Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS,
- FAITES OU A P P R 0 U F E E S PAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE ROYALE JBJZS SCXJZ2STCJES 1BJ& UP^LMXS*
- AVEC FIGURES EN TAILLE-DOUCE.
- NOUVELLE EDITION
- Publiée avec des ohfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre , en Suifîe, en Italie.
- Par J. E. Bertrand, Profeffeur en Belles-Lettre s à Neuchâtel, Membre de IAcadémie des Sciences de Munich, & de la Société des Curieux de la nature de Berlin.
- TOME
- Contenant Us deux premières feclions de la fécondé partie du Traité des pèches.
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- DU consfhvatoire National
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- ix ou Estimation_j
- A NEUCHATE T. A.
- De l’Imprimerie de la Société T y poor aphiq_ue.
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- M. D. C C. L X X I X.
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- TRAITÉ
- DES PECHES,
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- HISTOIRE DES POISSONS.
- SXCOXTDM IPjLXLXXX.
- Tome X,
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- TRAITÉ DES PECHES
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- O V
- DES ANIMAUX QJUI VIVENT DANS L’EAU.
- SECONDE PARTIE.
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- INTRODUCTION. (O
- l. IL»E titre qui eft à la tète de cet ouvrage annonçait qu’il ferait divifé en deux parties , & qu’il s’agirait dans la première de la méchanique des pèches, pour faire connaître les différentes induftries qui ont été imaginées pour prendre les poiffons dans les eaux courantes, les viviers, les étangs d’eau douce, & à la mer. Cette partie de mon ouvrage, qui eft finie & publiée, ayant été reçue favorablement du public , je me trouve engagé à tra-
- (i) La fécondé partie du Traité des pèches médiatement après. Ce nouveau travail de n’ayant été publiée que quelques années M. Duhamel du Monceau eft divifé en trois après la première, qui forme le tome V de fections,que je réunirai en fuivantle même cette colleétion, je n’ai pu la placer im- planque pour le précédent,
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- INTRODUCTION.
- vailïer à la fécondé, où je me propofe de donner l’hiftoire des poi/Tons, qui font la récompcnfe des travaux pénibles de nos pêcheurs, & le fruit de leur induftrie. On voit par cet expofé , que je ne me fuis pas propofé de publier une hiftoire générale des poiflons, ou une ichthyologie complété, dans laquelle je développerais les différens fyftêmes des auteurs, j’expo-ferais leur nomenclature, les raifons qui les ont déterminés à en adopter une de préférence, & où je ferais la critique de ces auteurs par la compa-raifon des uns avec les autres, ou d’après de nouvelles obfervations, étendant mes vues fur les poiflons de Pun & de l’autre hémifphere.
- 2. Si j’euffe voulu comprendre dans mes recherches tous les animaux qui vivent dans les eaux, comme il n’eft pas poftible de fe les procurer , j’aurais été obligé d’avoir recours aux auteurs qui ont donné des traités particuliers j à Ovide, pour les poiifons du Pont.Euxin ; à Oppian pour ceux de la mer Adriatique ; à Mangolt, pour ceux du lac de Confiance ; à Benoit Jove, pour ceux du lac Corne ; à Artedi, fuivant lui d’après un auteur qu’il nomme FU gulus, pour ceux de la MofeiLe; à Schwenkfeld, pour ceux de la Siléfie ; à Marcgraf 8c à Pifon, pour ceux du B refit ; à Paul Jove 8c Salvian , pour ceux de la mer de Tofcane ; à Gille & Rondelet, pour ceux de la Méditerranée ; à Schonevelde, pour les poiflons de Hambourg & de la mer Baltique ; au comte de Marfioli, pour ceux du Danube; enfin, au peu qu’en ont dit les voyageurs pour les poiflons qui ne fe trouvent que dans les mers fort éloignées. C’eft en puifiint dans ces fources oyjAldrovande, Ray, Jonfion, Charletton , Gefner} Ruyfch, Scc. ont réulli à compléter leurs hiftoires générales des poiifons. C’eft encore ce qui a contribué à établir les méthodes dont nous fommes redevables à Willughby , à Artedi, au chevalier Linné, à Gronovius, à M. Goiian, 8c autres célébrés auteurs.
- 3- Effectivement, quand on fe repréfente le nombre prefqu’infini de poiifons qui fe trouvent dans les rivières & à la mer, on conçoit qu’il eft impoftjble qu’un homme les ait tous fous les yeux ; 8c que celui qui entreprend une hifioire générale des poifions , eft indifpenfabiement obligé de s’en rapporter aux auteurs qui ont donné l’hiftoire particulière de ceux qui fe trouvaient à leur portée, & à ce qu’ont dit les voyageurs, où fouvent on ne trouve que des figures vicieufes , & des deferiptions peu exa&es ; dont cependant les ichthyologiftes ont été réduits à tirer le meilleur parti qu’il leur a été poifibîe. Ces ouvrages qui ont exigé de grandes 8c pénibles recherches , méritent apurement des éloges , & les naturaliftes doivent à leurs auteurs des témoignages de reconnaiflance, dont je partage bien fincérement avec eux les fentiments.
- 4- Quoique je fois très-perfuadé de la grande utilité des méthodes pour l’étude des différentes parties de l’hiftoire naturelle, je ne m’y fuis point
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- INTRODUCTION.
- aflujetti j non-feulement parce que mon traité étant bien éloigné d’être général , je ne pouvais l’aftreindre à aucune méthode , mais encore parce que je n’ai pas eu la préfomption de me croire capable de mieux réuflir que les célébrés & laborieux auteurs que je viens de nommer.
- f. Il eft vrai que chacun ayant fa façon de voir, j’aurais pu fuivre une route que je me ferais frayée, & former ainfi une nouvelle méthode \ mais comme elle n’aurait probablement pas été meilleure que celle dont nous jouiifons, & qu’il paraîtrait à craindre que la trop grande multiplicité des méthodes ne jetât de l’embarras dans l’étude de l’hiftoire naturelle, j’ai cru plus convenable de ne parler que des poiifons dont j’aurais pu avoir une connaiflance exacfte , de ceux que prennent nos pêcheurs, & dont nous fai fous ' ufage : mais en reftreignant ainfi ma tâche , je ferai mon poflible pour mettre dans l’hiftoire des poiifons dont je parlerai, beaucoup de détails, de clarté, & fur-tout de vérité; & j’ai lieu de préfumer que plufieurs lecteurs me fauront gré de m’être borné à leur parler des poiifons qui leur font particuliérement utiles, étant plus fatisfaits d’avoir une connaiflance exalte & précife de ce qui regarde, par exemple , la morue qu’on fert tous les jours fur les tables, que de ce qui concerne un poiifon qu’ils n’ont jamais vu, & qu’ils ne feront peut-être jamais à portée de voir.
- ; 6. Néanmoins quoique je fois forcé, pour les raifons que je viens d’ex-pofer, de renoncer à fuivre exaétement une méthode, je ferai mon poflible pour rapprocher les uns des autres les poiifons d’une même famille. Je prévois bien que je ferai plufieurs fois en défaut par la difficulté que j’éprouverai à me procurer à tems certains poiifons , tant de la Méditerranée que de l’Océan. Il eft vrai qu’il m’aurait été facile de me tirer de cet embarras, en copiant les figures & les defcriptions qui fe trouvent dans les auteurs ; mais c’eft précifément ce que j’ai voulu éviter , mon deifein étant de n’adopter des auteurs que ce que j’aurai pu vérifier : car il m’a paru qu’il y aurait moins d’inconvénient à m’écarter quelquefois de l’ordre que je me fuis propofé de fuivre , & même d’omettre de parler de quelques poiifons de nos mers , que de copier des deifins dont je ne connaîtrais pas l’exaditude, & des defcriptions de poiifons que les auteurs n’ont peut-être pu fe procurer , & dont ils n’ont parlé que d’après une forte de tradition, ou fur le peu qu’en ont dit quelques voyageurs.
- 7. J’ai aflez fouvent éprouvé beaucoup de difficultés à faire connaître les poiifons alfez communs dans nos mers , qui font ceux dont je me fuis principalement propofé de parler. Car il n’eft pas rare que le même poiifon ait flifférens noms fur différentes côtes , & qu’un même nom foit attribué à des poiifons fort différens. En voici un exemple: que fervirait-il de favoir que l’alofe aune chair de bon goût & fort délicate, fi l’on ne fait pas de quel
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- INTRODUCTION,
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- poiifon il s’agit ? Et alfürément on l’ignorerait dans un pays ou ce poifïon eft connu fous le nom de colac, & où l’on ne fait point ce que c’eft que l’a lofe.
- 8. Cette incertitude dans la nomenclature eft telle, qu’en Provence on donne quelquefois le même nom au bateau , au pêcheur, au filet & au poifi-fon i & ces noms font ailleurs tout différens , quoique ce foit la même pêche. M. de laCourtaudiere le cadet, m’ayant envoyé le defiin d’un poilfoa qu’on nomme à S. Jean-de-Luz abadiva , il m’a été facile de connaître que c’eft celui qu’on nomme lieu en Bretagne , & ailleurs colin.
- 9. Le feul moyen que j’aie imaginé pour me tirer de cet embarras, a été de donner des figures aifez correéles & des defcriptions fuffifamment exadtes, pour mettre en état de reconnaître les poilfons indépendamment des noms qu’011 leur donne. Parce moyen les pêcheurs Gafcons fauront que le poiifon qu’on leur préfente fous le nom à'alofe, eft celui qu’on appelle chez eux colac; & les pêcheurs Normands ou Bretons décideront que ce poiifon qu’on leur nomme colac eft leur alofe. Cependant, autant que je le pourrai, je rapporterai les noms qu’on donne aux mêmes poilfons fur les différentes côtes. Et pour remplir mon objet autant qu’il me fera poflîble, je ferai connaître les poilfons par les lieux qu’ils fréquentent, les failon? où ils parailfent, leur forme extérieure, même quelquefois leurs parties intérieures. Je vais rendre mon idée plus fenfible.
- Article premier.
- DiJlinUion des poiffons, relativement aux eaux ou Us Je tiennent.
- 10. Il y a des poilfons qu’on nomme d'eau douce, parce qu’ils ne peuvent fubfifter dans l’eau falée. D’autres ne peuvent vivre que dans l’eau de la mer; on les nomme poijfons de mer ou marée. Enfin il y a des poilfons qui palfent de l’eau de la mer dans les rivières , où ils s’engrailfent & deviennent d’une qualité fupérieure j mais nous ne comprendrons point dans ces poif. fous ceux qui par de gros tems font forcés contre leur naturel d’entrer dans les rivières , où ils ne relient que le moins qu’ils peuvent. C’eft dans ce cas qu’on a trouvé quelquefois des bancs de harengs & de maquereaux dans les rivières , même aux endroits où l’eau eftprefque douce. Enfin il y a des poilfons qui fe tiennent durant une partie de l’année à l’entrée des rivières où la marée remonte & où l’eau eft faumâtre.
- 11. Entre les poilfons d’eau douce , on peut diftinguer ceux qui fe plaifent dans les lacs , les étangs , même dans les mares vafeufes , de ceux qui fe trouvent dans les fleuves, les grandes rivières, & les ruilfeaux d’eau très-vive.
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- I N TÉ0DÜCT10 N-
- • 12. A l’égard du poiffon de mer, les uns font de la Méditerranée, d’autres de l’Océan. Plusieurs qui fe plaifent dans les eaux tranquilles, fe retirent dans les anfes & dans les étangs falés. D’autres qui ne redoutent pas l’agitation' de l’eau & les brifans , fe tiennent au bord de la mer & dans les rochers. Enfin il y en a qu’on ne trouve que dans les grands fonds $ & ce font affez fouvent les gros..
- Poiffons de paffage & domiciliés.
- 13. Une diftin&ion qui eft encore bien digne que l’on y foit attentif, concerne les posons de paffage, & les domiciliés : ceux de palfage ne paraiflènt fur nos côtes que dans des faifons marquées, & enfuite dif-paraiifent. Entre ceux-là il y en a qui féjournent un certain tems dans quelques parages, & qui dans d’autres ne font que paffer fans prefque s y arrêter. Au refte il en eft de ces animaux comme de ceux qui habitent la terre; il y a des années où l’oil en voit beaucoup , & dans d’autres années il en paraît peu.
- 14. Nous nommons domiciliés, les poiffons qu’on prend à nos côtes toute l’année, quoiqu’il y ait des faifons où il s’en montre beaucoup plus que dans d’autres, foit qu’une partie aille s’établir dans d’autres parages , foit que pour des circonftances qu’on ne connaît pas, ils fe retirent dans les grands fonds.
- 15. Il eft bon de faire remarquer à ce fujet, que quand on parle de poiffons de faifon, on entend quelquefois le tems où ils donnent le plus abondamment à la côte , & encore ceux où ils font de meilleure qualité ; car tel poilfon qui eft fort eftimé dans une faifon , eft aflêz mauvais dans une autre.
- Des poiffons voraces, È? à cette occafion quelque ebofe fur les appâts.
- 16. Quoique prefque tous les poiffons foient voraces, puifqu’ils vivent de-leur chaffe , il y en a néanmoins qu’on regarde plus particuliérement comme tels , à caufe de la grande deftru&ion qu’ils font de certains poif fons. Il y a apparence que ceux-ci font pâture de tout, puifqu’on trouve dans leur eftomac de toutes fortes de fubftances, même des cruftacées & des coquillages. Il eft néanmoins probable qu’ils font plus friands de certains poiffons , que d’autres. Mais nous ne pouvons avoir de connaif. fances fur cela que par le choix qu’ils font des appâts qu’on leur préfente, lorfqu’on pèche avec les hameçons. On remarque, par exemple, que les foies & les anguilles fe jettent fur les vers ; & prefque tous les poiffons,
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- INTRODUCTION.
- fur les harengs,les fardines, &c. Comme ces connaiflancesfont intéreflarî-tes pour la pêche aux haims, nous en avons traité allez aniplement. dan# la première feétion de la première partie, ce qui ne nous difpenfera pas d’indiquer les appâts qui conviennent particuliérement à quelques efpeces de poiifons.
- Des animaux amphibies.
- 17. Outre les poiifons d’eau douce & ceux de la mer, il y a d’autres animaux qui font tantôt dans l’eau & tantôt fur terre, & qui, pour cette raifoil, font appellés poijfons , ou pour parler exactement, animaux amphibies : ils ont des poumons , & refpirent l’air i mais ce font d’excellens plongeurs qui fe palfent long-tems de refpirer. Cependant l’air leur eft abfolument nécelfaire , & ils périraient faute de le reipirer, fi quelque caufe les retenait trop long-tems fous l’eau.
- 18* Les auteurs ont nommé cétacées les grands poiifons qui ont des poumons, qui font vivipares, dont on connaît l’accouplement, & dont plufieurs allaitent leurs petits.
- J 9. On a nommé cartilagineux des poiifons dont le fquélette n’eft pas dur. On trouve dans le corps de la plupart, des œufs aifez gros, qu’on peut comparer à ceux des oifeaux} mais l’incubation fe fait dans leur corps, & les petits fortent en vie. Le fquélette des poiifons à arête n’eft ni auifi dur que les os , ni auifi tendre que les cartilages : ils font ovipares, & leurs œufs font en grand nombre & petits.
- 20. On pourrait donc divifer les poiifons en ceux à poumons qui refirent l’air, & ceux qui, ayant des branchies, afpirent l’eau ; & entre ceux-ci , les uns font cartilagineux, & les autres à arête, & de plus , les uns font ovipares, &les autres vivipares.
- Article IL
- Qu'il ejl nécejfaire de faire connaître les poijfons par leur forme extérieure.
- Si. Les indications que nous donnerons des endroits où les dilférens poiifons s’élèvent , & où ils fe plaifent particuliérement, peuvent bien faire connaître à ceux qui voudront s’occuper de la pèche , les lieux & les faifons où ils doivent aller chercher certains poiifons ; encore ces connaiifances feront fujettes à bien des exceptions , puifqu’on fait qu’il y a des poiifons qui fe retirent l’hiver dans la grande eau , & qui l’été s’approchent du rivage & entrent dans les étangs 5 fur quoi l’on peut con-
- fulter 5
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- INTRODUCTION.
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- fulter , à l’egard de l’eau de la mer , ce que nous avons dit des bourdi-gues du Martigues & de Cette , & de celles de la Camargue , pour les poil-Ions d’eau douce.
- 22. Ce que nous avons dit des organes de la refpiration , d’avoir des os, des arêtes ou des cartilages , ou d’être les uns vivipares, les autres ovipares, toutes ces chofes exigent des dilfeétions, & ne peuvent apprendre à diftinguer dans une multitude de poidons raiïemblés dans une poif-fonnerie, ceux qu’on defire. Il faut donc chercher à faire connaître les poidons par leur forme extérieure , en en donnant des deffins exaéts , & nous attachant, pour les defcriptions , aux parties les plus frappantes 8c qui nous paraîtront en même tems les plus propres à caractérifer chaque efpece. Mais avant d’entrer dans les détails , il efl: à propos de fixer les idées fur ce que nous entendons par poijfons. On a coutume de regarder vaguement comme tels tous les animaux qui vivent dans l’eau, & nous nous propofons bien de les comprendre dans notre ouvrage. Cependant nous regardons comme poilfons vrais ceux qui ont du fang, qui n’ont point de pieds, mais des ailerons & des nageoires , qui vivent toujours dans l’eau, s’y nourriflent , s’y multiplient, & ne peuvent fubfifter long-tems hors de cet élément: la plupart font ovipares. Suivant ces idées , on peut définir les poilfons proprement dits, des animaux aquatiques qui font pourvus des organes propres à nager, qui ne refpirent point l’air, & qui ne peuvent point fubfiller long-tems hors de l’eau ; & l’on peut ajouter la condition d’avoir du fang. Quoique nous nous proposons de parler dans ce traité de tous les animaux aquatiques, nous nous occuperons d’abord des poif-fons proprement dits , tels que nous venons de les définir.
- De la grojjeur des poijfons fuivant leurs efpeces. •
- 23. Nous elfaierons de donner une idée de la grolfeur la plus commune des poilfons dont nous parlerons , & dans certains cas cela ne fera pas équivoque. Mais comme les poilfons , ainfi que les autres animaux , ne parviennent à leur grandeur que par degrés & avec l’âge, il y aura des circonffances où nous ferons embarralfés à décider fi certains poilfons font naturellement petits, ou fi, n’étant petits qu’à caufe qu’ils font jeunes, ils doivent devenir plus grands. Au relie, ces fortes de cas embarrallans font rares , & nous ferons notre pofîible pour que la maniéré dont nous fpécifierons la taille des difFérens poilfons, 11e s’écarte pas beaucoup de la vérité. Nous préviendrons feulement qu’il en efb des poilfons comme des animaux terreflres ; il y a des provinces où les mêmes cfpeces de beftiaux font beaucoup plus gros que dans d’autres.
- Tome X,
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- INTRODUCTION.
- Divijîon générale clés poiffons fumant leur forme extérieure , en rqnds ,
- plats , longs.
- 24. Une diftindion générale & affez frappante dans les poiffons, eft celle qu’on fait, 1*. en poiffons ronds , tels que la carpe, le faumon , le maquereau , le hareng, &c. qui nagent communément entre deux eaux ; 2°. en poiffons plats , tels que la foie, le carrelet, la barbue, la plie, le turbot, qui fe tiennent volontiers fur le fond , ou s’abandonnent au courant qui les entraîne; il y en a qui, comme la dorade , tiennent le milieu entre ces deux ordres de poiffons ; 3q. en poiffons longs, & dont la forme imite celle des reptiles terreftres, tels que l’anguille , la lamproie ; ce qui donne encore lieu à une diftindion très-marquée. On verra cependant qu’il fe préfentera des cas où il fera difficile de décider Ci certains poiffons doivent être compris avec les poiffons ronds ou dans le genre des longs; car la nature paffe d’un ordre à un autre par des nuances. Cependant on peut d’abord diftinguer les poiffons en ronds , en plats , & en longs ou en ferpens, puifque ces différences forment des diftindions générales ; mais il en faut de particulières, pour reconnaître les efpeces : les tégumens peuvent nous en fournir.
- DiftinUion générale des poiffons par leurs tégumens, en nus, écailleux, épineux, velus , crujlacées & tefiacées.
- 2?. Presque tous les poiffons font enduits extérieurement d’une efpece de mucofité qui peut bien empêcher l’eau de pénétrer jufqu’à leur peau, & les rendre plus propres à divifer ce fluide. Les poiffons nus font plus fournis de cette humeur muqueufe, que les écailleux; mais nous ne la regarderons point comme un tégument. Je remarquerai feulement que les couleuvres qui vivent à terre, font pourvues de cette humeur qui a une odeur forte; mais qu’en ayant conTervé quelque tems dans une chambre , elles avaient perdu cette mucofité , & on pouvait les manier fans que les mains contradaffent aucune mauvaife odeur.
- 26. Il y a des poiffons qui n’ayant point d’écailles, font couverts d’une peau ordinairement alfez forte , très-rude dans les requins & chiens de mer, & fort douce dans l’anguille & la lamproie. D’autres font entièrement couverts d’écailles plus ou moins grandes & plus ou moins épaiffes ; tandis que quelques-uns en ont de fi petites, qu’il faut y prêter bien de l’attention pour s’affurer de leur exiftence. Comme je ne me propofe pas d’entrer dans de grands détails anatomiques, je ne dirai point comment elles font attachées à la peau ; mais il y en a qui font fort adhérentes, pendant que d’au-
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- INTRODUCTION.
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- très n’y tiennent prefque pas. Quand on examine les écaillés d’un même poifion , on remarque que les plus grandes écailles font prefque toujours vers le dos près la tète , que celles des côtés font d’une grandeur mitoyenne entre celles-là & celles du ventre j car j’appelle le dos cette partie fouvent arrondie , qui eft vers la furface de l’eau quand le poifion eft fur le ventre & la poitrine > & je nomme côtés, les parties larges dont la chair eft fou tenue par des arêtes courbes qu’on peut comparer aux côtes des quadrupèdes ; enfin que les plus petites font fous la gorge, où quelquefois même on ne peut en appercevoir. J’avoue que toutes ces chofes que je donne comme générales , fou firent des exceptions.
- 27* Dans les endroits où ces écailles font les plus grandes & les plus fenfibles , on voit qu’elles fe recouvrent les unes les autres , comme les ardoifes fur un toit. La partie recouverte par celles du delfus eft pref. que double de celle qui eft à découvert : c’eft ce que les couvreurs nomment le pureau.
- 28- On apperçoit à la vue fimple fur plufieurs poifions, & encore mieux quand on examine les écailles avec une forte lentille, que la plupart font légèrement (triées dans le fens de leur longueur , non pas par des lignes qui (oient parallèles entr’elles, mais qui tendent à un centre commun placé à la partie des écailles qui eft découverte , & prefque toujours hors de l’écaille , ou au-delà de l’étendue de l’écaille qu’on examine.
- 29. La peau des poifions qui n’ont point d’écailles eft de différentes couleurs fui van t les efpeces. Et quoique les écailles détachées du poifion étant interpofées entre la lumière & l’œil paraiflent prefque toujours de la couleur d’un feuillet de corne fort mince, la furface extérieure des poifions ne laifjfe pas d’offrir des couleurs fouvent très-belles, & quelquefois fi vives, qu’au fortir de l’eau elles le difputent à l’éclat de l’or, de l’argent, des pierres précieufes. On peut faire ufage de ces couleurs dans la defeription des poifions ; néanmoins la vivacité de ces couleurs diminue , quand les poif-fons font morts , lorfqu’ils font malades , & il y en a qui font fujettes à varier fuivant la nature du fond où les poifions fe tiennent j par exemple, on connaît des étangs où les carpes font brunes , pendant que dans d’autres elles font dorées. En général, fur les fonds de vafe , les couleurs font plus obfcures que fur les fonds de fable pur. On prétend que le froid & le chaud influent fur la couleur des poifions, & effedivement il paraît allez ordinairement que dans les climats chauds les poifions ont des couleurs plus variées & plus éclatantes que dans ceux qui font froids , de même que l’hermine eft grife l’été, & très-blanche l’hiver. On afiure que dans le nord il y a des poifions qui font d’une autre couleur l’hiver que l’été ; dans quelques efpeces les poifions mâles & les femelles font de couleurs diffé-
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- INTRODUCTION.
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- rentes, & ces couleurs fouffrent des changemens dans le tems du frai. De plus, lî , comme quelques-uns le penfent, les poiifons à écailles font fujets à une mue comme les oifeaux, il pourrait en réfulter encore des changemens de couleur. C’eft peut-être pour cette raifon que les très-vieilles carpes deviennent blanches. J’ai vu des poiifons dorés de la Chine, qui étant malades, avaient perdu tout leur or, & même prefque leur couleur rouge; de plus, les couleurs vives & diltindtes que certains poiifons ont au for-tir de l’eau , le confondent & prennent une teinte plus fombre quelque tem^ après qu’ils font morts.
- 30. J’ai donc été très-embarralfé de donner une idée jufte de la couleur des poiifons que j’achetais à la poilfonnerie , ou encore plus de ceux qu’on m’envoyait des ports. Heureufement , plulîeurs commilfaires de la marine qui ont bien voulu s’intérelfer à mon ouvrage, m’ont fait part de leurs oblervations. A in fi, quoiqu’en général on doive avoir égard aux couleurs des poiifons pour les décrire, il ne convient pas de faire attention à des dirFérences peu fenlibles, puifqu’on multiplierait beaucoup & fort mal-à-propos le nombre des efpeces.
- 31. Quand je dis que les écailles des poiifons font de différentes couleurs , je ne prétends pas décider que cette couleur rélide toujours dans l’écaille même, je fais qu’il y en a qui font colorées ; mais il eft certain que plulieurs étant détachées de l’animal, font comme un feuillet d’écaille blonde & très tranfparente, au travers de laquelle fe montrent les couleurs delà peau , qui en deviennent plus brillantes.
- 3 2. Presque tous les poiifons à écailles ont fur les côtés une ligne tantôt blanche , tantôt brune , plus ou moins large , & plus ou moins apparente , qui s’étend depuis le derrière des ouies jufqu’à l’aileron de la queue, fui-vant une direction plus ou moins courbe ou prefque droite ; quelquefois cette raie change de couleur , & même difparaît peu de tems après que les poiifons font tirés de l’eau. Nous aurons occafion d’en parler dans la deicription particulière de quelques poiifons , où nous ferons remarquer qu’après que le poilfon a été gardé, elle devient quelquefois faillante.
- 33- lu y a des poiifons qui ont des os pointus ou des épines très-piquantes , non-feulement au bout des ailerons & nageoires, comme nous le dirons dans la fuite, mais encore à diiférens endroits de leur corps , comme au front , au bout du mufeau , aux ouies , ou entre le col & la tète , & à la queue ; d’autres en font même entièrement recouverts ; en ce cas les épines tiennent lieu des écailles , comme entre les quadrupèdes les épines des hériifons tiennent lieu de poils.
- 34. Quelques amphibies ont du poil ainfî que les quadrupèdes. Les animaux aquatiques qu’on nomme cnîjiacêes , font entièrement couverts
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- I N T Ii 0 D U C T I 0 iW
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- d’une croûte plus ou moins dure , comme l’armadille dans les quadrupèdes. Enfin , les coquillages , qu’on nomme tejiacées , font renfermés dans des boîtes très-dures.
- 3>. Il fuit de ce que nous venons de dire, qu’on peut diftinguer les animaux aquatiques en nus , eij écailleux , en épineux , en velus , en cruftacées, & en teftacées.
- Des ailerons , des nageoires, des. différences qui réfultent de leur nombre, leur pofition, leur étendue, leur forme.
- . 36. Il y a peu de parties fur les poiifons , qui foient plus apparentes & plus propres à les diftinguer , que certains appendices ou feuillets , qui s’apperqoivent à différentes parties de leur corps. On les appelle des aile-Tpns ou des nageoires. En général, ces parties finit formées de plufîeurs rayons mobiles , joints les uns aux autres par des membranes quelquefois très-minces, d’autres fois plus épailfes-, les unes font douces, d’autres font rudes au toucher ; elles font encore différemment colorées. A l’égard des rayons, ils font quelquefois menus, plians , mous, & d’au- ; très fois ils font plus gros, durs , comme offeux & même fort piquans ; ils font aufti tantôt plus ferrés, & tantôt plus écartés les uns des autres. Ils font articulés par leur bafe avec des arêtes qui font implantées dans la chair, & dont nous parlerons dans la fuite à l’occafion du fquélette. Pour, ce qui eft des membranes qui les réunifient, elles font quelquefois très-, minces, & d’autres fois plus épailfes j quelques-unes s’étendent jufqu’à l’extrémité des rayons , & d’autres en laiifent paraître un bout qui les fur-pafl’e & forme fouvent un aiguillon. Le nombre , l’étendue , la pofition des ailerons & des nageoires fervent beaucoup à faire connaître les différentes efpeces de poiffons. Lorfque nous parlerons du fquélette des poif-fons, on verra que la colonne épiniere Z Z, fig. i , fe termine
- du côté de la queue par quelques os plats nn 9 qui forment un épano_uj£ fement , & que c’eft à leur extrémité que font articulés les rayons de l’aileron de la queue M. Ces rayons ont, fuivant la volonté de l’animal, la liberté de s’écarter ou de fe rapprocher les uns des autres, comme les bâtons d’un éventail , & ils font liés les uns aux autres ( comme je l’ai dit) par des membranes qu’on peut comparer au papier de l’éventail.
- 37. Cet aileron de la queue eft quelquefois coupé quarrément par. le bout -, d’autres fois il eft arrondi, & forme comme unç efpece de palette» d’autres fois encore il eft fourchu , c’eft-à-dire , ouvert & divifé en deux fur fa longueurs & ces parties , fuivant qu’elles font plus ou moins écartées , forment entr’elles un angle rentrant plus ou moins ouvert.' Ces échan-
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- INTRODUCTION.
- crures font lymmétriques dans beaucoup de poiflons, & à d’autres elles ne le font pas ; il y a encore quelques poiflons où cette échancrure, au lieu d’ètre angulaire , eft circulaire ou en croiflant. Prefque tous les auteurs qui ont traité des poiflons , fe font attachés à fixer le nombre des rayons qui forment chaque aileron , ou chaque nageoire , & à leur imitation je le ferai alfez fou vent ; néanmoins je dois avertir que le nombre de ces rayons varie beaucoup dans les poiflons de même efpece. Je l’ai remarqué dans les merlans i un religieux feuillant, de l’abbaye de Saint-Mefmin , exad obfervateur, a fait la même remarque fur la morue j & M. le Roy, corn-miffaire de la marine au département de Breft , qui s’intérelfe beaucoup à mon ouvrage , a obfervé les mêmes variétés fur le poiffon appelle lieu. Le nombre des rayons varie quelquefois de feize à vingt : mais il faut avouer que les derniers rayons de chaque aileron étant fouvent très-courts & très-déliés , il eft difficile de les compter exactement. Quoi qu’il en foit, la plupart de ces circonltances fourniflènt des moyens d’établir des différences propres à caraétérifer les efpeçes de poiffons , puifque tous les poiR fous à écailles, qui font ceux dont nous nous occupons préfentement, ont des ailerons fur le dos, M, N, O , pl. I, fig. i , & aulfi fous le ventre R , S. Souvent dans les poiffons plats l’aileron dorfal s’étend depuis le derrière de la tête jufqu’à la nailfance de l’aileron de la queue i quelquefois l’aileron ventral s’étend de même prefque d’un bout du corps à l’autre, d’autres fois il ne s’étend pas jufques fous la gorge, & alfez fouvent il eft accompagné d’un fécond aileron plus petit.
- 38- Presque tous les poiffons ronds à écailles ont un , deux, ou trois ailerons fur le dos ; & pareillement un ou plufieurs, depuis l’anus jufqu’à la queue. Ces ailerons font de bien des formes & grandeurs différentes ; ils font, comme ceux de la queue, formés de rayons , les uns fins & fou-pies, les autres durs, roides & même piquans ; il y en a de fort longs , d’autres font très-courts. Les ailerons du dos & ceux du ventre ont la liberté de fe plier fuivant la volonté de l’animal, la tête vers la queue ; enforte que, quand ils font ainfi couchés, ils ne paraiffent prefque pas , au lieu qu’ils font très-apparens quand le poiffon les relevc i mais l’unique mouvement d’articulation des rayons eft fuivant le plan de l’animal & point ou peu de droite à gauche; car je n’ai point égard ici aux mouve-mens qui dépendent de leur flexibilité. Au refte, je n’ai garde d’aifurer qu’il en foit ainfi dans toutes fortes de poiflons ; je crois même qu’il y a des exceptions ; je le ferai remarquer quand l’occafion s’en préfentera.
- 39. Outre les ailerons, la plupart des poiifons ont des nageoires, qui fent ou près les ouies T, pl. I, fig, 1, alfez ordinairement on les nomme branchiales, ou joignant la poitrine V, ou fous le ventre & affez près de
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- INTRODUCTION.
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- l’anus Q_> car la pofition de ces nageoires varie beaucoup dans les différentes efpeces de poiffons , & il paraît qu’elles font près de la tète aux poif-fons qui ont cette partie groife & pelante. Elles font tantôt arrondies , tantôt triangulaires , quelquefois fort larges , d’autres fois très-longues & terminées par de longues pointes. Leur organifation eft aifez femblable à celle des ailerons : mais ce qui les diftingue effentiellement, c’eft que le plus grand mouvement des ailerons eft , comme nous l’avons dit , dans la diredion de leur plan ; au lieu que les rayons des nageoires ont deux mouvemens très-libres & très-vifs : ils peuvent s’approcher & s’écarter les uns des autres, comme les bâtons d’un éventail ; & de plus ils ont tous enfemble un mouvement de l’avant à l’arriere , que les poiffons exercent pour nager. Au refte, la forme de cette articulation qui équivaut en quelque forte au genou , fait que la nageoire a dans certains cas des mouvemens en partie circulaires.
- 40. Lb nombre , la pofition , l’étendue, la forme des ailerons & des nageoires nous feront donc fort utiles pour caradérifer les différens poiffons.
- Des mouvemens des poiffons pour changer de lieu. (*)
- 41. Ce que nous venons de rapporter au fujet des nageoires & des ailerons des poiffons , m’engage à dire quelque chofe des moyens qu’ils emploient pour changer de lieu.
- 42. Je crois qu’à l’égard des poiffons ronds, les ailerons du dos & du ventre ne fervent prefque que pour diriger leur marche. Il eft fenfible qu’ils doivent les coucher fur le dos , quand ils font pris en travers par un courant qui, en donnant contre les ailerons , les ferait dériver: au contraire, quand ils fuivent le courant, ou quand ils vont diredement contre fa diredion, ou encore quand ils nagent dans une eau dormante, les ailerons déployés doivent les maintenir dans leur route fans oppofer beaucoup de réfiftance , à caufe qu’ils font fort minces; étant déployés, ils augmentent la largeur du poiffon, ce qui peut être utile lorfqu’ils donnent des coups de queue pour aller fort vite ; ils peuvent , quand les poiffons font tranquilles ou qu’ils ne font que de petits mouvemens, les maintenir étant déployés , le dos en-haut, le ventre en-bas , & les empêcher de rouler, pour employer un terme de marine. Cependant ayant coupé à une petite perche l’aileron du dos & celui du ventre , lorfque je la touchais avec une baguette, elle traverfait fort vite le bafïin, comme fi elle avait eu fes ailerons ; j’aurais defiré la
- (*.) On fera bien de confulter fur cela Borelli, qui a traité cette matière à fond.
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- voir nager doucement, pour mieux obferver la manœuvre de Tes ailerons & de fes nageoires.
- 43. Quand les poilfons veulent fe fervir de leurs nageoires pour faire de petits mouvemens , ils rapprochent les unes des autres les nervures ou rayons de la nageoire ; & étant ainfi ployée, ils la portent vers la tète ; enfuite ils écartent ces rayons, & en portant la nageoire ainfi ouverte du côté de la queue, elle fait avancer le poilfon. Il eft fenfible qu’en changeant ainfi la fituation des nageoires , foit celle de la droite , foit celle de la gauche , ils peuvent beaucoup varier leurs mouvemens , à quoi peuvent encore contribuer les ailerons lorfqu’ils plient leurs corps ; l’aileron de la queue faifant alors l’ofRce d’un gouvernail, les nageoires étant étendues & fans mouvement, peuvent les entretenir le ventre en-bas & le dos en-hautj car quand ils font morts, ils font toujours fur un des côtés : d’où l’on peut conclure qu’il leur faut un moyen pour s’entretenir verticalement, mais ces nageoires font trop fouples & trop petites pour imprimer aux poilfons de grands mouvemens. Quand ils veulent nager fort vite , ils contournent avec vivacité leur corps , ils déploient l’aileron de la queue ; & auliî ceux du dos & du ventre, & par des fecoulfes répétées & précipitées vers les côtés , ils avancent avec beaucoup de vîtelfe. Pour reconnaître l’effet des ailerons & des nageoires , j’ai coupé à quelques poilfons , tantôt l’aileron du dos, tantôt aufii celui du ventre, d’autres fois les nageoires , feulement d’un côté , ou celles des deux côtés > mais ces poilfons fe tenant conlfamment fur le fond, ainfi que ceux que je n’avais point mutilés , je n’ai pu rien ap-percevoir de décifif: fi je les touchais avec une baguette, ils donnaient lin coup de queue & fe rendaient avec vîtelfe à l’autre extrémité du badin ; d’où 011 peut conclure que leurs grands mouvemens font indépendans des nageoires. Ce que j’ai avancé fur le mouvement des nageoires, eft fondé fur les obfervations que j’ai faites , en confidérant avec attention des carpes qui nageaient dans un baffin pour prendre des morceaux de pain que je leur jetais. Je me propofe de faire de nouvelles tentatives, pour bien connaître l’effet des nageoires 5 fi elles me réufliffent, j’aurai occafion d’en faire ufage dans la fuite.
- Des barbes ou filets cartilagineux des poififons.
- 44. Assurément la grandeur, la forme & la pofition, tant des nageoires que des ailerons, font d’un grand fecours pour diftinguer les unes des autres les différentes efpeces de poilfons y à quoi on peut joindre que plufieurs poilfons ont des filets cartilagineux ou charnus , en différens nombres , foit au menton Y, pi 1 > fis- 2, foit auprès de la bouche, ou* auprès
- des
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- INTRODUCTION,
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- “des yeux, ou fous la gorge, ou ailleurs. On leur donne affez improprement le“ iiom dq.barbes ou. barbillons ; (3) ces appendices-cartilagineux font plus ou moins folidesj des vaiffeaux fanguins iè diflribuent dans la mem* bràne qui les recouvre. La carpe en a deux, le barbeau quatre, la morue un , & certains poiiTons en ont un nombre plus confldérable. Quelques auteurs ont prétendu que ces appendices imitaient des vers qui attiraient de petits portions , dont les portions barbus faifaient curée j mais au vrai', on ignore quelle eft leur utilité : cependant on ne doit pas omettre d’en parler dans la defcription des portions.
- Des pieds des poiffons.
- 4f. Quelques auteurs font mention des pieds & des bras des poiffons. Ces noms’ ne conviennent ni aux ailerons ni aux nageoires ; ainfî il elt exactement vrai de dire que les poiffons proprement dits n’en‘ont point. Mais nous parlerons d’amphibies ; les uns ont du côté de la tète de fortes nageoires qui leur fervent dans certains cas à fe tirer à terre , d’autres, ont à cet endroit de vrais bras, ou des parties qui en tiennent lieu, ainfî que des mains & des pieds. Ils nagent très-bien dans l’eau, & fe traînent à terre avec leurs nageoires, leurs bras, ou même de grandes dents crochues qu’ils enfoncent dans la terre ou entre les rochers.
- 46. A l’égard des animaux qu’on nomme crujtacées, ils ^ont des jambes en quantité , & plusieurs en ont à l’avant deux plus fortes & plus longues que les autres, qui étant terminées par de fortes ferres, leurs fervent de bras & de mains : ces poiffons marchent au fond de l’eau.
- 47. Mais outre cela, les homards, les écreviffes, &c. ont une queue large , formée d’articulations , qui, en fe repliant avec vîteffe, fait l’office d’une nageoire, au moyen de laquelle ils fe meuvent très-vîte à reculons pour gagner leur trou.
- 48- Les feches & les autres animaux aquatiques de même genre qui n’ont point de fang, ont à l’avant des appendices & des filets cartilagineux capables de fe contracter , au moyen defquels ils s’attachent fortement à leur proie. Ainfî on peut les regarder comme des bras , quoiqu’ils 11’aient iii os ni articulations.
- 49. Entre les teftacées ouïes coquillages , plufieurs reftent conftamment
- (2 ) Ces appendices ne fe trouvant que guent de quatre fortes, qu’ils nomment dans certaines efpeces de poiffons , n’en- barbes, pinnules, bouclier & aiguillons. trent pas effentiellement dans leur defcrip- Ils varient dans leur forme & leur nombre.
- . tion générale. Les ichthyologiftes en diftiq-
- Tome X.
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- INTRODUCTION.
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- à la même place, d’autres fe traînent avec leur coquille, comme les limaçons terreftres , & d’autres marchent fur leurs opercules qui leur fervent de -chauffure.
- 50. Il y a encore des poiffons qui, étant pourvus de-deux grandes nageoires fituées fur les .côtés, peuvent les étendre & fe .foutenir en l’air un court efpaee de tems, fe fervant de ces nageoires comme les oifeaux de ieurs ailes.
- 51. Je ne parle de ces chofes-que fuperfidellement, & par anticipation ; car je me propofe d’entrer dans de plus grands détails, quand il s’agira des efpeces particulières ; mais le peu que je viens de dire , fuffit pour faire appercevoir qu’011 doit en faire ,ufage pour décrire les poiffons & les faire connaître.
- 52. La forme extérieure des poiffons examinée plus particuliérement que nous ne l’avons fait, nous offre encore bien d’autres eirconftances qui méritent d’entrer dans leur defeription.
- De la tête des poiffons, &? des parties qui en dépendent.
- Tl y a des poiffons qui ont de fort groifes têtes proportionnellement à leur corps. Mais il y en a entr’autres dans le genre des cruftacées, qui en ont de fi petites, que quelques auteurs ont cru qu’ils n’en avaient point. C’eft une erreur dont on eft revenu.
- Ï4. Dans beaucoup de poiffons à écailles, la tête diminuant uniformément 8c proportionnellement au corps , elle forme avec lui comme une efpece de coin. A d’autres, l’extrémité groffifiant forme un grouin ; ou bien diminuant beaucoup de groffeur, elle offre comme une efpece de mufeau, ou même un bec qui eft tantôt fort long & d’autres fois très-court , les uns ont une large bouche garnie de dents plus ou moins grandes , pendant que quelques-uns n’en ont point j d’autres ont la bouche fort petite relativement à la groffeur de leur corps -, la mâchoire fupérieure eft quelquefois plus longue que l’inférieure j à d’autres c’eft le contraire , & il li’eft pas ordinaire que les deux mâchoires foient égales.
- f'f. Plusieurs poiffons ont en dedans de la bouche une membrane qui le replie & ne paraît point quand la bouche eft fermée j elle fe replie dans une rainure & forme comme une efpece de gencive qu’il ne faut pas confondre avec les vraies gencives. Le poiffon peut ouvrir la bouche fans étendre cette membrane > mais elle eft capable d’une grande extenfion, & «lie fait, quand la bouche eft ouverte , comme une efpece de bourfe X, PLLy fig. 2, qui enveloppe leur proie. Cette membrane que n’ont pas tous les poiffons 5 offre beaucoup de variétés dont l’énumération ne peut
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- être placée ici : d’ailleurs , pour en parler avec beaucoup de précifion , il faudrait être à portée de voir les poîffons en vie, & dans différentes pofi-tions ; car quand on effaie de la développer avec le doigt, on lui fait prendre des formes qu’elle n’a pas naturellement.
- S6. Nous aurions de quoi nous étendre beaucoup, fi nous Voulions parler ici de la pofitïon de la tête dans tbus les différens poiffons. Celles-des raies, des lamproies , des cruftacées, exigeraient des difcuffions particulières j mais peur abréger , je me bornerai à dire que pour les poifi. fons proprement dits, & à écailles , elle s’étend depuis l’extrémité du mufeau a, pl. /, fig. 2, jufqu’au derrière de l’opercule des ouies b. On regarde cette partie comme la tète, quoiqu’afsez fouvent elle contienne une partie des organes qui appartiennent à la poitrine.
- Des organes de la vue , de Vouie & de P odorat des poiffons.
- Les yeux font pour l’ordinaire ronds, tantôt plus grands, tantôt plus petits , & plus ou moins enfoncés dans les orbites > ils font aufii différemment placés, tantôt plus près du mufeau, d’autres fois plus rapprochés des ouies : aux uns ils font plus élevés du côté de crâne , ou plus rapprochés de l’ouverture de la bouche. Leur icouleur varie encore beaucoup* & il y en a de très-btillans. Ils ne font point recouverts par des paupières, mais plufieurs le font par une membrane plus ou moins mince & tranfparente. (3) En général, la furface extérieure des yeux des poiffons eft prefque plate, ou moins convexe que celle des animaux terreftres ; cependant leur cryftallin eft prefque fphérique, & par la cuiffon il devient fort dur.
- Pour ce qui eft des détails anatomiques, je crois devoir renvoyer les leéïeurs aux ouvrages qui- en ont traité exprefTément, & particuliérement aux mémoires de l’académie, où l’on trouvera une expofition anatomique de plufieurs yeux de poiffons, faite par feu M. Petit le médecin i & en général fur l’anatomie des poiffons, aux célébrés du Verney, Camper, Geoffroy, Néedhanv, &ç.
- Ï9- Otf âpperçoit fur le mufeau- & en avant des yeux,, des trous qu’ott homme narines . parce qu’ils fervent à l'organe dfe l’odorat.
- 60. Ce qu’on appelle ouies dans les poiffons ,11’eft point l’organe auditif; on a même mis en queftioiv s’ils en étaient pourvus. M. l’abbé Nollec a fait fur cela des expériences -, mais M; Geoffroy, doreur régent de la faculté de Paris-, & M. Camper, ont donné des mémoires très-in'térèfsans
- ( 3 ) Cette membrane eft tantôt erïtierG' cée d’ün trou au milieu, pour que les rayons?
- tantôt demi circulaire ou annulaire", per- de lumière puilTent paffer plus librement.
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- INTRODUCTION\
- fur cet organe5 qui pour -l'ordinaire ne paroît point au- dehors , & effc* couvert d’une membrane afsez mince pour ne pas intercepter les fons.
- 6r. Ceux qui regardaient les poisons comme fourds, en ont jugé ainlî * parce qu’ils ne leur appercevaient point d’oreilles ; de plusils ont penfé que l’eav. n’était point un milieu capable de tranfmettre les fons, & effectivement on fait que par les tems de brume & de brouillard le fon ne s’entend point de loin. Pour prouver que les poiifons entendaient, on a dit qu’ils venaient au fon d’une cloche pour prendre leurs repas y mais; je ne vois pas que ceux qui ont fait cette expérience, aient pris-toutes les précautions convenables pour s’aifurer que les poiifons n’étaie.nt pas conduits par la vue vers la cloche.
- 62. L’expérience de M. l’abbé Nollet, & les dilfe&ions de MM. Geoffroy & Camper , prouvent inconteftablement que les poiifons entendent y, mais probablement ils.n’ont pas l’ouie fine. (4)
- Article II L
- Defcription des poiffons par leurs parties intérieures..
- 63. Après avoir indiqué les marques extérieures qui peuvent fervir à* caraélérifer les poiifons, on exigera peut-être que je pénétré dans leur intérieur , & que j’en donne l’anatomie : ruais afsurément il ne convient pas d’avoir recours à la difseélion & à la poiîtion dés vifceres pour cara&é-i rifer les poifsons. Néanmoins j’avoue qu’il ferait intérefsant pour les physiciens de donner une anatomie exaéte & bien détaillée de tous les poif fons dont je parlerai. Mais comme les vifceres de prefque tous les po.if-fons 'fè refsemblent à beaucoup d’égards1, il en réfulterait des répétitions? qui paraîtraient ennuyeufes à beaucoup de lecteurs. Ces réflexions nf ont. fait prendre le parti de me reftreindre à ne donner qu’une idée générale,. & pour ainlî dire groffiere, de l’anatomie des poiifons, me bornant à ce: qu’il en faut pour riiettre mes leéteurs en état de mieux concevoir les defçriptions que je donnerai des poiifons dont je me propofe de parler.. Ceux qui délireront de pius grands détails,, pourront confulter les auteurs.
- ‘ (4) Quelque décifivès’ que patailfent fervés dans des viviers à Jlayer, àccou-; • à notre auteur les expériences des phyfi- raient lorfqu’on les appellait par leur nom., eiens célébrés dont il parle , il reliera tou- On fait que les pêcheurs qui veulent les jours quelques doutes fur cette, matièrefurprendre, gardent le filence, & font le. jufqu’â ce quefônâit découvert dans les moins de bruit qu’ils peuvent. On a ccpen-poiflons un organe auditif qui reffemble au dant lieu de s’aifurer que l’eau, ne mettrait nôtre. Pline rapporte que les1 poiifons con- point d’obliacle à la tranfmilfion des fons,:
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- INTRODUCTION.
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- qui ont traité exprelTément de l’anatomie des poiftons , tels queWillughby, Gotian , &c. & pour les détails particuliers à quelques organes , par exemple, fur les yeux , M. Petit, le médecin ; fur fouie, M. Geoffroy, docteur de la faculté de médecine de Paris , ainfi que M. du Verney, de l’académie des fciences de Paris, & le célébré M. Camper , profeffeur de médecine à Groningue y fur d’autres objets, Borelli, &c. Je ne m’interdis cependant pas de rapporter certains détails anatomiques , lorfqu’ils me paraîtront offrir ries chofes fingulieres ou utiles. Ayant prévenu que je ne me prapofe que de donner une efquiffe de l’anatomie des poilfons , j’entre en matière.
- De la chair des poiffons.
- 64. La chair des poiffons, comme celle des autres animaux, effc formée par leurs mufcles^ Il eft certain que la chair des dilférens poiifons a des qualités particulières, aifez fenfibles pour qu’un homme qui a le goût fin, puiife les distinguer en les mangeant ; aux uns, elle eft molle & glaireufe y à d’autres , délicate , ou ferme ,. ou caftante , pendant que quelques-uns font coriace.
- 67. De même à l’égard du goût ,1a chair de certains poiftons eft fade & déplaçante ; d’autres ont un goût relevé & appétiftant : l’odeur de quelques-uns eft fort déplaifantç.
- 66. La chair de quelques poiftons eft d’un tiffu continu ; à d’autres elle fe divife par feuillets.
- 67. Quoique nous ne puifiions pas établir des caraderes diftindifs entre les poiftons par les différentes qualités de leur chair, nous ne négligerons pas d’en faire mention , parce qu’elles peuvent fervir à faire diftinguer les poiftons fur les tables, & que ces connaiftances tiennent à leurs ufages.
- 68. Nous pourrions nous étendre encore beaucoup fur la diredion de leurs mufcles, celle de leurs fibres & leurs attaches , lorfqu’ils fe contractent pour opérer différens mouvemensj mais cela nous mènerait trop loin , & nous voulons abréger.
- 69. Il eft fenfible qu’il faut beaucoup de mufcles pour mouvoir les ailerons & les nageoires, les mâchoires, les opercules des ouïes & les branchies, & fur-tout par les grands mouvemens que les poiftons donnent à leur queue. C’eft probablement pour opérer ces mouvemens, qu’il y a depuis le derrière des ouies jufqu’à la queue deux fuites de mufcles qui fè touchent vers le milieu de î’épaifteur du poifton , & c’eft fur cette rencontre qu’eft la ligne longitudinale dont nous avons parlé y nous aurons dans la fuite occaiion de les repréfenter..
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- INTRODUCTION. Du fquêlette des poiffons ronds.
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- 70. Aux poiffons, comme aux autres animaux, les parties molles dont le contour eft repréfenté fig. 1, pl. I, par une ligne pon&uée , font fou-tenues par des os ou des parties qui en tiennent lieu.
- 71. Il y a des poiflons qui ont leurs os auffi durs que ceux des quadrupèdes , d’autres, au lieu d’os, n’ont que des cartilages. Le fquêlette de la plupart des poiflons proprement dits eft formé d’arêtes , qui à l’égard de leur dureté , tiennent le milieu entre les os & les cartilages : ce qui fait qu’on diftingue quelquefois, comme je l’ai dit, les poiflons en cartilagineux 8c à arêtes. Entre ceux-ci les uns ont des arêtes dures & piquantes , qui incommodent beaucoup ceux qui les mangent, pendant que d’autres les ont fi fines & Ci molles, que quand on en a ôté les principales, les autres fe mangent avec la chair fans en être incommodé.
- Des os de la tète.
- 72. Le fquêlette de la tête des poiflons eft formé par des os du crâne, R tpi I*fig- 1, qui ont des formes très-différentes , fuivant les différentes efpeces de poiflons. On y apperçoit les fofles orbitaires S, qui font plus ou moins grandes^ & différemment placées, les cavités pour l’organe de fouie & celui de l’odorat. On voit encore les mâchoires fupérieure 8c inférieure T, V , qui fouvent ne font pas d’une même longueur: tantôt c’eft la mâchoire fupérieure & fouvent inférieure , qui excede l’autre. Communément c’eft la mâchoire inférieure qui eft mobile j quelquefois la fupérieure l’eft aufîl.
- Des dents.
- 7?. Quelques poiflons n’ont point de dents, ou 11’cn ont qu'auprès de l’orifice de l’eftomac ; mais la plupart en font pourvus. Ces dents different beaucoup les unes des autres par leur grandeur , leurpofition , leur nombre & leur forme. On en voit qui les ont plates & comme triangulaires, quelquefois liffes par les bords, d’autres fois dentelées. ( 5 )
- (O On ne peut obferver, fans éprouver vement. Il eft naturel d’en conclure que quelqu’étonnement, la variété extraordi- comme les poiflons fe nourriffent de plu-naîre quia lieu, dan s les différentes efpeces fleurs productions très-différentes les unes de poiffons, quant à cette.partie fi.effen- des autres, chaque cfpece a reçu du fage tielle à leur exiftence ; & cette variété em- Créateur des dents appropriées à £à nour-braffe la pofition dès dents, leur figure, riture particulière, leur proportion, leur nombre & leur mou-
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- INTRODUCTION.
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- 74. Quelques-uns ont des défenfes ou de grandes dents pointues qui Portent au - dehors de la bouche. Il y en a qui ont fur le devant des dents incifives, & dans l’intérieur des molaires, qui ont aflez de force pour broyer des coquilles. D’autres ont un ou plufieurs rangs de dents droites , pointues & rangées comme les dents d’un peigne , pl. I, fig. 3. La plupart ont leurs dents en forme de crochet, la pointe étant tournée vers le gofier , & fouvent il y en a plus d’un rang, au moyen defquels ils fai-fiflent leur proie qu’ils avalent fans la mâcher. Une partie des dents qui tiennent aux mâchoires, font fermes dans leurs alvéoles, d’autres font mobiles ou branlantes. Outre les dents qui garniflent la circonférence des mâchoires, il y a des poiflons qui en ont d’attachéesi desoflèlets ou des cartilages , pl. /, fig. 3 , qui font à différens endroits de l’intérieur de la bouche, à la langue, ,& jufqu’au fond du gofier, particuliérement aux os du palais ou aux branchies i celles qui font déliées , forment fur ces os comme des efpeces de brofles ou des alpérités , L, L , K, K , pi. /, fig. 3.
- 75". Je ferai remarquer à cette occafion que, fi l’on excepte un petit nombre de poiflons, les uns qui vivent de coquillages, les autres qui, fuivant quelques pêcheurs, paillent le jeune varec, les dents du plus grand nombre qui vivent de poiflons, ne font pas deftinées à triturer les alimens» mais à faifir fortement leur proie qu’ils avalent peu à peu , & qu’on trouve en entier dans leur eftomac. Nous aurons occafion d’en rapporter plus d’un exemple. (*)
- Des levres des poiffons.
- 76. La plupart des poiflons n’ont point, exadlement parlant, de levres ; quelques-uns en ont, & fi ceux-ci n’ont de dents qu’au fond de la bouche près de l’elfcomac, ils prennent leur nourriture par une elpece defuccion.
- 77. Plusieurs ont la bouche bordée d’une membrane qui, en fè repliant quand la bouche eft fermée, forme une efpece de levre.
- Des organes de la refpiration des poiffons.
- 78- On appelle improprement les ouïes des poiflons, des organes qui leur tiennent lieu de poumons; ils font formés de parties dures & auffï de parties molles & organifées. Nous allons eflayer d’en tracer une idée fu-perficiellej mais comme les détails nous mèneraient trop loin, je renvois
- (*) On trouve des détails très-intéreflans dans un ouvrage auquel travaille H. Te* non, de l’académie royale des fciences.
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- INTRODUCTION.
- aux favans phyficiens qui ont fait des recherches exprefles fur cette partie des poilfons, du Verney, Rondelet, Néedham , &C.
- Des ouies des poijfons.
- 79. Les ouies de la plupart des poilfons à écailles font recouvertes par ce qu’on nomme les opercules 3 X, pl. 13 Jïg. 1. Quelques poilfons mous n’ont point d’opercules, & leurs ouies font à découvert. Quoi qu’il en foit, les opercules font formés de lames ou feuillets , tantôt fermes & olfeux , tantôt flexibles & aulîl quelquefois mous ; ils font placés des deux côtés de la tête , derrière les articulations des mâcheoires.
- 80. Ceux qui font durs, fontprefque toujours formés de plulieurs lames ofseufes; quelques opercules font couverts d’écailles , d’autres le font feulement d’une peau très-adhérente à la partie folide , & cette peau eft ou unie , oü rude au toucher. Quelques opercules font couverts d’une fubftance charnue plus ou moins délicate j & à ceux-là, les bords font prefque toujours garnis d’appendices charnus.
- 81. Le contour des opercules forme quelquefois une courbe afsez régulière , d’autres fois il eft découpé en dents de fcie, où il forme des angles fail-lans & pointus ; de forte qu’à quelques poifsons la partie poftérieure fe termine par une longue pointe , &à d’autres cette partie eft garnie de quelques épines.
- 82. Il y a des opercules fort grands , d’autres très-petits , quelques-uns ne recouvrent les ouies qu’en partie : à tous, les bords poftérieurs ont la liberté de s’écarter du corps, mais plus aux uns qu’aux autres ; ces mouve-mens alternatifs font produits par des mufcles, les uns deftinés à les écarter du corps, les autres à les en rapprocher.
- 83. O» trouve fous les opercules ce qu’on appelle la membrane des ouies ou branchiale $ cette membrane recouvre, lie & foutient des elpeccs de côtes qui ont quelque refsemblance aux rayons des nageoires , d’autant que la membrane des ouies a la faculté de fe contrarier & de s’étendre, même juf-qu’à excéder les upercules quand ils s’écartent du corps 5 mais quand ils s’en approchent, cette membrane fe plie defsous ou aux bords , comme le papier d’un éventail. Les nervures qui foutiennent cette ^membrane font d’inégale longueur. Elles font courbes & applaties , ce qui leur donne la forme de H lame d’une faux. Le nombre de ces nervures varie beaucoup s il y en a quelquefois fort peu, & d’autres fois elles font en afsez grand nombre (6).
- ^ (<5 ) Ces nervures que l’on nomme aufli trie, de maniéré qu’elles vont en augmen-rai/ons, font pliantes, ümples , fans épi- tant depuis le fomtnet de la tête jufqu’à la. nés, rangées parallèlement & avec fymmé- dérniere au bas. '
- 84»
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- INTRODUCTION,.
- 84. Sous les opercules & leurs mem *>ranes , on découvre une ouverture ®u un canal, ou fi l’on veut, une chambre qui communique dans la bouche. Ce canal qui eft prefque toujours placé contre le corps à la partie poftérieure & latérale de la tète , contient les branchies ; ce font véritablement les Donnions despoifsons qui afpirent l’eau, ou au moins ces branchies font la fonction des poumons (6)• Chaque branchie eft formée d’un ou d’eux feuillets of. feux, un peu arqués fur leur plan n ,pl. I ,fig. ï,& qu’on peut d’autant plus comparer à une côte , qu’ils ont un mouvement fur leurs deux extrèrrités qui font articulées par le bout répondant à la gorge avec plusieurs petits os qu’on peut comparer au fternum, & par l’autre extrémité avec des ofïèlets qui s’articulent eux-mèmes avec la bafe du crâne, où elles ont un mouvement comme de charnière.
- 8f* Un grand nombre de mufcles font employés à faire Pouvoir ces ef-peces de côtes, les uns pour les relever , les autres pour les abaifler , quelques-uns pour augmenter leur courbure, & il y en a auffi qui agilfent fur les oflelets que nous regardons comme le fternum; car toutes ces parties ont un mouvement de contraction & de dilatation proportionnellement plus confi-dérable que celui des côtes des animaux qui refpirent l’air.
- 86. Ces lames olfeufes que nous comparons aux côtes & qui font une partie de ce qu’011 appelle les branchies ; ces lames, dis-je ,font courbes fur leur plan. Or , la face concave eft plane ; mais la face convexe eft creufée à fon milieu d’une rainure qui s’étend d’un bout à l’autre , comme on le voit en n f R Cette côte qui eft flexible , eft recouverte par une membrane cartilagineufe, qui aux deux bords de ce feuillet offeux eft garnie de dents ou petits feuillets aflez fermes quelquefois durs : on les voit en m, fig. ç. Ces branchies forment par leur face concave , comme la voûte du palais des poiflons; & quelquefois les éminences cartilagineufes P, fig. 9, étant dures, font l’office de dents.
- 87. Nous avons dit que la partie convexe de ces feuillets oifeux ou de ces côtes eft creufée d’un fillon. Il y jpafle un tronc d’artere qui fournit une infinité de vailfeaux fanguins aux franges dont nous allons parler; car c’eft de ce fillon qu’on voit en n, que s’élève une vraie frange O, fig. 9 > ffi-fi au milieu de fa hauteur fe divife ordinairement en deux , comme on le voit en p, fig. 10. Ainfi à cette figure, q eft la coupe tranfverfale d’une côte otfeufe , fillonnée , couverte de fa membrane cartilagineufe ; rr font les appendices ou feuillets cartilagineux qui forment aux bords de la face concave de la côte, des feuillets ou des efpeces de
- (7) On peut donc confidérer la membrane & l’opercule dont il eft ici parlé, comme une foupape à deux lames, qui s’élève ou s’abaifle à la volonté de l’animal.
- Tome X. D
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- INTRODUCTION.
- dents; enfin P eft la bifurcation delà frange O , fig. 9 , qui eft entière-ment ou prefqu’entiérement formée par des artérioles partant du tronc artériel qui fuit la nervure n, fig. ç.
- 88* Quatre, cinq ou fix de ces branchies , plus ou rnoin s, font couchées les unes fur les autras fans avoir d’adhérence entr’elies , étant feulement liées çà&làpardes efpeces de brides. Les parties que nous venons de décrire, font ce qu’on nomme les branchies , qui font , comme nous l’avons déjà annoncé , les poumons , ou les organes de la refpiration des poiifons qui ne refpirent point l’air.
- 89- Pour donner une idée de cette opération , il faut dire un mot de la refpiration des animaux qui ont des poumons. -
- Digrejjion fur la refpiration des animaux.
- 90. Le fang eft porté & diftribué dans toutes les parties du corps par les arteres , & il eft rapporté par les veines au lieu d’où il étoit parti 5 c’eft ce qu’on appelle à très-jufte titre la circulation. Mais on remarque que le fang que les arteres diftribuent eft fluide , brillant, & écumeux ; au lieu que celui que les veines rapportent eft moins fluide & a une couleur obfcure: d’où il fuit que le fang qui a parcouru toute l’habitude du corps d’un animal, a befoin d’éprouver une réparation. A l’égard des animaux qui refpirent l’air , il l’acquiert en paifant dans les poumons ; & pour ceux qui refpirent l’eau, dans les ouies.
- 91. Dans l’homme, les quadrupèdes, les'oifeaux, en un mot dans les animaux qui refpirent l’air, le lang eft porté dans le poumon par l’artere pulmonaire qui fe divife en une multitude inconcevable de ramifications d’une finefle extrême. Le fang eft donc diftribué dans toutes les parties du poumon , étant réduit en une infinité de filets qui préfentent beaucoup de fuperficie. D’un autre côté, l’air qui eft afpiré pafle par la trachée artère dans la fubftance du poumon formé d’une innombrable quantité de. véficules qui fe rempliflent de cet air infpiré, & fe gonflent.
- 92. Il fout concevoir que le fang contenu dans les artérioles , ainfi que l’air qui eft dans les véficules , fe trouvent extrêmement divifés dans la fubftance de ce vifeere ; & de quelque faqon que cela fe fafle , le fang qui fort des poumons eft vermeil&, très-fluide , fort différent de ce qu’il était en y entrant.
- 93. Mais comment s’opère ce changement ? C’eft fur quoi les anato-miftes ne font point d’accord. Les uns ont penflé qu’il s’introduifoit de l’air dans le fang au travers des tuniques des vaifseaux & des membranes qui forment les véficules du poumon. Si l’on a fait des expériences
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- INTRODUCTION.
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- qui femblent établir que les tuniques artérielles ne peuvent être traver-fées par l’air , on a répondu qu’il pourrait y avoir dans l’air groflier que nous refpirons, un air afsez fùbtil pour pénétrer ces membranes ; c’eft là, à la vérité , une pure fuppolition , mais qui ne contient rien d’impollible. D’autres ont foutenu que l’air qui entre frai$ dans les véficules du poumon , fe raréfie par la chaleur de ce vifcere, & qu’en Te dilatant il prefse les artérioles, comprime le iàng qui y eft contenu, l’agite, mêle les unes avec les autres les différentes fubftances qui compofent le fang , & lui rend fa fluidité. On pourrait, en faveur de ce fentiment, faire remarquer que l’air chaud & celui qui a perdu fon élafticité n’eft pas propre à la refpiration ; on fait que, lil’on renferme un animal qui refpire l’air dans lin vafe exactement fermé , il prend d’abord de grandes infpirations, & enfin il meurt. M. Haies a prouvé que la refpiration des animaux détruit l’élafticité de l’air, & que l’air une fois refpiré n’était plus propre à opérer fur le fang la réparation qui doit réfulter de la refpiration. Mais je n’entreprendrai point pour le préfent de traiter cette queftion qui partage les anatomiftes ; j’éviterai même de la difcuter, & de rapporter les obfervations & les expériences qui pourraient conduire à fa folution } je ne pourrais le faire fans fortir des bornes que je me fuis prefcrites. Laifsant donc à part la caufe, je m’en tiendrai au fait , qui eft que le fang éprouve dans les. poumons une réparation fans laquelle la circulation ne pourrait pas fubfifter long-tems. , :r
- 94- Je palfe aux poilfons qui afpirent l’eau. L’organe qu’on appelle leurs ouïes , eft formé, comme je l’ai dit , d’un grand nombre de lames, de filets , de franges , & d’une immenfe quantité d’artérioles , qui font des ramifications d’une artere qui vient du cœur. Ainfi voilà le fang prodi-gieufement divifé dans les ouies des poilfons, comme il l’eft dans les poumons des animaux terreftres. A l’égard de l’eau qui eft afpirée, comme elle s’introduit .dans les branchies dont nous avons donné une defcription fuperficielle, elle eft aufii extrêmement divifée en s’introduifant entre le nombre prodigieux d’intervalles très-étroits', 1 que forment tout l’appareil d’organes dont les branchies font compofées.
- 9L L’eau que les poilfons afpirent par la bouche baigne donc toutes les branchies ; elle y acquiert beaucoup de furface , & après y avoir été retenue quelques inftans, l’opercule des ouies fe fouleve, la membrane de l’opercule fe dilate, les branchies fe rapprochent les unes des autres, & l’opercule fe rabattant proche du corps, l’eau qui avait’été afpirée fort en forme de nappe , & le lang ayant acquis la même réparation que celui des animaux terreftr’es dans les poumons , eft en état d’être diftribué dans toute l’habitude du corps des poilfons,* C’eft donc4avec raifon qu’on
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- Introduction.
- regarde les ouies des poiflons comme leur poumon : la difpofitiotl de ces organes efl: dilîerente de celle des animaux terreftres, ainfi que la nature du fluide a (pi ré ; mais dans les ouies comme dans les poumons, le fang efl: très-divifé » & l’eau dans les ouies l’efl: auffi , ainfi que l’air dans les poumons. Au bout de quelques inltans la portion d’eau qui a été afpirée par les poiflons fort des branchies par-deflous les opercules des ouies, & aux animaux terreflres l’air s’échappe par le même canal qui a fervi à l’introduire dans le poumon. Voilà des différences ; mais l’effet fur la mafle du fang efl: le même , puifqu’en acquérant une fluidité qui lui manquait, il peut circuler avec facilité dans toutes les parties des poiffons. Alfuré-ment cette méchanique efl: admirable C8)- Ajoutons , pour établir encore mieux la comparaifon que nous venons de faire entre les effets de l’air dans les poumons des animaux terreftres , & celui de l’eau dans les ouies des poiflons , qu’un poiflbn vivra long-tems dans un vafe rempli d’eau , fi on le tient ouvert par en-haut ; mais qu’il périra bientôt, file vafe étant fermé n’a pas de communication avec l’air. Eft-ce parce que l’air contenu dans l’eau perd fon élafticité? Eft-ce pour quelqu’autre caufe? Je l’ignore; mais il elt certain que les poiffons ne meurent pas quand ils font dans une mafse d’eau qui étant couverte de glace, n’a point de communication avec l’air; c’eft ce qu’on obferve dans les étangs où il refte cinq, fix ou huit pieds d’eau: cependant il efl vrai que , fi l’on cafse la glace à un endroit, les podsons s’y rendent en quantité (9).
- 96. Quelques phyliciens ont penfé que l’eau éprouvait dans les ouies une comprelîion qui en exprimait l’air, & que cet air paflait dans le fang: ce fentiment ne me paraît point probable ; mais je m’abftiendrai de le difcuter, il fufïit de favoir que le fang contenu dans les artérioles des ouies pafie par 3a voie de la circulation dans des vaifleaux plus gros ; que ces troncs de vaiflëaux fe divifent & fe fubdivifent pour fe distribuer & porterie fang à toutes les parties du corps, d’où il revient au cœur par d’autres vaifleaux.
- ( 8 Plus on obferve cette opération de & s’échappent au travers des lames, comme la nature dans fes détails , & plus on y par-tout autant de filières, découvre de merveilles. Lors de l’infpiration (9) Il eft également vrai que, comme la bouche & toutes les parties qui la corn- l’air mêlé avec l’eau a une part eflentielle pofent, s’ouvrent & fe dilatent de maniéré dans la refpiration des poiflons, ce dont à pouvoir contenir la plus grande quantité on s’eft affuré par diverfes expériences , ils d’eau poflîble , tandis que les ouies font ex- meurent en plus ou moins de tems dans aftement fermées. C’eft le contraire lors de les étangs dont la furface eft gelée , félon l’expiration,l’eau comprimée de toutes parts que ceux-ci ont plus ou moins d’étendue dans la bouche, ne .peut trouver d’iflue que & de profondeur, par les ouies,dont les opercules fe relevent
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- INTRODUCTION.
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- 97. Je n’infrfterai pas davantage fur la diftribution des vailfeaux dans les poilfons, non-feulement parce que cette partie de leur anatomie exigerait des détails dans lefquels je ne dois pas entrer, mais encore parce que ce point fo uffre de grandes variations dans les différentes efpeces de poif. fous. Il eft vrai que l’organilation des ouies n’eft pas non plus uniforme ; mais j’ai cru devoir décrire un peu cette partie qui eft particulière aux poilfons, & qui eft fort finguliere , ne fût-ce que pour engager à confulter les célébrés phyficiens qui s’en font occupés e'xpreffément, & déterminer des phyfiologiftes à faire encore de nouveaux efforts pour éclaircir un point de phyfique qui eft des plus intéreffans.
- De Vunion de la tête des poiffons avec Je corps.
- 98* Aux animaux qui refpirent l’air, les quadrupèdes, les oifeaux & même les amphibies , la tète eft féparée du tronc par une partie qu’on nomme le col, 8c elle eft foutenue par plufieurs vertebres, des ligamens & des mufcles j le col contient l’œfophage ou le conduit des alimens, la trachée artere qui fert à porter l’air dans les poumons, ainfi que les organes de la voix , enfin les vailfeaux qui fe diftribuent à la tête. Il femble de plus que le col leur était nécelfaire pour ramaflér les alimens près de la terre.
- 99, Mais les poiffons qui n’ont ni poumons ni les organes de la voix, & qui étant placés dans un fluide , font toujours à portée de failir leur proie fans bailler la tète , les poiffons , dis-je, n’ont point de col j leur tète eft immédiatement attachée au tronc, à moins qu’on ne voulût regarder comme leur col, les premières vertebres derrière la nuque qui ont de grandes apophyfes plates Y Y , pl. I, fig. I. Quoi qu’il en foit, on a coutume de garder comme la tète des poiffons la partie comprife depuis l’ex-trêmité du mufeau a, pl. I, fig. 1, jufqu’au derrière des opercules b, quoique cette partie contienne des organes qui, aux quadrupèdes , font renfermés dans la poitrine , favoir, le cœur C, pl. 13 fig. 6 , 8c les branchies qui tiennent lieu des poumons.
- 100. Nous avons rapporté plus haut les variétés qu’on remarque dans la forme extérieure de la tète des poiffons , ainfi que ce qui fe préfente à l’extérieur fur la forme & la pofition de leurs yeux, renvoyant pour l’anatomie exade de toutes ces parties organiques, ainfi que pour le cerveau & la diftribution des nerfs, aux auteurs qui ont traité expreffément de l’anatomie des poiffons. Ainfi je me contenterai de dire en général , que quoique la tète des poiffons foit ordinairement groffe par comparaifon à leur corps, leur cerveau eft petit & divifé en deux portions qui donnent naiffance aux nerfs olfadoires, acouftiques & optiques, & que la moelle alongée ou de l’épine, eft à peu près comme dans les animaux, terreftres.
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- Mais comme la langue peut fervir à diftinguer les différentes efpeces de poif fons , il eft bon, pour terminer ce qui regarde la tète , de dire quelque chofe des différentes formes de cette partie. (*)
- De la langue des poiffons , de leur palais 0? de quelques parties voijïnes.
- ior. Il y a quelques poiffons qui, exactement parlant, n’ont point de langue , à moins qu’on ne veuille regarder comme telle une portion charnue qui lemble en être la racine ; mais la plupart ont une vraie langue , & entre celles-ci les unes font mobiles, & d’autres l’ayant épaiffe elle eft incapable de grands mouvemens ; aux uns elle eft mollette, aux autres elle eft comme cartiiagineufe j la fuperficie en eft quelquefois douce , d’autres fois rude & même chargée de petites dents. La forme de cette partie offre auffi beaucoup de variétés : il y en a de grandes, de petites , de larges , de pointues , & même de fourchues.
- 102. Ce que nous venons de dire de la langue, peut s’étendre en partie au palais, qui eft tantôt mollet & charnu , tantôt cartilagineux, ou encore chargé d’afpérités. Je reviens au fquélette des poiffons , dont j’ai interrompu la defcription pour parler des parties molles de la tête.
- Continuation de la defcription du fquélette des poijjous.
- 103. On trouve dans l’intérieur de la tète de beaucoup de poiffons à écailles des pierres ou des offelets fort durs, auxquels on a attribué des vertus médicinales. Je crois qu’elles fe réduifent à fournir des poudres ab-forbantes, quand ils ont été bien porphyrifés. A la réunion de la tète avec le tronc au-deffous de la gorge , il fe trouve quelques arêtes P, pi. I ,fg- 4 , qui tiennent lieu de clavicules , & d’autres qui femblent appartenir au larynx.
- 104. Depuis le derrière de la tête jufqu’à la naiffance de l’aileron de la queue, on apperçoit une fuite de vertebres Z Z , pl- /, fig. 1 , qui font tellement articulées les unes avec les autres, qu’elles permettent aux poiffons de fe plier vers les côtés , mouvement qui leur eft néceffaire pour nager avec vîteffe.
- io^. La poitrine 0 0,fg. 6, qui ne renferme qu’un petit nombre de vifceres, eft fort petite & prefque contenue , comme nous l’avons dit, dans ce que nous appelions la tête, étant terminée par en-bas, & féparée du ventre par un diaphragme O O.
- (*) Quelques le&eurs pourront me Blâmer autres ; mais m’a paru qu’il ne ferait point de ce que je parle tantôt des parties dures & mal de faire appercevoir la liaifon qu’il y a tantôt des parties molles ,& j’avoue que j’au- entre ces différentes parties, rais pu traiter féparément des unes,puis des
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- 106. La capacité de l’abdomen 6, qui contient quantité de
- vifceres, elt beaucoup plus grande. Elle eft formée par des arêtes circulaires ou des côtes iii,fig. 1, &c. qui par une de leurs extrémités font articulées avec la colonne vertébrale , & par l’autre fe terminent en pointe , n’étant attachées qu’aux chairs. Ces côtes font par paires ; elles s’étendent plus ou moins loin , fuivant la capacité de l’abdomen , qui varie beaucoup dans les différentes efpeces de poilfons. Car aux uns l’anus Q_, pl.I,fig. 1 , eft plus près de la tète que de l’aileron de la queue ; aux autres, cette ouverture eft au milieu de la longueur du poiffon, & à d’autres elle eft plus vers la queue.
- 107. Outre que cette différente position de l’anus doit entrer dans la deTcription des poiffons, il eft bon de remarquer qu’elle en annonce de con. fidérables dans la conformation intérieure; M. Leroy, commiffaire de la marine à Breft, m’ayant fait remarquer que les poiffons qui ont beaucoup d’appendices vermiculaires au-deffous du pylore, ont l’anus allez près de la tète, & que ceux qui ont peu ou point de ces appendices ont ordinairement l’anus plus vers la queue.
- 108. Le poiffon dont nous repréfentons le fquélette ,/>/. 7, fig. I , avait douze côtes de chaque côté. On trouve enfuite des apophyfes fous-épineu-fes, I , 2, 3,4, Ç & 6, qui formaient comme des fauffes-côtes ; & à leur extrémité, il y avait de fines arêtes qu’on ne peut conferver dans le fquélette , & que nous avons indiquées à peu près par des lignes ponctuées fort déliées. Il eft bon de remarquer que quelquefois les dernieres apophyfes font fourchues à leur extrémité.
- 109. Au-delà de ces efpeces de fauffes-côtes font d’autres apophyfes fous-épineufes K K , &c. qui font d’abord beaucoup plus grandes que celles défi-gnées par les chiffres 1, 2, 3 , &c. & elles diminuent de longueur & de grolfeur à mefure qu’elles approchent de l’extrémité de la colonne épiniere. Il y a des poiffons où ces apophyfes fe féparent en deux à leur attache aux vertebres.
- 110. On apperqoit à la partie fupérieure de la colonne vertébrale, des apophyfes fus-épineufes HL, &c. qui font fimples, & qui fe continuent depuis le derrière de la tète jufqu’auprès de l’aileron de la queue , étant plus ou moins longues , & plus ou moins inclinées , comme 011 le voit en ///, figure 1.
- De la Jlnicture des ailerons & des nageoires.
- ni. Nous avons parlé , dans l’article ÏI, du nombre, de la pofition ,r de l’étendue, & de ia forme des ailerons & des nageoires ; il va maintenant être queftion de leur ftrudure.
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- 112. La colonne vertébrale eft terminée, comme je l’ai dit, par des os plats /z/2, pl. I,fig. i , auxquels s’articulent les rayons de l’aileron de la queue M. Cet aileron , comme les autres, eft formé par des rayons couverts & liés les uns aux autres par une membrane ; mais ces rayons , lors même qu’ils font minces , fe divifent en deux dans toute leur longueur, & ces deux filets fe féparent par le bas pour embralfer les os plats n n, qui terminent l’épine. Il réfulte de cette articulation, que les rayons ont la liberté de s’approcher & de s’écarter les uns des autres, pour donner plus ou moins d’étendue à cet aileron. Au refte, comme nous l’avons dit plus haut, cet aileron eft plus ou moins grand ; quelquefois il forme comme une palette arrondie , ou bien il fe termine quarrément, ou bien il eft fendu, de forte que les deux côtés foient tantôt fymmétriques , & d’autres fois inégaux.
- 113. L’aileron du dos AA ,fig. r , eft formé par des rayons, aaa9 &c. qui s’articulent avec des arêtes bbb, &c. & ces arêtes font retenues dans les chairs.
- 114. La figure 2 repréfente le premier rayon AB, fig. 19 qui dans le poiiibn dont nous donnons le fquélette était plus gros & plus dur que tous les autres , & denté par un de fes bords. Il fe divifait en deux parties D D , fuivant la longueur , & il s’articulait par fa bafe avec la tête de l’arête ct qui a fur fes côtés des appendices ou ailerons, au moyen defquels ces arêtes font fermement alfujetties dans les chairs. A la tète de cette arête & à la bafe du rayon, on appercevait deux petites arêtes e, qui étant adhérentes au rayon , formaient comme deux apophyfes. On ne les voyait point aux autres rayons a a a, fig. 1, Sac. qui ne différaient de celui que nous venons de décrire , que parce qu’ils étaient plus fins & plus fouples i mais tous fe divi-faient en deux fuivant leur longueur.
- iif. Le mouvement de cet aileron eft tel qu’il peut s’abattre vers la queue, ou fe redreffer , fuivant la volonté de l’animal. Il n’a point la liberté de fe coucher entièrement vers la droite ou vers la gauche ; mais fa totalité prend les mêmes courbures que le corps du poiffon, quand il fe plie d’un côté ou d’un autre.
- 116. L’aileron L du ventre étant organifé précifément comme fai-leron du dos , je n’infifterai point fur ce qui le regarde.
- 117. A l’égard de la nageoire o o , fig. 1, d’auprès des ouies, elle eft
- formée de rayons qui fe féparent en deux comme ceux des ailerons j leur bafe embrafle par fou articulation une apophyfe qui tient à une efpece d’omoplate f, fig. 1 , ou F , fig. 3 : & les rayons de cette nageoire ont deux mouvemens -, par l’un , ils peuvent s’écarter ou fe rapprocher les uns des autres i & par l’autre, ils peuvent fe porter tous enîemble vers L tè*? r>'J vers la nieue. ug.
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- IN 7VI? 0 D U C T I 0 N.
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- irg. C'est derrière i’efpece d’omoplate /, que fe trouve l’arête p , fig- 4, que je regarde comme une clavicule. A l’égard de la nageoire, du ventre Q_, les rayons g, fig. $ , font doubles comme les autres, ce qu’on apperqoit en A, & ils embraffent la partie g , de l’os F , fig. 3 , avec lequel ils s’articulent, ayant deux mouvemens, ainfi que la nageoire o d’auprès des ouies. Quant à l’arète F, elle efl; enveloppée & fermement alfujettie par les chairs j & l’apophyfe/, contribue encore à la mieux alfujettir. On voit la polition de cette arête en F /fig. 1. (îo)
- 119. Ce que nous venons de dire, donne une idée du fquélette ou de la charpente ofleufe des poilfons ronds. Nous allons expofçr très-fommai-rement ce qui regarde les parties molles.'
- Article IV.
- Des vifceres & des parties charmes des poiffons.
- 120. On conçoit qu’il faut une grande quantité de mufcles pour faire mouvoir les mâchoires, la langue, les yeux, les organes de la refpira-tion, les ailerons , les nageoires, & pour produire les inflexions du corps des poilfons, qui les font avancer avec vîtelfe. Cette multitude de mufcles qui s’étendent de tous les côtés, enveloppent les apophyfes fus & fous-épineufes, & ils forment prefqu’en entier la fubftance du poilfon, principalement depuis l’anus jufqu’à l’aileron de la queue. Cette chair donne la forme aux poilfons telle qu’on la voit repréfentée à la fig. 1 , par une ligne pon&uée. Nous ferons feulement remarquer qu’une grande partie de ces mufcles étant deftinée à faire plier la queue du poilfon vers la droite & vers la gauche, il s’enfuit que les poilfons ont une grande force -pour les mouvemens de côté j force telle qu’on a vu des poilfons renverser un homme d’un coup de queue , & des truites remonter des catara&es. Nous aurons occafïon d’entrer dans quelques détails fur la direction de quelques-uns de ces mufcles.
- 12 r. Maintenant qu’on a une idée de ce qui forme la capacité de la poitrine & de l’abdomen, il faut dire quelque çhofe des parties qui y font renfermées.
- (10) Sans entrer dans des détails ichthyo- cées à l’anus & à la queue. Lesunes fervent logiques fur eette partie intérelfante du™ à maintenir les poilîbns dans l’équilibre, corps des’ poiffons, il ne fera pas inutile à accélérer & diriger leurs mouvemens à d’obferver idi .queles nageoires font ou dor- volonté ; en forte qu’elles fervent de xn^ins falès, ou pectoralesyùuventrales , ou pla- & de pieds,
- Tôme X. E
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- INTRODUCTION.
- De la poitrine & des vifceres qui y font renfermes.
- 122. La poitrine dans les poiifons eft, comme nous en avons déjà pr&-venu, fort petite; elle contient feulement le cœur fig. 6, FépanouiC-fement de l’àrtere D, même figure, & une partie des reins. Elle eft réparée du bas-ventre, comme dans prefque tous les animaux , par le diaphragme 0,0, qui dans les poilfons qui refpirent l’eau, eft une membrane très-minCe. Le cceùr de tous les po'iÜTofts qui ne refpirent point l’air, n’a qu’une cavité & qu’une oreillette, qui eft grande par comparaifon au volume du cœur; âinfi il eft alfez petit, & dans les différentes efpeces de poilfons il a des formes particulières ; quelquefois il eft rond, d’autres fois ovale & plus ou moins alongé, quelquefois anguleux, &c. mais fa fubftance eft compacte & épaifTe. L’aorte , au fortirdu cœur,fe dilate tellement, qu’elle en couvre la bafe , comme an le voit en D. Il y a dans cette partie qui eft d’un tilfu ferré, des brides charnues ; ainfi elle fait en quelque forte l’office d’une oreillette. Nous avons dit comment elle fe diftribue aux branchies. Ajoutons que le cœur eft placé fort haut entre les branchies, du côté droit & du côté gauche : ainfi le cœur eft placé entre les branchies , comme dans les animaux tetreftres il l’eft; entre les poumons.
- De l’abdomen& des parties qu’il contient.
- 123. La capacité du ventre, ou de l’abdomen, s’étend depuis le diaphragme o 0, jufqu’à l’anus i9 fig. 6 , pl. /, & cette capacité eft formée poftérieurement par la colonne vertébrale, latéralement par les arêtes courbes qui forment les côtés, & enfin par les rùufcles du ventre telle eft toute tapilfée par le péritoine H H, qui eft repréfenté par une ligne ponctuée. On fait que le péritoine eft une .membrane mince qui fè joint avec le diaphragme; dans quelques poilfons elle eft blanche , dans d’autres elle eft colorée. O11 apperçoit dans toute l’é-tendue de l’abdomen, fous le péritoine , des arteres intercoftales , ou quifuivent unedirexftion femblable à celle des côtes fortant des vertebres.
- 124. L’abekxmen qui, fuivant les différentes efpeces de poilfons , eft plus ou moins grand ^contient une partie des reins, le foie F F F, &c./£- 6,1a véficule du fiel, la rate, l’efiomac , les inteftins E E E , &c. dont la dif-pofition dans l’abdomen varie beaucoup dans les différentes efpeces de poilfons ; de plus , la veffie à air, les.,œufs dans les femelles, la laite dans les mâles, la veffie urinaire G, fig. 7, & quantité de vailfeaux.
- 125. Lia queue-, qui excede l'abdomen , & qui fur-tout dans les poiffons ronds eft toute müfculeufe, s’étend à peu près depuis l’anus jufqu’à l’aileron qui termine la longueur du poifson,
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- INTRODUCTION*. Sf
- De tefiomac des poiffons.
- 125. L’estomac,/g1- 8 » n’a point une figure uniforme dans tous les poifsons, fa contexture le diftingue des inteftins , dont cependant il paraît fouvent n’être qu’un renflement, fur-tout quand il eft vuide ; mais il eft fufceptible d’une grande dilatation , & beaucoup plus dans certains poifsons que dans d’autres. Il prend fa naifsance au fond de la gorge ; car comme les poifsons n’ont point de cou, on ne diftingue point la gorge de l’orifice fupérieur de l’eftomac. Cependant ceci ne convient pas à tous les poifsons ; car dans les poifsons longs , comme l’anguille , l’œfp-phage eft afsez long pour fe diftinguer de l’eftomac ; de plus ce vifcere varie beaucoup par fa grandeur, fa forme & fa pofition. Il eft naturel que les grands poifsons aient de plus grands eftomacs que les petits ; mais entre ceux de même taille , il y en a qui ont de grands eftomacs, & d’autres de petits. Ordinairement ceux qui font voraces, & qui avalent des poifsons tout entiers , ont un grand eftomac membraneux. Ceux qui vivent de racines ou de coquillages , l’ont petit & charnu; & il eft bien Singulier que ces eftomacs qui n’ont rien de comparable à la force du géfier des oifeaux, digèrent parfaitement, non-feulement les enveloppes dures des cruftacées, mais même les coquilles des teftacées. Quoi qu’il enfoit, il traverfe le diaphragme pour entrer dans la capacité de l’abdomen. Il y a des poifsons où l’on n’apperçoit ni valvules ni pylore ; mais dans d’autres ces parties font fenfibles. A beaucoup de poifsons on voit des rides dans l’intérieur de l’eftomac, ce qui fait qu’il peut beaucoup s’étendre. On apperçoit autour du pylore de plusieurs poifsons , ce qu’on nomme des additions. Ce font des appendices vermiculaires de différentes formes * & qu’on trouve en plus ou moins grand nombre. Ils s’ouvrent dans Pinteftin au-defsous du pylore, & font fermés par leur autre extrémité. Nous aurons occafîon d’en repréfenter qui font fort confidérables & en grand nombre. L’inteftin cæcum, reffemble aifez à un de ces appendices : il y a des oifeaux qui en ont plufieurs ; mais ils font placés près de l’anus, & non pas, comme aux poiffons, auprès du pylore. J’ignore quel eft leur ufage ; mais comme il y a des poiffons qui n’en ont point, il me paraît qu’on peut en conclure qu’ils ne font pas effentiels à la vie des poiffons. L’eftomac diminue de diamètre : il fe replie en différens fens , & eft fuivi des inteftins E ,/g. 6, qui dans prefque tous les poiffons ne font point attachés à un méfentere ; mais ils contradlent de légères adhérences avec toutes les parties qu’ils touchent, comme les membranes de la laite & des œufs, & fur-tout avec le foie, dont ils font en grande partie enveloppés. Le canal inteftinal fe termine, à l’anu? i, fig• 5. Les in-
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- IN T RO D U CT rom
- teftins font plus ou moins gros, & plus ou moins charnus, de longueur différente clans les differentes efpeces de poiffons ; ils font quelquefois beaucoup de circonvolutions, & d’autres fois peu ; dans le poiffon que nous avons difféqué pour les figures de la pL /, ils avaient à peu près deux pieds quelques pouces de longueur.
- Du foie des poiffons.
- 127. Le foie F,fig*6 , eft fouvent divifé en plufieurs lobes qui forment quelquefois comme des appendices. Dans plufieurs poiffons il eft d’une groffeur confidérable ; dans d’autres il eft affez petit. Il recouvre quelquefois en partie la veffie à air, avec laquelle il contradte une légère adhérence, ainfi qu’avec tous les autres vifceres qu’il touche, comme les inteftins, les enveloppes de la laite & des œufs , le péritoine , &c. On en trouve qui font d’une feule piece, d’autres fe divifent en deux & trois lobes. Là couleur du foie varie beaucoup dans les différens poiffons ; il eft tantôt -blanc, tantôt rouge ou jaunâtre, ou de couleur cendrée. Il y a des foies qui fondent prefqu’entiérement en huile.
- 128. La véficule du fiel B , fig. 8 » qui eft plus ou moins groffe , eft ou comme enchâffée dans la partie principale du foie , ou elle eft en quelque forte ifolée ; d’autres fois adhérente aux inteftins , & l’on apperçoit dans l’inteftin un peu au-deffous de Peftomac, un mamelon qui eft l’extrémité C du canal colidoque E ,fig. 8- D eft un canal hépatique ; labile qu’il contient , eft ou épaiffe ou fluide, tantôt noire, d’autres fois jaunâtre, & toujours fort amere.
- De la rate.
- î29. La rate eft fouvent attachée à Peftomac, un peu au - deffous du diaphragme, près la veflie à air. Cependant fa groffeur & fa pofition varient; quelquefois elle eft d’une feule piece , d’autres fois elle eft féparéo en plufieurs lobes, qui ne font unis entr’eux que par des filets affez grêles; tantôt elle eft prefque noire, & d’autres fois rouge comme du fang cailli.
- * Des reins;
- 130. Les reins des poiffons font ordinairement fort longs, & ont une forme pyramidale ; il y en a quelquefois dans la poitrime une portion confidérable, qui recouvre en partie le diaphragme qu’ils percent: ils s’étendent depuis le diaphragme jufqu a la veifie urinaire G, fig> 7, fe termi-
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- INTRODUCTION.
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- liant en pointe, ce qui forme les ureteres FF. On voit encc,fig. y% line portioh des reins. G, eft la veflie urinaire qui eft fituée fort près de l’anus,
- 131. Comme la veflie à air ou pneumatique varie beaucoup dans les différentes elpeces de poiffons , j’avais été tenté de n’en rien dire ici, & de remettre à en parler à l’occafion des différents poiffons ; cependant je me fuis déterminé à en repréfenter une, fauf à en faire appercevoir les diverfités dans la fuite.
- De la vejfie à air ou pneumatique.
- 132. La plupart des poiffons ronds & à arêtes ont intérieurement une vfflie qui ne contient que de l’air, & qu’on nomme pour cette raifonpneumatique; elle occupe ordinairement la partie fupérieure de l’abdomen , & s’étend le long de l’épine du dos, où quelquefois elle eft fort adhérente, d’autres fois elle ne l’eft que faiblement. Cette veflie eft quelquefois fimple, comme nous la repréfentons ,/?/./,,/zg. ff; d’autres fois elle eft double, fig. 7, ou bien fa capacité eft féparée en deux par un retréciffement ou un étranglement qui eft entre p &c, qui laiffe une petite communication d’une veliie à l’autre 5 car fi l’on perce la vefiie A pour en laiffer échapper l’air, & que l’on comprime doucement la veflie D, on apperqoit qu’elle fe vuide d’air. Cette veflie eft fituée affez fréquemment entre les reins , les œufs , la laite, &c. & elle s’étend depuis le diaphragme jufqu’à la veflie urinaire, contrariant de légères adhérences avec toutes les parties qui l’a-voifinent. Elle eft de forme très-différente dans les diverfes efpeces de poiffons: dans quelques-uns elle eft fortement attachée aux vertébrés fupérieu-res , & quelques-unes de fes fibres fe jettent dans le diaphragme ; quelquefois elle eft formée de membranes fort minces & transparentes ; d’autres font épaiffes & accompagnées d’une fubftanee gélatineufe agréable à manger , & dont on peut faire de la colle de poiffon ; j’en parlerai ailleurs. Il y en a qui font foutenues par des efpeces de ligamens CC, PL Ifig. €.
- 133* Je crois que les poiffons qui fe tiennent conftamment au fond de Ffeau , 11’ont point cette veflie ; ainfi il eft probable que fon principal ufage eft de diminuer la pefanteur des poiffons ; mais par où l’air s’y introduit-il ? par où en fort-il ? C’eft ce qu’on ne connaît point encore d’une maniéré fatisfaifante. (11)
- .( 11 Cfn fait que les foies n’ont point matique par Mr. du Verney, ont répandu de véficule aérienne , & il eft facile dès-là beaucoup de lumières fur les fondions de de découvrir quel en eft le principal ufage. cette veflie.
- Des expériences faites dans la pompe pneu-
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- INTROCUCTÎO N.
- 134-On apperqoit dans la plupart des poiiTons un filet B ,/>/./ ,jig. 7, qui traverfe le diaphragme, la poitrine, aboutit au fond de la gorge, où il s’attache à un petit os ; d’autres fois il fe termine au ventricule même, ou auprès du diaphragme, ou près du fond de l’eftomac. Plufieurs anato-miftes ont tenté inutilement d’introduire dans ce ifilet un ftiïet ou un crin, ils n’ont pas même pu y faire entrer de l’air: malgré cela ,011 penfe affex généralement que ce canal fert ou à introduire de l’air dans la veffie pneumatique, ou à donner une iffue à celui qui y ell renfermé , ou à opérer l’une & l’autre fonction > & quelques-uns ont penfé que l’air de la veffie patTait dans l’eftomac pour faciliter la digeftion. Il me femble que l’u-fage de la veffie à air eft bien établi par les expériences exécutées à Florence, par Borelli, dans l’académie expérimentale de Médicis. Cet auteur dit qu’une carpe ayant la veffie à air déchirée , elle relia un mois entier dans un baffin toujours au fond de l’eau , & fans s’élever dans le fluide. Mais en admettant que la veffie ferve à diminuer la pefanteur des poif-fons dans l’eau , on pourrait demander comment, fuivant le befoin du poifi fon , il peut augmenter ou diminuer la capacité de la veffie, pour fe rendre plus ou moins léger. Il fe pourrait faire , mais cela n’eft qu’une conjecture , que l’air étant compreffible, le poilfon diminuerait le volume de la veffie , & celui de fon corps, en prêtant la veffie par l’effort defesmuf-cles, & que cette compreffion ceffant, le volume fe rétablirait par le feul reifort de l’air.
- I3f. VroiLA matière à beaucoup d’expériences & de recherches, auxquelles je ne puis me livrer pour le préfent. J’ai à la vérité effayé de percer la veffie à air d’une carpe avec un trois-quarts > mais foit que je n’aie pas attrapé la veffie , ou , ce qui eft plus probable, que cette petite ouverture fe foit fermée par la contradioh des fibres , deux jours après cette opération cette carpe nageait comme les autres.
- De la multiplication des poiffons.
- 136. La plupart des poiffons proprement dits, font ovipares *, je dis la plupart, parce que nous aurons occafion de faire remarquer quelques exceptions. Les animaux amphibies font leurs petits en vie ; on leur distingue les organes des deux fexes comme aux animaux terreftres ; il y a même des femelles qui allaitent leurs petits. Il efl: certain que dans les poiffons à écailles, qui ne refpirent point l’air, en un mot, dans les poiffons proprement dits , il y a des miles & des femelles j les laités font les mâles, les œuvés font les femelles. Les œufs ou la laite font placés en H H >
- h* ^
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- INTRODUCTION.
- 137. Les œufs qui font renfermés dans une membrane mince, forment un ou deux gros paquets qui s’étendent depuis le diaphragme jufqu’aupres de l’anus de chaque côté de l’abdomen, & font placés entre les mteftins, le foie & la veffie à air. On peut détacher la membrane commune de ces œufs en foufflant avec un chalumeau: déplus, les œufs font légèrement adhérens les uns aux autres , ils occupent, comme nous l’avons dit, la plus grande partie de l’abdomen ; car les femelles renferment un nombre prodigieux d’œufs. On peut confulter fur cela les calculs de Leuwenhoeck.
- 138. La laite s’étend, comme les œufs , depuis le diaphragme jufqu’à l'anus i cependant elle n’eft pas fi renflée que les paquets d’œufs} elle eft renfermée dans une membrane commune, d’où partent de fines membra*. nés qui s’inferent dans la fubftance de la laite , & peut-être forment des cellules. Car quand on coupe la laite , il paraît que la partie qui eft du côté du diaphragme , eft d’une fubftance alfez uniforme , & que celle qui eft du côté de l’anus , eft comme véficulaire ; quand on la comprime entre les doigts, il fuitiie une fubftance blanche alfez épailfe , comme celle qui eft contenue dans le canal dont nous allons parler. La laite de certains poif-fons eft bien plus grolfe que celle des autres. Pour donner un exemple, la laite d’une carpç de 18 pouces de longueur peut être longue de 6 pouces, & large de 3. Il femble probable qu’une partie de la laite doit être regardée comme les tefticules , & l’autre qui eft près de l’anus , comme les vélicules féminales.
- 139. On apperçoit au milieu de chaque lobe de laite une gouttière qui s’étend dans toute leur longueur, & dans laquelle on trouve une efpece de canal qui contient une fubftance blanche, femblable à de la bouillie. Si on le vuide, on peut le gonfler en foufflant dedans avec un chalumeau , .& l’on voit que ce canal aboutit à la partie de la laite qu’on foupçonne pouvoir être les véficules feminales; & pour cette raifon on peut le regarder comme le canal déférent.
- . 140. L’existence des deux fexesclans les poiflons dont nous parlons,
- ne peut donc être révoquée en doute , mais on ne fait point encore comment fè fait la fécondation des œufs ; car il n’y a nulle apparence d’accouplement. Les uns ont cru que le-mâle ré.pandaijt la femence fur les œufs que la femelle avait dépofés. Ce ferait une faible objection de dire que cette liqueur mêlée avec une grande mafle d’eau devrait perdre fon activité. Il pourrait en être com me de la pouifiere des étamines des fleurs, qui répandue dans l’air & entraînée par les vents, ne laiife pas de produire la fécondation des femences. Beaucoup d’obfervateurs-difent que ce ne font pas les mâles qui fuivent les femelles *, mais le contraire. Cela a fait penfer que les nazies répandaient la femziice qqi était avalée par les femelles que
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- INTRODUCTION.
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- leurs œufs étaient fécondés dans leurs corps. On peut regarder toutes ces idées comme des conjedurcs dénuées de preuves fuffifantes pour emporter une pleine convidion , & avouer que la fécondation des œufs des poif-fons efl un myftere que les phyficiens n’ont pu encore pénétrer.
- 141. Nous avons parlé de la polition de l’anus dans les différens poifi fonsi mais il nous relie encore plufleurs chofes à dire à fan fujet.
- De P anus des poiffons.
- 142. A l’extrémité du canal inteflinal fe trouve ce qu’on appelle communément le nombril, ou plus exadement garnis. Cette partie doit, comme je l’ai dit, entrer dans la defcription des poilfons, parce qu’aux uns elle efl vers le milieu du corps , à d’autres plus vers la tète que vers la queue, «& à d’autres le contraire. Cette partie forme quelquefois un bouton /aillant j à d’autres il faut preifer le ventre pour s’afl'urer de fa pofîtion.
- 143. En examinant attentivement cet endroit ,011 découvre qu’il y aboutit trois tuyaux i favoir, l’extrémité du redum , par laquelle fortent les excrémens : ce canal qui eût véritablement l’anus , efl le plus large. Un autre, aboutilfant à la veffie urinaire, efl l’uretre. Enfin, un troifiemeeft formé dans les femelles par l’extrémité des deux enveloppes membraneu-fes qui recouvrent les œufs, & qui fe réuniifant en un feul canal, forment en quelque façon la vulve ; c*e(t l’endroit par où fortent les œufs. Dans les mâles ce canal efl: formé par l’extrémité des membranes qui enveloppent les lobes de la laite, ou parles vailfeaux fpermatiques de *l’un & de l’autre lobes de laite, qui, fuivant quelques anatomiftes, fe réuniifent à un feul canal, lequel efl: finement celui par où les mâles fe déchargent" de la femence qui doit féconder les œufs. D’autres prétendent qu’il y a deux vaiffeavx ïpernfatiques qui accompagnent l’uretre & le redum.
- 144. Ces trois ou quatre canaux font réunis par des membranes , & fe touchent* mais ils ne font point ouverts les uns dans les autres, ils aboutiifent tous à un endroit que dans les oifeaux on nomme cloaque.
- De la nourriture des poiffons.
- 14^. Tl efl certain qu’il y a des poiffons qui ont vécu très-long-tems dans de l’eau très-pure ; mais je n’oferais affiner qu’elle<foit fuffifante pour les faire croître, encore moins pour les engraiffer.
- j 46. Il n’eft pas douteux que les poiffons , fuivant leur efpece , s’accommodent de différens alimens* les uns de farineux, de légumes cuits ou de painj d’autres cherchent des infedes, des vers de terre, des limaces ,
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- INTRODUCTION.
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- maêes, des mouches , &c. On trouve dans l’eftomac de quelques-uns , de la vafe ou de l’herbe ; beaucoup s’accommodent de la chair des animaux terreftres , ou des oifeaux ; prefque tous font très-avides de poifïons , même de ceux de leur efpece. On pourra à ce fujet confulter ce que nous avons dit, & encore ce que nous dirons dans la fuite fur les appâts qu’on emploie pour amorcer les haims.
- L'accroiffement & la durée de la vie des poiffons.
- 147. Nous en avons déjà dit quelque chofe à l’occafion des étangs, dans la première partie j & quoiqu’il y ait des poiffons qui croilfent très-vite, il eft faux, comme quelques-uns l’ont prétendu, qu’ils parviennent à leur grofseur dans l’efpace d’une année ; nous nous contenterons d’ajouter un feul exemple à ce que nous avons dit à ce fujet.
- 148. Un étang qui aura été empoifsonné avec de l’alvin de f à 6 pouces de longueur, fournira au bout de trois ans des carpes de 8 à 9 pouces entre œil & bat, & elles auront un pied au bout de quatre ou cinq ans.
- 149* Certaines efpeces de poifsons vivent fort long-tems; car les carpes des fofsés de Pontchartrain, qui font des plus grofses & des plus anciennes que je connaifse , ont finement plus d’un ficelé.
- CONCLUSION.
- ïfo. J’aurai rempli mon intention, fi par le peu que je viens dédire fur la forme extérieure des poifsons, & la pofition de leurs vifberes , je fuis parvenu à mettre mes ledeurs en état de comprendre plus aifément ce que je dirai dans la fuite fur les différentes efpeces de poifsons dont je me propofe de parler i car , comme je l’ai dit au commencement de cette introdudion, je n’ai point eu deffein de faire une expofition détaillée de l’anatomie des poifsons. Cette entreprife m’aurait engagé à faire un ouvrage confidérable, qui aurait pu fournir la matière de plufieurs volumes, & aurait exigé bien du tems , que j’ai mieux aimé employer à remplir mon objet qui regarde la pêche & la préparation des poifsons dont nous faifons principalement ufage. Cependant, à l’occafion des différens poiffons, on trouvera des détails anatomiques qui fuppléeront au moins en partie aux omiffions que nous avons faites dans le coup-d’œil général que nous venons de jeter fur l’anatomie des poifsons.
- 151. Tout ce que je viens de dire dans l’introdudion, regarde les poifsons confidérés généralement ; & afin d’entamer l’hiftoire particuliers des poifsons par un des plus intérefsans, je vais m’occuper de ce qui regarde les morues.
- Tome X. . F
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- T RA I TE' DES PECHES. Partie II.
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- àu*.
- PREMIERE SECTION.
- De la Morue, et des Poissons qui y ont rapport.
- 152. jl^OUS avons prévenu qu’en renonçant à fuivre exa&ement une méthode, nous nous proposions néanmoins de réunir comme dans autant de petits traités particuliers, les poifsons d’une même famille. C’eft pour fuivre ce plan , que nous expoferons dans cette première fedion tout ce qui regarde l’hi(foire, la pèche & les préparations qu’on donne aux différentes efpeces de poifsons qui font de la famille des morues, formant autant de chapitres particuliers de ce qui regardera chacun de ces poif-fonsi & les poifsons d’un autre genre, tels que le maquereau, le hareng, &c. formeront autant de différentes fedions. Je vais commencer par jeter un coup - d’œil général fur les poifsons du genre des morues.
- Article premier.
- Despoijfons qui forment lu clajfe des morues , confidires généralement, (ia)
- 1^3. Quoique l’ufage n’ait point encore fait du nom de morue un terme vraiment générique, qui réunifse les caraderes communs à des-poifsons d’un même genre j & pour éviter d’employer les termes des naturalises , qui ne font point connus dans le commerce ; en6n, dans la vue d’être plus généralement entendu , je comprendrai fous la dénomination franqaife de morue, plufieurs poifsons qu’on a jugé devoir fe rapporter à un même genre, quoiqu’on leur ait donné des noms particuliers , tels que la morue franche ou le cabillaud, le lieu ou colin , le merlan, la gode ou le tacaud , & autres poifsons, dont les naturalises ont fait une famille fous les dénominations àéafellus, ou de gadus, ou de morhua, ou de molua.
- 154. Les naturaliftes étant, comme on voit, peu d’accord fur J a dénomination des poifsons, on ne doit pas exiger plus d’exaditude de la part des pécheurs ni des marchands, qui font dans l’ufage de donner diffé-rens noms au même poifson , non feulement relativement au langage par-
- ( iO Le nota que les Allemands donnent à la morue en général, eft celui de Stcckjifch.
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- Sect. I. De la morue & de? poiffons qui y ont rapport. 43
- ticulier de chaque province , , picard , normand, breton , gaf-
- con, &c. mais encore fuivant les lieux où fis ont été pêchés, ou la maniéré dont ils ont été préparés. En effet, on verra dans la fuite, que le poiffon qu’on nomme en Hollande & fur la côte de Flandres cabillaud ^ chez; les Bafques bacaillau , dans l’intérieur du royaume morue., fur quelques côtes molue, eft par-tout le même. Ces différentes dénominations viennent de la différence des langues ou patois. A. l’égard des préparations , quand on mange ce potiron tel qu’il fort de l’eau , on le nomme morue ou cabillaud, frais ; quand il a été falé & point féché , c’eft de la morue verte ; s’il a été faié & féché, c’eft de la moruefeche; s’il a été féché fans avoir été falé, c’eft du Jlockfifch ou morue en bâton. Et encore, fuivant des cir-conftances différentes dans leur préparation , les unes font dites en grenier, les autres en barils ou au fec, ou en faumure , les unes blanches , d’autres picées ou charbonnèes, &c. & c’eft toujours le même poiffon.
- iff. Ce n’eft pas tout: fuivant les lieux d’où on les tire , elles font dites dans le commerce , ou de Groenland, afellus Groenlandicus ; ou de Terre-Neuve , afellus oceani feptentrionalis; celle d’Islande, afellus islandi-eus ; celle du nord de l’Ecoffe , afellus aberdonenfis : enfin fur les côtes de Flandres , on appelle les jeunes morues , moruette, guelk, doguets ou codlingue.
- ij6. On conçoit que lemême poifson fe peut trouver dans différentes mers ; ainfi de ce qu’il a été pêché dans tel ou tel parage, où on lui donne différens noms, il n’en faut pas conclure que ce foit un poifson d’une autre efpece. J’en dis autant de ceux qui, pour être plus jeunes ou plus âgés, font de différentes grandeurs.
- 157. Il ferait encore moins raifonnable de regarder comme des poiC. fons différens , ceux qui auraient reçu diverfes préparations. Il peut être utile d’admettre ces dénominations dans le commerce , parce que les mêmes poiffons font fouvent propres à des ufages particuliers , relativement aux préparations qu’on leur donne; mais il ne faut pas les introduire dans l’hiftoire naturelle: auftî les auteurs méthodiques, au lieu de tomber dans de pareilles abfurdités , ont formé une famille de poiffons , qu’ils ont défignés fous les noms génériques tfafellus ou gadus, &c. Et pour employer une expreffïon françaife, nous adoptons le terme morue, pour les poiffons qui ont les cara&eres que nous allons rapporter.
- Caraileres génériques des morues.
- 1^8* Tous les poiffons de cette famille doivent être ronds , écailleux, avoir des arêtes, plufieurs ailerons fur le dos , & fous le ventre derrière l’anus, dont prefque tous les rayons font fouples .& flexibles > eu
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- TRAITE DES PECHES. Partie IL
- outre deux nageoires, une derrière chaque ouie, & deux fous la gorger ou la poitrine5 quelques-uns ont un barbillon au menton, d’autres n'en ont point.
- 159. Plusieurs auteurs ont féparé cette Famille en deux ordres, dont les uns, qu’ils ont appelles triptérygiens , ont trois ailerons fur le dos , & deux fous le ventre derrière l’anus. Ceux de l’autre ordre qu’on appelle biptérygiens, n’ont que deux ailerons fur le dos , & un ou deux fous le ventre.
- 160. On trouve dans les auteurs , d’alfez longues dilfertations fur les raifons qui ont engagé à nommer afellus cette famille de poilfons : les uns ont prétendu que c’était parce qu’on avait trouvé une conformité de couleur entre les morues & les ânons, ou jeunes ânes ; mais on verra qu’il y a des morues de couleurs allez différentes les unes des autres j & la couleur des ânons n’eft pas plus uniforme.
- 161. D’autres difent que c’eft parce que les morues , ainfi que les ânes , font parelfeufes ; mais je ne vois pas pourquoi taxer les morues de parelfe , pendant qu’on fait qu’elles font de grands voyages, & qu’elles courent avec beaucoup d’avidité après leur proie 5 d’ailleurs un âne bien nourri , & point outré de fatigue, au lieu d’être parefleux, eft très-vif & même indomtable. Ainfi, fi j’emploie le terme d'‘afellus, c’eft parce que je l’ai vu adopté par plufieurs auteurs, & Dns prétendre faire aucune compa-raifon entre les morues & les ânons : le terme de gadus, que plufieurs auteurs ont adopté , eft tout aufli bon.
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- CHAPITRE PREMIER.
- De la morue franche,
- 162. Comme je me propofe de traiter dans cette feétion des poillons compris dans la famille des morues, je crois devoir commencer par la morue franche ou le cabillaud (*} , à laquelle fe rapportent les autres efpeces.
- 163. Afellus major vulgaris , Belg. cabillaud , ’Willughby. Gadus dorfb îripUryglo, ore' cirrato , cauda czquali fere, cum radio primo fpinofo ; Artedi.
- Morhua vulgaris ( maxima afellorum Jpecies ) ; Bellon. Molua vel morhuæ. altéra minor ; Rondel. Gefn. Aldrov.
- (*) L’orthographe de ce mot varie beaucoup dans les auteurs : on l’écrit cabeliau, cabillaud^ cabïllot,
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- Sect. I. De la monte, & des poiffons qui y ont rapport.
- f 154. J’ai toujours penfé que notre morue & le cabillaud de Flandres ©u de Hollande étaient le même poiffon ; néanmoins , pour m’en aifurer, j’ai confulté M. Allamand , célébré profelfeur à Leyde , qui m'a marqué que le cabillaud de Hollande était le poilïon que la phrafe d’Artedi défi-gne très-exa&ement , & cette même phrafe convient parfaitement au poif fon qu’on appelle morue dans l’intérieur du royaume ( morhua vulgaris maxima. Bell.), & molue fur quelques-unes de nos côtes ; molua, vel morhua, Rond. Et par les perquifitions que j’ai faites, j’ai reconnu que les pêcheurs des côtes de Flandres & de Picardie nomment cabillaud, le même poif-fon que ics pêcheurs Bas-Bretons, Normands & Poitevins nomment morue ou molue.
- 165. Dans le commerce & dans les cuifines, on diftingue néanmoins la morue, du cabillaud , au point de les regarder comme deux poiifons d’efpece différente. C’eft cependant le même ; & la différence qu’on apper-qoit, dépend uniquement de fa préparation. Effectivement » on verra dans la fuite que les Hollandais & les Flamands font dans l’ufage de trancher leurs morues, & de les faler différemment des Normands, des Bretons, &c. Il efl naturel qu’étant dans l’habitude de nommer la morue cabillaud, ils aient envoyé en France , fous le nom de cabillaud , celles1 qu’ils ont préparées. Enfuite les pêcheurs Flamands, ayant préparé la morue comme les Hollandais, ont adopté i’expreflîon hollandaife, & vendu leur morue fous le même nom de cabillaud. D’un autre côté, les marchands apperce-vant de la différence entre le cabillaud fec ou falé de Hollande ou de Flandres, & la morue qui leur venait des:autres côtes du royaume, fe font perfuadé que c’étaient deux efpeces de poiffon , qu’ils vendaient l’une fous le nom de cabillaud, & l’autre fous Je nom de morue cette dit tindlion a paffé dans les cuifines.
- 166. On m’a donné comme marque diftindive,, .que le cabillaud falé
- n’avait point la groffe arête qu’on trouve dans la morue ; mais on verra dans la fuite que cette différence dépend de ce qu’aux morues plates*, qu’orfc 'prépare à la façon de Hollande , on ôte entièrement la igroffe. arête qui refte en partie dans les morues fondes ^préparées iluvant.l’üfagede.France.* On dit encore que le cabillaud falé eft plus blanc que la. morue > ce qui .vient dé ce*que les Hollandais &J ceux qüi fùiventHeur façon de préparer la morue, emploient du fel blanc qui lui donné un cqup-d’cèilavantageux. ; : : .'.i .‘I tu.-. ) 0.'. :
- J 67. Il y en a. encore qui prétendent <qù’onr doit, appelles cabillaud, les 'petitesTmorues ; mais par les^info'rmatîôns ique.j’ai fajtes/ur nos côtes,
- ; les .pêcheurs n’adoptent' point Cette* ; diftihdion; / quelques - uns, ' en petit .nombre, m’ont , dit;.que lel cabillaud, eft;£lus. alongé ,r & a. la îtête moins
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- 46 TRAITE' DES PECHESPartie IL
- grotte que la morue; mais qu’on préparait l’un & l’autre fans diftinélion 1 & qu’au fond c’eft la même elpece de poiflon ; ainfi ils revenaient au fen* timent de leurs camarades.
- 168. Comme les grottes morues fraîches qu’on apporte à la halle de Paris viennent des côtes de Flandres & de Picardie, les chalfes-marée les ont vendues fous le nom qui était en ufage dans leur pays , & delà eft venu qu’on appelle à Paris ces grandes morues fraîches des cabillauds; & cette dénomination a été adoptée dans plusieurs de nos provinces. La vérité de ce que j’avance préfentement, deviendra plus évidente, lorfque nous aurons parlé des méthodes particulières qu’on emploie pour préparer la morue; car on appercevra fenfiblement d’où dépend la différence qu’on remarque entre les morues différemment préparées. Et ce qui confirme ce que je viens d’avancer, c’eft que la dénomination de cabillaud eft prefqu’inconnue fur les côtes de baffe - Normandie, de Bretagne , de Poitou , &c. & celle de morue fur les côtes de Flandres & de Picardie. Au refte , je prie qu’on fe fouvienne que ce que nous dirons dans la fuite, tantôt de la morue & tantôt du cabillaud , regardera un feul & même poiffon , & qu’on ne doit avoir aucun égard à ces différentes dénominations. Cela étant bien entendu , je vais donner la defcription du poiC-fon qui eft connu dans l’intérieur du royaume , & fur les côtes de Bretagne , d’Aunis & de Poitou, fous le nom de morue ; & en Flandres , fous celui de cabillaud.
- Article premier.
- Defcription de la morue franche par fes parties externes.
- 169. J’ai fait cette defcription fur une morue fraîche, achetée à la halle de Paris, fous le nom de cabillaud: le poiffon qui eft gravé fur la pL /, fig. 1, a été copié fur un beau deffin , où le poiffon était repréfenté de fa grandeur, naturelle, & qui m’avait été envoyé par M. Guillot commiffaire de la marine à S. Malo , qui l’avait fait defliner fous fes yeux fur une morue lortant de d’eau. ' .
- 170. L^rmorue:qui a été achetée à Paris avait deux pieds huit à neuf pouces de longueur depuis l’extrémité de la mâchoire fupérieure a jufqu’au bout de l’aileron de la queue P. Et il faut remarquer que la mâchoire fupérieure eft toujours un peu plus longue que {inférieure.
- 171. Quoique je fbupçonne d’exagération Gérard Mercator, lorfqu’il dit que Yafellus ma/,àn, qui eft le1 poiffon dont if s’agit, pefe 60 livres, il eft certain qu’il y en adc beaucoup plus gros que celui quç nous décrivons, pui£
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- Sect. I. De la morne 9 & des poijjons qui y ont rapport. 47
- que "les pécheurs fe trouvent quelquefois obligés d’emprunter le fecours de leurs camarades, pour tirer à bord celui qui a mordu à leur hameçon.
- 172. Au relie , les morues, comme tous les autres animaux, prennent leur accroiifement peu à peu ; c’eft pourquoi on en prend de toutes les grandeurs , depuis trois pieds & plus de longueur jufqu’à celle d’un petit merlan ; celles-là fe prennent & louvent fe vendent avec les merlans : ainli, quand on-dit afellus major, on entend fefpece de morue qui peut avec le tems devenir grande.
- 173. La tête de ce poilfon eft fort groiTe ,,par comparaifon à celle des autres poilfons de même genre. A celui que nous décrivons, il y avait, depuis Pexttêmité de la mâchoire fupérieure a , jufqu’au bord de l’opercule des ouies b, dix pouces.
- 174- La b ouche qui eft repréfentée en X avait quatre à cinq pouces d’ouverture à l’extrémité des mâchoires. La fupérieure était un peu plus longue que l’inférieure ; l’une & l’autre étaient bordées intérieurement d’une membrane qui, quand la bouche eft fermée, fe replie & femble former des levres, ou comme d’épailfes gencives -, mais quand le poilfon ouvre la bou~ che pour faifir fa proie , cette membrane s’étend, & forme-une grande bourfe X, pi. I, fig. I , qui enveloppe la proie que le poilfon a faille.
- I7f* Lorsque la bouche (*) eft fermée, le muieau forme un cône tronqué alfez obtus.
- 176. En général la tète eft alfez charnue , & l’on y trouve des parties délicates fort agréables à manger. Au refte , fa couleur eft la même que celle du dos.
- 177* On trouve à la mâchoire inférieure & à la pointe du menton un appendice cartilagineux y, d’environ un pouce de longueur, qui fe termine en pointe ; on le nomme la barbe ou le barbillon. Quelques-uns ont prétendu que cet appendice imitant un ver, attirait des poilfons que la morue failîdàit ; mais cette idée n’eft guere vraifemblable , & il vaut mieux avouer qu’on ignore quel eft l’ufage de ce barbillon , que plusieurs poilfons voraces , & même du genre des morues, n’ont point.
- 178- Les yeux de cette morue font grands j la prunelle, qui eft noire, peut avoir fix à fept lignes de diamètre j l’iris eft blanc, & l’œil entier a dix à onze lignes & plus de diamètre. Ces parties , fur-tout aux jeunes morues, font couvertes d’une membrane qui forme comme un voile mince & tranfparent.
- (*) Quelques-uns difent la bouche, mes employés indifféremment; j’ai adopté d’autres la gueule des poilfons : dans des le terme de bouche , parce qu’il elt aflea ouvrages imprimés on trouve les deux ter- d’ufage au bord de la mer.
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- 179. Le célébré M. Camper dit, dans fon mémoire fur l’ouie des poidbns^' qu’ayant dilféqué des yeux de quelques poiiTons du genre des morues, 8c en ayant détaché les mufcles , il avait trouvé que cet organe eft conftruit à peu près comme celui de l’homme.
- igo. Je 11e fais fur quel fondement quelques auteurs ont avancé que le» morues avaient la vue fort courte. On fait qu’elles fe jettent furies appât» qu’on leur préfente ; eft-ce parce qu’elles les apperçoivent, ou font-elles attirées par l’odeur ? C’eft ce qu’il n’eft pas aifé de décider.
- i8f. Quand nous examinerons les parties intérieures, nous dirons quelque chofe de l’organe de l’odorat; mais pour le préfent, il fuffit de faire remarquer qu’entre les yeux & l’extrémité de la mâchoire fupérièure, on apperçoit deux trous il qu’on a coutume d’appeller les narines.
- 182. Depuis le derrière des ouies b jufqu’à la naiifance de l’aileron de la queue C, il y avait dans le poiifon que nous décrivons , à peu près un' pied huit à neuf pouces de diftance. Le dos du poiifon dans eette étendue forme un arc furbailfé , dont les extrémités les plus élevées répondent au fommet de la tète & à un des côtés de l’aileron de la queue. Cependant quand , étant mort, on le pofe fur une table , fon corps a à peu près la ’ forme des autres poilfons, ainfi qu’on le voit repréfenté ,/?/./, fig. 1. Le delfous forme aufli un arc, mais qui, depuis la gorge jufqu’à l’anus, offre une bolfe d’autant plus considérable que l’eftomac eft plus rempli , ou que les femelles ont plus d’œufs dans le corps. Ayant égard à ces excep-, tions qui font voir qu’on ne peut donner que des à-peu-près , notre poiffon étant mefuré à trois pouces derrière les ouies , avait au moins fepfc' pouces d’épailfeur ; & il y en a qui, à la partie la plus renflée du ventre , ont jufqu’à huit à neuf pouces & plus.
- 183. Les morues font couvertes de fort petites écailles, peu fenfibles même fous la dent; elles font très-adhérentes à une peau épailfe , grade & fort délicate quand elle eft cuite, lors même que le poiifon a été falé.
- 184- La couleur de ce poiifon fur le dos & les côtés était olivâtre, rembrunie à mefure qu’elle approchait du dos; elle était chargée de taches, tantôt gris-de-fer, & tantôt jaunes de couleur de rouille de fer. Ces couleurs s’éclaircilfaient à mefure qu’on approchait du ventre qui était blanchâtre. Pour bien juger de ces couleurs, il faut que le poiifon foit nouvellement tiré de l’eau & en quelque façon encore en vie. De plus, la grandeur & la couleur des morues varie beaucoup fuivant bien des circonftan-ces. L’âge du poiifon eft une des principales caufes de ces variétés : il faut ajouter le climat, lafaifon, la nature du fond vafeux ou fableux , ou couvert d’algue, enfin le fexe ; car les pêcheurs difent qu’il y a de la différence entre les mâles & les femelles: ils aifurent auftî que les morues qu’oirpèche fur’
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- Sect. I. De la morue, des poiffons qui y ont rapport. 49
- le Dogger’sbank ont la peau.du dos d’un gris moins foncé que celles qu’on pêche en Islande, & en les ouvrant on trouve leur péritoine blanc, ce qu’on attribue à ce qu’elles fe tiennent fur un fond de fable : elles font ordinairement grandes.
- 185. On allure que les morues qu’on pêche en Islande fur des fonds de roche couverts d’herbe , ont le dos d’un gris plus brun , & leur péritoine prefque noir; ainlî elles ne different de celles du grand banc de Terre-neuve , que parce qu’elles font d’un olivâtre plus brun. En général, celles qu’on pèche fur les rochers nus, ou fur le fable, font rouffâtres; & celles qu’on pèche dans les grands fonds, & qui fe tiennent fouvent entre deux eaux, font communément noirâtres. 11 eft bon de. favoir que , quoique la plupart des morues qu’on pêche fur le grand banc foient d’un gris clair » on ne laiffe pas d’y en prendre des unes & des autres ; ce qui fait foup-çonner qu’il s’y en rend de différens parages , puifque le fond qui eft de fable a beaucoup d’étendue. Cependant il parait qu’elles ont en général la peau du dos plus mouchetée que les morues du Dogger’sbank, de Schet-land & d’Islande j c’eft peut-être ces diiférences qui auront engagé à distinguer les morues, en morues noires, morues jaunes', morues verdâtres, &c. car on en prend quelquefois fur nos côtes qui ont le dos prefque noir. Les pêcheurs qui ont pratiqué leur métier fur le grand banc , à la côte d’Islande , à Schetland , & fur le Dogger’sbank, eftiment que toutes les morues font de même efpece , & que les différences qu’on remarque dans leur couleur , dans leur longueur & épaiifeur, ne proviennent que de la nature des fonds où elles ont féjourné , & de l’abondance ou de la difette de la nourriture qu’elles y ont trouvée, peut-être même de la qualité des alimens dont elles fe font nourries.
- l86- A l’égard du goût, on prétend que la morue fraîche de Terre-neuve eft plus" délicate que celle du Nord, foit que cela dépende de la température de l’air, ou de la bonne nourriture qu’elles y trouvent. On remarque , par exemple , que les morues d’Irlande & du Dogger’sbank font plus grades & plus épailfes que celles'id’Islande, fur-tout quand elles ont été pêchées après la harengaifon , -parce qu’elles ont vécu de hareng, de maquereau , de fardine, &c. qui leur ont fourni une excellente nourriture & en abondance.
- 187. Les pêcheurs traitent donc toutes ces différences de pures variétés î & attendu que toutes ces morues leur parailfent avoir une même conformation 8c une ^ême conliftance de chair, ils les regardent comme ne faifant qu’une feule efpece. Il y en a feulement une que quelques pêcheurs foupqonnént être différente de celles dont nous-venons de parler. Elle paraît ordinairement, dit-on, du if juillet auj 15 feptembre y à l’eft de
- Tome X. G
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- So TRAITE' DES P EC HE S. Partie IL
- Tisle d’Islande. Elle nage toujours 'entre deux eaux, & les pêcheurs prétendent qu’elle ne Te tient jamais fur le fond. Il eft probable que ces morues ne different point des autres quelles viennent par bancs de la grande mer , peut-être des côtes de Norwege , étant attirées.par le hareng;, ;Tdont elles font une grande confommation. Ainfi , fi ces obfervations des -pêcheurs font exactes, on peut regarder ces morues comme des poiflons de paifage. Cependant tout ce que nous venons de dire fur l’identité des
- • morues , ne doit s’appliquer qu’à la morue franche, ajdlus vulgaris. major Gar nous parlerons dans la fuite des différentes efpeces de poiifons qu’on doit rapporter au genre commun de morue.
- 188- On apperçoit fur les deux côtés des morues une raie blanche, bc:, tpi. I, fig. i , de deux lignes de largeur , qui s’étend à peu près depuis l’angle -fupérieur du derrière des ouies jufqu’à l’aileron de la queue ) fur la partie 'renflée du ventre elle forme une courbe en defcendant, puis elle devient droite jufqu a la queue.
- 189. Le dos des morues eft garni de trois ailerons M , N, O 9,fig. i.Le premier aileron M de notre morue était le plus élevé, & formé à peu près par quatorze rayons qui, comme à tous les autres poiflons , étaient liés
- -par une membrane. Les deux autres N , O , étaient formés chacun par dix-neuf rayons. Le premier rayon de chaque aileron, c’eft-à-dire, celufqui eft le plus du côté de la tète , était plus long que tous les autres qui allaient en diminuant, de forte que chaque aileron était terminé vers l’arriere par •un rayon très-court, ce qui donne aux ailerons, quand ils font redrclfés ,
- • une forme à peu près triangulaire.
- 190. Le premier aileron M, du côté de la tête, qui commençait à peu près à l’à-plomb de l’opercule des ouies , avait à fon attache au dos ou à fa bafe environ quatre pouces de largeur ; à une ligne ou deux de l’endroit où fe terminait cet aileron , commençait celui du milieu N , qui à fon attache au corps avait environ fix pouces & demi ou fept pouces; de large i
- il était moins élevé & plus alongé que les deux autres : le dernier aileron O le fuivait immédiatement, s’étendant prefque jufqu’au commencement de l’aileron de la queue , & il fe terminait du côté de la queue par une efpece d’échancrure) il avait à l’endroit où il s’attachait au.poilfon environ quatre pouces de largeur. L’étendue des plus longs rayons de ces ailerons était d’environ quatre à cinq pouces. L’aileron du milieu N, formait moins le triangle que les autres, parce que fes rayons étaient moins dreflés : enfin , ceux des ailerons tant du dos, dont nous venons de parler, que du ventre , dont il va être queftion , étaient mous & point piquans.
- 191. L’aileron de la queue était peu ou point échancré. Les rayons du milieu vers P, avaient environ trois pouces de longueur j il y avait à
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- Se-Ct: I. De leu morue, &, des poiffons qui y ont rapport; fr
- peu près--cinq»pouces de diftance de l’angle à l’autre d; mais .le premier rayon de chaque côté d. & e. étaitplus dur que les autres. Comme les rayons de ces ailerons font fujets à fe féparer par l’effort qu’ils fouffrent pendant ou' après la pêche , l’extrémité de l’aileron de la queue parait ordinairement frangée.
