17 nœuds environ.
- Ajoutons enfin que cette nouvelle ligne franco-anglaise, organisée par le service des chemins de fer de l’armée britannique, sert exclusivement jusqu’ici au transport des braves Tommies qui viennent nous aider à défendre la cause de la civilisation contre la trop fameuse « Kultur » germanique!
- Jacques Boyer.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- t
- Séances des 12 et 19 août 1918.
- Les réserves aqueuses du sol. — La sécheresse persistante qui, depuis le mois de mai, a compromis nos cultures de printemps, betteraves, pommes de terre et céréales de mars, prête à l’étude de M. J. Dumont un grand intérêt d'actualité. Il a pu constater l’importance persistante des réserves aqueuses dans les couches profondes du sol et l’action très efficace du fumier pour préserver ces réserves. Les quantités globales d’eau contenues jusqu’à une profondeur de 0 m. 50 varient encore de 720 à 960 tonnes par hectare. Quand le système radiculaire des plantes est suffisamment développé, elles peuvent ainsi se défendre contre les sécheresses printanières ou estivales. Néanmoins la masse de la végétation à son début, et par suite le sort de la culture, est déterminée par les réserves aqueuses de la superficie qui sont asséchées rapidement.
- Sporulation par symbiose chez des champignons inférieur;. :—Au cours de recherches .antérieures, M. Sar-tory a constaté qu'une bactérie était nécessaire pour provoquer la sporulation d’une levure et il a été amené à penser que la bactérie intervenait en exerçant une action modificatrice sur le milieu de culture. Une série d’expériences nouvelles le conduit à penser que la bactérie favorise la production des périthèces, que celle-ci n’est pas fonction de la température et que les périthèces ne peuvent se produire sans bactéries.
- La formation du coke. — MM. Georges Charpy et Marcel Godcliot ont, dans une communication précédente, montré les moyens d’étendre la série des charbons à coke. Ils cherchent aujourd’hui à améliorer le coke. On opère le plus souvent par mélange de deux charbons, l’un trop maigre, l’autre trop riche en matières volatiles, le résultat le meilleur étant obtenu par une compositiou déterminée. On peut aussi ajouter du braiet du goudron liquide qui donnent une amélioration très accentuée. Enfin un coke trop riche en matières volatiles pour être utilisable donne un coke normal quand on lui a retiré par une distillation préalable à 450° une portion déterminée de ces matières volatiles. Ce résultat inattendu montre que le pouvoir cokéfiant ne dépend pas, comme on l’a souvent supposé, de certaines substances de nature cellulosique.
- Influence du rayon de courbure des corps sur la formation du givre. — L’influence de la direction du vent sur la .formation du givre est bien connue. Les petits cristaux de glace sont en principe orientés face au vent. M. Rebouï montre de plus que les dépôts de givre s’associent en général sur les" parties des objets
- dont le rayon de courbure est le plus faible : bords des feuilles, pointes, arêtes, brindilles, etc. A mesure que le dépôt augmente, l’action du rayon serait sentir de moins en moins. L’influence des poussières sur la cristallisation des liquides sursaturés paraît se rattacher à l’effet précédent et l’ensemble de ces faits semble se relier aux phénomènes capillaires.
- Pouvoir colorant des glumes du Sorgho sucré. — M. André Piédalle étudie les résultats pratiques que l’on peut obtenir en utilisant la matière tinctoriale contenue dans les glumes du Sorgho. Cette matière colorante est soluble dans l’eau acidulée et se fixe directement sur laine, soie ou cuir, sans mordançage préalable. Le jus naturel' donne une belle couleur saumon que l’on peut modifier par un mordant d’alumine, d’étain, de chrome, par un virage au bichromate ou au fer, de manière à obtenir une gamme d’oranges, de rouges et de bruns aboutissant à un beau gris. Les nuances obtenues avec la laine et là soie sont vives et corsées.
- Résistance à la chaleur des éléments vivants existant normalement dans les tissus végétaux et animaux. — M. Galippe montre, contrairement à l’opinion courante, que les germes de certains micro-organismes peuvent supporter une température très supérieure à celle de l’ébullition de l’eau. Quand on opère sur des organes provenant des abattoirs, pour lesquels l’action du parasitisme normal et accidentel et celle de la microbiose ont eu le temps de s’exercer, la stérilisation par les méthodes ordinaires est presque impossible. Il en résulte que la plupart des conserves ne sont pas stériles et ne peuvent pas être consommées sans danger. Cette constatation est importante pour l’hygiène publique et explique les intoxications alimentaires produites par de la viande bouillie et bien cuite quand celle-ci a eu le temps de se contaminer avant la cuisson.
- Les charges électriques des microbes. — Quand on soumet à un champ électrique des microbes émulsionnés dans un bouillon de culture, on constate qu’ils se déplacent vers l’anode, comme si chacun d’eux était revêtu d’une couche électrique négative, adhérente à la paroi et glissant, sous l’action du champ, le long d’une autre couche électrique positive de même densité appartenant au milieu de suspension. MM. Pierre Girard et René Au-dubert ont étudié le phénomène et montré que la présence des sels de lanthane introduit divers effets biologiques d’hypervégétation, de survie cellulaire, d’action antiseptique, uniquement dus à la décharge électrique de la paroi des microbes par les ions de lanthane.
- LES JAUNES SUR LE FRONT
- En attendant que la Chine — ce qui ne tardera guère, si l’on peut croire les récentes nouvelles — prenne^une part active à la grande mêlée, elle compte sur notre front occidental des représentants qui se chiffrent par milliers. Presque tous sont des coolies recrutés par l’Angleterre à Canton et à Hong-Kong. On les emploie principalement comme terrassiers, soit pour conslruire des ouvrages
- fortifiés, soit pour établir des voies ferrées.
- Mais il en est qui se sont fait remarquer par leur intelligence et leur ambifion, et que l’armée britannique emploie désormais comme conducteurs de camions automobiles. Il faut constater que les Asiatiques, que l’on s’accordait à considérer comme réfractaires au progrès, forment d’excellents mécaniciens après un rapide apprentissage.
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- 128 .... ........._r= LES JAUNES SUR LE FRONT
- J’ai été récemment le témoin stupéfié d’un spectacle impressionnant. Je me trouvais dans une une grande ville de la Marne le 12 juillet dernier, soit deux jours avant cette mémorable « Offensive de la Paix » sur laquelle nos ennemis comptaient si ardemment, et qui a tourné à leur confusion. Pendant plus d’une heure, je vis défiler devant moi des centaines de camions qui, je le compris plus tard, allaient chercher des renforts. Toutes ces pesantes voitures avaient pour équipage des Asiatiques qui, coiffés du casque de tranchée, vêtus de vestes en peau de mouton, maquillés par la pous-
- letlres, dans le sens attaché à ce mot en Extrême-Orient, il n’en est pas de même pour les travailleurs chinois enrôlés comme auxiliaires. La plupart ne savent ni lire ni écrire, et bien rares sont parmi eux les « polyglottes » familiers avec le sabir anglo-chinois qui se parle dans les grands ports des mers de Chine. Aussi, le maniement de cette main-d’œuvre présentait-il les difficultés que l’on s’est ingénié à résoudre.
- Il serait notamment impossible à un Européen de faire l’appel d’une équipe. Au début, on avait imaginé de distribuer à chaque travailleur une mé-
- Les Annamites, au front : l’appel d’une équipe.
- sière des routes champenoises, avaient un air martial et robuste qui m’induisit en erreur : je les pris pour des Chinois !
- : Quelques mots échangés avec un automobiliste français m’éclairèrent : c’étaient des Annamites. Mais, vraiment, ils avaient grand air, avec leurs fusils accrochés à portée de main. Et mon interlocuteur m’apprit que ces braves petits Indo-Chinois rendaient d’excellents services comme convoyeurs, qu’ils apprenaient rapidement à conduire, à réparer et qu’ils arrivaient à se passer presque complètement du concours des mécaniciens de race blanche. De fait, je constatai de mes yeux qu’un seul Français de France, un gradé, figurait comme chauffeur dans des files de douze à quinze camions.. - Mais, si nos Annamites sont presque tous des
- daille portant un numéro matricule, qu’il présentait au gradé à l’heure de l’appel. Mais ce système, pourtant fort simple, entraînait de fréquentes confusions.
- Actuellement, l’opération s’effectue d’une façon à la fois plus pittoresque ét plus pratique. Les noms des ouvriers sont inscrits sur des rubans suspendus à un tambour qui tourne sur un mât. Un gradé chinois épelle chaque nom, et un gradé anglais peut aisément contrôler l’appel en s’assurant que son auxiliaire a bien touché successivement tous les rubans.
- .Ce curieux procédé pourrait peut-être attirer l’attention des industriels ou directeurs d’ateliers qui emploient en France la main-d’œuvre chinoise.
- V. Forbin.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahuré, rue de Fleuras, 9, à Pans.
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- 2 NOVEMBRE 1918
- LA NATURE. — N° 2344.
- L’ŒUVRE DU LIEUTENANT-COLONEL TILHO EN AFRIQUE CENTRALE
- La guerre, loin d’arrêter la grande œuvre d’exploration en Afrique à laquelle nos officiers se sont employés avec un succès si éclatant lui a, au contraire, donné une nouvelle impulsion. Au cours de cès quatre dernières années, les nécessités de la défense de notre empire colonial contre les menées
- plète valeur les résultats si importants obtenus par cet officier distingué, il est nécessaire d’expliquer en premier lieu la valeur stratégique de ces pays perdus au milieu du continent noir et pour cela de montrer leur position relative. Comme on le voit sur la carte, le Tibesti, le Borkou et l’Ennedi
- Fig. i. — Carte des régions explorées par le lieutenant-colonel J. Tilho.
- allemandes nous ont conduits à occuper des régions périphériques demeurées jusque-là en dehors de notre influence et à en poursuivre ensuite la reconnaissance géographique afin de prémunir contre toute surprise les postes nouvellement créés. De ces expéditions la plus fécondé, et de beaucoup, au triple point de vue militaire, politique et scientifique est ce!'e accomplie de 1913 à 1917, par le lieutenant-colonel J. Tilho, de l’infanterie coloniale, en Afrique centrale, au Borkou, au Tibesti et dans l’Ennedi. *, -
- Pour que le lecteur puisse apprécier à sa.com-
- dessinent au nord-ouest du Tchad une longue muraille ébréchée entre l’immense cuvette au fond de laquelle ce lac étale ses eaux marécageuses et le non moins vaste désert de Libye. De cette enceinte le Tibesti et l’Ennedi constituent les parties hautes, tandis qu’au centre de cette muraille, le Borkou ouvre une large dépression entre les régions tcha-dienne et libyque. Sur ce .seuil aucun obstacle à circulation,, des points d’eau abondants et des oasis rapprochées, bref une route facile renfermant de nombreux ports d’escale*où lés caravanes peuvent se refaire après la pénible traversée des sables.
- 9—129. \
- 46° Année. — 2° Semestre
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- 130 L’ŒUVRE DU LIEUTENANT-COLONEL T1LHO EN AFRIQUE CENTRALE
- Aussi bien le Borkou est-il devenu le carrefour de cette partie de l’Afrique ; c’est là qu’aboutit la grande piste caravanière qui, partant des rivages méditerranéens de la Cyrénaïque, traverse du nord au sud le désert libyque par Iioufra, une des résidences du grand pontife des Senoussistes, ennemi acharné des puissances occidentales, et c’est là qu’elle bifurque en direction du Tchad et du Ouadaï. Si cette route a perdu aujourd’hui une grande partie de son trafic composé principalement de chair humaine tout récemment encore, elle a gardé en revanche une importance politique de premier ordre. Par cette voie, armes et munitions que les Allemands débarquent en Tripolitaine et en Cyrénaïque sont acheminées vers Koufra d’où les Senoussistes les distribuent dans toute l’Afrique centrale, et par cette voie arrivent les fauteurs de désordre chargés d’entretenir l’agitation parmi les nomades des marches tchadien-
- nes. Le Tibesti et l’En- * y ~~Z~\ - ' -
- nedi forment donc la J, v*-* * ^
- zone de contact de nos possessions avec le domaine des Senoussistes soumis aux influences turco-allemandes et le Borkou la grande route d’infiltration de leurs menées en direction de l’Afrique centrale. Ces pays sont par suite les clés d’une vaste partie de notre empire africain.
- Quel péril il y aurait eu à laisser de pareilles positions aux . mains de nos adversaires, le gouvernement le comprit et à la veille de la guerre il fit procéder à l’occupation du Borkou et du Tibesti, en même temps qu’à l’expulsion des Senoussistes de ces deux massifs, d’où pendant de longues années ils avaient contrarié nos progrès. Cés opérations terminées, les portes d’entrée nord-est dans le bassin du Tchad furent solidement barricadées pour le cas où nos ennemis tenteraient quelque retour offensif. Dans ces pa*ys de la soif quiconque détient l’eau est maître de toute la contrée. En conséquence des postes furent construits dans les principales ^ oasis, à Bardai et à Ounianga (fîg. 5) dans le Tibesti, à Paya et à Fada dans le Borkou, des fortins en briques cuites au soleil, bien suffisants pour résister aux attaques des nomades dépourvus d’artillerie (fig. 2). En même temps le secteur Borkou-Ennedi, le plus exposé’ aux entreprises de l’adversaire était confié ,au lieutenant-colonel Tilho, officier énergique joignant à l’expé-ripnce des opérationsf dans le désert une rare habileté dans le maniement des populations noma-
- des, en outre explorateur scientifique de haute valeur. Lorsque le ‘2 août 1914 arriva, toutes les mesures de défense se trouvaient prises. Dès lors, il n’y avait plus qu’à surveiller les rivages du désert afin d’arrêter les Sénoussistes au passage s’ils se présentaient et qu’à maintenir la tranquillité dans les territoires nouvellement conquis. Pour cela, pendant trois ans et demi de petits détachements n’ont cessé de patrouiller, châtiant énergiquement les pillards, montrant aux tribus de fidélité douteuse que l’on avait l’œil sur elles, et aux dissidents que toute tentative de désordre serait punie rapidement et sévèrement. Dans ces contrées comme dans beaucoup d’autres d’ailleurs, brandir le bâton de police d’un air menaçant, c’est le meilleur moyen d’éviter de s’en servir. A la tête de petites colonnes le colonel Tilho et ses officiers ont ainsi parcouru en tous sens le Borkou, l’Ennedi, ainsi que les versants méridionaux et. orientaux du Tibesti, et n’ont pas hésité également à pousser, à travers les sables libyques, en direction de Koufra.
- Le succès' le plus complet a couronné cette politique. Tout le temps que le colonel Tilho est demeuré à la tête dé ces pays, aucune échauffourée grave ne s’est produite. Des agressions contre des caravanes, des vols de troupeaux, tels ont été les seuls incidents pendant la durée de son commandement. Du jour-au lendemain, les nomades du désert ne renoncent pas à leur métier séculaire de détrousseurs de grand chemin.
- Si l’action militaire et politique de cet officier supérieur a obtenu les résultats les plus heureux, non moins considérable a été son œuvre géographique. (Jne comparaison en fera ressortir l’intérêt comme l’ampleur. Avant 1914, la partie méridionale du désert de Libye, le Tibesti, le Borkou,etc., étaient demeurés complètement inconnus ; il y avait là un espace de l 250 00D km2, soit le double de la superficie de la France, de la Belgique et de la Suisse réunies, beaucoup plus, ignoré que la surface de la lune. Aujourd’hui, grâce au colonel Tilho, une portion considérable de ces territoires se trouve cartographiée. Astronome expérimenté et topographe habile; cet officier a employé ses nombreuses tournées à dresser une carte précise des contrées qu’il administrait, ainsi que d’une vaste partie du Tibesti; plùs^ tard ayant obtenu de rentrer en France par l’Égypte, il a étendu ses opérations au Ouadaï et au' Darfour et a pu
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- ainsi souder les levers exécutés dans l’Afrique française à ceux du Soudan égyptien. Le large blanc que les cartes de cette partie de l’Afrique ont si longtemps gardé se trouve ainsi singulièrement réduit. Par ce beau travail, son auteur a servi autant les intérêts de la politique que ceux de la géographie. Dans les pâys neufs, encore plus qu’ailleurs, s’ils ne sont pas établis sur des cartes précises, les programmes militaires et administratifs les plus judicieux aboutissent souvent à de graves mécomptes. A cet égard, l’occupation du Tibesti en 4914, fournit un exemple instructif. Les cartes de cette époque, plaçant l’oasis de Bardai à la limite des montagnes et du désert, les' instructions données au chef de la colonne lui prescrivaient d’établir son centre de résistance dans cette, localité, afin de pouvoir surveiller de là les
- mais d’un bouleversement de la carte si complet, qu’elle apparaît même sur les atlas scolaires. D’après Nachtigal, le seul voyageur qui l’eût visité jusqu’ici, le Tibesti était représenté comme une puissante crête orientée nord-ouest-sud-est, longue de 400 km environ et large de 100. Or, à la place de cette simple chaîne, existe un énorme massif de forme triangulaire, grand comme deux fois et demie la Suisse et atteignant la hauteur des cimes les plus élevées des Pyrénées. Sa superficie n’est pas inférieure à 100000 km2 et son altitude maxima à 5400 m., 1000 m. de plus que ne l’avait annoncé iNachtigal.. Pour compléter cette esquisse de la physionomie de Tibesti, ajoutons qu’il s’élève solitaire au milieu d’une immense mpr de-sable; telle une île escarpée surgissant en plein océan, et que dans son ensemble il forme un vaste plateau
- Fig. 3. — L'oasis d’Ounianga. — Un relief démantelé et sculpté par l'érosion subaérienne. Remarquer d gauche une pointe rocheuse affeâtant la silhouette, d'une statue dressée sur son piédestal et qui, pour cette raison, est connue sous le nom de.Rocher de la statue.
- abords des sables libyques. L’idée aurait été excellente, si Bardai avait occupé la position dominante que lui attribue la carte. Or, loin d’être située à la lisière du désert, cette oasis en est, au contraire, éloignée de plusieurs journées de marche, et se trouve au beau milieu des montagnes, de telle sorte qu’elle ne peut servir de poste de. guet pour épier les mouvements des nomades dans les sables.
- Des nombreuses expéditions entreprises par le lieutenant-colonel Tilho pour assurer la tranquillité, incontestablement la plus riche de beaucoup en résultats scientifiques, est-sa reconnaissance du Tibesti. ?
- De ce pays, cet officier rapporte de véritables révélations géographiques. 11 ne s’agit plus, en effet, dans ce cas, comme dans tant d’autres expié-® rations, de simples rectifications au tracé des montagnes et des cours d’eau ou de déplacements de localités soit en latitude, soit en longitude, bref de détails intéressant uniquement * les spécialistes,
- incliné vers le nord et le nord-est, disséqué par de nombreuses vallées en chaînes campaniformes que surmontent de puissants appareils volcaniques. Sur le côté sud-ouest et au sommet du triangle, ces appareils possèdent un relief et des dimensions considérables. Dans la première de, ces régions* les rapports du colonel Tilho ne signalent pas moins de quatre énormes cratères, et cette liste n’est nullement limitative; de nouvelles -explorations l'augmenteront .certainement. C’est d’abord, au pied du Toh d’Abo, une ancienne bouche, dans un état de conservation parfaite, puis en. descendant vers le sud, près du Tarso-Touside1 (5250 m./, je second sommet du Tibesti par ordre d’altitude, une « caldeira », creuse de 200 m. et longue de plusieurs kilomètres, contenant une nappe de natron, témoin d’un ancien lac de cratère, ensuite, sur le
- 1. Les allas donnent à tort le nom de Tarso au massif du Tibesti. Ce vocable n’est pas. un nom propre, mais un substantif commun, synonyme de plateau ou de montagne.
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- Tarso-Touri (2900 m.), une solfatare au dernier stade d’activité, croit-on, enfin, sur le Tarso-Yohon, un cratère long d’une dizaine de kilomètres, large de 7 à-8 et profond de 250 à 300 mètres. Quelque considérables que soient ces appareils, ils s’effacent devant l’Emi-Koussi, le point culmi-r nant du Tibesti dressé au sommet du triangle. Figurez-vous une sorte de môle "d’une centaine de kilomètres de long, et large d’une vingtaine au sommet, dominant la région voisine de 2500 m. et dans l’épaisseur de cet énorme plateau, un gouffre gigantesque n’ayant pas moins de 765 mètres!
- Cet abîme est formé de deux immenses entonnoirs emboîtés l’un dans l’autre : d’abord un cratère d’exp’osion mesurant 35 km de tour, et profond de 300 à 400 m, environ, et au fond de cet énorme trou, une seconde cavité mesurant un périmètre d’une dizaine de kilomètres et formant une nouvelle dépression de 350 mètres. Une fois l’Émi-Koussi entré dans une ère de repos complet, la bouche voi-
- les manifestations de l’activité interne au Tibesti.
- •Pour les géologues ajoutons que les plateaux supportant les appareils volcaniques sont constitués, dans la partie centrale du massif, par des schistes anciens jusqu’à l’altitude de 2000 m., et, à la périphérie par de puissants dépôls gréseux dont les cotes maxima ne dépassent pas 1000 .à 1200 m., enfin, que la surrection de ce relief est peut-être en relation.avec les grandioses phénomènes tectoniques et volcaniques qui ont affecté l’Afrique orientale et qui y ont fait surgir les énormes massifs du Kilimandjaro, du Kénya «et du Rouenzori.
- « Anciens cratères, plateaux, vallées, tous les paysages tibestins laissent l’impression d’une sauvagerie hostile et étrange», écrit le colonel Tilho. D’horizon en horizon rien que des pierres; seulement de loin en loin une tache verte blottie au milieu des rochers fauves comme une petite chose frêle épargnée fortuitement par l’incendie solaire. Contrairement à ce que l’on observe dans les déserts
- ! '
- Fig. 5. — Entre Ennedi et Borkou. — Entrée
- canique la plus profonde a été, comme celle du Tarso-Touside, occupée par un lac. De cette nappe, ainsi que dans le cas précédent, il ne subsiste plus qu’une épaisse couche de natron, dont la nappe immaculée laisse l’impression d’un névé éblouissant.
- Tous ces cratères sont aujourd’hui éteints. Quelques sources thermales dont la plus chaude marque 80°, et, peut-être des émanations sulfureuses au Tarso-Touri, voilà à quoi se réduisent actuellement
- l’une cuvette découpant l’épaisseur des plateaux.
- où les hautes montagnes sont moins arides que les plaines voisines en rabon de l’augmentation des précipitations déterminée par l’altitude, le TibestU est plus désolé que le Borkou situé à sa base. L’exagération des conditions désertiques dérive ici principalement de l’absence presque complète de terre végétale, et, cette circonstance défavorable ne. se trouve point compensée par des pluies abondantes. Il pleut certes plus au
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- Tibesti qu’au Borkou, mais si peu. Tandis que la dépression borkouane n’a pas reçu une goutte d’eau pendant onze ans de suite de 1903 à 1914, cette période de sécheresse n’a duré dans les montagnes que quatre ou cinq ans, et, en 1915, alors que dans la première de ces régions il n'a pas plu, la seconde a enregistré quelques ondées. Dans cette partie de l’Afrique, en raison de sa situation continentale, l’altitude détermine simplement une légère atténuation locale de la sécheresse générale.
- Quelques petites galeries d'Acacia Sayal (A. tor-lilis) et quelques bouquets de tamaris atteignant 8 à 10 m. de haut et de 0,30 de diamètre, voilà à quoi se réduit la végétation forestière au Tibesti. Aussi bien, lorsque, comme dans la vallée du Miski, on rencontre une lande buissonneuse parsemée d’arbres, longue d’une douzaine de kilomètres et large de 1000 à 2000 m., on a l’impression de se trouver devant un véritable prodige de verdure. Seules certaines localités particulièrement privilégiées au point de vue de l’eau, contiennent des palmeraies et quelques cultures de blé, d’orge, de mil, de tomates, de tabac. Dans l’oasis de Gouro la vigne a même été acclimatée par les Senoussistes, lesquels, soit dit en passant, ne sont nullement des sauvages, comme on est tenté de le croire. Les ceps portent ici deux fois par an et produisent des raisins excellents. Le rendement des céréales est relativement élevé pour un pays désertique. Au Borkou les meilleures terres à blé donnent dix quin-
- Rochers modelés par l’érosion éolienne.
- taux à l’hectare. Mais les Tibestins, des Toubous, comme leshommes d’armes du moyen âge, dédaignent l’agriculture et la considèrent comme une profession de manants. De quoi vivent donc ces fiers guerriers? De l’élevage des troupeaux de chèvre, du produit de* plusieurs cueillettes, notamment des graines de « siwak » (Salvadora persica) et de coloquinte, et, à l’occasion, de viande de mouflon qu’ds vont piéger sur les crêtes culminantes. Les graines de
- « siwak » transformées en farine servent à fabriquer des galettes noires comme des briquettes de charbon qui remplacent le pain dans l’alimentation ; quant aux graines de coloquinte, elles ne deviennent comestibles qu’après une longue préparation. En voici la recette, à titre d’échantillon de la gastronomie touboue. D’abord piler les graines pour sé-
- Fig. 6. —Borkou. — Paysage typique.
- parer l’amande de la cosse, puis cuire pendant quatre heures dans de l’eau additionnée de charbon de bois dans la proportion d’un tiers; après cela, renouveler eau et charbon et recomnlencer la cuisson dans les mêmes conditions durant quatre ou cinq heures; ensuite troisième cuisson également prolongée, mais cette fois dans de l’eau pure ; enfin faire sécher. Ainsi préparées, les amandes sont consommées, soit telles quelles ou mélangées à des dattes sèches ou à des fruits d'Acacia Sayal pulvérisés. Tout cela ne nourrit pas son homme ; aussi le brigandage, est-il la principale source de revenus des Tibestins, tant et si bien qu’ils choisissent le site de leurs établissements d’après les avantages qu’il offre pour l’exercice du métier de détrousseur de grand chemin. C’est ainsi qu’une petite confédération, comptant trente à quarante familles, est installée dans le cratère de l’Emi-Kou.'si. On ne saurait imaginer plus effroyable désert; neuf mois de l’année point d’eau à proximité; il faut aller la chercher à plusieurs kilomètres; avec cela, de très rares pâturages, à peine suffisants pour quelques chèvres. En revanche quel admirable repaire que ce trou de 400 m. de profondeur, avec sa ceinture de falaises inaccessibles, sauf par trois étroites brèches difficilement praticables ! Tapis au fond de leur gouffre, les montagnards sont renseignés très exactement sur tout ce qui se passe ou va se passer au pied de leur volcan, grâce à un système d’espionnage qui rendrait des points à celui des Allemands, et, dès qu’un butin leur est .signalé, ils se mettent aussitôt en campagne; le coup fait, ils disparaissent
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- comme des rats dans leurs trous de troglodytes, ni vus, ni connus. Après notre arrivée dans le pays, les Koussadas. comme on nomme les habitants du Roussi, continuèrent leur métier ; c’était compter sans leur hôte, et, à deux reprises, le colonel Tilho et le capitaine Lauzanne leur ont montré que les falaises du cratère ne les protégeaient plus contre le châliment.
- L’exploration du Tibesti a été complétée par une remarquable reconnaissance accomplie par le lieutenant Fouché dans la partie du désert de’ Libye située dans le nord-est de ce massif. Partant de Tekro, le puits le plus oriental du versant est du Tibesti, avec quelques tirailleurs cet officier s’est avancé jusqu’au puits de Sarra, à 251 kilomètres seulement “de la plus méridionale des oasis de Koufra, expédition particulièrement intéressante au point de vue scientifique. Avant le lieutenant Fouché aucun Européen n’avait encore foulé cette partie du désert libyque.
- De même qu’au moyen âge de pieux donateurs faisaient édifier sur les routes de pèlerinage des hôtelleries destinées à abriter les voyageurs, un riche marchand de Benghazi,
- Senoussiste ardent, a payé les frais de creusement de ce puits, afin de faciliter à ses coreligionnaires la redoutable traversée du désert entre Koufra et le Borkou. Le puits mesure une profondeur de 73 mètres ; tout entier il a été foré au pic et à la barre de mine, à travers des roches très dures, par six ouvriers. De quel esprit d’organisation et de quelle énergie sont capables les. Sénoussistes, l’exécution de ce travail dans un tel milieu en apporte une nouvelle preuve. L’eau la plus proche se trouvait à 160 km et, pour ravitailler le chantier, des convois de chameaux devaient effectuer une navette constante. Si rudes étaient les fatigues et les privations des puisatiers qpe tous les mois ils devaient être relevés et envoyés au repos ; mais quel que fut leur épuisement, jamais ils ne se décourageaient : n’accomplissaient-ils pas œuvre pie et leur labeur ne leur assurait-il pas une place privilégiée aù paradis de Mahomet? Les simples du monde musulman ont gardé les sentiments qui, aux siècles passés, animaient les constructeurs de nos merveilleuses cathédrales.
- L’audacieuse expédition du lieutenant Fouché faillit se terminer par une catastrophe. Au retour,
- sur le grand plateau, le guide perd la route. Dès qu’ils ne retrouvent plus les traces laissées à l’aller, les tirailleurs s’arrêtent découragés. La situation devient d’autant plus inquiétante que la chaleur est accablante et que la provision d’eau diminue rapidement. La ration de chaque homme est réduite à quatre litres par jour, quantité tout à fait insuffisante dans-une pareille fournaise. Dès lors les hommes ne s’alimentent plus convenablement; ce n’est pas tout, les pieds gonflés par la fatigue et endoloris par les sables, ils n’avancent maintenant qu’au prix de véritables souffrances. Les chameaux faiblissent également: dans cette détresse tous se croient * perdus. Avec le plus admirable sang-froid le lieutenant Fouché et son adjoint, |e sergent Morcel, s’efforcent de remonter le moral de la petite troupe. Le guide a perdu son chemin, soit ; mais le commandant ne possède-t-il pas un merveil-’ï leux petit instrument
- qui, lui, ne se trompe jamais, et qui, sûrement conduira la cara-:j vane à bon port. En-
- j core deux jours d’ef-
- j forts et les rochers de
- j Tekro apparaîtront à
- I l’horizon. Incrédules,
- | mais respectueux de la
- | parole de leur chef, les
- | noirs se remettent en
- | marche. Toujours le
- | même milieu dépri-
- 1 mant, toujours la plaine
- brûlante et toujours le -.même horizon vide pareil à celui de l’Océan, où les couches d’air vibrent comme autour du poêle surchauffé, créant sans cesse des mirages décevants. Le troisième jour - de grand matin, comme l’avait annoncé le lieutenant Fouché, les trois cônes rocheux de Tekro pointent dans le lointain. C’est le salut! Aussitôt des tirailleurs poussent des cris d’allégresse, et, au morrte abattement succède une joie enfantine; quelques heures plus tard, lorsqu’ils ont installé le bivouac près de l’eau revivifiante, tous viennent contempler avec les marqués du plus profond respect la petite boussole .qui les a sauvés de l’horrible mort par la soif.
- Non seulement le Tibesti est notamment plus élevé qu’on ne le supposait, mais encore toutes les régions visitées par le colonel Tilho. L’Ennedi constitue un immense plateau s’élevant en ses points culminants à" 1400 m., tout découpé de larges cuvettes (fig.-5) et d’innombrables ravins ; le point culminant du Darfour, dont le relief était évalué à 1800 m., dépasse en réalité 3000 m. Enfin le Borkou forme une zone de rochers démantelés;* de part et d’autre du seuil sablonneux large
- Fig. 8. — Borkou. — Aiguilles rocheuses voisines de Yarda dont le soubassement est garni de dessins rupestres.
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- d’une vingtaine de kilomètres qui le traverse (fig. 6), s’élèvent des îlots rocheux bizarrement sculptés par les érosions, affectant l’aspect tantôt de tours, tantôt de châteaux forts, tantôt de cathédrales gothiques. Comme le montrent les belles photographies de l’explorateur reproduites ci-contre, il y a là une admirable variété de paysages ruini-formes dont les silhouettes architecturales évoquent le souvenir des Alpes dalmatiques (fig'. 8).
- Les observations hypsométriques exécutées par le colonel Tilho prouvent d’une manière qui ne laisse place à aucun doute, que depuis l’établissement des conditions actuelles de relief, aucune*communication hydrographique n’a existé, comme on l’a longtemps supposé, entre le bassin du Nil et celui du Tchad et que cette cuvette lacustre est demeurée privée d’écoulement. En revanche, si le seuil bor-kouan n’a point été traversé par quelque déversoir du Tchad, il a renfermé jusqu’à une époque toute récente de très vastes et très nombreuses nappes d’eau.
- A la place des sables actuels il y avait là une immense région lacustre et palustre dont l’existence passée est attestée par d’innombrables berges abandonnées et par des dépôts considérables de coquilles d’eau douce. Gomme le Sahara, comme le Gobi, cette partie de l’Afrique a été lé théâtre d’un dessèchement intense depuis une époque rapprochée. Pour l’abondance des lacs fossiles le Borkou et la lisière nord-ouest du bassin du Tchad sont comparables aux régions de l’Asie centrale, classiques sous ce rapport : le désert du Lop et celui de Takla-Makane. Mais, tandis que dans ces régions du Turkestan chinois de nombreuses ruines, véritables
- Pompéïs asiatiques, riches en objets d’art, en monnaies ^ anciennes, voire même en manuscrits, permettent de dater cette remarquable variation climatique, ici de pareils témoignages font défaut, pour l’excellente raison que, de tous temps cette portion de l’Afrique est demeurée éloignée des centres de la civilisation. Sur l’époque relative de ce dessèchement le colonel Tilho n’a rencontré qu’une simple >indication, d’ailleurs très vague; elle laisse simplement supposer que l’homme a été témoin de cette ancienne extension des eaux. Ce sont aux environs de l’oasis de Yarda (fig. 8) des dessins rupestres remontant à’ plusieurs siècles au témoignage unanime des indigènes et représentant des scènes de guerre et de chasse. Un panneau figure l’attaque d’un troupeau de chameaux au pâturage par des pillards, et plus loin des hippopotames. La présence de ces dernierà animaux induit à penser qu’à l’époqué où ces graffiti ont été tracés le pays renfermait d’abondants marécages; d’autre part celle des chameaux annonce que le régime domestique régnait déjà.
- Quels éminents services le lieutenant-colonel Tilho a rendus à la science pendant son dernier séjour en Afrique Centrale tout en accomplissant avec éclat ses devoirs militaires, les Sociétés de Géographie de Paris et de Londres se sont empressées de le reconnaître en lui décernant leurs grandes médailles d’or. Enfin, dans sa séance du 9 mars dernier l’Académie des Sciences élisait ce savant officier Correspondant dans la section de géographie et de navigation en remplacement du général Gallieni. Ce choix constitue à lui seul un symhole.
- Charles Rabot. *
- LA GRIPPE MALIGNE DE 1918
- « Rien de bon ne vient de 1-est », disait autrefois le prince de Hôhenlohe à un diplomate ami. Cet avertissement politique, que notre xxe siècle a pleinement confirmé, reste vrai lorsqu’il s’agit des grandes épidémies de grippe maligne.
- C’est toujours de l’est vers l’ouest que se sont propagées les infections grippales, et l’épidémie actuelle n’a pas modifié la formule; car, contrairement à la légende, la grippe qui sévit chez nous n’a rien « d’espagnol » pas même son origine.
- Née en Allemagne, peut-être même en Russie, vers la fin de l’hiver passé, elle s’est manifestée au, printemps sous deux aspects différents, en Espagne et chez nous; bénigne de ce côté-ci des Pyrénées, elle était grave de l’autre côté de la chaîne montagneuse.
- Pendant l’été:, la Suisse ést à son tour victime des méfaits de l’épidémie qui entre sur le sol helvétique par Schaffliouse et Bâle, puis avec les premiers froids de l’automne nous voyons la maladie se réveiller chez nous ou plutôt, nous la voyons prendre-un aspect de malignité qu’on ne lui
- connaissait plus depuis l’hiver de 1889-1890.
- C’est en effet en 1889-1890 que l’Europe avait, pour la dernière fois, eu à subir les ravages de la grippe ; certes, chaque année apportait son contingent d’infections grippales ; mais à aucun moment, pendant T intervalle des trente années qui séparent ces dates, l’épidémie n’avait, revêtu l’aspect grave que nous lui connaissons aujourd hui.
- Est-ce à dire qu’âvant 1889, l’Europe ait ignoré la grippe et ses manifestations? non certes, car, sous des noms divers, mais des modalités toujours graves, l’infection s’est manifestée à de nombreuses 'reprises dans les pays du vieux continent. „•
- Tac ou horion en 1404, la maladie prend le nom de coqueluche en 1510 et celui de catarrhe épidémique, en 1580; 1627 marque la date d’une nouvelle atteinte f 1733 d’une autre, la maladie est alors appelée follette, de même qu’en 1742 elle est baptisée influença-, enfin en 1782, elle prend le nom qu’elle conservera désormais, celui de grippe.
- Depuis, la grippe maligne est apparue à plusieurs reprises au cours du xixe siècle. , ^
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- Mais, l’homme semble perdre facilement le souvenir de la malignité de la grippe; car, dans la période intermédiaire, malgré les épidémies qui plusieurs fois dans un même siècle ont ravagé nos contrées d’Europe, médecins comme malades ont pris à la légère l’avertissement et l’exemple des années précédentes, pour afficher vis-à-vis de la grippe une dédaigneuse indifférence.
- Les plus grands esprits ont d’ailleurs donné dans ce piège; n’est-ce pas Broussais, en effet, qui, au début du'siècle passé écrivait :
- La grippe est une invention de gens sans le sou et de médecins sans clients, qui n'ayant rien de
- Nous dirons par exemple que la pneumonie est l’inflammation du parenchyme pulmonaire, produite par l’action du pneumocoque de Talamon. Pouvons-nous de même donner une définition précise de la grippe? non certes, car les recherches microbiologiques commencée avec l’épidémie de 1889, poursuivies depuis lors et complétées à l’occasion de l’épidémie actuelle, n’ont pas encore fourni de preuves évidentes de la spécificité du cocco-bacille de Pfeiffer (1892). C’est en effet à l’action pathogène de ce microbe que l’on tendait jusqu’à ces derniers temps à attribuer la maladie n’osant affirmer cette spécificité devant l’inconstance des constatations bactériologiques dans des cas cliniquement semblables. Sans le savoir, on agissait prudemment.
- Il y a quelques jours, en effet, une communication d’un savant de Tunis, M. Ch. Nicolle, faisait connaître à l’Aca-démie des Sciences la découverte, dans les sécrétions bronchiques des « grippés », d’un virus filtrant, qui, injecté à l’animal, reproduirait la maladie (l). Si la découverte du savant de l’Institut Pasteur de Tunis se confirme, il faudrait attribuer la grippe à l’action d’un agent pathogène invisible, si petit qu’il traverse les bougies filtrantes. Du rôle de ténor qu’il jouait jusqu'alors dans l'étiologie de la maladie, le bacille de Pfeiffer se trouverait de'ce fait ramené au rôle plus modeste de choriste. Ce serait tout comme le streptocoque et le pneumocoque un simple microbe d’infection secondaire.
- Ainsi jusqu’à présent, bactériologiquement, il n’existe pas dé véritable substratum à l’identification de la grippe; au contraire, ses caractères de contagiosité, son évolution épidémique, sont de nature à la faire toujours reconnaître. Quant à la grippe maligne, les nombreuses déterminations viscérales qu’elle entraîne sont là pour l’identifier et là faire redouter.
- Ce sont en effet les complications, qui font de la grippe simple, banale, de la grippe à la mode de
- 1. Un virus filtrant est un agent microbien extrêmement petit, invisible au microscope et dont la présence ne se révèle, après filtration, que par les désordres qu’entraîne son inoculation aux animaux.
- Fig. i. — Frottis d'expectoration d’un malade atteint de grippe (avec complications broncho-pulmonaires d’origine pneumococcique).
- mieux à faire, se sont amusés à créer ce farfadet ?
- Combien de fois, depuis Broussais n’avons-nous pas entendu rééditer ce paradoxe spirituel certes, mais aussi inexact qu’amusant ; et combien de fois, n’avons-nous pas vu de bons médecins mettre en doute l’individualité de la grippe. À tous ceux qui doutaient, l’épidémie actuelle vient désiller les yeux.
- Grippe bénigne et grippe maligne.---------Mais
- qu’est-ce au juste que la grippe? C’est ce qu’il nous faut envisager maintenant.
- Certes, quand nous définissons la pneumonie, la diphtérie ou la tuberculose, nous avons pour appuyer notre définition l’aide de notions bactériologiques précises.
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- toutes les années, une forme grave, une grippe maligne; ce sont ces complications qui sont la cause du taux élevé de mortalité au cours des grandes épidémies, et ce sont elles qui dominent le pronoslic de la maladie.
- Quelles sont donc les complications de la grippe? On peut dire, qu’au cours de la grippe maligne, tous les grands appareils de l’organisme sont à même d’être touchés : tube digestif, système nerveux, cœur, reins, foie, etc.... Mais rappelons-nous, que la grippe frappe avec une sorte de prédilection les voies respiratoires. C’est par les voies respiratoires que se transmet la maladie, c’est à leur niveau qu’elle se localise, surtout dans les modalités de pronostic grave. Gaillard dit avec juste raison : si la grippe tue cest qu'elle frappe au thorax. L’épidémie actuelle n’est certes pas faite pour infirmer cette manière de voir; car, à l’exemple des grandes épidémies antérieures, la pandémie actuelle est dangereuse par les multiples localisations bronchopulmonaires qui viennent la compliquer. Pneumonies vraies, broncho-pneumonies, congestions pulmonaires, toutes les formes variées, anatomiques et cliniques, s’observent au cours de la grippe; relevant avant tout, microbiologiquement parlant, du pneumocoque et accessoirement du streptocoque.
- Ainsi, on peut concevoir la grippe maligne comme étant la totalisation de deux infections différentes; tout d’abord, une infection initiale à virus filtrant et à cocco-bacille, et qui en tous temps représente la forme simple de la grippe, d’autre part, une infection secondaire, surajoutée, su'tout pneumococcique et qui donne à la maladie toute sa malignité'. La grippe simple est extrêmement contagieuse, l’infection secondaire l’est également, bien qu’à un moindre degré, semble-t-il. Mais il est un fait certain, c’est que du mélange des deux infections, il ne sort rien de bob, et l’on peut invoquer peut-être l’action exaltante de la grippe sur les microbes d’infection secondaire, pour expliquer la virulence extrême de ces derniers microbes comme les désordres qu’ils provoquent. Mais, ainsi que le dirait Kipling, « ceci est une autre histoire », que la science de demain éclaircira peut-être.
- Contagion et isolement. — Mais, direz-vous, pour intéressantes que soient ces considérations bactériologiques et patbogéniques, en quoi peuvent-elles intervenir piatiquement pour permettre à
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- tout un chacun de se prémunir contre la maladie et ses méfaits, c’est un point de la question que nous.allons envisager maintenant.
- La grippe est d’une contagiosité extrême, certains ont même été jusqu’à considérer toute précaution comme vaine, devant la rapidité de dissémination de l’infection.
- Il est vrai que la propagation du mal est telle que l’on serait tenté de penser, à l’exemple des médecins des temps anciens, que le vent soufflant sur une cité la pousse de proche en proche et l’introduit dans la pièce la mieux close. Il n’en est rien, la contagion de la grippe est essentiellement humaine, c’est-à-dire qu’elle se fait d’homme à homme, ou par l’intermédiaire des objets qui font plus ou moins partie de notre personne.
- De -nombreux exemples viennent mettre en lumière le processus de contagion et montrent que l’isolement arrête la propagation de la maladie.
- Les observations publiées à la suite de l’épidémie de 1889 offrent un choix'abondant.
- Voiei un fait emprunté à Proust : un passager du paquebot Saint-Germain s’embarque à Santander avec la grippe qu’il a contractée à Madrid; quatre jours plus tard, le médecin du bord est atteint ; la maladie se généralise, et frappe 154 passagers sur 436. Autre fait :
- Un officier de marine reçoit à Brest, le 11 décembre, un colis venant de Paris, où la grippe règne depuis le milieu de novembre, il le déballe; trois jours plus tard, il est atteint par la grippe qui frappe, le lendemain et le surlendemain sa femme et ses trois domestiques. Le 14 décembre, il va à bord du navire la Bretagne ét y passe 24 heures. Le 16, un premier cas de grippe est signalé à bord, et à partir du 17, la maladie frappe quotidiennement de 20 à
- 45 hommes, sur un équipage de 80. L’autorisa-
- tion accordée à certains membres de l’équipage de se faire soigner chez eux dissémine la maladie dans la contrée.
- Donc, le grippé, en circulant, colporte sa grippe, ces deux faits l’établissent nettement ; de plus, la contagion est possible par l’intermédiaire d’objets touchés par des grippés; à l’inverse, les membres des communautés religieuses qui vivent cloîtrés, les individus emprisonnés restent iudemnes dans une proportion étonnante.
- De ces faits opposés, on doit tirer la conclusion,
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- que l’isolement individuel et collectif absolu des grippés est un devoir. Cependant, c’est pratiquement au moins, dans-nos pays d’Europe où les mesures sanitaires radicales sont inconnues, une mesure qui ne sera jamais appliquée. Nous rencontrerons toujours dans la rue .des grippés, nous nous trouverons nez à nez avec eux dans les moyens de transport en commun. ~
- Combien de grippes ont été contractées dans les 'tramways et métros, et combien d’autres dans les théâtres et cinémas. La Suisse, lorsqu’elle a voulu mettre, fin à l’épidémie des mois derniers, a pris des mesures d’interdiction des réunions; spectacles, réunions cultuelles même ont été supprimés.
- Nous ne sommes pas encore arrivés à l’adoption de mesures analogues, et c’est pourquoi, si la crainte du ridicule n’arrêtait pas les humains, conseillerons-nous aux personnes appelées à circuler dans des milieux douteux, de porter un masque couvrant la bouche et le nez, double compresse de gaze par exemple.
- Ce moyen est d’une efficacité remarquable.» Dans une des plus grandes maternités de Paris, l’épidémie de grippe a été enrayée par ce moyen, aucun des enfants notamment n’a été touché, alors que les mères avaient été atteintes.
- Les hommes accepteront peut-être volontiers, ces mesures préventives; mais les dames! Pour elles, et eu égard à leur coquetterie, nous' nous bornerons à recommander la voilette, qui au lieu de pendre négligemment sur le pourtour du chapeau, sera fermée autour du cou.
- Un grand problème se pose maintenant, celui de la prophylaxie des complications. Laissez-moi vous exposer tout d’abord un fait, tout comme dans les anciennes fables, sa moralité aura la valeur d’un - enseignement.
- A l’hôpital Pasteur, il n’y a, pour ainsi dire pas de complications broncho-pulmonaires de la grippe. A l’époque où le renseignement m’a été donné, une seule grippe compliquée d’atteinte des voies respiratoires avait été observée.
- Encore s’agissait-il là d’un malade qui, à son arrivée à l’hôpital, présentait des signes évidents de lésions du poumon.
- _ A quoi tient cette différence, avec l’évolution des cas traités dans d’autres hôpitaux? Uniquement, semble-t-il, aux mesures d’isolement prises à l’égard des grippés; non pas seulement isolement collectif, mais également isolement individuel en chambres séparées.
- On est donc amené à conclure, que, tout comme la grippe elle-même, ses complications broncho-pulmonaires sont hautement contagieuses. Quoi d’étonnant d’ailleurs, puisque nous savons que la pneumonie est contagieuse.
- Dans le cas de la grippe, la contagiosité ordinaire des pneumococcies est augmentée par lç fait que l’organisme ’du grippé est en état de moindr^résis-tance. Il semble qu’il y ait là-un fait absolument
- analogue à la contagion des bronchopneumonies survenant au cours de la rougeole. Ces bronchopneumonies de la rougeole désolaient autrefois les médecins des services* d’enfants et faisaient delà rougeole, traitée à l’hôpital, une maladie de gravité exceptionnelle.
- On a pourtant vaincu la bronchopneumonie morbilleuse, il a suffi pour cela d’isoler les rou-geoleux, isolement d’ailleurs relatif en apparence et obtenu à peu de frais/en élevant entre les lits des malades des cloisons de bois de 2 m. de haut environ. C’est le système dit dü Box Grancher dont l’éloge n’est plus à faire, car il sauve chaque année un nombre considérable d’enfants.
- Rapprochons cette constatation faite à propos de la bronchopneumonie, de la rougeole, du fait que nous relations tout à l’heure de l’absence de ‘bronchopneumonie au cours de la grippe lorsque le malade est isolé, et nous sommes amenés à conclure qu’il serait facile et peu coûteux, de réaliser dans les salles communes de nos hôpitaux, l’isolement des grippés en leur appliquant le système du Box Grancher. Très probablement nous ne verrions plus ainsi les complications bronchopulmonaires qui assombrissent le pronostic de la grippe dont elles font toute la gravité.
- Chez les malades traités à domicile, l’isolement aussi nécessaire est encore plus facile. C’est simplement là affaire de volonté. 11 faut interdire les visites lorsque l’on est grippé. Vos amis peuvent dans leurs vêtements vous apporter la mort ou l’emporter chez eux. Si vous êtes grippé votre porte doit donc être consignée d’une façon absolue.
- Clinique et traitement. — Quels sont maintenant les caractères principaux de la grippe maligne et quelle thérapeutique peut-on lui opposer ?
- Début brusque ou rapide. Maux de tête violents, surtout de la nuque, douleurs dans le dos et dans les reins, lassitude, courbature, frissons puis sensation de fièvre ; tels sont les signes dont se plaint le malade dans les premières heures de l’affection; le thermomètre confirme l’impression du patient, il marque le premier soir 40° ou presqu'e. Le lendemain la fièvre est toujours élevée, l’appétit,est nul ou à peu près. Vers le 3e ou le 4e jour, souvent plus tôt, la température s’abaisse et revient à la normale ; mais l’état général'"est loin de Limiter; car, l’absence de forces', l’engourdissement des facultés intellectuelles persistent. Arrêtée là, l’affection sera classée grippe bénigne , Il n’en est malheureusement pas toujours ainsi. Après une période intermédiaire de un ou deux jours où là température, plus élevée que la normale, n’est pas particulièrement inquiétante, on voit un soir la courbe thermique monter à nouveau aux environs de 40°; le malade éprouve une certaine gêne de la respiration bien que l’examen du poumon ne révèle pas encore l’existence'de détermination respiratoire précise. Tout au plus, les crachats légèrement teintés de sang attirent-ils
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- l’attention de ce côté. Bientôt apparaissent des signes de congestion du poumon, à type de bronchopneumonie ou de pneumonie. Ces lésions augmentent dans les jours qui suivent en même temps que la gêne respiratoire, et si le sujet ne succombe pas avec des phénomènes asphyxiques, il reste longtemps affaibli. Ce deuxième stade de lésions bronchopulmonaires caractérise la grippe maligne. Ajoutez si vous voulez, au début de la grippe et dans certains cas seulement, des troubles nerveux faisant peuser à une méningite, des troubles intestinaux éveillant l’idée d’une dysenterie, et vous aurez rapidement esquisséde tableau clinique de la grippe actuelle; à la condition toutefois de ne pas oublier les formes foudroyantes qui emportent le malade 48 heures après le début de l’affection au milieu des manifestations de Yœdème aigu pulmonaire infectieux.
- À ces manifestations que peut opposer la médecine? Contre la septicémie grippale initiale, l’alcool à doses voisines de celles capables de produire l’ivresse, le sulfate de quinine ou l’aspirine, les inhalations eucalyptolées suffisent en général.
- Prise à temps, et traitée.énergiquenient, la grippe le plus souvent tourne court, et cède avant que n’ait pu se produire la contagion de la complication pneu-mococcique ou streptococcique ; mais si celle-ci intervient que faire? Ici les conseils généraux ne sont guère de mise, chaque cas comporte une série d’indications thérapeutiques différentes que seul le médecin est à même de reconnaître ; d’une manière'générale, cependant, on peut dire que dans ses grandes lignes, la thérapeutique de la grippe
- maligne compliquée de lésions pulmonaires est tout entière contenue dans les deux interventions suivantes : '
- Révulsion énergique au niveau du thorax. '
- Institution d’une médication spécifique sérique, antipneumococcique, si la complication relève du pneumocoque, antistreptococcique si le streptocoque est mis en évidence dans la lésion secondaire.
- Les 'beaux résultats publiés récemment par nombre de médecins; notamment par MM. Rénon, Mignot et Yiolle, affirment la haute valeur clu sérum employé curativement et préventivement au cours de la grippe maligne.
- Telle que, et complétée par des actions de détail, la thérapeutique a donné d’excellents résultats ; il n’eSt pas jusqu’au sérum de. convalescent qui n’àit été proposé," il compte d’ailleurs des succès. Nous aurons donc indiqué dans ses grandes lignes la thérapeutique de la grippe lorsque nous aurons fait observer, en outre, l’importance qu’il y a à alimenter, autant que possible, les malades* et l’intérêt qui^ s’attache à l’emploi de Yadrénaline destinée à relever la tension artérielle toujours très basse chez.ces sujets.
- En matière de conclusion, nous dirons que la grippe actuelle réclame de notre part l’attention la plus minutieuse et puisqu’il est possible d’éviter non seulement la grippe, mais ses complications, nous devons tout mettre en œuvre pour éteindre l’épidémie en réduisant au maximum les chances de contagion. ^
- C’est là un devoir auquel nul ne doit se soustraire. A.-C. Guillaume.
- LES LABORATOIRES LUMIERE DE PHYSIOLOGIE
- HT DE PHARMACODYNAMIE
- Les grands laboratoires de recherches sont, malheureusement, encore assez rares en France, et l’on y chercherait vainement l’équivalent de l’Institut Carnegie ou des établissements similaires américains, dont nos lecteurs ont pu apprécier l’importance (Voy. n° 2303). Cependant, les progrès accomplis à l’étranger ont fait comprendre, chez nous, l’intérêt des étiides dites de science pure, et si, dans le domaine industriel, on vise dé plus en plus à resserrer les liens entre le laboratoire et l’usine, une coopération analogue s’établit aussi dans le domaine médical. Cette tendance n’est d’ailleurs point aussi récente que l’on paraît communément le croire, et les laboratoires Lumière que nous allons visiter en offrent précisément un exemple caractéristique.
- Il y a déjà une vingtaine d’années que les premiers éléments de ce siège d’études physiologiques et pharmacodynamiques ont été constitués à Lyon-. Monplaisir. Disons tout de suite, afin d’éviter un
- malentendu, que les laboratoires qui font l’objet de cet article ne sont pas une dépendance cominer-ciale des établissements photographiques Lumière. Il s’agit d’une institution qui est la propriété personnelle de M. Auguste Lumière, dont le but a été de créer un centre de recherches où puissent être étudiées, dans des conditions exceptionnèlles d’indépendance et de confort, les questions les plus diverses, susceptibles de marquer un ^progrès, soit en thérapeutique, soit dans toule autre branche déjà médecine. . .
- Ces laboratoires occupent actuellement à Monplaisir, chemin Villon, un terrain de 4640 m2, dont plus de la moitié construite (environ 2400 m2). De l’aspect extérieur de cet ensemble, je me permets de dire qu’il « né paie pas de mine » et qu’il ferait très modeste figure à côté de la monumentale ,et somptueuse façade de l’Institut Carnegie, reproduit sur la couverture de La Nature du 17 novembre 1917. Il affecte, au'contraire, une
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- disposition de la plus extrême simplicité, inspirée du seul souci du confortable et du pratique; mais, dès le seuil franchi, le visiteur se rend compte que la rudimentaire apparence de la construction s’allie à la perfection de l’aménagement et de l’outillage. Partout, aussi bien dans les couloirs que dans les laboratoires, les cliniques ou les ateliers, des murs à angles arrondis, vernis au Ripolin. Les salles de travail, spacieuses, reçoivent le jour de larges baies vitrées munies de ventilateurs; des prises de courant continu et de courant alternatif, des robinets, à gaz, des tables en lave émaillée, fournissent toutes les commodités les plus modernes. Chaque pièce est reliée à un système de distribution amenant aux robinets l’eau fournie par une pompe ou celle du service municipal, à volonté et à une canalisation de pression ou d’aspiration, —cette dernière permettant de réaliser très rapidement le vide jusqu’à 2 mm de mercure dans un récipient quelconque.
- Les • locaux couverts comprennent environ 80 pièces réparties en six corps principaux de bâtiments, que nous désignerons par les lettres A, B, C..., et un certain nombre de constructions annexes où nous ne jetterons qu’un coup d’œil rapide.
- Le bâtiment A, le plus important, est uniquement affecté aux laboratoires de recherches. Il est divisé, de part et d’autre d’un vestibule long de 40 m., en 19 salles destinées aux services de physiologie, de bactériologie, de physique et de chimie, toutes dotées des installations les plus complètes et les plus perfectionnées. Les photographies ci-jointes ne peuvent en donner qu’une idée superficielle. Notons d’ailleurs qu’en dehors de l’outillage classique du physicien, du chimiste ou du biologiste, les laboratoires Lumière utilisent quantité d’appareils spéciaux, petits ou grands, créés de toutes pièces par les savants Donnais. Tels sont, par exemple, un régulateur pour étuves et un dispositif pour recueillir asepliquement le sang des petits animaux. Signalons encore l’Enregistreur pour inscriptions continues' (fig. 1), qui permet l’inscription automatique, pendant un temps très long et presque sans surveil'anee, des phénomènes à observer chez un animal èn expérience (pouls, respiration, cœur, etc.). Les graphiques s’inscrivent sur une bande de papier qui, entraînée par un moteur électrique, noircit, se déroule et se tixe mécaniquement. Les bandes sont ensuite découpées en feuillets d’un format déterminé et conservées dans des classeurs.
- Le même bâtiment contient une bibliothèque de 1500 volumes, relatifs aux sciences biologiques, ainsi qu’une vaste chambre noire, aménagée avec la compétence que l’on pouvait attendre des directeurs de l’usine (toute voisine) de plaques et de produits photographiques.
- Le bâtiment B, parallèle au précédent, se compose de 16 salles, la plupart destinées au contrôle
- scientifique des préparations industrielles confiées à la Société des brevets Lumière.
- Le bâtiment G comprend plusieurs salles de manipulations, des laboratoires, des écuries pour grands et petits animaux, divers locaux affectés aux préparations opothérapiques et à un institut vaccinogène, line partie du même bâtiment, isolée avec toutes les précautions voulues, est réservée à la. préparation des vaccins et notamment du vaccin polyvalent antityphocolique de MM-. Lumière et Chevrotier.
- Le bâtiment D, ou pavillon des sérums, est une vaste bâtisse de 25 m. de longueur sur 12 m. de largeur, divisée en 11 pièces séparées par un vestibule central. Le personnel du service y est soumis aux mesures les plus rigoureuses d’asepsie : l’accès des salles n’est autorisé qu’après une minutieuse toilette des mains, et quiconque y pénètre doit, en outre, revêtir un sarrau aseptique et se chausser de sabots trempés dans une solution antiseptique.
- A proximité, divers services annexes comportent des écuries d’isolement pour animaux malades ou dangereux, d’autres écuries et chenils avec cages à urines, des cuisines pour animaux, un magasin de verrerie'et d’instruments, un atelier de réparations et de constructions mécaniques, etc.
- Un bâtiment E, distribué en 12 laboratoires, est exclusivement affecté aux recherches chimiques. Il est doté d’un outillage très complet et des plus modernes, avec appareils perfectionnés de réfrigération, de centrifugation, etc.
- Enfin, un dernier bâtiment, indépendant des précédents, comprend une clinique médicale, véritable formation hospitalière avec salles d opérations et de pansements, salle de repos pour opérés, salle d’examen endoscopique, installations radiographique et radiothérapique ultra-modernes, appareils pour héliothérapie artificielle, pavillon d’inhalation, etc. 5
- De ce milieu de travail, et sous l’impulsion personnelle de son créateur, M. Augé Lumière,’ est sortie, surtout depuis les dix dernières années, une floraison de découvertes dont la plupart ont marqué un progrès appréciable dans les sciences physiologiques ou médicales. Ces travaux ont fait l’objet de communications aux principales sociétés savantes françaises ou de l’étranger, en partic ulier à l’Académie des Sciences, à l’Académie de Médecine et à la Société de thérapeutique de Paris. Sans pouvoir les mentionner tous, ni donner à leur sujet des explications même succinctes, nous rappellerons d’un trait les principaux d’entre eux.
- . Parmi les travaux relatifs à la physique médicale, signalons diverses études sur l’action des rayons X, sur les sels d’argent, sur la précision des images radiographiques, sur un procédé de-dessiccation à froid, une étude expérimentale sur l’effet des excitations conjonctivales dans les arrêts de la respiration et du cœur (étude qui comporte un nouveau traitement très simple et efficace des syn-
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- copes par instillations de substances irritantes mais anodines sur la conjonctive).
- En matière de chimie médicale, les nombreuses recherches entreprises dans les laboratoires se sont traduites par l’introduction de produits nouveaux dans la thérapeutique française, par exemple, les persulfates alcalins, aujourd’hui utilisés sous le nom de persodine comme médicaments eu-peptiques et stimulants de l’appétit et de la nutrition ; les sCmi-carbazides aromatiques dont l’une' est devenue un médicament analgésique et antipyrétique de premier ordre, la cryogémne; l’étude des propriétés thérapeutiques du plasma des globules rouges empruntés à certains animaux normaux ou préparés, qui ont abouti à la méthode plasmothérapique; enfin, les études sur certains composés mercuriels à réactions dissimulées, d’où est sorti Y hermophényl, un des plus intéressants parmi les sels mercuriels organométalliques utilisés en médecine, tant par son activité thérapeutique que par son exceptionnelle innocuité.
- C’est à M. Aug. Lumière que revient le mérite d’avoir montré que, contrairement aux idées classiquement admises, les médicaments connus sont impuissants à modifier la nutrition des animaux normaux. C’est à lui aussi que l’on doit une nouvelle méthode de traitement des diarrhées.infantiles par
- venins, et en particulier une nouvelle méthode de vaccination par voie digestive, beaucoup plus anodine et d’une application infiniment plus simple que les méthodes usuelles par voie sous-cutanée. Contestée à l’origine, l’efficacité de cette technique se confirme de jour en jour.
- D’autre part, de nombreux problèmes médico-chirurgicaux soulevés par la guerre ont été étudiés
- Fig, 2. — Une salle de bactériologie.
- Fig. i.
- Le laboratoire de physiologie avec.le grand enregistreur Lumière pour inscriptions continues.
- dans les laboratoires et ont donné lieu à une série de mémoires originaux , notamment sur l’utilisation des persulfates dans le traitement du téta-
- les solutions .de gélatine, ainsi que l’établissement d’une méthode nouvelle de titrage de l’alcalinité du sang.
- C’est encore aux recherches entreprises dans ces laboratoires que nous devons la connaissance de nouveaux milieux de culture éminemment propres au développement de certains microbes (culture du bacille de Koch sur foie et rate, culture de gonocoque sur moût de bière, etc.). Diverses recherches y ont été poursuivies touchant l’action des très basses températures sur les toxiques, les sérums et les
- nos, sur le traitement des plaies de guerre suppu-rées par les méthodes modernes et en particulier par un antiseptique nouveau, l’iodure d’amidon, dont M. Aug. Lumière a fait connaître les remarquables propriétés antiseptiques et la parfaite innocuité. Notons également, à côté des recherches de laboratoire relatives à l’action et au choix des antiseptiques, une méthode à la fois très simple et très efficace pour empêcher l’adhérence des pansements aux plaies, au moyen de compresses de tulle gras (vaseline), qui supprime
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- les douleurs souvent si vives et les risques de réinfection à chaque renouvellement. '
- Enfin reprenant les travaux de M. Leconte du Nouy, de Mlle Hartmann etvdu Dr Carrel, M. Aug. Lumière a établi une formule nouvelle permettant de prévoir, avec plus d’exactitude que ne le faisaient les auteurs précédents, la marche normale de la cicatrisation des plaies cutanées, et de porter ainsi un jugement critique sur la valeur rationnelle des différentes méthodes appliquées au traitement-des plaies. .
- , C’est un volume, on le voit, qui serait nécessaire pour analyser tous les travaux à la fois si curieux, si utiles et si variés qui constituent à l’heure actuelle le bilan scientifique des laboratoires Lumière et qui ont fait l’objet,’ au cours de ces dernières années, de plus de cinquante mé-
- moires présentés aux Sociétés savantes françaises.-Ainsi s’affirment, chaque jour davantage, l’aide précieuse apportée par le chercheur au praticien et le haut intérêt^ qui s’attache à la collaboration étroite du laboratoire et de la clinique. Pasteur en avait clairement pressenti la portée, lorsqu’il disait : « Prenez intérêt, je vous en conjure, à ces demeures sacrées que l’on désigne du nom expressif de Laboratoires. Demandez qu’on les multiplie et qu’on les orne. Ce sont les temples de l’avenir, de la richesse et du bien-être. C’est là que l’humanité grandit, se fortifie et devient meilleure. Elle y apprend à lire dans les œuvres de la nature, œuvres de progrès et d’harmonie universelle ; tandis que ses œuvres, à elle, sont trop souvent celles de la barbarie, du fanatisme et de la destruction. »
- Ernest Coustet.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séantes du 26 août au 16 septembre 1918.
- Mesure de la perte de chaleur à la cheminée. — Cette perte constitue la cause la plus importante de diminution de rendement des installations thermiques. M. Marcel. Chopin à combiné un appareil donnant à la fois la valeur de la température, la teneur en acide carbonique dans les fumées et la perte résultante à la cheminée et il essaie actuellement de le rendre automatique. Nous donnerons prochainement une description de cet appareil utile.
- La propagation du son du canon. — M. Bigourdan a établi que le sontlu canon s’entend à plus de 250 km de distance. M, Maurice Collignon a remarqué, dans la propagation du son à grandes distances, une périodicité annuelle et une périodicité diurne. Suivant lui le canon s’entend uniquement au loin du début de mai au début de septembre. Il le montre par un tableau où les jours ont été'groupés d’après la forcé de l’audition, d’après la direction et la force du vent.
- La ferrisphère. — M. Guebhard compare la consolidation de la croûte terrestre à la soudure de glaçons ferrugineux flottant sur une fonle liquide de densité plus forte. Il se demande s’il n’existerait pas un vide, annulaire ou central, pouvant aider à expliquer la faible densité moyenne de notre globe. -< •
- Répartition des anophèles dans le sud-est de la France. —Pour M. Léger la répartition des anophèles est en rapport avec l’orographie. Il les classe en six catégories de gîtes : gîtes de fond de vallée; gîtes'd’embou-chure ou gîtes deltaïques; gîtes littoraux; gîtes de plaine et gîtes artificiels. En moyenne, la région située à l’est du Rhône présente des conditions peu favorables aux anophèles et au paladisme.
- Dosage des nitrites. — Ce dosage, si important pour l’appréciation des eaux potables, revient à un dosage très aisé d’iode quand on opère avec l’acide iodhydrique. Mais, quand on essaie'la réaction, on constate que la quantité de nitrites ainsi déterminée est exagérée par la présence de protoxyde d’azote donnant, surtout en présence de la lumière et de la chaleur, du bioxyde qui met lui aussi de l’iode en liberté.
- Coloration des minéraux. — Dès substances inactives
- cristallisant avec un corps doué du pouvoir rotatoire et même des corps actifs purs peuvent donner des sphéro-lilhes à enroulement hélicoïdal. M. Paul Gaubert montre que ces sphérohthes peuvent être colorés pendant leur formation par des matières colorantes ajoutées à l’eau mère.
- Les eaux souterraines de l'Afrique occidentale. — D’après M. Henry Ilébért, plus on avance vers le nord de l’Afrique occidentale et plus les pluies deviennent rares, plus aussi la nature lithologique des formations super-* ficielles exerce une influence nette sur la répartition des eaux souterraines. Les grès horizontaux sont tout particulièrement favorables par la facile infiltration des eaux dans leurs cassures et par leur relief généralement très escarpé. Il en résulte mêrrte la production de quelques eaux courantes. Quand apparaissent les formations tertiaires; les eaux s’éloignent brusquement de la surface, en particulier dans les régions de formations récentes où, les sables superficiels font descendre profondément le niveau des eaux.
- Fiches scolaires. — M. Paul Godin présente un modèle de fiche scolaire destiné à résumer sous une forme graphique les données fournies par l’anthropologie Sur la nature individuelle de chaque enfant. La lecture par colonnes permet, suivant lui, à l’éducateur, de constater le développement physique, fonctionnel et psychique de l’enfant et d’apprécier les-causes des retards.
- Accélération intensive du bourgeonnement des plaies. — M. Serge Voronoff et Mme Evelin Bostwiek ont obtenu, par des applications de pulpe testiculaire, des accélérations remarquables. En peu de temps, la plaie résorbe les cellules glandulaires et s’imbibe des sécrétions qu’elles contiennent : sécrétions dont Brown-Sequard a montré^ autrefois l’action stimulante sur les fonctions de l’organisme. Au contraire, la pulpe de la rate n’a aucun effet et celle du pancréas a une action retardatrice.
- Préparations de café. — Depuis la guerre, le service du ravitaillement militaire a reçu de nombreuses préparations de café qu’étudie M. Balland. Ce sont des extraits, des. tablettes, des pellicules et enfin des succédanés. Cès
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- derniers, qui ne sont pas admis dans l’armée, comprennent, outre les poudres de chicorée si répandues, des graines de soja torréfiées.,
- Conductibilité électrique du sang — Les physiologistes qui "ont étudié la conductibilité électrique ou résistivité du sang ont montré qu’elle était fonction : 1° de la teneur du sang en molécules de sels minéraux; 2° de la proportion des hématies contenues dans
- le -sang ; l’accroissement des sels minéraux comme celui des hématies diminuant la résistivité. MM. Charlés Richet, Brodin, Noizet et Saint-Girons ont étudié la conductibilité du sang total à l’état normal et à l’état pathologique. Les renseignements que l’on obtient ainsi sur l’état du sang, concordent avec ceux que donnaient la mesure de la densité et la numération des hématies, mais avec plus de rapidité et de précision.
- STRUCTURE DE VITRES BROYEES
- PAR L’EXPLOSION DES PROJECTILES DE* BOMBARDEMENT
- Mon ami M. le Professeur Raphaël Blanchard, dont l’appartement a été récemment victime de l’explosion d’une, bombe lancée par un avion ennemi, a bien voulu, avec une obligeance dont je le remercie, mettre à ma disposition une série de débris provenant de ses fenêtres qui furent pulvérisées. L’examen de ces éclats de verre m’a fourni quelques observations susceptibles peut-être d’applications à l’histoire des cassures dont l’écorce terrestre est traversée en tous sens, au point de constituer une véritable brèche de broyage.
- A cet égard, je rappellerai que, pour tenter l’interprétation des rapports mutuels des géoclases, des failles et, conséquemment, des chaînes de montagnes, plusieurs géologues se sont livrés à l’étude des cassures provoquées par divers procédés expérimentaux, au travers de substances plus ou moins fragiles. L’un de ces théoriciens, M. Daubrée, a même déposé dans les Collections du Muséum des, lames de verre craquelées par .suite de torsion et dont les particularités lui.ont paru comporter des conséquences très larges.
- Aujourd’hui, >il ne s’agit plus de réactions imitant, les pressions lentement accumulées doiii les détails orographiques sont les résultats : les produits que je signale sont, au contraire, de véritables stéréo-grammes du déclanchement brusque de puissances mécaniques considérables, mais subitement épuisées. Aussi, peut-on se demander si ces spécimens ne constituent pas/dans mm certaine ..mesure, les correspondants des photographies (presque sans durée de pose) des films cinématographiques, auxquels on doit la connaissance de tant -d’étapes successives dans les mouvements les plus rapides.
- Tout d’abord, il. est manifeste que la forme générale gle la vitre est souvent intervenue dans la distribution des cassures. Tout le monde à Paris a vu, ces temps derniers, des glaces plus ou moins carrées, comme en ont les devantures des magasins, avec des fissures rayonnant autour d’un point central;'au contraire, dans les verres allongés, comme les vitres des fenêtres, les fêlures s’étendent plutôt parallèlement à l’allongement. ('y
- D’un autre côté, avant de décrire les effets de ’ -r- . ,
- i. La Nature n° 2210. Les lois de l'éclatement et la , fragilité. ^
- l’éclatement des projectiles, de bombardement, il est tout à fait indispensable de les distinguer soigneusement des fractures qui se sont produites par la chute des débris sur le sol ou par le choc d’objets projetés.
- En se cantonnant ainsi, exclusivement, en face des solutions de continuité produites par la défia- * gration instantanée, on leur reconnaît des traits caractéristiques qui me paraissent n’avoir pas été signalés jusqu’ici. Pour les bien voir, nous considérerons les cassures dont il s’agit, d’abord per*-pendiculairement à la longueur des faisceaux qu’elles constituent, puis longitudinalement et cette fois dans le plan même des vitres.
- , Dans le premier cas, il est à noter que les diverses cassures parallèles d’un même faisceau sont loin de pénétrer également dans l’épaisseur du verre. Les glaces, de 5 millimètres d’épaisseur du Professeur Blanchard, en montrent (fig. 1), au voisinage immédiat les unes des autres, dont la profondeur est de moins de 1 millimètre, pendant que d’autres mesurent 2 ou 5 millimètres, sans qu’on oublie que les limites mêmes des fragments, sont elles-mêmes des fissures qui ont traversé entièrement les vitres, et qui, sans nul doute, së seraient prolongées encore, si la masse fragile avait été plus considérable.- 'v
- Une coupe mince, convenablement dirigée, montre que la largeur de ces fissures, toujours très faible, va en diminuant au fur et à mesure de la pénétration et que souvent, à une certaine profondeur, ces fentes, perpendiculaires tout d’abord à la surface du verre, s’infléchissent à angle droit ét deviennent tout à fait capillaires. Elles peuvent alors se rejoindre^d’une fissure à des fissures voisines et donner lieu à une apparence de chevelure de racine...
- Les coupes pratiquées perpendiculairement'à celles qui viennent de nous arrêter, c’est-à-dire de façon à traverser dans le sens de sa longueur un faisceau de cassures, et à être parallèles à la surface dë la vitre, font voir que les fissures ne sont pas planes. Au contraire, elles sont légèrement flexueuses et compliquées de très fins appendices, latéraux, qui leur donnent une structure pennée des plus remarquables (fig. 2). -,
- Les ramifications dont il s’agit sont évidemment les traces'de fractures secondaires, qui s’écartent à
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- 144 STRUCTURE DE VITRES BROYÉES PAR L’EXPLOSION DES PROJECTILES
- droite et à gauche, avec une certaine régularité, quant à leur orientation générale et quant à leur écartement, mutuel. Dans l’épaisseur de la vitre, examinée directement à la loupe, elles prêtent aux fissures principales, quelque ressemblance avec des chaumes de très fines graminées dont les nœuds donneraient naissance à une mince gaine dont le limbe se serait atrophié en une soie grêle et 11 importe de remarquer
- longue, que le
- système de ces sous-fêlures n’affecte nulle part, relativement à celui des fêlures principales, une orientation rappelant, même de loin, l’allure orthogonale si souvent signalée dans les fractures conjuguées. A la suggestion de M. Blanchard, qüi introduit dans ces fissures une matière colorante telle que de j’encre^ à écrire au bleu d’aniline, j’ai obtenu ainsi un réseau dont la photographie sera intéressante après grossissement.
- Un complément, très imprévu pour moi, des notions que je viens de résumer, m’a été procuré par l’étude à la loupe de la surface même des fêlures principales. Cet examen fait voir que l’épaisseur totale déjà glacer mesurant comme je l’ai dit 5 mm., s’est subdivisée, par le fait de l’explosion, et à mesure de la pénétration successive, quoique si rapide, des fissures, en quatre zones parfaitement parallèles entre elles, ne manifestant aucune tendance à la séparation, pas plus qu’au passage graduel des unes aux autres, et dont chacune est caractérisée par des traits morphologiques qui lui sont exclusivement propres (fig. 5).
- En partant dé la surface du verre où la fracture a pris naissance — d’après le témoignage irrécusable, des fêlures incomplètes qui l’avoisinent — on voit d’abord une zone d’un demi-millimètre, relativement compacte, largement conchoïde, formant une manière d’épiderme.'
- Puis vient une assise de plus de 2 mm, conchoïde aussi, mais à éléments beaucoup plus fins et plus réguliers, disposés en fibres contournées, comme en écheveaux, tordus en demi-cercles^ et donnant,, dans la îumière réfléchie, des irisations de bulles de savon extrêmement brillantes.
- Une troisième zone se présente avec un peu plus de 2 mm d’épaisseur, qui, bien que d’apparence fibreuse, n’a aucune ressemblance avec la précédente : ses fibres, presque rectilignes, quoique branchues vers une de leurs extrémités, sont parallèles entre elles, mais peVpendiculaires à la longueur de la fêlure. Recoupées par des fines stries qui leur sont rectangulaires, elles donnent comme les précédentes d’écla-tantes couleurs de lames minces.
- Enfin, la surface de la vitre, oppo-sée à celle d’où nous sommes partis, forme comme un second épiderme, contrastant d’ailleurs absolument avec le premier, n’étant aucunement .conchoïde et présentant une fine striation longitudinale. Ajoutons que cette singulière manière d’être de la paroi des fêlures qui ne semble avoir aucune épaisseur s’est retrouvée dans tous les points où*on l’a recherchée.
- La succession des quatre zones, si intimement unies, quoique si nettement distinctes, ne se prête pas, à première vue, à une interprétation facile. Malgré le premier sentiment, en présence d’une action aussi subite qüe l’explosion d’une bombe, on reçoit l’impression d’une série de poussées ajoutées les unes aux autres et apportant, chacune à son tour, un élément dynamique spécial. Pourtant, des expériences diverses m’ont prouvé que les. cassures obtenues sur des verres à vitre" ou sur des bouteilles, au moyen de coups de marteau, présentent fréquemment comme des délinéaments plus ou moins confus des structures qui viennent d’être décrits : par exemple quelques stries perpendiculaires à la surface, rappelant la. zone 2. Au contraire les sections au diamant, c’est-à-dire sans choc ne procurent que les conckoïdes ordinaires. En tout cas, et pour en revenir aux effets déterminés par l’explosion des bombes, l’association des cassures secondaires avec les cassures principales, à l’origine des poussées signalées plus haut, ne laisse d’ailleurs pas de ressembler à certaines cavités des roches vitreuses, obsidiennes, gallinacés, réti'nites et autres, renfermant des inclusions liquides ou gazeuses, que tout le monde connaît. Stanislas Mkunibr,
- 3 professeur Su Muséum.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2345.
- 16 NOVEMBRE 1918
- VERS LES AVIONS GÉANTS
- I
- La plupart des nations belligérantes viennent de faire l’effort exceptionnel pour terminer rapidement la guerre, et ont frappé leur ennemi d’une manière si décisive qu’il a été amené à demander la paix. L’intervention de l’aviation et en particulier de l’aviation de bombardement, parait avoir été un des facteurs qui ont le plus contribué à nous donner la victoire.
- Seule, en effet, une aviation puissante permettant de lancer d’énormes quantités d’explosifs sur des centres situés à de grandes distances du front peut amener des résultats décisifs.
- Je voudrais exposer rapidement l’effortvque chacune des nations a produit dans cette voie de l’aviation lourde et par suite de quel enchaînement la construction aéronautique a été amenée ces temps derniers à concevoir et à réaliser de véritables avions-géants. Les principaux problèmes que soulève cette nouvelle tendance seront sommairement examinés et les solutions actuelles simplement exposées.
- En Angleterre, • une active campagne fut menée pendant plusieurs mois, après les bombardements dont Londres fut victime; cette campagne a abouti à la création d’un corps indépendant d’aviation, qui a pour unique mission de marteler à coups de bombes, le moral des grandes cités allemandes.
- C’est dans ce but qu’a été créé par nos alliés, un type d’avion de bombardement de jour très puissant (800 HP) appelé avion de représailles. D(autre part, grâce à l’initiative et à l’activité de M. ïlandley-Page, le problème de l’avion de bombardement de nuit à grosse capacité de bombes a été très heureusement résolu. -
- En Italie, les avions puissants ont été réalisés par M. Caproni, fervent champion des avions géants de l’avenir.
- Aux Étals-rnis également, une modalité du type anglais éfandley-Page a été transformée en véritable avion géant, sous le nom du précurseur de l’aviation américaine « Langley ». Cet avion est celui que nos alliés voudraient envoyer par:
- 46* Année. — 2* Semestre-
- dessus l’Atlantique jusqu’au front de guerre.
- En Allemagne enfin ont été réalisés dans le même but, d’importantes séries d’avions de bombardement à grande puissance, sous les noms de « Gotha » « Friedrichshafen », « A. E. G » ; en tout dernier lieu, nos ennemis ont longuement étudié et relativement mis au point les premiers avions géants qui aient pris part aux opérations du front sous le nom de « Gotha Lizenz ». %
- En France, malheureusement, nos services techniques ont é'é moins favorables à cette éclosion de l’aviation lourde; sceptiques, ils n’ont point su encourager nos constructeurs dans la recherche ingrate des avions à grande puissance, et lors qu’il en était encore temps, ils n’ont pas même voulu adopter résolument les types qu’avaient _ heureusement réalisés la Grande-Bretagne, puis l’Italie, puis l’Allemagne.
- La France devait pourtant à son glorieux passé aéronautique d’être ,1a première nation à constituer une flotte aérienne offensive, qui portant la guerre en pleine Allemagne, nous eut permis de bénéficier ainsi au détriment de nos ennemis, des immenses ressources que le monde entier mettait à la disposition de notre industrie aéronautique, alors que, à ce point de vue, les Allemands étaient extrêmement gênés.
- 11 est aussi permis de se, demander si les « Huns », auraient été aussi impitoyables dans leurs dévastations systématiques, si la France avait possédé des escadrilles de représailles pour frapper le cœur de la Germanie.
- La dénomination d’avion-géant me paraît avoir été appliquée pour la première fois aux avions russes Ilia Mourometz, qui, créés avant la guerre, rompaient nettement'avec les formules habituellement adoptées et avaient cependant donné de.bons
- résultats. ’ V,
- Depuis, cette dénomination a désigné quelques
- types d’avions, qui, eux aussi,- possédaient des caractéristiques développées aù point qu’on pût les con-
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- VERS LES AVIONS GÉANTS
- sidérer comme gigantesques; ce dernier caractère est d’ailleurs essentiellement relatif et tel avion qui en l’année 11)18 nous paraît devoir mériter l'épithete de gigantesque, ainsi l’Handley-Page, sera peut-être d’un modèle courant dans quelques mois.
- En premier lieu, examinons quels sont ceux des caractères propres aux avions qui permettent de les identifier et de*mesurer leur importance. Les dimensions ne correspondent pas toujours à la puissance.
- Ces caractères généraux sont : la surface portante, la puissance du groupe motopropulseur, enfin la capacité ou charge.enlevée.
- Les avions possèdent d’autres caractères qu’il est utile de connaître pour apprécier leur valeur, ceux-ci permettent notamment de mesurer le rendement technique qui a été obtenu par chacun des types d’avions, ce sont les caractéristiques
- de chevaux que développent nominalement les moteurs.
- La capacité totale est le nombre de kilogrammes qu’enlève l’avion à pleine charge, c-’est-à-dire la charge constituée par le combustible, les passagers, les bombes ou les marchandises, et, en général, par tout ce qui n’est pas fixé d’une manière permanente dans l’avion; ce caractère correspond au tonnage d’un navire.
- Les plus étroites relations existent entre les caractères généraux des avions, surface, puissance et capacité; il est particulièrement intéressant quand on étudie un type d’avion, de connaître les rapports qui les, unissent.
- 11 faut pouvoir apprécier :
- 1° La charge au mètre carré, c’est-à-dire le rapport entre le poids total de l’avion en vol et
- sa surface portante, soit^y;
- Fig. 2. — Aéroplane Ilia-Mourometz en plein vol.
- techniques, telles que : vitesse de translation, altitude maxima ou plafond, vitesse ascensionnelle, charge en combustible et passagers, charge utile en bombes ou marchandises, etc....
- D’autres caractères ne sont pas mesurables en chiffres et sont plutôt des qualités de vol, telles que : maniabilité, stabilité, robustesse, etc....
- La surface portante d’un avion se mesure par le nombre de mètres carrés des surfaces, qui, par leurs formes ou leur position, sont appelées à engendrer des forces verticales et dirigées „ vers le haut, permettant à l’avion d’équilibrer l’action de la pesanteur et par conséquent de se maintenir dans l’air comme un bateau sur l’eau. Ce caractère correspond d’ailleurs au volume d’un dirigeable évalué en m5 ou au déplacement d’un navire. Dans l’appréciation de ce caractère, on comprend les ailerons’de gauchissement ; on doit comprendre le plan du stabilisateur quand il est porteur, mais on néglige habituellement certaines surfaces réduites 'ou difficiles à mesurer, telle que la face inférieure' du fuselage, etc....
- La puissance des avions sé mesure par le nombre
- 2° La puissance utilisée pour la charge, c’est-à-dire le rapport entre la puissance du moteur et le poids de 1’,avion en plein vol, soit
- k£S
- IIP ;
- 3° La puissance utilisée par mètre carré, c’est-à-dire le rapport entre la force du moteur ' et la sur-H P
- face portante, soit —, nr
- A titre de référencé, voici les rapports qui existent entre les 3 caractères généraux, surface, "puissance et capacité, pour 3 types d’avions appartenant à des séries nettement différentes : chasse, corps d’armée, bombardement.
- Charge Puissance Charge Types. * par m*. pur m*. par HP.
- Spad 7 (chasse) ....... 39,5 kg HA HP 3,5 kg
- Salmson 2 (Corps d’armée) . . 25,8 kg 6,4 HP 5,3 kg
- Handley-Pagc(Bombardement). 54,3 kg 5,1 HP 9,1 kg
- On peut facilement remarquer que les avions de chasse ont une puissance considérable par rapport à leur surface portante et que, proportionnellement, les avions de bombardement sont moins puissants; d’autre part, on voit combien la puissance du moteur est mieux utilisée pour le transport sur l’avion de bombardement que sur l’avion de chasse.
- D’autres rapports existent d’ailleurs entre ces caractères généraux et les caractéristiques techniques des avions. Si, par exemple, on arrive à développer la vitesse d’un avion en diminuant la superficie" de ses surfaces portantes, sa capacité sera diminuée et son plafond deviendra moins élevé; si, au contraire, on cherche à augmenter la vitesse par l’augmentation de la puissance, on diminue la capacité,
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- mais on augmente le plafond de l’avion, etc....
- Le rendement d’un avion dépend de nombreux éléments qu’il est difiicile d’apprécier, telles que : portance des ailes selon leur courbure ou
- et pesant 358 kg, ils parcourent environ 1 km.
- Les rapports entre les caractères généraux de ce premier avion sont en supposant la charge enlevée à 100 kg (pilote H- combustible) :
- Fig. 3. — Avion géant russe Sikorsky iqi3 (4 moteurs de 100 HP), cet avion pouvait prendre rp persotmes à bord. — Vue de la cabine et des moteurs.
- leur régime d’utilisation, rendement du moteur adopté en puissance par kg, rendement de l’hélice suivant son régime et sa position, résistance à l’avancement suivant le genre de construction, poids de l’avion à vide, suivant la manière dont il est construit, etc....
- L!ancêtre des avions géants, qui, ayant été construit avec assez de vraisemblance pour mériter le titre d’avion se serait libéré du sol pendant quelque distance en 1894, est l’avion géant de Sir Hiram Maxim, dont la surface portante n’était pas moindre de 500 m2, dont la puissance était de 500 HP et dont le poids représentait 4000 kg! (fîg. 1).
- Cependant, ce n’est qu’en 1901, avec un planeur de 27 m2, que les frères Wright exécutent des glissades de 50 m.; en 1902, avec une surface de 28 m2, ils dépassent.les 100 m. et enfin le 17 décembre 1903, avec un avion de 50 m2 de surface'portante, équipé avec un moteur de 25 HP
- C Charge par m2................. 9 kg
- Avion Wright < Puissance par m2. ...... 0 HP,5
- ( Charge par HP................... 18 kg
- L’importance technique des avions avant la guerre était limitée ;à. la fois par le rôle dévolu et par la puissance obtenue par les moteurs d’usage courant.
- ' Le rôle accordé à l’aviation ne prévoyait l’utilité des avions que dans un but sportif et dans un but militaire extrêmement réduit; l’ensemble de ces deux rôles ne demandait rien autre que le transport de deux personnes et du combustible nécessaire pour 2 ou 3 heures de vol. D’une part, l’absence de confort . et la fatigue résultant du pilotage à cette époque, ne permettaient guère de voler plus longtemps et, d’autre part, les dangers et le prix de revient'de la navigation aérienne d’alors ne pouvaient permettre d’en envisager l’utilisation cofnme moyen de transport public.
- Fig. 4. — Avion Caudron G-4. Premier avion bimoteur içi5,
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- Les seuls moteurs construits en séries vraiment industrielles étaient, pour la France et l’Angleterre des moteurs de 80 HP fixes et surtout rotatifs et pour l’Allemagne, des moteurs fixes de 100 HP au plus. Il était donc difficile de concevoir dès cette époque des avions d’une capacité telle, que la puissance en dut être de 4- ou 500 chevaux. .
- Eu conséquence, l’armée française possédait une majorité d'a\ions Blériot, Henry Farman et Maurice
- IA L
- sur mer et la possibilité d’emmener un poste de T. S. F., etc.
- L’Allemagne ne possédait que des avions dont les dimensions étaient du même ordre que relies de nos avions. Toutes leurs recherches aériennes avaient pour but de perfectionner et d’agrandir les dirigeables rigides L. Zeppelin.
- Ce fut, fait vraiment extraordinaire, la Bussie qui, de toutes les nations, fut la première à quitter nettement les traditions branlantes de l’aviation et à s’attaquer au problème de
- -TF' R "1"
- A
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- Fig. '5.
- MQfeur
- Schéma montrant les différentes formules d’avion avec i, 2, 3, 4, 6 moteurs.
- Farman, dont les caractères principaux étaient les suivants. - ,
- Typps.
- Blériot XII. . . Henry Farman . Maurice Farman.
- Surface. 19 m2 42 tu2 G0 m2
- Puissance. 80 HP 80 IIP 80 IIP
- Capacilé. 250 kg 27 5 kg 505 ky:
- l’avion géant. Ce fait s’explique sans doute par la rareté et la lenteur des moyens habituels de transport en ce pays de grandes dimensions et par l’avantage énorme qu'olïrait l’avion de trans-port.
- Toujours est-il que l’ingénieur Sikorsky mit au point un avion géant à 4 moteurs qui donna toute satisfaction. Il ne semble d’ailleurs pas , que le Gouvernement russe
- aifi soupçonné louL le fruit que sa centralisation autocratique aurait pu tirer de cette application de la navigation aérienne pour rapprocher du cerveau tous les membres épars de cet immense empire.
- •le pense que pendant la guerre ce type d’aérobus a été utilisé pour effectuer de nombreux bombarde-
- Quelques efforts avaient cependant été faits par certains constructeurs pour créer des avions de guerre à forte capacilé.
- Breguet, Schmidt et Voisin avaient réalisé des avions emmenant des charges de 450 kg.
- L’avion Schmidt mérite une mention spéciale; il possédait un dispositif permettant de faire varier à volonté l’incidence de la voilure portante; il était ainsi possible de faire varier le rapport, qui dans cet avion unissait la vitesse et la capacité. En augmentant l’incidence, la vitesse diminuait,'mais la portance des plans augmentait et
- vice versa.
- Guraix. grâce à ce dispositif, put battre tous les records d’altitude avec de nombreux passagers ; il réussit notamrmnt avec cet avion de IfiO I1P à enlever 6 passagers à 2U00 m. et à obtenir des atterrissages extrêmement lents.
- L’armée anglaise possédait fort'peu d’avions, qui étaient d’ailleurs, soit v des copies, soit des licences peu modifiées des types français. La marine anglaise comptait cependant quelques exemplaires d’hydravions assez puissants (200 HP Salmson) construits, soit par Breguet, soit par White. La raison pour laquelle la marine désirait alors un supplément de puissance était la nécessité d’avoir un rayon d’action plus considérable
- Fig. 6. — Types de cellules pour monomoteur (r) et pour bimoteur (2). Remarquer la différence de résistance à l’avancement.
- ments, pour assurer les liaisons et éventuellement le transport des officiers généraux.
- Cet avion, llia-Mourometz, mérite nettement l’appellation de « géant », en ce qu’il a innové plusieurs manières dans la construction aéronautique (fig. 2 et 5).
- L’adoption de 4 moteurs fixes, d’un fuselage-cabine entièrement clos, de dimensions considérables, d’une profondeur d’aile poussée jusqu’aux environs de 2 m. 80, étaient autant de caractères nouveaux qui seront appliqués par la suite sur les
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- futurs aérobus. Les vols heureux de cet avion, qui enlevait 17 personnes datant de 1914, il est vraiment curieux que l'évolution de notre aviation de guerre ne s’en soit point ressenti. La France avait
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- il n’est point encore possible d’apprécier l’importance. La question linancière et les questions de sécurité sont passées au second plan; il fut ain»i permis à l’industrie aéronautique de se développer et de trans-
- pourtant une mission militaire en Russie dès le temps de paix et nous avons même envoyé pendant la guerre une mission spéciale d’aviation.
- Les Alliinands se sont fortement inspires de cet avion au cours de leurs recherches en faveur des avions géants et cela au punit que certains prisonni rs déclaraient .que nos ennemi' construisaient des avions « S.koivky . Voi i I. s caractères généraux de ['Ilia !lourouieU :
- T\pe Sikoisky I 31.
- Surface. ............. .
- Puissance . -...........
- Capacité...............
- En résumé, avant la guerre, l’importance moyenne des avions pouvait se mesurer par les ilnlîres suivants :
- Surface portante............ 50 à 60 m2
- Puissance. ...................... 80 à 100 IIP
- Cap .cité................... 250 à 500 kg
- La guerre est venue bouleverser totalement toutes ces données, l’aviation a joué un rôle énorme dont
- former en exécution tous ]ps projets qui avaient pour Lui de réaliser ou d étendre la navigation aérienne.
- La recherche de la su| é*iorité lactique des avions dans le combat et dans l’accompli sèment de leurs missions a conduit fatalement les cmistriicleurs à rechercher la supériorité technique de leurs avions sur ceux de Fa Iv.ersaire : de la une lutte vers l'accroissement de la puissance qui-nous conduit peu à peu vers la création d’innriensos flottes, aériennes composées d’avions géants.
- La première innovation qui fut créée a près le déhtil des hostilités date-des premiers-mois de I année 19 lô Le lut la construction du biplan Laudron G-4 à deux moteurs (lig 4).
- L’étude de cet avion avait en pour lmt d’obtenir une puissance pus considérable que celle donnée par un moteur de 80 à 150 lit' monté sur les avions fiançais sans Cependant offrir les inconvénients de poids des lourd.» moteurs allemands de lûO IJP. Deux moteurs
- 482 m* 40' IIP 1400 kir
- Fig. 8 — Avion Satmson-Moineau, à i moteur tl a ' hèlic .s. Rernarq er la profondeur de ile portée a i m. 5o.
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- VERS LES AVIONS GÉANTS
- rotatifs de 80 HP chacun furent ainsi montés sur l’avion G-4 dont les caractères généraux sont les suivants :
- Type. Surface portante. Puissance. ^Capacité.
- Gaudron G-4. . 36 m2 160 HP 500 kg
- Cet avion, dont le poids à vide n’était que de 750 kg fut une véritable, révélation tant par sa maniabilité que par son plafond élevé qui le mettait à l’abri de la plupart des attaques (f). Ainsi fut démontrée la possibilité d’augmenter la puissance totale d’avions construits en série en doublant, en triplant ou môme en quadruplant le nombre de leurs moteurs. Les constructeurs purent concevoir des avions dont l’importance des surfaces dépassaient de beaucoup celles des avions courants.
- Les avantages de cette solution des avions bi-
- profiter de puissances très supérieures (fig. 5).
- Le déséquilibre causé par l’arrêt d’un moteur peut aisément se compenser par le jeu du gouvernail de direction et l’avion peut, dans la plupart des cas, continuer son vol avec un seul moteur.
- Cette solution met donc la navigation aérienne à l’abri de la plus grande partie de la fâcheuse panne de moteur.
- Habituellement les deux moteurs sont montés, l’un à droite, l’autre à gauche du fuselage central; dans ce cas, l’avant du fuselage se trouve dégagé de l’hélice et-l’arrière également, ce sont là, d’excellentes conditions pour le combat, qui ont d’ailleurs amené la création des triplaces, redoutables avions de combat.
- Par contre, cette solution du bimoteur offre différents inconvénients dont le premier est la
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- Fig. ç. — Croquis de l’avion anglais Handley-Page (55oo kg, 160 m2, ôoo HP). La profondeur de l’aile est portée à 3 mètres.
- moteurs sont de permettre aux constructeurs de créer des avions munis d’une puissance supérieure à celle des moteurs construits on séries à ce même moment par l’industrie. En effet, si les puissances maxima courantes des moteurs d’avions étaient respectivement en :
- 1914. de 80 HP
- 1915 .......de 150 HP
- 1916 ....... de 200 HP
- 1917. . . , .. de 500 HP
- 1918. ... . de 400 HP
- Nous pouvons attendre pour l’an prochain les puissances de 500 à 700 HP ; cependant aux mêmes périodes respectives, les constructeurs ont eu, grâce à la solution des multimoteurs, la possibilité de
- 1. Je ne saurais trop recommander la lecture de Y Escadrille des Eperniers, que vient de faire paraître le sous-lieutenant Delacommun. C’est le glorieux, vivant et sincère récit des exploits d’une escadrille de G-
- grande résistance à l’avancement créée par les 2 moteurs et leur bâti de fixation; ceci est une perte que l’on considère comme compensée par l’accroissement de puissance et par conséquent par là supériorité technique due aux deux moteurs (fig. 6).
- Le second inconvénient est de compliquer énormément la machinerie de l’avion, toutes les commandes des moteurs et leurs organes de contrôle devant être doublés et prolongés jusqu’au pilote.
- Un autre inconvénient est que le rendement de deux moteurs donnant 5U0 HP en tout, par exemple, est moins bon que celui d’un seul moteur de 300 HP. Pour la même puissance fournie, le poids des deux moteurs est fat élément plus considérable, puisque lés bâtis, les carters, lés vilebrequins, les commandes, les pompes, carburateurs, etc., sont en quantité double ; l’alimentation en combustible devient même un problème difficile (cf. Nature, n° 2328) et pesant. ‘ .
- Les montages eux-mêmes, de ces moteurs au
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- VERS LES AVIONS GÉANTS ~ .... .......ISI
- milieu de la cellule compliquent son établissement et nécessitent la création de renforts sérieux (fig. 7).
- Pour éviter ces derniers inconvénients et bénéficier cependant des avantages que j’ai signalés plus haut en ce qui concerne l’aptitude au combat, une
- Tous ces avions, sauf l’IIandley-Page, ont été destinés aux missions de jour, soit pour le combat, soit pour les relations entre corps d’armée. Équipés au début avec des moteurs rotatifs, ils n’ont plus utilisé par la suite que des moteurs fixes.
- Fig. io....— Photo d’un avion Handley-Page. Un:de ces appareils est allé de Londres à Constantinople.
- solution intermédiaire et très intéressante a été établie par Salmson avec son type 1 monomoteur-bi-hélice (fig. 8). Malheureusement cet avion a été conçu avec un moteur beaucoup trop faible (220 HP) pour son poids total (2050 kg), la charge par HP étant de 10 kg 500 (Caudron G-4 = 7 kg 200). Nos ennemis hésitaient cependant à attaquer un avion comportant 4 mitrailleuses.
- Les avions bimoteurs eurent un succès considérable qui d’ailleurs continue, puisque tous les avions modernes de bombardement de nuit ont adopté cette formule.
- Nos usines produisirent successivement différents types d’avions bimoteurs dont les caractéristiques étaient d’une importance croissante ainsi qu’il est facile de s’en rendre compte par le tableau suivant.
- Types des Surface Puissance Capacité
- avions. portant# totale. totale.
- Gaudron G-i. . . 50 m2 16<> IIP 500 kg
- Gaudron G-6. . . 40 — 220 —. 500 —
- Caudron fi-4. . . ,68 — 3'10 — 620 —
- Lelort 1. . . . ; 61 — 500 — 640 —
- Lclort 2 , . ) . 62 - 4*20 — 4n0 —
- Caudron /Ml . . 55 — 420 — 745 —
- Handley-Page . . , 160 — 600 — 1700 —
- La Grande Breîagnp, pour sa première tentative de bimoteur sortait un chef-d’œuvre qui est l’avion Handley-Page (fig. 9). Par ses dimensions que nous étudierons plus loin, et par ses caractéristiques (cf. ta bleau précédent), il rompt avec tous les» autres, bimoteurs et peut facilement être appelé : avion géant.
- Ses caractères généraux lui permettent de réaliser de remarquables raids, comme d’aller sans incidents de Londres à Constantinople (fig. 10)...
- En France, cependant, le commandement de l’aéronautique au front, demandait,à l’arrière de concevoir un avion de nuit puissant et possédant des qualités supérieures à celles du Voisin 150 IIP. Les services techniques de l’arrière élaborèrent un programme qui fut sanctionné par un concours militaire d’avions puissants. Ce fut l’avion Breguet 220 HP Renault qui sortit vainqueur du concours. Rien n’était nouveau dans sa conception, mais l’avion, étant donné ses caractéristiques, avait un rendement remarquable (fig. 11).
- Type.de l’avion. Surface. Puissance. Capacité.
- Breguet II : .70 m2 220 HP • 800 kg
- Fig. ii. — Avion Breguet, vainqueur du concours militnre ' dep avions puissants (içi5).
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- LES MATIÈRES PLASTIQUES
- Cet appareil travaillait sous une charge de 9 kg au cheval. La charge de bombes n’était cependant que de .200 kg, ce qui est excellent pour un avion de cetle importance, mais cette charge est insuffisante pour donnér aux opérations de bombardement une efficacité tactique qui corresponde à la valeur du matériel engagé.
- .caractères généraux sont portés sur le tableau suivant (janvier 1917) :
- Types. Surface. Puissance. Capacité.
- A. K. G. II. . . . 74 „ 520 1150 -
- F. D. H. III . . . 95 520 1500
- Gotlia II........ 95 520 1500
- Ain-une de leurs caractéristiques ne permet de
- Fig. 12. — Croquis Je l'avion allemand Friedrichshafen G-3 (4200 kg, 100 m*, 520 HP).
- Notre aviation de nuit fit très peu de. progrès . depuis le concours de 1'45,"puisque dans ces derniers mois la majorité de nos avions de nuit, ne jouissaient pas de caractéristiques très supérieures à celles du Brrgnel II.
- Les Allemands créèrent un avion bimoteur de jour, Olto, qui ne parut pas jouir d’un urànd sucrés sur le front; mais ils sortirent par la suite une série de bimol<-urs de nuit qui leur permit de constituer des esradi es poissardes. Ces avions étaient les A, E. G., les Friedrichshafen et les Gotha dont les
- les classer parmi les avions géants; la créa'ion récente par l'Allemagne du moteur Maybach 500 IIP va permettre de pou-ser la puissance de ces avions à fiof) Hl’ et donnera lieu sans doute à une auç-menlation de leurs surfaces port mies (fig. 12).
- La profondeur de leurs plans porteurs reste voisine de 2 m., ce qui exclut tout caractère de gigantisme possible pour la formule biplane comme je le montrerai par la suite.
- (a suivre.)
- Ss-Lieulenant Jean-Abel Lefranc. brevelé mécanicien.
- LES MATIERES PLASTIQUES
- DÉRIVÉES DE LA CONDENSATION D! S Pl ÉNOLS ET DES ALDÉHYDES Le Bakélite et corps du même ordre.
- En principe, une matière plastique (caoutchouc durci, ébonite, galalilhe, celluloïd, bakélite, etc.) est celle qui, mélangée à des corps i lertes, leur donne de la eohésiun, tout en communiquant au mélange certaines propriétés, d’élasticité, de poli, d’inattaquabilité de dureté, propres à elle-même. Ceci est obtenu par la pression seule, ou, le plus souvent par la pression accompagnée d’un " chauffage.
- Certains de ces procédés' ' n’ont, en vue que
- la prodmiiun d’articles de luxe (bijouterie fausse, •tabletterie, brosserie, billes de bdlard, pi lles fausses, manches d'objets les plus diver-). D’autres s'appliquent* tout particulièrement à la production d'objets destinés* à l’isolement électrique, qui exigent des qualités diélectriques puis-s nies. i
- Nous n'avons en vue ici que la production de’ masses pla tiques provenant de la « condensation » dès phénols et des aldéhydes,^ auxquelles il est
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- d’usage actuellement de donner le nom de bakélite du nom de celui qui, par ses découvertes, a rendu pratique cette industrie, embryonnaire jusqu'à lui, et qui a permis de prévoir pour elle, les applications les plus étendues.
- Rappelons tout d’abord ce qu’on entend par' H condensation ».
- Si ou met en présence deux molécules, d’une aldéhyde par exemple, un atome d’hydrogène de la première se lixe sur l’oxygène de la seconde, pour donner le groupe OU et la soudure s’effectue. Ainsi
- 2 CH3. CHO = CIP .CH (OH) .CH2. CHO.
- Historique succinct. — De tels corps découverts en 1872, par Bager, n’étaient d'abord destinés qu’à la production de succédanés bon marché, des résines et gommes résines naturelles (gommes laques, copal, kauri, etc ). Trente années, durant (1872-1902), de nombreux chercheurs essayèient de produire des masses plastiques, pouvant remplacer le celluloïd, par 1 action des phénols sur le formol, action suivie d’une condensation, en présence d’un acide. Mais aucun de ces essais n’avait été couronné de succès. En effet, la masse plastique obtenue, devait être chauffée, après sa formation, avec une extrême lenteur, sous peine d’un boursouflement dù au dégagement gazeux du formol, ce qui rendait le produit sans usages pratiques.
- Léo Backeland eut alors l’idée extrêmement ingénieuse, basée sur une connaissance intime des
- 1° Si Ton fait agir du phénol sur le formol sans agent de condensation, il se produit un corps liquide, soluble dans uner foule de dissolvants organiques; c’est le novolac. base des matières succéè danées des gommes et gommes résines;
- 2° Si Ton fait agir le Formol H.CHO sur le phénol C6ll5(OH), on a d’abord :
- h . cho + C6 il5 (Oii) = c6 ii4 / 011 '
- v ' \CH*OH
- Soit un phénol alcool (saligénine) qui existe à l’état de glucoside dans lécorce du saule pleureur. -
- Deux molécules de ce corps se déshydratent comme il suit : .
- /Cil* 011
- /on i c®n+v
- 2 = II8 0 -+- )0
- \ CIP OBJ C«H*/
- •- \ CIP OU
- pour donner l’anhydride appelée salirétine, cette" déshydratation ayant lion, comme nous l’avons dit plus haut, sous l'influence d’agents condensants, addes ou basiques. Ou produit ainsi le bakélite A ou résol.
- Trois molécules de celle salirétine peuvent se déshydrater à leur tour, sous l’inlluence d’agents condensants les plus divers (Il Cl,S0*II2, les acides eu général, tous les alcalis, et une foule de sels à caraclère alcalin).
- / Cil3 OII-c6 -il* 0
- /O
- cw/
- \ cip on J
- /C«H*CIP 0. CMR CIP 0. C« IPC.IP 0 \
- + H.CnÔ=CHa / ) 0 + 311*0
- ‘ \C«U*CH*0.C«I1*CH90 CMH CIP0/
- («;. +
- phénomènes de la dissociation, de chauffer le corps obtenu, en même temps qu’il faisait agir sur lui, une contrepression de gaz (acide sulfureux, azote, acide carbonique et autres gaz inertes). Dans de telles conditions, il ne se produisait pins, aucune dissociation, aucun boursou-flement de la masse plastique obtenue.‘La masse était apte dès lors, à uùe foule d’applications intéressantes.
- Lne autre découverte de Backeland, qui .fut non des moindres, consista dans le fait de produire cette condensation, non plus par des agents‘acides, difficiles et dangereux à manier, mais pu* des agents alcalins beaucoup plus souples.
- Constitution chimique admise actuellement, de ces composes. — Lehbach a proposé la nomenclature suivante : 1 , - ^
- 1° Stade : N »vo'ac j *
- ; > 2° — Résol ou bakélite A’
- 3° —r* Bésitol ou bakélite lî
- A0 —• Résile ou bakélite C
- et voyons ce que signifient ces noms : *
- Ce corps (al n’est autre que le résilol ou bakélite B, seconde forme de ci s composés, au point de vue de leur transformation en produits plastiques.
- Le bakélite B ou résilol se polymérisera ensuite sous l’action de la chaleur seule (mais n-m plus des agents de condensation), en résile ou bakélite G, qui est la forme ultime, par excellence.
- Au point de vue des application^ aux industries, des matières plastiqi^^SifynsèajoiilJ'rotis-.ij .e~:
- Le résol ou bakelitè\A’fè't solïibe dans tous les dissolvants organiques usuels,, ou à peu près; il est liquide, pâteux ou solide, suivant les agents de condensation emp'oyés.
- Le résilol ou bike itn B n’a plus de solubilité; .seule l’acétone le go n Ile un pim. Il nésl /dus fusible, ruais il est encore jdaslilu>'.
- L’ensemble des propii lés de ces corps à leurs divers stades de transformation, ayant ,été éjudié par Backeland, lui a p vrn.iis de mettre sur pied, le mode de moulage qui suit, et qui est d’une rare ingéniosité :
- Partant du bakélite A (forme solide) qui se pul-
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- vérise avec la plus grande facilité, on mélange 25 à 50 pour 100 de la poudre fine ainsi obtenue, avec '/b à 70 pour 400 des corps les plus divers à agglomérer (le nombre en est immense). On moule sous presse chaude, 5 à 10 minutes; ceci a pour effet de transformer le résol ou bakélite A en résitol ou bakélite B. (Les moules n’ayant été occupés que quelques minutes, on réalise un gain énorme, et de temps et de matériel.)
- On « bakelise » en séries, car le résitol ou bakélite B n’étant plus fusible, peut être transformé hors du moule en résite ou bakélite C, dernier terme de la transformation en produit plastique.
- Passons maintenant à un aperçu des applications de ces corps :
- Leur champ est vraiment des plus étendus, et il ne fera que s’accroître.
- D’une manière générale, on peut dire que tout corps pulvérulent, quelle qu’en soit la nature, est susceptible d’être aggloméré, transformé en des masses colorées de toutes les façons, sortant du moule, parfaitement polies, et n’ayant plus à subir qu’un léger ébarbage. Les .fibres les plus diverses peuvent aussi subir les mêmes traitements.
- De plus ces- produits ne se pyrogénant qu’au-dessus de 500°, restant. inattaquables à tous les corps, même les plus corrosifs (à part l’acide sulfurique 66° B, l’acide nitrique fumant, les alcalis en fusion), au chlore lui-même (!), résistant aux chocs, à la vapeur, aux intempéries, présentent par cela même une infinité d’applications; nous allons en passer quelques-unes en revue :
- I. Applications de l’ordre de l’isolement électrique.
- Le bakélite C vaut, comme diéleclrique, la meil-leuie des gommes laques; par sa résistance aux chocs, aux intempéries, à la chaleur, à la vapeur, il la surpasse de beaucoup.
- Si l’on coule du bakélite A liquide ou en solution fluide* dans l’enroulement d’un induit de dynamo, d’une bobine de transformateur à-haute tension, et si l’on soumet un tel induit, une. telle bobine à un chauffage sous contre-pression, on obtiendra un bloc dans lequel le résol (bakélite A) se sera transformé en résite (bakélite C). Les moindres circonvolutions de cet induit seront admirablement isolées, et d’un diélectrique aussi bon que celui de la gomme laque, tout en possédant une résistance aux chocs et à la chaleur, bien plus grande.
- Un tel induit sera tout particulièrement recommandable dans les machines exposées à subir des chocs brusques, l’action de la poussière et de la graisse, ainsi que cela a lieu pour les machines motrices des tramways, par exemple.
- Des objets destinés à l’isolement électrique (commutateurs de foutes sortes) seront confectionnés en bakélite, auquel sera adjoint, delà pâte à papier, ou * des corps inertes, ou les deux. Il n’y entrera qu’une très faible quantité de matières de condensation, ce
- qui diminuera sensiblement leur prix de revient.
- Le papier imprégné de bakélite constitue les marques appelées en Amérique du Nord « Micarta, Pertinase », qui remplacent les lames de mica, chères et d’insertion délicate, dans la confection des collecteurs de dynamos.
- D’où la confection d’un grand nombre d’objets présentant :
- 1° Un haut diélectrique;
- 2° Une parfaite résistance à l’égard de tous les réactifs, de la vapeur, de l’humidité, de la chaleur, des graisses;
- 5° Un bon marché très grand, joint à une grande beauté.
- Alors que les ébonites - courantes, contenant peu de caoutchouc brut « repoussent au soufre », verdissent et sont bientôt du plus vilain effet, rien de semblable n’a lieu avec ces produits. Un point, qui présente une extrême importance, est le suivant : les articles en bakélite pur, ou chargé, peuvent être moulés avec toutes les insertions en cuivre que l’on veut (pas de vis, pièces diverses). La pièce sort du moule prête à l’usage. On voit par là les avantages que ces corps présentent sur bien d’autres .matières plastiques, où l’on a besoin après le moulage, de perçages, filetages longs et coûteux. De plus, on peut, si on le désire, faire dans de telles pièces des soudures de fil, sans risquer de les abîmer, ainsi que cela se produirait avec les ébonites et certaines autres matières plasX, tiques. "
- Et l’on conçoit bien qu’il en soit ainsi, puisque, comme il a été dit plus haut, les bakélites ne se pyrogènent qu’au-dessus de 300° alors que la' gomme laque, ou les ébonites qui en contiennent, sont atteintes dés 200 degrés.
- Nous bornerons là les applications. de ces ma- tières dans lesquelles un haut pouvoir diélectrique est exigé, pour passer aux applicatioiTs du domaine courant et de l’économie domestique et industrielle.
- II. Applications du domaine courant.
- Ici nous serons bref; ce seul paragraphe exigerait à lui seul de longs développements.
- Les articles en bakélite pur, diversement colorés, peuvent être employés comme perles artificielles, imitations d’ambré, d’agathe, d’onyx, de cornalline, de corne, d’écaille. ' ,
- Chargées (25 A 50 pour 100 de bakélite et 75 à 70 pour 100 de produits étrangers), elles peuvent imiter admirablement l’écume de mer, le jaspe, la stéatite, les marbres les plus divers et les plus-beaux; l’article sort du moule en ayant épousé toutes ses finesses.
- Tout déchet, toute chute, toute matière pulvérulente, peut être, grâce au bakélite, agglomérée, moulée, fixée; l’objet sortira du moule, sans nécessiter les frais élevés de polissage, que présentent les ébonites par exemple. Un mélange de bakélite A ou de novolac, avec des poudres minérales fines (ardoise, mica, etc.) peut servir à laquer les mé-
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- taux (Cf. La Nature du 4 mai 1918). Les enduits obtenus présentent naturellement les qualités relatées plus haut et deviendront moins chers que les enduitsau four ». On peut agglomérer les matières abrasives les plus diverses (corindon, émeri, carborundum, alundum, etc.). On obtient ainsi des meules avec lesquelles on atteint les plus hautes températures que îe frottement communique à la pièce en contact.
- Pour conclure : nous n’avons voulu qu’effleurer ce sujet des plus vastes et des plus intéressants. La
- France est devenue du fait de la guerre une énorme productrice de phénols. Par ses richesses forestières elle pourra, et devra, produire le formol à bon marché. Demain l’industrie du furfurol (aldéhyde pyromucique) extrait des sons et râfles de maïs, celle de l’aldéhyde acétique (provenant 'de l’acé-tylèn'e) synthétique, donneront des produits aldé-hydiques à bon marché. La France devra ajouter ce fleuron à sa couronne industrielle. Espérons quelle ny faillira pas. Albert H„Ln(j
- Ingénieur chimiste.
- LYON, LE RHÔNE ET LA HOUILLE
- Dans un précédent article, nous avons étudié les projets d’aménagement du Rhône, au point de vue industriel et économique ; nous avions volontairement négligé le passage à Lyon.
- La traversée de la ville par le fleuve et sa jonction avec la Saône à l’aval immédiat du quartier de Perrâche ne présente pas de moins brillantes possibilités que le reste du parcours, et ont influencé d’une manière considérable le développement de la seconde capitale française. Sa situation géographique, au carrefour des trois grandes voies conduisant à la mer (bas Rhône), à la Suisse (haut Rhône), à la Bourgogne, et par suite, à la Seine, Paris et la Manche (vallée de la Saône), y fixèrent les Romains; l’ancienne cité contient de nombreuses traces de leur passage. Lucius Munacus Plancus,lieutenantdeCésar, en posa les premières pierres, 43 ans avant notre ère ; dans la suite, la ville devint rapidement un des centres du monde occidental, et l’archevêque de Lyon porte encore aujourd’hui le titre de « Primat des Gaules». j
- L’industrie moderne devait être attirée par une agglomération puissante, dont le commerce séculaire donnait à son développement de multiples facilités. Manufactures et usines ont poussé dans la ville même ou dans son voisinage immédiat pendant le dernier quart de siècle, avec une rapidité témoi- ' gnant de l’intérêt‘qu’elles y trouvaient.
- Les quartiers préférés ont été le Sud et l’Est : au Sud, d’anciennes lônes, des marécages abandonnés, des terrains d’alluvions se sont couverts d’üsines de produits chimiques : le gros bourg de Saint-Fons est. une immense agglomération de succursales, enchevêtrées l’une dans l’autre, de la Société de Saint-Gobain, Chaunv et Cirey, des Usines du Rhône, de la Société de Bàle, des Gélatines, Colles et engrais, pour ne citer que les principales ; la guerre leur a adjoint de formidables entreprises analogues, poudreries et autres; toutes trouvent dans lé fleuve un déversoir pour leurs résidus. Vers l’Est, les plaines’de Yénissieux, Montplaisir, ont tenté les fabriques qui nécessitent de grands espaces plans ateliers métallurgiques, automobiles, filatures et tissages, pâles alimentaires ceinturent la .ville d’un cordon ininterrofnpu dont-
- la croissance happe chaque jour davantage les champs et les prés; la verdure s’éloigne, remplacée par la teinte fumeuse des terrains d’usines (fig. 1)._
- Des chiffres, obligeamment fournis par les Chambres syndicales, prouvent l’accroissement pris pendant les dernières années : pour les industries métallurgiques par exemple la production, la main-d’œuvre et les surfaces occupées ont presque triplé depuis trois ans. Les pâtes alimentaires progressaient dans le même sens, lorsque la crise du ravitaillement vint entraver un essor qui donnait les plus belles espérances.
- Les fleuves lyonnais sont appelés tout naturellement à véhiculer un tonnage croissant dans de telles proportions : aussi la Chambre de commerce s’est-elle vivement préoccupée, après avoir solutionné la navigabilité du bas et du haut-Rhône, de créera Lyon même les ports et l’outillage nécessaires-
- Sur la Saône d'abord on établit le port Rambaud (fig. 2) : la Saône à son confluent est retenue par le barrage de la Mulatière, à l’aval immédiat de la presqu île de Perrâche. Le cours tranquille de l’affluent attire les premiers travaux : des bas-ports considérables existaient : on les exhausse pmir les mettre à l’abri des crues, on les dote Ü’un système complet dè docks, de grues de déchargement, de voies ferrées, y compris un pont bascule de 35 tonnes pour wagons; on outille à la moderne. Les projets actuellement arrêtés prévoient une longueur de quai de 500 m. Ces travaux commencés pendant la guerre permettront l’accès facile des vastes 'entrepôts,, usines et magasins généraux, qui entourent la gare de Perrâche. Le port sera relié directement, d’une part au chemin de fer P.-L.-M., d’autre part au réseau local des tramways.
- Tout récemment, le maire, pour favoriser le développement des transports' fluviaux, a insisté^ pour qu.’il soit encore agrandi. Des plans nouveaux comportent .une extension sur 200 m en aval et 700 m. en amont du port actuel, soit une longueur totale de 1400 m., puis, encore en amont, l’aménagement d’un port avec magasins publics établis sur le même principe que les ports et magasins publics de Paris-Austerlitz. On aurait ainsi sur ce point une longueur totale de quai de 2300 m. environ.
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- Pnoio Farges, à Lyon.
- Fig. i. — Région industrielle lyonnaise. Usines-de Sainl-Fons.
- Ces travaux, (lasses‘en première urgence parle Con^eiI gén rai des Pouls, pourronl jouer un rôle considéralile dans l’avenir pour l'acheminement des ciment'- et asphaltes du Dauphiné, des fou es des usines lyonnaises et dauph noises ; p"ur l'importation'de>- houilles du Noid et de Saône-et-Loire, le transit dessoude.- lorraines, des pâtes de cellulose, des lers de Meurt lie el-M( selle, des vins du Midi, et d< s produits minéraux ou exoli mes en provenance de Marseille. On y prévoit un trafic de 100 UOU l dans un court laps de temps.
- La voie du llliôi e, plus dilïiole à canaliser pendant la Iraur.-ée de la ville que c lie de la Saône, n’a pourtant pas été plus négligée. Un en trouve un exemple dans I autorisation donnée par 1 État
- de « Pont Wilson », montre par l’élégance et la simplicité de la construction combien les architectes lyonnais savent se tenir au courant des derniers progrès. Du type dit ci Séjourné », ingénieur français qui a imaginé ce mode de construction, il comporte deux volées-,d’arches parallèles en maçonnerie ayant chacune 5 in. 05 de largeur entre bandeaux, séparées par un espacelibrede 10 m. 80, recouvert par un plancher en béton armé(1). Chaque pont comporte quatre grandes arches et deux petites arches, dites de décharge, sur les bas-ports. Les fondations des piles et culées ont été exécutées à l’air comprimé, au moyen de ç lissons descendus à une profondeur allant jusqu’à 12 m. sous l’étiage du Rhône de 1872 (cote 1ti0m,6l). Les grandes voûtes en pierre de taille sont appareillées et posées pour former dent d'engrenage — et la dalle en béton armé est établie suivant les procédés Hennebique. D’une largeur de 20 m. entre parapets, dont 11 m. de chaus>ée, avec ses deux voies de tramways enca>trées dans le macadam et son éclairage intensif par 1 mpes au demi watt, presque entièrement construit pendant.la guerre, cet ouvrage dessine une silhouette harmonieuse, et puisante, digne en tous po.-nts des espérances basées sur la souveraineté
- Fig. 2. - Projet d'aménagement du Port Rambaud. Projil eii travers.
- à la construction du nouveau pont de lHôtel-Rjieu. Ses seivices ont exigé que l’intiados des voûtes réserve un rectangle de navigation, comportant une largeur de 20 m., une hau cur minima de 8 m. 49-pour l'arche et de 49 m.'de portée.
- Ce pont,-qui. vient d’être inauguré sous le nom
- d’après guerre du fleuve qu’il traverse (fig. 3).
- Le problème proprement dit du Rhône à Lyon paraît devoir être tourné au moyen d’une solution furt élégante et d’une portée incalculable pour le développement de la ville.
- 1. Élude sur le développement de la région lyonnaise/
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- >. - Photo Kiby, a'Lyon.
- Fig. 3. — Lyon. Le pont Wilson inauguré le 14 juillet içi8.
- M. Chalumeau, ingénieur en chef de la Voirie municipale, a présenté, le 31 décembre 1917, une étude sur la création d’un canal de ceinture, qui doit assurer la liaison entre la navigation du haut Rhône et celle du bas Rhône.
- Ce canal, long au total de 15 km, dont 2800 m. environ en souterrain sous la butte de Br on, aurait 22 m. de largeur au plafond; il partirait du canal de Jonage, près de l’Usine de Vaux-en-Velin, contournerait les murs d’enceinte actuels pour rejoindre le Rhône légèrement en amont de St-Fons; il permettrait l’établissement de deux grands ports industriels de transbordement et d’approvisionnement : l’un dit « Port de l’Est » serait situé au voisinage de Jonage; l’autre, le « Port du Midi », se trouverait près de St-Fon,s. Il jouerait le rôle de nœud de navigation fluviale entre les voies de Lyon à Genève et de Lyon à Marseille.
- L’ensemble du travail doit toucher une superficie totale de 400 hectares environ, dont 70 de bassins; la longueur des quais pouvant être de près de 45 km. La dépense prévue pour la construction du seul canal de ceinture excède 400 millions.
- Cette idée est la reprise profondément remaniée
- d’un premier projet émis par la SociéLé des grands travaux de Marseille, qui ne comportait qu’un seul système de bassins situé dans le voisinage de St-Fons.
- La construction du canal et des ports, jointe au percement prévu des grandes artères de grande banlieue,f-sur le principe des quatre types : voies somptuaires et commerciales, voies radiales, voies circulaires et presque concentriques, 'permettant les transports! ouvriers de banlieue à banlieue sans passer par le centre, et .boulevards en corniche pour les habitations particulières, est appelée à donner de telles facilités au mouvement dans les faubourgs Est, Sud-Est et Sud de la ville,' qu’on ne peut douter de son exécution aussitôt après la guerre ((ig. 4).
- Une part notable de l'initiative de ces études incombe à la Chambie de Commerce de Lyon. Cette dernière estime que, de même que les Chambres de Commerce maritimes organisent en maintes occasions l’outillage et l’aménagement des ports, de même les Chambres de Commerce de l’intérieur sont désignées pour se charger de l’exploitation et de l’entretien des, ports de navigation intérieure.
- Des arrangements et des conventions sont à l'élude avec la Ville et la Compagnie P -L.-M., pour l’avance des sommes nécessaires; des taxes de péage, des taxes de transport sur le modèle des tarifs à base kilométrique rémunéreront les capitaux engagés.
- La construction du canal de ceinture s’imposera avec une évidence indiscutable lorsque le nouveau bassin houiller du Rhône entrera en exploitation,
- Échelle
- LYON
- Bron
- Kport ÿu
- N k Greno6/e
- Fig. 4. — Lyon. La gare et les ports projetés.
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- 158 : ... —........... LYON, LE RHONE ET LA HOUILLE r.:..................................r:: :
- région d’effondrement : au dessus d’un ancien sillon du plissement carbonifère, occasionnant la formation de bassins houillers, se sont produites de nouvelles dépressions occupées par les eaux à l’époque tertiaire. C’est ce sillon dont les recherches ont permis de préciser la position, l’a!lure et la valeur.
- Sans insister sur des détails pour
- article récent de M. Pawlowski, rappelons en deux mots les résultats.
- Les premiers travaux exécutés sur la rive gauche du Rhône ont permis de reconnaître que les affleurements de Communay, Ternay et Chamognieu délimitaient vers le Sud le prolongement du bassin. Les sondages successifs établirent que celui-ci perdait sa direction primitive N. 70° E. pour prendre une orientation N. 45° E. On reporta donc ces derniers vers le Nord dans la banlieue lyonnaise (fig. 5).
- Dans ce nouveau bassin houil-ler, sur 23 sondages, 16 ont été improductifs, 7 ont rencontré la houille. La plupart des couches n’atteignent pas 3 m. de puis-Fig. 5. — Le bassin /touiller lyonnais. * sance. Dans plusieurs sondages, les
- Emplacement des sondages.
- On sait que des sondages ont été faits en divers points de la France au cours de ces dernières années.
- La i grave pénurie de charbon dont nous souffrons, et qui a été présentée à deux reprises avec un relief impressionnant par M. de -Launay, dans la Revue des Deux Mondes en 1915 et dans son livre sur la guerre et l’après-guerre économiques « France-Allemagne », a suscité des recherches méthodiques en bien des points où l’on pouvait s espérer, — où quelquefois l’on désirait —- trouver la houille. On a 'foré dans-la Manche, en Lorraine (Nancy), dans le Rhône; et les espoirs les plus positifs paraissent devoir ée rapporter à cette dernière région.
- On peut admettre que le nouveau bassin constitue le prolongement par dessous le Rhône de celui de Saint-Étienne, dont on prévoit qu’il atteindra la superficie.
- , Les vallées de la Saône *et du . -Rhône doivent correspondre a une - Fig. 6. — Profil des sondages dans le bassin lyonnais.
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- LES RELATIONS SCIENTIFIQUES INTERNATIONALES D’APRÈS-GUERRE 159
- intervalles stériles entre les couches sont de 90 et même 210 mètres.
- Nous donnons ci-dessous à titre d’exemple les coupes de deux sondages : l’un, n° 8, exécuté par la Société des Mines de Blanzy à Mions, à 13 km de Lyon, où le terrain houiller s’étend entre les profondeurs 301 m. 30 et 629 m. 30; l’autre, n° 12, creusé par la Société civile de Recherches du Bassin gauche du Rhône à La Fouillouse, où le terrain houiller commence à 570 m. 20.
- Les charbons de Mions tiennent en moyenne 27 pour 100 de matières volatile pour 5 pour 100 de cendres. Les couches de La Fouillouse ont donné des charbons à coke bien collé et serré avec des teneurs de 29 à 38 pour 100 de matières volatiles (fig. 6).
- Cinq sondages de la campagne ont dépassé 1000 m., et l’un a atteint 1354 m. Plusieurs d’entre eux n’ont pas rencontré de couches dont l’épaisseur totale fût suffisante pour justifier une exploitation. Par contre plusieurs forages ont traversé des schistes bitumineux assez puissants et assez riches en huile minérale pour pouvoir être probablement exploités avec profit.
- « Des travaux d’exploration exécutés jusqu'à présent », concluait M. Bergeron dans =un rapport au Congrès général du Génie civil (*), en mars dernier, « on peut inférer que dans la vallée du Rhône existe une large dépression, orientée dans sa partie méridionale suivant une direction N. E. qui se redresse vers le Nord. En même temps elle, s’élargit : alors qu’au niveau de Communay le pli houiller a une largeur de 4500 m,, plus au Nord celle-ci atteint 22 km.... La dépression semble
- correspondre à un effondrement N. S. comparable aux chenaux du Massif Central. S’il en était ainsi, le nouveau bassin pourrait avoir une importance considérable dans l’avenir. Mais les travaux de recherches n’ont pas encore été poussés assez loin pour qu’il soit permis de se prononcer à cet égard. »
- Quoi qu’il en soit, au voisinage immédiat d’un centre indüstriel dé première importance comme Lyon, à une profondeur de 500 ou 600 m., de pareilles indications sont intéressantes : des concessions ont été demandées. Lorsqu’elles seront exploitées, lorsque Je canal de ceinture et les fleuves aménagés permettront de transporter par eau cette houille aux lieux de consommation, on peut espérer voir la banlieue Est et Sud-Est lyonnaise se transformer en un vaste champ industriel, que l’activité et la persévérance des Lyonnais sauront rendre l’égal des cités manufacturières les plus puissantes de nos ennemis.
- En même temps, la Suisse et les pays du centre, qui cherchent aujourd’hui leur blé par la mer d’Azow en Russie et ne peuvent l’amener à Genève qu’en décrivant un cercle immense, contournant l’Espagne et la France, pour remonter le Rhin, transborder à Manheim, et arriver enfin aux provinces helvétiques, le feront volontiers naviguer sur le Rhône, surtout s’ils ont l’espérance de trouver un fret de retour à Lyon : charbons pour l’Italie, voire la Grèce. Le transit par Lyon une fois assuré, tout un nouveau commerce s’établirait par la vallée du Rhône, au détriment des ports et réseaux fluviaux Allemands.
- A. KoEHI.ERf
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 septembre' 1918.
- La stérilisation partielle dés terres. — Les travaux de E.-J. «lussel ont montré que la stérilisation partielle, par la chaleur à 98° ou par l’application de substances antiseptiques, augmente la fertilité des terres ; on explique cet effet en admettanf'qu’on détruit ainsi les protozoaires qui limitent le développement des bactéries utiles dans le sol. M. Trulîaut a étudié l’emploi du sulfure de carbone, du sulfure de calcium et des carbures aromatiques. On remédie par là à la disette d’engrais azotés qui existe depuis la guerre. Nous consacrerons prochainement un article à cette étude intéressante.
- Les principes de la classification botanique. —
- M. Paul Vuillemin propose une révision de la classification botanique selon le système de Tournefort. Le principe de l’affinité permet d’établir un enchaînement logique en s’appuyant sur le principe de filiation. Il ne faut pas considérer les êtres inférieurs comme des formes dégradées en les supposant privées des attributs, qui appartiennent aux formes supérieures prises comme type idéal, mais, au contraire, partir dé ces formes inférieures pour s’élever progressivement vers les formes, supérieures. Toute classification, étant artificiellement discontinue, doit viser à se conformer le mieux possible au principe de continuité.
- LES RELATIONS SCIENTIFIQUES INTERNATIONALES D’APRES-GUERRE
- La libération de Lille vient de nous faire connaître une fois de plus les sévices graves subis par nos compatriotes pendant l’occupation allemande.. Une lettre adressée à l’Académie des Sciences et à l’Académiè de Médecine par leurs membres retenus ( pendant quatre années à Lille, les professeurs Cak
- mette, Witz, Parenty, Laguesse, Duret, relate les 'nombreux actes abominables dont ils ont souffert et soulève l’indignation.
- Aussi devons-nous signaler les décisions prises le mois dernier par la Conférence interalliée des Académies Scientifiques à Londres relativement aux
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- 160 LES RELATIONS SCIENTIFIQUES INTERNATIONALES D’APRÈS-GUERRE
- relations internationales d’après-guerre, lesquelles constituent la répons nécessaire des savants alliés aux justes plaintes de nos compatriotes.
- [. Déclaration votée à l’unanimité par la Conférence pour servir de préfacé à ses résolutions. — Lorsque, il y a quatre ans, la guerre éclata, divisant l’Europe en camps ennemis, les hommes de science pouvaient encore espérer que la conclusion de la paix renouerait les liens rompus, et que les ennemis de la veille pourraient de nouveau se rencontrer dans des conférences amicales et unir leurs efforts pour le progrès de la science. De tous temps, depuis la renaissance des études scientifiques, au moyen âge, la recherche du vrai a formé une chaîne assez solide pour résistera l’efiort des antagonismes nationaux. Et ce lien s’est encore fortifié vers la fin du dernier siècle, lorsque le développement de certaines branches de la science a requis, pour leur étude, la collaboration de toutes les nations civilisées. Associations et conférences se sont rapidement multipliées et des relations amicales de plus en plus intimes se sont établies entre lés savants des différents pays, en dépit des divergences politiques, volontairement laissées dans l’ombre.
- La guerre, jadis, a fréquemment interrompu la coopération des individus, sans détruire leur mutuelle estime, basée sur le sentiment dé la valeur de la science; la paix venait bientôt effacer les traces des luttes passées.
- Si, aujourd'hui, les délégués des Académies scientifiques des nations alliées et des Etats-Unis d’Amérique se voient dans l’impossibilité de reprendre des relations personnelles, même en matière de science, avec les savants des empires centraux, tant que ceux-ci n’auront pas été admis de nouveau dans le concert des nations civilisées, ils le font en pleine conscience de leur.responsabililé, et ils ont pour devoir de rappeler les motifs qui les ont amenés à prendre cette décision.
- La civilisation a imposé des règles de conduite aux nations qui entendent servir les intérêts de l’humanité, et qui ont, à un haut degré, le souci de leur honneur. Telles sont la reconnaissance du caractère sacré des traités (spécialement de ceux -concernant l’état de guerre) et la suppression d’inutiles cruautés envers les populations civiles...'. A ces deux points de vue, les puissances centrales ont enfreint les lois de la civilisation, dédaignant toutes les conventions, et déchaînant dans lame humaine les pires passions engendrées par la férocité de la lutte. La guerre est fatalement pleine de cruautés, "et des actes individuels de barbarie ne sauraient être évités; il faut en prendre son parti. Ce ne sont pas ces actes que nous visons, ce sont les horreurs organisées, encouragées, et imaginées, dès l’origine, dans le seul but de terroriser les populations inoffensives. La destruction d innombrables propriétés privées, les violences et les massacres sur terre et sur mer, le torpillage des navires-hôpitaux, les insultes et les tortures infligées aux
- prisonniers de guerre, laisseront, dans l’histoire des nations coupables, une tach- que ne saurait laver la simple réparation des dommages matériels. Pour restaurer la confiance, sans laquelle toute collaboration fructueuse serait impossible, les empires centraux devront désavouer les méthodes politiques dont l’application a engendré les atrocités qui ont indigné le monde civilisé.
- IL Résolutions relatives aux organisations.scientifiques internationales, votées à l’unaninnité par ^ la Conférence, — f. Aussitôt que les circonstances le permettront, les conventions relalives aux associations scientifiques internationales seront, conformément aux statuts ou règlements propres à chacune d’elles, dénoncées par les groupements compétents des nations en guerre avec les empires centraux.
- Les nouvelles associations reconnues utiles au progrès des sciences et de leurs applications seront établies, dès maintenant, par les nations en guerre avec les empires centraux, avec le concours éventuel des neutres.
- 2. Certaines associations résultant de conventions diplomatiques, telle la Conyeniion du Mètre, devront faire l’objet d’un ëxamen spécial lors des négociations de paix.
- 5. Les mesures visées ci-dessus laissent de côté les accords concernant exclusivement les relations administratives indispensables entre des services publics, comme celles réglementant la navigation, les dépêches météorologiques, les chemins de fer, les postes et télégraphes, etc.
- 4. Il est constitué, dans le sein de la Conférence, , une Commission d’études, à laquelle pourront s’adjoindre des délégués désignés par les Académies des pays en guerre avec les puissances centrales. Celle Commission dressera un plan général d’organisations internationales, pour satisfaire aux besoins des diverses branches des recherches scientifiques et industrielles, y compris celles relatives à la Défense nationale.
- La Commission se réunira à Paris, cette année même, dans la deuxième quinzaine de novembre.
- 5. Chacune des Académies représentées à la Conférence sera invitée à provoquer la création d’un Conseil national, ayant pour objet l’avancement des recherches mentionnées au paragraphe précédent..
- 6. Un conseil internalional sera constitué par la fédération des Conseils nationaux.
- 7. La Conférence, estimant que tous les progrès industriels, agricoles, médicaux, reposent sur les découvertes de la science pure, appelle l’attention des Gouvernements sur l’importance des recherches * théoriques et désintéressées, dont les budgets, après la guerre, devront être dotés le plus largement possible.
- Elle insiste également sur la création de grands laboratoires, privés et nationaux, de sciences expérimentales.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. —N° 2346
- 30 NOVEMBRE 1918.
- VERS LES AVIONS GÉANTS
- il
- Nous avons vu, dans le précédent article (Nature, n° 2545), quelles' raisons industrielles et quels avantages techniques avaient conduit l’évolution des avions vers la formule des multimoteurs. Nous allons montrer dans le présent article, quelles nécessités ont poussé nos constructeurs à concevoir des avions dont les cellules diffèrent de toutes celles des avions précédemment étudiés.
- En ce qui concerne les appareils puissants, l’Italie a suivi une toute autre voie que celle adoptée par la Grande-Bretagne, la France ou l’Allemagne.
- Les travaux de l’ingénieur Gaproni ont doté l’Italie et nous-mêmes, par la suite, d’avions trimoteurs. Ces avions datent de la fin de l’année 1915.
- Leur création correspond comme pour la concep-
- de ces aATions qui étaient à grande puissance pour l’époque (1916) ; mais les services techniques firent interrompre les commandes pendant plus d’un an et ce n’est qu’à l’apparition des « Gotha » et « Friedrieohshafen », que fébrilement et avec un an de retard, on se lança de nouveau dans cette réalisation.
- Cependant, au début de 1915, un constructeur français, Gabriel Voisin, voulut créer un avion géant qui fit ses essais en août 1915 ; il ne s’agissait rien moins que d’un immense appareil de bombardement triplan équipé avec 4 moteurs d’une puissance totale de 600 HP (fig. 2). Après de nombreux essais portant sur la force et la position des moteurs, Voisin construisit un second avion
- Fig. /. — Croquis de l’avion italien Caproni, biplan-trimoteur (içiô)- (90 m\ 320 HP.).
- tion des avions bimoteurs, au désir d’obtenir des avions puissants, bien que les moteurs alors en usage ne dépassassent guère 150 HP.
- La formule adoptée comprenait une carlingue centrale portant le personnel, les réservoirs et 1 moteur avec hélice arrière. Les deux moteurs avant et latéraux étaient montés sur deux fuselages portant l’empennage arrière (fig. 1).
- Sur notre front, les caractères généraux de ces avions étaient :
- Types. Surface. Puissance. Capacité.
- G. E. P. 1916 . 90 m3 520 HP 1000 kg
- G. E P. 1918 . 125 — 600 — 1500 —
- L’avaniage de ces deux fuselages est de créer un empennage qui concourt à la solidité générale de l’avion et qui permet de simplifier la construction de la cellule.
- La création de, la formule trimoteur permet de supprimer les pannes au cours des vols, l’avion pouvant voler correctement avec 2 moteurs et prolonger son vol avec 1 moteur seulement. Ce sera certainement à une formule de ce genre que l’on devra avoir recours pour créer des avions, postaux réguliers.
- La France entreprit la construction d’une série
- géant, dont on trouvera ci-après les caractère ‘.(fig. 3).
- Types. Surface. Puissance. Capacité.
- Yoisin triplan 1916. 200 m3 880 HP 2000 kg
- Gaproni triplan . . 180 — 600 — 2000 —:
- Une dès caractéristiques de l’avion Voisin est la présence de deux fuselages dans le plan vertical; eette disposition a pour but de renforcer la solidité de l’empennage arrière et de parer ainsi aux ruptures de fuselage (fig. 4). ,
- Maintenant que l’on sait que les plans profonds sont d’un bon rendement, on peut considérer que l’importance des dimensions de la cellule ne correspond plus à la surface portante, ce type d’avion peut donc être considéré comme périmé.
- L’ingénieur italien Caproni (fig. 5), de son côté, cherchait à obtenir les mêmes résultats avec des moyens à peu près identiques à ceux de Voisin. Sa conception fut un triplan, trimoteur, bifuselage, dont les caractères généraux sont portés dans le tableau ci-dessus. Les deux fuselages du Caproni sont situés dans le plan horizontal, mais leur existence a pour but la consolidation de l’empennage (fig. 6).
- Pour les mêmes raisons que celles du Voisin,
- . ; ” 11. — 161
- 46e Année — 2” Semestre
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- 162 ------....VERS LES AVIONS GEANTS
- j’estime que le Caproni doit être maintenant considéré comme un avion déclassé.
- Enfin, ce sont les Allemands qui poursuivirent pendant ces deux dernières années de laborieux travaux, afin d’arriver à créer un type d’avion géant assez puissant pour essayer de troubler le moral de Paris, de Londres, de Rome et de jeter le. trouble dans les centres industriels. Les avions géants allemands Riesenflugzen furent conçus suivant différentes formules comprenant 3, 4 ou 6 moteurs. Un type d’avion R paraît avoir été adopté par nos ennemis, ce serait l’immense Gotha Zeppelin, abattu le 4 juin 1918 au sud-ouest de Boissons.
- Cet avion mérite véritablement l’appellation de « géant », tant par son importance que par la
- L’empennage arrière est biplan et il possède l’importance, à lui seul, d’un avion ordinaire; cette disposition biplane a pour but d’éviter de construire des surfaces qui étant monoplanes, comme sur les autres avions, auraient des dimensions d’une portée dangereuse; cette même solution a été adoptée par l’Handley-Page, mais elle ne l’a pas été par le triplan-Caproni qui dispose d’un double fuselage. Les gouvernails de direction sont au nombre de 2 (cf. Caproni, Handley-Page).
- Les moteurs sont des Maybach 6 cylindres, donnant chacun 300 HP ; 4 moteurs sont ainsi groupés 2 par 2, en tandem, et actionnent chacun une hélice.
- La question de poids, n’intervenant à bord de
- Fig. 2. — Photo du premier avion triplan Voisin (içi5).
- méthode suivie pour sa construction. Il se détache d’ailleurs de tout ce qui a été réalisé jusqu’ici (%?)-
- Une description de cet avion R a été publiée dans P Aérophile du 15 août par M. Jean Lagorgette, à qui nous empruntons les caractéristiques suivantes.
- Type. Surface. Puissance. Capaçité.
- Golha-Lizenz . . 314 m9 1200 IIP 4500 kg
- Cet avion biplan offre une curieuse ressemblance générale avec le Gotha, les proportions en sont les mêmes, mais toutes les dimensions paraissent être sensiblement doublées.
- L’envergure est de 41 m., la longueur 22 m., la hauteur 6 m. 40. Le poids total dépasserait 13 000 kg (Handley-Page 5500 kg). L’équipage se compose de 2 pilotes, 3 mitrailleurs, 2 mécaniciens, 1 opérateur de T. S. F. et sans doute un commandant de bord, soit un total'de 9 personnes.
- ces avions géants que comme un élément beaucoup moins important qu’à bord d un avion ordinaire, il a été possible d’ajouter aux moteurs certains perfectionnements techniques. Ainsi, les moteurs sont pourvus de débrayages et de volants, peut-être est-ce pour essayer les moteurs plus facilement ou pour faciliter les virages brusques.
- Des démultiplicateurs ont été interposés entre les moteurs et les hélices permettant ainsi d’avoir un meilleur rendement par l’emploi de grandes hélices tournant lentement (cf. Zeppelins) ; dans le cas présent, les hélices ont un régime de 750 tours, tandis que les moteurs se tiennent à 1500 tours. De même, les moteurs Maybach ont des dispositifs spéciaux de mise en route au moyen d’une pompe à vide.
- 11 a été également possible d’installer un groupe électrogène indépendant, destiné au poste de T. S. F. et a/la recharge des accumulateurs. Cette
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- VERS LES AVIONS GEANTS --. -... - — 163
- batterie d’accumulateurs sert à alimenter l’éclairage intérieur du fuselage et des carlingues des moteurs, elle alimente aussi les feux de bord et les projecteurs d’atterrissage.
- La disposition de l’empennage biplan et le montage des moteurs en tandem sont les deux diffé-
- Dans chaque carlingue latérale contenant les moteurs se. trouve un mécanicien qui surveille le fonctionnement de ses deux moteurs et de tous leurs organes; les pilotes communiquent avec eux par l’intermédiaire d’un transmetteur d’ordre électrique et de tubes acoustiques de secours (cî. Zeppelins).
- are totale
- Fig. 3. — Croquis de Vavion Voisin triplait (1916) (65oo kg, 800 HP, 200 nP). Remarquer le double fuselage, la profondeur des plans est restée de 2 m. environ.
- rences importantes qui séparent, en dehors des proportions générales, le Gotha-Lizenz de son petit prédécesseur, le Gotha type G.
- Le fuselage de cet avion géant ressemble beaucoup à la cabine de l’avion llia-Mou-rometz. Entièrement clos, il est large de 1 m. 80 et haut d’environ 1 m. 90.Son aménagement comprend à l’avant,,, un poste d’observation muni d’une tourelle à mitrailleuses; ensuite vient une grande salle contenant tous les organes de commande et où se trouvent les deux pilotes ; derrière eux sont placés de part et d’autre les 12 réservoirs contenant 3000 litres d’essence et l’huile. Le troisième compartiment contient le groupe électrogène, les accumulateurs, l’opérateur de T. S. F. et deux, mitrailleurs disposant d’une tourelle supérieure et d’une trappe inférieure. Un couloir central permet de circuler depuis l’extrême avant jusqu’au poste arrière.
- Des extincteurs d’incendie sont répartis dans tous les postes. Tous les passagers sont munis de parachutes permettant de regagner le sol en cas d’avarie grave. La capacité en bombes est de 2200 kg;
- elle est utilisée par l’emploi de deux bombes de 1000 kg chacune et de quelques bombes de 50 kg. La formidable puissance de ces bombes et leur petit nombre par avion sont deux' indices qui démontrent clairement que la nature des objectifs recherchés par Iss avions géants sont de gros centres industriels ou de grandes villes.
- La constitution de la cellule est remarquable par sa simplicité, par le petit nombre de ses mâts et de ses câbles. On peut notamment remarquer que la portée de la cellule entre les deux derniers groupes de mâts est de 5 m. 82 !
- Les plans ont une profondeur qui est également caractéristique (4 m. 50) des avions géants.
- Nos ennemis déclarent que ce type d’appareil est
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- VERS LES AVIONS GÉANTS
- au point et qu’il a donné de bons résultats ; ils n’en possèdent qu’un assez petit nombre et auraient de très grosses difficultés pour en constituer des escadres. Les Allemands déclarent volontiers que l’aéronautique allemande a renoncé aux avions gigantesques. »
- Ne soyons point dupes de ces déclarations fallacieuses, l’avion géant est l’avion de l’avenir, le seul qui d’ailleurs puisse, par ses résultats économiques, réaliser la navigation aérienne de transport.
- Différents grands problèmes doivent être résolus pour arriver à la conception d’un avion géant donnant de bons résultats.
- La recherche d’avions de guerre de pareilles dimensions n’a pour but que le désir de transporter des masses d’explosifs énormes dans un seul avion. (
- De toutes façons, il est plus avantageux pour une
- tantes pour 5 avions que pour 34; le temps mis pour exécuter cette opération sera infiniment moins long avec 5 avions et ainsi plusieurs vagues successives pourront attaquer l’objectif dans la même nuit.
- Dix pilotes seront nécessaires au lieu de 34 et le nombre de ces précieux et rares mécaniciens' d’avions sera beaucoup moins élevé pour l’entretien de cinq mastodontes que pour les 34 pygmées.
- La question est cependant moins simple qu’elle ne paraît au premier abord et, pour sa bonne réalisation, un assez grand nombre de difficultés sont à vaincre.
- Successivement se posent le problème de construction d’immenses cellules, puis celui de l’obtention de la puissance nécessaire, enfin celui dé l’utilisation au front de pareils géants.
- On sait qu’il est possible de demander aux sur-
- 3Qm-
- Fig. 5. — Croquis de Vavion italien Caproni triplait à trois moteurs {1917)
- (600 HP, 180 m2). Remarquer le double fuselage, la profondeur des plans est restée de 2 m. environ.
- nation belligérante d’utiliser un petit nombre d’avions très puissants qu’une grande quantité d’avions moyens. Supposons par exemple qu’il faille aller déverser sur la gare de Trêves une dizaine de tonnes d’explosifs dans le but d'empêcher tout transit de renforts par cette importante gare régulatrice.
- Si pour frapper de nuit cet objectif nous utilisons, comme cela a été la théorie française, des avions monomoteurs susceptibles de ne transporter que 500 kg de projectiles, nous voyons qu’il faut une escadre de 34 avions, soit 34 moteurs, et une valeur de plus de 2 millions de francs, sans compter les innombrables rechanges de toutes sortes que nécessite la mise en état d’un pareil matériel. Supposons que la même quantité d’explosifs soit déversée par des avions géants d’un type analogue au Gotha-Lizenz, 'il faudra seulement 5 de ces avions pour- arriver au même résultat, soit 20 moteurs et l’immobilisation d’environ 1 million de francs.
- Les rechanges seront naturellement moins impor-
- faces portantes d’un avion de travailler, suivant leur régime de vol, à supporter de 25 à 40 kg par mètre carré.
- Si donc, nous avons à concevoir un avion dont le poids total en vol sera de 13 000 kg, il faut dans l’état actuel des connaissances aérodynamique^ prévoir une surface portante d’environ 300 m2.
- La construction de pareilles surfaces n’est pas un petit problème à résoudre car, si l’on s’en tient, par exemple, pour les ailes d’avions à une. profondeur moyenne de 2 m., il faut considérer que le développement des plans nécessaires doit être d’environ 150 mètres.
- Pour un avion monoplan, cela donnerait une envergure de 150 m. ; la chose est tout à fait impossible à réaliser. Pour un biplan l’envergure de la cellule serait de 75 m. et enfin l’envergure tomberait à 50 m. pour un triplan (fig. 8)*.
- Cette solution, du plan de 2 m. de profondeur, a été adoptée et conservée depuis de nombreuses années par tous les constructeurs. Les expériences et les calculs de la science aérodynamique con-
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- .. VERS LES AVIONS GÉANTS —-............— : = 165
- seillaient de ne pas dépasser cette profondeur. I compte d’un développement de 100 m. de plans, Lorsque Voisin et Gaproni voulurent créer des | et Caproni pour 180 m2 en devait prévoir une dont
- Fig. 6. — Avion italien géant Caproni à 3 places et 2 moteurs à côté d’un avion de chasse ordinaire.
- types d’avions géants, ils ne savaient point qu’on* I les plans auraient un développement de 90 mètres, peut obtenir un excellent rendement aérodyna- | Pour éviter la difficultueuse construction d’une
- Eni/ergure totale 41C
- Fis- 7- — Croquis de l'avion géant allemand Gotha-Lizenz {1918) {i3ooo kg, 1200 HP, 314 m1). Remarquer la profondeur des ailes (4 m. 5o) et la simplicité générale de la cellule.
- mique avec des plans d’une profondeur supérieure à 2 mètres.
- Voisin, pour 200 m2 de surface, devait donc tenir
- cellule biplane qui aurait eu ainsi 50 m. d’envergure, Voisin se décida pour une formule triplane dont les trois étages de plans avaient respective-
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- 166 '= VERS LES AVIONS GÉANTS
- ment 50, 32 et 38 m. d’envergure. C’était une solution avantageuse, qui donna d’ailleurs d’excellents résultats.
- Caproni pour les mêmes raisons adopta la même formule ; l’envergure de son triplan était égale pour les trois plans et d’environ 50 mètres.
- Cependant M. Handley-Page cherchait un peu plus tard à réaliser un avion de grande puissance sans avoir recours à la formule triplan qu’il devait sans doute juger dispendieuse, tant en ce qui concerne la résistance à l’avancement qu’en ce qui concerne le poids général.
- Il choisit une importance de surface portante de 160 m2; ce qui représente, avec des plans d’une profondeur de 2 mètres, un développement de surface de 80 mètres, soit une envergure de
- cation de cette conception permet d’obtenir des plans évidemment plus lourds, mais tellement robustes, que chaque demi-cellule ne comporte à l’extérieur des moteurs que deux groupes de mâts, alors que Voisin en utilisait 4 et Caproni 5.
- Les Allemands, dans le Gotha-Lizenz, ont adopté exactement la même solution pour la réalisation de leur cellule.
- Cet avion géant chiffrant 300 m2 de surface, nous avons précédemment vu que s’il avait des plans de 2 m. de profondeur, il aurait 75 m. d’envergure. Le Gotha a une profondeur d’aile qui passe de 4 m. 50 près du fuselage à 5 m., 50 vers l’extrémité de la cellule. Cette utilisation d’une pareille profondeur d’aile a permis de réduire l’envergure à 41 m. Les plans sont construits d’une ma-
- !50m-
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- som
- Fig. 8. — Schéma montrant combien, à surface égale, la solution du triplan est avantageuse au point de vue de la réduction de l’envergure. Pour 3oo m2 avec des ailes de 2 m. de profondeur, le monoplan représenterait i5o m., le biplan 75 m. et le triplan 5o mètres. -
- 40 mètres pour un biplan à ailes égales ou 26 mètres pour un triplan.
- Dans le but de diminuer le développement des plans à utiliser et cela pour simplifier la construction de sa cellule, M. Handley-Page, au lieu de maintenir la profondeur de ses plans aux environs de 2 m., créa des plans de 3 m. de profondeur. Le développement de ses surfaces ne devait plus être que de 53 m. en tout, soit donc pour un biplan une envergure de 26 m. 50 environ. Il obtenait donc par ce procédé une envergure qui, sans être supérieure à celle d’un triplan' à ailes profondes de 2 m., conservait cependant tous les avantages de simplicité de la formule biplane.
- Ainsi fut créé l’Handley-Page, type qui permit à la Grande-Bretagne de poursuivre contre les cités du Rhin une offensive atteignant profondément le moral de cette contrée.
- Le plan supérieur de l’Handley-Page a 30 m. d’envergure et le plan inférieur 20 m, La simplifi-
- tière si résistante, que malgré les dimensions- de la cellule, celle-ci ne comporte que trois groupes de mâts à l'extérieur des moteurs.
- En principe, je crois qu’on peut considérer comme de bonnes solutions favorables au progrès général de l’aviation, toutes celles qui cherchent à simplifier la construction et à diminuer, toutes choses égales, la résistance à l’avancement; je ne puis qu’être désolé, quand je vois des constructeurs * s’acharher à multiplier dans leurs avions le nombre des mâts et des câbles de renforts. Cette caractéristique est d’ailleurs un indice de la faiblesse des éléments premiers de l’avion.
- Caproni, de son côte, désirant augmenter la capacité de son biplan, sans avoir recours à la solution triplane et sans augmenter l’envergure, a poussé dans un type récent la profondeur de ses plans à 2 m. 80, ce qui lui a permis de passer de 90 à 125 m2 de surface, l’excédent de capacité ainsi procurée a été utilisée pour augmenter la puissance des moteurs et la charge de bombes.
- La dernière solution d’avion géant nous est donnée parles Américains qui annoncent avoir entamé la construction de plusieurs centaines d’avions « Langley ». Cet appareil serait une licence de l’Handley-Page en beaucoup plus grand. Sa surface portante ne serait pas moindre de 300 m* et sa puissance serait de 1600 HP [voy. fiy. de couverture). La formule biplane serait adoptée et les plans auraient une profondeur supérieure à 5 mètres.
- D’une manière générale, on peut conclure, que les Allemands ayant réalisé un biplan de 300 m2 et Voisin et Caproni des triplans donnant de bons résultats, sans innover, l’avion triplan de 4 à 500 m2 pourrait être'réalisé. Au taux de 40 kg au mètre carré (Gotha-Lizenz), on obtiendrait l’enlèvement de 16 à 20 000 kg (Poids avion —poids charge).
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- Par les lignes qui précèdent, nous avons eu un aperçu sur la réalisation actuelle du problème des grandes surfaces portantes ; il en est un autre qui se pose aussitôt à sa suite, c’est le problème de la puissance nécessaire pour donner à ces. immenses surfaces une vitesse suffisante.
- Nous avons vu que le Caudron G 4 avait démontré qu’il était possible de voler admirablement
- qu’il était utile de monter plusieurs moteurs, si l’on veut éviter les pannes, et cela est indispensable pour les avions géants qui ont besoin de terrains spécialement aménagés.
- Trois formules ont été utilisées, les formules bimoteurs (Handley-Page), trimoteurs (Gaproni) et tétramoteurs (Gotha-Lizenz et Ilia-Mourometz).
- La formule bimoteur n’est acceptable que si
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- Fig. ç.‘— Schéma montrant l’envergure d’un biplan Handley-Page de iôo m2; l’envergure eût été de 48 m. avec ailes de 2 m. et elle n’est que de 3o m. dan-s la solution adoptée avec ailes de 3 m.
- avec deux moteurs et l’Ilia-Mourometz russe, nous avait fait la même démonstration pour 4 moteurs.
- Le problème de la puissance des avions n’est donc plus limité comme autrefois par la force du plus puissant moteur créé par l’industrie aéronautique; cet élément intervient cependant pour guider les constructeurs.
- Actuellement les avions à grande puissance utilisent des moteurs qui ont chacun une force comprise entre 3 et 400 HP.
- L’H a n d 1 e y-Page utilise des Pi 011 s - R 0 y c e 300 HP ou Sun-beam 350 HP; les Gotha-Lizenz des Maybach 300 HP et le Lan-gley prendra certainement 4 li-berty de 400 HP chacun.
- L’industrie va livrer incessamment des moteurs de 500 HP et M. Handley-Page annonçait publiquement ces temps derniers que la Grande-Bretagne construirait des moteurs de 750 HP.
- Ces grandes puissances n’ont rien qui doivent nous étonner. L’Allemagne, par cylindre de ses moteurs, obtient un rendement de 50 HP (en progrès de 7 I1P sur les constatations d & La Nature, n° 2320).
- De toutes façons, nous avons vu précédemment
- Fig. jo. — Au cas où un moteur a une panne : 10 l’avion monomoteur perd 100 pour 100 de sa puissance, il doit atterrir immédiatement; 2° l’avion bimoteur perd 5o pour 100 de sa puissance, il peut continuer sa route ou choisir son terrain; 3° l’avion trimoteur perd 33 pour 100 de sa puissance, il peut continuer sa route; 4* l'avion quadrimoteur perd 29 ou 3o pour 100 de sa puissance et peut continuer sa route.
- cette solution est la seule qui permette d’obtenir la puissance cherchée, car elle ne met pas l’avion en dehors de tout danger d’atterrissage forcé, au cas où l’un des moteurs cesse de fonctionner, puisque cet accident lui fait perdre 50 pour 100 de sa
- puissance ; une forte charge ou tout simplement un vent contraire peut l’empêcher de continuer sa route.
- La formule qui consiste à doubler ces moteurs en tandem, de telle façon que deux hélices travaillent en traction et deux autres en poussée, donne au point de vue du vol d’assez bons résultats (Tri-plan Voisin et Gotha-Lizenz). De graves inconvénients me paraissent devoir
- éliminer pour l’avenir cette manière de procéder.
- Si l’hélice avant attaque les couches d’air vierge, il n’en est point de même de l’hélice arrière, qui travaille dans un tourbillonnement ; le rendement de cette dernière a été tellement affecté qu’il a fallu prévoir des hélices calculées spécialement. Mais alors, une autre difficulté se présente; si le moteur avant est en panne, l’hélice arrière spéciale va travailler dans l’air vierge, son rendement sera donc mauvais au moment même où son
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- secours serait particulièrement utile. Quand un moteur arrière cesse de fonctionner, l’avion perd 25 pour 100 de sa puissance, quand c’est un moteur avant l’avion perdra de 30 à 35 pour 100.
- Cette difficulté du rendement des hélices arrière avait poussé l’ingénieur russe Sikorsky à monter ses 4 moteurs en avant de la cellule ; Voisin d’ailleurs avait fait un essai dans le même sens.
- Outre que cette disposition complique la construction de la cellule, et augmente la résistance à l’avancement, elle ne favorise point les évolutions de l’avion en cas de panne de un ou deux moteurs tellement les moteurs extérieurs sont éloignés de l’axe de symétrie de l’avion.
- La formule qui consiste à utiliser trois moteurs me semble être la plus intéressante (Caproni).
- La panne d’un moteur ne fait perdre que 33 pour 100 de la puissance, donc l’avion peut continuer son vol. Cette formule répartit au mieux les poids des moteurs, puisque l’un des trois est placé dans l’axe de l’avion, elle favorise également la marche avec un moteur en panne sans intervention trop considérable du gouvernail de redressement.
- Avec les moteurs éventuels on peut facilement obtenir 1500 HP avec cette formule, ce qui est déjà une forte puissance (fig. 10).
- La seule difficulté est de placer le troisième moteur dans les avions à fuselage central. La solution serait idéale pour les hydravions, dans le cas des triplans, le moteur central pourrait être facilement placé dans l’axe de l’avion entre le deuxième et le troisième plan. Pour les biplans géants on serait forcé ou de mettre le moteur à l’avant du fuselage ou d’adopter la formule de l’avion bifuse-lage Caproni. '
- Je me demande si, entre autre avantage, cette dernière formule ne nous mettrait pas à l’abri des ruptures de fuselages, ceux-ci ayant à supporter tout l’effort de bras de levier que constitue l’empennage arrière.
- Naturellement à bord de ces avions multimoteurs, le rôle du ou des pilotes est réduit à assurer la stabilité, les indications de direction sont données par le commandant du bord et les moteurs sont surveillés par des mécaniciens (cf. Zeppelin ou sous-marins).
- Si l’on considère que le Gotha-Lizenz consomme environ 300 litres d’essence à l’heure pour une vitesse de 120 km à l’heure, la traversée de l’Atlantique, toutes choses égales, nécessitera une quantité de 7200 litres! En principe, cet avion allemand pourrait tenter la traversée de l’Océan.
- Un autre grand problème se pose, c’est celui qui comporte la résolution de toutes les difficultés d’utilisation de ces immenses avions au front.
- Les avions géants ont besoin de terrains d’atterrissage et de décollage ayant de grandes dimensions, très dégagés et parfaitement nivelés. Bien que la vitesse d’atterrissage puisse être réduite aux
- environs de 80 km à l’heure au moment où l’avion touche le sol et roule, il ne faut pas oublier que les roues et les dispositifs d’absorption des chocs ont à supporter une charge de l’ordre de 12 à 13 tonnes.
- Non seulement, il faut de grands terrains, mais il est nécessairè que leur distance du front ne soit pas trop considérable, ce qui limiterait leur rayon d’action et que cependant ils ne soient pas un objectif trop facile pour l’ennemi.
- La question des hangars est plus délicate ; ce n’est point chose aisée que d’en élever dont la portée est de 45 m. Les abris sont absolument nécessaires, la construction aéronautique n’ayant point encore réalisé des types d’avions dont les voilures peuvent résister aux intempéries sans, se déformer ou se dérégler.
- M. Handley-Page a adopté, de même que Voisin, dans un type récent, une solution fort heureuse. Les deux cellules de l’Handley-Page se replient le long du fuselage à l’aplomb des moteurs par le simple enlèvement de grosses goupilles et cela sans porter le moindre préjudice ni à la solidité de la cellule, ni au maintien constant du réglage. '
- Cette solution hardie permet à l’Handley-Page de n’occuper une fois plié qu’un encombrement de 20 X H m., ce qui le fait entrer dans les hangars Bessonneau du type le plus petit.' Ceci est un avantage tactique inappréciable, en ce qu’il rend ces unités aussi mobiles qu’une escadrille de Spad.
- L’avion Handley-Page a une hauteur de 5 m. 50, le Gotha-Lizenz de 6 m. 40, le triplan Voisin de 5 m. 60 et le triplan Caproni de 6 mètres.
- D’autres difficultés, cette fois d’ordre tactique, ont été en partie cause de la longue défaveur des avions géants, du moins en ce qui concerne leur utilisation au front.
- Ils ont un plafond qui généralement ne dépasse pas 4000 m. et une vitesse inférieure à 150 kilomètres à l’heure; ajoutons à cela l’immensité de leurs dimensions et il est certain que nous constatons qu’il y a là de fort belles cibles tant pour l’artillerie que pour l’aviation de chasse.
- Les vols de jours sur les lignes leur sont interdits et le danger reste important pendant la nuit. Ce sont là, risques de guerre; l’Handley-Page est actuellement plus vulnérable que ne le serait de nuit un avion Voisin; cependant l’un peut atteindre des objectifs qui sont interdits au second et l’efficacité morale de son utilisation se trouve être dans les mêmes proportions qu’un éclatement de 380 en comparaison avec le même poids d’explosif en obus de 150.
- La mise au point de ces avions géants est extrêmement délicate, elle demande que leur réalisation ne soit entreprise que par des constructeurs qui aient une vieille expérience de la construction aéronautique de guerre. Il ne faut point vouloir mettre les bouches doubles en rattrapant trop hâtivement le temps que nous avons perdu. L’art du construc-
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- teur est la résultante d’une grande quantité d’expériences dans lesquelles il a dû tâtonner lentement pour accorder heureusement les calculs purement théoriques avec les résultats pratiques. En pareil cas, serait criminel le constructeur q-ui, pour obtenir des caractéristiques remarquables, et faire adopter son avion par l’armée, négligerait de considérer comme primordial le facteur robustesse; non seulement les plus graves accidents seraient à redouter, mais cela donnerait crédit à la légende qui assimile les avions géants à une utopie dangereuse. Le retard considérable dont nous souffrons à ce point de vue n’est pas digne de la Nation qui, dès le temps de paix, a payé de son sang le droit d’être à la tête de tous les progrès aéronautiques.
- Un grand problème s’est posé devant le pays
- dès la signature de l’armistice : que va devenir l’industrie aéronautique née pendant la guerre? Elle représente un ensemble de capitaux de plusieurs centaines de millions, d’innombrables usines se sont créées, celles qui sont bien organisées devront survivre. Il faudra donner à la Navigation aérienne Française une activité et une orientation telles que nous ne perdions pas tout le bénéfice inappréciable pour l’avenir que peuvent nous donner letat de développement actuel de l’industrie aéronautique et la situation centrale de la France en Europe.
- Nous sommes à la veille de la paix, il serait temps que l’on commençât à étudier ces graves problèmes si l’on veut que notre pays se relève de ses ruines.
- S.-Lieutenant Jean-Abel Lefranc,
- Breveté mécanicien d’avions.
- LE RÉSEAU DES CHEMINS DE FER ALLIÉS DE L’EUROPE
- Voici la fin de la grande guerre. L’armistice est conclu, accepté par notre dernier ennemi qui, seul, épuisé, se déclare vaincu et cesse de combattre.
- Mais il faut encore attendre la signature du traité de paix pour connaître exactement ce que sera l’Europe nouvelle.
- Dès maintenant, cependant, il n’est pas sans intérêt de regarder une carte des chemins de fer de l’Europe centrale, telle que celle représentée figure 1.
- A supposer — chose bien improbable — que les Allemands veuillent rompre l’armistice avant la conclusion définitive de la paix, un simple coup d’œil sur la carte ci-dessus suffit pour juger de la situation difficile dans laquelle ils seraient. Sur leur frontière méridionale, la Bohême, la future Tchéco-Slovaquie, s’enfonce comme un coin et de nombreuses voies ferrées rayonnent de la capitale, Prague, vers les grandes villes allemandes du sud : Munich, Nurenberg,' Leipzig, Dresde. A l’est, la Pologne, reconstituée envoie de son centre, Varsovie, toute une série d’autres lignes qui s’ouvrent en éventail vers Dantzig, Thorn, Posen, Breslau. Entre les deux, le nœud de chemins de fer de Cra-covie menace la pointe de la Silésie et sa capitale Breslau. Le réseau des voies ferrées si bien tracé par l’Allemagne et qui lui a tant servi pendant les premières années de guerre pour transporter ses troupes alternativement du front français au front russe et inversement, est maintenant un sérieux danger pour elle, un danger si grave qu’il est infiniment probable qu’il la décidera —- entre mille autres raisons — à se soumettre aux conditions des Alliés.
- La question n’a donc vraisemblablement qu’un intérêt théorique et ne mérite pas qu’ons s’y arrête longuement. Mais il en est une autre, beaucoup plus importante, à laquelle il faut penser pendant
- les négociations en cours, parce quelle est liée étroitement à notre situation d’après-guerre, c’est de savoir entre les mains de qui seront les grandes lignes internationales de demain.
- Il serait vain de vouloir tracer dès maintenant la carte de la future Europe et d’indiquer, avant que les diplomates aient parlé, les frontières des nouveaux États. Aussi nous contenterons-nous de la carte reproduite figure 2 qui ne préjuge rien des décisions prochaines et se borne à marquer l’emplacement des principaux groupements nationaux.
- L’Allemagne, avant la guerre, s était beaucoup servi des chemins de fer pour sa politique d’extension et de pénétration. A tel point que ses ambitions se résumaient en une indication de lignes ferrées : Berlin-Bagdad.
- Ayant lié étroitement à sa politique l'Autriche- ' Hongrie, puis la Turquie, elle rêvait la constitution au centre de l’Europe d’un bloc d’États obéissant passivement à la Prusse, la Mitteleuropa, dont l’Allemagne aurait gouverné les intérêts politiques et économiques. Ce groupe se serait étendu vers 1 est, jusqu à la Chine et aux Indes, « Drang nach Osten », grâce a la ligne Hambourg-Berlin-Vienne-Constantinople-Bagdad et ses embranchements construits ou prévus.
- Sur cette route, seuls deux peuples étaient hostiles: les Tchèques et les Serbes qui manifestaient ouvertement leur haine pour l’Allemagne, leur amour pour la France.
- . « Les relations de Prague étaient savamment paralysées avec toutes les capitales autres que celles de l’Allemagne ou de l’Autriche-Hongrie*. »
- « Les relations de Prague et de la Bohême étaient par tous les moyens paralysées avec les villes ou le territoire des nations d’Autriche-Hongrie même,
- 1. H. Lorin. L’Italie et le réseau des chemins de fer interalliés. La France et le marché italien, août 1918.
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- amies des Tchèques : Polonais, Yougoslaves, Italiens. Les relations des Tchèques avec Trieste et l’Adriatique étaient paralysées par l’incommodité et la cherté des voies ferrées et par une hostile politique des tarifs, si bien que les Tchèques durent aller chercher à Hambourg un débouché économique. Il va de soi que les relations des Tchèques avec l’Occident, avec la France, par l’Allemagne, étaient aussi paralysées. Tout cela était dû à des raisons politiques et économiques qui
- Les nations occidentales : France, Grande-Bretagne, n’avaient de relations avec l’Orient, notamment avec la Russie, qu’à travers le groupe germanique, et l’on sait ce que cette infériorité nous a coûté pendant la guerre.
- Il est donc nécessaire de prévoir dès maintenant quelles seront les nouvelles grandes lignes internationales, de savoir où passeront les grands courants d’échange, de nous assurer des réseaux sur lesquels les ennemis n’auront aucune action.
- Fig. i. — ]S'il fallait rouvrir les hostilités: les voies de pénétration en Allemagne :
- Dresde est à 3o km. de la frontière. Munich — 5o - —
- Leipzig — 110 —-
- Berlin — 160 —
- Un canon de gros calibre porte à 3o km Un canon à longue portée atteint 5o —
- Une Bertha tire à.............. 120 —
- Un raid d’avions peut aller à . . 25o —
- s’entre-croisaient. En paralysant économiquement les Tchécoslovaques, on comptait les affaiblir politiquement et, par un système de communications aussi défavorable que possible, on espérait entraver leurs relations politiques et économiques avec les autres nations hostiles à la coalition germano-magyare (1). »
- La Serbie n’avait d’autre ligne que l’allemande et ne pouvait, elle non plus, essayer d’y échapper.
- Que pouvaient faire les Tchèques et les Serbes dans de telles conditions ?
- I. F. Hlavacek. Le réseau des chemins de fer interalliés et la ligne transversale de Pologne, Bohême et Yougoslavie. Ibid., octobre 1918.
- Le « Drang nach Osten » est mort; Berlin-Bagdad est coupé en tronçons. Examinons les voies interalliées qui pourront servir demain à nous libérer des réseaux ennemis, qui garantiront notre commerce, bien plus, qui encercleront l’Allemagne d’un réseau défensif contre ses prétentions ou ses extensions possibles.
- Que faut-il pour cela?
- Se hâter. Choisir bien les lignes qui seront les grandes artères alliées ; faire rapidement les tronçons de voie qui manquent, les travaux d’art, la misé en état nécessaire- à un trafic intense d’express rapides et de convois lourdement chargés, régler les tarifs, les horaires pour que ces voies
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- soient les plus directes, les plus avantageuses, les seules que le commerce international fréquentera.
- Un regard sur la carte montre qu’il en est trois de capitales : Londres-Brindisi, Bordeaux-Odessa, Danzig-Trieste, formant autour de l’Allemagne trois lignes droites : nord-ouest-sud-est, ouest-est, nord-est-sud-ouest.
- L’axe du nouveau réseau est la ligne Bordeaux-
- du Plateau Central, soit en le traversant au moyen de divers travaux d’art. De Lyon, la ligne ira passer les Alpes (‘) pour chercher la vallée du Pô qu’elle suivra dans toute sa longueur par Milan jusqu’à Mestre-Venise. De Venise à Trieste, elle longera la mer, puis elle ira trouver à Laibach la vallée de la Save qu’elle suivra par Agram et Brod jusqu’à Belgrade, en territoire yougo-slave. De Belgrade,
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- Fig. 2. — Les trois grandes lignes alliées de demain : Londres-Brindisi. — Bordeaux-Odessa. — Danzig-Trieste.
- Odessa ou du 45e parallèle (*). Elle reliera la France à ses alliés d’Orient : Yougoslaves, Roumains, par le territoire italien, sans passer en aucun point en pays ennemis.
- Son tracé en France est encore discuté. Il faudra qu’elle relie Bordeaux à Lyon par la voie la plus courte et la plus aisée, soit en contournant le nord
- 1. Charles Loiseau. — Une artère sud-européenne. Revue de'Paris, l”r mars 1918.
- la grande ligne de l’Express-Orient descend actuellement à Nich d’où une branche va à Constantinople et l’autre à Salonique. Il manque pour compléter la ligne du 45e parallèle le tronçon qui suivra le Danube de Belgrade à Orsova, aux Portes-de-Fer, où l’on retrouvera une ligne déjà construite, venant de Budapesth, qui va à Bucarest et à Odessa.
- t. Les détails de ces projets seront l’objet d’un prochain article de La Nature.
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- En France, Bordeaux, s’il est la tête de ligne de cette nouvelle grande voie, ne sera pas son seul terminus. Marseille s’y raccordera à Milan, par Nice et Gênes, drainant le trafic de l’Espagne orientale ; Nantes et Brest s’y raccorderont par Tours et Vierzon, apportant le tonnage de l’Amérique du Nord.
- Ainsi, opposée à la ligne Hambourg-Berlin-Constantinople, la nouvelle voie ferrée attirera dans nos ports une grande partie du commerce de Hambourg, tout celui destiné à l’Orient.
- Il manque seulement, pour ouvrir cette voie, à choisir dans le réseau français la ligne la plus courte, à améliorer la section Brod-Belgrade, à construire le tronçon Belgrade-Orsova, tous travaux sans grandes difficultés techniques et qui peuvent rapidement être menés à bien.
- A cette ligne, viendront se raccorder deux grandes transversales.
- La première, Londres-Brindisi, était déjà en exploitation avant la guerre. Elle traverse obliquement l’Angleterre, de Liverpool à Londres, atteint la Manche à Douvres ou Newhaven. Un service de ferry-boats, de Douvres à Calais, de Newhaven à Dieppe, raccorderait ces trains au réseau français. De tels ferry-boats viennent d’être mis en service dans la Manche. De Calais ou de Dieppe, la ligne se dirige vers Paris, puis atteint Dijon, Pontarlier et par la Suisse va se raccorder à Milan à la ligne du 45e parallèle. De Milan, une branche descend vers Gênes, Borne, Naples ; une autre suit la côte orientale d’Italie jusqu’à Brindisi.
- On a étudié et l’on peut exécuter un prolongement de cette voie jusqu’à Constantinople. De Brindisi, la traversée du canal d’Otrante conduirait à Yallona, d’où une nouvelle ligne transbalkanique tout entière à construire mènerait à Salonique. De cette ville, une autre voie longerait là côte jusqu’à Dedeagatch où l’on retrouve le rail jusqu’à Constantinople.
- La ligne générale Londres-Paris-Milan offre la possibilité de quelques variantes, notamment entre la France et l’Italie, au sujet desquelles on discute encore. Quelles qu’elles soient, la combinaison de cette ligne avec celle du 45e parallèle assurerait une dérivation des transports entre l’Angleterre, le Nord de la France et les Balkans, aussi bien en ce qui concerne les voyageurs que les marchandises. Jusqu’ici, les relations les plus rapides entre Londres ou Paris et les Balkans, passaient par Vienne et Budapest. Par ce trajet, l’Orient-Express devait traverser, de Paris à Belgrade, suivant les calculs de M. Loiseau, 2057 km. Par la ligne Paris-' Milan-Mestre (Venise)-Trieste-Belgrade, il ne parcourrait que 1,936 km. La Construction du raccordement Brod-Belgrade l’abrégerait encore de 24 km, ce qui porterait la différence totale à 145 km. Suivant les évaluations de Sir Arthur Evans, l’Orient-Express, Paris-Milan-Mestre-Belgrade, ferait le trajet en 39 heures, alors que par la ligne Paris-Munich-
- Vienne-Budapest-Belgrade, il lui fallait 44 h. 1/2. (Dans ces deux évaluations, on admet que le trajet de cet express passerait, entre Moutiérs et le Sim-plon, en territoire suisse.)
- La deuxième transversale, nord-est-sud-ouest, nous est proposée par nos amis tchèques. Elle présenterait un intérêt considérable.
- M. Hlavacek en disait récemment :
- « Sa construction et son raccordement à la ligne du 45e parallèle constitueraient une véritable révolution dans les trafics de l’Europe centrale et dans les moyéhs de communication entre l’Rurope centrale et l’Europe occidentale, révolution favorable au delà de ce qu’on croit aujourd’hui aux intérêts de l’Italie et de la France.
- a Pour des raisons politiques et économiques, ces deux États ont absolument besoin d’une voie ferrée qui, indépendante des territoires ennemis, les relie aux futurs États alliés de l’Europe centrale, à l’État tchécoslovaque et à l’État polonais. La future Société des nations libres, c’est-à-dire la ligue des États de l’Entente comprenant toutes les nations aujourd’hui soumises à la domination allemande, mais qui cependant sympathisent avec l’Entente (Tchécoslovaques, Polonais, Yougoslaves, Roumains), a absolument besoin de posséder des voies ferrées en dehors des territoires ennemis, de l’influence allemande et magyare. *
- « Il existe aujourd’hui une ligne de chemins de fer rattachant l’Adriatique aux pays tchécoslovaques et polonais par Cakovac et Presbourg. Ce n’est cependant pas une ligne continue, mais bien plutôt un groupement inorganique de tronçons appartenant à différents États ou-à plusieurs compagnies. Dans les secteurs du territoire autrichien et hongrois, cette ligne est sous l’influence de deux centres de la politique des transports, Vienne et Budapest. Cès centres savaient fort bien que cette ligne pourrait être la vraie, la plus rapide, la plus commode et la meilleur marché entre les pays polonais et tchécoslovaques et l’Adriatique; c’est pourquoi ils se refusaient à en faire une ligne unique et continue, et tant qu’elle restera en leur possession, ils s’y refuseront. Ces lignes ne servent donc qu’au trafic local; elles sont, dans l’état actuel, impraticables pour le transit de la Baltique vers l’Adriatique. » '
- Le trafic de Bohêmé se faisait presque tout entier vers Hambourg, celui de la Pologne totalement. Le peu qui arrivait à Trieste y était grevé de frais de transport excessifs tenant tout autant aux tarifs imposés par l’Autriche qu’aux mauvais tracés de certaines des voies.
- Cette situation anormale, ditM. Hlavacek, cessera certainement dès que des lignes de chemins de fer, partant des pays tchèques et polonais, suivront jusqu’à Presbourg la vallée de la Morava et dès que la ligne déjà existante qui se dirige de Presbourg vers le Midi y sera unifiée pour former une artère continue qui atteindra Cakovac d’où, par une courte
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- UNE STATION HYDROLOGIQUE SAHARIENNE r.....— 173
- voie de raccordement, déjà existante elle aussi, elle rejoindra à l’ouest, à Pragerhof, les chemins de fer du Midi pour aboutir à Trieste. La voie de raccordement entre Presbourg et la ligne du Midi, de Pragerhof à Trieste, est en général en plaine, ou n’offre que des pentes insignifiantes. Le trafic y serait donc rapide, facile et bon marché. De Presbourg, des lignes de chemins de fer se dirigent vers les pays tchèques et polonais. Ces*lignes devraient être améliorées et unifiées de façon à devenir, dans le réseau ferré interallié, des artères importantes desservant, d’une part, Prague et les régions les plus industrielles de la Bohême; d’autre part, Cra-covie, Varsovie, la Posnanie et Gdansk (Danzig).
- Les lignes polonaises et tchèques existent déjà. De Varsovie, elles vont dès maintenant jüsqu’à Saint-Pétersbourg et Moscou.
- La création de la transversale polono-tchéco-slo-vaque nous assurerait des voies multiples de pénétration en Russie, qu’elle isolerait de l’Allemagne ; elle opérerait un rapprochement économique des pays tchécoslovaques et polonais avec l’Italie et la France. Les productions du sud de la France et de l’Italie arriveraient à bon compte sur ces riches marchés susceptibles d'un grand rendement. Trieste deviendrait le grand port de la Bohême.
- Les relations directes entre les pays alliés de l’Europe centrale et occidentale, auraient égalemen pour effet de provoquer une véritable révolution dans une' partie des rapports commerciaux du monde. Elles supprimeraient-les affaires et les béné-
- fices que faisait l’Allemagne comme intermédiaire. L’empire allemand ne servira plus alors de lien entf ; 'Amérique, l’Angleterre et la France, d’une part, l’Europe centrale et les Balkans, d’autre part. Ces groupements économiques, en effet, entreront directement en rapport entre eux. L’artère du 45e parallèle et le trafic maritime de Trieste, joints aux voies ferrées reliant Trieste aux pays tchécoslovaques et polonais parles pays yougoslaves, seront les instruments de cette nouvelle politique commerciale.
- Le port de Hambourg perdra en importance ce que Trieste y gagnera. Cette révolution ouvrira à la flotte marchande de l’Italie, de la France, de l’Angleterre et de l’Amérique de nouveaux horizons. Par les ports français et ceux de l’Adriatique, elles feront le transit des marchandises destinées aux pays tchécoslovaques, à la Pologne et aux Balkans.
- - La foire de Leipzig perdra de son importance, alors que celle de Lyon se trouvera rapprochée d’eux, géographiquement et- commercialement, par ces-nouveaux moyens de transport.
- La mise en exploitation de ces trois lignes alliées a donc un intérêt primordial. Elle doit contribuer puissamment à diminuer l’influence des empires centraux en Europe, et par là empêcher toute nouvelle tentative d’expansion de leur part.
- Il importe donc de les organiser sans tarder, de les ouvrir au plus vite. La guerre finie, c’est pour les alliés une des premières tâches à accomplir.
- * C. D.
- UNE STATION HYDROLOGIQUE SAHARIENNE
- Pour l’étude des eaux jaillissantes et des eaux diverses du Sahara.
- La plupart des oasis sahariennes, notamment les grands groupes de l’Oued Rir (Touggourt) et d’Ouargla, sont irriguées par les eaux de puits jaillissants — dits artésiens — dont le forage atteint une profondeur variant entre 50 et 200 m.
- Le qualificatif d’artésien donné à ces puits est doublement erroné. D’abord, les indigènes sahariens avaient creusé — jusqu’à 50 m. de profon-deux et par plongées sous cette colonne d’eau — des puits jaillissants, bien des siècles avant les premiers puits de l’Artois. Ensuite, les conditions de réalisation de ces puits, leur régime hydraulique, etc., etc., ne paraissent pas du tout suivre les mêmes lois que les puits réellement artésiens.
- Quoi qu’il en soit, certaines oasis, autrefois prospères, dépérissent aujourd’hui par suite de la réduction partielle ou totale du débit de leurs puits. Les indigènes disent que ces puits meurent. Et l’on se demande en vain la raison de ce fait et comment y remédier, car les inconnues sont nom-
- breuses dans le régime des eaux jaillissantes du Sahara.
- La prospérité des oasis, leur existence même, dépend exclusivement de l’élément qui leur donne la vie : Beau du sous-sol que les forages font surgir.
- Aussi conçoit-on tout l’intérêt qui s’attache, pour la conservation de l’immense richesse que représentent les palmeraies et pour celle des capitaux chaque jour plus considérables qui viennent la développer, à la connaissance des moyens de se procurer, à, coup sûr, l’eau d’irrigation, sans laquelle, rien ne naît ou tout meurt (l) et de conserver (ou éventuellement remplacer) celle qu’on a obtenue.
- Or, depuis 60 années (2) que le génie français a importé en Algérie le système des puits tubés, et
- 1. Il y a des stations, au Souf, par exemple, où les pal-
- meraies vivent, dans la nappe phréatique, sans irrigation. Mais ce sont des cas particuliers. Nous parlons en thèse générale. ‘
- 2. Le premier forage algérien fut effectué en 1856.
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- UNE STATION HYDROLOGIQUE SAHARIENNE
- malgré les milliers de forages effectués, avec succès ou non, tant par.; le Service de l’État que par les entreprises privéés, on en est encore à planter la sonde absolument au hasard.
- Cela tient à l’obscurité qui continue à régner sur la nature, la situation, l’importance, le régime de nos eaux artésiennes.
- Sans exclure absolument l’ancienne théorie des nappes régulières en cuvettes, on,a été amené, pour beaucoup de stations sahariennes, à admettre avec le professeur Flamand, directeur du Service géologique des Territoires du Sud, l’hypothèse d’une eau répartie, disséminée dans les « réseaux de filets » de positions variables dans le plan horizontal comme dans le plan vertical, au sein des étages sédimentaires.
- Quoi qu’il en soit, il devient de plus en plus
- . .spipa
- d’autres points encore inexplorés du Sahara » (*)
- L’Autorité supérieure, justement alarmée par les réclamations du Commandement Militaire et des Ingénieurs qui lui signalaient, depuis quelques années, le danger d’épuisement de la nappe artésienne, s’était résolue à entrer dans la voie de la défense de cette œuvre d’utilité publique et, le 27 septembre 1901, le Gouverneur Général de l’Algérie nommait une Commission d’hommes compétents chargée d’élaborer un projet déréglementation des puits artésiens et jaillissants de la Colonie (2).
- Un projet de décret fut élaboré, mais il est resté sans suite et depuis cette époque, la diminution s’accentue de façon telle qu’un Congrès spécial fut réuni en 1915. Mais ce Congrès ne put émettre une opinion complète et définitive. C’est que, dan ce domaine des eaux artésiennes, on manque encore
- souvent de données
- ÈS^Êt^ÊÊâÊÊss^SÊSÊÊÊSSB^
- Un des plus beaux puits jaillissants du Sahara « V Am-bey-Teurclia »-à Tolgaprès Biskra ioo litres environ par seconde.
- nécessaire de posséder des données précises sur la manière de faire surgir cette eau artésienne, de façon à obtenir des jaillissements importants et de longue durée. Sans cela, toutes les entreprises qui en ressortissent évoluent en plein aléa.
- , En outre, il y a, au point de vue de l'intérêt public, une question fort grave qui se pose.
- On avait supposé, au début des forages, que les masses aquifères dans lesquelles on puise, étaient d’une importance telle qu’on pouvait, à l’infini, multiplier les puits et augmenter leur débit sans que ces masses soient affectées.
- Or, on s’est aperçu, depuis quelques années, que cette hypothèse est fausse, et à tel point que dans l’oued Rhir, la diminution encore inexpliquée d’un grand nombre de débits (cas de l’oasis de Ghamra par exemple) avait amené l’autorité locale à proposer « la suspension provisoire des recherches d’eaux jaillissantes dans l’oued Rhir, et l’installation des ateliers de forage sur
- précises, patiemment recueillies au cours des années, sur le régime des puits, l’origine de leurs eaux, les relations des puits entre eux, etc...., etc....
- Elles seules permettront d’apporter quelque lumière dans l’obscurité au milieu de laquelle on se meut.
- Mais elles ne peuvent être recueillies que par un organisme établi dans la région même à étudier. Aussi, pour le cas particulier du Sahara, le Gouvernement Général de l’Algérie — nous ayant fait l’honneur d’adopter nos suggestions à cet égard — a-t-il décidé de créer, sans plus tarder, à Touggourt (c’est-à-dire au centre de la région la plus riche en eaux jaillissantes), une Station hydrologique Saharienne dont le programme de travaux pourra s’inspirer des directives suivantes : recensement et repérage de tous les puits, anciens, ou nouveaux, éteints, ou actifs; détermination précise du débit des puits actuels; des nouveaux puits, au moment du forage, puis ultérieurement; élude des circonstances d’ascension des colonnes jaillissantes ou non ; notation attentive des fluctuations du débit des puits (3).
- 1. Le mèmè problème se pose identique en Australie où existe une zone à eaux artésiennes de 1500 km de diamètre. Le premier forage y fut effectué en 1879. Vers 1894, c’est-à-dire à peine une quinzaine d’années après, des cas de diminution de débit furent observés. — 2. Bulletin de l’Office du Gouvernement général de l’Algérie (octobre 1913). — 3. La plupart des intéressés s’empresseraient de signaler ces fluctuations chaque fois quelles auraient lieu dans le sens de la diminution. ~
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- L’APPLICATION DES HUILES LOURDES ET DES GOUDRONS
- A chaque nouveau sondage, lequel ne devrait jamais être effectué sans une autorisation préalable, détermination du débit des puits environnants avant puis après le forage; détermination des parentés entre puits par l’étude des relations entre leurs débits et celle de la composition chimique de leurs eaux ; rapports entre la pluviométrie des bassins hydrographiques plus ou moins voisins et les fluctuations.générales de débit; détermination des masses aquifères des divers cantons : leur situation, leur nature, leur forme, etc.
- Le domaine des études de la station hydrologique Saharienne s’étendra naturellement, en dehors des eaux jaillissantes, à toutes les eaux utilisées par les populations sahariennes :
- Eaux pérennes des rivières, qui, descendant de l’Atlas, desservent la lisière tlu Sahara septentrional ;
- Eaux de crues de ces rivières. — Ces crues limoneuses permettent d’irriguer des milliers d’hectares qu’elles fertilisent par leur limon, à la façon des eaux du Nil ; la colonisation romaine avait, par de multiples barrages dérivateurs, utilisé ces eaux sur une échelle dont nous n’approchons encore que de très loin ;
- Eaux des griffons qui surgissent ou que l’on découvre dans le roc des assises tertiaires du bas Atlas saharien, à leur effleurement avec la plaine saharienne quaternaire; on a dégagé là des sources débitant parfois plusieurs centaines de litres par seconde et qui desservent d’importantes oasis (Oumache Mlili, etc.) ; la prospérité et le développement d’importantes régions du Sahara septen-
- trional sont liés à la découverte et à l’entretien des sources de cette nature ;
- Eaux salées et salant. — La plupart des eaux sahariennes sont assez fortement chargées en sels divers où dominent les chlorures et sulfates de sodium, fle magnésium et de calcium, qui imprègnent les sols ou ces eaux s’évaporent, rendant la culture selon les cas plus ou moins difficile, parfois même impossible ; dans les chotts, ultimes dépressions où vient aboutir une grande partie de ces eaux, s’effectue une concentration et des cristallisations susceptibles d’être exploitées par l’industrie. L’étude du Salant, ici au point de vue industriel, là au point de vue agricole, s’ajoutera aux nombreuses autres préoccupations de la Station hydrologique.
- La Station hydrologique saharienne a donc devant elle à accomplir une œuvré vaste dont on conçoit l’importance primordiale pour ce pays où le rôle de l’eau d’irrigation est absolument vital. Elle aura à déterminer les règles qui doivent régir l’exploitation de cette richesse publique, l’eau du sous-sol que, maintenant, on sait limitée, et qu’il y a, aux divers points de vue, un danger grave, aujourd’hui reconnu, à laisser exploiter en désordre, sans contrôle et sans mesure.
- La réalisation de cette œuvre demandera des efforts patients et soutenus, un travail minutieux souvent ingrat. Mais les hommes qui s’y attacheront se passionneront à leurs recherches dans ce, domaine encore inexploré ou toute découverte précise présente immédiatement un intérêt pratique considérable. p. Côuston,
- Ingénieur agricole des « Territoires du sud de l’Algérie »
- L’APPLICATION DES HUILES LOURDES ET DES GOUDRONS
- A LA FABRICATION DE L’HYDROGÈNE
- Son utilisation au gonflement des dirigeables et des ballons d’observation a donné, depuis quatre ans, une importance nouvelle à l’hydrogène-,
- " Le rendement des usines productrices ne sera pas diminué au lendemain de la paix, car la mise en œuvre du procédé de synthèse directe de l’ammoniac, pour l’obtention de l’acide nitrique, et l’entrée dans le domaine industriel des méthodes d’hydrogénation dues à M. Paul Sabatier, ne feront qu’étendre, pour le gaz isolé en 1776 par Cavendish, le champ de ses applications.
- Les lecteurs de La Nature ont été tenus au courant des divers modes de fabrication et M. Abel Caillera signalé (n° 2268) le procédé Messerschmitt, récemment adopté par les autorités allemandes et certaines installations américaines. Ledit procédé est basé, on le sait, sur une réaction bien connue : la réduction de la vapeur d’eau par le fer, l’oxyde
- 1. Travaux [préparatoires du Congrès du Génie civil, section IV, Mines et Métallurgie, p. 192.
- produit étant réduit à son tour, par un mélange d’oxyde de carbone et d’hydrogène (gaz à l’eau).
- Il nous semble intéressant, alors qu’il est de plus en plus indispensable d’utiliser tous les « résidus » et que des prospecteurs découvrent chaque jour en France des schistes bitumineux ou de faibles lentilles pétrolifères, de signaler le procédé hollandais Rincker-Wolter, de Rotterdam. Ses appareils permettent non seulement de gazéifier les goudrons de houille, demain sans doute abondants chez nous, si nous consentons à construire des fours à coke, mais encore les goudrons de gaz d’huile et de gaz à l’eau. La composition du produit définitif peut se régler, par la seule température, au point de fournir un gaz d’une teneur en hydrogène qui atteint 96-97 pour 100.
- Pour fixer les idées supposons qu’il s’agisse.d’uti-liser soit des résidus de distillation du naphte, soit une huile lourde, riche en phénols, naphtalène et chrysène, du genre de celle qui passe à l’alambic
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- L’APPLICATION DES HUILES LOURDES ET DES GOUDRONS
- entre 240 et 270°, que nos alliés Anglais désignent sous le nom cle « dead oil » et qu’on emploie souvent à la marche des moteurs Diesel.
- L’appareil R. et W. comprendra :
- 1° Deux générateurs en tôle garnis d’un revêtement réfractaire, réunis à leur partie supérieure
- Fig. i.
- Appareil Rincker-Wolter monté sur les générateurs.
- par une tubulure, et munis de gueulards de chargement et d’injecteurs d’huile (en somme de tous les organes des producteurs de gaz à l’eau, à l’exception du carburateur et du surchauffeur) ;.
- 2° Un barillet commun, pour le lavage du gaz;
- 5° Un épurateur chimique, destiné surtout à l'absorption de l’hydrogène sulfuré ;
- 4° Un ventilateur actionné par un moteur à gaz ou une machine à vapeur.
- Le fonctionnement se résume ainsi : les deux générateurs chargés de coke, le vent est admis dans l’un d’eux et fournit un mélange gazeux riche en GO, qui, additionné d’air, vient brûler dans le second appareil ; les combustions succès ives du coke et de l’oxyde de carbone donnent, au bout de quelques minutes, la température voulue qui s’égalisera par envois alternatifs d’air dans les deux producteurs. Ceci fait, on ferme les vannes d’admission, pour injecter pendant 2 ou 3 minutes, l’huile ou le goudron à utiliser.
- Tous les carbures sont alors dissociés, en même temps que du carbone pulvérulent se dépose sur le coke incandescent, jouant peut-être le rôle de catalyseur, entre le méthane et des traces de vapeur d’eau, pour donner lieu à l’une des deux réactions : - CIP -b 2 112 0 = CO2 -f- 4 II2 ; - CIP -f- I120 = CO -)- 3 IP
- Le produit final sera d’autant plus riche en hydrogène que l’admission initiale du vent aura permis
- une température plus élevée, et pour ehasser le mélange gazeux dans le barillet, puis le gazomètre, l’injecteur d’huile est nettoyé par un jet de vapeur ou d’air, suivant que l’on emploie la méthode « humide » ou la méthode « sèche ».
- La première donne à l’installation de Koog s/1 Zaan, près d’Amsterdam, un « gaz » de poids spécifique 0,513 et de pouvoir calorifique 4970 calories qui contient sensiblement :
- 3,7 p. 100 de CO2.
- 19.6 p. 100 de CO.
- 8,2 p. 100 d’azote.
- 44.7 p. 100 d’hydrogène.
- ' Si la couche de coke dans les pro^ ducteurs est portée à une température suffisante, la seconde méthode fournit un mélange sans trace d’oxygène ou d’anhydride carbonique, et répondant à la composition :
- CO . . . .2,7 pour 100 Azote . . . 1,3 — '
- Hydrogène . 96 —
- Privé de l’oxyde de carbone, par exemple à l’aide d’un serpentin entouré d’air liquide, le produit définitif contient :
- CO.................0,4 pour 100
- Azote..............1,2 —
- Hydrogène .... 98,4 —
- avec un pouvoir ascensionnel de 11 75 à 1180
- wagon
- Fig. 2. — Appareil Rincker-Wolter : les épurateurs.
- grammes par m3, et un poids spécifique variant de 0,081 à 0,092. Une installation Rincker et Wolter, peut, en temps de guerre, suivre une armée et son groupe d’aérostation. Elle se compose alors, d’un train de quatre wagons : le premier comprend les appareils pour la production du gaz, le second les épurateurs, et les deux autres servent au transport des matières premières et des acessoires.
- P. B.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATÜRE. — N* 2347.
- 14 DÉCEMBRE 1918.
- L’OUTILLAGE MÉCANIQUE DES CHANTIERS D’EXCAVATION
- ET DE DRAGAGE AMÉRICAINS
- Alors que dans l’industrie, il est reconnu qu’il y a un avantage considérable à substituer le plus possible le travail mécanique à la main-d’œuvre, dans l’entreprise de travaux publics, on hésite encore à utiliser sur une grande échelle, la machine. On devrait cependant comprendre que là également, même en dèhors des travaux qui demandent à être exécutés dans un court délai, il y a intérêt à se rendre indépendant de la main-d’œuvre et de ses aléas, et cela d’autant plus qu’à l’heure actuelle, ce travail mécanique est représenté par un outillage très robuste, parfaitement conçu, lequel en permettant de tabler sur des rendements certains,
- Fig. i. — Pelle mécanique à vapeur (Westt L’une au travail d’abatage, V
- confirmés, assure des prix de revient exacts et, par voie de conséquence, la bonne réussite de l’entreprise.
- Il est hors de doute que parmi le gros outillage de nos grands chantiers d’excavation, les pelles mécaniques, les excavateurs à drague, les dragues à cuillère, rendraient de signalés services; en Amé- v rique ces engins sont d’un emploi courant. Si l’idée de remplacer la pioche et la pelle à main par un outil mécanique est ancienne, sa réalisation est moderne. Mais sitôt créée, cette machine s’est presque imposée dans les grands travaux de construction de voies ferrées, creusement de canaux, darses, exploitation de mines et de carrières, déblaiement de grands espaces de terrains, etc., certaines entreprises même, mme la reprise des travaux du canal de Panama, ont pu être enfîsqgées et menées à bien, tant au point de vue technique qu’au point de vue financier, grâceàce nouvel outil dénommé pelle mécanique. C’est ainsi qu’à Panama plus de
- 46* Année. — 2* Semestre
- 100 pelles mécaniques ont été utilisées, donnant un excellent rendement malgré les conditions particulièrement difficiles, dues notamment à la nature variée du terrain.
- La pelle mécanique (fig. 1), qu’elle soit actionnée par la vapeur, l’électricité ou même au besoin par l’essence, exécute donc le travail de la pioche et de la pelle, c’est-à-dire qu’elle déblaie les matériaux : terre, minerais, etc., et les charge sur les wagons de transport. Elle se compose d’un ensemble d’appareils qui lui permet d’accomplir les mouvements nécessaires à cette double opération ; le tout est monté généralement sur rails afin de
- Wheeled Scraper O, ôf Aurora (U. S.), autre chargeant des wagons).
- se déplacer aisément. La grue peut pivoter sur elle-même en un cercle complet, sa flèche sert d’appui à deux bras auxquels est articulé le godet qui se déplace dans le sens vertical et tandis qu’un treuil monté sur la plate-forme de la grue élève le godet, un moteur lui donne un mouvement en avant. Arrivé au pied de la masse à attaquer, le godet est simultanément remonté par le grand, treuil pendant qu’un autre plus petit le fait pénétrer dans ladite masse ; la partie trancfia’nte du godet, étant tirée de bas en haut, entre dans la masse attaquée et finalement en détache une tranche qui se trouve ainsi enfermée dans le godet.
- Celui-ci a généralement sa porte freiriee, ce qui fait que l’ouvrier chargé de sa manœuvre peut faire varier, selon besoin, l’ouverture de la porte et de cette façon laisser tomber plus ou moins rapidement le contenu du godet. Grâce à ce dispositif, les wagons risquent moins d’être abîmés ou usés rapidement., En effet, si les matières excavées - . 12. — 177
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- 178 OUTILLAGE MECANIQUE DES CHANTIERS D'EXCAVATION AMERICAINS
- contiennent de gros blocs, la porte freinée permet .de laisser tomber en premier lieu la menue matière, et en l’ouvrant complètement les grosses pièces tombant à leur tour sont reçues sur une sorte de matelas amortisseur, sans dommage pour la plateforme du wagon.
- On construit des pelles de différentes forces
- Les wagons utilisés sont de deux types, ou bien à voie étroite d’une capacité de 2 à 4 m5, se déchargeant à la main ou par basculement, ou bien d’une capacité de 8 à 12 m3 et même jusqu’à 20 m3, par voie normale, se déchargeant automatiquement de l’un ou de l’autre côté de la voie, leur basculement étant opéré à la main ou au moyen de l’air comprimé fourni
- de levage — de 15 à 80 tonnes— c’est-à-dire appropriées à la matière plus ou moins compacte à déblayer et au rendement journalier demandé. Le modèle le plus courant est celui de 45 à 20 tonnes avec godets d’environ 2 m3, monté soit sur boggies pour voie normale, soit simplement sur roues à
- jante plate pour déplacements à même sur le terrain ou sur un chemin de madriers. Un peu avant la guerre actuelle, on commençait même en Amérique, à l’instar de certains types d’excavateurs à drague, à les monter -— selon la demande de l’acheteur—sur tabliers à patins, autrement dit à « Caterpillar », dispositif certainement à recommander si la pelle doit se déplacer fréquemment, car on n’a pas ainsi à transporter des madriers et des rouleaux. Le volume des godets est fonction de l’appareil, de 0 m3 500 à 5 m3.
- par la locomotive. Parfois le train de décharge iest complété en queue par un wagon de forme spéciale appelé « spreader car » lequel est muni, sur chacun de ses côtés, de larges et solides panneaux mobiles en bois ou en fer; ces panneaux auxquels on donne toute la translation voulue ont pour but de rejeter
- en' dehors des rails les terres déversées par les wagons, et cette opération se pratique quand le train retourne à vide vers son point de travail (%• 2).
- Dans ces sortes de travaux, la question d’organisation des trains de décharge joue un rôle important et son effet sur le rendement de la pelle mécanique est cottsi dérable. Agencés dans les conditions que, la pratique indique, on peut admettre avec un godet de 2 m3, dans du déblai de dureté moyenne, un rendement de 1000 à 1500 m3 par journée de 40 heures, compris les pertes de temps inévitables pour la pose des voies ou la manœuvre des rames de wagons.
- Il est difficile d’estimer le prix de revient du mètre cube excavé par une pelle mécanique, mais on peut tabler sur une dépense journalière de 150 francs, comprenant les frais occasionnés par les manœuvres proprement dites de la pelle, sans
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- OUTILLAGE MÉCANIQUE DES CHANTIERS D’EXCAVATION AMÉRICAINS 179
- les frais de transport des déblais. Avec des ouvriers expérimentés, la main-d’œuvre, le combustible et les réparations dépassent rarement 10 à 15 centimes par mètre cube. Ainsi la pelle mécanique fait facilement le travail de 500 à 600 hommes, en
- arrêté. Bien des travaux qui avaient été poussés jusqu’à la nappe souterraine, puis abandonnés, ont été repris et terminés grâce à cet engin.
- Il peut parfaitement fonctionner dans des terrains relativement durs, tels qu’argile compacte,
- Fig. 4. — Excavateur à pelle électrique et à courroie transporteuse de déblais. (Myers Whaley O of Knoxvillé)..
- admettant que le travail pût être fait à la main.
- L’excavateur à dragué (Gg. 3) permet d’exécuter des travaux dans des conditions où la pelle ' 7 ' / r ~
- mécanique et l’exca- s
- vateur à godets sans J : *
- lin, seraient inutili- , ;
- sables ou d’un emploi difficile; son application la plus courante en Amérique est l’exécution des canaux d’irrigation, de drainage, d’assèchement, etc.
- Grâce à sa longue flèche, il peut déposer les terres à une distance suffisante du canal, évitant de cette manière tout risque d’éboulement, transport par wagonnets et manipulation des déblais; il permet enfin d’obtenir des talus réguliers. Sa caractéristique principale est qu’il excave en contre-bas du rail ou de son assiette, et lorsque, par suite d’inondation, la fouille est submergée, le fonctionnement de la drague n’en est pas pour cela
- conglomérats, etc. Dans sa longue course, l’arête tranchante du godet excave le terrain à la façon
- Fig. 5. — Drague à cuillère (de la même Compagnie).
- d’une raboteuse et sa construction est telle qu’il se déverse facilement alors même qu’il contient des déblais boueux et collants. Les modèles courants sont actionnés par la vapeur, mais il est possible d’utiliser l’électricité ou l’essence; les modes de translation sont ceux du précédent appa-
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- TRAITRES ENGINS DE GUERRE ALLEMANDS
- 180
- reil : boggies, Caterpillar ou chemins sur rouleaux et madriers. Pour les petits modèles, le rayon d’excavation est de 11 m. pour un angle de flèche de 40°, de 13 m. pour un angle de 25°, et pour les grands modèles, de 26 m. pour un angle de flèche de 40° et de 30 m. pour un angle de 25°. Quant au rayon de déchargement, il est pour les premiers de 12 m. à 14 m. avec hauteur de levage de 7 m. à 4 m. et pour les seconds, de 28 m. à 32 m. avec une hauteur de levage de 15 m. à 9 m. Les godets ont une capacité, fonction de l’appareil, de 1 m5 à 3m3.
- La figure 4 représente, un type d’excavateur (Myers-Waley -Cy), dans lequel la pelle dentée placée à l’extrémité d’un bras, attaque le terrain et déverse ensuite les déblais sur un transporteur à courroie/ disposé à même sur ledit bras. Gomme on le remarque, à l’inverse du type précédent, l’attaque ne se fait pas ici par la rotation du bras, mais presque à la façon de l’excavateur à drague ou à godets. La hauteur d’attaque du terrain est réglée par un volant à main placé sur un côté de l’engin ; de plus, le bras antérieur peut se déplacer dans un plan horizontal de 45° de part et d’autre de la position normale, c’est-à-dire que le travail s’opère dans un angle droit sans que pour cela il faille déplacer la plateforme de l’appareil. Pour pouvoir déverser les déblais dans les wagons circulant parallèlement à l’excavateur, on donne, par l’intermédiaire d’engrenages et d’une crémaillère, un mouvement latéral d’une amplitude maxima de 40°.
- Cet excavateur est le plus souvent actionné électriquement. Le moteur, généralement d’une force de 20 HP, est placé*à la partie arrière; sur le côté se trouve une petite plateforme sur laquelle se tient le conducteur ayant en face de lui le manipu-. lateur du moteur ainsi que les leviers et volants
- 1 TRAITRES ENGINS DE
- ' • i
- Au moment où va commencer le règlement du grand compte des crimes contre l’humanité commis par nos ennemis, il convient de rappeler de quelles armes traîtresses ils ont osé se servir.
- Nos ennemis ont préparé des engins de sabotage pour arrêter les usines des alliés, pour couler leurs navires quittant les ports neutres, pour incendier leurs approvisionnements en vivres et en munitions, et, en les transformant, ils s’en sont servi pour infester les villages abandonnés sous l’effort de nôtre offensive. Ils ont appris chez eux à tous, soldats et espions, l’art de préparer adroitement des incendies, de faire sauter des canalisations hydrauliques, de créer des court-circuits lâchement et en cachette parce que pour eux la guerre n'est qu’une industrie sans honneur ni-, lois. Ils avaient tout organisé, tout prévu pour paralyser notre industrie, avec laquelle seule une longue
- commandant-les divers mouvements. Les dimensions sont : 9 m. 30 de longueur, 1 m. 65 de largeur et 1 m. 40 environ de hauteur, ce qui permet dès lors d’employer cet outillage dans des galeries de largeur réduite et de faible hauteur, comme tunnels, aqueducs, etc. Le volume des déblais est variable avec la nature des roches, mais on a pu atteindre, la pelle fonctionnant à la vitesse de 12 coups à la minute, un rendement de 1 m. et même 1 m. 250 par minute. Le personnel nécessaire à son fonctionnement et au remplissage des wagonnets se compose seulement de quatre hommes.
- La drague à cuillère (fig. 5) est également un puissant engin d’excavation plus spécialement utilisé pour les travaux de dérochements sous-marins;
- 11 est, dahs ce cas, certainement l’outillage le plus économique, d’aùtant qu’avec aucune autre machine, une puissance aussi considérable ne peut être concentrée en un seul point. Dans certaines de ces dragues utilisées jusqu’ici, croyons-nous, seulement en Amérique, l’effort au crochet atteint près de 90 000 kg, Si, l’on considère que cet effort est souvent Concentré sur une seule dent du godet, il est aisé de se rendre compte de la puissance formidable de ces engins. En réalité, les dragues à cuillère sont des pelles mécaniques d’une très grande puissance, montées sur une coque en bois, en fer ou en ciment armé, portant non seulement toutes les machines et les réservoirs d’eau, mais aussi les logements des ouvriers. Dés béquilles, commandées par des moteurs spéciaux,/en assurent la stabilité quand elles sont en fonctionnement. La profondeur d’excavation est de 10 à 12 m. au-dessous du niveau de l’eau. La capacité des godets est de 1 m3,5 à 2 m3 ; cependant, dans les travaux du port de Boston,' le godet a la contenance énorme de
- 12 m3. - M. Bousquet.
- GUERRE ALLEMANDS
- guerre est possible. L’invasion se fit par la Belgique au mépris de tous les traités parce que ce coup de main mettait entre leurs mains la partie de la France la plus industrielle,' la plupart des mines de charbon, et nous, séparait de l’Angleterre. Les événements ayant déjoué leur plan, nos ennemis se sont efforcés, par tous les moyens, de s’opposer à nos efforts pour créer une industrie de guerre.
- Leurs sous-marins se sont au début acharnés contre les bateaux charbonniers, contre les transports de matières premières* Mais à côté de la houille, dont nos ennemis possédaient les meilleures et les plus importantes des mines, notre pays a des cours d’eau et des chuteÿ que l’on a appelés-houille verte et houillé blanche. Il importait à nos ennemis dé les atteindre également.
- Dans les Alpes et dans les Pyrénées se fabri-
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- quent des chlorates et des perchlorates, des nitrates, se prépare de l’acier : ils ont essayé de paralyser également les usines, en même temps qu'ils cherchaient à incendier les approvisionnements d’explosifs^et de matières accumulés à L’intérieur du pays ou sur les quais de nos ports. Ils l’ont essayé en Italie et en Amérique où leurs agissements au début.étaient moins surveillés, ils ont réussi à détruire des usines.
- Divers journaux français, italiens, suisses ont déjà entretenu le public de crayons incendiaires, d’engins torpilles et autres ; mais la description de ces engins n’était point nette. Très judicieusement la censure a laissé publier toutes les descriptions malheureusement incomplètes relatives à ces engins, estimant qu’un danger connu est à moitié 1 évité et qu’il est préférable d’avertir pour mieux se défendre. II.nous paraît intéressant, non pour écarter toute nouvelle tentative de la part de nos ennemis puisqu’ils tombent à genoux, mais pour que le châtiment soit complet, de rappeler la nature des engins qu’ils ont mis entre les mains de traîtres et de criminels.
- Avant derappeler quelques-unes des publications relatives à la question parues dans quelques périodiques, indiquons quel était " le plan de nos ennemis à l’arrière : »
- 1° Détruire les canalisations forcées dans les usines hydro-électriques. V
- 2° Incendier les approvisionnements près des usines à l’intérieur dans les ports.
- 3° Faire sauteries dépôts d’explosifschlo- *, ratés.
- Aux armées, lors des reculs, détruire traîtreusement les villes et les villages abandonnés par eux pendant leur retraite, à l’aide surtout d’explosions retardées.
- Engins contre les usines hydro-électriques. — La première mentionides engins destinés à détruire les conduites d’eau sous pression semble se trouver dans la Gazette de Lausanne du 19 août 1916. Nous croyons devoir la reproduire pour ceux des lecteurs deLa Nature qui l’auraient oubliée., i « La semaine dernière, en suite d’un avis reçu des autorités'italiennes, la justice vau-doise, assistée du professeur R.-A. Reiss, directeur du laboratoire de police scientifique de l’Université, examina les colis et valises abandonnés au bureau des bagages à main de la gare centrale de Lausanne.' Aucun de ces colis ou bagages ne paraissait suspect. Seule, une valise en bois retint l’attention de l’expert. Elle fut ouverte et on constata... qu’elle était vide. Mis en méfiance, l’expert
- '' Fig. i. — Ensemble 'd'un
- la transporta cependant à son laboratoire etv se mit à découper les parois. Sa stupéfaction fut grande d’y trouver, soigneusement cachés dans des rainures pratiquées dans le bois, 36 tubes en métal avec pointe en ébonite.- Chaque tube était entouré d’une feuille de papier .ou d’un plan dessiné sur du papier calque. L’examen de ces plans permit d’établir que c’était des reproductions fort bien faites des cartes de l’état-major italien au 25 000e et au 50000e de la contrée du Sim-plon et dü Mont Cenis. Les usines hydroélectriques y étaient indiquées en rouge et les conduites d’eau avec les réservoirs en vert. Des explications en mauvais italien et en allemand laissaient facilement deviner
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- l’originé des engins.
- « L’expert procéda à l’ouverture d’un de ces engins, et put constater qu’il était destiné à exploser dans l’eau. En effet, après avoir crevé une mince membrane en caoutchouc, l’eau s’infiltre dans le. tube, y rencontre une ampoule percée de deux trous, dissout l’acide chromique qui s’y trouve et cette solution arrive dans le détonateur qui est aménagé en élément électrique. Un fil ^ mince en platine s’échauffant sous l’action du courant électrique, . fait détoner la charge de fulminate mercure;, cette détonation provoque l’explosion de 15 gr. de picrate de sodium. L’engin a une longueur de 40 cm et tous ses éléments sont soigneusement fabriqués en série. C’est un engin fait en fabrique.
- •Ces bombes d’un nouveau genre étaient destinées à faire sauter les .usines hydroélectriques des alpes italiennes et tout spécialement celles se trouvant dans la région du Simplon et dü Mont-Ceriis, Leur action dans une conduite close est cerlainement très destructive. Celui qui aurait' dû les transporter «en Italie, un Italien embauché par des émissaires austro-hongrois à Zurich, a abandonné son dangereux colis au bureau des bagages à main de la gare de Lausanne.
- « Dans quelques semaines ou quelques mois cette valise aurait été vendue aux en-
- \chères sous la,Crenette. Petit à petit l'humidité s’y serait infiltrée et un beau jour, les 36 bombes auraient explosé et auraient peut-être fait de nombreuse victimes. —
- « Les multiples attentats contre des usines en Amérique pourraient bien avoir été 'exécutés à l’aide d’engins du même genre. » En réalité, il'y a une certaine exagération dans le nombre des victimes humaines que prévoit le rédacteur de l’article, si les , bombes avaient éclaté; 1 engin torpille,
- engin torpille allemand.
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- remarquablement bien construit, est surtout dangereux pour les canalisations. . •
- Il.se présente sous la forme d’une longue tige peinte en vert olive, couleur assez semblable à celle des eaux en mouvement. Le tube en aluminium étiré, ainsi que le représente la figure 1, est partagé en deux parties presque égales; l’une qui est vide est fermée par un clapet maintenu en placé
- solution formant liquide excitateur de la pile en assure le fonctionnement immédiat. L’explosion se produit et la canalisation forcée, la chambre d’eau des turbines, ou la turbine elle-même sont crevées ou disloquées. ^
- Car c’est là où se révèle l’ingéniosité criminelle de nos ennemis. Il était nécessaire, pour que leur œuvre néfaste s’accomplisse, que l’engin s’ap_
- Fig. 2. — L'exploseur de Vengin torpille.
- par un ressort qui joue le rôle de soupape, l’autre qui contient tout le mécanisme est presque entièrement pleine, elle est fermée par un bouchon en ébonite percé (fig. 2). Par suite de cette disposition l’engin flotte dans l’eau verticalement et son extrémité sort à peine du liquide, de telle sorte qü’il est presque impossible à apercevoir.
- A l’intérieur se trouve^ le système explosif ; il est formé de l’explosif proprement dit, trinitronaphtaline dont le poids total est de 15 gr. et qui est sous la forme de quatre cylindres dont l’un plus grand que les autres est évidé pour recevoir le détonateur. Celui-ci est à charge de fulminate et il fonctionne à l’aide d’une première charge détonante formée d’un mélange de chlorate de potasse, et de sulfure d’antimoine dans lequel se trouve noyé un fil très fin en platine., Quand celui-ci rougit, l’explosion se produit (fig. 5).
- Pour que le fil de platine rougisse, il faut qu’il soit traversé par un courant électrique. Ce courant est produit par une petite pile formée de deux éléments cuivre et magnésium, disposés concentriquement l’un par rapport à l’autre et isolés. Entre les deux éléments circule, au moment voulu, un liquide exci-tâtèur qui assure le fonctionnement de la pile.
- Le liquide excitateur est obtenu par la dissolution de l’acide chromique contenu dans la petite ampoule en gutta-percha qui se trouve placée entre la pile déjà décrite et la membrane^ de caoutchouc servant de fermeture. Quand cette -membrane crève dans les conditions que nous allons voir, l’eau pénètre (et sa pénétration est rapide parce qu’elle est sous pression) dans l’ampoule, dissout l’anhydride chromique et la
- prochât le plus près possible des œuvres vives, en tout' cas descendît assez bas pour que les conséquences de l’attentat fussent aussi graves que possible : écoulement de l’eau avec une plus grande vitesse sous une plus grande hauteur, effets de l’explosion plus considérables dans un fluide plus comprimé, etc.
- La rupture de la membrane dépend du temps et de la pression. Pour une pression donnée, la membrane cédera au bout d’un temps très long si la pression est faible, Rapidement si la pression est élevée. Par conséquent, avec des chutes de faible hauteur, la rupture pourra ne se produire qu’au bout de quelques heures; si la pression est forte ainsi qu’il arriye pour des chutes de grande hauteur très rapides, l’explosion sera immédiate. Cet engin pourra donc être utilisé dans un très grand nombre de cas, pour des chutes variant entre 5 et 20 mètres.
- Engins incendiaires. — Nos ennemis ont atteint nos usines fonctionnant avec le charbon par leurs - sous-marins qui ont coulé charbons, minerais, nitrates, benzols, nos moteurs à combustion interne, en torpillantles bateaux pétroliers.
- Mais il ne leur suffisait pas de vouloir détruire les usines produc-, trices, ils auraient voulu anéantir les produits, incendier nos approvisionnements et en provoquer l’explosion chaque fois que la chose était possible. 'L’acide sulfurique très concentré est l’agent auquel ils ont songé; mais ils se sont efforcés d’en régler l’action, tantôt, comme sur certaines parties du front, en l’enfermant dans une enveloppe métallique qui est rongée lentement et qui cède brusquement, „ lorsqu’elle est suffisamment amincie pour projeter l’acide en excès sur du chlorate de
- Fig. 3. — La pointe )d’un engin torpille.
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- •potasse, entraînant ensuite l’explosion d’une masse plus considérable, tantôt comme ils l’ont fait dans leurs crayons incendiaires, en provoquant l’écoulement de cet acide sur du chlorate encore, mais après avoir traversé un étranglement capillaire qui en retarde le débit pendant un certain temps.
- Les crayons incendiaires ont été construits avec ces ampoules. Plusieurs périodiques en ont parlé, ont même essayé de les décrire :
- « L’aspect extérieur du .crayon infernal est celui de tous les crayons qui se taillent automatiquement par dérbulement de la monture en papier.
- « En un point déterminé, la mine, bleue ou rouge, sert d’obturateur à un tube minuscule en verre, lequel contient une matière incendiaire d’une formidable puissance de combustion.
- « Quand le crayon est usé jusqu’à proximité de l’ouverture^ du tube incendiaire, l’air pénètre, en 15 à 20 minutes, jusqu’au produit chimique qui s’enflamme seul et donné naissance à un foyer incandescent d’une violence inouïe qui propage l’incendie avec une rapidité telle, qu’il est difficile de le conjurer. »
- Cette description doit être modifiée sur les points suivants : le crayon n’est pas en papier, il est un véritable crayon, la mine ne sert pas d’obturateur à un tube minuscule en verre, le tube n’est pas minuscule et ne renferme pas de matière incendiaire, l’air ne pénètre pas jusqu’au produit chimique, celui-ci ne peut pas s’enflammer seul. Pour tout le reste la description des frayons est exacte.
- La partie essentielle du crayon qui peut déjà à elle seule former un engin criminel est une ampoule en verre de Thuringe divisée en deux parties, comme le montre la figure 4.
- L’une de ces parties, celle qui se place en -haut quand l’engin est utilisé, est terminée par une pointe effilée; elle est séparée de l’autre portion par un étranglement. Celui-ci, et c’est là où se révèle encore l’ingéniosité malfaisante de nos ennemis, n’est pas obtenu aux dépens du verre, en l’étirant. Dans la partie étranglée, le verre a conservé toute son épaisseur, l’ampoule supérieure a été au'contraire obtenue au dépens du verre. La chambre inférieure de l’ampoule porte un tube soudé qui s’élève jusqu’à l’étranglement. Ce tube forme siphon. Il empêche le liquide intérieur de s’écouler, tant que la pointe du haut n’est pas brisée, à ce moment, la communication ayec l’atmosphère est établie e£ le liquide s’écoule.
- Ce liquide est de':l’acide sulfurique fumant; a première goutte met en moyenne 20 minutes
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- Fig. 4-Coupe d’un crayon incendiaire allemand.
- après la rupture de la pointe, avant d’apparaître à la partie inférieure. Si elle tombe sur un chlorate alcalin, alors se produit un vif dégagement de chaleur et de lumière avec une légère explosion. On conçoit donc qu’un criminel peut placer cette ampoule sur un tas de chlorate ou sur un explosif à base de chlorate pour produire incendie et explosion et, a le temps de se garantir.
- Ces ampoules à acide sulfurique doivent être protégées à la partie inférieure du siphon, qui est toujours ouverte, contre l’action de l’humidité de l’air jusqu’au moment de s’en servir. Elles sont transportées plantées dans du liège paraffiné, quand elles sont libres ou bien elles sont enfermées dans des engins spéciaux dont l’aspect extérieur n’attire pas les soupçons, en mettant à l’extrémité inférieure un petit tube en celluloïd renfermant du chlorate de potasse.
- Ces ampoules ainsi fixées sur ce petit tube rempli de chlorate peuvent être placées dans un morceau de pain, dans un biscuit, le plus souvent elles ont été placées dans un crayon. Le criminel peut se promener en ayant l’air de manger ou d’écrire. D’un coup de dent il brise la pointe de l’ampoule enfermée dans le biscuit ou le pain ou bien il a l’air de tailler son crayon pour prendre des notes, il enlève la mine véritable qui existe sur une longueur de deux centimètres, et casse la pointé. Il plante ensuite biscuit ou crayon droit dans le tas de coton, de paille, de brindilles, d’explosifs,dont il veut déterminer l’incendie sur les quais d’un port, dans le dépôt ou l’usine où il ^ pu pénétrer et il s’éloigne tranquillement. Les crayons à mine bleue ainsi préparés par nos ennemis sont remarquablement construits et n’ont pu l’être que par des maisons comme celles de Nuremberg, dont le long passé industriel était jusqu’à l’apparition de tels crayons, un passé d’honneur et de loyale exécution.
- Engins à explosion retardée^ — Ceux-ci sont conçus d’une, manière plus ingénieuse encore que les précédents. D’après le dessin ci-contre (fig. 5), publié dans divers journaux au début de l’année 1918, on voit que le percuteur est tiré en arrière au moyen d’un fil en même temps que se trouve bandé un ressort à boudin.
- Celui-ci en se détendant pousse violemment le* percuteur contre l’amorce. Cette détente ne se produira qu’au moment où la résistance du fil sera devenue trop faible. Pour attaquer lentement le fil, nos ennemis sè sont servis, non d’un acide, mais d’une soli^ion de sulfate de cuivre dans de la glycérine plus ou moins concentrée de manière à retarder plus ou
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- moins longtemps la dissolution du fil. Les retards peuvent atteindre plusieurs jours.
- Avec de tels engins, nos ennemis ont pu couler nos bateaux en augmentant en apparence l’activité de leurs sous-marins, faire sauter des carrefours de routes, des édifices dans les pays abandonnés en frappant par derrière. L’hôtel de ville de Bapaume a été détruit par ce procédé de traîtres. Et ces engins transportés par leurs espions l’étaient sous le couvert de l’immunité diplomatique que les nations civilisées respectent"parce qu’elles ne l’ont jamais souillée. Nous n’avons qu’à nous rappeler ce qui s’est passé en Norvège.
- Mais il y a pis encore et l’entrefilet suivant, paru dans la Tribune de Genève le 16 novembre 1918, doit nous mettre en garde contre nos ennemis, même au moment où ils demandent grâce, en promettant de tenir à l’avenir leurs engagements.
- « Le député Euderli, socialiste grut-léen, a déclaré officiellement et ouvertement ce qui suit au Grand Conseil zuricois:
- L’enquête sur l’affaire des bombes a démontré que la représentation diplomatique de l’Allemagne en Suisse a employé ses courriers pour transporter dans notre pays des chargements entiers de bombes et d’explosifs, ainsi que des bacilles, à destination de l’Italie. Et qui s’occupait de ce malpropre et dangereux trafic? Un personnage comme le prince
- de Bülow, ancien chancelier de l’Empire, qui, à Lucerne, recevait chez lui, pour conférer avec eux, des anarchistes comme Bertoni ou Cavallini. Sait-on, par exemple, qu'un envoi de bacilles que ces personnages avaient réussi à introduire en Italie, a fait périr plusieurs milliers de chevaux ? ?
- La tentative ayant échoué en Italie, a continué M. Euderli, c’est sur notre pays qu’on a jeté les yeux pour y fomenter la révolution. Qu’on se rappelle les troubles de novembre 1917, au cours desquels on a trouvé en ville deux paquets d’explosifs dont un seul aurait suffi pour faire sauter tout un quartier.
- En lisant ces révélations officielles de M. Euderli, on se demande comment il est possible qu’aujourd’hui encore MM. de Romberg, Bismarck et tutti quanti soient encore à Berne. »
- Il est permis, en présence d’une pareille mentalité, de se demander si les explosions récentes de Bruxelles et celles qui suivront, ne sont pas dues à des engins à explosion retardée un peu différents de ceux qui viennent d’être décrits à durée si incertaine et si prolongée que nos ennemis n’osent pas indiquer, malgré les conditions imposées par l’armistice, où ils les ont placés de peur de les voir éclater quand on les obligera à les retirer eux-mêmes.
- Nicolas Flamel.
- Fig. 5.
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- 'L’emploi des camionnettes à accumulateurs, courant aux Etats-Unis, a pris en France un très grand développement depuis la guerre. La triple nécessité d’augmenter la production et, par conséquent, d’accélérer la manutention, de réduire le personnel masculin, et de mettre les femmes à même de transporter les lourdes charges, a conduit à l’adoption de ces appareils que l’on rencontre maintenant dans ^toutes les grandes usines françaises.
- V -
- Ces camionnettes ont, de. plus, l’avantage de se prêter à des utilisations très nombreuses et ont permis de résoudre heureusement quelques-uns des
- problèmes qui se posent aux industriels. En voici deux exemples.
- La « Modem Foundry G0 », dont les usines sont à Dakley, Cincinnati, dé- j sireuse de réduire les frais considérables qu’entraîne la manutention des matières premières, a expérimenté dernièrement une camionnette qu’elle a
- Fig. r. — Un chariot tracteur à accumulateurs Édison.
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- CHARIOTS A ACCUMULATEURS POUR LE SERVICE DES USINES
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- Joint
- Plaque
- négative
- Jéparateup-
- Pochettes.
- négatives
- munie d’une, balance dont le plateau est constitué par le tablier mobile.
- Un nombre suffisant de plates-formes étant mis à sa disposition pour la charge du cubilot, le conduc-,, - teurde la ca-
- mionnette prend une plate-forme vide et Fem-mëne auprès du tas de gueuses ou de déchets où la proportion voulue de matériaux est
- Pô/e
- ,Tubes jf positifs
- sPlaque ypositive
- Fig. 2. — Coupe d’une cellule d’accumulateur Edison.
- fournie, proportion qui est facilement et immédiatement contrôlée grâce à la balance. La plateforme est alors disposée dans le monte-charge d’où elle est reprise lors-> , qu’elle arrive
- à l’étage, par un diable à main qui l’amène à la porte de charge. —
- On estime qu’une économie dé 50 pour 100 est ainsi obtenue sur les manutentions primitives nécessaires. La « Modem Foundry C° » pense aussi qu’un des grands avantages de cette méthode est de fournir la proportion voulue de matières premières sans qu’il soit besoin d’effectuer les longues et incommodes pesées habituelles. Une petite lampe électrique est- fixée sur l’appareil pour permettre au manœuvre de faire des lectures précises quand l’appareil fonctionne de nuit. Les accumulateurs sont chargés lorsque l’appareil est au repos.
- La camionnette, construite par F « - Automatic TransportationtC° », peut prendre des courbes d’un rayon inférieur à 1 m. 80, ce qui lui permet de passer partout. Lé mécanisme d’élévation de la plateforme est manœuvré par un moteur spécial, distinct de celui qui permet la translation de l’appareil. Le chariot peut porter 1800 kg; il se meut à la vitesse de 9 km à l’heure et la balance permet d’apprécier les charges de 250 gr. à 2 tonnes.
- Cet appareil a été employé aussi avec succès pour le transport des poches de coulée.
- Une autre application a été faite à la distribution rapide du courrier dans une grande usine d’appareillage électrique de Pittsburg.
- La distribution du courrier dans une usine qui
- possède des bâtiments très étendus se fait, en général, "par facteurs ou par tubes pneumatiques. Le premier procédé immobilise un personnel important, le second nécessite un matériel compliqué et, dans les deux cas, le courrier ne parvient aux services qu'après un temps assez long.
- L’usine américaine dont il est question ici, couvre une grande surface et les bâtiments sont à deux étages. Elle emploie un truck électrique qui a été pourvu de deux séries de casiers imitant un petit bureau de poste. À l’une des extrémités est une table de triage et la partie
- inférieure est aménagée pour pouvoir recevoir de gros colis.
- , Le chariot fait six voyages par jour et va dans toutes les parties de l’usine. Il met environ une heure pour effectuer une distribution complète. Le triage des lettres s’effectue pendant que le chariot est en marche et l’employé qui en est chargé n’a aucunement à s’occuper de l’appareil qui est conduit par un jeune homme dont c’est le seul emploi.
- Là encore, la Compagnie qui a adopté ce système estime qu’il lui permet de réaliser une économie qui n’est pas inférieure à 50 pour 100.
- Le fonctionnement de ces appareils est d’ailleurs des plus sim pies et les constructeurs se sont ingéniés à réduire au minimum les manœuvres de charge.
- Fig. 3.
- Le dispositif de détermination du niveau d’acide.
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- Les accumulateurs sont du type Edison (fig. 2), à métal-fer. La force électromotrice est de 1 volt 2 à 1 volt 5. Les éléments positifs sont constitués par de l’hydrate de nickel séparé par des rondelles de nickel. Les éléments actifs des plaques négatives sont formés par de l’oxyde de fer activé par addition de traces d’oxyde de mercure. Le liquide électrolytique est alcalin (solution de potasse pure) au lieu d’être acide comme dans les accumulateurs ordinaires, ce qui permet de construire tout l’élément en acier et de le clore d’une façon presque hermétique. Cet avantage est également très utile pour le fonctionnement même de la cellule. ‘En effet, si la solution de potasse se carbonate par action de l’air, lors du fonctionnement de l’accumulateur, il y aura formation de carbonate de nickel arborescent qui court-circuitera les plaques. Le système de fermeture qui permet aux gaz éventuellement produits de sortir de l’accumulateur tout en empêchant l’air extérieur de rentrer à l’intérieur a donc une importance primordiale.
- Pour déterminer le niveau auquel se trouve l’électrolyte dans l’élément, les constructeurs livrent des sortes de pipettes (fig. 3), que l’on plonge dans le bac et qui, en fermant leur partie supérieure, avec le doigt, donnent immédiatement le renseignement cherché.
- De même lorsque l’on charge le liquide électrolytique, comme celui-ci est livré par l’usine en réservoirs, un dispositif très simple et que montre la figure 4, permet d’arrêter le remplissage exactement au niveau voulu.' Ce dispositif est constitué par une sonnerie montée sur une poignée, alimentée par un accumulateur auxiliaire et dont le circuit interrompu sera fermé parle liquide conducteur lorsque son niveau atteindra la hauteur voulue dans le bac.
- Petites choses, soit, mais dont l’ensemble détermine le confort du travail et l’augmentation du rendement. Rien ne doit être négligé pour simplifier toutes les opérations et si cette idée enfin s’im-.plante en France, grâce aux Américains, ce sera un des bienfaits de la guerre. H. Volta.
- LA CHIRURGIE QUI ÉVOLUE : LA SUTURE DES PLAIES DE GUERRE O
- Si d’un point de vue élevé, on envisage l’évolution de la chirurgie au cours de cette guerre, on est frappé de constater que cette évolution est en petit, absolument analogue à celle de la chirurgie depuis ses origines; mettons, depuis l’époque reculée où Ambroise'Paré disait du blessé :
- « Je le pansai, Dieu le garit. »
- C’est qu’en effet, nous connûmes tous, au début des hostilités, l’ère de l’hésitation, celle où l’intervention immédiate était rare, sinon exceptionnelle, et où en général, on croyait avoir fait le possible humainement parlant, en appliquant sur la plaie un pansement aseptique; quitte à intervenir si, dans les jours suivants, une complication grave posait l’indication formelle d’un acte opératoire. Si par bonheur aucune complication grave ne survenait, la guérison de la blessure n’était pas pour cela assurée, car, dans la grande majorité des cas, la suppuration retardait, pendant des jours ou des semaines, la cicatrisation, c’est-à-dire la guérison; heureuse encore était l’évolution, lorsque l’infection, profondément enracinée dans un os n’amenait pas comme séquelle, une fistule ou i’ankylose d’une articulation. Nos salles d’hôpitaux qui ne connaissaient plus guère la suppuration en revirent d’absolument oubliées ou connues seulement de ceux qui lisent les traités surannés; ces infections, qui, pour la jeune génération médicale, étaient avec beaucoup d’appareils désuets catalogués parmi les
- i. La Natufe s’est à plusieurs reprises occupée des pro-j blêmes soulevés par^ la plaie de guerre et son traitement. Nous prions donc nos lecteurs de “bien vouloir se reporter a la série d’articles parus sur ce sujet en fin 1916 et en 1917. Ils leur seront des plus utiles pour la compréhension de la présente étude.
- curiosités ancestrales, donton a ouï dire, réapparurent à nos yeux étonnés, comme leur contemporain, le matériel de tranchée de la guerre de Crimée.
- Gangrène gazeuse, pus bleu, pourriture d’hôpital, plaies vermineuses même, on assista à l’évolution de lésions analogues à celles décrites par Larrey et les chirurgiens d’armée du xixe siècle.
- Tous ces accidents étaient la conséquence d’une erreur de principe, de doctrine, diraisTje même, et qui faisait de l’asepsie du projectile de guerre, un véritable dogme.
- Admettre a priori la stérilité absolue de l’agent vulnérant, n’était rien; allant plus loin, dans l’erreur, on avait accepté l’idée préconçue de l’asepsie de la plaie produite par ce projectile, et c’est de cette erreur' de conception qu’étaient résultées les méthodes abstentionnistes de traitement des plaies de guerre.
- '“L’expérience avec ses terribles leçons est bientôt venue montrer, même aux moins clairvoyants, l’erreur absolue du principe et le danger des idées préconçues. 1
- En quelques jours, les chirurgiens de carrière s’aperçurent de la méprise et s’efforcèrent d’y remédier. N’ayant dans leur pratique civile, jamais opposé à l’infection que l’antisepsie, ils eurent recours à cette méthode pour combattre les microbes particulièrement virulents des plaies de guerre et ne possédant pas, dans les substances usuelles de leur pratique, les composés chimiques qui répondaient aux besoins, ils firent en sorte de trouver des antiseptiques nouveaux. 1 - Vantisepsie à outrance, renouvelée des méthodes de lord Lister et de Lucas-Championnière, reprit donc tous ses droits, et marque le deuxième
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- LA CHIRURGIE QUI ÉVOLUE : LA SUTURE DES PLAIES DE GUERRE 187
- stadede l’évolution des conceptions de principe au cours de cette guerre ; les résultats furent certes incomparablement meilleurs que ceux obtenus pendant la première période; ils ne pouvaient cependant satisfaire que comme un pis aller l’esprit des chirurgiens habitués à la cicatrisation rapide des plaies opératoires, et aux guérisons sans séquelles. Devant le danger, on avait réagi d’une façon quasi réflexe, en opposant à l’in-
- Fig. i. — Plaie de la face externe.
- {Celle de la face antérieure est vue dans un miroir placé entre les deux cuisses.)
- fection ce que l’on ayait sous la main, c’est-à-dire l’antisepsie des antiseptiques forts. Mais ayant pallié au danger immédiat, on eut toute latitude pour entreprendre et poursuivre l’étude analytique de la plaie de guerre au point de vue de ses caractères anatomiques et biologiques. Une série de recherches menées parallèlement dans le temps, montrèrent, que la plaie du champ de bataille, contrairement aux conceptions initiales (qui n’étaient fondées sur aucune recherche), doit toujours être considérée comme infectée; elles montrèrent aussi, que la plaie de guerre est une lésion particulièrement trompeuse, extérieurement elle est généralement d’ap-
- parence bénigne, mais débridée, mise au jour, elle révèle une série de dégâts que rien ne permettait de soupçonner de l’extérieur.
- Encore, la plaie par balle de fusil ou de mitrailleuse, animée d’une grande vitesse et par conséquent possédant une force, vive considérable, était-elle relativement franche dans ses déterminations, mais l’éclat de projectile a explosif ne connaît pas plus sournois que lui. Débridant en effet le trajet d’un éclat d’obus, on constate que tel petit pertuis de rien du tout, n’est que la porte d’entrée étroite d’une vaste chambre anfractueuse, d’une caverne d'attrition dans laquelle les dégâts sont à leur
- maximum ; muscles broyés, vaisseaux sectionnés, os souvent lésés et ayant disséminé leurs esquilles au voisinage ; tous ces éléments eonsti -tuent le meilleur milieu pour permettre aux microbes apportés par l’éclat, par les dé-’ bris de vêtements et de terres qui ont été entraînés et retenus dans la plaie, de cultiver et d’être le point de départ d’infections qui, suivant leur virulence et la résistance du sujet, dé-
- Fig. 2. — Suture de l’aponévrose.
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- terminent soit des infections à rapide extension et de pronostic très grave, soit des infections localisées beaucoup plus bénignes.
- tf’étude chronologique des caractères dé jà plaie permit en outre de suivre, d’instant en instant, la marche de l’infection et montra notamment, que : dans les premières heures, l’infection est minime et limitée aux points en contact avec le projectile et les débris entraînés par lui; que, dans les heures suivantes, l’infection s’étend en surface ; qu’enfîn, après 1 jour 1/2 ou 2 jours l’infection gagne la profondeur des tissus voisins.
- Examinons d’un peu plus près chacun des stades biologiques de la plaie de guerre, 3 ou A heures après la blessure reçue; mais si nous reprenons
- Fig. 3. — Suture complète de la peau.
- l’étude de la plaie un peu plus tard, entre la 1.0e et la 20e heure par exemple, nous voyons que tout est changé : les microbes, comme s’ils sortaient d’un engourdissement qui les laissait en^ apparence inertes, commencent à se multiplier, « à cultiver ». Cette multiplication des corps microbiens a pour conséquence l’extension rapide de la zone infectée; mais, fait important, l’extension se fait uniquement en surface, on la voit s’étendre sur les parois de la plaie, sans pénétrer encore dans l’intimité des tissus. .
- " Quelques microbes, tout au plus, sont çà et là retrouvés aux points où ils ont été déposés lors du traumatisme.
- Revoyons la même plaie lorsque 36 heures se seront écoulées; l’infection est près d’atteindre son maximum, elle s’est non seulement étendue à la totalité de la surface des parois, mais encore elle a gagné la profondeur des-tissus qui forment ces mêmes parois et, le microscope montre‘des microbes en grand nombre, en chacun des points où
- l’architecture anatomique permet leur progression. L’infection n’est plus une infection de 4 plaie elle-même, c’est également une infection du pourtour de celle-ci.
- Qu’arriverait-il dès lors, si par mégarde, on gardait l’expectative? Tout dépendrait alors de deux facteurs principaux et dans une certaine mesure antagonistes l’un de l’autre :
- la virulence des agents microbiens; la résistance de lïorganisme.
- Pour peu qu’à la virulence des microbes réponde une faible défense organique, on verra les microorganismes passer dans le sang et déclencher une septicémie souvent mortelle, toujours grave.
- Si, au contraire, une virulence microbienne atté-- nuée coïncide avec une résistance organique importante, on assiste à la limitation du foyer d’infection, à un « enkysle-menl » ; physiologiquement; la plaie est comme exclue de l’organisme, et déverse au dehors sesproduitsdesup-puration au lieu de les laisser filtrer dans l’organisme. Si dans ces cas, le pronostic vital est infiniment meilleur, le pronostic local reste mauvais ; tous les tissus qui, englobés dans la lésion, participent aux phénomènes de désintégration qu’entraîne l’infection, sont voués à une altération profonde et si, à la longue, la guérison de la suppuration est obtenue, la plaie laisse derrière elle de profonds délabrements locaux de l’os, des muscles, des nerfs, toutes lésions qui, au point de vue fonctionnel, c’est-à-dire au point de vue du jeu physiologique des éléments anatomiques, ne laisse pas que d’entraîner de graves perturbations. La suppuration prolongée qu’en traîne l’évolution d’une plaie infectée physiologiquement exclue de l’organisme, est d ailleurs également grave au point de vue vital, car, le déséquilibre fonctionnel des grands appareils, produit par la suppuration, entraîne un amaigrissement rapide dès lésions viscérales (notamment du foie et des reins) et aboutit à une cachexie qui, si elle n’est pas mortelle, détermine en tout cas une atteinte profonde de l’organisme dont le blessé est fort long à se remettre.
- Ainsi « raisonnées » au point de vue biologique, les plaies de guerre n’étaient pas « satisfaisantes »,
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- = LA CHIRURGIE QUI ÉVOLUE : LA
- pour les chirurgiens accoutumés aux magnifiques résultats de la chirurgie aseptique civile; ils cherchèrent donc, le ou les moyens capables de leur assurer un meilleur rendement.
- Les uns pensèrent que les sérums, la sérothérapie étaient à même de réduire les dangers encourus par le blessé, en apportant à l’organisme toute une série de substances capables d’agir sur le microbe et ses toxines et par là même des neutraliser leurs effets ; d’autres pensèrent qu’il y avait lieu de réformer nos conceptions sur le modè d’action des antiseptiques et en vinrent à concevoir l’emploi d’antiseptiques agissant d’une façon continue. Ces antiseptiques en même temps qu’ils lutteraient contre le microbe adulte, présent dans la plaie, empêcheraient sa reproduction et, pénétrant à chaque instant dans les recoins les plus cachés et les plus anfractueux du délabrement, amèneraient la stérilisation rapide de la plaie. C’est là, le principe même de la méthode deCarrel dans sa conception originale.
- Mais, la continuité même de l’action antiseptique impliquait une modification dans la nature de l’antiseptique qui, « trop fort », altérait à la fois les microbes et les cellules de l’organisme ; en employant les antiseptiques jusqu’alors connus, on se serait donc mis dans la position d’un monsieur, qui pour débarrasser sa maison pleine de cafards, y mettrait le feu.
- Cette nouvelle conception de l’antiseptique amena Dakin à proposer une série de produits chlorés.
- A côté des antiseptiques, d’autres chercheurs, le professeur Delbet notamment, pensèrent que le succès du chirurgien, dans sa lutte contre l’infection, serait grandement facilité par l’emploi de substances capables de renforcer les qualités de résistance des cellules de la plaie. Les substances cytophylactiques furent donc appliquées.
- Mais comment'faire agir ces antiseptiques nouveaux, ou ces produits cytophylactiques ; le plus simple était de débrider la plaie pour y disposer /’appareillage nécessaire à /’humectation continue de la plaie. „
- Oh débrida donc systématiquement les plaies de guerre et l’on s’efforça de pratiquer l’intervention aussi précoeement que possible, pour faire agir l’antiseptique dans les meilleures conditions, sachant bien qu’il est toujours plus facile d’éteindre jun incendie quand il est localisé à une chambre que lorsque toute la maison flambe.
- On en vint ensuite à penser qu'il serait peut-être préférable d’opérer le nettoyage macroscopique de la plaie avant d’appliquer l’antiseptique. Ce serait autant de temps de gagné sur la durée d’évolution de la plaie, car il est plus rapide d’abraser chirurgicalement des tissus malades que d’attendre leur élimination spontanée. Ceci conduisit à pratiquer lors de la première intervention un épluchage systématique des tissus lésés, et la mise à jour de tous les foyers, de tous les recesàus anfractueux de la plaie.
- SUTURE DES PLAIES DE GUERRE IS9
- Autre point, l’étude bactériologique systématique des plaies mpntraMeur rapide détersion; en un temps plus ou moins long, on arrivait en effet à leur stérilité; pourquoi dès lors attendre que le bourgeonnement des tissus Soit arrivé à combler la brèche; plus simple serait, pensait-on, de réunir chirurgicalement les lèvres de la plaie hâtant ainsi la cicatrisation ; c’est ce que l’on fit, soit en rapprochant les bords par l’action d’une traction élastique, soit plus simplement, en suturant la plaie par les méthodes chirurgicales ordinaires. Cette suture tardive des plaies, suture secondaire, donna les meillèurs résultats; la durée d évolution des lésions était notablement diminuée, les résultats fonctionnels étaient infiniment meilleurs.
- Un effort encore, et la suture primitive des plaies était acquise.
- Ce que l’on savait, en effet, de là bactériologie de la plaie de guerre, de la chronologie de ses réactions biologiques était une indication; dans les premières heures, la plaie est infectée simplement en surface; dès lors en procédant à l’ablation large des tissus infectés, en enlevant tous les corps étrangers, projectile primitif, projectiles secondaires, parties de tissus détachées; en procédant à l’ablation de tous les tissus contus de faible vitalité et qui n’offrent, par conséquent, qu’une résistance faible à l’infection, on supprimait du même coup celle-ci. On en vint donc à extraire" en totalité, le trajet du projectile, la plaie et les tissus voisins; on tenta même, chaque fois que la chose était possible, de les enlever « en bloc » comme l’on ferait pour une'tumeur maligne, pour un cancer.
- Les agents pathogènes enlevés, les chances d’infection étaient écartées; plus rien ne s’opposait alors à la réunion immédiate de la plaie. C’est ce que l’on fit.
- La suture primitive immédiate était née, écartant d’emblée les complications infectieuses secondaires graves, la gangrène et le tétanos par exemple, éliminant de même les chances de suppuration, assurant enfin la guérison de la plaie en quelques jours, avec un minimum de délabrements locaux. Somme toute, la suture primitive immédiate ou d'emblée ramenait la plaie de guerre aux conditions de cicatrisation d'une plaie opératoire de hernie ou d'appendicite à froid.
- Mais, pour pratiquer la suture primitive d’emblée il était indispensable d’agir précocement, d’arriver lorsque l’infection est encore limitée à la surface de la plaie ; les conditions de l’exercice de la chirurgie au voisinage du champ de bataille, ne permettent pas toujours d’intervenir assez précocement pour réunir les conditions idéales. “
- Certes, lorsqu’il s’agit de blessures déjà profondé-' m^ent infectées quand le blessé est amené à l’ambulance, on est contraint d’agir comme par le passé ; de ^débrider, et d’employer les substances antiseptiques, et cytophylactiques qui détergeront la lésion et permettront la suture secondaire après désinfection.
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- 190 TERRAIN ET TRAVAIL NECESSAIRES POUR PRODUIRE LES ALIMENTS
- Mais il est des plaies qui tiennent le milieu entre celles qui relèvent de la suture primitive et celles qui relèvent de la suture secondaire, on n’ose les refermer d’emblée, car moyennement infectées, elles sont de nature à donner de graves mécomptes au chirurgien trop hardi qui les suturerait, risquant ainsi d’enfermer une partie des microbes dans la plaie.
- Doit-on, d’autre part, les abandonner aux antiseptiques comme les plaies profondément infectées ; certes non, l’exérèse des tissus, largement pratiquée par le chirurgien, donne certaines garanties d’asepsie relative de la plaie. Le mieux est donc de mettre la plaie, débridée, en observation sous un pansement aseptique; la surveillance est, pourrait-on dire, microscopique : prélevant chaque jour de la sérosité de la plaie on en fait l’examen bactériologique et, si des examens successifs démontrent l’absence de microbes, on pratique la suture de la plaie. Cette intervention, faite dans un temps assez court après l’intervention initiale, sera classée sous le nom de suture primitive retardée.
- Voilà donc les trois types de suture des plaies de guerre :
- Suture primitive d'emblée ;
- Suture primitive retardée;
- Suture secondaire.
- La mise en pratique de ces méthodes nouvelles venant après celle de Carrel-Dakin, change encore, et dans le meilleur sens, le pronostic vital et fonctionnel des plaies dé guerre ; c’est un progrès et un progrès notable qui a été accompli par l’art de la chirurgie appliquée au traitement des traumatismes produits par les armes à feu; et cette innovation, d’importance considérable en chirurgie de guerre, mérite d’être conservée en pratique civile ; le traitement des plaies infectées a pendant cette guerre fait des progrès inimaginables. C’est là une conclusion qui s’impose. Il en est une autre qui demande à être formulée. Dans les années qui précédèrent l’ère de bataille que nous traversons, une tendance se manifestait chaque jour plus marquée à la séparation de la chirurgie, qui opère, et de la médecine, qui étudie le malade en s’aidant de la bactériologie et des autres méthodes de laboratoire.
- Pour traiter avec fruit une plaie infectée, le chirurgien doit se servir du microscope qui, seul, est à même de lui fournir les indications sur lesquelles il doit régler sa conduite opératoire. Le fossé qui semblait donc se creuser chaque jour plus profond entre la salle d’opérations et le laboratoire se comble à nouveau. Ce sera là une des conséquences et non des moindres de Pexpérience chirurgicale de ces quatre années. A.-C. Guillaume.
- TERRAIN ET TRAVAIL NÉCESSAIRES POUR PRODUIRE
- LES DIVERS ALIMENTS
- Il y a deux siècles, les philosophes de la nature se soucièrent beaucoup de connaître la surface de terre nécessaire pour nourrir un homme. Puisque chacun devait, pour trouver le bonheur, revenir à la vie simple, il fallait savoir quel bien fonds il pouvait posséder et combien d’heureux vivraient en même temps sur terre.
- Aujourd’hui, ce n’est plus le même rêve de bonheur paradisiaque qui nous fait poser à nouveau cette question, mais ' bien la nécessité d’utiliser la nàain-d’œuvre au mieux, d’épargner tout effort inutile, de faire rendre au sol tout ce qu’il peut nous donner de nourriture.
- Nous ne nous demandons plus quelle surface il faut donner à chaque homme pour qu’il soit heureux, mais combien d’hommes doit nourrir chaque hectare de terre.
- La solution de ce problème est difficile, car il n’existe pas deux champs identiques et les récoltes peuvent varier beaucoup, non seulement avec le sol, mais aussi avec le travail, les engrais, les amendements, les assolements, tout l’art de l’agriculteur. 4
- Il est évident qu’une prairie très humide sera mieux Utilisée comme pâturage que transformée en champ de blé, qu’un coteau caillouteux planté en vigne ne saurait être mieux employé, etc.
- On ne peut donc discuter que sur place des questions d’espèces, mais on peut aussi se faire une idée d’ensemble de la quantité de nourriture humaine produite annuellement par une même sur^ face de terre, un are par exemple, selon qu’on l’utilise pour différentes cultures ou divers élevages.
- Le Département d’Agriculture des États-Unis vient justement de publier une petite brochure-de vulgarisation (*) qu’il répand en ce moment parmi les fermiers pour leur servir de guide et qui peut aussi servir de base pour répondre à notre question.
- Nous en extrayons le tableau suivant qui résume l’ensemble des données pour l’Amérique
- * Matières
- azotées > Calories Récolte digestibles produites
- Nourriture. par are. par are. par are.
- Cultures :
- Maïs................ 22 kg. 3.7 kg. 78,100
- Patates douces. ... 67 1,3^ 71,280
- Pommes de terre. . . 67 1,6 47,700
- Seigle ....... 13 ' 3,0 45,180
- Blé................ . 15 2;7 44,700
- Riz. ........ 12 1,2 39,530
- Soja . . ........... 11 7,3 38,350
- Arachides............. 6 3,1 31,620
- Avoine................ 9 2,2 31-, 360
- Fèves. ; . . .• . ,/9 4,0 28,070
- Sarrasin............ . 6,5- 0,9 18,790
- (4 .Far mer s' Bulletin, n° 877.
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- TERRAIN ET TRAVAIL NÉCESSAIRES POUR PRODUIRE LES ALIMENTS 191
- Nourriture. Récolte Matières azotées digestibles Calories produites
- par are. par are. par are.
- Laiterie :
- Lait 25 kg. 1,8 17,790
- Fromage . . . . . . 2,5 1,4 1,4 10.670
- Beurre 0,0 8,880
- Viande : -
- Porc . . 2,8 0,6 16,820
- Mouton ....... l|2 0,4 3,450
- Bœuf . 1,4, 0,5 3,250
- Volaille 0,7 0,5 1,720
- Œufs ....... 1,2 0,4 1,990
- La production de viande est calculée d’après la surface de terre nécessaire pour fournir la nourriture d’un animal.
- On voit l’énorme différence qui existe entre les
- Pour obtenir 100.000 calories
- _____de
- Maïs......
- îare 28
- Pomme de terre
- 2,1
- Seigle....
- Riz.......
- Avoine
- —•2,2 —«2,2 —<2,5 •---3,2
- Il Faut cultiver:
- Fèves • Sarrazin Lait
- Fromage
- Beurré
- Porc
- 3,6
- v
- J,3 5,6
- 6
- 3,3
- —«11,4-
- Mou ton Boeuf -Volaille* Œufs-
- La conclusion pratique à tirer de ce second tableau est qu’il faut, en culture maraîchère, planter surtout des pommes de terre et des choux. Je suis certain qu’aucune ménagère ne me contredira en ce montent,,car on connaît la rareté actuelle des pommes de terre, due il est vfai aussi à de multiples autres causes et l’on peut déjà dire dès maintenant que celle des choux ne sera pas moins grande cet' hiver.
- Ces deux tableaux permettront de se rendre compte du rendement en aliments des diverses productions du sol. Il serait intéressant de faire, pour chaque cas particulier, un tableau de cette sorte, plutôt que de calculer la valeur en argent des récoltes qu'on établit seule généralement.
- Puisque nous prenons l’habitude de calculer tous nos efforts et tous nos résultats en calories, c’est-à-dire en unités d’ënergie; il est intéressant de rapprocher des données précédentes l’estimation du travail nécessaire pour les différentes cultures.
- Justement, M. Ringelmann vient de publier dans le Journal d'Agriculture pratique et dans les1 Comptes Rendus de l'Académie d’Agriculture, de nombreuses valeurs expérimentales de ces travaux.
- Il estime que les travaux dè culture d’un are nécessitent, suivant l’assolement de 70 000 à 550000 kilogrammètres, soit en calories (1 calorie
- 30
- -i 31 V .
- _____________;---------;---—:----------\60
- ......... ................A 50
- Diverses surfaces produisant la même quantité de nourriture.
- \ Fig. i- ~
- cultures et l’élevage ; les premières fournissent de 10 à 20 fois plus de nourriture que le second.
- Cela ne fait que confirmer les notions précédemment exposées dans La Nature (n° 2333) sur la question de la viande et son coût excessif en période déficitaire.
- A. ces notions sur les grandes cultures aux États-Unis, nous pouvons ajouter celles sur les cultures maraîchères en France dont nous trouvons les éléments dans un intéressant ouvrage de M. Truffaut, rédigé au point de vue pratique, la « Production des Légumes », qui vient dé paraître :
- ' . Maliëres
- Rendement azotées Calories
- Légumes. par are. par àre. ï par are.
- Pommes de terre. . . 202 kg. 3,63 130,000
- Choux . 450 6,50 113,850
- Carottes.'-. . . . . 250 2,00 66,000
- Navets .... . 250 / 2,25 66,000
- Pois yerts. . 25 ' 1,75 24,250
- Haricots verts . . . 16 0,32 6,000
- pinards . 250 5,25 52,250
- Tomates. 400 3,60 88,000
- Céleri. . . . . . . . 350 3,15 50,050
- Salades. . . ... . . . ,300 3,00 42,900
- Oignons, ..... . 200 2,80 83,600
- i i
- équivaut à 425 kilogrammètres) de 164 à 1300.
- Ces chiffres ont été établis sur une terre ' moyenne en très bon état d’entretien. Ils seraient susceptibles d’une augmentation notable pour des terres fortes, ou des sols qu’il faudrait remettre en état. Bien entendu aussi, ils s’élèveraient progressivement à mesure que la surface du champ diminuerait, le travail nécessaire aux grandes cultures étant toujours moindre et mieux utilisé que sur les petites parcelles.
- Déplus, ils ne comprennent pas les transports de fumier et d’engrais, leur épandage, les semailles, les travaux d’entretien, les récoltes, leur transport, leur préparation et leur emmagasinage, qui augmenteraient très sensiblement les dépenses d’énergie déjà évaluées. On peut donc considérer les chiffres donnés par M. Ringelmann comme des minima.
- M. Ringelmann a évalué séparément l’énergie dépensée pour chaque façon et ces données sont fort intéressantes pour juger des avantages de tel ou tel moyen de travail : traction animale ou mécanique par exemple. 1 r
- Nous emprunterons à.sa récente communication
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- 192 TERRAIN ET TRAVAIL NÉCESSAIRES POUR PRODUIRE LES ALIMENTS:
- à l’Académie d’Agriculture les quelques exemples suivants (fig. 2) :
- I. — Préparation d’une terre pour blé d’hiver après betteraves (le sol déjà ameubli par l’arrachage des racines).
- ’ par are.
- en Km en Calories
- Labour léger à 12 cm. de profondeur. (30.000 141
- Hersage!.................... 10.000 23,5
- 70.000 164,5
- V. — Défriche de luzerne pour une céréale d’hiver. Labour à 18-20 cm..................... 140.000 329,4
- Roulage............................... 8.000
- Hersage............................. 24.000
- 18,8
- 56,4
- 172.000 404,6
- Sous cette forme encore, on voit que la production dés céréales seule est avantageuse puisque celle de la viande dépense presque autant d’énergie qu’elle en produit sous forme d’aliments!
- /. Préparation d'une terre pour 6/e' d'hiver après betteraves
- Labour..
- 14-1 calories
- Hersage... Lac* 2.3,5
- JI. Préparation d’une terre pour betteraves après céréales
- Jlprhnnmnnr , 132.
- Roulage...a£EC 17,6 y
- Labour..... 235
- L abour.........................................................../baÆftlt
- ôcariliages.------,------------- .___________/wrfflt'....................
- • Hersages. ..J&SLam____56
- Roulages.... LafiCl 29 * '
- I/I. Préparation d’une terre pour avoine de printemps
- Labour... _________________............................. ,258
- cScarifiage.. .AsÆ,____, SS
- Hersage...
- Roulage...
- i 4-28
- * 395
- &2L23HM 4-7
- asfifi 18
- IV. Défriche de trèfle pour une céréale d'hiver
- Labour....
- Roulage. ... aÆE /q
- Hersage..
- *305
- iTlThnw»,,.^ 54.
- V. Défriche de luzerne pour une céréale d'hiver Labour... * - '' ' ________________________________
- Roulage.. . aJ£, ]Q Hersage ‘ ~~
- *329
- ÜSLan^ 56
- Fig. 2. — Énergie dépensée pour les travaux de culture (d’après Ringelmann).
- II. — Préparation d’urie terre pour betteraves après céréale.
- Labour d’hiver à 0 m. 35.
- III. -
- , Scarifiage
- IV,
- ,• Hersage .
- . . 56 000 132
- . . 7.500 17,6
- ^ 400.000 235
- . . 182.000 428,2
- . . 168.000 395,3
- . . 24.000 56.4
- . . 42.400 29,1
- 549.900, 1 .295,6
- ? avoine de printemps.
- . . 410.000 258,8
- . . 25.000 58,8
- . ; 20.000 47
- , .. 8.000 18,8
- 163.000 383,4
- pour céréale d’hiver.
- . . 130.000 305,8
- . . 8.000 18,8
- . . 23.000 54,1
- 161.000 378,7
- Nous ne donnons ces deux études qu’à .titre d’exemple des bilans que l’on devrait multiplier partout pour connaître le rendement exact des travaux agricoles.
- Bien entendu, ils varieraient considérablement avec mille facteurs : la composition du sol, le climat, la surface cultivée, les méthodes employées, la nature des assolements, etc.
- Mais il serait d’un grand intérêt de recueillir de nombreuses données expérimentales de ce genre, qui nous manquent presque totalement et qui sont relativement aisées à établir' pour une personne vivant à la campagne, près d’une ferme. . '
- En ces temps où l’économie la plus stricte est nécessaire, ces comptabilités seules permettent de juger de l’utilité relative des divers efforts et de leur rendement. Daniel Claude.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiürï, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2348
- 28 DÉCEMBRE 1918.
- LE HARENG
- , Depuis plus d’un mois, les Parisiens ont l’agréable surprise de voir enfin, sur les marchés et sur leurs tables, du poisson frais à des prix abordables.
- Les harengs abondent et se vendent facilement à des cours qui rendent plus manifestes encore les prix exagérés d,es autres poissons. En ce moment, un hareng de 500 gr. coûte moins qu’une sardine de 50!
- Ces arrivages sont les bienvenus; ils apportent un sensible remède au problème de la vie chère aussi bien qu’à la pénurie de viande.
- En effet, d’un hareng frais, tel qu’acheté, 70 pour 100 environ est mangeable. L’analyse chimique démontre sa richesse nutritive : en moyenne 15 à 20 pour 100 de matières azotées et 5 à 7 pour 100 d’huile; beaucoup plus de cette dernière en ce moment où les poissons sont pleins d’œufs ou de laitance. L’an dernier, le Dr Johnstone (*) trouvait dans ces derniers jusqu’à 56 pour 100 de graisse.
- Cette huile est presque entièrement assimilable (2) et contient les vitamines spéciales que l’on recherche dans le beurre et les autres corps gras(ÿ).
- On peut donc estimer au minimum à 1000 ou 1200 calories la valeur énergétique d’un kilog. de harengs, et à beaucoup plus, quand ils sont pleins.
- C’est au moins l’équivalent de la viande de veau qui coûte cependant deux à trois fois plus cher.
- L’abondance des harengs en fait actuellement uûe précieuse ressource pour le ravitaillement des pays alliés, en France et plus encore en Angleterre.
- En Grande-Bretagne, « King Herring », comme on l’appelle, fournissait en 1913, avant la guerre, 11 845 578 quintaux anglais (cwt) de nourriture, soit près de 600 000 t. métriques. Sur cett'e quantité, plus de 80pour 100, exactement 9 961 850 cwt. étaient exportés, principalement en Allemagne et en Russie. Depuis la guerre,~bien entendu, ces exportations ont cessé, et si la pêche avait pu continuer aussi intense sur les côtes d’Écosse et des Shetlands,' chaque Anglais aurait mangé 25 livres de hareng
- i
- 1. Report of IhcLancashire Sea Fisheries Laboratory for 1917.
- 2. Holmes. U. S. Dept. Agriculture, Bull. 649, 1918.
- 3. Drumhond. Journal of Physioloyy, 1918.
- par an, l’équivalent de deux mois de viande telle qu’elle est rationnée actuellement en Grande-Bretagne^).
- En France, la pêche du hareng, environ 10 fois moindre, fournissait habituellement, avant la guerre, 60 à 75 000 t. de poisson par an. La région de-pêche est pour nous, comme pour l’Anuleterre la. mer du Nord et la Manche ; le poisson est porté à terre, principalement à Boulogne et à Fécamp.
- Les dangers de la mer, l’utilisation des haren-guiers aux besognes de guerre ont réduit ce chiffre en 1914 et 1915 à 10 000 L ou un peu plus.
- Bien que l’exploitation de la mer soit infiniment moindre en France que de l’autre côté du détroit, le produit 'de la pêche du hareng y représentait un chiffre non négligeable : environ 15 millions de francs comme valeur marchande, l’équivalent d’un troupeau de quelque 200000 veaux comme valeur nutritive.
- En Grande - Bretagne, sur les marchés d’Écosse en particulier, le hareng valait, à son arrivée à terre, souvent moins d’un penny la livre! en France, à Boulogne, 25 centimes le kilogramme! Nous sommes loin de ces prix aujourd’hui, même quand nous estimons le hareng un aliment bon marché par rapport à la viande.
- Le hareng est un joli poisson de la famille des Clupéidés comme le sprat, l’anchois et la sardine. Vivant, il est d’une teinte vert glauque magnifique, agrémentée sur les flancs de reflets dorés; mort, il devient bleu de plus en plus foncé tandis que ses flancs s’argentent. C’est sous cette livrée que nous le connaissons sur les marchés.
- Il abonde dans la mer du Nord et la Manche qu’il ne dépasse guère vers le sud. On le pêche en juin aux Shetlands, en juillet à Aberdeen, en août à Scarborough, en octobre à Yarmouth. Il apparaît en Manche : au mois de novembre devant Boulogne, en décembre devant Dieppe, en janvier devant Fécamp, puis disparaît jusqu’au mois de mai suivant, où on le retrouve en Écosse. Nous aurons donc du hareng frais provenant de la Manche pendant une quinzaine encore ou un mois au plus.
- I.'Neal Green. Fisheries of Ihc North Sea. Metliuen, Londres, 1918. •
- lô. — 195
- Fig. i. .
- Un baleau harenguier de Boulogne.
- 46° Année — 2* Semestre
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- Ï94
- LE HARENG
- Ce déplacement régulier de l’apparition des bancs de harengs du nord au sud à mesure que la saison avance avait d’abord fait supposer une migration en masse de l’Océan Glacial à l’Atlantique à travers la merdu'Nord. On avait même tracé des cartes de ces migrations.
- Mais les observations des pêcheurs attentifs et les études des scientifiques — surtout celles des Anglais — ont prouvé qu’il n’en est rien. Ce ne sont pas les mêmes poissons qu’on pêche en Écosse et en baie de'Seine ; il existe des races particulières, reconnaissables -à de petites différences, en chaque région : Baltique, Shetland, Hollande, Norvège, etc.
- Chacun sait que la femelle pleine renferme un très grand nombre d’œufs. Les numérations qu’on en a faites ont donné des nombres variant entre 20000 et 50 000. Comme on estime à quelque cent ou deux cents milliards le nombre des harengs qui se montrent chaque année sur les lieux de pêche, on peut calculer la quantité formidable d’œufs qui sont pondus pour assurer la perpétuation de l’espèce et ainsi on peut s’expliquer que la pêche chaque année plus intense n’appauvrisse cependant pas la mer. /
- Le hareng pond pendant la nuit; ses œufs se collent solidement aux algues ou au fond. Après
- Fig. 2. — La flotte de harenguiers anglais dans le port de Lerwick.
- Enfin, l’on a trouvé exceptionnellement, en cha-lutant, des harengs sur les fonds des lieux de pêche, en des saisons où ils ont généralement disparu.
- Toutes ces raisons font admettre aujourd’hui que les harengs vivent en profondeur et ne se rapprochent de la surface et des côtes qu’au moment de frayer. Gn les. troirve alors en bancs compacts aisés à capturer. La ponte terminée, ils retourneraient plus au large vers les eaux profondes.
- Le hareng se nourrit de petits poissons, de jeunes lançons en particulier, et1 aussi de vers, de mollusques et de petits crustacés. Môbius a compté jusqu’à 60000 crustacés de l’espèce la plus commune, Temora longicornis, dans l’estomac d’un seul hareng. - *
- 8 ou 10 jours il sort de chacun un alevin qui croît rapidement pour atteindre environ 4 cm à 6 mois, 6 à 1 an, 11 ou 12 a 2 ans, 20 à 5 ans quand il devient adulte.
- Jeune, il apparaît parfois en bancs serrés à l’embouchure des rivières et on le connaît dans la Tamise, jusqu’à Greenwich, sous le nom de White-bai(, qu’on vend frit, à l’embouchure de la Seine sous le nom dé crados.
- A 5 ans, le hareng commence à sè reproduire et devient l’objet d’une pêche régulière.
- Les pêcheurs distinguent :
- Le hareng vierge, sans laitance ni œufs, huileux et de conservation difficile, qu’on n’estime guère en France;
- Le hareng plein, celui que nous pouvons manger en ce moment et le plus estimé;
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- LE HARENG - 195
- Le hareng bousard, prêt à pondre, qui perd ses œufs dès qu’on le manipule;
- Le hareng gai, vide, après la ponte, sec et maigre, de moindre valeur marchande ;
- Le hareng noyé,,resté trop longtemps dans les filets et devenu de qualité inférieure.
- En Grande-Bretagne le plus grand port haren-guier est Lerwick dans les îles Shetlands qui arme plus de 150 bateaux et où l’on en trouve rassemblés parfois plus de 500 (fig. 2). Aberdeen, Yorthfields, Scarborough, Grimsby viennent ensuite.
- mouilleîit par le côté ou par l’avant en faisant machine arrière.
- Le bateau commence à mettre les filets à l’eau vers la fin de l’après-midi; il passe la nuit à dériver avec eux et les relève aux premières heures du matin. La relève avait lieu autrefois à la main et était des plus pénibles. Aujourd’hui beaucoup de bateaux ont un treuil à vapeur pour cette opération. A mesure que les filets arrivent sur le pont du bateau, on les secoue pour détacher les harengs sans les toucher, ce qui leur ferait perdre leurs écailles.
- Fig. 3. — L’arrivage du
- En France, Boulogne et Fécamp arment un peu plus de 100 navires dont presque moitié à vapeur. -
- La pêche du hareng se fait généralément aux filets-dérivants. Le filet de coton, teint en cachou, a 25 à 30 m. de long : sa ralingue supérieure est reliée à des flotteurs de façon qu’il reste ouvert' à une profondeur d’une dizaine de mètres au-dessous de la surface. Les filets sont attachés l’un à l’autre le long d’une aussière et mouillés successivement sur une longueur qui atteint jusqu’à 5 km. Les bateaux à voile les mouillent par l’arrière'; ceux à vapeur, gênés par l’hélice, les
- poisson à terre, à Lerwick.
- V '
- Gn met alors les poissons en barils avec du sel, à raison d’un kilogramme de sel pour un kilogramme de harengs. Les derniers pêchés avant la rentrée au port sont conservés dans la glace et vendus comme frais à l’arrivée.
- Les voiliers français font en moyenne quatre voyages de 40 jours par an, les vapeurs six à dix voyages d’une quinzaine de jours.
- En Ecosse les harengs sont livrés à terre dans de grands parcs en bois où les femmes lès trient, les vident et les mettent en fûts avec du sel. Ce sont les harengs caqués (fig. 3).
- En France, on les sale à terre sans les vider ; ce sont
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- les harengs brailles- Le hareng blanc est un poisson' qui a séjourné une trentaine d’heures dans la saumure forte avant la mise en baril.
- Outre le hareng frais et le hareng salé!?on prépare de grandes quantités de harengs saurs. On les obtient en lavant, puis égouttant les "harengs salés à leur arrivée à terre ; puis on les vide et on les enfile, sur des baguettes nommées ainets qu’on suspend dans de grandes cheminées où circule une fumée épaisse, provenant de copeaux de hêtres enflammés, puis recouverts de sciure de bois humide. Selon la durée dû ‘ saurissage, on obtient des poissons de plus ou moins longue conservation (fîg. 4).
- Au lieu du hareng saur entier, on prépare aussi en Angleterre le kipper, sauri après avoir été fendu par le dos. En France, depuis quelques années, on vend d’assez grandes quantités de filets de harengs
- séparés avant l’enlu-mage, ce qui permet d’utiliser tous les poissons, même écaillés ou étêtés.
- • Le hareng se prête encore à d’autres préparations, il est vrai, plus coûteuses. On en met en boîtes de fer-blanc avec du vin blanc et des aromates et aussi mais, plus rarement, on en conserve dans l’huile comme les sardines.
- Telle est, brièvement résumée, l’histoire du hareng qui est en ce moment d’un si précieux secours et pour notre ravitaillement et pour notre bourse. Mangeons du hareng-. Et songeons aussi dès maintenant à équiper la flotte nécessaire pour augmenter notre part de pêche êt à créer dans un avenir prochain une richesse de plus pour notre pays en développant la consommation de ce poisson et en organisant son exportation vers les pays de l’Est. René Merle.
- LES ÉCONOMIES DE COMBUSTIBLES
- Fig. 4. — Une saurerie de harengs à Lerwick.
- LES ÉCONOMIES DE COMBUSTIBLES
- La nécessité d’économiser s’impose à nous, dans tous les ordres d’idées par ce temps de vie chère. Mais il n’est peut-être pas un point sur lequel ce régime des économies doive nous être plus nécessaire que la question des combustibles.
- Malgré le retour attendu de la Sarre, nous continuerons à manquer encore de charbon; nous n’avons pas de pétrole; et néanmoins, nous allons être conduits, par notre richesse en minerais de fèr, à développer puissamment notre métallurgie. 11 faudra donc dépenser le moins possible de notre houille. Nous avons déjà publié ici divers articles 1 montrant comment on peut employer des appareils de chauffage plus rationnels, ou utiliser des combustibles inférieurs (lignite, tourbe, etc.). Nous voudrions aujourd’hui traiter un problème plus général et faire voir comment une étude scientifique des foyers, qui ne présente d’ailleurs rien de bien difficile ni de bien mystérieux, peut assez rapidement produire une économie de 15 à 20 pour 100. sur la consommation de combustibles, même dans
- des usines où la marche de ces foyers semblait auparavant déjà consciencieusement suivie et surveillée. La question est tout à fait à l’ordre du jour. Plusieurs de nos grandes sociétés industrielles en ont reconnu l’importance, au point d’avoir organisé un « service spécial des économies », qui joue le rôle'd’ingénieur-conseil ou, si on préfère, de médecin-consultant pour tous les accidents, les malaises ou les maladies des foyers et des fours. Je citerai seulement la Compagnie des forges et aciéries de la Marine et d’Homécourt, l’usine Saint-Jacques à Montluçon, la Compagnie d’Orléans, etc. Mais le système peut et doit être -généralisé; il y a tout intérêt à le vulgariser ven faisant connaître la méthode suivie avec succès, et nous avons maintenant, à cet égard, un excellent guide dans un mémoire publié par M. Damour, qui joue précisément ce rôle de médecin des fours à la Compagnie d’Homécourt (4j.
- *
- 1. Revue de Métallurgie, décembre 1917.
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- LES ÉCONOMIES DE COMBUSTIBLES
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- Le principe de la méthode est extrêmement simple et peut s’énoncer en deux mots. Il consiste à suivre l’utilisation d’un combustible dans toutes ses étapes, avec les procédés d’investigation, de mesure et de calcul, que l’on emploie couramment pour l’expérimentation.scientifique dans le laboratoire. On fait là ce qu’on va être amené à faire partout dans l’industrie : substituer à l’empirisme, vaguement fondé sur la tradition, les mesures rigoureuses qui ont déjà transformé la science au début du xxe siècle, mais devant l’introduction desquelles l’industrie s’est montrée longtemps réfractaire; ne plus parler par exemple de rouge
- blanc, rouge vif ou s ' '
- rouge sombre, mais définir les températures en degrés; ne plus appliquer des épithètes pittoresques à la qualification d’un combustible, mais donner son analyse, sa teneur en carbone'total, son pouvoir calorifique, etc. ; contrôler enfin toutes les opérations métallurgiques avec le pyro- . mètre, l’analyse chimique, le microscope, etc., comme s’il s’agissait de préparer une communication à l’Académie des Sciences. On objectera peut-être (et on l’a trop fait pendant longtemps) que l’usine n’est pas le laboratoire, qu’il faut y procéder rapidement et grossièrement avec des instruments susceptibles d’être maniés par un contremaître. Evidemment les appareils de laboratoire^ doivent, avant d’entrer dans l’usine, subir' une certaine transformation qui en rende l’emploi presque machinal et automatique, en supprimant les raisonnements délicats et les recours à la théorie. Mais ce n’est là qu’une question de mise au point, et la pratique d’une science jeune, comme l’électricité, où, du premier jour, on a procédé scientifiquement, avec des appareils précis, montré ce qu’il est possible de réaliser partout, et cela n’est pas plus dif-, ficile pour la chaleur que pour l’électricité.
- Les instruments à manier ne sont pas très nombreux. Indépendamment des appareils chimiques suffisamment répandus, ce seront le pyromètre thermo-électrique de Le Chatelier à fils de platine et de rhodium pour la mesure des hautes tempé-
- Bombe calorimétrique Mahler pour la détermination du pouvoir calorifique d’un combustible.
- ratures, l’obus calorimétrique de Malher pour la mesure du pouvoir calorifique et le dosage du car-
- - bone total ; l’appareil Damour, qui est le perfectionnement de la bombe Mahler-Goutal ; le manomètre enregistreur; l’appareil enregistreur de composition de gaz, etc. Notons en passant que tous ces appareils sont d’invention française; et française est également, dans son origine, la science théorique et appliquée du chauffage industriel. Comme M. Damour le rappelait récemment, « la thermo-chimie fondée par Berthelot a fourni tous les pouvoirs calorifiques et les chaleurs développées
- dans les réactions, mé-
- - - - tallurgiques; les tra-
- j, - ” vaux de Mallard et Le
- Chatelier, fixant les chaleurs spécifiques et les chaleurs d’échauffe-ment dès gaz, ont permis de faire les calculs de combustion et de préciser la température de combustion ; la théorie de la récupération, donnée par Damour, a fixé les limites d’utilisation de la chaleur dans les fours; les travaux de Le Chatelier et Boudouard, basés sur les notions les plus abstraites de la thermodynamique, ont permis d’établir la théorie des gazogènes ; enfin la notion récente de la « valeur d’usage » des combustibles (produit du pouvoir calorifique par le rendement maximum), introduite dans la technique par M. Damour, a apporté de ia clarté au problème pratique et peut devenir la source d’économies faciles par la seule distribution rationnelle des com-bustibles solides, liquides ou gazeux aux usages pour lesquels ils sont le mieux adaptée ». Nous avons donc, moins que tout autre pays, le droit de rester en retard dans cette, voie; et, maintenant que le mouvement est lancé, il est certain qu’il va se poursuivre ; mais il y a un intérêt national à gagner du temps. Si l’on réfléchit qu’aux cours du charbon avant la guerre, nous payions déjà chaque année à l’étranger (et surtout, par la force des choses, à l’Allemagne), plus de 400 millions pour achat de combustibles, on voit à quels chiffres peut monter, avec les cours actuels ou ceux de demain, une économie d’un sixième ou cinquième qui est souvent réalisable.
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- 198 :.—....-. LES ECONOMIES DE COMBUSTIBLES
- Une petite difficulté, à laquelle on se heurte et dont je voudrais, par cet article, contribuer à montrer le peu dè fondement réel, est le changement dans les habitudes •qu’entraînent l’introduction dé quelques notions peu répandues, relatives à la thermo-dynamique et à la thermo-chimie et le langage un peu nouveau qui en résulte. Un combustible vaut par le nombre de calories utilisables qu’il nous apporte. L’opération à laquelle nous le destinons nécessite une certaine dépense de calories que l’on peut théoriquement calculer. Pour reconnaître si les opérations marchent convenablement, il faut être en état de déterminer : d’abord les calories utilisables, puis les calories réellement utilisées et chercher ensuite où se sont perdues les autres afin d’y remédier. Mais une dépense de calories se divise en trois branches principales : élévations de température, transformations en énergie et réactions chimiques. Les transformations en énergie, c’est de la 'thermo-dynamique ; les réactions chimiques, c’est de la thermo-chimie. Il y a donc quelques calculs à faire qui ont pour base naturelle la molécule et le volume moléculaire, et dans lesquels on a besoin de savoir faire intervenir indifféremment les poids des combustibles, ou les volumes de gaz qui résultent de la combustion, en passant des poids aux volumes ou réciproquement. Ce sont là des connaissances' que l’on acquiert aujourd’hui dans les cours de chimie, mais qui ont cependant besoin de subir ce que les philosophes appellent le passage du conscient au subconscient. En langage vulgaire, ces notions doivent nous devenir suffisamment familières, comme l’est par exemple l’emploi d’un thermomètre ou d’un manomètre, avec les conséquences immédiates à en déduire, pour que leur application prenne un caractère machinal. Ajoutons, d’ailleurs, que, dans l’usine, de tels calculs sont confiés à un chef de service, ou à ses collaborateurs immédiats. Les conclusions à en tirer pour modifier la marche des foyers peuvent même être réservées à un seul spécialiste. [lestent alors a considérer, pour la pratique courante de l’usine, l’observation et la surveillance de quelques appareils que l’on apprend vite à manier. - . '
- Pour faire comprendre ce dont il s’agit, le meilleur moyen est d’abandonner le terrain des généralités et de prendre des exemples précis et concrets, au risqué de paraître un peu aride. Car le sujet, par son importance pratique, vaut la peine qu’on l’examine de près. Nous allons, à cet effet, montrer comment,., d’après M. Damour, peut s’établir un bilan de chaudières. C’est un cas très général, que tout industriel peut avoir intérêt à connaître.
- Bilan de chaudières. —- Le premier point est de savoir exactement la qualité du charbon que la chaudière utilise et la quantité qu’elle en consomme. L’étude du combustible est généralement faite en se bornant à un essai commercial qui donne les proportions de cendres, carbone fixe et
- matière volatiles, et en y adjoignant quelquefois la détermination du pouvoir calorifique parla bombe Mahler. Mais ce n’est pas assez pour nous de connaître ainsi le pouvoir calorifique qui nous donnera la chaleur dépensée et de mesurer, d’autre part, la production de vapeur qui nous donne la chaleur utilisée. Nous n’obtenons ainsi qu’un rapport d’utilisation empirique, sans savoir ce qu’il y aurait à faire pour l’améliorer. Dès que nous voulons aller plus loin, nous sommes^amenés à chercher la perte à la cheminée sous forme de chaleur sensible emportée par les fumées : ce qui nous force à connaître la composition de ces fumées et le volume de ces fumées correspondant au poids unitaire de charbon brûlé. La mesure directe du volume des fumées ou des gaz circulant par unité de temps dans un carneau ou une cheminée étant très difficile et toujours entachée d’erreur, il faut recourir à une méthode indirecte consistant à calculer ce volume en rapportant à un même corps (le carbone) le poids de charbon brûlé d’une part et, d’autre part, les fumées correspondantes. On obtient ainsi, sans avoir à tenir compte de la température ni de la pression à la prise d’essai, le volume gazeux équivalent à l’unité du combustible donné. Comme c’est (exception faite des escarbilles) la totalité du carbone qui passe dans les gaz, aussi bien celui des hydrocarbures que le carbone fixe, c’est aussi le carbone total disponible dans la houille que l’ingénieur doit, à cet effet, connaître avec précision. Je renvoie, pour cette mesure du carbone total, au mémoire de M. Damour et j’envisage une question d’un autre ordre, c’est l’estimation du charbon consommé : la quantité après la qualité. Il y a, généralement, à cet égard, un progrès à faire dans les usines. Les chiffres de consommation habituellement donnés n’y sont vrais qu’à 10 ou même 20 pour 100, alors qu’une approximation de 1 pour 100 est souvent nécessaire. Une certaine coquetterie des services intéressés les pousse instinctivement à réduire les chiffres relatifs à leur dépense, de charbon. Un contrôle rigoureux est donc, avant tout, nécessaire.
- Supposons maintenant les mesures nécessaires’ effectuées, les données numériques dont nous disposerons seront les suivantes : Composition du charbon (humidité, ceudres, carbone total, pouvoir 'calorifique); Teneur en carbone des escarbilles-, Teneur des fumées en CO*; Température à la base de la cheminée. Avec cela, nous pouvons tout calculer.
- Le poids total de carbone brûlé se déduit d’abord du poids de carbone total contenu dans la houille, diminué du carbone resté dans les escarbilles. Pour évaluer cette perte au décrassage, j’admets, par exemple, 18,8 pour 100 de cendres dans la houille et 2ff,9 pour 100 de carbone dans les escarbilles. Pourl d’escarbilles, il y aura donc 1 —0,289 de cendres et il faut réduire dans la proportion de 1 à 1 —0,289 pour avoir la quantité de carbone correspondante à
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- LES ECONOMIES DE COMBUSTIBLES
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- la teneur en cendres de la houille. A raison de
- 188 gr. de cendres par kilogramme de combustible,
- , 188x0,289 , ,
- on aura donc—^= 76,5 gr. de carbone
- 76 5
- perdus. Or molécules'de carbone à 97,6 calories représentent 622 calories. Si le pouvoir calorifique du combustible employé était de 7120 calories, la proportion de calories perdues au dé-622
- crassage sera de ou de 8,7 pour 100 et, pour
- 1 kg de charbon contenant à l’analyse 715 gr. de carbone, on n’en brûlera effectivement que
- (715-76,5) ou 658,5 gr. correspondant à ou
- 53?2 molécules.
- Nous pouvons, d’autre part, calculer la perte à la cheminée. Supposons que la température moyenne de la fumée soit de 270° et sa teneur en acide carbonique de 5 pour 100. Pour élever à 270° 1 volume moléculaire de CO2, il faut 256 calories et, pour élever à la même température 1 volume moléculaire de gaz parfait, 1,88 calorie. 100 volâmes moléculaires de fumée à 5 pour 100 de CO2 auront donc absorbé 5x2,56 + 95x1,88 ou 191,3 Calories; mais, d’autre part, les 5 pour 100 d’acide carbonique correspondent à la combüstion de 5 molécules de carbone. La chaleur disponible par molécule de carbone contenue dans la fumée 7120 .
- est de puisque les 53,2 molécules calculées
- plus haut donnent en pratique. 7120 calories (pouvoir calorifique observé). Pour les 5 molécules contenues effectivement dans 100 volumes molécu-
- quemeht (à 21 pour 100 d’oxygène et 79 d’azoté)
- métrés cubes.
- serait de100 = 6,
- laires de fumée, on a donc dû obtenir
- 7120x5
- 55,2
- 669 calories. D’autre part, nous avons vu plus haut-qu’on retrouvait dans ces fumées 191,5 calories en chaleur d’échauffement de la fumée. Le rapport des
- j 91 3
- deux chiffres —nous donne une proportion de
- 28,6 pour 100 pour la perte de chaleur dans la cheminée en pour cent de la chaleur disponible.
- Calculons maintenant Y excès d’air. Pour brûler 1 kg de charbon en tenant compte de ce qui échappe à la dombustion par les escarbilles, il faut d’abord fournir l’oxygène nécessaire aux 638 gr. de carbone qui, nous venons.de le voir, repré-, sentent la combustion réelle. Le rapport'1 des
- ‘ - . . , 0,638x32 , „A ,
- masses atomiques donne -----^-----ou 1,71) kg
- d’oxygène. Avec une teneur moyenne de 4,5 d’hydro-
- , , 0,045x 16
- gene dans la houille, iliaut, en outre, -------
- ou 36 kg d’oxygène pour brûler l’hydrogène de la houille. Au total, on arrive à 2,06 kg d’oxygène. En divisant par 1,43, masse d’un litre de ce. gaz à 0° et 760, ôn obtient 1,44 m5 et l’air nécessaire théori-
- 21
- Les produits de la combustion seront alors 1,19 m3 d’acide carbonique (même volume que l’oxygène contenu) ; soit*!,70 kg divisé par 1,43, et 5,41 d’azote : produit de l’opération
- 7<i '
- 1 m. 44 d’air x j * + -
- Le total donne 1,19 + 5,41 =6,60. Et la teneur en acide carbonique des fumées neutres sera donnée par le rapport de 1,19 à 6,60, soit 18 pour 100. Au lieu de 18 pour 100 d’acide carbonique dans les fumées, nous_avons vu qu’on .en obtenait seulement 5'pour 100 en pratique. Cette teneur correspond
- donc à une admission d’air de —x6,86 (6,86
- .5 -
- étant le volume d’air nécessaire théoriquement) ou
- xioo
- 24,7 m3 et l’excès d’air est de
- 24,7 — 6,86 6,86
- ou 260 pour 100.
- Nous pouvons ensuite calculer le Rendement de vaporisation. La chaleur disponible par kilogramme de charbon étant de 7120 calories, nous obtenons 5,57 kg de vapeur à la pression moyenne de 5,25 kg, l’eau d’alimentation étant à 18° : soit 5,57 X (655,11 —18), ou 3.557,5 calories et nous 3557 5
- n’avons ainsi utilisé que ou 49,6 pour 100
- de la chaleur disponible. *
- Voyons enfin, ce qui est le but et la conclusion' pratique de ces calculs, quelle est l’économie réalisable par une meilleure conduite du foyer. Au lieu de marcher à 5 pour 100 d’acide carbonique dans les fumées, nous pouvons, puisque le rendement théorique serait de 18 pour 100, nous proposer d’atteindre 10 pour 100. Cela ne présente aucune difficulté même avec des chauffeurs médiocres. Il suffit d’attirer l’attention du chef de chauffe sur la régularité du feu, le tirage, le garnissage régulier des grilles et T alimentation en eau. Refaisant alors le calcul précédent avec 10 molécules de carbone au lieu de 5, nous voyons d’abord que la pçrte de chaleur à la cheminée est- maintenant de 10 X 2,56 X 90 X 1,88 = 194,8 calories (au lieu de 191,5) pour 100 volumes moléculaires de fumée. Elle a donc fort peu‘augmenté. Mais la chaleur disponible correspondant à 10 molécules de carbone
- f -Y , , 7120x10 . . .. ,
- est maintenant de —-a •— = 1.338 calories au . i 53,2 % - '
- lieu de 669). La perte pour 100 de chaleur disponible n’est plus alors que j--—g ou 14,55 pour 100
- (au lieu de 28,6 pour 100), et, pour obtenir lé, même effet qu’avec 100 kg de charbon'dans les conditions ‘ précédentes, il suffira d’en brûler 83,5 kg; d’où une économie de 16,5pour 100 sur la consommation antérieure à l’étude. Le remède à apporter était ici élémentaire ; mais il fallait, par
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- 200 —r UNE NOUVELLE TECHNIQUE DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE -
- dès observations précises, prouver l’importance de l’économie réalisable et démontrer au personnel la possibilité de l’obtenir. Les défectuosités de marche sont généralement peu tangibles sans un contrôle très scrupuleux et l’établissement d’un bilan, tel que celui dont nous venons de donner un type, est le meilleur moyen de persuader les intéressés.
- Dans d’autres cas plus- compliqués, l’étude approfondie et minutieuse est encore plus nécessaire pour déterminer le point faible d’une installation complexe.
- Sans reprendre le détail du calcul qu’on trouvera, si on le désire, dans le mémoire de M. Damour, je vais seulement montrer la marche à suivre pour établir le bilan d'un four Martin.
- On détermine, comme dans le cas précédent, la quantité de carbone totale passant dans le gaz en tenant compte du carbone perdu dans les escarbilles et on en déduit le volume de ga? produit par kilogramme de houille passée au gazogène. Nous avons mesuré, d’autre part, les températures du four, des gaz à la sortie des chambres et de l’air chaud dans les diverses phases de l’opération; nous avons analysé la composition en volume du gaz des gazogènes et des fumées. Le calcul nous donne le coefficient d’utilisation d ans les traversées du four, par la comparaison des calories utilisées aux calories traversant le four. Dans un exemple pratique, on trouvera ainsi, je suppose, un quart; ce qui montre ^ue l’on doit compter une circulation de calories quatre fois plus forte que celle qui est réellement utilisée. Mais ce coefficient d’utilisation ne donne pas le rendement thermique, puisqu’une partie des calories qui semblent là perdues sont ramenées par le jeu de la récupération. Ce que l’ingénieur doit comparer à l’énergie totale contenue dans le charbon brûlé pour produire une certaine quantité de gaz, c’est la chaleur correspondante totale apportée au four sous les trois formes de chaleur latente du gaz, chaleur sensible du gaz, chaleur apportée par l’air chaud et c’est là ce qu’il est à même de calculer. On
- arrive ainsi à se rendre compte, par exemple, qu’il y a un trop grand excès d’air dans les fumées. Si on reprend le même calcul dans l’hypothèse d’un réglage plus strict, on voit que le coefficient d’utilisation dans la traversée du four peut passer aisément de 25 à £3 pour 100, et entraîner une économie de combustibles de 14,9 pour 100. En réalisant une combustion tout à fait neutre, ou très légèrement réductrice, l’économie serait portée à 20 pour 100.
- Sans insister davantage sur ces bilans dont le détail n’intéresserait que les spécialistes, j’ajouterai seulement quelques mots sur la manière dont le service des économies de combustible fonctionne, depuis cinq ou six ans, aux aciéries de la Marine. Ce service a un chef général secondé par des manipulateurs exercés et des dessinateurs. Sous ses ordres, il existe à Saint-Chamond un laboratoire spécial qui étudie tous les charbons reçus par les usines de la Loire, contrôle les gaz et les fumées du four, et doit assurer le réglage de tous les appareils destinés à surveiller les combustions. Un autre laboratoire, situé à Paris, a principalement pour but de tenir les laboratoires d’usines au courant.de tous les perfectionnements, apportés aux appareils de contrôle ou de mesure, intéressant les fours et les combustions ; il assure la lianon entre les laboratoires d’usines et les laboratoires et sociétés scientifiques et universitaires. Dans chaque usine, des services locaux emploient et entretiennent les appareils de mesure. Afin d’éviter les difficultés d’ordre hiérarchique, les agents du service d’économie de comb'ustihles ont accès dans les ateliers, mais seulement à titre de conseils. Ils sont chargés d’étudier tous les appareils de mesure et d’analyses, d’installer des appareils enregistreurs, etc., et, en outre, sur la demande d’un chef de service ou du directeur général, de donner des consultations sur uné question intéressant : soit un atelier déterminé, soit une usine, soit même l’ensemble des usines de la Compagnie. L. de Launay.
- UNÉ NOUVELLE TECHNIQUE DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE
- La désinfection du sol et sa stérilisation partielle.
- La cherté croissante des engrais phosphatés et des nitrates, la difficulté qu’éprouvent nos cultivateurs à se procurer la main-d’œuvre nécessaire au travail de leurs terres, l’obligation enfin d’intensifier la production, puisque de nombreux hectares restent en friche, telles sont les raisons essentielles qui viennent chaque jour, donner une importance plus ' grande aux travaux des laboratoires de chimie agricole. Aussi, ne saurait-on passer sous silence la communication faite au nom de M. Georges Truf-faut, par le Professeur Maquenne, du Muséum, à ses Confrères de l’Academie des Sciences, dans la
- séance du 16 septembre dernier. Elle apporte une contribution nouvelle à cette question assez récente-dans les annales de la science agronomique, et qui est la « désinfection du sol ».
- 11 semblait, jusqu’aux environs de 1900, que la culture rationnelle se résumât en trois principes :
- a) l’amendement de l’humus, pour en modifier lespropriétésphysiques (perméabilité, cohésion,etc.) par le labourage, le hersage et le binage ;
- b) l’enrichissement en matières nutritives, azote et phosphore, par F apport des engrais ;
- c) l’assolement, ou retour périodique d’une cul-
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- ture déterminée. Cela afin d’éviter l’appauvrissement du sol, permettre son nettoyage et s’opposer à tout développement des plantes parasites.
- Les microbiologistes ont annoncé que le problème était autrement compliqué. Pour eux, il en est d’un terrain, comme d’un organisme animal : il faut non seulement le fortifier pour lui donner sa pleine croissance, en le rendant. capable de résister aux ennemis du dehors (bacilles et microbes), mais encore le défendre contre les toxines, déchets de sa propre existence.
- C’est ainsi que dès 1911, un professeur à l’Ecole d’agriculture de Rennes, M. Miège, à qui l’on doit d’excellents travaux sur l’utilisation du soufre en agriculture, reprit la voie où s’étaient engagés quelques agronomes américains et anglais.' Pour certains de ceux-ci, notamment Molish et Reed, les végétaux éliminent, ou mieux excrètent, des substances
- surès contrariant, en travail de distillerie, le ferment alcoolique approprié au moût.
- Il s’ensuivrait donc, que l’on accepte l’une ou l’autre de ces théories, — et c’est ce que M. Miège chercha à vérifier — qu’une stérilisation partielle de la terre, en somme la Betteraves destruction des toxines
- Racines Feuilles et des protozoaires (ami-
- bes ou monades), constitue au premier chef un mode de fertilisation . — Notons que l’hypothèse des poisons, éliminés par les plantes et laissés dans l’humus, a rencontré une longue hostilité, notamment de la part de Stoné, de Lodge et de Mazé ; il eh sera sans doute pour l’asepsie du sol, comme des premières conclusions de Lister, dont Juste Lucas-Champion-nière dut se faire, dans nos .hôpitaux, l’éloquent défenseur, contre des confrères tels qu’Àrmand Després. Il n’y a nullement, à l’heure actuelle, à prendre para dans la discussion scientifique, et nous nous contenterons
- Rutabagas
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- Fig. i. — Action fertilisante du soufre.
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- Fig. 2. — Comme le montre le schéma, Vaction du soufre est considérablement augmentée , par la nature « organique » de l’azote.
- organiques, éminemment toxiques, telles que la cytosine et la xanthine. Pour d’autres — Russell, Golding et Hutchinson, — parmi les débris de la végétation, prend peu à peu naissance toute une faune de parasites nuisibles aux micro-organismes fixateurs d’azote, à la façon de moisis-
- d’enregistrer quelques résultats assez précis, pour qu’il soit déjà possible d’entrevoir toute une technique, dont l’agronomie française tirerait le plus grand profit. /
- Or, la désinfection s’obtient de deux façons : l’élévation de la température, gardée fixe un temps
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- 202 UNE NOUVELLE TECHNIQUE DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE
- qui varie avec les microorganismes à détruire, ou l’action des antiseptiques.
- En pratique — et c’est le point essentiel — la seconde méthode est de beaucoup la plus simple. Maintenir de. l’humus à 98-100°, ne dépasse pas le
- potasse, nous fournirons, du moins sur certains d’emploi très facile, quelques chiffres dûment contrôlés. »
- Tout d’abord le soufre.
- Préconisé par H. Mares, qui le recommandait dans
- .. %
- Essa/s sur Navets b/ancs
- Témoin roz>3
- 6 Kùô. de Cas. , 1- : : 172
- a JS %
- 6 Kgs.deCa.S. , -...
- 10 Kga. de Ca.S. _________________230
- Essais sur Rutabagas
- 0,69 de Cd. Snr,r.y 6S per are
- J.Kgô. „ . ,
- augmentation 67%
- augmentation U9 % «
- t augmentation !24 %
- 460
- 5Kgt>,6 „ r....................... m_______________
- Fig, 3, — Expériences de M. Truffant, sur l’action fertilisante du sulfure de calcium.
- domaine du laboratoire ou de la serre, et.si beaux qu’aient été. les résultats dés premiers essais, ils n’ont que la valeur d’une exception : à Rothamsted, oîi avait en effet obtenu des excédents de récolte de
- la culture de la vigne, puis par Miintz et Girard, Decoffet et Oberlin, ce métalloïde n’a vraiment fait l’objet d’essais méthodiques qu’en 1910, sous le contrôle de MM. Ghancrin et Desriot. Malgré les
- ... Fig. 4. . - • .
- Expérience sur choux, les deux pots de gauche ont reçu 8o grammes de sulfure de calcium au métré carre.
- 240 pour 100 pour les tomates ét de 547 pour 100
- pour les épinards !
- L’action des antiseptiques va nous retenir plus longtemps, et si nous ne pouvons donner de longs détails sur l’emploi de chacun d’eux, car les> expériences portèrent sur le toluène, la créosote, le formol, le goudront le sulfate de cuivre, voire le bichlorure de mercure et le permanganate de r-
- interventions de MM. Boullanger, Demolon et Ver-morel, on ne sait encore expliquer son pouvoir fertilisant. 11 a, à coup sûr, une action alimentaire, puisqu’il est absorbé par les végétaux, et M, Mazé croit'qu’on peut attribuer bien plus à l’absence du soufre qu’à celle de tout autre élément, de nombreux cas de chlorose. Intervient-il chimiquement, comme réducteur, mettant l’azote de l’air en liberté et par
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- suite, à même d’entrer en combinaison ou d’être I présence de l’azote organique est indispensable au fixé par es bactéries? Cette seconde hypothèse | soufre, qui prend à son contact toute sa puissance
- Fig. 5. — Expérience sur choux : action Jertilisante des carbures aromatiques et des sulfures.
- A droite : deux pots témoins; à gauche deux pots qui ont reçu un mélange de sulfure de calcium et d’anthracène
- (ioo grammes au mètre carré). -
- serait en accord, avec les expériences bien connues . deM. Gabriel Bertrand ? des réducteurs, comme les sels manga-neux ou ferreux, augmententnota-blement les rendements, alors que leur oxydation n’est suivie d’aucune! action utile. On sait enfin les bienheureux effets de certains di- et triphénols (pyro-catéchine et acide pyrogalliquel, corps réducteurs au premier chef, employés par Milton Withney. —-Mais ces deux modes d’action — alimentaire et chimique— n’en exclueraient pas un troisième : l’action bactéricide, xqui rentre dans le cadre de cette chronique, et que vérifient
- chaque jour vignerons et cultivateurs, dans leur lutte, les uns contre l’oïdiüm, les autres contre la gale de la pomme de terre. Quoi qu’il eh soit, la
- Fig. 6. — Expériences sur godetias ; à droitë ; deux pots « témoins » ; à gauche : chaque pot a reçu du sulfure de calcium à la dose de 8o grammes par mètre carré.
- fertilisante, c’est du moins l’opinion de MM. Vermorel
- et Dauthony, que Œ’V’-’TW- schématisent les if! figures 1 et 2.
- Venons - en maintenant aux sulfurés, particulièrement étudiés par M. Truf-faut, et prenons d’abord le sulfure de carbone.
- Son action bactéricide avait été signalée, jadis, par Aimé Girard; Vermorel et Gas-tine l’ont, par la suite, employé avec succès contre le phylloxéra, pour le préconiser plus tard, contre les vers blancs et les cour -tfilières. Son pouvoir anticrypto-gamique s’est vérifié, on le sait, pour le pour-ridié et la hernie du chou dans les essais du Dr Dufour et de Rùss'ell.
- M. Truffaut l’a employé dans une terre tenant :
- Azote total 2 gr. Calcaire 12,2 —
- P205 soluble K*0
- 1,5
- 2
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- 204... ......-.... POUR REMPLACER LE PLATINE
- au kilogramme et la dose de 500 kgs à l’hectare a porté en 90 jours sur le chou express. Non seulement, aucune feuille n’a subi de dommage du ait des parasites, mais, en poids, l’augmentation de récolte a atteint 270 pour 100 : là, où la parcelle témoin a donné 17 684 plans — avec 52 kgs, la parcelle sulfurée a fourni 27 894 plans avec 142 kgs. Quant au sulfure dè calcium CaS, facile à obtenir ans là région parisienne où le plâtre abonde, son action fertilisante s’est exercée sur le navet et le rutabaga. En rapportant, à un are,, la récolte de septembre-octobre 1915, M. Truffaut a obtenu les résultats indiqués fîg. 5. On remarquera qu’à la manière des antiseptiques employés en thérapeutique, et devenant néfastes, dès que la dose dépasse un certain chiffre, le sulfure de calcium ne saurait être employé en toutes proportions.
- Pour mémoire, rappelons les pulvérisations d’acide sulfurique si recommandées par MM. de Lapparent et Rabaté, et pratiquées surtout dans le bassin de la Garonne. Reconnu excellent pour la lutte contre les mauvaises herbes, beaucoup moins résistantes à l’action de l'acide que les céréales, ce procédé constitue un excellent mode de stérilisa-
- tion du sol ; on a pu constater ses heureux effets contre le piélin du blé et la verse. La formule classique est de 10 litres d’acide à 66° Baumé dans 95 litres d’eau (verser lentement l’acide dans l’eau froide), etM. Rabaté conseille pour le seigle — en décembre — et le blé — en janvier-février — environ un mètre cube d’eau acidulée à l’hectare.
- Terminons enfin, en relatant combien semble favorable l’emploi des carbures, aromatiques, résidus des cokeries et des usines à gaz. Le toluène, C6HS.CH3, a donné à M. Miège des rendements en tomates de 2 kgs par pied, soit 82,5 tonnes à l’hectare et la naphtaline, à la dose de 20 grammes ( par mètre carré, a fait, dans les essais de M. Truffaut, passer, en août dernier, le rendement d’une culture de choux.de 100 à 158.
- Peut-être n’est-il guère prématuré d’émettre le vœu que les maraîchers de la banlieue parisienne s’engagent bientôt dans une voie qui nous semble devoir, avec un minimum de.frais et de risques, aider au développement d’une.des branches les plus intéressantes et les plus productives de notre industrie agricole: p g
- Lauréat de J’Académie d'Agriculture.
- POUR REMPLACER LE PLATINE
- Le développement de notre industrie pendant la guerre — et à cause d’elle — la création de très nombreux laboratoires de chimie a augmenté les besoins de platine beaucoup plus que sa production, dont le principal centre est, comme on sait, dans l’Oural.
- Les prix ont suivi une progression, constante et rapide, telle qu’aujourd’hui le platine vaut quatre fois plus que l’or. Sa rareté a obligé à réquisitionner les stocks constitués et aussi à s’ingénier pour trouver les "moyens de le remplacer et de, le rendre moins indispensablè.
- On sait que le platine sert surtout dans les laboratoires à cause de son très haut point de fusion (1775°), et parce qu’il est inattaquable à peu près par tous les produits chimiques.
- Les recherches entreprises pour lui trouver des « succédanés » ont donné d’intéressantsrésultats pratiques dont rend compte le Bulletin des Usines de guerre.
- Alliages d’or et de platine. — Ces alliages qui existent dans le commerce depuis quelques années titrent en moyenne 12,5 pour 100 de platine, teneur qu’on pourrait dépasser si le métal ne devenait alors difficile à travailler. Ces alliages, de couleur légèrement jaunâtre, ont le défaut de fondre à 1200° et de se ramollir déjà vers 1150°, si bien qu’ils né peuvent être chauffés fortement au chalumeau ordinaire sans se déformer. Ils résistent bien aux acides et aux réactifs fondus et ne changent pas sensiblement de poids entre deux opérations,
- ce qui dispense de les tarer fréquemment. On les réserve aux dosages des cendres dans les matières organiques, les produits alimentaires, par exemple, pour lesquels une température de 1000° est suffisante.
- Alliages d’or et de palladium. — Ces alliages exigent beaucoup moins de précautions et peuvent recevoir des applications plus étendues. On les utilise couramment aux Etats-Unis sous les noms de palan et de rhotanium, et on leur donne les formes usuelles de creusets, capsules, électrodes, etc. Leur production est commencée en France. Us peuvent être chauffés sans précautions spéciales et résistent mieux que le platine aux réactifs. Ils contiennent au moins 20 pour 100 de palladium < et présentent exactement la. couleur et l’aspect du platine.
- Electrodes pour dosages. — Les appareils à dosage électrolytiqué,„en usage dans les laboratoires d’analyses de métaux, sont généralement connus sous le nom d’appareils de Hollard. Ils sont constitués par une cathode, en forme de tronc de cône, en toile de fils fins de platine, suspendu la petite base en bas, par un fil de platine, et par une anode, formée d’un fil de platine enroulé d’abord en spirale, puis se terminant à la partie inférieure par un cercle horizontal. Le poids du platine des électrodes varie, suivant les dimensions, de 17 à 20 gr. environ pour la cathode, et de 8 a 10 gr. pour l’anode.
- Ces appareils étant utilisés en grand nombre
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- dans les laboratoires, on a imaginé pour remplacer le platine les divers dispositifs suivants :
- 1° Depuis de nombreuses années, M. Ducru a substitué le cuivre au platine de la cathode pour le dosage éleçtrolytique du cuivre en solution sulfo-nitrique ou ammoniacale, du nickel et ' du cobalt en solution sulfurique ammoniacale, en prenant toutefois certaines précautions simples, telles que d’immerger complètement la cathode dans le liquide, d’enlever une partie du méta] déposé par attaque à l’acide nitrique faible, etc., quand les mailles commencent à se boucher.
- La cathode Ducru se compose d’un tronc de cône en toile de cuivre à mailles de d mm2, ayant une hauteur de 55 mm, un diamètre de grande base de 40 mm environ et un diamètre de petite base de 50 mm environ.
- Ce tronc de cône est suspendu, la petite base en bas, par un fil de platine de,0 mm 9 de diamètre et de 12 cm de longueur environ, ligaturé au moyen d’un fil de cuivre fin.
- L’exactitude des dosages est aussi grande qu’avec la cathode en platine. L’économie est de 17 à 20 gr. de platine par appareil.
- 2° MM. Nicolardot et Boudet, au laboratoire de la Section Technique de l’Artillerie, ont reconnu qu’on peut utiliser comme cathode tous les alliages inattaquables par l’acide nitrique : or, argent, cuivre ou autre métal. Il suffit de les décaper d’abord par l’acide; après ce décapage superficiel, l’alliage reste insensible à l’action de l’acide nitrique. 1/élec-trode est prête à servir.
- Pour rendre cette préparation aussi rapide que possible, il vaut mieux choisir un alliage assez riche en or (de 75-à 90 pour 100) et avant de mettre, en service comme cathode cette électrode, lui faire subir une immersion prolongée dans l’acide nitrique pur et chaud.
- La préparation de l’anode est plus délicate, le platine étant le seul métal résistant à l’oxydation qui se produit à son niveau. MM. Nicolardot et Boudet tournent la difficulté en recouvrant l’anode préalablement traitée par l’acide nitrique d’un très mince dépôt de platine qui la protège efficacement.
- 5° Au Laboratoire d’Essais, M. Griffiths a obtenu des résultats très satisfaisants avec une cathode composéé de 75 pour 100 d’or et de 25 pour 100 d’argent ayant la forme d’une plaque perforée enroulée en cylindre ou d’un panier de fil fin.
- Cet alliage est facile à se procurer, il est moins coûteux que le platine, tout en présentant les conditions mécaniques, physiques et chimiques nécessaires.
- Pour l’électrode en fils fins, les dimensions de l’appareil étudié sont les suivantes :
- Nombre de mailles au cm2 . . . 165 à 168.
- Diamètre des fils de la toile . . 0 mil. 2
- (Pourrait être augmenté).
- Diamètre du panier............ 48 millim.
- Hauteur du panier.............'50 millim.
- Longueur de la tige. ..... 255 millim.
- Poids de la cathode............ 19 gr. 150
- Cet alliage n’est pas attaqué par l’acide nitrique à chaud ou à froid ; les variations de poids, après éleetrolyse en divers milieux, sont très faibles. Enfin, on peut enlever par l’acide nitrique les différents dépôts formés sans que l’appareil change de poids ni de forme;- à cet égard, il est préférable-comme les précédents, à la cathode en cuivre.
- 4° L’alliage or-argent est toutefois un peu mou àPétatrecuit, ce qui peut occasionner, à la longue, la déformation des appareils. Dans les laboratoires où les dosages électrolytiques sont fréquents, on pourra utiliser un alliage or-nickel ;/en particulier, celui de : or (97 pour 100), nickel (5 pour 100), étudié au laboratoire d’essais des Arts et Métiers. Cet alliage possède les mêmes qualités d’utilisation comme cathode, que l’alliage or-argent; il se prête à la confection de paniers de fils fins ou de cylindres perforés suffisamment résistants pour un long usage.
- Espérons que ces quelques données pratiques tireront d’embarras ceux de nos lecteurs, chimistes d’analyse, qui se trouvent gênés en ce moment par la difficulté de se procurer du platine.
- A. IL
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du î3 septembre 191,8.
- Formes de carènes favorables aux plus grandes vitesses. — M. Fournier classe les navires .de mer en deux catégories distinctes : l’une, où ils conservent systématiquement à toutes les vitesses, l’horizontalité primitive de leur plan de flottaison ; l’autre, où ce plan s’incline à partir d’une certaine vitesse. Pour reconnaître si les formes d’une carène quelconque sonf aptes à faire prendre à son plan de flottaison une inclinaison favorable aux plus grandes vitesses, par une sur-mmersion de la poupe et une émersion correspondante de la proue, il faut relever sur ses plans les incidences d’attaque de ligne d’eau de la proue, parallèles à son plan
- de flottaison et vérifier qu’elles satisfont à une formule mathématique établie par l’auteur. •
- Le paludisme dans les Alpes. — MM. Léger et Mouriquand montrent que, dans les Alpes, l’anophèle est assez répandu jusqu’à des altitudes, de 1600 à \ 700 m ; mais il n’a jamais entraîné le paludisme au-dessus de 700 à 800 m. et les foyers paludiques, qui étaient assez fréquents dans les fonds de vallée jusqu’à ^ cette altitude, ont généralement disparu. La montagne méridionale constitue donc en été un bon séjour de convalescence pour les paludéens. v
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- .WS.
- LA FABRICATION DES WAGONS DE CHEMINS DE FER
- La livraison que ^Allemagne est en train de nous faire^de 5000 locomotives et 150000 wagons, en exécution des clauses de l'armistice, apportera sans doute à l’exploitation de nos réseaux, une légère amélioration. Mais il ne faut pas en attendre
- 1*-» i*l 1 ‘ Il i ! i i I i :
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- Fig. i. — Les diverses étapes de la fabrication d'
- la fin des difficultés apportées à notre ravitaillement par l’insuffisance du matériel de chemin de fer.
- Le monde entier subit, depuis le début de la guerre, une crise des transports que les circonstances ont rendu inévitable. On a dû, en effet, avec un matériel réduit, pourvoir au ravitaillement de millions d’hommes en vivres et en objets de toutes sortes, à partir de bases situées souvent à des milliers de kilo- ‘ • mètres.
- La longueur des transports s’est largement accrue; le parcours moyen d’une expédition, qui était en France de 150 à 180 km avant la guerre, s’est élevé depuis à 400 et 500 km.
- La crise s’est encore aggravée par l’usure excessive du 'matériel, par la mobilisation d’une partie des locohaotives et wagons, et par la perte d’une autre partie, demeurée ent pays envahi. Or, le matériel roulant du temps de paix était déjà juste suffisant pour satisfaire aux besoins normaux du trafic. Les ^grands réseaux français possédaient alors ensemble 380000 wagons de marchandises (P.-L.-M. 106000, Nord'80000, État 70000, Est 61000, Orléans 45 000, Midi 30 000) y compris les wagons de certaines compagnies industrielles. Au début des hostilités, nous perdîmes environ 54000 wagons/restés dans les /égions envahies. $
- Aussi, dès 1914, envisagea-t-on l’achat de matériel roulant à l’étranger, notamment aux États-Unis et en Espagne. Un décret du 20 avril dernier a dé-
- cidé l’acquisition, par les diverses compagnies françaises, de 830 locomotives, 690 tenders et 32 965 wagons. L’État doit participer pour 40pour 100, aux dépenses, qui atteindront environ 860 millions de francs. Ce chiffre considérable s’explique par l’augmentation importante du prix de revient dn matériel depuis la guerre; les derniers contrats prévoient, en effet, les prix de 386000 francs pour une locomotive du type Mikado, et de 16 000 francs pour un wagon couvert ordinaire, au lieu de 160000 francs et 5000 fr., qui étaient les prix respectifs en 1914.
- Si considérables que soient ces dépenses pour l’achat de nouveau matériel, elles sont faibles encore si on les compare à celles qui viennent d’être décidées aux États-Unis, où sévit comme en France la crise des transports. En effet, l’administration américaine des chemins de fer a obtenu récemment le vote de crédits atteignant presque un milliard de dollars pourl’amélioration destran s ports. Sur cette somme, 480 millions de dollars
- une roue.
- .Fig. 2. — Vue d’un boggie. 1
- sont destinés au matériel roulant, et l’on vient de mettre en construction 1025 locomotives et 100000 wagons. »
- La fabrication des yyagons, bien que ne présentant pas de grandes difficultés, exige cependant un outillage important, en raison de la complication relative des accessoires, et aussi des nombreuses variantes des wagons actuels. Le type classique du wagon de marchandises, s’il existe toujours par centaines de mille, est remplacé, chaque fois
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- LA FABRICATION DES WAGONS DE CHEMINS DE FER :......207
- qu’on le peut, par des wagons spéciaux, qui se prêtent à un chargement ou à un déchargement plus facile ou plus rapide de telle ou telle marchandise.
- La partie essentielle des wagons, au point de vue mécanique, est le châssis, formé d’une structure en profilés d’acier, montée sur les essieux par l’inter-
- tant bien à l’usure. C’est encore à la presse hydraulique que la roue est fixée sur l’essieu. Des tours spéciaux servent à tourner et à retourner après usure les roues montées.
- Dans les voitures à voyageurs, et .particulièrement les longs wagons à intercommunication, le châssis comporte une suspension plus compliquée,
- Fig. 3. — Élévation et coupe d’un wagon-trémie de 3o tonnes.
- médiaire des ressorts et des boîtes à graisse. Les ressorts, à lames, sont fixés au châssis par un jeu de leviers ou « menottes » formant articulation. La tête du «ressort s’appuie sur la boîte à graisse, dans laquelle tourne la fusée de l’essieu. Cette boîte à graisse est elle-même insérée dans une glissière verticale, fixée au châssis, et qui empêche les déplacements Ion gitudinaux de celui-ci.
- L’essieu et les roues sont actuellement en acier. L’essieu est une barre de métal à haute résistance, laminée, puis forgée'. Les roues sont constituées par un disque en acier forgé à la presse, autour duquel est fixé un bandage en acier laminé. La figure 1 représente un mode de fabrication des roues. L’ébauche À, obtenue par étampage d’un lingot entre deux matrices, est chauffée, puis placée successivement entre lés groupes d’outils 1 à 4, disposés sur leplateau d’une presse hydraulique. On obtient ainsi une roue presque terminée, dont il suffit de déboucher le moyeu et de laminer le bandage po’tir qu’elle soit prête à être employée.
- Généralement, toutefois, on fabrique à part le bandage, que l’on fixe sur la roue à l’aide de vis, de boulons, de clavettes, par soudure ou enfin par simple calage à la presse hydraulique. Cette disposition permet de constituer le bandage en un acier plus dur que le reste de la roue, et par suite résis-
- réalisée à l’aide de boggies. On sait que, dans ce cas, la caisse de la voiture repose à chaque extrémité sur un pivot disposé au centre d’un boggie. Celui-ci peut donc prendre une position oblique par rapport à l’axe de la voiture, ce qui permet l’insertion du
- véhicule dans les courbes. Ce pivot, comme le montre la figure 2, est supporté lui-même par un premier groupe de puissants ressorts transversaux, destinés à parachever l’amortissement déjà réalisé par les ressorts à lames des boîtes à graisse; ces derniers sont eux-mêmes suspendus à leurs extrémités à des amortisseurs à boudin, contenus dans des cuvettes appropriées.
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- LA FABRICATION DES WAGONS DE CHEMINS DE FER
- Comme nous l’avons dit, de nombreux wagons spéciaux ont été établis pour transporter des marchandises spéciales. Les établissements Arbel ont construit des wagons-trémies pouvant contenir jus-
- Fig. 5.
- Wagons à caisse pour le transport du minerai de cuivre de Rio Tinto-
- qu’à 100 tonnes de charbon ou de minerai. La figure 3 montre un wagon de moindres dimensions, pouvant néanmoins transporter 30 t. de charbon. Le fond du véhicule présente une double inclinaison et, de chaque côté, se trouvent quatre volets, ,v
- manœuvrés par des leviers, . -qui permettent le décharge- -f * ' ‘ 1 ment rapide.
- La Société du Gaz de Madrid emploie des wagons-trémies de i r
- 15 t. du type représenté sur la figure 4. Dans ce système, le déchargement se fait par le fond de la caisse, à l’aide de deux fermetures inclinées.
- Pour être vidé, le wagon doit, dans ces conditions, être amené sur une estacade à claire-voie, à travers laquelle le charbon tombe en tas.
- Pour le transport de matières très lourdes, on peut employer des caisses de capacité limitée correspondant à la densité du chargement,, et évitant les surcharges. Tèl est le cas des wagons-trémies construits par la « Fabrica de coches y vagones » de Beasain pour le transport des minerais de cuivre sur le chemin de fer de Zafra à Huelva. Chacune des trois caisses,
- de 1 m. 32x0 m. 915x0 m. 88, contient 5 t., de minerai. Le même wagon sert également au transport du minerai de cuivre du Rio Tinto; sa caisse en tôle est tout entière amovible.
- La même Compagnie espagnole a construit, pour l’ar-> ' mée française, des wagons-
- citernes du type représenté sur la figure 6, qui rendent de grands services pour le transport des approvisionnements liquides, notamment de l’essence. Le wagon, qui pèse 8 t., peut en transporter 15.
- Nous limiterons à ces quelques types les exemples des nombreuses variétés de wagons de marchandises modernes! Dans leur construction, la tendance est à l’emploi exclusif de l’acier, surtout en Amérique où la pénurie de métal est moins sensible qu’en Europe. C’est ainsi que la Pennsylvania Railroad C° a entrepris récemment la construction de wagons-trémie-entièrement en acier, et la poursuit dans ses ateliers d’Altoona, à l’allure d’un wagon complet achevé toutes les 55 minutes.
- Grâce aux constructions actuelles, il est permis
- . j 'c "V ~ , y- •/ X •'**'
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- Fig. 6. — Wagon foudre de l’armée française.
- d’espérer que le matériel roulant se trouvera, en définitive augmenté et amélioré, et prêt à répondre, mieux encore qu’auparavant, aux besoins<du commerce et de l’industrie. R. Levâtes
- Le Gérant : F. Masson. — imp. Lahure, rue de Fleuras, 9, à Fans.
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- LA NATURE. — N” 2349.
- 11 JANVIER 1919
- A NOS LECTEURS
- « Pendant 14 ans, j’ai donné à LA NATURE une direction scientifique en cherchant à accentuer le caractère de haute vulgarisation que lui avaient imprimé ses fondateurs. Nos lecteurs apprécieront dans quelle mesure mes efforts ont pu réussir. Aujourd'hui je leur adresse mes adieux. La fin de la guerre marque l’avènement d’un monde nouveau. LA NATURE va également entrer dans des voies nouvelles.
- « L. De Launay. »
- « Depuis plus d’un an, ma signature a disparu des colonnes de LA NATURE pour d’impérieuses raisons de santé, dont la persistance m’oblige à une retraite définitive. C’est avec un profond chagrin que je me vois contraint de quitter une Revue à laquelle j’appartenais depuis 33 ans : d’abord, dès 1885, comme collaborateur de son éminent fondateur, Gaston Tissandier ; puis, en 1905, comme chef d’une rédaction où j’ai trouvé tant d’amis et qui me laisse le plus cher souvenir.
- « E.-À. Martel. »
- Nos lecteurs partageront les regrets que nous inspirent les adieux de nos Directeurs; au moment où notre devoir nous impose un essor nouveau et une activité élargie, ils se joindront à nous pour leur témoigner la reconnaissance que nous leur gardons de l’appui et de la collaboration qu'ils ontpendanUde longues années apportés à LA NATURE.
- « La Nature. »
- UN MYSTÈRE DÉVOILÉ :
- L’amirauté britannique, maintenant que les forces navales allemandes ont... pris pension dans les ports des Alliés, se décide à soulever le voile qui nous cachait plus d’un passionnant mystère,
- LES « Q-BOATS » %
- Familier avec la chasse à la baleine, il savait que le cétacé, quand il nage entre deux eaux, même à 20 ou 30 mètres de profondeur, produit à la surface une onde, une boursouflure, qui se
- Fig. i. — Un « Q-Boat », dans le dock Sainte-Katherine, à Londres.
- et, plus particulièrement, celui de la lutte acharnée entreprise contre les sous-marins ennemis.
- Dès les premiers mois de la guerre, elle s’efforça d’organiser scientifiquement cette branche de son service, et fit appel à toutes les compétences, en France, comme en Angleterre. 11 nous sera permis maintenant, à titre d’exemple, de citer le cas d’un de nos compatriotes, connu universellement pour ses explorations dans les régions polaires.
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- déplace en même temps que lui, en indiquant, à l’œil expérimenté du baleinier, la direction exacte de sa course. Il en conclut qu’un sous-marin, ayant sensiblement la même forme et le même volume qu’une baleine, devait provoquer une onde analogue qui permettrait à un navire de surface de découvrir sa présence et de le suivre à la piste.
- Grâce à un concours de circonstances que nous n’avons pas à exposer ici, notre compatriote fut
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- UN MYSTERE DÉVOILÉ : LES « Q-BOATS
- « prêté » par la France à l’Amirauté, qui le chargea d’une mission spéciale dans un des archipels situés au nord de l’Ecosse. Nous avons des raisons de croire qu’il contribua puissamment à l'organisation de la première campagne contre les sous-marins, et, en particulier, à la création d’une flottille de chalutiers pourvus d’un armement habilement dissimulé, que nos ennemis apprirent à redouter.
- Ces chalutiers furent les ancêtres directs des navires dont l’Amirauté vient de nous révéler l’existence, et que nous allons tenter de décrire, en
- tramps (vagabonds), pour employer ici un terme de l’argot naval anglais. Mais ils n’en conservaient que l’apparence, car l’intérieur subissait des transformations radicales. Un navire de guerre grimé en vapeur de commerce, eût couru le risque d’éveiller les soupçons de l’ennemi. Mais comment aurait-il pu se méfier d’un débonnaire caboteur, absolument identique, même quand il l’apercevait à quelques mètres de distance, aux centaines de petits vapeurs qu’il avait précédemment poursuivis? Un profane, voire un homme de mer, qui eût mis le pied sur le pont sans avoir été initié au mystère, n’y eût remarqué aucun détail suspect ou anormal. Il est même probable qu’il aurait rapporté de sa visite l’impression que les armateurs étaient des gens bien arriérés : pas le plus petit indice d'une installation de télégraphie sans fil, alors que de simples chalutiers en sont désormais pourvus !
- Fig. 2. — Le pont d’un Q-Boat tel qu’il apparaissait innocemment aux sous-marins.
- regrettant de n’avoir à notre disposition que les rares renseignements techniques communiqués jusqu’ici par la censure anglaise.
- Le bateau anti-sous-marin était désigné officiellement sous le nom de Q-Boat, terme énigmatique bien digne du mystère qu’il constituait. On prétend que la lettre 0 (qui se prononce quiou en anglais) fut choisie par analogie avec la lettre U (prononcez iou) servant à désigner les sous-marins allemands. Le nouvel esquif, imaginé dans la seconde moitié de l’année 1916, fut amélioré et perfectionné au cours des campagnes successives. Nos Alliés, à la veille de l’Armistice, possédaient, dit-on, plusieurs centaines de ces redoutables engins, et l’on peut admettre qu'ils n’auraient pas tardé à détruire la flotte sous-marine allemande si les hostilités s’étaient prolongées de quelques mois.
- Les Q-Boats n’étaient pas construits de toutes pièces pour leurs missions guerrières. C’étaient de vulgaires vaneurs de commerce, des caboteurs, des
- Fig. 3.
- Le même quand le faux-pont est ouvert. Le canon en batterie.
- La métamorphose ne sautait aux yeux du visiteur que lorsqu’il commençait son inspection de l’intérieur, et encore ! C’est que les bateaux-mystères avaient deux équipages, l’un, for the shoiv (pour la montre), l’autre, pour l’action. Le premier était formé de marins quelconques, qui, seuls, restaient visibles, tant que le navire n’avait pas quitté le port. .Leur nombre donnait aux espions l’illusion qu’ils constituaient tout le personnel du bord. Le second, composé d’officiers et de canonniers de la Marine Royale, demeurait caché dans des « appartements secrets », et n’en sortait qu’à bonne dis-
- tance des regards indiscrets.
- L’aménagement inté-
- rieur comportait donc deux parties distinctes
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- L’équipage visible logeait dans le faux-pont, comme cela se pratique à bord de tous les navires de commerce. L’équipage invisible vivait au fond des soutes, transformées en cabines, réfectoire, cuisine, salle de bains, etc., où il avait accès par d’étroites trappes percées dans le plancher du faux pont. Il va de soi que les uniformes étaient proscrits à bord d’un Q-Boal. Nous ajouterons que les deux équipages étaient recrutés par voie d’engagements volontaires.
- Le travail de transformation intérieure supprimait, le plus possible, les matériaux combustibles.
- de télégraphie sans fil. Une cheminée d’aération cachait un périscope, qui, en cas de semi-immersion, permettait à l’officier caché sous le pont de suivre les manœuvres de l’ennemi. Un treuil, entouré de son filin, était, en réalité, un kiosque, de l intérieur duquel un officier dirigeait le tir de sa batterie, tout en observant le sous-marin par des fentes pratiquées dans les parois du faux treuil.
- La batterie était formée de deux canons de 4 pouces (100 mm) placés à l’avant et à l’arrière de la cheminée, et d’une pièce de douze livres (environ 150 mm) disposée en chasse à l’avant. Ces canons,
- Câble Cheminée Fente de visée
- du poste servant de pour le contrôle
- de T. S. F. périscope. du tir.
- Fig. 4. — Quelques secrets d’un Q-Boat.
- Les planchers étaient remplacés par des plaques de tôle, et la structure était renforcée par des poutrelles d’acier. Des cloisons étanches étaient installées à profusion. En outre, les parois, à partir delà ligne de flottaison, et d’un bout de la coque à l’autre, étaient matelassées d’une énorme épaisseur de liège incombustible, qui devait absorber en partie le choc de l’explosion de la torpille, et, en cas de besoin, maintenir à flot pendant des heures le navire avarié.
- Le pont, ne nous venons de présenter sous une apparence anodine, était, en réalité, un chef-d’œuvre de truquage. Les rouleaux de cordage, qui traînaient négligemment çà et là, dissimulaient l’installation
- montés sur pivot, étaient dissimulés sous les écoutilles des fausses soutes, dont les panneaux s’ouvraient instantanément sous la pression d’un levier. Des mitrailleuses Lewis complétaient l’armement. Nous passons sous silence le petit canon placé bien en évidence à l’arrière, et qui n’était là que pour la frime. Sans lui, le maquillage n’eût pas été complet.
- Quant à la tactique des Q-Boats, elle était aussi audacieuse qu’habile. Pour déjouer les entreprises des espions, ces navires n’avaient pas de ports d’attache réguliers, et se gardaient bien de fréquenter les ports de guerre. Conservant leur nom d’origine
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- (celui qu’ils portaient avant leur nouvelle affectation), ils continuaient à agir comme des caboteurs spécialisés dans le transport du charbon. Après avoir feint de prendre un chargement de houille dans quelque port du Pays de Galles ou delà région de Newcastle, ils gagnaient un rendez-vous au large, où des torpilleurs les ravitaillaient en munitions. Par message sans fil, ils étaient avertis de la présence des sous-marins ennemis dans tel parage de la mer du Nord ou de la mer d’Irlande, et lâchasse s’organisait sans retard.
- Dès que l’ennemi était aperçu, le petit vapeur donnait des signes manifestes d’effroi. Il virait de bord et feignait une fuite éperdue, tandis que les membres de l’équipage visible esquissaient vers le ciel des gestes désespérés, revêtaient leurs ceintures de sauvetage, s’apprêtaient à mettre leur canot à l’eau. Assuré d’une victoire facile, certain qu’il n’avait à redouter que la petite pièce qu’il apercevait si nettement à l’arrière, le Boche, soucieux de ménager ses obus et ses torpilles, s’approchait assez près pour pouvoir tirer à coup sur. Au premier projectile qui touchait le navire, celui-ci donnait aussitôt de la bande, grâce à l’ouverture d’une valve qui, laissant pénétrer l’eau dans un coffre approprié, le faisait pencher du côté voulu. Enhardi, le pirate se rapprochait encore. Que pouvait-il craindre? Ne distinguait-il pas nettement des matelots qui, pris de panique, abandonnaient le navire en perdition en se jet nt à l’eau?
- Mais, soudain, de dessous les panneaux écartés, les trois pièces du Q-Boat entraient en jeu. Une pluie d’obus s’abattait sur le sous-marin, dont le sort était.réglé en quelques minutes. Les capitaines ne découvraient leur jeu — et leur batterie — qu’avec des chances certaines de succès, et leurs pointeurs étaient les meilleurs de la Marine Royale. Si l’Allemagne ignora jusqu’à l’Armistice l’existence du Q-Boat, c’est bien parce que tous les sous-marins qui eurent affaire à lui périrent corps et biens. .Jamais un survivant ne revint à Kiel faire le récii de ces rencontres !
- Qu’on ne s’imagine pas que les vaillants navires sortaient toujours indemnes de ces duels à mort ! Plus d’un fut éventré par des torpilles; mais l’issue du combat n’en devenait que plus rapide et plus sûre. Dès que le projectile avait porté, le pirate remontait en surface et s’avançait vers l’épave, non pour secourir ses victimes, mais pour mieux jouir de leur désespoir et les narguer. Encore une fois, comment aurait-il pu se méfier? Le navire était sur le point de couler; son pont disparaissait déjà sous l’eau;un canot, qu’il ferait bon mitrailler, emportait les survivants.... Et le drame s’achevait avec la rapidité de l’éclair. Parfois, un seul coup de anon, tiré presque à bout portant, suffisait au
- dénouement, et il ne restait du redoutable pirate qu’une tache d’huile qui marquait l’emplacement de sa tombe liquide.
- Puis, le Q-Boat, soutenu par son revêtement de liège et par ses compartiments étanches, regagnait tant bien que mal le port le plus voisin. Si sa machinerie avait été mise hors de service par l’explosion de la torpille, il attendait l’arrivée des destroyers qui, mandés par ses appels télégraphiques, accouraient à son secours.
- L’Amirauté n’a pas encore publié les exploits des Q-Boats. Le récit promet d’être passionnant, si nous en jugeons par les très rares anecdotes rendues publiques jusqu’à ce jour. On cite un commandant qui, torpillé par un sous-marin très puissamment armé, le laissa s’approcher à moins de 200 m. avant d’ouvrir le feu. Un premier obus décapita le commandant allemand, qui avait fait monter une chaise près de son kiosque pour jouir plus confortablement des incidents du naufrage. Le second projectile creva la coque du sous-marin, qui coula en l’espace de deux secondes.
- On cite encore la fin héroïque du commandant d’un Q-Boat qui eut le ventre ouvert par l’explosion d’une première torpille. Une seconde acheva de disloquer le navire. Accroupi dans son kiosque d’observation, le vaillant capitaine Simmons comprimait à deux mains son affreuse plaie pour conserver la force de diriger la manœuvre. Patiemment, il attendit l’instant propice, commanda le feu, et eut la satisfaction de voir sombrer l’ennemi en quelques secondes. Mais son brave navire faisait , eau de toutes parts ; les machines ne fonctionnaient plus. Il ordonna à l’équipage de s’embarquer dans les canots, et refusa de se laisser emporter :
- « A quoi bon? Vous ne débarqueriez qu’un cadavre. J’ai rempli ma tâche. Je meurs heureux et joyeux.... »
- Depuis que l’existence de ces chasseurs de sous-marins a été révélée, on commence à s’expliquer chez nos amis et voisins pourquoi plus de 40 V. C. (Victoria Cross) ont été distribuées à des capitaines de « charbonniers », alors que cette décoration si enviée n’a été décernée que 527 fois durant ces quatre années de guerre, tant à des militaires qu’à des marins. ^
- Nous ignorons le nombre des U détruits par ces prétendus charbonniers. Mais, si Ton se souvient que l’effondrement de nos ennemis fut précipité par la sédition de Kiel, où les équipages de sous-marins, se sachant voués à une mort aussi certaine que mystérieuse, levèrent les premiers l’étendard de la révolte, on admettra que les Q-Boats contribuèrent puissamment à la victoire du Droit et de la Civilisation. V. Forbin.
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- L’EMPLOI DES ABRASIFS DANS L’INDUSTRIE DE QUERRE
- L’emploi des abrasifs pour user et polir les métaux n’a rien de nouveau et chacun connaît l’emploi des meules siliceuses, de l’émeri ou du papier de verre. Dans la construction mécanique, notamment, pour finir les pièces de précision que sont devenus les organes des machines modernes ou les engins d’artillerie, on a toujours employé une rectification à la meule et l’on a créé, à cet effet, une quantité de modèles de machines à meuler. Mais ce qui n’était autrefois qu’un travail secondaire, a pris une importance essentielle, avec la nécessité de travailler rapidement les aciers spéciaux de grande résistance et de grande dureté que l’on emploie aujourd’hui couramment pour les canons ou les automobiles (aciers au nickel, au chrome, au vanadium, au molybdène, au silicium, ou composés complexes ternaires et quaternaires de ces divers éléments). Autrefois, il s’agissait seulement d’enlever une très mince épaisseur de métal, soit pour amener à ses dimensions définitives la pièce déjà antérieurement tournée, alésée ou rabotée, soit pour corriger de minimes déformations après trempe. Les quantités à enlever se comptaient alors par millièmes de millimètre. Aujourd’hui, on en est souvent aux dixièmes. On veut dégrossir rapidement la pièce avec des outils à coupe rapide, puis finir en deux opérations à la meule dégrossisseuse et à la meule finisseuse.
- Les abrasifs que l’on emploie sont de deux natures. Il y a d’abord des produits minéralogiques naturels, nommés le corindon et l’émeri, qui sont de l’alumine cristallisée, comme le rubis ou le saphir : dans le cas de 1 émeri, avec de l’oxyde de fer. Il y a, d’autre part, des produits artificiels : les uns se rapprochant des premiers, comme l’alundum qui est un corindon artificiel; les autres totalement différents par leur nature, malgré les confusions auxquelles leur nom donne souvent lieu, qui sont des carbures de silicium, tels que le carborundum et l’adamite. Les usages des deux groupes d’abrasifs ne sont pas identiques. Les seconds, beaucoup plus durs, coupent plus vite, mais rayent aussi davantage et sont, par suite, employés surtout pour dégrossir. 11 existe une différence analogue entre le corindon qui raye davantage et l’émeri, plus propre au polissage et, parmi les émeris, entre celui cfe Turquie plus fin et celui de Naxos plus gros. Nous allons'examiner successivement ces deux groupes.
- Les gisements de l’émeri en masse sont assez rares dans le monde. On connaît surtout ceux de Naxos-en Grèce, de Smyrne et du Canada. A Naxos, le droit d’exploitation payé au gouvernement a été un moment de 150 francs et le prix de vente a atteint 780 francs il y a un demi-siècle. 11 oscillait plutôt avant la guerre autour de 100 francs par tonné. On exporte par an de 8 à 10000 tonnes. Ces gisements de Naxos forment des masses lenticulaires englobées dans des calcaires métamor-
- phiques : masses ayant de 5 à 50 m. d’épaisseur et représentant un cube total que l’on a évalué à 5 millions de tonnes. L’exploitation présente, par l’usure rapide des outils employés, certaines difficultés pratiques aisées à prévoir. L’émeri dit de Smyrne, du nom de son port d’embarquement, provient surtout de la région d’Ephèse. On y trouve l’émeri en débris associés avec des fragments calcaires dans une sorte de brèche associée à une terre rougeâtre.
- Le carborundum est un produit beaucoup plus nouveau et présentant des qualités de dureté beaucoup plus fortes. Ce corps a été découvert en mars 1891, à l’usine d’éclairage électrique de Monongahela en Pennsylvanie par Acheson, qui voulait opérer, au four électrique, la fusion d’un mélange d’argile et de charbon en poudre. Ce traitement lui donna, sur l’électrode, de petits cristaux bleus d’une très grande dureté, dont la composition chimique correspond à la formule SiC. La teneur théorique serait de 70,4 de silicium pour 29,70 de carbone. Pratiquement, on a 68,10 de silicium; 50,20 de carbone; 0,49 d’alumine et d’oxyde de fer; 0,15 d’oxyde de calcium.
- Le carborundum est maintenant fabriqué couramment aux chutes du Niagara, par la Carborundum Company. On emploie, à cet effet, un mélange de quartz broyé très pur à 99,5 pour 100 de silice (les impuretés étant seulement des oxydes de fer et d’aluminium, sans chaux), avec du chlorure de sodium, du coke et de la sciure de bois. Le tout est passé au four électrique. Le carborundum obtenu est le plus dur de tous les corps. Il est susceptible de rayer le diamant, qui lui-même raye, on le sait, le corindon et l’émeri. Avant la guerre, l’usine des Niagara Falls fabriquait environ 4500 t. par an et les vendait 1 à 1 fr. 15 le kilogramme.
- On peut ajouter à ce propos que le carborundum n’est pas seulement employé comme abrasif. Il constitue également un excellent produit réfractaire, utilisé, sous forme d’enduits, avec addition d’argile et de silicate de sodium, dans les fours ou creusets. Plus encore on s’en sert comme d’un agent recarburant et épurant, employé comme addition finale à l’acier au lieu du ferro-silicium. Le carborundum a alors, sur ce dernier corps, l’avantage de ne renfermer ni soufre ni phosphore et, par conséquent, de ne pas en introduire dans l’acier. Le silicium augmente la solubilité des gaz dans l’acier et empêche les soufflures, en donnant par conséquent un acier particulièrement sain, dont la production est d’une grande importance dans la fabrication des aciers à canons et des projectiles. Il suffit de jeter un peu de carborundum en poudre au fond de la poche de coulée avant d’y verser le métal.
- Ces applications de guerre expliquent comment,
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- %Al4 -.....UN LABORATOIRE NATIONAL D’ESSAIS TEXTILES
- les Allemands se sont trouvés très gênés, le jour ^ où leurs communications avec l’Amérique ont cessé. Il leur avait été pratiquement impossible avant la guerre d’installer cette industrie chez eux, faute de forces hydrauliques à bon marché. On estimait couramment, à cette époque, que, pour organiser avec bénéfice l’industrie du carborundum, ou celle du ferro-silicium, il fallait de l’énergie électrique coûtant moins de 2,5centimes le kilowattheure, tandis que, dans les districts métallurgiques de la Prusse Rhénane et de la Westphalie, le plus bas prix de revient était de 3,8. Depuis la guerre, cette question de prix ayant disparu pour tout ce qui touche au matériel de guerre, la fabrication a été organisée en Allemagne notamment par un groupe berlinois constitué au début de
- 1916; mais les Allemands trouvent néanmoins plus avantageux de faire travailler les usines qui dépendent d’eux en Suisse ; comme la fameuse Lonza qui fabrique le carborundum dans ses deux usines de Gampel et de Yiège. On a pu même se demander un moment si la récolte très active des déchets de pierre de meules qui se faisait en France vers 1916 n’avait pas pour but de fournir le quartz très pur destiné à cette industrie. Bien que la silice cristallisée soit une des substances les plus répandues sur toute la superficie de l’écorce terrestre, on sait, en effet, qu’il est relativement rare de trouver du quartz absolument pur, sans trace de chaux, de fluor, de soufre, etc., tel que celui dont on a besoin dans les diverses applications métallurgiques.
- P. Sallior.
- UN LABORATOIRE NATIONAL D’ESSAIS TEXTILES
- Après la période de paix, l’industrie textile française, qui constitue sans contredit l’un des éléments les plus importants de notre activité nationale, va se trouver aux prises avec une situation nouvelle.
- Elle aura en effet, en face d’elle, des concurrents, dotés dans leurs pays de production de laboratoires nationaux spéciaux où s’effectuent avec la plus grande facilité des essais appropriés propres à renseigner les industriels et les consommateurs sur les qualités des fils et tissus d’un emploi courant, et ces concurrents mieux renseignés que nous sur la constitution des éléments de leur fabrication se rencontreront sur les marchés de 1 intérieur et du dehors. Le laboratoire des matières premières industrielles de Charlottenbourg, l’Imperial Institute de Londres, sont les types du genre, créés avant la guerre, complétés au cours des hostilités, possédant tous deux une section des plus complètes consacrée aux essais textiles sous toutes les formes Récemment les États-Unis, comprenant l’importance de ces données scientifiques, ont doté quelques-unes de leurs Écoles textiles des grands centres de
- laboratoires appropriés, fort bien organisés, mis à la disposition des élèves et du public; la Suisse également entre dans cette voie. Du reste, personne n’ignore que les matériaux qui doivent entrer dans les constructions civiles et mécaniques sont généralement essayés en France suivant leur emploi pour déterminer les limites dans lesquelles on peut les utiliser en toute sécurité; et on ne voit pas dès lors pourquoi l’industrie textile se tiendrait sous ce rapport en dehors du mouvement scientifique et ne se rendrait pas compte, par des essais de traction, élasticité, torsion et autres, des règles lui permettant d’employer ses matières premières de fabrication d’une façon rationnelle et sûre. Ce n’est pas que jusqu’ici les instruments
- de précision pour essais textiles soient restés inconnus de nos manufacturiers ; mais ceux-ci en général, absorbés par l’étude des questions assez complexes relatives à leurs prix de revient et à leurs fabrications proprement dites, sont obligés le plus souvent de confier quelques rares appareils à la garde de contremaîtres sommairement ^expérimentés et forcément peu soigneux, entre les
- Fig. i.
- Dynamomètre automatique pour vérifier la résistance et l’élasticité des fils.
- Fig. 2. — Torsiomètre,
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- UN LABORATOIRE NATIONAL D’ESSAIS TEXTILES -. ' : ~ 415
- mains desquels les essais ne donnent trop souvent que des résultats forcément approximatifs. Seules quelques grandes administrations sont mieux dotées en France sous ce rapport, mais elles n’opèrent généralement que pour leur propre compte et toujours avec un matériel assez incomplet. C’est vraisemblablement cette situation qui a amené le dernier Congrès du Génie civil, dans sa section de mécanique, à émettre le vœu qu’un laboratoire-type d’essais textiles, mis à la disposition du public, fût créé en France, dans lequel seraient groupés les principaux appareils relatifs aux matières textiles brutes, aux fils et aux tissus, où l’on réunirait toutes les méthodes opératoires actuellement connues et où l’on formerait des élèves spéciaux qui entreraient dans l’industrie ou ouvriraient d’autres laboratoires dans les centres industriels textiles.
- C’est en s’inspirant de ces considérations que M. James Dantzer, professeur de filature et tissage au Conservatoire des Arts et Métiers, vient de créer un laboratoire de ce genre, actuellement installé, mais qui ne fonctionnera qu’a-près la paix, le titulaire se trouvant provisoirement aujourd’hui à la tête d’une des grandes sections des Services Techniques du Ministère du Commerce. Seulement, M. Dantzer n’a pas imité ceux qui, désireux de créer un nouvel ordre de choses, se tournent immédiatement du côté de l’État, qu’ils semblent considérer comme une Providence uniquement destinée à subventionner des. institutions utiles, il s’est adressé pour la création de ce laboratoire aux industriels eux-mêmes, à l’Académie des Sciences, aux Chambres de Commerce, et ceux-ci ont parfaitement compris ses intentions, car des souscriptions importantes ont été immédiatement mises à la disposition du professeur qui, sans perdre de temps, a mis de suite au point l’institution dont nous parlons.
- On ne se rend généralement pas compte dans le public de ce que sont les appareils pour essais textiles et les expériences auxquelles ils donnent lieu. Nous allons à cette place sommairement examiner les principes de leur fonctionnement. Les expériences qui se font par leur intermédiaire sont de deux genres : celles relatives aux fils et celles qui concernent les tissus.
- I. Appareils relatifs à l’essai des fils. — Oll peut avoir besoin d’étudier dans les fils un certain nombre de facteurs qui sont: la résistance à la traction, Félasticité, la torsion, le diamètre, la densité,
- la régularité, le numérotage, la longueur, et l’état hygrométrique. Pour la détermination de ces divers éléments, des appareils spéciaux sont nécessaires.
- 1° La résistance des fils à la rupture dépend de la force et de la qualité des filaments .qui les composent; on a reconnu également qu’elle peut être influencée par le degré hygrométrique, l’apprêt et la torsion, et qu’elle varie également avec le numéro suivant des lois déterminées. Les essais peuvent se faire soit à la traction vive, soit à la traction lente, sur le même appareil; mais les instruments servant à déterminer cette résistance varient suivant qu’on opère sur un groupe de fils ou sur un fil isolé et portent alors respectivement les noms de dynamomètres pour écheveaux et de dynamomètres fil à fil. Dans le premier cas, on tend entre deux crochets l’échevette à expérimenter et, en agissant sur une manivelle, on déplace sur un cadran une aiguille indiquant la charge au moment de la rupture : grâce au jeu d’un cliquet et d’une crémaillère, l’aiguille s’arrête dans une position quelconque et permet de lire le résultat sur le cadran ; en soulevant ce cliquet, on la ramène au zéro, ÿ, D’autre part, un index qui se déplace devant la graduation donne en millimètres la valeur de l’allongement, c’est-à-dire le chiffre représentatif de l'élasticité des fils. Pour obtenir une indication sérieuse, il faut évidemment que les fils de l’éche-vette se rompent tous à la fois. H y a des types variés dans ces instruments, dont nous n’indiquons que le principe. Dans le second cas, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit d’expérimenter un fil isolé, la précision est plus grande en ce sens que le mode de traction est automatique et n’est plus conséquemment soumis à l’influence de l’opérateur. Les essais comparatifs de fils entre eux doivent toujours se faire sur la même longueur, celle-ci exerçant son influence sur toute expérience individuelle. Le type d’appareil d’essai le plus courant se compose d’une longue boîte verticale, à la partie supérieure de laquelle se trouve un arc de cercle comportant trois graduations : la première indiquant la charge de rupture de 0 à 1500 grammes, la seconde située au-dessus indiquant celle de 0 à 4000 grammes et la troisième notant la charge de 0 à 8000 grammes. Un bras muni d’un poids se déplace devant la graduation. et correspond à une pince servant à maintenir le fil à éprouver. En soulevant un cliquet, on fait descendre automatiquement un chariot, qui agit par son poids pour exercer
- Fig. 3.
- Balance Lauth pour la vérification du numérotage des fils.
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- UN LABORATOIRE NATIONAL D’ESSAIS TEXTILES
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- sur le fil une traction déterminée. Une règle verti-ê cale graduée enregistre l’allongement avant rupture. L’appareil est en outre muni de surcharges permettant les essais de fils en rapport avec la graduation. Il existe en ce genre des instruments horizontaux (appareil phrosodynamique Alcan, dynamomètres Naudin, Piat et Perrel, etc.) que nous ne faisons que mentionner.
- 2° Le degré de torsion d’un fil se vérifie, soit à l’aide de compleurs spéciaux, soit le plus souvent par des appareils portant le nom de torsiomètres ; mais, dans les uns et les autres, le fil mis à l’essai est attaché parallèlement au sol d’un côté à une pince, de l’autre à un point fixe en regard, auquel on imprime à l’aide d’une manivelle une rotation en sens inverse de la torsion; et lorsque le fil est complètement détordu, on lit sur le cadran du compteur ou sur l’échelle fixe du torsiomètre la suite des chiffres représentant le nombre de tours donnés en filature sur une longueur déterminée;
- 2° La connaissance des diamètres des fils a son utilité lorsqu’on veut ramener les résistances à une commune mesure qui est le millimètre carré de section et assigner des limites strictement définies aux comptes en chaîne et trame dans le tissage. Un appareil ingénieux a été imaginé par un filateur de lin* M. Duplay, ancien élève de l’École polytechnique, pour leur détermination, approximative, il est vrai, mais suffisante en pratique après une série d’essais comparatifs. Son fonctionnement se résume à enrouler, sur une tige d’un diamètre bien déterminé, 100 tours de fil en spires consécutives et sans chevauchement; une pression constante et réglable, due à un contrepoids, permet le tassement de cette sorte de bobine d’une façon constante; puis on continue l’opération en enroulant plusieurs fois consécutivement 100 tours du même fil. Si l’enroulement accuse 30 millimètres par exemple, le diamètre du fil sera 0 mm, 3. Cet appareil permet en même temps de juger du degré de régularité d’un fil, quant à sa grosseur d’un bout à l’autre, étant entendu que sous ce rapport chacun des 100 tours expérimentés doivent concorder ;
- 4° Mais la régularité de fabrication, c’est-à-dire la recherche sur toute la longueur d’une échevette ou d’une bobine prises comme type des coupures,
- vrilles, boutons, floches, etc., ne peut évidemment se constater de la même façon. On a recours alors à un autre appareil se composant principalement d’une plaque de couleur noire qu’on fait tourner à plat autour d’un axe et qui enroule autour de sa surface le fil se déroulant d’un fuseau ou d’une bobine se déplaçant automatiquement et horizontalement devant elle. Le fil se pose sur la plaque en lignes distantes d’un millimètre et il suffit de jeter un regard sur celle-ci pour se rendre compte de la régularité du fil expérimenté ;
- 5° On peut également avoir à rechercher la densité d’un fil, notamment pour la soie, en vue d’élucider la question de légèreté des étoffes par unité de surface. Des trois méthodes usitées en physique — flacon, balance hydrostatique, et aéromètre à volume constant (Nicholson), — la seconde a été reconnue comme donnant en pratique le plus de
- précision ;
- 6° Expérimentalement, la vérification du numéro se fait de diverses façons. Longtemps on s’est contenté de romaines spéciales, dont le type le plus connu est celle imaginée par Sala-din : on y suspend une échevette de longueur connue à un crochet correspondant à une aiguille qui se déplace devant un cadran et vient s’arrêter devant une division portant précisément le numéro du fil : mais cet instrument ne donne de résultats pratiques qu’après un nombre assez grand d’essais comparatifs; en outre, la lecture des divisions, très rapprochées forcément pour des numéros assez peu éloignés l’un de l’autre, est assez malaisée et on est forcé d’opérer sur une échevette au moins par pesée. Aujourd’hui on se sert avec plus de certitude d’une balance de précision d’une extrême sensibilité reposant sur deux couteaux, graduée en numéros et milligrammes, imaginée par M. Lauth, permettant de déterminer les numéros avec 1 m. de fil au maximum; pour les numéros anglais on emploie 85 cm et pour le titre international de la lame 50 cm. Le fil est suspendu à un crochet, un cavalier permet d’obtenir l’équilibre. L’appareil reste sous verre, excepté lorsqu’il s’agit d’y prendre le fil, le moindre courant d’air produisant des oscillations ou des erreurs ;
- 7° On peut encore avoir à vérifier la longueur 1 des fils. On se sert en ce cas le plus souvent de
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- UN LABORATOIRE NATIONAL D'ESSAIS TEXTILES -----^417
- dévidoirs àépreu-ves se composant d’un volant portant un certain nombre de rayons de meme longueur, dont l’axe est muni d’une manivelle d’un côté, d’une vis sans lin de l’autre. La vis sans fin engrène avec une roue portant un taquet qui fait agir une sonnerie. L’appareil est calibré de façon que le taquet n’arrive à la sonnerie qu’a-près l’enroulement exact de la longueur d’une échevette. Un cadran dont le jeu correspond à celui de la vis sans fin indique le nombre de tours enroulés, à mesure de la rotation du volant;
- 8° Lnfin on peut avoir à déterminer dans les fils le degré hygrométrique. Il est bon de savoir à ce propos qu’un certain nombre de textiles, soit à l’état brut, soit à l’état de fils, ne sont achetés qu’après déduction de l’humidité anormale qu’ils peu- . ^ ^ vent contenir et dont la quantité est déterminée dans les établissements publics de Conditionnement établis dans certains centres. Au lieu de peser des ballots entiers, on se contente du poids de quelques échantillons moyens prélevés au hasard : ceux-ci, portés à une température de 102 à 108° C et repesés ensuite, donnent par différence l’humidité absolue qu’ils contiennent.
- La vente est alors basée sur ce poids, augmenté d’un autre représentant l’état hygrométrique normal de la matière sur laquelle on opère et qu’on appelle poids de reprise. Celui-ci est pour la soie de 11 pour 100, pour la laine de 18 1/4 pour 100, pour le coton .de 7 pour 100. Au laboratoire de M. Dant-zer, comme dans celui des établissements de Condi-
- tion, l’opération se pratique dans des appareils des-siccateurs, composés généralement de cylindres en métal émaillé diversement chauffés suivant les systèmes (gaz, calorifère, lampe à pétrole ou alcool, circulation de vapeur, voltage électrique), surmontés pour chacun d’eux d’une balance dans l’un des plateaux de laquelle se trouvent les poids pour la pesée et doni l'autre plateau est remplacé par une longue tige dont l’extrémité, plongée dans le dessiccateur, porte une couronne à crochets ou des paniers de treillage en laiton pour supporter les matières textiles à l’épreuve.
- IL — Appareils relatifs à l'essai des tissus. — L’un des éléments qui se déterminent le plus fréquemment dans l’appréciation des tissus est, comme pour les fils, leur résistance à la rupture. Les expériences de ce genre se font successivement en long ou en travers, c’est-à-dire dans le sens de la chaîne et dans celui de la trame. On opère sur des bandes mesurant 5 cm de largeur et dont la longueur doit être suffisante pour assurer le serrage des deux extrémités entre les mâchoires d’un dynamomètre (Perrault, Cillard, etc.), et pour laisser entre ces pièces un intervalle qui permette d’évaluer l'allongement. Des appareils ont été imaginés pour assurer la coupe régulière des bandes d’essai qui autrefois ne se faisait qu’à la main et aux ciseaux, et assurent ainsi leur uniformité.
- Lorsqu’il s’agit de tissus qui, comme les toiles pour pneumatiques par exemple, doivent être soumis à des efforts de compression, l’essai à la résistance doit
- Fig. 5.
- Dévidoirs à épreuves pour le contrôle de la longueur des écheveaux.
- Fig. 6.
- Appareil de conditionnement pour la vérification du degré hygrométrique des matières textiles, sur le côté : appareil de séchage préalable.
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- 2^18 =1— UN RADEAU DE MER POUR LE TRANSPORT DES BOIS OUVRÉS
- être complété par . un essai de sondage avec un appareil d’un autre genre (Chevefy). Le principe consiste ici à maintenir solidement par ses bords sur un cadre circulaire, entre deux rondelles métalliques, à la façon d’une membrane de tambour, un morceau de la toile à éprouver : au centre de cette surface bien tendue vient s’appliquer l’extrémité d’une tige rigide que l’on presse progressivement par un effort mécanique jusqu’à ce qu’il y ait perforation. Le plus souvent des échelles graduées servent à mesurer, l’une l’effort exercé en kilogrammes, l’autre la flèche en centimètres. Il importe que l’organe presseur rencontre le disque soumis à l’épreuve sous un angle aussi peu aigu que possible et ne présent e aucune arête de manière à former découpoir : aussi sa forme est-elle généralement sphérique.
- En comparant les résultats obtenus avec les disques soumis à la pression et les essais à la traction, notons à titre d’exemple qu’on peut en déduire d’intéressantes observations. Ainsi les épreuves à la pression donnent très approximativement des chiffres équivalents à la somme des résistances successivement obtenues par la traction dans le sens de la trame et dans celui de la chaîne. On peut remarquer encore que, pour tous les essais à la pression, la perforation se produit, soit suivant une ligne brisée donnant à la déchirure une forme triangulaire dite en V. témoignant de la participation simultanée de la chaîne et de la trame à la résistance, soit suivant une ligne droite, indiquant la résistance moins grande’de la chaîne comparativement à la trame. On arrive encore à observer que, dans les deux
- sortes d’épreuves, la résistance n’est nullement proportionnée à l’épaisseur de l’étoffe : la « réduction » du tissu, c’est-à-dire le nombre de fils en chaîne et en trame par unité de surface, de même que Y « armure » ou mode d’entre-croisement des fils, sont les principaux facteurs influant sur la ténacité d’un tissu. Des séries d’observations du même genre, collectionnées d’après les différents essais auxquels seront soumis les fils et les tissus, pourront à la longuë être réunis dans le laboratoire de M. Dantzer, et constitueront pour nos manufactures un ensemble de remarques intéressantes qui pourront leur servir de guide ou de points de repère dans leur fabrication et leurs recherches.
- D’une manière générale, il y a lieu d’observer que les résultats obtenus à l’aide de divers appareils dont nous avons parlé, ne sont que théoriques et doivent être interprétés pour être appliqués. Dans
- les essais de rupture par exemple, la charge pratique doit êlre inférieure à la valeur indiquée, afin que le tissu ait quelque élasticité : l’indication donne la charge limite et pas autre chose.
- 11 existe encore pour les tissus des appareils relatifs à leur essai à l’usure, à leur perméabilité à l’eau, à leur perméabilité gazeuse, etc. La description de ces instruments comme l’indication du principe de leur fonctionnement nous entraînerait trop loin. Nous en avons dit assez du reste pour faire comprendre la grande utilité des essais textiles en général pour les manufacturiers et les consommateurs et montrer le signalé service que M. ^Yanos Dantzer aura rendu à l’industrie textile française par la création de son nouveau Laboratoire.
- Alfred Rerouard.
- Fig. 7.
- Modes de déchirure d’une rondelle de toile après un essai à la compression. A) Déchirure en V. B) Déchirure en boutonnière.
- UN RADEAU DE MER POUR LE TRANSPORT DES BOIS OUVRÉS
- Dans les transports maritimes une société suédoise vient de réaliser une innovation d’un intérêt considérable en ce qu’elle atténuera la crise des bois d’œuvre dont nous souffrons. On sait l’origine de cette crise. La reconstitution des territoires envahis comme les besoins de la construction neuve dans le reste de la France réclame d’énormes quantités de planchers, de solives, de portes, de fenêtres, etc. Or l’exploitation intensive de nos forêts depuis quatre ans ne peut plus répondre à nos besoins, et faute de tonnage disponible il nous estj interdit de combler le déficit par l’importation. /
- D’autre part, les pays producteurs, notamment les pays Scandinaves, se trouvent encombrés par des stocks considérables qui depuis deux ans sont restés accumulés dans leurs chantiers par suite de la guerre sous-marine intensive et qu’ils ne peuvent aujourd’hui exporter en raison de la pénurie de bateaux. Dans ces conditions, des ingénieurs suédois ont eu l’idée de suppléer au manque de tonnage par l’emploi de radeaux d’un type particulier pour le transport des bois ouvrés. 'Ces appareils consistent en énormes blocs de planches présentant la forme d’un navire avec un avant et un arrière
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- LES CHARBONS DE LA SARRE
- effilés, des fonds arrondis, et une plage occupant toute leur partie supérieure. Ajoutons que l’assemblage des matériaux et la rigidité du bloc sont obtenus au moyen de câbles d’acier de 0 m. 055 de diamètre passant autour de la masse de planches et frappés sur la plage et que les matériaux, susceptibles d’être détériorés à la suite d’une immersion prolongée, sont placés au centre du radeau où ils se trouvent à l’abri de l’eau.
- Une société s’est immédiatement fondée en Suède pour exploiter ce nouveau moyen de transport et pour ses débuts elle a envoyé un radeau contenant 2100 standards de bois ouvré, d’un port de la région forestière situé à l’extrémité septentrionale du golfe de Bothnie à Copenhague. Ce gigantesque flotteur ne mesurait pas moins de 118 m. de long, 17 de large, 5 m. de haut au-dessus de la mer et calait 5,5 m., rapporte 1 eNorges Handels og Sjôfartslidende de Kristiania. Deux vapeurs le remorquaient, l’un de 740 chevaux, l’autre de 450 et lui imprimaient une vitesse horaire de 5,5 à 4 milles. Afin d’éviter les pertes de temps résultant des re,lâches pour charbonner, le combustible nécessaire au voyage est chargé sur le pont du radeau et lorsque l’un de ses remorqueurs a besoin de se ravitailler, il vient se placer contre le flotteur et reçoit immédiatement l’approvisionnement utile.
- Le voyage d’JIaparanda à Copenhague s’est effectué avec le plus complet succès. Assailli par une tempête dans le golfe de Bothnie, l’énorme train de bois s’est parfaitement comporté. Les promoteurs avaient choisi à dessein pour l’expérience le mois d’octobre, époque à laquelle les gros temps sont fréquents dans la Baltique afin de pouvoir juger des qualités nautiques de l’appareil
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- et de sa force de résistance à la mer. Ils ont pu aussi se rendre compte qu’en été ces radeaux pourront franchir la mer du Nord et apporter en France et en Grande-Bretagne les bois qui encombrent les chantiers de Suède et de Norvège.
- Il serait à souhaiter que ce nouveau moyen de transport fût employé également pour amener dans nos ports les produits forestiers de la presqu’île de Kola, en Bussie. Celte vaste péninsule qui s’arrondit entre la mer Blanche et l’Océan Glacial, et que les alliés occupent, renferme d’immenses peuplements de résineux restés vierges pour ainsi dire et situés dans des conditions d’exploitation très faciles. Deux grandes rivières peuvent flotter ces bois jusqu’à Mourmansk, le terminus du chemin de fer de Kola sur la mer libre. De là jusqu’à un port français la distance est certes plus grande que celle séparant la Suède septentrionale, mais elle ne comporte pas une traversée en pleine mer beaucoup plus large. Des radeaux partant de Mourmansk n’auront, en effet, à franchir à découvert, en outre de la mer du Nord, que le morceau d’Océan Glacial large de 400 km environ s’étendant entre la côte russe et le cap Nord, presque toujours calme en été, et le reste du trajet ils l’effectueront à travers les eaux paisibles de l’archipel côtier de Norvège. Si notre occupation de la presqu’île de Kola nous amenait à exploiter les richesses forestières de cette région, lesquelles font partie des anciens domaines de la couronne, cette entreprise présenterait le double avantage de nous concilier définitivement les sympathies des indigènes qui souhaitent ardemment la mise en valeur des ressources de leur pays et de nous procurer un abondant ravitaillement en bois du Nord.
- Chaules Babot.
- LES CHARBONS DE LA SARRE
- Le bassin houiller de la Sarre. — Les troupes françaises ont fait récemment leur entrée à Sarre-brück, au moment même où une campagne de presse revendiquait, non sans raison, l’annexion à la France victorieuse des charbonnages de la Sarre. Le problème du charbon est, en effet, celui qui doit préoccuper le plus vivement l'altenlion des pouvoirs publics, celui qui cause les plus légitimes angoisses aux dirigeants de l’industrie nationale. Avant la guerre, nous devions importer pour les besoins de notre consommation 20 millions de tonnes de houilles étrangères. Tributaires des mines anglaises et allemandes pour un tiers du tonnage indispensable à notre activité économique, nous verrons noire situation singulièrement aggravée de ce fait que la réintégration de l’Alsace-Lorraine au sein de la mère-patrie placera sous notre contrôle une puissante industrie métallurgique instaurée sur le sol lorrain par les sidérurgistes de la Ruhr, et le rayon cotonnier de Mulhouse. Or l’Alsace-Lorraine détachée du territoire français par les traités de 1871 ne contient pas suffisamment de ressources houillères pour alimenter seulement l’industrie réannexée.
- Mais, par contre, aux marches de la Lorraine,
- s’allonge le riche gisement de la Sarre, dont la production pourrait nous fournir de précieux combustibles. Aussi a-t-on vu dans l’incorporation de ces dépôts au domaine national un moyen pratique de remédier à notre insuffisance en charbons.
- Le bassin houiller de Sarrebrück, orienté du sud-ouest au nord-est, s’étend sur une centaine de kilomètres de longueur, de Frankenholz, près de Waldmohr, dans le Palatinat bavarois, jusqu’à l’ouest de Pont-à-Mousson en France. Toutefois, la formation principale, et vraiment utile, ne présente pas une longueur de plus de 70 km, de Frankenholz à Karlingen en Lorraine.
- La largeur du gîte atteint 55 km et sa superficie plus de 155 000 hectares. Par ses dimensions, ce ïaassin rappelle celui du Nord et du Pas-de-Calais.
- D’après M. Aguillon, la surface respective des trois districts administratifs du dépôt serait la suivante : 1° partie rhénane, 100000 hectares; 2° partie bavaroise, 5500 ; 3°partie lorraine, 50000.
- Au nord, le gisement butte contre le flanc méridional de Ilunsriick.
- Au sud-est, ses limites sont assez précisément connues. Une faille post-triasique a rejeté les couches à [dus de 2000 m. Au sud-ouest, elles
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- LES CHARBONS DE LA SARRE
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- sont indécises. La minéralisation disparait ; mais son prolongement a été décelé vers Pont-à-Mousson et Eply. II . serait donc prématuré de vouloir fixer les frontières absolues de la cuvette.
- Celle-ci est affectée par un important accident géologique correspondant à la vallée de la Sarre, de Sarrelouis à Sarrebrück, et qui coupe perpendiculairement la formation.
- A partir de cette faille, le terrain s’enfonce rapidement sous les morts-terrains superficiels en direction nord-ouest. Sur l’autre rive de la Sarre, le pendage est moins accusé, il n’excède pas 30°. Les couches, qui se rencontrent à Petite-Rosselle. près de Sarrebrück à 75 m. du sol, s’observent déjà à Faulquemont à 590 m.; elles sont rejetées à 896 m. à Abancourt (France), et entre 1273 et 1546 m. à Eply.
- Les combustibles de la Sarre sont situés au-dessous des grès du permien dans les premières assises du carboniférien. A la partie supérieure du gîte, on signale deux filons, dits d’Ottweiler, épais de 1 m. 70 et 1 m. 50, et distants de 400 mètres.
- Ils reposent sur des conglomérats de Halz, farcis de quartzites, qu’on a reconnus dans toute l’étendue du bassin. A la base de ces derniers, les couches dites de Sarrebrück, apparentées a celles de la Belgique, sont constituées par trois faisceaux, isolés par des intercalations stériles, de houilles flambantes supérieures, inférieures et grasses.
- La puissance totale de cette formation est fort variable, mais elle atteint à peu près 1500 m. à l’est et 2500 à l’ouest, tandis que l’épaisseur totale des combustibles oscille entre 20 et 30 mètres.
- D’après le Slahland Eisen des 14 et 21 septembre 1916, la profondeur du terrain carbonifère s’élèverait à 2488 m. pour la zone occidentale, 2045 pour la zone centrale, 1551 pour la zone de l’est. D’un autre côté, on compterait respectivement 52 couches (42 m. 62 de puissance exploitable) dans la première région, 57 dans la seconde (42 m. 94), et 27 dans la dernière (57 m. 71). Le fond du pli n’a pas été atteint, et il est vraisemblable que l’on découvrirait à sa base les belles couches grasses du bassin du Hainaut et du Nord.
- En raison de l’insuffisance'des travaux d’exploration, les estimations de la richesse du gisement sont des plus dissemblables. Les Allemands, avec leurs tendances naturelles à l’exagération, ont accusé des réserves qui semblent problématiques. Selon von Dechen, la Sarre renfermerait 45 milliards et demi détonnes. Selon Muller 6500000000, pour les mines fiscales seules. Frech, limitant son évaluation aux quatre groupes de filons principaux, considère que le bassin pourrait livrer 5817 milliards de tonnes, dont 3660 millions à moins de 1000 m. de profondeur, et 1880 au-dessous de 1000 mètres.
- D’après le même auteur, en envisageant toutes les couches étudiées de plus de 70 cm de puissance, les ressources du bassin s’élèveraient à 5 631000000 de tonnes entre 0 et 1000 m';,
- 9413 000 000 jusqu’à 1500 m., et 33 milliards au-dessous de cette profondeur.
- Les Anglais ont fait entrer dans leurs calculs les veines de 0 m. 30 et porté ainsi leurs estimations à 9 795 000 000 tonnes jusqu’à 1000 m., 15574 000000 jusqu’à 1500 m., 53 515000000' si l’on englobe toute la formation.
- Ces évaluations, répétons-le, sont sujettes à révision. Néanmoins, le Congrès géologique de Toronto a chiffré à 12 milliards et demi de tonnes les réserves certaines jusqu’à 1500 m., profondeur atteinte par plusieurs exploitations, — dont 8 milliards à moins de 1000 m. — Les réserves connues atteindraient 6 780000000 t. entre 0 et 1200 m. Les réserves probables seraient considérables.
- Pour mieux préciser l’importance du dépôt, il faut remarquer que la richesse de notre bassin du Nord n’excéderait pas, d’après les données établies au même Congrès, 8 milliards de tonnes.
- Nature des produits. — Les charbons de la Sarre sont de quatre espèces : houilles sèches à longues flammes flambantes supérieures et inférieures, grasses. D’après M. Gonvy, les houilles de la Sarre donneraient 72 à 87 pour 100 de charbon,
- 4.5 à 5,5 d’eau, 8,5 à 15 d’oxygène et d’azote,
- 2.5 à 8,1 de cendres.
- Les rapports de l’État prussien, cités par Hohensee, accusent :
- Cendres. Eau. Carbone. Coke.
- Houilles sèches . . . 9,80 5,72 65,76 »
- Flambants supérieurs. 6.65 4,83 70,24 60
- — inférieurs . 5,17 3,57 74.29 59,0
- Houilles grasses . . . 5,04 2,06 78,75 64
- Si nous comparons ces résultats à ceux obtenus pour les produits du Nord ët de la Westphalie, nous observons : 1° que les charbons de la Sarre renferment plus de matières volatiles que ceux du Nord et de la Ruhr ; 2° qu’ils sont moins riches en calories que ces derniers; 3° qu’ils sont propres aux usages domestiques et à la fabrication du gaz ; mais, 4° qu’ils sont de médiocre qualité pour la fabrication du coke, qui demande des produits tenant en principe au maximum 3,5 de cendres.
- Cependant, les usines sidérurgiques de la région les utilisent pour la préparation du coke, bien que leur rendement ne dépasse pas, en fait, 55 à 56 pour 100. Pour cet emploi, on procède à un pilonnage, rendu nécessaire par la friabilité des combustibles. D’un autre côté, on leur adjoint une certaine proportion de charbons de la Ruhr, à moindre teneur en cendres. Peut-être y aurait-il lieu également de pratiquer un lavage pour réduire le pourcentage de cendres, mais on a craint jusqu’ici l’augmentation du prix de revient du coke.
- Quoi qu’il en soit, les mines de la Sarre-et-Moselle ont édifié une cokerie et approvisionnent les hauts fourneaux de Differdange (Luxembourg). A Moyeuvre, MM. de Wendel carbonisent aussi leurs houilles de Petite-Rosselle, avec addition de 20 pour 100 de produits westphaliens.
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- En 1915, 5 172589 t. étaient ainsi carbonisées et fournissaient l 700000 t. de coke.
- En résumé, le bassin de Sarrebrück renfermerait d’énormes réserves, très supérieures à celles du bassin flamand, et constituerait une richesse de tout premier ordre, mais ces charbons conviendraient médiocrement, à la sidérurgie, ce qui a incité l’un de nos plus éminents maîtres de forges à réclamer qu’au cours des négociations de paix l’État français exigeât des Allemands une forte contribution en produits de la I\iihr.
- Exploitation des dépôts. — L’exploitation du
- è«i
- exploitation d’Etat. Les comtes de Nassau et des Deux Ponts, les seigneurs d’Ottweiler, Puttlingen et Dillingen tiraient de gros revenus des mines de la Sarre lorsque nous occupâmes Sarrebrück (1793). Les exploitations devaient demeurer la propriété des seigneurs. Mais en nivôse an III, la Révolution soumit ces biens au contrôle de ses commissaires, et en 1798 les mines furent annexées par l’État français.
- Devant ses besoins de charbon, celui-ci afferma le gîte à la Compagnie Equer, qui produisit jusqu’à 25 000 t. par an. Une concession fut
- Les diverses mines du bassin de la Sarre.
- bassin remonte à une date lointaine. Dès 1450, l’extraction était active, et les populations utilisaient les affleurements de la formation, spécialement dans la vallée de Sulzbach, malgré l’abondance du bois ; on employait même la houille pour la forge.
- Les travaux ne furent toutefois méthodiquement entrepris qu’au xvme siècle, sous l’impulsion des princes de Nassau, auxquels les traités de Westphalie avaient confirmé les droits miniers à eux impartis par la Bulle d’Or de 1556.
- Vers 1745, Henri de Nassau, devant la valeur grandissante du charbon, racheta tous les droits accordés à des particuliers par ses ancêtres, ou les confisqua^ En 1750, il institua un monopole et une
- octroyée sur 900 hectares à M. Yilleroy, de Waller-fangen. Le bail deM. Equer ayant pris fin en 1808, l’Empire remit les mines aux Domaines qui les exploitèrent en Régie à raison de 90 000 t. par an.
- L’Empire songeait pourtant à répartir le bassin entre divers concessionnaires lorsque le traité de
- 1814 rendit à l’Allemagne une bonne partie des dépôts. Nous gardâmes seulement les cantons de Sarrelouis et Betting (département de la Moselle), ceux de Sarrebrück, Saint-Arnial et partie de celui de Lébach (département de la Sarre).. Les traités de
- 1815 ne devaient pas tarder à nous arracher ces ultimes ressources, et, à la fin de 1815, Prusse, Bavière et duché de Cobourg se partagèrent nos dépouilles
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- Mais, -vaillants comme toujours, nos industriels se remirent à l’œuvre. Frustrés, ils recherchèrent et découvrirent le prolongement du bassin. Une concession leur fut attribuée en 1827. Dix autres suivirent jusqu’en 1870, après une vigoureuse campagne de travaux préconisée par l’ingénieur de l’État Jacquot. L’étendue des gîtes concédés dépassait 22 000 hectares. La production de ce district excédait 245 000 t. lorsque le traité de Francfort nous priva de ces précieux combustibles.
- La Prusse avait, en effet, pu apprécier l’intérêt des dépôts de Sarrebrück. A la suite des traités de 1815, elle avait octroyé à la couronne l’exploitation des mines dont elle avait pris possession, en ne laissant subsister que la concession d’IIostenhach. La Bavière avait imité son exemple. Seul le duché de Cobourg avait suivi une autre politique, et créé des concessions dans les cantons de Saint-Wendel et d’Ottweiler. Mais, en 1854, ces domaines furent rachetés par la Prusse, qui, toutefois, maintint le régime établi.
- Le fisc prussien disposait de 6764 hectares à la fin de 1859. En janvier 1860, la concession fut accrue de 11 902 hectares. La production, qui ne surpassait pas 142000 t. en 1825, avait été portée à 1 955 961 en 1860, 2 734 019 en 1870, Elle progressa ensuite à 5 297 000 t. en 1880, 6 886 000 en 1870, 9 597 000 en 1900. Devant cet épanouissement, l’industrie privée tenta de nouveaux sondages, qui furent suivis de l’octroi de 28 000 hectares de concessions entre Saint-Avold et Faulquemont, si bien qu’en 1905l’extraction atteignait 10638000 t., et 17013 014 en 1915. Depuis 1890, le tonnage avait donc triplé.
- Cette production était ainsi répartie : région prussienne 12 406 556, région lorraine 5 795 952, région palatine 810 546. Plus de 80 puits, dont 60 dans le premier district, avaient été creusés.
- Presque tout le tonnage était livré par les 27 mines fiscales de l'État prussien (12555751) en ce qui concerne le district rhénan (Sarrelouis, Sarrebrück, Ottweiler, Saint-Wendel). La mine privée d’Ilostenbach (MM. Roechling) fournissait, de son côté, en 1912-1915, 197 016 t. Des mines officielles, trois Gerhard, Reden et Heinitz débitaient plus de 1 500 0001., quatre plus d’un million, deux plus de 500 000, trois plus de 400 000. Malgré l’installation de deux puissantes centrales, l’exploitation étatiste avait, d’ailleurs, donné de piètres résultats. Le rendement ouvrier n’excédait pas 229 t., pour 261 à la mine Hostenbach; le prix de revient était de 16 à 17 pour 100 plus élevé que dans les mines privées, enfin le bénéfice atteignait péniblement 1 mark par tonne.
- Pour l’exercice 1913-1914, les dépenses se sont élevées à 95 899200 marks, tandis que les recettes se tenaient à 104 110 438 marks.
- En Lorraine (Boulay, Forbach, Saint-Avold) 5 concessions seulement étaient exploitées : Petite Rosselle, à MM. de Wendel, Sarre-et-Moselle, à
- MM. Thyssen et Stinnes, la Flouve (Société franco-allemande) etproduisaient respectivement 2 386 010 tonnes, 1 112 996 et 347 451 1., au total 5 846 457 t., 10 autres concessions, attribuées à la Société Houillère internationale, à la Société Hostenbach, à MM. Roechling, aux forges deDillingen, à Sarre-et-Moselle et à l’Association allemande-autrichienne, demeuraient inutilisées ; 23 puits en service et un en fonçage avaient été creusés, et l’outillage des mines était des plus perfectionnés.
- Enfin, le district bavarois de Saint-Ingbert comprenait trois concessions, dont deux, Saint-Ingbert et Mittel-Bexbach, exploitées par l’État, extrayaient 479 000 t. et la dernière, Frankenholz, 400000 t.
- Emploi des houilles. — Il paraît utile de préciser en vue de nos revendications futures, dans quel sens s’orientait la consommation de ces produits. Les statistiques, publiées par le Gluckhauf (19 février 1914), nous montrent qu’en 1915 5965577 t. allaient aux industries de base du fer et de l’acier, 1 539 717 à la production du gaz, 5 219559 à la consommation domestique, 269409 à l’industrie textile, 204844 à l’industrie chimique, 534 684 à l’industrie extraetive, et le reste à la papeterie, à la verrerie, à la sucrerie, à l’industrie électrique, etc.
- Les chemins de fer, bien qu’exploités par l’État, les tramways n’absorbaient que 10,58 pour 100 du tonnage (1 581 218).
- Les droits et les besoins de la France touchant les houilles de la Sarre. — M. L. Gonvy, fils d’un illustre maître de forges lorrain, a énergiquement préconisé le rattachement à notre domaine du bassin de la Sarre. Répondant à ceux qui s’en désintéressent parce que les charbons de Sarrebrück sont de médiocres auxiliaires de la sidérurgie, il écrivait en octobre 1915 : « Il y a d’autres débouchés qui s’ouvriront à eux le jour où la région de Sarrebrück fera retour à la France. » De son côté, M. Aguillon proclamait avec autorité : « L’annexion de la Sarre à l’Alsace-Lorraine redevenue française est justifiée économiquement et historiquement ». Enfin, M. Houllevigue, l’érudit professeur et collaborateur aii Temps, revendiquait avec chaleur en 1916 « l’intégrale possession du bassin de Sarrebrück ». Sur quels arguments peut-on étayer cette prétention ?
- Tout d’abord, sur la nécessilé militaire de porter nos frontières jusqu’à la rive gauche du Rhin, notre rempart naturel et stratégique vers l’est. C’est là, d’ailleurs, une clause essentielle imposée par l’armistice actuel.
- En second lieu, sur nos droits historiques concernant la région de la Sarre. Sarrelouis est une ville d’origine bien française et dont le nom claironne ses attaches à notre pays. N’oublions pas, non plus, que les odieux traités de 1815, qui ont défiguré la carte de l’Europe et préparé un siècle de militarisation à.: outrance, nous ont ravi ces provinces qui étaient bien nôtres dans leur es-
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- sence et n’ont été prussianisées que contre leur gré.
- En troisième lieu, si les princes de Nassau ont développé l’exploitation des houillères, il faut reconnaître aussi que l’exploration scientifique du gîte a été l’œuvre de nos industriels. C’est à leur initiative qu’a été due la découverte des formations profondes après la Révolution, c’est le capital français qui a établi le prolongement du gisement vers Boulay et Saint-Àvold, et, plus tard, sur le territoire de Meurthe-et-Moselle.
- Il ne faudrait pas oublier, non plus, que, alors même qu’on ne voudrait pas invoquer la violation du droit commise en 1815, l’Allemagne se trouve notre débitrice pour toutes les destructions qu’elle a opérées et les pillages systématiques qu’elle a ordonnés depuis quatre ans. Elle nous doit, en Droit, une complète réparation. Or, la plus riche partie des houillères de la Sarre appartient à l'État prussien, l’instigateur et l’auteur de ces délits et crimes. L’État français a donc, en bonne justice, le droit de réclamer au gouvernement de Berlin la propriété des charbonnages fiscaux de Sarrebrück pour paiement d’une partie de sa dette, pour la couverture des pertes qu’il a fait subir à nos mines du Pas-de-Calais. Sans annexer toute la Sarre, notre gouvernement peut, du moins, se faire attribuer les domaines de la Couronne de Prusse, comme il prendra possession définitive des chemins de fer impériaux d’Alsace-Lorraine lors du règlement de comptes. Nous pouvons, d’ailleurs,
- arguer, à cet égard, d’un précédent caractéristique.
- En 1815, la Prusse exigea non seulement la remise des dépôts, mais encore celle du travail exécuté, de 1807 à 1811, par les ingénieurs français en vue de la transformation de l’exploitation par l’État en concessions particulières. Ainsi la France dut-elle céder à la Prusse le merveilleux allas de nivellement dressé par Duhamel et Cal-melet. Nous n’avons qu’à appliquer à la Prusse le traitement qu’elle nous infligea il y a cent ans.
- Enfin, l’Allemagne a entrepris la guerre pour s’assurer l’hégémonie du fer et s’emparer de nos dépôts de Briey. Nous avons de bonnes raisons de reprendre à notre compte sa formule, et de la contraindre à nous fournir la houille nécessaire à notre sidérurgie.
- Nous sommes en présence d’un dilemme : ou voir notre industrie en fâcheuse posture par suite de la réannexion de l’Àlsace-Lorraine, et notre déficit en combustibles s’aggraver à plus de 30 millions de tonnes, ou incorporer, sous une forme ou une autre, le bassin de la Sarre de façon à récupérer 15 à 20 millions de tonnes par an. Après avoir tenté d’affamer notre sidérurgie, nos ennemis ne pourraient s’étonner de nous voir prendre des mesures de défense en vue de l’avenir, alors que leurs ressources houillères seraient à peine entamées par la perte delà Sarre.
- Auguste Pawlowski.
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- Séance du 3o septembre 1918.
- Un précurseur en géologie. Dolomieu. — M. Lacroix analyse une note inédite de Dolomieu, datant de 1778 où se trouvent énumérées des observations, remarquables pour l’époque, sur des roches basaltiques situées à Lisbonne et sur leur véritable nature volcanique.
- Hétérogénéité de l’acier. — MM. Le Chatelier et Bogitch étudient l’hétérogénéité de l’acier, telle qu’elle est révélée à l’œil nu par une attaque à l’acide sulfurique, à la teinture d’iode ou à la solution cuprique de Stead. Tandis que l’hétérogénéité microscopique, étudiée par Osmond, est due à l’inégale répartition du carbone, l’hétérogénéité macroscopique tient à l’oxygène resté en solution solide dans le métal. Comme la qualité de l’acier est en relation directe avec cette structure, on voit quelle est l’importance pratique de cette constatation. La découverte ainsi faite explique en même temps comment, lorsque les aciers sont prélevés avant l’addition finale de manganèse et lorsqu’ils contiennent par conséquent de l’oxygène, on ne peut pas, comme on le fait habituellement, calculer leur résistance électrique en partant de leur composition chimique; celle-ci se trouvant faussée par la présence de l’oxygène dont les analyses ne tiennent pas compte.
- La théorie du magnéton. — Cette théorie a donné une grande importance aux mesures des coefficients d’aimantation qui permettent de soumettre au contrôle de l’expérience les hypothèses cinétiques servant de base
- à la théorie de Langevin. MM. Edmond Bauer, Pierre Weits et Auguste Piccard ont opéré, par trois méthodes différentes, des mesures relatives aux gaz paramagnétiques qui leur ont donné des résultats en contradiction avec la théorie du magnéton. Ils ne croient cependant pas devoir renoncer à cette théorie.
- Les méla?iges isomorphes. — M. Paul Gaubert étudie des substances dont certaines propriétés des cristaux purs sont très différentes (coloration, réfringence, etc.) : par exemple des mélanges de sels d’argent et de plomb avec les sels correspondants de potassium, sodium et baryum et examine les propriétés physiques des cristaux complexes, ainsi que le partage de l’une des deux substances entre l’eau mère et les cristaux en voie d’accroissement de l’autre corps isomorphe. Il en conclut que les corps isomorphes peuvent former des cristaux complexes par les deux mécanismes qu’il a antérieurement décrits dans les cristaux constitués par deux substances ne présentant aucune analogie de forme cristalline. Les seules différences consistent en ce que, si les deux corps ne sont pas isomorphes, les cristaux de celui qui contient l’autre en petite quantité changent de faciès et qu’il ne se produit pas de cristal constitué par les deux types associés.
- Liquides anisotropes. — M. F. Grandjean étudie les franges d’interférence qu’on peut provoquer ét observer au microscope dans un liquide anisotrope enfermé entre deux lames de clivage de talc bien transparentes. Si l’on
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- UN THERMOMÈTRE POUR AVEUGLES
- déplace les deux lames l’une par rapport à l’autre, il se produit un frottement qui détermine des franges vivement colorées en lumière blanche. Ces franges sont très fugitives et disparaissent au maximum en 1 ou 2 secondes. Elles paraissent attribuables à l’électricité que développe le frottement; car on les voit également se produire dans un liquide posé sur une lame de verre dans un champ électrique.
- Le traitement de la grippe. — MM. Defressive et Violle ont étudié l’épidémie de grippe actuelle à Toulon et ont constaté que, si la grippe elle-même n’a causé
- aucun décès, ses complications ultérieures ont déterminé la mort dans un dixième des cas. Ces complications sont dues à l’intervention des pneumocoqu-s. Ils ont obtenu d’excellents résultats par des injections de sérum anti-pneumococcique, soit à titre préventif, soit à titre curatif. L’usage d’un masque, fait simplement avec un rectangle de gaze plié en quatre épaisseurs et maintenu à l’aide de cordelettes, protège le nez et la bouche contre l’introduction des particules virulentes projetées par le malade lors d’accès de toux et peut donc être recommandé pour ceux qui sont appelés à lui donner des soins.
- UN THERMOMÈTRE POUR AVEUGLES
- Les gens frappés de cécité, dont la guerre a malheureusement fort accru le nombre, excitent, de plus en plus, l’intérêt des hommes de cœur, qui s’efforcent d’améliorer leur sort par d’utiles créations. Au cours de ces dernières années, en effet, divers chercheurs s’ingénièrent à adapter pour l’usage des aveugles certains appareils, outils, inventions ou simples jeux de société depuis les machines à écrire et à sténographier jusqu’aux montres ou aux échecs, par exemple. Aujourd’hui un Nî-mois, M. Fleury Brunet,vient d’inventer un curieux ih ermornètre, qui permettra aux personnesprivées de la vue d’apprécier les températures tout aussi bien que les clairvoyants.
- Le nouvel appareil est une originale balance calorimétrique avec laquelle on « pèse la température » si je puis m’exprimer ainsi ! Ce résultat s’obtient par l’association d’un thermomètre à mercure avec un levier-fléau qui, utilisant le déplacement horizontal du centre de gravité, produit par la modification de la colonne liquide le long de la tige de l’instrument, permet aux aveugles la lecture digitale des degrés sur un volet-index (fig. 1).
- L’inventeur a réalisé sa conception d’une façon élégante et sobre. Sur la partie supérieure d’un pied massif se trouvent enchâssés deux coussinets d’onyx et de sa base partent deux petites barres d’acier au bout desquelles glisse un volet-index ajouré et cintré en aluminium. Ce volet-index porte une graduation en caractères Braille allant de zéro
- (en haut) à 40° centigrades (en bas) ; des perforations intermédiaires indiquent les demi-degrés. Les coussinets supportent, en outre, par l’intermédiaire d’un axe-couteau le levier-fléau, également en aluminium et qui constitue la pièce principale de l’instrument, car il porte, fixé sur son grand
- bras qui se termine en pointe, un thermomètre à mercure ordinaire. Une boule fixe et 2 molettes disposées sur le petit bras du fléau constituent les organes annexes afin de faciliter le tarage de l’ensemble. La colonne de mercure joue le rôle de curseur; elle commande seule les oscillations du fléau et suivant les variations de températures entre 0 et 40°, elle peut occuper toutes les positions comprises du haut du cadran, la position horizontale correspondant a 20 degrés.
- Quant un aveugle désire savoir le degré indiqué par l’appareil, il lui suffit de rapprocher le volet-index du levier-fléau dont la pointe vient alors s’enclencher dans une perforation dudit volet et il n’a plus qu’à placer le doigt sur le chiffre Braille correspondant pour connaîlre la température. Puis aussitôt sa lecture faite, il écarte le volet-index de la pointe du levier -lléau pour lui rendre sa liberté. En définitive, le thermomètre Brunet, dont le jury du dernier concours Lépine de Paris a consacré le mérite par un Grand Prix, est d’un fonctionnement commode et son emploi se généralisera sans doute dans le monde des aveugles, toujours si avides de nouveautés.
- Le Gérant: 1*. Masson. — Imprimerie Lahurê, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- CHARS D’ASSAUT ET PÉNICHES
- Tout le monde' connaît les derniers-nés de nos chars d’assaut, les petits tanks Renault. Ils ont conquis sur tous les champs de bataille de 1918 une gloire éclatante. Légers et souples, véritables voltigeurs blindés, ils se déplacent sur tous terrains ù des vitesses qui atteignent jusqu’à 12 km à l’heure ; leur apparition subite sur tous les points du front, les qualités militaire]» qu’ils doivent à leur mobilité en ont fait à maintes reprises l’instrument décisif de la victoire.
- Le char Renault est un^véhicule automobile à chenille, mû par un moteur à essence d’environ 20'chevaux; il porte une mitrailleuse ou un canon de petit calibre sous tourelle blindée.
- Il a été construit en 1918 et mis en service pour les armées française et américaine un très grand nombre de ces engins ; le programme de construction était même loin d’être achevé, lorsque l’armistice est venu suspendre le cours de leurs exploits.
- Aujourd’hui le rôle guerrier des chars d’assaut est terminé, pour longtemps, espérons-le. "
- Mais voici qu’une carrière nouvelle, toute pacifique, s’ouvre devant eux. Le Ministère des Travaux Publics vient d’entreprendre une série d’expériences pour employer les tanks au remorquage des péniches sur les canaux. Les premiers essais sont des plus encourageants et laissent entrevoir un vaste champ d’applications.
- La genèse de cette tentative mérite d’être exposée ; au lendemain de l’armistice, les services publics se
- Fig. i. —- Char d’assaut montrant le dispositif de traction.
- sont trouvés en présence d’un problème de transports hérissé de difficultés ! Le tonnage à transporter n’a pas diminué du fait de la cessation des hostilités : il fauL assurer en effet le ravitaillement des régions libérées, et le transport des matériaux necessaires à la réfection immédiate de nos voies de communicatidn ; sur celles-ci l’ennemi a multi-
- 47e Année — 1er Semestre
- plié, durant sa retraite, les destructions de tous, genres. . 1
- Les chemins de fer, au cours de 4 mois d’offensive générale, ont fourni un effort surhumain; ils sont à bout de souffle. Il faut à tout prix les dégager. *• '
- Les transports sur route ont également donné le
- Fig. 2. — Le halage par tank d’une péniche.
- maximum. On doit donc se retourner sur les voies navigables; pendant la guerre,elles se sont révélées comme de précieux auxiliaires du rail ; mais, peut-être en raison de préventions anciennes, elles n’ont pas atteint leur maximum de rendement.
- Le mode de traction le plus en faveur sur nos canaux est toujours le cheval. La vitesse commerciale du bateau avec la traction animale, ne dépasse pas 1 km 5 à l’heure. C’est peu en notre siècle de vitesse. Des progrès sont évidemment possibles.
- Avant, la guerre, on avait effectué des essais de remorquage de bateaux, au moyen de tracteurs agricoles se déplaçant sur les chemins de halage. La guerre a interrompu les expériences, qui laissaient entrevoir, cependant, des résultats favorables.
- Comment reprendre aujourd’hui ces tentatives? Pour aboutir rapidement à un résultat pratique, il fallait non pas imaginer, puis construire un type de tracteur répondant à toutes les exigences théoriques du halage, mais utiliser et adapter sans retard, un type de tracteur existant.
- Le sous-secrétaire d’État des Travaux Publics, M. Cels, et son directeur des Services, M. l’ingénieur Le Trocquer, ont immédiatement songé aux tanks, qui existent en grand nombre et sont actuellement sans emploi'.
- Des expériences préliminaires faites dans la régiôn' Parisienne ont démontré qu’aucune difficulté particulière ne s’opposait à cette utilisation du char d’assaut.
- Il a suffi de dégager le char de sa coupole et de son
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- CHARS D’ASSAUT ET PÉNICHES
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- armement devenus inutiles, et de le pourvoir d’un système d’attelage. Celui-oi est très simple : de chaque côté du véhicule, un piston est relié par un ressort à une pièce fixe montée sur le châssis. Le câble de halage vient s’attacher au moyen d’un V à la tête de chacun des pistons.
- Ce mode d’attache n’est pas définitif; l’effort de traction, on le voit sans peine, est oblique par rapport à l’axe du char de halage : pour qu’il n’en résultât aucun inconvénient, il faudrait que le point d’application de la résultante des efforts de traction fût le plus près possible des centres de gravité du véhicule.
- C’est ce qui sera réalisé incessamment par un nouveau dispositif, aussi simple que celui qui vient d’être décrit. j
- À la suite des premiers essais, des expériences plus précises ont été effectuées sur le canal latéral à la Marne aux environs d’Éper-nay, en vue de déterminer des chiffres de consommation d’essence et les rendements.
- On constate qu’un tank re-morqueaisément un train de quatre péniches, à la vitesse commerciale de 3 km à l’heure; c’est le double de ce que donne la traction animale. La dépense d’essence était de 2 litres environ par bateau-kilomètre.
- Le’ tank de guerre, malgré ses blindages et ses dispositifs spéciaux, justifiés par les exigences du combat, donne donc un mode de halage bien supérieur au cheval.
- ' Il est évident, néanmoins, que l’on peut encore
- l’alléger. Il existe dans les usines de guerre, de nombreux châssis qui n’ont pas encore été pourvus de leur blindage. D’autre part, les chars d’assaut sont mtmis d’un système de carburation spécial en prévision des grandes inclinaisons qu’ils peuvent
- prendre en terrain accidenté. Ce système entraîne une dépense d’essence assez élévée. De nouveaux ' essais ont été faits avec un tank sans blindage, muni d’un carburateur ordinaire d’automobile, ne pesant plus que 2 300 kg; la dépense d’essence est tombée à 1 litre" par bateau kilomètre.
- Ajoutons que le véhicule a été pourvu d’un siège pour le conducteur plus confortable que celui du tank de guerre, dont le pilote est installé sous un capot blindé, où il est assez mal à l’aise. Et que la réduction de poids permet de ne pas dégrader les chemins de halage.
- Dans ces conditions, le tank devient un tracteur de péniches extrêmement remarquable en comparaison de la traction animale, la vitesse des bateaux est doublée, et le prix de revient par bateau-kilomètre se trouve diminué au moins de moitié.
- Le plus intéressant dans les circonstances actuelles, c’est qu’un grand nombre de ces appareils peut être mis en service à très bref délai.
- De nouvelles expériences vont être exécutées très prochainement avec une Compagnie de chars, c’est-à-dire 30 chars mis par la Guerre à la disposition des Travaux publics. On pourra ainsi se rendre un compte exact des conditions d’exploitation des
- Fig. 3.— JJn tank modifié pour le halage, sans tourelle blindée, passant à côté de l’antique moyen de traction.
- .Aï*/;. >*v
- et aux travaux agricoles.
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- LA CANONNADE ET LA PLUIE.
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- canaux avec le halage par chars ; et le procédé entrera ensuite dans la pratique.
- Dès maintenant, on peut prévoir qu’il permettra de réaliser un grand progrès. Est-ce à dire que le char soit le mode de halage de l’avenir pour les canaux?Les ingénieurs qui s’efforcent actuellement de mettre au point son emploi, ne le prétendent pas. Leur but est d’utiliser immédiatement pouramélio-rer.l’exploitation de nos canaux, des engins appartenant à l’État et momentanément sans emploi utile.
- Mais sans aucun doute cette application en grand permettra de déterminer très exactement les conditions auxquelles doit répondre le tracteur mécanique partait, et de progrès en progrès, elle conduira à la réalisation delà machine définitive.
- Enfin il y a lieu de retenir, dans les expériences ci-dessus, le premier exemple de l’adaptation à des buts de paix, d’un engin en apparence exclusivement guerrier.
- •R. Yii.lers.
- LA CANONNADE ET LA PLUIE
- Faut-il écrire : Le canon et la pluie, fable, ou bien traiter .encore de ce sujet dans une revue scientifique? Pendant plus de 4 ans de guerre, les journaux ont discuté gravement et périodiquement l’influence des tirs au canon sur les précipitations atmosphériques. Malgré l’union sacrée, deux partis ont manifesté énergiquement leurs opinions opposées. Certaines de nos grandes offensives, rappelons-nous, furent suivies d’une période pluvieuse qui gêna considérablement, quand elle n’arrêta pas tout net, l’exploitation de nos succès. Avant la guerre même, on poursuivait en divers points des expériences pour attirer les nuages et la pluie, soit' en tirant le canon, soit en faisant exploser en l’air des 'charges enlevées par des ballons. Le canon ébranle-t-il donc suffiamment les couches d’air pour y proVoquer des condensations aqueuses?
- A cela, les adversaires de cette théorie font remarquer que les expériences antérieures à la guerre n’ont jamais été concluantes et que les tirs n’ont provoqué la pluie que lorsque les conditions météorologiques étaient telles que l’averse serait tombée même sans canons.
- Sir Napier Shaw, le directeur du Méteorological Office de Londres, a même déclaré pendant la guerre que les plus terribles canonnades dit front ont tout autant d’effet sur la pluie « qu’un sprat qui prétendrait barrer l’entrée de la Tamisé ». Pour lui, l’énergie produite par un bombardement est insignifiante, infinitésimale par rapport à celle de la moindre chute de pluie. Une averse de 50-minutes tombant sur une surface de 2,5 km2 et donnant 2 mm dé hauteur d’eau, libère 40 millions de chevaux-vapeur, rien que par la chaleur dégagée par la condensation,de cette eau.
- En France, les météorologistes officiels ont également nié tout rapport entre la pluie et la canonnade."
- On peut ajouter que les inondations qui viennent de nous menacer presque aussi gravement qu’en 1910, succédant immédiatement à l’armistice, ne sont pas faites pour étayer la conviction de l’influence des batailles.
- Et cependant, il faut bien reconnaître aussi que, d’abord, de tout temps, depuis les guerres les plus anciennes, on a cru constater que des pluies anormales suivaient toujours les grandes batailles, même alors que le canon n’était pas inventé.
- Puis, il n’est pas douteux que les pluies ont été plus abondantes que de coutume pendant ces 4 années de guerre. Les chiffres publiés par le Meteorological Office de Londres sont probants à ce sujet, puisqu’ils indiquent une augmentation d’environ 25 pour 100. Pendant les cinq derniers mois de 1914, l’ensemble des chutes de pluie, dans la région de Londres, dépassa la moyenne de 5 inehes (7 cm 5) ; il est vrai que septembre et octobre, mois de grandes batailles, furent peu pluvieux, contrairement à décembre, alors que le front était inactif; 1915 et 1916 furent dans l’ensemble des années humides dont les précipitations aqueuses dépassèrent de 20 pour 100 la moyenne, mais 1917 ne la dépassa que de 6 pour 100, bien que l’artillerie ait pris un développement jusqu’alors inconnu. Enfin, la dernière offensive, malgré ses orgies de tir, put se poursuivre par le beau temps, tandis que depuis l’armistice la pluie n’a pas cessé.
- Il semble donc difficile de dire que le tir du canon attire la pluie, bien qu’il reste à expliquer la pluviosité particulière des années de guerre, très supérieure à la moyenne. Il est vrai que 1910, année de paix, avait été aussi pluvieuse !®ll est donc probable que nous nous trouvons là en présence d’une loi météorologique encore inconnue, à laquelle le canon nubien à voir. A. B.
- LE PÉTROLE COMME SUBSTITUT DE L’ESSENCE
- DANS LES MOTEURS A EXPLOSION
- Le système Bellem-Brégéras.
- La question du combustible à utiliser dans les automobiles présente une importance considérable à l’heure actuelle.
- Non seulement les organismes constitués, comme
- les Comités du Pétrole, aussi bien en France qu’en Angleterre recherchent ce que l’on a appelé « le comburant national », mais les industriels se préoccupent aussi de modifier les carburateurs
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- 228. LE PETROLE COMME SUBSTITUT DE L’ESSENCE DANS LES MOTEURS
- actuels pour l’emploi éventuel des combustibles autres que l’essence.
- C’est qu’en effet, après la guerre, il y aura certainement un développement extraordinaire de l’emploi des moteurs à explosion, aussi bien pour l’automobile que pour l’agriculture, la traction industrielle, la force motrice dans les usines, ejtc.., mais aussi il y aura une orise d’approvisionnement. Par suite de la rareté du fret, pendant de longues années sans doute, le prix de l’essence sera fort élevé. Par contre, l’industrie de l’alcool a pris en France depuis la guerre un développement con sidérable.
- D’autre part, l’acétylène que dégage le carbure de calcium est soluble dans un certain nombre de liquides (alcool, essence , benzol, etc..-.) et le mélange de combustible obtenu pourra constituer, pour nos industries électrochimiques,un débouché intéressant.
- On voit donc quelle est non seulement » la complexité de la question, mais encore son importance économique.
- Mais trouver le mélange combustible donnant satisfaction comme prix et eom-me pouvoir'explosif n’est pas suffisant, il faut encore modifier les distributeurs, carburateurs, etc., t des moteurs et' les adapter à chaque mélange em-„ ployé.
- En général il suffit de changer le carburateur et de le remplacer par un dispositif, gicleur ou distributeur spécial., Cet organe Soit en particulier assurer le démarrage à froid du moteur et cette condition est particulièrement difficile à réaliser lorsqu’on utilise des; mélanges peu volatils comme du pétrole lampant, des huiles de schistes ou même de l’alcool. Y v
- Pour arriver à ce résultat, de nombreux inventeurs ont proposé des systèmes plus ou moins compliqués et qui, aux essais, n’ont pas toujours donné les résultats espérés. Parmi les systèmes les
- plus intéressants et dont les essais'pratiques ont montré la valeur, nous signalerons en particulier le système Bellem-Brégéras.
- Ses inventeurs, pour assurer la bonne explosion du mélange combustible, décomposent en deux phases le premier temps du moteur : ^
- 1° A l’inverse du mode habituel, la soupape d’aspiration reste fermée dans la majeure partie du premier temps. Le piston descend en produisant le vide. Ce vide détermine une aspiration violente d’une petite quantité d’air à travers la soupape d’un appareil pulvérisateur auquel le pétrole est
- fourni par un distributeur spécial. Les orifices du pulvérisateur étant petits par rapport au volume de la cylindrée, la pulvérisation du pétrole par la petite quantité d’air aspiré se produit dans Un vide considérable ;
- 2° 45° environ avant le fond de course bas, la soupape Jd’ad-mission s’ouvre, introduisant seulement de l’air, et elle se referme 45° après le point mort bas.
- L’aspiration d’air pur se faisant sous l’action d’un grand vide, ce court temps d’aspiration est suffisant pour le remplissage, même pour des moteurs à grande vitesse (1800 tours). Le mélange de pétrole pulvérisé et d’air est comprimé à 4 ou 5 kg par la remontée du piston et l’explosion a lieu sous l’action d’une étincelle, haute ou basse tension, sans aucune particularité dans les moyens d’allumage.
- La pulvérisation du pétrole lampant et des huiles lourdes, ainsi faite dans le vide, produit des gouttelettes très fines. f
- Le mécanisme comprend donc deux organes fondamentaux : un pulvérisateur monté sur le sommet des cylindres et alimenté par un distributeur relié à la valve d’air pur.
- La figure 1 montre le montage de ces deux appareils sur un moteur de service. Nous allons décrire succinctement leur construction et leur
- Entrée c/'air pur
- 'Came d'Adm Vmodifiée
- Fig. i. — Montage du distributeur et du pulvérisateur sur un moteur en service.
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- LE PÉTROLE COMME SUBSTITUT DE L’ESSENCE DANS LES MOTEURS 2?9
- mode de fonctionnement. Considérons d’abord le distributeur (Fig. 2) : P est un piston plongeur terminé par un guide de plus gros diamètre, recevant par une rainure le mouvement d’une came creuse c, commandée , ' ' -
- par l’arbre à cames C. La figure représente le piston en haut de course. Le piston P coulisse dans un corps de pompe dans lequel sont empilées et serrées des rondelles de liège formant presse-étoupe. Le liège a la propriété remarquable d’être à peu près inusable et son frottement sur le piston peut être considéré comme constant.
- Le guide du piston coulisse dans une douille dont on peut faire varier la position en hauteur par le pignon P commandé de l’extérieur.
- Le compartiment est toujours entièrement plein de pétrole arrivant par un orifice. Une purge permet au préalable de chasser entièrement l’air.
- Le piston étant en haut de. course, l’arbre à cames continue ment, la came creuse est alors cylindre est poussé par un ressort logé dans le guide contre le clapet plat dont on verra plus loin l’utilité.
- L’arbre à cames revient ensuite en contact avec le bas de la came creuse et le piston P descend, mais en entraînant par adhérence le corps de pompe mobile qui quitte le siège plat. Le corps de pompe vient rencontrer la douille butée fixée par le .moyen du pignon dehté, dans une position déterminée; ce mouvement de descente s’arrête donc pehdant que
- le piston P continue son chemin. Le liquide aspiré par le piston rentre alors dans le cylindre, entourant P et, l’arbre à cames continuant son mouvement, le piston P remonte en entraînant le cylindre
- Fig. 2. — Le distributeur.
- son mouve-immobile et le
- ARRIVEE. duCombustibi f
- mobile jusqu’à ce que ce cylindre vienne en contact avec le clapet plat et s’arrête. Le piston P refoule alors, par le clapet de retenue automatique, le liquide qu’il a aspiré. Pour obtenir un débit moindre, il suffit d’agir sur le pignon pour descendre la butéeT Le déplacement relatif de P et du cylindre qui l’entoure est alors diminué et par suite le débit. Le débit sera nul quand le cylindre viendra toucher la butée.
- On peut donc obtenir tous les débits intermédiaires entre zéro et le débit maximum.
- Le pulvérisateur dont est muni chaque cylindre est représenté en coupe sur la figure 3. Les flèches indiquent la marche de l’air dans l’appareil. Quant au combustible, il vient frapper une soupape creuse S fermée par une rondelle sertie; sur le cône de cette soupape et à l’intérieur de la partie du siège sont percés de petits trous correspondant à des rainures par lesquelles arrive l’air. Il sort donc des trous un mélange d’air et de pétrole finement pulvérisé qui se dilue dans l’air du cylindre
- et assure une bonne explosion.
- Les résultats d’expériences sur route ont montré que la consommation de pétrole pour une voiturette pesant 1800 kg et faisant du 40 en moyenne ressortait à 80 kg de pétrole par tours-kilomètre, c’est-à-dire que la consommation est de 15 litres environ par 100 kilomètres.
- On voit donc que le système Bellem-Brégéras permet de substituer sans inconvénient, en particulier le pétrole à l’essence dans les moteurs à explosion. Il permet aussi l’utilisation des huiles lourdes, et même de l'alcool* ce qui présente un réel intérêt pour la généralisation de l’emploi des moteurs à explosion. X....
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- L’ALCOOL DE GRAINS
- Un nouveau procédé de fabrication.
- Tant que les procédés de synthèse, signalés récemment par La Nature (n° 2280), ne. seront pas entrés dans le domaine de la pratique, nous n’aurons d’autres ressources que la transformation, sous l’action de levures sélectionnées, d’un liquide riche en sucres fermentescibles, pour fournir à la consommation un produit dont les emplois sont, de jour en jour, plus nombreux.
- Nous n’envisageons, bien entendu, que les usages industriels de 1’ « alcool », tantôt matière première, comme dans la fabrication de l’éther, de l’éthanal ou du vinaigre, tantôt source de chauffage ou de force motrice, parfois dissolvant, c’est le cas en pharmacie et en parfumer ie, d’autres fois enfin agent de cristallisation et de précipitation, pour l’obtention des corps purs, tant au laboratoire qu’à l’usine.
- Nous laissons ainsi de côté les alcools « de bouche », obtenus aux dépens de jus sucrés naturels et qui proviennent de la distillation des vins (Cognac et Armagnac), des fruits (Calvados, Kirsch, Quetsch), des marcs (eaux-de-vie de Bourgogne) ou des miels (hydromels). Bien que les mélasses de betteraves, livrées par les sucreries, soient, elles aussi, une source importante d’alcool éthylique, nous consacrerons cette chronique au travail des grains riches en amidon et nous signalerons une méthode toute récente, mais qui n’en a pas moins fait ses preuves.
- Mis eh œuvre À la fin de 1913, le procédé « au mucor » a, durant les quatre premières années de guerre, livré 300000 hectolitres aux Poudreries nationales. Cette production se dénombre ainsi :
- i
- 10 000 hectolitres en 1914. 100 000 hectolitres en 1916.
- 40 000 — 1915. 180 000 — 1917.
- Pour fixer des points de comparaison nous rappellerons, dans leurs grandes lignes, lesprocédés jusqü’ici employés pour la « saccharification » de l’amidon.
- Celui-ci se trouve, on le sait, dans l’orge, le maïs, le riz et le manioc, le blé et l’avoine, le seigle et la
- pomme de terre. Quelques chiffres préciseront les idées et montreront entre quelles limites, oscille la teneur de ces différents produits naturels :
- Orge ... 56 à 74 p. 100. Seigle. . . 60 à 72 p. 100.
- Maïs ... 59 à 72 — Blé. ... 60 à 73 —
- Manioc . . 65 à 70 — Avoine . . 65 à 70 —
- Riz décor- Pomme de
- tiqué . . 75 à 76 — terre. . 14 à 16 —
- Si les distillateurs français, du Nord et du Pas-de-Calais, employaient surtout l’orge, le maïs et le seigle, le blé s’utilisait en Belgique et la pomme de terre avait retenu, depuis soixante ans, l'attention
- des agronomes allemands. Par des sélections nombreuses, ils étaient arrivés à obtenir, non seulement de hauts rendements — 25 à 27000 kg à l’hectare — mais aussi des tubercules, riches à 18 pour 100 de fécule.
- Quelle que soit la matière première entrant à l’usine, on avait, dans la majorité des cas, recours soit aux acides, soit à un ferment soluble, une diastase, pour la transformation de l’amidon et, suivant les années et lts conditions économiques de l’installation, chacune des méthodes avait ses partisans.
- Procédé à l'acide. — Une simple expérience de cours le résume : en chauffant quelques grains de maïs, concassés, avec de l’eau acidulée, on constate d’abord la formation de la dextrine, puis celle du glucose.
- Un premier perfectionnement apporté à la réalisation industrielle fut la cuite sous pression, dans l’autoclave Colani et Krüger : au lieu de 10 kg d’acide chlorhydrique pour 100 litres d’eau on n’eut plus qu’à en ajouter 2 kg 5 et la durée de l’opération s’abaissa à 30 minutes. Cependant, la méthode ne s’améliora pas davantage et les inconvénients se montrent d’eux-mêmes. Les frais généraux sont non seulement grevés du prix de l’acide, mais encore de la manutention qu’exige sa neutralisation — il est toujours en excès — et la filtration des moûts avant leur envoi dans la cuve
- I : Il
- Fig. i. — Morphologie et reproduction du mucor Boulard. ii° 5. — I. Spore initiale du «'mucor » et son mycèle. — II. Celui-ci envahit au bout de quelques heures tout le liquideriche en amidon, et fournit un feutrage épais. L’action diastasique transforme l'amidon en sucre fermentescible.
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- de fermentation. Ce n’est pas tout. Le rendement ne dépasse guère 30 pour 100 —— c’est-à-dire que 100 kg de grains ne fournissent au rectifîcateur que 30 litres d’alcool pur — et cette infériorité n’est en rien compensée par l’utilisation d’un sous-produit. Or, toute distillerie de grains doit chercher à tirer parti des « drèches », résidu qui contient une forte proportion d’éléments nutritifs, et qui; mélangé au foin de prairie, à la paille et au trèfle peut s’employer à hautes doses et sans danger, pour l’engraissement des bœufs et des vaches laitières. Venues des distilleries travaillant à l’acide, les drèches ne présentent aucun intérêt, puisque les chlorures (ou sulfates) les rendent laxatives, sinon toxiques, et qu’une macération dans l’eau pour les séparer de ces sels, aurait comme premier résultat, l’élimination des principes assimi-\ labiés.
- On s’explique ainsi le discrédit dans lequel est tombée la mé-thodè que nous venons d’indiquer, il n’en est pas de même de celle qui va suivre.
- Procédé au malt. — Chacun sait que, regardé au microscope, un grain d’orge présente : un embryon,avec radicule, tigelle et cotylédons, reposant sur la masse blanche dialbumen, par l’intermédiaire d’une couche de cellules qui s’y enfoncent profondément. Lors de la germination — et celle-ci demande non seulement l’oxygène nécessaire à la vie de la jeune plante, mais aussi certaines conditions d’humidité et de température — des ferments solubles, ou diqstases, se développent, qü’ont successivement étudiés Payen, Persoz, Mus-culus, MM. Maquenne et Roux. L’accord n’étant pas complet entre les différents savants, disons simplement que 1’ « amylase » intervient pour transformer l’amidon en un sucre fermentescible : le maltoœ, et qu’en cela consiste la préparation du malt. En arrêtant, par séchage à 60° ou touraillage, le développement de la plante (car poussé plus loin il ferait disparaître l’amylase) on utilise celle-ci, au « travail » d’une grande quantité d’amidon. Dans certains cas, on emploie le malt à l’état humide, tel qu’il sort du germoir, sous le nom dé « malt vert » et cette germination incomplète de l’orge faisait l’objet d’une industrie localisée chez nous aux
- environs de Douai. Son prix de revient est le seul inconvénient du procédé au malt, qui présente, pour le maïs par exemple, quelques variantes — méthodes avec ou sans pression, grains concassé; ou grains moulus. On a calculé que les États-Unis ayant, dans le courant de 1917, utilisé 4500 t. de malt pour 40000 t. de grains, leur suppression eût amené une économie de 3 millions ; enfin le rendement ne dépasse guère 33 à 34 pour 100.
- Procédé aux mucédinées. — Tels étaient, au voisinage de 1885, les deux seuls procédés — malt et acide — mis en œuvre pour la transformation de l’amidon. Or, de tout temps, en utilisant des moisissures, des champignons microscopiques, les Asiatiques ont fait des vins, des boissons nationales, et c’est ainsi que le saké
- s’obtient par fer mentation du riz sous l’influence de VEurotium Oryzae, associéà des levures, tandis qu’en Indochine, on trouve couramment dans le commerce des galettes, composées de grains, de plantes aromatiques et de ferments, sous le nom de mens. Le Dr Cal-mette, étudiant ces levains, en isola une mueé-dinée, Y Amylo-myces Bouxii, dont il mit en évidence la particularité suivante : cultivé en surface, le champignon brûle le sucre formé aux dépens de l’amidon; vivant en profondeur, ilsaccha-rifie d’abord, puis transforme le sucre en alcool. L’essentiel pour tirer tout le parti utile de ce caractère spécifique est donc de cultiver Y Amylomyces en atmosphère confinée, ce que dans leurs grandes jarres de terre, remplies seulement aux 2/3, et mal fermées, les Annamites font de père en fils, tout naturellement, sans voir là autre chose qu’un tour de métier.
- Tel fut le point de départ du procédé Amylo dont on connaît les grandes lignes : cuisson des grains et liquéfaction de l’empois d’amidon, saccharification et fermentation Simultanées, en milieu rigoureusement aseptique. La possibilité de traiter des moûts très concentrés, une notable économie de main-d’œuvre et de produits, une grande finesse de l’alcool obtenu, telles sont les qualités d’une méthode, qui eut de plus, pour expliquer sa faveur auprès des industriels, le gros avantage d’élever le
- 1 II
- Fig. 2. — Les sporanges apparaissent bientôt (1) et s’emplissent d’endospores (II).
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- rendement — à l’usine —1 à 97 pour 100 du rendement théorique.
- Procédé au « mucor ». — Le procédé qui re-
- tiendra maintenant notre attention utilise aussi l’action diastasique d’un champignon, en même temps qu’une levure, appropriée agit comme ferment alcoolique. Il y a « symbiose » entre les deux organismes que nous allons voir au travail.
- Le grain grossièrement concassé est mis dans un bac de trempe et séjourne environ 50 minutes au contact d’une eau légèrement acidulée (0,8 de SOMBpour 100) maintenue à 70°. De là, il passe dans un cuiseur horizontal et y subit, durant une demi-heure, une pression de 4 kg. Il y a formation d’une faible quantité de sucre et liquéfaction partielle de l’amidon. Ici va commencer l'action du mucor.
- Le moût envoyé dans de grandes cuves en tôle et! refroidi à.” 59°, reçoit une quantité insignifiante — environ 0 gr. 5 — de culture pure sur pomme de terre. Au bout de 24 heures, tout le contenu est envahi par le mycélium du champignon.
- Chaque spore a donné naissance à de longs filaments et pour une contenance de 1000 Hl., on obtient un feutrage épais de 4 à 5 tonnes (fig. 1). L’action diastasique a suivi son libre cours : l’amidonjs’est transformé peu à peu en sucre, tandis que pour multiplier le mucor, de f petites masses frondes,
- les sporanges, s’emplissent bientôt d’endospores (fig. 2 (I et II). La columelle sépare le pédi-celle du sporange et bientôt, sur la surface de ce dernier, apparaissent des cristaux d’oxalate de calcium. A la manière d’un fruit mûr qui s’ouvre, le sporange entre en déhiscence (fig. 5 (I et II) et les nouvelles spores, se répandent, qui vont suivre à leur tour le cycle de la cellule initiale.
- 'La fig. 4 (I et II) montre le squelette du « fruit », la paroi externe reste seule, et les nombreuses « graines » qui en sont sorties commencent à produire leur mycélium.
- Mais en même temps que l’action diastasique se fait sentir aux dépens des matières amylacées, une levure sélectionnée dont on voit les cellules fig. 4 — à côté des sporanges du mucor — transforme le sucre en alcool, si bien qu’au bout de 5 jours, le a naoût » devenu « vin », est envoyé à la colonne à distiller.
- Nous avons résumé (fig, 5) les parties essentielles d’une usine employant le mucor Boulard n° 5. On voit ainsi le gros avantage présenté sur les premiers procédés « aux mucédinées ». Il est possible, en effet,
- de terminer l’opération de la fermentation en cuves ouvertes (H, H), le mucor et la levure sont tôus deux assez robustes pour résister aux agents ordinaires d’infection.
- I II
- Fig. 3. — Sur la surface extérieure du sporange, se montrent des cristaux d’oxalate de calcium.— I.Le sporange s’ouvre à la façon d’un fruit mur; la columelle, qui sépare le pédicelle du sporange, apparaît nettement sur la photographie II.
- Fig. 4. — 1. A côté des sporanges, des cellules de levure alcoolique. Le phénomène de symbiose a lieu — II. Le squelette du sporange, vide de ses spores, qui commencent déjà à journir leur
- mycèle.
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- LA LIAISON PAR EAU DE L’ALSACE-LORRAINE AVEC LA FRANCE 233
- Quant aux rendements, ils atteignent les plus hauts chiffres.
- Il suffit de lire le tableau suivant, pour s’en convaincre :
- truire au plus vite. Or, le procédé à l’acide est bien près de quitter la scène industrielle, la méthode au malt est onéreuse, et de plus exige un organisme intermédiaire : la malterie ; il est donc de
- Conduite yénéra/e de vapeur
- Conduite générale d'eir
- iri,i
- :enduite
- Fig. 5. — Coupe d’une usine travaillant au « mucor ».
- A. Silo dé grains.
- B. Broyeur.
- D. Bac de trempé.
- E. Cuiseur.
- FF. Cuves fermées.
- HH. Cuves ouvertes (le mucor et la levure sont assez robustes pour résister aux agents d’in-' fection).
- S. Pompe à air.
- K, L, M,N. Atelier de distillation et de rectifiea-. tion de l’alcool.
- Q. Laveur à air.
- R. Compresseur.
- Maïs Plata avarié, 100 kilog . . . —37lh0 d’alcool à 100° Brisure de riz. . . ; . . . . . . 45lit5 —
- ! brisure de riz. 15 %) riz cargo ... 70 % [ 42lil20 —
- maïs...........15 °/o )
- L’enaemi en s’enfuyant n’a laissé derrière lui que des ruines. Nos distilleries du Nord et du Pas-de-Calais ont été anéanties. Il nous faudra recons-
- LA LIAISON PAR EAU AVEC LE NORD ET L
- • Le rattachement de l’Alsace-Lorraine à la France doit nous inciter, sans plus tarder, à rechercher si les provinces rachetées au prix de sacrifices infinis sont, outillées pour leur rôle futur, si elles sont dotées, en particulier, des voies .navigables indispensables à leur développement économique et aux échanges Considérables qui vont s’instaurer entre la rive gauche du Rhin et les campagnes situées à l'ouest du continent. Cette question doit être élucidée sans hésitation, car l’Alsace et la Lorraine doivent leur plus grande richesse à l’exploitation desqproduits du sous-sol, à la potasse du bassin de Mulhouse, au minerai de fer du pays messin et aux houilles du bassin de la Sarre, qui constituent par excellence les matières pondéreuses dont le transport par eau s’impose pour une compression aussi étroite que possible des prix, de revient de la fonte, dès engrais, et des combustibles industriels.
- Or, si nous consultons une carte de P Alsace-Lorraine, nous observons immédiatement que les
- toute évidence que l’avenir est aux « mucors ».
- Eux seuls permettent en effet non seulement d’atteindre, avec un produit de première qualité, des rendements jusqu’alors inconnus, mais encore d’utiliser un matériel robuste, de maniement facile, rapide à monter et peu coûteux. Enfin, leur emploi peut s’étendre à la fabrication des vinaigres et des bières. Paul Baüd.
- E L’ALSACE-LORRAINE
- SUD DE L\ FRANCE
- provinces désannexées ne communiquent avec la France que par le canal de la Marne-au-Rhin et le petit et archaïque canal du Rhône-au-Rhin, qui se rejoignent à Strasbourg, et relient cette ville à Nancy et Paris d’une part, et. Lyon d’autre part.
- Le » canal de la Marne-au-Rhin est une voie ancienne de 10 m. de largeur au plafond et 2 m. de profondeur, avec des écluses de 38 m. 50 de. long, et 5 m. 20 de large, conformes au programme de Freycinet. Il assure, en particulier, le trafic des combustibles minéraux du Nord et du PaS-de-Calâis, destinés à la Lorraine, française, l’acheminement vers la Belgique et le Nord français — par l’intermédiaire des canaux de l’Est ou de l’Aisne à la Marne — des minerais de Lorraine utilisés par les four-^ beaux flamands. Par cette voie, on peut aller de Strasbourg à Anvers par eau, et les fontes du pays lorrain peuvent atteindre le nord du territoire. La branche sud du canal de l’Est alimente aussi les filatures vosgiennes en cotons et charbons.
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- 234 LA LIAISON PAR EAU DE L’ALS ACE-LORRAINE AVEC LA FRANCE
- Cependant, si nous examinons les statistiques du trafic du canal de la Marne-au-Rhin, nous pourrons observer que. le tonnage, loin de s’y développer avec l’extension de la sidérurgie et de la production minière en Lorraine française et annexée, a peu varié en ce qui concerne les minerais. Celui-ci ne dépassait pas 450 000 t. avant la guerre, de provenance uniquement française.
- Ceci tient essentiellement à l’insuffisance reconnue de la voie, aux encombrements, préjudiciables à la batellerie, à- Foug et aux écluses de la vallée de l’Ingressin, et corollairement à la cherté du fret, à la multiplicité d£s éclusages à la descente de la vallée de la Meuse, à l’imperfection du halage, malgré les améliorations apportées, au détour que doivent accomplir les produits lorrains pour atteindre les Flandres, à la médiocre alimentation de la cuvette. A plus forte raison, l’industrie alsacienne, qui peut utiliser la navigation du Bhin, et communiquer à bas prix avec Rotterdam et Anvers par cette voie, a-t-elle dù en partie renoncer au canal français alors que nos compatriotes hésitaient à lui confier leurs marchandises. La Moselle canalisée de Frouard à Pagny-sur-Moselle olïre le même mouillage que le canal de la Marne-au-Rhin (2 m.) ; ses écluses ont également la même longueur et une largeur un peu supérieure (6 m.). Les mêmes critiques lui peuvent être adressées.
- On ne peut donc pas dire qu’il existe une grande voie d’accès entre F Alsace-Lorraine et le nord de la France, entre Strasbourg, Bàle ou Metz, et Paris, Lille ou Dunkerque. Le Rhin formait, par contre, une excellente voie d’échanges entre Bàle, Strasbourg et la Hollande, c’est-à-dire entre les provinces hier annexées et la mer.
- Mais il est bien évident que l’Alsace-Lorraine reconquise orientera désormais ses opérations, non plus vers l’Est, c’est-à-dire vers l’Allemagne, mais bien vers l’Ouest et le Nord-Ouest, c’est-à-dire vers la France et la Belgique. 11 n’est pas admissible, dans ces conditions, que le trafic emprunte dans l’avenir la voie rhénane, quand bien même le Rhin serait internationalisé, pour rejoindre la mer du Nord, et il est indispensable, toutefois, que les produits puissent parvenir aisément non seulement à la Manche, mais encore à la Belgique, à la capitale, et aux usines des régions flamandes.
- Il convient de reprendre sous un angle nouveau l’étude des voies de navigation intérieure, jadis envisagées pour la desserte de la Lorraine.
- Dès 1881, le Parlement français avait déclaré d’utilité publique la construction d’un .canal de l’Escaut à la Meuse avec prolongement, par la vallée de la Chiers, jusqu’à Longwy, les intéressés s’étant engagés à fournir un capital de 5 millions et un péage annuel de 300000 francs. En 1901, le projet' Baudin-Millerand reprit ce programme en réclamant une contribution des industriels égale à la moitié de la dépense. ,
- /Cette proposition provoqua des polémiques ar-
- dentes entre les partisans de la navigation intérieure, représentés par MM. deSaintignon et Dreux, .maîtres de forges., et leurs adversaires, dont le plus fougueux fut M. de Lespinats.
- M. l’inspecteur général Renaud, chargé par la Chambre de Commerce de Nancy dfe départager les avis, rédigea un rapport des plus favorables au projet, qui eût permis d’apporter les charbons du Nord en Lorraine,,et de transporter les minerais, fontes et ébauches d’acier aux usines du Nord, en même temps que d’assurer au port de Dunkerque la clientèle de l’Est. Mais le Nord fit la sourde oreille à cet appel. Force fut donc aux Lorrains de créer une société d’Études et d’Amélioration des voies fluviales de France, et d’offrir au ministre des Travaux publics d’entreprendre un canal de 2 m. 20 de profondeur, susceptible de porter des bateaux de 400 t. L’État devait garantir un intérêt au Capital, et l’amortissement des actions. La société, d’autre part, devait percevoir des taxes et des recettes de traction. La convention en préparation ne fut pas signée par suite d’un changement de ministère.
- Le canal du Nord-Est devait être, sur requête. des maîtres de forges lorrains, prolongé par une branche complémentaire, soit'qu’on empruntât les vallées de la Crusne et de la Pienne pour relier Longuyon à Briey par Landres, soit qu’on gagnât le val de l’Orne pour atteindre Briey et Joeuf, soit enfin qu’on établît un canal de raccordement entre le canal de l’Est et Briey par la Woevre et Étain.
- Il importe de considérer que l’adoption des projets du canal du Nord-Est et db son complément sur Briey devait : 1° permettre d’ouvriràl’Angleterre l’accès des minerais de Briey, les minerais lorrains pouvant être vendus, d’après les calculs, 13 fr. 30 la tonne, rendus en Grande-Bretagne (4 fr. 50 de prix de base pour la marchandise, 5 francs de transport entre Briey et Dunkerque, 0,40 de transbordement à Dunkerque, 3,60 pour le transport par mer et les autres frais) ; 2° par la même voie on faciliterait l’introduction des charbons anglais sur le marché lorrain.
- L’exécution du canal du Nord-Est, du canal de la Chiers et du canal de Briey était seule à envisager pour nos industriels lorrains avant les hostilités. Aujourd’hui, comme nous l’avons dit, il y a un instant, il y a un intérêt capital à faire communiquer avec la Belgique, avec le Nord, avec la mer, la Lorraine et l’Alsace récupérées. Les projets préconisés naguère restent, toutefois, la base du programme à réaliser dans ce but.
- Pour desservir la Lorraine minière et métallurgique que faut-il, en effet, prévoir : la canalisation de la Moselle et sa jonction aux canaux projetés.
- Dès 1904, le "Luxembourg, menacé dans sa prospérité par le projet de canal du Rhin au Weser, imagina de prolonger le canal de la Chiers de Longwy jusqu’à la Moselle. Esch-sur-l’Alzette se fut trouvé à 669 km de Rotterdam par le Rhin, à
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- LA LIAISON PAR EAU DE L’ALSACE-LORRAINE AVEC LA FRANCE 235
- 448 d’Anvers "par les artères de navigation intérieure.
- Après un examen décourageant fait par les ingénieurs allemands, opposés à cette combinaison, les promoteurs de l’entreprise confièrent à deux ingénieurs français, MM. Hégly etRigaux, le soin de
- partage. Leur capacité devait atteindre 12 millions de mètres cubes. En outre une usine élévatoire devait être édifiée à Bettembourg pour refouler les eaux sassées dans les biefs supérieurs.
- La dépense était évaluée à 48 millions, et l’intérêt du capital devait être assuré par des péages.
- ^ Canaux
- t - L Rivières cana/isée^ uu Canaux projetés +*++++ Frontières
- A J sa ce -Lorraine
- Les voies d'eau pouvant relier l’Alsace-Lorraine aux ports français.
- dresser le devis de ce canal. Ceux-ci envisagèrent une voie de 51 km de longueur desservant Rodange, Differdange, Esch, Bettembourg, Aspelt, Et-tange, Bons et Stadtbrédimus. Le bief de partage devait se trouver à la cote 300.95. Vers la Chiers le canal devait redescendre à la cote 260.53, celle du dernier bief luxembourgeois prévu, et vers la Moselle à l’altitude de 139 m. 30. Des branches devaient être creusées vers
- Dudelange et Rumelange, et vers Audun-!e-Tiche (Lorraine).
- La voie devait comporter 52 écluses à épargne, pour éviter le gaspillage de Beau, et un tunnel de. 1800 m.. trouer la crête de Soleuvre (ligne de faîte entre Meuse et Moselle). La navigation était, prévue pour des bateaux de 600 t.
- En raison de la pénurie d’eau aux cotes élevées, deux réservoirs devaient être aménages à Livange et Huncherangfe, de part et d’autre de la ligne de
- Ce canal eût présenté pour les usines et mines du Nord de la Lorraine et du Duché des avantages considérables, la voie devant desservir la presque totalité d’entre elles. Les fourneaux devaient économiser 1 mark 45 par tonne de coke, 1,70 par tonne de fonte, et, dans certains cas, lm.6(Let 1 m. 85,»^ pour les transports de ou vers la Ruhr. 11 .est bien évident que l’économie à réaliser serait beaucoup plus élevée si l’on envisage les transports de miner rais et fontes vers la Belgique et le Nord.
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- Parallèlement à ce projet, ’JAllemagne étudiait celui delà canalisation de la Moselle. Sur les instances de la Société d’études pour l’établissement de voies navigables en Alsace-Lorraine, des Chambres de Commerce, des sidérurgistes, le Reichstag s’occupa à plusieurs reprises de la question. Mais il se heurta à une fin de non-recevoir du Ministre des Travaux publics. Le 7 avril 1910, M. de Breitenbach déclarait péremptoirement que des raisons économiques s’opposaient à la création du canal réclamé. Néanmoins, le gouvernement de Berlin était contraint deprocéder à l’étude de la canalisation, et, en 1911, le Ministre devait formuler précisément ses arguments. Selon le chef des Travaux publics, le projet devait favoriser la Sarre et la Lorraine au détriment du Rhin inférieur, et porter un grave préjudice à la métallurgie westphalienne, et, d’autre part, réduire de 24 millions de marks la recette annuelle des chemins de fer d’État.
- En fait, le gouvernement de Berlin entendait réserver à la Westphalie tous les bénéfices qu’elle tirait de sa position géographique. Il ne voulait pas voir la situation renversée au profit de la Lorraine, pour laquelle le prix de revient de la fonte eût été • abaissé de 2 m. 36 et celui du transport à Rotterdam de 3 m. 13.
- Le Reichstag se rallia aux vues du gouvernement, bien entendu.
- Les raisons qui pouvaient engager la Prusse à s’opposer au projet doivent au contraire nous décider à reprendre, sur des nouvelles bases, l’idée du canal pour la desserte des usines et mines redevenues françaises, et leur liaison avec le territoire national.
- N’est-ce pas nous qui avons voté la canalisation de la Moselle en 1867, et inauguré en 1870 la section Frouard-Pagny? N’avions-nous pas commencé la section Pagny-Metz ? N’avions-nous pas convenu en 1871 que les Allemands poursuivraiênt les travaux entrepris par nous au delà de Pagny? Si la Prusse n’a pas fait honneur à ses engagements à cet égard, son abstention n’a-t-elle pas été dictée par le désir de nous nuire?
- Il convient, à un autre point de vue, de remarquer que l’attitude du gouvernement allemand a été commandée par le souci de complaire à l’origine aux sidérurgistes de la Rühr, et, après la venue de ces derniers en Lorraine, aux forges de la Lahn, delà Dill, et aux dirigeants des mines fiscales de la Sarre. La canalisation de la Moselle devait rendre la position des métallurgistes westphaliens beaucoup plus difficile au regard de celle, qui eût été notablement améliorée, des usiniers lorrains.
- Notre devoir est donc tout tracé. En canalisant la Moselle à l’aval de Metz,' nous favoriserons' l’activité des usines réannexées,-et nous ferons Hchec à la politique des sidérurgistes de la Prusse. Mais nous ouvrirons, en même temps, des communications de la Lorraine minière sur Naqcy et sur Paris. La Moselle canalisée sur 300 km comporte-
- rait 39 écluses. Le chenal navigable aurait 40 m. de largeur et 2 m. 50 de profondeur, il serait accessible aux bateaux de 600 tonnes. Nous devrons, d’ailleurs, compléter cette œuvre, pour joindre le pays messin à la Belgique et au Nord, par l’exécution du prolongement du canal du Nord-Est entre Longuyon et Pagny-sur-Moselle, sollicité par la . Chambre de Commerce de Nancy depuis de longues années.
- Enfin ce programme serait judicieusement achevé par le prolongement sur Thionville du rameau projeté de Differdange sur Andun-la-Tiche.
- De cette manière, les produits du pays messin pourraient être dirigés facilement, à des prix avantageux, soit sur Paris, via Frouard (Moselle canalisée), soit sur le centre par le canal de la Marne au Rhin, et la branche sud du canal de l’Est, soit sur la Belgique et le Nord par le canal de Pagny à Con-flans ou le canal de Thionville et le canal du Luxembourg, le canal du Nord-Est, et le réseau fluvial du nord et de la Belgique.
- La canalisation de la Moselle jusqu’à Coblentz — qu’on pourrait imposer à l’Allemagne dans le traité de paix — ouvrirait d’autre part aux marchan-dises’lorraines l’accès du Rhin inférieur, au détriment des produits westphaliens.
- Enfin, si l’on jugeait devoir annexer à la France les houillères de la Sarre, il y aurait lieu de prévoir une jonction Metz-Sarreguemines qui assurerait la liaison entre la Moselle et Strasbourg, par l’intermédiaire du canal de Sarreguemines à Gon-drexanges, et faciliterait les expéditions de charbons de Sarrebrück sur la Lorraine française^ la région parisienne. Le gouvernement prussien ayant mis autant de mauvaise volonté à différer la canalisation de la Sarre que celle de la Moselle, toute la Sarre se trouveraitplacée ainsi dans l’orbite de Nancy.
- Mais il faut songer aussi aux mines de potasse et aux pétroles alsaciens de^Pechelbronn. Ceux-ci devront emprunter, comme les cotons à destination du rayon de Mulhouse, soit le canal de la Marne-au-Rhin et le canal du Rhône-au-Rhin, soit seulement ce dernier pour les relations avec le midi et le centre français.
- Mais cette voie constitue un instrument suranné. Longue de 190 km de ce côté de l’ancienne frontière, de 320 au total, elle n’offre sur la plus grande partie de son parcours qu’un mouillage de 1 m. 20. Ses écluses ne mesurent que 30 m. 50 de long, sauf entre Saint-Symphorien et Deluz, et entre Courcelles et Fesches. Les bateaux qui circulent sur la Saône ou sur le canal de la Marne au Rhin doivent rompre charge à ses extrémités, les marchandises être transbordées, ou il faut se résigner à n’employer de bout en bout du voyage que des bateaux de faible capacité (150 tonnes), ce qui contribue à accroître les prix du transport. La traction se fait aussi d’une manière archaïque, et les ports outillés/sont rares en France (Besançon, l’Isle-sur-Doubs, Morvillars).