- 192. L’anus Q_. de cette morue était placé affez exa&ement entre l’œil & le milieu P de l’aileron de la queue.
- 193. Entre l’anus & la naiffance de l’aileron*de la queue , il y avait deux ailerons R & S qui reffemblaient aifez aux ailerons M., O , du dos. L’aileron R, le plus voifin de l’anus, avait à peu près à fon attache au ventre quatre pouces & demi de largeur, & fon plus long rayon avait environ cette même longueur.- L’aileron S avait à peu près les mêmes dimenOons l’un & l’autre étaient formés de dix-huit ou vingt rayons plus ou moins -, Gar, comme nous l’avons dit dans l’introdu&ion , le nombre des rayons n’eft pas toujours le même. L’extrémité poftérieure de l’aileron S, était, échancréc comme la même partie de l’aileron O ; mais elle approchait davantage de l’aileron de hr queue.
- 194. Il y avait derrière chaque opercule, environ au tiers de l’épaiffeur du poiffon , une nageoire- T , qui à fon articulation avait un pouce & demi de largeur ; la longueur de fon plus long rayon était de cinq pouces.
- 19 f. Il y avait encore fous la gorge deux nageoires V, qui avaient à leur articulation environ deux lignes & demie;de largeur -, & le? plus longs rayons, avaient trois pouces de longueur.
- Article IL
- Defcription. de la, morue, franche par fes parties inter ms.
- 19^. Après avoir donné une idée de la forme-extérieure des morues, en en décrivant une que j’ai eut fraîche , & que j’avais fous les yeux , il eft à propos de dire quelque chofe des parties intérieures. j
- De la bouche, de la langue des dents, de la monte,
- 197. Ce. poiffon a., comme je l’ai déjà dit , une fort grande bouche ; elle eft repréfentée fermée, fig. 1, & dépouillée de la membrane qui la borde en Z ifig* 2 , pour faire voir la langue, qui eft arrondie épaiffe, large , mollette, & qui* ne porte point de dents i elle n’eft pas fufceptible de grand? mouvemens. Il eft bon , à. fon occaflon , de faire remarquer que ce qu’on vend, pour des langues.de morues, &> qu’oniregqrde co/nme un mets délicat).
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- TRAITE' DES PECHES. Partie II.
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- eft formé, non-feulement par la langue, mais encore par toute la partie charnue comprife entre les deux branches ou os, qui forment la mâchoire inférieure ; nous en parlerons dans la fuite.
- 198* Les mâchoires font garnies de plufieurs rangées de dents. Un de ces rangs , qu’on voit fig. 2, eft formé par des dents pointues qui font plus grandes que les autres. Une partie de ces dents eft affujettie fermement dans leurs alvéoles , & d’autres font mobiles ou plutôt branlantes , fe ren-verfant vers le dedans de la bouche. Outre ces dents , il y en a de petites qui garnilfent la voûte du palais & les premières branchies jufqu’à l’orifice de l’eftomac. Ces petites dents rangées tout près les unes des autres, forment des afpérités qui font repréfentées à la figure 3 , dans la bouche. H eft l’ouverture du gofier ; 11 font deux cartilages durs , approchant de la fubftance des os, garnis de pointes qui font inclinées vers le gofier. K K font deux autres pareils cartilages couverts, comme les autres, de petites dents ou afpérités.
- 199. Les guignes ou branchies qui forment la voûte du palais font toutes garnies de dents , les unes pointues , les autres larges & applaties, comme des mâchelieres.
- 200. Rondelet ajoute qu’il y a vis-à-vis du cœur deux os longs qui empêchent que les corps durs & piquans que la morue avale n’endommagent la gorge & le cœur; car la morue, contre l’ufage de quantité d’animaux, avale les poiifons comme elle les a faifis , tantôt par la tète , & tantôt par la queue.
- De plufieurs organes de ’ la morue franche.
- 201. L ; L 9fig. 3 , font les ouies ou branchies ; on en a repréfenté une partie en & ,fig. 4. * *
- ’ 202. Suivant M. Camper, la cervelle de la morue & des autres poiifons de même genre eft petite en comparaifon de la boîte oifeufe qui la renferme. Cependant cette cavité n’çft pas vuide ; ce qui n’eft pas occupé pamrle cerveau, eft rempli par une mucofité limpide qui eft contenue par/une membrane arachnoïde très-mince & très-délicate.
- 203. A l’égard de l’organe de l’ouie, M. Camper qui s’en eft beaucoup occupé, dit que le crâne dè ce poilfon eft couvert en partie d’un mufcle aifez épais , mais qui n’empêche pas que le fon ne..parvienne dans l’oégane. L’oflelet, ajoute-t-il, eft dentelé , pelant, & flottant prefque librement dans une bourfe élaftique, de forte que la moindre impreffion doit agir fur le nerf qui s’épanouit‘dans l’étendue de cette bourfe: Je ne fuivrai pas plus loin M. Camper dans les détails anatomiques qu’il donne de cetr organe \
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- Sect. I. De Içl morue > & des poiffons qui y ont rapport. 53
- il faut les chercher dans l’auteur même , airifi que ce qui regarde l’organe de l’odorat. Je me contenterai de dire , d’après ce célébré auteur, que le cerveau eft divifé en deux lobes qui donnent chacun un feul nerf olfadoire, lequel s’étend dans chaque narine.
- De Veftomac des morues.
- 204. L’estomac des morues eft fort grand , fur-tout quand il eft rempli de poilfons. Ce vifcere eft un des ,plus intérelfans articles de l’anatomie de la morue : des pêcheurs l’appellent gau ailleurs msuUttes. Il eft très-vafte, puifqu’on y trouve quelquefois cinq ou fix petites morues : mais il eft fingulier que la voracité de ces poilfons les engage à avaler des corps durs , fur lefquels la faculté digeftive ne peut avoir aucune adion.
- 20f. On fait que les morues avalent des leurres de plomb qui repréfen-tent à peu près la forme d’un poilfon. On a trouvé dans Peftomac de quelques-unes j du fer, des telfons de pots calfés, des morceaux de verre, &c.. Comme, le fer parailfait ufé par quelques endroits , on a cru que cette éro-fion du fer était opérée par les fucs ftomachiques de la morue j mais attendu qu’on n’a point de preuve de cette puiifance digeftive dans aucun animai, ;1 eft probable que ces morceaux de fer avaient été endommagés avant que :s morues les euifent avalés.
- . 206. M. de Réaumur a bien prouve que les canards & les dindons di-. rent tout autrement que les quadrupèdes, & que la trituration opérée par leur géfier broie même le verre, & avait alfez de force pour applatir un petit tuyau de fer-blanc j mais l’eftomac des morues eft membraneux, & ne relfemble point du tout au géfier des oifeaux. D’ailleurs M. de Réaumur n’a point reconnu cette adion du géfier fur les métaux ; & M. Perrault ayant dilféqué des autruches qui avalent des morceaux de fer qu’on a prétendu qu’elles digéraient, a trouvé des pièces de monnoie qui n’étaient que faiblement endommagées parles endroits feulement où elles frottaient les unes contre les autres.
- 207. La gourmandife des autruches Jes porte à avaler indiftindement tout Ce qu’elles rencontrent: probablement il n’en eft pas comme des dindons & d’autres oifeaux qui terminent leurs repas par avaler une alfez grande quantité de fable , probablement pour aider à la trituration de leurs alimens dans le géfier. Encore un coup, l’eftomac de la morue ne relfemble pas aû géfier des oifeaux, & il peut fe faire plutôt qu’elles rejettent ce'que leur eftomac ne peut digérer, comme font les chiens & les oifeaux de. proie qui vomilfent par pelotons les plum,escqu’ils ont avalées avec la;chair. des; oifeaux dont il fe nourrilfent : mais comme on eft toujours diljpofé à adop-
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- TRAITE' DES PECHES. Partie II.
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- ter le merveilleux, on a avancé que les morues rejettent même leur efto-mac.qui fe retourne & fort par leur bouche , comme une poche qui, aprèsJ avoir été nettoyée par l’eau, rentre à fa place naturelle & que tout de fuite les morues avalent avec avidité tout ce qu’elles rencontrent. Ce fait étant une pure allégation que nous ne voyons appuyée d’aucune bonne ob-fervation, nous croyons devoir nous abitenir d’y mettre notre confiance. Nous dirons dans la fuite comment les matelots préparent l’eftomac des morues pour faire un manger médiocre, qu’on appelle tripe de morue , & comment ils remettent à fa place un eftomac de morue qui a été tiré hors de la bouche par un hameçon.
- Des inteftins.
- - .208. On trouve au-delfous de l’eftomac les inteftins dont nous avons repréfenté en E ,fig. f , un bout ouvert pour faire voir des glandes qui’ font attachées au velouté. Il y a au-delfous de l’eftomac fix appendices vermiculaires qui fe divifent en plufieurs branches. On voit en F , fig. f > la valvule inteftinale, & en G le reeftum.
- De la veffie à air ou pneumatique, & de l'urinaire.
- 209. La fig. 6 repréfente la veflie à air AA , qui eft épailfe , gélati-neufe, fermement attachée au dos, & qui s’étend jufqu’au-delfous de l’anus. B B font deux mufcles qu’on apperçoit aux côtés de cette veffie j& CC , deux appendices qui l’attachent par le haut : elle fournit un mets délicat.
- 210. La fig. 7 repréfente cette même veffie ouverte, pour faire voir une chair rouge & glanduleufe D , qui y eft attachée intérieurement.
- 311. Les reins s’étendent dans toute la longueur du dos , depuis le diaphragme jufqu’à l’anus , & aboutilfent à la veffie urinaire, qui a une forme oblongue.
- Du pancréas, du foie, de la vêficule du fiel, £f? de la rate.
- ' 212. Blasius dit qu’il y a dans les morues fix conduits du pancréas, qui font beaucoup plus gros & plus fenfibles que le canal iyftique , qui aboutit dans les inteftins au-delfous des appendices vermiculaires.
- 213. Le foie eft rouge-pâle, divifé en trois lobes, & très-huileux.
- 214. La vêficule du fiel eft grande j le canal Iyftique aboutit dans les inteftins au - deftous des appendices vermiculaires. La rate eft noire & alongée.
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- Sect. J. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. 5 5 Du péritoine.
- 2if. Nous avons déjà fait obferver que dans certaines morues le péritoine eft blanc , & qu’à d’autres il eft brun ou noirâtre fuivant la nature des fonds où on les pèche.
- 216. Ceci a. quelque rapport à ce qu’on remarque fréquemment dans les écrevilfes; elles ont fous l’enveloppe cruftacée de leurs corps des filets qu’on nomme communément \efoin:i\ eft blanc aux écrevilfes qui vivent
- fdans des eaux claires & vives; mais brun , prefque noir, lorfqu’on les pêche dans des eaux ftagnantes & vafeufes.
- Du cœur.
- 217. Le cœur eft figuré comme un noyau de datte ; il eft placé, de même qu’à la plupart des poiifons, entre les branchies. La grofle artere au fortir du cœur fe diftribue aux ouies par un nombre infini de ramifications, comme aux autres poiifons; c’eft pourquoi je ne m’étendrai pas davantage fur la diftribution des vailfeaux, non plus que fur des détails
- ,de fine anatomie, qui ne conviennent que dans des traités particuliers de la fcience anatomique.
- 218. La chair de la morue eft délicate & d’alfez bon goût : cependant elle eft un peu fade quand elle eft fraîche ; c’eft pourquoi on lui fait une
- .fauce un peu relevée : elle fe leve par écailles ou feuillets.
- Conclujion de la description de la \morue.
- 219. Après ce que nous venons de dire dans l’article premier fur les parties externes, & dans l’article fécond fur les parties internes,je crois qu’on a une idée alfez jufte de la morue franche, ou de Yajèllus major vulgaris de ’Willughby. Mais ce poilfon étant d’un très-grand ufage,ilcon-vient d’expliquer exactement comment on le pêche, & les dilférentes préparations qu’on lui dpnne : nous allons eifayer de le faire dans les articles fuivans.
- Article III.
- Idée générale de ce que nous avons à dire fur la morue franche ou cabillaud,
- & fur fes préparations.
- 2 20. Cette efpece de morue fe multiplie à un tel point, qu’elle fournit la-principale nourriture à plufieurs peuples du-Nord, unerpartie du Dane-
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- f$ TRAITE' /> J? £ PECHES. Partie II.
- marck, de la Norwege, de la Suede, de l’Islande, du Groenland, des isles Orcades , de Schetland ou Hitland, prefque toute la Molcovie, & beaucoup d’autres pays où le poifson fec fait un objet principal de la nourriture; ce qui n’empêche pas qu’on n’en tranfporte beaucoup dans quantité de pays où l’on recherche la morue, quoiqu’on n’y manque pas d’autres alimens., même d’excellens poifsons frais , comme dans le Levant & dans tous les ports de la Méditerranée & de la Baltique , où l’on pêche peu ou point de morue franche.
- 22î. Malgré cette énorme confommation de ce poifson , on verra qu’il s’en trouve une grande quantité dans le Nord fur les côtes'de Norwege, dans les états du roi de Danemarck, en Islande, à Schetland, & dans toute l’Amérique feptentrionale.
- 222. On lit de plus dans YHiftoire générale des voyages , in-4. tome V , n. 204, qu’on diftingue au cap de Bonne-Efpérance plusieurs efpeces de cabillauds. Les plus communs, dit-on, font couleur de cendre , longs de deux à trois pieds, avec de grandes écailles & des nageoires fort dures. Leur chair eft tendre & délicate lorfqu’elle eft fraîche ; quand elle eft falée, elle fait la nourriture des efclaves.
- 223. Excepté la grandeur des écailles & la dureté des nageoires, cette courte defcription conviendrait aifez à notre cabillaud.
- 224. Nous avons un mémoire envoyé du Pérou , dans lequel il eft dit qu’on y pèche , fur-tout le long de la côte, en oétobre & novembre , des poiffons qu’on appelle morue. Comme on 11’en 'donne aucune defcription , nous ne pouvons ,pas décider li ce poilfon eft notre morue ou cabillaud.
- 22f. L’amiral Anfon dit dans fon Voyage , qu’il a pris de très - grandes morues à l’isle de Juan Fernandez. Comme prefque tous les voyageurs lailfent de pareilles incertitudes, nous ne nous arrêterons pas davantage à ce qu’ils ont dit des morues.
- 226. Outre que la^ pêche de ce poifson fournit, comme nous l’avons dit, une branche confidérable de commerce, elle a encore l’avantage de former d’excellens matelots. Les équipages des bâtimens qui font cette pêche, ayant fréquemment à lutter contre des mers orageufes, ils apprennent leur métier; & quoiqu’ils'aient 'à fupporter des travaux fort rudes , il en périt beaucoup moins que dans les navigations douces des isles du Vent.
- 227. Les différentes préparations qu’011 donne à la morue, nous engagent à divifer ce qui nous refte à dire fur ce poiffon, en quatre articles principaux.
- 22g. Dans d’un , il s’agira des morues que l’on prend aifez près des côtes
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- Sect. I. De la morue , & des poiffons qui y ont rapport. f?
- de France, de Hollande,-d’Angleterre, d’Ecolfe & d’Irlande, pour être mangées fraîches.
- 229. Nous expliquerons dans un autre la pêche & la préparation delà morue, qu’on appelle verte, qui eft Iklée & point féchée.
- 230. Nous traiterons dans le fuivant, de celle qu’on.feche après l’avoir làlée.
- 231. Nous nous occuperons enfin de la morue que l’on feche fans l’avoir falée , & qu’on 110mmzfockfifch, c’eft-à-dire , morue en bâton.
- Article IV. ,
- Des pêches qui fe pratiquent affe{ près des côtes de France, de Hollande, XAngleterre , d'EcofJe & d'Irlande, pour que Us morues puiffent être mangées fraîches. : ' '• : -
- 232. Les morues , dont on peut admettre ]a fource dans le nord, fe distribuent dans une grande partie-de l’Océan. Il y a peu d’endroits dans cette grande mer, où l’on ne prenne quelques morues ; mais dans plufieurs elles y paraiftent en fi petite quantité, qu’on ne daigne pas y établir des pèches uniquement pour cet objet ; pendant que dans d’autres elles s’y .montrent dans la plus, grande abondance.
- 233. Puisque nous nousvipropofons de parler dans cet article de celles
- quife prennent dans notre continent, il eft bon d’être prévenu que, quoique les morues foient des : poi/Tons du ,nord , elles fè retirent dans les grands fonds lorfqu’il fait très-froid , & qu’elles paraifient fur les bancs près des côtés & dans les golfes lorfqüe l’air eft adouci ; néanmoins des bancs ou bouillons de poiifons dont elles fe nourriflènt, les engagent à paraître'plus tôt ou plus tard dans certains endroits où les pêcheurs vont les chercher, non-feulement parce qu’elles s’y raifemblent en grand nombre, mais encore parce, que la pêche y eft plus facile que dans les grands fonds.- ;
- ' 234.i LjN-CERTlT.1lDE de l’arrivée de. ces poiifons fur les bancs donne à ceux qui en font voifins, un grand avantage fur ceux qui en font éloignés, puifqu’ils peuvent, fans s’expoferà de longues traverfées, aller examiner fi ces endroits font meublés de morues , afin d’y venir enfuite en nombre pour y faire leur pèche.
- 235. Quoique les morues ne foient pas fort communes.fur-11 os côtes, on ne'lailfe pas dly..en prendre quelques-unes , foit dans les parcs, foit avec des cordes rgarnies d’haims, qu’on tend pour prendre d’autres poif-fons, foit dans’iles follesiqu’on tend par fond , ou d’autres filets , quoi-
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- Ï8 T RA 1 T E' D E S P E C H E S. Partie II.
- qu’on n’ait'point en vue la pèche de la morue. Il n’eft pas ordinaire de prendre de groffes morues par ces fortes de pêches ; mais on en prend affez communément dans la Manche, de jeunes qui ne font pas plus groffes que des merlans , & que les chaifes-marée confondent dans leurs paniers avec ce poiffon.
- 236. M. le Teftu, tréforier des invalides de la marine à Dieppe, m’a envoyé de ces petites morues pêchées dans la Manche j elles ont tous les caraéleres des grandes , & il m’a marqué en avoir une qui n’avait que fix pouces de longueur totale. Bien des gens les confondent avec le merlan 5 cependant leur chair, qui eft fort bonne, a plus de conüftance , & les connaiffeurs favent bien en faire la différence.
- 237. On prend plus communément de groffes morues ou cabillauds» à l’ouverture de la Manche ou à l’entrée de la mer d’Allemagne ; on tend pour cela de groffes cordes par fond, garnies d’haims, à peu près fem-blables aux cordes par fond'dont nous avons parlé dans la première fec-tion de la première partie de cet ouvrage. Ces morues fe confomment fraîches dans les villes voifînes de la merj on en chaffe même à Paris lorfque l’air eft frais î elles s’y vendent fous le nom de cabillaud, parce que communément elles viennent des ports de Flandres, où les morues fe nomment ainfî. Cette pêche aux groffes cordes fe pratique afsez communément par les pêcheurs de Ghivede, village de l’amirauté de Dunkerque , qui eft fitué à l’ouverture de la mer d’Allemagne.
- Fêche à Vembouchure de la Meufe.
- 238. La morue qui le pêche à l’embouchure de la Meufe , 8c quyon nomme dans le commerce morue de Meufe, eft un gros cabillaud , puisqu’on en prend qui pefent jufqu’à vingt livres : il eft très-délicat & plus eftimé que celui du grand Banc & de l’Islande 5 aufïi fe vend-il plus cher. Une partie fe confomme frais î les Hollandais falent le refte en barrils ». ainfi que nous l’expliquerons dans la fuite. Comme cette morue peut être mangée fraîchement falée, cette eireonftance contribue beaucoup au mérite qu’on lui accorde.
- Fêche des morues fur les cotes cPEcojfe.
- 239. Les Eeoffais font l’été la pèche des morues ou cabillauds, le long de leurs côtes, avec des huims , dans de petites, chaloupes qui reviennent tous les foirs à terre & rapportent leur poiffon; mais ils font des pèches plus confidérables fur des rifs & bancs qui font au nord de l’Esoffe : la plupart de ces morues fe confomment fraîches.
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- Sect. I. De h morue, des poïffons qui y ont rapport ?9
- 240. Quand les pêcheurs s’écartent à douze ou quinze lieues au large de Boukeners, & qu’ils appréhendent que leur poiffon ne fe gâte, ils le Talent à demi j ce peu de Tel raffermit la chair, & lui donne un goût relevé qui la rend plus agréable que celle qui eft fraîche»
- 241. Ordinairement les Ëcoffais quittent vers la mi-juin la pèche du nord de l’Ecoffe, pour aller plus au nord, ou pêcher ou s’accommoder des poiffons que les naturels du pays ont pêchés & préparés, & ils viennent à leur retour s’établir fur le Dogger’sbank.
- 242. Les Dieppois ont quelquefois envoyé aux côtes d’Ecoffe faire la pèche de la morue avec leurs grands drogueurs, qu’ils armaient de dix-huit à vingt hommes j ils quittaient toujours ces côtes vers le 20 du mois d’août, pour fe rafraîchir chez eux, y prendre des vivres , & partir enfuite pour la pêche du hareng à Yarmouth (13) ; & cet ufage était tellement établi, que l’équipage pouvait obliger le maître d’appareiller le lendemain de la S. Barthelemi. Cette condition fubfifte encore lorfque les bateaux français qui vont au nord , fe propofent de faire l’une & l’autre pèche.
- 243. Quoi qu’il en foit, ces morues nouvellement falées arrivant de bonne heure, étaient recherchées par les marchands.
- > Pêche de la morue en Irlande.
- 244. La partie du royaume d’Irlande la plus abondante en morue, eft à l’oueft , aux environs de la baie Dingle 5 elle fe fait depuis la S. Michel jufqu’au mois de mai.
- 247. On m’a affuré qu’on pêchait des morues en Irlande , dans la Shure, riviere de Waterford , depuis le mois de juin jufqu’à celui de novembre.
- 24^. On y prend, dit-on , les morues dans des parcs ouverts qui pré-fentent leur embouchure à la marée montante. Ces parcs fout terminés par une manche où elles entrent. Pour les y prendre avant que la marée foit entièrement retirée , ou conftruit auprès de la manche un échafaud qui a huit pieds en quarré; il eft formé de forts pieux qui font à un pied les uns des autres, & affez longs pour que l’échafaud ne foit point recouvert par la haute mer.
- 247. Cet échafaud fert à relever la manche , pour prendre le poiffon avant que la mer foit retirée.
- (15) Petite ville d’Angleterre dans la province de Norfolk, avec un bon p art fur la riviere d’Yare. Seshabitans s’adonnent principalement à la pêche du hareng.
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- 6o T II AIT E} D ES PE C H F S. Partie IL
- 24g. On voit de qes parcs établis dans la baie dé la riviere, & même r à ce qu’on aflure , jufqu’â Watcrford, qui eft à une lieue de la mer , oit apparemment la marée remonte & où l’eau eft falée. (*)
- 249. Les parcs de la baie font établis, à quarante ou cinquante brat fes du rivage. Il eft fenfible que ces morues , ainlî que celles qui fe trouvent dans les parcs & les filets de nos pécheurs, font très-faines , &-en état d’être transportées dans les barques à vivier dont nous parlerons dans un inft^nt.
- Pêche d? la monte fttr te Dogger'sbmk.
- 2fO. On pèche des morues fur plufieurs bancs & rifs qui font hors la Manche dans la mer d’Allemagne. Mais je me bornerai à parler de celle-qui fe fait fur le Dogger’sbank ou Banc des chiens , qui a environ cinquante lieues d’étendue, & qui eft fieué entre la côte occidentale d’Angleterre, & celle des Provinces-Unies à l’orient. Gomme ce banc eftcon-fidérable, je crois qu’il convient de le choifir po.ur faire comprendre ce-qui fe peut pratiquer fur les autres.
- 251* Il eft probable que le nom qu’on a donné à ce banc, vient de ce-qu’on y trouve quelquefois une prodigieufe quantité de chiens de mer qui s’y rendent par bancs au bouillons , comme les autres poiilons de palfage.
- 25,2.,. PuiSQUE les' pécheurs de toutes çes nations peuvent faire partout lç.ur métipr en pleine mer., pourvu qu’ils rqftept dans leurs bâtimens,, if fuit de là qu’il leur eft permis d’aller pêcher furie Doggeri’sbank î mais comme, ce banc eft affez près de la, Hollande , l'es pêcheurs de, cette nation le fréquentent plus que toute autre ;t; ils ont des vaiffeaux de foixante à quatre-, vingts tonneaux, & d’autres beaucoup plus petits, qui y font deu£ ou trois.
- (*) Tl n’y apas lieu d’êtrefurpris qu’on mer Baltique; & aufli dans l’Elbe, fleuve ^ pêche des morues àTembouchure des ri-”. d’Allemagne qui fe jette dans la mer au-def- ” vîeres où l’eau eft falée ; on prétend feule- fus de Hambourg, & d’autres fleuves , Toit ment qu’elles y maigrilfent : mais il parait pour y dépofer leurs œufs1, ou y étant at-que Leu wenhoek & Schonevelde ontpenfé' tirées par des bancp de poiffbns qui fè trou-que les jeunes morues fe trouvaient dans vent l’automue dans ces fleuves ; mais nous l’eau douce, où ils difent qu’ellesfenour- ne favons pas^fi ces afëlluslont notremo-riflènt de brochets, de truites, de,perches, rue, franche au cabillaud,, ou des poiilons &c. Schonevelde dit même qu’il y a des du même, genre., dont j’aurai occafion de afellus qui palîent de la mer à l’embou- parler dans la: fuite, d’autant que plufieurs " churede l’Oder , riviere d’Allemagne qui auteurs difent qu’il y, a peu de vraie morue traverfe la Siléfte, & fé décharge dans la 'dans là mer Baltique./ <T )
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- Sbct. L De la,'monte, & des poiffons qui y ont rapport. 61
- voyages par an ; quelques-uns même y continuent leur pêche fans interruption pendant cinq à fix mois : en ce cas ils chargent les poiffons qu’ils ont pris, fur de petits bâtimens qui les tranfportent en différens ports de Hollande : d’autres quittent cette pêche en Septembre , pour aller à celle du hareng à Yarmouth, & reviennent enfuite prendre leur pêche fur le Dogger’sbank, ne rentrant chez eux que quand ils y font forcés par le mauvais tems, quand les vivres leur manquent , ou encore lorfqu’ils ont fait leur cargaifon.
- 2S3- Quoique ce banc foit à environ cinquante lieues des côtes de Hollande, ils ne laiifent pas d’y tranfporter quelquefois des cabillauds en vie , au moyen des barques à vivier , dont nous avons parlé dans la troi-fteme fèéîion , première partie, & une autre d’une conftru&ion différente dans celle-ci, dont nous traiterons, entre lefquelles il y en a qui contiennent jufqu’à mille morues ou cabillauds ; mais pour cela il eft bon que les morues n’aient point été trop blelfées par les gros haims qu’on emploie pour cette pêche. Cependant on nTa affuré qu’ayant ôté avec précaution un haim qui avait tiré l’èftomac hors de la bouche & fait rentrer l’efto-mac dans le corps de l’animal, avec un bout de corde commis ferme, ces morues n’étaient pas mortes dans le vivier où on les avait mifes ; mais ils prétendent que dans cette opération feftomae fe remplit d’air qui ferait mourir la morue , s’ils ne procuraient pas une ilfue à cet air ; pour cela ils percent l’èftomac avec un petit couteau pointu par-delfous l’ouie ; l’air étant îorti, ils mettent les morues dans le vivier avec les autres.
- 2f4. Quelques-uns s’imaginent que les morues engrailfent dans les viviers de ces barques , où on leur fournit de la nourriture ; mais ce n’eft pas l’avis commun , & on eft bien content lorfque les morues arrivent en vie à leur deftination ; car il en périt quelquefois beaucoup , quand on eft pris de gros tems dans la traverfée.
- 255. La morue qu’on pêche fur le Dogger’sbank, eft la même que celle du grand banc de Terre-neuve ; & fi elle eft plus blanche lorfqu’elle eft falée, cette différence dépend de fa préparation, ainfi que je le ferai ap-percevoir dans la fuite ; mais elle a toujours l’avantage d’être très-fraîche , nouvellement falée, & de primer beaucoup celle de Terre-neuve.
- On trouve fur le Dogger’sbank des endroits où il n’y a que douze à quatorze brades d’eau , ce qui y rend la pèche bien commode : mais on y rencontre peu de poiffon, les morues fe plaifant dans des endroits où il y a foixante jufqu’à quatre-vingt braffes d’eau : alors la pêche eff fatigante ; mais c’eft dans ces endroits qu’on prend les plus beaux poiffons.
- 257. Quoiqu’on prépare des morues en vert fur ce banc , nous croyons devoir remettre les détails quf regardent cette préparation, à l’endroit où
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- Si T RAI T E DES PECHES, Partie II.
- nous traiterons des pèches beaucoup plus confidérables qui le font fur le grand banc de Terre-neuve.
- Article V.
- Dis pèches qui fe font en Amérique feptentrionale en pleine mer ; & de la prèpa-ration de la morue verte quon fale & quon ne feche pas.
- 2^8- On fait la pèche de la morue dans l’Amérique feptentrionale en bien des endroits , comme en Acadie , dans la baie de Canada , fur le banc Verd, les battures de l’isle de Sable, &c. mais comme c’eft furie grand banc de Terre-neuve qu’on fait la plus grande pêche du poiffon qu’on prépars en vert, nous infifterons principalement fur la pêche qui fe fait fur ce banc , fans cependant nous difpenfer de parler de celles qui fe font fur les autres bancs de ce continent; car notre intention eft de confidérer cette pêche en elle-même, fans avoir égard aux nations qui la pratiquent, excepté quaiid il s’agira de quelque fingularité qui fera particulière aux pêcheurs d’une nation ou d’une province.
- Saifons où ton peut faire la pêche de la morue, dans tAmérique
- feptentrionale.
- 2f9. Les pêches accidentelles dont nous avons parlé dans l’article précédent, n’ont point de faifon marquée; mais on fait des pèches réglées de ce poiffon fur les bancs de l’Amérique feptentrionale, ainlî que dans les mers du nord. Je vais elfayer d’en donner une légère idée.
- 260. Quoique les côtes de l’Acadie foient en général long-tems occupées par les glaces, l’extrémité occidentale s’en dégarnit affez tôt pour que la morue commence à donner au cap de Sable dès le mois de mars ; puis remontant lentement du côté du nord le long de la côte, ces poiffons fe rendent vers les premiers jours de mai fur les bancs de l’isle de Sable. On prétend même qu’011 peut pêcher durant l’hiver en quelques endroits de la côte de l’Acadie, lorfque les havres & les baies de l’isle de Terre-neuve font glacés ; mais alors la mer eft très-dangereufe dans tous ces parages 3 où on a vu plufieurs fois des navires pris par les glaces.
- 261. ^Qua.nd on tombe dans des brumes qui chargent de givre les cordages , on ne peut manœuvrer ; & il n’y a guere que ceux qui ont leurs habitations à portée de ces parages, qui puiifent profiter des circonftan-ces favorables pour pratiquer cette pèche.
- 262. Souvent dans le mois d’avril, la morue commence à frayer dans
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- Sect. I. De la morue , &? des poijfons qui y ont rapport. 63
- les baies de l’Amérique feptentrionale s alors elle ne fait que paffer fur le banc de Terre-neuve, & pour cette raifon la pêche y eft très-incertaine.
- 263. La faifon du frai continue quelquefois en Amérique jufqu’en juin.
- 264. Indépendamment de cette marche des morues , elles font attirées par des poilfons dont elles font très-friandes. C’ell pourquoi 011 peut commencer la pêche des morues au cap Breton & vers l’Acadie dans les^ premiers jours de mai , parce que c’ell la faifon de l’arrivée des liaren gs dans ces parages, où ils relient jufqu’à la fin de feptembre.
- 265. Ce qui fe trouve encore de glace en quelques endroits aux mois de mai, juin & même juillet, n’interrompt pas ordinairement la pêche, attendu que ces terres font plus oueft que l’isle de Terre-neuve ; quelquefois cependant on efl forcé de ne rien faire jufqu’en juin. Et quoiqu’affez fouvent on puiffe prendre des morues dès le mois d’avril fur la côte fud de l’isle de Terre-neuve, où font Plaifance, S. Pierre, &c. pour l’ordinaire on n’y commence la pêche que vers le 20 de mai.
- 266. Absolument parlant, il ferait polîible de faire la pêche dès le mois d’avril dans les baies du golfe S. Laurent, qui baigne à l’ouell l’isle de Terre-neuve j mais il efl prudent de ne pas les tenter: on y courrait trop de rifques, tant de la part des vents , qu’à caufe des glaces dont on pourrait être furpris : c’ell pour ces raifons que les pêcheurs n’entrent dans la grande baie qui fait partie du golfe, que vers le 15 de juin j cependant on peut y arriver plus tôt &plus fûrement par le cap Breton j mais alfez fouvent ce ferait inutilement, la morue ne s’y portant en abondance que vers le 20 juin, qu’elle y efl attirée par les harengs.
- 267. A peu près dans le même tems les glaces permettent de pêcher à la bande de l’eft de l’isle de Terre-neuve, qui eft ce qu’on appelle le petit nord 5 d’autant que les harengs s’y montrent fouvent dès les premiers jours de juin. Les capelans, autre poiffon dont les morues s’accommodent très-bien , parailfent fouvent vers la fin de juin , & ils y relient jufqu’au mois d’août. A peu près dans ce tems-là ils fe retirent, & les morues qui les fui-vent difparailfent.
- 26$. On voit, par ce que nous venons de dire, que les morues n’ont point une marche réglée. Nous devons ajouter* qu’elles affeélent tantôt un lieu & tantôt un autre j de forte qu’aux endroits où allez fouvent elles ont donné abondamment plulieurs années de fuite, il furvient une année où l’on n’y en rencontre que peu j quelquefois même , après avoir commencé la pêche avec fuccès dans un canton , il faut l’abandonner, parce qu’on n’y prend plus rien. Cependant étant prévenu de ces différences accidentelles, on peut dire en général : Que vers le 15 de juin ou un peu plus tard,
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- 64 T RA I TE D ES PECHES. Partie IL
- les morues, fur-tout lés jeunes, quittent les grands fonds pour aller à la pourfuite des capelans ; elles s’approchent alors de la furface de l’eau , fur les bancs ou alfez près des côtes. 2°. -C’eft dans le mois de juillet , que la pêche en eft la plus abondante fur le grand banc. 3°. Ce poilfon y eft plus rare dans le mois d’août, faifon ou il ne trouve plus de capelans ni de harengs, & où parailfent ordinairement les chiens de mer qui font Fuir toutes les efpeces de poiifons. 4". On recommence à prendre des morues fur les bancs dans le mois de feptembre quand les vents permettent de pêcher. 50. E11 octobre les bords des bancs de cette isle fourniifent beaucoup de morue ; mais les glaces commencent déjà à être abondantes : cependant on continue quelquefois la pèche à l’isle Royale, & aux côtes de l’oueft , jufqu’à la fiti de ce mois ; mais vers le milieu de feptembre, les ports & les baies font très-fouvent couverts de glace.
- 269. Nous parlerons ailleurs des mers du nord. Mais il eft bon d’ètre prévenu que toutes les époques que nous venons de rapporter font fujettes à beaucoup de variations.
- 270. Ceux qui ont leurs habitations à portée des endroits où l’on fait la pêche, peuvent bien, comme nous l’avons dit, profiter de la circonf-tance des faifons, pour prendre des morues; mais ceux qui font éloignés des bancs & des poftes, font privés de cet avantage.
- 271. Si, par exemple, pour faler par un tems frais , un bâtiment partait de France en feptembre dans la vue de revenir en janvier, outre qu’il courrait rifque de ne trouver que peu de morues fur les bancs, parce qu’une partie fe ferait retirée dans les grands fonds, il s’expoferait à ef-fuyer de fort gros tems ; c’eft ce qui engage à ne faire partir les navires qu’en mars , avril, mai & juin , pour revenir en feptembre, oétobre ou novembre : cependant ceux qui font rendus fur le banc en avril, priment ordinairement les autres au retour, & font une vente plus avantageufe.
- 272. Une partie de ce que nous venons de dire , regarde plutôt la pêche que l’on fait le long des côtes, que celle qu’on fait en pleine mer, & par conféquent appartient plus directement à ce que nous traiterons dans l’article fuivant, où il s’agira de la morue feche. Ainfi il convient de nous reftreindre à ce qui concerne la pêche fur le grand banc.
- 273. Ceux qui font à portée de ce banc , peuvent y faire la pêche toute l’année, comme les Hollandois fur le Dogger’sbank. Les Nantais peuvent primer les Normands, en partant en février pour rapporter dupoif-fon de primeur. Quand la pêche eft heureufe , leur campagne eft ordinairement de ciuq à fix mois ; mais certaines années il leur en faut dix. Les Grandvillois , les Malouins , les Rochelois , ceux de la Tremblade , &c. y emploient moins de tems à proportion de celui qu’ils gagnent, foit par la
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- proximité du lieu de la pêche, foit ,à caufe de la commodité qu’ils ont de prendre leur fel dans leur voiïinage ; ainfl ordinairement leur retour prévient celui des Normands.
- 274. Quoi qu’il en foit, les ports de France où l’on arme pour la pèche de la morue verte, font Dunkerque, Gravelines, S. Valéry, Fefcamp , Dieppe, le Havre , Honfleur , Cherbourg , Grand ville, S. Brieuc, la Rochelle, S. Malo, Bordeaux, les Sables d’Olonne, &c.
- Des lieux où Von peut s'établir pour faire la pêche de 'la monte verte.
- 27^. C’est principalement fur le grand banc de Terre -neuve, qu’on s’établit pour pêcher la morue qu’on prépare en vert; cependant on pratique encore cette pèche fur d’autres bancs, tels que le banc à Vert , le Banquereau , le banc aux Orphelins , les battures de l’isle de Terre-neuve, &c. Mais nous obferverons que, pour la morue qu’on veut préparer en vert, on s’établit toujours en pleine mer , & rarement à la vue des terres. O11 eftime que le grand banc a près de deux cents lieues de longueur fur foixante de large au milieu; les deux bouts fe terminent à peu près en pointe , dont la plus feptentrionale eft environ à quarante lieues de la côte eft de l’isle de Terre-neuve.
- 27^. On connaît qu’on en approche, lorfque la fonde indique 70, puis 60 , puis fo , 40,30 bralfes , & encore quand on apperçoit beaucoup d’oi-fèaux, qui s’y rendent pour fe nourrir des ilfues des morues qu’on jette à la mer, ou pour attraper des capelans, quand ils s’approchent de la fur-face de l’eau.
- 277. Les morues du grand banc font plus grolïès & plus gralfes que celles qu’on prend dans les mers du nord.
- 278. Le banc à Vert eft par le travers de l’isle S. Pierre, & le Banquereau entre le grand Banc & le banc à Vert : de deifus ces trois bancs on n’apperqoit point la terre.
- 279. Le banc des Orphelins eft dans le golfe S. Laurent, à dix ou douze lieues des côtes de Canada ; & comme elles font fort élevées , on les apper-çoit par les beaux tems de deifus ce banc.
- 280. Ceux qui pèchent fur les battures de l’isle de Sable, courent des rifques quand il furvient des vents qui portent à terre , & les morues qu’on y prend font ordinairement maigres.
- 281. Pour cette pèche, les équipages fe tiennent dans les bâtimens qui leur ont fervi à fe rendre fur les bancs, & ils fe tiennent prefque toujours à la dérive.
- 282. Le parage le plus avantageux, & celui qui eft le plus fréquenté,
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- eft entre le quarante-quatrième & le quarante-fixieme degré de latitude»
- 283- Quelques-uns , par aventure, entrent dans la grande baie , pour pêcher fur le banc des Orphelins, & fur le petit banc dcBridel, lorfqu’iLs efperent y faire une meilleure pèche que fur le grand banc, ou furies autres qui font hors de la baie.
- 284- Pour le fuccès de la pêche, en quelque lieu qu’on la falfe,il eft important de choifir un bon pofte ; c’eft pourquoi les capitaines doivent bien examiner fur la carte la pofition des bancs & des hauts fonds, pour choifir ceux qui communément font plus poiifonneux j car tous les fonds ne font pas également fréquentés par les morues. Il réfulte de ces connaif-fances , que certains capitaines reviennent prefque toujours avec leur charge complété, pendant que d’autres ont tout au plus la moitié de leur car-gaifon.
- 28ï- S’il arrive plus fréquemment aux Hollandais de faire une bonne pèche, c’eft qu’ils font laborieux, patiens , & qu’ils ne fe découragent points Comme ils ont fréquemment leurs équipages à gages, ils en profitent 1® plus qu’ils peuvent, leurs bâtimens étant bien approvifionnés pour un® campagne de fix ou huit mois. Us font continuellement occupés de leur pêche ; s’ils ne trouvent point de poiifon dans l’endroit où ils comptaient s’établir, ils en vont chercher un autre, & fuivant les circonftances ils: changent plufieurs fois de parages, la grande habitude qu’ils ont de 1% la pèche leur indiquant , au moins avec quelque vraifemblance, le lieu, où ils doivent fe porter ; & lorfqu’à force de travail ils en ont trouvé u» favorable, ils en profitent, travaillent avec toute l’a&ivité poflible , & reviennent avec une bonne cargaifon : ce qui n’arrive pas aux pêcheurs impatiens , qui ne trouvant point de poifTon au lieu qu’ils s’étaient propofé d’occuper, reviennent à demi-charge j au contraire , quand les Hollandais défefperent de faire une bonne pèche de morue , ils eflaient de parfaire leur cargaifon avec du hareng ou du maquereau , s’étant approvifionnés au départ des uftenfiles qui conviennent pour ces pèches.
- 286- Comme ils tiennent la mer fort long-tems, s’ils font pris d’une, tempête, ils amènent leurs vergues» ils mouillent une bonne ancre avec deux ou trois cables épilfés les uns au bout des autres » ils ferment les écoutilles» amarrent la barre du gouvernail » & attendent le beau tems, étant renfermés dans leur bâtiment.
- 287- De même quelques bâtimens français étant partis pour pêcher du maquereau fur les côtes d’Islande» & n’y trouvant que peu de poilfon » le font hafàrdés d’aller pêcher de la morue fur le grand banc, quoiqu’il» ne fufient pas équipés pour cette pêche * & ils font revenus au bout de-
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- Sect. I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. 67
- .quatre mois avec une aflez bonne cargaifon, ayant falé leurs morues dans les barils qui étaient dellinés pour le maquereau.
- 288. En ce cas les équipages fouffrent beaucoup delà rigueur du climat, n’étant point à l’abri , comme ils le font dans les navires équipés pour la morue verte; & les bâtirnens qui vont à la pêche du maquereau, ayant leur pont fort bas , & un grand coffre, iis font fort incommodés par les coups de mer qu’on éprouve dans ces parages : néanmoins avec un peu plus de fatigue, ils font parvenus à faire leur pêche avec autant de fuccès que ceux qui étaient appareillés pour la pèche de la morue.
- 289* Comme la bonté des appâts contribue beaucoup au fuccès de la pèche, on a propofé plusieurs moyens de s’en procurer; c’eft à ceux qui ont beaucoup fréquenté ces mers, & pratiqué la pêche de la morue , à prêter une flnguliere attention pour s’en procurer, & à faire fur cela toutes les tentatives qui pourront leur promettre quelque fuccès.
- Idées générales des fonds, & des circonfiances favorables à la pêche.
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- 290. Outre ce que nous venons de dire des polirions avantageufes pour la pèche de la morue, les matelots regardent comme bons fonds ceux de roches pourries, de coquillages, & auffi ceux de terre gralfe ; les fonds rouges font pour l’ordinaire aboudans en coquillages. Les morues trouvant à fe nourrir fur de femblables fonds , elles s’y raffemblent en quantité, ainlî que fur les fonds gris où il y a beaucoup d’équilles.
- 291. On prétend que certaines productions marines rendent mollaffes les-morues qui en ont mangé; telles font, dit-uh, les bourbes ou orties vagantes.
- 292. On ne fait point de cas des fonds de fable pur , ainfi que de ceux de roche dure &fans délits , où les morues font maigres, & où l’on prétend qu’il fe raffemble des zoophytes , qui rendent ces poiifons de mauvaife qualité.
- 293. Le tems le plus favorable pour cette pêche, comme pour toutes celles aux haims, efb quand le ciel elt couvert, & qu’il n’y a point de moture. Les vents forcés & la mer agitée font abfolument contraires à cette pèche; car dans ces circonftatices les fecouifes du vailfeau & ’a vivacité du /illage font que les plombs quittent le fond , & que les lignes fe mêlent;quand la tempête eft force, il ed fouvent arrivé de voir des vailfeaux chalfés de delfus les bancs, & contraints de revenir , ayant couru des dangers, & fait une fort mauvaife pèche. Au contraire , quand lafailbn & le tems fécondent l’avantage d’être fur un bon fond, la pèche devenant plus commode, on ne fait que jeter la ligne & la retirer auffi-tôt gar-
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- nie de morues, qui mordent avec avidité à l’appât ; & l’on a vu un feul matelot prendre alors jufqu’à 125 morues & même plus de 200 en un jour. Quand cela continue , en moins de trois mois une flûte de 2CO tonneaux quitte le banc avec une cargaifon de 30 ou 35 milliers de morue.
- Choix des poftes fur le grand banc de Terre-neuve. (14)
- 294. Le grand banc de Terre-neuve a, comme nous l’avons dit, environ 200 lieues de longueur fur 60 de largeur vers le milieu. Les pêcheurs de morue fe rendent à ditferens endroits fur ce banc, pour y chercher un porte avantageux. Il y a des pêcheurs qui connailfent bien mieux les poftes que d’autres j ce qui fait que certains capitaines reviennent avec leur chargement complet, pendant que d’autres, après avoir refté alfez long-tems fur le banc , reviennent à demi-charge j ceux-ci confomment un tems confidérable à parcourir toutes les parties du banc, au lieu que les autres ne tardent pas à trouver les poftes avantageux.
- 295. Cette pèche fe fait ordinairement depuis le 43e degré de latitude nord , jufqu’au 4ie , à la partie qu’on appelle le fud du banc / on y trouve communément ce qu’on nomme pompons ou moles , qui reflemblent à un melon gros comme les deux poings, qui font noirâtres, marqués de jaune.
- 296. Entre le 43e &le 4ïe degré de latitude ,les fondes font inégales: le plus qu’011 trouve d’eau à l’acore de l’eft, eft de foixante brafles ; quand on fe porte vers l’oueft à 10 lieues de l’acore de l’eft, on trouve trente-quatre bralfes , par les 44 degrés de latitude j à 15 lieues de l’acore de l’eft, on trouve cinquante bralfes, à 20 lieues trente-fix brafles j & plus on va à l’oueft, plus on trouve d’eau j de forte qu’à l’acore de l’oueft il y en a foixante brafles.
- 297. On commence à s’établir au porte le plus au fud , puis on s’avance dans le nord par l’eft, en cherchant les bancs de poiflon qui fe trouvent ordinairement dans la première faifon du nord à l’oueft, & de là vers5 le milieu ; & dans l’arriere-faifon on retourne aux endroits où l’on a commencé à faire la pèche. Ainfi, pour donner une idée de la marche des pêcheurs , les parages aux environs du fud font fréquentés depuis la mi-avril jufqu’à la mi-juin j enfuite depuis la fin de juin julqu’à la fin d’août,
- (14) Comme la carte de ce banc & des defcription des principales parties de ce côtes del’islequi porte le même nom , fe banc. J’en uferai de même à l’égard d’une fer trouvent dans tous les atlas, j’ai cru devoir , conde carte repréfentant les côtes d’Angl©, par économie, fupprimercelle qu’on avait terre, de Danemarck, de Norwege, de ÎIs-ajoutée aux planches qui appartiennent à lande, de la terre de Labrador, &ç, qui m’a çette fection , en çonfervant cependant la paru auffi inutile que l’autre. '
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- Sect. I. De la morue, & des poijfons qui y ont rapport. 69
- en fréquente 1© milieu du banc ; & à la fin de la faifon, en feptembre, o&o-bre & même le commencement de novembre, on revient aux environs du fud, où l’on a commencé la pèche dans la nouvelle faifon. C’eft ce qu’on appelle par cette raifon la pêche, du fud. ' '
- 298- Du côté de l’oueft, par les 46 degrés de latitude, à environ 30
- lieues de l’acore de l’efl:, font des roches que les pêcheurs de Normandie nomment les vaches noires ou nervaches. Ce banc n’a guere qu’une lieue & demie d’étendue ; on y prend beaucoup de morues depuis le mois de juillet jufqu’à 1a fin d’août. On dit que la plupart ne font pas groifes, qu’elles font grades & vives, & de couleur noirâtre , le poiifon y étant attiré par beaucoup de capelans qui y fréquentent dans cette faifon. On trouve en cet endroit 10 , 12 , if , 20 braifes d’eau. La pêche eft fort difficile dans la partie du nord , par les 47 & 48 degrés de latitude , à caufe des courans & qu’il y a une grande profondeur d’eau i on y fait néanmoins de bonnes pêches à 10 lieues ou à peu près de la côte de l’efl:.
- 299. Aux environs du 4fe degré , vers le milieu du banc, il y abeaü-
- coup de crabes; plus au fud , ce font des équilles ; & vers le nord, le fond eft: verd , les cordes revenant chargées de cette couleur, & il y a beaucoup de tellines qui font brunes en-dehors , dont les morues font leur pâture.
- 300. Il eft bon de favoir , outre cela , que la faifon la plus commode pour cette pèche, eft depuis la mi-avril jufqu’à la fin de juin, parce que les vents de fud-fud^oueft qui régnent pour lors, amènent la douceur & les calmes qui engagent les morues qui ont frayé à quitter les baies j elles arrivent peu à peu fur les bancs’, où elles fe trouvent ralfemblées en juillet.
- 301. Les pêcheurs prétendent que les morues ne faifant que palier fur le banc en août, la pêche y eft accidentelle, outre que dans ce tems elles ne font pas de bonne qualité. Elles paraiflent en plus grande abondance en ocftobre ; mais il faut les aller chercher fur les acores & les bords des bancs.- Quoique toutes ces-remarques des pêcheurs fe trouvent allez fréquemment en défaut, les capitaines doivent les connaître, & elîayer d’en tirer le meilleur parti qu’illeur eftpoffible.
- Des ports de France où fe font principalement les déchargemehs au retour de la pêche de la morue verte.
- 302. Les arméniens pour.la pèche de la morue verte, qu’on deftine à î’approvifionnement de Paris, de la Picardie de la Champagne ,s fé font à Dunkerque , Gravelines , Fefcamp, le Tréport, Dieppe , Honfleur, Nantes, S. Malo ; ceux qui arrivent de bonne heure, font pour l’ordinaire leur
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- déchargement à Dieppe , d’où la morue nouvelle eft chaflee par terre à Parisj d’autres bàtimens, dont le retour eft plus tardif, font leur déchargement aux ports de l’embouchure de la Seine , & le poiflon eft tranfporté par eau à la capitale ; celle qui doit être diftdbuée le long de la Loire & du côté de Bordeaux, le fait par des bàtimens qu’on équipe à O Ion ne, a Nantes, au Croific, à la Rochelle : mais les lieux où l’on doit faire le déchargement , changent fuivant les fpéculations des armateurs.
- 303. Les navires de Tréport, Fefcamp , des Sables d’Olonne & du pays d’Aunis, &c. ont fou vent fait deux voyages par an, dont l’un, nommé voyage de prime, fournilfait une pêche plus abondante d’un tiers que celle du fécond voyage, dit de tard; mais la morue de ce fécond voyage était beaucoup meilleure que l’autre qui fe faifait en avril, mai , juin & juillet, faifon où l'on prétend que les morues font de moins bonne qualité. On dit même qu’anciennement quelques navires ont fait trois voyages dans une année i mais cela n’eft plus praticable, parce qu’on met quelquefois fix à fept mois au voyage de prime , à caufe de la rareté de la morue.
- 304. Quelques Bafques qui font venir leur fel de l’isle de Ré par des barques, font en état de partir de bonne heure , pour fe rendre directement fur ,1e grand banc } & quand la pèche eft favorable , ils peuvent faire deux voyages : mais cela eft maintenant fort rare.
- 305. Lorsque les Normands ne tirent pas leur fel par des barques, outre qu’ils font plus éloignés du grand banc , ils font obligés d’aller tout armés prendre leur fel à Brouage;& pour peu que la pêche ne foit pas favorable, ils ne peuvent revenir que fur la fin d’octobre. Ceux qui hâtent le plus leur armement, partent en février & mars, & d’autres ne partent qu’en avril ou mai.
- 306. Dans les tems que les morues donnaient très-abondamment fur le grand banc, les voyages répétés avaient pendant un tems rendu la morue fl commune , que les armateurs ne retiraient pas leurs frais, 8c l’on fe vit dans le cas de défendre de faire plus de deux voyages dans une année.
- Détail. des arméniens.
- 307. Les bàtimens qu’on emploie pour la morue font depuis quarante jufqu’à cent cinquante tonneaux j ceux-ci font ordinairement de Honfleur ; ceux de Fefcamp , de Saint-Malo & de Grand.ville ne paient guere cent à cent vingt tonneaux , & la plupart font de quatre-vingt-dix : leur forme varie trop, fuivant les ports où ils ont été conftruits, pour que je puilfe entrer à ce fujet dans de grands détails i ainfi je me bornerai à repréfen-ter, pi. I, un grand navire Terreneuvier, établi pour la pèche , comme
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- , )e l’expliquerai dans la fuite ; (if) mais il eft eflentiel que ces bâtimens foient forts de membres, pour être en état de réfifter aux grofîes mers où ils s’expofent. Il eft bon qu’ils aient au moins un pont avec de grands gaillards, ou deux ponts fans gaillards ; & ceux-ci font les plus en ufage, parce que l’établiifement pour la pêche s’y fait avec beaucoup plus de facilité & bien moins de dépenfe.
- 308. Les bâtimens de l'a côte de Normandie paffent pour être plus forts , plus (Impies, & en même tems plus commodes que ceux de Bretagne : mais je n’oferais l’alfurer $ car chacun eftime ce qui lui appartient.
- 309. Dans les ports de Honfleur & de Nantes , on fait quelquefois ufage de vieux vaiifeaux de commerce qu’on a radoubés & reliés , & 011 prétend qu’ils ont l’avantage d’être bons voiliers ; mais communément on emploie pour la morue, des bâtimens qui font conftruits exprès pour cette pêche.
- 310. Les pinques desOlonnais font ordinairement fort bonnes , tant pour la marche que pour la folidité. On emploie à Olonne, pour la morue, des navires du port de foixante & dix à quatre-vingts tonneaux, qui ont depuis quarante-fept jufqu’à cinquante-cinq pieds de quille, & foixante à foixante-cinq pieds de longueur totale j ils ont deux ponts & un gaillard, quatre pieds d’entre-pont 5 leur largeur eft depuis dix-neuf jufqu’à vingt-un pieds, & ils font percés pour huit canons de deux livres de balle j leur creux fous les barrots du premier pont jufqu’à la quille, eft de fept à huit pieds i leur équipage depuis dix-huit jufqu’à vingt hommes.
- 311. Un bâtiment Normand aura ordinairement dix-huit pieds de bau entre les membres ; de la tète de l’étrave à celle de l’étambot foixante-deux pieds 5 onze pieds de tirant d’eau, avec deux ponts, & un gaillard avant & arriéré.
- 312. En voilà fuffifamment pour donner une légère idée des bâtimens qui vont à Terre-neuve.
- .1 -,
- Approvifionnemens pour la campagne.
- 313. Les uns & les autres prennent, 1. le fel dont ils ont beloin relativement à leur grandeur, fur le pied de deux tonneaux & demi de fel pour mille morues ( le tonneau compofé de (ix banques, &. la banque de cent vingt pots). 2. Des vivres pour neuf mois au moins. 3. Des menus
- (iO II ne me paraît point nécefTaire neuviersvus à différentes diftances. Le d’employer, comme on l’a fait dans Forigi- f plus gros d’entr’eux fuffit pour donner une 'nal ,1a moitié d’une planche pour repréfen- idée de tous les auü«s. ter une flotte entière de bâtimens Terre-
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- TRAITE' DES PECHES,. Partie IL
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- uftenfiles de pèche : le tout proportionnellement à la grandeur des bâti-mens & à la force de l’équipage.
- 31^. Un bâtiment de quatre-vingt-dix tonneaux a ordinairement dix-neuf hommes d’équipage; d’autres plus forts en ont vingt-cinq ou trente, & alors ils doivent prendre un chirurgien: on en trouve fur la côte de haute-Normandie qui font autant matelots que chirurgiens. Pour les petits équipages au-delfous de vingt hommes , où l’on n’embarque point de chirurgien, on cherche un matelot qui fâche faigner, & l’on donne au capitaine quelques remedes , qu’il emploie du mieux qu’il lui eft pof. fible ; mais les chirurgiens qui s’embarquent fur les vailfeaux moruyers , travaillent comme les officiers mariniers à la préparation des morues. Ordinairement fur onze hommes d’équipage , l’état-major compris, il y a huit matelots, deux novices, & un moulfe. Un navire Olonnais de dix-huit hommes d’équipage, aura pour l’ordinaire un maître, un pilote , un faleur , douze matelots, & trois ou quatre mouifes ou apprentifs.
- Nourriture de ? équipage fur le banc.
- 316. L’équipage fe nourrit en grande partie des petites morues qu’il pèche ; mais il convient de leur donner une fois par jour de la loupe avec des légumes fecs , pois ou feves. A l’égard du bois & de l’eau , les navires qui font la pêche fur le grand banc , emportent leur provifîon d’eau & de bois pour tout le voyage : ils ne relâchent point à la côte pour en faire. Il eft aifé de fentir combien cette manœuvre pourrait apporter de dommage dans le fuccès de leur pêche.
- 317. On leur donne dans le fort du travail , & par forme de récom-penfe, un coup d’eau-de-vie ; mais pour la boiifon ordinaire, rien ne ferait meilleur pour les entretenir en fan té , que de leur donner l’efpece de petite biere nommée en Canada épinau ou fapinme. On en peut faire en France, fuivant la recette qu’on trouvera à la fin de ce paragraphe. Cette liqueur qui coûte peu , eft nourrilfante & anti-fcorbutique. Je crois qu’elle n’en fera que meilleure en fubftituant du genievre aux branches de fapinette ou épicia qu’on emploie en Canada. J’en ai bu en France : d’abord elle ne me paraitfait pas agréable ; mais-bientôt je m’y fuis fait, & je la buvais avec plaifir, la préférant au vin , parce qu’il faifait fort chaud. On donne du cidre aux équipages Normands & Bretons, qui font accoutumés à faire ufage de cette liqueur.
- 318. Sur la côte de haute-Normandie, on donne à un bâtiment de quatre-vingt-dix tonneaux, équipé de douze hommes , & pour neuf mois, 3400 livres de bifcuit, trente - quatre barrils de petit cidre , un barril de
- hareng,
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- Sect I. De la morue, Sf des poîffons qui y ont rapport." 73
- hareng, pour l’équipage ; deux barrils de hareng ou de maquereau, pour fervir d’appâts ; 600 livres de beurre , autant de lard -, foixante pots d’eau-de-vie pour l’équipage , plus un tierqon d’eau-de-vie de foixante & douze pots, pour donner en gratification à ceux qui ont mérité cet encouragement y par exemple , au matelot qui a pris trois morues pendant la nuit; 80 livres de chandelle, l’huile ne pouvant pas fervir dans la cale, quoiqu’on s’en ferve dans l’entre-pont & fous le gaillard.
- 319. L’approvisionnement d’un petit bâtiment donnais, pour une campagne de prime , qui doit être de fix mois , vingt-huit à trente barrils de vin blanc, fo à 54 quintaux de bifcuit, trente-cinq à quarante barrils d’eau, un cochon, la moitié d’un bœuf, & une petite quantité d’eau-de-vie î quand ils n’ont plus de vivres que pour un mois , que la pèche ait été avantageufe ou non, ils appareillent pour la France.
- 320. A Saint-Malo, on fournit pour chaque homme trois quintaux de biP-cuit, ?o livres de beurre , fo livres de lard , une velte d’eau-de-vie , une barrique & deux tierçons de cidre.
- 321. Dans d’autres ports , on fournit pour chaque homme trois quintaux de bifcuit, deux barriques de vin , 20 livres de lard , 6 livres d$ beurre, f livres de graille douce , une demi-barrique d’eau-de-vie pour vingt hommes , 100 livres de chandelle pour tout l’équipage, 150 livres de fromage de même pour tout l’équipage , 100 livres de morue feclie , 40 a ïo livres d’huile d’olive, toujours pour tout l’équipage, en outre des harengs, des fardines, de l’ail, des oignons.
- 322. Ces approvifionnemens de vivres varient dans les différens ports, fuivant l’ufage où font les matelots de s’accommoder mieux de certains aîimens : par exemple , pour les boiifons , ici c’eft du vin , là du cidre, ailleurs de la biere ; pour les légumes, ce font tantôt des feves, tantôt des pois ou des pommes de terre, ou du gruau. J’ai cru qu’on n’exigerait pas que j’entraife dans de plus grands détails, & que quelques exemples feraient fufEfans.
- Maniéré de faire la fapinette.
- 323* Pour faire une barrique de fapinette, il faut avoir une chaudière qui tienne au moins un quart de plus. On l’emplit d’eau , & dès qu’elle commence à être chaude, on y jette un fagot de branches d’épi-nette rompue par morceaux. Comme l’épinette eft une elpece d’épicia ou picea , on peut fans aucun inconvénient faire cette liqueur avec des bran* ches de l’épicia ordinaire, ou encore mieux avec des fruits du genevrier, même avec fes branches. Quoi qu’il en foit, ce fagot d’épicia doit avoir
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- vingt-un pouces de circonférence auprès du lien. On entretient l’eau bouillante , julqu’a ce que l’écorce des branches fe détache très - aifément du bois dans toute leur longueur -, pendant cette cuilfon l’on fait torréfier ou griller dans une poêle de fer un boilfeau d’avoine, & comme on ne peut avoir de poeie alfez grande pour faire cette opération en une fois , en la fait à plufieurs reprilès. On fait encore griller une quinzaine de galettes de bifcuit de mer, ou à leur défaut I2à 15 livres de pain coupé par tranches. Et quand ces différentes matières font bien rôties , on les jette dans la chaudière, & elles y relient jufqu’à ce que l’épinette foiç bien cuite: alors on retire delà chaudière toutes les branches d’épinette, & l’on éteint le feu. L’avoine & le pain fe précipitent au fond ; mais les feuilles d’épicia flottent fur l’eau , & il faut les en retirer avec une écumoire , ou en paflant la liqueur au travers d’une palToire. Enfuite 011 délaie dans la liqueur lix pintes de melafle ou gros firop de fucre, ou à fon défaut 12 à 15 livres de fucre brut.
- 324. On entonne fur - le - champ cette petite biere dans une futaille fraîchement vuidée de vin rouge ; & quand 011 veut qu’elle loit plus colorée, on y laide la lie avec cinq à lix pintes de ce vin.
- 32^. Quand cette liqueur n’eft plus que tiede , on y délaie une chopine de levure de biere que l’on brade bien fort, afin de la mêler avec la liqueur i puis on achevé de remplir la barrique jufqu’au bondon qu’on lailfe ouvert.
- 326. Cktte liqueur fermente & jette dehors beaucoup d’écume & de faletés i à mefure qu’elle fe vuide , on a foin de la remplir avec une portion de la même liqueur qu’on a confervée à delfein dans, quelque vaiflèau de bois.
- 327. Si fon bondonne la barrique au bout de vingt-quatre heures, la fapinette relie piquante comme du cidre ; mais quand on ne ferme la bende qu’après que la fermentation eft palfée, elle eft plus douce.
- 328. Cette liqueur eft très-rafraichiflante & fort fainej & quand on, y eft accoutumé, on la boit avec plailir , fur-tout en été.
- 379. Effectivement, Bartolin prétend que la biere où l’on emploie des copeaux de fapin , au lieu de houblon , eft très-faine & fort agréable (16).
- ( 16 ) On trouve dans les Mémoires de velle-Yorck & dans l’Albanie. Elle mériterait l’academie de Suede plufieurs details fur d’être mieux connue & fuppléerait à la cette boiflon & fes avantages. On en ufe biere lorfque les grains font chers, communément en Canada, dans la Nou-
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- Sect. I. De la morne, & des polffons qui y ont rapport. 75* Des conditions des matelots qui s'engagent pour la pêche de la morue.
- 330. Les conditions des pêcheurs avec les armateurs font arbitraires; quelques équipages font aux gages des armateurs ; & quoique le plus grand nombre foit à la part, on voit de grandes différences dans les conditions de leur engagement.
- 331. Comme les Normands , les Bretons & les Poitevins ont des ufages différens dans leurs ports, lorfqu’ils vont s’embarquer hors de leur pays, chacun veut fuivre l’ufage auquel il eft accoutumé.
- 332. Quoiqu’il ne foit plus guere d’ufage que les matelots s’engagent pour la campagne, & que prefque tous veuillent ètrp à la part, il faut cependant donner quelques exemples des conventions qu’on faifait lorf-qu’on prenait des matelots à gage. L’armateur, qui avait tout le produit delà pêche, payait aux équipages, favoir , au capitaine depuis 8 jufqu’à 1200 liv. & il avait en outre au retour de la campagne 3 liv. pour le premier millier de morues , & fO fous pour chaque autre millier , de plus deux loçs dans le cinquième du produit de la pêche , en outre un barril d’huile & un de morue.
- 333. Le fécond avait depuis 3^0 jufqu’à foo livres; en outre, comme le capitaine, 3 liv. pour le premier millier de morues, & 50 fols pour les autres, avec un lot dans le cinquième du produit, un barril d’huile & un de morue.
- 334. Lorsqu’on détachait des chaloupes pour pêcher des appâts, comme cela fe pratique principalement pour la morue feche, ainfi que nous l’expliquerons dans la fuite, les matelots de ces chaloupes, qu’on nomme ca.~ planiers, avaient cent quatrç-vingt à cent quatre-vingt-dix livres d’appoin-temens, & en outre la gratification par millier de morues.
- 335. On donnait aux (impies matelots depuis douze jufqu’à trente liv. par mois.
- 33^. Quand les vaiifeaux paifent le détroit de Gibraltar, ce qui n’arrive guere que quand on a fait de la morue feche , du jour qu’il entre dans le détroit, le capitaine a cinquante à foixante livres d’appointemens par mois, & les autres officiers à proportion.
- 337. Mais dans prefque tous les ports les expéditions fe font à la part. Alors l’armateur propriétaire du navire fait toute la dépenfe.pour la mife dehors, agrès, vivres, uftenfiles , &c. & il retire plus ou moins du produit de la pêche, fuivant l’ufage des ports où fe font les arméniens. Par exemple , les équipages de Honfleur & de Nantes ont le tiers du produit de la pèche, c’eft-à-dire du poilfon marchand 8c des huiles, fur quoi ils paient l’intérêt de toutes les avances qui ont été faites par l’armateur.
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- 338. L’équipage prélevé encore à fon profit le dixième poiflon , à caufë du tiers du fel qu’il paie lorfque la cargaifon eft au-deflus de trente milliers de morues: fi elle excede cette quantité, l’équipage a alors feulement le onzième poiflon. Cette réglé n’eft cependant pas générale ; car les équipages de Grandville ont le cinquième du produit de la pèche 5 mais le cinquième n’eft déterminé qu’après que tous les frais & avaries ont été prélevés fur la mafle. Ils ne paient point , à la vérité, l'intérêt des avances ou pot-de-vin qu’ils reçoivent avant le départ; mais il y a toujours une partie de ce cinquième qui tourne au profit de l’armateur, & voici comme cela fe fait ; prenons un exemple pour rendre la chofe plus fenfible. Le cinquième du produit net eft de 3000 livres. Cette fomme doit être partagée en autant de lots, plus un , qu’il y a d’hommes d’équipage: j’en fuppofe quatorze, un capitaine, un fécond , neuf matelots, deux novices , un moufle ; 3000 livres divifées par quinze , font pour chaque lot 200 livres. Le capitaine prend deux de ces lots , le fécond un lot & demi, chaque matelot prend un lot, chaque novice un demi-lot , le moufle un quart de lot. Dans notre fuppofition nous avons diftribué treize lots trois quarts ; mais comme le cinquième a été partagé en quinze lots, il refte un lot & un quart qui tourne en bénéfice à l’armateur : c’eft ce qu’on appelle le bon lot. Il n’eft pas un objet considérable pour la pêche de la morue verte ; mais comme il y a beaucoup de novices & de moufles fur les bâtimens qui vont à la morue feche, le bon lot devient un objet intéreflant. Saint-Malo fuit cette méthode pour la morue feche , mais non pas pour la verte.
- 339. D’autres fois le capitaine Ieve pour la part de l’équipage , depuis 1000 jufqu’à i£co livres, fuivant la grandeur du bâtiment & le nombre des matelots; les pilotes prennent la moitié de cette fomme ; les autres officiers , comme le contre-maître , le chirurgien , le charpentier , le faleur, l’étêteur , depuis 3 jufqu’à 400 livres ; les matelots , de 200 à 270 livres* les novices, de 90 jufqu’à 160 livres ; & les moufles , de ço à 90 livres. En ce cas , la perte & le profit fe partagent pour chacun au marc la livre , à proportion des gages que nous venons de marquer.
- 340. Les Olonnais font au tiers du produit, tant des morues marchandes que du rebut, ainfi que des huiles , rogues , langues & naufe ou noulas. Les têtes, oreilles & flanchets, de même que les flétans falés, font partagés par moitié entre les intérefles à l’armement, & les équipages. Ces derniers ne reçoivent point d’avances au départ; on leur donne feulement un pot-de-vin , qui eft gagné auffi-tôt qu’ils ont mis dehors : ou pour rendre le partage des Olonnais plus fenfible, quand on a vendu le poiflon, l’huile, les raves, s’il y en a, les deux tiers de l’argent que produit cette
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- Sect. I. De h monte, & des poijfons qui y ont rapport. 77
- vente, appartiennent à l’armateur, & l’autre tiers à l’équipage. Pour faire ce partage, on divife le produit de la vente en foixante parts & demie; il y en a quarante-trois pour l’armateur, quinze pour les matelots, deux: & demie pour le capitaine , qui en leve encore une fur les quatre mondes, & l’armateur trois ; mais il donne aux mouffes 24 livres au départ, & I f livres au retour.
- 341. Le maître leve en outre fur toute la vente , avant le partage, un chapeau eftimé 130 livres , qui pâlie en avaries communes; fur quoi il donne 30 livres à fon pilote. On prélevé encore fur la maffe , avant de faire le partage, les avaries communes.
- 342. En tems de guerre , la mife fe prend fur ce qui revient à l’armateur. L’équipage n’entre point dans cette mife, mais feulement dans l’ef. timation du corps du bâtiment, qui tire auffi fa part. Les matelots ont le tiers de ce qui provient des morues, & ils entrent dans les frais de déchargement, ainli que dans le paiement des rançons, quand ces navires font pris: ils font pareillement tenus del’efcompte , quand ils veulent être payés comptant.
- 343. Dans les vailfeaux Normands , les matelots n’entrent pas en compte pour les uftenfiles & inftrumens néceffaires pour cette pêche, lef-quels font fournis par l’armateur. La raifon de cela eft , que les matelots de haute-Normandie paient le tiers des frais & avaries de la pèche, & dans la balfe-Normandie ils paient le cinquième.
- 344. Nous pourrions ajouter ici beaucoup d’autres conventions ; mais cc que nous venons de dire fufE t pour faire appercevoir qu’elles different beaucoup les unes des autres.
- Des menus ujlenjiles néceffaires pour la pêche de la morue verte.
- 34f. Il faut avoir des barrils de pêcheurs femblables à A , pl. II,Jig. t’ dont les bords d’en-haut foient garnis d’un bourrelet de paille, pour que les pêcheurs qui font dedans ne fe bleffent point. La plupart ont un fécond fond à un pied au-deffus du premier, pour élever les pêcheurs & égoutter i’eau. Sur ce fond eft un couffin de paille garni de toile à voile: iquelques-uns ont feulement leurs pieds dans des fabots. On verra dans la fuite que ceux qui préparent leurs morues dans des tonnes ou barrils, s’équipent un peu différemment. Les barrils doivent être plus larges par le bas que par le haut, cette largeur d’en-bas étant très-propre à leur donner de l’afliette; & il convient qu’ils foient plus étroits par le haut, afin que le pêcheur qui eft dedans , ayant un tablier de cuir qui déborde fur le barril, foit moins expofé à être mouillé. Le tablier de cuir a une
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- 78 T RA 1 T Er DES PECHES. Partie IL
- bavette qui remonte jufques fous le menton , & qui eft nécefïaire *, car f O ou 6o bralfes de cordages qui fortent de la mer répandent beaucoup d’eau : d’ailleurs ce tablier & cette bavette les garantiiTent du vent qui eft fouvent très - froid & humide dans ces parages. Au milieu du barril eft une eftropeg, de corde, dans laquelle pafle un cordage , qui fert à l’amarrer, afin que les mouvemens du roulis ne puiffent l’ébranler. Il faut autant de ces barrils qu’il y a de pêcheurs.
- 346. Cette façon d’amarrer les barrils ne paraît pas allez foîide aux pêcheurs de Grandville : ils ont trois crampes de bois S , qu’ils clouent fur le pont autour du barril, à diftance égale ; ils font au barril vis-à-vis chaque crampe, deux petits trous près l’un de l’autre , dans lefquels ils font palfer une corde , dont les deux bouts qui reftent en - dehors viennent s’attacher fur la crampe , à l’endroit où elle eft entaillée. Cela ne leur paraît point encore fuffifant ; ils placent entre chaque crampe un taquet R, dont le dos appuie fortement contre le barril. De cette maniéré le barril ne peut faire aucun mouvement, quelque roulis & tangage qu’il y ait.
- 347. B eft un barril ou une baille à peu près femblable aux barrils de pêche. On l’appelle baille, aux foies, parce qu’elle fert à mettre les foies. Ces barrils n’ont point d’eftrope, parce que 11’étant pas au bord du bâtiment , ils ne courent point rifque d’être renverfés à la mer.
- 348. On voit à ce barril, une échancrure qui le rend commode pour y jeter les foies, & auffi pour les en retirer quand on veut le vuider. Il fuffit d’avoir alfez de ces barrils pour en mettre un auprès de chaque habilleur.
- 349. On ne fe fert point de ces barrils dans les navires de Grand-ville ni de Saint-Malo. Le décoleur a auprès de fon barril une manne d’ofier D, dans laquelle il met les foies. Lorfque cette manne eft pleine, un moulfe vient la prendre .& va la vuider dans des barriques à l’huile qui font placées fur l’arriere du bâtiment: on le nomme foajjîer.
- 350. C eft un gajfot, qui fert à plufieurs ufages, particuliérement à faifir & tirer à bord les greffes morues , ou celles qui ne font pas bien failles par les haims ; quelquefois même à mettre les morues élanguéès à portée des étèteurs, fur-tout celles qui font prifes par les pêcheurs du gaillard.
- 3îi. L’étèteur en fait auffi ufage pour prendre les morues qui font autour de fon barril & les amener à lui > mais pour mettre à portée des étèteurs les morues pêchées par les gens de l’arriere du bâtiment, il eft aifé de fentir que communément le gaffot recourbé par en-bas ne ferait pas fort commode^ auffi fe fert-on ordinairement d’un autre infiniment
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- Se ct. I. De la morue , Êf des poijfom qui y ont rapport: 79
- que l’on nomme piquoir T; c’eft une broche de fer d’un pied de long, pointue par un bout , & ajuftée par l’autre à un manche de bois de trois pieds de long environ' V, eft le fer du piquoir.
- 3S 2. D, font des mannes dont on le fert pour y mettre les langues, les foies, & pour tranlporter les iifues , &c.
- 3S3‘ E, repréfente une palette avec laquelle les moufles portent le fel aux fuleurs & faumureurs.
- 3H- F,/g. 2 , eft une ligne de pêche , à l’extrémité de laquelle eft attaché le plomb G , qui doit la faire caler jufques fur le fond. On embarque ordinairement quatre lignes pour chaque pêcheur; elles doivent avoir plus de 90 brades de longueur, & quelquefois on en épifle deux bout à bout.
- 355- H , eft une ligne moins grofle, qui forme l’empile de l’haim I : on a coutume d’embarquer quatre cents haims de différentes grofleùrs , & autant de plombs qu’il y a de pêcheurs, avec d’autres encore pour le rechange, ou pour remplacer ceux qui fe perdent.
- 3 5<S. K, grand haim , avec fon empile, dont on fe fert dans les parages où les morues font fort grofles. On en a repréfenté un dans fa; grandeur naturelle à la fin de la première fe&ion de la première partie ; de plus,, on en donne de cette forte aux novices qui romproient des haims moins forts, parce qu’ils ne favent pas juger fi l’haim tient une morue, ou s’il eft accroché à quelque corps étranger. / :
- • -357* L, petit inftrument nommé élangueur, ou à Grandyille diguet ; c’eft un morceau de fer long de fept àhuit pouces , pointu/par les deux bouts* Chaque pêcheur a fon élangueur piqué obliquement auprès de lui "dans la lifle ; quand il a retiré l’haim de la bouche du poiflon, il le pique à l’é-langueur par le derrière de la tète, où il refte la bouche ouverte, pour lui détacher la langue , comme nous l’expliquerons"dans la fuite. Ily-a au milieu âefa longueur un trou, dans lequel pafle un bout.de ligne,qui. eft amarré à la lifle, pour prévenir que l’élangueur ne tombe à la met quand, le pêcheur décroche la morue. Lorfqu’un pêcheur quitte fe travailil met: fon élangueur dans un petit panier pendu à la lifle.
- 358- M , eft une efpece de couperet qu’on nomme couteau à habiller. Glauque habilleur doit avoir le fien : aflez fouvent cq couteau eft fait comme M 2.
- 359. N , eft un couteau à deux tranchans , qui,fert à emporter les, têtes,
- & qu’on nomme par cette.raifon étêteur.. c..r
- 360. O, autre couteau nommé nauticr, parce qu’il fert à détacher, fes,
- noues.' » .
- 361. On fe,fert de futailles ordinaires, dans lefquelles on met l’huile, qu’on a retiré des foies.
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- 83 TRAITE' DES F E C H E S. Partie ïï.
- 352. Q_, manette ou truble, qui fert à différens ufages, entr’autres & tirer à bord de très-gros poisons , qui pourraient rompre les haims ou les lignes. Il y en a de différentes formes, mais qui font aulii bonnes les unes que les autres.
- 363. On voit à la pouppe du gros vaiffeau , pt. III 2 , un matelot qui effaie d’attraper des oifeaux avec un pareil inftrument : quelquefois il fert encore à prendre des capelans lorfqu’ils font à la furface de l’eau.
- : 364. R, monceau de fel : les moulfes prennent du fel fur une palette, pour le porter au faleur.
- 36f. S, hériffon à fàuquets : il y a peu de bâtirnens qui s’en fournit fent. Je crois qu’il fert à retirer du fond de la mer une ligne qui aurait échappé à un Iigneur.
- 366. X, grande pelle pour jeter à la mer les iffues.
- 367. Y, petits barrils pour faler à part les langues & les noues , qu’oa deftine à faire des préfens.
- 358. Puisque le bâtiment doit être garni de tous fes agrès , il s’enfuit qu’on doit embarquer fon rechange en cordages, voiles, vergues, &c. car étant fréquemment expofé à de gros tems, il faut avoir de quoi réparer les avaries.
- 359. Voila une énumération fommaire des principaux uftenfiles néceR Paires à ceux qui vont à la pêche de la morue verte.
- 37°* Nous allons reprendre ceux qui font plus dignes d’attention , pour en parler en détail. À l’égard des moins importans , nous ne nous en occuperons que quand Poccallon s’en préfentera.
- Des lignes & plombs.
- 371. Les lignes dont fe fervent les pêcheurs Terre-neuviers ont fix , huit, neuf, & quelquefois dix lignes de circonférence, & environ 75 à 90 braffes de longueur. Elles doivent être fortes, fur-tout quand on pèche dans des parages où les morues font groffes. Cependant il eft important qu’elles foient fines, non-feulement pour ne point effaroucher le poiffon , mais encore pour que le pêcheur fente mieux quand il y en a de pris, & enfin pour qu’elles foient plus maniables & plus aifées à relever. Ainfi il faut avoir foin qu’elles foient faites de bon chanvre bien fabriquées , point trop torfes , afin d’être plus fortes, plus maniables & ne point prendre de coques : comme il faut que le plomb porte au fond de la mer , on eft quelquefois obligé d’épiffer bout à bout deux lignes.
- 372. On frappe au bout de ces lignes un plomb qui a quelquefois la forme d’une poire , d’autres fois celle d’un cylindre j fon poids eft de f à
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- Sect. I. De la morue 3 & des poiffons qui y ont rapport.
- f livres & demie, ou 6 livres, fuivant la volonté des pécheurs. En général, il doit être d’autant moins lourd , que les lignes font plus fines > & les pêcheurs fatiguent d’autant plus que le plomb eft plus pelant. Cependant il faut qu’il le foit allez pour entraîner promptement la ligne au fond , 6c réfifter aux efforts que la dérive & les courans pourraient faire pour l’emporter.
- 373. On frappe à la ligne principale, dont nous venons de parler , la pile qui doit porter l’haim. Cette pile eft fouvent de la même groffeur que la principale ligne, & quelquefois elle eft plus fine.
- 374. Cette pile ou empile a 2 ou 3 braffes de longueur, fuivant que le navire eft plus ou moins élevé fur l’eau. D’où il fuit qu’il faut que les piles foient plus longues pour les ligneurs ou lignottiers qui font fur le gaillard, que pour ceux qui font fur le bel j ceux-là fatiguent davantage , ayant à tirer le plomb avant que le poiffon foit hors de l’eau 3 attendu la longueur de la pile.
- 375'. Les pêcheurs de la côte de haute - Normandie, accoutumés à pêcher au libouret , frappent volontiers leur empile fur une avalette de bois, dont ils proportionnent la groffeur à celle de l’haim s mais cela 11e fe pratique point ordinairement.
- 376'. Suivant ce que nous avons dit, le plomb eft deftiné à faire caler les lignes &' les haims ;ainfi fon poids doit être proportionné à la groffeur des lignes, à celle deshaims, & à la profondeur où il doit defcendre. Néanmoins fon poids n’eft déterminé fur aucune réglé fixe ; il varie même fuivant la volonté des pêcheurs. Mais ordinairement pour les haims du banc, le plomb eft de 5 à ç livres & demie ; pour ceux de Férol, de 3 à 4 livres. Le plomb s’attache .à la ligne même , & dans les petits bâtimens on ne laiife qu’une brafTe de diftance entre l’haim & le plomb.
- Des haims.
- 377- Quoique nous ayons amplement parlé dans l’introduâion à la première feétion de la premiers partie , des haims qui fervent à la pêche de la morue j quoique nous les y ayons fait graver dans leur grandeur effective furies planches de la première feclion, & que nous ayons expliqué les différentes façons de les empiler , il convient, fans répéter ce que nous avons déjà dit, d’entrer dans quelques détails fur ceux qui fervent à la pêche de la morue ; ce qui ne difpenfera pas de confulter ce que nous en avons dit aux endroits cités.
- 378- Les haims pour la pêche de la morue en Amérique, doivent être les uns d’un fer bien liant, les autres d’acier. Nous avons déjà dit queceux-
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
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- ci étaient préférables dans les parages où il n’y a point de roches ; mais qu’on préféré ceux de fer dans les endroits où il y a des roches , parce que les haims d’acier font fujets à rompre, lorfqu’ils s’accrochent à une pierre.
- 379. Les pécheurs donnent différentes courbures à leurs haims, chacun eftimant que celle qu’il a adoptée eft préférable aux autres. Ces courbures font fouvent relatives aux différentes maniérés de pêcher ; car on verra dans la fuite que tous les pêcheurs ne jettent pas leur ligne de la même façons l’ufage établi dans chaque port y a auffi beaucoup départ. Communément les haims des Normands font plus ferrés de la pointe que ceux des Olonnais ; ceux-ci font plus gros & faits à la forge, au lieu que les Normands font les leurs avec du fil de fer qu’ils travaillent à froid. Ils font ordinairement la pointe un peu renverfée en-dehors, afin, difent - ils, que fi le poiffon ( comme cela arrive affez fouvent) voulait rejeter l’haimaprès l’avoir avalé, la pointe s’enfonçant dans les chairs, l’haim ne pût fortir. Pour moi, je crois que le principal avantage confifte en ce qu’en renverfant ainfi la pointe de l’haim , on fait faillir en dehors celle du barbillon.
- 380. Il paraît encore que, quand la tige de l’haim forme une ligne droite'avec l’empile, elle a plus de difpofition à fortir , que quand cette tige eft courbe ; parce qu’alors l’haim étant tiré obliquement, la pointe a plus de difpofition à entrer dans les joues, les ouies, ou dans d’autres parties charnues.
- 381. Mais l’article le plus important à mon avis , eft d’avoir foin que la pointe des haims, ainfi que celle des barbillons, foit aigue, & quels barbillon foit bien détaché du corps de l’haim. Peut-être que , pour fe'pro-curer cet avantage , & éviter que les haims ne rompent dans les fonds de roches, on pourrait rapporter au bout de l’haim de fer une pointe .d’acier. On dira probablement que cette pointe fe détremperait en éta-rnant les haims ; mais on pourrait prévenir cet inconvénient, en trempant l’haim dans de l’étain fondu , couvert de graiffe , comme quand on fait le fer-blanc ; & en ne trempant point la pointe dans le métal, la chaleur de l’étain ne ferait pas capable de détruire la trempe. Je conçois toutes ces chofes praticables : mais auffi les frais pourraient devenir trop con-fidérables , relativement à la quantité d’haims que l’on confomme pour cette pêche.
- 382. C’est un principe général, qu’il faut proportionner la force des haims à la groffeur des poiifons qu’on fe propofe de prendre ; & comme c’eft fur le grand banc qu’on prend les plus grandes morues, on les pêche avec les plus gros haims. Si les morues ne font pas auffi grandes àFérol Si àPort-à-Choix, dans l’oueft del’isle de Terre-neuve, que celles du banc,
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- Sect. I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. 85
- elles le font toujours beaucoup plus que celles qu’on pèche de l’autre côté de Pisle.
- 383- De plus , on fe fert de grands haims quand la morue eft abondante , & lorfqu’elle fe tient près de la furface-de l’eau ; mais quand elle eflrare, & qu’elle fe tient à une grande profondeur dans l’eau , on fe fe-rt d’haims moins grands.
- 384. En général ,les Anglais & les Hollandais emploient des haims moins grands & des lignes plus déliées que les Français.
- 38f. Les grands haims font plus propres à écher avec les entrailles de morues, qu’on appelle breuillcs : mais les petits font plus commodes pour écher avec le capelan & les autres petits poiffons i il en faut moins pour les couvrir de l’appât.
- 3 $6. On reproche aux petite haims de rendre la pèche plus lente , parce que les morues les avalent, & qu’il faut quelquefois ouvrir les morues pour les retirer j au lieu que cette opération eft promptement faite , quand on fe fert de gros haims, ce qui met en état de les remettre fur-le-champ à l’eau.
- 387- On emploie quelquefois , fur-tout au petit nord, des haims à double croc, & ceux-là font plus forts; mais les poiffons refufent d’y mordre quand ils ne font pas affamés.
- 388. Plusieurs pécheurs mettent deux haims au bout de leur ligne les y attachant par de fines empiles, dont une répond immédiatement au-deffus du plomb , & l’autre à une braffe plus haut. En ce cas ils tiennent cette empile plus longue, pour que les deux haims portent également fur le fond.
- Etat des ujlenjiles qu'il faut pour un batiment moruyer de vingt hommes
- d'équipage.
- 389- Je vais rapporter l’état des uftenfîles néceffaires pour un bâtiment qui a vingt hommes d’équipage , ce qui pourra indiquer ce qu’il en faut pour des bâtimens plus ou moins grands.
- 390. Douze couteaux pour habiller; foixante lignes de pèche de foi-xante & dix à quatre-vingt-dix braffes de longueur , faifant trois lignes par homme; deux à trois cents haims au moins, dix pour chaque homme , quinze livres de plomb pour chaque homme, qui fervent à lefter les lignes, ou trois cents livres pour les vingt hommes ; trente-cinq aunes de filet qui ait vingt-cinq à trente-cinq pieds de chute au milieu , & trente pieds à chacun des bouts. Le milieu doit être de fept cents mailles, d’ouverture à y paffer le petit doigt j de forte qu’à cet endroit il doit avoir fept
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- 84 TRAITEf DES PECHES. Partie IL
- cents mailles de chute : cette partie peut être de huit aunes de chaque côté. Dans une longueur de quatre aunes, les mailles doivent être d’un pouce en quarré. Le refte du filet doit être de mailles encore plus grandes , & on fait ces mailles de différente grandeur, pour prendre du capelan , du hareng » ou du maquereau ; car on embarque ce filet pour aller à la pêche des appâts : ainfi cette faine elt néceffaire quand on fait la pêche de la morue feche ; mais on en embarque rarement quand on fait de la morue verte , quoique quelquefois on fe trouve dans le cas d’en faire ufage , comme quand on fe rencontre dans un banc de capelans qui fe tient à la furface de l’eau.
- Des appâts pour la morue.
- 39 r. Nous l’avons déjà dit, le choix des appâts efl; une chofe très-importante pour faire promptement une bonne pèche. Rien n’eft plus vorace que les morues, particuliérement celles du grand banc, peut-être à caufe de l’énorme quantité qui s’y rendent. Quand elles font affamées, elles avalent tout ce qui tombe à la mer. On a trouvé dans leur ellomac des manigots ou mitaines , des couteaux , des pierres , & quoique gorgées de poiffons , elles fe jettent quelquefois fur des haims qui ne font point garnis d’appâts ; ainfi , à l’arrivée des bâtimens , il fuffit fouvent de leur préfenter un leurre, qui eft, comme nous l’avons dit dans la première partie, première feétion , un morceau d’étain ou de plomb qui imite très - grofliére-ment la forme d’un poiffon ; on a feulement foin qu’il foit brillant ; c’eft pour cela que quelques - uns étament ceux de plomb. D’autres fois le leurre n’eft autre chofe qu’un morceau de drap de quelque couleur éclatante : mais fou-vent les morues refufent de mordre à ces appâts ; c’eft pourquoi les pêcheurs leur préfentent des morceaux de viande falée ou de lard , qui, ayant fouffert quelqu’altération , ne font point propres à la nourriture de l’équipage , des maquereaux ou harengs falés qu’on emporte dans des barrils , comme nous l’avons dit. Les maquereaux étant plus gros que les harengs , ils ont l’avantage de pouvoir fervir à amorcer plufieurs haims; mais auffi - tôt qu’on a pris quelques morues , on amorce avec le cœur, ou une mâchoire fanglante, fouvent même avec les entrailles ou breuilles. On facrifie encore à cet ufage les têtes ou la chair de quelques petites morues , mais jamais les foies, qu’ort met à part pour en retirer de l’huile.
- 393. Quoique les morues fe mangent les unes les autres , & qu’on en ait trouvé dans l’eftomac de quelques groffes morues jufqu’à quatre petites, il y a néanmoins d’autres poiffons dont les morues font tout autrement friandes; tels que les grondins, les maquereaux, les harengs, fardines , ca-peians, toutes fortes de cruftacées & des coquillages; mais la plupart de
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- Sect. L De la morue, & des poijjfons qui-y ont rapport. - g f
- ces appâts étant rares , on fe contente quelquefois, après avoir amorcé un haim avec des ilfues de morue, de l’embecquer avec un petit morceau de ces bons appâts qu’on pique à la pointe de l’haim.
- 393* Lorsqu’on peut fe fervir de ces appâts délicats, on emploie de petits haiins d’acier, femblables à ceux dont on fait ufage pour la morue lèche j & les morues donnent deifus en telle abondance , que les vaiffeaux qui ne peuvent écher ou aquer qu’avec des iflues de morues , font obligés de quitter leur pofte pour en aller chercher un éloigné d’un bâtiment qui amorce avec du capelan, du maquereau , ou du hareng.
- 394 Quand, en ouvrant les morues, on trouve dans leur corps des poiifons qui ne font point digérés , on s’en fert pour écher, & on eft comme alluré qu’ils conviendront aux autres morues. C’eft pourquoi, quand les pêcheurs ont détaché les langues, ils ouvrent le ventre des morues, pour retirer de l’eftomac les poiifons qui peuvent s’y trouver.
- 39f* On prend des morues fur nos côtes; & comme on trouve dans leur eftomac différentes efpeces de poiifons qui font encore reconnaiifables, • des cruftacées, crabes, homars-, chevrettes, on en peut conclure que ces poiifons conviennent pour amorcer les haims.
- 396. Les pêcheurs de Picardie & de Flandres ramaifent beaucoup de grenouilles dans des bailles , & ils s’en fervent à prendre des morues dans les parages peu éloignés de leurs ports. Pour cela ils les accrochent par le travers des cuiifes ; & comme elles vivent aifez long-tems, elles en attirent d’autant mieux le poiifon.
- 397. Sur quelques côtes (je crois quenelle de Boulogne eft de.ce genre ) on prend de petites morues avec des haims amorcés de vers de terre , ou de harengs & de maquereaux , tant frais que falés.
- 398. Les pêcheurs Bafques fe trouvent bien d’écher avec des anchois &
- des fardines. , ;
- 399- Les pêcheurs d’Islande échent avec des moules, lorfque les harengs leur manquent 5 & 'dans ces cas les Hollandais amorcent leurs haims pour* la morue avec de fort petites lamproies d’eau. douce , qu’ils tiennent cdan».; des réfervoirs pour les trouver au beioin. ... -
- 400. On lit dans V-Hijloire naturelle d'Islande , tome I, page 167, que (
- les habitans eftiment beaucoup pour amorce la viande prife fur un animal nouvellement tué, & fur-tout le cœur de quelques oifeaux. dont les pêcheurs mangent la chair , alfurant qu’avec cet appât on a plus, tôt pris vingt pondons qu’un feul avec beaucoup-d’autres. On prétend qu’il y. a des poiifons. du genre des feches, qui fournirent, de. bons appâts. ;., ;ji ^
- 401. On voit qu’il y a beaucoup de différentes fubftances qui peuvent, fournir de bons appâts aux pêcheurs de morues. La difficulté eft de s’en
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- 85 TRAITE' DES VECUES. Partie IL
- pourvoir fur le lieu de la pêche ; & comme le fuccès dépend beaucoup de la bonté des appâts, c’eft aux pêcheurs à employer toute leur induftri» pour s’en procurer, foit en mettant à la traîne derrière leur bâtiment des cordes garnies de grand nombre de petits haims , foit en mettant à la mer par des beaux tems quelques chaloupes pour pêcher avec la faine , lorfqu’on fe trouve à portée des parages où il y a des maquereaux , des harengs , des capelans , desfardines , &c.
- 402. On allure que les Anglais de l’Amérique pèchent à la côte de Pisle de Terre-neuve des poilfons palfagers ,pour fe procurer des appâts frais.
- 403. Il eft certain que, comme le hareng donne de bonne heure à cette côte , ils effaient de commencer leur pêche avec cet excellent appât, prenant des arrangemens pour en avoir fréquemment de nouveaux ; & pour cela ils deftinent quelques chaloupes, ou des gouélettes, à la pèche de ces petits poilfons. Comme les harengs deviennent rares vers la mi-juin, les Anglais vont alors pêcher des capelans dans les baies de la côte , ce qui dure jufqu’à la fin de juillet. Après ce tems ils ont recours aux petits poilfons de toute efpece qu’ils peuvent attraper, ou ils draguent des coquillages ; mais cela convient plutôt à la pèche de la morue qu’on feche à terre , qu’à la morue verte.
- 404* Comme il n’eft pas toujours polfible d’avoir de ces poilfons frais, on en porte de nouvellement falés ou faumurés, & les morues 11e les re-fufent pas, fur-tout quand on a foin de les delfaler avant d’amorcer les haims.
- 40^. On pourrait donc, ce femble , partir vers la fin d’avril, ou le commencement de mai, pour pêcher des harengs ou des capelans, qu’011 mettrait eu faumure, & qui ferviraient d’appâts lorfqu’on ferait fur le grand banc. Il ne ferait peut-être pas encore impofîible d’employer une couple de fortes chaloupes, ou des gouélettes uniquement à la pèche de ces petits poilfons, pendant que le vailfeau ferait celle de la morue.
- 405. On dit qu’il y a des pêcheurs qui tendent des filets le foir , & les reîevent le matin , plus ou moins fournis de poilfons propres à écher ; que la pêche du grondin fe fait communément avec des lignes garnies d’hameçons, que le bâtiment traîne étant à la voile , & que cette petite pêche fe fait feulement depuis dix heures du matin jufqu’à deux heures après-midi, attendu que les morues ne mordent point pendant la chaleur du jour, fe retirant alors'dans les grands fonds,
- ' 407. Je crois que ces pêches font accidentelles, & qu’elles ne font praticables que quand on fe trouve fur un banc de ces poilfons, ce qui n’eft pas ordinaire : c’eft aux capitaines intelligens à profiter de ces circonftau-;ces, quand elles fe préfentent, pour fe procurer de bons appâts.
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- Sect. I. De la morue, & des poiffons qui y 07tt rapport. 87
- Article VI.
- De Vêtabliffement des bâtimens pour la pêche.
- 408. Quand un bâtiment, étant pourvu de tout ce qui eft nécelfaire pour la pèche , s’ell rendu au polie qui lui paraît le plus avantageux , ce que les pécheurs appellent être banque , comme qui dirait établi fur le banc, le vaif-feau, fur-tout le gros , ayant de la rentrée par le haut, il faut faire un éta-blilfement qui mette les pêcheurs en état de lailfer tomber la ligne à plomb , & de retirer le poilfon fins être incommodé par le renflement ou le fort du bâtiment. C’eft ce que les pêcheurs Normands nomment établir le bel ou le bord A, pl. III > fig. 1 , à bas-bord, où fe met la partie de lequipage qu’on appelle les lignottiers. Ce bel s’étend depuis les haubans de mifaine jufqu’au commencement du gaillard d’arriere. On forme encore lelongdu gaillard d’arriere un pareil établilfement B B , qu’on nomme la galerie ,qui s’étend depuis les haubans du grand mât jufqu’au - delà du mât d’artimon. Quand le vailfeau a beaucoup de rentrée, & qu’il eft fortacaftillé , il faut faire l’établilfement de la galerie en - dehors aux petits bâtimens ; & lorfqu’il n’y a point de gaillard, l’établilfement eft comme celui du bel dans toute la longueur. Pl. III,fig. 2 , eft un gros vailfeau en pêche , établi comme nous allons l’expliquer. Nous remarquerons feulement qu’on n’a point repréfenté dans le précédent les agrèts, quoique fur le grand banc le vailfeau refte gréé: nous avons fait ce retranchement ,afin de rendre plus fenfible ce qui regarde la pèche ; mais le bâtiment doit relier tout gréé comme on le voit.
- 409. Il y a encre les barrils & le vibord, des planches échancrées, fur lefquelles fe pofent les lignes quand les pêcheurs les halent, lorfqu’un poif-fon a mordu à l’appât, afin qu’elles ne tombent point fur les ordures du
- -plancher.
- 410. Quand on emploie des bâtimens qui n’ont point de gaillards , il n’y a que l’établilfement du bel, partie à l’avant, partie à l’arriere du grand mât.
- 411. Comme on n’a pas befoin de chaloupe pour pêcher à la dérive , 011 n’en a qu’une qu’on embarque fur le pont, à moins qu’011 n’en réferve quel-ques-unes pour aller à la pèche des appâts, ce qui ne fe pratique pas ordinairement.
- 412. Pour former en-dehors l’échafaud des gaillards, qu’on nomme galerie , fur-tout aux gros bâtimens , on cloue contre le bord , des taquets qui ont des mortaifes à queue d’aronde , deftinées à recevoir des traverfes qui font foutenues par des montans 3 & on pofe fur ce bâtis des bordages qui forment un plancher fur lequel on met les barrils de pèche. La longueur de la galerie fe réglé fur celle du bâtiment, & auffi fur le nombre des
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- TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- hommes qui forment l’équipage : on ferme avec des planches la galerie par-devant, & il y a tout du long une lilfe qui fert à recevoir les jambes du theu.
- 413. Assez fouventon cloue le long des liffes., & en-dehors, des taquets qu’on nomme à theu : chacun de ces taquets a deux trous, un pour recevoir une des jambes d’un theu , & l’autre pour recevoir une jambe d’un autre theu voifin j de forte que les deux jambes d’un theu répondent à deux taquets ; car les theux font très - près les uns des autres.
- 4» 4. Le theu eft une forte de niche, dont chaque pêcheur eft couvert par - devant, pour le garantir, au moins en partie , des brouillards & de la pluie. Il y a au milieu de chaque theu un taquet cloué fur la lilfe i au milieu de ce taquet eft une petite entaille, où le pêcheur pofe fa ligne.
- 415. L’établissement eft plus fimple au bel A ,fig. 1, parce que le bar-ril de pèche eft en-dedans de la lilfe du plat-bord , ainfl qu’aux petits bâ-timens , comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- 416. Quand le plomb eft parvenu au fond de la mer, le pêcheur tenant la ligne entre fes doigts, pofe fa main fur la lilfe a , pl. II,fig. 3 , pour feu-tir quand un poilfon a mordu.
- 417. Derrière les pêcheurs, tant du bel que de la galerie , il y a encore une lilfe où ils accrochent par le derrière de la tête la morue qu’ils viennent de prendre, en la piquant à l’inftrument nommé élangueur, qui eft auprès de la manette où ils mettent les langues j la morue refte attachée à ce petit infiniment, la bouche ouverte, & enfuite elle palfe au piquoir jufqu’à ce que le pêcheur ait détaché la langue.
- 418. Dans les navires de Granville & de Saint-Malo * il n’y a de lilfe que pour les pêcheurs de l’arriere j la chaloupe en tient lieu pour ceux de l’avant. Nous le ferons remarquer en expliquant l’établiffement de ces navires.
- 419. On fait une plate-forme le long du bas*bord, qui eft élevée d’environ huit pouces au-delfus du pont, pour que le fang puifse s’écouler plus aifément.
- 420. On place fur cette plate-forme les barriis de pèche , qu’on afsujettit contre le bord , étant tout près les uns des autres , & arrêtés , comme nous l’avons dit, fur la plate-forme, & encore retenus par une vergue qui les embrafse tous , de forte qu’ils ne peuvent remuer. Outre la lilfe que les pêcheurs ont derrière eux pour accrocher les morues à leur élangueur, ils en ont une autre en - devant, à laquelle font attachées les jambes des theux ; celle-ci avance d’environ quatre pouces hors le plat-bord ; ou bien, au lieu de cette lilfe, on cloue au plat-bord les taquets à theu dont nous avons parlé.
- 421. Le theu ,/»/.//, fig. 3 , eft compofé de deux montans de bois,
- qu’on
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- Sect. I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. 89
- qu’on nomme jambes , fur lefquels font cloués quatre rangs de demi-cercles .de barriques , & par le haut une douve échancrée. Tout ce bâtis eft couvert de toile goudronnée ; ainfi le deflus forme un demi-dôme, enforte que les pécheurs peuvent s’y mettre à couvert du vent froid, de la pluie & de la brume. Il y a même à cette elpece de niche un morceau de toile que les pêcheurs nomment mifaine, qui fert à les garantir de l’eau qui pourrait entrer. dans la galerie & les mouiller dans leur barrit. La toile du theu eft échancrée par le bas, fuivant la ligne pon&uée a , pour paifer les lignes, & retirer les poiiTons qui font pris.
- 422. Le theu qu’on* voit dans la figure, n’a pas pu être repréfenté eu place , & vis-à-vis le pêcheur; il aurait caché plufieurs chofes qu’il était important de lailfer apparentes. Quelquefois par les beaux tems les pêcheurs détachent une des jambes de leur theu ,& alors il eft à peu près comme on l’a repréfenté à la fig. 3. Ceux qui font entre A A. & B B , pl. II, fig. 1 , font en place. Je foupçonne que theu eft une corruption de toit.
- 423. La mifaine dont nous venons de parler, eft taillée en angle ; (a grande ouverture eft du côté du pêcheur , & a deux cordes au moyen def. quelles il peut la roidir quand il veut, en les paffant au travers de la galerie, ou en les y amarrant. Au fommetde l’angle de la mifaine eft une autre ouverture qui donne paffage aux lignes & aux morues.
- 424. Quand il fait chaud, calme &beau tems, ce qui eft alfez ordinaire fur le banc , depuis le mois de juin jufqu’à la mi - feptembre, en ce cas on 11e fe fert point des mifaines ; 011 ouvre même le theu à demi , en dégageant une de fes jambes : au contraire, lorfque le gros tems empêche de travailler, on abat les theux fur les barrils , & malgré cela on a vu les galeries ainlî établies , être enlevées par de violentes tempêtes.
- 42f. Nous avons déjà dit que les pêcheurs Normands , tant du bel que du gaillard, font chacun dans un barril qui eft plus étroit par en-haut que par le bas , & que l’embouchure eft garnie d’un bourrelet de paille pour tenir ferme le pêcheur , & empêcher que les coups de roulis ne le blelfent i ils ont autour d’eux un tablier de cuir de vache ou de chevre , paflê au fuif & àl’Iiuile, ou d’une,toile goudronnée: ce tablier fe nomme, cuirïer. Les pêcheurs ont leurs mains dans'les diale - avants ou mitaines de frife , qu’ils appellent manigots, pour empêcher que les lignes ne leur entament la pcaii.
- 425. Les Bretons & les Bafques 11e fe fervent pas de theux , parce qu’ils
- vne pèchent qu’en été 5 ils ont feulement une, bonnette ou petite voile,tendue devant eux. ? < : i . •
- 427. Au refte, ,ce font fur-tout les Olonnais qui fe fervent1 de theux; ils pêchent, comme tous lesvautres, depuis le'muis^do mars jufqu’à la fin Tome X. M
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- d’odlohre ou environ. Les Malouins, les Grandvillois n’ont point de theux ; ils font leur établitfement, pl. 111, fig. 4 , comme nous allons l’expliquer.
- 438. Nombre de pêcheurs lignotiers ont des bouts de manches de cuir, quand il fait froid > mais lorfqu’il fait chaud , ils retrouvent les manches de leurs chemifes & ont les bras nus ; ils fe mettent même en chemife lorfque la pèche donne abondamment , car alors l’exercice eh confidérable. Leur coëffure eft uli vieux chapeau ou des bonnets. Les Normands ont tous des fabots î mais lesOlonnais font pieds nus dans leur barril.
- 429. Les Grandvillois ne le fervent point de manches j ils les trouveraient incommodes lorfqu’elles feraient mouillées. Leurs gillets qui font de peau de mouton pour le grand froid , & de revêche quand il fait beau, ont des manches qui tombent jufques fur le poignet.
- Détail de Véquipement d'un petit bâtiment pour la pêche de la morue 'verte, fur le grand banc,fuivant Puf âge de Grandville , Saint-Malo , &c.
- 430. Les navires que l’on conftruit à Grandville pour la pêche de la morue verte , n’ont prefque point de vibord , & le plus fouvent ils n’en ont point du tout s mais on a foin de laiifer les alonges des revers fur-monter le plat-bord de deux pieds & demi environ, & on leur fait porter fur la tète une lilfe qui régné fur toute la longueur du navire, ce qui forme une efpece de vibord à claire-voie. Lorfqu’on eft rendu furie grand banc, on garnit ce vibord avec des planches de fapinaa,pl. III, fig. placées en-dehors. Cet ajuftement du vibord eft appelle 1 q rcmplijfage ou la garniture.
- 431. On procédé enfuite à ajufter le lignage ; on entend par ce terme l’établilTement nécelfaire pour faciliter la pèche. Nous allons détailler les pièces qui le compofent.
- 432. cf, qu’on nomme courbes de lignage; elles font deftinées à porter la planche b b, plus ou moins renverfée en-dehors, fuivant que le navire a plus ou moins de rentrement. Cette planche qui forme comme un pupitre, s’appelle porte - ligne ; elle eft: de fapin & n’a pour l’ordinaire que huit pouces de largeur. O11 y voit vis-à vis chaque barril une petite entaille} elle fert de conduit pour la ligne du pêcheur.
- 433. On place les barrils fur le pont à huit pouces du vibord, qu’on nomme nmpliffage. Cet entre-deux eft deftiné à recevoir la ligne g, pl.II* fig. 6 , lorfque le pêcheur la retire de l’eau. Pour qu’elle ne porte point fur le pont, on la foutient par deux cordes#, qui partent de chaque côté du barril à la hauteur de dix-huit pouces du p<mt, & qui vont s’attacher au
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- Se€T. I. De la morue, & des poiffms qui y ont rapport. 511
- vibord. On place encore les barrils à telle diftaaee les uns des autres, que les pécheurs me s’entre - gênent point j il faut ordinairement quatre pieds pour chaque barril : on en prend davantage quand la longueur du bâtiment combinée avec le nombre de pécheurs peut le permettre.
- 434- Pour mettre les pêcheurs à couvert du vent & de la pluie, 011 tend devant eux un pavois de toile goudronnée, qu’on appelle bonnette de banc, pl. III, fig. 4 j elle eft compofée de deux largeurs d’une toile de quatre fils, & bordée haut & bas, aiufi que fur les extrémités , d’une ralingue ou corde de fix fils. Les bonnettes P P font toujours de deux pièces j 011 voit qu’elles font attachées par une de leurs extrémités aux haubans de mifaine , puis aux grands haubans , & enfin à un petit mât/, fig. f , que l’on plane exprès à l’arriere du navire* il doit y avoir au haut de ce mât une poulie , par laquelle on fait paifer l’attache Supérieure de la bonnette, & cette attache vient enfuite s’arrêter fur la lifte d’arriere.
- 43dd,fig. ç, eft une efpece de bouts-dehors que les pécheurs appellent èùhauts; ce font des morceaux de bois ronds, d’environ trois pieds de longueur, & d’un pouce de diamètre. Un des bouts de l’étihaut entre à force dans un trou pratiqué à la planche b b, & l’autre bout qui eft en-dehars, fert à foutenir le pied de la bonnette. On apperçoit à ce dernier bout de l’étihaut d9 un petit trou par où paffe une corde qui part de la ralingue delà bonnette, vient,en fuivant la diredion de l’étihaut, enfiler un fécond trou pratiquéau-defib.us du premier _à la planche b b, 8e, s'attache--enfuite ,foit comme on le voit furie bout de l’étihaut qui excede intérieurement la planche b b ,foit à un taquet que l’on place exprès fur cette planche. C’eft ainfi que l’on arrête la bonnette par le pied. Pour la foutenir par le haut:; onde fert de ce qu’an namme jambes cTétal, ee ; ce font deux morceaux de cercles de futaille , qu’on lie l’un fur l’autre, plat contre plat, pour qu’en confervant leur corbure ordinaire , ils prennent à peu près la forme d’une S„ qui.eft celle qui leur convient. Ils font appointis aux deux extrémités un des rbouts fie pique dans la ralingue fupérieure de la bonnette, & l’autre dans un petit trou que l’on pratique exprès fur la lifte. Il eft à remarquer que tous les foirs après la pèche finie on démonte les étihauts, les jambes, d’étal Se la bonnette.
- 436. Au plan p fig. 7, eft une barrique nommée foajjiere ; elle eft toujours placée fur l’arriere du navire, à ftribord.
- 437. h eft la table nommée Italie : elle tient dvun côté à la chaloupe, & de l’autre à la lifte. On lui met un petit rebord de fix à fept pouces de haut du côté de la mer, pour empêcher le poiflon de tomber à l’eau.
- 438. i, barril du .décoleur ; vis-à-vis eft une entaille faite à l’étalle,.pour faciliter au décoleur le moyen de détacher la tête du corps de la morue,
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- 5)3 T RA I T E' DES PECHES. Partie E.
- 439. Æ,barril de l’habilleur.
- 440. m^camiau^ par où l’habilleur coule Ton poifTon dans l’entre-ponC C’eft un conduit formé par quatre planches de fapin : l’ouverture en eft de huit pouces quarrés.
- 441. On voit dans le lointain Q., fig. S » un de ces bâtimens gréé, mais non pas appareillé pour la pèche.
- Article VII.
- Diffêrens ufages & police des pêcheurs fur le banc•
- 442. Les bâtimens qui reviennent les premiers , ont prefque toujours un profit confidérable fur la vente, qui eft d’autant plus avantageufe que la morue eft plus rare & meilleure. Ainfi l’armateur & l’équipage ont intérêt de débanquer le plus promptement qu’il eft poflible. C’eft pourquoi le maître, dont le principal foin eft d’accélérer la cargaifon, tâche de prolonger le travail le plus qu’il peut dans l'a foirée.
- 443.. Plusieurs même , vers la fin de la faifon , font quatre bordées, à la tête defquelles font le pilote , le contre-maître , le charpentier & l’été-teur. Si l’on en fait une cinquième, elle eft commandée par un des plus habiles matelots.
- 444. Av moyen de ces bordées, on pèche la nuit pendant trois horloges d’une heure & demie. Ordinairement, pour animer les pêcheurs, on leur donne un coup d eau-de-vie, ou un bout de tabac pour chaque dix morues qu’ils prennent la nuit.
- 44Ç. Car quand on eft aftez heureux pour trouver un pofte où il y a beaucoup de morues, il faut en profiter en faifant la pêche avec toute la diligence poflible > & fouvent le mauvais fuccès des pèches vient de ce que les officiers parefteux s’amufent à boire,à fumer & à jouer , quand les morues donnent abondamment-, & comme quelquefois elles difparaiïTent lorfqu’on s’y attend le moins, ceux qui ont manqué l’occafibh , font obligés , après de longues campagnes , de revenir à mi-charge , pendant que les capitaines vigilans reviennent de bonne heure avec une cargaifon complété.
- Article VIII.
- Maniéré de pêcher la morue qu on prépare en vert.
- 446. Pour pêcher fur le banc, on dérive côté en travers. Quand il faut précipiter la dérive, on pare une petite voile que ces pêcheurs nomment culetïn , foque ou tourmentïn.
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- Sect I. De la morue, 8? des poiffons qui y ont rapport.
- 447. Lorsqu’il n’y a pas de'poiifonfur le fond où l’on s’eft établi, on en va chercher un autre : & pour éviter les abordages, quand un bâtiment pêcheur met à la voile, & porte ftribord , fi c’eft de nuit ou par la brume , comme les feux ne s’apperçoivent point, on doit faire le quart fur le gaillard d’avant, avec un porte-voix , pour avertir les pêcheurs qui font au vent, & fonner la cloche, fi l’on en a. Malheureulèment même le bruit ne s’entend pas beaucoup par les tems de brume , & on a peine à juger d’où il vient j mais on obferve allez régulièrement que tous les navires fe mettent à la cape fur l’artimon , faifant la bordée du fudj& tous obfervant cette manœuvre , ils peuvent difficilement fe rencontrer. „
- 448. Nous avons déjà dit que pour cette pêche fur le grand banc, les bâtimens confervent alfez fouvent tous leurs mâts , les vergues , leurs voiles enverguées prêtes à être abattues au befoin y car il furvient de tems en tems & tout-à-coup des coups de vent qui les jettent à plus de foixantç lieues hors du banc : ainfi quand nous avons dit qu’on ne confervait qu’une petite voile, il faut entendre qu’elle eft amenée & parée pour foutenir la dérive quand il en eft befoin ; & c’eft à tort que nous avons dit comme une pratique générale, dans la première fedtion , qu’on dégrée le bâtiment * car cela ne fe pratique uniformément que pour la morue feehe , dontnous parlerons dans la fuite. Au refte, nous avons déjà dit que depuis le mois de juin jufqu’à la mi-feptembre, même fur le banc, on éprouve plus de calme & de beau tems que de brumes ou de bourafques.
- 449I L’Usage alfez ordinaire des pêcheurs fur le banc eft de fe mettre a la'cape & de dériver côté en travers y mais comme quand on a été alfez heureux pour trouver un honpofte, il eft important de ne le pas abandonner, beaucoup de gens expérimentés à la pêche de la morue verte, penfent qu’il conviendrait, quand 011 eft à un endroit où il y a beaucoup de poilîon , d’y mouiller une ancre pour ne le pas abandonner : c’eft alfez la pratique des Anglais qui, quand ils fe trouvent fur un fond de roche, comme les Nervaches , mouillent une forte ancre , à l’organeau de laquelle il y a une chaîne de fer pour prévenir que le cable ne fe rague en cet endroit, & au bout de la chaîne un cable bien fourré ; & ordinairement fur ces fonds , que les Français ne font que traverfer , ils font une bonne pêche. f
- Maniéré de jeter les lignes à la mer..
- 45a Chaque pêcheur établi dans fon barril, comme nous l’avons expliqué', file fa ligne de 30,40, 50 bralfes., même plus, fuivant la profondeur de l’eau , la vit elfe* de la dérive, & la forcé des courans. C’eft ce que faitie pêcheur pl I,fig. 3, & 6*
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- TRAITE B BIS BECHES. Partie II.
- 47 i. Les Hollandais , «qui pèchent au nord de l’Europe en traînant leurs lignes, la halent de tems en tems de quelques brades » & la laiflênt tout, d’un coup retomber, ils fe propofent par-là d’empèoher les morues de venir reconnaître l’appât & de le flairer, ce qu’ils .prétendent qu’elles font, quand elle refte fans agitation ; & ils a {furent avoir obfervé dans les viviers qu’ils font à fond de cale pour tranfporfcer des poiifon s en vie, que les morues, après avoir flairé la nourriture qu’on leur jette, refufent les iifues de morues, pendant qu’elles fe jettent avec avidité fur les harengs , les grondins, les cruf. tacées, &c. D’ailleurs , ilsprétendent qu’au moyen de ces fecoufles , les morues prenant apparemment l’appât pour un poiiion en vie, elles le .pourfui-vent & le faififlent avec avidité t ce qui s’accorde avec ce que nous avons dit dans la première feclion, à l’occafion de la pêche à la canne.
- 472. La maniéré ordinaire des Français & des Anglais eft de traîner la ligne plus ou moins vite, fuivant la dérive du bâtiment. Néanmoins quelques pêcheurs expérimentés trament ou traillmt leur ligne (ce font des termes de pêcheurs) -comme nous avons dit que le font les Hollandais. On fait à peu près comment'les lignes & les haims fe diftribuent dans l’eau.
- 47 3. Les pêcheurs doivent avoir le tad fin, pour relever leur ligne aulîi-tôt qu’un poiifon a mordu.
- 454. On voit pl. 3, un pêcheur Grandvillois; & fig. 6, un pê-
- cheur Normand , en attitude de pêche.
- 475. Quand les hauts-Normands halent leur ligne , ils la lovent à droite & à gauche ,au lieu que les Oionnais la lovent à droite d’un feul côté.
- 47<S. Les Grandvillois ne lovent point leurs lignes en les retirant de l’eau j ils les halent de droite & de gauche , & les étendent entre le vibord & leur barril, comme nous l’avons dit plus haut.
- 477. Les pêcheurs des bancs de Terre-neuve retient donc fur leurs lignes , & les relèvent à mefure qu’ils fentent que le poiifon elt pris.
- 478- On verra dans la fuite qu’à Schettland , Island en Norwege , &c. les pêcheurs mettent en mer de longues cordes chargées d’haims avant le montant, & qu’ils les y laiflent durant toute une marée. Ils prétendent que quand une morue a pris un appât depuis quelque tems , elle s’attache fortement à l’haim, au point de fe laiifer enlever, plutôt que de l’abandonner ; au lieu que quand elle ne vient que de mordre à l’appât ., elle s’agite en fortant de l’eau, abandonne l’appât, puis plonge au fond; c’efl; pourquoi il y a de bons pêcheurs qui en relevant leurs lignes , commencent à donner une forte fecouife pour que la pointe de l’haim s’engage mieux dans les chairs de la morue ; car quand l’haitn a bien piqué lamo-xue , elle n’eft pas la maîtreÆè de l’abandonner : mais la prétention de ces pêcheurs ne fe juftifie point par les pèches qu’on fait à Terre-neuve , où
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- Sect. I. De la morue* & fies pojffms qm ? ont rapport. 97
- l’on retire la ligne auffi-tôt qu’on fent qu’un poiflon a mordu. Néanmoins rdans plusieurs cas les grandes cordes chargées d’haims , pourraient être -avantageufes j on pourrait 9 par exemple , en tendre le fuir ppu? les relever le lendemain matin.
- 459. Si-tôt donc qu’un pécheur Terre-neuvier fent qu’une, morue a mordu à l’appàt, il haie fur fa ligne , & tire le poiflon à fleur d’eau i s’il eft de médiocre groifeur , il l’amene à lui i mais fie’eft une trop greffe pièce , fou voilin la gaffe & la tire à bord : le premier la faiftt par les ouies & l’accrocfte par la tète à Pinftrument appelle élangiieur ; il l’évpntre enfoite, lui tire la langue» & avec ce qu’il trouve dans l’eftomac réamorce fon haim , que fouvent il trempe dans le fang, puis il jette le poiflon dans le parc qui eft derrière lui. Comme on n’a que le tems de rejeter la ligne après l’avoir retirée , il eft bon, quand la pèche eft abondante , pour 11e point diftraire le ligneur, qu’on matelot foit chargé de faire' les premières opérations que nous venons d’indiquer i mais il doit avoir foin de mettre à part les langues pour le compte de celui qui a pris les poiflbns, afin qu’en les comptant à la fin de fa journée » on connaifTe combien il a pris de ' morues, parce qu’il eft d’ufage qu’on impofe à celui qui en a pris le moins, comme une punition, de vuider le parc ôu font les tètes, & de les jeter à la mer, pendant que- les autres foupent & fe repofent. Cette punition, quoique légère , fait un tel effet fur les pécheurs, que pour s’exempter de ce tra--vail, fl y 'en a* qui fe mettent à la pêche avant les autres» ou même qui la font pendant qu’ils font de quart.
- 460. A lat pointe du jour» celui qu’on nommé êtéteur, quoiqu’ofRcier marinier:, nettoie à la pelle'les autres pares, & jette les ordures à la mer.
- 461. Qjjand on a longrtems péché à un endroit, il eft naturel que la pêche foit moins abondante , puifque le nombre des morues eft diminué. Il yen à qui prétendent que les-breuiilesqu’on jette à la rwr,infe&ent Peau j & écartent des morues» dont op ne prend plus qu’une petite .quantité. J’ai peine à me perfuader qu’une petite quantité de breuiU.es puiffe infetfter une aufli grande maffe d’eau : je croirais plutôt que les morues, fe îiourriffaut de ces.breuilles , font moins .affamées, & ne fe jettent pas avec autant de vivacité fur les appâts qu’on leur préfente.
- • • '462. Quand' la ’pècheeft abondante , :un pêcheur vigoureux & habile prend un grandidcml-cent ou un.cçnt de morues. Le grand,cent dont il s’agit <eft.ftç dix-vingt y iuivant la maniéré de.cemp,ter,dep pêcheurs » & on ên a ivu •quelquesfuns prendre deux-cents cinquante morues, compte!ordinaire, entre edeux foleils j ree,qiu eft (.un travail des plus fatigans. ^
- : 46 Lorsqu’une morue fe treuyeprifeaux haimsdedeux pêcheurs,
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- 96 TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- elle eft prefque toujours jugée appartenir à celui dont la pointe de Phairii eft la plus près de l’œil ; quand mètne l’autre pêcheur j’aurait halée à bord, il doit la rendre à celui-là , parce qu’on préfurrte que l’haim qui eft parvenu dans la gorge du poilfon établit la négligence du pêcheur , qui n’a pas apperçu que le poilfon était pris, & qu’il lui a donné le tems d’aller prendre l’appât de l’autre pêcheur, qui l’a fend le premier. Cet ufage eft établi entre les' pêcheurs qui tiennent à honneur d’avoir pris plus de poiflons que leurs camarades. i
- 464.. Les matelots de Grandville obfervent entr’eux une jurifprudence différente. Dans le cas dont il eft queftion , ils adjugent la morue à celui qui a fait le premier mouvement pour la haler à bord. 0 • '
- 46Ç. Les garçons de bord ni les moulfes 11e jettent point la ligne ; ils font leur fervice dans l’entre-pont & la cale : au relie , il n’y a qu’eux & les malades qui'foient difpenfés de prendre la ligne > le chirurgien mèmè entre dans un barril, quand il n’eft pas occupé ailleurs. r ' ' > ;
- Différentes manierez de retirer les haims des morues. r
- 466. Si l’haim n’eft pas fort avant dans le golîer ,-il fuffit *de palfer la
- main gauche fous une des ouïes & de dégager l’haim avec la main droite, comme fait le pêcheur A ou B , fig. r, pl. IF; ou bien ils faifilfent l’haim avec les doigts de la main* droite qu’ils entrent dans la; bouche ; & appuyant la main gauche fur le corps pour l’alfujettir, ils font tourner l’hainï C ,fig. 1, afin de le détacher des parties ou il s’eft engagé ,i& enfuite ils le retirent aifément ; mais lorfque l’haim eft -plus avant dans le corps de la morue, ils déchirent avec le doigt une peau très-déliée qui eft entre les ouies & la langue , puis avec ce même doigt ils dégagent l’haim, qu’ils retirent par la bouche, en tirant la ligne comme le fait le pêcheur B. Nous avoirs repréfenté les* matelots qui retirant des haims, en le&fuppo-fant à terre & hors du 1 bâtiment,'pour faire mieux appercevoir leur fai-çon d’opérer. : ü-, c ' ; J vq * • . :
- ' ; : i-o.i ru; •; 'in . > i'
- - • Opérations qü'oiï-fait quand on a retiré l'hàim. > >
- 467. Quand l’haim eftlretiré, le pêcheur pique la morue par le1» derrière de la tête à l’élangueur-dont'nofts-aVorts parlé , qu’if-a'auprès de luialors elle a la bouche ôuverteg^omme Celle qu’cn* «voit eu Df, pLF> fig. 1, où-on-l’a .rèpréfentée attachée-à un pïquoif pourcrendre:la dhop?' plus fenfible. Auffi-tôt, dansperdre de bemsg; if amorce l’haim qu’il dhetirë, & le remet a l’eàu Vpuis il détache lesdangues'commenousfalionS'fexpUquer.
- Manière
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- Se ct. I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. Maniéré de détacher les langues.
- 468. Quand les pêcheurs ont retiré l’haim , ils accrochent donc la morue , en la piquant par le derrière de la tète à peu près entre les deux yeux , au petit infiniment de fer qu’ils ont à côté d’eux , & que nous avons dit qu’on appellait élangueur ou diguet ; ou pour les morues feches qu’on prépare fur l’échafaud, on les pique à un crochet: alors la morue ayant la bouche ouverte , le pêcheur rétablit l’appâta fon haim & le remet à l’eau y fur-le-champ il fe retourne du côté de la morues il enfonce un couteau pointu auprès de l’articulation de la mâchoire inférieure avec la fupérieure en a, fig. % , pi. IV, qui repréfente une tète de morue vue par-deifous s & en fuivant l’os de cette mâchoire , il coupe tout ce qui fe rencontre jufqu’à l’endroit du barbillon b. S’il a fait cette opération du côté droit, il enfonce la pointe de fon couteau auprès de l’articulation de la mâchoire inférieure du côté gauche c3 & en fuivant l’os de cette mâchoire jufqu’à ce que cette incifion ait rencontré la première en b ; 'toute la partie charnue abc, qui était comprife entre la bifurcation de la mâchoire inférieure, tombe comme une bavette qu’il fépare par une incifion tranfverfale a c, qui s’étend depuis l’articulation de la mâchoire du côté gauche jufqu’à l’articulation de la même mâchoire du côté droit : c’eft cette portion de chair que les pêcheurs appellent la langue de La morue, quoique la langue ne faffe qu’une portion de ce qu’on a enlevé; car la langue proprement dite , ne fait qu’un petit morceau de chair figuré èn croilfant.
- 469. Quand on prépare à terre la morue feche , comme nous l’expliquerons dans la fuite , on fait cette opération fur l’étal s niais 011 11e détache les langues que des grolfes morues.
- 470. Quelques-uns détachent encore au-delfous de ce qu’on nomme la langue, un petit morceau cartilagineux qu’ils nomment le colibet, qui fait un manger alfez délicat, mais ce n’eft qu’une bouchée : en fuite le pécheur donne un coup de couteau depuis le colibet jufqu’à l’anus, pour retirer i’efiomac qu’ils nomment meulette, dans lequel il trouve aifez fou-vent des appâts dont il garnit fon haim. Quelques-uns, mais rarement, mettent à part I’efiomac qu’ils font tremper dans de l’eau , le lavent & le battent comme du linge de leffive , puis ils le laiifent fécher; avant de le faire cuire , 011 le met tremper dans de l’eau pour l’attendrir ; alors les matelots le mangent comme des tripes de bœuf.
- 471. A l’égard des langues & des colibets , ils les falent à part, fou-vent pour faire des préfens à leurs amis ; en ce cas ils en font de petits barrils, ou bien ils les mettent en fel fous les morues.
- Tome X.
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- Article IX.
- .Préparation de la morue verte.
- 472. J’ai déjà dit qu’on préparait la morue , tantôt en rond & tantôt à plat, à la façon des Hollandais; de plus , on en fale en grenier ou dans des tonnes & barriîs. Nous allons parler de ces préparations ; & pour diftffiguer ces différentes méthodes , nous nommerons la morue ronde falée en grenier, morue préparée à la françaife ; & celle qu’on tranche à plat & qu’on fale dans des barrils , nous l’appellerons , pour la diftiii-guer de l’autre, à la hollandaife, quoique cette méthode fe pratique dans plusieurs ports de France. Je commence par la préparation de la morue qui fe nomme à la maniéré de France.
- Préparation de la morue à la maniéré de France.
- 475. Derrière les pécheurs, fur le pont, eft une table , pl. IV, fig. 3 ? qu’on nomme l'étal, à un bout de laquelle fe met l’ététeur d , & à l’autre Féventreur ou habilleur e. Un moufle placé à gauche de l’habilleur , emporte les nauts qui tiennent à l’arête : on le voit dans fon barril, à la pl. III, fig. 1 , au milieu de la table, entre l’été-teur & l’habilleur. Auffi-tôt que la morue eft élanguée , l’ététeur d la prend pour la décoller : c’eft prefque toujours le maître charpentier qui eft chargé de cette fondion ; il eft dans un barril femblable à ceux des pêcheurs; mais fon tablier eft fait d’un cuir plus Toupie, afin qu’il puiffé mieux agir , & ce tablier eft plus ample pour le garantir du fan g & des vuidanges du poiffon qu’il eft chargé d’ôter aufti-tôt après qu’il l’a étèté-Ses bras font garnis de braffards de cuir; il a aufli les quatre doigts & le deifus de la main garnis & enveloppés de manigots d’étoffe. Son couteau N, pl. II, fig. 1 , nommé étêteur , a deux tranchans ; la lame eft longue de fept à huit pouces , & large de trois quarts de pouce ; le manche , qui eft de bois, a quatre ou cinq pouces de longueur. Cet officier d, pl. IV, fig. 3 , prend à la fois deux poiffons qu’il met fur foii étal ou établi; cependant il les étête l’un après l’autre ; pour cela, il fait porter à faux la tète fur le bord de la table, pour rompre la grolTe arête.
- 474. Les pêcheurs du bel A A laiflent tomber leurs morues élanguées dans le parc aux morues qui eft fous la lilfe du dos des pêcheurs. Un garçon de bord porte avec un piquoir les morues que prennent les pêcheurs de la galerie-, & les jette dans une gouttière de bois pour les mettre à portée de l’ététeur, à mefure qu’il décolle les morues qu’il a rnifes iür fon étal, & il fait tomber les tètes dans un parc particulier, qui eft
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- Sect. I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport,
- derrière lui à ftribord : c’eft ce parc que vuide tous les foirs celui qui fe trouve avoir produit moins de langues que les autres.