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- LES RESSOURCES D'ENERGIE HYDRAULIQUE DU MONDE
- Pour faire de cette artère et de son complément le canal de Huningue à Bàle, une grande voie internationale, il siérait d’approfondir la cuvette à 2 m. 50, et d’agrandir les écluses à 60 m. et 8 m. 50, de manière à faciliter le passage de bateaux de 600 tonnes.
- Les communications entre le Havre et l’Alsace seraient ainsi assurées par le canal du Rhône-au-Rhin, les canaux de Bourgogne et l’Yonne, et il serait inutile de recourir à la navigation sur le Rhin. Si l’on songe que Bâle est le terminus naturel des voies ferrées des Alpes centrales, on créerait ainsi au Rhin — allemand dans son cours moyen— la plus redoutable des concurrences. En particulier, on faciliterait à l’industrie de Mulhouse l’importation de ses cotons et l’acheminement vers la France et l’Angleterre de la potasse alsacienne.
- Des projets d’amélioration du canal du Rhône-au-Rhfti ont été envisagés depuis 50 ansv En 1881-1882, on avait prévu l’allongement des écluses à 38 m. 50, et l’approfondissement de la cuvette à 2 mètres. En 1907, on avait repris le même projet, mais en portant le mouillage à 2 m. 20. L’Allemagne ayant décidé, de son côté, l’agrandissement de la voie en Alsace, des conférences techniques
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- internationales eurent lieu en 1913. On y reconnut que le trafic pourrait aisément être porté dé 50000 à 500000 tonnes. Les travaux furent suspendus par la guerre, mais il importe de constater que le canal rapproche Strasbourg de la Méditerranée, et le met à 903 km de Marseille, au lieu de 4700 par Rotterdam. Bàle se trouve seulement, par cette artère, à 831 km de Marseille.
- 11 faut voir grand. Le canal est susceptible de concurrencer le Rhin pour les marchandises de ou pour l’Orient et à destination ou en provenance de l’Alsace et de la vallée du Rhin. Mais il faut, à cet égard, qu’il puisse recevoir des bateaux de 600 tonnes. Il faut aussi redresser le tracé de la voie, lui assurer une alimentation suffisante, rendre possible la navigation à vapeur.
- Les Allemands ont, en 1913, rendu l’accès du canal d’Huningue possible aux bateaux de 300 t. Il faudra mettre cette branche au gabarit du canal de Strasbourg.
- Le programme que nous avons résumé représente une dépense énorme, mettons 200 millions. La richesse de l’Àlsace-Lorraine nous autorise à l’engager, son avenir et le nôtre nous font un devoir de ne pas le différer.
- Auguste Pawlowski.
- LES RESSOURCES D’ÉNERGIE HYDRAULIQUE DU MONDE
- En ce moment où l’on commence à se préoccuper activement de l’après-guerre, on examine de toutes parts quel effort il faudra fournir pour réorganiser la vie du temps de paix, remettre en route les industries arrêtées ou languissantes, adapter aux conditions commerciales futures les industries de guerre, actuellement prospères. En un mot, on cherche comment on pourra rétablir la vie normale des pays aujourd’hui si fortement perturbés, et avant tout produire rapidement, intensément, avec le minimum de main-d’œuvre, pour amortir le plus vite possible les énormes dettes qui s’accumulent chaque jour partout.
- Pour cela, il faudra de la force motrice, beaucoup et à bon marché.
- On est ainsi conduit à faire le bilan de l’énergie dont on dispose : houille noire, houille blanche, et à supputer quelle sera la puissance disponible de chaque État.
- Les estimations relatives à la houille noire, aux dépôts de charbon, sont connues depuis longtemps, avec une' grande approximation. La Nature en a maintes fois fourni les éléments à ses lecteurs.
- Les ressources en houille blanche, connues depuis moins de temps, commencent, elles aussi, à faire l’objet de statistiques nombreuses. En France, l’enquête sur la reprise et le développement de la vie industrielle que poursuivent les
- Comités consultatifs régionaux d’action économique du Ministère de la guerre1, nous fournira des renseignements précis et détaillés sur nos richesses,
- En Angleterre, le Comité d’administration des sociétés scientifiques vient de publier un rapport préliminaire sur les forces hydrauliques et leur utilisation auquel nous 'emprunterons les intéressants renseignements suivants.
- La consommation actuelle du monde en force motrice peut être estimée, d’après les meilleures statistiques, à environ 120 millions de chevaux, en y comprenant tous les genres de forces : vapeur,-gaz, électricité.
- Les usines, les tramways, l’éclairage électrique entrent dans ce total pour 75 millions de chevaux, les chemins de fer pour 21, les bateaux pour 24.
- Les 75 millions de chevaux, consommés dans les usines et les villes, se répartissent approximative-
- ment ainsi :
- Grande-Bretagne et colonies. ... 19 Europe continentale. . . . . . . 24
- États-Unis. . ................. 29
- Asie et Sud-Amérique.............. 5
- Une récente estimation des forces hydrauliques
- 1: Deux de ces enquêtes ont déjà paru, celles relatives aux Landes et à la région pyrénéenne. Bordeaux, Delmas, éditeur. .
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- établie par le Ministère de l’Intérieur du Canada arrive aux données suivantes :
- Pays. Surface en milliers de [ kilom. carr. Populations. Forces hydrauliques. utilisables, utilisées. (Estimation de 1915.) [ Pour cent ! d’utilisation
- États-Unis .... 7867 92.019.000 28.100.000 7.000.000 21.9
- Canada . ... 7610 16 035.500 26.897,000 3.460.560 12.8
- Autriche-Hongrie. 626 49 418.. 600 6.460 000 566.000 8 8
- France 335 59.601.500 5.587.000 650.000 11.6
- Norvège 322 2.302.700 5-000.000 1.120.000 20.4
- Espagne. . . . 504 18.618.100 5.000.000 440.000 8.8
- Suède 447 5.221 900 4.500.000 704.500 15.6
- Italie 236 28 601.600 4.000 000 976.300 24.4
- Suisse. . . .' . . 39 3.742.000 2.000.000 511.000 25 5
- Allemagne. . . . 540 64.603 .'400 1.425.000 618.100 45.4
- Grande-Bretagne . 228 40.851.400 963 000 80 000 8.3
- Russie 22.482 132.182.600 20.000.000 1.000.000 5.0
- Ce tableau permet d’utiles réflexions. La totalité des forces hydrauliques actuellement exploitées atteint 15 à 16 millions de chevaux-vapeur, le huitième environ des forces motrices du monde. Mais
- les possibilités d’exploitation sont beaucoup plus grandes et dépassent largement les besoins actuels.
- L’Allemagne, qui est parmi les moins bien partagées, a utilisé au mieux cette forme d’énergie, puisqu’elle emploie près de la moitié des forces dont elle peut disposer, tandis que la France n’en exploite que 11 pour 100 et la Grande-Bretagne 8. La Suisse, les Etats-Unis, l’Italie, la Norvège sont, après l’Allemagne, les pays qui ont déjà aménagé le plus grand nombre de leurs chutes d’eau. En Norvège, particulièrement, plusde400000 chevaux sont consommés uniquement pour la fixation de l’azote atmosphérique et la production de l’acide nitrique et des nitrates de synthèse.
- Si l’on songe aux besoins prochains de l'industrie renaissante, aux demandes de nitrates de l’agriculture que les dépôts naturels du Chili ne suffiront plus à fournir dans un temps limité, on jugera qu’il est temps d’organiser partout les forces hydrauliques, et notamment en France où nous avons la chance d’être parmi les mieux pourvus. A. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 7 octobre
- 1
- Nécrologie. Marcel Deprez. — Marcel Deprez, mort le 16 octobre 1918, était né le 29 décembre 1845 et avait été élève de l’École des Mines. Après la guerre de 1870, où il avait pris une part active aux travaux d’artillerie de la Défense de Paris, il poursuivit ses recherches de balistique et corhbina des appareils destinés à mesurer les pressions développées par la pression de la poudre dans l’âme des canons, pour étudier les lois du recul. Mais son nom reste surtout attaché aux expériences de Creil, qui, en 1886, démontrèrent, pour la première fois, la possibilité de transmettre à grandes distances l’énergie d’une génératrice à une réceptrice électrique : c’est-à-dire à une des découvertes qui ont le plus rapidement contribué, dans ces dernières années, à transformer la face du monde. Il avait remplacé Tresca à l’Académie des Sciences, en 1886 et, depuis 1890, il professait, au Conservatoire des Arts et Métiers, le cours d’électricité industrielle.
- Efforts internes développés dans les mèlaux et "alliages par un refroidissement rapide. — Pour analyser l’état d’équilibre élastique interne d’un métal, on peut recourir à la détermination de la valeur des efforts internes dans des couches minces enlevées successivement à l’outil, en mesurant avec une très grande précision les modifications de dimensions du solide restant. M. Portevin a constaté ainsi que le refroidissement rapide par immersion dans l’eau développe des efforts internes qui mettent en compression longitudinale les zones extérieures et en extension longitudinale les régions centrales des cylindres examinés..Un choix judicieux des conditions de refroidissement exerce une grande influence sur le résultat pratique. On peut être amené à adopter, pour certains travaux de précision, un refroidissement lent après revenu, afin d’éviter les déformations à l’usinage final. Suivant le but qu’on se propose, l’opération devra être conduite différemment.
- au 4 novembre 1918.
- Le virus de la grippe. — Diverses communications sont relatives à cette question d’actualité. M. Dujarric de la Rivière a voulu rechercher si le virus de la grippe est une maladie à virus filtrant et si, de ce fait, les microbes trouvés dans le sang (pneumocoque, streptocoque) ne sont que des microbes de sortie. En conséquence, il a prélevé du sang sur des grippés graves et pratiqué des hémocultures qui ont toutes été négatives. Le reste a été défibriné et passé à la bougie' de Chamberland. Puis l’auteur du travail s’est fait inoculer sous la peau le filtrat et a constaté au bout de deux jours tous les phénomènes de la grippe. Ayant, après cette première expérience, badigeonné fortement sa gorge et sa muqueuse nasale avec un filtrat contaminé, il a constaté en outre ' qu’il avait acquis l’immunité contre la contagion. — Un autre travail de MM. Charles Nicolle et Charles Lebailly montre que l’expectoration bronchique des grippés, recueillie dans la période aiguë, est virulente et qué l’agent de la grippe est un organisme filtrant. L’inoculation par voie sous-cutanée produit, en effet, la maladie, tandis que, la voie sanguine paraît inefficace.
- Utilisation de greffes mortes pour la réparation chirurgicale des tissus de nature conjonctive. — Nous nous bornons à annoncer cette communication qui, en raison de son importance, sera ici l’objet d’un article spécial. En deux mots, MM. Nagent le et Sencert ont montré qu’il n’était pas nécessaire de recourir à la greffe vivante et fraîche des tendons, mais qu’on réussissait également avec des greffes mortes? dans des conditions .d’application beaucoup plus faciles : ce qui ouvre de vastes hdri-zons à la chirurgie réparatrice.
- Composition de L’atmosphère. — M. Véronnet étudie la densité relative des principaux gaz de notre atmosphère et leur pourcentage à différentes hauteurs, en admettant une température de —60°C, jusqu’à 300 km. Il voit ainsi qu’entre 100 eh 150 km l’azote doit former
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- les 0,96 de l’atmosphère à une pression inférieure à 10 atmosphères qui est celle des ampoules de Crookes. C’est la région des aurores boréales. La pression limite de l’azote et de l’oxygène serait atteinte vers 165 km et la courbe de l’azote se limiterait vers 1^0 km. L’hydrogène atteindrait sa densité limite à 580 km de hauteur et pourrait, par molécules isolées, monter au maximum jusqu’à 500 km. Une particule cosmique pénètre dans l’atmosphère avec une vitesse moyenne de -42 km, pouvant atteindre au maximum 72 km. La température répondant à cette vitesse moléculaire est de 418 000° et peut suffire pour illuminer instantanément une traînée de 100 km de long sur 15 km de diamètre. C'est l’explication probable des étoiles filantes.
- Engrenages magnétiques en horlogerie. — M. Pierre Sève appelle roue d’engrenage magnétique une roue sur une circonférence de laquelle sont disposés 2 pôles magnétiques égaux, équidistants et alternativement Nord-Sud. On peut constituer, avec des roues d’engrenage magnétique, des trains d’engrenage permettant d’assujettir deux arbres à tourner avec des vitesses angulaires moyennes qui soient dans un rapport rationnel fixé. Ces engrenages se comportent comme des engrenages ordinaires dont les dents seraient flexibles et élastiques. Les résistances passives sont extrêmement faibles. On peut ainsi réaliser des minuteries magnétiques,
- dont les frottements sont bien plus faibles que ceux des minuteries ordinaires. M. Sève a construit sur ce piincipe une horloge électrique, dont le pendule est entretenu électriquement - par le procédé Lipp-mann et qui fonctionne régulièrement depuis plusieurs mois.
- Le point de Curie dans le fer. — Curie a signalé que le fer subit, à 1280°, une transformation dans ses propriétés magnétiques telle que sa susceptibilité se trouve brusquement augmentée au-dessus de cette température dans le rapport de 5 à 2. M. Sanfourche constate, au cours du refroidissement, un arrêt très net, à 1510° et, dans le réchauffement, une brisure de la courbe à 4565°, montrant que le phénomène de Curie est accompagné d’une manifestation thermique. L’addition de silicium au fer abaisse très rapidement la température jusqu’à 1195° au réchauffement pour 2,5 de silicium.
- Le terrain houiller de Saint-Étienne. — Les nombreuses recherches de houille que l’on tente actuellement ou que l’on projette en France prêtent un intérêt particulier à la détermination exacte des niveaux houil-lers rencontrés : détermination fondée sur leur flore. M. Paul Bertrand donne une classification nouvelle^du jhouiller de Saint-Etienne qui constitue une amélioration sur celle de Grandeury.
- CHRONIQUE
- I. — Avion « Représaille », — La censure nous permet peu à peu de soulever le voile si opaque qui recouvrait les efforts des aviations alliées.
- Il nous est possible de donner quelques caractéristiques de l’avion anglais dit « Représailles »
- D’AVIATION
- D’une part, le poids de la charge de bombes (environ 350 kg) et le rayon d’action de ccs avions, d’autre part leur maniabilité dans le combat contre les derniers .Fokker D VII, ne paraissaient plus suffisants pour permettre à notre aviation de
- Fig-, i. — L’avion •< Représaille ».
- qui devait permettre d’intensifier enfin la guerre de bombairdement contre les cités germaniques.
- Les alliésldisposaient pour le bombardement de jour d’avions monomoteurs du type Breguet AY, 300 HP Renault ou du type de Havilland, 300 HP Rolls-Royce. Ces avions possédaient sensiblement les mêmes caractéristiques. L
- porter à l’ennemi des coups dont la violence et l’abondance seraient en proportion avec notre maîtrise aérienne.
- La Grande-Bretagne venait, dans le but de suppléer à cette insuffisance, de créer l’avion bimoteur dit de « Représailles ».
- Construit par de Havilland, cet avion est stricte-
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- CHRONIQUE D’AVIATION
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- ment, un avion de guerre, dont les qualités de’ combat ont été développées au plus haut point, même au préjudice de la capacité.
- ~ Puissance : 800 HP (2 moteurs Liberty).
- Vitesse au sol : 216 km à l’heure.
- Vitesse à 3000 m. : 200 km à l’heure.
- Montée à 3000 m. en 10 minutes 3 secondes. Plafond à 6800 m.
- Charge militaire : 450 kg de bombes.
- Rayon d’action : 1100 km en 6 heures.
- Un pilote et deux mitrailleurs prennent place dans le fuselage ; la défense est assurée par trois mitrailleuses et malgré son envergure et son poids,
- sa maniabilité dans le combat est telle qu’il peut sans aucune difficulté exécuter le « looping » complet. La puissance exceptionnelle de ses moteurs le rend aussi rapide qu’un avion de combat même aux hautes altitudes; son excédent de puissance en vol normal a été calculé de façon qu’il puisse continuer son vol avec un seul moteur.
- Certes plus d’un pilote regrettera que l’armistice ne lui ait pas permis de « posséder le boche », à plus de 500 km chez lui et en plein soleil.
- II. — Avion géant Handley-Page. — Nous pouvons maintenant aussi donner quelques détails sur l’avion géant Handley-Page dont la photographie parut sur la couverture de La Nature du 30 novembre^ 18.
- Nous avons vu que la Grande-Bretagne, désirant intensifier la guerre de bombardement aérien, avait conçu un avion bimoteur destiné aux”opérations de jour, le DH 10 dit a Représaille ». Dans le même ordre d’idée, nos alliés venaient, peu de temps
- avant l’armistice, de terminer la mise au point parfaite d’un avion géant de grande puissance destiné à accomplir des raids de nuit à très longue distance.
- Cet avion avait été conçu pour pouvoir aller bombarder Berlin et sa capacité lui permettait de traverser l’Atlantique sans escale.
- L’un dés avions de ce type appelé H. M. A. (His Majesty Airship) « Carthusian » vient de partir de Grande-Bretagne- pour Delhi dans l’Inde ; il transporte vers le continent indien le général Mac Even, commandant l’aviation anglaise aux Indes et ses officiers d’État-MajorlSitout se passe normalement, ce voyage transcontinental de 10 000 kilomètres doit s’effectuer en 7 étapes d’un jour, plus quelques jours pour reviser l’avion en cours de route.
- Ce même avion effectuant ses essais en Angleterre avait emporté un pilote et 40 passagers à 2000 m. au-dessus de Londres.
- Le propre des avions de nuit qui ne sont pas conçus pour le combat, contrairement aux avions de jour, est qu’ils peuvent être utilisés sans modifications fondamentales pour assurer des liaisons régulières et rapides entre des pays éloignés.
- Les caractéristiques que nous connaissons sur le « Carthusian » sont : Envergure ; 39 mètres.
- Poids total avec la charge : 12 500 kilogrammes.
- Puissance : 1250 HP en 4 moteurs Rolls Royce (E. Ale).
- Vitesse commerciale sans vents : 130 kilomètres.
- Rayon d’action : 16 heures de vol, soit 2000 kilomètres.
- Capacité des réservoirs : 5400 litres d’essence.
- Un Handley-Page bimoteur du type décrit dans le n° 2545 de La Nature a effectué sans incident le raid Londres-Constantinople, puis après avoir bombardé cette ville, il a regagné Londres,.
- .. Un autre avion du même type est allé de Londres au Caire, puis a transporté' le général Salmond du Caire à Jelhi dans l’Inde. Ce dernier raid a permis au général Salmond de se rendre du Caire à Bagdad en 12 h. 35 alors que la durée habituelle du voyage est de 2 ou 3 semaines.
- La France, l’Angleterre, les États-Unis et l’Allemagne se préparent fébrilement à organiser l’aviation civile commerciale; nous aurons prochainement l’occasion de traiter un peu plus longuement cette question qui sans aucun doute changera totalement dans quelques années les conditions générales de la vie humaine.
- Sous-Lieutenant Jean-Abel Lefranc,
- Breveté Mécanicien.
- Le Germa : P. Massoiv — lmp. Lahüre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2351. ; -........ ....... 8 FÉVRIER 1919.
- NOTES SUR LES TCHÉCO-SLOVAQUES
- )
- Nous ne nous défendrons pas de ressentir une profonde e'molion en abordant ce sujet. Parmi les nationalités dont l’avènement ou la restauration va bouleverser la carte de l’Europe, celle des Tchécoslovaques a forcé l’admiration du monde entier, y Compris ses ennemis héréditaires. Ne fut-ce pas un des brillants miracles de cette guerre que quelques milliers de Slaves autrichiens, enrôlés sous le drapeau russe, et sur le point d’être livrés aux Austro-Allemands par le gouvernement bolchévik, aient pu se frayer un chemin jusqu’au cœur de la Sibérie et y constituer une armée qui allait servir de centre de ralliement aux éléments sains de l’ancien empire des tsars?
- L’État Tchéco-Slovaque, dont l’indépendance avait été reconnue par la France, puis par l'Amérique et les Alliés avant l’effondrement de l’Empire d’Autriche, ne devra pas être considéré comme la plus jeune nation d’Europe. Son histoire est des plus anciennes, et aussi des plus glorieuses et des plus tragiques.
- Les Tchèques constituent le rameau de la famille slave le plus avancé vers l'Ouest. Leurs ancêtres étaient éLablis en Ga-licie et en Moravie depuis un temps immémorial. Poussés par d’autres tribus slaves, ils s’infiltrèrent pacifiquement sur les hauts plateaux de Bohême, où Marcomans (Germains) et Boïens (Celtes), s’étaient livrés pendant des siècles des guerres meurtrières.
- La géographie conserva à leur nouveau domaine le nom que lui avaient donné les Allemands : Boï-heim, ou camps des Boïens. Les immigrants adoptèrent le nom de celui de leurs clans qui avait acquis la prédominance et qu’il avait lui-même adopté en mémoire d’un chef fameux : Czech, qui se prononce comme l’indique l’orthographe française.
- Les Tchèques entrent dans l’Histoire durant le viie siècle de notre ère. Après avoir longtemps constitué une sorte de république où le pouvoir suprême appartenait à un chef élu, ils ont maintenant un roi héréditaire, mais dont les actes sont contrôlés par une assemblée populaire, ou diète.
- Leur prospérité, la fertilité de leurs champs, l’abondance de leurs troupeaux, ne tardent pas à exciter la cupidité des Allemands, leurs voisins.
- 47* Annéft. — 1" Semestre. s
- En l’an 630, iis subissent une « attaque brusquée », qu’ils repoussent. Cette date marque le début de la lutte qu’ils auront à soutenir pendant treize siècles — jusqu’à nos jours — contre les Germains. Convertis au christianisme durant le ixe siècle, ils profitent bientôt de la décadence du royaume de Germanie pour rejeter tout vasselage et élargir leurs domaines. Sous l’un de leurs plus grands rois, Otlokar II, ils atteignent l’apogée de leur puissance : leur royaume s’étend de la Saxe à la mer Adriatique.
- Mais cette grandeur s’écroule avec l’arpivée au pouvoir de Rodolphe de Habsbourg. Les institutions démocratiques de la Bohême, et surtout ses gisements de Küt-na-Hora, la plus riche mine d’argent de l’Europe, engendrent contre elle une croisade d’envieet de rapine. Déshordes d’Allemands et de Hongrois s’abattent sur le pays, qui est annexé au Saint-Empire. Ses indomptables soldats-citoyens reconquièrent bientôt leur indépendance. L’un de leurs rois, Karel, fils de ce vaillant Jean de Luxembourg mort à Crécy en combattant pour la France, est élu Empereur d’Allemagne. La Bohême est L’État le plus puissant et le plus influent de l’Europe centrale.
- Nouvelle série noire, qui commence aü début du xve siècle, avec le supplice de Jean Huss, le grand réformateur, victime de l’Empereur d’Allemagne, Sigismond, qui, pratiquant déjà la politique du « chiffon de papier », l’attire à Constance avec un sauf-conduit signé de sa propre main. Peiidant quinze années, la Bohême lutte contre toutes, les armées de l’Europe Centrale, mais sauve son indépendance. Un siècle plus tard, alliée avec la Hongrie, elle barre le chemin de l’Europe à l’invasion turque.
- Pour son malheur, après l’extinction de sa dynastie nationale, elle a élu pour roi Ferdinand de Habsbourg, frère de Çharles-t)uint, qui' a promis solennellement de respecter ses libertés. Encore un « chiffon de papier ! » CeToi élu tourne bientôt au tyran. Les Habsbourgs mettent à exécution leur projet de germaniser les Tchèques. Les révoltes sont noyées dans le sang. Des hordes dé mercenaires', Allemands, Bavarois, Flamands, Espagnols, -Polo-
- 16—241.
- Fig- i. — Une paysanne des environs du Fabor (Bohême du Sud).
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- NOTES SUR LES TCHÉCO-SLOVAQUES
- 242
- nais, Cosaques, s’abattent sur le malheureux pays, exterminent la population, pillent et détruisent les propriétés. En une seule année, 30 000 personnes, appartenant à l’élite de la nation, sont déportées.
- La Bohême est morte. Son nom n’est plus qu’une expression géographique : celui d’une province autrichienne — moins que cela : d’une colonie, où les meilleures terres sont distribuées à des colons allemands. L’allemand esi devenu la langue officielle. A l’Université de Prague, fondée en 1348, et qui rivalisait avec l'Université de Paris, l’enseignement se fait en allemand. Le tchèque est banni même des relations commerciales; à la fin du xvme siècle, il n’est plus parlé que parmi les paysans illettrés. La Bohême semble bien morte, sans espoir de résurrection.
- Mais l’amour de l’indépendance est plus fort que la mort, dans cette race. Après un sommeil de deux siècles, durant lesquels les maîtres d’école allemands se sont efforcés d’étouffer tout enseignement de l’histoire nationale, le réveil s’annonce avec la renaissance, d’abord timide, puis, énergique et audacieuse, du parler maternel. Le mouvement, né dans quelques obscurs villages, gagne les villes, conquiert Prague, envahit victorieusement les universités. Les vieux livres en. langue tchèque, échappés jadis au bûcher autrichien, sont réimprimés. Bientôt, la langue nationale est assez puissante pour entrer en lutte ouverte contre l’allemand et la tribune du Reichsrat de Vienne entend des discours prononcés en tchèque.
- La fondation d’une grande société patriotique : les Sokols (Faucons), contribue puissamment à la résurrection de l’indompiable race. Sous prétexte de propager la pratique des sports, elle groupe la jeunesse et s’efforce, avec succès, de la préparer, physiquement et moralement, à la grande guerre d’indépendance qui éclatera, espère-t-on, à la mort de l’empereur François-Joseph. Malgré les persécutions exercées contre les chefs du mouvement nationaliste, L’œuvre de renaissance se poursuit résolument, àprement.
- Survient la guerre mondiale, et les Tchèques,
- sans hésitation, placent leur suprême espoir dans la victoire des Alliés.
- Ce rapide exposé historique aura montré combien les Bohémiens sont dignes d’entrer dans la Société des Nations avec une indépendance illimitée. Il prouve en outre que la France trouve en eux des alliés naturels, puisque nous avons en commun l'Allemand comme ennemi héréditaire. Au point de vue numérique, cet appoint a son importance. Après la guerre de Trente Ans, la Bohême avait vu sa population réduite à deux ou trois cent mille habitants. .Mais les familles nombreuses sont en honneur chez les Tchèques, et la natalité avance chez eux par bonds prodigieux. Le recensement de 1890 donnait à la Bohême 5 843 094 habitants.
- Dix an s plus tard, en 1900, le chiffre était porté à 6318 69.7, malgré les pertes sensibles causées par l’émigration en Amérique. En 1900, on comptait aux États-Unis 456 991 Tchèques naturalisés. Actuellement, on peut fixer à 10 millions l’effectif de la race, y compris les 2 millions de slovaques de Hongrie, qui ne diffèrent des premiers que par quelques particularités linguistiques, et le demi-million de Tchéco-Slovaques fixés en Amérique.
- Au point de vue moral, l’appoint apparaît encore plus formidable. Les Tchèques sont une des races les plus intelligentes du monde, et les arts, comme la science, leur doivent de nombreux progrès. On peut considérer Jan Amor Komensky (ou Comenius), l’évêque et patriote tchèque (1592-1671), comme le « Père de la Pédagogie ». Prokop Divis (1696-1765) inventa le paratonnerre, et Josef Ressl (1793-1857) l’hélice. Parmi les savants bohémiens qui ont atteint, au cours du dernier siècle, une réputation universelle, nous citerons Jan Purkinyi, fondateur du premier institut physiologique d’Allemagne; les médecins Karel Robytanski et Josef Skoda; le chirurgien Albert, de l’Université de Vienne; le paléontologiste Anton Frie. Dans le domaine des arts, nous nous contenterons de citer Bedrich Smetana, l’auteur d’opéras qui se sofiit joués dans les principales villes d’Europe et d’Amérique ; Auton Dvorak, le compositeur à qui New
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- NOTES SUR LES TCHÉCO-SLOVAQUES
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- York confia la direction de son Conservatoire de musique; Jean Kubelik, etKocian, si connus en France.
- L’influence intellectuelle des Tchèques dans le monde slave est considérable ; l’Université de Prague, qui fut, comme nous l’avons dit, la plus importante d’Europe avec celle de Paris au Moyen Age (à eux seuls, les étudiants allemands y formaient un contingent de 10000 élèves), est devenue, depuis quelques années, un foyer de savoir qui attire de Russie, de Pologne, de Serbie, de nombreux étudiants. Celte influence s’est imposée également aux États-Unis, où plusieurs Universités, notamment celle de Nebraska, ont Créé des chaires de langue et de littérature tchèques. Dans ce pays, plusieurs auteurs connus ont publié, en ces vingt dernières
- déjà classée au premier rang des provinces austro-hongroises. Elle exportait annuellement plus d’un milliard de francs en objets manufacturés, avec ses fonderies de fer et d’acier, ses fabriques d’instruments aratoires et de produits chimiques, ses filatures de laine et de coton, et surtout ses verreries, dont les produits jouissent, depuis des siècles, d’une réputation universelle.
- L’industrie bohémienne est favorisée par un sous-sol d’une richesse exceptionnelle. La houille, le fer, l’argent, le plomb, le zinc, le soufre, l’alun, le graphite abondent; les minerais de radium y sont, depuis 1911, exploités intensément.
- L’État tchéco-slovaque comprendra probablement la Bohème, la Moravie, la Silésie et la Slovaquie.
- Fig. 3. — Un attelage en Bohême.
- années, des travaux remarquables sur les Tchèques et leur histoire. Bien avant d’ètre porté au pouvoir suprême, le président Wilson leur consacra des pages éloquentes dans l’une de ses oeuvres (The State).
- Fière de son .splendide passé, la Bohême, redevenue indépendante, a le droit d’ambitionner le plus brillant avenir. Son plateau, qui forme sensiblement le centre de l’Europe continentale, commande de grandes routes commerciales entre la mer du Nord et la Méditerranée. Deux des fleuves les plus importants de l’Europe centrale, l’Elbe et le Danube, traversent ou côtoient son territoire. Prague et Pilsen sont des nœuds de voies ferrées gui relient l’Allemagne à l’Autriche et à la Hongrie.
- C’est un pays d'une fertilité prodigieuse, entre-tenue par les alluvions qu’apportent des montagnes ses innombrables cours d’eau. Jusqu’à la guerre, elle était le grenier d’abondance de l’Autriche, avec sa-production de froment, d’orge, de pommedeterre. Elle fournissaitles quatre cinquièmes du houblon consommé dans tout l’Empire (600 brasseries). L’industrie du sucre de betterave y prenait un rapide développement (161 sucreries).
- Au point de vue industriel, la Bohême s’était
- Cela lui assurera une superficie de T 33 300 km* et une population de 13 millions d’habitants, soit un peu plus de 100 habitants au kilomètre carré. De ceux-ci, 4 pour 100 seulement sont illettrés. On peut évaluer les récoltes prochaines à 50 millions de quintaux de blé, 30 de pommes de terre, 45 ou 50 de betteraves. Les mines fournissaient avant la guerre près de 250 millions de couronnes de combustibles et minerais. Les lignes de communication existantes représentent près de 10000 km de voies ferrées et 1400 km de voies fluviales.
- L’État tchéco-slovaque peut et doit devenir le centre du groupement oriental des pays alliés : Pologne, Roumanie, Yougo-Slavie. En s’alliant avec eux, il peut leur apporter ses richesses, aider à leur reconstitution, et .en échange recevoir d’eux l’appui de leur force qui seule permettra aux nouvelles nations de s’organiser et de se protéger contre les futures ambitions possibles de l’Allemagne.
- A tous, il faut assurer des liaisons économiques nombreuses qui leur donnent l’indépendance, des sorties sur la Baltique et I Adriatique. C’est le programme indispensable de demain.
- Y. Forhis.
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- EFFET DU VENT SUR LES HAUTES CHEMINÉES D’USINES
- Dans toutes les constructions, il y a lieu de tenir compte des pressions latérales dues au vent. Elles sont naturellement proportionnelles à la surface et varient avec la forme de celle-ci; elles augmentent avec la hauteur.
- Ces poussées peuvent atteindre des chiffres considérables, puisqu’on a noté pendant des ouragans, des vents de 45 m. à la seconde, exerçant des pressions de 275 kg par mètre carré.
- Des catastrophes se sont même produites lorsqu’on n’a pas tenu ,compte de ces efforts latéraux et l’on se souvient encore 4e ces accidents de chemin de fer dus au vent, la catastrophe du pont sur le Tay en Angleterre, le renversement d’un train sur le viaduc de Leven, etc., qui se répétèrent il y a une vingtaine d’années.
- Des expériences furent alors entreprises, notamment en Angleterre parle National Physical Labo-ratory pour déterminer les coefficients de sécurité des divers ouvrages d’art.
- Mais les progrès de la construction changent peu à peu les données du problème de l’équilibre.
- Depuis quelques années, grâce à l’emploi du ciment armé, les cheminées d’usines notamment ont pris des proportions gigantesques(1). On ne compte plus aujourd’hui celles de 50 m. de haut; celles de 75 et même de 100 m. ne sont plus des exceptions.
- Elles sont généralement du type Weber : un soubassement formé par une dalle plate en béton armé qui donne de la stabilité, la cheminée à la base de laquelle s’ouvre le carneau de fumée, une double paroi sur une partie*de la hauteur, de façon que le mûr intérieur seul subisse les dilatations, tandis que l’externe n’a à supporter que les/ pressions dues au vent. ..
- La construction de ces cheminées est très rapide et nécessite peu de travaux de fondation. Leur stabilité est considérée comme très grande.
- Mais dans les pays exposés aux secousses, sismi-
- 1. Voir La Nature, n° 1960,
- ques, tels que le Japon, cette question de stabilité devient de première importance et ceci explique qu’une cheminée de 165 m. — la plus haute du monde — ayant, été élevée à Saganoseki, le professeur Omori a voulu étudier par les méthodes sis-mographiques, les déplacements d’une telle colonne sous la pression du vent.
- Les résultats de ses savantes recherches viennent de paraître dans Engineering auquel nous empruntons les renseignements suivants. ;Ils sont intéressants en ce sens qu’ils sont les premiers que nous connaissions sur des cheminées de pareille hauteur, ayant une période d’oscillation de plus de 2 secondes.
- Au Japon, on donne la préférence aux cheminées
- en béton armé, à cause de leur plus grande solidité et de la plus faible épaisseur de leurs parois qui en diminue le poids; pendant les tremblements de terre, la stabilité des colon-' nés creuses à parois minces est en effetdeux fois plus grande que celle de colonnes pleines, de même hauteur et de même section, à cause de la différence des masses.
- La cheminée de Saganoseki a, nous l’avons dit, 165 m. de haut; ses fondations s’appuient sur un sol paléozoïque à 135 m. environ au-dessus du niveau de la mer. Le sommet de la cheminée est donc à l’altitude de 300 m. Le vent est toujours plus fort au sommet qu’à la base, et pendant les mauvais temps on peut observer, aux deux extrémités, une différence du double.
- Les fondations, de 5 m. de profondeur sur 28 de diamètre forment un bloc de béton et d’acier de 4714 tonnes. La cheminée elle-même pèse4852 t., y compris 316 t. de barres d’acier prises dans les fondations. Lé poids total du massif1 atteint 9159 t. Son centre de gravité est environ aux deux cinquièmes de la hauteur. L’arrivée des gaz chauds à la base de la chemiqée a lieu suivant une direction W.-N.-W.-E.-S.-E. sensiblement parallèle et opposée à celle des vents dominants.
- Le professeur Omori installa au sommet de la
- Fig. i. — Les enregistreurs au sommet de la cheminée.
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- EFFET DU VENT SUR LES HAUTES CHEMINEES D USINES —. 245
- cheminée, deux sismographes (fig. 1) enregistrant les composantes horizontales des vibrations, l’un d’une sensibilité double de l’autre pour répondre aux variations très grandes du vent.
- Les expériences furent poursuivies pendant 5 jours. Le premier, un coup de vent atteignit la vitesse de 24 m. par seconde; les trois suivants furent calmes et le vent ne dépassa pas 7 m.; le dernier, une tempête donna 55 m. par seconde à l’anémomètre. Les courbes inscrites sur le cylindre enregistreur ont l’aspect reproduit figure 2. La courbe supérieure est celle des mouvements perpendiculaires à la direction du vent pendant la tempête du dernier jour; celle du bas est l'enregistrement des mouvements parallèles à la direction du vent, une demi-heure plus tard. Chacun des graphiques correspond à une minute et demie.
- On y lit une série d’oscillations de près de 3 secondes chacune, exactement 2 s. 55, dont les transversales sont de beaucoup les plus grandes. Elles
- minées de 30 mètres, ayant les caractéristiques suivantes :
- Skegawa. Tokio.
- Hauteur 30 30
- Diamètre à la base *1.67 2.33
- Diamètre au sommet 1.20 2.13
- Épaisseur des parois 0.22 0.12-0.15
- Rapport du diamètre à la hauteur . 1:17.5 1 :12.9
- A Tokio, la période de vibration fut de 0,85 seconde ; les oscillations furent toujours très faibles : 0 mm 2 au maximum, le temps étant resté calmeet le vent n’ayant pas dépassé 5 à 6 m. par seconde.
- A Skegawa, dont la cheminée est plus étroite, les oscillations furent plus grandes que dans le cas de la cheminée de 165 mètres; on y mesura des oscillations de près d’un millimètre pour ün vent de 10 mètres-seconde. Les mouvements d’un homme monté au sommet produisaient des vibrations perceptibles, qu’on pouvait augmenter par résonance en les répétant rythmiquement. La période fut de 0 s. 82, aussi bien pour les oscillations dues au vent que pour celles produites artificiellement.
- 3"oss. fôec.. -a.fe:
- Fig. 2. — Les graphiques obtenus pendant une minute et demie, fin haut normalement, en bas parallèlement à la direction du vent.
- l’étaient suffisamment pour que les observateurs placés au sommet de la cheminée les ressentissent directement. ’
- Le Professeur Omori a cherché l’explication de cette curieuse prédominance des oscillations transversales et les a comparées à celles d’un bambou ou d’une liane dans un courant d’eau. Mais ceci ne paraît pas suffisant.
- La période de vibrations est constante, quelle que soit la force du vent; seule l’amplitude varie. Elle croît très rapidement avec la vitesse; ainsi un vent de 6 mètres par seconde ne produit que des déplacements insignifiants; un vent de 24 mètres cause des oscillations de^SOêcm. ; un vent de 35 mètres amène des déplacements de 2 m. 40. Le Professeur Omori estime qu’un vent de 50 mètres par seconde produirait des oscillations de 4 m. 50 d’amplitude. On ne saurait donc appliquer fa loi du carré de la vitesse. On remarquera aussi, sur le graphique de la figure 2, les séries d’oscillations alternativement croissantes jet décroissantes d’une période de 10 à 12 secondes.
- Le Professeur Omori a fait également quelques expériences à Skegawa et à Tokio, sur des che-
- La principale remarque tirée de ces expériences est que le vent peut avoir sur les hautes cheminées une action plus destructrice que les tremblements de terre. A Saganoscki, pendant la tempête, l’accélération maxima fut de 565mm/s2, tandis que pendant le tremblement de terre de Tokio du 20 juin 1894, on n’enregistra qu’une accélation de 444mm/52. Un vent de 50 mètres par seconde pourrait avoir les mêmes effets qu’une secousse sismique à son épicentre. Le Professeur Omori en conclut qu’il faut réduire la hauteur du centre de gravité autant que possible! Plutôt que de la placer au tiers ou même aux deux cinquièmes de la hauteur, comme on le fait généralement, il conviendrait, pour les très grandes cheminées dont la construction tend à se générali-er, de reporter le centre de gravité au quart delà hauteur et d’abaisser celui de toutes les parties. De cette façon les effets des vents violents seraient fortement diminués.
- De telles conclusions sont, bien entendu, valables non seulement dans les pays à secousses sismiques, comme le Japon, mais aussi dans les pays plus stables. C’est pourquoi nous avons cru intéressant de les faire connaître à nos lecteurs. A.. B.
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- LA RECONSTITUTION DE NOS MINES ENVAHIES
- Quelques lecteurs de La Nature s’imaginent peut-être que la libération du bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais va nous permettre de combler rapidement le* déficit de charbon dont nous avons tant souffert depuis le début de la guerre. Si l’hiver prochain, la crise s’atténue, chose d’ailleurs assez vraisemblable, c’est à d’autres causes qu’il faudra attribuer cette amélioration, car nos pauvres mines libérées ne pourront pas nous fournir de si lot un appoint appréciable.
- Sur les 40 millions de tonnes de houille que la France produisait annuellement avant les hostilités, le bassin du Nord et du Pas-de-Calais dont le schéma est figuré ci-contre (fig. 1) en fournissait 30, dont 10 pour le département du Nord et 20 pour celui du Pas-rlu-Calais.
- Depuis les hostilités, ce même bassin, grâce aux laborieux efforts accomplis pour augmenter l’extraction des mines non envahies, a produit en moyenne
- L’organe essentiel d’une fosse est le puits : une fosse a toujours deux puits, parfois trois; dans ce dernier cas, un des trois puits est uniquement ‘affecté à l’aérage de la mine.
- Enfin, la partie capitale du puits, celle qui préservera les travaux du fond de l’inondation, en isolant du terrain houiller les couches aquifères renfermées dans les morts terrains, c’est le cuve-lage.
- Le revêtement étanche qui constitue le cuvelage se fait en bois, en fonte, ou en béton armé. Le bois et la fonte ont surtout été employés jusqu’à ce jour : le bois convient très bien dans les mauvais terrains où les déformations sont à craindre, grâce à la facilité de remplacement des différentes pièces. Le cuvelage en fonte, moins onéreux que le précédent, est excellent là où les terrains sont bons et où l’on n’aura à craindre aucun déplacement des voussoirs. Quant au cuvelage en béton armé, son
- Annezm
- Meurchm
- Carvm
- Oôtr/court
- /Dourgeà
- ^1 J_ Drocourï 1
- Aniche,
- Limite
- des pays en va rus
- Fig. i. — Bassins houillers du Nord et du Pas-de-Calais.
- une dizaine de millions de tonnes par an : le lecteur peut d’ailleurs se rendre compte, sur le croquis, de l’importance de la partie du bassin qui a été occupée par l’ennemi. ^
- Avant de passer en revue les dévastations commises par les Allemands et les moyens d'y remédier, le lecteur nous permettra, pour mieux com-y prendre la diversité des dégâts et leur inégale importance, d’entrer dans quelques détails sur less différentes installations qui constituent une mine. Il y a lieu de distinguer la surface et le fond.
- Les installations du jour comprennent en gros, les chevalements des puits, les machines d’extraction, les ventilateurs, les compresseurs d’air, les centrales électriques, les ateliers de triage et de lavage des charbons, les ateliers dé réparations, etc. Quant au travaux du fond, ils se modifient sans cesse avec l’exploitation et nécessitent un entretien continuel; en particulier; le boisage doit être maintenu en bon état pour éviter les éhoulements, et les eaux doivent être épuisées.
- emploi a été trop restreint jusqu’à ces derniers temps pour que l’on puisse en donner une appréciation exacte.
- Le cuvelage sauté, c’est l’inondation de la mine, et on se fera une idée du travail considérable que la remise en état d’une mine noyée exige, èn songeant à l’énorme cube d’eau qui a envahi les galeries avec leurs nombreuses ramifications aux différents étages de l’exploitation : non seulement il faudra extraire ce cube d’eau, mais il y aura en outre à réparer les écoulements conséquents.
- Enfin, même si le cuvelage subsiste intact, la mine abandonnée à elle-même se trouvera noyée au bout d’un laps de ,temps plus ou moins long, suivant les’ cas; car si le cuvelage barre à l’eau l’accès du puits (en fait, il y a toujours des suintements inévitables), celle-ci trouvera des cassures dans les terrains par où elle parviendra jusqu’aux travaux; bien entendu, cette venue d’eau est très variable : certains quartiers restent toujours très secs, tandis que d’autres où les cassures sont plus
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- LA RECONSTITUTION DE NOS MINES ENVAHIES
- nombreuses ont un « entretien d’eau # journalier de plusieurs centaines de mètres cubes.
- Les mines récemment libérées peuvent se classer en trois catégories.
- Noustrouvonsen premier lieu celles qui ont le plus souffert, celles qui, pendant plusieurs années, ont été le théâtre de combats acharnés.
- Tel est le cas de Lens et Lié vin; on peut y ajouter la fosse n° 8 des mines de Bel hune, qui eut, vers la fin du mois de septembre, les honneurs du communiqué britannique. Notons en passant, que cette fosse n’est pas la seule de la Compagnie . de Béthune qui ait eu à souffrir des hostilités. Les fosses 9 et I I, dont nous reproduisons les photographies (figures 2 et 3), situées à proximité des lignes ont été violent men t bombardées. La fosse n° 9 a pu, cependant, grâce au dévouement et au courage de son personnel, extraire du charbon, par des moyens de fortune jusqu’au moment de l’avance allemande du mois d’avril dernier.
- Dans la région de Lens et de Liévin, la surface ne présente plus qu’un amas informe de décombres; on ne voit que des trous d’obus, et un enchevêtrement de ferrailles 1or-dues; ce lugubre - tableau s’étend sur plusieurs kilomètres et donne un aspect sinistre à ces plaines déjà si monotones parelles-mêmes.
- Quant aux travaux du fond, ils sont complète ment noyés, et les puiis sont pleins d’eau, les euve-
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- lages ayant été démolis. Avant de pouvoir entreprendre la reconstitution de ces régions dévastées, il faudra procéder au nettoyage de ces tristes ruines, et il est difficile de se faire une idée du laps de temps considérable que ce travail exigera, quand on a vu le chaos gigantesque que présentent ces localités.
- À Courrières, Dour-ges, Meurchin et Car-vin, nous pénétrons dans une seconde zone, où les dégâts sont immenses certes, mais où l’on peut dire qu’il reste encore quelque chose.
- A Courrières, les fosses du sud de la concession ont été atteintes surtout par les obus : les fosses du nord, et en particulier les fosses 9 et 7 présentent des types de la dévastation systématique commise par les soudards boches. C’est ainsi, par exemple, que les piliers des ateliers de triage ont été cisaillés par des pétards de dynamite ; partout les chevalets des puits ont été renversés, seules les charpentes métalliques des autres bâtiments restent . j 1 encore debout.
- » * ’ i Toutes les voies de chemin de fer ont été dé-truiles ou enlevées, et on se rendra compte de la minutie odieuse que les Boches ont apportée dans leur œuvre barbare, quand on saura que chaque rail des voies Decauville a été coupé par un pétard de dynamite.
- Si les installations du jour ont beaucoup souffert, par contre les puits ont été épargnés. Les cu-velages sont en général demeurés intacts; seul< le
- ' Fig. 2. — Puits n° IX des mines de Béthune après . les bombardements de juillet-août 1917.
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- puits n° 9 a sa partie supérieure éboulée, par suite de. l’explosion d’une charge de dynamite placée dans la galerie du ventilateur pour faire sauter le chevalement.
- Il ne faut pas en conclure que les travaux du
- Fig. 4. — Étal des machines d’une mine, près de Denain, détruite par les Allemands.
- fond ne sont pas noyés ; les fuites inévitables des; cuvelages non entretenus, les arrivées d’eau par les cassures des terrains, moindres sans doute à Courrières qu’ailleurs par suite de l’extension des procédés de cimentation dont Courrières a été le promoteur, ont noyé l’étage inférieur des travaux.
- Dourgés est dans un état analogue. Les cuvjlages ayant encore été mieux conservés qu’à Courrières, les fosses sont, très relativement, bien entendu, peu noyées. Si Dourges a peu souffert des obus, par contre la destruction systématique des installations de surface est encore peut-être plus notoire qu'à Courrières.
- Les cylindres des machines ont été démolis par des explosions, et les Boches ont déménagé tout ce qu’ils ont eu le temps donlever; c’est ainsi que l’on peut encore voir quelques wagons chargés de matériel que l’ennemi, dans sa retraite, n’a pu évacuer à temps.
- Enfin, notons en passant que les constructions en ciment armé de la Compagnie de Dourges, ont mieux résisté que les autres à la démolition."
- Enfin la troisième catégorie des mines envahies comprend toutes celles qui sont situées plus en
- NOS MINES ENVAHIES .....................=
- arrière et qui ont moins souffert. Les brutes allemandes n’ont pu parachever l’œuvre de destruction qu’elles s’étaient promise. Le 9 octobre, beaucoup de ces mines travaillaient encore. C’est du 9 au 19, qu’à Anzin et à Anithe, par exemple, les dégâts ont été commis : mais ce travail barbare n’a pas, semble-t-il, été conduit par des spécialistes, car si les installations de surface ont été gravement endommagées, les puits ont été épargnés : on signale cependant la fosse n° 8 des mines de l’Escar-pelle à Auby, dont le cuvelage a été détruit. Si parfois un chevalet reste encore debout, les pous-sarts et les montants ont été sciés à leur base.
- De ces différentes mines, Ostricourt parait avoir le moins souffert et être capable de reprendre prochainement l’extraction.
- Après ce rapide aperçu de l’état dans lequel nous est rendu notre bassin houiller, nous allons, bien sommairement d’ailleurs, indiquer les moyens que l’on peut prévoir pour la reconstitution de nos mines libérées.
- Le premier travail consistera à déblayer les décombres recouvrant la bande de plusieurs kilomètres de largeur, indiquant l’emplacement de
- Fig. 5. — Incendie allumé par les Allemands lors de l’entrée des Canadiens à Valenciennes.
- l’ancien front de bataille, 11 faudra faire table rase de toutes les ruines accumulées, avant de pouvoir édifier à nouveau.
- Bien entendu, on commencera par faire du provisoire : des baraquements seront rapidement cons-
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- LA RECONSTITUTION DE NOS MINES ENVAHIES
- truits pour abriter le personnel. Les chevalets des fosses; seront d’abord faits en bois, en attendant leur remplacement définitif par chevalets métalliques. D'une façon générale, on - ; peut prévoir que la cherté actuelle du capital incitera les compagnies à se contenter pendant plusieurs années d’installations provisoires, attendant une période plus favorable pour l’établissement définitif de leurs constructions.
- Enfin, nous assisterons au développement de plus en plus considérable de l’électricité dans l’industrie minière. Jusqu’à c<s derniers temps, les machines à vapeur prédominaient. La facilité de transport de l’énergie électrique, l’économie résultant de sa substitution à la vapeur militent en faveur d’une électrification de plus en plus intense. On envisage actuellement la construction à Loison, près de Lens, d’une centrale électrique d’une puissance de 18000 kilowatts environ, commune aux Mines de Lens, Courrières, Lié-vin, Dourges et Meur-chin. Un réseau commun serait alimenté d’une part par cette centrale, d’autre part par les compagnies de Béthune, Nœux et Bruay: la puissance totale serait de 30 000 kil iwatts, le voltage adnp'é pour le réseau commun, de 15000 volts : le voltage des réseaux particuliers serait de 5000 ou de 5000 volts. Quantau temps nécessité par la construction de cette centrale de Loison, on peut l'évaluer à 18 mois environ.
- Cette puissance de 30 000 kilowatts ne saurait
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- satisfaire bien longtemps les besoins des diverses compagnies entre lesquelles elle sera répartie. ;La question qui se pose alors est de savoir à quelle
- source sera emprunté le complément de force motrice dont chacune aura besoin. Diverses solutions peuvent être envisagées : soit un rapide développement de la centrale commune de Loison, soit la con-! struction d’une centrale particulière à chaque compagnie, soit enfin le retour à la vapeur. Il est peu probable que l'on s’arrête à ce dernier moyen : la quantité de générateurs néces^-saires pour subvenir aux besoins des sièges qui n’auraient pu être élec^ trifiés serait, en effet, trop considérable, et partant, trop coûteuse.
- Reste donc l’électrification totale, et il est probable que chaque compagnie aura une centrale particulière lui fournissant le complément de puissance demandé : celte solution présente l’avantage' de ne pas avoir une source unique d’énergie.
- 11 noi^s reste à indiquer maintenant comment on peut envisager la remise en état des travaux du fond.
- La première opération à effectuer sera la réfection des cuvelages démolis avant de procéder à l’épuisement proprement dit de la mine. On évalue à 200000 m3 environ la venue d’eau journalière par les cuvelages sautés des mines de Lens, La réparation de ces puits sera rendue d’autant plus difficile que cette forte venue d'eau aura produit des alïouillements autour du puits, causant des éboulements inévitables. Mais ce n’est pas la
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- première fois que l’industrie minière se trouve en face d’un pareil problème. Le cas s’est déjà présenté au puits n° 2 des Mines de Maries, foncé à travers des terrains meubles et aquifères. En 1866, une pièce de cuvelage élant partie et la venue d’eau n’ayant pu être aveuglée, le puits s’éboula. La réfection de ce puits commencée en mars 1908 fut terminée en août 1911.
- Sans ennuyer le lecteur par des détails trop circonstanciés, nous iûdiquerons en gros la méthode qui fut adoptée en cette occasion. Un poutrage en ciment armé fut établi à la surface du terrain non affaissé : ce poutrage servit de support, en premier lieu au revêtement provisoire par croi-sures métalliques, puis au revêtement définitif par voussoirs en béton armé dans la partie éboulée du puits. On ne pouvait en effet songer à trouver un appui solide dans les terrains encaissants malgré une cimentation préalable destinée à diminuer la venue d’eau et à consolider les terrains, et c’est ainsi qu’on fut amené à cette idée ingénieuse de constituer un poutrage à la surface, auquel furent amarrés croisures et voussoirs en béton.
- La durée d’un semblable travail serait actuelle-
- ment sensiblement 'raccourcie et on estime que 5-ou 6 mois suffiraient pour la réfection des cu-velages.
- Une fois le cuvelage réparé, il faudra épuiser l’énorme volume d’eau renfermé dans les travaux. A Lens, ce volume est approximativement évalué à 40 millions de mètres cubes. Aussi n’est-il pas exagéré de penser que la durée de cet épuisement serait de plus d’une année. Courrières et Dourges sont heureusement moins noyés, comme nous l’avons vu précédemment.
- Voici en quelques mots la situation de nos mines libérées. Le lecteur peut se rendre compte du travail considérable que nécessitera leur remise en état, mais notre admirable pays qui a su montrer au monde, pendant plus de quatre années de guerre, toute l’énergie et la volonté dont il était capable, sera à la hauteur de sa lâche au lendemain de la paix victorieuse que ses glorieuses armées lui ont acquise; on est en droit d’espérer que les années à venir reverront bientôt, comme par le passé, notre riche région du Nord à la tête du mouvement industriel qui assurera une ère de prospérité à notre chère patrie. Jacques de Thieulloï.
- LA QUESTION DU FER-BLANC EN FRANCE
- La production du fer-blanc en France, déjà insuffisante.en temps de paix (la production était bien passée de 20 000 tonnes en 1901 à 41 500 en 1910-1911, tandis que la consommation s’élevait de 36 000 t. en 1901 à 52 5oO en 1910), s'est trouvée au début des hostilités complètement arrêtée et nous avons été sous la dépendance absolue „ des importations anglaises depuis cette date, nos besoins croissant sans cesse et absorbant en 1915, 68 000 t. et 80500 en 1916.
- Dans un rapport présenté au Congrès du Génie civil et dont nous reproduisons les passages essentiels, M. Pet^ examine les répercussions dans l’avenir de cet état de choses déplorable, et la situation d’infériorité manifeste dans laquelle nous nous trouverons, par suite de l’incurie des pouvoirs publics, qui, là comme ailleurs, ont systématiquement stérilisé les efforts et annihilé les initiatives. Si le gros débouché est surtout l’industrie des boîtes métalliques pour conserves, ce n’est pas la seule dans laquelle le fer-blanc trouve d'importantes applications.
- _Les progrès de l’impressipn sur métaux en ont fait un objet de luxe et font rivaliser les boîtes en fer-blanc avec les boites de cartonnage les plus élégantes..
- Il sert aussi aux usages les plus communs et lès plus utiles, tels que la fabriration des seaux, tout comme il sert à empaqueter les objets les plus chers, les parfums, les diamants et voire même à commémorer les souvenirs religieux et patriotiques.
- Les fabricants de conserves demandent des boîtes
- en abondance et à bas prix, reprochant à leur fournisseur de boîtes métalliques le prix trop élevé des boîtes, réclamant des pouvoirs publics l’autorisation de faire entrer en admission temporaire les fers-blancs anglais pour les conserves destinées à l’exportation, fers-blancs que leurs concurrents d’Espagne et du Portugal emploient en effet pour leurs boîtes et qui leur sont livrés à un prix inférieur aux nôtres, ,1a qualité demeurant égale.
- Us demandent aussi que le droit d'importation de 13 fr. les 100 kg, barrière déjà trop faible, soit abaissé. '
- Depuis 1883, leurs réclamations et celles des ferblantiers ont été nombreuses. La guerre, en arrêtant notre propre .production, les a rendues plus pressantes. La est l’erreur, excusable, mais dangereuse. Laisser entrer en franchise les fer-blancs anglais ne donnerait pas aux fabricants de conserves l’avantage pécunier qu’ils en attendent.
- Le fer-blanc n’entre, eu effet, que pour une part infime dans le prix de revient des boîtes de conserves. Ainsi, pour les conserves de poisson ordinaires, le poisson représente les deux tiers de la valeur; le prix de l’huile, de la main-d’œuvre, de la boîte en fer-blanc et tous les frais de fabrication composent le dernier tiers. La suppression du droit de douane abaisserait ce prix de revient de l à 2 pour 100 tout au plus.
- Mais, en revanche, cela porterait aux forges françaises le plus grave préjudice. Le développement de notre industrie du fer-blanc serait arrêté, et le jour où l’importation anglaise serait seule
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- maîtresse du marché, les ferblantiers et les fabricants de conserves sentiraient tout le poids de leur sujétion.
- La situation actuelle permet déjà de s’en rendre compte quelque peu. La prospérité de nos industries de conserves est liée à celle de nos forges produisant du fer-blanc : c’est vers le développement de ces forges que doit tendre l’effort.
- L’Angleterre, de meme qu’elle a été la première exportatrice d’acier, est U plus grande exportatrice de fer-blanc. L’ancienneté de ses installations métallurgiques, l’extrême bon marché des matières premières essentielles : fer et charbon, l’adaptation héréditaire de ses ouvriers à ces différents travaux, adaptation qui forme de véritables dynasties d’ouvriers faisant profiler le fils des progrès du père, lui donnant une sorte d’aptitude innée, valent à l’Angleterre une avance et une force contre laquelle nous avons fort à lutter pour n’en plus dépendre.
- Rappeler les chiffres fera mieux mesurer l’effort à faire : la production anglaise qui était environ de 380000 t. en 19(J8 était de 954 979 t. en 1915, ia production française en 1908 de 57 967 t., insignifiante en 1915.
- L’habileté professionnelle est une ^grande condition de succès dans l’industrie du fer-blanc et nous venons de voir que l’atavisme faisait de l’ouvrier anglais un précieux auxiliaire de l’usinier; on constatait déjà en 1891 qu’il n’y avait pas d’industrie en Angleterre où les salaires des ouvriers fussent plus élevés que dans celle du fer-blanc.
- Le rôle du lamineur, dont dépend le bon emploi et la durée des cylindres des divers trains de laminage est prépondérant. Un bon lamineur ne se forme que lentement et lui-même doit diriger et choisir avec soin les ouvriers de l’équipe qu’il commande.
- La fabrication aies cylindres est délicate et se fait dans des usines spécialisées dans ce genre de fabrication. Les cylindres pour trains à chaud sont d’ün maniement aussi délicat que la fabrication ; un serrage irrégulier ou trop dur, un chauffage excessif, et le cylindre éclate.
- Les usines qui fabriquent ces cylindres les installent elles-mêmes et livrent même aux industriels des installations d’usines prêtes à marcher. Celle de M. Taylor et C° à Brighton, et plus particulièrement celle de M. Nevill se sont spécialisées à cet effet. Le mode de vente, si elles ne fournissent que des cylindres, est avantageux et pratique; chaque cylindre n’est payé qu’a près usage et selon le temps de durée et de travail fourni.
- Les graisses qui assurent le bon fonctionnement des laminoirs sont des graisses particulières que leur composition rend impropres à tout autre usage. Elles sont fabriquées en Angleterre même, par des usines spéciales qui dosent avec soin les ingrédients, graisses animales et résidus de pétrole (mazout) qui les composent. Le dosage minutieux
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- est important : si la proportion de pétrole dépasse 50 pour 100, l’odeur répandue par la graisse surchauffée rend intenable pour les ouvriers le voisinage des laminoirs et compromet de plus le bon rendement des cylindres; les graisses destinées à l’importation française ne passent en franchise qu’à cette condition. Elles ne doivent pas non plus, pour obtenir ce traitement de faveur, Contenir de graisses de poisson.
- Les usines de fer-blanc étant nombreuses, les usines qui les approvisionnent en graisses le sont également. Le prix de ces graisses est donc peu élevé; en 1915, elles valaient 35 fr. environ les 100 kg. L’exportation en est fort active.
- La qualité de l’étain employé pour l’étamage des feuilles est une question au moins aussi importante que celle des cylindres. Les gisements de Cornouailles ont fourni à l’industrie du fer-blanc à ses débuts l’étain de la qualité nécessaire. Mais le minerai d’alluvion qui donne le métal le plus propre à l’étamage des feuilles est épuisé; les usines anglaises s’adressent presque exclusivement maintenant, pour la fourniture d’étain, aux mines de Malacca et de l’archipel Malais.
- L’étain de cette provenance est appelé « détroits » ; ces mines de Malaisie fournissent du reste 40 à 50 pour 100 de la production mondiale des minerais d’étain. Les autres mines d’étain sont rares et de faible rendement.
- Dans les prix de revient anglais, le charbon est compté 5 fr. la tonne, dans nos usines de la côte ouest, il était payé 18 fr. avant la guerre. tA cela on ne peut remédier que par des échanges mieux coordonnés avec les pays de production.
- Par contre, la question des cylindres des laminoirs qui nous viennent exclusivement d’Angleterre est une des difficultés que nos usiniers se doivent de résoudre eux-mêmes. Avant la guerre, la Société des laminoirs de Frouard et MM. Chavanne-Brun frères à Saint-Chamond, avaient tenté celte fabrication. 11 faudrait en outre introduire en France l’habitude anglaise de ne livrer des cylindres qu’à l’essai, réservant le payement après l’usage et suivant le travail fourni.
- Cette question de la qualité et de la provenance des cylindres est étroitement liée à celle de la formation professionnelle des ouvriers spécialistes ; nous avons vu qu’en Angleterre, on les emploie au mieux de leur rendement. Et nous voici en face de cette difficulté que rencontrent en France à l’heure actuelle toutes les industries : celle de l’apprentissage.
- Pour le fer-blanc en particulier, la formation de bons spécialistes lamineurs a une grande importance. Ils sont peu nombreux et les essais faits pour accroître leur qualité et leur nombre en empruntant à l’Angleterre des lamineurs exercés n’ont pas donné les résultats attendus. ,
- Créer auprès de chaque usine une sorte d’école d’apprentissage où les fils d’ouvriers les mieux
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- doués viendront s’instruire : obtenir des lamineurs les plus habiles qu’ils acceptent le rôle d’instructeurs, faire en sorte qu’attachés à l’usine, ils aient intérêt à demeurer près d’elle et mettent leur fierté à transmettre leur spécialité à leurs enfants, voilà, semble-t-il, ce qu’il conviendrait de tenter.
- Ce serait bien préparer une telle œuvre que de construire autour des forces, des cités ouvrières avenantes et pratiques, d’attirer et retenir les meilleurs parmi les ouvriers.
- Ce que nous avons dit plus haut des graisses pour cylindres explique qu’en France la totalité des graisses soit de provenance anglaise.. La fabrication française 11’a jamais pu jusqu’ici lutter contre la concurrence étrangère. Quelques essais ont été faits avec des graisses d’Amérique,, mais leur teneur plus élevée en pétrole oblige à acquitter des droitsji’enlrée onéreux, sans parler des inconvénients déjà signalés.
- Pour l’étain, les ressources de la France sont encore mal connues et sont peut-être plus importantes qu’on ne l’a cru jusqu’à maintenant. Si l’Angleterre a pu, durant un temps, se suffire à elle-même, la nature du sol de certaines de nos provinces permet d’espérer que nous trouverons chez nous par une exploitation intense et prompte, le minerai favorable à la production de l’étain pur nécessaire à l’étamage.
- La Creuse et la Bretagne ont vu dès l’antiquité leurs mines stannifères exploitées. Ce sont 'ces anciens travaux qui guident encore les nouveaux prospecteurs. A notre époque, le rendement des gisements de Piriac en Bretagne a incité à rechercher les ramifications qu’ils pourraient avoir* Il semble que ces recherches ont donne des résultats
- encourageants et il serait à souhaiter qu’on autorisât au plus tôt l’exploitation de ces nouvelles mines.
- Une source appréciable dctain pourrait encore être trouvée dans le désétamage des déchets de fer-blanc et des vieilles boîtes.
- Avant la guerre, cette industrie de récupération était presque inconnue chez nous, l’Allemagne au contraire en tirait de grandes ressources et venait acheter en France les rognures de fer-llanc. Desq usines d’Essen traitaient environ 40 000 t. de matières importées. La récupération d’étain atteignait 7-47 t. d’une valeur do 5 millions, 59 200 t. d’acier et 20 t. d’acide stanniqüe et de sous-produits très importants.
- Depuis la guerre, de sérieux efforts ont été faits peur mettre l’industrie naissante du désétamage en état de traiter les déchets de.fer-blanc qui encombrent les fabricants de boîtes métalliques. Il est à craindre cependant que l’Allemagno, au lendemain de la paix, ne cherche à la ruiner en accaparant ces déchets. Des mesures de protection s’imposeront donc; il faudra frapper d’un droit de sortie ces matières, de manière à assurer l’alimentation de nos usines de désétamage.
- On peut espérer que la technique de cette industrie, qui s’est beaucoup perfectionnée, lui permettra de prendre un aussi grand essor qu’en Allemagne.
- Cette étude sommaire de l'industrie du fer-blanc et de son importance nous a permis de voir combien la tutelle étrangère avait paralysé cette industrie, et par ricochet les industries de transformation qui en dépendent. Nous avons indiqué, au passage, ce qu’il convenait de faire pour donner à ces dernières l’essor qu’elles réclament. II. Volta.
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- Pour nettoyer les voitures de chemins de fer, on se servait jusqu'à ces dernières années de balais et de brosses ordinaires, de tapes ou de chiffons. Mais que faisaient, somme toute, les employés en procédant de la sorte? 4u lieu doter la poussièré^'des tapis, des coussins, des boiseries, des glacés et de tous les recoins des véhicules, ils l’enlevaient imparfaitement, la chassant d’un point à un aulfe, aü grand préjudice de l’hygiène des voyageurs.-Aussi aujourd’hui presque'toutes les compagnies utilisent,, pour le nettoyage des compartiments, les aspirateurs à vide dont les emplois industriels et domestiqués se généralisent de plus en plus.
- A la Compagnie d'Orléans, M. l’ingénieur Grison, chef du service des voitures et wagons, a récemment perfectionné cette méthode en associant des brosses électriques à l’aspirateur à vide. Cet outillage mécanique fonctionne dans l’atelier du petit entretien pour les voitures à voyageurs, situé dansà les dépendances de la gare d’Austerlitz à'Paris et y rend aisé le labeur journalier du personnel fémi-
- nin, qui, depuis le début de la guerre, remplace, en grande partie, les hommes mobilisés. Indépendamment du nettoyage quotidien, des visites périodiques et du remplacement des petites pièces détériorées ou manquantes, on procède, dans cet atelier, à la revivification des peintures ou vernis et au lessivage des draps en place. La première de ces opérations nécessite soit l’élendage d’un liquide qui se fait à l’éponge ou au pinceau et n’offre rien de particulier, soit le frottage des surfaces, assez pénible pour des femmes, et pour lequel M. Grison a imaginé, depuis le commencement de 1916, de remplacer les brosses et les tampons à main par des brosses et des frottoirs rotatifs actionnés mécaniquement. Une perceuse pneumatique ou électrique munie ou non d’un arbre llexible entraîne ces appareils rotatifs, qui ont une forme cylindrique et dont la grande vitesse de rotation (500 à 800 tours par minute) réalise un frottement éner-gique.
- Pour les surfaces verticales et planes île Texté-
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- rieur des voitures, on se sert d’une brosse en crin de 240 mm de diamètre, de 180 mm de longueur et d’un poids de 9 kg. On la monte sur une perceuse pneumatique à faible pression ou sur une perceuse électrique de 0,55 à 0,40 kilowatt. Afin
- Fig. i. — A la Compagnie d'Orléans : nettoyage des voitures, à l'aide d’une brosse en crin, actionnée par une perceuse pneumatique.
- de faciliter la manoeuvre de l’appareil, on l’équilibre par un contrepoids et on le suspend à un léger chariot courant sur un fil de fer tendu ou sur un chemin de roulement en fer cornière, disposé à hauteur convenable sous le hall de nettoyage. Les laveuses n’ont alors qu’un minime effort à exercer pour effectuer leur travail; elles amènent l’outil à hauteur convenable, en montant au besoin sur un banc ou des tréteaux et elles peuvent brosser sans fatigue les portes extérieures des voitures. Quoique la perceuse pneumatique soit plus légère que la perceuse électrique, la Compagnie d’Orléans a donné la préférence à cette dernière, car elle consomme moins d’énergie.
- Pour biosser les recoins et moulures de l’intérieur des voitures, on emploie un modèle moins large et plus léger qu’entraîne une dynamo de 0,25 à 0,40 kilowatt. Cette brosse marche à la vitesse de 600 à 1000 tours, grâce à un flexible long de 2 m. Au moment du nettoyage, il suffit de sus-
- pendre le moteur électrique à une chape, munie d’un galet roulant sur un tube extensible et s’appuyant sur les tringles des filets à bagages de chaque voiture.
- M. Grison a réalisé une troisième forme de brosse électrique. La dynamo repose sur un plateau pivotant en haut d'un chariot à roulettes que l’agent promène d’un bout à l’autre de la voiture pour enlever la crasse ou la poussière des boiseries, moulures et autres recoins des couloirs, plateformes ou tambours d'intercommunication.
- D’autre part, .lorsque l’on veut nettoyer à fond les portes intérieures, les fenêtres, les baguettes, etc., aisément démontables, on les enlève et on les transporte dans un atelier spécial. Là, des femmes les posent à plat sur un établi, puis elles les frottent à l’aide d’une brosse électrique suspendue au plafond et les passent ensuite au tampon à vernir.
- Pour le lessivage des draps en place, on associe
- Fig. 2. — Le lessivage des draps, en place : l'aspirateur à vide, pour enlever tout d’abord la poussière.
- à la brosse Y aspirateur à ride. Après avoir enlevé soigneusement,la poussière avec ce dernier appareil, on imprègne à l’éponge le drap d’essence à détacher, puis on frotte avec la brossé pour que le liquide pénètre bien dans le tissu, on'éponge avec
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- de l’eau et on frotte a nouveau afin d'activer la dissolution des matières grasses, on rince alors abondamment avec l’eau et finalement on assèche le drap avec l’aspirateur. Grâce à un abondant rinçage (10 litres environ par mètre carré) on effectue, en somme, un lessivage et, chose eurieuse, on retire par ce procédé le liquide qui a dissous les impuretés du drap et l’eau de rinçage de façon si parfaite, que le rembourrage ne se trouve même pas atteint et que, suivant la saison, le séchage
- complet ne demande pas plus de 1 à 2 jours. Quant à l’eau retirée de l’aspirateur, on la recueille dans un réservoir, disposé sur la canalisation qui relie l’aspiraleur à la machine à vide.
- Enfin pour compléter l’outillage mécanique de son atelier de petit entretien des voitures à voyageurs, la Compagnie d’Orléans utilise encore des postes portatifs de soudure autogène qui permettent à son personnel féminin* de manœuvrer sans fatigue le chalumeau. ' Jacques Boyer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- i novembre au 25 décembre 1918.
- , Séances du
- Élections. — L’Académie élit à l’unanimité dans la section des Académiciens libres, M. le Maréchal Foch. M. le Président salue immédiatement cette nomination qui, par une coïncidence heureuse, se produit le jour même de la signature de l’armistice.1 — M. Maurice Leblanc est élu membre titulaire dans, la division nouvelle des sciences appliquées à l’industrie. M. Sauva-geau est nommé correspondant dans la séction de botanique.
- Le bassin houiller du Pas de Calais. — MM. Barrois, Pruvost, Dubois, savants lillois aujourd’hui libérés, ont utilisé les loisirs forcés d’une occupation ennemie de quatre années à étudier les importantes séries de fossiles rencontrés pendant vingt ans au cours des travaux de recherches houillères : matériaux si abondants qu’en temps de paix, leur étude n’avait pu suivre leur découverte. Ils en tirent des conclusions intéressantes sur les mouvements du sol pendant la période de transition entre le silurien et le dévonien. Tandis que de grands mouvements orogéniques faisaient émerger le Brabant, le Condros et façonnaient l’Ardenne non loin de là, en Artois, des dépôts à faune marine continuaient à s’empiler régulièrement au fond de la mer et les êtres marins y poursuivaient leur évolution tranquille sans subir la répercussion de mouvements si voisins.
- Uemploi des explosifs pour la plantation des arbres. — On a remarqué que les plantes sauvages se développent souvent avec une vigueur particulière sur le bord des trous d’obus et des vieilles tranchées bouleversées par les explosifs. Cet effet paiaît dû à la fissuration du sol et à son imprégnation par des produits nitrés. M. André Piédallu a fait des expériences avec des cartouches contenant des produits fertilisants, variables suivant les ter-
- rains et a obtenu des résullats utilisables pour les plantations d’arbres dans les colonies.
- Étude de la haute atmosphère à l’aide de sondages par de son. — Jusqu’ici, on avait travaillé au ballon captif ou au cerf-volant, en étant gêné- par les vents violents ou par les brouillards. Le général Bourgeois expose une méthode nouvelle, dans laquelle le ballon emporte des pétards qui éclatent à intervalles réguliers. La position des points d’éclatement est déterminée par les procédés ordinaires de repérage au son. On peut ainsi jalonner la trajectoire du ballon par un certain nombre de visées acoustiques et, connaissant les temps où se sont produits les éclatements, tracer en projection horizontale la vitesse et la direction moyenne entre les points où se sont produites deux explosions successives. On a fait ainsi des observations très nettes à 6850 m. On a même atteint, à titre d’essai, l’altitude de 10 000 m. qui n’avait pas d’intérêt pratique pour la guerre, mais qui pourra, au contraire, être utilisée pour les observations scientifiques du temps de paix.
- Conférence interalliée des académies scientifiques. — La conférence interalliée a tenu à Paris du 26 au 29 novembre, sa seconde session. Il a été décidé, notamment, qu’il serait institué immédiatement un comité exécutif de cinq membres chargé d’étudier les questions scientifiques et techniques : ce comité exécutif devant former des comités spéciaux chargés d’examineren détail la formation des nouvelles associations. A ces associations pourront participer les 18 nations en guerre avec l’Allemagne. Les neutres pourront éventuellement être admis, soit sur leur demande, soit sur la proposition de l’un des pays faisant déjà partie de l’association. Le comité a ensuite examiné plus spécialement l’union astronomique. M. Émile Picard a été élu président du comité exécutif.
- LES ERREURS DE LA PLUVIOMÉTRIE ET LE MOYEN D’Y REMÉDIER
- Des quantités de. pluie que reçoit un pays non moins que de leur distribution saisonnière dépendent ses possibilités agricoles et hydrauliques. Aussi bien, durant ces dernières années, la plupart des états ont-ils donné à leurs réseaux pluviométriques une grande extension et les instituts météorologiques se sont-ils appliqués à la^ publication de cartes indiquant la distribulion géographique et les hauteurs des pluies. Or, les jaugeages des cours
- d’eau exécutés en vue de l’utilisation de la houille blanche ont abouti à cetie constatation capitale que dans les régions montagneuses la valeur des précipitations fournie par la météorologie est fréquemment entachée d’une erreur énorme. Ces opérations montrent que nombre de rivières issues de régions élevées dégorgent annuellement un volume d’eau notablement supérieur à celui correspondant à la tranche de pluie que les observations pluvio-
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- métriques attribuent à leurs bassins; comme les écoulements ne représentent qu’une fraction de l’eau météorique tombée à la surface des bassins, on voit par là combien l’écart devient considérable.
- Examinons les faits. A Chamonix le débit annuel de l’Àrve, d’après la moyenne de dix années d’observation, correspond à une tranche liquide de 2180 mm répandue sur toute la surface du bassin en amont de cette station de jaugeage, alors que d’après les observations pluviométriques, les précipitations dans cette même localité ne dépasseraient pas 979 mm et 1500 mm sur la chaîne du Mont Blanc (*), cette dernière valeur obtenue par inter-oolation. Donc, pour ce massif, on constate un excédent de 880 mm sur la hauteur de la tranche pluviale indiquée par la météorologie, soit des deux tiers! Autre exemple : le bassin supérieur de l’Isère, en. amont du poste de jaugeage de Tignes, reçoit, d’après les débits de ce torrent, une lame d’eau annuelle de 1510 mm alors que la météorologie n’accuse que 861 mm dans la vallée et que la hauteur des précipitations sur les montagnes est estimée de 900 à 4100 mm. Quoique moins grand qu’au Mont Blanc, l’écart reste encore remarquable : 410 mm en plus de la pluviosité maxima estimée sur les montagnes. Ces différences considérables entre la hauteur des précipitations déduite des jaugeages et celle fournie par l’observation pluviométrique ne sauraient être attribuées à la fusion des glaciers. La meilleure preuve, c’est que dans des bassins ne renfermant ni glaciers, ni névés comme celui de la Dranse du Chablais, un écart de même ordre s’observe. Selon la carte pluviométrique, sur les montagnes de celte région, la tranche d’eau annuelle serait « supérieure à 1100 mm » ; or, d’après les jaugeages, dans la partie supérieure du bassin considéré, elle s’élèverait à plus du double de cette valeur (2620 mm).
- De telles différences ne sauraient être imputées à une évaluation incomplète des précipitations due à la faible densité des stations pluviométriques dans nos Alpes. En Norvège, où ces postes sont très nombreux, les mêmes faits ont été relevés, encore plus évidents. Dans une très intéressante communication adressée à la Société polytechnique de Kristiania et publiée dans le Teknisk Ukeblad l’excellent moniteur du génie civil norvégien, M. Andréas Holmsen, maître de conférences de géographie de l’université de Kristiania, a démontré que seulement dans les régions de collines ne dépassant pas la limite supérieure de la végétation forestière, la hauteur des précipitations enregistrée dans les stations météorologiques correspond à la
- 1. Toutes.les hauteurs des précipifations atmosphériques dans les Alpes françaises que nous citons sont empruntées à l'ouvrage de M. E. Bénévent: La pluviosité de la France du Sud-Est (Grenoble, Allier frères, 1913). Élaboré avec nn soin méticuleux et un sens critique remarquable, ce mémoire constitue le document fondamental pour la connaissance des précipitations dans nos Alpes.
- réalité, si leur réseau est suffisamment serré, mais que, dans les régions montagneuses il n’en va plus ainsi. Prenant dix-huit bassins-versants dans les différentes régions naturelles de la Norvège, ce savant fait ressortir que dans douze appartenant aux zones les plus élevées du pays, soit dans les deux tiers, les écoulements indiquent des précipitations notablement supérieures à celles portées sur les cartes pluviométriques.
- Voici d’ailleurs les exemples les plus typiques à cet égard :
- Bassins-versants. Hauteur des précipitations annuelles
- Versant occidental du relief norvégien :
- Laag du Gudbrandsdal..........
- Vinstra (affluent du précédent). Otta1 (affluent de lu L iag du G.). Versant méridional :
- Sira. ........................
- Versant occidental :
- Laag du Suidai................ .
- Blaaelv *.....................
- Hornindalselv.................
- Rosaa3. '.....................
- d’après Ja . d’après les
- pluviométrie. (jaugeages.
- 423 mm 494 mm
- 616 mm 819 mm
- 4Ul mm 708 mm
- 1540 mm 1832 mm
- 1493 mm 2272 mm
- 27»>9 mm 4325 mm
- 1 >91 mm 2020 mm
- 1006 mm 1419 mm
- Aussi bien, M. Holmsen considère que pour déterminer la hauteur des précipitations dans les régions élevées et inhabitées, la seule méthode rationnelle consiste à déterminer le volume des écoulements et à ajouter à ce nombre les quantités de pluie enlevées par l’évaporation et par la végétation au moyen de coefficients obtenus expérimentalement.
- Dans la discussion qui a suivi l’intéressante communication de M. Holmsen, avec une probité scientifique à laquelle on ne saurait trop rendre hommage, le Dr Hesselberg, le distingué directeur du Service météorologique de Norvège, n’a pas hésité à reconnaître que les cartes pluviométriques indiquent, en effet, une pluviosité notablement inférieure à la réalité, et que la météorologie se trouve par suite complètement en défaut.
- A quelle cause attribuer ces erreurs? Dans l’opinion de M. B. de la Brosse, inspecteur général des Ponts et Chaussées, l’éminent organisateur du Service des Grandes Forces hydrauliques de la région dés Alpes, comme dans celle du Dr Hesselberg et de plusieurs ingénieurs norvégiens, le désaccord signalé plus haut provient pour une part de condensations qui se produisent dans la haute montagne au contact, des glaciers et des parois rocheuses froides et qui échappent à l’observation. Il est certain. qu’aux grandes altitudes* les dépôts de givre atteignent une puissance énorme. Mais, quelle que
- 1. L'Olta (le versant oriental du Jotunheim, le massif le plus élevé de la Scandinavie), reçoit les eaux de fusion de nombreux glaciers. Dans ce bassin ces appareils occupent une surface très inférieure à celle qu'ils couvrent dans le bassin de l’Arve en amont de Chamonix.
- 2. Le Blaaelv sort d’une branche du Polgefonn, la grande coupole glaciaire située entre la mer du Nord et la branche méridionale du Hardangerfjord. Cette région est un des pôles de la pluviosité en Norvège.
- 3. L’émissaire du Rôsvand, le plus grand lac de la Norvège septentrionale. Cette rivière, reçoit en outre une partie des eaux de fusion du massif glaciaire des Ôxlinder.
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- soit l’ampleur de ce phénomène, elle ne suffit pas à.expliquer l’écart entre le volume des écoulements et celui des précipitations constaté par la pluviométrie. La vérité, c’est que dans les montagnes il pleut beaucoup plus abondamment qu’on ne le supposait et que ces énormes chutes de pluie et de neige se produisant dans des zones inhabitées ont échappé jusqu’ici à tout contrôle.
- A cette situation, un de nos forestiers les plus distingués, M. Paul Mougin, conservateur des Eaux et Forêts à Valence, a trouvé un ingénieux remède par la construction d’un nivomètre totalisateur emmagasinant les précipitations liquides et solides, pendant uneipériode de plusieurs mois, sans l’intervention de l’homme. L’instrument est abandonné sur la haute montagne, et, pour obtenir la valeur de la pluviosité dans cette localité, il suffit de le visiter une fois ou deux par an. L’appareil se compose
- essentiellement d’un pluviomètre de grandes dimensions dont l’orifice est disposé de manière à faciliter l’entrée de la neige et dont l’intérieur contient une solution corn entrée de 'chlorure de calcium destinée à liquéfier et à retenir les flocons. Une mince couche d'huile de vaseline répandue dans le réservoir protège contre l’évaporation les précipitations emmagasinées dans le nivomètre. Lorsque, pendant la belle saison, on visite l’instrument, des pesées font connaître le poids et par suite le volume d’eau accumulé dans le réservoir.
- Les services que cet appareil est susceptible de rendre, n’ont pas échappé à l’administration des Forêts et, avant la guerre, elle en avait fait placer une quinzaine dans les Alpes de Savoie. La mobilisation du personnel a mis" jusqu’ici obstacle à ce < qu’il fut procédé à leur visite.
- En revanche, en Suisse, l’expérience de ces instruments à pu être poursuivie. Ses résultats sont singulièrement instructifs. Une série de totalisateurs Mougin installés dans les massifs de la Jungfrau et de la Furka ainsi qu’au-dessus du glacier du Rhône ont montré pendant la première année de leur mise en service, que dans les massifs considérés, un maximum de précipitations atteignant 2700 mm se produit au-dessus de la limite des neiges persistantes; en second lieu, placés à côté des pluviomètres ordinaires, dans les postes météo-
- rologiques, ils ont enregistré des précipitations plus élevées que ces derniers instruments.
- Ces constatations présentent un intérêt considérable au point de vue tant de l’aménagement des forces hydrauliques que de l’organisation des irrigations. Aussi bien doit-on souhaiter que la direction générale des Eaux et Forêts installe le plus promptement possible un réseau de totalisateurs Mougin dans toutes nos régions montagneuses. Dans les Alpes ces appareils permettraient de connaître dès le début de l’été, le montant des réserves d’eau solide accumulées l’hiver précédent dans les hautes régions et d’évaluer par suite le*volume probable des écoulements pendant la saison chaude; il serait ainsi possible de créer un service de prévision des débits analogue à celui de l’annonce des crues. Dans les Pyrénées et dans le Plateau central, les totalisateurs Mougin rendraient des services encore plus grands. L’utilisation de la puissance hydraulique dans ces deux reliefs est subordonnée à la création de barrages et de lacs artificiels. Il va de soi qu’il serait particulièrement avantageux d’installer les réservoirs, dans les zones de précipitations maxima; or, une seule année d’observation avec les nouveaux nivomètres enregistreurs fournirait des précisions sur l’altitude de cette zone privilégiée. '
- Au point de vue agricole, il importe non moins de posséder des renseignements exacts sur les précipitations dans nos montagnes. L’utilisation rationnelle de vastes territoires de notre région méditerranéenne par une culture intensive s’impose à l’attention publique. Avant la guerre on projetait de créer un système étendu d’irrigations dans le Languedoc en saignant le bas Rhône. Ce résultat sera obtenu plus complètement par la construction dans les Cévennes de réservoirs destinés à recueillir les^ précipitations que reçoivent Ces montagnes en automne. Mais pour cela il est nécessaire de posséder des renseignements précis sur les hauteurs de pluie dans les différentes parties de ce relief afin de donner aux ouvrages la capacité nécessaire et de caleuler leurs conditions d’établissement.
- L’avenir économique de la France dépend pour une grande part de l’emploi rationnel de nos
- Charles Rabot.
- Le pluviomètre-nivomètre totalisateur Mougin.
- richesses hydrauliques.
- Le Gérant:. P. Masson. ‘— Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2352.
- 22 FÉVRIER 1919.
- LES NAVIRES MYSTÉRIEUX DE LA MARINE MILITAIRE ANGLAISE
- La durée de la terrible guerre qui s’est terminée par notre victoire absolue, a été telle qu’il fût possible, au long de ces quatre années, d’étudier, de construire et de mettre en action des armes tout à fait nouvelles, comme aussi de transformer beaucoup de celles qui étaient déjà en usage.
- Le fait s’est passé avec une intensité particulière dans le domaine maritime, où la vivacité de l’action sous-marine et la nécessité de la combattre a provoqué des changements radicaux, tant dans la structure des navires eux-mêmes., que dans la conception de types nouveaux dont on a été amené à envisager la création.
- Comme il était assez naturel, c’est dans la ma-
- se trouve dans ces gigantesques bâtiments anglais, mis en chantier au nombre de cinq, lancés et placés en service pendant la guerre, et sur lesquels aucun renseignement n’avait été donné jusqu’à présent; si bien qu’ils sont connus encore maintenant sous la dénomination populaire de « Hash Ships », navires mystérieux.
- Ces navires procédaient de ce desideratum : fournir à la marine anglaise un bâtiment de combat de puissance et de vitesse telles qu’il fût capable de rejoindre et de couler n’importe quel navire de n’importe quel type existant, même les destroyers lés plus rapides (55 à 56 nœuds)!. Leur longueur est de 280 m, et leur déplacement de
- Un des deux cuirassés anglais du type- Courageous, transformés pour permettre l'envol
- et l’atterrissage des avions.
- rine anglaise, que se sont produites sur une plus grande échelle, les modifications, on peut presque dire les révolutions, dans le matériel destiné à maintenir la suprématie des alliés sur les mers., Ces innovations ont été étendues à toutes les marines de l’entente et on en a tiré un tel parti qu’il est permis d’affirmer que l’effondrement de l’Allemagne et de ses complices, est dû pour une très large part, à l’emploi généralisé des moyens nayals nouveaux de tous genres par lesquels la maîtrise des mers nous est restée.
- Ceci sans oi Idier la bravoure et l’endurance déployées par nos marins, et ceux de nos alliés, dans toutes les circonstances.
- Un exemple des plus typiques de la rapidité avec laquelle les types des navires se sont transformés,
- 47" Année. — 1" Semestre
- 50000 tonnes environ. Ils portent seulement comme principal armement, deux canons de 581 mm montés en deux tourelles à l’avant et à l’arrière. La vitesse que l’on attendait d’eux était d’environ 40 nœuds, mais il ne semble pas que cet espoir ait été entièrement réalisé. Les machines sont des turbines à engrenages.
- Vers la fin de là guerre, l’emploi des avions dans les opérations maritimes tendait à se développer de plus en plus ; d’autre part, les probabilités d’une action navale de grande envergure s’évanouissaient. On avait en effet acquis la certitude que les marins allemands se refusaient à tâter à nouveau du .fer anglais, après l’expérience du Jutland. On jugea donc utile d’utiliser deux des « Hush Ships », le Courageous et le Farious, pour permettre l’envol
- 17. — 257,
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- 258 —-. ' ~ LA VIE DES PLANTES EN LUMIÈRES DE COULEUR
- et l’atterrissage en mer des avions, dont ces navires pouvaient emporter un nombre relativement considérable.
- Il faut ici et à ce sujet noter l’esprit de décision et de souplesse dont fit preuve L’amirauté britantrique en n’hésitant pas à détourner de leur utilisation prévue deux unités de sa flotte, les plus puissantes et des dernières venues. Les transformations qu’on leur a fait subir sont les suivantes :
- Tout d’abord on a supprimé la piè.ce de 38 mm de l’arrière, sa tourelle et ses soutes à munitions ( pour créer une disponibilité de poids.
- Sur toute la longueur du pont principal ainsi dégagé on a construit une plate-forme en acier qui le couvre complètement, de l’arrière jusqu’aux cheminées. Cette plate-forme est soutenue par des piliers visibles sur la gravure que nous publions, et disposés de façon à ne pas gêner le tir des pièces de 150 mm de l’artillerie secondaire. • _
- Elle est destinée à recevoir les avions rentrant au bercail. Si on se rend compte que la largeur maxima du navire est de 28 m., que de plus ce terrain d’atterrissage participe forcément aux mouvements du navire, tangage et roulis, on pensera
- que les pilotes qui ont à se poser sur ce sol mouvant et rétréci', doivent posséder un coup d’œil et un sang-froid particuliers.
- Au-dessus dé~la tourelle qui renferme la pièce de 381 mm de l’avant, on a disposé une autre plateforme beaucoup moins importante et qui suffit pour permettre aux avions de s’envoler. •
- En même temps qu’elle prenait ces mesures destinées à permettre d’amener le plus tôt possible ses avions de bombardement à proximité des côtes allemandes, l’Amirauté mettait en chantier un type spécial de navires uniquement destiné à transporter des avions. Le pont supérieur de ces navires s’étend de bout en bout sans autres obstacles qu’une •cheminée placée tout à fait sur le côté (en abord, en langage maritime) et une petite passerelle de navigation, de dimensions très réduites également placée en abord à tribord.
- * Le premier de ces navires, nommé Ecigle, vient d’être terminé mais n’était pas ( encore entré en service.au moment où le triomphant armistice du 11 novembre a été accepté par nos ennemis désem-
- Pares- Sauva ire Jourdan.
- 'Capitaine de frégate.
- LA VIE DES PLANTES EN LUMIÈRES DE COULEUR
- Les nombreuses guérisons de malades et de blessés dues à la cure solaire et aux autres méthodes de photothérapie, ont rendu plus intéressante encore, et plus utile, l’étude des actions biologiques delà lumière. Les travaux déjà publiés sur ce sujet, • et dont beaucoup sont dus à des auteurs français, ont élucidé bien des points importants ; mais des incertitudes et des inconnues, dont se ressentent les méthodes, persistent encore, notamment sur le rôle et les j ef-fetsproprës des diverses radiations solaires sur les tissus vivants.
- " Depuis "Finsen, on attribue généralement aux. rayons chimiques bleus, violets, ultraviolets, un rôle tout à fait supérieur dans toutes les actions biologiques-et thérapeutiques de la lumière, et la synthèse h-ydrocarbonée obtenue in vitro avec les rayons ultra-violets par M. D. Berthielot a singulièrement renforcé cette manière de voir.
- Nombreux sont donc aujourd’hui les biologistes et les médecins qui, suivant l’exemple des chimistes,
- se sont orientés vers la recherche et l’emploi systématiques de l’ultra-violet et de la lumière froide.
- Cependant de multiples observations nous montraient que .ces données exclusives coftduisaient la
- pholothérapie et particulièrement l’héliothérapie dans des voies étroites et non sans danger.
- Nous l’avons dit et nous avons insisté maintes fois (*) sur Tint p or-, tance t biologique de la partie calorifique du spectre lumineux et* la supériorité d’action de la lumière chaude* de la lumière totale. ,
- Pour l’étude de ces 'questions de biologie spectroscopique qui nécessitent de patientes observations,"nous avons fait à Alger, en 1912, construire des serres (fig. 1) : blanche et de couleurs bleue,
- > 1. Miiumond de Laroquette : Actions des bains de lumièré. Arch. d'Elect. méd., juillet 1912. Actiôft biotique de la lumière solaire. Cure solaire des blessés. C. R. Acad. de Méd., nov. 1915.
- Fig. i. — Serres de couleurs pour l’étude des actions biologiques de la lumière (blanc-rouge-vert-bleu-jaune).
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- LA VIE DES PLANTES EN LUMIERES DE COULEUR
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- verte, jaune, rouge, dans lesquelles ont été cultivées longuement et sous divers dispositifs des plantes, des bactéries, des moisissures et de multiples espèces animales. ^
- L’examen spectroscopique des verres de nos serres (*) nous a montré que celui de la serre blanche, épaisseur 5 mm, absorbe une petite partie d’ultra-violet jusqu’à À 525 et atténue légèrement tout le reste du spectre.
- Leverrebleu laisse passer à peu près comme le verre de vitre l’u'Jtra-violet et les rayons chimi-queslumineux; il absorbe la moitié du vert, le jaune, l’orangé et le rouge.
- L e ver ce vert retient tout l’ultra-viol et, le violet, l’indigo et le rouge. Il laisse passer un
- peu de bleu, tout le vert, la moitié du jaune et un peu d’orangé.
- Le verre jaune absorbe tous les rayons chimiques et laisse passer un peu de vert, tout de jaune, l’orangé et la moitié du rouge.
- Le verre rouge ne .laisse passer que l’orangé et le rouge.
- Les verres de couleur ne sont donc pas des filtres purs monochromatiques, mais ils isolent les principales par-du spectre.
- Après filtration par les verres, l’action chimique de la lumière solaire est approximative ment réduite à :
- Blanc 98- °/0,
- bleu 88,’ vert 1, jaune 0,05, rouge 0,001.
- Yoici des températures prises dans les serres :
- Fig. 2. — Boutures de laurier-rose, poussées en flacons d’eau dans les serres de couleursflaspect de 4 mois); les boutures avaient, au début,, les dimensions de la bouture en série verte qui ne s'est pas développée.
- Rouge
- La- température n’est d’ailleurs qu’un élément restreint de la question; ainsi les plantes poussent mieux dans la serre blanche à 25° qu’en lumière de couleur à 50 ou 55°.
- Une valeur certainement très importante pour la vie des plantes et aussi pour les animaux et pour l’homme est le pouvoir d'évaporation du rayonnement. D’après nos expériences nous, retenons
- les coefficients suivants :
- Blanc 10,bleu
- 6.5, vert 5,4, jaune 8,4, rouge 6,6, noir
- 1.5.
- La vie des plantes en lu-, mières de couleur est des plus intéressantes à notre point de vue parce que les végétaux puisent dans la lumière solaire une grande part de leur énergieetqu’ils constituent ainsi vis-à-vis d’elle des réactifs vivants - des plus sensibles. Leur observation est particulièrement instructive en ce qui concerne l'action biotique (action excitante et utile à la vie) des diverses radiations solaires, et c’est à ce titre surtout que les données ci-dessous méritent l’attention et peuvent s’appliquer à l’héliothérapie humaine.
- Il y a quelques années dans un ordre d’idées
- plus spéculatif, di-vers auteurs, Zan-tédeschi, Dutro-chet, Paul Bert, G. Flammarion, Armand Gautier se sont également occupés de culture végétale eir serres.
- Vert Bteu ••
- Semis de lentilles d’un mois.
- châssis
- Serre blanche
- — bleue.
- — verte . —: -jaune.
- — rouge.
- \
- 22° •
- 16°
- 15°
- 47°
- 17°
- 55°
- 27°
- 25°
- 29°
- 28°
- 55°
- 50°
- 27°
- 51°
- 50°
- 44°
- 57°
- 55°
- 58°
- 57»
- 52»
- 42»
- 57»
- 45»
- 41°
- 1. Examen fait avec l’aimable assistance de M. Baldé, de l’observatoire d’Alger, à qui nous renouvelons nos sincères remerciements- • - F y,;
- B/anc ou goug
- colorés.
- " Leurs expérien-
- ces, peut-être un peu rapidement abandonnées, ont abouti à des conclusions divergentes. Ainsi pour la vigueur générale de la végétation., les diverses couleurs ont été classées dans l’ordre suivant : rouge, blanc, vert, bleu par C. Flammarion (*) ; blanc, bleu, jaune, rouge, vert par Paul Bert(2) ; blanc, rouge, jaune, violet, vert par Armand Gautier (3).
- 1. C. R. Académie des’Sciences, 1845.
- 2. G. R, Académie des Sciences, 1871. T. II, p. 144.4.
- .5. C. R. Académie des Sciences, 1.885. T, II, p. 957.
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- = LA VIE DES PLANTES EN LUMIERES DE COULEUR
- Nos expériences poursuivies pendant plus de trois ans,'toutes répétées et contrôlées plusieurs fois nous ont conduit aux données générales suivantes :
- La lumière blanche totale est de beaucoup supérieure. Dans toutes les lumières de couleur il y a des signes d’étiolement ; la plus active d’entre elles est la plus éclairante, c’est-à-dire le jaune, puis à peu près à égalité, mais avec des différences variables suivant les plantes, viennent le bleu et le rouge; enfin très inférieurement et proche du noir, le vert dans lequel la plupart des plantes meurent plus ou moins vite.
- Les photos ci-jointes donnent un aperçu des différences des cultures observées dans les serres sur diverses plantes : .
- La coloration verte chlorophyllienne des tiges et des feuilles se produit dans toutes les lumières de couleur, mais est toujours plus accusée, plus foncée, plus brillante dans le blanc.
- Bien venue encore dans le bleu, té jaune et le rouge, elle y est cependant parfois un peu pâle, surtout dans le rouge et après quelques semaines de croissance.
- Dans le vert elle est presque toujours imparfaite; les plantes, d’abord poussées ou restées vertes, y prennent bientôt une teinte vert pâle, puis jaune, caractéristique de l’étiolement. Il en est de même de la coloration rouge ou brun (érythro-
- cine) que certaines plantes, par exemple le maïs, présentent normalement sur tout ou partie des tiges et des feuilles, et qui, un peu moins bien réalisée dans toutes les couleurs, fait plus ou moins complètement défaut dans le vert.
- D’une manière générale les pigments viennent mieux en lumière totale, mais ne sont pas plus particulièrement dépendants des rayons chimiques que des rayons calorifiques ; ils sont à peu près d’égale venue dans le bleu et le jaune. Cependant la fonction chlorophyllienne est plus active dans le jaune et le rouge que dans la partie chimique du spectre. La quantité d’oxygène dégagé y serait double, d’après les expériences de Timiriaseffj1).
- La croissance des tiges et des pétioles ne paraît correspondre que dans une certaine mesure .au degré de vitalité de la plante ; une croissance exagérée aussi bien qu’un développement insuffisant est
- 1. C. R. Académie des Sciences, 1890. T. I.
- Fig. 4. — Épis d'avoine (22 grains par pots) et couleur; aucun épi
- l’indice d’un certain état de rachitisme. Les plantes étiolées, venues à l’obscurité, ont toujours des tiges grêles et exagérément longues.
- Dans toutes les lumières de couleur, la croissance des tiges et des pétioles est plus grande qu’en lumière blanche.
- Dans le bleu, au début, la croissance n’est guère plus rapide que dans le blanc; puis brusquement les tiges et les pétioles s’allongent anormalement.
- Dans le vert, au contraire, la croissance d’abord plus rapide que dans le blanc, s’arrête bientôt et la plante comme épuisée de son effort dépérit et meurt.
- Dans le jaune et le rouge la croissance se poursuit constamment dans des proportions excessives.
- Il en résulte que la végétation y paraît plus abondante, plus luxuriante, mais l’allongement exagéré des tiges et des pétioles est compensé par une moindre épaisseur, une densité plus faible et un poids total le plus souvent, sauf dans le jaune, nettement inférieur.
- De nombreuses observations, nous avons retenu les coefficients moyens très approximatifs ci-dessous.
- La largeur , et l'épaisseur des feuilles est généralement moindre dans toutes les. lumières de couleur surtout le vert.
- de 4 mois, semée en pots venus dans les séries de dans la serre verte.
- Croissance des tiges- Poids total. Densité.
- et des pétioles. — • 1
- Blanc. . . 1 1
- Bleu . . . 1,4 0,6 0,45
- Yert . . . 1,2 0,2 0,15
- Jaune. . . 1,9 1,2 0,60
- Rouge . . 2,4 0,8 0,35
- Le développement des racines paraît correspondre assez exactement au degré de vitalité de la plante. Sur des boutures en flacons d’eau, des boutures ou des semis en pots dont il est facile ensuite d’isoler les racines, on voit que celles-ci très développées, longues, touffues, épaisses dans le blanc sont en lumières partielles toujours réduites, et suivant la couleur de la serre, sensiblement en rapport avec les coefficients suivants :
- Blanc 1. Bleu 0,4. Vert 0,1. Jaune 0*,7. Rouge 0,4.
- La floraison et la fructification s’observent dans le bleu, le iaune et le rouge, mais toujours plus
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- LES MONTAGNES PÉTROLIFÈRES DU FAR-WEST 261
- tardivement et dans des proportions restreintes relativement à la lumière blanche. Elles ne se produisent pas dans le vert. Aucune modification dans
- la couleur des fleurs qui ont leur teinte normale (lin bleu, géranium blanc, rose ou rouge, laurier rose, capucines jaunes, etc.).
- Des grains de blé recueillis dans nos serres, ceux venus dans le blanc étaient denses et pleins d’amidon. Dans le aune les grains étaient réduits de moitié en nombre et en volume. Dans le bleu et le rouge quelques grains seulement et à peu près sans amidon.
- La statique des plantes est aussi très différente dans les diverses lumières : tandis que dans le blanc, les tiges courtes^ trapues, rigides se dressent droit vers le ciel, celles venues en lumières de couleur,, surtout dans le vert et le rouge, plus ou moins iongues, grêles et molles, sont le plus souvent courbées et traînantes sur le sol si elles ne sont pas soutenues par des tuteurs.
- Le phototropisme se produit dans toutes les lumières, blanche et dé couleurs : le sommet des tiges et les feuilles se tournent toujours du côté d’où vient la lumière (1) ; mais les mouvements
- phototropiques sont beaucoup plus rapides et plus accentués dans le blanc, le bleu, le violet et même le vert que dans le jaune et le rouge.
- Une plante mise entre deux lumières de couleurs différentes se tourne toujours du côté de la lumière la plus chimique même si celle-ci est moins intense. Il semble que le tissu végétal ait une sensibilité spéciale, une sorte de vision, pour les rayons chimiques.
- En résumé, toutes les radiations solaires sont utiles à la vie des plantes et la lumière blanche totale est à tous points de vue supérieure. Les lumières de couleur ont toutes des actions réduites : les rayons verts sont de beaucoup les moins actifs; les rayons calorifiques lumineux surtout jaunes, ont un rôle prépondérant dans la vitalité générale de la plante, dans les fonctions de nutrition et
- de reproduction; les rayons chimiques ont dans ces fonctions une part certaine, mais moins importante ; k ils ont sous leur dépendance plus directe les phénomènes de sensibilité et de mouvement photo tropique.
- Dr Miramond de Laroqüette
- Fig. 5. — Avoine de six semaines.
- LES MONTAGNES PETROLIFERES DU FAR-WEST
- L’exploitation des schistes bitumineux (naphto-schistes et pyroschistes) destinés à fournir par distillation une huile minérale analogue au pétrole, n’est nullement une nouveauté. Elle a même précédé, vers 1830 à 1850, l’industrie pétrolifère proprement dite qui, par ses facilités spéciales de production et son bas prix de revient, lui a porté un peu partout un coup fatal. Cependant, dans nos vieux pays d’Europe, en France, en Allemagne, en
- 1. Miramond de la Roquette. Le-sens phototropique des plantes, La Nature, 9 décembre 1916.
- Écosse, on a continué parfois quelques industries de ce genre, avec plus ou moins de succès suivant la teneur plus ou moins forte des schistes en huile lampante et, à force de s’ingénier à améliorer les procédés de distillation et l’utilisation des sous-produits, on a obtenu des résultats industriels, sur lesquels le manque de pétrole pendant la guerre a ramené l’attention.
- Il est curieux de voir aujourd’hui les États-Unis, ce pays pétrolifère par excellence, mais oùles champs de pétrole connus s’épuisent très vite, recourir, m
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- LES MONTAGNES PÉTROLIFÈRES DU FAR-WEST
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- plus ni moins qu’un pauvre vieux pays d’Europe, à une industrie de ce genre et s’occuper à l’organiser sur la vaste échelle que ses ressources comportent et selon les moyens qui lui sont d’ailleurs coutumiers.
- La nouvelle nous est apportée avec des estimations de tonnage certes un peu trop grosses pour ne pas éveiller quelques doutés.
- Cependant l’information est fournie dans l’organe de la Société nationale de géographie (de Washington), par un savant distingué, M. Guy Elliott Mitchell, Ingénieur du Service géologique des États-Unis (U. S.
- Geological Sur-vey) . Tout en faisant les réserves nécessaires sur des calculs qui peuvent être trop optimistes, nous devons donc l'a considérer .comme sérieuse.
- La découverte s’est accomplie dans cette région montagneuse et aride du Wyo-ming où les paléontologistes a-méricainsontmis à jour, en ces dernières années, tant de curieux et de gigantesques monstres fossiles, comme le dinosaure. Des prospecteurs et des chasseurs, égarés dans le massif des Book Cliff Mountains, avaient été déjà frappés par un étrange phénomène : les morceaux de roche dont ils se servaient pour construire leur feu de bivouac s’enflammaient.
- D’ailleurs, l’existence de schistes bitumineux était connue depuis longtemps dans ce pays. Les premiers Mormons qui fondèrent des coloniés dans l’Utah, soit vers 1850, ne tardèrent pas à découvrir les propriétés de ces schistes, qu’ils exploitaient près de Juab. Us y construisirent une raffinerie, dont les ruines existent encore. Dans l’est des États-Unis, une cinquantaine de Compagnies se constituèrent pour l’exploitation de gisements analogues. Mais elles n’eurent même pas le temps d’organiser leur nouvelle industrie : la découverte des nappes souterraines de Pennsylvanie (en 1858) mit, comme
- nous le disions en commençant, un terme prématuré à leur activité.
- D’après le rapport que nous résumons, ces schistes seraient remarquables par leur teneur particulièrement forte en hydrocarbures'. Ceux d’Écosse, dont on traite annuellement 5 millions de tonnes, ne dépassent guère 112 litres d’huile brute à la tonne, et ceux de France (Saône-et-Loire, Allier), une cinquantaine de litres. Or, les nombreux essais exécutés sur les gisements du Wyoming
- et des régions adjacentes par le « Geological Sur-vey » accusent, paraît-il, des teneurs variant entre 180 et 225 litres. On mentionne même un banc qui aurait fournilocalement 405 litres à la tonne.
- Toujours, d’après le même auteur, la teneur des schistes amé-ricains serait moins remarquable encore que leur abondance. Une enquête sommaire a cru pouvoir établir que, dans le seul État de .Colorado, les bancs découverts pourront fournir vingt billions de barils d’huile. On y rencontre, sur des dizaines de kilomètres, des massifs qui présentent des bancs épais, dont la teneur varie, dit-on, entre 50 et 50 barils d’huile brute à la tonne.
- D’après une étude plus approfondie, dont les résultats sont de publication toute récente, le nord-ouest du Colorado offre des bancs d’une épaisseur de plus de 7 m. et d’une teneur de 162 litres à la tonne (chiffre dont il conviendrait de vérifier la généralité), qui s’étendent sur une superficie de 1500 milles carrés. L’application, toujours dangereuse en prévisions minières, de la règle de trois, donnerait 24000 000 barils au mille carré, et 36 000 000 000 barils pour tout le gisement. Comme le fait remarquer M. Guy E. Mitchell, que •l’on retienne ou non le chiffre de 36 milliards, les
- Fig. i. — Roches bitumiiieusès du Colorado : i5o litres de naphle à la tonne.
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- LES MONTAGNES PETROLIFERES DU FAR-WEST
- résultats des deux enquêtes sont suffisamment impressionnants.
- Le Gouvernement américain poursuit maintenant son enquête dans d’autres régions des Montagnes Rocheuses. Les gisements de l’Utah semblent devoir être aussi riches et aussi étendus que ceux du Colorado. Dans le Nevada, on a rencontré aux essais des teneurs atteignant 450 litres de pétrole à la tonne.
- Mais ces schistes pétrolifères ne sont pas l’apanage exclusif du Far-West et de la Californie. On les observe également en abondance à l’ouest duMississipi, notamment dans le sud-ouest del’In-diana, où l’on a reconnu l’existence de bancs d’une superficie de 16000 milles carrés, que l’on suppose pouvoir fournir 100 milliards de barils * de pétrole.
- L’attention est tout naturelle -ment ramenée sur ces gisements par la hausse prévue , du pétrole qui doit en rendre l’exploitation plus fructueuse. Oh commence, en effet, aux États-Unis à envisager très sérieusement l’épuisement des nappes pétrolifères proprement dites: épuisement qu’ont accéléré les exigences delà guerre mondiale. Jusqu’à l’année 1918, la production totale des États-Unis a été de 4255 000 000 barils, et, d’après les calculs des géologues officiels, la réserve totale ne serait que de 7 milliards, dont une partie est située à de telles profondeurs qu’on peut se demander si l’exploitation en sera possible. Les États-Unis n’ont peut-être pas pour plus de 25 à 50 ans de pétrole actuellement reconnu.
- Lés ressources considérables qu’offrent les bancs de schistes prolongeront l’existence de l’industrie pétrolifère américaine. Déjà, le Gouvernement fédéral a constitué, en faveur de la Marine de guerre américaine, une réserve de 'plus de 600 km2 de
- 2 63
- gisements à haute teneur. S’appuyant sur l’expérience acquise en Écosse, l’industrie américaine s’occupe activement de la mise en valeur de ces nouvelles sources de richesses. Et, déjà, se fondent de vastes usines dans ce but.
- Non seulement les producteurs américains éviteront les coûteux tâtonnements qui précèdent puis accompagnent la création d’une industrie, mais ils se trouveront en outre dans des conditions d’exploitation beaucoup plus favorables que les raffineries
- écossaises. Nous avons dit plus haut que les bancs américains ont une teneur supérieure à ceux de l’Ecosse. De plus,ceux-ci sont toüs souterrains: ce qui entraîne, comme' pour les mines de charbon, l’établissement de puits plus ou moins profonds., tout en imposant le travail manuel pour l’extraction de la roche.
- Au contraire, les gisements américains, sont situés au-dessus des vallées, à des altitudes qui varient de quelques pieds à 800 m. au-d essus du fond' des vallées avoisinantes. On pourra donc en exploiter une grande partie à ciel ouvert, et, dans "bien des cas, à l’aide d’excavateurs à vapeur ou du moins par galeries débouchant au joür. Et la roche sera transportée aux usines par lg force de gravité.
- Enfin, M/Guy E. Mitchell fait remarquer que les bancs écossais se présentent sous la forme de gisements irréguliers, avec de fréquentes solutions de continuité, défauts qui augmentent considérablement le coût de l’extraction. Tel n’èst pas, suivant lui, le cas des gisements du Far-Wèst, plus uniformes en épaisseur, et horizontaux.
- Je rappelle seulement’en deux mots comment se fait le traitement des schistes bitumineux!1). Il
- 1. Voir, pour plus de détails, L.-de Latinot. Gîtes minéraux, t. I, p, 451 à 463.
- - Fig. 2. — Une installation d'expériences près de Debeque {Colorado).
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- LES MONTAGNES PÉTROLIFÈRES DU FAR-WEST
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- comprend d’abord une distillation produisant de l’huile brute avec des sous-produits divers, puis une rectification donnant diverses huiles d’éclai-
- tion de vie ou de mort. On peut également rappeler à ce propos, le traitement très perfectionné des lignites saxons de Weissenfels qui réussit
- Fig. 3. — Roches bitumineuses du Wyoming : la teneur en « pétrole » serait de 36 gallons par tonne.
- rage. La distillation se fait généralement en France dans des cornues verticales en fonte de 15 à 16 hectolitres de capacité, où le résidu lui-même, après distillation, fournit en brûlant la chaleur nécessaire pour la distillation d’une charge nouvelle.
- En Écosse, le traitement plus perfectionné, se distingue par l’intervention de vapeur d’eau injectée sous forte pression dans la masse distillée et, en second lieu, par la température beaucoup plus élevée à laquelle est porté le schiste.
- On est obligé alors d’employer des cornues en briques réfractaires ; mais on double la quantité d’ammoniaque, ce qui était pour l’industrie écossaise, une ques-
- à donner des huiles diverses et de la paraffine.
- En définitive, le traitement fournit, outre l’huile minérale, d’autres produits recherchés par
- l’industrie et l’agriculture, notamment delà ga-zoline, des huiles de graissage, de la paraffine, du ’ sulfate d’ammoniaque, et aussi des quantités de gaz combustibles dont les usines écossaises-se ser-' vent exclusivement pour la production de leur force motrice. M. Mitchell a calculé que les gisements du Colorado fourniront 3Q0 millions de tonnes de sulfate d’ammoniaque, produit qui valait avant la guerre plus de 300 francs la tonne.
- Y. Forbix.
- Fig. 4. — Dans un campement du « service géologique » : le combustible est fourni par un bloc de roches.
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- Les nécessités delà guerre nous ont obligés, dans beaucoup de domaines, à créer un outillage que les mœurs indolentes d’avant la guerre avaient laissé à l’état embryonnaire, en dépit de son utilité manifeste pour le développement économique du pays. En particulier, il est intéressant de signaler l’effort qui a été réalisé pour assurer un transport convenable des denrées périssables. La question des transports frigorifiques a été, en effet, résolue dans une mesure suffisante pour que l’on puisse dire que les besoins du temps de paix seront largement satisfaits. Il n’en était pas ainsi avant la guerre. Alors que les États-Unis possédaient 90 000 wagons frigorifiques, nous
- n’en avions guère .
- que 360 dont 149 consacrés au transport des bières et 211 seulement au transport des denrées périssables.
- Ces 211 wagons n’avaient- d’ail-leurs transporté que 10 000 t. de denrées périssables en 1913, alors que le tonnage transporté sur l’ensemble des réseaux français , atteignait près de 1500 000 tonnes pour les denrées périssables.^ Ils n’avaient donc qu’un très faible usage pour plusieurs motifs que l’on peut résumer ainsi :
- 1° De tels wagons ne sont vraiment indispensables que pour notre commerce international. La faible durée des trajets dans le commerce intérieur n’y rend de tels wagons utiles que quelques mois par an, pour les fruits et fleurs. Ils n’ont une utilité constante, dans le trafic intérieur, que pour les transports de viandes frigorifiées. Or, l’importation des viandes frigorifiées coloniales ou étrangères était pratiquement prohibée avant la guerre dans le but de protéger l’élevage national. Seul le transit des viandes congelées destinées à la Suisse et débarquées à Boulogne ou à Marseille pouvait alimenter un courant de wagons frigorifiques.
- 2° L’élévation des tarifs beaucoup plus élevés pour le transport des viandes abattues que pour le bétail sur pied.
- Il y a là une anomalie choquante, d’autant plus que le transport du bétail vivant comporte des obligations spéciales, telles que la désinfection, alors
- que le transport des viandes abattues n’offre aucune complication. Cette forme du commerce est doublement à encourager cependant, tant au point de vue hygiénique qu’au point de vue économique. En outre, étant donnée là pénurie dés moyens de trans-port, dont nous souffrirons encore longtemps, il est bon de rappeler qu’un wagon transportant des viandes abattues peut porter le chargement de viande représenté par 3 wagons chargés de bétail vivant.
- 3° L’ignorance générale des avantages assurés par ce mode de transport : beaucoup d’expéditeurs ne savent pas encore qu’il équivaut le plus souvent à une as,
- ... . , surance contre
- tout dégât des matières périssables transportées et surtout qu’il permet d’accroître -considérablement le rayon de distribution des denrées les plus fragiles, offrant ainsi de nouveaux marchés à l’activité de nos cultivateurs. Nos producteurs d e légumes, de fruits, de fleurs du MidLauraiènt pu, avant la guerre, trouver de multiples débouchés dans l’Europe Scandinave et centrale s'ils avaient voulu _ tirer parti des transports frigorifiques. ' . . . .
- La guerre nous a ainsi surpris, n’ayant pas’l’ou-tillage frigorifique indispensable aux armées modernes, outillage dont la constitution avait été cependant étudiée depuis 20 ans, et réclamée avec insistance par les deux Congrès français du Froid tenus à Lyon, en 1909 et à Toulouse, en 1912.
- Le résultat essentiel le plus fâcheux a été que, pendant 4 ans, le troupeau .français a été littéralement gaspillé pour les besoins des armées. Les animaux étaient achetés par le ravitaillement dans l’intérieur du pays et abattus seulement aux armées, dans les parcs divisionnaires, après de nombreuses tribulations qui provoquaient une perte en poids allant jusqu’à 20 pour 100.
- Cependant, il a fallu faire appel aux ressources offertes par les^viandes congelées, pour compléter celles offertes par le cheptel national. Force a bien été alors de créer, sous l’empire des circonstances,
- Fig. i. — Wagon frigorifique du type n” i.
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- les entrepôts et les wagons frigorifiques dont l’indolence, l’opposition d’intérêts particuliers trop docilement écoutés par les pouvoirs publics le plus souvent, avaient empêché jusque-là de doter le pays. En particulier, on a dû installer près de 950 wagons frigorifiques de différents types.
- ' Les différents wagons figorifiques qui circulent à l’heure actuelle sur les réseaux français appartiennent à 5 catégories différentes qui peuvent être ainsi classées :
- 1° Les wagons à parois isolées plus ou moins complètement, de façon à les rendre dans une. certaine mesure isothermes. 666 wagons de ce genre, sont actuellement en service en France. Le modèle le meilleur de ces wagons a été réalisé depuis le début des hostilités par l’Administration de la Guerre, dans les
- conditions sui- r~ —^ vantes : 50 wagons de la Compagnie P.-L.-M. du type HP à primeurs, qui comportaient déjà une caisse à double paroi, ont été garnis intérieurement d’une troisième paroi.
- Celle-ci est séparée des deux autres par un remplissage en matière isolante faite avec ,1’une des matières suivantes : liège granulé ou aggloméré, tourbe, fortement tassée sous une épaisseur variant de 12 à 15 cm; *en outre, la porte roulante qui existe sur chaque face du wagon a été doublée par une pbrte intérieure pivotante, garnie elle-même entre ses 2 parois d’une même épaisseur de matière isolante. Par ailleurs, un caillebotis a été posé sur le plancher du wagon pour faciliter la circulation de l’air sous le chargement. Ainsi équipés, les wagons isolants du type Guerre peuvent assurer 1e transport de 15 000 kg de denrées périssables en petite vitesse et 8000 kg en grande vitesse.
- Les mieux isolés de ces wagons suffisent parfaitement à assurer le transport de .viandes congelées à travers tout le territoire français, par suite du volant de froid que celles-ci constituent,
- 2° Les wagons-glacières à parois isolantes : 104 wagons de ce genre sont actuellement en,service en France. Ces wagons comportent une ou plusieurs caisses à glace que l’on peut charger, soit de l’extérieur, soit par l’intérieur, selon les différents
- modèles. Ils ont, en outre, généralement une ventilation artificielle.
- Ces wagons, pour une consommation de glace voisine de 2500 kg peuvent, en été, assurer pendant 6 à 10 jours le transport en bon état de viandes, poissons, beurre, etc. Ils sont particulièrement indiqués pour être employés plus tard dans le trafic européen.
- 5° Les wagons isolants à réfrigération mécanique préalable ; ces wagons peuvent être refroidis avant leur départ par une circulation d’air froid, de façon à leur constituer une sorte d’accumulation de froid. Les 200 wagons de cette catégorie qui sont actuellement en service sont tous d’anciens wagons du P.-L.-M., type H. P. qui ont reçu l’isolement des wagons type Guerre de la lre catégorie; ils
- peuvent transpor-, ter une charge de
- ... * . - : 9500 kg en petite
- - -. i vitesse et 5500
- * kilogs en grande
- x - vitesse. Ces wa-
- gons ainsi que ceux des types suivants répondent surtout à des fins militaires. Leur emploi se conçoit, en effet, surtout par trains entiers pour des expéditions de grandes masses en plein été ou à de grandes distances .en tout temps. Leur fonctionnement est plus compliqué et dispendieux que celui des wagons simple-t ment isolés. Conçus pour assurer le ravitaillement d’armées en campagne se déplaçant beaucoup, ils ne pourraient en temps de paix avoir un tel usage par trains complets que dans le trafic international.
- 4° Les wagons isolants faisant partie d’un train frigorifique, train comportant ùn wagon usine qui assure la réfrigération des wagons de transport du train, soit par circulation de saumure, soit à la fois par circulation d’air et de saumure. 500 wagons de ce genre ont été construits dont 60 ne peuvent être refroidis que par une circulation de .saumüre et 240 peuvent être refroidis à la fois par circulation d’air et par circulation de saumure. Ces wagons peuvent transporter 10 000 kg en petite vitesse et 6000 kg en grande vitesse.
- 5° Les wagons frigorifiques proprement dits qui sont actuellement au nombre de 29 : 4 de ces wagons sont des wagons usines destinés aux trains frigorifiques, 25 autreà de ces wagons comportent deux parties : un compartiment usine qui'assure le
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- refroidissement d’un deuxième compartiment servant au transport des marchandises, par la détente' directe d’un gaz liquéfiable, qui est le chlorure de méthyle. Le fonctionnement de ces wagons est naturellement assez délicat et entraîne des frais qui en limitent l’emploi.
- Les usages auxquels sont ainsi consacrés les 1299 wagons frigorifiques immatriculés sur les réseaux français au 1er décembre 1918 sont indiqués dans le tableau suivant :
- Ravitaillement Toutes Produits
- Type des wagons. en viandes denrées de Bières
- — frigorifiées périssables laiteri e —
- 1° Wagon isolant . . 582 30 43 111
- 2° Wagon glacière. . 29 37 38
- 3° Wagon à réfrigéra-
- tion préalable . 200'
- 4° Wagon à réfrigéra-
- tion en cours de
- route . . . . . 500
- 5° Wagons frigorigènes 4 . 25
- 1015 92 U 149
- Le plus grand nombre de ces wagons est donc spécialement éonsacré au transport des viandes frigorifiées pour le service du ravitaillement des Armées et accessoirement du ravitaillement civil. 939 wagons ont été ainsi aménagés au cours des hostilités sur les ordres de l’administration militaire.
- C’èst là un outillage qui représente une capacité, de transport de 8200 t. en petite vitesse et 3000 en grande vitesse et qu’il y a lieu de conserver, car il va se montrer particulièrement précieux pour favoriser le développement économique du pays.
- La France va se trouver, en €ffet, pendant quelques années tout au moins, obligée de faire venir de l’étranger environ 200 000 t. de viande, chaque
- actuellement pour le service du ravitaillement.
- D’autre part, il est telles améliorations de détail dans les transports réalisées au cours de la guerre qui favoriseront certainement l’emploi des wagons frigorifiques des différents types. Ainsi l’utilisation
- Fig. 3. — Wagon frigorifique du type n° 3, en cours de réfrigération préalable.
- des ferry-boats sur la Manche va permettre de destiner au ravitaillement de l’Angleterre en produits de laiterie, fruits, légumes, fleurs, volailles, des chargements complets qui n’auront plus à encourir les risques des transbordements. La situation paradoxale, qui faisait que les produits du Midi de la France parvenaient souvent sur le marché- de Londres dans un état de fraîcheur inférieur à celui des mêmes denrées venues de l’Australasie
- Wagon frigorifique Wagon citerne
- !.. Surfaces
- isolant refroidissantes
- Wagonproducteur cfe Froid
- Condenseur Moteur à pétrole
- Compresseur* / Evaporateur
- Wagon frigo.
- Fig. 4. — Train frigorifique.
- annéeT Seules ses colonies - et les nations d’outremer pourront les lui fournir sous forme de viandes frigorifiées, généralement congelées. Ces viandes devront être transportées, pour la plus grande partie, des ports de débarquement vers l’intérieur du pays.
- D’autre part, les ports français sont suffisamment bien outillés maintenant pour que l’on puisse espérer y voir débarquer et entreposer les viandes frigorifiées destinées à la Suisse et à la Belgique, qui auront également à cet égard de très gros^besoins à satisfaire. Il en résulte que, tant pour le trafic intérieur que pour le transit international, un tonnage, qui atteindra sans doute 400 000 tonnes, devra être transporté par les wagons frigorifiques, utilisés
- ou de l’Afrique du Sud par navires frigorifiques, doit cesser. Désormais la routine de trop d’expéditeurs n’aura plus d’excuse : l’emploi des wagons isolants ou de ceux des types 2 et 3, à glacière, ou à réfrigération préalable, permettra en toutes saisons de faire parvenir les légumes, fruits et fleurs du Midi en excellent état sur le marché « Anglais ». C’est là un exemple entre vingt des chances nouvelles qui s’offrent à notre activité, si nous voulons l’employer, dans tous les domaines, à intensifier nos productions d’avant-guerre, selon une loi fatale dont l’observance seule pourra nous assurer une prospérité économique digne de'nos victoires militaires., Émile Gouault. -
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- PROGRES DANS L’UTILISATION DU MOTEUR A VENT
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- Les-circonstances actuelles montrent que, dans l’ordre économique, il y a grand intérêt à ne pas négliger les ressources que les forces naturelles mettent gratuitement à la disposition de l’homme pour lui permettre de produire, à volonté, la chaleur et la lumière dont il a besoin.
- .Dès l’apparition dé la machine dynamo-électrique, on eut l’idée de tirer parti du vent comme force motrice p'our l’actionner. Les Danois, passés maîtres dans l’art d’utiliser les moulins à vent, n’ont dpas négligé cette application. La Nature a donné es détails, en 19 14, sur l’installation d’un grand moulin à vent contribuant, pour une large part, à l’alimentation d’une station centrale destinée à l’éclairage d’une ville danoise.
- En France, ce procédé ne s’est pas généralisé jusqu’à présent, parce que le problème du moteur éolien associé à la dynamo est resté sous la dépendance de la suppression des poulies et engrenages qui encom-brentces deux appareils, les compliquent et leur font perdre toutes leurs qualités naturelles de simplicité et de souplesse.
- Cependant, un chercheur, M. P. Fayard de Mille, qui a longuement étudié cette question, a trouvé le moyen de supprimer les fâcheux intermédiaires entre le moteurJi vent et la dynamo; comme, généralement, la dynamo doit tourner cent fois plus vite que le moteur à vent de même puissance, il a fallu recourir à un type de dynamo spécial et modifier profondément la structure du moteur à vent pour ramener ces deux mécanismes à la même vitesse. L’emploi des dynamos multipolaires permet de réduire sensiblement la vitesse de rotation de ces machines, mais, cependant,-sans dépasser une certaine limite imposée par le poids, le rendement et l’économie. .
- Restait donc la seule ressource d’accélérer la vitesse du moteur à vent, tout en améliorant son agencement en vue de la régularité, de la solidité et du rendement.
- La puissance d’une hélice de moteur à vent est proportionnelle à sa surface qui, elle-même, est proportionnelle au carré de son rayon; mais sa
- Fig. i. — Le moteur éolien Fayard à six hélices.
- vitesse de rotation est inversement proportionnelle à ce rayon. Pour augmenter la vitesse sans réduire la surface, il n’y a donc qu’un moyen : diminuer le rayon et augmenter le nombre des hélices, sans toutefois, perdre la force fournie par le vent.
- Les recherches expérimentales de M. Fayard de Mille ont montré qu’en calant l’induit de la dynamo directement sur l’axe du moteur à vent, portant six hélices suffisamment espacées, on réalise un appareil aéro-électrique qui satisfait aux conditions de rendement, de fonctionnement régulier et de sécurité, chargeant par-sjj - , *” ^ faitement de petits accu-
- mulateurs à l’aide d’un conjoncteur-disjoncteur automatique.
- Cette combinaison échappe, dans une large mesure, à la loi connue en aéro-dynamie sous l’appellation de Loi des Cubes. C’est cette loi qui s’oppose à ce que les gros' oiseaux, et même les gros insectes, volent aussi aisément que les petits, et qui, jusqu’en ces dernières années, a mis obstacle à la construction de très grands aéroplanes, alors que les Hélicoptères, ces petits jouets' connus depuis longtemps, volent parfaitement.
- C’est en vertu de la Loi des Cubes que le poids, le prix, mais non la solidité, d’une hélice sont proportionnels au cube de ses dimensions, tandis que sa puissance motrice ou réceptrice, n’est proportionnelle qu’ à sa surface, c’est-à-dire au carré de ses dimensions, d’où il résulte que ses faiblesses croissent, avec ses dimensions, plus vite que ses qualités, et que plus une hélice est grande plus se réduisent les avantages de son 'emploi, à la différence de ce qui se présente dans les machines de capacité, comme les machines à vapeur. C’est pourquoi les machines à vapeur se sont substituées aux moteurs à vent.
- Le moteur à vent muni de six hélices au lieu d’une seule, pour réaliser la même surface utile, a donc un diamètre bien plus petit et, dès lors, échappe, dans une large mesure, à la Loi des Cubes
- dans le rapport de 2,449. Il est plus écono-; V1
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- PROGRÈS DANS L'UTILISATION DU MOTEUR A VENT
- mique, plus robuste, plus gouvernable et enfin d’allure plus régulière, en raison de l’incessante, variabilité des courants d’air naturels en un point trop restreint. One paraît pas douteux, aujourd’hui, que pour donner tous les résultats pratiques que l’on doit trouver dans leur emploi, les moteurs à vent doivent subir une transformation imposée par la Loi des Cubes.. Cette transformation rationnelle .est encore justifiée par ce fait que l’action du vent sur des'surfaces successives est elle-même sous la dépendance des principes, observations et phénomènes qui se^résument comme suit :
- 1° La pression du vent sur une surface plane, qui lui est opposée, normalement, est proportionnelle à l’étendue de cette surface.
- • 2° Jusqu’à 30°la pression du vent sur cette surface est indépendante de l’angle d’incidence ;
- 3° Il n’y a pas entraînement de mouvement entre des couches d’air voisines : à 10 cm d’un vaste courant d’air artificiel de 15 m. à la seconde, sans aucun cloisonnement, l’air est parfaitement calme;
- 4° Les filets élémentaires constitutifs d’un courant d’air naturel,' par certains vents — surtout les vents du Midi — ne sont ni parallèles entre eux, ni constants en vitesse et en direction.
- De ces observations, il résulte qu’on peut orienter Taxe d’un moteur à vent à six hélices, suffisamment espacées, soit dans la direction même du vent, soit sous une inclinaison de 20 à 50°; les hélices ne se contrarient pas dans leur fonctionne-
- ment ; le travail produit est plus constant qu’avec une seule hélice; enfin l’appareil est plus solide et résiste mieux aux coups de vent qui ne l’atteignent pas sur toute sa surface au même instant. Tous les avantages que l’on doit demander au moteur à vent — pour résoudre le problème dont une solution entièrement satisfaisante n’avait pu être obtenue jusqu’ici — se trouvent donc réalisés. Pour fixer les idées par un exemple, un dispositif de dimensions pratiques, mesurant 10 m2 de surface des voiles avec hélices de 1 m. 60 de diamètre produira, par un vent modér é de 5 à 10 mètres par seconde, un travail utile de 5 à 20 liecto-watts avec une dynamo à six pôles ayant un rendement de 0,66.
- Si l’on considère qu’il passe sur le toit de chaque maison, surtout dans certains pays, plus de force qu’il n’en faut pour p rocurer à ses habitants toute la chaleur et toute la lumière nécessaires à leurs besoins ; que le moteur à vent permet de capter cette force, et la dynamo de la transformer et de la conduire pied d’œuvre, on _ peut être surpris que
- la captation usuelle de l’énergie, dans de telles conditions ne soit pas un fait accompli. Dans les circonstances actuelles, en présence de la cherté des combustibles et des difficultés de s’en procurer, il est à peine besoin de faire remarquer combien serait précieuse l’utilisation ainsi généralisée d’une force que la nature, souvent avec une persistante importunité, met si amplement à notre disposition. Henri Blin.
- Fig. 2. —L’hélice préconisée par M. Fayard (d = i m 6 o). ÿ
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séances du 6 au 27 janvier 1919.
- A la séance du 6 janvier, M. Léon Guignard a pris possession du fauteuil présidentiel, succédant ainsi à M. Paul Painlevé;,
- L’ancien directeur de l’Ecole supérieure de Pharmacie est un botaniste éminent qui s’est spécialisé dans des études de micrographie et de microchimie végétales. On lui doit des recherches qui montrent les liens étroits existant entre les règnes animal et végétal.
- Laissant de côté ce qui concerne les mathématiques pures, et les travaux d’un caractère trop technique pour pouvoir être brièvement analysés, nous ne citerons que lés communications se prêtant à la vulgarisation, ou susceptibles d’applications à l’art et à l’industrie.
- Une voie de communication maritime franco-belge. — M. Bertin, si connu des lecteurs de La Nature, a montré tous les avantages que présenterait pour les intérêts nationaux, la création d’une voie de communication maritime empruntant les cours de l’Escaut, du Rhin et du Rhône, à travers la Belgique et la France. L’itinéraire des péniches serait ainsi : embouchure de l’Escaut, Anvers, canal de la Campine, Cologne, Strasbourg, Besançon, Lyon, Arles et Marseille. La nouvelle voie nécessiterait d’importants embranchements vers Dunkerque, Nantes et Bordeaux, canaux creusés au ga^ barit restreint de 2 m.50 de profondeur, et il semble que le type des cargos à préconiser est celui des bateaux
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- de 10 000 t., portant 6000 t. en lourd et calant 4 m. 50. , Il est à-prévoir qu’on arriverait à utiliser des chalands autonomes, qui, par leurs propres moyens, et sans rompre charge, iraient directement de la Baltique ou de via mer du Nord à la Méditerranée.
- Les gaz 'des fumées. —: M. Le Chatelier a signalé une nouvelle méthode de dosage des carbonates alcalins, en présence d’alcalis libres, e4 pouvant s’appliquer à l’analyse des fumées. Elle est due à M. René Dubrisay, Ingénieur des Manufactures de l’Etat.
- Ébranlements du sol causés par les explosions. — Attaché au Bureau central météorologique, M. Eblé a vérifié les indications données au sismographe, par les explosions de Saint-Denis (4 mars 1916), de Massy-Pa-laiseau (28 janvier 1917), de Mitry (15 juillet 1917) ; et. de laCourneuve (15 mars1918),et montré que les nuits où l’artillerie contre avions est entrée en action, les diagrammes présentaient un aspect ((. ponctué « qui les différenciait, à première vue, des courtes données par les ébranlements du sol. - ! .
- Indice de chlore et pouvoir absorbant dé la terre.à son égard. — Le gaz « chlore ira fait l’objet de deux notes —dues, l’une à MM. Lapicque et Barbé, l’autre à MM. Daniel Berthelot et Trannoy. — Dans la première, on lit que : l’eau de Javel s’appauvrissant en chloré actif, dès qu’elle agit sur des terres arables, la mesure de l’oxydabiiité étant en rapport avec la teneur en humus, il y a là une méthode rapide et simple, permettant d’établir un « indice de chlore )) qui fixe avec une rigueur suffisante pour la plupart des cas, sur la richesse et la valeur d’une terre. La seconde note résume des expériences montrant comment on pouvait utiliser le sol contre le gaz « chlore » employé par l’ennemi. Les essais ont porté sur le sâble blanc, le sable ferrugineux et la terre végétale.
- Cultures maraîchères au bord de la mer. '— M. L. Daniel a rappelé ses essais faits sur les salades, les chicorées et les choux, pour établir l’importance fondamentale du régime de l’eau dans les plantations situées sur la Côte d’Émeraude. La sécheresse a été’ combattue, car il s’agit là souvent de jardins établis sur des dunes, par l’arrosage capillaire et les substances hygrophiles, telles que les sphaignes vivantes et le fumier de vache. L’auteur a montré, comme suite à ses communications' de 1916, que l’excès de la nourriture azotée est un des facteurs de la fonte et du folletage des salades-, quand les plants subissent des à-coups élevés dans leur végétation. On peut en tout cas, dit-il, provoquer chez elles, par une forte humidité, la structure xérophytique.
- La vitesse du son à l’air libre. — Le repérage au son a été longtemps gêné par notré connaissance imparfaite des vents ; ceux-ci, en effet, se présentent sous la forme de rafales, cheminant à la manière de vagues superposées.'En opérant par tous .les temps, avec des canons de tous calibres, la température variant de 0° à 20°, MM. Esclangon et Foex ont utilisé des récepteurs électro-acoustiques, distants de 12 km, le. vent étant déterminé au moyen de ballons-sondes et les temps évalués au 1/500 de seconde près. Le plus grand écart à la moyenne générale (corrigée du vent, de l’humidité et de la température) a été de 0 m. 80. On sait que Victor Régnault opérant en air calme, a trouvé 339 m. 7. Les deux auteurs de la note que nous analysons fixent, à la vitesse du son, dans l’air sèc-à'-f-15°, la valeur de 339 m. 90.
- Le traitement de la gangrène gazeuse. — M. Richet signale les résultats remarquables obtenus par MM. Vincent et G. Stodel au moyen du sérum multivalent qu’ils ont préparé. Celui-ci provenait de chevaux, ayant reçu des doses progressivement croissantes de cultures, appartenant à 16 races microbiennes notamment les bacilles perfringens, œdematiens, putrificus, sporogenes, etc. et certains avaient été aussi immunisés contre le tétanos; si bien qu’un même animal était armé contre l’ensemble des microbes pathogènes les plus communs de la gangrène gazeuse. Les closes injectées" aux blessés comprenaient, pour la dose préventive 20 cm3, pour les doses curatives 60 m3. Sur 81 malades, 69 ont guéri; et parmi les 12 morts, 4 ont été emportés, l’un par le tétanos, J’autre par une pleurésie purulente, le troisième par une pneumonie lombaire, le quatrième. enfin par une phlébite compliquée de septicémie; si bien que la mortalité par gangrène gazeuse se ramène à 8 sur 81 ; le pourcentage réel des guérisons a donc été de 90,13 pour 100.
- La flore du bassin honiller du Bas-Dauphiné. — Une note de M. Pierre Bertrand vient préciser la nature des terrains qui constituent le prolongement du bassin de Saint-Étienne au sud-est et . à l’est de Lyon. Les lecteurs de La Nature ont pu se rendre compte, par une savante étude de M. Auguste Pawlowski, de l’importance que présente pour Pindustrie métallurgique française, la mise en exploitation raisonnée de toutes les richesses, dé notre sous-sol. C’est à M. Bertrand que depuis trois ans MM. Friedèl et Termier ont confié l’étude des plantes fossiles recueillies dans les. sondages et ceux-ci ont établi que l’épaisseur du, terrain bonifier peut, dans la région considérée, dépasser 700 mètres. Trois groupes de dépôts se succèdent graduellement sans solution de continuité ; des schistes bitumineux, avec quelques bancs de grès fin, des grès avec couches de houille interstratifiée, enfin, à la base, des roches grossières et des conglomérats variés. Les couches de charbon de Lyon représenteraient les couches inférieures de Saint-Étienne et les schistes bitumineux de Gênas les couches supérieures, si bien que la série de Saint-Étienne est en partie à l’état bitumineux dans le bassin de Lyon.
- Incendies provoqués par les ondes hertziennes. — Des phénomènes exceptionnels de résonance sont intervenus fréquemment pour provoquer des sinistres. Les essais de M. G. Le Roy ont montré que l’inflammation est facilitée par l’emploi d’électrodes en fer, ce métal exaltant le pouvoir calorifique des étincelles. On est souvent frappé, dans le commerce des cotons, de la fréquence des incendies spontanés. Or les balles sont encerclées par des bandes de fer. Un choc peut provoquer dans une de ces dernières une' solution de continuité qui en fera un excellent résonateur hertzien. Le contact des cercles métalliques constitue un circuit d’une, capacité et d’üne self-induction suffisantes pour aider aux résonances. Si, en un point, une « faiblesse )) se produit, elle donnera lieu à une étincelle incendiaire qui provoquera l’inflammation de la masse. Il semble aussi, que dans bien 1 des. cas, l’électricité météorologique, joue un rôle analogue à celui des ondes hertziennes.
- Principes et règles scientifiques pour l’établissement de longé tunnels soiïs nappes d’eau. — Au moment où s’agite de nouveau la question du tunnel sous la Manche; la note de M. Rabut prend une importance toute particulière. La méthode préconisée par cet ingénieur subor-
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- L’AÉROBUS FARMAN .:. . .-.. 271
- donne la question du tracé, en plan et en profil, tous les dispositifs du projet_et ses moyens d’exécution, à l’obligation majeure de prévenir l’inondation, en affectant à l’étanchéité tous les moyens dont on usait jusqu’alors, en vue de la seule économie.
- Élections. — Les deux derniers mois de l’année 1918 ont yu entrer à l’Académie des Sciences, trois membres
- dans hqnouvelle section des « applications de la Science à l’Industrie » : MM. Maurice Leblanc, Auguste Rateau et Gçorges Charpy.
- Le mois de janvier a été marqué par l’élection de M. Wilfrid Kilian, doyen de la Faculté de Grenoble, auteur de mémoires sur la géologie des Alpes.
- P. B.
- L’AÉROBUS FARMAN
- De toutes parts, les nouvelles, affluent des transformations que l’aviation opère pour se préparer au service de paix et notamment au grand tourisme.
- Hier, le lieutenant Abel Lefranc nous contait (n° 2550) les randonnées extraordinaires du géant
- Après avoir promené une douzaine de personnes dans la brume au-dessus de son hangar de Toussus-le-Noble, il partit le 8 février dernier pour Londres avec 14 passagers militaires — les autorités anglaises refusant encore .le droit de voyage aux civils — il atterrit à l’aérodrome de Kenly d’où il
- Fig. i. — Coupe et élévation de l’aérobus Farman
- liandley-Page. Au même moment, les quotidiens nous informaient du tour de force de Védrines, réussissant à atterrir sur un toit,, au centre de Paris. Puis ce fut la traversée de la Méditerranée en cinq heures, de Miramas à Alger par deux officiers français.
- Aujourd’hui paraît un nouvel appareil, î’aérobus Farman F. 60 (fîg. 1 et.3.) qui après avoir réussi ses essais devant une Commission militaire française et des représentants des pays alliés attend pour faire le service régulier Paris-Londres les dernières autorisations anglaises. Aux essais, il avait emporté à chaque voyage de 12 à 14 personnes; il mérite donc bien le nom d’aérobus qu’on lui a donné.
- Cet avion a d’ailleurs déjà fait ses preuves/ pendant la guerre. C’est ett effet une transformation du Goliath type F. 60, qui avait été construit pour servir d’avion de bombardement et qui vient d’être adapté au tourisme et aux grands voyages.
- ,. En attendant de fournir un service régulier, il vient de faire une 'série de voyages qui montrent ses qualités de régularité.
- repartit le lendemain pour revenir à Toussus. Les temps de ce premier voyage furent :
- Aller.
- Bue. ...... (départ) 11 h. 55
- Amiens . ; 12 h. 55
- Abbeville . . . 15 h. 8
- Boulogne. . . . , . . . . 13 h. 38
- Folkestowne . . . . . . . 13 h. 57
- Ivenley ... r.1 . .. . . . . 14 b. 52
- Atterrissage, . . .f . . . • 14 h.' 55
- „ Temps total . . 2 h. 57
- Vent Est. jusqu’à Amiens, favorable ensuite.
- Température —7°. '
- Moteurs .à 1400 tours. v
- Retour.
- Renley ... . . . ;. (départ) 12 h. 23 Folkestowne . . . . . 15 h. 18
- Berclc. . . . . . . . . . 14 h. 6
- Abbeville..................14 h. 28
- Beauvais. . . . . . . . . 15 h. 08
- Toussus. .... (arrivée) 15 h. 46
- Temps total . . ’ 5 h. 23
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- L'AEROBUS FARMAN
- Vent-SL E. sur le parcours, sauf sur la Manche vent N. E. -Température:—7°.
- Tours moteurs : 14150.
- Le 12, le Goliath repartait pour Bruxelles,
- Fig. 2. — La cabine des passagers.
- emmenant cette fois 16 personnes civiles, qu’il déposa à l’aérodrome de Berghem-Sainte-Agathe après 2 h. 15 de vol
- Cette fois, la sûreté civile belge trouva les papiers des voyageurs insuffisants et n’autorisa leur départ que le lendemain. Le Goliath rentra donc le 15 à Toussus-le-Noble après un voyage de retour de 2 h. 42.
- Ces deux voyages consécutifs fournissent une preuve de la possibilité des services réguliers d’aviation *• entre capitales.
- ' Les caractéristiques de l’aérobus sont :
- Il peut monter en 4 minutes à 500 m., et en 10 minutes à 1000 m. Il lui serait facile d’obtenir des altitudes plus élevées puisqu’il a atteint 2000 m. en 25 minutes avec 5000 kg, mais il aura rarement l’occasion de s’élever à des hauteurs supérieures à 1000 m.,, qui sont inutiles pour le tourisme.
- L’aérobus Farman, qui décolle en 10 secondes sur une distance de moins de 50 m., peut atterrir sans secousse, avec une vitesse de 60 km à l’heure, en quelques mètres, malgré sa charge.
- Un de ses détails les plus intéressants est la cabine qui se présente sous l’aspect d’un wagon-salon avec tapis, glaces, feuteuils, tout à fait confortable, peint d’une jolie nuance amande foncée, complètement recouvert, sauf le trou du pilote ; elle ressemble à un grand cigare aux formes élégantes. De nombreux hublots pratiqués dans les parois distribuent le jour et la lumière et permettent de voir’ le paysage pendant le
- voyage -(fig. 2).
- L’aérobus est prévu pour transporter 14 voyageurs parfaitement installés et qui peuvent, durant la route, se mouvoir à leur gré d’un bout à l’autre de l’appareil, et échanger leurs impressions avec leurs voisins dans la cabine fermée.
- Envergure.... . . Surface portante... Poids à vide. . > . . Poids utile... . . , Poids du combustible. . Poids complet en charge
- 28 in. 168 m2 2000 kg 2000 kg 520 kg 4520 kg
- Puissance : 500 HP, en deux moteurs Salmson Z. 9.
- Vitesse commerciale : 160 km à l’heure.
- Ces données permettent de se rendre compte de son excellent rendement : 160 km ‘à l’heure avec une charge de 2500 kg au moyen de deux moteurs de 250-270 HP.
- Ses principales cotes sont indiquées sur le plan ci-contre (fig. i). ^
- Fig. 3. — L’aérobus Farman, au départ de l’aérodrome.
- L’aérobus Farman est conduit par ùn chef pilote ayant son siège au-dessus de la cabine, assisté d’un mécanicien. __
- 11 nous reste à souhaiter bon voyage au nouvel aérobus et à préparer nos bagages pour aller bientôt à Londres par la voie des airs. À. Breton.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahuke, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2353.
- 8 MARS 1919.
- LA VISCOSITÉ
- La viscosité a joué dans la guerre un rôle important, bien qu’ignoré en général des non-spécialistes. Les difficultés que les artilleurs ont rencontrées en hiver par suite du mauvais fonctionnement des freins récupérateurs à huile ont rappelé fâcheusement l’action qu’a la température sur cette propriété de la matière, tandis que par contre ; ’
- c’est sur l’inertie des corps visqueux que Georges Claude s’est appuyé pour réaliser un nouvel affût de canon.
- Nous n’envisagerons pas ici la viscosité des gaz. Disons seulement qu’elle est mesurée par les mêmes méthodes que la viscosité des liquides. Seuls diffèrent, l'ordre de grandeur et les variations avec la température, — et voici pour fixer de suite l’ordre de grandeur de cette constante physique, les chiffres trouvés pour la viscosité de certains gaz, de l’air et de quelques liquides :
- voyant régime des restrictions, était un solide, mais parfois un liquide. La poix des cordonniers, si cassante au choc, que l’on ne peut pas distinguer, ainsi que le montrent les photographies ci-jointes (fig. 1 et 2), les éclats obtenus, en tirant avec une
- Hydrogène à 15°. Chlore -
- Air -
- Eau —
- Mercure -
- Glycérine -
- Poix —
- 88,9 .10~6 145 .10-»
- 180 ,10~s 1,15.10~2 1,62.10-2 10,2 .10° 20.0 .10*
- La viscosité est une. grandeur physique qui correspond au frottement intérieur ou au frottement des molécules ou du groupe de molécules de chaque corps sur elles-mêmes. Pour un liquide, — et c’est pour cet état de la matière qüe la connaissance de la viscosité est de la plus grande importance, aussix le traiterons-nous spécialement ici, — on peut dire que la viscosité est l’aptitude de ce liquide à prendre plus ou moins rapidement la forme de l’espace libre dans lequel on le verse. Un liquide sera d’autant moins visqueux que sa surface libre se rapprochera le plus vite d’une surface de niveau et dans le cas général d’un plan horizontal. Une observation même superficielle permet de distinguer nettement, au point de vue de la viscosité, l’eau d’un sirop.
- Il n’est d’ailleurs pas toujours possible de tracer de démarcation bien nette entre un liquide et un solide. Pour les amateurs de fromages, un Camembert, comme ceux que l’on connaissait avant le pré-
- 47° Année — 1°' Semestre
- Fig. i. —• Éclats d’un bloc de poix frappé par une balle.
- balle sur une plaque de poix, de ceux qui sont produits en tirant sur une plaque de même épaisseur en antimoine, métal très cassant, si cassant qu’on le classe à la limite des métalloïdes, la poix, dis-je, n’est pas autre chose qu’un liquide.
- Placez sur une plaque de poix des balles de plomb et mettez le tout sur des bouchons de liège. Au bout d’un mois, les bouchons flotteront sur la plaque largement étalée d’ailleurs: et il y aura beau temps que les balles de plomb seront à la
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- LA VISCOSITÉ
- 274
- partie inférieure, le tout comme dans un liquide.
- Nous avons déjà vu quelle était la \aleur de la viscosité de la poix.
- L’inertie qu'opposent aux déplacements rapides les corps visqueux a été appliquée par Georges Claude pour réaliser une plateforme extrêmement légère pour canon de tranchées.
- A cet effet, dans un trou creusé dans le sol on
- verse quelques litres d’un mélange de brai et de goudron. Au fond du trou se trouve une plaque métallique portant le tube-canon articulé. Le canon elt donc immergé sur une certaine hauteur dans le mélange visqueux qui ne l’empêche pas de se déplacer lorsqu’on effectue le pointage, mais qui fonctionnera comme un bloc de ciment armé au départ du coup, assurant ainsi l’invariabilité du pointage.
- Ajoutons, autre particularité du système Claude,
- qu’il réalise un canon plein. La pièce fixe est une tige pleine sur laquelle on enfile le projectile qui porte au fond du logement cylindrique la charge de poudre propulsive.
- Expériences de Poiseuille. — Le premier, qui mesura avec précision la viscosité des liquides, fut le l)r Poiseuille. Son remarquable mémoire que l’Académie des Sciences jugea digne de publier dans le Recueil des mémoires dés Savants étrangers à l’Académie, fut apprécié par les commissaires en ces termes :
- « En résumé, le mémoire de M. Poiseuille renferme un grand nombre d’expériences exécutées avec soin et par tous les moyens de précision que l’on peut employer dans l’état actuel de la science. Ces expériences établissent, pour l’écoulement des liquides dans les tubes de petits diamètres, des lois dont plusieurs, il est vrai, avaient déjà été obtenues par le calcul, mais qui n’avaient pas encore reçu jusqu’ici la sanction de l’expérience, entre des limites suffisamment étendues. »,
- Poiseuille s’était entouré de toutes les précautions possibles pour écarter la cause principale d’erreur, l'écoulement par gouttes. Comme il le dit, l’affinité du liquide pour la matière du tube le fait adhérer contre la partie pleine de la section ; il s’y accumule, forme une goutte qui grossit et finit par tomber. Il résulte dé là une réaction en arrière, une pression à l’orifice, en sens contraire de l’écoulement qui est ainsi troublé continuellement et n’arrive pas à l’état uniforme.
- Poiseuille avait en outre filtré avec un très grand soin l’eau distillée pour la débarrasser de tous corpuscules étrangers. Il avait répété cette filtration un très grand nombre de fois, jusqu’à ce que, examinée par transparence, avec le plus grand soin, il lui' fût impossible d’y découvrir le moindre corps en suspension. Cet examen pourrait être poussé plus loin aujourd’hui par l’emploi de l’ultramicroscope; et il est probable que les vingt filtrations du Ür Poiseuille seraient tout à fait insuffisantes pour obtenir de l’eau pure à l’ultramicroscope. Il convient d’ajouter que les dimensions des corpuscules, révélés par l’ultramicroscope, n’auraient pas grande influence sur la viscosité.
- L’appareil de Poiseuille était ainsi disposé (fig. 3) :
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- LA VISCOSITÉ =
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- à travers un tube capillaire d complètement immergé l il faisait passer, sous une pression connue, une quantité déterminée de liquide, mesurée entre les repères c et e d’une ampoule a soudée au tube. 11 notait le temps nécessaire à ce passage pour différentes pressions et différentes longueurs et sections j de tube. Les niveaux, étaient lus à l’aide d’une
- Fig. 3.
- Viscosimèlre de Poiseuille.
- lunette! (fig. 4), mobile le long d’une règle verticale graduée r. La charge sous laquelle se produisait l’écoulement était fournie par de l’air comprimé. Afin de régulariser l’action de la pompe de compression, le Dr Poiseuille envoyait l’air comprimé dans un réservoir. Cette pression était ensuite transmise par le tube m au vase en fuseau f, duquel se détachait latéralement le tube b s’ouvrant dans l’ampoule a. Le cul-de-sac du vase f permettait d’éliminer encore les pous- \ sières qui auraient pu souiller le liquide après filtration.
- Le renflement K limitait nettement l’entrée du liquide dans le tube capillaire. La température était égalisée en mettant le vase V dans un seau S. Un thermomètre t plongé dans le vase V en face de l’oritice du tube d permettait d’apprécier la -température du liquidé, soumis à l’expérience.
- - Lés expériences de Poiseuille établirent que la quantité Q ou le volume de liquide, traversant un tube capillaire est,.toutes choses égales d’ailleurs, proportionnelle à la pression, en-raison inverse de la longueur du tube et en raison directe de la quatrième puissance des diamètres des tubes.
- Q=fK
- m
- K est une constante variable avec chaque liquide et-qui croît rapidement avec la température. L’eau chaude est moins visqueuse que l’eau froide. Aussi se néttoie-t-oo mieux avec de l’eau chaude.
- A la suite des recherches de Poiseuille, la viscosité absolue N se déduit de la formule À
- . 8 vl
- Elle est exprimée en dynes par centimètre carré. Un point restait douteux ; y avait-il adhérence complète entre le liquide essayé et les tubes capillaires?
- Les travaux de Couette ont nettement montré
- que la nature des parois ne modifiait pas la viscosité du liquide. La question était restée mal précisée jusque-là. Coulomb, par la méthode du disque oscillant, avait établi que les résultats étaient les mêmes avec le métal nu,, suiffé ou recouvert de sable. Les expériences de Poiseuille démontraient d’ailleurs l’adhérence parfaite de l’eau à la surface du verre.
- Mais Navier avait supposé a priori que le liquide pouvait glisser avec une vitesse finie le long des parois, et admis par suite qu’il en résultait un frottement proportionnel à cette vitesse.. Les expériences exécutées par Girard fournissaient en effet des coefficients de frottement intérieur trop faibles, ce qui semblait indiquer un glissement. Les expériences de von Piotrowski, interprétées par Helmholtz, paraissaient également, mais peu nettement, révéler l’influence de la nature des parois.
- Des expériences très précises de Couette ont montré qu’il n’y- avait pas glissement. Rappelons seulement une de ses expériences qualitatives que tout le monde peut reproduire. On prend un tube de verre capillaire assez long, d’un demi-millimètre de diamètre environ, soudé à une ampoule comprise entre deux traits de repère. On observe le temps nécessaire pour l’écoulement de l’eau. Puis on recommence l’expérience en observant foutes les mêmes conditions, mais après avoir graissé, verni ou argenté le tube, et le temps nécessaire
- Fig. 4-
- Appareil de Poiseuille. '
- pour l’écoulement restera toujours le même, en
- tenant compte naturellement de la diminution du diamètre, dû à la graisse, au vernis ou à l’argent. Dans ce dernier cas, la diminution est la plus faible et pratiquement négligeable à cause de la minceur de la couche d’argent déposée.
- Couette procéda ensuite à des expériences quantitatives qui lui permirent de prendre des conclusions rigoureuses.
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- 276 _____LA VISCOSITÉ
- De son côté, Duclaux avait montré que dans le cas des liquides, il y avait une couche immobile adhérente à la* paroi. L’expérience suivante le met en évidence. On prend un thermomètre à alcool color,é et à là partie supérieure de la colonne, on introduit une goutte d’alcool incolore ; puis on
- Fig. 5. — yiscosimètre d’Engîer modifié par Ubbelohde {d'après Post et Neuman).
- chauffe et au moment où l’alcool coloré arrive près de la couche incolore, il la traverse comme une vrille et-vient s’étaler à la surface. Ce savant a mesuré l’épaisseur de la couche superficielle adhérente et a trouvé les épaisseurs suivantes en microns :
- Liquides. É^isseur.
- Eau .....................Ôp.,50
- Alcool à. 90° . . . . . . . Op.,64
- Éther .......... Op.,25
- Huile d’olive.......... . 3p.,44
- Glycérine............ 4p., 88
- Il s’ensuivrait que dans le cas des espaces capillaires très étroits, l’influence de cette couché immobile pourrait devenir sensible. Une cause d’erreur beaucoup plus grave et que nous retrouverons est l’influence des extrémités des tubes.
- Dans la pratique, la viscosité n’est pas mesurée par la méthode de Poiseuille. Divers instruments ont' été proposés sous le nom de viscosimètres ou d’ixoinètre. Chaque grand État a rendu officiel l’un de ces instruments. ' 1
- Les viscosimètres sont ainsi nommés parce qu’ils mesurent, ou sont censés mesurer la viscosité. L’ixomètre de Barbey mesure la fluidité, c’est-à-dire l’inverse de,la viscosité.
- 1 Viscosimètres et Ixomètre. —Les viscosimètres les plus employés pour examiner les huiles'de graissage sont ceux de Redwood, d’Engîer, de Sàybolt, et l’ixomètre de Barbey.
- Le viscosimètre de Redwood est adopté en Angleterre par le « War Department », les principales
- Compagnies de chemins de fer, etc. Il consiste en un réservoir de cuivre, dont le fond est percé d’un orifice capillaire; Dans ce réservoir plongent un thermomètre et une tige terminée par une boule, qui permet de boucher et de déboucher à volonté l’orifice inférieur. Tout l’ensemble est*à l’intérieur d’une enveloppe formant thermostat. À l’aide d’un agitateur et d’un thermomètre, on règle et on lit la température. Quand la température-à laquelle doit être effectué l’essai est atteinte et reste constante, on soulève le tampon; l’huile s’écoule et tombe dans une fiole graduée d’une contenance de 50 cm3 et placée sous l’appareil. On note le temps pendant lequel s’écoulent 50.cm3. Pour que des essais successifs fournissent le même résultat, il est indispensable d’employer toujours la même quantité d’huile et dans la construction de l’appareil, il faut éviter toute déformation de l’orifice capillaire. Aussi ce dernier, identique naturellement pour tous les instruments, est-il construit en agate.
- Tout à fait semblable comme principe et occupant le même rang en Allemagne que le précédent en Angleterre est le viscosimètre d’Engîer (fig. 5). Il est également formé d’un réservoir en laiton dans lequel est versée l’huile à étudier. Sur les parois intérieures sont fixés trois arrêts, disposés aux sommets d’un triangle équilatéral. Ces arrêts indiquent le niveau jusqu’auquel il convient de remplir lé réservoir. Quand ces conditions sont bien remplies, le volume occupé est de 240 cm3. Le couvercle du réservoir en laiton est traversé en son centre par un tampon en bois dur ayant la forme d’un crayon à pointe effilée. Un orifice placé sur le
- . ico
- ?'o
- !*>
- . O'yo,
- Fig. à. — Série de tubes Barbey pour les . déterminations de la fluidité à température élevée (d’après Post ét Neuman).
- côté laisse passer un thermomètre, Au fond du réservoir se trouve le tube d’écoulement (en platine?), ce tube dont la longueur et le diamètre sont nettement'déterminés, et naturellement toujours les mêmes pour tous les appareils du même modèle, n’est pas très long (longueur^O mm, diamètre en
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- LA VISCOSITE
- haut 2,90 mm, en bas 2,80 mm). La vérification en est faite très soigneusement par la Pliysikalische Iieichsanstalt. Le crayon sert à ouvrir ou à boucher cet orifice. Le réservoir est entouré d’eau ou d’huile que l’on porte à la température voulue à l’aide d’un brûleur. L’agitation est assurée à l’aide d’un appa
- Fig. 7. — Ixomètre Barbey avec récipient spécial pour le chauffage de l’huile. ,
- reil mû à la main ou avec un moteur. Sous la forme primitive, donnée par Engler à son viseosi-mètre, on pouvait craindre que le brûleur ne surchauffât le tube d’écoulement. Il n’en est rien. Néanmoins de légères modifications furent apportées à l’instrument. En outre comme il ne permettait pas d’opérer sur les pétroles, M. Ubbelohde imagina un autre viscosimètr'e spécialement destiné à la mesure de la viscosité des pétroles (fig. 5). Nous verrons quelle est leur valeur scientifique.
- Aux États-Unis, on emploie le viscosimèlre de Saybolt. Gomme dans les précédents, le réservoir à huile, en cuivre, est placé dans un grand bain-marie. 11 n’est pas complètement en métal, mais porte- un regard en verre qui correspond à un regard placé dans le bain-marie. L’huile à essayer est versée dans le viscosimètre, et pour être sur d’opérer toujours sur le même volume, une série de trous servant de trop-plein sont placés à des hauteurs convenables. Après remplissage et égalisation de la température, on laisse écouler l’huile, en mettant en marche aussitôt un chronomètre, que l’on arrêté au moment où la surface ^de l’huile atteint le trait de niveau placé sué le regard.
- Tout différent est l’ixomètre de Barbey, destiné à mesurer la fluidité. Le principe de cet appareil consiste à mesurer l’écoulement 'd’un liquide, d’une
- 277
- huile de graissage en général, sous une charge à peu près constante— différence entre les niveaux de deux trop-pleins — et à laquelle la densité des divers liquides apporte seule une légère variation, à travers un espace capillaire, obtenu en mettant une tige~d'acier bien calibrée à l’intérieur d’un cylindre creux en laiton également bien calibré.
- La figure ci-conlre"n° 7, représente l’ixomètre muni d’un réservoir supplémentaire L,/permettant de réchauffer au préalable le liquide afin d'être sûr qu’il prendra exactement la température indiquée par le thermomètre, plongé dans le bain-marie A. Le liquide s’écoule du récipient L dans un entonnoir F en forme de coupe, portant sur le côté un tube de trop-plein Z. L’entonnoir F surmonte l’ixomètre proprement dit formé d’abord d’un large tube vertical B, réuni à la partie inférieure par un tube C horizontal se raccordant à angle droit au tube B et au tube vertical D, dans lequel est créé un espace capillaire exactement calibré de la manière suivante. Le tube D est alésé intérieurement au diamètre de 5 mm. A la partie inférieure un bouchon ferme le tube D. Au centre de ce bouchon se trouve un petit trou conique destiné à recevoir la pointe d!une tige d’acier qui est maintenue en place à l’aide d’un autre bouchon placé à la partie supérieure. Sur ce bouchon et sur l’extrémité plane de la tige d’acier se trouvent deux traits de repère qui doivent être amenés en coïncidence. Le tube D porte sur le côté un déversoir par où s’écoule l’huile. La différence entre les deux trop-pleins est la charge ou pression sous laquelle s’écoule l’huile. Quand le régime est bien établi, température du bain-marie constante, écoulement de l'huile, régulier, on place sous le déversoir l’un des tubes gradués ci-contre (fig. 6), suivant que l’huile est plus ou moins fluide, en même temps que l’on met en marche un chronomètre à°secondes.
- Aucun de ces appareils ne mesure la viscosité absolue, mais, si la fluidité indiquée par l’ixomètre Barbey est, au facteur densité près, en relation étroite et suffisamment approchée avec l’inverse de
- Fig. 8. Viscosimèlre
- d’Oslwald.
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- 278 —... .......: LES INDUSTRIES TEXTILES DE L’ALSACE
- la viscosité absolue, dans les limites où l’appareil fonctionne bien, il n’en est plus de même du viscosimètre d'Engler et des appareils qui en sont dérivés.
- MM. Georges Baume et Paul Nicolardot, dans une communication récente, « Contribution à l’étude de la viscosité », ont attiré l’attention sur les faits suivants qui, au point de vue de l’exactitude et de l’honnêteté scientifiques, sont véritablement extraordinaires. Les indications fournies par le viscosimètre' d’Engler n’ont aucune relatio n vraiment simple avec la viscosité, absolue, et l’inventeur de l’appareil le savait très bien.
- Malgré les essais de M. Ubbelohde pour trouver une relation entre les indications du viscosimètre (?) Engler avec la. viscosité absolue et la formule suivante qu’il propose :
- où Z est la viscosité, s la densité et E le degré Engler, ne fournit qu’une correction imparfaite. Bien mieux, comme il y avait un viscosimètre à indications quelconques pour les huiles, M. Ubbelohde en construit un autre aussi peu précis pour les pétroles ainsi que nous l’avons vu. Le tout est patronné par la Rhysikalische Reichsanstall et ces appareils, remarquablement construits, nous insistons sur ce point, puisque les indications fournies sont toujours les mêmes, auraient été imposés au monde entier par les professeurs Allemands et Autrichiens au Congrès international du pétrole de Vienne de 1942, sans l’intervention de MM. Guiselin et Nicolardot.
- D’autres moyens permettent encore de mesurer
- la viscosité : oscillation d’une pendule, d’un disque, chute d’une bille; mais de tous les appareils le plus simple de tous est incontestablement celui d’Ost-wald. Il est formé essentiellement d’un tube en U (fig. 8) portant sur l’une de ses branches une petite boule de'2 cm3 de capacité. Deux traits de repère A et B encadrent la boule l’un en haut, l’autre en bas. Au-dessous delà boule se trouve le tube capillaire .de B en C. Tout l’ensemble forme ainsi la première branche du tube en U. Le tube capillaire, soudé ou non à un tube plus large, est raccordé à un réservoir cylindrique E D, qui, à son tour, est surmonté par um tube droit. Ce viscosimètre se place très facilement dans un thermostat. Il est rempli toujours par le même volume d'huile. La température est rendue rigoureusement constante, en utilisant l’ébullition de liquides sous pression constante ou des mélanges réfrigérants, à point de froid constant. A l’aide d’une aspiration ou par refoulement, on amène l’huile au-dessus du trait supérieur On laisse le liquide s’écouler et dès qu’il passe à hauteur du trait, ou met en marche un chronomètre à secondes.
- Le viscosimètre d’Ostwald permet de mesurer la viscosité relative; il suffit de l’étalonner avec de l’eau pure pour déterminer la constante de l’instrument et connaître par suite la viscosité absolue.
- La viscosité des hui'es de graissage paraît être, d’après l’opinion la plus généralement répandue, depuis les recherches du savant alsacien Hirn, la qualité qui permet d’apprécier leur valeur lubrifiante. Il est cependant permis d’en douter et des essais pratiques de graissage. seront souvent le meilleur guide. Nicolas Flamel.
- LES INDUSTRIES TEXTILES DE L’ALSACE
- Aujourd’hui que l’Alsace est redevenue française, il convient de .compléter ce qui a été dit ici même (voy. n° 2327), à l’époque où nous luttions encore pour sa réannexion. L’industrie textile est pour la France, au point de vue commercial tout au moins, la plus importante de toutes, puisqu’elle représente dans la statistique douanière plus du tiers de notre commerce extérieur, et elle constitue également pour l’Alsace Lélément le plus considérable de son activité industrielle. On a dit à tort que l’une et l’autre de ces deux branches manufacturières propres aux deux pays, placées maintenant face à face, pourraient se nuire au point de vue de leur vitalité réciproque. Nous supposons que cette manière d’apprécier les faits a dû dépasser la pensée de ceux qui l’ont émise : tout au plus à une situation nouvelle doit correspondre un modus vivendi nouveau, une réadaptation si l’on veut après 47 ans de carence, mais c’est là une question d’étude et de tact facile à résoudre lorqu’on considère de part et d’autre les éléments qui la constituent et que nous allons envisager dans cet article.
- L’industrie textile alsacienne est formée de cinq facteurs principaux : 1° l’industrie cotonnière, dont les trois branches principales sont : la filature, le tissage et l’impression des tissus; 2° l’industrie lainière, représentant les mêmes catégories — auxquelles on peut rattacher, mais de façons inégales, des établissements de blanchiment, de teinture et d’apprêts; 3° l’industrie de la soierie, de beaucoup moins importante que les deux premières, et celle de la rubannerie de soie qui n’est devenue alsacienne que parce que les fabricants de Bàle, pour éviter les droits d’entrée en Allemagne, se sont installés en territoire annexé; 4° les industries de la filature et du tissage du jute, très peu développées dans le pays; 5°enfin l’industrie delà mécanique textile, représentée depuis de longues années par de très anciens et importants établissements de construction.
- I. Industrie du coton —L’industrie cotonnière est la plus ancienne de l’Vlsaee. Elle date du jour où. la maison Kœchlin, Schmalzer et Cie, établit à Mulhouse en 1746 la première fabrique d’indiennes
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- LES INDUSTRIES TEXTILES DE L’ALSACE
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- du pays, et comme la production des toiles peintes avait besoin pour vivre de trouver dans la région et non pas seulement à l’étranger les tissus nécessaires à sa fabrication, elle donna naissance aux industries de la filature, du tissage, de la construction des machines textiles, et même des produits chimiques, qui lui sont forcément liées. Le premier tissaye de coton fut monté en 1762 par Mathias Risler, et la première filature, marchant à la force hydraulique, à Wesserling en 1802, la seconde, marchant à la vapeur, par MM. Dollfus, Mieg et Cie, à Mulhouse, en 1812, et la troisième en 1817 par Nicolas Schlum-berger et Cie. Ce fut également à Mulhouse -que fut inventée plus tard, en 1845, la machine à peigner le coton par Josué Ileilmânn, auquel fut attribué
- Fig. i. — Le matériel d’impression des tissus en A
- à droite, machine
- représentée en Alsace par 1 900 000 broches, le tissage par 42 000 métiers, l'impression des lissus par 160 machines à imprimer. Dans quelle situation vont se trouver toutes ces industries en face des manufactures françaises, aujourd’hui qu’elles se. trouvent comme elles sur le même territoire? C’est ce que nous allons examiner.
- Nos filateurs de coton se basent, pour l'apprécier • à leur point de vue, sur l’état matériel de leur industrie avant la guerre. Celle-ci, d’après eux, avait marché trop vite, au point que le lissage n’en absorbait plus la production : d’oii surproduction légère et alourdissement constant du marché. Il fallait alors constituer des stocks que consommait le tissage et dont il profitait pour discuter plus
- sace. A gauche, machine à imprimer à 6 couleurs; à 12 couleurs.
- peu après le prix de 42 000 francs du marquis d’Àrgenteuil décerné par la Société d’encouragement pour l’industrie nationale « à la découverte considérée comme la plus importante pour les manufactures françaises ». Tous ces noms, familiers aux industriels de l’Alsace, méritent d’être retenus à cette place. Mais l’industrie du coton ne prit une grande extension que lorsque la Société industrielle de Mulhouse, fondée en 1826 et l’un des centres d’études textiles les plus actifs et les plus féconds de la région alsacienne, voulant encourager la propagation dans le pays des » métiers à filer automatiques, proposa un prix pour le premier « assortiment de 5000 broches au moins fonctionnant régulièrement ». La maison Dollfus, Mieg et CiB mérita le prix en 1855 et trouva après elle de nombreux imitateurs. L’industrie du tissage des cajicots se développa bientôt autour de Mulhouse et fit tache d’huile dans les localités environnantes. Aujourd’hui la filature de coton est
- âprement les prix des fils, dont on ne pouvait, en outr<j, sé débarrasser que par à-coups en pratiquant le dumping vis-à-vis de l’exportation. Joint à cela, les {dateurs, très disséminés, n’étaient pas suffisamment unis en vue de la limitation de leur production ; enfin, leurs frais généraux étaient plus élevés qu’à l’étranger, la moyenne des broches par filature étant chez nous de 27000 alors que chez nos concurrents du dehors elle arrive à plus de 100000. Enfin le commerce se fournissait bien de fils à coudre sur le marché français, mais il en importait d’Alsace des quantités importantes. Et voici maintenant que l’annexion ajoute à son outillage 1900000 broches, plus du quart des siennes qui, en 1914, en comptait 7571000. Le nouvel arrivant ne va-t-il pas lui disputer la clientèle du tissage national?Ne va-t-il pas augmenter dans une proportion notable la crise latente que subissait avant la guerre la filature française? Et n’est-il pas à craindre qu’à la concurrence étrangère, déjà si-
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- accentuée malgré les droils de douane, ne vienne se joindre la concurrence alsacienne qui n’aura plus devant elle aucun obstacle ? '
- L’Alsace répond à ces doléances que tout d’abord le problème de la concurrence ne se posera que dans quelques années. Elle aura comme le Nord des usines à réparer et son apport ne saurait de longtemps peser bien lourdement sur notre marché national. En outre, s’il est une crise en perspective, c’est surtout pour elle qu’elle est à craindre, car depuis 47. ans, elle s’est outillée en vue de l’exportation de ses fils en Allemagne et ce marché lui sera totalement fermé. L’importation en France des fils à coudre sera évidemment plus facile, mais elle ne fera que répondre à une accoutumance qui dure depuis de longues années et elle tient une place dans laquelle l’industrie française ne s’est que fort peu spécialisée.
- Mais pour se rendre bien compte de la situation, c’est moins le fil destiné au tissage qu’il faut considérer, queletissu qui en résulte, directement employé par le public consommateur. Ce tissu a été depuis 1870, comme le disent avec raison les industriels » al sa-ciens, fabriqué spécialement en vue des goûts et du commerce allemands, et les tisseurs du pays auront de grandes difficultés pour trouver du jour au lendemain une orientation nouvelle à leur fabrication et de nouveaux débouchés à leur commerce. La production des métiers à tisser alsaciens va certainement encombrer le marche, et il apparaît nécessaire de prendre des mesures pour traverser sans trop d’encombre la .période de transition. Quelles vont être ces mesures? La première à inscrire dans le traité de paix devra être l’application du régime appliqué dans des conditions inverses en 1870. Pendant mois, l’Alsace annexée put importer en France en franchise et moyennant un certificaiT d’origine tous les tissus de coton de sa fabrication. Nous pourrons obliger nos ennemis à recevoir en Allemagne ces tissus dans les mêmes conditions, pourvu toutefois que la durée d’un pareil régime fût beaucoup plus longue. Les. Alsaciens ont demandé 15 ans. Nous ne nous trouvons plus en effet dans une situation identique à^celle de la guerre franco-prussienne ; nos industries textiles
- françaises n’avalent pas à celte date le développement actuel 'et la France avait alors besoin des produits du tissage alsacien. Aujourd’hui, l’Allemagne n’a nullement besoin de l’Alsace dans les mêmes conditions, elle produit plus de tissus de colon qu’elle n’en consomme, et elle va certainement songer à s’organiser de façon, à pouvoir se passer d’être tributaire de ses anciennes provinces.
- Mais voici une autre objection du côté de la France. Les, industriels alsaciens, répondent nos tisseurs, auront ainsi deux marchés, celui de la France et celui dé l’Allemagne; les producteurs français seront, de leur côté, au point de vue de l’écoulement de leurs produits, dans une situation identique à celle de l’avant-guerre. La réponse qui vient immédiatement du côté de l’Alsace est péremptoire: elle objecte encore une fois qu’en ce qui la concerné, ses tisseurs ont fabriqué surtout en vue du marché allemand, de la clientèle allemande; du jour au lendemain ils vont perdre ce débouché ou tout au moins le voir s’atténuer dans de sensibles proportions ; alors qu’il sera facile de décongestionner la production française en lui assurant, â l’aide de tarifs douaniers préférentiels, un plus large exutoire du côté du marché de ses colonies et protectorats, sans compter les mesures qu’on compte prendre pour développer son exportation. Joint à cela, la production française, sans en être gênée, recevait avant la guerre, sous la rubrique allemande, nombre de produits alsaciens; ceux-ci continueront à s’écouler sur le marché national sans en léser aucunement les anciens maîtres qui s’y sont accoutumés ; enfin la filature alsacienne offrira au tissage français des fils absolument dissemblables de ceux de la production nationale et les tisseurs français produiront aussi de nouveaux rarticles qui augmenteront leur clientèle, notamment celle de l’exportation.
- Mais c’est aussi à l’industrie de l’impression et aux industries du finissage en général qu’il y aura lieu de songer dans cette période de, transition. Nos imprimeurs de tissus de la région normande et des Vosges se sont demandé s’ils n’allaient pas être écrasés sous l’avalanche de la production nouvelle de l’Alsace, beaucoup plus importante que la leur; et de leur côté les industriels alsaciens sont éga-
- Fig. 2. — La machine à peigner de VAlsacien Heilmann, dont l’invention a révolutionné l’industrie cotonnière mondiale.
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- lement inquiets parce qu’ils travaillaient surtout à façon, pour l’Allemagne dont le marché va leur manquer. Les premiers, à notre avis, feront preuve de craintes moins vives, lorsqu’ils pourront se convaincre que les toiles peintes de T Alsace diffèrent essentiellement de celles de la production française, d’autre part, le régime de l’admission temporaire, que nous saurons imposer à nos ennemis et au sujet duquel le gouvernement français a pris les devants par le décret du 23novembreder-nier, en accordant l’entrée en franchise à titre temporaire et à charge de réexportation des tissus de coton en pièces destinés à être imprimés dans les ateliers de la Haute et
- Fig. 3. — Métier à tisser automatique à chargeur, construit par la Société Alsacienne de Constructions mécaniques.
- de la Basse Alsace, pourra sauver la situation difficile des industriels alsaciens.
- II. Industrie de la '
- laine. — La filature de V,” ‘ l-, ,
- laine ne date en Alsace que de 1858, époque où la maison de constructions mécaniques André Kœchlin et Cie, de Mulhouse, pour favoriser le développement de l’in- ‘ du strie alsacienne, monta dans le voisinage de ses ateliers la première filature de laine peignée sous la raison sociale André Kœchlin, Risler et Gie, où l’on travailla les laines françaises
- de Champagne et de Bourgogne. D’autre part, la fabrication des draps épais dits de Mulhouse qui se fSisait à la main dans la région depuis le xve siècle, ne passa à l’état d’industrie mécanique que lors-qu’en 1817, MM. Mathieu Mieg et Cie, Dollfus,
- Fig. 4. —Dhôtel de la Société industrielle de Mulhouse.
- Baumgartneret Cie, parvinrent à livrer au commerce des draps teints en laine. A la production de ces articles il faut ajouter aujourd'hui celle des lainages en couleur de Sainte-Mar ie-aux-Mines et les tissus mélangés laine et coton dont la fabrication est active dans le centre mulhousien.
- L’arrivée des 568 000 broches de laine peignée alsaciennes ne va pas nuire à la filature française, car Roubaix, Tourcoing et Fourmies produisent des fils fins fue l’Alsace ne fait pas et celle-ci deviendra une cliente pour nos filatures du Nord. Mieux que cela, la filature de laine française, accrue dë 23 pour 100 dans son outillage, deviendra la première du monde, passant avant l’Angleterre, et son exportation, déjà très prisée à l’étranger, ne pourra que prendre par cette ad-’ jonction une extension v , ' f caractéristique. Mais en
- ce qui concerne la fabrication des tissus, représentée en Alsace par 10 000 métiers, tous les problèmes que nous avons envisagés au sujet de la production du tissage de coton se poseront pour la laine. Le régime de la franchise d’exportation du côté de l’Allemagne, de même que celui de l’admission temporaire, devront nécessairement être appliqués à ces tissus, pendant une assez longue période que fixera le traité de paix.;
- III. Industrie de la soie. — L’industrie alsacienne se divise en soierie pure, soierie mélangée ét rubannerie. La première est représentée par
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- trois usines, dont deux suisses, fabriquant surtout le façonné; la seconde par 2000 métiers environ, fonctionnant à Guebwiller, Mulhouse, le Logebac^, Roppantzeviller et Colmar ; la troisième par 3000 métiers, concentrés surtout à Saint-Louis et appartenant pour la plupart à des maisons de Bàle et aussi un peu à Sainte-Marie-aux-Mines où elle confine avec l'industrie de la passementerie, cette dernière constituant pour l’Alsace un article d’exportation djstiné aux pays d’outre-mer. Enfin il y a aussi l’industrie de la schappe (déchets de soie) représentée par les usines de Soultzmatt (9000 broches) et de Colmar (4600), cette dernière fabriquant aussi le cordonnet
- La principale difficulté résultant de l’annexion va surgir cette fois du côté des rubaniers de Bâle établis en territoire alsacien et se trouvant aujourd’hui en territoire français.
- Ces fabricants, au moment de l’armistice, ont fait une demande auprès du Gouvernement fédéral, pour que celui-ci obtînt des autorités françaises le maintien du trafic de frontière. Cette mesure a contre elle l’opposition des rubaniers de soie de Saint-Étienne, qui objectent que leur industrie n’a pu dans une région où les salaires payés par la métallurgie ont atteint les taux les plus élevés, que parce que l’accord franco-anglais du 24 août 1915 a ouverlt,aux rubans stéphanois les portes de la Grande-Bretagne, leur principal débouché, sans restrictions, ni licences. Cet accord a laissé subsister le contingentement des rubans de Bâle importés dans le Royaume-Uni ; d’où un privilège pour nos rubaniers qui ont trouvé ainsi une compensation aux salaires, exceptionnellement élevés qu’ils ont dû verser à leur main-d’œuvre. Les manufacturiers français demandent donc, p.our pouvoir continuer, à employer non seulement leur ancien personnel, mais aussi le personnel nouveau libéré des usines de guerre, le maintien pour quelques mois an moins en France et en Angleterre des mesures de contingentement qui, durant les hostilités, ont mis la fabrique stéphanoise à l’abri des effets désastreux de la concurrence bâloise. Le gouvernement français, pourra facilement accéder'au désir des Stéphanois ; mais il
- aura contre lui la Chambre de Commerce de Marseille, qui récemment a demandé au Ministre du Commerce de supprimer le contingentement des produits'-suisses importés en France.
- IV, Industrie du jute. — L'industrie du jute n’est représentée en Alsace que par quelques établissements, dont les principaux sont situés à Bitschwiller et Colmar. Ces usines n’ont pas à craindre la concurrence de nos manufactures fra>>çaises, très éloignées de leur siège social, et dont les produits auraient à supporter des frais de transport appréciables. Mais elles ont fabriqué pendant la auerre. sur réquisition du gouvernement allemand, une. foule de produits tissés en lin, jute et papier, mélanges de lin et papier et papier et jute, de la textilite (50 pour 100 papier et 40 lin), elles avaient ' au moment de
- l’armistice des commandes importantes pour l’Allemagne, de fils et ficelles en papier, elles demandent que durant deux ans au moins ces produit s invendables en France puissent être importés par elle en franchise en Allemagne.
- V. Constructions mécaniques textiles. — On construit couramment en Alsace le matériel de la filature de laine peignée, celui de la filature du coton et celui du tissage du coton et de la laine. Les maisons qui représentent l’industrie de la. construction mécanique tex tile ( Société alsacienne de constructions mécaniques de Mulhouse, Schlumberger et Cie de Guebwiller, Martinot et Galland de Bitschwiller, etc.) sont connues et appréciées du monde entier. Nous ne croyons pas que leur réintégration dans l’industrie française constitue pour celle-ci une concurrence nouvelle, mais plutôt un appoint imprévu qui forcera nos industriels à s’adresser à la construction alsacienne française plutôt qu’à la construction étrangère à laquelle ils n’étaient que trop obligés d avoir recours.
- Ensomme, comme on le voit, la situation résultant delà réannexion de l’Alsace est moins péri leuseque ne le faisaient présager les craintes formulées par les manufacturiers intéressés. Mais, pour sauvegarder les industries alsacienne et française, des mesures s’imposent. Il y a lieu d’espérer que nos diplomate», momentanément transformés en économistes avisés, sauront les.exiger, de nos ennemis. A. Rekouard.
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- Vr-
- Fig. 5.— Les manufactures de Wesserling, les plus anciennes de l’Alsace.
- se maintenir pendant la guerre,
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- LE CAPTAGE TÉLÉPHONIQUE
- La surprise des communications téléphoniques • de l’adversaire présente un intérêt militaire sur lequeh.il est inutile d’insister. Dès le début de la guerre les procédés antérieurement connus : la dérivation et l’induction y ont été appliqués par l’ennemi.
- La dérivation consistait à brancher* discrètement un fil sur une ligne téléphonique. Un appareil placé au bout de ce lil recueillait. les transmissions. Ce procédé est bien connu des mauvais plaisants qui n’ont parfois pas hésité à brancher un appareil sur' une ligne de l’administration pour surprendre des conversations privées et s’en amuser en faisant des questions ou des réponses de fantaisie.
- Nous avons vu plusieurs fois en novembre et décembre 1914, dans des endroits peu fréquentés, de légers fils de dérivations accrochés à quelqu’une de nos lignes. Celles-ci, à cette époque, étaient généralement aériennes. Il n’était pas nécessaire d’être très soupçonneux. pour concevoir le parti tiré de ces fils de dérivation par les nombreux espions entraînés à toutes les roueries de leur métier (fig. 1).
- Il faut remarquer que l’espion en possession d’un renseignement surpris sur notre ligne téléphonique devait encore le transmettre à son parti. Cette transmission était certainement très difficile, et pour beaucoup de renseignements locaux, trop tardive pour être d’une grande utilité. .>
- De hardis téléphonistes devaient avoir l’idée de réunir leur poste directement à quelque ligne adverse par un fil discret. Pareil exploit a pu être réalisé accidentellement. Il l’a été par' noüs~en Lorraine en 1917 dans un secteur où la garde des fronts avait cessé d’être continue. Un téléphoniste est allé brancher un fil de dérivation sur une li-ne ennemie à sa sortie d’un poste allemand de 2e ligne! Ce fil de captage a pü fonctionner 48 heures.
- 11 semble que l’ennemi ait cherché à utiliser les réseaux de fil de fer pour opérer des captages téléphoniques. Nous donnons (fig. 2) un dispositif qui aurait été réalisé sur notre front des Éparges. Nous ignorons les résultats qu’il a pu donner. Mais nous avons eu des exemples de divulgation à l’ennemi dç renseignements particuliers qui ne semblaient pas avoir pu passer parla voie habituelle de l’espionnage, comme l’heure de la mise en action d’un fourneau de mine, indiquée quelques heures seulement d’avance.
- Chez nous, certains spécialistes ont vu dans les phénomènes d’induction un principe d’installation de captage téléphonique. A notre connaissance les expériences faites dans cet ordre d’idées n’ont donné aucun résultat pratique.
- En résumé, les procédés de captage téléphonique reposant sur les connaissances d’avant-guerre n’ont donné que des résultats accidentels. Le captage téléphonique allant chercher sans conducteur spécial à plusieurs centaines de mètres les transmissions ennemies a pris naissance en février 1915 dans la forêt d’Apremont devant Saint-Mihiel— Il devenait rapidement une source de renseignements infiniment précieuse. Le mérite de cette véritable découverte revient au lieutenant Delavie, alors sous-lieutenant de.réserve au 210e d’infanterie, professeur d’électricité dans une école pratique. Les titres du lieutenant Delavie à la découverte du captage
- téléphonique ont été consacrés par le texte de la citation mise à l’appui de la décoration de la Légion d’honneur qu’il a reçue à l’occasion des premières applications de ses travaux.
- Dès que les fronts ont pris la forme de tranchées continues et longtemps invariables, les installations téléphoniques ont reçu avec la fixité, un développement considérable. Le plus grand nombre des lignes des deux partis jusqu’au milieu de 1915 étaient installées avec prises de terre.
- En novembre 1914 il avait été remarqué, dans un secteur devant Saint-Mihiel, que certains postes recevaient des communications qui ne leur étaient pas destinées, èt provenant parfois de lignes éloignées de plusieurs centaines de mètres.
- Le sous-lieutenant Delavie, observateur réfléchi,
- , secondé par une volonté tenace, a pressenti que l’explication de ces particularités pourrait mettre sur la voie du captage téléphonique. „
- Lorsqu’un courant parcourt une ligne, et arrive en communication avec la terre à l’extrémité de la ligne, il continue à se propager à travers le sol et tend à fermer le circuit suivant le trajet de moindre résistance.Supposons sur un terrain plusieurs lignes telles que AB, CD, EF, IJ, etc., dans la, figure 5.’ Toutes ces lignes sont mises à la terre à leurs terminus A, B, C, D, E, F, I, J. Prenons d’abord la ligne E. F. Le courant issu de E parvenu en F suivra le parcours de fermeture F B A E, si ce parcours, présente une résistance moindre que le
- Fig. i. — Exemple de dérivation utilisée par l’espionnage : ABCD, ligne téléphonique sur perches, EF, dérivation dissimulée dans un arbre; F, emplacement du récepteur téléphonique.
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- LE CAPTAGE TÉLÉPHONIQUE
- trajet direct à travers le sol de F à E. La.condition Ü remplir pour que ce résultat se produise est que la résistance de FB -b BA-f-AE soit plus petite que celle, de EF (à travers le sol).
- La résistance de la ligne AB est faible, d’autant plus faible que la ligne est meilleure; mais d’autre part la résistance du sol entre E et F augmente avec l’écartement de ces deux points. On peut com-* prendre aisément que dans ces conditions la fermeture du courant E F se fera mieux par le trajet F B A F que directement de F à E, à partir d’une certaine longueur de ligne. Et, pour la même raison, plus le terrain est conducteur, plys les lignes doivent être longues, pour qu’il y ait transmission de L’une à l’autre.'
- Dans la situation de la figure précédente la ligne A B prendra des courants passant par EF, par CD également ; ceux de la ligne IJ lui échapperont très probablement. 11 va sans dire que la ligne AB ne recueillera que des courants affaiblis par la résistance du sol entre les prises de terre des deux lignes intéressées, par exemple AE et BF.
- A l’époque des recherches en question, le réseau téléphonique ennemi comprenait de très nombreuses prises de terre souvent dans le voisinage immédiat du front. Il était par suite permis d’espérer qu’une ligne installée dans nos premières tranchées pourrait entrer en communication par ses prises de terre avec quelque ligne ennemie.
- La première expérience du sous-lieutenant Delavie a pleinement confirmé' ses prévisions.
- Le réseau ennemi de lre ligne présentait approximativement le dispositif de la figure 4. Les bataillons étaient parfois ' réunis directement entre eux, et la même disposition existait également entre les compagnies. Enfin des lignes spéciales d’artillerie venaient encore augmenter le nombre des lignes sillonnant le terrain et des prises de terre en lre ligne. En réalité une ligne de 600 à 1000 m. établie face à ce front permettait de drainer les courants, autrement dit les conversations circulant sur quelque une des lignes ennemies et quelquefois sur plusieurs à la fois. Il y avait là sans doute des occasions de confusion; mais dès le début, le captage téléphonique du sous-lieutenant Delavie a donné des résultats très remarquables ‘ sous forme de renseignements précis dans les termes mêmes employés par l’ennemi : ordres, comptes rendus d’appel, effectifs, etc., etc.
- En quelques semaines, six postes de captage installés sur le front du VIIIe corps'd’armée épiaient l’ennemi jour et nuit, et renseignaient presque
- toujours sur ses projets. Tous ces postes n’avaient pas le même rendement. En réalité les emplacements des prises de terre ennemies nous étaient inconnu ; et comme les conditions du captage dépendaient de la disposition relative de celles-ci par rapport aux prises de terre de la ligne .de captage, la valeur d’un poste était une question d’expérience. Le sous-lieutenant Delavie a été amené à tenir compte de la nature du terrain, conducteur ou non conducteur, des veines conductrices créées par les fonds de vallées, etc., etc..
- ‘ Nous croyons en avoir assez dit pour faire comprendre 'que l’auteur du captage soit arrivé à pouvoir apprécier d’avance la possibilité de faire du
- captage sur un front donné, et à déterminer ses postes et ses lignes autrement que par tâtonnements.
- Toutes ces installa-^ tions de ire ligne n’étaient pas des travaux de tout repos. Un sergent travaillant avec le sous-lieutenant. Delavie a été tué à côté de lui par une balle dans les reins. Plusieurs téléphonistes du nouveau service de captage ont été blessés en visitant les lignes sous le feu. Nous ferons remarquer à cette occasion que les lignes de captage doivent être très bonnes, et que les réparations très fréquentes nécessitées par les bombardements doivent être très soignées. Les bombardements étant souvent le prélude de quelque.opération, il était alors très intéressant de ne pas interrompre le captage pour attendre le moment de pouvoir réparer une rupture en toute sécurité.
- Le sous-lieutenant Delavie disait volontiers que ses hommes vivaient avec le boche, et c’était vrai. Tenant l’appareil à l’oreille pendant de longues heures, l’esprit tendu au moindre mot de l’ennemi, les écouteurs suivaient tous les détails de l’existence dans la tranchée où pénétrait leur captage. Us connaissaient les officiers, bon nombre de termes convenus, et une foule d’incidents leur permettait souvent de tirer un parti très intéressant de quelques mots d’apparence banale. Les heures des relèves des troupes de lre ligne, leurs itinéraires, les numéros des régiments, des compagnies, les emplacements de beaucoup de postes n’avaient plus de secrets pour nous. Chaque nuit nous bombardions par quelques rafales courtes et rapides, les itinéraires des relèves et nous savions parfois séance tenante par le service du sous-lieutenant Delavie le nombre des morts et des blessés que les troupes de relève avaient laissés dans les boyaux. Une nuit nous apprenions qu’une compagnie avait perdu 25 hommes avant d’atteindre
- Fig. 2. — Dispositif allemand : ABCD, réseau de fils de fer f rançais ; L, tranchée de première ligne française: F, dérivation accrochée par l’ennemi sur le réseau de fils de fer.
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- sa place de tranchée. Quelques jours plus tard une autre compagnie était réduite à une centaine d’hommes par notre canon et la débandade.
- Au début de la guerre, beaucoup de personnes ne voulaient pas croire à toutes les ruses de l’espionnage allemand. Pour mon compte, je ne crois pas qu’une seule de nos opérations préparée quelques jours d’avance ait échappé au service de renseignements ennemi. Dans la région de la Meuse il y avait peu de nuits où ne fût signalée quelque lumière suspecte. Très souvent la suspicion n’était pas fondée. Jamais il n'a été possible à ma connaissance de mettre la main sur un foyer de lumière employé à des signaux avec l’ennemi. Cependant la certitude des communications optiques entre nos lignes et celles de l’ennemi a été établie d’une manière formelle par le service du captage téléphonique de la manière suivante : Un officier d’artillerie allemand estimait qu’un tir qui lui était demandé était inutile. Une discussion sur ce sujet avec un de ses supérieurs avait pour conclusion que le tir en question n’avait effectivement pas grand intérêt, mais qu’il fallait cependant l’exécuter sans retard à la demande des signaux lumineux, sous peine de dérouter le correspondant pour une autre fois.
- Disons en passant que l’espionnage ennemi aurait employé des appareils optiques (fig. 5) ne comportant pas de source lumineuse propre.
- L’espion s’orientait sur un poste lumineux convenu chez l’ennemi.
- Les rayons venaient se réfléchir dans le miroir M et étaient renvoyés rythmiquement au moyen d’un écran E. Il est intéressant de remarquer que le faisceau réfléchi est très étroit et n’est par suite visible que du destinaire. L’absence de toute lumière complète malheureusement les garanties de sécurité de ce procédé pour les espions.
- Nous pourrions multiplier a plaisir les exemples de services rendus par le captage téléphonique; nous nous bornerons à en citer encore un seul pour la singularité et le comique du fait.
- Nous avions une batterie commandée avec une habileté (et un doigté consommés par le lieutenant de réserve Daval, jeune ingénieur au corps des mines. L’ennemi l’avait surnommé « le Méchant Gustave ». Toutes ,les fois qu’une, voix en face se plaignait du méchant Gustave, nous savions ce que cela voulait dire. Daval avait bien placé quelques obus. Un jour, Daval tirait sur une batterie invisible.
- Fig. 4. Schéma du réseau ennemi de première ligne ; R, poste de régiment; Bu B3, postes de bataillon; As, postes de compagnies..
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- Fig. 5. — Manière de faire des signaux lumineux sans source de lumière. —, F, source de lumière chez l’ennemi; V, viseur de l'appareil optique-, M, miroir ; E, écran manipulateur.
- A la première salve, son adversaire annonce triomphalement à l’observateur de sa batterie, par le téléphone, que le méchant Gustave tire bien en direction, mais long d’au moins 50 mètres. Le malheureux ne se doutait pas que le méchant Gustave lui-même était aux écoutes par le captage. Un tir rapide au but lui répond exactement et ce même commandant de batterie prévient encore par le captage le lieutenant Daval qu’il a fait rentrer tout son personnel sous les abris, après avoir perdu deux tués et six blessés. Il était inutile de prolonger la séance quLn’avait duré que quelques minutes.
- Il n’est pas possible de chiffrer le nombre d’ennemis dont le captage a causé la perte. Il est certainement important. L’actif du captage comprend aussi de nombreux échecs de tentatives ennemies dénoncées à temps pour permettre d’y parer dans de bonnes conditions. -
- En présence de faits comme ceux que nous venons de rappeler, fréquemment répétés, l’ennemi ne pouvait pas douter que nous connussions ses ordres. Mais comment les connaissions-nous ?
- Le captage téléphonique nous tenait au courant de son incertitude. « Je crois que j’ai le diable à mes trousses », s’écriait un major d’infanterie bavaroise après des avatars répétés. D’abord l’ennemi se croit trahi par des habitants ; il les fusille. Ensuite, il soupçonne ses propres soldats; tous les ordres de relèves seront envoyés le plus tardivement
- possible. Les relèves sont saluées à coups de canon comme auparavant.
- Enfin, et seulement après plusieurs mois, l’ennemi se doute du captage téléphonique; ses soupçons sont con-par la découverte très
- firmés un peu plus tard près de ses lignes d’un dispositif de prise de terre multiple sans aucun intérêt. Ce n’était, en réalité, que le vestige de l’essai personnel et infructueux d’un jeune officier téléphoniste.
- L’ennemi s'efforça de s’en garer, soit parj’em-ploi généralisé des fils de retour et l’exclusion des prises de terre en lre ligne, soit par le moyen plus radical de la suppression du téléphone pour tout ce qui pouvait nous intéresser, Cependant, ces mesures n’empêchaient pas le sous-lieutenant Delavie de fournir journellement des renseignements, parce que les pertes à la terre' de lignes avec fils de retour fournissaient des dérivations utilisables pour le'captage, et que l’emploi d’appareils très perfectionnés permettait alors de percevoir des
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- conversations tendes très loin en arrière du front.
- Les applicalions du captage du lieutenant Delavie ont été rapidement généralisées. Lui-même a été mis en situation de continuer ses études dans un service de sa compétence. Le captage l’a conduit à la T. P. S. et il y a obtenu des résultats que le public scientifique apprendra certainement avec intérêt, lorsque leur auteur pourra les faire connaître. Le but de ces travaux était d’établir des communications sûres entre des points que les bombardements isolent complètement au cours des
- attaques. Il n’est plus alors question de fils téléphoniques tous rompus; les appareils optiques ne fonctionnent que par intermittence; et il en est de même des communications par avion.
- À ce propos, le sous-lieutenant Delavie, dans une vision enthousiaste de l’avenir qu’il prépare, écrivait : « Nous nous croyons isolés dans nos tranchées, et nous sommes entourés de rayons, de vibrations prêtes à nous rendre service si nous savons nous y prendre. »
- Général J. Rocqderol.
- NOTES SUR L’UKRAINE
- Il n’aura pas fallu moins que la chute du tsarisme pour nous révéler que l’unité nationale russe n’était qu’un mythe, et que le vaste empire renfermait diverses races et nationalités que la première occasion amènerait à se dissocier. Ignorée de la grande majorité des Français, cette situation avait été étudiée dès longtemps par l’Autriche, et surtout par l’Allemagne qui, bien avant la guerre, encourageait secrètement les aspirations des Ukrainiens et cherchait à amorcer, par leurs tendances séparatistes, le démembrement de sa puissante voisine.
- Ce terme « Ukrainiens » est relativement nouveau dans notre vocabulaire courant. Avant la révolution moscovite,1 nous employions plus familièrement ceux de Petits- Russiens ou de Ruthènes, en réservant le second aux populations ukrainiennes soumises à l’Autriche. Ces trois termes ont perdu leur signification initiale. Quand les Polonais baptisèrent du nom d'Ukrania (Pays de Frontière), les immenses steppes du Dniéper, cette région formait réellement les Marches Orientales de leur République, D’autre part, les termes de Grands-Russes, Russés-Rlancs et Petits-Russes n’ont plus de raison d’être, avec la dislocation de l’empirf des Tsars.
- Pour bien comprendre les différences ethnographiques qui séparent les Ukrainiens des Russes proprement dits, il est indispensable de retracer leur histoire. Dès la plus haute antiquité, le ,sud de la Russie était habité par des tribus que Grecs et Perses englobaient sous le nom de Scythes. Issues de différentes races, elles avaient en commun l’amour des expéditions guerrières et, plusieurs fois, sous la direction de chefs audacieux, elles ébranlèrent les vieilles monarchies asiatiques.
- La fameuse terre noire, le tchernozom des Russes modernes* avait fixé au sol plusieurs tribus de Scythes laboureurs, et les Grecs anciens, remontant le Dnieper, prirent l’habitude de s’y approvisionner en blé. Dans les premiers siècles de notre ère, Kiev était déjà devenue un centré d’échanges commerciaux où se rencontraient périodique-
- ment toutes les races de l’Europe orientale et de l’Asie.
- Les Rarbares ravagèrent et dépeuplèrent la région, qui, jusqu’au moyen âge, resta le domaine de bandes guerrières et pillardes. Elles furent bientôt grossies d’une foule d’aventuri* rs de race slave, Polonais, Lithuaniens, Russes, chassés de leurs pays par la crainte de la justice ou par l’annonce de la vie libre. Des milliers de Turcs se joignirent à ces éléments. Il suffisait à un nouveau venu de démontrer qu’il était bon cavalier, bon tireur et bon nageur pour qu’il obtint ses lettres de naturalisation. ‘
- Ces bandes cosaques s’unirent subséquemment et formèrent une nation, la République des Zapo-rogues, qui fut constamment en guerre. Tartares à l’Est, Turcs au Sud, Polonais et Russes au Nord, tous les voisins delà turbulente nation étaient exposés à ses meurtrières offensives. Montés sur leurs chevaux réputés pour leur rapidité et leur endu-. rance, les Zaporogues, chargés de butin, trouvaient un asile inviolable dans leurs vastes steppes propices aux embuscades. Toujours prêts à sauter en selle dès qu’on leur promettait du pillage, ils louaient leurs services aux Polonais pour combattre les Russes, aux.Russes pour combattre les Polonais, ou, sans plus de vergogne, et bien que chrétiens, orthodoxes, s’alliaient aux Turcs. Devenus les vasseaux d& la Pologne, ils n’en continuèrent pas moins à enlever des paysans polonais qu’ils vendaient, par l’intermédiaire des Turcs et des Tartares, jusqu’en Perse.
- Après de nombreuses rébellions contre la Pologne, les Ukrainiens sollicitèrent,, en 1655, la protection de la Russie, dont la puissance commençait à peine à se consolider. Sous la suzeraineté des tsars, ils conservèrent pendant un siècle leur autonomie, jusqu’au règne de Catherine II, qui supprima leurs libertés. C’est donc après un intervalle de près d’un siècle et demi que les descendants des Zaporogues ont reconquis leur indépendance. -
- Sur le terrain historique, la question apparaît indiscutable : les Ukrainiens forment une nationa-
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- lité distincte, au même titre que les Polonais Pt les Finnois. Les Ukrainiens parlent un dialecte qui offre avec le russe officiel (ou moscovite) autant de différence que, par exemple, l’espagnol et le portugais.
- Les blonds aux indices dolichocéphales sont beaucoup plus nombreux chez les Russes, que chez les Ukrainiens, qui ont le crâne plus arrondi, les cheveux, les yeux et le teint plus foncés, la taille moins élevée, les traits, en général, plus beaux. Les pommettes saillantes et yeux bridés, souvenirs des in-vasions 'asiatiques ! (Mongoles et Tartares), si fréquents chez les Grands-Russes,-se rencontrent rarement
- chez les Ukrainiens. Les caractères nationaux ne sont pas moins différents. Mieux nourri et plus sobre que ses ex-concitoyens du Nord, jouissant d’un climat plus tempéré, le Petit-Russe est beaucoup plus exubérant. Il a toujours une chanson aux lèvres, et est passionné de musique. Il adore les fleurs et les brillantes couleurs. Les jours de fête, une couronne fleurie fait partie du costume des jeunes femmes, vêtues d’étoffes aux teintes éclatantes qui rappellent au voyageur quel’Orient est proche. Les hommes eux-mêmes recherchent les couleurs voyantes et les étoffes brodées.
- La nature, elle aussi, a donné aux deux pays des aspects particuliers. Les immenses forêts de la Grande-Russie s’arrêtent à quelques lieues au nord de Kiev, et les arbres deviennent presque une curio-
- Fig. i. — Le monastère de Saint-Michel, à Kiev.
- Fig. 2. — :A Kiev : la bénédiction des eaux.
- sité dans les insondables steppes de l’Ukraine. On peut les parcourir pendant des heures sans en rencontrer. La monotonie de la plaine, relevée, ,çà et là par de légères ondulations de terrain, n’est rompue que pas les moulins à vent, beaucoup plus nombreux, au dire des voyageurs, que dans n’importe quel autre pays du monde. On explique cette particularité par la platitude du sol; les cours d’eau, qui abondent.en Ukraine, ont un courant' trop faible pour fournirde la force motrice.-
- La nouvelle république, bien que plus étendue que la France, avec une popu-. . - lation d’environ
- ,7n- 25 millions d’à-
- mes; ne possède que trois centres de population dignes du nom
- de ville : Kiev, Kharkov, Odessa. Encore faut-il remarquer que ce port n’a été ajouté à l’Ukraine que par le récent démembrement de l’empire. Tous
- les autres centres
- ~~ ~ ' ^ " sont de grands
- villages sans histoire, comme sans monuments, avec des rues mal pavées bordées de maisons de bois dont les plus hautes- ont deux étages.
- Kiev, à qui le plus récent recensera en t (1902') reconnaissait! 519 000 habitants, est la capitale et la ville saintedelaPetite-Russie. Son origine se perd dans la nuit des temps. Elle est un centre de pèlerinage depuis plus de dix siècles, et c’est par centaines de milles que les paysans viennent chaque année faire leurs dévotions au fameux Pechersky Lavra, monastère fondé par saint Antoine.
- Kharkov, la seconde capitale de l’Ukraine avec
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- ses 180 000 habitants, doit son importance au fait qu’elle est le centre d’une région agricole très fertile. Bien qu’elle soit le siège d’une des plus fameuses universités du monde slave, elle est dépourvue de tout caractère occidental. Les coupoles dorées de ses églises surplombent un labyrinthe de rues malpropres bordées, en général, de petites maisons de bois. Dans le quartier du commerce, les» magasins étalent sur leurs façades de gigantesques enseignes où sont peints tous les ‘objets que peuvent y trouver les acheteurs : procédé de réclame exigé par l’ignorance des paysans de la région, dont la majorité (94 pour 100).sont illettrés.
- Quant à Odessa, dont la population est de près d’un demi-million d’âmes, c’est avec hésitation que nous la rangeons parmi les villes ukrainiennes. Vieille d’un peu plus d’un siècle (elle fut créée de toutes pièces en 1794 par Catherine II sur un territoire qu’elle venait d’enlever à la Turquie), c’est le type de la cité cosmopolite où se coudoient toutes les races de l’Occident et de l’Orient, avec un bon tiers de sa population constitué par des juifs de diverses nationalités. Avec l’appui de l’Allemagne^ l’Ukraine a ;....
- pu s’annexer Odessa ' i,
- et ses dépendances territoriales; mais il se pourrait que cette possession fût éphémère.
- 11 est impossible de dire, à plusieurs millions près, combien T Ukraine compte d’habitants. Les recensements russes ne tenaient pas • compte des dialectes. On estime le nombre des Ukrainiens à 25 mil-
- Fig. 3. — Un officier français de la ville
- lions, chiffre qui pourrait s’augmenter, avec le démembrement de l’Autriche-Hongrie, des 4 millions de Ruthènes fixés en Galiciè, et du demi-million que l’on trouve dans les comitats du nord-est de la Hongrie. En Bukovine, les communautés ruthènes forment un total de 500 000 âmes, chiffre sensiblement égal à celui des Ruthènes émigrés en Amérique. On peut donc admettre
- que les Petits-Ilussiens forment une. nation de^ plus de 50 millions d’hommes divisés en plusieurs tronçons par des frontières purement politiques, mais intimement unis les uns aux autres par le triple lien de la race, de la . langue et de la religion.
- Ce manque de frontières naturelles est d’ailleurs la cause de toutes les difficultés actuelles. En 1917, au moment où la jeune république
- russe commençait à se fissurer, les Alliés songèrent à favoriser l’Ukraine et à s’appuyer sur elle pour rétablir l’ordre en Russie. §ous la menace du bolchevisme, elle préféra avoir recours à 1 Allemagne qui lui imposa un gouvernement autocratique, celui de l’hetman Skoropadsky.
- Mais la révolte, populaire ne tarda pas à éclater en même temps que l’étoile des Empires du Centré pâlissait. Et aujourd’hui l'Ukraine cherche ses limites. Elle se" défie de la Pologne contre qui elle réclame une grande parlie de laGalicie, toute la Volhynie, les provinces de Vilna et Grodno; elle conteste à la Roumanie la Bukovine.
- Et il est délicat de départager tous ces peuples dont les races s’intriquent dans une plaine sans bornes.
- V. Forbin.
- prenant une vue d’ensemble de Kiev.
- ÿ&Ê
- Fig 4• ~~ Une rue. dans les faubqurgs de Kiev.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiujre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- 22 MARS 1919
- — N* 2354
- LE PARC NATIONAL DU MONT MAC KINLEY, ALASKA
- Sur un atlas datant de quelques années, vous ne le trouverez pas. On y enseigne que le mont le plus haut de l’Amérique du Nord est le mont Saint-'Elie
- Andes qui seuls le dépassent ne sont visibles que de vallées atteignant 3000 à 4500 m. Aussi, le Gouvernement des États-Unis a-t-il décidé en 1917
- Fig'. i. — Le mont Mc Kinley, vu par sa face .nord.
- avec ses 5517 m. Et cependant le mont Mc Kinley le dépasse de beaucoup en hauteur et en majesté ; en effet, son sommet s’élève à 6090 m. d'altitude,
- de protéger cette région en y réservant un parc national de 5700 kilomètres carrés.
- M. Robert Sterling Yard, chef de la Division
- et se dresse à .5100 m. au-dessus du plateau qui lui sert de base (fig. 1). Cette différence de niveau fait du mont Mc Kinley la montagne la plus imposante du globe, puisque les sommets de l’Ilimalaya et des
- d’Éducation au Département de l’Intérieur, à Washington, qui prépare en ce moment un volume sur les grandes réserves américaines, a eu l’obligeance de. nous 'communiquer, les renseignements et les
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- 47’ Année. — 1" Semestre.
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- LE PARC NATJONAL DU MONT MAC KINLEY, ALASKA
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- photographies qui suivent, lesquels permettront à nos lecteurs d’être-les premiers en Europe à connaître cette région encore à peu près inexplorée.
- Le mont Mc Kinley se trouve dans l’Alaska, au fond de la baie de Cook, au point où la chaîne des Montagnes Rocheuses décrit une courbe vers le sud-ouest et devient l’axe des montagnes de la presqu’île d’Alâska; c’est la charnière granitique du système ; son massif est plus élevé et plus étendu que les Alpes ou la Sierra Nevada ; on l’aperçoit, par temps clair, éclatant de blancheur, à deux cents milles de distance.
- Jusqu’à ces dernières années, le mont Mc Kinley resta inconnu entre le mont Saint-Élie et le Klon-dyke déjà fréquentés. Seuls, les indigènes des régions environnantes en parlaient d’une manière légendaire. En 1794, Vancouver l’aperçut de très loin et le signala comme de prodigieuses montagnes lointaines ; les Russes qui créé-rentles premiers établissements en Alaska l’appelèrent la grande montagne. Ce n’est.qu’en 1889 que Densmore, explorant lé You-kon, décrivit avec plus de précision sa magnificence, tandis que le lieutenant Allen en prenait en 1885, le premier croquis, d’une distance de 150 milles. En 1894, les champs d’or de la baie de Cook commencèrent à être prospectés et deux ans'plus tard, Dickey et Monks approchèrent de sa base, estimèrent sa hauteur à 6000 m. et le baptisèrent du nom qu’il porte aujourd’hui parce que, dirent-ils plus tard, le président Mac Kinley était partisan'de l’étalon d’or et qu’ils étaient dégoûtés. d’entendre parler des avantages de l’étalon argent. A quoi tiennent les appellations géographiques!
- Le Service Géologique des États-Unis entreprit ^exploration du massif dès 1898 et la continue actuellement. En 1915, un chemin de fer a été commencé qui reliera Seward à Fairbanks, longera le pied des montagnes et rendra plus facile l’accès de cette région. C’est en vue de protéger les énormes quantités de gibier qu’on y rencontre : ours, troupeaux de moutons de montagne et de caribous, que le Congrès décida en 1917 de réserver une superficie de 5700 km2 pour en faire un parc national magnifique et particulièrement caractéristique des aspects alpins.
- Dés flancs éblouissants du Mc Kinley et de ses
- voisins, descendent d’énormes glaciers; ils alimentent, vers l’est et le sud, la Susitna qui conduit leurs eaux au Pacifique, vers le nord et l’ouest le Yukon et le Kuskokwim qui coulent vers la mer de Behring.
- . Les flancs sud du Mc Kinley sont inabordables et toutes les tentatives d’escalade de ce côté ont échoué. Les flancs nord et ouest s’élèvent brusquement au-dessus d’un plateau de graviers, de sable et de limon haut seulement de 750 à 900 m., d’où des vallées abordables, peuplées de caribous broutant des herbes et des mousses, permettent d’atteindre les arêtes de granit.
- Le parc national s’étend sur ce plateau sillonné de ruisseaux innombrables ; il comprend plusieurs glaciers descendant du mont ; les animaux sauvages n’y ayant jamais été chassés,' ne fuient pas et l’on peut approcher de troupeaux de caribous (fig. 2), dont certains comptent jusqu’à 1500 têtes.
- Le mont u même est plus difficile à gravir et son sommet n’a encore été foulé que deux fois. Le pic du sud, le vrai sommet, a été atteint en 1912 par le parti Parker-Browne, après deux tentatives infructueuses, et en 1913 par l’archidiacre Hudson Stuck, qui en avait conçu lé projet pendant les nombreuses années qu’il avait passées comme "missionnaire parmi les Indiens de l’Alaska. Le pic du nord, un peu moins élevé, a été atteint en 1913 par Anderson et Taylor. De chacun des deux pics, descendent vers le nord d’énormes contreforts parallèles entre lesquëls s’étale le glacier de Danalai, le plus grand de ce versant, quoique beaucoup moins étendu que ceux du flanc sud.
- En 1912, Parker et Browne partirent du parc actuel, atteignirent le glacier de Danalai, qu’ils traversèrent à une altitude de 3300 m.. au moyen d’un attelage de chiens ; puis après avoir créé un dépôt de vivres, ils continuèrent à pied, escaladant à un moment des cascades de glace de 120 m. de haut ; ils atteignirent le sommet le. 1er juillet pendant un blizzard. Ils ne purent gravir le dernier monticule, aveuglés par la glace; une deuxième tentative, deux jours après, fut encore rendue impossible par la tempête et ils durent redescendre, faute de vivres, heureusement d’ailleurs car, peu après, un violent tremblement de terre secouait le sommet en même temps qu’entrait en éruption le mont Katmai, sur la côte sud de l’Alaska.
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- LES TUBES A VIDE A 3 ÉLECTRODES ET LEURS APPLICATIONS
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- Au printemps suivant, le parti Stuck-Karstens, entreprit l’ascension par un très beau temps. Le sommet fut reconnu comme un bassin cratériforme plein de neige, *
- de 18 à 19 m. ' de long sur 6 à*
- 7 m. de profondeur (fig. 4). Le ciel apparaissait d’un bleu profond, comme Tyndall le vit autrefois dans les Alpes.
- J1 est peu probable que l’ascension du Mc Kinley devienne
- une possibilité du tourisme; son isolement qui le rend si imposant ajoute aux difficultés, les neiges commencent très bas, les avalanches sont nom-
- Fig. 4. — Le sommet du Mc Kinley\
- breuses, les crevasses et les barrières obligent à une gymnastique continue.
- Le Mc Kinley n’est que l’extrémité nord d’une
- immense région montagneuse, plus haute que les Alpes et plus étendue que la Suisse, champ vierge pour les explorateurs et les ascensionnistes; ils y trouveront des sommets inconnus, des rivières ignorées, des glaciers immaculés, mais sans hôtels, sans funiculaires et sans guides.
- C’est là un avenir brillant pour le nouveau parc national. " D. C.
- LES TUBES A VIDE A 3 ELECTRODES
- et leurs applications aux relais téléphoniques.
- En 1917, La Nature avait signalé (n° 2292) les étonnants perfectionnements de la T. S. F. pendant la guerre, mais les nécessités de la Défense nationale avaient fait censurer les parties les plus intéressantes de l’article. Aujourd’hui, il est permis de parler plus librement
- de ces questions, et .
- nous commencerons aujourd’hui par l’étude des nouveaux relais téléphoniques basés sur l’emploi des « Tubes 'a vide » ou « Lampes valves à trois électrodes », sur l’application desquels l’Administration des Postes et Télégraphes fonde les plus grandes espérances.
- Pour nos lecteurs privés temporairement des éléments initiaux de ces nouveaux développe- .*,
- ments de l’électricité,
- J1 nous"paraît utile de rappeler le principe de ces tubes à vide, d’expliquer le plus éléméntairement et le plus succinctement possible leur fonctionnement-et de mentionner leurs propriétés principales.
- Ces appareils reposent sur l’application d’un phénomène découvert depuis longtemps et qui figure dans'les anciens traités de physique sous le nom d’ « Effet Edison ». On constate que‘l’ampoule de
- Fig.
- Schéma de lampes
- verre d’une lampe électrique ordinaire à incandescence se charge négativement quand le filament est porté au rouge blanc.
- Ce phénomène peut être’mis en évidence d’une façon plus'scientifique par le dispositif suivant :
- Prenons (fig. J) une ' . ampoule A aussi vide
- d’air que possible et contenant un filament de tungstène B porté au rouge blanc par le courant d’une batterie d’accumulateurs C.Disposons à l’intérieur et à une certaine distance du filament une plaque métallique D, et réunissons cette plaque- au pôle négatif de la batterie C par l’inter ipé-diaire d’une deuxième batterie E et d’un mil-liampèremètre F. Si la . : , batterie est connectée de telle sorte que le potentiel de la plaque soit plus élevé que celui du pôle négatif de la batterie, on constate qu’il passe un courant dans le circuit filament-batterie-plaque qui se ferme de la plaqué vers le filament à. travers la lampe elle-même. Ce courant peut atteindre dix milliampères. En analysant de plus près le phénomène," on constate : 1° que si l’on renverse les pôles de la batterie, le courant ne passe
- i et 2.
- à 2 et 3 électrodes.
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- LES TUBES A VIDE A 3 ÉLECTRODES ET LEURS APPLICATIONS
- Fig.
- plus; la lampe constitue donc une soupape, une xalve, puisqu’elle ne permet le passage dans le circuit envisagé que des courants d’un seul sens; 2° qu'en augmentant le voltage de la batterie, le courant de circulation commence par croître pour atteindre une certaine valeur limite, dite courant de saturation, à partir de laquelle l’augmentation de voltage de la batterie ne provoque plus une augmentation du courant. Enfin, si l’on modifie la température du filament en faisant varier par exemple le voltage de la batterie C, dite de « chauffage », on constate que la valeur de ce courant limite,, dit de « saturation », varie également. *
- Tels sont les principaux phénomènes que l’on peut enregistrer.