- 47ï- Quand la morue eft décollée, l’étèteur retire toutes les entrailles pour les jeter ( 17) : quelquefois il conferve le cœur & la rate pour fer-vir d’appât j mais il réferve foigneufement le foie, qu’il met dans un bar-ril qui a une échancrure à un côté de fon embouchure qu’on voit en B , pl. III. On met un chantier en-deffous , pour faire pencher le barril vers l’étèteur , afin qu’il puilfe y jeter les foies commodément.
- 476. Quand 011 veut faire de la réfure, rave ou rogue , pour la pèche des lardines, ce qui n’eft pas à négliger, on conferve à part les œufs pour les faler,
- 477. La' rave ou rogue eft un paquet d’œufs enveloppés d’une membrane ; il y en a qui pefent une ou deux livres, fuivant la grandeur des morues j 011 les fale à part dans des barrils. Cette rave eft un excellent appât pour attirer les fardines : les pécheurs Bafques la vendent aux Efpagnols de la côte de Bifcaye depuis 60 jufqu’à 120 livres la barrique pelant environ cinq quintaux.
- 478- L’étèteur ayant fait fon opération, il pouffe la morue à l’habilleur e , pl. IV, fig. 2, que l’on voit vis - à - vis de l’étèteur, à l’autre bout de la table ; c’eft ordinairement le capitaine ou le pilote qui fait cet office. Il fe met pour cela dans un barril , comme les pêcheurs ; il a devant lui un petit tablier de cuir ; le bras gauche eft dans un braflard de cuir , & la main eft couverte d’une moufle ou mitaine 5 il tient de la main droite le couteau qu’011 nomme habilleur ou couteau à habiller, qui a la forme d’un petit couperet, large & quarré par le bout, & dont la lame a environ huit pouces de longueur fur trois de largeur ; le manche , proportionné à l’inftru-ment, eft plus gros que celui de l’étèteur. Il eft repréfenté en M ,pL //,
- fig- i-
- 479. La fonction de l’habilleur confifte à ouvrir la morue depuis la gorge jufqu’à l’anus, appellé improprement nombril^&L à ôter dans cette étendue la groffe arête , ce qu’on nomme défojjer ; puis il fait tomber le poif. fon par une ouverture qui eft au milieu de la table , & qu’on nomme éclaire, dans une efpece de tuyau quarré, qui répond à l’entre-pont ou à la cale, fuivant la grandeur du bâtiment. On voit, pL II, fig. 1, une morue habillée qui tombe dans la cale où eft le faleur.
- (17') On fait que dès que les bâtimens un inftinét admirable , accourent pour fe pécheurs arrivent fur le grand banc, ils fe nourrir des dépouilles des morues que les trouv ent environnés d’un nombre infini d’oi- pêcheurs ne manquent jama is de jeter à la féaux de différentes efpeces, oui, guidés par mer.
- N ij
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- IO0 TRAITE' DES F E C H E S. Partie II.
- 480. L’habilleur jette l’arête au petit garçon qui eft à fa gauche, & qu’on qualifie de notier ou dç nautier. Ce moufle, avec un couteau qui n’a qu’un tranchant, détache la naut ou noue de l’arête, & il la met dans une manne qui eft à fa portée. O11 fale à part ces noues avec ce qui relie de langues & autres parties des tètes qui n’ont pas été confommées par l’équipage. Comme le moufle qu’on voit dans fou barril,/?/. Il I, eft près de la lifle de ftribord, il jette l’arête à la mer.
- 481* Les ifliies , langues & noues qu’on fale à part, tournent ordinairement au profit de l’équipage, quand ils ne font pas falés à part dans de petits barrils pour en faire des préfens ; car ces parties font regardées comme un mets délicat, fur-tout les noues, qui font les veffîes a air j on fale en grenier fous les morues , celles qu’on ne met point en barrils.
- 482. Nous avons dit qu’un novice fe fert d’un piquoir pour approcher de l’étèteur les morues que prennent les pêcheurs du bel. A l’égard des morues qui proviennent, de la galerie, un garçon de bord les prend avec un piquoir, & les met dans une efpece de gouttière , d’où elles fe rendent en gliifant dans un parc qui eft placé fous l’étal : tout celafe voit pl.ll ,fig. r.
- 483- L’étal fur lequel on décolle & habille , eft une table placée à ftribord entre les deux gaillards ; elle s’étend depuis le milieu du pont jufqu’af. fez près du plat-bord. S’il y a deux étèteurs & deux habilleurs , comme c’eft aflez l’ufage dans les grands bâtimens , un bout de l’établi eft occupé par deux étèteurs , & l’autre par deux habilleurs ; on n’en a repréfenté qu’un à la fig. 3, pour éviter la confuiion.
- Des noues, noes , neaux ou nauts, que les Bafques appellent mentana.
- 484* Nous avons dit qu’un moufle était occupé à détacher de l’arête ce qu’on appelle noues ou nauts. Il eft bon de dire que c’eft la veffie à air de la morue, qui eft repréfentée en A A,/?/. /,7%. 6. Cette veffie eft formée de deux membranes qui, étant réunies, forment une poche remplie d’air j. ces membranes épaiifes au moins de deux lignes , forment une poche de fept à huit pouces de long, trois ou quatre, de large, qui eft attachée haut Si bas à 1 arête de l’épine, & aux parties circonvoiiin.es j les côtés & le milieu n’ont aucune adhérence : cette veifie eft épaifle (St formée d’une fubft-tance geiatineufe fort délicate & agréable à manger quand elle eft fraîche ; elle eft même aflez bonne quand elle a été falée. Cette fubftance fe trouve dans plufieurs fortes de poiifons , particuliérement au shaid , qu’on pèche auprès de Vienne en Autriche, ainfi que dans les efturgeons ; Si c’eft avec elle qu’on fait en Ruftîe la belle colle de poilfon.
- 485* M. Deshaies, commiflâire de h marine à Grandviîle, très inftruit,
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- Sect. I. De la morue , & des poijfons qui y ont rapport.
- & qui s’intéreffe fort particuliérement à la perfe&ion de mon ouvrage, m’a envoyé un pain de colle faite avec une de ces veffies : elle n’eft pas auffi belle que celle qu’on nous envoie de Ruffie j cependant elle eff fort bonne. Le jeune homme qui l’a préparée fur le banc de Terre-neuve , l’a faitfécher après avoir ôté le plus qu’il a pu des membranes , les ligamens , les bavures c, qui font autour de la veffie ; puis il l’a fait fécher , l’ayant en. filé avec une baguette ou une corde : ainfi il l’a préparé comme on fait en Ru/fie la veliie de l’elfurgeon pour en faire la belle colle de poliron.7 Comme cette colle eft chere, je crots que les pêcheurs de morue trouveraient plus de profit à faire préparer par une couple de moulfes les noues encolle, qu’a les faler pour les vendre en Europe, & les noues falées ne font point propres à faire de la colle. Pour fe fervir de cette colle, on la réduit en petits morceaux, on la fait tremper quelques jours dans l’eau , & l’on finit par la faire bouillir. On ne ramaife les noues que des grolfes morues , & on néglige celles des petites.
- Remarque fur la façon d'habiller la morue verte.
- 486. On a pu obferver que l’habilleur n’ouvre la morue que jufqu’à l’anus, comme on le voitph IV, fig. 4. £ la repréfente du côté du dosj F, du côté du ventre,
- 487* La. raifon de cette pratique eft l’ufage où l’on eft en France de faler les morues de Terre-neuve, enforte qu’elles confervent une forme arrondie du côté de la queue , ce qui les fait nommer morues rondes.
- 488. Comme les Anglais qui font la même pêche , ôtent toute l’arête , ils ouvrent la morue dans toute fa longueur , & l’habillent à plat : auffi donne-t-on à ces morues le nom de morues plates, pour les diftinguer de celles qui font préparées à la françaife. On voit dans la même figure G une morue plate du côté du dos 5 &LI, la même morue du côté des chairs. Les Hollandais habillent de même à plat les morues qu’ils mettent en barril. Il y a auffi des morues feches, les unes plates & les autres rondes ; nous en-parlerons^ l’article fuivant.
- Maniéré de faler la morue en grenier, fuivant Puf âge de France.
- 489* Pour mettre les morues dans leur premier fel , on a foin de faire entrer le plus de fel qu’on peut dans le corps ; on en frotte toute la peau de la morue, ce qu’on voit dans la cale du vdiffeau ,/?/.///, fig. 1 ; en-fuite on les range dans un endroit particulier de l’entre-pont, ou de la cale, couchant les morues de faqon que les queues aillent en baillanti on
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- io2 TRAITE' DBS PECHES. Partie n.
- les couvre d’une couche de feî, 8c on met d’autres morues deflus 8c à côté ries premières A ,/>/. IF,fig. Elles’ retient ainfi en piles, pour jeter leur eau & leur fang , ce qui dure vingt-quatre ou quarante-huit heures, fuivant que la pèche oblige de hâter le travail, ou qu’elle permet de le faire â faife.
- 490. Les moulles apportent le fei au faumureur , fur des pâlots ou palettes qui ont un manche fort court.
- 491* Quand les morues ont fuftifamment rendu leur eau 8c leur fang, 011 les fale à demeure ; pour cela on les change de placé, & on les arrange en piles dans l’entre-pont ou la calef, comme 011 le voir derrière le faleur qui travaille dans la cale du bâtiment, fig. 1 , pL III. Au relte , tout ce foin regarde le faleur. '' '
- 492. Pour former ces piles, on fait avec des bûches & des fagots ou des branchages fecs un fardage ou plancher , qu’on recouvre de nattes ,fur lef-quelles on met une couche de fel. Ces premiers lits font faits des ilfues que nous avons dit qui tournaient au profit de l’équipage. On arrange enfuite les morues par lits , entre chacun defquels on met une couche de fel, pour qu’elles 11e fe touchent point: il ne faut cependant pas en mettre trop ; cette fur-abondance de fel déprécierait le poiifon. On éleve quelquefois les piles jufi-qu’au-delibus du pont, ce qu’on appelle barotter ; ce travail eft rtrès-fatigant. On voit ,/>/. lV^fig. 1 , une morue qui tombe de l’étal dans la cale, ou elt un faleur en travail, & des piles de morues qui s’étendent jufqu’aux barreaux du pont, car ce bâtiment n’a qu’un pont avec deux grands gaillards.
- 493- L’office du làleur ne lailfe pas d’ètre important; c’eft fouvent de fou attention que dépend la bonne qualité de la morue: aufîî choilit-on ordinairement un homme de l’équipage qui foit au fait de ce travail ; & les Normands, ainfi que les Bretons , l’engagent fous ce titre avec une paie un peu plus forte que les lignotiers. Cependant les Olonnais confient ce travail à des garçons de bord.
- 494. Dans les grands bâtimens on diftingue le faumureur qui met les morues en premier fel, du faleur qui les fale à demeure ; mais dans les petits, un même homme Fait les deux fonctions.
- 49C Dans les vailleaux Normands, le faleur eft prefque toujours habillé de toile ; il a , comme le refte de l’équipage, des fabots, chautfure convenable pour des gens qui doivent être perpétuellement dans l’eau, 8c cette chaudure groftiere 11e les empêche pas de monter haut, & de faire le fervice du bord. Ils n’ont point de tabliers, mais des guêtres de toiles eh plufieurs doubles , & goudronnées. Ils garniifent quelquefois leur main droite avec des mitaines de cuir. Nous avons dit que la plus grande fatigue des faleurs eft quand il faut former de hautes piles de morues, comme lorfqu’il faut barotter.
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- Sect. I. De la morue, & des poijfons qui y ont rapport. 103
- 496. Quelques -uns ont l’attention de mettre les grandes morues aux premiers rangs, les moyennes deifus , & les petites au haut du tas ; la plupart négligent cette précaution qui eft fort embarrafiante , & n’eft pas d’une grande utilité.
- 497- A l’égard des langues , colibets & noes, on jette deifus du fel avec une pellei pour que les ilfues s’en chargent fuffifamment, on les retourne, puis on les place dans le bâtiment fous les morues. Quand au débarquement on a ôté les morues ,on trouve les langues , noes , &c. on les met avec la pelle dansydes paniers pour les monter fur le pont, & là 011 les décharge dans une cailfe de bois dont le fond eft de grillage/ou dans une efpece de crible quarré qui eft monté fur deux brancards, ce qui forme comme -une civiere. Deux hommes prenant ces brancards chacun par un bout, criblent ces langues & noes, pour leur ôter ce qu’elles ont trop pris de fel ; puis on les arrange dans des barrils qu’on enfonce, où ces ilfues lè confer-vent long-tems fans fe gâter.
- 498. Lorsqu’on veut apprêter les langues dans les cuifines, il faut les
- faire tremper dans de l’eau , pour les attendrir & les delfaier; mais à l’égard des.noes, il ne .faut >que les (laver. (
- 499. Les Anglais qui pèchent fur le banc, ont coutume de ne mettre leurs morues grandes ou petites qu’à dtmi-fd, & ils ont de petits bâtimens qui les portent à terre , où après les avoir lavées & laiifées peu de tems tremper , ils les font un peu fécher, & enfuite les falent à demeure , s’ils veulent faire de la morue ye-rte.
- ?oo. Ces mêmes petits bâtimens fe chargent de nouveaux appâts, & retournent au lieu de la pêche.. Ils vont &, viennent ainfï tous les quinze jours ou trois femaines, ou au moins tous les mois. Quand ces morues arrivent à terre, ils les préparer^ en vert ou en fec , comme ils le jugent à propos.
- Des circonfiances qui font que, les montes falêes en vert font de bonne ' • . , : qualité.
- t , , 1 i /. ( '
- îor. Quoique les attentions qu*on apporte à bien faler la morue, foient un article important pour en avoir de bonne, néanmoins la perfection de ce poilfon dépend encore de pjulîeurs autres circonftances.. I. La morue, comme tous les autres poiifons , êft mollaffe & de mauvaife qualité dans le,tems du frai. 2. Quand il régné des chaleurs confi-dérables , on ne peut pas efpérer de faire d’auffi bonnes falaifons que quand il fait frais. 3. Les pêcheurs prétendent que .dans certaines faifon?, les morues fe nourrilfent de bourbes ,ou orties vagantes qui flottent à-la .fur.
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- face de l’eau , & que cette nourriture communique une mauvaife qua. lité à la chair de ces poilfons. Les meilleures faifons pour les falaifons de morue font donc le printems & l’automne. 4. Nous venons de faire ap-percevoir les inconvéniens qui arrivent quelquefois l’été: en hiver, outre qu’on craint d’ètre pris par les glaces, on ne trouve que de petites morues , principalement fur les battures. 5. Le choix du fel eft encore un article important. On penfe unanimement que le fel deBrouage, anciennement lait, qui a perdu fon âcreté & fon amertume, eft préférable aux l’els blancs, & qu’il communique à la morue une délicateife préférable à la blancheur que leur procurent d’autres fels.
- Du fel de retour de campagne•
- S02. Les pêcheurs qui ont été fur le banc de Terre - neuve , rapportent affez fouvent du fel, qu’ils diftinguent en deux efpeces : ils appellent l’un fel neuf, & l’autre fel vieux.
- ^03. Les fels qu’ils appellent neufs de rapport, font ceux qui étaient deftinés aux falaifons & qu’on 11 a pu employer , foit à caufe de la ftéri-lité de la pêche , foit que d’autres raifons aient obligé de débanquer avant que d’avoir pu faire une pleine cargaifon. Les pêcheurs prétendent que ces fels ont contracté une mauvaife qualité en féjournant fur la mer , que leur force eft émouffée ; & ils aflurent que plufieurs ont perdu leur cargaifon , pour avoir employé ces fortes de fels , & qu’au moins les morues avaient la chair rouge, ce qui déplaît aux acquéreurs.
- 504. Ils prétendent encore, & je crois que c’eft mal-à-propos, que l’altération de ces fels vient de ce qu’011 les a remués & qu’on a brifé le grain en les chargeant & les déchargeant ; car ils font cas des fels qui font en gros grains. Nous ne voulons pas affurer que les fels de retour foient aulîi bons que ceux qu’on tire de Brouage ; mais il pourrait bien être qu’on aurait attribué aux fels l’altération des morues qui auraient été pêchées & mifes en fel en mauvaife faifon , comme nous l’avons dit plus haut; car quand on faifait le commerce du nord , on y vendait aufli avantageufement les fels de retour que ceux qu’on tirait de Brouage ; & on s’en fert avec fuccès pour la falaifon du hareng.
- SOf. Je foupqonne encore qu’on bonifierait ces fels , en les expofant à l’air & aü foleil , ou en tas, fous des hangards ; & cela parce que les fels qui ont féjoumé dans la cale ayant contracté beaucoup d’humidité , falent moins que ceux qui font fecs ; d’ailleurs les fels fecs peuvent contribuer à la confervation de la morue ,en le chargeant d’une partie de fon humidité , ce que ne peuvent pas faire les fels humides ; mais il ne faut prendre ceci que comme des vraifemblances. 501?.
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- 506. Les pêcheurs nomment vieux fel de retour, celui qu’on trouve quand on défait les piles de morues, tant celui qui iêrvait de lit au bas des piles , que celui donc on les couvre, ou encore celui qui fe détache des morues même. Une cargaifon de vingt milliers de morues produit quelquefois plus de deux muids de ce fel ; mais il ne peut fervir qu’à làler des cuirs ; & quand on trouve à le vendre, ce n’eft que fur le pied de 12 ou 15 livres le muid : en ce cas, les armateurs le font jeter à la mer , pour éviter les frais de mefurage. Cependant il y en a qui s’en fervent pour faire des falaifons en le mêlant avec du fel neuf; quelquefois même ils le troquent pour du fel neuf, en en donnant trois tonneaux pour un de fel neuf.
- 507. Dans les provinces où il y a gabelle , les conventions des pêcheurs de morue avec les fermiers généraux font différentes dans les dif-férens ports. Par exemple , à Fefcamp & Grandville , ils fourniffent ce fel à 90 livres le muid , mefure de Fefcamp, qui eft plus que double du muid de Brouage , & ils permettent aux pêcheurs de Dieppe de faire venir de Brouage pour leur compte le fel dont ils ont befoin.
- De P huile de morne. _
- ?C>8. La vente des morues eft affurément le principal objet des pèches qu’on fait fur le banc de Terre-neuve. Néanmoins on ne doit pas méprifer l’huile qu’on retire de leurs foies, d’autant qu’elle eft beaucoup plus efti-mée que celle de baleine , & que cette vente fait un objet aifez intéreifant.
- 509. Nous avons dit que l’ététeur dépofait les foies dans un barril qu’il a à portée de lui; on les met enfuite dans des futailles que les pêcheurs Normands appellent charniers ou foafjîers.
- <jio. Quelques - uns les mettent d’abord dans un panier , & vont en-fuite les dépofer dans le charnier.
- 511. Ces charniers qu’on tient debout fur un de leurs fonds , font ordinairement placés fous le gaillard d’avant, étant retenus par des taquets & amarrés avec des cordes pour que le roulis ne les renverfe pas : les foies s’y corrompent , & l’huile s’en fépare. Cette réparation fe fait plus promptement en été qu’en hiver ; & comme c’eftfous le gaillard d’avant qu’on fait la cuifîne , elle produit une chaleur qui avance la féparation de l’huile. On laiffe de tems en tems égoutter le fang & la lymphe par des trous qu’on fait à deffein, un peu au-deffus du fond , & que l’on ferme quand on ap-perqoit que l’huile qui fumage commence à couler.
- 512. On retire enfuite l’huile, qu’on entonne dans des barrils deboidoii
- Tome X. O
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- ÏOS TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- qui ont été vuidés pour la confommation de l’équipage*; fuivant la gran-deur des bâtimens & le fuccès de la pêche , on en remplit 5 , 6>7 ou S barrils.
- 513. Dans les navires anglais qui font la pèche de la morue verte » l’huile appartient à l’équipage , à moins qu’on n’ait fait des conventions contraires.
- 5 54. Anderson rapporte , Hijloire naturelle, d'Islande, tome I, pag. 220> que les Islandais ont grand foin d’amaifer les foies des morues ; ils les mettent dans des tonneaux, où iis les laiffent fermenter & fondre pendant environ fix femaines ; après quoi ils retirent l’huile qui s’eft féparée d’elle-même. Souvent ils la mêlent avec l’huile de baleine , fans les faire bouillir > mais enfuite ils font bouillir le marc, & en retirent une huile moins bonne, qu’ils mêlent avec d’autres de même genre , ce qu’ils nomment» thran brun ; ils vendent le tout aux marchands. Danois»
- 51 S* L’huile de morue fert aux mêmes ufages que Gelîe de baleine. Oiî en brûle dans les lampes, & les tanneurs en emploient beaucoup.
- 5i(j. C’est avec de l’huile de poiifon , trrée de la morue, de la baleine * &c. & mêlée avec du fain-doux & du noir de fumée, qu’on noircit les cuirs des équipages. Cette huile a le défaut de fentir mauvais ; mais elle nourrit mieux le cuir que toute autre,parce qu’elle 11e feche point; & à caufe de cette propriété, elle, ne vaut rien pour les peintures. On en brûle dans les lampes, & on s’en fert dans les navires pour s’éclairer , excepté dans la cale, où l’on 11e brûle que de la chandelle. Pour que cette huile brûle mieux dans les lampes, on la dépure par précipitation en la faifant paiferdetems en rems d’un vafe dans un autres alors elle fait une plus belle lumière & ne produit pas tant de fuie.
- De la rêfure.
- f 17- La réfure , rogue , graine, rave , rabe , rêve, rebe ; car tous ces termes patois font fynonymes : cette fubftance qui fert fur les côtes deBretagne-a pêcher la fardine, n’eft fouvent autre ehofe que des œufs de morues qu’on fale dans des barrils.
- 518. Comme les pêcheurs Normands ne font pas ufage de cet appât à leurs côtes , ils jettent les œufs à la mer. A l’égard des Bretons & des Olon-nais , ils en trouvent le débit chez eux , & pour cette raifon ils ont coutume d’en faler. Il effc fâcheux & étonnant que les vaiifeaux français qui vont à la pèche de la morue , ne nous.rapportent que très-peu de rogues , & qu’ils jettent à la mer les œufs des morues, au lieu de les faler, puifqu’une barrique du poids de trois quintaux fe vend quelquefois en France jufqu’à
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- & CT. L De la morue » S? des poiffom qui y ont rapport. 107
- 3o ou 40 livres j car il s’en fait une grande confommation. Les pécheurs de Hollande & du nord, qui font plus attentifs à tirer parti de tout, mêlent .fouvent dans un même barril les œufs de diverfes fortes de poilfons, -nous vendent cette réfure, & en retirent un bénéfice dont nos pêcheurs devraient profiter. Il eft vrai que l’ordonnance ne permet pas l’ufage de la réfure mal conditionnée, & que communément la réfure étrangère mérite une préférence qui tourne au préjudice & à la honte de nos pêcheurs , qui retireraient un profit honnête de la réfure, s’ils la falaient avec plus de foin qu’ils n’ont-cou tu me de le faire} d’autant que les Efpagnols donnent la préférence à la rogue que leur fourniflent les donnais fur celle qu’on leur apporte du nord} &en fournidant aux pêcheurs de fardine de cette bonne réfure , on dégoûterait les petits pêcheurs d’en faire avec du frai ou des poilfons qui ne viennent que d’éclorre , ce qui fait une mauvaife réfure & occalîonne une grande deftru&ion depoilfon: c’eft cette réfure qui eft particuliérement profente par l’ordonnance.
- Art icle X.
- Déchargement de la morue.
- 519. Quand les bâtimens de retour font rendus aux ports de leur defti-nation , il eft queftion de les décharger ( ig). Pour cela on tire de la cale fles morues par braffées, & on les porte fur l’établi ou fur une place ,pl. IV, fig. f , où efl: le trieur juré, qui doit connaître à la yue la différente qualité des morues, pour les féparer fuivant leur degré de bonté, & en former des lots.
- o. Quand un bâtiment chargé de morue eft entré dans le port de Dieppe, on établit fur le pont une table qui eft fouvent pofée fur deux barrils } le trieur fe met devant cette table, & il a une mefure qui lui fett à décider celles qui doivent être réputées marchandes d’avec celles qui 11e le font pas } on les lui préfente deux à deux : quand avec fa mefure il en juge une marchande , il en couche deifus une de même longueur , & il jette derrière lui furie pont celles qui ne font pas alfez grandes.
- r. Il y a fur le quai un matelot à qui on les porte} il les compte par deux, & quand il en a reçu un cent ,il fait une entaille fur un morceau de bois, puis on les porte au magafin fur des brouettes.
- (18) Comme rien n’eft plus aifé à con- fupprimé avec confiance la représentation cetoir, fans ie fecours d’aucune figure, en grand de cette opération toute limple qui qu’un vaUïeau qui arrive dans un port & du- fe voit dans l’original, quel on décharge de la marchandife, j’ai G ij
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- 10g TRAITE' DES PECHES. Partie W '
- 5:22. Pour qu’une morue foit réputée marchande, il faut qu’elle art deux pieds de longueur: s’il s’en manque feulement un pouce, on en donne deux pour une ; de plus , l’acquéreur peut rebuter un demi-cent de morues par mille, qu’on lui change pour d’autres morues plus grades & plus marchandes.
- 523. Lë trieur, après avoir vifité les morues, les appareille donc , & les donne par paires ou poignées à celui qui les livre , foit aux matelots qui les embarquent , quand on fait cette opération de bord à bord, foit aux brouettiers qui les reçoivent quand on les débarque à terre, ainfi qu’on le voit. C’eft ordinairement le pilote qui préfide à la livraifon des morues * parce qu’à mefure qu’il en fait la livraifon par mille , cent, ou à la poignée, il en prend le compte.
- 524. La poignée eft compofée de deux morues que le trieur a appareillées. Le cent contient 66 poignées, qui font 132 morues. Le mille eft de dix cents, au même compte, ce qui fait 1320 morues. Les petites morues que les Olonnais pèchent l’hiver fur les battures ,fe vendent au millier qui eft de douze cents.
- 525. Tous les pêcheurs des ports du Ponent vendent leurs morues à ce compte ; mais les Bretons & les Poitevins les livrent au petit compte 9 c’eft-à-dire , au cent de dix dixaines.
- 526. La morue verte qui palfe en Provence, sy vend au quintal, de même que toutes les autres denrées.
- 527. Une barrique de morue verte de la pêche desMalouins, efteftimé* à Marfeille trois quintaux, poids de table.
- 528. On fuit différentes pratiques dans le triage , & en Iotiffant les morues , chaque port ayant la fienne.
- 5 29. A Nantes la cargaifon d’un navire fe partage pour la vente en trois différentes fortes de poiffons : les grands, les moyens & les raguets , qui font les plus petits ; on les vend au cent.
- 530. A la Rochelle , Bordeaux , Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, on fait de même trois lots;favoir, i.le poiifon marchand, 2.1e moyen, 3. le rebut.
- 531. L’usage de Normandie eft peu différent de celui de Nantes , puisque les morues rondes s’y diftinguent en marchandes, triées & raguets. Ces trois efpeces font réputées , chacune dans leur genre , loyales & marchandes.
- 532. A Grandville on forme quatre claffes de la morue verte 3 favoir , I. la morue marchande qui eft formée des plus gros poiffons -, Z. la truie ou la plate , qui font des morues maigres & plates ; 3. la ragitée formée de morues de moyenne grandeur; â^Aecanceau, où font comprifes les plus, petites morues ; mais aucunes ne doivent être viciées.
- 533- On fait cette féparation au débarquement, foit pour les mettre
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- Sect. L De la morue* & des poiffons qui y ontrapport.
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- en magatën, foit pour les livrer de bord à bord , lorfque la cargaifon eft vendue fuivant fa qualité. Car quand elle l’eft , comme ils difent, cap & queue, il n’y a nulle diftin&ion depoilfons; tous font livrés à l’acquéreur comme ils Te préfentent, n’y ayant,de rebut que les gâtées & pourries ; mais quand le marché eft fait pour ne prendre que la morue marchande, les pièces (font choifies fur toute la cargaifon : ce font les plus grandes & les plus fortes de la première efpece.
- 534. La morue triée eft choifie après la marchande j elle fe vend toujours un tiers moins que la première efpece.
- 53 U Le raguet eft la plus petite des trois \ & quoique cette morue foit la plus délicate, elle fe vend moitié moins que la marchande j & cela eflr jutte, puifqu’elle fe vend à la pièce , & non pas au poidsv
- 536* S’il fe trouve des colins ou des lingues, ils ne paflent qu’au rebut , qui en outre eft formé de morues viciées & de valides. On nomme valides , celles qui font encore plus petites que les raguets ; & viciées, celles-qui ont quelques défauts , foit d’elfetice ,Toit de qualité, tels que d’êtrepeignées, de mauvaife eau , ejlropiées „ tachées , molle-falées ,*nattées , brûlées, mouillées , marinées ; mais le plus grand défaut eft celui de fentir la pompe & les épurins, ce qui rend toujours la morue noire & fouvent pourrie. Expliquons-.ces différens termes. ;
- 537. Une morue de mauvaife eau eft celle qui était malade quand on fît làlée 5 fa mauvaife qualité primitive a encore augmenté par la falaifon.
- 538* On dit qu’üne morue eft peignée , lorfqu’ayant roulé quelque te ms. fur le pont, une partie de fa peau eft déchirée , principalement à la queue & aux ailerons , enforte que les arêtes foient découvertes- Cette morue , quelque bonne qu’elle foit d’ailleurs , eft de rebut, ayant perdu l’œil de la vente.- ' r
- 539. Les morues dites eflropiées, ont été mal ouvertes en les habillant,, ou ont été mordues d’un requin ou- d'autres- poilfons voraces j ou enfin ceux qui les ont tirées des piles pour les livrer au- trieur,, ont arraché les-ftanchets. .
- 540* Les morues- dites' brûlées, .font celles qui ont été viciées- par des; fels de mauvaife qualité. Ainftce défaut eft toujours occafionné par le mauvais état du fel. :„
- 541* Quand la iàlaifon eft mauvaife , ou parce qu’on; a trop ménagé la fèl , ou parce qu’on en a employé de fort humide & nouveau ,-c’eft ce qu’ora appelle molle-falées; ce défaut fe reconnaît au maniement * & le trieur distingue aifément les morues qui ont ce défaut. ' , ,
- 542. Quand une morue a- été meurtrie' & qu'il y eft refté dufatîg, eomm'e-H; y a' des taches, on la pomme tachée^ au ;refte elle 11’eft pas entière mène
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- no TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- gâtée: les endroits où font les taches , font feulement plus durs que le fefte.
- ?43* Quoique Ie défaut qu’on nomme morue nattée, vienne d’avoir été endommagée par les nattes dont fe font les premiers lits"fur le plancher où on établit la pile, ces morues font abfolument mauvaifes, & on les jette pour l’ordinaire à la mer; elles n’entrent point dans le rebut.
- 544. Les marchands qui achètent la morue verte au compte,ne peu* vent pas être trompés, puifqu’ils les voient, les vifitent, & font en état d’en connaître la bonne ou la mauvaifè qualité. Il n’en eft pas de même quand on acheté des lalines en barrils ; lors même qu’elles font bien conditionnées, il y en a fouvent de li petites, qu’elles ne font pas de vente*
- ï'45. Les poiflbnnieres qui détaillent les morues à la détrempe, peuvent aifément tromper en vendant des lingues & autres efpeces de morues pour de la morue franche.
- 546. Quand le poilfon eft coupé, cette tromperie ne peut fe connaître qu’à la cuilfon : alors, ou la morue fe retire & devient prefqu’à rien , ou bien les unes deviennent comme de la pâte molle ; d’autres font Ci dures & coriaces qu’on ne peut les manger.
- Qualité de la monte -3fa confervation & fa dijlribution dans les diffê-rentes provinces.
- f47. On voit parce que nous venons de dire des défauts de la morue,' que la bonne morue doit en être exempte ; qu’elle doit être entière, avoir ^oute fi peau , être blanche, ferme, nullement tachée , & n’avoir point de mauvaifè odeur qui indique de la corruption.
- 548. Il faut la conferver dans des magasins frais, mais point humides. Avec ces attentions la morue fe conferve excellente jufqu’au printems ; les chaleurs l’alterent. Néanmoins on en mange d’alfez bonne toute l’année dans nos provinces feptentrionales ; mais ce poilfon 11e peut pas fupporter les chaleurs de la Provence & du Languedoc , encore moins être tranf. porté dans le Levant. On en a quelquefois fait des demandés pour Cadix; mais ces cas font rares : ainlî nos morues vertes doivent être diftribuées dans le royaume, & fouvent elles 11e fuftifent pas; nous fommes obligés d’avoir recours à l’étranger. _ r‘ '
- Ï49- Les vailfeaux moruyers reviennent du banc enfeptembre, octobre, novembre & décembre, fuivant que la pèche a été plus ou moins abondante.
- ïfo. On en mange en juillet & août d’excellentes , qui font préparées à demi-fel au nord de l’Irlandede TEcolfe i fur le Dogger’sbank * dans le$ mers d’Allemagne, &c.
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- .Se CT. I. De * la'morue ,&'dcs poijfohs qui y ont*, rapport, ,-iti
- ’ffi. Comme omeftime beaucoup à Paris la morue nouvelle, les bâti-mens qui peuvent revenir de bonne heure , vont décharger leurs morues dans quelques ports à portée de cette capitalevprhiripalement à Dieppe; mais la grande confommation de la morue fe fait en carême : ainû on de prelfe delà diftribuer dans les' grandes villes, avant ce tems avec des vailfeaux , par bateaux , en charrois , ou à dos de cheval. Car un marchand qui manquerait la faifon du grand débit, ferait des pertes confidérables, cette denrée ne pouvant pas fe garder d’une année à l’autre.
- 5f2. Les pêcheurs de morue verte, qui font^ partis de Gravelines, Grandville, Honfleur, Saint-Malo, &c. vont pour la plupart vendre leur poilfon à l’embouchure de la Seine ; d’autres portent prefque tout leur poif-fon à Nantes, la Rochelle & Bordeaux. En remontant la> Loire, on le conduit à Orléans , à Paris, en Auvergne , dans le Lyonnais, &c. & les morues fe diftribuent par terre dans l’intérieur des provinces adjacentes aux principaux lieux que je viens de nommer.
- Ï53. Presque tous les pêcheurs de haute & de bafleNormandie, après avoir fourni leur province, fe rendent au Havre & à Rouen , d’où , au moyen de la Seine , le poilfon arrive à Paris. Les pêcheurs de Honfleur trouvent le débit de leurs morues viciées dans le plat pays, où ils la diftribuent jufqu’à vingt-cinq ou trente lieues de chez eux.
- 5Ï4.' Lyon acheté la morue verte pour fa confommation, en poinçons^ paniers ou caques ; & les négocians tirent ces fàlines de différens endroits , fuivant qu’ils jugent en avoir un meilleur parti. C’eft alfez fouvent de Nantes , où le poinçon eft compofé de foixante-deux poignées, qui font cent vingt-quatre morues, ce que les marchands appellent le cent. S’ils la tirent d’Orléans, le cent de morue verte y eft de foixante-fix poignées : à Rouen on les vend de même à la poignée.
- La morue de Bordeaux & delà Rochelle fournit une partie de l’Auvergne j le tranfport s’en fait par des. bêtes de charge.
- 55*5. La Champagne & la Bourgogne font en bonne partie fournies par les pêcheurs de Honfleur. ' ;
- Les Olonnais trouvent à vendre'aux Bordelais les petites morues vertes qu’ils pèchent en hiver fur les battures & fur le banc à Vert (19).
- ( 19 ) Comme c’eft ici que fe terminent & du lieu où elle fe fait, & qui ont échappé les détails concernant la pêche de la morue, au favant auteur de ce traité. -félon la maniéré dont elle eft pratiquée par- Le grand banc de Terre-neuve eft-preft les Français, je placerai dans-cet endroit que toujours couvert d’une brume épaifle> quelques obfervations faites par des auteurs & froide, qui annonce qu’on en approche, de la même nation au fujet de cette pêche Sur toutes fes extrémités, que l’on nomme»
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- m T RA I T F D E S P E C MES. Partie IL
- Article X I.
- De la pêche de la morne, & de fa préparation à la façon de Hollande•
- ; f ï8- Quoique la plupart des pêcheurs Français tranchent les morues en rond & les Talent, en grenier , comme nous venons de l’expliquer, il y en a- néanmoins qui la tranchent à plat, & qui la Talent en tonnes ou en barril, ce que nous avons nommé façon de Hollande.
- Les pécheurs qui s’équipent pour faler leurs morues en tonnes on barrils, ayant befoin de beaucoup de futailles pour y mettre leurs morues, Te fervent pour faire leurs pèches , ou pour ligner , de futailles ordinaires , défoncées d’un bout; & quand la pèche approche de fa fin, ils les empliflent de morues', & les enfoncent, comme nous le dirons dans la fuite. On a encore l’attention d’embarquer, autant qu’il eft pofîible , les vivres dans des futailles , pour s’en fervir à mettre les morues qu’on Taie.
- 560. On embarque encore une douzaine de bailles ou baquets , qui ont trois ou quatre pieds de diamètre, pour laver les morues, avec autant de mannes pour les égoutter ; & comme il faut ménager la place autant qu’il elt pofîible, on a foin, pour .la commodité de l’arrimage, que les mannes foient de grandeur à entrer dans les bailles.
- 561. Quand on Te difpofe à;la. pêche , une partie de l’équipage prend des lignes , & les autres préparent les morues à mefure qu’on en prend.
- L 562. Les ligiïeurs ou lignotiers Te mettent à bas-bord , & font )eur métier comme pour la morue qu’on Taie en grenier. Voyez ce que nous en avons dit ; mais quand ils ont pris une morue, ils n’en ôtent point
- écores, régnent des vents impétueux ; & l’agitation continuelle des. flots qu’ils caufent, pourrait occafionner cet épaiffif-fement de l’air, d’autant plus que les eaux éprouvent de forts courans en fens contraire. Il n’eft pas inutile de dire que la première fois qu’on va fur ce banc, on eft obligé de fubir la cérémonie du baptême , comme en paflant la ligne ou le tropique. Ce banc eft couvert d’une prodigieufe quantité dç coquillages & de poiflons deplufieurs efpe-ces, qui tous fervent de nourriture aux morues. On peut juger du nombre innombrable de ces dernieres, en obfervant que depuis plus de deux fiecles & demi, on en charge chaque année .200 à 300 bàtimens , fans qu’on s’appercoive que la pêche diminue.
- Elle ne fe ferait pas avec moins de fuccès dans le golfe de S. Laurent & le long des côtes de l’Acadie, mais il ferait néceffairç pour cela d’établir des pêches fédentaires , c’eft-à-dire , des habitations qui pendant toute l’année feraient occupées par des pêcheurs , à portée non-feulement de profiter de toutes les faifons favorables, mais détenir prêtes des cargaifons en tout ou en partie, Sc avancer ainft le retour & conféquemment augmenter le bénéfice des bàtimens nationaux qui y arriveraient d’Europe. On fait 'combien les Anglais ont tiré d’avantages à cet égard, depuis l’époque du traité d’U-trecht, renouvellé depuis lors', par lequel la France leur cede en entier l’isle de Terre-neuve en toute propriété.
- la
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- Sect. I. De la morue, & despoijjons qui y ont rapport. 113
- la langue, & ne l’ouvrent point pour en tirer l’eftomac; ils la‘jettent derrière eux fur le pont, & eeux qui font deftinés pour la préparation du poilTon, leur ôtent la tête, non pas fur un étal, comme on le pratique au grand banc; ils attachent la morue par le derrière de la tête à un crochet qui tient à un poteau planté pour cela à l’arriéré du bâtiment. La langue elt la feule partie de la tète qu’ils confervent pour le commerce : on y trouve néanmoins beaucoup de chofes bonnes à manger fraîches. Ayant emporté la tète , & lailfé égoutter le fang, pour que la chair en foit plus blanche , ils ouvrent le poilTon jufqu’à l’anus , ils en tirent les entrailles pour amorcer les haims , & ouvrent l’eltomac qu’on nomme meulette, pour en tirer ce qui peut fervir à écher ou aquer; c’efi fouvent un coquillage du genre des tellines, dont les morues font alfez friandes.
- $63- Quelquefois l’équipage prépare ce qu’on nomme tripes de morne ; ce n’eft cependant que l’eftomac qu’on ouvre , qu’on lave , & qu’on bat comme un linge de leffive. On le fufpend à une Gorde pour le faire mortifier une couple de jours ; enfuite on le lave de nouveau , & on le fait cuire: alors il relfemble à des tripes de boucherie c’eft un mets médiocre, que les équipages mangent, mais qu’on ne fale point, & qui n’entre pas dans le commerce.
- ï64. On réferve foigneufement les foies pour en retirer l’huile 5 on ne détache les noues que des morues qui font grandes, & l’équipage en mange une partie.
- On fend le poiflon dans toute fa longueur , on en détache toute l’arête, excepté un petit bout vers la queue ; on coupe le bout des ailerons & des nageoires ; c’eft ainû que les morues font habillées à plat, G, H, pi. IV, fig. 4, & on les rernetà un moufle qui les lave dans de l’eau de mer , dont on a rempli une baille, de forte qu’il n’y relie point de fang : c’elt ce qu’on appelle enroquer. Quand les morues font bien lavées, on les met égoutter dans les paniers que nous avons dit qu’on apportait pour cela. . ,
- . f 66. Avant que les morues foiententièrement égouttées, 011 les paque, c’eft-à-dire, qu’on les arrange dans des barrils , en répandant, un peu de Tel delTus , ayant l’attention de mettre plus ’de fel dans le ventre qu’ail-leurs , parce que cette partie court plus de rifque de fe corrompre que le relie du poilTon. On lailfe les morues dans ce premier fel deux jours; puis on les verfe dans des bailles, & 011 les lave dans leur faumure ; 011 les met égoutter comme la première fois, & on les repaque dans les barrils d’où 011 les a tirées ;-mettant alternativement un lit de fel & un lit de morues ; mais comme il eft important que les morues foient bien preflees les unes contre les autres , on a un faux fond qui elt d’un moindre Tome X. P
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- diamètre que la futaille, formé de trois planches aflez fortes, & réunies par une barre qui les traverfe : 011 pofe ce faux fond fur les morues, & de tems en tems on monte defi’us pour les bien prefler les unes contre les autres , ce qu’on nomme fauter, pl. IV, C , fig. 7 ; puis on cherche les fonds qui appartiennent à chaque barril, pour les enfoncer : ce que fait le tonnelier. On le fert pour ce fécond pacage, de fel blanc raffiné à Etaples , ou quelquefois de fel gris. La morue ainfi mife en tonne eft en état d’ètre amenée en France , où elle doit recevoir de nouvelles préparations , ainfi que nous allons l’expliquer.
- Pacage de la morue en tonne, fuivant l'ufage du Tréport. (*)
- A l’arrivée des bâtimens, on met à part les barrils qui ont perdu leur faumure, & dont les poiiTons ayant fouifert quelqu’altération , ont befoin de palfer dans de la faumure nouvelle. Au refte , les uns & les autres font dépofés féparément dans les magafins ,jufquTà ce qu’on les en tire pour les paquer de nouveau.
- 568. Il faut, outre de grands magafins & une cave pour mettre le fel, un hangar fpacieux , pl. IV, fig. 8, fous lequel il y ait des cuves E , de deux pieds quatre pouces de hauteur , & de fix à fept pieds de diamètre, pour que fix à fept femmes puilfent travailler enfemble à laver les morues; des théâtres F formés avec des madriers & des membrures pour égoutter les morues comme nous l’expliquerons ; une prelfe G , fig. 9 , pour entalfer les morues dans les barrils ; enfin le tonnelier doit avoir des douves , du merrain , des cercles , des ofiers , en un mot tout ce qui eft nécef-faire pour mettre les barrils en bon état.
- 569. La cave au fel eft fermée de trois cadenats , un dont le propriétaire ou celui qui le repréfente a la clef ; la clef d’un autre eft entre les mains du receveur du grenier à fel, & celle du troifiemeeft eonfervée par le préfidentdu grenier à fel, qui juge les différends qui s’élèvent entre le propriétaire & les fermiers : ainfi il faut le concours de ces trois perfonnes pour conftater la quantité de fel qu’on tire de la cave , & celle qffion y met, foit de fel neuf, foit de fel de retour de campagne. On prend ces précautions , parce que les fermiers donnant le fel pour les falaifons à meilleur marché qu’au public, ils veulent être aifurés que celui qu’ils fourniiTent eft employé à cetufage.
- (*’ M. Fougeroux de Bondaroy, de Fa- us détail exad: de ces opérattens qu’il a TB cadémiedes fciences , ayant fait une tour- exécuter au Tréport, née en Normandie, a bien voulu me donner
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- Sect. T. De la morue ^ des poiffons qui y ont rapport, nç
- Ç70. Suivant ce qui a été dit plus haut, les morues ont été Talées & pa-quées deux fois à la* mer ; il s’agit à leur arrivée , de les paquer & faler une troifieme fois , pour les rendre marchandes & en état d’être confervées long-tems. Ce font des femmes qui font la plus grande partie de ces opérations, qu’on appelle falaifon à fel fec.
- 571. Les femmes vuident,dans une des cuves dont nous avons parlé, quarante-cinq à quarante-fix barrils de morues avec leur faumurc : quand les barrils manquent de faumure, on en fait de nouvelle avec du fel quon fait fondre dans de l’eau j car il faut qu’il y en ait allez dans la cuve pour que le poüfon y trempe.
- Î72. Lés femmes arrangées autour de la cuve y lavent les unes après les autres , toutes les morues. Pour cela, tenant de la main gauche les morues contre les douves de la cuve , de forte qu’elles trempent dans la faumure , elles les frottent avec un petit balai qu’elles tiennent de la main droite , ayant attention de ne point les écorcher. Quand elles ont répété cette opération trois ou quatre fois, elles mettent celles qu’elles ont lavées en tas dans la cuve même où eft la faumure.
- Î73. Elles prennent ces morues ainfi lavées , & les tenant par la queue, elles les trempent quatre ou cinq fois dans une baille pleine d’eau fraîche ; puis on les en retire pour les plonger de même dans une autre baille aufli remplie d’eau fraîche j & quand l’eau devient fale , on la jette & on y eu remet de nouvelle.
- '574. Lorsqu’on a ainfi lavé dans la faumure & dans deux eaux fraîches environ un barril & demi de morue , une femme prend l’une après l’autre les morues ainfi lavées , elle les vifite & ôte avec un couteau tout le fang qui peut être refté dans la chair j elle coupe toutes les bavures ; en un mot, elle retranche tout ce qui pourrait préjudicier à la blancheur & à la qualité de la morue ; elle les lave encore s’il le faut, & la morue eft en état d’être mife à égoutter fur le théâtre F dont nous allons parler.
- 57^. On forme ce qu’on nomme te théâtre, avec de fortes membrures qu’on couche fur des madriers qui fervent de chantiers, & l’on a foin de laitier un peu de diftance entre les membrures , pour que l’eau qui s’égoutte des morues puifle s’écouler.
- 57^* Le delfous du hangar eft pavé & en pente, pour que toute l’eau qu’on répand s’écoule par un ruilfeau.
- 577. Si les membrures qui couvrent le théâtre portent contre le mur, on revêt cet endroit de planches, pour qu’aucun gravier ne tombe fur les morues..
- Ç78. Ce théâtre eft donc deftiné à mettre les morues s’égoutter, & voici comme on les arrange fur les membrures»
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- uS TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- f 79. On plie quelques morues en deux dans le fens de leur largeur, pour . mettre la chair en-dedans ; on les arrange en long au foud de l’échafaud, pour fervir comme de chevet aux autres qu’on met en travers fur les planches. Les morues qu’on met en long fervent à faire que celles qu’on met de travers s’égouttent mieux étant en pente. On met les morues qu’on pofe de travers, & qui forment la pile, le côté de la tête en - haut, & les queues en - bas 5 ce qui fait, avec ce que j’ai appellé le. chevet, qu’elles font inclinées fur un angle à peu près de degrés- Ou continue à former la pile des morues qu’on veut égoutter, en mettant des lits de morues les uns fur les autres /ayant feulement foin qu-’au premier lit qui repofe fur les membrures , la peau foit en-defïbus & la chair en-delfus 5. . à tous les autres, on met la chair en-delfous & 1a. peau en-delfus, pour que la chair ne foit point frappée par l’air qui la jaunirait.
- 580.. On pofe ainlî des lits de morues jufqu’à former une pile de 30,4a ou 50 barrils de morues lavées, en un mot, de ce qu’011 a pu préparer dans une journée t le lendemain ou recommence la même opération.
- 581- On conçoit que le poilfon qui eft au bas des piles ,.étant charge par celui qui eft delfus , eft comme en prelfe , & qu’il s’égoutte mieux, que celui du haut des piles : c’eft pourquoi au bout de trois à quatre jours on change les. piles de place, pour mettre au bas des nouvelles piles les morues qui étaient au haut des anciennes : il eft important que ces morues ne foient point frappées par le foîeil, même lorfqu’elles font en barril ; c’eft pourquoi on fait toutes ces opérations fous un hangar.
- 582. Au bout,de huit jours que la morue eft fuftilamment égouttée, on la met dans des barrils qui font percés de plufleurs trous auprès du jable , pour que la faumure qui fe forme par la fonte du fel qu’on y ajoute,, s’égoutte j mais avant de les mettre en barrils, on les porte aux balances pour les peferj car chaque barril doit contenir 26o livres de poilfon, poids de marc , & 40 livres de fel blanc : fur quoi il eft à propos de faire remarquer que 260 livres de poilfon , poids de marc ou de 16 onces à la livre, équivalent à peu près à 300 livres, poids de Dunkerque,, dont la livre 11’eft que de 14 onces- , ,
- 583- On fait encore un triage des morues en les mettant aux balances , & on ôte les petites , les maigres & celles qui font molles , touffes ou viciées: cependant on ne rebute que celles qui font fort petites j car comme ce poilfon fe vend à la livre , ce triage n’eft pas aulîi important que quand on le vend au nombre..
- 584- Les morues étant triées & pefées ainlî que le fel , on les porte fous le hangar, pour les paquer définitivement en barril, comme nous allons l’expliquer»
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- Sect. I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport.
- Les femmes qui font chargées de mettre les morues en barril, commencent par mettre au fond une couple de poignées de fel ; elles mettent fur la chair de la morue un peu de fel, elles en replient les oreilles, & en contournant un peu le poiifon, elles lui font prendre la forme intérieure des barrils. Deux morceaux de morue font à peu près un lit ,les femmes le recouvrent d’un peu de fel , & elles continuent à remplir le barril, lit par lit, alternativement de morue & de fel.
- 586- Elles fa vent très-bien répandre exactement la quantité de fel qui doit entrer dans chaque barril.
- 587* Quand le barril eft à moitié plein , le tonnelier le faute, c’eft-à-dire , qu’ayant mis un faux-fond fur la morue , il monte & faute deflus, pL. IV, jîg. 7 , C. Quand.il les a ainfi bien preflees , il ôte le faux-fond , & les femmes achèvent de remplir le barril. Aflez fouvent elles font obligées de mettre quelques rangs de morues au-delfus des bords i en ce cas, 011 roule avec adreffe & fans rien déranger , ces barrils le long d’un poteau D, où il y a un fort cric, dont la crémaillère porte fur un faux-fond qui couvre les morues. Il faut tourner la manivelle du cric uniformément & doucement, Si finir quand les morues font au niveau du jable. Il nous paraît qu’on pourrait employer des preffoirs à vis plus (impies & plus commodes que le cric dont on fait ufage ; mais , quelque moyen qu’on ait employé pour comprimer les mornes, aufli-tôt que le jable eft découvert, on ôte le faux-fond , les femmes répandent fur la morue ce qui leur reftedefel des 40 livres qui doivent entrer dans chaque barril, le tonnelier met le vrai fond, ferre les cercles , & en met de neufs quand il en manque.
- 588. On finit par faire, entre le premier & le fécond cercle du jable, huit trous, par lefquels on paife une ficelle qui forme unelofange, & qu’on arrête avec un plomb qui porte l’empreinte du cachet de la ferme ; cette opération eft faite par un commis de la gabelle, ou au moins en fa pré-fence, pour conftater que le barril a été fidèlement paqué , «St qu’on y a employé tout le fel qui y était deftiné.
- De îa morue mife en tonne fuivant Pufage de Dunkerque.
- 589- Quoique la méthode des Dunkerquois différé peu de celle que nous venons de détailler , comme de petites précautions influent quelquefois beaucoup fur la perfection de la morue , nous croyons devoir la rapporter, mais ce fera le plus brièvement que nous pourrons.
- 590. Aussi-tôt que. les morues ou cabillauds, car ces deux noms doivent être réputés fynonymes, font amenées par les ligneurs à bord du bâtiment „ on leur coupe le cou pour les faire faigner ? afin que leur chair
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- en foit d’autant plus blanche ; enfuite on les éventre prefque dans toute leur longueur, puis on emporte l’arète, n’en laifîant qu’un petit bout à la queue , précisément comme quand on tranche la morue plate à la façon de Hollande j on met ce poilfon dans une baille remplie d’eau douce , pour le laver & ôter tout le fang, en le frottant avec un petit balai ; au fortir de l’eau, on le met dans un panier, où on le laide s’égoutter un quart-d’heure ou une demi-heure.
- f9i. On tire enfuite le poilfon de cette manne pour , comme l’on dit f le paquer ou l’arranger dans des tonnes défoncées d’un bout, mettant toujours la peau en - deflous, & faupoudrant fur chaque poilfon une petite affiette de fel blanc : on emploie ordinairement pour ce premier pacage quatre tonnes de fel pour quatorze tonnes de morue.
- 592. Le poilfon relie dans ce fel trois ou quatre jours, ce qui produit une faumure qui fert à laver le poilfon qu’on-tire de cette tonne , & on le repaque ou on l’arrange de nouveau dans d’autres tonnes, poudrant fort peu de fel entre les morues j & quand la tonne eft pleine, on verfe par-delfus environ une pinte de forte faumure.
- 593. A ce fécond pacage on emploie une tonne de fel pour quatorze tonnes de poilfon ; cette quantité de quatorze tonnes forme ce qu’on appelle un lot.
- 594. Chaque tonne contient depuis trente jufqu’à cinquante poilfons, fuivant leur grolfeur, & elle pefe plus de 300 livres.
- ?9f. Après le fécond pacage, ou lorfqu’on a changé les morues de tonnes , on les fait enfoncer & fermer exa&ement, puis on les arrime dans la cale du bâtiment.
- De la morue en tonne, qu'on vend en faumure.
- 595. A l’arrivée à Dunkerque, on fait défoncer toutes les tonnes, on en tire le poilfon , on le lave dans une nouvelle faumure , & on fait le triage des morues , pour féparer celles qui font de poids , bien conditionnées & marchandes, des petits poilfons , de ceux qui font mal tranchés, tachés ou meurtris , qu’on paque à part dans des tonnes, & qu’on vend comme poilfon de rebut.
- S97- On emploie pour ce troilîeme pacage 20 à livres de fel blanc; enfin les tonnes étant pleines, on les fait enfoncer, & on verfe par la bonde une forte faumure : alors la marchandife efb en état d’être vendue comme morue faumurée.
- De la morue en tonne , qu'on vend en fel fec.
- ?98* Pour la morue qu’on met à fec dans des tonnes, on fuit les pra-
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- Sect. ï. De la morue, & des poijfons qui y ont rapport.
- tiques que nous venons de détailler , jufqu’à l’arrivée dans le port. On tire enfuite les morues des tonnes, on fait le triage pour féparer les poifc ions marchands de ceux de rebut; mais à mefure qu’on les tire des tonnes, on les lave dans des bailles, puis on les met fur des planches inclinées queues contre queues; & après les avoir laide s’égoutter plufieurs jours, on les paque dans des tonnes ou barriques , & on les faupoudre de fel blanc ; enfin on perce de plufieurs trous le fond des tonnes * pour que la faumure qui fe forme par l’humidité du poidon , s’écoule ; enfin on fonce ces tonnes & barrils.
- 599. Les pécheurs de Grandville qui vont fur le grand banc, n’accommodent des morues dans des quarts que pour quelques amis, jamais pour mettre dans le commerce : ils choifiifeut pour cela de petites morues de 2 à 3 livres, qui étant encore jeunes, ont la chair plus délicate que les groffes -; ils les renferment dans les barrils fans les couper par morceaux, & les faupoudrent de fel : comme ces morues font à couvert du contaét de l’air, elles confervent long-tems leur fraîcheur ; ils n’en préparent jamais en faumure.
- 600. On méprife dans le commerce les petites morues ; il me femble qu’en les accommodant de cette façon, les gens délicats pourraient les acheter par préférence.
- Police *de Dimkerqne poitr le pacage en tonne.
- 601. Pour les morues qu’on apporte en grenier, & qu’on vend à la poignée, les acquéreurs ne courent point rifque d’ètre trompés, puisqu’ils peuvent voir & vifiter les uns après les autres les poiifons qu’on leur livre. Il n’en eft pas de même de celles qu’on acheté en tonne,l’acquéreur eft forcé de s’en rapporter à la bonne-foi du vendeur ; c’eft pour cela qu’au Tréport on paife une corde en lofange fur chaque fond, pour conftater qu’ils font tels qu’ils ont été préparés par les intérefTés à la vente, qui répondent de la bonne condition des poiifons qui y ont été renfermés.
- 602. Les magiftrats de Dunkerque apportent encore plus d’attention aux falaifons qu’on fait dans leur port, tant à l’égard de la bonne condition des barrils, que pour la qualité du fel & le choix des morues ; on en jugera par le réglement que la chambre du commerce a rendu à cette occafion, dont M. Fourcroy deRamecourt, ingénieur en chef à Calais , a bien voulu me procurer une copie: en voici la teneur.
- 603. Pour établir une uniformité dans le pacage de la morue entonne, & affiner la fidélité de cette marchandife, la chambre du commerce, ainfi
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- que les députés nommés par MM. du magiftrat , bailli, maire & échevins » &c. ont arrêté ce qui fuit :
- 604. i°. Les tonnes deftinées à recevoir la morue de Dunkerque , feront faites de bon bois de chêne , & il y aura au moins douze douves fur chaque tonne (*); elles doivent être de jauge à contenir cinquante-trois pots, qui font cent trente pintes , chacune cubant quarante-huit pouces comme celle de Paris , & elles doivent être marquées avec un fer chaud de la première lettre du nom du maître tonnelier; ayant enfuite été vifi-tées par le doyen des tonneliers, pour conftater que ces tonnes font conformes à l’ordonnance , il y appofe la marque de la ville , pourquoi on lui donne 6 deniers par tonne.
- 6of. 2\ Les tonnes vuides doivent pefer à peu près 30 ou 31 livres poids de marc; & lorfqu’elles font paquées en faumure, elles ne doivent pas contenir moins de 312 livres de poiifon.
- 606. 30.On emploiera , pour la préparation de ce poiifon, 40 à fo livres de fel blanc en faumure; ainlî le poids brut de la tonne doit être à peu près de 388 livres.
- 607. 40. Les tonnes pour les morues qui doiveut être paquées en fel fec, doivent pefer vuides 30 ou 31 livres comme les autres.
- 608. f°. Elles doivent contenir 300 livres de poiifon fuffifamment égoutté de fon ancienne faumure , & 37 à 38 livres de fel.
- 609. Ainsi le poids brut d’une tonne de morue paquée en fel fec, doit être à peu près de 360 livres.
- 610. 6a. Pour conftater la bonne qualité du poiifon , il eft ordonné aux paqueurs de féparer exactement & fidèlement les morues marchandes de celles qui feraient maigres , courtes , noires , jaunes, blelfées , déchirées ou même tachées , pour en faire des tonnes diftin&es qui feront marquées avec un fer chaud du mot rebut.
- 611. 7". Les paqueurs prêtent ferment : leur nombre eft fixé à trente,’ & leur falaire à cinq fols par tonne , foit qu’elle foit paquée en faumure ou au fec. Au refte, les paqueurs ne font pas corps, & chaque armateur eft maître de fe fervir de celui qu’il juge à propos.
- 612. 8°. Pour qu’aucun armateur ne puilfe éluder l’exécution du réglement , il leur eft enjoint de faire marquer de la première lettre de leur
- (*) Les barrils dont les Hollandais fe fer- ces ; ils font cerclés de vingt à vingt- deux vent pour la morue font de chêne ; ils n’ont cercles; on en met ordinairement quatre que peu de jable, au plus fept à huit lignes ; plus forts que les autres, deux furie bouge leur longueur eft de deux pieds deux pou- & deux aux extrémités ou au talut : ces des ; leur diamètre au bouge eft de dix-neuf barrils pleins pefent 280 ou joo livres, pouces & demi, & aux bouts dix-huit pou-
- nom
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- Sect. I. De la morue, & des poiffms qui y ont rapport. 121
- nom les tonnes paquées, dont le poiflon provient de leur pêche , pour qu’on puilTe connaître -les délinquans.
- 613. On conçoit bien que les pêcheurs mettent à la nier leurs morues en premier Tel, comme nous l’avons expliqué ; que quand elles ont rendu leur eau & leur faumure, ils les mettent en tonne avec du fel 5 & quand ils font à terre, ils les en tirent & les repaquent dans d’autres tonnes. C’eft de cette opération dont il s’agit dans le réglement que nous venons de rapporter.
- De la différente qualité des morues préparées en vert , fuivant les méthodes que nous venons d'indiquer.
- 614. La morue verte de Terre-neuve, embarquée en grenier, eft très-eftimée en France quand elle eft nouvelle ; & comme dans la faifon où. elle arrive , la plupart des poiiTons qui fraient font d’une qualité très-médiocre, on la préféré fur de bonnes tables aux poilfons frais : mais à mefure qu’elle vieillit, elle perd peu à peu de fon mérite ; de forte que vers le milieu du carême, quand les premières chaleurs fé font fentir, elle n’eft plus regardée que comme un poitfon fort commun ; alors on donne la préférence aux morues qu’on nomme façon de Hollande , qui font miles en tonne ou en barril.
- Quelques-uns recherchent toujours les morues qui ont été mifes en tonne , parce qu’elles font plus blanches ; mais comme ce coup-d’œil leur eft procuré par le fel blanc qu’on a employé, les connailfeurs n’en font pas la dupe ; ils favent que ce fel raccornit la morue, & qu’il alter-e même Ion goût. La principale raifon qui favorife la vente de la morue en barril , eft qu’elle fe conferve mieux; de forte que vers la mi carême, quand les morues qu’on a falées en grenier ont perdu de leur qualité, on a recours à la morue en barril, qui dans le commencement, quoique très-blanche, était moins délicate; mais qui devient enfuite préférable, parce qu’elle fe conferve plus long-tems fans s’altérer.
- 616. La morue qui eft paquée en faumure', eft eftimée plus délicate que celle qui l’eft au fec ; cependant plufîeurs donnent la préférence à' celle-ci , parce qu’elle augmente de volume à la cuiflon, au lieu que les autres en perdent. C’eft une raifon d’économie que n’adopteront pas les gens délicats , mais qui prévaudra chez les détailleurs.
- 617. Comme on fait que les petites morues , ou au moins celles de médiocre grolfeur, font plus délicates que celles qui font fort groifes , & que d’un autre côté tout le monde eft d’accord que le fel de Brouage vieux convient mieux à la morue que le blanc, je croirais que les Dua-
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- kerquois, qui ont pris d’aullî judes mefures pour établir la réputation des falaifons de leur département, devraient faire un choix de petites morues pour les faler dans des barrils & en faumure avec du fel de Brouage : ces morues qui feraient fort délicates & qui fe conferveraient plus long-tems que celles qu’on a faîées en grenier , pourraient fe faire une réputation chez les gens recherchés , ik par conféquent feraient établies à un meilleur prix, fur-tout fi on les diitmguait par un nom particulier, tel que jeunes morues fines ; mais il faudrait avoir grande attention à ne point mettre dans ces barrils des morues maigres ou tarées.
- Préparation de la morue qu'on nomme /’andolium.
- 618. En Flandres, on prépara quelques morues qu’on pêche à la côte, d’une façon particulièreî on les dit fupérieures aux morues fraîches, ayant une petite pointe de fel qui les rend très-agréables. C’eft ce qu’on appelle Vandolium. Je n’en parle que par oui dire , n’en ayant ni vu ni mangé. O11 prétend que , pour préparer cette morue , on la met toute en vie dans un vafe de fer-blanc proportionné à fa grandeur , & qu’on la fait mourir dans le fel en en mettant beaucoup deifus & delTous. Cette morue 11e fe garde que quinze jours au plus ; mais en l’apprêtant comme la morue fraîche, on dit qu’elle elt délicieufe. Je n’en fuis point étonné, car il eft certain que la morue nouvellement falée & bien accommodée en barrils ed excellente à manger.
- Préparation de la morue verte dans le nord, qu'on nomme aberdeen.
- 619. Avant d’entrer en matière , il eft bon de prévenir qu’on varie beaucoup fur l’orthographe de ce mot. "Willughby , Anglais, écrit habber-deen ; d’autres retranchent l’A, & quelques Français & Hollandais écrivent aberdain. L’auteur de ^Hifloire générale dé Islande, pré fume qu,e cette dénomination d’aberdeen vient de ce qu’on a d’abord préparé de cette façon des cabillauds ou morues dans un port d’Ecoife qui porte ce nom ; & effectivement il eft certain que les Ecoffais, ainfi que les habitans du nord-oued & de l’eft de l’Irlande, préparent les poiifons qu’ils prennent fur leur côte comme nous allons l’expliquer, & qu’ils s’en fervent pour les équipages de leurs vailfeaux.
- 620 Les habitans du nord font peu de morue verte dans le nord ; cependant les Hollandais qui y vont a la pêche de la morue, en préparent qu’ils nomment Yabberdahn ou Yabberdan.
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- Sect I. De la morue, 6? des poiffons qui y ont rapport. 123 De la préparation de la morue que les Norvégiens appellent Z’abberdahn.
- 621. Dans le nord, on prépare la morue de différentes maniérés ; les uns en ôtent la tête & prefque toute l’arête ; d’autres y laiffent la tête , qu’ils ouvrent & préparent avec le corps du poiffon. Quelques-uns y mettent du lel; mais la vraie préparation à laquelle ces peuples s’adonnent le plus, eft de les fécher fans fel, peut-être parce qu’ils onc peine à s’en procurer , ainfi que des futailles: ils en préparent néanmoins un peu en vert, & c’eft de celle-là dont nous nous occuperons pour le préfent.
- 622. Il y a quclqu’apparence que ces peuples ont adopté cette préparation de la morue à l’imitation des pêcheurs Hollandais & Français qui ont été pêcher dans leurs mers.
- 623. Quoi qu’il en foit, voici leur procédé pour faire l’abberdahn. À bord des chaloupes de pêche , on tranché la tête des morues, & on les vuide en les éventrant jufqu’à l’anus fans les fendre en deux pièces j en-fuite on les tranfporte à terre , où on les faupoudre de fel du pays ; puis on les nettoie dans de l’eau de la mer, ou une faumnre, & on lesfalede nouveau dans des barrils avec du fel d’Efpagne ou de Portugal. Cette morue n’eft pas à beaucoup près aufli bonne que celle de Terre-neuve, non-feulement à caufe du fel qu’ils emploient, (j’en dirai quelque chofe dans la fuite ) mais encore parce qu’en Norvège on tranche mal la morue verte ; de forte que la chair en eft fouvent rouge de fang. On la met en premier fel dans de grandes cuves, & après l’avoir laiffée huit jours dans cette fau-mure, on arrange les morues en tas les unes fur les autres, jufqu’à ce que la faumure fe foit bien égouttée ; enfuite on la met dans des barrils avec du fel de Portugal, qu’on choifit en gros grains. Je croirais cette pratique fort bonne, û l’on avait foin de bien laver le poiffon avant de le paquer dans les barrils.
- • 624. La Norvège produit beaucoup de fel , mais qui n’eft propre
- iju’à affaifonner les alimens , ou pour la première falaifon, qui ne fe fait que pour raffermir la chair, & retirer le fang; mais la véritable & dernière falaifon qui fert à la confervation du poiffon, fe fait néceffairement avec le ièl de France, ou le plus fouvent celui d’Efpagne & de Portugal , que les Norvégiens vont chercher en retour d’autres denrées. Cette raifon de commerce , jointe à une petite épargne fur le prix du fel, fait qu’011 préféré ces fels à celui de France , qu’on eftime néanmoins beaucoup dans le nord. Les habitans du Danemarck, du Holftein & des environs de l’Elbe , emploient pour leurs falaifons ,du fel blanc de Hambourg, quoiqu’on prétende qu’il fale peu.
- - 62s* Les fûts dans lefquels on met ces morues, font de fapin , beaucoup
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- T RA I T E' LES PECHES. Partie H.
- plus mal faits que ceux de Hollande îles fonds & les douves font fouvent d’une épaiffeur ridicule î d’ailleurs , après avoir mis des morues marchandes fur les extrémités des barrils, ils fourrent fouvent le milieu de morue mal conditionnée , & même d’autres fortes de poiffons.
- 62,6. Les Hollandais qui vont au nord faire la pèche de la morue,la préparent mieux que les Norvégiens i ils tranchent la tête & l’ouvrent juf-qu a l’anus pour la vuider 5 & après une première falaifon pour raffermir la chàir, ils la rangent dans des tonneaux par lits avec du gros fel î c’eft ce qu’ils nomment Vabberdan , qui eft plus eftimé que l’abberdahn que font les Norvégiens, quoique ces deux préparations foient à peu près les mêmes : mais celle des Hollandais eft faite avec plus de foin , de propreté, & de meilleur fel.
- 627. Les Français vont encore faire une pêche à peu près femblable en Islande, & je crois devoir parler un peu plus en détail que nous n’avons fait de la morue qu’on appelle Vabberdan.
- Pêche & préparation de la morne en Islande.
- 62g. Plusieurs armateurs Français arment pour faire la pêche de la morue en Islande î &pour donner quelque chofe de pofitif, je vais prendre pour exemple quelques arméniens qui fe font fur la côte de haute-Normandie.
- 6 29. Nous avons dit que les Olonnais qui arment pour Terre - neuve," partent le plus tôt qu’ils peuvent, & que fouvent ils reviennent à mi-charge pour arriver en France des premiers, parce qu’ils gagnent fur le prix de leur morue , qu’ils vendent cher à caufe du cas qu’on fait de la morue nouvelle , de quoi fe dédommager d’un retour qui ferait plus complet î mais on ne peut pas partir d’auffi bonne heure pour l’Islande , à caufe des glaces qui expoferaient les vailfeaux à de grands dangers. Le départ des côtes de Normandie eft ordinairement au commencement de mars , & leur retour en feptembre ou odobre , & quelquefois plus tôt : fuppofons un bateau de 60 k 70 tonneaux , qui peut rapporter 1000 à 1200 barrils de morue.
- 630. Au banc de Terre-neuve on s’établit pour la pêche à foixante ou quatre - vingts lieues de terre î mais en Islande on pèche à vue de terre. Comme les morues font ordinairement plus groffes au large qu’auprès des côtes, celles du grand banc font en général plus groffes que celles d’If. lande : celles-ci font plus grifes que celles de Terre-neuve, & leurs mouchetures font plus marquées j au refte , c’eft le même poiffon, & la qualité des morues d’Islande eft fort bonne.
- $31. Un bateau de la grandeur de celui que nous prenons pour exemple j
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- Sect. I. De la morue, des p'oijjims ' qui y ont rapport. iz^
- eft armé de treize hommes, furlefquels il y a toujours quelques novices & deux ou trois moufles. Ils emportent avec eux leurs barrils, au nombre defquels il y en a cent cinquante ou cent foixante remplis de fel blanc ,de Portugal, qui a été raffiné à Etaples près Boulogne en Picardie ; car les fermiers dérogeant au privilège de la gabelle, permettent aifez fouvent aux armateurs d’employer de ce fel. La jauge des barrils dont nous parlons , eft de foixante & dix pots, ou à peu près cent quarante pintes mefure de Paris ; ordinairement ils font de hêtre. On marque avec une rouane le fond de chaque barril , pour qu’on puifle le reconnaître lorfqu’il faudra les foncer : un barril bien conditionné peut faire deux ou trois voyages*
- 632. Cette morue fe vend ordinairement un quart ou un tiers plus cher que celle qu’on a falée en grenier.
- Article XIL
- Détail de la morue aux marchés.
- 633. Le9 détailleurs font deflaler la morue verte dans de Peau douce» & ils la coupent par tronçons j les petites en trois , & les grandes en quatre : favoir , une queue, un ou deux entre-deux , fuivant la grandeur des morues j les flanchets & les loquettes.
- 634. La morue fe deffale très-bien dans l’eau de mer. Les marchandes la font deflaler dans des baquets remplis d’eau douce i mais pour que cette morue foit bonne , il faut changer phflîeurs fois d’eau , fans quoi elle contracte une odeur qui fe communique au poiflon 5 c’eft pourquoi on eftime que la morue ne fe deflale jamais mieux que dans l’eau courante. Une morue à qui on laifle trop de fel, n’eft pas agréable j mais celle qu’on deflale trop, perd tout fon mérite.
- 635. Nous avons dit que les morues falées de fel blanc étaient plus
- blanches & moins délicates que celles qu’011 fale avec le fel de Brouage vieux j cependant, comme cette ^couleur blanche féduit fouvént, on met quelquefois dans les cuifines la morue deflalée tremper dans du lait * & on rend la fauce très-blanche avec de la crème & de la farine i mais alors * la farine n’étant pas cuite , la fauce eft fade. Beaucoup de gens de bon goût aiment mieux qu’elle foit apprêtée avec moitié huile , moitié beurre, & de fines herbes 5 ils la trouvent plus appétiflatite que celle qui eft fort blanche. ‘ : , :.;j.
- 636. Il y en a qui donnent la préférence aux queues de morue, parce qu’elles ont beaucoup de peau qu’on f trouve délicate i d’autres aiment mieux les entre-deux, dont la chair fe détache par écailles ou feuillets*
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- On y fait quelquefois une farce avec la peau, de la mie de pain, du lait & de fines herbes, dont on couvre les feuillets , mettant par-deifus un peu de chapelure , &c. C’eft ce qu’on appelle de la morue panée.
- Article XIII.
- De la pêche quon nomme à la faux.
- 637. Comme cette façon de pêcher peut être pratiquée , foit qu’on pêche de la morue verte ou de la feche, nous croyons qu’il eft à propos d’en parler à la fin de ce que nous avons à dire de la morue verte , avant d’entamer la pêche de la morue feche. Elle fe fait avec des haims ,les uns à deux & les autres à trois crocs, tels que nous en avons repréfenté dans la première partie de cet ouvrage, première fe&ion ; & il ne s’agit point de prendre celles qui mordent à l’hameçon , mais d’accrocher au hafard celles qui fe rencontrent vis-à-vis la pointe des haims.
- 638- On fait que les morues vontfouvent par bancs ou bouillons, étant raffemblées en grand nombre, foit qu’elles foient attirées par des poiifons qu’elles chalfent pour s’en nourrir , foit qu’elles elfaient d’échapper à la voracité.de gros poiifons qui les pourfuivent. Quand pour quelque caufe que ce foit, il s’en eft ralfemblé une multitude auprès d’une côte dans une anfe ou une petite baie , les pêcheurs qui manquent d’appâts ou qui s’apperçoivent que les morues ne mordent point à ceux qu’on leur préfente, elfaient, quand il n’y a pas une grande profondeur d’eau, d’en attraper en jetant au hafard leur hameçon à plufieurs crocs, au milieu de cette multitude de poiifons. Ils jettent donc leurs haims le plus loin qu’ils peuvent , & quelquefois ils amènent à bord une ou deux morues qu’ils ont attrapées, tantôt par un endroit & tantôt par un autre.
- 639. En général, on doit avoir foin que la ligne ne foit pas alfez longue pour que l’haim porte fur le fond ; les morues trompées par le leurre d’étain qu’on voit dans les planches de la première partie, courent après & fe ralfem-blent en nombre pour le reconnaître. A mefure que l’haim âefeend, les morues le fuivent dans fa marche j & quand il eft arrête entre deux eaux par la ligne qui 11’eft pas alfez longue pour que l’haim porte fur le fond, les morues étant ralfemblées autour, le pêcheur tire fa ligne par une forte fecouife. S’il fent qu’il ait accroché une morue ,il la tire à bord : s’il n’a rien accroché, il lâche la ligne & lailfe defeendre l’haim, pour le retirer comme la première fois.
- 640. On fait cette pêche, ou dans des chaloupes, ou à bord du vailfeau ; dans dernier cas , le bâtiment étant à la dérive, tous les matelots
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- SÊct. I. De la morue > & des poiffons qui y ont rapport. 127
- Jettent une ligne comme nous l’avons repréfenté , pi. V, fig. \ ; mais quand on pèche dans une chaloupe , chaque pécheur jette deux lignes, une à bas-bord & l’autre à ftribord : car pour 11e point perdre de teins pendant qu’il taillé un inftant un haim à l’eau pour donner le tems au poiflon de ie raifembler autour, il en jette un autre de l’autre bord, & iur-le-champ il retire l’haim qu’il a mis à l’eau le premier : ainli il eft dans un exercice continuel , & fatigue beaucoup. Comme il jette Tes haims fans interruption de droite à gauche & de gauche à droite , on a comparé fes mouve-mens à ceux des faucheurs , & l’on a nommé cette façon de pêcher, à l<i faux.
- 641. On conçoit que parla manœuvre que nous venons de décrire, le pécheur n’attend point que le poilfon ait mordu à un appât; il jette au hafard fon haim, & elfaie d’accrocher un poilfon , il n’importe par où ; mais il ne réulîît pas toujours à amener à bord les poilfons qu’il a piqués ; & ceux qu’il a bleifés , étant effarouchés, s’enfuient en perdant leur fang ; des morues le fuivent pour l’avaler ; de forte que les poilfons étant ou effrayés ou attirés ailleurs par les bleflures de leurs camarades , en peu de tems la pêche devient infruétueufe ; & fi l’on pratique cette pèche au commencement de l’arrivée des morues , elles ne parailfent plus même quand le capelan fe montre : ce qui fait que les pêcheurs prétendent qu’elle doit etre défendue. Néanmoins quelques-uns foutiennent que cette pêche ne cauferait pas un grand dommage , fi on ne la pratiquait qu’après la paliée du capelan, parce que , difent ils , rien n’attirant plus le poif-fon à la côte, elles y palfent rapidement & en petite quantité ; & qu’alors cette pèche eft une relfource pour ceux qui ont eu le malheur de prendre peu de poilfon; & l’on cite pour exemple des pêcheurs qui n’ayant prefque rien pris, en pêchant fuivant l’ufage ordinaire, font parvenus, au moyen de .la faux, à faire un aifez bon chargement. Mais on a peine à fe le perfuader, quand on fait attention que cette pèche ne peut réuf-fir que quand il y a une grande abondance de poilfon : alors 011 en blelfe beaucoup qui meurent, & dont on ne profite pas.
- .. 642. 11 arrive quelquefois qu’on accroche deux morues à un haim ; mais il eft rare qu’on les araetie à bord : ordinairement une , & fouvent toutes les deux le détachent, & c’eft autant de poilfon de perdu.
- 643. Il réfulte de ce qui vient d’être dit, que s'il y a beaucoup de poif. fon , on peut s’en tenir à la méthode ordinaire ; que s’il y en a peu , la pêche à la faux n’aura pas un grand fuccès, & qu’en général cette pêche eft deftrudive. Cependant des pêcheurs qui ne s’occupent que du moment, & qui prennent peu d’intérêt à la confervation du poiiîon , prétendent qu’elle eft nécelfaire au petit nord,,où il y a peu d’eau, & où les morues trouvant
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- beaucoup de pâture , mordent peu à l'hameçon. On penfera ce qu’on voudra de cette exception ; mais une raifon pour ne point faire de réglement fur cette façon de pêcher, eft la difficulté qu’il y aurait à le faire exécuter. Les pêcheurs allant à la mer, les uns le jour , les autres la nuit, le foir ou le matin, on ne pourrait les empêcher de faire la pêche à la faux, qu’en autori-fant des infpeéteurs à aller vifiter les bateaux avant leur départ ; ce qui gênerait beaucoup les pêcheurs , qu’il eft important de laiffer libres de partir pour leur pèche quand ils le jugent à propos ; & fi les vifites fe faifaient à la mer, il en réfulterait des combats noâurnes très-fâcheux.
- Article XIV.
- Life des dijférens poiffons qui fe trouvent le plus communément fur le gtand b and
- 644. Outre la morue franche , les lingues, les colins, des aigrefins qui font du genre des morues , on y trouve des harengs & des capelans , petits poiffons qui fervent à écher.
- 645. Grand nombre de flétans ; il y en a de très-grands , qui font ab-folument mauvais, & qu’on jette à la mer ; les équipages mangent les petits, on fale quelquefois les barbes des grands.
- 646. Des chats marins en grand nombre.
- 647. Des barbets , poiiTon plat de la forme & de la couleur des turbots ; ce font des efpeces de plies ou Aies.
- 648. Des orphies, acus marina ; je crois que quelfqiies-uns les nomment balaoux.
- 649. Des équilles femblables à celles qu’on trouve dans les fables fur nos côtes ; il y en a que les pêcheurs nomment équilles volantes , parce qu’elles fe trouvent à la furface de l’eau, où les oifeaux leur donnent la chaffe.
- 6)0. Quand les chaleurs commencent à fe faire fentir dans le mois de juillet jufqu’à la fin de feptembre, on voit fouvent autour des bâtimens, fur-tout quand ils font fales & vieux carénés, de petits poiffons noirâtres, tachés de jaune & d’autres couleurs ; les uns font gros comme des harengs , quelques autres comme des merlans & des maquereaux ; des pêcheurs les nomment carapet ; d’autres leur donnent le nom de pilote, parce que pendant que le vaiffeau eft à la voile , ils le fuivent en fe mettant autour du gouvernail. Les pêcheurs en prennent avec de fort petits haims, quelquefois une épingle recourbée , & ils les mangent frais pour fe ra-goûter.
- 65 1. Il vient aufti des requins, canis carcharias , qui incommodent beaucoup les pêcheurs lorfqu’ils mordent, aux appâts j ils coupent la ligne avec
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- leurs dents aulîi promptement qu’on le ferait avec un couteau ; leur voracité eft fi grande qu’ils s’élancent même quelquefois pour dévorer les morues que les pêcheurs hâtent à bord.
- 6f2. Les pêcheurs en dérive trouvent quelquefois des baleines , qui defcendent du nord ou des mers de l’eft ; il eft arrivé que des Bafques qui n’avaient pas fait une bonne pêche dans les glaces & vers l’Islande, ont chaifé & pris de ces baleines.
- Article XV.
- De la pêche & de la préparation de la morne quon feche après l'avoir falk*
- 6$%. Après ce qui a été dit dans l’article précédent, on voit que la morue verte eft celle qui a été falée & qui n’a point été féchée ; celle dont il va être queftion a été fàlée & enfuite féchée. Il eft alfez d’ufige en France de la nommer merluche; mais j’éviterai de me fervir de ce terme, parce qu’il convient mieux au merlu qu’on fale & qu’on feche, qu’à la morue ou cabillaud, & qu’il faut eifiyer de ne point employer d’expreffions qui pourraient occafionner de la confufion.
- Quoique dans l’intérieur du royaume 011 préféré la morue verte à la feche, celle-ci forme uii objet de commerce tout autrement étendu. En quantité d’endroits on lui donne la préférence fur la verte , fur-tout quand celle-ci a perdu fa première fraîcheur; car la morue feche a le grand avantage de fe conferver beaucoup plus long-tems fans perdre de fa qualité ; puifque, lorfqu’elle eft bien emmagafinée, elle eft toute autlî bonne & même meilleure la fécondé & la troilîeme année que la première j de plus elle fupporte, fans beaucoup s’altérer, les chaleurs de Provence , d’Ef-pagne, de Portugal, d’Italie & du Levant, ce que ne peut faire la morue verte la mieux préparée. Aufli, outre la morue feche qui fe conformai® en France, en Hollande , en Angleterre & en Allemagne , il s’en fait des exportations, conlidérables pour les différens royaumes que je viens de nommer. On en porte même quelquefois un peu en Danemarck , où eft, pour ainfi dire , la fource des morues , parce que les Hollandais , les Anglais & les Français favent mieux la préparer que les pêcheurs du nord. Cette préparation de la morue mérite donc au moins autant d’être exactement décrite, que celle delà morue verte.
- Les Anglais & les Hollandais préparent beaucoup plus de morue feche que de verte >.& on arme en France pour la morue feche dans les ports de Normandie, de Bretagne, de Poitou & des Bafques.
- 6s6. On verra dans la fuite, que la pré paration de la morue au fec eft Tome X» R
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- i3o TRAITE' DES PECHES. Partie II
- bien plus fatigante , plus longue , & qu’elle exige de plus nombreux équipages , que celle du poiflon qu’on prépare en vert ; mais auffi elle eft bien plus lucrative: un bâtiment qui revient feulement à moitié chargé de poi£ fon fec, produit plus aux armateurs qu’un vaiffeau qui vient avec une charge complété de poilfon vert.
- Des bâtimens qu'on emploie pour la pêche de la morue feche.
- 7. On emploie pour cette pèche des navires de toute grandeur. II y en a de quatre-vingts à cent, cent cinquante & deux cents tonneaux» percés pour dix jufqu’à vingt canons, & de trente jufqu’à cent hommes d’équipage : on a vu les Anglais & les Malouins aller à cette pêche avec des navires de quatre cents jufqu’à fix cents tonneaux, percés pour trente à quarante canons, & montés par cent cinquante à deux cents hommes On va auffi à cette pêche avec de petits bâtimens & des équipages peu nombreux» outre cela on trouve aux polies propres pour cette pêche , des barques de différentes fabriques , appartenant aux habitans des colonies voifines , qui pêchent pour eux, ou pour faire le troc , comme nous le dirons dans la fuite. Les bâtimens dont nous venons de parler chargent plus ou moins, fuivant leur grandeur y il y en a qui font revenus avec fix » fept, & même huit cents mille pièces.
- Je me contenterai de parler ici d’un fîibot & d’un navire Malouin d’environ cent tonneaux, percé pour feize à dix-huit canons de quatre livres , ou des pierriers ( 20 ). Ces gros bâtimens prennent vingt ou trente fufils & autres armes, afin de pouvoir fe défendre contre les pirates ou forbans , qu’on ne trouve guere qu’après les longues guerres , les corfaires devenant quelquefois forbans. Il faut auffi fe pourvoir d’armes , pour fe faire Tefpe&er des Efquimaux & autres fauvageslorfqu’on s’établit dans ui$ lieu où il y en a de mal-faifans : car il y a des fauvages de caradtere tout différent > ceux qui font voiûns de l’isle Royale., de l’Acadie & de Terre-neuve à la bande du fud , viennent quelquefois avec leur famille aider à retourner les morues. Au contraire, quand on s’établit au petit nord, il
- (20) Voici encore une fuppreffion que différence dans leur conftructiorf. On peut: je n’ai pu me refufer, celle de la figure de an refie être affuré qu’autant que j’aurai Pat--ces deux bâtimens, qui dans l’original occu- tendon d’écarter tout ce qui ne peut être pent une planche entière trèsdnutilement à avantageux que pour le libraire, autant fe mon avis , & pour le feu! plaifir des yeux, ferai exact à ne fupprimer aucune figure re-D’ailleurs ils ne préfentent ablblument rien lativeà lapêche, qui fait l’objet de ce traité'^ que de commun à tous les bâtimens de ce & propre à en. faciliter l’intelligence, jgenre. Ou ne remarque même, à l’œil aucune .. iL,
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- faut avoir des armes , pour être en état de s’en fervir en cas d’alarme & de furprife ; c’eft pour fe garantir des infultes de ces faüvages, qu'on met quelques caqons ou pierriers à la pointe des échafauds qu’on conftruit à terre pour la préparation de la morue.
- 6Y9. Comme c’eft à terre qu’il faut préparer ce poilïon, on ne fait point la pêche, ainfi que nous l’avons dit en parlant de la morue verte, dans le bâtiment qui a fait la traverfée , mais avec de petits bateaux oùfe mettent trois matelots qui rapportent leur pêche à terre, où on la prépare. Il faut donc s’approvifionner pour un navire qu’on fuppofe pouvoir charger 6000 quintaux de morue , :de vingt bateaux pêcheurs du port de quatre à cinq tonneaux, & deux ou'trois un peu plus forts, dans lefqueîs fe mettent quatre à cinq hommes pour aller pêcher des appâts, maquereaux, harengs ou capelans , &c. fuivant les circonftances. On a coutume de les nommer bateaux écheurs ou capelaniers, comme qui dirait deftinés à pêcher des capelans ou des appâts. Ces diffère ns bateaux fe conftruifent dans les ports où l’on fait les armemens , & on les embarque démontés. Lorfqu’on ne compte point en trouver de l’année précédente ,qu’on a laides furie lieu de la pêche, comme nous le dirons, on en emporte quelques-uns montés , fi la grandeur du bâtiment le permet , & les autres en paquet : ils n’ont ordinairement que vingt à vingt-cinq pieds de quille , un petit mât & une voile quarrée , quatre à cinq pieds de bau. Les capelaniers ont quelquefois un petitfmâtêreau avec une mifaine : ils ont, comme les Bifcayennes, l’avant coupé comme Barrière ; l’étrave eft feulement un peu plus élevée que Barrière. Ces bateaux démontés s’arriment dans la cale fur le fel. Comme il faudra les monter & les gréer quand on fera rendu au lieu de la pêche , il faut embarquer pour chacun une voile quarrée, pour quelques-uns une mi-faine, dix à douze barrils d’étoupe blanche, avec autant de brai & de goudron.
- Prife des vivres, & nourriture des équipages.
- 660. La prife des vivres eft à peu près comme pour la pêche de la morue verte, & peut être eftimée , fuivant le prix des denrées , à 100 livres par chaque tête de matelot pour une campagne ordinaire , ou 12 à 13 mille livres pour I2Ghommes.
- 66r. Les uns ,pour la traverfée en allant , donnent les dimanche, mardi & jeudi, de la viande, c’eft-à-dire , du lard, avec lequel on fait pour midi la foupe de l’équipage ; on donne fix onces de lard pour chaque homme ; le bifcuit eft à difcrétion. La boiffon eft communément du breuvage , c’eft-à-dire, du cidre, de la biere ou du vin étendu avec de l’eau; quelquefois on donne un peu de ces liqueurs pures à chaque plat de fept hommes ;
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
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- Je foir de ces jours & tous les autres jours, tant à dîner qu’à fouper, de la foupe aux pois, à raifbn d’une pinte de pois pour chaque plat; le matin, ©n leur donne du beurre avec le bifcuiü.
- 662. Les officiers ont dans la traverfée à dîner de la foupe avec du bœuf falé & du lard , le foir des pois au lard ; les jours maigres de la morue » des pois fricalfés ; pour boiifon , de la biere ou du vin fans mefure.
- 663. On ne donne point d’eau-de-vie dans la traverfée ; on la réferve pour le fort du travail.
- 664. On conçoit bien que les ufages font différens pour la nourriture des équipages 5 plufieurs depuis l’arrivée au pofte qu’on a choifi , jufqu’à la pêche , n’ont du lard que les dimanches , & ce jour excepté , ils font réduits aux légumes & à la foupe de poiifon , jufqu’à ce que la pèche donne abondamment.
- 665. La foupe de poiifon fe fait avec du beurre > on compte qu’il en faut deux livres par femaine pour chaque chaloupe.
- 666. Sur les bâtimens Normands & ceux de plufieurs autres ports ». c’eft le maître de grave qui eft chargé de faire faire la cuifine , tant pour les pêcheurs, que pour ceux qui travaillent, à terre. Sur d’autres navires; chaque bateau a fa chaudière ; & dès qu’il arrive à l’échafaud , un matelot qui revient de la pêche, va faire la foupe, pendant que les deux autres déchargent la morue fur l’échafaud. Lorfque c’eft le maître de grave qui fait faire la foupe, ce font les garçons de bord ou apprentifs qui déchargent la morue, 8c les pécheurs vont prendre leurs repas , puis fe repofer.
- 66j. Ceux qui travaillent à terre, mangent en commun; & fur quelques vailfeaux, c’eft le faleùr qui eft chargé de faire leur cuifine.
- 668- Pendant la pèche les officiers mangent rarement de la viande; ils, fe nourrilfent de foupe de morue , ou de poiifon 5 tantôt fricalfé ,, tantôt à la fauce blanche ou à l’huile.
- Fondions des hommes de t équipage.
- 669. Pour éviter toutes conteftations , 8c, que le travail fe falfe avec ordre ic célérité , le capitaine quia le commandement fur Ion bord, doit avant le. départ nommer fes officiers, 8c indiquer à chacun quelles feront fes fonctions , qui font à peu près comme il fuit. Je dis à peu pris ; car on imagine bien que tout cela eft arbitraire.
- 670. Le fécond eft chargé du foin de la grave & des vigneaux. Oiî dira dans la fuite ce que c’eft.
- (*) On a coutume d’appeller greve les terme, parce que les bonnes graves doivent fables qui font au bord des rivières ; mais les être fur un fond de gravier, pêcheurs de morue difentgrave.- J’adopte ce ' ' ' •
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- Sect I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport.
- » 671. A l’égard de l’équipage , il effc divifé en deux clafles principales,
- les uns étant deftinés au ferviçe de terre, & les autres à celui des chaloupes pècheufes.
- 672. Entre les gens qui font deftinés au fervice de terre , les fondions des uns font fur l’échafaud : tels font les trancheurs , les décoleurs , les piqueurs & les faleurs , qui font aidés par des novices & des moufles ; les autres travaillent aux lavoirs , aux vigneaux fur la grave, &c.
- 673. Sur plufieurs bâtimens,le maître de grave doit faire tenir toutes les matinées la foupe prête pour ceux qui vont à la pêche -, il eft auffi chargé de leur fournir des appâts pour les haims ; & afin de fatisfaire à cet article important, le maître de grave envoie fes compagnons capelaniers prendre de petits poiflons avec des filets ou faines, qu’ils tendent à l’embouchure des crics ou baies ; & tous les matins ils relevent ces filets, pour diftribuer aux pêcheurs les appâts dont ils ont befoin. Sur-le-champ ceux - ci partent pour s’établir fur les fonds où ils doivent faire leur pêche , ainfi que nous le dirons dans un inftant.
- 674. Pour rendre ceci encore plus fenfible, fuppofons, comme nous l’avons déjà fait, que l’équipage eft de cent vingt hommes 5 en ce cas il doit y avoir un aumônier, car furies petits 011 n’en prend point. Cet aumônier n’eft chargé d’aucun fervice, hors ceux de fon miniftere j cependant quand la befogne prefle, il eifaie ordinairement de fecourir l’équipage, en fe chargeant des fondions qu’il juge lui convenir.
- 67^ Il faut ordinairement dix habilleurs , le capitaine compris ; car ils font prefque toujours pris dans l’état - major j plus dix décoleurs , foi-xante pêcheurs , vingt échafaudeurs ou charpentiers ou calfats, qui font chargés de monter les bateaux, défaire le bois & de conftruire l’échafaud. Quand ils ne font pas occcupés à ces travaux, il fervent, comme les autres matelots, à la pêche & à la préparation de la morue. Il faut huit ou dix hommes pour armer les bateaux capelaniers ; enfin environ huit appren-tifs ou moufles font chargés de laver les morues & de faire d’autres ouvrages proportionnés à leurs forces &àleurs talens, comme de tranfpor-ter les morues , de les tourner, de les mettre en patte , &c.
- 676. Les équipages ne relient pas défœuvrés pendant la traverfée. Quand ©n a débouqué, & lorfque la mer eft douce, ils empilent les haims, il* montent les filets pour la pèche des appâts, & les charpentiers commencent -à monter les chaloupes pècheufes , autant que l’emplacement le permet.
- Conventions des armateurs avec Us officiers & matelots.
- 677, - Les falaires des équipages varient fuivant les conventions que
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- iB4 TRAITE' DES PECHES. Partie II,
- l’armateur fait avec eux, & ils font (i diiférens dans les divers ports,que nous formerions un gros cahier, Ci nous entreprenions de les détailler j ainfi je me bornerai à en donner une idée générale.
- 67g. Les équipages qui s’engagent pour la pêche de la morue feche , font différentes conventions, fuivant l’ufage établi dans les ports où ils arment.
- 679. Les Bafques , les Poitevins , les Bretons , &c. font au tiers fans aucunes avances ; les Grandvillois & en générai les Normands font au cinquième de la pèche & du fret, lorfqu’ils vont décharger leur poilfon dans la Méditerranée.
- 680. Les Malouins font auffi au cinquième & au pot-de-vin , comme les Normands, ou au pot-de-vin & au lot, fuivant l’ufage du nord, ainfi que nous allons l’expliquer.
- 681. L£s équipages , outre le cinquième, reçoivent des avances, qu’ils nomment pot-de-vin, fans intérêts, & dont le capital eft perdu pour l’armateur & acquis à l’équipage auffi-tôt que le navire a mis dehors, pour commencer fon voyage , foit que la pêche foit bonne ou mauvaife , quand même le navire ferait naufrage ; & ce pot-de-vin eft plus ou moins con-fidérable, fuivant le grade des officiers : par exemple, le capitaine a quelquefois 1000 livres , & les autres fuivant leur grade, 2, 3,4 ou foo livres , eifayant de tirer le plus qu’ils peuvent, parce que c’eft prefque tout ce qu’ils ont de certain pour leur campagne. C’eft cet engagement qu’on appelle à la mode du nord ; & au retour de la campagne ,il ne revient à l’équipage que ço fols par millier de morues , qu’on compte en embarquant la morue. A cette forte d’engagement les novices ont 50 à 60 livres de pot-de-vin , & en outre de petits ialaires par mois , lorfqu’ils palfent dans la Méditerranée, ce qui commence du jour qu’ils entrent dans le détroit. Dans cette circonffimce, les officiers & matelots ont auffi une paie par mois , qui eft plus ou moins forte , fuivant les conventions que les équipages font avec l’armateur avant le départ.
- 682. Il y a des équipages qui font au mois pour toute la campagne ; d’autres font au tiers avec des avances à la grolfe ; d’autres font au cinquième , franc de tout, excepté du déchargement & des droits d’entrée ; d’autres font au tiers fans avances , & dans ces deux derniers cas les armateurs fournilîént tout.
- 683* Pour la divilîon des lots qui appartiennent à l’équipage, 011 fait-quelquefois enforte que le capitaine & le fécond aient chacun deux lots, le troifieme un lot & demi , les matelots un lot, les moufles chacun un lot que l’armateur s’approprie, leur donnant à volonté un tiers ou un
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- Sect. I. De la morne, & des poiffons qui y ont rapport.
- ^ïiart de lot, ou une légère gratification à fa volontéj & ces parts de morues font un objet intéreffant pour l’armateur.
- 684. Le capitaine & le fécond lèvent en outre de leurs lots une barrique d’huile, & une de morue verte; le pilote a un tierçon d’huile ; les autres officiers mariniers un petit boucaut d’huile & quelques poignées de morues ; les matelots n’ont rien de droit.
- 6%f. Voici comment fe fait le partage des deux cinquièmes entre l’équipage : fuppofant que le lot à partager foit de 300 quintaux de morue, le capitaine a 60 quintaux, les trancheurs ont chacun 40 quintaux, les maîtres de chaloupes 30 quintaux , les deux compagnons de chaloupe chacun 28, les moufles de 14 à 20 , fuivant leur force : quand la pêche eft abondante, on permet aux matelots de remplir un petit barri! d’huile à leur profit.
- 6%6. Je ne m’étendrai pas davantage fur toutes ces conventions arbitraires ; au retour de la campagne, on le conforme à celles que le capitaine a faites d’un côté avec les armateurs, & de l’autre avec fon équipage ; mais il y a un marché particulier, lorfque le bâtiment doit aller faire fon déchargement dans la Méditerranée : en ce cas, ordinairement l’équipage, du jour qu’il entre dans le détroit, a une paie par mois, quoiqu’il foit toujours au cinquième, tant du poiflon que du fret que le bâtiment prend au retour.
- ' 687. Encore , fuivant les conventions qu’on a faites en partant, les équipages ont leur part dans les huiles , la rave ou les morues vertes qu’on a faites à la fin de la campagne. Je crois qu’on approuvera le parti que j’ai pris de ne point entrer dans de plus grands détails, qui ne pourraient manquer d’être ennuyeux , & qui n’apprendraient rien d’intéreflant.
- 688* Un capitaine ne doit point renvoyer un novice , ni même un moufle, pendant la campagne, à moins qu’il n’ait commis une faute très-grave; alors le coupable eft jugé par l’état-major, & l’on en drefle un procès-verbal. •
- 689- Quand un capitaine quitte le lieu de la pèche pour pafler dans la Méditerranée, il congédie une partie de l’équipage qui lui a fervi pour faire la pèche, & il le renvoie fur différens bâtimens, comme je l’expliquerai îorfque j’aurai détaillé ce qui regarde la pèche.
- Saifon du départ pour la pèche de la morue feche à VAmérique fep-
- tentrionale.
- 690. Les bâtimens deftinés pour cette pêche partent les uns à larni-jnars, d’autres à la mi-avril, & d’autres vers le 10 mai, fuivant le lieu où
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- 13* TRAITE' DES T E C H E S. Partie IL
- ils comptent s’établir. Il ferait utile, ainfi que pour la pèche vert®, de fe mettre de bonne heure en pèche ; mais comme elle fe fait le long des côtes» ceux qui partent les premiers font fouvent retardés par les glaces qui les empêchent de fe rendre à leur deftination. Au relie , qu’ils arrivent tôt au tard, qu’ils aient fait une bonne ou mauvaife pèohe, il faut qu’ils appareillent pour revenir entre la fin d’août & le 10 feptembre, lors même qu’ils trouveraient abondance de morue, parce qu’ils ne pourraient la fécher j en ce cas, lorfqu’ils ont peu pris de poilfon, ils finilfent leur campagne par faire de la morue verte , & leurs navires n étant pas établis pour cette pèche , ils forment une galerie le mieux qu’ils peuvent. Quoiqu’il foit alfez vrai de dire que dans tout le continent les morues ne paraiifent un peu abondamment que vers la fin de juin, cependant les bons capitaines fe prelfent de fe rendre au lieu de leur pèche & de primer les autres tant pour avoir le tems de faire leur échafaud & leurs autres établilfemens, que pour avoir le droit de commander à tous les autres bâtimens pêcheurs, de choifir la grave, s’il y en a, ou des places avantageufes, pour faire des vignauts, & d’indiquer en-fuite aux vailfeaux qui arrivent, la place qu’ils doivent occuper j car un vaif-feau de cinquante canons ell fubordonné à un petit de quatre - vingt ou cent tonneaux, qui s’ell: rendu le premier} coutume qui ell établie depuis le commencement de ces pèches.
- 691. C’est pour profiter de cet avantage, que quand un navire ell rendu à un endroit occupé par les glaces, après avoir reconnu terre, il met une chaloupe à la mer pour prendre le havre , & acquérir les privilèges accordés à celui qui ell arrivé le premier. Cette chaloupe ell commandée par le lieutenant, auquel on donne un bon équipage, des vivres & des armes. Eti attendant le retour de cette chaloupe , le navire elfaie de prendre terre -, il entre dans le premier havre qu’il lui ell polfible de gagner, où il attend que fa chaloupe vienne lui indiquer le havre qu’elle lui a choilî : alors il appareille pour s’y rendre, & aulfi-tôt il travaille à former fou établiiTemenfc pour la pèche, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- Des divers injirumens ç=f ujlenjiles dont on fe fert pour la pêche & 1$ préparation de la morue feche.
- 69Z. De même qu’on emploie des inflrumens particuliers pour la pêche de la morue verte, il y en a aulîî de propres à la morue feche j nous allons en donner le détail.
- 69%. D:s lignzs &hahns. Les lignes, dont fe fervent les pêcheurs , font plus menues, les piles & les haims font moins forts que pour la pèche de la morue furie grand banc \ ils les garnirent; d’un plomb qui eft attache
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- Sect. I. De la morue, & despoijjons qui y ont rapport.
- à deux brades de l’haim ; mais il eft plus léger que ceux qui fervent pour la morue vertes il ne pefe que deux à trois livres, & ordinairement on lui donne une forme conique, étant attaché à la ligne par le fommet ou la pointe du cône, au moyen d’une rofture. On tient la ligne plus ou moins longue, fuivant la profondeur de l’eau où l’on pêche.
- 694. Quand la pêche eft abondante, les pêcheurs mettent quelquefois deux haims fur chaque ligne, comme nous lavons expliqué en parlant de la pêche fur le grand banc , ce qu’ils appellent des Lignes ramies , & fouvent ils amènent deux morues; ou bien quelques-uns ajuftent les deux haims DD , comme on le voit pl. V, fig. 2 , chacun à fon empile , qui répondent aux lignes G G , qui ont deux braifes de long ; les deux haims font féparés par un bâton E E , qui a environ deux pieds de longueur , au milieu duquel eft attaché un plomb H, pefant 4 livres. Quand la mer eft grolfe , on augmente le poids jufqu’à 8 livres. Par cet ajuftement , les haims fe distribuent de côté & d’autre; mais comme on eft plus de tems à les retirer & à en détacher le poilfon, on ne fe fert de cet ajuftement que quand il y a peu de poilTon. Ieft la ligne, qui a 2f à 30 ou 40 braifes de longueur.
- 695. On ne fe fert point d’ilangueur ni de couteau à noues, mais feulement d’un couteau étêteur, qui eft moins grand que ceux dont on fe fert fur le grand banc ; il eft pareil à celui que tient l’étèteur A,pl. F, fig* 3*
- 696. Grappin pour le graiment des chaloupes. Les chaloupes ont chacune un grappin T, pl. V, fig. 2 , qu’elles mouillent quand elles font en pêche. Ces grappins ont quatre ou cinq bras , & un organeau dans lequel on pafle un cordage qu’on amarre à l’eftrave de la chaloupe ; c’eft ordinairement une aufliere de ço à 60 braifes de longueur fur deux pouces de circonférence.
- 697. Des digons ou piquoirs. Il faut avoir des digons ou piquoirs, c’eft une perche terminée par un fer pointu ; il fert à piquer les morues, comme le fait le matelot B , pl. V, fig. 4, pour les jeter des chaloupes fur la galerie, & de la galerie fur le plancher de l’échafaud. Le fer a douze à quinze pouces de longueur ; & quand les morues font petites, on en pique trois ou quatre à la fois.
- 698* Les dicoleurs ont de grands piquoirs, avec lefquels ils prennent une quantité de morues qu’ils jettent fur l’étal: les trous qu’on leur fait, ne les endommagent pas, & même on ne peut les appercevoir quand les morues font feches ; d’ailleurs on les pique le plus que l’on peut par la tète, qui doit être retranchée.
- 699. Gafaux. On a aufli de petites gaffes ou gafaux. Ce font de petits crocs dont on fe fert pour tirer à bord les très-grandes morues; 011 11’en fait point ufage dans les parages où les morues font petites.
- 700. De l'étal. L’établi fur lequel on habille les morues, & qu’on nomme
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- 138 TRAITE ' DES PECHES. Partie IL
- étal t eft proprement une table fort folide, qui a trois ou quatre pieds de largeur, & qui eft plus ou moins longue, fuivant la quantité d’habilleurs qui travaillent à la fois; on l’établit à huit ou dix pieds du bout de l’échafaud qui eft du côté du large. On en voit un petit A, pL V^fig. ^ ; nous en repréfenterons de plus grands dans la fuite. On voit au bout & nu pied de l’écharaud du côté de la mer,/?/. Vyfig' 6, B, une chaloupe qui revient de la pêche ; on jette deffus l’échafaud avec un digon les morues qu’on en débarque. Les étêteurs font rangés le long de ces établis , étant dans des barrils ou bailles D, comme ceux qui tranchent la morue verte; & auprès de chaque barril eft une ouverture qu’on nomme carneau 5 par laquelle on jette à l’eau les iffues inutiles.
- 701. Traîneau. Le traîneau H, pLV, fig. 7, eft fait de deux pièces de bois qui ont une forme circulaire , relevant par les deux bouts ; elles font jointes l’une à l’autre par des douves de travers qu’on cloue deffus , & à un bout I eft une groffe hart ou une perche flexible pour le tirer. Ce traîneau fert fur l’échafaud à tranfporterles morues de l’établi où 011 les habille, au faleur qui les met en patte, comme on le voit en D,/%. f. On voit, k 6 , un traîneau A , différemment conftruit, & qui fert au même ufage.
- 702. Mannes. Les mannes fervent à porter le fel au faleur & à recevoir les foies que les décoleurs tirent des morues. Quand l’étëteur a vuidé les morues, emporté la tète & mis à part les foies pour en retirer l’huile , & les œufs pour en faire de la rave , il pouffe les morues à l’habilleur , qui les ouvre de la tête à la queue, & leur ôte l’arête. Cette opération , toute fimpîe qu’elle paraiffe , exige de l’adreffe ; il faut vers l’anus changer un peu la direction du couteau, ce qu’il eft plus aifé de concevoir par l’inlpedion de l’habilleur que par un long difeours.
- 703. Quoi qu’il en foit, le trancheur prend la morue par l’endroit où elle a été décollée; il la met en travers devant lui, il la fend au-deffus de l’arête, puis pareillement au-deffous ; enfuite il donne un coup de couteau fur le dernier nœud de la groffe arête qu’il fait fauter à côté de lui ; & fon opération étant faite, il jette la morue dans une caiffe nommée efclipot, qui eft à côté de lui. Le fond de cette caiffe eft incliné vers un des côtés qui eft fermé par une planche à couliffe, afin qu’en levant cette planche, les morues coulent fur le traîneau, comme nous le dirons.
- 704. Mais avant de paffer à d’autres objets, il eft néceffaire d’infifter
- un peu fur la façon d’habiller la morue. L’habilleur fend la morue depuis la tète jufqu’à la queue, en fuivant la groffe arête, que quelques-uns ôtent tout-à-fait, n’en réfervant qu’un petit bout à la queue , & ceux-là font delà morue feche plate; d’autres n’emportent cette arête que depuis fa-pus jufqu’à la tête, & laiffent l’arête qu’on nomme la fur un des
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- Sect. I. Delà morue*, & des poljfons qui y ont rapport. 139
- côtés du poifîon ; (*) elle fert à foutenir la morue : celle qui n’eft pas ainft préparée eft moins eftimée à la vente, quoiqu’elle foit tout aufli bonne.
- 70f. Comme l’habilleur court rifque de fe couper la main qui tient la morue par l’oreille, fur. tout quand il détache l’arête, il a cette main garnie de cuir, d’une lame de plomb , ou d’une groffe étoffes quelques-uns ont un gant à la main qui tient le couteau. Pour fendre la morue, l’habilleur l’appuie fur un taffeau triangulaire qui eft attaché à la table devant lui : ce taffeau fe nomme étalon,
- 706. Quand la morue eft habillée, l’habilleur la jette dans un trou qui eft à l’étal; 011 le.nomme éclaire, & elle tombe dans une boite qu’on nomme efclipot, où le faleur vient la chercher fur un traîneau , comme je l’expliquerai dans la fuite.
- 707. Civières ou boyards. Les civières L, pl V > fig. 7 , font entièrement femblables à celles dont on fe fert dans les baffes-cours & les atte-liers des maçons. Elles fervent à porter les morues de l’échafaud dans les lavoirs ou fur la greve , 8c quand elles font feches , dans les chaloupes pour les embarquer. Quelquefois, pour cette derniere opération, 011 les porte fur l’épaule par faifceaux. Les civières fervent auffi à porter las foies de l’échafaud dans les cageots, à moins qu’on 11e porte les mannes à bras , comme I, pl. V^ fig. 6.
- 708. Rabots & vatrouilles. Les rabots M , pl. V,fig. 7 , ont à peu près la même forme que ceux dont fe fervent nos maçons pour éteindre la chaux 8c faire le mortier. Le manche a dix à douze pieds de long ; on s’en fert, lorfqu’on lave les morues , à ôter la vafe que le fel a laiffée deffus, comme le fait le matelot H, pl. fig. 8 ï mais il eft mieux de fe fer-vir de vatrouilles O, qui font un tampon de laine attaché au bout d’une perche. Son ulage ordinaire eft de laver les vaiffeaux.
- 709. Cageot. Le cageot E , pl. V, fig. 6 , eft une caiffe où fe jettent les foies pour les laiffer fermenter & fe fondre en huile. Chaque échafaud a le lien qu’on place à portée pour recevoir les foies de morues, qu’on met d’abord dans des corbeilles , qu’on charge fur des civières à mefure que les étèteurs les ont remplies. Ces caiffes qu’on nomme cajots ou cageots, ont huit à neuf pieds de hauteur; leur longueur eft à volonté. Toutes les planches doivent être exactement jointes & affemblées à queue d’aronde, de forte que la caiffe foit parfaitement étanche. Dans l’intérieur de cette caiffe, à quelques pouces de diftance de ces parois, 011 établit un grillage avec de petits barrots qui font éloignés les uns des autres de deux pouces , & on cloue deffus une ferpilliere bien tendue; c’eft dans cette capacité
- (*) Voyez les figures m bas de hplanche m eft repréfenfé le capelan de Terre-neuve,
- S ij
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- ï4o TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- qu’on jette les foies: à mefure qu’ils fe fondent, l’huile pafîe au travers la ferpilliere, & .fe rend entre le grillage & les planches, d’où on la tire à clair dans des futailles , par une canelle. Il y a tout près du fond du cageot une autre canelle , par laquelle on fait écouler le fang & l’eau qui font plus pefans que l’huile. Quand il furvient de la pluie, on ouvre le robinet du fang pour laifler écouler l’eau. S’il en était tombé abondamment, on la lailferait écouler par le robinet de l’huile ; mais il faudrait avoir l’attention de le fermer quand l’huile commencerait à couler. Comme il faut que le cageot foit élevé au-deifus du terrein , on forme quelquefois du rez-de-chauflee au haut du cageot un plan incliné d, fur lequel montent ceux qui portent des foies avec des civières ,/>/. VI ,fig. I.
- 710. Suivant la fituation du terrein ,on établit différemment le cageot, comme on le voit en I , pl. V, fig. 6, & cela fe pratique lorfque l’éta-bliflement de la pêche n’eft pas fort confidérable. On voit en I, un ouvrier qui porte des foies au cageot dans une manne ; en K, le robinet par lequel s’écoule le fang & l’eau ; en L, un robinet plus élevé pour retirer l’huile ; & en /, des ouvriers qui braffent les foies pour en exprimer l’huile.
- 711. Le lavoir. Le lavoir eft une efpece de petit parc quarré long, formé à claire-voie avec de petits barrotins : il peut avoir dix pieds de long fur fept pieds de largeur. On en voit un en N, pl. V,fig. 7, qu’on a repréfenté un peu en grand j les barrots, du côté de la mer , ont quatre pieds de haut ; ordinairement on ne donne que deux pieds à ceux qui font du côté de la terre. Le fond eft planchéié ; les côtés font formés par des barrotins qu’on met à un pouce & demi ou deux pouces les uns des autres, & outre cela ils font treifés de fil de carrct de trois en trois pouces , pour que les petites morues ne puiffent paffer au travers.
- 712. Au flot on pouffe ce lavoir à la mer, comme on le voit en H, pl. V, fig. 7 & g , de forte que le bout où les barrots font moins longs , foit à terre, ou à une petite profondeur dans l’eau. Communément on établit à côté un petit échafaud H, h, fig- 8, pour que ceux qui apportent la morue & ceux qui la lavent, ne fe mettent point dans l’eau. Quelques-uns ne prennent point cette précaution, & fe mettent à l’eau jufqu’à mi-jambe, comme 011 le voit en H, fig. 8.
- 713. Assez fouvent on fait defcendre des moufles dans le lavoir, qui avec la main emportent de deffus les morues la vafe que Je fel y a laiffée, pendant qu’un homme les remue avec le rabot ou la vatrouille , comme on le voit pl. V, fig, g ; d’autres les lavent entièrement avec les mains, comme le font ceux qui font au lavoir H de la figure 6.
- 714. Quelques-uns ? pour éviter le tranfpoxt des morues ? établilfens
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- Sect. ï. De la morue, & des poijfons qui y ont rapport. 141
- le cageot du lavoir à un bout de l’échafaud, auprès de l’endroit où l’on fale , en le fufpendant avec des cordes qu’on alorge eu qu’on raccourcit, de forte que le lavoir trempe convenablement dans l’eau : il eft bon de le décrire.
- ' 71 Depuis environ vingt-cinq ou trente ans, on établit le lavoir à la mer près de l’échafaud , & iuivant la difpofition de la place, on conftruit un pont qui, prenant de l’échafaud , s’étend à la mer quelquefois de la longueur de l’échafaud , & aboutit à un grand quarré formé avec des pieux, & qui eft de la grandeur que doit avoir le lavoir qu’il doit contenir. Ce quarré eft formé par des piquets , & aux quatre angles il y en a de plus forts & de plus longs que les autres , auxquels on amarre des palans qui fervent à hauffer & bailler la cage du lavoir, à mefure que la marée s’élève ou fe retire. Au moyen de cet ajuftement, on eft difperfé de tranfporter le lavoir fuivant les différentes hauteurs de la marée 5 & le tranfport de la morue au lavoir ne peut jamais être fort éloigné.
- 716. Quand les morues font bien lavées & blanches, on les met égoutter & fécher pendant quelques heures fur des claies M, pl. V, fig. 6, la chair en-deffous.
- 717. On a deux fortes de pelles , comme pour la morue verte : les unes grandes , fervent pour décharger le fel, & le mettre en tas fur l’échafaud ; les autres qui font petites & qu’on peut nommer pellaux , fervent à prendre le fel au monceau pour le poudrer fur les morues ; d’autres , pour moins perdre de fel , le mettent fur l’échafaud, dans de grandes caiffes F , pl• y, fig. 6 , & ils en emplilfent des mannes , pour le porter au faleur. Communément la caiife où eft le fel, & qu’on nomme fauniere, étant à portée du faleur, il prend le fel avec de grandes pelles de bois, & le* répand fur les morues.
- 71g. Barrils à l'huile. On entonne l’huile dans des tonnes, où étaient les boiffons que l’équipage a confommées , & au retour de la campagne on la vend dans les mêmes futailles.
- 719. Plus les morues font gradés, plus leurs foies fournilfent d’huile. Il y a des années où 4000 quintaux de morue donnent quarante à quarante - cinq barrils d’huile ; dans d’autres années, la même quantité de morue ne donne qu’une trentaine de barrils; mais, année commune, un vailfeau de cent tonneaux fournifiant 18 à 1900 quintaux de morue, ne donne que huit à dix barrils d’huile quand les morues font maigres , & quinze à dix-huit quand les foies font gras & bien nourris , non compris un. déchet qui eft inévitable.
- 720. On doit tenir les barrils d’huile à couvert du foleil, principale-
- ment pour éviter le coulage. On porte quelquefois les huiles avec les mo. rues dans la Méditerranée. ' '
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- HZ T RAI T DES PECHES. Partie IL
- De la rave.
- 72r. Si l’on Fait de la rave avec les œufs de la morue, ou les fale dans les mêmes barrils , ou de plus petits, ou bien après les avoir Talés, 011 les fait fécher , puis on les embarque en left. On vend la rave en Bretagne aux pêcheurs de fardines j les Bafques la vendent aux ETpagnols.
- De quelques menas uftenjiles qui font nêcejfaires pour la pêche de la
- morue.
- 7ZZ. Nous paierons légèrement fur ces menus uftenfiles , parce que nous aurons occadon d’en parler dans la fuite ; par exemple , comme tous les matelots travaillent à faire , ou à rétablir l’échafaud, chacun porte fa hache.
- 723. Il faut auiîî prendre dans le navire uns grande quantité de clous de différentes grandeurs , pour conftruire l’échafaud & les cabaneaux: il y en a qui doivent avoir dix à douze pouces de longueur ; bien entendu qu’il faut en outre fe pourvoir de marteaux, de fcies , d’herminettes, de tarières & d’autres outils de charpentier , de calfats , & de tonnelier».
- Des habillemens des pêcheurs de morue, principalement pour celle qu'on
- prépare au fec.
- 724. Comme la pêche de la morue fe fait dans des parages , & même dans des pays très-éloignés les uns des autres, où la température de l’air efl: très - différente , il s’enfuit que l’habillement des pêcheurs doit être plus ou moins chaud, St plus ou moins en état de rélîfter à l’humidité de la brume & de la pluie.
- 727. En général, les habits des pêcheurs de morue reifemblent affez à ceux de nos matelots ; des culottes à grands canons , fendues par en-bas , & qui recouvrent en partie les guêtres & bottines qui garnilfent leurs jambess des gilets ou chemifettes d’étoffes plus ou moins épailfes, & par-deffus des capotes ou cafaques j au refte, les uns ont des bonnets, & les autres des chapeaux.
- 726. Comme pour la morue fëche les pêcheurs rte font point ordinairement dans des barrils, il efl important qu’ils aient des bottines de cuir ou des guêtres de toile goudronnée.
- 727. Dans certaines parties 8c dans certaines faifons,il faut qu’ils foient bien habillés, pendant que dans d’autres cireonttances ils fe met* tent en chemife*
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- Sect. I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. 143
- r’ 7^8. Comme il leur eft au moins auffi important de fe garantir de l'humidité que du froid dans les pays qui font fort au nord, leurs cafa-ques & leurs culottes font faites de peau de veau ou de mouton paffées à l’huile & au fuif, pour que l’eau ne les pénétré pas ; & pour être chaudement, ils mettent le poil en-dedans 5 de plus, ils doivent avoir des hardes de rechange. Ces précautions font très-importantes pour la conferva-tion de la fanté. des matelots qui font dans des climats fort rudes , expofés aux injures du tems, très-fouvent pendant le jour & la nuit.
- 729. Les cafaques & culottes de veau font bien meilleures que celles de mouton ; mais qu’elles foient de l’une ou de l’autre peau , les dimanches, comme la pèche eft interrompue , & qu’on ne travaille que fur la grave, encore eft-ce feulement quand les circonftances font favorables , les matelots profitent de ce tems de repos pour frotter leurs vêtemens de fuif & d’huile, afin de les entretenir fouples.
- 730. Les pêcheurs & les habilleurs ont un cuirier , devanteau ou fai-gncux,qui eft un grand tablier de cuir qui tombe jufqu’à mi-jambe , avec une bavette qui remonte jufqu’au menton. Ce tablier garantit les pêcheurs de l’eau de la mer, & les habilleurs du fang des morues.
- 731. Plusieurs, fur-tout les habilleurs, ont des brafiards de cuir & des mitaines d’étoffe qu’on nomme hdle-avants.
- 732. Les capitaines attentifs doivent avoir foin que leurs novices & mouffes foient fuffifamment fournis de hardes > car s’ils n’ont pas de quoi changer quand ils font mouillés, ils tombent malades ;& outre qu’alors ils 11e peuvent faire aucun fervice , la maladie fe communique prefque toujours à l’équipage.
- Du fel.
- 733. Un navire de deux à trois cents tonneaux,fe charge d’environ deux cents tonneaux de fel} 8c quand la pêche eft,bonne,il peut rapporter 3000 quintaux de morue feche 5 mais il y a de grands navires qui font des chargemens bien plus confidérables.
- 734. On ne peut,fur cet article, donner que des à-peu-près ; car on emploie moins de fel dans les endroits où les chaleurs fe font fentir,que dans ceux qui font plus froids, parce que dans le premier cas elles s’en pénètrent plus promptement & plus intimement 5 d’ailleurs il y.a des fcls qui ont plus d’adivité que d’autres, & il faut plus de fel aux grandes morues qu’aux petites.
- 735. Comme c’eft un grand défaut aux morues que d’être tropifalées , on effaie le fel fur les premières morues que l’on prend ,pour ieixégler à l’égard du rcfte»
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- TRAITEr DES PECHES. Partie II.
- 73 6. Cependant on peut compter en général que fept tonneaux de bon fel peuvent fuffire pour 300 quintaux de morue ; & fi à caufe de l’a-bondance de la pêche on craignait d’en manquer, cette quantité de fel bien économifée pourrait fuffire pour 350 quintaux de morue.
- 737- Quelque s-uns comptent que quand la pêche eft bonne, chaque chaloupe emploie fept à huit tonneaux de fel.
- Expédition des bâtimens.
- 738- Les armateurs expédient la plupart de leurs bâtimens pour faire uniquement la pèche, & c’eft de cette expédition que nous comptons nous occuper principalement : d’autres fois , pour accélérer le retour de leurs bâtimens , ils embarquent des marchandifes de traite, pour les échanger , foie avec les naturels du pays , foit avec les fiuvages , pour des morues préparées.
- 739. Il y a encore des capitaines qui fe fervent de marchandifes de traite , pour louer des matelots qu’ils incorporent avec leur équipage pendant toute la campagne : en ce cas , les capitaines ont foin que les équipages foient faibles en nombre, puifqu’ils comptent les augmenter fur les lieux j mais leurs matelots doivent être d’excellens pêcheurs, pour diriger les matelots étrangers. Cette incorporation ne fe pratique guere que quand un équipage a été affaibli par les maladies ou le naufrage de quelques chaloupes.
- 740. Enfin il y a des navires qui arment uniquement pour le troc. Ils ne fe propofent point de pêcher, mais de fe procurer du poiffon tout préparé, ou à prix d’argent, ou en échanges pour des marchandifes, ef-fayant^de compléter promptement leur chargement , pour fe rendre ail lieu où ils comptent en faire la vente; en ce cas, le capitaine ne prend de matelots que ce qu’il lui en faut pour manœuvrer fon bâtiment.
- Ce que c'efi que le capitaine-amiral de la pêche, & des droits qui lui font attribués.
- 741. Le premier capitaine qui arrive à une côte , prend le nom de capitaine, amiral de la pêche ; il ale droit de prendre le porte ou le galet qui lui paraît le meilleur , & de diftribuer des portes à ceux qui arrivent enfuite : pour conftater fon droit, il doit auffi-tôt après fon arrivée mettre à la côte une affiche fur laquelle foit le nom du vaiffeau, celui du capitaine,le jour qu’il a mouillé l’ancre,enfin le nom du porte qu’il a choifi, & où il s’établit, déclarant qu’il ne connaît point de bâtiment
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- Sèct. I. De là morue, & des potjjuns f ni y rut rapport: 14*
- tjui l’ait primé. S’il s’en préfeiitait quelqu’un qui prouvât qu’il a pris1 pofte avant le tems marqué fur l’affiche, la chofe étant;éclaircie , celuiqui a été primé, ôterait fon affiche ;& s’il y a quelque conteftation , elle eft/ fouvent décidée par quelqu’officier qui a hiverné fur les lieux. L’ufage eft que l’amiral préfide de droit aux différends qui fe rencontrent pour la prife des havres qu’il eft à portée de viiiter, & po*ur cela on vient chez lui ; quand les havres font trop éloignés, on fait décider les difficultés par line aifemblée des capitaines les plus voifïns.
- 742. Le bâtiment qui arrive le fécond, choffit après le premier. Il en eft: de même de ceux qui arrivent enfuite, & ordinairement tout cela fe paife fans conteftations ; mais le premier a toujours le titre Garnirai ^ & une fupériorité fur tous les autres, fans avoir égard à la grandeur de fou bâtiment & à la force de fon équipage. Quand il fe rencontre beaucoup de pêcheurs fur une côte, s’il arrive quelque difcuffion pour l’étendue de la grave , c’eft le capitaine-amiral qui doit la terminer j & quand c’eft un homme jufte & raifonnable , 011 fe foumet volontiers à fa décifion. Pour mériter cette confiance, il faut que lui-même 11’ait pris de grave que ce qui convient relativement à la force de fon bâtiment & de fon équipage ; & à l’égard des autres, on eftime qu’il faut accorder fur la côte deux toifes & demie de largeur pour chaque chaloupe, & foixante à foixante & dix toifes de circonférence fur la grave auffi pour chaque chaloupe, tant pour le galet que pour les vigneaux. De cette façon il eft clair que les gros bâti-mens ont plus d’emplacement que les petits , & toujours proportionnellement à la quantité de pêcheurs qu’ils envoient à la mer.
- ; 743. S’il y a,des habitans domiciliés qui s’adonnent à la pèche, il eft jufte de leur fournir des poftes * mais d’une étendue, proportionnée au nombre de chaloupes qu’ils envoient à la pêche. Les autres poftes doivent être accordés gratis aux pêcheurs forains; en agir autrement, ferait monopole. C’eft pourquoi il y aurait de grands inconvéniens à accorder des poftes par des concédions à des.gens qui , ne faifant point la pèche, rançonneraient les pêcheurs; ce qui ne'pourrait pas manquer de, détourner les pêcheurs d’aller exyrcer leurs talens en Amérique. . ....
- .744. Ce qui. occafîoqne fou-vent des différends , c’eft qu’un premier arrivé Veut prendre place pour un autre vaiffeau de la même fociété , fur* tout .quand on foupçonne qu’il y, a de, fauffesSignatures s car la, fraude s’introduit par-tout.. . ; . . ij-V: I
- ., 74*. Au-refte l,,leS{polices1ne font';pas exactement les mêmes dans tous les .parages.;; ci •ih.ru-sq r.:o .00 m , * &:j r,'r: cri/
- 746, L’amiral doit prendre garde qpe .çejix qui ^arrivent .enfuite , ne s’emparent des chaloupes qui ne leur appartiennent pas, fur-tout* s’il eft Tome X. X
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- T RA I T Ef DES PECHES. Partie IL
- informé que tes propriétaires doivent arriver, & il doit en avertir le propriétaire des chaloupes à fon arrivée. Je crois cependant qu’il permet aux vaiiîeaux de fe fervir des chaloupes qui font à la côte , quand il n’elipas prévenu que le propriétaire doit venir ; alors les capitaines s’engagent par une foumiÆon exprelle de les rendre dans l’état où ils les ont priies , de les remettre au même endroit, & d’en payer le loyer.
- 747. Si un navire fe perd dans la traverfée , l’amiral doit au retour inL truire les intérefles de ce que font devenues les chaloupes qu’il y avait laillêes l’année précédente ; quelquefois même des capitaines qui ne doivent point faire la campagne, chargent leurs camarades de louer leurs chaloupes ik leurs autres ulienliles de pêche.
- 748. Comme les capitaines font jaloux de jouir des prérogatives attribuées à l’amiral, aufïi-tôt (ainfi que nous l’avons dit ) qu’il croit découvrir la terre , il envoie une chaloupe bien armée pour prendre polie ; mais il arrive allez fouvent qu’au lieu de la terre qu’on croit appercevoir, ce n’efi qu’un nuage ; alors la chaloupe court la mer , & s’expoie à de grands rifques , en navigant au travers les glaces : par-là on expofe l’élite de l’équipage aux plus grands dangers, & le navire privé de cette partie pré-eieufe de fes matelots, tient la mer parmi les glaces , les brouillards , & fou-vent de gros tems, en attendant le retour des chaloupes qui doivent lui indiquer le polie qu’elles ont choili, ce qui dure quelquefois plus de quinze jours. Souvent le navire , tourmenté par la greffe mer , elt forcé de fe jeter dans le premier havre qu’il trouve ouvert 5 ce qui fait qu’allez fouvent le navire elt au fud, pendant que les chaloupes ont pris havre au nord. Or quel tems ne faut-il pas pour fe rejoindre? Cependant que peut faire un navire privé de l’élite de fon équipage ? Si- le havre où il a été forcé de chercher un abri ne lui convient pas, ou s’il y elt retenu par les glaces, quand pourra-t-il fe rendre dans celui que fes bateaux lui ont choilî? Ce fera toujours en s’expofant à de grands rifques : cependant le tems de la pêche m’écoule. Pour remédier en partie à cet inconvénient, il fembîe qu’on ne devrait accorder le titre de capitaine - amiral qu’à celui qui prendrait polie avec fon navire j ou au moins, pour ne point rifquer mal-à-propos la vie des matelots , il conviendrait que les navires 11e mirent les chaloupes à la mer, que quand ils feraient à environ cinq lieues du port, & qu’étant mouillés dans un port connu, on pût envoyer les chaloupes au polie où lyon voudrait faire les établilfemens pour la pêche : en ce cas , s’il était le premier arrivé , il jouirait des prérogatives de l’amiral, & un autre navire qui arriverait enfuite , ne pourrait ôter au premier le poffe dont les
- . chaloupes auraient pris poflefîion, " '
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- Sect. I. De la morues & des poiffons qui y ont rapport. 147 Choix du lieu pour faire fon ctabliffement.
- 749• Il ÿ- a bien des endroits de l’Amérique feptentrionale ;, où les pêcheurs des différentes nations peuvent s’établir pour faire leur pèche , fui-vant les droits que chacun prétend y avoir ; mais ils ne font pas auffi avantageux les uns que les autres 5 cependant le fuccè's de la-pêche dépend fou-vent de faire un bon choix. ,
- 7^o. Il n’en eft pas comme de la morue verte ; côilé-ci féffaifanten pleine mer dans le bâtiment qui a fervi à faire la tra verfée , où on fui danse les préparations convenables, tout le monde eft libre de lq. faire,,fur (es bancs 8c rifs où fe raffemble le poiffon ; au lieu que la morue, feche fe préparant à terre , on ne peut s’établir que fur les côtes dont on eft en poffeffiom
- 7^ r. Cela étant fuppofé, il faut choifir un endroit où la cote ne foit point efcarpée , afin qu’on y puiffe faire des établiffemens commodes. Comme le navire doit refter défarmé pendant toute la campagne , il eft nér çeffaire d’avoir à portée de l’endroit où l’on veut s’établir, un bon mouillage où le bâtiment toit à couvert de la groffe nier , & où l’ancrage foit fur* , 752. A l’égard de la grave où l’on doitfécher la morue, on verra dans Ig fuite que les fonds de vafe & de fable ne font point du tout propres à fécher îa morue, ils la rendent fale & même croquante; au contraire, ceux de roches, de pierre, de galet, & de gros graviers, font convenables. ILeft bon que la plage où l’on doit étendre le poiffoafoit expofée au veut, & non pas à la grande aétion du, foleil ; car des,.coups de foie il vifs font éclorre des infeéles qui endommagent la morue,-ils cuifent en quelque façon le poiffon, au lieu de le deffécher à fond, & ces morues fe gâtent dans les magafins. Les vents frais & fecs font ce qu’il y a de plus favorable. Il eft bon d’avoir à portée du bois pour conftruire les échafauds & les cabanes, & de l’eau douce pour renouveller celle qu’on a embarquée ; enfin if faut que l’établiffement dont nous parlons , foit à portée des bancs & des golfes poiffonneux ; car c’eft un grand inconvénient quand il faut que les chaloupes pêcheufes s’éloignent beaucoup des endroits où l’on préparë la morue ', non-feulement à caufe de l’expédition du travail, mais encore parce:qu?if eft important que le poiffon foit tranché mis en premier ffel auflî-tôt8qü’il fort de la mer. ' - ‘ r : • .‘r ri f'
- 7Ï3* Quand donc le bâtiment eft rendu a la côte & au lieu oùle capitaine fe propofe d’établir fa pèche, on le place dans une anfe ou une baie,' le plus à l’abri qu’il eft poffible ; on lefléfarmë entièrement, ne lüi laidhnt que fon grand niât & fon béaupré,° & on-le tient’ affourché par q-iiàtré'âmfài?-. res v pour qu’il refte en fureté-pendant toute la pêche. ^ -,v i'n fnr;
- 7S4» Lorsqu’on peut le!placer, commercela arrivé ordinàiBehiëiit'i
- T ij
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- TRAITE’ DES PECHES. Partie H.
- portée de l’endroit pu l’on s’établit, on laide dedans les vivres, le Tel & une partie des ullenfiles ; en ce cas il fert de magafin. Le vailfeau étant dégréé &;bien amarré, on travaille à;faire l’établilfement à terre, jII confilte à former .l’échafaud , des cabaaeaux , & à fe pourvoir de chaloupes pour la pèche, d’un, lavoir, d’un charnier pour les foies; tout cela forme de grands éta-blilfemens & occafîonne des travaux conlidérables.
- . ..Dfirlif groffeur. des morues dans différens parages.
- . ' 75f. Nous avons déjà dit’r’que les morues du grand banc font les plus grolfes ; celles difbanc des Orphelins font au moins auffi groifes ; celles du Ferai, du port à Choix, le font moins, quoiqu’elles le foient plus que celles de l’autre côté de l’isle. Mais pour la morue feche, on ne déliré pas d’auffi grolfes morues que pour la verte ; fouvent même quand , en faifant la pèche pour la morue feche , on en prend de très-grandes, on les prépare en mortie v.erte , parce que dans la Méditerranée , où l’on fait la plus grande confommation de la morue feche , on préféré les petites aux grolfes..Néanmoins, on verra dans la fuite qu’on peut trouver un débouché avantageux des grandes morues feches. '
- 756. Les pêcheurs prétendent que dans les mêmes parages les morues ne font pas tous les ans de même grandeur; peut-être parce que, pour quelque caufe .que nous ne connailfons pas, les morues font quelquefois engagées à fe tenir-dans les grands fonds/ ;
- 757. On veut aulîi que les morues maigrilfent quand elles ont relié long-tems à une côte, fur-tout près de l’embouchure des grandes “rivières.
- Des chaloupes pcchcnfes.
- 7^8. Nous avons déjà dit que le navire qui doit rapporter la morue feche ne fait point la pèche; que ce font des chaloupes qui font chargées de ce foin.*,& elles rapportent leur pèche à terre, où on leur donne les préparations .dont nous parlerons dans la fuite. Il fuit de là que c’ell un grand avantage, ipqqrecette pêche , que les chaloupes puilfent établir leur pèche fur des bapcsojou dans des anfes abondantes en poilfon, & à portée du lieu où l’on' prépare la morue , afin qu’elles reçoivent les préparations étant encore fraîches; au lieu que quand*les polies de pèche font éloignés, une partie du poilfon elt quelquefois altérée en arrivant à terre : d’ailleurs quand les polies ,de pêche.font proches de la côte, les chaloupes ont la facilité de faire plufiçurs voyages, lorfque lapèche ell favorable, pour remettre leur poilfon aux habilleurs , & retourner faire leur métier. On voit donc qu’il faut des chajoupps pour faire cette pêche. Nous .allons nous en occuper.
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- Sect I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. 149
- 7^9- Elles font du port de quatre à cinq tonneaux: nous avons dit qu’on en embarquait de démontées & en paquets dans la cale ; allez fou-vent on en trouve de celles qu’on y a laiifées l’année précédente. On trouve auffi quelquefois à en louer pour la campagne.
- 760. On divife ordinairement chaque chaloupe en fix places. Trois Font occupées par les pêcheurs, & les trois autres fervent pour mettre îepoif-Jon à mefure qu’on l’amene de la mer à bord. On compte qu’il faut une chaloupe pour vingt tonneaux; ainfi un navire de quatr,e-vingt tonneaux en a quatre , & celui de quatre cents tonneaux en a vingt.
- 76r. Nous obferverons néanmoins qu’il faut augmenter le nombre des chaloupes quand on eft obligé d’aller pêcher loin , & encore quand il y a peu de poilfon. Si donc on juge,par ce qui eft arrivé les années précédentes, qu’il y aura abondance de morue près de l’établiflement , on peut diminuer le nombre des chaloupes; fi c’eft le contraire , il faut l’augmenter, fe fondant toujours fur des probabilités.
- 762. Aussi-tôt que le vailfeau eft amarré & déformé, les charpentiers s’occupent de remonter les chaloupes qu’on a apportées en paquet, à radouber celles qu’on trouve fur le lieu , ou qu’on loue; & auftî-tôt qu’elles font à l’eau , on leur met leurs agrès , qui confident en une voile quarrée & une latine, trois avirons , deux lignes garnies d’un haim pour chaque matelot; chacun prend ordinairement une ligne à maquereau. On met fur chaque chaloupe un compas, pour que les pêcheurs puiifent trouver leur route en cas de brume ou de mauvais tems. Des trois matelots qui font dans chaque chaloupe, un fe met au gouvernail, un autre eft chargé de l’arrimage, & le troifieme de l’embofler quand elle a mouillé fon grappin, ou quand elle a abordé à l’échafaud.
- 763. Enfin : comme les pêcheurs ne reviennent à l’échafaud que le foir ou le lendemain , ils prennent un bidon rempli d’eau ou de petite biere ou de cidre, & un corbillon rempli de bifcuit, avec les appâts dont ils jugent avoir befoin. Les pêcheurs étant ainfi pourvus de tout ce qui leur eft nécef-faire, partent pour s’établir furies fonds où ils doivent pêcher ,& y mouillent un grappin. Cependant le maître de grave envoie des chaloupes pour reconnaître leur pofition , dans la vue de leur fournir des appâts & des vivres quand ils en ont befoin; car quand la pèche eft bonne , ils 11e reviennent à terre que le moins qu’ils peuvent :& afin de ne pas prendre le change, les canotiers conviennent d’un fignal pour fe reconnaître; car il faut elfayer que les pêcheurs ne foient pas réduits à amorcer avec des entrailles de morue. Pendant que les charpentiers font occupés à monter & radouber les chaloupes, les matelots vont chercher le bois dont ils ont befoin pour faire l’échafaud, les vigneaux & les cabaneaux ; une Dartie s’a-
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- Ifo TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- mene à la remorque par les chaloupes. Aulfi-tôt qu’il y a quelques chaloupes en état de tenir la mer, & pendant qu’on conftruit l’échafaud, le capitaine en dépêche-quelques-uns pour connaître fi les morues ont donné à quelques endroits.
- De l'échafaud.
- 764.. L’échafaud A, C ,pl. FI, fig. 1, eft une efpece de théâtre dont on proportionne la longueur & la largeur à la grandeur du bâtiment qu’on a armé pour faire la pèche. Ceux qu’on fait pour les plus grands vaiffeaux, ont vingt-cinq à trente pieds de largeur fur cent de longueur ; il y en a qui n’ont que vingt pieds de largeur fur quatre-vingt pieds de longueur; en un mot, 011 les proportionne à la force des équipages. Cependant quelques capitaines qui commandent de grands bâtimens , préfèrent de faire plufieurs petits échafauds au lieu d’un grand.
- 76^. Un bout A doit être alfez avant à la mer, pour que de mer baffe les chaloupes pècheufes puilfent l’acofter étant chargées de poilfon. Pour cela il eft bon de favoir que la différence de la haute à la balfe mer eft dans ces parages d’environ trois ou quatre pieds. L’échafaud ci-delfus eft repré-fenté de haute mer, & l’échafaud pl. F, fig. 1 , eft repréfenté de balfe mer.
- 7 66. L’autre boutC de l’échafaud,/?/. FI, fig. 2, doit être allez avant à terre , pour qu’il foit à fec lorfque la mer eft haute , afin que ceux qui travaillent à la préparation du poilfon , & qui font continuellement obligés de paffer l’échafaud à terre pour étendre le poilfon fur les graves , ne foient pas obligés d’entrer dans l’eau. Et comme ordinairement le terrein va en montant à mefure qu’on s’éloigne de la mer, il en réfulte qu’en tenant le bout A du côté de la mer fuififamment élevé, la fur fa ce de l'échafaud étant de niveau , fe trouve à l’autre bout C, de plein-pied avec le refte du terrein, ce qui eft très-commode pour ceux qui travaillent à la préparation du poilfon.
- 767. Suivant la forme du terrein 8c l’idée des charpentiers , on construit différemment les échafauds, comme on peut le voir en comparant leurs deux definis ici repréfentés.
- 768- On fait ces échafauds avec de jeunes fapins fort droits,qu’on met fi près à près , qu’il ferait difficile de paffer fous l’échafaud. Les pilotis montans font gros comme la cuilfe ; ceux qui fervent d’areboutans , de liens & de traverfines le font moins ; on enfonce les pilotis montans plus ou moins dans le terrein fuivant fa folidité, de forte que quand on fe trouve fur un terrein de rocaille, ils y entrent fort peu; & en ce cas, on apporte plus d’attention à les joindre par les longrims les traverfines , les guettes, les liens ; & toutes ces pièces font principalement alfemblées
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- Sect. I. De la morue des poijjons qui y ont rapport. i?i
- avec de forts clous, dont on apporte , comme nous l’avons dit, une bonne provifion , entre lefquels il y en a qui ont jufqu’à un pied de longueur \ & il en faut une grande quantité pour rendre cette bâtil’se afsez forte pour rélifter à l’impétuollcé de la mer, même dans le cas de tempête, où les efforts font quelquefois fi vioîens qu’on eft obligé , pour rendre l’échafaud plus folide , de le charger avec quantité de barrils qu’on emplit de fable ou de galet.
- 769. On fait le bout A, de bafse mer , & l’on conçoit que, fuivant bien des circonftances, il faut que les pilotis en loient plus ou moins longs. Cependant on les affermit par des guettes ou arcboutans b 9b9b 9 fig- 2 , qui font joints à la tète des pilotis montans par de forts clous. On ne peut pas mettre de ces arcboutans au bout A, qui eft à la mer, parce qu’ils empêcheraient les chaloupes d’acofter 5 ainfi on multiplie les pilotis & les traverfines c, c , fig. 2 , afin de fe procurer une folidité fuffifante.
- 770. Pour former le plancher de l’échafaud , on lie la tête des pilotis par des longrines & des traverfines, & au lieu de planches, 011 met ordinairement delfus de jeunes fapins qu’on choifit bien droits pour qu’ils fe touchent fans lailfer de vuide entr’eux. Cet établiflement confomme beaucoup de bois ; mais communément on ne manque pas de fapins dans ces parages : cependant il faut quelquefois les aller chercher aflez loin, ce qui fatigue l’équipage & retarde la conftru&ion de l’échafaud, qui au lieu d’être prêt au bout de quinze jours , 11e l’eft quelquefois pas après un mois de travail.
- 77r. Quand les chaloupes rapportent des morues avant que l’échafaud foit fini, 011 détache quelqu’un pour les trancher & les mettre en premier fel, fauf à achever leur préparation quand l’échafaud fera fini.
- 772. Lorsque J’échafaud eft formé comme nous venons de l’expliquer, on établit deflus la cabane C, D y pi- VI, fig. 2 5 c’eft une efpece de halle faite avec une charpente légère affemblée avec des clous. Pour qu’on puifle y être à couvert des injures de l’air , & travailler la nuit à la lampe, on forme avec des rames vertes un clayonnage , & l’on couvre la, cabane, tantôt avec des herbes feches qu’on trouve à portée , ou des écorces d’arbre , ou le plus foüvent avec les voiles du navire ; c’eft fous cette halle que font les étals ou établis pour trancher la morue, & l’endroit où l’on met la morue en premier fel, comme nous l’expliquerons dans la fuite. Pour fe garantir du vent, il y a , outre le toit, un plancher, ce qui forme une efpece de grenier dans lequel couche une partie de l’équipage i favoir, les décolleurs, habilleurs , faleurs, moufles} en un mot >
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- If 2
- T RAI TW DES PECHES. Partie ÏI.
- ceux qui travaillent à l’échafaud & qu’on nomme ckafaudiers. Ordinairement leurs lits font des cadres tranche-filés de bitord.
- 773- Nous avons déjà fait remarquer que l’échafaud de la planche VI, fig. 1 , eft repréfenté la mer étant haute , & il y a du côté de la mer comme un avant-bec A , B, fig. 1, le long duquel les chaloupes pècheu-fes peuvent aborder pour décharger commodément leur poilfon , & c’eût fur cet avant-bec qu’on met quelques petites pièces de canon , ou des pierriers , pour en impofer aux pirates, & à des partis de fa uvages qui feraient tentés de prendre le poiifon qui eft préparé. A la pl. VI, fig. 2, on fuppofe la marée baife ; c’eût pourquoi l’échafaud eût beaucoup élevé au-deûfus des chaloupes qui viennent chargées de poiûfon , & on fe fert de piquoirs pour le mettre au bout de l’échafaud à l’endroit qu’on nomme la poijjonnerie; cet endroit a depuis le bord de l’échafaud jufqu’aux tables des trandheurs, huit à dix pieds au moins. A certains échafauds on poulie les morues par - deûfous la clôture de la cabane , fous laquelle on laiûfe un efpace vuide : le garçon de bord B , fig. r , eût occupé à ce travail. On fait enforte que cette partie foiü de quatre pieds plus haute que la plus haute mer; & comme les marées dans ces parages montent de trois à quatre pieds , la poiffounerie eût de fept à huit pieds plus élevée que la mer lorfqu’elle eût baife. A la fig. 2 on voit l’échafaud dans toute fa longueur. Quelques ha-bitans font dans des havres & baies propres à la pèche, des échafauds qu’ils louent aux pêcheurs , qui alors peuvent commencer leur pèche en arrivant & faire plus promptement leur cargaifon ; mais 011 trouve aûfez fouvent des échafauds de l’année précédente , & on a plus tôt fait de les réparer que d’en conûtruire de neufs.
- 774. On conçoit qu’il faut meubler la cabane de l’échafaud , de tables, de barriques, de faunieres ,&c. comme nous le dirons dans la fuite.
- Des caban eaux.
- 77?. Les cabaneaux g, pl. VI ,fig. 1 font effectivement des cabanes qu’on fait avec des perches & des planches , fur lefquelles on forme un toit qu’on couvre avec une voile ou des écorces d’arbres, & par- deiïiis des gazons. On en fait ordinairement un pour la cuifine, un pour le ma-gaûin des vivres, pluûieurs pour loger les officiers, & un autre grand pour coucher les matelots pécheurs : il y a plufieurs cabanes pour les officiers, & îe capitaine en a toujours une particulière. Au refie , la forme.de ces cabanes varie fuivant le goût des charpentiers ou celui du capitaine ; mais il faut les placer hors l’étendue de la grave. Quand on en trouve des années précédentes, on les répare 8c on en profite ; il en eût de même de tous les
- autres
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- Sect. I. De la morue >&des poiffom qui y ont rapport.
- autres uftenfiles. Dans les portes où l’on craint la rapine des fauvages, une partie des matelots couche à bord du bâtiment, où l’on fait le quart aflez
- iouvént, ii- ; ' , î r , , •
- Des vigneaux.
- *7^6. Quand on a à portée de l’échafaud une plage couverte de galet ou de cailloux, on en profite pour faire fécher la morue , fi elle n’eft point iujette à être inondée; mais fi le fond était de fable fin ou de ya,fe, ou s’il y reftait de l’eau, la pente étant trop peu confidérable , il faudrait faire des vigneaux. ,Qn appelle ainfi. des banquettes de quatre pieds de largeur, ide quarante à cinquante toifes de: longueur , & qui font élevées d’un pied »u deux au-deffus du terrein ; on les compare apparemment aux élévations qui fe voient dans les vignes entre les filions ; on les fait, ou en formant des banquettes avec des cailloux, comme fi l’on conftruifait un mur -à pierres feches , ainfi qu’on le voit en F ,/?/. yi,fig. 2 , ou bien ce font des rames ou de grandes claies larges de quatre pieds , dont on forme une longueur de deux à trois cents pieds, en les foutenant à environ deux pieds de terre par des pieux ôu des piquets fourchus & des traverfes. On laiife entre les files de claies un efpace d’environ cinq pieds pour le partage de ceux qui étendent des morues; on fe fert de l’une ou de l’autre forte de vigneaux, fuivant la commodité qu’on a pour avoir des matériaux. Lorf-qu’on a du bois, on s’en fert; quand la pierre eft plus abondante que le bois, on en fait ufage ; quand la grave eft couverte de galet, on fe dif-penfe de faire des vigneaux pour étendre la morue, comme on le voit en ff , fig. 2, ? c’eft même le. cas le pl us avantageux. Lorfque le galet manque à quelques endroits , on y en tranfporte à la civiere ; mais on préféré le galet' foncier à celui qu’on tranfporte ainfi: ce travail eft d’ailleurs pénible , & pour éviter cette fatigue, on fait quelquefois ce qu’on nomme des ramées eu des rames ; ce font des couches de branches vertes, ordinairement de bouleau , auxquelles on donne quatre ou cinq pouces d’épaifleur ; mais Jes vigneaux & la ‘grave font préférables : il faut qu’elle foit feche , car Jes exhalaifons du <iol jauniflent la morue. Dans les parages où les chaleurs fe fontrfentir , on commence par étendre les morues fur les vigneaux, & enfuite on les tranfporte fur la grave qui réfléchit toujours plus la chaleur que les vigneaux.
- 777. Assurément ces établiflemens font bien confidérables ; mais il arrive fouvent qu’on en trouve de l’année précédente qu’il ne faut que réparer:, les pêcheurs s’en mettent en porteflion, & en font quittes pour donner dans certains cas des dédommageraens à ceux qui les avaient conftruits ; il y a fur cela des réglés de police, auxquelles on fe conforme.
- Tome X. V
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- TRAITÉ* DES PECHE S. Partie IL
- ' ' Départ des chaloupes pour la pêche,
- 778. Quand les chaloupes font montées par les charpentiers & cal-fats , puis appareillées par les' matelots , l'échafaud , les vigneaux & les ca-baneaux étant conftruits, comme nous l’avons dit, chaque chaloupe va à la pêche, ou , comme difent les ^ pêcheurs, à la fonde , étant armées chacune de trois hommes, favoir, le maître de la chaloupe, l’avant, & fou-vent un novice qui n’étant pas auffi expérimenté que les autres, apprend fon métier; quand il a de l’intelligence & de la bonne volonté, il peut au bout de quinze jours faire allez bien fon office. Nous avons déjà dit que les chaloupes qui font montées par trois hommes , font partagées eu trois places ; trois font occupées par les pêcheurs, & les trois autres font deftinées à recevoir le poilfon que l’on prend.
- 779- Chaque pêcheur a deux lignes , pour en jeter une à bas-bord, & l’autre à ftribord ; ces lignes ont 4? à fo bralfes de longueur : elles font, comme pour la pêche delà morue verte, chargées de 3.34 livres de plomb » il y a 3 ou 4 bralfes de l’haim au plomb, qui eft au bout de la principale ligne; on attache donc communément au plomb , ou quelques braifes au-deifus , une ligne plus fine, qui porte l’haim , & alfez fou vent deux, qu’on amorce autant qu’on le peut de poiiïbn frais, maquereau „ hareng, cape-lan , ou autre dont on peut fe fournir.
- 780. Il n’eft pas rare que chaque ligne arnene deux morues; car il y a des eirconftances fi favorables à la pêche, qu’on peut charger la chaloupe deux fois en un jour fans s’écarter de la côte plus loin que d’une portée de canon; mais d’autres fois on fait une pêche alfez ftérile, quoiqu’on s’é<-carte de trois ou quatre lieues au large.
- 781. Dans les eirconftances où la pêche eft três-avantageufe , chaque chaloupe peut rendre 30c & jufqu’à 500 quintaux de poilfon par mois ; mais ces cas font rares : dans ces eirconftances heureufes, chaque pêcheur n’à- point de tems à perdre pour amorcer & retirer fes deux lignes, k plus'forte raifon quand il y en a trois , comme le font quelques pêcheurs. Quelques-uns emploient des haims à double croc: pour.cela ils adolfent deux haims qu’ils lient enfemble ; mais il s’en faut, beaucoup que cette méthode foit généralement adoptée.
- 782. Chaque pêcheur affede une heure pour la pèche, qu’il,croit préférable aux autres ; mais alfez communément les chaloupes partent à trois heures du matin , & reviennent à l’échafaud fur les trois à quatre heures après midi» Quand le vent eft favorable , ils appareillent leur voile > mais fbuvent ils font obligés d’aller & de revenir à la rame. ,
- 783» Nous avons dit parlant de la pêche fur le grand banc , que k
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- Sect, I. De h morue, &? des poisons qui y ont rapport,
- morue y était attirée par des bancs de harengs & de capelans ,& que quand ces petits poiffons s’approchaient des côtes pour jeter leur frai, îeis morues les y fuivaient; ainfi , fuivant la route que tiennent les petits poilfons , les morues fe portent plus abondamment d’un côté ou d’un autre. Les chaloupes pêcheufes doivent donc dans le commencement fe dif-tribuer de différents côtés pour effayer de rencontrer un banc de poiffon , & un porte où il y ait beaucoup de morues. On perd quelquefois beaucoup de tems à cette recherche; mais quand on l’a trouvé, on en avertit» & toutes les chaloupes pêcheufes fe réuniffent pour profiter de la découverte de leur camarade ; aifez fouvent même quelques chaloupes fe détachent beaucoup des autres, pour effayer de découvrir les portes les plus avantageux.
- Des dijférens appâts avec lefquels on amorce les haims pour cette pêche,
- 784* Le fuccès de la pêche dépend beaucoup de la bonté des appâts dont on amorce les haims. Il eft donc eiîèntiel de s’en procurer de meilleurs : mais on n’eft pas toujours maître de choifir ; car ceux dont on fait le plus de cas, abandonnent la côte dans certaines faifons, & l’on eft réduit à fe contenter des médiocres. Pour comble de malheur , les morues fuivent les portions qui fourniffent les meilleurs appâts , & abandonnent le lieu de la pêche.
- 78T. Ceux qui méritent la préférence, font le maquereau, le hareng,' la fardine & le capelan , le lancornet, quelques coquillages, & le gafpareau , qui eft une efpece de petit hareng , ou une forte de fardine, dont les morues font friandes. Le capelan eft celui dont 011 fe fert le plus ordinairement: c’eft un poiffon fort brillant, & qui eft de la groffeur d’un éperlan.
- 786. Pour avoir fuffifamment d’appâts, & être en état d’en fournir les chaloupes pêcheufes * pendant qu’on achevé de conftruire l’échafaud , le maître de la grave , qui eft particuliérement chargé de fournir d’appâts les pêcheurs , envoie la plus grande partie des chaloupes à la pèche des-appâts, qu’ils mettent en demi-fel & en faumure,pour y avoir recours dans le befoin. Mais comme les portions' frais font préférables, il deftine pendant tout le tems de la pêche une couple de chaloupes , armées de quatre ou fix hommes, pour aller foir & matin pêcher à la faine, de ces petits portions,dont il fait diftribucr quelques mannes aux chaloupes qui partent pour la pêche de la morue , & on fait une pareille diftributioii à midi. Comme le capelan eft le poiffon le plus abondant , on a coutume > d’appeller ces chaloupes capelanieres ; les Normands les nomment boîteufes, parce qu’ils appellent boîtes les appâts. Ces chaloupes capelanieres ou boi-
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- if* TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- teufes, vont fouventchercher les pêcheurs pour leur remettre des appâts j ? & en ce cas elles prennent le poilfon qui eft pris , pour le porter à l’échafaud : alors on les nomme fcrreufes. Quand elles ne trouvent point à le charger de poilfon, elles reftent avec les pêcheurs , & font elles-mêmes la pêche. C’eft dans les mois de juin & de juillet, qu’on voit le plus de capelans > quand la faifon eft palfée, on effaie de fe pourvoir de harengs ou de maquereaux ; &'quand il faut les aller chercher loin,on les faupoudre d’un, peu de fel , car les morues n’aiment pas le poilfon corrompu. Il eft bon , avant d’amorcer, de deffaler ceux qui l’ont été} cependant elles préfèrent: le frais à celui qui a été falé. .
- 787- Au défaut de ces bons appâts, on fe fert d’une efpece de: petit » «omet loligo - minor, qui eft du genre des feches. On les pèche au feu » ainfi par une nuit obfcure on diftribue quelques hommes le long de la côte, qui font des feux à trois ou quatre braifes du bord de l?eau. Les cornets, attirés par cette clarté, fortent à terre fur le rivage, & le lendemain on les y ramalfe à la- pointe du jour. Communément uni cornet fert à amorcer un hatm^mais quand ils font rares, on les coupe, en. deux.
- 788* Si en retirant l’haim, on trouve l’appât en bon- état, on s’en fert une fécondé fois j mais afle2 fouvent on retire l’haim fans amorce ni poi£ fon. Des petites morues mangent l’appât fans avaler l’haim.
- 789. Chaque chaloupe qui va à la pèche du capelan , du hareng, du maquereau, porte des faines de 50 à 60 braifes de longueur.
- 790. Comme ce poilfon eft important pour la pèche de la morue, on trouvera à la fin de ce chapitre la forme du capelan,, fa defcription & la façon de le pêcher. Il y a des parages où l’on trouve beaucoup de hareng , à dlautres c’eft du maquereau , ailleurs du capelan , &c.
- 791. On pêche le capelan à peu près comme les fardines. Lorfque ce
- poilfon range la côte , on tire fouvent la faine à terre B ,/V. VII3 fig* r, Q,uand ils fe retirent dans - les anfes fablonneufes , les pêcheurs vont les chercher jufqu-a fept braifes de profondeur} ils les enveloppent avec leurs daines ,& les liaient à terre, B. ...
- 792. Il arrive quelquefois , mais rarement , que les bancs de capelans fe tiennent entre deux eaux, à une petite profondeur.} alors 011 les peut prendre en pleine eau avec la faine A , fig. 3 , ce qu’on nomme drojfer; mais cela n’eft pas commun. Souvent les pêcheurs capelaniers palfent la nuit dans leurs bateaux i& les pêcheurs de plufieurs vailfeaux qui. ne font point en. fbciété , fe, réunifient pour tirer de concert leurs faines,, qui ont 40' *>u; 4Î brades de. longueur , & dont les mailles font fort petites. f j
- 793* Il arrive quelquefois que les morues , fur-tout les jeunes, en pour-fuivanfcles capelans ^s’élèvent aifez près de la fur face, de l’eau i lie pourrait-oa t
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- Sect, I. Delà morue> & des poiffons qui y ont rapport. 157
- pas profiter de ces circonftances pour prendre, avec la faine, pêle-mêle les capelans & les morues? On Lécherait les morues, & les capelans fourniraient des appâts.
- 794. A l’égard des harengs & des maquereaux, on les pêche à peu de chofe près comme dans le canal. On efiaie de les envelopper avec le filet qui flotte entre deux eaux ; & pour les engager à. donner dedans, on jette des pierres jufqu’à ce qu’on ait formé une enceinte avec le filet.
- 79f. Comme le capelan fe corrompt fort vite , on en conferve quelquefois dans l’eau, étant enveloppés dans le filet , & on va les y prendre quand on en a befoin.
- 796. Quand les capelans font petits, on en met deux pour amorcer un haim ; mais communément un eft fufüfant. Si l’on en emploie deux, on garnit le crochet de l’haim avec un, on braque l’autre à la pointe par les yeux. Comme les harengs font plus gros , un fert quelquefois pour amorcer deux ou trois haims, & les gros maquereaux dix à douze.
- 797. Nous avons dit que le capelan parailfait abondamment dans les mois de juin & juillet. Le hareng le précédé, & on en pêche en mai ; le maquereau au commencement de juillet ; & les uns ou les autres féjour-nent dans ces parages jufqu’à la Saint-Michel. Lorfqu’on manque d’appâts , s’il y a des rivières à portée , les pêcheurs s’y rendent pour eflayer de prendre des anguilles , ou dans les lacs , des grenouilles , cet appât étant affez bon.
- 798* On prend encore les poiffons que nous venons de nommer,avec des manets , qu’on tend le foir à l’embouchure des anfes, & qu’on releve le matin quelquefois fi chargés de poiffon, qu’on a peine à les embarquer. On en tend aulïi à la dérive, ou par fond, quand ils ne terrifient pas.
- 799. Quelquefois aufîî on darde des plies & d’autres poiffons autour de l’échafaud , où. ils font attirés pour manger les iffues de morue. D’autres fois, par des nuits obfcures , on attire le poiffon avec des flambeaux d’écorce de bouleau.
- 800. On drague aufîî pour avoir des coquillages ; car l’article des appâts eft fi important, qu’on doit tout mettre en œuvre pour s’en procurer, employant ici un moyen , là un autre.
- 801. Quand on eft rendu au lieu de la pèche avant l’arrivée des poiffons que nous venons d’indiquer ,les pêcheurs tendent des filets fur les islets, qu’ils nomment isles à bois; & ils y prennent une grande quantité d’oifeaux, particuliérement, celui que les pêcheurs nomment marmdetu ou cornïlLot, colombus marinas. Ils font de la groffeur d’un pigeon;leur bec eft crochu comme celui des perroquets. Ils en mangent une partie, & fe fervent dtl refte pour amorcer leurs haims. Ces oifeaux font de gros œufs blancs,.
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- 158 T RAI Tl' DES PECHES. Partie IL
- 802. Au refte, pour ce 'qui regarde les appâts, on peut confulter ce que nous en avons dit à la première fedtion de la première partie , & dans celle-ci à l’occafion delà morue verte ; avec cette différence, que, comme ceux qui pêchent la morue pour le fec , n’ouvrent pas leur morue à la mer, ils ne peuvent pas profiter de leurs entrailles, ni de ce qui fe trouve dans leur eftomac, comme ceux qui pêchent pour la morue verte. Cependant, dans les befoins preifans , les pêcheurs des chaloupes ouvrent les morues qu’ils prennent, pour fe procurer des appâts.
- Des tems favorables pour faire me bonne pêche.
- 803. Pour la pèche de la morue, ainfi que pour toutes les pèches aux haims, il eft avantageux d’avoir une pluie fine, un tems couvert avec une petite moture par un vent de fud-oueft ou fud-fud -oueft. Les morues ne mordent pas volontiers Iorfque le ciel eft pur ; l’air chargé de brumes eft plus favorable pour la pêche.
- 804. Par les vents violens les chaloupes n’ofent pas fortir ; quand elles en courent les rifques,les pêcheurs ne peuvent faire leur métier;& fi le vent devient plus forcé , ils courent rifque de fe perdre.
- 805. Le plus fort de la pèche eft ordinairement à la fin de juin & au commencement de juillet; fouvent même , quand la pêche eft heureufe, la cargaifon eft finie en juillet ou au commencement d’août. Ceux qui doivent paffer dans la Méditerranée ,eifaient de partir à tems, d’embouquer le détroit vers le commencement d’ocftobre, pour profiter des tems favorables à la vente.
- 806. Malheureusement les tems qui font propres pour la pèche ,fonc contraires à la préparation du poiifon qu’on veut mettre au fec. Pour la pêche,il faut de petites pluies & des brouillards ; pour la préparation du poiifon,il faut du beau tems & un vent fec. Les pluies qui durent quelquefois fept à huit jours , font tourner le poiifon & éclorre les infedtes, qui pondent des œufs, d’où il fort des vers qui endommagent les morues en patte;alors la confervation du poiifon exige beaucoup d’attention delà part du maître de grave. Nous en parlerons dans un inftant.
- Maniéré de pêcher les morues,
- 807. Les chaloupes pêcheufes partent, comme nous l’avons dit, le matin, étant munies d’une bouifole , de plufieurs haims , d’appâts , ordinairement d’un peu d’eau-de-vie , & de vivres pour vingt-quatre heures. Quand elles font rendues au pofte qu’elles ont choifi, elles mouillent leur grappin,
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- Sect. I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport.
- qui a un cordage d’environ deuxpouces de groifeur, & qui eft au moins de fo à 60 brades de longueur.
- 8og. Chaque pêcheur ayant amorcé fes haims avec les meilleurs appâts qu’il peut fe procurer , fe tient debout, ayant deux lignes: il en tient une de chaque main,une qu’il a jetée à bas-bord ,&l’autre à (tribord j il les agite & leur donne continuellement des fecoufTes.
- 809. Quand le pêcheur fent du poifTon à l’une de fes lignes , il arrête l’autre à un toulet par une demi-clef, pendant qu’il releve l’autre, qu’il en retire le poidon , & qu’il répare l’appât. Tant qu’il pêche dans un bon fond , il n’a que le tems de faire cette même manoeuvre alternativement à fes deux lignes.
- 810. Quelquefois , quand la pèche eft abondante , des capitaines ,pour profiter de cette heureufe circonftance, ont des chaloupes qui ne pêchent point , & qui font uniquement chargées d’aller ramaffer le poiflon que les chaloupes pêcheufes ont pris , & de le porter à l’échafaud. On nomme ferreufes , celles qui font chargées de ce foin. Ces chaloupes remettent aufîî des appâts aux pêcheurs qui en ont befoin. On fe trouve rarement dans le cas. de faire cette manœvre.
- 811. Cependant les chaloupes pêcheufes reviennent tous le foirs à l’échafaud \ & lorfque c’eft dans un lieu où la mer eft agitée, ils s’amarrent fur un cable a b , pi. VI, fig. 1 , qu’on a élongé de l’échafaud A à la mer , où il eft retenu par une ancre de navire. Il y a fur le cable, de fept en fept brades, une boife à laquelle le bateau pêcheur frappe fon amarre & y refte tout armé. Cependant, dans les parages où l’on a à craindre la rapine des fauvages,, comme au petit Nord , les pêcheurs retournent à bord de leur navire, auquel ils amarrent leur bateau avec des chaînes , & retirent dan? !e navire tous leurs agrêts & leurs lignes, dans la crainte que les fauvages ne viennent les enlever : ce qui n’empêche point encore que ceux - ci ne leur en prennent quelquefois, foit que les matelots qui font de quart fe foient endormis , ou que les fauvages aient fait leur coup fi adroitement, qu’on ne s’en apperçoive pas.
- 812. J’interromps ce que j’ai à dire de la préparation du poilfon , pour expliquer ce qu’on entend par ta pêche au dégrat. On diftingue le grand & le petit dégrat, comme nous allons l’expliquer dans les deux paragraphes fuivans.
- De la pêche au petit dégrat.
- 813. Lorsque les chaloupes qui ont tenté la pêche jufqu a quatre ou cinq lieues aux environs de l’éehafaud ?ne prennent que peu ou point de?
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- 160 T RA I T K DES PECHES. Partie IL
- po.ifFon , .la patience des pêcheurs étant épuifée, ils retournent à l’écha-faud , & propoient au capitaine d’aller tenter fortune ailleurs j c’eft ce que les pécheurs appellent aller au dégrat. Sur leur demande,le capitaine tient confeil avec tout fon équipage , pour décider à quel lieu il convient d’éta-iblir le dégrat. La réfolution étant prife , la plus grande partie des chaloupes, conformément à ce qui a été arrêté dans le confeil, font deftinées à aller au dégrat ; les autres continuent leur pêche.
- 814. Ordinairement ,-avant de fe déterminer à envoyer une partie des chaloupes au dégrat, ie capitaine envoie vifiter les différens polies: pour .cela les chaloupes arment en commun une grande chaloupe avec des armes , s’ils jugent en avoir befoin ; & quelquefois tous les vailfeaux qui fé trouvent dans cette baie , concourent à cette expédition , en fourniiîant chacun un homme de leur équipage. La chaloupe étant armée , elle parcourt les différens polies , pour s’informer, des pêcheurs qui s’y trouvent , du fuc-cès de leur pêche. La chaloupe ayant pris les informations, retourne à l’échafaud ; & fur le compte que l’équipage rend ,le capitaine prend fon parti, ou pour refter à fon pofte, ou pour envoyer à celui que la chaloupe lui indique.
- 81 Les pêcheurs qui vont au dégrat , emportent leurs attirails de pêche , les lignes ,les plombs ,les haims , des appâts, des vivres qui confif-tent en bifeuit, vin ou cidre, un peu d’eau-de-vie , & du fel pour la préparation de la morue , avec un petit pot pour faire cuire du poilfon.
- 816. Le pilote , qui efi en même tems le fécond capitaine du navire , eft ordinairement chargé de cette expédition ; à fon défaut on prendre meilleur maître de grave } quelquefois le capitaine s’embarque lui-même.
- -817. Le détachement étant arrivé au lieu déterminé , ils étàjbliiïent à terre un petit échafaud , s’il y a alfez de grave pour lécher la morue i linon, ils laiffent la morue qu’ils ont prife, deux ou trois fois vingt-quatre heures dans le premier fel , & l’envoient en cet état au grand échafaud , où on lui donne les autres préparations, comme nous l'expliquerons dans la fuite.
- 8-i 8» Si les ehaloupes qui n’ont point été au dégrat, trouvent (beaucoup -de morue au premier polie, comme cela arrive quelquefois , on dépêche une chaloupe à ceux qui font au dégrat, pour les en avertir, afin qu’ils reprennent leur premier pofte.
- 819* Quand les pêcheurs qui vont au dégrat,ne craignent ni les pirates ni les fauvages , ils n’embarquent point d’armes j mais quand ils craignent d’être infultés, chacun prend fon fufil, & on met fur chaque chaloupe une couple de pionniers.
- 820. Les chaloupes qui vont au dégrat, s’y prêtent fecours mutuellement ,
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- Sect. I. De la morue , & despoiffbns qui y ont rapport. îGt
- ment, quand même elles feraient de différens navires. Au refte cette corvée eft très-fatigante & peu profitable pour l’armateur; car il y a bien du rems à perdre , quand il faut aller chercher le poilfon à 20 ou 25 lieues.
- De la pèche avec des gonelettes, qu'on peut appeller le grand dégrat.
- 821. Il y en a qui, au lieu d’employer des chaloupes pour aller pêcher
- des morues loin de l’échafaud , fe fervent de gouelettes de différentes grandeurs, depuis 20 jufqu’à 80 tonneaux ; les plus petites font les plus commodes pour la pêche. Ces bâtimens portent un grand mât, un mât de mi-faine avec un beaupré , ou un bout-dehors , point de huniers ; leur voilure confifte en une grande voile , celle de mifaine qu’ils nomment latine, un grand & un petit foc, & un autre pour courir au large , & au plus près dans les beaux tems. Lorfqu’ils reviennent en France, ils parent une fixieme voile , qu’ils nomment de fortune. Ces bâtimens font fort taillés , ont beaucoup de façons , fur-tout vers l’arriere , & une longue quille , pour prévenir la dérive. ,
- 822. Ces gouelettes s’établiffent fur tous les bancs ;& quand elles font en pèche , elles fe tiennent à la cape fur leur grande voile, ou elles mouillent une ancre amarrée à un grelin de 7 pouces de circonférence , & de 100 à 120 braffes de longueur. Leur équipage eft de cinq à onze hommes & plus, fuivant leur grandeur. Les grandes prennent un novice & un mouffe; les petites n’en ont point. Il eft fenfible qu’avec ces bâtimens on peut préparer des morues en verd, en fe conformant à ce que nous avons dit dans l’article précédent ; mais quand ils veulent la traiterai! fec,ils tranchent & falent leurs morues à bord à mefure qu’ils les prennent; ,& au bout de 30,40 ou fo jours , ou lorfqu’ils ont leur chargement, ils vont à l’échafaud, où il fe trouve du monde pour les laver & les fécher, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- 823. Cette pratique nous paraît devoir être très-bonne en bien des cas. Le fuccès de cette pèche , ainfi que de beaucoup d’autres , dépend d’avoir de bons appâts; c’eft pourquoi le capitaine qui refte à l’échafaud , doit au moyen de fes chaloupes capelanieres, s’en procurer, pour que les gouelettes n’en manquent pas, foit en leur en envoyant, fi cela fe peut, ou au moins en leur en fourniiTant de falés en fauce quand elles reviennent à l’échafaud.
- 824. On fait auflî cette pèçhe avec des brigantins; mais on préféré ies gouelettes , parce qu’elles font plus aifées à manœuvrer , n’ayant point de huniers ; & les gouelettes dérivent moins que les brigantins.
- 82Ç. Les Anglais vont quelquefois s’établir pour cette pèche fur un fond de roche du grand banc, qui a environ deux lieues de longueur , & demi-
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- j62 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- lieue de traverfe,fur lequel il ne refte que 6 à io braffes d’eau. Ils y trouvent beaucoup de bonne morue. Comme ils pèchent à l’ancre , pour que leur cable ne fe rague pas , ils attachent à l’organeau une chaîne de fer , qui a 1$ à 20 brades de longueur. Je reviens à la pêche ordinaire avec les chaloupes».
- Déchargement des chaloupes fur Véchafaud*
- $26. Quand les chaloupes pècheufes font rendues à l'échafaud & bien; amarrées, comme b, pl. FI ,fig. i , ou A, fig. 2, les pêcheurs vont fe re~ pofer au cabaneau , fe chauffer, fefécher,& manger la foupe que le maître-de grave leur a fait préparer, & des garçons de grave entrent dans la chaloupe , piquent par la tête les morues avec un piqueron, que quelques-uns nomment fljle, & les jettent fur l’échafaud , à l’endroit qu’on nomme /a poijjonnerie ; un autre garçon de grave les charge fur un traîneau , pour les diftribuer aux habilleurs ; mais avant, un autre garçon qu’on nomme piqueur, les prend les unes après les autres, leur ouvre la gorge & un peu du ventre avec un couteau pointu ,pour en tirer la langue, comme nous l’avons expliqué à l’occafion de la morue verte y puis il Les. met fur la table: ou l’établi, à côté du décoleur.
- 827. Nous avons repréfenté ,pL FI ,fig. 2, un décoleur & un trancheur.* qui travaillent chacun fur une table particulière. Notre intention a été de. mettre peu de monde fur cet échafaud , pour en faire appercevoir plus dif-tinélement la dilpofitiôn s mais communément tous les décoleurs font d’un-côté de la table, & les trancheurs de l’autrecomme on le voit pl. FI, fig.. ia
- 82g. Les décoleurs donc qui font placés le long d’un des côtés de la table, détachent les têtes comme pour la morue verte 5 ils ouvrent le ventre pour les vuider, & ils tirent le foie, qu’ils mettent à côté d’eux dans une manne pour en extraire l’huile , comme nous le dirons dans la fuite. Ils mettent la rogue ou les œufs dans d’autres corbeilles, puis on les (aie en monceau , & on les met dans des barriis pour en faire de la rave , qui fe vend aux pêcheurs de fardines : les décoleurs jettent à la mer les tripes inutiles par des. ouvertures qui font au plancher de l’échafaud , & qu’on nomme éclaires* Quand ils ont fait ces opérations, ils palfent les morues aux trancheurs * qui font de l’autre côté de la table. Ceux-ci les ouvrent par-delfus & par-delfous l’arête , qu’ils enlèvent d’un troifieme coup de couteau ; puis ils lailfent tomber les morues ainft tranchées & habillées , dans une cailfe qui eft à côté de la table , & que quelques-uns nomment efelipot. On peut fe rappeler que le fond de cette cailfe eft incliné vis-à-vis un des côtés qui eft fermé par une planche à couliffes. Je palfe légèrement fur toutes ces opérations , en ayant amplement parlé au commencement de cet article*
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- Sect. I De la morue, & des poiffous qui y ont rapport. 163
- m S29. Nous avons dit dans l’article précédent que la noue eft la veftîe à air, qui eft très-délicate à manger fraîche, & qu’on en Taie avec les langues. On 11e fe donne gueres la peine de ramaffer cette partie quand on fait de la morue feche, parce que la plupart des poiffons font petits ; cependant quand on fait fécher ces noues comme la morue, on peut en les faifant revenir dans de l’eau tiede en faire un bon manger.
- 83o. Les caiffes où l’on jette les morues habillées, & qu’on nomme tfclipot, font quarrées ; le couliifeau qui ferme un des côtés fert à en retirer plus facilement les morues : un garçon de grave vient avec un traîneau , il le palfe fous le côté de l’efclipot où eft le couliifeau ; les morues habillées coulent fur le traîneau qu’il charge d’environ livres de morues qu’il remet au faleur. Cette opération s’exécute quelquefois différemment. Etant ainlî. arrivé au bout de 1 échafaud à l’endroit où l’on doit faire la falaifon , le fa-leur commence par mettre une couche de felfurle plancher de l’échafaud; il arrange delfus un lit de morues, la peau en bas & la chair en haut. Quand il en a fait un lit de quatre à cinq pieds de largeur, un faleur prend du feL avec une pelle de bois , ou un pâlot > li la falaifon eft petite ; il le répand également fur la chair des morues , qui, comme nous l’avons dit, eft en haut.
- 831» Comme il faut plus de fel pour les groffes morues que pour les petites, & qu’elles font pour long-tems à le prendre, il paraît qu’on ferait bien de les entaffer ou empâter féparément ; car il eft également défe&ueux de mettre trop ou trop peu de fel ; Ci on en met trop, elles fe rompent en les retournant fur la grave ; Ci l’on en met trop peu , elles féchent difficilement, 8c elles font fujettes à sengraiffer.
- 83Z. Les tas ou pattes de morues font de différentes groffeurs; mais fouventils ont quatre à cinq pieds de largeur , vingt-cinq ou trente pieds de longueur, & trois à quatre de hauteur ou d’épaiffeur.
- 833. Les morues prennent plutôt le fel quand elles font petites 8c quand il fait chaud , que lorfqu’elles font grandes & qu’il fait froid. C’eft pourquoi deux, trois ou quatre jours fuflfifent quelquefois , pendant que d’autres fois il en faut huit. Mais quand la pèche donne abondamment, 011 eft quelquefois obligé de vuider l’échafaud plutôt qu’on ne voudrait. En ce cas, 011 prend le parti de faler & faire les pattes hors de l’échafaud , & alors on les couvre avec des voiles dont on forme comme une tente. Quoi qu’il en foit, quand elles ont rendu leur eau & leur fang , & qu’on juge qu’elles ont bien pris leur fel, on les porte fur des civières ou boyards au lavoir K,pt. VI, fig. 2.
- Du lavoir, & du defféchement de la morue.
- 834. Ces lavoirs font des cages, dont nous avons donné la defcription:
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- 364 TRAITE' DES F E C H E S. Partie IL
- clics doivent être placées fur le rivage de faqon que l’eau de la mer y entre fans paifer par-deffus. On jette les morues dans ces cages, & des hommes les y remuent avec un rabot, ou encore mieux avec une vatrouilleK, pL VE jïg. 2 , qui eiï un paquet de laine attaché au bout d’un bâton : cela ne fuffit pas ; on lave à la main & à grande eau chaque poiJÎbn l’un après l’autre, & quelquefois des moufles entrent dans les lavoirs pour faire cette opération. Quand on a ôté toute la vafe que le fel a briffée fur les morues , tout le fang * & qu’on les a rendues bien blanches , on les tire de l’eau , on les laifle un peu s’égoutter fur des claies , ou Amplement fur les civières, fur lefquelles on les met pour les tranfporter à la grave , & en former des tas ou patte?, mettant toutes les tètes en dehors & la peau en-deffus. Ces tas hauts de cinq à Ax pieds F, pl.VIyfig. I , reifemblent à des meules de foin. Comme les grolfes morues ont plus de peine à s’égoutter que les petites , on les met au bas du tas, afin qu’étant chargées & preffées par les autres, elles rendent mieux leur eau. Cette remarque peut faire foupçonner qu’il ferait avantageux de mettre des planches fur les pattes pour les comprimer un peu en les chargeant avec des pierres. Il fuffirait de les laiffer un ou deux jours s’égoutter; mais fouvent on eft obligé de les y laiffer cinq ou fix , pour attendre un beau tems afin de les étendre fur la grave ; alors il y a à craindre que les mouches ne s’y adonnent, & ne produifent des vers. Quand , en défaifant les pattes, on apperqoit des morues légèrement endommagées,, on parvient par le fel & le foleil à les rétablir ; mais on jette à la mer celles, qui le font trop.
- 83 S- La faqon de rétablir les morues légèrement endommagées , conflfte-à les laver dans une forte faumure & à les remettre en patte comme lorf. qu’elles fortent du lavoir.
- 836. Le beau tems étant venu , le matin lorfque la rofée eft difîîpée , on étend les morues une à une fur la grave H, pi. VI, fig. 2, ou fur les. vigneaux F. On les arrange tout près les unes des autres fans qu’elles fe touchent, la chair en-haut. Mais vers le midi on les retourne pour mettre la peau en-deffus. Les maîtres de grave affedent chacun des pratiques qui leur paraiifent préférables. Néanmoins ce point étant très-important pour la perfedion de la morue, & fachant que les Bafqnes font ceux qui réufïiffenfc le mieux à faire les morues feches, je délirais connaître exadement leur méthode ; M. de la Courtaudiere, commiffaire de la marine à S. Jean de Luz, a bien voulu me donner fur cela des mémoires fort exads , qui m’engagent à fupprimer les méthodes moins parfaites que je connaifsais, pour y fubftituer celle qu’il a bien voulu me communiquer.
- 837- On commence donc, quand les morues fe font égouttées en pattes, pendant vingt-quatre heures, la peau en-haut pour leur faire rendre Beau de
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- Sect. I. De h morue, des poijjbns qui y ont rapport. 16?
- la lave , par les étendre une à une fur la grave, la chair en - haut ; & à l’entrée de la nuit, on retourne ces morues pour mettre la peau en-haut : c’eft ce qu’on appelle le premier foleiL Le lendemain vers midi, on tourne ces morues la chair en-haut; vers le foir, file tems efb beau, on. les raifemble trois à trois qu’on pofe les unes fur les autres, la peau en-haut ; c’eft le fécondfoLeil. Le jour fuivant on les étend de nouveau fépa-rément fur la grave, la peau en - haut jufqu’à midi, & la chair en-haut depuis midi jufqu’au foir, qu’on les ramalfe par petits paquets de huit morues, la peau en-haut ; c’eft ce qu’on nomme des javelles, & c’eft le ttoijiemc foleil. Le quatrième jour on répété ce qu’on a fait le troiûeme ; mais vers le foir on ramalle pour la nuit les morues en paquets plus confidérables,. formés chacun d’environ un demi-quintal, mettant la peau du poilfon en-haut ; ces tas fe nomment moutons. Le cinquième foleil fe donne comme on a fait le quatrième; mais le foir on fait les moutons plus gros,favoir, à peu près d’un quintal, mettant toujours la peau en-haut. Le Jixieme fo-lùl eft encore la répétition du cinquième ; mais le foir on ramalfe les morues par bralfées M >pl.Vl ,fg. 2 , pour en former des piles de 30, 40» même 100 quintaux, fuivant la quantité de morues que l^n a, mettant toujours la peau en - haut, & difpofant ces piles en égout, ou en forme de toit N, pour que l’eau n’y pénétré pas. On lailfe ces piles en cet état jufqu’à ce que le tems foit beau; mais lî au bout de ftx, huit ou douze jours le tems fe met au beau, on étend de nouveau cette moruej fur la grave une à une, la peau en-delfous jufqu’à midi, qu’on la retourne pour mettre la peau en-haut, & le foir on la ramalfe par bralfées pour refaire la pile ^ mettant au bas de la pile ce qui était en-haut, & au haut ce qui était en-bas „ ayant de plus l’attention de mettre les morues les moins feches au haut des piles ; c’eft le ftptieme foleiL
- 838- La morue ayant été ainfi travaillée pendant unefemaine, onia lailfe en pile pendant quinze jours ; enfuite , :quand il fait un beau tems , ©n l’étend de nouveau fur la grave , comme nous l’avons dit au feptieme foleil. Le foir on la remet en pile , &-elle a requ le huitième foleil. On la lailfe en pile un mois , ayant feulement le foin de 'couvrir les piles tous les foirs avec des voiles, ce qu’on continue jufqu’à l’embarquement. Un mois après on défait les piles pour étendre les morues fur la grave une à une, comme nous l’avons expliqué, & le foir on reforme les piles ; alors elles ont requ le neuvième foleil. Quarante jours après 011 répété cette même manœuvre, & on reforme les piles , elles ont requ dix foleils, .& on les lailfe en cet état pendant cinquante jours qu’on recommence la même opération ; mais en formant les- piles ,011 fépare les morues qui font parfaitement feches 3 de celles qui fetrouventmn.peu humides qui ont.encore
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- befoin de recevoir im ou deux foîeils ; ce font ordinairement les groffes , ou celles qui n’ont pas affez requ de fel. Enfin, on ne manque pas d’étendre encore les morues une à une fur la grave au moment de rembarquement.
- 839- On voit par ce détail combien les Bafques fe donnent de peines & de foins pour bien préparer leur morue feche; ce travail eft beaucoup augmenté par la contrariété des faifons, lorfqu’il furvient des pluies & des brumes qui empêchent ou retardent les opérations dont nous venons de parler. A force de travail, de foins & d’attentions , les Bafques font parvenus à fe faire connaître pour les pêcheurs de l’Europe qui préparent le mieux la morue, qu’ils vendent toujours plus avantageufement que ceux qui font en concurrence avec eux.
- 840. En général, nous ajouterons que quand 011 craint la pluie, on ne manque pas de tourner les morues la peau en-deffus, ou encore mieux de les mettre en javelles plus ou moins groffes, qu’on couvre avec une ou deux grandes morues, qui ayauc la peau en-haut, fervent de toit aux autres. Il y en a qui s’épargnent la peine de retourner les morues le foir, lorlqu’ils efperent du beau tems; mais je crois qu’ils omettent une précaution imnortante, fur-tout quand il furvient des pluies auxquelles on ne s’attendait pas. Quelques capitaines font les fix ou fept premiers jours des piles de dix à douze pieds de haut, de vingt pieds de diamètre, qui contiennent jufqu’à 40 mille morues ; mais il nous paraît préférable de faire les piles moins groffes & de les défaire fréquemment, comme le font les Bafques. C’eft au maître de grave, ou à celui qui préfîde au def. féchement de la morue, à prendre toutes les précautions dont nous avons parlé, fans épargner fes peines ni celles de fes gens. Dans cette place un négligent ne fait jamais de belle morue , & il éprouve beaucoup de rebut.
- 841. Il eft prefque fuperflu d’avertir que le maître de grave doit tenir un état, jour par jour, des poiffons qu’on met fur la grave, pour donner au poilfon de chaque pèche, la préparation qui lui convient.
- 842. La pluie & les chaleurs vives, font très-contraires au defféche-ment de la morue. Un vent de nord frais & fec, eft plus favorable ; c’eft pourquoi il faut placer les vigneaux, les graves & les moulons à l’expo-lîtion de ce vent, autant que faire fe peut.
- 843. Quoique les détails où nous fommes entrés paraiffent fufKfans, nous ne croyons pas fuperflu d’ajouter fort en bref, ce que des circonE tances particulières obligent de faire. Lorfqu’il fait chaud, il fuffit de laifler les morues dans leur premier fel trois ou quatre jours j lorfqu’il fait froid, on les y laifle fept ou huit : mais quand la pêche eft très-abon-. dante, on eft quelquefois obligé de les y laifler un mois.
- 844. Quand la morue a été lavée & égouttée fur les claies , on la
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- temet en patte jufqu’à ce que le beau tems permette de l’étendre, & on met les têtes en-dehors: c’eft pour lors que les infedes font à craindre; mais à moins que la pluie ne continue long-tems , on remédie à la petite altération qu’elles ont fouiferte par la faumure & le foleil, comme nous l’avons dit. Lorfque le foleil eft fort chaud, on 11e doit pas manquer de couvrir les pattes de morue.
- 84f. Quand on met les morues en piles, le premier rang doit avoir ja peau en - bas, & à toutes les autres la peau doit être en - deflus , & les morues du delfus doivent être arrangées en recouvrement, comme les tuiles fur un bâtiment.
- 846. Quand on eft aflez heureux pour avoir fept à huit jours de beau tems avec un vent frais & fec , les morues font en état d’être mifes en pile, fauf à les vifiter de tems en tems, comme le font les Bafques.
- 847. Les mouftes travaillent beaucoup à retourner les morues fur la grave, ou les vigneaux.
- Maniéré déchirer l'échafaud,.
- 848- Quand la pèche donne abondamment, on eft obligé de travailler a l’échafaud pendant la nuit , & voici comment on éclaire cet endroit. On fufpend un vafe de terre plein d’huile de morue , à environ cinq pieds au-deifus des établis. Ce vafe eft percé par en-bas d’un trou qu’on bouche avec quelques herbes feches, de maniéré que l’huile en forte goutte à goutte, & qu’elle tomhe fur un tifon allumé, placé de façon qu’il enflamme les gouttes d’huile qu’il reçoit. Cette huile enflammée répand une grande, lumière.
- Manière de retirer l'huile des foies.
- §49. Les trancheurs, comme nous l’avons dit, & comme on le pratique pour la morue verte, ont grand foin de mettre à part les foies.
- 8So. Ils les dépofent dans des mannes qui font à leur portée , & les garçons de bord les portent dans de grandes caifles quarrées , qu’on nomme cageots , où le foleil les fait fermenter ; elles rendent une allez grande quantité d’huile, puifque quand la pêche eft avantageufe, chaque chaloupe doit en fournir trois ou quatre barrils. On les bralTe de tems en tems dans les caiifes , pour faciliter la féparation de l’huile.
- 8S1- Ces cageots font établis différemment, ainfi qu’011 le voit repré-fenté en pL Fil , fig. On porte fur une civière des corbeilles rem*
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- iss TRAITE1 DES PECHES. Partie IL
- plies de foies eii montant fur un plan incliné ; C eft un barril qui reçoit l’huile j auprès font des tonneliers qui ajuftent des futailles.
- 8^2. A la pl. V, on voit une autre difpofition du cageot à l’huile,' un matelot qui porte une corbeille remplie de foies ; la cailfe ou cageot: elle a ordinairement cinq pieds en quarré, fur fix pieds de haut; un matelot qui bralfe les foies dans cette caiffe ; un robinet par lequel fort l’eau & le fang ; un robinet plus élevé, par où fort l’huile. Tout cela a déjà été expliqué plus en détail.
- De la vogue ou rave pour la pêche de la far dîne.
- 8T3. On ne doit point négliger de mettre à part les œufs ; on les fale en les raflemblant en monceaux ; on les fait fécher, & on les embarque dans des foutes en grenier , ou dans des barrils, pour les vendre aux pêcheurs de fardines. Cet article a été difcuté plus haut.
- Travail qu'on fait quand on a fini la pêche.
- 8^4. Voila bien des opérations qui rendent la pêche de la morue feche plus fatigante que celle de la morue verte.
- 8T5* Enfin, quand ton a fuffifamment préparé de morue , on ceffe la pêche & on travaille à charger le bâtiment, comme nous allons l’expliquer. On profite d’un beau tems pour étendre encore une fois les morues qui font en meules fur la grave ou les vigneaux, afin de leur donner un degré de féchereife qui leu'r eft très-avantageux pour les bien conferver dans la traverfée; enfuite 011 les tranfporte aux chaloupes, ou par braf-fées, ou, ce qui eft bien plus expéditif, fur des*civieres, que quelques-uns nomment boyards.
- 856. Comme à l’arrivée du bâtiment on le décharge de la plus grande partie des effets qu’il a apportés , il a été néceifaire, à mefure qu’on l’allégeait , de remplacer ces poids par du left de pierres , pour le tenir à peu près à fon tirant d’eau. Quand on veut le charger de morues , on eft obligé doter le left, & le capitaine amiral doit veiller à ce qu’on le tranfporte à un endroit où il ne puilfe point nuire aux autres pêcheurs qui viendraient dans la fuite occuper ce pofte.
- 8T7- Quand le vailfeau eft délefté , on nettoie bien la cale ; & pour que les morues reçoivent moins d’humidité , on forme un fardage avec du bois , ou encore mieux avec de gros galets qui fervent de left; en ce cas on charge de pierres ou galets bien nets de fable & de terre , des chaloupes qui les tranfportent au navire, où on les arrange bien exactement au fond de la
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- Sect. I. De la morue, & des poljfons qui y ont rapport. 169
- cale, pour élever les morues & les tenir plus féchement. On couvre ce plan de galets, avec de menues branches d’arbres bien feches, de forte que les bords verticaux du navire en foient auiïi garnis ; on arrange fur le fardage , à la main & fort exactement, toutes les morues , mettant tète contre tête aux trois premiers rangs , la peau en-deffous , à tous les autres la peau en-deifus ; & on continue de les arrimer ainfi jufqu’à ce que la pile porte contre les bar-rotins du pont, confervant néanmoins alfez de place pour qu’on y puiffe paifer une voile, pour l’envelopper & empêcher, comme l’on dit, qu’elle ne s evente, & l’on continue de même jufqu’à une pleine cargaison , lorlqu’on effc alfez heureux pour l’avoir.
- 858. On tranfporte les morues aux chaloupes , fur des civières par compte > pour cela 011 charge les civierçs d’un nombre de morues , tel que huit charges falfent 104 morues ou un cent : un homme eft chargé de prendre ce compte. Ou eftime, qu’année commune, un vaiifeau de 100 tonneaux , peut rapporter 18 à 1900 quintaux de morue, & les plus grands bâti-mens à proportion ; cependant il eft fenfible que la grolfeur des morues & la différente façon de les apprêter peut faire varier ce poids.
- 8ï9- Celui qui fait l’arrimage doit donc compter les morues le plus exactement qu’il lui eft polfible , pour qu’il puiife à la fin connaître le capital de fou poilfon, ce qui eft néçeffaire pour faire lç partage entre l’armateur & l’équipage.
- 860. Les Bafques, par exemple , font dans l’ufage de compter leur morue par quintaux ; pour çela ils font fur la grave cette eftimation avant l’embarquement; & quoiqu’elle fe faffe à l’cçil fur une pile de morue de deux ou trois cents quintaux, qui a reçu toutes fes préparations , le maître de grave & le capitaine ne s’éloignent pas de 4 ou 5 quintaux dans leur eftimation, ce qui fe reconnaît au déchargement, où l’on pefe les morues pour faire le partage entre l’équipage & les armateurs. Le quintal, tant pour ce partage que pour le débit, eft de 104 livres. Cependant on eft encore moins fujet à fe tromper en comptant le nombre de charges de civières qu’on met dans les chaloupes.
- 86ij. Quelques-uns , enarrimant, mettent les grandes morues en bas, les moyennes enfuite , les petites encore par-deifus ; mais il eft mieux de faire différentes piles pour féparer les morues fuivant leur grandeur , & mettre à part celles qui font moins parfaites.
- 862. On arrime les barrils d’huile dans le devant de la cale, où l’on forme une foute ou un gaveau par une cloifon qui les fépare de la morue,
- 863. Lorsque le tems eft favorable, un vaiffeau peut faire fon chargement en huit joursjmais pourl’ordinaire il y emploie beaucoup plus de tems.
- 864. Pendant qu'une partie de l’équipage eft occupée à arrimer les morues, le refte travaille à regréer le bâtiment»
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- TRAITE' DES PECHES. Fartie IL
- Du défarmement de V échafaud, 8? des autres établiffcmens qu'on a faits
- pour la pêche.
- 86?. On fuit à cet égard différentes pratiques , fuivant que les côtes font fûres & à l’abri du pillage. Quelquefois on laiife l’échafaud debout, & on renferme dans une cabane tous les uftenlîles de la pêche, comme le cageot & les lavoirs qu’on démonte, les traîneaux, les civières, rabots ou rouables, & le fel, s’il y en a de relie j on ferme cette cabane , & l’on met deffus la porte un écriteau qui indique te nom du navire & du capitaine à qui le tout appartient, afin qu’il ait droit de s’en fervir , s’il eft affez heureux pour revenir l’année fuivante. Quelques-uns rapportent chez eux , au retour de leur campagne, les menus uftenlîles qui leur ont fervi pour la pèche. A l’égard des chaloupes , on les tire à terre & on les cache dans le fort du bois, ou on les couie bas dans quelque lac, ou on les enfouit dans le fable ; tout cela quand il n’y a point d’habitations à portée de l’endroit où l’on a fait la pêche.
- 866. Dans d’autres endroits on démonte l’échafaud ; on met les bois en pile à terre au-deffus des marées , qui ne s’élèvent pas beaucoup à toutes ces côtes. On fait de tous ces bois une pile, au milieu de laquelle on met les uftenlîles de pêche , & on échoue les chaloupes dans quelqu’anfe. Quelques-uns ne démontent que le deffus de'leur échafaud, qu’ils ont eu foin de conftruire de façon à pouvoir être démonté aifément. Lorfque les côtes font habitées , on laiife les échafauds en entier.
- 867. Ailleurs on conduit les chaloupes à portée des habitations ou de la maifon du gouverneur, qui fe charge de les faire garder 5 par exemple , ceux qui ont établi leur pèche à Port-à-Choix , envoient leurs chaloupes à Daingouratchart , n’en réfervant que deux pour ramener leur monde, & tranfporter à bord les effets qu’ils ont à terre ; ils coulent bas celles-là au havre de Port-à-Choix. Les uns tirent leurs chaloupes à terre , & mettent la quille en-haut; d’autres fe contentent, quand elles font à terre fur des chantiers, de délivrer un bordage pour que l’eau puiffe s’écouler; mais ils évitent de les laiffer dans, les havres où les. fauvages pourraient fe les approprier.
- 868. Il ferait bien plus avantageux aux pêcheurs (Tavoir toutes leurs chaloupes échouées que coulées bas , à caufe des difficultés qu'ils éprouvent quelquefois pour les retirer lorfqu’elles font prifes par les glaces; mais il vaut mieux en courir le rifque, que de les voir détruites par les fauvages. Enfin, chaque capitaine a foin de mettre fon nom fur les chaloupes qui lui appartiennent.
- De la confommation du fel, & de celui qui rejïe après que la pèche eft faite.
- 86^. Nous avons déjà dit que la confommation du fel n’eft pas plus.
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- , Sect. I. De la morue, & des poiffom qui y ont rapport. 171
- fixe pour la morue feche que pour la verte : un navire de deux cents cinquante à trois cents tonneaux fe charge ordinairement de 2cco quintaux de fel ; & quand la pèche eft bonne , il peut rapporter 3000 quintaux de morue feche ou verte : nous en avons fuffifamment parlé plus haut.
- 87°- Quand l’échafaud eft allez grand & bien conftruit, on y débarque quelquefois tout le fel fans en laiifer à bord. En ce cas on le met fur l’échafaud dans une grande cailfe , pl. V, qu’on nomme fauniere ; quand*: l’échafaud eft trop petit, on y apporte tous les dimanches le fel du vaif-ü feau pour la confommation de la femaine. A l’égard du fel qui refte après la pèche , ou bien le capitaine s’en défait en le troquant pour de la morue feche , ou bien , s’il compte revenir l’année d’après, il le débarque & en fait un gros tas ; & voici comme cela fe fait. On prépare un terrein plus élevé que les grandes marées ; on y forme un plancher avec du bois; 011 le couvre de gazons, fur lefquels on étend une natte, & on y met le fel en monceau. On fait enfuite un grand feu avec des rames & les vieilles claies, pour former une croûte qui eft fort dure ; en-fuite on couvre la pile avec des nattes , & par-delfus des gazons dont 011 forme un toit que l’eau ne pénétré pas : avec ces précautions le fel eft en état de fe conferver , pourvu qu’on n’entame pas le monceau : l’année fuivante on le trouve auffi bon qu’on l’avait lailfé ; il faut feulement rompre la couche avec une pioche , & piler les mottes avec des malfes.
- 87r* Chaque capitaine marque le monceau qui lui appartient avec un écriteau qui porte fon nom.
- 872. Mais ce fel diminue quelquefois de moitié; c’eft pourquoi il eft fouvent avantageux de le troquer pour du poilfon fec.
- De la morue qu'on appelle blanche, çff 'de celle quon nomme noire, pinée, bruinée ou charbonnée.
- 873. Toutes ces dénominations dépendent de la couleur que les morues prennent dans leur préparation, & forment en général deux efpeces de morue, favoir la blanche, & celles qui ont pris une couleur en fe def-féchant; car leè termes de noire., pinée, brumée, & charbonnée, font lyno-nymes, ou ne different que du plus au moins : cependant j’ai éprouvé quelques difficultés à favoir en quoi confiftaient ces différences , & d’où elles procédaient ; j’ai l’obligation à M. Deshayes , commiffaire de la marine à Grandville , de m’avoir tiré de ce petit embarras.
- 874. La morue blanche eft celle qui a reçu beaucoup de fel & qui a été féchée promptement ; une partie du fel fe portant à la furface, y forme une efpece de crème, ou comme une pouffiere blanche d’où elle tire fon nom.
- Y ij
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- 87f. La morue, noire, pinée ou charbonnee, &c. eft celle qui a requ peu de fel, qui a été féchée doucement, & qui a éprouvé , étant en pile , une petite fermentation ; cette couleur affecte particuliérement les morues grafles. Quoi qu’il en foit, cette morue reffue fa graiife, & cette graiife combinée avec le fel fe deflechant à la fuperficie, y forme une efpece de pouffiere roufsâtre, quelquefois brune, diftribuée çà & là, ce qui en certains endroits la fait nommer brumée, & en d’autres pinée. Cependant les maîtres de grave les plus expérimentés ne peuvent pas à volonté faire de la morue blanche, ou de la pinée} foit que cette différence dépende d’une pré-cilîon dans la quantité de fel qu’on ne peut obferver , ou de la qualité du fel, ou de la graiife plus ou moins abondante de la morue, ou de l’état de l’air quand on prépare la morue. 11 réfulte de ces différentes circonftances , que celui qui a pris toutes les attentions pour avoir de la morue blanche, trouve fon poilfon piné au débarquement, pendant qu’un autre ne peut réuflir à en faire de pinée, & que toute fa morue eft blanche. Au refte, voici le procédé qu’on fuit, lorfqu’on defire faire de la morue pinée.
- Maniéré de faire la morue qu'on nomme pinée.
- 875. Quand on veut faire des morues pinées, lorfque le poifson eft aux trois quarts fec, on l’étend la chair en-defsus fur la grave par un tems de brouillards } & quand elle a pris de l’humidité, 011 la met en pile pendant quelques jours} elle s’échauffe & s’attendrit} enfuite on l’étend au foleil jufqu’à ce qu’elle foit bien feche. Cette morue prend une couleur comme enfumée} mais elle eft plus délicate que la blanche, c’eft pourquoi on lui donne la préférence en Ponant} mais dans le Levant on aime mieux la blanche, quoiqu’elle foit moins délicate.
- 877. Comme cette préparation dépend d’une, légère fermentation qu’on lui a procurée à deffein , il eft fenfible que des morues qu’on met en pile avant qu’elles foient fuffifàmment feches , acquièrent de même cette déli-eateffe: c’eft pourquoi on trouve dans les chargemens, des morues pinées, fans qu’on ait eu intention d’en faire.
- Des allégés qu'ont les grands navires pêcheurs qui paffent en Provence , & de celles qu'on nomme faques ou refaques.
- 878. Quand on a fini la pêche de la morue, & que les bâtimens font appareillés & chargés , ils partent pour fe rendre à leur deftination } mais nous avons dit qu’il y en avait qu’on deftinait pour la Méditerranée.
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- SE'CT. I. Delà morue, & des poiffbns qui y ont rapport.
- $79. Ges chargemens fe fout avec de la morue blanche bien bénéficiée. Les Levantins ne font pas cas de la morue pinée ; on ne leur porte que des morues blanches choifies. Allez fouvent un capitaine , qui n’a pas alfez de ces morues pour faire fon chargement, en prend pour le compte des autres, & en ce cas il elt leur commilîionnaire ; ou bien il prend un fret de xy à 30 fols par quintal de morue , qu’il doit remettre à un corn-miffionnaire qu’011 lui indique , 11’étant obligé que de le décharger & de le mettre en magafin. Au relie, il fe fait différentes conditions, par lef-quelles quelquefois le capitaine qui a donné fes morues à un autre, fe charge à fon tour de rapporter en France la rogue, l’huile & la portion de l’équipage qui ne doit pas fuivre fon vailfeau dans la Méditerranée: car le capitaine qui fe propofe de paffer le détroit, ne garde que la partie de fon équipage qui lui elt néceflaire pour manœuvrer fon bâtiment. Sur un équipage de cent hommes, on en renvoie ordinairement foixantej il conferve toujours les meilleurs matelots i ceux qui ne font pas expérimentés , ou qui font infirmes, font renvoyés , comme nous venons de le dire , par ces bâtimens qui retournent chez eux , ou on les met dans de petits navires qui n’ont été à la pèche qu’avec deux ou trois chaloupes , n’étant que de cent ou de deux cents tonneaux: ce font ces petits bâtimens qu’011 nomme faques ou refaques. Ils chargent à fret les huiles & la rogue. Le fret d’une barrique d’huile eft ordinairement de 10 à 15 livres : on ne leur donne par homme qu’ils embarquent que ioà 12 livres, quand ces hommes fe fourniffent de vivres, & à peu près 100 livres quand le capitaine de la refaque les nourrit : on convient du lieu où la refaque débarquera. Il y a des matelots qui, en fe louant pour la campagne , exigent du capitaiiie un billet par lequel il s’engage de les renvoyer en refaque. On embarque encore fur les refaques les morues vertes qu’on a faites avec les groiTes pièces de morue , ou à la fin de la campagne , lorfqu’on n’avait pas lieu d’efpérer affez de beau tems pour faire de la morue feche.
- 88©- Lorsque les matelots qui reviennent en refaque doivent fe nourrir , leur capitaine leur donne pour la traverse cinquante livres de bit cuit, quatre livres de beurre, autant de lard par homme, & pour cinquante hommes, quatre à cinq barrils de cidre ou de petite biere.
- 881. Ordinairement ils font leur foupe en commun , & en ce cas on leur donne le matin place à la cuifine.
- 882. Les officiers mariniers qui reviennent par les refaques, font mieux pourvus de vivres, & ils mangent à la table du capitaine de la refaque.
- 883. S’il relie des vivres aux matelots , ils leur appartiennent j mais û la traverfée étant fort longue, les vivres leur manquent, la refaque leur en fournit, & en cil rembourfée au retour par l’armateur.
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- 884- On accorde à ces paflagers un coffre pour trois matelots , dans lequel ils enferment leur bifcuit; à l’égard de leurs hârdes , ils les mettent dans des facs, & s’en fervent pour oreiller.
- 885- Les matelots palfagers couchent ordinairement dans la cale fur les barrils d’huile.
- 886. Ces barrils font prefque tout leur chargement , avec le peu de morue qu’on a préparée en vert à la fin de la campagne, lorfqu’il n’était plus polîible de la fécher.
- 887. Comme les bâtimens qui viennent en refaque-font ordinairement petits, ils ne doivent pas fe charger d’un trop grand nombre de paflagers, & fuivant la réglé, ils n’en doivent prendre qu’un par tonneau.
- 888. Assez fouvent les gros bâtimens qui doivent pafler dans la Méditerranée , ont une refaque à leur fuite.
- 889- Mais quand un bâtiment pêcheur n’a pas fait fon chargement» il donne fon poiflon à celui qui pafle dans la Méditerranée, & revient en refaque.
- 890. En général,les refaques doivent rentrer aux ports qui leur font prefcrits par celui qui a fait leur chargement.
- Débarquement de la morue. (*)
- 891. Quand les navires font rendus au lieu de leur deftination , le capitaine fait mettre la morue en magafin pour la vendre, l’arrangeant comme elle était dans le bâtiment, & elle refie ainfi couverte par des voiles, jufqu’à ce qu’on la livre à l’acquéreur qui l’emmagafine par paquets d’un quintal chacun.
- 892. A l’égard des morues faillites ou viciées, on les emmagasine à part, & on les vend au lot ou à la travée.
- 893. Pour que la morue fe conferve bien , il faut que les magafins ne foient ni trop humides ni trop fecs ; mais, autant qu’on le peut, frais & fecs. Il efl vrai que dans les magafins humides,la morue augmente de poids; mais elle s’y gâte, fi elle y refie long - terns. Dans les magafins très-fecs, outre qu’elle perd de fon poids au préjudice de celui qui la garde, elle fe rompt, fe brife,devient hors de vente, & tombe en rebut, quoiqu’elle foit de bonne qualité.
- 894- Nous avons rapporté en fon lieu quels font les défauts de la morue verte, & en quoi ils confiftent : ceux de la morue feche font à peu
- (*) La traverfée de Terre-neuve à Mar- mois .-celle de Terre-neuve à Saint-'Malo feille fe fait quelquefois en trente-cinq ou peut être de dix-huit à vingt jours, quarante jours ; d’autres fois il faut trois
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- Sect. I. De la morne, & des poiffom qui y ont rapport. 175
- près les mêmes s c’eft pourquoi nous les rapporterons fort en bref. i*. Dans le navire, les morües du delfus & du deffous des piles font fujettes à être moins bonnes que les autres. 2°. Les morues mal féchées font celles qui ont été mifes en groffes piles s après avoir eifuyé de la pluie, & avant que le foleil ou le vent eulfent dilfipé l’humidité, elles font mollalîes , fe fépa-rent'à la livraifon,& ce poiffon eft regardé comme de médiocre qualité. 3*. Celles qui ont refté trop long-tems à un foleil vif fans les retourner , font dites brûlées ; elles fe rompent par morceaux , fur-tout fi enfuite elles ont été pénétrées par l’humidité des brouillards, qui leur font plus de tort que la pluie. 4® Quand les morues un peu molles ont refté en patte, en ce cas de groffes mouches noires y dépofent des vers, qui quelquefois ne laiffent que la peau & l’arête ,à moins qu’on ne les expofe à tems à un foleil vif qui fait périr tous les vers en delféchant le poilfon. 5*. Les moques ramées & mouillées font celles que les rames n’ont point empêché de toucher le vaigrage : l’humidité les noircit > elles deviennent mollaffes,& font entièrement perdues, fur-tout quand le bâtiment fait eau. 6°. Quanti les morues ne font tachées qu’à une petite partie, on retranche cette partie , & le refte eft bon.
- Du commerce de la morue feche.
- 89^. Outre ce qui s’en confomme dans les ports de l’Océan, principalement dans ceux où il fe fait des armemens, on en trouve un débit avantageux aux côtes d’Efpagne ,de Portugal, de Gènes , en Italie & an Levant. Mais pour tirer un avantage de ce commerce, il faut, au lieu de le faire en argent, prendre des marchandifes de retour :en Efpagne des laines ,des vins, des fruits fecs, des huiles, des étoffes de laine auxquelles les Français donnent des apprêts qui changent à un tel point leur qualité, que fouvent on les revend aux Espagnols qui les font paifer aux Indes. Les Bordelais ,les Nantais fournirent des morues en Languedoc, où les grandes pièces font plus de recherche que les petites qui font de demande pour le Levant & plufieurs ports de la Méditerranée.
- 89^. Les vaiffeaux moruyers fe nuifent beaucoup les uns les autres, quand ils le rendent en trop grand nombre dans un canton. En Gafcogne, en Guienne , en Languedoc, on recherche les groffes morues : on trouve le débit des petites dans la Méditerranée & à Lyon ; cependant à Mar-feille on acheté les grandes 30 fols par quintal plus que les petites.
- Lottiffement des morues.
- 897. Nous avons dit, en traitant de la morue verte, qu’àla Rochelle,
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- Bordeaux, Bayonne , Saint-Jean-de-Luz, on fait pour la morue verte trois lots au triage , lavoir i°. le poilfon marchand, 2°. le poilfon moyen, 3®» le rebut. A l’égard de la morue feche, comme on eftime les petites morues , & que cette marchandife fe vend au poids, on met feulement à part les pourries & les rompues.
- 898. Dans d’autres ports on diftingue i°. le petit poilfon marchand qu’on nomme fourillon; ce font les plus petites morues grifes & pinées , mais marchandes. Il s’en confomme beaucoup dans le Lyonnais & l’Auvergne , & il fe vend avantageufement dans les ports où Ton fait des arméniens. 2°. On nomme le grand rebut, les grandes morues qui ont été mal tranchées , ou qui font huileufes , écorchées , tachées , ou dures , qù’011 nomme brûlées. 30. Le moyen nbut comprend les petites & moyennes morues qui ont les mêmes défiuts que les grands rebuts. Ces morues qui font de douze à quatorze pour cent meilleur marché que les autres, fe vendent dans les pays de Vignoles,où on n’a pas beaucoup d’égard à la grolfeur des morues feches , parce que, comme nous l’avons dit, eiles fe vendent au poids, excepté dans les ports de Normandie, où on les vend au compte, comme la morue verte , & cent trente-deux morues font un cent ; on eti fait au triage plulieurs lots fuivant leur grolfeur & fuivant qu’elles font bien conditionnées
- 899. A Nantes, on diftingue de fept fortes de morues feches, favoir, i°. le poilfon pivé qui eft rouge & qui paraît comme poivré; ce font les morues les plus gralfes & les plus délicates : cependant ce poilfon qui eft recherché en Bretagne, en Anjou & en Touraine, n’eft pas de vente à Paris, Lyon & Orléans. 2°. Le poilfon gris ^ qui n’eft pas 11 cher que le pivé ou rouge; on ne l’envoie que dans les provinces où l’on eftime le pivé ; 8c quand les morues font gralfes, elles prennent du rouge dans les maga-fins. Si y deviennent pivées. 30. Le grand marchand , qui doit être bien tranché, grand, point rompu ni taché. 40. Le moyen marchand ,qui ne différé du grand que parce qu’il eft moins gros. Ce font ces deux efpeces qui fe débitent le plus avantageufement dans l’intérieur du royaume; les autres lots font des rebuts plus ou moins viciés.
- Maniéré d'apprêter la morue fecbe dans les cuifines. (21)
- 900. Il faut commencer par mettre tremper les morues dans l’eau ; il
- (21 ) On peut juger de l’étendue que livres de cuifine. Cependant, attentif à fuivre l’auteur a cru devoir donner à la tractation là marche , je n’ai rienfupprimé ici, quoi-de fa matière, parles détails que contient que la maniéré d’apprêter la morue n’ait cet article, & qu’on trouve dans tous les point de rapport avec l’art de la pêcher.
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- ^ Sect. I. De la morue , & âespoijjons qui y ont rapport. 177
- fuffit pour les petites qu’elles y relient trente heures} celles de moyenne groffeur, qui pefent à peu près une livre, doivent relier deux jours en trempe 3 & celles qui font plus grolfes doivent tremper trois ou quatre jours. Il efi; bon de changer l’eau tous les jours.
- 90 f. Lorsqu’on eft prelfé, il faut faire chauffer l’eau jufqu’à ce qu’elle foit prête à bouillir, laver la morue dans une partie de cette eau , & la mettre en trempe dans le relie avec un façhe.t rempli de cendre : par cette méthode la morue eft plus tôt en état d’être cuite , & l’addition de la cendre la rend plus délicate.
- 902. Pour la faire cuire ,011 la met fur le feu dans de l’eau fraîche , & les uns l’entretiennent à un petit bouillon pendant un quart - d’heure , une demi-heure ou trois quarts-d’heure , fuivant la grolfeur des morues.
- 903. D’autres la tiennent pendant quatre ou cinq heures fur le feu fans faire bouillir l’eau.
- 904. La morue étant cuite , il faut la fervir à une des fauces fuivantes.
- 90Ç. La fauce des Provençaux eli faire avec de l’huile , du poivre &
- du fel , & un peu d’ail ; on broie le tout dans un mortier , & 011 fait chauffer cette fauce, pour la verfer peuàpeu furie poiffon , qu’on tient fur des cendres chaudes.
- 906. On peut fervir la morue avec une fauce blanche qu’on fait avec du beurre frais, de la crème , un peu de farine , un filet de vinaigre , & les affaifonnemens ordinaires. Cette fauce étant bien cuite, on la verfe fur la morue qu’on a dépecée en petits morceaux.
- 907. On peut ajouter de fines herbes hachées , même une petite pointe d’ail ou d’échalotte,unzefte d’orange haché bien menu, & d’excellente huile.
- 908. Si l’on veut l’accommoder au gras, on mettra de bon jus de viande au lieu de crème.
- 909. D’autres hachent des épinards bien menus, y ajoutent de la ciboule & du perfil, font cuire à moitié ces herbes dans la cafserole , verfent cette fauce fur la morue dépecée, y ajoutent un peu d’eau pour faire mitonner le tout pendant une heure 3 enfin on lie la fauce avec de la mie de pain ou de la chapelure.
- 910. On peut mettre au fond d’un plat, des épinards, du perfil, de la ciboule & un peu d’ail hachés menu, & à demi cuits dans l’huile, avec de la mie de pain, & arranger defsus la morue en petits morceaux, qu’on ar-rofera peu à peu avec l’huile dans laquelle les herbes auront cuit, & de la chapelure de pain; on couvre le plat d’un defsus de tourtiere , pour faire cuire le tout entre deux plats, ajoutant de tems en tems un peu d’huile pour que le poifson en foit bien pénétré. Quelques-uns font revenir la morue à la cafserole 'dans du beurre ou de l’huile, font enfuite un roux avec de l’huile
- Tome X. Z
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- ou du beurre, de la farine , un oignon haché bien menu, & un anchois; on mouille ce roux avec du vin blanc ; on afsaifonne le ragoût de poivre & de fel, d’un anchois & d’une poignée de câpres, fi l’on vent , un peu d’ail & une feuille de laurier; on fait mitonner la morue divilée par morceaux dans ce ragoût pendant une demi-heure.
- c>? r. Pour faire un plat agréable, on hache de la morue cuite avec de fines herbes , de la mie de pain trempée dans du lait, des œufs , & les affai-fonnemens que l’on jugera convenables ; on donne à ce hachis la forme d’un poiifon, qu’on dore avec un jaune d’œuf; on le drefle fur des tram-ches de pain, & on le fait cuire au four, de forte qu’il devient bîanc; on le fert avec une fauce faite de bon bouillon & du jus de citron.
- 912. On fait encore frire des morceaux de morue dans un peu d’huile ou de beurre; & avec du beurre ou de l’huile, on fait un roux qu’on releve par des aijaifonnemens, un filet de vinaigre & un oignon haché : cette morue au roux eft allez bonne.
- 913. La morue fie peut manger au fortir de l’eau, où on la fait cuire avec une rémolade.
- 914. On couvre encore la morue de chapelure , & on la met fur le gril en l’arrofant d’huile ou de beurre.
- 91^. Quelques-uns mangent cette morue crue avec du pain, en gttife de fromage , ou dans de la falade , comme du thon mariné ; d’autres la font cuire à demi fous les cendres, l’ayant enveloppée dans du papier.
- 916. Enfin elle peut entrer dans beaucoup de mets comme affaifonne-ment. (22}
- Article XVI,.
- Dt la pêche de la morue au nord, & des differentes préparations qu'on lui donne*
- 917. Je crois q-u’on peut regarderie nord de l’Europe comme la fource de quantité de poilfons qui fe répandent dans tout l’océan. Ces mers font: très-poiifonneu fies ; on y prend, outre des eétacées de différentes efpece9 7 des lingues, de grands lieux, des colins, des merlus . de grandes lottes qui font des efpeces de lingues , des aigrefins , des flétans, des raies, des turbots, des grondins, du hareng, des fardines,des maquereaux, (*) &
- ( 22 ) Ajoutons ,ponr que rien ne manque ( *) On imagine bien que tous ces poif-à un article aujji intereffunt, que l’on peut fions ont des noms particuliers dans les diE mettre en pâte la morue hachée menu & férens royaumes du nord'; mais j’ai cru de-bien affaifonnée, ce qui faitde très-bonnes voiries rapporter, autant-que je l’ai pu,aux tourtes. noms français, pour me rendre plus intel-
- ligible , au moins dans lg pays oùj’écris,
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- Sect. I De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. 179
- quantité d’autres excellens poiflons que les naturels du pays, qui vivent en grande partie de poilîon, confomment frais ou féchés; il n’y a guere que la morue franche ou le cabillaud qui entre dans le commerce : ce qui doit nou* engager à nous en occuper prefqu’uniquement, au moins pour le préfent.
- 918. On ne prend point ou fort peu de morues dans la Méditerranée ; on en pèche quelques-unes fur nos côtes, davantage dans la mer d’Allemagne, fur-tout au nord de l’Ecofle & de l’Irlande; maison en trouve beaucoup plus dans l’Amérique feptentrionale, ainfi qu’au nord de l’Europe, en Islande, Schetland, au Groenland , en Danemarck, en Norvège, en Ruffie, &c. & comme ce poilfon fe trouve d’autant plus abondant qu’on tire plus vers le nord , je crois que c’eft avec raifon que j’ai dit au commencement de l’article troilieme , qu’il faut en chercher la principale fource dans les climats froids : je ne prétends cependant pas qu’il ne s’en éleve point dans nos mers ; il fufEt, pour fe convaincre du contraire, de faire attention que les pêcheurs de la Manche en prennent quantité de jeunes qui ne font pas plus grolfes que de petits merlans.
- 919. M. Anderfon, homme d’efprjt & très-laborieux , à qui nous fommes redevables d’une hiftoire naturelle d’Islande, me paraît avoir beaucoup multiplié le nombre des efpeces de morues ou cabillauds , foit en ayant égard à de fimples variétés , foit en comprenant dans fon ouvrage tous les poilfons, qui font de la famille des cabillauds.
- 920. M. Afcanius fait le même reproche à M. Klein. Nous n’avons garde de blâmer ces célébrés auteurs, puifqu’en entrant dans ces détails , ils ont rendu leur hiftoire naturelle plus complété ; mais comme nous nous pro-pofons de ne confidérer les pèches du nord que relativement au commerce-de leurs poifsons & aux exportations qui s’en font, nous fommes difpofés à fuivre M. Horrebows, qui a plus confidéréla pêche du côté du commerce, qu’en naturalifte. Nous laifserons à l’écart toutes les queftions qui partagent; les auteurs qui ont traité des poifsons des mers du nord, jugeant que c’eft' aux favans naturaliftes Danois , Suédois & Rufses, à prononcer fur des. articles où nous ne pourrions que propofer des conjedures.
- 921. Il me paraît que les mots dorfch & torsk font dans le nord des termes génériques qu’on attribue à tous les poifsons du genre des afdlus ou gadus; ce qui n’empêche pas qu’on ne donne particuliérement ce nom à une efpece plutôt qu’à une autre.
- 922. M. Horrebows , qui a féjourné plufieurs années en Islande , afsure que le torsk des pêcheurs du nord eft le cabillaud des Hollandais, afdlus major vulgarisa que le torfchet ou tisling des Islandais eft un diminutif de torsk, ou de jeunes torfchs qu’on nomme bcrgen.fifch en Danemarck: il ajoute que les torfchs de moyenne grandeur font nommés titthing par les
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- i8o TRAITE' DES PECHES. Partie IÎ.
- Islandais, & mittd - dorfch pat' les Danois. Suivant lui, il y a trois fortes de cabillauds en Islande; le premier qu’on appelle dorfch eft le meilleur;, il eft connu en Danemarck fous le nom dé kabLiau. ; le moyen eft nommé en Islande Jluttingen , & les petits tisling : ces trois efpeees font reconnues pour être des torfchs de diiférens âges , & qui ne different les uns des autres que par la grandeur. Il dit encore que le lingen » lips des Islandais , ou le oefs des Norvégiens , eft Yafcllus longus> qui eft encore une efpece de torfch , quoique plus long & moins gros que l’autre ; nous en parlerons dans la fuite. D’ou on peut conclure que, fuivant M. Horrebows, le torfch & le cabillaud, ou notre morue, indiquent le poiffon le plus propre à faire les différentes e£-peces de ftockfish dont nous nous propofons de parler , laiffant à l’écart les ftockfish qu’on prépare avec les lizes & le wittelingue, &c. qui parailfent être des poiffons du genre de lieux, merlus , merlans, &c. & pour appercevoir combien il nous ferait difficile de nous reconnaître dans la nomenclature de tous les peuples du nord , il fuffit de fe rappeller les difficultés que nous avons éprouvées en France, pour reconnaître quels font les poiffons auxquels nos-: pêcheurs donnent des noms fi diiférens.
- Quelles font les pêches que les Hollandaisy Anglais & Français, &c. peuvent faire dans les mers du nordy& idée générale, tant de leurs: pêches que de leur commerce.
- 923. Les pêcheurs de toutes les nations peuvent faire leur métier dans, toutes les mers du nord , pourvu qu’ils tiennent la mer dans leurs bâtimens j: car les Islandais , Norvégiens, &c. ne permettent pas aux pêcheurs étrangers d’approcher de leurs côtes pour y préparer leur poiffon : comme ils. doivent refter dans leurs vaiffeaux , ils font obligés de préparer leur cabillaud en vert. Si néanmoins quelques bâtimens ont fouffert une avarie confi-dérable , 011 leur permet l’entrée des ports pour fe radouber; mais ils font fu-rveilîés , & on leur interdit l’ufage des côtes pour la préparation du poiffon» Ainfi tous les pêcheurs étrangers préparent leurs poiffons en vert, les uns en grenier , & la plupart en tonnes.
- 924. Comme ces opérations ne different point de ce qui fe pratique furie-grand banc, nous renvoyons à ce que nous en avons dit article IX.
- 92Ç. Nous remarquerons feulement que, comme dans plufieurs parages on peut commencer la pêche de bonne heure , quelquefois des le mois d& janvier, il eft poffible de primer les pêcheurs de Terre-neuve, qui ne peuvent guere s’établir fur le banc qu’en avril ou mai ; mais pour cela il faudrait que les intéreffés convinffent qu’aufîi-tôt que toute h flotte aurait de quoi faire un chargement, tous les vaiffeaux donneraient leur poiffon à un
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- Sect. I. De h monte, & des poijjbns qui y ont rapport. i S i
- bâtiment qu’on expédierait pour l’endroit où l’on fe propoferait d’en faire la vente, en tenant un état des poiffons que chaque capitaine aurait fournis, pour lui en faire raifon après la vente.
- 926. Les portes où l’on a coutume de s’établir pour faire la pêche du cabillaud , font l’Islande, Férol, l’Hittland ou Schetland, le Danemarck, la Norwege, ou Kola en Ruflie.
- 927. Mais un des meilleurs portes que les étrangers puiflent occuper, eft un banc ou rif qui ert fitué vers les côtes de Danemarck, en s’établilfant, autant qu’il eft poffible, entre la petite isle d’ingland & la côte de Jutland,' qui étant fort élevée , les met à couvert des grands vents qui font très-contraires à la pêche.
- 928* Les Anglais, les Français, les Hollandais , les Hambourgeois, &C, ne vont pas feulement au nord pour faire la pêche de la morue, mais encore pour faire la traite de celle qui a été pêchée & préparée par les naturels du pays j de forte qu’on y fait annuellement des chargemens confidérables , qu’on rapporte en échange des effets qu’on y a portés. Ces chargemens font du ftockfish , des huiles & des dents de poilfon, des barbes de baleine, de la rave , &c. En allant ou en revenant d’Islande, plufieurs bâtimens touchent à Schetland , où l’on trouve des morues préparées, comme en Islande & en Norwege, &e. Quelques Français vont au nord avec de petits bâtimens depuis vingt jufqu’à cinquante tonneaux j alors ils ne paffent guere Schetland , & ils font autant l’achat du poilfon en échange de vivres, que la pèche j ils partent à la fin d’avril, & reviennent vers la fin de juillet.
- 929. Les Hollandais, outre le commerce qu’ils font avec les Islandais & autres habitans du nord, font la pèche dans les mers d’Islande & de Schetland i ils préparent, comme nous l’avons dit, leur poilfon dans des tonnes j & en revenant, ils continuent fouvent leur pêche jufqu’en hiver furie Dog-gers’bank, à moins qu’ils n’aillent à Yarmuth en feptembre pour la pêche du hareng.
- 930* Les Anglais de Yarmuth vont à cette pêche avec les mêmes quaiches dont ils fe fervent pour le hareng , ayant douze hommes d’équipage > il leur faut peu de tems pour fe rendre de Yarmuth en Islande & à Schetland, où ils font le troc de marehandife pour du ftockfish j ils s’établiffent aufli pour la pêche à la dérive fur leur borfet, à quinze ou vingt lieues des Orca-des j & après y avoir refté plufieurs femaines , ils reviennent avec leur charge: ordinairement ils tranchent leur morue à plat, & la falent en grenier.
- 931- Les Anglais , Hollandais & Français qui vont faire la pèche de la morue dans le nord, embarquent des faines pour prendre des harengs ou ftrdiaes qui leur fervent à amorcer leurs haims. Quand la pèche de la morue
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- TRAITE' DES PECHES. Partie H.
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- eft ingrate, & que celle du hareng eft abondante, ils en falent quelques barrils.
- 932. Pour prendre des grondins, qui font dans le nord plus gros & plus camus que ceux qu’on pèche fur nos côtes, & dont on fe fert pour amorcer les haims , on traîne à la remorque quelques lignes chargées d’haims amorcés d’entrailles de morue.
- 933- Quand les pêcheurs ont leur faine dehors, comme ils fillent lentement, étant foutenus par leur filet, l’équipage fe range des deux bords pour mettre leurs lignes à la mer ; mais quand , n’ayant point leurs faines à la mer, ils dérivent quelquefois avec aflez de vite fie , ils ne pèchent qu’au bord du vent, à moins qu’il ne fafle un calme plat; auquel cas on pèche egalement des deux bords. On ne fait point de galerie comme à Terre - neuve; la plupart de ces petits bâtimens ayant peu de rentrée , ils fe contentent d’élargir le plat-bord avec une planche fur laquelle pofent les lignes , & ils 11e font point d’abri, comme fur le grand banc.
- Pêche de la morue par les Anglais avec un b orfet.
- 934. Nous avons dit que les Anglais ou les Ecoflais pêchaient la morue à vingt ou trente lieues des Orcades , étant halés par un borfet : il eft bon de détailler cette façon de pêcher.
- 93Ï. Lors donc que ces pêcheurs font pris de calme , ils fe fervent quelquefois, pour haler leur bateau , d’une voile qu’ils mettent à l’eau , ou d’un borfet à peu près femblable à celui que nous avons décrit dans la fécondé fecftion de la première partie , en parlant de la pêche à la drege.
- 936. Ce borfet A ,/>/. VIII,fio. 1 9 eft quelquefois à 60 ou 80 braifes en avant du bateau B ; mais on frappe à chaque extrémité C, D, de la vergue une auffiere ou un grelin E, F, l’un defquels pafle par 1 ecubier de bas-bord , & l’autre par celui de ftribord. Les deux écoutes G, H, de la voile du borfet, qui eft dans l’eau , font frappées fur les auflieres dont nous venons de parler, à environ 2> brafses des angles ou points de cette voile ; bien entendu que le courant de la marée qui tient ici lieu de vent pour haler le bateau, doit donner dans la voile du borfet & l’enfler ; car le bâtiment n’a aucune voile dehors. La voile du borfet eft feule chargée de fa remorque : les vergues & les mâts de hune font amenés fur le pont ; mais comme les cordages E, G, F , H , font très-près de la furface de l’eau , ils diminuent l’agitation du bâtiment lorfqu’il y a de la lame , & ils l’entretiennent dans la diredtion du courant, lors même qu’il fe trouve le bout au vent; à cette façon de pêcher les ligueurs fe rangent fur les deux bords.
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- Sect. I. De la morue des poiffons qui y ont rapport. 183
- [ Apkis avoir donné line idée des pèches que les nations étrangères vont faire dans les mers du nord, il femb'e que je devrais détailler les différentes façons de pécher des naturels du pays ; mais comme je me pro-pofe d’entrer à ce fujet dans de grands détails, j’ai cru plus convenable d’expofèr les différentes préparations que ces peuples donnent à leur poifîon. On appercevra dans la fuite quelles font les raifions qui m’ont déterminé à prendre ce parti. ]
- De la préparation du cabillaud au nord par les naturels du paysr
- 937- Les pécheurs du nord, peut-être à l’imitation des nôtres, préparent quelques morues vertes en tonne & au fel ; ils nomment cette préparation klippfish (*) en tonne : elle différé peu de celle que les Hollandais appellent de même , ou Vabb&rdan ; & voici la méthode que fuivent les Danois. Quand ils ont pêché des'torfchs & qu’ils les ont conduits à terre, ils leur tranchent la tète , les ouvrent, les vuident & ôtent l’arête j puis les mettent,/»/. FUI, fig. 2 , dans des caiffes A , où ils trempent pendant une huitaine de jours dans une forte faumure de fel de France , s’ils en ont, ou à fon défaut de fel de Portugal^ ils les retirent enfuite de cetto faumure, & les arrangent les uns fur les autres comme en B , pourlaif-fer égoutter la faumure; ils les mettent même en preffe fous des planches chargées de pierres, & finiffent par les arranger dans des tonnes avec du fel de Portugal le plus gros qu’ils peuvent trouver. Cette méthode eft affea bonne quand elle eft exécutée par les Danois ; mais il n’en eft pas de même quand ce font les Islandais qui font cette préparation ; ils tranchent mal leur torfeh , & font fi mal-proprement toutes leurs opérations, que leur klippfish eft peu eftimé. Il eft vrai que'comme il leur faut du fel & des bar-rils, ils ont fouvent peine à s’en procurer; néanmoins le peu de klippfish qu’ils préparent, fe débite bien dans la Baltique.
- 938- L’embarras d’avoir des futailles , engage les Islandais, 8c fur-tout les habitans de la Noovege , depuis Dronthem j.ufqu’à lin degré au-delfus de Berghen , à préparer quelques torfehs d’une façon qu’on nomme platfish% qui approche de la morue feche qu’on prépare dans l’Amérique feptenttio-nale ; mais il s’en faut beaucoup que leur poidon foit auffi blanc & aufft bon que celui de cette partie de l’Amérique , parce qu’ils ne prennent pas les précautions convenables pour ôter tout le fang. Il eft vrai qu’ils ont peu de bonnes graves ; mais ils lavent très-bien former des vigneaux profiter
- (*) Suivant.M. Horrehows v klippfish dérive de klippen qui lignifie pierre^, parce qu’on le charge avec des pierres.
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- des rochers pour étendre leur morue ,/?/. VIII ,fig. 3. Au refte , voici comme ils préparent leur platfish : quelquefois ils confervent la tète , d’autres fois ils la retranchent ; après avoir vuidé & lavé leurs torfchs , qu’ils tranchent dans toute leur longueur, ils les laiffent tremper une demi-journée dans de l’eau pour en faire fortir le fang ; en fuite ils les lavent une fécondé fois, & les arrangent en tas avec du fel d’Efpagne pendant trois fois vingt-quatre heures; puis ils en forment de nouvelles piles pour en laiiîer écouler la fau-mure ; & quand le poiiîon a pris un peu de confiftance , ils le mettent quelque tems en prelfe pour l’applatir & en exprimer encore mieux la faumure ; enfin ils les étendent fur des roches ou des vigneaux dans un endroit où ils foient expofés au vent frais.
- 939. Les Hittlandais n’ayant que de petits bateaux, & leur isle étant environnée d’une mer qui eft louvent orageufe, ils ne peuvent pêcher l’hiver, & ils préparent le poilfon qu’ils pêchent l’été en flackfish, à peu près comme nous venons de l’expliquer. Ils le font faumurer dans du fel blanc d’Ecoffe ; & après l’avoir lailfé égoutter, ils l’étendent fur des rochers; mais ils confervent la tête, qu’ils ouvrent en deux ; ils la falent avec foin : quand elle eft delféchée comme le refte , elle fe conferve, & fait un bon manger.
- 940. Ces torfchs qui ont été pénétrés de fel, ont une fouplelfe que n’ont point les poiffons qu’on feche fans fel ; ce qui n’empêche pas qu’ils 11e fe confervent alfez long-tems , & qu’ils ne foient plus eftiraés que ceux qui 11’ont point été falés ; car ils fe vendent plus cher. Je crois que quand les torfchs ont été préparés comme je viens de le dire , avec les foins, l’attention & la propreté convenables , ils font afsez eftimés à Copenhague.
- 941. Je parlerai dans la fuite du flackfish préparé fans fel ; mais il faut auparavant expliquer ce que c’eft que les poiffons Amplement defféchés & point falés , qui font connus en général fous le nom de Jlockjîsh.
- 942. Les préparations des torfchs, dont nous venons de parler , reviennent affez à celles que nos pêcheurs donnent aux cabillauds ou morues qu’ils prennent dans l’Amérique feptentrionale ; mais nous allons parler des préparations qui font en quelque façon propres aux pêcheurs du nord. Elles confident à faire fécher les torfchs fans les faler : c’eft ce qu’on nomme le flackfish. Commençons par expliquer plus précifément ce qu’on entend par ce terme.
- Du Jîockfish ou poilfon dejfêchê fans fel, & fes différentes efpeces.
- 943* Le flocfish , Jlocvish, oufiockfish : ce terme qui eft compofé de deux mots allemands , favoir, fiock , qui veut dire bois, &fish , poilfon , eft un terme générique qui veut dire poifson en bâton , ou poifson réduit par le delféchement à la dureté d’un bâton. Quelques-uns penfent que le terme de
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- ftockfish fignifie poifson à billot, parce que , quand on l’apprête pour le manger, il faut le battre fur un billot : cette étymologie me parait moins naturelle que la précédente.
- 944. Quoi qu’il en foit, le terme de ftockfish eft entendu dans toute la haute-Allemagne, & ufité dans toutes les langues du nord , pour fignifier toutes fortes de poifsons que l’on conferve fans fel pour le feul defséchement.
- 944. Les Norvégiens & les pêcheurs voifins de la mer Baltique defse-chent prefque tout leur poifson de mer qu’ils prennent, en le fufpendant par la queue au-defsus de leurs fourneaux avec une corde qu’ils attachent au plancher de leurs cabanes-, & ces poifsons , qu’on pourrait nommer fumés ou boucanés, ainfi que ceux qui fout defséchés par le vent, fe nomment ftockfish fans diftinélion des efpeces de poifsons qu’ils ont ainfi préparés.
- 946. Aussi Rondelet dit que les marchands d’Anvers lui ont fait voir fous le nom de ftockfish toutes fortes de poiifons defféchés à l’air ou à la fumée, tels que raies, foies , plies, turbots , &c. Le ftockfish n’eft donc point une efpece particulière de poiffon , comme plusieurs auteurs l’ont penfé ; ce n’eft point le poifson qui s’appelle ftockfish , c’eft la façon de le préparer qui donne ce nom indifféremment à toutes fortes de poifsons. Cependant comme il n’y a guere que le torfch ainfi préparé qui foit admis dans le commerce, les marchands Hollandais 11e fe chargent guere que de-ce poifson , & l’on 11e connaît dans nos provinces fous le nom de ftockfish que la morue féchée fans avoir été falée. Quoique dans le nord on diftingue beaucoup d’efpeces de ftockfish par des dénominations qui ne font guere connues même des négocians qui en font le plus grand commerce, tels que bremer l'ange, berger l'ange, ^aartsfish, je foupçonne que ces dénominations populaires & locales veulent dire lingue de Brème ou de Berghen, ou poifson de Zaarts ; mais on donne au ftockfish d’autres dénominations qui méritent plus d’attention , parce qu’elles dépendent des différentes préparations qu’on a données aux poifsons. Quelques-uns con-iervent particuliérement le nom de ftockfish , d’autres prennent celui de ftackfish préparé fans fel , hengfish , rotfchair , langfish , rondfish. Nous •efsaierons de faire connaître ces différentes efpeces de ftockfish que préparent les Danois, les Islandais, les Schetlandais, les Norvégiens & les autres peuples du nord.
- 947.. Il fuit de ce que nous venons de dire, que toutes les efpeces de ftockfish font: du poifson qui a été defséché fans avoir été falé. M. Ander-fôu remarqùe fort à-propos à cette occafion, que qui ne connaîtrait qu’un climat tempéré & humide, comme le nôtre, aurait peine à concevoir comment un poifson;aufîr gros & auffi gras que le torfch , peut fe conferver £àns être falé pendant plulieurs années, étant entaffé quelquefois à l’air,
- Tome X, A a
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- i%6 TRAITE1 DES PECHES. Partie IL
- & être tranfporté dans des climats fort différens *, car il eft de fait que-le ftockfish qui a été bien préparé r & qu’on ferre avec foin dans des* magafins, fe peut conferver pendant dix ans fans s’altérer j mais le vent de nord froid & fec qui régné au printems vraie faifon pour la préparation des poiifons , s’oppofe à la fermentation , & deffeche bien mieux le poiifon que les chaleurs humides de notre climat, d’autant que dans le .nord même , l’été n’eft pas une faifon favorable au deiféchement du poif* fon 5 le foleil fait éclorre des infetftes. qui l’endommagent & occalionnç' une fermentation toujours fâcheufe.
- Du rondjîsfii
- 948. On nomme rondfish , ou dans le commerce Jtockfish rond , dêa torfchs qui étant defséçhés , font longs , ronds & roides comme des bâtons,.
- 949. On en- prépare dans tout le nord ; mais comme les Norvégiens ont la réputation de le préparer très-bien , en adoptant le terme de rond~ fsh, nous allons détailler la méthode qu’ils fuivent.
- 9^0. On ne peut préparer ainfi les torfchs que depuis le commencement de janvier jufqu’à la fin d’avril ; pafsé ce tems , l’air n’eft plus, afsez fec pour defsécher des poifsons qui font gros , gras , & qu’on laifse prefque dans leur entier,
- 9> r. A la partie méridionale de l’Islande , il fait ordinairement trop chaud-en mai pour defsécher parfaitement ces poifsons. Il n’en eft pas de même à la partie feptentrionale,. où l’on ne peut commencer la pèche qu’à la mi-mai, à caufe des glaces qui viennent du Groenland. Ils peuvent bien , malgré les-glaces, prendre toute l’année quelques poifsons pour leur confommacion mais pas en afsez grande quantité pour faire du ftockfish rond. Mais Ia: fraîcheur de l’air de ce côté de l’isle fubfifte afsez long-tems pour qu’ils pui£. fient en préparer, quand les glaces leur permettent de faire la pèche.
- 952. La préparation du poifson en rondfish eft bien (impie. Quand on a tranché la tête des torfchs, qu’on les a ouverts julqu’à l’anus pour les vuider , on les lie deux à deux par la queue avec une ficelle , & on les fufpend à des perches qu’on difpofe en quarré D , pL VIII, fig. 2, Ils reftent ainfi expofés aux injures de l’air pendant lept ou huit femaioes* plus ou moins, fuivant la température de l’air: le tems le plus favorable eft un vent de nord froid & feç ; le poifson en» fè defséchant- fe retire fur lui-mème, & devient rond fans qu’il foit- néçefsake de lui 'faire prendre cette forme avec les mains. Quand il eft en cet état & bien dur, il ne court plus rifque d’être attaqué pai les infeéles : alors • les Norvégiens le mettent ches eux en tas comme du bois à briller s en attendant qu’ij fe prb-
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- SfcCT. I. De la morue, Ê? des poisons qui y ont rapport, i$7
- Tente des acquéreurs : c’eft une des principales branches du commerce des Hollandais en Nonvege ; les Hambourgeois, les Anglais, les Dunkerquois ou tirent aufli directement ou indirectement.
- 9Î3‘ Nous avons déjà dit qu’on fait du rondfish en Islande ; mais il n’ell pas aufli eftimé que celui de Norvège , foit que cela dépende de la nature du poifson ou de la fécherefse de l’air.
- Du dipjish oti klippfish fans fel.
- 9^4- Nous avons dit que les Danois préparaient les torfchs en-(vert, en les falant dans des tonnes, à peu près comme les Hollandais font leur ab-berdan , & qu’ils les nomment klippfish. Les Hittlandais & les Schetlan-dais font un autre clipfish qui , à cela près qu’il n’efl pas falé , rel'semble afsez aux morues feches que nos pêcheurs préparent à Terre-neuve.
- On dit que le terme clipfish dans la langue des Schetlandais lignifie poiffbn de roche, parce que , pour le faire fédier, ils l’étendent fur des roches , pL Vllf fig. 3.
- 956. Comme les Hittlandais & les Schetlandais ont la réputation de bien préparer cette forte de clipfish, nous allons rapporter leur méthode.
- 957* Quand ils ont coupé la tète de leurs torfchs, qu’ils les ont trait* thés dans prefque toute leur longueur, & arraché la plus grande partie de la grofse arête, ils arrangent leurs poifsons les uns furies autres, dans de grandes caifses de bois qui peuvent contenir jufqu’à cinq cents poifsons.
- 998* On remplit ces caifses, qui font établies au bord de la mer , avec de l’eau de mer, dans laquelle les poifsons relient fept à huit jours j puis ils les en retirent, & les mettent en tas pour laiffer égoutter l’eau qu’ils ont prife j ils les chargent même avec des pierres pour exprimer leur eau , & les applatir} au bout de quelques jours, ils les étendent fur des rochers ou de groifes pierres, ou à leur défaut, fur des vigneaux ou banquettes qu’ils conftruifent à pierre lèche. Quand ils font bien lècs, ils les rangent en tas dans des magafîns , ayant foin de les préferVer de l’humidité. Cette précaution eft encore nécelfaire en les embarquant dans les vaiffeaux ; car quand ce clipfish a été bien préparé , il fe conferve très-bien, pourvu qu’on le tienne féchemenü & à l’ombre.
- 960. La plus grande coilfommation du klippfish & des autres efpeces de ftockfish fe fait dans les endroits où fe font les grands armemens , & dans les pays catholiques de la haute & baffe-Allemagne»
- Du flackfish»
- ^70. Comme en Islande le vent n’eft plus allez froid & allez fcc dans le
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- 188 TRAITA I) Ë S FECHES. Partie II'
- mois de mai, au moins dans une partie de cette isle,pour deffécher parfaitement les torfchs entiers , au lieu de faire du rondfish , on fait du flack-fish , terme qui lignifie poiffon fendu. Suivant M. Horrebows,ce mot vient de flack, qui veut dire étendre à plat. Pour cela, après avoir tranché la tête & ouvert le corps dans toute fa longueur du côté du ventre pour emporter les entrailles & la grolfe arête jufqu’à la troifieme vertebre au-deflous-. de l’anus, fi le tems paraît difpofé au beau , on les arrange deux à deux, chair contre chair , fur des banquettes faites à pierre fecbe ou fur des vigneaux d’un pied & demi de hauteur ; fi le tems n’eftpas difpofé au beau,, ils forment avec leurs poiffon s de petits tas qu’ils nomment cafés , mettant toujours la peau en-defTus,. & ils retient en cet état jufqu’au beau tems qui efl un vent fcc, froid & confiant, qu’il faut quelquefois attendre trois ou quatre fcmaines : fi ces tems tardent trop long-tems, les poiffons contractent quelqif altération qui les font nommer par les marchands cafés.
- 961. âussi-tôt que le tems favorable efl venu, les femmes défont les cafés , & étendent les poiffons fur les vigneaux, ayant foin-de les retourner deux ou trois fois par jour , obfervant que la queue de P un réponde1 à la gorge de l’autre ; & quand il furvient de la pluie , on met la peau en-deffus pour prévenir que la chair foit tachée, fl faut quelquefois quatorze: à quinze jours pour le deffécher ; mais lorfque le vent du nord elf un peu fort & très-fec,le defféchement fe fait bien plus promptement : cependant cm craint les gelées un peu fortes qui endommagent le poiffon.
- 962. Quand le poiffon efl bien fec,on en fait de gros tas fur les vigneaux , mettant tète Gontre queue , & alors il ne court point rifque de devenir café; il continue même à fe deffécher: ainfi il attend , fans s’endommager, que des marchands Danois viennent l’enlever. Lorfqu’on le tranfi. porte aux places de commerce, on l’èntafle comme des meules de foin , qu’on a l’attention de couvrir quand il pleut; car fi l’on embarquait le flackfish humide, i-1 fe gâterait dans le tranfport.
- 963. Comme le poiflon ainfi préparé pafle pour être le plus délicat, il fe vend plus cher que le rondfish. On prépare en Islande des poilfons du genre des aigrefins & des merlans en flackfish ; mais les marchands les efli* ment peu ; ils ne veulent que le flackfish de torfch ou de lingue,, & il n’y a que la rareté de ce poiffon qui les engage à en prendre d’autres elpeces.
- Eu rothfchair ou rodfchier des Norvégiens, ou rotskaring des Danois*
- 954. Ces termes fignifient, fuivant l’idiome des’ deux langues, poifTon fendu dans toute fa longueur , qui étant fée j forme comme deux longues racines.
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- Sect. I Delà morue, & des poijjons qui y ont rapport. 189.
- 9^?. Ce que les Norwégiens appellent rodfchier,àiffere peu du flackfish» Ils coupent le poiflon dans toute fa longueur jufqu’à la queue, après avoir ôté Parète. Ces deux pièces tenant enfemble par la queue, on les fait Pécher en les fufpendant comme le rondfish. La plus grande partie eft faite avec les petits torfchs qu’on prend près de la côte. Comme ce poiflon eft plus délicat que le rondfish , on le nomme ^aartsfish de Norwege : quand ce poiflon eft fec,il reflemble à deux cordes réunies par un de leurs bouts. O11 en prépare un peu dans les isles de Feroë & Weftmenoë ; maison eftime mieux celui de Norwege. La principale confommation de ce poiflon fe fait: dans les couvens attachés à l’églife romaine. On prépare le rodfchier dans îe mois d’avril » lorfqu’on ne pourrait plus faire de rondfish.
- Du hengfisfj..
- 966. L’expression de hengfish des Islandais donne Pidée de poiflont fulpendu : cependant il eft préparé différemment du flackfish & du rodfchier j car au lieu d’ouvrir le poiflon par le ventre , on le fend par le dos»& après l’avoir vuidé & en avoir arraché la grofle arête, on fait au haut une fente de fept à huit pouces de longueur , pour pouvoir y pafleE une perche qui fert aie fufpendre dans une efpece de cabane E >pl. VIlIy Jig-2, qu’ils nomment hialder; elle eft quelquefois conftruite avec des pierres entre lefquelles on ménage des joints ouverts pour que le vent les tra-verfei ou elle eft faite avec des poteaux de bois , fur lefquels on cloue des lattes , ce qui forme une efpece de cage. De quelque façon qu’elle foit conftruite , elle eft toujours couverte avec des planches, pour que les poif-fons ne reçoivent point la pluie.
- 967. Quand le poiflon eft tranché , vuidè & défofle, on le met en tas pour qu’il fermente un peu, ce qui l’attendrit jenfuite on l’étend fur des cailloux ou des vigneaux , pour qu’il fe deifeche un peu. Comme les fonds de fable fin & de vafe ne font point favorables à cette opération, lorfqu’on eft dans un endroit où il n’y a point de pierres, on couche le poiflon fur les arêtes qu’on a arrangées, fur le terrein * mais, la grave eft bien préférable aux arêtes. Quoi qu’il en foit, quand les torfchs font en partie defféchés , on les enfile aeve des. perches , pour les étendre dans les hialder »le- plus près les unes des autres qu’il eft poftible , & on les y laifle jufqu’à ce que le poif. fon foit bien lec ; enfin on les en retire pour les emmagafiner comme les autres fortes de ftockfish,.
- 9.68. Quoique ce poiflon- fe defleche étant fulpendu-, if ne fe roule pas comme le rondfish. Phi (leurs habitans ont auprès de leurs maifons des hialder*dans.l.efqueJs,ils fufpeudqnt, des torfchs qui fe deflechent peu à peu»
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- î£g T RA I T Ef DES PECHES. Partie IL
- moyennant quoi ils en mangent alfez long-tems de prefqu’aufii bons que s’ils étaient frais.
- 5769. Quoique le hengBsh fe vende plus cher que le flackfish, on en fait peu , parce que fa préparation eft plus embarralfante.
- 970. Les Danois préparent quelques torfchs en hengfish pour leur ufage; & comme ils y apportent beaucoup de foin , ce hengfish eft beaucoup meilleur que celui des Islandais.
- 971. Quoiqu’on fade du hengfish avec des poilfons du genre des merlans 3 aigrefins, &c. les Danois donnent toujours la préférence à celui qui eft fait avec le torfch.
- Du fhellfish & de l'abberdahn.
- 972. Nous n’avons point parié de ce qu’011 nomme fhellfish, expreflloil qui veut dire poiifon à écailles.
- 973. Suivant quelques-uns , cette dénomination vient de ce que la chair de ce poiifon étant cuite fe leve facilement par feuillets ou écailles, ce qui eft agréable à la vue & excite l’appétit ; mais je fuis porté à croire que ce nom lui vient de ce que le shellfish eft fait avec un poiifon qui a déplus grandes écailles que les torfchs ; car les Hollandais & les bas Allemands appellent les écailles des poiâbns fchdfcn.
- 974. Or , comme je me fuis propofé de ne parler ici que des préparations qu’on donne au torfch ou cabillaud, fi le shellfish eft fait avec une autre efpece de poiifon, nous ne devons point nous en occuper préfente-ment, d’autant qu’on nous a alfuré qu’il fe faifait avec beaucoup de différentes efpeces de bons poilfons qu’on prépare à peu près comme le ftockfish.
- 97Ï- A l’égard de l’abberdahn que je crois être fait avec de petits poif-fons de différentes efpeces falés & fédlés ,il n’en fort guere du Dane-marck & de la balfe-Saxe.
- Des iffues des morues , de l'ufage qu'on en fait.
- 976. Quoique pour la plupart des efpeces de ftockfish on commence par retrancher la tète , on en prépare néanmois quelques-uns avec leurs têtes, qu’on file ou qu’011 feche , fuivant les différentes préparations qu’on fe propofe de donner aux morues. Les pêcheurs mangent une partie des têtes qu’ils retranchent, lorfqu’elles font fraîches, & c’eft un manger alfez délicat;ils en font aulîî fécher pour leur ufage. Nous avons déjà dit que les langues & les noues étaient des mets délicats, ainfi nous n’en parlerons point pour le préfent.
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- S.ect. I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. 191
- 977. Les femmes ramaflent les foies avec grand foin, pour en tirer l’huile dont ces peuples font grand ufage pour s’éclairer pendant leurs longues nuits d’hiver j il en entre dans quelques - uns de leurs mets, & il? vendent le furplus aux étrangers. Comme l’air froid favorife peu la fermentation , elles emploient la chaleur du feu pour retirer cette huile.
- 978* Les femmes mettent aufli à part les œufs,& quelquefois une partie des inteftins. Lorfqu’elles Tes ont fait fécher, elles les mettent dans des tonnes jc’eft la réfure du nord, qui n’eft pas aufïï eftimée que celle que font nos pêcheurs : cependant , îorfque ces tonnes arrivent à Nantes , avant de vendre cette réfure pour la pêche des fard in es, on vuide les barrils, on ôte ce qui ne parait pas propre à faire cet appât,. & on remet en barrils ce qu'on a choili.
- 979. Nous avons déjà dit qu’on le fervait quelquefois des arêtes des. morues pour étendre le poilfon, lorfqu’on. manque de grave:. c’e(L un pis-aller, car la grave eft bien meilleure.
- 980, Quand les arêtes ont fervi à cet ufage, de pauvres gens les ra-malfent pour les briller, faute de bois ; mais dans les contrées méridionales de l’Islande, qui font les plus peuplées de l’isle,.parce que la pêche y eft plus abondante, on y a pour cette raifon befoin de plus de vaches, qu’ailleurs > cependant la récolte de l’herbe & du foin n’y eft pas confidé-ra.ble. Pour y fuppléer,les habitans ont coutume de donner aux vaches le bouillon du poitîon qu’ils font cuire, & même les arêtes , après les avoir amollies par la cuiflon. Ces animaux y font Ci bien accoutumés,qu’ils prennent cette beuvée avec empreifement; & celles qui en ufent, ont beaucoup* de lait que les habitans trouvent fort bon, apparemment parce qu’ils font accoutumés au goût du poitfon ; car il n’eft pas douteux que le lait doit participer de l’odeur & du goût de la nourriture qu’on donne aux beftiaux^
- A n t 1 e l e XVII.
- Maniera de pêcher ta morue dam Us différentes parties de l} Europe feptentrïo~ nale par Us naturels du pays..
- 98 r. Nous avons déjà dit que la pèche du torfch , qu’on fait dans le nord., ne différé pas beaucoup de ce que nous pratiquons dans l’Amérique feptentrienalfi, c’eft-à? dire , qu’elle fe fait avec des lignes (impies , de grolfes cordes & dès filets. Lorfque la mer n’eft pas trop agitée , trois matelots fe mettent dans de fort petits bateaux qui ont douze à quatorze pieds de-long , du port d’environ deux ou trois tonneaux ; ils les nomment fchuts „ pU FUI}fy. 1 s & ils. pêchent;-avec des. ligues ûmpks.3,à une petite diftance
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- t92 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- de la côte. Chaque pêcheur met fouvent quatre lignes à la mer , deux bas-bord & deux (tribord.
- 982. Comme ce font ordinairement les petits poiiTons qui donnent à la côte, leurs lignes font fines, & leurs haims aflez petits : aufii-tôt qu’ils Tentent qu’un poifson a mordu , ils tirent la ligne , & fur-le-champ en mouillent une autre qu’ils ont toute prête ; ce qui fe fait avec une promptitude furprenante. Pour 11e point perdre de tems, un homme de l’équipage qui ne pêche point, eft chargé d’étêter les torfchs , de jeter les breuilles à la mer , & quelquefois de préparer des haims amorcés ; les autres préparations dont nous avons parlé fe font à terre.
- 983. Quand ils fe propofent de s’écarter davantage du rivage , ou quand la mer eft plus agitée ,ils prennent des fchuts plus forts, du port de quatre ou cinq tonneaux , fe mettent dedans quatre ou cinq pêcheurs, & vont prefque toujours à la rame; quand ils parent une petite voile , leurs avirons leur fervent de mâts.
- „ 984* S’ils ont intention d’aller établir leur pêche dans des parages éloignés , ils fe mettent huit, dix ou douze hommes , dans des bateaux du port de fèpt à huit tonneaux, qu’ils nomment feules , & ils embarquent quelques vivres qui confident en farine d’orge ou de feigle, dont ils font une efpece de bouillie qu’ils mangent avec du poifson ; ils prennent auffi un peu d’eau-de-vie de grain & du tabac qu’ils trouvent quelquefois à échanger pour du gibier.
- 98?- Ils amorcent leurs haims avec des harengs, des fardines & d’autres petits poifsons qu’ils pèchent avec des faines : au défaut de poifsons , ils amorcent avec des moules qui font quelquefois afsez grofses pour que cinq ou fix fuftifent pour amorcer un haim ; d’autres fois il en faut dix : ils amorcent encore avec de gros vers noirs , qu’ils ramafsent fur le fable à la mer bafse.
- 986- Quoiqu’il foit par-tout nécefsaire d’avoir de bons appâts pour faire une pêche abondante , l’excellence des appâts eft encore plus importante dans le nord , où communément le torfeh n’eft pas affamé ; ils mordraient rarement aux haims , fi on ne les amorçait qu’avec des breuilles de morue.
- 987. A l’occafion de la pèche aux haims, il eft bon d’être prévenu que quand les torfchs font effrayés, étant pourfuivis par de gros poifsons , ils ne mordent pas aux appâts qu’on leur préfente ; mais quand leur frayeur eft pafsée,ils deviennent voraces;& les pêcheurs prenant beaucoup de poifsons, les fchuts reviennent plufieurs fois à terre dans une journée.
- 988- On fait encore dans le nord la pêche du torfeh avec de groffes cordes tendues par fond ; il y en a qui ont jufqu a 1000 braffes de longueur ,
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- Sect. I. De h morue, des poîffons qui y ont rapport: 193
- & qui portent vingt à trente douzaines d’haims ; on attache au bout'de la maîtrefle corde une grofle pierre pour la tenir fixe, & Ton met à l’autre bout une ligne qui porte à fon extrémité une outre pleine d’air qu’ils nomment blaque, ou une petite barrique vuide pour fervir de fignal & indiquer où eft la grofle corde quand on la veut relever ; quelquefois , au lieu de cette bouée , ils amarrent la ligne à un rocher ou à un pieu , comme nous l’avons dit dans la première fe&ion, première partie.
- • 989. Les pêcheurs du nord del’Ecoffe font cette même pèche, & fefervent auffi quelquefois d’outres pour leurs bouées. .
- 990. Les haims étant amorcés de bons appâts, on tend ces cordes le matin , & on les releve à midi ; fouvent les trois quarts des haims font garnis detorfchs ou d’autres bons poiflons; fur-le-champ 011 renouvelle les appâts, & 011 remet la corde à la mer pour relever le foir.