- Pour les expliquer, il faut faire appel à une. hypothèse énoncée à propos des recherches sur la radioactivité, la constitution de la matière, l’électro-optique, etc., l’existence des électrons, grains immatériels chargés d’électricité négative, circulant dans les atomes et entre les atomes. A la température ordinaire, ces électrons ne peuvent s’échapper des corps; mais quand ceux-ci sont fortement chauffés, ces grains d’électricité peuvent atteindre des vitesses très grandes sur leurs trajectoires entre les atomes, et quand ces vitesses sont normales à la paroi, ils peuvent s’échapper et se diriger par exemple
- vers d’autres corps sus- ’ ;
- ceptibles de les attirer.
- Dans le cas actuel, le filament porté au rouge^blanc émet des électrons dans le vide de l’ampoule, ceux-ci se dirigent vers la plaque qui les attire, parce que son potentiel est supérieur à celui du filament. Cette plaque se trouve donc ainsi bombardée par des /
- grains d’électricité négative; on peut remarquer d’ailleurs que, de ce fait, elle s’échauffe; les
- projectiles qu’elle reçoit ont une masse infiniment petite, mais leur vitesse atteint plusieurs dizaines de milliers de kilomètres par seconde. D’autre part, ces électrons servent de conducteur au courant qui va de la plaque vers le filament et Ton peut alors, expliquer les phénomènes observés précédemment.
- En effet pour une température donnée du filament, il y a une quantité déterminée d’électrons émis par celui-ci. Plus on augmentera le potentiel de la plaque par rapport au filament, plus l’attraction des électrons sera accentuée, plus le support qu'ils offrent au courant sera conducteur, plus ce
- courant sera intense. Toutefois quand tous les électrons émis seront canalisés vers la plaque, il ne sera plus possible d’augmenter le support, même en élevant le potentiel de celle-ci, d’où le maximum « courant de saturation ». Mais en élevant la température du filament il sera possible d’augmenter la vitesse de tourbillonnement des électrons dans ce dernier et de favoriser leur émission : une augmentation de potentiel de la plaque permettra l’attraction d’une nouvelle quantité de projectiles d’où augmentation du support et par suite du courant qui atteindra sa valeur de saturation pour une intensité plus élevée.
- Le bombardement électronique, et par suite le courant, dépend donc de la différence de voltage entré la plaque et le filament, c’est-à-dire du champ à l’intérieur de la lampe. On peut concevoir a priori que toute cause susceptible de modifier ce champ modifiera du même couple courant observé dans nous avons construit et que l’on
- Tension grille
- 3. — Variations des circuits plaque (^4) et grille (iB).
- le circuit que appelle « circuit plaque ».
- En particulier disposons entre la plaque et le filament une grille G (fig. 2) constituée par des filaments de nickel disposés en croix, les uns normaux, les autres parallèles au filament. Relions ce nouvel organe au pôle négatif de la résistance de chauffage par l’intermédiaire d’une troisième batterie II et d’un deuxième milliampèremètre II. Nous eonslitueronsainsi un nouveau circuit que l’on appelle « circuit
- Montage sur ime ligne téléphonique.
- grille ».
- Par sa présence cette grille va modifier le champ à l’intérieur de la lampe. Elle va fonctionner comme la plaque dans l’expérience précédente; suivant la valeur de son potentiel par rapport à celui du filament, elle va laisser passer ou arrêter les électrons dans leur trajectoire vers la plaque. A potentiel égal, du fait qu’elle .est,plus près du filament, son action pourra être prépondérante pour les électrons qu’elle est susceptible d’arrêter au passage. On conçoit donc que toute variation de son potentiel, toutes choses égales d’ailleurs, modifiant la quantité d’électrons arrêtés, modifie également la quantité d’électrons reçus par la plaque et par suite la valeur du courant du circuit plaque. De fait, si l’on prend pour variable le potentiel de la grille, celui du pôle négatif de la batterie de chauffage étant pris pour 0, on prouve pour l’intensité du courant dans le circuit plaque les valeurs représentées par la
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- LES TUBES A VIDE A 3 ÉLECTRODES ET LEURS APPLICATIONS =z293
- courbe ci-contre (fig. 5). Onvoitque cette intensité tend vers un maximum qui n’est autre que le courant de saturation pour la température donnée du filament.
- Quant au circuit grille, il est lui-même le siège dun courant beaucoup plus faible que l'on peut représenter en fonction de la tension delà grille par la branche B; les valeurs étant évaluées en miçroampères (1 /1000 000e d’ampères) alors que celles de la branche A sont comptées en milliampères (1/1000e d’ampères) .
- Les lampes couramment employées en .France sont des ampoules sphériques (fig. 6) dans lesquelles le vide est poussé le plus loin possible (1/1 000 000" de millimètre de mercure) . Le filament incandescent est en tungstène, il est disposé horizontalement. La grille est constituée i par une spirale en fil de nickel, enroulé autour du. filament et à une certaine distance. Enfin la plaque est une feuille de nickel également enroulée en cylindre autour de l’ensemble des deux organes précédents. Le culot de la lampe porte 4 broches mâles, 1 pour la plaque,
- 1 pour la grille et 2 pour le filament, qui peuvent pénétrer dans une prise de courant, spéciale portant 4 douilles. Les dimensions sont telles qu’il est impossible d’enfoncer les broches dans les douilles quand elles ne sont pas en bonne position, de façon à éviter les èrreurs déconnexions. Ces lampes sont montées sur le couvercle d’une boîte en bois qui contient les organes accessoires, et porte sur sa face antérieure les organes de «manœuvre : com-mütateurs,'manettes de rhéostat,*etc. (fig. 7).
- Laissant de côté les applications^ lâ^détection des ondes ou de leur génération sous forme entretenue, directement relatives à la T. S. F., nous nous bornerons à examiner ces lampes dites à 3 électrodes au point de vue de leurs applications comme relais.
- Si l’on examine les courbes de la figure 3, on constate que dans la région C, la branche A peut être assimilée à Une droite, c’est-à-dire que le cou-
- rant du circuit plaque varie linéairement avec la tension grille et que pour de très petites variations de celle-ci on obtient de très grandes variations d’intensité de courant dans le circuit plaque. Or, la capacité de la grille est très faible et son potentiel, s’il est voisin de celui du pôle .négatif du filament, a une valeur très peu élevée, de sorte que sa charge correspond à une quantité d’énergie infime dont les variations, si petites qu’elles soient, suffisent à produire des variations de courant notables dans » un circuit étranger. Dans ces conditions, l’appareil est un véritable relai. C’est même un relai absolument parfait, car il n’utilise aucun organe mécanique ni aucun mouvement, il ne présente donc aucune inertie. Enfin la vitesse de propagation des électrons dans l’ampoule est telle qu’il peut suivre sans difficulté les fréquences les plus élevées, les courants téléphoniques et même les oscillations de la T. S. F.
- Il est à remarquer d’ailleurs qu’il est possible de réaliser plusieurs amplifications successives par une mise en série en . quelque sorte de plusieurs appareils : par exemple il suffira de relier inductivement par un transformateur T4 (fig. 5). le circuit plaque d’un premier ( appareil avec le circuit grille d’un second, etc.... Théoriquement il n’y a pas de limite. Pratiquement on se heurte à . une difficulté insurmontable. Pour certaines valeurs des caractéristiques de l’appareil, capacité et self des bobinages, la lampe est susceptible de donner naissance à des ondes entretenues qui se superposent aux courants à amplifier et qui font « chanter » l’appareil qui. rend alors un son continu couvrant complètement la réception et la rendant par suite complètement impossible.
- Dès maintenant nous voyons facilement l’application de ces relais à la téléphonie. Supposons que la ligne téléphonique sur laquelle on veut amplifier la réception aboutisse aux bornes 1, 2 (fig. 5) du primaire d’un transformateur T, donUe secondaire est monté sur le circuit1 grille d’une lampe A, il
- Fig. 5. — Sché?na de mise en série de deux tubes à vide. •
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- 294 =r—: LES TUBES A VIDE A 3 ÉLECTRODES ET LEURS APPLICATIONS
- suffira de brancher en série sur le circuit plaque un récepteur téléphonique de résistance appropriée pour entendre une conversation epnsidérablement amplifiée, il sera même possible, comme nous l’avons vu précédemment, de prévoir avec ce récepteur plusieurs étages de lampes (en général deux) pour augmenter encore la puissance de la réception
- («g- 5);
- 11 est à remarquer que l’amplification a lieu non seulement sur le courant téléphonique proprement dit, mais encore sur les courants étrangers (courants parasites) de sorte qu’il est nuisible de pousser l’amplification trop loin, car ces parasites amplifiés prennent alors une grande importance et gênent l’audition.
- D’autre part, ce re-lai n’altère aucunement le timbre, ni la hauteur du son transmis par le microphone au poste de départ, car s’il ne chante pas, il n’introduit aucune perturbation de régime, ni aucune superposition aûx oscillations du courant téléphonique.
- Mais sur une ligne téléphonique on parle dans les deux sens alternativement et il est facile de voir que le montage ci-dessus n’est pas réversible et n’amplifie que pour un seul sens de propagation de la parole.
- M. Latour a imaginé un schéma susceptible de tourner la difficulté. Ce schéma, publié dans le numéro ( de septembre dernier des Annales des Postes et Téle'graphes, est figuré ci-contre (fig. 4) et s’explique de lui-même. Le transformateur A comprend deux enroulements primaires (1,2), en série sur le courant de conversation à amplifier. Son secondaire ne possède qu’un seul enroulement
- et aboutit au circuit grille de la première lampe de l’amplificateur B. Le circuit plaque de la dernière lampe est relié au primaire 4 d’un deuxième transformateur C dont le secondaire 5 est monté sur une dérivation 6-7 du circuit de conversation.
- On voit aisément que dans ces conditions l’amplification se produit pour les deux sens de conversation, le courant amplifié étant versé, pour ainsi dire, sur les deux ponts de la ligne et se superposant
- au courant normal, sans dommage d’ailleurs car, ainsi que nous l’avons vu précédemment, l’amplificateur n’introduit aucune perturbation et par conséquent aucun déphasage.
- On remarquera sur la dérivation deux condensateurs D E qui ont pour but d’arrêter les courants d’appel continus ou alternatifs à basse fréquence pour lesquels le pont serait en quelque sorte un court circuit susceptible de les affaiblir et d’entraver le fonctionnement à l’arrivée des sonneries, relais et autres organes d’appel.
- ' Tel quel, le relai peut être placé sur le parcours de la ligne même. Mais il comporte l’emploi d’amplificateurs complets et par suite de batteries d’accumulateurs pour le circuit plaque et pour lé chauffage des filaments. Les premières s’usent peu, car elles débitent en réalité sur le champ des électrons des lampes qui est fort résistant. Il n’en est pas de même des batteries de chauffage qui s’usent vite; il est, par conséquent, avantageux de couper leur circuit pendant les heures où les communications sont suspendues.
- M. Latour a également imaginé un dispositif basé sur l’usage d’un électro-aimant retardé et qui permet aux téléphonistes, au départ des lignes, de provoquer à distance l’allumage ou l’extinction des lampes par une manœuvre très simple : il leur suffit de lancer un courant d’appel prolongé. Elles peuvent aussi se rendre compte par un contrôle acoustique obtenu par le fonctionnement d’tjn vibrateur spécial de l’exécution de la manœuvre.
- Cette invention est particulièrement élégante, car elle utilise les conducteurs même de la ligne téléphonique,' elle permet, en outre, de contrôler l’état des lampes à distance et d’avertir les opératrices quand les lampes viennent à s’éteindre.
- Les essais entrepris part l’Administration sur la ligne Paris-Marseille avec ce dispositif ont donné d’excellents résultats, et il n’est pas douteux que dans un avenir prochain, les grandes lignes interurbaines ne soient dotées de ces perfectionnements pour le plus grand bien du public.
- M. Y.
- Fig. 7. — Un amplificateur à deux lampes.
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- LES NOUVEAUX AGRANDISSEMENTS DU PORT DE MARSEILLE
- ET LA CRÉATION D’UN PORT A MINERAIS
- Le port de Marseille ne correspondait plus, dès avant la guerre, aux besoins toujours croissants de l’armement et du commerce phocéen. Pendant un demi-siècle, les pouvoirs publics avaient bien pris des décisions' successives et établi des programmes d’amélioration qui devaient mettre, semblait-il, l’établissement provençal à la hauteur des nécessités. Mais on avait dû constater l’insuffisance notoire des travaux exécutés au regard de l’augmentation du trafic, et le havre n’avait cessé d’être engorgé à l’état quasi endémique. La guerre devait, d’ailleurs, montrer les inconvénients gra- f u "*7 T £ " &
- ves d’une telle ( - 1 " * . . -i 1
- situation, et l’on V v J* ~
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- put reconnaître !
- que les tares de l’établissement phocéen étaient telles qu’elles paralyseraient fatalement son développement futur si l’on n’y portait remède.
- Aussi,ùin jour vint où Ton jugea que les travaux projetés — et en cours d’exécution — ne pouvaient
- constituer qu’une solution provisoire. Il ne suffisait pas, en effet, d’approfondir les bassins compris entre la côte et la jetée du large à 9 m. ou 9 m. 50, pour faciliter les opérations de déchargement ou d’embarquement (décret du 24 février 1915), de construire le bassin Mirabeau, de pourvoir le port d’un bassin de radoub utilisable par des bateaux de 300 m. de longueur, et de 12 m. de calaison, d’aménager des terre-pleins— dont l’absence est si préjudiciable au commerce — par l’édification de dépôts à Mourepiane, et de moderniser le Port-Vieux pour y permettre l’accès de grandes unités.
- Le port de Marseille ainsi conçu ne dpvait offrir à l’armement que 194 hectares de surface d’eau, 15 km de quais utiles — en n’y comprenant pas lés murs du bassin du Président Wilson, mais en y incorporant les 600 m. des quais de Port-de-Bouc —: et 40 hectares de dépôts.
- Il parut évident que l’établissement provençal ne tarderait pas à devenir une nouvelle fois insuffisant, d’autant qu’il y avait lieu d’envisager, dans un délai plus ou moins éloigné, la mise en état de navigabilité du Rhône, l’instauration d’un trafic intensif avec l’arrière-pays, la Suisse et l’Alsace, et une
- Fig. i. —1 Pont tournant de Caronte sur le canal de Marseille au Rhône à Ventrée de l’étang de Berre.
- extension progressive de nos échanges avec nos colonies.
- On songea un moment à créer un nouveau bassin au large de la Joliette, entre la jetée du large et une nouvelle digue qui eût été fondée au sud par des fonds de 13 à 15 mètres. Toutefois, cette solution présentait de nombreux inconvénients. La création du nouvel ouvrage eût exigé une dépense considérable, en même temps qu’elle n’eût pas assuré au commerce tous les services désirables. Sa liaison avec le rivage serait médiocre, car les
- voies ferrées devraient emprunter des ponts tournants ; les nouveaux bassins ne sauraient être dotés de terre -pleins, de magasins et de hangars, si instamment réclamés par- le négoce ; enfin, l’obligation d’établir des jetées em eaux très profondes et tourmentées n’a pas été sans préoccuper les ingénieurs, qui appréhendent la fondation de digues dans des conditions à coup sûr délicates.
- L’idée de prolonger le port jusqu’à l’Estaque a rencontré également des oppositions, car il n’ekt pas douteux que l’extension en longueur d’un établissement maritime nuit à soq homogénéité et aux opérations qui y sont pratiquées.
- D’un autre côté, l’une des circonstances qui ont le plus retardé un nouvel épanouissement industriel de Marseille résulte de ce fait que l’industrie.— paf suite des conditions géographiques —• étouffe dans ses murs. Elle ne peut plus se donner de l’air, et ni l’aménagement d’un port vers le sud, ni la construction du bassin de l’Estaque, ne seraient susceptibles de pourvoir l’industrie des terrains dont elle a besoin pour accroître soit activité.
- Ces considérations avaient déterminé la Chambre de Commerce à demander l’ouverture de l’étang de Berre à la navigation maritime, et l’aménagement de cette magnifique nappe d?eau en port annexe de l'établissement phocéen, la liaison avec les anciens bassins, devant être assurée dans un temps assez; bref par la voie du canal de Marseille au Rhône, en
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- cours d’exécution (décision de la Chambre du 4er février 1916).
- La Chambre de Commerce marseillaise acceptait de prendre à sa charge la dépense qu’entraînerait la réalisation de ce programme, mais* par compensation, elle sollicitait l’autorisation de percevoir des taxes sur les navires qui entreraient à Port-de-Bouc, vestibule de l’étang de Berre, et profiteraient des améliorations créées.
- Le Ministre des Travaux Publics, avec son esprit d’initiative, fut séduit par ce projet, qui avait l’avantage de préparer l’avenir et d’ouvrir au port de Marseille des possibilités d’extension illimitées. Il alla même plus loin que la Chambre de Commerce, et demanda au service des Ponts et Chaussées un programme général des travaux à entreprendre tant pour accéder à l’étang de Berre que pour aménager en port l’étang de Caronte, qui sépare le premier de la Méditerranée (13 février 1917).
- La constitution d’un établissement maritime dans la petite mer de Berre ne saurait être que l’œuvre du temps.
- Il en va tout différemment de la réalisation d’un port dans l’étang de Caronte.
- Le programme présenté à l’ap -probation ministérielle par M.l’iDgénieur en chef Bezault, et qui sera certainement adopté dans son ensemble, comporte trois parties : 1° le creusement de la: passe et de l’ouvrage de Port-de-Bouc à la cote — 10, et le prolongement sur 475 m. du quai actuel de la Léque ; 2° l’établissement entre Port-de-Bouc et Martigues, clef de l’étang de Berre, d’un canal de 10 m. de profondeur et de 50 m. de largeur au plafond, qui permettrait l’accès de navires de 12000 t. ; 3° enfin, l’installation entre Porbde-Bouc et Martigues, sur les bords de l’étang de Caronte, de quais fondés aussi à 10 m., comme le canal lui-mêmé. Des terre-pleins seraient établis au nord du canal, en partie par le comblement de trois anses, dites de la Gafl'ette, du Campeau et du La-billon. - -
- Sur la rive Sud, #un port serait aménagé à la sortie1 de Martigues, par le creusement de l’étang et le remblaiement des antiques pêcheries du Bor-digues.'Aù pied du viaduc de Caronte, qui appartient à là ligne de Port-de-Bouc à Marseille;'les terrains remblayés porteraient une vaste1 gare de triage, tandis-qu’entre le viaduc et la mer, toujours sur la -rive ï méridionale, seraient construites,; plus
- tard, des darses avec môles obliques, ou apponte-ments, et une forme de radoub.
- Des voies charretières et des voies ferrées circuleraient tout autour de l’étang, transformé en un vaste établissement.
- Elles seraient mises en communications, par une bretelle, avec la ligne de Marseille à Port-de-Bouc et Miramas sur la rive du nord, et raccordées, sur la rive sud, avec la gare de Martigues des départementaux des Bouches-du-Rhône (ligne de' Martigues à Pas-des-Lanciers) et avec celle du P.-L.-M. (ligne de Marseille à Port-de-Bouc)’.
- Pour dégager le trafic, du viaduc on a même décidé la construction d’une voie .à niveau du port, laquelle franchirait le canal au pied du viaduc, et assurerait ainsi la communication entre la gare de triage du Sud et les voies du Nord.
- Ce programme — qui eût paru gigantesque avant
- la guerre avec notre mesquinerie de conception — aura pour effet de doter l’établissement marseillais d’une annexe considérable, puisque la surface d’eau du nouvel ouvrage occupera 20Ohec-tares, sés. quais 12 000 m., ses terre-pleins 250 hectares.
- L’étendue, du port de Marseille sera ainsi doublée. Il s’agit donc de la plus grande opération de port entreprise en France d’une seule pièce. La dépense à envisager, dépassera vraisemblablement 200 millions, dont 150 pour les ouvrages maritimes des bords de l’étang de Caronte, 250 millions avec l’outillage et les hangars.
- Mais il faut observer que l’opération se fera par étapes ; dans une première phase, le canal de Port-de-Bouc à Martigues devant être ouvert à la profondeur de 8 m. seulement, avec une largeur provisoire de 25 m. au plafond. Ensuite, on élargira la voie à 40 m. et enfin à 50, en portant la profondeur à 10 mètres. ,
- D’un autre côté, il sied de considérer que la -Chambre de Commerce de Marseille participe aux frais pour 43 millions, tandis que, dans la pensée de M. Claveille, une bonne partie des quais de Caronte seront aménagés par les particuliers. Les charges de l’État seront donc très réduites, malgré l’importance économique.des travaux envisagés.
- La réalisation de ce programme semble devoir s’effectuer avec rapidité, car, déjà, les industries intéressées à l’installation de l’établissement oqt pris position. Tous les terrains utilisables * entre
- Fig.. 2. — Le quai de la Lèque à Porl-de-Bouc.
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- Port-de-Bouc et Martigues sur la rive nord, entre Martigues et le viaduc sur la, côte sud, ont été acquis. La valeur des sols a augmenté dans une proportion énorme. Le prix du mètre carré est passé de 2 francs, en 1916, à 10, 15 et même 20 francs. La fièvre qui prélude aux grandes créations ne se ralentit pas. Les industriels qui ont assumé l’installation des nouveaux quais comptent parmi les plus notoires du pays. Ce sont les établissements Kuhlmann, qui ont édifié de puissantes
- voie d’eau qui facilitera l’acheminement des matières pondéreuses sur l’intérieur.
- La guerre a, dans une cèrtaine mesure, secoué l’apathie dont faisait preuve naguère l’industrie nationale, La France utilise de nombreux minerais, en partie importés. Or, nous n’avons jamais eu jusqu’en 191.4 une politique de minerais. Nous laissions expédier en Allemagne nos bauxites provençales et nous faisions venir d’outre-Rhin l’alumine qu’on en extrayait, pour notre fabrication de
- Fig. 3. — Un type de port à minerais américain.
- usines à Port-de-Bouc, la Société marseillaise du Trafic maritime, qui va organiser un vaste siège pour la réception des charbons destinés en particulier au P.-L.-M., les huileries *dè Roubaix et d’Odessa, etc. 1 ;
- En même temps, la savonnerie-et l’huilerie de Marseille et d’autres industries prennent leurs" dispositions pour- édifier plus tard des usines autour de l’étang de -Berre, à proximité des5' nouveaux quais, et déjà l’on songe à remblayer]T’étang de Bolmon , pour y créer des terre-pleins' et des établissements. ; : :
- Il se prépare \ainsi un déplacement'certain du centre d’activité marseillais, au profit des étangs de Caronte et de Berre, bien mieux situés poù'r l’évacuation 'des produits, tant ^ar la voie de'fer perfectionnée qui desservira la région que" par la
- l’aluminium. Notre antimoine d’Algérie allait en Belgique et nous deifiandions à l’Extrême-Orient les minerais antimonieux que nous traitions. Nos minerais de fer algériens allaient en Allemagne, aux États-Unis même, et nous importions d’Espagne des produits de teneur analogue. Nous ne disposions d’aucun stock, sauf pour le fer, et étions à la merci de la Metallgesellschaft de Francfort. Nos usines de transformation étaient, d’autre part,’très rares, et reléguées à l’intérieur du territoire, comme à Viviez1 (Aveyron), loin des centres de production de la matière première. La guerre nous a ouvert lesJyeux. On s’est décidé, enfin, chez nous, à avoir uhe politique de minerais, et Penarroya a préludé à cette évolution en rachelant l’usine à minerais; de l’Estaqué. ' Lès' crises de transports, dont nous avons souffert, et qui pèseront longtemps
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- sur notre activité productrice, nous ont montré qu’il faut avoir des réserves.
- Nous nous-sommes affranchis de la tutelle germanique; nous envisageons l’exportation de métaux bruts et ouvrés.
- Il existe, il est vrai, deux installations spécialisées pour la manutention des minerais. L’une créée à Port-Vendres par MM. Valentin, permet l’embarquement des produits ferrugineux des Pyrénées-Orientales, dans la proportion de 100 000 tonnes par an. L’autre, à Diélette (Manche) fut l’œuvre du métallurgiste allemand Thyssen, et a pour objet d’évacuer les minerais de fer de Diélette. Elle est constituée par un appontement au large relié à la côte par un transporteur aérien de 600 m. La mer l’a, d’ailleurs, détruite en 1917.
- Mais il ne saurait s’agir, en l’occurence, d’un véritable port à minerais, comme il en existe à Rotterdam, à Hambourg, à Buenos-Ayres, aux Etats-Unis. Ce genre d’ouvrage fait totalement défaut chez nous, contrairement à toute logique.
- Il fallait l’instituer, et le choix de Marseille s’imposait à certains points de vue. Marseille, du fait de l’absènce de l’outillage nécessaire, ne jnanu-tentionnait que 250 à 270 000 tonnes de minerais avant la guerre, dont 50 à 60 000 à l’exportation. Plus de 100 000 tonnes de minerais allaient à Saint-Louis-du-Rhône, où l’encombrement était moins régulier, alors qu’elles auraient dû transiter par Marseille.
- Pour l’avenir, le trafic des minerais par Marseille doit être considérable. Le tonnage de minerais de fer algériens, dirigé sur l’Austro-Allemagne nous sera réservé, ci : 3 à 400000 tonnes au moins. Il • faut aussi envisager la prochaine mise en exploitation de l’Ouenza et du Bou-Kadra, et entrevoir une
- importation de 1 million de tonnes par an au minimum en ce qui touche le fer algérien. Les minerais de plomb, de zinc, d’étain, de cuivre, d’antimoine, de manganèse, de mercure nous sont fournis par l’Algéro-Tunisie, l’Italie, la Grèce, les Balkans, la Turquie, l’Espagne, les Indes, la Chine, l’Indo-Chine, les détroits, le Japon, l’Australasie. L’introduction des phosphates de l’Afrique du Nord s’accroîtra avec les besoins d’une agriculture rénovée et la découverte de nouveaux dépôts. L’exportation de nos bauxites sur l’Angleterre prendra un essor nouveau.
- C’est plus de 3 millions de tonnes de minerais qu’il faudra recevoir et expédier à Marseille. Or, ce port n’a aucun outillage pour de telles opérations,
- , aucun bassin spécialisé pour cet objet.
- L’idée devait donc venir — mieux vaut tard que jamais — d’instituer un port spécial pourvu d’un matériel adapté à cet emploi, pour manutentionner et stocker les minerais. Les appareils américains installés aux États-Unis permettent de décharger en un jour un navire de 6000 tonnes. Actuellement, cette opération demande 8 jours à Marseille. Nous n’avons aucun silo pour l’emmagasinement des minerais, aucun outillage pour la reprise aux stocks et ^expédition rapide. Cette lacune va, semble-t-il, être comblée, grâce à l’aménagement de l’étang de Caronte. Non seulement le port de Marseille verrait sa capacité accrue de 100 pour 100 dans un laps de temps relativement court, mais, nous aurions, enfin, ce port à minerais qui représente pour la France une nécessité absolue. Et, comme toute création a sa répercussion, on peut envisager déjà l’établissement d’importants établissements métal-. lurgiques dans le sud-est pour le traitement des minerais importés. •„ Auguste Pawlowski.
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- A la libération des territoires envahis par l’ennemi doit succéder la grande œuvre de restauration de ces malheureuses régions dévastées par la guerre.. Les villes détruites, les innombrables villages entièrement rasés devront renaître et redevenir en peu d’années des centres de travail et. de prospérité.
- Ces villes et ces villages, peu modifiés au cours des siècles précédents, étaient généralement mal adaptés aux conditions de la vie moderne. Aujourd’hui la guerre les a anéantis; loin de songer à les * relever dans leur état antérieur, très imparfait, on s’efforcera, pour leur permettre de récupérer plus vite leurs forces perdues, de les doter en une fois de tous les avantages que les cités plus heureuses, celles que la guerre n’a pas atteintes matériellement, ne peuvent acquérir que par une lente évolution. ; >
- Toute la question se résume pour chaque commune en une intelligente prévision des intérêts
- généraux de la localité et du pays et dans l’étude bien coordonnée de leurs divers besoins.
- Sur quelles bases s’établiront ces plans d’ensemble?
- Comme celui de toute construction, un plan de ville est soumis à la fois aux règles générales de l’art de bâtir et aux données particulières du programme que veut réaliser le propriétaire qui en l’espèce est la municipalité.
- L’art de bâtir les villes, c’est-à-dire l’ensemble des principes généraux qui régissent la composition des agglomérations urbaines, constitue une sorte de doctrine appelée urbanisme. Ces principes ne sont pas théoriques : ils trouvent leur application sous mille formes diverses et à des degrés très différents dans tous les cas de création, d’aménagement ou d’extension des villes.
- Afin d’en mieux suivre le développement, examinons le travail de l’urbaniste dans son œuvre la
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- plus complète : la création d’une ville, comme le cas s’est présenté plusieurs fois en Amérique.
- Tracer un plan de ville ne veut pas dire faire un schéma régulier, quadrillé. Ce principe un peu simpliste qui a été adopté lors de la création hâtive de certaines villes américaines, comme Philadelphie n’est nul lement ratio n-nel, car il ne tient aucun compte de la diversité qui règne au point de vue géographique comme parmi les individus . La variété, au contraire, est logique et le talent est justement de savoir faire une belle composition étudiée avec liberté en tirant parti de la diversité des sites et des destinations. Il suffit de voir le beau plan présenté par M. Bérard, urbaniste français, au concours ouvert par l’Équateur pour la création de la ville de New-Gayaquil (fig. 1), pour lire clairement la composition générale voulue pat; l’auteur et saisir , la variété qu’il a su tirer de la situation, des pentes, de l’orientation ainsi que des données économiques préexistantes, routes, chemins de fer et port.
- Les conditions démographiques condamnent égale'ment toute possibilité de tracé rigoureusement géométrique.
- Une ville est le groupement plus ou moins nombreux d’habitants ayant des genres d’existences, des occupations, des besoins très divers; d’où des exigences multiples qu’il s’agira de satisfaire en apportant à chacune la solution
- la plus favorable, sans contrarier les autres. De tout temps, en effet, on a vu les industries
- les commerces, les individus se grouper sur le lieu le plus propice à leur travail ou à leur bien-être. Autrefois,le nom même des rues disait la spécialité des habitants et rappelait la corporation qui y logeait. Leé corporations ont disparu, mais les quartiers n’en restent pas moins spécialisés, comme à Paris, le faubourg Saint-Antoine par les industries du meuble, la rue delà Paix par la bijouterie et la grande couture et les quartiers p ériphériqués par les grandes usines.Cette force de groupement est telle, que nous voyons le commerce et les accapa-comme celuia qui pourtant étaient construits en vue de l’habitation, et en chasser l’habitant bourgeois. Celui-ci devait vivre autrefois près de son travail; mais, grâce aux moyens de transport rapides et économiques, il a pu sans inconvénient chercher son logement dans un quartier plus éloigné. Il s’est porté de préférence vers les quartiers qui lui offraient plus de confort et d’agrérnent pour sa vie privée.
- Nous voyons ainsi toute grande ville, qu’elle soit ou non préparée à ççtte évolution, se répartir en zones plus ou nqoins nettement spécialisées, quartiers industriel^, centres commerciaux, quartiers d’habitations, sans, bien entendu, qu’il
- Fig. i.
- Plan de New-Gayaquil, par M. Bérard.
- A, Faubourg industriel; B, Commerce maritime. — i, Place du Gouvernement; 2, Préfecture; 3, Lycée; 4, Palais de Justice; 5, Poste. Police; 6, Lycée; 7, Hôtel de ville; 8, Établissements financiers; 9, Université; 10, Gare; 11, Jardin botanique; 12;. Gaz; i3, Cimetière;.t4, Jardin public; 5, bassin de l’exportation; 16, Parc, Villa ; 17, bassin de l’importation ; 18, Marché principal; 19, Place de quartier, école,.église, mairie ; 20, Parc, casino; 21, Prison ; 22, Hippodrome; 23. Théâtre; 24, Esplanade militaire, casernes.
- affaires
- rer peu à peu des quartiers entiers, de l’Opéra et de la Madeleine,
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- Fig. 2: — Une partie de la ville de Philadelphie.
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- y ait de cloisons étanches entre eux^ (fig. 3).
- Il y a donc là une indication primordiale pour l’urbaniste qui choisira, en conséquence, les emplacements et lés surfaces à affecter à ces zones, au mieux de leur destination propre et de celle des zones voisines. Aussi groupera-t-il les usines, le centre industriel, qui constitue un voisinage peu agréable de telle façon que son lourd camionnage ne trouble pas la ville et que ses noires fumées ne a puissent la salir. La place d’un tel quartier sera donc sur la périphérie de la ville et 'du côté d’où les vents dominants entraîneront les émanations malsaines au dehors de l’agglomération.
- Les cités ouvrières trouveront place naturellement non loin des usines, et de vastes emplacements leur seront réservés pour y développer les nombreuses petites maisons familiales accompagnées, autant que possible, de jardinets. Nous n’admettons plus, en effet, que les ouvriers s’entassent dans d’immenses bâtisses malsaines où fermentent les mauvais germes, tant au physique qu’au moral. Certaines villes industrielles, notamment en Grande-Bretagne, nous présentent des exemples de cités ouvrières bien comprises.
- Le gros commerce, les entrepôts, les magasins généraux, qui, comme la grande industrie, demandent de vastes emplacements, s’établiront à proximité des gares de marchandises ou des ports fluviaux, sur certaines zones extérieures.
- Le commerce du détail, au contraire, qui s’adresse directement au consommateur, les bureaux d’affaires qui cherchent à attirer la clientèle, occuperont le centre de la cité, facilement accessible, ils constituent Je cœur de la ville, aussi bien par leur activité fonctionnelle que par leur situation. ,
- Quant aux habitations, elles s’élèveront un peu partout, mais se grouperont, de préférence, dans les zones plus agréablement situées, bien aérées, offrant le calme et la verdure, un voisinage reposant ou une vue étendue. Aussi la proximité d’un parc ou un terrain accidenté, peu propice au commerce et à l’industrie, conviendront-ils parfaitement à un quartier de résidence.
- A chacune de ces zones, ainsi spécialisées par leur destination, l’urbaniste s’efforcera de donner le caractère qui luj copvient, et là encore un peu 'de réflexion le guidera sûrement. Pour les quartiers industriels, de’vastes lots, car les usines sont grandes, .entre des voies larges et solidement
- Fig 3.
- pavées; au quartier commerçant, qui doit présenter le plus grand développement possible de boutiques, des rues nombreuses, très passantes, facilement accessibles de tous les côtés de la ville par des artères spacieuses, bien faites pour une circulation rapide et intense; dans la zone principale des habitations, des avenues verdoyantes, des rues sinueuses ou brisées, plutôt faites pour desservir agréablement les maisons et inviter à la variété d’aspect et au pittoresque, que pour se prêter à une circulation active; des jardins, des places plantées y seront réservées.
- L’esquisse de la ville ainsi tracée se complétera par l’étude des croisements de voies, s’élargissant depuis le carrefour jusqu’à la grande place et à l’esplanade et par celle des édifices dont les emplacements seront réservés, les uns dans le centre de la ville, comme l'hôtel de ville, le tribunal, la Bourse; d’autres vers les habitations, comme les écoles, les églises; d’au-Ires enfin, à l’extérieur de la ville, comme les casernes, la prison, les hôpitaux, les abattoirs. Certains de ces édifices étant des centres d’affluence, comme les gares ou les halles, exigeront de larges accès; d’autres, les théâtres, par exemple, devront être bien dégagés, aussi bien pour la facilité de la circulation que dans un but décoratif.
- L’hygiène et l’agrément dèmanderont enfin des voies de promenades et des jardins publics dont les pelouses et les ombrages offriront des lieux de repos répartis avec soin dans la ville. Certaines villes françaises, Nîmes entre autres, offrent de beaux exemples du charme et de la salubrité urbaine par la verdure et les eaux courantes.
- Puis viendra l’étude des mojens de transport en commun, tramways, métropolitain, qui doivent établir des relations rapides entre ces quartiers et qui se multiplient toujours davantage dans les grandes villes. L’œuvre de l’urbaniste serait très incomplète, si elle limitait à faire une ville pratique à habiter. Elle doit aussi, et avant tout, être saine.
- Il est évident que les conditions physiques de l’existence dans une ville sont bien différentes des conditions pour lesquelles la nature nous a créés et que la vie urbaine est loin d’être aussi favorable à notre organisme que la campagne.
- Aussi la vijlé doit-elle s’efforcer de remédier aux graves inconvénients qu’elle engendre forcément çt doit-elle s’imposer à elle-même lés mesures et- les restrictions’que "prescrit l'hygiène, à tel point que
- — Spécialisation des quartiers de la Ville de Paris.
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- cette science, presque inconnue il y a un siècle, est • aujourd’hui la principale raison d’être des transformations urbaines. Donner à l’organisme humain les éléments essentiels à un bon fonctionnement, l’air pur, l’eau pure; écarter les eaux de saleté, d’infection et de contamination, en éliminant les déchets malsains de la vie et du travail; veiller,en un mot, à la salubrité publique, tels sont les premiers devoirs d’uné municipalité soucieuse du bien général.
- Déjà l’atmosphère sera bien nettoyée, si les usines, les manufactures rejettent les fumées au loin et non sur la cité. Quant aux fumées des maisons, c’est relativement peu de chose et cet inconvénient ne pourra être évité tant que ne sera pas résolue la question de l’absorption des fumées ou la suppression des foyers domestiques par une distribution générale de chaleur, comme on distribue aujourd’hui l’eau, le gaz, l’électricité et l’air comprimé.
- Fig. J, _ pa coupe d'une rufe de la ville Juture, d’après M. E. Ilénard, architecte.
- C’est pour assurer une bonne aération de la ville et des maisons que-de larges avenues doivent être percées, qu’une juste proportion doit être établie entre la largeur des voies et la hauteur des maisons qui les bordent, proportion qui varie judicieusement suivant les latitudes, l’exposition, les conditions climatériques et le régime des vents. '
- L’ensoleillement ne doit pas non plus être négligé, car l’action "bienfaisante des rayons solaires est particulièrement active. L’air qui devra ainsi pénétrer en abondance dans les rues et les cours, être en réserve dans les jardins, véritables poumons de la ville, devra être maintenu aussi pur que possible.
- Au moins pourrions-nous supprimer une autre cause de l’impureté de l’air, cause plus grave pour notre organisme : la poussière, aussi nuisible aux êtres qu’aux plantes et aux objets, cette poussière toxique des grandes villes, qui est un des agents les plus actifs de transmissions épidémiques.
- Un arrosage abondant et régulier sur une préparation bien faite du sol des voies ferait disparaître complètement cet inconvénient des villes.
- Les grandes- municipalités s’efforcent aussi de remédier à la trépidation et au bruit qu’occasionne une circulation dense dans les rues sonores, car c’est là une cause évidente de fatigue nerveuse dont souffre la population. On a fait, dans ce but, de
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- grands progrès dans la suspension des voitures, dans leur roulement et dans la confection du sol des voies qu’on .essaie de rendre aussi insonore que possible.
- Mais ce n’est pas tout que les voies soient salubres, il faut que les immeubles le soient aussi, d’abord en les alimentant en eau propre pour les lavages et arrosages, et en eau pure et potable pour le ménage, puis en évacuant les déchets et les eaux usées.
- Chacune de ces questions soulève de gros problèmes urbains : captation de sources, analyse et surveillance des eaux, canalisation, réserve et distribution, enlèvement des matières polluées, traitement de ces matières pour les rendre inoffensives. Quand on pense aux masses énormes de liquide à amener et à écouler pour le service quotidien d’une grande ville, on se rend compte de l’étendue des difficultés à vaincre. Aussi que de recherches, que d’études, que de travaux et que de dépenses pour réaliser une bonne organisation d’hygiène 1
- Et ce n’est pas tout encore : avec l’hygiène, il faut assurer le confort par les distributions de force et de lumière, gaz, électricité, air comprimé auxquels s’ajouteront, un jour prochain, la vapeur et l’eau chaude provenant d’usines centrales et alimentant tous les immeubles.
- Et tout cela doit circulera travers la ville entière, se ramifie)" dans les innombrables rues, se répartir entre toutes les maisons, sans entraver la circulation, sans même qu’on s’en aperçoive : c’est là le rôle des égouts, vaste réseau de voies souterraines contenant toutes les canalisations indispensables, débitant à chacun ce qui lui est nécessaire, le débarrassaht de tout ce qui eut le gêner ou lui
- nuire, créant sous la ville visible, une autre ville souterraine presque aussi compliquée. Quand on pense à tout ce qui circule sous les voies, égouts, canalisations, métropolitains, quand on songe à tout ce qui, dans un avenir plus ou moins lointain, devra prendre place .en sous-sol pour dégager la surface encombrée : lignes de tramways, voie d’enlèvement des ordures ménagères, passages à piétons, boutiques, ainsi que nous le montre M. E. Hé-nard dans son ouvrage sur la ville future, quand on évalue les masses de terre qu’il faut et qu’jl faudra encore sortir du sol d’une ville pour creuser tous ces vides et pour le sous-sol des maisons, on en arrive à cette idée qu’il serait vraisemblablement plus logique de prévoir le niveau des voies à 2 ou 3 m. au-dessus du sol naturel, plutôt qu’au niveau même de ce sol.
- La coupe sur une voie de la ville future (fig. 4), que nous empruntons aux remarquables travaux de M. E. Hénard, nous montre que cet audacieux et ingénieux urbaniste va encore bien plus loin dans ses anticipations. N’ajoute-t-il pas les terrains d’atterrissage des aéroplanes qui seront les autos et les taxis de demain, la distribution automatique du courrier à domicile, la télescopie comme nous avons le téléphone et bien d’autres aménagements qui nous semblent aujourd’hui de l’utopie.
- Et quand on se remémore la rapidité avec laquelle sont passées dans le domaine pratique et même dans l’usage courant, les multiples inventions qui, il y a quelque vingt ans, nous semblaient purement théoriques, on reconnaît bien vite que cet utopiste est simplement un prévoyant.
- Mais combien compliqué sera alors le rôle de l’urbaniste dont la tâche est déjà si complexe aujourd’hui! J.-M. Auburtin.
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- Séance du 3 au 24 février.
- Sacli Carnot et le principe de l’Équivalence. — M. Louis Décombe, qui a montré à la Société de Physique, l’origine française des deux principes fondamentaux de la Thermodynamique, défend Sadi Carnot du reproche, souvent fait, d’avoir adopté, sans restrictions, le point de vue classique au début du xix° siècle, de la matérialité du calorique. Il indique avec quelles réserves, le fils aîné de l’organisateur de la Victoire, calcula l’équivalent mécanique sur des bases qui ne lui semblaient pas d’une « solidité inébranlable » et traça un programme d’expériences « pour décider de la question », qui fut celui des essais effectués plus tard par Joule, Colding et' Iîirn.
- Sur une application nouvelle de la viscosité. — M. Georgps Claude entretient l’Académie du canon de tranchée dont il est l’inventeur et qui se caractérise par une « indépointabilité » complète. Ainsi que vient-de le dire Nicolas Flamel, dans La Nature, la viscosité d’un liquide peut, dans des conditions spéciales^ s’opposer à des efforts énormes, mais instantanés, de façon à former bloc. Poincaré, on le sait, a rappelé l’inapti-
- tude des corps conducteurs, à transmettre les vibrations de Tesla, alors que les diélectriques aident à leur passage, c’est un fait à rapprocher de celui-ci; qu’on pose le doigt à la surface d’une masse de poix, il s’enfonce sans effort, alors qu’un coup de marteau brutal, laisse à peine une empreinte. Nos lecteurs verront dans notre dernier numéro comment un mélange de brai et de goudron peut, tout en permettant les lents mouvements nécessaires au pointage et au réglage d’un tube canon, opposer une rigidité énorme aux effets du recul.
- Recherches sur une nouvelle méthode de prévision du temps. .— Poursuivant ses études sur les relations qui existent entre les troubles visibles de la surface solaire et les anomalies magnétiques de l’atmosphère et de notre flotte, M. Albert Nodon montre qu’on peut de ces différents phénomènes tirer des conclusions suffisantes pour l’établissement d’une méthode de prévisions météorologiques, appliquée avec succès jaar le Bureau militaire. Les résultats acquis constituent un gros progrès pour la Physique terrestre. P. B. (A suivre.)
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- NOUVEL APPAREIL A PROJECTION POUR L’ENSEIGNEMENT
- Alors que depuis vingt ans, l’illustration du livre a fait des progrès considérables, que les dessins en plusieurs couleurs, les photographies, schématisées ou non, se sont multipliées dans les ouvrages d’enseignement, il semble que pour l’illustration des cours— et surtout des cours des Facultés — on en soit resté au même point qu’il y a un quart de siècle : planches murales, parfois complétées par des projections fixes, noires ou en couleurs.
- Les Allemands y avaient depuis longtemps ajouté a projection des corps opaques (épiscopie) pour Tenseignemen t de l’anatomie ; l’installation con-truite par Zeiss à Munich était célèbre ; les étu- * diants suivaient sur l’écran la dissection de la région dont leur parlait le professeur. En France,
- Doyen avait fait monter en 1912, aux Sociétés Savantes, un système un peu rudimentaire avec lequel il projeta des coupes de cadavres, et qui donna d’assez beaux résultats. Mais cet appareil, non plus que celui de Munich, ne pouvait permettra la projection d’expériences de physiologie : la chaleur considérable dégagée par les sources lumineuses aurait modifié ou détruit en quelques minutes les fonctions de l’organe projeté. A plus forte raison ne pouvait-on songer à appliquer le principe à la projection d’interventions chirurgicales.
- Les quelques tentatives faites pour cinémato-graphier les expériences physiologiques, voire les interventions chirurgicales, n’ont donné que de médiocres résultats ; l’inactinisme du sang et des tissus transformant le champ opératoire en un trou noir et d’autre part les opérateurs s’occupant davantage de leur opération ou de leur expérience que du cinématographe, on obtient surtout de remarquables films de « mains qui opèrent » mais pas d’opérations.
- Malgré les difficultés considérables dues à la
- guerre (les fabrications d’optique étaient sous la dépendance du Service géographique de l’armée), et grâce à la bienveillance éclairée de M. J.-L. Breton, alors Sous-Secrétaire d’Etat des Inventions, qui porte un gros intérêt à tout ce qui touche à l’enseignement par l’image, le médecin aide-major Quéret a pu réaliser à la Faculté de Médecine, pour l’enseignement de M. le professeur agrégé Langlois, un appareil original à beaucoup de points de vue et
- qui donne des résultats supérieurs à tout ce qu’on avait obtenu jusqu’ici.
- Les deux pho-tpgraphies qui illustrent cet article en disent plus qu’une longue description. L’auteur l „ p-*-pris comme source lumineuse des arcs dont la lumière est chaude, difficile à régler et surtout dont le rendement est déplorable sur courant alternatif, le seul dont dispose l’École Pratique de la Faculté. L’éclairage est produit par trois projecteurs d’aviation Brandt à lampes B et F à filament de tungstène, de 5000 bougies, placées” au foyer d’un miroir m étallique de courbure un peu spéciale. La dispo-sition de la lampe permet Futilisation de toute l’émission lumineuse sphérique. Toute la lumière est donc envoyée sur l’objet ou l’animal à projeter, placé sur une table entre les mains de l’opérateur qu’on devine (fig. 1) derrière l’appareil. En dehors de leur çommodité — il suffit de tourner un commutateur pour que fonctionne l’appareil —-ces lampes donnent une lumière très blanche, beaucoup plus actinique pour la rétine que celle de l’arc, leur rendement est du même ordre que celui, de l’arc (dépense totale . 30 ampères sur 110 volts), enfin l’émission de chaleur est beaucoup moindre. Cette chaleur est entièrement arrêtée par des cuves de 12 cm d’épaisseur dans lesquelles l’eau circule-très rapidement grâce à une petite poinpe que l’on distingue sur L'appareil, à droite.
- Fig. i.
- L’appareil à projections du médecin aide-major Quéret.
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- 30+ NOUVEL APPAREIL A PROJECTION POUR L'ENSEIGNEMENT
- Les rayons caloriques sont absorbés à ce point qu’un nerf de grenouille peut demeurer sur la table pendant près de 10. minutes sans qu’il y ait trace de dessiccation.
- Au-dessus de l’opérateur, à environ 55 cm au-dessus de la table (cette distance beaucoup trop faible est due à ce que l’auteur n’a pu trouver pendant la guerre un objectif de plus grand foyer), se trouve un plateau supportant l’objectif (ouvert à F/4), surmonté lui-même d’un prisme à réflection totale à base carrée de 12 cm de côté, qui renvoie l’image dans l’amphithéâtre situé derrière l’opérateur, par un orifice percé dans la cloison.
- La mise au point se fait à distance, grâce à un système électrique très simple, c’est le prof esseur lui-même qui la fait au fur et à mesure qu’il parie, de telle sorte que l’opérateur n’a à se préoccuper quef de son expérience, l’objectif (dont la profondeur de champ est d’ailleurs de plusieurs centimètres) descendra ou s’élèvera à mesure que le point intéressant de l’expérience se déplacera dans le corps de l’animal.
- La disposition de l’amphithéâtre a obligé l’auteur à projeter par transparence, procédé très défavorable, à la projection episcopique.
- L’écran de 3 m. sur 2, de papier à décalquer, est entouré d’un entonnoir noirci, afin d’éviter tout rayon parasite.
- La figure 2 donne une idée du résultat obtenu, l’imagé de l’officier faisant la mise au point, et qui est uniquement éclairé par la' lumière de l’écran, peut servir d’échelle pour calculer le grandissement.
- Il est là de plus de 20 diamètres, l’expérience à projeter pouvant occuper un cercle dé 25 cm de rayon. Il peut être beaucoup plus considérable, sans restreindre pour cela l’étendue de la surface à projeter ; l’auteur a pu atteindre 55 et 45 diamètres, et montrer à un amphithéâtre des organes de la taille des racines rachidiennes de la .grenouille, Ce qu’aucun étudiant n’avait eu l’occasion de voir à la Faculté, si ce n’est en groupes très restreints.
- Un petit appareil accessoire, composé simplement d’une plaque de verre fumé qui glisse d’un mouvement uniforme devant une lanterne; permet de projeter en même temps que l’animal, le tracé de
- ses réactions; on Voit ici (fig. 2), dans le bas de l’écran et à gauche, le tracé des contractions du muscle gastro-cnémien à chaque excitation du nerf sciatique. Une petite lampe — qu’on distingue comme un point brillant sur le montant droit de l’écran — s’allume à chaque secousse de la bobine, en même temps qu’un signal de Marcel Desprez l’inscrit sous le tracé.
- On voit combien un tel enseignement peut être vivant et profitable, les étudiants assistent en même temps à la production et à l’enregistrement des phénomènes; ils verront le cœur d’un lapin à poitrine ouverte s’arrêter sous l’influence de l’excitation du pneumogastrique, en même temps qu’il^ suivront sur le tracé la chute .de la pression artérielle, et ce tracé restera à coup sûr fixé dans leur mémoire, avec toute sa signification.
- Les applications d’un tel appareil peuvent être nombreuses, en dehors même de l’enseignement des sciences naturelles. Il semble dès à présent possible de construire une salle d’opérations parfaitement a-septique dans laquelle le champ opératoire, violemment éclairé, serait surmonté d’un objectif de très grand foyer (1 m. 20, pour ne pas gêner le chirur-gien)qui projetteraitl’o-pération dans une pièce attenante où se tiendraient les assistants, qui pourraient être très nombreux (plusieurs centaines) sans se gêner les uns les autres, déranger le chirurgien, ni risquer d’infecter l’opéré en apportant des poussières. L’auteur a d’ailleurs, à l’étude, plusieurs appareils de beaucoup plus grande taille que celui qui est figuré ici, pour le grand amphithéâtre de la Faculté, et^l’amphi-théâtre de Physiologie de la Sorbonne.
- II est à souhaiter que cet appareil se répande le plus possible, l’enseignement y gagnera en intérêt et en clarté; les étudiants alliés et neutres qui vont venir en grand nombre dans nos Écoles et nos Facultés, pourront se rendre compte que si les Français ont su gagner la guerre; ils savent aussi faire de l’enseignement moderne sans avoir besoin du concoiirs de Zeiss, d’Iéna ou de Leitz, de Wetzlar.
- __________î_________________________________________________
- Le Gérant : ,P. Masson. — lmp. Lahure, rue de^Fleurus, 9, à Paris.
- Fig. 2.— L'écran, au cours d'une projection à la Faculté de Médecine.
- .1. D.
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- LA NATURE.
- 5 AVRIL 1919
- — N° 2355.
- SITUATION ACTUELLE DE LA MOTOCULTURE
- C'est demain que se termine à Saint-Germain-en-Laye, sur les terres du domaine de la Jonction,..la manifestation organisée par la Chambre Syndicale de la Motoculture, sous le patronage du gouvernement. Cette manifestation comprend, sur place : 1° une exposition d'appareils de culture mécanique; 2° des démonstrations sur le terrain. Il nous a semblé utile de demander à M. Goudard,. jusqu'à ces derniers jours chef du service de la motoculture au Ministère de l'Agriculture, son avis, autorisé sur la question. Voici l'étude qu'il a bien voulu nous remettre :
- La Motoculture, au commencement de l’année 1919, est soumise à deux courants d’opinions contraires. Les uns proclament que la Motoculture est le remède rêvé à la crise agricole et que la famine ne peut être évitée que par l’emploi de la mécanique. Ces enihousiastes multiplient des centaines d’hectares par des milliers d’appareils et cultivent ainsi des territoires immenses. Ce sont les apôtres dont -on ne saurait méconnaître l’utilité lorsqu’il s’agit de forcer les débuts du progrès. Les autres, d’esprit plus- chagrin, affirment que la Motoculture en France, a déjà fait faillite,' que c’est un moyen de luxe qui né pourra être utilisé que par quelques grosses exploitations et que las animaux de trait n’ont pas dit leur dernier mot. Ce sont des modérateurs qui invitent à la circonspection et qui souvent aident le progrès en évitant les erreurs du début causées par un excès de précipitation.
- Il semble, comme toujours, que la vérité doit se trouver entre ces deux opinions extrêmes et que, à l’heure actuelle, il est impossible de donner un avis d’ensemble sans tenir compte des cas d’espèce. ,
- Quel est le but de la motoculture. — Economiser de la main-d’œuvre est l’opinion la plus répandue. Abaisser le prix de revient du labour, risquent timidement quelques exigeants qui ramènent tout à cette considération.
- Chacun connaît l’importance capitale qu’attache le ^cultivateur à faire ses travaux lorsque le temps est propice. Or, il y a des années où les intempéries raccourcissent'tellement le temps des labours que ceux-ci sont faits tardivement et les ensemencements s’en ressentent. Donc, la raison d’être primordiale de la Motoculture réside dans la capacité de travail. Ensuite, mais ensuite seulement, inter-
- 47* Année. — 1" Semestre. .
- vient le prix de revient. La diminution de main-d’œuvre est liée intimement à la capacité de travail.. On peut admettre qu’zm homme peut, dans le même temps, faire avec la Culture mécanique, trois fois plus de labour qu’avec des animaux de trait. On conçoit donc les espérances que l’on peut fonder sur, l’emploi de la motoculture pour combler dans nos campagnes les vides causés par la guerre et _par, l’attraction de l’usine.
- Ayant ainsi succinctement examiné le but que l’on se propose d’atteindre par la motoculture, il y a
- lieu de passer a l’étude des diffn, cultés que l’on rencontre lorsque l’on passe à la pratique.
- Ces difficultés peuvent être clas-. sées en plusieurs séries suivant les, causes qui les. suscitent. j
- • Difficultés inhérentes à la nouveauté. —
- Qes . difficultés sont par leur essence même aisément, surmontables. Elles n’en pèsent pas moins lourdement sur les débuts de là, motoculture. ' V
- a. Il est évident que depuis quatre mille ans et. plus qu’il y a des hommes et qui labourent, le procédé classique de la charrue tirée par des animaux de trait est arrivé à la quintessence de l’économie d’emploi. Il est donc difficile de comparer un procédé qui çpmmence à s-’implanter avec une méthode millénaire. Le rapprochement des résultats, pour un œil attentif est cependant tout à l’avantage de la motoculture si Fon tient compte des progrès énormes que celle-ci est encore susceptible de recevoir et il est fatal que, à très brève échéance, ces progrès feront pencher la balance en sa faveur. _
- b. La multiplicité des modèles existant à l’heure actuelle pour un même travail à effectuer montre combien sont encore hésitants les constructeurs sur les types à adopter. C’est la période des tâtonnements où les avis sont partagés, les discussions ardentes
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- et le,s erreurs nombreuses. La' multiplicité des modèles entraîne forcément un prix de revient élevé, les séries étant relativement peu importantes et les modifications fréquentes.
- c) Devant cette construction en évolution, il faut placer l’inexpérience de la clientèle. Jusqu'en ces dernières années, le cultivateur dans la masse a été complètement ignorant des mystères de la mécanique. La diffusion des moissonneuses et des faucheuses, l’apparition des moteurs fixes de forme, la vulgarisation de l’automobile, ont déjà été une excellente préparation, mais c’est surtout la génération qui vient qui pourra réellement s^adapter au machinisme.
- d) Pour que la culture mécanique puisse se répandre dans les campagnes, il faut, en outre, Une organisation adéquate pour l’entretien et la réparation. Or, à 1 heure actuelle, la science et l’outillage du maréchal ferrant sont encore un peu rudimentaires dans la plupart des cas pour pouvoir apporter l’aide nécessaire. La multiplicité des modèles ne permet pas d’avoir des pièces de rechange aussi facilement qu’il le faudrait, et là encore le handicap de la nouveauté se fait sentir.
- Difficultés inhérentes à la guerre. — a) L’insuffisance du personnel spécial se fait encore plus sentir pendant la guerre. Il est évident que c’est parmi les classes jeunes qui se sont assimilées plus facilement le développement du machinisme, que l’on trouve les plus nombreux éléments pour conduire, entretenir et réparer les appareils de culture mécanique. Le développement intensif de l’automobile au front permet d’envisager, à la démobilisation, un recrutement très facile de cette main-d’œuvre, la moitié ad moins des conducteurs d’automobile étant agriculteurs.
- b) L’état de guerre a amené, en second lieu, une perturbation complète dans l’approvisionnement des Éômbuslibles et des carburants.- Le charbon, le pétrole, l’essence sont rares et d’un prix élevé. La crise des transports paralyse même complètement leur emploi pendant certaines périodes. Cette situation s’améliorera certainement avec le temps.
- c) La concentration de toute l’industrie du pays sur le matériel de guerre a fait passer au second plan la construction du matériel agricole. Le prix élevé des matières premières et de la main-d’œuvre, la rareté du fret ont doublé environ le prix de vente des appareils de culture mécanique, ce qui représente un gros obstacle à leur diffusion. U v a tout lieu d’espérer que le retour à des conditions normales y contribuera fortement.
- d) La difficulté des transports complique singulièrement le problème de l’approvnionnement en pièces de rechange. La plupart des appareils actuellement employés sont d’origine américaine. Leur réapprovisionnement ep pièces de rechange est particulièrement laborieux.-Les stocks sont toujours très pauvres. D’autre part, lorsqu’une pièce casse,
- il faut pouvoir la remplacer immédiatement, faute de quoi Y immobilisation de l’appareil diminue le rendement de la main-d’œuvre et rend l’exploitation des labours incertains.
- Difficultés inhérentes à l’exploitation même. —
- En dehors des difficultés passagères dues à la nouveauté du procédé et à l’état de guerre, la culture mécanique se heurté en France à des obstacles d’origine plus lointaine et avec lesquels il faudra toujours compter.
- a) En premier lieu, l’ennemi de la motoculture est le morcellement de la propriété. Le rendement des moyens mécaniques est d’autant plus grand qu’ils s’appliquent à de plus grands espaces. Les animaux de trait dont le travail est lent et qui nécessitent un outillage restreint peuvent se contenter de petites parcelles où ils peuvent se plier aux exigences du terrain. D’une façon générale, on peut dire que le développement de la motoculture est lié intimement au remembrement de la propriété.
- b) La /multiplicité des modèles, déjà signalée comme la conséquence de la nouveauté, se maintiendra toujours en France très grande, par suite de la diversité de la nature du sol et de la diversité des cultures. 11 est évidfent qu’il ne faut pas les mêmes appareils pour les labours à betteraves que pour les labours à blé. Certains sols, comme la Limagne sont particulièrement durs à travailler. Lorsqu’il faut faire face à des exploitations dont l’importance varie dans la proportion de 50 à i, entreprenant des cultures différentes sur des sols variés, on se rend compte que la multiplicité des modèles n’est pas près de disparaître.
- c) Certaines parties de la France verront la motoculture s’implanter plus difficilement. Ce sont celles dans lesquelles l’élevage d’animaux de trait est la principale richesse. Outre que ces contrées comportent beaucoup d’herbages, la présence d’animaux de trait permet de faire des labours à bon compte.
- En résumé, les difficultés les plus graves qui s’opposent actuellement à la diffusion de la motoculture proviennent surtout de deux causes passagères : la nouveauté et la guerre, et d’une cause plus profonde, le morcellement de la propriété. Il est donc permis de croire que d’ici quelques années, les deux premières causes étant éliminées, et le remembrement étant en bonne voie grâce aux efforts du Gouvernement et de M. le sénateur Chaü-veau, l’essor de la motoculture sera considérable.
- Matériel de motoculture. — Le but à atteindre et les difficultés qui s’élèvent étant ainsi esquissés, il est intéressant d’examiner quels sont les moyens matériels dont on dispose actuellement.
- Les engins de culture mécanique actionnant une charrue peuvent se .différencier soit par le mode de remorque des outils de travail (traction directe ou traction au câble), soit par la source d’énergie : vapeur, électricité, carburant.
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- La traction directe s’emploie surtout pour Jes petits appareils d’une puissance ne dépassant pas 25 HP. L’avantage réside dans la simplicité du matériel et le faible prix de revient de l’installation. L’itifériorité réside dans le fait du déplacement de l’appareil moteur qui augmente la consommation et met l’exécution des labours à la merci de l’état du terrain.
- Les gross es installations emploient principalement' la traction par câble, à chaque extrémité du champ se trouve un treuil sur lequel s’enroule et se déroule un câble solidaire de la charrue.
- Le labour ainsi obtenu est parfait, à peu près indépendant de l’état du terrain, ma s l’installation est encombrante, peu maniable et immobilise un capital considérable. Plusieurs hommes sont nécessaires et ce système ne peut être employé que dans les cultures d’une certaine importance,
- Une conception tout à fait différente est celle de la préparations de la terre en an sVul passage par des outils dénommés fraises. On obtient ainsi un ameublissement parfait du sol qui
- peut être très t ^ {
- précieux dans certaines cultures'
- Rien ne . permet d’affirmer a priori J que la charrue soit l’instrument decul-turé définitif, sa gén éralisation tient peut-être à la simplicité de son emploi-. Mais
- les progrès de la mécanique n’ont pas de limites et il est possible de prévoir que le coefficient simplicité perdra de son importance. On peut concevoir que la culture se rapprochera de plus en plus de la culture maraîchère à haut rendement pour laquelle le labour antique ne saurait seul suffire.
- En ce qui concerne les sources d’énergie, la va-
- Fig. 2. — Type de matériel pour moyenne culture. Le tracteur Renault tirant une charrue polysocs.
- Fig. 3.
- peur est surtout employée dans les grosses installations. Sa souplesse, le faible prix de revient du combustible constituent des avantages précieux, mais la consommation énorme d’eau est souvent
- un obstacle pour son emploi dans certaines , contrées.
- L’électricité est en-’core peu employée. H ne peut en être ques-\ tion qu’en combinaison avec un secteur électrique. Les frais de premier établissement sont très élevés et, tout, ou moins au début, seules les grosses exploitations peuvent l’u-, tiliser. Cependant, il semble que les frais d’installation mis à part, le prix du labour par l’électricité doit être extrêmement bas et que cette méthode a l’avenir dans des cas déterminés.
- La vapeur et l’électricité convenant surtout aux grosses puissances se combinent à peu près exclusivement avec la traction par câble.
- Les carburants (pétrole, essence) sont surtout employés pour les appareils de moyenne et petite puissance par traction directe et quelquefois par câble. Malgré leur prix élevé, leur emploi se défend
- par une grande
- -- , , * facilité d’appro-
- visionnement et
- iî. par une construc.
- tion plus simple du matériel.
- Il est évident que l’utilisation future de ces sources d’énergie est liée intimement à leur prix de revient après la guerre.
- Le pétrole et l’essence ont des
- cours instables et nous rendent tributaires de l’étranger. L’alcool, produit national, n’a pas encore, au point de vue technique, conquis une place indiscutable et, en tout état de cause, ne suffira pas seul à la consommation. On peut entrevoir également, dans un avenir prochain, l’extension de l’application des moteurs Diesel et semi-
- Un autre type de matériel pour culture moyenne. Le tracteur Filtz moissonnant.
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- Diesel, utilisant des carburants lourds. L’économie de combustible réalisée compensera largement le prix plus élevé de ses installations.
- • Devant cette_diversité d’application et ce choix dans les moyens* le génie inventif des constructeurs peut se donner libre cours. Il est certain qu’ac-tüellement les constructeurs américains ont une avance sensible sur les constructeurs français, comme organisation industrielle tout au moins. La culture aux États-Unis se prête en effet mieux à l’emploi de la mécanique. Grands espaces, cultures intensives, rareté de la main-d’œuvre, bas prix de vente des appareils, abondance des carburants, tout milite en faveur d’une extension rapide.
- De là une floraison d’appareils qui peuvent Se chiffrer par une centaine de modèles divers et qui procèdent à peu près tous du type à traction directe. Mais cette avance, qui peut paraître considérable, l’est en réalité beaucoup moins si l’on envisage l’application des appareils américains à la culture française. Les obstacles énumérés au début de cette étude ne sont pas moins grands pour eux et souvent même on remarque que l’appareil américain n’apporte pas toujours là solution du problème. Par suite des conditions mêmes de'son emploi, le tracteur américain semble spécialisé dans la culture extensive sur de grands espaces, à profondeur réduite. Son bas prix dé revient est le résultat d’une construction un peu hâtive et de l’emploi de matières bon marché. Cela correspond tout à fait au goût américain qui exige un amortissement rapide. D’ailleurs, les pièces de rechange sont, en Amérique, “fournies très rapidement et à très bas prix.
- En France, les conditions sont complètement différentes. La culture y est intensive, la propriété morcelée, les labours souvent profonds en terre forte. Au point de vue technique pur, l’appareil américain se trouvé déjà dans de moins bonnes conditions : Le labour à plat, très apprécié dans les pays de grandes cultures, semble devoir être préféré au.labour en planches seul exécutable avec la plupart des appareils américains. D’aulre part, dans les pays de culture extensivè où la valeur du sol est faible, où les rayages sont très longs, la présence de grandes fourrières, n’a pas d'inconvénients. En France, au contraire, les fourrières sont à diminuer le plus possible, surtout si elles sont tassées par le passage répété des appareils. La hausse du fret, les droits de douane augmentent sensiblement le prix de vente. L’amortissement devient, du coup, plus lourd, Mais c’est surtout la question des pièces de rechange qui s’aggrave. La construction américaine agricole est basée sur le bas prix et là facilité d’approvisionnement des pièces de rechange. Si cette condition disparaît, la situation devient critique pour le cultivateur.
- Il n’est donc pas évident que l’avenir de la motoculture: en-Francem'appartienne pas aux constructeurs français qui produiront des engins parfaite-
- DE LA MOTOCULTURE ....~
- ment adaptés aux conditions locales et en harmonie avec le goût français qui préfère un amortissement plus long sur de la mécanique plus solide.
- Organisation de la motoculture. — Le but à atteindre, les difficultés à surmonter et le matériel existant étant ainsi indiqués, il reste à étudier quelle sera la meilleure organisation à adopter pour.atteindre le but en mettant en œuvre les moyens. Deux écoles sont en présence : l’exploila-M tion par l’entreprise ou l’exploitation par le particulier. Le résultat de chacune est une question d’espèces.
- L’entrepreneur a pour lui Davantage de l’élude plus approfondie de la question. Il peut s’entourer de spécialistes qui seront habitués au maniement assez délicat des appareils de labourage mécanique. Il a l’avantage de l’approvisionnement en gros des combustibles et pièces de rechange. Mais, dans la pratique, il se heurte à de grosses difficultés. Celui qui laboure ses propres terres le fait quand il le juge propice et à un prix de revient généralement inconnu de lui-même. Mais quand on fait de l’entreprise, il faut labourer à un prix déterminé qui laisse un bénéfice, des terres plus ou moins morcelées et à des époques fixées ' par le client. Cette situation peut se traduire par des chantiers très dispersés, difficiles à surveiller et à ravitailler, débordés de travail à certains moments/inactifs à d’autres lorsque la saison ou les circonstances atmosphériques s’y opposent. L’utilisation du personnel dans ces périodes de chômage devient difficile pour l’entrepreneur. Les ouvriers mécaniciens peuvent facilement trouver leur emploi dans la réparation dû matériel mais le personnel conducteur isolé sur le chantier trouvera difficilement à s’employer et à ce moment grèvera lourdement l’entreprise, D’autre part, le cultivateur, souvent ignorant du prix de revient de ses labours quand il les fait lui-même, discutera toujours lorsqu’il les fera faire à forfait. Enfin la diversité des cultures imposera a l’entrepreneur une diversité 'dans le matériel incompatible avec un bon rendement financier.
- .Oîrpourraitêtre tenté, pour juger une entreprise de labourage, de chercher une base dans les résultats fournis par le Service de la Culture des Terres qui exploite environ un millier de tracteurs agricoles. Mais on risquerait d’en déduire des conclusions tout, à fait erronées, si on ne tenait pas compte des causes d’infériorité inhérentes à ce Service même. Le prix de revient de son exploitation est, en effet, influencé non seulement par les tâtonnements inévitables d’une entreprise à ses débuts et par le fait qu’une entreprise d’État se heurte à la rigidité des règles administratives et financières incompatibles avec une exploitation industrielle, mais encore par des difficultés dérivant de la conception du rôle assigné à ce Service. Sa mission a été comprise comme une œuvre de pro-
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- SITUATION ACTUELLE DE LA MOTOCULTURE
- pagande et d’encouragement bien plutôt que comme une entreprise destinée à produire des bénéfices. Un industriel avisé se serait limité à labourer dans une seule région avec un type unique d’appareil. Le Service de la Culture des Terres, pour vulgariser la motoculture et sur les demandes des* départements a dû étendre son exploitation à la France entière ; ce qui ne facilite pas la surveillance.D’autre part, pour évitèr d’être taxé de parti-pris et pour pouvoir comparer les divers types d’appareils, le Service a dû se montrer très éclectique dans leur choix à tel point que trente modèles différents sont en exploitation, ce qui ne laisse pas que de compliquer singulièrement l'approvisionnement en pièces de rechange. Enfin, il n’a pas hésité à labourer des terrains difficiles souvent incultes depuis plusieurs années, parce qu’il importait d’abord d’accroître l’étendue des surfaces ensemencées. C’est pour toutes ces. raisons que, avec l’esprit particula-riste qui anime le cultivateur, il y a tout lieu de présumer que les appareils de moto-culture seront exploités par le fermier lui-même, surtout lorsque quelques années après la conclusion de la paix les constructeurs seront à même de livrer à bas prix les appareils mécaniques. 11 est évident que, dans bien des cas, le cultivateur bien outillé aura intérêt, pour diminuer ses frais généraux, à faire des labours pour un voisin moins en avance, surtout lorsque la mitoyenneté des terres permettra la constitution de chantiers de travail de grandes dimensions, acheminement insensible vers le remembrement de la propriété. " '
- Comme conclusion à cette étüde, on peut, autant qu’une prévision peut être faite, entrevoir que la motoculture s’aiguillera en France de la façon suivante : 1 - - ' . '
- a) Pour les grandes exploitations, matériel puissant à traction des outils par câble mobile, source d’énergiô vapeur ou électricité ou moteur à explosion, fce matériel à grande capacité de travail permettra de faire tous les labours profonds et moyens à un prix de revient plus bas qu’avec les animaux de trait. Pour les façons superficielles, déchaumages et moisson ainsi que pour les différents charrois de'Texploitation, l’emploi de tracteurs directs mus par des moteurs à explosion paraît devoir s’imposer. Les Sociétés ou les gros agriculteurs propriétaires de ces grandes exploita-
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- tions auront tout' intérêt à posséder éux-mêmes leur matériel pour l’entretien duquel se justifiera l’installation d’un atelier., de réparations bien outillé.
- b) Pour les moyennes exploitations, le matériel pourrait être encore à traction par câble mobile mû à la vapeur, à l’électricité ou par moteur à explosion. Mais le capital considérable immobilisé sera certainement un obstacle à la généralisation de cette .méthode et beaucoup d’exploitations suivant la nature de leur sol et la disposition de leurs pièces, pourront couramment utiliser des appareils à traction directe ou à traction par touage. Dans ce cas, la préférence sera donnée aux appareils qui permettront le labour à plat. Pour les charrois et les moissons des appareils à traction directe formeront le complément / indispensable. Le matériel sera exploité, en général, par les agriculteurs'eux-mêmes, mais on peut concevoir que l’un d’eux mieux outillé et plus entreprenant fasse pour ses voisins des travaux à façon qui lui permettent d’augmenter la puissance de son outillage et justifient la présence d’un atelier de réparations. Parfois, plusieurs agriculteurs se grouperonf en un Syndicat pour l’achat et l’exploitation d’un matériel commun. Ce sont des questions d’individualiLé, de convenances, d’ententes, pour lesquelles aucune règle ne peut être établie.
- c) Pour les. petites exploitations.— Le matériel à envisager se bornera au tracteur direct bon à tout faire. La petite culture étant en général très morcelée, les appareils devront être suffisamment souples pour se déplacer facilement. Us devront réduire les fourrières au minirtmm, être d’une conduite et d’un entretien faciles et ne pas immo-. biliser beaucoup de capitaux. C’est dans cette catégorie que la motoculture aura le plus de,peine à se développer. La difficulté sera probablement tournée par l’apparition de petits entrepreneurs locaux (garagistes, maréchaux ferrants, mécaniciens), qui, dans un rayon limité, laboureront les terres que le cultivateur trouvera dangereux de lui laisser. La diminution du nombre de petites parcelles déjà,aidée par l’attirance des villes, sera certainement accrue par le développement du machinisme et la motoculture sera peut-être un des plus puissants facteurs de remembrement des terres. La mécanique aura réalisé ce que la raison aura été impuissante à accomplir. Goudaiid.
- Fig. 4. — Type de matériel pour petites exploitations. • . Le motoculteur Somua travaillant à fraise.
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- CHRONIQUE D’AVIATION
- III
- Quelques moteurs d’avions modernes.
- Nous avons vu, dans l’article sur les moteurs d’avions allemands du n'' 2320 de La Nature, que diverses formules de moteurs avaient été adoptées
- lOOOOOOOOÏlM
- jCQOQOOOOyjf
- Fig. I.
- Nouvelles conceptions de moteur s~d’ avions (/g/9).
- 1 Cylindres parallèles (Bugatti 16cylindres, 420 chev.) actionnant deux vilebrequins. t 11 Trois plans de cylindres divergents (Napier 12 cylindres, 420 chev.) actionnant un vilebrequin commun.
- III Deux plans de cylindres rayonnants (Salmson 18 cylindres, 5oo chev.) actionnant un vilebrequin.
- concurremment par les différents constructeurs pour l’équipement des avions de guerre; il nous est bien difficile d’ailleurs de délerminer quelle formule devrait être adoptée, en effet chacune d’elles a donné d’excellents résultats techniques, il faudra s’en tenir à celles qui par leur développement futur seront les plus susceptibles de fournir de très hautes puissances et les plus grandes facilités d’usinage et d’entretien.
- Dans l’article précité, nous n’avons pu donner que les caractéristiques des moteurs allemands, nous voulons maintenant faire connaître les rendements obtenus par les moteurs des alliés. Certains des ' moteurs actuels seront utilisés sur les avions qui "assureront les services postaux et les transports publics de l’avenir, iL paraît donc intéressant de v comparer leurs caractères généraux.
- Le nombre des formules augmente avec la réalisation des nouvelles conceptions. Actuellement ces formules sont classées èn moteurs à cylindres verticaux,* en V, rayonnants fixes et rayonnants
- rotatifs, parallèles et enfin moteurs à trois rangées de cylindres (?) (fig. 1).
- Nous savons que les puissances moyennes des moteurs d’avions utilisés au front ont subi un accroissement continu passant de 100 chev. en 1914 àl60chev. en 1915, à 220 en 1916, etc., pour aboutir à une puissance moyenne de 300 chev. en 1918. L’utilisation générale des moteurs américains « Liberty » faisait passer Cette puissance à 400 chev. en 1919.
- Enfin la plupart des grandes usines s'appelaient, au moment où l’armistice a été signé, à lancer des séries de moteurs dont les puissances étaient poussées de 400 jusqu’à 800 chev.
- C’est uniquement grâce aux besoins militaires
- Fig. 2. — Schéma du dispositif de mise en roule des moteurs Maybach 3oo chev. utilisés sur des derniers avions allemands et sur les Zeppelins.
- P Levier permettant: r° par l’intermédiaire des cames J agissant sur les tringles T d’ouvrir les soupapes d’échâppement et d’admission; 20 par l’intermédiaire du renvoi à sonnette S de fermer la tubulure d’échappement E par le clapet F.
- Z Pompe à vide actionnée par le pilote aspirant les gaz carbures provenant de C le carburateur.
- M' Magnéto de départ allumant le cylindre par l’intermédiaire de M la magnéto et B la bougie
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- CHRONIQUE D’AVIATION
- croissant sans cesse que cette industrie a pu progresser avec cette rapidité stupéfiante. Aucun nouveau principe n’a été appliqué pratiquement, sauf le principe du moteur Gnome 160 chev. monosoupape ; différents inconvénients d’ailleurs n’ont pas permis d’en prolonger le service au front après l’essai qu’en ont fait les escadrilles américaines. Il est curieux de constater que si de gros efforts techniques ont cherché à mettre au point de très puissants moteurs et à les concevoir avec tous les derniers perfectionnements, il n’en a pas été de même pendant ces dernières années en ce qui concerne les moteurs de faible puissance, les avions
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- nique que nous n’avons jamais perdue depuis lors.
- Le plus puissant moteur allemand en service au front avant l’armistice était le 500 chev. Maybach dont nous donnerons les caractéristiques à titre de comparaison.
- Les moteurs Renault 300 chev., Rolls-Royce 300 chev., Lorraine 265 chev. sont parmi les plus courants de nos moteurs puissants, conçus suivant la même formule, 2 plans de cylindres en V, ils représentent le type classique de l’ancien moteur français. Leurs dispositions de détails sont sensiblement les mêmes : soupapes commandées par arbres à came placés à la partie supérieure des
- Caractéristiques des principaux moteurs utilisés aux armées ;( 1918-1919).
- 1 2 3 -4 5 11 7 . H 9 10
- MARQUES PUIS- , POIDS POIDS . du groupe POIDS alésage SOMBRE CYLINDRE E COM PRES- CONSOMMATION HORAIRE '*
- SANCE à vide. moto- propulseur. au cheval. COURSE de cylindres. TOTAl K S ION Totale. Par chev. heure.
- hev . kgs kgs kgs mm lill CS kgs kgs
- Liberty . . . \ 400 372 530 1,23 127X178 12 27,00 5.55 106 0,245
- Renault. . . 300 365 318 1,62 125x150 12 22,08 5,00 85 0,26 4
- Ilispano. . . / 300 255 410 1,28 140x150 8 18,45 5,30 82 0,259
- Rolls-Royce . f 1919 310 425 510 1,40 114x 165 12 20.17 5,30 85 0,236
- Maybacb. . . [ 300 390 500 1,60 165x180 6 25.093 3,95 • 70 0,220
- Lorraine. . . 1 263 252 384 1,57 120 X173 8 15.82 5,20 72 0,257
- Fiat | 265 375 527 1,70 160X180 6 21,70 4,80 75 0,245
- Salaison. . . / 250 220 340 1,31 125x170 9 18 78 5,40 70 0,269
- Clerget . . . Gnome . . . / 130 165 190 1,40 120X16!) 9 ' 16,28 5,20 46 0,346
- 1919 160 160 185 1,10 115x170 9 15,90 5,40 73 0,455
- Rhône. • • • ( 130 155 177 1,3 112X170 9 15,04 5.10 53 0,595
- Rhône. . . .; 170 173 105 1,11 115x170 9 15,90 5,60 58 0,323
- Caractéristiques de quelques moteurs nouveaux.
- Renault.... 150 425 575 1.25 134x180 12 50,45 5,00 130 0,2*3
- Lorraine. . . . 390 320 470 1,14 120X170 12 23,06 5,00 112 0,273
- Panhard.... . 650 630 830 1,24 145x170 16 44,80 190 0,285
- Salinson.... 500 465 653 1,17 125x170 18 57,56 5,40 151 0,270
- Bugatti .... 420 488 666 1,40 108x160 16 23,40 5,00 124 0,260
- De Dion. . 800 850 1100 1,29 170x190 16 69,00 5,30 280 0,330
- Fiat 600 780 1025 1,30 170x210 12 •57,20 4,40 209 0,265
- Rolls-Royce . 600 590 850 1 ,33 140X190 12 155 0,225
- qui doivent employer ces derniers, ne peuvent se servir que de ceux qui ont été créés en 1915 et 1916, or il est bien certain que leur rendement était assez médiocre en comparaison de celui qui est maintenant obtenu et que leurs qualités de robustesse et de sécurité laissaient souvent à désirer.
- 11 serait trop long et fastidieux d’énumérer les caractéristiques de tous les moteurs alliés créés depuis le début de la guerre, chaque marque a suivi la progression générale en sortant des types successifs de moteurs qui correspondaient comme puissance aux types de moteurs allemands étudiés précédemment. En général, nos ennemis, partisans et précurseurs des avions lourds ont utilisé jusqu’en l’année 1916 des moteurs sensiblement plus puissants que les nôtres; les apparitions presque simultanées du Renault 300 chev. et du Rolls-Royce 500 chev. nous ont donné à cet égard une supériorité tech-
- cyîindres, refroidissement par eau, circulation assurée par une turbine centrifuge, graissage sous pression par pompe, double allumage, départ à la magnéto de départ, etc.
- Le moteur Ilispano 300 commençait une brillante carrière au moment où l’armislice est survenu; c’est le plus beau moteur de 500 chev. que les alliés possèdent, tant par la simplicité de ses organes que par son haut rendement et sa robustesse; n’étant point démultiplié il évite les inconvénients qui avaient rendu le 220 chev. d’un usage difficile. Conçu suivant une formule générale identique à celle du- Renault, les quatre cylindres de chaque groupe sont réuni» en un seul bloc de cylindres, ces. blocs sont en aluminium de même que nombre de pièces du moteur telles que carters, pistons, etc. Le même moteur 120x130 mm, grâce au jeu de la compression et de la vitesse de rotation, permit d’obtenir -i moteurs de puissances
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- 312 ..r................ CHRONIQUE D’AVIATION
- différentes : le 150 chev. avec 4,7 de compression et 1800 tours, le 180 chev. avec 5,3de compression et
- Fig. 3. — Moteur <• Fiat » 3oo chev.
- MM', Magnétos; E, Pompe à eau; IiH', Pompe à huile;
- D, Carburateur double ; -A, Arbre vertical commandant C :
- C, Arbre à cames ; P, Pompe à-air.
- 1800 tours, le 200 chev. avec 4,7 de compression et 2100 tours, le J20 chev. avec 5,3 de compression et 2100 tours.
- Cet exemple très frappant montre comment il a été possible d’augmenter, peu à peu, grâce à de petits perfectionnements, la puissance d’un moteur de 50 pouf 100.
- Cette marque s’en est tenue à la formule de 8 cylindres.
- Les moteurs Maybach (allemand) et Fiat (italien) sont conçus suivant la formule du Mercédès étudiée dans le n°2320 de La Nature. Le 300 chev. Maybach est le dernier et le plus puissant type de moteur utilisé par nos ennemis au front, c’est lui qui obtient une puissance de 50 chev. au cylindre. Sa construction n’offre rien de très particulier, sauf son carburateur qui, suivant les dernières directives de la tactique aérienne, était tout spécialement étudié pour donner le maximum de rendement aux environs de 4000 m. d’altitude ; les avions Rumpler munis de ce moteur atteignaient facilement 7000 m.
- Le dispositif de mise en route, assez curieux, mérite d’être signalé. Dn levier commandé par le pilote lève toutes les soupapes de tous les cylindres et ferme le débouché de la tubulure d’échappement, une puissante pompe aspirante à main vide l’intérieur des cylindres qui se remplissent de gaz car-bürés, la compression est obtenue par l’hélice, et l’étincelle donnée par une magnéto de départ (fig. 2).
- Le moteur Fiat 265 'chev. est semblable au Mer-, cédés 260 chev. L’accouplement de deux moteurs identiques permetà Fiat d’obtenir 600 chev. avec un ' poids total très intéressant (voir tableau) (fig. 3).
- Le moteur Salmson en étoile, 9cylindres 250 chev. ' était une simplification du 430 ehev. à satellites
- d’avant la guerre et une heureuse adaptation des moteurs Anzani (fig. 4).
- Sa conception fait de lui l’un des moteurs le plus léger eu égard à sa puissance. L’accouplement de deux moteurs semblables permet à l’usine Salmson d’obtenir 500 chev. par son nouveaü moteur.
- Le moteur rotatif Gnome 150 chev. excessivement léger et d’un haut rendement fut très vite abandonné à cause de son manque de souplesse, de sa forte consommation et de différents inconvénients.
- Citons enfin le nouveau moteur Bugatti formé de deux groupes de 8 cylindres accolés parallèlement et actionnant deux vilebrequins réunis par, un pignon démultiplicateur. A première vue on ne saisit pas très bien l’intérêt de cette nouvelle conception, on sent cependant le désir du constructeur de diminuer l’encombrement du moteur ; peut-être l’accessibilité des différents éléments à surveiller n’y gagne-t-elle pas (bougies, joints de tubulures, etc.).
- La Grande-Bretagne s’est acquise le record mondial de hauteur par l’emploi d’un nouveau moteur Napier 450 chev. extrêmement léger et conçu suivant une toute nouvelle formule. Ce moteur, en effet, ne pèserait en ordre de marche que 0,9 kg par chev. Il possède 12 cylindres disposés en trois plans de 4 cylindres actionnant le même vilebrequin. Le poids du carter, du vilebrequin, des tuyauteries est ainsi diminué dans de fortes proportions ; l’encom-
- Fig. 4. — Vue arrière du moteur Salmson 25o chev. 9 cylindres rayonnants fixes. Remarquer le groupement des organes (pompes, magnétos, etc.) autour de l’axe. Les faibles dimensions du carter et du vilebrequin en font le moteur fixe français le plus, léger. (z kg. 3 au chev.) v
- C, Cylindre ; M, Magnéto ; E, Pompe à eau ; T,Tubulure d’ame-née d’eau chaude pour le réchauffage des tubulures d’admission et du carburateur; g, Carburateur; O, Tubulure d’amenée des gaz* carburés. dans le collecteur; P, Pipes d’admission aux cylindres ; B, Collecteur d’échappement; S, Poulie commandant la génératrice électrique.
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- Fig. 6 à 8. — Le moteur Liberty 400 cher, -r- A gauche, vue latérale. A droite, face arrière. Au-dessous, pompe centrifuge à eau. .
- Pompe à eau. '
- A Entrée d’eàu venant du radiateur.
- B Sortie d’eau allant aux cylindres.
- P Palettes; C Pignon de commande.
- H Pompe à huile.
- H' Rompe de récupération d’huile.
- A' Arbre vertical commandant l’arbre à cames.
- C Carburateurs (dans la figure de gauche).
- D Rupteurs-distributeurs.
- G Génératrice. V
- C Arbre à cames (dans la figure(de droite).
- brement général du moteur est très réduit, mais comme dans tous les moteurs « ramassés » (Salm-son 18 cylindres, Bugatti, etc.), il paraît assez difficile d’accéder à certaines pièces pour les vérifier ou les changer. -
- . Nous donnons dans le tableau ci-dessus les caractéristiques du fameux moteur américain Liberty ; si les débuts de ce moteur ont été assez pénibles, au point qu’on ait pu désespérer de pouvoir l’utiliser au front, il faut reconnaître que les derniers essais ont été très satisfaisants e£ la plupart de nos grandes marques se préparaient à en équiper leurs différents types d’avions.
- Ce moteur a été conçu suivant la vieille formule
- Vers les 12 cylindres
- Fig. 5. — Schéma du dispositif d’allumage utilisé sur les moteurs « Liberty » et supprimant les magnétos.
- G, Génératrice; RV,( Régulateur du-voltage; CD, Conjoncteur-disjoncteur; B, Batterie d’accumulateurs; R, Rupteurs et D, Distributeurs actionnés par les arbres à cames du thoteur.
- française des moteurs en V dont il ne se distingue que par des questions de détails ; parmi celles-ci la plus originale est la conception toute nouvelle de l’allumage. La magnéto est supprimée et remplacée par une génératrice et une batterie d’accumulateurs.
- Les rupteurs et distributeurs sont placés au bout des arbres à cames et actionnés par eux, chacun d’eux allume les 12 cylindres. Le courant pour le départ et les faibles vitesses, est fourni par une batterie qui peut, à elle seule, alimenter le moteur pendant au moins 3 heures; aux vitesses supé-\ rieures à 700 tours, la génératrice allume les bom gies et recharge la batterie d’accumulateurs (fig. 5).
- Le Liberty est simple, très facilement démontable; en cas d’avarie, quelques boulons desserrés permettent de désassembler les pompes à huile et à eau, la génératrice et les carburateurs (fig. 6, 7et8). Ce moteur a été spécialement étudié dans le but d’offrir le plus de facilité possible pour son utilisation au front; son excellent rendement en fait l’un des meilleups moteurs actuels. Deux types sont utilisés, ils sont identiques sauf en ce qui concerne la hauteur des pistons : les pistons bas donnent une compression de 20,5 pour 100, soit de 4,87, la puissance de ce moteur est de 375 chev. et son utilisation est limitée aux services aériens delà marine des U. S.; les pistons hauts donnent une compression de 18 pour 100 soit de 5,5, la puissance de ce type dépasse 400 chev. et est utilisée par l’aviation terrestre.
- En résumé les puissants moteurs modernes permettent d’obtenir le cheval avec un poids de mo-
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- UNE NOUVELLE ARTÈRE — BORDEAUX-SUISSE :
- teur de 1,3 kg en moyenne avec une consommation de 0,260 à 0,270 kg de combustible (essence -+-huile) par cheval-heure.
- Suivant le constructeur '6, 8, 12, 16, 18 cylindres ont paru néees-< saires ; les uns obtiennent 27 chev. par cylindre, les autres 50 chev., il semble bien que ceux-ci soient appelés â un plus grand avenir que les précédents, leur conception Fig. g étant plus simple à rendement égal.
- Pou r l’avenir de l’aviation civile, il sera indispensable de réduire le nombre des types en service, et lé nombre des formules seront celles-ci et comment les
- nous bien de laisser les constructeurs français s’endormir sur leurs créations de guerre ; il y a encore bien des problèmes à résoudre tant en ce qui concerne les types de moteurs (turbines, combustion interne), que les différents procédés d’alimentation artificielle.
- Il est du devoir de E c 0 l’État d’encourager les
- —- Disposition schématique du moteur 6oo chev., producteurs par la créa-12 cylindres Rolls-Royce « Condor ». tion de concours et la
- distribution de prix très importants. La France est actuellement le plus gros producteur du monde en moteurs d’avions, il ne perde point son rang.
- Jean-Abel Lefranc, Breveté mécanicien.
- Magnétos.
- Pompe à huile. Carburateurs.
- Pompe à eau.
- Organes démultiplicateurs.
- utilisées. Quelles choisir? Gardons-
- fa ut qu’elle Sous-L‘
- UNE NOUVELLE ARTERE — BORDEAUX-SUISSE
- « La France, lien indispensable entre l’Angleterre et l’Italie, entre l’alliance de l’Atlantique et l’alliance de la Méditerranée ou de l’Orient, semble avoir été vraiment créée par la nature pour unir l’ancien continent et le nouveau. Poste avancé de l’Europe, qu’elle résume,, elle s’ouvre largement sur l’Atlantique, pour accueillir tout ce qu’apporteront ses plus lointains rivages, et leur renvoyer les fleurs et les fruits de la civilisation, dont elle est l’harmonieux chef-d’œuvre ». C’est en ces termes lyriques, mais combien justifiés, que M. Géo Gérald, député de la Charente, caractérisait récemment, devant un auditoire bordelais, le rôle économique de notre pays, et plus particulièrement de la région du Sud-Ouest.
- De même que Marseille est naturellement la porte de l’Orient, Bordeaux apparaît ainsi comme « la fenêtre européenne largement ét puissamment ouvertesur les Indes Occidentales ».
- D’où vient, cependant, que, jusqu’à notre époque, il n’en a pas été ainsi? D’où vient que le port de Bordeaux n’a tenu qu’une place secondaire comme débouché de l’Europe centrale, et même, du Centre-est de la France? De l’insuffisance totale de ses moyens de communications avec Lyon, Genève et la Suisse. . . ' .
- Deux- voies relient actuellement le port girondin au Rhône : la ligne Périgueux, Brive, Tulle, Clermont, Lyon et l'artère Périgueux, Limoges, Saint-Sulpice-Laurière, Montluçon, Gannat, Lyon. Si l’on veut, d’autre part, accéder à Bàle, nœud très impor-tant de chemins de fer, et porte d’entrée d’une riche région industrielle et de l’Alsace, il faut à
- Montluçon bifurquer sur Moulins, Paray-ïe-Monial, Chagny, Dole et Belfort.
- Que valent ces voies ferrées? De Bordeaux à Périgueux, le profil est excellent, et les rampes ne dépassent pas 6 mm. Mais, pour le plus méridional des itinéraires, les difficultés se multiplient à partir de Périgueux. La double voie n’est plus posée que sur de courtes sections entre Périgueux etNiversac, Eygurande et Laqueuille, Yolvic et Clermont. De Tulle jusqu’à Clermont, les déclivités de 25 mm se rencontrent couramment, et les courbes de 250 m. de rayon sont la règle. La-ligne traverse, en effet, le massif central dans sa pleine largeur et sa partie la plus haute, et suit des vallées tortueuses et encaissées.
- , L’itinéraire septentrional est meilleur. Entre Périgueux et Saint-Sulpice-Laurière, il est suffisant ; la voie est double, et les rampes n’excèdent pas 10 mm. Mais entre Saint-Sulpice et Gannat le rail est unique, sauf sur 31 km entre Montluçon et Lapeyrouse ; le rayon des courbes s’abaisse à 500 m., et les rampes de 15 mm sont fréquentes.
- Il en résulte que, dans les deux cas, l’exploitation de la transversale Bordeaux-Lyon est difficile, que l’utilisation de trains lourds et rapides est impossible, et qu’une amélioration sensible de la vitesse et du confort est irréalisable dans l’état de choses actuel.
- Dans ces conditions, Hambourg et Anvers ont pu, dans le passé, drainer un mouvement de voyageurs dont Bordeaux aurait dû avoir sa part.
- En effet, bien que la distance de Berné à Hambourg atteigne 1001 km, tandis que le trajet Berne-
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- Bordeaux ne dépasse pas 950 km, la durée du voyage s’établissait à 16 h. 55 pour Hambourg et 20 h. 28 pour Bordeaux (21 h. 04 pendant.l’hiver). Malgré un bénéfice de 51 km, le voyage de Bordeaux était donc plus long de 3 ou 4 heures que celui de Hambourg. En outre, son amplitude obligeait le voyageur à partir ou arriver en pleine nuit.
- Anvers était encore plus avantagé. Sa distance de Berne n’est que de 872 km via Cologne, et le trajet était effectué en 15 h. 8 (5 h. 20.de moins - que pour Bordeaux).
- Si l’on compare les parcours Genève-Bordeaux et Bâle-Anvers, de distance sensiblement analogue, on
- 'i. Nous devons ajouter que les trains directs de la Suisse vers ou de Hambourg ou Anvers étaient composés de matériel lourd, à boggies, incontestablement plus confortables que les voitures en service sur le Bordeaux-Genève.
- Ne , soyons donc pas surpris que le trafic international des voyageurs se soit détourné de la voie Genève-Bordeaux.
- Mais, d’un autre côté, la défectuosité du tracé actuel empêchait de faire face à un débit important avec une dépense de traction réduite par la formation de trains de marchandises lourds. Corollaire-mènt, les échanges entre Bordeaux et la Suisse
- Carte des communications projetées entre Bordeaux et la Suisse.
- constate que, malgré une plus grande vitesse effective des express, français, le trajet de Bordeaux réclamait deux heures et demie de plus que celui d’Anvers, les vitesses commerciales réalisées étant assez différentes, comme on peut s’en rendre compte par le tableau comparâtif suivant :
- Vitesses commerciales :
- Dist. Été. Hiver.
- ! Genève-Lyon . . . . ,. 163 km 55km 45 km Genève- \ Lyon-Gannat . . r . . 179 — 5.0 — 40 —
- liordeaux y Gannat-Limoges. . . . 223 — 47 — 49 —
- ( Limoges-Bordeaux. . . 226 •— 64 — 54 —
- Vitesse moyenne . . 53,5’ 47 —
- [ Bâle-Mayence. .... 338km 68km »
- Bâle- \ Mayence-Cologne . . . 185 — 58 — »
- w Anveré y Cologne-Aix-la-Chapelle. 70 -— 59 — » —
- ( Aix-la-Chapelle-Anvers . 172 — • 74 — »
- Vitesse moyenne : 64,75.
- étaient demeurés insignifiants. Bordeaux ne recevait, pour ainsi dire,' aucune marchandise de Suisse, et y expédiait péniblement quelques centaines de tonnes de cacao, 2 à 3000 t. de vins, 1500 de térébenthine, cependant que, d’après les statistiques des Douanes belges, Anvers acheminait en 1910 sur la Suisse 44400 t., et en recevait 30400.
- On ne saurait arguer que l’orientation du trafic était déterminée par une question de tarifs.
- En dépit des charges de personnel,1 de combustibles et de machines, résultant des tracés monta-tagneux français, nos réseaux avaient fait le sacrifice d’établir le tarif P. Y. 300 dont les prix se rapprochaient très sensiblement de ceux payés pour le trajet Anvers-Bâle.
- Les échanges entre la Suisse et il’Atlantique, et aussi ceux entre le centre et Bordeaux pourraient-ils être accrus dans l’avenir? Cela n’est pas douteux.
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- M. Mange, le très distingué directeur de la Compagnie d’Orléans, pouvait écrire le 25 août 191,6 au Ministre des Travaux Publics : « On pourrait développer dans de très notables proportions le trafic entre l’Est et l’Ouest. Tous les éléments de ce trafic existent, et, par. exemple, un mouvement important de voyageurs ne manquerait pas de s’établir entre les côtes de l’Océan et la région de Lyon et de la Suisse, le jour où ils trouveraient chez nous les facilités nécessaires; touristes de nos villes de l’Ouest attirés par les Alpes françaises ou suisses, Français ou étrangers allant de nos cités de l’Est vers l’Océan, hommes d’affaires ayant à se déplacer entre Bordeaux ou La Rochelle et les gros centres acheteurs ou producteurs de Lyon, Saint-Étienne, Genève, Bàle, Zurich, passagers enfin des paquebots de l’Afrique occidentale ou de l’Amérique du Sud formeraient une clientèle considérable ».*
- L’intensité même de ce mouvement éventuel avait pu être appréciée dès avant la guerre, car l’Office des Transports du Centre-Ouest, les Chambres de commerce de la Bourgogne, entre autres, étaient intervenus d’une façon pressante auprès des Compagnies du P.-L.-M., de l’Orléans et de l’État en vue de la création de trains plus rapides entre Bordeaux et Genève ou Bâle. On s’était, d’ailleurs, efforcé de donner satisfaction à ces requêtes en doublant, l’été, par un express de jour Bordeaux-Genève— avec ramification sur la Rochelle et Royan — le train direct de nuit en service.
- En ce qui concerne les marchandises, on peut également, et à coup sûr, envisager un considérable relèvement du tonnage. La guerre nous a fourni, à cet égard, des précisions caractéristiques. Alors qu’en 1913 le transit des marchandises en provenance de Bordeaux par les gares du P.-L.-M. comprises entre Moulins et Arvant n’excédait pas 158000 t., en 1915 il atteignait 458000 tonnes.
- Avant la güerre Bordeaux n’expédiait pas 100001. à la Suisse. En un an de guerre, la seule gare de la Bastide a dirigé sur Genève 35000 t., et le tonnage eût été beaucoup plus élevé- sans l’opposition de l’administration militaire, qui jugeait médiocre le rendement de la voie Bordeaux-Suisse. On peut donc affirmer avec M. Mange « que si l’obstacle opposé par le profil et le tracé de nos lignes disparaissait, il n’y aurait plus aucune raison pour que le courant commercial, que nous devons chercher à fixer chez nous, ne s’y établît définitivement
- Un certain nombre de considérations doivent, d ailleurs, nous inciter à faire le nécessaire pour améliorer les relations par fer entre l’Atlantique et le centre du continent; Tout d’abord, le port de Bordeaux a été l’objet de transformations profondes, et un programme de travaux complémentaires est en cours de réalisation, A des installations singulièrement amplifiées, à un outillage perfectionné au prix de dépenses très lourdes il faiit, assurer un plein rendement. Pour y atteindre, il faut intensifier les courants de trafic antérieurs aux hostilités,
- capter ceux que le conflit a fait naître au détriment des ports étrangers, donner de nouveaux débouchés à l’industrie et au commerce bordelais. Or c’est surtout vers l’Est qu’on peut créer ces débouchés.
- En second lieu, il importe de considérer que lorsque le Canal de Panama pourra rendre tous les services qu’on doit en attendre un trafic de transit nouveau s’instaurera entre l'Ouest du continent européen et l’Asie ou l’Océanie’ par la voie de l’Amérique centrale.
- Mais, à côté de Panama, il faut songer également que la présente guerre aura grandement intensifie les rapports commerciaux entre les pays alliés ou neutres et les États-Unis, que demain notre empire de l’Afrique occidentale sera mis en pleine valeur.
- En dehors du point de vue économique, il y a lieu d’envisager le côté politique de la question. La France a un intérêt capital à soustraire la Suisse à l’influence germanique, à donner de l’air à la République helvétique, pour l’empêcher d’être étouffée par ie colosse allemand. Il convient aussi de ne pas oublier que, comme l’a préconisé M. Paul Claudel, notre pays doit être la tête de ligne du « métropolitain de l’Europe», de cette artère du 45e parallèle dont le Bordeaux-Lyon n’est qu'un tronçon.
- C'est pourquoi le projet a rencontré de nombreux et chauds partisans parmi les hommes politiques, comme MM. Herriot, sénateur maire de Lyon, et Gérald, les ingénieurs, comme M. Hersent, les conseils généraux et Chambres de commerce du Centre et de l’Ouest.-
- L’accord n’est difficile a obtenir que sur le choix du tracé, les appétits locaux se faisant jour, avec quelque violence parfois.
- La Compagnie d’Orléans, appuyée par la Chambre de Commerce de Limoges, considère que la grande voie internationale doit nécessairement se confondre, tout au moins en partie, avec l’actuelle voie de Limoges-Gannat.
- Il importe, en se plaçant sur ce terrain, de choisir d’abord l’aboutissement de* la ligne sur le réseau d’Orléans, le plus directement intéressé. Sera-ce Moulins ou Gannat? Moulins a sur Gannat l’avantage d’ouvrir 'a la fois l’accès de Bâle et de Lyon par des lignes assez faeiles du P.-L.-M. Vers Bâle, sur le parcours Paray-le-Monial, Chagny, Dole, Belfort, il n’existe pas de rampes supérieures à
- 10 mm. Il suffirait de doubler les sections à voie unique. D’autre, part, vers Lyon, l’itinéraire Paray, Lozanne, Saint-Germain au Mont-d’Or ne présente que des déclivités de 5 mm, sauf un maximum de
- 11 mm entre Paray et Lozanne, tandis que de
- Gannat à Lyon, via“~ Roanne, on trouverait du 26 mm entre Roanne et Lozanne. Moulins doit donc l’emporter sur Gannat. ; ’
- Ceci posé, deux projets peuvent assurer l’amélioration cherchée dans des conditions de profil acceptables (double voie, déclivités inférieures à 10 mm, courbes de rayon supérieur à 500 m.). On pourrait utiliser la ligne de Saint-Sulpîce-Laurière a
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- Moulins en la doublant et rectifiant. ( Toutefois, l'adoucissement’'du-tracé.ne saurait être obtenu qu’au prix de longues déviations portant sur près du sixième du parcours actuel, et qui l’allongeraient de près de 50 km. D’importants ouvrages devraient être reconstruits. M. Mange pouvait donc écrire « qu’une étude, même sommaire, montre que l’amélioration équivaudrait a une réfection complète de la ligne, opération qui ne serait pas sans causer de très grosses dépenses et sans léser sérieusement les intérêts des usagers actuels ». ,_
- La'Compagnie d’Orléans a, corollairement, proposé d’établir une transversale nouvelle, à double voie. Un examen sommaire des courbes de niveau permet d’en fixer ainsi le trajet. Elle pourrait se détacher vers Ambazac de la-ligne de Châteauroux à Limoges, suivre les coteaux qui bordent le Tau-rion, couper vers Bpsmoreau la ligne de Bourga-neuf, vers Aubusson celle de Felletin, entre - Mérinchal et Létrade 'celle de Montluçon à Eÿgu-rande. Ensuite, elle descendrait par Gouttières et Lapeyrouse sur Moulins, en évitant le massif qui ' sépare la vallée de la Sioule de celle de l’Ailier.
- Cependant, il ne faut pas se le dissimuler, la région à traverser é.st très accidentée. Pour franchir la ligne de faîte et des vallées profondes, il serait nécessaire — pour ne pas dépasser les limites de 10 mm pour les rampes et de 500 m. pour le rayon des courbes —1 de construire de grands viaducs et de longs tunnels. La dépense serait donc élevée.
- La réduction de parcours sur le trajet actuel atteindrait 20 km; mais, si l’on considère le gain réalisé par l’adoucissement du profil, il faudrait chiffrer à 60 km l’économie de la nouvelle communication, outre les facilités que la double1 voie donnerait à l’accélération des transports.
- Ajoutons que cette transversale remplacerait avantageusement la ligne à voie étroite de Saint-Léonard à Auzances, concédée, et dont l’installation coûterait 15 millions.
- A ce projet, Brive, Tulle, Clermont-Ferrand opposent celui de la* transversale Périgueux-Ussel-Clérmont, qui ne comporte que 585 km de voies, contre 627 pour la ligne Périgueux-Limoges-Gannat.
- Quelque séduisant qu’apparaisse ce tracé, et quelque espérance qu’on puisse fonder sur les facilités que lui assurerait l’électrification, il faut observer que la rectification sur une artère où les déclivités atteignent souvent 25 mm présenterait « d’énormes difficultés », d’après les techniciens des chemins de fer. ~
- La Chambre de Commerce de Bergerac, avec l’appui des assemblées d’Aurillac et Saint-Étienne demande, au contraire, l’exécution de la ligne Bordeaux-Lyon prévue dans le projet Freycinet de 1879,. et passant par Libourne, Bergerac, Sarlat, Saint-Denis près Martel, Aurillac, Màssiac, Semba-del, Craponne, Bonzon, Saint-Étienne etGivors.
- Une seule lacune existe présentement dans ce tracé: entreMassiàc, Brioude etSembadel (60 km),
- et la loi du 31 mars 1911 a déclaré d’utilité publique la construction de ce tronçon.
- Pour faire de la ligne, ainsi achevée, une véritable artère à grand trafic il suffirait, d’après les partisans du projet, de développer le rayon de certaines courbes, et de ramener certaines déclivités à 10 mm, « modifications faciles si l’on considère que la ligne entièrç est établie sur les pentes méridionales du Massif Central et que, sur plus du tiers de sa longueur, elle emprunte la vallée de la Dordogne, qu’elle suit pour ainsi dire en palier sur 200 km environ ».
- Les ingénieurs de l’Orléans jugent l’opération de , rectification beaucoup'plus délicate que ne se plaît à le croire la Chambre de Bergerac. Nous ajouterons qu’il y aurait un grave inconvénient à faire passer la voie par Saint-Étienne, en raison de l’encombrement endémique de la section-Saint-Étienne-Givors, du profil de cette partie de la ligne et de l’impossibilité de faire de la vitesse sur les mines de la vallée du Giers, considération qui a échappé aux auteurs du projet.
- La même critique se peut adresser au projet du commandant Pech (1908), qui proposait l’établissement d’une ligne Libourne, Bergerac, Siorac, Vézac, Capdenac, le Puy, Saint-Étienne.
- Cette voie comporterait un tracé tout nouveau de Vézac au Puy, par les vallées du Lot et de la Truyère. Elle exigerait la construction de grands souterrains sous les monts de la Margeride et du Velay. Selon M. Pech, les déclivités ne dépasseraient pas 8 mm et « l’économie entre Bordeaux ét Saint-Étienne représenterait le sixième de la longueur du trajet actuel et le tiers de sa durée théorique. »
- M. Pech a fait observer que le trajet par Capdenac raccourcirait de 15 km (570 contre 585) l’itinéraire actuel entre Bordeaux et Lyon, de 21 km (512 contre 533) la distance entre Bordeaux et Saint-Étienne, de 87 km le parcours entre Toulouse et le Puy (180 km contre 267).
- Ainsi quatre tracés sont en présence :
- 1° Le projet du P.-O. par Limoges, Aubusson,
- Moulins................ 607 km env.
- 2° Le projet par Périgueux, Brive, Clermont,
- Thiers .......................... 585 —
- 5" Le projet par Bergerac, Aurillac, Brioude,
- Saint-Étienne . .................... 565 —
- 4° Le projet par Bergerac, Capdenac, le Puy, ' .
- Saint-Étienne . . .........570 . — \
- Pour le contre-projet actuel par Limoges, Guéret, Gannat. . . .... . . . . . 627 —
- U appartiendra aux pouvoirs publics d’adopter l’itinéraire répondant le mieux à l’intérêt général, étant bien entendu que la voie, quelle qu’elle soit, sera électrifiée, conformément aux principes posés par l’ingénieur en chef Chalumeau, chargé, par la ville de Lyon d’étudier le problème qui touche de si près l’avenir de la primatie des Gaules.
- Mais il sied qu’une solution définitive soit adoptée dans le plus bref délai, si l’on veut soustraire la Suisse à l’emprise germanique, armer la France
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- pour la lutte économique de l’après-guerré, assurer à nos provinces du Centre et à nos porls du sud-ouest -—.car le port de La Rochelle est intéressé à
- l’exécution de la voie comme celui de Bordeaux — une nouvelle et féconde activité.
- Auguste Pawlowski.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 3 février au 3 mars 1919.
- La résistance dynamique de l'acier. — Un Mémoire de M. Louis Roy, qui s’appuie sur des expériences faites au Laboratoire des Arts et Métiers par MM. Cellerier et Sabatié, conclut, au'sujet des poinçons, dans les machines à ogiver les balles de fuéil, qu’ils peuvent résister à des pressions alternatives de fréquence 24 400, oscillant entre des limites de l’ordre de ± 90 kg par millimètre carré; si on passe de l’appareil neuf à l’appareil usagé, la charge limite d’élasticité et de rupture subit un léger accroissement; mais, en aucun cas, il n’y a diminution dans la résistance du métal.
- Oxydation de l’oxyde azotique par l’air sec. — Un précédent travail fait en collaboration avec M. Pierre Jolibois avait permis à M. André Sanfourche de montrer que la réaction se produit en deux stades, et qu’à la température ordinaire, leur vitesse n’était pas sensiblement influencée par la variation de la proportion d’air atmosphérique. La note présentée par cet auteur à la Séance du 10 février, indique :
- 1* Qu’entre — 50 et -f- 600, l’oxyde azotique est complètement oxydé par l’air sec et que le premier stade donne l’anhydride azoteux, dont la durée de formation, indépendante de la température, ne dépasse pas une fraction de seconde.
- 2® Que la réaction réversible
- 2 Az2 Os -f- O2 ----* 4 Az O2 (ou 2 Az2 O4),
- régit l’oxydation, le déplacement de l’équilibre se faisant de droite à gauche, à mesure que la température s’élevant se rapproche de 600°.
- Sur les causes de la mort chez les chevaux immunisés avec les bactéries tuées ou les extraits bactériens. — MM. Delains et Nicolas relatent les accidents mortels survenus au cours de l’immunisation et succédant à l’introduction de l’antigène par la voie intraveineuse. La virulence nè pouvant intervenir puisqu’il s’agit de bactéries tuées par le mélange alcool-éther ou le sulfate de soude anhydre, des expériences citées par les deux savants, il Semble résulter que les morts rapides sont simplement dues à l’hypersensibilité des chevaux aux toxines microbiennes.
- De f écoulement des gaz sous fortes pressions. — Comme le rappelle M. Raleau, les formules employées pour l’étude de l’écoulement des gaz à l’orilice de tuyères, reposent sur l’hjpothèse que ces gaz suivent les lois de Mariotte et de Gay-Lussac, et répondent ainsi à la relation VP — RT. Dans la pratique il ne saurait en être ainsi et l’auteur prend pour exemple les gaz produits dans les armes à feu. Le volume V doit être diminué d’un facteur oc voisin de l’unité, et si on définit e le'
- a , .
- covolume relatif, défini par >on peut écrire
- VP = (t + e) RT.
- Sur la diffusion de la lumière par les molécules de l’air. — Rappelant ses travaux de 1914, M. Cabannes répond à R.-W. Wood qui, en septembre dernier, attri-
- buait la diffusion observée au brouillard que peuvent produire dans l’air des radiations ultra-violettes, et montre que pour vérifier la théorie de lord Rayleigh, il faut supprimer toute lumière dont la longueur d’onde n’atteint pas Ou.,3.
- Sur la silice précipitée. — On sait qu’au microscope, la silice précipitée et calcinée ne présente aucune apparence de cristallisation. M. Braesco â voulu préciser son état, par la mesure de certaines propriétés physiques, comme le coefficient moyen de dilatation. De ses recherches, il résulte que : la silice précipitée, et chauffée à 600° est amorphe, car elle'se comporte comme la variété dite « vitreuse », mais dès qu’elle a été calcinée à 1000°, elle présente comme la cnstobalite, un changement allotropique, vers 235-210', accompagné d’une dilatation brusque. Il s’ensuit que, dans le second cas, le précipité est parfaitement cristallisé.
- Les lois de la cicatrisation des plaies. — MM. Fauré Frémiet et F. Vlès ont voulu voir si les lois qui régissent un tel phénomène ne pouvent se ramener aux règles générales de la croissance des organismes et des organes. Ils ont fait une application de la formule mathématique de Robertson à des valeurs numériques, empruntées aux résultats de Carrel et d’Hartmann; il ne semble pas qu’il y ail désaccord entre la relation de Leconle de Nouy el les résultats de leurs expériences.
- Température centrale du Soleil. — Exigeant des millions de degrés pour ermettre l’équilibre de température à travers la masse solaire', la formule des gaz parfaits semblait rendre illusoire toute application des lois physiques connues à l’étude des astres. Une note de M. Alexandre Paronnet estime, comme valeur probable de la température centrale du Soleil, 12 600°. L’accroissement serait progressif de^ la surface au centre pour passer de 7000 à une valeur voisine de 15 000. Dans l’hypothèse d’une densité uniforme pour le noyau le maximum au centre ne saurait dépasser 17 000°.
- Organisation économique des transpoits automobiles industriels dans une grande ville. — Le problème que s’est posé M. Émile Belot est le suivant : trouver le nombre n d’ouvriers à occuper au chargement et au déchargement, tel que le prix de revient R de la tonne transportée soit minimum. L’éminent ingénieur prend, comme exemple, le cas où les manœuvres sont transportés par le camion et conclut ainsi : les errements du camionnage hippomobile, où le conducteur s’immobilise avec ses chevaux, sont de nature,s’ils s’étendent à la traction automobile, à empêcher toute organisation scientifique du travail. Il est essentiel d’arrêter tout stationnement inulile car si le moteur animal ne se nourrit que pendant les arrêts, il en est tout autrement du moteur à pélrole qui, lui, ne s’alimente que durant la marche,
- élections. —- Dans la seclion d’Economie rurale, M. Piërre Viala, .un de nos plus éminents viticulteurs, remplace M. Müntz. AM. Leclainche, élu membre de
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- l'Académie, succède comme correspondant M. Jean Effront, enfin M. Daniel Berthelot prend dans la section de Physique le siège rendu vacant, en 1916, par la mort de M. Amagat.
- Sur la prévision des variations barométriques, — On sait que le plus souvent des perturbations météorologiques donnent naissance à des zones de vent quj ne sont pas sans influence sur les routes suivies par les dépressions isobariques. Jusqu’ici la règle de Guilbert, dite des « vents divergents a semblait suffisante. MM. Dunoyer et Kebou, montrent, par des expériences méticuleuses, qu’elle est trop générale, et qu’il faut déduire son énoncé pour augmenter son coefficient de certitude : celui-ci s’élèverait ainsi à 0,70, mais il dépend des saisons et l’application de la règle serait moins avantageuse en été qu’en hiver:
- Influence de la lumière sur Vabsorption des matières organiques du sol par les plantes. — En 1911, L. Cailletet, étudiant- des plantes d’appartement, mon-
- trait que la lumière reçue par elles semblait insuffisante pour leur permettre de dissocier le gaz carbonique et il en déduisait l’obligation pour ces végétaux de. puiser dans le sol le carbone, sous la forme de composés organiques. De telles conclusions n’avaient pas été sans soulever les remarques du professeur Maquenne et provoquer les essais de M. Rosé. Mme de Besteiro et M. Mifche Durand attirent l’attention de l’Académie sur les expériences auxquelles ils ont soumis une plante héliophile le Pisum salivum, et qui ont montré que pour elle, il n’y a ni parallélisme, ni compensation entre l’absorption du carbone des matières organiques du sol et la prise de cet élément dans l’anhydride carbonique de l’atmosphère.
- Étude du mécanisme de l’action des graisses dans l’assimilation des albuminoïdes. — Une note de M. F. Maigrou explique les résultats formulés par lui en 1918, sur J’influence des graisses qui diminuent la toxicité des albuminoïdes, tout en augmentant leur pouvoir nutritif.
- P. B.
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- l y a deux ans, vu le trafic intense que nécessitait le ravitaillement des Alliés et surtout la pénurie du tonnage causée par la guerre sous-marine, le Shipping Board de Washington se vit dans l’obligation de modifier les conditions d’exploitation de la marine marchande et de la batellerie fluviale des États-Unis. Nous ne passerons pas en revue toutes les mesures prises au cours de la guerre par cet organisme américain, qui correspond à peu près à notre Ministère de la Marine, nous voulons seulement envisager ici l’une d’elles : la ré-Fig. i. — Ajustage quisition des 190 vapeurs qui des deux parties. pilonnaient les Grands Lacs de l’Amérique du Nord portant les matières premières ou fabriquées les plus diverses telles que céréales et autres produits agri. coles, viandes frigorifiées ou conserves alimentaires, fer ou cuivre; munitions, fusils, canons, uniformes militaires, etc. L’acte administratif en question posa aux fonctionnaires du génie maritime américain un difficile problème à résoudre.
- Le gouvernement de l’Union se proposait, en effet, d’i/iiliser cette importante flotte lacustre sur i’Aflanlique; mais la chose n était pas si simple qu’elle semblait, car certains des bateaux qui naviguaient sur cette « mer intérieure » avaient de trop vastes dimensions pour passer par le canal Well md unissant le lac Erié au lac Ontario; leurs longueurs oscillaient entre 84 m. et 91 m. 5 alors que les 96 écluses dudit canal, nécessaires pour racheter
- la différence de niveau entre les ports des Grands Lacs et le Saint-Laurent, mesurent seulement 76 m. de long. Toutefois dans la patrie de l'Onde Sam les architectes navals ne s’embarrassent pas pour si peu! Ils décidèrent donc de couper par la moitié chacun de ces navires et de remorquer les deux parties ainsi séparées jusqu’au port désiré où on les assemblerait à nouveau !
- Ces opérations de chirurgie navale se pratiquèrent daiis les chantiers de VAmerican Shipbuil-ding Company, à Cleveland (Ohio) et s’exécutèrent, en principe, de la façon suivante. On commença par mettre les bateaux en cale sèche, puis on les coupa en deux parties, en seclionnanl, au moyen de chalumeaux oxy-acétyléniques, les tôles d’acier de la carène et en sciant les planches ou poutres de l’intérieur. Chacune des portions du navire furent ensuite planchéiées et calfatées. De plus, à l’extérieur de la carène, du côté de la proue, on riva une forte bande‘de tôle d’acier dépassant un peu l’extrémité coupée. Après quoi, on introduisit l’eau dans le bassin, puis successivement les deux tronçons du bateau.
- Ces demi-navires pouvaient alors se remorquer facilement à travers les écluses du canal Wèlland et naviguer sur le Saint-Laurent jusqu’à Montréal. Là, à L’aide de pompes,, on introduisait de l’eau dans la poupe afin que s’enfonçant légèrement, elle vienne se poser sur le large ruban d’acier qu’on avait ajouté à l’autre moitié du bâtiment ou proue. Une fois cette opération préliminaire arhevée, les scaphandriers plaçaient au fond et sur les côtés de la coque, à l’endroit de la suture, de fortes tôles qu’on rivait et qu’on boulonnait ultérieurement ; on ajoulait, en outre, quelques pièces supplémentaires de façon que les jointures s’unissent fortement pour reconstituer à nouveau un unique et solide transport capable dé' naviguer
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- sur l’Océan sans avoir besoin de rompre charge.
- Pour l’iîû de ces navires, le Charles van Hise, un autre problème vint même compliquer le sciage. Ce bateau, une des plus grosses unités de la flotte
- pées .en deux afin de pouvoir toujours passer par les écluses du canal Welland entre l'Erié et l’Ontario. Chacune de leurs moitiés transportaient dans ce trajet et jusqu’à la côte de l’Atlantique tous les
- des Grands-Lacs et qu’on avait par conséquent d’autant plus d’intérêt à utiliser, mesurait 15 m. 25 de large alors que la largeur des écluses atteignait à peine 15 m. 50. Pour remédier à cet inconvénient, les ingénieurs américains résolurent, après l’avoir sectionné en deux tronçons selon la méthode ci-dessus exposée, de coucher chacun d’eux. Ils se mirent donc en devoir d’abattre les mâts, la cheminée et toutes les parties saillantes du pont, puis on calfata ce dernier ainsi que l’un des côtés, en maintenant l’autre avlc des pontons ; on lesta ensuite chaque moitié avec de l’eau jusqu’à lui faire décrire un angle de 90°. La largeur des deux morceaux étanches du navire se trouva ainsi réduite àv 7 m. 60, ce qui leur permit de franchir les écluses en une posture inusitée.
- Pour les bâtiments longs de 260 pieds (78 m. 64) et d’un port en lourd de 4200 tonnes, on résolut d’augmenter leurs dimensions après les avoir “cou-
- matériaux destinés à être mis en place pour réaliser une portion additionnelle de la coque mesurant 96 pieds de long (29 m. 26). Un nouveau chantier procédait à l’assemblage de cette troisième tranche du navire et l’intercalait entre les 2 autres. Une
- fois le bateau terminé, il mesurait 356 pieds (107 m. 89) de longueur et pouvait transporter une cargaison de 6200 tonnes. D’autre part, comme les machines se trouvaient installées à l’arrière , - on n’avait pas besoin de les déplacer au cours de ces transformations.
- Quoique ces originales façons de vaincre des difficultés techniques soient bien dignes des architectes navals d’Amérique, le gouvernement canadien a commencé un nouveau canal Welland qui devait être terminé en 1918 etquicomporte des écluses de 800 pieds de longueur (245 m. 83). Mais la guerre a retardé l’achèvement de cet ouvrage, destiné à rendre inutile le découpage en morceaux de la flottille des Grands Lacs. Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahure, rue de Pleur us, 9, à Pans.
- Fig. 3. — Un arrière de bateau passant une écluse.
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- , Fig. i. — Le cratère du Kilauea.
- LE PARC NATIONAL D’HAWAII
- Malgré la guerre, les États-Unis continuent de se préoccuper de la préservation des grandes curio^ sités naturelles qui abondent dans leurs possessions. C’est ainsi qu’ils viennent en une seule année, 1917, de transformer en parcs nationaux, par une décision du Congrès de Washington, deux régions toutes différentes et très éloignées, le Mont Mc Kinley dont nous- avons parlé dans le n° 2554, et une partie des îles Hawaii et Maui comprenant 118 milles carrés.
- Hawaii est beaucoup moins ignoré que l’Alaska et La Nature a déjà publié (n* 1829) . une étude de ses deux principaux volcans : le Mau-na Loa et le Kilauea, qui sont parmi les merveilles les plus extraordinaires du monde.
- Le nouveau parc national comprend des paysages très variés, depuis les récifs coralliens de la côte, en passant par les forêts tropicales de palmiers, de bois de santal et la jungle, par les plantations d’ananas et dé canne à sucre peuplées de jeunes filles, jusqu’au volcan le plus actif du monde, à l’un des cratères les plus vastes et, au lac de laves du Kilauea, « la maison du feu perpétuel » comme l’appellent les indigènes. Le parc englobe, en effet le somme! du Haleakala, dans l’ile Maui, le Mauna Loa et le Kilauea, dans l’ile d’Hawaii.
- Nous devons à l’obligeance de M. Robert Sterling Yard, chef de la Division d'Éducation du Départe-, ment de l’Intérieur, à Washington, les renseignements et les photographies qui suivent et qui permettront à nos lecteurs de se faire une idée des beautés que le Gouvernement dès États-Unis a entrepris de protéger.
- llaleakala est le plus proche du port d’Honolulu.
- 47* Année. - 1" Semestre. - N° 2356. — 19 Avril 1919.
- C’est une montagne de plus de 3000 m. qui porte à son sommet un cratère de près de 13 km de diamètre et de 1000 m. de profondeur; seuls, l’Aso San, au Japon, le lac de Bolseno et le Monte Albano, en Italie, sont des cratères de plus grande taille.
- Mauna Loa et Mauna Kea 'dépassent 40Q0 m. et dominent les îles ; ils apparaissent de loin couverts
- de neige au-dessus du paysage tropical; seul, Mauna Loa fait partie du parc avec le Kilauea qui semble poser son lac de laves sur le liane du, monstre à 35 km du sommet. A 4102 m., le Mau-na Loa se termine par un cratere, Mokua-weoweo, de 4 km de diamètre sur de profondeur ; ses éruptions sont fréquentes, elles éclatent avec violence tous les 5 ou 10 ans, soit par le cratère terminal, soit plus souvent maintenant par de nombreux orifices situés sur les flancs; elles sont bien connues et ont été étudiées systématiquement.
- Le Kilauea est la partie la plus étonnante du nouveau parc. C’est un volcan tout différent de nos conceptions habituelles; depuis 1790, il n’a jamais jeté ni pierres, ni cendres, bien qu’il soit en perpétuelle éruption. Peu élevé, à 1200 mètres seulement, il forme au milieu d’un grand plateau volcanique un vaste trou à parois verticales dans lequel bouillonnent des lacs de lave liquide, en nombre variable. Le niveau de la lave change constamment ; quand il baisse, les parois s’écroulent et l’on assiste à de formidables effondrements tandis que, des blocs poreux- énormes forment, quelquefois pendant plusieurs mois, des îles flottantes; quand il monte, on assiste à des cascades de feu. De jour,
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- et encore plus de nuit, ces masses de lave incandescente ont un. aspect terrifiant et magnifique que Mark Twain notamment a bien noté lors d’une visite à Hawaii : « C’est, dit-il, Gomme une colossale carte des chemins de fer de l’État de Massachusetts (4) tracée en lignes de feu sur un
- patins sur un skating populaire. Quelquefois, des ruisseaux de vingt ou trente pieds de large sortent des trous sans se diviser et on les voit, à la lorgnette, couler doucement, noyer les collines, les franchir en cataractes de feu, blancs à leur source, bientôt passant au rouge le plus riche en se refroidissant, veinés de noir et d’or. Ici et j là, des morceaux delà croûte sombre tombent et flottent lentement à la surface comme des radeaux sur une rivière.
- « Parfois aussi, la lave liquide, coulant sous la croûte, la crevasse soudain d’une éblouissante traînée de 500 ou 1000'pieds de long, après quoi la croûte se détache par fragments, morceau par morceau, comme les gâteaux de glace qu’une rivière détache de ses bords, ils disparais^-sent, plongent, avalés, dirait-on, dans
- ciel de minuit. Imaginez cela, imaginez un ciel noir, d’encre brisé en éclats par uri embrouillamini de feux ardents ! Ici et là, des trous brillants de cent pieds de diamètre dans la croûte sombre, et au fond la lave fondue d’un blanc éblouissant, à peine teinté de jaune, bouillant et enflantfurieusement;et de ces trous, partant dans toutes les directions, des torrentsresplendissants, comme les rayons d’une roue, droits pour
- un temps, puis se courbant comme d’immenses arcs-en-ciel, ou formant une longue succession d’angles aigus comme des défenses, qui apparaissent comme les éclairs les plus ardents. Ces ruisseaux rencontrent d’autres ruisseaux, se mêlent, se croisent et se recroisent dans tous les sens comme les traces des
- 1. L’Institut de Technologie de Massachusetts a établi sur le bord du cratère un observatoire.
- Fig. 3 à 5. — En haut, Le cratère du Kilauea. A gauche, la baraque où campent les visiteurs. — A droite, le torrent de laves {photo James Carven). — En bas, une cascade de laves.
- le chaudron écarlate. L’immense étendue du « dégel » reste un instant d’un éclat vermeil, puis se refroidit rapidement et reprend la teinte noire et uipe. Pendant le « dégel », les morceaux disjoints sont cernés d’une bordure d’argent admirablement ombrée de couleurs d’aurore boréale, d’un jaune de feu passant à l’écarlate, puis à un riche et pâle carmin et finalement à un bleu pâle qui ne dure qu’un moment et sombre au noir. D’autres ruisseaux préfèrent se mêler en un enchevêtrement de cercles fantastiques, quelque chose comme la confusion des cordes sur le pont d’un bateau quand on vient de relever l’ancre, mais ces cordes sont de feu.
- « A travers les jumelles, les petites fontaines dispersées çià et là apparaissent vraiment belles ;
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- elles bouillent, toussent, crachent et lancent des gouttelettes de feu rouge, grosses comme de la poussière, à dix ou quinze pieds en l’air, avec une pluie d’étincelles, un mélange gracieux et' peu naturel de gouttes de sang et de flocons de neige. » On peut se tenir très près, comme le montrent plusieurs des photographies ci-jointes, de ces
- coulées de laves dont la température approche, de \ 000°.
- Telles sont les beautés du parc national d’Hawaii : sujets d’étonnement et sujets d’étude, peut-être un jour aussi sujets d’épouvante, car la sagesse de ces volcans d’activité si prodigieuse ne sera, hélas, probablement pas éternelle! D. G.
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- Si toutes les prévisions d’urbanisme indiquées précédemment (n° 2554) s’imposent pour l’aménagement des villes, il semble, par contre, que les villages n’ont pas à satisfaire à de telles nécessités.
- Presque tous sont restés, à ce point de vue, ce qu’ils étaient il y a trois ou quatre siècles, alors que les besoins réels se sont complètement transformés. Considérons d’abord le village, non comme une
- Fig. i. -4 Le village de Vailly [Aisne].
- A gauche, plan avant la guerre. A droite, projet de reconstruction de M. Fournier.
- Leur population, loin de s’accroître, reste stationnaire et souvent tend même à diminuer; leur situation, en pleine campagne, leur assure les conditions d’hygiène naturelle dont les villes sont si privées ; enfin, les campagnards d’une même localité, à l’encontre des citadins, vivent presque tous de la même vie, ont les mêmes occupations et les mêmes besoins. La fortune ne crée guère entre eux de différences apparentes et c’est même là la caractéristique des agglomérations rurales, qui, par ailleurs, sont très diverses comme étendue, Comme disposition et comme population.
- Il semble donc, tout d’abordr qu’il n’y ait à prévoir, pour le village, ni extension, ni mesures d’hygiène,ni améliorations importantes; il semble que la petite commune rurale soit tout naturellement adaptée à son rôle économique. Il n’en est rien, pourtant : on peut même dire qu'il n’est pas un village qui soit parfaitement aménagé pour répondre aux besoins modernes du travail et de la vie rurale.
- entité communale, mais dans «l'ensemble régional.
- L’agglomération, ^primitive s’est généralement formée le long d’un chemin reliant des centres plus importants, et s’est étendue en bordure même, de cette voie^ quelle que soit son étroitesse, ses sinuosités et ses pentes. Lorsque les routes, pour répondre à un trafic plus important, ont été élargies et redressées, on n’a pas pu les modifier dans la traversée des villages; aussi voyons-nous fréquemment. une route départementale ou nationale, vouée ' à une circulation intense, s’étrangler dès l’entrée de l’agglomération, se réduire entre les maisons à une voie étroîte et tortueuse, tourner à angle brusque ou escalader des pentes très dures. Ce qui n’était autrefois qu’un inconvénient, est devenu un danger pour les humains et une véritable entrave au trafic, depuis que l’automobilisme a développé intensément la circulation rapide sur route. Il serait donc nécessaire, tant'pour la sécurité des habitants et des voyageqfsV que pour la
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- liberté des communications interurbaines, que la route, loin de se rétrécir, s’élargit à son passage dans un village, que les coudes soient-arrondis à grand rayon, que les croisements des routes soient largement ouverts, que la chaussée s’accompagne de vastes trottoirs avec alignements d’arbres pour -arrêter la poussière.
- Ces données ne seront évidemment que bien rarement réalisables, en dehors du cas si grave et si nombreux des villages détruits par la guerre, car on ne peut bouleverser un village entier pour élargir et modifier une route. Il faut cependant remédier, dans la mesure du possible, à cet état de choses, et si l’on ne peut changer les dispositions intérieures, il est presque toujours possible, pour
- préparée. Est-ce bien en plein village que devraient s’entasser légumes et bestiaux, dont les déchets malodorants imprègnent le sol? Il serait bien préférable qu’un emplacement spécial soit réservé, sur un des côtés de l'agglomération, et soit aménagé pour être tenu en bon état de propreté.
- La place du village serait alors le centre civique de la commune, entourée de l’église, de la mairie ou des écoles; elle devrait être plantée d’arbres et comporter un petit jardin, lieu d’ombrage et de jeux pour les enfants.
- Il est à remarquer, du reste, combien nos villages contiennent peu de verdure. Les paysans ne laissent pas perdre un pouce de la terre qui rapporte, et considèrent comme inutile toute verdure
- Fig. 2. -— Le village de Revigny {Meuse).
- > A gauche, état actuel; les parties hachurées indiquent les destructions.
- A droite, projet de reconstruction et d’agrandissement de M. Tissier-Grandpierre.
- éviter l’obstacle que crée le village, de le contourner par une route de* dérivation raccordée à la route existante en amont et en^aval de l’agglomération, libérant ainsi la circulation pour les véhicules qui n’ont pas à s’arrêter au village, et écartant tout danger. 1
- En dehors de la route principale, les voies du village n’ont, en général, qu’un rôle purement local et leur trafic restreint n’exige pas de grandes largeurs. Mais c’est alors l’hygiène qui-peut faire valoir ses droits et exiger la disparition de ces ruelles malsaines,, de ces venelles étroites enfermées entre des murs décrépis, quirt sont, à deux pas de la campagne, “des réceptacles d’immondices et des puits d’humidité.
- Jja seule partie quelque peu ouverte du village, c’est la place, presque partout située au cœur même de la commune. Malheureusement cette place, souvent mal dégagée par des rues étroites, sert presque toujours d’emplacement pour le marché ou la foire, usage auquel elle n’est nullement
- qui n’est pas de la culture. Aussi voyons-nous, dans certaines régions de grandes exploitations, les champs de blé, de betteraves ou de pommes de. terre encercler le village, le tasser autant que possible, sans laisser place pour un seul arbre. C’est aussi déplorable pour l’hygiène que pour l’agrément des habitants.
- Telles sont, au point de vue des dispositions générales, les erreurs qu’il faudra reviser lors de la reconstruction des villages détruits par la guerre. Quand on compare le plan de l’ancien village de .Vailly, aujourd’hui presque entièrement détruit, et le projet de reconstruction qu’en a dressé M. Fournier, on se rend bien vite compte du mieux-être qui se dégage de ce dernier : autrefois, un village serré dans sa rue circulaire, trace des anciennes enceintes; demain une agglomération ouverte avec de larges espaces verdoyants, d’agréables perspectives, une circulation bien établie. >
- Même impression en regardant les plans anciens et futurs de Revilly : dans l’une, des rues tor-
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- tueuses, mal raccordées, qui rendent la circulation impraticable; dans le projet étudié par M. Tissier-Grandpierre, qui ménage cependant les parties non détruites de la-commune, des raccordements logiques des voies, des angles arrondis, de justes dispositions pour les écoles, la mairie, etc....
- Nous retrouvons encore toutes ces qualités dans le charmant village imaginé par MM. Bassompierre et de Rutté, où les constructions ëntourées de verdure s’étagent depuis la rivière sur le flanc du coteau.
- Il est encore bien d’autres réformes à réaliser au village et qu’un plan réduit ne peut indiquer ; ce sont principalement celles qu’impose l’hygiène et d’abord le régime des eaux : captages de sources, établissement des puits, mares, abreuvoirs, écoulements des eaux de pluie et des eaux usagées, puis la question des cimetières, placés généralement de façon si insalubre dans les villages même, autour de l’église. Toutes ces questions exigent une élude minutieuse pour chaque cas.
- L’hygiène, du reste, doit aussi pénétrer dans les exploitations et dans les maisons, etlà, hélas, tout est à faire. Le fumier voisine avec le puits, quand il n’est pas dans la ruè, devant la porte ; le purin stagné dans la cour ou coule devant la maison; l’habitation paysanne elle-même est souvent malsaine, humide et mal aérée, sans eau, sans W.-C. ; sa pièce principale, qui sert à la fois de cuisine, de réfectoire, de chambre à coucher, est sombre èt sale, avec son sol à même la terre battue, sous son plafond bas et noirci. Et des gens vivent là enfermés, en hiver, des semaines entières, dans une atmosphère humide, sans air,'sans lumière 1 Comment s’étonner alors que la mortalité précoce soit aussi grande dans les villages que dans les villes.
- Il est vrai que cette mortalité, et principalement la mortalité infantile, si grande dans nos campa- . gnes, ne tient pas uniquement à l’insalubrité de J’habitation.
- Elle est souvent la conséquence de l’ignorance et de l’incurie paysanne devant la maladie. Le médecin esUloin, il faudrait le prévenir et plus tard le payer et l’on attend trop tard pour l'appeler. Cette
- question du service médical dans les campagnes se lie à un ensemble de questions, pour ainsi dire sociales, que chaque village pourrait résoudre à peu de frais pour le plus grand avantage de sd population.
- Nous disions, en commençant, que la population rurale tend plutôt à décroître; cette diminution graduelle de la masse paysanne, qui s’accentuera encore après la guerre, est un grave danger pour l’équilibre économique de notre pays; il est indispensable de l’enrayer.
- Voyons-en d’abord les causes : D’abord, l’alcoolisme qui fait, dans la plupart de nos villages, des ravages aussi désastreux que dans les populations urbaines, et dont les conséquences sont incalculables pour la santé publique ; puis la mortalité infantile dont les statistiques montrent l’effrayante proportion sur les naissances; enfin, l’ëxode rural, l’attrait qu’exerce sur les jeunes gens du village la grande ville, où les salaires sont meilleurs, où la vie semble plus animée.
- En Amérique, en Norvège et dans bien des localités anglaises, on a cherché à lutter contre cet appauvrissement de la masse paysanne, par la création, dans les villages, de maisons communes ou cercles paysans, simple bâti--ment où se trouvent pour les hommes une * grande salle de réunion, avec des jeux, des distractions, des journaux et des livres et une buvette d’où l’alcool est exclu; pour les femmes et jeunes filles, souvent inoccupées et insuffisamment rémunérées au village, une salle où elles peuvent travailler ensemble comme à un ouvroir, dans des conditions meilleures et plus économiques que chez elles, à des travaux de couture, dé dentelle, de réparation, de repassage, qu’alimente un service ' organisé avec les villes voisines; pour les enfants, J une salle de jeux où ils viennent en sortant de_ .classe et en attendant l’heure du dîner. Une. salle de consultation avec petite pharmacie, des vestiaires, des bains-douches complètent cette maison ouverte à tous. Iles conférences, des projections cinématographiques y sont données sur des sujets qui intéressent les paysans et, leur enseignent, en les distrayant, les, méthodes de culture modernè,
- du ÿfy-dtGSoldée. U 5'afa.rf’c
- £0. S^Tctcc a' tf'<fc£d?e de o^oas'p.'
- Fig. 3. — Plan et façade d’une maison commune . pour une petite ville du nord.
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- les améliorations à apporter à leur travail et à leur existence, les services publics, les installations de force et de lumière électrique, etc..., enseignements dont ils ne tardent pas à tirer profit.
- Développons le plus possible dans nos villages
- ces mesures sociales, et nous ne tarderons pas à voir le progrès, sous toutes ses formés, étendre ses bienfaits parmi nos paysans, laissés jusqu’ici trop en dehors de l’évolution humaine.
- J. Auburtin.
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- Le 3 janvier, à Martelsham, le capitaine Lang et le lieutenant Blowes réussissaient à s’élever jusqu’à l’altitude de 30 500 pieds, soit environ 9300 m, en 66 minutes, record mondial de l’altitude.
- L’avion utilisé pour atteindre cette prodigieuse hauteur était un avion de série de la marque « de Havilland », et du'type D. H. 9 sorti des usines peu avant l’armistice; le moteur de cet appareil était également nouveau, construit par Napier, du type ri' Lion », il donne une puissance de 450 chev. ; ses douze cylindres sont répartis, d’après une toute nouvelle formule en trois plans
- 4 cylindres attaquant le même vilebrequin (fig. 1, Y. La Nature n° 2355).
- Il ne faut pas croire que cette recherche de l’altitude maxima qui se manifeste dans tous les pays par de nombreuses tentatives, n’ait pour but que de s’assurer la possession d’un record mondial d’ordre sportif. Le vol d’un avion à très haute altitude est un problème fort ardu les constructeurs ne cherchent à le résoudre que pour le plus grand bien de la navigation aérienne future.
- On appelle « plafond » d’un avion l’altitude maxima à laquelle cet avion, peut voler avec sa charge moyenne.
- Ce plafond est actuellement de l’ordre de 6 à 7000 m. pour les récents avions de chasse, de
- 5 à 6000 m. pour les avions de bombardement de jour et de corps d’armée, de 3 à 4500 m. pour les lourds avions de bombardements de nuit et enfin de 1500 à 2000 pour les avions blindés. La supériorité d’altitude en temps de guerre permet aux avions qui la possèdent de remplir leurs missions avec le plus grand succès et le moindre risque.
- ^ L’importance du vol à haute altitude n’est pas> moindre pour la navigation aérienne en temps de paix; deux intérêts principaux sê manifestent : sécurité des vols, rapidité des transports.
- En premier lieu : plus un avion vole haut, plus il peut parcourir, en vol plané sans force motrice, une longue ,distance; si, par exemple, certains avions, bons voiliers, peuvent parcourir, en planant ainsi, une "distance égale à dix fois leur altitude, ayant une panne de moteur à 2000 m., ils pourraient théoriquement parcourir 20 km avant de toucher le sol ; s’ils se trouvent à 5000 m., ils pourront parcourir 50 km: Une plus haute altitude de vol leur permettra donc de choisir en cas de nécessité leur terrain d’atterrissage et d’évitef ainsi la plupart des accidents de personnel et de matériel.
- Un avion multimoteur dont une partie des moteurs sera en panne, pourra, s’il vole haut, prolonger son vol dans de telles, proportions que dans la plupart des cas il sera à même de regagner un des terrains aménagés sur son parcours (fig. 2).
- L’une des plus grosses difficultés pratiques de la navigation aérienne civile sera, quoi qu’on en dise, son prix de revient fort élevé à cause du prix des avions et de leur fragilité; les vols à haute altitude permettront aux avions postaux ou commerciaux d’éviter les atterrissages « en campagne » qui entraînent la plupart des « casses ».
- D’autre part, l’orientation d’un équipage aérien est d’autant plus facile que le panorama embrassé est plus étendu et permet de trouver des points de repère situant la position de l’avion sur la carte f les routes, chemins de fer, rivières, forêts, et villes sont d’autant plus facilement identifiables qu’ils sont vus sous un plus grand angle, donc de plus haut.
- Le régime |les vents est très irrégulier au sol; mais plus l’avion s’élève, moins, il est sujet au caprice des vents ; ceux-ci deviennent réguliers dès qu’ils se libèrent des perturbations dues au sol, c’est-à-dire à partir d’une certaine altitude. Or, autant il est impossible de voler uniquement à la boussole lorsqu’on se tient à basse altitude, tellement les dérives sont irrégulières, capricieuses et incalculables, autant cette marche au compas devient pratiquable aux hautes altitudes...
- Tous les avantages, que nous venons d’accorder aux vols à haute altitude ne sont, en réalité, que des facilités données aux voyages aériens; ils comptent cependant peu, à mon sens, auprès des avantages techniques incomparables que nous devrions retirer des vols à haute altitude.
- Chacun sait que dans le rendement d’un avion de 300 chev, volant à 500 m. de hauteur, la plus grande partie de la puissance motrice est utilisée uniquement pour vaincre la résistance de l’air contre l’avion; l’ensemble de cette résistance à vaincre est ce que l’on appelle la « traînée » d’un avion (Ræ), la « poussée » étant au contraire la force vive qui sustente l’avion (Ry). La valeur de
- leur rapport est caractérisée par la relation
- Toutes les améliorations apportées au vol méea-. nique pendant ces dernières années se résument ainsi : augmentation de la capacité et augmentation de la vitesse. Nous ne parlons pas de la sécurité ;
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- laissons aussi de côté la question de capacité qui relève des problèmes des dimensions et des surfaces pour ne considérer que la question de la vitessè.
- Pour améliorer la vitesse d’un type d’avion, sans lui faire perdre'd’autres qualités et sans modifier la puissance motrice, il faut tenter de réduire toutes les résistances nuisibles à l’avancement, c’est-à-dire diminuer la valeur de la traînée.
- On mesure le rendement d’un avion en comparant la valeur de sa poussée totale avec là valeur de
- par suite de l’amélioration de la construction ainsi que je l’ai montré dans le n° 2315 de La Nature par l’opposition des avions Breguet de 1915 et 'de 1918; certains avions ont d’ailleurs été conçus de telle façon qu’aucun haubannage n’est nécessaire extérieurement pour en assurer l’indéformabilité de la cellule tels que le Curtiss, le Fokker triplan, le Fokker D VII, etc. (fig. 4). Cela est d’ailleurs sans aucun doute la sôlution de l’avenir.
- Il existe cependant une limite d’amélioration qui
- Fig. i. — L’avion anglais DH g qui détient le record mondial de l’altitude avec g3oo mètres; ses caractéristiques sont les suivantes :
- Puissance : 420 chevaux.
- Poids total: 1690 kg.
- Surface portante : 40 m!.
- Charge au tns : 3 kg 85.
- Charge au cheval : 4 kg.
- Capacité de vol : 960 km.
- Vitesse à 3ooo m. : 225 km à l’heure, 'Vitesse à 4500 m. : 217 km —, Montée à4600 m. : 14 minutes. Plafond : 9800 mètres.
- sa traînée ; le quotient obtenu est appelé « finesse »
- R#
- de l’avion et il correspond à la valeur de —•
- Ra: ^
- Pour les avions actuels - = 0,15 ; en diminuant \\y
- Ra; la traînée, on diminue la valeur du quotient, on augmente donc le rendement de l’avion.
- Certaines résistances sont indispensables pour, assurer la sustentation de l’avion qui y prend son point d’appui, ce sont celles des ailes portantes; leur valeur, eu égard à l’égalité précédente, est d’environ 0,065 ; d’autres résistances sont nettement nuisibles mais ne peuvent être supprimées, ce sont celles du fuselage, dqs mâts, des câbles, des moteurs, des gouvernes, des trains d’atterrissage, etc... elles seraient égales à 0,085. , ^
- Si ces dernières résistances ne peuvent être supprimées totalement, du moins, peuvent-elles être très diminuées par l’amélioration générale des formes et par le « défilement » de tous les organes qui 11e sont pas indispensables. ..
- Les fuselages peuvent être de forme pisciforme pure (Albatros D V), les mâts et les câbles de formes profilées, les moteurs peuvent être entourés d’un capotage améliorant leur pénétration, les radiateurs en forme de coupe-vents ou placés dans l’épaisseur des ailes; le nombre des câbles et des mâts peut être excessivement réduit
- ne pourra être dépassée, c’est celle qui correspond à la résistance à l’avancement des éléments constitutifs de l’avion, quelle que soit l’excellence de la pénétration dans l’âir de leurs formes.
- Le vol à haute altitude paraît être extrêmement avantageux; en effet, la densité de l’air diminuant dans de fortes, proportions avec l’altitude : pour des vitesses égales, les résistances à la pénétration doivent diminuer dans d’égales proportions et des résistances à l’avancement égales, ne peuvent s’obtenir que par des vitesses différentes.
- Si nous supposons qu’un avion B doit voler à 100 km à l’heure, vitesse minima pour assurer sa sustentation à 100 m. d’altitude, l’air y pesant 1250 gr. au mètre cube, le même avion, la puissance développée par le moteur et transformée par, l’hélice étant supposée constante, n’éprouvera à 10 000 m. d’altitude, où l’air ne pèse que 410 gr., une résistance suffisante à sa sustentation que s’il vole à une vitesse de 200 km à l’heure. Si la vitesse de 100 km à l’heure était obtenue'au sol grâce à la pleine puissance du moteur, cet avion ne pourrait monter ; en effet,* par suite de la diminution de densité de l’air, la résistance utilisée par les ailes en « poussée verticale » ne pourrait rester suffisante pour sustenter l’avion en équilibrant son poids. Certains avions, construits uniquement pour la vitesse, tels que le Deperdussin monocoque de la
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- STRÀSBpURG
- Lunéville
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- POLMAR\
- Munster
- MULHOUSE
- Fig. 2. — Un avion volant à 2000 m., et ayant une panne au Mont Climont, par exemple (—j-), pourrait alterrir dans le premier cercle; s’il vole à 5ooo m., il pourra atteindre fun des points situé dans le second cercle.
- coupe Gordon-Bennét, pouvaient réaliser une vitesse de 205tkm à l’heure, mais « plafonnaient » à 200 m. de hauteur.
- Nous pouvons entrevoir quels immenses progrès pourraient être réalisés par le seul fait de voler à de très hautes altitudes.
- 11 est fort regrettable que de grosseé difficultés se soient opposées à la réalisation de cette théorie; toutes les tentatives qui peuvent aboutir à améliorer les conditions du vol dans un air raréfié doivent être sérieusemen't encouragées comme pou-
- vant amener un développement inimaginable de la navigation aérienne.
- Les premiers obstacles rencontrés dans cëtte voie, peuvent être classés en deux catégories :
- 1° Les difficultés d’ordre physiologique intéressant l’organisme des pilotes et passagers;
- 2° Les difficultés'd’ordre technique intéressant le rendement de l'hélice et le rendement du moteur.
- Nous savons que la terre est entourée d’une pellicule gazeuse d’une épaisseur infime eu égard à son diamètre; il semble, en effet,que son épaisseur perceptible ne doit pas dépasser 200 km. (fig. 5).
- Les propriétés physiques et chimiques de cette couche d’air varient dans des proportions considérables et assez mal connues d’ailleurs, à mesure que l’on s’éloigne de la surface de la terre.
- Ces modifications sur lesquelles nous ne pouvons nous étendre autrement que par la présentation de tableaux les résumant, affectent la pression, la densité, la température et la composition chimique dé la couche gazeuse (fig. 6 et 7). . ,
- Tableau I.
- Répartition verticale des pressions, densités, températures et poids dans l’atmosphère.
- Altitudes. Pression en m/m Diminution depuis le nir en m/in des Pressions eau de la mer. Valeur d.^ Il 11 760 Tempé- rature. Poids d'un mètre cube d’air.
- 0 m. 760 0 0 0« 1245 gr.
- 1000 683 77 0,89 — 3 1120
- 2000 564 196 0,74 — 7 1010
- 4000 468 292 0,61 — 17,0 810
- 6000 568 392 0,48 — 29,9 650
- 8000 269 491 0,55 — 44,4 520
- 10000 200 560 0,26 — 57,7 410
- 12000 148 612 0,19 — 70 '310
- Fig. 3. — Triplant' Curtiss ”.
- Remarquer le profilage de la cabane A, du train d’atterrissage B et des mâts C.
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- , t ! -t \ V. V- 1
- Fig. 4. — Biplan “ Fokker ” 19/S.
- Cet avion ne possède aucun câble extérieur, sauf dans le train d’atterrissage, La rigidité de la cellule est obtenue par les ailes renforcées dans ce but et par les mâts.
- Variation de la composition chimique de l’air j avec l’altitude.
- (Pression en millimètres.)
- Altitudes. Azote. Oxygène. Gaz carbonique. Argon.
- 0 793,1 169,6 0,25 7,1
- 10000 176,8 40,0 1 . 0,05 1,5
- 20000 15,7 2,5 0,00 0,04
- Conséquences physiologiques.—Ces différentes modifications de l’atmosphère entraînent dans l’organisme humain des troubles, qu’on nomme suivant le cas : mal des montagnes, mal des aéro-nautes ou mal des aviateurs.
- Au cours d’un vol à haute altitude les phénomènes suivants peuvent être observés : le rythme respiratoire devient de plus en plus fréquent à ~ mesure que croît l’altitude; l’inspiration devient pénible et l’expansion grandissante de la cage thoracique montre une très forte tendance à exagérer son amplitude. L’énergie musculaire décroît et évolue peu à peu vers l’engourdissement général. Les troubles de la circulation sanguine se manifestent par l’accélération et l’irrégularité du pouls; la congestion du système veineux cause des syncopes ou des hémorragies. Les organes des sens se troublent et si l’altitude croît, la mort survient.
- Les troubles produits par la raréfaction de l’oxygène aux hautes altitudes ont été combattus très heureusement au moyen d’appareils divers qui permettent aux passagers l’inhalation d’oxygène.
- Avant la guerre, quelques pilotes qui, dans un but sportif, tentaient de s’attribuer le record de la hauteur, avaient déjà utilisé les inhalateurs d’oxygène au moyen de ballons ou de tubes à ^gaz comprimé.. Des dispositifs de ce genre ont été rendus, réglementaires et mis en usage courant à bord des Zeppelins. Chaque homme portait une bouteille d’oxygène, un sac de détente, un mano-détendeur et un conduit terminé par une embouchure de pipe; d’autres bouteilles de gaz étaient . disposées comme rechange en divers points des dirigeables. Par la suite, nos ennemis ont adopté un |
- appareil plus complexe, permettant l’inhalation de l’oxygène dans d’excellentes conditions de détente et de température. L’oxygène liquide était emmagasiné dans un ballon d’Arsonval, cet appareil a d’ailleurs été décrit en détail dans ie n° 2337 de La Nature.
- Fig.^5.— Schéma montrant la rapide décroissance de la densité de l’atmosphère et la faible altitude atteinte par l’homme.
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- •Les allies, de'leur côté, ont utilisé des appareils à oxygène comprimé.
- Les appareils inhalateurs ne peuvent parer qu’à l’insuffisance d’oxygène des échanges respiratoires; le palliatif ne peut convenir que pour les vols de faible durée, l’organisme humain ne résisterait sans" doute pas aux autres inconvénients physiologiques provenant de l’abaissement de la pression; d’un travail remarquable récemment publié par le Dr Pierre Quercy(‘) il résulterait que les modifications de pression peuvent entraîner dans les canaux semi-circulaires de l’oreille des troubles tels que les pilotes perdraient parfois, pendant un certain temps, toutes leurs notions et qualités d’équilibre. Que d’accidents seraient ainsi expliqués!
- Pour permettre aux passagers de supporter sans ardents la raréfaction de la pression, il faudrait prévoir des dispositifs analogues à ceux qui sont utilisés pour combattre la surpression, tels que les scaphandres ou les cloches sous-marines ; il faudrait donc concevoir des fuselages-cabines entièrement clos et dans lesquels seraient rétablies artificiellement les conditions de pression et de composition de l’atmosphère à basse altitude. Cette solution qui n’a rien d’invraisemblable ni d’irréalisable a les plus grandes chances d’être adoptée dans l’avenir, tellement seront considérables les avantages de la navigation aérienne dans une atmosphère raréfiée. La compensation des pertes inévitables de la pression en de pareils fuselages et le renouvellement de l’atmosphère peuvent être facilement imaginés soit par des réserves de gaz, soit par la compression mécanique de l’air extérieur si ses proportions chimiques restent sensiblement constantes.
- La température, nous l’avons précédemment vu (Tableau 1), baisse avec l’altitude dans de telles proportions qu’elle paraît devoir rendre la vie humaine bien difficile ou tout au moins rendre tout travail musculaire impossible-dès que sont atteintes les hauteurs de 9 à 12000 m. Jusqu’à maintenant, les avions qui ont atteint des altitudes de cet ordre (8 à 9300 m.) n’effectuaient dans ces conditions que des vols de très courte durée; la lutte contre le froid intense se trouvait suffisamment assurée par les procédés courants. On se sert de vêtements chauffants, dont l’énergie est fournie par une génératrice mite par le vent relatif de l’avion ou accouplée au moteur. (Voy. La Nature, nos 2306 et 2341.)
- Si des avions multiplaces sont appelés à effectuer de longs voyages sous de basses températures, le fuselage devra être aménagé avec des dispositifs réchauffant l’aLmosphère fdes passagers. L’eau chaude du. moteur , les gaz d’échappement, l’énergie électrique, pourront distribuer très largement le nombre* des calories nécessaires au réchauffage et cela par l'intermédiaire de radiateurs appropriés qui ne pourront offrir aucun danger d’incendie.
- 11 ne semble pas que la lutte dej’organisme hu-
- 1. Dr Pierre Quercy. Etude de l’appareil vestibulaire.
- main contre la raréfaction de l’air, contre la diminution de la pression et contre l’abaissement de la température puisse entraîner des difficultés telles qu’a priori les vols courants à 10 000 m. nous soient interdits.
- Conséquences techniques. — La raréfaction de l’air avec l’altitude, croît, nous l’avons vu par le tableau I, avec une rapidité remarquable. Il est donc évident, en premier lieu, qu’en ce qui concerne le vol des avions, chaque fois que l’air aura à jouer un rôle aérodynamique, son action sera, toutes choses égales, défaillante aux hautes altitudes.
- En second lieu, si la diminution proportionnelle de la densité et de la teneur en oxygène diminue l’efficacité physiologique de la respiration humaine, ne voit-on pas aussitôt que le moteur qui s’alimente en oxygène dans l’air doit également soutfrir dans son fonctionnement.
- Nous savons que le phénomène de la sustentation des avions dans l’air provient de la transformation des forces produites par la résistance de l’air sur des surfaces courbes convenablement disposées. L’importance de cette force de sustentation (poussée : %) est liée pour un type d’avion à l’importance de la force des résistances totales (traînée : R,x) ; elle varie pour une natiire des ailes identique (courbure et caractéristiques, etc.), avec la vitesse . relative de translation, avec la surface des ailes et avec la densité de l’air (R = KSVâ. R résistance de l’air, K coefficient de pénétration, S surface, Y vitesse).
- Chaque type d’avion possède un régime de vol minima pendant lequel la force verticale ou poussée est strictement égale à la pesanteur ou poids de l’avion. Pour que les qualités de vol d’un avion restent constantes, malgré la diminution de la valeur de l’un des facteurs précédents, il faut que l’un des autres facteurs actifs soit augmenté de façon que la valeur des facteurs de l’égalité qui correspond à l’équilibre aérostatique reste constante. Si la densité de l’air diminue, il faudra prévoir, pour conserver à l’avion une force sustentatrice suffisante et égale à celle de son régime de vol minimum, l’augmentation soit de la surface des ailes porteuses, soit de la vitesse de translation.
- La rarefaction.de l’air, sans augmentation pour un avion de sa vitesse ni de ses surfaces portantes, diminue donc la force sustentatrice; les conséquences sur les conditions de vol de l’avion sont identiques à celles d’un alourdissement de l’appareil ; celui-ci aux hautes altitudes devient « tangent », c!est4-dire qûe sa sustentation est strictement minima et qu’il devient dangereux pouvant être en « perte de vitesse » dès le moindre cabrage. Pour parer à ces inconvénients il faut maintenir égale à celle du vol en régime normal au sol la sommé totale des pressions de l’air sous les ailes et des dépressions sur les ailes, donc il faut augmenter la surface portante ou là vitesse.
- L’augmentation des surfaces portantes sur un
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- avion, pour lui permettre de voler-dans une atmosphère raréfiée avec la même vitesse, ne peut être réalisée qu’au moyen d’ailes à surfaces variables ou encore d’ailes à incidence variable.
- Les dispositifs de surfaces variables, quoique ayant tenté encore tout récemment les constructeurs, ne semblent point avoir donné de résultats suffisants, les mécanismes envisagés étant très complexes et* d’une sécurité assez faible.
- Les dispositifs d’incidence variable ont donné d’excellents résultats techniques; en France les avions Paul Schmitt ont battu, avant la guerre, tous les records d’altilude avec lourdes charges, grâce à ce dispositif. Dans ce cas la « finesse » 3e
- . , poussée R,r . .,
- 1 avion ou rapport -——rr- varie avec 1 incidence rr trairiee 11 y
- et ce fait rend le pilotage assez délicat pour que le dispositif d’incidence variable n’ait pas été adopté par l’armée. _
- Dans le but d’obtènir un plafond élevé en augmentant la surface, un expédient a été adopté par les constructeurs pendant la guerre ; c’est de prévoir, en supposant la force motrice constante, pour un type d’avion déterminé un supplément de surface portante. Si, par exemple, un avion pesant au total 1000 kg possède une voilure.de 20 m2 et vole à 200 km à l’heure au sol, c’est-à-dire avec une charge de 50 kg au mètre carré, ce même avion, à la même vitesse, à cause de la diminution de la densité de l’air, ne pourra à 8000 m. supporter que 33 kg au mètre carré, soit 660 kg; si, toutes choses égales, le constructeur conçoit son avion avec 50 m2
- 0,30
- Fig. 6. — Courbes des températures, poids d’air et valeur de jx en fonction de l’altitude.
- t
- de surface, à 8000 m. la charge au mètre carré pouvant être de 33 kg, les 30 m. permettront de supporter les 1000 kg que pèse cet avion^. En réalité, les'choses ne se passent pas aussi simplement et les résultats pratiques sont moins brillants; en effet, l’augmentation de la surface portante, toutes choses égales, entraîne aux altitudes inférieures un
- supplément de résistance à l’avancement qui fait perdre à l’aviqp'de la vitesse de translation et de la vitesse ascensionnelle.
- Cette solution ne fut qu’un expédient de guerre,
- wooo
- Fig. 7. — Courbe représentant l’augmentation de la puissance nécessaire à un avion en fonction de l'altitude (Po =5o chev.). '
- P*=Pox'-=.
- .
- la seule réalisation vraiment fructueuse est de prévoir pour l’avion un groupe motopropulseur qui lui permette, aux hautes altitudes, d’augmenter sa vitesse dans des proportions convenables pour maintenir suffisantes ses qualités sustentatrices.
- Nous nous heurtons à deux difficultés importantes, qui ne permettront pas au problème de progresser sérieusement tant qu’.elles .ne seront pas résolues. Ces deux difficultés proviennent des pertes de rendement que subissent les hélices et les moteurs de type courant dans une atmosphère raréfiée.
- Si nous partons de la puissance minima nécessaire à un avion pour voler au sol, il faut que nous prévoyions un supplément de puissance pour faire voler l’avion à une altitude déterminée ; M. Brunet déclare que la puissance nécessaire à l’avion augmente en raison inverse de la racine carrée du rapport des pressions. Par exemple, -un avion qui demande 50 chev. pour voler au sol exigera à 10 000 m., où p.== 0.19, une puissance de 113 chev.
- Une courbe peut être établie qui représente les augmentations de la puissance nécessaire à un avion de 50 chev. (puissance minima pour le régime minimum au soll pour atteindre le s-di fier entes altitudes (fig.7).
- Rendement de l'hélice. — L’hélice est composée de deux -surfaces symétriques et convenablement disposées qui, par leur rotation autour d’un axe, transforment une partie de la-résistance quelles rencontrent dans l’air en forces tractives ou propulsives parallèles àd’axe (poussée). Le rendement de l’hélice mesure la proportion dans laquelle la force motrice du moteur est transformée en force utile. Ce rendement varie avec les types d’hélices
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- LE RÔLE DU TUNGSTÈNE DANS L’INDUSTRIE MODERNE
- suivant le pas, le diamètre, etc. Pour une puissance de 500 chev. par exemple et une vitesse de trànsla-tion de 200 km à l’heure, il faut qu’une hélice ait, parmi ces caractéristiques, des. valeurs correspondant à son rendement maximum. Le calcul de ces caractéristiques est établi pour permettre à l'hélice de travailler dans-un milieu dont la densité est connue et constante. L’hélice d'un Spad 200 chev. est calculée pour ' fournir le meilleur rendement à 2100 tours et à 190 km à l’heure. Si, par suite d’une modification des surfaces portantes, le même avion ne vole qu’à 150 km à l’heure, l’hélice précitée verra sa traînée augmenter et sa poussée diminuer, le rendement sera moins bon ; si c’est le régime du moteur qui baisse à la suite d’une avarie et tombe de 2100 à 1500 tours, l’hélice verra sa poussée fortement diminuée et le rendement sera moins bon.
- Que se passe-t-il aux hautes altitudes? La densité de l’air étant, à 10 000 m., 5 fois moindre qu’au sol, la traînée et la poussée diminueront proportionnellement, donc le rendement absolu de l’hélice restera constant, mais les caractéristiques de l’hélice devront varier, car la traction utile, à régime égal, diminuera suivant un rapport proportionnel à là diminution de la densité de l’air brassé. L’hélice aux hautes altitudes tournera folle si son diamètre ou son pas ne sont pas augmentés.
- Lorsqu’un constructeur veut actuellement obtenir un plafond élevé de son avion, il prend un moyen terme et équipe cet avion avec une hélice dont les Caractéristiques sont calculées pour avoir la meilleure utilisation à 5000 m. par exemple. De 0 à 4500, l’hélice trop forte freine le moteur, le rendement est mauvais; de 4500 à 5500, l’hélice travaille correctement; de 5500 à 7000, l’hélice trop faible « foire » dans l’air et son utilisation devient de nouveau défectueuse, nous supposons bien entendu que le .moteur conserve une puissance et un régime égal.
- Cette solution n’est qu’un compromis; le problème ne sera résolu que par l’adoption d’hélices à pas modifiables et nous n’en sommes point là. Comme actuellement la puissance du moteur baisse avec l’altitude, les hélices qui deviennent trop faibles dans les mêmes conditions permettent aux moteurs de conserver un régime élevé avantageux pour le rendement du moteur, , cela a été une atténuation à la perte de force utile totale du groupe motopropulseur. Nous verrons prochainement les raisons qui font baisser aux hautes altitudes la puissance des moteurs et les palliatifs qui tentent de parer à cet inconvénient.
- Sl-Lieutenant Jean-Abel Leeranc,
- Breveté-mécanicien.
- LE RÔLE DU TUNGSTÈNE DANS L’INDUSTRIE MODERNEX
- Bien qu’isolé en 1781, par le suédois Scheele, ce qui lui valut son premier nom de « scheelium », le tungstène, baptisé « wolfram » par les Allemands, n’a pris rang qu’aux environs de 1905 parmi les métaux dits « usuels».
- Ses principaux emplois, en temps de paix, sont connus de tous. Il est utilisé à la fabrication des lampes électriques, et, d’un kilogramme de métal, on peut retirer de 50 à 60000 filaments; il entre dans la composition des aciers « à coupe rapide » pour la construction des machines-outils, des ressorts fins et des aimants permanents, éléments essentiels de nos magnétos. Les tüngstates alcalins sont employés pour la décoration sous le nom de Bronze Magenta ou Saffrou. Enfin, sa très faible chaleur spécifique —.0,05— sa haute température de fusion — 5200° — font du tungstène un élément intéressant, comme matière première, tant pour les parois de fours électriques, que pour le moulage de tubes et de creusets, alors que sa dureté, supérieure à celle du quartz, le rend susceptible de remplacer le corindon. ^
- Mais la guerre, mopdiale est venue donner une importance nouvelle à la « pierre pesante » de Scheele. Les lois de la balistique veulent, en effet, qu’à dimensions égales, la force de pénétration des projectiles soit en raison directe de leur densité, et
- celle du tungstène est voisine de 18,5. On peut faire de ce métal un auxiliaire qui rend la balle du shrapnell plus meurtrière, tout en augmentant l’efficacité des pièces d’artillerie, puisqu’il permet d’amoindrir la flèche de la trajectoire; enfin le tube des canons, comme les parois de l’obus, est constitué d’un acier rendu plus résistant par la présence du métal qui nous occupe. Aussi bien, les manœuvres de la Metalgesellschaft,pour transporter à Hambourg le marché européen du wolfram, — et la nature n’avait guère répandu celui-ci dans le sous-sol allemand — n’étaient-elles, à coup sûr', dirigées vers le seul but de l’intérêt commercial. A ce propos, certains prétendent que le sous-marin Deutschland traversa l’Amérique, simplement pour ramener un chargement du métal précieux aux usines de guerre et devenu rare dans les Établissements de Krupp et consorts. Si on'se rapporte‘aux plus récentes statistiques, on voit que pour 20000 t. de minerais ( concentrés (60 pour 100 de Tu O3), fournis par la production mondiale, les Empires centraux n’en retirent que 500a de leurs mines de Zinnwald, ; d’Ultenberg et de Schlackenwald.
- Sous quelle forme rencontre-t-on le tungstène, auquel, dès le moyen âge, les épées de Damas devaient, assure-t-on, les propriétés si caractéristiques qui firent leur renommée? a.
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- LE RÔLE DU TUNGSTÈNE DANS L’INDUSTRIE MODERNE
- D’après le professeur Lacroix, dans le seul groupe des tungstat.es de fer et de manganèse, on peut distinguer :
- 1) Le wolfram, TuO (Fe, Mn) qui accompagne toujours le minerai d’étain ou cassitérite.
- 2) La ferbérite, 3TuO'‘(Fe,Mn)4.
- 5) L’hübnérite TuOMn.
- A côté desquels, il faut citer la « scheeli te » (tungstate de chaux), la « stolzite » (tungstate de plomb) et la « réinile » (tungstate de fer).
- De beaucoup le minerai le plus abondant, le wolfram se rencontre en France, notamment entre Saint-Léonard et Limoges, où il titre de 72 à 75 pour 100 d’acide tungstique (fig.
- 1); la scheelite a été signalée dans la Corrèze et _ l’hübnérite aux environs de Mar-vejols. En 1906, nous avons extrait de notre sol, 25 L, pour atteindre 200' chaque année de-puis 1914, le maximum ayant été de 250 en 1913. Mais cette faible production ne nous met cependant pas en mauvaise posture, car la région de Pia-Ouac, près de Cao-Bang, au Tonkin, présente en pleine exploitation sept mines qui occupaient 1200 ouvriers à la veille de la guerre. Si nous venons loin derrière les Etats-Unis, la Birmanie et le Portugal,, qui, en 1916, fournirent respectivement 7500-4000-1600 t., nous augmentons nos richesses métropolitaines des 500 000 kg sortant chaque année de l’Indo-Chine.
- Quelques mots sur la métallurgie du tungstène.
- Le premier problème est la « concentration » des minerais, opération rendue d’autant plus facile que la densité, du métal est très élevée et que la ' séparation électromagnétique^ est'possible. Le wolfram arrive donc à l’usine, avec une teneur qui peut atteindre 70 pour 100 d'acide tungstique, et il est courant d’obtenir à l’analyse 68-70 pour 100 de Tu O3 pour 2 de silice, 19-20 d’oxyde de fer, 4-5 d'oxyde de manganèse.
- ' Le traitement métallurgique proprement dit diffère suivant que L’on désire le métal pur, ou un alliage riche à 60-70-80, voire 90 pour 100 de Tu.
- Dans le premier cas, le « concentré » est calciné
- en présence de GO3Na2. Après dissolution dans l’eau, et filtration, la cristallisation donne le tungstate de soude Tu03,Na20 qu’il 'suffit de traiter par l’acide chlorhydrique pour obtenir le précipité jaune d’oxyde hydraté Tu03,H20. Celui-ci, lavé et séché, est, dans une atmosphèred’hydrogène, réduit par le zinc, l’aluminium ou le magnésium. Le produit repris par l’eau, et les acides, puis lavé à l’alcool se présente sous l’aspect d’une poudre amorphe dont les grains ont un diamètre qui ne dépasse pas 10 p.. Certains préconisent la réduction par le charbon, à la température du four électrique.
- L’opération comprend alors deux phases : le wolfram se transforme d’abord en tungstène carburé, titrant 92-93 pour 100 de Tu, qu’on enrichit par un nouveau traitement en présence d’acide tungstique. On arrive ainsi à une teneur de 99,5 pour 100 en métal pur. Pour mémoire rappelons, qu’en 1893, Henri Mois-san avait dépassé légèrement ce dernier chiffre, en soumettant, une dizaine de minutes, un mé lange de 800 grammes de Tu O3 pur et de 80 grammes de charbon de sucre à l’action d’un courant'de 900 ampères soüs 50 volts. Signalons aussi le procédé de l’Electric Furnaces and Smel-ters C° Limited qui effectue la réduction au moyen de CaC? et fond au four électrique un mélange de 75 parties de Tu O5, pour 7 à 10 de ferrosilicium et 14 à 18 de carbure. Vers la fin de l’opération, il est bon d’ajouter un peu de chaux et de maintenir la température à 2900°.
- S’agit-il d’obtenir un ferro-alliage ? On soumet le wolfram, ou mieux un minerai de fer additionné de Tü O3, à un traitement réducteur, soit par l’aluminothermie, soit par le charbon, au voisinage de 3000 degrés, dans l’arc voltaïque. Avec un lit dé fusion de 2 parties, 5 d’anthracite pour une de minerai, on obtient un alliage titrant 60 pour 100 de tungstène contre 0,5 de carbone combiné. Les usines de M. Paul Girod, à Ugines s’alimentent à Saint-Léonard en Limousin et, capables de fournir 35000 chevaux, comportent 20 fours de puissance unitaire variant entre 400 et 10000 chevaux. Elles
- Fig. i. —'Un bloc de wolfram 1/2 grandeur nature: la densité est telle que le poids atteint 2700 grammes.
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- Fig. 2. -7 Au Pérou : la mine de Tambozas : un filon de wolfram.
- livrent à la métallurgie la gamme complète dès ferro-alliages, notamment le ferro-tungstène à 80 pour 100, qui, dans nos aciéries, s’ajoutent à la fonte en fusion dans les cornues Bessemer ou les fours Martin. On arrive ainsi aux aciers à « grandes vitesses », aciers extrêmement durs car, aux essais Brinnell à la bille, le tungstène donne 280, contre 75 pour le fer et 38 pour l’aluminium.
- Quant au tungstène de fabrication courante, il présente certaines particularités importantes pour, di-1 verses applications : une densité élevée, voisine de celles des métaux précieux, une résistance à l’extension très grande, un très haut point de fusion, une résistance électrique intermédiaire entre celles de l'aluminium et du nickel.
- On jugera , mièux de ces qualités en consultant le tableau sui-vant emprunté au travail du Docteur Finck, qui permet d’utiles comparaisons':
- Densité. Résistance à l’extension par pouce carré. Eiï livres de Point de, fusion. Résistance en microlims.
- — 453 gr. — —
- Aluminium. 2,7 43.000 660 2,62
- Cuivre. . . 8,8 ' 66.000 1.085 1,58
- Nickel. . 8,75 96.000 1.455 6,93
- FeK . . . 7,8 450 000 1.600 8,85
- Tungstène . . 18,5 610.000 3.267 4,42
- Il ne s’étire pas au tréfilage, car il est dur et cassant ; la moindre trace de carbone serait la cause de ce phénomène. La fabrication du filament en Y (qu’on distingue nettement du filament de carbone, car celui-ci peut seul se replier en boucle) a donné lieu à de nombreux brevets, se rapportant en général à l’une des méthodes suivantes :
- a) Obtention du métal à l’état colloïdal par le procédé de Bredig;
- b) Dépôt du tungstène sur un filament de car-boneou d’oxyde alcalino-terreux, en chauffant celui-ci dans une atmosphère d’hydrogène,saturée de vapeurs de tétrachlorure TûCF (fig. 2) ;
- c) Fusion du tungstène, mélangé au zinc, pour obtenir un alliage passant à la filière, et chauffé à telle température qu’il y ait départ du métal volatil ;
- d) Formation d’éthers orgâno-tungstiques, plastiques, susceptibles de s’étirer en fils minces, et qu’on peut soumettre ensuite au passage du courant, pour que l’effet Joule amène la réduction de
- » l’oxyde par le carbone .
- Jusqu’en 1911, les deux seuls procédés qüi avaient retenu l’attention des fabricants de lampes étaient ceux-ci :
- A) Une épaisse solution de nitrocellulose dans l’acétate d’amyle, additionnée d’huile de ricin, reçoit la poudre porphyrisée de tungstène pur — soit lS grammes d§ liant pour 100 de métal. On malaxe, pour rendre la pâte aussi homogène que possible et on calandre entre deux cylindres chauds, dans le but d’éliminer le solvant par évaporation. Le magma
- Fig. 3. — A Tambozas : une usine de concentration des minerais.
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- LE RÔLE DU TUNGSTÈNE DANS L’INDUSTRIE MODERNE
- passe ensuite à la filière de diamant, sous une pression de 500 kg au centimètre carré. Le fil, calciné au rouge vif, en présence d’un gaz réducteur — et cela durant 7 heures — est ensuite suspendu dans la « cloche à formation », où sous faction d’un courant électrique, dont Ôn augmente progressivement l’intensité, le carbone s’élimine peu à peu, pour arriver à la composition :
- Tu. . . . . 99,6 G.....................0,4
- B) Le métal pulvérisé est imprégné d’ammoniaque et comprimé sous une pression de 5000 atmosphères/en baguettes, qu’on chauffe à 1500° en présence d’hydrogène. La température est ensuite portée à 2600° et le tungstène subit un martelage de
- Cependant, si importante que soit l’utilisation du métal à la fabrication des lampes électriques (les États-Unis en produisent annuellement 100 millions), elle ne légitime pas, pour le tungstène, les fluctuations du marché. L’énorme consommation faite par les belligérants, pour leurs obus, canons et machines de toutes natures, est la cause essentielle des hauts prix, jusqu’alors Inconnus.
- En 1895, un ferrotungstène à 80 pour 100 cotait 200 francs aux 100 kg et le métal à 90 pour 100, 650 francs. -
- En 1915, la tonne de minerai concentré (60 °/0) valait, au Havre, 2500 frs, deux ans plus tard, le cours moyen fut, par unité, de 50 dpl-
- Fig.,4 à 6. — A gauche: Filament de tungstène, au sortir de la 'filière. — Au milieu : Filament de tungstène obtenu par dépôt du métal. — A droite : Le même, recuit.
- 4000 coups à la minute, pour passer enfin à la filière diamàntée.
- Aux derniers mois de 1911, le filament « étiré » entra vraiment dans le domaine industriel. Le métal, chimiquement pur, préparé au four électrique, se présente sous la forme d’un crayon ordinaire et traverse ensuite 80 filières, pour donner un filament de 20 à 50 m., qu’on recuit légèrement avant de le monter sur ses supports. La résistance d’une lampe s’abaisse alors, et la durée augmente ainsi que la solidité (fig.-4 à 6).-
- Nul n’ignore les énormes avantages de la lampe à filament de Tu (*). En adoptant les prix qui suivent
- Électricité. . . t............... 0,70 le kwheure
- Gaz. . . . . . . . . • • 0,20 le me.
- Pétrole. . . . . . .. . . . 0,70 le kg.
- Acétylène . . . . . f . . . 1,40 le me.
- M. Louis Barbillion, directeur de l’Institut Elec-
- trotechnique de Grenoble, a établi, pour les divers foyers lumineux, et par bougie-heure :
- Intensité ï.
- Lampe à filament de carbone . . , . •
- Lampe Tantale . . . • Lampe au Tungstène. . Incandescence par le gaz (bec Auer) ... . . •
- Incandescence par le gaz (bec intensif) • • • • Bougies de T jtoile. . , Pétrole. . . . • ... • • Acétylène. . . . • . •
- moyenne Consommation, sphérique. —
- 8 à $40 4 wh
- 16 à 40 2,5 wh
- .16 à 50 *1,75 wh
- 55 à 80 2. litres
- 150 à 600 1,5 litre
- 15 9 gr.
- 16 à 50 5,4 gr.
- 8 à 150 1,1 litre
- 1. Voir La Nature, n° 2257.
- Prix, en centimes.
- 0,28
- 0,175
- 0,122
- 0,019
- 0,026 1,8 0,24 0,15
- lars, et en 1916, une teneur de 68- pour 100 en Tu, se traduisait par le prix de 29000 francs à la tonne.
- Cela suffit à expliquer la « fièvre du tungstène », qui semble s’être emparé de certains pays sud-américains. Au Pérou, en Argentine, en Bolivie, on met,’ à la recherche du wolfram, l’activité des prospecteurs de pétrole, au travers du Texas et de la Louisiane, voici quelque vingt ans.
- Gomme le montrent,/les figures 2 et 5 à Tam-bozas (Pérou), les camps miniers se rencontrent jusqu’à 4000 m. au-dessus du niveau de la mer et sur le carreau même s’élève l’usine de cencentra-tion. La main-d’œuvre est fournie par des Indiens, derniers descendants des Incas et l’on pense, avec raison, semble-t-il, que la_ Bolivie, qui occupe le quatrième rang sur la liste des pays producteurs, aura bientôt pris le troisième devant le Portugal. Si nos usines de %iunitions sont à la veille de changer de « fabrication'»,'chaque jour apporte une nouvelle application du tungstène. Ne vient-on[ pas de breveter sous le nom d’Amaloy, un'alliage de nickel, de chrome et de wolfram, excellent pour les contacts à faible voltage? L’acier1 au Tu, s’utilise enfin depuis peu, pour les instruments de chi-, rurgie, car il résiste à la corrosion, tandis que l’art dentaire tend à remplacer les anciens fils de platine doré par des filaments étirés analogues à ceux des lampes. „ ^
- Pour nous, Français, qui ne devons oublier
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- MÉTALLISATION ÉLECTRIQUE PAR PROJECTION
- aucune des leçons de la guerre, il nous faut souhaiter la prompte mise en exploitation de toutes nos concessions de'wolfram et de scheelite, et le développement de nos usines d’électro-métallurgie, suivant en cela l’exemple de nos .Alliés anglais. Dans le désir d’arracher aux Alletnands le marché
- du tungstène, ils viennent avec les capitaux d’un consortium réunissant 50 firmes et sur les plans de M. J. Vogel, d’installer à Sheffield une usine modèle livrant à l'indiistrie un produit jusqu’ici réservé au laboratoire, puisque sa teneur en métal pur dépasse 98 pour 100. Paul B.
- MÉTALLISATION ÉLECTRIQUE PAR PROJECTION
- Le procédé de métallisation par projection du métal fondu (procédé Schoop. V. La Nature, n° 2094, 12 juillet 1913) est un procédé fort séduisant qui a déjà reçu de nombreuses applications. Il se recom-
- Fig. i. — Le pistolet électrique.
- Le métal fondu est projeté'sur l'objet à recouvrir.
- mande par les qualités suivantes : rapidité, application facile et peu coûteuse aux objets des formes les plus diverses, notamment à ceux de petites ou de très grandes dimensions qui sont toujours difficiles à traiter par les méthodes habituelles.
- Le procédé Schoop a reçu dernièrement des améliorations notables par l’emploi du courant électrique pour fondre le métal.
- Le principe de la méthode, on le sait, est le suivant : un métal quelconque en forme de fil est fondu au moyen d’un brûleur oxhydrique ou à gaz-oxygène et projeté sur la surface de l’objet à traiter par un jet d’air comprimé. L’emploi des gaz comprimés présente une quantité d'inconvénients, d’autre part le prix des gaz combustibles étant actuellement très élevé augmente proportionnellement le prix de revient du travail de la métalli-1 sation. On a réussi récemment à remplacer le chalumeau oxhydrique' par le courant électrique en utilisant l’arc électrique entre électrodes filiformes pour fondre le métal employé. Deux fils reliés aux pôles d’une source électrique fournissant du courant continu ou alternatif sont arnenés au contact entre t eux au moyen d’un appareil maniable, dit pistolet électrique (fig. 1)> ce qui provoque un court-' • Le Gérant : P. Masson. — lmp.
- circuit. Le métal fond instantanément, un jet d’air pulvérise le métal fondu et le projette sur la surface à métalliser. Il se forme de suite un arc électrique entre les deux électrodes filiformes en métal et il continue à fondre automatiquement les fils métalliques.
- Le nouveau procédé électrique est plus économique que l’ancien procédé décrit jadis dans La Nature, le courant électrique étant meilleur marché que les gaz combustibles (hydrogène-oxygène). D’ailleurs lé rendement thermique de l’arc électrique est de beaucoup supérieur à celui d’une flamme à gaz. L’application industrielle de la métallisation électrique par projection a donné des résultats très encourageants ; on est arrivé à fondre au moyen du petit pistolet électrique même les métaux les plus réfractaires comme le tungstène et le molybdène.
- Signalons encore quelques nouvelles formes très simples des appareils à projeter les métaux fondus. Une buse tournante permet de métalliser l’intérieur des tubes, en matière quelconque, par voie mécanique. Des machines à tambour servent à métalliser des petits objets fabriqués eù masse comme vis, boulons, clous et d’autres. La métallisation en masse est alors effectuée en quelques minutes
- Fig. 2.— Le jet de métal fondu électriquement,
- '% '
- automatiquement.. Pour finir, mentionnons un procédé de zingage par projection qui consiste à faire fondre de la poudre de zinc avec de Pair comprimé et chauffé convenablement et à projeter le zinc fondu par le même jet d’air sur l’objet à zinguer. Kasperowicz.
- Lahure, rue de Kleurus, 9, à Pans.
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- LA NATURE.
- N° 2357.
- 3 Mai 1919
- LES OISEAUX AQUATIQUES EN PLONGÉE
- Le Dr Francis Ward s’est créé une place toute spéciale dans le monde photographique ; il est le seul opérateur qui ait réussi à prendre des instantanés sous l’eau d’animaux aquatiques ou amphibies. Dans cet ordre d’idées, nous ne lui connaissons pas de rivaux, ni même d’imitateurs.
- Le terme d’opérateur que nous venons d’employer pourrait faire supposer que M. Ward est un professionnel de la photographie. Empressons-nous donc de le présenter aux lecteurs français pour ce qu’il est : un docteur en médecine qui trouve le moyen, tout en exerçant activement sa profession dans la jolie ville d’ipswich, de poursuivre des études d’histoire naturelle qui lui ont déjà valu une brillante réputation dans les milieux scientifiques.
- Spécialisé dans l’ichtyologie, il chercha longtemps un moyen pratique d’enregistrer photographiquement les faits et gestes de la faune aquatique. Nous ne le suivrons pas au cours de ses laborieuses étapes, et passerons de suite à la description du procédé qui lui a permis de prendre les admirables instantanés reproduits sur ces pages.
- Un bras de mer, un fjord en miniature, pénètre dans la propriété de M. Ward. Dans la partie la plus profonde de la calanque a été aménagée une chambre assez spacieuse qui est entièrement recouverte par l’eau. Elle est fermée d’un côté par une glace sans tain, et d’on y peut descendre par un couloir souterrain.
- Gette partie du bras de mer est recouverte d’ime vaste cage qui retient prisonniers les oiseaux et animaux en observation. Un barrage à claire-voie la sépare de la mer, tout en laissant libre jeu à la marée. Des enclos disposés sur les rochers des rivages servent d’abris aux « pensionnaires » :
- Fig-, i. — Continent pêche le cormoran,
- 4.7° Anriée — 1" Semestre
- phoques, loutres, cormorans, poules d’eau, pingouins, etc. Une citerne reçoit les poissons vivants destinés à leur nourriture. '
- L’observateur placé dans la chambre éprouve
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- Fig. 2. — Le cormoran nageant, vu d’en dessous.
- l’illusion qu’il vit actuellement sous l’eau, dont il n’est séparé que par l’épaisseur d’une glace d’une grande pureté. Il distingue fort nettement les êtres qui avancent dans un certain rayon; mais il est à peine besoin d'ajouter que ses regards s’arrêtent à la surface de l’eau, qui les intercepte comme 1e. ferait un plafond opaque.
- Par contré, cette même glace, réfléchissant la lumière solaire qui filtre à travers la surface de l’eau, devient un écran infranchissable pour les organes visuels des poissons et autres créatures, tandis qu’ils nagent dans la vaste piscine. Lancés à la poursuite d’une proie, phoques et loutres viendront parfois heurter de leur museau la paroi de verre sans soupçonner la présence de l’observateur, qui, pour eux, se trouve plongé dans une obscurité complète.
- Nous n’ajouterons que quelques détails à cette description. Pour obliger les animaux à pénétrer dans l’arc de cercle qui constitue le champ efficace de ses appareils photographiques ou cinématographiques, le D‘ Francis Ward a eu l’idée de disposer en travers de la piscine une cloison de bois percée d’une ouverture assez spacieuse, cloison qui la divise donc en deux chambres. , ...
- Au moment où il ouvre, par exemple, la cage d’une loutre, il fait jeter les poissons vivants dans celle-des chambres qui. est contiguë à la glace sans tain. Le carnivore plonge dans l’autre enclos, l’explore rapidement, puis, traverse l’ouverture qui perce la clôture immergée, et s’élance à la poursuite des poissons. Le passage par cette fenêtre l’amène forcé- -r-V . 22. — 337
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- Fig. 3. — L'entrée sous Veau.
- ment dans le rayon d’efficacité des appareils.
- C’est grâce à cet ingénieux procédé que le distingué savant a pu corriger certaines erreurs qu’avait consacrées le manque d’observations directes. Ses instantanés, ou ses films cinématographiques, nous ont révélé, par exemple, que la loutre ne se sert en plongée que de ses pattes postérieures, les antérieures restant étroitement collées au ventre jus-
- ment dans l’eau en avançant une patte après l’autre en des enjambées vigoureuses, le corps porté en avant et le cou replié. Il semble qu’elle se serve de sa queue comme du gouvernail; mais ses'ailes restent inactives.
- Étudions maintenant, avec l’aide des notes que l’auteur a bien voulu nous communiquer, les remarquables instantanés reproduits sur ces pages.
- Le distingué naturaliste fut amené à étudier de près les cormorans en raison d’une pétition de pêcheurs qui demandaient qu’on organisât leur extermination et qu’on les décrétât espèce nuisible. Ardent pêcheur lui-même, il remarqua plus d’une fois qu’un cormoran, pêchant dans les mêmes parages que lui, capturait cinq ou six poissons pendant que lui-même... restait bredouille!
- L’enquête qu’il ouvrit lui permit de déterminer qu’un cormoran dévore chaque jour une moyenne de 15 livres de poisson,, soit son propre poids! Parmi les poids authentiques qu’il rapporte, citons celui d’un naturaliste qui gardait chez lui un cormoran adulte ; le vorace palmipède avalait ses 50 harengs par jour. Le cormoran de petite taille que l’auteur a conservé pendant six mois, et qu’il photographia sous toutes les poses imaginables, comme nous allons le dire, mangeait régulièrement 8 livres de poisson par jour. En un seul repas, il n’éprouvait aucune difficulté à avaler 27 harengs mesurant en moyenne 175 mm de longueur.
- Commentant les instantanés qu'il a eu la bonté de nous communiquer, M. Ward remarque que le plumage du cormoran n’est pas aussi noir qu’il apparaît, quand nous voyons de loin sa silhouette se découper dans le ciel, alors qu’il surveille la surface de la mer du haut d’un rocher grisâtre. Quand on l’étudie de près, on est surpris de constater que ses joues et ses patLes sont teintées de blanc, et que le reste du plumage offre un reflet bleuâtre agréable
- qu’au moment où la résistance’de la proie provoque leur intervention. l Au contraire, le pingouin ne se sert pas de ses membres postérieurs dès qu’il pénètre sous l’eau; ses moignons d’ailes, qui forment de puissantes rames, constituent alors son unique appareil moteur. Ses plongées s’effectuent avec une rapidité fantastique, et son corps en forme de torpille se balance curieusement sur son axe longitudinal, comme s’il vrillait (pour employer un terme d’aviation) son chemin à travers l’eau. Ses ailes, cependant, battent à l’unisson ; ce balancement rapide est donc indépendant de leur action.
- La poule d’eau a donné lieu à d’intéressantes observations. A en juger par les instantanés du Dr Ward, cette agile plongeuse marcAe littérale-
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- au regard. Un rayon de soleil éclaircit singulièrement sa livrée.
- Le cormoran a une curieuse habitude que M. Ward n’a pu s’expliquer qu’après avoir pris ses instantanés sous-marins. Quand il nage en surface, il plonge fréquemment sa tête sous l’eau, d’un mouvement très rapide, et pour la rètirer immédiatement. Tant qu’il nage sans exécuter ce mouvement, son corps, vu du fond de l’eau (ou de la chambre d’observation du Dr Ward), n’est indiqué que par une masse grisâtre, ainsi que le montre la fig.
- Le poisson n’aperçoit que cette silhouette sombre, peu faite pour lui signaler l’approche de l’implacable ennemi.
- Keportons-nous à une autre photographie(fig. 4), où l’oiseau plongé rapidement sa tête sous l’eau. Ce geste se traduit par un éclair qui illumine soudain l’eau sombre, lueur argentée produite par les bulles d’air attachées aux plumes obscures delà tête et du cou, et qui reflètent la lumière céleste. Comparez avec cette image une autre presque idenlique(fig. 5), prise au moment où l’oiseau, s’apprêtant à plonger, écarte ses larges pattes palmées pour redresser son corps en arrière. Vous constaterez que l’illumination de la tête a considérablement diminué. Cette observation va nous livrer la clé d’un curieux phénomène.
- Chez la plupart des poissons, les écailles latérales et ventrales sont seules à posséder la faculté de réfléchir la lumière, à l’encontre de celles du dos et du dessus de la tête, qui restent toujours sombres. Conséquemment, .aussi longtemps que le poisson conserve la position horizontale, il demeure pratiquement invisible, puisque ses flancs réflètent les couleurs ambiantes et que son dos ne renvoie pas les rayons solaires. Mais, dès qu’il s’agite, ses écailles latérales présentent à ces mêmes rayons des surfaces réfléchissantes qui produisent un éclat argenté très intense. Nos lecteurs auront observé ce phénomène plus d’une fois. Penchez-vous sur la surface d’un étang poissonneux, et vous distinguerez difficilement
- Fig. 5. — 11 culbute.
- Fig. 6. — Le retour en surface.
- les bandes de petits poissons qui passent sous vos yeux. Mais lancez-leur un appât qui excite leur convoitise, et l’eau s’illuminera soudain de mille éclairs.
- Ce sont précisément ces brusques lueurs qui attirent l’attention des gros poissons sur les petits, dont ils font leur proie, et ce rusé chasseur qu’est le',cormoran applique le même procédé pour attirer les premiers dans son rayon d’action. Avant de plonger, il enfonce sa tête sous l’eau en une série de mouvements saccadés et rapides, mais en prenant s- oin de ne l’incliner que juste assez pour qu’elle réfléchisse la lumière supérieure. Comme on peut le constater en se reportant de nouveau aux deux photographies dont nous parlons plus haut, si sa tête dépasse l’angle convenable, la réflexion n’a pas lieu.
- Nous nous expliquons maintenant pourquoi le cormoran ne rentre jamais bredouille de ses expéditions sub-aquatiques, alors que les autres oiseaux pêcheurs sont coutumiers de l’insuccès.
- Il commence par produire sous la surface de l’eau sa série d’éclairs, et l’on remarquera que sa tête offre alors l’aspect d’un poisson lumineux. Jugeant que sa ruse a porté ses fruits et que le miroitement attire déjà du fond de l’eau les stupides poissons alléchés par l’espoir d’une abondante capture de fretin, il plonge résolument, serre étroitement ses ailes
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- contre ses flancs, et, battant de ses deux pattes vigoureuses, qu’il actionne à l’unisson, serpente dans l’eau avec la rapidité d’une flèche.
- Si la photographie enregistre nettement sa silhouette, tandis qu’il se précipite à la poursuite de la proie, l’œil de l’observateur placé derrière la glace sans tain suit difficilement ses mouvements, et on le prendrait volontiers pour un poisson, surtout lorsque son plumage, qui a retenu d’innombrables bulles d’air minuscules, s’enveloppe de lueurs argentées (fig. 5). On peut supposer qu’il produit cette même impression sur la rétine des poissons, illusion fatale qui retarde leur fuite.
- Soudan, chasseur et gibier entrent en contact. Mais, au moment précis où le puissant bec du cormoran plante sa pointe en crochet dans la chair du poisson, sa queue se relève instantanément en éventail, mouvement qui arrête net l’élan du plongeur et l’empêche de se heurter violemment contre les cailloux du fond (fig. 1).
- On remarque un curieux effet d’éclairage quand l’oiseau remonte avec sa proie. Une logique superficielle voudrait que la livrée du palmipède fût alors sombre, et que celle, du hareng fût étincelante. Mais, dans la position qu’ils occupent respectivement, la tête, le cou et le dos du premier miroitent sous la réflexion de la lumière qui tombe d’en
- haut, tandis que les écailles du poisson réflètent la teinte sombre du fond de l’eau.
- Remonté à la surface, le chasseur tourne et retourne le poison entre les pointes de son bec jusqu’à ce qu’il ait saisi la tête, et il l’avale d’un seul effort, s’il n’est pas trop volumineux. Il lui arrive parfois de capturer une deuxième proie alors que la queue de la première n’a pas encore disparu dans son gosier. En ce cas, il lui faut accomplir une série de mouvements laborieux. Il allonge son cou, l’arc-boute brusquement, l’allonge de nouveau, et force ainsi le trop gros morceau à descendre progressivement dans son estomac. Si l’agréable mésaventure d’avoir à faire les bouchées doubles survient tandis que le vorace est perché sur un rocher, il exécute de rapides battements d’ailes qui, par leur action réflexe, facilitent manifestement la dilatation du gosier.
- Gës notes, bien qu’incomplètes, démontreront à nos lecteurs qu’il convient d’accorder une importance capitale aux travaux du Dr Francis Ward. Nous sommes heureux d’annoncer dès à présent qu-’il en exposera les résultats dans un ouvrage .que les naturalistes attendront avec impatience. Son apparition nous offrira une nouvelle occasion de parler de ses intéressantes découvertes.
- V. Forbin.
- LES RELATIONS PAR FER DE L’ALSACE-LORRAINE AVEC LA FRANCE
- La percée des Vosges.
- Le rattachement à la France des provinces annexées à l’Empire allemand par les traités de' 1871 va déterminer, dans une large mesure, le développement des échanges entre la mère-patrie et les départements reconquis. Aussi paraît-il indispensable d’assurer entre l’Alsace-Lorraine et la France de meilleures communications par eau, comme nous l’avons montré dans un récent article U). Mais les relations par fer répondent-elles, de leur côté, à tous les besoins? Il ne le semble pas.
- Lorsqu’on examine une carte de la région du Rhin on •observe immédiatement que les voies de chemins de fer reliant la France aux provinces un moment perdues sont inégalement réparties. Au nord, les deux fractions de la Lorraine sont rattachées par une série de lignes orientées de l’est à l’ouest ou du sud-est au nord-ouest : Longuyon-Audun-le-Roman-Thionville, Verdun-Conflans-Metz-Sarrelouis, Frouard-Pagny-sur-Moselle-Metz, Frouard-Chàteau Salins-Sârreguemines (-).
- Il suffira de raccorder les sections Longwy-Villerupt et-Algrange Thionville, .d’une part, et de l’autre Nomény à Coin-sur- Seille.
- Au contraire, vers le sud, l’Alsace est presque isolée
- 1. Voy. La Nature, n° 2350 du 25 janvier 1919.
- 2. Les Allemands ont, pendant la guerre, raccordé les voies Jœuf, Yalleroy et Moyeuvre (territoire annexé), Hagon-dange, constituant ainsi une nouvelle ligne Conllans-Jœuf-Thionville.
- du département des Vosges. Deux voies seulement facilitent les échanges : la ligne de Nancy à Lunéville, Sa-verne et Strasbourg, qui emprunte la trouée de Saverne, et la ligne de Chaumont à Belfort et Mulhouse, qui uti-* lise la trouée de Valdieu. Entre Avricourt et Belfort, aucune artère ne rapproche les campagnes situées sur les deux versants de la chaîne vosgienne, car on ne saurait considérer comme une voie de trafic international celle du railway de Gérardmer à la Schlueht, prolongée par celle du tramway de la Schlueht à Munster.
- En fait, les .Vosges forment encore, entre la plaine d’Alsace et les vallées mosellanes, un rempart inviolé, un bastion traversé uniquement par des routes carrossables de grand tourisme.
- Ce n’est cependant pas que les Vosges présentent de particulières difficultés de franchissement. Les ingénieurs, qui ont percé le mont Cenis, le Gothard, le Siinplon, le Loetschberg, le Brenner, ne seraient guère embarrassés d’attaquer le massif vosgien, Celui-ci, en outre, ne recèle pas, comme le Jura, des poches aquifères, susceptibles de provoquer des surprises. Au contraire, tout concourt à favoriser l’établissement de nombreuses voies transvosgiennes.
- Comme l’écrivait le regretté Louis Laffitte, secrétaire de la Chambre de Commerce de Nancy, tombé au champ d’honneur« Si jamais la nature a préparé le travail de l’homme et nettement tracé le dessin d’un réseau complet de voies de communication, c’est bien dans les Vosges,-et dans cette province de Lorraine, qui leur est
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- %A PERCÉE DES VOSGES
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- rattachée par la parenté géographique et par l’histoire. »
- En effet, la voie principale sur le versant occidental de la chaîne, la Moselle, se ramifie en de nombreuses vallées, qui toutes conduisent à des cols^d’où l’on accède par des déclivités rapides à la plaine d’Alsace.
- D’autre part, sur chaque flanc de l’arête montagneuse, se rencontrent des agglomérations industrielles, Raon-sur-PJaine, Raori-l’Étapè, Senones, Saint-Dié, Fraize, Gérardmer, Gornimont, Bussang, le Thillol, et, plus à l’arrière, Nancy,
- Épinal , Belfort, pour le versant ouest; Schirmeck,
- Saales, Sainte-Ma-rie-aux-Mines, Or-bey , Metzeral ,
- Ivruth, Wesserling, et, au delà, Schles-tadt, Colmar, Mulhouse, pour le versant est, dont les manufactures textiles attendent depuis longtemps un contact plus étroit avec les nôtres.
- Sans doute, la liaison par fer eût été un fait déjà accompli si des raisons d’ordre militaire ne s’y étaient opposées. Toutefois, ces raisons n’ont plus aujourd’hui aucune valeur. Au contraire, la réintégration de l’Alsace - Lorraine au’seindela France nous fait une obligation de réaliser, dans le délai le plus bref, la percée des Vosges, car le problème, après avoir eu un caractère international, est devenu essen--tiellement économique et régional.
- C’était le rejet pur et simple du projet soutenu par Colmar. Cette ville ne se tint pas pour battue. Le 9 octobre 1867, elle adressait à Napoléon III une pétition chaleureuse. L’Empereur donna, conséquemment, l’ordre de réorganiser la Commission nommée par le département du Haut-Rhin aux fins d’enquêter sur la percée des Vosges, et lui enjoignit de lui fournir son avis motivé' sur tous les projets en présencp. Ceux-ci étaient alors au nombre de 8. Le .50 janvier 1868, ladite Commission
- préconisait l’ouverture d’üne ligne Remiremont - Wil-derstein par le col deBrammont, avec un double raccordement de Wilden-stein sur Wesserling d’une part (vers Mulhouse) et sur Munster de l’autre (vers Colmar).
- Après ce jugement de Salomon, le Corps législatif, sur le rapport de M. Buffet, concéda, en juin 1868, à la Compagnie de l’Est, le chemin de fer de Remiremont à la ligne de Colmar à Mulhouse, et le 3 août 1870, le tracé, définitif était approuvé par le Parlement. Il passait par Bussang, Kruth et Wesserling. Çolmar perdait la partie, Mulhouse triomphait. Triomphe éphémère, car la guerre de 1870 allait éclater, et arracher l’Alsace à la France.
- Pendant 25 ans, il ne fut plus question des Iransvos-giens. A la muni-
- On doit à la vérité de reconnaître qu’il était déjà tel^ en 1862, date à laquelle la ville de Mulhouse, ayant pris mi grand essor industriel, réclamait la construction d’une voie Remiremont-Thann, par'"Bussang, en oppo-, silion au. projet préconisé par Colmar depuis 1860, et qui tendait à trouer la vallée de Munster. En 1864, Je Conseil général des Vosges départageait les concurrents en se prononçant pour une- artère Remiremont-Wesser-ling ; mais, presque simultanément, on voyait naître un projet de raccordement Saint-Dié-Sainte-Marie-aux-Mines.
- En 1867* le Conseil général des Vosges, revenant sur son vote antérieur, admettait1 la possibilité de donner satisfaction aux partisans du Remiremont-Wesserling et du Saint-Dié-Sainte-Marie, en commençant, toutefois, par la première ligne.
- cipalilé de Sainte-Marie revient l’honneur d’avoir rompu le silence en 1904, et... d’avoir, en 1905, sollicité du Reichstag l’établissement d’un raccordement Sainte-Marie-Saint-Dié. En 1907, la Chambre des arts et manufactures de Saint-Dié, à son tour, intervint en faveur de ce projet. -
- Les Mulhousiens, stimulés par ces précédents, revinrent à la charge pour obtenir la priorité en faveur du Wesserling-Bussang concédé.
- C’est à ce moment que le Comité commercial franco-allemand, fondé le 28 février 1908 à Paris, prit l’initiative de coordonner tous les projets naguère étudiés, et, avec le concours d’un Comité correspondant à Berlin, le Deutsch-Franzôsischer Wirtschaflsverein, de faire aboutir l’une ou l’autre des solutions préconisées. Le
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- Comité travailla avec beaucoup d’ardeur en 1908 et 1909, il se concilia la bienveillance des pouvoirs publics français, et suscita même un voyage d’études du ministre allemand des Travaux publics, mais aucune décision n’avait été prise lorsque la guerre survint.
- On peut, toutefois, considérer que toutes les possibilités d’exécution ont été envisagées depuis 1860. Quatorze tracés ont été prévus, plus trois embranchements. Avec les variantes, on enregistre, en fait, 27 lignes.
- Sept des tracés ont leur point de départ, sur territoire vosgien, dans la valle'e de la Meurthe, à Raon-l’Étape, Saint-Dié et Fraize; six s’amorcent dans la vallée de la Moselle ou de ses affluents, à Gérardmer, Corni-mont, Bussang, Saint-Maurice. Sur le versant alsacien,, deux tracés aboutissent dans la vallée de la Bruche (Schirmeck) et visent à desservir plus avantageusement Strasbourg ; un autre conduit à Sainte-Marie et Schlestadt ; cinq sont destinés à développer les relations avec Colmar, cinq aussi celles avec Mulhouse par la vallée de la Thür.
- Enfin, un tracé Rupt-sur-Moselle-Giromagny, par Bas-Evette, ne constitue pas, à proprement parler, un trans-vosgien.
- On voit immédiatement que les tracés les plus nombreux affectent la partie méridionale de la chaîne montagneuse.
- A vrai dire, tous les tracés proposés sont des « ébauches à modifier selon les besoins », suivant la notation inscrite au bas de leur graphique par les promoteurs du Saint-Dié-Fraize-Colmar. Cependant, les partisans de chaque tracé ont tenté de démontrer, avec une parfaite bonne foi, que leur formule était de tous points supérieure aux autres.
- Essayons, après M. Laffitte, de reconnaître les avantages et les inconvénients des divers choix, encore que l’examen technique des lignes ait été, dans bien des cas, insuffisamment approfondi.
- Au point de vue de la longueur des sections à construire, l’avantage semble appartenir au tracé Bussang-Kruth (13 km 500) et surtout au tracé Bussang-Wesserling direct (11 km 450), concurrencés par le Saint-Maurice-Sewen (13 km 800).
- Les autres lignes exigeraient des travaux plus étendus.
- En effet, la longueur des voies nouvelles s’élèverait à 18 km 400 pour le Saint-Dié-Saales, 21 pour le Corni-mont-Kruth, 21 à 25, suivant les variantes, pour le Saint-Dié-Sainte-Marie-Schirmeck, 25 à 27 pour le Cor-nimont-Ventron-Kruth, 25 à 28 pour le Gérardmer-Colmar, via Munster et Metzeral, 27 à 29 pour le Cor-nimont-Colmar, via la Bresse, 35,6 pour le Raon-Schirmeck, 38 à 40 pour le Fraïze-Orbey-Colmar, 42 pour le Fraize-Munster, 60 et 67 pour le Sainte-Marie-le Bonhomme.
- Mais, en matière de chemins de fer de montagne, la longueur du trajet ne constitue pas' un critérium suffisant. Il faut également considérer le profil du tracé. Une pente exagérée aju-dessus de 0,015 doit faire rejeter les voies Fraize-Colmar, par le Bonhomme (0,015 à 0,020), Cornimont-la-Bresse-Metzeral (0,020 à 0,025), Saint-Dié-Colmar 10,020) et Fraize-Munster (0,025). Par contre, les rampes ne dépassent pas 0,015 sur le Bussang-Kruth, et elles s’abaissent à 0,012 pour tout le tracé Saint-Dié-Sainte-Marie.;
- En ce qui concerne les courbes, tous les tracés sont acceptables, le rayon n’étant jamais inférieur à 300 m. Toutefois, le Saint-Dié-Molsheim, le Fraize-Colmar, les
- DES VOSGES .............
- I ignés aboutissant à Kruth accusent toutes des courbes de plus de 350 m.
- Enfin, si nous faisons état des souterrains qu’il sera nécessaire de creuser au sein de la chaîne, nous observons que les plus courts ouvrages sont situés sur 1e Saint-Dié-Colmar par le Bonhomme (1 km 160 dans un cas, 1 km 730 dans un autre), les plus longs sur le trajet Saint-Dié-Schlestadt ^6800 m.), Saint-Dié-Sainte-Marie-Colmar (8900 m.), Fraize-Munster (7700 m.). Sur les* autres parcours, la longueur des tunnels varierait entre 4900 m. et 7 kilomètres.
- Il convient, d’ailleurs, de signaler que plusieurs de ces souterrains de faite seraient hélicoïdaux, à Metzeral et Sewen par exemple.
- Ainsi, techniquement, l’avantage semble revenir au Bussang-Wesserling, dont la longueur n’excéderait pas
- II km 500, les pentes 0,015, les courbes 350 m. de rayon, et les souterrains 2800 m. Au nord, la prééminence peut appartenir au Saint-Dié-Sainte-Marie, privilégié quant à la longueur de la voie (21 km), au profil (0,012), au rayon des courbes (350 m.), mais singulièrement désavantagé quant à l’importance du souterrain à réaliser.
- Il est aussi un facteur qu’il importe de considérer : la dépense probable. Celle-ci oscillait, d’après les calculs de 1909, entre 15 885 000 fr. pour le Saint-Dié-Saales-Molsheim (ou 755 000 fr. au kilomètre) et 35 millions pour le Cornimont-Metzeral-Colmar (1 570 000 fr. au kilomètre). Aujourd’hui les prix devraient être majorés de 75 pour 100 environ.
- Mais la Commission d’enquête de 1869 disait justement : « S’il y a lieu de 'tenir compte de la dépense -comparative des divers projets, ce côté de la question doit être pourtant tenu pour secondaire, alors qu’il s’agit d’une œuvre qui peut être qualifiée d’éternelle et qui est appelée à exercer sur la prospérité du pays une influence permanente, locale ou générale, partielle ou absolue, selon le tracé qui sera adopté. » Si nous nous plaçons au point de vue des transports internationaux, comme beaucoup des promoteurs de transvosgiens, nous constaterons évidemment que le trajet Paris-Vienne serait légèrement raccourci par les transvosgiens Bussang-Kruth ou Gérard--mer-Colmar, mais nous devrons, avec M. Laffitte, avouer qu’il n’y a là qu’une apparence, à laquelle il ne sied pas de s’arrêter.
- De même, on arguait que le trajet de Calais à Bâle serait sérieusement amélioré par le Saint-Dié-Sàïnte-Marie, ou le Mulhouse-Épinal. Telle était, du moins, l’opinion soutenue par la municipalité de Sainte-Marie et la Chambre de Commerce de Mulhouse. Le bénéfice devait être de 39 km dans le premier cas, de 50 à 6U dans le second. Il atteindrait en fait de 40 à 46 km pour les tracés du sud. Mais, pas plus que la route trans-vosgienne de Paris à Vienne, la création d’une voie transvosgienne de Calais. à Bâle ne paraît indispensable.
- Au contraire, on doit envisager l’institution d’une ou plusieurs voies ferrées qui « répondent le plus complètement possible aux intérêts régionaux et généraux » de l’Alsace et du versant occidental des Vosges.
- Or, quels sont ces intérêts? L’Alsace a besoin de charbon et de coton, qu’elle tire du port du Havre. La houille lui était naguère fournie en partie par la Belgique *(9 pour 100 environ). Il est possible que ce trafic emprunte dans l’avenir la ligne éventuelle Saint-Dié-Sainte-Marie. Mais rien- n’est moins prouvé. On peut aussi admettre!;que des échanges plus suivis entre l’Europe du
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- LES VOLS A HAUTE ALTITUDE .. :: .. : 343
- nord-ouest et l’Europe centrale‘s’instaureront après la paix ; c’est possible. Nous devons également songer que l’Alsace nous enverra de gros tonnages de potasse, et que, par contre, nous l’approvisionnerons de produils ouvrés qu’elle importait naguère d’Allemagne. Toutes ces considérations ne nous fournissent aucune indication en faveur d’un tracé plutôt que d’un autre. Elles nous montrent uniquement qu’il y a utilité à trouer les Vosges pour faciliter les transactions.
- De même, il apparaît indispensable, pour assurer notre défense future du Rhin, de pouvoir transporter aisément troupes et ravitaillements de l’ouest des Vosges vers la plaine d’Alsace. Mais ceci n’implique la supériorité d’aucun tracé sur un autre.
- mesurerait 22 km, et dont les rapporteurs disaient déjà en 1008 que la durée de sa construction serait moins longue, les frais d’établissement moins élevés, et qu’elle desservirait le mieux les intérêts régionaux tout en se prêtant aux transports internationaux. »
- Il y a lieu, d’un autre côté, de songer qu’une seule voie ferrée ne saurait suffire à assurer les communications entre les vallées industrielles des Vosges et la plaine d’Alsace. En adoptant le projet de Sainl-Dié, on a surtout favorisé Strasbourg et Schlesladt. Il importe aussi de donner une légitime satisfaction à Co'lmar et à Mulhouse, en ouvrant des relations à travers les Vosges centrales et méridionales. M. Laffitte écrivait jadis : « Le bon sens conseille de créer une voie ferrée là où il en
- Raccourcissement des distances par les divers tracés.
- N- PAHCOUHS à Strasbourg I I a E NA NC E o c.; Mulhouse / ' DE bD P O » .n SAI.NT-1 CC s ~o . U s Mulhouse ] Sm P © JP tn St yÉPINAL " l O CJ> • © cn P O-
- Par les .lignes existantes . 150 194 250 166 210 210 177 198 156
- 1 Raon-l’Étape-Schimieck . 145 183 225 96 134 176 156 194 (236)
- 2 Saint-Dié à Saales (164, (201) (244) 81 118 161 141 178 (221)
- 3 Saint-Dié à Sainte-Marie-aux-Mines (170) 149 192 87 66 109 147 126 (169)
- 4 Saint-Dié à Colmar . . (219) 1 1 193 156 73 115 169 128 (170)
- 5 Fraize-Colmar par le Bonhomme ...... (205) 159 181 122 56 98 166 100 142
- 6 Fraize à Munster ......' (206)' 140 183 125 57 100 • 167 . 101 144
- 7 Anould à Munster. (207) 141 184 124 58 101 168 102 145
- 8 Gérardmer à Metzeral (250) 181 225 165 59 140 172 107 149
- 9 Cornimont-Metzeral par La Bresse (245) 179 222 (208) 142 185 172 105 148
- 10 Cornimont-Kruth par La Bresse (281) (215) 184 (245) 179 148 (208) 142 111
- 11 Cornimont-Kruth par Venlron (287) (221) 190 (251) 185 154 (215) 147 116
- 12 ! Bussang-Kruth (283) (217) 186 (246) 180 159 (269) 143 113
- 13 Bussang-Wesserling (276) (210) 180 (240) 174 145 (202) 137 108
- 14 Saint-Maurice-Sewen (284) (218) 187 (247) 181 150 .(210) ' 144 113
- Les chilFres entre parenthèses correspondent ù des allongements pour rapprochement aux parcours actuels.
- Tirerons-nous argument de la comparaison des distances? Le tableau ci-dessus, dressé par la Compagnie de l’Est, nous enseigne que les tracés les plus favorables à l’essor de Nancy et Épinal sont ceux ayant Saint-Dié pour tête de ligne. Le gain total enregistrable pour les relations entre Nancy et Épinal d’une part, Strasbourg, Schlestadt, Colmar, Mulhouse ou Bâle de l’autre, atteint 323 km pour le Saint-Dié-Sainte-Marie, 313 pour le Fraize-Colmar.
- C’est sans doute un argument de celle nature qui a déterminé le ministre des Travaux Publics à décider la construction immédiate de la ligne Saint-Dié-Saales, qui
- manque ». Il est inadmissible que Bussang soit dans l’impossibilité de trafiquer avec Mulhouse et Colmar, à moins d’emprunter des itinéraires fastidieusement allongés. De même, Gérardmer ne saurait désormais effectuer des échanges avec Mulhouse par l’intermédiaire d’un simple tramway pour excursionnistes. Nous avons aussi le devoir de rapprocher Épinal de Colmar. Des deux fragments, dessoudés hier, de l’Alsace et de la Lorraine, nous devons refaire un bloc homogène. Nous n’y parviendrons qu’en plaçant des rails nombreux entre les dçux versants des Vosges. Ainsi seulement se pourra effectuer la jonction définitive des populations qui les habitent. Auguste Pawlowski.
- LES VOLS A HAUTE ALTITUDE'"
- II
- Rendement du moteur. — Le rendement thermique d’un moteur va croissant avec la vitesse linéaire des pistons, c’est-à-dire avec le nombre de tours par minute. La puissance développée dépend de la pression moyenne exercée sur le piston ; pour 1. Voj^ La Nature, n® 2356. ./< - -
- une même vitesse de rotation du moteur et une même condition d’admission, la puissance est proportionnelle à la densité de la cylindrée, c’est-à-dire sensiblement à'la densité de l’air ambiant.
- Le rôle joué par la valeur des explosions est donc de tout premier ordre ; or celle-ci dépend, en grande
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- partie de la propre richesse du mélange tonnant. Cependant l’explosion est facilitée par l’élévation de la compression (2e temps du cycle) des gaz.
- Le mélange tonnant d’un moteur à explosion se
- Fig. — Schéma montrant la compression d’un moteur.
- B Piston au point mort bas.
- H Piston au point mort bas.
- V Cylindrée = alèsag-e x course, e Chambre d’explosion.
- compose d’un combustible convenablement mélangé à un comburant. Le combustible le plus courant est l’essence de pétrole ; le comburant est l’oxygène.
- L’essence de pétrole est un mélange d’hydrocarbures; le carbure , qui constitue la majeure partie de l’essence est i’heptane, formule C7H1G, qui contient en proportion de poids 84 pour 100 de carbone et 16 pour 100 d’hydrogène.
- Théoriquement, la combustion dans un moteur de 1 gr. d’essence exige 3 gr. 52 d’oxygène, soit 15 gr. 3 d’air, ce qui, à une température de 0° et 760 mm de pression correspond à 11 litres 8 d’air. En réalité, par suite de différentes pertes, il faut compter pratiquement sur 15 à 16 litres d’air, soit sur 4,290 gr. d’oxygène.
- On sait que l’air contenant l’oxygène est aspiré par le carburateur et que l’essence se mélange avec' lui dans une chambre des mélanges ; la valeur de l’aspiration par les cylindres du mélange tonnant par unité de temps est fonction de la vitesse de rotation du moteur, or le poids d’air aspiré dans ces conditions pour une certaine vitesse de rotation du moteur est proportionnel à la densité de l’air. L’expérience montre que l’essence, aspirée dans les mêmes conditions, est sensiblement proportionnelle à la racine carrée des" densités d’air. Le mélange tonnant d’essence et d’air devient donc trop riche en
- essence à mesure que la densité de l’air diminue ; les explosions sont mauvaises et la puissance du moteur baisse sensiblement.
- A titre d’exemple citons le moteur Hispano 300 chev. dont la cylindrée totale est de 18,46 litres ; au sol, à 0° et à 760 mm de pression il aspirera en théorie 1 gr. 35 d’essence et 25,996 gr. d’air, . soit 18,45 litres d’air comprenant 4,472 gr. d’oxygène. A 10000 m. d’altitude, l’aspiration d’essence étant la même, les 18,45 litres d’air ne donneront plus que 1,410 gr. d’oxygène; en conséquence le mélange sera déplorable; l’explosion même pourra ne pas se produire.
- On a imaginé, afin d’accroître sur le piston la pression moyenne suffisante pour obtenir une bonne explosion, d’augmenter la pression au moment de l’explosion. Les constructeurs ont donc augmenté la valeur de la « compression ».
- La « compression » d’un moteur est représentée par une valeur qui mesure le rapport entre le volume total du cylindre au moment où le piston est au point mort haut de sa course avec le volume total du cylindre au moment où le piston se trouve au point mort bas.
- Si V est le volume du cylindre : si e est le volume de la chambre d’explosion, la valeur de la
- _ j - g
- compression sera —-— (fig. 1).