- 99 r. On ne peut tendre ces grofles cordes qu’à une petite diftance de* la côte, & à un endroit où il n y a pas une grande profondeur d’eau , & pour cette raifon il ne s’y prend ordinairement que de petits torfchs ; pour prendre de grofles pièces, il faut fe fervir de lignes fimples, & fe porter plus au large. 1 J
- 992. Il arrive quelquefois que les torfchs, fans être pourfuivis par de gros poiflons, fe raflemblent en quantité dans une anfe; les pêcheurs ne manquent pas de s y établir , non-feulement parce qu’ils y font une bonne pêche , mais encore , parce qu’ils y trouvent des lieux commodes pour la préparation de leur poiflon.
- 993* Quand les torfchs font pourfuivis par de gros poiflons, ils fe retirent en grande quantité dans les anfes, & quelquefois avec tant de précipitation, que plufieurs échouent à la côte; comme ils font effrayés, ils ne mordraient pas aux haims, ce n’eft donc pas la circonifance où il convient de s’en fervir ; mais dans ce cas , les pêcheurs tendent le foir des filets parle travers de ces anfes, & quand ils les releventle lendemain , ils y trouvent ordinairement une grande quantité de torfchs.
- 994* Pour terminer ce que nous avons à dire fur la pêche du torfcli au nord de l’Europe, nous ferons remarquer que le poiflon eft gras & bien nourri , jufqu’à ce qu’il jette fon frai: quand les torfchs ont peu refté à la côte , ils font gras & de bon goût j mais ils deviennent maigres quand ils y r’eftent long-tems.
- 99f. Dans une partie de ces parages on ne pèche à la ligne fimple que de jour; mais comme pafle ce tems, les nuits ne font point obfeures , on pèche indifféremment le jour & la nuit. Cependant les pêcheurs ne fe portent fur les grands fonds que le jour, & ils fe tiennent la nuit près de la côte & dans les anfes, où il n’y a que fept à huit brades d’eau.
- Tome X. B b
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- TRAITE' D ES PECHES. Partie IL
- 996. Quand les chaloupes font chargées de poiffon , il n’importe de quelle façon il ait été pris , les pêcheurs viennent le décharger au bord de la mer j ils le partagent entr’eux , & chacun prépare fon poiffon comme il le juge-à propos , en fuivant les différentes méthodes que nous avons indiquées.
- 997. Nous remarquerons encore fur les pêches , eonfidérées généralement, que fouvent les glaces qui occupent les côtes , empêchent de faire la pèche proche les terres , pendant qu’on peut la pratiquer au large , ce qui fait que les pêcheurs qui reftent dans leurs vaifsea'ux pour pêcher & préparer leurs morues en vert, peuvent faire leur métier, lorfqueles habitans des isles en font empêchés par les glaces.
- 998-#AprÈs avoir jeté un coup d’œil général fur les façons de pêcher des habitans de l'Europe feptentrionale, je vais dire quelque chofe de particulier fur les pèches des différons peuples de ces vaftes *pays.
- Helygeland , ou Holy-islcmd..
- ' 999. Helygeland ou Holy-island , efr une petite isle de la partie occi-
- dentale du royaume deDanemarck. Les pêcheurs qui y font établis , amorcent leurs haims pour la pêche du cabillaud avec de l’aigrefin; ils mettent leurs haims à la mer pendant la durée d’une marée; ils prétendent que les morues abandonnent d’autant moins les haims qu’il y a plus de tems qu’ils, ont avalé l’appât ; ils préparent une partie de leur cabillaud en shellfish , dont ils trouvent le débit le long de l’Elbe & du Wefer.
- Les isles dTtland ou Hetland on ScketlamL
- T000. Ces isles forment un archipel ; le plus grand nombre ne font que des rochers déferts : mais il y en a quelques-unes qui méritent le nom
- isles. Elles font au nord de l’Ecoffe , & en dépendent les pè-cheurs de haute-Normandie & les Flamands y vont faire la pèche avec de petits bâ« timens , & les Hollandais avec des doggers plus forts que ceux qu’ils emploient communément fur le Doggers’bank. Outre la pèche, ils échangent avec les habitans, du poiffon pour de la farine, du bifcuit, du vin , de l’eau-de-vie, tkc,
- 1001. Ces infulaires font une pèche confidérable de cabillaud , & préparent de la morue feche comme à Terre-neuve; pour cela ils font faumu-rer leur poiffon pendant peu de jours avec du fel blanc d’Ecoffe : ils ouvrent, comme à Terre-neuve, le poiffon dans toute fà longueur, & qn arrachent l’arête ; mais ils ne retranchent point la tête.
- 1002. Pour faumurer leur poiffon, ils l’arrangent dans des caiffes qu’ils
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- Sect I. De h morue, iw poijjons qui y ont rapport'.
- rempliifent d’une forte faumure ; quand ils jugent qu’il eft pénét:é de fe!, ils le mettent égoutter en pile, & enfin ils l’expofent fur les rochers ,pl. VIII, fig• 3, fe conformant à ce que nous avons dit pour la préparation de ce poiffon à Terre-neuve j mais les beaux tems y font plus rares & de-moindre durée*
- 1003. Comme les bateaux des Islandais font petits , que la mer eft fort agitée entre ces isles, & que les nuits y font fort longues une partie de l’année, ils 11e pèchent guere l’hiver ; au refte la partie de leur isle la plus abondante en cabillaud , eft la côte du fud, & à cette côte la pèche commence de meilleure heure qu’ailleurs ; c’eft pourquoi ils y préparent eiiftock-fish le poiffon qu’ils peuvent prendre en février & en mars ; mais quand les chaleurs font trop confidérables pour les faire féeiier , ils les préparent au fel.
- 1004. Ils vendent aux étrangers des poillons frais , & de préparés de différentes maniérés & de différentes efpeces ; car ils prennent de petits lingues, des aigrefins, des lieux de Bretagne qu’ils nomment merlus, 8c ils Talent de toutes ces efpeces de poiffons.
- ioof. Comme ces isles font par les 60 ou 61 degrés, ils conformaient beaucoup d’huile pour s’éclairer pendant les longues nuits d’hiver > c’eft pourquoi ils en ont peu à vendre.
- Des Orcades.
- ' 1006. Les isles Orcades forment encore un archipel ; elles dépendent de l’EcofTe , dont elles ne fout éloignées vers le nord que de lept à huit milles, & elles s’étendent vers le fud jufqu’à cinquante milles des isles de Schetland. Il y a trop de courans entre les Orcades pour y faire la pèche , ou au moins elle y eft pénible 8c dangereufe -, c’eft pourquoi les habitans de ces isles ou fe louent pour faire la pêche , ou vont dans d’autres parages pêcher pour leur compte.
- De l'Islande.
- « 1007. L’Islande eft une. des plus grandes isles de l’Europe, on eftime
- qu’elle a 300 lieues de circonférence , 100 lieues de long, 7f lieues de large nord 8c fud ; on la place à degrés de latitude nord, & 360 de longitude j elle eft traverfée par des chaînes de montagnes , & femble n’être •qu’une maffe de rochers accumulés fins ordre, entre lefquels il y a des glaces qui ne fondent point : c’eft cependant dans cette isle que fe trouve le mont Hecla , volcan très - considérable, qui quelquefois fait des éruptions
- B b ij
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- terribles. Il y a çà & là des fources très-chaudes & d’autres fort froides £ ainfi la glace & le feu , ces deux contraires fe trouvent pêle-mêle dans cette isle ; cependant il y a quelques prairies affez belles où l’on éleve des bef-tiaux. La mer tout autour de cette isle eft très - poiifonneufe, on y prend des cabillauds ou torlchs prefqu’auiri bons que ceux du grand banc ,.fur-tout quand on s'écarte un peu de la côte.
- 1008. Les Islandais font leurs pèches jufqu’à trois lieues au large , à peu. près comme à Terre-neuve , mais pas fi commodément, U y régné des vents conftdérables qui ne permettent pas de fortir avec les. petits bateaux du pays qu’on nomme fchuts ; & quand on pèche dans les grands fonds , il arrive fouvent que des poilfons voraces coupent les lignes, avec leurs dents..
- 1009. On prétend que les torfchs parcourent toute la circonférence de Tisle dans les différentes faifons ; au moins, eft-il certain qu’en cherchant les différens pâlies, 011 peut prendre des torfchs toute l’année; mais ce n’eft que pour la confommation du pays. Sur les côtes méridionales de l’isle la pèche commence en février , & fe peut continuer jufqu’en mai ; alors, les habitans des côtes de l’eft & du nord , la pêche n’étant pas praticable, fur leur côte » fe raffemblent à k côte méridionale ;. vers la mi-mai ils retournent dans leur pays: car pour préparer du ftockfish la vraie faifon eft depuis le commencement du mois de mai jufqu’à la récolte des foins.
- 1010. Les Islandais qui s’éloignent peu de la côte pour revenir à terre-préparer leurs poiffons , ne peuvent pas commencer leurs pêches avant le mois de mai , à caufe des glaces du Groenland qui font pouffées à la côte orientale où la pèche eft 1a. plus abondante ; mais les pécheurs étrangers, qui tiennent le large , péchant dans leurs bâtimeiis , & y préparant leurs, poi tons , peuvent commencer leur pêche beaucoup plus tôt; ils doivent ef» fayer de fe rendre au lieu de la pèche dans le mois d’avril , & ils peuvent: continuer jufqu’en août.
- joii. Quand les Islandais ont du fel & des barrils* ils préparent quelques morues en vert & en tonne ; fi les barrils leur manquentils font de la morue feche comme à Terre-neuve; mais comme les barrils & le. fel leur manquent fouvent, ils préparent, leur torfeh en rondfish pendant les mois de mai & de juin. Lorfque les chaleurs fe Font trop fentir, ils font du flackfish, ouvrant les torfchs. dans toute leur longueur * comme nous l’avons expliqué.
- Norwege -,
- 1012. La Norwege eft un royaume qui appartient au roi de Dane-marck : on y fait de grandes pèches de morue , principalement depuis quinze lieues au-dslfus de Berghen jufqu’à l'extrémité nord de la Norwege, Ce tu.
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- Sect. 1. De h morue , £sf des poiffons qui y ont rapport. 197
- pêche commence les premiers jours de janvier à Wardhus,& tout le long de la côte jufqu’au cap Nord 3 mais le torfch donne plus abondamment dans ces parages au commencement du mois de mars,& la pèche s’y continue jufqu’à la fin d’avril 3 enfuit^ces poiflons fe rangent le long de la côte jufi qu’à la hauteur de Berghen , à quinze lieues plus au fud, où après avoir jeté leurs œufs j, ils fe retirent à la grande mer.
- 1013. La plus grande pèche de la morue fe fait donc en Norwege entre l’Indeneffe & Wardhus, & elle eft d’autant plus abondante qu’on s’approche plus de Wardhus du côté du nord. Un grand nombre de Norwé-giens de différens endroits s’y rendent en automne.
- 1014. Cette pêche fe continue jufqu’à ce que les glaces ne leur permettent plus de pêcher à la côte;alors ils fe retirent le long de quelques isles éloignées de la terre de deux à trois milles où les glaces n’incommodent point, & iis y continuent leur pêche jufqu’au mois de mars que les glaces quittent la terre ferme & charient.
- ioiy. Les pêcheurs du nord de Drontheim vont donc vers noeî au Fin-marck, gouvernement de Wardhusavec des bateaux d’environ huit tonneaux , montés de dix à douze hommes 3 ils font la pèche dans les anfes où la morue fe retire; ils la fechent, puis s’en retournent chez eux en avril, avec leur ftoekfish rond qui eft eftirné , & qui peut fe conferver huit ou dix ans fans s’altérer. Ainfi quoiqu’ils aient confommé une partie de leur pêche pour fe-nourrir, ils en emportent non-feulement pour leur provifion, mais encore-pour en vendre beaucoup aux étrangers. On ne prépare le ftockfishque depuis le mois de janvier jufqu’à la fin d avril ;le poiffon qu’on pêche enfuite fe tranche en deux pour en faire du rodfchier. On affure que les Norvégiens transportent beaucoup de leurs poiffons à Drontheim & à Berghen qui font les entrepôts de cette marchandife ; ils les mettent dans des. tonneaux d’une énorme grandeur.
- 1016. On dit qu’on prend fur certains fonds de roche par cinq brades, d’eau,une autre efpeee de torfch qui a quatorze à dix-huit pouces de longueur , que fa chair eft ferme & délicate , mais qu’il n’eft pas bon à faire du ftoekfish, qu’il en faut faire du rodfchier, ce qui me fait croire que ce n’eft pas un vrai torfch.
- J017. Mais le long du Nordland qui commence à cent cinquante lieues au delà de Drontheim , trois à quatre hommes qui fe mettent dans des fehuts, prennent à la ligne des torfehs de vingt à vingt-huit pouces de longueur, non compris la tète, & ils reviennent trois à quatre fois à terre chargés de poiffon. -
- iqi8- Suivant différentes cireonftanees les pêcheurs fe fervent de lignes /impies ou de greffes cordes ou de filets» comme nous l’avons expliqué >êi plulieurs confervent la tète»
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- 19% TRAITE* DES PECHES: Partie H.'
- 1019. Quand les Norvégiens vuident leurs torfchs, ils réfervent foU gneufement les foies pour en faire de l’huile, & les œufs pour la réfurc; ils les apportent avec leur ftockfish à Drontheim & à Berghen où il s’en fait de grands achats par les marchands forains, & fur-tout par les commis des comptoirs des villes anféatiques.
- 1020. On fait que plusieurs peuples du nord que la rigueur du climat prive de faire des récoltes de grains , fe nourrilfent en grande partie de poif-îon fec qu’ils imbibent tantôt avec de l’huile ou de la graille de poilfon, & dans les pays où il y a des pâturages, avec la grailfe des animaux qu’ils éle-vent, ou avec du beurre.
- 1021. Dans les endroits les plus reculés de la Norwege, 011 fait fécher le poilfon au vent ; alors on le nomme fliirping, & il tient pareillement lieu de pain.
- 1022. La Norwege n’elt pas le feul endroit où l’on fe nourrilfe depoif-fon fec. Les Arabes de la province d’Aden,& ceux qui habitent les isles du golfe de Perfe, quoiqu’ils aient des belfciaux alfez abondamment , font fécher des fardines au foleil , & font des efpeces de gâteaux avec des poi£ fons qu’ils pilént pour en faire comme une efpece de farine : ils font encore fécher ces gâteaux au foleil, ce qui forme une partie confidérable de leur nourriture.
- 1023. Il fuit de ce que nous venons de dire , qu’il y a beaucoup de poif-fon, & fur-tout de torfchs fur les côtes de Norwege ; on y peut pratiquer la pêche dans toutes les faifons de l’année . & y préparer de la morue verte 5 d’ailleurs , comme il y a beaucoup de bois, on pourrait y faire des vigneaux , des échafauds & des cabaneaux pour ferrer le poilfon ; ainli il ferait très-aifé d’y préparer du poilfon fec, & on pourrait primer les pêcheurs de l’Amérique feptentrionale dans toutes les places où fe fait le plus grand débit de ce poilfon, d’autant que la pêche peut commencer en janvier , & fe continuer jufqu’en avril :faifon très - favorable pour le delfé-chement du poilfon.
- Pêche des RuJJes.
- 1024. Les Rulfes établis du côté de la mer Blanche , mettent dehors vers le mois de juin quantité de bateaux avec lefquels ils vont par la rivière de Tilza gagner à l’oueft le cap Candenos appartenant aux Mofcovites, & qui s’avance dans l’océan vis-à-vis la Laponie, ils y font une pèche de torfch alfez confidérable.
- I02f. Les Rulfes qui bordent la Baltique font de grands pêcheurs; mais comme les torfchs qu’on prend dans cette mer font petits , ils elfaient de vendre leurs poiflbns frais à leurs voifins. Quand ils ne trouvent pas à
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- Sect. I. De h morue , & des poiffons qui y ont rapport. 199
- s’en défaire , ils les vuident & les font fécher en les fufpendant avec une corde au-deflus de leurs fourneaux ou de leurs poêles.
- 1026. Au relie, je n’oferais décider fi les poiflons qu’on prend pour torfch dans la Baltique font de jeunes poiflons de cette efpece , ou des poif. fons d’autres efpeces & de la même famille, comme colins, aigrefins , &c.
- 1027. C’est à Kola, port de mer de la Laponie Mofcovite, que les Ruf. Tes font leur plus grande pêche de torfch. Cette côte eft fi fournie de poif. fon ,.qu’ils ont bientôt rempli leur petite barque fans s’écarter de plus d’une lieue. Comme les poiflons ne font pas gros, ils pêchent avec des lignes qui font de la grofleur d’un tuyau de plume , & de petits haims qu’ils amorcent ordinairement avec du foie de torfch. Quand leur bateau eft plein , ils regagnent la terre , éventrent & vuident leurs torfchs,puis les font fécher foit à l’air comme les Norvégiens, ou fur leurs fourneaux, ce qui fait du ftockfish fumé; car s’ils emploient du fel pour la préparation de leurs torfchs , ce n’eft que depuis peu.
- 1028. Il y a des Rufles établis à Kola qui font des conventions avec les Lapons pour leur fournir du poiflon frais feulement vuidé , en échange de farine , d’eau-de-vie de grain & autres vivres , & les Rufles qui reçoivent ce poiflon achèvent de le préparer. On conduit pendant l’hiver fur des traîneaux & avec des rennes, beaucoup de ces poiflons à Saint-Péterfi. bourg pour l’approvifiounement des vaifleaux & galeres qu’on arme pour la Baltique. On conduit de même de ce ftockfish à Archangel, port confi-dérable deMofcovie , où il fe fait un grand commerce. Il y a dans la baie de Kola une prodigieufe quantité de poilfons; on en prend à la côte de petits avec des faines , & un peu plus avant en mer, comme une ou deux lieues, avec des lignes qui ne font pas plus grofses que des tuyaux de plume, & de petits haims qu’on amorce fouvent avec des foies de torfch. On afsure qu’en s’écartant de la côte & tirant du côté de l’isle des pêcheurs, on y trouve de plus gros torfchs.
- 1029. Comme il eft forti de la riviere de Kola des bâtimens Hollandais & Hambourgeois , chargés de torfch falé , on a cru que les Rufses & les Lapons préparaient'des poifsons au fel ; mais ces bâtimens avaient acheté leur poifson des naturels du pays , & ils l’avaient préparé avec du fel qu’ils avaient apporté dans leurs bâtimens.
- 1030. Le pomuckd des Prufliens eft un très-petît torfch ou cabillaud qui eft grisâtre, un peu doré & marqué de quantité de taches , ies unes brunes & les autres noires. La chair de ce poifson eft délicate, fur-tout à ceux qu’on prend dans la Baltique du côté de Lubeck ; ils font, à ce qu’on afsure, d’une couleur plus claire en été, 8c plus grife en hiver. Les commis Da^ nuis pour le commerce d’Islande en font quelquefois fécher pour leur
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- 200 TRAITE' DES PECHES. Partie If;
- compte, comme on fait le ftockfish , & ce poifson, qu’ils nomment eicllingl eft un excellent manger qu’on envoie en préfentà Copenhague.
- Sur le commerce de la morue du nord.
- 1031. La plus grande" confommation du ftockfish & du klippfish de Norwege, ainfi que du ftockfish d’Islande , fe fait dans les endroits où l’on arme le plus de bâtimens -, on en tranfporte auflî dans les pays catholiques de l’Allemagne. On en débite le long de la Baltique ; & comme ce poifson fec fe conferve très-bien , il en pafse en Provence, dans l’Etat Ec-clcfiaftique, en Efpagne , en Portugal & au Levant.
- 1032. La compagnie de Danemarck qui réfide à Copenhague a feule le privilège de vendre le ftockfish d’Islande dans tout le Danemarck,& d’en débiter aux étrangers ; aucun des fujets du roi ne peut en charger en Islande qu’il n’ait fa cargaifon complété.
- 1033. A l’égard de l’abberdahn qui eft fait avec de petits poifsons , je crois de diverfes efpeces,il n’en fort guere du Danemarck & de la bafse-Saxe.
- 1034. Ceux de Berghen enNorwege,& de Gluckftad fur l’Elbe, font quelque commerce en Islande ; les premiers vendent du ftockfish aux Anglais, Hollandais, &c. & par un ancien accord, ils en fournifsent à un prix réglé , à une fociété de marchands de Hambourg, qui en vendent aux étrangers, à qui il n’eft pas permis d’en faire la traitejcependant les Anglais, les Hollandais & les Français ne laifsent pas d’en acheter, mais feulement aux endroits fitués vers le Groenland , où ce commerce n’eft pas défendu.
- 103 f. Je crois qu’il ne fera pas hors de propos de dire un mot des différentes fortes de ftockfish qui font connues dans le commerce , fur-tout en Hollande, 8c voici les éclaircilfemens que M. Allamand a bien voulu me donner à ce fujet.
- 1035. Les marchands Hollandais vendent de trois fortes de Jlockvish : c’eft ainfi qu’ils écrivent le mot ftockfish. Le premier , fuivant eux , fe prépare avec le cabillaud qui eft Vafellus major vulgaris de Willughby } le fécond, qu’ils nomment rondvish, avec une forte de petit cabillaud. Je crois ' que ce ftockvish ne différé de l’autre que par la préparation , comme nous l’avons dit plus haut. La troifieme efpece de ftockvish eft , fuivant eux, faite avec le poiffon que les Hollandais appellent lingue , qu’Artédi nomme ga-dus dorfo dipterygio , ore cirrato , maxilla fuperiore longiore ; c’eft VafelLus lon-gus de 'Willughby, dont nous parlerons dans un chapitre qui lui eft deftiné. Au refte, on fait que les marchands 11e font point naturaliftes , 8c qu’ils s’occupent de connaître la bonne condition de leur marchandife , fans
- s’embarraffer
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- Sect. I. De la morue > & des poljfons qui $ ont rapport. 20i
- s’embarralfer ni de la nature du poilfon avec lequel on la fait, ni des prépa-rations qu’on lui donne.
- 1037. Les Anglais ne font guere la pêche du cabillaud en Islande ; mais ils y portent des marchandifes qu’ils troquent pour du ftockvish pêché & préparé par les naturels du pays. Les Hollandais arment beaucoup de bâtimens pour la traite du ftockvish au nord. Les Français y vont faire la pêche avec de petits bâtimens, & ils font le troc avec toutes fortes de vivres. Ces petits bâtimens partent vers la fin d’avril, & reviennent à la fin de juillet. Quand la pêche au nord n’a pas été heureufe, 011 tente de la compléter fur le Doggers’bank.
- 1038. Les négocians Hollandais & Flamands ne diftinguent dans leur commerce que trois fortes de ftockvish, le rond , le long & le court c’eft un triage fait dans le ftockvish , qui eft prefque la feule préparation du torfch, dont on fait le commerce dans nos provinces.
- De la maniéré d'apprêter dans les cuifines le cabillaud de fâché fans fel, qu'on peut regarder comme du genre des ftockfish,
- 1039. On commence par battre fur un billot ces poilfons qui font durs comme un bâton, pour les ouvrir en les réduifant comme en charpie; en-luite on les fait tremper pendant deux fois vingt-quatre heures dans de l’eau j puis on les fait cuire à petit feu, en les arrofant peu à peu avec de bonne huile ou du beurre frais, & les aifaifonnant avec du fel, du poivre & de fines herbes , même un tant foit peu d’ail.
- 1040. Voilà tout ce que je favais fur la façon d’apprêter le ftockfish; mais comme on en fait plus d’ufage à Strasbourg, j’ai prié M. de Rege-morte de vouloir bien me donner des éclaircilfemens fur ce point.
- 1041. Il me marque qu’on connaît à Strasbourg trois efpeces de poif. Ions delféchés, favoir , un qu’ils nomment merlu.: c’eft peut-être le merlu delféché dont je parlerai dans un autre chapitre ; l’autre s’appelle langling^ ou lingling : c’eft peut-être le lingue delféché ; & enfin le ftockfish, qui eft le cabillaud delféché. Je dis ici peut-être par-tout, parce que les marchands n’ont pas pu indiquer à M. de Regemorte avec quels poilfons on faifait ces poilfons fecs. Quoi qu’il en foit, ils fe préparent, à peu de chofe près, de la même façon; feulement le langling eft plus délicat que le ftockfish. Quand il eft bien apprêté , il devient fi blanc, qu’au premier coup-d’œil on le prend pour des morceaux de gelée.
- 1042. Le langling eft plus long que le ftockfish ; il eft fendu prefque jufqu’à la queue , où il ne refte qu’un petit bout d’arête. Il faut commencer par battre ces fortes de ftockfish doucement pendant un quart-d’heure;
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- il faut battre plus fort & plus long-tems celui qui eft fort dur. On préféré l’eau de citerne & celle de pluie, à celle de riviere , de fource & de puits j on laide le poifson tremper deux jours dans l’eau , la renouvelant de tems en tems 3 au bout de ce tems, on le lave dans une nouvelle eau, & on le met cuire dans un pot avec quelques oignons & clous de girofle, comme on ferait un morceau de bœuf ; mais il faut éviter que l’eau bouille. Il n’y faut point mettre de fel, qui raccornirait le poifson comme un morceau de cuir 3 on découvre le pot de tems en tems pour l’écumer. Quand on eft prêt de fervir , on tire du pot les morceaux les plus blancs & ceux qui ont confervé le plus de confiftance , & on les pofe fur ceux qui fe font dépecés 3 avec du beurre bien frais , on y fait une fauce en le faifant fondre dans une purée de pois très-légere; on afsai-fonne cette fauce avec du fel, du poivre , du perfil haché, & fi l’on veut, un anchois 3 on verfe la fauce très-chaude fur le poifson qu’on a fait cuire.
- 1043. Autre façon d’accommoder le ftockfish. Après l’avoir battu comme il a été dit, on fait fuffifamment de lefiive avec de la cendre de hêtre, pour que le poifson puifse baigner dedans 3 on le laifse trémper dans cette lefiive pendant vingt-quatre heures , il fe gonfle & s’attendrit 3 après ce tems on retire le ftockfish de la lefiive , & on le met tremper pendant deux ©u trois jours dans de l’eau de pluie qu’on change de tems en tems.
- 1044. Ensuite on nettoie bien le ftockfish: pour cela on 6te toutes les arêtes, la peau, & tout ce qui eft noir & ne parait pas propre; on fiait enfuite cuire le pofifon dans de l’eau , qu’011 fait feulement frémir pendant une demi-heure3 on le dreffe fur un plat, & l’on y fait une fauce avec du beurre, un peu d’oignon, du poivre & du fel.
- 1045. On prépare de même le ftockfish qu’on nomme à Strasbourg langling ou lirigling; c’eft un platfish. On le fait tremper dans de l’eau fraîche pendant une demi-heure 3 on l’en retire pour le faire fécher pendant douze heures 3 enfuite on le bat, on le pafle à la lefiive , comme iS a été dit, & l’on fuit en tout la méthode que nous venons de décrire.
- Di quelques gadus qtfon prend dans les mers du nord.
- 1046’ J’aï prévenu au commencement de cet ouvrage que je ne parlerais que des poiifons dont j’aurais une exa&e connailfance, au rifque de me reftreindre à un petit nombre d’efpeces. Quoique jeperfifte dans le même defléin , je ne puis me refufer à dire un mot de deux efpeces de gadus que je n’ai point vues, mais dont prefque tous les auteurs ont parlé, & que M. Afcanius dit être deux des meilleurs gadus qu’on prenne dans le nord.
- J 047* IAüN eft no,mmé par Artédi gadus dorfo triptcrygio , on cirrato, colon
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- Sect. I. De la morue, & des poijjons qui y ont rapport,
- vario, maxilla fuperiore longiore , cauda cequali. Afdlus varias vel Jlriatus,Schon. Willug. Dorfch des Allemands , torfch en Danemarck. Léopard de mer de quelques auteurs.
- 1048. M. Afcanius, célébré profefleurà Copenhague , dit que c’eft le vrai dorfch *, qu’on en prend toute l’année fur toutes les côtes de leurs isles , ex. cepté dans les grandes chaleurs de l’été, qu’on en apporte à Copenhague dans des barques à vivier, de Chriftianlbë & de Bornholm , du Sund, & que celui de Snekkenfteen eft le meilleur : il a trois ailerons fur le dos ; le premier du côté de la tête a quatorze rayons, le fécond vingt, le troifieme dix-huit ; deux fous le ventre, le plus prés de l’anus en a vingt, le fécond feize. L’aileron de la queue eft coupé quarrément & a plus de trente rayons , une barbe au menton, & fur la tète un fillon alfez profond entre les deux yeux , deux nageoires derrière les opercules des ouies , & deux plus petites fous la gorge qui fe terminent en pointe. La membrane branchiale a fix ou fept côtes ou rayons j les ailerons font bruns. La couleur de fon corps eft variée de jaune & de verd fur un fond argenté j la ligne latérale eft aifez large, blanche, & fe courbe en remontant depuis l’anus jufqu’à la partie fupérieure de l’opercule des ouies ; le dos eft jaune-brun , ainfi que le def-fus de la tête ; la prunelle des yeux eft noire , & l’iris d’un jaune doré,
- 1049. Comme les couleurs font changeantes ,il faut i’expofer d’un certain fens à la lumière , pour en voir toute la beauté. On remarque encore qu’il eft bien plus beau dans certains parages que dans d’autres : fa grandeur la plus commune eft d’un pied. La figure queM. Afcanius adonnée de ce poilfon , paraît faite avec beaucoup de foin.
- lOfo. Je me fuis plu à donner une notice de ce poiflbn que je n’ai jamais vu, parce que M. Afcanius qui eft à portée de bien connaître les poiffons des mers du nord , dit que c’eft le vrai dorfch, & un des meilleurs poiC-fons de fon genre.
- ioï 1. Ces mêmes raifons m’engagent à dire un mot d’un gadus que M. Afcanius a nommé.gadusferrugmeus , caiporetmo rubro, tripterygius, cirratusy maxilla. fuperiore longiore, inferiore punclis plurimis obfoletis , fojjula cervicali, Tydtling des Allemands, tilling des Danois , tarre-torsk de Norvrege. On regarde ce gadus comme le plus gras & le plus délicat des poiflons de fon genre : on le prépare en Islande de deux façons, qu’on nomme en danois plat-titling & hœnge-titling.
- 1052. On .prétend, dit M. Afcanius , que fa couleurroulFe vient de c<* qu’il fe tient dans ies algues, & qu’effeétivement d’autres porHons qu’on pêche dans ces bancs de plantes marines participent de cette même couleur. .On le pêche le:printems& l’automne avec la ligne fuir des bancs Fournis d’algues * on en fale dans de petits barrils, & Ton en fait Lécher à l’air. Ce ftockfish eft très-eftimé. C c ij
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- 10^3. Ce gadus a communément deux pieds de long , trois ailerons fur le dos, deux derrière l’anus, l’aileron de la queue coupé quarrément, deux nageoires derrière les ouies & deux moins grandes fous la gorge, un barbillon au menton, la mâchoire fupérieure plus longue que l'intérieure $ ainfiil ne différé de Y afellus major vulgaris de Willughby, que par fa couleur; encore M. Afcanius avertit qu’elle n’eft pas la même dans tous les parages. On en pêche en Islande, mais particuliérement dans la mer du nord, de l’autre côté de la pointe deNorwege , qui eft au - delà du Jutland. M. Af* canius en a donné une figure. (*)
- 4K> - , ?=-. - —1. -1- ........ JW...Ü -rvrsssKsrvi =e»
- CHAPITRE IL
- Dm lieu de Bretagne ; merlu-verdin au Havre ; grelin à Fefcamp ; luts à Caen ; merlu en Picardie ; Lévénegatte des Bas-Bretons ; colin à Granville ; abadiva des Bafques : gadus dorfo tripterygio, oreim-berbi, maxilla inferiore longiore , linea laterali curva. Art. Afellus virefcens. JVillug.
- 10^4. Ïl n’eft pas douteux que ce poiifon eft de la famille des morues 5 puifqifil eft rond , qu’il a des arêtes, trois ailerons fur le dos A, B ,C, pl.IX, fig. 1, deux fous le ventre D , E , une nageoire F derrière chaque ouie, & deux G fous la gorge, toutes circonftances qui care&érifent les morues ; mais il différé de la morue franche, principalement en ce que l’aileron de la queue H , I du lieu eft un peu fendue, au lieu que celui de la morue franche eft coupé quarrément; de plus le corps du lieu eft plus large que celui de la morue , relativement à fa longueur. Sa tête eft terminée plus
- (* ) Le langen ou ling, afellus longus, dont nous parlerons dans la fuite , eft plus long & plus menu que le dorfch ; on le prépare de m ême , & il eft eftimé , mais on n’en prend pas en Islande.
- Le poiflon qu’on appelle ypfe en Islande , en Allemagne cohler, en Norwege. oefs , charboniere, eft à mon avis Y afellus carbo-narius ; c’eft , je crois, une efpece de lieu : on le mange frais & falé , ou féché ; mais il n’eft pas autant eftimé que le dorfch.
- Le poiifon que les Islandais appellent ife, eft probablement l’aigrefin , qu’on prépare comme le torfch. Horrebows dit qu’il eft bon : cependant on en tranfporte peu en Danemarck, & il ne fait pas un objet de commerce.
- Le witteling que les Islandais appellent lige, eft vraifemblablement le lieu , qui eft grand en Islande : on en prend peu, & la plupart fe mange frais ; on en feçhe néanmoins près d’Elfeneur.
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- Sect. I. De la morue, des poiffons qui y ont rapport.
- en pointe ; fes yeux font fort grands ; la mâchoire d’en-bas K , eft plus longue que celle d’en-haut L, & elle n’a point de barbillon. Pour m’aifurer fi le Lieu de Bretagne était le même poiflon à qui l’on donne tant de noms différens en diverfes provinces , j’ai invité les commiffaires & officiers de la marine répartis fur les différentes côtes, à qui j’envoyais une efquiffe du lieu , à me procurer une defcription exadte des poiffons auxquels ils donnaient des noms li différens de celui qu’on lui donne en Bretagne ; & par les réponfes que j’ai reçues de M. de la Courtaudiere , de Saint-Jean-de-Luz i de M. Deshayes , de Granville ; de M. le Roy , de Breft ; de M. Viger, lieutenant de l’amirauté à Caen ; de M. le Teftu , tréforier des invalides de la marine à Dieppe , de M. Cleron , profeffeur d’hypographie au Havre ; de M. Porquet, fous-ingénieur de la marine à Calais, &c. j’ai reconnu qu’à de petites variations près, tous les différens noms qne j’ai mis à la tête de ce chapitre, indiquaient le même poiffon ; il en a même réfulté que les notes qu’ont bien voulu me fournir mes correfpondans ,m’ont mis en état de perfectionner la defcription que j’avais de ce poiffon ; ainii je vais donner la defcription du lieu de Bretagne.
- Article premier.
- Defcription du lieu par fes parties extérieures.
- ioff. On prend des lieux de bien des grandeurs différentes : fuivant M. Viger, les plus gros qui fe trouvent aux environs de Caen , n’ont que quinze à dix-huit pouces de longueur. Et on m’écrit de baffe-Normandie qu’ils n’excedent guere la taille des gros merlans ; il eft vrai que M. Viger obferve que tous les poiffons de cette côte qu’on regarde comme délicats & de bon goût, font moins gros qu’en beaucoup d’autres endroits. Effectivement , plufieursde mes correfpondans m’affurent qu’on en pèche qui font longs de quatre pieds. Je n’en ai jamais vu de cette taille ; mais quelquefois de deux à trois pieds. Celui que je vais décrire avait trente-fix pouces de L en H ; fa largeur en M, Z , était de huit pouces quatre lignes ; fa têCe avait de longueur depuis l’extrémité de la mâchoire inférieure K ,jufqu’au bord de l’opercule de fouie P,-dix pouces, à peu près le quart de la longueur du poiffon ;fa hauteur à l’àplomb de R par le travers de l’œil avait quatre pouces deux lignes ; de l’extrémité de la mâchoire fupérieure L au centre de l’œif R , trois pouces huit lignes : le diamètre de l’œil en entier ou de l’orbite était d’un pouce neuf lignes; l’iris était jaune citron ;la prunelle noire , & cet organe était, comme dans la morue, eouvert^d’une membrane mince & tranfparente. '
- ioj6. La bouche étant fermée ,1a mâchoire inférieure excédait la fupé-
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- 206 TRAITE DES PECHES. Partie JL
- rieure de cinq lignes ; la bouche étant très-ouverte , il y avait trois pouces fîx lignes de K en L ; elle était bordée d’une membrane un peu moins grande, que celle de la morue franche : cette partie e(l lîuguliere, & mérite que' nous nous y arrêtions.
- 1057. Pûur fe former une idée de la bouche de ce poiflon , il faut imaginer que la mâchoire fupérieure eft formée par les bords de l’os de la tête , & la mâchoire inférieure qui eft mobile , eft formée à l’ordinaire par deux os qui lé réunifient à la fymphyfe du menton. Or les mâchoires fupérieure & inférieure font bordées par une membrane mince qui eft elle-même bordée par un bourrelet cartilagineux , qui eft recouvert par la membrane dont nous venons de parler, & le tout forme à la volonté du poiflon une bourfe comme celle de la morue ; mais la portion de la membrane dont nous avons parlé qui appartient à la mâchoire inférieure K, eft tendre & n’eft pas garnie de dents i elles font placées fur les os qui forment cette mâchoire inférieure. La portion du cartilage qui appartient à la mâchoire fupérieure L, eft dure , & comme olfeufe; elle s’élargit à la réunion des mâchoires. C’eli ce cercle cartilagineux b , qui porte les dents ; il n’y en a point au bord de l’os de la tète qui forme proprement la mâchoire fupérieure. Quand le poif-fon porte en avant cette bourfe, il fe forme en avant de la bouche un mu* feau qui préfente une figure allez finguliere.
- io^S» La langue était large à fon origine, elle fe terminait en pointe ; elle paraifsait netre pas fufceptible de grands mouvemens , & n’était garnie d’afpérités que vers fa racine.
- 1059. Les deux mâchoires étaient bordées , ainfi que nous venons de le dire, de petites dents très-fines ; on trouvait au palais des mafles car-tilagineufes & dures qui avaient une forme à peu près triangulaire ; elles étaient couvertes d’afpérités pareilles à celles de la racine de la langue.
- 1060. Ce poiflon avait de chaque côté quatre branchies S , attachées d’un bout à des os du haut du palais ,& de l’autre auprès de l’articulation de la mâchoire inférieure. Les extrémités des quatre branchies du même côté étaient comme articulées les unes avec les autres i & par une de leurs extrémités , elles répondaient aux branchies du côté oppofé. La première branchie avait vingt-cinq appendices , durs, pointus , déliés & rangés comme les dents d’un peigne. Du côté où cette première branchie touche la fécondé, elle était garnie de dix-neuf tubercules hérifles d’afpérités. La fécondé & troifieme branchies avaient chacune deux rangées de ces tubercules ; la quatrième n’en avait qu’une.
- 1061. L’anus M était placé à peu près dans le milieu de l’efpace compris entre l’extrémité de la mâchoire inférieure H, & lanaiifanGe T de l’aileron de la queue,
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- Se ct. I. De la morne, & des poiffons qui y sut rapport. 207
- lo52. Le corps du Heu eft un peu plus plat, ou comprimé fur les côtés , que celui de la morue. La ligne latérale qui s’étend depuis l’aile-jon de la queue O, jufqu’au derrière des ouïes P , eft affez droite depuis O jufqu’à Q ; mais elle forme une courbure confidérable depuis Qjufqu’à P.
- 1063. Quelques-uns prétendent que les écailles de ce poiffon font plus grandes que celles de la morue. Pour moi, elles m’ont paru alfez petites , arrondies ou ovales, & adhérentes à une peau fort mince. M. le Roy ef-time que le petit diamètre de l’ovale elt à peu près d’une ligne j le pureau ou la partie découverte eft plus ou moins brune fuivant le lieu où elles font placées i la partie couverte par les autres eft blanche & tranfparente.
- 1064. Ce poilfon eft fort blanc fous le ventre, & devient d-e plus en plus brun jufques fur le dos, qui, au fortir de l’eau, paraît d’un verd obfcur j lorfqu’on le garde quelque tems, cette couleur brunit, & devient de plus en plus foncée. Suivant ce qu’on m’a écrit des ports , fa couleur eft différente dans différens parages j de forte qu’en quelques endroits la couleur du dos tire fur le noir.
- I06f. A l’occalion du changement de couleur que prennent les poiffons quand on les tient hors de l’eau, & que j’ai remarqué plu Heurs fois en comparant des poiffons en vie avec d’autres de même efpece qui avaient été tirés de l’eau depuis quelques jours , je ne dois pas omettre une remarque que M. Deshayes de Granville a faite fur les lieux qu’il a eu vivans j voici en quoi elle confifte.
- 1066. La raie qu’on apperçoit fur les côtés de ce poilïon, était tantôt d’un jaune citron, & tantôt d’un blanc fale > elle paraiffait fàillante fur les poiffons vivans , & même quelque tems après leur mort j mais le lendemain elle était affailfée , & formait comme une efpece de petite gouttière brune. M. Deshayes foupçonne que cette raie fe trouve fur la réunion de deux fuites de mufcles, (voye^ le merlan écorché, pi. X, fig. 2) qui fervent à faire mouvoir le poiffon. J’ai fait cette même remarque fur la queue de plufieurs poiffons i mais M. Fournier, médecin de la marine, qui a difféqué de ces poiffons avec M. le Roy , croit que cette raie ne coïncide pas toujours avec la réunion des mufcles fur les côtes qui forment la capacité de l’abdomen , ou depuis Qjufqu’à P , pi. IX, fig. 1. Ces meilleurs foupçonnent que cette raie eft formée par des écailles qui, à cet endroit, font plus ferrées qu’ailleurs 5 ce qui peut s’accorder avec l’obfervation de M. Deshayes.
- 1067. Je paffe aux ailerons qui font, ainfi que la tète, de la même couleur que le dos. Les nageoires fônt moins brunes. La pointe F de l’aileron A , était à douze pouces fix lignes de Pextfèmité de la>mâchoire fupérieure, ce qui fait à peu près le fiers de la longueur totale du' poiffon. A fou implantation fur le dos, cet-aileron avait trois pouces fix lignes.! La hauteur Z V,
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- 10% T RA ï T Ë' DESPECHES. Partie U.
- du plus long rayon de cet aileron était de trois pouces fix lignes, & cet aileron était formé de onze à douze rayons. La longueur de l’aile» on B , à fort attache au poiffon, était de fix pouces neuf lignes, & fa hauteur du dos en X , de deux pouces neuf lignes : il était formé de dix-huit a vingt rayons. La largeur de l’aileron C auprès du dos était de quatre pouces deux lignes , & fa hauteur prife, comme aux autres , par une ligne perpendiculaire amenée de la pointe de l’aileron au dos, deux pouces huit lignes } il était formé de feize à dix-huit rayons. Le premier aileron fous le ventre D, avait dix pouces de longueur à fou attache au corps du poilfon ; fa hauteur était de trois pouces, & il était formé de plus de vingt rayons. Le fécond ai-, leron E, avait quatre pouces trois lignes de longueur, deux pouces huit lignes de hauteur ; il était formé de dix-huit rayons. L’aileron de la queue était un peu échancré* il avait de O en Y, deux pouces fix lignes, & de largeur delà pointe I à la pointe H, fept pouces } il était compofé de quarante-quatre rayons.
- 1068* Les nageoires de derrière les ouies F , n’étaient pas grandes ; nous navons pu y compter que dix-fept à dix-huit rayons ; & celles de deifous la gorge étaient encore plus petites , n’ayant que fix à fept rayons ; mais les rayons de ces nageoires étaient fi déliés qu’il n’était guere pot* fible de les compter exa&ement.
- 1069. J’ai déjà dit qu’ayant compté les rayons des ailerons & des nageoires de différens poiffons, je n’ai point trouvé que le nombre fut le même dans tous les individus de la même efpece. M. le Roy s’étant donné la peine de les compter avec foin fur quatre lieux de différentes grandeurs, un de vingt-trois pouces de longueur de L en H, & do fix pouces de largeur de M en Z j un autre de vingt-deux pouces , & près de fix pouces de large} un de dix-huit pouces & demi de long fur près de cinq pouces de large} enfin un de dix-fept pouces de long fur quatre de large : il a reconnu que le nombre des rayons n’était point le même à ces différons poiffons , 8c que cette différence qui était quelquefois d’un fixieme , ne dépendait point de la grandeur du poiffon.
- 1070. Comme plusieurs auteurs ont cru que le, nombre des rayons pouvait fervir à caraétérifer les poiffons, je fuis bien aife de voir les ob-fervations que j’ai faites à ce fujet, confirmées par différens obfervateurs ; mais 011 peut dire en général que les ailerons B , C , font moins élevés que l’aileron A , 8c celui C l’eft moins que B, ce qui fait paraître le dos de ce poifson plus voûté qu’il ne l’eft effectivement. L’aileron D, d’auprès de l’anus, eft plus long & plus élevé que celui E.
- 1071. Les pêcheurs Flamands & Picards diftinguent à la vue les fieux mâles d’avec les femelles. M. Porquet, ingénieur de k marine, pour s’en
- affurer.
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- Se ct. I. De h morue, &des poiffons qui y mt rapport.
- afsurer, en a fait ouvrir devant lui, & efFe&ivement' il a'trouvé de la laite dans ceux qu’on lui difait males, & des œufs dans ceux qu’on lui pré~ Tentait pour femelles. On né peut exprimer par des figures , ni même par des defcriptions, de petites différences qui font fenfibles à des pécheurs accoutumés à voir beaucoup de ces poiffons : néanmoins d’après ce que m’en a marqué M. Porquet, la defcription que nous venons de donner , convient au mâle; & voici les différences les plus fenfibles qu’il a apper-çues en examinant les femelles, laiffant à part celles qu’on apperqoit pref-que toujours quand on compare deux individus d’une même efpece. Les nageoires de derrière les ouïes &_le tour delà bouche étaient rouge foncé ; la partie fupérieure de la tète jufqu’à la mâchoire inférieure était rougeâtre ; les ailerons , y compris celui de la queue , étaient plus grands & plus bruns que ceux des mâles.
- A R T I C L E II.
- ; Defcription du lieu par fes parties intérieures, ou idée de Vanatomie de ce
- poiffon. (23)
- . 10,71. Le péritoine eft ordinairement blanc; quelquefois on le trouve brun. Le foie B B , fig. 2 , eft rouge-pâle , divifé en trois lobes , dont deux font .fort longs, minces & de grandeur inégale. Celui du côté droit eft plus long que l’autre ; c’eft auffi de ce côté que fe trouve le troifieme lobe qui eft fort petit.
- 1072. La. figure ? repréfente la véfîcuie Q_, le canal fyftique R, deux troncs hépatiques S S, le canal cholédoque T , un mamelon Y, à l’endroit où le canal cholédoque s’ouvre dans l’inteftin. M repréfente le duodénum ouvert, & N un paquet d’appendices vermiculaires. On voit en O les ouvertures dans l’inteftin de cinq de ces appendices ; &X ,X,X font les troncs de plufieurs paquets de ces appendices qu’on a coupés.
- 1073. La rate eft longue , molle , d’un rouge tirant fur le noir , & fembl® être un flocon de fang caillé.
- 1074. 0N en A', fig• 2 , l’œfophage qui eft fort large , ainfî que l’ef-
- tomac E.Il eft d’un tiffuferré, & l’on apperqoit des rides dans l’intérieur:
- r. ’ r 1 .
- ( 2 3 ) Il paraît que le Tarant auteur de ce fon anatomie intérieure , dont ils ne peuvent traitét, après-avoir donné la delcription des •: tirer aucun parti pour la perfection de l’art parties extérieures d’un poiffon, ce qui peut 1 qui fait l’objet de ce traité, & qui n’intérefle être utile_ aux. pêcheurs pour en difcerner proprement que les naturaliftes. les efpeces, aurait pu fe difpenfer d’ajouter
- Tome^C - v - ' ; X) d
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- TRAITE' TEC H ES. Partie II.
- on trouve fouvent dedans , des poiffons en partie digérés. C’eft au-deffous du pylore que fe trouvent grand nombre d’appendices vermiculaires D 9 qui , en fe divifant en plufieurs branches, forment des paquets. Les in-teftins F font de différens diamètres dans leur longueur, & ils font plufieurs inflexions avant de fe rendre à l’anus, qui forme ordinairement un bouton M, fig. i, alfez faillant.
- 1075. On voit en G, fig. 6, le rectum coupé ; en b , b9 une partie delà membrane qui enveloppe les œufs, elle forme comme une fraife î en d, unuretre coupfont les ouvertures de l’anus, de l’uretre & de l’oviduc-tus ; en a, une petite portion de l’attache de la vefîie pneumatique, qui eft grande, adhérente à la colonne épiniere, ainfi qu’au péritoine j& fui-vant M. Fournier, médecin de la marine à Breft, l’adhérence eft plus grande du côté droit que du côté gauche. Cette veflie pneumatique fe prolonge dans toute la longueur de l’abdomen.
- 1076. Le cœur I, fig. 3 , qui eft pliicé au-defTus du diaphragme, eft de figure fort irrégulière. Sa couleur eft un rouge foncé 5 G G font deux rameaux de la veine cave qui fe rendent dans une capacité H, qu’on peut regarder comme une grande oreillette ; K eft la naiffance de l’aorte, qui forme un grand épanouilfement, & on a repréfenté en L , L , fig. 4, les valvules qui font à l’entrée de l’oreillette.
- 1077. La chair du lieu fe leve par feuillets ; elle n’a pas un goût fin, qu’on trouve à celle du merlan. Comme fur les côtes de haute-Normandie les pécheurs vendent de petits lieux pêle-mêle avec des merlans , ceux qui les achètent, prennent garde d’acheter des lieux pour les merlans. Néanmoins il eft probable que la qualité de la chair du lieu varie beaucoup Fuivant la nature des fonds j car dans certains ports ôn eftime beaucoup ce poilfon, pendant que dans d’autres on en fait peu de cas. Au refte , Ü paffe, ainfi que le merlan , pour être très-fain , & de facile digeftion.
- Caratteres diftînttifs du lieu d'avec la morue franche, cabillaud on ca-beliau, ou encore kabeliau, car ce mot s'écrit de toutes ces différentes façons.
- 1078. Comme le lieu ainfi que la morue franche font mis par Ârtédi
- au nombre des gadus , & par Willughby des afellus , il eft bon de faire voir les points qui doivent empêcher qu’on 11e confonde ces deux fortes de poiffons. 0
- 1079. Les phrafes d’Artédi établiffenfc très-bien la différence qu’il y a entre ces poilfons, & fuivant ‘Willughby , le lieu différé de la morue franche iû. en ce qu’il eft moins gros. Cette circonftance n’eft pas fufTifante, puif-qu’il y a des lieux qui octjufqu’à quatre pieds de longueur 3 & que quan-
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- Sect I. Le la monte, & des poiffons qui y ont rapport211
- tité de morues franches font beaucoup plus petites. 2°. Le corps du lieu eft, relativement à fa largeur, moins épais que celui de la morue franche, & d’une couleur plus rembrunie. 30. La tête du lieu eft plus menue & plus alongée , la mâchoire inférieure plus longue que celle d’en-haut. 40. Le lieu n’a point de barbillon au menton, fe$ dents ne font prefque que des afpérités. 50. Enfin, l’aileron de la queue n’eft pas coupé quarrément , comme il l’eft à la morue.
- Caractères qui établirent que U merlu - verdin du Havre efi le meme poiffon que le lieu de Bretagne.
- 1080. Pour établir d’un autre côté que le poiffon qu’on appelle au Havre merlu-verdin , eft le vrai lieu de Bretagne , il fuffira de dire [que M. Cleron , profeffeur d’hydrographie au Havre , me marque que le merlu - verdin a la mâchoire inférieure plus alongée que la fupérieure, au contraire de la morue quia la fupérieure plus longue que l’inférieure ; que le merlu-verdin n’a point de barbillon î qu’il a l’œil fort grand, la tête alongée ,1e mufeau menu , l’aileron de la queue un peu fourchu , les dents très - fines, & le dos d’un verd foncé, plus brun que celui de la morue franche.
- 1081. C’est ce mêmepoilfon qu’on appelle à Fefcamp grelin, à Granvill® colin 1 & fur les côtes de Flandres merlu : mais je crois que les dénominations de merlu & de colin ne conviennent pas ; car je vais dire ce qu’on doit appeller colin ou morue noire, & je parlerai dans la fuite du merlu, qui eft un poilfon très-différent du lieu ; mais dans quantité de ports , on applique la dénomination de merlu à beaucoup de poiffons différens les uns des autres.
- Différence du lieu d'avec le merlan.
- 1082. Il y a affurément bien-de la reffemblance entre le lieu & le merlan; niais avec de l’attention , on apperçoit des points qui empêchent qu’on 11e les confonde. Le lieu a la mâchoire inférieure beaucoup plus longue que la fupérieure ; au contraire le merlan a la fupérieure un peu plus longue que l’inférieure ; la queue du lieu eft fourchue , celle du merlan eft coupée quarrément; la couleur du merlan eft plus blanche & plus argentée que celle du lieu ; enfin les plus gros merlans n’approchent pas de la taille des gros lieux.
- Article III.
- ’JOc Cefpece du lieu quon doit nommer colin, & que quelques - uns ont nomme morue noire; gadus dorfo tripterygio > ore imberbi, maxilla inferiore longiore^s linea laterali reda. Art. Afellus niger. Wdlughby.
- 1083. Sur plufieurs de nos côtes, on confond le colin avec le lieu, &
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- T RA 1 T E* DES TEC H E S. Partie llï
- effecftivement ces deux poiflons fe rèflemblent à tant d’égards , qu’on eft tenté' de regarder le colin comme une variété du lieu. C’eft pourquoi nous’ nous contenterons de marquer les points diftinctifs qu’on apperçoit entre" ces deux poiirons. • •
- 1084. Le colin eft commun au nord de l’Angleterre , & affezrare fur nos côtes. O11 en prend néanmoins ;; car celui que j’ai fait graver a été deflinér fur les côtes de France. Comme je le repréfente fur une plus petite échelle que le lieu » il eft bon d’avertir qu’il y en a qui font gros comme de moyens lieux,& peut-être y en a-t-il de la taille des plus gros.
- 10.85* Sa forme paraît un peu différente > il eft plus menu & plus alongé que le lieu. Néanmoins * comme on en voit peu fur nos côtes * je n’ofe* rais alfurer que cette différence fût conftante ; mais je ferai remarquer que les poiffons, gras> & encore plus ceux qui ont le corps rempli de beaucoup’ d’œ-ufs ou de laite, qui ont de gros foies, étant conftdérablement plus renflés que ceux qui font maigres & vuides d’œufs & d!e laite ,il& paraiflent plus alongés & avoir la tête plus groffe.
- 1086. Le colin reflemble au lieu par fes yeux qui font grands, par la forme de fa tète , par le nombre & la pofttion des ailerons & des nageoires ». par fa mâchoire inférieure qui eft plus longue que la fupérieure ; par l’aileron de la queue qui eft un peu fourchu, parce qu’il n’a point de barbillon au menton; par la pofttion de l’anus. Tous ces caraéleres & plufteurs autres que je fupprime conviennent autant au lieu qu’au colin. Voici ceux qui étabüflent quelque différence entre ces deux poiflons. Aux lieux, comme nous l’avons dit, les raies latérales font une grande courbure vers l’anus» pour fe rendre derrière les ouies . Au colin cette raie qui eft blanche & affez large, eft prefque droite » ce qui peut dépendre de ce qu’il a le ventre-moins gros.
- iq87* La couleur du colin n’eft pas claire comme celle du lieu 5.elle eft! fur-tout au dos & à la tète , d’un jaune obfcur, tirant fur le noir ;. ce qui le fait nommer cole ou colin, terme qui, fui van t l’idiôme anglais, veut dire charbonnè ^ajdliLS carbonarius : màis la chair du colin ayant la même c on Gitan ce que celle du lieu , on peut dire que ces deux poiflons different bien peu. l’un de l’autre. . '
- I03S- On prend au nord beaucoup de grands lieux & des colins. Quand la morue donne abondamment , on n’en fait aucun cas ; mais quand on trouve peu de morues , on fale les lieux & les colins , & alors il faut être conivaidèur pour les diftinguer des morues franches. Néanmoins , à leur vente en France » les trieurs-ne s’y trompent pas, ils les mettent avec le rebut »& on les vend moitié moins que les vraies morues-•' xogsu. Les pêcheurs de Dunkerque après, avoir dit que. le cole-fish 014
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- Se ci*. L Di la, morue, des poiffons qui yottt rapport. %i 3<
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- la^morue noire eft la même chofe que le colin , difent que les colins* qu’on pèche dansles mers^du nord ont beaucoup d’écailles le dos fort brun,le ventre blanc , & qu’ils ne rcflemb-lent pas au cabillaud ; qu’on les fàle comme la morue ou cabillaud, mais qu’ils font plus fecs. Il me femble que cette note s’accorde allez avec ce que nous avons dit du colin , qui d’ailleurs eft très-bien défini par la phrafe d’Artédi. Pour éviter toute équivoque, il eft bon de prévenir qu’à Granville , à Saint-Jean-de-Luz & ailleurs les pécheurs qui vont à la morue, nomment, je ne fais pour quelle raifon , les morues qu’ils pêchent trop avant dans la faifon pour les faire fécher , & qu’ils préparent en vert, des colins.-AinCi au débarquement ils difent-: ncus avons tant de puces de morue 6* tant de tonnes de colins. G)n voit qu’ici c’eft la préparation de la morue qui la fait nommer colin, quoiqu’elle foit un vrai cabillaud j c’eft donc une expreflion vicieufe.
- Article'IV.
- De la pêche du lieu & du colin. •
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- 1090. Le lieu n’eft pas véritablement de paffa ge : on en prend toute l’année fur les côtes de Bretagne , & de toute grandeur. Quelquefois ils vont de compagnie j mais fouvent ils font feuls , ou confondus avec d’autres ef-peces de poiifons. Si Ton en prend une plus grande quantité en été qu’en hiver , c’eft, à ce que l’on prétend , parce qu’ils font attirés par les fardines, qu’ils aiment beaucoup : cependant 011 interrompt la pêche du lieu pour faire celle des fàrdines. A l’égard du merlan, c’eft le contraire y on en prend plus-l’hiver que l’été. On remarque encore que les merlans s’enfoncent plus dans les baies que les lieux.
- 1091. Dans les endroits où l’on ne fait pas une pêche exprefle de ce poiL fon , on en trouve dans les guideaux, verveux ou naifes > chapitre III de la première partie 5 & dans les parcsychapitre Ve jon en prend avec des filets fiottés'& leftés, chapitre’VL, qui comprennent les folles, demi-folles, cibau-dieres ,tramaux , faines 3 ou , chapitre'VIÏ, avec'des filets à manche-'que l’oit traîne, & les petits fe prennent aux filets qu’on tend à la côte fur pâlots, ou dans les grands fonds quand la rigueur du froid les ÿ fait retirer. O11 tend des trama ux» des demi-folles , cibaudieres , ou retz à colins , flottés & pier-rés par fo-nds & fédentaires, autant qu’on le peut1, par le travers des anfes. Si ce font des tramaux,les mailles de la flue ont fix à huit lignes d’ouverture y & les hamaux ont quatre à cinq pouces eu quarré. 'On met aü bout de ees filets, une cabhere ou petite ancre'avec des haubans à deux ou trois btalies. les. uns. des autres',. & tm chôiût ^.autant qu’on* le peut y des-fonds
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- sr4 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- de roche couverte de varec. Quelquefois encore on prend de petits lieux dans les manets lorfqu’on pèche des maquereaux à la dérive. Enfin on en prend à Oleron dans des courtines , & dans des cafiers. Comme toutes ces pêches ont été amplement détaillées dans la première partie de notr® ouvrage, nous|nous contentons ici de les annoncer. Outre les filets dont nous venons de parler, on prend encore des lieux avec des haims, 'première partie, première fe&ion, chapitre II ; les petits avec les teflures que les Normands tendent pour prendre des maquereaux, & qu’ils nomment graveites ; dans le quartier de Breft , principalement dans le chenal du Con-quet & duMingan, on en prend toute l’année avec des haims & des tra-mauxjon en prend qui ont depuis quatorze jufqu’à vingt-quatre pouces de longueur, & quatre à cinq pouces de largeur ; on amorce les haims avec des lançons. Toutes ces pèches peuvent être regardées comme accidentelles , puisqu’on ne les fait pas exprelfément pour prendre des lieux; mais on en fait d’exprelfes à Audierne , à l’isle des Saints & autres lieux circonvoifins. Elle commence après pâques, & ne finit qu’à la Saint-Jean, qu’on la cefie pour en faire d’autres.
- 1092. On emploie pour cela de petits bateaux de trois à quatre tonneaux, dans lefquels fe mettent fix ou huit hommes, appareillés d’une ou deux voiles quarrées ; car cette pêche fe fait en fillant à la voile. Les lignes dont on fe fert, font un diminutif de celles qui fervent pour la morue ; elles ne portent qu’un haim delà grolfeur de ceux qu’on emploie dans le nord pour la pêche de la morue. On les amorce avec une fardine, & fouvent avec un morceau de peau d’anguille long de trois à quatre travers de doigt. Comme le bateau qui eft fous voile ,/>/. XII 9fig. 13 fille alfez vite, & comme les pêcheurs donnent continuellement des fecoulfes à leurs haims, les lieux qui font voraces , prennent l’appât pour un poifson qui fuit ; ils fe jettent defsus , & fe prennent à l’haim. Quand 011 a halé le poifson à bord, on retire l’haim , qui fou-vent eft garni de fon appât, de forte qu’il fert quelquefois afsez îong-tems.
- 1093. Les équipages font tous à la.part, & les lots font égaux. Je crois qu’il y en a un, ou un & demi pour le bateau. On verra dans la fuite que; cette pèche ne laifse pas d’être confidérable.
- Article V.
- Préparation de ces poijfons.
- 1094. Autant qu’on le peut, on vend ces poi/Tons frais î mais quand la,pêche eft abondante, on en fale & on en feche , prefque comme la morue , ainfi que nous allons l’expliquer. On leur tranche la tête , on les
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- Sect. I. De la morue 3& des poiffons qui y ont rapport. 21 f
- fend par le dos dans toute leur longueur, pour les vuider; on les met au fel pendant deux fois vingt-quatre heures ; enfuite on les lave dans de l’eau de mer, & enfin on les étend fur la grave pour les faire fécher au foleil. Je crois qu’il ferait mieux de les fécher aü vent, en les fufpendant à des perches ; lorfqu’ils font fecs, on les emmagafine dans un lieu fec. Ç)es marchands viennent les acheter des pêcheurs : ils en forment des paquets de deux quintaux. On peut bien en préparer dans ces cantons de la'Bretagne quatre, cinq ou fix cents quintaux , qu’011 envoie à la foire de Bordeaux. On en confomme auffi en France, qu’on vend pour de la morue feche à ceux qui ne s’y connaiifent pas. Cependant il y a bien de la différence; car lés lieux qa’on fale dans l’Amérique feptentrionale, font vendus , comme*rebut, moitié moins que la morue franche ou le cabillaud.
- Maniéré d'apprêter les lieux.
- 109 f. On en apprête de frais en matelotte. On en fait auffi cuire dans l’eau de mer, ou dans l’eau & le fel, & on les fert tantôt avec une fauce blanche, & tantôt avec un ragoût. On en fait auffi cuire fur le gril, & on en fait frire. A l’égard des lieux fecs , 011 les prépare comme nous avons dit qu’on faifait la morue feche.
- 109S. Nous allons maintenant parler d’un petit poilfon qui a beaucoup de rapport avec les lieux dont nous venons de parler.
- Article VI.
- De l'officier ,forte de petit lieu qu'on peut nommer gadus minor , dorfo trip-terygio, nigro , ore imberbi, ventre albo.
- - 1097. Nous avons dit qu’on prenait dans la Manche de petits lieux, ou fuivant leur idiôme, de petits grelins, ou merlus-verdins , que l’on confondait avec les merlans dans les paniers de poiffons. On prend à Breft de petits poiffons du genre des lieux, qu’on nomme officiers, parce qu’ils ont des couleurs tranchantes, avec des marques brillantes & argentées que les pêcheurs ont comparées aux habits uniformes des officiers. Ce petit poif. fon , pl. IX , fig. 3 , eft certainement du genre des lieux. Il refte à favoir fi 11’ayant que fix pouces de longueur , ils font deftinés à refter de cette grandeur , ou fi ce font de jeunes lieux qui par la fuite deviendront plus grands.
- 1098* Le nombre & la pofition, tant des ailerons que des nageoires , eft précifément comme aq lieu ; l’aileron de la queue eft peu fourchu , & l’échancrure eft arrondie plutôt qu’anguleufe ; les petites nageoires de def-fous la gorge font un peu rougeâtres. Quand le poiffon eft en vie, le def. fous du ventre eft blanc, argenté, chargé de panaches luifantes de dijfé-
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- TRAI TE’ DES PECHES. Partie IL
- rentes couleurs, 8iTon dos eft fort brnn:-cette couleurneTe dégrade pas pour paifer pat nuances aü blanc du ventre,'la féparauon fe fait Subitement ; mais quand le poilfon eft mort , le brun s’étend fur le blanc , alors les deux couleurs fe confondent, forment une nuance dans le paffage de l’une à l’auére, & en cet état il reliemble plus au lieu.
- 1099. Les lignes latérales qui s’étendent de la tète à la queue, parailfent comme un trait rougeâtre. Au telle , ce trait forme une' courbure au-deifus des nageoires branchiales , comme au lieu. Lorfque le poilfon eft envie, cette raie eft un peu an-delfoUs de la partie brune du poilfon, jufqu’à l’endroit de la courbure de cette ligne qui remonte & fe noie dans le brun.
- 1 ICO. J’ài dit que ce poilfon avait à'peu près fix pouces de longueur ; fa largeur parle travers de l’anus eft d’un pouce; & il parait, proportion gardée , un peu plus plat que le lieu. Le premier rayon de l’aileron du dos, le plus près de la tète , a environ lix lignes de long, & c’eft le plus long de ceux qui forment'cet aileron. Le premier rayon de l’aileron de l’ànüs a près d’un pouce de longueur ; mais il eft incliné vers l’arriere. Les âfpérités qui tiennent lieu de dents dans l’intérieur de la bouche, font comme au lieu; les écailles font à peine perceptibles.
- nor. On voit que l’officier relfemble fort au lieu par fes'parties extérieures , dont j’abrege le détail. La refsemblance eft auffi parfaite par les parties intérieures. M. le Roy & M. Fournier s’en font afsurés en en difsé-quant pluGeurs : ainli l’officier ne différé du lieu que par la grandeur , & par la couleur brune du dos & blanche du ventre qui , lorfque le poifson eft vivant, tranche net fans fe confondre. Je îaifse en doute fi l’officier change de couleur , fuppofé qu’il groffilfe ; en ce cas ce'ferait un petit lieu. (24)
- CHAPITRE III.
- Du merlan, gadus dorfo tripterygio, ore imberbi, çorpore albo, maxilla fuperiore longiore. Art. Afellus mollis major five albus. Willughby. (*) TV**
- T102. T^ous croyons devoir nous abftenir d’infifter plus long - tems fur la nomenclature de ce poilfon, non feulement parce qu’on peut avoir
- (24.) L’auteur ne dit point de quelle ma- (*) Je crois que c’eft le witting du nord , niere on pêche ce poilfon. Si l’on fe fert & qu’on lui donne ce nom à caufe de fa des filets comme pour prendre les lieux, il couleur blanche, & le gant-jens de Hely-faut que les mailles en foient beaucoup geland. '
- plus ferrées. - :
- recours
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- Sect. I. De h moriïè, & des poljfons qui y ont rapport.' 217
- recours aux auteurs que nous venons de nommer , qui ont fatisfait atout ce qu’on pouvait delirer à ce fujet, mais encore à eaufe de l’incertitude qui naît des différentes dénominations qu’on trouve dans beaucoup d’auteurs. Je remarquerai feulement i°. que le poiffon que je vais décrire, eft celui qu’on appelle merlan fur nos côtes de l’Océan ; car celui à qui l’on donne ce nom dans la Méditerranée, eft fort différent : nous nous en occuperons dans la fuite : 2°. que quoique le merlan dont il s’agit, foit commun fur la plupart des côtes de l’Océan , cette abondance ne le fait point mépri-feryîl eft, généralement parlant, eftimé. Voici fa defcription.
- Article premier.
- Defcription du merlan par fes parties extérieures.
- ' 1103. Le merlan a depuis fix ou huit pouces de longueur A, B, jufqu’à quinze ou dix-huit ,pl. IX,fig. 3. Il eft rare d’en prendre de vingt à vingt-quatre pouces. Depuis le bout du mufeau A jufqu’à l’extrémité de l’aileron de la queue B , il a quatre fois la longueur de la tête A, C i en divifant la partie A D en cinq parties E, F , G, H , I , l’anus K fe trouve à l’à-plomb de F. Il eft un peu applati, principalement depuis l’anus jufqu’aux ouies , & à cet endroit il eft prefque moitié moins épais que large ; mais depuis l’anus jufqu’à la queue, fon corps eft moins applati, & devient menu.
- 1104. Ce poiffon a tous les caraéteres des morues, puifqu’il eft rond, à arêtes & à écailles j il a trois ailerons F , G , H fur le dos, deux L, M fous le ventre derrière l’anus, quatre nageoires , une N derrière chaque ouie , & deux O fous la gorge.
- nof. Quand le premier aileron du dos F eft relevé, il forme à peu près un triangle latéral, & eft compofé de dix ou douze rayons ; le fécond G, qui eft fort détaché du premier, forme un triangle , dont deux des côtés font beaucoup plus longs que le troilieme, qui eft du côté de la tête. On y Compte à peu près vingt rayons > le troilieme aileron H , qui eft moins élevé que les deux autres, paraît avoir un plus grand nombre de rayons. A l’égard des deux ailerons du ventre, celui qui eft le plus près de l’anus eft fort long j & formé d’une vingtaine de rayons. Celui M, qui eft plus vers la queue, eft le plus petit de tous, & affez fouvent il eft marqué de taches brunes.
- 1106. Les nageoires N de derrière les ouies font grifes & formées de dix-neuf rayonsî communément à l’articulation de cette nageoire, il y a une tache brune ou noire P. Quelques-uns ont foupqonné que cette tache dépendait de Page du poiffon, 041 qu’elle ne paraiffait que dans une cer-
- Tome. X» , E e
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- TRAITE* DES PECHES, Partie H.
- taine faifon. J’ai prié M. le Teftu de s’en aflurer j & ayant trouvé cette tache pendant toute ia faifon, & à des merlans de toute groffeur , il affurç que cette tache ne dépend ni de l’âge du poiffon , ni de la faifon où on le pêche. Les petites nageoires O de deifous la gorge, qui font moins brunes que les autres , ne font formées que de lix rayons, affez longs pour atteindre prefque l’anus K, qui eft, comme nous l’avons dit, affez près de la tète. L’aileron de la queue B, Q_, eft ordinairement peu échan-eré, tS: fe termine fouvent prefque quarrément, il eft de couleur brune, quelquefois marqué de taches noirâtres.
- 1107. La couleur d’un merlan bien frais & de bonne taille, eft en général d’un blanc brillant 3 mais vers le dos il ’a une teinte olivâtre plus ou moins claire, ou tirant tantôt fur le bleu & tantôt fur le roux, avec des reflets comme de cuivre jaune clair. Son ventre eft blanc, mais pas bien net, étant argenté par endroits. Ceci n’eft pas applicable à tous les merlans 3 car fuivant les fonds où on les pêche, ils ont des couleurs affez différentes les uns des autres. Ce font peut-être ces petites différences de couleur qui font qu’à Breft on diftingue les merlans blancs des roux. J’avoue que je n’ai pas une idée précife de ce qu’on appelle des merlans rouges s à moins que ce 11e foit une légère teinte de cette couleur qu’on ap-perçoit fur quelques merlans, lorfqu’on y fait beaucoup d’attention.
- 1108. On m’apporta une fois un merlan qui avait les nageoires d’un rouge affez vif, & des marques de cette couleur : je crus que c’était, comme on me l’affurait, un merlan rouge j mais ayant effuyé ces endroits , la couleur difparut, & j’ai jugé qu’elle était formée par du fang qui venait de quelqu’autre poiffon. M. le Teftu me marque que les pêcheurs du Pollet lui ont remis un de ces merlans qu’ils nomment rouge; qu’il avait l’extrémité des mâchoires rougeâtre 3 fur le corps & fur la tête, des lignes rouges affez fernblables à des vaiffeaux fanguins 3 les nageoires des ouies & de deffous la gorge étaient rouges ; les ailerons de derrière l’anus participaient aufti un peu de cette couleur : mais ces couleurs parurent fuper-ficielles à M. le Teftu , car elles fe difiiperent entièrement à la cuiffon , ce qui lui a fait foupçonner que c’était un merlan ordinaire qui s’était charge, de cette couleur fur quelque fond limonneux; ce qui s’accorde avec mon obfervation fur le merlan rouge qu’on m’avait apporté.
- 1109. Leurs écailles font petites, minces , arrondies , & elles font attachées à une peau fine. On apperçoit de chaque côté une ligne qui part du haut des ouies, defcend en faifant une courbe plus ou moins grande jufques vers Pà-plomb de l’auus, & enfuite fe prolonge droit jufqu’à la naiffance de l’aileron de la queue , divifànt en deux la hauteur du poiffon. Il m’a paru que la courbure de cette ligne était plus ou moins grande *
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- Sect. T. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. 219
- fuivant que le ventre du poilTon était plus ou moins gros, & cette grof. feur dépend de la quantité d’œufs & de laite qui eft dans le ventre i car les merlans.qui font prêts à jeter leurs œufs ont le ventre beaucoup plus gros que nous ne l’avons repréfenté.
- 1110. La tête & le corps font un peu comprimés fur les côtés j le devant de la tête s’aifailfe quand la bouche eft fermée ; alors elle a la forme d’un coin : il n’a point de barbillon au menton. O11 apperqoit, comme aux autres poilfons du même genre, deux trous R , entre l’extrémité du mufeau & les yeux.
- 1111. La mâchoire fupérieure excede un peu l’inférieure, comme dans la morue franche ; c’eft le contraire du lieu : au moyen de quoi on apperqoit, lorfque la bouche eft fermée , un rang de dents fines & crochues, dont la mâchoire d’en-haut eft garnie. A l’intérieur de cette mâchoire font quantité d’autres petites dents j la mâchoire inférieure eft auffi garnie de dents i fur le devant, elles font courtes & très-fines 5 fur les côtés , elles font plus longues. Ce n’eft pas tout : à la partie intérieure du palais , on trouve deux os rudes, & plus bas il y en a encore un qui eft pareillement chargé d’afpérités. La membrane branchiale a fept ou huit rayons , & elle eft allez épailfe. L’œil peu animé, eft grand & couvert, comme dans les autres poilfons de fon genre, d’une membrane mince & tranfparente.
- 1112. On trouve dans la boîte offeufe qui renferme le cerveau, deux os durs, qu’on a pour cette raifon nommés pierres ; ils font plats & ont une forme ovale alongée , qui fe termine en pointe par les deux bouts. On a voulu leur attribuer des propriétés médicinales, ainlî qu’aux pierres qui fe trouvent dans la tête des ;morues j mais je crois qu’elles fe réduifent à fournir une poudre abforhante, comme les écailles d’huîtres.
- Article II.
- Defcription du merlan par fes parties intérieures.
- il 13. Comme les vifceres du merlan relfemblent beaucoup à ceux du lieu , je me difpenferai de les faire graver , & j’inlifterai peu fur l’anatomie du merlan.
- 1114. Le foie des merlans eft blanchâtre , d’une grolfeur alfez confî-dérable j les mâles n’ont pas beaucoup de laite ; on trouve dans les femelles deux gros-paquets d’œufs. Quelques perfonnes prétendent qu’il y a des merlans hermaphrodites, & qu’en ce cas on apperqoit la laite d’un côté & les œufs de'l’autre.* Nous n’avons rien trouvé de cela dans les merlans que nous ayons,ouverts > mais onui’en peut rien conclure., puifqu’on
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- ne dit pas que eette Angularité fe trouve dans tous les merlans. Plulïeurs naturalises ont afluré avec beaucoup de vraifemblance , que ce qu’on jugeais être la laite dans les merlans prétendus hermaphrodites, n’était probablement qu’une maife conlidérable de foie, attendu qu’on pouvait en exprimer de l’huile, au lieu que la laite ne fournit aucune fobftance graifleufe ; & on remarque que les merlans ont le foie beaucoup plus gros quand ils font gras, que quand ils font maigres.
- iiif. La vefîie pneumatique eft longue , vifqueufe, Ample; le filet ou. canal qui en part, aboutira la partie fupérieure de l’œfophage. Le cœur paraît avoir quatre angles moufles, & une grande oreillette; l’aorte fait un épanouiflèment conlidérable: L’eftomac couvre la rate ; il eft obi on g : on trouve beaucoup d’appendices vermiculaires au-delfous du pylore. On trouve dans l’eftomac des. merlans nouvellement pêchés , des débris d’anchois , de chevrettes & d’autres petits poiflbns > qu’ils paraiflent avoir avalés entiers. Aufli ces petits, poiflbns & les vers marins fervent-ils à amorcer les haims avec lefqueîs on prend les merlans. L’inteftin fait plufieurs replis:: d’abord il eft dirigé du diaphragme vers l’anus, puis il remonte à l’œlophage, d’où, il retourne à. l’anus , où fe trouve auiîi la veflie urinaire qui eft oblongue^
- il 16. La chair du merlan eft tendre , délicate , fans, être pâteufe. Scho-neveldt dit que c’eft celui de tous les afellus qui a la chair la plus tendre , & qu’elle fe leve par feuillets ; comme ces feuillets font autant de mufcles ^ il m’a paru utile de faire voir leur diredion , ce qui m’a engagé à en repré* fenter un écorché ,pl. Quand ce poiflon eft bien frais , lorfqu’ii
- a été pêché en bonne faifon & fur un bon fond , fa chair a un goût fin qui lut eft propre , & qu’on trouve agréable..
- Marques difiinctives du merlan d'avec plufieurs poifons de la même famille».
- il 17. Le merlan eft moins gros que la morue franche; il aune forme-plus alongée, la tête fe terminant plus en pointe ; fa couleur eft plusbriL. îante, fa chair plus délicate fol n’a point de barbillon au. menton»
- 1118. Il a tant dé reflemblanee avec le lieu > que dans plufieurs endroits.-on veut regarder le lieu comme un gros merlan > mais, la différence dé groffeur eft bien grande, le merlan eft plus fourni de dents que le. lie.u , & les dents du devant de la mâchoire fupérieure excédent la mâchoire inférieure & font apparentes , parce que fa mâchoire fupérieure eft plus longue que l’inférienre. Le lieu au contraire a la mâchoire d’en-.bas plus longue que celle d’eu-haut * l’aileron de la queue du merlan eft coupé p.refque quarrément , celui du lieu eft échancré ; les nageoires de derrière les ouies font tout; près des opercules. : f aileron du ventre le plus. près, .de l’anus, efo
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- Sect. I. De la morue", & des poîffons qui y ont rapport '.
- fort long, & formé d’un grand nombre de rayons. Enfin , la circonftance de la chair de ces deux poilfons eft allez différente ; celle du merlan eft très-tendre & délicate , avec néanmoins un goût fin qui le fait préférer au lieu par bien des gens de bon goût. J’avoue que cette circonftance n’eft pas généralement adoptée , & que dans quelques ports on fait beaucoup de cas du lieu.
- Article III.
- Saifon & manière de pêcher le merlan dans différens pays.
- il 19. A Dunkerque ,1e merlan eft un des principaux objets de pèche pendant les mois de décembre, janvier & févriers on en prend cependant à la ligne pendant toute l’année, & avec des filets depuis le mois de mars jufqu’en feptembre ; mais il n’eft pas toujours également bon. Celui qu’on prend dans la faifon du hareng eft gras ,& a la chair ferme ; il commence à avoir des œufs 8c de la laite vers la fin d’oélobre , ce qui augmente jusqu’au mois de février : vers la fin de ce mois il devient maigre & alongé ; fa chair eft molle, & diminue à la cuifson : quand la faifon du frai eft pafsée, on en prend de petits qui font afsez bons, & la vraie faifon recommence en oétobre jufqu’en février.
- 1120. Vers le carême , comme les poifsons ne fe prefsent pas de mordre
- aux hameçons, ceux qui veulent prendre des merlans à la ligne amorcent les haims avec du foie de cochon frais ou falé ; on afsure qu’ils fe jettent avec avidité fur cet appât. Près les côtes de Picardie & de Normandie, on pêche des merlans pendant toute l’année avec des cordes garnies d’haims jmais la véritable faifon eft depuis le mois de feptembre jufqu’à noël. Après ce tems ils commencent à frayer, & ils perdent peu à peu de leur qualité , enfin leur chair devient mollafse , limphatique & infipide. Les poifsons qui maigrifsent paraifsent s’alonger;& quand ils font devenus verdâtres vers l’équinoxe du printems, comme ils ne font plus bons, les pêcheurs cordiers ne s’occupent plus guere de cette pêche. <
- 1121. Les poilfons malades ne mordent point aux appâts, c’eft pour cette laifon que ceux qu’on prend le printems & l’été font péchés avec des filets, & cette circonftance , jointe au mauvais état des poiflons dans cette faifon , les rend méprifables ; 011 n’en fait aucun cas , & l’on peut à ce fujet rappeller ce que nous avons dit dans la première partie, que tous les poilfons qu’on prend au filet, fur-tout à ceux qu’on traîne’, font bien inférieurs à ceux qu’on prend avec les haims, lors même que toutes chofes d’ailleurs font, égales.
- j 122. Les Dieppois font la pèche du merlan avec ce qu’ils appellent leurs petites cordes ; chaque piece de ces petites cordes a foixante-quatre. braift$
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- 022 TRAITE1 DES PECHES. Partie II
- de longueur, & eft leftée de quatre ou cinq cailloux qui pefent chacun une livre. On attache communément de bralTe en brade une empile d’une brade de longueur, qui porte un haim amorcé d’un pitot ou d’un morceau de hareng. Quelques-uns multiplient les haims, enforte qu’ils en mettent quelquefois cent cinquante dans la longueur de loixante-quatre brades 5 mais alors il faut faire les empiles moins longues. C’eft affez î’ufage des pêcheurs de Saint-Valéry & de Fefcamp. Chaque bateau qui va à la pèche des merlans , met à la mer une trentaine de ces pièces, de petites cordes, qui font garnies de quatre mille cinq cents haims.
- 1123. Comme les merlans fe tiennent volontiers au fond de l’eau»les pécheurs de haute-Normandie , particuliérement aux environs du Havre pèchent avec ce qu’ils nomment le libouru, ou la balle , que nous avons amplement décrit à la première fe&ion de la première partie. Quelques-uns amorcent avec des crabes j le hareng eft préférable, & un fuffit pour amorcer huit ou dix de ces petits haims $ mais dans la bonne faifon le merlan mord à toute forte d’appâts.
- 1124. A caufe que le débit du poiflon eft avantageux pendant le carême, on en prend fur les côtes de Normandie, depuis le mois d’avril jufqu’à pâ-ques, avec la dreige qui eft décrite à la fécondé feétion de la première partie. Sur la côte de Caen , à Amelles , Langrunne, Saint-Aubin , &c. on pèche de gros merlans depuis la touifaint jufqu’à pâques, & même toute l’année , avec ce qu’ils appellent des apds, ou apelets, qui different peu des petites cordes de la Manche. Les hameçons font de braffe en brade ; on les releve toutes le deux ou trois heures.
- 1125. Les pêcheurs delaHogue prennent pour maitreffe corde de leurs telfures ,de plus grofles cordes que les pêcheurs deda haute-Normandie, & ils amorcent avec des vers qu’ils nomment gravettes. Il y a de plus quelques pêcheries aux environs de la Hogue , dans lefquelles il fe trouve des merlans avec les autres poiflons ; mais en général, la pêche du merlan n’eft pas fort abondante fur cette côte.
- 1126. Les pêcheurs de l’Isle-Dieu vont chercher les merlans à deux ou trois lieues au large, fe mettant un maître, deux matelots & un moulfe dans des bateaux de trois à quatre tonneaux ; ils pèchent avec des lignes amorcées avec de petits poilfons. Ceux du bas - Poitou pêchent des merlans dans les baies de Bourgneuf, de Bouin , & de Noirmoutier, avec des efpeces de dreiges longues de cinq brades , hautes de quatre, & dont ies mailles ont un pouce & demi d’ouverture en quarré. Ils fe mettent dans des bateaux de huit à dix tonneaux qui ne font point pontés. Leur équipage ne confîfte qu’en un maître & un matelot, qui ont chacun un tiers du produit de la pèche, le propriétaire du bateau ayant l’autre tiers.
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- Sect. I. De la morue , & despoiffons qui y ont rapport.
- 1127. Les plus gros merlans qu’on prend fur les côtes d’Olonne ont dix-huit à vingt pouces de longueur ; mais les plus communs ont un pied. Ce poilfon fe tient fur les fonds rouges , au large des rochers, depuis le mois de novembre jufqu’en feptembre : alors il fe porte fur les fonds de roche jufqu’au mois de novembre j ce qui oblige de les prendre à la ligue , & c’eft la faifon où ce poifson eft le meilleur & le plus abondant. On a remarqué que quand il fait un peu de gelée blanche , le merlan mord plus volontiers aux haims qu’on amorce avec des vers. Le refte de l’année on le pêche plus avec des dreiges qu’avec les haims.
- 17 28 • Les pêcheurs d’Oleron * pendant les mois de mars, avril & mai, prennent les merlans avec les courtines dont on trouve la defcription dans la fécondé feétion de la première partie de notre ouvrage. En novembre & dans les mois fuivans jufqu’en mars, il s’en trouve dans les éclufes. Les Gafçons , vis - à - vis la pointe de Buch , prennent des merlans à la pèche du peugne , que nous avons décrit à la fécondé fe&ion de la première partie. Il fe trouve aufïi des merlans dans les manets qu’on tend pour prendre les maquereaux & les harengs. Quoique ce poifson foit fort délicat, il fouffre trèsrbien le tranfporti & pour peu que l’air foit frais & fec, on en mange de très-bon à Paris.
- Article IV.
- Apprit des merlans dans les cuîjînes.
- 1129. Les cuifiniers apprêtent les merlans de différentes façons ; mais la maniéré la plus commune eft de les faire frire , ou de les fervir avec une fauce blanche , après les avoir fait cuire fur le gril. Quand il eft arrivé d’en prendre une fi grande quantité qu’on ne trouvait point à les vendre, on en a fait fécher i mais ce poifson qui étant frais eft très-délicat, diminue beaucoup de volume en féchant, & il devient dur comme de la colle-forte. (24) Pour le manger, on le fait revenir dans l’eau tiède \ mais alors il fait un mets très - médiocre. O11 ne l’eftime point dans le nord pour faire du flack-fish ni du hengfish j on en fait cependant, mais il n’eft pas d’un débit avantageux.
- (24) On pratique dans quelques provin-. derlepoiflbn ,& à lui ôter les yeux que l’on ces de la France une maniéré de faire fécher remplace par deux grains de fel, puis on le le merlan, qui, fi elle lui ôte une partie de fufpehdpôur quelques jours à la cheminée, fon volume & de fa délicatqflTe, lui donne en II n’en faut pas davantage pouf faler fuffîfam-revanche un goût plus fin & plus relevé qui filent tout le corps du- pôifibn, & pour le k fait encore rechercher. Elle confifte à vui- eonfervex.
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- Article V.
- Du meulenar ou meulenaer , en Hollande , molenaar.
- 1x30. On pèche à Dunkerque, dans la rade, même dans le port ,tm pe-tit poiffon qu’on y nomme mulenard. Comme les Allemands appellent mule*. les poiffons du genre des afellus, & que art lignifie dans la même langue forte, ne pourrait-on pas foupçonner que de mulen - art, on aurait fait par abréviation mulenart, auquel cas ce nom lignifierait Amplement, poiffon du genre des afellus ? Mais M. Danglemont, commifFaire général de la marine à Dunkerque , où l’on prend beaucoup de ces petits poiffons, me marque que les Flamands le nomment meulenaerts 9qx\>ïqŒioti qui lignifie, fuivant l’idiome du pays , meunier, & non pas petit merlan, puifque ce poilTon s’appelle en flamand wittynk ; cependant le meulenaerts relfemble en tout à un merlan , & en eft véritablement un jeune*
- 1131. Dans les mois de juin,juillet & août, lorfqu’il n’a que quatre à cinq pouces de longueur, on le nomme meulenaerts ; mais il grandit à me-fure qu’on avance dans la faifon, & alors on le nomme merlan, ou plutôt en flamand wittynk ; il eft fort blanc, ce qui le fait nommer meunier on meulenaerts en flamand. Comme il eft très-délicat, 011 ne peut le tranfporterj mais il eft eftimé dans les ports de mer & aux environs. O11 les frit comme les éperlans , & on les fert en nombre dans un plat : on les pèche avec des haims , & les petites cordes ,1a plupart tendues fur pâlots. Comme il fe corrompt très - promptement, à mefure qu’on le détache des haims , on le met dans des féaux remplis d’eau de mer, pour le vendre en vie.
- CHAPITRE IV.
- De Vanon de haute-Normandie ,• aigrefin ou agrefin de Bellon ,* êgrefin ou églefin à Dunkerque ; doguet ou guellekens en flamand ; b orra-chot a ou morue de Saint-Pierre des Bafques ; fchelfish de P Europe feptentrionale ; gadus dorfo tripterygio, ore cirrato, corpore albi-cante, maxilla fuperiorc longiore , cauda parum bifurca. Artedi. Afellus antiquorum. Hadock. WiUughby.
- 1132. J*’avais vu & mangé ce poiffon fur nos côtes ; j’en avais même le
- beau deffin que j’ai fait graver,pLX, néanmoins je délirais encore
- favoir
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- Sect. I. De la monte, & dès poijjons qui y ont rapport. 22s
- l'avoir en nature, pour m’aflurer de l’exaditude de ma defcription. M. Ma-gin ,ingénieur de la marine, a bien voulu m’en envoyer de Fefcamp jM. le Teftu, tréforier des invalides de la marine, m’en a envoyé de Dieppe i & M. Cleron , profelfeur d’hydrographie au Havre, m’en a fait parvenir une efquifle & une defcription : ces feeours me mettent en état de parler pofiti-vement de ce poilfon.
- 1133. C’est dans les mois de janvier & février qu’il paraît un peu abondamment dans la Manche, principalement du côté de Dunkerque, & dans ce tems auffi on en voit quelques-uns à la halle de Paris.
- Article premier.
- Defcription d'un aigrefin de grandeur médiocre.
- 1134. On prend beaucoup de ces poi/fons qui ont moins d’un pied de longueur i mais il y en a auffi de plus grands que celui que nous allons décrire , car on m’a afluré qu’on en trouvait qui avaient deux pieds & plus.
- 1135. Les pêcheurs de Dunkerque aflurent que plus ils vont au nord, tirant vers l’eft , plus les aigrefins font gros, & que dans les mers du nord ou en prend qui ont jufqu’à trois pieds. Quoi qu’il en foit, celui que nous décrivons avait quinze à feize pouces depuis A jufqu’à B j fa largeur en C à i’à-piomb de D près de l’anus était de trois pouces deux lignes.
- 1136. La longueur de la tête depuis l’extrémité de la mâchoire fupé-rieure A jufques derrière l’opercule des ouies auprès de S, était de trois pouces onze lignes} c’eft environ un quart de la longueur du poilfon : fa largeur en F, G, vis-à-vis l’œil était de deux pouces fix lignes ; de l’extrémité A de la mâchoire fupérieure jufqu’au centre de l’œil, il y avait un
- ^poiice cinq lignes. La prunelle de l’œil était bleu-foncé , & tout l’œil était, 'comme à prefque tous les poilfons de ce genre, couvert d’une membrane tranfparente. La mâchoire fupérieure était d’environ deux lignes plus longue que l’inférieure. La plus grande ouverture que la bouche pouvait avoir, était d’un pouce trois lignes de A en H. La langue était fort petite & douce au toucher.
- 1137. En fourrant le doigt bien avant dans la bouche, on fentait des éminences cartilagineufes qui étaient garnies d’afpérités. Les bords de la mâchoire fupérieure étaient.garnis de plufieurs rangs de dents fines,diftribuées irrégulièrement. La mâchoire inférieure était bordée d’un rang de dents un peu plus fenfibles, & avec le doigt on! fentait des afpérités au palais. Plufieurs auteurs ont dit que l’aigrefin n’avait point de dents. Apparemment
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- qu’ils ne reconnaiiTent pas pour être des dents les afpérités dont nous venons de parler.
- 1138. La forme du eorps de ce poilfon relfemble alfez à celle du lieu de Bretagne. Quelques-uns parailfent un peu plus ventrus ; mais on fait que la grolfeur des poilfons varie fuivant qu’ils font remplis d’œufs ou de laite, ou encore quand étant fort gras, leur foie eft gros.
- 1139. LE dos eft garni de trois ailerons M , N , O, difpofés comme ceux du lieu : feulement j’ai obfervé fur plufieurs que le premier rayon de l’aileron du côté de la tète était beaucoup plus long que tous les autres. Il a aulli fous le ventre derrière l’anus, deux ailerons P , Q_, comme le lieu ; l’aileron de la queue B eft fourchu. Plufieurs auteurs difent qu’elle eft coupée quarrément ; mais je l’ai vue fourchue dans ceux que j’ai été à portée d’examiner ; je préfume qu’ils confondaient l’aigrefin avec le tacaud , & eifedive-inent j’ai lieu de foupçonner que l’aigrefin de Flandres eft le tacaud de la Rochelle.
- 114.0. Je 11e fais pas s’il eft vrai que les Dunkerquois le nomment fchdl-vis ou fchdfish, qu’on dit lignifier poilfon à 'écailles. Il eft vrai qu’il en a , mais elles font petites , & quelques-uns font dériver ce nom de ce que la chair fe leve par écailles. La couleur fur le dos eft brune , ainfi que les ailerons du dos. Cette couleur s’éclaircit peu à peu en approchant du ventre ; la raie latérale S, T, qui s’étend des ouies à l’aileron de la queue ,n’eft pas fort courbe , elle eft noire : la couleur brune du dos du poilfon s’étend jufqu’à. cette raie, au-delfous de laquelle elle devient plus claire ou moins brune, s’éclairciifant peu à peu jufqu’au ventre, & à mefure qu’elle s’éclaircit, elle prend un brillant argenté. "
- 1141. Au-dessous de l’aileron M du dos, le plus près de la tète, il y1
- a une tache I, brune , alfez large, qui s’étend depuis le delfous de la raie longitudinale juTques fous la haute nageoire K du derrière des ouies. Cetteftache très-apparente, eft fort gluante lorfque le poilfon eft frais. Les nageoires L de delfous le gofier, font moins grandes que celles des ouies K. A lafym-phyfe du menton H-, on apperçoit prefque toujours un barbillon très-court; Quelques-uns n’en ont point j peut-être font-ils perdu. - ' J
- 1142. Aux uns l’opercule des ouies fait vers S un angle faillant , qui forme une efpece de pointe; à d’autres cette partie eft arrondie.
- 1143. Tous les auteurs difent qu’il y a fur les opercules des veines
- rouges qui femblent des vers de terre ; je n’ai pas fait cette obfervation. L’os de la tête en X eft creufé & forme entre les deux yeux une large gouttière. Au contraire, derrière F , l’os du crâne fe releveau milieu , & fait uiiÇ faillie en cet endroit. Le crâne eft fort dur 1 je crois que c’eft cette faillie que plufieürs auteurs ont indiquée comme une crête. *- >*
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- Sect. I. Delà morue, & des poijfons qui y ont rapport. 227
- 1144. Comme le dos de ce poiffon eft brun , tirant au bleu , & que cette partie eft bordée par la raie longitudinale S ,T, qui eft noire, les pêcheursr joignant à cela des taches I, ont comparé cette efpecede croix à celle qu’on apperçoit fur le dos & les côtés des ânes, ce qui les a engagés à nommer ce poiifon ânon. Oferait-on foupçonner que ce ferait ce poillon qui aurait engagé à nommer afellus tous ceux de fon genre ?
- H4f. La chair de l’ânon fe levepar feuillets. O11 prétend que ceux qu’on trouve fur des fonds vafeux font mal Clins ; au lieu que ceux qu’on prend fur les fonds de roche & de fable font eftimés de facile digeftion. L’extrémité des ailerons, fur-tout de celui de la queue, eft d’une couleur plus brune que le refte. La membrane branchiale excede l’opercule en - deifous vers la gorge, & a fix ou fept rayons ou côtes.
- 114.6. La véficule du fiel eft petite, placée le long de l’eftomac qui eft long, & au-delfous ou apperqoit beaucoup d’appendices vermicuîaires. Les nervures des ailerons & des nageoires font allez fortes & fenfibles du côté où elles font plus longues ; mais enfuite elles deviennent plus courtes , & font fi fines, qu’il n’eft pas poftible de les compter ; c’eft pourquoi nous 11e fêtons ici aucune mention de leur nombre.
- CaraCteres dift inet ifs de V aigrefin d'avec phijieurs autres poijfons.
- 1147. L’aigrefin relfemble alfez au lieu de Bretagne par la forme de fou corps & la pofition des ailerons , ainfi que des nageoires 5 mais il fe diftingue du lieu, i°. par les taches brunes ou noires I ; 2°. par les raies latérales qui font fort noires & moins courbées ; 3°. par la couleur du dos qui eft plus foncée j 40. parce que les lieux n’ont point de barbillon au menton, & que la plupart des aigrefins en ont un, à la vérité fort petit ; 50. parce que le lieu a la mâchoire d’en-bas beaucoup plus longue que celle d’en-haut, au lieu que l’aigrefin a la mâchoire d’en-haut un peu plus longue que celle d’en-bas : 6°. enfin, comme nous l’avons déjà dit, les aigrefins font ordinairement plus ventrus & plus applatis du côté de la tète que les lieux. La tache brune I , la couleur noire de la ligne S , T, l’échancrure de l’aileron B de la queue , fuftifentpour diftinguer l’aigrefin des petites morues franches.
- De la pêche de binon ou aigrefin.
- 1148. Ce poiifon fe trouve rarement dans la Manche; il eft plus com--mun dans la mer d’Allemagne où l’on en prend toute l’année de médiocre grolfeur ; cependant il en paraît quelquefois l’été de petits bancs dans la Manche, mais ils ne font pas gros & font peu eftimés j on fait plus de cas
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- de ceux qu’on voit à Dunkerque, depuis novembre jufqu’en février , où on les prend comme les lieux , foit avec des filets , foit avec des haims. Les pêcheurs Bafques difent qu’il n’eft pas fort abondant fur les côtes de Saint-Pierre, de Miquelon & de Port-à-Choix i mais qu’à l’isle Royale il y en a de grands comme des morues.
- 1149. Comme ce poilfon fe nourrit de petits crabes, on le trouve fréquemment dans les roches j mais fa voracité fait qu’il mord avidement à Fhameçon , ce qui défefpere les pêcheurs, qui aimeraient beaucoup mieux prendre de la morue franche. Ce poilfon chalfe le hareng, & quand il s’en eft nourri pendant quelque tems , il eft gras & très-bon. Les chiens & les flétans lui font la guerre, & le forcent à fe retirer dans des ailles où l’on peut en prendre une grande quantité, Quand les pêcheurs de morue manquent de capelans & de harengs, ils amorcent leurs haims avec de petits aigrefins.
- Préparation & ufage qiCon fait des aigrefins.
- iifo. Quand on prend de grands aigrefins fur les Bancs , on les fale comme la morue ; mais ils font beaucoup moins eftimés, leur chair devenant très-dure en fe deflechantj aufïi ne fe vendent-ils qu’avec le rebut. Anderfon dit qu’on 11e peut en faire ni de bon flackfish ni de bon heng-fish. Les petits qu’on prend dans la Manche avec le hareng, fe mettent dans les mêmes paniers, & fe vendent fans diftinélion. On les apprête aulîi dans les cuifines comme le merlan ; quelques-uns le trouvent très-bon & l’eftiment le meilleur poilfon de fon genre ; d’autres donnent la préférence au merlan, & peut-être cette variété de fentimens vient-elle des dfiféren-tes nourritures qu’ils ont rencontrées.
- Article IL
- De la goberge.
- IT^ 1. On ne m’a jamais fait voir fur nos côtes de poiflons fous le nom de goberge; cependant M. Deshayes, corrtmilfaire de la marine à Granville, m’a écrit que les pêcheurs de fon département en prenaient quelquefois r mais rarementi que s’il pouvait s’en procurer, il m’en enverrait une defeription exa&e. Comme je ne l’ai point reçue , je fuis obligé de m’en rapporter aux idées que les pêcheurs en donnent , quoique je n’y aie qu’une médiocre confiance.
- 1152. Ils conviennent tous que ce poilfon à écailles eft du genre des
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- Sect. I. De la monte des pciffons qui y ont'rapport, 229
- morues , & femblable au lieu de Bretagne par le nombre & la pofition des ailerons , ainfi que des nageoires. Ils aflurent qu’il a trois ailerons fur le dos ; mais ils font incertains s’il y en a un ou deux fous le ventre ; ils le difent feulement plus large & plus ventru que le lieu; fa bouche n’eft pas grande; fes dents font petites ; fes yeux grands; fon foie eft gros & rend beaucoup d’huile; fa chair eft plus ferme que celle du merlan, & plus délicate que celle de la morue franche.
- 1153. Les pêcheurs Bafques , qui le nomment goberia , difent qu’il y a des parages de l’Amérique feptentrionaîe où l’on en prend beaucoup , pendant que dans d’autres il n’y en a prefque pas. Quand ils en prennent, ils les préparent comme la morue franche ; mais au retour les goberges font mifes au rebut, & ne fe vendent que la moitié de la morue franche.
- 1154. M. de la Courtaudiere, commidaire delà marine à Saint-Jean-de-Luz , m’écrit que, fuivant les pêcheurs, la goberge relfemble au poif-fon que les Bafques nomment borrachota, ou morue de Saint-Pierre ; & d’autres m’ont alluré que la goberge a des taches noires derrière les ouies qui lui font donner le nom de poijfon de Saint-Pierre. D’après toutes ces informations, il me paraît très-vraifemblable qu’on nomme goberge 3 de grands aigrefins ou ânons ; mais c’eft un fimple foupqon.
- CHAPITRE V.
- Du tacaud à la Rochelle ; barctud-gode au Havre & à Dieppe ; poule de mer à Fefcamp ; petite morue fraîche à Paris ; malcot à Bref; guitau en Breton : gadus dorfo tripterygio , ore cirrato , longitudine ad latitudineni tripla, prima ani pinna olficulorum , triginta. ârtedu Afellus mollis latus. WiUughby.
- nfï- Le poilfon dont nous allons nous occuper eft inconteftable-ment de la famille des mch'ues , puifqu’il eft à arêtes & à écailles , qu'il a trois ailerons fur le dos A, B , C, pL X, fig. 3 , deux fous le ventre derrière l’anus D, E , deux nageoires derrière les ouies F, & deux fous la gorge G, l’aileron de la queue H coupé prefque quarrément, & un barbillon I au menton.
- Article premier.
- Defcription du tacaud par fes part ies extérieures,
- ily 6. On pêche à Oleron dans le mois de juillet des tacauds qui n’oht
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- que quatre à cinq pouces de longueur; mais ils font jeunes, & doivent devenir plus gros ; car il y en a dans une faifon plus avancée qui ont près d’un pied. Celui que nous allons décrire avait neuf pouces fix lignes de longueur totale, K H ; fa plus grande largeur en L M était de trois pouces forts. Sa largeur était donc à peu près le tiers de fa longueur, ' âinfi que le dit la phrafe d’Artedi; & comme fa plus grande épaiiîèur n’était que de treize à quatorze lignes, on voit que le tacaud eft plus applati que tous les autres poixTons de la famille des morues dont nous avons parlé. Il eft aufti plus court , relativement à (a largeur. Sa tète , depuis le bout du mufeau P jufqu’à l’articulation delà nageoire branchiale Q_, était environ,le quart de la longueur totale P H.
- 1157. L’opercule des ouies eft formé de plufieurs pièces ; il fe termine en arriéré par plufieurs finuofités. La membrane branchiale a fix ou fept côtes ; elle s’étend jufques fous la bouche. Le mufeau eft aifëz gros ; la mâchoire fupérieure eft plus longue que celle d’en-bas. Le crâne eft court, relevé , & fe termine à la hauteur des yeux. Le mufeau plus arrondi que pointu , préfente une éminence qui s’élève entre deux filions , au-delà del-quels & fort près des yeux font les narines. La bouche étant ouverte autant qu’elle peut 1 etre, a environ deux pouces de O en P.
- 1158* Le bord de la mâchoire O eft hérilfé d’afpérités. Il en eft de meme de la mâchoire fupérieure P , excepté que ces afpérité.s occupent une plus grande largeur. On remarque au fond du palais deux éminences cartilagineufcs, dures & de forme à peu près d’un fer à cheval , qui font garnies d’afpérités. La langue paraît un peu plus épaifte & plus détachée que dans le lieu & le merlan, & la racine eft garnie d’afpérités qui cor-refpondent aux os triangulaires du palais dont nous venons de parler. Ce poilTon a quatre branchies de chaque côté qui font garnies de tubercules, comme aux autres poiffons que nous avons décrits , c’eft-à-dire que le premier a feul un rang de dents qui n’ont qu’une demi-ligue de longueur.
- 11Ç9. A la pointe de la levre inférieure O eft uti barbillon I, qui a environ trois quarts .de pouces de longueur, & fe termine en pointe. Le tour .de la bouche eft garni d’une membrane alfez tnince , qui fe divife en deux , & dans laquelle eft un cartilage au moyen de quoi la membrane fe déploie & fe retire à volonté, ou, fi l’on veut, la mâchoire fupérieure eft compofée de plufieurs pièces contenues dans une membrane. C’eft à celles de devant que font attachées des dents fines , aiguës , aifez écartées les unes des autres, au moyen de cette membrane, ia.mâchoire fupérieure a la liberté de fe porter en-avant & en-arriere, fuivant la volonté du poilfon, & il femble que la mâchoire d’en-bas n’a que la facilité de s’abailfer & de fe relever. . c
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- Sect. 1. De la morue, & des poiffuns qui y ont rapport. 230
- *1160. Les yeux font grands , ayant fept à huit lignes de diamètre, élevés fur la tète , la prunelle eft large & noire, l’iris jaune citron ; cet organe eft couvert d’une membrane tranlparente qui paraît fuiceptible d’ex., tenlîon. Ce poilfon, comme nous l’avons dit, eft fort large relativement à fa longueur. Le dos eft charnu & garni de trois ailerons. Le premier commence à peu près à deux pouces en arriéré des yeux , & fe termine par une longue pointe A ; 011 y compte dix à douze rayons. Le fécond aileron B, occupe une plus grande longueur fur le dos. Les rayons, en s’inclinant vers l’arriere, forment avec le précédent, un angle rentrant L très-ouvert, puis déclinant peu à peu, il fe termine en pointe moulfe ; il a vingt-deux à vingt-trois rayons. Le premier rayon du troifieme aileron C , eft fort incliné vers l’arriere , & tous les autres diminuant graduellement de longueur, l’aileron entier prend une forme à peu près triangulaire : il eft compofé de dix-huit à vingt rayons.
- Ji61. La membrane qui unit les rayons des deux premiers ailerons,j eft épailfe & cependant mollette ; celle du dernier C, eft mince & aifée à-déchirer. L’aileron de la queue eft légèrement creufé en arc ; mais comme la membrane fe déchire aifément, fou vent elle paraît échancrée en triangle. Tous ces ailerons font bordés de brun ,& quelquefois liferés de blanc: cette couleur générale eft un gris très-foncé ; mais le fécond aileron du dos a fouvent une teinte rouge.
- U62. L’anus M, eft placé vers le tiers de la longueur totale.du poif-fon , en partant de l’extrémité du mufeau. Il y a deux ailerons entre l’anus & le commencement de l’aileron de la queue ; le plus près de l’anus D, formera peu près - une demi-ellipfe 5 il feft compofé de vingt-huit à trente rayons; il eft gris cendré, bordé de blanc; l’aileron E, qui fuit, eft plus charnu, & a une légère teinte de rouge; il eft formé d’une vingtaine de rayons , & relfemble alfez par fa forme & fa pofition au troifieme aileron C du dos. ; >: ' -
- M163. Derrière chaque ouie, à peu près vers le milieu , eft une nageoire F , qui à environ-|deux,; pouces de largeur, & fe termine en pointe. Sur l’articulation tfde Jc'étte "nageoire , ôrt a'pperqoit une'petite tache brune ou bleuâtre QL', très-différente'de* celle de l anbn : icette nageoire eft com-pofée de quatorze à feize rayons. Plus bas & prefque fous la gorge, font deux autres* nageoires G ^formées de cinq à fix rayons fort déliés, qui font d’inégale longueur. Entre ces rayons-il y en a deux bien plus longs que les autresl'' r ’ - '* • ' ; • " ' ' - b' * >
- - 1-164. Les lames pecftinées-des branchies font allez larges ; leurs fupportS' olféux , où les côtes branchiales, ont leurs intervalles garnis de dents très-fermes ,‘courtes &!' larges’, qui s’engrenent mutuellement' d’un fupport. à;
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- l’autre ; au-deffus du rang d’en-haut eft une bordure de dents fines , écartées les unes des autres , affez longues , un peu courbes , & toutes mobiles.
- 116$. La peau eft ferme, les écailles petites ÿ’^font fort adhérentes j la couleur du dos eft d’un brun verdâtre , les côtés font variés de différentes couleurs tendres, le ventre eft blanc ; mais ces couleurs changent peu de tems après que le poiffon eft mort. La raie latérale qui prend fa naif. fance au-deffus des nageoires branchiales ou aux yeux, defcend en formant une petite courbure, pour gagner la moitié de la largeur du poiC-fon qu’elle fépare en deux, & va fe terminer à la queue.
- Article II.
- Defcription du tacaud par fes parties intérieures.
- 1166. La chair eft blanche, tendre j elle fe détache par feuillets quand elle eft cuite, elle a peu de goût & fe corrompt aifément, ce qui fait qu’on n’en apporte à Paris que l’hiver. Le foie eft rouge-pâle, divifé en deux lobes , menus & longs. L’eftomac eft fort large relativement à la taille du poiffon j on trouve dedans de petits crabes gros comme des avelines, & de petits poiffons. La rate eft très-petite, rouge & triangulaire ,1e deffouS' du pylore eft fort garni d’appendices vermiculaires. La veffie pneumatique revêt la partie poftérieure de l’abdomen ; elle eft grande , blanche & d’un tiffu médiocrement ferme.
- 1167. Il y a certainement dans les poiffons , comme dans les autres ef-peces d’animaux, des variétés ou de légères différences qui confiftent dans la couleur & la groffeur; quelques-uns femblent un peu plus alongés que les autres; c’eft pourquoi quelques pêcheurs ont dit à M. le Roy, com-miffaire à Breft, qu’il y avait de la différence entre le tacaud & le mal-con de Breft , quoiqu’on 11’en faffe point à la poifsonnerie. De même il y en a qui veulent regarder comme des poifsons différens le tacaud & la gode ; mais en comparant avec foin les notes que j’ai reçues de M. le Roy. de Breft, de M. yilleheliot de la Rochelle , qui m’en a envoyé uti très - beau defîin , de M. le .Teftu de Dieppe, & de M* Cleron du Havre, &g. de plus avec les poifsons -qui m’ont été envoyés, & ceux que j’ai fait acheter à la halle de Paris , j’ai trouvé les différences fi peu confi-dérables , que je n’ai pas cru qu’il fût poffible de les rendre fenfibles dans des deflins , ni même par des defcriptions. Nous avons bien remarqué que le nombre des rayons qui forment les ailerons d’un tacaud & d’une gode n’eft pas exactement le même ; mais comme nous Pavons dit plus, d’une- fois, le nombre des rayons n’eft point confiant dans tous les individus
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- Sêct. I. De la morue, & des p&îffons qui y ont rapport.
- vidus d’une même efpece. Une feule cliofe m’a fait héfiter fur l’identité <le ces poifsons, c’eft que dans certains endroits, on met les godes au nombre des bons poifsons, & prefque par-tout on les méprife ; mais il en eft de même de prefque tous les poifsons. Le merlan qu’on eftime fort à Paris & dans les ports de la Manche, eft réputé très-médiocre ailleurs.
- Article IIL
- Caractères dijtinclifs de la gode avec la morue franche, le lieu, le merlan,
- & l'aigrefin.
- 1168. La. gode ou le tacaud ne peut être confondu avec la morue franche , même avec les jeunes , étant beaucoup plus court, plus large & plus applati. On ne peut le confondre non plus avec le lieu, puifqu’il a un barbillon j il a la mâchoire fupérieure un peu plus longue que l’inférieure , le lieu a l’inférieure plus longue ; il a une tache noire-à l’articulation de la nageoire branchiale , le lieu n’en a point; l’aileron de la queue eft plus fourchu au lieu & à l’ânon qu’au tacaud qui l’a prefque.coupé quarrément. La tache de l’ânon eft fort différente de celle du tacaud, tant par fa grandeur que par l’endroit où elle eft placée ; enfin, la forme de ces poifsons ne fe refsemble point, non plus que leurs couleurs. J’ai vu des tacauds où la marque brune de l’articulation de la nageoire branchiale était beaucoup plus petite qu’à d’autres , & je crois me rappeller d’en avoir vu quelques-uns qui n’en avoient point. J’ai aufli vu des tacauds qui au fortir de Peau avaient prefque tout le corps argenté comme le merlan.
- 1169. Willughby ne parle point du barbillon du menton dans fa def-cription 5 mais il eft représenté dans fa figure, qui eft une des meilleures qu’on trouve dans fou ouvrage. Il fe diftingue du merlan, parce qu’il eft plus large & moins épais ; de plus , il a un barbillon au menton, & le merlan n’en a point.
- Article IV.
- De la pêche du tacaud.
- 1170. 0& en prend toute l’année fur 110s côtes ; mais la laifon où ils font eftimés les meilleurs, font les mois d’o&obre , novembre , décembre & janvier. On en trouve dans les parcs , dans les filets qu’on tend à la côte, les tramaux , les manches , les verveux ; on en prend dans les nalfes & bou-raques qu’on emploie pour pêcher des cruftacées, & auiïi aux haims, en un mot, dans tous les filets qu’on tend pour prendre les lieux,les merlans, &c.
- Tome X. G g
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- Quelques-uns même s’engagent dans les manets avec les maquereaux, mais rarement, parce que la plupart font trop gros. Ce poiffon fe plaît dans les rochers : un pêcheur a alluré M. le Roy, qu’entre les roches du Tolin-guet, au - deffus de la rade de Breftil en avait pris une quantité prodi-gieufe , jufqu’à cent & cent cinquante en une pêche, & que cette abondance avait duré affez long-tems. Ce poilïon s’apprête dans les cuifines comme les lieux & les merlans.
- 1171. J’ai reçu delà Manche une defcription fommaire , mais bien faite , de là gode. Elle était faite fur de petites godes , grolfes comme des harengs. Cette defcription cadre fort bien avec la nôtre ; mais il y eft dit que ce poilfon n’a pas de barbillon. A cette occalîon,je me rappelle d’avoir deffîné & décrit un poilfon acheté pour gode à la halle de Paris , lequel n’avait point de barbillon. En ferait-il des godes comme des ânons , dont quelques-uns n’auraient point de barbillon, pendant que d’autres en auraient? Si cela eft, cette différence dépend-elle de l’âge , du fexe ? Ou ces poiffons font-ils fu)ets à perdre le barbillon par diiférens accidens ? C’eft ce que je ne puis décider ; mais je puis alfurer que toutes les godes , tacauds , ba-raux, &c. qu’on m’a envoyés des différentes provinces, avaient un barbillon affez long ; & peut-être que ceux qui n’avaient pas de barbillon , étaient de jeunes lieux qu’on prenait pour des godes , à caufe de leur petite taille,
- Article V,
- Du fcrgat cT O tonne.
- '1172. Le Tergal qu’on pêche aux Sables 5reffembte beaucoup au tacaud,’ à cela près qu’il eft plus petit, n’ayant pour l’ordinaire que lîx pouces de longueur , rarement neuf. On en prend quelques-uns l’hiver à la drague. Il aborde à la côte au mois de mai , & même l’hiver quand il fait doux } alors on en pêche dans les roches , & quantité dans le port même des Sables , où il féjourne jufqu’au mois d’août, tems auquel il fe retire. Lorfque l’air eft frais, on va le chercher le matin & le foir dans les fonds. Au milieu du jour quand il fait beaufoleil, il s’approche de la furface de l’eau ,où on le prend à la ligne avec des haims amorcés de vers. Sa chair qui reffemble affez à celle du barau , eft plus ferme & a plus de goût. Il refte à fàvoir lî ce poiffon 11e ferait pas de jeunes tacauds : je foupçonne qu’il n’a point de barbillon » & fi cela eft, il ferait plus convenable del’appeller avec les Olonnais merlan, fèrgat.
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- Sect I. De la morue, è? des poijfons qui y ont rapport. =.......... a^gL-,.=1—,,-r->
- CHAPITRE Vï.
- 23 T
- Du capelan de la Méditerranée ; anthiæ fpe cies fecunda. Rond. Gadus dorfo tripterygio, ore cirrato, corpore fexunciali, ano in medio cor-poris. Art. Afellus mollis minor ; afellus omnium minimus. JViüitg.
- 1173. Ï^ondelet 11e donnant point une defcription exa&e du capelan, & la figure qu’on trouve dans fon ouvrage ne s’accordant ni avec l’idée qui j’avais confervée de ce poiffon qui eft commun en Provence, ni avec la def. cription de Willughby, puifque cette figure repréfente un poilfon auflfi plat qu’une plie , & un feul aileron derrière l’anus , ce qui ne fe trouve dans aucun des gadus triptérygiens' d’Artédi , j’étais porté à croire que la figure de Rondelet n’était point exa&e ; mais d’un autre côté, j’avais peine à me per-fuader qu’un auteur qui avait fait une étude très-fuivie des poiffons de la Méditerranée, eut commis des fautes aufli confidérables à l’occafion d’un poilfon très-commun dans- cette mer. Pour me tirer de cet embarras , j’ai eu recours à M. Poujet, fils du lieutenant général de l’amirauté de Cette, quia beaucoup de connaifsances en tout genre, & particuliérement dans la partie de l’hiftoire naturelle qui regarde les poifsons.
- 1174- Toutes mes incertitudes font diflipées,au moyen d’une defcription très-exade que M. Poujet a bien voulu me donner du capelan de la Méditerranée : elle m’affermit dans les idées que j’avais confervées de ce poifson ; elle juftifie la defcription de Willughby, & prouve que la figure de Rondelet eft très-infidelle.
- Article premier.
- ... . •. ; .i :
- Defcription du capelan de la Méditerranée.
- II7?* La plupart de ces capelans ne peferrt que quatre à cinq onces , & beaucoup n’ont que .iix à fept pouces de longueur ; celui que M. Poujet a décrit, en avait huit & demi ; on en pêche quelques-uns de. plus grands. La largeur à l’à-plomb de l’anus, eft de deux pouces trois lignes, à l’endroit oùfe termine le fécond aileron dorfal quinze lignes , & fix lignes près la naiffance de l’aileron de la queue. Ainfi ce poifson eft , proportionnellement à fa grandeur, plus large que le merlan ,de la Manche 5 fa forme approche plus de celle de la gode j il a un barbillon au menton. De l’extrémité du mufeau au bord des opercules des ouies ,’il a deux pouces,ce qui établit la longueur de la tête » la mâchoire fupérieure excede un peu celle d’en-bas qui eft terminée par un barbillon afsez confidérable. G g i]
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- m TRAITE* DES T E C H E S. Partie II.
- 1176. On apperçoit auprès des yeux, deux narines de chaque côté, qui; font afsez ouvertes. Ses yeux font grands , leur iris eft argenté , ils font couverts d’une membrane tranfparente. La bouche eft afsez grande proportionnellement à la petite taille de ce poifson ; elle eft garnie de petites dents ou afpérités jufques dans la gorge. La couleur du dos eft un roux - clair , le ventre d’un blanc fale & argenté, l’un & l’autre brillans : fes écailles font fl petites, que plusieurs auteurs ont décidé qu’il n’en avait pôint. Les lignes, des côtés font près du dos & prefque droites ; l’anus eft à peu près au tiers de la longueur du poifson. Le dos eft garni de trois ailerons > le premier qui eft à fa-plomb de l’anus a douze rayons , le fécondé vingt, & le troi-fîeme dix-fept. Il y a fous le ventre , derrière l’anus , deux ailerons i le plus voifiti de l’anus a vingt-fept rayons, l’autre dix-fept. L’aileron de la queue qui brunit parle bout, eft un peu en croifsant, & formé de vingt - huit ïayons. Chacune des nageoires de derrière les ouies a treize rayons ; on n’en-compte que Cix aux nageoires dedefsous la gorge. La membrane branchiale a de chaque côtéfept rayons ou côtes.. La chair de ce petit poifson eft tendre , délicate & de bon goût. On l’apprête dans les cuifines comme le merlan.
- A- R T I; e L E I I.
- De la pêche du cap dan.
- 1177. On pèche ce poifson de bien des façons différentes ; mais en Pro*-vence, on en prend beaucoup avec le bregin & le gangui, que nous avons; amplement décrits, lavoir ,1e gangui, fécondé fedion de la première partie, & le bregin, troifieme fedion. Il eft bon de prévenir que ce poifson qu’on nomme capelan dans la Méditerranée, eft très-différent du capelan qu’on emploie dans l’Amérique feptentrionale pour amorcer les haims pour la pêche de la morue ; on en jugera par la defeription que nous donnerons de celui-ci. à la fin de cette fedion. Le capelan de Provence refsemble beaucoup à la gode j cependant je n’ofe décider que ce foit de jeunes godes.
- «*>-=- ' * —-----æ-rrzr-t.'rrrrrzr-rQ*-
- G H A P I T R E VII. ’
- Du grand merlus de Bretagne, appelle par quelques - uns merluche merlan de la Méditerranée : gadus dorfo dipterygio, imberbis, maxilla: inferiore longiore. Artedï. Afellus pritnus fîve merlucius. Willug.. Rond. Je crois qu'on l'appelle dans le nord mttling.
- 1178. ’jL^fous avons dit au commencement de cette fedion , dans laquelle nous nous femmes propofé de parler de la morue, & des poiffons:
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- Sççt\ J. De la morue, & des poiffolà qui y ont rapport. 237
- qu’on regarde .comme étant de la même famille, qu’on dfvife ces poiffons en deux clafles générales: une qui eft formée de poiffons qui ont trois ailerons fur le dos , & ceux-là ont un rapport plus immédiat avec la morue, comme on en peut juger par ce que nous en avons dit j ceux de la fécondé claffe n’ont que deux ailerons fur le dos , leur rapport avec la morue eût plus éloigné : nous allons maintenant nous en occuper.
- 1179. On comprend dans cette claffe le merlus , parce que parla forme de fon corps il reffemble affez à quelques - uns des gadus. dont nous avons parléî'mais il en différé beaucoup par la figure & le nombre.de Tes ailerons. En général, il eft affez rond > fon corps ainfi que fa tête font un peu alongés , ce qui fait que quelques-uns ont cru lui reconnaître la forme du brochet, & ont prétendu que le terme de merlus ou merlucius venait de maris lucius, brochet de mer. Quoi qu’il en foit de cette étymologie qui paraît un peu forcée, ce poiffon eft fort commun dans l’Océan & dans la Méditerranée , où on le nomme merlan; les gros fe nomment en patois provençal bardots, ce qui revient à l’âne. Comme j’en ai beaucoup mangé à Marfeille & à Toulon, j’étais très-perfuadé qu’il différait du merlan de l’Océan, &11 me paraiffait avoir du -rapport avec le merlus que j’avais vu en Bretagne \ mais pour en être plus certain , je me fuis adreffé à Narbonne à M. Gautier, & à M. Pau jet à Cette , & ayant d’un autre côté des notices de ce poiffon de toutes les côtes de l’Océan , particuliérement de M. Bourhis au Port-Louis , & comparant les deffms que j’avais du-merlus de l’Océan , avec ceux du merlus die la Méditerranée , je n’ai plus eu aucun doute que ce ne fut le même poiffon , auquel on avait dénué des noms différens. : • - ; w >> ;
- A R T I G L E P R E M I E R.
- Defcription du me.rlus par /es parties extérieures.
- il 8:0. On en prend* de ..fort grands, fur-tout dans l’Océan;, ce qui fait que plufieutsauteurs difent qnfil, eft plus-grand quel# cabillaud 5. c’eft pourquoi Oérard Mereatar l’appelle merlusrrwjor :?.nviïs on en prend uto bien plus grand nornbre.de petits. Celui que nous allons* décrire , avait un peu plus de trois pieds de longueur totale A B y pi X. La tête'A C, eft affez large , mais applatie , & finit un pen en pointe j fa longueur depuis le bout du rnufeau julques dlerriereiles ouïes ,i était de neuf pouceSiîill avait un peu plus de cinq pouces d’épaiffeur vers.DEv& quatre pouces & dètnf vers-F'G , deux pouces fîx lignes enTFî,* ainff le. corps: de ce poiffon fe1 termine en pointe- ?’ •' 1 an»i Tîgll» I^QUVERTURE d'e 'la bouche! eft grande ; la mâchoire d’en-bas A , eft,«n;pen.plusvlongue^quef celle' d’eç-haut N-elle: u’a^point de barbillon
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- T RA I T Ef DES PECHES. Partis IL
- elles font l’une & l’autre garnies de dents , dont un rang qui font rangées comme celles d’un peigne, font immobiles , & enfuite un rang de dents mobiles : les unes & les autres font un peu crochues. Au haut du palais eft un cartilage en croilfant, garni de dents , dont celles du bord font immobiles, & celles du milieu mobiles. Je crois qu’au fond du gofier il y en a encore qui font garnies d’afpérités ; il n’y en a point fur la langue. Les yeux font grands, l’iris eft jaune couleur d’or , cet organe eft couvert d’une membrane tranfparente.
- 1182. Ce poiifon a deux ailerons fur le dos; un petit D F , qui avait trois pouces de large à fon attache au corps , était formé de neuf ou dix rayons ; le plus long rayon était du côté de D, il avait deux pouces dix lignes de longueur, les autres allaient en diminuant, de forte que celui du côté de F était très-court. Le fécond aileron qui commence en F au-deifus de l’anus G , & fe prolonge jufqu’en I, fort près de la naifsance de l’aileron de la queue, était formé d’environ trente-huit rayons à peu près égaux jufqu’au vingt-cinquieme ; la longueur du plus long était de deux pouces; mais vers cet endroit K , ils augmentent de longueur au point d’ètre d’environ un quart plus longs que les autres , & d’avoir deux pouces neuf lignes , après quoi ils vont en diminuant jufqu’à la fin I.
- 1183. L’aileron G H du ventre commence derrière l’anus, il eft placé exa&ement au-defsous du grand aileron du dos F I ; il a le même nombre de rayons , & lui eft femblable, avec cette feule différence, que le premier rayon G eft un peu moins long que ceux qui le fuivent jufques vers O ; puis ils diminuent de longueur jufques vers P , & la partie PH fe termine à peu près comme K I de l’aileron du dos. Il eft bon de remarquer que les rayons des ailerons dont nous venons de parler font liés par une membrane très-mince qui fe déchire aifément, ce qui peut induire en erreur fur le nombre des ailerons tant du dos que du ventre.
- 1184. Notre poiifon avait derrière chaque ouie une nageoire L, qui avait quatre pouces fix lignes de, longueur , & était formée de douze rayons. Il y en avait deux autres M fous le ventre, alfez près de la gorge , qui n’étaient formées que de fix à fept rayons ; l’aileron de la queue B était coupé à peu près quarrément , if avait environ trois pouces ou trois pouces & demi de largeur ; l’anus G était plus près de la tète que de la queue , & à un tiers environ de la longueur du poilTon. Les écailles de ce poiifon font petites & minces , d’une couleur, cendrée du côté du dos & de la tète, & font blanchâtres en.' approchant du ventre, ayant des reflets argentins; mais ces couleurs changent peu de tèms après que le poiifon eft mort.
- 11 8 S- M. Gautier m’écrit que fur les côtes de Narbonne ces poilfo.ns ont le dos gris-de-fouris, & la tête ainfi que: les nageoires plus brunes y -mais
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- Sect. I. De h morue , & des poifjom qui y ont rapport. 239
- que le ventre eft blanc Taie. La ligne latérale part de l’angle fupérieur des Opercules des ouïes , & va prefqu’en ligne droite aboutir au milieu de la queue R. '
- 1 S A R T I C L E I I.
- Defcription du merlus par fes parties intérieures.
- 1186. Il y a quatre branchies de chaque côté , entre lefquelles eft le cœur, qui eft figuré comme un noyau de datte. Le foie eft grand & ordinairement blanchâtre j Je fiel eft verd , la véficule eft attachée au foie.
- 1187. L’estomac eft grand, alongé , large à l’orifice , beaucoup moins
- par en-bas ; au-deiTous du pylore , il n’y a point d’appendices vermiculaires, mais une efpece de fac qui eft allez grand & qui en tient lieu. Les inteftins font peu de circonvolutions ; la veifie pneumatique eft grande , attachée à l’épine & aux côtes j elle eft en grande partie membraneufe , & paraît revêtue en-dedans d’une chair rouge & glanduleufe. Outre les arêtes qui forment les côtes , 011 apperqoit des apophyfes épineufes qui font courtes , larges , obtufes & cartilagineufes. Les reins font grands , longs, & aboutirent à; la veflie urinaire ; aifez fou vent le péritoine îï’eft pas' blanc.- Pour le former uife idée plus exaéte de l’anatomie de ce poilfon ,il faut jeter un coiip-d’œil fur les figures de la planche X.(*) '
- 1188. Fig. 1 , lepoiifon repréfenté en entier. A, la mâchoire inférieure qui eftj plus longue que la fupérieure N j ÇV, l’œil qui eft fort élevé fur la tête j L , une des nageoires derrière les ouies ; M , une des nageoires de def fous la gorge j C, le derrière de 1 opercule des ouiesî D s le petit aileron du dos j F'I', le-grand aileron du dos ; K , la partie de' cet aileron où les rayons font plus longs ; G , l’anus ; G O P H ,l’aileron du ventre B j", l’aileron de ia queue j R S , la ligne latérale.
- 1189. Fig. 2 ; A , l’œfophage ; B, l’eftomac ; C , le pylore 5 D D, finteR tin ; E E, le foie ren verfé 5 F, la véficule du fiel ; G , la rate.
- 1190. Fig. 3j HH,la mâchoire fupérieure -,l, un rang de dents immobiles un rang de dents mobiles ; K ,K, deux autres rangs de dents placées, au palais vdont.les extérieures font* fixes, & les autres mobiles ; M ,1a mâchoire d’en-bas, dont les dents ont la même difpofition.
- 1191. Fig. 4 5 N, l’eftomac ; O, le pylore' P ; un gros appendice s CL> le duodénum.
- 1192. Fig. 5 ;R,le gros appendice jP 9fig, 4 , il eft ouvert pour faire
- voir les feuillets dont il eft garni intérieurement^ —
- 1193. La chair du merlus eft fort tendre, même quelquefois moîlafie &
- ( *) Les figures 2,4 & 5 ont été deflïnées par J5L de la Hire& M. de Juflïeu a bien voulu me les communiquer,
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- comme pâteüfe j néanmoins quand on prend ce poilfon en bonne faifon fur les fonds'de .roche & de gravier, & qu’il eft frais, fa chair eft de bon goût. Il n’en eft pas de même quand on le pèche fur des fonds de vafe, & lorf. qu’il a été gardé un peu long-tems ; malhetrreufemênt il ne fe trouve pas fréquemment fur les fonds durs , ce qui fait que ce poilfon n’eft pas généralement.eftimé : néanmoins les Bafques , les Catalans & les Efpagnols en font , cas lorfqu’il eft frais j mais il s’en finit bien que ce goût foit général : peut-être les fonds près des côtes d’Efpagne font-ils plus favorables que d’autres à la qualité de ce poilfon. Quoiqu’on en prenne toute l’année , ils font plus _qbondans & meilleurs depuis la mi-avril jufqu’au mois de juillet, que dans le relie de l’année , & il eft probable que dans certaines faifons ils fe retirent dans les grands fonds.
- Article III.
- Maniéré de pêcher les merlus,
- 1194. Comme ce poifson eft très-vorace, on en prend avec des haims qu’on amorce avec des fardines , des lançons, d’autres petits poilfons , ou avec des vers, même avec quelques efpeces de poilfons du genre des fei-.ches. Dans ^département deBreft, la pêche des merlus fe fait avec des bateaux du port de deux jufqu’à cinq tonneaux, montés par cinq ou fept hommes j leur gréement ordinaire eft de deux mâts & deux voiles quarrées : ils pèchent avec des haims , & tous les pêcheurs font à la part.
- 1 i9f. La plus grande pèche du merlus fe fait en Bretagne, à Audierne, Pentnarck & à l’isle des Saints. On y emploie de grands bateaux dont l’équipage eft de neuf à dix hommes ; ils pèchent ordinairement pendant la nuit à trois ou quatre lieues au large, les uns avec des haims , comme la morue , les autres avec des tramaux. Ces bateaux font les mêmes que ceux qui fervent pour la pêche des fardines, conftruits comme les Bifcayennes ; l’avant eft plus haut que l’arriere; ils ne font point pontés ^ils ont feulement une petite tille à l’avant, & une à l’arriéré.'Pour cette pêche , ils ne prennent ordinairement qu’un mât : lesdots fe partagent également entre le bateau ,1e maître & les matelots. Pendant la pèche , deux hommes nagent continuellement , & fe relevent toutes les heures. Si le bateau reliait immobile , ils ne prendraient prefque rien. Les lignes font un fil de caret, à l’extrémité duquel eft un plomb 8c un haim amorcé comme nous l’avons dit , & ils vont chercher leur poifson jufqu’à trente brafses de profondeur.
- 1196. Les Olonnais vont à deux ou trois lieues en mer , faire cette pèche avec leurs dragues , dont les mailles du filet ont un pouce & demi d’ou-
- 1 ' verturé
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- Sect. I. De la morue * & des poiffons qui y ont rapport. 241
- verture en quarré ; leur faifon eft depuis le mois de novembre jufqu’à celui de mai. A la Tête-de-Buch, ils prennent des merlus avec le Blet qu’ils nomment peugue. Nous l’avons décrit dans la première partie, leconde fc&ion. Les pêcheurs du Port-Louis font volontiers cette pèche avec des haims. En Provence , on prend les merlus avec le boulier ; la tartane , ou le Blet qu’on nomme bajlude ,ou encore avec le palangrier ; toutes ces façons de pécher font détaillées dans la première partie, fécondé fe&ion.
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- Article I Vr.
- Préparation & confommatîon de ce poifjon.
- 1197* On en vend de frais le plus que l’on peut} c’eft pourquoi on en tranfporte dans les bourgs & villages qui ne font point au bord de la mer. Mais quand la pêche de ce poifson donne abondamment en Bretagne, on en fait fécher & on en Paie,comme les lieux, qu’on tranfporte à Bordeaux*à la Rochelle & ailleurs.
- Salaifon du merlus.
- 1198* On Paie le merlus à peu près comme nous avons dit qu’on faifait la morue ; on tranche la tête, on l’ouvre enfuite depuis le col jufqu’à l’anus , on le vuide & on nettoie bien le ventre ; on ôte l’arête jufqu’à l’anus, ou bien pour le préparer à plat, on l’ouvre d’un bout à l’autre , & on emporte prefque toute l’arête.
- 1199. De quelque façon que le poifson ait été tranché , on le Pale : pour cela on en fait un tas têtes contre queues, & on met beaucoup de gros fel entre tous les lits de poilfon. Quand il a refté une ou deux fois vingt-quatre heures dans le fel, on défait les tas , & on lave les poiilons dans de l’eau de mer. A mefure qu’ils font bien lavés , on reforme de nouveaux tas , pour que le poilfon s’égoutte de l’eau du lavage pendant trois ou quatre jours -, enfuite on l’étend fur le galet ou fur des pierres pour le faire fécher au foleil j mais on a foin de retourner toutes les quatre ou cinq heures, jufqu’à ce qu’il foit bien fec, ce qui dure ordinairement huit jours; alors on le ferre dans des magafins fecs, jufqu’à que des marchands viennent l’acheter. Ainfi ce poilfon eft préparé à peu-près comme la morue feche de Terre-neuve, & c’eft ce qu’on doit véritablement nommer de la metluche, qui, quand elle, eft bien préparée, approche un peu delà bonté de la morue .feche. Les pêcheurs-Terre-neuviers en préparent, fur-tout quand la morue ne donne pas abondamment ; mais au retour cette merluche eft vendue .ave.c le rebut. Obfervez que cette iàlaifon 11e déchoit point dans les maga-
- Tome X. H h
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- 24* TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- fins : au contraire , lorfque le poiiTon a été bien féché, il y augmente de poids ; on le vend par paquets du poids environ de 200 livres.
- CHAPITRE VIII.
- Du lingue , grande morue barbue ou morue longue : enplufieurs endroits julienne : gadus dorfo dipterygio, ore cirrato , maxilla fuperiore lon-giorç.Artedi* Afellus longus. Wiüugbby. Afellus barbatus quorumdam.
- 1200. C^uoique les lingues relfemblent prefqu’autant aux lottes qu’aux morues , & que quelques-uns les nomment grandes Lotus, je crois devoir en parler dans cette fedtion, non-feulement parce qu’Artediles a mis au nombre des gadus , & Willughby avec les afelLus , mais encore parce qu’on en fille & qu’on en feche comme la morue franche, & qu’ainfi préparés , ils fe vendent avantageufement ; d’ailleurs nous ferons remarquer dans la fuite des caradteres qui empêchent de confondre les lingues avec les lottes.
- Article premier.
- Defcription du grand lingue par fes parties extérieures.
- i2or. Il y a plusieurs fortes de lingues, particuliérement le grand & le petit ; c’eft du premier dont nous allons nous occuper. Nous dirons enfuite quelque chofe du petit ; mais nous ne parlerons point dans cette fedtion des grandes lottes qu’on a mal-à-propos nommées petits lingues.
- 1202. Le lingue a le corps prefque cylindrique & fort alongé j il yen a qui ont quatre à cinq pieds de longueur de C en D , pl. X,fig9 6 j fa largeur en E G, fait environ la feptieme ou huitième partie de fa longueur totale C D. Ses écailles font petites, minces & fort adhérentes à la peau. Sa couleur au dos eft très-fouvent gris cendré, plus claire qu’à la morue franche i quelquefois cependant la couleur du dos paraît verd d’olive, ou d’un verd plus clair moucheté de brun i & à tous le ventre eft blanchâtre. Les lignes latérales P O font blanches & alfez droites.
- 1203. La tête P C eft alfez large & applatie en-delfus, ce qui fait paraître le mufeau pointu quand 011 le regarde de côté. La longueur de la tête eft environ la cinquième partie de celle de tout le corps. Ses ouies font charnues, le crâne forme au-delfus de la tête une arête qui eft com-prife entre deux larges filions, au-delà defquels eft une éminence alfez
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- Sect. I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. 243
- pointue qui termine’ les côtés de la tête en cet endroit. Les yeux font grands & couverts d’une membrane qui ne parait pas fort tranfparente ; leur iris eft jaune, couleur d’or; à caufe de l’applatiflement de la tête, les yeux paraiffent placés comme horifontalement en-deflus. Les narines iont entre les yeux & l’extrémité du mufeau C. La mâchoire fupérieure ex-cede un peu celle d’en - bas , au-devant de laquelle eft un barbillon cartilagineux L , qui a environ un pouce de longueur, & fe termine en pointe.
- 1204. Dans la bouche, au-deflus du barbillon ou de la lymphyfe du menton, la mâchoire ne paraît pas garnie de dents ; mais un peu au-delà il y en a qui font fines , très-pointuçs & fixes dans la mâchoire ; enfuite plus avant on n’en trouve que de petites. Toutes celles de la mâchoire fupérieure font très-courtes, très-déliées «St immobiles ; elles font difpofées en nombre & fans ordre fur une bande large de deux à trois lignes. On trouve encore au palais environ cinq dents crochues , fortes, longues » un peu écartées les unes des autres, donc une partie font fixes , & les autres mobiles ; elles font rangées fur deux lignes qui, en fe rapprochant par une de leurs extrémités, forment un angle. Entre ces crochets , il y a de petites dents fines, courtes & très-prëfsées les unes contre les autres. La langue eft blanchâtre, douce, mollette, pas fort épaifse , plus longue que large, & terminée en avant par une pointe moufse ; elle devient très-blanche à la cuif-fon : alors elle fait un manger délicat, mais qui a peu de goût.
- 12PS- A chaque côté de la tête, fous les opercules des ouies, font quatre branchies formées par des côtes cartilagineufes , garnies de lames fines & molles qui font comme une frange^ rangées fur deux lignes; à une, les lames font plus courtes qu’à' l’autre. Le defsous des çôtes çarti-îagineufes eft garni de protubérances dures, & plus avant vers le crâne font des dents fixes & crochues, entre lefquelles font quantité d’afpérités ; à l’autre extrémité des côtes cartilagineufes , il y a aulfi des dents, entre lefquelles il y en a d’alfez longues fixes, & qui s’inclinent vers le gofier.
- 1206» Le lingue a deux ailerons fur le dos $ celui A qui eft aflez près de la tête , eft formé par quatorze à quinze rayons.affez gros, mais fou-pies; l’autre B qui lui eft prefque contigu, &;qui s’étend jufque fort près de,la queue , eft formé par environ foixante & dix rayons, qui augmentent un peu de longueur vers fon extrémité poftérieure H. Ainfi l’aileron paraît un peu plus élevé à cet endroit qu’ailleurs.
- * 1207. L’anus T fe trouve prefqu’à l’à-plomb du huitième rayon K, de Paileron dû dos B. Derrière l’anus eft un aileron F , qui s’étend jufqu’à celui de la queue, & eft compofé d?à peu près cinquante - huit rayons plus courts vers F qu’aux extrémités I & Q; La partie QL eft à peu près pareille à la partie H de l’aileron du dos.
- H h ij
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- TRAITE' DES PECHES. Partie ÏI.
- 1208. Il y a derrière thaque ouie une nageoire M formée de dix-neuf rayons. Sous la gorge font deux nageoires N , de fix rayons feulement * dont les trois de devant fe divifent & préfentent trois filets qui excédent la membrane qui unit les autres; le premier de ces filets eft plus court que le fécond , le troifieme eft le plus long.
- 1209. L’aileron de la queue D , eft médiocrement large ; il paraît» quand il eft étendu, arrondi, & formant comme une palette. Tous les ailerons font bordés de blanc, & en quelques endroits chargés de taches brunes.
- 12 io. On m’a adrelfé une defcription de ce poiflon , fuiéant laquelle la membrane qui recouvre les ailerons eft à fon origine d’un gris fale qui devient gris de Maure, & à fon extrémité gris blanc. Ces couleurs s’ap-perçoivent fur tous les ailerons , même à celui de la queue ; mais elles terniiient peu après la mort du poilfon.
- Article II.
- Defcription des parties intérieures du lingue*
- 1211. L’estomac du lingue eft alongé , épais , très-fort, & garni en-dedans de quantité de rugofités ; la veffie pneumatique eft blanche , épaifle ; fon volume eft alfez confidérable ; elle eft, comme aux autres poilfons de même genre, adhérente à l’épine ainfî- qu’aux côtes , & bonne à manger. Au-delà des arêtes qui forment les côtes & la capacité ' de l’abdomen, on apperqoit de longues apophyfes épineufes »qui 'font un-peu courbes» & font comme l’office de faulfes côtes. Le foie eft fort gros, très-bon à manger , & rend beaucoup d’huile.,
- 1212. LtuwtNHOECK dit avoir trouvé cinq livres d’œufs dans un de ces poilfons; en ayant pele un gros , & compté combien cette petite maife contenait d’œufs , il a multiplié ce nombre par celufodes gros qu’il faut pour faire un poids de cinq livres ; il en a conclu que cette maife d’œüfs contenait 9,344,000 œufs. ( 25 ) Cette fécondité eft énorme ; mais on conçoit qu’elle eft nécelfaire, puifqu’indépertdammerit dès poilfons que* nous prenons, les petits poilfons fe nourrifsent des œufs & des petits qui ne vien-
- ( 2 O L’auteur du Spdlacle de la nature laite d’un merlus ,& il prétend avoir reconnu attribue ce calcul & ce réfulcat à trois eu- qu’elle contenait plus d’animalcules qu’il.n’y lieux qui fe trouvèrent d’accord entr’eux a d’hommes, vivans fur la fuiface de la terre à cet égard. Quant à Leuwenhoeck , i!,s’é- dans un même tems^ tait attaché l'examenmicrofcopique delà.
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- Sect, I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport. 24 S
- tient que d’éclorre j & les gros faifant une prodigieufe confommation de poifsons de toute grofseur, on a peine à concevoir comment la race des poifsons ne s’épuife pas entièrement.
- 1213. M. de Jufîieu ayant bien voulu me communiquer quelques figures de l’anatomie de la julienne, deflinées par M. de la Hire, je les ai fait graver , & en voici la defcription. Cette julienne avait trois pieds neuf pouces de longueur fur fix pouces de largeur.
- 1214. Fig. 7jA, Teftomac ouvert pour faire voir les plis de la membrane intérieure } B , le pylore -, C, le duodénum ; D , les appendices ver-miculaires -, E , le cholédoque 5 F , l'int'eftin ouvert pour faire voir les embouchures des appendices , & le mamelon du cholédoque.
- 1215. Fig. g -, G, G, les reins -, H , leur union} I, l’uretere} K, la veffie } L , L , les deux appendices } M , fon ouverture.
- , 121<5. Les fentimens font partagés fur la qualité de la chair du. lingue} elle eft fort blanche. Schoneveld, ainfi que d’autres auteurs , la trouvent plus délicate que celle du cabillaud., foit qu’on la mange fraîche, falée ou féchée. Ajoutons que, fuivant Anderfon, c’eft avec ce poifson qu’on fait dans le nord le meilleur rondfish & le meilleur‘kltppfish. Enfin, en Da-nemarck & en Angleterre, les lingues font plus eftimés que les autres poifsons qu’on prépare de même. Les Schetlandais préfèrent pour leur ufage la chair des grands lingues frais à celle des cabillauds.
- .1217. Nous avons mangé plüfieurs fois des lingues, non-feulement fur les ports de mer , mais encore à Paris ; & étant apprêtés au court-bouillon , ils nous.ont paru fort bons. Enfin1 les morues longues que quelques-uns,de nos.pêcheurs apportent falées de l’Amérique, comme les autres morues qu’ils nomment linguard, & qu’ils regardent mal-à- propos comme le mâle de la morue , font probablement des lingues , & elles paifent pour plus délicates que les autres morues , quoiqu’elles foient moins charnues. Cependant plu-fieurs prétendent que les gros;lingues font coriaces, & les regardent comme un des moindres poiffons que l’on fale. Dans les ports de Flandres, on en fait peu. de ,eas} on trouve leur chair feche & coriace ,même fpongieufe , & 011 alfure qu’elle fe corrompt promptement.
- 1218. Nous croyons qu’on peut attribuer ces différens fentimens à la différence des failons où l’on pèche les lingues ; car Leuvrenhoeck dit que les poiffons du genre des afellus font.de bonne qualité dans lè tems qu’011 nomme leur fai/bn.,^ que dans d’autres ils font mollalfes & infipides : c’eft peut-être ppuL cette raifon que les; lingues .qu’on prend en Amérique pendant les chaleurs , ifont peu charnus, & deviennent .durs , fecs & cpriaces dans le fel , bien; différens. des mêmes poiffons qui ontr été pêchés pendant le froid principalement eu Schetlanâ &en Norvrege. Nous penfons en-
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- *46 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- core que la nature du fol & de leur nourriture influe beaucoup fur la qualité de leur chair. Delà vient .probablement que la plupart des lingues de Terre-neuve qu’on prépare enverd,font mis au triage avec le rebut j au Heu que ceux qu’on prépare auflî en verd à Schetland, font mis fans dif. tituftion avec le poiflon marchand, d’autant que la chair en eft fort blanche, & que fourniflant de grandes pièces, ils deviennent plus utiles aux détailleurs.
- Article III.
- De la pêche, du lingue.
- 1219. On prend de ce poiflon au déboucher de la Manche ,au nord de l’Angleterre, fur le Doggers’banck. Les pêcheurs Dunkerquois qui vont au nord des isles Britanniques, depuis le mois de février jufqu’en mai, en prennent pêle-mêle avec des cabillauds & des aigrefins. Ceux qui vont à la pèche de la morue dans l’Amérique feptentrionale , ne prennent quelquefois dans les mêmes parages que des lingues , & d’autres fois que des morues, fuivant qu’ils tombent fur des bancs de ces ditférens poiflons. On en prend encore beaucoup dans le nord de l’Europe , en Islande, Schetland , Groenland , & fur-tout du côté de Spitzberg.
- 1220. Ce poiflon, naturellement vorace, fe jette fur les haims amorcés de hareng, de fardine, &c. On en prend donc avec les haims j mais on en trouve auflî dans les filets qu’on tend fur nos côtes fédentaires & par fond , tels que les folles , tramaux, &c. & dans les anfes avec des faines qui ont 60 brafTes de longueur fur une ou deux de chute. On en fale en Bretagne j mais comme on fuit les mêmes méthodes que pour les lieux , nous n’avons rien à ajouter à ce qui a été dit plus haut.
- Article IV.
- Du petit lingue, ou merlu barbu, ou gadus dorfo tripterygio , ore cirrato , maxillis æqualibus. Artedu
- 1221. Je me trouve avoir un beau deflîn d’un poiflon qui a beaucoup de reflemblance avec le lingue , & qui eft nommé petite morue barbue. A ce deflîn eft joint une defcription fort exa&e de ce poiflon, & quia une conformité entière avec le deflîn. Je n’ai point vu ce poiflon j j’ai feulement lieu
- de foupçonner qu’on en pêche dans la Méditerranée. Ce pourrait auflî être le petit lingue qu’on pèche à Schetland, qu’on n’apporte guere en France , quoique les Anglais l’achetent plus cher que le cabillaud. Ce fontdà, à la
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- £egt. I. De la morue , & des poifforts qui y ont rapport. 247
- vérité des conjectures j & c’eft principalement pour favoir la confiance qu’on doit y avoir , que j’ai fait graver le beau deflin que j’en ai, & imprimer fa defcription , invitant ceux qui auront été à portée de le voir , à me le faire connaître plus exactement.
- Defcription du merlu barbu, ou petit lingue.
- 1222. La, tête de ce lingue ,pl. X, fig. 9,n’eft pas alongéej fon œil C eft grand & vif, il eft placé aflez haut fur la tête, & peu éloigné de l’exçrè-mité du mufeau , fa bouche A B prend une aflez grande ouverture j elle eft garnie de dents qui, à la grandeur près ,reflemblent à celles du lingue ;fes levres font aflez épaifles » la mâchoire inférieure A , excede un peu la fupé-rieure B , &.eft garnie à fon extrémité d’un barbillon aflez long. Les écailles, tant du corps que de deflus les ouies, font petites & minces, de couleur cendrée, tirant un peu au verd, & elles deviennent blanchâtres fous le ventre.
- 1223. Il a fur le dos deux ailerons qui fe touchent par leur bafejle premier D femble n’avoir que fix ou au plus dix rayons. Lorfqu’il eft redrefle, il forme à peu près un triangle équilatéral, & à fon fommet il eft marqué d’une grande tache noire. Les extrémités des rayons excédent les membranes qui les lient les uns aux autres , & cela fe remarque fur tous les ailerons , quoique moins fenfiblement qu’à celui D : le rayon de cet aileron qui eft le plus près de la tète , eft beaucoup plus long que les autres. Le fécond aileron E , du dos , eft fort long ; d’abord les rayons font inclinés vers l’arriere , ceux qui fuivent font plus redrefles , & ceux qui font le plus vers la queue s’inclinent un peu. Ce grand aileron eft formé par quarante ou cinquante rayons } le bord de l’aileron, fur-tout en approchant de la queue, eft noir.
- 1224. Les lignes latérales prennent naiflance derrière les ouies, & forment une courbure confidérable pour gagner le milieu du poifson vers les deux tiers de fa longueur} puis elle fuit une ligne droite jufqu’à l’aileron de la queue.
- I22f L’anus eft placé aux deux cinquièmes de la longueur totale du poiflon. Derrière l’anus eft un grand aileron G, qui refsemble afsez à l’aileron E ; il eft auffî bordé de noir, mais dans une moindre étendue ; on y compte à peu près trente ou trente-deux rayons. Quand l’aileron de la queue F eft étendu ,il a une forme arrondie, & il eft lavé de noir; on y compte environ douze rayons, prefque tous fourchus j les nageoires de derrière les ouies font afsez larges & arrondies, elles fe prolongent jufqu’à l’à-plomb de l’anus.
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- 248 T RAI T F DES PECHES. Partie IL
- 12,16. Au lieu des nageoires de defsus la gorge , on voit de chaque côté, fort près de l’angle inférieur des ouies, deux barbillons très-longs H , com-pofés chacun de deux filets qui, paraifsent fortir d’une gaine commune,fe féparent à environ la moitié de leur longueur , & forment deux barbes dont la longueur eft à peu près des deux cinquièmes de celle du poifson; mais il y a toujours un de ces filets plus court que l’autre.
- 1227. Ce poifson a rarement plus d’un pied de longueur; il a le ventre moins renflé que la plupart des poifsons de fa famille ; cependant par la forme de fon corps qui a afsez de largeur, il paraît être charnu. La confif. tance de fa chair approche de celle du merlan. On trouve dans fon eftomac, comme dans celui des lingues , de petits crabes, & différentes efpeces de petits poifsons.
- 1228- Cette defcription du petite merlus barbu fe rapporte beaucoup à celle que Willughby donne d’un poifson qu’il nomme mujlellœ affitiis, qu’il dit être YafelLus calarias de Belon , ou le phyfis de Rondelet ; mais il me paraît que les defcriptions & les figures de ces auteurs font très-imparfaites : celle de Wiliughby eft la meilleure ; mais la figure qu’il donne fous le nom de tinca mafina, me paraît peu corre&e. Il dit qu’on apperqoit auprès des ouies une teinte rouge-pourpre, qui s’étend en dégradant jufi qu’aux yeux.
- ......-------------------------------==*==«»
- CHAPITRE IX.
- Du cap élan de l'Amérique feptentrionale.
- 1229. 3LiE petit poilfon dont je vais donner la defcription, n’eft point du tout de la famille des gadus ; mais comme c’eft un des principaux appâts qu’on emploie pour la pèche de la morue * j’ai cru qu’il convenait de le faire connaître. On dira peut-être que pour cette même raifon je devrais donner la figure du hareng, de la fardine , du maquereau , &c. Je m’en fuis dilpenfé, non-feulement parce que ces poilfons font fort connus dans tous nos parages, mais encore parce que j’aurai lieu d’en parler ex-preffément. Il n’en eft pas de même du capelan de Terre-neuve. Je ne crois pas qu’il s’en prenne dans nos mers : il eft peu connu de nos pêcheurs , & je ne prévois pas avoir à en parler dans la fuite de cet ouvrage. C’eft M. Guillot, commiifaire de la marine à Saint-Malo , qui a bien voulu me le faire connaître, en ayant fait venir du grand banc dans de l’eau-de-vie , qui me font parvenus très-bien conditionnés, aux couleurs près,
- qui
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- Sect. I. Delà morue, & des poîffons qui y ont rapport. 249
- qui changent immanquablement : Je vais en donner une defcriptien exa&e.
- 1230. La longueur AB,/»/. XI, fig. 1, de ce poiifon, eft à peu près de iîx pouces j (a tête diminue beaucoup de groifeur en approchant du mufeau Ai elle a depuis cet endroit, jufques derrière les opercules des ouies C, deux neuvièmes de la longueur totale du poiflon. L’anus K, fig• 3 » eft aux deux tiers de cette longueur , du côté de l’extrémité du inufeau.
- 123 r. La groifeur de la tète vis-à-vis C, eft de huit lignes aux figures z & 3 , & de neuf lignes à la figure 1 i ainfi elle a plus de hauteur que de largeur. La mâchoire d’en-bas fig. 1 , eft d’une ligne & demie plus longue que celle d’en-haut b. L’ouverture de la bouche a c, fig. 1 & 3, eft de cinq lignes. La diftance de l’extrémité a , fig. 1 & 2, de la mâchoire d’en-bas au centre de l’œil d, eft de huit lignes : l’œil eft grand , l’iris eft d’un jaune doré. La largeur de la tête au-deifus des yeux entre c & d, fig• 2, eft de cinq lignes. Les opercules des ouies s’étendent jufques fous la gorge , comme on le voit fig. 3 ; à l’endroit e e, où ils ont plus d’étendue j ils font à treize ou quatorze lignes du mufeau j & fur la tête en fi, fig. 1, à douze lignes de la mâchoire fupérieure b.
- 1232. Derrière la gorge & eti-deflous du poiifon , font deux nageoires arrondies E , fig. 2 & 3 , dont l’articulation D e , fig. 3 , au corps du poiifon, eft de cinq lignes ; depuis cette articulation jufqu’à la circonfé* rence E, il y a_un peu plus de huit lignes. Ces deux nageoires étant épanouies , fe joignent par leurs bords fous le ventre j elles font formées à peu près de vingt-cinq à trente rayons. On ne peut pas les compter exactement , parce qu’ils font très-déliés du côté où ils fe touchent, & parce qu’ils fe divifent en plufieurs branches, en approchant de leur extrémité , comme on le voit fig. 4, & on apperçoit deiîiis de petits points noirs. La membrane qui unit tous ces rayons eft mince & tranfparente : à'peu près à un tiers de la longueur du poiifon du côté de la queue , font deux autres nageoires H, femblables à E , mais un peu plus petites.
- 1233. Presque immédiatement derrière l’anus K, eft un aileron L, fig. 1 & 3 , qui s’étend prefque jufqu’à l’aileron de la queue M N i à l’infertion de cet aileron, il y a une éminence charnue qu’on voit en i, fig. 1. Il y a fur le dos deux ailerons, un O qui eft aflfez grand , & plus vers la queue un petit P ; on les voit fig. I & 2.
- 1234. La forme du corps de ce poiifon eft iînguliere. Le dos ou la partie fupérieure qui eft indiquée à la figure 2, par les lettres gghh, eft bombée , comme on le voit en a a , fig. 5 , qu’on fuppofe repréfenter une coupe tranfverfale de ce poiifon } on apperqoit au milieu b, un enfoncement bordé de deux petites éminences qui s’étendent de toute la longueur du
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- afo TRAITE DES PECHES. Partie II.
- poiiîon j mais la partie h h & g g , fig. 2 , que nous avons dit être bombée^ eft bordée par deux cordonnets dont on voit la coupe en a a, fig. ç j iis font d’une conftrudtion afsez finguliere pour mériter d’ètre décrits. En examinant ces cordons avec une loupe, on apperçoit, fig. 6, des révolutions femblables aux fils qui forment un cordonnet: ces bordures font très-fail-lantes ; les hélices font formées par des écailles alongées & pointues, à peu près comme on les a représentées.
- 1235. Au-dessous des cordons a a , fig. f , eft de chaque côté une fur-face prefque plate , qui ferait verticale fi ces furfaces ne fe rapprochaient pas un peu l’une de Pautre par le bas en d d, fig. ç ; une de ces faces verticales du poilfon fe voit à la figure 1 , entre gg& ii ; elle eh bordée en-bas comme en-haut par un cordon d d , fig. , ou i i , fig I : ainfi ces deux fortes de panneaux font compris, fig. 1, entre les deux cordons £ g & i i y & font couverts d’écailles rangées de haut en bas par files qui forment comme des bandes aifez larges, fig. 8- Chacune de ces bandes eft formée de trois files d’écailles fort petites, trés-artiftement arrangées , qui paraiifent à la vue fimple former comme une furface chagrinée.
- 1236. La partie e e ^ fig. qui forme le deifous du ventre du poiffon qu’on voit en Q_, fig. 3 , eft plate , allez étroite même au milieu Q_ du poilfon , mais qui s’étrécit encore beaucoup plus en approchant de la queue : cette furface eft couverte de petites écailles difpofées comme 011 l’a représenté fig. 7. La difpofition des écailles fur le dos ou à la partie bombée a a , fig. 5 , eft à peu près femblable, & ces écailles font fi exactement appliquées les unes fur les autres , qu’on ne peut prendre une idée de leur difpofition qu’avec le fecours d’une loupe alfez forte.
- 1237. Comme les poilfons changent de couleur dans l’efprit-de-vin, ceux que j’ai reçus étaient bruns fur le dos , dorés fur les côtés, & couleur de paille vif fous le ventre ; mais je crois qu’au fortir de l’eau ils font bleus fur le dos , & argentés fur les côtés & fous le ventre , car M. Guillot m’en a envoyé de très-frais qui paraiifent argentés : ce qu’il y a de certain , c’eft que tous les pêcheurs afliirent qu’ils ont dans l’eau des couleurs trèsœclatantes , qui contribuent à attirer les morues.
- 1238. Les pêcheurs diftinguent très-bien entre ces petits poiifons les individus mâles des femelles ; ceux-ci, quand ils font remplis d’œufs , ont le ventre fort gros, ce qui fait paraître leur tète plus menue , défigure la forme du corps , & change même la pofition refpeélive des ailerons & des cordons dont nous avons parlé, à peu près comme on le voit à la fig. 9 , que M.Guillot a fait defiiner en fa préfence. Quand les femelles font remplies d’œufs , elles paraiifent lentes & paredeufes j mais elles reprennent leur vivacité. quand elles s’en font déchargées. On a vu que le eapelan de Ro%
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- Sect. I. De la morue, & des poiff&ns qui y ont rapport. 2fi
- delet ou de la Méditerranée n’a aucune reflemblance avec celui qui fert fur le grand banc à amorcer les haims.
- 1239. Nous avons die qu’011 pêchait ce petit poiflon dans des anfes, où il fe raifemble quelquefois en aflez grande quantité pour en prendre avec des manets , mais pour l’ordinaire avec des faines qu’on tire fur le fable ; qu’il en parait quelquefois des bancs fi confidérables près de la furface de l’eau, qu’on les pèche en pleine eau avec deux bateaux , comme nous l’avons repréfenté pi. Fil. En ce cas , on en prend aufli avec des tramaux & des manets. Lorfque ces poiifons fe portent à la fuperficie , il y a des oifeaux qui plongent aflez avant pour leur donner la chaife, & ils en prennent. Ces poiifons font très - bons à manger frais î quelquefois cependant, mais fort rarement, on en fale quelques barrils. Lorfque la pêche eft abondante» on en fale aufli en faumure & àmi-fel, pour employer en appâts lorfqu’on en manque de frais.
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- SUPPLEMENT à la première feftion de la fécondé partie du traité général des pêches » concernant les morues.
- 1240. 33epuis l’impreflion de cette fedion,il m’eft parveuu quelques mémoires relatifs à l’objet que je viens de traiter ; & j’aurais tort de priver le public de ce qu’ils contiennent d’intéreifant.
- 1241. M. le Francq de Berkhey, dodeur en médecine à Leyde , ayant vu la première partie de mon ouvrage fur les pèches, chez M. Allamand, & faehant que je m’occupais de ce qui regarde les poiifons de la famille des morues, l’a jugé digne de fon attention, & a bien voulu s’intérelfer à là perfection: ce qui eft d’autant plus généreux de fa part, qu’il travaille à un traité fur l’hiftoire naturelle de la Hollande , dans lequel les poiifons doivent être compris. Une partie de ces mémoires ,dont je ne ferai point ufage , m’eft très-agréable, puifqu’elle m’aflure de l’exaditude du peu que j’ai dit fur la pêche de la morue par les Hollandais. Mais je vais rapporter les éclair-cilfemens qu’il a bien voulu me donner fur quelques points que j’avoue avoir traités trop légèrement.
- 1242. J’ai dit que les morues qu’on conuailfait dans le commerce fous le nom de morues de Meufe ,fe pêchaient à l’embouchure de ce fleuve ;ceîa n’eft pas exad. M. le Francq me marque qu’eifedivement ce nom eft reçu dans le commerce que les Hollandais font fur les bords de la Meufe , à la partie méridionale de la Hollande, & dans quelques endroits vers la Zélande , ainfi
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- af» T RA 1 T E' DES PECHES. Partie IL
- que dans les petites isles de la Meufe & de la Sambre, où ces deux rivières fe réunifient du côté de la Flandre Hollandaife. On arme pour la pèche de la morue dans de gros bourgs qui font à l’embouchure de la Meufe, dans la mer du Nord ; neuf hommes & jufqu’à onze , fe mettent dans une barque à vivier , qu’ils nomment kockers : ces barques font en état de fupporter la grolfe mer. Leur gréement confifte en un grand mât furinonté d’un hunier , un beaupré & un artimon. Le vivier pour conferver le poiifon en vie, eft à la partie la plus renflée de la barque, derrière le grand mât, ainfi qu’il fe trouve repréfenté dans la première feétion de cette féconde partie ,/>/. XII, fig. 2. Il y a des bâtimens à peu près pareils, qui vont à la pèche de la morue que l’on fale ; mais ils n’ont point de vivier.
- 1243. Les pêcheurs Hollandais de la Meufe, prennent les cabillauds ou morues avec des haims , comme nos pêcheurs, & ils amorcent avec un petit poiifon qu’ils nomment prikken , qui fe trouve alfez abondamment au Lek, dans un bras qui communique du Rhin avec la Meufe : on les prend avec les nalfes que nous avons repréfentées première partie , fécondé fedtion» Les cordes dont ils fe fervent pour tendre ces nalfes, font très-artiftement faites avec de l’oGer , ou quelquefois de l’auffe. Au défaut de ces poilfons , ils amorcent avec des harengs ou du foie de bœuf. Les pêcheurs rapportent leur poiifon en vie dans le vivier de leur barque, & le dépofent dans des réfervoirs qui ne font quelquefois que la coque d’un vieux vailfeau çxpofé au courant de la Meufe. Quand on leur fournit de la nourriture, ils y fubGftent long-tems , & y acquièrent une délicatefle qu’ils n’ont point au lbrtir de la mer , ce qu’on a mal-à-propos attribué aux viviers des bâtimens qui fervent à les tranfporter,où l’on seftime heureux quand ils ne meurent pas en chemin.
- 1244. Ce font ces poilsons confervés dans des réfervoirs , qu’on doit appeler mornes de Meufe ; car il ne s’en prend point ni dans la Meufe , ni même auprès de la côte. Mais comme les vraies morues dites de Meufe & font fait une réputation en Hollande & en Flandre, où l’on en apporte, les pêcheurs donnent le nom de monte de Meufe à celles qu’ils ont prifes fur dif-férens riffs , même fur le Doggers’hancki car une grande partie des morues fraîches que pèchent les Hollandais, font vendues en Flandres fous la dénomination de morues de Meufe. Pour cela les pêcheurs Holîandais qui reviennent de la pêche, en pafsant à portée des côtes de la Flandre, annoncent, par un pavillon ou lignai, qu’ils ont des morues. Les barques flamandes les vont joindre, les achètent en pleine mer, les prennent dans leurs viviers, & les vendent pour morue de Meufe. Mais après ce que me. marque M. le Francq, on voit que c’eft mal-à-propos qu’on leur donne ce aora, IL ne faut pas croire que ces barques à vivier des Hollandais St des
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- Sect. I. De la morue, & des poiffons qui y ont rapport.
- Flamands ne foient deftinées que pour rapporter des morues ; ils y mettent différentes efpeces de poifsons ; & pour faire leurs pêches près de la côte dans des endroits où il refte peu d’eau, ils ont de petits bateaux à fonds plats, qu’ils échouent à la côte , & qu’ils halent à terre fur des rouleaux.
- i24f. Nous avons dit que nos pêcheurs prenaient de petites morues avec différentes efpeces de filets. M. le Francq me marque que les Hollandais en prennent avec de grands filets qu’ils nomment kol, qu’ils traînent à la remorque étant fous voile , & avec des petits qu’ils appellent beug,8c dont les voiles ne font point parées. Nous avons dit encore que les Hollandais pèchent & falent de la morue au nord ; il eft bon d’ajouter qu’ils font des falaifons des têtes , & fur-tout des mâchoires , qui font regardées comme un mets délicat. On les vend fous le nom de kibbding.
- 1246. Suivant M. le Francq , les Hollandais nomment rondvish des ftockfish qu’on apporte en grands paquets ronds , qui font liés avec des cerceaux de faule, ce qui eft fort différent du rondfish du Nord, qui s’arrondit comme un bâton en fe féchant. Les Hollandais eftiment beaucoup ce qu’ils vendent fous le nom àe lingvish. Il me paraît afsez vraifemblable que ce font des lingues feches comme la morue. Au refte, il eft certain que les Hollandais qui font un grand commerce de différentes fortes de ftockfish, ne defsechent point de poifson dans le nord ; ils en prennent en échange de quantité de marchandifes qu’ils y portent. <
- 1247. M. le Francq me marque encore qu’on vend en Hollande le ftockfish ou poifson defséché , de deux façons : les uns tels qu’ils arrivent dans les bâtimens qui vont les chercher au nord; & les autres,après les avoir fait tremper quelques jours dans de l’eau de riviere avec de la chaux. Celui-ci fe vend plus que l’autre; néanmoins on prétend que cette préparation le rend de difficile digeftion.
- 1248. Je terminerai l’extrait du mémoire que M. le Francq a bien voulu me faire parvenir, par quelques articles détachés. 1. Le cabillaud de Hollande , ainfi que le bacaillau, eft Yafdlus. 2, Le mâle différé de la femelle, uniquement en ce qu’il eft un peu plus plat & plus foncé en couleur. Je foupqonne, comme je l’ai dit dans le corps de l’ouvrage , que c’eft le lingar des Grandvil-lois, qui n’eft point un lingue. 3. M. le Francq penfeque l’aigrefin eft le fchel-vish des Hollandais , qui le regardent comme le vrai afdlus, 4. La gode ou ta-caud eft le witting de Hollande, f. Le kolvish n’eft pas noir à l’extérieur, mais feulement dans la bouche. 6. Enfin,il parle d’un poifson nommé gulkie, qu’il dit reffembler entièrement au cabillaud, excepté qu’il eft plus menu, ce qui eft confirmé par un de ces poiffons defféché qu’il m’a envoyé. Serait-ce la goësle de quelques-uns de nos ports , qui eft une morue pour la forme & la grandeur.
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- 3Î4 TRAITE' PECHES. Partie II.
- mais qui eft plus noir fur le dos ? Les Bafques l’eftiment autant que la morue. Les pêcheurs de Dieppe prétendent qu’elle a cette couleur fur les fonds de roche, où elle trouve abondamment de bonne nourriture, & que ce même poiffon a une couleur verte & eft maigre fur d’autres fonds.
- 1249. Les pêcheurs de Saint-Malo difent bien que la goësle eft une forte de morue , mais dont la chair eft molle & fade, & qu’au débarquement on la met au rebut ; qu’heureufement on en prend peu : ils ajoutent que fes écailles font plus grandes que celles de la morue franche,& qu’elle a la queue fendue. Les différens noms que les pêcheurs donnent au même poif. fon,ainfi que les faulfes defcriptions , jettent dans un embarras dont on a bien de la peine à fe tirer ; car la circonftance de la grandeur des écailles, & d’avoir la queue fendue, ne conviennent pas à la morue franche. J’invite ceux qui liront mon ouvrage ,à me tirer de ces embarras, qu’on ne peut connaître que quand on a examiné les poiifons avec une finguliere attention j& c’eft probablement ce qui occaftonne la confufîon énorme qu’on trouve dans les auteurs.
- 1250. M. le Francq penfe, comme nous l’avons dit,que la morue falée & préparée en tonne, & qu’on nomme en Hollande abberdaan ou Xabber-dahn, tire fon nom d’un endroit d’Ecofte , qui fe nomme Abberdeen, & qu’il fe prépare comme nous l’avons dit.
- EXT RAI T d'un mémoire de M. le Roy , commiffaire de la marine
- au port de Breft.
- 1251. le Roy s’étant procuré une morue qui venait d’être prife au-dehors de la rade de Breft, a engagé M. Herlin , chirurgien de la marine , & démonftrateur d’anatomie à Breft, à en faire la diifedion. Je me bornerai à rapporter les obfervations qui ne fe trouvent point dans la defcription que j’ai donnée de ce poiffon.
- 1252. Cette morue avoit 2 pieds 10 pouces 6 lignes de longueur ; & à l’endroit le plus gros du ventre , 1 pied 10 pouces de circonférence , ou $ à 9 pouces de largeur. L’anus était à i6~ou 17 pouces du mufeau, & à cet endroit elle n’avai'c que 6 pouces de largeur. Sa couleur était grife fur le dos, & blanche fous le ventre ; les nageoires de la gorge étaient de cette cou-’ leur : tous les ailerons de la couleur du dos.
- 1253. La prunelle de l’œil était d’un bleu noir , l’iris doré \ilparaijfait argenté à la morue dont j'ai donné la defcription.
- I2Ï4* L’opêrcule des ouies eft formé deplufieurs pièces. La membrane
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- Sect. I. De h morue, & des poiffms qui y ont rapport.
- branchiale a fept rayons ou côtes.La racine de la langue eft hériflee d’afpérités.
- 12^5. Elle a de chaque côté quatre branchies garnies chacune de deux rangées de tubercules, excepté la derniere, qui n’en a qu’un rang. Les tubercules de la première rangée de la première branchie font plus longues que les autres ; elles ont environ deux lignes de longueur : elles font branlantes , n’étant pas reçues dans des alvéoles.
- 12<;6. Les écailles du dos, qui font les plus grandes , font elliptiques ; leur grand diamètre eft de trois lignes, & le petit de deux.
- 1257. Les véficules du fiel étaient petites, adhérentes au foie par une membrane & quelques vaifteaux. On a remarqué au-deffous une glande rouge grofle comme une petite feve. Le fiel de la véficule fe rend par un canal dans le duodénum , au - delfous & très - près des appendices vermicu-laires : on apperçoit aufli un alfemblage de plufteurs canaux qui partent du foie,& vont aboutir au canal fyftique, à un travers de doigt du duodénum. Ces canaux reçoivent la bile du foie qui eft fort gros,& la déchargent continuellement dans le duodénumjce qui fait,fuivant M. Herlin, que la véficule eft petite.
- 1258. L’intérieur de l’œfophage, ou le haut de l’eftomac, eft ftrié longitudinalement * le fond ne feft pas : on apperçoit au-delfus du pylore des valvules charnues, & enfuite grand nombre d’appendices vermiculaires. M. Herlin foupçonne qu’elles tiennent lieu du pancréas ; il en a exprimé une humeur jaunâtre , qui coule dans le duodénum. Le canal inteftinal, depuis le pylore jufqu’à l’anus , fait trois principales inflexions -, d’abord il defcend vers le bas de l’abdomen, puis il remonte & redefcend pour aboutir à l’anus ; fa longueur eft de trois pieds fix pouces j fa grolfeur eft à peu près uniforme. Outre ces débris de poilfons,ces meftieurs ont trouvé dans l’efto-mac des vers vivans très-menus , de deux pouces de longueur ; leur tête était comme un point noir ;& dans les inteftins un ver folitaire vivant & remuant : il était plat & plus large dans des endroits que dans d’autres. Iis en ont détaché de la longueur d’un pied.
- 1259. La matrice eft formée de deux poches membraneufes, chacune de 5 ou 6 pouces de long : elles font remplies d’œufs mêlés d’une matière vifqueufe. On voit à l’extrémité de chaque poche une veine & une artere j les deux veines vont fe rendre à droite & à gauche à un tronc commun 3 qui aboutit à l’oreillette du cœur. On apperçoit en-bas un réfeau veineux alfez confidérable , placé derrière les deux poches dont il fait partie ; ce réfeau rapporte le fang de la partie inférieure de la matrice,à un corps fpon-gieux & oblong qui eft fitué au bas de la veflie à air, fe prolongeant comme elle.
- iZCo. Ce corps fpongieux , ainfi que les deux troncs auxquels les deux
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- as* TRAITE' DJ S PECHES. Partie II.
- veines de la partie fupérieure de la matrice vont fe rendre , ont fixé "attention de M. Herlin. Leur pofition eft remarquable ; tous trois font fitués près de la veflie à air ,les deux troncs à la partie fupérieure de l’épine du dos , à droite & à gauche, & le corps fpongieux eft derrière cette même veffie, à la partie inférieure, ce qui fait foupqonner à M. Herlin que l’air contenu dans la veflie, fert à rafraîchir le fang renfermé dans ces trois dépôts , & que c’eft une efpece de fupplément au poumon.
- 226i. Le tilfu de la matrice eft fort, purement membraneux , entrelacé de beaucoup de vaifleaux & de quantité de nerfs ,qui tirent leur origine d’un tronc commun , qu’on fuit jufqu’à la partie inférieure de la moelle de l’épine. Ce tronc de nerfs fe divife en deux branches , dont la plus confidérable va fe rendre à la partie inférieure de chaque poche , & fe diftribue en remontant à toutes les parties de la matrice, &, fuivant les apparences , fournit un rameau à chaque œuf.
- 1262. L’autre branche , beaucoup plus petite, aboutit & fe perd dans un corps particulier ,qui dans ces animaux, femble remplacer les ovaires : ils font fitués à la partie inférieure du ventre , à côté de l’anus j ils n’exce-dent point la grolfeur d’une aveline : les ayant ouverts, on n’y a point trouvé d’humeur.
- 1253. La double poche de la matrice fe nouait par en-bas pour 11e former qu’un conduit commun d’environ un pouce de longueur, & aboutit fant à l’anus.
- 12^4. A la naiflance de ce conduit commun on apperçoit deux petites ouvertures qui admettent à peine une petite épingle , & répondent à deux canaux qui ne font ni frangés ni percés à leur extrémité.
- I26f. J’ai prévenu au commencement de cette fécondé partie,que je 11e me propofais pas d’entrer dans des détails pareils à ceux que nous venons de rapporter , croyant qu’ils conviendraient mieux dans un traité exprès d’anatomie, que dans une hiftoire des poilfons ; mais comme M. le Roy & M. Herlin fe font donnés la peine de difféquer avec attention une morue, je crois qu’il convenait de mettre le public en état de profiter de leur travail.
- EX T RA IT dune lettre de M. Fourcroy de Ramecourt, ingénieur
- en chef à Calais.
- 1266. Ïl paraît par une réponfe que M. Fourcroy a bien voulu me faire aux éclaircilfemens que je lui demandais relativement à l’aigrefin , i°. que
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- Sect. I. De la morue, © des poijfons qui y ont rapport.
- dans ce département on ne le connaît point fous d’autres noms que celui d’aigrefin ; 2°. que , comme je l’ai dit, la barbe du menton eft tres-courte , il l’ef-timed’une ligne de longueurj g0. que les nageoires de deifous la gorge, au lieu d’être repréfentées pliées, devraient être étendues, pour faire apperce-voir leur largeur ; 40. que les taches bleues de derrière les ouies fe prolongent quelquefois plus bas qu’on ne les voit dans la figure \ 50. que les aigrefins qu’on expofe au marché de Calais, font communément de 12 à 17pouces de longueur totales 6°. que leur couleur eft blanc-argenté fous le ventre, & g ris fur le dos, la raie des côtés noire , comme je l’ai dit ; 7®. que les afpérités & l’intérieur de la bouche font peu fenfibles > 8°- que l’aigrefin ref-femble beaucoup pour la forme aux moruettes , mais que fa chair eft beaucoup plus délicate que celle de la moruette.
- 1267. Toutes ces notes confirment l’exaditude de la defcription que j’ai donnée de ce poilfon.
- ADDITION à la première feftion de la fécondé partie , dans laquelle il s'agit des poijfons de la famille des morues & de leur pêche.
- 1268. IVÏon feul but , en compofant mon ouvrage fur les poifsons, étant de le rendre le moins imparfait qu’il me ferait poftible, j’ai invité ceux à qui il parviendrait, de vouloir bien m’informer des fautes qu’ils y appercevraient, & des chofes que j’aurais pu omettre ; afsurant ceux qui voudraient bien me faire ce plaifir , que j’informerais le public de l’obligation que je leur aurais. J’ai déjà éprouvé de bons effets de cette invitation , & M. Framery , conful -de France en Norwege, me fournit l’oc-cafion de lui témoigner ma reconnaifsance ; il avait remarqué que j’avais parlé fort fuccindement de la pêche des morues avec des filets , difant qu’elle était peu pratiquée en comparaifon de celle qu’on fait avec les haims, & que j’ai beaucoup détaillée. M. Framery m’ayant averti que depuis quelque tems la pêche avec les filets était fort en ufage, & qu’on l’adoptait tous les jours de plus en plus, toujours avec fuccès , je le priai de vouloir bien me mettre en état de réparer mon omiftion ; il y a confenti, & c’eft le mémoire qu’il a bien voulu me fournir à ce fujet, que je me fais un vrai plaifir de publier fous fon nom.
- Mémoire fur la pêche de la morue aux filets, ufitée dans la contrée de Stmdmeur en Norvpege.
- 1269. ? Le Sundmeur efi: une contrée de la Norwége , du gouvernement deBergne. Sa pofition , qui eft entre cette ville & celle de Dronthem,
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- âf8 TRAITE' DES PECHEZ Partie U.
- s’étend le long de la mer nord & fud : les pêches , qui y font abondantesl ont toujours fait la principale occupation de fes habicans ; c’eft chez eux auflî que la maniéré de pêcher la morue aux filets a pris naifsance. Charles Nielfen l’imagina en i68f » & depuis ce teins elle a été univerfellement pratiquée dans cette contrée avec des fuccès toujours égaux ; de forte que cette méthode s’étend de plus en plus en Norvège : car les pêcheurs du gouvernement de Bergne, rebutés par l’expérience de plufieurs années con-fécutives des pèches infriuftueufes qu’ils faifaient à l’hameçon, ont été obligés depuis environ dix ans, & malgré le penchant qui les attache à leurs anciens ufages / de recourir aux filets & d’abandonner l’hameçon qui n’eft prefque aujourd’hui ufité que dans les lieux où la pèche aux filets n’eft pas praticable ; enforte qu’aéluellement plus de la moitié des pêcheurs Norvégiens fe fervent, pour la pèche de la morue , de filets au lieu d’hameçons.
- 1270. Ce filet fe fait de fil à voile de Hollande ou d’Angleterre: les mailles ont trois pouces & demi en quarré (*) : anciennement on ne les faifait que de quinze mailles de hauteur j aujourd’hui ils en ont communément vingt-cinq à trente, même quarante. La maniéré de faire les mailles de ces filets ne différé pas de celle qui eft décrite au commencement de la première partie de cet ouvrage, excepté que le moule , pL XII % fig. 3 , eft plus grand, & qu’il eft taillé différemment. Il a fouvent quatre pouces trois à quatre lignes de long, fur environ trois pouces & demi de haut, ou de A en B 5 le bas de ce moule en A eft arrondi de forme ovoïde & de l’épaiffeur d’un pouce & demi. Il va en diminuant jufqu’au haut B qui n’a pas deux lignes de large, & qui eft un peu arrondi pour la commodité de celui qui le tient s c’eft à cette extrémité qu’aboutit le nœud qui ferme la maille.
- 1271. Chaque piece de filet a trente à trente-cinq braffes de longueurs & vingt-quatre pièces font une teffure , qui s’appelle en norvégien gara fattning : on les joint toutes enfemble , lorlque les bancs , fur lefquels les pêcheurs établiffent leur pèche, ont affez d’étendue pour pouvoir les contenir. Un homme exercé à travailler aux filets peut en faire dix à douze 'braffes par jour : ils durent avec un peu d’entretien cinq à fix ans, & quelquefois davantage, fuivant que l’on a plus ou moins occafion de s’en fervir, & le foin que l’on en prend. Une pareille teffure coûte , toute montée, quarante rixdalers , qui font cent quatre-vingt livres argent de France, Les pêcheurs qui font très - adroits.& très - induftrieux, font eux-
- (*) Plus ou moins , car il y a des endroits deur des mailles à la groffeur des morues * •ù la morue étant tantôt plus petite & tan- dans les lieux où l’on établit fa pêche, tôt plus grande, on proportionne la grai*
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- Sect. I. De la morue ,& des poiffons qui y ont rapport. 2^9
- mêmes tous leurs filets, & leurs femmes filent & font le fil retors avec quoi on les travaille. !
- 1272. Lorsque les filets font faits, on les monte par le bas fur une corde de fix fils, & au haut fur une de neuf fils , qui eft de la groffeur du petit doigt ; on les attache fur l’une & l’autre corde de quatre en quatre mailles , ce qui fert à maintenir le fil & à développer les mailles lorf. qu’on jette les filets à la mer : de demi-aune en demi-aune on met de petits anneaux à la corde du pied des filets, auxquels on attache, lorfqu’on. les jette à la mer, de petits fies remplis de pierres qu’on appelle fœkkc ftem, qui fervent à les faire caller au fond de l’eau & à les y retenir. On préféré cette méthode en Norwege à celle de fe fervir de plomb qui eft tifitée en France pour faire le même effet. Néanmoins les pêcheurs de Bergne , au lieu de fe fervir de facs de pierres, fe fervent de morceaux de pierres qui font percés à un des angles le plus pointu : iis s’imaginent que ces pierres ou facs, par leur volume , tiennent plus folidement les filets, en s’enterrant dans le fable, que ne fait le left de plomb.
- 1273. Au haut ou à la tête des filets, on emploie, à la place du liege , des morceaux de bois très-léger (falix caprta') ; chaque morceau de bois a trois huitièmes d’aune de long, deux pouces de large par le milieu, allant en diminuant jufqu’aux deux extrémités qui n’en ont tout au plus qu’un. Au-deffus il eft fait un peu en dos d'âne, & au-deffous il eft tout-à-fait plat : ce côté s’applique fur la corde du haut des filets ; on en met ainfi tout le long, à la diftance de cinq huitièmes d’aune des uns aux autres : ils font attachés premièrement par le milieu A ,Jzg. 4 , & enfuite par les deux extrémités B : ce morceau de bois s’appelle en norvégien cavtkmi. Son effet eft de tenir les filets fufpendus verticalement & allez fermement pour les garantir, lorfqu’il fe rencontre des courans , des agitations & vacillations, à quoi on croit que les lieges qu’on a coutume d’employer ailleurs font plus fujets.
- 1274. Comme la morue, dans certaine faifon de l’année que les pê-
- cheurs connaiffent , abandonne le fond de la mer, & qu’elle fe tient à dix, quinze & vingt brades d’eau de profondeur, les pêcheurs , pour y placer leurs filets & les empêcher de gagner le fond de la mer ou ils feraient inutiles, fe fervent de petits barrils de chêne ou de fapin pour les fufpen-dre, à la profondeur d’eau où fe tient le poiffon ; ils en mettent à une diftance égale dix à douze qui fe tiennent tous au-deffus de l’eau. On peut prendre une idée de la difpofition de ce filet dans la première partie, fécondé feélion. ‘ , ................ . . , .
- 1275. À chaque extrémité du jet de filet,pend à un coin du bas une double corde g9fig. f , de quelques braffes de longueur, au bout, de la-
- - ’ * K k ij '
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- i6o TRAITE' DES PECHES. Partie H.
- quelle eft attachéë une efpece d’ancre appellée krake en norvégien, qui fert à tenir les filets dans la direction où on les a mis. Ce krake eft formé de deux morceaux de bois a b, liés en forme de compas: on met une pierre ce, fuffifamment grolfe, entre les deux branches qui la ferrent par le milieu, & dont les deux extrémités entrent dans un morceau de bois dd, large de quatre pouces , & de deux d’épaiileur, fur le plat duquel l’extrémité la plus large de la pierre pofe, ainfi qu’on le voit, fig. f. Un tel grappin eft fuffiiant pour tenir les filets dans la même direction qu’ils ont été pofés , & fa forme le garantit de s’embarraffer dans les rochers, ce qui le fait préférer à l’ancre dont on fait ufage ailleurs. A chacun de ces krakes tient un orin h & deux cordes e c , au bout defquelles il y a une ou deux bouées de bois de fapin ff 9 qui flottent à la furface de l’eau. Le premier krake en a une qui indique le commencement du filet : le fécond en a deux qui indiquent l’autre bout ou l’extrémité du filet. Sur ces bouées , ainfi que fur les cavelernés font empreintes les marques des maîtres pêcheurs à qui les filets appartiennent, pour qu’on puiife reconnaître qui en eft le propriétaire.
- 1276. Les bateaux dont on fe fert pour la pèche delà morue , s’appellent fieurring-far : ils font eonftruits par des pécheurs ou des payfans Nor-wégiens, qui prefque tous entendent cette bâtilfe ; ils font faits de bois de fapin choifi , taillés fort fin à l’avant, où les Façons font pareilles à celles de derrière ; ils ne font point pontés , mais découverts comme nos chaloupes ; ils ne portent qu’un mât & une feule grande voile, qu’ils tiennent haute lorfqu’il fait beau , & qu’ils bailfent à la moitié ou aux trois quarts lorfqu’il fait mauvais tems. Ils font bons voiliers & foutiennent bien la mer dans les gros tems ; les bords n’ont d’élévation au-deifus de l’eau qu’un pied ; & lors même qu’ils font chargés , ils n’ont au plus que huit pouces. Pour la pèche au filet, les fehuts feraient trop faibles, il en faut de plus forts; ils fontalfez femblables au yacht que nous avons repréfentéfig. 6. Us ont fix hommes d’équipage qui rament lorfqu’ils ne peuvent porter la voile, ou lorfqu’ils veulent aller plus vite; ils ont ordinairement quatre avirons de chaque côté, un homme en manie ordinairement deux. Un pareil bateau qui a un gouvernail qui fe démonte lorfqu’on veut aller à la rame jfons porter la voile, coûte tout armé, c’eft-à-dire , avec voiles , avirons & les manœuvres qui font fort (impies, environ quarante rixdalers , ou cent quatre-vingt livres de France.
- 1277. L’habillement de mer des pêcheurs mérite qu’on en fafTe ici mention : il eft fans doute inconnu en France, & tout-à-fait différent de celui dont fé fervent les pécheurs Dieppois pour la pèche du hareng. Celui des Norvégiens, qui n’eft pas, à beaucoup près, fi pelant, les gêne moins,
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- 5ect. I. De la morue, & despoiffons qui y ont rapport.
- leur laiffe toute leur agilité, & néanmoins les garantit mieux; car par fa forme, quelque tems qu’il faife, & quelque continuelle que foit la pluie , leurs vètemens de delfous n’en font jamais pénétrés : c’eft ce qui contribue , fins doute , à les préferver de maladie & à leur faire fupporter les fatigues de leurs différentes pèches , d’autant plus exceflives , qu’elles fe font pendant l’hiver.
- 1278- Ils ont premièrement de bonnes bottes à l’épreuve de l’eau , d’un cuir qui n’eft ni trop épais ni dur s & qui par conféquent ne les embar-ralfe pas ; elles leur montent jufqu’à la moitié des cuiffes : ils ont enfuite un bouzaron de peaux de boucs apprêtées, efpece de culotte très-large, pareille à celle de toile que portent en merles matelots Normands, excepté que la ceinture des bouzarons des pécheurs Norvégiens eft très-large & les ferre au-deffus des hanches. Ce bouzaron qui eft fort ample du bas , fans boutonnières , leur defcend jufqu’à la moitié des jambes : outre cela ils ont une efjjece de camifole fermée par le bas avec une ouverture fur la poitrine, affez grande pour paffer, en la mettant, la tète & les bras, & qui eft garnie de boutonnières, pour la fermer lorfquelle eft mife. Cette camifole eft précifément faite cortime une de nos chemifes , excepté qu’elle n’eft pas , à quelque c’nofe près, aufti ample , ni le col fi haut, n’étant que d’un doigt de hauteur , & qu’elle n’eft pas fendue par les côtés : elle leur joint le col, leur ferre le poignet quand elle eft boutonnée jufqu’aux extrémités des manches, & leur tombe jufqu’à mi-cuifse. Les bouzarons de Norvège refsemblent aux bloufes de toile qu’ont nos charretiers de grande route.
- 1279. Quoique les pêcheurs Norvégiens foient pourvus de bonnets de cuir & de laine, ils font en outre munis d’un chapeau afsorti à l’habillement qu’on vient de décrire, & dont ils fe fervent lorfqu’il pleut, ou qu’il fait de gros tems : ce chapeau eft fait pour être rabattu , & ne fe releve jamais ; il eft d’une efpece de bure grife, fort épailfe & très-ferrée ; il eft couvert , tant par-deffus que par-deffous, jufqu’au-dedans de la forme, de peaux de boucs apprêtées & fi artiftement travaillées , que la pluie ne pénétré jamais la bure par les coutures. Ce chapeau eft fort roide; les bords ont cinq pouces de largeur , & environ quatre à cinq lignes d’épaiffeur : il garantit la tète des pèchenrs & leurs épaules de la pluie, & il n’eft pas moins curieux que fingulier de voir comment par un mouvement de tête prompt, uniforme & très-adroit, ils parent, en préfentant leur large chapeau , les écla-bouifures des vagues qui fe brifent à côté d’eux, & rejailliffent fur leur bateau.
- 1280. Tout cet habillement eft fait par les pêcheurs, excepté les bottes, qu’ils ne font pas ; tout le refte eft de peaux de boucs apprêtées & coufues
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- 26z TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- avec des courroies de la même peau, & fi adroitement, que les coutures font à l’épreuve de l’eau , c’eft-à-dire , qu’elle n’y pafle pas. Lorfque les pécheurs reviennent de leur pèche , la première chofe qu’ils font , après avoir ôté les filets hors de leurs bateaux , eft de mettre leurs hardes fécherj & lorfqu’elles font feches, eux ou leurs femmes les frottent entre leurs mains, & les endui-fent peu à peu toujours en frottant, d’une efpece de grailfe liquide, faite avec de l’huile de poilfon & du goudron : ils ne cèdent de les frotter que lorfque le touteft parfaitement fouple. Cet habillement ainfi apprêté ne rend pas une bonne odeur i mais l’extrême utilité qu’ils en retirent & l’habitude ne le leur rendent pas auffi défagréable qu’on pourrait fe l’imaginer.
- 1281. La pêche de la morue fe fait deux fois par année en Norwege : l’une au mois de juillet, qu’on appelle pêche d'été ; dans cette faifon la morue n’eft pas roguée: l’autre depuis la Chandeleur jufqu’à pâque, qu’on appelle pêche d'hiver. Cette derniere pêche fe fait après celle du hareng, dont la morue s’eft abondamment nourrie j c’eft alors que ce poidon prede de frayer , abandonne la pourfuite du hareng pour aller dépofer fes œufs fur les bancs qui font à quelques lieues & tout le long de la côte de Norwege. C’eft, pour le dire en padant, cette derniere pèche qui eft générale , tant dans le Sundmeur , que dans le Nordland & à Bergne, qui fournit toutes les rogues dont on fait tant d’ufage en Bretagne pour pêcher lafardine. Cen’eftpas une compofition, comme le dit M. Deslandes i c’eft uniquement les œufs de la morue, falés avec du fel de France, & mis adez négligemment dans un barril de bois de fapin.
- 1282. Lorsque les pêcheurs fe difpofent pour aller à la pèche , ils portent avec eux les provisions dont ils ont befoin , qu’ils chargent dans leur fieurring: ils confident en flat breud , efpece de galette ronde d’un pied & demi de diamètre, de l’épaiifeur d’un liard, & cuite fur une plaque de fer mife fur un fourneau deftiné à cet ufage ; cette galette eft faite de farine d’avoine & d’orge mêlées enfemble ; elle fe confierve très - long-tems : du beurre ,du hareng falé, une boilTon appellée fu{e dans le pays , faite avec le lait caillé aigri. Ils embarquent encore de l’eau, du tabac & de l’eau-de-vie (*). Chaque pêcheur qui pêche pour fon compte, fe pourvoit lui-même de ces provifions qu’il met dans un coffret fait exprès : s’il pêche pour le compte d’autrui, celui qui l’emploie les lui fournit, fuivant l’ufage. Lorfque les provifions font embarquées, on charge les filets ( c’eft ordinairement à l’arriere du bâtiment), & on les difpofe de maniéré que les cavelernés foient couchés dans un même endroit les uns fur les autres,ainfi que les anfes
- ( * ) Les pêcheurs & les payfans Norvégiens font fort fobres ; ils ne font aucun ufagç it la viande, quoique les beftiaux foient abondans chez eux.
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- Sect I. Di Ift morue, 6? des poiffons qui y ont rapport. 263
- deftinées à attacher les facs de pierres. Ces facs de pierres font dans un endroit féparé au fond du bateau. Un bateau pêcheur qui a fix hommes d équipage, a ordinairement avec lui vingt-quatre pièces de filets de la longueur que l’on a précédemment indiquée. Cesfieurrings s’arment aifez communément en commun, & chaque homme apporte fes provifions avec quatre pièces de filets „ & paie pour le tems de la pêche le loyer convenu au propriétaire du bateau.
- 1283. Quand ils ont embarqué leurs provifions, leurs filets & tous les autres uftenfiles qui leur font néceflaires, & qu’ils font arrivés à l’endroit où ils doivent établir leur pêche , qui eft , fuivant les faifons ,à deux, quatre, fix & dix lieues des côtes, fur quinze, trente, quarante, cinquante, même quatre-vingt & quatre-vingt - dix bralfes de profondeur, alors deux hommes commencent à ramer fuivant la diredion qu’on veut donner aux filets j deux autres , dont l’un eft toujours le pilote s’occupent de mettre des filets à l’eau j ils commencent par jeter à la mer le krake qui eft attaché à une double corde, à laquelle on doit donner plus ou moins de longueur, fuivant qu’on veut établir le fileta une plus grande ou à une moindre profondeur dans l’eau ; ce krake tient, en s’enterrant dans le fable , le bas de la première extrémité des filets : il y a , comme 011 l’a dit, une fimple bouée qui fumage & qui indique le commencement du filet. Enfuite le pilote jette lui-même les filets à la mer : il a foin de le faire peu à peu , de bien les développer & d’obferver que les cavelernés y tombent les premiers, & enfuite les facs de pierres,que deux hommes attachent aux anfes à mefure que les filets fortent du bateau pour être jetés à la mer. Toutes ces précautions font néceflaires ,afin que les filets tombent perpendiculairement, & puiffent gagner le fond de l’eau avec ordre , quelle qu’en foit la profondeur.
- 1284* Lorsqu’on eft parvenu au bout d’une piece de filet, on en ajoute une de celles qui font dans le bateau , ce que l’on continue jufqu’à ce que les vingt-quatre pièces foient entièrement jetées à l’eau ; on finit par jeter le dernier krake qui fert au même ufage que le premier} & comme il porte une double bouée, elle défigne le dernier bout de filet qu’011 a jeté à la mer. Les filets retient ainfi toute la nuit, jufqu’au matin qu’on les retire : s’il fait beau , le fieurring refte mouillé auprès d’eux ; s’il y a au contraire apparence de mauvais tems , il s’en retourne à terre, en obfervant de prendre ce qu’on appelle des marques à terre, pour retrouver le lendemain fes filets.
- I2gç. L’opération de les retirer, comme pour les jeter à la mer, eft toujours l’ouvrage du pilote: il fe met pour cela fur le devant du bateau $ il tire premièrement le premier krake & la bouée, & enfuite les filets, en obfervant, lorfque le bateau fe prête aux vagues en tombant, de les haler dedans ; & lorfque la vague le fait monter, de filer un peu. Cette opération diminue la peine, & ménage les filets. Pendant ce tems deux hommes
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- a$4 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- fe fervent de leurs avirons pour avancer à raefare qu’on retire les filets, & entretenir le bateau dans la même direction que les filets ont été placés. Les autres pêcheurs font occupés, les uns à aider le pilote, les autres à retirer les morues qui font prifes dans les mailles, & à arranger les filets dans le bateau à mefure qu’on les fort de l’eau. S’il arrive qu’ils foient accrochés aux rochers , & qu’avec quelques légers efforts on ne puilfe les en retirer ; en ce cas on détache la piece de filet qui a été déjà halée dans le bateau de celles qui font retenues au fond de l’eau, & on va les retirer par l’autre extrémité où il y a deux bouées : de cette maniéré on les dégage fans le moindre inconvénient ni perte de tems. On a remarqué que plus les filets font remplis de poilfons, plus ils viennent aifément fur l’eau; enforte que l’opération de haler les filets dans le bateau n’eft pas auffi pénible qu’on pourrait fe l’imaginer ; & celui qui en eft chargé, a plus befoin à cet égard d’adrelfe & d’intelligence, que de force.
- 1286. Lorsque les pêcheurs ont retiré leurs filets , ils s’en retournent, les uns chez eux , & les autres dans les pêcheries où ils fe font engagés avec le propriétaire de leur livrer leur poilfon au prix dont on eft convenu. Pendant la livraifon , une partie des pêcheurs portent à terre leurs filets qu’ils étendent fur les rochers pour les faire fécher, ainfi que leur habillement de peaux : & après le diné quand tout eft fec , ils les rembarquent avec tous leurs uftenfiles, & fans perdre aucun moment s’en retournent en mer.
- 1287. Quand la pêche eft ingrate, la morue vaut ordinairement 6 à g fchelings la piece ; lorfqu’elle donne palfablement, 3 à 4 fchelings, & 2 fchelings lorfqu’elle donne très-abondamment : cependant cela arrive rarement , fur-tout depuis que le poilfon eft extrêmement demandé en Nor-wege, ce qui a fait augmenter fon prix. Autrefois on préparait dans le Sundmeur le poilfon à la maniéré des Morlandais , comme en Europe , fous le nom général deJiokfi.sk ( * ) , dont on diftingue deux qualités , l’une rund-fisk , & l’autre rodskiczr; mais depuis le commencement de la derniere guerre, que la préparation de la morue à la maniéré des Bayonnais , que l’on appelle communément & improprement merluche, y eft connue , & qu’ils en ont obtenu un prix plus avantageux que pour leur Jlokfisk, ils préparent tout leur poilfon de cette forte: ils ne l’appellent pas merluche,ils le nomment klipejîsk , parce que tout ce poilfon fe feche fur les rochers pelés dont cette mer eft toute hérilfée , comme nous l’avons repréfenté pL FUI,jig. 3 ; car klipe veut dire rocher , & fisk poilfon.
- 1288. On ne s’étendra pas fur la maniéré de le préparer, parce qu’elle eft la même que pratiquent les Bafques, de qui ils la tiennent, & qu’elle
- eft
- (*) En EuropeJiockfish.
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- Sect. I. De la morue, & des poiffons qui y ont'rapport. 26$
- eft exactement décrite dans cette première fe&ion;fà préparation cependant leur occafionne moins de peine, parce que l’air vif' & pur qui régné en Norwege le fait fécher affez vite. Ce poiffon efl plus blanc que celui, des Bafques ; il fe garde auffi bien que le leur, & il eft fort eftimé dans la Méditerranée , où il s’en fait une très-grande confommation.
- 1289. Lorsque le poiffon eft entièrement préparé , chacun le ferre en pile dans les magafins & attend la mi ou la fin d’avril pour le tranfporter à Bergen. Cette ville eft le centre du commerce de la Norwege , & l’entrepôt général de tout le poiiTon qui s’y pêche ; les bateaux dont on fe fert pour cette navigation, font de différentes grandeurs ;les pêcheurs fe fervent de leur fieurring > ceux qui ont une plus grande quantité de poiffon , en ont d’un peu plus grands ; mais les principaux habitans du Suudmeur, qui font leur unique commerce du poitfon , en ont qui portent depuis quarante juft qu’à foixante tonneaux; on les appelle yacht, en norwégien jagt ou jacht; les Sundmeurins les conftruifent eux-mèmes ; ils font bâtis en bois de fapin , font fins voiliers, fort larges de conftru&ion au milieu, fort fins & bien taillés de l’avant, étroits & fort hauts d arriéré , où il y a deux chambres l’une au-deffus de l’autre, la première pour le capitaine & les paffagers , & la fécondé, pour les matelots. Ils ne font point pontés , mais ouverts comme une chaloupe; ils n’ont qu’une feule mâture fort groffe , & une feule grande voile ; leurs manœuvres font finiples & faciles à gouverner ; ils ont environ cinq à fix hommes d’équipage ,1e.capitaine compris, qui eft ordinairement propriétaire du yacht: lorsqu’ils chargent pour Bergen,ils mettent premièrement dans le fond-de-cale toutes leurs denrées qui font en barrils & pe-fantes,&ils chargent enfuite leurs poiffons , autant comme ils en peuvent prendre ; & comme ils ne font pas fi hauts de bord que leur grandeur le demanderait , il arrive que leur chargement de poiffon le dépaffe infiniment , & atteint au cinquième de leur mâture : c’eft pourquoi ils gar-niffent les deux côtés & le deifus de leurs poiffons de planches jointes enfemble ,-pour les garantir des coups de mer & de la pluie : cette maniéré de conftruire, qui n’eft ufitée qu’en Norwege , eft la plus utile & la plus propre qu’on puiffe imaginer pour le genre de leur navigation , qui ne les éloigne jamais de terre. Elle leur procure quelque ménagement de frais de tonnes & d’ancrage, qu’ils font obligés de payer à Bergen par laft qui eft de deux tonneaux, parce qu’ils jaugent moins qu’ils 11e font en état de porter. Lorfqu’ils font arrivés à Bergen , ils font obligés, avant que de vendre leurs chargemens , de faire leur déclaration au bureau des douanes, & de payer les droits des autres denrées, qu’ils apportent & qui en font fuft c^ptibles ; car le poiffon , les huiles & les rogues en font exempts : il leur eft permis après de vendre leurs chargemens ï qui bon leur femble : ces tome X L 1
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- T RA I T Ef DÈS PECHE S. Partie IL
- ventes fe font toujours en argent comptant. Dès qu’ils ont fini la livraifott de leurs marchandifes , ils fe hâtent de faire l’achat de celles qui doivent eompofer leurs chargemens de retour , qui confiftent en fel, grains de toute efpece, tabac, vin , eau-de-vie, toiles, draps , chanvre & lin , &c. après quoi ils s’en retournent chez eux pour faire encore un autre voyage vers la fin du mois d’août, avec les produits de leur pèche d’été & le reliant de celle d’hiver, qu’ils n’ont pu prendre dans leur premier voyage. On joint ici, pi. XII ,fig. 6, le dellîn d’un de ces yachts entièrement chargé, faifant route à pleine voile, pour qu’on puifle s’en former une idée plus jufte que par une fimple defcription.
- 1290. Après avoir donné une defcription allez étendue de la pèche an filet, ufitée dans prefque tout le gouvernement de Bergen , il ne fera peut-être pas hors de propos de donner le détail des motifs qui font préférer cette méthode à celle de pêcher à l’hameqon,
- 1291. Il efi démontré par l’expérience ,que les pêches infrudueufes-proviennent moins par le manque de poidbn dans les endroits où les pêcheurs établilfent leurs pêches , que parce qu’il ne veut pas mordre à l’hameqon : ce qui arrive toujours lorfqne la morue , qui eft très-gourmande , trouve dans les endroits qu’elle habite, ou dans celui où elle fe rend pour frayer , dü poilfon en affez grande quantité pour s’en nourrir, qu’elle préféré à l’appât des pêcheurs ; dans ce cas, qui arrive communément , l’hameqon devient inutile, parce que la morue 11e s’y arrête pas , & on ne peut la pêcher qu’aux filets..
- 129 2. Avec eux on pêche le poilfon le plus gros & le plus gras qui n’a pas coutume de mordre à l’hameqon. Dans le tems de la pêche on peut voir diftin&ement en Norwege, où l’eau de la mer eft très-claire & très-tranf-parente , que le poilfon le plus gras & le plus gros fe tient au fond de l’eau 9. & celui qui eft le plus maigre fe tient plus près de la furface de l’eau & au-delfus des autres : le premier ne fe prend qu’aux filets ; le fécond , lorfqu’il ne trouve rien de mieux , mord à l’hameqon , mais fe lailfe aufïi toujours, prendre aux filets. Les morues qui font prifes ainfi , rendent'infiniment plus d’huile & de rognes que celles qui font prifes à l’hameqon. La contrée du Sundmeur en fournit la preuve ; car par l’extrait des regiftres de la douane de Bergen , on voit que , quoique' les produits des pèches du Sundmeur foient de deux tiers moins que ceux du Nordland , cependant le produit de Tes huiles.ne diffère que d’un tiers de celui de cette derniere province (*).
- 1293. Telles font les principales raifons que l’on allégué en faveur de: l’ufage de pêcher la morue aux filets, indépendamment d’autres de moindre.
- ; * ' . l . ,
- (A ) On ne pêche- dans le .Nordland qu’à l’hameqon.- J
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- Sect-: I. De] la-morue'% & des poiffous qui y ont rapport. '
- oonfidération, que nous fupprimons. Refte. à favoir fi cette méthode * jufti-, fiee> en Norwege partant d’années; d’expérience h.eureufe ,‘pourrait être adoptée avec les mêmes fuccès par nos pêcheurs de Terre-neuve & d’Islande.
- Pêche de Nordland.
- . • I S • . , , . , t ... : , • ' f
- *294» La province dejNordIand eft du gouvernement de BronthemijiquT comprend 'quatre:grands diftn&s,;Elle a près de foixante^ou quatre-vingt lieues dè. cotes , & eft • fituée ’âutfoiiane-c-inqu-ierpej oui foixaiite* feptieme degré, de latitude : la pèche de la morue s’/j fait,. comme ,qn Norwege , deux fois l’année ; elle eft très-abondante j car on compte deux à trois mille bateaux , & fept à huit mille hommes qui yTont employés; le produit total de leur pêche eft eftimé monter à cent quatre-vingtimiUe quintaux de poif-fon fec q u’on nommefiokfisk ,dontori dîftingue de deux qualités j on nomme l’une rodskiczre, l’autre, rundfisk. On ne prépare que oes deux^qualités, en Nordland 5 on choifit pour préparer en rodskiœre., les morues les .plus gralfes & les plus épailfes ; 011 en tranche la tète , on les vuide, puis on les coupe en deux le long de l’arête jufqu’à la queue , où les deux moitiés fe tiennent > & pour qu’elles ne fe féparent pas entièrement, on les lie avec du fil qu’on prend des vieux filets ; enfuite on lave ces tranches de poifion, & on les met fécher au chevalet ou fur des perches qu’on difpofe à cet effet , comme on le voitpi. VIII,fig. 2.
- 129^. Il faut vingt-quatre poïdoiis féchés dç cette forte pour faire une vogue qui pefe trente-fix livres poids dè mar-e. Toutes les morues gralfes fe préparent ainfi, parce qu’elles fe fechent & fe-confervent mieux étant ainfi tranchées que fi elles étaient féchées en entier, comme on fait le rur.dfisk\ mais la préparation du rundfisk eft encore plus fin,pie : 011 choifit les morues les moins gralfes & de qualité inférieure ; on leur coupe la tète & 011 les ouvre jufqu’à l’anus poürjes vuiderj enfuite on’ lés lave dans l’eau de mer , & on les fait fécher au chevalet.- U .T ?
- 1296. Pour donner une idée ._de> l’importance<de là'pêche des morues dans le Sundmeur , & désavantagés ^qu’en. retire ^cette contrée , M. Fra-mery dit que de neuf paroilfes qui y font, trois feulement , qu’il a été plus à portée de connaître , arment deux cents cinquante bateaux appellésfienr-rings, chacun monté de fix hommes , ce qui fait quinze cents hommes employés à cette pèche. Ces bateaux , année commune , pèchent cinquante-deux mille cinq cents vogues de poilfon : chaque vogue pefe trente fix livres poids de marc,& ordinairement fe vend un rixdaler ou quatre livres dix fols argent de France ; c’eft cinquante-deux mille cinq cents livres : plus , vingt-fix vogues fourniifent une tonne d’huile de deux cents cinquante pintes
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- m TRAITE' DES PECHES. Part. IL Sect. L
- mefure de Paris , qu’on peut fixer à onze rixdalers la tonne : enfin, deu% mille barrils'de rogue,chacun fe vend deux rixdalers & un tiers, ce qui monte à la fomme de trois cents dix-huit mille huit cents trente-fix livres s fur quoi il faut diminuer les frais pour loyer des bateaux, entretien des habits de pèche & des filets,les gages des ouvriers qu’on emploie à la préparation du poiifon j les barrils de chêne pour les huiles, ceux de fapin pour la rogue ,pour le fel, la nourriture tant des pêcheurs que des ouvriers qui préparent les morues, & autres menus frais, le tout eftimé monter & quatre-vingt dix mille livres j il refte de profit deux cents vingt-huit mille huit cents trente-fix livres , & cela pour les trois paroifles feulement que M. Framery a été à portée de bien connaître.
- 1297. Il effc bon de remarquer que rien n’eft plus modique que la nourriture des pêcheurs NorWegiens : ils vivent ordinairement à la mer de poif-fon frais s la dépenfe la plus cônfidérable eft l’eau-de-vie & le tabac, dont ils ne font cependant aucun excès 5 il eft très-rare de voir un pêcheur Nor-wégien ivre.
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- NOTICE GÉOGRAPHIQUE
- De quelques pojles de pêche, & des principaux endroits dont il efi fait mention dans cet ouvrage.
- A
- JL CA DIE) ou Nouvelle - Ecoffe , prefqu’isle de l’Amérique fepten-
- r trionale , fur les frontières orientales du Canada, entre Terre-neuve & la nouvelle Angleterre. Elle a environ 120 lieues de long fur 40 de large.
- Aden, ville & port de merde l’Arabie Heureufeen Afie , où il fe fait un aifez grand commerce. Elle eft à'<Sû lieues de l’embouchure de la mer Rouge.
- 'Andenes,petite isle deNorwege, dans le gouvernement de Dronthem, fur la côte de l’océan feptentrional, qui n’eft prefqu’habitée que par des pêcheurs.
- Amicofii ( isle d’ ) ou de VAJJomption, isle de l’Amérique feptentrionale, dans le golfe de Saint-Laurent, à l’entrée du fleuve, dont elle partage en deux l’embouchure. Elle a près de 48 lieues de long fur 10 de large. On y pêche des morues fort grandes & fort belles ; mais il n’y a ni port ni havre où un bâtiment puifle fe mettre en fûreté.
- Anvers , ville des Pays-Bas , dans le duché de Brabant, fur l’Efcaut.
- Ardiangel, ville & port confidérable de Mofcovie, où il y a un grand commerce.
- Aventure( isle de Bonne ) , petite isle du golfe Saint-Laurent, à une lieue au fud de Tisle Percée.
- B
- Banquereaux3 petits bancs fitués à l’occident du grand banc , entre l’isle de Sable & le banc à vert.
- Bafques ( Baie des ), golfe de l’Amérique feptentrionale, fur la côte occidentale de l’isle de Terre-neuve, au nord du cap de Raye.
- Bergen , villa confidérable de Norwege, où il fe fait un grand commerce de poiifon fec.
- Blankenbergh , village de la Flandre Autrichienne, où il y a beaucoup de pêcheurs.
- Bois ( isle à ), petite isle de la côte feptentrionale de l’isle de Terre-neuve entre le cap Saint - Jean & le cap Daim.
- Bois ( isle à ), isle dans le golfe formé entre l’Acadie & l’isle Saint-Jean.
- Bonavifla ( cap de ) , cap de la côte orientale de l’isle de Terre-neuve.
- Bonaventure , petite isle du golfe S. Laurent, entre la baie de Gafpé & le banc aux Orphelins, à l’entrée de la baie des Chaleurs.
- Bornholm , isle de la mer Baltique en Danemarck. Sandwich en eft * la capitale.
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- 270 NOTICE GEOGRAPHIQUE,
- Boum, isle fur les côtes de Poitou , dont elle n’eft féparée que par un canal. Elle a 2 lieues de long.
- Boukeners , lieu où les Ecoifais vont pêcher les cabillauds , à 12 ou 15 lieues au large, jufque près leDog-gers’bank,au nord des Orcades. Ils y relient quelquefois plulieurs femaines en dérive fur leur borfet.
- Bouqueners , ce cap eft fitué entre le 57 ou 58e degré de latitude. A la pointe de Bouqueners eft un petit banc que les Hollandais nomment Vaterbourg; & au fud des Bouqueners on apperçoit quelques islotes.
- Bourgneuf, ville de France en Bretagne, avec un petit port fur la Loire. Il y en a une autre dans l’é-leôtion & à 2 lieues de la Rochelle.
- Breme, ville d’Allemagne dans le cercle de la baffe - Saxe , au duché de même nom, dont elle eft la capitale.
- Buehan , province de l’Ecoife fepten-trionale, qui s’étend jufqu’à la mer d’Allemagne.
- Burins ( les ), banc de fable fur la côte méridionale de l’isle de Terre-neuve ,appellé le Chapeau rouge.
- C
- Candenos, cap de la côte orientale de l’embouchure de la mer Blanche. Il eft à 64 degrés 45 minutes de longitude , & dépend de l’empire ruf-îien.
- Rpyale. Louisbourg !en eft la capitale. . ’ ' .
- Cap-nord, partie feptentrionale du Cap-Breton dans l’Amérique feptentrionale.
- Cap-rouge, cap de l’Amérique feptentrionale , à la partie feptentrionale de l’isle de Terre-neuve, fur la côte orientale.
- Capling(baie de ), petite baie dans le fond de l’anfe de Férillon , à la côte fud-eft de l’isle de Terre - neuve , peu éloignée du cap de Brolle.
- Caraquet ou Carapet ( isle) , petite isle de l’Amérique feptentrionale , dans le golfe de Saint-Laurent, au midi de l’entrée de la baie des Chaleurs, près l’isle de Mifcou.
- Carhonnere , petite isle de la côte fud-eft de l’isle de Terre-neuve , dans la baie de la Conception.
- Chaleurs ( baie des ) , aifez bon havre dans le golfe de Saint - Laurent , à environ 20 lieues de l’isle Saint-Jean. Il y a deux ports pour fes vaiR féaux , favoir , Caraquet & le port David j plus , le petit port Pabo -pour fes barques.
- Chapeau -* rouge, côte méridionale de Terre-neuve , entre la baie des morues au couchant, & celle des Tré-palfés au levant.
- Chapeau-rouge (le),côte qui comprend Plaifance & toute la côte de Terre-neuve , depuis le nord-eft jufqu’au fud-oueft, dans une étendue d’en-
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- NOTICE GÉOGRAPHIQUE,
- Chedabuclo, baie de la Nouvelle - Angleterre, entre Pisle Royale & le cap Caufenr.
- Coutiquc , eft à la partie occidentale de l'isle de Terre '- neuve. Il court fud-fud-eft & nord-nord-oueft, juf-ques vers la baie de Cork.
- D
- Daniel ( port ) , petit port de l’Amérique feptentrionale au Canada 9 dans la baie des Chaleurs.
- Dauphin ( port ) , petit port de l’isle Royale,
- Doggers'bank , banc des Chiens j c’eft un banc fitué par le travers de la Manche au nord , c’eft-à-dire, pref-qu’au milieu de la mer d’Allemagne. A IO lieues au fud duDoggers*. bank eft le Witte - Water ou le banc Blanc , fond de fable. A cinq lieues à l’eft ce banc eft le banc de Welle , fond dur. A l’oueft de ce banc le fond eft- jaune & gravier noir. On trouve enfuite le banc de Lemmon , fur lequel il ne relie de balfe-mer que 4 pieds d’eau. Il eft fort près du banc d’Yarmouth. On trouve des cabillauds fur ces bancs..
- Dronthem capitale de Norwege , parce que les rois y ont fait leur réfidence; C’eft une place de commerce , mais moins confidérable que celle de Bergen ou Bergue.
- E
- Etoffe, royaume qui occupe Impartie Septentrionale de la Grande -Bre-~ tagne..
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- Elbe, grand fleuve d’Allemagne qui a fa lource fur les confins de la Bohême & de la Siléfie, & le jette dans la mer au-delfus de Hambourg. Les bords de ce fleuve font approvi-fionnés de morues par les pêcheurs de Helygeland.
- Elfeneur , Elfenora , port de Zélande , fur le Sund , à cinq milles de Copenhague. On y pèche & on y prépare du torfch.
- F
- Faire ou Fairil. Cette petite isle, qui peut avoir 6 lieues de circuit, eft lituée entre les isles Orcades & celles de Schetland. Elle eft habitée & fertile en pâturages. V. le Voyage du nord de AL de Kerguelen.
- Férillon, anfe & cap de la côte fud-eft de l’isle de Terre-neuve , à peu de diftance du cap deBrolle.
- Ferro ou Ferroer, isles fituées dans la mer du nord , entre les 61 & 63 degrés de latitude, & à peu près les 8 à 10 degrés de longitude occidentale , méridien de Paris. Il y a 2f isles , dont 17 font cultivées & habitées. On en trouve_ un détail in-téreiîant dans le Voyage de la mer du nord de M. de Kerguelen.
- Ferroe ,Fero ou Farres, isles de l’Océan feptentrional, au nord de l’Irlande en allant vers l’Islande.
- Ferrol & Port -à - Choix , à l’oueft de l’isle de Terre-neuve. Le poiflon y eft de moyenne grolfeur , mais cependant plus gros que celui qu’om prend de l’autre côté de l’isle,.
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- NOTICE GÉOGRAPHIQUE.
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- Finmarck, province de la Laponie Da-noife , faifant partie du gouvernement de Wardhus. On y trouve beaucoup de cabillauds, ainfi qu’en Islande & dans la mer Glaciale.
- Finmatck , bailliage de Norwege, au nord de Dronthem. Les habit ans font pêcheurs & bons pilotes - cô-
- . tiers.
- Flee-Moufe, à la côte fud-eft de l’isle de Terre-neuve..
- Forillon, gros rocher fur la côte de l’isle Royale. On peut en approcher fans rifque, & il fournit un bon abri.
- Forte-eau , petite anfe de la côte orientale de Terre-neuve, vis-à-vis le grand-banc.
- Fougne ( isies de ) , petites isles fituées à la côte orientale de l’isle de Terre-neuve 5 au nord du cap de Bona-vifta. Il y a allez abondamment de poifTon, & plus que dans les havres du petit nord.
- G
- Gafpé( baie de) , c’eft une baie for-
- . mée par la riviere de ce nom , à 4 lieues de la baie des Morues , vers l’embouchure du fleuve Saint-Laurent, où mouillent les vailfeaux pêcheurs j leurs chaloupes viennent faire les préparatifs de la pêche dans une petite isîe qui eft à l’entrée de cette baie. On donne aufli ce nom à une grande province de l’Amérique feptentrionale, dans la Nouvelle - France , qui s’étend le long des côtes orientales du Ca-
- nada , dans le golfe Saint-Laurent, jufqiies vis-à-vis le cap Breton.
- Georges ( isle de Saint-) , petite isle fituée à la côte occidentale de l’isle de Terre-neuve, proche la baie de même nom , dans le golfe de Saint-Laurent.
- Ghivede, village de la Flandre Fran-çaife , dans l’amirauté de Dunkerque , où il fe pêche de la morue.
- Gluckjlad, ville du duché de Holftein, au confluent de la riviere du Rhin & de l’Elbe, à 12 lieues de Hambourg. Elle appartient au roi de Danemarck.
- Grand-banc de Terre-neuve, banc de l’Amérique feptentrionale , vers la côte orientale de l’isle de Terre-neuve. C’eft le plus grand banc qu’on connaifle. On y pèche beaucoup de morues.
- Groenland, grand pays litué entre l’Europe & l’Amérique , entre les deux hémifpheres, près des terres arétiques. Il a à l’orient le Spitz-berg, au midi le détroit deForbis-her & le cap Farewel, à l’occident le détroit de Davis & la baie de Baffin. On ne connaît pas fes bornes du côté du nord. La mer y eft très-poilfanneufe : on y pêche de la morue , des raies , des foies , des plies & de très - grandes baleines , ce qui y attire tous les ans des pêcheurs Anglais , Danois , Hollandais , & même quelques Français. On ne fait encore Ci c’eft une isle j fes côtes font de difficile accès, à caufe des écueils & des glaces. La partie orientale du Groenland, qui
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- NOTICE G E O '
- * • eft à I’oppofite de L’Islande» eft toùt-. à-fait inacceffibl^e, à caufe des glaçons squi viennent de Spitzberg. Les.Grojenlandais s’occupent de la chaiTe & de la pêche. Ils font des filets avec dés barbes de baleines,
- ' & des lignes avec des nerfs de daim. Leurs bateaux font faits avec des peaux de vache marine , tendues fur une carcalfe de bois, qui ne font alfemblés que par des liens qu’ils font avec des barbes de baleine. Us pèchent de gros poilfons pour faire de l’huile & fe nourrir ;
- , ils prennent auili des morues, mais - je ne facile pas qu’il en réfulte une branche de commerce.
- Gyveldt, petit endroit de l’amirauté de Dunkerque , fitué à l’ouverture de la mer d’Allemagne.
- H
- Heljingor ou Elfeneur, ville du royau-r me de Datiemarck, fur le Sund, dans l’isle de Zélande.
- ’Helygdand ou Holy - Island > petite isle de la côte occidentale du royaume de Danemarck.
- Hetlanâ, Voyez Schetland.
- Hithland ou Hetland. Voyez Schetland. x
- * ----- - I
- îngle , baie de la côte d’Irlande , à l’oueft de l’isle.
- ïngrenuchoes » grande baie bien four-|f nie de bois, où l’on dit que les pêcheurs qui font la pêche au petit nord peu vent aller.
- Tome X
- ; R A F H I au E. !27H
- Irlande. » l’une des isles Britanniques, féparée de la Grande-Bretagne par un canal appelle canal de Saint-Georges , ou mer d’Irlande. La longueur de cette isle , fuivant M. de Kerguelen, eft de i 30 lieues ; fa largeur de 70 , de 2 f au degré.
- Islande } isle de la domination du roi de Danemarck , où l’on fait une 'grande pêche de morue. Elîè eft’pa’r les 60 à 62 degrés de latitude. Les Zélandais y vont faire le troc , & en revenant ils pèchent quelquefois fur le Doggers’bank.
- Ish-Roy ale , voyez Cap-Rreton.
- J
- jean ( Saint-) , petit port de la côte fud-eft de l’isle de Terre-neuve»
- Jean ( isle Saint-) , petite isle du golfe Saint-Laurent, à l’entrée du détroit de Belle - Isle.
- Jean ( isle Saint-), grande isle de l’Amérique feptentrionale , dans le golfe de Saint-Laurent, entre l’isle— Royale & i’Acadie.La partie du fud de cette isle eft abondante en poif-fon.
- Jutland. Ce pays fe divife en nord-Jutland & Jud-Jutland. Le nord-J ut* land appartient entièrement au roi de Danemarck. Une partie du fud** Jutland dépend du duché deHol» flein, qui a ce pays au nord.
- K
- Kola, port de mer & bourg de la Laponie Mofcovite , à l’embouchure M m
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- NOTICE GEOGRAPHI Q_U EJ
- d’une riviere de même nom , dans la mer Glaciale, avec un lac qui s’appelle aufli Kola. Ce port eft fî-tué entre Wardhus & la mer Blanche. On y Fait d’aife2 grandes pêches de torfch ou cabillauds.
- L
- Labrador ( terre de ), ou Nouvelle-Bre-tagne>grand pays de l’Amérique fep-tentrionale , qui s’étend depuis le détroit de Belle-Isle jufqu’à la baie de Hudfon , c’eft-à-dire, depuis le 50 jufqu’au 6Ie degré de latitude. Elle eft bornée à l’occident par la baie de Hudfon, ; à l’orient elle eft déparée du Groenland par la mer. Ses habitans fe nomment Efqui. maux.
- Laurent ( golfe Saint-) > grand golfe de l’Amérique feptentrionale , qui eft borné à l’orient par l’isle de Terre-neuve.
- Louisbourg , ville capitale de l’isle-Royale,qui a un bon port du même nom. M. Antonio Ulloa place le fort par les deg. 50 min. de latitude feptentrionale , & 61 deg. de longitude occidentale du méridien dé' Paris.
- Lubeck , ville d’Allemagne dans la bafle-Saxe , proche de la mer Baltique.
- M
- Madele'ne ( riviere de la ), petite rivière du Canada, qui fe jette dans le fleuve Saint-Laurent, vis-à-vis la pointe du nord - oueft de l’isle d’Auticoftb
- Manche. On donne ce nom à la mer quife trouve entre l’Angleterre au nord, & la France à l’ouett & au fud. On appelle Las de Calais le détroit qui eft au nord-eft.
- Margatt-Sand, banc à l’entrée de la Tamife , qui a deux lieues de longueur,^ fe découvre à mer baffe.
- Maten , dans le fleuve Saint-Laurent 5. c’eft le dernier fond où l’on trouve des morues.
- Meufe ( la ), grande riviere qui prend, fa fource dans leBafligny , traverfe les évêchés de Toul & de Verdun , la Champagne , le Luxembourg le comté de Namur, l’évêché de Liege, les Provinces-Unies , & fe jette dans l’Océan entre la Brille & Gravefande. On prend de belles; morues à fon embouchure.
- Miquelon , petites isles du golfe Saint-Laurent, près l’isle de Terre-neuve.. On les divife en grande & petite Miquelon.
- Mont-Louis, colonie franqaife dans l’Amérique feptentrionale , au Canada , à la bande du fud du fleuve Saint - Laurent, vers fbn embouchure , au bord d’une riviere.
- Morues ( baiè des )., nom qu’011 donne à une baie fituée vis-à-vis des isles de Bonne - Aventure & de Percée. On y fait une pêche abondante de. morues.
- Ni
- Niganich, petite isle ou anfe de la côte orientale de l’isle - Royale près du cap de Nord.
- Niganich 3 à la côte du Canada a à i’en^
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- NOTICE G E O G R A P H I Q_U E.’ Ztf
- èrée nord-eft de cette côte, au-def-r _ du Port - Dauphin.
- Noirmoutier, isle de France fur les côtes de Poitou , où il y'a des marais falans & de bons pâturages.
- Nord( cap ). Voyez Cap.Nord. Nordland, bailliage de Norwege au nord de Dronthem. Les habitans font pêcheurs & bons pilotes - côtiers : ifs vont de grofle mer au-de-
- • vant des vaifleaux’ 'dans leurs pe-
- • tites barques. Le Nordland commence à ifo lieues au - delà de Dronthem. On y pêche des morues graifes & belles.
- Norwege, royaume de l’Europe feptèn-trionale. Il confine à la Suede vers Porient, au Danemàrck & à l’Océan feptentrional vers foccident. Ce royaume eft de la domination du Danemarck.
- Nouvelle-Bretagne. Voyez Labrador.
- Nouvelle-Ecoffe. Voyez Acadie, '
- / / o . , !
- Orcades, isles au nord de l’Ecofle,dont elles font féparées par un canal de S lieues de long, fur4 de large. Il y en a 28, dont la principale eft Por ‘ rrîona-. Les Anglais les nomment Orkney. • '•'*
- Orkney. Voyez Orcades.
- Orphelins (banc aux) , banc du golfe ;i'Saint- Laurent i à 10 ou 11 lieues - de la côte du Canada, & peu1 éloigné de l’isle Saint-Jean-: on y pèche abondamment de belles morues.' s
- £ . • .7’ V7y7>
- Pato, Voyez Baie des- Chaleurs,
- Penfance, vers l’extrémité delà province de Cornouaille , en Angleterre.
- Pentagoet, province de la Nouvelle-Angleterre. Les morues donnent abondamment fur fes côtes.
- Perde (isle), isle voifine de l’isle Bonne-Aventure & de la baie de Gaf-pé, dans le golfe Saint-Laurent.
- Pierre ( Saint- ) , petite isle du golfe Saint-Laurent, près de celle de Miquelon.
- Plaisance , ville & port de l’Amérique feptentrionale , avec une grande baie fur la côte méridionale de Terre-neuve^
- P ointe-Riche. Voyez Cap. R aie.
- Port-a-Choix , petit port à la côte occidentale de l’isle de Terre-neuve.
- Q.
- Querpont ou Quirpont, isle & havre de la partie la plus feptentrionale de l’isle de Terre-neuve, à l’extrémité de ce qu’on appelle le petit Nord.
- R
- Raye, cap de la pointe la plus occidentale de l’isle-de Terre-neuve,
- - faifant face au cap Nord , dans le détroit de Belle-Isle.
- Ra%e'(cap ), pointe de l’isle de Terre-neuve , qui regarde le grand banc
- - du côté du fud-eft. La mereftpoif* fonneufe en cet endroit.
- Renard'(rivière' auj!, petite riviere du * Canada,; qui fe jette dans le fleuve Saint-Laurent, vis-à-vis la pointe
- j .du'fud-'ouefTde Fisle d’Anticofti. Mm ij
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- NOTICE G É O G R A P H I Q.U E .
- Rijf- On donne ce nom à des bancs de fable fitués vers les côtes de Da-nemarck , entre la petite isle de Ké-lygeland ou Holy-Island , & la côte de Jutland. On y pêche des morues. Rojiers ( cap des ) , en Amérique fep-tentrionale,fait la pointe méridionale de, l’entrée du fleuve Saint-Laurent, à l’endroit où il fe rend dans le golfe de même nom , entre' le cap PEvèqne & l’isle Percée. Ce cap elt litué à 3 ou 4 lieues plus .. loin que la baie de Gafpé.
- Rougnoufe Sc Fiimoufe , polies appartenais aux Anglais, qui font eloi*. gués du grand banc de 4.0 ou yQ lieues..
- S
- Sable ( isle ou cap de ) ,.isle fituée dans l’Amérique feptentrionale,près des côtes de.laNouvelle-Angleterre. Il s’avance fort au midi, près de la< baie Franqaife & du Port-Royal. Schetlafid, isles de la mer d’Ecolfe plus avancées au nord que les Or-cades ; elles s’étendent depuis le 60 jufqu’au 61e degré de latitude. La . plus grande s’appelle Mainland. Les.
- habitans font prefque tous pè-: cheurs. Il'y a une grande abondance de toutes fortes dç poiifons fur-tout de la morue , du hareng s des poiifons à coquilles^des chiens*.
- . des veaux de mer , des loutres, même des efhirgeons & des baleines j « ce qiii y attire .un.grand nômbrôl - de pécheurs Hollandais flam-« bourgeois, qui viennent au -mois . de juin, & Ven rçtôurnenî..en lèp-
- ; tembre. On donne auflià ces 'isles les noms de Hetland ou Hukland». Les Zélandais y vont faire le troc* 8c en revenant ils pèchent quelquefois fur le Doggers’bank.
- Scie (la ), havre du petit nord, entre; , l’isle Sainte-Barbe &. le cap Saint-Jean. h. >
- Scputenos y en Norwege., 15 lieues ait fud de Bergen. On fait la pèche de la morue depuis cet endroit jufqu’au fort de Wardenhoufe , en-Finmarck,
- Shure, riviere d’Irlande , qui arrofe la ville de Waterford» On y pèche-des morues depuis le mois.de juiit j u fqu’en feptembre* . - ,
- Sibou ( isles de )a, petites- isles. delai côte orientale de l’isle Royale ? a,
- . l’entrée de la baie du Port - Dau-, phin.
- Spitqberg , pays 'des Terres, ardiques a. dans l’Océan , feptentrional- , , ait nord de la Nôrwegè , entre le' Groenland & la ^Nouvelle-Zemble», ILn’efl; gtrere - fréquenté ;que pa£ ceux qui vont à la pèche de,la; baleine.:
- - . .-.T- V,f, : sî/ 7
- Terre-neuve (banc de). oyeZr.grdfid' banc.
- Terre-neuve (isle de ) , isle de l’Océai» fins la-côte orientale- de l’Amérique feptentrionaleà l’entrée du gojfe-Saint-Laurent,. à if ou 16 lieues; de l’isle ,du Cap-Breton.
- Texel ( le JL Les morues, fraîches, font apportées à la Haye 8c autres lieux: de Hollande , depuis, le Texefjufi-qu’à.Ja,AfeüJg., h LJi
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- O T I C E G E O G’R A P H I Q.U E.
- Tprbay , baie,- du corpfcé. de Dévpii-shire , en Angleterre./ . •. r\ fy rTranftri, à l’extrémité de la'NorWegé. -Trinité ( baie- de la )' ; baie aflez! C011-*' fidérable de l’isle dèTerre - neuve, . à la côte fud-efl. Il y a un havre
- ' "ï! l : .. ! H ' • ;< ..i1- ;g
- J^cr{t (baiicà ) , petit bane.voifîtt du grand* banc.déiTerre-i. neuve y.par Îeîtravers deTisle Saint-Pierre.
- Wardenhoufe,en Finmarck , qui ‘eftà 'J Pêxtrêmite nord .de la Norwegé..
- - yoy ez, Sçouunos.. ’ ], . " ‘ !, c., - t
- * "T a' ‘‘... ' * .
- w»T'i. -n; i l'i.'i -i j...i i
- -Wardhus , isle de l’Océan feptentriô-‘ ' nal » ou de la mer Glaciale','dé-, pendante du royaume de-Norwege». &. fituée au-delà du cercle polaire. Il y régné un froid extrême ; on ’n’y pèche qu’en mars & en avril. Waterford yville d’Irlande, fur la ri-1', viere de Shùr y à deux lieues de la ., mer. -
- iWeJer , rivière d’Allemagne, dans la balfe-Saxe, qui fe jette dans la mer du nord.
- y * ; . ' !
- Yarmouth , ville d’Angleterre, à l’ènv b.ouchure de la riviere d’Ÿare. Oit ,jyi<pêche beaucoup de hargngs.. r
- MATIERES
- Etèxpîkjhim ,dejquelques,jtermes de pet
- Se y principalement relatifs à
- la morue, qui' ne 'fi 'trouvent, point dans la première parfieY
- :''î:ni;rif';^?.q . j’jaüctfAuH .te-; u- "/' ‘ *. rq y rr;.
- a^berdahn: deNonvege, SiYabher-- dan des Hollandais. GeFont des rùo-» urnes qu’on prépara eu vert & dans:
- des tonnes, §,‘621 ':i rn
- Ailerons. - Les.ailerons des nageoii res fbnt formés deo membranes) qui r font Foutefnueç par desrayons cartilagineux. 36. '<:'> : :
- Amiral' dé lapèdhe. On donne cett4 qualité au capitaine quia le'premier ' pris terre ,en Art'réWque iTFa-lerU-oit tû-éê; commandfe'rillir !lfesyui&f ês. 1 ftyvi j$MîPHïBiEs!( anîrrtaUx Qtioicpdiîs -i feien t^pfeique/ É4 U joUrS- dan s l’èdu , & d’excellens plongeurs,^ ils 11e gëu^
- si ventfe pafïè-r de refpirer l’air. 17. Anus.Tout le monde fait que c’eftl’ou---vertiltè par laquelle fortënt ' le.s ex-.crémens'. 242. ' : j '
- ÂRÊTE.Tes arêtes'des pèiflôns ne font niaufli tendt’és que- les cartilages ,* ni • •’auffi dures’que les os. Lèspoi(forts à arêtes font une clalFe particulière, -u 19 & 70. ; ' J
- . • 1.. , B; !
- BANc^üéV^lies1 pêcheurs ’ difen^ qu’ils -Tôm? banques, loffquhls font rendus;
- fur le banc..408-.; ,1: .
- Barbe ,l{arbillîbniue fêMt des filëtS( cari
- ^tilagjiiêüx.-445
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- 278 NOTICE G É
- • Barotter , c'eft élever les piles'de morue jafqu’au-deifou's du pont.. 492.
- Bel. Ce que les pècheuts pour la morue verte appellent le bel, ell l’éta-bliffement qu’on fait depuis les haubans de mifaine , jufqu’au commencement du gaillard (Barrière. 408.
- Bonnette de banc. LesGrandvillois nomment ainfi une bande de toile qu’ils tendent devant eux pour fe garantir du vent , au lieu des theu-x des Normands. 434.
- Borset. C’eft une voile qu’on expofe dans l’eau au courant de la marée, pour haler un bâtiment lorfqu’il n’y a point de vent.
- Branchies ou membrane branchiale. Ces parties appartiennent aux poumons des poiiTons qui refpirent l’eau. 19-
- Breuilles. Ce font les entrailles des morues , qu’on emploie quelquefois pour appâts. 391.
- Brûlée. Une'morue brûlée- eh celle qui a été corrodée par le fel. fAo,
- C
- Cabane aux, petites loges qu’on fait au bord de la mer pour faire la cui-fine & loger les équipages des bâti— mens qui font la pèche de la morue lèche. 7 7 y. > j . .
- Cageot, caiife dans laquelle on met les foies pour en retirer l’huile. 8fo.
- Capelaniers , bateaux deftinés à aller à la pèche des capelans d’Amérique. On dit, auffi pêcheurs capelaniers.
- 6f9.
- Carniau eftun tuyau de bois qui communique de l’étal à la cale, dans lequel l’habilleur jette Ton poilfon pour qu’il tombe.danslacale à portée du faleur. ‘
- Cartilagineux (poiiTons ): Leur fquélette eh plus tendre que les arêtes. 19.
- O G R A P H I Q_U EJ
- 'CetaCÉes. Ce font des amphibies vivipares. ig/
- .Cric. On fe fert de cet inftrumenc ,'f ,qui eh fort connu, pour preffer davantage les poiifons dans les barrils.
- ÜeéolleR une morue, eh lui ôter la tète ou l’étèter. 474.
- Dégrat. Ce font des chaloupes ou des goélettes qu’on dépêche pour aller ' chercher des endroits où il fe trouve
- •. r du poilfon, lorlqu’il ne s’en rencontre point au pohe qu’on avait choifi. Suivant la grandeur des bâtimens, on dihingue le grand & le petit dégrat. 812. .
- Désosser une morue, c’eh lui ôter la
- ' groffe arête. 479.
- Diguet ,fynonymed’élangueur. 4<5gi
- , E
- ' Ecailleux. Ce font les poiiTons qui font couverts d’écailles, tels que la carpe, la morue ,'&c.
- Ëch \fàud eh un établifTement qu’on tait au bord 'de la mer , pour décoller , trancher f élanguer '8c faler la morue.feçhe. 764;
- Elangueur , petit infiniment de fer pointu par les deux bouts ; une des pointes entre dans uneliife,& l’autre fert :à piquer les morues par le derrière de la tète, pour leur ôter commodément la langue. 417.
- EnroQuer des morues , c’eh les laver dans de l’eau de mer, après qu’elles ont été tranchées, pour en ôter de fang. p5y. "
- Estropiée. Une morue eflropiée eh celle qui n’eh pas entière. J49.
- Etal, table établie furie pont pour la morue- verte, ou- fur l’échafaud pour la morue feche, fur -laquelle travaillent les décolleurs & les trancheurs.
- 700. , -, .•]].; y;.
- Etêteur fe dit du couteau qui fert
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- NOTICE GEOGRAPHI Q_U El
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- âétèter , & du pécheur qui fait cette - opération. 478.
- F
- Fardage C’eft une élévation ou une efpece d’échafaud qu’on fait dans la cale pour arrimer deffus les morues, afin qu’elles foient plus féch ement. 492.
- Flaceish deHithland, différé peu du plcitfish de Norwege, & reffemble beaucoup à la morue feche d’Amérique. Il y a encore du flacfish préparé fans fel. 960.
- Foassier. Les Grandvillois nomment ainfi les barrils où l’on dépofe les foiespour en retirer l’huile. 436.
- G
- Galerie. L’établiffement de la.galerie pour la pêche de la morue verte, fe fait depuis les haubans du grand-mât, jufqu’au-delà du mât d’artimon. 4°8-
- Grave , plage de cailloux ou galets au •bord de la mer. Je fais qu’on dit dans la fociété^m>ej mais j’ai adopté l’êx--prefîion des pêcheursqui dérive de ' gravier. On étend le1 poilfon fur- la 1 grave pour le faire fechër. Lemaître ' de grave eft eelui qui préfide à ce travail , 670. 5 '
- Guigne , terme de pêcheur, qui veut dire branchie. Voyez ce mot.
- ; R • :!.U:
- Habilleur , fynonymè de trancheur. -'Voyez ce mot. . - '
- Hengfish. Pour le faire, D'il feuddes poiilons dans'"toute leur longueur y-& on les pend à des perches dans dès hialders. $66.-. " ‘ *
- ' *' ; J ' :t d
- Javelles. ; Ôn nomme ain fi : de petits tas de huit morués,lorfqù’eiles'cflit c -reçu plufieuts foleils. 857. ’ ‘ ^ oJf
- •Vy oup •- . n'vij
- Eliéfish‘âlu nord» C’eft une morue
- falée mife entonne ; ainlî le Jdipfish différé peu de l’abberdan des Hollandais. 621. On fait du klipfishfans fel. 9p4.
- L
- Lavoir, cage à jour, établie au bord de la mer, dans laquelle 011 lave les morues qui ont étémifes au premier feK 834. 1
- Ligneurs ou Lignotiers. On appelle ainfi fur les vaiffeaux moruyers
- • ceux qui pêchent avec des lignes.4cg.
- M
- Marchande ( morue ). Ce font de belles morues,grandes,& qui n’ont point de défaut, 7 30.
- Mentana. C’eft le nom que les RaC.
- ques donnent aux noues. 484. Merluche. On donne improprement ce nom à la morue qui a été falée , puis féchée, que nous nommons m&~
- * rue feche. 11 nous paraît que le nom
- de merluche convient mieux au merlu , qu’on prépare comme la morue. 6j7- 1
- MeuleEte. Il y à des matelots qui donnent ce nom à l’eftomac des mo-; rues, 7<52. 1
- Mîsaine. Les voilesde mifaine appartiennent au mât qui porte ce nom i mais les pêcheurs Normands nomment mifaine un.morceau- de toile, qu’ils mettent devant le theu , pour les garantir de f eau de la mêr. 421. Molle-salée. Une morue molle-falée eft celle à qui oirn’â pas donné alfcz de fel. 741..
- Moutons. Ce font de petits tas de morues qui ont reçu 4 ou 7 foleils. Ils font à peu près d’un demi - quin--tah-837. • r -:<
- Mulons. Ce font de gros tas:demorues J qu’on fait avec celles i qui ont] re§u< ïo'à ja-«rfoleils*3 c• :
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- NOTICE GEO G R A P H I Q_U: &
- 2 80
- ' . N i
- Notier , mouffe qui détache les noues ou nauts de. la grofle. .arête. 430.[
- Noues,Noes, Neaux ou. Nauts. Tous ces fynonÿmes fignifienc la veffie à air des morues, qui fait un mets délicat. 484.
- O
- Opercules des ouiesfont d.es plaques plus ou moins dures , fofceptibles; de mouvement , qui couvrent les branchies ou les poumons des poif-fons qui refpirent l’eau. 36.
- P
- Paquer les morues, c’eft les arranger dans des tonnes ou barrils avec du Tel. p6j. A Dunkerque il y a des paqueurs jurés, dont 011 eft obligé de fe fervir pour mettre lejjoiifon eiv tonne. 610. :
- Passage (poiiTons de ). Ce font ceux qui ne paraiiîent que dans certaines faifons. 13.
- Pattes. On appelle ainfi des tas de morues qui ont été mifes en premier fel, ou qu’on laiffç égoutter au;, . fortir du lavoir, 837.
- Pêcheuse. Les chaloupes pêcheufes font celles qui vont à la pêche du poiifon pour la morue feche. 763.
- Peignée. Une morue peignée eft celle qui a perdu une partie de fa peau.
- PlNÉE. On appelle des morues pinées ou brumées, celles qui ne font pas fort blanches, & quifemblent avoir été faupoudrées de poivre. Les uns les méprifent, les autres les préfèrent aux blanches. 87 f.
- Platfish de Norwege, différé peu de notre morue feche d’Amérique, étant falée & féchée. f >
- Platte (morue). C’eft celle qu’011 a tranchée dans toute fa longueur. 488.
- Poignée de morues. Ce font deux morues de même taille , qui fe vendent enfèmble ou à la.poignée. 724. ' Poissons. On peut les'diftinguer -en - nus , écailleux , épineux , velu,s , cruftacées .& teftacées. 24. Poissons. Nous regardons comme vrais poiffons ceux qui ne peuvent vivre.iong-tems hors de l’eau, qui ne refpirent point l’air &,gui ont du . fang. 21. On diftingue les poiffons . relativement à leur figure, en ronds, plats , longs ou en ferpent. 2f* Pneumatique. Nous nommons vejjïe pneumatique celle qu’on appelle fou-vent vejjie à air ou natatoria. 209. Po mu CH EL des Prufliens, eft un fort petitpoiffon du genre des cabillauds;, 1030. , _ .
- Les Danois en préparent qu’on nomme ti&ling.
- R
- Raguets , font de petites morues qui font bonnes dans leur efpece. f3f. Rebut. Dans le triage des morues , 011 met au rebut les morues qui ont des ^défauts , & les poiffons d’une autre efpece que le vrai cabillaud, & qu’on a fàlés.On diftingue le grand & le petit rebut, quife vend ordinairement moitié moins que le poiifon marchand.
- Résure, Rave,Rogue. Ce font les œufs des morues, qu’on fale pour fer-, vir d’appâts lorfqu’on pèche des far-._dihes.fi 7. • t
- RodscHier différé peu du flacfish j ,1© poiifon eft fendu en deux dans toute fa longueur, & les deux lanières qui. fo deffechent, reifemblent à deux .îcordes qui feraient réunies parjun de .•leurs bouts., 964.
- Ronde ( morue ). C’eft celle,qu’oigne tranche que jufqu’à l’anus. 487."
- î: , Ü/j j ,v. • Rondfis^l
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- NOTICE O E O G R A P H I Q.U E. Z%t
- Rondfish de Norwege. C’eft un cabillaud qu’on n’ouvre que juiqu’à l’anus. On les pend ùeux à deux par la queue à des perches, &_ ce paillon defféché eft rond comme un bâton. 948- S
- Saison^poilTons de ). On nomme ainfi . ceux qui ne paraiiiènt fur nos côtes que dans certaines faifons,ou -encore ceux qui font beaucoup meilleurs dans desfaifons que dans d’autres, iy
- Sapimette , forte deboiflon qu’on fait avec des branches cf une efpece de fapin & de la melaife. 32?.
- Saques ou Résaques. On appelle ainfi de petits bàtimens qui fè chargent des effets, & même des équipages qui font fuperflus aux vaif-feaux quipaiTent en Provence. 87g.
- Saüniere , grande caiiîe où l’on dé-pofe lefelà portée desfaleurs.
- Sauter un barril de morue , -c’eft mettre fur le poilfon un faux-fond, & monter dedus pour les bien pref-fer. f66.
- Schut , petit bateau qui eft d’un grand ufage dans le nord en Islande. ioog.
- Shelfish. Je ne crois pas qu’il foit fait avec le cabillaud. 972.
- Sel neuf de retour, eft celui qu’on a pris de trop, & qu’on n’a point employé à faler le poilfon.
- Sel vieux eft celui qui fe détache du poilfon quand on les débarque, yod.
- $iste. Quelques-uns donnent ce nom aux piquoirs ou piquerons qui fervent à ' la pêché de la morue feche. 82 d.
- Skirping. On nomme ainfi dans les endroits les plus reculés de la Norvège , des poiffons fechés au vent. 1021. .< • ’
- Soleil. On diftingue les jours que les morues font reftées fur la grave par Tome X*
- fakih: ainfi Pou «dit, cette momie a reçu irois^fix, fept folerls, 8 ? 7.
- Stogkfisw , poifîon qui eft defféché & dur comme un bâton, fans avoir du tout été falé. Il yen a deplufieurs ef-peces , qu’on diftingue .par différens noms. Ainfi ftockfish eft en quelque façon un terme générique. 943.
- T
- Théâtre. Ceux qui mettent la morue-•en-tonnes ou barrils,nomment théâtre une efpece de chantier qu’ils forment avec des membrures , pour mettre delfus quantité de morues qu’on vient de laver pour qu’elles s’égouttent, y7y.
- TheU , forte de niche qtie’lés pêcheurs
- r Normands établilfent devant eux
- • pour fe garantir du vent. Les Grand-villois n’ont point de theu ; mais ils tendent devant eux une bande de toile qu’ils nomment bonnette.
- Traiter ou Trailler une ligne , eft lui donner de tems en tems une fecoulîe en la tirant vivement d’une bralfe, foit pour que l’haim entre mieux dans les chairs, foit pour engager les morues à faifir rappât'qui pourrait leur échapper. 4p.
- TrancheUr. On appelle ainfi le pêcheur qui tranche les morues & en ôte l’arête en tout ou en partie. Le couteau qui fert à cette opération s’appelle aufli trancheur.
- Triées (morues) font les plus belles qu’on choifit dans les marchandes. TH-
- Trippes de morue ; c’eft l’eftomac qu’on lave , & que les matelots font cuire pour le manger comme des trippes de boucherie, y«5?.
- Verte ( morue ). On appelle quelquefois les morues vertes à caufe de leur
- N n
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- NOTICE GEOGRAPHIQUE.
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- couleur virefcens. Mais communément la morue verte eft celle quieft falée & qu’on ne feche pas. 2f8. Vigneaux , banquettes faites à pier-
- res feches ou avec du bois,pour eteir-dre le poiflbn qu’on veutfécher,. lorfqu’on n’a pas de bonne grave* 716,
- «KT-" ..IL,- J-L" : " — *. s^sr biitt C»
- jt' -A JB X JS
- DES SECTIONS , CHAPITRES ET ARTICLES
- Contenus dans cette fécondé partie..
- Introduction. page 3.
- Article I. DiJUnction des poijjons, relativement aux. eaux ou ils Je tiennent. 6
- Poilfons de paffage & domiciliés.
- \ ' 7
- Des poilfons. voraces , & à cette occafion quelque chofe fur les appâts. ibid.
- Des animaux amphibies. 8 Art. IL Qu’il ejl néceffaire de faire connaître les poifjons parx leur forme extérieure.. ibid,.
- De la grolfeur des poilfons. fui-vant leurs efpeces.. 9
- Divifion générale des poilfons fui-vant leur forme extérieure , en • fonds , plats , & longs. ^ 10
- Diftinéiion générale des poilfons par léurs tégumens , en nua, écailleux > épineux, velus , cruG-Racées & teftaçées.. ibid.
- Des ailerons, des,nageoires & des. différences qui réfulte.nt de leur nombre Jeur pofition, leur étendue, leur forme. 13
- Des mouvemens des poilfons pour changer de lie Uv 15
- Des barbes ou filets cartilagineux des poilfons. page i&
- Des pieds des poilfons. . 17
- De la. tête des poilfons. & des parties qui en dépendent. 18
- Des organes de la, vue , de l’ouie & de l’odorat des poilfons. 19 Art. III. Defcription des poiffons par leurs parties intérieures. 20
- De la chair des poilfons. 21 Du fquélette des poilfons ronds.
- 22.
- Des os de la tête.. ibid'.
- Des dents. . ibid.
- Des levres des poilfons. 23
- Des organes de la refpiration des.
- poilfons. ibid.
- ' Des ouïes des poilfons. £4
- Digrelfon furJ la refpiration. des animaux. ' 26
- De l’union de la tête, des ,poïffQiis avec le corps. 29
- rc> De la langue des poilfons, de leur
- palais & de quelques parties v.oi-fi,ne s. 30.
- Continuation de la defcription du fquélette des poiifdns. ibid. De la ttruélure des ailerons & des.
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- TABLE' DES SÉCTIONS.k
- 283'
- nageoires. page 31
- ÀRT. IV. Des vifceres & des parties charnues des poiffons. ' 33
- De la poitrine & des vifceres qui y font renfermés. 34
- De l’abdomen & des parties qu’il contient. ibid.
- De l’effomac des poiffons. 3 f Du foie des poiffons. 36
- De la rate. ibid.
- • Des reins. ibid.
- De la vefîie à air ou pneumatique.
- 37
- De la multiplication des poiffons.
- 38
- De l’anus des poiffons. 40 De la nourriture des poiffons.
- ibid.
- L’accroiffement & la durée dé la vie des poiffons. 41
- Conclusion. ibid.
- PREMIERE SECTION. De la morue & des poiffons qui y c ont rapport. - ' 4.2
- Article I. Des poiffons qui forment* la çlajfe des morues , confédérés généralement. ibid.
- Cara&eres génériques des morues. 43
- CHAPITRE I. De la morue franche.
- , . 44
- ARTICLE I.’ Defcription de la morue franche par fes parties • externes. 46
- Article II. Defcription de la morue
- • franche par fes parties internes. 51
- “ De la bouche, de la langue & des v ‘ dents de la morue.' 1 1 ibid.
- De plufieurs organes de la-morue 1 franche. > 52
- • De l’eftomac des morues. 53
- Des inteftins. page ^4
- De la veffie à air ou pneumatique , & de l’urinaire. ibid.
- Du pancréas , du foie , de la vé-fîcule du fiel & de la rate, ibid. Du péritoine. f Ç
- Du cœur. ibid.
- Concluflon de la defcription de la morue. ibid.
- ART. III. Idée générale de ce que nous avons a dire fur la morue franche ou cabillaud p & fur fes préparations.
- ibid.
- Art. IV. Des pêches qui fe pratiquent ajfeç près des cotes de France , de Hollande , d'Angleterre, d'EcoJfe & d'Irlande , pour que les morues puiffent être mangées fraîches. 57
- Pèche à 1 embouchure de la Meufe»
- 58
- Pêche des morues fur les côtes d’Ecoffe. ibid.
- Pêche de la morue en Irlande. 59 Pèche de la morue fur le Dog-gers’bank. 60
- Art. V.jZ>es pêches quifefont en Amériquefeptentrionale en pleine mer ; & de la préparation de la morue verte quon fale & quon ne feche pas. 62 Saifons où l’on peut faire la pèche-' de la morue , dans l’Amérique ‘feptentrionale. ibidd
- Des lieux où l’on peut s’établir pour faire la pèche de la morue verte. - 6<Ç
- Idées générales des fonds 8c des circonftan'ces favorables à la 4 pêche.4 ' - ' 67
- Choix des poftes fur le grand banc de Terre-neuve. * 68
- N n ij
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- TABLE DES SECTIONS;
- Des ports de France où fe font principalement les décharge-mens au retour de la pèche de la morue verte. page 69
- Détail des armemens. 70
- Approvifionnemens pour la campagne. , 71
- Nourriture de' l’équipage fur le banc. 73
- Maniéré de faire la fapinette. 7? Des conditions des matelots qui s’engagent pour la, pèche de la morue. 7f
- Des menus uftenfiles néceifaires pour la pèche de la morue verte.
- 7/7
- Des lignes & plombs* 8q
- Des haims.
- Etat des uftenfiles qu’il faut pour un bâtiment moruyer de vingt hommes d’équipage. 8B
- Des appâts pour la morue. 84 Art. VI. De.Vétabliffement> des bâti-mens pour la pêche. 37
- Détail de l’équipement,d’un petit bâtiment pour la pèche de la mo- ' rue verte , fur le grand banc, fuivant l’ufage de Grand ville, Saint-Malo, &c. 90
- ART. VII. Differens. ufages & police des pêcheurs Jiir le banc, 92
- Art. VIII. Maniéré< de pêcher la\mo-rue qiûon prépare en vert. ibid. Maniéré de jeter les lignes à la mer. 93
- Différentes maniérés de retirer les haims des morues. 9 6 Opérations qu’on fait quand- on a retiré l’haim. ïbid.
- Maniéré de détacher les langues.
- 97
- Artigle IX. Préparation de la morue verte. , page 98'
- Préparation de la morue à la maniéré de France. ibid.
- Des noues, noes, neaux ou nauts, que les, Bafques, appellent men-tana. 100
- Remarques fur la façon d’habiller la morue verte. loi
- Maniéré de faler la morue en grenier , fuivant l’ufage de France.
- ibid.
- Des circonftances qui font que les morues faîées en vert font
- de bonne qualité. 103
- Du fel de retour de campagne.
- t 104
- De l’Huile de morue. ioç
- De la réfure. 106
- Art. X. Déchargement de la morue.
- 107
- Qualité de laT, morue'; fa- confer-- vation&.fa diftribution dansdes différentes provineesv 110 ÀR-T. XI.. De là> pêche de la merue & de fa préparation à.la, façon de-Hollande. HZ
- Pacage de lamerüe en tonne, fuivant l’ufage du Tréport. 114
- Delà morue mi fe em tonne, fuivant l’ufage de Dunkerque. 117 Delà morue entonne, qp’on vend en faumure. 118
- De la morue en tonne , qu’on^ vend en fel fec. ibid.
- , Police deBunkerque pour le pacage en tonne. 119
- , De là différente qualité des-morues préparées en vert , fuivant les méthodes que nous venons d’indiquer. 121
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- CHAPITRES ET ARTICLES.
- Préparation de la morue qu’on nomme Yandoliitm. page 122 Préparation de la morue verte dans le nord, qu’on nommeraber-deen. ibid.
- De la préparation de la mtirue que les Norvégiens appellent Yabberdahru Ï23
- Pêche & préparation de la morue en Islande. 124
- Art. XIL Détail de la morue aux marchés. 125
- AftT. XIII. De la pêche- qtûon nommé a la faux. 126
- Art. XIV. Life des différens poijfons qui fe trouvent'- le pliis corrimunéthent fur le grand banc. 128
- Art. XV. De lapeche 6* de laptêpa-ration de la morue qwonfecht apres Vavoir falée. 129
- Des bâtimens qu’on emploie pbur la pèche de la morue feche; 130 Prife des vivres, & nourriture des équipages. 131
- Fonctions des hommesrdte l’équipage. 132
- Conventions des armateurs avec les officiers & matelots. 133 Saifon du départ peut 1» pèche de la’morue feche en Amérique feptentriotialê. 13
- Des divers inftrumens & uftenfî-lesdorit onfefert'pout la pêche & la préparation de là morue feche. 13 6
- Dé la * rave. 142
- De quelques menus uften’files qui font: nécêffiiirès pour la pèohe dé la morue. ibid.
- Des habillemens des pêcheurs de
- morue , principalement pour celle qu?onprépar<f'au fec. p.142 Du iel. 143
- Exp édi tion des1 bâti mens. 144
- Ce que c’eft que le capitaine-amiral de la pèche",.St dès droits qui lui font? attribués» ibid. Choix: du lieu pour faire fort éta-blilfement. 147
- De la groiîbur dès morues des différens parages. 148
- Des chaloupespëcheufes» ibid. De' l’échafaud. 150
- Des cabaneàux. I f2
- Des vigneaux. If3
- Dépare des chaloupes pour la pêche. ïS4
- Des différens appâts avec lefquels 011 amorce les; hâims pour cette pèche. 1 ç f
- Des tems favorables pour faire une bonne pêché; 158
- Manière de pêcher les morues.
- ibid.
- De la pèche au petit dégra fc. 1^9 De la pèche avéc des: gouelettes, qu’on peur appeiler le grand dé-gràt. 161
- Déchargement des chaloupés fur l’échafaud. 162
- Du lavoir, & du deffécheinent de la morue. 163
- Maniéré d’éelaireT l’échafau d. I-67 Maniéré de retirer l’huile des foies. ibid<
- Dé la rogne ou rave pour la pêche de la fardinè. 168
- Travail qu’on fait quand on a fini la pêche. ibid.
- Du défarmement: de l’échafaud,
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- 38 G
- TABLE DES SECTIONS;
- & des autres établiifemens qu’on a faits pour la pêche, page 170 De la confommation du fel, & de celui qui refte après que la pèche eft faite. ibid.
- De la morue qu’on appelle blanche. , & de celle qu’on nomme noire , pinée , brumée ou charbon-née. 171
- Maniéré de faire la morue qu’on nomme pinée. 173
- Des allégés qu’ont les grands navires pêcheurs qui paifent en Provence, & de celles qu’on nomme faques ou refaques. ibid. Débarquement de la morue. 174 Du commerce de la morue feche.