- Les avantages obtenus sont de permettre aux moteurs de maintenir leur puissance jusqu’à une i certaine altitude ; les inconvénients sont de fatiguer le moteur lorsqu’il travaille à pleine admission des gaz au sol; en effet, dans ces conditions, le rendement est tel que les efforts dépassent ceux qui ont été prévus pour le fonctionnement du moteur lors de sa conception, le moteur fatigue et chauffe. Pour éviter cet inconvénient les pilotes doivent s’abstenir de pousser leurs moteurs au sol au delà de leurs régimes normaux ; tous les gaz n’étant donnés à hautealtitude que pour compenser la baissé de
- A B
- Fig. 2. — 2 pistons du moteur Liberty.
- A Piston donnant une basse compression (4,75) ; le.moteur rend 375 che-v. . ~
- B Piston bombé donnant une haute compression (3,55) ; ie moteur rend 410 chev.
- régime, la haute compression peut être alors utilisée sans crainte d’échauffement.
- Renault qui dans ses moteurs anciens n’utilisait qu’une* compression de 4,25 vient de la pousser à 5 pour tous ses nouveaux types; Pune/des plus
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- L^S VOLS A HAUTE ALTITUDE... ' —..... 345
- hautes compressions remarquée sur les moteurs d’aviation est celle du Maybach allemand 500 chev., moteur à haut rendement dont la valeur de
- V-f-e-
- —-—= 5,94 (Cf. tableau des caractéristiques
- des moteurs d’aviation. La Nature, n° 2355).
- Le moteur Hispano donne un exemple frappant de l’utilisation de la compression, le 150 chev. Hispano devient le 180 chev. par le seul passage de sà compression de 4,7 à 5,3. De même le 200 chev. devient le 220 par le seul passage de sa compression de 4,7 à 5,3. Remarquons en passant que le 150 chev. devient le 200 chev. (C = 4,7) par le passage de sa vitesse de rotation de 1800 à 2100 tours à la minute.
- Le moteur Liberty à basse compression (C =4,75) est utilisé par la marine américaine dont le service n’exige pas la montée aux très hautes altitudes, la puissance n’est que de 375 chev., mais le fonctionnement est plus sûr que celui du 420 chev. (C=5,55) à haute compression (fig. 2).
- Un moteur voit sa puissance diminuer avec l’altitude suivant la formule : Ps= p. Po.
- P2 Puissance à altitude z ;
- Po Puissance au sol ;
- Rapport des pressions (voir tableau I),
- donc un moteur de 500 chev., toutes choses égales, à 10000 m. ne sera plus que de :
- 300x0,26 = 78 chev.
- Pour ce moteur, la perte constatée serait dans ces conditions de 222 chev. * -
- Si nous considérons l’aéroplane qui nécessite 50 chevaux pour sa sustentation au sol, nous pouvons établir une courbe qui représentera les augmenta-
- O '2000 4000 6000 8000 IOOOO 12000
- Fig. 3. Courbe de baisse de puissance d'un moteur de 5o chev. en fonction de l'altitude.
- tions successives de puissance qu’il faudrait prévoir pour faire monter cet avion, toutes choses égales, aux différentes altitudes (fig. 3) ; ces constatations ne sont d’ailleurs pas strictement exactes parce qu’en réalité il faudrait tenir compte
- de l’augmentation du poids total de l’avion provenant du moteur qui pèse d’autant plus qu’il est plus puissant.
- A cette perte considérable de puissance créée.
- 2000 4000 6000 8000 IOOOO 12000 14000
- Me Ires
- Fig- 4- — Courbes représentant en fonction de l’altitude, les accroissements nécessaires de la puissance pour un avion dont la puissance minima de vol au sol est de 5o chev.
- A, Courbe de la puissance nécessitée pour la sustentation de 1 avion; M, courbe de l’augmentation de puissance nécessitée par la baisse de rendement du moteur; P, courbe générale donnant l’augmentation totale nécessaire.
- par 1 abaissement de la pression atmosphérique s’ajoutent aux hautes altitudes les inconvénients multiples que les basses températures de ces couches «de 1 atmosphère peuvent entraîner sur le fonctionnement des moteurs.
- La volatilisation de l’essence dans l’air aspiré par le carburateur pour constituer le mélange détonant s opère au mieux sous une température d’environ 15°; si la température des gaz carburés baisse, la vaporisation ne se fait pas aussi complète et devient plutôt une émulsion, dans ce cas le rendement des explosions est moindre (Cf. départ d’un moleur en hiver).; si la température de ces gaz monte au delà de 15°, leur dilatation en rend la densité de la cylindrée moindre/ce qui entraîne une baisse de puissance.
- Pour obvier à ces inconvénients et maintenir constante la températrue du carburateur et des tubulures d’admission, ces organes sont isolés au moyen d’amiante et protégés par des capotages; sur certains moteurs (200 chev. Mercédès) destinés à voler à de hautes altitudes, il existe une circulation d’eau chaude dans l’intérieur des parois du carburateur et même autour des pipes d’admission.
- L’abaissement de la pression offre cependant un avantage au point de vue du rendement en facilitant la sortie des gaz brûlés par l’augmentation delà différence de pression entre l’intérieur du cylindre
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- et l’extérieur (Cf. condensation des machines à vapeur).
- En résumé, pour qu’un avion puisse accéder à une hauteur de l’ordre de 10 000 m., et puisse y trouver une force de sustentation égale à celle dont il jouit au sol, il faut que sa vitesse croisse en proportion avec la diminution de densité de l’air. Or actuellement celte augmentation de vitesse ne peut être atteinte parce que : 1°les hélices utilisées sont défaillantes dans l’air raréfié ; 2° la puissance du moteur baisse dans de fortes proportions avec l’altitude. Il en résulte que les vols à haute altitude, qui paraissent devoir être si avantageux au point de vue de la vitesse, semblent interdits tant que de nouvelles conceptions ne permettront pas au moteur d’avoir une puissance indépendante de l’air ambiant et à l’hélice de transformer cette puissance utilement.
- Les besoins impérieux de la tactique militaire ont poussé les constructeurs à sacrifier de la puissance au bénéfice du plafond et cela en prévoyant un excédent de puissance; ainsi par exemple, équipe-t-on un avion de 1000 kg destiné à monter à 4000 m. avec un moteur.de 500 chev. alors qu’en réalité 100 ou 150 chev. suffiraient amplement pour les mêmes performances à 1000 mètres.
- L’aviation de paix, dont le succès ne sera assuré que si son prix d’exploitation ën permet l’utilisation, ne saurait adopter des solutions aussi onéreuses.
- Nous voyons qu’au total, pour qu’un avion atteigne 10 000 m. d’altitude, il est nécessaire de prévoir : 1° une augmentation de puissance pour faire monter l’avion ; 2° une augmentation de puissance pour compenser la baisse du rendement du moteur. Ces deux augmentations jointes peuvent être représentées en fonction de l’altitude par une courbe (fig. 4).
- Quelques mots sont nécessaires pour expliquer dans quelles conditions les dirigeables peuvent affronter les difficultés de ce problème.
- Leur force ascensionnelle ne dépend pas de la vitesse, mais uniquement de leur déplacement. Un mètre cube d’hydrogène a une force ascensionnelle de ^,400 kg au sol, mais n’aura plus à 10000 m., à pression constante, que la possibilité de soutenir 0,122 kg. La résistance des dirigeables à l’avancement diminue avec l’altitude du fait de la diminution de densité de l’air, donc si la puissance motrice reste constante la vitesse pourra être augmentée dans de fortes proportions.
- La difficulté provenant des caractéristiques des hélices est de beaucoup moindre importance qu’en ce qui concerne les avions; en effet la vitesse ascen-sionne.le ne dépend aucunement de la puissance
- trant l’accouplement possible de deux moteurs sur une hélice.
- D
- M9
- tractive rendue par le groupe moto-propulseur ; une hélice à pas très fort ne causerait aucun inconvénient à la montée, mais serait d’un déplorable rendement pour le vol en palier, avec moteurs, et à basse altitude. Pour obvier à cette difficulté technique, on peut imaginer que un ou plusieurs groupe moto-propulseurs du dirigeable soient équipés de la manière suivante : une hélice à très fortes caractéristiques serait entraînée à basse altitude par deux moteurs accouplés de force égale nt de même régime; à haute altitude, l’un des moteurs serait désembrayé et le moteur restant suffirait à actionner, dans l’atmosphère raréfiée, l’hélice avec son régime normal d’utilisation (fig. 5)’. Les dirigeables pourraient ainsi conserver une vitesse élevée aux hautes altitudes ; les Zeppelins, du dernier modèle (L. Z. 70) paraissent avoir été conçus pour effectuer leurs vols entre d et 8000 m., ce qui, au-dessus de la mer, leur donne un rayon de surveillance d’autant plus étendu qu’ils sont plus hauts et leur permet d’éviter la plupart des hydroplanes de combat qui plafonnent assez bas.
- ! Pour les dirigeables, comme pour les avions, la navigation à haute altitude paraît rencontrer le plus grand obstacle dans la baisse de puissance des moteurs; il semble qu’aucun voyage pratique ne soit possible aux altitudes de l’ordre de 10 000 m. sans une amélioration profonde des conditions précédemment exposées :
- Si nous voulons qu’un moteur ne soit pas influencé dans son alimen-> talion par les conditions extérieures, il est nécessaire de rétablir artificiellem'ent les conditions de son fonctionnement au sol pour lesquelles il a été conçu. Les injections d’oxygène permettraient évidemment d’améliorer les conditions des explosions, mais elles ne pourraient suffire à compenser les pertes de rendement dues à la diminution des pressions relatives; d’ailleurs cet expédient ne semble pas avoir donné, au cours des essais qui ont été tentés, les résultats qu’on espérait tant en ce qui concerne l'homogénéité des mélanges gazeux que la sécurité générale de l’avion.
- Des ingénieurs français ont étudié, pendant ces dernières années, la possibilité de réaliser la suralimentation des moteurs aux hautes altitudes. Le procédé adopté consiste à alimenter le carburateur avec de l’air comprimé, de façon à rétablir les conditions chimiques et physiques du fonctionnement au sol.
- Les.ingénieurs Bastion et Rateau ont mis au point un turbo-compresseur, qui a donne lieu à des essais très intéressants; cette invention étant toute récente et utilisée par l’armée, nous ne pourrons qu’en donner un aperçu général.
- Démultiplicateur.
- Moteur.
- Embrayage.
- Moteur.
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- LES VOLS A HAUTE ALTITUDE
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- de l'air comprime, vers les radiateursy
- Arrivée des gaz. brûlés
- La Grande-Bretagne, après avoir adopté le turbocompresseur Bastion-Rateau, a modifié ce dispositif et a complété ses
- résultats au moyen . Sortie
- d’hélices spéciales : ces deux perfectionnements ont été utilisés sans aucun doute sur l’avion de Havil-land 9' (Napier), lorsqu’il est arrivé à voler à 9300 mètres.
- Voyons d’abord, quelle est l’importance de l’absorption de l’air par un moteur de 300 chevaux His-pano tournant h 1800 tours.
- Sa cylindrée totale par cycle complet (2 tours)
- (alésage 14d mm, course 160 mm) est de 18 lit. 46 de gaz carburés, ce chiffre est théorique, certaines conditions de réglage pouvant l’augmenter ou le diminuer en
- Arrivée d'air 5 ld pression extérieure
- Fig. 6.
- Sortie des cjaz brûlés Schéma d’un turbo-compresseur.
- Turbine motrice :
- A, Tubulure des gaz brûlés du moteur; B, Tore cfes gaz brûlés; C,Rotor de la turbine; E, Tore d’évacuation des gaz; D, Arbre porte-turbine et arbre du compresseur.
- Compresseur centrifuge :
- G, Palettes du compresseur; F. Tubulure d’aspiration d’air; H, Tore de réception de l’àir comprimé; J, Tubulure de l’air comprimé vers le carburateur.
- En 1916, M. Bastion établissait un compresseur, constitué par 4 cylindres disposés en étoile et en
- prise directe avec le moteur. La puissance absorbée était de 40 chev. environ. Ce compresseur travaillait à de telles vitesses, qu’il donna lieu à un certain nombre d’inconvénients rédhibitoires, tels que ruptures ‘fré-, quentes de pièces, échauffementanor-mal, etc....
- En 1917, MM.Bastion et Rateau établissaient un nouveau modèle d’une autre conception.
- Le dispositif de compression de l’air est un compresseur centrifuge à palettes.
- L’énergie est fournie par une turbine actionnée par les gaz d’échappement du moteur (iîg. 6).
- L’arrivée des gaz d’échappement (A) se fait dans un tore (B), ces gaz actionnent la turbine (C)
- du moteur, devant être monté sur les avions où la place disponible et le poids sont limités à l’extrême, devait être léger et peu encombrant ; son débit étant considérable, les organes constitutifs devaient en être suffisamment robustes pour travailler aux grandes vitesses.
- Fig. 7. — Courbe de l’absorption de litres d’air à la minute en fonction de l’altitude, par un moteur Hispano 3oo chev., cette courbe correspond aussi au débit que doit avoir le compresseur qui alimente le moteur.
- puis se détendent et s’échappent dans une cavité en\ forme de tore (E) débouchant à l’extérieur de l’avion.
- La turbine et le compresseur ont un arbre commun (D), celui-ci dans un carter (I) porte les palettes (G) ; l’air extérieur est aspiré en (E) et comprimé dans une cavité périphérique (H) d’où il se rend au carburateur par une tuyauterie (J).
- La vitesse de rotation du rotor de la turbine et des palettes du compresseur est de l’ordre de 20 000 tours à la minute (essai à la vapeur : 35 000 tours).
- La première difficulté 1 à vaincre fut la haute température des gaz d’échappement (600°; qui porte au rouge les tuyauteries d’amenée et demande des métaux spéciaux t pour la construction
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- LES VOLS A HAUTE ALTITUDE
- de la turbine, ce fut sans doute la partie du problème la plus délicate à résoudre. La deuxième difficulté fut de refroidir l’air comprimé, en effet, celui-ci comme tous les gaz comprimés s’échauffe; l’élévation de la température est d’environ 60°, ce qui ne permet pas d’admettre l’air directement dans le moteur en raison de sa dilatation; des radiateurs spéciaux ont dû être créés dans le but d’abattre la' température aux environs de 150.
- Par la position d*une turbine dans le courant d’évacuation des gaz brûlés du moteur, il est certain qu’une contre-pression est ainsi créée qui doit faire baisser la puissance du moteur; à première vue, on se demande s’il ne serait pas plus intéressant d’actionner directement le compres-seurparlemoteur, comme cela a été pratiqué par les pompes à air, à essence, à huile et les génératrices de courant électrique. Or, l’expérience montre que cette contre-pression ne pourrait faire perdre plus de 5 pour 100 delà puissance du moteur, soit 10 chev. au plus, pourl’Hispano 300 chev., alors que la prise directe absorberait 35 à 40 chev. ; la solution adoptée par M. Rateau est d’autant plus avantageuse qu’elle permet de graduer exactement la production du compresseur suivant l’altitude par le simple jeu d’une vanne qui permet aux gaz d’échappement de se détendre partiellement
- avant ,1e passage dans la turbine. Dans le cas de prise directe, pour obtenir le même résultat, il faudrait intercaler entre les engrenages multiplicateurs et le compresseur un embrayage à frictions ou à liquide, qui tournant à de si élevés régimes auraient été très complexes à établir.
- Les résultats du turbo-compresseur ont été relevés d’après des essais au point fixe et d’après des essais en vol.
- Au Galibier (2657 m.), un moteur de 160 chev. a été essayé avec et sans turbo-compresseur ; la puissance de 160 chev. au niveau de la mer, tombait à 111 chev. au Galibier, mais avec adjonction du dispositif Rateau, elle montait à 180 chev.
- Le turbo-compresseur a été monté sur Spad, Nieuport, De Havilland et enfin sur Breguet
- (fig-8)-.
- Le poids de l’installation complète varie suivant les types d’avions pour lesquels elle est étudiée, il se monte à 100 kg sur Breguet (500 chev. Renault) et se réduit à 50 kg sur Nieuport (300 chev. His-pano) à la suite d’un montage plus ramassé.
- Le Breguet de type courant monte à 5000 m. en 30 minutes, avec le tur-bo-compresseur en 20 minutes; la vitesse en palier à 5000 m. passe, dans
- les mêmes de 157 km 202 km-h. : à 7000 m.
- conditions, à l’heure à la montée se fait efi
- CE TE VR T C E - Ac R AF TA
- 45 minutes et la vitesse correspondante est de 170 km-h.
- Cet avion Breguet, biplace de corps d’armée, dont la réalisation date de deux années, donne, à 5000 m. équipé avec un turbo - compresseur, malgré une charge de 5 kg par cheval, des caractéristiques de vol sensiblement égales à celles du plus moderne et du plus puissant avion de combat, le Nieuport 300 chev., qui cependant ne porte que 3 kg 25.
- Ces résultats sont probants et ce genre de suralimentation , lorsqu’il sera appliqué à la navigation aérienne civile, sera appelé au plus grand avenir, surtout en ce qui concerne les dirigeables à grande capacité.
- N’oublions pas cependant que les performances d’avenir de l’aviation seront améliorées d’une manière plus rationnelle et plus complète par les recherches aérodynamiques qui permettront de mieux utiliser les réactions de
- ]\X t
- l’air par la diminution du rapport g^m’est-'a-dire,
- toutes choses égales, soit en augmentant la poussée par l’usage de meilleures surfaces portantes, soit en diminuant la résistance à la pénétration dans l’air des organes des avions par l’étude de leurs formes.
- Quel que soit le procédé employé, s’il permet de voler couramment aux altitudes de l’ordre de 10000 mètres et en bénéficiant des avantages de vitesse-que nous pouvons espérer, il n’y a point de
- Fig. 8. — Schéma d’installation d’un turbo-compresseur sur un avion.
- Collecteur des gaz brûlés d’échappement. Tubulure d’échappement.
- Vanne de-'réglage.
- Turbo-compresseur.
- Échappement des gaza la sortie de la turbiné Air comprimé à 700 .m/m et 6o°.
- Radiateur pour rafraîchir- l’air.
- Air frais se rendant au carburateur. Carburateurs et tubulures d’admission.
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- = MACHINE CENTRIFUGE POUR ANNEAUX METALLIQUES
- doutes, que d’ici quelques années, des voyages transcontinentaux seront effectués dans un laps de temps qui aurait paru invraisemblable il y a péu de. temps.
- Puisque nous voyons actuellement des avions de bombardements atteindre, à 10000 m., la vitesse
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- des plus rapides avions de chasse construits avant l’armistice, attendons-nous à voir ces derniers réaliser d’ici peu dans les mêmes conditions des vitesses de l’ordre de 4 à 500 km à l’heure!
- S/Lieutenant Jean-Abel Lefranc,
- breveté mécanicien.
- MACHINE CENTRIFUGE
- POUR LA PREPARATION DES ANNEAUX MÉTALLIQUES
- La Nature a décrit il y a quelques mois une machine très curieuse due à M. Sensand de Lavaud, ingénieur brésilien, destinée à la fabrication en grande série des tuyaux de fonte pour canalisations d’eau et de gaz.
- Rappelons en quelques mots le principe original de cette machine. Suivant l’axe d’un^cyliridre horizontal servant de moule réfrigéré extérieurement et tournant à grande vitesse, on introduit une lingotière contenant une certaine quantité de fonte en fusion. Cette lingotière, qui a la même longueur que le cylindre, est basculée vivement. Lafonte en fusion tombe sur le cylindre et, par l’effet de la force centrifuge,
- se répartit sur toute sa La machine à mouler iJanne'aux par la forci centrifuge, la machine de
- miner une machine tout à fait remarquable pour la production intensive des anneaux métalliques.
- Ces pièces, dont la production est estimée au bas mot à 200 000 000 d’unités en Amérique, servent non seulement à constituer les pistons des moteurs d’aviation et d’automobile (l’usine Ford par exemple en utilise seule 16 000000 par an), mais encore, et surtout, dans les pistons des machines à vapeur, des pompes, etc.
- Actuellement, on fabrique ces pièces en coulant le métal dans des moules en sable et la capacité de production journalière d’une .machine à mouler ordinaire ne dépasse guère 500 unités. Au con-
- surface en une couche uniforme qui se solidifie instantanément. On arrête l’appareil et il n’y a plus qu’à démouler pour obtenir ainsi en une seule opération, durant quelques dizaines de secondes à peine, un tuyau parfait dont la qualité est bien supérieure à celle des tuyaux simplement moulés. En effet, il n’y a pas de soufflures à craindre et de plus, par suite <le l’action centrifuge exercée sur les molécules de métal en fusion, les qualités mécaniques du produit terminé sont remarquables : homogénéité parfaite, grande résistance à la traction, etc.
- Le succès de ce procédé, appliqué couramment au Canada et en France à l’heure actuelle, a incité M. de Lavaud à l’étendre à des fabrications plus délicates, moins rudimentaires et il vient de ter-
- M. de Lavaud, en service à Standard Piston Ring C° Nevvark, New-Jérsey, permet, à l’aide d’une équipe de 11 ouvriers, de produire 18 000 à 20000 pièces par jour et l’encombrement total de Pa-
- pas
- Fig. 2. — Coupe de la machine.
- telier ne dépasse 50 mètres carrés.
- Le principe est toujours le même : on introduit dans un moule tournant à grande vitesse une quantité déterminée du métal fondu de composition appropriée. Le métal,projeté sur lemoule par la force centrifuge, se solidifie. Une machine spéciale à mouler sert à rectifier l’intérieur de Panneau qui sort presque parfait du premier appareil.
- La figure 1, que nous empruntons à bon Age, montre la vue d’ensemble de la machine à mouler dont la figure 2 donne la coupe montrant les dispositions mécaniques très simples.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Trois bras sont montés sur un pivot central et chacun d’eux porte un moule. £elui-ci est constitué par une série d’anneaux de fonte A séparés par des anneaux de fer de diamètre plus large B (fîg. 5). Les vides C ainsi formés constituent les moules des anneaux dans lesquels le métal en fusion viendra se solidifier. Un ingénieux système d’assemblage permet de grouper ainsi une vingtaine d’éléments.
- Un moteur électrique placé dans le socle de l’appareil permet, sous la commande d’un levier L, de faire tourner à 1200 tours environ par minute l’axe portant les moules qui se trouve en face de la poche C contenant le métal en fusion.
- Cette poche est alors renversée à l’aide d’un levier l visible ^ ^ sur la figure. Une manœuvre
- Coupe du moule dulevier L désembraye le moteur proprement dit. et amène un plateau de friction en contact avec un autre plateau Pt sur lequel est tixé le moule et en arrête la rotation. A l’aide du volant Y on fait accomplir un tiers de tour à l’ensemble des 3 bras, dégageant le moule qui vient d’être employé et en présentant un second en face de la poche de métal.
- Le moule retiré delà machine est démonté par une autre équipe d’ouvriers, ses pièces sont passées dans une cuve refroidissante et réassemblées par une machine très simple, tandis que les anneaux qui sont extrêmement cassants sont recuits dans un four spécial. Cet appareil est constitué par un cylindre vertical isolé calorifiquement ayant un diamètre voisin de celui des anneaux. Des brûleurs à huile disposés à une certaine hauteur le chauffent à la température du recuit. On place les anneaux à la partie supérieure : ils descendent dans le tube, sont portés à la température de recuit et sortent terminés de l’appareil dont la production est d’environ 1200 pièces à l’heure.
- Enfin, si besoin est, une machine spéciale permet d’assembler une vingtaine d’anneaux et de les monter intérieurement et extérieurement avec une grande rapidité.
- Les qualités que l’on exige des segments du piston d’automobile, légèreté et élasticité en particulier, constituent de grosses difficultés au point de vue de la composition d'un métal de fonderie.
- M. de Lavaud s’est arrêté à un métal de composition suivante :
- Carbone total. . . 5,29 pour 100
- Silicium.............2,06 —
- Soufre. . . “*. . . 0,06 —
- Manganèse . . . . 0,44 —
- Phosphore .... 0,77 —
- Une série d’essais comparatifs ont été effectués à l’Université de Columbia dans le but de comparer les propriétés du métal traité dans les moules ordinaires de fonderie et dans l’appareil de Lavaud. En prenant les propriétés du métal traité de la façon ordinaire comme unité, on a constaté une augmentation de 28 pour 100 pour la résistance à la traction et de 36 pour 100 pour la résistance à la compression dans le cas du métal centrifugé. La mesure de la résistance a montré également qu’il faut environ 3 fois plus d’énergjie pour briser un anneau fabriqué par la nouvelle méthode que pour rompre un anneau moulé en fonderie.
- L’examen micrographique a de plus montré •une homogénéité tout à fait remarquable de la matière, en particulier la disparition des lamelles de carbone; les conclusions sont analogues à celles déjà faites dans la fabrication des tuyaux de fonte.
- En résumé, non seulement M. de Lavaud a perfectionné son procédé et heureusement commencé à aborder des fabrications plus délicates, mais encore il a su créer le matériel accessoire de finissage et de montage rendu nécessaire par le débit intensif de la première opération.
- En effet, et nous terminerons en insistant sur ce point, souvent négligé : il faut que toutes les opérations successives d’une fabrication soient réglées de façon à éviter tout engorgement à l’une d’elles. Le procédé de M. de Lavaud, qui permet, comme nous l’avons dit, de produire de 18 à 20 000 pièces par jour, aurait été incomplet si la préparation des moules, leur refroidissement, le recuit des pièces terminées, leur rectification n’avaient pu être organisées de façon à assurer le fonctionnement régulier de la machine à mouler avec le minimum d’outillage, de matériel et de personnel. II. Vigneron.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du mois de mars 1919.
- Les théories émissives et le principe de Doppler-Fizeau. — On sait que pour les phénomènes lumineux créés par les corps en mouvement, différentes théories ont été émises qui furent soutenues, les unes par Lorenz, d’autres par Ritz et Tolman. M. Félix Michaud montre que l’expérience vérifiant la formule de Doppler-Fizeau donne raison à Lorenz et à Ritz et semble contraire à l’opinion de Tolman.
- Élude spectroc/mphique des cendres de plantes marines. — Les expériences de M. Eugène Cornée ont porté sur les cendres de laminaires, lessivées, à l’eau, puis à l’acide chlorhydrique. Le pouvoir de sélection des végétaux marins ne semble pas limité à l’iode et au brome, et, en appliquant la méthode de M. Georges Urbain, l’auteur a reconnu dans les résidus de la combustion, de nombreux métaux, parmi lesquels : l’or, le
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- LE TRAVAIL DU VERRE AU LABORATOIRE ...:.:.:....351
- cuivre, le manganèse, le plomb, le zinc, le nickel, le gallium, le titane, le tungstène et le vanadium.
- Vêlement insubmersible et protecteur contre le froid, — Fait de toile caoutchoutée et tapissé à l’intérieur de kapok sur une épaisseur voisine de 15 mm, l’appareil présenté par MM. Charles Michel et Georges Noizet permet de rester, malgré les vagues, en équilibre dans l’eau et maintient la chaleur animale; le vêtement est à la fois insubmersible et protecteur contre toute déperdition de calorique. Les inventeurs Font expérimenté eux-mêmes dans l’avant-porl du Havre et son grand avantage est d’éviter la mort par le froid beaucoup plus fréquente que la mort par submersion.
- Comment Carnot a calculé l'équivalent :mécanique de la chaleur. — M. Raveau a eu l’heureuse fortune de lire certains manuscrits confiés à l’Académie des Sciences par Hippohte et Adolphe Carnot. Sur un document inédit et orné de croquis, il a pu démontrer l’existence : 1“ du plan de l’expérience réalisée par Joule et W. Thomson en 185-4 [Carnot, on le sait, mourut en 1832]; 2“ du calcul numérique de l’équivalent mécanique de la chaleur.
- La moyenne des nombres trouvés par Carnot : 476, 407, 408, 4I5 est en effet 426, rapport qui lie la grande calorie au kilogrammèlre.
- (.4 suinte). Paui. IL
- LE TRAVAIL DU VERRE AU LABORATOIRE
- De toutes les tâches matérielles qui incombent au travailleur de laboratoire, au cours de ses expériences, le soufflage du verre est une de celles qui mettent en jeu, au plus haut degré, la dextérité et l’habileté manuelle. Pour exé-euter correctement les appareils les plus simples dont l’emploi est couranL dan? la plupart des recherches, un certain degré d’initiation et un apprentissage plus ou moins long sont absolument indispensables.
- L’usage de la verrerie de laboratoire remonte à une époque ancienne , puisque des ustensiles compliqués, lels que le tubicus, sorte d’alambic à plusieursballons, faisaient, dès le me siècle, partie de l’arsenal des . alchimistes. Mais c’est surtout à partir du xvme que le verre a pris, dans la Construction des appareils de chimie, une importance toute particulière, qui ïi’a cessé, de s’accroître. A l’époque de Berzélius et de Gay-Lussac, où l’on utilisait déjà à^peu près tous les appareils actuellement en usage, le principal outil du souffleur était la lampe d’émailleur, lampe à huile, détrônée à la fin du
- xixe siècle par le chalumeau à gaz. Parmi les laboratoires modernes de chimie ou de biologie, il n’en est pas un qui ne soit pourvu de cet indispensable instrument de travail. Il ne semble pas pourtant
- qu’on en tire toujours tout le parti désirable et qu’il rende tous les services qu’on en pourrait attendre. Beaucoup d’expérimentateurs qui font preuve, par ailleurs, de patience et d’habileté, restent en effet, à peu près étrangers au travail du verre, lorsqu’il dépasse les opérations tout à fait élémentaires et préfèrent s’adresser à des ouvriers spécialistes pour la construction des pièces qui leur sont indispensables. Cette façon de faire, qui évite la perte d’un temps souvent précieux, est légitime dans bien des cas, lorsqu’il s’agit notamment de l’exécution d’appareils courants et de modèles déjà éprouvés. Dans d’autres circonstances, au contraire, elle peut être très fâcheuse. Fréquemment, au cours de ses recherches, le savant doit modifier des appareils déjà existants ou établir des dispositifs entièrement nouveaux. S’il
- r""
- Fig. i. — Soudure d’un tube à l’intérieur d’une ampoule.
- î, Faire par soufflage l’ampoule a;
- 2, Évaser le tube b par le procédé du pétard; 3, Couper l’ampoule en c et y introduire le tube b \ 4,Ressouder en c; 5, Souder le tube b en inclinant l’ampoule.
- Ce dispositif sert au lavage et au barbotage des gaz.
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- LE TRAVAIL DU VERRE AU LABORATOIRE
- Fig. 2. — Comment on fait un tube à pointes repoussées intérieurement : le verre étant ramolli en un point par un dard très fin, on le repousse avec une pointe métallique trempée dans la cire ou ia paraffine.
- s’en remet complètement à un spécialiste pour la réalisation de son projet, il risque toujours d’être imparfaitement. compris ; d’autre part, ignorant
- tout du travail du verre, il peut avoir conçu des dispositifs pratiquement irréalisables.
- Alors que le mécanicien débutant et l’apprenti tourneur trouvent aisément dans des manuels spéciaux la direction et les conseils qui leur sont nécessaires, les principes élémentaires du soufflage du verre ne s’acquièrent dans les laboratoires que par l’enseignement oral et mutuel. Et c’est là sans doute une des principales raisons pour lesquelles de nombreux travailleurs renoncent à s’exercer dans cette direction.
- Il y avait donc là une lacune importante qui vient d’être heureusement comblée par Henri Vigreuxf1), chef d’atelier à la Faculté des Sciences de Paris. Son but a été de condenser en un manuel les principales données relatives à la nature des verres employés, les règles qui régissent le travail du souffleur, les tours de main indispensables à la confection, non seulement des dispositifs élémentaires (tubes étirés, courbés, évasés, capillaires, tubes à olive, à boule, soudures diverses, tubes à essai, ballons, robinets, etc.), mais aussi d’appareils en apparence compliqués, tels que réfrigérants, flacons laveurs, appareils à distillation, à fractionnement, à épuisement, trompes, aréomètres, soupapes desûreté, etc. Les principes de là construction des thermomètres médicaux dont la fabrication a été, jusqu’à la guerre, presque complètement le monopole de F Allemagne,! une série de recettes utiles, relatives à l’emploi; et à l’entretien de la'
- Fig. 3. — Tube à pointes repoussées extérieurement ; même mode de procéder.
- Ces deux sortes de tubes servent dans les réfrigérants.
- verrerie, sont également exposés dans ce livre, œuvre d’un spécialiste expérimenté, qui a formé de nombreux élèves, souvent choisis, dans ces dernières années, parmi les mutilés de guerre.
- 1. Henri Yigreux. — Le soufflage du verre dans les aboratoires scientifiques et industriels, 248 p., 247 fig. Dunod et Pinat, 1918. .
- Le matériel qu’il est nécessaire de réunir pour le travail du verre est, somme toute, des plus restreints. A côté du chalumeau à gaz, pourvu autant ..que possible d’un jeu de tubes injecteurs d’air de différents calibres, permettant d’obtenir des flammes de longueur et de largeur variables, et relié à une soufflerie ou à une canalisation d’air comprimé, les instruments accessoires comprennent le couteau ou la lime à verre, des ciseaux destinés à couper le verre quand il est en fusion, des charbons de bois coniques pour évaser l’orifice des tubes avant refroidissement, une pince coupante pour opérer des retouches sur le verre refroidi, des pinces plates, des griffes spéciales pour soutenir les ballons et les tourner régulièrement dans la flamme au cours du travail. Nous reproduisons ici, à titre d’exemples, quelques-uns des très nombreux travaux qu’on peut effectuer sans grandes difficultés, avec un peu d’habitude (fig. 1 à 3). La figure 4 représente au contraire un appareil d’une réalisation plus difficile, qui demande une grande dextérité manuelle et une assez-longue habitude du travail du verre.
- Assurément, il ne peut être question que le chi- .
- miste, le physicien et le biologiste s’astreignent à construire de toutes pièces, correctement et avec élégance les appareils qu’ils imaginent. Un trop long apprentissage'leur serait nécessaire et il est d’ailleurs d’autres buts à leur activité. Ce qui importe,
- ^ c’est qu’ils puissent traduire, par des modèles précis leurs conceptions originales et qu’ils soient capables d’en discuter et surveiller la réalisation définitive; la collaboration étroite qui s’établira ainsi entre le savant et le travailleur manuel ne peut que contribuer à une mise au point plus parfaite des appareils nouveaux. D’ailleurs, ce qui est vrai pour le travail du verre, l’est autant pour celui du bois ou des métaux. Entre le cerveau qui imagine et l’ouvrier qui exécûte, le contact est généralement insuffisant, la compréhension réciproque souvent inexistante. Il paraît donc désirable qu'au début de leur carrière, les travailleurs de laboratoire consentent à réserver quelques semaines ou quelques mois à l’étude élémentaire des arts rüanuels. Cette période, loin d’être un temps perdu, contribuerait fortement à leur assurer pour l’avenir le goût de la précision, du travail correctement exécuté, tout en leur permettant de développer leur ..esprit d’in-ventiomet de trouver la meilleure voie pour réaliser leurs conceptions originales. 11. C.
- Fig. 4.
- Un chef-d’œuvre du travail du verre le grand appareil dis-tillatoire de Vigreux.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahrre, _rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2358.
- 17 Mai 1919
- LE CINÉMATOGRAPHE APPLIQUÉ A L’ÉTUDE DES CARTES
- MÉTÉOROLOGIQUES
- Son rôle dans la documentation scientifique et dans renseignement.
- Grâce à certaines modifications apportées an cinématographe, M. Garrigou-Lagrange, fondateur de l’Observatoire météorologique de Limoges, vient de lui trouver une intéressante application à la météorologie. Le dispositif qu’il a invente a pour but de faire revenir le filin en arrière ou de l’arrêter dans une position intéressante, ce qui a permis au savant limousin d’analyser et de rendre visibles les mouvements des aires de haute et basse pression.
- L’atmosphère, on le sait, est le siège de grands mouvements circulatoires, dont là connaissance forme la base de la prévision du temps.
- Pour déterminer ces mouvements, chaque station météorologique établit des diagrammes dont les résultats se trouvent condensés sur les cartes météoro-. logiques d’ensemble bien connues de nos lecteurs. Ces cartes indiquent les courbes d’égale pression barométrique sur une vaste région, l’Europe par exemple. Les courbes sè déforment tous les jours, mais suivant certaines lois que ne décèlent pas facilement les procédés usuels. Il faut comparer les cartes successives de toute la région étudiée, pour pouvoir en dégager des conclusions en ce qui concerne la circulation atmosphérique.
- Malheureusement la consultation de nombreùscs cartes,' l’une après l’autre, ne va pas sans difficulté. Aussi depuis longtemps M. Garrigou-Lagrange
- *7* Année — 1" Semestre
- Fig. i. — Le cinématographe de M. Garrigou-Lagrange
- songea à les réduire à un format convenable et à les superposer en un carnet que l’on puisse feuilleter aisément. Il présenta un certain nombre de ces zootropes de poche, accompagnés d'une notice
- sur leur confection, au Congrès international de météorologie (1900) puis il eut l’idée de photographier chaque carte, à la suite l’une de l’autre, sur une véritable pellicule cinématographique, de façon à pouvoir les projeter sur l’écran devant un nombreux auditoire. Toutefois il laissa là ces premiers essais, ne possédant pas alors un mode de représentation suffisamm ent net, ni des séries de situations assez nombreuses pour donner l’impression d’un véritable mouvement.
- La guerre devait lui fournir l’occasion de reprendre la question à l’aide des nouveaux documents recueillis par le service météorologique attaché aù Grand Quartier général et grâce au bienveillant concours de la Direction des Inventions. De son côté, l’Académie des Sciences de Paris lui accorda une subvention pour poursuivre la réalisation de l’instrument qu’il se proposait de construire. Comme aspect ' général, le nouvel appareil ressemble beaucoup aux cinématographes actuellement en usage; il s’en différencie uniquement par la disposition relative des deux enrouleuses. Le système a pour objet, ainsi que nous le notions plus haut, de pouvoir revenir en arrière, autant de
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- 354 CINÉMATOGRAPHE APPLIQUÉ A L’ÉTUDE DES CARTES MÉTÉOROLOGIQUES
- fois qu’on le désire, de manière à examiner une vue ou une partie de film, dont on a constaté l’intérêt lors d’un premier passage. Or dans 'les appareils cinématographiques ordinaires on ne peut pas faire rétrograder la bande de pro-, jection, la bobine inférieure étant seule motrice, la bobine supérieure restant libre et simplement entraînée par la traction qu’exerce le film.
- L’encliquetage, imaginé par M. Garrigou-Lagrange, permet de rendre motrice à volonté l’une ou l’autre des __bobines et de libérer, en même temps, la bobine débitrice. Dans le modèle figuré ci-contre et destiné à un petit groupe d’auditeurs, les axes des débitrices sont montés sur le bâti de l’appareil -et des:bras supportent les enrouleuses. Des courroies relient ejntre elles les poulies de commande. D’autre part, comme une de nos photographies le montre, chaque bobiné enrouleuse porté dés roues
- Fig. 3. — Carnet dë cartes météorologiques.
- à rochet sur lesquelles agissent les cliquets et se trouva entraînée avec l’arbre par l’intermédiaire ; d’un ergot. L’axe lui-
- même est maintenu dans son support entre une. bague d’arrêt et une - douille. Un manchon, qui peut tourner librement sur cette dernière, soutient la roue à rochet, dont un ressort à boudin ajusté par un écrou et un contre-écrou ' règle le jeu, tandis qu’une rondelle de feutre, intercalée entre la douille et le manchon, sert de frein. Enfin en regardant notre gravure avec attention, on voit qu’on a orienté, en sens inverse, les dents des roues à rochet. i Telles sont les principales caractéristiques de ce nouvel appareil. Rendons-nous compte à présent de son fonctionnement.
- Actionnons par exetm pie la poulie de commande de la bobine inférieure, dans le sens des aiguilles d’une montre, nous entraînerons la poulie correspondante dans la
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- LES VOIES NAVIGABLES DE LA VALLÉE DU PÔ
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- même direction tandis que le cliquet, qui en est solidaire, fera tourner la roue à rochet et son manchon. Celui-ci, par l’intermédiaire de la rondelle de feutre, mettra en mouvement à sone tour la douille et par conséquent l’axe.
- .Si par contre on agit sur la même roue, en sens inverse, le cliquet glissera sur là roue à rochet et l’axe libéré tournera sous l’action de la' traction du film que l’autre bobine, devenue motrice, entraînera au lieu de débiter, comme tout à l’heure.
- En‘ présentant son cinématographe les 24,
- 26 et 28 mars 1919, au Laboratoire des Recherches physiques de la Sorbonne, à un grand nombre de professeurs et de savants, M. Garrigou-Lagrange. a indi-' qué le parti qu’kn pouvait tirer la météorologie.
- Deux des suites de cartes déjà filmées, l’une relative à l’Europe, l’autre à l’Amérique, mettent en évidence un mouvement du plus haut intérêt. Elles montrent, en effet, que les dépressions qui y figurent pro-
- Fig. 4. — Deux bandes de projection : dépressions en clair, hautes pressions en grisé.
- trajectoire tantôt au nord sur le 60° parallèle, tantôt au sud sur le 30°, de sorte que l’atmosphère paraît éprouver une sorte de respiration, au-dessus de la région considérée. Ces phénomènes suivent donc une loi de périodicité assez nette rappelant des relations analogues à celles mises en lumière par M. Poincaré touchant le déplacement du champ des vents alizés. D’une manière générale au-dessus du 30° parallèle comme au-dessous, mais avec moins de netteté, la lune agirait en entraînant dans des mouve-
- ments d’ensemble dévastés régions de l’atmosphère.
- Quoi qu’il en soit, le système de la marche arrière que M. Garrigou-Lagrange a inventé en vue de la projection d’une suite de cartes trouvera d’autres applications dans renseignement des sciences au moyen de la cinématographie. Ce mécanisme peut d’ailleurs s’adapter ..à tous les cinématographes, quelle que soit leur puissance et au cas où on devrait s’en servir devant un nombreux auditoire, M. Garrigou-Lagrange a imaginé un dispositif qui permettra d’arrêter le film, sans que la pellicule ait à souffrir de la chaleur émise par les éclairages intensifs. Enfin la longueur des films se trouvera de la.sorte considérablement réduite. On pourra, par exemple, constituer des bandes formées de films différents ajoutés les uns aux autres et relatifs à l’histoire naturelle ou à la géographie, à l’industrie ou à l’astronomie, à la médecine, etc. Ces pellicules, longues de quelques dizaines de mètres, schématiseront aux yeux d’un auditoire, la vie d’un animal ou d’une plante,^Révolution d’un astre, les phases diverses d’une fabrication ou n’importe quel autre phénomène, .comme^des recueils de « morceaux choisis » donnent une idée des ouvrages de littérature et d’histoire. Le cinématographe possédera dès, lors toutes les qualités requises pour remplir un rôle de plus en plus grand dans la documentation scientifique et dans 1-énseignement à tous les degrés, supérieur, secondaire et primaire. ’ - Jacques Boyer.
- LES VOIES NAVIGABLES DE LA VALLÉE DU PÔ
- La Commission d’après-guerre de l’Association nationale de Navigation du royaume d’Italie vient d’arrêter un programme de travaux de canalisation du Pô et de ses affluents qui, lorsqu’ils seront réalisés, feront certainement du nord de l’Italie
- la régionja mieux desservie de toute l’Europe.
- Ce programme, établi par le Dr Beretta, est connu sous le nom de « ligne de grande navigation Adriaticjue-Milân-Turin-lacs alpins ». Il 'comprend les sections suivantes (fig. 1) dont plusieurs sont
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- kilomètres.
- 356 —...:-_:=i - - -- LA T- P. S
- déjà en exploitation, en totalité ou en partie :
- kilomètres.
- 1. Canaux littoraux de Monfalcone à Ve-
- nise par les étangs du fond de l’Adriatique [construit en partie) . 150
- 2. Canalde Venise au Pô (construit). . 52
- 3. Canal du Pô au Mincio. ................120
- 11, Canal de Pizzighettone à Codogno et-
- Piacenza, sur le PÔ (projeté). . . 14
- 12. Canal de Milan (Sesto San Giovanni) à
- Pizzighettone (projeté)............ 62
- 15. Àdda canalisée depuis le lac de Corne et canal de Lario à Milan (Sesto San Giovanni (projeté)..................... 48
- Fig. i. — Voies navigables projetées dans la vallée du Pô.
- 4. Canaux du delta du Pô, de Pontela-
- goscuro à Ferrare et au littoral de l’Emilie (projetés)............. 55
- 5. Canaux littoraux du Pô à Ravenne (pro-
- jetés) . ........................... . 70
- 6. Canal de Modène au Pô (projeté) . . 57
- 7. Mincio canalisé et canal latéral du lac
- de Garde au Pô (projeté) . . . . 60
- 8. Canal du Mincio'à Vérone (projeté). 28
- 9. Canal du lac d’Iseo à Palazzolo, Bres- -
- cia et Piadena (projeté)............- 95
- 10, Canal de Pizzighettone, sur l’Àdda, à
- Crémone et Mantoue (projeté). . . 70
- 14. Canal de Monza à Trezzo et Palazzolo
- d’Oglio (projeté). . ................... 50
- 15. Tessin canalisé depuis le lac Majeur
- et canal du Tessin’ à Milan (Sesto San Giovanni) (projeté). .... 70
- 16. Canal du Tessin à Novare et à Turin
- (projeté) ..............................120
- L’ensemble formera une voie navigable de llOO^kilomètresenviron réunissant Turin et les lacs alpins à l’Adriatique, connectant tous les centres industriels de la vallée du Pô, préparant la voie aux projets déjà à l’étude des canaux devant traverser les Alpes et les Apennins. A. B.
- LA T. P. S.
- T. P. S. ; ces 3 lettres qui signifient télégraphie par le sol, sont moins familières au grand public que les 3 lettres T. S. F. employées de façon courante par tout le monde depuis 10 oü 15 ans.
- Historique. — La T. P. S.-a été" employée en grand sur le front, pour assurer les liaisons, pen- dant la bataillé, au moment où le téléphone devient impuissant parce que les fils sont constamment coupés par les obus.
- Pour en faire comprendre l’intérêt militaire, il suffit de dire que la T. P. S. n'exi'ge ni ligne de grande longueur, ni antenne encombrante, mais
- une simple base constituée par un fil dont la longueur ne dépasse jamais 200 mètres. Cette base est posée à terre ou enterrée.
- La T. P. S. que la grande gueire a « lancée » comme tant d’autres découvertes oubliées a cependant des origines lointaines. x
- Morse, en 1842, aux environs de Washington, fermait le courant d’une pile sur une ligne mise à la terre à chaque bout (fig. 3). A une certaine distance, une autre ligne également à la terre aux deux bouts et parallèle à la première contenait un galvanomètre. À chaque fermeture de l’inter-
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- v LA J.
- rupteur correspondait une déviation du galvanomètre. Les lignes de courant allaient d’une terre à l’autre d# la ligne d’émission et quelques-unes se fermaient dans le circuit du galvanomètre: phénomène de conduction dans l’intérieur de la terre permettant l’envoi de signaux et^par conséquent la télégraphie par le sol.
- Une ligne à la terre à chaque bout peut être assimilée à un cadre dont l’un des côtés serait dans la terre. Si donc nous y faisons passer un courant variable et qu’une 2e ligne mise à la terre à chaque extrémité et par suite elle-même assimilable à un cadre, soit placée parallèlement jt la première et à une distance convenable, nous aurons d’une ligne à l’autre,
- d’un psëudo-ca-dre à l’autre, des phénomènes d’induction.
- En particulier, si la ligne émel-trice est parcourue par un courant alternatif à' fréquence musicale, un téléphone intercalé dans la ligne réceptrice donnera un son dont le nombre de vibrations par seconde est donné par la fréquence même du courant émetteur. Il ne reste plus qu’à découper ce courant en traits et points à l’aide d’une clef Morse pour avoir un dispositif de T. P. S. (fig. 4). A la réception, on « lit au son » les points et les traits et voilà la communication établie. Preece, en Angleterre, transmit ainsi des signaux Morse en 1892 des 2 côtés du canal de Bristol. Ces essais des temps jadis n’eurent pas de suite, parce que les transmissions s’affaiblissaient très rapidement avec la distance. On démontre et nous y reviendrons plus loin, que l’intensité du courant d’induction varie en raison inverse du cube de la distance; la réception tombe donc très vite dès qu’on s’éloigne du poste émetteur. Il fallait la guerre pour rendre de l’intérêt à ces transmissions^ la guerre... et la mise au point des appareils, due presque entièrement à la Radio-télégra-
- P. S. -------------------:::::.i::::::::".".'. : 357
- phie Militaire, sous la savante et judicieuse direction du général Ferrié.
- Déjà en 1871, d’Almeyda et Bourbouze avaient fait de la simili T. P. S. entre le Pont Neuf et Saint-Denis; ils interrompaient, comme Morse, du courant continu et employaient un galvanomètre à la réception; au Pont Neuf cbmme a Saint-Denis, ils avaient une ligne dont une extrémité était à la terre, l’aulre dans le fleuve, de sorte, que l’eau de la Seine leur servait de fil conducteur. Ces expériences étaient un peu oubliées, quand en 1910, le
- général Ferrié (alors comman-,dant) aidé des capitaines Frac-que et Garnier essaya de mettre dans une ligne, à la terre aux deux bouts, un alternateur de 2 kilowatts à fréquence musicale, et chercha la portée' limite qu’il pourrait ainsi réaliser. Dans un téléphone, il reçut des signaux jusqu’à 4 à 5 km, le téléphone étant intercalé dans une ligne mise à la terre à chaque bout.
- Versjuin 1915, le problème se posa de réaliser au combat ♦ des liaisons sûres et peu vulnérables; le général Ferrié, qui, dans ses expériences de 1910, recherchait la grande portée, se demanda, si en limitant les recherches à des portées de 5 à 4 km au maximum, et en améliorant la réception à l’aide des amplificateurs qui venaient detre mis en service, on ne pourrait pas obtenir des résultats intéressants. Des expériences furent faites à l’observatoire de Meudon (été 1915) par M. Pérot, professeur à l’Ecole Polytechnique, le capitaine Jouaust et le lieutenant Labrouste. Avec, à l’émission, un vibrateur d’un type courant, un amplificateur à la réception, on réalisa des portées de 1500 à 2000 m ; puis, quelques mois plus lard, grâce à un vibrateur spécial imaginé par M. Boucherot (fig. 2) et à un amplificateur beaucoup plus simple que le modèle primitif (fig. 10), on
- Fig. /. — Un poste de T. P. S en action sur le front.
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- LA T. P. S.
- fit couramment de 3 à 4 km de portée, la T. P. S. était née (fin 1915). Pendant ce temps, les armées aiguillées dans la même voie, par les besoins mêmes de l’avant et dans certaines desquelles des essais avaient été faits par des officiers détachés de la R. M. essayaient de'faire accepter le nouveau mode de liaison. La 3e armée notamment se servit d’un vibreur fabriqué par le capitaine Vieillard. La ténacité du général" Tanant, les travaux du lieutenant d’artillerie Éloy firent que les unités de la 3e armée furent les premières à se servir véritablement de la T. P. S. La 4e armée l’installa ensuite en se servant, avant l’apparition du Boucherot, d’un vibreur très ingénieux imaginé par le sergent Valette. Dans le courant de 1916, ce procédé de
- fois. On démontre de façon suffisamment rigoureuse que l’induction joue le principal rôle. On- peut expérimentalement en faire la preuve en remplaçant la ligne réceptrice par un cadre à plusieurs spires, dont les 2 extrémités sont fermées sur l’amplificateur. La réception du courant variable (qui peut être un courant téléphonique) se fait aussi bien et parfois mieux que dans le cas d’une ligne réceptrice à la terre et l’induction seule est en cause dans ce dispositif. Un tel cadre permet de capter les conversations téléphoniques qui passent dans là ligne émettrice, et c’est ainsi que la surprise des conversations est un phénomène identique à celui qui a permis de faire fonctionner la T. P. S. Bien entendu, un dispositif rigoureuse-
- wmm
- 1 K''-s h
- .........
- Fig. 2. — Le vibrateur Boucherot. A gauche, dans sa boîte, à droite, hors de sa boite.
- communication devait être universellement adopté.
- Il n’ést point indifférent de noter que les armées françaises furent les premières à faire de la. T. P. S. Nos alliés nous imitèrent en prenant d’abord notre matériel, puis en construisant eux-mêmes des appareils similaires. Quant à l’ennemi, ce ne fut que longtemps après nous et lorsque, dans les fluctuations inévitables du combat, il eut réussi à s’emparer de quelques appareils qu’il employa ce nouveau procédé de liaison. Il le développa par la suite à peu près comme' nous, mais son appareil, comme, presque tout le matériel allemand, est infiniment plus compliqué que le nôtre, sans qu’il semble en résulter un avantage appréciable.
- Principe de la T. P. S. — Le principe de la T. P. S. est, nous l’avons vu, d’une très grande simplicité; nous le rappelons en deux mots. Dans la ligne émettrice, un vibreur donnant des courants variables à fréquence musicale est embroché. Dans la ligne réceptrice, nous intercalons un téléphone ou mieux un amplificateur à lampes. Les signaux Morse envoyés dans la 1re ligne sont reçus et lus au son dans la seconde. La conduction du sol et l’induction d’une ligne sur l’autre interviennent à la
- ment identique à celui de la T. P. S. (ligne réceptrice également à la terre) permet de même de capter les conversations téléphoniques. Il n’y a aucune différence au point de vue induction, entre un courant vibré et un courant téléphonique, qui de par sa nature est. essentiellement variable, donc inducteur. La captation des conversations ennemies est une des applications les plus intéressantes du principe que nous venons d’exposer. Le général Rouquerol en a montré toutes les conséquences dans l’article paru le 8 mars (n° 2353 de La Nature) où il fait un éloge pleinement mérité du lieutenant Delavie.
- Toutefois, notre, historique prouve surabondamment que le lieutenant Delavie n’est pas l’inventeur de la T. P. S., ce qui n’ôte rien, hâtons-nous de le dire, à la grande ingéniosité ni à la magnifique bravoure dont il a toujours fait preuve et auxquelles se plaisent à rendre hommage tous ceux qui*, à un instant quelconque, ont eu à s’occuper des écoutes.
- Il peut être intéressant, au point où nous en sommes, de comparer la T. P. S. et la T. S. F. Dans chacun des 2 modes de communications, nous faisons parcourir au départ un conducteur (antenne
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- LA T. P. S.
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- ou base) par un courant alternatif ou variable. La différence essentielle entre ces courants, c’est que celui de la T. P. S. est à fréquence musicale, celui
- de la T. S. F. est à
- M/Ji/ur
- Fig. 3. — L’ancêtre de la T. P. S Le dispositif Morse.
- haute fréquence (700 périodes jtar seconde pour la T. P. S. ; au moins 15 000 pour la T. S. F.). Ces courants variables produisent en tous points de magnétique. Maxwell a dé-de ce champ en un en ce point
- l’espace un champ montré que la création point correspond à la localisation d’une certaine quantité d’énergie, proportionnelle au carré de l’intensité du champ. C’est cette énergie qui, convenablement transformée, actionne finalement notre récepteur par l’intermédiaire d’une 'antenne ou d’une base de réception analogue à l’antenne ou à la base d’émission. Or, on démontre, qu’à faible fréquence (cas de la T. P. S.),de champ diminue en raison inverse du cube de la distance et l’énergie reçue en raison inverse de la sixième -puissance. Au contraire, dans le cas de fréquence élevée, le champ à une certaine distance ne décroît plus que comme l’inverse de cette distance et par suite l’énergie comme l’inverse du carré. Plus la
- fréquence est
- Ligne ou base d'émission
- alternateur ou vibréteur à fréquence musicale
- w/mmi
- 777777777
- O
- Ligne ou base de réception
- Téléphone
- imnrrr Fig. 4.
- élevée, plus ce résultat est rapidement atteint. C’est le phéno: mène du rayonnement qui ne se produit pas en T. P. S.
- D’où possibilité pour la T. Si F. d’obtenir avec des énergies raisonnables au départ, des portées pratiquement indéfinies , tandis que la T. P. S. handicapée par la loi du cube ne donnera jamais que des portées médiocres.
- Pour revenir à des considérations plus terre à terre, si nous comparons le poste de T. P. S. au poste portatif de T. S. F. qui consomme à l’émission une énergie analogue, nous trouvons pour le premier 2 à 3' km de portée, le second portant à 12 ou 15, si nous le recevons sur amplificateur comme sont reçus h*s signaux de T. P. S. Seul avantage de la T. P. S., énorme en cas de guerre: grande sécurité de fonctionnement qui en fait la liaison idéale pour la guerre de position. Les antennes de T.S.F., si défilées et si basses soient-elles, sont toujours beau-
- tés postes teurs de T
- 777777777
- Disposition schématique émetteurs et récep-P. S.
- coup plus vulnérables que les bases posées à terre ou même enterrées de la T. P. S. Dans la guerre de mouvement où* les distances augmentent, mais où les appareils sont é’n sécurité relative, la T. S. F. a repris tous ses droits et a rendu beaucoup plus de services que la T. P. S. Il est à noter que la T. P. S. est aussi indiscrète que la T. S. F. et que l’ennemi entend par induction dans ses lignes téléphoniques en vertu du principe même delà T. P. S. tout ce qui passe par ce moyen de liaison ; on peut même dire que la T. P. S. est plus dangereuse à ce point de vue que la T. S. F., car la T. S. F. n’est reçue que si l’on dispose d’un poste récepteur
- ôdse d'émission (SOè/OO-J
- • __ -
- Base de réception
- 1 2 à 3 Km.
- | ( 1QQ à 200 M )
- B
- Fig. 5. — Disposition d’une base d’émission et d’une base de réception.
- spécial (très multiplié il est vrai, en cas de guerre). La T. P. S. au contraire est entendue directement dans toutes les lignes téléphoniques avoisinantes. D’où la nécessité absolue, qui dans les débuts pa-, raissait pénible aux états-majors, de chiffrer les messages aussi bien de T. P. S. que de T. S. F., si l’on ne veut pas renseigner l’ennemi.
- Le poste de T. P. S. -— Le vibrateur et l’amplificateur. —- De quoi se compose maintenant dans le détail un poste de T. P. S. A l’émission : un vibrateur à fréquence musicale, alimenté par une batterie d’accumulateurs, et débitant dans une ligne à la terre aux 2 bouts. A la réception : un amplificateur à 3 lampes embroché sur une ligne ou base analogue à celle de l’émission ; vibreur et amplificateur ont été depuis le début de 1918 réunis dans une "même boite qui constitue ainsi le poste de T. P. S. émetteur-récepteur (fig. 9). Nous allons successivement parler de la ligne,'du vibrateur, de l’amplificateur. En général, la ligne du poste avant, qui dans les der- A„
- niers temps était à la fois émetteur et récepteur, mais uniquement émetteur au début, avait 50 à 100 mètres. Celle du poste arrière, simplement récepteur dans le dispositif originel, émetteur et récepteur depuis 1918, pouvait être plus longue : 200 m. Ces 2 lignes peuvent être en un câble isolé quelconque posé sur le
- Æ :
- Fig. 6. — Les 2 bases A et B sont placées d’une façon quelconque. La meilleure réception est réalisée quand 0 = 0'.
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- LA T. P. S,
- sol ou même enterré, d’où grand avantage, comme nous l’avons vu,.sur les antennes de la T. S. F. si vulnérables et qui, dans la guerre de position, étaient trop souvent brisées, au moment précis où l’on avait le plus besoin d’elles. Les prises de terre sont faites au moyen de piquets ou de' grillages. Il
- voir (cas d’un régiment communiquant avec plusieurs bataillons). L’appareil consomme 3 ampères sous 10 volts et a un rendement de 55 à 65 pour 100 suivant la résistance des terres. Des appareils plus puissants marchant à bras ou à l’aide d’accumulateurs ont été réalisés par la R. M. ; mais aucun
- A
- Base ci'émission destinée à être entendue en B~
- - ''v,: I .
- Base que l'on veut
- ... (yy"1 " -.. •
- pas entendre
- .................... '
- » B
- Fig. 7. — Comment éviter le mélange des conversations. — Le poste B n'entend que la base A.
- y a intérêt à ce que la résistance totale de la terre ne dépasse pas 100 ohms. Le dispositif le plus avantageux pour les 2 bases (émission et réception) est celui dans lequel elles forment un trapèze isocèle et sont par conséquent., perpendiculaires à la droite qui joint les 2 points A et B qui doivent communiquer (fig. 5). Si l’on ne peut réaliser un tel trapèze et s’il faut incliner les bases sur la droite qui joint les points qui communiquent on démontre que le dispositif le plus avantageux consiste à avoir 1g 6' —
- 2 tg ô (fig. 6) ou grosso modo ô'=0 (les 2 conditions sont pratiquement équivalentes pour des angles assez grands).
- Si, en face d’une base de réception, il y a. 2 bases d’émission, dont l’une ne doit pas être entendue, il suffira pour que ce résultat soit obtenu que l’angle 0 soit inférieur à 60° (fig' 7).
- Le vibrateur Boucherot n’est autre chose qu’une bobine d’induction, d’une construction un peu spéciale et dont les interruptions sont directement produites par une lame vibrante encastrée, portant un des 2 contacts platinés. En chargeant cette lame vibrante de masselottes de poids variable, on change le régime de vibration de la lame, on modifie la fréquence du courant vibré et par conséquent le son à la réception; d’où une facilité plus grajnde pour choisir entre plusieurs émissions reçues à la même base de réception celle qu’il,y a lieu de rece-
- n’a eu le succès du vibrateur Boucherot admirablement adapté aux fins poursuivies.
- La réception qui, dans les essais anciens, se faisait avec un casque téléphonique de résistance convenable, ce qui ne permettait que de faibles portées, n’a vraiment pu fonctionner à des distances intéressantes que le jour où l’on put mettre un amplificateur de courant téléphonique sur la ligue. Le principe de l’amplificateur a été donné dans le
- n° 2354 delà Nature, nous le rappelons sommairement. (fig. 8) Prenons une lampe à incandescence où le vide'a été poussé aussi loin que possible et chauffons son filament au rouge blanc. On admet que ce • filament émet des particules électrisées négativement : des électrons. Si en face du^ filament porté à l'incandescence, nous dispo-, sons_ une plaque métallique portée à un potentiel nettement supérieur à celui du filament, par lemoyen d’un accumulateur de 40 ou 80 volts dont le pôle négatif est relié au filament, le pôle positif à la plaque, les électrons chargés d’électricité négative seront attirés sur la plaque. Le transport d'électricité négative aura pour conséquence un apport d’électricité positive destinée à la neutraliser et l’acçumulateur débitera sur la plaque, de sorte qu’il passe un courant dans lecirçuit/:-accumulateur, plaque, filament. Intercalons maintenant entre le filament et la plaque une grille métal-
- dCCUS de chauffage
- Ligne de réception
- Fig. 8. —Principe de l'amplificateur et de son montage.
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- LA T. P. S.
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- lique dont7 les intervalles peuvent laisser passer ies électrons. Nous relions cette grille au pôle négatif de. l'accumulatour de plaque et en même temps au pôle négatif de l'accumulateur duchauffage ( voir schéma de la figure 8). Si nous portons maintenant cette grille par un moyen quelconque à un potentiel supérieur à celui du filament; si nous la rendons positive par.’ rapport au filament, elle attire, elle aussi, les électrons et renforce le courant “ filament-plaque Si nous la rendons négative par rapport au filament, elle repousse les électrons et diminue le courant “ filament-plaque Autrement dit, aux variations de potentiel de la grille, correspondent des variations d'intensité dans le courant-plaque et l’on constate pour une disposition convenable des appareils qu’à de petites variations du potentiel de la grille, correspondent des variations notables, du courant-plaque. Si donc nous faisons arriver les 2 extrémités de notre ligne de réception de T. P. S aux bornes primaires d’un transformateur dont le secondaire est dans la grille, et que nous mettions un téléphone dans la plaque, aux variations de potentiel qui se produisent dans la ligne deréception du fait du courant variable qui la parcourt, correspon dront des variations de potentiel de la grille Ces faibles variations du potentiel de grille provoqueront des variations beaucoup plus importantes du courant de plaque et par comequent une réception téléphonique bien plus intense que .celles qu’on obtiendrait si le téléphone était intercalé directement dans la ligne de réception. Si maintenant au lieu de mettre le téléphone dans la plaque comme le représente la figure 8, nous intercalons simplement dans la plaque le primaire d’un
- Fig. roi — L’amplificateur à 3 étages.
- Fig. g. — Le poste mixte de T. P. S. émetteur-récepteur.
- transformateur qui agit sur la grille d’une deuxième lampe comme la ligne de réception agissait sur la grille de la première, nous aurons, si le téléphone est dans la plaque de cette 2e lampe, une amplification au 2e degré. On peut amplifier une 5e fois et réaliser le schéma de la figure 11. C’est le schéma même de l’amplificateur utilisé en T. P. S. On peut se demander pourquoi on n’augmente pas cette cascade de lampes pour avoir une amplification meilleure encore, mais on est assez vite arrêté dans cette voie, parce que l’on amplifie, en même temps que les sons utiles, toutes sortes de bruits parasites qui finissent par couvrir complètement la réception et parce que l’on risque aussi d’amorcer des ondes entretenues locales qui font « chanter » l’appareil.
- Nous avons dit que le dispositif de la T. P. S. permettait des transmissions téléphoniques à distance, soit en recevant sur ligne, soit en recevant sur cadre. 11 faut simplement remarquer que les courants téléphoniques étant bien moins intenses que les courants télégraphiques, leurs variations le sont aussi et l’induction, par suite les portées, sont beaucoup moins importantes. Delà viennent les grandes difficultés rencontrées par le service des écoutes dans les endroits où les lignes ennemies étaient un peu éloignées des nôtres.
- La T. P. S. au front. — Les derniers messâges des cuirassiers du Piémont. — La T. P. S., quand on ne dépasse, pas 2000 à 2500 de portée, a donné au front des résultats excellents. Il faut noter que la portée pratique permettant . une réception sûre dans l’inconfort et le bruit de l’avant est bien inférieure aux portées réalisées dans la tranquillité des essais de l’arrière. L’infanterie qui, tant qu’elle n’avait pas confiance, accueillait cette nouveauté avec une
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- LA T. P. S.
- certaine réserve, se rendit rapidement compte des grands services que le nouveau procédé de * communication pouvait lui rendre et bientôt il lui aurait été impossible de s’en passer. La liaison d’abord unilatérale : émèttrice à l’avant (poste de bataillon), réceptrice à l’arrière (poste de régiment), fut rendue possible dans les 2 sens par l’adoption de l’appareil» mixte dont nous avons déjà parlé et dès lors la T. P. S. fut définitivement au point. Trois hommes suffisent à transporter tout le matériel d’un poste. L'un porte l’appareil, le secondées accus, le troisième les accessoires.
- Dès la fin de 1916, la T. P. S. avait partout droit de cité, mais elle fut employée pour la première fois dans l’offensive, en avril 1917. Pendant ces attaques d’avril, les liaisons : brigade, régiment, bataillon, ont fonctionné avec la plus grande régularité et permis de donner de nombreux renseignements. Bataillons arrêtés et demandant des renforts ou des munitions; bataillons annonçant la réussite de l’attaque et donnant leurs nouvelles positions ; bataillons encerclés restant en communication avec l’arrière et appelant efficacement au secours, les cas sont innombrables où la T. P. S. a été d’une aide précieuse à l’infanterie. Une des situations les plus dramatiques dont la T. P. S. nous a laissé l’impérissable souvenir est celle de ce détachement du 4e cuirassiers à pied encerclé au Piémont, résistant pendant 12 heures à 14 assauts successifs et restant en communication jusqu'au bout avec le colonel commandant le régiment. Nous donnons ci-dessous un extrait du procès-verbal de la communication .
- Y K. est le poste du colonel;
- Y K 2. le poste avancé dont il s’agit;
- YM. est la brigade.
- Après avoir passé toute la nuit à demander des tirs de barrage, à annoncer des bombardements, à donner des renseignements sur la situation et les progrès de l’ennemi, YK2 annonce à 6 h. 5 que sa droite est tournée, la conversation ci-dessous a lieu par T. P. S. entre la brigade, le colonel et le détachement avancé.
- 6 h. 05. YK de YK 2. 10. YM*de YK.
- 12. YK de YM. 15. YM de YK.
- 10. Y K de Y K 2. 52. Y K de Y K 2.
- — 36. YK 2 de Y K.
- 50. YK de YK 2.
- Droite tournée et se replie sur ligne soutien.
- Béarn complètement tourné ; Allemands à Aztois. Dois-je replier Béarn?
- 593; 588; 695; 941 ; 105; *819 ; 048 (télég. chiffré).
- Béarn complètement encerclé. Allemands boyau arrière Belval, dois-je donner ordre repli?
- Béarn encerclé tient toujours.
- Aucun ennemi dans Je P. A.
- Cécile.
- On pense à vous.
- CR Y : BR. (Comment recevez-vous?)
- 7 h. 05. YM de YK 2. YYY au P. C. Oré (demande de ravitaillement en muni-, fions au poste de commandement du colonel Oré (P. C. Oré).
- ^10. YK 2 de YK. .CRV : BR (Comment rece-. vez-vous?)
- YK de YK 2. R.T.B. (réception très bonne).
- 13. YI( 2 de YK. CR Y.
- 15; YK de YK 2. P. C. Béarn encerclé de près.
- .17. Boucaudes tourné droite et
- près. Impossible exécuter ordre. —
- 7 b. 25. Y K de YK 2. Béarn serré de près.
- 27. YK de YK 2. Y Y Y. Munitions diminuent
- (demande de munitions).
- 44. YK de YK 2. Aztois tombé. Béarn doit être également près de tomber.
- 8 h. 00. YK de YK 2. CRV : BR.
- 05. YK de Y K 2. Barrage devant réduit.
- 08. YM de YK. Béarn fient toujours.
- 10. YK 2 de Y K. Avez-vous des nouvelles de votre droite?
- 18. Y K de Y K 2. Béarn complètement débordé, la droite fient toujours tranchée lorraine (message transmis aussitôt à la brigade).
- 25. YK de YK 2. Les accus baissent; travaillerons de moins en moins.
- 28. YK de YK 2. Accus baissent. Ne pourrons
- tenir que - heures.
- 56. YK 2 de YK. Restez écoute 5 mm. toutes les 15' à partir de 9 h., nous y resterons continuellement.
- 9 h. 12. YM de YK. Y Y Y (demande de munitions).
- 9 h. 20. Y K de Y K 2. C.R.V.
- 9 h. 25. Y K de Y K 2. L'ennemi nous serre de près
- par Est.
- 9 b. 54. YK de YK 2. Barrages sur boyau Boucaudes et N.-O. du ruisseau tranchée des Alpins.
- 10 h. 00. Y K de YK 2. C.R.V.
- 10 b. oO. Y K 2 de Y K. Transmettez toujours même
- si vous m’entendez pas, réception très bonne.
- 10 h. 45. YR .de Y K. Compagnie boche se rassem-
- (artillerie) ble dans boyau Boucaudes
- au nord Alpin ; nombreux détachements dans bois au ' nord de Thiescourt.
- 11 h. 47. YK de YK 2. Masses ennemies ' de toutes
- armes marchent sur Gury.
- 12 h. ,02 Y K de Y K 2. Foutus!
- 12 h. 04 Y'K 2 de YK. , Saluons dès héros. Oré. v
- La T. P. M. et la T. P. A. — Nous terminerons cet article sur la T. P. S. en disant un mot de 2 transmissions du même genre essayées dans la marine et dont l’une, la T. P. M. (télégraphie par la mer) est tout à fait identique dans son principe à la T. P. S. L’autre, la T. P. A. (télégraphie par l’air), un peu différente.! -
- . La T. P. M. a été essayée entre un cuirassé et un canot à vapeur. Le cuirassé portait l’émission. La
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- FAITES DU POISSON — PEUPLEZ LES EAUX
- 363
- base~était constituée par 2 câbles écartés à 15 m. du navire à l’aide de tangons et plongeant dans la mer..La base de réception se composait de 2 câbles entraînés par le canot à vapeur et ayant une longueur totale de 100 m. On a constaté des portées bien inférieures à celles de la T. P. S. Pour porter à 5 km en utilisant du courant alternatif à fréquence musicale il a fallp. mettre 8 ampères dans la ligne (pour la T. P. S. à terre, le courant d’émission est de l’ordre du demi-ampère pour une portée analogue). Avec 63 ampères à l’émission on
- l’intensité du courant de réception. Si les 2 courants de réception des 2 cadres ont la même intensité, le bateau dont la ligne de foi est la bissectrice des cadres est bien en direction, sinon il faut virer du côté du cadre qui a donné la plus grande intensité de réception. Dans la réception sur cadre, l’intensité est en effet maxima quand le plan du cadre est dirigé sur le poste émetteur.
- 2° Dislance. — L’intensité de réception étant inversement proportionnelle au cube de la distance, si le poste émetteur a une émission bien constante,
- Ligne de réception de T.P.S.
- Prise ' du téléphone
- T ’ vwÿwwv-
- Hheosfat de Chauffage des /ampes
- Fig. il. — Le montage d’un amplificateur à 3 étages.
- atteignait 6 km de portée, ce qui vérifie sensiblement la loi du cube.
- La T. P. A. a été étudiée pour permettre dans un convoi dè bateaux de piloter par temps de brume les bateaux successifs par un bateau-pilote placé devant eux. Il s’agit pour le bateau arrière : 1° de garder la même direction de route que le bateau avant; 2° de connaître au moins approximativement sa distance à ce bateau.Nous ne donnerons que le principe de la méthode qui a donné de bons résultats.
- 1° Direction '. — Le bateau-pilote émet dans un cadre avec une source qui est généralement un alternateur à mille périodes. Le bateau-récepteur reçoit sur 2 cadres à 120° qui peuvent être fermés par un dispositif convenable l’un après l’autre sur un amplificateur. Le téléphone de cet amplificateur est remplacé par un circuit qui permet de mesurer
- la lecture de l’intensité du courant de réception donnera la distance avec une approximation suffisante ainsi que l’expérience l’a démontré. Avec une centaine de watts on arrive à assurer la direction d’un convoi, chaque bateau recevant du précédent et transmettant au suivant. Le cadre émetteur se compose des deux cadres à 120°, mis en série et que l’on sépare en deux, pour la réception.
- T. P. S., T. P. A., T. P. M. ont donc donné égale satisfaction. Si la première ne paraît pas susceptible, à cause de sa portée limitée, de donner grand résultat en temps de paix, les 2 autres procédés de liaison semblent appelés à rendre des services à la marine. La guerre seule a amené le développement dé la T. P. S. Nous souhaiterons, pour terminer, qu’il n’en soit plus question pendant de longues années. • Un Radio.
- FAITES .DU POISSON
- Parmi les ressources alimentaires que nous pourrions créer sans grandes difficultés, il en est une qui mérite qu’on la considère avec attention, et qu’on la développe partout où faire - se peut : c’est le poisson.
- Le poisson frais
- n’est évidemment pas Fig. i. — Profil de
- parmi les aliments les
- plus nutritifs. Outre une proportion assez considérable de déchets qui varie beaucoup, selon les
- PEUPLEZ LES EAUX
- espèces, autour dé 42 pour 100, il renferme une forte quantité d’eau : 44 pour 100 en moyenne et 1 pour 100 de sel. y II ne reste donc guère
- que 15 pour 100 de £tana ' matières nutritives,
- * - ' dont une petite partie
- sous forme de graisses et la plus grande la digue d'un étang. en substances azo-
- tées. Comparé à la viande, qui contient une fois et demie plus d’azote et beaucoup plus de graisse, il n’a qu’une
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- FAITES DU POISSON — PEUPLEZ LES EAUX
- valeur environ quatre fois moindre en calories.
- C’est donc un aliment assez peu nourrissant, dont il faut des quantités beaucoup plus grandes que de viande pour assurer une même ration. C’est aussi un aliment plus volumineux, plus encombrant, et de conservation moins aisée, ce qui a son importance pour le transport.
- Il semblerait donc à première vue que sa production ne soit guère à recommander.
- Mais il rachète ces défauts par un certain nombre d’avantages qui justifient l’attention qu’on peut lui porter.
- Le poisson occupe un milieu qui ne peut devenir pour nous une autre source de nourriture. Il peut se développer sans qu’on lui donne aucun aliment coûteux ou utilisable pour l’homme — et c’est même à cette seule condition qu’on doit en préconiser l’élevage. Enfin, il peut fournir à notre alimentation une quantité de matières azotées non négligeable et que nous devons utiliser au maxi-. mum en remplacement de la viande de boucherie, pour économiser du bétail.
- En temps ordinaire, le pois-sonde mer l’emporte de beaucoup sur le poisson d’eau douce comme tonnage et comme valeur marchande.
- Cependant ce dernier n’est pas à dédaigner.
- En 1913, dernière année normale de statistique, la France en avait importé 3264 tonnes,valant 6 433 000 francs; elle n’en avait exporté que’ 437 tonnes pour 471 000 francs. Elle était donc fortement tributaire de l’étranger, et surtout de la Hollande, de l’Angleterre et de l'Allemagne.
- Rien qu’à Paris, la même année, il était arrivé aux Halles 3406 000 tonnes de poisson d’eau douce. C’est dire que Paris- est de beaucoup le marché le plus important pour cette denrée.
- Le développement de la pisciculture en France ajouterait, nous l’avons dit,- à notre nourriture; il aurait de plus l’intérêt de nous libérer du tribut que nous payions à l’étranger.
- C est ce double but qui a guidé l’initiative prise par la Compagnie . du chemin de fer d’Orléans de montrer sur place, en un voyage d’études, l’utilisation, pour l’élevage de la carpe, des nombreux lacs et étangs desservis par son réseau et qui a suscité l’organisation récente d’un congrès pour le peuplement des eaux et la carpiculture.
- Nous profiterons de cette occasion pour donner à nos lecteurs les .renseignements pratiques néces-
- Fig. 2. — Plan d'un étang
- saires à ceux qui voudraient faire du poisson avec profit.
- La superficie occupée en France par les étangs, lacs et autres pièces d’eaux artificielles, bien qu’ayant beaucoup diminué pendant le xixe siècle, est encore de plus de 100000 hectares. Elle tend d’ailleurs à augmenter depuis ces dernières années. Chaque hectare peut donner annuellement 100 kg de carpe et 50 kg d’autres poissons, cë qui représenterait une production totale de 15 000 tonnes de nourriture, le poids de 30 000 bœufs au moins, sinon leur valeur alimentaire exacte. Avant la guerre, le bénéfice net par hectare d’étang empoissonné était couramment de 75 francs et atteignait dans les^ meilleures conditions 150.
- Que faut-il pour empoissonner les étangs existants?
- D’abord examiner les qualités de la ou des pièces d’eaû. On choisira celles dont la pente du fond est au moins de 4 pour 100, ou bien l’on créera cette pente en travaillant le fond a près assèchement, ce qui est plus laborieux. On préférera les étangs à fond imperméable, argileux ou mieux màrneux et riche en humus. On peuplera d abord et surtout les pièces alimentées par des ruisseaux d’eau propre. Les sources sont souvent trop froides et trop peu aérées; les eaux de ruissellement sont inconstantes; les eaux souillées sont inutilisables et risquent de produire une trop grosse mortalité.
- L’étang étant choisi dans les meilleures conditions, on l’aménage. On crée, si elle n’existe déjà, une dérivation du cours d’eau d’alimentation de façon à être maître de l’eau et à éviter les débordements en périodes de crues.
- Dans l’étang préalablement asséché, on construit en amont un barrage muni d’une vanne réglant l’arrivée de l’eau; des fagots immergés ou mieux une grille de fer empêcheront les poissons de 's’échapper en remontant le courant quand la\anne sera ouverte.
- Sur le fond, on creuse un bief, large de 2 à 3 m., profond de 50 cm environ, à très faible pente, qui traverse tout l’étang et reçoit, de distance en distance, de petits fossés latéraux. Le bief et les fossés suivent les lignes de plus grande pente. Ils aboutissent tous à une fosse profonde où l’eau atteindra 1 m. de profondeur et dont la surface est en rapport avec la superficie de l’étang 10 m2 pour 5 hectares, 20 pour 15, etc. Cette fosse, dénommée pêcherie ou poêle, est avantageusement
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- garnie sur ses parois de planches ou mieux de pierres. Elle est destinée à abriter les poissons quand la température baisse ou augmente trop et à les rassembler quand on vide l’étang pour les pêcher (fig. 2).
- Elle s’appuie en aval à une digue ou chaussée qui retient les eaux. Cette digue a généralement le profil représenté figure 1, pour résister à la pression de l’eau. Le talus amont est plus incliné que le talus aval. On le-construit en terre damée recouverte de gazon ou mieux d’un perré; quand les frais ne sont pas trop considérables, la digue en maçonnerie est à préférer comme plus solide et de plus longue durée. On prévoit en un point fin déversoir muni d’une grille pour éviter le débordement pendant les crues. Au niveau du fond de la pêcherie, on réserve dans la digue une conduite de décharge fermée par une vanne à son origine où munie d’un clapet ou d’une bonde en son milieu. La figure 5 représenle la coupe de ce dispositif nommé thou. Une grille ou des fils de fer arrêtent les poissons à l’entrée du canal de fuite. Normalement, la conduite de décharge est fermée ; on ne t’ouvre que pour assécher l’étang. Son diamètre doit être assez large pour que la vidange soit rapide, sans toutefois l’être trop pour que la manœuvre de la bonde reste possible; 50 cm est un maximum.
- L’étang préparé, il faut l’entreténir en bon état. Pour cela, on doit le laisser à sec pendant l’hiver et profiter de cette saison pour le nettoyer par une énergique chasse d’eau, le racler, le curer et le réparer au besoin. Le curage doit être répété tous les quatre ou cinq ans environ, il peut être plus ou moins fréquent selon la pureté de l’eau.
- Les joncs et les roseaux sont excellents en ce qu’ils servent de lieu de ponte pour les poissons, qu’ils attirent des insectes et procurent des places d’ombre, mais ils sont envahissants et doivent être fauchés’presque entièrement sous l’eau au début et au milieu de l’été. Les herbes flottantes et YElodea canadensis pullulent rapidement et doivent être fréquemment enlevées. Par contre, la plupart des plantes immergées sont précieuses parce qu’elles aèrent l’eau et donnent de l’ombre. On peut augmen-
- Chaus.
- — Coupe d’un thou.
- ter la quantité de nourriture pour les poissons en apportant dans l’étang des crevettes d’eau et des coquillages qui abondent dans tous les ruisseaux.
- Supposant maintenant un étang bien préparé et bien entretenu, voyons comment y pratiquer l’élevage.
- Parmi les nombreuses variétés de carpes qu’on
- Fig. 4. — Balance à nourriture.
- peut choisir, il faut préférer celles les plus robustes, les plus précoces et qui ont- le développement le plus rapide. Les carpes à miroir et les carpes à cuir présentenfees diverses qualités. A leur défaut, on sélectionnera parmi les poissons dont on dispose, ceux qui ont la tête la plus petite, le corps le plus haut et le plus épais, l’aspect le plus vigoureux, un poids de 1 à 2 kg, des écailles bien brillantes.
- Selon le nombre d’étangs dont on dispose, on peut appliquer différentes méthodes dont les meilleures sont les suivantes :
- Quand les étangs sont très petits, on p’ace au printemps, dans un premier garni d’herbes, deux couples de reproducteurs. Après lâ ponte, on transporte les herbes chargées d’œufs dans un second peu profond ou muni sur son bord d’une banquette peu profonde. Parmi les alevins, on n’en conserve qu’une centaine qu’on élève "par les procédés habituels.
- Quand les étangs sont nombreux et vastes, on en utilise au moins'trois pour un élevage. Le premier, le plus petit, doit avoir une eau suffisamment chaude pendant l’été. On y place au printemps les reproducteurs, généralement les mâles en plus grand nombre que les femelles, 3 pour 2. A la fin de l’été, on l’assèche et l’on recueille les alevins, en très grand nombre, puisqu’une carpe pond environ 100000 œufs, dont plus du dixième survit. Us ont alors 10 centimètres de long, la longueur d’une feuille, d’où le nom d’étang à feuille donné .souvent à l’étang d’aleyînage.
- Les alevins qu’on veut garder sont placés dans un étang, plus grand; les autres sont vendus pour l’empoissonnement d’autres étangs ou servent de nourriture aux brochets qu’on élève dans un autre étang spécial."
- Le deuxième étang ou étang.à nourrains reçoit, par hectare, 500 à 1000 alevins choisis parmi les plus vigoureux.^On peut y ajouter, des alevins de tanche et quelques petites perches de 50 gr. environ. A l’automne suivant, l’étang est vidé et l’on
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- recueille des poissons dont la taille doit atteindre 15 à 20 centimètres.
- On les transporte dans un troisième étang, dit étang à carpes, où ils resteront jusqu’à, la pêche définitive. Ils ne doivent pas être plus de 500 par hectare, et si les jeunes sont trop nombreux, il est préférable d’opérer une deuxième sélection des plus vigoureux pour obtenir un rendement normal. On remplace souvent alors un dixième des carpes par des tanches et l’on introduit au printemps suivant quelques brochetons de 100 gr., ou un nombre un peu plus grand de jeunes perches, qui détruiront le frai sans s’attaquer aux adultes. La, pêche a lieu généralement au bout d’un ou deux ans quand les carpes atteignent un poids marchand supérieur à 1 kg ; il n’y a pas avantage à attendre plus longtemps, car la croissance du poisson se ralentit.
- Si les étangs sont plus nombreux, on peut les laisser en assec plus longtemps et les mettre en culture, ce qui a l’avantage de donner de belles récoltes, d’assurer la destruction des ennemis des carpes et de fertiliser l’étang.
- La pêche se fait en vidant lentement la pièce d’eau pour que le poisson se rassemble d’abord dans les fossés et dans le bief, puis dans la pêcherie. On l’y capture au moyen^ d’une senne, et quand l’eau est presque entièrement partie avec des troubles. Les poissons sont mis dans des cuves et transportés dans des réservoirs d’hiver. On peut les expédier à sec si le trajet est court, ou mieux dans des réservoirs. On emploie pour les grandes quantités des wagons et des bateaux viviers. La question du transport a déjà été traitée dans La Nature (n° 2058). ,
- La croissance de la carpe est rapide et prolongée. A la fin du premier été, elle mesure seulement 8 cm et pèse 1£ gr.; l’été suivant, elle atteint 150 gr.; le 5% 500 à 750; le ¥, 800 à 1200; le 5e, 1800 à 2400. La vitesse d’accroissement dépend du choix des reproducteurs èt des alevins et aussi de la nourriture existant dans l’étang, c’est-à-dire de sa flore et de sa faune.
- On ajoute le plus souvent à la nourriture naturelle des distributions d’aliments qui peuvent être très variées, puisque la carpe est omnivore'.
- Aux jeunes .alevins, on peut donner du sang, des tourteaux, des viandes hachées ou desséchées, des vers, du fumier frais de porc ou de mouton.- Le mieux est de placer ces produits dans des balances (figi 4) analogues à celles qui servent à pêcher les écrevisses.
- Les animaux plus développés peuvent recevoir tous les résidus de la ferme : feuilles de salade, graines, fruits pourris, déchets de cuisine, fumier de porc, etc.
- Dans les étangs des Dombes, qui peuvent servir de type, on arrive ainsi à produire à l’hectare, par an en moyenne, 96 kg de carpe, 59 de tanches, 6 de brochets, 54 de poissons blancs.
- C’est donc là une source de nourriture qu’il convient de développer. Elle peut fournir des quantités notables de nourriture d’ici deux ou trois ans. De plus, elle peut diminuer en grande partie l’importation considérable du poisson, que nous pratiquions avant la guerre, notamment en provenance d’Allemagne. C’est une raison de plus de développer la carpiculture en France (1).
- René Merle.
- ' :
- ÉCONOMIE DE PLATINE EN FRANCE PENDANT LA GUERRE
- M. le commandant Cellerier, directeur du Laboratoire d’Essais du Conservatoire national des Arts et Métiers, vient de réunir en une plaquette (*) les résultats des tra: vaux effectués par la Commission interministérielle du platine pour subvenir à nos besoins de ce métal pendant la dernière année de guerre.
- Au commencement de 1918, la situation de la Russie empêchant les importations de l’Oural d’où nous venait jusqu’alors la plus grande partie du platine, une crise très gravé menaçait de s’ensuivre qui aurait paralysé nos services de guerre employant ce métal. Une Commission fut alors créée à la Direction des Inventions du Ministère de l’Armement pour enquêter sur les ressources restantes, les besoins indispensables et chercher les moyens les ' meilleurs de remplacer le platine dans ses divers usages. '.' v '
- Le bilan des ressources et des besoins s’établissait comme suit : ’ .V'’ y
- 1. Compte rendu des résultats des travaux de la Commission interministérielle du platine, par le commandant Cellerier. Chapelot, éditeur, Paris.
- Consommation probable pour 1918 :
- Fabrication de l’oléum ................... • • • 85 kg
- Fabrication de l’acide nitrique synthétique. . 520
- Service automobile........................... 10
- Aéronautique...........,.....................500
- Service de Santé : chirurgie.................... • 15
- radiographie............. 10
- Service du génie : audions........................ 5,740
- radiotélégraphie. .... 25,200
- _ télégraphie militaire . . . 24
- "projecteurs. ...... 2,560
- Marine, mines, divers ....................... 50
- ' 845,500
- Ressources connues fin mars 1918 :
- Chez les affineurs de Paris (dont 120 kg pour
- leur outillage) i .'..... 7 i .... . 491 kg
- Minerai en affinage. .............................120
- A l’affinage .................................... 94
- " . . V . . *705
- soit un déficit d’environ 140 kilogrammes.
- 1, Cf. Rvveret-Waïtel. La pisciculture industrielle, Doih, éditeur, Paris; Chenaux, Pisciculture, Baillière, éditeur, Paris. .. . - ... y
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
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- Normalement, laFrance importait annuellement 5 tonnes " de minerai à 75-84 pour d00 de métal fin; dès 19.16, la Russie n’avait plus exporte que 2,3 tonnes; seule la Colombie pouvait en produire une quantité appréciable, moins d’une tonne. Il était donc à craindre que le monde entier manquât de platine, à moins qu’on ne trouve des métaux ourles alliages à lui substituer.
- Le platine est ordinairement employé à des usages chimiques : vases et creusets de laboratoire, appareils électrolytiques, couples thermo-électriques, fabrication de l’oléum et de l’acide nitrique synthétique, etc.; le Service de Santé s’en sert pour les aiguilles des seringues à injection, les thermo-cautères, lés fds de bactériologie, la radiologie, l’art dentaire-; les contacts des magnétos de l’automobile, de l’aviation, ceux des appareils télégraphiques et téléphoniques, les audions de T. S. F., les lampes à incandescence à., grand débit en consomment encore une certaine quantité. Enfin, la bijouterie et la joaillerie, bien que non indispensables, en demandaient.
- ' La Commission proposa les produits de substitution suivants :
- Pour les vases et creusets, sur la proposition de M. Co-paux, des alliages d’or et de platine à 12,5 pour 100 de ce métal et des alliages d’or et de palladium à 20 pour 100 de palladium (palau, rhotanium),
- Pour les appareils électrolytiques, diverses combinaisons dont La Nature a déjà parlé (n° 2348) ;
- Pour les couples thermo-électriques, des alliages de nickel et de chrome (nichrome, R. N. C.) ;
- Pour le Service de Santé, des aiguilles de seringue en nickel pur ayant subi un traitement thermique spécial, des' thermo-cautères en or-palladium ou mieux des galvano-cautères en nickel, des fils pour bactériologie en tungstène, des écrans fluorescents au tungstate de cadmium pour remplacer le platinocyanure de baryum, des dents artificielles à crampons soudés qui exigent 95 pour 100 de moins de platine;
- Pour l’automobile et l’aviation, des vis de contact de magnétos en tungstène ;
- Pour la télégraphie, des contacts d’un alliage d’or (10,5), argent (88,25 e cuivre (1,25) ;
- Pour la bijouterie, an alliage L.E.C.A.M. or-nickel argent-cuivre à 75 pour 100 d’or, poinçonnable par la Monnaie.
- Ces travaux d’ordre scientifique ont donc abouti à une économie de plus de 600 kg de platine par an. Ils ont ainsi évité la grave crise que l’on prévoyait et qui aurait été capable d’arrêter des fabrications et des services indispensables à la continuation de la guerre. Ils ont encore actuellement un intérêt très grand, puisque l’industrie a trouvé dans certains des produits de remplacement imaginés de séiieuses économies dont elle conti--' nue de bénéficier en même temps qu’elle s’est dégagée en partie du monopole qui appartenait à la Russie. A. Breton.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du mois de mars 1919.
- Sur^V écrouissage du plomb, de l’étain et du thallium. — On sait qu’une expérience de Ilirn a permis de calculer le rapport qui lie le travail à la chalpur fournie par sa transformation, en mesurant l’élévation de température d’un cylindre de plomb écrasé entre deux blocs de pierre., La mise en équation du problème suppose que pour le métal l’état final est le même que l’état initial, en somme qu’il ne s’est produit aucune transformation physique et que le cycle se referme. Le commandant Nicolardot montre qu’il y a en réalité écrouissage mais que le phénomène exige une expérience rapide (environ 10 secondes) pour être mis eh évidence. Le plomb, comme d’ailleurs l’étain signalé par M. Cohen et le thallium, s’écrouit et son recuit particulièrement prompt est soumis aux mêmes règles' que,.celui de tout autre métal.
- Sur les anomalies magnétiques du Bassin Parisien. — Les trois éléments qu’il suffit de'connaître pour calculer l’intensité du couple auquel est soumise l’aiguille aimantée sont : la composante horizontale, l’inclinaison et la déclinaison. Or, entre les mesures effectuées et les valeurs théoriques, les différences sont fréquemment supérieures à celles qui peuvent provenir de l’expérience. De là l’hypothèse d’une force perturbatrice calculée déjà par M. Angot pour un certain nombre de stations françaises, ce qui lui a permis, dans le cas de la Bretagne .notamment, d’établir un axe d’anomalies'. M. Dubuisson, reprenant ces- expériences au sujet du Bassin Parisien, a pu démontrer qu’il y a parallélisme entre les failles et la ligne indiquée par le Directeur du Bureau météorologique. Il semble aussi qu’il y ait une relation entre les plissements et l’intensité des forces
- perturbatrices. Celles-ci en effet, affaiblies dans les aires d’ennoyages, ' sont renforcées dans les anticlinaux du Roumois, de Senonches, du Merlerault et de la Fontaine Raoul. .
- Sur un appareil destiné à l’étude de la formation et' de là persistance des brouillards. — Etudiée par Coulier, Aitken, Mascart et Langevin, l’influence des particules solides, liquides ou ionisées n’est pas sans importance sur la condensation de la vapeur d’eau atmosphérique. MM. Triflat et Fouassier ont construit sur le même principe que celui de Coulier un appareil qui leur a permis de constater la grande activité, due sans doute aux produits gazeux plus nu moins ionisés qui les accompagnent, des fumées venant de la combustion du charbon et des végétaux. Même influence au compte dés sels ammoniacaux, du chlorure de magnésium et des émanations d’acides minéraux. En échange, les poussières solides (carbonate, silicate de chaux et oxyde de fer} donnent des brouillards peu persistants.
- Sur quelques propriétés optiques des émulsions bactérienne,s. — Les méthodes usuelles employées pour le dosage des bactéries (numération directe ou indirecte, poids net d’un culot desséché) sont peu applicables parce que longues et minutieuses, dès qu’il s’agit de la fabrication, sur une grande échelle des vaccins. M. Fred Ylès montre, dans le cas dé radiations peu affectées par les propriétés du liquide étudié, qu’une mesure de transmission lumineuse donne une nbtion suffisante de la quantité de substance bactérienne et constitue ainsi un procédé de mesure à développer pour la pratique-semi-industrielle. Paul B.
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- PHYSIQUE INDUSTRIELLE
- Un appareil de mesure delà « perte à la .cheminée ».
- En ne considérant que les grandes lignes du problème, on peut admettre, même pour une bonne machine à vapeur, la répartition suivante du calorique créé dans son foyer :
- 1° Chaleur cédée à la vapeur 60 % (soit : perdue par conductibilité 20, rapportée au condenseur 50, transformée en travail 10) ;
- 2° Chaleur entraînée par la flamme et les gaz sortant de la cheminée 40 9/0;
- Ceci montre combien il est important de régler l’arrivée, de l’air sur le combustible. Si l’oxygène est insuffisant, le charbon brûle mal ; si l’air est en exfès, un fort tirage provoque une « perte à la cheminée » qui diminue encore très sensiblement le rendement de l’installation.
- L’essentiel pour un bon chauffeur est donc de réaliser une combustion complète avec un appel d’air minimum, de façon à ne renvoyer dans l’atmosphère que le moins possible de gaz chauds.
- Aussi nous semble-t il intéressant de signaler un appareil de contrôle, actuellement à 1 étude chez un constructeur français , et sur lequel M. Henri Le Chatelier a, dans la - u
- séance du 29~ juillet dernier, attiré l’attention de -' ses confrères de l'Institut. Lè principe en est dû à M. Marcel Chopin.
- Si Tt et T2 sont, les températures respectives de l’air à Centrée dans le foyer et des fumées à la sortie des organes récepteurs> À, la teneur en acide carbonique des gaz rejetés dans l’atmosphère, la perte à la cheminée est proportionnelle au rapport
- rusée fhermo-é/ectv*
- AppareilUe mesure de la perte a la cheminée de M. Marcel Chopin.
- T,-T,
- On peut l’exprimer en p.. °/0 du pouvoir
- •••••.• 'p g ...y.-'
- Calorifique„du combustible par P = K —j—Ç
- Pour évaluer T2 — Tt on utilise, simplement un Couple thermo-électrique D et la lecture se fait à, l’aide de l’aiguille [3 se déplaçant devant un cadran 1 graduéi-Quant à A, M. Marcel Chopin se base sur le fait suivant pour la mesurer : si dans une lessive
- de soude caustique on fait passer un courant de CO2, la résistance varie avec la quantité de carbonate formé. En comparant donc la résistance électrique de la solution avant et après absorption de CO2, entraîné par les fumées, on connaît la teneur de ces dernières en anhydride carbonique. Il a été en effet établi que la résistivité d’une solution de NaOtt est trois fois plus faible que celle du carbonate auquel elle peut donner naissance.
- Dans l’éprouvette E (qui jauge de 5 à 6 cm3), on envoie, en pressant la poire H, un® colonne de soude caustique (100 gr. de Na OH au litre). Le circuit fermé, on amène l’aiguille a au zéro de la graduation. On fait alors barboter les fumées (des essais ont été conduits avec 1900 cm3 passant en 5 minutes), puis on ferme de nouveau le circuit et la déviation de a indique la teneur en C<J2 des gaz, qui sortentde E par l’orificeO.
- Le quotient des deux courants, mesurés en 8 et C est obtenu en rapportant le point de croisement des deux aiguilles à des courbes d’égale perte à la cheminée. Une simple lecture donne la valeur de P.
- Cette mélhode est d’un intérêt général; elle s’applique, en effet, à toute mesure d’ordre analytique, où le réactif employé subit un changement de résistivité électrique par absorption de l’élément à déterminer. Dans le cas particulier que nous venons d’étudier, il s’agit de «faits industriels » à contrôler rapidement. L’appareil de M. Marcel Chopin, devons-nous remarquer, donne des indications suffisamment précises, même si le charbon-employé contient 2% de soufre. La variation de conductibilité de la colonne liquide est duè à l’absorption simultanée des deux anhydrides sulfureux et carbonique, mais le rapport
- . So3 Na2 /'
- Soude
- carbenatêe
- ne dépasse jamais
- Co3Na2
- P. B.
- Le Gérant. P. Masson. — Imprimerie Lahcre. rue de Fleura?, 9, à Pans.
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- Au moment où les délégués de P Ancienne Autriche viennent d’arriver à Paris et où va se décider le sort des côtes de l’Adriatique, il n’est peut-être pas sans intérêt de rappeler ce que la géographie et l’ethnographie nous enseignent de cette côte si disputée qui s’étend de l’Italie à la Grèce.
- Exposé délicat toutefois, car tous les peuples qui s’y rencontrent sont nos amis, ont collaboré avec nous à la grande guerre et nous ne voudrions faire ici de peine à aucun, pas plus que la Conférence de paix ne veut certes les départager sans justice.
- Balance difficile à équilibrer, par suite du mélange séculaire des races, des langues et des intérêts, où le mieux est de dire impartialement ce que les observations dignes de foi nous apprennent.
- La mer. — L’Adriatique forme un long golfe qui s’ouvre dans la Méditerranée par un passage rétrécf, le canal d’Otrante, entre la ville italienne d’Otrante, sur le talon de la botte, et Valona dans son golfe que garde l’île de Saseno. De Venise à Otrante, elle mesure quelque 700 km de long. Sa
- largeur moyenne est environ de 150 km de Ra-venne à Pola, d’Ancône à Zara, de Brindisi à Durazzo.
- Les fonds de plus de 1000 mètres de la Méditerranée atteignent jusqu’à l’entrée du canal d’Otrante qui forme un premier plateau sous-marin. Au nord, une fosse déplus de 1000 mètres s’étend jusqu’à la presqu’île du mont Gargano, en face de Raguse. De celui-ci à la côte dalmate, on trouve un nouveau plateau sous-marin sur lequel s’appuie un chapelet d’îles; Pia-nosa, Tremiti, italiennes avant la guerre; Pela-gosa au milieu, Lissa, Curzola Lésina, Braza près de la rive orientale, que l’Autriche possédait jadis. Une nouvelle fosse apparaît, moins profonde au nord-ouest dont les bords se relèvent lentement vers le'fond et aboutissent aux lagunes du delta du Pô.
- Cette répartition des fonds fait de l’Adriatique deux poches largement communicantes, commandées celle du nord par Pelagosa> Lissa et les îles voisines, celle du sud par le détroit Oèrante-Valona.
- Fig. 2. — La mer Adriatique.
- ' AT Année. — 1"'.Semestre. —N° 2559. — 3I Mai 191 - ' ':.'V - 24; — .369.
- i >
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- LA QUESTION DE L’ADRIATIQUE
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- Les côtes. — Les deux rives de l’Adriatique sont très différentes d’aspect. La côte italienne, de l’ancienne frontière jusqu’à Ravenne, est basse, marécageuse, bordée d’innombrables lagunes, non sans intérêt au point de vue militaire puisque, pendant cette guerre, Venise a servi de base navale aux bâtiments légers appuyant l’armée de terre opérant sur la côte, mais ne pouvant recevoir aucune grosse unité. Après Rimini, la côté devient presque rectiligne, à peine bombée en deux points, le Monte-Gonero, près d’Ancône, le Monte-Gargano qui domine le golfe de Manfredonia. Aucune île ne la borde, aucune baie ne l’indente, sauf dans le sud le port de Brindisi. C’est un rivage partout ouvert, partout exposé aux menaces de débarquement, et qui- ne fut défendu ces .der-nièresannéesque par l’artillerie sur voie ferrée se déplaçant tout le long de la mer.
- Les Italiens font remarquer qu’à ce manque de protection s’ajoutent d’autres dangers- : une flotte venant de l’est peut attaquer au lever du jour, ayant le soleil dans le dos, tandis que l’inverse est impossible; les vents dominants du nord-est rendent la navigation plus difficile, surtout en hiver, que dans les chenaux protégés de la côte orientale; les mines sont moins à craindre dans les eaux profondes de la côte dalmate que sur les hauts .fonds qui bordent toute la côte italienne; les .courants chassent d’ailleurs les mines flottantes vers le rivage occi dental et l’eau y est toujours plus ou moins trouble, rendant moins aisée la surveillance du haut des airs. '
- Aussi les Italiens ne considèrent-ils comme suffisant à leur sécurité ni la possession de leurs anciens territoires ni même celle de Lissa et de Valona qui assurent la fermeture de la mer. St quand les Serbes proposent dé prendre comme limite des péninsules italique et balkanique l’axe de l’Adriatique, les Italiens demandent de reporter la frontière aux Alpes Dinariques et de conserver dans leur domaine' le versant adriatique de "ces montagnes, ou tout au moins la côLe qui s’étend à leur pied. *
- La côte orientale est > toute disloquée et formidable au point de vue de la guerre maritime. Le Carsb, qui la borde, forme d’abord la péninsule d’Istrie avec le port militaire de Pola à sa pointe,
- Fig. 3. — Le port de Fiume.
- ceux de Trieste et de Fiume à ses deux extrémités de base. De Pola jusqu’à Sebenico, deux et même trois rangées d’îles allongées, parallèles, restent comme traces des plissements très serrés du Velebit que continuent les Alpes Dinariques. Entre ces îles, des chenaux profonds, de navigation aisée, forment une série de couloirs communicants avec nombreux débouchés sur la mer ; Ja plus grande de ces échancrures, au contact du continent? porte le nom de canale délia Morlacca et réunit Fiunie, ville contestée. Buccari et Senj (Zengl) proposés comme futurs ports yougo-slaves, Novi, etc. Sebenico, au fond d’un véritable fjord/marque la fin de ce premier type. Les îles deviennent ensuite plus grandes, moins nombreuses et la côte moins défendue. Le
- groupe de Lissa, Solta, Brazza, Lésina, Curzola, Lagosta, Mele-da, etc., et lp presqu’île de Sab-bioncello forment les digues derrière lesquelles s’abritent les ports naturels de Traù, Spalato, Macarsca. Puis -la côte apparaît., du large depuis Raguse jusqu’aux bouches de Cattaro, dominées par le mont Lovcen.
- Viennent ensuite les rades foraines de Budua, Anti-vari, Dulcigno et celle un peu plus confortable de Durazzo en Albanie. On ne trouve plus de port bien abrité qu’à la baie de Valona, à la sortie de l’Adriatique.
- Les occupants d'avant-guerre. —JFaut-il rappeler les anciennes frontières d’avant 1914? L’Italie s’arrêtait à 40 km à l’ouest de Trieste. L’Autriche-Hongrie possédait l’f strie, la Croatie, la Dalmatie, l’Herzégovine jusqu’au delà des bouches de Cattaror Le petit Monténégro débouchait sur la côte- d’Antivari à Dulcigno. puis venait l’Albanie, jadis turque, puis indépendante, et enfin la Grèce, plus au sud, au delà de Valona.
- L’arrière-pays. — Une côte n’est qu’une ligne qu’on ne peut isoler du pays qui y aboutit. Aussi, à la thèse yougo-slave que la frontière doit se trouver au milieu de l’Adriatique, beaucoup d’italiens opposent-ils qu’une barrière^, montagneuse est la vraie limite de deux pays. Mais quelle chaîne choisir parmi les nombreux plissements qui se suivent : les Alpes Juliennes qui aboutissent au nord-est de Fiume, ouïes Alpes Dinariques?Nous n’examinerons que la zone actuellement en discussion, de Fiuîne à Vallona. Le^ Italiens prétendent
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- que la vraie séparation est marquée par le système abrupt des montagnes qui isolent de la mer l’intérieur du pays, tandis que la côte a d’étroites relations maritimes avec Trieste et Venise. Bien plus, les ports ne peuvent actuellement communiquer entre eux par terre, séparés qu’ils sont par de
- Buda-Pesth par Laybach. Fiume est relié à Zagreb (Âgram). En Dalmatie, Sebenico est liée à Spalato ainsi que Cattaro à Raguse, mais de là deux voies de montagne, à crémaillère en certains endroits, assurent seules la communication avec l’intérieur de la Bosnie, la Croatie et la Hongrie. Il est vrai
- Fig. 4 à 9. — 4, Trieste fêtant l'arrivée des troupes italiennes. — 5, Les troupes anglaises défilant devant le palais du gouverneur fie Fiume. — 6, Débarquement de marins italiens à Lissa. — 7. Fiume : la foule attendant sur la place Dante l'arrivée des troupes italiennes. — 8, Trieste le jour de la visite du roi d'Italie. — 9, Une manifestation des Yougoslaves, à Agram, le 25 février içiç contre les prétentions des Italiens sur Fiume. • ' '
- nombreux contreforts, tandis que leur liaison par mer a existé de tous temps. Certains prennent même argument des affinités géologiques de l’Istrié et de la Dalmatie avec les pointes de la côte italienne quand ils ne vont pas jusqu’à soutenir que la limite future des deux pays doit être celle-là même de la culture de l’oranger ou des bois de sapins.
- À vrai dire, les communications par routes et chemins de fer sont encore très précaires. Trieste est la mieux desservie : trois lignes en partent vers Venise par Gorizia, vers Vienne par le Tarvis et vers
- que l’influence de Trieste a empêché l’extension de ces chemins de fer qui favoriseraient d’autres ports et diminueraient son importance. Sur mer, au contraire, on compte 88 steamers et 10 000 voiliers qui font le service entre la Dalmatie, Trieste et l’Italie. Leur tonnage représente un-tiers du trafic de Trieste.
- Les Yougo-Slaves, et aussi les Hongrois, ont cependant besoin de débouchés sur la mer. La libération des pays slaves d’Autrichè doit même donner une grande importance et une grande activité aux
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- transports par terre vers les ports de l’Adriatique. Aussi les Croates veulent-ils au moins Spalato comme les Serbes Cattaro.
- Tout le problème est justement de savoir comment départager les désirs de l’Italie et les besoins du nouvel état yougoslave, où placer la frontière commune à nos deux alliés.
- Les races et les langues. — Puisque la paix du monde doit être basée sur le principe du respect des nationalités et sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, on a beaucoup fait valoir, de part et d’autre, le pourcentage des racés et des langues dans les pays contestés.
- À Trieste, qui n’est pas disputé, on compte sur 160000 habitants, 77 pourTOO d’Italiens, 12 p. 100 de Slovènes, 7 pour 100 d’Allemands et 1 pour 100 de Croates.'-A Fiume (sans compter son faubourg slave de Susak) sur 65 000 habitants, il y avait avant la guerre 65 pour 100 d’Italiens, 28 pour 100 de Slaves et 6 pour 100 de Hongrois. Mais ceci est vrai des ports et non des territoires qu’ils desservent, lesquels sont peuplés en majorité de Slaves.
- En Dalmatie, une statistique autrichienne de 1910 répartissait les 646 000 habitants entre 94 pour 100 de Serbo-Croates et 5 pour 100 d’Italiens. Les Serbes estiment que dans les ports de la côte, accordés aux Italiens par le pacte de Londres, les
- deux nationalités se répartissent de la faço
- suivante : Pour 100 de Pour 100
- \ Yongo-Slaves d’Italiens
- Zara. . . . . 80 18
- Lésina. . . . 92 ; 6
- Curzola . . . v- 94 5
- Sebenico. . . 95 2
- Cittavecchia. . 97 1
- Lissa . . . . 98 0
- Scardona. . . 99 0 '
- tandis que certains Italiens accusent ces chiffres de leur être systématiquement défavorables et estiment à 20 000, 30000, voire même 60Ô00 le
- nombre des Italiens dalmates.
- En réalité, les Slaves constituent la population ouvrière et rurale, les Italiens la classe industrielle, commerciale ,urbaine, plus organisée et plus puissante. La seule ville, outre Fiume, où ceux-ci semblent être en majorité est Zara où l’on compterait 70 pour 100 d’Italiens sur 12 700 habitants. Spalato qui avait 50 pour 400 d’Italiens en 1880 n’en comptait plus que 8 pour 100 en 1900.
- L’Albanie est occupée par une nationalité distincte, les Skipetars, aux limites territoriales encore mal définies.
- La religion catholique romaine domine sur toute la côte jusqu’au Monténégro, mais elle est pratiquée aussi bien parles Italiens que par les Croates, ce qui enlève toute valeur à l’argument qu’on en pourrait tirer. . . T
- On parle italien dans la plupart des ports, mais on y cause aussi en langue slave. Les mêmes discussions se poursuivent -sur la répartition des langues que sur celles des races. D’après Dominian, que nous avons déjà cité pour son impartialité (*) et qui semble avoir souvent servi à renseigner le président Wilson, « la côte ouest de la presqu’île d’istrie est un territoire de langue italienne. La langue du Dante est cependant faiblement représentée dans les îles dalmates e,t sur là côte d’Ilyrie. Elle est généralement confinée aux centres urbains. Zara, Spalato, Sebenico, Raguse et Cattaro contiennent des colonies italiennes florissantes dont les séculaires entreprises commerciales ont contribué à établir la prévalence, sinon la prédominent de leur langue natale dans la région. Hors de ces villes, l’élément italien, partout présent, est partout réduit à des bandes littorales. Les Slaves occupent invariablement le plateau intérieur et les pentes vers la mer ».
- - L’histoire. — A tous ces éléments d’appréciation, il faut bien ajouter ceux que fournit l’histoire, depuis les Romains jusqu’au pacte de 1915, et même à la Conférence de paix qui se tient actuellement.
- L’Istrie, conquise par Rome deux siècles avant J.-C., garde encore des traces nombreuses de cette domination, notamment à Pola. Elle fut ravagée du vs au vne siècle par les invasions barbares, puis sauvée par Byzance et enfin prise par les Lombards. Le développement de Venise absorba toute la côte adriatique sauf Trieste qui préféra se donner aux Ilabsbourgs. La guerre entre Venise et la Maison d’Autriche se poursuivit pendant tout le xvie siècle et le début du xvrie jusqu’à ee que les progrès des Turcs occupassent les deux adversaires sur d’autres terrains. Puis ce fut la décadence de Venise, sa conquête et celle ~de la. Dalmatie par Napoléon qui fit de celte dernière la base de son action dans les Balkans, la chute brusque de l’Empereur et le re-1 tour de tout le pays à l’Autriche. La guerre de 1860 ? libéra la Vénétie sauf sa partie orientale, la Vénétie Julienne qui resta avec l’Istrie et la Dalmatie aux mains de l’Autriche. Le traité de Berlin de 1878 donna en outre à cette dernière le droit d’occupation et de contrôle de la Bosnie-Herzegovine, droit transformé en annexion peu de temps avant la guerre qui finit. "
- Fiume, petit bourg autrichien jusqu’auxviii“ siècle, devenue importante avec l’accroissement du commerce maritime, fut donnée par Marie-Thérèse à la Hongrie, en 1776, comme « corpo separato » et resta depuis austro-hongroise (sauf pendant la période napoléonienne) sans situation nettement définie.
- Le Monténégro, petite principauté indépendante et toujours-en lutte contre la Turquie, ne devint une puissance européenne qu’au traité de Berlin de 1878; les Albanais, refoulés de plus en plus vers
- 1. Lès frontières linguistiques en Europe, La Nature, / n° -251‘2, 19 janvier 1918.
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- la côte par leurs voisins turcs ne formèrent un état qu’à la Conférence de 1913.
- La situation actuelle. — La guerre a bouleversé tout cela.
- -L’Albanie du prince de Wied est morte. Il faut en constituer une nouvelle plus logique, plus conforme au principe de la nationalité qui, heureusement, coïncide ici avec la race et la langue sans être compliqüée par une question de religion. La Grèce désire la région méridionale de l’Epire oii l’élément hellène est abondant et qu’elle détient au nom de l’Entente depuis son entrée en guerre.
- Le Monténégro va être probablement englobé en grande partie dans la Yougoslavie.
- Le traité de Londres du 26 avril 1915 a garanti à l’Italie, au moment où elle se rangeait à nos côtés, la Yénétie Julienne, l’Istrie jusqu’à l’ouest de Fiume, la côte dalmate et ses îles, de Pago au sud de Sebenico, les îles du large seules de Trauà Raguse, Vàlona d’Albanie. Les États-Unis, neutres à cette époque, n’ont bien entendu pas signé ce traité.
- Mais la Serbie s’est fédérée avec la Bosnie, l’Herzégovine, la Croatie et la Slavonie pour former la Yougoslavie. Il lui faut des débouchés sur la mer. Certains Italiens ont réclamé la côte entière ; certains Yougo-Slaves ont fait de même, Trieste compris. On s’est arrêté à des prétentions plus raisonnables : Trieste, Pola, l’Istrie seront demain incontestablement italiennes, Fiume demande à être italienne, l’Italie de son côté la réclame.
- Mais elle n’est pas comprise dans le pacte de Londres et le président Wilson a déclaré dans son mémorandum récent :
- « Fiume est, par sa situation et par toutes les conditions de son développement, non pas un port italien, mais un port international, desservant les pays à l’est et au nord du golfe de Fiume. C’est précisément'parce que c’est un' port international, et fig
- qu’il ne peut, en justice, être soumis à une souveraineté quelconque, qu’à mon sentiment très net, Fiume devrait jouir, à un très haut degré, d’une autonomie réelle, et, tout en étant, bien entendu, compris dans le régime douanier du nouvel État yougoslave, devrait néanmoins être laissé libre, dans son propre intérêt et dans l’intérêt des États environnants, de se consacrer au service du commerce qui naturellement et inévitablement, cherche ses débouchés dans son port.Les États que ce port dessert seront des États nouveaux. Ils devront pouvoir absolument compter sur un débouché vers la mer. »
- L’entente paraissant difficile sur ce point, le Temps a suggéré d’adopter provisoirement la proposition des États-Unis en attendant qu’un port yougo-slave soit construit plus au sud, soit à Buccari, soit à Zengl et que Fiume puisse devenir italienne, tout en restant ouverte aux commerces yougo-slave et hongrois. D’autres ont suggéré de tracer la frontière dans ledit d’un étroit cours d’eau, la Rietchina, qui sépare Fiume de son faubourg de Susak. .
- L’attribution de Lissa et de Yalona à l’Italie ne semble pas devoir être fortement discutée.
- Restent les ports de la côte dalmate. Faut-il faire de l’Adriatique un lac italien, ou une mer neutre, ou une mer libre sur les bords de laquelle cohabiteront des alliés? Ce qui ne fait aucun doute, c’est qu’on désarmera les anciennes bases navales autrichiennes et qu’on démantèlera leurs fortifications. Pour le reste, laissons à la Conférence de Paris le soin d’ën dé-^ cider. L’essentiel est que les deux États qui se feront face sur l’Adriatiq ue dont les peuples ont combattu pour la même cause, se fassent de mutuelles concessions. Summum jus, summa injuria, quand la question est si complexe et les intérêts si enchevêtrés. Qu’ils fassent confiance à leurs amis communs qui ne désirent pour toits qu’une paix juste et durable. R. E.
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- - Parmi les nombreux moyens de communication à distance "qui ont été utilisés pendant la guerre, et dont les principes ont une variété qui témoigne de l’importance-du problème et aussi de sa complexité (systèmes électriques, téléphone, télégraphie sans fil, systèmes acoustiques, sirènes, trompettes spéciales, systèmes optiques, fusées lumineuses de
- nuit, signaux à fumée de jour, télégraphie optique, etc.), il faut citer tout particulièrement les procédés mis au point par le professeur Rï W. Wood, de la John Hopkins University à Baltimore^ et que ce savant a décrits dans une récente, conférence à la Société française de Physique.‘Le professeur Wood, dont les travaux en optique sont actuellement clas-
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- siques, s’est naturellement préoccupé de la signalisation optique et les dispositifs auxquels il s’est
- Fig. i. — Jumelle de télégraphie optique employée par
- l’armée 'allemande (d’après H. Vigneron : Les applications de la physique pendant la guerre).
- définitivement arrêté et dont quelques-uns seulement ont pu être utilisés avant l’armistice sont aussi remarquables par leur simplicité que parleur ingéniosité et leur efficacité.
- Tout d’abord le professeur Wood a perfectionné le dispositif classique de la télégraphie optique. La figure 1 montre un des systèmes en service dans l’armée allemande : les signaux sont produits par une lampe électrique disposée à l’intérieur d’un tube qui permet l’orientation exacte du faisceau lumineux. Une jumelle solidaire de ce système sert au soldat à recueillir les réponses de son correspondant. Les piles servant à alimenter la lampe sont placées dans une ceinture visible également sur la figure. Tous les appareils de télégraphie optique sont fondés sur le même principe. Le perfectionnement introduit par Wood consiste à augmenter la précision du pointé del’appareil émetteur de façon à pouvoir corrélativement diminuer la largeur du faisceau lumineux et assurer par suite le secret des communications, la source-signal n’étant visible que du poste récepteur.
- L’appareil est constitué par une - -<r lentille achromatique au foyer de laquelle est montée une lampe électrique à filament métallique spirale dans une atmosphère d’azote, alimentée par une batterie de 5 piles sèches et commandée par une clef Morse ordinaire. Derrière la lampe se trouve placé un oculaire qui
- permetde viser exactement le poste récepteur (fig. 2).
- En effet, lorsque l’on regarde par l’oculaire, on aperçoit l’apparence représentée figure 3 : sur le paysage le filament de la lampe projette son image et il suffit de diriger l’appareil de façon à faire coïncider le poste récepteur et l’image du filament pour avoir effectué le réglage. La lumière n’est visible que dans le petit rond pointillé entourant le filament sur la figure.
- Grâce à cet appareil, et avec la lampe à filament métallique dans l’azote, la communication peut être faite jusqu’à des distances de 30 km, la largeur du faisceau à 2 km n’étant pas supérieure à 2 mètres.
- Mais on saisit immédiatement le point faible de la méthode : si les tranchées sont très voisines, il est impossible de communiquer optiquement av<c le poste récepteur sans que l’ennemi ne reçoive aussi les signaux. Il faut donc modifier le système. C’est ce qu’a lait le professeur Wood en utilisant alors pour les transmissions la lumière invisible. On sait que sous ce nom général on classe aussi bien la lumière infra-rouge que la lumière ultraviolette.
- Amenons alors devant la lampe de l’appareil, précédent un écran ne laissant passer que les rayons infra-rouges par exemple, en agissant sur le bouton moleté indiqué sur la figure, ceux-ci ne seront pas perçus directement à l’œil ; mais si au poste récepteur on a disposé un appareil identique au précédent et portant aussi un écran ne laissant passer que les rayons infra-rouges, l’observateur verra, pendant la transmission, le champ noir de la lunette s’illuminer en rouge. Grâce à ce dispositif le secret des communications est assuré et la portée de l’appareil est encore de 8 à 10 kilomètres.
- Pour utiliser les rayons ultra-violets, et c’est la partie la plus originale des recherches de M. Wood, cé savant est arrivé à préparer un verre absolument opaque aux rayons lumineux visibles, mais parfaitement transparent pour les radiations ultraviolettes. Ce verre, à base de silicate de soude et d’oxyde de nickel, est donc opaque à l’œil et pour mettre en évidence les radiations qui le traversent, il faut se servir d’un détecteur qui leur soit sen-siblei Wood se sert de la fluorescence du platino'
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- 11 est mtéressant de pouvoir augmenter et la portée et l’intensité de la lumière ultra-violette ainsi utilisée pour la signalisation, en particulier en vue des applications marines. La nécessité, pour éviter les sous-marins de faire voyager les navires nuitamment et en convois a été une source, de difficultés pratiques. Comment en effet assurer l’ordre et la marche du convoi sans feux de position et par suite sans signaler au sous-marin la présence de sa proie? Le dispositif du professeur Wood permet de résoudre très élégamment la question. Il consiste à entourer une lampe ordinaire à vapeur de mercure d’une chemise du verre spécial précédent de façon à réaliser une source assez intense de rayons ultra-violets qui rayonneront dans l’espace sans que l’œil puisse les déceler. Mais si sur les navires du convoi se trouve disposée une lunette munie d’un écran au platinocyanure de baryum, on apercevra une image phosphorescente de la source sur l’écran (fig. 4). Si chaque navire porte partexemple 2 feux, A et B, on aura 2 images a et b dont on pourra, d’après l’écartement et si on connaît la distance AB, déduire la position du navire ainsi repéré. A condi-'tioU' toutefois que le navire observateur soit dans l’axe du navire repéré. S’il est sur les côLés la mesure est impossible, mais voici comment le professeur Wood tourne la difficulté.
- Autour de chacune des deux lampes, signal d’un même navire, est disposée une chemise opaque, ne portant qu’une petite fente o, o', Ces deux chemises sont en rotation synchrone en sens inverse. Dans ces conditions lorsque l’observateur est dans la direction 1, il voit les deux points lumineux simultanément, tandis que s’il se trouve dans la direction 2 il a perçu le signal B d’abord, puis le signal A.
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- De même à l’entrée d’un port, dans un chenal, si les bouées d’indication sont peintes avec une
- Fig. 3.
- Ce qu’on voit à l’oculaire de l’appareil Wood.
- substance fluorescente et que sur le navire on ait disposé un projecteur de rayons ultra-violets lorsque la bouée sera balayée par le pinceau de radiation,, elle s’illuminera et sera ainsi repérée.
- Pour faciliter l’atterrissage des avions et le repérage des champs d’aviation, on peut utiliser aussi les rayons ultra-violets. L’avion qui cherche à repérer le terrain l’examine avec une lunette portant un écran fluorescent et par la luminosité des points images des lampes peut ainsi se repérer. L’expérience a montré qu’à 3000 m. les signaux étaient facilement observés.
- La fluorescence exercée par les rayons ultra-violets est un phénomène très général et au cours de sa conférence le professeur Wood en a montré de nombreux exemples ; la vaseline prend une fluorescence violette pâle, de même que les dents, les cristaux de spath, le papier ; les matières colorantes telles que la rhodamine, l’es-culine, la fluorescéine présentent des teintes magnifiques, d’un éclat incomparable et produisant un; effet d'autant plus surprenant que le faisceau du projecteur est invisible.
- Les recherches* de Wood, bien que dirigées vers des objectifs guerriers, n’en ont pas moins fourni des résultats utiles d’une façon générale, car elles nous rendent davantage maîtres de celte source d’énergie que sont les rayons ultra-violets, H. VlGJNEROlX .
- bateau
- T)
- (1)
- /J)
- Fig. 4. — Dispositif de signalisation par rayons ultra-violets à bord d’un navire : (•/) les deux feux A et B à l’avant; (2) Un observateur placé de face voit les ' feux en a, b. L’écartement des images a, b, permet de calculer l’emplacement du navire^X^) Les feux AetB sont entourés chacun par une chemise tournante, percée d’un orifice o — 0'. Selon la position du navire, par rapport à l’observateur, les feux sont vus simultanément ou successivement par un observateur placé de côté.
- D’où un moyen de correction et d’appréciation de la position exacte des 2 navires.
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- LES SONDAGES AÉROLOGIQUES PAR BALLONS-PILOTES
- La variation du vent avec l’altitude intéresse au plus haut point l’artilleur et l’aéronaute puisque la
- Fig. i. — La herse néphoscopique (cliché Baldit).
- dérive des projectiles et des appareils aériens dépend de la direction et de la vitesse du vent.
- Pour l’artilleur, une erreur de quelques mètres dans la vitesse du vent, de quelques grades dans sa direction se traduiP par une erreur, de plusieurs centaines de mètres au point de chute des projectiles dans les tirs à grande portée.
- Le vent a dans les couches élevées de l’atmosphère une vitesse tout à fait comparable à la vitesse ‘d’un dirigeable ou d’un avion, souvent beaucoup plus grande, et.il est impossible à un aéronaute de se diriger correctement sans en tenir compte. De la connaissance de la direction et de la vitesse du vent à toutes hauteurs, on déduit l’altitude favorable à un voyage aérien, car le vent présente souvent d’une couche à l’autre une allure tout à fait différente. C’est par centaines qu’on peut compter les expéditions d’avions de bombardement ou de reconnaissance, qui n’auraient pas été possibles sans renseignements météorologiques.
- La mesure du vçnt en altitude. — Il existe plusieurs façons d’observer les vents des couches élevées de l’atmosphère. D’abord les observatoires installés au sommet des montagnes peuvent fournir à cç sujet des observations très détaillées. Mais il n’existe pas partout des montagnes "sur lesquelles il soit possible d’installer des observatoires ; on ne peut explorer ainsi qu’une couche assez basse de l’atmosphère, et lés observations que l’on fait au
- sommet des montagnes ne donnent pas d’une façon exacte les conditions météorologiques de l’atmosphère libre.
- Dans beaucoup de stations météorologiques on observe avec soin pour déterminer le mouvement des couches élevées la direction et la vitesse des nuages. On note les instants où passe un point déterminé du nuage par les dents d’un râteau horizontal de hauteur connue, orienté parallèlement à la marche du nuage. Cet appareil que l’on voit sur la photographie de la figure 1 s’appelle une herze néphoscopique. Comme on connaît par des mesures antérieures la hauteur moyenne des nuages des différents types, une simple proportion donne la vitesse du nuage. Si par exemple, avec une^herse de deux mètres de hauteur, on observe qu’un point d’un nuage situé à 2000 mètres franchit en 10 secondés l’intervalle égal à 10 cm qui sépare deux dents consécutives de la herse, la vitesse du nuage
- est de
- 2000x0,10
- 10 mètres à la seconde.
- 2x10
- Les mesures de cette sorte sont forcément incomplètes : En effet, il n’existe pas toujours des nuages, il n’en existe souvent que d’un certain type; enfin l’altitude du nuage est loin d’être constante pour chaque type, la valeur moyenne adoptée peut s’écarter notablement de la réalité et on ne peut avoir ainsi sur la vitesse du vent qu’une approximation grossière. II a donc fallu chercher un procédé d’un usage plus courant, qui donne le vent à toute altitude et avec précision.
- Le procédé le plus simple est de déterminer la trajectoire d’un, corps léger susceptible d’atteindre de hautes altitudes. Des petits ballons de caoutchouc ou de papier, gonflés d’hydrogène peuvent s’élever jusqu’à de très grandes altitudes (ils peuvent dépasser 20 km.)
- Il est facile par beau temps de dé-, terminer leur trajectoire, en mesurant au même instant à l’aide de deux théodolites situés à l’extrémité d’une base de longueur connue les angles de hauteur et les angles de direction du ballon. La projection ho rizontale de cette ** trajectoire graduée en temps
- permet de déduire la vitesse du vent à toutes les altitudes. Une opération de ce genre constitue ce qu’on appelle un sondage aérologique par ballon-pilote à deux théodolites.
- Fig. 2.
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- LES SONDAGES AÉROLOGIQUES PAR BALLONS-P1LOTES '== 377
- Sondage aérologique à un seul théodolite. —
- Quoique le sondage à deux théodolites ne fasse appel qu’à des notions très élémentaires de triangulation, il n’en est pas moins vrai qu’il constitue une opération assez compliquée, dont le résultat ne peut pas être connu immédiatement. D’autre part, on n’a pas partout à sa disposition un terrain assez vaste permettant l’établissement d’une base qui, pour que les mesures soient précises, doit avoir au moins une longueur de 2 kilomètres.
- Le sondage aérologique devient une opération très simple et très rapide si l’on substitue aux visées des deux théodolites des visées à l’aide d’un seul théodolite.
- Le sondage à un seul théodolite s’appuie sur le principe suivant, dont l’exactitude a été vérifiée à l’aide de nombreuses expériences :
- Un ballon-pilote en caoutchouc gonflé d’hydrogène et lâché librement dans l’atmosphère monte verticalement avec une vitesse sensiblement constante qui dépend du poids du ballon et de sa force ascensionnelle au départ.
- Dans ce cas, l’altitude 00' du ballon 0 étant connue à tout instant, ainsi que l’angle avec la direction du Nord du plan vertical passant par le théodolite A et par le ballon 0, il suffit d’une simple résolution du triangle rectangle A00' pour avoir la trajectoire horizontale 0'du ballon 0. (fig. 2).
- Afin dé faciliter la résolution du problème, on construit à l’avance des tables qui donnent la longueur AO' en fonction de l’angle de hauteur
- 0A0', pour des intervalles de temps de 50 secondes ou de 1 minute.
- Pour se servir de ces tables, il faut que les ballons employés aient toujours la même vitesse ascensionnelle et, par suite, la même force ascensionnelle. Pour déterminer cette force ascen-
- Fig. 4. — Observation au théodolite de sondage.
- sionnelle pendant le gonflement, on se sert.d’une sorte de balance dont la photographie de la figure 3 permet de comprendre le foriétionnement. L’hydrogène arrive par un tube de caoutchouc souple à une
- tubulure qui constitue le fléau d’une balance et qui est équilibrée par un. contrepoids. A une
- Fig. 3. — Contrôle du gonflement d’un ballon par la balance a hydrogène, à une station mètèorolo-• gique d’armée.
- extrémité de la tubulure est fixé le poids qui détermine la force ascensionnelle. On arrête le gonflement dès que le ballon soulève le poids.
- Une fois le ballon convenablement gonflé, on le lâche à un instant déterminé. Aussitôt un observateur le suit au théodolite et son rôle consistera à ne pas le laisser sortir du champ de la lunette, car il ne serait pas possible de le retrouver dès qu’il est invisible à l’œil nu. A intervalles de temps déterminés, par exemple toutes les 30 secondes ou toutes les minutes, des aides lisent sur le cercle vertical et horizontal du théodolite les angles de hauteur et de direction.
- Dans l’intervalle des lectures une équipe habile a le temps de résoudre le triangle rectangle, dont il a été question plus haut et déterminer à tout instant la projection horizontale de la trajectoire du ballon.
- La figure 4 montre une équipe suivant le ballon au théodolite placé sur un pilier, au poste de sondage. • ' —
- Sondages aérologiques par temps couvert. — Les sondages .aérologiques par ballons-pilotes ne peuvent être exécutés que si le ballon est visible au théodolite, c’est-à-dire quand il n’y a pas de nuages. Ils conviennent donc parfaitement pour les besoins des avions ou des dirigeables, qui en général ne traversent pas les nuages.
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- Mais pour les besoins de l’artillerie on a été forcé d’étudier des procédés permettant de déterminer la vitesse et la direction du vent au-dessus de la brume et des nuages. ‘
- On peut employer dans ce but des cerfs-volants ou des ballons captifs qui emportent des appareils enregistreurs ou des anémomètres dont on peut compter du sol le nombre de tours, soit au moyen d’une transmission électrique ordinaire par le câble du ballon ou du cerf-volant et un fil auxiliaire de retour, soit au moyen d’appareils émetteurs d’ondes hertziennes qu’on capte au sol à l’aide d’une boîte de réception de T. S. F. Ce dernier procédé fort ingénieux, dont l’invention est due à M. Rothé et qui peut d’ailleurs recevoir de multiples applications, a l’avantage de supprimer le fil auxiliaire de retour, dont'le poids finit par être très grand pour les grandes altitudes. Il a donné des résultats excellents.
- Mais le ballon captif et le cerf-volant dépassent difficilement l’altitude de 3000 mètres. La manœuvre des ballons captifs présente par vent un peu fort des difficultés "“assez grandes et il faut une équipe d’une quinzaine d’hommes pour en assurer la ma-* nœuvre, alors qu’une équipe de trois hommes suffit à exécuter un sondage à un seul théodolite. D’autre part leur câble constitue pour les avions un danger qui est loin d’être négligeable et qui a causé quelques accidents mortels ; aussi a-t-on été conduit à rechercher un procédé qui permît d’avoir le vent jusqu’à de grandes altitudes sans présenter de danger pour les avions. Le Bureau météorologique militaire a mis au point un procédé de sondage par le son dont le principe est le suivant :
- Un ballon s’élève en portant des pétards qui éclatent à différentes altitudes. Des appareils ordinaires de repérage par le son enregistrent les explosions, ce qui permet de déterminer la position dans l’espace des points d’éclatement des pétards.
- La trajectoire du ballon se trouve ainsi jalonnée par les points d’éclatement,, comme dans le sondage au théodolite elle se trouve jalonnée par les visées à intervalles réguliers. La trajectoire étant ainsi déterminée, on est ramené au cas du sondage au théodolite. L’ensemble des projections des points d’éclatement et la connaissance des temps écoulés entre les différents éclatements permettent de déterminer la vitesse et la direction moyennes du vent entre les altitudes où se sont produites deux explosions consécutives.
- Le sondage par le son est une opération qui exige un personnel nombreux (17 personnes environ) ; il nécessite l’établissement d’un circuit de 40 km de fil électrique, l’emploi d’appareils de repérage au son est très délicat et ne peut être confié qu’à des spécialistes, D’autre part, chaque sondage est assez coûteux, car un ballon ne peut emporter qu’un seul pétard et pour avoir le vent tous les 500 mètres jusqu’à 5000 mètres,'il faut donc lâcher 10 ballons. Chaque sondage revient ainsi à une centaine de francs, tandis qu’un sondage par ballon-pilote ordinaire revient à 2 ou 3 francs, , et un sondage par ballon captif à une quinzaine de francs environ, Le sondage par le son a. donné d’excellents résultats, et c’est le seul procédé connu permettant de mesurer le vent jusqu’à 8 ou 10 km d’altitude par temps couvert.
- ' J. Rouen.
- L’INDUSTRIE DES PARFUMS NATURELS
- L’industrie des parfums naturels, par opposition à celle de parfums synthétiques ou artificiels, tire sa matière première des fleurs (J).
- Elle s’est presque uniquement localisée dans le pays des fleurs par excellence : les Alpes Maritimes, la Côte d’Azur ensoleillée, au climat doux, semi-tropical, où le thermomètre connaît à peine le zéro : il n’y gèle que deux ou trois jours par an ; encore est-ce,un gel tempéré, un, gel pour le principe, à — 2 ou —3, très exceptionnellement à —5.
- Les plantes à parfum ont choisi ce coin de terre béni comme domicile, d’élection. Toutes y ont pris rendez-vous. On y trouve : la rose, l’œillet, le jasmin à côté de la violette, la tubéreuse au voisinage des géraniums et des mimosas, la cassie, le réséda ; que saisie? toutes les labiées, lavande, thym, romarin, aspic, etc., etc. La liste atteint un chiffre considérable. Dans le cirque formé par les derniers contreforts des Alpes, et terminé par l’Estérel, la'
- 1; Voir pour « L’industrie des parfums synthétiques », La Nature du 9 décembre 1916, n° 2254.
- plaine de Cannes et de Grasse suivie par le delta du Var et environnée par les coteaux de La Colle, de Saint-Jeannet et de Saint-Paul, s’épanouit, rafraîchie ou réchauffée selon la saison par une mer tiède, protégée des vents froids par la montagne.
- La flore odorante y ayant pris un développement merveilleux, les parfumeurs s’y sont établis.
- / Depuis plusieurs siècles, la ville de.Grasse possède un monopole de fait pour l’extraction des principes parfumés. On y compte pas moins d’une trentaine d’entreprises différentes réparties sur une population de rvingt mille habitants. Certaines firmes en sont à la cinquième génération; l’une des plus puissantes, la maison Antoine Chiris, y fut fondée en 1768. D’autres, plus modernes, n’en atteignent pas moins un développement considérable. Tous les procédés y sont employés, toutes les méthodes appliquées, depuis ceux que l’expérience séculaire a consacrés jusqu’à d’autres plus récents, que la science a basés sur les dernières découvertes physiques et chimiques.
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- Fig. i. — « Dislilloïr », appareil de distillation par la vapeur d'eau des' établissements Chiris, à Grasse.
- Le principe du travail est toujours le même. La fleur contient quelques millièmes de parfum seulement; il faut soutirer cet arôme aussi complètement
- que possible, sans égard pour sa grâce, sans souci du port et du coloris.
- On la traite, dans certains cas, par un véhicule
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- 380 ========= L'INDUSTRIE DES PARFUMS NATURELS
- approprié, graisse ou pétrole, qui absorbe l’odeur et la sépare de la plante; d’autres fois on la soumet à l’action de la vapeur d’eau surchauffée, qui vaporise l’essence et l’entraîne avec elle.
- Le premier procédé, le traitement par la graisse, est le plus ancien.
- Dès longtemps, on avait remarqué l’extrême puissance d’absorption des corps gras vis-à-vis des odeurs. Toutes les ménagères savent qu’elles ne peuvent mettre dans le même panier du beurre et du poisson sans empoisonner le premier : les parfumeurs remplacent le poisson par la fleur, le
- On laisse en contact 24 ou 48 heures dans d’immenses salles fraîches contenant les châssis par milliers : comme précédemment, tout le parfum passe dans le corps gras ; on débarrasse les pétales épuisés. Pendant certaines campagnes d’été, la seule maison Chiris manipule jusqu’à 80 000 châssis par jour !
- Au mois de mai, à l’époque des roses, les ateliers prennent un autre aspect. La graisse a disparu. Pommade et lubréfîants se sont enfuis. Et pourtant les fleurs s’étalent; partout des champs de roses s’épanouissent. Les visiteurs, slupéfails, voient
- beurre par la graisse. Le saindoux, le gras de bœuf bien purifiés conviennent admirablement.
- On triture la’fleur, violette, rose, fleur d’oranger, dans de grandes bassines étamées contenant la graisse fondue. On brasse énergiquement plusieurs heures durant. L’arome passe en solution ; on filtre; les corolles, désodorisées, sont exprimées dans des sacs grossiers : des rangées de presses-hydrauliques les soumettent à des charges de 300 kg par centimètre carré. Le parfum et la graisse' s’écoulent comme de dernières larmes. Puis, sans pitié, lé parfumeur jette la fleur. Les fleurs ont été (( infusées ». Dans la technique de l’enfleurage, usité surtout pour le jasmin et la tubéreuse, les fleurs sont répandues en couche mince sur des cadres plats dont le fond est formé par une lame de verre recouverte d’une mince couche de graisse froide.
- manipuler à la pelle, à la fourche par centaines de mille des fleurs qu’ils ont accoutumé de compter une à une dans des vases. Il faut traiter toutes ces fleurs dans les 24 heures, sous peine de les voir pourrir et se friper; et les 50 cm sous lesquels on les empile forment l’épaisseur extrême qu’on peut atteindre sans provoquer une fermentation rapide et sournoise, accompagnée d’échauffement, qui détruit en quelques heures toute une récolté. Cet aléa, qui exige toute l’année l’entretien d’un appareillage considérable et d’un personnel correspondant., n’est pas l’un des moins graves de l’industrie des fleurs.
- Voici donc le parfum capté par la graisse dans de grandes caisses en tôle sous la forme de pommade peu engageante, susceptible de rancir : comment va-t-on passer au flacon de cristal taillé, qu’une élé-
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- gante aime à manier dans son boudoir satiné? Un peu d’alcool y suffira.
- La graisse, triturée, malaxée avec de l’alcool concentré, lui cède à son tour toute odeur : voilà la tlorescence redevenue liquide, attirante, emprisonnée dans un véhicule agréable : il suffit de concentrer, après mélange convenable, pour arriver à l’extrait pour mouchoir, à la bouteille suave que le parfumeur détaillant enrubanne de soie, el dépose dans un coffret alléchant.
- Un autre mode de traitement consiste à distiller les fleurs avec la vapeur d’eau.
- surnage; on la recueille et la met en flacons, tandis que les alambics, la « passée » terminée, sont déchargés, et leur contenu débarrassé.
- L’eau de décantation ne retient généralement rien. Pourtant, dans certains cas^ elle dissout un peu d’essence; elle est alors emmagasinée dans de grandes « piles », réservoirs en cuivre étamé, et vendue séparément : telle est la fabrication très simple des « eau de roses » et «- eau de fleurs d’orangers ». L’appoint de recettes ainsi fourni n’est pas négligeable avec des produits qui ne rendent pendant certaines récoltes que 250 grammes
- Fig. 4. — Les caves à essence d'une parfumerie; établissements Chiris, à Grasse.
- Les essences sont généralement insolubles ou peu solubles dans l’eau. Lorsqu’on chauffe un mélange de deux liquides non miscibles, il bout, dit l’évangile du physicien, à une température telle que la somme des tensions de vapeurs des composants égale la pression atmosphérique. L’opération de l’entraînement est basée sur ce principe.
- L’atelier où elle se réalise s’appelle un (( distil-loir ». Il n’est pas d’usine grassoise qui ne possède son « distilloir », aux établissements Chiris par exemple, on montre quatre ou cinq dizaines d’énormes cucurbites en cuivre, de plusieurs mètres cubes de capacité chacune. Tout cela chauffe, bouillonne en plein travail. Les vapeurs s’échappent par le haut. On condense dans un réfrigérant, d’où le mélange redevenu liquide tombe dans un essen-cier florentin ; l’essence, généralement plus légère,
- d’essence par 1000 kilogrammes de fleurs.
- Les mêmes appareils servent encore à préparer les essences de géranium, de thym, de romarin, de menthe, de patchouly, de bois de rose, de vétiver,etc.,etc., toutes usitées en parfumerie ou en pharmacie.
- Il nous reste à décrire les ateliers les plus récents des usines dont nous parlons, ceux où l’on extrait les parfums au moyen des dissolvants volatils; leur principe a été appliqué pour la première fois sur une grande échelle par M. Léon Chiris, sénateur des Alpes-Maritimes; les services rendus par cette méthode de travail ont été jugés tels, que la ville de Grasse a décerné à son promoteur, le titre de « bienfaiteur » du pays et fait ériger son buste en. bronze sur un,e des places de la ville.
- Le procédé repose au départ sur la même idée que celui du travail par les graisses.
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- 382 . LA RÉFECTION DI
- Le parfum peut se dissoudre dans la plupart des dissolvants organiques : pétrole, benzine, tétrachlorure de carbone, etc.
- On noie la fleur dans l’un de ces véhicules, l’odeur passe dans le liquide. De grands récipients appropriés, servent à ce bain original. L’opération s’exécute en série : c’est-à-dire qu’on procède à une extraction méthodique ; chaque fraction de liquide passe sur des fleurs de moins en moins lavées, c’est-à-dire de plus en plus riches,- la fleur circule en sens inverse, épuisée par un dissolvant chaque fois moins chargé, pour baigner finalement dans du pétrole neuf. Un traitement analogue s’exécute en sucrerie dans la lixiviation des cossettes de betterave et la préparation du sucre raffiné. „
- Tous les lavages sont réunis et évaporés ; le parfum reste dans l’alambic sous la forme d’une masse cireuse, excessivement odorante; l’arome est si violent même qu’il produit une impression olfactive désagréable, ainsi qu’il arrive toujours par un excès de concentration.
- Repris par l’alcool, débarrassé des cires inodores, le « parfum pur » reprend toute sa finesse; il
- . LA RÉFECTION DES
- Un procédé nouveau
- Nos belles routes de France ont joué au cours de la guerre un rôle capital : leur solide assiette, leur réseau serré et bien étudié ont permis ces incessants mouvements de troupes, de munitions, de vivres, de matériel qui ont été la condition de la victoire. Leur rôle pour la paix ne s’annonce pas" moindre, à condition qu’elles soient en .mesure de faire face aux tâches nouvelles qui vont leur incomber ; tout d’abord une circulation automobile multipliée; déjà l’on compte en France plus de 200000 véhicules automobiles contre 100 000 en 1914, et ce n’est qu’un début; songeons qu'aux État-Unis circulent plus de 5 millions d’automobiles. Songeons aussi que la Franc& est un pays de tourisme mondial, et aussi! hélas, un lieu de pèlerinage universel.
- La restauration de nos régions libérées, la reconstruction rapide de villes et villages, œuvres patientes de plusieurs siècles, entraîneront sur nos routes du Nord et de l’Est un trafic intense et soutenu, analogue à celui du temps de guerre.
- Bref, nos vieilles chaussées, outils de la victoire, doivent être aussi outils de notre, relèvement économique. Or là guerre les a toutes terriblement fatiguées, beaucoup d’entre elles, celles du front, sont gravement blessées, voire mutilées. Comment ces combattantes seront-elles mises à même dé soutenir de nouveaux combats?
- L'organisation routière. — Nous1’avons posé la question à M. Cels, l’actif sous^sëcrétaire d’État
- S ROUTES DE FRANCE :
- constitue, sous le nom de « parfum naturel sans cire », le dernier cri de la perfection. Voilà, résumée dans ses grandes lignes, l’industrie des parfums naturels, qui met en œuvre chaque année, sous un petit volume, des produits représentant une valeur de plusieurs centaines de millions.
- Infusion, enfleurage, distillation, extraction, ne. sont pas exclusivement cantonnés dans la région grassoise; la distillation notamment, est appliquée dans le monde entier ; on l’utilise pour la lavande dans les Basses-Alpes ; pour 1’ « ylang-ylang », à Manille et à la Réunion ; pour le « petit-grain », au Paraguay. Les maisons françaises de Grasse, la maison Chiris notamment, ont monté des distilleries de géranium, de badiane, de bois de rose, de citronnelle, etc., au Tonkin, à Ceylan, dans les Comores, etc.
- On ne. peut qu’approuver et encourager cette initiative, qui tend à concentrer sur toute la Surface du globe, entre des mains françaises, le commerce et la fabrication des essences et parfums naturels.
- À. Kœhler.
- ROUTES DE FRANCE
- : la route en ciment.
- aux Travaux publics, qui a bien voulu nous faire les intéressantes déclarations qui suivent :
- « Oui, nous dit-il, nos routes sont malades. Mais nous voulons les guérir. La plupart sont à réparer ; sur les anciens champs de bataille plusieurs milliers de kilomètres sont à refaire entièrement. Les dépenses nécessaires se montent à plus de 2 milliards . Nous nous sommes mis à la besogne sans tarder. Nous-avons modifié notre antique organisation départementale; la France routière a été partagée en régions naturelles, déterminées d’après les ressources en matériaux d’empierrement, chacune placée sous la haute autorité d’un ingénieur en chef, responsable. Le travail ainsi réparti sera plus logiquement coordonné, donc plus rapidemen t exécuté.
- Les routes et l'automobile. — D’autre part, nous avons à résoudre des problèmes nouveaux. Il ne s’agit pas seulement de remettre les routes dans leur état d’avant-guerre. Nombre d’entre elles doivent être en mesuré de supporter un trafic automobile intensifié. La chaussée macadamisée n’én est plus capable.
- Les efforts tangentiels développés à la jante des véhicules, et les effets de la vitesse, déchaussent la mosaïque d’un empierrement, produisent des trous, des « nids de poule », qui s’élargissent, s’allongent, se rejoignent et finissent par ruiner l’empierrement en apparence le mieux constitué. L’usage du camion automobile, dans lequel le poids
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- LA REFECTION DES ROUTES DE FRANCE
- s'ajoute à la vitesse, augmente à son tour les effets destructeurs. '
- Le remède? Faire une chaussée capable de résister non seulement aux efforts d’écrasement (verticaux), mais aussi aux efforts de dislocation (latéraux), et pour cela la constituer d’un monolithe aussi parfait que possible, dans lequel les éléments sont parfaitement liés entre eux, et dont la surface offre un épiderme sain et lisse excluant les chocs.
- La solution a été recherchée dans les liants à
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- dallages qui se fissurent facilement et s’écaillent sous les chocs exigent beaucoup d’entretien. Aussi ne se sont-ils pas jusqu’ici développés en France hors du voisinage des centres producteurs ; la guerre a d’ailleurs interrompu les recherches et les essais pratiques dans cette voie par les Services de Voirie.
- Par contre, depuis quelques années, une très forte impulsion a été donnée à la construction de* chaussées en béton de ciment, armé ou non, en
- j Bombement /fog
- Joint Ionyitu dînat
- Bombement l/ioo
- Couche d'usuna j y Epaisseur rrp1^' S cm. au moins
- MMËÈÈMMm^fr-£paisseur
- 12cm.au moins
- Ig; 'Joint lonyitudmal
- Béton
- Les routes en ciment : i Chaussée à une seule couche de béton.
- 2 Chaussée avec couche d’usure.
- 3 et 4 Modes de drainages du sous-sol.
- base de goudron, de brai, de pétrole, de bitume et d’asphalte, et aussi de ciment.
- Je ne m’étendrai pas sur l’emploi des goudrons, bitumes, pétroles, etc... dont l’efficacité.est démontrée et dont l’usagè a déjà été largement répandu en France et surtout en Amérique et en Angleterre.
- J’insisterai davantage sur l’emploi du ciment, parce"que c’est un peu une nouveauté.
- Les chaussées au ciment. — Depuis longtemps l’on a, à Grenoble, grand centre de fabrication de ciment, revêtu les chaussées de dallages en ciment constitués par une couche de béton maigre recouvert d’une couche a d’usure » en mortier de ciment à fort dosage. Le roulement est très doux : mais ces
- Angleterre et surtout en Amérique, où l’on dit avoir trouvé les formules de dosage et de composition qui attribuent à la chaussée, sous une circulation donnée, principalement automobile, tout à la fois la résistance, l’uni du roulement,<*et l’élasticfté nécessaire pour prévenir les craquelures et le fissurage.. • '
- Les modes de construction le plus généralement adoptés sont les deux suivants :
- Dans l’un, le corps de chaussée est formé d’une seule couche de béton, uniformément dosé, offrant une épaisseur d’au moins 12 cm (fig. 1).
- Dans l’autre, une couche de fondation de 12 cm d’épaisseur est constituée par un béton moins
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- LA RÉFECTION DES ROUTES DE FRANCE
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- riche que dans le 1er type et est surmontée d’une couche dite (( d’usure », d’au moins 5 cm d’épaisseur composée de plus petits matériaux et plus riche en ciment (fîg. 2).
- Les matériaux employés sont des pierres ou du laitier concassés, classés en 3 catégories et du sable, mélangés en proportions déterminées de manière à réduire au .minimum les vides intérieurs que remplira le mortier de ciment.
- Matériaux dont les dimensions sont comprises entre
- 4re catégorie . . . . . . 10 mm et. 15 mm 2e catégorie. ....... 15 mm et 35 mm
- 3e catégorie...........• • 35 mm et 70 mm
- On adopte le 1er type si l’on dispose dans la région de matériaux de bonne qualité comme dureté et résistance.
- Le 2e type est au contraire préféré, si-l’on ne possède, dans le pays, que des pierres médiocres avec lesquelles on fait la couche de fondation. La couche d’usure est constituée avec des matériaux durs apportés de carrières plus lointaines. -
- Pour une largeur de chaussée ne dépassant pas 6 m, la forme sur laquelle on coule le béton est plane (fig. 1); le bombement de la chaussée, d’ailleurs très faible comme dans toutes les chaussées destinées au trafic autbmobile, est obtenu par une surépaisseur de la couche de béton croissante des naissances jusqu’au milieu. Pour les largeurs supérieures à 6 m., il est plus économique d’attribuer à la plaque de béton une épaisseur uniforme, mais on lui donne la forme cintrée (fig. 2).
- L’emploi d’une armature métallique (en grillage, ou en métal déployé ou en fer rond) est indiqué lorsque le sous-sol est inconsistant, ou lorsque la chaussée étant très large, on peut craindre que la plaque de ciment ne se déforme si le terrain sous-jacent n’est pas absolument homogène, ou, enfin, en des points spéciaux (par exemple là où l’assiette de la route passe du déblai au remblai ; ou d’un sol rocheux à un sol moins ferme; ou encore là où le comblement de tranchées ou d’excavations préexistantes laisse subsister dans le sous-sol des points faibles où le tassement est à prévoir.
- L’armature métallique se place en général dans le béton à 5 cm au moins de la surface' de roulement ; dans le type de chaussées à 2 couches : entre les 2 couches, ou encore, dans là plaque de fondation à 5 cm au moins de, sa Hase.
- Il faut, d’ailleurs, dans tous les cas, assurer un bon drainage des eaux du sous-sol ; sinon on les emprisonne sous la carapace de béton, dont on prépare la ruine, lorsque la fondation aura été’ Complètement détrempée. ^
- Cet écoulement est réalisé facilement à l’aide de tuyaux (drains en poterie) ou de petits dallots ménagés sous les bords de la chaussée (fig. .3 et 4).
- Enfin, dans la confection d’une chaussée au ciment, il est essentiel, pour éviter la fissuration et la dislocatidh-sous les effets des intempéries, de ménager des joints de dilatation ou de contraction.
- L’expérience recommande d’espacer ces joints de 10 à 12 m. au plus; de leur donner de 5 à 10 mm de largeur, et de les remplir avec une matière plastique, soit du bitume, soit du feutre. Certains ingénieurs protègent en outre les bords du joint avec un revêtement métallique.
- L'entretien des routes en béton de ciment exige* naturellement du soin et de l’attention.
- Il faut surtout s’attacher à réparer de suite les petites détériorations dès qu’elles se manifestent, afin de prévenir les dégâts sérieux qui résultent de l’aggravation toujours très rapide des petites blessures que subit, inévitablement, l’épiderme d’une chaussée fréquentée.
- Ce principe du « stoppage » ou du « point à temps » doit être la règle rigoureuse d’ailleurs, pour l’entretien de toutes les chaussées modernes, à revêtement lisse, qu’elles soient faites avec du bitume, de l’asphalte, du goudron ou du ciment.
- Lorsque de petites. fissures ou craquelures se manifestent, on les obstrue avec un peu de goudron et de sable, qui forment en s’agglomérant un mastic très suffisant. S’il se forme des Haches ou des cavités plus importantes dans la surface, on « débride la plaie ÿ, on la met à nu, on nettoie et l’on découpe le béton à vif, et l’on refait un emplâtre en béton de même dosage, en s’attachant à assurer le raccordement des surfaces.
- On conçoit que le coût d’une chaussée en béton de ciment est sensiblement plus élevé que celui d’une chaussée macadamisée ordinaire, puisque sa confection exige non seulement le ciment lui-même, mais aussi des dosages soignés de matériaux calibrés et une main-d’œuvre spéciale et expérimentée.
- En ce qui concerne la France, nous ne savons pas exactement à l’heure actuelle quels seront, au cours des prochaines années, la production' du ciment et son cours. 4
- Il est donc difficile d’avancer des chiffres comparatifs. .
- Quoi qu’il en soit, si les résultats d’Amérique se vérifient en France, un écart de^prix de 50 à 100 entre la chaussée au ciment et la chaussée macadamisée ordinaire ne devrait pas être considéré comme prohibitif pour les routes à forte circulation, car il serait bien vite compensé par la plus longue durée de la première et par ses avantages en ce qui concerne la facilité du roulage, la propreté, l’absence de poussière, etc.
- Le Ministère des Travaux publics et des Transports se préoccupe de contrôler par des applications pratiques faites en France les qualités du ciment pour les chaussées à fort trafic automobile. — Le reste se ramènera à,une question de budget. »
- Le Gérant : P. Masson. — lmp. Lahüre, rue de Kleurus, 9, à Paris.
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- LA GUERRE NAVALE EN 1918
- La guerre navale en 1918, n’est guère que la continuation des deux grands efforts poursuivis sans restriction comme sans trêve, à partir de janvier 1917 : guerre sous-marine et ant.i sous-marine.
- La Germanie, après son grand échec devant Verdun, avait placé son suprême espoir dans l’isolement maritime de la Grande-Bretagne, c’est-à-dire dans le succès de la campagne sous-marine contre le commerce. Elle était éclairée sur les conséquences politiques de son crime. Elle a bravé la menace cer7 taine de l’intervention américaine. Elle comptait sur la victoire, pour écarter l’éventualité d’indemnités formidables, à l’heure de la paix. La victoire était sa seule sauvegarde contre des châtiments qui doivent être terribles, s’ils sont mesurés à l’accumulation des forfaits.
- De leur côté, les pays alliés, et d’abord la Grande-Bretagne, ont mis en œuvre toutes leurs ressources pour conduire la guerre contre les sous-marins avec une vigueur égale à l’effort désespéré de la Germanie. Les inventions se sont multipliées. Des progrès imprévus se sont réalisés. Aux barrages déminés se sont ajoutés les patrouilleurs, les chasseurs et les avions-bombardiers. La construction de navires de commerce nouveaux a suivi une progression parallèle à celle de la destruction des sous-marins.
- Dans le calcul de ses chances finales, la Germanie n’avait tenu compte, ni du progrès de l’offensive anti sous-marine, ni du développement des chantiers navals.
- Dès la fin de 1917, l’échec des nouveaux forbans a pu être annoncé avec certitude. Il a dépassé les prévisions. La faillite des sous-marins a été activée par l’effondrement moral de leurs équipages, préludant à celui de la Germanie tout entière.
- Le surplus, c’est-à-dire les opérations de véritable guerre navale, se borne à très peu de chose. Les combats livrés en 1918 sont en réalité de simples épisodes du blocus de la flotte allemande et surtout
- 45e Année — I" Semestre- — N° 2360. — 14 Juin
- Fig. 2. — Soufflage latéral du Raglan.
- de la guerre défensive contre l’attaque des sous-marins.
- Les premières années de la guerre ont fait surgir divers problèmes de droit maritime international; une seule question s’est présentée en 1918, celle de la légitimité de l’angarie exercée par les États-Unis sur les navires de commerce hollandais. Elle sera traitée à la fin du chapitre III.
- Hors d’Europe, rien à signaler en 1918, sinon la fin de l’audacieuse randonnée du See-Adler à travers le Pacifique. Le corsaire fit accidentellement naufrage près de l’île de Pâques. Gin-quante-huit marins de l’équipage furent débarqués à Valparaiso par une corvette chilienne.
- Les exploits au See-Adler avaient : prouvé la nécessité d’une surveillance dans, le Pacifique. Les États-Unis et le Japon s’en partagèrent le soin, .les premiers à l’est, le second à l’ouest du méridien de Hawaï. Cette sage mesure fut justifiée, en mars, par la capture d’un canot à moteur teuton, armé de mitrailleuses, sorti d’un port mexicain.
- En Europe même, un seul combat.naval, celui du 20 mars, devant l’entrée des Dardanelles, livré par le Goeben et le Rreslau aux forces britanniques chargées de maintenir le blocus.
- En dehors de quelques torpilleurs et de quelques avions, ces forces se composaient uniquement de deux monitors, le Raglan et le M 28 appartenant à deux des séries créées pendant la guerre, en vue des opérations contre les côte3. Les données principales de ces deux monitors suit les suivantes :
- Lord-Raglan. JW. 28.
- Déplacement ..... 5150 t. 546 t.
- Vitesse 7 n. 12 ri.
- Armement ...... Il canons de 555 I canon de 152
- I — 152
- 1919. 25 — 585.
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- Le Raglan et le M 28 avaient reçu, pour être mis à l’abri dos torpilles, des soufflages ou plutôt des caissons latéraux, dont le modi le représenié figure 2 a fait preuve, en diverses circonstances, d’une très réelle efficacité. Contre les canons du Goeben, les soufflages sous-marins étaient inopérants. Le cuirassement était incapable de résister à une artillerie de dix canons de 280 mm. Les deux monitors étaient donc dans un poste dangereux, en face d’un adversaire qui avait, comme l’amiral Souchon, donné de multiples preuves d'initiative et d’activité. Ils n’étaient aptes qu’à former le noyau de la garde d’un barrage de mines.
- Le Raglan et le M 28 furent surpris, le 20 janvier au matin, par le Goeben (Sultan Selim) et le Breslau (Midilli), à leur mouillage sous l’île d’Im-bros. Le Goeben put canonner et détruire le Raglan en se tenant, paraît-il, dans un angle mort de sa tourelle. Le M 28 était incapable d’offrir aucune résistance. Le combat fut de courte durée. Le commandant du Raglan, tué dans l’action, était le second fils de lord Kitchener.
- La journée ainsi commencée par un deuil pour la Grande-Bretagne se termina au détriment de la Germanie. Le Breslau se fit couler par une mine, en traversant le barrage au nord de l’île d’Imbros. Le Goeben, à son tour, donna sur une mine à l’entrée des Dardanelles; il parvint à gagner la côte la plus proche où il s’échoua, l’arrière entièrement immergé. Là il fut l’objet d’attaques répétées, de la part des torpilleurs, des sous-marins et des hydravions bombardiers qui complétaient le service de garde britannique. Le 50 janvier a été le terme de la carrière militaire du Goeben. comme de celle du Breslau.
- Un bel exploit fut accompli le 10 juin, par deux torpilleurs italiens qui attaquèrent, prés des îles dalmates, deux cuirassés autrichiens escortés par des torpilleurs. Le cuirassé de tête Isent-Istvan fut coulé; l’autre fut endommagé par une torpille. Les deux torpilleurs italiens purent rentrer indemnes.
- 11 convient de classer comme opérations militaires, les attaques dirigées par les sous-marins contre des navires de combat.
- En 1918, la France a perdu le croiseur Dupetil-Thouars torpillé le 7 août par un sous-marin dans l’Atlantique. Le cuirassé Voltaire, du modèle Danton, torpillé à l’avant, comme l’avait été le Danton lors de son premier accident, a pu regagner le port. Sur le Dupetit-Thouars, l’équipage a été recueilli, à l’exception de treize hommes, par une division américaine qui coopérait au patrouillage de l’Atlantique.
- La flotte britannique a perdu le super-dreadnought Britannia torpillé devant Gibraltar, deux jours avant la signature de l’armistice du 11 novembre.
- Une grande acti\ilé des sous-marins a été dirigée contre les bâtiments de guerre employés à protéger l’établissement et la conservation du grand barrage de mines établi, en 1918, entre les Ürcades et la
- côte norvégienne (fig. 2). Ces forces, qui assuraient la maîtrise de la mer du Nord entre ses deux barrages, se composaient de divisions britanniques détachées de la grande flotte mouillée à Rosyth et de la sixième division américaine. Celte dernière comprenait les cuirassés New York, Florida, Wyoming, Texas et Arkansas, celui-ci remplacé éventuellement par le Delaware. L’attaque sous-marine fut chaque fois déjouée. Contre la division américaine, elle n’a pas été renouvelée moins de six fois, du 4 février au 16 octobre 1918. Il convient de dire que la division américaine soit au complet, soit limitée à deux ou trois de ses cinq cuirassés, était toujours accompagnée d’une forte escorte de torpilleurs.
- La présence de l’ennemi n’a généralement été révélée que par l’apparition d’un unique périscope, ou même par le sillage d’une torpille. La torpille était évitée d’un coup de barre. Le cuirassé courait alors sur le point de la mer d’où l’engin était parti et faisait jouer son artillerie. Le 28 juillet, le New-York eut, dans sa course en avant, la satisfaction de ressentir un choc violent sous sa ham he de tribord ; un second choc se produisit sur l'hélice de tribord, qui perdit deux ailes. Un sous-marin venait d’être expédié au fond de la mer. Le 16 octobre, le New-York subit à l’improviste une seconde attaque, dans laquelle la torpille le manqua de peu en passant sur son avant. Il est assez vraisemblable que le Teulon avait réglé son tir en attribuant au New-York la vitesse normale de 16 nœuds au minimum. La vitesse était tombée à 12 nœuds par suite de l’avarie d’hélice du 28 juillet.
- Dans ces attaques, les torpilleurs ne ménagèrent ni obus, ni bombes de profondeur, ni peut-être les torpilles. Ils ne se sont attribué l’honneur d’aucune destruction de sous-marin dûment constatée.
- L’attaque et la défense du barrage des Orcades avait pour enjeu l’accès des sous-marins tudesques sur les lignes de transport et de ravitaillement de l’armée américaine. Sur l’Atlantique, un seul transport portant des troupes a été atteint, et le nombre des victimes a été faible. Les Américains ont pu débarquer au nombre de 1 700 000 hommes, sans perdre plus de 291 soldats, soit 1,6 sur dix mille, proportion inférieure à celle des victimes civiles des Golhalliages et des Berthalliages accomplis contre les populations de Londres et de Paris.
- II
- L’établissement des lignes de mines destinées à l’embouteillage des sous-marins sur leurs bases était, avec celle de l’attaque et de la destiuction de ces bases elles-mêmes, lorsqu’elle était possible, la préface obligée de la guerre anli sous-marine.
- L’embouteillage se présente comme la solution parfaite. Il suffit à tout et répond à tout. Il n’a pu nulle part être obtenu d’une façon complète. Il a cependant atteint une efficacité suffisante pour justifier très vraisemblablement ce qu’il a coûté de travail et de dépense.
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- À la fin de 1917, deux barrages principaux, avaient été établis, l’un le long des côtes du Hanovre et du Sleswig, l’autre dans le Cattegat. Le second paraît avoir été abandonné en 1918, tandis que l’Amirauté germanique établissait au contraire un barrage à la pointe extrême du Jutland (fig. 3).
- désir de protéger leurs transports, mirent leur jeune ardeur à concourir à cette entreprise sans précédents. Un modèle nouveau de mines fut adopté en mai 1917. Les commandes par éléments détachés et interchangeables furent adressées à 140 usines privées, qui appelèrent elles-mêmes le concours de
- Orcades a
- Z one
- ANGLE.TER
- j^l Champ de mines Allemand.
- wt777\ ________<J°.------ Anglais.
- Fig. 3. — Barrages de la Mer du Nord.
- Le premier a été renforcé, de l’île de Stylt à l’île de Borkum. De plus une zone interdite aux bâtiments de commerce a été établie au nord de la ligne de barrage, comme on le voit sur la figure 5.
- En 1918, l'établissement d’un barrage de mines a été entrepris entre les Orcades et la côte norvégienne, pour fermer l’accès de l’Atlantique aux sous-marins venus du Skager-Rack ou échappés du Bucht d'Heligoland. Le barrage comprenait sept rangées de mines espacées de 100 m. sur une même rangée. Les États-Unis, aiguillonnés par le
- 400 sous-traitants. L’assemblage des pièces et le chargement étaient confiés à une seule maison outillée pour faire le chargement journalier de mille mines. Le premier émoi fut expédié le 9 juillet 1918, porté par vingt cargos aménagés en mouilleurs de mines. Au commencement d’octobre, dix-sept mois après les premières commandes, 250 000 mines américaines étaient sur le barrage des Orcades. Les vingt cargos avaient mouillé jusqu’à 5520 mines par jour; un seul avait été touché par la torpille dun sous-marin ennemi.
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- Ces barrages auxquels la Grande-Bretagne a employé plus d’un million de mines au cours de la guerre, et auxquels la marine française a, de son côté, contribué activement avec les excellents engins livrés par la maison Sautter-Harlé, ont rendu des services vraiment précieux. La sécurité de la Manche tout spécialement entre Southampton et Cherbourg, leur a été due 'en grande partie. Ils ont un point faible à leur aboutissement sur la limite des eaux territoriales d’un pays neutre. Le barrage, en effet, ne peut atteindre la côte. 11 ne peut être terminé que très imparfaitement par l’établissement d’un service de patrouillage et de chasse.
- Les sous-marins ne se sont pas fait faute d’utiliser toutes les complaisances ou défaillances des gouvernements neutres permettant l’utilisation de leurs eaux territoriales.
- Le gouvernement norvégien, si ferme, en 1917, paraît avoir négligé, en 1918, de fermer les passages matériellement, en y mouillant des mines. Il n’a pas reproduit, contre la Germanie, ce que la Suède a fait en 1916, contre la Grande-Bretagne, dans la passe de Koground, pour ne pas être accusé comme elle, d’un acte inamical envers un des belligérants.
- L’extrémité occidentale du barrage de la côte frisonne, près de l’île deBorkum, est dans les eaux territoriales hollandaises. La Germanie était assurée, de la part du gouvernement de La Haye, d’une complaisance que les attentats commis contre les navires hollandais n’ont jamais découragée.
- En face des côtes ennemies ou occupées par l’ennemi, l’embouteillage d’un port, rencontre un obstacle non moins difficile à surmonter. Ici, l’action de l’artillerie de terre s’oppose à l’approche des mouilleurs de mines, et assure la sécurité aux dragueurs. Il a été impossible d’embouteiller les bases de Bruges et d’Ostende. Il a donc fallu procéder à la destruction même de ces bases, lorsque la nécessité s’est imposée d’assurer entièrement la sécurité dans le Pas-de-Calais.
- Au début de 1918, les sous-marins et surtout les torpilleurs de Bruges manifestèrent une vive reprise d’activité. Le 14 janvier au soir, les torpilleurs insultèrent Yarmouth habitué de longue date au bombardement. Le 15 février, un sous-marin pénétra dans le Pas de Calais et y reçut aussitôt la chasse de huit patrouilleurs de Douvres. Sur ces entrefaites les torpilleurs de Bruges survinrent en force, coulèrent les huit patrouilleurs et s’échappèrent avant l’arrivée de l’escadrille de torpilleurs franco-britanniques. Le 21 mars, deux escadrilles germaniques, comprenant dix-huit torpilleurs en tout, dont l’une avait bombardé Dunkerque, revenaient ensemble vers Bruges, au commencement de la nuit, lorsqu’elles rencontrèrent dans le détroit une flottille de patrouilleurs avec laquelle le combat s’engagea. Le bruit de la canonnade appela une escadrille de cinq torpilleurs, trois français et deux britanniques. Le Botha (britannique) lança un obus éclairant, à la
- lumière duquel les Teutons cessèrent leur attaque contre les patrouilleurs. Un second obus éclairant du Botha fit voir l’escadrille ennemie en pleine retraite sur une ligne de file. La poursuite fut menée hardiment. Le Morris (britannique) coula un adversaire, d’une torpille lancée à 500 m. de distance. Le Botha, après deux tentatives de torpillage manquées sur le navire de tête ennemi, vira de bord et coupa en deux le quatrième bâtiment de la ligne, puis essaya la même manœuvre sur le cinquième ; le Teuton n’esquiva le coup que pour aller tomber sous le feu des torpilleurs français qui le détruisirent au canon. Les quinze survivants de l’escadrille germanique s’échappèrent, sans soupçonner, dans leur fuite désordonnée, qu’ils avaient à leurs trousses cinq ennemis seulement.
- La menace lancée de Bruges et d’Ostende était intolérable, en raison du développement pris par les transports à travers le Pas de Calais et la Manche.
- Dès janvier 1917, l’établissement d’un service de ferry-boats fut préparé par l’Amirauté de Londres, pour épargner les transbordements. Trois bâtiments porte-trains, capables de recevoir 850 t. dans les wagons, furent commandés à Elswick pour ce service. Un quatrième principal, de moindres dimensions, portant 550 t. en wagons, fut acheté au Canada, où il était en service sur le Saint-Laurent.
- Les trois porteurs d’Elswick furent affectés au petit port de Richtborough. En France, la tête de ligne, d’abord à Dunkerque, fut reportée à Calais pour plus de sécurité.
- Le porteur canadien a desservi, entre Southampton et Cherbourg, une ligne à l’abri de tout danger.
- Sur la ligne Richtborough-Dunkerque, les trois porteurs de trains reçurent deux canons et furent l’objet d’un camouflage soigné. Au cours du service très actif dans lequel ils ont, en 1918, transporté 18 000 wagons et 300 000 t. de matériel, ils ont été soumis à plusieurs attaques.
- Des expériences répétées, dont la dernière faite contre Ostende vers le 20 mars 1918, avaient prouvé qu’aucun résultat sérieux et durable ne peut être attendu des bombardements par monitors et par avions. L’amirauté de Londres décida donc une opération de vive force, comportant l’occupation momentanée du port de Bruges par des troupes de débarquement, toutes les destructions possibles dans ces conditions, enfin l’embouteillage par des bâtiments coulés dans le chenal. Les deux opérations contre Bruges et contre Ostende furent préparées par le vice-amiral sir Roger Keyes,qui se réserva de surveiller l’exécution à Bruges. Elles furent entreprises simultanément le 25 avril, jour de la fête de Saint-Georges, patron de l’Angleterre.
- Au large des deux jetées par lesquelles se termine le canal maritime, l’établissement maritime de Bruges se compose d’une rade artificielle fermée du côté de l’Ouest et du Nord par une jetée en arc de cercle (fig. 4). Cette jetée, de 2487 m. de longueur, présente quatre secteurs de construction différente.
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- Elle est en maçonnerie à arcades sur 232 m. de long, entre les laisses de hautes et de basses eaux, puis métallique, à claire-voie sur 500 m. de longueur, formée d’une passerelle que supportent soixante palées de six pilots chacune. Cette passerelle d’accès conduit à la jetée principale à parements de maçonnerie puissants, de 1571 m. de longueur de quai sur 75 m. de largeur, qui porte tous les hâliments de service. Vient enfin une portion de jetée beaucoup plus étroite, de 240 m. de long, portant un phare à son extrémité.
- Le grand parapet qui surélève la jetée principale, est à deux étages (fig. 5). En bas un mur très haut et très épais, dont le plafond, qui forme chemin de ronde, est bordé, du côté du large, par le parapet proprement dit. La hauteur totale de la maçonnerie s’élève à 9 m. au-dessus du niveau des hautes mers. L’artillerie de défense, d’une grande puissance, ne comprenait pas moins de 120 gros canons, d’un calibre atteignant 380 mm, sans oublier les pièces de 80 mm en très grand nombre, dont jetées et plages étaient hérissées. Tout était accumulé à l’est du port et disposé pour battre la rade, son chenal et son entrée. La plage ouest, qui a vue sur le parement extérieur de la grande jetée, était dépourvue de toute artillerie.
- Le plan d’attaque comprenait trois opérations :
- 1° Occupation de la grande jetée en l’accostant par sa face extérieure non battue par l’artillerie;
- 2° Isolement de la jetée ainsi occupée, en faisant sauter la passerelle de 500 m. qui la relie à la terre ;
- 3° Embouteillage général par des épaves coulées dans le chenal. Cette opération, la plus importante, était aussi la plus périlleuse, puisqu’elle ne pouvait s’exécuter que sous le feu de tous les canons ennemis. On comptait, pour la faciliter, sur l’effet d’un bombardement intense et l’emploi d’écrans de fumée protecteurs.
- L’amiral Keyes disposait pour l’attaque de Bruges :
- 1° Du croiseur Warwick portant son pavillon;
- 2° Du croiseur Vindictive et des deux ferry-boats de la Mersey, Iris et Duffodil, portant les troupes de débarquement. Le contre-amiral sir Re-ginald Tyrwhitt commandait cette petite flottille;
- 3° D’une énorme torpille constituée par un vieux sous-marin rempli d’explosifs ;
- 4° Des trois vieux croiseurs Intrepid, Iphigenia, Thétis, remplis de ciment et munis de torpilles pour l’irruption de l’eau dans les cales ;
- 5° D’une flottille de monitors, d’avions de bombardements, et enfin de canots à vapeur ou à moteur, destinés, soit à faire des remorquages, soit à créer des écrans de fumée, etc.
- Tous les bâtiments arrivèrent devant Bruges le 22 au soir un peu avant minuit. L’amiral Keyes disposa aussitôt la ligne de ses canots fumigènes et, derrière elle, celle de ses monitors. Une saute de vent, du N.-E. au S.-E. qui repoussa l’écran de fumée vers le large, découvrit les monitors et contraria leur travail de bombardement.
- A minuit la Vindictive doubla le musoir de la grande jetée, suivie de VIris et du Duffodil. Les trois bâtiments, avant d’atteindre l’abri du grand mur, furent exposés à un feu intense. La Vindictive reçut pour sa part plusieurs coups, dont quelques-uns de 280 mm et riposta avec ses pièces de 150 et de 76 mm. En somme la manœuvre de sir Boger réussit. La Vindictive accosta la jetée sans avaries graves ; le Duffodil s’amarra bord à bord à elle. L’Iris se porta un peu sur leur avant. Le débarquement commença.
- Les trois navires avaient été surmontés de superstructures atteignant la hauteur du parapet. Ils étaient approvisionnés de passerelles nombreuses, formées d’une simple planche et d’une main-courante en filin. Matelots et soldats gagnèrent le parapet, munis d’échelles pour descendre du chemin de ronde sur le terre-plein de la jetée. La plupart des passerelles furent brisées par les projectiles ; mais les pertes en personnel restèrent modérées. Sur le terre-plein, matelots et soldats trouvèrent à s’abriter ; ils se mirent à l’œuvre pour détruire outillage et approvisionnements.
- Pendant le débarquement, la torpille géante avait été remorquée et logée entre les pilots de la jetée à claire-voie. Elle y explosa à minuit, jetant bas la jetée sur 30 m. de longueur. Son équipage s’échappa dans un canot à vapeur qui regagna le Warwick.
- A minuit et demi, les trois croiseurs lestés de ciment furent coulés à peu près comme il avait été prévu. La Thétis, arrêtée prématurément par l’intensité du feu, ne put atteindre les musoirs, mais l’Iphigenia et VIntrepid se placèrent entre les jetées, sinon dans une direction normale à l’axe du chenal. La position de leurs épaves (fig. 4 et 8), montre que le but principal de l’expédition était rempli. Les trois équipages rejoignirent le Warwick en canots.
- A une heure du matin, le 24, tous les bâtiments de la grande jetée étant en feu, le corps de débarquement se rembarqua. Il laissait,, 21 officiers et 188 hommes tués ou manquants. Il rapporta 29 officiers et 354 hommes blessés. Ce sont là des pertes sévères, mais le résultat obtenu les payait largement. L’usage de Bruges était pratiquement perdu pour la Germanie; l’ensablement compléta dans le chenal l’effet des épaves, La base sous-marine était reportée sur l’Ems. Dans le courant de l’été la marine germanique démonta et expédia par chemin de fer ce que l’attaque du 23 avril avait laissé à Bruges, de sous-marins ou de torpilleurs en état de servir.
- Contre Ostende, l’opération visait uniquement l’embouteillage du port. Les deux anciens petits croiseurs Sirius et Brillant lestés de ciment furent expédiés d’Angleterre à cet effet, en même temps que la flottille destinée à Bruges. La saute de vent qui, à Bruges, contraria la manœuvre, fit échouer complètement la tentative d’Ostende. L’écran de fumée étant refoulé au large, le Sirius et le Brillant furent entièrement soumis au feu des batteries du rivage. Us furent obligés de se couler, bien
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- avant d’atteindre les musoirs. Les équipages purent d’ailleurs s’embarquer dans les canots à vapeur et regagner l’Angleterre.
- L’opération manquée le 23 avril fut reprise dans la nuit du 9 au 10 mai avec des moyens d’action plus puissants.
- sous le commandement de l’amiral Keyes qui avait, comme le 23 avril, son pavillon sur le Warwlck.
- Les monitors et avions de bombardement, envoyés en avant pour éteindre le feu des batteries ennemies durent interrompre leur tir une demi-heure avant l’arrivée de la Vindiclive. Un banc de brume impé-
- CoUPE TRANSVERSALE
- ëjlMarée basse
- 57
- 3,6
- 4,6" \ I
- Légende.
- C — fntrepid. g ] Epaves de bateaux
- F <5tad Brussel.
- g _ Dragueur Preussen. h- 1 Epa ises.
- Echelle:
- Fig. 4 et 5. — Plan de Bruges maritime. Dans le carton, coupe de la jetée.
- La Vindictive avait été choisie comme unique embouteilleur. Son équipage avait été remplacé par celui du Brillant. L’expédition comprenait les monitors et avions qui avaient opéré contre Bruges, ainsi que tous les canots à vapeur utiles et, enfin, quelques torpilleurs français du service de surveillance du Pas de Calais. Elle partit de Dunkerque,
- nétrable aux projecteurs était venu étendre son rideau devant la côte. 'De la mer, il était impossible d’apercevoir les batteries. De la terre, on pouvait, au contraire, suivre à peu près les mouvements des navires qui couraient derrière la brume.
- La Vindictive, à son arrivée, eut quelque peine à découvrir l’entrée du port. Elle courut cap à
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- l’est, revint cap à l’ouest, puis, à l’improviste, se trouva en face des musoirs, entre lesquels elle s’engagea résolument, jusqu’à 200 m. à l’intérieur du port. Elle se coula, par le jeu de ses 1 orpilles, son avant touchant la jetée est; son axe faisait un angle de 60° environ avec celui du chenal. L’embouteillage n’élait pas rigoureux; mais au total la manœuvre éiait aussi réussie qu’on était en droit de l’espérer.
- La Vindictive, le 12 mai, mérita une fois de plus le télégramme de félicitations du 23 avril : « Well done Vindictive ». Ses pertes furent lourdes. Il restait à bord quarante-cinq survivants qui se répartirent dans trois canots à vapeur ; deux partirent de suite; le troisième s’attarda à constater qu’aucun blessé n’était abandonné; il ne partit, sur les appels répétés de l’amiral Keyes, qu’après avoir
- dant le premier semestre 1917. Il n’était déjà plus que de 300 000t. pendant le second semestre. L’échec dès lors s’annonçait certain ; il n’a fait que se confirmer en s’accentuant au cours de l’année 1918, comme le montre la figure 10. La destruction d’un paquebot de dimensions exceptionnelles, tel le Justicia, peut faire remonter la moyenne d’un mois. Dans un autre mois, ce sera le retrait momentané des chasseurs et patrouilleurs détournés de leur rôle pour la protection des convois américains, qui laissera le champ plus libre au forban pendant quelques semaines. En règle générale, l’elfort anti-sous-marin va toujours croissant, tandis que l’effort sous-marin a atteint, au printemps 1917, un maximum d’intensité, après lequel il ne peu que décroître. L’issue de la guerre est dès lors fixée.
- Le public maritime est si bien rassuré, en 1918,
- Fig. 6. — Le môle de Zeebrugge après l’explosion du sous-marin anglais chargé d’explosif.
- reçu plusieurs projectiles. Il parvint néanmoins au Warwick; mais là il fallut le couler sur place.
- En terminant ce chapitre II, il me reste à consacrer quelques mots à une opération heureusement accomplie le 2 octobre 1918, contre Durazzo par une escadre italo-britannique. La destruction des batteries de défense terrestre par l’escadre fut accomplie sous la protection d’une ligne de sub-chaçers américains qui fit échouer toutes les attaques tentées par les sous-marins de Durazzo, en même temps qu’elle protégeait les navires par un écran de fumée. Les petits anti-sous-marins, ou sub-chacers, dont on s’est un peu exagéré la valeur pour la chasse en haute mer, ont donc trouvé, le 2 octobre, une occasion de développer leurs réelles qualités d’embarcations rapides et manœuvrières.
- III
- La guerre de forbans que le gouvernement germanique s’était déclaré, au début de 1917, décidé à conduire sans scrupule et sans merci, contre toutes les marines de commerce ennemies ou neutres, doit remplir presque entièrement cette chronique. Au cours du mois d'avril 1917, le tonnage brut détruit avait atteint 871 0b0 t. dont le tiers de navires neutres. U était de 600 0001. par mois, en moyenne pen-
- que les statistiques hebdomadaires des pertes n’excitent plus d’intérêt. Journaux et revues cessent de les publier. Le taux des assurances maritimes suit une baisse éloquente. Aux États-Unis, il tombe, de 6,5 % en août 1917, à 2 % en août 1918. En Suède, en un an, il tombe de 10 à 3 %•
- Le bilan complet de la guerre sous-marine au commerce sera établi avec exactitude lors de la fixation de l’indemnité couvrant les destructions qu’aucune nécessité militaire n’a justifiées.
- La Germanie, qui croyait détruire sans se préoccuper d’avoir à payer, estimait les destructions accomplies par ses sous-marins en quatre ans, d’août 1914 à juillet 1918, au total de 15100 000 t. La perte britannique, à elle seule, aurait atteint 9 100 000 t. Il y avait là quelque fanfaronnade. Les pertes britanniques n’ont atteint huit millions de tonnes qu’à la lin des hostilités.
- Pour la France, la perte, tant en voiliers qu’en vapeurs, était de 832 000 t. le 17 mai dernier, d’après le Bulletin du Comité' des Armateurs. Elle se trouvera donc couverte, en ce qui concerne les vapeurs, par la livraison de 600 000 t. de cargos et 75 000 t. de grands paquebots pris sur les 3 000 000 environ remis par la Germanie pour la durée de l’armistice. Après, la clause des restitutions et ré-
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- parations fixera les compensations définitives (1).
- Tout a été dit sur l’horreur des scènes de destruction des paquebots chargés de passagers. En 1918, ce furent les mêmes scènes qu’en 1916 et 1917. Sur le Galway-Castle, qui sombre avant l’embarquement total des naufragés, les embarcations occupées aux derniers sauvetages trouvent les cadavres enlacés d’une jeune mère portant deux enfants dans ses bras. Certaines destructions, comme celle du Lyndiana, méritent une mention spéciale.
- face du cap Machichaco. L’évacuation se fit en bon ordre, dans les deux baleinières du bord et sur un radeau. Le Boche, survenant alors en surface, chargea en vitesse, coupa en deux chacune des baleinières, et revint même briser l’un des débris sur lequel quelques naufragés étaient cramponnés. Ensuite il s’acharna contre le radeau qui résista à cinq abordages et ne fut coulé que par le sixième. Neuf hommes de l’équipage, sur 42, furent recueillis, nageant ou flottant, contre toute attente.
- ' Légende.
- ' a _ Vindictive b Ftanc/re. c -Chalutier allemand. d _ de Sch eide, e _ Groenlo. f _ Vieux ùateau. g _ Volhracht h —Chaloupes ale pèche L _ Baéeau d'/nâér/eur K _ Dragueur.
- OSTENDE
- Echelle ,
- 100 200 300 400 500
- i. i ’ ! . . . i
- Fig. 7> — Plan du port d'Ostende.
- Le Lyndiana, vapeur français armé, fut torpillé, le 16 juillet 1918, avant d’avoir; aperçu le périscope, à la limite des eaux territoriales espagnoles, en
- 1: D’après'lin communiqué britannique postérieur à la rédaction de cét article'-et complété- ultérieurement pour la Grèce, les pertes subies, du fait de la guerre, par les marines de commerce des alliés sont :
- Nombre de ' Tonnage.
- navires. —
- Grande-Bretagne. . . . 2.217 7.795.000
- France . . 258 696.000
- Italie . .. 250 742.000
- Grèce . . 165 406.000
- Etats-Unis .... . . 80 541.000
- Japon . . . . . . . . 29 120.000
- Total .... 10.098.000
- Ces pertes sont presque entièrement dues à la guerre sous-marine. Leur gravité en ce qui concerne l’Italie et la Grèce s’explique par l’activité des sous-marins ennemis dans la Méditerranée et par l’importance des services de voiliers italiens grecs dans cette mer.
- Dans d’autres circonstances les commandants de sous-marins ont donné des preuves personnelles d’une véritablë folie destructive, tel celui du [/-jB 48 qui, le 16 mars 1919, fut coulé par le canon d’un torpilleur espagnol, au moment où il s’échappait du Ferrol. Les journaux lui ont prêté l’intention, en s’échappant, d’aller reprendre spontanément, en plein armistice, son ancien métier de destructeur. C’est, il faut l’avouer, un récit à n’accepter que sous bénéfice d’inventaire.
- Les conditions de barbarie, dans lesquelles fut exécuté, en mars, le torpillage du Hafna norvégien, ne semblent pas contestables. Il faut ajouter que sur le Ticonderoçja coulé le 50 septembre, il y eut des hommes atteints par le canon du sous-marin dans les embarcations de sauvetage.
- Parmi les destructions de vapeurs britanniques, celle du Jnsticia, de 32 000 t. de déplacement,
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- mérite ici quelques lignes, en raison de l’acharnement mis à sa poursuite. Sur un faux avis du service d’espionnage, les sous-marins eurent l’ordre de couler à tout prix le Justicia, supposé être l’ancien Vaterlancl. Le Justicia navi' guait en convoi.
- Il fut attaqué le 20 juillet, sur la côte N.-O. d’Angleterre , reçut une première torpille, qui l’endommagea gravement, et fut ensuite manqué par six autres successivement.
- Pris en remorque, il se dirigeait lentement vers un port d’Irlande avec une escorte, lorsque,
- 24 heures après îa première attaque, il en jsubit une seconde et fut coule. Les sous-marins d’escorte détruisirent un. sous-marin en faisant l’équipage prisonnier; ils en atteignirent probablement un autre avec des bombes de profondeur. Si les sous-marins se sont
- à cet égard, n’a pas été moins fertile en forfaits que les années précédentes. Énumérons :
- 4 janvier, à minuit, torpillage dans le canal de Bristol, du navire hôpital Rewa couvert de tous les
- signaux lumi -neux de la Croix-Rouge. Il semble y avoir eu peu de victimes. Des officiers espagnols, qui étaient à bord, ont confirmé le torpillage.
- 22 février, torpillage dans le canal de Bristol, un peu avant le jour, du Glenart-Castle couvert également de tous les signaux lumineux de la Croix-Rouge. Les passagers, au nombre de 200, appartenaient tous au personnel hospitalier ; la plupart ont été noyés. Une embarcation a atteint New-port; une autre fut recueillie par un vapeur français.
- 10 mars, torpillage, dans le même canal, à la chute du jour, du Guildfort-Castle, couvert non seule-
- Fig. 8. — Photographie prise par un avion allemand, à faible altitude, après^Vembouteillage de Zeebrugge.
- Fig. ç. — Torpilleurs produisant des écrans de fumée pour protéger contre les batteries d’Ostende les moniteurs coopérant à V offensive anglo-franco-belge sur terre.
- vantés 'a tort d’avoii détruit le Vaterland, ils ont, au contraire, pu mettre à leur actif, avec raison, la destruction de l’ancien Cincinnati et de l’ancienne Kron-prinzessin-Cecilie passés au service des États-Unis.
- Les sous-marins se sont employés avec une passion plus vive encore et plus criminelle, à la destruction des navires hôpitaux britanniques. L’année 1918,
- ment de tous les signaux de jour, mais encore de ceux de nuit, qu’il venait d’allumer. Manqué par une première torpille, avarié par une seconde, le Guildfort-Castle parvint à gagner Bail-Point. 11 portait 450 blessés.
- 27 juin, à 21 h. 50, torpillage du Londonderry-Castle, à 116 milles au S.-0. de Fastnet. Le bâtiment amenait du Canada 80 médecins et 14 infir-
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- mières; son équipage comptait 164 hommes. Il coula en JO minutes. One seule embarcation gagna la côte et débarqua 24 survivants.
- L’indignation, en Grande-Bretagne, répondit à la gravité de ce dernier forfait. L’union des marins et chauffeurs britanniques, sur la proposition de son président, M. tlavelock Wilson, prolongea de quatre mois son boycottage des navires tudesques qu’elle avait déjà allongé en le portant à cinq ans huit mois.
- Le gouvernement de Berlin chercha à excuser les exécuteurs par un mensonge. Il fit publier que le Londonderry-Castle portait un chargement d’aéroplanes.
- Après le mois de juin, il n’y eut plus de destruction de navires hôpitaux. Le grand barrage établi des Orcades à la Norvège produisait sans doute son effet. Peut-être aussi la face blême de la défaite prochaine commençait-elle à apparaître en Germanie, inspiratrice de sagesse.
- Les effets de la guerre sous-marine contre les navires des différents pays neutres méritent des examens particuliers.
- Les Etats Scandinaves ont peu souffert en 1918 comparativement à leurs pertes antérieures. Il n’y a rien à dire de la Suède, dont le gouvernement a été obligé de garder au moins les apparences décentes d’une neutralité impartiale. La Norvège a retrouvé pour son commerce pleine liberté de relations avec la Grande-Bretagne ; nous avons indiqué plus haut sa négligence à compléter les barrages qui la protégeaient elle-même, en minant ses eaux territoriales. Le Danemark, qui a eu le tort d’attendre la conclusion de l’armistice pour rappeler sa légitime revendication territoriale, n’a guère été plus fier dans sa politique maritime. En présence de l’inertie gouvernementale, les capitaines du commerce danois se sont réunis en février 1918 et ont publié un manifeste rappelant que 225 navires danois ont été coulés et 265 marins danois tués ou noyés par les sous-marins tudesques. Cette démonstration sonne un peu comme une prétention à indemnité.
- Les débats diplomatiques avec les neutres se sont concentrés entre Madrid et Berlin. Comme ils n’ont abouti auneconclu>ion pratique qu’aprèsla victoire, il suffit de les résumer très brièvement.
- Les perles espagnoles furent particulièrement graves en 1918; elles purent influer sur la mentalité, d’abord si germanophile, de la majorité du clergé et de la population.
- Au commencement de janvier, destruction du Joaquin-Mombra, qui fait l’objet d’une note remise le 15 à l’ambassade germanique de Madrid. A la fin de janvier, la destruction du Duca di Genova italien passe inaperçue. C’était pourtant une insulte à l’Espagne, le crime étant commis dans les eaux territoriales, par un sous-marin embusqué sous la côte et sur l’indication du Service central d’espionnage de Madrid. Quelques semaines plus tard destruction de la Giratda faisant le cabotage entre ports espagnols. Le Cabinet de Madrid élève quelque peu le ton; il parle d’abandonner la protection des intérêts germaniques en pays ennemis. A Berlin, on fait la sourde oreille. Trois jours après, un grand vapeur de Bilbao, le Sébastian, est torpillé au large de la côte cantabrique. Il portait 5200 t. de sel à New York. C’est ici le crime courant,
- sans circonstances aggravantes. Le commandant du sous-marin donna même la preuve de quelque sentim enl d’humanité, en remorquant sur une longueur de 50 milles les embarcations du Sébastian. Le 23 février, torpillage du Sar-diniero, cargo de Bilbao de 2500 t., suivi, le 26, du torpillage du Neguri-En mars, destruction du Jotel-Joaquin le 15, du Guadalquivir le 17, enfin du Malt-Baltic à la fin du mois.
- Dans ces diverses circonstances, le Cabinet espagnol semble avoir jugé que toute dépense d’encre serait en pure perte. Le gouvernement argpntin montra moins de patience; il protesta vivement contre la destruction du Minislro-Iricudo. Les relations diplomatiques entre Buenos-Ayres et Berlin restèrent même tendues jusqu’à menacer de rompre.
- Vers la fin d’août, est-ce un effet de l’éclipse qui s’annonce sur l’astre germanique ou d’un réveil de la fierté castillane? Le langage en Espagne devient net; les réclamations sont catégoriques. Un Conseil des ministres se tient le 20 et le 22 à Santander, d’où une note part pour Berlin. La marine de commerce espagnole a perdu le cinquième de son tonnage. Cent de ses marins sont morts sur plaie ou ont péri d’inanition dans leurs canots. Désormais tout navire espagnol détruit sera incontinent remplacé par un navire germanique de même tonnagp, choisi parmi les bâtiments réfugiés dans les ports d'Espagne. Il ne s’agit pas d’ailleurs d’une confiscation. A Madrid, on préfère procéder par voie dVntente et de cession amiable. A Berlin, ori tergiverse un peu
- 1918 MARS AVRIL m
- 191 7
- ..AOUT)SEPT!OCT. NOV.
- JANJFEV.
- AVRIL MAI JUINIJUIL
- 1.000 000
- 900 000
- 800,000
- 700.000
- 600.000
- 500.000
- 400.000
- 300.000
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- Fig. io. — Destructions opérées par les sous-marins, d’avril igi? à août içi8.
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- et on ergote beaucoup, voulant se réserver le choix des bâtiments de remplacement. On accorde de suite le vapeur demandé en compensation de la perte du Sardiniero. En réalité on a baissé pavillon. Lamarche des événements militaires le veut ain>i.
- À la fin d’octobre, après une dernière destruction, celle du Mercedes, suivant celle du Francoli dont les naufragés n’eurent qu’un radeau pour refuge, le gouvernement de Berlin céda sur toute la ligne. L Espagne est redevable au maréchal Foch, des sept beaux vapeurs Eriphia, Euphemia, Oldenburg, Klia, Mathilde, Trin/îed et Sadolf, dont elle prit possession, à titre définitif, avant le premier novembre 1918.
- à ménager la Hollande et sa marine. Elle n’en a guère marqué le souci. À la fin de mai,\e Kônigin-Regentes fut détruit, non par une mine, comme il fut prétendu à Birlin, mais bien par la torpille d’un sous-marin, selon l’affirmation précise de son commandant. En août, les bateaux de pêche hollandais furent l’objet d’attentats répétés. Le chalutier Krou-manie fut détruit au canon, un pêcheur tué à bord par un obus, sans même un coup de semonce. Plus grave fut la destruction, le 27 août, d'une flottille de pêcheurs devant le bateau-feu de Hoaks. La dépêche d’Ymuiden porte à 7 le nombre des bateaux coulés; elle est muette sur le nombre des victimes.
- Dans des circonstances aussi lamentables, le gou-
- Vue longitudinale.
- Vue horizontale.
- Echelle
- Fig. n. — Canonnière de chasse déguisée en cargo.
- Vis-à-vis de la Hollande, la situation était tout autre. Ici, la dynastie régnante se montrait aussi complètement inféodée à la Germanie que le Souverain espagnol restait fidèle à sa noble attitude, neutre, mais non indifférent aux règles du droit, aux obligations de l’humanité, toujours prêt à intèrvenir de sa personne en faveur des victimes des geôles germaniques. La population hollandaise,auconlraire, a échappé à l’emprise germanique exercée au début de la guerre sur la majorité du clergé et de la bourgeoisie d’Espagne; elle a fait aux prisonniers évadés des geôles teutonnes, un accueil qui ne doit pas être oublié.
- D’autre part, la situation géographique faisait, de la Hollande, un voisin d’élection pour la Germanie. Ses ports ont longtemps été, en réalité, des ports germaniques échappant au blocus. Le trafic le long de la frontière était une source de profits qui ne pouvait laisser indifférents les bons Hollandais, gens d’affaires avant tout, et disposés à considérer le manque à gagner comme la plus impardonnable des fautes.
- La Germanie aurait eu, semble-t-il, grand intérêt
- vernement de La Haye redoubla de complaisances-et même d’obséquiosité. Le ravitaillement de la Germanie semblait être en Hollande un devoir d’état. Quand les Alliés constatèrent que les importations-de Rotterdam s’accroissaient, plus encore que celles de Copenhague, de tout ce que perdaient celles de Brême et de Hambourg, un contingentement rigoureux limita ces importations . La Hollande put alors,, pendant quelque temps encore, importer pour sa propre consommation, tandis qu’elle disposait des produits de son sol en faveur de ses voisins de l’est. La situation changea, lors de l’emrée en guerre des États-Unis qui n’entendaient pas que leurs ventes à la Hollande servissent indirectement à faire vivre la Germanie. Une découverte intéressante fut surtout celle du service des chalands et péniches de Hollande : les bateaux envoyés eu Germanie y restaient, après avoir été décharges des vivres et autres mat ières importées. Commet usure des trains rendait plus intense le transport par eau, les bateaux hollandais donnaient un appoint précieux. Il y avait 60U000 tonnes hollandaises en service, en 1918, sur les fleuve est
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- les canaux germaniques, avec la complicité évidente du gouvernement de la Haye.
- A l’utilisation des chalands hollandais abandonnés aux Teutons, le président Wilson répondit par une déclaration d'angarie exercée sur les vapeurs hollandais présents dans les ports des États-Unis, qui allaient être, non point confisqués, mais réquisitionnés et mis au service des alliés. Les armateurs seraient d’ailleurs indemnisés. Les équipages seraient libres, soit de rester à bord à la solde de leur nouvel armateur, soit de se faire rapatrier à ses frais.
- À La Haye, le Ministre, qui n’avait pas trouvé un mot de blâme pour le torpillage des navires hollandais et le meurtre des pêcheurs, exhala son indignation devant les deux Chambres. Les rapports se sont améliorés depuis entre La Haye et Washington.
- L' angarie a fait, en 1918, une apparition un peu inattendue dans la langue du droit international. Le mot vient du grec àyyapeuo), je contrains; il a été introduit, à l’époque de la Renaissance, par nos lettrés férus d'hellénisme. Rabelais l’emploie couramment en parlant des pilleries et angaries des gens de guerre. Les abus de corvées par chariots imposées aux paysans sont, à la même époque, traitées d’angaries. Ainsi, dès son origine, l’angarie n’apparaît nullement comme un droit. Surtout elle écarte la notion d’indemnité.
- Le mot, tombé en désuétude, fut recueilli plus tard par les écrivains qui traitèrent du droit maritime. Il fut appliqué à la saisie des navires neutres dans les ports d’un état belligérant, exercée en raison des besoins de cet état. Ainsi comprise, l’angarie ne prétend être justifiée par aucun droit particulier; elle a simplement une excuse, qui est la raison d’état.
- L’angarie, définie dans la déclaration du président Wilson, accompagnée d’une indemnité dont il n’était pas question jadis, justifiée en 1918 comme représailles à l’égard des multiples manquements à la neutralité de la part du Cabinet de La Haye, diffère profondément de l’ancienne angarie qui supposait une contrainte et même un certain abus de la force. Puisque le mot devait revenir, même avec un sens renouvelé, il était bon que ce fût sous la plume d’un légiste consommé, et dans le pays de Y American Society of international law.
- IV
- Les heureux résultats exposés au commencement du chapitre III ont été dus au développement des procédés de défense inaugurés en 1917. La formation des convois escortés, substituée à la surveillance continue des routes, où les patrouilleurs jalonnaient à l’ennemi son sentier de chasse, a fait, à elle seule, tomber de 70 à 50 pour 100, la proportion des attaques réussies. Les pêcheurs, leurs premières craintes surmontées, ont eu vite fait de reconnaître qu’ils risquaient moins à s’armer de canons et à faire le coup de feu, tout en appelant
- un chasseur à la rescousse, qu’à se résigner à subir l’attaque en levant les bras pour montrer qu’ils étaient sans défense. De ce fait, les destructions ont baissé de tout ce qu’a gagné l’industrie de la pêche. C’est ainsi que le rendement moyen d’un sous-marin en tonnage détruit a subi, au cours de l’année 1917, la décroissance de moitié et plus tard celle des trois quarts.
- Les progrès de la défense sont la moindre part de l’évolution qui caractérise la guerre anti-sous-marine de 1918. Une part beaucoup plus importante revient à l’offensive, à la poursuite, à la chasse acharnée, menée par des meutes de limiers jusqu’à destruction du forban.
- En surface, la chasse est donnée, soit par des escadrilles composées de patrouilleurs, appuyés de chasseurs plus rapides, torpilleurs et avisos, soit par des navires isolés, patrouilleurs qui se comptent par milliers ou même petits mb-cliacers, de 15 ou 16 nœuds de vitesse, que les États-Unis ont construit en très grand nombre et dont ils ont cédé une centaine à la France. L’arme est le canon, parfois la simple mitrailleuse, et toujours la bombe de profondeur dont le réglage a été très amélioré et le rayon d’action puissamment accru.
- Le navire isolé, que le sous-marin rencontre sous les apparences d’un cargo sans défense, est parfois un croiseur déguisé, un mystery ship. Quelques coups bien pointés auront alors fôt fait d’envoyer aux abîmes l’imprudent sous-marin qui tarde à plonger ou à demander armistice.
- La marine française a pour sa part, déguisé en cargos (fig. 11), une vingtaine des avisos ou canonnières rapides, qu’elle a construits pendant la guerre au nombre de 60 environ, pour la chasse au sous-marin.
- Les adversaires aériens sont l’hydravion, et le dirigeable. Il faut ajouter le ballon captif, dont le patrouilleur est parfois muni. Nous avions au début de 1918 plus de 1000 hydravions qui armaient 19 centres et 15 postes d’aviation sur nos côtes de France, d’Algéro-Tunisie et du Maroc. La marine américaine a accru le nombre de ces postes. La proportion moyenne était d’environ dix hydravions contre un dirigeable et deux ballons captifs.
- Rour donner une idée de l’activité du service de chasse, il suffit de dire qu’en 1918, le nombre moyen d’attaques mensuelles contre les sous-marins a été de quinze, de la part de nos navires de patrouille, de dix, de la part de nos hydravions et dirigeables. La longueur de route aérienne pa-trouillée par mois a monté, au cours de l’année, de 250 000 à 570000 milles en nombres ronds; l’augmentation a été dans le rapport 2,5 pour les hydravions et 5,7 pour les dirigeables.
- L’un des grands progrès accomplis a porté sur les moyens de découvrir, par l’écoute, le sous-marin naviguant en profondeur.
- Les appareils d’écoute sont nombreux, chaque marine en possédant un de prédilection; tube C
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- en forme de T orientable, portant deux stétoscopes en Grande-Bretagne; tubes Mason de divers modèles aux États-Unis, un pour l’avant des navires, un autre pour la maîtresse partie, tous deux orientables, un troisième fixe établi le long de la quille. Un modèle italien est utilisé dans le secteur central du canal d’Otrante, où la profondeur n’a pas permis d’étendre le barrage de mines mouillées. En France, nous nous en tenons au modèle Walzer, qui est d’une grande simplicité; il distingue à 600 m. le bruit d’un sous-marin dont la vitesse a été réduite au minimum de trois nœuds, et il in-
- La chasse donnée par les appareils aériens demande la lumière du jour, mais elle permet un lancement de bombes précis et facile à rectifier. L’agitation de la surface de l’eau ne trouble pas la vue en lumièu polarisée. La bombe de profondeur lâchée par l’avion est sûrement plus redoutable que celle décochée à distance par un navire.
- Pour échapper au repérage des appareils d’écoute, le sous-marin n’avait d’autre moyen que de s’échouer sur le fond, et d’y attendre que, fatigué d’attendre, son adversaire ait pris le large. Cette dernière ressource allait lui échapper quand Par- ^
- Fig. i2. — Un convoi vu
- dique son azimuth à cinq degrés près. Deux cents de nos chalutiers, à la fin de la guerre, portaient un appareil Walzer; pour peu que l’homme d’écoute eût subi un entraînement préalable de quinze jours, ils avaient quatre chances sur dix, de détruire tout sous-marin rencontré.
- Le patrouilleur, une fois la présence d’un sous-marin découverte, détermine rapidement les positions où il entend le bruit d’hélice avec le maximum d’intensité. Il s’applique ensuite à passer à la vitesse de dix nœuds au-dessus du sous-marin ainsi repéré, en lui décochant chaque fois une bombe par son arrière. Les attaques nocturnes sont particulièrement dangereuses, parce que la nuit, un coup hâtif de périscope renseigne mal, tandis que l'appareil d’écoute du navire de surface fonctionne parfaitement dans l’obscurité.
- dun hydroplane d'escorte.
- mistice du 11 novembre a été signé. La coque rigide d’un sous-marin renvoie des échos qui ne peuvent être confondus avec ceux revenant du sol du fond de la mer. Ces échos sont ceux d’un faisceau d’ondes ultra-sonores provenant de la transformation d’ondes piézo-électriques. Ils ont pu être recueillis à 1300 m. de distance, c’est-à-dire après un parcours total de 2600 m. dans l’eau. Il y a là un champ ouvert à l’hydrographie, par un procédé de sondage très commode, sinon rigoureusement exact.
- Pour en revenir aux sous-marins, lès conditions de vie ont changé du tout au tout, pour les forbans, lorsquedu métier de chasseurs, ils sont passés à l’état de gibier. Les dangers sans cesse renaissants, rendaient l’angoisse perpétuelle. A cette cause de dépression, s’ajoutaient en 1918 des nouvelles de plus en plus alarmantes. L’amirauté de
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- Berlin essayait en vain de relever le moral, en publiant les statistiques où le nombre des navires de commerce détruits était exagérément grossi. La vérité se faisait jour. La guerre sous-marine ne donnait pas les résultats proclamés. Les destructions de sous-marins étaient par contre indéniables. Le 21 août, on apprenait celle du sous-marin que le crime du Lvsitania avait rendu céli bre. Les papiers du bord avaient été saisis dans la main du second, qui cherchait à les jeter à la mer. Le 5 septembre, l’Amirauté britannique frappa un coup retentissant. Elle publia la liste nominative de 159 commandants de sous-marins détruits ou capturés, parmi lesquels 116 avaient été tués, 27 faits prisonniers, 16 de sort indéterminé.
- La portée d’un tel document fut comprise en Germanie. La liste britannique ne pouvait d’ailleurs donner qu’un minimum incomplet; elle ne comprenait que les sous-marins coulés ou capturés en cours de combat; elle omettait nécessairement la plupart, sinon la totalité des sous-marins détruits par les mines.
- Le calcul suivant indique, d’après les sources germaniques, le nombre de 191 comme celui des sous-marins détruits ou déclassés pendant la guerre :
- En service ou en construction au début. . . 40 Construits pendant 49 mois de guerre . . . 235
- Total. . 285
- Sous-marins remis en vertu de l’armistice. . 94
- Différence . ..................................191
- Les premiers désordres, dans la marine germanique, surgirent des difficultés de recruter les équipages de sous marins. L’année 1918 débuta par une mutinerie, relativement anodine, qui se produisit sur de simples dragueurs de mines, mais qui mérite d’être mentionnée, à cause de la brutalité de la répression. Les équipages rentraient très déprimés par la fatigue, apiès avoir été décimés par le canon des torpilleurs britanniques. Désignés pour un nouvel embarquement, ils refusèrent de reprendre immédiatement la mer. Us étaient 150 hommes, pérorant sur le pont d’un bâtiment où l’un d’eux venait d’être frappé au visage par un officier, quand, avec ou sans préavis, mais sûrement à bonne portée, ils reçurent le feu d’une mitrailleuse embarquée sur un canot à vapeur par le commandant du port. 11 y eut 60 morts et 40 blessés.
- Pendant le printemps et l’été, la discipline put être maintenue, du moins en apparence, par la rigueur des procédés dont nous venons de montrer un exemple, mais l’abîme se creusait entre officiers et matelots. Quand, à la fin d’octobre, il fut question de faire sortir la llochseeflotte, les équipages relu-sèrent cari ément le sacrifice. Une révolte ouverte répondit à l’exécution d'une centaine de mutins qui lurent descendus à terre et fusillés.
- Dès le lt,r novembre, le drapeau rouge était arboré à Kiel sur tous les navires; les matelots,
- associés aux ouvriers de l’arsenal étaient aussitôt maîtres de la ville et de tous les établissements de la marine. De Kiel, la révolte gagna Wilhemshaven, tous les arsenaux, tous les navires. Des groupes de matelots insurgés se répandirent même à travers le pays, pour réclamer la formation des soviets et prêcher l’évangile bolchevik te.
- V
- En 1918, le développement des constructions navales, par création de nouveaux chantiers et agrandissement des anciens, s’est poursuivi, dans tous les pays qui disposaient de main-d’œuvre et pouvaient se procurer des matériaux. Il a complété la réplique à la menace ludesque de destruction universelle; il a parachevé l’effondrement des dernières espérances de victoire des Teutons.
- Les pays qui ont pu maintenir et même améliorer l’équilibre entre la production et la destruction sont la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et le Japon. La part de la France, celle de l’Italie et d’autres pays ne sont pas négligeables, mais elles s’effacent, dans l’ensemble, devant celle des trois grands pays producteurs et surtout celle des deux premiers.
- Le Bulletin du Comité des Armateurs a fait connaître la production mondiale en 1915, 1916, 1917 et durant le premier trimestre de 1918. La progression croissante des dernières années prouve qu’en quadruplant celle du premier trimestre on reste au-dessous de la vérité pour 1918. En opérant de la sorte, on lorme, pour l’ensemble des quatre années, le tableau suivant (tonnages bruts) :
- Années. Grande-Bretagne. Alliés et neutres. Total.
- 1915 650,919 t. 551,081 t. 1,202,000 l.
- 1916 541,552 1,146,448 1,688,000
- 1917 1,16 ,474 1.774,312 2,937,786
- 1918 1,281,020 2,677,308 3,45s,428
- Totaux . . 3,647,065 5,649,149 9,286,214
- En nombres ronds, il a été ajouté un tonnage brut de dix millions de tonnes à la flotte de commerce du monde. Nous avons vu, au chapitre III, que les Teutons se sont targués d’avoir détruit 15 millions de tonnes, mais que ce chiffre paraît exagéré, à en juger par la réalité des pertes de la marine britannique. Au total, l’équilibre entre la production et la destruction était rétabli pour plus des deux tiers, quand les hostilités ont pris fin.
- Avtcla guerre, les destructions se sont arrêtées, mais non les constructions. L’activité des chantiers est simplement ralentie. Un arrive ainsi à ce résultat, un peu imprévu des Von Tirpilz et des Von Capelle, qu’à la fin de 1919 et surtout de 1920, le tonnage mondial pourra dépasser telui de 1914. La seule question dont il y ait à se préoccuper est celle de l’équilibre nouveau qui s’établira en raison de la différence entre les progrès accomplis par les divers pays maritimes.
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- Le résultat le plus frappant d’un examen du tableau ci-dessi's est le suivant : en 1915, la production des chantiers britanniques dépasse de 20 pour 100 celle des chantiers alliés et neutres; elle lui est, en 1918, inférieure de plus de 50 pour 100. Le centre de gravité de la production mondiale s’est donc déplacé pendant la guerre.
- Après la paix, certaines marines, comme celle du Japon, que la guerre a particulièrement favorisées, ne pourront plus s’accroître avec la même rapidité. D autres, au contraire, telles que la nôtre, retrouveront les ressources dont la guerre les a privées durant quatre ans. La Grande-Bretagne, déchargée de son grand effort sur le continent, disposera, en faveur de la marine de commerce, d’une fraction plus forte de ses puissants moyens de travail. Elle se trouvera au même instant, en face d’un rival nouveau, les Etats-Unis.
- L’état des chantiers britanniques a été suffisamment décrit dans le n° de La Nature du 50 mars 1918. Rien d’important ne serait non plus à ajouter à ce qui a été dit, dans le n° du 5 octobre 1918 au sujet des chantiers japonais. Voyons ce qu’ont fait en 1918 les constructeurs américains pour obtenir, par rapport à 1917, l’augmentation de production de 900 000 tonnes qui leur est presque entièrement due.
- Dès le 26 mars 1918, M. Huxley annonçait que le nombre de chantiers de construction navale était passé, depuis le commencement de la guerre, de 57 à 118, et qu’il atteindrait 156 avant la fin de l’année. Le nombre de cales serait alors de 209. 44 pour 100 envi'on du tonnage, se construisait en bois; mais pour la ilôt te en acier seule, les commandes de l’Emergency fleet Corporation comportaient, le 1er mars, un port en lourd de 5160500 t.
- La journée du 4 juillet, Indépendance Day, a été saluée par le lancement de cent navires. Deux mois plus tôt, une seule semaine avait vu lanc er 14 navires d’un tonnage de 57 500 t., dont 32000 de coques d’acier et 25 000 t. de coques en bois.
- Parmi les chantiers nouveaux, celui des fabri-cated ships établi à Ilog-Island près de Philadelphie, sur un terrain dressé en automne 1917, recevait dès le 17 septembre 1917, la commande de 50 bâtiments de YE. F. C., lançait son premier navire, le Quinsconck, le 5 août 1918 et promettait d’en mettre 28 autres à l’eau avant la fin de l’année. Ce chantier occupe une superficie de 342 hectares, avec 50 cales, 7 jetées, 3600 m. de développement en bordure du fleuve, 128 kilomètres de voies ferrées. Il occupe 26 0^0 personnes dont le salaire mensuel total dépasse dix millions de dollars.
- Il a reçu des commandes de deux modèles : le modèle A auquel appartient le Quinsconck et le modèle B, transports de troupes, dont 70 lui ont été demandés le 23 octobre par option. La possibilité de porter la commande totale à 180 bâtiments a été prévue.
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- Les données principales des navires sont :
- Série A. Série B.
- Longueur 122 m. 137,60 m.
- Largeur 16,45 16,45
- Tirant d’eau 7,32 7,32
- Déplacement 11.200 t. 12.450 t.
- Port en lourd 7.500 8.000
- Vitesse 11,5 n. 15 n.
- Il est donc à prévoir que la capacité de production de Hog Island seule, en fabricated ships, dépasse 2 millions de tonnes par an.
- La Grande-Bretagne dont la puissance actuelle de construction semble limil ée à 1300 000 ou 1500 0001. par an, peut rencontrer après la paix une concurrence formidable, si toutefois les fabricated ships donnent., à la pratique, les résultats favorables qu’en attendent les promoteurs.
- La construction des navires de combat poursuivie au cours des hostilités n’a aujourd’hui qu’un intérêt secondaire. Il n'y a plus de flotte ennemie. La Hochseeflolte a accompli le 17 novembre 1918, dans le Firth of Forth le pèlerinage de la capitulation. La justice, toutefois, ne permet pas de passer sous silence le travail de construdtion accompli par l’Amirauté britannique. Il faut parler des constructeurs, dont l’activité a égalé celle des marins.
- Le tonnage des bâtiments de combat, construits et armés par l’Amirauté britannique en quatre ans, s’élève à 2 millions de tonnes, représentant à raison de 3 fr. 50 le kilog, une dépense totale de 7 milliards de francs. Beaucoup de modèles nouveaux ont été inspirés par les événements, à mesure que les besoins surgissaient : cuirassés de ligne et croiseurs de bataille, croiseurs légers puissamment armés, Fumons, Glorious, Courageous, dont le lirant-d’eau est limité à 6,70 m., contre-torpilleurs au nombre d’environ 300, sous-marins de grandeur croissante, dont les derniers deslinés à suivre les escadres, atteignent une vitesse de 24 nœuds en surface, etc.
- La protection contre les torpilles a été, dès le début, l’objet d’expériences nombreuses plus variées que celles entreprises en France vers 1896. Elles ont conduit à des réalisations pratiques dont la figure 2 donne un spécimen. Les monitors dont les modèles variés ont été armés de canons de 12, de 14 et de 15 pouces, ont été particulièrement soignés au point de vue de la protection sous-marine. Deux d’entre eux YErebus et le Terror ont été torpillés et ont bien résisté. L’épreuve a été particulièrement décisive sur YErebus qui a été frappé, non par une torpille automobile, mais par un flotteur dirigé à distance qui portait une énorme charge.
- Les déclarations de M. Daniels, secrétaire d’État au Navy Department et le vole des crédits demandés au Congrès de Washington indiquent, que, pour l’avenir, la marine de guerre des États-Unis a songé, comme celle de commerce, à donner sa loyale concurrence à celle de la Grande-Bretagne.
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- LA GUERRE NAVALE EN 1918
- Peut-être lui disputera-t-elle un jour la suprématie.
- La France qui a gardé le second rang au cours du xixe siècle, en tenant parfois le premier dans la voie du progrès, n’aura qu’à se contenter du troisième, auquel elle s’était résignée d’ailleurs derrière la Germanie. Il importe cependant de ne jamais oublier que l’autorité des diplomates dépend, pour une grosse part, de la puissance des escadres.
- Pendant la guerre, l’effort de notre marine militaire s’est concentré sur la construction et l’armement des patrouilleurs dont elle était arrivée à avoir de 11 à 1200 en service, en été 1918.
- VI
- Le 11 novembre 1918 la guerre navale a pris fin ; la paix maritime était assurée pour le présent et pour l’avenir prochain, par deux actes simples et
- quelque anxiété, les clauses du traité de paix.
- L’approbation universelle donnée à l’armistice permet de considérer comme définitif le rejet de la Germanie militaire hors des provinces welches ou lorraines et le confinement de son armée sur la rive droite du Rhin. La défense delà frontière nouvelle, la garde du Rhin peuventdès lors, avec celle de l’Escaut, être solidement assurées à la Relgique et à la France, par la création d’une puissante flotte de batteries flottantes qui aurait à Strasbourg son centre de réparations et d’approvisionnements, et dont l’action de surveillance sur le Rhin s’étendrait d’Emmerich à Huningue.
- La protection assurée à la frontière du Rhin est la meilleure des garanties contre le retour de la guerre, même navale, de la guerre sous-marine en particulier, de toute la guerre avec le cortège
- d’une exécution rapide dont l’efficacité est indiscutable : 1° la remise définitive aux alliés de la totalité des forces navales de la Germanie, comprenant les sous-marins dont les équipages, à s’en tenir à l’ancien droit, auraient mérité d’être livrés avec leurs navires; 2° la remise, à titre provisoire, de la totalité de la marine de commerce pour la durée de l’armistice, et probablement jusqu’au terme final des règlements de compte, sous réserve des petits bâtiments de service, remorqueurs et autres, nécessaires à la satisfaction des besoins locaux.