- }71
- LottilTement des morues. ibid. Maniéré d’apprêter la morue feche dans les cuifines. 175
- Art. XVI. De la pêche de la morue au nord , & des différentes préparations quon lui donne. 178
- Quelles font les pèches que les Hollandais, Anglais & Français, &c. peuvent faire dans les mers du nord ; & idée générale tant de leurs pêches que de leur commerce. 180
- Pêché de la morue par les Anglais avec un borfet. i83
- De la préparation du cabillaud au nord par les naturels du pays.
- 183
- Du ftockfish ou poiiTon delféché fans fel, & les différentes efpe-ces. 184
- Du rondfish. 186
- f Du clipfish ou klippfish fans fel.
- 187
- Du flackfish. page ïgf
- Du rothfchair ou rodfchier des Norvégiens, ou rotskæring des Danois. 188
- Du hengfish. 189
- Du shellfish & de l’abberdahn.
- 190
- Des iifues des morues , & de l’u-fage qu’on en fait. ibid.
- Art. X Vil. Maniérés de pêcher les morues dans les différentes parties de VEurope feptentrionale par les naturels du pays. 191
- Héiygeland , ou Holy - Island.
- 194
- Les isles d’Itland ou Hetland ou
- Schetland. ibid.
- Des Orcades. ï9f
- De l’Islande. ibid.
- De Norvège. 196
- Pèche des Rufles. 198
- Sur le commerce de la morue du
- nord. 200
- De la maniéré d’apprêter dans les cuifines le cabillaud delféché fans fel , qu’on peut regarder comme du genre des ftockfish.
- 201
- De quelques gadus qu’011 prend dans les mers du nord. 203 CHAPITRE IL Du lieu de Bretagne. 204
- Article I. Defcription du lieu par fes parties extérieures. 20 Ç
- ART. II. Defcription du lieu par fes parties intérieures, ou idée de £anatomie de ce poiffon. 20 9
- Cara&eres diftinétifs du lieu d’avec la morue'franche, cabillaud ou cabeliau,ou encore kabeliau.
- 210
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-
- CHAPITRES ET ARTICLES.
- 2S7
- Caraderes qui établirent que le merlu - verdin du Havre eft le même poiffon que le lieu de Bretagne. page 2îi
- Différence du lieu d’avec le merlan. ibid.
- Art. III. De l’efpece de lieu quon doit nommer colin. ibid.
- Art. IV. De la pêche du lieu & du ‘ colin. 21S
- Art. V. Préparation de ces poifions.
- 214
- Maniéré d’apprêter les lieux. 21 f Art. VI. De l’officier. ibid.
- CHAPITRE III. Du merlan. 216 AR.T. I. Defcription du merlan par fes parties extérieures. 217
- Art. IL Defcription du merlan par fes parties intérieures. 219
- Marques diftindives du merlan d’avec plufieurs poiffons de la même famille. 22Q
- Art. III. Saifon & maniéré de pêcher le merlan dans les différens pays.221 Art. IV. Apprêt des merlans dans I lés cuifines. 2 2 J
- Art. V. Du meulenat ou meutenaer en Hollande molenaar. 224.
- CHAPITRE IV. De hînon ou aigrefin. - ibid.
- Art. I. Defcription d’üh ’ aigrefin de grandeur médiocre. 22f
- Caraderes diftindifs de l’aigrefin d’avec plufieurs autres poiflbns. 227
- De la pêche de l’ânon ou aigrefin. ibid.
- Préparation & ufage qu’on fait des aigrefins. 228
- Art. IL De la goberge* ibid„
- CHAPITRE V. Du tacaud ou gode.
- page 229
- Art. I. Defcription du tacaud par fes parties extérieures. ibid.
- Art. IL Defcription dn tacaud par fes parties intérieures. 232
- ART. III. Caractères diflinctifs de la gode avec la morué franche, le lieu, le merlan , &V aigrefin. 233
- Art. IV. De là pêche du tacaud. ibid. ART. V. Dufèfgatd’Olonne. 234
- CHAPITRE VI. Du capelan de la Méditerranée. 23 ç
- Art. I. Defcription du capelan delà Méditerranée, ibid.
- Art. IL De la pêche du capelan. 2 3 6
- CHAPITRE VII. Du grand merlus de Bretagne. ibid.
- Art. I. Defcription du merlu par fes parties extérieures. 237
- Art. II. Defcription du merlu par fes parties intérieures, 239
- Art. III. Maniéré de pêcher les merlus., 240
- Art. IV. Préparation & confomma-tion de ce poiffon.. 24 r
- Salaifon du merlus. ibid.
- CHAPITRE VIII. Dnlïngne, grande morue barbue ou morue longue* '/. .A 242
- Art. T. Defcription du grand lingue par fes parties extérieures.. ibid. Art. II. Defcription des parties intérieures du lingue. 244
- Art. III. De la pechedu lingue. 245 Art. IV. Du petit lingue y oïl merlu barbu. ibid*.
- Defcription du merlu, barbu* ou petit lingue* 247
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- 288 TABLE DES SECTIONS, CHAPITRES ET ARTICLES.
- CHAPITRE IX. Du eafîelw de mêrique fepte'ntrionale. page 248.
- Supplément à .la première lèdion de la feçonde partie du traité général des pêches, concernant les morues. 2f ï
- Extrait d’un mémoire de M. le Roy , cammilfaire de la marine au port de Breft. page 2Ç4 Extrait d’une lettre de M. Four-
- crpy de Ramecourt, Ingénieur en chef a Calais. page 256 Addition à la première fedion de la fécondé partie, dans laquelle il s’agit des poiffons de la Famille'des morues & de leur pêche. 257
- Mémoire Fur la pêche de la morue aux filets ., ufitée dans la contrée du Sundmer en Norwege. ihid. Pèche de Nordland. 267
- M. Duhamel du Monceau n’ayant d’autre motiFque de donner au public le traité des pêches le plus complet & le plus exad qu’il lui fera poflible a il invite ceux qui liront fon ouvrage, & qui feront à portée de connaître à fond les matières qui y feront traitées, de lui faire part de leurs réflexions : il fe fera un plaifir de les publier & de faire connaître au .public ceux qui auront bien voulu l’aider de leurs lumières.
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- SECONDE SECTION.
- Du Saumon , et des poissons qui y ont rapp o rt.
- --r=-^---—===*»«*
- Remarques générales furies faumons{ i) , & les poijfons qui forment
- cette clajfe.
- i. I^jÏon intention étant, comme j’en ai prévenu au commencement de la première fedion de cette fécondé partie , de me borner à parler des poilfons qui font un objet de commerce* ain 11 que de ceux qui font d’un ufage familier, & qui fourniifent aux pêcheurs l’intérêt des dépenfes qu’ils font obligés de faire, & la récompense de leurs pénibles travaux 3 c’eft dans la vue de remplir cette tâche que , dans la première fedion , j’ai traité des poilfons qui font de la famille des morues ; ces mêmes raifons me déterminent)» à confidérer dans cette fécondé fedion , le faumon proprement dit, auquel je joindrai plufieurs poilfons qu’on peut regarder comme étant de la même famille , tels que les truites , les éperlans , &c. &c. Il convient de commencer par rapporter les caraderes qui leur font communs à tous.
- - 2. Ces poilfons qui refpirent l’eau par les ouies, & fe multiplient par des œufs, font à arêtes & à écailles 3 ils ont un feul aileron fur le dos , vers le milieu de la longueur du poilfon , A, I,fig. 1 , & de plus un petit appendice cartilagineux B , entre l’aileron-A & celui de la queue C 3 ce petit aileron B 11’a point de nervures , comme les autres ailerons & nageoires qui font compofés d’un nombre de rayons fouples & point piquans , étant liés par une membrane 3 le petit aileron cartilagineux parait formé par un lîmple prolongement de la peau 3 quand le poilfon fort de l’eau, cet appendice eft gluant au toucher, & cette partie fournit un caradere diftindif des poif. fons de la famille du faumon , qu’on peut dire monoptêrygiens avec appendices , ce qui les diftingue de quantité de poilfons qui font monoptêrygiensfans appendices. Ces poilfons ont fous le ventre, derrière l’anus D , un aileron E, dont les rayons fout inclinés vers l’arriere 3 le plus long A, eft le plus proche de l’anus , tous les autres diminuent de longueur en approchant de k.
- 3. L’aileron'de la queue C, qui termine la longueur du poilfon, par
- 1 ) Les Allemands déhgnent le faumon par les mots faim & iachs. Ce dernier nom ne fe donné communément qu’aux fauihonneaex.
- Tome X. O »
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- 2So TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- naît plus ou moins échancré fuivant qu’il eft plus ou moins étendu. Et à cette occafion M. le Roy, commiflaire de I9 marine à fireft, m’a fait remarquer que quand cet aileron était replié fur lui-même , comme lorfque le poiffon eft mort, les rayons les plus longs b m , en fe rapprochant, font paraître l’échancrure conftdérable ; de forte qu’elle forme un angle aigu . fig. 2 y. mais que quand il eft étendu , comme dans la fig. 1, les parties b m étant écartées l’une de l’autre , l’échancrure paraît arrondie. Cependant entre les poiR ions du genre que nous traitons, les uns ont l’aileron cchancré par un angle.* rentrant comme une queue d’hirondelle , d’autres par une courbe qui rentre, du côté du corps, & d’autres l’ont coupé prefque quarrément;
- 4. Tocs les poiflbns de cette famille ont une nageoire F , derrière chaque ouie, & deux autres fous le ventre en G , à peu près à l’à-plomb de l’aileron du dos A. La plupart de ces poiflons ont une efpece de petit bourrelet ou gonflement adipeux H ,à l’endroit où l’aileron de la queue s’attache à l’extrémité de leur corps; il y a aufft une petite protubérance cartilagi-neufe à l’articulation des nageoires F & G, ainfi qu’à l’attache des ailerons A & E. Ces ailerons & nageoires font formés par des nervures fouples & point piquantes, quelquefois rameufes , comme on voit pi, I, fig* 7 , qui font, liées les unes avec les autres par une membrane>plus ou moins épakfe , qui eft fouvent grafse, délicate & bonne à manger. A côté du plus long rayon de l’aileron du ventre , on en app.erc.oit fouvent un détaché des autres, qui' femble un barbillon. E11 voilà fuiïifa minent pour établir le cara&ere des poiR ions de la famille des faumons 5 nous entrerons dans bien d’autres détails3, lorfqu’il s’agira des efpeces.
- Idée générale des différent poiffon s que les auteurs ont rangés dans Iki
- claffe des faumons.
- 5. Les auteurs ont rapporté à cette famille beaucoup de différentes: efpeces de poiflbns ; plufieurs me paraiffent être de fimples variétés, quelques autres me femblent devoir être rapportés à des genres différensi enfin, il y en a qui me font abfolument inconnus.
- 6. Dans le commerce , on diftingue trois efpeces de iàumoJïs 3. on
- eonferve le nom de faumons à ceux > fig. 1 , qui font parvenus à leur groR feur : on appelle grills , tocans , gu faumonneaux , &c. les petits faumons fig. 3 , fans s’embarrafler fi leur petitefle vient de ce qu’ils font jeunes 0 ou s’il eft de leur effence de ne devenir jamais plus grands 3 enfin 3„on nomme bécards les faumons qui ont la mâchoire d’en-bas crochue , fe relevant par le bout vers celle d’eu-haut, fig. %. J’cir parlerai expreffcmeiù dans la fuite. ‘ : • ->v.
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- Sect IL Du faumon, & des poiffons qui y ont rapport 291
- 7. Mais outre ces poiifons , qui font de vrais faumons, on doit comprendre dans cette famille bien d’autres efpeces de poiifons; & fans nous écarter du fentiment de la plupart des auteurs , nous y réunirons tous ceux qui , comme le faumon , ont entre l’aileron du dos & celui de la queue , le petit appendice charnu dont nous avons parlé ; l’éperlati doit être donné pour exemple. De ce genre font encore inconteftablement les truites , puifque, comme nous, le dirons dans la fuite » il eft fouvent difficile de diftinguer une grolfe truite d’un faumon de médiocre grolfeur.
- 8. Belon comprend dans une même famille le faumon , la truite, le tacon ou tocan, le thymale ou themero, le farion , lelavaret, le car-pion , l’umbre ou humble , & l’éperlan. Tous ces pôiifôns ont le petit appendice charnu B , entre l’aileron du dos & celui de la queue. Je me pro-pofe de parler dans la fuite de ces" diffère ns poîifôns; je préviens feulement que j’infifterai peu fur ceux qui fe pèchent en Italie , en Savoie , à Geneve , dans le nord, en un mot, fur ceux dont je ne pourrais parler que d’après les auteurs. N’ayant pas été à portée de, les examiner par moi-même, je me contenterai de les indiquer par des notes abrégées, ou par les éclair-oiffemens qu’ont bien voulu me communiquer des fâvans qui étaient fur les lieux où ces poilfons fe trouvent aflfez abondamment : mais je parlerai le plus exactement qu’il me fera poffible des efpeces dont on fait le plus grand ufage, & qui entrent dans le commerce.
- CHAPITRE PREMIER.
- Du faumon proprement dit, ou franc-faumon. Salmo omnium ferè autorum. Salmo roftro ultra inferiorem maxillam fæpe prominente.
- ; Réflexions prèlimiNairé s.
- i i ’
- 9. Ïl y a des auteurs qui font dériver le nom de falmo de faltare , parce qu’il s’élance au-deifus de l’eau i d’autres âefal, parce qu’on en fale beaucoup ; mais je n’infifterai point fur ces étymologies. D’autres donnent différens noms, aux faumons fuivant leur grofseur: ils nomment les plus petits: ‘digitales , ceux qui ' font, plus gros falares , encore plus gros fariones, enfin ceux qui ont acquis leur grofseur falmohes : on a encore diftingué les faumons par différentes . épithetes qu’on tire de leur couleur. Comme les faumons font meilleurs dans Certaines rivierés que dans d’autres, orna auffi voulu lés diftinguer par le ûom. du lieu où ils ont
- O o ij
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- TRAÎTE' DES PECHES, Partie II.
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- été.pris ; mais on voit que toutes ces circonftances , dont nous parlerons dans la fuite , ne forment point des efpeces différentes : j’entre en matière.
- 10. On prend des faumons qui égalent la grofseur des morues : Be-lon dit qu’il s’en trouve qui ont trois coudées de longueur, & qui font gros comme la cuifse. Je crois qu’il eft bien rare d’en prendre de cette taille ; mais j’en ai vu de beaucoup plus gros que celui que je vais décrire , qui me parait être d’une taille moyenne.
- Article premier.
- D efeription d'un faumon par fes parties extérieures.
- iï. Ce fiumon avait vingt - huit pouces de longueur totale, ou de K en C -, pl. I, fig. 1 ; la peau eft épaifse , délicate quand elle eft cuite , & peu adhérente à la chair; les écailles, qui tiennent afsez fortement à la peau, font petites & minces, plus ou moins grandes fuivant la grofseur du poifson ; néanmoins celles du dos le font plus que les autres : leur forme eft ovale , leur grand diamètre étant à peu près de deux ou trois lignes , elles le recouvrent comme les ardoifes fur un toit; & les inférieures font prefque entièrement recouvertes par les fupérieures; ou, pour parler comme les couvreurs, le pureau eft fort petit par comparaifon à la grandeur totale des écailles.
- .. 12. Au fortir de l’eau, le dos des làumons paraît d’un bleu foncé; quelque tems après les couleurs s’éclaircifsent un peu. C’eft une remarque que M. le Roy a faite fur nombre de faumons ; mais cette couleur n’eft pas toujours la même. Les côtés ont des reflets comme dorés , le ventre eft blanc argenté , & plus bas il eft blanc mat, ainfi que le defsous de la gorge.
- 13. La tête des faumons n’eft pas proportionnellement au corps aufli grolfe que celle des morues; elle eft menue & alongée : quand la gueule eft fermée, le mufeau forme un coin qui n’eft pas fort ob\tus, le deifus de la tète eft un peu applati ; l’ouverture de la gueule eft alfez grande; les deux mâchoires font à peu près de même longueur; s’il y en a une qui ex-Cede fautre , c’eft celle d’en-haut.
- 14. Quand nous donnerons quelques dimenfions ‘, il faut toujours fè fouvenir que nous les prenons fur un poilfon qui avait vingt - huit pouces de longueur totale ; ceci bien entendu, depuis l’extrémité K, jufqu’atr centre de l’œil a , il y a un pouce neuf lignes. Le diamètre de l’œil eft de fix lignes , la prunelle eft noire & l’iris argentée, ayant une légère teinte faune ©u verte ( 2 On apperçoit fur le mufeau deux trous o, qui font les
- A i -, ’.r • • \
- ( 2O De plus, les yeux font grands, voifins du bec, & couverts d’une yiembran* clignotante*
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- Sect. IL Du faumon, £5? des poiffons qui y ont rapport. 293
- narines > elles font un peu plus près de l’œil que de l’extrémité du mufeau.
- if. Les opercules des ouies font formés de quatre feuillets ofseux , minces, flexibles, réunis & recouverts par une membrane épaifse quand les faumons font gras, & argentée, fouvent marquée de quelques taches, la plupart rondes & de grofseurs inégales ; il y a depuis l’extrémité K du mwfëau jufqu’au bord P de cet opercule , cinq pouces trois ou quatre lignes.
- *6. La mâchoire inférieure eft bordée d’un rang de dents fort aiguës, recourbées vers le dedans de la gueule ; la mâchoire fupérieure eft bordée de deux rangs de dents un peu plus fortes s entre ces dents ,tant de la mâchoire fupérieure que de 1’inférieure , il y a nombre de petites dents ou afpé-rités diftribuées fans ordre. On voit quelquefois deux rangs de dents au palais ; il y en a fur le devant quelques-unes plus petites : le refte du palais n’a point de dents ; mais dans le gofier , il y en a quelques-unes qui font fort aiguës & courbées vers le dedans. Peut-être que dans de très-gros & vieux lau-inons ces dents s’attachent fermement à la mâchoire ; mais dans des faumons aflez gros, je les ai trouvé branlantes; de forte qu’on ne les fentait point en enfonçant le doigt dans la gueule, mais bien en le retirant ; & ayant voulu faire cuire une mâchoire pour la décharner plus aifément, les dents fe font détachées : ainfi leur attache était cartilagineufe.
- 17. La langue NN,J%. 7, eft épaifse , creufée en cuilleron, garnie de quelques rangées de petites dents courbées vers le dedans ; & quelquefois fur le devant quelques-unes plus grandes que les autres qui font indiquées par o o ijig. 7: mais je préviens que je n’en ai jamais vu d’auiîi grandes que celles qui font repréfentêes en 00 ,fig. 7.
- 18. On apperçoit de chaque côté quatre branchies qui, à la partie concave , font garnies de deux rangées de tubercules cartilagineufes fem-blables à des dents, & de plus hérifsées d’afpérités. Ces efpeces d’apophyfes font moins confidérables à la partie poftérieure qu’à l’antérieure » les franges de ces branchies font doubles.
- _ 19. A treize pouces du mufeau, eft le grand aileron du dos A, l’attache de cet aileron au dos du poilfon occupe une longueur d’environ trois pouces & demi; il eft formé par quinze rayons, dont les plus grands fout branchus à leur extrémité ; ils s’inclinent tous vers farriere , & forment un triangle dont la pointe eft en A.
- 20. Du bout du mufeau au petit appendice membraneux B, il y a vingt pouces ;la largeur de cet appendice à l’endroit de fon attache au poifl fon, eft de douze à treize lignes. Nous avons déjà dit qu’on n’y diftinguait point de nervures ; il lemble n’ètre formé que par la peau ; il eft de couleur brune. Du mufeau au commencement de l’aileron de la queue en I, il y a
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- 2*4 TRAITE1 DES PECHES. Partie IL
- Vingt-quatre pouces ; & , comme nous en avons prévenu ,1a longueur to taie du poiffon de K en C, eft de vingt-huit pouces, l’aileron de la queue b c m é'ft brun , l’extrémité eft taillée en portion de cercle , dont la concavité eft du côté du corps ; quand il n’eft pas bien étendu , il paraît plus fourchu ; il eft formé à peu près de dix-neuf nervures , dont plufieurs font branchues. Cet aileron, étant étendu autant qu’il peut l’être , a environ cinq pouces de b en m.
- 2 t. L’aileron E de derrière l’anus eft à dix - neuf pouces fix lignes du mufeau; il eft blanchâtre , charnu, formé de douze à treize nervures; les premières font menues & fimples , les autres font branchues à leur extrémité ; il a un peu plus de trois pouces à fon infertLon au corps du poiffon , les nervures s’inclinent vers l’arriere.
- 22. L’articulation des nageoires F de derrière les ouies eft à neuf pouces du mufeau K; elles font brunes par les extrémités, & formées de quatorze nervures : la premiers , qui eft la plus longue, eft fîmple , elle a quatre; à cinq pouces de longueur : les autres, qui font plus courtes , font branchues. Les nageoires G du ventre font à douze ou treize pouces du mufeau, l’anus D eft à dix-neuf pouces : ces nageoires G font blanchâtres , ayant feulement un peu de brun fur le bord fupérieur, & quelquefois chargées de mouchetures ; chacune eft formée de neuf ou dix nervures la plupart branchues ; il y a à la partie fupérieute de l’articulation de ces nageoires une apophyfe écailleufe , blanche & affez fenfible.
- 23. Après avoir donné les dimensions du poilfon que je décris, confî-déré buvant fa longueur, je vais dire quelque chofe de fa groffeur : la largeur verticale a b, prife vis-à-vis de l’œil, eft de deux pouces huit lignes & demie, Qwcd de cinq pouces ,ene/de cinq pouces neuf lignes , & en g h de quatre pouces; enfin vers k de deux pouces.
- 24. En jetant les yeux fur la fig. /, on voit que le dos des faumons eft un peu voûté, & que ce poilfon n’eft pas fort ventru: mais cela n’eft pas exactement vrai dans tous les faumons ; car quand les femelles font remplies d’œufs, elles ont le ventre fort gros,/?/. Tfig. 2, & cette groiTeur augmente encore quand elles ont l’eftomac rempli d’alimens : aufli prétend - 011 alfez généralement qu’on ne peut diftinguer fïirement les faumons mâles des femelles qu’en leur prelfant le ventre ;qu’aux femelles il fuinte une limphe fanguinolente, & aux mâles une limphe laiteufe ; mais quand les femelles font très-remplies d’œufs, on les diftingue très-bien des mâles par la groffeur de leur ventre. Il ne fera pas hors de propos de rapporter ici une obfervation du docfteur Mefplez, qui demeure près la naffe de Peyrehorade : il dit que les pêcheurs ayant pris un poiffon qui avait le ventre d’une grolfeur extraordinaire , il l’ouvrit & trouva qu’il était rempli d’une maffe d’oeufs confidé-*
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- Sect. IL Du faumn , & des poiffons qtti y ont rapport. 29 f
- Table , qu’il eftima pefer fept livres j le poiffon vuidé de Tes œufs, qui étaient rouges & gros comme des petits pois , pefait vingt-cinq livres ; fa chair n’était pas de bonne qualité ; il remontait le Gave pour fe décharger de fes œufs : on voit par cette obfervation , que les poiflons qui fraient, perdent beaucoup de leur qualité.
- 2f. Les lignes latérales P H, qui font peu apparentes, fe prolongent d’un bout à l’autre du corps du poiffon , fuivant une ligne droite qui eft un peu plus près du dos que du ventre ; elles commencent en P derrière les opercules des ouies , fe terminent en H à la naiffance de l’aileron de la queue.
- 26. Ordinairement il y a des taches, tantôt d’une couleur, & tantôt d’une autre , -fouvent noires , quelquefois brunes , jaunes, grifes , ou un peu rougeâtres ; & fuivant quelques-uns » leurs couleurs changent dans les différentes faifons ; elles font affez fouvent rondes & irrégulièrement diftribuées-: fur les écailles de ce poiifon jprefque toutes font au-deffus des lignes latérales P H , quelques-unes au-deffous, mais en petite quantité r comme on. le voit pl. /, fig. 2. Je crois qu’on peut regarder la couleur de ces taches , & même la couleur générale des poiifons, comme des variétés , & fe difpenfer d’en faire des efpeces différentes , qu’on a nommées falmo maculis cinereis,, falmo cinereus aut grifeus ; car je ne regarde ces circonftances que comme des jeux de la nature. Si ceux qui ont des taches.brunes font très-charnus , fi leur chair eft fort délicate , s’ils font finguliérement vifs, c’eft probablement parce qu’ils fe font trouvés dans des eaux vives qui leur convenaient, & à portée de prendre de bonne nourriture. Je crois qu’il en eft des différentes: couleurs des poiffons comme des poils des quadrupèdes & des plumes des; oifeaux, qui varient infiniment,fans que pour cela on en faffe des efpeces. différentes..
- Article IL Description du faumon par fes parties intérieures
- 27. La colonne épiniere eft formée par environ cinquante - fix vertèbres ,1a capacité de l’abdomen eft formée par foixante-fix côtes , trente-trois de chaque côté, y compris les apophyfes tranfverfales. La poitrine, comme: dans les autres poiffons ronds , eft féparée de l’abdomen par le diaphragme qui eft affez épais , & les vifcer.es contenus dans l’abdomen , font renfermés par le péritoine qui eft de couleur de chair ; cependant cette couleur n’eft pas la même dans tous les faumons : le cœur eft anguleux & n’a qu’une ca^-vitéjla veine cave, qui s’épanouit au fortir du cœur ,y forme comme une oreillette -, le foie eft grand , d’un rouge foncé, il 11’a qu’un lobe 5 il eft plat fut une de. fes, faces , convexe, fur l’autre $, il a par en-bas quelques éuhaiv
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- crures,il touche au ventricule,& eft placé du côté gauche jla vefficule du fiel eft d’un verd foncé.
- 28. Le ventricule eft capable de s’étendre ; car on dit qu’on trouve dedans des poifïons tout entiers ; il eft long & épais, & eft une prolongation de l’œfophage j il eft fitué à la partie moyenne de l’abdomen ; & après avoir defcendu d’une certaine quantité , il fe replie & remonte jufques près du diaphragme , où il fe replie encore; & en cet endroit eft le pylore , qui eft repréfenté en A, fig. 4, étant ouvert pour faire voir un bourrelet B , qui forme à l’entrée du pylore une efpece de valvule : on apperçoit en D un grand nombre d’appendices vermiculaires , & en E les ouvertures de ces appendices : K eft le canal cholédoque; i, fon infertion ; enfin , l’inteftin fe replie pour s’étendre jufqu’à l’anus ; & dans ce trajet fon diamètre augmente. F,
- , repréfente un morceau du gros inteftin ouvert pour faire voir des feuillets qui doivent être très-minces , roulés en fpirale ; ils font attachés aux parois intérieures de l’inteftin, & en H font de petits mamelons glanduleux qui tapilfent en partie l’intérieur de l’inteftin.
- 29. Les femelles ont deux ovaires contenant un nombre confidérable d’œufs qui font rouges, ou couleur de faffran , gros comme des pois, ou comme un grain de grofeille rouge. Chaque œuf a paru à M. le Roy être rempli de deux fortes de liqueurs de differentes couleurs, qu’on 11e peut diftinguer en regardant l’œuf oppofé au jour; mais en le preflant dans l’eau, on voit d’abord fortir comme une eau gralfe & blanche qui nage fur ce fluide , & en fui te une autre liqueur qui tombe au fond, celle-ci eft jaune : cependant ces œufs étant cuits, ne paraiflent pas blancs, ce qui devrait arriver ii ces liqueurs étaient contenues dans des membranes propres. Quand les liqueurs font exprimées , l’enveloppe générale femble une pellicule blanche & flexible. La fig. 6, LL, repréfente une petite portion de l’ovaire dépouillée en partie de fon enveloppe commune pour faire voir les feuillets M , qui fontparfemés d’œufs, dont tout l’ovaire eft rempli.
- 30. La ve/Tie pneumatique n’eft pas épaifle ; elle s’étend de toute la longueur de l’abdomen , & eft fituée le long de l’épine du dos , dont néanmoins elle fe détache alfez aifément. On trouve encore le long de l’épine les reins au nombre de deux , qui ont une forme alongée & pyramidale : la rate eft noirâtre ou d’un rouge obfcur : la chair de ce poilfon eft plus ou moins rouge dans les uns que dans les autres ; ce rouge perd de fa vivacité à la cuilfon , mais il augmente dans le fel. (3) On verra dans la fuite , que quelques-uns prétendent que dans certaines circonftances la chair des
- (O On fait que la chair du faumon eft peu long-tcms dans le fel. Elle eft d’ailleurs naturellement blanchâtre ; mais elle de- très-faine & très-nourriflantç. vient d’un rouge vif quand elle, a été un
- faumoiiî
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- Sect. IL Du faumon, & des poisons qui y ont rapport. 297
- faumons devient blanche; & il eft certain qu’il y a des faiimous .qui l’ont beaucoup moins rouge que d’autres- Cette chair fe leve par; grands feuillets, qui font autant de mufoles contenus dans une enveloppe propre qui eft blanchâtre : ces forts muicles font que ce poiifon a beaucoup de force pour remonter les catara&es. Quoiqu’elle foit délicate & d’un goût agréable, comme elle en a peu , on s’en lalfe aiféraent ; ainli, il lui faut un afsaifon-nement relevé, & on trouve le faumon plus appétifsant. quand'il a pris un peu de fel. Nous rapporterons dans la fuite les différentespréparations qu’on lui donne. . i: n::: ;c *: .
- Article IIL -r 1
- Que Le faumon fe plaît à paffer de Veau de la mer dans les rivières.
- 3I- On prend très-rarement des faumons dans les filets qu’oiiftend à la mer & au large pour chafser toutes fortes de poilsons ; cependant c’eft un poiC-fon de mer que les pécheurs regardent comme littoral, parce; qu’ils ne le prennent que près des côtes, dans les parcs, & les filets qu’on tend au bord de la mer, particuliérement vers l’embouchuré des rivières. (4 ) Peut-être que ces poifsons fe tiennent une partie de l’année dans les grands ifonds, peut-être aufli qu’ils font en grande partie de paifage & qu’il nous en vient du nord. Cette conjedure deviendra probable, quand on verra dansla fuite qu’il y en a beaucoup dans le nord, en Suede, en Norwege ,;en Danemarck, en Irlande , en Rulîie , au nord de l’Ecoife , & dans l’Amérique feptentrionale. Ces poilfons qui palfent la plus grande partie de leur vie dans l’eau falée, font por-t-és par inftindi à remonter dans les rivières,.même jufqu’à leur fource, lorL qu’ils y trouvent fuffiramment d’eau & la nourriture qui leur convient.
- 32. Il y a peu de rivières en France qui aient un cours plus étendu que la Loire j on y pèche des faumons depuis fon embouchure jufqu’auprès de fa fource ; les petits font communs à Saint-Etienne en Forez, même au Puy-en-Velay , & l’on en'prend de gros à Saint-Chaumont. 1
- ' 33. Ce n’eft pas le feul poiifon qui palfe de l’eau falée dans l’eau douce; nous aurons-occafion dans la fuite d’en citer bien,d’autres ; mais ils n’ont pals tous la même inclination : quelques-uns qui fe plaifent dans l’eau fau-rfrôtre , relient dans les endroits où la marée fe fait fentir: d’autres paffent dans l’eau tout-à-fait douce ; mais ils fe fixent aux endroits où ils trouvent apparemment tout ce qui leur eft nécelfaire. Il n’en eft'pas de même des fau-flionscils’ ne reftént pas long-tems dans un même endroit ; quelquefois ils
- (4) Quelques auteurs mettent le fau- les rivières qui ont leur embouchure à la mon dansla dafle des poilfons de rivière, mer, que dans la mer même. ", parce qu’on en prend beaucoup plus dans
- Tome JC, P p
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- TRAITEr DES PECHES. Partie IL
- s’approchent du rivage & entrent dans les anfes, puis ils fe portent où l’eau eft profonde, toujours en remontant vers la fource des rivières, où cependant on n’èn trouve guere que de petits: les gros fe tiennent où il y a plus d’eau. Ils fe plaifent dans les eaux vives & claires qui coulent fur un fond de fable pur ou de gravier ; c’eft à cette raifon qu’on peut attribuer la quantité considérable de faumons qui entrent dans certaines rivières, pendant qu’il s’en trouve peu dans d’autres , quoiqu’elles fe déchargent pareillement dans la mer ; & fouvent après avoir remonté dans une grande riviere un efpace allez coiifidérable , ils la quittent pour paifer dans un ruifleau dont l’eau eft plus vivd. -
- 34. Le fait eft donc certain ; les faumons fe portent avec avidité à paf-fer dans les rivières : ainfi c’eft avec raifon que Rondelet dit que les faumons aiment tellement l’eau douce, qu’ils remontent dans ies fleuves & les ruiffeaux jufqu’à leur fource. Je n’en puis douter, en ayant vu de gros à Saint-Chaumont & même plus haut dans la Loire. Il faut pour cela , comme le remarque Gefïher & d’autres auteurs, qu’ils aient franchi un nombre de piégés qu’on leur a tendus pour les prendre au palfage. Cet auteur & beaucoup d’autres difent qu’ils s’élancent pour cela fort haut au-deffus de l’eau , qu’ils franchiflent des cataraéles qui ont plus de huit pieds de hauteur j & Cambden fait mention d’une femblable merveille qu’on trouve dans Pem-brock-shire , où ,1a riviere du Zing tombe dans la mer fi perpendiculairement fk de fi haut, qu’on s’arrête pour admirer la force & l’adreffe avec laquelle les faumons la franchiflent pour paifer de la mer dans cette riviere., Cet endroit fe nomme pour cette raifon le faut dufaumon.
- 35. Michel Drayton dit qu’à cette catara&e les faumons, pour vain-crê la force du courant,prennent leur queue dans leur gueule pour bander leurs corps comme un arc, & qu’ayant la forme d’un cercle, leur corps fe redreife avec une très-grande force j que s’ils manquent leur coup , ils recommencent la même manœuvre, jufqu’à ce qu’dis aient furmonté fobf-tacle: je crois que tout cela fe réduit à dite , quand un faumon a à vaincre un courant très-rapide , il,plie beaucoup fon corps ,püur qu’en donnant.des coups de queue très-vifs il acquière là forcé qui lui eft néceffaire pour fur-, monter la réfiftance du courant. Nous aurons occafion , en parlant delà pêche du faumon, de rapporter plufieurs faits auifi finguliers que celui que nous venons de citer. Tous ces faits font bien conftatés, & d’une notoriété qui ne permet pas d’eil douter.
- 36. Mais quelle - raifon les détermine à quitter l’eau.;falée pour paifer dans l’eau douce? C’eft un point fur lequel onn’eftpas d’accord. Le fenti-metit le plus généralement adopté par les naturaliftes, eft que les fàùméns remontent dans lès rivières pour y frayer , & y dépofer leurs œufs. Cépen-
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- dant, d’autres penfent .qu’ils dépofent leurs œufs à la mer , & qu’ils remontent dans les rivières pour , au moyen de la nourriture qu’ils y trouvent,' s’y rétablir de la maladie du frai & y engrailfer ; mais on verra dans la fuite que prefque tous les, faumons qui entrent,dans les rivières , font en chair, même, alfez gras , & point dans un état de maladie.
- 37. D’autres, au contraire, regardent l’eau douce comme pernicieufe aux faumons ; ils veulent qu’elle leur occafionne la difformité de la mâchoire inférieure, qu’ont les bécards , & foutiennent que les faumons n’entrent dans les rivières que pour fe débarrafler d’un infe&e qui les attaque à la mer, & qui périt dans l’eau douce. Il eft vrai qu’il y a des infedes qui s’attachent aux faumons : M. de Montaudouin m’en a envoyé de Nantes , & il y en a qui croient que ces infedes périifent dans l’eau douce ; cependant on en trouve fur des faumons qui ont féjourné alfez long-tems dans les rivières : & cela n’eft pas particulier aux faumons > car quantité d’autres poif-fons font attaqués par des infectes : mais , indépendamment de cetinfede, ceux qui penfent que l’eau douce eft pernicieufe aux faumons, foutiennent que, bien loin d’y engrailfer, ils y deviennent maigres ,de mauvais goût, & qu’ils mourraient , s’ils ne retournaient pas dans l’eau falée.
- 3$. Ceux qui. penfent que les faumons palfent dans l’eau douce pour fe délivrer d’un infede qui les fatigue , font remarquer qu’ils ont fous le ventre , des égratignures qu’ils attribuent à la morfure de ces infedes ; mais il eft bien plus probable que ces égratignures viennent, ou de ce qu’ils frottent fur le gravier ,dans des endroits où il y a peu d’eau, ou de ce qu’ils fe les font faites lorfque les femelles dépofent leurs œufs, 8c les mâles leur frai * car ces petites plaies ne reifemblent point à des morfures d’infedes , ce font de vraies égratignures. Enfin, plufieurs prétendent que ce font des bleffures que leur ont fait les marfouins j on trouve effedivement des faumons mutilés par les marfouins : mais les plaies que leur font ces animaux voraces ,ne refîemblent point aux égratignures dont il s’agit.
- 39- Quelle contrariété de fencimens ! Les uns veulent qu’ils dépofent leurs œufs dans l’eau douce , d’autres prétendent que c’eft dans l’eau falée; les uns difent qu’ils engraiffent dans l’eau douce , d’autres qu’ils y contractent des maladies dont ils fe guériflent dans l’eau falée‘. Je vais expofer le plus brièvement qu’il me fera poïîible le fentiment de plufieurs auteurs ; j’eflaierai enfuite d’en tirer quelques lumières.
- 40. Gessner dit que les faumons qu’on prend dans la mer n’ont point de taches fur leur corps, mais qu’il leur en vient par le féjour qu’ils font dans l’eau douce. Je crois me rappeller d’avoir vu des faumons pris dans Iss parcs au bord de la mer, dont les uns; avaient des taches , 8c d’autres
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- point ou peu , & il parait que Jonfton n’était pas fort éloigné de le croire ] puifqu’il regarde ces taches , ainfi que leur différente couleur , comme de fimples variétés qui, comme nous l’avons dit plus haut, ne doivent point confticuer des efpeces. Il ajoute même qu’ayant examiné avec attention nombre de faumons incônteftablement de la même efpece , les uns n’avaient que peu ou point de taches, pendant que d’autres en avaient de différentes couleurs. Cet auteur penfe, comme plufieurs autres, que les faumons femelles dépofent leurs œufs fur le iable des rivières, où ils font fécondés par les mâles j & qu’après cette ponte les femelles font très-maigres. Il ajoute que les œufs dépofés fur le fable , l’automne & l’hiver , éclofent en fi grande quantité au printems , que les embryons qui font emportés par l’eau, forment comme une humeur vifqueufe qui fe rend à la mer, d’où naît une im-menfité de faumons. Je n’ai point d’obfervation qui confirme l’exiftence de cette humeur vifqueufe , mais j’en rapporterai beaucoup aux faits qui établirent qu’il retourne à la mer des faumoneaux de différentes groffeursi néanmoins je m’abftiendrai pour le préfent de révoquer en doute l’allégation de Geffner.
- 41. Ce que le même auteur dit enfuite du prompt accroifferaent que ces petits faumons font en vingt ©u trente jours , ne me paraît guere vraifefiblable j cependant on effaie de confirmer ce fentiment par des expériences , & pour cela on dit qu’ayant attaché un ruban à la queue de jeunes faumons qui defcendaient à la mer , on en avait pris quelques-uns fix mois après, qui avaient confervé cette marque à leur rentrée dans une riviere; & q l’un faumoneau qui, au fortir de la riviere, n’étoit gros que comme un gardon, y étoit rentré gros faumon. M. Deslandes , commif-faire-général de la marine , dit qu’ayant recommandé à des pêcheurs de mettre des anneaux de cuivre à la queue des faumons pris à Châteaulin en Bretagne, ces pêcheurs lui avaient dit en'avoir pris quelques-uns les années fuivantes. Si ces expériences avaient été répétées plufieurs fois * & bien conftatées , elles établiraient folidement le prompt accroiffement des faumons y mais il eft très-probable que quantité de poiffons voraces , même les faumons, prenant ce ruban pour un ver , feraient parvenus à le détacher, & que l’anneau de cuivre aurait déchiré les membranes qui le retenaient j d’ailleurs M. Deslandes ne parle que d’après la dépofition des pécheurs , qui étaient probablement difpoles à ne le point contredire.
- 42. Voici l’extrait d’une lettre adreiîée àM. Geffner , qui contient des Obfervations très-curieufes que fauteur dit avoir faites dans le Rhin. Suivant lui, les faumons entrent en grande quantité dans le Rhin, vers le commencement du printems, & ils profitent pour cela des cruesv & des
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- Sect. 11. Du faumon, & des poiflons qui y ont rapport. 301
- tems où les eaux font troubles. (5) Quand ils ont dépofe leurs œufs, ils changent de couleur, ainfi que de goût i & à caufe de leur maigreur, on les prend , dit l’auteur, pour des poiflons d’autres efpeces , auxquels on donne des noms particuliers : ils commencent à maigrir vers le folftice d’été i leur corps diminue , & peu à peu ils perdent de leur groflèur. A la fin de novembre, il remonte beaucoup de faumons dans les grandes rivières, puis dans les petites qui y aboutirent s les femelles s’y déchargent de leurs œufs, quoique plufieurs en dépofent dans le Rhin même. Elles commencent leur ponte peu après le folftice, & la continuent pendant l’automne & l’hiver; quelques-unes même ne l’achevent qu’au printems. Je rapporterai dans la fuite, des obfervations bien faites, qui prouvent qu’il y a des faumons qui font leur ponte de fort bonne heure, & d’autres très-tard ; ce qui s’accorde avec le texte de la lettre.
- 43. Les femelles cherchent, continue l’auteur, des endroits fableux, où il y ait du courant ; elles entrent aufîi dans desanfes au bord du fleuve , où il n’y ait qu’une petite épaifseur d’eau-, là, elles forment dans le fable des filions longs de trois à quatre pas, larges de trois pieds. C’eft dans ces endroits qu’elles dépofent leurs œufs qui font gros comme de petits pois , & c’eft là auffi que les mâles les fécondent. Elles forment ces filions entre des pierres , pour que les œufs ne foient point emportés par le courant j ces œufs éclofent au printems, & forment des fau-moneaux.
- 44* Quoiqu’il y ait des faumons qui dépofent leurs œufs dans le Rhin, la plupart de ces poifsons préfèrent de faire leur ponte dans les petites rivières qui y aboutifsent. Quand la ponte eft faite, les mâles & les femelles retournent dans le Rhin , & quelques-uns pafsent dans l’Océan. S’il arrive des crues dans le fleuve avant que les œufs foient éclos, une partie fe trouve enfablée & perdue, d’autres font mangés par différens poifsons : ainfi il n’y en a qu’une partie qui vienne à bien. Quand les eaux baifsent, plufieurs des filions où les œufs ont été dépofés reftent à fec ; mais les œufs ne périfsent pas pour cela, & quand l’eau revient, ils éclofent comme fi l’eau ne leur avoit jamais manqué.
- . Les pêcheurs croient pouvoir prévoir, ou au moins conjetfturer s’il y aura l’année fuivante abondance de faumons ou non, par les hautes &
- . (ç) Non-feulement les faumons entrent mollafle & moins eftimée que celle de la dans le Rhin, mais ils le remontent fort haut truite. L’Aar qui eft proprement un torrent, & jufqu’à l’endroit où l’Aar fe jette dans ce forme dans fon cours des cavités où l’eau 'fleuve. On en pêche quelquefois de fort gros fe trouve avoir allez de profondeur pour à un très - grand éloignement de l’embou- que ces poiflons puiflent s’y mettre à l’abri chure de cette riviere *, mais leur chair eft de la rigueur du froid.
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- les bafses eaux qu’ils obfervent dans le Rhin. Les jeunes faumons ne ref-tcnt pas plus d’un an ou deux dans le fleuve ; dès qu’ils ont quatorze à quinze pouces de. longueur, & pas plus tôt , ils pafsent à la mer, où ils deviennent faumons, de faumoneaux qu’ils étaient ; & ayant pris leur accroît femcnt, ils reviennent dans le Rhin pour y dépofer leurs œufs. On verra qu’il y a des faumoneaux de bien des grofseurs différentes , qui retournent à la mer. Rondelet dit qu’il a trouvé de ces petits faumons mâles qui. avaient de la laite, pendant que les femelles, de même grofseur , n’avaient point d’œufs ; & ces auteurs qui ont fait tant de belles obfervations dans le Rhin, prétendent que les petits poifsons mâles fécondent Jes œufs que de grofses femelles ont dépofés.
- 46. Voilà des obfervations bien intéreffantes ; mais j’avoue que je ne conçois pas comment les auteurs qui les rapportent , ont pu les fuivre avec affez de précilîon & d’exactitude pour qu’on y ait confiance. Greu-fer des filions dans le fable pour y dépofer les œufs , ce fentiment eff affez généralement adopté. Des faumoneaux produits par des œufs qui ont refté à fec un tems confidérable; de jeunes faumoneaux qui fécondent les œufs des femelles adultes : il me femble que ces faits devraient être vérifiés, pour qu’on y eût une entière confiance ; & fi je les rapporte , c’eit dans la vue d’engager ceux qui font près des rivières abondantes en faumons, à effayer, ou de les confirmer, ou de les détruire par de nouvelles obfervations.
- 47. Je joindrai dans la fuite beaucoup d’autres autorités à celtes que je viens de citer, pour établir que les faumons fraient dans les rivières ; & il femble qu’on ne peut pas douter qu’une grande partie des faumons qui y entrent, y dépofent leurs œufs, quand on fait attention à la prodigieufe quantité de petits faumons qu’on prend dans la faifon où leur inftind: les engage à gagner la mer ; de forte qu’en y faifant attention , on en trouve beaucoup qui font confondus avec ces très-petits poiffons qu’on nomme menuife ou fretin, qui fe laiffent entraîner par le courant. Les pêcheurs qui, en contrevenant à l’ordonnance, tendent des manches pour prendre les poiffons qui fe laiffent entraîner par l’eau , après avoir retiré les poiffons qui peuvent être vendus , trouvent dans leurs filets une telle quantité de ces poifsons, qu’en plusieurs endroits on en nourrit les cochons , ou les volailles ; ce qui fait appercevoir combien il ferait utile de tenir la main à l’exécution de l’ordonnance. J’aurai occafion dans la fuite, d’infifter fur ce point; c’eft pour obvier à la deftrudion du poifson, que fur les côtes d’Angleterre & d’Irlande la pèche du faumon commence en janvier & finit en feptembre. J’ai examiné avec attention de ces petits poiffons qui s’accumulent dans les filets à manche ; il m’a paru, aiufi qu’à
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- Sêct. IL Du Jluimon, & des poiffons qui y ont rapport. 303
- des pêcheurs qui m’accompagnaient, qu’il y en avait beaucoup qui reffetn* blaient aux faumons ; mais comme ce pourrait être de jeunes tocans , ou des umbres , ou des truites , je me contenterai de les regarder comme de la famille des faumons. On trouvera dans la fuite des obfervations qui pourront éclaircir cette queftion ; je reviens au détail du fentiment des différens auteurs.
- 48* Je ne dois pas celer qu’il y en a beaucoup qui foutiennent que les faumons fraient à la mer , & qu’ils n’entrent dans les rivières qu’après avoir dépofé leurs œufs ; ils allèguent, comme une preuve inconteftable de leur fentiment, que les faumons qu’on prend dans les rivières font vuid.es d’œufs & de laites: il eft bien vrai que dans quelques pêcheries, on en prend beaucoup en cet état ; mais auili ceux qu’on prend dans plufieurs autres pêcheries font remplis d’œufs & de laite : il eft probable que , dans le premier cas, les poiffons que l’on prend ont dépofé leurs œufs avant d’arriver aux pêcheries, qui apparemment font fort éloignées de la mer, ou parce que les faumons arriveraient à certaines pêcheries avant que les œufs fuffent formés dans leur corps , d’autant que fouvent ils ne dépofent leurs œufs qu’un tems affez confidérable après leur entrée dans l’eau douce; & ceux qu’on prend à leur retour à la mer, ayant fait leur ponte, doivent être vuides , maigres & mauvais , quand ils n’ont pas eu le tems de fe rétablir de la maladie du frai. Voilà, je crois, ce qu’on peut dire pour concilier l’obfervation que nous venons de rapporter, avec celles des auteurs dont nous avons parlé en premier lieu ; & ce que nous ne donnons ici que comme une conje&ure, fera difeuté & éclairci dans la fuite d’après des obfervations fur lefquelles on peut compter.
- 49. Rondelet & plufieurs autres difent que les faumons qui ont remonté dans les rivières, ne retournent point à la mer; on peut en convenir pour la plus grande partie, mais non pas pour tous. De plus, il y en a une multitude de petits qui font entraînés à la mer avec la menuife ; & il y a dans certaines rivières des poiffons gros commentes éperlans, d’autres comme des harengs, qu’exn juge être des faumoneau* qui, le prin-tems , defeeadent à la mer ; c’eft pour cette raifon qu’on oblige les pêcheurs à 11’employer dans cette faifon que des filets à larges mailles, afin de laiffer ces petits poiffons gagner la mer , où l’on prétend , avec beaucoup de vrai-femblance, qu’ils groffiffent & rentrent dans les rivières , étant devenus gros faumons. Ces'faits.fuppofés bien avérés , ne formeraient pas une objexftion au fentiment de Rondelet , puifqu’il ne dit pas que les petits faumons qui viennent des œufs ne vont pas à la mer; mais feulement que les gros {humons, qui ont une fois quitté la-mer ,.n’y retournent pas. A l’égard même des gros faumons, je fuis porté à croire que le petit nombre qui échap-
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- peut aux piégés que leur tendent les pêcheurs, & que la maladie du frai n’a pas fait périr, retournent à la mer : deux raifons m’engagent principalement à adopter ce fentiment ; d’abord l’analogie, puifqu’on voit tous les polirons qui ont pafle dans les étangs falés pour frayer , retourner après ce tems à la mer. On peut à cette occafion confulter ce que nous avons dit dans la première partie , fécondé feclion, chap. 3, à l’occafion des bourdi-gues du Martigues & de Cette. Je demande en outre que deviendraient ces faumons, puifqu’il y a des faifons où l’on n’en trouve prefque plus dans les rivières j il n’eft pas probable qu’aucun n’ait échappé à la vigilance des pêcheurs. Je dis cependant prefque plus , parce que je citerai plusieurs rivières où l’on en prend toute l’année, un petit nombre à la vérité * mais où l’on en trouverait encore moins , fi l’on tenait les pêcheries ouvertes dans les tems prefcrits par l’ordonnance. Je crois donc qu’il en refte quelques-uns dans les rivières très-profondes, où ils peuvent fe tenir à couvert des grands froids de l’hiver j plusieurs de mes correfpondans afîurent qu’ils y reftent quelquefois deux ou trois ansj & il efi certain qu’on prend de tems. en tems quelques gros faumons à leur retour à la mer.
- fQ. Un autre point fur lequel les auteurs ne font point d’accord, con-fifte à favoir fi l’eau douce efi: favorable aux faumons,ou fi elle leur efi: contraire j l’avidité avec laquelle les faumons paflent dans l’eau douce, engage à croire qu’elle leur eft favorable ; & plufieurs penfent que l’abondance de nourriture qu’ils y rencontrent, jointe à l’eau pure , vive & claire qu’ils y trouvent,contribue à les engraiffer. Mais d’autres prétendent qu’ils n’entrent dans les rivières que pour fe débarraficr des infe&es dont nous avons déjà parlé i & qu’ils font engagés à retourner à la mer pour fe guérir des maladies qu’ils contrarient dans l’eau douce. Ils font à cette occafion de grands raifonnemens pathologiques, prétendant que les alimens dont ces posons fe font gorgés dans les rivières, leur occasionnent une pléthore 8c une abondance de fucs vifqueux, qui les feraient périr s’ils ne gagnaient pas l’eau falée,d^ps laquelle, par la diete & un changement d’alimens, ils re-crouvrent leur fanté. J’abrege beaucoup ces longues differtations qui, dans le fond, n’aboutiifent à rien. D’autres 5 bien loin d’attribuer aux poiffons qui ont long-tems refté dans l’eau douce une maladie pléthorique, prétendent avoir obfervé que les faumons qui , par quelque caufe que ce foit, n’ont pu gagner la mer, perdent leur embonpoint , qu’ils maigriffent prodi-gieufement , qne leur chair devient fade, qu’ils ne peuvent fubfiller plus d’un an dans cet état de langueur , & qu’ils deviennent bècards. Nous parlerons dans un inftant de cette difformité.
- 5 1. Il n’efi; pas douteux qu’on pr3nd dans les rivières des faumons maigres & de mauvais goût jmais je peiife qu’il ne faut pas attribuer ces défauts
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- .faufcs à ce que l’eau douce leur eft contraire, mais à ce que, ces poiifons ne fe font pas encore rétablis de la maladie du frai. Je n’en puis pas douter , puifque{j’ai mangé des .faumons exoellens &-trè$-gras au plus haut delà Loire j aflurénient,ceux-là avaient longrteras féjourné dans Peau douce. Il -m’a paru néanmoins, & j’appuierai mon fentiment de quelques autorités, que les faumons-qui ont relié iong-tems dans Peau douce font gras, & ont la chair délicate , mais plus fade que celle des faumous qui font nouvellement fortiside la mer.Lorfque nous parlerons ,des.ttocans ,011 verra.qu’il y a des faumons qui, échappant aux.piégés qu’on leur tend , remontent dans les rivières, par exemple , la Semoy , y dépofent leurs œufs, puis étant rétablis de cette maladie & cngrailfés, font pris lix mois- après en retournant à la mer , & qu’ils font très-bons : les pécheurs difenc que ceux-là ont la chair blanche ; mais M. l’abbé de la Valdieu me marque que les pécheurs en jugent par la couleur de la peau du poilfon ,qui, fuivant.eux ,a line teinte tirant fur le roux quand ils montent, & quelle eft blanche tachetée de noir quand ils defeendent. Voilà, dit-M. l’abbé de la Valdieu, ce qui les autorife à dire que la chair des faumons devient blanche dans l’eau douce. On a cependant imaginé que ce font ces poilfons malades, qui produifent de petits poilfons qu’on prend dans les rivières de Wye & de Saverne , que les Anglais appellent Jkeggers : Walton les compare aux to-cans. Nous ne le penfons pas, pour les raifons que nous rapporterons dans la fuite.. ; '
- f2. Il eftfingulierde voir des-auteurs célébrés être fur ce pointdefen-timens-oppofés/Cambden, par exemple, allure que dans .plufieurs rivières , & particuliérement dans la Wye * en pêche de très-bons faumons depuis le mois de feptembre jufqu’en avril j apparemment que ces rivières ont une allez grande profondeurd’eau pour que las faumons puilfent, en fe tenant au fond, être à couvert des rigueurs de l’hiver , ou qu’ils y remontent plutôt que dans quantité d’autres rivières : mais dans la fuite 011 verra encore bien d’autres contrariétés de fentimens. Lailfant donc à part les fyftèmes pour nous en tenir aux faits qui nous parailfent le mieux conftatés, je crois que les faumons remontent dans les rivières -pour y frayer & y dépofer leurs œufs j 11 l’on en trouve-fans œufs ni laite jic’eft qu’on les a pris un tems allez conlidérable avant le frai,ou alfez long-tems après qu’ils ont dépofé leurs-œufs,pour qu’ils fe foient rétablis de la maladie qu’ils éprouvent dans le tems de la ponte.
- 53. Si l’on prend dans les rivières de»faumons maigres, alongés, qui ont la tète grolfe proportionnellement au .corps, il ne faut pas croire que ce foit parce que l’eau douce leur-eft contraire, mais parce qu’ils fortent de la maladie que leurcaufe la ponte 9 ce qui eft commun.à tous le poilfons qui
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- fraient; enfuite étant rétablis de cette maladie, ils reprennent chair ,ils en-graiffent, & deviennent excellens , fans paraître atteints de la maladie pléthorique dont nous avons parlé. Quelques-uns peuvent bien* 1 hiverner dans les rivières profondes , comme le dit Cambden ; mais fi les pêcheurs ne leur tendaient pas des piégés, & leur laiiTaient les palfages libres, la plus grande partie retournerait à la mer pour y chercher la grande eau, & s’y tenir à l’abri des fortes gelées; puis au bout de fix mois ils rentreraient dans l’eau douce. Et ce qui donne de la vraifemblance à cette conje&ure , c’eft qu’il eft connu de tous les pêcheurs, que plufieurs efpeces de poiffons s’approchent des côtes le printems & l’été, & qu’ils fe retirent l’hiver dans les grands fonds, où ils font obligés d’aller les chercher. Je rapporterai néanmoins dans la fuite quelques obfervations qui me font croire qu’il y a quelques faumons qui dépofcnt leurs œufs dans la mer ;& c’eft peut-être^ceux-là qui, à leur entrée dans les rivières , font maigres & malades.
- CHAPITRE II.
- Du faumon bêcurd. Saltno maxilla inferiore curva. Anchorago.
- 54- Comme je fais un chapitre particulier de ce faumon , il fembie-rait que j’en formerais une efpece différente du franc-faumon ; c’eft cependant une queftion que je ne prétends pas décider, au moins je remets à prendre un parti quand je l’aurai difcutée.
- Article premier.
- Defcripdon du faumon bécard. (6)
- i t . . . -
- 55. Les faumons qu’on nomme bêcards ,pl. I ,fig. 2,fe diftinguent de ceux qu’on nomme francs-faumons, dont je viens de donner la defciption , principalement par une difformité de la mâchoire inférieure qui, au lieu d’être à peu près droite, comme on le voit fig. 1, fe recourbe vers le haut ; de forte, dit-on , que fon extrémité fe loge dans une cavité qui fe forme à la mâchoire fupérieure : on affure même en avoir trouvé quelques-uns qui avaient la mâchoire fupérieure percée à la rencontre du crochet de la mâchoire inférieure. J’ai peine à me le perfuader, peut - être parce que ,aux
- (6) Quelques auteurs donnent le nom de tacons aux jeunes faumons mâles, & celui de èçcards aux femelles.
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- Sect. II. Du faumori, & des poiffons qui y ont rapport. 307
- bécards que j’ai vus, le crochet de la mâchoire était peu confidérable, à peu près comme «il eftrepréfenté à la fig. 2; mais on allure qu’il y en a dont le crocheta plus d’un demi-pouce de longueur. '
- 56. Ôn prétend 1 encore que les bécards ont les écailles plus brunes & moins brillantes que les francs-faumons , que leurs taches font brunes & peu diftinctes. Quelques-uns difent qu’ils ont des taches rouges >& pour cette raifon , ils les nomment truites : on ajoute, eSc Belon dit, que les bécards ont les taches de couleurs plus vives •& plus variées que les autres faumons ;que leur tête eft grolîe proportionnellement au corps qui eft plat, menu & alongé. M. Mefplez, médecin , qui demeure entre le Gave de Pey-rehorade & l’Adour , ajoute que l’aileron de la queue paraît plus long & plus fendu qu’aux francs-faumons : leur chair n’eft pas fort rouge j elle a peu de délicatelfe. Ce fentiment eft alfez généralement adopté par les pêcheurs, cependant M. l’abbé de la Valdieu qui a ,àfon abbaye près Charleville fur la Semoy,une pêcherie bien entendue, m’a aifuré qu’on y prenait des bécards fort gros , très - délicats , & qu’on préférait aux faumons ordinaires. Cet abbé n’eft pas le feul qui le penfe ; quelques-uns de mes correipondans me marquent qu’ils en ont mangé de fort gros;& je vois dans une dilfer-tation fur les faumons, faite par M. Daniel Bouge , docteur en médecine, que Vanchorago (*} eft mis au nombre des poilfons excellens. Quelque contradictoires que puilfent être ces deux fentimens , on verra dans la fuite qu’ils peuvent fe concilier ; car M. l’abbé m’a dit qu’on prenait auffi à fa pêcherie quelques faumons bécards qui defcendaient la riviere , qui étaient malades & abfolument mauvais
- 57- Les pêcheurs de la Naife de Peyrehorade ont aifuré M. le préfident de Borda & M. le docteur Mefplez , que cette difformité augmente avec le le tems, & qu’elle leur fournirait un moyen de connaître l’âge de ces poif-fons. Ceux, difent-ils , qui montent pour la première fois dans les rivières pour frayer, ont la chair moins rouge que ceux qui y entrent pour la fécondé fois, & ceux-ci moins que ceux qui y remontent pour la troifieme fois j que ceux-ci ont le mufeau plus crochu , plus long & plus dur que ceux qui font plus jeunes : mais ce font là , fuivant les correfpondans que j’ai cités, des obfervations de pêcheurs , qui n’emportent point une pleine conviction , d’autant qu’il parait bien difficile de conftater ces faits par des obfervations exactes.
- 58- Les principaux faits que nous venons de rapporter font avoués de tout le monde : je crois qu’on doit les admettre j mais d’où procédé cette
- (*) Quelques auteurs comparant le crochet de la mâchoire inférieure du faumon bécard à la patte d’une ancre , lui ont donné ce nom. ,
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- 308 TRAITE' DES PECHES. Partie II
- difformité de fa mâchoire inférieure, & le mauvais état des faumons bé~ cards ? C’eft fur quoi les pêcheurs ni les auteurs ne font point d’accord 5. chacun forme fur cela des conjectures & des iyftêmes qui ne font point fondés fur des obfervations exactes : néanmoins je vais les rapporter le plus en abrégé qu’il me fera poflible.
- Ï9. Le docteur Mefplez foupçonne que la difformité du mufeau des bé-cards eft une excroiffance cartilagineufe que les faumons acquièrent à force de heurter leur mufeau contre les cailloux & les pierres qu’ils dérangent pour préparer l’endroit où ils veulent dépofer leurs œufs, & que cet appendice cartilagineux devient plus grand à mefure que le poiffon vieillit. Il ne propofe cela que comme une conjecture ; & effectivement, comme on croit que ce font les femelles qui forment ces filions , elles devraient feules être bécardes , au lieu qu’il eft certain qu’il y a beaucoup de mâles bé-cards. La contufion du. mufeau peut bien oceafionner une difformité, mais qui me femblerait devoir être differente de celle des bécards:; & l’on prend des bécards vers l’entrée des rivières avant qu’ils aient pu dépofer leurs œufs.
- 60. Beaucoup prétendent que cette difformité dépend du fexe ; mais tes uns veulent qu’il n’y ait que les mâles qui en foient affe&és ; les pêcheurs de la Semoy le penfent : d’autres veulent que tous les bécards foient femelles; c’eft entr’autres le fentiment de Belon : & plufieurs de mes eor-refpondans à portée de voir beaucoup de faumons-, entr’autres M. de la Lanne , qui demeure entre l’Adour & le Gave, affurent avoir vu des faumons bécards, les uns mâles & les autres femelles: il faut donc chercher une autre caufe de cette fingularité.
- 61. Ceux qui veulent que l’eau douce foit extrêmement contraire aux faumons, prétendent qu’ils deviennent bécards quand ils ont lejourné long-tems dans les rivières : ils difent que dans cette circonftance il fe forme un cartilage à l’extrémité de la mâchoire inférieure ; que cette excroiffance , qui augmente avec l’âge , les incommode beaucoup pour prendre leur nourriture ; que pour cette raifon ils maigriffent, ils deviennent plats ; que leur chair perd de fa délicateffe ; que quand ils ont féjourné quelque tems à la mer, le cartilage tombe,, & que pouvant prendre aifément des alimens, leur tempérament fe rétablit, & qu’ils eeffent d’être bécards.
- 62. Cela contredit entièrement le fentiment de ceux qui prétendent juger de 1 âge des faumons bécards, par la longueur du crochet. On peut, pour donner quelque confiance aux affertions de ceux qui attribuent cette difformité à l’eau douce, faire remarquer qu’il defcend beaucoup plus de bécards dans les pêcheries qu’il n’en remonte; mais enfin, il en remonte quelques-uns : on en pèche aufiî quelquefois dans les parcs au bord de la mer. Quoique ces faits ne foient pas trè^commims, ils contredirent tout
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- Sect IL Bu faumon, & des poiffons qui y ont rapport.
- ce qu’on dit de la mauvaife qualité de l’eau douce, & de la propriété de l’eau de la mer pour détruire cette difformité ; d’ailleurs j’ai vu , tout au haut de la Loire, des faumons qui n’étaient pas bécards. M. de la Cour-taudiere qui penfe comme moi, que les faumons-francs & les bécards ne font point deux efpeces différentes , dit que le cartilage qu’on prétend qui fe forme dans l’eau douce, & .qui tombe dans l’eau falée, eft une pure imagination j qu’il remonte & qu’il defcend de la mer des bécards mâles & femelles, & qu’entre ceux qui remontent, il y en a qui, en très-peu de tems, gagnent l’eau qui vient des montagnes. Peut-on imaginer, dit-il, que la conformation de leur mâchoire inférieure pût dépendre d’un féjour aufli court dans l’eau douce? Enfin , il y a des truites bécardes , on en prend à la mer ; & on ne peut pas dire que l’eau douce foit pernicieufe pour ces poiffons, puifqu’il y en a qui n’en Portent point. On pourrait de plus demander à ceux qui attribuent cette difformité à l’eau douce, pourquoi tous les faumons qui y ont féjourné n’en font point affe&és. Je penfe donc , comme M. de la Courtaudiere, que la prétention que le cartilage eft occafionné par l’eau douce , eft purement imaginaire.
- 63. Plusieurs de mes correfpondans & quelques auteurs prétendent que la grande difformité des bécards dépend principalement de la maigreur des poiffons , & qu’elle difparaît quand ils ont repris chair j ce qui pourrait juftifier cette idée, c’eft que la mâchoire inférieure des bécards eft recouverte d’une fimple membrane, ce qui paraît déceler leur maigreur.
- 64. J’ai bien vu quelques faumons bécards, mais pas en affez grand nombre pour être en état de prononcer affirmativement fur des queftions qui partagent ceux qui ont été à portée d’en voir beaucoup > néanmoins voici ce qui me parait de plus probable. Je crois que cette difformité dépend un peu d’un vice de conformation , & que la maigreur du poiffon la rend plus fenfible ; bien plus, que la maigreur faifant mieux apperee-voir les contours de la mâchoire, on peut, en examinant des poiffons maigres , les prendre pour bécards, quoiqu’ils ne le foient point ou au moins très-peu.
- 6f. A l’égard du vice de conformation, pourquoi n’arriverait - il pas aux faumons ce qu’on remarque à d’autres animaux ? Il y a des baffets à jambe droite, & d’autres à jambe torfe i j’ai eu une race de braques qui avaient prefque tous la mâchoire inférieure plus longue que la fupérieure; une autre race qui avaient au bout du nez une fente qui féparait les deux narines : en fuppofant une pareille difformité héréditaire à quelques faumons , & y ajoutant de la maigreur, on aura des bécards.
- 66. Je crois bien qu’il y a quelques faumons qui fraient à la mer, puifqu’on prend de petits faumoneaux dans les parcs j il y en a aufli qûi
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- fraient à l’entrée des rivières avant d’arriver aux pêcheries ; mais comme la plupart dépofent leurs œufs au haut des rivières, ils y éprouvent Une maladie confidérable qui les maigrit, ce qui rend le défaut de conformation plus fenlible, fans que la qualité de l’eau douce y influe. Si l’on demande pourquoi les uns font plus fujets à cette difformité que les autres, je répondrai que tous ne font pas attaqués du vice héréditaire dont nous avons parlé j que les uns fouffrant plus de la maladie du frai que les autres , ils maigrilfent davantage, & que la difformité devient plus apparente. A l’égard des autres caraéteres qu’on attribue aux bécards, comme d’avoir la tète groffe, le corps alongé , le ventre applati, les écailles moins brillantes, la chair feche, il elt clair que toutes ces chofes font des fuites de la maigreur, & indiquent un poilfon qui n’eft pas encore remis d’une grande maladie qu’il vient d’éprouver: mais tous ces indices fâcheux dif-paraiffent quand le poilfon eft rétabli, qu’il a repris chair, qu’il eft de. venu gras, ce qui arrive dans l’eau douce comme dans l’eau falée; & en tout cela je n’apperçois pas deux efpeces différentes de poilfons, de même que je n’ai point regardé mes braques comme de différentes efpeces des autres, mais feulement comme attaqués d’une difformité héréditaire.
- 67. Je vais terminer ce que j’ai à dire fur les faumons bécards, en rapportant les obfervations que M. le préfident de Borda m’a communiquées à leur fujet î j’y joindrai quelques remarques pour faire appercevoir qu’elles confirment l’explication que j’ai donnée plus haut.
- 68. Les bécards defcendent U Gave depuis la fin de février jufqu au mois d'avril. Il n’eft pas furprenant que ces poilfons parailfent pour la plus grande partie bécards , puifqu’ayant frayé dans cette riviere, ils ont éprouvé une grande maladie qui les rend maigres & décharnés, & alors ils paraîtraient bécards, quand même ils 11’auraient pas la mâchoire inférieure attaquée d’un vice de conformation j à plus forte raifon , ceux qui ont cette difformité. S’ils ont le corps plat & effilé , la ehair feche & blanchâtre, c’eft une fuite de la maladie qu’ils ont éprouvée, & dont ils ne font pas çncore rétablis. M. de Borda penfe comme nous, que c’eft le même poif-' fon , l’un qui eft en bonne fan té & bien conformé , 8c l’autre qui eft dans un état de fouffrance & ordinairement attaqué d’un vice de conformation.
- 69. M. de Borda dit quil y a quelques bécards qui remontent le Gave, & que ces poijfons font très-maigres , ce qui arrive aux femelles remplies d œufs & prêtes à faire leur ponte. Dans ce cas , la tête étant dépouillée de graille, & en partie de la chair, on apperçoit au travers de la peau le fquélette prefqu’à découvert.
- 70. On dit que prefque tous les bécards font pris avec des filets. Cela doit être, puifque, comme on le verra lorfque nous parlerons des pêcheries.
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- Sêct. II. Du faumon,& des poiffous qui y ont rapport. ,311
- les poiflons qui defcendent ne peuvent entrer dans .les nafles , il faut les prendre avec des filets au-deflus des nafles.
- 71. Les pêcheurs ajoutent que prefque tous les bécards meurent en defCendant, & que les bords de la riviere font jonches de leurs cadavres. C’eft comme fî l’on difait que la maladie du frai eft fi confidérable, que beaucoup, après avoir perdu prefque toute leur fubflance , meurent , & que leur.cadavre eft jeté au bord de la riviere par le courant de l’eau , comme les autres immondices.
- 72. Je ne fais pourquoi ils prétendent que ce font les bécards mâles qui périflent dans le Gave, & que les femelles fe rétabliflent, puifqu’ils conviennent que quand les femelles fe font déchargées de leurs œufs , ils font obligés de leur ferrer le ventre pour les diftinguer des mâles : il ferait donc plus convenable de dire que ce font les faumons très-maigres & qui n’ont pu îupporter la maladie du frai, qui périflent. C’eft de même fans fondement qu’ils difent que les femelles fe rétablilTent, reprennent chair & deviennent grafles, quand l’air eft doux & que les eaux font claires. Il ne convient pas de faire tomber ce rétabliflement fur les feules femelles , puifque, comme nous l’avons dit, les pêcheurs ne les diftinguent qu’en leur pref-fant le ventre. Ainfi cela fe réduit à dire que les poiflons qui n’ont point été fort affoiblis par la maladie du frai fe rétabliflent , quoiqu’ils foient dans l’eau douce.
- 73. Les pêcheurs difent, que prefque toutes les femelles qu ils prennent au filet au-deffus des naffes font vuides d'œufs. Cela doit être , puifqu’alors elles ont fait leur ponte. Ils ajoutent néanmoins que quelquefois , & rarement, ils en prennent qui ont quelques œufs dans le corps ; & fuivant les pêcheurs, ce font des femelles qui, étant montées tard dans le Gave, n’ont pas achevé leur ponte lorfque la faifon de defcendre à la mer eft arrivée.
- 74. Les obfervations de M. de Borda prouvent que j’ai eu ràifon de dire que la plupart des faumons montent dans les rivières pour y frayer ; qu’enfuite leur inftinét les porte'à' retourner à la mer, & que l’eau douce ne leur eft pas prejudiciable, comme plufieurs le penfent ; mais il fe pré-fentera dans la fuite des occafions de parler des poiftons bécards. J’en profiterai poiir< jeter encore plus de jour fur cette queftion. Si quelque chofe m’engageait à'retrancher les bécards de" la clafle des francs faumons, ce ferait les taches rouges, que prefque tous ont principalement à la tête , ce qui les rapprocherait des truites.
- Article IL
- _ De la qualité des faumons , principalement fuivant les endroits où. on les pêche-7f. On eftime les faumons qui ont la tête petite relativement au corps 9
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- TRAITE' DES P E H E S. Partie II.
- qui doit étire gros , arrondi, ce qui indique qu’il efl: charnu & gras ; Tes écailles doivent être brillantes, & alors on penfe que c’eft un ligne de bonne Tante. Au contraire , ceux qui éprouvent la maladie du frai les ont ternes, & les mouchetures moins diftinéles. Suivant M. Mafuelle , penfionnaire de la chambre du commerce à Dunkerque , les faumons fraient dans les ri. vieres d’eau douce , depuis le mois de feptembre jufqu’en décembre ,& ils font alors réputés de mauvaife qualité; mais comme la plupart n’ont point frayé en entrant dans les rivières, prefque tous ceux qu’on prend à leur embouchure font bons en toute faifon : néanmoins ils font dans touto leur perfeétion en janvier & février ; & quand ils fe remplilfent d’œufs, leur chair eft plus feche : ils font abfolument mauvais quand ils fraient, & peu de tems après.
- 76. On eftime que les faumons qu’on prend dans la Loire, la Seine,la Garonne , la Mcufe, le Rhin , la Tamife , font plus forts, plus gras, que ceux d’Eeoffe ; & que pour cette raifon , ceux-ci font meilleurs pour faler. Ceux de Bretagne font un peu moins eftimés que ceux des rivières que nous venons de nommer. Ceux de la mer Baltique font gros & gras ; mais leur chair a peu de couleur, ce qu’on attribue aux eaux douces qui y abondent, fur-tout dans le golfe de Finlande. On dit que ceux de Norwege ont la chair plus dure , & que ceux d’Irlande perdent plus de leur couleur à la détrempe que ceux d’Eeoffe.
- 77. Les rivières qui fe déchargent dans la mer d’Allemagne & la Baltique, ne fourniffent ordinairement que de petits faumons qui viennent par Hambourg & autres ports voifins des environs de l’Elbe. Ces poilfons paqués, comme l’on , dit en vrac, tête & queue , & pêle-mêle de toute forte, ne font point achetés avec confiance par les marchands , comme ceux qui viennent d’Angleterre & d’Eeoffe, qui font paqués par forte & triés fidèlement.
- ~ js.’- Li v. ! !——irgg—' =-• 1 11
- C H A P I T R E III.
- De la truite , trutta. Salmo maxilla inferiore paulo longiore, niaculis rubris.
- 78- C’est affurément avec grande raifon qu’Artédi a compris les truites dans la clalfe des faumons , quoique 'quelques auteurs fe fuient efforcés d’établir de grandes différences entre ces deux efpeces de poilfons , qui ont, difent-ils, des inclinations très-différentes. Pour le prouver , ils avancent que les truites paffent de la mer dans les rivières pour y dépofer leurs
- œufs ;
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- Sect. IL Du faumon, des poiffons qui y ont rapport. 315
- œufs : cela eft inconteftable , au moins à l’égard de plufieurs î mais ils ajoutent qu’elles retournent enfuite à la mer pour fe, rétablir de la maladie que le frai leur a occafiarmée. Cela peut être pour quelques-unes, mais 011 11e peut pas l’admettre comme une réglé générale; & quand cela ferait, il n’en réfulterait aucune différence d’avec les faumons , puifque , comme nous l’avons dit dans le chapitre premier , une grande partie des faumons fraient dans les rivières, & que plufieurs retournent enfuite à la mer. On ne peut pas étendre cela à toutes les truites , puifqu’il y en a qui relient perpétuellement dans les lacs & les rivières , & qui fraient dans les eaux douces fans avoir b.efoin de pafler dans l’eau falée pour fe rétablir. Il parait qu’il y a quelques, faumons qui relient long-tems dans les rivières , puifque dans certains fleuves on en prend en toute faifon ; mais je ne crois pas qu’il y en ait qui paffent toute leur vie dans l’eau douce , comme le font des truites qu’on nomme pour cette raifon jluviatiL&s. (7)
- 79. Il n’eft pas douteux que les truites qui paflent de la mer dans les rivières, ont dans le corps, de la laite & des œufs ; mais, comme on fa vu au chapitre premier, il en eft de même de la plupart des faumons : ainfi 011 ne peut pas tirer de cette circonftauce une différence bien marquée entre les faumons & les truites. D’ailleurs, on n’établit pas la diftin&ion des familles des poiffons fur leur façon de vivre, non plus que fur les alimens dont ils fe nourriffent, mais fur leur forme extérieure , afin qu’on puiffe les connaître dans les poiflonneries. Ainfi,pour prouver que les faumons & les truites doivent être rangés dans une même clafle, il fuffit de faire attention que les truites ont, comme les faumons, un aileron E ,/>/. I,pa.n. //, fig. 2 , de médiocre grandeur fur le dos, & vers le milieu de fà longueur un petit appendice charnu P , entre cet aileron & celui de la queue.
- 80. On a voulu faire une différence entre les faumons & les truites par l’aileron de la queue , prétendant que cet aileron Q_R. eft plus large , plus court & moins échancré aux truites qu’aux faumons ; mais je prouverai
- ( 7 ) J’oferai ne pas être tout-à-fait de l’avis du favantauteur de ce traité, quant au retour de tous les faumons dans l’eau falée, s’il eft vrai, comme on l’aflure, que ce poiffon fe pêche en toute faifon dans le Rhin vis-à-vis de Bâle, à une aiïez grande diftance de la mer. S’en éloignerait-il à ce point-là , s’il n’entrait dans les rivières que pour y dépofer fonfrai, & que l’eau de la mer lui fût îiéceflàire pour réparer fes forces épuifées par cette opération effentielle ? La nature qui fuit toujours la voie la plus compen-Tome Xi
- dieufe que la fagefle du Créateur lui a im-pofée, s’en écarterait - elle dans cette occa-fion ? Ce que je dis au refte du faumon, doit s’appliquer à la truite , & eft beaucoup plus fenfible par rapport à celle-ci, qui ne forme avec l’autre qu’une feule efpece, ayant la faculté de vivre également dans l’eau douce & dans l’eau falée. Les lacs de la Suiffe font remplis de truites qui en certaines faifons'entrcnt dans les rivières qui y ont leur embouchure, & y retournent enfuite. J’aurai occafîon d’en parler ailleurs.
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
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- dans la fuite , qu’à 1 egard des truites , la forme de cet aileron varie beaucoup : ainfi on ne peut pas établir fur cette circonftance un cara&ere dif. tincftif entre les faumons & les truites : l’un & l’autre de ces poiifons ont un aileron G derrière l’anus F, qui s’étend prefque jufqu’à la naiffance de l’aileron de la queue ; de plus , deux nageoires N fous la gorge , dont l’articulation efb prefqu’à l’à-plomb de l’extrémité de l’opercule des ouies, & deux autres M fous le ventre vers le milieu de la longueur du poiffon. Enfin, les truites, comme les faumons , font couvertes d’écailles , fur lefquelles on apperçoit des taches de différentes couleurs , grandeurs & figures. Communément les truites en ont plus que les faumons jmais le plus ou le moins ne peut former un cara&ere diftinctif : & fi les truites ont des taches d’un Touge très-éclatant, il y en a aufîi qui n’en ont point. Si l’on s’attachait à de pareilles petites variétés ,on en appercevrait beaucoup, non-feulement dans les truites pêchées dans différentes eaux, mais même dans celles qui auraient été prifes dans les mêmes rivières. Par exemple , auprès de la fource de la Mofelle, on prend de petites truites noires qu’on y nomme rené. Auprès de Clermont en Auvergne, ainfi que dans les petites rivières du pays des Bafques , on en prend qu’on nomme traitons. La plupart de celles de Saintonge font blanchâtres. On dit que celles de Languedoc font les unes jaunes , les autres brunes , & qu’il y en a de fort groffes ; il y a des truites qui ont des écailles blanches, d’autres brunes ; enfin , les unes ont peu & les autres beaucoup de mouchetures de différentes couleurs i il efl encore inconteftable qu’il y a des truites qui paffent, ainfi que les faumons, de la mer dans les rivières, pendant que d’autres reftent tout - ieur vie dans l’eau douce , fans avoir jamais aucune communication avec la mer ;& cette circonftance a engagé plufieurs auteurs à diftinguer les truites en fluvia-tiles & marines,
- 81. Les truites , comme les faumons , fe plaifent dans les eaux claires, vives ,qui coulent avec rapidité ; je crois qu’elles ont encore plus de force que les faumons , pour remonter les catara&es. (8) J’ajoute que ces deux poiffons fe trouvent fréquemment pêle-mêle dans les mêmes rivières ;& on les prend dans les mêmes pêcheries. On ne peut pas dire que les faumons; foient plus gros que les truites , non-feulement parce qu’on alfure qu’on prend dans les lacs des truites qui pefent 30,40 & 50 livres j mais encore
- ( 8 ) On trouve en effet dans plufieurs monté de très -grands obftacles de ee genre, rivières delaSuiffe,& en particulier dans A la vérité, elles y font toujours petites ,& celle de Reufe au comté de Neuchâtel, des je crois que l’auteur en dit ici la véritable truites qui ne peuvent s’être fi fort éloignées raiion , en ajoutant cependant, qu’on y de fon embouchure, & être parvenues dans pêche trop affidunient pour que le poiffoa les lieux où on les pêche, qu’après. avoir fui- ait le terris, d’acquérir plus de groffeure
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- Sect. II. Du faurnon, & des poîffons qui y offt rapport. 31 f
- paYce qu’on trouve de jeunes faumons & des truitelles qui font fort petites : d’ailleurs, la grolfeur des poilfons ne forme pas un caraétre diftinétif j à quoi j’ajoute que dans une même riviere on prend de groflês truites dans les endroits où la nappe d’eau eft large & profonde, pendant qu’à la fource de ces mêmes rivières on n’en prend que de petites ;& l’on prétend que quand celles-ci ont acquis une certaine groifeur , elles defcendent ces rivières pour chercher des endroits où il y ait plus d’eau. Si dans certaines rivières ou lacs il fe trouve des truites plus grolfes que dans d’autres, ne fait-oti pas que dans certains étangs les carpes font plus grolfes au bout de trois ans que dans d’autres à cinq&fix? & cela n’a rien de plus fiugulier que de voir dans des provinces les feeftiaux ,les volailles, même le gibier , petits; pendant que dans d’autres , ces animaux font gros.
- 82. La couleur des poilfons ne peut être regardée comme une marque ca-racftériftique , puifque, comme nous l’avons dit en parlant des faumons, elle varie dans les poilfons de même elpece. Il en eft de même dans les truites , ce qui revient à ce qu’on remarque dans des étangs où toutes les carpes font d’une couleur obfcure, pendant que dans d’autres elles font dorées & brillantes. A ^égard des taches dont la couleur varie , nous l’avons déjà dit, pourquoi n’en ferait-il pas des poilfons comme d’autres animaux , dont les plumes, le poil, & même la peau prennent des couleurs très-variées ? Ut* chat noir , un chat roux , un chat blanc font toujours des chats. Sans fortin delà clalfe des poilfons , ne voit-on pas que les carpes deviennent blanchâtres en vieillilfant ? Et ceux qui ont élevé de petits poilfons dorés de la Chine , doivent avoir remarqué que leur couleur varie prodigieufement ; bien plus, que le même poilfon en change à différens âges. J’aurai occafion de rapporter de pareilles obfervations que j’ai faites fur des poilfons du genre des truites.
- 83. On peut donc dire avec Rondelet, que les truites relfemblent beaucoup aux faumons par leurs parties extérieures ; ces deux efpeces de poilfons fe ref» Semblent encore par leurs parties intérieures, & déplus par leur faqon de vivre, puifque les uns & les autres fe nourrifsent de vers , d’infectes, & de petits poifsons. Malgré tous les points d’analogie & de refsemblance que nous venons de faire remarquer, les pêcheurs ne s’y trompent guere ; ils fa-vent même diftinguer afsez bien les truites faumonnées des faumons, principalement par la tête , qui eft communément plus menue, & le mufeau plus pointu aux faumons qu’aux truites i ils prétendent encore les diftinguer par l’aileroii de la queue, qui eft plus court & moins échancré dans les truites que dans les fumions; mais je vais prouver que ce caraélere eft incertain.
- 84- Je croyais bien me rappeller d’avoir vu l’aileron de la queue des truites, tantôt échancré par un angle aigu ,/>/. I,fig. 3 , parue U ; d’autres
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- fois par un arrondilTement ,/#. 36*4; & enfin coupé quarrément, Comme ces variétés ne me parafaient pas naturelles , dans la vue de me confirmer dans mon fentiment, je priai M. le marquis de Courtivron, de l’académie royale des fciences * qui a une terre en Bourgogne , où la riviere de Till, abondante en truites , fait canal dans fon jardin , d’examiner avec foin la forme de l’aileron de leur queue: ce qu’il a bien voulu faire fùruti très-grand nombre de truites, les unes mortes & les autres en vie, & nageant ou dans fa riviere ou dans un baquet. Il n’en a trouvé qu’une qui avait la queue coupée quarrément, comme à la figure première ; prefque toutes avaient la queue échancrée, même quelquefois très-profondément. J’engageai aufli M. Paulin , fous-ingénieur des ponts & chauffées , qui allait paffer une année à Cherbourg ,de prêter une finguliere attention à la forme de l’aileron de la queue des truites. Il eft bien fingulier qu’en examinant des truites pêchées dans deux rivières de Normandie , il a remarqué que. dans une toutes les truites avaient l’aileron de la'queue coupé quarrément, pendant que dans l’autre prefque toutes l’avaient échancré -, c’eft ce qui m’a engagé à repréfenter fur la pi. //, des ailerons des différentes formes.
- 85- Les pêcheurs difent encore, que les écailles des faumons font plus larges que celles des truites: mais pour fentir cette petite différence ,il faut avoir les deux poiffons à côté l’un de l’autre , à portée de les comparer. Enfin , ils ajoutent que les truites ont le corps moins a longé que les faumons : mais je prie qu’on faffe attention que la forme du corps dans les poiffons vuides de laite & d’œufs, eft bien différente de celle qu’on remarque dans les poiffons qui font pleins : d’ailleurs, il y a des truites plus menues & plus alongées que d’autres ; nous en parlerons : cependant on peut dire en général que les faumons ont la forme plus arrondie depuis l’anus jufqu’à la queue, que les truites qui font un peu plus applaties , & que communément les faumons ont l’air plus dégagé que les truites.
- §6. Je conclus des remarques que je viens de faire, qu’il y a des cir-conftances où il-faut être connaiffeur pour bien diftinguer les truites des faumons ; & les pêcheurs de bonne foi avouent qu’ils font quelquefois embarraffés à faire cette diftinction. Il fuit donc, qu’à l’égard des truites , ainfi que des faumons, on multiplierait beaucoup les efpeces,fi l’on voulait avoir égard à quantité de petites différences qui, fuivant moi, doivent être regardées comme de fimples variétés. Au refte , je ne prétends faire aucun reproche aux ichtyologiftes qui ont prêté attention aux plus petites différences qu’ils ont apperçues dans les individus qu’ils ont eus fous les yeux,& qui les ont engagés à multiplier les efpeces. Comme je me propofe de décrire des truites qui ont été pêchées dans différentes eaux , & dans des lieux fort éloignés les uns des autres ? les ledeurs équitables pourront
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- Sect. IL Du faumon, & des poiffons qui y ont rappott. 317
- juger fi les différences qu’on remarquera dans nos defcriptions doivent être regardées comme des variétés , ou mériter qu’on en fade des efpeces.
- 87. Je ne m’étendrai pas davantage fur ces confi-dérations générales} il faut examiner notre objet plus eu détail. Il eft certain, comme je l’ai déjà dit , qu’il y a des truites qui fe multiplient & qui palfent toute leur vie dans des rivières, des lacs , même des canaux, qui n’ont aucune communication avec la mer , pendant que d’autres remontent, ainfi que les faumons , de la mer dans les rivières , pour y dépofer leurs œufs ; celles-ci, & les petits poiffons qui viennent de ces œufs, retournent à la mer. Mais doit-on regarder ces truites comme deux efpeces? ou la truite pouvant fiîbfifter dans l’eau douce , ainfi que' dans l’eau falée , eft-elle engagée , fuivant différentes circonftances, à refter dans l’une ou l’autre efpece d’eau?En un mot ^oit-on diftinguer les truites qui entrent de la mer dans les rivières, trutta marina ,de celles qui reftent dans les rivières , trutta fluviatilis , & dé celles qui s’élèvent dans les lacs , trutta lacujlris , comme faifant trois efpeces dif-tin&es ? C’eft une pre-miere queftion qui pourra s’éclaircir par les defcriptions que nous allons donner des unes & des autres.
- 88* De plus, il y a des truites qui ont la chair blanche , trutta vulgaris ; & d’autres qui l’ont plus ou moins rouge , qu’on appelle pour cette raifon truite faumonn êe, trutta falmonata, C’eft une fécondé queftion, que de fa-yoir fi ce font deux efpeces diftindes : noüs la traiterons exprefsément, après avoir donné la defcription de plufieurs truites pêchées dans des eaux différentes , & dans des pays afsez éloignés les uns des autres.
- Article premier.
- Defcription de la truite quon prend à la tner , trutta marina.
- 89* La truite de mer eft un poiffon littoral, ou qui range toujours la côte tant qu’elle fe tient à la mer ; du moins on doit la regarder comme telle , puifqu’011 n’en prend point à la dreige, que nous avons décrite premiete par± tie > fécondé feclion ; & ce poiffon , très-vorace dans les rivières ,ne mord point aux appâts dans les grands fonds. Cependant on en trouve quelquefois dans les marres au bord de la mer , lorfqu’il y refte de l’eau à la mer baffe : oti en trouve aufli dans les parcs qu’on tend le long deS grèves j mais c’eft en petite quantité, par comparaifon à ce qu’on en prend dans les pêcheries dont nous parlerons , qui font établies à l’embouchure des rivières & dans leur lit*
- 90. Les truites de mer bien formées ,/>/. I,fg> 3 » partie II, font fouvent auffi groffes que les faumons mî 11’eft pas rare d’en prendre qui aient trente pouces de longueur,, que les connaiffeurs ont peine à diftinguer des faumons
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- 3iS T RA I TE’ DES PECHES. Partie îï.'
- de même taille. On prétend que celles qui n’ont point entré dans l’eau douce^ ont la peau plus claire que celles qui y ont féjourné, & qu’elles deviennent d’autant plus brunes qu’elles y ont relié plus long-tems ; cependant j’ai vu des truites qui n’avaient jamais été à la mer, dont les écailles étaient très-blanches , très-claires, & qui avaient fort peu de brun fur le dos. Alfez ordinairement les truites font fort argentées fous le ventre, elles ont furies côtés quelques petits reflets dorés , & même fur le dos , quoiqu’il foit brun ou verdâtre; la tête & les ouies font couvertes d’une peau grade & luifante fans écailles ; ces parties font de même couleur que le dos, quelquefois plus forfc-ées; une portion des opercules des ouies eft argentée & très-brillante. La plupart des truites font couvertes d’une humeur muqueufe qui les rend très-gliflantes quand on les manie , ce qui fait qu'au toucher on ne lent point leurs écailles qui font petites & minces ; & quelques pêcheurs prétendent qu’on peut diftinguer les truites des faumons, feulement au toucher.'
- 91. L’œil n’eft pas grand proportionnellement à la taille du poiflon ; la prunelle eft d’un bleu foncé, tirant au noir; l’iris eft blanc argenté, mat : entre l’œil & le bout du mufeau , on apperqoit les narines , qui font deux trous de chaque côté ,féparés par une membrane. Le haut de la langue & du palais eft garni de petites dents fort pointues ; celles des mâchoires leur font folidement attachées.
- 92. Sur le dos, au milieu de la longueur du "corps, eft un aileron E formé de onze ou douze nervures qui fe ramifient à leur extrémité ,où elles fe divifent en plusieurs filets, comme fig. 7. Ces nervures ou filets font couverts d’une membrane gralfe 8c gluante.
- 93. Derrière l’anus , à peu près à un tiers de la longueur du poiflon , du côté de la queue, on voit l’aileron du ventre G qui a des nervures ra-meufes , comme celles du dos; cet aileron eft blanchâtre, avec quelquefois une légère teinte rouge. Il y a deux nageoires N à côté des ouies, & deux petites M fous le ventre, à] peu près à la moitié de la longueur du poiflon: celles-ci font de la même couleur que l’aileron de derrière l’anus. Sur le dos' entre l’aileron E,& celui de la queue, on voit, comme au faumon, un petit appendice P , charnu & gluant. Je crois que fou vent aux grofles truites de mer, l’aileron de la queue paraît court, & coupé prefque quarrément, comme à la fig. 2.
- 94. Les écailles dont les truites font couvertes , font plus petites 8c plus minces que celles des faumons : cependant au haut du dos, encre les deux ailerons , elles font un peu plus grandes qu’ailleurs : elles deviennent plus petites en approchant de la queue ; 011 apperqoit fur les côtés les raies latérales qui font droites. Les truites encore plus que les faumons font marquées de taches de figure irrégulière , & dont la couleur varie ; quelques-
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- Sect. IB Bu faûmon, & des poiffons qûï y ont rapport. 31$
- hns de ces poiffons en ont fur le dos, & auffi fur les côtés j d’autres en ©nt fort peu.
- SS- Dans les mois de mai, juin & juillet, que les truites commencent à s’emplir d’œufs & de laite, elles ont plus fenfiblement que dans les autres faifons la forme de leur corps plus groffe & plus ramaffée que les fau-mons. Je remarquerai en paffant,que la truite que je décris, qui avait été pêchée à la mer, avait des taches rouges fur le corps, & que néanmoins la chair était très-blanche & de bon goût. Il y en a qui penfent différemment 5 ils croient que les taches rouges indiquent que la chair participera de cette couleur : mais c’eft une erreur, & le fait que je viens de rapporter eft certain.
- 96. M. Fougeroux de Bondaroy, de l’académie des fciences , mon neveu, ayant été faire un voyage fur les côtes de Normandie, je l’engageai à faire quelques obfervations fur les truites qui relient dans les parcs : en ayant pris une groffe, il m’en a remis la defcription ; mais je n’en rapporterai que quelques circonftances, étant inutile de répéter ce qui eft dit plus haut. Elle avait lix dents fur la langue, qui fe recourbaient vers le gofier î aucune tache rouge fur la peau , mais quelques points gris comme des yeux. Le haut du corps était d’un gris argenté, qui s’éclairciffait en defcen-dant vers le ventre. L’aileron du dos était, comme les côtés, chargé de points noirs, dont plulieurs reffemblaient à de petites étoiles ; cet aileron était formé de dix nervures branchues. Le petit appendice charnu du côté de la queue n’en avait point ; l’aileron de derrière l’anus avait neuf nervures ; les nageoires branchiales en avaient treize, les ventrales neuf.
- 97. On prend à la mer , ou à l’embouchure des rivières, des truites qui ont la chair blanche , & d’autres qui l’ont plus ou moins rouge ; celles-ci font ordinairement eftimées les meilleures : fuivant ce que nous rapporterons dans la fuite, cette réglé 11’eft pas générale. On en prend auffi qui font bécardes comme les laumons. Nous avons parlé, à l’occafion des fau-mons, de la difformité qui fait appeller ces poiffons bécards ; cependant nous allons décrire fort exactement une truite bécarde , & nous difcuterons dans la fuite ce qui regarde la couleur de la chair de ces poiffons.
- Article II.
- Defcription d'une truite faumonnèe & bécarde , trouvée dans un parc, Salm© feu trutta marina, maxilla inferiore incurvata.
- 98* Cette truite, pi. /, partie //, fig. i;y avait vingt pouces & demi de longueur totale A B, fur quatre pouces huit lignes de largeur à la partiels
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- plus renflée C D > la queue étant épanouie, avait quatre pouces & demi de Q_en R; l’aileron G de derrière l’anus commenqait à quatre pouces & demi de l’extrémité de celui de la queue ; & à Ton attache au corps du poiffon , il avait de L en H deux pouces. L’anus H était tout près de cet aileron G , qui était compofé de dix nervures affez greffes & bran-chues. Les deux nageoires du ventre M étaient à dix pouces & demi de l’extrémité de l’aileron de la queue i elles avaient neuf nervures branchues, comme on l’a repréfenté fig. 7 ; chaque nageoire branchiale N était formée de onze nervures ; elles étaient blanches , marquées d’une tache bleue le long de la principale nervure.
- 99. La tête avait de A en O quatre pouces & demi de longueur, & trois pouces de largeur verticale R Si le centre de l’œil T était à un pouce & demi de l’extrémité de la mâchoire fupérieure; la prunelle était noire & l’iris argenté i du côté du mufeau, était un enfoncement triangulaire au-deffous de T i entre cet enfoncement & le mufeau, étaient les ouvertures des narines; le haut de la tète était bleu. La mâchoire fupérieure était garnie de deux rangées de dents ; on en comptait à peu près neuf à la rangée extérieure. L’extrémité de la mâchoire inférieure fe recourbait en-haut ; de forte que ces poiffons ne peuvent fermer exactement la gueule, n’y ayant que les extrémités des mâchoires qui fe touchent, les côtés ref-tant néceffairement écartés les uns des autres. Quelques truites ont la mâchoire inférieure plus courbe que celle que M. Fougeroux a décrite ; cette courbure fait le caraôtere des bécardes : l’extrémité du mufeau était bleue & le relie blanc, & en-dedans de la gueule on pouvait compterfix dents qui avaient à peu près une ligne de longueur.
- 100. L’aileron E du milieu du dos avait deux pouces cinq lignes à fon attache au corps, & était compofé de onze nervures pliantes ou fou-pies; fon bord V était à neuf pouces fix lignes de l’extrémité de la queue. L’appendice charnu P , qui était à quatre pouces fix lignes de l’extrémité de la queue, avait huit lignes de largeur fur un peu plus d’un pouce de hauteur, & reffemblait allez à une feuille de pourpier. La ligne latérale O O était très-fenfible, & partageait à peu près en deux parties l’épaiffeur verticale du poiffon; la peau, vers le dos , était d’un beau bleu , & blanche vers le ventre, l’un & l’autre ayant des reflets argentés; à quelques-unes Ja couleur du dos peut être comparée à celle des tanches. Les écailles font fenfibles, fur-tout celles du dos. Comme la plupart font à leur bord d’une couleur plus foncée que le relie, le poiffon paraît couvert de taches noirâtres : la chair était rougeâtre , ce qu’on nomme faumonnc; & communément on ellime que ces truites ont un goût plus fin & plus relevé que celui du faumoii,
- 101.
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- Sect. II. Du faurnon, è? des poiff&ns qui y ont rapport. %%i
- TOI. On m’a affuré qu’il y a des truites mâles & des truites femelles qui font bécardes : ceux-là penfènt que cette difformité leur vient quand elles ont féjourné du tems dans l’eau douce ; que leur tète change aufiï de forme, qu’elle paraît plus groffe ; qu’elles deviennent brunes ayant la couleur des tanches ; que leur chair perd de fa délicateffe,, ce qu’on ap-perçoit plus fenfiblement dans le tems du frai. La truite que M. Fouge-roux a prife au bord de la mer dans un parc, étant bécarde , on ne peut pas dire que cette difformité lui fût venue d’avoir féjourné dans l’eau douce, puifqu’elle n’y avait pas remonté; de plus, cette truite bécarde s’elt trouvée d’un fort bon goût & très-délicate, au dire même des connaiffeurs; & il eft probable que fi l’on trouve la chair de quelques bécardes peu délicate, c’eft parce qu’on les a prifes dans le tems du frai , ce qui arrive à tous les poiflons. Il y a des truites bécardes, dont les taches font la plupart d’un beau rouge} les pêcheurs les nomment bécardes rouges, fig. 4.
- IC2. En voilà affez furies truites qu’on pèche au bord de la mer ou à l’entrée des rivières, lorfqu’elles font déterminées à entrer dans l’eau douce pour y dépofer leurs œufs. Il faut maintenant donner la defcription des truites qui paffent toute leur vie dans les eaux douces, pour mettre les ledeurs en état de décider fi elles font une efpece différente de celles qu’on prend au bord de la mer.
- Article III.
- Confidêrallons fommaires fur la truite, de riviere. Trutta fluviatilis autorum.
- 103. La truite de riviere eft, ainfi que celle de mer, un poiffon rond æ écaillés & à arêtes , qui ne peut être diftingué des fauinons de même grandeur que par les marques que nous avons indiquées plus haut. Les truites de riviere , ainfi que celles de mer , paraiffent larges quand elles font remplies d’œufs; c’eft peut-être ce qui les a fait nommer falmo latus.
- 104. Il y en a , plt I, partie II , fig. 2 , qui ont le dos rembruni, par-femé de taches noires : maculis folum nigris. Quelques-unes ont des taches rouges interpolées entre les noires: maculis rubris & nigris. A toutes celles que j’ai vues , les lignes latérales, qui étaient tantôt jaunes, tantôt blanches , fouvent brunes , étaient droites : llnels reclls. Je n’en ai point va qu’on pût dire exactement, llnels lateralibus furfum recurvls. Les ailerons & les nageoires font fêm^lables & femblablement placés comme aux truites de mer & aux faumons ; l’aileron de la queue eft tantôt plus & tantôt moins échancré. Les ailerons & les nageoires tirent quelquefois au rouge ,
- & d’autres fois ils font jaunâtres.
- Tome X, S s
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- TRAITE' DES PECHES. Part. IL
- io^. La longueur du corps des truites , tant de mer que de riviere , eft environ trois fois & demie celle de la tète : l’anus eft placé entre les deux tiers ou les trois quarts de la longueur du poiffon , en allant du mufeau vers la queue. Il 7 en a qui ont la chair blanche, d’autres l’ont rouge ; elle fe leve par feuillets ; & quand elles font grades, pêchées en bonne faifon & dans une eau vive, cette chair eft auffi délicate & a plus de goût que celle du faumon. Elles fe nourrirent de cruftacées, d’infe&es & de petits poiifons. Dans plufieurs rivières, elles fraient en décembre ; alors elles 11e font pas bonnes; enfuite elles engraiifent, & font un très-bon manger en juillet, août & feptembre.
- 105. Comme prefque tout ce que nous venons de dire convient également aux truites de mer & à celles de riviere, il faut, pour mettre les lecteurs en état de décider fi ce font deux efpeces de poiifons, entrer dans de plus grands détails fur la truite de riviere. Je ferai néanmoins précéder quelques remarques que j’ai faites fur de petites truites de la riviere Thi-bouville en Normandie, que m’a envoyées M. Gallon, correfpondant de l’académie des fciences & directeur des fortifications dans cette province.
- 107. Elles étaient toutes très-brillantes , fort argentées , les unes plus, les autres moins ,bleuâtrees vers le dos , ayant fur les côtés des efpeces de marbrures de cette couleur , mais très-légeres, comme des efpeces de nuages qui étaient diftribués qà à là ; plufieurs partant du dos s’étendaient fur le ventre : la couleur brillante des écailles de ces truites ne s’accorde guere avec l’idée qu’on a qu’elles brunilfent dans l’eau douce. De plus , elles avaient de petites taches noires, & d’autres d’un rouge très-vif, fiir-tout du côté de la tète, mais les grolfes plus que les petites , qui n’en avaient prefque point. Ces taches étaient diftribuées très-irréguliérement ; cependant à quelques-unes , il y en avait une file qui s’étendait de la tête jufqu’à la queue , en fuivant alfez régulièrement les lignes latérales ; à une couple 011 en voyait quelques-unes allez larges fur les opercules des ouies.
- 308. A la plupart l’aileron de la queue était coupé prefque quarrément , ou plutôt en fegment de cercle. Une qui avait fept pouces de longueur, avait un pouce neuf lignes de largeur verticale à l’endroit du ventre le plus renflé, & neuf lignes à la nai/Tance de l’aileron de la queue. Une autre qui avait fix pouces cinq lignes de longueur, n’avait qu’un pouce trois ou quatre lignes de largeur au ventre , & fept lignes à la nailfance de l’aileron de la queue. Enfin ,une autre qui avait fix pouces cinq lignes de longueur, avait un pouce cinq lignes d’épaiifeur verticale à-l’endroit le plus renflé du ventre, & huit lignes à la nailfance de l’aileron de la queue.
- 109. On voit par ces obfervations, que les dimenfions des truites, non plus que le nombre & la pofition des taches, & même la couleur générale des
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- Sect. II. Du faumon, & des poiffons qui y ont rapport.
- écailles, n’efl; pas la même dans des truites à peu près de la même grandeur & pêehées dans une même riviere ; ce qui s’accorde avec le fentiment de Be-lon, qui dit qu’on prend dans les mêmes rivières des truites diverfement colorées.
- Article IV.
- Defcription détaillée d'une truite pêchée dans la Touvre. (9)
- ilo. Comme j’avais été chargé dans mes tournées d’examiner les Forges & fonderies de Ruelle en Angoumois, je m’étais trouvé à portée de fa-voir que laTouvre , qui prend fa fource dans des rochers à environ une lieue & demieau-delfus de Ruelle , & dont les eaux font très - vives , nourrit une prodigieufe quantité de très-bonnes truites ;M. de Secval, mon neveu , lieutenant des vaifleaux du roi, ayant été chargé de conduire une fonte confi-dérable de canons & de mortiers à Ruelle , je l’engageai à me procurer , fur les truites de cette riviere, les obfervations dont je vais rendre compte.
- ni. Comme la nature des eaux influe beaucoup fur la qualité du poiflbn qui s’y éleve, il en réfulte que les truites qu’on pêche dans cette riviere , dont les eaux font très-pures, fraîches l’été, & qui ne gelent point l’hiver, font de très-bon goût & délicates ; & Ton prétend que les truites fraient dans cette riviere plus tard que dans d’autres , dont les eaux font moins vives & qui gelent l’hiver.
- 112. La truite ,pl.d 3fig. 2,partie II, avait un pied de longueur totale A B j elle peut être regardée comme de la grandeur la plus commune des truites de cette riviere j elle avait foixante vertebres, & trente côtes de chaque côté.
- HJ. La longueur de la tète , prife depuis l’extrémité du mufeau jufques derrière l’opercule des ouiesO,avait deux pouces trois lignes ; l’épaiffeur de la tète prife horifontalement, ou d’un œil à l’autre, onze lignes j la diR tance du centre de l’œil à l’extrémité de la mâchoire fupérieure un pouce ; le diamètre de l’œil, fix lignes. La prunelle était bleu foncé , tirant au noir, l’iris jaune pâle , argenté ; les mâchoires étant très-écartées l’une de l’autre, l’ouverture de la gueule était de onze lignes. La mâchoire inférieure avait à peu près neuf lignes de longueur , la fupérieure était un peu plus longue.
- 114. Aux deux côtés des mâchoires, il y avait, comme à beaucoup d’autres poiflons ,deux oifelets qui femblent deftinés à augmenter la grandeur de la gueule quand ils pourfuivent leur proie ; lorfque la gueule eft fermée , ces deux olfelets fe couchent le long des mâchoires dans le fens de leur lon-
- ( 9 ) Riviere de France dans l’Angoumois, qui fe jette dans la Charente.
- S S îj
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- gueur ; les mâchoires fupérieure & inférieure étaient garnies de chaque côté d’un rang de dents recourbées vers le dedans de la gueule; on pouvait en compter quatorze à la mâchoire fupérieure ,& dix-huit à l’inférieure;il y avait outre cela au palais trois rangées de dents ; à celle du milieu, elles étaient plus longues qu’à celles des côtés ; toutes étaient inclinées vers l’ar-riere ; la langue était auiïi garnie de dents. Toutes ces dents * ainfi qu’à la plupart des poiflbns , ne leur fervent qu’à retenir leur proie; elles ne peuvent broyer les alimens : c’eft pourquoi on trouve quelquefois dans l’efto-mac des truites, des gardons tout entiers. Le mufeau A eft arrondi ; entre fon extrémité & l’œil on appercevait de chaque côté une narine ; il y avait d’un œil à l’autre environ quatre lignes de diftance.
- i f On comptait aux ouies de chaque côté quatre branchies ; la couleur du dos était bleu foncé, tirant fur le noir; les côtés étaient gorge de pigeon changeant, ayant des reflets bleuâtres & couleur d’or tachetés d’un rouge plus vif du côté de la tête que vers la queue, & prefque toutes avaient des taches noires fur les opercules des ouies : le ventre était blanc, les écailles petites & minces,la peau fe détachait aifément de la chair. La plus grande largeur verticale de ce poiflbn était de deux pouces quatre ou cinq lignes.
- 116. Cette truite avait deux ailerons E P fur le dos, un G lous le ventre derrière l’anus, deux nageoires N derrière chaque ouie, & deux M fous le ventre. L’aileron E du dos était placé à cinq pouces de l’extrémité de la mâchoire fupérieure ; à fon attache au corps de l’animal, il avait quatorze lignes de longueur ; on y comptait onze nervures. L’autre aileron du dos P', fort petit, était éloigné de l’aileron E de deux pouces huit lignes; on n’y diflinguait aucune nervure; il ne paraiifait être formé que par la peau;i! était fort gluant quand on y portait les doigts ; il n’avait que neuf lignes de longueur , & environ huit lignes à fon attache au corps.
- 117. Les deux nageoires branchiales N étaient prefque fous la gorge;
- leur articulation était prefqu’à l’à-plomb des bords des opercules des ouies, ou à deux pouces fept lignes de la mâchoire inférieure ; elles étaient pofées obliquement fur le corps du poiflbn, & formées par onze nervures dont la plus longueavait quinze lignes ; la largeur de l’articulation était de quatre lignes. Les deux nageoires ventrales M étaient à cinq ou iîx pouces de l’extrémité de la mâchoire inférieure , & à leur articulation elles 11’étaient éloignées l’une de l’autre que de deux lignes. *
- US- L’anus était placé à huit ou neuf pouces de l’extrémité de la mâchoire inférieure; immédiatement derrière était l’aileron ventral ,qui avait onze ou douze lignes de largeur à fon attache au corps ; il était formé de douze nervures * dont la plus longue avait dix-fept, lignes de longueur. L’ex-
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- trèmité du corps du poiffon auprès de l’aileron de la queue avait treize lignes de largeur ; l’attache de l’aileron de la queue à cet endroit était circulaire ; l’aileron étant épanoui avait à fon extrémité Q_R deux pouces quatre ligues de largeur, & les nervures Q_R avaient vingt-deux lignes de longueur , celles du milieu O B douze lignes.
- 119. Les lignes latérales O O , qui partent de derrière les opercules des ouies & vont aboutir au milieu de l’aileron de la queue, étaient noires & très-apparentes ; elles réparaient allez exactement la partie du corps du poif-lon qui ell brune , d’avec celle qui elt blanche; cependant la couleur brune devenait plus foncée en approchant du dos. L’épaiffeur horifontale de ce poiflon par le travers de la tète vis-à-vis les yeux , était d’un pouce trois lignes, au milieu du corps d’un pouce quatre à cinq lignes , & près l’aileron de la queue feulement de quatre lignes; celui dont il s’agit pefait douze onces.
- 120. On prenait autrefois dans cette riviere , des truites qui pefaient cinq- à fix livres ; mais maintenant les plus belles font de quatre livres , & les communes d’une livre & demie ou deux livres. Lacaufe de cette diminution de grolTeur des truites doit, je crois,être attribuée à ce qu’on pèche beaucoup dans cette riviere, & qu’on ne donne pas au poiflon le tems de groflir.
- i2r. On prend dans iaTouvredes truitesqui ont la chair blanche, & d’autres qui font rouges , qu’011 nomme faumonnées: nous parlerons expref. férnent dans la fuite de cette différence de couleur. Les pêcheurs de cette riviere prétendent qu’on ne peut pas diftinguer lïirement les truites faumonnées des autres à des marques extérieures , non plus que les mâles d’avec les femelles , excepté, difent-ils, dans le tems du frai, où la couleur des mâles eft plus brune, & celle des femelles plus argentée .-mais ils diftinguent une efpece de truite qu’ils eftiment plus que toutes les autres ; ils la nomment gardonniere , parce que , fuivant eux , elle eft très-friande de gardons , & qu’on lui en trouve fréquemment dans l’eftomac ; ils prétendent qu’elle eft bréhaigne, qu’elle ne fraie point, & que pour cette raifon elle eft bonne toute l’année; cependant on en trouve qui ont des œufs dans le corps; mais les pêcheurs , pour foutenir leur opinion, difent que ces œufs font plus petits que ceux des truites fécondes. Ces truites , dites gardonnieres , font toutes faumonnées, plus courtes & plus larges que les truites ordinaires , & leurs écailles font plus fines & plus blanches.
- Article V.
- Notes fur les truites d'eau douce , trutta fiuviatilis, pêchées dans de petites rivières fort éloignées de la T ouvre.
- ' 122. Quoiqu’on pêche quelquefois de belles truites dans les rivières 9
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- 32 S TRAITE' DES P E H E S. Partie II.
- je crois qu’elles fout rarement aufîî grandes & aufîî groffes que les belles truites de mer, ainfi que celles des lacs} mais il y en a des unes & des autres qui ont la chair blanche , & d’autres faumonnées : on eftime qu’en général les truites de riviere font plus brunes fur le dos ; on compare cette couleur à un bleu d’acier. A l’égard des taches, les unes font d’un brun obfcur, dorfo fulvo maculis luteis ; d’autres , cojjleur de cerife, & les taches font quelquefois entourées d’un cercle blanchâtre ; on en apperqoit quelque chofe à la figure y , planche 7, partie 11. On croit appercevoir fur les côtés , des reflets de cuivre jaune, avec une légère teinte rouge : toutes ces couleurs s’éclairciffent, & le ventre eft blanc mat. Il y a à l’in-fertion de l’aileron de la queue au corps une efpece de petit bourrelet charnu , couvert d’écailles très-fines. Il femble que les ailerons des truites de riviere font plus grands proportionnellement à la grolfeur des poiflons, que ceux des truites de mer î mais cette même différence s’obferve aulïi dans les rivières entre les petites truites & les groffes. Il femble que les ailerons n’augmentent pas proportionnellement au corps , & fouvent on apperqoit defl’us des taches pareilles à celles du dos, & affez fréquemment l’extrémité du petit aileron charnu & vifqueux du dos eft rouge.
- 123. Il y a des pêcheurs qui, regardant les truites de mer & celles de rivières comme deux efpeces différentes , prétendent qu’on peut diftinguer entre les jeunes truites qu’on pèche dans les rivières , celles qui viennent du frai des truites de mer d’avec celles qui proviennent des truites qui 11e quittent jamais les eaux douces : ils difent que la tête de celles-ci eft moins longue, la queue moins fendue ; de forte qu’elles deviennent, à mefure qu’elles croifîent, coupées prefque quarrément. Je ne rapporte ceci que d’après des pêcheurs, & je m’abftiendrai de fixer le degré de confiance qu’on doit y avoir , d’autant qu’il faudrait, pour avoir fur cela quelque chofe de certain, être parvenu à élever des unes & des autres dans des lieux féparés, ce que les pêcheurs n’ont fûrement pas exécuté.
- 124. A Saint-Omer on prend beaucoup de truites dans l’Aa , dont les eaux font très-vives ; mais on n’y prend point de faumons , parce que la riviere ne communique à la mer que par des éclufes , & cette même rai-fon doit empêcher que les truites qu’on prend dans cette riviere 11e viennent de la mer. C’eft aufli ce qui fait qu’il n’y a point de truites dans les canaux.
- I2f. On prend des truites en Beauce dans la petite riviere d’Autrui, qui prend fa fource près de Champ-Baudouin, & fe décharge dans la rivière d’Etampes. On en prend aufîî en Gàtinois dans les canaux du parc de Courance , dont les eaux fe déchargent dans l’Eifoune. Il n’y a qu’une feule pièce d’eau dans le parc de Courance, où les truites fraient j elle eft
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- Sect II. Bu faumon, & des poijfons qui y ont rapport.
- à la chute des fources ; le fond en eft graveleux, ainfi que la partie de la riviere où fe rendent ces eaux : on prétend avoir remarqué qu’elles ne déchargent leur frai qu’aux endroits où l’eau a le plus de courant, & ou il y a le plus de gravier.
- 126. La. faifon du frai eft à peu près depuis noël jufqu’à la fin de janvier. On prend dans la même piece d’eau des truites faumonnées & d’autres dont la chair eft jaune, ou enfin qui ont la chair blanche ; oivn’eft certain de ces différentes couleurs de la chair, que quand on les apprête : on croit que les rouges & les jaunes font de la même efpece , qu’elles changent de couleur en vieilîilfant , & que dans les jeunes on en voit très-peu de jaunes.
- 127. On prétend qu’elles fe nourrilfent d’herbe , & de poilfon quand elles peuvent en attraper : ce qui doit être rare, parce que dans cette piece d’eau il n’y a prefque que de la truite. On veut encore que depuis trente ans les truites y foient devenues bien plus rares & moins grolfes qu’elles n’étaient ; on penfe avec beaucoup de vraifemblance que c’eft parce qu’on en a trop pris pour en porter à la cour dans les voyages de Fontainebleau. A l’égard de l’herbe dont elles fe nourrilfent, M. le marquis de Courti-vron m’écrit qu’en fe promenant le long de fa riviere avec un Provençal, il lui dit qu’il devait y avoir beaucoup de truites, à caufe d’une forte d’herbe qu’il voyait fur les bords ; & M. le marquis de Courtivron m’a envoyé des feuilles d’arbre, qu’il avait tirées de l’eftomac d’une truite.
- Article VI.
- Difcufjion fur les différentes couleurs de la chair des truites.
- 128* Il y a des faumons qui ont la chair plus rouge que d’autres qui l’ont prefque blanche ; mais cette différence eft bien plus fenfible dans les truites : nous allons nous en occuper ; & c’eft pour cette ruifon que nous n’avons point parlé de la couleur de la chair des faumons , remettant à en dire quelque chofe à l’occafion de la différente couleur de la chair des truites. On attribue cette différence de couleur à plufieurs caufes ; mais comme elles ne font point établies fur des expériences bien faites, je rn’abf. tiendrai d’en parler. (10) La couleur rouge de la chair des faumons s’affaiblit à la cuilfon j mais elle devient plus vive dans le fel.
- ( 10) Qu’il mefoitpermis d’obferverici tées & examinées dans cet article. L’auteur qu’après cette déclaration on ne devait pas a voulu dire fans doute qu’il n’en parie-s’attendre à voir ces mêmes caufes, incer- rait que brièvement & pour en faire fentir taines & contraires à l’expérience, rappor- la frivolité.
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- 129. M. Deslandes dit avoir trouvé dans les faumons un petit corps rouge qu’il compare à des grains de grofeille , & il prétend que ce corps donnant de fa couleur à l’eau dans laquelle 011 fait cuire le faumon , la chair en prend une impreftion : mais cette idée tombe d’elle-même , puifque la chair des faumons eft plus rouge quand elle eft crue que quand elle, eit cuite: d’ailleurs ce corps rouge , fuivant M. Deslandes , fe trouve dans la capacité de l’abdomen ; or un tronçon de faumon pris vers la queue eft aufli rouge que celui qu’on prend vers la tète : enfin on vuide & on lave les faumons qu’on fale , on emporte donc ce petit corps rouge j & néanmoins les faumons falés font plus rouges que ceux qui ne l’ont pas été.
- 130. Il eft certain qu’on prend des truites qui ont la chair de différentes couleurs j les unes font blanches comme du lait ; d’autres font rouges comme les fumions, & on les appelle pour cette raifon, truites faumonnées; d’autres ont la chair rouge pâle & comme tirant fur le jaune > enfin il y en a qui ont la chair d’un blanc terne. Nous ne confidérerons d’abord que les deux extrêmes, favoir, celles qui ont la chair blanche , & celles qui l’ont rouge: nous dirons enfuite un mot des truites dont la chair eft en quelque façon intermédiaire.
- J 31. La queftion qui fe préfente à difeuter , confifte à établir d’où procédé cette différente couleur de la chair des truites, ou de favoir fi ce font des efpeces différentes.
- 132. Quelques-uns prétendent que cette différence de couleur dépend du fexe > mais cette raifon n’eft pas admiflible, puifqu’on prend des truites à chair blanche & des faumonnées, qui ont les unes de la laite & les autres des œufs dans le corps. D’autres ont prétendu que les truites devenaient faumonnées en vieilliffant \ mais c’eft fans fondement, puifqu’on en prend de fort petites & de très-groffes ,qui ont les unes la chair blanche, les autres la chair rouge. Comme les truites perdent beaucoup de leur bonté dans le tems du frai, des pêcheurs ont imaginé que les faumonnées devenaient à chair blanche dans cette faifon ; mais c’eft une erreur, puifqu’alors on en prend de faumonnées qui font à la vérité maigres & moins délicates que dans les faifons où elles fe font rétablies de la fatigue que la ponte leur a occafionnée, & il eft de fait que dans laTouvre elles font au mois de mai dans toute leur bonté , ce qui dure jufqu’au mois de novembre , & que dans ces mois on prend des truites , les unes à chair blanche, les autres à chair faumonnée: j’ajoute à cela que j’en ai pêché de blanches & de faumonnées dans les faifons où elles ne frayaient pas, & lorfqu’elles étaient excellentes.
- 133* Quelques-uns veulent qu’on ne trouve des truites faumonnées que dans les rivières où il y a beaucoup d’écreviffes i mais de ce que les
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- Sect. II. Du faumoni & des poiffùns qui y ont rapport.
- enveloppes cruftacées des écreviffes rougiffent à la cuiffon , en peut - on légitimement inférer que ces animaux qui ne font point rouges lorfqu’ils font en vie , puiifent procurer cette couleur à la chair des truites? Il eft vrai qu’il y a beaucoup d’écrevilfes dans la Touvre & dans d’autres rivières abondantes en truites , parce que les écreviffes comme les truites fe plaifent dans les eaux vives. Il n’eft pas douteux encore que les truites fe nourriffent de cruftacées, de crabes, de chevrettes à la mer , & d’écrevif» fes dans les rivières. M. le marquis de Courtivron s’en eft alfuré par des expériences exprelfes : mais il eft de fait qu’on prend dans ces mêmes rivières des truites à chair blanche, & d’autres iaumonnées ; & on ne voit pas pourquoi les unes vivraient d’écrevilfes pendant que d’autres f&âife-raient cette nourriture, dont elles s’accommodent très-bien. ‘ l
- 134* Ce ferait une erreur que de croire que les truites faumonnées viendraient 3’œufs de truites fécondées par des faurnons , puifqu’on pèche des truites faumonnées dans la Touvre, les canaux de Courance, la Tille & d’autres rivières, où l’on n’a jamais trouvé un faumon.
- Beaucoup penfent que les truites qu’on pêche à la mer font fau-monnées , & que celles à chair rouge , qu’on prend dans les rivières y ont remonté de la mer. Pour détruire cette idée , il fuffit de faire attention qu’ on pêche à la mer des truites à chair blanche, & d’autres faumonnées; & qu’on prend de celles-ci abondamment dans des rivières & des lacs qui a ont aucune communication avec la mer.
- 136- M. le marquis de Courtivron , qui a, comme nous l’avons dit, dans fon jardin une riviere très abondante en truites, me marque qu’on y prend des truites à chair rouge , d’autres qui l’ont orangée , d’autres blanche comme du lait, & enfin d’autres dont la chair ell d’un blanc livide ; qu’il a fouvent vu dans un même plat des truites de ces différentes couleurs à peu près de même grolfeur. On m’en a aulîi fervi de blanches & de faumonnées qui venaient d’etre pêchées fous mes fenêtres , & prifes dans le même filet. Ajoutons que M. le marquis de Courtivron en a vu de couleur orangée qui 11e pefaient qu’une demi-livre ou trois quarterons, pendant que des truites de deux à trois livres, pêchées le même jour dans le même canton de fa riviere, avaient la chair blanche, & le contraire. Ce n’eft donc pas l’âge qui produit cette différence.
- 137. Puisqu’on ne peut pas attribuer la différente couleur de la chair des truites à la circonftance des faifons , à celle du frai, à l’âge des poilfons , à la nature des eaux , au fexe, à la nourriture , il femble naturel de penfer que ce font deux efpeces différentes de truites , & que peut-être celles qui ont la chair d’un rouge pâle viendraient d’œufs de truites à chair blanche, Tome X. T t
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- fécondées par des truites faumonnées, ou le contraire ; car fûrement les unes & les autres étant de même genre , peuvent frayer enfemble.
- 138. Il y a des pécheurs qui difent que les truites faumonnées ont plus de tachés fur le dos que les truites à chair blanche jmais cette marque n’eft rien moins-que certaine. M. Chanlaire ,commiifaire de la marine à Boulogne, où l’on apporte beaucoup de truites des rivières du voifinage, m’a afluré qu’il en avait mangé dont la chair était fort rouge , quoiqu’elles euffent peu ae taches furie dos. M. de Courtivron me marque qu’il n’a apperçu aucune marque extérieure & confiante qui puiffe faire diftinguer les truites laumon-nées des autres ; & des pêcheurs de bonne foi fonc le même aveu , notamment ceux qui prennent des truites dans la Touvre & les canaux de Cou-rance. Il ajoute , qu’ayant trouvé des pêcheurs & des poiffonniers qui prétendaient les diftinguer parfaitement, il leurpréfenta un nombre de truites , & leur dit de mettre à part les faumonnées ; ils fe trompèrent fi fréquemment, qu’il refte pour confiant qu’ils ne s’y connaiffaient pas mieux que les autres.
- 139. Communément on eftime mieux les truites faumonnées que celles à chair blanche ; néanmoins ,fuivant M. de Courtivron,les meilleures font celles qui ont la chair blanche comme du lait, & les plus mauvaifes font celles qui ont la chair d’un blanc livide. On ne connaît les truites bécardes , ni dans la Touvre , ni dans la riviere de M. de Courtivron, ni à Courance,
- Article VII.
- Sur la faifon du frai des truites y & celle ou elles font le meilleures.
- 140. On juge de la faifon du frai par le tems où les faumons & les truites palfent de la mer dans les rivières pour frayer , & l’on ne peut fixer que le tems où ces poiffons montent en plus grande quantité ; car il y en a qui précèdent beaucoup les autres , pendant que quelques-uns ne paraiffent dans les rivières que long-tems après. On dit en général ,que les truites jettent leurs œufs en novembre & décembre, & qu’elles font rétablies de la maladie du frai en juillet & août.
- 141. A l’égard des truites qui paffent de la mer dans les rivières, la faifon que. les pêcheurs appellent de la montaifon, c’eft-à-dire, le tems où la plus grande partie quitte l’eau fàlée pour paffer dans l’eau douce où elles doivent frayer , eft à peu près vers la S. Jean j. alors on voit quelques truites femelles qui précèdent toujours les mâles : mais il y en a qui ne paffent dans les rivières que vers la S. Michel de forte que quelques-unes ne montent qu’en feptembre, octobre , 8c même novembre : mais alors elles font prefque toujours apairées ou accompagnées d’un mâle jee qui fait que dans cette fai-
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- Sect. IL Bu faumon, & des poiffons" qui'y ontvrapports 351:
- Ton 011 en prend fréquemment deux d’un même coup de filet, dont une eft femelle & l’autre ‘mâle ,ou du moins on prend autant dé mâles que de femelles. Vers le mois d’avril ou de mai, quand les'eaux commencent à s’échauffer, on prétend qu’elles retournent à la mer;& c’eft alors qu’on en trouve le plus communément dans les parcs.
- 142. Quoiqu’il fe paffe un tems affez eonlidérable entre la faifon du frai & celle de leur ^retour à la mer, elles ne fraient, à ce qu’on prétend , / qu’une fois chaque année.
- 143^ En général * on entend par la faifon du frai , celle"qui eft indiquée par l’ordonnance , depuis le commencement de février jufqu’à la mi-mars , époque où la pêche des truites eft défendue , & les pêcheries doivent être ouvertes, parce que pendant ce tems il remonte continuellement des truites pour faire, leur ponte dans les rivières : cependant, comme nous venons de le dire, la montée des truites dure beaucoup plus long-terns ; car la faifon du frai varie beaucoup , fuivant le tempérament des poiffons V la qualité des eaux chaudes ou froides y'Si -encore plus fuivant que les faifons font hâtives ' ou tardives. Les pécheurs prétendent qu’il y a ordinairement trois montées chaque année": lavoir, à la Saint-Jean, où l’on ne prend prefque que des femelles i à la Saint-Michel, où les mâles & les femelles viennent enfemble; & à la fin de l’année ,qui eft la plus abondante , où il remonte des mâles & des femelles, pour ainfi dire, par flot. Ils croient encore avoir des indices de la montée des truites, lorfque les petites truites qu’ils prennent dans les rivières jauniifeiit peu de tems après être forties de l’eau, ce qui parait dépendre de la chaleur de l’air j ou quand ils voient remonter beaucoup d’anguilles qui quittent la mer aux approches des chaleurs,ils jugent que les truites paraîtront bientôt.
- 144. Il eft certain que pour la multiplication des poiffons , il faut, ainfi qu’aux' autres animaux, le concours des mâles & des femelles. On voit les femelles remplies d’oeufs ; ceux' des truites , quand ils font parvenus à leur perfection, font gros comme de petits pois. Il eft encore certain que la laite qu’on trouve dans le corps des mâles, eft la liqueur féminale néceflaire pour rendre les œufs féconds. Mais comment fe fait cette fécondation ? C’eft un fait de phyfique qui n’eft pas encore bien éclairci : le fentiment le plus commun eft , que les femelles jettent leurs œufs que les mâles arrofent enfuite de leurs laites. D’autres veulent que quand les truites fraient, les femelles fui-vent les mâles , qu’elles en avalent la laite , qui féconde les œufs qu’elles ont dans lé corps. Pour abréger, nous renvoyons à l’introducftion qui eft au commencement de la fécondé partie, quia pour titre,de la multiplication des poiffons. Je vais feulement y ajouter quelques fentimens qui ne laiffent pas d’avoir des partifans, quoiqu’ils paraiflent peu vr^ifemblables. 1
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- 145. Ceux quife font occupés de pêcher des truites dans la Touvre,? prétendent que les femelles dépofent leurs œufs fur le gravier dans des cou-rans où l’eau eft la plus claire , que les mâles les fuivent de près pour féconder leurs œufs , en répandant deffus de leurs laites : ceci s’accorde avec le fentiment le plus généralement adopté ; mais il y a des pêcheurs qui prétendent avoir vu les mâles avaler une partie des œufs que jettent les femelles, & qu’ils les rendent par les ouies. D’après cette prétendue obfervation, ils imaginent que ces œufs font ainfi fécondés. Alfurément cette idée eft bien finguliere ; mais fuppofant qu'effectivement une partie des œufs eft avalée par les mâles , fuppofant encore qu’on en voie fortir par les ouies, il me femble qu’on peut fe difpenfer de croire que c’eft ainfi que fe fait la fécondation ; il ferait plus probable de penfer que les truites étant des animaux très-voraces , les mâles en avaleraient , & que quelques-uns feraient rejetés avec l’eau par les ouies ; & ce ferait là l’origine du conte que l’on fait fur la fécondation des œufs des truites : ce qui confirme que c’eft une effet de la voracité de ces poiffons , c’eft qu’on trouve quelquefois des œufs dans l’eftomae des truites mâles.