- Ces deux conditions* ont surgi parmi les clauses dictées par le généralissime, lorsque le grand Etat-Major ennemi, conscient de l’écrasement complet dont son armée était menacée à brève échéance, adressa la requête qui était en réalité sa capitulation.
- Aucune des deux conditions n’avait été prévue assurément jusque-là. Ni l’une ni l’autre ne'figurent parmi les quatorze conditions d’une paix éventuelle, énumérées dans la déclaration du président Wilson.
- L’efficacité de la remise de la flotte s’arrête au jour où une flotte nouvelle aura pu être construite et armée, qui sera le jour, à peu près, où l’armée teutonne aura pu être reconstituée. Le Monde, la France en particulier, attendent donc, avec
- d’abominations dont la Rochelande a déshonoré la guerre sur terre comme sur mer.
- 'Souhaitons que la guerre sous-marine inspire toujours et partout la même horreur, et que la crainte de son retour lasse adopter les mesures qui rendront impossible toute reprise prochaine des hostilités
- Terminons, par un souhait plus précis, les récits sommaires de cinquante mois de guerre navale donnés par La Nature. Souhaitons de pouvoir, après un an de paix, publier, à défaut de chronique de guerre navale, une petite chronique navale annonçant la création de la flotte militaire franco-belge qui, de la Hollande à la Suisse, serait chargée de la garde du Rhin et de son canal latéral.
- Une profondeur de 5 m. suffit à faire naviguer des batteries flottantes cuirassées de 10000 t. armées de cinq obusiers de 540 mm. et de vingt canons de 140 mm. Une escadre de cinq pareils bâtiments, appuyée d’une flottille de canonnières, n’inspirerait pas moins de confiance que le covenant de la Société des nations, aux habitants de la Belgique et de nos provinces du nord-est.
- E. Bertin,
- Membre de l’Institut.
- Le Gérant: P. Masson. — Imprimerie LAHmtB, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- Fig. i. — Le Belle-Isle, navire frigorifique français le plus récent.
- LA FLOTTE FRIGORIFIQUE
- Nous avons eu l’occasion, il y a quelques mois, d’attirer l’attention de nos lecteurs de La Nature snr la question des transports frigorifiques, par voie ferrée en France (n° 2352). Depuis cette époque les besoins alimentaires de la France ont été satisfaits, dans une mesure constamment grandissante, par l’apport de viandes congelées venues d’outre-mer. C’est ainsi qu’à l’heure actuelle, les quantités de viandes congelées, mises chaque jour à la disposition de la population parisienne, montrent qu’environ 2.000.000 d'habitants sont alimentés ainsi uniquement par des viandes congelées.
- L’approche de la saison estivale montre combien il est utile que la France dispose d’un certain nombre de wagons frigorifiques qui assure l’expédition de ces viandes des ports de débarquement vers l’intérieur du pays. L’importance prise par ce trafic inspire même quelque inquiétude eu égard, d’une part, aux difficultés de transports actuels sur nos voies ferrées qui allongent démesurément la rotation des wagons et, d’autre part, au petit nombre de wagons disponibles.
- Il nous paraît utile aujourd’hui de dire quelques mots de l'outillage frigorifique considérable, qui est nécessaire pour permettre aux denrées périssables de rester constamment, du lieu de production jusqu’au lieu de distribution, dans les conditions de température les meilleures pour assurer leur conservation. Cet outillage comprend tout d’abord des entrepôts frigorifiques, annexes des abattoirs immenses situés dans les lieux de pro-
- duction : Australie, Nouvelle-Zélande, Amérique du Sud et du Nord, entrepôts qui servent à l’emmagasinage des denrées en vue de leur expédition.
- Cette expédition, par ailleurs, ne peut être assurée que par des navires spéciaux, navires dont les cales sont disposées en chambres froides, soigneusement isolées et où la température peut être maintenue, grâce à des machines frigorifiques, en permanence à —8° ou — 10° C., lorsqu’il s’agit de
- transporter les viandes congelées, et aux environs de 0°, lorsqu’il s’agit de transporter les viandes simplement réfrigérées, fruits,' beurre,œufs,etc. Ces' navires permettent d’assurer l’arrivée en' Europe, en parfait état de conservation, des denrées qui leur sont, confiées, a-ptès’ des voyages qui durent de 40 à 90 jours. A leur arrivée, ces navires doivent trouver à leur disposition, dans les ports de débarquement, de nouveaux entrepôts frigorifiques pour recevoir leur cargaison.. .
- Avant la guerre, les. navires ainsi riiunis de chambres froides étaient au nombre d’environ900, sur .lesquels plus de 320 avaient des chambres froides d’une capacité supérieure à 3000 m3. C’est ce dernier type de navires qui mérite plus particulièrement le qualificatif de « navire frigorifique », car le plus grand nombre des 600 navirès munis de chambres froides, représentant un cube inférieur de 3000 m3, n’était consacré qu’accessoire-ment au trafic frigorifique. Dans cette classe rentrent en effet, la plupart des paquebots a passagers qui sont tous munis des chambrés froides-
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- 47“ Année. — 1" Semestre. — N° 2361. - 28 Juin 1919.
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- 402 LA FLOTTE FRIGORIFIQUE
- nécessaires pour assurer la conservation des denrées destinées à l’équipage et aux passagers et, également, la plupart des navires assurant les transports de fruits.
- La capacité des navires frigorifiques les plus récemment construits, correspond à un chargement de 13 000 bœufs ou 150 000 moutons. On comprend, soit dit en passant, d’après ces chiffres, combien grande est l’économie de moyen de transport par mer ainsi réalisée en remplaçant grâce au froid le transport du bétail vivant par celui de la viande abattue frigorifiée.
- La plus grande partie de cette flotte naviguait ainsi, avant la guerre, sous pavillon anglais :
- 350 navires anglais étaient consacrés uniquement à assurer le transport des denrées périssables nécessaires à la population de la Grande-Bretagne. Parmi eux, 225 étaient occupés à effectuer le transport des viandes prises en Australie, Nouvelle-Zélande, Argentine et Uruguay, et 125 participaient au transport régulier de fruits embarqués en Australie, ej|,
- Afrique du Sud et aux Antilles, à destination de l’Angleterre. Les plus grands de ces navires, jaugeant brut 9000 tonnes, avaient des cales f r i g o r i fi ques mesurant 11 000 m3 et susceptibles de contenir 5800 tonnes de viande congelée.
- Ce matériel considérable permettait à la marine anglaise d’assurer le transport de la presque totalité des viandes frigorifiées du commerce international. C’est ainsi que sur 767 000 tonnes de viandes frigorifiées mises sur le marché mondial en 1913, près de 700000 avaient été transportées en Europe uniquement sous pavillon anglais. La question n’intéressait pas en effet beaucoup, à cette époque, les autres nations européennes. La France, l’Italie, les Empires centraux avaient un élevage national presque suffisant pour assurer la nourriture de leur population et leur législation douanière prohibitive interdisait pratiquement l’entrée des produits frigorifiés dans ces pays. C’est ainsi que la France avait une flotte frigorifique consistant uniquement en 5 navires appartenant à la compagnie des Chargeurs Réunis et employés au transport des viandes de l’Argentine à destination de l’Angleterre. Ces
- navires construits entre 1904 et 1912 : Amiral Rigault de Genouilly, Amiral Sallandrouze de la Mornaix, Amiral Troude, Amiral Jaurégui-berry, Amiral Ze'dé, avaient des cales frigorifiques d’un cube compris entre 3500 et 5600 m3 représentant la capacité suffisante pour 1200 tonnes de viandes congelées.
- Hors d’Europe, les États-Unis seuls avaient une flotte frigorifique appréciable : environ 150 navires étaient utilisés à effectuer les transports des fruits de l’Amérique centrale à destination des États-Unis du Nord.
- La situation, à l’issue de la guerre, est quelque peu modifiée, car la plupart des pays d’Europe se trouvent obligés impérativement de faire appel aux pays d’outre-mer pour assurer l’alimentation de leurs habitants. Le commerce des denrées frigorifiées se trouve intensifié et c’est ainsi que, au cours de la seule année 1918, 1130000 tonnes de viande frigorifiée ont été expédiées d’outre-mer en Europe, soit une augmentation, par rapport à 1915, de 50 pour 100. D’autre part, le nombre des navires frigorifiques a été réduit du fait de la guerre sous-marine, en sorte que l’outillage frigorifique flottant disponiblerépond à peine aux besoins. Cet outillage comprend aujourd’hui essentiellement : 250 navires anglais représentant une capacité de 525 000 tonnes de viandes congelées, 15 navires français, représentant une capacité de 53 500 tonnes de viande congelée ; 9 navires italiens représentant une capacité de 20000 tonnes. En outre l’Allemagne compte dans sa flotte marchande 16 navires d’une capacité frigoiifique de plus de 600 tonnes de viande et réprésentant au total une capacité d’environ 30000 tonnes. A ces chiffres il y a lieu d’ajouter les navires occupés plus particulièrement pour le transport des fruits.
- Ces navires appartiennent presque tous soit à la Compagnie des Chargeurs Réunis, soit à la Société des Transports maritimes. Les plus récemment mis en service sont ceux du type Belle-Isle mis en service en octobre dernier et qui ont les caractéristiques générales suivantes : longueur hors tout, 152 m. 10; largeur hors tout, 17 m. 77 ; vitesse,
- Fig-. 3. — Coupe par le travers des cales frigorifiques du Belle-Isle.
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- : LA FLUORESCENCE _..... : : .. , 403
- 15 nœuds; tonnage, 8400 tonnes; volume des cales frigorifiques, 8250 m3 ; capacité en viandes congelées, 5000 tonnes.
- La lecture de ces simples chiffres suffit à expliquer dans quelle situation particulière la France se trouve à cet égard. Alors que les besoins de notre consommation peuvent être évalués cette année, et pour plusieurs autres encore, à 250 000 tonnes environ, nous ne disposons, pour assurer le transport de ces quantités considérables, que d’environ 50 000 tonnes de flotte frigorifique française ; au contraire, l’Angleterre, pour assurer des besoins voisins de 600 000 tonnes, dispose d’une capacité frigorifique 15 fois plus grande que la nôtre. On peut mesurer ainsi les progrès que nous avons à réaliser, dans cette voie, et la sujétion véritable dans laquelle nous sommes vis-à-vis de nos alliés, pour une question particulièrement importante. Le transport de 200000 tonnes de viande, en France, viandes prises à Madagascar, en Afrique occidentale èt dans l’Amérique du Sud, dans des contrées relativement proches de nous, vis-à-vis de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, n’exigerait pas moins d’une
- capacité voisine de 80 0001. de nos cales frigorifiques.
- L’armement français, qui doit à l’issue de la guerre faire face à tant d’efforts de tous genres, dans toutes les directions, a donc un effort particulier à tenter à cet égard. Cet effort est en bonne voie de réalisation : La Cie des Chargeurs Réunis aidée par la Cie Sud-Atlantique et la Société des Transports maritimes, a en vue d’augmenter de 15 le nombre des navires frigoriques français, en service sur les lignes de l’Amérique du Sud : notre capacité en transports frigorifiques en sera plus que doublée. D’autre part, on ne saurait trop souhaiter que le plus grand nombre de navires allemands, pourvus de locaux frigorifiques appréciables, soit remis à la France. Nous y gagnerions, à tous les points de vue, une indépendance relative et une aisance très appréciable dans nos relations par mer.
- Lorsqu’il s’agit de navires, dont le trafic est consacré à des denrées aussi essentielles à l’existence d’un peuple, on ne saurait trop voir de loin les conséquences de tous ordres, économique et social, que pourraient avoir les moindres difficultés présentées dans ce commerce. Emile Gouault.
- LA FLUORESCENCE
- Nous sommes habitués, par une longue expérience courante, à rattacher l’émission de lumière à une élévation de température de la source. Un métal chauffé devient lumineux (lampe à incandescence), un corps brûlant à haute température dégage une vive lumière. Et pourtant, pour générale que soit cette relation, elle n’est pas unique et certaines substances possèdent la propriété spéciale d’émettre de la lumière quand elles sont frappées par un rayonnement excitateur (lumière, rayons X, etc.) bien qu’il n’en résulte aucune élévation appréciable de la température. Lorsque l’émission cesse en même temps que la cause, le phénomène est appelé fluorescence; s’il persiste plus ou moins longtemps après elle, on lui applique la dénomination de phosphorescence.
- Tout le monde connaît le ver luisant, qui brille si vivement par les belles nuits d’été, mais c’est à peu près tout ce que l’on sait en général sur ces curieux phénomènes et pourtant ils sont, parmi les phénomènes optiques, ceux qui se prêtent aux plus jolis effets artistiques et, circonstance favorable, se réalisent le plus simplement. Nous avons vu que sous l’action des rayons ultra-violels, séparés du reste des radiations visibles par un écran approprié, presque toutes les substances deviennent fluorescentes : le pain, la peau, les dents, la glycérine, etc....
- Mais sans employer des dispositifs si compliqués, on peut très facilement réaliser des liquides fluorescents. Il suffit de verser de l’eau chaude sur quelques fragments d’écorce de marronnier pour avoir une solution d’esculine émettant, sous l’influence de la lumière, une belle lumière bleue. En laissant macérer des feuilles vertes dans l’alcool concentré, la solution de chlorophylle ainsi préparée présente une fluorescence rouge. L’huile de pétrole possède normalement une fluorescence bleue. Si maintenant on s’adresse aux produits chimiques, la variété des teintes est encore plus grande.
- Dans le tableau suivant nous donnons quelques substances avec leur couleur de fluorescence et le solvant à employer.
- Couleur
- Corps fluorescent. ' de lluorescencî. Solvant.
- Urantne.............vert glycérine (ou eau).
- Fluorescéine neutre, vert, puis bleu Id.
- t,,, n (jauned’or, puis) ,
- Phenosaframne. . .) ïert fran‘c , M-
- Morin...............vert malachite Id.
- Chlorophylle. . . . rouge sang alcool.
- Esculine (alcaline) . bleu de ciel glycérine.
- Quinine (divers sels), bleu de ciel eau ou glycérine.
- Bleu de méthylène . rouge sang glycérine. Tournesol (alcalin) . rouge brique Id.
- Bleu fluorescent . . rouge éclatant Id.
- Rose de Magdala. . orange éclatant alcool et glycérine. Anlhracène .... indigo violet xylol.
- En général il faut que ces solutions soient très diluées. L’une des meilleures substances est la solution aqueuse d’uranine. Pour faire une expérience instructive on met de l’eau claire dans une cuve en verre et on l’éclaire violemment par un faisceau de lumière, le reste de la pièce étant par exemple plongé dans une demi-obscurité. En ajoutant à l’eau une ou deux gouttes d’une solution concentrée d’uranine on voit le trajet des rayons lumineux s’illuminer vivement en vert dans la cuve. Une solution de sulfate de quinine émet dans toutes les directions une belle lumière bleue sous l’action d’un- faisceau de lumière solaire.
- Cette propriété n’est d’ailleurs pas limitée aux solutions, elle appartien t aussi à un certain nombre de vapeurs et de gaz. On peut réaliser une expérience très simple avec l’iode CWood). Dans un ballon de 10 à 50 centimètres de diamètre, on introduit quelques cristaux d’iode,‘on fait un vide très
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- LA RADIOGONIOMÉTRIE
- poussé a la trompé à mercure et on ferme le ballon à la lampe. Le phénomène apparaît dès que l’on concentre sur le milieu du ballon, à l’aide d’une longue lentille, la lumière du soleil ou d’un arc, sans qu’il soit besoin de chauffer le ballon. Le coin de lumière fluorescente d’un vert jaunâtre est très intense et peut être vu dans l’obscurité par tout un auditoire. Le mercure présente un phénomène analogue. La vapeur de sodium est aussi fluorescente, mais pour l’observer il faut chauffer considérablement ce métal, ce qui nécessite des dispositifs très spéciaux et trop particuliers pour être décrits ici.
- On voit, par ce rapide exposé, que la fluorescence est une propriété très générale, présentée par un grand nombre de corps ayant la curieuse propriété de fabriquer, à l’aide des radiations qu’ils reçoivent, une lumière propre, différente de celle qu’ils ont emmagasinée. Aussi, la question qui se pose immédiatement à l’esprit, est de savoir comment se produit cette transformation et quel est le mécanisme du phénomène. Celte question n’est pas encore résolue et nous ne parlerons ici que d’un essai théorique du à M. Perrin, tout récemment paru et qui, tout au moins dans le cas des substances dissoutes, fournit une réponse assez satisfaisante.
- Tout d’abord, il semble que la fluorescence implique la destruction du corps fluorescent. Si on observe au microscope une goutte de solution d’uranine dans la glycérine à l’aide de l’éclairage latéral utilisé dans l’étude de ses particules ultra-microscopiques (cardioïde Zsyg-
- mondy), on voit la fluorescence disparaître peu à peu dans le cercle d’illumination. Si on déplace la préparation de façon à éclairer de nouvelles régions, on constate que la destruction de fluorescence n’a eu lieu que dans la région éclairée. Ce fait est général et il semble donc qu’il n’y ait jamais fluorescence d’un corps organique sans que ce corps soit détruit par la lumière qui le fait briller. Comme un grand nombre de corps fluorescents sont des matières colorantes très connues, on peut supposer que les couleurs qui ‘passent à la lumière sont fluorescentes et il devient alors raisonnable de penser que c’est peut-être leur destruction qui produit la lumière.
- Contrairement à ce que l’on croyait, la fluorescence ne serait donc pas due à une propriété permanente de certaines molécules, douées du pouvoir singulier d’être des sortes de machines qui absorbent indéfiniment de la lumière d’une certaine couleur pour la rendre avec une autre couleur. Mais chacune de ces molécules jetterait un éclair au moment où elle se transforme chimiquement.
- Nous serions donc en présence, d’après J. Perrin, d’un nouveau chapitre de la photochimie. En rapprochant son étude de celle des phosphorescences dites atomiques (excitées par l’action des rayons X sur les solides) il sera peut-être possible de pénétrer la structure moléculaire et, ainsi que le pense J. Perrin,- de vérifier que les actions de la lumière dominent sans doute la mécanique chimique tout entière. II. Vigneron.
- LA RADIOGONIOMÉTRIE
- La recherche des postes de Télégraphie sans fil. — La chasse aux zeppelins. — Les ondes hertziennes dirigées. — La méthode des cadres — La réception sans antennes. — Les postes duplex. — Le point par T. S. F. à bord des avions et des navires.
- I. Objets de la goniométrie. — La radiogoniométrie permet soit à un poste récepteur de T. S. F. mobile (navire, aéronef), de déterminer sa position par rapport à des postes émetteurs fixes et de faire ainsi sa route, soit à un poste récepteur fixe de déterminer la direction de postes émetteurs fixes ou mobiles. Ce poste récepteur fixe peut ensuite retransmettre sa direction du moment à l’émetteur mobile qui, avec les indications de plusieurs postes fixes, détermine ainsi sa route d’une autre manière. Enfin on peut rattacher à la radiogoniométrie la réception sans antenne et son application la plus intéressante : service en duplex des postes puissants (émission et réception simultanées, l’antenne des postes ne servant qu’à l’émission).
- Un poste émetteur ordinaire de T. S. F, rayonne dans toutes les directions. Le poste qui le reçoit ignore de quelle direction arrive l’onde. Il ne peut reconnaître son correspondant que grâce à des caractéristiques qui n’ont rien à voir avec sa position dans l’espace (indicatif d’appel spécial au poste, longueur d’onde, nature de l’émission, etc.). On a réussi cependant à faire des postes émetteurs spéciaux qui envoient leurs ondes dans une direction déterminée et des postes récepteurs spéciaux appelés postes radiogoniométriques qui déterminent l’azimut de
- leur correspondant, qui mesurent l’angle fait par cet azimut avec une direction origine, celle par exemple du nord magnétique.
- Parler de ces deux sortes de postes et de leurs applications est l’objet du présent article. Nous dirons ce qui existait avant la guerre, ce qui s’est mis au point depuis, enfin nous indiquerons les recherches actuelles. Nous conclurons en montrant combien les progrès de la radiogoniométrie sont liés à ceux des appareils à lampes et comment les amplificateurs ont permis de faire passer dans la pratique des montages que M. Blondel, dont le nom se retrouve constamment quand on parle de radiogoniométrie, avait indiqués depuis près de 20 ans.
- Avant tout, deux exemples typiques vont nous faire toucher du doigt les grands services que la goniométrie a rendus en temps de guerre.
- Un raid de zeppelins est en route sur Londres. Tous les quarts d’heure le Boche transmet pour faire son chemin. Nous verrons ce mécanisme en détail plus loin. Pendant que les postes boches lui envoient les indications dont il a besoin, les gonios alliés ont mesuré eux aussi l’angle que fait avec le nord magnétique la droite qui les joint au dirigeable. Cet angle est immédiatement téléphoné au poste central installé à Londres même (nous parlons
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- LA RADIOGONIOMÉTRIE ........... == 405
- Fig. i. — Ensemble des appareils de réception d’un poste à petit cadre. Au milieu, le bâti contenant la capacité variable et servant de support à une lampe détectrice. — A gauche, V « ampli *> téléphonique fonctionnant quand la lampe détectrice est allumée. — A droite, V « ampli » détecteur qu’un commutateur met en service en éteignant la lampe.
- de Londres parce que la ville a été particulièrement visitée par les zeppelins, mais la même installation existait naturellement en France). Chaque
- quart d’heure, 3, 4, ou 5 droites (suivant le nombre des gonios récepteurs en service), sont tracées sur la
- grande carte où les postes d’écoute sont figurés et donnent par leur intersection la position de l’aéronef ennemi. On suit la route de chaque zeppelin que son indicatif d’appel permet d’identifier. En voici un qui dérive et s’éloigne; en voici un qui fait franchement demi-tour,
- mais en voici trois qui viennent droit sur la ville et qui, de quart d’heüre en quart d’heure gagnent méthodiquement vers la capitale.
- Us n’en sont plus qu’à trente, qu’à quinze, qu’à cinq milles. Montons sur la terrasse, les projecteurs doivent déjà les prendre en chasse.
- L’onde hertzienne a permis de les suivre dans la nuit, l’onde lumineuse ne les quittera plus. Peut-être jetteront-ils leurs bombes et feront-ils des victimes,, mais on les
- voit, on les suit, on les pourchasse avec un succès grandissant, grâce à la radiogoniométrie qui nous
- dit à chaque instant : le boche est] en tel point et marche à telle vitesse.
- Au front en 1918. Chaque armée dispose de 5 à 6 postes récepteurs radiogoniométri-ques suffisamment nombreux pour que dans les déplacements il y en ait toujours 3 ou 4 qui stationnent et fassent leurs mesures pendant que les autres regagnent de nouveaux emplacements. Chaque jour ces postes mesurent l’angle des petits postes de campagne allemands dont le nombre va croissant et qui sont mis sous forme de sections constituées, à la disposition des états-majors ennemis. Chaque poste gonio, ses mesures faites, les envoie par T. S. F. 1 ou 2 fois par jour au quartier général de l’armée où une carte analogue à celle dont nous parlions pour les zeppelins permettra le soir même de fixer l’emplacement des postes relevés dans la journée. Cette carte est remise au bureau de l’État-major chargé
- Fig. 2. — Poste à petit cadre tournant. Dans la caisse sous le cadre, le bâti contenant les capacités et un amplificateur téléphonique.
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- LA RADIOGONIOMETRIE
- Ht-
- 3
- rnph/icaleur lëltphoin^vt
- Fig. 3. — Schéma de la réception sur cadre mobile avec détecteur et « ampli » téléphonique.
- des renseignements. On y lit l'emplacement des petits postes allemands, emplacement étroitement lié à celui des états-majors ennemis. Quand le front était immuable, la carte quotidienne donnait les renforcements, les relèves d’unité, les préparations d’attaque. Quand le front ennemi se mit à avancer d’abord, pour reculer finalement à allure accélérée, alors ce devint tout à fait intéressant. On mesurait au recul des postes radiotélégraphiques ennemis le recul des états-majors et le terrain que l’on pouvait considérer comme définitivement acquis.
- 11 est évident que, autant l’identification des zeppelins -était simple à cause de leur indicatif qui ne changeait pas pendant la courte période où on les écoutait, autant celle des postes à terre se trouvait compliquée du fait que les Allemands changeaient assez souvent et de façon irrégulière les caractéristiques permettant d’identifier leurs postes notamment l’indicatif et la longueur d’onde; mais l’on s’en tirait néanmoins, surtout quand le personnel était bien exercé. De plus, les renseignements radiogo-niométriques étaient toujours recoupés par quantités d’autres (interrogatoire des prisonniers, photos d’avion, etc.). La carte quotidienne a toujours donné des renseignements suffisamment surs et dont on avait le très gros avantage de connaître la date de façon indiscutable. En période de mouvement, elle déterminait admirablement le contour apparent de l’ennemi.
- II. Principe de la réception radiogoniométrique.
- Fig. 4. — Réception sur cadre mobile avec « ampli » détecteur.
- dans le plan vertical P, produit au point m une force électrique verticale mf et une force magnétique horizontale mh, toutes deux perpendiculaires à la direction de propagation des ondes r.
- sur/bceWoso/ L|J
- ___ /brcel m&ynebçve
- Fig. 6. — Champ produit par une antenne verticale mise à la terre.
- Les cadres tournants.
- Les cadres fixes Bel-lini-Tosi. — Quel est donc le principe de cette réception goniométri-que qui permet de localiser de façon si précise les postes émetteurs dans l’espace ?
- Toute la goniométrie réceptrice dérive du phénomène suivant. Un poste émetteur émet des ondes qui sont reçues à l’aide d’un cadre à une ou plusieurs spires, pouvant tourner autour d’un axe vertical et dont les deux extrémités sont fermées sur un condensateur variable aux bornes duquel est branché un circuit d’écoute de T. S. F. normal (détecieur et téléphone, ce dernier avantageusement remplacé par un amplificateur téléphonique ou bien l’ensemble des 2 appareils remplacé par un amplificateur détecteur) (fig.o et 4) ; au moment où le plan du cadre passe par l’ém'tt^ur, la réception est maxima. Si l’on fait tourner le cadre à 90° de cette position optima, la réception s’annule et l’on a de part et d’autre de la position de moindre réception une plage d’extinction très nette.
- Si donc le poste émetteur est assez puissant, si le cadre est de dimension convenable pour que la réception soit nette, il suffira de faire tourner le cadre jusqu’au zéro pour avoir la direction perpendiculaire à celle du poste d’émission ou jusqu’au maximum d’audition pour avoir la direction même du poste d’émission. Si ce cadre tournant entraîne un cercle gradué qui tourne devant un index fixe et si l’index est devant le zéro du cercle quand le cadre est dans la direction du nord magnétique (ce que l’on réalise une fois pour toutes à l’aide d’une boussole), on pourra lire immédiatement, en face de l’index, l’azimut cherché du poste émetteur.
- Quelle est la cause du phénomène?
- Fig. 7. — La caractéristique de réception.
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- Produisons en ün point une perturbation électromagnétique, par exemple, en déchargeant, un condensateur par une étincelle oscillante ou en faisant parcourir une antenne verticale mise à la terre par un courant alternatif à haute fréquence (courant d’émission d’un poste de T. S. F.), il se propage dans toutes les directions à partir de ce point une onde électromagnétique, Fonde hertzienne. Si le milieu est homogène, la propagation a lieu en ligne droite avec la même vitesse dans toutes les directions. Une surface sphérique dont le rayon sera très grand par rapport aux dimensions de l’antenne ou des condensateurs que l’on décharge, sera atteinte par Fonde en tous ses points en même temps ; cette sphère sera la surface de Fonde. Maxwell a étudié la propagation de Fonde en la supposant assez éloignée de son point de départ pour qu’on puisse la considérer comme plane. Il a démontré que l’énergie qui traverse chaque élément de la surface de Fonde était due à deux forces perpendiculaires l’une à l’autre et perpendiculaires à la direction de propagation de Fonde. L’une de ces forces, la force électrique, est dirigée dans le cas d’une onde sphérique, tangentiellement au méridien, l’autre, la force magnétique, est tangente au parallèle. On peut se faire une idée simple du phénomène en prenant comme source de perturbations électromagnétiques l’oscillateur de Hertz qui se composait de 2 sphères isolées l’une de l’autre À, B, formant les armatures d’un condensateur que l’on char- <5 geait à l’aide d’une bobine de Ruhmkorlf. Quand il existe entre les sphères une différence de potentiel suffisante, elles se déchargent par une étincelle oscillante qui traverse un éclateur a b (Fig. 5). On peut admettre que pendant toute la durée du phénomène les charges des deux sphères sont égales et de signes contraires.
- La force du champ électrique en' un point m; c’est-à-dire Faction résultante des 2 sphères sur l’unité d’électricité positive placée en ce point est dirigée parallèlement à la ligne A B. En effet, la sphère positive repousse ce point dans la direction m p, la sphère négative l’attire avec une force égale dans la directiori m q. La résultante de ces 2 forces
- est bien parallèle à A B. Quant au champ magnétique, il a comme lignes de force des cercles ayant leur centre sur a & et leur plan est perpendiculaire à a b. Nous trouvons donc bien en m une force électrique et une force magnétique perpendiculaires l’une à l’autre, perpendiculaires à la direction de propagation de Fonde et disposées comme il a été expliqué plus haut (fig. 4).
- Une antenne verticale mise à la terre et dans laquelle passe un courant alternatif à haute fréquence dû à une émission de T.
- S. F. est assimilable à l’oscillateur de Hertz dont les 2 branches seraient cette antenne et sa symétrique par rapport à la terre (fig. 6).
- A une distance de cette antenne qui est grande par rapport aux dimensions de l’antenne et où nous mettrons notre réception, nous aurons une force électrique verticale ou plus exactement tangente au méridien de Fonde sphérique qui passe par le point où se trouve le récepteur et une force magnétique perpendiculaire au plan de ce grand cercle.
- Reprenons maintenant notre cadre, qui tourne autour d’un axe vertical. Nous supposerons sesg dimensions assez petite^ pour que le champ élec-\ / . , yti'iqueet magnétique soit ‘‘J .considéré comme uni-fprme en tous les points -•vFVdu cadre Lecèamp varie ' - en effet d’un point à l’autre de la surface de Fonde, il est maximum à l’équateur où se trouve précisément notre cadre.
- La force électrique constamment située dans le plan du cadre n’agit pas et la force magnétique est perpendiculaire au plan du cadre quand ce plan passe par l’émetteur. Elle produit donc une induction maxima lorsqu’elle varie et change de sens avec le courant alternatif d’émission de départ qui la fait naître. Quand, au contraire, le cadre est perpendiculaire au plan vertical qui passe par l’émetteur, la force magnétique située dans le plan du cadre cesse d’agir et la réception est nulle. Quand le cadre fait un angle a avec la direction 0 A de l’émission (fig. 8), le flux magnétique qu’il coupe varie avec a.
- Il est nul quand « est égal à 90°, il est maximum quand a est nul. La force électromotrice induite dans le cadre par la variation de flux est évidemment liée à la grandeur de ce flux. C’est cette force
- Direction de /s force magnétique p/an du cadre
- timectibn de /ém/ss/oj 'Ojection de /axe de rolatio/7
- Fig. 8. — Le flux embrassé par un cadre est proportionnel à cos a.
- A
- Fig. g. — Les deux cadres de Bellini-Tosi.
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- Fig. io. — Le poste Bellini-Tosi qui a repéré de nombreux zeppelins. A droite, on distingue le mât-support des deux cadres.
- électromotrice qui charge le condensateur variable sur lequel le-cadre est fermé et aux bornes duquel on vient prendre
- •' i-ssSS
- le courant de réception. Celui-ci est donc directement fonction de l’angle a.
- Si autour du point 0, projection de l’axe de rotation du cadre, on trace toute une série de droites qui représentent les positions successives de ce cadre et si sur cha-cune de ces droites on porte une longueur proportionnelle à l’intensité du
- courant de réception quand le cadre occupe la position correspondante, on obtient une figure qui s’appelle « la caractéristique de réception ». Cette figure se compose de 2 cercles tangents en 0. Ceci résulte immédiatement du fait que la longueur 0 B est proportionnelle au cosinus de l’angle a (fig. 7).
- On lit sur cette figure que la réception est maxima quand le plan du cadre est dirigé sur le poste émetteur et devient nulle pour une position perpendiculaire. On y voit aussi qu’il y a plus d’intérêt, si l’on veut de la précision, à chercher l’extinction que le maximum, car dans la direction 0 A, des variations notables du cadre donnent des variations assez faibles d’intensité ; dans la direction 0 C, au contraire, pour des angles de rotation faibles, on a rapidement des intensités de réception croissantes.
- Le double cercle de la figure 7 montre aussi qu’il y a sur la position du poste cherché une incertitude de 180° qui pour la marine peut avoir des inconvénients et à laquelle on a remédié par des dispositifs dont le détail sort du cadre de cet article.
- Fig. ii. — Schéma du montage Bellini-Tosi à la réception.
- 2 cadres fixes, l’un Nord-Sud, l’autre E-O. contiennent chacun une bobine fixe. Au centre, est une bobine mobile qui se ferme sur un condensateur variable et sur une réception ordinaire de T. S. F. — D, détecteur. — T, téléphone.
- L’idée du cadre tournant a été donnée par M. Biondel en 1901.. Son emploi à cette époque
- n’était pas sans présenter de grandes difficultés. L’intensité de la réception pour un dispositif de réception donné est évidemment proportionnel au flux embrassé par le cadre. Si l’on veut recevoir convenablement, il faut un cadre de grandes dimensions à moins qu’on ne puisse amplifier la réception (ce qui n était pas le cas en 1901).
- Ce cadre de grandes dimensions devient très difficile à faire tourner. Les essais ont été néanmoins poursuivis par le capitaine Ferrié (aujourd’hui général), avec la collaboration du capitaine Brenot depuis 1902 jusqu'en 1912. Il est intéressant en particulier de noter les mesures faites à bord de l'Auguste Fresnel en 1908. Le cadre de grande dimension avait été installé dans la mâture et l’on faisait tourner le bateau pour obtenir le minimum de réception. On obtenait une précision de l’ordre de quelques degrés. Puisqu’il était si difficile de faire tourner le grand cadre nécessaire aux bonnes mesures, on imagina de le remplacer par deux cadres fixes qui donnent, nous allons le voir, un résultat analogue. Ce fut le procédé Bellini Tosi qui date de 1909. Ce poste existait aux armées au début de la campagne (fig. 10), sous la forme que nous allons décrire. C’est lui qui a signalé le maximum de zeppelins, car ces diri-
- car ces
- geables ne circulaient plus guère en France au moment de la mise en service de la goniomé-trie avec petit cadre tournant. Deux cadres fermés
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- en forme de losange, aussi semblables que possible et soutenus par un même mât de 27 m., sont soigneusement orientés à la boussole dans les direction N.-S. et E.-O. (fig. 9). Ils se ferment chacun sur une bobine et un condensateur variable. Les deux condensateurs variables sont mus en même temps et accordent simultanément par une seule manœuvreles deux cadres, sur l’onde à recevoir. Les 2 bo-
- emplacement à l’heure où il avait transmis. Mais pendant sa transmission nos Bellini-Tosi prenaient également son angle et l’envoyaient au G. Q. G. qui faisait de son côté l’opération correspondante.
- Chaque zeppelin pouvait être ainsi suivi sans la moindre difficulté.
- Nous avons admis jusqu’ici dans tout ce que nous avons dit, que le milieu où se propageait les ondes était homogène. Il ne
- bines intercalées dans les cadres Fig. ii. — Les 2 antennes de M. Blondel l'est pas dans la réalité et ce
- sont placées à angle droit comme Pour démission dirigée. X — longueur marK.ue d’homogénéité influant r D d'onde. ^ b
- les cadres eux-mêmes et induisent sur une 3e bobine mobile qui peut tourner à l’intérieur des 2 bobines, fixes. Cette bobine mobile est fermée isur un condensateur variable aux bornes duquel est placée une réception ordinaire de T. S. F. avec les amplificateurs nécessaires (fig. 11). On démontre que pour une disposition convenable des bobines fixes et mobiles tout se passe comme si le cadre tournant du dispositif Blondel était remplacé par la bobine mobile. Quand cette bobine a le plan de ses spires passant par le poste émetteur l’audition est inaxima, elle est nulle pour une position de la bobine mobile perpendiculaire à celle qui donne le maximum de réception.
- Cette petite bobine aisément maniable remplace donc complètement le grand cadre mobile grâce à l’intermédiaire des deux cadres fixes rectangulaires.
- C’est avec ces postes Bellini Tosi que les armées françaises sont parties en campagne. Une auto portait le mât, le matériel de réception et le personnel pendant les transports. Elle servait de poste de réception pendant l’exploitation (fig. 13). Grâce aux très beaux travaux de M. Armagnat, ces postes, un peu encombrants pour une armée en campagne, ont donné de très bons résultats.
- Ils ont surtout servi à suivre les zeppelins.
- Ces derniers, nous l’avons dit au début,, transmettaient à intervalles à peu près fixes pour se faire donner leur route. 3 postes allemands écoutaient
- chaque aéronef au moment de son émission, le goniométraient et lui passaient dans un ordre convenu les renseignements sous la forme brève suivante : à telle heure, tel angle. Le zeppelin muni d’une carte où l’emplacement des 3 postes était marqué, traçait les 3 droites correspondantes et avait son
- Fig. i3. — Intérieur du poste de campagne Bellini-Tosi.
- Fig. 14. — Émission dirigée à l'aide d'un seul cadre soit ouvert, soit fermé.
- sur la. propagation des ondes, donne lieu à des erreurs que l’on a constatées à différentes reprises, qui ne sont pas toujours bien expliquées et qui font que dans certains cas, dans les pays très accidentés, en) particulier, on ne peut pas toujours compter sur la goniométrie.
- M. Mesny, professeur d’hydrographie, qui a fait au point de vue maritime de très beaux travaux sur cette question, signale qu’un poste placé à proximité de falaises escarpées ne donne plus de mesure précise quand il est trop près du bord de cette falaise; il signale aussi un phénomène curieux qu’il a constaté lui-même à Corfou sans en avoir trouvé l’explication : il écoutait chaque jour entre 6 h. 1 /2 et 7 h. du soir un poste turc situé près de Constantinople. Régulièrement pendant 15 jours ce poste fut trouvé à 90° au début de sa transmission, et de 75 à 80° vers la fin. Des obstacles terrestres, des phénomènes d’ionisation mal définis de l’atmosphère doivent être la cause de ces erreurs de mesures. 11 est notoire également qu’en pleine montagne, la goniométrie ne donne plus rien. Les ondés ont tendance à arriver par les vallées, et l’histoire de ce poste gonio est bien connue, qui, recevant la tour Eiffel et Nauen en un point où 2 vallées confluaient, trouvait toujours l’un des 2 postes dans la direction d’une des vallées et de plus constatait que, du matin au soir, c’était la tour Eiffel qui avait pris la direction de Nauen et Nauen celle de la tour Eiffel. Enfin quand l’onde change de milieu, passe par exemple de la mer sur la terre, il se produit des phénomènes qui ne sont pas sans analogie avec les mirages et l’on constate des erreurs qui atteignent 7 à 8°, quand on goniomètre un poste sur la côte et parai-
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- lèlement à ce! le-ci. Toutcela prouve que la goniométrie qui, dans dans certains cas, atteint une précision de l’ordre du degré ou même davantage n’est pas absolument sûre dans ses résultats et qu’il faut se méfier de causes d’erreurs multiples, pas toujours très bien expliquées et difficiles par suite à prévoir et à éviter.
- Toutefois ces phénomènes sont exceptionnels et, dans la grande majorité des cas, les résultats sont très suffisants pour que la goniométrie à la réception puisse être considérée comme extrêmement intéressante.
- III. Direction des ondes à l’émission. — Nous venons de voir ce qui existait à la réception au point de vue direction des ondes au début de la guerre ; voyons maintenant où en était à la même époque la question des ondes dirigées à l’émission. C’est par l’émission d’ailleurs que l’étude
- des ondes dirigées a commencé. On ne se proposait pas à ce moment-là de chercher l’emplacement d’un poste, on cherchait à réduire le brouillage au minimum en évitant le rayonnement dans tous les sens qui est — comme la langue d’Esope — ce qui est de meilleur et de pire dans la T. S. F. Depuis, la question de la sélection a été pratiquement résolue grâce aux ondes entretenues et les premiers essais de direction n’ont plus qu'un intérêt historique; mais, comme ils ont servi depuis à faire de la goniométrie, ils rentrent dans le cadre de cet article.
- Nous ne citerons que pour mémoire le miroir parabolique de M. Marconi. Hertz ayant démontré expérimentalement que l’onde hertzienne était identique à l’onde lumineuse, il était naturel de la réfléchir dans une direction déterminée à l’aide d’un miroir parabolique dont l’antenne d’émission occuperait le foyer. Marconi prit comme miroir un cylindre parabolique vertical formé de fils parallèles à l’antenne qui en occupait l’axe focal. L’antenne de réception devait être installée au foyer d’un cylindre identique. Mais cette installation ou d’autres analogues que Hertz avait pu réaliser parce qu’il travaillait en laboratoire avec des ondes de quelques mètres de longueur, condui-
- sit à des difficultés inextricables pour les ondes beaucoup plus longues que l’on est obligé d’employer en T. S. F. Il fallut renoncer à ce procédé.
- M. Blondel en 1901 (il fut donc ici aussi un précurseur) proposa d’émettre simultanément dans
- 2 antennes éloignées l’une de
- longueur
- C, C2 : bobines fixes reliées aux antennes A, A',,et As A'2. — C3 : bobine mobile exploratrice faisant partie du circuit de décharge des condensateurs K et de l’éclateur E. — B : transformateur.
- Fig. là.
- Le poste auto-goniométrique Thiébert abc, le cadre gonio en forme de triangle.
- l’autre d’une demi-d’onde et parcourues par des courants décalés d’une demi-période (fig. 12). Avec ce dispositif, dans un plan perpendiculaire à celui des antennes les champs des 2 antennes se détruisent. Ils s’ajoutent au contraire dans le plan des antennes. En effet, en un point quelconque de ce plan le champ dû à la lre antenne est déphasé d’une demi-période sur celui produit par la seconde parce que les 2 antennes sont, distantes d’une demi - longueur d’onde, et comme elles sont parcourues par des courants déjà déphasés d’une demi-période le déphasage total est d’une période, c’est-à-dire que les 2 champs sont en phase et s’ajoutent. Enfin, dernier procédé de direction à l'émission : si, par un phénomène inverse de celui que nous avons expliqué à la réception, nous émettons dans un cadre (fig. 14), on a une émission d’intensité maxima dans le plan du cadre.
- Si l’on emploie 2 cadres rectangulaires (Bellini T*»si). et que la petite bobine exploratrice induise dans les 2 bobines fixes, on aura une émission maxima dans le plan de la bobine inductrice.
- Ce dispositif a été pratiquement réalisé par les Allemands dès le temps de paix. La bobine exploratrice fait partie par exemple du circuit de décharge d’un condensateur alimenté comme un poste de T. S. F. ordinaire par le secondaire d’un transformateur à haute tension. Elle peut être animée d’un mouvement de rotation à l’intérieur des 2 bobines fixes rectangulaires qu’elle induit. Ces 2 bobines au lieu d’être rattachées à un cadre fermé peuvent d’ailleurs avoir leur deux extrérmtés rattachées à 2 systèmes d’antennes semblables et placées dans 2 plans perpendiculaires (fig. 15). Le rayonnement d’une antenne est toujours meilleur que celui d un cadre fermé.
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- Si maintenant on anime la bobine inductrice d’un mouvement de rotation uniforme, on aura un maximum d’émission qui balaiera l’espace avpcla vitesse même de rotation de la bobine inductrice.
- Supposons que nous écoutions un tel poste avec un récepteur ordinaire; au moment où la bobine inductrice du poste émetteur est dirigée sur nous, nous entendrons un maximum très net. Si maintenant nous connaissons la vitesse de rotation de la bobine inductrice et qu’un signal convenu soit fait au poste émetteur au moment où cette bobine passe par le nord, du temps qui s’écoule entre la réception de ce s'gnal convenu et la réception maximum, nous pourrons déduire l’angle que fait avec le nord la droite qui nous joint au poste émetteur tournant. La bobine, par exemple, fait son tour en une minute dans le sens des aiguilles d’une montre et il s’écoule 20 secondes entre la perception du signal indiquant le passage du faisceau d’émission vers le nord et sa récepiion maxima à notre propre poste : on en déduit que la droite qui nous réunit au poste émetteur tournant fait un angle de 120° avec le nord; cet angle étant compté dans le s^ns de rotation de la bobine tournante.
- Si 2 postes tournants fonctionnent ainsi en même temps, un poste récepteur quelconque muni simplement d’un chrono-graphe pourra se relever sur eux et faire son point.
- M. Blondel supprimait même le chronographe en faisant envoyer un signal convenu tous les 3°. Il suffisait alors d’être attentif au signal indiquant le passage de la bobine tournante vers le nord et de compter combien de fois on entendait le signal indiquant que la bobine avait tourné de 3°. Théoriquement on pouvait, par interpolation entre les deux signaux de 3U encadrant le maximum, déterminer la direction approximative du poste émetteur. En fait, ce procédé n’est pas très précis.
- Voilà donc pour les navires et pour les aéronefs un 2e moyen de faire leur route sans être obligés eux-mêmes d’émettre et en se relevant sur 2 postes seulement.
- Toutefois, comme dans tous les procédés de relève par écoute et non par transmission, le point, toutes choses égales, est moins précis puisque entre les écoutes des 2 postes émetteurs, le poste récepteur a marché et les 2 droites de direction ne correspondent pas au même moment. On peut corriger
- cette erreur, mais toujours avec une certaine approximation.
- La direction des ondes à l’émission n’a pas fait beaucoup de progrès depuis Bellini-Tosi. Ses applications semblaient moins intéressantes que celles de la direction à la réception qui, elle, a donné lieu à des études très intéressantes dont nous allons parler maintenant.
- IV. La goniométrie pendant la guerre. Les gonios à petits cadres. La réception sans antenne. Le trafic en duplex. —Pendant la gujrre,la Radiotélégraphie militaire (R. M.) a mis au point les lampes à 3 électrodes et toute une pléiade d’excellent techniciens parmi lesquels il faut citer
- MM. Abraham,Brillouin, Jouaust, Latour, ont, sous la direction du général Farrié, réalisé des amplificateurs de. divers types et obtenu des résultats qui auraient paru incroyable> il y a bien peu d’années. Grâce à ces amplificateurs l’on a pu renforcer presque sans limites des courants deréception absolument infimes.
- Nous allons parler successivement des postes gonio à petit cadre, de la réception sans antenne et du trafic en duplex des grands postes qui sont les 3 résultats dès à présent acquis par ces remarquables travaux.
- Gonios à petit cadre. — Les courants de réception pouvant être amplifiés pour ainsi dire sans limites, il n’est plus besoin, pour faire de la gonio, décadrés de grandes dimensions, le cadre tournant va donc Remporter de façon définitive sur le système à 2 cadres fixes peu transportable et parfois sujet à erreur quand les 2 cadres ne sont pas rigoureusement identiques. La R. M. créa, après des études faites dès le mois de mars 1916 au fort de Saint-Cyr avec le concours de M. Armagnat, tout un matériel de campagne, léger, mobile, facilement transportable et grâce auquel on put faire la carte quotidienne dont nous avons parlé plus haut. Ce matériel se composait essentiellement d’un cadre léger à plusieurs spires de 1 m. 50 à 2 m. de côté, tournant très facilement à la main et dont les extrémités venaient se fermer sur une capacité variable, aux bornes de laquelle est branché l’amplificateur (fig. 2). Les appareils de réception étaient installés soit dans une cabane démontable transportable par camion (fig. 17), soit dans une remorque (fig. 19), soit dans une auto. Le cadre placé à l’extérieur se démon-
- Fig i~. — Cabane goniomètrique démontable (petit cadre tournant).
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- tait ou se repliait pour les transports. Chaque poste, rendu ainsi très mobile, était pourvu d’un émetteur ordinaire à ondes entretenues qui transmettait géné-râlement 2 fois par jour les mesures au poste centralisateur du Q. G. de l’armée; ce poste, lui-même, installé dans un camion, faisait la carte goniométrique au fur et à mesure que les angles lui arrivaient. Six petits postes légers, constitués comme il vient d’être dit, permettaient, même quand l’armée se déplaçait rapidement, de faire la carte quotidienne sans difficultés. Il suffisait que 3 postes restassent en station tandis que les 3 autres se déplaçaient. Ces derniers une fois installés prévenaient par T. S. F. et les 3 postes laissés à l’arrière pouvaient être déplacés à leur tour.
- Entre l’adoption de ces postes à petit cadre et le poste à cadres fixes du début de la campagne se place le poste à grand cadre tournant que le capitaine Tbiebert installa au moment de la bataille de la Somme et qui a donné de très bons résultats pour la gonio-métrie des avions. Ce poste installé dans une auto recevait à l’aide d’un cadre tournant triangulaire constitué par une seule spire de fil isolé. Ce cadre avait la forme d’un triangle équilatéral de 8 m. environ de côté. La base était formée de 2 perches en bambou couplées, le sommet était fixé à une traverse soutenue par deux mâts métalliques de 12 m. L’ensemble très léger pivotait autour d’un axe qui traversait le toit de l’auto et venait prendre appui sur la table même où étaient installés les appareils de réception du poste (fig. ’16).
- Réception sans antenne. — La technique des amplificateurs a fini, grâce aux travaux de la R. M., par atteindre une perfection telle qu’on a réussi à faire de la gonio avec des cadres de plus en plus petits et à grand nombre de spires qui permettent de faire l’accord sur les grandes longueurs d’onde. On a réussi ainsi à entendre l'Amérique dans une bobine n’ayant pas plus de 15 cm de diamètre et 25 de longueur. Cette bobine est fermée sur une capacité variable aux bornes de laquelle on monte l'amplificateur détecteur. Une même boîte dite boîte d’impédance contient la bobine et la capacité et c’est ainsi qu’on reçoit des communications d’Amérique avec une boîte moins volumineuse que la boîte ordinaire de réception, un amplificateur et 2 accus (fig. 18). L’effet directif d’un tel dispositif n’est pas trop gênant, car aux alentours du maximum les variations d’intensité de l’audition sont lentes. Pratiquement on peut déplacer le cadre de
- 30° de part et d’autre de la position optima sans que l’intensité de l’audition soit beaucoup changée. Un tel dispositif installé par nos soins à Saint-Germain permet en ce moment à la délégation autrichienne de recevoir sans antenne tous les grands postes allemands, Vienne et Budapest.
- Travail en duplex des grands postes. — Si, à proximité d’un grand poste qui émet, on place une réception sur cadre (cadre de 2 m. 50 à 3 m. de côté) et que le plan du cadre soit perpendiculaire à la direction qui joint le point où il est installé au point où l’on émet, on arrive à ne pas être gêné par l’émission du grand poste à condition qu’on protège les appareils de réception contre les effets d’induction directs en les enfermant dans une cage de Faraday. Si maintenant, tout en laissant le Cadre tangent au cercle qui a le poste émetteur comme centre, on dirige son plan vers le poste
- correspondant que l’on ' veut recevoir, on arrive
- à réaliser un dispositif qui permet, malgré la proximité immédiate d’un poste émetteur puissant, de recevoir le correspondant sans être gêné par sa propre é-mission.
- Le lieutenant de vaisseau de Bellescize à Nantes, le capitaine Chaulard à Lyon, ont ainsi pu recevoir l’Amérique sans cesser d’émettre avec leur propre poste. Le cadre récepteur de Nantes était à 2800 m. de l’émission, celui de Lyon à 900 m.
- Il est inutile d’insister sur l’avantage du montage en duplex. Dans les postes d’autrefois la même antenne servait successivement à l’émission et à la réception; on ne pouvait à la fois télégraphier et écouter, ce qui diminuait de moitié le rendement du poste, à présent l’on peut émettre 24 heures sur 24 et recevoir pendant le même temps sur cadre le correspondant qui travaille dans les mêmes conditions. Une liaison téléphonique directe relie le cadre au poste émetteur. Le cadre du poste A a-t-il bien reçu les télégrammes de B, il le téléphone à son antenne qui en accuse réception et le cadre du poste B note l’accord. Le cadre A a-t-il, au contraire, une lacune dans un télégramme, il demande par téléphone à son antenne de faire répéter le poste B. Le cadre de B qui reçoit cette demande fait le nécessaire pour que son antenne envoie la répétition souhaitée. Il n’y a aucun arrêt dans l’émission simultanée des 2 postes, aucun temps perdu. Ce sont de tels dispositifs qui, joints à l’émission et à la réception automatiques permettant de doubler ou tripler le débit horaire des mots expédiés, ont permis aux
- Fig. 18. — Récepteur sans antenne.
- A droite, la boîte d’impédance, contenant une bobine qui forme petit cadre pour le récepteur.
- A gauche, ampli-détecteur à 8 lampes. Ce simple appareil reçoit tous les radiogrammes d’Amérique.
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- et des aéronefs à guider dans
- stations modernes de T. S. F. de faire une concurrence très sérieuse aux cables sous-marins et d’avoir pratiquement un rendement du même ordre sinon meilleur. Ceci n’est plus de la goniométrie, mais s’y rattache étroitement puisqu’il s’agit de réception sur cadre.
- V. Recherches actuelles. Le point à bord des navires et des aéronefs. — Il nous reste à parler des recherches actuelles de la radiogoniométrie. La paix est là. Il n’y a plus ni zeppelins à descendre, ni cartes des postes ennemis à tracer. Mais il y a toujours des navires leur route. C’est dans cette voie que les recherches de l’heure présente sont aiguillées.
- Nous avons vu, chemin faisant, plusieurs manières de guider par la goniométrie un navire ou un aéronef en marche, il n’est pas inutile de les résumer ici. Nous dirons, au fur et à mesure, quelles sont les études correspondantes en cours.
- Il y a 2 dispositifs bien nets : le poste mobile émet, ou bien il reçoit l’émission de postes fixes.
- a) Le poste mobile émet. — C’est le cas du zeppelin. 5 postes fixes mesurent son angle et le lui transmettent aussitôt. A bord du navire ou de l’aéronef, on trace les 3 droites correspondant aux angles annoncés et l’on a très exactement le point à l’instant où l’émission a été faite. Ce procédé est excellent pour les navires et c’est celui que voudrait employer la marine de guerre en mettant à terre des postes gonios récepteurs en petit nombre mais pourvus d’un personnel d’élite.
- Le procédé peut encore aller pour les dirigeables. Il est très médiocre pour les avions : 1° il n’est pas commode de tracer des angles sur une carte à bord des avions actuels; 2° inconvénient infiniment plus grave, quand le point est déterminé, l’avion est déjà loin de l’endroit où il avait émis et il n’est jamais renseigné bien exactement sur sa position actuelle. Nous renoncerons donc à ce procédé pour les avions dans la plupart des cas.
- b) Le poste mobile reçoit. — Premier cas : le poste mobile reçoit sur antenne ordinaire les signaux d’un poste émetteur tournant et, à l’aide d’un simple
- Fig. iq. — Remorque goniomètrique.
- chronographe, détermine automatiquement son angle. Ce procédé, séduisant au premier abord, îi’est pas susceptible d’assez de précision. On ne peut guère relever par ce moyen qu’à 5 ou 6° près, alors que tous les autres procédés actuels donnent une précision d’au moins 2 à 3°.
- Deuxième cas : le poste mobile reçoit sur cadre une émission ordinaire faite par le poste fixe; mais, là encore, on peut distinguer 2 cas : le cadre peut être mobile ou fixe.
- 1° Cadre mobile. — C’est ainsi que l’on équipera sans doute les navires de commerce lorsque
- seront installés les phares hertziens en projet. En divers points connus, des postes de puissance convenable émettront à des heures convenues des signaux déterminés. Le navire en tournant son cadre mobile se relèvera successivement sur les divers phares hertziens comme il pourrait se repérer à la vue sur des phares lumineux. Le dispositif comporte une erreur de route qui n’existe pas quand c’est le navire qui émet et reçoit son point de la terre. En effet, entre les moments successifs où l’on peut se relever sur les divers phares hertziens en action le navire a marché et l’on n’a qu’un point approximatif. On peut, d’ailleurs, faire les cor-rections pour tenir compte du mouvement du navire. Le service des phares a entrepris des expériences pour déterminer si la précision est suffisante dans tous les cas. Les phares hertziens qui existaient déjà en petit nombre avant la guerre, vont être probablement multipliés dans un avenir prochain.
- Le même dispositif a été installé sur avion, il donne, avec des cadres de moins d’un mètre de côté placés dans le fuselage et fermés sur les mêmes appareils de réception que ceux employés à terre, des extinctions parfaitement nettes, exactes a un degré près, c’est-à-dire aussi précises qu à terre. Mais lorsqu’on cherche à déterminer l’angle delà droite qui joint l’avion au poste émetteur, avec le nord magnétique, il faut consulter la boussole et là est la véritable difficulté. Autant à bord du navire la boussole est un instrument de toute sécurité* autant l’aiguille ici est instable et toujours en retard sur sa position d’équilibre à cause des mouvements
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- brusques et incessants de l’avion. Toutefois on a réussi, en se servant de la boussole spéciale imaginée par M. l’ingénieur en chef d’hydrographie Favé, à ne plus faire d'erreurs de boussole supérieures à 2°. La direction des avions à l’aide d’un cadre mobile est encore à l’étude, elle est d’un intérêt primordial pour les grands raids d’avion.
- 2° Cadre fixe. — On a cherché à éviter l’inconvénient de la mesure des angles toujours délicate à bord d’un avion en installant dans les ailes un cadre perpendiculaire au sens de marche de l’avion et qu’on ferme sur un appareil de réception.
- Si, muni d’un tel cadre, l’avion est dans la direction d’un poste émetteur, le plan du cadre est perpendiculaire à la droite qui joint l’avion au poste émetteur ; le cadre est donc dans la position d’extinction et l’on n’entend pas les signaux du poste.
- Aussi longtemps qu’on ne les entendra pas on sera bien en direction sur lui et l’on a ainsi un moyen un peu grossier, mais suffisant, de se diriger sur un poste donné.
- Par exemple un avion venant d’Amérique pourra se diriger de cette manière sur la tour Eiffel et ne manquera certainement pas la France.
- Ce dispositif présente un inconvénient. Si le poste sur lequel on se dirige en cherchant à l’éteindre ne transmet plus, on peut être quelque temps sans s’en apercevoir. Les Anglais ont cherché à parer à cet inconvénient en employant un dispositif analogue à celui que M. Blondel avait déjà proposé : deux cadres également inclinés sur l’axe de l’avion peuvent, à l’aide d’un commutateur, être fermés l’un après l’autre sur les appareils de réception. Quand l’avion est dans la bonne direction, les cadres également inclinés sur la droite qui joint l’avion au poste émetteur doivent recevoir avec une intensité égale. S’il n’en est pas ainsi, il faut virer du côté du cadre qui reçoit le plus fort (fig. 20).
- M. Armagnat, qui n’a pas hésité à faire lui-même de nombreux vols pour mettre la question au point, préférerait l’emploi d’un seul cadre mobile. Grâce à sa mobilité un aurait toute facilité pour chercher le ou les postes sur lesquels l’avion désire se diriger et ce poste trouvé on pourrait toujours disposer le cadre pour se diriger en cherchant l’extinction comme il vient d’être expliqué. En déplaçant alors de temps à autre le cadre, on vérifierait de façon très simple que le poste sur lequel on se dirige transmet toujours. La question est encore à l’étude.
- Conclusion. — La goniométrie qui, avant la guerre, n’avait pas grande application pratique, a rendu pendant la guerre les plus signalés services. Les zeppelins qu’elle a contribué à faire descendre, les états-majors ennemis dont elle a marqué les étapes en arrière peuvent témoigner du bon travail accompli. La paix est venue et grâce aux très beaux travaux de M. Armagnat pour les postes à terre et les postes d’avion; de M. Mesny pour les postes marins, une ère de féconds résultats semble s’ouvrir et la direction des navires et des aéronefs semble devoir être assurée dans les meilleures conditions. En même temps, le travail en duplex des postes radiotélégra-phiques puissants, se met au point à une époque où il était fondamental d’augmenter le rendement des postes de T. S. F. Beaucoup de techniciens ont travaillé à la résolution de ces problèmes d’un si haut intérêt à commencer par M. Blondel qui fut le précurseur. Mais si la goniométrie, comme d’ailleurs toute la T. S. F., a fait de tels progrès pendant ces cinq dernières années, elle le doit en grande partie à la mise au point des amplificateurs et des lampes à 3 électrodes et ceci est entièrement l’œuvre des techniciens éminents de la R. M., remarquablement dirigés par le général Ferrié.
- Un Badio.
- Axe de rotation commun à l'ensembte des 2 cadres
- a. axe de rotation tndi9/duê/ du cadre /*/"_______
- D/recl/on de m&rcAe eé O axe de sy/nètr/e de/avwn
- b. axe de rotaifort indtvïduè/ du cadre
- Fig. 20. — Double cadre goniométrique Blondel pour la direction des avions.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du mois de mars 1919.
- Méthode de traitement du béryl pour en extraire la glucine. — Sa composition donnant 14 pour 100 de glucine contre 67 de silice et 19 d’alumine, le béryl du Limousin et de Madagascar constitue en pratique le seul minerai de glucinium. Or, la présence d’une telle quantité de silice que les acides précipitent à l’état gélatineux n’est pas sans rendre difficile la séparation des divers éléments. M. H. Copaux, opérant à 850°, remplace les alcalis caustiques par le fïuosilicate de sodium (deux parties de ce composé pour une de minerai). En reprenant par l’eau qui entraîne le fluoglucinate, celui-ci peut être précipité ensuite par addition de soude.‘Transformé en sulfate, il est apte ainsi à subir tout traitement pour l’obtention des sels de glucinium, employés au labora-
- toire, et le rendement du procédé atteint 90 pour 100.
- Réactif et méthode de dosage de l’ozone. — Si dans un flacon contenant de l’oxygène ozonisé on verse quelques centimètres cubes d’une solution très étendue de fluorescéine, le réactif se décolore après agitation et la fluorescence disparaît complètement. M. Louis Benoist a basé sur cette curieuse expérience, un procédé de dosage de l’ozone et montré que les vapeurs nitreuses, de chlore et le gaz carbonique, toujours à l’état de traces dans l’atmosphère, n’ont aucun effet appréciable sur l’indicateur coloré mis en jeu. Les méthodes employées jusqu’ici ne permettent guère d’évaluer moins du millième de milligramme, la technique préconisée par M. Benoist décèle une teneur mille fois moins élevée.
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- UNE MACHINE A POLIR LE MARBRE
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- Un point de vue nouveau sur la mélallogenèse. — Se basant sur deux faits assez fréquents : l’arrêt de certains gisements minéraux en profondeur et la rareté des minerais proprement dits au milieu des coulées de lave, M. Adrien Guebhard pense que l’origine nucléaire n’est pour les métaux qu’une exception. À son sens, la thèse de l’origine endogène de nos gîtes métallifères doit être fortement amendée et c’est de l’atmosphère seule que doivent provenir tous les éléments de la portion de croûte superposée au plancher silicieux de notre protosphère ; enfin, pour ce géologue, du ciel sont tombées des masses en ignition, à une température voisine de 800° qui ont rassemblé dans les géosynclinaux les éléments des futurs roches cristallophylliennes.
- Sur les orages de froid et leurs trajectoires. — On sait que le plus souvent les météorologistes partagent les orages en deux catégories : les orages de chaleur localisés en général dans la zone qui sépare deux anticyclones, et les orages de dépression qui se déplacent à la façon des grains. Tenant compte d’un phénomène nettement étudié par lui à Châlons-sur-Marne, M. Albert Raidit considère une troisième catégorie d’orages dus à l’arrivée d’une vague ou d’un noyau de froid. Refoulés par ceux du nord et entraînant l’air chaud et humide, les vents du sud forment un courant ascendant, la condensation donne naissance à de forts cumulo-nimbus et la propagation des troubles est rendue évidente par l’étude des cartes de température.
- L'observatoire de Le Monnier dans la rue Saint-Honoré. — Continuant ses études sur l’histoire de l’astronomie, M. Bigourdan a pu reconstituer la liste des instruments utilisés par Le Monnier- quand il quitta le collège d’Harcourt, en 1742, pour s’installer dans le jardin des Capucines de la rue Saint-Honoré, qu’occupait le quadrilatère limité aujourd’hui par les rues Sàint-llonoré, Cambon, de Rivoli et de Casliglione. C’est dans le bâtiment qu’il y fit élever à ses frais que cet astronome put se consacrer aux observations méridiennes de
- la Lune, comparer les observations des diverses planètes aux tables de Halley, et déterminer les erreurs de ces dernières pour Uranus et pour Saturne.
- Déshydrogénation catalytique par le nickel en présence de Vhydrogène. — A une température vôisine de 180°, l’hydrogène, agissant au contact du nickel, transforme les carbures benzéniques en cyclo-forméniques ; c’est ainsi que le pinène donne le dihydrure. Mais à 350-360°, on obtient un liquide résistant à l’acide sulfurique et constitué de cumène et de menthane. Il y a eu simultanément hydrogénation et déshydrogénation. Vérifiant de tels phénomènes sur le limonène, le camphène, le cyclohexanol, le pulégone et l’eucalyptol, M. Paul Sabatier a montré que l’essence de térébenthine peut ainsi devenir une source de benzols, et c’est un fait qui semble devoir bientôt passer sur la scène industrielle.
- Le courant continu produit par Valternatifs— Utilisant le galvanomètre Despretz d’Arsonval qui, par suite de la réaction du cadre mobile sur le noyau aimanté, donne une légère déviation sous l’action du courant alternatif, M. P. Vaillant a pu étudier le phénomène de redressement, obtenu par l’interposition d’une cuve à électrodes de platine, d’inégales dimensions. La polarisation, variant plus vite pour la petite électrode que pour la grande, en fait un pôle positif et l’intensité du courant continu ainsi réalisé est fort voisine de celle de l’alternatif qui lui donne naissance.
- Développement de la laitue. — M. Lucien Daniel s’est proposé de voir comment se comporte, aux phases de rosette et de fructification, la laitue;cultivée et ses expériences ont porté sur les deux années 1917 et 1918. Il a pu ainsi remarquer que la lumière ne donne le maximum de développement, que si l’harmonie est réalisée entre les autres facteurs de la croissance. C’est ainsi que l’arrosage capillaire, sur lequel cet agronome a déjà attiré l’attention, garde toujours ses bons effets.
- P. B.
- UNE MACHINE A POLIR LE MARBRE
- Produire, tel est le mot d’ordre de notre industrie. Dans chaque domaine les circonstances imposent impérieusement d’accroître le rendement de l’ouvrier en perfectionnant son outillage. La fonction créant l’organe, nous voyons apparaître nombre de machines ingénieuses et utiles qui témoignent de la fertilité de ressources de nos inventeurs*
- Les industries de la pierre avaient été, à ce point de vue, relativement délaissées dans notre pays ; en particulier le polissage des plaques de marbre, de granit, ou autres matériaux se fait encore à la main dans la plupart des ateliers. Pour le faire mécaniquement, il fallait réaliser une machine portative, souple et maniable, qui puisse se déplacer facilement tout le long de la surface à travailler.
- C’est cette machine que viennent de réaliser et mettre au point les ingénieurs de la Société Westinghouse au Havre. C’est une machine électrique : elle est constituée par un moteur actionnant par un jeu
- d’engrenages, un porte-outil dans lequel s’emmanche l’outil-polisseur.
- Le moteur et le porte-outil forment un tout, facile à déplacer. Pour réaliser le polissage, il faut que l’outil polisseur soit appliqué avec une pression suffisante sur la pièce à polir : ici, cette pression est donnée par le poids même du moteur ; de sorte que l’ouvrier n’a à déployer aucune force physique. Son rôle se borne à guider la machine, à la mettre en marche ou à l’arrêter, bref à surveiller intelligemment le travail.
- Quand pour une raison quelconque, il veut arrêter la machine, il lui suffit de tirer vers lui le levier A; par cette simple opération, il coupe le courant, donc arrête le moteur, et en outre fait reposer l’instrument sur les pieds B ; dans celte position la machine est légèrement surélevée, ce qui permet de desemmancher aisément et instantanément l’outil polisseur ; enfin grâce aux galets dont
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- UNE MACHINE A POLIR LE MARBRE
- sont munis les pieds B, on peut faire mouvoir facilement la machine aü repos sur toute la surface à polir.
- Les fils de prise de courant sont amenés sôus les tubes D au bâti G qui contient l’interrupteur de
- Ajoutons que pour donner à la machine l’appui nécessaire, les tubes d’amenée des conducteurs électriques, reposent par l’intermédiaire de galets sur le support réglable E.
- Fig. i et 2. — Machine à polir le marbre. — En haut, en travail; en bas, à la position de repos. . A, levier coudé interrupteur. — B, pied à galet du levier coudé. — C, bâti contenant l’interrupteur.
- D, tubes d’amenée des fils. — E, Trépied. -.
- courant actionné automatiquement par la manœuvre du levier A; l’ensemble forme un tout cuirassé, inaccessible aux poussières et à l’humidité ; c’est là un point important; le moteur électrique s’accommode mal de ces impedimenta inséparables du polissage et il était nécessaire de l’en préserver radicalement.
- La machine électrique à polir polit, en 1 heure, 1 mètre carré de marbre. A la main il faudrait 10 heures à un ouvrier exercé.
- En résumé, machine à la fois rustique et maniable, qui semble appelée à faciliter grandement la besogne jusqu’ici pénible des polisseurs de marbre ou de granit. R. Villers.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahurb, rue de Fleurus, 9, à Pans.
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- LA NATURE
- QUARANTE-SIXIÈME ANNÉE — 1918
- DEUXIÈME SEMESTRE ET
- QUARANTE-SEPTIÈME ANNÉE — 1919
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abrasifs : emploi dans l’industrie de guerre, 213.
- Académies : conférence Interalliée, 159.
- — des Sciences, 14, 43, 61, 75, 95,
- 127, 142, 159, 205, 223, 238, 254, .269, 302, 318, 350, 367, 414.
- — scientifiques : conférence inter-
- alliée, 254.
- Accumulateurs (Chariots à) pour le service des usines, 184.
- Acier : corroyage, 62.
- — hétérogénéité, 223.
- — résistance dynamique, 518. Adriatique : question, 569.
- Aérobus Farman, 271.
- Afrique centrale : œuvre du lieutenant-colonel Tilho, 129.
- — occidentale : eaux souterraines,
- 142.
- Albuminoïdes : action des graisses sur l’assimilation, 519.
- Alcool de grains, 250.
- Aliments : terrain et travail nécessaires pour les produire), 190.
- Alimentation : commission scientifique interalliée, 28.
- Allemagne : évolution de l’aviation; 17, 81.
- Allemands : traîtres engins de guerre, 180.
- Alpes : paludisme, 205.
- Alsace : industries textiles, 278.
- Alsace-1 orraine ; liaison par eau avec le Nord et le Sud de la France, 235.
- — : Relations par fer avec la France,
- 340.’
- Aménagement moderne des usines, 5, 65.
- — des villages, 523.
- Anesthésie générale parle chl •ralose,02. Animaux cuirassés et Musaraigne héroïque, 116.
- Supplément au n" 2561 de La Nature
- Anisotropes (Liquides), 225.
- Anneaux métalliques : machine centrifuge, 549.
- Anophèles : répartition dans le sud-est de la France, 142.
- Appareils de pesée, 5.
- — à projection (nouveau pour l’en-
- seignement, 503.
- Argon, 76.
- Armée américaine : corps des ingénieurs, 113.
- Atmosphère : composition, 238.
- — : étude à l’aide de sondages par
- le son), 254.
- Atmosphère : mouvements généraux, 95. Aveugles : thermomètre, 224.
- Aviation allemande : évolution, 17, 81.
- — : Chronique, 239.
- Avions géants, 145, 161.
- — modernes : moteurs, 510.
- B
- Bactéries : propriétés optiques des émulsions, 37.
- — tuées ou extraits bactériens (Cau-
- ses de ;la mort chez les che-vaux immunisés par), 518. Bakélite, 152.5
- Balles' allemandes et autrichiennes explosives, expansives et perforantes, 44. Ballons-piloles : sondages, 376. Baromètre : prévision des variations, 519. Béryl: pour_en extraire la glucine, 414. Blé : succédanés dans le pain de munL lion, 14.
- — : Succédanés peu connus, 92. Bois ouvrés : transport par radeau de
- mer, 218.
- Bombardement : structure de vitres broyées par l’explosion des projectiles, 143.
- Borates de calcium"anhydres : chaleur de formation, 62.
- du 28 juin 1919.
- Bordeaux-Suisse, 514.
- Botanique : principes de classification, 159.
- Brouillards : appareil d’étude, 567.
- c
- Cadix : géologie de la province, 62. Café : préparations, 142.
- Cameroun : sel de plantes, 62.
- Canon : propagation du son, 142. Cannonnade et pluie, 227.
- Captage téléphonique, 283.
- Carbonate de magnésium : action nocive sur les végétaux, 62.
- Carènes : formés favorables aux plus grandes vitesses, 205.
- Carnot : comment il calcula l’équivalen mécanique de la chaleur, 551.
- — et le principe de l’équivalence, 502.
- Caséine, 9.
- Catalyse par le nickel, 415. Catatliermique (Phénomène), 62. Cellules des foraminifères, 76. Centrifuge (Machine) pour la préparation des anneaux métalliques, 349. Chaleur.; comment Carnot a calculé l’équivalent mécanique, 551.
- — de formation des borates dé cal-
- cium anhydres, 62.
- — mesure de la perte à la chemi-
- née, 142.
- — résistance des éléments vivants
- existant normalement dans les tissus végétaux et animaux, 127.
- Champignons inférieurs : sporulation par symbiose, 127.
- Chantier de construction navale le plus récent et le plus grand, 33.
- — d’excavation et de dragage amé-
- ricains : outillage mécanique, 177.
- 27
- Cr.»
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- 418 .................. ' -
- Chars d’assaul et péniches, 225. Charbons de la Sarre, 219.
- Charges électriques des microbes, 127. Chariots à accumulateurs pour le service des usines, 184.
- Chemins de fer alliés de l’Europe : réseau, 169.
- — : Fabrication des wagons, 206.
- — : Nettoyage mécanique des wa-
- gons, 252.
- — : Restauration après la guerre,
- 72.
- Cheminée : appareil de mesure des pertes, 568.
- — : Mesure de la perte de chaleur,
- 142.
- — d’usines : effet du vent, 244. Chimie : industrie française, ses progrès depuis la guerre, 104.
- Chine : imprimerie d’un journal, 111. Chirurgie qui évolue : la suture des plaies de guerre, 186.
- Chloralose : anesthésie générale, 62. Chlore : indice et pouvoir absorbant de la terre, 270.
- Cicatrisation des plaies : lois, 318.
- Ciel étoilé : éclat intrinsèque, 43. Cinématographe appliqué à l’étude des cartes météorologiques, 353. Classification botanique : principes, 159. Coke : formation, 127.
- Colorant : glumes du sorgho sucré, 127. Combustibles : économies, 196. Commission scientifique interalliée d’alimentation. 28.
- Conductibilité électrique du sang, 145. Conférence interalliée des Académies, 159, 254.
- Congrès de thalassothérapie, 62. Conservation du poisson par le froid :
- nouveaux procédés, 107.
- Construction navale : le plus récent et le plus grand chantier, 33.
- Courant continu produit par l’alternatif, 415.
- Courants stellaires, 95.
- Cryptographie, 120.
- Cuisines domestiques : emploi économique de la sciure de bois, 96. Cultures maraîchères au bord de la mer, 270.
- — des plantes médicinales, 39.
- Curie (Point de) dans le fer, 239.
- D
- Dauphiné (lias) : flore du bassin Rouiller, 270.
- Deshydrogénation par le nickel, 415.
- Désinfection et stérilisation du sol, 200.
- Désintoxication par . saignée lymphatique, 43.
- Desprez (Marcel) : Nécrologie, 238.
- Diffusion de la lumière par les molécules de l’air, 318.
- Dolomieu : précurseur en géologie, 223.
- E
- Eaux jaillissantes et diverses du Sahara : station hydrologique, 173.
- ; INDEX ALPHABÉTIQUE
- Eaux souterraines de l’Afrique occidentale, 142.
- Ébranlements du sol par les explosions, 270.
- Écoles : fiches, 142.
- Économies de combustibles, 196. Écoulement des gaz sous fortes pressions, 318.
- Ecrouissage du plomb, de l’étain et du thallium, 567.
- Efforts internes développés dans les métaux et les alliages par un refroidissement rapide, 238.
- Élevage des lapins à fourrure, 78. Émission : théories et principe de Doppler-Fizeau, 350.
- Énergie hydraulique : ressources du monde, 237.
- Engins (Traîtres) de guerre allemands, 180.
- Engrenages magnétiques en horlogerie, f 239.
- Épithélium : régénération, 95.
- Érable : sucre, 60.
- Esterel : incendie, 77.
- Étain, plomb et thallium : écrouissage, 367.
- Étoiles (Courants d’), 95.
- — nouvelle de l’Aigle, 62.
- — nouvelle : La Nova de 1918, 65. Europe : réseau des chemins de fer
- alliés, 169.
- Explosifs : emploi pour la plantation des arbres, 254.
- Explosions : ébranlements du sol, 270.
- F
- Fabrication des wagons de chemins de fer, 206.
- Farman : aérobus, 271.
- Far-West : montagnes pétrolifères, 261. Fer : point de Curie, 259.
- Fer-blanc : question en France, 250. »
- Ferrisphère, 142.
- Ferry-boats nouveaux, 124.
- Feu grégeois, 95.
- Feuilles mortes : fabrication des pâtes à papier. 14.
- Fiches scolaires, 142.
- Fier : creusement, 95.
- Flexion rapide pour l’essai des rails, 15. Flotte frigorifique, 401.
- Fluorescence, 403.
- Foraminifères : cellules, 76.
- Forces naturelles : utilisation, 68.
- Forêts : incendies en Provence, 77. Frigorifique (flotte), 401.
- Frigorifiques (Transports) en France, 265. Froid : nouveaux procédés de conservation du poisson, 107.
- Fumées : gaz, 270.
- G
- Gangrène gazeuse : guérison, 76.
- — : Sérothérapie, 95.
- — gazeuse : traitement, 270.
- Gaz : écoulement sous fortes pressions. 318.
- — des fumées, 2’0.
- Géologie de la province de Cadix, 62. Givre : influence du rayon de courbure des corps sur la formation, 127. Glucine : extraction de béryl, 414. Grains : alcool, 230.
- Graisses : action sur l'assimilation des albuminoïdes, 319.
- Greffes mortes : utilisation pour la réparation chirurgicale des tissus de nature conjonctive, 238.
- Grippe maligne de 1918, 135.
- — Traitement. 224.
- — Virus, 258.
- Guerre navale en 1918, 385.
- H
- Hareng, 193.
- Hawaii : parc national, 321. Hémorragies : effet des injections intraveineuses isotoniques, 76.
- Horlogerie : engrenages magnétiques, 239.
- Houille : nouveau bassin de Lyon, 51.
- — : Lyon et le Rhône, 155. Houiller : bassin du Pas-de-Calais, 254.
- — : Flore du bassin du Ras-Dau-
- phiné. 270.
- — : Saint-Étienne, 239.
- — : Terrain de Littrv, 76.
- Huiles lourdes et goudrons : application à la fabrication de l’hvdrogène, 175. Ilulnt (baron) : Nécrologie.
- Hydraulique : ressources d’énergie du monde, 257.
- Hydrogène : application des huiles lourdes et des goudrons à sa fabrication, 175.
- Hydrologie : station saharienne pour l’étude des eaux jaillissantes et des eaux diverses du Sahara, 173.
- I
- Immunité des végétaux à l’égard de leurs propres toxines, 95.
- Imprimerie d’un journal chinois, 111. Incendie de l’Esterel. 77.
- — provoqués par les ondes hert-
- ziennes, 270.
- Injections intraveineuses isotoniques :
- effets dans les hémorragies, 76. . Industrie chimique française : ses progrès depuis la guerre, 104.
- — : Développement en Suisse de-
- puis la guerre, 1.
- — de guerre et peinture pneuma-
- tique, 11.
- Ingénieurs : corps de l'armée américaine, 113
- Isomorphes (Mélanges), 223.
- p.418 - vue 422/508
-
-
-
- J
- Jaunes : sur le front, 127.
- Journal chinois : imprimerie, 111. Jumelles à prisme et fatigue nerveuse, 95.
- L
- Laboratoires Lumière de physiologie et de pharmacodynamie, 159.
- — national d’essais textiles, 214. l aitue : développement, 415.
- La Pal lice, agrandissements du port, 31. Lapins à l'ohrrure : élevage, 78.
- Le Havre-Paris, ! 0.
- Lin : rouissage par fermentation bacillaire, 24.
- Liquides anisotropes, 225.
- Littry : terrain houilier, 76.
- Lumières «le couleur : vie des plantes, *59.
- — : Diffusion par les molécules de
- l'air, 518.
- — émise par une source mobile :
- constance de vitesse. 62.
- — : lnlluerice sur l’absorption des
- matières organiques par les plaines, 519.
- — invisib'e : signalisation, 373. Lumière: Laboratoires de physiologie et
- de pharmacodynamie, 139. Lyon : nouveau bassin houillcr, 51.
- — : Le Rhône et la houille, 155.
- M
- Magnétisme : anomalies du bassin parisien, 367.
- Magnélon : théorie, 223.
- Manutention des obus, 65.
- Maraîchères (Cultures) au bord de la mer, 270.
- Marbre : machine à polir, 415.
- Marine de commerce à vapeur, 97.
- — militaire anglaise : navires mys-
- térieux, 257.
- Marseille : nouveaux agrandissements du port. 295.
- Matières organiques : destruction rapide, 76.
- — plastiques dérivées de la conden-
- sation des phénols et des aldéhydes, 152
- Mélanges isomorphes, 223.
- Mercure : dosage par le zinc en limaille, 43.
- Métallisation électrique par projection, 336.
- Métaux et alliages : efforts internes développés par un refroidissement rapide, 238.
- Métallogenèse, 415.
- Météorologie : cinématographe appliqué à l'étude des cartes, 553.
- Microbes : charges électriques, 127.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Microbiose et parasitisme normal, 95. Microorganismes existant dans les tissus : résistance à la chaleur, 127. Mines envahies : reconstitution, 246. Minéraux : coloration, 142.
- Mont Mc Kinley : parc national, 289. Montagnes pétrolifères du Far-West, 261. Montre de guerre, 55.
- Moteurs d’avions modernes, 510.
- — électriques petits : procédés mo-
- dernes de construction, 36.
- — à explosion : pétrole comme sub-
- stitut de l’essence, 227.
- — Liberty. Sou histoire, 58.
- — à vent : progrès dans l’utilisa-
- tion, *68.
- Motoculture : situation actuelle, 305. Musaraigne héroïque et les animaux cuirassés, 116.
- N
- Navires coupés en deux pour franchir des écluses, 319.
- — mystérieux de la marine mili-
- taire anglaise, 257.
- Nécrologie : Marcel Uespn z, 238.
- — : le baron i lu lot, 30.
- — : Charles Wolf, 75.
- Nettoyage mécanique des wagons de chemin de fer, 252.
- Nickel • déshydrogénation, 415.
- Nitrites : dusage, 142.
- Nova : apparition, 43.
- — de 1918 : étoile nouvelle, 63.
- 0
- Obus : manutention, 65.
- Observatoire de Le Monnier, 415. "
- Océan : porls profonds. 76.
- Oiseaux asiatiques en plongée, 337.
- Ondes hertziennes : incendies provoquées, 270.
- Orages de froid : trajectoires, 415.
- Outillage mécanique des chantiers d’excavation et de dragage américains, 177.
- Oxydation de l’oxyde azotique par l’air sec, 318.
- Ozone : réactif et dosage, 414.
- P
- Fagure, perceptions sensorielles, 43. Pain : l’eau de chaux dans sa préparation, 95.
- — de munition (Succédanés du blé
- dans le), 14.
- Paludisme dans les Alpes, 205. l'apipr : fabrication des pâtes avec des feuilles mortes. 14.
- Parasitisme normal et microbiose, 95. Parfums naturels : industrie, 378.
- Parc national d’Hawaii, 321.
- — du mont Mc Kinley, 289.
- ........... — 419
- Paris-Le Havre, 90.
- Pas-de-Calais : bassin liouiller, 254. Peinture pneumatique et induslrie de guerre, 11.
- Péniches et chars d’assaut, 225. Pennsylvania Railroad : wagons de charbon à grande capacité, 48.
- Pertes à la cheminee : appareil de mesure, 568.
- Pesée : appareils, 5.
- Pétrole comme substitut de l’essence dans les moteurs à explosion, 227.
- — montagnes du Far-West, 261. Phénols et aldéhydes : matières plastiques dérivées de leur condensation, 152.
- Photographie aérienne, 81.
- Physiologie et pharmacodynamie : laboratoires Lumière, 139.
- Pigeons voyageurs aux aimées, 49. Plaies : accélération intensive du bourgeonnement, 142.
- — : Lois de cicatrisation, 318.
- — de guerre : suture, 186. Plantation des arbres : emploi des explosifs, 254.
- Plantes : absorption des matières organiques sous l’inlluence de la lumière. 319.
- — marines : Etude spectrograjihique
- des cendres, 550.
- — médicinales : culture, 39.
- — : Vie en lumières de couleur.
- 258.
- Platine : économies en France pendant la guerre. 366.
- — : Pour le remplacer, 204.
- Plomb, étain et thallium : écrouissage,
- 367.
- Plongée des oiseaux aquatiques, 337. Pluie et canonnade, 227.
- Pluviométrie : erreurs et moyen d’y remédier, 254.
- Pô : voies navigables de la vallée, 355. Poissons : nouveaux procédés de conservation par le froid. 107.
- — : Peuplez les eaux, 363.
- Polir le marbre : machine, 415.
- Port de la Pallice : agrandissements, 51.
- — à minerais et agrandissements du
- port de Marseille. 2o5.
- — profonds de l’Océan, 76. Prévision du temps : nouvelle méthode,
- 302.
- — des variations barométriques, 319. Projection : nouvel appareil pour l’enseignement, 303.
- Psychugraphe, 14.
- Q
- Q. Boals : un mystère dévoilé, 209?
- R
- Radeau de mer pour le transport des bois ouvrés, 218.
- Radiogoniométrie, 404.
- p.419 - vue 423/508
-
-
-
- 420 .............................
- Rails : essais par flexion rapide, 15.
- Reconstitution de nos mines envahies, 246.
- Refroidissement rapide : efforts internes développés dans les métaux et les alliages, 238.
- Régénération épithéliale, 95.
- Réseau des rhemins de fer alliés de l’Europe, 169.
- Ressources d’énergie hydraulique du monde, 237.
- Restauration des chemins de fer après la guerre, 72.
- Rhône, Lyon et houille, 155.
- Rouissage du lin par fermentation bacillaire, 2i.
- Routes en ciment, 382.
- Sahara : station hydrologique pour l’étude des eaux jaillissantes et des eaux diverses, 173.
- Saignée lymphatique : désintoxication par, 43.
- Saint-Etienne : terrain houiller, 239. Sang : conductibilité électrique, 143. Sarre : charbons, 219.
- Science : relations internationales d’a-près-guene, 159.
- Sciure de bois : emploi économique dans les cuisines domestiques, 96.
- Sel de plantes du Cameroun, 62. Sérothérapie anti-gangrenouse, 95. Signalisation par la lumière invisible, 373.
- Silice précipitée, 318.
- Sol : désinfection et stérilisation partielle. 200.
- — : Ebranlements causés par les,
- explosions, 270.
- — : Réserves aqueuses, 127.
- Soleil : Température centrale, 318.
- Son du canon : propagation, 142.
- — : Vitesse à l’air libre, 270. Sondages aérologiques parballons-pilotes,
- 376.
- — : Mesure de la température, 95.
- — par le son de la haute atmo-
- sphère, 254.
- Sorgho, 43.
- — sucré : pouvoir colorant des
- glume, 127.
- Spectrographie des cendres de plantes marines, 250.
- Sporulation par symbiose chez des champignons inférieurs, 127.
- INDEX ALPHABÉTIQUE :
- Stérilisation partielle des terres, 159. — partielle et désinfection du sol, 200.
- Succédanés peu connus du blé, 92. Sucre d’érable, 60.
- Suisse-Bordeaux, 314.
- Suisse : développement industriel depuis la guerre, 1.
- Suture des plaies de guerre, 186. Symbiotes et vitamines, 61.
- T
- T. P. S., 536.
- Tchéco slovaques : notes, 241. Téléphonique (Captage), 283.
- Temps quaternaires, 13.
- Terrain houiller de Saint-Étienne, 239.
- — et travail nécessaires pour pro-
- duire les divers aliments, 190. Terre : indice de chlore et pouvoir absorbant, 270.
- — : Stérilisation partielle, 159. Textiles : industries de l’Alsace, 278.
- — : Laboratoire national d’essais,
- 214.
- Thalassothérapie : Congrès, 62. Thallium, plomb et étain : écrouissage, 367.
- Thermomètre pour aveugles, 224. ïilho (lieutenant-colonel) : œuvre en Afrique centrale, 129.
- Transports automobiles : organisation économique, 318.
- — des bois ouvrés : radeau de
- mer, 218.
- — frigorifiques en France, 263. Travail et terrain nécessaires pour produire les divers aliments, 190.
- Tubes à vide à 3 électrodes, 291. Tuberculose pulmonaire : pronostic, 76. Tungstène : rôle dans l’industrie moderne, 332.
- Tunnels : principes et règles scientifiques pour l’établissement sous nappes d’eau, 270.
- U
- Ukraine : notes, 286. Urbanisme, 298.
- Usines : aménagement moderne, 5, 65. — : Chariots à accumulateurs pour le service, 184.
- V
- Végétaux : action nocive du carbonate de magnésium, 62.
- — : Immunité à l’égard de leurs
- propres toxines, 95.
- Vent : effet sur les hautes cheminées d’usines, 244.
- Verre : substituts, 35.
- — : Travail au laboratoire, 351. Vêtement insubmersible et protecteur
- contre le froid, 551.
- Villages : aménagement, 523.
- Virus de la grippe, 238.
- Viscosité, 273.
- — : Application nouvelle, 302. Vitamines et symbiotes, 61.
- Vitesse du son à l’air libre, 270.
- Vitres broyées par l’explosion des projectiles de bombardement : structure, 143.
- Voie de communication maritime franco-belge, 269.
- Vols à haute altitude, 326, 543 Vosges : percée, 540.
- Voyelles : théorie, 76.
- w
- Wagons de charbon à grande capacité du Pennsylvania Railroad, 48.
- — de chemins de fer fabrication,
- 206.
- — de chemins de fer : nettoyage
- mécanique, 252.
- Wolf (Charles) : nécrologie, 75.
- Z
- Zinc en limaille : dosage du mercure, 45.
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-
-
-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- A. B. — Le sucre d’érable, 60. — Nouveaux procédés de conservation du poisson par le froid, 107. — Le corps des ingénieurs de l’armée américaine, 113. — Pour remplacer le platine, 204. — La canonnade et la pluie, 227. — Les ressources d’énergie hydraulique du monde, 237. —Effets du vent sur les hautes cheminées d’usines, 244. — Les voies navigables de la vallée du Pô, 355.
- âuburtin (J.-M.). — L’urbanisme, 298. — L’aménagement des villages, 323.
- B. (Padl). — Le rôle du tungstène dans l’industrie moderne, 332.
- Baud (Paul). — L’alcool de grains, 230.
- Belot (Emile). — L’emploi économique de la sciure de bois dans les cuisines domestiques, 96.
- Bertin (E.). — Marine de commerce à vapeur, 97. — La guerre navale en 1918, 385.
- Blin (IIknri). — Progrès dans l’utilisation du moteur à vent, 268.
- Blondel (Georges). — Nécrologie : le baron Hulot, 30.
- Bousquet (M.). — Les industries de guerre et la peinture pneumatique, 11. — L’outillage mécanique des chantiers d’excavation et de dragage américains, 17 7.
- Boyer (Jacques). — Dans l’imprimerie d’un journal chinois, 111. — Nouveaux ferry-boats, 124. — Un thermomètre pour aveugles, 224. — Nettoyage mécanique dpS wagons de chemin de fer, 232. — Navires coupés en deux pour franchir des écluses, 319. — Le cinématographe appliqué à l’étude des cartes météorologiques, 353.
- Breton (A.). — Les agrandissements du port de La Pallice, 31. — Le plus récent et le plus grand chantier de construction navale, 33.— L’aérobus Farman, 271. — Économies de platine en France pendant la guerre, 566.
- G, D. — Le réseau des chemins de fer alliés de l’Europe, 169.
- Claude (Daniel). — La Commission scientifique interalliée du ravitaillement, 28. — Succédanés peu connus du blé, 92.
- — Terrain et travail nécessaires pour produire. les divers aliments, 190.
- Couston (F.). — Une station hydrologique saharienne pour l’étude des eaux jaillissantes et des eaux diverses du Sahara, 175.
- Coustet (E.) — Les laboratoires Lumière de physiologie et de pharmacodynamie, 139.
- D. C. — Le parc national du Mont Mac Kinley, 289. — Le parc national d’Hawaii, 521.
- Flamel (Nicolas). — La cryptographie, 120. — Traîtres engins de guerre allemands, 180. — La viscosité, 273.
- Forbin (V.). — Les pigeons voyageurs aux armées, 49 — Les jaunes sur le front, 127. — Un mysière dévoilé, les Q. Boats, 209. — Notes sur les Tchéco-Slovaques, 241. — Les montagnes pétrolifères du Far-West, 261. — Notes sur l’Ukraine, 286. — Les oiseaux aquatiques en plongée, 337.
- G. S. — Les procédés modernes de construction des petits moteurs électriques, 36.
- Gouault (Emile). — Les transports frigorifiques en France, 265.— La flotte frigorifique, 401.
- Goudard. — Situation actuelle de la motoculture, 305.
- Guillaume (A.-C.). — La grippe maligne de 1918.135. — La chirurgie qui évolue : la suture des plaies de guerre, 187.
- H. C. — Le travail du verre au laboratoire, 351.
- Hulin (Albert). — Les matières plastiques dérivées de la condensation des phénols et des aldéhydes, 152. j). — Nouvel appareil à projection pour l’enseignement, 303.
- Kasperowicz. — Métallisation électrique par projection, 536.
- Koehler (A.). — Lyon, le Rhône et la houille, 155. — L’industrie des parfums naturels, 578.
- L. R. — Une nouvelle étoile « La Nova » de 1918, 63.
- Lanorville (Georges). — Culture des plantes médicinales, 39.
- — L’élevage des lapins à lourrure, 78.
- Launay (L. de). — Développement industriel de la Suisse depuis la guerre, 1. — L’utilisation des forces naturelles, 68.
- — Paris-Le Havre, 90. — Les économies de combustibles, 196. — A nos lecteurs. 209.
- Lefranc (Lt. J.-Abel). — L’évolution de l’aviation allemande. IV. Gouvernes, instruments de bord, appareil respiratoire, 17. — V. Photographies aériennes, 81. — Vers les avions géants, 145, 161. — Chronique d’aviation, 239. — Quelques moteurs d’avions modernes, 310. — Les vols à haute altitude, 326, 343.
- Levatel (R.). — La fabrication des wagons de chemins de fer, 206.
- M. B. — Les substituts du verre, 35.
- M. V. — Les tubes à vide à 3 électrodes et leurs applications aux relais téléphoniques, 291.
- Martel (E.-A.). — A nos lecteurs, 209.
- Merle (René). — Le hareng, 193. — Faites du poisson, peuplez les eaux, 363.
- Meunier (Stanislas). — Structure de vitres broyées par l’explosion des projectiles de bombardement, 143.
- Miramond de Lauoquette (D'j. — La vie des plantes en lumières de couleur, 258.
- Morissat (Henri). — Restauration des chemins de fer après la guerre, 72.
- P. B. — L’application des huiles lourdes et des goudrons à la fabrication de l’hydrogène, 175. — Une nouvelle technique de la science agronomique : la désinfection du sol et sa stérilisation partielle, 200. — Un appareil de mesure de la perte à la cheminée, 368.
- Pahin (Lucien). — Wagons de charbon à grande capacité du Pennsylvania Railroad, 48.
- Pawlowski (Auguste). — Le nouveau bassin houiller de Lyon, 51. — L’industrie chimique française et ses progrès depuis la guerre, 104. — Les charbons de la Sarre, 219. — La liaison par eau de l’Alsace-Lorraine avec le noid et le sud de la France, 233. — Les nouveaux agrandissements du port de Marseille et la création d’un port à minerais, 295. — Une nouvelle artère : Bordeaux-Suisse, 514. — Les relations par fer de l’Alsace-Lorraine avec la France, 340
- Pernelle (Claude). — Balles allemandes et autrichiennes, 44.
- R. M. — La caséine, 9. — La question de l’Adriatique, 369.
- Rabot (Charles). — L’œuvre du lieutenant-colonel Tilho en Afrique centrale, 129. — Radeau de mer pour le transport des bois ouvrés, 218. — Les erreurs de la pluviométrie et le moyen d’y remédier, 254.
- Radio (Un). — La T. P S., 356.—La Radiogoniométrie, 404.
- Ratmond (G.). — A propos de l’incendie de l Esterel, 77.
- Renouard (Alfred). — Le rouissage du lin par fermentation bacillaire, 24. — Un laboratoire national d'essais textiles, 214. — Les industries textiles de l’Alsace, 278.
- Reverchon (Léopold). — La montre de guerre, 55.
- Roucii (J.). — Les sondages aérologiques par ballons-pilotes, 376.
- Rouquerol (Général). — Le captage téléphonique, 283.
- Sallior (P.). — L’emploi des abrasifs dans l’industrie de guerre, 215.
- Sauvairk-Jourdan. — Les navires mystérieux de la marine militaire anglaise, 257.
- Thieuli.oy (Jacques de). — Reconstitution de nos mines envahies, 246.
- Trouessart (E.). — La musaraigne héroïque et les animaux cuirassés, 116.
- Vigneron (II.). — Machine centrifuge pour la préparation des anneaux métalliques, 349. — La signalisation par la lumière invisible, 373. — La fluorescence, 405.
- Villers (R.) —; Chars d’assaut et péniches, 225. — Une machine à polir le marbre, 415.
- Volta (H.). — L’aménàgement moderne des usines : les appareils de pesée, 5. — Le moteur Liberty, son histoire, 58.
- — Aménagement moderne des usines : la manutention des obus dans les usines de munitions anglaises, 65. — Chariots à accumulateurs pour le service des usines, 184. — La question du fer-blanc en France, 250.
- X.... —- Le pétrole comme substitut de ^l’essence dans les moteurs à explosion, 227. !
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-
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- TABLE DES MATIERES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués dans cette table en lettres italiques.
- I. — ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances hebdomadaires de l’Académie des Sciences 14, 43, 61, 75, 95, 127, 142, 159, 205, 223, 238,
- 254, 269, 502, 318, 350, 367, 414.
- Relations scientifiques internationales d'après-guerre . 159
- Conférence interalliée des académies scient,fiques . 254
- Nécrologie : Uiarles Wolf............................. 75
- Nécrologie : Marcel Deprez............................238
- II. — MATHÉMATIQUES ET ASTRONOMIE
- Une nouvelle étoile « I.a Nova » de 1918 (L. R.). . . 63
- Apparition d'une Nova................................ 43
- Eclat intrinsèque du ciel étoilé...................... 45
- La nouvelle étoile de l'Aigle......................... 62
- Les courants stellaires............................... 95
- Température centrale du soleil........................518
- L’Übservatoiie de Le Monnier dans la rue Saint-Honoré.........................•.....................415
- III. — SCIENCES PHYSIQUES. 1. Physique.
- Structure de vitres broyées par l’explosion des projectiles de bombardement. (Stanislas Meunier). . . . . 143
- Un thermomètre pour aveugles (Jacques Royer) . . . 224
- La viscosité (Nicolas Flamel).........................273
- Nouvel appareil à projection pour l’enseignement
- (J. D.) . . .......................................503
- La fluorescence (II. Vigneron)........................403
- Le phénomène caluthermique............................ 62
- Constance de vitesse de la lumière émise par une
- source mobile...................................... 62
- La jiropagalion du son du canon........................142
- Coloration des minéraux............................... 142
- La théorie du magné ton...............................223
- Les mélanges isomorphes...............................225
- Liquides aniso ropes...................................223
- Le point de Curie dans le fer..........................239
- Etude de la haute atmosphère à l'aide de sondages
- par le son......................................... 254
- Ebranlements du sol causés par les explosions. . . 270
- La vitesse du son à l’air libre........................270
- Incendies provoqués par les ondes hertziennes . . . 270
- Sadi Carnot et le principe de T équivalence. . . . 302
- Sur une application nouvelle de la viscosité . . . 502
- Résistance dynamique, de l’acier.......................318
- De l'écoulement des gaz sous fortes pressions . . . 318
- Sur la diffusion de la lumière par les molécules de
- l’air...............................................318
- Les théories émissives et le principe de Doppler-
- Fiztau. . . ........................................350
- Comment Carnot' a calculé l’équivalent mécanique de la chaleur........................................351
- Sur l’écrouissage du plomb, de l’étain et du thal-
- lium ............................................367
- Propriétés optiques des émulsions bactériennes. . . 367
- 2. Chimie.
- Les substituts du verre (M. B.)..................... . 35
- L’industrie chimique française et ses progrès depuis la
- guerre (A. Pawlowski)...............................104
- Les matières plastiques dérivées de la condensation des
- phénols et des ahtéhydi s (Albert Hulin)............152
- Application des huiles lourdes et ries goudrons à la fabrication de l’hydrogène (P. B.).....................175
- Pour remplacer le platine (A. B.)......................204
- L’alcool de grains (Paul Baüd).........................250
- Le rôle du tungstène dans l industrie moderne (Paul B.j 552 Economies de platiue en France pendant la guerre
- (À. Breton).........................................566
- L’industrie des parfums naturels (A. Kœiiler)..........578
- Dosage du mercure par le zinc en limaille...............43
- Chaleur de formation des borates de calcium anhydres ................................................ 62
- L’argon............................................... 76
- Destruction rapide des matières organiques .... 76
- La formation du coke...................................127
- Dosage des nitrites....................................142
- Hétérogénéité de l’acier . ............................223
- Les gaz des fumées.....................................270
- Oxydation de l’oxyde azotique par l’air sec. . . 318
- Sur la silice précipitée...............................518
- Méthode de traitement dn béryl pour en extraire la
- glucine.............................................414
- Réactif et méthode de dosage de l'ozone................414
- Déshydrogénation catalytique par le nickel en présence de l’hydrogène.................................415
- IV. — SCIENCES NATURELLES.
- 1. Géologie. — Physique du globe.
- Le nouveau bassin houiller de Lyon (A. I’awlowski). . 51
- Les charbons de la Sarre (A. Pavvlowski)................ 219
- Les montagnes pétrolifères du Far-West (V. Forbin) . . 261
- Une station hydrologique saharienne pour l’étude des eaux jaillissantes et des eaux diverses du Sahara
- (F. Couston)........................................ 175
- Les temps quaternaires.................................. 43
- Géologie de la province de Cadix...................... 62
- Le terrain houiller de Liltry............................ 76
- Les réserves aqueuses du sol.............................127
- Influence du rayon de courbure des corps sur la formation du givre..................................... 127
- La ferrisphère . . ......................................142
- Les eaux souterraines de l’Afrique occidentale . . 142
- Un précurseur en géologie, Dolumieu......................225
- Composition de l’atmosphère..............................238
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-
-
- . ........TABLE
- Le terrain houiller de Saint-Etienne...............
- Le bassin houiller du Pas-de-Calais................
- La flore du bassin houiller du Bas-Dauphiné . . . Sur les anomalies magnétiques du bassin parisien. Point de vue nouveau sur la mélallogenèse..........
- 2. Météorologie.
- La canonnade et la pluie (A. B )...................
- Les erreurs de la pluviométrie et le moyen d’y remédier
- (Charles Rabot).................................
- Le cinématographe appliqué à l’étude des cartes météorologiques (J. Boyer)..........................
- Les mouvements généraux de Vatmosphère. . . . ;
- Mesure de la température des sondages..............
- Recherches sur une nouvelle méthode de prévision
- du temps........................................
- Sur la prévision des variations barométriques . . . Appareil destiné à l’étude de la formation et de la
- persistance des brouillards...............
- Sur les orages de froid et leurs trajectoires......
- 3. Physiologie. — Zoologie.
- La caséine (R. M.).................................
- La commission scientilique interalliée d'alimentation
- ' (Daniel Claude)................................
- Les pigeons voyageurs aux armées (V. Foivbin) .... L’élevage des lapins à fourrure (G. Lanor ville). . . . Nouveaux procédés de conservation du poisson par le
- froid (A. B.)...................................
- La Musaraigne héroïque et les animaux cuirassés
- (Trouessart)....................................
- Les laboratoires Lumière de physiologie et de pharmacodynamie (E. Coustet)............................
- Le hareng (René Merle) ............................
- Les oiseaux aquatiques en plongée (V. Forbin) .... Faites du poisson, peuplez les eaux (R. Merle). . . .
- Le psychographe....................................
- Perceptions sensot'ielles chez le Pagure...........
- Vitamines et symbiotes.............................
- Un sel d- plantes du Cameroun......................
- Effet des injections intraveineuses isotoniques dans
- les hémorragies.................................
- La théorie des voyelles............................
- Les cellules des foraminifères.....................
- Parasitisme normal et microbiose...................
- Les jumelles à prisme et la fatigue nerveuse. . . Résistance à la chaleur des éléments vivants existant normalement dans les tissus végétaux et
- animaux. .... ...........................
- Les charges électriques des microbes...............
- Conductibilité électrique du sang..................
- Mécanisme de l'action des graisses dans l’assimilation des albuminoïdes.............................
- 4. Botanique. — Agriculture.
- Le rouissage du lin par fermentation bacillaire (Alfred
- Renouard).......................................
- Culture des plantes médicinales (Georges Lanorville) .
- Le sucre d’érable (A. B,)..........................
- A propos de l’incendie dé l’Esterel (G. Raymond) . . . Succédanés peu connus du blé (Daniel Claude). . . . Nouvelle technique de la science agronomique : la désinfection du sol et sa stérilisation partielle (P. B.). La vie des plantes en lumières de couleur (Dr Mihamond
- de Laroquette)..................................
- Situation actuelle de la motoculture (Goudard) .... Les succédanés du’blé dans le pain de munition. . Fabrication des pâtes à papier avec des feuilles
- mortes..........................................
- Le sorgho..........................................
- Action nocive du carbonate de magnésium sur les
- végétaux........................................
- L’eau de chaux dans la préparation du pain . . . Immunité des végétaux à l’égard de leurs propres toxines............................................
- MATIÈRES ........----- .= 423
- Sporulation par symbiose chez des champignons
- inférieurs...................................... 127
- Pouvoir colorant des glumes du sorgho sucré . . . 127
- Préparations de café................................142
- La stérilisation partielle des terres...............159
- Les principes de la classification botanique. . . . 159
- L’emploi des explosifs pour la plantation des
- arbres...........................................254
- Indice de chlore et pouvoir absorbant de la terre à
- son égard....................................... 270
- Cultures maraîchères au bord de la mer............. 270
- Influence de la lumière sur Vabsorption des matières organiques par les plantes.................319
- Etude spectrographique des cendres de plantes marines.............................................350
- Développement de la laitue........................ 415
- V. — GÉOGRAPHIE. - ETHNOGRAPHIE.
- Développement industriel de la Suisse depuis la guerre
- (L. de Launay)...................................... 1
- Nécrologie. Le baron Ilulot (Georges Blondel) .... 30
- Paris-Le Havre (L de Launay)........................... 90
- Dans l’imprimerie d’un journal chinois (Jacques Bqyer). 111
- Les jaunes sux le front (V. Forbin)....................127
- L’Œuvre du lieutenant-colonel Tilho en Afrique Centrale
- (Charles Rabot) ......................................129
- Lyon, le Rhône et la houille (A. Kœhler)...............155
- Le réseau des chemins de fer alliés de l’Europe (C. D.). 169
- La liaison par eau de l’Alsace-Lorraine avec le Nord et
- le Sud de la France (A. Pawlowski)..................253
- Notes sur les Tchéco-Slovaques (V. Forbin)...............241
- Notes sur l’Ukraine (V. Forbin)......................... 286
- Le parc national du Mont Mac Iiinlcy (D. C.)...........289
- Les nouveaux agrandissements du port de Marseille et la créati n d’un port à minerais (A. Pawlowski) . . 295
- Une nouvelle artère : Bordeaux-Suisse (A. Pawlowtski). 314
- Le parc national d’Hawaii (D. C.)................ 521
- Les relations par fer de l’Alsace-Lorraine avec la France
- (A. Pawlowski)....................................... 340
- Les voies navigables de la vallée du Pô (A. B.) . . . . 355
- La que-tion de il’Adriatique (R. M.)...................369
- Les ports profonds de l’Océan............................ 76
- Le creusement du Fier.................................... 95
- Une voie de communication maritime franco-belge. 269
- VI. - HYGIENE. — MÉDECINE.
- La grippe maligne de 1918 (A.-C. Guillaume). .... 155
- La chirurgie qui évolue : la suture des plaies de guerre
- (A.-C. Guillaume).................................186
- La désintoxication par saignée lymphatique. ... 45
- Congrès de thalassothérapie.......................... 62
- Anesthésie générale par le chloralose.............. 62
- Pronostic de la tuberculose pulmonaire............. 76
- Guérison de la gangrène gazeuse...................... 76
- La régénération épithéliale.......................... 95
- La sérothérapie antigangreneuse...................... 95
- Répartition des anophèles dans le sud-est de la
- France..................................• • • "142
- Fiches scolaires.....................................142
- Accélération intensive du bourgeonnement des plaies. 142
- Le paludisme dans les Alpes..........................205
- Le traitement de la grippe...........................224
- Le virus de la grippe................................238
- Utilisation de greffes mortes pour la réparation chirurgicale des tissus de nature conjonctive . . 238
- Traitement de la gangrène gazeuse....................270
- Causes de la mort chez les chevaux immunisés avec les bactéries tuées ou les extraits bactériens. . . 318
- Les lois de la cicatrisation des plaies..............318
- Vêtement insubmersible et protecteur contre le froid. 351
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- LA NATURE
- Supplément.
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- INFORMATIONS
- N° 2350 •
- 2à Janvier 1919
- Pertes de navires et constructions navales depuis 1916. —- On sait que la guerre sous-marine a été l’une des armes les plus inquiétantes de l’ennemi pendant la guerre, diminuant fortement, et même menaçant à un moment donné d’arrêter complètement, le ravitaillement des alliés en hommes, en munitions et en nourriture.
- On peut aujourd’hui, non plus seulement, comme divers journaux l’ont publié il y a quelques mois, indiquer par une courbe la marche relative des destructions et des constructions sans indications de chiffres, mais donner la valeur réelle des pertes mondiales de tonnage -et celle des constructions mondiales pendant la même période.
- Nous empruntons à un graphique publié par VInstitut International de Rome à propos des frets, les chiffres suivants qui représentent en chiffres ronds les tonnages bruts (en milliers de tonnes anglaises) :
- Pertes. Construc- Différence. Situation
- — tions. — en résultant.
- 1916 1er trimestre . 550 430 — 120 — 120
- 2- — . 350 430 — 120 — 240
- 3* — • 600 430 — 170 — , 410
- 4« — . 1100 430 — 670 — 1 080
- 1917 — . 1 600 530 — 1 070 — 2 140
- 2» — . 2 200 630 — 1 570 — 5 720
- 3e — . 1 500 630 — 870 — 4 590
- 4e — . 1 270 930 — 340 — 4 930
- 1918 1“ — . 1 130 870 — 260 — 519U
- Oe 940 1 240 + 500 — 4 890
- 5° — . 900 1 900 + 1 000 — 5 890
- Le simple examen de ces chiffres contribue à expliquer la fin de la guerre mondiale. Si l’on tient compte que les destructions sont aujourd’hui arrêtées, tandis que l’effort de constructions navales continue à augmenter en Angleterre (voy. La Nature, n° a3aa) et qu’il n’a pas encore atteint aux Etats-Unis son plein rendement, on voit que la flotte de commerce du monde ne tardera pas à dépasser le tonnage d’avant-guerre.
- Pourquoi manquons-nous de tabac? — Que nous manquions de tabac, c’est un fait, hélas, depuis longtemps connu de tous nos lecteurs. Mais quelques chiffres ne sont peut-être pas inutiles pour préciser la situation. Nous les emprunterons à une récente communication de M.de Lapparent à l’Académie d’Agriculture.
- La diminution des récoltes indigènes peut, être calculée d’après les données suivantes : « en France, on comptait, en 1910, 46000 planteurs, qui cultivaient i4^5o hectares ; le produit était de 24371000 kg. En 1917, les planteurs n’étaient plus que 3a 363 ; le nombre d’hectares cultivés était réduit à 10000 et le produit à 14 23 x 000 kg. Le rendement à l’hectare en poids était descendu de 1691 à 1421 kg. 11 est vrai que les pays envahis comptaient, avant la guerre, plus de 2000 hectares de tabac. » Cette diminution s’est produite malgré les majorations de prix successivement consenties par l’Administration : 20 fr. par quintal en 1916, 4° fr-en 1917, i5o fr. en 1918. Cette dernière augmentation n’a provoqué la mise en culture que de 1600 nouveaux hectares. Il est vrai que le tabac demande beaucoup d'engrais et de main-d’œuvre, également rares en ce moment,
- L’Administration avait bien prévu des achats de tabacs exotiques. « En 1913, les importations avaient été de 27 millions de kilogrammes. Pour 19x4. les marchés avaient porté sur a5 millions de kilogrammes; en 1915, sur 36 millions; en 1916, sur 47 millions. Mais la guerre sous-marine à outrance a détruit plusieurs millions de kilogrammes, sans compter le manque de tonnage. »
- Enfin, la consommation s’est accrue dans des proportions formidables. Pour le tabac de cantine seul, elle est passée de 2480000 kg en 1913 à 22889000 en 19x6 et à 19655000 en 1917.
- Ces trois causes réunies suffisent à expliquer la pénurie actuelle de tabac. Puissent ces raisons faii’e patienter les fumeurs !
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- SCIENCE APPLIQUÉE
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- Appareil à extraction de Kumagava et Suto. —
- L’importance attribuée aux lipoïdes et en particulier à la cholestérine dans les problèmes de chimie biologique (voir La Nature, n° 2i3a), a déterminé de nombreux chercheurs à se livrer à leur dosage minutieux. La méthode classique d’extraction des matières gi'asses par l’alcool ou l’éther dans l’appareil de Soxlilet est aujourd’hui considérée dans bien des cas comme insuffisante, elle est fréquemment remplacée par un dosage plus long et plusprécis des lipoïdes, de la cholestérine libre et combinée, des lipoïdes phosphorés et des acides gras, après extraction au moyen d’un appareil inventé par deux chimistes japonais, Kumagava et Suto. Cet appareil se compose d’une sorte de ballon à large col surmonté d’un réfrigérant à reflux. Dans le col du ballon, trois petites pointes sixppor-tent un cylindre de verre fermé à sa partie inférieure et muni d’un siphon, dans lequel est placée une cartouche de papier contenant la substance à traiter.
- Cet appareil présente sur les appareils de Soxlilet ordinaires les avantages suivants : i° L’appareil est bien moins encombrant en hauteur, et il ne comporte qu’un seul joint rddé à l’émeri; les chances de casse et de fuites sont donc réduites. 20 La douille à extraction étant entièrement plongée dans la vapeur du solvant, le produit est extrait à la température d’ébullition. 3° Les grandes sections que trouve la vapeur sur son passage empêchent les accidents quand l’ébullition est tumultueuse. 4° Les formes ramassées de l’appareil font que les condensations de solvant sont bien moins importantes que dans les Soxhlet ordinaires. Il n’y a besoin d’avoir qu’une source de chaleur assez faible, ce qui permet d’employer le ‘bain de sable qui a, sur le bain-
- marie, l’avantage de n’exiger aucune surveillance, et sur le bain d’huile, l’avantage d’être ininflammable et de laisser les ballons propres. — M. G. Mechling, constructeur, rue des Grands-Degrés, Paris.
- Transformation d’un brûleur Bunsen ordinaire en bec à veilleuse. — Il est facile de munir tout brûleur de laboratoire d’un dispositif à veilleuse permettant d’ouvrir et de fermer le robinet sans jamais avoir à réallumer le gaz. Il suffit pour cela de placer dans le bout du tube en caoutchouc qui alimente le brûleur un bouchon également en caoutchouc, percé de deux trous . Dans l’une de ces ouvertures, on introduit le tube à téton du brûleur ; l’autre trou reçoit un tuyau de verre courbé sixr bec papillon de manière à suivre le galbe du brûleur, son extrémité effilée aboutissant près du haut de ce dernier (fig. 1). Quelqu’un d'un peu habitué aux manipulations de laboratoire fait cela en dix minutes ; et nous avons pu constater qu’à l’usage, le système marche très bien ; en particulier, l’effilure du verre, qu’pn pouvait craindre de voir sjaltérer sous l’influence de la chaleur, l’ésiste.
- Quand on a du petit tube de cuivre, il est mieux de construire le même dispositif plus robuste en substituant le métal au verre. On sait que ce tube peut être coudé à froid, mais après avoir été rempli de résine ou d’étain pour éviter son àplatissemènt. On obtient le bout effilé en frappant avec un marteau et soudant sur toute la largeur, excepté un des points extrêmes. Il est boix de ligaturer finalement les tubes verticaux entre eux par un peu de fil d archal.
- Le tube à gaz porte un bouchon d’où part, outre le téton du bec, un petit tube coudé en verre.
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- JfcD
- RECETTES ET PROCEDES UTILES
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- Garnissage calorifuge. — Le prix du charbon ayant attiré notre attention sur la nécessité de pouvoir recommander une bonne recette pratique parmi les nombreuses formules connues, nous fîmes au Laboratoire de La Nature quelques essais comparatifs dont voici les résultats.
- L’argile, employée de préférence sous la forme de variété grise servant à faire la pâte à modeler, donne des enduits assez solides. Toutefois, pour obvier au retrait, il convient de lui ajouter du sable, ou bien même de la silice fossile (kieselguhr) qui rend l’euduit beaucoup plus léger. De petites additions de silicate sodi-que, faites dans le but d’améliorer la consistance, ne •donnèrent aucun résultat. Il convient d’incorporer à la masse des fibres qui consolident l’enduit ( poils de cheval ou de vache, vieilles ficelles 'découpées menues et cordées.
- Un poids de silice est mélangé à son poids double d’argile ; on arrose avec assez d’eau pour obtenir en pétrissant une masse à consistance du mastic de vitrier, on incorpore 2 à 5 pour 100 de libres, on malaxe et on applique sur les surfaces à protéger, à la main, en lissant avec une truelle. Ces surfaces auront été auparavant grattées, brossées, puis badigeonnées avec un peu du mortier argileux délayé dans beaucoup d’eau. C’est sur cet enduit sec qu’on applique le calorifuge en couche épaisse de 1 à 3 ou 4 centimètres. Finalement, on enroule en hélice régulière une bande de tissu qui protégera la masse des frottements et heurts; après séchage, on donne une couche de peinture.
- Notre calorifuge est très simple à préparer, très économique, absolument incombustible et très efficace, la
- silice fossile se rangeant parmi lès meilleurs isolants. Dans un tuyau contenant de la vapeur à 8 kg de pression, on perd environ 3 kg de vapeur par heure et par mètre carré, s’il n’y a pas de calorifuge; tandis que 5oo gr. seulement se condensent avec une couche isolante. Il suffît de connaître ces chiffres pour vouloir aussitôt protéger partout les parois chaudes.
- Infusion d’épluchures de pommes. — Yoici un ingénieux moyen d’utiliser ces parties du fruit, perdues d’ordinaire, quoique les plus riches peut-être en principes sapides. On prend les pelures — les plus minces possibles — d’une ou deux pommes par grande tasse d’infusion à préparer. On verse dessus de l’eau bouillante dans laquelle on fit dissoudre environ 5 gr. par litre d’acide tartrique ou d’acide citrique. On passe, on sert et on boit chaud après avoir sucré à la façon habituelle. (Laboratoire de La Nature.)
- Parfums pour lampes à vapeurs de formol. — On
- connaît ces lampes à mousse ou à filament de platine porté à l’incandescence soit par de l’alcool méthylique, soit par de l’alcool ordinaire dénaturé au méthylène et qui dégagent des vapeurs d’aldéhyde formique. La Parfumerie Moderne publie quelques formules de Cerbe-laud pour parfumer diversement ces vapeurs : 20 gr. d’essence de verveine ajoutés à l’alcool donneront une odeur de verveine; 20 gr. d’essence de géranium et o gr. ^5 de menthol produiront l’odeur de rose; 5 gr. d’essence de bergamote, 2 gr. d’ionone et 1 gr. d’hélio-tropine ou de vanilline dégageront le parfum de la violette.
- JteD
- BOITE AUX LETTRES
- Pour supprimer les bruits des fils téléphoniques passant sur une maison. — Deux de nos lecteurs nous ont adressé des solutions qui nous paraissent excellentes. s
- M. L. Rolland signale qu’il n’y a qu’à envelopper les fils d’un chiffon de toile roulé 5 ou 6 fois au moins et fortement serré, à 10 cm des isolateurs de chaque côté, sur 20 cm de long et d’envelopper complètement les fils de fer qui servent de support, également avec de la toile.
- M P. S., ingénieur à Lyon, nous écrit : « Si ce fil de fer ne sert que de hauban, il suffira d’en remplacer une partie du côté du point d’attache sur la maison par une chaîne. La multiplicité des maillons s’oppose à la transmission des vibrations. Les Compagnies de tramways électriques ont également employé d’autres dispositifs-pour éviter de faire vibrer les fils des immeubles sur lesquels elles fixent, par scellement, leurs fils [trans-
- versaux. La chaîne est, pensons-nous, le plus efficace. »
- Yoici enfin une 3e solution d’un ordre tout différent également indiquée par M. P. S. : « Intenter une action devant le Conseil de Préfecture, à l’Etat français, en raison des troubles apportés. Malgré que le Service téléphonique soit d’utilité publique, l’Etat n’a pas le droit de causer un dommage à autrui, à moins d’une juste indemnité. »
- A plusieurs lecteurs. — Pour fabriquer des feux de bengale et des feux de joie le jour de la signature de la paix, vous pouvez consulter l’article paru dans le numéro de vacances de La Nature du 6 juin 1914. Yoir aussi le Manuel Roret de Vartificier. Mulo, éditeur, 12, rue Hautefeuille, Paris.
- DT A. F. — Yous trouverez des formules de préparation des cirages et crèmes pour chaussures, p. 275 et suivantes des Recettes de l’Atelier, Masson, éditeur.
- ><
- 5feD
- *3
- BIBLIOGRAPHIE
- Comment devenir ingénieur, par l’école ou}par l’usine'? par Etienne Flagey, i vol. in-16, 243 p., Payot et C‘% Paris. Prix : 4 fr. 5o.
- Correspondance de Charles Gerhardt, publiée et annotée par Marc Tiffeneau, t. I, Laurent et Gerhardt, 1 vol. in-8% 366 p., 1 gravure, Masson et C‘% Paris.
- The production and treatment of vegetable oils, par T.-YV. Chaimers, i vol. in-40, i52 p., 97 fîg. Constable et Cie, Londres. Prix : 21 sh.
- Agenda du chimiste parfumeur, par R. M. Gatiefossé, suivi de La Teinture des cheveux, par A. Chaplet. 1 vol. in-8% 3ï2 p;, Editions scientifiques françaises, Paris. Prix : 7 fr. 5o.
- Lm face de la terre (Das Antlitz der Erde), par Ed. Suess, traduit et annoté sous la direction de Emin. de Marokrie. T. III, 4° partie avec un épilogue par
- Pierre Termier. i vol. in-4, 2 cartes en couleur, 3 planches, i.i5 fig.; tables générales, 1 vol. in-4, 258 p. Armand Colin, Paris. Prix : 25 francs.
- Traité de Physiologie, par J.-P. Morat et Maurice Doyon, t. Y, Fonctions de relation et de reproduction, i- vol. in-8°, 872 p., 221 fig. Masson et C‘% Paris. Prix : 25 francs.
- Z# cocaïne, par Courtois-Suffit et R. Giroux, i vol in-12, 23o p., Masson et C‘% Paris. Prix : 4 francs.
- Accidents du travail des ouvriers des usines et établis-
- 1 sements de la guerre, par G. Yallat, i vol. in-12’, 112 p., Masson et C‘% Paris. Prix : 4 francs.
- La France agricole et la guerre, t. II, par le Dr C. Chauveau, sénateur. 1 vol. in-i6, 322 p. Baillière, Paris.
- Le Maroc de 1918, par Henry Dugard, i vol. in-16, 286 p., Payot et C‘% Paris. Prix : 4 fr. 5o.
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- LA NATURE
- Supplément.
- N° 2351 8 Février 1919
- INFORMATIONS
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- Record d’altitude en aéroplane avec passager. — Le dernier record de ce genre signalé par Lo’nature est celui de Legagneux atteignant 3670 mètres au début de igi3 (n° 2071). Le 2 janvier 1919, à Martlesham, près de Ipswich, le capitaine anglais Lang, accompagné du lieutenant Blowes, s est élevé à gi5o mètres. Ce simple rapprochement est une preuve des progrès réalisés. en aviation pendant la guerre. L’appareil qui a servi à cet exploit est un biplan militaire D. H. 9 muni d uu moteur Rolls Royce de 230 chevaux, du type employé pour les bombardements de jour. L’ascension a duré 66 m. i5 s.; l’altitude de 7600 m. fut atteinte en 38 m. 20 s. "Vers 7000 m., le passager s’évanouit, son réservoir d oxygène ne fonctionnant plus ; le pilote, ne s étant aperçu de rien, continua l’ascension ; vers 8000 m., les appareils de chauffage cessèrent de fonctionner et 1 arrivée d oxygène devint irrégulière; enfin, au-dessus de 9000 m., le moteur s’arrêta, la pression dans les pompes à essence et à huile étant insuffisante. Là descente se fit lentement et vers 6000 m., le passager reprit connaissance, mais il avait eu les extrémités gelées.
- Record de dirigeable. — La nouvelle a paru récemment dans divers journaux anglais, du voyage extraordinaire d un zeppelin qui, parti de .Jamboli, en Bulgarie, alla porter douze tonnes de munitions à des troupes allemandes isolées dans l’Est-Africain, puis, au jeçu dune dépêche par 1. S. L. que ces troupes avaient capitulé, revint à son port d’attache, sain et sauf, après ! être resté quatre jours en Fair.
- Quel fut l’itinéraire exact de ce zeppelin i’ De Bulgarie en Afrique orientale, il y a 3qoo milles; un tel parcours eu 4 jours supposerait une vitesse moyenne de 148 km à 1 heure, moitié plus que les vitesses connues; de meme, le record de la distance pour les dirigeables est actuellement de 926 km. Uu nouveau record de i356 km n est pas encore homologué; cette randonnée de plus de 14000 km est incroyable, d’autant plus que 1 on ne comprend pas comment la charge d’essence nécessaire aurait pu être transportée. Le vent, môme le plus favorable, ne pourrait suffire à expliquer pareil record ! Quoi qu il en soit, et en labsence de nouvelles plus précises, il reste ce fait qu’un zeppelin a pu tenir 1 air pendant 96 heures sans s’arrêter et revenir à son point de départ. Ce record, porté à notre connaissance immédiatement après le remarquable record d altitude d un avion anglais, nous laisse présager de prochaines nouvelles sensationnelles du monde de l’aviation.
- Les ferry-boats de la Manche. — *Le 19 octobre dernier, La- Nature a signalé (n" 2343) la mise eu service d'une ligne de ferry-boats franco-anglaise. On ne pouvait alors en parler avec précision, puisqu’elle avait un grand intérêt militaire. Aujourd’hui, on peut dire exactement ou elle fonctionne. Lés Anglais ont créé de toutes pièces, près de Ramsgate, un port, Richborough, relié à la ligne du South Eastern Railway; ils ont aménagé un autre bassin à.ferry-boats à Southampton. Les ferry-boats à quatre voies font le trajet jusqu’à Calais et Dunkerque où des installations de débarquement ont été réalisées. La durée d’embarquement ou de débarquement d’un train complet ne dure pas plus de 20 minutes et l’on supprime ainsi tout transbordement. Pendant la dernière année des hostilités, de très nombreux trains de munitions.de grosse artillerie, de matériel de toutes sortes ont ainsi franchi la Manche. --
- La flotte de commerce allemande actuelle. — La
- Berne de la marine marchande publie une Note intéressante sur la situation de la marine de commerce allemande, au moment de la paix, d’après les publications de nos ennemis. Plusieurs s’accordent à dire
- que, dans le cas le plus défavorable, la flotte serait réduite à 2,5 millions de tonnes, le tiers de la situation d avant-guerre. Mais les constructions en cours ou prévues 1 amélioreront rapidement, puisqu’on compte atteindre 6 millions de tonnes en trois ans.
- « Parmi les plus importantes sociétés, l’Hamburg-America-Linie a en construction : le Bismarck, de 56 000 t. ; le bateau à turbine Tirpitz, de 82000 t., et trois autres navires, chacun de 22000 t., dans les chantiers de Hambourg. A Breme sont en construction neuf vapeurs parmi lesquels quatre auront cbacùn 18000 t. et seront en conséquence les plus grands cargos du monde. Sur les chantiers de Flensburg sont en construction Irais grands vapeurs mixtes, et le même chantier a des ordies pour construire deux vapeurs chacun de i3ooo t. A Tecklenborg, Gestemiinde, on constimit deux cargos, chacun de 17000 t., pour le trafic du Canal de Panama. La Compagnie Hamburg-Sud-Ame-rika a en construction, en plus du Cap Polonia — du même type, mais amélioré, que le bateau coulé Cap Trafalgar ([8000 t. ) — quatre autres cargos dans divers chantiers. Le Norddeutscher Lloyd construit à Dantzig deux grands vapeurs rapide? Colombus et Ilindenburg, chacun de 35 000 t., Munich et Zeplin, chacun de iSoüo t., et douze autres bateaux, chacun de 12000 t. L’Afrika Linie a en construction six vapeurs, Hansa, douze, lvosmos, dix de 9 à 13 000 tonnes. » C’est là un appoint important que la dernière convention d’armistice met à la disposition de l’Entente et qui aidei’a à résoudre la question des restrictions et de la vie chère,
- Projet d’utilisation des forces motrices du Rhin.
- Le Rhin, au-dessous de Bâle, débite en moyenne 1000 mètres cubes par seconde et a pour minimum disponible 240 an êtres cubes. C’est là une somme considérable cle force qu’on a maintes fois projeté de capter. Le dernier devis, arrêté en 1910, est connu sous le nom de « projet de Kembs » du nom du village alsacien où la station centrale s éleverait. M. Mieg, dans son intéressante brochure sur « le Rhin, ses énergies au service de la France » donne à ce sujet les renseignements suivants :
- Le barrage serait situé à environ 6 km de la frontière suisse. Un canal d’amenée de 6900 m., parallèle au fleuve, conduira l’eau au bâtiment des turbines. Sa section a été choisie de telle façon que, lors des plus fortes consommations d’eau, la vitesse n’y dépasse pas 1 m. : sec. Un canal de fuite d environ io km ramènera l’eau au fleuve. Une écluse pour bateaux de 90 m. de long et 25 m. de large, permettant le passage simultané de deux trains de bateaux côte à côte, sera établie auprès du bâtiment des turbines. Un -déversoir-pour les glaces et une échelle à poissons ont également été pré-vusr La chute obtenue variera, suivant le niveau de l’eau, de 10 m. 3o à 8 m. 60 produisant avec une utilisation de 440 à Sa5' m3 par seconde une puissance constante de 45 600 chevaux. Pendant le petit nombre de jours de l'année où le débit disponible tombe au-dessous de 440 .m3 par seconde la centrale à vapeur de Mulhouse, qui dispose de 20000 chevaux, et d’une puissance plus considérable avec les centrales annexes, permettra de maintenir cette puissance constante.
- A l’extrémité du canal de fuite de cette première usine, il est prévu d’en, construire une deuxième qui, sans nécessiter l’établissement d’un nouveau barrage* produira une puissance presque égale à celle de la première, donnant ainsi pour un seul barrage une puissance d’environ 90000 chevaux. Comme il serait possible d’établir, en aval de cette première installation, encore deux barrages semblables, la puissance totale qu’on pourx'ait réaliser dépasserait 200 000 chevaux.
- La dépense totale prévue pour le barrage et la première usine est de 34 6a5ooo fr. qui correspond, pour 45 600 chevaux, au prix de 760 fr. par cheval installé.
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- SCIENCE APPLIQUÉE
- Un nouvel ultrafiltre. — Le Journal of the American Chemical Society nous fait connaître un dispositif ingénieux et nouveau imaginé par M. Ph.-A. Kober pour l’ultrafiltration. La figure ci-jointe permet d’en comprendre aisément le fonctionnement. Un sac de collo-dion A, rempli du liquide à dialyser est pendu à un fil passant sur deux poulies et équilibré par un contrepoids. Ce sac plonge dans un vase plein d’eau à niveau constant entretenu par le réservoir C. Le vase est relié par un siphon à un autre sac de collodion B devant lequel
- tourne un petit ventilateur. Le produit dialysable traverse la membrane A et coule vers le second sac B pour remplacer l’eau qui s’évapore. En même temps, le dialyseur, diminuant de poids, s’élève peu à peu hors de l’eau, si bien que, l’opération terminée, si I on a soin de continuer à ventiler quelque temps, on trouve en A la substance non filtrable — les colloïdes — et en B la substance filtrable —= les cristalloïdes — complètement séparées et en solutions très concentrées ou même presque sèches.
- Ce dispositif -très simple peut remplacer les méthodes d’ultrafiltration habituelles qui donnent des produits très dilués et nécessitent l’emploi du vide ou des pressions.
- Pour manipuler des récipients contenant des liquides chauds. — Il arrive très fréquemment au laboratoire d’avoir à prendre avec la main un col de _ ballon ou de matras contenant
- un liquide bouillant. Naturelle-•(,'y/' ‘ î't' ment il n’est pas possible de
- 'v-v_ tenir la paroi brûlante sans prendre des précautions en quelque sorte calorifuges : emploi de vieux gants, interposition d’un coin de blouse, d’un bout de chiffon, d’un morceau de feutre destiné spécialement à cet usage. Voici un autre moyen très pratique : avec quelque vieux bout de tube en caoutchouc du modèle employé usuellement pour les conduites de gaz, on se fait deux doigtiers, chacun formé d’un manchon long de 6 à 8 centimètres, fendu selon une génératrice (fig.). Au moment où on doit prendre à la main le col d’un ballon chaud, on enfile lés manchons sur les deux doigts exposés au contact de la paroi brûlante et on peut dès lors manipuler le ballon sans la moindre gêne.
- Le « manostyl ». — Une des plus grandes difficultés pour les amputés de la main ou de l’avant-bras droit est de tenir une plume et d’écrire. Le sous-lieutenant Marson, lui-même amputé, a résolu le problème en imaginant le « Manostyl », dispositif très simple pour tenir un stylographe avec une main artificielle. Il se compose d’un stylo ordinaire à pointe, fixé à une pièce de métal ayant la forme que représente la figure ; cette pièce comprend une bague tenait solidement le stylo, une zone concave prolongée par une languette également concave constituant surface d’appui sur la face antérieure de l’un des doigts de la main artificielle, une branche verticale s'engageant entre deux doigts et formant appui sur chacun de ces doigts, un bourrelet de retenue empêchant le stylo de s’échapper. On engage le « Manostyl » à fond entre le médius et l’annulaire et le stylo trouve un point d’appui sur le pouce. C’est très simple, comme on voit, et Irès pratique; le « Manostyl ». permettra aux amputés d’écrire sans long apprentissage, sans la moindre difficulté. Prix : 3o travée le stylographe. En vente, 'chez MM. Pernelle et Marson, 69, rue Rochechouart, Paris.
- Tissus aérothermiques. — La question des sous-vêtements en papier a fait pendant la guerre, et à cause d’elle, des progrès dont La Nature a rendu compte dans son n° •j.-iSOf. On dispose aujourd'hui de papiers feutrés, très bons isolants thermiques eu même temps qu imperméables à l’eau. M. Pelletier a eu l’idée de combiner les qualités de ces papiers avec celles de la laine pour confectionner des sous-vêtements et des semelles remarquablement isolants au point de vue thermique, composés des éléments suivants : un tricot de laine à larges mailles destiné à être placé du côté de la peau, un matelas de plusieurs lames de papier spongieux du modèle réalisé par les papeteries Canson et Montgolfier, une lame épaisse de papier imperméable vers l’extérieur. ; Les semelles et le p'astron ainsi constitués sont représentés ci-joint. Ils sont, en vente chez M. Valaire, 3-z, rue du Sentier, Paris.
- Torche militaire « Ever-Ready ». — Il s’agit tout simplement d’une petite lampe électrique de poche : mais d’une lampe spécialement conçue pour la commodité du soldat : sa forme cylindrique, sa garniture entièrement métallique permettent de la mettre dans les poches ou dans le sac sans crainte de l’abîmer.
- Pour avoir de la lumière, on pousse du côté phare le bouton saillant de la petite coulisse centrale; dès qu’on
- Torche « Kver-lleadv ».
- cesse d’employer la lampe, il faut soigneusement repousser le bouton de l’autre côté afin d’éviter une usure rapide de la pile.
- Lorsqu’après un long usage la lumière faiblit, on dévisse le culot du bout opposé au phare, on retire la pile et on en glisse une nouvelle en poussant en avant l’extrémité marquée « insert this end », après quoi le fond est revissé. — Très employée par nos amis les Anglais et les Américains, la torche Ever Ready est vendue chez Williams, rue Caumartin, au prix de 10 fr. 75 et i5 fraucs.
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- IgD
- VARIETES
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- Conservation des pierres des anciens monuments.
- — L’état des anciens monuments de toutes sortes : églises, châteaux, hôtels de ville, maisons, etc., qui se trouvent dans les régions dévastées, donne un particulier inter t d’actualité à l’enquête que viennent de terminer MM. A. P. Laurie et Clerk Rankin, à la demande de l’Office d’Architecture anglais, et qu’ils publient dans le Journal of ihe Society of Chemical fndustry.
- Ces auteurs ont expérimenté les divers procédés connus de préservation des pierres délabrées des édifices auciens, permettant de les consolider sans modifier leur aspect ni leur patine.
- Les substances graisseuses dont le type est la paraffine, dissoutes dans un solvant volatile tel que le xylol ont été préconisées pour emplir les pores de la pierre et empêcher la pénétration de l’eau. Or, même après plusieurs imprégnations successives, la pierre n’a pas perdu s'a porosité ; en s’évaporant, le solvant entraîne par capillarité la cire qui se dépose seulement en lame mince à la surface ou bien souvent même elle ne forme pas une couche continue. La solution de shellac dans l’alcool donne les mêmes résultats pour les mêmes raisons. Bien plus, l’imperméabilité partielle produite par la couche superficielle cireuse amène la précipitation sur sa face postérieure des substances cristallisables provenant de la dégradation lente de la pierre, ce qui diminue souvent encore la solidité.
- Les badigeonnages à l’huile de lin ou par d’autres siccatifs qui sous l’action de l’air se transforment en vernis, ont les mêmes inconvénients.
- On a également recommandé diverses, substances capables de réagir sur le carbonate ou le sulfate de chaux contenu dans la piei’re pour former des précipités destinés à agglomérer les grains isolés. Elles donnent souvent de bons résultats immédiats, mais on peut se demander s’il y a intérêt à attaquer le ciment naturel que sont la calcite ou le sulfate de chaux pour les faire entrer dans une nouvelle combinaison provoquée et si les résultats éloignés ne sont pas déplorables.
- On a aussi préconisé l’emploi de solutions de sels qui formeraient en cristallisant un ciment dans les interstices de la pierre. MM. Laurie et Rankin firent l’essai des substances proposées sur des blocs de pierres diverses.
- Comme/sels, ils utilisèrent les solutions aqueuses de ferrocyanure de potassium, phosphate de soude, sulfate de soude, phosphate d’ammoniaque, sulfate de cuivre, nitrate de cuivre, nitrate de plomb, chlorure de cuivre, chromate de potasse, arsénile de potassium,, bichro^ mate de potasse, chlorure de cobalt, chlorure ferrique, acétate de baryum, chlorure de chrome et aussi une solution de savon. Certains sels furent choisis parce
- que leur couleur permet de suivre leur pénétration dans la pierre.
- Le ferrocyanure de potassium, en séchant, se dépose très rapidement à la surface, même si on l’a fait pénétrer profondément. Tous les autres sels ont le même inconvénient, à des degrés divers, sauf les chlorures de fer et de chrome, l’arsénite de potasse et le savon qui restent en profondeur.
- Les auteurs anglais cherchèrent alors à empêcher ce retour vers la surface des solutions salines en y ajoutant divers corps : glycérine, savon, amidon, glucose, nitrobenzine, aniline, acétate de méthyle, benzoate d’éthyle. Aucune de ces substances n’a d’effet, . sauf la glycérine qui, même à petite dose, empêche la cristallisation en .surface.
- Les précipités gélatineux qu’on considère généralement comme des agglomérants : -alumine, silice, fluosilicates, oxyde de zinc, chaux, baryte, acide stan-nique donnent peu de résultats. Seules, la caséine et la chaux mélangée à de l’oxyde de zinc ou à du fluosilicate d’alumine augmentent un peu la résistance à la désagrégation par l’eau. Le produit allemand connu sous le nom de « Doppel fluosilicate » n’est pas efficace.
- Reste donc seulement à examiner l’emploi de deux solutions successives qui en agissant l’une sur l’autre formeraient un précipité. Les essais pratiqués avec diverses substances n’ont pas été très heureux. Seuls, le ferrocyanure de potassium venant après le chromate de potassium a donné un précipité dans la masse. De meilleurs résultats ont été obtenus en traitant successivement les pierres par une solution aqueuse de sulfure de sodium suivie d’une solution alcoolique de chlorure de cuivre, ou par une solution alcoolique de chlorure ferrique suivie d’une solution aqueuse de ferrocyanure de potassium. Malheureusement, ces précipités sont colorés.
- Le problème de la conservation des pierres des anciens monuments n’a donc pas encore reçu de solution satisfaisante.
- MM. Laurie et Rankin tirent de leurs expériences les conclusions suivantes que nous signalons aux architectes que ce problème va préoccuper :
- i0 II faut que la substance employée pénètre dans toute la masse de la pierre et ne reste pas en surface. C'est en partie une question de tension superficielle.
- 9.° Le ciment obtenu par évaporation ou précipitation chimique doit être inattaquable par l’air, l’eau et les acides présents dans l’eau de pluie.
- 3° Il ne doit pas attaquer les matériaux constituants de la pierre qui forment son ciment naturel.
- 4° Il doit pouvoir agglomérer les particules de silice.
- Le champ reste ouvert aux expériences et aux essais, puisque les recherches des auteurs anglais n’ont pu que le défricher. A. Breton.
- igo
- HYGIENE ET SANTE
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- Bouillons de légumes. — Un de nos lecteurs nous demande la formule des bouillons de légumes et de céréales que l’on conseille dans certains cas de maladies infantiles, quand le lait, pour une raison ou une autre, est mal toléi'é. Il faut distinguer entre les deux bouillons, céréales et légumes; mais souvent on les associe.
- Voici une formule du premier :
- Avoine. . . . .
- Orge. . . .
- Les
- Maïs. Blé . Eau. céréales
- aa ioo grammes.
- 2 litres.
- concassées sont soumises à l’ébullition douce/ pendant deux heures/le liquide est passé et donné*tel quel après y avoir ajouté un peu de sel.
- Le Dr Méry donne la formule suivante
- Carottes 200 grammes
- Pommes de terre. . . i5o —
- Navets . 5o —
- Pois et haricots st'cs. 4o —
- Sel marin. . , . . . i5 —
- I à faire bouillir quatre heures dans trois litres et demi d’eau. Passer le bouillon.
- Le Dr Comby mélange dans sa formule les céréales
- et les légumineuses :
- Blé. . . ..............\
- Orge perlé.............J
- Maïs «t................1 ~ o
- „ . , - > ua-3o grammes.
- _M Haricots blancs secs. . t °
- Pois secs..............\
- Lentilles..............)
- faire bouillir trois heures dans trois litres d’eaufpour réduire à un litre environ, passer et ajouter 5 grammes de sel.
- Pour toutes ces préparations culinaires, il est essentiel de les faire chaque jour, et de les consommer fraîches. Le bouillon s’altère rapidement et ne peut être conservé d’un jour sur l’autre.
- Quelques médecins ajoutent du riz ou emploient même, comme lé Dr Variot, le bouillon de riz tout seul. Au médecin de voir et de conseiller ce qu’il juge de mieux et de plus utile. Dr A. C.
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- RECETTES PHOTOGRAPHIQUES
- Renforçateur au cuivre en un seul bain. — Les
- clichés sont renforcés, le plus souvent, au bichlorure de mercure et à l’ammoniaque. Cette méthode n’est pourtant ni sans inconvénient ni sans danger. En effet, le sel mercuriel est un poison violent, et l’ammoniaque est bien désagréable à respirer; de plus, il est. assez difficile de régler le degré de renforcement à obtenir, l’opération étant divisée en deux phases, et l'intensification dépendant de l’action du premier bain, où l’image est. blanchie; enfin, les clichés ainsi renforcés se couvrent souvent de taches jaunes, au bout d’un certain temps.
- Le renforcement au cuivre est plus simple, plus facile à contrôler, et fournit des images stables. On mélange, au moment de l’emploi :
- Solution de eitrale neutre de potasse à 10 pour 100. . 500jr. c.<
- — sulfate de cuivre à 10 pour 100 ... 40 —
- — ferricyanure de potassium à 10 pour. 100 . 35 —
- Les clichés à traiter par ce bain doivent être préalablement bien fixés et soigneusement lavés. L’image prend un ton d’abord brun, puis rouge de plus en plus vif. Arrivé à l’intensité désirée, on élimine le renforçateur par un lavage abondant.
- Pour revivifier les épreuves aux sels de fer. —
- Les images bleues obtenues sur papier au ferro-prus-siate ou sur papier cyanofer s’altèrent sous l’influence des vapeurs ammoniacales. Pour les restaurer, on prépare une solution d’acide chlorhydrique à 4 pour ioo à laquelle on ajoute quelques gouttes d’une solution de chlorure de chaux à io pour ioo. On maintient l’épreuve dans ce bain pendant quelques minutes, après quoi on la lave à plusieurs eaux.
- Conservation du papier au charbon sensibilisé.—
- Le papier au.charbon sensibilisé dans une simple solution de bichromate et gardé, une fois sec, sans plus de précaution qu’un papier au bromure d’argent, perd très rapidement ses propriétés. Au bout de 3 ou 4 jours, iL est déjà devenu moins soluble, et fournit des images grises, sans vigueur, voilées; on peut encore 1 utiliser, à la rigueur, pendant une semaine, pour le tirage de . clichés très durs; mais, si l’on tarde davantage, le dépouillement est de plus en plus incertain.
- Ce n’est pas à dire qu il n’y ait aucun moyen de prolonger la conservation du papier mixtionné sensible/ La gélatine bichromatée s’insolubilise, dans l’obscurité, sous l'influence de la chaleur et de l’humidité. Quand la température n’est pas trop élevée et que le temps est très sec, on remarque que le papier au charbon donne encore de bonnes épreuves, 4 ou 5 jours après sa sensibilisation. Cette durée est considérablement augmentée, si l’on a la précaution de l’enfermer dans un, étui contenant du chlorure de calcium, qui absorbe toute l’humidité.
- D’autre part, certaines substances ajoutées au bain sensibilisateur ralentissent notablement l’insolubilisation spontanée de la couche. De ce nombre est l’acide salicyiique, dont les propriétés étaient déjà signalées en 1879 par Bachamch et que M. Liébert emploie de là façon suivante. O11 prépare d’abord une ,soluiion d’acide salicyiique à 10 pour xoo dans de l’alcool à g5° que l’on conserve en flacon bien bouché. On en ajoute 25 c. c. par litre de bain au bichromate, si ce dernier est à 3 pour 100, ou 40 c. c. si le bain est à 5 pour 100. On neutralise ensuite par addition d’ammoniaque.
- M. Bennet ajoute au bichromate de l’acide citrique, neutralisé ensuite avec de l’ammoniaque Jusqu’à ce que le mélange présente la teinte jaune caractéristique du chromate neutre. Le papier sensibilisé dans le bain suivant, fournit des épreuves parfaites, même après 5 se-
- maines :
- Eau . . '..................r .000 c. c.
- Bichromate de potasse. ... 20 gr.
- Acide citrique............. 5 à 10 gr.
- Ammoniaque................. 3o c. c.
- En combinant ces modes de sensibilisation avec l’emploi de boites hermétiquement fermées et contenant une substance desséchante, on réalise les meilleures conditions de conservation. L’expérience montre que le papier traité delà sorte donne encore d’excellentes images,
- 2 mois après sa sensibilisation, et des images très acceptables, au bout de 3 mois.
- Chassis-revele-film. — Cet appareil, de fabrication française, a été combiné dans le but de développer, fixer et laver dans une cuvette ordinaire i3 X 18 les pellicules en bobines du Vest-Pocket-Kodak ou tout autre film de mêmes dimensions.
- C est un cadre léger, formé de deux planchettes entre lesquelles sont disposées trois baguettes transversales munies de fentes servant à assujettir la pellicule. Celle-ci, une fois libérée de sa bande protectrice de papier noir, est introduite dans l’une des fentes (fig. 1) et enroulée obliquement autour des deux traverses extrêmes (fig. 2), le côté impressionné en dehors. La fin de la bande est passée dans la fente opposée à la première et tirée légèrementpour que le tout soit bien tendu.
- Ainsi montée, la pellicule peut être manipulée de la même manière qu’une plaque. On la plonge dans une cuvette horizontale i3X 18 contenant environ 600 c. c. de révélateur, et elle séjourne ainsi dans le
- Kig. 3.
- bain sans jamais venir en contact des parois ou des doigts, qui risqueraient d’abîmer la gélatine. L’opérateur surveille facilement la marche du développement, soit par lumière réfléchie, soit par transparence; sans jamais toucher la couche sensible.
- Le développement achevé, on vide la cuvette, on remplace le révélateur, d’abord par de l’eau pure, puis par une solution d’hyposulfite de soude. Après le fixage, on peut détacher la pellicule du cadre et procéder aux lavages dans une grande cuvette, si l’on tient à disposer du châssis pour un autre développement. Dans le cas contraire, rien n’empêche de laisser le film tendu sur son support, jusqu’au séchage inclusivement, de manière à éviter tout risque de déchirure ou de rayure. — Le « Châssis-révèle-fllm » est en vente chez M. Aivas, 42, rue du Château-d’Eau, à Paris.
- Nettoyage des cuvettes à développement. — Les cuvettes destinées au développement doivent êlre en verre ou en porcelaine, seules substances capables de résister aux réactifs employés. La faïence est à rejeter, parce que, dès que le vernis en est craquelé, la terre poreuse sous-jacente absorbe: les liquides, mélange des composés qui devraient être isolés et finit par provoquer des taches. Il faut en dire autant du carton et de la tôle dépouillés de leurs enduits protecteurs : l’un boit les liquides et l’autre se rouille. Quant à l’aluminium, il ne résiste pas aux solutions alcalines. Le celluloïd est fort commode en voyage, en raison de sa-légè-reté et de sa résistance aux chocs, mais il ne faut pas y verser des révélateurs contenant de l’acétone. Bref, on s’en tiendra, autant que possible, aux cuvettes en verre ou en porcelaine. Les révélateurs y déposent, peu à peu, un enduit noir, qui résiste aux lavages les plus énergiques. Cet enduit n’est pas nuisible ; néanmoins, si l’on tient à avoir des ustensiles de belle apparence, on pourra aisément l’enlever par l’un des deux moyens suivants :
- i° Faire dissoudre, dans 100 c. c. d’eau, d’abord 2 gr. de permanganate de potasse, puis 4 ou 5 c. c. d’acide azotique. Verser le tout dans la cuvette, dont les taches s’effaceront en quelques instants ;
- 2° Verser dans la cuvette quelques gouttes de teinture d’iode, incliner en tous sens, de façon à mouiller toutes les parties noircies. Au bout de 3 minutes environ, il suffira de laver abondamment à Beau pure pour avoir une cuvette irréprochablement propre.'
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- LA NATURE
- Supplément.
- N" 2352 - •
- 22 Février 1919
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- N FO RMAT) ON S
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- La situation mondiale des céréales. — L’Institut International d’Agriculture de Rome vient de publier une note statistique sur les céréales d’où il résulte que, pour la campagne qui s’est ouverte le ior août 1918, les récoltes des céréales panifiables dépassent, dans les pays pour lesquels nous possédons les statistiques de production, celles de l’année 1917 et cela dans une notable mesure. Il en est de même si nous prenons comme base de comparaison non plus l’année 1917, mais la péxûode quadriennale de guerre 1914 à.
- 1917-
- Il faut se souvenir néanmoins que la question de la répartition est aussi de la plus haute valeur. Cette dernière ne peut être résolue qu’en envisageant le problème . du tonnage et les difficultés qu’il comporte.
- Nous savons les difficultés fort grandes auxquelles se heurte le transport des marchandises destinées à combler le déficit de l’Europe, principal centre importateur.
- La période critique, c’est-à-dire celle pendant laquelle le tonnage mondial a été minimum, est maintenant largement dépassée et tout laisse espérer que, dans un délai assez court, les conditions à ce point de vue seront redevenues normales. - •
- Mais si l’on peut prévoir à bref délai une facilité de transport des denrées alimentaires incomparablement supérieure à celle à laquelle iL a fallu faire face pendant les années qui viennent de s’écouler, il ne faut pas perdre de vue qu’avec la cessation des hostilités, la demande européenne va s’accroître considérablement du fait que les pays, pour lesquels le commerce international maritime avait cessé depuis 1914-1915, vont pouvoir à nouveau importer les denrées alimentaires qui leur sont indispensables.
- D’autre part, malgré la réouverture des Dardanelles et des détroits de la mer Noire, il n’y a pas à faire état, tout au moins pour la campagne en cours, des disponibilités qui en temps normal se trouveraient accumulées en Russie, en Roumanie et en Bulgarie. Les denrées alimentaires qui peuvent se trouver dans ces régions ne dépasseront sans doute pas de beaucoup les exigences de la consommation indigène.
- En l’absence de données précises sur la situation alimentaire de ces pays, ainsi que des besoins d’un grand nombre de pays d’Europe qui, dans les circonstances incertaines actuelles, n’ont pu fournir des estimations de leur consommation future probable, il serait imprudent de tirer des conclusions trop favorables des statistiques partielles que nous possédons.
- Il est même permis d’affirmer qu’on ne reviendra pas de sitôt aux conditions d’avant la guerre et qu’il importe de persévérer dans là voie suivie jusqu'à présent. 11 y a donc lieu de continuer pendant quelque temps à augmenter les superficies ensemencées en denrées alimentaires de première nécessité dans les pays qui avant la guerre avaient recours aux importations d’outre-mer, ainsi que de maintenir certaines restrictions de consommation, jusqu’à ce que la situation soit redevenue normale. '
- La production mondiale du sucre. — MM. Willette et Gray, de New York, estiment la production mondiale de sucre pour 19x8-1919 à 16 740 635 tonnes contre 16814793 t. en 19x7-1918, soit une diminution de 74 x58 t.
- Il est intéressant de comparer ces chiffres avec ceux d’avant-guerre, par exemple de 1913-1914. A cette époque la production totale fut de 18667399 t. On fabriqua alors en Améxûque 4 9^5 601 t. de sucre (2 597732 t. à Cuba). Pour 1918-1919 le total pour l’Amérique est estimé à 6202635 t. (Cuba, 4 millions détonnes). La récolte totale de canne à sucre sera en 1918-1919 de 12 384 635 t., au lieu de 9821 4i3 t. en 1913-1914.
- L’Allemagne fabriquera 1 400000 t. de sucre au lieu de 2720000 en 1913-19x4 (la plus forte px-oduction allemande fut 2732 189 t. en 19x2-1913); l’Autriche environ 700000 t., au lieu de x 708 000; La France, où les manufactures sont détruites, espère produire i5oooo t. (au lieu de 717400 en 1913-1914); la meilleure année pour
- la France fut 1901-1902 avec io5i93o t. La Belgique ne produit plus que la moitié de ce qu’elle fabriquait en I9i3-1914 (229049 t.). La Hollande fournira 200000 t. (aulieu de 23oooo), la Russie 700000 t., le tiers de la production de 1911-1912 (2 058 635 t.).
- Le séchage des légumes en. Allemagne. — La
- Nature a donné dans son numéro 2334, une étude sur le séchage des légumes. La Deutsche Tageszeitung reproduit un discours prononcé devant la Société allemande d’Agriculture, qui donne des renseignements précis sur le développement de cette industrie chez nos ennemis. L’Allemagne possède maintenant 700 sécheries de pommes de terre, i5o pour les grains, 25o pour les légumes, 22 pour le lait, 4°o pour les choux, sans compter 4°° installations de séchage partiel sur les lieux de production, pour permettre le transport jusqu’aux usines. Le séchage des pommes de terre qui avait porté en 1913-1914 sur 5ooooo tonnes, est passé en 1915-19x6 à.800000 et atteint aujourd’hui 1 85oooo t. 200 maltex’ies sur i5oo existantes se sont équipées en sécheries. La Hollande a suivi ce mouvement et a également monté des sécheries pour ravitailler l’Allemagne.
- Il est probable que cette industrie a atteint son maximum et qu’elle diminuera après la guerre, quand les importations seront redevenues possibles et les transports moins encombrés.
- Les engrais pour la prochaine récolte. — L’arrêt des fabrications de guerre a libéré une grande quantité de produits chimiques quL vont pouvoir être mis à la disposition de l'agriculture. Nous possédons actuellement : 200000 t. d’engi’ais azotés dont 140000 de nitrate de soude, moitié dans les poudrei’ies et moitié dans les ports, 35 000 t. de nitrate d’ammoniaque, 27000 t. de sulfate d’ammoniaque, 10000 t. de cyana-mide ; 400000 t. de supei’phosphates, 35 000 t. de sco-riés de déphosphoration, attendent dans les ports et dans la région parisienne les wagons nécessaires au transport. Si l’on y ajoute les 10000 t. de sels de potasse que peut fournir chaque mois la région de Mulhouse,'on voit que les besoins agricoles pourraient être à peu près satisfaits. Mais il faudrait que ces engrais soient rendus aux champs avant les semailles de prin-temps, pour améliorer la prochaine récolte, et c’est un transport d’environ 1 million de tonnes à assurer rapidement, presque entièrement avant la fin de mars ! Etant donnée la crise des transports actuelle, le pourra-t-on ?
- Record de forage. — Le Geological Surver des Etats-Unis annonce qu’on vient d’atteindre la profondeur de 2240 m. 25 dans un sondage effectué à Golf, à 8 milles au N.-E. de Clarksburg, dans la Virginie occidentale, au centre d’un grand bassin carbonifère; on a ainsi dépassé les grands sondages de Silésie qui avaient atteint 2008 m. à Panisehowitz et 2240 m. à Czuchow. A 2i33m.6o, la température était de 66°66 C., indiquant un degré géothermique faible à cette profondeur ; élévation d’un degré par i5 m. 55 au lieu de la moyenne de 34 m.
- L’île Prinkipo. — Le Mouvement Géographique, de Bruxelles, qui vient heureusement de reparaître, donne sur l’île de Prinkipo (île des Princes), où les représentants des gouvernements de la Russie sont invités à renconti’er les délégués des pays alliés, les renseignements suivants :
- Elle fait partie d’un petit archipel de la mer de Mai’-mara, à 12 km 9 de Constantinople. Le groupe comprend neuf îles dont cinq petites extérieures qui ne sont que des rochei’s inhabitables. Prinkipo est la plus grande, elle mesure 16 km de tour; les trois autres grandes îles sont ; Proti, habitée par des Arméniens, Antigoni et Khalki, par des Grecs. La population totale de l’archipel est d’environ io5no habitants, Prinkipo n’a pas d’eau potable, elle est cependant un centi’e de villégiature et de tourisme pour les Constantinopolitains. Tout l’archipei est couvert de ruines de couvents et de monastères qui l’appellent les anciens séjours des bannis de l’empire byzantin.
- V&i 13 "'lîÿ»
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- SCIENCE APPLIQUEE
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- Fontaines de Héron. — Héron l’ancien, était un savant grec d’Alexandrie, qui vécut au second siècle avant Jésus-Christ, s’occupant un peu de tout comme c’était alors de règle chez les gens de science, mais surtout de mathématiques et de physique. De ses traités sur la pneumatique et les automates, oubliés ou perdus, il ne demeure guère que sa célèbre fontaine, dont le fonctionnement singulier ht l’admiration de nombreuses générations. On sait que la fontaine de Héron permet, en versant de l’eau à un certain niveau, de provoquer la formation d’un jet de liquide dépassant en hauteur ce niveau. Ceci parce que l'eau versée sert à comprimer l’air d’un vase inférieur, air passant dans un récipient supérieur pour en,faire jaillir l’eau. Non seulement l’expérience est curieuse, mais elle est xxtile : elle montre que les gaz sont compressibles par exemple, et on eu ht déjà des applications pratiques : dans une jniue près de Chemitz par exemple, où l’eau d’un torrent servait à faire marcher une fontaine de Héron modifiée jouant le rôle de machine élévatoire.
- Les constructeurs d’appareils de physique vendent des fontaines de Héron très joliment faites : mais ail prix d’une Centaine de francs ! On peut aisément économiser cette somme et gagner au surplus le plaisir d’un passe-temps agréable en construisant soi-même une fontaine. Quelques indications furent d’ailleurs déjà données à ce propos dans La Nature (n° 2087). On pomma varier la disposition des systèmes dérivés de celui de Héron, en suivant les descriptions suivantes de modèles imaginés par divers professeurs. Non seulement ceci permettra de choisir un montage réalisable avec les très faibles ressources dont on dispose parfois, mais en comparant et combinant les modèles, nul doute que nos lecteurs n’arrivent à les modifier, à les perfectionner :
- nous espérons recevoir bientôt les croquis de quelques trouvailles de ce genre pour que tous puissent profiter des progrès réa-. lises.
- Dispositif Casson. — La fontaine miniature décrite par M. Gasson dans la Science du XX0 Siècle, est faite avec un verre de lampe, dans lequel on enfonce trois bouchons minces portant des tubes de verre (hgi 1). Il est assez difficile de construire un tel ensemble, à cause du bouchon central qu’on doit faire glisser sur ce long espace. En fait, on arrive à de bons résultats en ajustant le tout de façon très lâche, puis bouchant les fissures avec un peu de paraffine coulée avant mise du bouchon plein fermant le bas On peut aussi employer des verres de lampes, le bouchon étant alors remplacé par des bouchons obturant chacun une des extrémités des verres,
- Modèle Abevt. Plaçons sur le bord d’une table un flacon à col assez large, qu’on ferme d’un bouchon percé de deux trous (hg. 2). Ces trous laissent passer des tubes, l’un effilé en haut et plongeant en bas jusqu’au fond du flacon, l’autre descendant jusqu’au col d’un second flacon placé à terre. Ce flacon inférieur porte, d’autre part, un autre tube venant en haut se terminer en entonnoir. C’est dans cet entonnoir que l’on verse le liquide destiné à provoquer le jet, jet qui, grâce à une inclinaison convenable du tube effilé, vient justement retomber dans l’entonnoir.
- Système Morin. — Remplaçons la partie longue des tubes en verre du précédent appareil par des tubes souples de caoutchouc : nous avons la fontaine Morin (hg. 3). Cette modification permet d’employer la vieille fontaine à de modernes expériences. Après avoir provoqué le classique jet d’eau, si nous remplaçons le tube effilé par un tube de verre très haut, et que nous emplissions le flacon du haut avec de l’alcool ou quelque solution saline, si nous mettons les deux flacons sur le même niveau, nous vervons les liquides s’élever dans
- Fig:
- Modèle Abeit.
- Ip|
- Kg. .1.,
- Dispositif
- Cusson.
- IL- 3.
- Svitème Morin.
- chaque tube à des hauteurs Diversement proportionnelles aux densités.
- Montage Brunei. — Remarquable par la simplicité des moyens employés à sa construction, l’appareil (hg. 4) se compose d’une planchette sur laquelle on attache par des ficelles trois verres de lampes reliés par des tubes... en macaroni! On choisit un tube de macaroni le plus long possible, et on le plonge dans l’eau chaude, non cependant bouillante; après quelques minutes d’immersion, la pâte devient assez molle pour qu’on puisse plier le tube et le galber à la forme voulue. On le pose sur une planchette, ou laisse sécher à l’air, puis on assemble deux verres avec des bouchons plats troués à la petite lime « queue du rat », Pour éviter la casse, il faut qne les bouchons s’adaptent très facilement : on coule après assemblage de la cire à cacheter qui bouche les interstices.
- Fontaine Laumière. — La disposition ci-dessous permet d’obtenir un ensemble stable, sans support. Ceci grâce à l’emploi comme récipient inférieur, d'un vase de Bohême à la forme conique donnant une large base d’appui. On fait le récipient moyen avec un verre de lampe cylindrique fermé par des bouchons où passent les tubes. Quant à f entonnoir-vasque du haut, ce sera quelque ballon à fond fêlé, qu’on aura découpé de façon à n’avoir plus que le col entouré d’une coupe (fig. 5). On sait qu’il est facile de couper ainsi le verre à l’aide du charbon Berzelius ou même simplement d’un fer chaud (').
- Conseils pratiques. — Le choix peut embarrasser, entre tant de modèles différents de la vieille fontaine du mécanicien grec. Peut-être pensera-t-on qu’il eût été préférable de ne donner qu’une seule description du système jugé le meilleur. Or, il n’y a point d’appareil nettement supérièur aux autres : mais selon les cas, les goûts, on préférera celui-ci ou cet autre. La plus simple des fontaines à-monter est celle de M. Morin. Au contraire, les modèles Laumière et Cas-son ne seront réussis que par un amateur expert. Tandis que l’appareil Laumière pourra être fait par un chimiste avec la verrerie du laboratoire, celui de Brunei sera improvisé par le potache à la cuisine. Enfin, quand on veut avoir un jet très haut, il faut que l’appareil soit lui-même assez haut, et à ce point de vtie les modèles Abert et Morin seront à préférer. A. Ciiaplet.
- Papier ferrotype à ton brun. — Voici la formule de préparation d’un papier sensible qui peut avantageusement remplacer le papier bleu employé par les ingénieurs et les architectes :
- Eau.......................
- Citrate de fer ammoniacal.
- Fig.
- — Montage Brunet,
- Fontaine Laumière.
- Fig. 5.
- Nitrate d’argent
- 1000 c. c, 100 gr.
- Acide tartrique. Gélatine. . . .
- a O 20 1.5
- Après le tirage, l’épreuve se développe et se fixe dans l’eau. Le ton de l’image est brun.
- 1. Voir « iVorette-i du Lahoraroiro
- 5t».
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- VARIETES
- La réforme du calendrier. — Parmi les réformes qu’ôn va essayer de réaliser en cette fin de guerre, il en est une, celle du calendrier, qui vient d’èlre l’objet, à l’Académie des Sciences, de deux importantes études de MM. Bigourdan et Deslandres (6 et 20 janvier igi).
- Le calendrier grégorien est actuellement à peu près universel puisque le Japon et la Chine l’ont adopté, que la Roumanie en a fait l’objet d’un projet de loi, que la Bulgarie l’aurait appliqué dès le début de la guerre, qu’il sera officiel dans le royaume yougo-slave et qu’il a remplacé le calendrier grégorien dans les gouvernements d’une partie de la Russie.
- On lui reproche cependant divers défauts : i°Le commencement de son année ne coïncide pas avec celui d’une des saisons; a0 La longueur de ses mois est plus irrégulière qu'il n’est indispensable ; 36 Les noms de certains mois sont en désaccord avec l'ordre numérique qu’ils expriment; par exemple, octobre est le io1 et son nom indique la 8° place; 4° La longueur de son année est trop grande; il sera nécessaire de supprimer un jour entier vers l’an 4000 ; 5° Les dates des mois n’ont pas une concordance simple avec les jours correspondants de la semaine.
- Les trois premiers défauts pourraient être corrigés par de simples conventions qui entraîneraient, il est vrai, une « année de confusion », de longueur anormale, comme celle qui précéda la réforme de Jules César et qu’on ne pourrait établir qu’après entente internationale et après avoir prévu tous les troubles qu’elle apporterait à notre vie : état civil, échéances, budgets, etc.
- Le quatrième est de tous le moins grave et il n’y a pas lieu de s’en préoccuper pratiquement.
- Reste le cinquième qui est le plus sérieux parce qu’il
- année de i3 mois, mais c’est un bien grand trouble apporté à nos habitudes, et il resterait toujours à résoudre la question des jours complémentaires.
- Enfin, on peut encore, et c’est ce que M. Bigourdan propose, « former chaque trimestre d'un premier mois de 3i jours suivi de deux mois de 3o jours; toutefois, dans le quatrième trimestre, le dernier mois aurait toujours 3i„ jours; en outre, dans les années bissextiles l’avant-dernier mois serait aussi de 3i jours. On voit que les trois premiers trimestres seraient chacun de 91 jours ou exactement i3 semaines, de sorte que dans chaque trimestre les mêmes jours de la semaine tomberaient aux mêmes dates des mois correspondants. »
- . Les anniversaires seraient déplacés de 1 ou 2 jours, comme dans le calendrier actuel, mais seulement ceux du dernier mois, au lieu de tous ceux postérieurs au i“r mars. L’inégalité des mois serait réduite, leur longueur régularisée, ce qui est avantageux, notamment pour les paiements mensuels. La réforme serait purement civile, ne touchant pas à la fixation de la fête de Pâques. M. Bigourdan propose de l’appliquer dès 1920, date facile à retenir parce qu’elle est décennale et parce qu’elle clora l’époque mémorable que nous venons de traverser. Il suggère donc d’examiner cette réforme aux plénipotentiaires du monde entier réunis pour la paix.
- M. Deslandres préfère une réforme plus radicale, proposée en 1887 par M. Armelin à la Société astronomique de France, acceptée en 1914, par le Congrès international de Liège pour la réforme du calendrier, qui nous doterait d’un calendrier perpétuel invariable.
- Celui-ci peut être établi sur le tableau suivant que publie M. Deslandres :
- icr semestre. Jour de paix. 2e ^semestre. Jour en plus
- Trimestre
- invariable.
- t ior trimestre .
- ( 2e trimestre .
- t 3° trimestre .
- ( 4“ trimestre . année bissextile)
- Projet de calendrier perpétuel invariable.
- .... Janvier. Février
- .... Avril. Mai.
- Juillet.
- Octobre.
- Août.
- Novembre.
- Mars.
- Juin.
- Septembre.
- Décembre.
- f Lundi . . . ...... 1 8 15 22 29 6 13 20 27 4 11 18 25
- . Mardi . . . *). y 16 a 3 3o 14 2 I 28 5 I 2 U) 26
- y Mercredi. . ...... j 10 17 24 1 8 1 5 2 2 29 6 i3 20 27 •
- < Jeudi . . . 4 I 18 2 5 2 9 16 2.) 3o .14 2 I 28
- ] Vendredi. . . . .... J J 2 19 26 IO u 24 1 S i5 2 2 2 9
- Samedi . . ...... 6 i.3 20 2 7 4 I 18 25 2 9 16 23 3o
- t Dimanche . ii 21 28 5 2 19 26 3 ï O l7 2,4 3
- pas de savoir aisément le jour de la Au milieu de r année , on in tercale un jour intermé-
- semaine correspondant à un quantièmô donné.
- « Il en résulte, par exemple, dit M. Bigourdan, que le nombre de semaines qui se terminent dans un mois est variable d’un mois à l’autre, et dans le même mois d’une année à l’autre : c’est un inconvénient assez gênant pour l’industrie par exemple, où les travaux se payent à la semaine. Pour la même raison, les-statistiques établies à la semaine, comme celles des chemins de fer, ne s’ajustent facilement ni au mois, ni à l’année, etc. Enfin ce défaut nous oblige tous à placer constamment sous notre main un calendrier de l’année considérée, pour savoir quel jour de la semaine correspond à une date, ou inversement.
- L’année renfermant 52 semaines, soit 364 jours, plus 1 jour dans les années communes, et 2 jours dans les années bissextiles, un premier type de correction consiste à mettre hors semaine ce jour ou ces deux jours de surplus, qu’on a appelés aussi jours sans date, jours hors texte, jours sans couleur, jours blancs, etc.
- Ce moyen, qui ramène aux jours complémentaires du calendrier français, rompt la continuité de la semaine qui, suivant l’expression de Laplace, a circulé « sans interruption à travers les siècles, en se mêlant aux calendriers successifs des differents peuples ». .
- Une telle rupture de la continuité de la semaine, qui se répéterait tous les ans, n’est pas inoffensive, ne dût-elle même se produire qu’une fois, parce que : en chronologie la semaine offre une vérification très utile; 2°la semaine est l’unique élément du calendrier universellement adopté par tous les peuples, civilisés ou non.
- On petit aussi opérer une autre informe en faisant tous les mois .de 4.semaines exactement et adoptant une
- diaire, dit jour de paix, et dans les années bissextiles on ajoute un jour en plus après la fin de décembre.
- M- Deslandres lui trouve les avantages suivants :
- « Le ior, le 15 et le 3o de chaque mois, consacrés aux paiements, ne tombent jamais un dimanche ; par contre, le 31, qui clôture le trimestre, est toujours un dimanche et s’allie très bien avec le jour supplémentaire qui le suit une fois sur quatre ou sur deux et est appelé à devenir un jour de fête. Ce calendrier, très simple, se grave facilement dans la mémoire ; il permet de calculer immédiatement la date d’un jour de la semaine ou le jour de la semaine qui correspond à une date donnée. Il assurera à tous les hommes une économie de pensée. »
- Il propose d’y ajouter une troisième amélioration, en déplaçant l’origine de l’année pour la mettre d’accord avec les saisons astronomiques. Le premier jour de l’au a déjà été fixé, au Ier janvier, au a5 décembre, à Pâques, à l’équinoxe cl’automne dans les divers calendriers. M. Flammarion a proposé de choisir l’équinoxe du printemps et M. Hétier l’équinoxe d’automne, M. Deslandres préfère le solsticed’hiver, le 22 décembre, qui marque le début des jours croissants et le commencement d’un nouveau cycle de végétation.
- Il demande à l’Académie des Sciences de recommander ce projet « aux grandes ï réunions internationales qui s’organisent actuellement à Paris pour rétablissement d’une paix durable entre les peuples. Si l’on remonte dans le passé, les variations successives du calendrier ont coïncidé avec les grands événements de l’histoire; le moment parait propice pour la solution du problème, complète et définitive. » A. Bukto.n.
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- RECETTES
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- Remise à neuf des chapeaux de feutre. — C’est le moment de ^sortir les chapeaux inutilisés depuis bientôt cinq ans. Ônjivend chez les droguistes parisiens de petits sachets contenant un produit, destiné à leur nettoyage. Il s’agit d’une matière saline pulvérulente qui est mise à dissoudre dans un peu d’eau chaude; le liquide ainsi obtenu est ensuite appliqué avec une petite brosse sur toute la surface du chapeau préalable-" ment bien brossé.
- Cette poudre nettoyante est tout simplement du carbonate sodique cristallisé, c’est-à-dire de la « carbo-nade » des épiciers! Toutefois le produit est un peu moins pur que le sel usuel du commerce. Pour nettoyer un feutre on prendra tout simplement x gr. de carbonate sodique, mis à dissoudre dans environ 5o c. c. d’eau, la mixture étant étalée avec une brosse à ongles sur tout le chapeau. D’ailleurs on n’obtient pas ainsi la remise à neuf parfaite, mais un rafraîchissement du
- même genre que celui obtenu en frottant le feutre avec un mouillon imbibé de benzine ou d’essence de pétrole.
- [Laboratoireyde La Nature).
- Encre sympathique. — Voici 'comme, d’après les indications aimablement communiquées par l’un de nos abonnés bordelais, M. Max Gerké, on peut préparer une excellente encre sympathique avec un cachet d’antipyrine! Faire dissoudre le contenu d’un cachet dans un peu d’eau, deux ou trois cuillerées, et employer comme de l’encre, avec une plume, à la manière ordinaire. .Une fois secs, les traits sont absolument invisibles. On les « révèle » en passant sur le papier un pinceau imbibé de perchlorure de fer officinal étendu dans dix fois son poids d’eau; les traits deviennent instantanément brun-rouge. On peut les faire disparaître en badigeonnant avec de l’eau acidulée par 5 pour xoo d’acide sulfurique ; mais dans ce cas le papier perd assez vite toute solidité. (Laboratoire de la Nature.-)
- BOITE AUX LETTRES
- Pour détruire les trous de vers des boiseries. — M. le lieutenant-colonel de Lartigue nous indique comme particulièrement efficace l’emploi de l’essence de térébenthine.
- M. E. N., à Paris. — Puisque vous ue disposez pas d’une force électrique suffisante pour le nickel âge, nous vous conseillons la recette suivante : à une liqueur de .chlorure de zinc (à xo pour xoo environ) ajoutez xo pour xoo de sulfate de nickel et plongez dans le bain les objets à nickeler, après les avoir soigneusement décapés. L opération dure une demi-heure, le bain étant maintenu à 60-70°, les objets entièrement recouverts et l’eau i’emplacée au fur et à mesure qu’elle s’évapore.
- M. G-uipadieu, à Paris. — A propos de l’influence de l'électricité sur la croissance des plantes, consulter Petit, Electricité agricole, Baillière, éditeur, Paris. Vous pourriez aussi vous renseigner auprès de l’Office central de génie rural et de motoculture, 5i, rue de Lancry, Paris.
- M. Ferry Ray, 8e Génie, Téléphone S. P. x4- — Toutes les émulsions au gélatinobromure peuvent fournir des images en relief. Il suffit, à cet effet, d’utiliser la propriété que possède l’eau oxygénée acide de dissoudre plus ou moins la couche, dont elle enlève des épaisseurs
- proportionnées à l’intensité, des noirs. Cette transformation de l’image argentique en reliefs est d’ailleurs utilisée dans le procédé appelé Phototégie. Vous en trouverez le détail opératoire dans le Traité général de photographie en noir et en couleurs, par E. Coustet (Delagrave, éditeur), p. 311 et suiv. de la 4e édition.
- D' V. V., à Gravelines. — Sur la conservation des fleurs et feuillages avec leurs teintes naturelles, voir Recettes de la campagne, p. 66 et suivantes, Masson et C‘8, éditeurs, Paris. ^
- M. L. D., à Bordeaux. — Pour se renseigner sur la situation économique actuelle de nos colonies, consulter : i° les publications de Y Office colonial (galerie d’Orléans, Palais-Royal, Paris) : Bulletin de l'Office; Statistiques et rapports sur le commerce en igi4> l(l navigation en 1914> l’industrie minière en rg 14~15, les finances de 1902 à 1911, la population en igu, Notices sur chacune des colonies; les productions coloniales et le commerce des colonies; 2° les revues suivantes: l'Asie française, VAfrique française, l’Océanie française, éditées, 19, rue Cassette, Paris; 3° France-Maroc, 4* rue Chauveau-Lagarde, Paris, icr, enfin, les publications de A. Challamel, rue Jacob et Emile Larose, rue Victor-Cousin, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
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- ÇXC
- L’origine des formes de la terre et des planètes, par
- Kv Emile Belot, i vol. in-8“, 208 p., 41 %, 3 pl., Gauthier-Villars, Paris. Prix : 12 francs.
- Formulaire de VElectricien et du Mécanicien, par E. Hospitalier et G. Roux, 29° édition. 1 vol. in-16,
- ^Masson et Cie, éditeurs, Paris; prix : cartonné 20 fr. -f- 10 pour 100.
- Annuaire de la houille blanche française, par A. Paw-lovvski, 2e année, 1918-1919, 1 vol; in-40, 174 P-»
- Revue générale de Vélectricité, Paris.
- Le Rhin. Ses énergies au service de la France, par Daniel Mieg, i brochure iu-8°, 24 p., 2 photographies,
- 3 cartes, Berger-Levrault, Pains..Prix net : 1 fr. yS.
- Almanach Vermoi pour 1919, 1 vol. in-4, 384 nombreuses figures, 6, rue Duguay-Trouin, Paris, prix ; broché 3 fr. 25, relié ^ir.yS.
- Le Mexique moderne, par Raoul Bigot, 7e édition, revue et. complétée. 1 vol. in-8, 263 p., avec 28 fig., 1 carte. Collection les Pays modernes. Pierre Roger et Cie, Paris; prix 6 francs.
- La philosophie sociale de M. Ernest Solvay par Armand Detillieux, i broch. in-16, 61 p., Lebègue éditeur, Bruxelles et Paris; prix : ifr. 60.
- Les appétits allemands, 2“ série. Les rêves d'hégémonie mondiale, par René Henry, E.-A. Martel, baron Hulot, Henri Froidevaux, Jean Dybowski, i vol. in-16 de la Bibliothèque d’histoire contemporaine, 228 p.,
- 4 cartes, 17 fig., Félix Alcan, éditeur, Paris. Prix net : 4 fr. 5o.
- Eléments de botanique, par Ph. Van Tieghem, 5e édition, revue et corrigée par J. Costantin, 2 vol. in-16, 1400p. 586 fig. Masson et C‘“, éditeurs, Paris; prix 14 fr. -f- 10 pour 100.
- Taxation et réquisition. Comment résoudre le problème du pain, par Joseph Durieu, i vol. in-16, 90 p. Librairie agricole de la Maison rustique. Prix : 2 fr. 5o.
- Army Gardens in France, Belgium and occupied ger-man territory, their making and management, by Georges Pruffaut and Helen Colt, i brochure, 64.p-> planches et fig., Œuvre des pépinières nationales du T. C. F. Versailles. . .
- Précis de physiologie, par M. Artiius, 5° édition, revue et corrigée. 1 vol. in-16, 978 p., 326 fig., Masson et C‘°, éditeurs, Paris ; prix : cartonné 16 fr.-f- 10 p. 100.
- Les Symbiotes, par P. Portier, i vol. in-16, 336 p., 63 fig., Masson et C'8, éditeurs, Paris; prix : 5 fr. -j- 10 pour 100.
- Introduction à l’étude de la médecine, par G. H. Roger, 6° édition revue et corrigée. 1 vol. in-16, 812 p., Masson et C'8, éditeurs, Paris; prix-: cartonné i3 fr. + 10 pour ioo.
- Traité clinique de neurologie de guerre, par Paul Solfier, Chartier, Félix Rose et Villandre, i vol. in-8°, 83o p., 313 fig., Félix Alcan, éditeur, Paris. Prix net : 35 fr, 20.
- Névroses et psychoses de guerre chez les Austro-Allemands, par les"* D" Georges Dumas et Henri Aimé, 1 vol. in-16, 243 p. Félix Alcan, éditeur, prix 6 fr. 60.
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- LA NATURE
- Supplément.
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- INFORMATIONS
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- N° 2353
- 8 Mars 1919
- Gaz ininflammable pour dirigeables. — Il y a peu de temps, le Ministre de l’air britannique annonçait, dans un discours, que l’on avait réussi à gonfler les ballons avec un mélange gazeux ininflammable, qualité précieuse non seulement pour le combat, mais aussi pour le service du temps de paix, puisqu’elle supprime l’un des plus grands risques de la navigation aérienne, l’incendie. Aujourd’hui, l’on peut dire le secret de ce nouveau gaz, c’est tout simplement l’hélium qu’on a réussi à isoler de l’air en quantités industrielles et à un prix assez bas pour le rendre commercialement utilisable. On sait que l’hélium pèse par litre ogr. 1778, l’hydrogène o gr. 0898 et l’air t gr. 293 ; la force ascensionnelle de l’hélium est donc encore considérable, bien qu’inférieure à celle de l’hydrogène, ce qui obligera à construire des ballons plus gros pour emporter le même poids. Par contre, l’hélium diffuse moins vite et permettra de loger la nacelle dans l’enveloppe, diminuant ainsi la résistance à l’avancement. —
- Record de dirigeable. — Un des grands dirigeables de l’armée anglaise vient de battre le record de durée détenu par le zeppelin qui vola 4 jours, de Bulgarie en Afrique orientale (?) et retour (voir n° 235a). Lors d’un essai sur la côte d’Ecosse entre Aberdeen et le Moray Firth, avec 12 hommes d’équipage, il a tenu l’air sans atterrir pendant 4 jours, 4 heures et 5o minutes.
- La T. S. P. entre la Hollande et Java. — La Hollande procède à l’installation d’une puissante station de T. S. h1, qui lui permettra de communiquer directement avec Java à la distance de 11 000 km environ. Elle comprendra deux postes, l’un d’émission, l’autre de réception, situés à la distance de 56 km l’un de l’autre. La première qui comprendra six tours en acier, hautes de 210 m. et sera aussi puissante que celle de Nauen, sera érigée sur une colline à Kootwijk, près d’Apeldoorn dans la pi’ovince de Gueldre, la seconde à Boxmeer, dans la province du nord Brabant. A Java, la station de T. S. F. sera montée à Bandoeng, sur la côte sud-ouest de Java. Ces installations figurent au budget de 1918 des Pays-Bas pour une somme de 10 milliôns de francs. Pour la construction des appareils et des postes, le gouvernement néerlandais a traité avec la Telefunken Gesellschaft de Berlin. Très prochainement ces stations entreront en fonctionnement.
- Le raffinage des huiles au permanganate de potasse. — On sait que dans l’industrie on considère comme de qualité supérieure les huiles faiblement colorées. Aussi suivant Por Ejos Mtndos de Madrid a-t-on imaginé un procédé très simple pour décolorer les huiles d’olive, de lin, de poisson, etc. On dissout dans 10 litres d’eau 1 kg de permanganate de potasse et on ajoute la dissolution qui est d’un rouge pourpre graduellement à 3o kg d’huile à raffiner et on agite pendant 2 jours. Après ce délai, on ajoute 20 litres d’eau et 5 litres d’acide chlorhydrique commercial à 20 ou 220 Ba.umé et on agite de nouveau fortement. On laisse reposer quelques jours et on décante l’eau acidulée. Pour enlever les traces d’acide qui pourraient rester mélangées à l'huile, on traite par Peau chaude et finalement on filtre sur un filtre en charbon.
- Action du chlorure d’aluminium sur le pétrole.
- — M. Aimé Pictet et Mme J. Lerczynska viennent de rendre compte à la Société de Chimie de Genève d’intéressantes expériences relatives à l’action du chlorure d’aluminium sur le pétrole. Lorsqu’on chauffe légèrement du pétrole additionné de 10 pour 100 de chlorure d’aluminium, le sel se dissout et le liquide se colore en brun foncé. Ce pétrole ainsi transformé donne à la distillation fractionnée entre 40 et' 1400, 4o à 5o pour 100 d’un liquide ayant toutes les propriétés de la benzine et pouvant servir aux mêmes usages. Entre i5o et 400°, il distille des produits de plus en plus lourds et il reste finalement un résidu noir qui, débarrassé du chlorure
- d aluminium par lavages, présente de grandes analogies avec 1 asphalte. Ces faits sont importants pour la connaissance théorique du mode de formation de l’asphalte et parce qu’ils peuvent avoir comme conséquence pratique une augmentation de nos ressources en benzine.
- Comparaison des chemins de fer allemands et allies. — En 1914» l’Empire allemand comprenait 65 000 km de voies ferrées, contre 70000 en Autriche-Hongrie, 42000 en France, 60000 dans le Royaume-Uni, 66000 en Russie.
- Les prix d'établissement avaient été les suivants, au kilomètre.
- 3i5ooo marks en Allemagne.
- 700000 — en Grande-Bretagne.
- 370000 — en France.
- 280000 — en Autriche-Hongrie
- Nos ennemis possédaient, avec un personnel de 900000 mécaniciens, ingénieurs, cheminots et employés
- 60000 voitures pour voyageurs.
- 18000 fourgons.
- 200000 trucs.
- 43oooo wagons découverts.
- 3o 000 locomotives.
- La recette brute au kilomètre, s’élevait à 60 ou 62000 francs au kilomètre, contre 5oooo en France, 80000 en Angleterre, 40000 en Autriche-Hongrie.
- Les dernières statistiques officielles publiées par le Ministre des finances allemand, sont relatives à 1912. Elles montrent que les différents réseaux de l’Empire avaient cette année-là transporté 1800000 voyageurs, 65 milliards de tonnes kilométriques et fait une recette brute d environ 3 milliards et demi. Si bien qu’au kilomètre le produit net, donnait 20000 fr., contre 3a 000 en Angleterre, 18000 en krance, 10000 en Autriche, 10 000 dans l’Empire des Tsars.
- Ressources forestières allemandes. — Une brochure récente de M. Huffel sur les ressources réalisables dans les forêts allemandes, fournit d’intéressants renseignements sur ce que nous pouvons obtenir de nos ennemis, soit pour aider à la reconstruction des régions dévastées, soit pour contribuer au paiement de l’indemnité de guerre.
- D après une statistique officielle de igoo, la surface totale des forêts de l’empire allemand, déduction faite des chiffres relatifs à l’Alsace-Lorraine, est de i3 556 037 hectares, dont près de la moitié plantée en pin sylvestre. Le bois utilisable, de plusP de. soixante ans, représente environ 652 millions de mètres cubes. Les forêts domaniales ou fie Couronnes sont comprises dans ces chiffres pour 4 564 826 hectares et 338 millions de. mètres cubes de bois de plus de soixante ans. Au prix de 1902 (16 francs le mètre cube sur pied), ces 338 millions de mètres cubes valaient 5 milliards 400 millions. Actuellement leur valeur est trois fois plus grande.
- Dimensions dès bandages de roues. — Une récente circulaire, rédigée par M. E.-Bl Mac Cormick et publiée par les soins du Département de l’Agriculture des Etats-Unis, recommande, après de nombreux essais de traction et une vaste enquête poursuivie pendant plusieurs années, les largeurs suivantes pour les bandages métalliques des roues de voitures circulant sur routes, suivant l’attelage et la charge transportée :
- Voiture à i cheval........
- — légère à 2 chevaux .
- — moyenne à 2 chevaux
- — ordinaire à 2 chevaux
- —- lourde à 2 chevaux .
- Charge de :
- 900 kg i5~5 kg 2000 kg 3ooo kg 35oo kg
- Largeur des bandages. 5o mm 8 63 mm 5 76 mm 2 101 mm 6 127 mm
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- SCIENCE APPLIQUEE
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- Régulateur automatique de température pour les étuves de laboratoire chauffées à l’électricité. — Le dispositif construit par M. Lequeux est spécialement destiné aux étuves de laboratoires, mais eu principe, on peut l’appliquer à tous_les systèmes de chauffage électrique. L'appareil se compose essentiellement d’un tube de verre A incliué et en partie rempli de mercure. Ce tube communique par sa partie la plus basse avec le fond d’un vase en fer B dans lequel une tige C peut plonger plus ou moins, de façon à faire varier le niveau du mercure a l’état d’équilibre en A et B-
- On comprendra aisément que si l’extrémité supérieure du tube A se trouve en communication avec un fluide dilatable par la chaleur, le niveau du mercure qu’il contient baissera d’autant plus que la température du milieu dans lequel se trouvera l’ampoule contenant le fluide dilatable sera plus élevée.
- Le tube en verre A est muni de onze contacts en platine traversant sa paroi. Ces contacts sont reliés à tous les points intermédiaires d’un rhéostat d’absorption R.
- Lorsque l’étuve est froide et que par conséquent le fluide contenu dans l’ampoule et le tube T s’est rétracté, le tube A se trouve plein de mercure; le courant destiné à passer dans le radiateur placé dans l’étuve traversera en très faible partie le rhéostat R, mais eu presque totalité la colonne de mercure A qui ne lui offrira pas de résistance. Ce courant arrivera donc au radiateur et
- lu g. i. — Régulateur de température électrique.
- produira le maximum de chaleur; peu à peu, l’air de l’étuve s’échauffant, le fluide de l’ampoule se dilatera et la colonne de mercure, baissant dans le tube A, viendra découvrir successivement tous les contacts en rapport avec les différents points du rhéostat R, de^ sorte que le courant sera obligé de parcourir nue longueur pliîs ou moins grande du rhéostat, jusqu’à ce qu’il rencontre un contact immergé dans le mercure. Si ce contact baisse de plus en plus, le courant finira par traverser la totalité du rhéostat et par conséquent abandonnera une grande partie de son énergie avant de pénétrer dans le radiateur de l’étuve.
- Il est facile de comprendre qu’il sera possible de régler l’allure de l’étuve, d’une part en faisant pénétrer plus ou moins la tige C dans le tube de fer B, ou bien en faisant passer une certaine quantité de fluide liquide ou gazeux par l’entonnoir placé en haut du tube incliné. Cet entonnoir doit toujours contenir du pétrole pour éviter toute fuite, et du reste nous conseillons de laisser à la surface du ménisque mercuriel une certaine quantité de pétrole pour éviter l’altération de la surface et en même temps assurer une rupture plus facile avec les contacts en platine.
- On pourrait augmenter le nombre des contacts autant que l’on voudrait; cela n’aurait que l’inconvénient de compliquer l’appareil. Mais par ce moyen on réduirait d’autant la différence de potentiel entre deux points successifs et par conséquent on réduirait les effets de l’étincelle de rupture.
- Outil pour remettre eu place les courroies tombées des poulies. — Pour peu qu’une courroie soit assez tendue, il est difficile, voire dangereux de la remettre sur poulie sans arrêter la transmission. Voici un petit dispositif très usité en Angleterre, mais peu connu chez nous,, qui rend dans ce cas de réels services. Il se compose d’une perche terminée par une sorte de nez conique à la base duquel est fixée une large rondelle de cuir pouvant tourner librement (fig. i).. La
- pointe conique sert à soulever le brin supérieui de la courroie, qu’ou pose sur le haut de la poulie, le disque tournant empêchant l’outil de 1rop s’engager. Une fois qu’ou est parvenu à suffisamment engager la courroie sur la poulie (fig. 2), elle reprend tout à coup sa position normale, l’outil étant rapidement ramené au bas de la poulie, puis libéré. Bieu avoir soiu, eu engageant la perche, de s’y prendre en sorte que pendant le parcours de l’outil, le manche ne puisse venir s’engager contre l’arbre, de graves accidents ne manqueraient pas d’en résulter.
- Extincteur de bougie. — La bougie est rare et chère ; le rationnement du gaz, du pétrole et de l’essence obligent cependant à s’en servir. C’est souvent le seul moyen d’éclairage des soldats au cantonnement et des habitants des pays libérés quand ils rentrent dans leurs foyers dévastés. Mais si l’on s’en sert pour.se coucher, on risque de s’endormir en oubliant de la souffler et de ne plus en retrouver le lendemain en s’éveillant. Nos poilus ont résolu le problème par un système D, qui, s’il n’est pas nouveau, est toujours utile. La figure ci-jointe le fera suffisamment comprendre. Un fil de fer est tordu en potence et fixé an tour de la bougie, on y suspend nn couvercle quelconque, au moyen d’un fil qu’on serre à une distance de la flamme, d’autant plus courte qu’on désire une extinction plus rapide : deux centimètres pour uue heure par exemple, un seul pour une demi-heure ; la longueur étant déterminée par expérience-. Le mécanisme de l’extinction est facile à imaginer; le temps révolu, le fil se libère, le couvercle tombe, l’obscurité se fait.
- Collier de serrage P. C,— Ce collier est formé de 3 petites pièces : une agrafe, pièce principale, laquelle étant inusable, peut dès lors servir indéfiniment; une bande en fer-blanc mince et souple, une goupille fendue. Le serrage s’opère par enroulement de la bande autour de la goupille qui sert de clé (système de la boîte à sardines), il s’ensuit que le même collier peut serrer toutes les dimensions, à l’inverse des colliers ordinaires
- dont il faut un numéro pour chaque diamètre de tuyau.
- La souplesse de la bande lui permet de serrer des tubes même s’ils sont déformés ou ovales, et son étroitesse fait que l’on n’a besoin que d’un faible effort pour le serrage. Il est dès lors possible d’utiliser ce collier sur une tuyauterie à coude très court, comme par exemple un'brise-jet sur un robinet d'évier ; la bande faisant un peu plus d’un tour complet, il ne se produit pas de pincement de tuyau à la jonction, par suite, pas de faites. Créé pendant la guerre par « deux poilus », ce collier a éîé accepté .après essais par la Section technique de l'Aéronautique militaire, chacun sait que les avions ont quantité de petites tuyauteries demandant par conséquent de no mbreux colliers de serrage qu’il faut extrêmement légers tout en étant solides et d’un serrage complet, 11 est .actuellement en essais au service des pompiers de Paris. Au dernier /concours Lépim-e, il a obtenu la médaille de vermeil. Son emploi intéresse nos appareillfeurs d’eau et de gaz, les fabricants d'appareils d’arrosage et de -voirie, et même,., las jardiniers pour ligaturer des greffes d’arbustes.. — En vente chez MM, Piponnier et U, Gaallau, mécaniciens , i&o, route de Versailles, Billancourt ,(Seine).
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- VARIETES
- La période pluvieuse actuelle. — Dans un des derniers numéros de La Nature, on a montré que contrairement à une opinion très répaudue, il n’evisle aucune corrélation entre la canonnade et la pluviosité particulièrement abondante observée pendant la guerre1. A quelle cause donc attribuer les précipitations copieuses survenues durant çes dernières années ? Tout simplement à ce que nous nous trouvons dans une de çes périodes pluvieuses et froides qui reviennent à peu près tous les trente-cinq ans. Voici déjà longtemps que, s appuyant sur les variations de niveau des lacs et des fleuves, les dates des inondations, la durée de la congélation des grands cours d’eau, la date des vendanges, enfin, sur une étude des observations météorologiques, Brückner2 a montré qu’une phase de froid et d’humidité se produit tous les trente-cinq ans et que durant les deux derniers siècles, les dates moyennes approximatives de ces phases se placent en 1705, J740, 178.0, )8i5, i85o et 1880.
- i.88o plus 35 ans, cela fait juste 191a. ....
- . L’histoire météorologique du dernier quart du xix° siècle et du début du xxe reflète nettement ceg oscillations.
- Autour de 1880, les observations ..accusent, en effet, une augmentation des précipitations et une température relativement froide. Dans le bassin de la Seine, de i8y5 à 1890, soit pendant quinze ans, on compte douze années pendant lesquelles la pluviosité dépasse la moyenne, six ayant une température inférieure à la normale, et trois autres avec une moyenne thermique normale''. Sur le plateau suisse4, pendant la même période, on relève onze années à pluviosité supérieure â la normale, et de 1,878 à 1891, un défîeil de chaleur5.
- À partir de 1890, le régime change complètement. Dans le bassin de la Seine la pluviosité diminue et la température s élève. De 1890 â 1907 dans cette région, quatorze années donnent un total de pluies inférieur à la normale0, dix accusent une température supérieure à îa moyenne et deux une température normale. Sur le plateau suisse, pendant la même période, treize fois les précipitations annuelles sont déficitaires et de 1892 à 1911, on observe un léger excédent de température^.
- Lu 1909, un nouveau changement de régime se produit dans la région,parisienne. Les précipitations redeviennent abondantes et jusqu’en 1918 demeurent supérieures à la normale, sauf en 1911, dont l’été fut torride comme on s’en souvient, et en 1917: encore à cette dernière date, à Paris, la pluviosité ne fut elle inférieure que de 2 mm à la moyenne. Pendant cette période, à deux reprises, les précipitations atteignirent
- nue abondance remarquable; en 1910, l'année de là grande inondation à la Seine, 731 mm, alors qug la normale est 573 mm, et 1916, 703 mm. En revanche, durant ces dix dernières années, la température à Pari? n accuse aucun déficit, seuls 1909 et 1917 possèdent une valeur annuelle conforme à la normale.
- Beaucoup plus clairement que les observations météorologiques, le régime des glaciers met en évidence çes variations rythmiques du climat, En raison dg lgur nature, ces appareils ne constituent-ils pas des enregistreurs par excellence des phénomènes atmosphériques, et leurs dimensions ne résultent-elles pas des actions exercées par les agents climatériques et de la prépondérance qu’acquièrent quelques-uns d’gntrg eux. Si les précipitations sont supérieures à lg normale, il est évident que les glaciers se trouvant copieusement alimentés augmenteront; de même si la température ou la radiation solaire? est déficitaire, la fusion devenant moins active, ils s allongeront; enfin sj les précipitations sont très copieuses, la température et la radiation solaire inférieures à la normale, ils .subiront un accroissement considérable, Les neiges deviennent-glies peu copieuses et la température ou Ig radiation solaire augmentent-elles, il va de soi que les glaciers diminuer,ouf.
- Dans le cas qui nous occupe, seules les ery.es yppg intéressent, A oyons donc les date.s de çes phénomènes durant le XIXe siècle et le début du xx°. En 181.8 sy produit une grosse crue, puis .après u»e phase de recy} peu accentué OU de stagnation une seconde entre 18.5.0 et 1855, soit trente-cinq ans après la première, enfin uye troisième s’étendant entre i8;5 et 1890, soit également à peu près trente-cinq ans après la seconde.
- Les glaciers de Chamon'fx paraissent être les plus précoces des Alpes, c'est-à-dire réagir les premiers. Lors de la derniere crue, ils ont commencé à progresser dès 1875, trente cinq ans plus fard, soit en 1911, que font-ils ? .A cette date, le glacier du Tour, le plus septentrional de la vallée, jusque-là en retraite, avance. Les années suivantes, le mouvement se précise et se généralise et tous les appareils du versant français du Mont-Blanc entrent successivement en crue. Egalement en Suisse et en Tirol, une légère poussée en avant a été observée, mais partout .elle est faible et reste localisée dans quelques massifs et même dans quelques appareils des différents groupes montagneux. Les phénomènes glaciaires confirment donc, après les observa-lions météorologiques, que nous nous trouvons d.ans une période froide et pluvieuse et qye la canonnade n’,a pas exercé la moindre influence sur le phénomène.
- » Ç11AKLES Rabot.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Cj&y.
- Les pertes de la population française. — Les
- données statistiques .q.ue le Ministère du Travail vient de publier pour ia période de guerre 1,914-1917, sont des pins inquiétantes. Qu’on en juge par les quelques chiffres suivants :
- Pour les 77 départements non envahis, Je nombre des naissances et des décès a été de :
- Naissances. Accès. Aiflèreuçe
- 1913... 604.811 387.445 17.366
- *9*4... 394.222 647.049 53.327
- i9!5. .... 387,806 655.146 267.340
- i9!6. . . . . 315.087 fi.07,74.2 293..-6.55 '
- 1917... 343,310 6.13,148 269,838
- soit une perte de 883 1,60 habitants ; il -faut y ajouter ’
- 1. Voir la, très intéressante communication de M. A. Au«ot, à l’Académie d’/fgriculture, dans la séance du 16 mai 1917 [Le canon et la pluie, Paris, Académie d’Agriculffuire de t-rance).' :
- 2. Lduacd. ftrüdoaer, setè ....... [L',ca- |
- .gMtplijsafifi slMmdlwg&u, u), yi-eaue, r.S.Qoj), ^ j
- 3. Cfis vale.u.rg sont emmumbées .an tableau II .du .remarquabLe j
- mémoire de JM. Cduio.ud Maillet, ingénieur des Ponts e.t Chaussées., ! Supplément au Manuel' /i/drologiq'ue du tassin de la Seine, péris, I lmp. nat., 1909. j
- 4. D’après les observations exécutées à Saint-BalU, Zurich, j berne, Lneemo, Neuclia-td <et ©Me. ('D1'Ma tirer, Mc p.criodi$<d)&n j Sehwanltungen der Viedersc/ilegmwig&M i.n i&r.or iiedeutmig -flir {
- les c'hiil'res non encore connus des n départements envahis, où l’an .s’est battu el les 1 4°o000 hommes morts à la guerre !
- M. Mardi évalue à plus de deux millions, les pertes de la population mâle de 16 à 65 ans, telle qu’elles apparaîtront pn ip.35, .soit un sixième de j[a population utile, dont dépend principalement la puissance productrice du pays,; il faut encore tenir compte de quelque 800000 réformés diminués dans leur activité.
- L’Alsace-Lorraine nous rendra bien 400 000 hommes d origine française, mais ce nombre sera insuffisant pour peupler le pays reconquis.
- Comme on assistait -déjà, avant la guerre à une migration intense vers les villes, migration qui a été ,encore intensifiée par la création de nombreuses industries mouy.eRe s et Tac.crois se ment énorme des salaires,
- unscre IFasscrwirtschaft, in Sckweizcrische [Fasse rw irise ha f't, ZunUsIi, .Vf, a, Si <wettoifoj;e a913.
- :5, SotUitiae des é.enrt.s de fa -températwie P'nr pjW't à la 'normale annuelle «-= fi11,
- 6. De 1890 à 1904, soit pendant quinze ans, la pluie a été défi— chaire, sauf en .1891 et .en 1894.
- 7- Swufte des écarts de la tempéra pire p.w Rtqjpu.nt à la tio,r.-Mi.àte amnvej.le 4- (Ma.ure.r),
- 8. Le D1'Maurer, directeur d.e l’Institut central suisse ,de .météorologie, attribue un rôle prépondérant à la nébulosité dans ia genèse des •vfciMaibûo.ns glaciaires.
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- il est probable quejaous assisterons à une dépopulation de plus en plus marquée des campagnes, où peut seul se reconstituer cependant le capital humain du pays. C’est là un des plus graves problèmes qui vont se poser pour l’avenir du pays.
- Ce problème est d’ailleurs général, bien qu’il ne se pose nulle part avec tant d’acuité qu’en Fr-ance. En Angleterre, comme ici, le nombre des naissances a baissé, sans que le chiffre des décès ait diminué et pour la première fois, en 1918, ce dernier est devenu supérieur à celui des naissances ; il est vrai qu’on a compté, rien que pendant le quatrième trimestre dernier, 100000 décès dus, à la grippe. Toutes les grandes villes des pays ennemis voient aussi actuellement une diminution marquée des naissances; les chiffres sui-
- vants relatifs à l’une des dernières semaines de 1918 en font foi :
- Ville. Naissances. Décos.
- Berlin . . 365 713
- Hambourg. . . • • i96 581
- Leipzig .... . . 143 31 2
- Munich .... . . 200 354
- Dresde .... . . 131 244
- Cologne.... . . 188 385
- Breslau. . . . . . 135 309
- Vienne .... . . 071 1302
- Budapest . . . . . 3a5 722
- Trieste .... . . 58 foi
- J^Mais cela ne suffit pas pour nous distraire du grave danger de la dépopulation croissante de la F rance ! R. M.
- JteD
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- RECETTES ET PROCEDES UTILES
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- Papier transparent. — L’huile de ricin est des plus siccatives; elle est, en outre, soluble en toutes proportions dans l’alcool absolu, et presque incolore lorsqu’elle a été fabriquée à froid. Ces trois propriétés ont été mises à profit pour la préparation de papiers transparents intéressants en ce moment de pénurie de verre. Suivant l’épaisseur du papier que l’on veut rendre diaphane, on dilue une partie eu volume d’huile avec deux ou trois parties d’alcool, on en imprègne le papier, et on le suspend à l’air. L’alcool s’évapore promptement, et l’huile disséminée dans la pâte du papier ne tarde pas à sécher. Le papier devient ainsi d’autant plus transparent que sa pâte est moins chargée.
- j^Pâte pour nettoyer gants, chaussures, étoffes.
- — Certains camelots vendaient avant la guerre une pâte blanchâtre que le démonstrateur en plein air appliquait avec un morceau de flanelle très légèrement enduit, sur le gant à nettoyer, puis frottait avec une éponge imbibée d’eau, et enfin rinçait à l'eau : les crasses partaient, et elles partaient encore lors d’une application à la maison.
- A base de quoi était donc cette pâte? A priori, on pourrait penser à quelque mixture contenant un savon de fiel de bœuf, une décoction de panama.... Or, il suffit de chauffer dans roo gr. d’eau environ 5o gr. de savon de Marseille, en remuant jusqu’à parfaite homogénéisation, puis de couler dans quelque boîte à cirage bien nettoyée -auparavant pour obtenir une pâte identique à celle du « commerce », qui, nous l’avons calculé, coûte en boites du plus petit «modèle, trente-huit fois la valeur! Il est bon de ne pas préparer longtemps à l’avance pour éviter le rancissement; il convient de tenir la boîte au frais toujours bi$h fermée pour que la pâte ne se dessèche pas.
- (Laboratoire de La Nature.)
- Addition d-’étain ou* de cuivre aux alliages de plomb. — Le, dernier Bulletin des usines de guerre (qui cesse de paraître), contient l’intéressante recette 5 uivante : Il est connu que la dureté du plomb est augmentée par l’addition de petites quantités de sodium ou de magnésium. Si on ajoute de l’étain à ces alliages leur fragilité est diminuée et leur résistance aux agents chimiques est augmentée. Alors qu’un alliage de plomb et de magnésium se désagrège lentement à la surface par exposition à l’air humide, un tel alliage avec addition d’étain montre beaucoup de stabilité à l’air; la modification des propriétés d’un alliage plomb-sodium
- est du même ordre. Ces alliagesMeviennent malléables et moins cassants par addition d’étain.
- Les qualités de dureté desl;alliages sont encore améliorées par l’addition d’une faible quantité de cuivre. La teneur en étain ne doit pas dépasser 5 pour 100 et celle du cuivre atteindre à peine cette valeur. La teneur en sodium ou magnésium reste convenable en dessous de 4 pour 100.
- Photographies de machines. — L’exécution des photographies de machines, surtout de celles qui doivent être reproduites en similigravure, présente parfois quelques difficultés inhérentes à l’éclairage défectueux des modèles. M. P.-N. Armstrong a indiqué, dans le British Journal of Photography, les divers tours de main qu’il utilise d’ordinaire en pareil cas. Lorsqu’il s’agit de photographier des machines impossibles à déplacer, il faut d’abord choisir l’heure la mieux appropriée et obturer, au moyen de bâches ou de papier d’emballage, les fenêtres qui pourraient occasionner, derrière le modèle, des halos désastreux. Pour la mise en valeur des divers organes, deux modes opératoires sont praticables.
- On peut employer des peintures grises en diyerses intensités, de façon à différencier les organes qui se présentent l’un devant l’autre et risqueraient souvent d’être confondus. La peinture ne doit être appliquée que très peu de temps avant le moment où l’on veut photographier, afin d’éviter les marques de doigts ou toutes autres taches susceptibles de se produire, et la peinture est beaucoup plus facile à enlever avant sa dessiccation.
- Un autre moyen, beaucoup plus simple et au moins aussi efficace, consiste à accentuer d’un trait de craie les arêtes et les contours de toutes les pièces, et notamment les saillies, inscriptions, bossages, nervures, dentelures des crémaillères et des engrenages. Ce procédé est à recommander toutes les fois que la photographie devant servir d’original sera, préalablement à sa reproduction, reprise à l’aérographe, le retoucheur pouvant alors, sans tâtonnements ni incertitude, retrouver tous les contours dont il a besoin.
- Dans le cas de machines de très grandes dimensions, présentant des cavités importantes, l’auteur a souvent utilisé avec avantage l’éclairage auxiliaire de ces cavités, soit par des lampes électriques, soit par éclairs magné-siques. Bien entendu, ces sources de lumière doivent rester en dehors du champ de la reproduction.
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- BOITE AUX LETTRES
- Châssis Révèle-films. —- Cet appareil décrit dans le n° 2i5i, est en vente, non chez M. Aivas, mais chez M. Jules Demaria, 35, rue de Clichy, Paris.
- M. R. L. — Pour changer le sens de rotation de votre moteur électrique, les deux moyens les plus simples sont : ou l’emploi des moteurs « série » ou la pose d’un simple inverseur de pôles.
- M. M. C., avenue Victor-Hugo, à Aubervilliers et
- M. G., h Bordeaux. — Tous 1-es traités de savonnerie sont anciens et pendant longtemps nos usiniers n’ont usé que de moyens empiriques et de tours de main. Le seul travail, vraiment scientifique que nous puissions vous signaler est celui de M. François Merklen, chimiste de la maison Charles Roux, à Marseille. Préfacé par le professeur A. Haller, il ne se trouve pas, croyons-nous, dans le commerce, mais, toutes les bibliothèques savantes le possèdent.
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- LA NATURE
- Supplément.
- N° 2354
- 22 Mars 1919
- INFORMATIONS
- Lancement d’un aéroplane par un dirigeable. —
- Notre confrère Scientific American annonce une expérience d’un nouveau genre, le lancement d’un aéroplane à partir d’un dirigeable, accomplie il y a quelques semaines au camp d’aviation maritime de Rockaway Beach, près de New-York. Un deë récents grands dirigeables de marine, gonflé à l’hélium, à nacelle attenante à l’enveloppe, fut amené à l’aérodrome, et s’éleva à 3o m., retenu au sol par un câble; un petit aéroplane s'accrocha au câble et l’ensemble s’éleva à iooo m., l’aéro pendant sous la nacelle. La corde fut alors détachée et l’aéroplane tomba de 3oo m. jusqu’à ce que son moteur mis en marche par le vent de la chute lui permit de rétablir sa situation et de rejoindre l’aérodrome en compagnie de quatre autres machines qui l’escortaient.
- Alliages résistant aux acides. — Parmi les matières à l’emploi desquelles la guerre a donné un grand développement, il faut citer les alliages résistant aux acides utilisés dans la fabrication de l’acide nitrique et de l’acide sulfurique. Dans ces industries, les appareils étaient en général en grès ou en pierres spéciales, mais la production intensive nécessitée parla guerre a obligé les industriels à s’adresser à d’autres matières. Parmi celles-ci, les plus répandues sont le Tantiron fabriqué par les fonderies de Lemnox depuis 1908, Yironac de la Harghton C5 de Londres et le Duriron fabriqué à Dayton (Ohio). Ce sont tous des alliages silicieux dont la composition moyenne, d’après M. Carnell, est la suivante :
- Silicium Carbone Manganèse Soufre Phosphore pour 100 pour 100 pour 100 pour 100 pour 100
- Tantiron. 11 à 15 0,75 à 1,25 2 à 2,5 0,05 à 0.15 0,05 5 0,10
- Ouriron. 11 5 15 0,2 5 0, 6 0,25 5 0,35 <0,05 0,16 5 0,2
- Le tantiron est très fragile et ne peut convenir pour des appareils ayant à supporter une pression interne élevée tels que les autoclaves. Par contre, on peut le fondre comme la fonte ordinaire et il n est attaqué ni par l’acide chlorhydrique ni par les acides sulfurique et nitrique à n’importe quelle concentration.
- Le duriron, de même que le tantiron, ne semble pas résister aux acides et au feu.
- La température optima pour l’énergie humaine.
- — M. Ellsworth Huntington vient de publier dans les Proceedings of tlie National Academy of Sciences d’Amérique, une étude sur ce sujet basée sur l’examen de diverses statistiques.
- i° Si l’on note la température des saisons où la mortalité est la plus faible, on trouve, aussi bien dans les villes des Etats-Unis qu’en Europe et en Asie, un minimum au printemps et à l’automne, alors que la température moyenne diurne avoisine i8°.
- 2° Si l’on 'cherche le maximum de. travail obtenu des ouvriers dans diverses usines s’étendant du Connecticut à la Floride, on constate qu’il est réalisé par des températures extérieures oscillant autour de 170.
- 3° Enfin, si l’on mesure. au dynamomètre la force musculaire d’écoliers ou de travailleurs en répétant
- chaque jour les essais pendant plusieurs saisons, on observe encore un maximum pour une température de 16 à 1 g0.
- De ces mesures très diverses, il semble donc résulter que la température optima pour l’homme est aux environs de x8°.
- La navigation sur les Grandis Lacs de l’Amérique du Nord. — C om'bien active est la navigation sur les Grands Lacs de l’Amérique du Nord, les statistiques de 1918 le mettent en évidence. L’année dernière plus de 61 millions de tonnes de minerai ont été transportés sur cette Méditerranée, et plus de 29 millions de tonnes de charbon embarqués dans les ports du lac Erié, enfin 88 millions d’hectolitres de-céréales ont circulé sur ces immenses nappes d’eau. Sur ces 88 millions d’hectolitres, 3i provenaient du lac Michigan, c’est-à-dire du Wisconsin, de l’Illinois, de l’Indiana et du Michigan, 27 millions des ports américains de Duluth et de Supe-rior, sur le lac Supérieur, fournis par le Minnesota, le Dakota et le Wisconsin; enfin 21,8 avaient été embarqués dans les ports canadiens de Fort-William et de Port-Arthur sur le lac Supérieur et représentaient la récolte du Manitoba, du Saskatchewan et de l’Alberta. Ces céréales ont été dirigées principalement sur Buffalo pour être acheminées de là vers New York, et sur les ports de la baie Géorgienne pour être transportées par fer vers les ports du Saint-Laurent. A Buffalo, en 1918, les élévateurs ont déchargé pendant la période de navigation pas moins de 21 millions d’hectolitres; lorsque les lacs ont été pins par la gelée, il restait à manutentionner pas moins de 14 millions et demi.
- Cours des métaux aux États-Unis pendant la période 1898-1918. — Notre confrère Tron Age vient de publier d’intéressants graphiques sur les variations de prix des métaux usuels pendant ces dix dernières années, d’après les cours pratiqués aux États-Unis.
- On y remarquei’a les effets de la guerre mondiale, plus lents à se produire en Amérique qu’en Europe. 1914 elle début de 1915 virent même une baisse des prix, les exportations pour l’Europe étant diminuées. Ce u’est qu’à la fin de 1915 que la métallurgie se réveilla sous l’influence des demandes considérables venant des pays belligérants.
- L’entrée en guerre, en 1917, amena un bond formidable des cours jusqu’au moment où les produits furent taxés ; ils se maintinrent alors jusqu’au milieu de décembre dernier, qui vit le commencement de la baisse. Comme on le voit par les courbes ci-dessous, ils sont encore sensiblement doubles des cours normaux d’avant-guerre.
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- T’ig. 1. — Cours des métaux 1898-1918.
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- SCIENCE APPLIQUÉE
- < Suppression de la dureté de l’eau par la permu» tite. — Presque toutes les eaux naturelles, même celles qui sont d’une limpidité parfaite, reuferment, en. dissolution, des sels calcaires et magnésiens qui les rendent incrustantes ou dures au savon.
- ' On a cherché, depuis longtemps, à réduire le plus possible la dureté des eaux, ce qu’on a appelé la « correction », l’.« adoucissement » ou, plus souvent, mais moins proprement, 1’ « épuration des eaux ».
- Le, traitement par la chaux et le carbonate de soude (procédé Porter Clark) qui est le plus généralement appliqué, j>ermet, dans beaucoup de cas, de réduire sensiblement la dureté de l’eau, sans cependant jamais la supprimer radicalement. Le nouveau mode de traitement par la « Permulite », permet d’obtenir une épuration complète, c’est-à-dire une eau à o° hydrotimé-trique, par le simple passage de l’eau dans le récipient qui contient la Permutite, sans aucun mécanisme, sans préparation ni dosage de t réactifs et sans produire aucun dépôt boueux.
- Les zéolithes sont des silico-aluminates naturels ; si l’eau, mise en contact avec un Zéolithe, contient, en solution, des sels dont les bases sont différentes de celles du zéolithe, il se produit, entre le zéolithe et la solution saline, un échange des diverses bases jusqu’à équilibre. La « Permutite » est un zéolithe artificiel à base de soude, fabriqué industriellement, auquel on est arrivé à incorporer une très forte portion de cette base. Par la circulation de l’eau à travers une couche
- Réservoir de tèau brute
- Conduite Redistribution de teau
- epuree
- 2 Réservoirs pour ta préparation de ta so/ution de set +
- Réservoir de /eau épuree
- Sortie de /eau
- Sortie de /aso/ution a e setj
- suffisante de « Permutite », on obtient, non pas seulement la diminution, mais encore l’élimination totale des bases alcalino-terreuses qui constituent la dureté des eaux naturelles. De la même façon, mais par un échange en sens inverse, on régénère la « Permutite » lorsque celle-ci, après s’être incorporé une certaine quantité des bases alcalino-terreuses qu’elle a enlevées à l’eau, n’est p>lus susceptible de donner de l’eau à zéro degré hydro-timétrique, en la faisant traverser par une solution de sel marin qui restitue à la « Permutite » là soude qu’elle avait cédée, et lui reprend les bases alcalino-terreuses dont elle avait débarrassé l’eau traitée.
- Au cours de ces opérations : adoucissement et régénération, il ne se produit aucun changement dans les caractères physiques de l’eau adoucie et de la « Permutite » et il ne se forme, dans l’appareil employé, aucun précipité ni aucun dépôt. Il n’y a donc aucun résidu à évacuer, aucun nettoyage à effectuer. On voit que les mêmes opérations, qui sont d’ailleurs d’une extrême simplicité, peuvent se répéter indéfiniment et que la seule dépense à considérer consiste dans la consommation du sel. Celle-ci est faible si l’on emploie le sel dénaturé qui, indemne de droits, revient à un prix très réduit.
- Les opérations d’adoucissement et de régénération se font dans un seul récipient qui peut être, à volonté, ouvert et fermé pour fonctionner à l’air libre ou sous pression (fig. i). La forme généralement adoptée est celle d’un bac cylindrique vertical, maison peut adopter toute autre forme. On peut construire ces récipients en
- tôle ou en bois et même en béton de ciment armé. Quel que soit le type adopté, l’appareil doit être muni d’un faux fond perforé sur lequel on dispose d’abord, un lit de graviers qui reçoit lui-même la couche de s Permutite ». Il est complété naturellement par quelques organes accessoires : le réservoir à solution de sel, les tuyauteries, vannes et robinets (fig. a).
- La manoeuvre d’un appareil à « Permutite » est d’une très grande simplicité, et à la portée de tout le monde. Elle ne demande que •10 à 4o minutes par jour, selon l’importance de l’installation.
- Dans certains cas particuliers, pour des usages
- spéciaux, par raison d’économie, quand l’eau est très dure'ou lorsqu’il existe déjà une installation d’épuration par le procédé à la chaux et au carbonate de soude, il est plus avantageux de combiner, dans la même installation, l’emploi de la chaux (sans soude) et de la « Permutite ».
- Certaines eaux contiennent aussi de l’oxyde ferreux. Au contact de l’air, il s’oxyde et précipite en partie et lentement, donuant à l’eau une coloration de rouille.
- La « Permutite de manganèse », tirée de la « Permutite de sodium », dans laquelle la soude a été-Tem-placée par un oxyde de manganèse à son maximum d’oxydation, agit, sur l’eau ferrugineuse, à la fois comme un oxydant d’une grande énergie, en produisant presque instantanément l’oxydation et la précipitation du fer, et comme un filtre, pour retenir ensuite tout l’oxyde de fer précipité. Lorsque le pouvoir oxydant de la « Permutite de manganèse » est épuisé, on la régénère au moyen d’une solution de permanganate de potasse ou de soude. On applique le traitement à la « Permutite de manganèse » seul, quand il suffit que l’eau soit déferrisée. Quand elle doit être en même temps adoucie, on peut combiner le traitement spécial à la « Permutite de manganèse » avec le traitement à la « Permutite de sodium ». — Etablissements Phillips et Pain, i, rue Taitbout, Paris.
- Échelle-pont-échafaudage, « l’Extensible ». — M. Hannebicque a obtenu une médaille d’argent au dernier concours Lépine pour une échelle pliante à galeries, encadrée dans descroi-. sillons, en X réunis à leurs extrémités, qui se dresse rapidement par une tension faite à la partie inférieure au moyen d’un engrenage, et se replie facilement sur le bâti qui la supporte,
- Construite en fer avec une ou plusieurs galeries suivant l’emploi et la hauteur demandée, elle est fixée sur un chariot ou une automobile pour le transport.
- Une passerelle avec rampe se trouve à chaque galerie, qui permet d’atteindre avec facilité l’échelle suivante.
- Elle peut remplacer avec
- plus de sécurité les échafaudages lents et coûteux à installer; elle peut servir aussi avantageusement comme échelle de sauvetage dans les incendies, et présenter à chaque étage, en même temps, une passerelle facile à suivre.
- Pour renseignements, s’adresser à M. Hannebicque, Déville-lez-Rouen.
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- ' VARIÉTÉS
- Crèmes pour chaussures. — La rareté et le prix du cirage rendent plus intéressantes encore en ce moment, les crèmes pour chaussures, véritables encaustiques à base de cire, qui mériteraient ainsi mieux le nom de cirage, que le pseudo-cirage d’autrefois qui n’en contenait pas.
- Elles sont en général plus chères que ce dernier produit, mais peuvent être employées en plus petite quantité, l’enduit formé sur le cuir se brillante plus facilement, il résiste mieux à l’action de l’eau qui ne peut mouiller la matière cireuse.
- Les crèmes-cirages du commerce, bien qu’en principe toutes de même catégorie, comportent d’assez nombreuses Arariétés différant parfois notablement les unes des autres. Il y a d’abord les crèmes liquides et les crèmes pâtes, les crèmes noires etles crèmes pour chaussures jaunes; mais ce sont là des différences superficielles et il en est d’autres, plus intimes, beaucoup plus importantes.
- Les crèmes les plus employées sont des encaustiques à l’essence de térébenthine, qu'on colore avec un pigment artificiel intense, le plus souvent de la nigrosine; la cire d’abeille, très chère, n’est en fait presque jamais usitée, les jaunes d’œuf non plus, quoique certaines mixtures très chères en contiennent sans doute un peu, pour justifier la présence de poussins sur l’étiquette! On se sert de matières cireuses bon marché, cire de Carnauba, du Japon, résine ordinaire, et surtout cires minérales du genre ozokérite, lesquelles sont choisies parmi les variétés brunes; les impuretés colorées permettent d’économiser le pigment et de payer la cire moins cher !
- Dans 8 litres d’essence de térébenthine tiède, par exemple, on fait dissoudre 2 a 3 kg d’ozokérite noire, 5o à 100 gr. de cire de Carnauba; on ajoute 200 gr. de nigrosine et on laisse refroidir en remuant, la masse étant versée en boites dès qu’elle devient fort pâteuse. Ce type classique de crème peut être rendu liquide en forçant la dose d’essence et supprimant l’emploi de cire de Carnauba. Et pour obtenir des crèmes jaunes, il suffit d’employer une ozokérite pas trop foncée, la nigrosine étant remplacée par un « jaune pour graisses » que vendent tous les fabricants de couleurs synthétiques. Quant à l’essence de térébenthine, on peut lui substituer économiquement en totalité ou partiellement des benzols du genre de l’essence de pétrole ; mais cela se fait peu à cause d’une question secondaire en principe, mais très importante en pratique; le client est favorablement prévenu par l’odeur térébenthinée, tandis que celle du benzol lui paraît être indice d’une camelote !
- Ces crèmes ont l’inconvénient de s’altérer à la chaleur ou par longue exposition à l’air ; l’essence s’évapore et la masse sèche grenue devient inemployable. Notons toutefois à ce propos, qu’en pareil cas, il est facile de régénérer le produit en le faisant chauffer avec précaution après addition d’un peu d’essence et en remuant jusqu’à parfaite homogénéisation. Autre inconvénient, les crèmes à l’essence sont inflammables; évidemment, si c’est là un défaut, il est négligeable ; mais il n’empêche que d’ingénieux fabricants de produits
- concurrents signalèrent le fait comme un inconvénient par d’énormes affiches où l’on voyait une allumette enflammer le contenu d’une boîte. Il n’en faut pas plus pour qu’on ait cherché à fabriquer des crèmes « sans essence ».
- On en peut obtenir, et qui se conservent relativement très bien, en substituant à l’essence de térébenthine d’autres solvants des corps gras, à la fois ininflammables et peu facilement volatils. Les dérivés chlorés des carbures d’hydrogène, dont nous avons déjà signalé ici les heureuses propriétés, permettent le choix d’un liquide répondant à ces exigences; on préfère généralement le chlorure d’éthylène.
- Ces crèmes ininflammables sont, ou du moins peuvent être d’excellente qualité ; une fois le solvant volatilisé, ce qui se produit aussitôt après application, il reste sur le cuir les matières cireuses qui le lubrifient et le protègent du contact de l’eau et de la boue alcaline (le cuir, qui résiste un peu aux acides, craint en général les alcalis). Il n’en est plus de même d’autres crèmes ininflammables qui, elles, abîment le cuir à cause de leur alcalinité et qu’on peut aisément reconnaître par l’absence des odeurs aromatiques qu’ont les hydrocarbures chlorés. Nous voulons parler des crèmes émulsionnées.
- On sait, en effet, que dans les encaustiques usuels, la cire peut être, soit dissoute dans l’essence, soit au contraire réduite en particules extrêmement fines, simplement en suspension dans une solution aqueuse de carbonate alcalin. On peut de même émulsionner dans un bain tiède d’eau carbonatée, suffisamment de matières grasses pour obtenir par refroidissement une masse de consistance crémeuse. Voici, d’après Cerbelaud, la formule pour l’obtention d’une telle mixture :
- Eau.......................700 grammes.
- Résine de pin..............no —
- Ozokérite noire...........100
- Cire du Japon............. 40 —
- Carbonate de potasse . . 45
- Noir de fumée............. 20 —
- Nigrosine.................. 5 —
- On fait fondre les matières cireuses dans la solution chaude de carbonate de potasse, on ajoute en remuant les autres constituants et on coule en boîtes, sans cesser l’agitation, de sorte que le noir reste bien en suspension;
- Somme toute, à part les produits de cette dernière catégorie qui sont à rejeter, les crèmes modernes doivent être préférées aux cirages usuels pour l’entretien des chaussures ; l’augmentation du prix des produits est .et au delà balancée par l’économie de chaussures et de quantité de crème journellement utilisée.
- Est-il avantageux de préparer soi-même ces crèmes? Peut-être, si, comme dans les hôtels, les pensionnats, on consomme de grosses quantités de cirage. Non, la plupart du temps, car il est difficile de se procurer au détail de l’ozokérite par exemple, et parce que les crèmes se conservant parfois mal, il faut les refaire trop souvent. D’ailleurs, il sera facile à chaque amateur, de comparer méthode d’achat et méthode de self-fabrication. A. Chaplet.
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- BOITE AUX LETTRES
- A propos des erreurs de la pluviométrie. — A la suite de l’article du n° 2351 sur les erreurs de la pluviométrie, décrivant le pluviomètre-nivomètre totalisateur Mougin, M. Ingold, de Saint-Dié, nous écrit : « Dès 1894, j’avais installé à Abondance (Haute-Savoie), un appareil à peu près identique comme forme, avec liquide empêchant efficacement l’évaporation, et solution de chlorure de calcium pour provoquer la fusion de la neige. Cet appareil est décrit dans le numéro de juin 1900 de l’Astronomie. En 1901, mon pluviomètre fut exposé à la Section forestière du Concours régional d’Epinal. »
- « Je profite de la publicité de La Nature pour signaler une amélioration que j’ai adoptée en 1908; la solution de chlorure de calcium attaque le zinc et’rend
- le pluviomètre inutilisable au bout de peu d’années. J’ai donc remplacé cette solution par de l’alcool dénaturé qui fond également la neige. Lors de la mise en train, je détermine avec un alcoomètre la teneur en eau de l’alcool employé; en fin d’observation, je détermine de même la teneur du liquide en alcool et par un calcul fort simple, j’obtiens la quantité d’eau réellement recueillie. »
- M. C. S., à Lisbonne. — Voici les conditions essentielles à observer relativement aux soins que réclament les palmiers Kentias en appartement : i° comme tous les palmiers, les Kentias ont besoin de fréquents arrosages, car ils absorbent beaucoup d’eau; il importe donc, de restituer celle-ci au compost en proportion de cette
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- absorption, et seringuer fréquemment le feuillage avec de l’eau à la température du local; en . été, répéter ces seriugages trois fois par jour : le matin, à 8 et à io ou n heures; le soir à 5 ou 6 heures, lorsque le soleil ue donne pas trop directement dans l’appartement; employer de l’eau très pure, de préférence de l’eau de pluie; 2° comme engrais, user, avec modération de purin très étendu d’eau, ou de poudre d’os ou de guano de poisson à ajouter au compost (terre du pot) ; 3° les palmiers ne doivent jamais rester privés d’humidité; pendant le repos de la végétation, entretenir la fraîcheur du compost/mais à ce moment (automne) restreindre l’arrosage de la plante; 4° si le compost ne nourrit plus les racines, si le pourtour de la motte dépotée forme un réseau enchevêtré de racines plus ou moins jaunes et séchées, et si le fond est garni d’une calotte de racines enroulées, il faut rempoter dans des pots aussi petits que possible, la plante ne commençant à pousser activement que lorsque les racines sont au contact des parois du pot, dont la porosité laisse l’air parvenir jusqu’à elles. Dans une trop grande masse de terre, les racines manquent d’air, se développent mal et la plante souffre ; 5° employer, comme compost, un mélange de'terreau de feuilles friable et de terre franche, avec une certaine proportion de terre de bruyère, au besoin, supprimer les racines les plus sèches et rempoter avec précaution pour ne pas endommager les autres. Le compost, doit être d’autant plus léger et perméable que le palmier est plus petit. Pour les grands, on peut employer de la terre dé jardin en mélange avec du terreau de feuilles bien décomposé. Un bon drainage est toujours nécessaire; poser les pots sur un support creux, qui permet à l’air de circuler en dessous, on évite ainsi l’accumulation au fond du pot, d’un excès d’eau qui ferait pourrir les racines; 6° quand les racines remplissant toute la motte, garnissent d’un réseau épais les parois du pot, ou sortent par l’orifice du fond, il faut, à l’aide d’un sécateur ou d une serpe supprimer une partie de ces racines en excès, puis rempoter dans un récipient proportionné à la masse qui reste; 70 en principe, ne pas rempoter souvent, les palmiers se maintenant en bonne santé dans des pots de dimensions très restreintes, par rapport à la masse de leur feuillage. Mais les Kentias ayant une tendance marquée à se soulever au-dessus du sol, par suite de l’allongement vertical des îxxcines et de leur rigidité, il faxxt, en rempotant, retrancher les racines les plus âgées dxi fond, pour diminuer la hauteur de la motte et rehausser' ensuite avec le compost les x'acines dix haut jusqu’au niveau du collet; éviter d’endommager les grosses racines px-incipàles ; . employer des pots assez pi'ofonds, de forme allongée ; 8° mettre les palmiers dehors, quelques instants, par tempéi'àtüre de io° au minimum, accompagnée de pluie douce; en temps de gelée, les éloigner -des fenêtres pendant la nuit, éviter surtout de les soumettre à un brusque changement de texnpéra-ture et aux courants d’air ; mais renouveler l’air chaque fois qxie la température extériexxre le permet est une précaution d’importance capitale. Une température moyenne
- dé io° convient à la plupart des palmiers d’appartement.
- M. L. il/., à Dompierre (Vosges). — 1° Pour les levures, en ce qui concei’ne les foi’mules de préparations, il faudrait s’adresser à un spécialiste : voyez Laboratoire des levures, Institut La Claire à Morteau (Doubs); G. Jacquemin, Laboratoii’e des levui’es cultivées, à Malzéville, pxrès Nancy; Laboratoire des Levures et Fermentations de l’Institut national agronomique, 16, rue Claude-Bernard, à Paris, 5°. 20 Pour les ^produits liquides ou en poudre remplaçant le vin, nous ne voyons pas la possibilité de donner suite à ce projet, à cause de la loi de répression des fraudes. Voyez des chimistes œnologues : M. Weinmann à Epernay; M. Malyezin, à Bordeaux; M. Mathieu, dbrectèur des stations œnologiques à Beaune et Dijon, et le directeur des Sex’vices agricoles du dépai’tement des Vosges, à Epinal (Préfecture). 3° Mélanges pour ci'èmes instantanées, avec uniqixe emploi dtx lait. Il est plus avantageux de se procurer ces produits tout prépai’és dans le commerce d’alimentation. En toxxt cas, ils paraissent être composés d’œufs desséchés, farine, sucre et parfois aussi un produit qui gonfle à la cuisson, comme la crème de riz ou une substance analogue. Voyez : crème Robert, L. Vidilles, 29, rxxe de Corneilles à Levallois-Perret (Seine); produits Leone, à Vanves (Seine). 4“ Pour liqueurs diverses (alcoolats oxx [mélanges de plantes), même observation que pour les mélanges pour crèmes. Voyez : M. A. Piard, chimiste, 7, rxxe Pierre-Dupont, à Lyon; M. A. Durban, 35, i'ue des Francs-Bourgeois, Paris, 4° ; Office technique de chimie appliquée, 24, rue d’Orléans, à Neully-sxxr-Seine. 5° Pour les colorants alimentaires, végétaux ou artificiels, voyez : Produits Gallia de Joseph Gazan, 7, rxxe Gxxibal, Marseille; E. Aubert, chimiste, à Corbeil (Seine-et-Oise) ; laboxxxtoires industriels, R. Bxxreau, 18, quai de Cour-beŸoie, à Courbevoie (Seine); Etablissements Birckenstock, 12, rue du Progrès, à Montreuil-sous-Bois (Seine) ; pour les colorants à base de chlorophylle : Gattefosse, chimiste industriel, 19, rue Camille, Lyon.
- M. l’abbé M., à Lyon. — a) On ue peut manufacturer du caoxxtchoxxc en petit : il faxxt une installation industrielle, voir pour renseignements techniques l’ouvrage de Tassilly par exemple : Caoutchouc et Gutta (Chez Doin, place de l’Odéon. Prix5 fr.). b) Pas d’autre moyen que prendre l’avis d’une personne compétente pour savoir si l’invention est bonne.
- M. T., à Villerupt. — Nous sommes étonnés que du bon ciment Portlànd ne convienne pas pour ce scellement; vous pouvez essayer de le l'empiaeer par le ciment métallique, décrit, p. 298, des Recettes de la Maison (Masson, édit., 120, boulevard Saint-Germain, 3 fr. relié). — Il est bien difficile de donner un procédé sûr sans connaître ni le genre d’émail ni la nature de la teinte. Vous pommez essayer de . faire dissoudre dans l’acide chloi’hydrique chaud lé plus possible de papier d’étain, puis laver la baignoire avec ce liquide dilué de plusieurs fois son volume d’eau. Opérez avec prudence pour ne pas risquer d'abîmer l’émail.
- BIBLIOGRAPHIE
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- Annuaire pour l'an 1919, publié par le Bureau des Longitudes,"'! vol. in-i6, 824 p-, plus 3 sxxppl., Gau-Ihier-Villars et Cin, éditeurs, Paris. Prix : broché, 3 fr. ; cartonné, 4 fr.5o.
- La télégraphie sans [il, la téléphonie sans [il, applications diverses, par G.-E. Petit et Léon Boutiiillon; 4° édition, 1 vol. in-8, 364 p.> 197 *6 pE Dela-
- grave, éditeur, Paris; prix : x5 fi’ancs.
- Géographie mathématique, par H. Bouasse, i vol. in-8, 494 p., 233 fig. Delagrave, éditeur, Paris. Prix': 25 francs.
- La température en Chine et à quelques stations voisines, d’après des observations quotidiennes, compilées par H. Gautxiiek, S. J. 3 vol. in-4,7XLVIII -j- 784 P-, 19 diagi'ammes ; Imprimerie de la Mission catholique, Shanghaï.
- La genèse de la science des cristaux, par Hélène Metzger, 1 vol. in-8, 248 p., Alcan. Paris; prix : 5 fr. 00.
- Résumé des connaissances scientifiques utiles aux avia-
- teurs et mécaniciens de ïaéronautique, par Ed. Mar cotte et E. Bkréiiake, préface de M. Henry Pâté, 1 xrol. in-12, 588 p., <\\'x fig., Dunod et Pinat, Paris; prix : 18 francs.
- Le Système Taylor (Scientific Management), par C. Bertrand Thompson, pi’éface par M. A. Millerand. 1 vol. in~i6, 156 p., 8 fig., Payot et C‘e, Pai’is ; prix : 3 francs.
- Fortune de la fermière, par G. Arnould, i vol. in-16, 2i3 p., 55 fig. Delagrave, éditeur, Paxds ; prix : broché 3 fr. 90; relié 5 fr. 40.
- Manuel des antiseptiques, par H. D. Dàkin et E. lv. Dunham, traduit de l’anglais par M. Daufresne, 1 vol. in-12, 148 p. Vigot frères, Paris; prix : 5 francs.
- Psychologie générale tirée de ï étude du rêve, par Albert Kaploun, i vol. in-16, 2û5 p., Payot et C'6, éditeurs. Lausanne; prix : 4 fr. 5o.
- Les fausses nouvelles de la Grande Guerre, l. III, parle D‘ Lucien Graux, i vol. iu-i6; éditiou française illustrée, 3o, nie de Provence, Paris; prix : 6 francs net.
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- LA NATURE
- Supplément.
- N° 2355 5 Avril 1919
- INFORMATIONS
- Substituts des aciers spéciaux. — Les Allemands, d après Stahl und Eisen, ont cherché à remplacer les aciers spéciaux, nickel, nickel-chrome, bhrome-vana-diuni, qu’ils ne pouvaient produire par suite de l’impossibilité dans laquelle ils étaient de se procurer du nickel, en particulier, par des aciers de substitution au manganèse.
- Ces aciers ont des compositions variant de :
- manganèse............o,3 à 2,o5 pour ioo
- carbone..............0,4 à 0,06 pour roo
- silicium.............0,17 à 1,33 pour xoo
- La résistance à la traction par millimètre carré, pour ces aciers forgés, augmente de 2,3 kg, quand la teneur en manganèse augmente de 0,1 pour 100.
- En graduant la température de trempe de 600 à 10000 environ, on obtient d’excellents aciers, durs quand le recuit a eu lieu à 10000, qui peuvent parfaitement remplacer les aciers au nickel, dans un grand nombre d’applications, en particulier dans l’industrie automobile.
- Les propriétés électriques du silicium et du germanium. — Le silicium présente le pouvoir thermoélectrique le plus élevé connu. Fait plus curieux, suivant le mode de préparation, le silicium est ou fortement électro-positif par rapport au cuivre, ou électronégatif et, en combinant les variétés positive et négative ainsi obtenues on constitue un couple thermo-électrique présentant la différence de potentiel énorme de 1000 microvolts par degré centigrade. Les petites quantités d’impuretés, telles que le fer, qui se trouvent toujours dans le silicium, diminuent le pouvoir thermo-électrique sans cependant changer son signe.
- En faisant cristalliser le silicium dans l’aluminium pour le purifier, on obtient un produit fortement positif ; en le faisant cristalliser dansl argent ou l’étain dans lesquels le silicium est moins soluble, on arrive finalement à un produit électro-négatif. ^
- En expérimentant avec le germanium, on trouve que ce corps présente le plus haut pouvoir thermo-électrique après le silicium.
- Les deux corps se ressemblent d’ailleurs par d’autres points, en particulier leur remarquable pouvoir recti-fiant pour les oscillations hertziennes.
- Un alliage glucinium-aluminium. —. Ces deux métaux qui, dans la nature, sont déjà alliés, sous forme de silicate double, pour constituer la pierre précieuse, l’émeraude, peuvent, à l’état métallique, donner des alliages dont les propriétés sont remarquables. En incorporant à l’aluminium 1 à 5 pour 100 de glucinium, on obtient un alliage plus résistant et plus dur que l’aluminium et se coulant facilement. Il résiste bien à l’action des agents atmosphériques et est susceptible d’un transport Sa densité est inférieure à celle de l’aluminium de 5 à 3o pour 100 suivant la composition.
- Aussi mérite-t-il d’attirer l’attention des constructeurs d'aéroplanes.
- La corindite. -r~ C’est une nouvelle matière abrasive obtenue en chauffant de la bauxite et de l’anthracite à 20000 dans un four à soufflage d'air. Il se forme par refroidissement des cristaux d’alumine qui constituent, avec le reste de la masse dans laquelle ils sont noyés la corindite. La composition de ce mélange est la suivante, en partant de bauxite rouge :
- Bauxite. Corindite.
- alumine . . 60 69,30 9
- oxyde de fer .... . . 20,2 23,35
- oxyde de titane . . . . . 3,2 3,7
- silice . . 2,6 3
- eau . . 14
- carbone. . . 0 o,5
- corindite ainsi obtenue est rouge, fond à 1700° et
- se rapproche, comme pouvoir abrasif, de l’émeri de Naxos qui a une composition chimique voisine et fond vers 16000.
- Le carbocoal. — En distillant à basse température des charbons bitumineux d’Amérique, on a, paraît-il, obtenu un nouveau combustible baptisé carbocoal et brûlant sans résidu et sans fumée dans les foyers industriels et marins. Mis en briquettes, il ne renferme que i à 4 pour 100 de matières volatiles et le rendement de préparation est de 700 kg par tonne de charbon traité.
- En présence des résultats obtenus aux essais, le gouvernement américain a subventionné la construction à Clinchfield (Virginie) d’une usine dont les plans sont prévus pour le traitement annuel de 1 5oo 000 t. de charbon.
- Composition isolante incombustible. — La Revue générale de l électricité rend compte d’une étude parue dans le Journal Télégraphique de Berne, sur une nouvelle matière isolante présentant de nombreux avantages ; cette matière est obtenue en mélangeant 51,7 pour 100 d amiante pulvérisée, 14 de mica finement tamisé, 20 de caoutchouc minéral (substance molle qui se rencontre dans les gisements de schiste oléagineux), 1 pour 100 de résine, o,3 de gomme pure de Para dissoute dans 9,6 de bisulfure de carbone, 3 pour 100 de fleur de soufre ; toutes ces substances se mélangent bien et mieux encore si l’on ajoute o,3 pour 100 de bisulfure de sélénium. Après lavage, on évapore à l’air les deux sulfures et 1 on obtient un produit dur, rigide, non absorbant et n’ayant pas besoin d’être verni. En le chauffant à la vapeur, il devient plastique et peut alors être moulé par pression dans n’importe quelle forme. Il possède un grand pouvoir isolant et est pratiquement incombustible. Son prix de revient relativement faible le rend précieux pour les isolateurs qui nécessitent actuellement de la porcelaine, du marbre, de l’ardoise ou des substances vulcanisées.
- La potasse des fumées des fours à ciment — Les
- Etats-Unis viennent de trouver une intéressante source de potasse que signalent MM. Nestell et Anderson dans le Journal of) Industrial aiid Engineering Chemistry. Les fours à ciment d’Amérique déversent chaque jour dans l’atmosphère plus de 10 tonnes de poussières et de fumées qui n’étaient qu’un désagrément pour leur entourage, sans plus. Etant donnée la pénurie de potasse, on a songé à recueillir ces poussières soit en les faisant déposer dans des grandes chambres, soit en lés filtrant à travers delà toile à sacs, soit encore en les précipitant par l’eau ou l’électricité. La précipitation électrique a donné les meilleurs résultats. Le produit recueilli contient 10 à 11 pour xoo de potasse dont la plus grande part (environ 86 pour 100) sous forme de sels solubles dans l’eau et le reste pouvant être solubilisé par la chaux. Les parties les plus fines et les plus légères sont aussi les plus riches en potasse soluble ; la précipitation des fumées doit donc être très complète
- La vulcanisation au sélénium. — Au lieu d’employer le soufre pour vulcaniser le caoutchouc, la Simplex Wire and Cake Co s’est adressée à son voisin immédiat dans la classification chimique., le sélénium que l’on trouve en République Argentine.
- Par chauffage à i35°, pendant le double du temps nécessaire pour la vulcanisation au soufre, en présence d’accélérateurs organiques, on obtient un caoutchouc plus conducteur que le caoutchouc ordinaire, plus souple et gardant son élasticité pendant plus longtemps.
- Les accélérateurs, qui agissent comme catalyseurs et que l’on emploie à raison de o,o3 à o,o5 pour 100 du mélange sélénium-caoutchouc sont des dérivés nitrés, nitronaphtol, nitrométhylaniline, etc.
- Construction de navires sans rivets. — La Revue de la marine marchande annonce le, lancement en Angleterre du premier bâtiment construit complètement sans rivets, toutes ses tôles ayant été assemblées par un soudage électrique. Depuis les joints du fond de la coque jusqu’aux bastingages, en passant par les membrures, les cloisons, etc., tout a été soudé à l’arc, inté-
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- INFORMATIONS I»
- rieurement et extérieurement. On compte ainsi obtenir plus de solidité, puisque les rivets dimiuuent sensiblement la résistance du métal. On a réalisé un travail plus fini avec une économie de temps et de matériaux qu’on estime à 20 pour 100.
- Le Shipping Board américain, qui a suivi ces travaux, prépare la construction de navires standardisés de 10000 tonnes ne comportant qu’un nombre très réduit de rivets.
- Poussière èt éclairage. — Quand dans une pièce éclairée à l'électricité, la lumière n’est pas jugée suffisamment intense, l’idée qui se présente immédiatement à l’esprit est de remplacer les ampoules par des ampoules neuves ou plus puissantes.
- Or, d après 1 Electrical Review, on peut augmenter plus économiquement l’éclairage en nettoyant les réflecteurs, les ampoules et en enlevant la poussière des plafonds. C’est surtout ce facteur qui est important. D’apres les expériences faites, l’époussetage des réflecteurs augmente de 26 pour 100 environ, l’éclairage de la salle, le badigeonnage du plafond de 40 pour 100 et le remplacement des ampoules électriques vieilles par des neuves... seulement de i5 pour 100. Ce résultat assez curieux méritait d’être signalé.
- La Guyane anglaise futur centre de fabrication d’aluminium. — De vastes dépôts de bauxite ayant été découverts dans la Guyane anglaise, — leur étendue est évaluée à plus de 2400 km2, soit environ la moitié du département de la Loire, — le gouvernement britannique les a immédiatement placés sous son contrôle et a refusé d’accorder aucune concession avant la fin de la guerre, afin d instituer, une fois la paix signée, uu régime spécial pour ces mines, au mieux des intérêts des industries de l’empire. En 1917, pas moins de 4oo concessions ont été demandées. Seule, la Demerara Bauxite Co, constituée avant la découverte des nouveaux gisements, a ouvert une exploitation; en 1917, elle a expédié aux Etats-Unis, 2000 t. de bauxite. Les analyses, exécutées par ordre du gouvernement anglais, montrent que la bauxite de la Guyane britannique est très riche en alumine ; des échantillons en contiennent de 64 à 67 pour 100. Dans le voisinage de ces gisements existent des chutes d’eau; d’où la possibilité d’obtenir l’énergie électrique et d’installer sur place la fabrication de l’aluminium. La Guyane anglaise paraît donc appelée à un avenir industriel que l’on ne soupçonnait guère, tout récemment encore.
- La présence de la bauxite ayant été reconnue également dans le bassin de la rivière de Surinam, en Guyane hollandaise, il serait du plus haut intérêt d’entreprendre une reconnaissance sérieuse des terrains dans la partie occidentale de notre Guyane, afin de s’assurer si elle aussi ne possède pas cette richesse minière.
- L’Angleterre encourage les1 recherches industrielles. — Nos amis d’Angleterre ont reconnu après ces 4 ans de guerre, les inconvénients de la routine en matière industrielle. Le gouvernement anglais fait un gros effort pour organiser et encourager les recherches scientifiques appliquées à l’industrie. Il vient de mettre à la disposition du Département des « Recherches » une somme de 25 millions de francs. Ce service aura pour mission de la répartir entre les groupements coopératifs d’industriels qui se formeront pour entreprendre des recherches dans un but déterminé. On espère ainsi assurer d’une façon efficace l’alliance entre la science et l’industrie.
- L’exploitation des voies navigables pendant la guerre. — La guerre, on le sait, nous a forcé à exploiter à plein notre réseau de voies navigables. De grands travaux ont été entrepris pour en augmenter le rendement. -
- Les chiffres du tonnage transporté sur la Seine sont particulièrement instructifs. Les tonnages remontés depuis 1913 de Rouen à Paris sont les suivants :
- Année iqi3
- — 1914
- — i9i5
- — 1916
- — 1917
- — 1918
- 3.490.000 tonnes. 3.087.000 —
- 5.182.000 —
- 6.200.000 —
- 6.36o.ooo —-
- 7.254.000 —
- Pour remplacer les feuilles de mûrier. — Comme il n’est pas rare au Japon que les jeunes feuilles de mûrier souffrent de la sécheresse ou de la gelée, M. Fujima Daijiro a recherché les plantes capables d’alimenter le ver à soie et il vient de rendre compte des résultats de ses essais à l’Association séricicole du Japon. Nous empruntons au Bulletin des Renseignements de l’Institut international d’Agriculture la liste des plantes reconnues par lui comme utilisables.
- On connaît déjà les feuilles de bois d’arc (Cudrania triloba), de Broussonetia, de salsifis noir et de pissenlit que les bombyx mangent utilement
- M. Fujima Daijiro a trouvé t3 autres plantes que les chenilles mangent volontiers. Les unes ont des feuilles trop peu abondantes pour avoir une grande valeur pratique : le Phragmite commun, la laitue de Thunberg, la campanule ponctuée, certaines lampsanes, etc. D’autres semblent valoir mieux : la laitue denticulée, le pavot, le laiteron maraîcher, etc. Une paraît tout à fait utilisable, la laitue brévirostre; cette plante pousse au commencement du printemps et atteint, en automne, une hauteur d’environ 2 m. Si on la coupe en été, elle émet tout de suite beaucoup de bourgeons et croît très rapidement, ce qui permet de récolter sans cesse des feuilles du printemps à l’automne. Les vers nourris de cette herbe avant leur ire mue et même jusqu’à leur
- mue ont donné d’excellents résultats, meilleurs même que ceux donnés par les vers nourris de feuilles de mûrier. Les vers auxquels on a donné cette plante jusqu’à la 3S mue ont été légèrement inférieurs aux précédents ; mais l’expérience a démontré que L. brevirostris est parfaitement capable de nourrir les vers à soie.
- Linge d’ortie et drap de tourbe. — On sait que dans l’antiquité, l’ortie fut employée comme textile et qu’au xvm* siècle, il existait encore en France des fabriques de toile d’ortie. Devant les prix très élevés qu’atteignent aujourd’hui le coton, le chanvre, le lin, et les difficultés de transport, on revient aujourd’hui à cette matière première. En Danemark s’est constituée une association ayant pour objet la fabrication de linge en filasse d’ortie. Les premiers résultats qu’elle a obtenus sont, paraît-il, excellents. A une exposition organisée à Copenhague, pour mettre sous les yeux du public les produits de la nouvelle industrie, tous les visiteurs,, rapportent les Commerce Reports, ont été frappés par la blancheur, comme par la souplesse des nappes et des serviettes. Outre le linge de table, on se propose de tisser du linge de corps et des draps de lit. Avec la filasse d’ortie on fabrique de plus un fil très résistant et d’excellentes cordes.
- D’autre part, en Dànemark, vient d’être créée une manufacture pour la fabrication du drap de tourbe. Ce nouveau produit, d’une teinte grise, présenterait un aspect peu différent de celui du drap ordinaire. Le drap de tourbe se compose de 75 pour 100 de fibres végétales contenues dans la tourbe et de à5 pour 100 de déchets de laine.
- Le cratère le plus grand du monde. — Le Dr B.-F. Griggs, parti en exploration au Mont Katemai, dans l’Alaska, sous les auspices de la National Geographical Society, a récemment informé cette société qu’il était sur le chemin du retour, ayant découvert « la vallée des dix mille fumées », vaste étendue fissurée dégageant des millions de fumerolles, et ayant atteint le sommet du Mont Katemai qui est certainement le plus grand cratère du monde puisqu’il ne mesure pas moins de neuf milles de circonférence et 1200 m. de profondeur.
- La Poire d’échantillons de Lyon 1919. — Bien que des difficultés de transport et de main-d’œuvre aient rendu la tâche difficile aux exposants et aux organisateurs, la foire de Lyon de 1919 est untriomphe économique et industriel. Son succès grandissant suggère même à ses organisateurs, qui n’ont pu satisfaire à toutes les demandes d’adhésion, l’idée de la renouveler en octobre prochain et de faire chaque année une foire de printemps réservée au commerce et une foire d’automne qui réunirait l’industrie et ses dérivés.
- Aux firmes françaises sont venues s’ajouter des firmes étrangères, donnant un nombre total d’adhérents de 4700, supérieur de i524 au chiffre de l’année dernière. Non seulement toutes les branches du commerce et de l’industrie y sont représentées, mais les Chambres de Commerce étrangères y participent.
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- SCIENCE APPLIQUEE
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- LES MOTOCULTEURS
- Tracteur agricole Renault 1919. — La Nature
- (n° 235o) a déjà signalé les premières transformations du tank de combat en tracteur pour le ha-lage des péniches et les travaux agricoles. Le modèle définitif vient de paraître, qui con-s'erve du char d’assaut la grande adhérence au sol permettant d’obtenir un effort de traction considérable s^ns tassement exagîré du terrain, la grande facilité de conduite et d’évolution, auxquelles s’ajoutent une faible consommation d’huile et de carburant, un graissage automatique, une circulation d’eau par thermo-siphon, un ventilateur branché directement sur le volant moteur, une
- poulie motrice placée à 1 avant du tracteur, une direction simple et souple. Les principales caractéristiques du nouveau tracteur sont :
- Puissance du moteur..............3o/35 chev,
- Encombrement du véhicule. .... 3 m. 45 ><: i m. 78.
- Avancement normal en ir° vitesse. 1 km 5oo à l’heure.
- — — î* - 3 km —
- — — 3° — 5 km —
- — — 4° — 7 km —
- Vitesse normale en marche arrière. 1 km 5oo — Longueur de portage des chaînes. 1 m. 65
- Largeur des chaînes..............o m. 175
- Portage par centimètre carré . . o kg 392
- Poids total approximatif.........2.800 kg
- Effort normal au crochet d’attelage. 2.200 kg Effort maximum avec surcharge . a.5oo kg Renault, Billancourt (Seine).
- Treuils de labourage de Dion-Bouton/— Les deux treuils étudiés par les établissements de Dion-Bouton ne diffèrent que par leur puissance. Tous deux peuvent^ servir sur route comme tracteurs avec des vitesses de-3 à 7 km à l’heure; dans les champs on„ peut réduire cette vitesse à 1,4 km ; ils virent dans un rayon minimum de 7 m. La vitesse de labour varie, suivant les terres de 3,7 à 4,5 km à l’heure. La consommation d’essence à l’hectare est de 27 à 5o litres. Chaque appareil comprend un moteur à essence ou benzol à 4 cylindres, tournant à 1000-1200 tours, carburateur de Dion-Bouton (Zénith), magnéto Victrix, embrayage à friction, deux treuils et une charrue-balance. Leurs principales caractéristiques soiit
- Appareil de 30 chev. Appareil de
- 50 chev.
- Nombre de vitesses 1 .V et JR 2 N et 1 Æ
- Transmission par . Chaînes Arbre et
- démultiplieateur.
- Effort utile au crochet d’at- *
- telage permettant un labour à 2000 kg 3,200 kg
- 0 m. 25 avec 4 socs 6 socs
- ou à 0 m. 35 avec .... 2 — 3 -—
- Longueur de câble .... 4oo m. 5oo m.
- Diamètre du câble d’acier. 13 mm i5 mm
- Charge de rupture .... 9000 kg 12.000 kg
- Poids du treuil Surface labourée à 0 m. 2 5 4 t. 6 t.
- en 10 heures. ..... 3,5 Ha 5 Ha
- Les treuils de Dion-Bouton conviennent particulièrement à la grande culture et permettent non seulement
- Fig. 3. — Le treuil de labourage de Dion-Bouton.
- le labour, mais toutes les opérations agricoles, etnotam-ment l’arrachage des betteraves et des pommes de terre, pénible pour les animaux. — Etablissements de Dion-Bouton, 36, quai National, Puteaux (Seine).
- Tracteur-toueur Filtz. — Cet appareil présente la particularité d’appliquer aux travaux des champs le principe du remorquage sur câble. Il se déplace en effet en se halant sur un câble immobile, tendu à ses deux extrémités sur des treuils fixés par des ancres ; arrivé à bout de course, on change le sens de marche sans virer; le tracteur ne tourne donc pas, à fin de raie, mais revient en arrière, fonctionnant véritablement en navette, ce qui supprime la « fourrière ». Ce nouveau dispositif permet d’obtenir une grande puissance avec un tracteur très léger, ainsi qu’on en peut juger par les caractéristiques suivantes :
- Poids en ordre de marche 1800 kg; puissance 3o-40 chev. ; 4 cylindres de i3o d’alésage, 160 de course, tournant à, 750 tours; moteur à essence, benzol ou alcool; vitesse 6 km à l’heure; câble d’acier de 16 mm.
- j'ig, /,. — De tracteur-toueur Filtz employé comme tracteur pour travaux légers.
- Le tracteur toueur Filtz a déjà fait ses preuves : il permet de labourer en un jour 1,5 Ha à 3o-32 cm de
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- SCIENCE APPLIQUEE
- profondeur avec un gros brabant ou 2,5 Ha à 22-25 cm avec un trisoc; employé sans câble, comme un simple tracteur, pour les travaux légers, il laboure par jour 5,5 Ha à 10-12 cm avec une charrue simple à 5 socs, extirpe ou déchaume 9 Ha, moissonne et lie 12 Ha. Dans ce dernier cas, son rendement est naturellement inférieur à celui du touage. Essayé l’an dernier pour l’arrachage des betteraves, attelé à une arracheuse Bajac, il a permis, d’après les résultats communiqués à l’Académie d’Agriculture, en novembre dernier, de traiter 3 Ha par jour avec une dépense de 22 litres d’essence à l’Ha. Imaginé par M. Georges Filtz, il est, depuis la mort de ce dernier, construit pas la Société de Matériel de Culture moderne (établissements Filtz et ateliers Grivolas réunis), 3, rue Taitbout, Paris.
- Motoculteur S. O. M. U. A. — La Société d’outillage mécanique et d’usinage d’artillerie, filiale des établissements Schneider et Cio, vient de mettre au point un motoculteur de 3o/35 chevaux comprenant un tracteur et une fraise. Le tracteur peut servir seul pour tirer, par un crochet d’attelage, les appareils les plus divers, ou pour actionner à poste fixe, par une poulie, les machines de la ferme. La fraise, destinée à remplacer la charrue, est un appareil rotatif constitué par un tambour recevant les outils fixés par des manches flexibles ; on obtient ainsi un ameublissement très poussé et un
- Fig,"5. — Travail du Motoculteur avec la fraise rotative.
- mélange très intime des engrais ou du fumier au sol. Les principales caractéristiques du motoculteur S. O. M. U. A. sont : moteur à 4 cylindres, à 1200 tours, alésage go, course 170; carburateur automatique à essence, benzol ou alcool carburé; 4 vitesses, marche arrière; réservoir de 90 litres; poids, 243o kg; vitesse de i,35o à 5,4 km à l’heure; travail de 2 à 6 hectares en 10 heures avec une consommation de a5 litres d’essence pour 10 heures de déchaumage ou de 100 litres pour labour à 3o cm.
- S. O. M. U. A., 19, avenue de la Gare, Saint-Ouen (Seine).
- Appareils de culture a vapeur John Powler. — La
- maison John Fowler et C°, de Leeds (Angleterre), fabrique depuis plus de 5o ans un important matériel de culture à vapeur pour les grandes exploitations, qui
- Fig. 6. — Un appareil Fowler à 2 treuils.
- a fait ses preuves dans toutes les parties du monde. Les modèles actuellement existants varient comme puissance de g5 à 190 chevaux; ils pèsent de i3 à 20 tonnes et permettent de travailler 5 à 6 hectares par jour; ils peuvent servir comme tracteur sur route ou dans les champs,
- ou mieux actionner un ou deux treuils tirant les appareils de culture. Les uns permettent le travail avec une seule machine dans un seul sens avec retour à vide, ou dans les deux sens, l’autre bout du câble étant tendu sur une ancre ; les autres sont destinés à fonctionner avec deux machines placées aux deux extrémités du câble. La chaudière timbrée à i3 atmosphères peut être chauffée, au charbon, au bois, au pétrole ou même à la paille au moyen d'un dispositif spécial.
- Société anonyme John Fowler'; 2, rue de la Yarenne, Melun.
- Autres appareils. — La semaine de motoculture de printemps qui dure depuis dimanche dernier et se terminera demain, organisée par la Chambre syndicale de la Motoculture française, 3o, avenue de Messine, Paris, avec le concours du Ministère de l’Agriculture, sur les terrains domaniaux de la ferme de la Jonction, à Saint-Germain-en-Laye, a réuni 28 maisons qui ont présenté une soixantaine d’appareils divers : treuils, tracteurs, motocharrues, motoculteurs et autres instruments de culture.
- Outre les appareils que nous venons de décrire, on y a vu :
- Tracteur « Cleveland ».
- Tracteurs des Etablissements Agricultural, 25, route de Flandre, Aubervilliers.
- Tracteur universel S. C. E. M. I. A., 9, rue Tronchet, Paris.
- Tracteur à grande adhérence Ed. Lefebvre, 1, rue du Champ-des-Oiseaux, Rouen.
- Charrue automobile Tourand-Latil, 8, quai du Général Gallieni, Suresnes.
- Charrue automobile à bascule Dejahaye, 10, rue du Banquier, Paris.
- Tracteur agricole Feuillette, 26, rue Gambetta, Boulogne-sur-Seine.
- Tracteur Neuerburg, 3, rue de la Boétie, Paris. Avant-train tracteur à treuils Jules Puech, 98, rue de la Victoire, Paris.
- Effriteuse Xavier Charmes, 17, rue Bonaparte, Paris. Tracteurs Ph. Caire, 56, rue Rouget-de-l’Isle, Vitry-sur-Seine.
- Tracteur Rip, 60, avenue de la République, Paris. 9 American Tractor, 11, avenue du Bel-Air, Paris. Tracteur Titan, 155, rue Michel Bizot, Paris. Tracteur-tanlc Pidwell, 19, boulevard Malesherbes, Paris. Appareil de motoculture Mistral, 14, rue Barbés, Leval-lois-Perret (Seine).
- Tracteur Case, Cle Case de France, 251, faubourg Saint-Martin, Paris.
- Tracteur Austin, Northfield, Birmingham.
- Tracteur Avery, Pilter représentant, 24, rue Alibert, Paris.
- Tracteurs Butterosi Syndicate, 148. avenue Malakoff, Paris.
- Tracteur universel Moline, Moline (E.-U.).
- Bineuse automobile Bauche, Le Chesnay (Seine-et Oise). Tracteur Fordson.
- Tracteur-treuil Doizy, 8, rue du Clos-Montholon, Yanves (Seine).
- Rappelons que l’arrêté du 7 septembre 1915 accorde une subvention du tiers du montant de l’appareil méca-/ nique acheté par des groupements agricoles de 7 personnes au moins. ./
- Cette allocation est donnée à titre d’expérience et de démonstration; elle est réduite au quart si le groupement fait usage du Crédit agricole; elle est relevée respectivement à une moitié et à un tiers pour le.s régions qui ont souffert de dommages matériels donnant droit à indemnité ; ce dernier avantage est accordé aux communes pendant la guerre.
- Un autre arrêté du 17 octobre 1916 accorde une subvention de 5o pour 100 aux départements ayant souffert de dommages de guerre qui désirent acheter du matériel de culture mécanique.
- Enfin, un arrêté du 24 octobre 1916 fait participer aux mêmes avantages les départements de l’intérieur possédant une école pratique d’agriculture, à la condition de faire participer les appareils achetés aux divers essais qui seront organisés dans la région à titre d’expériences et de démonstrations.
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- VARIETES
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- Report sans presse des épreuves à l’huile. — La
- majoration que subit actuellement le prix des papiers photographiques aux sels d’argent, ainsi que la difficulté que l’on éprouve parfois à se procurer la qualité que l’on avait auparavant l’habitude d’employer, donnent un regain d’intérêt aux procédés pigmentaires. Quelques grammes de bichromate de potasse (produit peu coûteux et que l’on trouve, suffisamment pur, chez tous les droguistes) suffisent à sensibiliser des centaines de feuilles, et permettent d’obtenir des épreuves beaucoup plus stables que les images au citrate ou au bromure, et danq des tonalités infiniment plus variées.
- Les lecteurs de La Nature connaissent le procédé Rawlins,' désigné également sous les noms de procédé « à l’huile » et de procédé « aux encres grasses » (voy. n° 1768, p. 307). Rappelons seulement qu’il consiste à encrer au pinceau une feuille de papier gélatiné, préalablement sensibilisé au bichromate, impressionné sous un négatif et mouillé. L’action de la lumière a rendu la gélatine bichromatée imperméable, de telle sorte que la couche n’absorbe l’eau qu’en proportion des opacités du cliché. L’encre grasse est repoussée par la gélatine humide et n’adhère à la surface qu’en proportion de l’intensité des noirs du sujet. En somme, une épreuve impressionnée de la sorte n’est pas autre chose qu’une planche photocollographique ; mais l’encrage au pinceau substitué à l’encrage au rouleau permet à l’opérateur de modifier le caractère de l’image et d’ajouter son oeuvre personnelle, son goût artistique, à l’action photo-chimique. Le choix des encres plus ou moins molles, l’emploi de pinceaux de formes et de grosseurs appropriées à chaque partie du tableau, la manière de poser la couleur ou de l’enlever par essuyage sont autant de moyens de contrôler toutes les valeurs de l’image, avec la faculté de supprimer les détails inutiles et d’insister sur ceux qu’il convient de mettre
- en évidence.
- Cependant, les épreuves ainsi exécutées ne sont pas sans défaut. La gélatine interposée entre le papier et l’encre donne aux noirs un aspect luisant, qui nuit à leur profondeur; elle rend lourdes et louches les demi-teintes claires ; elle amoindrit surtout l’éclat des blancs.
- On évite ces inconvénients au moyen du report. La feuille encrée est pressée contre un papier non gélatiné, sur lequel l’image se trouve transportée. On a ainsi toute latitude dans le choix1*des supports. On peut utiliser à cet effet les plus beaux papiers, tels que ceux de Hollande ou du Japon, et obtenir des épreuves de tous points comparables aux plus belles estampes. Elles en ont, du reste, la stabilité, l’image étant constituée uniquement par de l’encre d’imprimerie. Les blancs sont fournis par le papier pur, les demi-teintes deviennent transparentes et légères, les ombres sont ^formées par des grains de noir de fumée posés sur le papier, tandis que l’huile qui les liait disparaît, absorbée. L’image photographique se trouve, en un mot, composée de la même matière qu’une image à l’eau-forte, la plus belle qui se puisse, souhaiter.
- Ce qui avait jusqu’ici limité la pratique du report, c’est l’outillage qu’il semblait exiger. On avait cru indispensable d’employer au décalque une machine analogue à celle dont se servent les graveurs en taille-douce (fig. 1). Le plus petit modèle d’une presse de ce genre coûte déjà une centaine de francs, et c’est un meuble encombrant, pour un amateur. Cet obstacle n’existe plus, depuiç que M. Bouchard et M. Pitois ont indiqué le moyen d’obtenir des reports sans presse, en frottant simplement le papier appliqué sur l’épreuve encrée avec un objet dur à contours arrondis, tel qu’une pierre à brunir, un ébâuchoir (fig. 2) ou même un manche de cuiller.
- En réalité, ce tour de main n’a rien de bien nouveau, et, s’il est incontestablement d’application récente en photographie, les graveurs le connaissent de longue date, car c’est ainsi qu’ils tirent 'leurs épreuves d'état ou fumés.
- Fig. 1. —Presse d’artiste, pour tirages en taille-douce.
- Pour vérifier le résultat de son travail, le graveur enduit sa planche de noir de fumée très fin délayé dans un peu d’huile, et il y applique une feuille de papier de Chine humide sur lequel il exerce une pression au brunissoir, en ayant soin d’intercaler entre l’outil et le papier un petit morceau de carton, pour éviter toute déchirure. Les fumés sont de véritables oeuvres d’art, car celui qui les tire sait accentuer le sujet principal, soit en l’encrant davantage, soit en forçant la pression. Aussi ces épreuves avant, toute lettre, généralement en très petit nombre, sont-elles fort recherchées.
- On procède de même, dans le report des épreuves à l’huile. Le décalque à l’outil va permettre au photographe de compléter le contrôle commencé à l’encrage, et de pousser plus loin son intervention. Là où l’épreuve
- Fig. 2. — Outils pour reports sans presse. â,‘^brunissoir. — B et C, ébauchoirs.
- initiale lui paraissait trop1 intense ou trop détaillée, il ne donnera qu’une pression légère, transformant un ton moyen en gris pâle; là, au contraire, où il lui semblera préférable de placer un accent plus vigoureux, il n aura qu’à insister davantage.
- Il convient de remarquer que le report donne une reproduction symétrique du modèle, qui s y trouve vu comme dans un miroir : un militaire aura ainsi son épée du côté droit, une inscription se présentera à rebours, etc. Pour que la reproduction soit identique au sujet, il faudra se servir de clichés retournés, comme on le fait d’ailleurs dans les impressions photomécaniques. Ces clichés sont obtenus, soit en employant une chambre noire munie d’un prisme ou d’un miroir optiquement dressés, soit en pelliculànt un négatif ordinaire et en transférant la couche, sens dessus dessous,, sur une glace, soit en tirant un contretype. Cette dernière solution est la plus pratique pour les amateurs, car elle permet de conserver le cliché ordinaire pour des tirages sans report.
- Le contretype est ordinairement exécuté par la méthode d’inversion. Après développement, au lieu de fixer dans l’hyposulfite, l’argent constituant l’image positive est dissous^dans un bain de bichromate ou de permanganate de potasse additionne d acide sulfurique. Un second développement, en pleine lumière, noircit le bromure d’argent qui n’avait pas été décompose dans le premier révélateur, de sorte que la nouvelle image est, en définitive, un négatif, comme le premier cliché, dont elle ne diffère que par le retournement de gauche à droite.
- Une autre méthode permet d’utiliser des plaques accidentellement voilées. On les sensibilise, dans .une solution de bichromate à 3 pour 100, on laisse sécher dans l’obscurité et on expose à la lumière, sous le négatif .à reproduire symétriquement. La venue de limage positive est facile à surveiller, car l’impression est très apparente à travers la couche de gélatinobromure. Quand tous les détails sont visibles, on lave afin ’d éliminer le bichromate, et 1 on plonge la plaque dans un révélateur' fortement bromuré, par exemple un vieux bain à l’hydroquinone. Ce bain noircit rapidement le gélatinobromure qui a été manipule en pleine lumière, mais il ne peut agir que sur la couche demeurée perméable sous les opacités du phototype, qui ont préservé la gélatine bichromatée de l’imperméabilisation. Quant à la surface placée sous les transparences du premier cliché, elle est devenue imperméable, et le révélateur ne peut pas la noircir. Il va sans dire que les demi-teintes, plus ou moins protégées de l’action lumineuse, absorbent plus ou moins le révélateur et sont par conséquent plus ou moins noircies. On passe ensuite la plaque dans l’hyposulfite; mais le fixage est assez lent, car les
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- VARIÉTÉS
- parties de la couche qui contiennent le plus de bromure d’argeut à dissoudre sont précisément les plus imperméables.
- On pourrait éviter l’emploi d’un contretype en exécutant le cliché sur une pellicule dont la faible épaisseur permettrait de la retourner, la feuille bichromatée étant alors appliquée, non plus contre la couche de gélatine,
- mais contre le côté en celluloïd. L’image ainsi obtenue serait, dans la plupart des cas, suffisamment nette.
- Le contretype est évidemment une complication. En revanche, le papier gélatiné n’est généralement pas mis hors d’usage par le report : rien n’empêche de l’encrer à nouveau et d’en tirer plusieurs estampes.
- Ernest Coustet.
- HYGIENE ET SANTÉ
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- Pour extirper les hameçons. — Ne pensez pas que je; veuille donner une leçon aux pêcheurs à la ligne sur la meilleure manière d’extirper 1 hameçon de la bouche du poisson qu ils auront eu l’habileté de bien ferrer. On ne prend pas, je crois, de grandes précautions, on tire on arrache et le fer est enlevé. Mon rôle est plus médical
- Je suppose que l’hameçon, au lieu de s’être implanté dans la gueule d un brochet ou de tout autre habitant de l’onde, soit venu, par le hasard d’un coup de ligne mal lancé ou d’un accident des plus simples, s’enfoucer dans la peau de la main ou des doigts. Il y pénètre plus ou moins profondément, et en raison de sa forme et de ses crochets, ne s en retire pas sans trand dommage pour les chairs du patient. Pour peu que l’hameçon soit fort et qu’on veuille agir étourdiment, on causera de sérieux dommages, d où des accidents plus ou moins graves
- Le L)T Salle de Dourdan, qui a eu l’occasion de traiter plusieurs maladrôits pêcheurs, conseille le moyen sui-
- vant, qui réussit à causer le moins de dégâts. Tout d’abord, aseptisez la plaie le plus vite possible; rien de meilleur à ce point de vue qu’un badigeonnage à la teinture d’iode. Saisissez alors le talon de l'hameçon avec les doigts, l’hameçon est de faible dimension, avec une pince, faites-le basculer et faites ressortir la pointe hors des téguments. C est une petite manœuvre un peu douloureuse, mais qui ne dépasse pas les limites supportables, piqûre d’aiguille. La pointe faisant saillie, coupez avec une pince coupante ou un sécateur la pointe et les crochets ayez soin de stériliser par l’ébullition préalable votre instrument, car la dernière manœuvre va faire rentrer dans les tissus l’hameçon privé de ses appendices aigus et fixateurs. Vous le retirez doucement par où il est entré; vous repassez une couche de teinture d’iode sur les deux plaies. Un pansement à la gaze clô,t les deux orifices et la guérison ei-t obtenue en deux ou trois jours, sans lacération des tissus et surtout sans complications.
- Dr A. C.
- RECETTES
- Formules d’alliages d’aluminium. — Le Bulletin des Usines de guerre donne la formule d’un alliage d’aluminium très résistant qui peut être employé pour les pistons de moteurs d’automobiles, les roues hélicoïdales et toutes pièces soumises à de grands efforts.
- On l’obtient à l’aide d’un alliage intermédiaire préparé de la manière suivante : dans un creuset, on fond ensemble, sous une couche de charbon de bois, 5 kg de cuivre et i kg 25 de nickel, puis on ajoute 2 kg 5 d aluminium en petits morceaux. Quand la fusion est complète, on verse i kg 75 d’étain en plaques miûces en ayant soin de brasser constamment, puis pour finir encore 5 kg d’aluminium. Cet alliage est fondu dans des moules de fer et transformé en petits saumons.
- Pour fabriquer l’alliage definitif, on fond 41 »7^ kg d’aluminium qu’on porte au rouge sombre, puis on y ajoute 3 kg de l’alliage intermédiaire préparé auparavant et 0,28 kg de magnésium.
- L’alliage obtenu, s’il a été bien travaillé, présente une résistance absolue de i85o à 2o3o kg par millimétré carré, un allongement de 3,5 à 4 pour 100, une limite d’élasticité entre 840 et 920 kg par millimètre carré et de striction euire 4 et 5 pour 100.
- On peut obtenir également à partir de l’aluminium des fils étirés d une bonne résistance et d une bonne conductibilité électrique.
- Voici les deux formules indiquées par le Bulletin des Usines de guerre :
- i° On fait un alliage intermédiaire avec moitié d’aluminium et moitié de cuivre. Puis, on obtieut l’alliage définitif en fondant ensemble 3,2 parties 'de l’alliage intermédiaire et 96,8 d’aluminium.
- Le fil étiré présente une résistance à la traction de 2730 kg par millimétré carré et une conductibilité de moitié de celle du cuivre pur.
- 20 Un autre alliage présente sensiblement les mêmes qualités de résistance (iii5 kg par millimètre «carré de section et 49 pour 100 de conductibilité). C’est celui qu on obtient en fondant 97.70 parties d’aluminium, 1 de cuivre et i,3o de nickel, puis en fondant ensemble 5 parties de cet alliage intermédiaire et q5 parties d’aluminium pur.
- Ces formules permettront d’économiser une grande
- quantité de cuivre, rare et coûteux en ce moment, en le remplaçant presque en totalité par l’aluminium plus abondant et plus facile à se procurer. A. B.
- Emploi du sel marin dans les piles. — La Revue générale d’Electricité nous apprend qu’un industriel anglais ayant demandé au jMinistère des Munitions de son pays, l’autorisation d’acheter du chlorhydrate d ammoniaque pour le chargement des piles Leclanché, il lui fut répondu d’économiser ce sel en lui subsiituant du sel marin dans la proportion de 4° pour 100 De l’enquête ouverte par la R. G. E. à ce propos, il résulte que cette substitution ne présente, en effet, pas grand inconvénient; on peut même aller jusqu’au mélange de 60 pour 100 de chlorure de sodium pour 40 de chlorure d’ammonium; la force électro-motrice est légèrement dimiuuée : ,35 v. au lieu de i,5o pour l’élément à vase poreux de 16 cm; la résistance est un peu augmentée : 1,8 ohm au lieu de 1,3 ; la polarisation est plus rapide et la dépolarisaiion plus lente; par contre, l’usure du zinc est beaucoup plus régulière. En pratique, il n’y a à considérer que la vitesse de la polarisation qui, d’ailleurs, ne compte pas quand il s’agit de sonneries.
- Peinture sur ciment. — Les peintures ordinaires ne tiennent pas sur le ciment, celui-ci formant avec 1 huile un savon de chaux. La Nature a déjà donné diverses formules pour remédier à cet inconvénient; on les trouvera réunies dans les Recettes de la Maison. En voici une nouvelle proposée par M. Emile Blondel, dans le Bulletin de la Société industrielle de Rouen : on mélange 200 cm3 d’eau, 3oo gr. de bichromate de soude, 140 gr. d acide sulfurique à 66° B ; on y verse peu à peu 70 cm3 de glycérine, en agitant constamment jusqu’à réduction complète ; puis on ajoute de l’eau jusqu’à 1 litre et on laisse refroidir; des cristaux de sulfate de soude se déposent ; on les sépare et l’on étend le volume à 3 litres pour avoir un liquide marquant iou B On a ainsi une peinture à base de sulfate basique de sesquioxyde de chrome qui, étalée sur une surface de ciment, piécipite de l’oxyde de chrome vert associé à du sulfate de chaux, Il vaut mieux étendre d’abord une couche de lait de chaux qn’on laisse sécher avant de peindre.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- On obtient une teinte verdâtre inaltérable à l’air et à l’eau, très solide, peu actinique, qui se confond avec les verdures poussiéreuses.
- Semelles de papier. — Aux prix actuels du cuir, il est intéressant de connaître une bonne formule de fabrication des semelles de papier. La Revue universelle de la Papeterie, nous fournit la suivante : imprégner de térébenthine une trentaine de feuilles de papier, puis coller ces feuilles ensemble avec une colle ainsi composée : térébenthine, blanc d’Espagne, laque en résine, huile de lin lithargée. On soumet le tout à une forte pression, de préférence mécanique ! Quand ce cartonnage est sec, il peut être utilisé après ébarbage et lissage. On peut en faire des semelles mobiles ou le fixer à la chaussure.
- Utilisation des ampoules électriques usées dans l’enseignement scientifique élémentaire. — M. L.
- Pierre, directeur d’école communale, nous indique les deux intéressantes expériences suivantes :
- I. Démonstration ciu poids de l’air. — Pour donner dans des classes élémentaires la conviction que l’air est pesant — conviction mal établie dans les jeunes cerveaux — l’expérience suivante est caractéristique : un petit trébuchet ordinaire ou une petite balance très sensible suffit comme matériel avec une lampe usagée.
- On place la lampe sur l’un des plateaux du trébuchet, on fait la tare sur l’autre plateau. Avec une pince on casse avec précaution la pointe de la lampe en laissant sur le plateau les débris de la pointe; lorsque la rentrée de l’air dans la lampe s’est effectuée, le plateau sur lequel est placée la lampe l’emporte rapidement sur l’autre. La conviction dont j’ai parlé plus haut est nettement établie.
- Si on mesure approximativement le volume de la lampe en la plongeant dans une éprouvette graduée en partie remplie d’eau et qu’après la rentrée dé l’air dans
- la lampe on fasse l’équilibre avec des poids marqués, on peut calculer séance tenante, avec assez d’approximation, le poids spécifique (le l’air.
- II. Démonstration de l* pression atmosphérique. — Si l’on casse sous l’eau la pointe d’une lampe électrique, l’eau se précipite avec force dans la lampe où le vide est à peu près parfait. Ce jet spontané donne une forte impression de la puissance de la pression atmosphérique. Pour faire l’expérience devant un auditoire un peu nombreux on peut opérer dans un cristallisoir en verre et colorer légèrement l’eau en rouge.
- La même expérience faite avec du mercure frappera davantage encore, étant donné le peu de volume des lampes de io bougies elle nécessite relativement peu de mercure.
- A-t-on changé quelques mots dans une page écrite au crayon? — Etant donné la facilité avec laquelle on peut effacer à la gomme les traces laissées par le crayon ordinaire, il peut paraître impossible de reconnaître de tels changements. Pourtant un habile chimiste ayant un tel document à expertiser parvint très bien à résoudre le problème. « Supposant, écrit-il, dans la Revue générale de Chimie, que l’action de la gomme à effacer pouvait modifier le glaçage du papier, on a effacé au hasard un mot pris sur la pièce suspecte, puis on a saupoudré avec du bleu d’outremer impalpable et on a secoué le papier retourné pour faire tomber la matière colorante : la partie effacée à la gomme est seule restée nettement colorée en bleu. » Même en essayant de détruire l’action de la gomme, on ne parvient pas à masquer l'effaçage. Si, en effet, on frotte la surface effacée avec un linge imbibé de benzine et qu’on sèche avec des doubles de papier buvard, il se forme un cerne retenant le bleu. Il en est de même
- (lorsqu’on lisse le papier avec l’ongle ou avec un corps dur. >
- BOITE AUX LETTRES
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- AVIS. — Dans Ja boite aux lettres, la Rédaction publie les faits d’un intérêt général qui lui sont signalés par ses abonnés. Elle répond également, dans la mesure du possible, aux demandes de renseignements qui lui parviennent accompagnées d’une bande d’abonnement. En raison de l’abondance de la correspondance et des recherches souvent nécessaires, il ne peut, être répondu que dans un délai de dix à quinz.e jours.
- A propos de la végétation des trous d’obus. — M. le commandant R. de Bouy nous écrit que le phénomène signalé dans La Nature est parfaitement exact. « Nous avions en Champagne, dit-il, à Suippes, en 1916, un^réseau de lignes téléphoniques enterrées à o m. 3o environ dans le sol- crayeux. Ce réseau était marqué par la floraison déplantés des champs : coquelicots, bleuets, etc. Les téléphonistes se servaient de ces traces fournies par la végétation pour rechercher l’emplacement des lignes, quand un dérangement nécessitait des prises d’essai. » Observation intéressante pour le camouflage et la lecture des photographies en avion.
- Pour supprimer le bruit des fils téléphoniques passant sur les maiisons. — Nous devons à l’obligeance de nos lecteurs, la solution vraiment complète de ce problème.
- Voici tout d’abord celle qu’indique le savant électricien belge, Eric Gérard, dans ses leçons sur l’Electricité et que nous signale M. Mamers de Bruxelles.
- « Employer des « sourdines » constituées par des fils de plomb de 2 à 3 mm de diamètre enroulés en spires serrées autour de chaque conducteur, sur une longueur de 4° ^ 5o cm de part et d’autre de l’isolateur. Le plomb couvrant ainsi un centre de vibration empêche la propagation. Un autre moyen est de fixer à l’isolateur deux bouts de chaînes auxquels sont reliés les deux tronçons de la ligne dont la continuité est assurée par un fil de cuivre souple contournant l’isolateur. Les maillons de la chaîne interceptent les vibrations. »
- M. de R... a employé des sourdines en spirale de gros fil de fer galvanisé de 3 mm de section (3 ou 4 sourdines espacées de 10 cm environ) et en a eu toute satisfaction.
- En France, voici comment procède l’administration : elle emploie une « sourdine » constituée par un morceau de plomb généralement en forme d’olive, qu’une fente longitudinale permet de placer sur le fil.’’ Un serrage avec une pince appropriée fixe solidement la sourdine. Si une sourdine ne suffit pas, on en place une. seconde à quelques centimètres de la première.
- Ajoutons qu’il suffit de signaler à l’Administration des P. T. T., la présence sur un immeuble de fils bruyants, pour qu’elle place les sourdines en question.
- D’après un lecteur de Cannes, lé remède administratif n’est pas toujours suffisant, sans doute, parce que l’on n’a pas employé du premier coup le nombre nécessaire de sourdines. En pinçant le fil à des endroits convenables, avec de simples pinces en bois, dites de « blanchisseuses », on complète le résultat. C’est en somme la sourdine du chevalet de violon. Des bouchons de liège donneraient aussi de bons résultats.
- Un lecteur d’Alsace nous indique le procédé employé par l’Administration allemande •. A quelques centimètres de l’attache du fil téléphonique sur l’agrafe isolante scellée au mur de la maison, on place sur le fil un cylindre de caoutchouc plein, de 60 mm de diamètre et 12 cmdelongueur, fendu dans sa longueur jusqu’au centre.
- M. Herrgott, ingénieur au Valdoie, nous écrit :
- « Pour empêcher les fils téléphoniques de chanter sous le vent et de transmettre leurs vibrations à l’intérieur des habitations, il faut d’abord éviter de laisser poser leurs supports et surtout leurs haubans sur les charpentes en bois des toitures ; s’en tenir à la fixation des uns et surtout des autres au mur extérieur. »
- Pour couper toute résonance, M. Herrgott place autour de la gorge de la porcelaine isolante, une cravate de ruban de plomb d’environ 1 mm d’épaisseur sur 10 à 12 mm de large, on place le fil téléphonique par dessus et l’on a soin d’enrouler ensuite en spirale sur ce fil les deux extrémités de la cravate conservées assez longues dans ce but.
- Ce moyen doit être appliqué, non seulement aux isolateurs qui se trouvent sur la maison, mais aussi à ceux
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- du poteau précédent et du suivant, de plus, autant que possible, l’employer également pour les fils de haubans.
- .• M. P. N..., ingénieur de Ponts et Chaussées à Gand, a eu un cas un peu différent; il a été incommodé par le bruit d’une herse de 8 fils de distribution de courant, fixée par dés boulons à la maçonnerie de la maison. Les sourdines administratives ne lui ont pas donné de résultat (très probablement, parce qu elles n’ont été placées qu’au voisinage immédiat des isolateurs placés sur la maison même).
- Par contre, M. P. N... a obtenu l’étouffement complet des bruits en isolant la herse du mur à l’aide d’un mauvais conducteur du son; il a employé un produit fait de crins de cheval entremêlés et vendu en Belgique avant la guerre sous le nom de « Tricopièce ». Des matelas de cette substance ont été interposés entre le mur et les plaques de scellement de la herse. Les boulons, à la traversée du mur, ont été également entourés de cette matière.
- Renseignements. M. B., à Lion-sur-Mer. — Le sel Solvay n’est pas le bicarbonate de soude, mais le carbonate sodique anhydre ; toutefois pour la préparation du sel chromique, le bicarbonate peut aussi convenir.
- M. X., Cercle du Jockey-Club, à Lyon. — Impossible de vous indiquer un moyen sûr pour déveruir un vieux tableau sans l’abîmer : nous ne savons de quel vernis il est recouvert. Le seul moyen consiste à essayer très prudemment, dans un coin, les procédés décrits dans le tome III des Recettes et procédés utiles de Tissandier, p. 82 (Masson, édit., 120, boulevard Saint-Germain. Prix : 2 fr. 5o).
- M. le D! M., à Chavonges. — Vos déductions sont très justes; la dose élevée de sel est justifiée, parce qu’on met peu de la poudre avec les œufs; On doit conserver le produit en boîte bien bouchée, placée dans un endroit sec, sans quoi, le sel, en effet, absorberait l’humidité.
- M. IL, à Sceaux. — 1“ Vous pourrez vous ,procurer du pinacyanol et du pinaverdol, soit chez MM. Poulenc frères, 122, boulevard Saint-Germain, soit chez M. H.
- Calmels, i5o, boulevard du Montparnasse. — 20 Les plaques ainsi sensibilisées doivent être séchées aussi rapidement que possible, et verticalement. — 3° Charger les châssis dans l’obscurité complète. Si l’on ne veut pas procéder au développement chronométré, se contenter d’une très faible lumière, tamisée par un écran, tel que celui que l’on prépare en accolant deux plaques gélatinées, dont l’une est colorée au violet de méthyle et l’autre à la tartrazine. Couvrir la cuvette d’un couvercle opaque, et n’examiner l’image que le moins possible.
- M. Ch. IL, à Strasbourg. — Les disjoncteurs à maxima se composent essentiellement d’un interrupteur auquel est adjoint un ressort ayant pour effet de le maintenir ouvert; un petit crochet le maintient fermé lorsqu’on veut établir le courant; au-dessous de ce petit crochet est un solénoïde composé d’un petit nombre de spires de gros fil, traversées par ce courant et dont l’âme est formée d’une tige de fer mobile ; cette tige est aspirée par ce solénoïde et est soulevée d’autant plus que l’intensité du courant est plus grande et vient soulever le, petit crochet de retenue lorsque cette intensité atteint une certaine quantité que 1 on peut fixer approximativement par un réglage approprié de la longueur, du poids et de la position de la tige de fer mobile.
- M Cavaillé, à Bordeaux. — i° Vous trouverez deux bonnes formules de mastic à greffer, p. 22 des Recettes de la campagne. — 20 La préparation de colles pour le marbre et la pierre est indiquée p. 182 des Recettes de la maison. — 3“ On peut obtenir une colle forte liquide à froid très adhésive en prenant 1 kg de colle de Givet qu’on fait dissoudre au bain-marie dans 1 litre d’eau, puis on verse peu à peu 200 gr. d’acide nitrique à 36° B. qui produit une vive effervescence. Le produit obtenu reste liquide à froid et peut s’étendre au pinceau.
- M. de J., Paray-Douaville. — Pour vous documenter sur le chauffage central, vous pouvez consulter Le chauffage des habitations, par Debesson, 1 vol. in-8°, 65o p., Dunod et Pinat, éditeurs; Traité pratique de chauffage central?par Podevyn, 1 vol. 144 p-, Béranger, éditeur.
- BIBLIOGRAPHIE
- C0>t
- Les explosifs dans les mines. Etude pratique de leur emploi et de leur réglementation, par L. Martel, préface de M. Dougados, i vol. in-8°, 183 p., 52 fig. Dunod et Pinat, Paris. Prix : 12 francs.
- Le gaspillage des combustibles dans leurs usages industriels et domestiques, par L. Berger, i vol. in-8°, 162 p., l’Union typographique, Saint-Etienne.
- Considérations sur Vétablissement des projets de distribution deau potable dans les communes, par P. Frick, 1 vol. in-8°, 118 p., 40 fig- Dunod et Pinat, Paris. Prix net ; 7 fr. 20.
- École des Hautes Études commerciales. Programme des conditions d'admission, 1 broch. in-16, 44'P- Vui-bert, Paris.
- The Âustralian Environment (especially as controlled by rainfall). A régional Study ; of the Topography, Drainage, Végétation and Seulement, and of the character and ori^in of the rain, par Griffith Taylor,
- 1 vol. in-40, 188 p., i83 fig., Advisory Council of Science and Industry, Melbourne, 1918.
- Industrialiser. Introduction .théorique et pratique à ïé-t tude de l'administration expérimentale, par Paul-; Vanuxem, i vol. in-8°, 71p. Dunod et Pinat,.Paris. Prix net : 3 francs.
- Précis de physique biologique, 4e édition, par G. Weiss> x vol. in-16, »64p., 584 fig- Masson et C‘°, Paris. Prix net ; cartonné, 11 francs.
- The Quantitative Method in Biology, par M. Julius Mac Leod, x vol. in-8°, 228. p, 27 fig. Longmans Green et G0, Londres. Prix : i5 sh.
- L'œuf de poule et V incubation artificielle, par P.-H. Martin, 1 vol. in-16, 104 p., 9 fig- Baillière et fils, Paris. Prix : 3 francs net.
- La question alimentaire pendant la guerre, par le comte Joseph Imbart de la Tour, i broch. in-8°, 12 p. Syndicat central des agriculteurs de France, Paris.
- Théorie.,et pratique du séchage industriel, 2e édition, par Paul Razous, 1 vol. in-8', 253 p., 63 fig. Dunod et Pinat, Paris. Prix net : i5 francs.
- La réforme de Venseignement agricole, par M. Plis-sonnier, député, 1 vol in-8°, p. Dunod et Pinat, Paris. Prix ; 9 francs.
- La santé par le chant. Les gymnastiques respiratoires phonétiques et passives, par Henri Frossard, i broch.
- - in-16, 53 p. Fisbacher; Paris. Prix : 2 francs.
- Demain. Profession de foi de la démocratie nouvelle, par Lysis, i vol. in-18, 160 p. Payot et C“, Paris. Prix : 1 fr. 25. 'y
- Le choléra, par H. Violle, i vol. in-8°, 626 p., xoo fig. Masson et Cie, Paris. Prix net : cartonné, 22 francs.
- Spirochétose ictérohémorragique, par L. Martin et A. Pettit, i vol. in-8°, 284 p., 29 fig., i3 pl. Masson., et Cie, Paris. Prix net ; 16 fr. 5o.
- Troubles mentaux et troubles nerveux de guerre, par Georges Dumas, i vol. in-16, 227 p. Nouvelle Collection scientifique, librairie Félix Alcan. Prix : 4 fr. 5o.
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- LA NATURE
- Supplément.
- N° 2356 19 Avril 1919
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- '0O
- INFORMATIONS
- Sir William Crookes. — Au début de ce mois,^vient de mourir à Londres à l’âge de 87 ans, l’un des plus grands physiciens _ et chimistes de l’Angleterre, Sir William Crookes. Membre de la Royal Society, correspondant de notre Académie des Sciences, il avait présidé la Chemical Society et l’Association britannique pour l’avancement des sciences.
- On lui doit un grand nombre de découvertes importantes; en 1855, les sélénocyanides, puis un corps simple nouveau, le thallium. En 1898, il avait réussi à fixer pratiquement l’azote atmosphérique. Il s’était également intéressé aux grands phénomènes physiques : radiations, spectroscopie puis aux matières radioactives; tout le monde connaît de lui le tube qui porte son nom, ancêtre des tubes à rayons X, le spinthariscope qui permet de voir la désagrégation du radium et le bombardement moléculaire. Ses recherches l’avaient conduit à admettre un quatrième état de la matière, l’état radiant qui s’observe dans les vides élevés ; il avait exposé ses conceptions sur ce sujet dans plusieurs volumes dont il existe des traductions françaises.
- Enfin, il s’était longuement adonné aux phénomènes psychiques, et avait présidé la Society for Psychical Research à laquelle il donna une grande impulsion.
- L’éclipse totale de soleil du 29 mai 1919. — Une
- éclipse totale de soleil se produira le 9.9 mai prochain dans la zone équatoriale, et pourra être observée du Pérou méridional, de la Bolivie, du Brésil central en Amérique et du Gabon, du Congo belge et de la côte du Mozambique en Afrique. Elle sera remarquable par sa durée : 6 minutes 5i secondes en son milieu, dans l’Océan Atlantique par 190 5' de longitude ouest et 4° 23' de latitude nord, plus de 5 minutes au Brésil; par sa grandeur dépassant de 36 millièmes le diamètre du soleil. On espère pouvoir faire d’intéressantes observations, notamment sur la couronne et les protubérances solaires et, dès maintenant, les divers pays préparent des expéditions astronomiques soit en Amérique, soit en Afrique, avec d’autant plus de zèle que depuis 1914, aucune mission d’observations de ce genre n’avait pu être organisée.
- Moteurs à l’acétylène. — Les difficultés du ravitaillement en essence pendant la guerre ont orienté les chercheurs vers l’emploi de l’acétylène pour remplacer l’essence dans les moteurs d’automobile. La question avait été souvent abordée dès avant la guerre, mais -il semble qu’on se soit alors laissé aisément rebuter par les difficultés rencontrées aux premiers essais. Les recherches ont été reprises avec plus de ténacité pendant la guerre. Le Journal de l’Acétylène publie le rapport de l’ingénieur Keel qui donne les conclusions des nombreuses et diverses tentatives faites par des constructeurs suisses : 8 maisons importantes ont expérimenté des moteurs à acétylène; l’armée suisse s’est également intéressée à la question.
- L’acétylène employé peut être de [2 sortes : l’acétylène dissous dans l’acétone, ouTacétylène produit directement par le carbure de calcium.
- L’acétylène dissous a l’avantage d’être pur et maintenu à une pression convenable ; par contre il exige des récipients d’un poids considérable : 15 kg de poids mort par mètre cube de gaz. L’acétylène produit directement doit toujours être soigneusement épuré et filtré.
- Voici les résultats d’exploitation : tout d’abord on se félicite du fonctionnement silencieux des moteurs à acétylène, de leur mise en marche facile et de la propreté du service.
- Au point de vue consommation : un moteur de 3o chevaux (4 cylindres) faisant 100 tours consomme 260 litres d’acétylène par cheval et par heure. En moyenne il faut 1 kg de carbure par cheval et par heure.
- Une auto de 700 kg a parcouru 35 km avec 7 kg de carbure, sans injection d’eau.
- En résumé, 1 kg de carbure équivaut à 0,66 litre de benzine.
- Une Société de Bâle a construit également des motocyclettes à acétylène. /
- Un grand barrage sur la Dordogne. — De grands projets s’élaborent pour mettre en valeur nos gisements de houille blanche, dans les régions jusqu’ici délaissées. Nous avons résumé les grands projets d’électrification de voies ferrées à l’étude. Le ministre des Travaux Publics a pris en considération récemment un projet d’aménagement de la Dordogne pour la navigation et l’utilisation de la force hydraulique. Il s’agit d’installations représentant en eaux moyennes une puissance de 165 000 chevaux. La moitié serait réservée à l’électrification du réseau Paris-Orléans ; le reste irait à l’industrie. On prévoit la construction, au Chambon, d’un barrage de i5o m. de haut, qui retiendra 200 millions de mètres cubes sous 45 m. de haut, 600 millions de ( mètres cubes sous 60 m. Le débit de la Dordogne, grâce à ce gigantesque ouvrage, sera régularisé à 75 m5 à la seconde en toutes saisons. Ce barrage sera le plus grand du monde : le « Roosevelt », aux Etats-Unis, a 79 m. de haut; le « Croton », également aux Etats-Unis, a 90 m., le barrage de Boquilla, au Mexique, a nom.
- L’électrification des chemins de fer français. —
- Les diverses Compagnies de chemins de fer dont les lignes passent sur les territoires dotés de chutes d’eau se préoccupent activement d’électrifier une partie de leur réseau.
- Le P.-L.-M. projette d’adopter la traction électrique sur la ligne Clermont-Alais-Nimes. L’énergie électrique serait fournie par la Lozère ; dans la région du Pont de Montvert, un barrage de 4° m. de haut, de 45 millions de mètres cubes serait construit en ce point.
- L’Orléans envisage également un grand programme d’électrification, comportant l’emploi de 100000 chevaux et s’appliquant à 4° pour 100 de l’étendue totale du réseau. Les lignes à électrifier en premier lieu sont les suivantes : Chateauroux-Montauban ; Limoges-Agen; Montauban-Neussargues et Aurillac.
- Le Midi projette d’aménager les forces hydrauliques de la vallée d’Ossau, où il compte utiliser 100000 chevaux, en employant le lac d’Artouse comme régulateur.
- Macadamisage rapide. — Depuis la,guerre, on voit appliquer dans certaines rues de Paris un nouveau procédé de macadamisage moins barbare que celui jusqu’ici en usage. Le damage du revêtement étendu à chaud sur la chaussée, au lieu de se faire au moyen de masses soulevées à la main, se fait à l’aide de pilons à air comprimé. L’air comprimé est fourni par un petit
- groupe mobile moto-compresseur qui accompagne l’équipe au fur et à mesure que son travail avance. La masse qui termine l’outil est animée d’un, mouvement de va-et-vient rapide, identique à celui de marteaux à air comprimé. L’ouvrier n’a plus qu’à promener le pilon sur la surface à damer. 4
- Production du lait et de ses dérivés en divers pays. — L’Institut international d’Agriculfure consacre ses dernières feuilles de documentation à un article très étendu sur la production, dans les diverses parties du monde, du lait et de; ses principaux dérivés. En raison
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- INFORMATIONS
- du nombre assez restreint de renseignements officiels dans les divers pays, et aussi de leur manque de correspondance au point de vue de l’année pendant laquelle ils ont été recueillis, les chiffres donnés ne permettent pas, en général, d’établir de.s comparaisons précises.
- Malgré cela, ces chiffres offrent un réel intérêt, en ce qu’ils présentent, avec une approximation suffisante, l’état de là production laitière pendant une période d’une quinzaine d’années (1902 à 1917). Pendant cette période, le nombre des vaches en état de production aurait été, par année'moyenne, de 53 950678 pour l’Europe, de 25539120 pour l’Amérique, de 44 791 pour l’Asie (Japon), de 1 900 23o pour l’Afrique (Union de l’Afrique du Sud), et pour l’Océanie, de 1 736 361 (Australie) et 750636 (Nouvelle-Zélande). La production du lait correspondante ne peut être indiquée globalement, ni pour chaque partie du monde, par la raison que, pour certains pays, elle est donnée en hectolitres, et pour * d’autres en quintaux.
- Mais il est possible d’indiquer la production de beurre etde fromage.Elle a été,pour le beurre, de 4 726 121 quintaux en Europe, de 8 262 441 quintaux en Amérique, de 10.46 quintaux en Asie (Japon), de 72686 quintaux en Afrique (Union de l’Afrique du Sud) et pour l’Océanie de 827 669 quintaux (Australie) et 287 609 quintaux (Nouvelle-Zélande). “
- Pour le fromage, voici les chiffres : Europe 3237936 quintaux, Amérique 2 438 663 quintaux, Asie (Japon) 6g quintaux, Afrique (Union de l’Afrique du Sud), 8961 quintaux, Océanie, Australie ii5 2.52 quintaux, Nouvelle-Zélande 498 136 quintaux.
- Production de la pomme de terre. — D’après le Bulletin de Statistique agricole de l’Institut international d’Agrieulture, la production mondiale de la pomme de terre en 1918 a été. pour l’hémisphère septentrional, de 344 635 882 quintaux, correspondant à un rendement moyen de 76 quintaux 4 par hectare; ces chiffres accusent une diminution sur l’année 1917 (380024867 quintaux pour un rendement moyen de 84 quintaux 3 à l’hectare). D’après le détail de la production par pays, les contrées les plus productrices ont été : les Etats-Unis (108892849 quintaux^ la France (76 000 000 quintaux), le pays de Galles (42766418 quintaux), le Canada (28734571 quintaux), les Pays-Bas (26799000 quintaux) et les moins productrices : le Japon (11 233 440 quintaux), la Norvège (7880074 quintaux) et le Luxembourg (1 287600 quintaux).
- Rendements à 1 hectare, les plus élevés : l’Ecosse 170 quintaux, le Pays de Galles 166 quintàux, les Pays-Bas 157 quintaux, le Luxembourg 125 quintaux. Les moins élevés : Canada 96 quintaux, Etats-Unis 64 quintaux.
- Certains rendements sont supérieurs à la moyenne quinquennalé (1912 à 1916) notamment pour le pays de Galles (166,7 contre 149,6), l’Ecosse ( 170,3 contre i55,3), le Luxembourg (125 contre 45,3) et les Pays-Bas (120,2 contre 116,5), Mais, pour la majorité, il y a diminution assez sensible.
- L’alimentation restreinte des prisonniers en Allemagne. — On a beaucoup discuté pendant la guerre sur la ration alimentaire suffisante pour entretenir les individus en équilibre de poids et en bonne santé. M. A. Benoit vient d’apporter à la Société de Biologie d’intéressants renseignements sur cetle question d’après les constatations qu'il a pu faire pendant deux ans de captivité en Allemagne. Il a pu suivre, chirant 16 mois, 78 officiers riisses qui ne recevaient aucune nourriture en dehors de-celle que leur accordaient les Allemands. Celle-ci comportait par jour : 332 gr. d’hydrates de carbone, 14,6 gr, de graisse et 48,7 gr. de protéiques, soit en tout 1704 calories. Chaque prisonnier recevait donc par jour et par kilo de poids 27 calories et 0,72 gr. de matières azotées, beaucoup moins qu’il est communément admis. La composition1 de la ration azotée était, il est vrai, bien choisie, variée, et fournissait les divers acides aminés nécessaires. Malgré cette nourriture très restreinte, on n’observa pendant 16 mois ni perte de poids ni trouble de la nutrition, tous les officiers restant en bonne santé et se maintenant en moyenne à 63 kgs pour une taille moyenne de 1 m. 65.
- Les unités de mesure. — Le Journal Officiel vient rie publier qnp loj dq 2, avril 1919 relative aux unités |
- de mesures) légales, codifiant les vœux [présentés en ces dernières années par les diverses conférences internationales qui s’occupent de ces questions. Sauf les monnaies qui restent régies par les lois antérieures, toutes les unités de mesures sont divisées en unités principales et unités secondaires. Les unités principales sont les unités de longueur, de masse, de temps de résistance électrique, d’intensité de courant, d’intervalle de température et d’intensité lumineuse ; elles sont définies dans un tableau que nous reproduisons ci-dessous; les unités secondaires seront énumérées et définies dans un règlement d’administration publique qui devra être publié d’ici six mois. Les étalons nationaux de toutes les unités seront déposés au Conservatoire national des Arts et Métiers. Cette loi entrera en vigueur un an après la publication du tableau général des unités légales, principales et secondaires, et de leurs multiples et sous-multiples.
- TABI.EAV DES . ÉTALONS ET DES U NI Tl': S COMMERCIALES Unités principales.
- longueur. — L’unité principale de longueur est le mètre.
- L’étalon pour les mesures de longueur est le mètre, longueur définie à la température de o° parle prototype international eh platine iridié qui a été sanctionné par la conférence générale des poids et mesures, tenue à Paris en 188g, et qui est déposé au pavillon de Breteuil à Sèvres.
- .L’unité de longueur, de laquelle seront déduites les unités de la mécanique industrielle, est le mètre.
- Masse. — L’unité principale de masse est le kilogramme . 1
- L’étalon pour les mesures de masse est le kilogramme, masse du prototype international, en platine iridié qui a été sanctionné par la conférence générale des poids et mesures, tenue à Paris en 1889, et qui est déposé au pavillon de Breteuil, à Sèvres.
- L’unité de masse, de laquelle seront déduites les unités de la mécanique industrielle, est la tonne qui vaut 1000 kilogrammes.
- Temps. — L’unité principale de temps est la seconde’.
- La seconde est la fraction 1/86400 du jour solaire moyen.
- L’unité de temps, de laquelle seront déduites les unités de la mécanique industrielle, est la seconde.
- Electricité. — Les unités principales électriques sont l’ohm, unité de résistance, et l’ampère, unité d’intensité de courant, conformément aux résolutions de la conférence des unités électriques, tenue à Londres en 1908.
- L’étalon pour les mesures de résistance est l’ohm international qui est la résistance offerte à un courant électrique invariable, par une colonne de mercure à la température de la glace fondante d’une masse de 14,4521 gr., d’une section constante et d’une longueur de 106,3oo centimètres.
- L’ampère international est le courant électrique invariable qui, en passant à travers une solution de nitrate d’argent dans l’eau, dépose de l’argent en proportion de 0,00111800 gr. par seconde.
- Température. — Les températures s.ont exprimées en degrés centésimaux.
- Le degré centésimal est la variation de température qui produit la centième partie vie l’accroissement de pression que subit une masse d’un gaz parfait quand, le volume étant constant, la température passe du point o° (température de la glace fondante) au point ioo° (température d ébullition de l’eau) tels que ces deux points ont été définis par la conférence générale des poids et mesures de 1889 et Par ce^e de I91^-
- Intensité lumineuse. — L’unité principale d’intensité lumineuse est la bougie décimale dont la valeur est le vingtième de l’étalon Violle.
- L’étalon pour les mesures d'intensité lumineuse est l’étalon Violle, source lumineuse constituée par une aire égale à celle d’un carré d’un centimètre de côté prise à la surface d’un bain de platine rayonnant normalement à la température de solidification, conformément aux décisions de la conférence internationale des électriciens, tenue à Paris en 1884, et du cpngrè§ interna-, tioqal deg éleofriçje'ns, fenil ü Paris rp 1889,
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- SCIENCE APPLIQUÉE
- Drosomètre nouveau. — Le professeur Eredia, du Bureau météorologique central de Rome, a imaginé un drosomètre (tig. i) décrit dans YÂgricoltura coloniale.
- # Il comprend essentiellement une coupe hémisphérique C à doubles parois de verre argenté, entre lesquelles on a fait le vide; sa surface intérieure est de ioo cm2. C’est dans cette coupe que se mesurera le dépôt de rosée.
- Pour éviter que l’évaporation ou qu’une pluie inattendue vienne fausser les résultats, dans le cas où la mesure n’aurait pas lieu immédiatement, la coupe est lixée dans une boîte en bois de manière que son bord supérieur affleure le couvercle de la boîte, percé d’un orifice circulaire égal à la surface de la coupe et pouvant être fermé automatiquement.
- Le dispositif de fermeture — utilisable d’ailleurs pour beaucoup d’autres appareils — est constitué par un mouvement d’horlogerie"’H placé dans la boîte; ce peut être simplement un réveil-matin dont la sonnerie sera enlevée et remplacée par une tige l fixée sur le ressort de sonuerie. Cette tige s’articule à sa partie supérieure avec un levier dont le point d appui est en l et dont l’extrémité libre porte une cheville servant de butoir b au couvercle circulaire mobile. Celui-ci est solidaire d’un ressort r qui tend à le faire tourner autour du pivot p dès que le butoir ne s’y oppose plus. On remonte le mouvement d’horlogerie ; on règle le
- Fi". I. — Drosomètre nouveau.
- déclic de la sonnerie pour qu’il se déclenche à l’heure exacte du lever du soleil ; on ouvre le couvercle mobile qui reste armé, son ressort tendu, contre la butée. L’appareil, ainsi préparé, est placé sur le sol, au point choisi pour la mesure. La coupe restera exposée toute la nuit, la rosée s’y déposera si les conditions météorologiques sont favorables, et dès l’aube, le couvercle viendra fermer hermétiquement la coupe, empêchant toute évaporation. Pour évaluer la quantité d’eau condensée, on ne peut songer à la transvaser dans une éprouvette graduée, ce qui provoquerait des pertes de liquide; une pesée serait assez longue. M. le professeur Eredia emploie un trépied en fer dont les extrémités munies de pointes viennent reposer sur trois godets métalliques encastrés dans le couvercle fixe de la boîte. Le centre du trépied qui correspond à l’axe de la coupe est formé d’un écrou dans lequel peut tourner une vis micrométrique munie d’une molette m et terminée à sa partie inférieure par une pointe effilée. A la molette est fixé un cercle divisé dont le bord affleure une tige g, graduée en millimètres. Le O de la tige correspond au contact de la pointe de la vis avec le fond de la coupe. Cette sorte de sphéromètre permet de lire le cinquantième et même le centième de millimètre.
- Pour faire une lecture, on tourne la vis jusqu’à ce que la pointe inférieure affleure la surface de l’eau du fond de la coupe, ce qu’on observe aisément puisque la pointe se reflète dans l’eau. Quand la pointe et son image sont exactement au contact, on note la hauteur d’eau mesurée sur la tige graduée et le cercle divisé. On a ainsi la hauteur h d’une-calotte sphérique de volume calculable. Une table préparée d’avance évite ce calcul.
- Régulateur pour étuve-armoire. —Au cours d’une visite des laboratoires de la Station agronomique de
- Soissons, avant la guerre, nous eûmes l’occasion de voir une étuve du type servant pour essais germinatifs et cultures bactériennes, très ingénieusement conçu par M. Gaillot, que nous remercions de nous avoir permis d’en faire ici la description.
- L’étuve est faite à la manière d’une armoire par le premier menuisier venu. On l’a munie sur le devant d’une porte doublement vitrée pour ménager une couche d'air isolante, et à l’intérieur de tablettes à hauteur réglable, disposées comme les rayons d’une bibliothèque.
- Quant au chauffage, il est fait par un tube de métal percé de quelqties petits trous et relié à la canalisation de gaz d’éclairage par un caoutchouc aboutissant à un régulateur qui constitue surtout la particularité remarquable de l’appareil. Ce régulateur, que tout chimiste construira aisément lui-même, coûte vingt fois moins que ceux des bons faiseurs, et fonctionne tout aussi bien.
- C’est une sorle de thermomètre à air, possédant un réservoir constitué par la boule d’un matras dont le long col est courbé en U à la lampe de soudeur. Le bout libre du col est raccordé par un manchon en tube de caoutchouc au ballon à trois tubulures du modèle courant des fournisseurs d’articles pour laboratoires. Les tubulures libres sont reliées l’une à la sortie de gaz vers la rampe de chauffage (par tube souple en caoutchouc) ; l’autre à l’arrière de gaz (pour tube de verre, allongé et effilé, entrant au milieu d’un bouchon, et portant un très petit trou latéral).
- Dans ces conditions, le tube en Y étant rempli de mercure à hauteur convenable, dès que s’élève trop la température, l’air du ballon est placé dans l’étuve, se dilate et repousse le mercure hors de l’étuve. Ce mercure obture le bout du tube d’arrivée de gaz, et le débit est coupé. Toutefois, la rampe ne s’éteint point, car le petit trou latéral percé dans le tube de verre suffit pour alimenter les flammes en veilleuse; dès que s’abaissera la température dans l’étuve, le chauffage reprendra naturellement sans besoin de réallumage ni risque d’explosion. A. C.
- Dispositif rustique d’alambic. .— Nous trouvons dans l’intéressant ouvrage, 126 recettes pour faire des liqueurs, publié récemment par M. Farol, un fort ingénieux système d’alambic. Comme on peut en juger d’après la description çi-dessous, empruntée à l’auteur, l’alambic, en effet, est relativement perfectionné et il
- t-u be de plomb
- bouchon percé
- ù/cfoji
- est]
- chaude!
- ili
- eau.
- £ Froide
- boite a
- conserve
- çrétricjenèptj
- ôeauaeau chaudi
- alcool
- Fig. 3. — Alambic improvisé.
- coûte le dixième à peine d’un appareil de même débit qu’on achèterait dans le commerce.
- Sur un petit réchaud de charbon de bois, du modèle vendu dans tous les bazars, installons un seau en tôle galvanisée dans lequel entrera un bidon (s’il a contenu du pétrole, ne pas manquer de le nettoyer plusieurs fois avec du lait de chaux). Le bidon est fermé par un bon bouchon de liège percé d’un trou central (à l’aide d’une queue de rat, et non point d’un fer chaud qui abîme tout le liège), juste assez grand pour tenir serré
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- SCIENCE APPLIQUÉE
- un tube acheté chez le plombier, lequel'tube part à côté s’enrouler en serpentin dans quelque grande boîte à conserve, perchée sur une caisse (fig. 3). On établit une circulation d’eau dans cette boîte par des siphons, ou des seaux perchés sur des caisses. A condition de rester là quand ! fonctionne l’alambic, tout marche très bien.
- Verrou algérien, -— Voici un très curieux verrou indigène que j’ai vu adapté à la porte du bit-ed-diaf (chambre des hôtes) de la maison des Ouled Cheick El Haoussine, à Sldi Kkalifa (commune d’Aïn Tinn, canton de Mila, arrondissement de Constantine).
- Il est fixé au côté intérieur du panneau, mais il est actionné depuis l’extérieur au moyen d’une clef quelconque.
- Le système se compose essentiellement d’une barre de bois plate, large d’environ 10 cm et épaisse de 5, se mouvant dans le sens vertical et s’engageant en haut dans le chambranle, partie fixe, en bas dans la traverse médiane (horizontale) du panneau, partie mobile. Pour pouvoir entrer, soit dans le cadre du chambranle, soit dans la traverse, la barre est amincie en haut et en bas dans'le sens de son épaisseur. Bien entendu, chambranle et traverse sont mortaisés pour permettre le coulissement des parties amincies de la barre. Le bas
- de la partie pleine Partie coulissant de la barre est ar-
- rondi en quart de cercle allongé. La partie amincie du haut — que nous appellerons la tête — a comme hauteur à peu près i fois la largeur de la traverse médiane. La partie amincie du bas — qui sera pour nous le pied *— a comme hauteur la largeur de cette même traverse augmentée d’une dizaine de centimètres (la largeur de la barre). Un coin de bois, aussi en forme de quart de cercle, est fixé par son angle droit, en dehors de la barre, de façon à permettre à celle-ci de glisser verticalement. Les deux courbes (celle de la barre et celle du coin) sont en sens inverse, mais toutes deux arrondies vers le bas.
- I / Quand le coin est
- en place, il supporte le poids de la' barre, qui le cale contre la traverse médiane. Mais si, au moyen d’une clef, on fait basculer la cale en dehors de l’axe de la barre, celle-ci descend et vient heurter la traverse en dégageant le chambranle.
- Gomme on le voit, le mécanisme est très simple. Mais il est. en même temps ou ne peut plus ingénieux et fait honneur à 1 imagination de son inventeur indigène.
- L. Jacquot.
- Démarreur pour moteurs d’avions et d’autos. —
- La mise en marche des moteurs de grandes puissances, de plus^ en plus nombreux, ne va pas sans difficultés. L’entraînement de l’hélice à la main est trop souvent cause d accidents, 1 injection d’essence dans les culasses détruit les effets du graissage, les cartouches détonantes ou les gaz explosifs tels que le gaz d’éclairage ou l’hy-drogene ont-des effets brisants, l’air comprimé nécessite un materiel assez lourd, ainsi que les démarreurs électriques. Depuis peu, on connaît un nouveau démari'eur qui, apres essais, vient d etre appliqué par les aviations militaires et maritimes de France et de divers pays alliés, le démarreur Herzmark, dont le fonctionnement
- consiste à remplir de gaz carburé, à une pression de 6 kg, deux cylindres du moteur ; l’un au point d’allumage, l’autre en période de compression et qui tous deux s’équilibrent. On détermine ensuite l’allumage du mélange dans le cylindre en détente, par une étincelle de la magnéto de marche sans la modifier, au moyen d’un petit dispositif simple. L’appareil comprend une pompe
- . 5 et 6.
- Démarreur Herzmark.
- à triple effet puisant par une prise à la cuve du carburateur un mélange gazeux très carburé qu elle brasse et comprime ensuite. Un petit distributeur placé à l’arrière de cette pompe et portant dans des-alvéoles autant de petites ampoules électriques que de cylindres, indique quel est le cylindre qui est à l’allumage. La connexion électrique (du circuit d’une petite pile) avec l’arbre à cames fait en effet allumer l’ampoule (i volt) qui lui correspond. Après un certain nombre de coups de pompe, variable selon la cylindrée du moteur, il suffit d’amener le petit plot mobile du distributeur sur l’ampoule allumée et d’appuyer sur un déclic, pour que le mélange soit automatiquement refoulé dans les cylindres voulus.
- La pompe est placée à portée immédiate du pilote ou du conducteur et reliée par deux petites canalisations au moteur qui peut, sans inconvénient, en être distant de 8 à io mètres.
- Le démarreur Herzmark possède toutes les qualités requises pour un appareil de ce genre : il est simple, léger (4 kg),'peu encombrant (40 cm X 12 cm). Le grand avantage qu’il présente réside dans le fait que sa source d’énergie est inépuisable. Le moteur étant normalement pourvu d’essence, on peut en effet procéder à des mises en marche aussi nombreuses et suivies qu’il est nécessaire. En outre, autre^'avantage, il (supprime la magnéto de départ. Son installation est facile et peut s’adapter à tous les moteurs à explosion en général. — M. Juriewicz, 10, place d’Armes, Fontenay-sous-Bois.
- Canne électrique. — Quoi de plus commode que, d’avoir dans sa canne une lampe électrique de poche, et de porter ainsi toujours avec soi la lumière dont on aura besoin ? C’est ce que réalise la canne électrique : le haut de la canne est un cylindre creux dans lequel sont logées trois petites piles sèches ; le pommeau est constitué par une lampe à filament munie d’un réflecteur puissant maintenu dans un anneau translucide. Quand on veut s’éclairer, il suffit de tourner d’un quart de tour à droite le pommeau pour que la lampe s’allume et que la lumière soit. Bien entendu, les piles peuvent être facilement changées après usure. — La canne électrique est en vente chez MM. Kirby, Beard et Çi0, 5, rue Auber, Paris.
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- VARIETES
- Tirages photographiques peu coûteux. — Les
- papiers photographiques aux sels d’argent que l’on trouve dans le commerce sont évidemment d’un emploi très commode. Malheureusement, ils subissent depuis plus de quatre ans, comme tant d’autres articles, une hausse qui n’est pas encore près de cesser. Le photographe de profession en est quitte pour majorer le prix de ses travaux ; mais l’amateur hésite parfois à grever outre mesure son budget, et réduit ses tirages, lorsqu’il n’y renonce pas tout à fait.
- La Nature a déjà fait connaître (J) le moyen de préparer un papier au chlorure d’argent : ce procédé devient lui-même assez coûteux, en raison du prix- actuel des produits qu’il nécessite, et, si nous voulons faire des économies, il faudra recourir à des méthodes qui nous dispensent d’employer les sels d’argent pour la sensibilisation et les sels d’or ou de platine pour le virage.
- Nous ne parlerons pas du procédé au charbon, dont on trouvera la description détaillée dans les traités de photographie. La pratique en est d’ailleurs un peu délicate, et les supports successifs de l’image en augmentent le prix de revient ; aussi préférons-nous limiter cet article à quelques procédés très faciles, d’un extrême bon marché, et qui n’exigent aucun outillage spécial.
- Ces procédés, comme celui que nous venons de nommer, utilisent un sel de chrome; mais, tandis que dans le procédé au charbon, le bichromate de potasse a pour rôle de rendre insoluble un colloïde coloré, nous allons le voir ici se transformer en mordant tinctorial. Les réactions mises en jeu sont connues depuis longtemps. C’est ainsi que Persoz, en i85y, dans son cours au Conservatoire des Arts et Métiers, signalait la double propriété que possèdent les sels de chrome d’être réduits par la lumière et de fixer certaines matières colorantes. Des indications analogues, publiées par Hunt, Burnett, Ivopp, Willis, etc., n’avaient guère retenu l’attention des photographes, et il faut reconnaître que les résultats fournis par les formules primitives ne pouvaient rivaliser avec les épreuves aux sels d’argent. Cependant, en 1892, M. Yillain réalisait de notables perfectionnements, dont il y aurait tout intérêt à profiter, dans les circonstances présentes, car ils permettent d’obtenir, à très peu de frais, des images stables et de teintes extrêmement variées, soit sur papier, soit sur étoffes.
- Le papier ou le tissu à imprimer est sensibilisé dans :
- Eau.............*...........1000 cc.
- Bichromate d’ammoniaque. . . 5o gr. Métavanadate d’ammoniaque. . 5 —-
- On fait sécher dans l’obscurité, à une température qui ne doit pas dépasser 25°, sous peine d’avoir des images voilées. La surface sensible est exposée à la lumière, sous un cliché négatif. Une légère image positive est visible. Quand tous les détails paraissent suffisamment venus, on lave à l’eau froide, qui élimine les sels non impressionnés et ne laisse subsister que le mordant. La suite des opérations s’effectue au grand jour, soit immédiatement, soit beaucoup plus tard. Les matières colorantes susceptibles d’être fixées sont fort nombreuses. Citons, entre autres : les alizarines artificielles, la gallo-flavine, la purpurine, le brun d’anthracène, la gàlléine, et la céruléine, ces produits peuvent du reste se mélanger entre eux et fournir une gamme assez étendue dé nuances très solides. L’épreuve bien lavée est placée dans le bain de teinture, que l’on porte à l’ébullition. Si les blancs se voilent, on les éclaircira dans une solution chaude de savon et de carbonate de soude.
- La méthode précédente conviént surtout à l’impression photographique sur étoffes ; pour les tirages sur papier, il vaudra mieux employer le procédé au chro-mate de cuivre. Le principe en avait été jadis indiqué par Benham, mais les formules qu’il proposait conduisaient à des images ternes, faibles ou voilées. Les améliorations qui y ont été récemment apportées par le Dr H. Thiébaut et par M. E. Pitois permettent maintenant d’en obtenir de fort belles photocopies, vigoureuses, bien modelées et très stables. La surface à impressionner doit être encollée à la gélatine et, bien que cette préparation n ait rien de difficile, nous conseillerons plutôt d’acheter du papier gélatiné, par exemple celui qui sert dans le procédé au charbon sons le nom
- 1. Voy. n“ 2174 du 29 mai igiiî, p. '35j..
- de « double transfert », ou encore les papiers préparés pour le procédé à l’huile, notamment le T. I. C. de; Poulenc n° 100 lisse mince, 125 lisse épais et 110 n’hat-man blanc. On peut même utiliser de vieux papiers au bromure, dont le sel d’argent aura été dissous dans l’hyposulfite et éliminé par des lavages prolongés.
- Le sensibilisateur est ainsi constitué :
- Eau............................. ioO'CC.
- Bichromate de potasse........... 9 gr.
- Sulfate de cuivre.............. 5 —
- Comme il n’en faut que 2 c. c. pour une feuille i3><i8, on trouverait difficilement un procédé photographique moins coûteux. La sensibilisation s’effectue en passant sur le côté gélatiné du papier un pinceau souple, ou une éponge fine, ou un tampon de coton trempé dans la solution ci-dessus. Après avoir largement imbibé la gélatine, on aura soin de faire disparaître l’excès de liquide, en épongeant la surface, de façon qu’il n’y reste plus aucune gouttelette apparente. Cette opération n’exige pas l’éclairage rouge ou vert du laboratoire; rien n’empêche d’y procédera la lumière blanche suffisamment atténuée. Le papier n’acquiert toute sa sensibilité que lorsqu’il est sec. La dessiccation devra donc s’accomplir dans l’obscurité, après quoi le papier sera enfermé dans des pochettes, comme les papiers au citrate ou au bromure. Il peut se conserver en cet état pendant une semaine, à peu près ; cependant il vaut mieux l’employer le plus tôt possible. Quant au sensibilisateur, il se maintiendra longtemps inaltéré, si l’on a la précaution de le garder dans un flacon de verre jaune, à l’abri de la lumière.
- La couche sensible est jaune foncé ; l’action photochimique la fait brunir : on peut donc surveiller l’impression, en ouvrant de temps à autre l’un des volets du châssis-presse. Cependant, cet examen est un peu moins facile qu’avec le papier au citrate; d’abord, parce que l’image aux sels de chrome et de cuivre est moins apparente, et ensûite parce que, ces sels étant plus sensibles que la chlorure d’argent, le contrôle doit s’effectuer à une lumière plus faible. Les photographes habitués à la platinotypie n’éprouveront de ce chef aucune difficulté; toutefois, le tirage devra être poussé jusqu’à ce que l’image soit visible dans tous ses détails, même dans les demi-teintes les plus légères.
- Avant de développer cette faible image, il faut éliminer le sensibilisateur par de copieux lavages. Il n’y a aucun inconvénient à différer cette opération un ou deux jours, en serrant l’épreuve dans une enveloppe opaque. Les eaux de lavage seront renouvelées à plusieurs reprises, pendant au moins 20 ou 3o minutes, jusqu’à ce que les parties blanches de l’épreuve ne laissent plus apercevoir la moindre teinte jaune, même en regardant le papier par transparence. Remarquons que, dès que l'épreuve est bien imprégnée d’eau, sa sensibilité à la lumière disparaît; la suite des manipulations s’effectuera donc au grand jour. L’épreuve lavée peut être séchée, si l’on ne veut pas procéder de suite au développement.
- La ‘formule du développateur variera suivant les tonalités à réaliser. On aura un beau ton sépia en plon-
- geant l’épreuve dans :
- Eau................................... 100 cc.
- Acide pyrogallique...................... 1 gr.
- Acide acétique ,....................... i5 gouttes.
- Cette solution, s’altérant rapidement, ne sera préparée qu’au moment de l’emploi. L’image paraît d’abord se voiler, puis se dégage et s’intensifie. Quand elle a acquis toute sa vigueur, on lave pendant i5 à 20 minutes, et l’on fait sécher.
- Le ton sépia ainsi obtenu peut être viré au noir par immersion dans un bain de sulfate ferreux à 5 pour 100. Si les blancs s’y ternissent, onjes éclaircira dans une solution d’acide oxalique à x pour 1000.
- En remplaçant le sulfate ferreux par du ferricyanure de potassium, l’épreuve vifera au rouge cerise.
- Si l’on préfère les tons dits photographiques, on
- emploiera :
- Eau...................................100 cc.
- Acide pyrogallique..................... o gr. 5
- Pyrocatéchine.......................... o gr. 5
- Solution d’alun à 10 pour 100 ... a5 à 35 cc. Acide tartrique....................... 1 gr.
- nitër>
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- VARIÉTÉS
- Ce révélateur produit des tonalités magnifiques.
- Un beau ton pourpre est donné par :
- Eau............................... ioo cc.
- Métol ou métoquinone.................. i gr.
- Acide gallique........................ o gr. 5
- Ces images sont aussi fines que les épreuves au citrate ou au bromure; elles sont plus vigoureuses, avec
- un fondu que n’offrent pas les photocopies aux sels d’argent ; elles sont en outre moins altérables, et, si nous ajoutons qu’un tirage au format i3 x 18 ne revient pas à quatre sous, on reconnaîtra que le papier au chromate de cuivre se recommande actuellement aux photographes par de sérieux avantages.
- Ernest Coustet.
- ,JÏSD
- 1ffD
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- G0L.
- cat
- Purification de l’eau d’une citerne. — Un de nos
- abonnés nous ayant demandé de lui indiquer le moyen de purifier l’eau, à l’odeur forte et désagréable, contenue dans une citerne, l’un de nos collaborateurs nous adresse, à ce sujet, la note suivante :
- Les eaux de puits ou de citerne sont parfois chargées de matières organiques qui leur communiquent une odeur forte, désagréable. Pour purifier l’eau présentant ce défaut, nous avons employé avec succès, et indiqué à divers propriétaires, qui ont obtenu également, des résultats satisfaisants, l’un ou l’autre des procédés suivants, faciles à mettre en pratique. Lorsque la chose est possible, placer dans le puits ou la citerne, un tonneau que l’on immerge aux trois quarts, après l’avoir défoncé par un bout et percé l’autre fond de quelques trous à l’aide d’une mèche de vilebrequin. On garnit le tonneau jusqu’au milieu de sa hauteur avec des couches de gravier alternant avec des couches de charbon de bois (braise des boulangers) et de sable, en ayant soin, pour maintenir le tout en place, de fixer, sur la dernière couche, au moyen de tasseaux, le fond que l’on a retiré et perforé. Le tonneau est consolidé au fond de la citerne, au moyen de grosses pierres. L’eau, pénétrant en dessous, se purifie en traversant les couches de gravier, de charbon de bois et de sable, et elle devient potable. Le tonneau étant installé au milieu de la citerne et son sommet dépassant le niveau de la nappe d’eau, on peut puiser aisément avec des seaux.
- Dans le cas où ce dispositif très simple ne peut être employé, et lorsqupl existe des corps en suspension dans l’eau, on les précipite au moyen de l’alun, de sulfate double d’alumine et de potasse, ou d’un mélange de sulfate d’alumine et de chaux, ou encore du sulfate de fer ou du perchlorure de fer suivi de l’eau de chaux ou de carbonate de soude. Le précipité gélatineux qui se forme avec ces matières englobe la presque totalité des microbes contenus dans l’eau et les retient mécaniquement; l’eau est, tout à la fois, clarifiée et stérilisée.
- Des expériences faites aux Etats-Unis ont démontré que le sulfate de fer employé seul, à la dose de 21 gr. par mètre cube, donne de meilleurs résultats que le sulfate d’alumine, et que si le sulfate de fer contient 1/2 pour 100 de sulfate de cuivre, on obtient une eau complètement stérilisée, sans qu’il y ait à craindre une action nuisible sur la santé, la très faible portion de cuivre qui peut rester dans l’eau filtrée, n’atteignant jamais la dose que les physiologistes reconnaissent comme dangereuse (16 milligr.). Quelques heures après avoir ajouté le sulfate de fer, on emploie l’eau de chaux pour neutraliser et précipiter'les oxydes métalliques, puis l’eau est envoyée sur des filtres à gros sable. Il est évident que pour recourir à ce procédé, il faut pouvoir traiter l’eau puisée dans la citerne, en la faisant passer dans trois tonneaux ou bacs superposés sur un terrain en pente ou sur une charpente. Cette eau étant versée dans le réservoir supérieur, on verse le coagulant, on laisse reposer trois ou quatre heures, après quoi on ajoute de l’eau de chaux et, au bout de quelque temps, on fait écouler l’eau lentement dans le récipient intermédiaire contenant du sable sur une épaisseur d’au moins un mètre, elle filtre et passe dans le tonneau inférieur d’où elle peut être puisée suivant les besoins.
- Enfin, il convient de rechercher la cause d’altération de l’eau, car la nappe souterraine peut être infectée; supprimer alors la cause de contamination et, lors des basses eaux, épuiser fortement, puis nettoyer complètement, en ayant soin de ventiler, pour éviter le danger d’accumulation d’acide carbonique. On peut recourir pour la désinfection au procédé du Dr Blarez, qui consiste à
- descendre dans la citerne, en l’élevant et l’abaissant alternativement dans l’eau, pendant trois ou quatre minutes, un seau dans lequel on a délayé une poudre composée de o kg 025 de permanganate de potasse, o kg 25o de sulfate d’alumine et o kg 725 de kaolin lavé, on tue ainsi les microorganismes, les matières en suspension sont coagulées par le sulfate d’alumine et précipitées par le kaolin. Si, après ce traitement, l’eau est légèrement teintée en jaune, ce qui indique qu’elle contenait beaucoup de matières organiques, cette coloration ne présente aucun danger. Il suffit de 1 kg de la poudre indiquée ci-dessus pour traiter 5 mètres cubes d’eau.
- Pour incombustibiliser les tissus. — M. Ivling, le savant Directeur du Laboratoire municipal de Paris, a présenté à la Commission des théâtres à la Préfecture de Police un fort intéressant rapport sur les procédés propres à assurer la parfaite ignifugation des toiles à décors. Nous sommes heureux de pouvoir, grâce à son aimable communication, faire profiter nos lecteurs des nouvelles formules qui furent élaborées au cours de ses essais. La question n’était pas nouvelle, et le premier rapport scientifique sur l’ignifugation des décors théâtraux fut publié en 1820 par le célèbre chimiste Gay-Lussac. Cependant, malgré les recherches faites à cette époque et depuis, les méthodes satisfaisaient mal aux exigences de la pratique, si bien qu’aucun de nos grands théâtres parisiens n’observait le décret rendant obligatoire l’emploi de décors incombustibles. On reprochait surtout aux divers procédés d’incombustibilisation d’altérer à la longue les étoffes et de modifier les teintes des peintures décoratives.
- Les formules nouvelles élaborées par M. Kling ne présentent aucun de ces inconvénients comme l’ont constaté MM. Amable, Jusseaume et autres artistes spécialistes de la décoration théâtrale eux-mêmes. Elles sont très économiques, le coût de l’apprêt atteignant à peine 5 centimes par mètre carré, y compris le coût de main-d’œuvre. Enfin, elles sont d’application particulièrement commode. Car on peut opérer l’incombustibili-sation soit par baignade complète des tissus, soit par simple badigeon.
- Le trempage est effectué par immersion des tissus à ignifuger dans un bain composé de
- Acide borique.............5o grammes
- Borax.....................60 —
- Eau ..................... 1 litre
- Une fois l’imprégnation bien complète, on laisse égoutter, puis on fait sécher soit par évaporation à l’air, soit en repassant avec des fers chauds.
- Le badigeonnage est préférable pour les décors, le peintre rendant alors son étoffe incombustible lors du travail de préparation qu’il doit toujours faire subir à la surface avant d’appliquer la peinture. Pour cela, il fait simplement dissoudre, dans l'encollage au blanc d’Espagne servant habituellement, environ 200 gr. par litre du mélange, borax, acide borique, fait dans les proportions précédemment indiquées. Pour obtenir une parfaite incombustibilisation, il est nécessaire de fixer environ un demi-litre de la mixture ainsi faite par mètre carré de surface peinte.
- M. Kling a constaté, au cours de ses multiples essais faits avec toutes sortes d’agents ignifuges, que le rôle incombustibilisant n’était pas comme on le croyait provoqué par la formation de gaz inertes, mais que les produits efficaces étaient surtout les sels ou mélanges salins capables de fondre à basse température. Sous l’action de la chaleur, ces produits forment un enduit qui enrobant la fibre la protège du contact de l’air.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Pour recoller l’ambre. — Un de nos lecteurs, M- S. Leleu, veut bien nous communiquer la recette siiivante qui lui a donné de fort bons résultats pour la réparation d un fume-cigarettes en ambre. Faire fondre à petit feu de la gomme copal, plonger dans le liquide les surfaces à réunir préalablement un peu chauffées, puis, aussitôt, presser fortement les deux fragments en les maintenant jusqu’à refroidissement. La soudure effectuée de la sorte est très résistante.
- Pour préparer l’encaustique. — Un de nos lecteurs, M. Mugnier-1 ruelle, trouve que l’encaustique à l’essence de térébenthine sèche mal lorsqu’on fait sa solution un peu trop étendue. Pour obtenir un cirage instantané, permettant de brosser aussitôt après 1 application de 1 encaustique et ne-collant jamais aux pieds, c’est dans l’essenceé de pétrole qu’il faut dissoudre la cire.
- La cire d abeilles est coupée en petits morceaux jetés dans un vase contenant de cette essence le lendemain, la solution est d ordinaire bonne à employer. Elle doit être très claire, en sorte qu’on puisse aisément appliquer 1 encaustique au pinceau : si la mixture est un peu épaisse, il est d ailleurs facile d’y ajouter suffisamment d’essence.
- Pour débarrasser une glace de son tain. — Quand le tain d une glace commence à se piquer, le mieux qu on puisse faire est de débarrasser le verre de son enduit; on peut ensuite, soit conserver la glace transparente et l’utiliser à recouvrir quelque tableau par exemple, soit la réargenter.
- Pour enlever rapidement le tain d’une glace, on commence par recouvrir l’enduit rouge qui !'abrite, d’une cou'che de soude caustique en lessive concentrée. On laisse agir pendant une heure, on rince à l’eau, puis on frotte avec un tampon imbibé d’acide nitrique; l’action est instantanée. *
- Au cas où derrière l’enduit rouge qui recouvre l’argent, le «miroir serait recouvert d’une épaisse couche de vernis brun, on enlèverait ce vernis en grattant avec quelque vieux couteau, jusqu’à mise à nu de la pellicule rouge. Laboratoire de Za Nature.
- Pour préparer des anneaux de caoutchouc, particulièrement élastiques et solides, tels que ceux, par exemple, servant à retenir les pattes des bretelles dites « sportives » ; voici de quelle façon on peut .procéder. Notons d’ailleurs que la méthode, nullement nouvelle, est employée industriellement, mais elle est fort peu connue.
- Prendre un bout assez court de tube en caoutchouc dit « feuille anglaise », de toute première qualité, choisi autant que possible en couleur brune translucide indiquant l’absence de toutes charges ou colorants nuisibles. À l’aide d’un bâton de bois légèrement conique, on enroule le tube sur lui-même en forme de tore, après avoir gratté la surface au papier de verre, puis adigeonné avec de la « solution » pour réparation de pneumatique. On obtient ainsi un anneau extrêmement résistant et élastique, de qualité bien supérieure aux tores moulés directement ou obtenus par découpage d’une feuille de caoutchouc. Pour éviter qu’il y ait un point faible, il est bon d’enrouler le tuyau après l’avoir tordu un peu sur lui-même, de sorte que la ligne dé suture devient hélicoïdale, de génératrice qu’elle était auparavant.
- Colle américaine. — On fait usage, depuis quelques années dans les bureaux, de colles en masses blanches compactes, presque toujours vendues sous étiquettes à nom anglais et presque toujours importées d’Amérique. Il est très facile de préparer des mixtures de ce genre, coûtant à peine le dixième du prix des produits commerciaux avec de la dextrine extra-blanche, si l’on désire avoir l’aspect des colles américaines, de n’importe quelle couleur, si on se soucie seulement de préparer un bon adhésif.
- On emploie des poids égaux d’eau et de dextrine, en forçant plutôt un peu la dose de dextrine. On opère au bain-marie, mais sans aller à l’ébullition, ce qui donnerait une mixture restant un peu fluide par refroidissement. Nous avons obtenu d’excellents résultats en ajoutant peu à peu la dextrine à l’eau chauffée dans un bain-marie, de manière qu’un thermomètre plongé dans le mélange, et, cjuj sert à le remuer, reste constamment
- entre 70 et j5° G. L’eau du bain-marie peut aller à douce ébullition, mais la mixture dextrinée devra rester à cette température.
- Dès que toute la dextrine est ajoutée à l’eau, on continue à remuer pour faire disparaître les grumeaux de la poudre ajoutée en dernier lieu, en évitant toute surchauffe au delà de j5°. On cesse de chauffer, on ajoute un peu d’eau de Cologne qui donnera un arôme agréable à la mixture et préviendra la formation de moisissure. On coule dans un moule à couvercle et on laisse reposer pendant quelques jours pour que la prise en masse soit parfaite. Laboratoire de La Nature.
- Pour dévernir les chaussures. — Le procédé est recommandé aux personnes peu mondaines qui peuvent ainsi user en été leurs chaussures de soirées commençant à changer de mode. Pour transformér ces chaussures en souliers se cirant comme les chaussures ordinaires, il suffit de faire une bouillie avec de la fécule et de l’acétone, puis d’entartiner une couche de ce mélange sur la surface vernie. On attend que l’enduit se soit desséché, on le fait tomber, puis on frotte fortement le cuir avec une très rude brosse de chiendent, ou bien encore, on gratte avec la lame mousse d’un couteau qui ne coupe pas. Le vernis, ramolli par l’acétone, disparaît tout à fait, et il suffit ensuite de cirer les chaussures à la manière habituelle. Faute d’acétone, on peut employer tout bonnement l’essence de pétrole, mais il faut alors gratter assez fortement pour enlever la couche de vernis, beaucoup moins ramollie qu’avec l’acétone. Pratiquement, pour que l’emplâtre adhère bien à la surface des chaussures, nous conseillons d’opérer en plusieurs fois, en ne tartinant chaque fois que le dessus du soulier successivement posé dans diverses positions. Dès que l’emplâtre est sec, on recueille la fécule dans une assiette quelconque, on l’imbibe de nouveau avec un peu d’acétone, et on s’en ressert.
- Laboratoire de L,a Nature.
- Pour tracer des inscriptions sur les étiquettes en bois employées dans les jardins. — Un de nos abonnés nous avait demandé de lui indiquer une formule de bonne encre pour écrire sur les étiquettes en bois mince habituellement recouvert d’un enduit jaunâtre, très employées parles jardiniers et les arboriculteurs en raison de leur extrême bon .marché. Des essais comparatifs, faits au Laboratoire de La Nature, il résulte que nous ne croyons guère pratique l’emploi d’une encre pour écrire sur ce genre d’étiquettes. Le mieux est d’employer tout simplement un crayon ordinaire dont les traces résistent fort bien aux intempéries. Toutefois, comme les inscriptions disparaissent assez facilement lorsqu’on frotte, il sera bon, le cas échéant, de les protéger en passant sur l’étiquette, aussitôt ap: ès le traçage, une couche de vernis copal.
- Destruction des sauves. — « Sauve' » est le nom commun de la moutarde sauvage, encore dite, suivant les régions, ravenelle, juttes, rousses, cené, etc., dont les fleurs jaunes dorent au printemps les champs de céréales. On peut les détruire en arrosant avec des solutions diluées de divers sels : sulfate ferreux, sulfate ou nitrate de cuivre. Un moyen plus économique consiste à employer la kaïnite, ou sulfate de potasse, et de magnésie. En effet, cette substance est un engrais potassique fertilisant très bien le sol, en sorte que la dépense de l’antiparasite est nulle.
- Pour obtenir à coup sûr de bons résultats, dès que. les sauves commencent à montrer leur troisième ou leur quatrième feuille-, par un temps de forte rosée ou bien après une pluie suivie d’un retour du soleil, on épand bien régulièrement par hectare de 600 à 800 kg de kaïnite très finement moulue. Il importe d’opérer lorsque les sauves sont encore très jeunes, parce que, plus vieilles elles deviennent trop résistantes. Et il est absolument indispensable de ne pas employer la kaïnite ordinaire, mais le produit spécialement préparé par mouture très fine : 80 pour xoo de l’engrais doivent passer à travers le tamis à mailles larges de o,5 mm. Ceci parce que les fines particules épandues peuvent s’attacher aux feuilles ouvertes et poilues de la sauve et exercer là leur action, tandis qu’elles glissent le long dès feuilles droites et lissps (les céréales sqps les endommager,
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- BOITE AUX LETTRES
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- Questions à nos lecteurs. — Existe-il un ouvrage sur la fabrication des papiers chimiques gras et papiers-carbones ?
- — Existe-il un moyen simple pour atténuer ou supprimer dans les appartements, le bruit produit par les coups de bélier dans la canalisation d’eau ?
- M. R. B., à Poitiers. — i° Sous réserve motivée par les circonstances actuelles, voici des adresses de constructeurs de moteurs éoliens connus avant la guerre : Roubeaud, 20g, avenue de Neuilly à Neuilly-sur-Seine (Seine); Yidal-Beaume, 66, Avenue de la Reine à Boulogue-sur-Seine (Seine); Durey-Sohy, 17-19, rue Le Brun, Paris, i3e; Couppez, Chapuis et Cie, 25-27, boulevard de Belleville, Paris, ii°; Plissonnier, u34, Cours Lafayette, à Lyon; Morin-Gacon, rue des Moulins, à Dijon; Caruelle, à Origny-Sainte-Benoîte (Aisne) ; Société de constructions mécaniques à Buzet-sur-Tarn (Haute-Garonne) ; Fagotat, 12, rue de Loigny, à Orléans ; Lebert, "20, rue Sainte-Hélène, Le Mans; Société des ateliers de constructions et fonderies, à Castres (Tarn) ; Lemaire, 20, quai de la Mégisserie, Paris, i“r. Voir, en outre : i° Chambre syndicale des constructeurs français de machines agricoles, 10, rue de Lancry, Paris, 12e, et pour détails techniques : Station d’Essais de machines, 2, avenue de Saint-Mandé, Paris, 12°; 20 pour l’éolienne à hélices multiples, décrite dans La Nature (n° 2352) voici l’adresse ; M. P. Fayard de Mille, à Marnas, par Saint-Uze (Drôme).
- M. Ch. G., à Sfax. — Voici, au sujet du moteur à vent à hélices multiples, dont description a été donnée dans le n° 2352, le renseignement complémentaire de-. mandé : le plan de l’appareil prévu pour 10 mètres carrés de surface d’ailes, par hélices de 1 m. 60 de diamètre, porte un bâti d’orientation de 7 m. de longueur, laissant entre deux hélices consécutives une distance — c’est-à-dire un espacement — de 1 m. 4°> à peu près proportionnelle à celle du petit modèle représenté par la figure jointe à l’article. Cette photographie montre, d’ailleurs, qu’une déclinaison convenable du bâti d’orientation, sur la direction du vent, place toutes les hélices en position pour recevoir le premier choc de l’air. La distance indiquée laisse donc au dispositif toutes ses qualités de simplicité et de fonctionnement dans des conditions rationnelles économiques.
- M. G. T., à Elbeuf-sur-Seine et divers. — Le moteur à vent décrit d’après un appareil construit pour essais, dans le n° 2352, n’est pas encore entré dans le domaine de la réalisation industrielle. Nous croyons savoir que l'inventeur, M. F. Fayard de Mille, se préoccupe actuellement des moyens d’arriver à cette réalisation. Pour tous renseignements, détails d’application, etc., lui écrire à l’adresse indiquée ci-dessus.
- Mme de S.g avenue Bugeaud, Paris; M. J. M., à Garancières-en-Beauce ; M. P. D., à Oran. — Même réponse que ci-dessus.
- Z. N., h Cholet. — Lisez l’ouvrage sur la télégraphie sans fil de Tissot, publié chez Challamel, 17, rue Jacob, Paris.
- M. P. G., à Mangouville (Meurthe-et-Moselle).,— i° Vous auriez, évidemment, la possibilité d’utiliser les sous-produits de la distillation du riz (drêches, etc.) comme cela est possible pour tout résidu provenant de plantes alcoolisables, mais nous vous engageons vivement à ne rien entreprendre avant de vous être renseigné comme il convient auprès de l’Administration des Contributions indirectes sur les droits des particuliers à l’égard de la loi qui régit la production des eaux-de-vie autres que les eaux-de-vie de vins, cidres, poirés, marcs, lies et fruits frais. En effet, outre que » vous ne vous trouvez pas dans le cas d’un bouilleur de crû distillant le produit de sa récolte, puisqu’il s’agit de produire de l’eau-de-vie de riz, c’est-à-dire avec un
- produit d’origine étrangère, et en petite quantité, et que votre situation n’est pas non plus celle d’un distillateur professionnel, il importe de remarquer que le Parlement a adopté dernièrement l’institution d’un nouveau régime temporaire de l’alcool, sous forme de monopole d’Etat. Aux termes du texte adopté, il est dit : « 'Article premier. — Jusqu’au Ier octobre 1920 demeure reservée à 1 Etat la production des alcools autres que ceux provenant de la distillation des vins, cidres, poirés, mares, lies et fruits frais sous réserve des dispositions légales ou réglementaires concernant l’emploi des céréales. » C’est donc la Régie qui vous fixera sur les droits et interdictions qui vous intéressent; — 20 Adresses pour alambics : A. Estève, constructeur à La Réole (Gironde) ; James Lenoir, à Dijon; Moulin fils, à Montbéliard ; Vermorel, à Villefranche-sur-Saône (Rhône) ; Robert-Berthet, à Gray (Haute-Saône). A Paris : Egrot, 19, rue Mathis, 190; Deroy, 74, rue du Théâtre, i5°; Deriveau, 10, rue Popincourt, 11e; Broquet, 121, rue Oberkampf, ii0; Bréhier, 52, rue de l’Ourcq, 19e; Besnard, Maris et Antoine.Jboulevard Beaumarchais, 11°.
- M. R. d’A., à Quinéville (Manche). — i° Il s’agit de résultats obtenus par l'électroculture. On a constaté, en effet, une augmentation de rendement de 100 pour 100 sur céréales,^ pommes de terre, plantes potagères, etc., et cela bien antérieurement à l’année 1912, ce qui paraîtrait indiquer que le procédé, sommairement décrit, auquel il est fait allusion, n’est pas nouveau. Spechnew, Pilsoudski, Basty et d’autres expérimentateurs, ont montré que l’action lente du courant dans le sein de la terre, cette électrolyse souterraine agissant sur les sels insolubles du sol, parviennent à les transformer, à les rendre solubles et partant comparables à de véritables engrais. Pour produire l’électricité (voltaïque) au moyen des courants terreux, le simple dispositif décrit serait incomplet, partant insuffisant; il faut créer une pile dont l’un des pôles est constitué par une ou plusieurs plaques ds zinc enfouies dans le sol (c’est le pôle positif), l’autre pôle par une ou plusieurs plaques de fer également enfouies dans le sol (c’est le pôle négatif). Ces deux pôles sont réunis au moyen d’un conducteur. Il est nécessaire de disposer alternativement une électrode Zinc et une électrode Fer, de manière à électriser le champ d’une façon complète; creuser une petite tranchée, y déposer verticalement la tôle, remblayer avec de la terre, apportée par couches et bien pilonnée autour de la tôle ; souder les fils conducteurs sur les tôles ourles réunir entre eux au moyen de serre-fils. Chaque pôle, constitué par une, deux, trois ou quatre plaques, est relié au moyen d’un fil conducteur aérien, avec l’autre pôle. Ce conducteur repose sur des isolateurs fixés à des poteaux placés de distance ep distance Pour vérifier le fonctionnement de l’installation et la force du courant on réunit les conducteurs des plaques d’un même pôle, à l’aide de serre-fils, avec les conducteurs aériens du pôle opposé, ou bien on réunit tous les éléments entre eux. — 20 En raison du rôle fertilisant que joue T électrolyse souterraine, et dans l’intérêt de l’expérience que vous voulez faire sur ce terrain défriché, l’applicàtion d’une fumure est, évidemment, contre-indiquée. — 3° Employer des fils de fer galvanisés. — 4° Pour l’agencement et l’installation de cette expérience, consultez le Directeur des Services agricoles du département de la Manche, à Saint-Lô, qui vous indiquera également, sur place, la marche à suivre pour opérer aussi économiquement que possible.
- M. D., à Biarritz. — Pour toutes indications relatives à l’exploitation industrielle du procédé breveté relatif à la conservation des œufs par stérilisation associée à la réfrigération, et pour installations, aménagement matériel, capital nécessaire, prix de revient d’application de cette méthode, par mille d’œufs conservés, etc., s’adresser à M. Fernand Lescardé, ingénieur civil, 51, boulevard de La Chapelle, Paris, io°.
- M. E. M-, Cercle colonial, Saigon. — Pour les appareils de conservation du poisson par le froid, décrits dans La Nature, n° 2342, vous pouvez vous adresser à M. Maurice Cabs, 161, rue Montmartre, Paris.
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- LA NATURE
- Supplément.
- INFORMATIONS
- N°ï2357 3 Mai 1919
- La portée des radiocommunications. — Les perfectionnements apportés pendant la guerre aux appareils thermo-ioniques (lampes à 3 électrodes) ont rendu leur usage général en télégraphie sans fil, surtout comme récepteurs et amplificateurs. La sensibilité de c,es appareils est telle qu’on ne lui voit poür ainsi dire pas de limite.
- Aussi la portée pratique des communications par ondes hertziennes a-t-elle augmenté dans des proportions considérables. C’est ainsi qu’actuellement l’on télégraphie sans fil entre l’Angleterre et l’Australie; c’est-à-dire-à ooo km, autrement dit aux antipodes. Marconi a établi, à titre d’expérience, des communications par téléphonie sans fil entré Clifden en Irlande et Cape Grâce au Canada.
- Transmission de force motrice par les ondes sonores. — Les modes pratiques de transmission de la force motrice actuellement sont mécaniques ou électriques : les moyens mécaniques résident dans l’emploi des axes rigides, des câbles ou courroies, des ressorts. Les moyens électriques comportent tous le transport de l’énergie au moyen de fils conducteurs. Le transport de l’énergie sans fil est possible; on en étudie actuellement diverses applications, mais on en est toujours à la période d’études.
- Un ingénieur roumain, M. Constantinesco, étudie en Angleterre, depuis quelques mois, une méthode toute différente et dont le principe est des plus curieux. Il se sert, pour transmettre l’énergie, d’ondes sonores,
- Voici les renseignements que donne à ce sujet notre confrère anglais Nature.
- On emploie un tuyau rempli d’eau ou d’un liquide analogue. Des vibrations de la nature des ondes sonores sont produites à une extrémité du tuyau, l’énergie est récupérée à l’autre extrémité sous forme mécanique. Comme il n’y a pas de mouvement de translation du liquide, il n’y a pas de frottements, donc peu de pertes et grand rendement. L’énergie transmise peut être employée à toute opération mécanique.
- Les recherches de M. Constantinesco ont été poursuivies pendant la guerre avec l’appui du gouvernement anglais, et naturellement dans le plus grand secret. Le détail des appareils n’est donc pas connu. On connaît cependant une importante application du système : elle a été réalisée sur les avions, dans le dispositif de commande des mitrailleuses qui arrête l’action de l’arme chaque fois qu’une aile de l’hélice passe dans le champ de la mitrailleuse.
- Par ce moyen, on peut tirer 2000 coups à la minute, au travers d’une hélice tournant entre rooo et 2000 tours par minute.
- Le minimum de lumière perceptible. — On sait que l’œil est sensible à des quantités très petites d’énergie, il peut voir par exemple jusqu’aux étoiles de sixième grandeur, MM. Coblentz et Emerson viennent de calculer, dans un récent Bulletin of the Bureau of Standards, le minimum de radiation perceptible correspondant à cette vision. Qu’on compare la lumière des étoiles avec celle d’une flamme, ou qu’on mesure la chaleur dégagée par une étoile, ou encore qu’on parte de l’équivalence mécanique de la lumière, on arrive toujours à des résultats qui montrent l’extraordinaire sensibilité de l’œil humain. En effet, il perçoit distinctement des quantités d’énergie de l’ordre de i,3Xio~16 watt ou 3 x io-14 g .-calorie par minute, quantités infimes qui n’élèveraient d’un degré la masse de 1 gramme d’eau qu’au bout de 60 millions d’années! Et encore, quand on regarde le ciel, on ne se trouve jamais dans les conditions d’obscurité absolue qui augmenteraient encore la sensibilité.
- Le combustible colloïdal. — C’est sous cé nom que l’on désigne aux Etats-Unis un nouveau combustible formé par un mélange de pétrole et de poussière de charbon pulvérisé. Ce produit est né de la guerre. Les grands besoins en pétrole de toutes les puissances alliées, les pertes causées par la guerre sous-marine
- ont fait craindre un instant un grand déficit dans les stocks disponibles. Il a fallu se préoccuper d’économies. Le « Comité Exécutif de la Défense sous-marine » aux Etats-Unis a entrepris sous la direction de M. Lindon W. Bâtes une série d’essais et d’expériences pour incorporer au pétrole du charbon pulvérisé, en vue de garder les avantages du combustible liquide, et d’économiser, cependant, une forte proportion de pétrole. On vient de publier les résultats de ces travaux et il semble possible d’en conclure què les recherches de nos amis d’Amérique ont obtenu plein succès et marquent un progrès intéressant dans l’histoire des combustibles industriels. On sait les avantages du combustible liquide dans les foyers industriels : machines à vapeur, fours métallurgiques, fours de céramique, etc., : il permet l’alimentation automatique du foyer, sans manutention ni main-d’œuvre difficile; la combustion se règle plus aisément et est par suite plus complète, d’où obtention de températures plus constantes et plus élevées. La chauffe au pétrole est employée d’une façon presque exclusive, à bord des navires de guerre anglais.
- Ces avantages se conserveront manifestement s’il est possible d’incorporer du charbon pulvérisé hu pétrole, sans nuire à sa fluidité. La difficulté est de réaliser un mélange qui reste homogène et d’égale densité dans toute l’étendue des réservoirs et des canalisations. On est parvenu à la vaincre par l’emploi d’un fixateur (il en faut une proportion de 1 pour 100 du produit final) : c’est une substance lourde, noire et pâteuse dont on ne5 .nous donne pas la composition, mais qui est indiquée comme ayant la consistance de la graisse consistante ; c’est elle qui permet de maintenir les particules en suspension d une façon homogène dans toute l’étendue du liquide. Même plusieurs mois après le mélange, le produit ne donnerait que très peu de dépôt.
- La préparation du liquide final est, dit le rapport américain, très facile et peut s’effectuer partout. Au point de vue combustion, on obtient les meilleurs résultats avec du coke (98 pour 100 de charbon, pas de cendres ni de soufre). On emploie en général moitié pétrole, moitié charbon.^
- On a fait également des combustibles colloïdaux en pulvérisant dans le pétrole des charbons provenant de résidus, tels que ceux du raffinage des huiles.
- Le Comité Américain déclare que la mise en pratique de ce procédé permettra d’économiser 25 pour 100 des ressources actuelles des Etats-Unis en pétrole brut.
- Les pâtes lumineuses au radium. — Ces pâtes, de plus en plus employées pour rendre lumineux la nuit les cadrans de montre, les guidons d’armes à feu, etc., sont formées, on le sait, de sulfure de zinc, mélangé d’une trace de sel de radium (0,4 mg de bromure de radium par gramme de sulfure de zinc).
- Le « National Physical Laboratory » d’Angleterre, a étudié en détail ces pâtes, en vue de déterminer la composition nécessaire pour assurer au produit une efficacité réelle. On a pris plusieurs échantillons de produits au radium et l’on a déterminé, au moyeu d’observations prolongées pendant i5 mois, la vitesse avec laquelle diminue l’intensité lumineuse. Avec une composition à 0,4 mg de bromure de radium par gramme de sulfure de zinc, la luminosité diminue à raison de 4 à 5 pour 100 par semaine et au bout de 6 mois tombe à la moitié de sa valeur initiale.
- D’autre part, pour un même échantillon de sulfure, quelle que soit la quantité de sel de radium (pourvu qu’elle soit supérieure à 0,1 mg par gramme), la luminosité limite finale est virtuellement la même. C’est là un point important : si un article doit rester quelque temps en magasin, inutile de lui faire Une peinture à 0,4 mg de radium par gramme puisqu’avec 0,2 mg la pâte aura le même effet lumineux au moment de la vente.
- Alliage résistant aux acides : le Nichrotne. —-
- Comme suite à notre information du 22 mars 1919 sur le même sujet, nous sommes en mesure de donner quelques renseignements sur un autre alliage, le Nichrotne,
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- INFORMATIONS
- dont l’emploi s’est répandu en métallurgie dans ces dernières années.
- Le Niehrome est un alliage de nickel et de chrome employé de longue date sous forme de fil dans les appareils à chauffage électrique. On sait maintenant le produire sous forme de.fonte et l’on fabrique avec lui des creusets,.des moules et tous autres objets devant résister aux hautes températures. Il a également l’avantage de résister aux acides sulfurique et nitrique. Voici quelques chiffres relatifs à cet alliage : point de fusion i5oo° C. Résistance à froid de la fonte de Niehrome : 3ooo à 35oo kg par centimètre carré; résistance à 982° : 2 ii'i kg par centimètre carré. Les propriétés mécaniques de l’alliage sont donc peu diminuées à cette haute température.
- Résistance aux acides : acide sulfurique à 85 pour 100 : un morceau d’alliage plongé dans l’acide subit après 1 mois une perte en poids de o,o65 pour 100; la perte pendant les 2 mois suivants n’est plus que de 0,047 pour 100. Si la concentration de l’acide diminue, l’attaque augmente légèrement. Pour un acide à 45 pour 100, elle est de o,3i pour 100 après le premier mois-et de o,3o6 pour 100 dans les 2 mois qui suivent.
- 'L’acide nitrique attaque un peu plus vivement : un acide à g5 pour 100 enlève 1,63 pour 100 de l’alliage en 1 mois, et 2,10 pour 100 dans les 2 mois suivants avec un acide à,5o pour 100, ces chiffres se réduisent respectivement à : 0,90 pour 100 et 1,42 pour 100.
- Par contre, l’acide chlorhydrique à 3g pour 100 attaque rapidement le produit (perte de 12 pour 100 après un mois). Dilué à 20 pour 200, il provoque encore une perte de 2,20 pour 100 en un mois.
- Le « cracking » électrique des hydrocarbures.
- — On sait que l’on appelle « cracking » l’opération qui consiste à chauffer dans certaines conditions les huiles lourdes de façon à dissocier leurs molécules et à les transformer en huiles légères. D’après Davidsen et Ford en faisant passer les vapeurs d’huiles lourdes à travers un tube dans lequel se produisent des décharges électriques, on augmente notablement la quantité de produits non condensables. La teneur en méthane, par exemple, passe de 25 à 4° pour 100. Le dispositif pratique est constitué par un jeu de tubes métalliques verticaux reliés à la partie inférieure à la chaudière et communiquant par la partie supérieure avec le condenseur. Les électrodes sont formées par des fils de ferro-nickel disposés suivant l’axe des tubes, comme dans le procédé Cottrell de précipitation électrique des poussières, dont nous avons à plusieurs reprises entretenu nos lecteurs.
- Le ravitaillement de l’Allemagne en viande pendant la guerre. — M. le vétérinaire aide-major Raymond Moussu vient de publier dans les Comptes rendus de VAcadémie d’Agriculture, un rapport sur le ravitaillement en viande de l’Allemagne pendant la guerre.
- L’office des vivres qui a fonctionné à Berlin comprenait une section chargée de la répartition de la viande, avec annexes dans chacun des Etats de l’Empire, qui a appliqué la méthode du recensement et des restrictions.
- Deux recensements ont été faits, l’un en 1914 et l’autre en 1 g 15 ; tous les animaux ont été marqués et inscrits, par commune, sur un registre spécial. Pendant ces deux années, le commerce, l’abatage et la consommation sont restés libres; en même temps les Allemands exploitaient intensivement les pays envahis (Belgique, Nord de la France, Russie).
- A partir de mai 1916, le recensement est devenu trimestriel, le commerce du bétail a été supprimé, la consommation réglementée. Les propriétaires ne pouvaient plus se défaire de leurs animaux, sauf des animaux de travail. Chaque transaction de ce genre donnait lieu à une déclaration inscrite sur les registres de recensement.
- Dans chaque canton, une Commission désignait les animaux à abattre; ceux pouvant fournir au moins 125 kg de viande. Les animaux étaient cédés, aux bouchers détaillants en tenant compte des besoins de leur clientèle ; celle-ci étant déterminée par les déclarations des consommateurs lors de la délivrance des cartes de viande. Le prix de cession aux bouchers, uniforme dans tout l’empire, fut de 90 marks les 5o kilogrammes.
- La ration était de 5oo gr. par personne et par semaine en mai 1916. Elle a diminué progressivement pour tomber à 180 gr. lors de l’armistice. Cette diminution aurait été imposée, non pas tant par diminution des ressources que par le souci de ne pas appauvrir sensiblement le cheptel allemand.
- En ce qui concerne le porc, les éleveurs pouvaient conserver leurs élèves et les utiliser pour leur consommation à raison de g5o gr. par 'semaine, l’usage de la carte de viande étant supprimé pendant ce temps.
- Cette organisation a eu pour résultat de maintenir la viande de bœuf à un prix variant de 1 fr. 25 à 2 fr. 5o la livre et aussi de conserver le cheptel. C’est ainsi que le Palatinat bavarois possédait en 1910 : 253 800 bovidés, et en comptait encore 236700 en mars 1918; pour les moutons, le nombre s’est accru (19700 en 1910, 34904 en 1918); de même pour les chèvres (67000 en 1910, 86 o38 en 1918).
- En outre le prix de la viande dans les provinces rhénanes a été et reste beaucoup moins élevé qu’en France; enfin les réquisitions et la consommation ayant été identiques dans toute l’Allemagne, on peut admettre, dit M. Moussu, que l’ensemble du cheptel allemand est moins entamé que le nôtre.
- Un nouveau rocher ruiniforme. — M. Larrieu, administrateur des colonies, nous adresse une photographie prise par lui dans le Fouta (Guinée française),
- qui intéressera sûrement les lecteurs de La Nature où si souvent de curieux phénomènes géologiques ont été signalés.
- L’énorme bloc de grès qui se détache sur le ciel est en équilibre sur un fût dépassant à peine la grosseur d’un homme. L’Européen qui est en bas, à gauehe de la photographie, peut servir de terme de comparaison ou d’échelle. A remarquer le singulier relief du bloc qui rappelle la silhouette d’un gentilhomme du .xviii® siècle à perruque.
- On a des exemples en France de grès ruiniformes dont on admire les aiguilles hardies, les équilibres audacieux. Mais il n’existe, croyons-nous, aucun bloc de dimensions semblables à celui-ci, monté sur un socle aussi étroit. Les roches gréseuses au milieu desquelles fut pris ce cliché font partie du massif du Maci, montagne située au sud-ouest de Pita, chef-lieu du cercle que M. l’administrateur Larrieu commandait en 1917-1918.
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- Un usage imprévu des pipes. — Si les dispositifs abondent, que peut employer le chimiste amateur pour réaliser quantités d’intéressantes expériences par « voie humide », il est beaucoup plus malaisé de manipuler en mettant en œuvre les hautes températures, quand on ne dispose pas de fourneaux divers en général toujours assez coûteux. C’est pour remédier à cela, qu’un ingénieux professeur, M. Mermet, a imaginé toute une série de rustiques et curieux appareils, permettant de réaliser, avec une douzaine de pipes en terre d’une valeur de
- quelques sous, la plupart des manipulations comportant l’emploi des tubes, creusets et cornues en terre ou en grès chauffés dans des fourneaux aux températures du rouge. Non seulement le matériel est économique par le prix de son achat, mais il l’est par l’usage, les dimensions des cornues de nouvelle façon ne permettant d’employer que des doses très petites de produits réagissants. En outre, c’est un matériel de sécurité, toute explosion étant moins dangereuse du fait de la présence d’une petite quantité seulement de réactif, enfin il est amusant à construire, et non moins amusant à montrer.
- N’importent quelles pipes en terre peuvent servir, mais de préférence, on choisira un modèle dont l’axe du tuyau sera perpendiculaire à l’axe du fourneau, par exemple, le type dit « Marseillaise, n° 20 ». D’autre part, on met dans un bol ou mieux dans un mortier deux cuillerées de kaolin lavé, et une cuillerée d'amiante fibreuse, désagrégée, mais non pulvérisée, on triture bien le mélange, sans broyer, puis on malaxe avec suffisamment de silicate de soude en solution concentrée pour obtenir une pâte homogène assez consistante; il est facile de modifier,s’il y a lieu,la consistance de cette pâte en malaxant après addition d’un peu de silicate, ou en saupoudrant d’un peu de kaolin, et pétrissant à nouveau, on façonne finalement en boules de la grosseur d’une noix. Pâte et boulettes ne doivent être préparées qu’au moment de l’application, car le lut durcit assez rapidement.
- Pipe-cornue. — Les parois du fourneau de la pipe seront d’abord enduits d’une couche de la solution de silicate, à l’extérieur jusqu’aux trois quarts de la hauteur (en partant du bord, pipe renversée); l’intérieur, sur une longueur réduite à 1 cm. On souffle ensuite dans le tuyau de pipe pour s’assurer qu’il n’est pas bouché, précaution tout à fait indispensable pour éviter tout risque d’explosion, puis on bourre avec la substance à calciner, jusqu’à environ i5 mm des bords. On recouvre avec un disque en carton d’amiante coupé de façon à n’entrer, qu’à frottement, en sorte que tout puisse tenir quand on renverse la pipe, et oalciné au préalable, pour détruire les matières organiques agglomérantes que contiennent toujours les cartons d’amiante du commerce. Ceci fait, on applique sur le foyer de la pipe, la boulette de lut, de préférence un peu aplatie, on appuie bien avec le doigt pour la bien faire pénétrer dans la partie vide, puis on modèle de manière à rabattre les bords du mastic le long du fourneau. On doit s’arranger de façon que la fermeture soit relativement assez mince, et que la bordure circulaire aille en s’amincissant progressivement (fig. 1). On met finalement sécher près d’un poêle ou d’une bouche de calorifère, utile précaution, bien qu’à la rigueur on puisse directement chauffer la pipe-cornue venant d’être préparée.
- On peut augmenter la contenance de la minuscule cornue-pipe, quand on ne dispose pas de pipes suffisamment grandes, en collant l’une à l'autre deux pipes semblables, choisies de manière que leurs ouvertures coïncident bien exactement, puis en réunissant après remplissage les deux récipients, joints par une couche de lut au silicate (fig. 2). L’emploi d’un disque de carton d’amiante est alors supprimé.
- Tube remplaçant le tube én grès. — En collant comme précédemment deux foyers de pipes l’un à l’autre, mais
- sans détacher le tube de l’une des pipes, et en plaçant les deux tubes en sens opposé, on obtient un appareil convenant très bien pour faire passer un courant de gaz sur une matière chauffée. Il est commode pour appliquer et plisser régulièrement le lut, de serrer les deux pipes l’une contre l’autre au moyen d’un support à pinces, du modèle usuel des laboratoires servant à supporter et maintenir les cols des ballons et cornues. On laisse sécher la pâte formant joint sur J.e support -pour éviter toute déformation. On chauffe finalement le réservoir du tube, soit dans la flamme d’un brûleur Bunsen, soit dans un réchaud à charbon de bois.
- Pipes creusets. — Pour chauffer un mélange pulvérulent ne risquant pas de fondre, il suffit d’employer une pipe maintenue par son tuyau sur un échafaudage de briques. S’il doit y avoir fusion, on peut soit boucher le tube avec une boulette de lut au silicate, soit, ce qui permet un chauffage plus énergique, couper le tuyau, mouiller la paroi de silicate comme on doit toujours le faire pour assurer une parfaite adhérence de la terre cuite et du ciment, puis appliquer une assez forte boulette du lut, et façonner un pied. On peut aussi au besoin, quand on est devenu bon modeleur, faire en pâte de petits couvercles finalement séchés et cuits. Mais il est plus pratique de se contenter de disques découpés dans du carton d’amiante, en ménageant une petite languette sur le pourtour, qui sera relevée pour la préhension facile avec les pinces.
- Un perfectionnement important qui pourra être effectué par les amateurs faisant de la galvanoplastie, c’est la métallisation du creuset en terre de pipe. On imprègne l’objet préparé comme d’ordinaire, puis cuit, d’une solution aqueuse à 1 pour 100 de bichlorure de platine, par baignade assez longue (une heure) dans le liquide bouillant, on fait sécher à l’étuve, et on calcine. On peut aussi badigeonner simplement l’intérieur avec du bichlorure de platine broyé dans quelques gouttes d’essence de lavande, chauffer avec précaution dans un brûleur, puis recommencer deux ou trois fois l’opération. On renforce finalement d’une couche suffisamment épaisse par les procédés électrolytiques habituels, et on possède un creuset rendant les mêmes services qu’un ustensile en platine massif, qui eût coûté vingt fois plus cher.
- Pipe chalumeau. — Un morceau de tuyau de pipe long d’une dizaine de centimètres environ est mastiqué dans le fourneau d’une pipe, en se servant d’un disque de carton d’amiante percé au centre, et du lut habituel. On fait sécher, puis on remplit le bout libre du petit tuyau avec une bouillie de plâtre et d’eau, et avant que la masse ne soit tout à fait durcie, on la perce d’un trou d’aiguille. Cette extrémité du 'chalumeau aura été préalablement au montage usée sur la meule, de façon à la rendre tron-conique. Après la cuisson, effectuée comme à l’ordinaire, nous possédons ainsi un chalumeau servant avec une bougie ou un brûleur à gaz de chalumeau à bouche pour essais minéralogiques. Mais on peut perfectionner l’appareil, qu’il devient alors possible d’employer au chauffage d’un petit creuset, en le montant sur un support qui d’autre part, maintiendra une autre pipe non modifiée, servant elle à l’arrivée de gaz combustible. Dans ce cas, l’air comprimé sera produit, soit par une soufflerie à pédale, soit par, une simple poire double du modèle servant pour le thermocautère et les crayons à pyrograver. Si nous branchons le bout aspirant de cette poire avec un tube venant d’un sac de caoutchouc plein d’oxygène sur lequel on place une brique pour donner de la pression, nous aurons un chalumeau donnant une^amme à température très élevée, qui nous permettra de fondre l’acier.
- Notre curieux et économique chalumeau doit être complété par une troisième pipe servant de laboratoire
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- pour le chauffage, et dans le foyer de laquelle on dirigera le dard incandescent. On prépare cette pipe supplémentaire en la remplissant à moitié de sable sec, puis en garnissant le haut, avec une spatule, de pâte faite avec du charbon de bois finement pulvérisé et de l’eau gommée si l’on veut avoir un creuset « brasqué », avec de la cendre d’os et de l’eau gommée pour obtenir une « coupelle » permettant de faire des essais d’argent. Cette cendre d’os sera préparée en calcinant des os de boucherie autres que ceux de veau jusqu’à parfaite blancheur, pulvérisant finement, puis jetant dans un grand verre d’eau, on décante de suite pour éliminerles grosses particules tombées immédiatement au fond du verre, on laisse reposer longuement, on décante une seconde fois, on utilise la boue blanchâtre qui s’est amassée dans le fond. Cette boue, séchée en pressant entre plusieurs épaisseurs de papier filtré, est malaxée avec de l’eau gommée et la pâte appliquée sur le sable de la pipe de façon à remplir cette dernière, la surface étant fortement arrondie en creux (fig. 2). On laisse naturellement sécher avant emploi.
- Compteur de dépôt électrolytique. — Le poids d’un métal déposé par électrolyse étant proportionnel à la quantité d’électricité qui a traversé l’électrolyte peut
- Fig. 3. — Compteur de dépôt électrolytique.
- être mesuré à l’aide d’un ampère-heuremètre. L’appareil représenté par la figure 3 est un compteur O'K^) muni de deux horlogeries superposées, graduées en grammes. L’une d’elles est une horlogerie ordinaire, à cadran et à aiguilles, totalisant les poids du métal déposé dans les opérations successives. L’autre est une horlogerie spéciale permettant de suivre les opérations électrolytiques. A cet effet, elle indiqué à tout instant la quantité de métal qui reste à déposer et fait connaître à quel moment précis le dépôt d’un poids déterminé de métal se trouve effectué.
- L’horlogerie spéciale comporte deux cadrans : i° un grand cadran divisé en 100 parties dont chacune corres^ pond à un dépôt d’une quantité connue de métal; 20 un petit cadran de 10 divisions dont l’aiguille fait 1 tour pour 10 tours de l’aiguille du grand cadran. Par exemple, si chaque division du grand cadran correspond à un dépôt de 1 gr. de métal, un tour de l’aiguille du petit cadran correspondra à un dépôt de 1000 gr. de métal.
- L’horiogerie ordinaire et l’horlogerie spéciale sont solidaires l’une de l’autre, et les rouages de l’une entraînent ceux de l’autre. Cependant, on peut faire tourner à la main l’aiguille du. grand cadran spécial en n’entraînant, dans cette manœuvre, que l’aiguille du petit cadran, ainsi que deux cames dont nous verrons plus loin le rôle.
- Voy. n? 19Ô7, dp 4 février 1911, p. i65.
- Supposons qu’il s’agisse d’effectuer un dépôt de 85o gr. d’argent, les cadrans spéciaux étant à zéro : on fera tourner à la main, dans le sens des aiguilles d’une montre, l’aiguille du grand cadran jusqu’à ce que l’horlogerie spéciale marque 85o. En réalité, dans cette opération, on fait démarquer le cadran spécial de iooo-85o gr., soit i5o gr. Pour inscrire le nombre 85o, il aura donc fallu faire tourner, dans le sens des aiguilles d’une montre, l’aiguille du grand cadran de 1 tour et demi. Cette aiguille peut être commandée de l’extérieur au moyen d’un aimant spécial, afin que toute personne non autorisée ne puisse modifier les indications de l’instrument.
- Sous l’action du courant, l’aiguille du grand cadran continue à tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. Après 8 tours et demi, l’ensemble du petit et du grand cadran sera donc revenu à zéro, et les 85o gr. de métal auront été déposés.
- Afin de ne pas obliger à une surveillance assujettissante des indications du compteur, celui-ci peut avertir automatiquement de la fin du dépôt, c’est-à-dire du moment où les cadrans de l’horlogerie spéciale reviennent à zéro. Pour cela, l’extrémité d’un levier repose sur le bord de deux cames munies chacune d’une encoche et tournant respectivement à la vitesse des aiguilles des deux cadrans spéciaux. L’une d’elles fait donc 1 tour pendant que l’autre en fait 10. Ces cames sont calées sur le même axe, de telle sorte qu’au moment où les deux encoches coïncident, les aiguilles des deux cadrans spéciaux se trouvent à zéro. Le levier tombe alors au fond des encoches et, dans ce mouvement, ferme le circuit d’une sonnerie ou d’un relais disposé de manière à couper le courant.
- Cet appareil est construit par la Compagnie pour la fabrication des compteurs, 16 et 18, boulevard de Vau-girard, Paris.
- Croissant lumineux. — Nous ne parlerons pas ici des avantages de l’éclairage électrique, de son allumage et de son extinction instantanés. Seulement, le problème, quand on entre dans une chambre obscure, est de trouver le bouton sans aucun tâtonnement, et comme les électriciens n’ont pas en-core unifié leurs modes de pose', le contact est tantôt à droite de la porte, tantôt à gauche, plus ou moins haut sur le mur, d’où perte de temps.
- Le croissant lumineux est une petite pièce de celluloïd qu’on fixe sur le commutateur ; à sa partie antérieure A, elle a été enduite d’une pâte radifère selon un dessin déterminé, si bien que dans l’obscurité elle brille comme un motif lumineux et indique l’emplacement de l interrupteur qu’on repère ainsi sans hésitations. Le croissant lumineux se place simplement en dévissant le couvercle de la prise de courant, fixant la plaque phosphorescente avec un peu de colle de poisson ou de seccotine, et revissant. — Le/ croissant lumineux est en vente chez MM. Kirby Beard et Cie, 5, rue Auber, Paris.
- Porte-cigarettes-briquet. — L’arsenal portatif du fumeur est toujours composé de plusieurs pièces, tout au moins un étui de cigarettes et une boîte d’allumettes ou un briquet. Le briquet est plus sûr.
- Seulement, cela fait un excédent de ba-gages pour la poche qui se déforme, et les pièces ne s’y trom vent pas toujours rassemblées au moment opportun. Voici un porte - cigarettes - briquet qui présente réunis les deux objets indispensables, le tabac et le feu, si bien qu’on n’a jamais l’un sans l’autre. La face latérale de l’étui sert de frottoir. — L’objet est en vente chez MM. Kirby, Beard et O, 5, rue Auber, Paris.
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- VARIÉTÉS
- La définition du verre d’optique. — Quelles sont les propriétés qui distinguent le verre d’optique du verre ordinaire? C’est là unè question à laquelle peu de personnes peuvent répondre d’une façon précise. D'abord il faut s’entendre sur le terme même et n’accorder celui du verre d’optique qu’aux meilleures espèces de verres, utilisés dans les instruments de précision et ne pas ranger dans cette catégorie les verres bon'marché avec lesquels on confectionne les limettes du petit format et de faible grossissement.
- Les verres d’optique doivent avoir toute une série de propriétés que nous allons rapidement passer en revue.
- Des propriétés générales des verres, celle qui est la plus importante est la transparence, c’est-à-dire le pouvoir de transmission sans diminution de la quantité de lumière et sans apport d’irrégularités et de troubles. Si cette condition est en général bien remplie pour la partie visible du spectre, pour les courtes longueurs d’ondes de la partie ultra-violette du spectre et pour les grandes longueurs d’onde de l’infra-rouge, les verres présentent un pouvoir absorbant très énergique.
- Examiné par transparence sous une grande épaisseur, le verre à vitre paraît vert de mer foncé et les meilleurs verres d’optique présentent aussi ce phénomène, dû non seulement à la présence d’impuretés,-mais aussi à la nature même de la matière, comme nous allons l’expliquer succinctement.
- D’après la théorie électromagnétique de la lumière, les vibrations lumineuses et les vibrations électriques sont de même nature, leur longueur d’onde seule différant. Or, le verre est un excellent isolant électrique ; par suite, si les propriétés électriques étaient identiques pour toute l’échelle des longueurs d’onde, on n’observerait aucune dispersion et très peu de réfraction dans la partie du spectre total correspondant aux radiations lumineuses. Mais il y a certaines bandes du spectre pour lesquelles
- le verre se comporte plutôt comme un bon conducteur de l’électricité que comme un isolant, avec cette conséquence que les longueurs d’ondes correspondantes sont absorbées, modifiant ainsi la nature de la lumière transmise.
- La transparence du verre est aussi modifiée par la présence d’une matière non vitreuse dans sa masse, bulbes de gaz et surtout amas de cristaux qui se sont développés au moment de la solidification du verre. Enfin, il y a aussi les stries et les veines qui se forment quand deux liquides se produisent dans la masse et ne se dissolvent pas rapidement l’un dans l’autre.
- Il arrive fréquemment que si le verre a été refroidi trop brusquement, la partie extérieure qui se solidifie la première amène la formation de tension et de compression dans l’intérieur de la masse. Le remède est naturellement de diminuer la vitesse de refroidissement pour que la masse puisse prendre son équilibre stable.
- Les propriétés précédentes sont celles par lesquelles les verres d’opitique se différencient des verres ordinaires, mais il y a deux propriétés supplémentaires à mentionner qui sont particulières et ont une grande importance dans le cas qui nous occupe. Ce sont la dureté (résistance à la pression dont on tire parti pendant la préparation des lentilles et résistance des surfaces terminées à l’abrasion) et la durée, c’est-à-dire la résistance aux actions chimiques (humidité, contact des matières organiques, acide carbonique).
- ' Naturellement à côté de ces qualités physiques, les verres doivent répondre à d’autres spécifications de nature optique celles-là, comme l’indice de réfraction (on détermine un verre par les 4 indices de réfraction correspondant aux 4 raies A, C, F et G du spectre solaire) et la dispersion moyenne entre les raies C et F (différence des indices pour ces deux raies).
- H. Y. '
- JfeO
- WO
- HYGIENE ET SANTE
- 05^
- Purification de l’eau à la campagne. -— S’il est relativement facile d’avoir à la ville de l’eau potable, buvable sans craintes ni dangers, il n’en est pas dé même à la campagne; on sait qu’un grand nombre de fièvres typhoïdes qu’on observe à la ville ont pour ori-
- Flofteur
- — Dispositif de prise d’eau en surface.
- gine un voyage, des vacances, la consommation d’eau impure non traitée dans une petite ville ou un bourg.
- La purification de l’eau, aisée dans les grands centrer qui peuvent traiter de grandes quantités, avoir des installations industrielles, un service technique spécialisé et y consacrer beaucoup d’argent, devient fort diffi-
- cile dans les petites agglomérations. Faute d’argent, on y boit l’eau la plus proche, quelle qu’elle soit, celle
- d’un puits peu profond, ou d’un ruisseau, ou même celle des pluies recueillie dans des citernes; faute de savoir,
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- RECETTES ET PROCEDES UTILES
- on ne la purifie jamais ou si l’on s’y essaie, on le fait mal.
- M. A. C. Houston, directeur du service de surveillance des eaux de Londres, considérant qu’un très grand nombre de ses concitoyens n’ont pas d’autre eau à leur disposition, tant en Angleterre qu’aux colonies, et que les petites installations, isolées, non surveillées, sont le plus souvent polluées et font courir ainsi un réel danger à la santé publique, vient de publier un volume fort intéressant sur les ressources en eau des campagnes (*) dans lequel il préconise un moyen simple de filtration et de stérilisation que nous considérons comme très utile de faire connaître à nos lecteurs.
- Chaque famille consomme en moyenne par jour 5o litres d’eau; on prendra donc un réservoir de cette capacité; celle-ci pourra être augmentée ou diminuée selon les besoins. On fera bien d’avoir deux réservoirs, l’un en usage, l’autre en traitement. Le mieux est d’employer de grands pots cylindriques de grès ou de terre vernissée, munis d’un orifice à la partie inférieure. Si l’eau est légèrement troublé et contient des particules en suspension, on la laissera décanter et l’on prendra uuiquement celle de la surface au moyen du dispositif suivant : l’orifice inférieur du réservoir est fermé par un bouchon percé d’un trou dans lequel passe un tube de verre ; à l’extérieur, le tube de verre se continue par un bout de tube de caoutchouc sur lequel on fixe une pince. Dans le réservoir, le tube de verre est raccordé
- I. A. C. Houston. Rural FF^ater Supplies and their Purification. 1 vol. John Baie, Sons and Danielsson, éditeurs, Londres.
- également avec un tube de caoutchouc plus long dont on fixe l’extrémité sur un bouchon de liège après y avoir découpé un ou deux orifices latéraux; l’eau est ainsi toujours prise en surface. Les orifices peuvent être garnis de plusieurs épaisseurs de mousseline pour obtenir une filtration grossière.
- Il est préférable de filtrer l’eau trouble, soit au moyen d’un filtre domestique qu’on trouve dans le commerce, soit sur un filtre qu’on construit soi-même en remplissant un pot de 5 litres aux deux tiers avec des couches superposées de gravier, de sable fin et de petits graviers ; pour éviter l’affouillement du filtre par le courant d’eau, on brise le jet sur une plaque d’ardoise placée à la surface; le sable et le gravier doivent être parfaitement propres, sinon on doit laver le filtre avec de l’eau bouillante avant de s’en servir et s’assurer que l’eau sortante marque au moins 720. Une fois par semaine la couche superficielle du filtre doit être renouvelée, ou sortie et traitée par l’eau bouillante. La vitesse de filtration doit être suffisamment réduite pour que le filtre ne soit jamais submergé.
- Quand la consommation d’eau est très réduite, on peut employer comme épurateur chimique la chaux qui doit rester en contact avec l’eau une semaine au moins ; quand on désire une stérilisation plus rapide, il suffit d’utiliser l’eau de Javel (hypochlorite de soude) à la dose d’une goutte par litre, en ayant soin de bien mélanger, puis de laisser en contact au moins une heure.
- R. ^
- RECETTES ET PROCEDES UTILES
- GttL.
- Comment on doit limer. — S’inspirant des doctrines américaines du célèbre Taylor,un savant français, M. Amar, a étudié méthodiquement la façon de travailler d’un ajusteur s’occupant à limer du laiton. A la suite de nombreux et longs essais, voici les règles qu’il trace, correspondantes à la quantité de travail maxima que peut donner un bon limeur.
- Le corps doit être vertical, mais sans raideur, distant de 20 cm de l’étau qui arrivera au niveau de l’ombilic. Les pieds (fig. 1) formeront entre eux un angle d’ouverture de 68° environ, la distance entre les
- Fig. I.—• Position des pieds dans le travail à l’étau.
- talons étant d’à peu près a5 cm. Le bras gauche, en complète extension, devra un peu plus appuyer que le bras droit, et ne pas appuyer du tout pendant le retour de lime. Le rythme des mouvements s’élèvera à 70 par minute; toutes les cinq minutes, il y aura repos d’une minute, les bras tombant le long du corps.
- En s’assujettissant à suivre ces prescriptions, ce qui n’est pas bien difficile d’ailleurs, un bon ouvrier pourrait arriver à doubler la tâche quotidienne, sans fatigue excessive. Nous ne saurions trop conseiller aux lecteurs sceptiques d’essayer; c’est très facile, et le but à atteindre mérite la petite astreinte qu’on a l’ennui de s’infliger pendant quelques jours pour arriver à suivre ensuite routinièrement les règles du travail rationnel.
- Peinture vernissée pour métal chauffé. — Le
- procédé imaginé par M. Saulnier est surtout destiné aux cylindres de moteurs, mais on peut évidemment l’appliquer aux radiateurs en fonte, et en général sur toute
- surface métallique devant être assez fortement chauffé.
- Après nettoyage du métal, on commence par appliquer une première couche d’un enduit composé de :
- Céruse broyée à l’huile de lin. 25o grammes.
- Ocre jaune................400
- Noir de fumée léger....... 35 —
- Pierre ponce porphyrisée. . . 48 —
- le tout étant délayé dans 275 gr. d’un mélange de 400- cm3 vernis « fl^tting » à polir et 600 cm3 colle d’or. Cette colle d’or est une sorte de vernis copal à l’huile de lin, très siccatif, dont se servent les peintres en voiture. On applique à la brosse dure ou au couteau la mixture, qui, relativement épaisse, serait fluidifiée au besoin à l’essence de térébenthine. Après avoir donné deux ou trois couches, on ponce au papier d’émeri.
- C’est alors que la peinture est brillantée par appli-
- cation d’un mélange de :
- Noii>d’ivoire broyé au vernis. 60 grammes. Mélange de flatting et de colle
- d’or.......................710 —
- Vernis japonais au bitume . . a3o —
- Tandis que les couches de peinture sont d’ordinaire sèches en deux heures, le vernis devient dur en une heure. L’ensemble supporte aisément les températures de no0 auxquelles sont soumises les cylindres de moteurs d’auto et les radiateurs de calorifères à vapeur sous basse pression. (Revue des produits chimiques.)
- Préparation du carton pour le dessin et l’aquarelle. — On peut remplacer les coûteux « blocs » de papier extra par du simple carton dont se servent les relieurs (carton blanc, à l’exclusion des cartons gris ou jaune), en apprêtant la surface avec un encollage ainsi préparé :
- On casse en petits fragments les trois quarts d’une plaquette de colle de peau de lapin (des dimensions usuelles du commerce, c’est-à-dire pesant* environ de 20 à 25 gr.). Le tout est jeté dans l’eau, ehaufîée après ramollissement de la gélatine (il convient pour cela de laisser en contact assez longtemps, une nuit par exemple) jusqu’à parfaite dissolution. A ce moment, on râpe au-dessus de la mixture environ un demi-pain de blanc d’Espagne (c’est-à-dire à peu près 75 gr.), en remuant la colle. On doit obtenir un demi-litre environ de mixture.
- Il est bon de tamiser finalement pour éliminer les particules de blanc qui ne seraient pas bien désagrégées. On peut aussi azurer l’apprêt en ajoutant un peu
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- BOITE AUX, LETTRES
- de bleu d’outremer auparavant délayé dans de l’alcool.
- La mixture est appliquée chaude, avec un large pinceau, sur le carton : la première couche étant appliquée depuis quelques minutes, on en donne une seconde, en dirigeant le pinceau dans un sens perpendiculaire à celui du premier enduit. On peut de la sorte donner deux, trois, quatre couches; sur du bois par exemple il faut au moins quatre applications; sur du bristol, deux suffisent. Le carton ainsi apprêté convient fort bien pour le dessin, le pastel, l’aquarelle. Il convient, avant emploi, de doucir un peu la surface rugueuse en frottant très légèrement surtout aux endroits destinés à former fonds, avec du papier de verre fin ou avec un morceau de verre à cassure légèrement convexe dont les bords bien nets forment rabot pour enlever un peu de la craie encollée.
- Quand on a. terminé l’encollage, la masse fluide doit être versée dans un bol où elle se solidifie en refroidissant. Il est bon de démouler finalement et d’enlever avec un couteau la calotte terminale où se sont rassemblées les grosses particules de craie. Pour l’usage, on fait refondre. Si la masse doit être conservée longtemps, on y incorpore i pour xoo de sulfate cuprique, pour tuer les moisissures:
- Suppression du bruit de coup de bélier dans les conduites d’eau. — En réponse à la question que nous avons posée, nous recevons de M. le commandant de Bony, l’intéressante note qui suit :
- 'Le coup de bélier, ou mieux les vibrations qui en résultent, proviennent d’une sorte de résonance qui ‘comme en T. S. F. doit être liée à la capacité et à l’élasticité de la conduite (analogue à la self).
- Pour les faire cesser il faut modifier ces éléments :
- i° Un moyen classique est la cloche à air constituée soit par un appareil spécial, soit par un bout de tuyau soudé sur la conduite et fermé à son extrémité libre ;
- a0 Introduire dans la conduite un tube de caoutchouc entoilé fermé à ses deux bouts par des tampons en bois avec frettes en fil de fer. C’est une cloche à air sans travaux de plomberie. En outre cet air enfermé dans le caoutchouc ne se dissoudra pas dans l'eau;
- 3° On pourrait peut-être faire appel à la viscosité de l’eau en introduisant dans la conduite un cylindre de fine toile métallique roulée sur elle-même.
- Ces deux dërniers moyens réduiront la section utile de la conduite, mais ont pour eux la simplicité.
- Pour mouler l’étain ou le plomb. — On peut aisément confectionner, sinon des pièces compliquées, du moins de petites choses telles que cendrier, cachets, plaques pour portes ou tiroirs, avec des déchets divers de plomb ou d’étain (vieux papiers d’étain, capsules de bouteilles, plombs de sûreté fermant les sacs, etc.). Pour cela, au lieu de confectionner un moule à la façon habituelle, c’est-à-dire avec du plâtre, on prend tout simplement du mastic de vitrier, vendu à bon prix chez tous les marchands de couleur et se couservant indéfiniment à condition de le mettre dans l’eau quand on ne s’en sert plus. Le mastic étant aplati en couche épaisse sur une planchette, on y modèle en creux, avec des bouts de bois taillés en ébauchoirs, le relief à mouler; il est bon d’opérer sur un mastic un peu ferme, c’est-à-dire, s’il est trop mou, malaxé, en saupoudrant avec du blanc d’Espagne. Il faut naturellement modeler lés tracés à l’envers, c’est-à-dire si l’on possède le dessin à imiter sur un£ feuille de papier, en regardant la feuille par transparence. Le moule peut être fait en prenant l’empreinte d’un objet quelconque huilé au préalable. On doit se garder soigneusement de travailler les doigts
- mouillés, on doit éponger le mastic avec un chiffon sec si on le conserve dans l’eau; la moindre bulle d’eau contenue dans le mastic amènerait des effets désastreux en se vaporisant au contact du métal fondu.
- Ce métal, préparé dans quelque vieille casserole sur un réchaud à gaz ou à charbon de bois, est versé doucement sur le mastic de façon à emplir parfaitement le creux du moule. S’il y a lieu, la partie modelée est entourée d’un cordon de mastic pour contenir le métal liquide. En versant en mince filet, d’une très petite hauteur, le moule n’est nullement abîmé malgré sa plasticité. Sitôt que le plomb ou l’étain sont solidifiés, ce qui se produit presque instantanément, on met le tout sous un robinet d’eau froide, on détache le mastic, mis de côté pour servir à nouveau indéfiniment. L’objet moulé est brossé sous le jet d’eau du robinet, puis séché; il reproduit très fidèlement le modelé du moule. Cela est si vrai qu’on peut obtenir un fond décoratif en moulant les sillons épidermiques du doigt !
- Tout cela se fait très facilement et très rapidement; on peut en juger par ce fait que l’empreinte d’un cachet fut obtenue en moins de dix minutes, y compris confection du moule et fusion du métal, par une personne qui n’avait jamais fait de modelage, ni jamais essayé notre procédé. (Laboratoire de La Nature.)
- Le sciage du fer à chaud. — La recette que nous reproduisons d’après M. Caudron, qui, après l’avoir essayé, la décrit dans la Machine moderne, n’est point nouvelle : elle fut publiée par Darcet dans les Annales' de Chimie de l’année 1812. Mais elle est si bien oubliée qu’il importe de la faire connaître à nouveau.
- Pour scier le fer ou la fonte, il suffit de faire chauffer la pièce au rouge blanc, après y avoir tracé à la sanguine les lignes où devra s’engager la lame de scie,. Puis on scie très vite avec une scie de menuisier en se mettant à deux, absolument comme s’il s’agissait d’un morceau de bois : le métal se coupe avec la même facilité qu’un bois compact comme le buis par exemple.
- Il importe de ne pas chauffer le métal scié jusqu’au blanc soudant, cela empâlerait la scie. Il importe d’aller très vite pour que la pièce n’ait pas le temps de se refroidir, et que la scie s’échauffe moins. On doit donner à la scie le moins de voie possible. On ne doit pas poser la pièce en porte à faux, car si elle est en fonte, elle pourrait fort bien casser. Notons enfin que si la scie qui fut employée à cet usage convient encore pour scier d’autres pièces en métal, elle est très émoussée, détrempée, désormais absolument impropre au sciage du bois. .
- Procédés pour conserver et teindre les panicules de gynérium. — Le gynérium argenté (gynérium argenieum) ou « herbe géante des Pampas », est une graminée vivace, dont les panicules ou touffes plumeuses sont très recherchées pour leur bel effet décoratif. Ces panicules, placées dans des potiches ou des vases artistiques, servent à l’ornementation des appartements.
- On peut leur donner, artificiellement, différentes teintes, mais le point essentiel c’est qu’elles se conservent bien et puissent durer longtemps. Pour obtenir ce résultat, il faut opérer de la manière suivante :
- Tout d’abord, on coupera les tiges avant quelespanL cules ne soient à moitié sorties de leurs gaines; on les mettra ensuite dans un endroit aéré, afin qu’elles sèchent complètement, puis on enlèvera la gaine qui enveloppe la panicule, laquelle apparaîtra brillante et soyeuse. On soumettra les panicules à une température assez forte, devant un feu ardent ; les épillets se développeront et donneront à la panicule la forme plumeuse dont l’effet ornemental est si apprécié.
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- BOITE AUX LETTRES
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- Questions à nos lecteurs. — Existe-t-il un moyen sûr et pratique d’assurer le séchage rapide des murs et plafonds en plâtre fraîchement enduits ?
- — Existe-t-il un procédé permettant de rendre une certaine solidité à des papiers ayant séjourné longtemps à l’humidité et qui tombent en poussière dès qu’on les touche ?
- Adresses relatives aux appareils décrits. - Métallisation électrique par projection (n° a356) : M. Schoop, 78, Hardturmstrasse, Zurich.
- A propos de l’utilisation des ampoules électriques usées (n° 2355). — M. Defontaine, architecte à Bruxelles, nous écrit : « J’ai fait une troisième expérience avec les ampoules usées. L’ampoule une fois remplie d’eau, il
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- suffit de la fixer a son socquet et de faire passer le courant pour constater le phénomène de la décomposition de l’eau. La production de gaz entraîne une évacuation de l'eau proportionnelle par le petit trou résultant du coupage de la pointe.
- Renseignements. — M. Benoît Gonin, à Septmoncel. — Nous ne connaissons pas d’ouvrage sur le nettoyage par le vide.
- M. J. M. — Soudure d’aluminium. Noyez Recettes de l'atelier de Chaplet, p. 81. Masson et Cio, éditeurs.
- M. Saunier, à Nancy. — Pour produire la vulcanisation à froid, on emploie une dissolution de chlorure de soufre. Le sulfumate est probablement une solution de chlorure de soufre dans le tétrachlorure de carbone. Pour remettre une pièce à une chambre à air, on badigeonne au pinceau avec du sulfumate les surfaces à coller; on applique alors immédiatement la pièce sur la chambre à air. Eviter d’opérer en local humide. Attendre quelques jours pour que la colle soit bien prise.
- M. M. A., à Paris. — Pour enlever le tartre qui adhère à la chaudière d’un fourneau de cuisine, vous pouvez la remplir avec une solution de carbonate de soude (cristaux) à io pour ioo que vous laisserez bouillir; vider et rincer à l’eau pure. Si tout le tartre n est pas parti dans une première opération, la répéter plusieurs fois.
- Un moyen plus radical consiste à verser dans la chaudière de l’acide chlorhydrique (vitriol) au vingtième et à en laver toutes les parois; on ne laisse au contact qu’un instant et l’on rince immédiatement après avec la solution de tarbonate de soude qu’on chauffe. Dans ce cas, il faut arrêter l’attaque de l’acide avant que le métal soit atteint.
- M. Naulot, à Paris. —- La construction de la bobine en question a dû être être établie empiriquement et par tâtonnements. Mais il convient de rappeler que le coefficient de self-induction d’une bobine à un seul enroulement, est sensiblement proportionnelle au carré du nombre de spires. Donc, pour avoir une variation de la self en progression arithmétique, il faut régler les spires, suivant une variation en progression géométrique.
- M, A. de Aranjo, à Lima. — Les irrégularités des enroulements de votre moteur nous paraissent être la cause du bruit que vous signalez.
- M. H. S,, & Saint-Briac (Ille-et-Vilaine). — Le traitement des graines fraîches de tomate à conserver pour être utilisées comme semences, comporte le mode opératoire suivant :
- Les tomates les plus belles et parfaitement saines, étant récoltées lorsqu’elles sont bien mûres, on les ouvre, puis on les triture en les écrasant modérément sur un tamis de crin; on enlève les peaux, puis on soumet la pulpe à un lavage à grande eau pour en séparer
- les graines. On triture à nouveau la pulpe et on recommence la lévigation avec beaucoup d’eau, de manière que celle-ci entraîne toute la substance mucilagineuse qui adhère aux graines. Après ce traitement on met les graines sécher en plein air, en les étalant à l’ombre.
- Pour les graines de concombre, melon et autres cucur-bitacées, on opère d’une façon analogue. En ce qui concerne les concombres, ordinairement les fruits réservés pour graine restent sur le terrain le plus tard possible, jusqu’à ce qu’ils commencent à pourrir; alors on enlève les semences et on les laisse' sécher doucement au soleil.
- La graine de tomate se conserve trois ou quatre ans, celle de concombre, six ou sept ans, sans perdre les facultés germinatives.
- M. F.-P. Cbea. — i° Ouvrages pour l’étude de la brasserie et ses procédés modernes : Brasserie, par E. Boullanger, chef de Laboratoire à l’Institut Pasteur de Lille, i vol. 6 fr. 60 (Baillière, éditeur, 19, rue Hautefeuille, Paris, 6e); Traité complet de la fabrication des bières, avec installation générale d’une brasserie, par G. Moreau et Lucien Lévy, professeurs à l’Ecole nationale des industries agricoles de Douai, 1 vol. 3o francs (Librairie agricole, 26, rue Jàcob, Paris, 6e) ; La bière, par L. Lindet, professeur de technologie à l’Institut national agronomique, 1 vol. 3 fr. 5o (même librairie); Manuel du brasseur ou l’art de faire toutes sortes de bières (Manuels Roret), 2 vol. avec Atlas, par F. Male-peyre, 8 francs (Mulo, éditeur, 12, rue Hautefeuille, Paris, 6e) ; Manuel pratique de la fabrication de la bière, 1 vol. avec planche (plan d’une grande brasserie), par Boulin, 9 francs (Nolo, éditeur, 53 bis, quai des Grands-Augustins, Paris,. 6e); Manuel du chimiste-brasseur, par E. Fontaine, 1 vol. 5 francs (même éditeur) ; Aide-mémoire du brasseur, avec carnet de fabrication, par L. Pierre, directeur de brasserie, i vol. 5 fr. 5o (Dunod et Pinat, éditeurs, 47» quai des Grands-Augustins, Paris) ; La chimie et la bactériologie du brasseur, par Jules Flamand, 1 vol. 18 francs (même éditeur). Tables du degré de fermentation et du rendement en extrait donnés immédiatement sans calcul, 1 vol. 10 francs (même / éditeur}. — 20 En raison des circonstances, il nous est impossible d’indiquer sûrement des adresses de firmes pouvant fournir devis d’installation. Voyez, cependant, aux adresses suivantes : E. Perrin, 21, rue Duperré, Paris, 90; J. Hignette, 162, boulevard Voltaire, Paris, 11e; J. Dujardin, 24, rue Pavée, Paris, 4e (Appareils et instruments pour fabrication et analyse de la bière). D’autre part, M. Lindet (Institut agronomique, 16, rue Claude-Bernard, Paris, 5e), et M. Schield-Trëherne, ingénieur, 3i, rue Humblot, à Colombes (Seine), sont des spécialistes pouvant donner des indications de firmes s’occupant d’installations actuellement.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les applications de la physique pendant la guerre, par H. Vigneron, i vol. in-i 2, 322 p., 224 fig. Masson et Cie, Paris. Prix net : 7 francs.
- Le tube Coolidge. Ses applications scientifiques, médicales et industrielles, par H. Pilon, i vol. in-8, 85 p., 58 fig. Masson et Cle, Paris. Prix net : 4 francs.
- L'Aviation au travail, essai de critique des tendances actuelles, par le capitaine X, pilote-aviateur. 1 plaquette. Edition E. G. E., 12, rue Chauveau-Lagarde, Paris, 1919.
- Compte rendu des résultats des travaux de la Commission interministérielle du platine, par le commandant Cellerier. i broch., in-16, 56 p., Chapelot, Paris.
- Annuaire des Mines et Minerais métalliques de France et d'Algérie, par A. Pawlowski. i vol. in-8, 216 p., 85, rue Saint-Lazare, Paris.
- Le Rocce. Concetti e nozioni di Peirografia, par E. Ar-tini. i vol. in-18, 653 p., i34 fig., 32 pl., Manuels Lloepli, Milan. Prix relié : 18,5o lire.
- Préceptes et jugements du maréchal Foch, extraits de ses oeuvres, précédés d’une étude sur la vie militaire du maréchal, par le commandant A. Grasset, i vol. in-16, 255 p., 1 portrait, 4 cartes; Berger-Levrault, Paris-Nancy-Strasbourg. Prix net : 6 francs.
- La terre restauratrice, par le vicomte de Roquette-Boisson et Marcel A. Hérubel. i vol. in-16, 240 p. Payot et Gie, Paris. Prix : 4 fr. 5o.
- Comptabilité générale, par Gabriel Faure, 12° édition entièrement refondue. 2e volume des Eléments de commerce et de comptabilité. 1 vol., in-16, 3o8 p. Masson et Cie, Paris. Prix net : 7 fr.
- La préparation de la lutte économique par l'Allemagne, par Antoine de Tarlé, i vol. in-16, 284 p. Payot et C,e, Paris. Prix : 4 fr. 5o.
- ... ^
- Aujourd hui. Etude pour l’après-guerre économique, par Albert Devèze. Un vol. in-16, 367 p. Berger-Levrault, Paris. Prix : 4 fr. 80.
- Le juste réglement des charges de la guerre, publié par l’Association françaisé d’expansion économique. Un vol. in-12, 119 p. Prix : 2 fr. 5o.
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- LA NATURE
- Supplément.
- N° 2358 17 Mai 1919
- INFORMATIONS
- Record sensationnel de l’aéroplane « Goliath ».—
- Dans la soirée du 5 mai, l’avion Goliath construit par Farman, continuant la prodigieuse série de ses records, s’est élevé à 5ioo m. emmenant vingt-cinq passagers.
- L’appareil était piloté par le lieutenant Bossoutrot.
- Montée à 5ioo m. en i h. i5.
- Descente en a5 minutes.
- Température enregistrée à 5ioo m. — ii°.
- Il est intéressant de rappeler les précédents records du Goliath : icr avril, montée à 63oo m. en i' h. 5 avec 4 passagers, plus le pilote; température à 63oo m. — 4°°-
- Il a été ' impossible de monter plus haut, les commandes de l’appareil étant gelées.
- 3 avril, montée à 6200 m. en i h. 5 avec i3 passagers, plus le pilote. Température enregistrée à 6200 m. — 3i°.
- Ce qu’a fait l’aviation anglaise. — Le Times vient de reproduire un document parlementaire anglais, intitulé « Synopsis de l’effort aérien anglais pendant la guerre », dont nous extrayons les données statistiques suivantes qui montrent le rôle très actif joué par l’aviation: sur. le front occidental, de juillet 1916 au joixr de l’armistice, plus de 7000 appareils ennemis ont été abattus, près de 7000 tonnes de bombes lancées, io,5 millions de bandes de mitrailleuses tirées sur des objectifs terrestres ; on a compté 900 000 heures de vol. Le service de photographie aérienne a pris en un seul mois plus de 23 000 clichés et tiré 65o 000 épreuves; inexistant au début de la guerre, il compte actuellement 220 officiers et 3ooo hommes et l’on estime à 5 millions le nombre total des vues qu’il a prises en vol. Le service de T. S. F. appliqué à l’aviation, à peine créé en 1914, compte maintenant 520 officiers et 6200 hommes. C est un des exemples les plus frappants de l’importance de la science appliquée à la guerre.
- Les dirigeables rigides en Angleterre. —En 1914, l’Angleterre, pas plus qu’aucune autre puissance, à
- I exception de l’Allemagne, ne possédait de dirigeables rigides. Si les zeppelins ont fait entièrement faillite dans la guerre terrestre, il n’en a pas été de même sur mer; comme croiseurs aériens, ils ontrenduàla marine ennemie de signalés services qui n’ont pas échappé à l’Amirauté anglaise. Aussi celle-ci ne s’est-elle pas contentée de faire construire une nombreuse flotte de petits dirigeables souples ou semi-rigides pour la lutte contre les sous-marins. Elle a également créé une escadre importante de dirigeables rigides. A titre d’exemple, citons le i?-33 qui a fait ses essais en mars dernier. Il mesure 220 m. de long, 26 m. de diamètre au maître-couple; le gros bout est à l’avant; il est effilé vers l’arrière. La carcasse est faite de barres en duralumin. Elle renferme 19 ballonnets à gaz. Quatre nacelles sont suspendues au corps du ballon. Les 2 nacelles avant portent chacune un moteur de a5o chevaux; la nacel e arrière en porte deux, couplés ensemble et actionnant une seule hélice. Le dirigeable pèse 60 t. et peut enléver une charge utile de 3o t. Il est prévu un équipage de 23 hommes. On compte sur un rayon d’action de 6400 km et une vitesse propre de 96 km à l’heure.
- L’industrie de l’hélium. — Il y a aujourd’hui une industrie de l’hélium.
- L’hélium est, on le sait, un gaz très léger; sa densité est deux fois celle de l’hydrogène. Il ne se combine chimiquement avec aucun corps, en particulier, il est rigoureusement incombustible. On a donc songé pendant la guerre à l’employer pour gonfler les ballons, et diminuer ainsi dans des proportions considérables les dangers de ces aéronefs. Mais où se procurer l’hélium:'
- II existe dans l’atmosphère, dans la proportion d’environ 4 millionièmes; on le trouve dans les produits de désintégration des minéraux radioactifs. Ce ne sont pas là évidemment des sources industrielles. Mais on a constaté, il y a plusieurs années déjà, que certains puits de gaz naturels contiennent une forte proportion d’hélium dépassant 1 pour 100. Les Etats-Unis ont eu recours à cette source d’hélium. M. Cottrel exposait récemment à la Conférence interalliée des Associations de chimie, ce que nos alliés ont fait dans cette voie. Sous la direction du colonel Burrell, ils ont entrepris
- la recherche des sources de gaz naturel^ "à hélium: à Petrolia (Texas), on a trouvé un puits débitant 700 000 m3 par jour d’un gaz contenant 0,9 poux’ 100 d’hélium. L’extraction d’hélium se fait par liquéfaction de l’air; on a construit 3 usines, l’une utilisant le procédé Linde, l’autre le procédé Claude, la 3°, le procédé Norton. La production annuelle atteindra 5oo 000 m5 par an. Au moment de l’armistice, le service naval des Etats-Unis disposait déjà d’un stock de 4410 m3 d’hélium, à 160 fr. le mètre cube. On espère, par le procédé Norton, abaisser ce prix à 16 fr et même à 4 fr. Notons qu'en 1916, on n’avait pas encore oblenu dansTè monde plus de 3ooo litres d’hélium et au prix de 260 fr. le litre.
- Il est bon de rappeler que la pi’ésence de l’hélium dans les émissions de gaz souterrains qui accompagnent les sources thermales a été mise en évidence plusieurs années avant la guerre et étudiée à fond par le professeur Moureu. Ce savant a signalé en France de véritables gisements d’hélium qui aujourd’hui apparaissent comme"une incontestable richesse ! Ainsi les gaz de la source thermale de Maizières (Côte-d'Or) contiennent 5 à 6 pour 100 d’hélium; ceux de Santenay (Côte-d’Or), iojpour 100; ceux de Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire) : 2 pour 100. .
- La station de T. S. P. de Nauen pendant la guerre.
- — La station de T. S. F. allemande de Nauen est bien connue de tous les sansfilistes professionnels ou amateurs qui se sont exercés pendant la guerre à intercepter ses messages. Le Review of the Foreign Press de l’armée anglaise, publie des renseignements intéressants sur cette station à laquelle nos ennemis ont apporté au cours de la guerre de nombreux perfectionnements. Ils l’ont fait sous la poussée des événements. Dès le début, alors que les Etats-Unis étaient encore neutres, le maintien des relations par T. S. F. avec l’Amérique fut pour l’Allemagne une nécessité vitale. Les communications étaient établies avec la station de Sayville à Long Island. Nauen a expédié en 1915 plus de i 3oo 000 mots et en 1916 plus de 2 000000. Pour faire face à ce trafic, il a fallu modifier les antennes : il y a maintenant à Nauen 2 antennes : une grande en T de 600 kilowatts et une petite, horizontale, en triangle de 200 kilowatts; cette dernière est réunie à son sommet et à son milieu, à angle droit avec la grande antenne. Les 2 antennes peuvent émettre simultanément. L’énergie électrique est fournie par un alternateur à haute fréquence.
- Le fil de papier. — La Revue Scientifique donne quelques précisions sur ce succédané. Sa fabrication est connue depuis une vingtaine d’années; les essais à cette époque n’avaient donné que de médiocres résultats. Mais la rareté des textiles, pendant la guerre, a obligé à les reprendre. Il en est né une industrie qui a pris une certaine extension, notamment en Allemagne, où la disette de textiles s’est fait plus vivement sentir que partout ailleurs.
- Actuellement, la pâte de bois destinée à la filature est d abord transformée en papier. Celui ci est découpé en longues lanières, semblables aux bandes des télégraphes et enroulées comme elles sous forme de bobines plates. Chacune de ces bandes, placée sur un rouet, est saisie par une broche qui tourne à raison de 5ooo à 6000 tours par minute et la tord de manière à en faire une sorte de tuyau. Pour donner au fil plus de ténuité et assujettir la torsion, on l’imprègne d’une colle spéciale qui est ensuite rendue insoluble par exposition aux vapeurs de formol. Le fil peut dès lors résister au lavage et séjourner dans l'eau pendant vingt-quatre heures sans être désagrégé.
- Il ne faut pas attendre de ce pi’océdé un remède à la cherté des vêtements. Ses produits sont encore trop grossiers pour servir au tissage du linge. Jusqu’à présent, on l’a surtout employé, à la place du jixte, pour confectionner des sacs et des toiles d’emballage. En Espagne, la Société minière et métallurgique de Penarroÿa a monté une usine pour fabriquer le fil de papier et lisser la toile dont elle se sert pour l’ensachage de ses.minerais. La matière première est fournie par le bois d’eucalyptus.
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- INFORMATIONS
- En Allemagne, plusieurs établissements importants de tissage (Jagenberg, à Dusseldorf, Julius Glatz, à Neidenfelds) tissent aujourd’hui la textilose (c’est le nom donné au fil de papier) et en font de la toile d emballage, et aussi des tissus d'ameublement, des tapis, des tentures, et même des tabliers.
- Tremblement de terre dans le Grônland oriental. — Depuis 1916, Angmagsalik, station de la côte orientale du Grônland, située par 65° 3o' de latitude nord environ, en face l’Islande,, est fréquemment ébranlée. Le rapport officiel sur la situation du Grônland qui, comme on sait, forme une colonie danoise, publié dans les Beretninger og Kundgôrelser vedrôrende Styrelsen af Grônland (Copenhague), mentionne dans cette localité de nombreux tremblements « qui toutefois ne se sont manifestés que par des chocs particulièrement violents » pendant la période s’étendant d’octobre 1916 à septembre 1918. Ces observations empruntent un intérêt particulier à ce que la côte orientale du Grônland était jusqu’ici inconnue au point de vue séismique.
- Pluie dé cendres aux Etats-Unis. — U American Journal of Science donne des renseignements sur une pluie de cendres remarquable, observée aux Etats-Unis le 9 mars igi8.
- La poussière fut observée dans la neige humide et le grésil qui tombèrent, ce jour-là, dans l’Iowa, le Wisconsin, le Haut et le Bas Michigan et vers l’est jusque Vermont, couvrant une superficie déplus de aôoooo km2. Les observateurs ont Calculé qu’il esttombé au moins 1 million de tonnes de matières organiques et inorganiques. Les particules consistaient principalement en feldspath, quartz, opale, limonite avec d’autres substances inorganiques; il y avait aussi des débris de tissus végétaux.
- La recherche de l’origine de la poussière fut facilitée par le fait que la neige couvrait toute la région vers le nord et qu’il était tombé de la pluie en plusieurs localités, les jours précédents. Il fut constaté qu’un cyclone s’était déplacé à travers le continent, entrant le 7 mars par la Californie du Nord. Cela conduisit à rechercher les conditions météorologiques dans les régions arides du sud-ouest, particulièrement dans le Nouveau-Mexique et l’Arizona où se trouvent de grandes étendues de roches feldspathiques siliceuses. On apprit qu’il y avait régné de forts courants de convection le 5 mars, soulevant des tempêtes de poussière qui furent de nature à gêner les camps militaires. D’après une étude des courants aériens, le Weather Bureau conclut qu’une énorme quantité de poussière doit avoir été enlevée par érosion de ces régions arides, entraînée dans l’atmosphère supérieure et emportée dans la tempête à plus de 1600 km vers le nord-est où elle fut précipitée par la neige et le grésil qui s’étaient formés dans l’air à grande altitude.
- Statistique agricole du Maroc. La Direction générale de l’Agriculture, du Commerce et de la Colonisation du Maroc publie lès données suivantes relatives à la situation de l’agriculture. La population soumise au protectorat français est d’environ 4 millions d’habitants. La surface totale est de 235 000 km2 dont 73 392 productifs. Les terres labourables occupent 2089211 Ha, les terres de parcours 4 700000> les cultures arborescentes et arbustives 5o 000, les bois et forêts 470 000, les terres à défricher 4 000 000.
- En 1918, les superficies cultivées et la production ont été dans lès dix régions du Maroc occidental :
- Superficies Production
- (hectares). /quintaux).
- Froment 754.905 6.177.141
- Orge 886.65o 7.667.050
- Avoine 4.258 38.772
- Maïs 164.014 854.623
- Sorgho 70.881 3i5.o57
- Mil 9.616 38.512
- Fèves 54.85o 444.914
- Pois chiches . . . 3a.i5o 188.246
- Lentilles 2.453 19.188
- Fenugrec 5.672 46.220
- Lin . i5.8i3 i43 .829
- Goriandre .... 9937 63,ao3
- Cumin 8.878 72.598 Nombre de pieds.
- Yignés indigènes . 3.553.779
- Olivièrs. ....... I.649.492
- > Situation de la marine marchande. — L'Information universelle publie les deux statistiques suivantes qui montrent la situation mondiale actuelle de la marine marchande.
- Le premier tableau est relatif aux pertes de guerre du tonnage de 1914*
- Pavillons Tonnage Pertes Réduction
- avant-guerre. 1914. tonnage. tonnage. o;o
- Grande-Bretagne. 20.576.100 9-o55.668 1 x.420.432 55
- Etats-Unis. . . . 2.458.540 5oi.o38 1.857.502 7
- Norvège 1.962.834 1.240.669 722.165 63
- France. ..... 1.926.737 807.077 1.119.660 58
- Japon 1.706.149 270.033 1.435.2i6 8
- Hollande 1.544-273 229.041 1 .3i5.232 8
- Italie 1.450.320 86M35 588.885 40
- Suède. ..... 1,o38.849 264.001 774.848 7
- Espagne. . . . . 896.383 237.862 658.521 7
- Grèce 832.3i2 414-675 417.637 5o
- Danemark. . . . 757.339 245.302 5i2.o37 6
- Brésil 307.607, 31.270 276.337 8
- Belgique 181.637 io5.o8o 76.807 4.2
- On y voit que la France est, après la Norvège, le pays qui a relativement le plus perdu. Mais il faut, pour se faire une idée exacte de la répartition présente, tenir compte des achats de navires et des constructions effectués pendant les hostilités. On obtient alors le tableau ci-dessous qui montre la situation des différents pays à la fin de 1918. Le tonnage total est à peine réduit, mais la flotte de chacune des nations présente une composition toute différente de celle d’avant-guerre. La France, notamment, est passée du quatrième au cinquième rang et est maintenant suivie de très près par l’Italie.
- Pavillons. 1914. Novembre 1918.
- Anglais . . . 20.476.100 17.023.085
- Allemand . . 5.157.610 2.645.096
- Américain. . 2.358.540 7.777.416
- Norvégien. . 1.962.834 J.502.620
- Français . . 1.9x6.737 1.498.100
- Japonais . . 1.706.149 2.200.Ô00
- Hollandais. . 1.544-273 1.328.368
- Italien . . . 1.450.320 1.488.730
- Autrichien. . 1.026.203 855.65o
- Suédois ., . . 1 .o38.849 825.65o
- Totaux . . 38.647.615 37.144.725
- Le coût de la vie depuis la fin de la guerre. —
- Le Bulletin de la Statistique générale de la France., continuant ses enquêtes sur le mouvement des prix et du coût de la vie dans les divers pays, vient de publier les données relatives à ces derniers mois.
- Pour les prix de gros, en prenant comme base égale
- à 100 les prix de juillet 1914> on a noté en :
- 1918 France. Angleterre. Italie. Canada. États-Unis.
- Juillet. . . 344/> 288,9 467,3 211,0 !97>2
- Août . . . 357,8 244,3 470,6 2X1,2 198,3
- Septembre. 362,7 a43,i 471,8 212,0 203,1
- Octobre. . 367,6 242,4 480,9 2l5, ! 196,1
- Novembre. 365,5 242,4 476,0 2 l6, X 199,2
- Décembre . 36o,4 237,6 420,7 2 I 4,5 201 ,0
- 1919
- Janvier . . 356,5 228,0 400,6
- On remarquera que la hausse a été beaucoup plus marquée en Italie et en France que dans les pays anglo-saxons ; à vrai dire, les variations étaient sensiblement égales jusqu’au milieu de 1917, mais depuis, les prix se sont stabilisés en Angleterre tandis qü’ils continuaient de monter chez nous. Depuis l’armistice, il y a partout tendance à la baisse, bien que celle-ci ne soit pas encore très marquée.
- La température des dromadaires. — MM. E. Sergent et A. Lhéritier viennent de "communiquer à la Société de Biologie les observations qu’ils ont faites sur la température des dromadaires d’Alger. Ils ont constaté des variations considérables pour un animal homéo-therme; des minima de 35°,5, des maxima de 38°,5, une moyenne de 37, faible pour un mammifère. Le refroidissement est dû, non paS à la température extérieure, mais à la pluie et à la mouillure du pelage, à laquelle ces animaux sqnt particulièrement sensibles et réagissent mal,
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- Dispositif pour lire aisément le niveau des liquides dans les burettes graduées de laboratoires.
- — Dans une burette ordinaire, la lecture du niveau affleurant à la division de la graduation est assez difficile, parce que des effets d’optique compliquent bizarrement l’aspect du ménisque. Pour rendre les lectures plus commodes, on emploie parfois un petit flotteur en verre, qui porte un trait circulaire coloré : c’est le trait qui sert à indiquer la division de l’échelle gravée sur la burette. A défaut de flotteur spécial, il est facile de simplifier l’apparence du ménisque et de rendre en conséquence les lectures plus commodes, en enfilant sur la burette une carte de visite ou quelque morceau de papier blanc fort, qu’on aura fendu à dessein comme l’indique la fig. i.
- Le tout étant placé devant une fenêtre, le ménisque se détache en blanc sur fond noir bien plus nettement qu’en l’absence d’écran. Laboratoire de La Nature
- Valets pour laboratoires. —Nous avons déjà décrit la manière de confectionner soi-même des « valets » permettant de poser stablemeut sur une table des capsules, ballons, cornues ou récipients divers à fond rond. (Voy. nos 1970 et 1996). Voici un autre modèle plus simple de cet indispensable accessoire de laboratoire. On
- le fait également avec de vieux bouchons, ce qui le rend plus solide que les valets de paille tressée. Mais 1 au lieu d’enfiler un | grand nombre de bouchons larges en tore sur un fil de fer, on enfile seulement trois bou-Fig. 2. chons longs. Et on
- plie en triaugle le
- fil métallique, qui doit être assez gros et si possible en métal résistant aux vapeurs acides (nickel de préférence), de façon que chaque bouchon, enfoncé de force à frottement dur, demeure au centre de chaque côté (fig. a). Les valets se suspendent par un angle. Ils doivent être faits avec des bouchons d’assez gros diamètre, qui permeltentla contention de récipients de diraensious plus variées.
- Le tirage, le lavage et le séchage des bleus. —
- Nous avons décrit {La Nature, n° i63i), une machine qui permet de tirer, sans arrêt pour ainsi dire, une grande quantité d’épreuves d’un calque par les procédés bien connus auxquels est appliqué l'éclairage électrique. Cette machine vient d’être modifiée d’une manière
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- Fig. 3. — Schéma de la machine montrant le chemin parcouru par le papier.
- très heureuse en ce sens que les deux lampes à arc, qui étaient fixes, coulissent l’une à côté de l’autre sur deux chemins de roulement, sur toute la longueur du châssis. Le calque et le papier photographique reçoivent constamment la même quantité de lumière, les lampes effectuant leur parcours eu sens inverse l’une de l’autre.
- Pendant que cette modification était introduite, les fabricants construisaient une seconde machine destinée
- à compléter la première. Il ne leur a pas paru suffi sant de tirer très vite un grand nombre d’épreuves de divers calques. Le lavage et le séchage des dessins sont également des opérations longues, puisqu’elles occupent un homme, quelquefois deux, pendant toute une journée. Ainsi est née l’idée d’associer une machine à laver et à sécher les tirages avec la première. Cette machine qui travaille automatiquement fait suite à celle à tirer; le papier passe de l’une à l’autre sans arrêt et il sort enroulé ou découpé, selon les besoins, complètement sec (fig. 3).
- Notre figure schématique montre mieux que ne saurait le faire la description la plus fidèle, les diverses phases de l’opération double. On remarque comment sont disposées les deux lampes de la machine à tirer; elles inondent également de lumière le châssis circulaire. Puis le papier, au lieu d’être enroulé à la sortie de cette machine, descend avec sa vitesse initiale jusqu’à la cuve de fixage qui occupe la partie inférieure de l’avant de la machine à laver. Il est maintenu dans le bain par un cylindre flotteur puis une tringle de la machine le saisit et l’élève ensuite par l’intermédiaire de deux chaînes placées à droite et à gauche. Deux rampes pro-
- Le disposait do séchage.
- jettent ensuite l’eau nécessaire au lavage sur la surface impressionnée et le lavent complètement. Le séchage commence ensuite. Il s’effectue à l’intérieur de l’appareil, dans une chambre chaude : mais auparavant le papier passe dans une essoreuse, entre trois cylindres qui le débarrassent déjà d’une grande partie de l’eau qu’il contient.
- La machine est chauffée à l’électricité ou au gaz par une rampe de brûleurs disposée à la base. L’air chaud monte en suivant, par conséquent, un chemin de sens contraire à celui qui a été imposé au papier. Celui-ci pénètre dans le séchoir en sortant de l’essoreuse, passe sur un cylindre qui occupe la partie supérieure et descend ensuite, protégé par une toile métallique, jusqu’à la base. On voit que la chaleur nécessaire à son séchage lui est distribuée méthodiquement, dirons-nous, puisqu’elle l’atteint en premier lieu au sortir de l’essoreuse derrière laquelle est placée la sortie de l’air chaud. Au fur et à mesure de son avancement il se trouve soumis à une température de plus en plus élevée, puisqu’il se rapproche constamment des brûleurs et les dernières traces d’humidité disparaissent en présence de ces derniers.
- Le papier est enfin enroulé automatiquement sur un cylindre ou bien coupé en feuilles à l’aide d’un dispositif spécial. Ajoutons qu’il peut encore être engagé en feuilles séparées sur la machine, des tringles qui se
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- détachent elles-mêmes à la sortie, maintiennent ces feuilles sur le chemin de roulement.
- Cette machine dite « Lesfel » étant accouplée avec la tireuse peut traiter 90 m2 de papiers en une heure sous la surveillance d’un seul ouvrier. La force motrice est la même que celle de la première; la dépense est donc presque insignifiante : on compte seulement 3 kilowatts-heure de courant pour les deux lampes et le moteur d’un quart de cheval. Elle peut néanmoins être commandée par un moteur indépendant. Ses dimensions sont de 1 m. 5o de largeur, t m. 3o de profondeur et 2 m. 3o de hauteur.
- Les constructeurs sont MM. Follows et Lévy, ingénieurs-constructeurs, 129, boulevard Richard-Lenoir, à Paris.
- Tireuse automatique Raïsky. -=- Lorsqu’un photographe a un grand nombre d’épreuves d’un même cliché à tirer sur des papiers au bromure, il doit opérer rapidement. Aussi a-t-on imaginé de nombreux appareils de tirage destinés à faciliter la tâche des professionnels.
- M. D. Raïsky vient de réaliser une nouvelle tireuse automatique qui joint, à la simplicité de son mécanisme,
- neuse, la durée d’exposition la plus convenable avec un papier déterminé et un bon cliché. On fait ensuite varier l’intensité lumineuse en ajoutant ou en supprimant des papiers de soie selon le cliché à traiter. — L’inventeur de la tireuse automatique est M. Raïsky, photographe, place de ITlôtel-de-Ville, à Avallou (Yonne).
- Plateaux magnétiques pour machines-outils. —
- La Revue générale d'Electricité signale des plateaux imaginés par M. Bachelet pour tenir les pièces sur les machines-outils, sans perdre de temps pour les fixer, caler par les procédés ordinaires. Ces plateaux, de formes diverses selon qu’il s’agit d’un tour ou d’une raboteuse, sont creux et renferment une bobine qu’on peut relier à une prise de courant continu à no volts. Il suffit d’y poser les pièces à travailler, puis de connecter le courant ; le travail fini, on coupe le courant et les pièces redeviennent libres. La dépense est faible, le courant absorbé représentant celui de quelques lampes à incandescence seulement, l’entretien est nnl, l’électro-aimant étant dans une boîte close à l'abri des poussières et des copeaux.
- Fig. th’euse Raïsky.
- une élégante robustesse. L’appareil se présente sous l’aspect d’un bureau, à la partie inférieure duquel se trouve une glace inclinée à 45° destinée à réfléchir uniformément la lumière sur la surface du chariot porte-châssis. Sur le devant du meuble, on a ménagé une fenêtre munie d’un verre dépoli et contre laquelle s’adapte une lanterne renfermant une source lumineuse quelconque. On peut également éclairer cette ouverture au moyen de la lumière solaire et, pour les ateliers à production intense, accoupler 2 tireuses côte à côte de façon à les éclairer par une source unique d’où économie d’éclairage et d’emplacement. Sur le meuble sont 2 ouvertures destinées à recevoir du côté chargement un verre jaune, vert ou rouge et sur la face exposition un verre blanc. L’ébénisterie de cet entablement est faite avec grand soin de manière qu’aucune infiltration lumineuse parasite ne se produise pendant le déplacement du chariot. L’impression photographique s’exécute par un simple mouvement de va-et-vient. Après avoir chargé son châssis, l’ouvrier le pousse vers la gauche pour l’exposition jusqu’à un butoir qui l’arrête à l’endroit voulu. Grâce à ces dispositifs, le tirage s’opère avec une grande célérité. "
- Aussi après un très court apprentissage, n’importe qui peut se livrer au tirage des épreuves photographiques, en s’aidant au besoin du métronome pour la détermination exacte des temps de pose. D’ordinaire, on commence par chercher, pour chaque source lumi-
- Lampe-éclair « Bascula ». — Les.lampes proposées aux photographes pour opérer la nuit ou dans des intérieurs peu éclairés sont déjà innombrables ; mais on peut reprocher à plusieurs d’entre elles d’être encombrantes et coûteuses. Ce n’est pas le cas pour la lampe Bascula qui, avec sa boîte en acier, son réflecteur et ses 100 fils d’allumage, tient dans la poche du gilet et ne coûte que 8 francs. Le mode d’emploi en est très simple. Il varie légèrement, suivant que l'inflammation de la poudre-éclair est produite au moyen d’un fil de fulmi-coton ou d’un fil métallique porté à l’incandescence par un courant électrique.
- Allumage par fulmi-coton.
- — Monter les diverses pièces de l’appareil comme l’indique la figure 6 ci-jointe. Coincer une extrémité du fil dé fulmi-coton dans l’encoché 1.
- Relever le plateau-basculeur horizontalement et le fixer dans cette position en faisant passer le fil dans l’encoche 2.
- Passer sous le plateau vers A.
- Etendre le fil sur le plateau en AB et le laisser pendre de quelquescentimètresenC.
- Recouvrir avec la poudre la portion de fil AB autour de
- l’encoche 2. Enflammer l’extrémité C avec une allumette ou une cigarette.
- Allumage électrique. — Coincer une extrémité du fil fusible spécial dans l’encoche isolée 1. Relever le plateau-basculeur horizontalement et le maintenir dans cette position en coinçant le fil dans l’encoche 2. Couper ensuite le fil. Fixer les deux conducteurs reliés à la source de courant venant soit d’un bouchon de prise de courant, soit d’une prise quelconque, l’un à l’encoche isolée 1, l’autre à-Tencoche 3. Yerser la poudre en tas sur le fil fusible autour de l’encoche 2.
- Faire passer le courant pour provoquer linflammation. — La lampe Bascula est construite par M. C. Roch, 3i, avenue d’Eylau, Paris.
- Fig. (3.
- Le Microlux. — Le Microlux est une lampe électrique de poche, de poche de gilet. Elle est remarquable par sa légèreté et son faible encombrement : 35 gr. toute chargée, 8 cm de long sur 1,5 de diamètre. Le courant y est établi par un contact obtenu par rotation d’un quart de tour, ce qui permet de la maintenir allumée sans avoir à presser constamment un bouton. Malgré sa petitesse, elle fournit un service suffisamment prolongé puisqu’elle donne deux heures de lumière avec la même Microlux est en vente chez MM. Kirby, 5, rue Amber,. Paûis.
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- Comment acheter les fruits frais? — Pour retirer de l’emploi des fruits le parti R plus rationnel, il est nécessaire à la maîtresse de maison comme à la ménagère de savoir comment les acheter, et c’est le but que je me propose , de leur indiquer en montrant succinctement pour chacun de leurs genres : i° les principales variétés qu’il faut acheter de préférence parce que, à cause de leurs qualités, on les trouve le plus souvent sur les marchés; i° comment il faut les acheter; 3° les précautions à prendre avant leur achat; 4° les usages auxquels on peut les employer en dehors de leur consommation à l’état frais.
- J. Les fraises. — La fraise est un des fruits les plus recherchés sur nos marchés, tant à cause de la beauté de son coloris que du parfum de sa chair et aussi de l’abondance avec laquelle on l’y trouve souvent. De plus, la fraise est riche en sels minéraux, elle contient du fer et de l’acide salicylique, ce qui lui confère des propriétés diurétiques, rafraîchissantes et antigoutteuses. Gubler eslimaitt qu’une cure de fraises équivaut à une cure de raisins dans la gravelle du rein et du foie, à la dose de 3oo à 5oo gr. par jour.
- Sa consommation jouit, d’ailleurs, d’une telle faveur, que sa culture a pris dans les années qui ont précédé la guerre, une extension grandissante dans plusieurs régions du midi, du centre et de l’ouest de la France, dans les environs des villes et notamment de Paris.
- Quelles variétés acheter de préférence? — Si au point de vue cultural, on classe les fraises en trois catégories : i° Petites fraises; 2° grosses fraises; 3° caprons, on ne trouve généralement sur les marchés que des variétés appartenant aux deux premières catégories.
- Petites fraises. — En dehors de leur volume, elles se distinguent par une saveur un peu moins sucrée mais généralement plus parfumée, surtout chez les fraises des bois; leurs graines sont aussi plus nombreuses. Les grosses fraises ont une chair plus tendre et plus juteuse.
- Les petites fraises, qui sont comprises sous le nom de Fraises des Quatre saisons, proviennent de fraisiers remontants dont les variétés les plus répandues sont : la Fraise des bois améliorée, la Gaillon rouge sans filet, Généreuse, etc. En culture normale, ces espèces remontantes ont deux saisons principales de maturité : juin et août-septembre. Des environs de Paris et de quelques autres centres arrivent plusieurs variétés parmi lesquelles il faut préférer la Généreuse et la Gaillon rouge amé- liorée Les fruits de la première sont un peu plus gros, plus allongés ou plus cylindriques que ceux de la seconde mais, par contre, moins colorés. La chair de la Généreuse est blanc rosé et celle de la Gaillon saumonée en même temps qu'un peu plus parfumée. La Gaillon améliorée blanche moins cultivée est aussi très estimée.
- Grosses fraises. — Pratiquement on les divise en quatre séries de maturité : i° hâtives; 2° demi-saison ; 3° tardives; 4° remontantes, qui prolongent la tardivité à ses dernières limites. Les variétés les plus recommandées dans ces dernières années sont par ordre alphabétique : Belle-de-Cours, Docteur Morère, Eléanor, Général Chanzy, Jucunda, Jubilé, La France, Louis Gauthier, Marguerite, Monseigneur Fournier, Noble, Royal Sovereign, Sir Joseph Paxton, Vicomtesse Héricart de Thury. Mais quelle que soit leur valeur indéniable, je ne retiendrai qife les io suivantes que l’on rencontre le plus fréquemment sur la majorité des marchés. En outre, les noms en italiques indiquent celles qui y arrivent en plus grande abondance.
- Variétés hâtives. — Marguerite Lebreton (Syn. Marguerite la Pointue). Beau fruit, gros, rose ou rouge, allongé en pointe, chair blanche, légèrement rosée, acidulée. Bonne qualité. Mûrit fin mai ou première quinzaine de juin, c’est une des plus hâtives.
- Noble Laxton. — Fruit gros ou très gros, rouge vif, régulièrement sphérique, c’est la plus ronde des fraises. Chair blanche ou à peine rosée, peu juteuse. Bonne qualité. Mûrit fin mai, début de juin.
- Vicomtesse fféricart de Thury. — (Syn. Héricart, Hérica, Ricart). Fruit moyen plutôt que gros, rouge vif, aplati ou carré, à graines saillantes. Chair rouge cuivré, juteuse bien qu’assez ferme, sucrée, très finement parfumée. C’est une de nos meilleures fraises qui supporte bien le transport. Mûrit' fin mai et juin.
- Variétés de demi-saison. — Docteur Morère (Syn. La Morère). Fruit gros ou très gros, rouge foncé, un peu velu, tantôt arrondi, tantôt aplati, à graines brunes saillantes, chair ferme, rosée, avec une petite cavité dans les très gros fruits, très parfumé. C’est aussi une de nos meilleures fraises supportant bien le transport. Mûrit du i5 juin à fin juillet.
- Eleanor (Syn. Eléonore). Fruit gros ou très gros, rouge clair, allongé ou parfois aplati, à graines non saillantes. Chair blanc rose, très juteuse, acidulée. Bonne qualité. Mûrit fin juin et en juillet.
- Sir Joseph Paxton (Syn. Paxton). Fruit gros, très beau, régulier, rouge brillant, cordiforme, parfois un peu allongé. Chair ferme, rouge, juteuse, acidulée. Très bonne. Mûrit de juin à juillet. La jolie collerette de sépales qui pare les fruits, les caractérise bien et leur vaut, paraît-il, sur ses congénères une plus-value de io à i5 francs par ioo kilogrammes.
- Variétés tardives. — Jubilé. Fruit moyen ou petit, rose plutôt que rouge, sphérique. Chair blanche, teintée de rouge, juteuse, sucrée, acidulée. Bonne ou très bonne. Mûrit fin juin et juillet.
- Jucunda. — Fruit gros ou très gros, rouge pâle nuancé de- jaune, tantôt sphérique ou cordiforme, lantôt turbiné ; graines à demi saillantes. Chair juteuse, douce, moyennement parfumée. Mûrit fin juin, début de juillet.
- La France. Fruit gros ou très gi’os, rose plutôt que rouge, aplati, à contours anguleux, parfois sphérique. Chair blanche, juteuse, sucrée, acidulée. Bonne. Mûrit lin juin et juillet.
- Variétés remontantes. — Les deux plus recommandables sont Saint-Antoine de Padoue et Saint-Joseph. C’est la première que l’on trouve plutôt à cause de la fermeté de ses fruits moyens ou gros, très beaux, rouge carmin, aplatis ou sphériques, à chair saumonée, très ferme, bien parfumée et sucrée. Très bonne. Maturité de juin à novembre.
- Quand et comment acheter ces variétés? — Fraises de primeur. — Il importe de dire tout d’abord que, à cause de leur rareté et par suite de leur prix élevé, elles ne peuvent guère être achetées que chez les marchands de primeurs ou les grandes maisons d’alimentation. Les sortes forcées le plus généralement sont, pour les grosses fraises : Marguerite, Noble, Général Chanzy, Docteur Morière, Héricart, Paxton.
- Leur envoi commence en mars et se continue jusqu’à la fin de mai ou au début de juin; il a lieu dans des emballages variant avec les saisons de production et les centres d’expédition. Ce sont "habituellement de petites boîtes ou des caissettes contenant, selon leur grosseur, 6 à 24, 12 à 14 ou 32 fraises enveloppées dans de l’ouate, afin qu elles arrivent en excellent état. Les maîtresses de maison peuvent se procurer ces variétés dans les envois d’origine, mais elles sont toujours très chères surtout au début de la saison en mars-avril, mais leur production ne joue qu’un rôle secondaire dans l’alimentation.
- Fraises de pleine terre. — Leur production constitue vraiment la base de l’importante consommation qui en est faite par toutes les classes de la société. Leur récolte dure environ trois semaines avec les variétés à gros fruits, deOx mois et demi avec les remontantes et quatre à cinq mois avec les quatre saisons, c’est en juin qu’on les trouve sur les marchés en plus grande quantité et aux plus bas prix.
- Leur achat, en tant que variété distincte, pour être absolument certain, doit être fait aux producteurs qui les apportent sur les marchés des villes, ou à Paris, sur le carreau des Halles ; on peut, cependant, les trouver chez les fruitiers les mieux achalandés. Il y a deux variétés que l’on rencontre partout, l’Héricart et la Morère qui, dans les années d’abondance, à Paris « courent les rues » sur les petites voitures et descendent aux prix les plus modiques.
- Précautions à prendre avant leur achat. — Nacheterque des fraises saines, mûres, fraîches, parfumées et très propres. Il faut y tenir absolument, surtout quand elles doivent être consommées à l’état cru. Quand elles sont destinées aux emplois exigeant leur cuisson, on peut se montrer moins rigoureux, parce que les germes nocifs qui pourraient se trouver à leur surface sont détruits par la température à laquelle on les soumet. .
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- VARIETES
- Il est, cependant, des degrés dans chacune des qualités ci-dessus. IL faut entendre par fraises saines, celles dont la couleur rouge, rosée ou blanche est aussi uniforme que possible, dépourvue de taches brunâtres et des attaques d’insectes et de mollusques; par fraises mures, parfumées et fraîches, celles dont la chair fond ou se désagrège facilement dans la bouche en y laissant un parfum agréable, à l’exclusion, d’une part, de toute portion verte, dure ou acide, indiquant une cueillette trop hâtive et, d’autre part, de toute fraction molle ou fadasse résultant d’une récolte trop tardive ou d’une conservation trop prolongée, ce que décèlent, en outre, un calice et un pédoncule plus ou moins secs ; par fraises propres, celles dont la surface est indemne de toute particule de sable, terre, paille, etc. Dans ce dernier cas, le remède serait non pas de les laver, parce qu’on leur enlèverait la partie la plus fine de leur parfum, mais de les rouler légèrement dans une étoffe de laine humide qui retiendrait les matières étrangères.
- La fraise est un fruit très périssable, aussi faut-il la consommer ou l’employer rapidement, car elle s’altère vite et devient le siège de fermentations qui la rendent absolument inutilisable.
- Principaux usages. — En dehors de sa consommation à l’état, cru, seule ou arrosée de vin, kirsch, etc., la fraise sert à préparer des compotes, confitures, purées, sirops et vins très appréciés. A. Trueli.e.
- Le Ba’cubert. — Le Ba’cubert est une curieuse survivance des temps passés que l’on retrouve dans un coin reculé du Dauphiné. Elle a fait l’objet d’une intéressante étude du regretté professeur R. Blanchard, que résume M. Rabot dans la Géographie.
- Le Ba’cubert est une danse; elle a lieu à Pont-de-Cervières, village de la commune de Briançon, tous les ans, le 16 août, le jour de la fête de saint Roch, patron du hameau. Armés d’épées, neuf, onze ou treize jeunes gens exécutent a5 figures successives, ininterrompues, au cours desquelles les danseurs exécutent un pas de polka, en tournant dans le sens « rétrograde », c’est-à-dire dans le même sens que»Rfs aiguilles d’une montre.
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- La danse est accompagnée par uu chant chanté par quatre femmes, lequel se transmet depuis des siècles par tradition. Naturellement les auteurs régionaux ont laissé de nombreuses descriptions du Ba’cubert, la plupart inexactes, ainsi que de longues dissertations sur son origine. D’après les uns, elle aurait été importée par les Romains, d’après d’autres enfin, elle viendrait des Carthaginois ou des Celtes.*
- A cette fort intéressante tradition populaire, M. Raphaël Blanchard a consacré une monographie très documentée qui constitue désormais le document fondamental sur la questionf1). Après u n exposé sommaire des différentes descriptions du Ba’cubert publiées antérieurement, vient la théorie entière de la danse dont il résume toutes les phases dans 27 figures schématiques.
- Si M. Raphaël Blanchard n’a poiut réussi à démêler les origines de cette chorégraphie populaire, il est cependant parvenu dans cette direction à un résultat très remarquable. Sur une estampe de Breughel le Vieux ( 15a5-i569) conservée à la Bibliothèque Nationale, représentant : la grande feste de nostre village, n’a-t-il pas découvert une. représentation du Ba’cubert? Au milieu d’une kermesse flamande, les danseurs, au nombre de onze, tous réunis les uns aux autres par la garde ou la pointe de leurs épées, exécutent la fameuse danse de Cervières, sans qu’il puisse y avoir à cet égard le moindre doute. Breugel le Vieux a parcouru les Alpes. « Dans ses voyages, rapporte un vieil auteur hollandais, Ivarel van Mander, il a contrefait bien des vues d’après nature, à tel point qu'on raconte qu’ét^g^ dans les Alpes il a avalé toutes ces montagnes et ces rochers et, rentré chez lui, a vomi tout cela sur des toiles et des panneaux, tellement il sait rendre la nature dans ces parties-ci et en d’autres encore. »
- Selon M. Blanchard, Breughel serait passé à Briançon en i549, s^étant trouvé à Cervières le 16 août, il aurait vu exécuter le Ba’cubert, qu’il aurait ensuite reproduit dans un tableau représentant une* kermesse flamande. R. V.
- 1. L’art populaire*'dans le Briançoimuis. Le Da'cabert, par lla-phaèl Blanchard, Paris, librairie Honoré Champion, 191/,.
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- HYGIENE ET SANTE
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- La protection contre les rayons X — On sait quels accidents sont déjà arrivés aux radiologistes et quels dangers les menacent. Pour les éviter, on a successivement imaginé des lunettes en verre au plomb, puis des gants et des tabliers en caoutchouc chargé de plomb, et aujourd’hui, aucun professionnel ne s’approche de l’ampoule sans s’être protégé. Mais les intensités
- l'i>. 1.— 1, Poste du radiologiste; 2, salle du tube; B, cloison recouverte d’une feuille de plomb P épaisse de t millimètre ; C, fenêtre avec glace anti-X; A, meuble portant le tableau de commande T, le condensateur et'l’interrupteur ; E, transformateur; U, fil de trolley; S, soupapes; D, meuble isolé pour les accumulateurs alimentant le filament du tube; L, milliampèremètre ; O, paravent protecteur recouvert de 8 millimètres de plomb ; G, pied support du tube; N, table d’examen ; X, tube Coolidge.
- croissantes des tubes ont rendu ces moyens insuffisants. Récemment, le Dr Guilleminot signalait à la Société de Biologie les radiations qui sillonnent les laboratoires de radiologie quand on emploie les tubes récents à grand débit, marchant d’une façon continue sous 3 milliam-
- pères.. L opérateur est exposé au rayonnement direct, au rayonnement traversant le sujet, au rayonnemeûl émis en arrière de l’anticathode, dans la zone non pro tégée par la cupule protectrice, à celui traversant la cupule, sans compter toutes les réflexions diffuses sur les objets et les murs. Si la protection est soigneusement faite, la totalité de ces rayonnements n’a pas d’action rapide marquée et l’on n’observe pendant longtemps rien autre qu’une diminution du nombre des globules blancs et une sensation de fatigue. Si la protection est insuffisante, on ne tarde pas à voir apparaître des accidents graves, douloureux, difficiles à soigner.
- On en est arrivé, dans ces derniers temps, à considérer comme indispensable que le radiologiste soit complètement isolé dans une pièce hermétiquement séparée de celle où fonctionne le tube. Nous empruntons au récent ouvrage de M. Pilon (*) la description d’une installation moderne donnant le maximum de protection :
- « L’opérateur se tient dans la salle 1 et surveille le tube placé dans la salle 2 ; il le voit dans un miroir, à travers la fenêtre C munie de glaces anti-X. Le tube doit être vu par réflexion, puisque le paravent O se trouve entre le tube et la cloison pour protéger cette dernière du rayonnement direct. Toutes les commandes se trouvent dans la cabine de l’opérateur qui n’a jamais besoin de s’approcher de l’ampoule pendant son fonctionnement. Ce dispositif est facilement applicable à la radiographie; pour la radioscopie qui, il est vrai, nécessite le plus souvent de moins grandes intensités maintenues pendant moins longtemps, il faudrait placer le patient dans la chambre protégée et le déplacer sans toucher à l’ampoule ».
- La figure ci-jointe montre le schéma de cette disposition. R. M.
- 1. H. Pilon. Le tuba Coolidge, scs applications scicntifnjues, medicales et industrielles. 1 vol. iu-S, Massou et G1", éditeurs, 1919.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
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- Fig.
- Recettes de Laboratoire. — M. G. Doumère, licencié ès sciences, étudiant à Toulouse, nous communique les deux recettes suivantes :
- i° Trompe à vide. — Pour établir une trompe du même modèle que ceux vendus dans le commerce, on prend un tube de verre de x,5 cm à 3 cm de diamètre et de 10 à 20 cm de long, on y soude un tube latéral plus petit par le procédé indiqué p. 61 des Recettes du Laboratoire ; on peut aussi obtenir ce tube tout préparé en utilisant un col de ballon à distillation cassé. D’autre [part, on étire à la flammé un tube de 5 mm environ qu’on coupe à l’endroit le plus étroit; l'un des bouts est conservé intact et servira à l’arrivée de l’eau, l’autre est légèrement évasé en entonnoir (fig. 2) et servira à la sortie; on introduit cës deux tubes dans dés bouchons et l’on monte l’appareil comme il est indiqué figure 3. On relie la pompe ainsi constituée au robinet d’eau par un caoutchouc solidement attaché. Pour qu elle aspire bien, il faut que l’eau sorte en tourbillons ; ôn y arrivera en fixant au bouchon inférieur un fond de tube à essai' assez large, dé 3 à 5 cm dé
- long, percé d’un trou latéral placé un petit péu plus haut que là sortie «*le la trompe. Si l’on veut éviter les éclaboussures d’eau, il suffira de placer autour de la trompe un manchon constitué par le col d’un vieux ballon cassé. Cette trompe, bien montée, ce qui n’est pas difficile, peut donner un vide considérable, permettre des filtrations très rapides et des distillations sous pression réduite; elle ne coûte que la main-d’œuvre pour utiliser quelques débris de verré du laboratoire.
- 20 Gazomètre. — Pour conserver lés gaz insolubles dans l’eauret les dégager ensuite en un courant régulier, il suffit de prendre un grand boCal de verre ou une conserve, de le boucher soigneusement avec un bouchon de liège qu’on lute à la paraffine et au mastic, après l’avoir fait traverser par -un tube de verre de 1 Cm de diamètre environ qui plongera obliquement dans le flacon jusque près du fond, et par un autre tube court qui servira au dégagement, cë dernier tube se continuera par un bout de caoutchouc fermé par une pince. L’appareil étant ainsi préparé, on le remplit d’eau, puis ou y fait arriver le gaz sous pression par le tube de dégagement, l’eau est chassée par l’autre tube ; lorsqu’on veut avoir du gaz, on fait couler de l’eau dans lè tube plongeant, son débit règle celui du gaz qui peut être constant.
- Figr 3.
- Remplacement du verre dépoli. — Ce tour de main qui nous est indiqué par le commandant de Bony, intéressera les amateurs de photographie. On prend une vieille pellicule kodak et on la débarrasse de la gélatine qui existe sur les deux faces en faisant séjourner dans l’eau acidulée à l’acide chlorhydrique. On la plonge ensuite dans de l’eau en ébullition; elle devient laiteuse par suite d’un dépôt de camphre et fournit Un produit translucide d’un grain excessivement fin. L’auteur s’est servi du procédé en campagne pour faire un verre dépoli à son kodak.
- Suivant la durée du séjour dans l’eau bouillante on a un dépôt plus ou moins transparent.
- Ciment imperméable. — Le ciment ordinaire .est poreux. Il absorbe de l’eau ; il en résulte un continuel
- travail de désintégration par l’eau et le froid qui finit par affaiblir les constructions. Coal Age recommande d’enduire les surfaces de gazoline dans laquelle on aura fait dissoudre 5 à 10 pour 100 de paraffine,
- Pour accélérer la prise du ciment. — D’essais faits par le « Bureau of Standards » des Etats-Unis, il résulte qu’il existe un moyen simple d’accélérer la prise du ciment sans nuire aux autres qualités de ce matériau. C’est d’ajouter à l’eau qui sert à gâcher le ciment, du chlorure de calcium dans la proportion de 4 à 6 pour 100 du poids d’eau.
- Recettes de vernis. — La Renie de Chimie industrielle publie la série suivante de recettes de vernis pour protéger les métaux :
- Vernis pour objets en acier •
- Mastic en larmes......... 76 grammes.
- Sandaraque.............. 12a —
- Elémi.................... 5o —
- Alcool à 95°. ....... x litre.
- ce mélange protège bien de la rouille.
- Vernis pour fer-blanc :
- Gomme-laque..............200 grammes.
- Sandaraque . ,........... 5o —
- Térébenthine de Venise. . 20 —
- Alcool à 95°i ...... x litre.
- Composition anti-rouille :
- Suif.....................2$o grammes.
- Cire d’abeilles..........25o —
- Huilé d’olive ...... 220 —
- Essence de térébenthine . 22Ô —
- Pétrole . ........ 125 —
- on dissout en chauffant modérément et l’on applique immédiatement sur le métal.
- Colorations brunes de l’aluminium. — Celles qu’on obtient par bains de patinage aüx sels métalliques ne sont en général pas très solides. C’est pourquoi ce métal est habituellement bruni par un autre procédé : on l’enduit de matières grasses, puis on chauffe de manière à décomposer ces dernières, en s’arrêtant aussitôt ensuite. Voici les constatations que nous fîmes à ce propos en patinant par la méthode usuelle des plaques d’aluminium.
- Il importe de choisir les matières grasses en vue du résultat qu’on désire obtenir. En général, les patines produites sont d’autant plus pures que la substance est moins pure : ainsi de la bougie ne donne rien, et le suif donne au contraire de beaux bruns noirs. Pour avoir des teintes brunes pâles, à reflets métalliques, choisir la paraffine, la céresine, les huiles minérales à graisser; pour avoir des nuances très brunes ou noires, prendre du suif ou une huile végétale quelconque.
- On fait un peu chauffer le métal, On l’enduit de matière grasse, on laisse couler l’excès, puis on chauffe à nouveau; il y a décomposition, inflammation, production de fumées mal odorantes. Quand cesse le dégagement de fumée, cesser le chauffage ; on risquerait à le poursuivre de faire disparaître la teinte, et de déformer les objets (en feuilles minces, le métal fond très bien dans la flamme d’un brûleur à gaz). Si la teinte obtenue n’est pas d’intensité suffisante, on recommencé jusqu’à nuançage désiré. Pour avoir du noir bien franc, il convient de se servir d’ün bec de gaz à flamme éclairante, le carbone déposé s’unissant à l’enduit de façon solide. En général d’ailleürs, ces patines sont très solides. Mais elles sont souvent inégalés; pour obtenir des nuances bien unies, il faut laisser soigneusement égoutter les pièces grasses, et même les essuyer au bésoin quoique céla oblige à multiplier le nombre des traitements» Il faut que le chauffage dissociant les graissés soit bien régulier ; à ce point de vue, un four donnera de bien meilleurs résultats qu’un brûleur à gaz. [Laboratoire dé La Nature.)
- Pôtir savoir si une feuille de papier â été grattée ou mouillée, ce qui est utile dans le cas oit l’on veut vérifier le truquage éventuel de certaines pièces, voici comment opèrent MM. Espagne et Petitot. Le papier est exposé au-dessus d’une capsulé dé porcelaine contenant quelques paillettes d’iodé, après quoi ô» chauffe
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- légèrement pour volatiliser le produit qui parvient de la sorte au contact du papier.
- Quand certains endroits du papier ont été grattés, ils se colorent très rapidement en jaune brun, les parties avoisinantes ne se nuançant que beaucoup plus lentement. Sur certains papiers anglais, ce brun varie
- en un jour au violet pâle. Si le papier a été mouillé depuis 24 ou 36 heures, et même si on l’a bien fait sécher, les parties précédemment humides sont colorées par les vapeurs d’iode en bleu; la coloration est d’autant plus intense que le séchage est moins prononcé.
- (Gazette des sciences médicales.)
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- BOITE AUX LETTRES
- Question. — M. J. R. W. désire se procurer un appareil de réclame, consistant en un mannequin automate à mouvement d’horlogerie, recommandant un produit quelconque. Quelles maisons fabriquent ces appareils?
- Réponse. — M. C. d’H., à Glomel (Côtes-du-Nord).
- — Pour rendre buvable du cidre dur, c'est-à-dire du cidre qui commence à aigrir — défaut produit par un ferment (ferment acétique ou Mycoderma aceti), qui donne de l’acide acétique en fixant sur l’alcool l’oxygène de l’air
- — plusieurs moyens peuvent être employés. Nous vous les indiquons, afin que vous vous adressiez à celui qui, dans votre situation, offrira la plus grande facilité d’application. Prélever 1 litre de cidre malade, y ajouler petit à petit de la potasse en solution dans l’eau et déguster après chaque additiou; s’arrêter dès que la saveur acétique a disparu. Une simple multiplication
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- permet de déduire de cet essai, la quantité de potasse nécessaire pour une quantité quelconque de cidre. Les soutirages, un collage et une bonne cave sont à recommander pour éviter le retour de celte altération. En tout cas, ce cidre ne peut être de longue garde. Si le défaut est peu accentué, une addition de 100 gr. de tar-trate neutre de potasse par hectolitre de cidre peut suffire. Le cidre est paré,-devient aigre, lorsqu on tire à la barrique, le laissant ainsi en vidange. On évite l’acétification en le couvrant d’une couche de 3 à 4 cm de bonne huile d’olive ou d’œillette, qui empêche le contact de l’air. Enfin, au moment de la consommation, introduire dans le pot à cidre ou la carafe, sur la table, une petite pincée de bicarbonate de soude; ne pas faire l’opération dans la barrique, pour éviter le noircissement. L’acide acétique est neutralisé par le bicarbonate de soude. Ce moyen est très efficace et peu coûteux.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Q£,
- Les méthodes de la chimie organique, traité concernant les travaux de laboratoire, par le Dr Th. Weyu, traduit par R. Cornubert. Tome III, a0 partie, Monographies. 1 vol. in-8, xxiv-576 p-, a5 fig. Dunod et Tinat. Paris. Prix net : 42 francs.
- Le tome III de cet ouvrage consacré aux méthodes usitées dans les laboratoires pour l’étude analytique et la synthèse des composés organiques, comprend les monographies suivantes : groupes alcoxyde, aldéhyde, cétone, carboxyde, sulfouique, sulfurés, cyanés; liaison double et liaison simple; groupe halogène; composés organo-métalliques, rédigées avec une grande compétence.
- Meteorologia aeronautica, par le professeur Giuseppe Crestani. 1 vol. in-16 illustré, 3i5 p. U. Hœpli, éditeur, Milan 1919. Prix : 8 1. 5o.
- Mesure des éléments météorologiques (température, humidité, pression, vents, exploration de l’atmosphère, nuages, électricité atmosphérique). Etude des principaux phénomènes atmosphériques. Prévision du temps.
- Dizionare internazionale di Aeronavigazione, par l’ingénieur M. Mele-Dander. 1 vol. in-16, 227 p. U. Hœpli, éditeur, Milan 1919. Prix : 61. 5o.
- Index en français, anglais, italien, allemand, des principaux termes d’aéronautique.
- Exploitation industrielle de la tourbe, par Ch. Vax ’Eecke, 1 vol. in-8, 370 p. 168 fig. H. Dunod et E. Pinat, Paris. Prix net : i5 francs.
- Etude des. tourbières, de leur formation et de leur classification, puis des propriétés physiques et de la composition de la tourbe. Exposé des divers moyens de recherche et d’exploitation : séchage, confection des briquettes et des agglomérés, etc.
- La carbonisation est étudiée avec soin, ainsi que les applications au chauffage. Un chapitre spécial est consacré à la tourbe litière et aux divers autres emplois (bois de tourbe, tourbe textile, alcool de tourbe, papier de tourbe, etc.).
- La métallurgie lorraine sous le joug allemand. 5i mois de pillage et de dévastation, par A. Pawlowski. 1 vol. in-8, i33 p., fig. hors texte. Dunod et Pinat, Paris; prix net : 6 francs.
- Monographie émouvante retraçant l’histoire mouvementée des aciéries de Longwy pendant la guerre.
- Construction et installation modernes des ateliers et usines, par Paul Razous, 4° édition, in-8 de 536 p.. avec 288 fig. H. Dunod et E. Pinat, éditeurs. Paris, 1919. Prix (majoration comprise) : 3o francs.
- Edition entièrement refondue et mise au courant des récenls progrès dans l’aménagement dès usiues. A signaler l’étude développée des questions de ventilation, des appareils de levage, de transport et de manutention mécanique applicables dans diverses fabrications. A signaler aussi des descriptions d’aménagement d’usines particulières, de hauts fourneaux, aciéries, usines métallurgiques, laminoirs, Iravail des métaux, travail du bois, filatures et tissages, industries agricoles, produits chimiques.
- Annual Report of the superintendent, U. S. Coast and Geodetic Survey, 1918. 1 vol. in-8, i33 p., 37 fig., cartes. Government Printing Office, Washington.
- Etudes de cartographie historique sur VAlemanie. régions du Haut-Rhin et du haut Danube, du m° au vme siècle, par J.-M. Tourneür-Aumont, i vol. in-8, 322 p., 3 caries. Armand Colin, Paris; prix : 12 fr. -J- 20 pour 100.
- Examen des méthodes de la géographie et de la cartographie historiques et application de celles-ci à l’étude des rapports anciens de la France et de l’Allemagne, fournissant de nombreux renseignements suc les noms de lieux, les fondements des nationalités, etc.
- La cuisine des aliments frigorifiés, par Joseph Brun a. i broch. in-16, 4° P- Association française du froid, Paris. Prix : 1 franc.
- Ensemble des recettes nécessaires à la meilleure utilisation des viandes, gibiers, poissons frigorifiés.
- The Geography of Europe, par Elusworth Huntington et Herbert E. Gregory. i vol. in-8, p6 p., Yale Uni-versily Press. Prix : 26 cents.
- Military Geology and Topography, par Herbert E. Gregory. i vol. in-8, 281 p., 117 fig., Yale University Press. Prix : 1,25 dollar.
- Nomenclature des richesses minières du département du Var, par Joseph Girard. Une brochure in-16, 53 p. Draguignan. Prix : 3 francs.
- Tntroductory Meteorology, préparé et publié sous les auspices du National Research Council, Division oi Geology and Geography. 1 vol. in-8, i5o p., 72 fig-Prix : 1 dollar.
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- LA NATURE
- Supplément.
- N» 2359 31 Mai 1919
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- INFORMATIONS
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- La traversée de l’Atlantique en avion. — Le
- i.7 mai r9i9 fst une date qui marquera dans les annales de la navigation aérienne. Ce jour-là un avion a réussi à franchir d’une seule traite une partie de l’Océan Atlantique, de Ierre-Neuve aux Iles Açores, soit une distance de 2187 km. Ce magnifique exploit a été accompli par le lieutenant Read, de l'aviation des Etats-Unis à bord de l’hydravion Curtiss N-C*. Parti le 16 mai, à 18 h. 7 (heure américaine), de la baie des Trépassés, le lieutenant Read atterrissait le 17 mai à i3 h. u5 (heure de Greenwich), à Horta. Deux autres hydravions, le N-Ct (commandant Towers) et le N. C- (commandant Bellin-ger), ont tenté le raid le piême jour. Le premier a dû amerrir à 200 milles au nord des Açores où il a été recueilli par un vapeur ; le second, après s’être perdu dans le brouillard, a réussi cependant à atteindre les Açores, 3 heures après le N-C-.
- L’organisation très minutieuse de ce raid, par les soins de 1 Amirauté américaine, a contribué puissamment an succès de l’audacieuse entreprise : des navires de guerre jalonnaient toute la longueur de la route choisie par les pilotes : chaque hydravion était muni d’un appareil de 1. S. F. émetteur et récepteur par lequel il pouvait se tenix’ en liaison avec les bâtiments convoyeurs. Ces sages précautions ont permis cette première traversée aérienne sans que Ion ait à déplorer d’accidents mortels.
- II n en a malheureusement pas été de même pour 1 aviateur australien lïawker qui tenta le 18 mai de franchir à bord d’un Sopwith de 35o chevaux les 3100 km qui séparent Terre-Neuve de Blacksod en Irlande. Sa tentative s est effectuée sans les précautions prises pour les hydravions américains; on est, depuis son départ, sans nouvelles du courageux pilote, et il y a tout lieu de craindre qu’il a péri en mer.
- Expédition arctique en aéroplane. — Le Mouvement Géographique de Bruxelles annonce que l’Aéro-Club- des Etats-Unis a décidé d’envoyer, au mois de juin prochain, une expédition commandée par l’explorateur capitaine R.-A. Bartlett, pour aller en aéroplane étudier et photographier le pôle nord. Les aviateurs américains comptent partir du cap Columbia et atterrir en Sibérie, à Chelinsky, après avoir survolé toute la zone polaire. L’expédition a été conçue et est patronnée par l’amiral Peary qui a,,'fait une étude approfondie de ses possibilités.
- Avions sans pilotes. — h’Aérophile signale que depuis deux ans on poursuit en France des expériences d aéroplane sans pilote. L’appareil est dirigé de terre au moyen de dispositifs télémécaniques. Un avion ainsi équipé a réussi, en présence du colonel Dhé, directeur de notre aviation, à effectuer sur un itinéraire donné avec parcours prescrits un voyage de 180 kilomètres et à atterrir à un aérodrome désigné.
- On signale également qu’aux Etats-Unis des essais du même genre ont été effectués avec succès par l’ingénieur Sperry, bien connu en France par ses études sur le gyroscope.
- L’artillerie à longue portée pour les observations météorologiques. — A la Société Astronomique de France, M. de la Baume Pluvinel avait émis l’idée d’utiliser l’artillerie prise à l’ennemi pour sonder la haute atmosphère, en y envoyant des projectiles munis d’appareils enregistreurs. M, Duchène, ingénieur de l’artillerie navale, dans le numéro d’avril deVAstronomie examine au point de vue balistique cette ingénieuse proposition.
- Le tir le plus avantageux, dit-il, est le tir vertical. Dans ces conditions le projectile, grâce à son. mouvement de rotation, reste toujours pointé dans la même direction et par suite retombe sur son culot. La trajectoire étant sensiblement une droite, il sera avantageux, pour réduire la résistance de l’air, de donner à l’arrière du projectile une forme effilée, terminée comme l’avant par une pointe. Voici les résultats du calcul des trajectoires pour différents types de canons : l’obus réglementaire de 34 cm tiré à une vitesse initiale de y5om. à la seconde, monterait en 48 secondes à une hauteur maxima de i3 400 m. L obus modifié pour avoir la forme symétrique indiquée plus haut monterait à
- a3 500 m., durée de son parcours : 6g secondes; vitesse limite de chute : 535 mètres.
- Avec une grosse « Bertha », tirant à une vitesse supposée de 1600 m., un projectile symétrique de 24 cm pesant 220 kg, on atteindrait en 125 secondes une hauteur de 78700 m., avec une vitesse limite de chute de 5o8 mètres.
- Cuirassés américains à propulsion électrique. —
- La Marine militaire américaine, après des essais prolongés sur le cargo Jupiter, a adopté la propulsion électrique sur le nouveau cuirassé New-Mexico. Ce batiment qui jauge 32000 tonnes, et fait une vitesse de 21 nœuds, vient de terminer avec succès ses essais. On ^jirète à l’Amirauté américaine l’intention d’adopter le faême système sur tous les nouveaux gros navires. Dans les dispositifs de ce type, la force motrice est fournie par des turbines à vapeur qui commandent des génératrices électriques ; celles-ci alimentent des moteurs électriques calés directement sur les arbres porte-hélices.
- Rappelons que la grosse difficulté de l’adaptation de a turbine à vapeur à lanavigation réside dans le mariage de I helice-et de la turbine; ces deux organes éprouvent 1 un vis-à-vis de 1 autre une véritable incompatibilité cl humeur ; la turbine est une machine qui doit tourner à grande vitesse pour avoir un rendement satisfaisant, 1 helice marine au contraire doit tourner lentement L accouplement direct de la turbine sur l'arbre porte-hélice, tel qu il se pratiquait sur les premiers cuirassés a turbines, n a pu s’effectuer qu’au prix de compromis coûteux, au point de vue consommation de combustible et encombrement; 'de plus, la marche arrière exigeait des turbines spéciales ; la marche à vitesse réduite (ou de croisière) était un tel gouffre à combustible qu’il lui xallait aussi des turbines spéciales dites de croisière. Ces inconvénients étaient si graves qu’ils ont failli faire abandonner la turbine sur les grands navires de guerre, et qu’une réaction sérieuse s’est dessinée un moment vers le retour à la machine à vapeur à piston, la turbine n étant plus qu’une machine accessoire utilisant la vapeur d échappement des cylindres des machines principales.
- Pour améliorer le groupement turbine-hélice, on a eu recours aux changements de vitesse mécaniques ; en Allemagne, Fôttinger a expérimenté un changement de vitesse hydraulique ; Parsons en Angleterre et Westinghouse aux Etats-Unis ont mis au point des démultiplicateurs à engrenage dont le rendement et le fonctionnement sont excellents. La marine anglaise notamment a fait grand usage de la turbine à engrenage dans toutes ses récentes constructions. Ce dispositif réalise une grosse économie de poids dans les machines motrices et de combustible, mais, il exige toujours les turbines de machine arrière. .
- La solution électrique présente sensiblement les mêmes avantages, et en outre permet la suppression des turbines de marche arrière. Il suffit de changer les connexions des moteurs électriques pour les faire tourner dans un sens ou dans 1 autre ; le dispositif électrique offre aussi une gamme relativement élevée de changements de vitesse, donc grande souplesse. En outre, un avantage capital pour la construction des navires : les machines à vapeur n’ont plus à être accouplées directement ou non sur les arbées porte-hélices ; elles en sont au contraire rigoureusement indépendantes ; donc plus d arbres traversant le bâtiment presque de part en part, fi anchissantun grand nombre de cloisons étanches, et exigeant pour les turbines et les chaudières des dispositions qui ne sont pas les plus avantageuses pour l’architecture du bâtiment ou le rendement des machines.
- Désormais, on place turbo-génératrices et chaufferies à 1 endroit du navire qui s’y prête le mieux; le courant produit est^amené par des câbles aux moteurs.
- La solution électrique présente donc des avantages mmufestes, du reste mis-en évidence depuis longtemps.
- Si les solutions mécaniques ont été plus vite soumises aux expériences, c est que 1 électricité, a cause de sa fragilité, est toujours 1 objet de certaines préventions dans toutes les marines de guerre.
- Le New-Mexico comporte deux turbo-alternateurs de
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- INFORMATIONS
- 12 500 kilowatts chacun, alimentant 4 moteurs d’induction sous un voltage de 3ooo à /(ooo volts. Ces moteurs sont calculés pour fournir une puissance d’environ 29000 chevaux à 177 tours par minute.
- L’exemple du New-Mexico vaudra certainement des imitateurs à 1 Amirauté américaine, non seulement pour les navires de guerre, mais encore pour les navires de commerce.
- Les transports d’énergie électrique à 150 000 volts. — En Europe, on n’est pas encore arrivé aux- distributions électriques à très haut voltage, qui on le sait permettent de transporter l’énergie électrique à très grandes distances.
- Les Etats-Unis ont réalisé dans cette voie un certain nombre d'installations remarquables dont M. Sosnowski donnait le * tableau à une récente conférence de la Société des Electriciens.
- En igi3 entrait en service l’installation Bishop-San-Bernardino (Californie), de la Southern Sierras Power C° : portée : 4o4 km Voltage : i5oooo volts. Elle était carac® térisée par dés innovations devenues rapidement classiques : sous-stations de transformation installées en plein air, de même que les appareils de rupture du courant.
- Quelque temps après, toujours en Californie, était inaugurée la ligne Big Creek-Los Angeles également à iôoooo volts : 600 km de portée; prévue pour un transport de 35o 000 chev.
- Plus récemment : l’Aluminium C° of America, de Marysville (Tennessee) a entrepris la réalisation d’un grand projet de distribution à iSoooo volts, d’une puissance totale d environ 35o 000 chev. ; 40 000 sont actuellement installés. Beaucoup de ces lignes de distribution sont établies en aluminium soit sous la forme alliage alum nium-cuivre, soit sous la forme de câble aluminium-acier.
- La production du radium aux Etats-Unis. — Selon M. Viol, dans Science, les Etats-Unis ont produit jusqu’en 1919 environ 55 grammes de radium, ce qui représenterait plus de la moitié du radium existant dans le monde. Il semble que pendant la guerre, les Etats-Unis ont pris la tête de la production mondiale; leur chiffre en 1918 est de i3 gr. 6.
- Les champs pétrolifères d’Egypte. — On sait que l’Egypte manque de combustibles indigènes. A ce point de vue, elle dépend surtout du Royaume-Uni qui lui livre annuellement environ 1 million 5ooooo tonnes de charbon. Pendant la guerre, par suite du manque de tonnage, les livraisons ont été difficiles et la question du combustible fut sérieuse. Cela a conduit à une consommation importante de bois et à l'emploi de moteurs utilisant le gaz produit au moyen de déchets végétaux. Malgré ces palliatifs, la situation du pays eût été critique si les champs pétrolifères n’avaient été capables de développer largement leur production pendant la guerre.
- Les champs pétrolifères principaux, en fait les seuls jjroductifs, sont situés sur la côte ouest du .golfe de Suez, à 256 km environ de Suez. Le champ situé le plus au nord, celui de Gemsah, donna une production assez notable dès 1911 ; mais après 1914 — année pendant laquelle la production atteignit 98000 tonnes — on constata des signes d’épuisement. Heureusement, le champ Hurghada, à une cinquantaine de km plus au sud, se montra capable de compenser, et au delà, la diminution de la région du nord, de sorte que pour les onze premiers mois de 1918. la production totale des deux champs ne fut pas inférieure à 268000 t. de pétrole brut. Hurghada est situé sur la mer et un port a été construit en plein désert; des pétroliers viennent y chercher l’huile brute pour la conduire aux raffineries de Suez où l’on en tire l’essence pour moteurs, le pétrole lampant, les huiles de graissage et le combustible liquide. Dès que les circonstances seront redevenues normales, de nouvelles prospections seront entreprises pour reconnaître letendue exacte des champs actuels et en découvrir de nouveaux. (D’après le Mouvement Géographique.) L’essence dérivée du gaz naturel en Amérique. —
- , Des statistiques publiées récemment par le bureau des Relèvements géologiques montrent que l’industrie de 1 essence dérivée du gaz naturel a marqué un progrès •notable en 1917. La quantité d’essence brute recouvrée tant par compression, par absorption et à l’aide de pompes à vide, que par le traitement des sédiments des
- conduites du gaz s’est élevée à 217884105 gallons (817 o65 3g3 litres), une augmentation de 1 i43gr 4r5 gallons correspondant à une augmentation relative de ii pour 100 sur la production de 1916. La quantité d’essence marchande dérivée de cette essence brute n’a probablement pas dépassé le chiffre de 3oooooooo galions. Le prix moyen de l’essence brute en 1917, aux lieux de production, a été de 18 fr. 46 de dollar le gallon ; ce qui donne comme valeur globale de la production totale le chiffre de 40 188 93 5 de dollars (214 207 i3ofr.)
- On évalue la quantité de gaz naturel traitée en 1917 pour le recouvrement de l’essence à 429 000 000 000 pieds cubes (12140700000 m3), ce qui donne pour tous les procédés un taux moyen de recouvrement d’un demi-gallon par 1000 pieds cubes. La production totale journalière a passé de 49^44^ gallons à 902 385, soit 82 pour 100 de plus. Le nombre des établissements y compris les usines employant le procédé par pompes à vide, a passé de 5g6 au commencement de 1917 à 886 à la fin de la même année, soit une augmentation relative de 49 pour 100.
- Le lac artificiel du Kalahari. — Le professeur E.-H.-C. Schwartz, reprenant une idée de Livingstone, vient d’étudier dans la revue South Africa, la possibilité de construire dans le désert du Kalahari un grand lac artificiel destiné à améliorer les conditions climatériques de l’Afrique du Sud. D’après lui, il suffirait de construire sur la rivière Shobé, près des Yictoria Falls et sur le Kamene, près de la frontière de l’Angola, des barrages peu élevés pour diriger vers la grande cuvette désertique les eaux qui s’écoulent actuellement vers la mer. On pourrait augmenter le cube d’eau disponible en barrant également le Zambèze, qui permettrait d’irriguer un plus grand territoire.
- Travaux du port du Havre. — Une loi du 23 avril dernier fixe, dans son article ier, le programme suivant des travaux d’amélioration et d’extension à exécuter :
- i° Le creusement à la cote — 10 m. du bassin de marée et de ses accès;
- 20 La construction de xooo m. de quais supplémentaires dans ce bassin et des dragages ;
- 3° L’élargissement et l’approfondissement du canal du Havre à Tancarville, entre le bassin Vétillard et le pont n° 8, et la construction sur la rive Sud de deux darses pour navires ; ^
- 4° L’exécution d’une emprise sur la baie de Seine, limitée par des digues, en vue de la création d’un nouveau bassin à flot à l’est et dans le prolongement du bassin de marée; la construction d’une partie de ce nouveau bassin, comprenant notamment 3ooom. environ de quais, une écluse d’accès et une jonction avec le canal de Tancarville ;
- 5° La construction de quatre engins de radoub.
- La dépense pour ces travaux est évaluée à 200 millions de francs.
- Procédé nouveau de dessiccation de la viande « Arthur H. Mekee ». — Une communication récente du D' Arthur H. Mekee, professeur de chimie industrielle à Columbia University de New York, nous apprend qu’il a trouvé un procédé nouveau de dessiccation applicable à la viande et au poisson, considéré par lui comme supérieur à tout autre et permettant d’économiser l’espace dans les établissements frigorifiques, les wagons et cales de navires, sans aucune réduction de valeur alimentaire. Ce procédé changerait si peu les tissus nutritifs et leur saveur que lorsqu’on servit en même temps de la viande fraîche et de la viande déshydratée à des soldats et à des membres de la faculté Columbia, il ne leur fut pas possible de distinguer l’une de l’autre. >
- Ce procédé remplacerait avantageusement les méthodes de préservation par le froid, la saumure, etc., et ne nécessiterait, pour les transports, qu’un 1/12 de l’espace actuel. 11 serait d’une grande simplicité : on enlèverait les os, les tissus conjonctifs et la graisse superflue, puis on découperait la viande ou la chair de poisson en cubes ou en tranches que l’on place dans un récipient dans lequel on fait le vide. On les soumet alors -à une longue période de dessiccation à basse température qui complète l’opération. Signalons que cette méthode est celle que préconisait aux derniers jours de sa longue existence, Tellier, le modeste et illustre créateur de l’industrie frigorifique.
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- SCIENCE APPLIQUÉE
- Manivelle anti-retour à poignée tournante et rentrante pour la mise en marche des moteurs à explosion. — Le
- retour brusque de la manivelle de mise en marche du moteur d’auto est une cause fréquente d’accident. Un de nos lecteurs,
- M. Dumathera, à Azans-les-Dôle (Jura), nous soumet une manivelle anti-retour qui procède d’une idée simple et ingénieuse; son emploi diffère peu de celui d’une manivelle ordinaire.
- Soit b la poignée (fig. ci-dessous), et // son prolongement, lequel est accru du poids additionnel c équivalant à 4 [ou 5 fois au moins le poids de la poignée b.
- Cette poignée ainsi prolongée est articulée en e au bout du bras A de la manivelle à la manière d’un balancier qui vient se bloquer contre l’arrêt d, soit qu’on le tourne à droite, soit qu’on le tourne à gauche.
- Ie1' Cas. — Si on tourne la poignée b à droite pour utiliser la manivelle, le proion-gement b' vient se bloquer à l’arrêt d placé en sens opposé, et l’on a, une manivelle ordinaire pour la mise en marche du moteur.
- 2e Cas. - S’il y a retour, sous le brusque rappel du bras a la poignée b s’échappe de lu main, de gré ou de
- Fig. i. — Détail de la manivelle anti-retour.
- force, — et, décrivant un arc de 900 au moins passe, d’un seul bond en arrière de son champ de rotation. La poignée b, en effet, étant 4 ou 5 fois plus légère que le poids additionnel c, ce poids oppose une résistance d’inertie relativement considérable. C’est un jeu de bascule où tout se passe vivement, et ce jeu amène la poignée b (mais non plus son prolongement) à se bloquer contre la face de droite de l’arrêt d.
- Nouveau système de filtre-presse. — On
- fait grand bruit dans les milieux techniques sucriers d’un système de filtre-presse tout à fait différent des appareils employés depuis un demi-siècle, ett qui, employé dans de nombreuses sucreries américaines, a fait en Allemagne, pendant la dernière campagne sucrière, l’objet d’intéressants essais. Dans les presses ordinaires, les jus passent à travers des toiles verticales tendues ’sur un grand nombre de plateaux empilés : en dépressant finalement, on peut faire glisser chaque plateau en l’éloignant du voisin, en sorte que la masse agglomérée entre les deux tombe au dessous.
- Dans la pressé Kelly, construite par la « Kelly Filter Press C° » de Sait Lake City (Utah), nul besoin d’éloigner à la main les cadres jes uns des autres, ce cjixi demande un
- Fig. 2. — Le filtre-presse Kelly.
- personnel nombreux; l’enlevage des résidus se fait de façon absolument automatique.
- L’appareil se compose d’un cylindre horizontal en forte tôle dans lequel peut entrer un chariot roulant sur galets (figi 2). Ce chariot porte une série de cadres parallèles sur chacun desquels on place un sac de tissu filtrant, le tout étant arrangé de manière que tout le centre du cadré soit bien enveloppé et ne puisse communiquer avec le pourtour que par le passage à travers le tissu. L’intérieur du cadre, cependant, communique par celui des fonds de cylindre qui est fixé sur le chariot mobile avec des robinets extérieurs.
- Dans ces conditions, tous les cadres étant garnis de leurs sacs à bords pincés contre les garnitures du cadre, il suffit de pousser le chariot dans le cylindre et d’injecter dans ce cylindre les jus boueux à filtrer : la boue reste à l’intérieur, tandis que le jus clair, après avoir traversé les toiles, pénètre dans les cadres (fig. 3), seule issue qui lui soit offerte, et sort parles robinets. On laisse se poursuivre ainsi la filtration jusqu'à ce que le débit soit très ralenti. A ce moment, on arrête l’arrivée des jus boueux et on envoie dans le filtre de l’eau chaude : l’eau traverse la couche de boue qui recouvre les toiles, les toiles elles-mêmes et sort par les robinets en enlevant le sucre qui imprégnait le tout. Quand tout le sucre est enlevé, on coupe l’arrivée du liquide, on assèche en envoyant de l’air comprimé
- Cadres du liltre-pressc Kelly
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- SCIENCE APPLIQUÉE
- dans le cylindre, puis on ouvre l’appareil et on sort du chariot
- Les cadres sont alors cachés sous une épaisse couche de boue qu’il faut enlever. Pour cela, les robinets d’écoulement sont fermés à l’exception d’un seul par où on fait arriver de la vapeur; la vapeur traverse la toile et en se condensant-contre la boue, en appuyant probablement aussi, fait cesser toute adhérence : la masse boueuse tombe toutàcoup dans une trémie inférieure la conduisant en quelque wagonnet.
- Le filtre Kelly peut ainsi servir utilement avec un fort coefficient, la période de dépressage étant très réduite ; il ne demande que peu de main-d’œuvre, il permet de faire durer les serviettes filtrantes bien plus longtemps qu’elles ne peuvent servir quand elles sont pressées et dépressées fortement toutes les heures.- Enfin, les boues y sont généralement plus parfaitement desucrées. Ces avantages compensent et au delà l’inconvénient de l’appareil, qui est d’être plus compliqué et de coûter bien plus cher qu’une presse ordinaire.
- Gravure d’une plaque de porte. — On les fait habituellement en émail ou en cuivre. Yoici un modèle original et inaltérable que tout amateur peut aisément faire lui-même. Se procurer d’abord une petite glace biseautée rectangulaire, telles que celles servant pour abriter les photos, pincées dans une très légère monture
- de cuivre doré. On trouve cela dans tous les bazars. On fait doucement chauffer la plaque et on enduit le dessus avec de la cire, de façon à la recouvrir bien complètement d’une couche mince. Pendant qu’on laisse parfaitement refroidir, on découpe une feuille de papier fort juste de la grandeur de la ulaque. On découpe sur cette feuille des fenêtres correspondant exactement aux parties à graver, et on trace près de ces fenêtres un modèle de la gravure à faire. Ceci pour guider lors du tracé définitif, et éviter par exemple que la ligne ne soit trop à gauche ou à droite.
- Le « patron » étant appliqué sur la surface enduite de cire, en position bien correcte, on trace par les fenêtres le dessin à l’aide d’un stylet : grosse aiguille enfoncée en un bouchon pour la préhension commode, alêne ou poinçon quelconque. Si on fait quelque gaffe, il est facile en promenant à l’endroit voulu un fer chaud, de faire fondre l’enduit et de recommencer le tracé. Celui-ci terminé, on enlève le papier-guide, et à l’aide d’une cuiller ou mieux d’une casserole pleine de cire fondue, on verse des gouttelettes tout le long du bord, lesquelles se solidifiant forment un rebord : la plaque est transformée en cuvette.
- On verse dans cette cuvette de l’acide fluorhydrique qui est laissé là pendant cinq à dix minutes selon l’intensité des traits à obtenir. Cela fait, on enlève l’acide en prenant bien soin que le liquide ne vienne pas en contact du biseau ou du derrière de la plaque en verre. On lave aussitôt à l’eau, on fait tiédir et on frotte avec un chiffon pour enlever l’enduit de cire, on laisse sécher et on donne au dos une couche de vernis noir.
- Notre plaque est faite. Reste à la mettre en place. Il est facile avec une paire de vieux forts ciseaux, à défaut de cisaille, de découper de petites agrafes de cuivre rouge ou d’aluminium, métaux faciles à ouvrer. Avec une pince, on courbe les bords de chaque agrafe, avec une pointe, on les perce vers le centre. Il suffit alors de visser les agrafes aux endroits de la porte correspondant aux angles de la glace gravés, de placer la plaque et de repousser les plaquettes métalliques contre le biseau.
- charrue de jardin. — N'ayant plus de jardiniers pendant la guerre, et ne disposant que de la main-d’œuvre de quelques territoriaux du Fort de Châtillon, qui venaient faire une heure ou deux de travail après la soupe du soir, le L)r Stéphen Artault leur inventa une petite charrue très pratique, qui permit de maintenir en état d’exploitation régulière près d’un hectare de potager, indispensable à l’approvisionnement en légumes de son hôpital.
- Cette charrue robuste, quoique légère — elle pèse
- 6 kg — est très pratique, parce qu’elle est très stable, grâce à un sabot glissant en avant sur le sol, qui lui donne beaucoup d’aplomb, et remplace la roue vacillante, que d’autres modèles portaient, sabot qu’on peut hausser ou abaisser, de façon à régler à volonté la profondeur de fouille du soc.
- Dans un terrain très léger, un homme peut la pousser, mais pour un labour profond de i5 cm, ou dans des terrains un peu argileux et non travaillés, comme ce fut le cas dans celui où on a pris le cliché (fig. 5), un homme tire soit à la corde, soit à la bricole, soit même encore en poussant une barre, tenue à deux
- Fig. 5. — Le labour dans le jardin.
- mains devant le corps, avec une corde à chaque extrémité, et le travail se fait avec facilité, et une grande régularité. Les soldats qui s’en servaient, et qui étaient des cultivateurs, l’appréciaient beaucoup : ils arrivaient à faire plus d’un are à l’heure. En l’attelant à un petit âne, elle rendrait de grands services aux petites exploitations; en tout cas elle permet de remplacer partout la bêche, faisant trois fois plus d’ouvrage dans le même temps, et même de passer comme elle entre des arbres.
- La charrue du Dr Artault est, comme on peut le voir (fig. 6), très simple; formée d’un soc d’acier terminé en pointe acérée et qui fait d’un fer cornière, sur une des ailes duquel il repose, son versoir en tôle d’acier porte, sur son arête antérieure, un coultre tranchant. Les guides sont inclinées de 5o°, de façon à
- . - Fig. 6. — La charrue du Dr Artault.
- corriger la tendance au redressement à la traction, qui s’opère par un crochet situé dans l’axe du centre de gravité de l’appareil. Le sabot, formé d’une plaque de tôle triangulaire, relevée en avant, et fixée à une tige glissant dans une douille, où un écrou la maintient à la hauteur désirée, donne une très grande stabilité à la charrue; de sorte que le laboureur n’a à s’occuper que de suivre sa ligne et de foncer. Ce sabot fait, avec la tôle du soc, un angle ouvert en avant, de sorte qu’il fait foncer le soc, et maintient ainsi la fouille à un niveau constant, par antagonisme avec le soc qui a toujours tendance à se relever.
- La charrue de jardin représentée ici a été faite chez un maréchal ferrant. On pourrait facilement en faire exécuter de semblables.
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- HYGIENE ET SANTÉ
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- La déclaration obligatoire de la tuberculose et la lutte antituberculeuse. — A l’issue d’une guerre qui a occasionné dans notre population des vides si difficilement réparables avec notre faible natalité, il est de toute urgence que les Pouvoirs publics se préoccupent de lutter contre les facteurs d’amoidrissement de la nation et d’abâtardissement de la race, qu’ils ont malheureusement beaucoup trop négligés jusqu’ici. Parmi ces facteurs, la tuberculose se place au premier rang, et son extension en France s’est singulièrement accrue pendant la guerre, aussi bien dans l’armée, du fait des fatigues de la campagne, que dans l’élément civil, en particulier dans les villes encombrées et à l’usine, parmi les réfugiés et dans les pays envahis, minés par des misères physiques et morales sans précédent.
- Les Pouvoirs publics paraissent s’être rendu compte, dans une certaine mesure, de l’immensité du péril tuberculeux, qui se traduit en France par iooooo décès environ chaque année. Après la loi sur les sanatoriums, un projet de loi vient d’être déposé devant les Chambres, qui prévoit un certain nombre de mesures de lutte antituberculeuse : déclaration obligatoire de la tuberculose pulmonaire ouverte ; crédit de 84 millions pour création d’hôpitaux, de dispensaires, sanatoriums, centres de désinfection, etc. ; création de médecins sanitaires départementaux chargés de la lutte anti-tuberculeuse; assistance aux familles des malades, etc.
- Ce projet de loi a soulevé un grand émoi aussi bien dans le grand public que dans le corps médical, et il est l’objet dans toutes les sociétés médicales de discussions passionnées. Si tout le monde est d’accord sur l’urgence qu’il y a à lutter enfin avec méthode et énergie contre la tuberculose, par contre, le désaccord est complet sur la question de l’opportunité de la déclaration obligatoire de la tuberculose, et voici, dans leurs grandes lignes, les principales opinions qui ont été émises à ce sujet.
- i° La déclaration obligatoire est-elle possible? Estelle en particulier compatible avec le secret médical ?
- La déclaration obligatoire est évidemment pôssible, puisqu’elle est pratiquée en d’autres pays, notamment en Amérique, en Suisse, en Norvège, au Danemark, en Angleterre, dans presque tous les Etats d’Allemagne.
- Néanmoins, la presque totalité des médecins praticiens français lui est absolument hostile (98,4 pour 100 d’après un referendum organisé par le Journal des Praticiens).
- Cette hostilité tient à divers motifs.
- Tout d’abord, la déclaration obligatoire est une violation du secret professionnel ; or le secret professionnel constitue la sauvegarde du médecin comme celle des malades, et le médecin, à juste titre, y tient par dessus tout, c’est une des plus respectables traditions du corps médical, une de celles qui lui valent la confiance du malade et qu’il considère comme intangibles, ainsi que l’a vigoureusement exposé le Dr Brocq à la Société médicale des Hôpitaux de Paris.
- Or,'on cherche à miner le secret médical de divers côtés. Sans doute, pour les maladies épidémiques, un intérêt social majeur a dû le faire fléchir dans une certaine mesure.
- Beaucoup de malades ou de familles tiennent par dessus tout à maintenir cachée une tare de ce genre. La divulguer serait trahir leur confiance, et souvent leur porter un notable préjudice.
- Et puis, le médecin qui encourrait la responsabilité de la déclaration ne s’exposerait-il pas à des poursuites judiciaires en cas d’erreur de diagnostic toujours possible ?
- Enfin, n’est-il pas à craindre que nombre de tuberculeux, redoutant les conséquences d’une déclaration, ne s’écartent du médecin sérieux pour aller demander les soins de ces multiples officines plus ou moins louches qui exploitent indignement la crédulité du public en matière de tuberculose ?
- A ces arguments, les partisans de la déclaration répondent qu’à l’étranger aussi, et en particulier en Angleterre, les mêmes objections ont été soulevées, et que, à la pratique, elles sont tombées, qu’il y a là simplement à faire l’éducation du public. En ce qui concerne le secret médical, ils estiment qu’il peut être respecté, la déclaration étant faite par le médecin traitant à un médecin sanitaire, qui en deviendra dépositaire, le secret n’étant en quelque sorte que déplacé. Enfin, l’authenti-
- cité des diagnostics serait basée sur la recherche du bacille tuberculeux dans des laboratoires spéciaux.
- Tout ceci suppose donc la création de médecins fonctionnaires spécialisés. Or on sait combien le praticien est hostile à ce fonctionnarisme médical. La déclaration n’amènera, affirme M. Berthelot, que la création d’une nouvelle bureaucratie, et ne conduira qu’à un gaspillage de plus.
- En faveur de la déclaration obligatoire, on a voulu faire état de l’organisation militaire antituberculeuse en France pendant la guerre. Dans cette organisation, a-t-on dit, le service de santé militaire a, en fait, déclaré les militaires tuberculeux, il les a isolés, soignés, réformés, et signalés ensuite aux oeuvres antituberculeuses civiles. Or nul ne s’en est plaint.
- Ceci est parfaitement exact. Mais les adversaires de la déclaration font remarquer qu’on ne peut rien conclure de la pratique militaire de guerre pour la pratique civile. Tout d’abord, le médecin militaire a agi envers les tuberculeux de l’armée surtout en tant qu’expert, et dans le fait de signaler les tuberculeux réformés aux œuvres civiles antituberculeuses, il y a en réalité transmission de résultats d’expertises, et non révélation de secrets professionnels (Dr Granjux).
- Mais surtout, il faut bien se rendre compte que, pendant la guerre, la plupart des militaires tuberculeux ne demandaient qu’à être reconnus et déclarés tuberculeux, parce qu’ils y voyaient le moyen de ne pas retourner au front, et d’être réformés, souvent avec pension. Ceci est si exact qu’on a dû faire appel à tous les médecins qualifiés pour rendre à l’armée tous les prétendus tuberculeux, qui tentaient de se faire réformer.
- Tout différent est le problème dans la pratique civile, où les malades n’ont plus les mêmes motifs de désirer être déclarés tuberculeux.
- Aussi les adversaires de la déclaration obligatoire ne se déclarent-ils nullement convaincus, et l’on peut dire que, sur ce point, chacun reste sur ses positions. Cependant tous les médecins reconnaissent, avec le Dr Rist, que le secret médical personnifie la tradition médicale, toute individualiste, d’après laquelle le médecin ne connaît que son malade et n’a de devoirs qu’envers lui, mais qu’aujourd’hui la responsabilité médicale est singulièrement élargie du fait de la connaissance des causes des maladies; la tuberculose étant une maladie contagieuse, dont le germe est transmissible du malade à son entourage, la responsabilité du médecin déborde l’individu malade, pour s’étendre à la collectivité qu’il doit protéger contre la contamination. Aussi est-il évident que si la déclaration obligatoire était un élément indispensable dans la lutte antituberculeuse, le corps médical cesserait d’y faire opposition. Mais est-ce le cas? C’est ce que nous allons maintenant envisager.
- 20 La déclaration obligatoire est-elle indispensable dans Vorganisation de la lutte antituberculeuse ?
- Il est incontestable que nous ne connaîtrons l’importance exacte du péril tuberculeux que lorsque nous aurons des précisions, non seulement sur le nombre des décès par tuberculose, mais aussi sur le nombre des malades tuberculeux. De même, il n’est pas moins important de connaître de façon exacte les principaux foyers où sévit surtout la tuberculose. Pour lutter contre un mal, il faut d’abord connaître son étendue, et savoir où il se trouve. Or nous ne pouvons être fixés sur ce point capital que par la déclaration obligatoire. Telle est l’opinion du Dr Sergent, défendue également par le professeur F. Bezançon, à l’Académie de Médecine.
- A quoi les adversaires de la déclaration répondent qu’on sait parfaitement où sont les foyers de tuberculose : ce sont les agglomérations malsaines, c’est le taudis encombré où règne l’alcool. Qu’on lutte donc d’abord contre l’alcoolisme et le taudis, qui sont les principaux facteurs d’éclosion et de dissémination de la tuberculose.
- Dans l’état actuel des choses, qu’apportera la déclaration de, la tuberculose? Pour le malade riche, elle ne changera rien, il continuera à se soigner à sa guise. Pour le malade pauvre, que pourra faire le médecin, après avoir déclaré le cas, sinon adresser le malade à l’hôpital.
- L’hôpital ! Le Dr de Massary, à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, a fort éloquemment, exposé sa
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- lamentable insuffisance actuelle dans le traitement des tuberculeux qui viennent y réclamer des soins. Les médecins, faute de place, ne peuvent que renvoyer à leur taudis les malades encore valides, en leur laissant entrevoir qu’on les admettra plus tard, quand ils seront devenus des incurables. Et dans quelles conditions y seront-ils soignés ? Dans des salles encombrées, pêle-mêle avec d’autres malades non tuberculeux qui risquent de s’y contaminer. Et c’est dans cet état de choses pitoyable qu’on parle de dépister tous les tuberculeux pour les isoler et les traiter ! Qu’on commence donc par créer de nombreux hôpitaux pour tuberculeux, qu’on crée une organisation antituberculeuse puissante, et alors peut-être pourra-t-on parler de déclaration obligatoire.
- Pour le moment, la déclaration ne serait qu’une mesure irrationnelle, vexatoire et inutile, puisqu’il nous serait impossible de la faire suivre d’une sanction pratique efficace, c’est-à-dire de l’isolement et du traitement de tous les tuberculeux contagieux, en même temps que de l’assistance à leurs familles. Instituer en ce moment la déclaration obligatoire, ce serait, dit le D1 Béclère, la charrue devant les bœufs.
- Les partisans de la déclaration font valoir que l’organisation antituberculeuse va pouvoir utiliser les nombreuses formations sanitaires créées par le Service de Santé militaire pendant la guerre. A quoi le Dr de Massary répond que ces formations militaires furent déjà insuffisantes pour l’armée, milieu sélectionné, d’où les conseils de révision éloignent autant que possible les malingres et les malades.. Or, le milieu civil est, pour ainsi dire, sélectionné à rebours, puisqu’on y fait refluer tous les déchets et les malades de l’armée. Aussi l’œuvre antituberculeuse organisée pour l’armée, si louable soit-elle, ne devient-elle, appliquée à la population civile, qu'un jouet d’enfant, bien disproportionné au nombre considérable des tuberculeux auxquels il faudra s’adresser.
- Le seul argument scientifique, dit le professeur Chauffard, peut être fourni par l’expérience. Or, l’expérience tirée des pays étrangers fournit-elle des arguments en faveur de la déclaration ?
- La déclaration obligatoire joue depuis longtemps dans certains Etats américains. Dans l’Etat de New York elle a donné depuis 1894, des résultats considérables, et dans ce seul Etat 6000 décès par an dus à la tuberculose ont été évités, si l’on s’en rapporte à certaines statistiques américaines.
- Un tel argument semble de valeur considérable. Mais les adversaires de la déclaration répondent que, sans parler des réserves qu’il y a lieu de faire à propos de toute statistique, la diminution de la mortalité par tuberculose est certainement due, en pareil cas, non pas à la déclaration obligatoire, mais à toute l’organisation antituberculeuse qui a été instituée en même temps qu’elle.
- Le projet de loi, dit-on encore, prévoit à la fois la déclaration obligatoire et divers moyens de lutte antituberculeuse. Si l’on repousse la déclaration, on risque de faire échouer l’ensemble du projet. Or, la déclaration obligatoire, en montrant aux pouvoirs publics l’immensité du mal, les contraindra à s’engager plus à fond dans l’organisation des moyens de lutte antituberculeuse. A quoi les adversaires de la déclaration répondent qu’en Angleterre, la lutte antituberculeuse a commencé sans la déclaration, et qu’il n’y a pas de raison pour ne pas commencer en France de la même façon. Nous ne connaissons que trop l’extension du mal, puisqu’on évalue le nombre des tuberculeux en France à 5oo 000; il n’y a qu’à engager la lutte en conséquence.
- 3° La déclaration obligatoire, si elle est instituée, sera-t-elle opérante ?
- Oui, disent ses partisans : et ils se basent sur ce qui se passe en Amérique et en Angleterre. Dans ces pays aussi, les médecins praticiens ont, au début, fait une opposition considérable à la déclaration, puis, ils ont fini par céder ; aujourd’hui, ils voient en elle une véritable sauvegarde, et il n’y a plus contre elle la moindre opposition.
- Non, répondent les adversaires de la déclaration, en se basant sur la non-observation en France de toutes les prescriptions de ce genre. Nous avons bien la déclaration obligatoire des maladies contagieuses, mais comment joue-t-elle, et quelles sont ses sanctions pratiques,
- alors que dans certains pays voisins, les contagieux sont isolés d’office. Nous avons la loi sur l’instruction obligatoire : est-il beaucoup de pays où l’on compte parmi les recrues plus d’illettrés? C’est en France qu’ont été faites les principales découvertes sur la rage : or, alors que la rage est inconnue en Angleterre, elle pullule en France, parce que chez nous les ordonnances de police sont lettres mortes. Aussi, affirme le D1 Béclère, si la déclaration obligatoire de la tuberculose est votée ce sera une obligation de plus, qui ne jouera que sur le papier.
- Ainsi, sur tous les points de la question, partisans et adversaires de la déclaration obligatoire, fournissent-ils des arguments solides. A côté des deux opinions extrêmes, le professeur Carnot propose une ligne de conduite transactionnelle, avec la déclaration facultative.
- La déclaration obligatoire, dit-il, ne pourra être exigée que du jour où elle sera suivie, pour chaque cas déclaré, de toutes mesures d’assistance et de protection nécessaires. Or, la déclaration obligatoire mettrait actuellement à la charge des Pouvoirs publics un nombre de tuberculeux absolument disproportionné avec les ressources de l’organisation antituberculeuse. Qu’on s’attache donc à développer d abord notre armément antituberculeux, et que pendant toute cette période, on se contente de la déclaration volontaire et facultative (sans la contrainte qui répugne tant au caractère français), étant bien entendu que cette déclaration entraînerait pour tous les tuberculeux indigents le droit au traitement et à l’assistance à la famille. Ce n’est que dans une étape ultérieure, quand l’armement antituberculeux sera au point, que la question de la déclaration obligatoire pourra être utilement discutée, parce qu’alors chaque déclaration pourra être suivie des sanctions nécessaires, sans lesquelles elle est totalement superflue.
- Tels sont les principaux arguments mis en avant dans les milieux autorisés pour ou contre la déclaration obligatoire. Mais s’il y a divergence entre les médecins sur l’opportunité de cette mesure, par contre, il y a unanimité pour proclamer la nécessité d’organiser la lutte contre l’extension du péril tuberculeux.
- Il est urgent de réaliser Visolement des tuberculeux dans les hôpitaux, et de créer pour eux des services spéciaux : l’état des choses dans les hôpitaux de Paris est à ce point de vue particulièrement lamentable, il est véritablement scandaleux, et l’on doit y porter remède sans délai.
- De même, il y a lieu.de multiplier les sanatoriums, dispensaires et autres organismes antituberculeux.
- Il faut entreprendre Y éducation antituberculeuse méthodiquement, afin d’apprendre à tous les causes de la dissémination du mal et les moyens de l’enrayer.
- La contamination est particulièrement redoutable au foyer du tuberculeux pour les enfants ; il faut pour ces enfants ainsi menacés, développer en grand les œuvres de préservation (placements à la campagne, colonies agricoles, etc.).
- Il faut lutter, surtout dans les villes, contre la mauvaise hygiène et le taudis, par des mesures d’assainissement et d’expropriation des logements insalubres, et par la création d’immeubles ouvriers et de cités ouvrières bien comprises.
- Il faut que, laissant de côté toute considération d’ordre électoral, les Pouvoirs publics se décident à lutter contre Valcoolisme.
- Enfin, il y a lieu d’étudier les moyens d’assistance non seulement aux tuberculeux écartés de leur travail, mais à leurs familles privées de leurs moyens d’existence.
- La lutte contre la tuberculose est particulièrement urgente dans les grandes administrations, dans les grandes industries, dans les ateliers où les patrons ont le devoir de protéger leurs agents sains contre la contamination provenant des malades. Ici, l’élimination du tuberculeux s’impose, comme dans les écoles devrait s’imposer l’élimination du maître tuberculeux qui risque de contaminer tous ses élèves. Or, que va devenir cet employé ou cet ouvrier tuberculeux privé de son gagne-pain? II est de toute urgence d’étudier pour les cas de ce genre une loi d’assurance contre la maladie, qui sera le pendant de la loi contre les accidents du travail et rendra possible au médecin sa lourde tâche dans la /lutte contre la tuberculose dans les collectivités.
- Tels sont quelques-uns des aspects de cette vaste
- question, que nous n’avons pu qu'effleurer ici, C’est ira
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- problème social complexe qui se pose actuellement de façon urgente ; les Pouvoirs publics doivent l’aborder sans délai et dans toute son ampleur, car il s’agit pour le pays d’une- question vitale. Le fléau tuberculeux, dit le professeur Vincent, est un fléau plus terrible que la guerre, parce qu’il sévit de façon permanente, et contre lequel aussi doit se réaliser l’union sacrée.
- Les mesures d’hygiène sociale ont jusqu’ici été reléguées en France au second plan, et nous devons à ce fait regrettable une extension particulièrement grande
- du fléau tuberculeux. « La France, patrie de la bactériologie, est aussi celle des bactéries, écrivait récemment un auteur américain. La science règne dans les laboratoires, les écoles, les hôpitaux; elle ne s’est jamais popularisée. » Il faut que cet état de choses disparaisse et que les découvertes des savants et des hygiénistes français cessent de ne profiter qu’aux nations étrangères, pour produire enfin leurs fruits dans le pays qui les a vues naître et aurait dû être le premier à en bénéficier.
- Dr Lucien Rivet.
- BOITE AUX LETTRES
- QttL
- Question à nos lecteurs. — Un de nos abonnés de Meurthe-et-Moselle nous demande ce qu’il peut faire d’un fourneau d’alambic en tôle d’ancien modèle du poids de 5o kg et d’un grand nombre de boîtes en fer-blanc ayant contenu du lait concentré, des sardines et d’autres produits alimentaires ?
- Communications.—Remède aux bruits dans les canalisations d'eau d'appartement. — M. L. Mignard, 168, faubourg Saint-Antoine, Paris, nous écrit : Tes coups de bélier si désagréables dans les habitations parisiennes ont pour causes générales : i° la mauvaise construction de certains robinets; 2° la défectuosité due à l’usure de ces mêmes appareils.
- En conséquence, le ou les remèdes consistent à remplacer le ou les appareils de mauvaise fabrication ou bien réparer celui ou ceux qui peuvent être devenus défectueux par l’usage. C’est le remède radical.
- Dans le cas où tous les robinets d’un immeuble seraient défectueux et pour éviter la dépense actuellement fort élevée due à leur remplacement, on peut atténuer le bruit causé par les coups de bélier en plaçant, en tête des colonnes, des appareils dénommés anti-bélier dont les modèles sont nombreux dans le commerce ; je considère la marque Bine comme l’une des meilleures.
- D’ailleurs tout bon entrepreneur de plomberie vous renseignera sur cette question comme je le fais moi-même du reste, l’intervention d’un entrepreneur de plomberie est indispensable pour rechercher la *cause et y remédier.
- Sur le même sujet, M. Bruyant, à Ay (Marne), nous écrit : il y a 2 sortes de bruits :
- i° Celui produit par les coups de bélier à la fermeture des robinets d’eau ;
- a0 Celui produit par la trépidation des robinets pendant l’écoulement de l’eau.
- Pouç empêcher le premier de ces bruits, M. Bruyant fabrique l’anti-bélier pneumatique (Voir La. Nature, n° 2016, i3 janvier 1912. Scieuce appliquée, p. 5a).
- Pour empêcher le second, le moyen préconisé par M.'Bruyant consiste à abattre les arêtes vives des disques en caoutchouc des robinets sur tout le pourtour de la partie qui dépasse les porte-caoutchouc, afin de leur donner une forme conique.
- M. Duval, de Belfort, écrit : On peut parvenir à atténuer, sinon à supprimer l’effet sonore du coup de bélier, en réduisant l’arrivée de l’eau par la manœuvre, soit du robinet principal, soit d’un robinet intermédiaire, mais placé dans la partie inférieure de l’immeuble.
- Le « coup de bélier » paraît dû au brusque retour de pression du liquide dont le mouvement ascensionnel est arrêté et refoulé après fermeture du robinet. Il semble donc qu’en réduisant la rapidité et le volume d’arrivée de l’eau dans le tuyau, on diminue la force de choc des molécules liquides ascendantes avec les molécules descendantes. Evidemment, il ne s’agit pas de réduire la pression qui reste toujours la même dans la colonne tant qu’il y a un écoulement et une communication dans les deux parties de la canalisation séparées par le robinet à manœuvrer, mais en quelque sorte de la régulariser, de l’atténuer, précisément au moment où deux forces contraires entrent en action pour augmenter sur un point cette pression.
- Peut-être pourrait-on arriver au même résultat par l’adjonction à la colonne et parallèlement à celle-ci, d’un tuyau vertical d’assez forte section, à étrangle-
- ment, fermé à son extrémité supérieure et rempli d’air qui, en se comprimant au moment du coup de bélier, atténuerait l’effet produit? ^c’est le dispositif employé dans les appareils dits anti-bélier).
- Dans le même ordre d’idées, serait-il déplacé de penser que le trop fameux et énigmatique « appendice intestinal » n’est qu’une application de cette théorie?... Mais au moins, dans le cas qui nous occupe, l’appendice de plomb n’en aurait pas les inconvénients.... »
- M. Descombes, de Nice, nous indique un dispositif pratique qui n’exige pas d’appareils spéciaux.
- Pour supprimer le bruit du coup de bélier dans la canalisation d’eau, on peut employer le dispositif suivant :
- On fait adapter un robinet supplémentaire, de diamètre intérieur suffisant (environ 1 cpi) à la canalisation.
- On le met en communication au moyen d’un tube de caoutchouc avec une bouteille renversée. Ce tube de caoutchouc s’adapte par une extrémité au robinet, par l’autre à un tube de verre ou mieux de métal traversant le bouchon de la bouteille. On ouvre le robinet. Voici ce qui se passe : l’eau de la canalisation comprime l’air de la bouteille. Quand on tire de l’eau au robinet ordinaire, il se produit une diminution de pression. Le volume de l’air de la bouteille augmente. A la fermeture du robinet ordinaire qui amène le coup de bélier, l’eau se précipite dans la bouteille, dont elle comprime l’air. Le coup de bélier est ainsi supprimé, pourvu que le diamètre intérieur de la communication avec la bouteille soit suffisant. Cette installation doit être faite solidement, puisque le robinet supplémentaire doit rester ouvert. D’autre part, il est bon de pouvoir séparer facilement la bouteille pour la remplir d’air de temps en temps, parce que celui qu’elle contient se dissolvant est peu à peu entraîné. Le mieux est de faire mettre le robinet supplémentaire renversé en faisant fixer à son extrémité un joint à vis comme on en trouve chez les plombiers. Cela permet en même temps de supprimer le caoutchouc et de raccourcir la communication avec la bouteille, ce qui favorise le résultat cherché.
- Comment faire sécher rapidement le plâtre. — M. Michel, de Châtillon-sur-Loire, nous écrit en réponse à la question que nous avions posée.
- Le plâtre a pour formule S04Cai/2H20; sous l’action de l’eau qu’on lui ajoute il s’hydrate et régénère le gypse S04Ca2ÏÏ20.
- Mais comme l’eau qu’on lui fournit est en plus grande quantité que la molécule et demie dont il s’empare, il faut pour assurer un séchage rapide lui enlever l’eau qui est en surplus.
- Par conséquent un corps avide d’eau n’altérant ni la couleur, ni les propriétés physiques du plâtre, d’un prix modique pour pouvoir entrer facilement dans la pratique, doit être employé.
- Le talc, silicate de magnésie naturel, remplit toutes ces conditions, il suffira donc d’en passer une en plusieurs couches successives sur les murs ou plafonds fraîchement enduits.
- Réponses. — M. O. L. — La force ascensionnelle théorique de 1 m3 d’hélium est de 1 kg n3. Celle de 1 m3 d’hydrogène est de 1 kg 203.
- D* M., à Préverenges (Suisse). — La bibliographie relative au Soya ou Soja est, à ce jour, assez considérable. Notre collaborateur M. Henri Blin a parlé, ici, du Soja ou Fève de Mandchourie (Voÿ. La Nature, n° du 2 avril 1910). Si vous désirez faire une étude très
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- détaillée de la plante et de ses utilisations nombreuses, voici les publications susceptibles de vous intéresser, le choix dépendant de votre objectif : Le Soja. Sa culture, ses usages alimentaires, thérapeutiques, agricoles et industriels, par Li-Yu-Ying et L. Grandvoinnet, i vol. (avec dessins, photos et planches), 1912; 6 fr. 5o (Challamel, éditeur, 17, rue Jacob, Paris, 6°). Voir, en outre, les notices publiées dans les numéros suivants de la revue L’Agriculture pratique des pays chauds (même éditeur) : Le Soja, sa culture, son avenir (ltié), n°s 82, 83, 84, 85, 93, 94. .— Notes sur le Soja, n° 89; Analyses de Soja, nos 92, 93; quelques variétés de Soja (Durand), n° 98 ; Analyse de soja tunisien, n° 113 ; Soja du Cambodge, n° 116 (chaque n° : 2 fr. 5o). Le Soya, sa composition chimique, ses variétés, sa culture, ses usages, par Paillieux, 1 vol. 3 fr. (Librairie agricole, 26, rue Jacob, Paris, 6e). Dans le Journal d’Agriculture pratique (même éditeur), de nombreux articles sur le soja et tout ce qui a trait à cette plante (utilisations variées, etc.) ont été publiés depuis bien des années; il est indiqué de compulser ces diverses études spéciales; nous signalons, notamment, la poudre de Soja dans Valimentation du bétail (Henri Blin), n° du 17 novembre 1910; et du même auteur : Les Utilisations alimentaires du Soja, dans la revue, N Alimentation moderne et les industries annexes, n° 6, de mars 1919 (25, rue Lauriston, Paris, 160). Enfin, il est utile de savoir que, sur l’initiative de M. Li-Yu-Ying, auteur précité, a été créée, avant la guerre, à Les Vallées, près Paris, une usine dite de la « caséosojaïne », pour l’industrialisation et les utilisations des produits et sous-produits du soja.
- M. Y. A. S.,- à Carcassonne. — i° Ouvrages techniques sur l’extraction de l’huile de graines oléagineuses : Fabrication et raffinage des huiles végétales, par J. Fritsch. 1 vol. i/jfr. 73, librairie agricole, 26, rue Jacob, Paris, 6e; VHuilerie et la Fabrication moderne, par Soiron, même adresse ; Manuel du Fabricant et Epurateur d'huiles végétales et animales, par N. Chrys-sochoïdès, 1 vol. 8fp. 40, Encyclopédie Roret, Mulo, éditeur, 12, rue Hautefeuille, Paris, 6e; les Huiles, graisses et cires ; Technologie, méthode de préparation, de raffinage et d’examen, tome II, par E. Boutoux,
- 1 r vol. 36 fr. Dunod et Pinat, éditeurs, 4/j quai des Grands-Augustins, Paris, 6°; Huilerie agricole, par P. d’Aygalliers. 1 vol. 1 fr. 10. Hachette, 79, boul. Saint-Germain, Paris, 6e; Plantes oléagineuses des pays chauds : Huiles et Tourteaux, par Bœry, 1 vol. 2 fr. 5o, Le Vasseur, 33, rue de Fleurus, Paris, 6°; 2° Pour le matériel d’huilerie, consulter l’ouvrage, Le matériel agricole à VExposition universelle de 1900, par Max Ringelmann. 1 vol. i4fr. 75, Dunod et Pinat, éditeurs. Pour le même objet, et pour devis d’installation, voici des adresses de firmes spécialisées en cette partie : Abel Pifre,. i74, rue de Courcelles, Paris, 17e ; Edouard Bataille, 11, avenue de Malakoff, Paris, 16e; M. de Mauvert, ingénieur, 49, rue des Vinaigriers (Imprimerie Cillard), Paris, 10e; Meunier et Chauvet, constructeurs, Pont d’Arenc, Marseille; Th. Roux, 16, rue Gérin, Marseille ; Lobin, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) ; Victor Coq, même adresse ; Laurent et |Collot, à Dijon.
- M. Chateau, à Paris. — Le mieux et t que vous vous adressiez à M. le Commandant Celleriez~, directeur du Laboratoire d’Essais du Conservatoire national des Arts et Métiers, rue Saint-Martin, Pans.
- M. Maxime, à Versailles. — Nous avons vu fonctionner l’appareil en question qui paraît intéressant. Nous comptons le décrire prochainement dans la Science appliquée. 1
- M. R. • Chevallier, à Nancy. — La Nature n’a pas rendu compte de cette communication d’un caractère technique, difficile à résumer. Elle a paru dans le numéro des Comptes rendus de l’Académie des Sciences du 24 mars 1919, Gauthier-Villars, éditeur, 53, quai des Grands-Augustins, Paris.
- D' C. Mangue. — Les martres Deveyre. — Le carton qui sert à fabriquer les poupées grossières, vulgairement appelées « poupards », est obtenu en cuisant simplement une pâte faite en délayant dans l’eau de la pulpe de pomme de terre, la cellulose restante qui provient du parenchyme, suffit à donner de la résistance. Quant aux bonshommes moulés sous forme de figurines, on les obtient en délayant de la sciure de bois dans une colle forte légère dont l’expérience apprend à régler la consistance. Bien entendu les moules doivent être saupoudrés de sciure également pour faciliter le démoulage.
- BIBLIOGRAPHIE
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- Les applications de la physique pendant la guerre, par II. Vigneron, i vol. 324 pages, 224 figures. Masson et C'“, éditeurs, Paris, 1919. Prix : q francs.
- Pour résoudre les innombrables problèmes techniques de la guerre, il a fallu faire appel à toutes les ressources de la science et à tous les efforts de nos savants. Jamais sans doute pareil labeur intellectuel n’a été accumulé en vue d’applications pratiques. M. Vigneron expose dans un langage clair, attachant et à la portée de tous un certain nombre des applications nouvelles que la science physique a rencontrées. Que l’on ne. croie pas que ce livre n’offre plus qu’un intérêt rétrospectif et historique ; les recherches accumulées en vue de la guerre par l’élite de nos savants et de nos ingénieurs constituent une mine qui sera fructueusement exploitée pour les nouvelles œuvres de paix qui nous attendent : les problèmes de la navigation aérienne ou sous-marine, les procédés nouveaux de photographie et de topographie, l’étude physique des explosifs, proche parente de celle des combustibles pour moteurs, le gyroscope, la télégraphie sans fil, les rayons N, pour ne citer que quelques-unes des questions traitées dans ce livre gardent aujourd’hui comme hier un puissant intérêt d’actualité.
- La théorie atomique, par Sir J.-J. Thomson ; traduit de l’anglais par M. Charles Moureu. 1 brochure, p. ; Gauthier-Villars et C10. Paris. Prix ; 4 fr. 80.
- Vendue au profit de la Croix-Rouge belge, cette petite brochure est d’un intérêt passionnant. Elle résume nos vues actuelles sur la constitution de la matière et la structure des atomes, auxquelles les travaux de J.-J. Thomson ont apporté une brillante contribution.
- La surchauffe de la vapeur, ses avantages, 20 édition.
- 1 vol. in-8, 98 p,, 65 fi g. Le Mois scientifique et industriel, Paris. Prix : 2 fr. 75 -f- 20 pour 100.
- Schémas et règles pratiques de bobinage des machines électriques, par F. Torices et A. Curciiod. In-8 de 128 p., avec 38 pl. de schémas. Dunod et Pinat, Paris. Prix : 5 fr. 40.
- Sur la route, par le Dr Bommier. Recueil de tous les principes utiles aux conducteurs d’automobiles, suivis des. textes législatifs en vigueur. 2e édition. 1 vol. illustré, 268 pages. Dunod et Pinat, Paris. 1919.
- Ouvrage de bon conseil, qui donne au conducteur d’auto, les connaissances nécessaires pour respecter à la fois, sa machine, ses voyageurs, la route et les règlements. Lecture à recommander à tous ceux qui pratiquent le tourisme automobile.
- A century of Science in America, vit h spécial reference to the American Journal of Science, 1818-1918, par E. Dana, i vol. in-8, 458 p., 22 portraits; Yale Uni-versity Press. Prix -, $ 4.
- Six jnois en lorraine, par M. Garé de Cjiampvert, 1 vol. in-12, ii3 p. Berger-Levrault. Paris. Prix ,net ; 3 fr. 3o.
- 9
- Nos marins en guerre, morceaux choisis par le capB taine II. Bornecque et le lieutenant Germain Drouilly. ' Préface de Jean Richepin. Berger-Levrault. 1 vol. in-r6, 161 p. Paris. Prix : 3 francs.
- Le procédé à l'huile en photographie, par C. Duvivier. 1 vol. in-4, 76 p., 2 pl., Lamertin, Bruxelles.
- Prix : 6 francs.
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- LA NATURE
- Supplément.
- K
- INFORMATIONS
- N” 2360
- 14 Juin 1919
- La traversée de l’Atlantique en avion. — Le hardi pilote australien Ilawker et son passager Grieve, sur le sort desquels on avait les plus vives inquiétudes, à la suite de leur tentative de traversée transatlantique, le 18 mai entre Terre-Neuve et l’Islande, ont été fort heu-reusement sauvés ; forcés d’amerrir par suite d’une panne de moteur, ils ont pu être recueillis par un vapeur danois, le Mary, et débarqués le 25 mai en Ecosse, au moment où, après des recherches infructueuses, les autorités anglaises les considéraient comme définitivement perdus.
- D autre part, l’hydravion américain N C4. piloté par le lieutenant Bead, qui avait réussi les 16 et 17 mai la traversée Terre-Neuve—Açores, immobilisé plusieurs jours aux Açores par suite du mauvais temps, a repris son vol le 27 mai à 9 heures du matin pour atterrir à Lisbonne à 20 heures. Il est intéressant de rappeler les étapes de ce premier voyage aérien du Nouveau à l’Ancien Continent :
- 8 mai. Départ de Nçw York. Arrêt à Chatham-Har-
- bour.
- 9 mai. Départ de Chatham-IIarbour. Arrivée à Hali-
- fax.
- 10 mai. Départ de Halifax. Arrivée à Terre-Neuve.
- i5 mai. Traversée de Terre-Neuve. Arrivée à la baie
- des Trépassés.
- x6 mai. Départ de la baie des Trépassés à 16 heures.
- 17 mai. Arrivée aux Açores à 8 heures.
- 27 mai. Départ des Açores. Arrivée à Lisbonne.
- Paris-Rabat en avion sans escale. — Le lieutenant Roget et le capitaine Coli ont accompli le 24 mai, en avion, le voyage Paris-Rabat, soit 1900 km sans escale, en 11 h. 5o min., c’est-à-dire à la vitesse moyenne de 185 km à l’heure. L’itinéraire suivi fut : Paris-Tours-Bordeaux-Sain t-Sébastien-Madrid-Cadix-Larache. Aucun incident au cours du voyage ; mais à l’atterrissage, l’appareil capota et se brisa. Le lieutenant Roget est sorti indemne de l’accident, le capitaine Coli n’a que quelques contusions sans gravité. Ce magnifique raid fait le plus grand honneur aux pilotes et au matériel français : l’appareil est un Breguet, muni d’un moteur Reuaut de doo chevaux. Sa performance est presque égale à celle des appareils américains qui viennent de réussir la traversée de l’Atlantique. La distance de Terre-Neuve aux Açores est en effet de 2000 km. L’ère des grands voyages aériens s’ouvre, pleine de promesses.
- Les routes aériennes anglaises. — Le Times publie, d’après les déclarations du Ministre de l’Air britannique, le plan d’organisation de l’aviation civile et militaire anglaise. Provisoirement, et jusqu’à ce que l’expérience ait montré les corrections à y apporter, on s’est .arrêté au programme suivant : des 807 aérodromes ou terrains d’atterrissage existant dans les Iles Britanniques à la fin des hostilités, 116 ont déjà été supprimés; 100 autres seront conservés pour la Royal Air Force; 120 autres restent à la disposition des sociétés ou maisons qui pourront les acquérir bientôt et les utiliser pour l’aviation civile.
- Dès maintenant, 8 grandes routes ont été fixées à partir de l’aérodrome central de Hounslo#, dans la banlieue de Londres : i° Londres-Ecosse par Wyton, Harlaxton, Carlton près Lincoln, Doncaster, Gopman-thorpe près York, Catterick, Newcastle, Turnhouse près Edinburgh et Renfrew près Glasgow ; 20 Londres-Dublin par Witney près Oxford, Castle Bromwich près Birmingham, North Shotwick près Chester et Baldomel près Dublin; 3° Londres-Belfast par Hucknall près Nottingham, Didsbury près Manchester, Scale Hall, Luce Bay et Aldergrove ; 4° Londres-France par Lympne près de Douvres; 5° Londres-Hqllande par Iladleigh près . Ipswich; 6° Londres-Norvège qui quitte la ligne d’Ecosse à Carlton et survole la mer à partir de New Holland près llull; 70 Londres-Plymouth par Eastleigh-Southampton et Cattewater près Plymouth ; 8" Londres-Bristol qui aboutit à l’aérodrome de Filton. Chaque
- aérodrome en service sera pourvu d’essence, de hangars et aura ses mécaniciens prêts à porter aide.
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- Il est à désirer que la France fasse connaître bientôt, elle aussi, l’organisation aérienne qu’elle prépare.
- La photographie aérienne au service de l’archéologie, — Le lieutenant-colonel G.-A. Beazeley donne dans le Geographical Journal un intéressant exemple du concours que la photographie en avion peut apporter à l’archéologie. Chargé de reconnaissances aériennes en Mésopotamie, au-dessus des territoires encore occupés parles Turcs, il put prendre aux environs de Samarra une série de clichés qui montrent nettement les restes d’une ancienne cité s’étendant ati bord du Tigre, sur 20 milles de long et 2,5 de large, ville immense ayant pu abriter une population de 4 millions d’habitants. Cette cité, méconnaissable quand on la voit de terre, puisqu’elle n’est plus indiquée que par des monticules épars, n’était connue que par la découverte de quelques médailles et poteries. Sur les photographies aériennes, elle apparaît nettement dans son plan, avec ses fortifications, ses canaux d’irrigation, ses rues. La chute de l’aéroplane dans les lignes ennemies et la capture de scs passagers ne permit pas au colonel Beazeley de poursuivre ses recherches, mais les dessins qu’il a tirés de ses photographies serviaientaisément à une expédition archéologique pour reconnaître sur le terrain remplacement de la ville et y pratiquer des fouilles fructueuses.
- Le rapatriement de l’armée américaine. — Le
- transport des troupes américaines en France en 1918 a constitué un magnifique effort naval qui n’a pas peu contribué à la victoire des Alliés. Aujourd’hui, sa tâche accomplie, la plus grande partie de l’armée des Etats-Unis regagne la mère-patrie. Ce retour s’effectue gvec une rapiditésans précédent dans les annales maritimes. Les embarquements s’effectuent dans les ports de Brest, Saint-Nazaire et Bordeaux. En une seule semaine, 125 000 hommes ont été rapatriés, c’est le record de la navigation transatlantique. 1
- Il lut même une journée au cours de laquelle 37 000 hommes furent embarqués. Sur les 2 millions d’hommes qui formaient l’armée de nos alliés à la signature de l’armistice, il n’en reste plus actuellement que 700000 en, Europe.
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- INFORMATIONS
- Les pluies de l’Esterel. — La période pluvieuse que nous traversons depuis la guerre n’a pas été générale ; notamment elle ne semble pas avoir atteint le littoral méditerranéen, puisque les observations du poste forestier de Troyon, au pluviomètre installé par M. Poirault, directeur du Jardin Thuret, à Antibes, ont
- donné :
- 1914......................1267 mm 8
- I91^...................... 943 mm 6
- 19*6-.....................1223 mm 8
- *9J7...................... 993 mm 1
- ...................... 77.r mm 5
- Moyenne des 5 années ... io38 mm
- Pensera-t-on que la Côte d’Àzur se trouvait trop éloignée des champs de bataille, ou en conclura-t-on que la loi de Brlickner (voy. La Nature, n" a353) est fausse ? Le relevé des observations de toutes les stations météorologiques, quand il sera publié, nous permettra d’élucider définitivement ces questions.
- L’agriculture en Macédoine. — Le Bulletin des renseignements de l’Institut international d'Agriculture publie 1 exposé suivant de la situation agricole en Macédoine, d’après une étude de M. W. B. Turrill parue dans le Bulletin d’Information du Jardin Royal bota-/ nique de Kew.
- L’agriculture n’est actuellement pratiquée que sur des superficies restreintes et à l’aide de moyens primitifs. On ne fait presque pas d’assolements, mais on laisse souvent le terrain en jachère pendant plusieurs années, et le seul aménagement du sol communément pratiqué consiste à le faire piétiner par les moutons au printemps et en automne. La terre est défrichée à l’aide d’une charrue en bois à un seul mancheron, faite ordinairement d’un seul tronc d’arbre et tirée par une paire de bœufs ou de buffles. Les semailles se font en pratiquant un trou pour chaque graine à l’aide du gros orteil, ou bien on se contente d’épandre les graines sur 1 éteule et de les enfouir par le labour. Le sol de beaucoup de vallées et de plaines est très fertile. Les récoltes se font à la main et le battage a lieu de la façon suivante : les gerbes déliées sont piétinées sur une aire en terre battue par les animaux (boeufs, vaches, mulets, jeunes chevaux), qui traînent souvent un tronc d’arbre en guise de rouleau compresseur, ou une pièce de bois horizontale légèrement relevée par devant en forme de traîneau, et sur laquelle sont assis un homme ou plusieurs enfants. Pour le vannage, on se contente de remuer la paille et les graines à l’aide de fourches ou de pelles en bois. Les principales céréales cultivées sont le blé (variétés barbues et variétés sans barbes), le maïs, l’orge et l’avoine.
- La culture du tabac est importante et étendue dans la plupart des provinces. Les feuilles récoltées sont enfilées et suspendues sous le toit des maisons et des granges pour y sécher. On a cultivé le cotonnier dans la vallée de la Struma et ailleurs, et le pavot aux environs de Langaza. La viticulture, qui s’est développée dans la vallée de la Struma, affecte plusieurs variétés à la production de vin et à celle des raisins secs. L’arboriculture fruitière pourrait être rendue lucrative par 1 importation de bonnes variétés et la création de bons débouchés. La plupart des variétés que l’on y cultive sont petites et ne sont que peu éloignées du type sauvage. On peut récolter en juin, dans les environs des villages, des cerises délicieuses (rouges, blanches et noires) en abondance. En juillet, les prunes, les poires et les pêches de diverses variétés arrivent à maturité, ainsi qu’une petite variété d’abricot et le mûrier blanc. Plus tard mûrissent les coings, les grenades, les raisins et les figues ;les pastèques s’y développent dans d’excellentes conditions.
- La Macédoine n’a pas de forêts. La rareté des essences s’observe presque partout, notamment dans les alentours de Salonique, qui sont complètement dépourvus de végétation, à l’exception de quelques arbustes de Quercus coccifera et de maigres herbages. A l’intérieur du pays, on trouve quelques arbres, mais presque toujours isolés ou en petits groupes, que l’on peut rarement appeler des bois. Quercus conferta semble être 1 essence employée le plus fréquemment comme bois de construction dans l’intérieur du pays. Dans la vallée de la Struma, les ormes atteignent un
- bon développement ainsi que les platanes, qui croissent isolés dans plusieurs provinces. La rareté relative d’essences est due probablement à des causes multiples. En premier lieu, les Turcs, dans leur lutte contre le brigandage et l’insurrection, ont brûlé ou détruit de nombreuses forêts dans les Balkans. Les habitants ont aussi consommé beaucoup de bois pour la construction de leurs maisons, charrues, chariots, etc., ainsi que pour le chauffage, et l’on ne procède à aucune régénération systématique. Les troupeaux de moutons et de chèvres errant dans les montagnes entravent la régénération naturelle en broutant les jeunes pousses; enfin la chaleur de l’été et les vents violents de l’hiver ne sont pas faits pour favoriser l’accroissement des essences.
- Les machines à écrire en France. — D’après un rapport de M. Japy, au Comité consultatif des Arts et Manufactures, la France en 1 g 13 produisait par an de 35oo à 4°oo machines à écrire et en consommait environ 20 000. La production mondiale était alors de 600000 machines dont 400000 pour les Etats-Unis, xooooo pour l’Allemagne, 25 000 pour l’Angleterre. Pendant la guerre, la production française s’est accrue et a atteint le chiffre de 7000 machines par an ; mais la demande a également augmenté et le chiffre des importations s’est maintenu sensiblement au taux d’avant-guerre.
- Un hôtel gigantesque à New York : le « Pennsylvania ». — Le flot prodigieux de voyageurs qui se déverse sur New York en toutes saisons y crée une demande de logements sans égale dans aucune autre ville du monde. On s’y rend par centaines de mille de tous les points du globe et chacun reste émerveillé par la somptuosité, le luxe et la modernité de ses nombreux hôtels. Le nouvel hôtel construit au cours de cette guerre, alors que les matériaux et la main-d’œuvre faisaient prime, est sans doute le plus grand du monde puisqu’il compte 2200 chambres et un nombre égal de salles de bain. Il fait face à la gare du chemin de fer de Pennsylvania sur la 7e avenue et s’étend de la 32° à la 33e rue. Il a 27 étages y compris les sous-sols. Sa façade est en retrait de manière à donner à cette partie de l’avenue une largeur légèrement supérieure à celle de la 5e avenue, la fameuse artère du luxe et de l’élégance de New 4;ork. On consentit au sacrifice de cette -bande de terrain malgré sa grande valeur afin de procurer plus d’ampleur aux abords de l’hôtel et delà gare et faire valoir l’architecture de la façade laquelle jusqu’au 4e étage est en harmonie avec la majesté massive du bâtiment qui lui fait face.
- Ces 4 étages contiennent les bureaux, vestibules, salles à manger, salles de café, salons, galeries, etc. Au-dessus, l’hôtel est divisé en quatre corps de bâtiment séparés par de larges espaces procurant l’air et la lumière nécessaires à toutes les chambres. Dans les six salles à manger, l’on peut servir 2 000 personnes à la carte, et 3000 à la fois en table d’hôte. La salle de bal est immense,.onpeut y installer à l’occasion d’unconcert 3 000 sièges et 2000 pour un banquet. Une galerie divisée en 56 loges en fait le tour. L’éclairage est indirect. La ventilation se fait au niveau des loges pour éviter les courants d’air. Les' évents sont auplafond. Un foyer latéral, aussi long que la salle, y donne accès par de nombreuses portes.
- Cette construction a nécessité plus de 6000000 de briques, 25oooo pieds cubes de tuiles, 100000 barils de ciment, 12000 tonnes d’acier, autant-de plâtre, une douzaine d ascenseurs et autant de monte-charge, plus de 5ooooo* pieds de gouttières et descentes, presque autant de tuyaux à eau, etc,
- Une innovation curieuse, nommée « servidor » y a été mise à l’essai.- C’est une sorte de petite armoire aménagée dans la porte de chaque chambre à coucher; on y dépose de l’intérieur, les effets d’habillement qu’un domestique retire silencieusement de l’extérieur. On les y retrouve peu après vernis en état : les vêtements brossés et pressés, les souliers cirés, etc. Tout le service sc fait de la sorte ; ce que l’on demande est placé dans le « servidor » et l’on en est immédiatement avisé par le dispositif avertisseur dont ladite porte est munie. G*âce à ce système ingénieux les visites trop fréquentes et souvent inopportunes des domestiques sont évitées. Sans que l’on soit aucunement dérangé, le « servidor » reçoit le journal tous les mâtins et l’eau glacée à toute heure.
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- Porte de poulailler à ouverture automatique. —
- La porte Kikeriki, d’origine américaine, se fixe par quelques clous à n importe quel poulailler dans le but de permettre aux volailles les sorties très matinales. C’est très avantageux parce que, lâchées dès l’aube, les
- Fig. i.
- Poite en place, fermée pour la nuit.
- Fig. 2.
- Porte ouverte à l’aube par les poules.
- poules peuvent picorer les vers et autres bestioles, bien plus aisément accessibles à ce moment que pendant le reste de la journée.
- La porte automatique se compose d’une plaque coulissant entre deux glissières. Un ressort tient la porte très haut, que l’on abaisse le soir en détendant le ressort jusqu’à ce que le bas de la plaque obturatrice vienne s’engager dans un déclic (fig. j). Ce déclic est commandé par une sorte de plat contenant quelques grains. Dès l'aube, lorsque par les perforations du volet, la lumière pénètre dans le poulailler, les volailles en se précipitant vers le jour picorent dans le plat qui oscille sous la moindre poussée, en lâchant la porte. Celle-ci remonte tout à coup (lîg. a) tirée par le ressort, et les poules, joyeuses, s’échappent.
- Ne comportant aucune poulie, aucun contrepoids, aucune pièce en bois, la porte Kikeriki est à la fois très solide et fort bon marché. On la vend en effet 6 francs à l’adresse suivante : American Sharples tubular Works, 16, passage des Soupirs, Paris, XXe.
- L arrache-rumex. — Les Rumex ou petite oseille sont des plantes herbacées, vivaces, quon rencontre souvent en abondance dans les terres dépourvues de calcaire; elles sont très envahissantes et épuisent forte-
- Fig. 3.
- La porte Kikeriki, isolée, pour montrer ses diverses parties ; en bas la mangeoire servant de décüc.
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- Fig. . — L’arrache-rumex.
- ment le sol, sans bénéfice puisqu’aucun animal n’y touche sauf le mouton. Aussi y a-t-il avantage à les détruire, notamment dans les cultures qu’elles appauvrissent rapidement. On a proposé le chaulage, seul ou précédé d’un dépôt de scories, qui a l’avantage d’amender la terre. La a\ie agricole et rurale recommande
- 1 arrachage des souches au moyen d’un instrument à fourche étroite, signalé par M. Martinet, qu’on peut faire construire par le forgeron ou le maréchal ferrant du village. On l’enfonce verticalement près du pied de Piumex à extraire, puis on fait basculer autour de la traverse comme point d’appui : on détache ainsi la souche prise entre les deux dents, d’un seul coup et entièrement, ce qui est nécessaire étant donné que les racines seules suffisent à reproduire la plante. Les pieds arrachés peuvent servir de fourrage pour les porcs, après lavage et cuisson.
- Piège pour rats et taupes. — Le Bulletin de la Société nationale d Acclimatation décrit un piège ima-ginépar M. Debreuil, remarquable par sa simplicité et sa facilité de construction. N’importe quel serrurier pourra le faire, au moyen de fil de fer laitonné de 3 millimètres, qu’il courbera comme l’indique la figure 5. Pour tendre ce piège, il suffit de prendre à pleine main la partie la plus large et de presser pour écarter les deux mâchoires de la pince qu’on tient ouverte en permanence au moyen d’un anneau à encoches latérales.
- Pour prendre des rats, on place l’anneau à 5 centimètres de l'extrémité des branches et on l’appâte avec une figue un peu dure, légèrement frottée d’essence d’a-nis qu’on fixe en travers de l’anneau; le piège est alors accroché dans l’angle d’un mur, la pince en bas à 18 centimètres environ au-dessus du sol. Pour des mulots, on place l’anneau à 3 centimètres du bout, l’on appâte de même et l’on pose le piège dans un trou. Pour des taupes, il est Fig. i inutile d’appâter ; on glisse l’anneau à 4 centimètres des branches recourbées et 1 on introduit le piège tendu dans une galerie, une pince en haut et I autre en bas, puis on rebouche soigneusement le trou de taupe qu’on a ouvert.
- , Une brouette à « gerber ». — Savez-vous ce que c est que gerberPNon, peut-être.... Eh bien, c’est pratiquer le genre de sport auquel s’adonnent les forts de la Halle, et qui consiste à mettre des sacs de grains, de farines, d engrais, les uns au-dessus des autres en formant des étages réguliers. Ces sacs pesant habituellement ioo ou i37 kg, il faut être un véritable athlète pour les manier ainsi. C’est pourquoi bien souvent le
- — Piège pour rats et taupes.
- Fig. G.
- Fig. 7.
- gerbage est fait par plusieurs ouvriers, un ou deux en bas et un en haut, lesquels y prennent encore pas mal de fatigue. 1
- Grâce à la brouette système Tliouviot, il est maintenant possible qu un ouvrier de force trll moyenne puisse gerber seul sans effort. L’appareil, assez complique, mais dont on comprendra facilement le fonctionnement au vu des phases de son emploi, se présente sous forme de deux longerons qui, tenus presque verticalement, sont approchés du sac à emporter (fig. 6). Le sac une fois attrapé, il suffit de culbuter en arrière les manches de la brouette pour déplier le châssis articulé caractérisant 1 appareil (fig. 7), un cadre portant de
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- SCIENCE APPLIQUÉE
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- petites roulettes glissant vers l’avant qui transforme l’équipage en une voiture à quatre roues facile à pousser vers le tas de sacs (fig. 8). Arrivé là, comme le sac véhiculé est à hauteur suffisante, il suffit pour le gerber
- de redresser l’extrémité convenable, ce qui peut être fait aisément grâce à un petit châssis oscillant à mancherons, qui est supporté parle grand châssis (fig. 9).
- La brouette à gerbèr est vendue par l’inventeur, M. Thouviot, à Chaussin (Jura).
- Ressort de sûreté pour théière. — C’est là un de ces petits riens qui remplissent des fonctions très importantes, Une théière, en porcelaine, est un objet très fragile, particulièrement son couvercle qui s’empresse de lg quitter pendant que la maîtresse de maison verse le liquide parfumé dans les tasses. Si elle veut s éviter l’ennui de voir tomber le couvercle avec le thé sur la tasse, elle doit le tenir constamment de la main gauche et parfois pousser l’héroïsme jusqu’à se laisser brûler les doigts. Avec le petit ressort de sûreté, cet ennui n’est plus à craindre, car il maintient le couvercle sur la théière d’une manière parfaite. C’est un long ressort à boudin très souple terminé d’une part
- par un anneau et de l’autre par un crochet. On engage le ressort dans l’anse, on passe le crochet dans l’anneau pourformerdeux brins que l’on croise ensuite afin d’emprisonner le bouton du couvercle. Enfin, on attache le crochet au bec de la théière et le couvercle est fortement maintenu; il lui est impossible de s’échapper.
- Le ressort de sûreté, en maillechort argenté, se trouve chez M. Renaut, 43, boulevard de Strasbourg, à Paris.
- Appareil pour le aettoyage des pipes. — Les pipes s’encrassent assez rapidement à l’usage et leur indispensable nettoyage est une opération assez malpropre. Le petit appareil imaginé par le Dr Parent permet de l’effectuer de manière très efficace sans se salir ni s’empuanter les mains. Ce nettoyage est fait par l’alcool bouillant, l’alcool à brûler ordinaire convenant très bien ; il ne communique aucune odeur si l’on a soin de le laisser évaporer, évaporation qui se fait en quelques minutes. Pour nous servir de l’appareil, fixons à l’extrémité qui se porte à la bouche, le tube en caoutchouc G (fig. 11) que l’on ajustera, d’autre part, sur l’olive T qui surmonte le bouchon en liège C. Remplissons le tube A
- Ressort de sûreté pour théier
- L’alcool entre en ébullition dans le tube A, s’élève, traverse le bouchon perforé C, et va inonder pipe, fume-cigares ou cigarettes. Dès que la plus grande partie de l’alcool a quitté le tube de verre A, on éloigne ce tube de la flamme; l’alcool bouillant dissout instantanément les impuretés contenues dans la pipe, le fume-cigares ou cigarettes, se refroidit et revient brusquement dans le tube A.
- On peutrépéter de suite l’opération, soit avec le même alcool, soit avec de l’alcool nouveau. La pipe, le fume-cigares, le fume-cigarettes et l’appareil sont alors rigoureusement propres. Cette opération se fait en 1 ou 3 minutes, plus rapidement qu’aucun nettoyage si superficiel soit-il, plus facilement et
- si 1 on a soin d’opérer sur une table sans draperie, le petit punch brûle tout seul sans dommage aucun.
- Ceux de nos lecteurs disposant des ressources d’uu laboratoire pourront aisément construire un petit appareil semblable à celui du Dr Parent, quoique moins élégant. Us fermeront un tube à essai petit modèle avec un bouchon de caoutchouc à trou central de très petit diamètre, après avoir élargi ce trou sur la moitié de sa largeur de manière à y pouvoir entrer le bout du tuyau de pipe (fig. 12). On taille le caoutchouc avec un canif coupant très bien et après avoir mouillé la surface du bouchon avec une solution faible de soude caustique.
- L appareil du D1 Parent est vendu chez tous les marchands de pipes ; on peut aussi se Te procurer en écrivant à l’inventeur, à Lons-le-Saulnier/
- Pédalier unijambe de bicyclette. — M. Louis Charton vient d’imaginer un pédalier de bicyclette spécialement destiné aux cyclistes amputés ou paralysés d’une jambe.
- Cet ingénieux dispositif qui peut être monté sans difficulté sur une bicyclette ordinaire, simplement après avoir enlevé la chaîne, comprend une chaîne plus courte que la chaîne usuelle fixée d’une part par une chape à la roue de pédalier, d’autre part par
- Fig. 11. — Comment on se sert de l’appareil Parent.
- d’alcool à brûler; jusqu’aux trois quarts. Enflammons le brûleur à gaz ou la lampe à alcool K ; et tout le système étant tenu, d’une part, par la main gauche qui prend le tupe A, d’autre part par la main droite qui saisit la pipe, le fume-cigares ou cigarettes, plaçons Y extrémité (et seulement l’extrémité) du tube A au-dessus de la flamme de la lampe.
- un ressort à boudin et un crochet au cadre de la roue d’arrière.
- En outre une pièce de butée eu bois ou métal recouvert de cuir, caoutchouc, est fixée sur le côté interne de la roue, de manière à venir buter contre le tube du cadre quand la pédale se trouve en haut de course. Le ressort soulève normalement la pédale jusqu’à ce que le butoir de la roue de pédalier vienne appuyer contre le cadre. Le pied appuyant sur la pédale entraîne le pignon de la roue arrière et actionne celle-ci.
- On transforme donc le mouvement de rotation de la pédale en un mouvement de va-et-vient, l’effort se produisant à la descente.
- Le pédalier unijambe est construit par M. Louis Charton, 32, rue dq Potager, Asnières.
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- La fédération française des Sociétés de sciences naturelles. — Il était courant avant la guerre de comparer avec mélancolie les méthodes de la recherche scientifique en France et en Allemagne. On opposait jl’efïort un peu anarchique de l’homme de laboratoire français, travailleur isolé, guidé par sa fantaisie, au gré de sa chance ou de son génie, et le travail méthodique imposé par la discipline allemande coordonnant peu à peu les innombrables résultats d’un labeur patient et ininterrompu. Souvent, au retour de quelque voyage à travers les Universités allemandes et leurs Instituts de recherche, il était difficile d’éviter un serrement de cœur en retrouvant nos Etablissements scientifiques auréolés de gloire par tant de découvertes, mais trop souvent dépourvus des plus élémentaires moyens de travail.
- Cependant la guerre est venue ; elle devait être scientifique ; elle est vite apparue chimique et physiologique ; sur ce point, comme sur tant d’autres, nos laboratoires ont dû se mesurer avec les laboratoires germains; ils ont su les égaler et les dépasser : ils ont vaincu.
- Cette satisfaction ne saurait nous suffire ; la paix nous imposera des obligations nouvelles; le renom de la science française doit demeurer digne de la grandeur de ses armes; la lutte continue. Il faut maintenir le contact avec la Science allemande, suivre avec attention ses tendances et ses futurs efforts ; il faut surtout se passer d’elle et reconstituer à notre profit, ou de concert avec nos alliés, les instruments de travail qui faisaient sa force et lui préparaient une influence mondiale : ce sont plus encore que les produits chimiques de Merck ou les microscopes de Zeiss, les traités pratiques, les ouvrages, didactiques, les périodiques d’information bibliographique, toutes ces publications qui sont les conditions du travail et de la formation scientifique et que nos chercheurs, nos étudiants et nos maîtres devaient demander outre-Rhin faute d’en trouver l’équivalent chez nous.
- Le programme est considérable, son exécution est urgente ; elle ne peut être que l’œuvre de tous ; et c’est pourquoi l’idée ancienne d’une collaboration de toutes nos forces scientifiques réalisée par l’intermédiaire des Sociétés savantes a puisé une force nouvelle dans les conditions présentes ; c’est pourquoi deux organismes sont déjà nés : la Fédération française des Sociétés de Sciences naturelles et celle des Sociétés de Chimie.
- La Fédération française des Sociétés de Sciences nalurelles est un organisme nouveau dont la constitution a été ratifiée le i5 mai par l’Assemblée générale et constitutive des délégués de i3 Sociétés fondatrices : les Sociétés Zoologique, Entomologique, d’Acclimatation, de Pisciculture ; l’Association des Anatomistes ; les Sociétés de Botanique, de Mycologie, de Pathologie végétale ; la Société de Biologie; la Société Philomatique ; la Société Géologique ; la Société des Naturalistes parisiens ; la Société de Chimie biologique. Et déjà les adhésions des Sociétés provinciales s’annoncent nombreuses.
- L’histoire de la Fédération est courte. Peu après la déclaration de l’armistice, la Société Zoologique commence une action collective en consultant tous les zoologistes français et en prenant l’initiative, sur la proposition de M. E. Rabaud, d’une entente entre les Sociétés s’occupant de sciences naturelles.
- Le io janvier, une circulaire est envoyée aux principales Sociétés parisiennes, les invitant à nommer des délégués pour une réunion préparatoire.
- La première réunion des délégués des Sociétés de Sciences naturelles a eu lieu le 4 février, au siège de la Société d’Acclimatation sous la présidence de M. A. Clément, président de la Société Zoologique de France. MM. E. Perrier, Debreuil, Nicolas, Pellegrin, A. Pettit, le prince Bonaparte, MM. Dangeard, A. Mayer, Moreau, de Joannis, Douville, de Margerie, Cossmann, Radais, Lahaussois, Billiard, Guieysse, Hua, Terroine, Mangin, Bouvier, Rabaud, Alluaud, y représentaient les i3 Sociétés fondatrices. Après un échange de vues, le principe d’une Fédération est adopté à l’unanimité et M. Bouvier insiste avec énergie sur l’effort national, patriotique que doit préparer cette union; la question est en réalité de savoir si nous voulons continuer à vivre aux dépens de l’Allemagne en ce qui concerne nos outils de travail; il est d’une nécessité absolue que nous puissions forger nos instruments nous-mêmes. Les plus importants sont
- les recueils bibliographiques dont la réalisation doit être notre premier effort; puis vient une faune de France ; une collaboration interalliée peut être d’ailleurs envisagée comme un complément nécessaire.
- Il est proposé que des Commissions intersociétaires commencent le plus tôt possible l’étude de ces questions et préparent les statuts fédéraux; ces Commissions sont définitivement constituées lors d une seconde réunion des délégués, le a5 février.
- Le 27 février, la Commission des Etudes bibliographiques se réunit sous la présidence de M. Henneguy, professeur au Collège de France. Elle examine ce qu'il convient de réaliser pour remplacer les Centralblatt allemands ; une sous-commission est chargée de constituer une documentation permettant d’établir un projet. Dans une seconde séance tenue le i3 mars, M. Terroine £ rapporteur de la sous-commission, donne lecture d’un important mémoire dont les conclusions sont adoptées.
- Aux termes de ce rapport, la création de cinq périodiques de documentation bibliographique doit être envisagée : Botanique, Anatomie et Embryologie, Zoologie, Biologie générale, Physiologie.
- Que ces Bulletins de documentation soient créés de toute pièce ou qu’ils résultent d’une adaptation d’organes préexistants, il semble qu’un programme aussi vaste ne puisse être réalisé par une seule nation; la création par une entente interalliée d’un Office bibliographique est donc désirable et cette entente doit se faire par l’intermédiaire de l’Académie des Sciences qui déjà, lors delà réunion interalliée de Londres, avait abordé cette question si importante pour notre avenir scientifique.
- La Commission de l’Histoire naturelle se réunit le 28 février sous la présidence de M. E. Perrier, directeur du Muséum. Comme la précédente, elle charge une sous-commission d’établir un projet, qui est celui d’une Faune de France répondant à tous les besoins des chercheurs, et M. P. de Beauchamp, rapporteur, donne lecture à la séance du a5 mars d’une très remarquable étude dont les conclusions sont adoptées.
- Le projet de la sous-commission propose la création d’un Office central faunistique constitué par un Comité technique et par un Directeur nommés l’un et l’autre par la Fédération. Cet Office sera chargé de recueillir et de centraliser tous les documents concernant la faune française, les faunes locales, les stations intéressantes, les espèces rares, le plankton des eaux douces, etc., etc., et d’autre part de diriger la rédaction et la publication d’une Faune, et de chercher les collaborateurs nécessaires.
- Enfin, une Commission de préparation des statuts réunie les 6 et 18 mars sous la présidence de MM. Clément et Robert, secrétaire général de la Société ZqoIo-gique élabore des statuts et des règlements fédéraux.
- Le 26 mars, une troisième réunion des délégués prend connaissance du travail des Commissions et fixe au i5 mai la date d’une Assemblée générale constitutive.
- Celle-ci nomme un conseil d’administration, constitué par le prince Bonaparte, MM. Bouvier, Cayeux, Fauré-Frémiet, Henneguy, Hérouard, Loyer, Lutz, Mangin, de Margerie, A. Mayer, Nicloux, Perrier, Rabaud, Terroine. Le bureau est nommé : M. Edmond Perrier, président, et le prince Bonaparte, vice-président.
- Les Statuts et Règlements sont définitivement adoptés, ainsi que le# conclusions des rapports de MM. Terroine et de Beauchamp. Une délégation comprenant MM. Bouvier, Henneguy, Mangin, Perrier et Terroine est chargée de transmettre à l’Académie des Sciences le projet fédéral relatif aux recueils d’information bibliographique ; et un Comité technique, constitué par. vingt de nos meilleurs zoologistes, est nommé pour commencer l’organisation de l’Office central faunistique dont le directeur sera M. P. de Beauchamp. Enfin, l’admission de nombreuses Sociétés provinciales est prononcée.
- C est dire que l’activité de la Fédération, déjà sensible à la lecture de ce court exposé, n’est point prête de se ralentir, tout au contraire. Cette activité est facile grâce à la bonne volonté et à la bienveillance de tous ceux qui se sont intéressés à cet effort collectif, effort national et patriotique, auquel, nous pouvons espérer que lee pouvoirs publics s’intéresseront, eux aussi.
- E, Faurj5-Fbémiet.
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- HYGIENE ET SANTE
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- Les suites des intoxications par les gaz. — Si
- Tm Nature, pour obéir aux injonctions de la censure, n’a pas encore parlé de la guerre des gaz, des attaques allemandes, puis de nos ripostes et de notre protection, il lui est permis aujourd’hui de dire quelques mots d’un sujet qui intéresse nombre d’anciens combattants : les suites éloignées des intoxications par les gaz employés par l’ennemi.
- Nous en trouvons les éléments dans une récente communication à l’Académie de Médecine de M. le professeur Achard qui a dirigé le service de thérapeutique du service des gaz de notre armée.
- On sait, bien que cela n’ait pu être dit, que les Allemands ont utilisé une grande variété de produits toxiques qu’on peut grouper, d’après leurs etfets, en trois catégories : les suffocants dont le type est le chlore qui attaquent surtout les voies respiratoires ; les irritants, lacrymogènes ou sternutatoires agissant sur les muqueuses et généralement moins dangereux; enfin les vésicants, dont le type est l’ypérite attaquant aussi bien les poumons que les yeux et la peau. é
- Les gaz suffocants et les vésicants, les plus terribles, provoquent des accidents aigus, souvent graves, qui ont maintes fois causé la mort.
- Quand les hommes ont été peu atteints ou qu’ils guérissent de leur intoxication et des infections pulmonaires (pneumonie, broncho-pneumonie, pleurésie, etc.) qui les suivent le plus souvent, ils n’en restent pas moins incomplètement guéris pendant des temps souvent fort longs et présentent — pendant des années parfois — des accidents secondaires dont il est utile de connaître le caractère pour expliquer l’état particulier de ces | malades.
- M. Achard a pu observer à Paris, de février 1917 à décembre 1918, 35a5 cas de ces séquelles dont 29^8 causées parles gaz vésicants, soit 84 pour 100 et 567 par les gaz suffocants, soit 16 pour 100. Ce qui ne veut pas dire que les premiers sont plus dangereux que les seconds — au contraire — mais bien que 1 ennemi en a fait un large usage et qu’il était plus difficile de s’en préserver à cause de leur persistance sur le terrain.
- Ces séquelles se trouvent surtout dans l’appareil respiratoire : toux quinteuse, sèche, plus fréquente au lit, la nuit; dyspnée, douleurs thoraciques; à l’auscultation, on trouve des râles de bronchite, un affaiblissement du murmure vésiculaire ou une submatité localisés à certaines portions du poumon, indiquant une sclérose, accompagnée ou non de suppuration. Parfois, ces accidents disparaissent progressivement; le plus souvent, ils présentent des séries de poussées et de rémittences irrégulières qui peuvent se répéter pendant très longtemps, plus de deux ans parfois.
- Chez les ouvriers des usines de gaz et les savants qui ont manipulé les gaz dans les laboratoires, on a observé surtout des intoxications légères mais répétées se tra-
- duisant par un amaigrissement, de la lassitude, de l’essoufflement. Avec le temps, la situation s’améliore, mais il reste souvent des traces d’aspect clinique très varié : un emphysème plus ou moins étendu avec dyspnée et râles généralisés, une bronchite chronique accompagnée de toux, expectorations, parfois hémoptysies, fièvre vespérale, perte de poids pouvant atteindre i5 kg, qui simule la tuberculose bien qu’elle n’en soit généralement pas et qu’elle guérisse plus ou moins lentement.
- Les gaz vésicants provoquent encore des troubles laryngés : toux, aphonie ; des lésions oculaires : conjonctivite et même kératite; des cicatrices vicieuses par brûlures des paupières, de la peau, etc.
- Les troubles cardiaques sont fréquents : tachycardie, instabilité, tandis que le foie et les reins ne sont pas touchés. Le système nerveux est organiquement indemne, mais l’asthénie est un des caractères les plus marqués et les plus durables des suites d’intoxication.
- Personnellement, je pourrais apporter à la remarquable étude du professeur Achard le complément d’une observation personnelle qui confirme de tous points ses constatations. Soumis pendant plus d’un an à des intoxications très légères, mais répétées par les divers gaz alors à l’étude, je constatai un amaigrissement progressif atteignant 14 kg, une asthénie de plus en plus marquée, une dyspnée croissante jusqu’au moment où je dus m’arrêter, atteint de bronchite aiguë, avec fièvre, gène respiratoire, sensation d’étouffement quand j’essayais de me coucher. Deux mois après, je pouvais reprendre mon service, mais avec de nombreuses alter-,. natives de rechute caractérisées toujours par une ascension thermique vers le soir, une toux continue la nuit, une lassitude extrême au réveil. Ces crises, d’abord, fréquentes, s’espacèrent et ont aujourd’hui à peu près disparu. Aucun signe de tuberculose ni à la radioscopie, ni à l’examen des crachats.
- Que faut-il tirer pratiquement de ces enseignements sur l’action prolongée des gaz toxiques ?
- Au point de vue thérapeutique, rien de particulier.. Ces séquelles se traitent comme les troubles ordinaires du poumon ou du cœur. Tout au plus, la gymnastique respiratoire a-t-elle une action marquée qui doit la faire recommander et pratiquer.
- Au point de vue clinique, il y a lieu d’attirer l’attention sur l’aspect particulier de ces accidents chroniques qu’on pourrait confondre facilement avec la tuberculose. Notamment, il y a lieu de les diagnostiquer exactement quand il s’agit d’examens de réforme militaire, de questions d’invalidité et de pensions.
- La démobilisation va répandre les anciens gazés dans les milieux les plus divers. Il est bon que lès médecins civils sachent quelles allures peuvent présenter leurs séquelles pour les traiter convenablement.
- II. M.
- RECETTES ET PROCEDES UTILES
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- Quand et comment il faut arroser les fleurs en pots. — L’eau est tout à fait indispensable à la vie des plantes : c’est sous forme de dissolution dans l’eau que les sucs de la terre peuvent être absorbés par les racines, c’est l’eau circulant dans les canaux du tronc et des branche.s qui permet les féconds échanges entre le feuillage et le reste du végétal.
- Comme les plantes de l’appartement ne peuvent profiter des arrosages naturels par la pluie qui donnent la vie aux fleurs des champs et aux arbres des bois, force est de leur apporter artificiellement l’eau qui leur manque.
- Quand doit-on arroser ? — Il n’est ni naturel ni rationnel d^opérer à date fixe : les plantes de la campagne reçoivent-elles de la pluie chaque samedi, ou deux fois par semaine? On doit arroser une plante quand elle a besoin d’eau, ce qui est facile à reconnaître en touchant la terre : tant qu’elle ne paraîtra pas sèche au doigt, il est bien inutile de la mouiller.
- Comment faut-il arroser? — Pas avec un verre, un
- pot, etc., mais au moyen d’un arrosoir, on en vend dans les bazars à bon marché au rayon des jouets d’enfants. Il faut se mettre dans la cuisine, sur l’évier par exemple, ou sur le balcon; dans une chambre on risquerait de tout salir. Il faut arroser la plante de haut pour que ^toutes les feuilles soient lavées : cela enlève la poussière, et c’est le seul moyen de se mettre dans les conditions de la vie naturelle du végétal. Ne pas employer trop d’eau : l’excès partirait finalement par le trou inférieur du pot, en enlevant à la terre le meilleur de ses principes fertilisants. Prendre de l’eau à la température de l’appartement : ni trop chaude, ni trop froide.
- Exception faite pour les plantes aquatiques, il est mauvais que l’assiette sur laquelle on pose le pot, contienne de l’eau : cela empêche la terre de s’aérer par le trou inférieur et peut faire pourrir les racines.
- L’eau d’arrosage servant de véhicule à l’engrais.
- — Pour être sur de bien répartir l’engrais sans qu’un excès mal placé puisse faire mal à la plante, un bon
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- moyen est de le mettre à dissoudre dans l’eau. Il faut alors : i° que l’engrais soit soluble ; 20 n'en pas abuser, car en effet, on est toujours porté, quand on emploie des engrais sur plantes en pots, à en mettre dix fois plus qu’il n’en faut.
- Sont solubles tous les engrais salins : nitrates divers, sels ammoniacaux usuels, sels de potasse, superphosphate et phosphates de soude et de potasse. Quand on emploie du superphosphate, il reste dans l’eau un peu de poudre blanche insoluble ; ne s’en point inquiéter, c’est seulement du sable, du plâtre ou autres impuretés de l’engrais, dont l’agent actif est parfaitement dissous.
- Si nous arrosons ainsi la plante sur le feuillage, un peu d’engrais sera perdu, mais l’inconvénient est bien petit, étant donné que les doses employées sont infimes et l’engrais lui-même très peu coûteux.
- Comme doses normales, qu’il est bon de ne pas dépasser, indiquons le sulfate d’ammoniaque à dose de 1 gr. par litre d’eau ; employer cet arrosage seulement une fois sur deux ou trois et pendant le printemps. Cet engrais pousse à la végétation feuillue, donne une belle verdure. Pour obtenir un effet plus actif, employer de
- même façou et à mêmes doses, un mélange à poids égaux de nitrate de potasse et de superphosphate.
- II. R.
- Que valent les systèmes pour arrosage automatique. — On vend, dans les bazars horticoles, divers trucs plus ou moins perfectionnés pour l’arrosage automatique et continu des pots. Toute cette quincaillerie ne nous dit rien qui vaille. Arroseurs à boule renversée analogue à celle des abreuvoirs pour cages à serins, pots à réservoir inférieur spécial pour contenir l’eau pénétrant dans la terre par quelques trous ad hoc, mèche amenant par capillarité l’eau d’un vase disimulé dans un support; autant de dispositifs évidemment fort ingénieux, mais qui risquent de mal fonctionner. Au reste, ce n’est point un si grand ennui que de penser à ses fleurs une ou deux fois la semaine r au contraire c’est un plaisir pour qui les aime. Et pour les gens distraits, l’emploi d’un système automatique n’est pas un moyen si sûr qu’il y paraît à première vue, puisqu’il faut toujours finalement remplir le réservoir quand il est à sec.
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- BOITE AUX LETTRES
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les
- accumulateurs de T. P. S. — La couv'erture de notre numéro du 17 mai 1919 représente un poste de T. P. S. au front. Ces postes sont munis de batteries d’accumulateurs portatives. Ces batteries proviennent de la Société des Accumulateurs Dinin, 18, route de Cherbourg, Nanterre (Seine).
- Question. — MM. M. E\, à Montargis, désirent connaître un procédé pratique et rapide pour enlever le borax des petites pièces brasées avant leur galvanisation ou leur nickelage.
- Réponses. —M. J. R., à W. — Pièces mécaniques pour réclames d’étalage.
- M. Delame nous indique la maison Decamps, 10, rue du Parc Royal, Paris.
- M. A. de Panière nous indique la maison Phalibois, 22, rue Chariot, Paris.
- Renseignements. — G. C., secteur 127. — Vernis noir pour cuirs. — Tous obtiendrez un très bon résultat par l’emploi du vernis suivant :
- Faire dissoudre à chaud 4 parties de gomme du Sénégal dans 16 parties d’eau, ajouter 4 parties de noir de fumée et remuer jusqu’à refroidissement.
- M. R. de Mazan, Avignon. — La plupart des matières colorantes contenues dans la pellicule des fruits ou les pétales des fleurs peuvent être employées comme indicateurs alcalimétriques, le sureau est de ce nombre et il a déjà été utilisé depuis longtemps. Nous vous remercions de votre communication qui rappellera à nos chercheurs une recette un peu délaissée aujourd’hui, le chimiste se servant plutôt des matières colorantes retirées de la houille.
- Dl R. Z., à Paris. — Vernis au celluloïd. — 1 " formule : ajouter de 10 à 5o gr. de camphre à un litre de collodion ri ciné.
- 2' formule : dissoudre du celluloïd dans de l’alcool, 1 éther, l’acétone ou un mélange de ces liquides avec 10 à i5 pour 100 ou à un vernis, avec 25 à 3o pour 100 on obtient une colle.
- G. Michel, à Châtillon-sur-Loire. — Les liquides employés comme extincteurs d’incendie sont le plus souvent des dissolutions à saturation de sels ammoniacaux, chlorhydrate d’ammoniaque ou phosphate d’ammoniaque additionnés de sel marin en quantité égale.
- M. Louis Duclos, à Toulouse. — La vulcanisation sur place peut en effet être obtenue très facilement de la façon suivante : après avoir préparé les pièces à joindre, grattage au papier de verre et nettoyage à l’essence; on les enduit de la solution de caoutchouc puis, au moment
- où après séchage la solution devient visqueuse, on badigeonne rapidement au moyen d’un pinceau, avec une dissolution contenant 3 gr. de chlorure de soufre par 100 centimètres cubes de sulfure de carbone, on applique et quelques minutes après l’adhérence est parfaite.
- A défaut de cette solution et comme moyen de fortune, nous rappellerons que la réparation en pleine route peut être effectuée d’une manière très satisfaisante en opérant ainsi :
- i° Nettoyer comme toujours à l’essence les deux pièces à coller.
- 20 Chauffer ces deux pièces avec une allumette sans cependant brûler le caoutchouc.
- 3° Enduire ces pièces avec la dissolution.
- 4° Mettre le feu à la dissolution, étendue sur les pièces et éteindre avant que le caoutchouc ne brûle.
- 5° Faire le joint en serrant très fortement.
- M. Eugène Sccllet, à Cuire Caluire. — Pour répondre convenablement aux questions qui nous sont posées, il est indispensable de nous dire exactement quel est le problème à résoudre, vous nous parlez de couleurs quelconques, il n’en peut être ainsi, car chacune suivant sa nature peut donner lieu à une réaction chimique avec le réactif employé, ce qui en détruirait l’efficacité ; sous cette réserve, vous pourriez essayer successivement : le nitrate acide de bismuth, le nitrate d’argent qui noircissent en présence de l’hydrogène sulfuré, le tanin sous ses formes diverses, noix de galle, sumac noircissant en présence des sels de fer au maximum.
- M. C. R., à C. — La cause la plus grave de non-fonctionnement d’un accumulateur est la sulfatation des plaques. On la reconnaît aux caractères suivants : la matière active devient plus dure ; la couleur de la positive passe du brun foncé au brun clair; la négative devient blanchâtre. La différence de potentiel d’un élément scilfaté est plus élevée en charge et plus basse en décharge que normalement; enfin la sulfatation amène une diminution de la concentration de l’acide.
- Il faut éviter de ramener alors l’acide à sa concentration normale, cela aggraverait le mal. Au contraire, il faut remplacer l’acide par de l’eau et charger lentement. En pratique, on peut se contenter de laisser l’élément à réparer en circuit pendant la charge et de le conper pendant la décharge de la batterie. La désulfatation se produit et l’eau s’enrichit en acide. Si les plaques étant très sulfatées, la densité remonte à plus de i5° Baumé, il est avantageux de remplacer une deuxième fois le liquide par de l’acide faible (2 à 3° Baumé). La désulfatation est complète quand les plaques ont repris leur aspect normal et que la densité du liquide n’augmente plus. On rencontre alors l’acide à sa concentration normale.
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- BOITE AUX LETTRES
- M. P. E. B., à Garnay. — Il conviendrait de savoir clans quelles- conditions on se propose d’établir ces moulins et pour quels usages (industrie, agriculture, utilisation de l’électricité pour chauffage, éclairage, etc., etc.), on adopterait le type d’aéro-moteur à hélices multiples dont description a été donnée. Ces renseignements circonstanciés permettraient d’indiquer l’aéro-moteur présumé le plus avantageusement utilisable. — Pour l’appareil décrit, s’adresser à l’inventeur M. P. Fayard, à Marnas, par Saint-Uze (Drôme). En outre, voir pour adresses de moteurs éoliens, Botte aux Lettres, n° 2356 (du 19 avril 1919).
- M. J. B., à Louvain. —Depuis la date de publication de l’article relatif aux machines à peler les pommes de terre, des améliorations ont été apportées dans le principe et la construction de ces machines. Mais même si les tubercules ne sont pas meurtris, comme cela se produit en employant le système anglais dont il est question, il est certain que les tubercules pelés ne peuvent se conserver indéfiniment, étant préparés ainsi généralement en vue d’une utilisation à peu près immédiate. Ce qu’il faut, c’est un appareil n’enlevant que la peau des tubercules, opérant, par conséquent, sur une épaisseur aussi faible que possible. C'est ce qui est réalisé avec les machines à peler, du système Navarre (machines françaises), de P. Navarre, constructeur, 5o, boulevard de la Villette, Paris, dont voici, en résumé, la caractéristique : épluchage rapide et régulier, économie de déchets et de main-d’œuvre ; pèlent également les très petits tubercules. Le modèle le plus fort a une capacité de 3o litres. Un ouvrier peut nettoyer et éplucher environ 20 kg de pommes de terre en *2 minutes. La machine peut être disposée spécialement pour l’épluchage des oignons, pour le brossage des
- marrons et des truffes, et pour l’écalage des noix, etc. Elle est construite avec un ou deux volants et poulies, avec tôles râpes ou avec brosserie baleine ou maille-chort; suivant modèle, elle fonctionne à la main ou au moteur. Les prix des grands modèles peuvent varier entre 1100 et 85o francs; ceux des petits modèles (capacité : 8 litres), entre 700 et 55o francs. Pour les petits appareils peleurs fonctionnant à la main (type de ménage), voir M. Yermorel, constructeur à Yillefranche-sur-Saône (Pihône), et demander tous autres renseignements à la Chambre syndicale des constructeurs de machines agricoles françaises, 10, rue de Lancry, Paris, 10e.
- M. Gérardin, à Bayon. — Nous signalerous, dès leur apparition, les cartes des nouvelles frontières, telles qu’elles seront fixées par le traité de paix.
- M. M. N........— Nous pensons que la recette
- de crème pour le visage, à laquelle vous faite.s allusion, est la suivante que nous avons déjà publiée dans ce journal : faire dissoudre au bain-marie 6 gr. d’agar-agar dans 240 cm3 d’eau de roses. Ajouter ensuite 160 gr. de glycérine, laisser presque complètement refroidir et incorporer 1 gr. de menthol cristallisé préalablement dissous dans 4 gr. d’alcool à 900.
- M. Quintaret, à Perpirolles. — Ouvrage traitant de la fabrication de la cyanamide. Yoir les Industries électro-chimiques de Jean Escard. Béranger, éditeur, i5, rue des Saints-Pères, Paris.
- M. G., à Neuilly. — Nous n’avons pas l’adresse de M. de Lavaud, l’inventeur de la machine centrifuge à fabriquer les anneaux.
- BIBLIOGRAPHIE
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- La taille des métaux, d’après les expériences de F. W. Taylor, et la forme rationnelle des outils. 1 vol. in-8, illustré par P. Massot. Dunod et Pinat, Paris, Prix : 6 francs.
- On sait que l’étude rationnelle de la taille des métaux a été le point de départ des travaux, aujourd’hui célèbres de Taylor. Après 26 années d’études, consacrées à isoler chacune des variables qui intervient dans la taille des métaux et à en déterminer l’influence, Taylor a pu rédiger un mémoire d’une importance capitale et qui a conduit à une véritable révolution dans l'industrie mécanique. Les résultats de Taylor sont présentés sous une forme claire et didactique dans la première partie du présent ouvrage. La 2" partie traite de la forme rationnelle des outils, d’après les travaux de Jœssel, Marié, Taylor et Codron.
- Organisation rationnelle des ateliers de mécanique, par F. Jaquin. 1 vol. in-8° de iv-86 pages. Dunod et Pinat, Paris, Prix : 7 fr. 80.
- M. Jacquin donne un exemple d’application de la méthode Taylor à la construction automobile :1e livre comprend les divisions suivantes : organisation générale, travaux préparatoires, mise en route et fonctionnement, application du service à des cas divers.
- Vers la houille blanche : motoculture et électromotoculture, par le professeur A. Turpain. 1 broch., in-8°, 76 p. Dunod et Pinat, Paris. Prix net : 3 francs.
- Petit recueil d’idées pratiques, d’observation sagace, d’indications précises et chiffrées sur le problème de la houille blanche et son application à l’agriculture.
- Nouveau manuel complet du confiseur et du chocolatier, nouvelle édition par H. Blin, i vol. in-18, 567 p., 100 fig. Manuels Roret, Paris. Prix : 4-fr. 5o + 20 pour 100.
- Notre collaborateur Henri Blin rassemble dans ce nouveau Manuel la description des meilleurs procédés et appareils pour la préparation des sirops, confitures, pâtes, bonbons, chocolats, tant dans l’industrie que pour la consommation familiale.
- The newer Knowledge of Nutrition. The use of Foods for the préservation of Vitality and Health, par E. Y. Mc Collum. 1 vol. in-8, 199 p., 11 fig., 16 graphiques ; Mc Millan, Londres et New York. Prix : i,5o dollar.
- Les recherches de ces dernières années ont montré la nécessité de trouver dans les aliments des substances actives à très petite doses, les vitamines. Le professeur Mc Collum a largement contribué à leur connaissance en découvrant une substance soluble dans les graisses indispensable à la croissance et une autre soluble dans l’eau qui permet seule l’équilibre de poids. Qn trouvera dans ce livre l’exposé de ses expériences et les conclusions qu’on en doit tirer pour la nourriture de l’adulte et celle de l’enfant.
- Animal Life and Human Progress, par A. Dendy. 1 vol. in-8, 228 p., fig. Constable et C°. Londres. Prix : 10 sh. 6 d. net.
- Série de g intéressantes conférences faites au King’s College de Londres par divers auteurs sur des questions de zoologie appliquée : rapports de l’homme avec les animaux inférieurs; aspects moraux et éducatifs de la zoologie; les musées et la recherche; l’homme et la trame de la vie ; l’origine de l’homme ; habitants de l’homme et leur migration; l’avenir de la science de l’élevage; notre nourriture qui vient de la mer ; la mouche tsé-tsé et la colonisation.
- Catalogue raisonné et descriptif des collections d'ostéo-logie du service d’anatomie comparée du Muséum d'Histoire naturelle, par R. Anthony. Mammifères, fasc. IX, Pholidota (Pangolins). 1 broch. in-8, 40 p., 28 fig. ; Masson et Cio, Paris. Prix : 5 francs.
- Ce fascicule est le premier d’une série destinée à faire connaître les ressources de notre plus belle collection nationale. On y trouvera les diagnoses des genres et des espèces, les caractères anatomiques et surtout ostéologiques, la répartition géographique des espèces-, une bibliographie très complète. Ce travail de longue haleine constituera un véritable traité d’os-téologie comparée, d’autant plus utile qu’aucun ouvrage récent n’existe sur ce sujet.
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- LA NATURE
- Supplément:
- N° 2361 28 Juin 1919
- AVIS DE L’ADMINISTRATION
- Depuis 5 ans, LA NATURE a paru sans interruption, malgré toutes les difficultés de l’état de guerre. Elle a lourni à ses abonnés et lecteurs, sur toutes les cpiestions à l'ordre du jour, une documentation vaste et précise qui constitue T ensemble le plus complet qu'on puisse trouver des aspects scientifiques, techniques et économiques du grand conflit.
- Malgré les accroissements de toutes ses dépenses, les hausses successives du papier, de ïimpression, des salaires, elle a maintenu ses prix de vente cl'avant-guerre, sensiblement les mêmes depuis près de cinquante ans qu elle paraît. •
- Alors que les autres revues majoraient leurs prix de vente, la plupart à diverses reprises et dans de grandes proportions, ï Administration de LA NATURE a tenu à supporter seule ces lourdes charges.
- Aujourd'hui, la guerre terminée, les augmentations persistent et s accentuent. LA NATURE se voit donc dans ï obligation cl' élever ses prix. Elle le fait dans la plus faible mesure possible, se limitant à porter a dater du N juillet : l’abonnement cl'un 'an à 30 fr. pour la France et ses colonies, à 40 fr. pour l'étranger; T abonnement de six mois respectivement à 15 et 20 fr.; le prix du numéro à 75 centimes. Ces majorations necorrespondent nullement d'ailleurs à T augmentation actuelle des dépenses.
- Au moment où LA NATURE reprend sa périodicité hebdomadaire pelles sont indispensables pour lui permettre de conserver la haute tenue scientifique, les qualités éducatives, la puissance d'informations qui ont fait son succès. _/• .
- Nous sommes certains que nos abonnés et lecteurs accepteront cette nécessité. De son côté, LA NATURE ne négligera rien,de ce qui peut les intéresser; elle restera leur grand informateur scientifique et leur conseiller pratique ; elle répondra à leur fidélité par toutes les améliorations que les circonstances permettront.
- En ce moment où la science, après avoir gagné la guerre, va réparer ses dégâts et créer des richesses nouvelles, futilité de LA NATURE n’est pas à démontrer.
- “ Revue des sciences et cle leurs applications ”, LA NATURE est a la fois le plus important organe français de vulgarisation scientifique, le guide le plus précieux pour toutes les questions industrielles et de la vie pratique. . \
- Le nombre et la compétence cle ses collaborateurs en font le journal le plus varié, le plus sûr et le mieux informé. Son « Supplément », par ses rubriques de « Science appliquée », « Recettes et Procédés utiles », et, plus encore, sa « Boîte aux Lettres » dont le succès va croissant, en font une source unique de renseignements pratiques nécessaires à tous..
- Nulle part ailleurs, on ne trouve pareille documentation.
- Nous ne doutons donc pas que nos abonnés et nos lecteurs continueront a apporter à LA NATURE, dans leur intérêt autant que dans celui de la Revue, l’appui dm,leur nombre, leur indispensable. •-
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- INFORMATIONS
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- L’Atlantique franchi en avion d’un seul vol. —
- Ce magnifique exploit vient d’être accompli le i5 juin par les deux aviateurs anglais Alcock et Brown. Partis de Terre-Neuve le 14 juin à 16 h. 28, les audacieux voyageurs atterrissaient le i5 juin à 8 h. 40 à Clifden (Irlande). Le voyage a duré 16 h. 12.
- L’avion employé est un Vickers-Vimy, muni de deux moteurs Rolls-Royce, d’une puissance totale de 700 chevaux. Envergure, 20 m. ; longueur 12 m. 75; réservoir d’essence, 3980 litres ; vitesse moyenne ù l’heure, 145 km. L’appareil était muni de la T. S. F., mais un accident l’en a privé dès le début de la traversée. Aussi avait-on conçu d’abord de vives inquiétudes sur le sort des deux aviateurs.
- Le record de l’altitude en aéroplane. — Le lieutenant Cazalé a, le i5 juin, à Villacoublay, atteint en aéroplane l’altitude de xo 100 m., battant ainsi tous les records de hauteur. Ce même pilote avait réussi, le 28 mai, à atteindre l’altitude de 9800 m., le 7 juin celle dé g5oo m. L’ascension et la descente ont duré 2 heures. Pour apprécier le mérite et la difficulté de ces l’aids successifs, il suffit de rappeler que le record humain de l’altitude est de 10800 m., atteint en ballon sphé-i’ique par Berson le 3i juillet 1901; l’appelons aussi Via tragique ascension <d,e Crocé-Spinelli, Sivel et Tissandier, qui, à une altitude beaucoup moindi’e, a
- coûté la vie aux deux premiei’s pilotes, faute d’appareils respiratoires spéciaux. Pour juger du gFand intérêt pratique qui s’attache aux records du lieutenant Cazalé, nous renvoyons aux articles récents de notre collaborateur J.-A. Lefranc sur le vol à grande altitude.
- Sous-marin tirant sous l’eau. — A la fin des hostilités, l’Amirauté anglaise était sur le point de mettre en service des sous-mai’ins de fort tonnage présentant, entré autres, une particularité fort curieuse : celle de tirer en plongée. Ces sous-marins sont ai’més d’un canon de 12 pouees (environ 3oo mm), c’est-à-dire de très fort calibre, puisque le plus gros canon des cuirassés modernes est un calibre de 38o. Le canon tire, en ne laissant hors de l’eau que la partie supérieure de sa volée* braquée à 45°.’ Le sous-marin remonte ensuite à la surface pour recharger le canon, puis on fait plonger à nouveau ; celte opération s’exécuterait avec une rapidité extraordinaire : une demi-minute, dit l’Illustrated London News à qui nous empruntons ces renseignements.
- Les centrales électriques à unités ultra-puissantes. — La consommation de courant électrique continue à augmenter dans tous les pays; les centrales électriques se développent; elles s’agrandissent ou se reconstruisent entièrement avec du matériel nouveau plus économique.
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- INFORMATIONS
- II est intéressant de signaler la tendance actuelle à construire des unités génératrices de courant de plus en plus puissantes ; il est évident qu’à demander à une seule machine dé fournir la puissance que l’on demandait autrefois à plusieurs machines, on fait une économie d’encombrement, de main-d’œuvre, et de rendement. Par contre, on augmente le danger-des pannes ; c’est le risque bien connu de mettre tous ses œufs dans un même panier. Mais la technique des machines électriques est aujourd’hui si sûre que ce risque est devenu minime. Vers 1914, le record de puissance était tenu par des unités turbo-motrices à vapeur de 20 000 kw. Nous voyons en service aujourd’hui aux Etats-Unis des groupes de 3 5 000 kw. Philadelphie, de 40000 kw à la Detroit Edison C°, et enfin le record des records : 60000 kw à New York. Ce groupe colossal consomme 346 000 kg de vapeur à l’heure ; il lui faut une tuyauterie d’amenée de vapeur de o m. 45o de diamètre.
- Les ressources de la Finlande. — D’après le Bulletin des Renseignements de VInstitut . international d'Agriculture, la Finlande comptait en 1914, 3 269401 habitants, dont les deux tiers agriculteurs. La superficie des terres cultivées s’élevait à 1864694 hectares, dont 0,2 pour 100 en blé, 12,8 en seigle, 5,9 en orge, 21,4 en avoine, 0,4 en pois et fèves, 3,9 en pommés de terre, 4>9 en lin, 39,9 en trèfle et herbages, 12,4 en jachères.
- Après la Russie septentrionale, la Finlande est le pays d Europe le plus riche en forêts. Celles-ci y couvrent, en effet, environ 3/5 de la superficie totale. Mais toutes ces forêts ne sont naturellement pas de haute futaie. Les conditions agrogéologiques de la majeure partie du pays, ansi que les conditions climatiques, favorisent la sylviculture, bien plus que la culture générale. Le transport des matériaux est facilité par l’existence d’un énorme réseau de cours d’eau et par le fait qu’en hiver tout le pays est couvert d’une épaisse couche de neige. De plus, la plupart des rivières ont des chutes d’eau permettant l’établissement de scieries mécaniques. C’est dans le centre du pays que les forêts sont le plus denses et le plus étendues. Les principales essences sont Pinus sylvestris et Picea excelsa-, il faut y ajouter le hêtre et aussi, dans la Finlande méridionale, le chêne. Les Finlandais n’ont compris que tardivement la valeur du bois comme article d’exportation; les anciens habitants considéraient la forêt comme un lieu de . chasse; plus tard, ils utilisèrent le bois pour la construction, et, dans la suite, ils brûlèrent les forêts en vue de la culture. On estime qu’il y avait en Finlande, en igi5, 20 millions d’hectares de forêts, dont 2/3 environ appartenaient à l’Etat. Les forêts de l’Etat ont fourni, en chacune de ces dernières années, environ 2 millions de m3 de bois.
- La Finlande est parsemée de lacs, de rivières et de marais ; la superficie des lacs et rivières est de 44 286 km3, soit 11,7 pour 100 de la superficie totale. En dehors de la pêche marine et côtière, la pêche en marais"et la pêche en rivière constituent une grande ressource pour les habitants; ainsi, sür 200757 kg de saumon pêchés en 1914, 108088 kg provenaient des eaux marines et côtières et 92669 kg des lacs "et rivières. La même année, 1/4 de la pêche de l’éperlan provenait des eaux marines. La conservation du poisson est encore peu pratiquée; il est presque toujours exporté frais.
- Il existe en Finlande beaucoup de prairies naturelles ; aussi l’élevage du bétail y est-il relativement considérable, et le pays peut exporter une grande quantité de beurre. Le nombre de têtes de bétail est cependant resté plus ou moins stationnaire ces dernières années. La production de beurre et fromage s’est accrue d’une manière continue, surtout dans les établissements coopératifs qui, en 1914. fournissaient 85 jmur 100 de la production totale de beurre ; cette année-là, la production de beurre était de i3 518 000 kg et celle de fromage
- 246200° kg, sans compter la production des simples métairies. On exporte le beurre surtout en Suède et dans le Royaume-Uni.
- Lés textiles de remplacement : genêt, ortie, aiguille de pin, typha, aloès, etc. — Nous extrayons les renseignements qui suivent du remarquable rapport sur l’industrie française que publie le Ministère du Commercé et dont le iC1' volume vient de paraître.
- L’industrie textile du genêt est née pendant la guerre ; auparavant le genêt, parure des landes incultes n’était guère employé que comme combustible par les paysans. Pour en extraire les fibres, on débarrasse d’abord les rameaux des parties les plus ligneuses ; On leur fait subir un traitement chimique qui sépare la partie gommeuse de la fibre, puis on dégage cette fibrej mécaniquement, au moyen d’une teilleuse spéciale. Le genêt, une fois teillé, est traité comme le jute et donne une filasse qui se classe entre le lin et le chanvre. Le rendement en genêt teillé n’est que de 10 pour 100 du genêt brut; mais 5o pour 100 des déchets ligneux sont utilisables pour la fabrication dû papier.
- L’Allemagne a utilisé le genêt. Elle employait 700 t. de fibres de genêt en 1918, et on prévoit une production de 1400 t. pour 1919. Citons notamment une usine à Trêves, et une autre à Mayence, toutes deux à leurs débuts.
- En France, une usine de 5o chevaux dans le Vaucluse produit actuellement 3oo kg de fibres par jour, et atteindra prochainement 1 t^ par jour. La Société, propriétaire de cette usine, se propose d’en créer d’autres en Lozère, Auvergne, Bretagne et dans les Landes.
- La fibre de genêt a des applications immédiates en corderie; elle peut être filée et lissée pour faire de la toile à sac, bâches, tentes, de la sparterie, passementerie, etc.
- D’autres textiles de remplacement ont été utilisés pendant la guerre, l’emploi de beaucoup d’entre eux reste intéressant en présence de la pénurie de matières premières. Citons la fibre d’ortie, d’une solidité intermédiaire entre celle du lin et du coton; les fils et tissus donnent des produits supérieurs au coton pour les vêtements de dessous et le fil à coudre. L’ortie donne une demi-tonne à l’hectare. Les Allemands ont pu produire 5ooo t. de filasse d ortie.
- Les aiguilles de pin auraient été Utilisées par une maison de Chemnitz pour fournir un succédané du coton et du jute plus élastique que les fils de papier.
- Dans les Landes, avant la guerre, on était parvenu à tirer des aiguilles de pin un crin végétal, susceptible d’emploi pour l’ameublement et le bourrage des matelas.
- Le typha, roseau de marécages, paraît avoir été largement employé en Allemagne. Une usine de Charlot-tenbourg aurait pu confectionner avec les fibres de cette plante des traité de chevaux, des sacs, des bandes molletières.
- Parmi les plantes exotiques, encore peu employées jusqu’ici, un grand nombre peuvent fournir des succédanés intéressants ; beaucoup de ces plantes trouveraient dans nos colonies un terrain favorable à leur développement.
- L’aloès ou agave, cultivé au Mexique et dans l’Est africain allemand, fournit des fibres avec lesquelles on fait d’excellents cordages, légers, résistants, et ne s’allongeant que de 2 pour 100 sous l’action de l’eau. Cette plante viendrait fort bien dans nos Antilles, à la Guyane et en Indochiùe.
- Ler Phormium tenax, cultivé exclusivement en Nouvelle-Zélande, donne une filasse supérieure à celle du jute; _ > .
- L’hibiscus, qui croît spontanément èn Nouvelle-Calédonie et aux Antilles, a des filaments analogues au jute. On l’introduit en France sous le nom de phormium (35 000 t. en 1916).
- Le kapok nous vient surtout des Indes Néerlandaises. C’est un édredon végétal constitué par les poils intérieurs des fruits de diverses espèces de Ceibà, ou Bombex, ou Fromagers. Il sert au remplissage des matelas et coussins. Le Soudan commence à en produire.
- La fibre de cocotier est employée pour faire des brosses, nattes, rembourrages. *
- Le crin végétal est donné par un palmier nain qui croît surtout en Algérie, et un peu à Madagascar. Il est employé en brosserie et en sparterie. L’exportation oscille autour de 5oooo tonnes':
- Du Brésil nous vient le piassava, fibres très élastiques du palmier, Attalea gumifera; on en,, fait des cordages résistant à l’eau de mer, des balais, des paniers et des brosses.
- Madagascar nous donne le raphia, utilisé pendant la guerre pour le camouflage et en temps de paix pour fournir des liens aux horticulteurs.
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- Puits instantanés. La vrille-tube. — Le procédé du puits instantané est sans doute le plus simple et le plus rapide pour se procurer de l’eau en un point quelconque. Il consiste à visser en terre une série de tubes, celui du bas formant crépine; lorsqu’on a atteint la nappe d’eau, on monte une pompe à l’extrémité extérieure du tube et le point d’eau est constitué. Ce procédé très expéditif a été largement employé en campagne ; il exige évidemment que la nappe d’eau soit assez proche du sol, à moins de 8 m. de profondeur. C’est ce qui se présente dans nombre de nos régions.
- Il est donc utile d’avoir des appareils pratiques permettant de mettre en œuvre le procédé. C’est ce qu’a réalisé M. Boulant. La vrille-iuhe est composée d’un tube en fer percé d’un grand nombre de trous pour l’aspiration et ter-Fig. *. — La vnlle-tubc. miné par une pièce spéciale en vrille ; on tourne avec un manche et on enfonce l’appareil comme un tire-bouchon; en tournant en sens inverse, on remonte facilement l’appareil. Si la profondeur l’exige, on emmanche un second tube sur le premier. Appareil transportable et léger.
- En vente chez P. Boulant, io3, avenue du Maréchal Foch, Montrouge (Seine).
- La tarière agricole. — Cet instrument rappellera à beaucoup de lecteurs les heures pénibles et glorieuses où ils implantaient des piquets de réseau entre les tranchées françaises et ennemies.
- Pour éviter le bruit et augmenter le rendement, on substitua dans beaucoup de secteurs, à l’antique procédé de l’enfoncement à coups de masse, l’emploi de la tarière.
- La tarière creuse, à l’avance, par rotation, le trou dans lequel sera implanté le piquet. Ce procédé a évidemment autant d’applications en temps de paix qu’en temps de guerre, puisqu’il diminue la fatigue et permet plus de rapidité ; il se recommande non seulement pour les piquets de clôture, mais pour les arbustes et les poteaux, dont on creuse habituellement l’emplacement à la pelle et Fig. 2. — La tarière à la pioche en remuant un cube de agricole,
- terre excessif.
- M. Boulant a établi un modèle de tarière agricole perfectionnée, formée d’un couteau coupant la terre et d’une cuiller ouvrante qui la ramasse. Dans le travail la cuifter est ouverte et s’enfonce en s’emplissant de terre.
- Lorsqu’elle est pleine, il suffit de tourner un demi-
- Fig.
- tour en arrière, la cuiller se ferme et l'on ramène la te'rre à la surface pour la vider, puis on recommence; en 6 coups, on fait un trou de poteau. En une heure, on fait 10 trous de piquet ou de.poteau.
- En vente chez M. Boulant, ioi, avenue du Maréchal Foch, Montrouge (Seine).
- Nettoie-rail. — Actuellement, les rails à ornières sont netloyés par des employés spéciaux à l’aide d’une sorte d’écope dont l'extrémité est munie d’une saillie qui s’engage dans l’ornière et en chasse la boue, les cailloux, la poussière, etc. Ce procédé est long, coûteux, et ne permet pas de nettoyer la voie assez fréquemment, de sorte que la boue s’accumule sur les rails et les endommage, surtout sur les voies peu fréquentées.
- M. Charton a imaginé un appareil qu’on peut fixer au tramway et qui fait automatiquement la même besogne.
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- L’organe de nettoyage consiste en une lame d’acier 1 fixée par des vis de pression 2 dans une mortaise d’un bloc porte-lame 3, qui est supporté par des tourillons 4 dans les bras 5 d’ün support 6 destiné à être fixé au châssis d’une voiture ou d’un truck, etc. Ce bloc est muni d’oreilles 7 qui sont reliées par un axe 8 à une tige de commande 9 que le conducteur peut élever et abaisser à volonté. Le poids de cette tige et l’action d’un ressort 10, agissant sur le porte-lame, tendent à appuyer constamment contre le rail 11 l’extrémité inférieure de la lame 1 qui se trouve un peu en arrière de la verticale passant par l’axe des tourillons. On peut substituer à cette lame, dont la forme épouse celle du rail, une brosse rotative ou tout autre appareil de nettoyage et, au besoin y adjoindre un jet d’air comprimé ou de vapeur qui aidera à chasser les matières logées dans le creux du rail. — M. Louis Charlon, 32, rue du Potager, Asnières.
- Compas à ressort. — Ces compas sont de ceux qui s’emploient dans les ateliers d’ajustage et de mécanique. Ils sont pourvus d’un perfectionnement qui évitera bien les pertes de temps aux ouvriers. .
- Dans les compas habituellement employés, pour prendre une mesure ou vérifier une mesure, il faut écarter ou rapprocher les 2 branches à la main, ce qui exige un effort notable et un temps appréciable ; les 2 branches sont en effet toujours articulées à frottement dur autour de leur pivot, cela afin d’éviter des erreurs qui se produiraient infailliblement dans le cas contraire.
- Dans le compas à ressort, cet effort est supprimé : sous Faction du ressort A les 2 branches tendent constamment à s’ouvrir; elles spnt maintenues à l’écartement voulu au moyen de l’écrou de serrage C, mobile sur la tige B, solidaire de la branche 1. Il est manifeste que ce dispositif augmente considérable-
- Fig. 5. — Compas à ressort.
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- ment la rapidité et la précision dans l’emploi de l’instrument.
- Ce compas est construit par M. Boulant, io3, avenue du Maréchal Foch, Montrouge (Seine). Prix, compas de o m. 21 avec écrou rapide : 8 francs; avec écrou ordinaire : 5 fr. 4.0.
- . Baignoire pratique.- — Il suffit souvent d’un perfectionnement bien léger d’apparence pour améliorer grandement un objet usuel.
- C’est le cas de la baignoire que représentent les dessins ci-contre. Au lieu de reposer sur le sol par le fond, comme dans les baignoires usuelles, elle est munie de deux pieds et d’un support à 2 roues; il y a donc toujours un intervalle entre le sol et le fond de la baignoire, cela permet de glisser sous l’appareil une rampe à gaz et de' procéder au chauffage de l’eau par l’intérieur, c’est-à-dire sans chauffe-bain immergé, toujours compliqué; autre avantage : grâce aux 2 roues, la baignoire peut être transportée aisément d’une pièce à une autre de l’appartement; c’est dire que l’on peut, dans chaque ménage, trouver facilement une combinaison qui évite une salle de bain spéciale. Pour en rendre l’emploi plus pratique encore, le constructeur la munit d’un appareil qui permet de la vider automatiquement; c’est un petit éjecteur à eau fonctionnant simplement par le robinet de la canalisation d’eau de l’appartement, il est disposé^ l’extrémité d’une conduite en caoutchouc qui se relie d’autre part à un orifice pra-
- Fig. 7. — Baignoire pratique.
- tiqué dans le fond de la baignoire et muni d’une soupape de remplissage et vidange.
- On monte l’éjecteur sur le robinet; l’eau de celui-ci, en traversant l’appareil avec la vitesse due à la pression de la distribution, aspire l’eau de la conduite en caoutchouc et vide automatiquement la baignoire. On a donc à bon compte les avantages que d’habitude l’on ne trouve que dans une salle de bains, spécialement aménagée et qui constitue encore, hélas, un~luxe inconnu dans la plupart des habitations moyennes de France.
- Cette baignoire est construite par M. Paul Boulant, io3, avenue du Maréchal Fochr, Montrouge (Seine).
- Bouilleur électrique. — L’électricité permet pour les usages domestiques toutes les commodités possibles d’éclairage et même de chauffage. Le seul inconvénient du chauffage électrique, est le prix de revient élevé, ce qui fait hésiter souvent pour le chauffage de l’appartement ou pour la cuisine électrique. Le problème n’ést plus le même quand on veut seulement obtenir presque instantanément une action calorifique minime.
- Supposons par exemple que nous voulions immédiatement obtenir le contenu d’un verre d’eau chaude pour nous raser, l’appareil que nous allons décrire permet d’obtenir cette quantité d’eau chaude par les seules manœuvres suivantes : fermer l’interrupteur électrique, placer le verre sur la planchette et ouvrir le robinet d’eau.
- Voici.la description de l’appareil.
- Un tube de cuivre rouge de 4 mm de diamètre extérieur et de 3 mm de diamètre intérieur est enroulé sur lui-même de manière à former 3 couronnes de serpentin concentrique. Les deux serpentins extérieurs, le plus grand et le plus petit, sont à spires jointives, c’est-à-dire que les couronnes de tube se touchent; le serpentin moyen est à spires écartées et dans ce serpentin le tube est recouvert d’amiante sur laquelle est enroulé en spirale un fil d’allumage spécial dans lequel passe le courant.
- Conduite deau
- Comme on le voit, l’eau dans le serpentin moyen est chauffée par le courant pour conductibilité directe et dans les deux autres serpentins le chauffage se fait par rayonnement sans déperdition puisque les tubes sont positifs.
- On fait passer d’abord le courant en agissant sur l’interrupteur et quelques secondes après, on ouvre le robinet d’arrivée d’eau qui sort chaude à l’autre extrémité du tube.
- Le robinet d’eau est plus ou moins ouvert selon que l’on veut une circulation plus ou moins rapide, donc une chaleur moins ou plus élevée pour 1 eau.
- Cet appareil se place au mur et n’exige qu’une installation sommaire d’arrivée d’eau que l’on peut, d’ailleurs, supprimer en prenant un réservoir comme celuique l’on emploie pour le collier-douche.
- Le courant est pris directement sur le circuit d’éclairage, soit avec deux fils fixes et indépendants, soit avec
- Fie. 8.
- Installation du houilleur électrique.
- Tube c/e
- serpentin
- \o ÛÛÛÛ
- c/amiante et entouré e/e ferro-nic/ee/
- Sortie do
- Fig. 9. — Coupe du bmiiîleur par le milieu.
- un bouchon à baïonnette, que l’on place dans une prise de lampe.
- La consommation de courant n’est que de 4 ampères sous 110 volts, ce qui fait 440 watts ou bien 4 hectowatts 4
- Coupe circuit 1 unrpo/aire \
- f'if de ferro * nic/ef chauffant / eau
- Fig. io. — Schéma du bouilleur électrique.
- à l’heure, par conséquent la dépense de cet appareil n’est que 4,4X0,07, soit environ o fr. 3i par heure de fonctionnement continu. L’appareil d’ailleurs n’est conçu pour marcher que quelques minutes, on voit donc que le prix de revient d’un verre d’eau chaude est insignifiant. — L’appareil est en vente chez M. Martinet, 21, rue Théophile-Gautier, Paris,
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- HYGIÈNE ET SANTÉ
- La thérapeutique jugée par les chiffres. — Tous les dix ans, la Pharmacie centrale des Hôpitaux relève les variations de consommation des divers médicaments dans les services hospitaliers. Son directeur actuel, M. Grimbert, qui avait déjà publié en 1907 une statistique décennale, vient de communiquer à l’Académie de Médecine les observations se rapportant à la période 1907-1917. Elles ne sont pas sans intérêt puisqu’elles montrent d’une manière objective les transformations qui se produisent lentement dans la thérapeutique courante.
- Parmi les médicaments classiques, éprouvés de longue date, certains sont consommés depuis vingt ans, en quantités sensiblement constantes, tels ceux du tableau suivant :
- Consommation annuelle, de 1896 à 1917 :
- Poudre de rhubarbe..... 80 kg
- Feuilles de Séné............... 2Ôo —
- Sulfate de soude. ....... 2.000 à a.5oo —
- Sulfate de magnésie...........4.°o° à 4-5oo —
- Bicarbonate de soude .... 3.000 —
- Magnésie calcinée...... i5o à 200 —
- Sous-nitrate de bismuth . . . 55o —
- Salicylate de soude............ 33o à 40 —
- Nitrate d’argent................ 60 —
- Kermès minéral. . f. ... . 10 à 12 —
- Oxyde blanc d’antimoine. . ~T 6 à 10 —
- D’autres, qui ont diminué autrefois d’importance, sont stables depuis 10 ans, tels l’opium dont on consomme annuellement 100 kg (au lieu de 200 de 1860 à 1900) ; le laudanum de Sydenham, 3oo kg; les cantharides, 10 kg; le vin de quinquina, 4ooo litres (au lieu de 27 000 en 1900); l’eau-de-vie camphrée, 20000 litres (au lieu de 37 000 en 1900). Le cacodylate de soude (10 kg), l’arrhé-nal (3 à 4 kg), la vaseline (16 à 18 tonnes), l’axonge (3 t.), l’amidon et la fécule (noà 120 t.), présentent peu de variations.
- Sont en baisse, l’iodure de potassium qui est passé de Ï200 kg en 1896 à 35o en 1916, le bromure de potassium (1400 kg en 1906, 670 en 1916); la consommation des médicaments suivants a baissé de moitié environ en dix ans :
- Chlorate de potasse. . Acide citrique ....
- _ Foie de soufre. . . Glycérine ......
- Onguent mercuriel . . Emplâtre diachylon. . Huile de foie de morue Extrait de quinquina . Sirop antiscorbutique.
- Seuls, augmentent :
- de 1.5oo à 800 kg
- — 425 à 1S0 —
- — 5o.ooo à 20.000 — — 55.ooo à 25.000 —
- — 200 à io5 —
- — 1.5oo à i.000 —
- — 20.000 à 10.000 —
- — - 3oo à 200 —
- — 6.5oo à 1,5oo —
- En 1900. En 1916.
- Benzoate de soude . Phosphate tricalcique Sirop iodo-tanpique Teinture d’iode . . Lanoline ..... Farine de moutarde
- 120 kg x4o — 6.5oo — 3.4oo • -i3o — i3.ooo •—
- 470 kg 5oo — 28‘.000 — 5.ooo — 1.i5o — 25/000 —
- Certains présentent des oscillations irrégulières : l’extrait d’opium, le calomel, le glycérophosphate de chaux, le salicylate de méthyle, le sous-gallate de bismuth. _
- Parmi les alcaloïdes, on consomme annuellement dans les hôpitaux 20 kg’ de chlorhydrate de morphine, 10 kg de chlorhydrate de cocaïne, 45 kg de sulfate de quinine, i5 kg de caféine, 175 kg de théobromine (en croissance rapide : 28 kg en 1896, 112 en 1906), 3o à 40 kg de codéine. La stovaïne et la novocaïne, alcaloïdes synthétiques plus récents, ne figurent respectivement que pour 1 et 3 kilogrammes.
- Parmi le‘s anesthésiques, le chloroforme est utilisé régulièrement à la dose de i5oo à 1700 kg; l’éther est en faveur croissante puisque sa consommation est passée de 700 kg en 1907 à 1900 kg en 1914.
- Parmi les antipyrétiques, le pyramidon se maintient à 70 kg tandis que l’antipyrine a baissé de 25o à 140 kg et que l’aspirine a monté de 140 à 4*5 kilogrammes.
- Les antiseptiques sont de moins en moins demandés :
- En 1906. En 1916.
- Sublimé..................... 6g3 kg 176 kg
- Acide borique..............7.000 — 1.700 —
- Permanganate de potasse. 65o — 200 —
- Bi-iodure de mercure. . . a5 — 12 —
- Phénol ................. 5.000 — 2.400 —
- Salol .......... 88 — 20 —
- Iodoforme................... 200 — 65 —
- L’eau oxygénée oscille autour de 120 000 litres; le formol seul est en ascension marquée, passant de 2000 à i5 000 kg à cause de son emploi pour la désinfection.
- Divers médicaments plus récents sont naturellement en vogue en ce moment. L’urotropine est passée depuis 1906 de 25 à 170 kg, le véronal de 10 à 3o, le collargol de 5 à 18, le protargol de 3 à 17. Le sulfonal et le trio-nal baissent déjà. L’arsénobénzol ou salvarsan ou 606, apparu en 1911, a été rapidement supplanté parlenovar-sénobenzol comme le montrent les chiffres suivants : Nombre de doses délivrées dans les hôpitaux :
- Arsénobenzol. Novarsénobenzol.
- 1911 ........ 9-876 O
- 1912 ............... 10.987 8.482
- 1913 . . , . . . . . 12.259 24.367
- 1914 ............ 5.954 3a.8i4
- igi5 ................. 3.972 17.703
- 1916.................... «49 49-877
- 19x7 ............. 1.546 90.120
- 1 g 18............ 1.a5o 129.i3o
- En y ajoutant les doses d’hectine et de galyl délivrées l’année dernière, on arrive au total impressionnant de 171 180 doses.
- Les hôpitaux ont consommé en 1916 11 000 litres de rhum (66 200 en 1900) et 32 000 de potion de Todd.
- Enfin, en ce qui concerne les simples, la consommation sous forme de tisanes, gargarismes, fumigations, était encore en 19x3, dernière année de statistique nor-
- male, de :
- Pvacine de réglisse............ 26.000 kg
- Feuilles de tilleul............. 7.600 —
- Rhizome de chiendent . . . 5.800 —
- Feuilles de thé ............. 5.600 —
- Espèces pectorales........... 5.400 —
- Fleurs de houblon............ 1.000 —
- Racine de guimauve .... 900 —
- Feuilles d’eucalyptus. . . . 700 —
- Feuilles de noyer................. 700 —
- Orge perlé........................ 55o —
- Fleurs de camomille.... 460 —
- Feuilles de Maté. ..... 45o —
- Racine de Salsepareille. . . 45o —
- Feuilles de menthe................ 200 —
- Feuilles d’oranger................ 3oo —
- Pensée sauvage ...... i5o —
- Styles de maïs.................... 126 —
- Feuilles de frêne.................. 80 !—
- Fleurs de sureau................... 60 —
- Fleurs de bourrache. ... 5o —
- Feuilles de buchu.................. 5o - -
- Feuilles de mélisse .... 4° —
- Fleurs d’arnica.................... 3o —-
- Têtes de pavots.................... 3o —
- Feuilles de ronce ..... 25 —
- Feuilles d’Uva Ursi .... 20 —
- Bois de quassia ....... 20 —
- Petite centaurée.................. i5 —
- Feuilles de boldo ..... i5 —-
- Feuilles de saponaire ... i5 —
- Lichen d’Islande................... i5 —
- Feuilles d’armoise. . . . . 10 —
- Douce-amère ....... 10 —
- Feuilles de lierre terrestre . 10 —
- Ajoutons que les hôpitaux ont en outre actuellement à l’essai les ferments lactiques, les extraits opothérapiques et quelques produits colloïdaux : argent, rhodium,
- soufre. *
- Cette intéressante statistique permet de nombreuses réflexions sur l’état actuel et les tendances de la thérapeutique. Nous les laisserons aux méditations de nos lecteurs. R. M.
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- RECETTES PHOTOGRAPHIQUES
- Montage des épreuves photographiques en été. —
- Tous les photographes ont eu l’occasion de connaître, à leurs dépens, les inconvénients inhérents à l’emploi du papier buvard dans le montage des épreuves au gélatinobromure ou au gélatino-chlorure : la couche de gélatine, ramollie par la chaleur, retient des peluches; parfois même elle reste adhérente au buvard, et il en résulte des taches irrémédiables ou des déchirures.
- Ces accidents sont facilement évités en substituant au papier buvard un simple morceau de calicot blanc plié en double, que l’on interpose entre l’épreuve posée sur son support (carton, glace, etc.) et le rouleau dont on se sert pour la faire adhérer et chasser les bulles d’air. Après chaque séance de montage, on n’a qu’à i rincer le calicot à l’eau pure afin de le débarrasser des impuretés dont il s’est chargé et de le rendre ainsi apte „ à un nouvel usage.
- Vernis pour papiers. — Les épreuves tirées sur des papiers insuffisamment encollés sont parfois trop ternes. Le vernis suivant améliore l’aspect général de la photocopie, dont les noirs acquièrent plus de profondeur. En outre, l’image étant protégée de l’humidité et des émanations sulfureuses, la conservation en est
- mieux assurée.
- Eau. .................... z5o c. c.
- Silicate de potasse......1000 gr.
- Sucre blanc ......... 4^o gr.
- Cet enduit, très siccatif, s’applique au tampon ou à la brosse.
- Pour éviter et détruire les taches des papiers au bromure. — Les papiers au gélatino-bromure présentent souvent des taches ou des traînées brunes semblables à des traits au crayon. Elles se produisent généralement à la suite d’un frottement de la couche sensible contre un corps dur ou même contre une autre feuille. On a proposé, pour enlever ces taches, de frotter l’épreuve avee^un tampon imbibé d’alcool. Ce moyen réussit le plus souvent; s’il ne suffisait pas, on aurait recours au suivant qui réussit toujours. Un tampon de coton est imprégné de :
- Eau............................. i5 c. c.
- Alcool......................... i5 c. c.
- Thiocarbamide................... o gr. 3.
- Acide nitrique.................. 5 gouttes.
- On en frotte les surfaces tachées, mais sans trop insister, car cette mixture constitue un affaiblisseur assez énergique.
- Contrôle du fonctionnement des obturateurs. —
- L’organe d’obturation, quel qu’il soit, lancé par un ressdrt au moment du déclenchement, tend à donner à tout l’appareil une secousse qui se traduira sur le cliché par un flou général. Un bon obturateur doit s’ouvrir doucement, presque sans secousse. Il est d’ailleurs facile de s’assurer si cette condition est suffisamment réalisée, en employant le mode de vérification suivant, très simple et très pratique, décrit par M. Wurtz dans la Photographie.
- Ficelez solidement sur votre appareil, dans le sens perpendiculaire à la plaque, un crayon assez long et -bien taillé. Montez l’appareil sur le pied dont vous vous servez d’habitude, et approchez-le d’une muraille ou d’un meuble jusqu’à ce que la pointe du crayon vienne effleurer cette paroi, contre laquelle vous aurez fixé une feuille de papier blanc. Armez alors l’obturateur et déclenchez la détente; recommencez en utilisant les différentes vitesses, et examinez la feuille de papier. Si le crayon y a tracé des marques, c’est que l’obturateur n’est pas doux. Vous aurez alors la ressource de prendre un pied plus robuste et plus stable; mais $i, malgré l’emploi d’un support solide, le crayon bouge encore, l’obturateur est décidément mauvais et doit être ou réparé ou définitivement rejeté.
- Renforcement très intense. — Le c-liché, bien lavé
- après le fixage, est blanchi dans :
- Eau..................... ... ioo cm5
- Ferricyanure de potassium. . . 4 gr.
- Azotate de plomb............... 6 gr.
- Acide acétique. ....... . 2 cm5
- Quand l’image est devenue complètement blanche, aussi bien au verso qu’au recto, on lave dans deux ou trois eaux additionnées d’acide chlorhydrique (3 pour 100), en tout un quart d’heure environ. On lave ensuite à l’eau pure jusqu’à élimination complète du ferricyanure, reconnaissable à la teinte jaune qu’il communique à l’image. Quand celle-ci est bien blanche, on plonge le cliché dans une solution étendue de sulfure d’ammonium, où il noircit rapidement.
- L’image est alors formée de sulfure de plomb et de sulfure d’argent. Si elle n’est pas encore assez intense, on peut recommencer indéfiniment les mêmes opérations, blanchiment au ferricyanure et à l’azotate de plomb, puis noircissement au sulfure d’ammonium; chaque fois l’image s’enrichit d’un nouveau dépôt de sulfure de plomb. On arrive ainsi à un renforcement extraordinairement intense. Malheureusement, le grain de l’image augmente en même temps, et de fines lignes transparentes ont tendance à se boucher par l’empiétement progressif des opacités.
- En outre, le renforcement intense produit souvent un voile, mais celui-ci peut être facilement enlevé, en dernière opération, par une courte immersion dans un bain étendu d’eau de brome, suivie d’un lavage de quelques minutes et d’un fixage à l’hyposulfite qui dissout les petites quantités de bromure d’argent et de bromure de plomb formées dans l’eau de brome. On termine par un lavage à l'eau pure.
- Clichés voilés sur les bords. — Le journal anglais Photography signale une cause assez fréquente de voile, qui se manifeste sur les bords de la plaque et doiit l’origine est généralement ignorée des amateurs. Cet accident proyient de la lumière réfléchie sur les parois intérieures de la chambre noire ; comme ces parois sont lisses/la mince couche de peinture qui les recouvre ne suffit pas à éviter les réflexions nuisibles. Pour supprimer toute réflexion, il conviendrait d’interposer, entre l’objectif et le plan focal, un cadre noir limitant exactement le faisceau lumineux. Il serait aussi utile d’enduire les parois d'un vernis très mat, d’une couche rugueuse, ou bien de les rayer et demies recouvrir ensuite d’un enduit noir mat.
- Bain de virage-fixage conservant sa limpidité.
- — Les bains de virage-fixage se troublent généralement, au bout d’un certain temps, surtout lorsqu’ils restent exposés à la lumière, et il se forme peu à peu au fond du flacon un dépôt noirâtre, constitué par un composé plombique. Pour maintenir le bain parfaitement clair et limpide, il suffit d’y ajouter une quantité convenable de talc qui fixera le composé coloré, soit :
- Eau ..........................1000 c. c.
- Hyposulfite de soude .... 80 gr.
- Chlorure de sodium............. 20 —
- Acétate de plomb............... 20 —
- Talc.......................... 10 —
- Chlorure d’or brun.............. o gr. 6
- Zones irrégulières sur les clichés. — Les clichés qui subissent des changements de température au cours de leur dessiccation présentent souvent des zones irrégulières d’opacités différentes. Ces défauts ne sont pas toujours très apparents sur le négatif, mais se traduisent, sur les positifs, par des images très défectueuses. M. P. Anderson a indiqué, dans Photographie Times, un moyen très simple et très efficace pour faire disparaître ces défauts du phototype. L’image négative est blanchie, de manière à transformer l’argent qui la constitue en un haloïde, par exemple en bromure d’ar-
- gent, par immersion dans :
- Eau.................... 100 c. c.
- Bromure de potassium . . 5 grammes.
- Ferricyanure de potassium
- (prussiate rouge). ... 10 —
- On lave ensuite, et Ton redéveloppe, de préférence dans un révélateur à l’acide pyrogallique. L’image noircit d’abord irrégulièrement; mais un développement prolongé la rend homogène. On lave de nouveau, et l’on fait sécher, en ayant soin d’éviter les écarts de température qui produiraient de nouvelles inégalités.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. —
- Société anonyme Westinghouse, 7, rue de Liège, Paris.
- Renseignements. — M. le capitaine B., à Nice. — i° Liltrâge des vermouts, vins. Yoici des adresses pour choix d’un filtre : à Bordeaux : Société du Filtre Gasquet, 110, rue Notre-Dame; Frantz Malvezin, 20, Chemin de Colombier, à Caudéran Gironde); Bourdil, à Narbonne; Caizergues, à Béziers ; Le Grand de Mercey, à Mércey par Montbellet (Saône-et-Loire); à Paris : Filtres Philippe, 188, rue du Faubourg Saint-Denis; Filtres Daubrou, 57, avenue de la République ; Filtres Salvator, de la Société générale aérohydraulique, 135, rue d’Alésia ; Frandzmann, 4a, boulevard de la Bastille; Jacob, Delafon et Cic, 14, quai de la Râpée (filtres pasteurisants); Depagne, 3o, quai de la Râpée; Tottereau, 68, quai de la Râpée; Simoneton, 41, rue d’Alsace; Turenne, 12, rue de Saint-Pétersbourg; Martignoni, 3, rue Lalande; Méran frères, i55, rue du Faubourg Poissonnière (filtres stérilisateurs); — 20 Alambics pour la distillation des plantes : à Paris : Etablissements Egrot, 23, rue Mathis; Deroy fils aîné, 71, rue du Théâtre; Dériveau, 10,, rue Popin-court; Besnard, Maris et Antoine, 60, boulevard Beaumarchais; Broquet, 121, rue Oberkampf ; Bréhier, 52, rue de 1 Ourcq; G. Toromaire, à Grasse; Estève, à La Réole (Gironde); Endrivet, à Jonzac (Charente-Inférieure); Yermorel, à Villefranche-sur^Saône (Rhône); James Lenoir, à Dijon; Robert-Berthet, à Gray (Haute-Saône); Moulin fils, à Montbéliard; —3° Pasteurisation des vins et vermouths : se fait aujourd’hui avec des appareils qui présentent l’avantage de refroidir le liquide dès qu il a été élevé à la température voulue ; on obtient ainsi de bien meilleurs .résultats qu’avec le chauffage des bouteilles dans un bain-marie. Les appareils les plus pratiques sont ceux (pasteurisateurs à bain-marie, à réfrigérants) fonctionnant à l’abri absolu de l’air, chauffage automatique. Yoyez Méthodes et appareils E. Iloudart (Masson, éditeur, 120, boulevard Saint-Germain, Paris, 6*); Gayou : Etude sur les appareils de pasteurisation des vins en bouteilles et en fûts, 1 vol. 2 ff\ 60; Expériences sur la pasteurisation des vins de la Gironde, 1 vol. 1 fr. 70; Dr Caries : Viniculture classique et pasteurisation, brochure o fr. y5 (Féret, éditeur, 15, cours de 1 Intendance, Bordeaux). — Adresses pour pasteurisateurs : Appareils Houdart, 7, avenue de la République, Paris; pasteurisateurs de la Société Gasquet (précitée) pôur tous liquides en fûts et en bouteilles; appareils Salvator (stérilisateur-récupérateur), de la Société aérohydraulique (précitée); appareil Besnard (précité) n’exige pas de connaissances professionnelles, se règle parla manœuvre d’un seul robinet; appareils de Frantz Malvezin (précité), pasteuroxyfrigorée ; Bourdil, à Narbonne; Landé, à Libourne; Pommier, à Saint-Johannis ; ceux des firmes Deroy et Bréhier (précitées); —. 4° Pour le sertissage des bouteilles de vermouth, cachets, sertisseuses, machines à capsuler, voir les systèmes suivants : Compagnie des bouchages hermétiques « Simplex 38, rue du Retrait, Paris; Jovignot, 23, avenue de Châtillon, Paris ; Etablissements Weissen-thauner, 8, rue Voltaire, Montreuil-sous-Bois (Seine); H. Kehrig, 43, rue Notre-Dame, Bordeaux; Ducourneau, Le Bouscat (Gironde); capsules pour bouchage des vins et liqueurs : Maisan et Blanchard, 9, cours du Médoc, Bordeaux ; Le Grand de Mercey (précité) ; machines à capsuler : Godin, Pessat et Cie, 22, rue des Francs-Bourgeois, Paris.
- i M*’ h Saint-Jean-d Angely. —.La bibliographie de 1 apiculture est importante. Yoici une- nomenclature d’ouvrages au courant des meilleures méthodes (apiculture fixiste et apiculture mobiliste) : Cours complet d’Apiculture, conduite pratique des ruches horizontales, verticales et fixes, par G. de Layens et Gaston Bonnier, 1 vol. 3 fr. 80 (Librairie générale de l’enseignement, x, rue Dante, Paris, 53) ; Conduite du Rucher, par Bertrand, 1 vol. 3 francs; ouvrages mobilistes : Apiculture, par Hommel, 1 vol. 7 francs; Le Rucher, par Arnould, 1 vol. 4 fr. 25 ; Apiculture moderne, par Clément, 1 vol. f1 fr. 4°; Guide pratique des commençants, par Delai-gues, 1 vol. 2 francs; L'abeille et la ruche, parL. Langs-troth, 1 vol. 9 francs ; Manuel d'apiculture, par M. Girard, 1 vol. 4 fr. 80; Les abeilles, par Sagot etDelépine, 1 vol. 1 fr. 5o ; La construction économique des ruches
- et du matériel apicole, par Clément, 1 vol. 1 fr. 5o; Manuel pratique d Apiculture intensive, par P. Peter’s,
- 1 vol. 5 fr. 5o. Manuel de l’apiculteur mobiliste, par Duquesnois, 1 vol. 3 fr. 60; Manuel pour gouverner les abeilles et en retirer profit, par Radouan et Malepeyre,
- 1 vol. 7 fr. 20; Les plantes mellifères, par A. Barot,
- 1 vol. 1 fr. 5o; Cours pratique d’apiculture, par Sevalle,
- 1 vol. 4 fr. 80; A. B. C. de l’apiculteur, par A. et E. Root, 1 vol. 10 francs. Apiculture simpliste, par Sylviac, 1 vol. 11 francs. — Pour se procurer les ouvrages, s’adresser à la Société centrale d’Apiculture, 28, rue Serpente, Paris, 6°; à la Librairie agricole, 26, rue Jacob, Paris, 6e, et à la Librairie horticole, 84 bis, rue de Grenelle, Paris, 7“.
- M. de L., à Choisy-le-Roi. — Il n’existe pas d’ouvrage sur la question, très spéciale, qui vous intéresse, mais la relation des expériences auxquelles vous faites allusion, en ce qui concerne le rationnement des animaux nourris avec des farines de poissons, a été donnée d’après des expériences précises faites sur ce point au Seale IJayne College (Angleterre), et publiées parle Journal of tke Board of Agriculture (XXI, p. 688-694, London, 1914)- Ces expériences ont porté principalement sur l’utilisation de la farine de poisson dans l’alimentation des porcs. Mais, outre qu’en Angleterre, en Ecosse, en Allemagne, en Norvège et aux Etats-Unis, la détermination du quantum des rations, expérimentalement, est celle qu'indiquent les chiffres consignés dans l’article, pour les diverses espèces d’animaux, il convient de remarquer que l’Institut international d’Agri-culture, à Rome, conseille, lui-même, de donner les doses quotidiennes suivantes : bovins, 2 kg par tonne de poids vif; ovins, 100 à 200 gr. par 100 kg de poids vif; porcins,.n3 à 227 gr. par tête selon le poids vif; volailles, pas plus de 10 pour 100 du poids des aliments pour les adultes, et pas plus de 5 pour xoo pour les jeunes. Choisir une farine de poisson peu grasse et peu salée, et habituer graduellement les oiseaux à la consommer.
- M. Duval, à Kerhosters. — Le Tikker est un instrument qui permet de recevoir avec un téléphone les signaux radio télégraphiques émis par ondes entretenues. Chaque signal élémentaire (trait ou point) comporte un certain nombre d’ondes hertziennes, se succédant à des intervalles de temps excessivement courts; ces intervalles sont si courts que l’effet transmis à la plaque du téléphone récepteur par l’antenne et les circuits de réception se traduit par une vibration d’une extrême rapidité, et ne produisant par suite aucun son perceptible. Le Tikker est un interrupteur coupant le circuit de réception et rétablissant le contact un certain nombre de fois par séconde à intervalles réguliers; si l’antenne reçoit de l’énergie hertzienne, chaque fermeture du circuit provoque un bruit dans le téléphone; si le Tikker provoque n "coupure par seconde, on entend au téléphone un son de fréquence en hauteur n, chaque fois que l’antenne reçoit un signal hertzien, son long ou bref, suivant le nombre d’ondes qui constituent le signal.
- M. E. B., à Neuilly-sur-Seine. — La désagrégation des déchets de cuirs, peaux, résidus de tannerie peut être obtenue par macération dans l'eau acidulée par~ l’acide sulfurique et cuisson ultérieure. Vous trouverez tous renseignements complémentaires dans les fascicules suivants édités par la Société d’Editions techniques, 16, rue du Pont-Neuf ; i° Emploi des déchets de cuir neuf pour fabriquer le guano artificiel (février 1907). — 20 Utilisation des déchets et sous-produits du travail des peaux (février et mars 1908).
- M. P. Berthon, à Paris. — 1° L’acétate résiduel du traitement de la solution saponinée par l’acétate de plomb est sans inconvénient pour L’emploi, à la condition que ce soit un acétate salin de soude ou de potasse et qu’il ne provienne pas d'un excès d’acétate de plomb, qui à la longue pourrait provoquer des accidents de saturnisme. Nous pensons que la décoloi'ation pourrait être obtenue plus simplement par ébullition du liquide avec le noir animal en poudre qui sera ensuite séparé par repos et décantation ou bien filtration.
- 20 Le formulaire des piûncipales spécialités de parfumerie et de phax'macie de Cerbeland se trouve chez l’auteur, 89, avenue Wagram, Pai'is, 17“.
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- Æ.
- M. Paul Delmasure, à Roubaix. — Vous pouvez nettoyer les objets en étain au moyen d’un chiffon imbibé de citrate d’ammoniaque, dont vous trouvéï ez la prépa ration dans les Recettes de l’Atelier, p. 236 (éditeur Masson, 120, boulevard Saint-Germain).
- M. le LL J. D., à Cannes. — L’argenturé du verre peut s’effectuer facilement, en observtflÿt certaines précautions, les Recettes du Laboratoires (Masson, éditeur), .vous donneront pages -71- et 77 tous les détails utile,s, soit pour l’argeuture proprement dite, soit pour le dépôt à l’intérieur. des ballons d’un alliage adhérent, lequel pourra fixer ultérieurement, le.sodium ou le potassium dont vous nous parlez.
- Mlle J. Fana, 1, rue Tardieu, Paris, 18e. — Les agglomérés d’émeri pour l’obtention des meules artificielles sont constitués par un mélange dégommé laque, de résine et d’émeri plus ou, moins fin, suivant l’usage auquel ces meules sont destinées. On peut prendre comme type les proportions suivantes :
- Gomme laque. ... ia5 grammes.
- Résine.................. 5o —
- Emeri...................5oo —
- Dans un récipient en fer on fait fondre à feu doux la résine et la gomme laque, puis on y incorpore l’émeri; après mélange intime, on moule à chaud sous pression dans un moule en fer graissé préalablement. Avant usage il est nécessaire de décaper la surface des meules par immersion, daus un bain de soude caustique chaude à 5° B. environ.
- M. Décosne, à Guéret. — Nous poursuivons en ce moment une étude sur la question qui vous intéresse, des succédanés du cuir, prochainement un article paraîtra dans le corps du journal sur ce sujetv ~ M. F. Trévoux, à Lyon. — La revivification des papiers au citrate peut également être tentée par l’emploi successif de solutions au permanganate de posasse et de sulfate de soude (Recettes sportives, p. 287), mais la réussite est subordonnée à une non-altération, par développement de microorgauismes sous l’influence de l’humidité, altération qui aurait fait perdre à la couche sensible son homogénéité.
- M. F. P. C. b. e. a. — Nos recherches nous ont permis d’ohtenir l’indication complémentaire que voici, qui nous a été obligeamment donnée par un de nos correspondants : la Compagnie industrielle de construction de Brasseries, 10, rue de la Boétie, Paris, 8°, fournit devis d’installations de brasseries.
- M. E. L., rue de l’Université, Paris. — L’enquête à laquelle nous avons dû nous livrer dans^ des milieux
- industriels qualifiés, a demandé beaucoup de temps en raison surtout des circonstances ; c’est seulement maintenant qu’elle a pu aboutir aux conclusions suivantes : les essais de fabrication des tonneaux en liège (brevet n° 311 15o, de Moureaud, à Guelma) ont donné des résultats probants tant aü point de vue solidité que conservation des vins, mais l’industrie de fabrication étant encore à créer en France et n’existant pas dans d autres pays, croyons-nous, il n’est pas possible, quant •à présent, du moins, de s’appuyer sur des données de pratique courante pour apprécier les conditions de résistance des tonneaux en liège, en ce qui concerne les transports, la durée et, d’une façon générale, tous les avantages que l’on doit trouver dans leur emploi, Yous auriez, probablement, des indications en vous adressant à MM. Grimont etKasiler, ingénieurs, 67, boulevard Beaumarchais, Paris, qui se sont occupés de cette innovation.
- M. F. Gilon, à Nogent-sur-Marne.— Vous pourrez obtenir le résultat cherché en faisant tremper les objets à base de caséine dans un bain alcalin très léger, soude ou ammoniaque au millième. Un bain trop fort produirait une liquéfaction, c’est donc surtout par une action prolongée que le but sera atteint. Après moulage passer au bain acétique puis èn bain final de formol.
- M. Fonville. — Vous trouverez des renseignements sur le mode de préparation et le traitement du papier « Sépia ï> dans le Traité général de Photographie en noir et en couleurs, par E. Coustet (Delagrave, éditeur), p. 243 de la 4° édition.
- M. P. D., à Grenoble. -—Nous ne connaissons, pas d expériences ni de chiffres précis sur l’adhérence des métaux entre eux. Cette adhérence, si elle existe réellement, ne peut se manifester qu’entre les surfaces parfaitement polies, de telle sorte que les points correspondants des 2 surfaces soient à des distances infiniment faibles l’une de l’autre, de l’ordre de celles où s’exerce l'attraction moléculaire. C’est le phénomène qui se produirait dans les calibres Johannsson qui adhèrent 1 un à l’autre, uniquement par contact (Voy. La Nature, n° 1881, 12 juin 1909). Mais cette explication de l’attraction moléculaire est fort contestée; des expériences de M. Budgett, il semble résulter que l’attraction est due, partie à l’effet de la pression atmosphérique, partie à la présence d’une mince pellicule liquide (Voy. I,a Nature, n° 20i3, 23 décembre 1911. L’adhérence des surfaces polies).
- M. B. R., Courbevoie. — Pour Ja préparation à une carrière technique, d’une personne travaillant une partie du temps, vous pourriez demander le programme de l’Ecole d’Enseignement Technique féminin, 20, rue Per-golèse, Paris.
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- BIBLIOGRAPHIE
- aOL
- Service de librairie. — Le service de librairie de La. Nature se tient à la disposition des abonnes du journal pour leur adresser tous les ouvrages annoncés.
- Les envois sont faits,'franco de port et aux prix nets marqués, à réception d,’un mandat postal ou d’une valeur sur Paris. (Tenir compte des majorations temporaires indiquées.)
- Etude des-mouvements. .Méthodes d’accroissement de la capacité productive d’un ouvrier, par F.-B. Gtlbketii, traduit par J. Ottknheimer. 1 vol. in-8°, 114 p., 44 fig. Dunod et Pinat, Paris. Prix net : 7 fr. 20.
- L’ouvrage bien connu de M. Gilbreth, Motion Study, indique différentes méthodes pour économiser à la fois le personnel et le temps dans la construction des murs, mais surtout il attire l’attention Sur ce fait que la décomposition des mouvements en leurs éléments ' augmente et l’efficacité et l’intérêt de tous les ordres d’activité. C’est un des livres classiques de la science \ dé sorganisation, du taylorisme.
- La chimie du cuir, à l’usage de tous les industriels du cuir, directeurs, élèves ingénieurs, contremaîtres de fabrication, par Léon Èglène. In-8° xv-i5g p., 9 fig. Dunod et Pinat, Paris. Prix net : 7 fr. 20.
- Publications ofWesi Hendon House observatory. -Sun-derland, n° iv, meteorological Observations. Chiefly at Sunderland, par F. W. Backiiouse. i vol. illustré,
- 188 p. Hills and Cb, éditeurs, Sunderland, 19 Fawiett Street, igiÔ.
- La sélection humaine, par Cjimu.es Riciiet. i vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale, 262 p.; Félix Alcan, Paris. Prix : cart. à l’angl. 6 fr. 60.
- L hérédité dominant la vie des hommes et, des, nations, le professeur Ch. Richet propose la sélection humaine comme le but suprême de nos efforts. On l’a appliquée aux plantes et aux animaux, ou n’a pus osé le faire pour les hommes. M. Ch. Richet montre qu’elle est possible, désirable, nécessaire, qu elle doit être le principal souci des générations futures. Il propose les mesures qu’il considère comme efficaces.
- L’art de vendre (méthodes américaines), leçons de psychologie pratique appliquée .aux affaires, par Suerwin Cody,' traduit par Georges Mis. In-8° dë vn-33o p. II. Dunod et E. Pinat, éditeurs. Paris 1919. Prix net . 9 francs. •
- Zes affaires et l’art de les traiter, par L. Ciiambonnaud. 1 vol. grand in-8°, 33/{ p^Dunod et Pinat, éditeurs. Paris 1919. Prix : 18 francs.
- -, Ce livre consacré à l’art de vendre est plein de bon sens et de finesse; commerçants et employés pourront le lire avec agrément et avec fruit.
- Les yeux du mort, par le Dr Lucien Graux, i vol. in-16, 5o fig. L’ « Edition française illustrée », Paris. Prix net : 4 fr- 5o. •
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- LA NATURE
- QUARANTE-SEPTIÈME ANNÉE — 1919
- PREMIER SEMESTRE
- TABLE DU SUPPLÉMENT
- INFORMATIONS — SCIENCE APPLIQUÉE — VARIÉTÉS — HYGIÈNE ET SANTÉ
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- INFORMATIONS.
- I. —
- Acétylène : moteurs............................................. 53
- Aciers spéciaux : substituts.................................... 37
- Aériennes (Routes) anglaises....................................117
- Aéroplane : expédition arctique.................................101
- — Goliath : record........................................ 85
- — : lancement par un dirigeable......................... 29
- — record d’altitude.......................................153
- — : record d’altitude avec passager..................... 9
- Agriculture au Maroc : statistique............................ 86
- — en Macédoine..............................................118
- Alimentation restreinte des prisonniers en Allemagne. ... 54
- Allemagne : alimentation restreinte des prisonniers........... 54
- — : chemins de fer........................................ 21
- — : Hotte de commerce actuelle.......................... 9
- — : ravitaillement en viande............................ 70
- — : ressources forestières................................ 21
- — : séchage des légumes................................... 15
- Alliage glucinium-ammonium............................ ... 37
- — résistant aux acides............................29, 69
- Aluminium : Guyane anglaise, centre de fabrication............ 58
- Amérique du Nord : navigation sur les Grands-bacs .... 29
- Angleterre : ce qu’a fait l’aviation.......................... 85
- — : dirigeables rigides.................................1 85
- — encourage les recherches industrielles.................. 38
- — : routes aériennes......................................117
- Archéologie : photographie aérienne.............................117
- Armée américaine : rapatriement.................................117
- Artillerie à longue portée pour les observations météorologiques ........................................................ 101
- Atlantique : traversée en avion.................101, 117, 133
- Aviation anglaise : ce qu’elle a fait. . ..................... 85
- Avion : traversée de l’Atlantique...............101, 117, 155
- — : sans pilotes..........................................101
- — : Paris-Rabat...........................................117
- Bandages de roues : dimensions.................................. 21
- Barrage sur la Dordogne..........................*............ 55
- Garbocoal. . . ................................................. 37
- Gentrales électriques à unités ultra-puissanles.................155
- •Céréales : situation mondiale.................................. 13
- •Chemins de fer allemands et alliés : comparaison............. 21
- — français : électrification.............................. 53
- Chlorure d’aluminium : action sur le pétrole.................. 21
- •Ciment : potasse des fumées des fours.......................... 57
- Combustible colloïdal........................................... 69
- Constructions navales et pertes de navires depuis 1912 ... 5
- Corindite..................................................... 57
- •Cours des métaux aux États-Unis............................... 29
- Coût de la guerre i . . . .................................... 1
- — de la vie depuis la fin de la guerre.................. 86
- Cracking électrique des hydrocarbures .......................... 70
- Cratère le plus grand du monde............................... 58
- Crookes (Sir William)........................................... 53
- Cuirassés américains à propulsion électrique....................101
- Dessiccation de la viande : procédé H. Mekce.................102
- Dirigeables : gaz ininflammable.............................. 21
- — : lancement d’un aéroplane........................... 29
- — : Records........................................9, 21
- — : rigides en Angleterre. ............................ 85
- Dordogne : grand barrage........................................ 55
- Dromadaires : température....................................... 86
- Eclairage et poussière.......................................... 38
- Eclipse totale de soleil du 29 mai 1919...................... 55
- Égypte : champs pétrolifères....................................102
- électricité : transport à 150000 volts.......................102
- Électrification des chemins de fer français.................. 55
- Engrais pour la prochaine récolte............................... 15
- Essence déiivée du gaz naturel..................................102
- Estérel : pluies............................................... 118
- états-Unis : cours des métaux................................ 29
- — : pluie de cendres................................... 86
- — : production du radium..................................102
- Expédition arctique en aéroplane.............................. 101
- Ferry-boats de la Manche......................................... 9
- Fil de papier................................................... 85
- Finlande : ressources...........................................154
- Flotte de commerce allemande actuelle............................ 9
- Foire de Lyon................................................. 58
- Forage : record................................................. 13
- Forces motrices du Rhin : projet d’utilisation............... 9
- Forêts : ressources de l’Allemagne.............................. 21
- Fumées des fours à ciment : potasse.......................... 37
- Gaz ininflammable pour dirigeables.............................. 21
- Germanium et silicium: propriétés électriques................... 57
- Grands Lacs de l’Amérique du Nord : navigation. ..... 29
- Grônland : tremblement de terre................................. 86
- Guerre : coût.................................................... 1
- Guyane anglaise : futur centre de fabrication de l’aluminium. 38
- Hélium : industrie.............................................. 85
- Hôtel gigantesque à New York....................................118
- Huiles : raffinage au permanganate de potasse .................. 21
- Hydrocarbures : cracking électrique............................. 70
- Ile Prinkipo.................................................... 13
- Isolant incombustible........................................... 57
- lvalahari : lac artificiel.................................... 102
- Lac artificiel du Kalahari......................................102
- Lait et dérivés : production en divers pays ................. 55
- Le Havre : travaux du port.................................... 102
- Linge d’ortie et drap de tourbe . .*................• • • * 58
- Lumière : minimum perceptible................................... 69
- Lyon : foire.................................................... 58
- Supplément au n* 2361 de La Nature du 28 juin 1919.
- H9
- IO
- p.2x148 - vue 504/508
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- TABLE DU SUPPLEMENT
- Macadamisage rapide......................................... 53
- Macédoine : Agriculture.....................................118
- Machines à écrire en France.................................118
- Manche : ferry-boats........................................ 9
- Marine marchande : siluation................................ 86
- Maroc : statistique agricole......................... 86
- Mesures : unités............................................ 54
- Métaux : cours aux Etats-Unis............................... 29
- Météorologie : emploi de l’artillerie à longue portée . . .-. 101
- Moteurs à acétylène............................................ 55
- Mûrier : pour remplacer les feuilles .......................... 58
- Navigation sur les grands lacs de l’Amérique du Nord. ... 29
- Navires : construction sans rivets............................. 57
- — : pertes et constructions navales depuis 1916 .... 5
- New York : hôtel gigantesque...................................118
- Nichrome..........................'......................... 69
- Ondes sonores : transmission de force motrice............... 69
- Ortie : linge . ............................................ 58
- Papier : fil................................................... 85
- Pâtes-lumineuses au radium. ... :.............................. 69
- Pennsylvania llôtel de New York................................118
- Permanganate de potasse : raffinage des huiles.............. 21
- Pétrole : action du chlorure d’aluminium.................... 21
- — : Ésfypte..............................................102
- Photographie aérienne au service de l’archéologie...........117
- Pluie de cendres aux États-Unis................................ 86
- — de l’Estérel...............................................118
- Pomme de terre : production.................................... 54
- Port du Havre : travaux ..................................... 102
- Potasse des fumées des fours à ciment....................... 57
- Poussière et éclairage......................................... 58
- Prinkipo : île................................................ 15
- Prisonniers en Allemagne : alimentation restreinte............. 54
- Radiocommunications : portée................................... 69
- Radium : pâtes lumineuses................
- — : production aux États-Unis..............,
- Raffinage des huiles au permanganate de potasse Ravitaillement de l’Allemagne en viande . . .
- Record d’altitude en aéroplane.................
- —• — — , avec passager.
- —• de dirigeable......................................9, 21
- —- de l’aéroplane cc Goliath »..........................: 85
- — de forage................................................ 1^
- Rhin : projet d’utilisation des forces motrices............. 9
- Rocher ruimforme nouveau..............-..................... "70
- Roues : dimensions des bandages................................ 21
- Séchage des légumes en Allemagne................................ 15
- Sélénium : vulcanisation....................................... 37
- Silicium et germauium : propriétés électriques.-............ 37
- Soleil : éclipse totale du 29 mai 1919...................... 55
- Sous-marin tirant sous l’eau...................................133
- Statistique agricole du Maroc................................... 86
- Sucre : production mondiale..................................... 15
- T. S. F. entre la Hollande et Java.......................... 21
- — : station de Nauen pendant la guerre................. 85
- Tabac (Pourquoi manquons-nous de)................................ 5
- Température des dromadaires .................................... 86
- Température optima pour l’énergie humaine....................... 29
- Textiles de remplacement...................................... 154
- Tourbe : drap................................................... 85
- Transmission de force motrice par les ondes sonores .... 69
- Transports d’energie électrique à 150 000 volts..............102
- Tremblement de terre au Grônland................................ 86
- Unités de mesure............................................... 54
- Viande : procédé de dessiccation Arthur II. Mekee...........102
- — : ravitaillement de l’Allemagne......................... 70
- Voies navigables : exploitation pendant la guerre............ 38
- Vulcanisation au sélénium .................................... 37
- II. — SCIENCE APPLIQUÉE.
- Alambic rustique............................................. . 57
- Appareil à extraction de Kumagava et Suto.................... 5
- Arrache-rumex. ..................................................121
- Baignoire pratique...........................................138
- Bicyclette : pédalier unijambe...............................122
- Bleus : tirage, lavage et séchage................................ 89
- Bouilleur électrique.............................................158
- Brûleur Bunsen : Transformation en bec à veilleuse .... 5
- Burettes graduées : pour lire aisément le niveau................. 89
- Canne électrique................................................. 58
- Charrue de jardin............................................106
- Collier de serrage P. C......................................... 22
- Compas à ressort.............................................137
- Compteur de dépôt électrolytique................................. 74
- Courroies : outil pour les remettre sur les poulies.......... 22
- Croissant lumineux................................................74
- Démarreur Herzmark............................................... 58
- Dilatation des liquides : procédé simple de mesure............... 1
- Drosomètre nouveau............................................... 57
- Eau : suppression de la dureté par la permutito.............. 30
- Échelle-pont-échafaudage U « Extensible »........................ 30
- Extincteur de bougie ............................................ 22
- Filtre-presse : nouveau système..................................105
- Fontaines de Héron............................................... 14
- Gravure d’une plaque de porte.................................. 106
- Lampe-éclair Bascula. . ......................................... 90
- Liquides chauds (Pour manipuler des récipients contenant
- des)......................................................... 10
- Liquides : procédé simple de mesure de la dilatation. ... 1
- Machines-outils : plateaux magnétiques........................... 90
- Manivelle anti-retour............................................105
- « Manostyl »................................................. 10
- Microlux......................... . ........................ 90
- Motoculteurs : Tracteur agricole Renault........................ 41
- — : Treuils de labourage de Dion-Bouton . ............ 41
- — : Tracteur-toueur Filtz............................ 41
- — ; Motoculteur S. 0. M. U. A........................... 42
- — : Appareils à vapeur John Fowlcr...................... . 42
- — : Autres appareils..................................... 42
- Neltoic-rail....................................................137
- Outil pour remettre en place les courroies tombées des poulies ......................................................... 22
- Papier ferrotype à ton brun.................................... 14
- Permutite : suppression do la dureté de l’eau............... 50
- Piège pour rats et taupes.......................................121
- Pipes : appareil de nettoyage...................................122
- — : usage imprévu........................................ 75
- Plaquf de porte : gravure.................................... . 106
- Plateaux magnétiques pour machines-outils....................... 90
- Porte-cigarettes-briquet........................................ 74
- Porte de poulailler à fermeture automatique.................... 121
- Régulateur automatique de température pour les étuves de
- laboratoire chauffées à l’électricité...................... . 22
- Régulateur pour étuve-armoire................................... 57
- Ressort de sûreté pour théière................................. 122
- Tarière agricole.............................................. 137
- Théière: ressort de sûreté. . ..................................122
- Tireuse automatique Raisky...................................... 90
- Tissus aérothermiques . *....................................... 10
- Torche militaire « Ever-Ready ............................... . 10
- Ultrafiltre nouveau............................................. 10
- Valets pour laboratoires....................................... 89
- Verrou algérien..................................................58
- Vrille-tube................................................... 137
- III. — VARIÉTÉS.
- Ce qu’on peut faire avec un kilowatt-heure (A. B.) ... . 4
- Conservation des pierres des anciens monuments (A. Breton). Il
- La réforme du Ca^ndrier (A. Breton)....................... 19
- La période pluvieuse actuelle (Charles Rabot)............. 27
- Crèmes pour chaussures (A. Chaplet). . ................... 35
- Report sans presse des épreuves à l’huile (E. Coustet) ... 47
- Tirages photographiques peu coûteux (E. Coustet)............ 65
- La définition du verre d’optique (II. Y.)................... 79
- Comm-nt acheter les fruits frais? Les fraises (A. Truelle). . 95
- La fédération française des Sociétés de Sciences (naturelles (E. Fauré-Frémiet)..........................................—127
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- TABLE DU SUPPLEMENT
- IV. - HYGIÈNE ET SANTÉ.
- Bouillons de légumes (Dr A. G.)................................ 11
- Les pertes de la population française (R. .11.)................... 27
- Pour extirper les hameçons (Dr À. G.) . . '.................... 48
- Purification de l’eau à la campagne (R. M.).................... 79
- La protection contre les rayons X (R. M.)...................... 96
- La déclaration obligatoire de la tuberculose et la lutte anti-
- tuberculeuse (D1 L. Rivet)..................................111
- Les suites des intoxications par les gaz (R. Jl.;............... 128
- La thérapeutique jugée par les chiffres (R. M.)............. 145
- V. - RECETTES ET
- Alliages d’aluminium : formules................................. 48
- — de plomb : addition d’étain ou de cuivre............ 28
- Aluminium : colorations brunes.................................. 99
- Ambre : recollage............................................... 67
- Ampoules électriques usées : emploi dans l’enseignement . . 51
- Anneaux de catoutchouc : préparation............................ 67
- Arrosage automatique............................................128
- Arrosage des fleurs en pots.....................................128
- Arrosage servant de véhicule à l’engrais....................131
- Bain de virage-fixage conservant sa limpidité...............144
- Calorifuge (garnissage).......................................... 8
- Carton : préparation pour le dessin et l’aquarelle.............. 80
- Chapeaux de feutre : remise à neuf . ........................... 20
- Châssis révcle-film........................................... 12
- Chaussures : pour les dé vernir............................. 67
- " — : pâte pour nettoyer................................ 28
- Ciment : pour accélérer la prise............................ 99
- — : imperméable. . . ................................. 99
- — : peinture.............................................. 48
- Citerne : purification de l’eau................................. 64
- Clichés voilés sur les bords....................................144
- — zones irrégulières. . . ................................144
- Colle américaine................................................ 67
- Colorations brunes de l'aluminium............................... 99
- Conduites d’eau : suppression du coup de bélier................. 83
- Crayon : a-t-on changé quelques mots dans une page. ... 51
- Cuvettes à développement : nettoyage............................ 12
- Dessin et aquarelle : préparation du carton................. 80
- Eau d’une citerne : purification................................ 64
- Encaustique : préparation............................ 67
- Encre sympathique............................................... 20
- Épreuves aux sels de fer : pour revivifier.................. 12
- Étain : moulage................................................ 83 .
- Étiquettes en bois : pour tracer des inscriptions........... 67
- Étoffes : pâte pour nettoyer. .................................. 28
- Fer : sciage à chaud............................................ 83
- PROCEDES UTILES.
- Gants : pâte pour nettoyer.................................. 28
- -.Garnissage calorifuge..................................... 8
- Glace ; pour la débarrasser de son-tain..................... 67
- Gynérium : pour conserver et teindre les panicules .... 83
- Incombustibiliser les tissus....................................64
- Infection d’épluchures de pommes................................ 8
- Laboratoire : recettes........................................ 99
- Lampes à vapeur de formol : parfums......................... 8
- Limer : comment on doit..................................... 80
- Machines : photographies....................................... 28
- Mouler l’étain ou le plomb..................................... 83
- Obturateurs : contrôle du fonctionnement...................... 144
- Papier au charbon sensibilisé : conservation . ............. 12
- — : une feuille a-t-elle été grattée ou mouillée ?... 99
- — : semelles......................................... 5.1
- — : transparent . ................................... 28
- Parfums pour lampes à vapeurs de formol..................... 8
- Pâte pour nettoyer gants, chaussures, étoffes............... 28
- Peinture sur ciment............................................ 48
- — : vernissée pour métal chauffé..................... 80
- Photographies de machines..................................... 28
- — montage des épreuves en été...........................144
- Piles : emploi du sel marin.................................... 48
- Plomb : moulage................................................ 83
- Pommes : infusion d’épluchures.................................. 8
- Purification de l’eau d’une citerne . . . .................. 64
- Renforçateur au cuivre en un seul bain......................... 12
- Renforcement très intense......................................144
- Sauves : destruction . -....................................... 67
- Sciage du fer à chaud.......................................... 83
- Semelles de papier............................................. 51
- Taches des papiers au bromure................................. 144
- Jissus : pour les incombustibiliser............................ 64
- Vernis pour papiers............................................144
- — : recettes............................................ 99
- Verre dépoli : remplacement.................................... 99
- FIN 1)15 LA TABLE DU SUPPLÉMENT
- Le Gérant : P. Masson.
- p.2x150 - vue 506/508
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- PARIS, IMPRIMERIE GENERALE LAHURE 9, Rue de Fleuras, 9
- p.2x151 - vue 507/508
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- TABLE DES MATIÈRES
- VII. — SCIENCES APPLIQUÉES.
- 1. Mécanique. — Industrie. — Outillage.
- L’aménagement moderne des usines. Appareils de pesée
- (H. Volta) ........................................ I)
- Les industries de guerre et la peinture pneumatique
- (M. Bousquet)...................................... 11
- La montre de guerre (Léopold Reverciion).............. 55
- Aménagement moderne des usines : manutention des obus dans les usines de munitions anglaises (H. Voltà). 65 L’emploi économique de la sciure de bois dans les cuisines domestiques (Emile Belot) ......... 96
- Les économies de combustibles (L. de Launay) .... 196
- L’emploi des abrasifs dans l’industrie de guerre (P. Sal-lior) . . ...... ............................ . 215
- Un laboratoire national d’essais textiles (Alfred Re-
- nouard)...............................................214
- Le pétrole comme substitut de l’essence dans les moteurs à explosion (X...).................................227
- Effet du vent sur les hautes cheminées d’usines (A. B ). 244
- La question du fer-blanc en France (II. Volta) .... 250
- Progrès dans l’utilisation du moteur à vent (Henri Blin). 268 Les industries textiles de l’Alsace (A. Renouard). . . . 278
- Machine centrifuge pour la préparation des anneaux métalliques ( \. Vigneron)............................. 349.
- Le travail du verre au laboratoire (11. C.)............351
- Métallisation électrique par projection (Kasperowicz) . 536
- Un appareil de. mesure de la perte à la cheminée
- (P. B.) . . . ...................................568
- Une machine à polir le marbre (R. Yillers).............415
- Le corroyage de l'acier ............................... 62
- Mesut'e de la perte de chaleur à la cheminée . . . 142
- Efforts internes développés dans les métaux et alliages par un refroidissement rapide ....... 238
- Engrenages magnétiques en horlogerie...................239
- 2. Electricité.
- Les procédés modernes de construction des petits moteurs électriques (G. S.). . .......................... 56
- Le captage téléphonique (Général Rouqderoi.)..........283
- Les tubes à vide à 3 électrodes (M. Y.)...............291
- La T. P. S. (Un Radio)................................356
- La radiogoniométrie (Un Radio)........................404
- Le courant continu produit par [l'alternatif. . . . 415
- [3; Travaux publics.^— Art de l’ingénieur.
- L’utilisation des forces naturelles (L. de Launay) ... 68
- Le corps des ingénieurs de l’armée américaine (A. B.). 115
- L’outillage mécanique des chantiers d’excavation et de
- dragage américains (M. Bousquet)......................177
- •Les ressources d’énergie hydraulique du monde (A. B.). 257
- La reconstitution de nos mines envahies (Jacques de
- Thieulloy). ......................................... 246
- L’urbanisme (J.-M. Aüburtin).............................298
- L’aménagement des villages (J.-M. Auburtin)..............523
- La réfection des routes de France : la route en ciment. 382 Principes et règles scientifiques pour Vétablissement de longs tunnels sous nappes d’eau.......................270
- 4. Transports.
- Agrandissements du port de la Pallice (A. Breton) . . 31
- Wagons de charbon à grande capacité du Pennsylvania Railroad (Lucien Paiiin).............................. 48
- Restauration des chemins de fer après la guerre (IIeniu
- Morissat)................ . . ..................... 72
- Nouveaux Ferry-boats (Jacques Boyer). ....... 124
- Chariots à accumulateurs pour le service des usines (H.
- Volta) ............................................ 184
- La fabrication des wagons de chemins de fer (Levatel). 206 Radeau de mer pour le transport des bois ouvrés (Ch.
- Rabot)............................................. 218
- Chars d’assaut et péniches (R. Yu.lers)................... 225
- Nettoyage mécanique des wagons de chemins de fer (J.
- Boyer)................... .............................. 252
- Les transports frigorifiques en France (Emile Gouault) . 265
- La flotte.frigorifique (E. Gouault)..................... 401
- Essais des rails par flexion rapide....................... 15
- Organisation économique des transports automobiles dans une grande ville..................... . . . . . . . 518
- 5. Aviation et aéronautique.
- L’évolution de l'aviation allemande. 1Y. — Gouvernes. Instruments de bord. Appareil respiratoire (J.-Abel
- Lefranc)............................................... 17
- Le moteur Liberty. Son histoire (II. Yolta)............ 58
- L’évolution de l’aviation, allemande. V. — Photographies aériennes (J.-Abel Lefranc)......................... 81
- Vers les avions géants (Lt J.-A. Lefranc) .... 145, 161
- Chronique d’aviation (J.-A. Lefranc)......................239
- L’aèrobus Farman (A. Breton) ........................... 271
- Quelques moteurs d’avions modernes (J.-A. Lefranc) . 510
- Les vols à haute altitude (A.-J. Lefranc) .... 326, 343
- 6. Guerre.
- Balles allemandes et autrichiennes, explosives, expansives et perforantes (Claude Pernelle) ......
- Traîtres engins de guerre allemands (Nicolas Flamel) . La signalisation par la lumière invisible (H. Vigneron) . Les sondages aérologiques par ballons-pilote (J. Roüc.h). Le feu grégeois..........................................
- 44
- 180
- 375
- 376 95
- 7. Marine.
- Le plus récent et le plus grand chantier de construction
- navale (A. Breton).................................... 33
- Marine de commerce à vapeur. Problèmes d’après-
- guerre (E. Bertin)............................... 97
- Un mystère dévoilé. Les « Q. Boats » (V. Forbin) . . 209
- Les navires mystérieux de la marine militaire anglaise
- (Sauvaire-Jourdan)................................. 257
- Navires coupés en deux pour franchir des écluses (J.
- Boyer).............................................. 519
- La guerre navale en 1918 (E. Bertin)....................385
- Formes de carènes favorables aux plus grandes vitesses................................................. 205
- VIII. - DIVERS.
- La cryptographie (Nicolas Flamel). . .
- 120
- FIN DES TABLES
- Le Gérant : P. Masson.
- p.2x0 - vue 508/508
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