- 145. Voici d’autres détails fur la faqon de frayer des truites ; mais je préviens que je ne me fens point difpofé à adopter indiftindlement tout ce qu’on dit à ce fujet. Les truites, dit-on, remontent toujours les rivières pour choilir un endroit propre à recevoir leurs œufs ; leur choix tombe , autant qu’elles le peuvent, fur un endroit marneux, chargé de petits graviers: quand elles en ont trouvé un qui leur convient, elles y font, pour ainfi dire, leur nid ; pour cela elles remuent les graviers avec la tête & la queue, juf-qu’à ce qu’elles y aient fait une cavité à peu près de leur longueur; elles y reftent tapies jufqu’au tems où elles fe déchargent de leurs œufs, & le mâle qui fe tient auprès, les arrofe de fa laite qui les féconde. On allure qu’en-fuite les mâles & les femelles s’agitent avec tant de force , que les pêcheurs qui entendent le bruit qu’elles font, y jettent leurs filets pour les prendre ; & ils en prennent quelquefois qui, n’ayant pas fini leur ponte , rendent leurs œufs dans leurs mains, ou fur l’herbe où ils les jettent. On foupqonne que cette agitation eft pour que les œufs s’arrangent au fond de la fofle qu’elles ont creufée , & aufîi pour qu’en fe frottant le ventre, elles facilitent la fortie des œufs. On prétend qu’on reconnaît les endroits où les truites fraient, à une efpece d’écume graiifeufe qui nage fur l’eau , & qu’on juge être une par~ tie de la laite que le mâle a jetée.
- 147. On peut joindre à ce que nous venons de dire fur la ponte des truites, ce que nous avons rapporté dans le chapitre du faumon d’après Geffner,, mais avec les réferves que nous avons faites; car un naturalifte m’a affure qu’il s était inutilement bien donné de la peine pour vérifier ces. faits. Quand
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- Sect. IL Bu fctîiœm, & des poiffons qui y ont rapport.
- les truites ont fini leur ponte, elles vontfe rétablir dans des bancs d’herbes, où les pêcheurs qui lavent leur métier vont les chercher. Les œufs au fortir de l’animal font de couleur d’ambre jaune ; l’intérieur eft une glaire , & l’enveloppe eft une membrane blanche & tranfparente. Quand je parlerai de la pêche de ces poillons en diflférens endroits, j’indiquerai plus précifément le tems où l’on en prend en plus grande quantité.
- A R T I C L E VIII. •*.:
- De la confervation des truites dans des viviers.
- 148- Quoique les truites ne fe confervent pas auffi long-tems dans leur bonté que les faumons, on ne laifle pas de les tranfporter affez loin quand l’air eft frais , fur-tout lorfqu’elles font grofles. Mais il eft prefque impoL fible de les tranfporter en vie dans des barques à vivier , encore moins dans des tonnes, comme on fait quantité de poiffons d’eau douce. Cependant on peut en conferver pour l’ufage d’une communauté religieufe, ainfi que pour la provifion d’une groffe maifon , ou pour en vendre avantageusement quand il fe préfente des occafions favorables ; pour cela on fait un vivier fur un fond de gravier ,dans lequel il fe rende des fources d’eau vive: il fuffira que ce vivier ait 10 à 22 pieds de largeur; mais plus on lui donnera de longueur , & plus on pourra y mettre de truites ; celles qu’on y tranfportera promptement des rivières voifines, s’y conferveront très-bien; elles s’y multiplieront même, fi ce vivier eft fort long , fur-tout fi l’on y jette de la blanchaille pour leur fournir de la nourriture. Les canaux du parc de Courance en font une preuve inconteftable ; & c’eft pour cette raifon qu’il fe trouve des truites dans des étangs fond de gravier , qui font traverfés de ruiffeaux d’eau fort vive.
- 149. Ces faits, & plusieurs autres très-avérés ,que nous pourrions rapporter , nous engagent à inférer ici un mémoire allemand que M. le comte de Golftein a remisa M. deFourcroy, directeur des fortifications en Corfe, qui a bien voulu fe donner la peine de le traduire pour me l’envoyer : on indique dans ce mémoire comment 011 peut multiplier & élever chez foi des faumons & des truites; & quoique?ee mémoire ait été imprimé en partie dans un ouvrage qui a pour titre , les Soirées helvétienms , &c. nous avons cru qu’il convenait de mettre ici la traduction de M. de Fourcroy , qui étant plus détaillée, fera plus fatisfaifante pour ceux qui s’intéreffe-raient à la multiplication de ces poiffons. Malheureulement nos terres ne font pas placées avantageufement pour éprouver ce qui y eft rapporté ; & j’avoue que cela ferait néceffaire pour avoir une entière confiance à çe qui y eft dit, fur-tout à l’égard des faumons.
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- 334 T RA JT El B ES PECHES. Partie IL
- Sur là façon \de. 'faire naître des Jaimons & des truites, traduit dé i;! - ' ’ l'allemand r des bords du PFefer. v
- iço. On fera conftruire une caiffe de grandeur à volonté , par*exemple, de. il pieds de long, un pied & demi de large , & 6 pouces de hauteur.
- jf(. A l’une des extrémités , on laiffera une ouverture de 6 pouces en quarré, fermée d’un grillage de fer ou de laiton, dont les fils ne feront pas éloignés plus de 4.lignes les uns des*autres. A l'autre extrémité, fur le côté de la cailfe , fera pareille ouverture de 6 pouces de large & 4 de hauteur, grillée de même : celle-ci- fervira pour la'fôrtie de l’eau , l’autre pour fon entrée , & le grillage empêchera qu’il ne fe puilfe gliffer dans la •caiife ni'rats d’eaul, ni aucun autre infeéle ennemi ou deftrucfteur des œufs de poiifons.
- 152. La coiffe fera exa&ement fermée par le delfus ! pour les mêmes raifons; on peut cependant lailfer au couvercle une ouverture de fis pouces en quarré, femblablement grillé , pour donner du jour au jeune poif-foii ; mais cela n’eft pas néceifaire.
- 1^3. On choifira quelque lieu commode près d’un ruilfeau , ou mieux encore près de quelque étangc nourri par de bonnes fources, d’où l’on puilfe, par une fente ou petit canal de dérivation, faire couler un filet d’eau d’environ un pouce d’épailfeur , à travers la cailfe , par les grilles ; après l’avoir placée dans la fituation - nécelfaire à cet effet.
- 154. Enfin on couvrira le fond de la cailfe d’un pouce d’épais de fable ou de gravier, recouvert d’un lit de petits cailloux jointifs de la grolfeur d’une noifette ou d’un gland
- ( On aura par ce moyen un petit ruiffeau factice , roulant fur un fond de cailloux : on en verra plus bas la nècefjïtè. )
- iff. On préparera une ou plufîeurs de ces cailfes en lieu convenable pour le mois de novembre; c’eft la faifon où les faumons commencent à frayer : alors mâles & femelles ils remontent des grandes rivières dans les ruilfeaux, pour y jeter leurs œufs & leur femence , comme on le voit arriver près Kaldorff : c’eft alors qu’il faut procéder comme il fuit.
- i$6. On verfera environ une pinte d’eau bien claire dans quelque vafe bien nettoyé , comme feau de boîs:), ou tins , ou baquet ; & faifiifant une femelle de faumon par la tète, on la tiendra fufpendue fur ce vafe: fi fes œufs font bien à maturité, ils tomberont d’eux-mêmes dans le vaiffeau ; fi non, en lui preffant légèrement le ventre avec la paume de la main, les œufs fe détacheront, & on les recevra facilement dans l’eau.
- 157. On en fera .de même d?un faumon mâle: quand il y aura fur les œufs affez de laitance pour blanchir la furface de l’eau, l’opération de la fécondation des œufs fera finie.
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- Sect. II. Du favmion, & dès poiffons qui y ont rapport.
- ' ifSr'ON répandra ces œufs ainfi fécondés dans une des caifles ci-deL fus, & on y fera couler de l’eau du ruiifeau , ayant attention, qu’elle n’y coule pas avec alfez de rapidité pour emporter les œufs avec elle i car il faut qu’ils demeurent tranquillement entre les cailloux.
- 159. Il faut avoir foin de nettoyer de tems en tems ces œufs , des ordures que l’eau y apporte & y dépofe ; cela fe peut faire au moyen d’une plume que l’on agite fur l’eau de côté & d’autre. .
- 160. Quelquefois au bout de cinq femaines les petits faumons font déjà formés dans les œufs, y font vivans, & s’y remuent : on le reconnaît à leurs yeux qui font noirs , au lieu que les autres parties font diaphanes & ne renvoient point la lumière. Huit jours après que l’on a diftin-gué les yeux , ces petits poiffons percent la coque ou peau tendre de l’œuf, & fe promènent dans l’eau.
- 161. Le tems néceffaire pour la naiffance des faumons n’eft cependant pas toujours le même. Si l’eau de la fource eft plus chaude , l’opération fera plus tôt faite , comme aufïi fuivant la température de l’air. L’expérience nous a appris qu’il faut fou vent le double de téms pour faire éclorre ces œufs.
- 162. Pendant que de poilfon croit dans fon œuf, on y diftingue très-bien une'membrane ou pellicule déliée, féparée de la coque. Le petit poif* fon couché "dans cette coque eft adhérent à la membrane , qui forme un fac autour de lui, comme fi c’était un pois traverfé par une petite aiguille.
- 163. Ce petit fac, qui tient au poiffon, & qui remplit prefque toute la capacité de l’œuf, lui tient lieu d’eftomac & d’entrailles. Le poiffon fe nourrit 'quatre ou Ginq femaines après :qulil eft éclos, de la matière renfermée dans cette membrane. Pendant ce temsvlà fa gueule , d’abord informe j, s’alonge fucceffivement ; puis enfuite le fac difparaît tout-à-fait, & l’animal â pris la figure qu’il doit avoir.
- 164.. Après les quatre ou cinq premières femaines ,1a faim furvient à ce9 petits poiffons ; & comme dans les caiffes ils ne trouvent ni les vermif. féaux propres à les nourrir, ni l’efpace dont*ils ont befoin, ils vont chercher l’un &, l’autte en for tant de leur caille .à travers les grillages. Si pour lors le filet d’eau de la caiffe aboutit à quelque réfervoir luffifamment grand, où l’on pùiffe élever les faumons jufqu’à la grolfeuP'dont' il lès fatit pour fempoiffonner les étangs i c’eft tout f ce' qu’il y a de plus convenable.
- I6f. Les faumons & les truitesJ nouvellement éclos, peuvent fe confer-ver jufqu’à dix femaines dans quelque grand vafe de verre bien net 5 ou de quelqu’autre matière, comme de porcelaine , faïence , &c. Il faut feulement faire enforte de les y tranfporter fans les bleffer , & avoir ajouté pour Jcela à la caiffe où ils font nés , un petit crible de crépon , monté
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- 33S TRAITÉ DES PECHES. PaKtie IL
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- fur une planche qui entre jufte dans le travers de la caifTe. Nous ne nous arrêtons pas davantage à Cette defcriptian, pour abréger (a).
- 166. Pour faire naître les truites, on fe fert précifément de la même méthode, à laquelle il n’y a rien à ajouter: j’avertirai feulement ici que leurs œufs & laitances font a maturité & en abondance dans les mois de décembre & de janvier; & comme les truites font plus petites que les fau-mons, il n’en elt que plus aife (b) de faire fortir leurs œufs & laitances fans leur faire courir aucun ri Que de la vie.
- 167. Il ne faut pas croire que les poiifons foient fujets à s’accoupler en mêlant leur fexe comme les aucres animaux, quoiqu’on ne s’eti apper-qoive pas; ni que leurs œufs aient été fécondés par le mâle avant d’être pondus , enforte qu’il en put éclorre de petits poiifons fans cette formalité fuperflue d’y répandre de la laitance, comme naîtraient des poulets, en mettant Amplement des œufs fous une poule ou dans un four ou poêle, ainfi qu’on le pratique aux Indes (c). Pour m’aifurer de cette vérité , je fis, il y a environ fix ans, l’expérience fuivante.
- 16%. Je tirai d’une truite des œufs très-mûrs , & j’en eus tout le foin poifib'e, fans y mettre de laitance ; jamais il n’en vint le moindre poif-fon ; tous ces œufs fe corrompirent en très-peu de tems : j’en ai conclu avec certitude que les œufs des truites & des autres poiifons ne reçoivent pas leur fécondation tant qu’ils font dans le corps du poillon , & attachés à lui, comme cela arrive aux autres animaux, mais feulement lorfque les truites les ont pondus.
- 169. En faifant éclorre des truites, j’ai quelquefois remarqué quantité d’avortons ou de monitres, certaines années plus, d’autres moins. Quelques-uns avaient deux tètes , & le corps bien formé. D’autres avaient le ventre commun, & du relie étaient deux poiifons bien diilinds, comme feraient deux poiifons ordinaires que l’on coucherait fur une table, bien ferrés l’un contre l’autre par le ventre. D’autres étaient tellement unis par le flanc , qu’ils reifemblaient à deux truites qui fe tiennent feulement l’une près de l’autre dans l’eau. Quelques-unes avaient deux corps par en-haut,
- ( a ) Il aurait cependant été bon de dire un mot de la nourriture de ces petits poif-fons dans le vailfeaude verre, au bout de quatre ou cinq femaines. Les vermifleauX font bien difficiles à trouver dans cette fai-fon.
- ( b ï La raifon de cette plus grande facilité ne fe fait pas bien fentir , à moins que les truites qui font plus petites, ne foient plus
- ailees à contenir dans une fituation verticale au-delTus du vailfeau qui reçoit les œufs & laitances ; à moins que les faumons qui font plus fort1, & qui fans doute fe d .battent vigoureufement, n’exigent , pour le; contenir , des e forts qui puilfent les bleffer & les faire pjrir.
- ( c ) L’auteur apparemment n’avait pas oui dire qu’on le fit en France.
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- Sect. IL Du faumon, ê? des poiffons qui y ont rapport.
- fe réunifiant en un feul vers le milieu , & terminé par un feui ventre & une feule queue. Enfin, parmi ces monftres , j’en ai rencontré un qui pa-railfait formé de deux poiifons qui fe traverfaient , n’ayant qu’un feul ventre pour les deux.
- 170. De tous ces avortons, jamais aucun n’a vécu jufqu’à fix femai-nes, c’eft-à-dire , au-delà du terme où la matière contenue dans la membrane ou fie de l’œuf, & qui leur fert d’eftomac , peut fuffire à fa nourriture.
- i?*- On peut conjecturer que tous ces monftres de poiifons proviennent de ce qu’un œuf s’eft trouvé fécondé par plus d’un animalcule de la laitance; & comme c’elt la matière contenue dans l’œuf de la truite & des autres poiifons qui fournit au petit poiifon le ventre , l’eftomac & les inteftinsau lieu que les autres parties du poiifon végètent ou pouffent entre la membrane & la coque de l’œuf, tous ces monltres fe trouvent avoir les inteftins communs , & il eft facile d’en inférer comment fe pro-duifent les monftres dans les poiifons & les animaux ovipares. Mais ce lyftème ne peut avoir lieu pour les monftres des vivipares, qui étant nés dans une matrice , n’ont pas de même un feul fie deftiné à leur fournir les entrailles en commun. Il n’eft pas fort rare de trouver de ces monftres dans les oifeaux, même dans les quadrupèdes, bien plus dans les végétaux ; & l’on penfe que , quand les embryons étaient très-tendres, deux fe font collés & enfuite comme greffés l’un à l’autre.
- 172. Les œufs de truites , principalement quand ils font à maturité, font totalement féparés les uns des autres , ainli que de toutes les autres parties du poiifon, & couverts d’une peau ou coque très-dure. Il n’y a donc pas alors beaucoup de circulation , s’il en refte quelqu’une entre les liqueurs du poiifon & celles de l’œuf. Auffi les œufs de truites ne le corrompent-ils pas aufli-tôt que le poiifon , & j’en ai vu fe conferver fains quatre & «inq jours après que le poiifon s’était putréfié.
- 173. Pour m’en aifurer par expérience, j’ai pris les œufs mûrs d’une truite déjà pourrie , étant morte depuis quatre jours & très-puante: je les ai couverts des laitances d’un mâle vivant, & j’ai eu des poiifons comme (i la truite qui m’avait fourni les œufs eût été vivante.
- 174. Et attendu que la vie des animalcules des laitances n’eft pas non plus tellement liée à celle de l’animal qui les produit, que la mort du poiifon puiife donner aulli-tôt la mort à ces petits animalcules , mais que ces animalcules au contraire confervent la vie & leur faculté reproductive , tant que le fluide qui les contient n’a pas contracté de putréfaction ; c’eft un, fait conféquent & d’expérience tout enfemble que cette elpece de paradoxe.
- I7S* Par le moyen de laitances & d’œufs de truites déjà mortes & en partie fétides, on peut faire naître de nouvelles truites.
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- TRAITE' D ES PECHES. Partie II
- ( On fait combien;, au moyen des faits de ces quatre derniers articles , on-pourrait trouver de facilité à fe procurer des truites dans un canton oh jamais, il n y en aurait eu. ) .. t
- 176. L’exemple des mulets entre les ‘quadrupèdes, & des brèmes (a) entre les poilfons , fait voir que le mélange de deux efpecesen produit une troifieme qui a beaucoup de rapport aux deux premières. Pendant les mois, de novembre décembre & janvier , les faumons & les truites ont leurs œufs, & laitances en maturité. On peut donc faire le mélange de ces deux efpeces,. & éprouver fi l’on aura des poiffons qui ne foient ni truites ni iaumons,, mais qui tiennent un milieu entre les deux.
- 177. It ne faut pas conclure de là,. que l’on aura des truites faumonnées celles-ci ne conftituent pas une efpece différente de la truite qui a la chair blanche ; j’ai fait un très-grand nombre d’expériences qui prouvent & constatent que la différence entre les truites faumonnées & celles qui 11e le font: pas, vient en partie de la nature de l’eau dans laquelle elles vivent, 8c principalement de leurs alimens (b). Nous avons dans nos cantons le pourvoyeur du carême de Veftrux, qui poffede un vivier dans lequel toutes; les truites jetées de la groffcur du rempoiifonnement, deviennent en utn an prefque faumonnées. Cette foffe reçoit la chute d’un ruifleau dont l’eau; eft de la meilleure qualité , très-propre à dijjcudre le favon (c), & nourrit beau-. coup de goujons ou barbillons (d) , comme il s’en rencontre beaucoup dans, les ruiiîeaux. On trouve de même des truites faumonnées communément:
- (a) En allemand Jicinkarpen. Je ne puis tendre ce mot en français que par, celui de brèmes qui font mulets. Un Allemand me l’a rendu en latin par- les mots cyprini clavati, qui ne me font pas plus clairs : un autre homme de lettres m’a dit que c’était un poif-fon métis de la carpe & de la brème, que tout le monde connaît.Mais il eft certain que par feinkarpen on entend en Allemagne ce que nous appelions brème en français. (11) (11) Le nom propre en allemand du poiffon appelle brème eft -Z/ru/ft. Celui de fkinkarpm-ûciigné une efpece de carpe particulière, en latin cyprinus.
- ( b ) J’ai î apporté des obfervations qui nés s’accordent ras avec ce qui eft dit ici fur la
- couleur de la chair dés truites.
- .• f '* •. r
- (c) Le mot allemand weiçh-xoajfer ne
- peut’ fe traduire littéralement-par aucun mot-français qui me foit connu. ( 12 )
- ( 12 )Le mot allemand zoeich fignifie mol,, doux, tendre ; ainfi -iveich-wajfer eft de l’eau ; douce, ou qui n’eft point crue : celle d’un-ruifleau acquiert cette qualité à mefure qu’elle s’éloigne de fa fource. On pouvait donc rendre ici le fens de ce, mot fans par-. 1er du favon.
- ( d) Le mot bart-fifehen parait rendu par.' celui de barbillons ou petits barbeaux : je n’ai pu favoir pofitivementfi l’auteur a voulu parler de l’efpece de poiffon qui fe nomme > ainfi en français ; mais on fait que la truite-eft très-vorace, & que toutes fortes de petits poiffons lui conviennent également. ( 13 ) 7
- '( 15 vBart-jifch veut dire en général poiff: fon barbu. Le nom allemand du barbeau, eft, barbe, 8: du barbillon kkiw barbe,..
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- Ssgt. II. Du fciumon, & des poîjjons ptl y ont rapport.
- dans tous les ruiifeaux dont Peau efl: de cette efbece, & qui abondent en goujons. C’efl par cette raifon que j’attribue à la nature des eaux & à la nourriture des truites, cette propriété d’améliorer leur goût, & de changer la couleur de leur chair.
- *78* Les brochets fraient au mois de mars , & les truites , comme nous l’avons dit, en décembre & janvier, quelques-unes même en février, quoiqu’alfez rarement. Si donc on trouvait moyen de conferver des œufs de truites jufqu’en mars , ce que je n’examine pas ici, on pourrait effarer £ des laitances de brochets jetées fur des œufs de truites , produiraient une troifieme efpece.
- 179. Il efb bon de remarquer que les animaux métis, ou produits de deux efpeces différentes, n’ont pas la faculté de fe reproduire} & il efl évident par-là que Dieu, en créant la nature, a déterminé la quantité d’efc peces auxquelles il a voulu donner Pexiftence.
- 180. Les œufs des faumons & des truites fe pourriffent infailliblement s’il y féjourne quelque faleté , ou qu’ils relient iong-tems fur la cerre , quoique les petits poiifons y foiem déjà tout formés. C’efl ce que m’ont appris quantité d’expériences , & c’efl: la raifon pour laquelle ces efpeces ont requ de la nature Pinftindt de dépofer leurs œufs fur le gravier des ruif-féaux, dans les endroits où le courant de Peau les nettoie coninue!c« ment de toute ordure.
- 181. Les truites qui font dans les étangs, y jettent bien leurs œufs & femences dans la faifon. Ces œufs tombent fur la terre ou la vafe } ou s’il fe rencontre un fond de gravier , pierres ou fable , c’ell là que la truite fraie, & par fon mouvement elle travaille tant qu’elle peut à nettoyer fes œufs. Mais c’efl: tout au plus fi elle peut les entretenir propres pendant huit jours. C’efl: un fait certain que tout ce qui repofe dans Peau la plus pure , contra&e de jour en jour quelque cralfe. Il efb impoffible que les œufs des truites y demeurent environ dix femaines fans devenir fales. Voilà pourquoi jamais le frai des truites ne réuific dans les étangs , à moins que ce ne foie dans des endroits où le fond fait de gravier, & où il fe rende des fources d’eau vive.
- i§2. Il fe trouve cependant, mais très-rarement, de jeune frai de truites dans quelques étangs , & l’on s’imagine qu’il y efl: éclos. Mais dans ces cas il faut remarquer qu’il y tombe quelque fource voifine, ou quelque riiilfeau qui coule fur du gravier. La truite, aux mois de décembre & de janvier ne manque pas de monter de l’étang dans ces rùiffeaux pour y jeter fes œufs Sc fes femenoes. Dès que les petits font éclos , ils cherchent Peau & leur nourriture , defeendent dans l’étang, & font croire à ceux quiii’y regardent pas de fi près, qu’ils yront pris nailTance,
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- 183* Nos obfervations ci-delfus font voir que les truites ne peuvent fe multiplier dans les étangs : on fait d’ailleurs qu’il ferait impofïible de tirer tous les ans des ruiifeaux, fans un dommage considérable , un rempoifc fonnement ou alvinage en ce genre, outre qu’il ne fe trouve pas par - tout des ruiffeaux qui produifent des truites, quoiqu’on eût dans fon voifinage des étangs très-propres à les nourrir. On ne pourra donc difconvenir que cette invention de faire naître des truites au moyen des œufs & des laitances, ne puiife procurer un grand profit dans beaucoup d’endroits , outre le plaifir & l’amufement que fon y pourra trouver.
- J 84* Les faumons , dans la faifon de leur frai, pafsent comme les truites , des rivières dans les ruiffeaux caillouteux, & après y avoir frayé, reviennent dans les rivières , où les petits faumons viennent les trouver dès qu’ils le peuvent. Tel eft finftinèl que la nature leur a donné; d’où Ton peut conclure avec vraifemblance, que les jeunes faumons ne fe tiennent point du tout dans les ruifseaux, & qu’il eft difficile de les contenir dans des viviers, quand il y entre Si qu’il en fort des fources abondantes.
- J8î- Les poifsons voraces de nos contrées, comme brochets, truites, Scc. lorfqu’on les garde à part dans des viviers , fe nourrifsent principalement des rats d’eau , grenouilles , lézards , falamandres d’eau (*) , orvets & autres infedes de cette efpece ; & comme les faumons fe nourrifsent de même , on ne perdra pas fes peines, fi l’on jette beaucoup de ces infedes dans les étangs où l’on veut les faire profiter.
- 186- Les eaux d’étangs propres à nourrir les carpes , font ordinairement du même degré de chaleur que celles dans lefquelles les faumons aiment naturellement à demeurer : c’eft ce qui fait que les eaux tempérées leur conviennent mieux que les étangs plus froids , danslefquels les truites fe plaifent davantage.
- 187- Les faumons ne fraient pas dans les étangs, & il eft très - difficile d’en pêcher dans les rivières pour le rempoifsonnement. Il fuit de là ,que notre invention ci-defsus des œufs & laitances de truites & de faumons
- ( *) Quoique lafalamandre d’eau ne foit pas venimeufe, gifftige mollen m’a paru fe pouvoir traduire ainfi ; & blind - fchlei-chen , qui veut dire ferpent aveugle, par le mot orvet. Cette efpece de ferpens eft très-commune dans plufieurs cantons de l’Allemagne , & même en Alface. ( 14 )
- (14) Le mot gifftige Lignifiant conftam-ment venimeux, il ne peut point être quef-tion ici de la falamandre d’eau, qui, comme
- l’on fait, n’eft armée d’aucun venin. Les phyficiens ne font pas même d’accord fur la réalité de la divifion des falamandres en ter-rejires & aquatiques , y ayant plutôt lieu de croire qu’elles font toutes amphibies 1 gifftige mollen ne Lignifie autre chofe que des infectes venimeux, tels que le ferpent, &c. U orvet eft appelle ferpent aveugle, parce qu’il a les yeux très-petits ; on le nomme aufîi anvoye.
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- Sect H. Bu faumon, & des poiffons qui y ont rapport. 341
- peut être très-utile , pourvu que les étangs où l’on voudra les garder, leur fournifsent la nourriture.
- 188* J’ai a&uellement 430 petits faumons de la première expérience que j’ai faite pour en élever .-lorfqu’ils ont eu fix feniaines, je les ai difper-fés dans plufieurs petits viviers : j’efpere qu’au bout de l’année je pourrai juger avec certitude s’il fe trouve quelque profita nourrir & à garder ainfi des faumons dans les étangs.
- 189. Les brochets & les perches fraient dans la plupart des étangs , au lieu que les carpes & les karutfchen ( * ) ne fraient que dans ceux dont les eaux font tempérées, aux endroits- qui fe trouvent unis fans beaucoup d’herbes, & qui ne font pas environnés de beaucoup de vafes molles. Si la nature n’a pas ainfi difpoféle terrein d’un étang , il eft très-facile d’y remédier à peu de frais ; & après avoir éprouvé & obfervé comment il convient de préparer & d’entretenir les étangs , ou pourrait tirer un grand profit de cette éducation artificielle des poiffons , à l’exemple de tout ce qui vient d’être dit fur les truites & faumons de notre pays.
- 190. Les poiffons mâles ont auprès de l’arête deux lobes de ce qu’on appelle la laitance, ; c’eft une matière blanchâtre , & quelquefois un peu grife , dont les parties font aflez folides. Cette matière s’accroît ordinairement depuis le printems jufqu’au mois de novembre dans les faumons , & jufqu’en décembre dans les truites , & c’eft la matière prolifique de ces poiffons.
- 19 r. Lorsque le tems du frai des faumons & des truites eft arrivé, il fe liquéfie journellement dans chaque mâle environ la fixieme partie de cette matière , qui du refte demeure folide. C’eft au moment de cette liquidité qu’elle a acquis toute fa maturité ; & alors elle reffemble à un véritable lait blanc & fluide , qui contient les animalcules féminaux parvenus à leur perfection.
- 192. Les femelles de ces poiffons ont pareillement leurs œufs affembîés en deux lobes contigus à l’épine du dos , & y croiffent dans le même tems. Lorfque ces œufs, à l’approche du frai, ont acquis leur jufte volume & leur maturité , la membrane qui les unit enfemble, s’en fépare ; enforte qu’au moyen de quelque mouvement, foit d’extenfion ou de compreflion , les œufs font expulfés l’un après l’autre du corps de la femelle.
- 193. Au moment du frai des faumons, comme en novembre , le mâle & la femelle, dont les laitances & les œufs font à maturité , fortent des grandes rivières , vont gagner quelque ruiffeau dont l’eau murmure fur un fond de
- (*) OuÆara£//c/ze/7,fortedepoiffond’é- (iç) Le mot allemandkaraufchen^ ex-tang dont je ne fais pas le nom français. On prime l’efpece de poiffons connue des iclu le trouve traduit dans les dictionnaires par tyologiftes fous le nom de cvrbeau, ou de le mot œrvus pifcis, ou par coracinus. (15) corajjin.
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- cailloux-, fable ou pierres , parce qufilfaufc un tel Fond pour que les œufi s’étendent.
- 194. Alors le mâle fe tient auprès de la femelle , tous les deux s’agitent & fe frottent le ventre fur le fable ou fur le fond, afin de faire fortir parce petit choc ce qu’ils ont d’œufs & de laitances en état de maturité.
- 19Ï. En meme teins que les œufs tombent du corps de la femelle , leur poids les porte vers le fond ; & comme il eft pierreux, l’un palfe derrière un caillou , l’autre derrière un autre. On peut remarquer dans les eaux cou-rantesjque chaque petite pierre occasionne un petit tourbillon d’eau, au milieu duquel fe trouve un point de repos , dans lequel eft chaile tout corps léger qui fe rencontre , & par conféquent l’œuf de notre poitfon. C’eft ainlî que fe difperfent & s’étendent les œufs de truites & de faumons fur les fonds graveleux des ruiifeaux.
- 496. La laitance du mâle fe répand en même tems par petits tourbillons ftfr le fable & les graviers, compofée, comme 011 le fait, d’une infinité d’animalcules féminaux, dont l’un étant porté d’un côté de l’œuf , l’autre d’un autre ,il s’en trouve un qui rencontre certains cicatricule de l’œuf, s’y in-finue & le féconde. Après cette opération, le cours & le choc continuel de l’eau conferve les œufs dans la propreté qui leur eft indifpenfable j& après environ dix femaines, arrive au jour le petit poilfon , plus tôt ou plus tard, félon que la fource elt d’une température plus ou moins froide ou chaude.
- 197- Si l’on compare cette hiftoire de la propagation naturelle des truites & faumons avec les procédés que nous en avons déduits pour les faire naître chez foi, nous nous flatcons que l’on reconnaîtra dans notre méthode toutes les attentions indiquées comme principales & elfentielles par la nature , en-forte qu’on pourra en haftrder l’expérience avec confiance de réuiïir.
- 198. NOTA. Ce mémoire fut remis en allemand à Dulfeldorff en îyfS 9 par fon auteur qui eft aujourd’hui grand-chancelier des duchés de Bergues & de Juliers pour S. A. E. Palatine. Ce feigneur , auffi inftruit que curieux en hiftoire naturelle , rendait par fon excellente maifon & fon accueil ho-nête , le féjour de DulfeldorfF très-agréable aux officiers pendant la derniers guerre. M. Fourcroy dit qu’il fe rappelle qu’il lui dit avoir toute confiance aux faits de ce mémoire , comme les tenant de très-bonne main. Mais comme M. Fourcroy trouva des difficultés à traduire ce mémoire ,M. le comte de Goldfteinvoulut bienle lui faire remettre en latin j & cette verfîon françaifes montrée depuis à plufieurs perfonnes qui favaient bien les deux langues, a été trouvée exaéle. Cependant ni M. Fourcroy , ni M. le comte de Goldftein, ni à plus forte raifon moi, ne fommes en état de certifier la vérité de tous les faits qui font rapportés dans ce mémoire : mais la façon dont il cft écrit engage à y avoir une certaine confiance -, & peut-être pourra* w!
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- Sect. II. Du faumon s & des poiffons qui y ont rapport. 343
- déterminer quelque naturalifte à faire des tentatives analogues pour multiplier d’autres poiflons.
- Art icle IX*
- De la qualité des truites„
- 198. Ceux qui croient pouvoir juger de la bonté des truites par leur forme extérieure, elliment celles qui ont la tête petite , le ventre & le corp& gros , & qui en général font ramaflees : au contraire * ils méprifent celles qui font alongées , &.qui refiemblent en quelque forte aux harengs qu’on nomme gays. Effectivement la groifeur du corps indique que le poiflon eft gras „ alors il paraît moins long , & fa tête moins greffe. Au relie, quoique les truites fhumonnées aient la chair ronge, jepenfe qu’elle ne l’eft jamais autant que celle du faumon , & les fentimens font fort partagés fur la préférence qu’on doit donner à un de ces poilfons fur l’autre. (16)
- 199. Si l’on trouve la chair du faumon plus délicate que celle de la truite, on convient allez généralement qu’elle a moins de goût, ce qui fait qu’on s’en lalfe plus tôt. Si l’on reproche aux truites bien conditionnées d’avoir la chair moins délicate que celle du faumon , c’ett fouvent la k faute de ceux qui l’apprêtent ; car fi , quand il fait frais , on mange une groife truitu pêchée en bonne eau & dans la meilleure faifon, lorfqu’elle vient d’être prife & au fortir de l’eau ,fa chair fera immanquablement coriace : mais en la gardant une couple de jours , elle deviendra délicate (17). D’ailleurs il ne faut, pas croire que toutes les truites foient également bonnes, l’eau & la faifon influent beaucoup fur leur qualités niais de plus, comme nous venons de le-dire , celles qui -font menues , alongées , que les pêcheurs nomment gayes,, quoique pêchées en bonne eau , font un très-médiocre manger ;& comme* dans les pays où les truites font communes , on refufe de les acheter , les pê-
- (16) Tous ceux qui font à portée de manger des truites que l’on pêche dans les lacs & les riv.ieres de Suiffe, préfèrent fans héfiter celles qui font faumonnéesà celles qui ne le font pas. Ils prétendent queles premières ont la chair plus ferme & un meilleur-goût. Le contraire peut avoir lieu dans d’autres pays,fans parler delà fantaifi'e,qu’il'faut toujours mettre en ligne de compte dans.des objets de ce genre.
- (17) Cette obfervatibn eft démentie par Texpenence , quant aux truites dont je viens, de. parler,.On les apprête peu.d’he.ures.
- après, même à leur for tie de l’eau, &la chair n’en eft nullement coriace. On ne l'aurait; même les conferver pendant deux jours principalement hors des tems très-froids, à; moins qu’on ne prenne quelques précautions , comme de les vuider d’abord, en-fuïte de les frotter intérieurement avec dm vinaigre , & de les envelopper d’un linge-imbibé de la même liqueur. La caufe der cette différence entre les truites marines êc celles des lacs,provient peut- être de ce qua? ces dernieres ont vécu.dans.des eaux douces & favonneufes..
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- cheurs , pour en trouver le débit, leur fourrent dans l’eftomac quelques petits poiifons qui augmentent leur groifeur , & elles ne font plus reconnues pour gayes. Nous avons dit que ces truites gayes n’avaient ordinairement dans le corps ni œufs ni laite. A cet égard les truites gardonnieres de la Touvre font gayes , puifque , fuivant les pécheurs , elles n’ont ni œufs ni laite : néanmoins leur corps eft gros , & elles font eftimées , comme nous l’avons dit, beaucoup fupérieures à toutes autres.
- 201. Il eft naturel que chacun vante fa marchandife ; c*eft pourquoi les pêcheurs du bord de la mer difent que les truites qu’on pêche à la mer , font bien fupérieures à celles qu’on prend dans les rivières ; elles font bonnes, difent-ils , en toute faifon. Cela doit être , puifque , fuivant le fentimenc le plus ordinaire , elles remontent dans les rivières pour frayer ; ainfi on en prend peu à la mer qui aient perdu leur qualité à l’occafion du Frai. Je dis peu, parce qu’on prend quelquefois à la mer des truites qui font maigres, dont la chair elb coriace & de mauvais goût. Les pêcheurs de la côte attribuent ces défauts à la qualité du fond où elles ont été prifes. Cela peut être; mais auffi il peut bien être que ce foient des truites qui aient frayé à la mer. Beaucoup de pêcheurs & de poilfonniers qui ont des pêcheries dans les rivières , foutiennent que les truites deviennent beaucoup meilleures en féjournant dans les eaux douces , fi l’on en excepte le tems du frai. Comme les pêcheurs de la côte n’en peuvent pas difconvenir , ils avouent que cela peut être , pourvu qu’elles n’aient pas refté long-tems dans les rivières. Us difent qu’après un certain tems elles s’y abâtardiifent & deviennent mauvaifes. Cela eft vrai jufqu’à un certain point ; mais ces défauts ne dépendent pas de la mauvaife qualité des eaux , mais bien de ce qu’elles y fraient , puifqu’enfuite elles fe rétablilfent, & deviennent très-bonnes ; & alTurément dans les rivières d’eau très - vive , qui n’ont aucune communication avec la mer, même dans les lacs qui font au plus haut des montagnes, on prend de très-bonnes truites. Auffi les marchands de poif-fon,fans s’embarralfer où elles ont été pêchées, ni fi elles ont refté long-tems dans les rivières, donnent la préférence à celles dont les écailles font brillantes & argentées, dont les taches font vives, qui ont des marques rouges au coin de l’œil, & dont les ouies font d’un rouge vif & éclatant , le corps bien charnu ,1a tête petite , & d’autres marques peu fenfibles, qu’il ferait difficile de décrire, mais qui frappent les pêcheurs & les marchands de poiifon.
- 202. Nous avons dit que communément on eftime beaucoup plus les truites laumonnées que celles à chair blanche, mais que M. de Courtivron donne la préférence aux truites qui ont la chair d’un beau blanc de lait; & j’ai trouvé plufieurs perfonnes de fou fentiment.
- 203.
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- Sect. IL Du fcwmcn, des poiffons qui y ont rapport. 34$
- ' ‘ Article X.
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- i. '-W Des* truites du lac de Geneve, & .dn leur'pêche. J „ -
- 203; Quoique je me propofe de traiter dans un chapitre particulier de la pêche des faumons & des truites, je me: trouve en quelque maniéré obligé de parler ici de la façon de pêcher dans le îac de Geneve , à caufe de la liaifon qu’il y a entre les différentes efpeces de truites qu’on y prend lès pêches qui conviennent pour prendre les unes & les autres. <•
- 204. Sachant qu’il y a quantité1 de bonnes truites dans ce lac , & n’ayant que des connaiffances vagues-fur cet objet ., je ne pouvais mieux m’adreffer ,pour me procurer les éclairciffemens qui me manquaient, qu’à M. Bonnet & à M. Mallet, l’un & l’autre de la fociété royale de Londres , & correfportdans de l’académie royale des fciences de Paris , qui fe font un plaifir d’aider de leurs lumières ceux qui s’adonnent à des recherches utiles : ainfi ce que je vais rapporter elt en grande partie extrait des réponfes que ces favans on bien voulu me faire ; c’eft un témoignage de reconnaiïfance que je leur rends avec bien du plaifir.
- 2of. On ne voit point de faumons aux environs de Geneve; mais on prend beaucoup de truites dans le lac, & principalement aux deux extrémités ; favoir, dans le Rhône de Geneve , & encore plus dans celui du Valais. O11 en prend auflî dans les petites rivières qui fe déchargent, foit dans le Rhône , foit dans le lac : comme 011 les diftingue en truites du lac ou d'été, truites du Rhône ou de la ferme, & truites des petites rivières , il faut expliquer ce qu’on entend par ces différentes dénominations.
- 206. ' Les truites qu’on nomme du Rhône font: celles qu’on prend à l’endroit où le Rhône fort du lac. La pêche en appartient à la ville, qui l’afferme à des particuliers , ce qui fait appeller truite de la ferme celles qu’011 prend à cette pêcherie. A Villeneuve , qui elt à l’autre extrémité du lac, à l’endroit où il reçoit le Rhône du Valais, on pêche dans la même faifon des truites comme à la ferme, même en plus grande quantité & plus grof-fe&.: On nomme truites d'été celles qu’on prend en toutes faifons dans le lac même. Enfin, il y a encore des truites qu’on prend , foit dans le Rhône , foit dans de petites rivières, qui fe rendent les unes dans le lac & les autres dans le-lit du-Rhône. Je vais dire quelque chofe de ces différentes truites, ou pour parler plus exactement, des truites qu’011 prend aux différens endroits que nous venons d’indiquer, commençant par les truites qu’on nomme de la ferme.
- 207. Dans le mois de mai il paffe des truites du lac dans le Rhône , mais en petite quantité. C’eft depuis le mois de feptembre jufqu’en oc-
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- tübre , que la defcente eft pins confidérable , & qu’on, prend les plus groflesf Entre les truites qui defcendent dans le Rhône , plufieurs , fur-tout des petites , & lors des chaleurs^eittrent dans la.petifceïéiviere qu’on nomme l’Arve,. peur jouir de la fraîcheur des eaux de cette riviere. Je croyais que c’é-ta'ent les truites .qui: entraient 'dans l’ArveM qu’on nommait Uvarets. Ces truites ndit on . font longues feulement d’un pied, & n’ont que deux pouces* d’tpaiiTeur verticale. On ajoute que cette petite truite, qui eft excellente, n’a-, point de taches fur le corps , & que fon mufeau n’eft pas fort alongé jrenfim on avance que ce poilTon eh du lac de Geneve : mais MM. Bonnet & Mallet aller; ait que ce nom n’eft point connu à Geneve, & que les truites qui viennent de l’Arve fe nomment. gaines-r parce .qu’elles- diminuent de grofièur à proportion du tems qu’elles ont refté dans cette petite; riviere ; de-’ forte qu’une truite dé huit livres au fortir du lac , qui aura féjourné. quelques-mois d’été dans l’Arve , ne pefera plus que quatre ou cinq livres-quand: elle en fortira; & l’on afiùre que les grofies truites qui defcendent dans le." Rhône en feptembre & oétobre, paifent rarement dans-1’Arve ; elles relient-dans le Rhône, où elles fraient.. . , r < .
- 2og. Pour prendre les truites qui .palfentï dii lac dans le‘Rhône, ou du: Rhône dans le lac fon ferme l’embouchure du Rhône dans toute fa largeur par une efpece de clayonnage ou dé grillage auquel on ménage quelques portes qu’on ouvre dans certains tems» On ajufte à différens endroits de ce clayonnage de grandes nalfes de fil de fer, ordinairement au nombre de huit, dont cinq fervent à prendre les poiifons qui defpendent-, & les trois autres ceux qui remontent. (18) On ouvre les claies au commençe*-ment du printems ; caria defcente des truites du lac dans le Rhône commence dès le. mois de mais mais c’eft, comme nous l’avons dit , en petite quantité; ce font les premières defeendues qufdans les- chaleurs de l’été, entrent;.dans l’Arve , dont*l’eau eft plus fraîche que celle du Rhône ,.&qui y maigriflant, forment les truites qu’on nomme gaines..-
- 209. La. defcente des grofies truites ,.qui* 11e fe fait qu’en novembre étant finie,les,gaines commencent à remonter dans le lac dès* le 25\odlobFe i: alors on ferme les nafies de defcente-, lai fiant cependant un paifage. librer pour, entrer dans, le Rhône on ouvre les trois ouvertures où font placées les nafies de remonte. Cette pèche dure à peu* près jufqu’à la fin, de l’année ; mais le tems où elle eft la plus confié érable ,..foit pour lè nombre
- (18) Il faut ajouter que ce clayonnage pefantes, on fe ; fért d’ün tour pour lés lever que l’on entretient avec beaucoup de foin, & en tirer le poifion , que Ton porte ensuite-
- n’eft pas en ligne droite ,mais en zig-zag ,& dans un grand,:réfervoir çonfttuit. au/boicE que les nafies font placées à chaque angle du Rhône». laiÜant rentrant; Comnie.elles fônt très-
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- Sect. II. Du faumon, £5? des poijjons qui y ont rapport.
- foit pour la grofleur des truites , eft depuis le 10 jufqu’au 20 décembre ; & cela ne varie que de peu de jours. On prend à cette pêcherie des truites de toute grofleur ; quelques-unes pefent trente livres poids de Geneve, dont la livre eft de dix-huit onces. On ne fe fouvient pas d’en avoir pris =qui excédaient trente - cinq livres : mais il n’eft pas rare d’en prendre de vingt & vingt-cinq ; de forte que fur trois à quatre cents qu’on prend chaque année, il y en a bien cent de ce poids. Il arrive encore qu’011 prend les premiers jours du printems quelques groifes truites qui ont pâlie tout l’hiver dans le Rhône , mais cela eft rare.
- 210. Il eft fur que les truites rqui paient du lac dans le Rhône, fraiera dans cette riviere, & l’on prétend que ce n’eft qu’à un quart de lieue de l’embouchure de ce fleuve. (19) Il eft bien rare d’en trouver de groifes à une demi-lieue: cependant il n’en faut pas inférer qu’il n’y en ait pas qui fraient dans le lac ; car on en trouve fouvent qui remontent, ayant des œufs] bien formés dans le corps. Il eft vrai qu’on prétend que quand on met de ces truites remplies d’œufs dans les réfervoirs , elles ne les jettent point: mais peut-être que les pêcheurs ne s’apperqoivent pas que ces œufs font avalés , au fortir du corps delà mere , par les poiions qui font dans le réfervoir, ou bien ils font bien aifes de perfuader que ces œufs ne peuvent pas produire des truites , afin qu’on ne leur défende pas de les prendre. Quoi qu’il en foit,on eftime beaucoup plus les truites qui defeendent du lac , que celles qui y entrent ; & en cela il n’y a rien dè furprenant, puifqu’elles ont éprouvé dans la riviere la maladie du frai s & que probablement plusieurs n’en font pas encore rétablies.
- 2ir. En voilà allez furies truites qu’011 nomme du Rhône ou de laferme , îl s’agira dorénavant de celles qu’011 nomme du lac ou <CêU. On les prend dans le lac également dans toutes les faifons de l’année -, & ce n’eft point par des moyens particuliers, mais pêle-mêle avec toutes les autres cfpeces depoift^ns,, qui font allez abondantes dans le lac. Ces truites fontbonnes, mais pour l’ordinaire moins groifes que celles qu’on prend aux pêcheries établiesfoit au Rhône de Geneve, foit à celui du Valais j car on fait dans le Rhône du Valais qui entre dans le lac , & dans celui de Geneve qui en tire fes eaux , à peu près des pèches pareilles : de forte que les truites d’été qu’on prend dans le lac , 11e pefent guère que fept à huit livres poids de Geneve. Quelques-uns veulent que ces truites ne foient pas de la même
- ( 19 ) -Cette éxpréffion n’eft point exacte, fe perd fous terte à peu de diftance de cette llfkikt dire à un quart de lipUe au-delfpus de ' ville, il èft naturel de fuppofer que les frui-Fen droit où le Rhône fo-rt du lac ,011 bien au- tes ne defeendent que jufq u’a cet engouffre-defféms de Geneve: on fait que î-embouchure nient. de. ce fleuve en eû bien éloignéei & comme il
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- TRAITE' D E S F E C H E S. Partie IL
- efpece que celles du Rhône jmais ce n’eft pas le fentiment du commun des pêcheurs, qui ne peuvent y appercevoir d’autre différence que dans la groft leur. Je ne fuis point à portée de décider cette queftion j mais je rapporterai un mémoire d’un fameux pêcheur du lac , nommé Sadoc , que M. Bonnet m’a procuré.
- 212. Il nous relie à parler des truites du poids d’une livre, qu’on prend
- dans les petites rivières qui fe déchargent dans le lac ou dans le Rhône. Ce qu’il y a de fingulier , c’eft qu’entre ces petites truites , on en prend une partie qui ont la chair rouge ou faumonnée, pendant que prefque toutes celles qu’on prend dans le lac & aux embouchures du Rhône , font à chair blanche. Je dis prejque toutes ; car on en prend quelquefois à chair rouge dans le Rhône , fur-tout auprès de l’embouchure des petites rivières qui s’y rendent, comme la Veffoix,& encore plus quand on remonte ces petites rivières un peu au-deffus de leur embouchure imaisc’ell en fi petite quantité, qu’on peut dire que les excellentes truites qu’on prend dans le lac & à la ferme , ont la chair blanche. On a cependant affuré M. Mallet , que îe il juillet 1733, par une chaleur excefîive qui durait depuis quelques jours, on trouva à la ferme toutes les naffes de remonte remplies de truites d’environ deux livres, entre lefquelles il y en avait grand nombre de fau-monnées. Ce fait ell cité comme étant fort extraordinaire , & M. Mallet dit qu’il n’a rien appris qui le mette en état de décider fi les truites à chair rouge font d’une efpece différente de celles à chair blanche. Or , comme j’ai traité expreffément cette queftion dans un article particulier, j’y renvoie le lecfteur j mais il fe préfente ici une autre queftion au moins auffi êmbar-raffante. *i
- 213. On a vu dans le chapitre du faumon , que ce poiffon paffe avec avidité de l’eau falée dans l’eau douce, probablement pour y dépofer fes œufs : mais pour quelque raifon que ce puiffe être, il change * pour ninfi dire , d’élément ; car il y a tant de différence entre l’eau de la rnéir&‘ celle des rivières, que beaucoup de poiffons de mer périlfent quand1011 lés met dans l’eau douce , comme auffi les poiffons de riviere quand on les met dans l’eau falée, & cette différence d’eau peut bien engager quelques poiffons à paffer d’une eau dans l’autre ; mais ce 11’eft pas cette raifon qui peut déterminer les truites à paffer du lac dans le Rhône, & du Rhône dans le lac , puifque les eaux de l’un & de l’autre font douces.
- 214. Nous avons dit que ces poiffons avaient une finguliere inclination à remonter vers la fource des rivières , & à refouler les courans les plus rapides : mais ici cet inftind ne peut avoir lieu , puifque s’il y a des truites qui refoulent le courant pour pafser dans le Rhône du Valais, il y en a qui fuivent le cours de l’eau pour pafser dans le Rhône de Genevejainfi
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- Sect. II. Du faiîfnon, & des poiffons qui y ont rapport.
- une partie pafse dans le Rhône du Valais en refoulant le courant, & une autre dans le Rhône de Geneve , en fuivant fon cours. Quelque tems après, les unes & les autres rentrent dans le lac , ou en fuivant le cours du Rhône du Valais, ou en refoulant celui du Rhône de Geneve. Quelle raifon peut donc les engager à changer ainfi de domicile? C’eft peut-être uniquement pour fe porter à des endroits où il y ait moins d’eau, un fond de gravier, une eau vive & claire , en un mot un endroit favorable à l’opération du frai, comme on voit des poifsons de mer qui pafsent dans des étangs falés pour frayer, & qui enfuite retournent à la mer.
- 215. J’ai dit d’après MM. Bonnet & Mallet, qu’on pêchait des truites dans le lac, tantôt avec des hameqons , tantôt avec des naffes ou des filets à manche , ou avec des faines : mais la pèche la plus confidérable fe fait avec ce qu’on nomme Le grand filet, qui eft formé d’un grand fac ,à l’embouchure duquel font ajuftés deux ailes de filet fort longues , & chacune eft tirée par un bateau , à peu près comme le boulier dont nous avons parlé part.l, fiecî. 2. Je crois feulement que dans le lac il y a à l’embouchure de la manche un goulet comme aux verveux. On attache encore quelquefois le long d’une corde plufieurs naffes ou verveux, qu’011 cale au fond de l’eau.
- 216. Mais une façon de pêcher que je ne fâche pas être pratiquée ailleurs , eft avec un filet qu’on appelle meni ou menia, dont la conftrutftion eft fort fimple : c’eft une nappe faite avec du fil très-délié,/’/. III ,fig. 7. La corde qui borde la tête du filet eft garnie de flottes de liege : à celle qui borde le?pied du filet, font un grand nombre de filets auxquels on attache de petites pierres groffes comme des noifettes, qui font un left fuf-fifant feulement pour maintenir le filet dans une fituation à peu près verticale. O11 forme avec plufieurs pièces de ce filet une enceinte à l’embouchure d’une petite riviere ou d’un golfe. ..Quand le filet eft tendu , on bat l’eau dans l’enceinte , pour obliger le poiffon à donner avec force dans le filet, qui, quand fil eft dans l’eau , n’eft pas tendu avec force} de forte qu’étant très-fin , fil. peut céder aifément aux efforts du poiffon qui s’y cmbarraffe : la fecouffe qu’il occafionne fait fauter les petites pierres ; quelques-unes entourent lè poiffon, & paffant dans une maille , le retiennent. Si le poiffon s’agite dans ce filet, qui eft très-délicat, & étendu mollement, il s’y cmbarraffe de plus en plus , & fait rejaillir des pierres qui, s’engageant dans des mailles, lient d’autant plus fortement le poiffon. (20)
- ( 20 ) Cette manière de pécher ou cette principalement dans celui de Neuchâtel. Les efpece de filet n’eft pas particulière aux pêcheurs la nomment en leur patois c'tole, Genevois. Elle eft connue & pratiquée éga- & ils s’en fervent aufli pour prendre de pe-lement dans les autres lacs de la Suiffe , & tits poiffons deftinés à des amorces.
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- ISO T IiA I TE DES PECHE S, Partie H.
- 2Ï7. On prend encore dans le lac deux autres poiiTons du genre des truites j run eft le petit ombre ou umbre âuviatile , & l’autre l’ombre chevalier. Nous allons en donner la defcription.
- -rr,a-,=£Ü5ek..- .= -==.===!======<».
- CHAPITRE IV.
- Des timbres, umbles, humbles , ombres ou ombles. Salmo minor, umbra . vel umbla didus.
- 2r8- J’avais bien vu des umbres dans mes voyages , & je favais qu’ils étaient de 'la famille des fauraons ; mais comme je ne les avais ni deffi-nés ni décrits, je délirais m’en procurer , pour les examiner avec plus de foin. M’étant rappelle qu’il y en avait aux environs de Lyon, & même qu’on en vendait aux marchés , & fachant que ce poilion eft connu en Auvergne-, je me fuis adreifé, pour connaître ceux du Lyonnais, à M. de îa Tourrette , ancien confeiller de la monnaie de Lyon , membre de l’a* cadémie de cette ville , & correfpondant de l’académie des fciences de Paris, qui a bien voulu m’envoyer un de ces poiiTons &y joindre plulîeurs notes très-intérelfantes. D’un autre côté, M. Defmarais, de l’académie des fciences de Paris , m’ayant donné un umbre de Clermont-Ferrand, que M. La-vor, dodteu-r en'médecine, lui avait envoyé, je me fuis trouvé en état de les faire delfilier, & d’en faire une defcription exade. Je vais commen-eerpar rapporter la defcription de l’iimbre de Clermont > j’ajouterai enfuit© les éclairciiîemens dont je fuis redevable à M. de la Tourrette.
- Article premier.
- Defcription d'un umbre de Clermont-Ferrand , umbra .fluviatilis. Salmo vix pe’dalis , linea laterali reda , cauda Jbifùrca. 1 ‘
- .) ; J .......
- 219. T’tJMBRE que je vais décrire,/?/. I, partie'III ^ 2, avait de lon-
- gueur totale , ou de A en K, 8 pouces 9 lignes: on en)prend de plus grands en Auvergne. La mâchoire fupérieure a était an tant loit peu plus longue que'L’inférieure. ICy avait depuis'le bout du mufeau cl jufqu’au centre de l’œil c8 lignes, & le diamètre de l’orbite était de 4 lignes ; du mufeau. au derrière de l’opercule dés oùiés d yi\ y avait un pouce 8 -lignes.
- 22Q. Du mufôau en,E, qui eft le commencement dp l’aileron du dos,
- %\ y avait 2 pouces U ligues : la largeur de cet 'aileron 4 Ton attache au:
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- Se ct. II. Du faumm, & des poisons qui y ont rapport. gff
- corps , c’eft-à.dire de E en F, était de 21 lignes, & la longueur du plus' long rayon G bien étendu , était de 14 lignes. Du mufeau au commencement de l’appendice muqueux H, il y avait 6 polices : la largeur de cet appendice à fon attache au corps r était de 9 à 6 lignes. Du rmufeau en I qui eft le commencement de l’aileron de la queue , 7 pouces 2 à 3 lignes : [a longueur I K de cet aileron était d’un pouce 7 à g lignes ; il était très-fourchu. Du mufeau à l’articulation L de la nageoire branchiale D , il y avait Ig à 20 lignes : la longueur du plus long rayon de cette nageoire était de 14 à 15 lignes. Du mufeau en M, qui elt l’articulation de la nageoire ventrale , il y ^yait à peu près 4 pouces : la longueur du plus long rayon de cette nageoire était de 13 à 14 lignes. Il faut remarquer qu’à l’àrticu.. lation de cetter nageoire,* il y avait un aiguillon fort dur. Du mufeau à l’anus N, il y avait 9 pouces 9 à 6 lignes : immédiatement derrière, était un aileron qui avait à> foii attache au corps de N en O , 9 lignés: la longueur du plus grand rayon de cet aileron était de 13 lignes..
- 22q, Après avoir donné* la poiition des différentes parties de ce poif-fon, fuivant fa longueur , il convient de confideFer fa groffeur. La largeur perpendiculaire en c , vis-à-vis l’œil, était de ri à, 12 lignes * en L à î’à-plomb de l’extrémité de l'opercule, 19 lignes * en E vis*-à-vis la naiffancé de l’aileron dorfaj, 22 lignes * & 14 à 19 lignes en N à l’à plomb de l’anus , mais feulement g lignes en I à la naiflance de l’aileron de la queue. Le dos de ce poiffon était très-charnu, & depuis la naiflance de l’aileron dorfal en E jufqu’au-bout du mufeau A, il formait une courbe afîéz corn. fijdérable. Les lignes latérales dydv étaient prefque droites ?& fembîaienr comme pouétuées. . » •" •
- 222. Comme les écailles , qui font aifez grandes, étaient plus bruiies cru moins brillantes-à'sune dedeur moitié qu’à l’autre , en regardant Ge poi£ fon fuivant fa longueur * s il paraifTait comme rayé : cela s’appetqoit à pîu^ lieurs poiifous; qui fbnt brillans.,- mais plus fenfiblement-dans celui-cique dans beaucoup d’autres : de defTus-. du dos était olivâtre* cette Couleurs’é-daircilfaitr fur lés côtés: rdbus'la^ ligne latérale lès écailles-avaient dés rev fiflts) dorés v &s s^clairMants^peu à( peu,. lë< delfous du ventre"était préfqüe-blanc.'.'.Onr apperogvaitîdd fort petites mouchetures noires-, fur - tout Vêts là tête) Æ'au-dèfrbs^élii lighedatérale, ainfi; que for lès opercules des ôuies & fur, les ailerons, . r > jk
- 223. Plusieurs auteurs dirent que les umbres- n’ont point de dents *• celui que je décris en avait de très-fines à; la mâchoire fûpériéUre : celles die: la. màchedra:tnfêrieuï©:étaient à peine fenfibles,^. 4*rf; & Je n’en ai- feuti nû fiirâadangue ni au; palaisir'Qÿan^bn . regardé, <se- péttfbif*-(te face-, -harfqai’il ada gueulé- entrouverte ,i-d& parait- coupéo (juartériittoto -
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- 3f3 TRAITE' DESPECHES. Partie IL
- 224. On a repréfenté en P , fig* 4, la mâchoire ouverte, pour faire voir les dents, I celles de la mâchoire fupérieure, 2 celles de la mâchoire inférieure , 3 celles de la langue. Q_, fig. 6, eft la mâchoire fupérieure détachée de l’animal: R, fig. f , eft la mâchoire inférieure avec la langue, chargée de dix dents. On compte à la mâchoire dix dents de chaque côté ; mais j’avoue qu’excepté celles de la mâchoire fupérieure , les autres font des afpérités à peine perceptibles.
- Sur Vtimbre du Lyonnais.
- 22f. Les umbres que M. de la Tourrette m’a envoyés de Lyon, & qui me font parvenus très-bien conditionnés, étoient entièrement femblables à celui d’Auvergne que je viens de décrire ; ainfi je me contenterai de rapporter les notes dont M. de la Tourrette m’a fait part.
- 226. i°. Ces umbres pefent au plus une livre. M. de la Tourrette dit
- qu’il en a vu qu’il eftimait pouvoir pefer deux livres, mais que cela eft fort rare. 2°. Il paraît que ces poilfons recherchent au moins avec autant d’avidité que les truites , les eaux vives , claires & limpides qui defcendent des montagnes : c’eft probablement pour cette raifon que M. Linné leur donne l’épithete ftalpinus, ce qui n’établit pas une diftin&ion entre les umbres & les truites : aufîi Belon regarde-t-il l’umbre comme une truite. 3°. L’umbre fluviatile franchit les catarades comme les truites. 40. O11 trouve des truites dans prefque tous les endroits où l’on pèche les umbres ; mais il n’y a pas des umbres par-tout où l’on trouve des truites. 5°. Ces petits umbres font aifez communs dans les petites rivières de la Franche-Comté & du Bugey , au pied des Alpes, où on les voit remontant contre le fil de l’eau , raflemblés en troupe , ce qui fait que dans quelques endroits on les nomme harengs d'eau douce. On en voit dans les rivières de Saint-Claude, de Dortans, de Furan. 6°. Il s’eii .montre peu l’hiver, & l’on dit que dans cette faifon ils fe retirent* ddns-kles rochers q dans des cavernes & autres lieux omhragés. 70. Mfdeila Tourrette dit comme nous-, que les umbres fluviatiles ont; des dents très-fines y &r on verra dans la fuite que rumbre-cheyalier en eft'auffinpourvu; Cesl'umbres font ünmaù-ger très-délicat & fort eftimé rnnais fa grandie; déiîca'teffe.Tàit. qu’il fe cor4 rompt promptement; & comme c’eft l’été qu’on en prend le’plus , pour peu qu’il falfe chaud, on nè peut pas le tranlporter.dans les villes;, où l’on en trouverait un .débit avantageux. . • ••..:
- 227. La reflemblance qu’il y a ontre les umbres i fluviatiles & les truites , m’a engagé à prier M. Mallet, qui a fous les yeux, des jtruites'& aies umbres fluviatiles, d’examiner en quoi confiftentîdes points 4ui peuvent
- faire
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- Seot. IL Du faumon, des poiffons qui y ont rapport. 5^}
- faire diftinguer l’une de l’autre ces deux efpeces de poiflons. Cet obligeant correfpondant a bien voulu fe faire apporter un petit umbre & une truite de même grandeur, pris l’un & l’autre dans le Rhône , à deux lieues au-deifous du lac, pour mettre en quelque façon en pendant la defcription de ces deux poiflons, ce qui me met en état de faire appercevoir les diiïe-rences réelles qu’on trouve entr’eux.
- Comparaison (Pun petit umbre & d'une truite de même groffeur, pêchés dans le Rhône.
- 228- i*. L’umbre & la truite avaient un pareil nombre d’ailerons & de nageoires ; favoir , un aileron fur le dos vers le milieu du corps , un petit appendice fans nervures fur le dos, entre l’aileron du dos & celui de la queue j enfin un troifieme aileron fous le ventre derrière l’anus ; deux nageoires derrière les ouies , & deux fous le ventre , à peu près à l’à-plomb de l’aileron du dos. Toute la différence que M. Mallet a pu remarquer, eft que l’aileron du dos de l’umbre était un peu plus grand que celui de la truite. J’ai fait la même remarque en décrivant les umbres d’Auvergne & du Lyonnais. 2°. L’aileron de la queue de l’umbre était plus fourchu ou plus profondément échaneré que celui de la truite. Mais j’ai établi, par de bonnes obfervations, qu’entre les truites il y en a qui ont cet aileron fort échaneré , pendant que d’autres l’ont coupé prefque quarrément ; aihfi l’on ne peut pas , fur la forme de cet aileron, établir une différence confiante. 3°. Les écailles de l’umbre étaient aflez grandes, & celles delà truite à peu près trois fois plus petites : cette différence était fenfible dans l’umbre d’Auvergne que j’ai décrit. 4". La gueule de l’umbre était fenfi-blement plus petite que celle de la truite. J’en ai jugé de même à l’umbre d’Auvergne , & de plus l’extrémité du mufeau m’a paru fe terminer plus en pointe qu’à la truite. Enfin 5°. la truite avait un rang de dents à la mâchoire inférieure , & deux à celle d’en-haut.
- 229. M. Mallet n’a point apperçu de dents aux mâchoires de l’umbre ï cependant l’umbre d’Auvergne & celui du Lyonnais , que j’ai décrits, avaient des dents aux deux mâchoires j à la vérité elles étaient très-fines. Suivant M. de la Tourrette , il en était de même à ceux du Lyonnais, qu’il a examinés, comme je l’en avais prié,, parce que je trouve dans plu-fieurs auteurs qu’ils 11’ont point de dents dans la gueule. Il dit que les lignes latérales ne partageaient point le poiffon en deux parties égales , qu’elles étaient plus rapprochées du dos. J’ai fait la même remarque fur l’umbre d’Auvergne. Tl dit aufîî que ces lignes fe courbaient peu en approchant de la tète. S’il en était de même à l’umbre d’Auvergne , cette cour-
- Tomz X Y y
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- TRAITE' DES PÈCHES.
- Partie IL
- bure était bien peu confidérable, comme on peut le voir à la figure 2 ; & je ne fais fi c’eft de cette petite courbure dont ont voulu parler les auteurs , quand ils ont dit, lineis furfum recurvis. Il ajoute que les umbres ont leurs écailles moins brunes que les truites. J’en peux dire autant des umbres*d’Auvergne, mais que la truite avait des taches noires fur le corps & fur les ouïes , pendant que l’umbre n’en avait point. L’umbre d’Auvergne en avait de petites , fur-tout du côté de la tête. Ceux du Lyonnais en avaient aufïï quelques-unes, & un n’en avait point.
- 230. Je crois qu’on peut ajouter que les umbres ont le dos plus épais, plus charnu & plus voûté que les truites ; & en général , depuis la tête jufqu’à la fin de l’aileron du dos , le corps de l’umbre d’Auvergne m’a paru plus large que celui des truites. On peut ajouter encore que les umbres ont, fuivant la longueur du corps, des raies plus marquées que les truites. Outre ces marques diftindives, il y en a d’autres qu’il <eft difficile de rendre par écrit, mais qui frappent ceux qui font à portée de voir ces deux efpeces de poilfons.
- Article IL-*
- Umbre-ckevaller du lac de Geneve. Umbra altéra Rondeletii. Saltno Lemani lacus.
- 231. J’avais depuis îong-tems une defcription de l’umbre-chevalier5 & c’eft parce que je l’avais depuis fort long-tems, que je me défiais de fon exaditude : ainfi je délirais confulter quelqu’un qui fût en état de redifier mes idées. Comme je favais que ce poilfon eft aifez abondant dans le lac de Geneve , je ne doutai point que ce mèmeM. Mallet, que je favais être très - obligeant , ne fe prêtât volontiers à me faire ce plaffir. Effiedive-ment il l’a fait avec un zele qui m’engage à lui en témoigner ma recon-naiifance : il m’a envoyé un deffin que j’ai fait graver ,/>/./, fig, 3 , partie III, & la defcription que je vais donner, eft celle que j’avais anciennement, & que j’ai redifiée fur le mémoire que m’a adrelfé M. Mallet.
- 232. Ce poiffon eft ordinairement fort gras; fa chair eft plus délicate que celle de la truite : auffi eft-il plus eftimé, & pour cette raifon d’un prix plus confidérable. Il a tous les caraderes des poilfons de la famille des faumons & des truites. Celui que je vais décrire, qui n’était pas des plus gros, avait 20 pouces de I en K. On aifure qu’il s’en prend qui pefent jufqu'à livres. Le nombre’& la pofttion des ailerons "& des nageoires étaient les mêmes qu’aux autres poilfons de'la même familier la tète paraiftait moins pointue que celle des faumons , & avoir plus de r.ef-femblauce à celle des truites.
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- Sect. IL Du faumon , & des poiffons qui y ont rapport. 35 f
- 233. La gueule eft alfez grande, & aux deux côtés, ce qui n’eft pas particulier à ce poiifon, il y a un os ou un cartilage p 3, qui n’eft pas joint aux os delà mâchoire par désarticulations, mais par des liga-mens. Il y a à la mâchoire fupérieure , qui eft un peu moins longue que l’inférieure, deux rangs de dents très-fines, & un à la mâchoire inférieure. M. Mallet a compté fix dents au bout de la langue.
- 234. De l’extrémité I de la mâchoire fupérieure à l’ouverture des narines il y a 9 lignes, au centre de l’oeil 18 lignes, au derrière de l’opercule des ouies 4 pouces, au commencement de l’attache au corps de l’aileron du dos B 8 pouces. La largeur de cet aileron à fon attache au corps du poiifon, eft un peu plus de deux pouces. Cet aileron était formé à peu près de 14 rayons. Du mufeau I au petit appendice cartilagineux F, 13 pouces 6 lignes ; à la naiflanee M de l’aileron de la queue, 16 pouces 6 lignes ; de M à la pointe N de cet aileron , un peu plus de 3 pouces. Je dis à peu près , parce que cet aileron n’était pas bien confervé ; mais furement il eft fourchu. Prévenu de cela, ilnous a paru qu’il était formé à peu près de 12 à 14 rayons.^Derriere l’anus A , qui eft environ à 12 pouces du mufeau I, eft l’aileron du ventre E. Derrière , & un peu au-delfous du bord H de l’opercule des ouies, eft de chaque côté une nageoire C, formée environ de 12 à 14 rayons ; fous le ventre , vers le milieu du corps , font deux autres nageoires D , qui fe touchent prefque par leurs articulations ; elles font formées de 10 à 12 rayons : on remarque fur le dos comme deux petits renflemens en O O , & le ventre P Q_eft alfez renflé , de forte que la largeur verticale en P O eft de 3 pouces 3 lignes , & eu Q.O de près de 4 pouces j en MM, de 12 à 13 lignes.
- 235. Les écailles de ce poiifon font fi minces &fi petites , qu’011 11e les fent point fous la dent lorfqu’on en mange la peau. Plufieurs ont cru qu’il n’en avait point ; elles ont au plus une demi-ligne de diamètre :1e ventre eft blanc, & le dos d’un brun verdâtre , plus foncé fur la tête : les côtés font de couleur changeante ; on 11’y apperçoit aucunes mouchetures. On voit furies côtés les lignes latérales HH. Je croyais que ces lignes fe recourbaient un peu du côté de la tête , ou qu’elles s’approchaient du dos ; mais fuivant la figure que m’a envoyée M. Mallet, & que je crois très-bonne, elles font droites.
- **I236. Lumbre-chevalier dont nous venons de donner la defcription , & qui, comme l’on voit, relfemble beaucoup ( aux mouchetures près) aux grandes truites, eft celui du lac de Geneve : il fe trouve , à ce qu’on aifure, dans plufieurs lacs de Suiife & d’Italie. M. de la Tourrette ayant envoyé ma defcription à Geneve pour favoir fi elle était exaéte, on lui a répondu qu’elle le paraiifait. M. Bonnet, qui a bien voulu fe prêter :avec zele à
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- 3 T R A I T E! DES F E C H E S. Partie II.
- m’obliger , a engagé un ancien pécheur du lac , très-expérimenté , & auquel il avait reconnu un efprit d’obfervation, à fatisfaire à mes queftions : il m’en a fait parvenir la réponfe ,que je vais copier prefque mot à mot.
- Notes du Jieur Sadoc, ancien pêcheur du lac de Geneve.
- 237. Suivant le fieur Sadoc, il y a deux efpeces d’omble-chevalier : ceux de la groffe efpece ne different de la truite qu’en ce qu’ils font moins longs, beaucoup plus larges & plus épais 2il y en a qui pefent 10,15 & 20 livres. Ce poiffon eft fort gras ; il eft d’un gris blanchâtre. Cette efpece d’omble 11e fe prend qu’à l'hameçon dans les endroits les plus profonds du lac ; on amorce les hameçons avec de petits poiffons. Il eft rare que cette efpeee d’omble fe prenne au filet, parce qu’il ne vient guere fur les bords j c’eft pourquoi on juge qu’il fraie dans les grands fonds. À cette efpece , on ne peut diftinguer le mâle de la femelle , que lorfqu’elle a des œufs dans le corps , favoir , aux mois de février & de mars. Ce poiffon a des dents comme la truite ; fes écailles font imperceptibles. L’auteur dit cependant, que le* mâle n’a point de crochets à la mâchoire inférieure , ce qui peut fèrvir à le diftinguer de la femelle. Je ne fais ce qu’il entend par crochets.
- 2^8. La fécondé efpece d’omble-chevalier eft moins groffe, & fe pèche avec le filet à une petite diftance des bords, quoique quelquefois dans des endroits affez profonds. Le mâle fe diftingue affez aifément de la femelle par fes différentes couleurs : il a le dos d’un beau gris argenté , mélangé de petites taches noires , le mufeau parfaitement noir, le ventre d’un jaune1 éclatant & doré , les nageoires imitant la nacre de perle. Le mâle de cette ef iece n’eft: ni fi gros ni fi épais que ceux de la première j il eft plus ap-plati & plus large. La femelle eft d’un gris plus brun que celles de la groffe efpece. Les plus groffes ne pefent que 8 à 10 livres.
- 239. Il y a outre cela la petite omble de riviere, qui a la gueule fort petite ; elle n’a point de dents. Les ombles fluviatiies que M. Mallet, M. de la Tourrette & moi avons examinés , avaient des dents. L’omble de riviere* fe nourrit de petits coquillages, d?infe&es & de moucherons qu’elle prend' à la furface de l’eau : fes écailles font affez grandes relativement à la groffeur* du poiffon, qui n’excede guere une livre ou une livre & demie.
- -3*=^- ”jt.' : =-T" q».
- CHAPITRE V.
- Des tocans ou faumoneaux. Saîmo minor, vuîgari fimilis.
- 240. T’ai déjà dit que ceux qui pêchaient de la menuife ou du fretin avec des filets à manche dans les rivières où il remonte des faumons & de»-'
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- Sect. II. Du fcmrnoni& des poiffons qui y ont- rapport. 357
- truites, prenaient beaucoup de petits poiffons qui, étant examinés avec attention , avaient les caraéleres des faumons ,/>/. I ,fig, 6 , partie II, ou des truites fig. 5. Il eft probable que ce font des faumoneaux ou des truitelles, c’eft-à-dire de ces poiffons qui font éclos depuis peu de tems.
- 241. Mais dans les rivières fréquentées par les faumons & les truites, on prend quantité de petits poilions , les uns gros comme des fardines , pl. Iifig. 3 ,partie I, & les autres comme des harengs ,/>/. I, fig. 1 ,partie III, qui, à J a grandeur près , reffemblent aux faumons ou aux truites, & qui font un manger très - délicat. De plus, quand nous parlerons en détail des pêcheries expreffément établies pour prendre des faumons & des truites , on verra que quelque tems après que la montée des faumons eft finie ,& lorfqu’on ne prend prefque plus de ces poiffons qui remontent les rivières , il y a une grande quantité de petits poiffons dont je viens de parler , qui fe trouvent arrêtés par les filets & les digues qui traverfent les rivières : mais au lieu que les faumons & les truites fe raffemblent auprès des digues du côté d’aval, les petits poiffons dont nous parlons s’accumulent en grand nombre du côté d’amont, parce que ceux-ci viennent du haut des rivières pour paffer à la mer i au lieu que les autres, qui viennent de la mer, ef-faient de remonter vers la fource des rivières. Si donc on fe propofe de prendre des faumons & des truites dans des verveux ou d’autres filets à manche, il faut que leur embouchure foit tournée du côté d’aval ; & au contraire , pour prendre les petits poifsons qui nous occupent ,il faut que l’ouverture des filets foit tournée du côté du haut de la riviere. M. le pré-lîdent de Borda me fait feulement remarquer que dans les Gaves il en defcend fort peu quand le printems eft froid , & que la pèche de ces poiffons eft impraticable quand les rivières débordent : mais M. de la Lane , major du bataillon de„Mixe,qui réfide à Dax, ajoute que quand il eft arrivé des débordemens , on en prend très-peu , parce que les tocans en profitent pour gagner la mer. Quand ces circonftances n’arrivent pas , & qu’on tend des >verveux,les petits poiffons de différentes efpeces qui fuivent le cours de l’eau , fe trouvent entafsés dans les manches de filets pêle-mêle avec des feuilles , des herbes & de la vafe que l’eau entraîne. Comme dans ce cas les poifsons font prefque toujours maltraités & mutilés, il convient, pour les avoir en état d’être mieux examinés, de prendre ceux qu’on pêche avec la ligne ou le carrelet dans les endroits oh l’on voit qu’il s’en rafsernble.
- 242. Il n’eft pas douteux qu’on prend ainfi de différentes efpeces de poifl fons ; mais nous ne nous occupons préfentement que de ceux qui ont les caraderes propres à la clafse des faumons, fa voir un aileron A , pl. 1,fig. 3 , partie 1 % fur le dos » vers le milieu de la longueur du corps i le petit appelle
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- 3î8 T RAI T E' DES PECHES. Partie II.
- dice charnu B entre cet aileron & celui de la queue > un aileron E derrière l’anus j deux nageoires F fous la gorge, & deux G fous le ventre vers le milieu du corps. Entre les petits poifsons qui ont ces cara&eres, il y en a qui m’ont paru afsez différens les uns des autres : il eft vrai qu’on elt dans l’u-fage de donner dans les différentes provinces des noms particuliers à ces petits poifsons ; mais fachant qu’on ne doit pas avoir beaucoup de confiance à la nomenclature des pêcheurs, puifqu’elle change fouvent dans les diiférens ports qui font diftribués fur une même côte , j’ai cru devoir chercher ailleurs les éclaircifsemens dont j’avais befoin: il m’a paru qu’entre les petits poifsons du genre des faumons qu’on prend en quantité dans les rivières abondantes en faumons & en truites, il y avait de vrais faumo-neaux ou de jeunes faumons qui étaient deftinés à devenir de gros faumons , & des truitelles qui devaient avec le tems devenir de grofses truites. Mais je fuis relié incertain s’il n’y en avait pas d’une efpece particulière, qui ne doivent jamais devenir de gros poifsons. Pour efsayer de me mettre en état de prendre fur cela un parti avec connaifsance de caufe,j’ai prié ceux qui font à portée des rivières où l’on prend beaucoup de ces petits poifsons , de m’aider de leurs lumières, en répondant à un mémoire de queftions que je leur adrefsais. Plusieurs fe font prêtés obligeamment à mes invitations, & je me propofe de rapporter les réponfes qu’ils ont bien voulu me faire. Je dirai feulement par avance, que prefque tous penfent comme moi, qu’entre ces petits poifsons, il y a beaucoup de jeunes faumons & de jeunes truites : quelques-uns même prétendent que tous font de ce genre ; mais d’autres croient qu’il y en a outre cela qui relient toujours petits,& qui font une efpece particulière , qu’on nomme dans quelques endroits faumoneaux , & dans d’autres tocans^ ou tacons, ou taçons. Quand j’aurai expofé les réponfes que j’ai reçues , les lecteurs pourront fe décider fur le fentiment qu’ils croiront devoir adopter.
- Article premier.
- Des petits poijfons quon nomme en quelques provinces tocans , & en d'autres
- faumoneaux.
- 243* Maintenant qu’on fait ce qu’on entend par tocans ou faumoneaux, je vais donner la defeription de ceux que je me fuis procurés de différentes provinces.
- Des tocans d’Auvergne & de plujîeurs autres endroits.
- 244. Il remonte des faumons & des truites dans l’Ailier, & j’aurai occa-
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- Sect IL Bu faumon, Ççf des poiffons qui y ont rapport. 3^9
- fîon dans la fuite de décrire une pêcherie très-cotifidérable de ces poifsons, qui eft établie au pont du Château dans les terres de M. le comte de Mont-boiliier : mais de plus, il fe pèche dans cette riviere ,de petits poiffons' qu’on y nomme tocans. Je vais en donner la defcription.
- 24^. Ce poiifon , pi. I, jig. 1 ,partie III, peut, pour la grandeur & la couleur , être comparé aux harengs de bonne iaifon : fon dos eft verd d’olive , un peu plus foncé qu’aux harengs ; cette teinte s’éclaircit fur les côtés , & vers le tiers de fa circonférence elle devient changeante & brillante comme la nacre de perle : fes écailles font fort petites , le haut de fon dos eft un peu voûté , fa tête eft petite ;& quand la gueule eft fermée, la mâchoire iupérieure excede un peu l’inférieure. L’extrémité du mufeau A eft brune, tirant au noir, & dénuée d’écailles jufqu’au haut de la tête : entre les yeux C, & l’extrémité de la mâchoire fupérieure , on apperçoit deux petites ouvertures qui font les narines. L’œil eft petit, vif ; la prunelle eft brune, & l’iris argenté. Les opercules des ouies font marqués des plus vives couleurs de nacre : il a quatre branchies de chaque côté. Les ailerons, les nageoires & les lignes latérales font femblables, & femblablement placées comme à la truite. Les écailles étant en lozange , il femble, en regardant le poiifon dans un certain fens , que fon corps foit rayé , ce qui contribue à le rendre plus brillant. On en prend dans les eaux douces & dans les eaux falées.
- 246. Je crois que ce poiifon qu’on nomme tocan au pont du Château , eft appelle jonc en quelques autres endroits de l’Auvergne : il eft plus el-timé que le faumon pour fa délicateffe & ion bon goût. Il eft certain que ces poiffons ont des dents très-fines aux deux mâchoires & fur la langue. M. de Montaudouin a vérifié expreflement que ces poiifons qu’011 nomme faumomaux à l’entrée de la Loire , ont des dents. Aucuns tocans , de quelque province qu’ils viennent , n’ont d’œufs dans le corps: mais on prétend que les mâles ont de la laite.
- 247. M. Desmarais, de l’académie des fciences , a bien voulu engager M. Lavau , médecin à Clermont-Ferrand , à m’envoyer des tacons qui fe pêchent dans cette province : ils me font arrivés en uifez bon état pour les faire deiliner & en faire la defcription que je vais rapporter.
- Bu tocan ou tacon de Clermont-Ferrand.
- 248. Longueur totale AB ,pl.I,fig. 1, partie III, 7 pouces. La mâchoire Iupérieure n’eftprefque pas plus longue que l’inférieure. Du mufeau A au milieu de l’œil C, 7 lignes. Largeur de l’orbite, 4 lignes. Du mufeau au derrière de l’opercule des ouies D , 1 pouce 4 lignes. Du mufeau à la
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- 360 TRAITE' DÈS F E € H E S. Partie II.
- naiffance Ede l’aileron du dos , 3 pouces. Largeur de cet aileron à l’attache au corps E F, un pouce. Longueur du plus grand rayon, il lignes. Du mufeau à l’appendice charnu H, 7 pouces 2 lignes. Du mufeau à la naifTance de l’aileron de la queue I, 6 pouces. Longueur de l’aileron I K de la queue, 14 lignes : il elt très-fourchu. Du mufeau à l’articulation des nageoires branchiales L, if lignes. Longueur de cette nageoire, 1 pouce. Du mufeau à l’articulation de la nageoire ventraleM ,3 pouces 4 lignes. Longueur de cette nageoire, 10 lignes. Du mufeau à l’anus N 3 4 pouces 4 lignes. Largeur de l’aileron de l’anus N O à l’attache au corps, 10 lignes. Longueur du pius grand rayon , 8 lignes. Largeur verticale en C vis-à-vis l’oeil, 9 lignes. Vis-à-vis le derrière des opercules enD , 15 lignes. A la naiflance de l’aileron du dos, ou vers E, i§ lignes. Vis-à-vis l’anus en N , 11 lignes. A la naif-fance de l’aileron de la queue vis-à-vis 1,1, f lignes & demie. La ligne latérale eft droite.
- 249. Les écailles font très-fines : elles font d’un brun olive fur le dos, qui s’éclaircit fur les côtés, où elles parailfent argentées : elles ont fous le ventre une légère teinte jaune. On apperqoit des taches noires depuis la ligne latérale jufqu’au dos , fur-tout du eôté de la tête , ainfi que fur la tête, & l’aileron du dos. Les nageoires parailfent un peu rouges. Outre ces taches, il y en a d’alfez grofles d’un rouge vif & éclatant, dont plufieurs fuivent alfez régulièrement les lignes latérales. De plus, il y a de diftanceen diftance des marbrures brunes afsez larges, qui forment comme des nuages , qui font diftribuées dans toute la longueur du corps, & qui ne fe confondent point les unes avec les autres. Il y a une rangée de dents fines & très-pointues à la mâchoire inférieure, deux à la mâchoire fupérieure, & des afpérités fur la langue.
- 2f0. Le poifson que nous venons de décrire, a beaucoup de refsemblance avec les truites par fon mufeau, qui n’eft pas aullî pointu que celui des faumons, & par les grandes taches rouges qui font en plufieurs endroits, & fur-tout le long des lignes latérales. Je ne dois pas négliger de dire que j’ai remarqué que les taches rouges ne font prefque pas fenfibles dans les petits , & qu’elles ne paraifsent prefque point du tout fur les très-petits poifsons»
- Des faumoneaux de Guienne,
- î. Comme je favais qu’à Bayonne & à Bordeaux on mange beaucoup de petits poifsons du genre des faumons, qui font très - délicats, qu’on nomme en Guienne faumomaux , & que je crois être les mêmes qu’on appelle tocans en Auvergne , je priai M. de ’la Porte , commifsaire général, ordonnateur de la marine, qui fut fa réfidence à Bordeaux, de me marquer
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- Sect. II. Du faumon, & des poijfons qui y ont rapport. 361
- fi c’étaient de jeunes faumons , ou des poifsons d’un autre genre. Il m’a répondu qu’on en prenait peu dans fes grandes rivières , telles que la Garonne, laDordôgne & celle de Lille , qui fe décharge à Libourne , quoiqu’on pèche beaucoup de faumons dans ces rivières ; mais qu’on en prend quantité auprès de la fource de la Nive & de PAdour, ainfi que dans les petites rivières qui prennent leur fource dans les Pyrénées.
- 2f2. Il ajoute que ces poifsons refsemblent parfaitement au faumon } que n’ayant ni laites ni œufs dans le corps, il y a tout lieu de croire que ce font de jeunes poilsons deftinés à devenir grands} que leur grofseur commune peut être comparée à celle des fardines , pl. I,fig. 3 , partie î, & que leur chair eft femblable à celle des faumons, excepté qu’elle eft plus délicate. Tout cela femblerait indiquer que ce font de jeunes faumons: mais ce qui empêche M. de la Porte de le penfer, c’eft qu’on n’en prend point de grandeur intermédiaire entre celle que nous venons d’indiquer, & les gros faumons. Cette remarque eft très - judicieufe : cependant il pourrait être que les jeunes faumons qui viennent des œufs qui ont été dépofés au haut des rivières, efsaietaient, fi - tôt qu’ils ont acquis une certaine grofseur , d’aller à la mer , où ils doivent prendre leur accroifsement, & je rapporterai des obfervations qui tendent à éclaircir ce fait. M. de la Porte dit encore qu’on prend en Guiçnne un petit poifson qu’on nomme ercan; qu’il parait avoir le mufeau moins pointu que le faumon , & on lui trouve un goût plus fin. Ces deux points diftin&ifs me font foupçonner que ce font des truitelles } mais je n’en ai point vu.
- Des tocrns qu'on prend dans les gaves,
- 2f3. Le terme de gave, pris généralement, fignifie une petite riviere ou un torrent qui prend là fburee dans les montagnes. Celui dont nous parlons, & auquel nous donnons particuliérement le nom de Gave, prend effectivement fa fource dans les montagnes, & fe décharge dans l’Adour , quelques lieues au-defius de fon embouchure. M. le préfident de Borda marque que la plus grande partie des faumons qui remontent l’Adour, quittent cette riviere pour entrer dans le Gave, où ils fraient -, & pour cela la plupart gagnent jufqu’aux montagnes , où eft la fource de cette petite riviere.
- 254. Le tems de la naiffance des jeunes faumons ne peut être exactement déterminé ; ce qifon fait à c,et égard , dit M-, de Borda, eft que dès le mois de décembre on pêche dans le Gave de petits poiflbns qu’on nomme tocans. Ils font abfolument femblables aux faumons, & alors ils ont à peine deux pouces & demi de longueur i & fuivant tous les pêcheurs , ils vieil-
- Tome X. Z Z
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- 362 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- nent des œufs des faumons, qui étant entrés fort tard dans le Gave , lorf-qu’ils étaient prefles de fe décharger de leurs œufs , les ont dépofés peu au - de (Tu s de la nalfe dont nous parlerons dans la fuite. Voilà , fuivant eux, l’origine des petits tocans ^ pl. I, partie lTfig. 5 & 6, qu’on pêche en décembre. Dans les mois de mars & d’avril, il paraît des tocans de 6 à 7 pouces de longueur , pl. />fig. 3 , partie I, ou même pl. /, partie 111, fig. 1. Les pêcheurs les nomment tocans de montagne, parce qu’ils penfent qu’ils viennent de fort loin vers les montagnes , & que dans ce trajet ils ont augmenté de grolfeur; car, difent-ils , quand l’air e(fc doux, & que tout eft favorable à ces jeunes poiffons , ils augmentent de trois pouces de longueur en vingt ou trente jours: c’eft alors qu’il en defeend beaucoup ; de forte qu’il s’en ralfemble quelquefois une quantité prodigieufe au-deifus des nalfes , jufqu’à ce qu’il furvienne des inondations qui leur permettent de franchir les nalfes , de continuer leur route & de gagner la mer.
- 25f. D’après les obfervations de M. de Borda , il parait que les gros faumons remontent , avec une avidité extrême , les torrens jufqu’à leurs fources, pour y dépofer leurs œufs , d’où il naît des tocans , qui ont* une pareille inclination pour retourner à la mer : c’ell pourquoi l’on n’en prend qu’en defeendant; au contraire des gros faumons , qu’on ne prend prefque qu’en montant. Ces tocans font de bien des groifeurs différentes , fuivant leur âges ce qui varie beaucoup , parce que les femelles île fraient pas toutes dans le même tems , & que les unes dépofent leurs, œufs plus haut que d’autres dans les gaves.' ‘ . j ; - > ...A: ... .
- 256. Lorsque nous décrirons la naiTe de Peyrehorade , nous ferons remarquer qu’il y a deux montées de‘faumons , une depuis la mi-février jufqu’en avril, & ce font les plus gros poiifons ; & à l’autre qui fe fait en juillet & août , prefque tous les faumons qui remontent font beaucoup moins gros que les premiers; mais ils font plus délicats : on les nomme garbaillots. Sont-ce des tocans de l’année précédente, qui ont pris leur accroif-fement à la mer, ou de grolfes truites? Quelques-uns difent que ce font des umbres-chevaîiers. M. le préfident de Borda ne le croit pas , ni moi non plus.' - ‘ f . f : - '•
- 2^7. Je terminerai les remarques de M. de Borda, par dire qu’à la naife de Peyrehorade , foit en montant, foit én-defeendant, on prend des poif-fons du genre des faumons , depuis de fort petits qui n’ont que deux pouces de longueur, jufqu’à de fort gros qui pefent 40 à 45 livres. A l’égard des garbaillots , on n’en prend guere qui pefent plus de 7 à 8- livres. Cet obligeant correfpondant à bien voulu s’affurer par lui-même'que tous les tocans ont des dents aûx-deux mâchoires, au palais & fur lai langue? il n’en a point apperçu dans le goder ^peut-être ces petits poiifons étaient-
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- Sect. IL Du famnon , & des poiffons- qui y ont- rapport. 363
- ils trop jeunes pour qu’elles fufTent fenfibles. On ne prend point dé toeans qui aient des œufs dans le corps. ''
- Des toeans qu'on prend aux environs de Saint-Jean-de-Luz.
- 258. M. de la Courtaudiere , eommiflaire de la marine à Saint-Jean-de-Luz , qui m’a fourni l’occafion de- le citer pluiîeurs fois , m’écrit-' qu’011 ne fait aucun doute dans (on département que les poifions qu’on y nomme toeans ne foient de petits faumons. Les pêcheurs les plus expérimentés di-fent que ces jeunes faumons relient à la fource dès riyieres, ou , fuivant leur exprefiion , vers la terre , depuis les mois de décembre & janvier qu’ils font nés, jufqu’aux mois d’avril & de mai fuivant; qu’alors ils quittent le lieu de leur naiflance pour , en defeendant lés rivières , fe rendre à la mer, où ils acquièrent leur grandeur & leur force; puis quand ils y font devenus grands faumons , ils rentrent dans les rivières pour frayer. !
- 2^9. Au retour des toeans à la mer, les pêcheurs' en prennent quelques-uns, mais en petité quantité , qui pefent une livre ou ^ne livre & demie. La couleur de leur chair eft rouge comme celle' des gros faumons. Ils en prennent une bien plus grande quantité qui ont iix à fept pôu-ces de longueur , & encore un beaucoup plus grand nombre de plus petits, entre lefquels il y en a qui n’ont que deux pouces de longueur. Ces petits toeans ont la chair moins rouge qüe ceux qui pefent une livre y ou une livre & demie. - - )Jj-" . ' ; -• '
- 260. Je vais rapporter des obfervations qui font appercévoir pourquoi, à la defeente des toeans, il y en a de grofleurs très- différentes. Dès les* mois de décembre & dë janvier, on voit des faumons qui montent par couple dans les rivières Y enfuite je nombre augmente & la montée continue jufqu’au mois de rhai. Il pâlfe pour certain que les femelles dépofent leurs œufs , les unes de fort bonne heure', &- les autres beaucoup plus tard; car il y a desfemelles quiVen entrant dans'les rivières, n’ont que dé?très-petits.œufs dans le- corps j-pèndànt que d’autres font fi prëffées de* faire Jéur ponte, qu’éllés ne peuvent'gagnër?le haut des gaves ; & fuivant lês-pêcheurs ,J il y en à qui ont jeté leurs œufs dans le mois de décembre, pendant que le doèteur Mefplezy médecin très-attentif & exad , qui demeure à Urt, à portée de l’Adour & du Gave , alfure avoir vu un faumon femelle qui savait en juillet le corps rempli de très-gros œufs. Quelque tems après la montée des gros faumons , on commence à appercevoir des toeans quf-defcéhdént: ils profitent pour'cela des crues; & quoiqu’alors les eaux foien-t; troubles, on les-yoft quelquefois, paffer par bancs ou flots comme les fardines. - - . >
- Z z ij
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- 3*4 TRAITE' TEC H ES. Partie II.
- 2*1. Je crois , comme M. Mefplez, que les garbaillots ne font pas des umbres-chevaliers : j’inclinerais plutôt à les regarder comme de grofles truites. M. Mefplez dit qu’ils ont l’aileron de la queue plus échancré que les truites, & moins que les gros faumons. Après ce que nous avons dit en parlant des truites , fur les différences qu’on obferve à l’échancrure de l’aileron de la queue, je ne penfe pas qu’il faille s’attacher à la forme de cet aileron pour caracftérifèr ces poiifons.
- Ce qu'on penfe fur les tocans & faumoneaux à S. Jean-pied-de-port.
- 262. On penfe unanimement à S. Jean-pied-de-port, que les tocans viennent des œufs des faumons qui ont paifé de la mer dans les rivières, pour y frayer vers les mois de décembre & de janvier.
- 263. Les faumons de différentes groffeurs remonteraient jufqu’à la fource des rivières, s’ils ne rencontraient pas des obftacles qui s’oppofent à leur paifage , tels que font dans la Nive les naffes du moulin de S. Jean-pied-de-port, qui font aifez élevées pour les arrêter: auffi 11e trouve-t-on point de tocans au-deffus de ces naffes, pendant qu’il y en a un nombre infini au-deffous jufqu’à Comber, qui eft à trois lieues de Bayonne.
- 2*4. On prétend que les faumons femelles dépofent leurs œufs dans des ruiffeaux, de petits golfes , des anfes , en un mot, dans des endroits où il y a peu d’eau , & que les mâles les y fécondent; qu’il en naît des poiffons qui reffemblent aux truites, excepté, que leurs nageoires & leurs ailerons font verdâtres , & que , proportion gardée , leur corps eft plus effilé. Il me femble que ces circonftances peuvent changer à mefurc que les faumons deviennent plus grands.
- 2*?. On dit de plus avoir obfervé qu’ils demeurent trois ans dans la riviere ; que la première année il en faut vingt pour faire une livre ; que quand ils ont deux ans il n’en faut que dix , & feulement trois ou quatre lorfqu’ils ont trois ans : c’eft alor| qu’ils descendent à la mer, où étant devenus faumons, ils rentrent dans les rivières pour y frayer. Je remarquerai en paffant, que François Bacon prétend , je ne fais fur quel fondement, que la durée de la viè des faumons eft au plus de dix ans. Ces tocans font un manger plus délicat que les truites de même grolfeur. Quelques-uns prétendent que la truite a un goût plus relevé; mais il faut être connaiffeur pour, à l’infpedion , ne pas confondre ces deux poiffons.
- Des tocans ou faumoneaux qu'on prend dam la Semoi.
- 26$. Comme il y a une belle pêcherie de faumons dans la Semoi, {21)
- (21) Riviere des Pays-Bas, qiii a fa fource près de Luxembourg, & fe jette danrs la Meufe au-deffous de Charleville.
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- Sect. II. Du faûmon, & des poijfons qui y ont rapport. 365
- appartenant à l’abbaye de la Val-Dieu, j’avais prié M. Liifoire, qui en eft abbé , de vouloir me donner quelques éclairciifemens fur les faumo-neaux ou tocans qu’on prend à cette pêcherie; & comme il remplit très-exa&ement fes engagemens quand il s’agit d’obliger , il m’écrivit au commencement de mai I7;3 , que la faifon de leur pèche s’était écoulée & entièrement palfée, fans qu’on ait pris un feul tocan dans fa pêcherie. Cela arrive quelquefois , & les pêcheurs difent que c’eft quand il ne féjourne point de faumon dans la Semoi. Pour comprendre cette raifon,il faut favoir que quand il furvient des débordemens lors de la faifon de la pêche du faumon, comme en novembre, il paiTe par-delfus la pêcherie beaucoup de faumons qui fe rendent vers le haut de la riviere ; que ces faumons dé-pofent leurs œufs dans la Semoi; qu’ils y paifent l’hiver. Le printems fui-vant on les prend, & les pêcheurs difent que quand il n’arrive point de débordement, comme il ne paife point de faumons au-delfus de la pêcherie , la pèche des faumoneaux , qu’ils appellent œillons , manque le printems fuivant.
- 267. Si, comme le remarque M. l’abbé Liifoire , l’obfervation des pêcheurs eft jufte , il en doit réfulter que les faumoneaux , tocans ou œillons doivent leur origine aux faumons , qui ayant franchi la pêcherie, ont fé-journé dans la Semoi. Il lui paraît feulement fingulier que des œufs étant dépolës en novembre , les poilfons qui en viennent puilfent defcendre en mars ou avril, les uns ne pefant qu’une once, d’autres cinq , même quelquefois lîx. Il ne me femble pas impoflible qu’en fix mois ils aient pris cet accroifsement ; au moins les petits & les autres font peut-être plus âgés : au refte on y remarque , comme par-tout ailleurs , que les mâles ont de la laite , & que les femelles n’ont point d’œufs dans le corps. Mais ce qui parait plus difficile à croire, c’eft que les pêcheurs afsurent avoir remarqué que , quand les femelles fraient, elles demeurent immobiles à l’endroit où elles font leur ponte, & qu’en moins de trois quarts-d’heure une femelle dépofe fur le gravier quatre à cinq livres d’œufs.
- Des faumoneaux qiûon pêche aux environs de Baie & de Rhinfeld:
- 268. Sachant qu’on pêche beaucoup de petits faumoneaux dans les rivières qui fe déchargent dans le Rhin, je fuis parvenu à faire paifer un mémoire de queftions à M. d’Artus, major d’infanterie,ingénieur en chef à Huningue , qui a bien voulu me répondre ce qui fuit.
- 269. Apres avoir fait les recherches les plus exactes fur la nature des faumoneaux, & eonfulté les pêcheurs les plus éclairés & les plus expérimentés, je crois devoir abandonner l’opinion où j’étais , qu’ils font une efpece par-
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- :ticuliere & différente des faumons. Suivant ces pêcheurs riverains , il eft •confiant que, vers la fin de novembre , les faumons femelles viennent jeter leurs œufs dans des efpeces de foffes qu’elles creufent à deffein à l’embouchure de laVeiflen,& que les faumons mâles les fécondent en les arrofant de leur laitance ; que la chaleur du printems les fait éclorre , & qu’alors cette partie de la riviere foifonne de faumoneaux ou petits faumons. Ce fait ‘a été obfervé par plufieurs perfonnes dignes de foi, & je l’ai 3dit M. Artus, vérifié moi-même autant qu’il m’a été poflible.
- 270. On remarqué que les femelles de ces faumoneaux 11’ont point ‘d’œufs dans le corps, &• que les mâles ont de la laitancé: IL y en' a, •comme nous l’avons dit, qui prétendent que ces petits mâles fraient avec, les femelles adultes. M. d’Artus ne parait pas en être perfuadé ; mais il dit que fi cela eft, il faut que le fexe foit plus tardif pour les femelles que pour les mâles.
- 271. L’instinct engage les faumoneaux à retournera la mer, où ils prennent leur croiffance, & ils reviennent dans les rivières pour travailler à leur propagation. Plufieurs même prétendent qu’ils ' rentrent dans les mêmes rivières où ils ont pris naiflance. Sur ce que j’avais demandé pourquoi tous ces poiffons font à peu près d’une même grandeur, on m’a répondu que c’était parce qu’ils ne fe mettent pas en roîite pour gagner la mer , avant d’avoir acquis une groffeur un peu confidérable. Cependant, dit M. d’Artus, quelques-uns prennent un certain accroiffement dans nos rivières, puifqu’on en mange à Basîe & à Rhinfeld , qui pefent une livre & plus. Refte à fâvoir pourquoi on n’en prend point fur leur route depuis Basle jufqu’à l'embouchure du Rhin, ou dans les différentes rivières qui fe rendent dans ce fleuve; mais ils ne retournent point à la mer par bandes , & ils peuvent d’autant plus échapper aux piégés que leur tendent les pêcheurs , qu’on a remarqué qu’ils nagent volontiers près du fond & entre les cailloux. Malgré cela,M. d’Artus n’eft pas convaincu qu’on ne prenne' pas des faumoneaux à leur retour à la mer : il a bien voulu m’envoyer1 de ces faumoneaux, ce qui m’a mis portée d’en faire la defeription fuivante.
- 272. Le poiffon que je vais décrire, qui était d’une grandeur moyenne , avait fix pouces de longueur totale : depuis le bout du mufeau jufqu’au centre de l’œil, fix lignes : de l’extrémité du mufeau au derrière des opercules des ouies, 14 lignes : jufqu’au commencement de l’aileron du dos,' 2 pouces 3 lignes: largeur de cet aileron à fon attache au corps , 8flignes:-longueur du plus long rayon, 7 à 8 lignes : du mufeau à l’appendice muqueux , 4 pouces : toujours du mufeau à la naiflance de l’aileron de la queue,
- 5 pouces: longueur de cet aileron, un pouce ; il eft très-fourchu : du mu-'
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- feau à l’articulation des nageoires branchiales , ] 1 lignes ; elles ont près de 9 lignes de longueur: du mufeau aux nageoires du ventre', 2 pouces 8 lignes ; leur longueur eh de 7 lignes: du mufeau à la naiflance de l'aileron de derrière l’anus, 3 pouces 6 lignes. La mâchoire inférieure eft; garnie d’un rang de dents fines , pointues & crochues vers le dedans :t il y en a deux rangées à la mâchoire fupérieure , & 8 d.ents fur la langue, diftribuées en deux rangées. Les écailles de ce poiffon font argentées avec des reflets bleus: le bleu eh plus foncé au dos,mèlé de gris brun: les lignes latérales font droites.
- 273. On voit par cette defcription faite fur les poiflons qui m’ont été envoyés par M. d’Artus, que ces faumoneaux font les mêmes poiflons qu’on nomme tocans à Bayonne & en Auvergne ; que les uns, ai'nfi que les autres , relTemblent beaucoup aux faumons. Il eft donc aflez probable que ce font de jeunes faumons , avec lefquels 011 prend peut-être des poiflons de même genre , qui font , par exemple , des truitelles; car ces faumoneaux n’avaiçnt point de taches rouges , comme ceux de Clermont-Ferrand.
- . 274. D’après ce que nous venons de rapporter, on voie que les pêcheurs , & ceux qui font à portée d’examiner de près les poiflons qui' nous occupent, penfent que les petits poiflons qu’on nomme ici tocans, ailleurs faumoneaux , font de jeunes faumons de différens âges , qui par inftind retournent à la mer pour y acquérir leur groffeur.
- 275. Quelques auteurs leur ont donné différens noms, appellant les plus petits digitales, qui ont la chair molle & pâteufe : les falares , qui font un peu plus gros , font un meilleur manger,; les fariones , qui font encore plus gros & eftimés les meilleurs de tous ; enfin les falmones , ouvrais & gros faumons. Mais, comme je l’ai déjà dit, il eft probable qu’entre ces petits1 poiflons , qu’on nomme ici tocans, là faumoneaux ,il y ait de jeunes fau-' mons & de jeunes truites.
- Des faumoneaux du Loiret.
- 276. Le Loiret eft une riviere d’eau très-vive, qui prend fon origine
- a deux lieues au-deflus de fon embouchure dans la Loire, près d’Olivet, à un endroit qu’on nomme la Source. Il eft (ï rare qu’on y prenne des fau-mons, qu’on peut dire que ce poiflon n’y entre qu’accidentellement ; mais on y prend de petits poiflons du genre des faumons , qu’on nomme faumoneaux. Communément on les vend avec la blanchaille. Sont- ce de Jeunes faumons ou de petites truites , ou des poiffons d’un genre particulier ? Pour mettre le îedeur en état de décider fur ce point, je vais rapporter la deC-criptiqn d’un de ces poiflons, qui m’a été fournie par un favant très-exad, qùL demeure à portée de cette riviere. ,f ,, . , ,
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- 277. Le poiflon dont il s’agit, qui eft un des plus gros de fon efpece, avait de longueur totale 1.1 pouces & demi : fa largeur perpendiculaire, à l’endroit le plus gros ,était d’un pouce: le corps en général était arrondi, & le dos fort charnu. Il y avait treize lignes de diftance de l'extrémité du mufeau au derrière de l’opercule des ouies, qui étaient un peu anguleufes & flexibles.
- 278. L’œil paraiflàit un peu ovale,& le grand diamètre de l’orbite était de 3 à 3 lignes & demie ,étant mefuré verticalement; & dans le fèns horifontal, il s’en fallait près d’une ligne qu’il 11e fût aufli large;la prunelle était noire & petite : l’iris , qui faifait la plus grande partie de l’œil, était doré: les yeux étaient placés à peu près à égale diftance de l’extrémité du mufeau & du derrière des opercules des ouies : au-deflus de la tète il y avait à peu près 4 lignes de diftance d’un œil à l’autre. Le derrière de la tète, ou la nuque , paraiflait féparé du dos par une bofse; entre les yeux on appercevait deux filions fort fenfibles,ce qu’on remarque de même à d’autres poifsons de cette clafse, fur-tout quand ils fe font un peu defséchés : entre les yeux & le mufeau étaient les ouvertures des narines.
- 279. Le mufeau fe terminait en pointe obtufe,la mâchoire fupérieure excédait eu peu l’inférieure; les levres n’étaient point épaifses , quoique les joues parufsent charnues. Les deux mâchoires étaient garnies de dents fines, aigues , & ferrées les unes contre les autres. La langue était blanche , comme cartilagineufe, creufée en gouttière obtufe à fon extrémité ,& flexible du côté de fa racine. Les mâchoires étant écartées, l’ouverture de la gueule pouvait être de fix lignes : la gorge & la poitrine occupaient en-femble un efpace d’un pouce & demi de longueur fur environ fix lignes de largeur.
- 280. Sur le dos, à neuf lignes de la naifsance de l’aileron de la queue, était un appendice entièrement charnu . qui n’avait point de rayons : il était brun, opaque, haut de deux lignes & demie , n’ayant pas tout-à-fait une ligne de largeur à fa bafe -.quinze lignes en avant était un vrai aileron à peu près triangulaire ; il était formé de treize rayons flexibles, dont le plus long avait huit lignes & le plus court quatre à cinq :1a bafe de cet aileron avait fept lignes de largeur , & à fon bord fupérieur entre huit & neuf.
- 281. DERRIERE chaque ouie ,un peu vers le bas, était de chaque côté une nageoire d’un jauneobfcur , ayant à fon extrémité une tache brune: elles étaient taillées en pointe , & avaient neuf lignes de longueur : leur plus grande largeur était de huit lignes ; elles étaient compofées de treixe rayons déliés & flexibles : fous le ventre , & à feizc lignes plus vers la queue, étaient deux autres nageoires qui fe touchaient prefque par leurs articulations*
- elles
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- elles fe terminaient en pointe : leur longueur était de huit lignes , & leur plus grande largeur de fix j elles étaient formées de neuf rayons : leur couleur était jaune claire.
- 282. A un pouce de diftanee de ces nageoires, en allant vers la queue, fe trouvait l’anus, qui eft Taillant : immédiatement derrière on appereevait un aileron d’un jaune très-clair, ayant quelques reflets dorés : il était com-pofé de dix rayons, dont les plus longs avaient fept lignes de longueur , & les plus courts trois. L’aileron de la queue , qui était à peu près de la même couleur que celui de derrière l’anus, était bordé de brun, long d’un pouce par les côtés , large de fix lignes à fa nailfance & d’un pouce à fon extrémité : il était fort échancré ; de forte que les rayons du milieu n’avaient prefqueque quatre lignes de longueur. Il était difficile de compter les rayons qui étaient fort déliés : cependant il paraiffait en avoir à peu près vingt-huit.
- 283. Les écailles étaient petites & fort minces, mais très - brillantes, avec des reflets argentés & dorés , entre lefquelles 011 appereevait çà & là de larges marbrures bleuâtres : le deflbus de la gorge & du ventre était blana mat. On appereevait fur le dos , fur-tout entre les deux ailerons, une teinte violette, qui perçait à travers les couleurs dont nous venons de parler , depuis le premier aileron jufqu’au mufeau, ainfî que depuis l’appendice muqueux jufqu’à la queue. Le deffus du dos paraiffait olive clair, avee de larges marbrures plus ou moins foncées.
- 284. Les lignes latérales qui s’étendaient en ligne droite depuis le derrière des ouies jufqu’à la nailfance de l’aileron de la queue, aboutilfaient à une efpece de bourrelet charnu, pointillé d’or. Cette ligne, qui eft Caillante & plus claire que le relie , était de diftanee en diftanee marquée de taches rouges irrégulièrement diftribuées. Ce poilfon , quoique petit, avait l’ovaire très-rempli d’œufs, qui formaient une maife de quatorze lignes 4e longueur fur trois de largeur à l’endroit où elle avait le plus d’étendue.
- 285. On voit, par la defeription que nous venons de rapporter, que les poiifons qu’on prend dans le Loiret font du genre des faumons ; mais font-ce de jeunes faumons , des truites , des tocans , ou des umbres ? C’eft ce qu’il n’eft pas aifé de décider; la circonftance des œufs qu’ils ont dans le corps femble annoncer que ce font des poiifons parvenus à peu près à leur grolfeur, & non pas des faumonneaux. Cette même circonftance établit une différence d'avec les tocans d’Auvergne & de la Guiennej car ceux-ci n’ont point d’œufs. Ce pourrait être de petits ombres fluviatiles j mais la petiteffe des écailles ne l’annonce pas : la circonftance des taches rouges me porte à croire que ce font de petites truites : au moins il femble qu’ils en approchent plus que des autres poiifons de Gette famille. On
- Tome X. A a a
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- 3?o
- TRAITE DES PECHES. Partie II.
- prend ces petits poilfons pêle-mêle avec les autres poilfons d’eau douce», qui font abondans dans le Loiret.
- CHAPITRE VL
- De Vipériau. Eperlanus omnium fere autorum. ( %% ) Salmo omnium
- minimus.
- 28^.. IL/eferlan , fuivant le caraétere que fai choilî pour les poiflo-ns de la claire des faumons ,, doit, être compris dans cette famille » puifqu’il' a un même nombre d’ailerons & de nageoires femblablement placés , avec; un petit appendice muqueux fitué. fur le dos entre l’aileron du milieu du. corps & la naiifance de celui de la queue : ainfi les éperlans font, comme; les faumons & les truites, des poilfons monoptérygiens avec appendice* & cet appendice diftingue les éperlans de plusieurs petits poilfons que», dans plusieurs provinces, on nomme mal-à-propos iptrlan : de ce genre: eft fable ,un petit poilfon blanc qu’on prend au haut de la Seine, & qu’on nomme èpcrlan d'eau-douce ; le grafdos.» qu’on prend à Cancale , fuivant ce. que m’a marqué M. Guillot, eommilfaire de la marine à Saint-Malo , & le preftre ou preftra de Bretagne , &c. Le vrai éperlan eft donc de la famille des faumons., & peut être nommé Jalmo ; on pourrait improuver la désignation de ce poilfon par omnium minimus , vu qu’on prend des: tocans & des faumoneaux qui ne font pas plus grands que les éperlans; mais ces poilfons font fort jeunes , & ne font point encore parvenus à leur grandeur , puifqu’aucun n’a d’ceufs dans le corps ; au lieu que l’éperîan eft. un poilfon formé & parvenu à. fon état de perfection , puifqu’il a laite &. œufs , qu’il fraie & produit des poifsons de fon efpece. Il doit certaine--meut y avoir des éperlans à la mer, puifqu’il eft fûr que ces petits poift. ions pafsent de l’eau falée dans les rivières. Belon dit même qu’il y a une efpece d’éperlan qui refte dans l’eau falée, fans jamais entrer dans les ri-, vieres. Je ne fuis point certain de l’ex.iftence de ces deux fortes d’éper-.. lans, mais bien qu’il y en a à la mer , non-feulement pour les raifons que je viens de rapporter » mais encore parce que M. le Teftu., tréforier des. invalides de la marine à Dieppe, m’en a envoyé qui avaient été pris dans, un parc au bord de 1a. mer:je les ai trouvés tout-à-fait femblab.ies à ceux, qu’on pèche dans la Seine.
- ( 22 ) fn. alkmandjpiering, ou fu-aal-r.aupe,.
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- Sect. IL Du faumon, & des poîffons qui y ont rapport. 37Î Article premier,
- Des èperlans en général.
- 287. Tous les èperlans qu’on prend à l’embouchure de la Seine, ont «ne forme Gonflante & femblable à celle que nous en allons donner , à l’exception de quelques-uns que les pêcheurs trouvent plus courts & plus ronds, & qu’ils appellent èperlans mâles , parce qu’ordinairement ils fe trouvent laites : cependant entre les èperlans qu’011 prend à l’entrée de la Seine ,8c que j’ai été à portée d’examiner, il y en avait de laites & d’œuvés , & je 11’ai point remarqué que les uns fuflent plus courts que les autres. Néanmoins c’eft une remarque que les pêcheurs de l’embouchure de la Seine ont faite à M. le comte de Nagu , qui a au bord de la Seine & près de fou embouchure la terre de la Meilleraye , où l’on prend beaucoup d’excelleus èperlans.
- 288» Le vrai éperlan dont il s’agit préfentement, eft donc, comme je l’ai dit plus haut, un petit poifTon du genre des Humons, non - feulement à caufe de fa forme extérieure, mais encore par l’inclination qu’il a de paffer: de la mer dans les rivières. Je ne fâche pas de riviere en France où ce poil-fon foit auffi abondant qu’à l’embouchure de la Seine ; c’eft pourquoi ce fer t de ceux qu’on y pèche , dont je me propofe de donner la defeription : je dis de l’embouchure de la Seine, car ils fe tiennent dans la partie de ce fleuvé où la marée fe fait fentir : on n’y en prend point au-delfus du Pont - de-l’Arche j & ceux qu’on prend au-deifous , font dans l’eau faiée de haute mer a 5c dans l’eau douce à la mer baffe. M. Viger m’a écrit qu’on en prenait peu; à l’entrée de la riviere d’Ortie ( 23 ), mais qu’ils y font excellens. On dit qu’on pêche beaucoup d’éperlans en Hollande , fur-tout dans l’Y & le Zui-derzée, & en Angleterre à l’entrée de la Tamife. Mais je n’ai point vu d© ces poiflbns, & je n’oferais aiTurer que ce foient de vrais èperlans.
- 289- Laissons à part les petites incertitudes qui peuvent’ fe trouver au fujet des endroits où l’on prend.de vrais èperlans , & que nous effaierons d’éclaircir dans la fuite. Ceux dont nous nous occupôns , remontent par bouillons à l’embouchure de la Seine, où ils fe tiennent dans l’eau faumàtre : ou en pêche à Tancarville , village fur la Seine , à fept lieues du Havre, ainfi qu’àQuillebeuf ; mais ils ne font pas auffi eftimés que ceux de Caudebec, de la Meilleraye, de Jumiege, &c. Ceux qu’on prend auprès de Rouen , font toujours à meilleur marché que ceux des' endroits que nous venons dénommer , parce qu’on ne les trouve pas auffi bons.
- (23 ) Riyiere de France en Normandie, qui fe jette dans la mer au-deffous de la ville de Caen,
- A a a ij
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- 372 T RA I T Ef DES PECHES. Partie IL
- 290. Il paiTe pour confiant qu’il y a deux faifons pour la montée des éperlans, & dans lefquelles on en fait la pêche : l’une commence à la Saint-Michel , & finit à la Toufsaint ; l’autre à la Chandeleur , & finit avant le 1 f avril. On ne veut défigner par-là que les faifons où ces poiffons fe trouvent en plus grande abondance ; car on en prend quelques-uns dans les faifons intermédiaires , & il me paraîtrait plus exad de dire que les deux faifons font vers les équinoxes , favoir en mars & avril, puis en feptembre & octobre : la première eft la plus abondante , fur-tout quand l’eau eft forte & trouble ; mais ceux de la fécondé faifon pafsent pour être plus charnus & meilleurs. En général, les éperlans font bons depuis l’éqminoxe d’automne jufqu’à pâque ; alors ils font pleins de laite & d’œufs. Ceux qui viennent enfuite ayant frayé, font vuides & maigres j on les compare aux harengs gais, & ils ne font pas eftimés.
- Defcription de téperlan de h Seine.
- 291. On prend à l’embouchure de la Seine des éperlans de différente grandeur. Les uns ,/>/. Il ,fig.2 , n’ont queupôis ou quatre pouces de longueur totale A B 5 d’autres ont cinq ou fix pouces de A en B >fig. 1. On dit qu’on en prend , mais très-rarement , qui ont jufqu’à neuf ou dix pouces. Comme il eft plus commun d’en prendre de fix pouces, c’eft un de cette taille que nous allons décrire.
- 292. Ces petits poifsons ayant laite & œufs, paraifsent être parvenus à leur grandeur , ce qui les diftingue inconteftablement des tocans.
- 293* Leurs écailles font argentées, ayant des reflets & des couleurs variées comme la nacre de perle. Le dos, qui eftauffi de couleur changeante, eft d’un bleu verdâtre , mêlé d’un peu de brun. On prétend que le nom d'éperlan lui vient de ce qu’il a les couleurs des perles orientales. Les côtés font plus purement argentés , & au-defsous de la gorge & du ventre ils font blanc mat. Ces écailles font afsez grandes, fort minces, très-peu adhérentes à la peau ; & quand, on les a ôtées, la peau qui eft defsous , paraît encore argentée , avec des couleurs changeantes, à peu près comme s’ils avaient leurs écailles.
- 294. La tête , qui a environ quinze lignes depuis le bout du mufeau A , figure première , jufques derrière l’opercule des ouies D, forme , quand la gueule eft fermée , un coin qui n’eft pas fort obtus, ayant en petit une forme très-approchante de celle des faumons : elle eft applatie , & relevée de quelques boifes. Le mufeau A eft arrondi, marqué d’une tache brune : la gueule n’eft pas grande : quand les mâchoires font rapprochées, la fente pa-
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- Sect. II. Bu faumon, £s? des poijjbns qui y ont rapport.
- raît s’incliner un peu vers le bas, & la mâchoire d’en-bas eft un peu plus longue que la fupérieure j l’une & l’autre font garnies de dents fines & fore pointues : la langue eft épailfej elle paraît comme double, & elle m’a femblé chargée d’afpérités. Les yeux C font alfez grands , eu égard à la taille du poiifon : ils font ronds, fort élevés fur la tête , & point faillans. A un éper-lan de fix pouces à fix pouces & demi de longueur totale , il y a du bout du mufeau A au centre de l’œil C, fix lignes. Au derrière de l’opercule des ouies D qui termine la tête, quinze lignes.
- 29 f. Depuis cet endroit D jufqu’à l’extrémité du corps L , on apperçoit la ligne latérale qui eft argentée & droite , partageant l’épaiffeur verticale du poiifon à peu près7 en deux parties égales.
- 296. Vers le milieu du dos, à deux pouces fix lignes du mufeau, eft un aileron E, formé de douze à quatorze rayons, dont le plus long EG a douze lignes : la largeur E F de cet aileron à fon attache au corps , eft de fix lignes. En allant vers la queue , à quatre pouces deux lignes du mufeau , eft le petit appendice muqueux H, qui eft fort mince. Quand il y a quelque tems que le poiifon eft tiré de l’eau, cet aileron fe couche fur le dos, & s’y attache ; de forte que , pour l’appercevoir, il faut le relever avec la pointe d’une épingle. La naiflance de l’aileron de la queue eft à quatre pouces neuf lignes du mufeau ; & les plus longs rayons, IK , NK, ont un pouce de longueur :1e plus court L B a fix lignes ; ainfi cet aileron eft très-fourchu : il eft brun ,& formé à peu près par vingt rayons branchus. Comme ils font très-déliés, on a peine à les compter exactement
- 297. L’anus M eft environ à trois pouces fept lignes du mufeau. Immédiatement derrière eft un aileron MN qui,à fon attache au corps,a huit ou neuf lignes de longueur , & eft formé d’un pareil nombre de rayons branchus. De chaque côté, derrière les ouies, eft une nageoire dont l’articulation O eft à quinze lignes du mufeau : elle fe termine en pointe. Le plus grand rayon OP a neuf lignes de longueur : elles font formées chacune de fept à huit rayons branchus fi déliés , qu’on ne peut guere les compter exactement. Sous le ventre , à deux pouces fix lignes du mufeau , font, encore deux nageoires dont les articulations font très-près l’une de 1 autre: elles fe terminent en pointe. Le plus long rayon Q_R a neuf lignes de long: elles font formées de neuf à dix rayons. Les ailerons ,ainfi que' les nageoires , ont à leur attache au corps une légère teinte de rouge.
- 298. Après avoir donné la dimenfion de l’éperlan fuivant fa longueur, il faut le' confid'érer fuivant fa largeur & fon épaiifeur. La largeur perpendiculaire du poiifon èn C S , vis-à-vis le centre de l’œil, eft de fix lignes ; le diamètre de l’œil de 3 lignes. La largeur perpendiculaire en TO,vis-à-visd’articulation de la nageoire branchiale O, eft de neuf lignes.
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- 574 TRAITE’ DES PECHES. Partie II.'
- 299. Vis-à-vis l’anus H M de 9 lignes , & à la naiffance de l’aileron dé la queue en IN de 3 lignes & demie : ce poiffon étant oppofé au jour , paraît tranfparent.
- 300. L’éperla.N eft un fort bon poiffon; on le fert fur les meilleures tables: comme il n’a point de fiel ,011 ne le vuide point ,& on peut le manger en entier fans être incommodé des arêtes : on lui trouve une odeur agréable, que l’on compare à celle de la violette, ce qui a fait dire à Be-lon qu’il conviendrait de l’appeller viola. On trouvera ailleurs la façon de le pêcher. (24)
- *•»==== « Æi.- ’-i=r«l3
- CHAPITRE VII.
- De plnfieurs autres poiffons du genre des faumons.
- 301. ^2U0I(i-i;rE faie prévenu que mon intention n’était point de faire une ichtyologie complété , & que je üu fois propofé de ne parler que des poiffons que j’ai vus ,ou dont ,avec le fecours de mes correfpon-dans, j’ai pu prendre une connaiffance axade , je vais néanmoins dire quelque chofe de plufieurs poiffons du genre des fautnons , que j’avoue n’avoir point vus , & dont je ne parle que d’après les auteurs ; peut-être que par les courtes defcriptions que je vais en donner, ceux qui font à portée d’examiner des poiffons de cette claffe, pourront les rapporter à quelques e£ peces connues en" France fous d’autres dénominations : mais à l’égard de ces poiffons qui 11e fe trouvent pas dans nos parages & nos rivières, je ferai fort fuccint.
- Article premier.
- Du thymal'e , ou themero , de Belon.
- 302. Il me femble que c’eft avec grande raifon que ‘Willughby penfë que le thymale eft un umbre; au moins cela me paraît très- vraifembla-ble, d’après la defeription qu’en donne cet auteur : car quelque perquifi-tion que j’aie pu faire , je n’ai pu me procurer un poiffon qui fût connu fous le nom de thymale. M. de la Tourrette & M. Mallet m’aifurent qu’on ne le connaît ni à Geneve ni à Laufanne : cependant, comme on dit que
- (24) L’éperlan a beaucoup de reffemblance arec de petits merlans ,fa chair eft tranft parente, il eft de très-facile digeftion, il contient beaucoup d’huile & de fel Yolatii
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- Sect. II. Du faumon, & des poiffotts qui y ont rapport. 37?
- ce poiflon eft commun en Angleterre ainfi qu’en Allemagne, & que Wil-lughby en donne une defcription très-détaillée, je vais la rapporter. Peut-être fera-t-elle connaître ce poiifon en France, ou probablement on lui donne un autre nom.
- 303. Il eft plus alongé & plus comprimé que la truite ; fon ventre efl; applati : il pefè ordinairement une demi livre : fon dos eft d’un verd obf. cur , & les côtés verd-de-mer ou argenté. Les écailles , par leur alfemblage, forment des lignes parallèles qui paraiflènt d’une couleur plus foncée : elles s’étendent de toute la longueur du poilfon. La forme des écailles qui approchent du lofange, contribuent à rendre les raies dont nous parlons plus fenfibles : les lignes latérales font plus rapprochées du dos que du ventre. On voit fur fon corps des taches brunes , irrégulières par leur forme, leur pofition & leur couleur : ordinairement on n’en apperqoit point du côté de la queue.
- 304. Il a fur le dos un aileron plus près delà tête que de.- la queue, qui a 21 ou 22 nervures : la première eft la plus courte ; les fui vantes augmentent peu à peu de longueur jufqu’à la cinquième. Les bords de cet aileron font d’un beau rouge : le refte eft bleuâtre & purpurin ; à quelques-uns, il eft marqué de taches qui forment comme un échiquier : entre cet aileron & la nailfance de celui de la queue, eft un petit appendice cartilagineux qui cara&érife les poilfons de la claife des fa unions. L’aileron de la queue eft fourchu
- 305. L’anus eft à un quart de la longueur du poilfon à compter du côté de la queue. Il y a derrière , un aileron d’un bleu pâle, formé de treize nervures. La première & la fécondé 'font les plus coufidérables.
- 306. La tête de ce poilfon eft-’ petite ; fes yeux font faillans j leur iris eft argenté & de couleur changeante ; la gueule de médiocre, grandeur & la mâchoire fupérieure eft plus longue que. l’inférieure. Les bords des mâchoires font hériifées d’afpérités , ainli que deux cartilages qui font au palais: il n’y en a point fur la langue. Il y a quatre branchies de chaque côté. Derrière , & au-delfous des opercules des ouies , il y a de chaque côté ujie nageoire formée d’environ feize rayons , dont le fécond eft le plus long. Sous le ventre , vers la moitié de la longueur du poifson , il y a deux autres nageoires formées chacune- d’environ dix rayons relies ont une légère teinte rouge & bleu changeant.
- 307. A l’égard des parties intérieures , elles refsemblent fort à celles des autres poifsons de cette même famille : le pylore eft accompagné de-beaucoup d’appendices vertni.culaires : les inteftins. ont peu de circonvoliu tions ; la véficule du fiel-eft grande ;le foie eft de médiocre grofseurua veille pneumatique eft membraneufe & peu adhérente, à l’épine.. On a pré-
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- 37 6 TRAITE' PECHES. Partie IL
- tendu qu’il Tentait le thym , ce qui Ta fait nommer thymale. Ceux qui ont parlé de ce poifson , conviennent afsez généralement qu’il a une odeur agréable, mais qui n’a pas de rapport au thym : il eft fort eftimé fur les bonnes tables. Il fe nourrit d’infe&es comme les truites. (25)
- 308. Suivant cette defcription , que nous rapportons d’après Willugh-by , on voit que le thymale refsemble, par toutes les parties efsentielles, aux petites truites , ou au moins à l’ombre d’Auvergne, comme le penfe Willughby ; car les petites différences de couleurs peuvent être réputées de fimples variétés, d’autant que Gefsner regarde comme le thymale un poif-fon que Rondelet & Belon nomment ombre fiuviatile. Suivant la defcription que donnent ces auteurs ,il refsemble entièrement à la truite, excepté feulement que l’ombre dont ils parlent n’a point d’afpérités aux mâchoires , qu’il a la tête plus alongée que la truite néanmoins la gueule plus petite & le mufeau plus obtus, ce qui ne cadre gueres avec une tête alongée: ils prétendent qu’il vit de vafe & de fable, qui étant nuancé & de couleur d’or, a fait dire qu’il fe nourrifsait de paillettes de ce métal. Belon dit que la chair eft délicate & de bon goût : d’autres prétendent qu’elle eft blanche & feche.
- 309. La feule chofe qui paraît efsentiellement différente de l’ombre d’Auvergne , eft que cet ombre a des dents ; au lieu qu’on dit que le thymale n’a que des afpérités dans la gueule : mais les afpérités font de petites dents. Les auteurs parlent de plufieurs poifsons de la famille des faumons ou des truites, qu’ils difetit être fans dents ; mais ayant examiné avec foin tous ceux que nous avons pu nous procurer, nous leur avons trouvé des dents quelquefois fi petites , qu’elles ne formaient que des afpérités ; & fuivant la defcription de Willughby , le bord des mâchoires en eft hérifsé, ainfi que le palais.
- Article IL
- Du lavant. Lavaretus Bdlonii & aliorum autorum. Salmo lavaretus. Corre-gonus maxillafuperiorelongiore , dentibus vix confpicuis. Albula nobilis.
- 310. J’ai encore été moins à portée de connaître ce poifson que le thymale : j’ai cru d’abord q^ré c’était un petit poifson très-bon à manger, qu’on prend dans le lac de Garde ,& qu’on m’a envoyé d’Italie pour une fardine d’eau douce : en ce cas il ne faudrait pas le comprendre d<ms la famille des
- ( 2 O Les Allemands n’ont point de terme particulier pour défigner cette efpece de poiffon. Ils difent que c’eft une efpece de truite qui a une odeur approchante à celle du thym.
- faumons j
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- Sect. II. Bu faumon, &F des-poijfons qui y ont rapportv 3.77
- ïaumons;car je n’y ai point apperçu le petit appendice muqueux, qui, fuivant moi & bien des auteurs , cara&érife les poifsonsde çette famille.
- 3ir. M. de la Tourrette m’écrit que ce poifson efl: bien plus rare, plus eftimé & plus délicat que le petit ombre; qu’il s’eti trouve dans le nord , en Suifse, dans le lac d’Aiguebelle , dans celui de Geneve , & en France dans celui du Bourget. Il ajoute qu’il fe corrompt très-aifément, ce qui fait qu’on n’en tranfporte guere à Lyon, d’autant qu’on le pêche dans le mois d’août & de fepternbre , lorfqu’il fait fort chaûd : c’efl: * fuivant lui , un poif-fon de pafsage, comme le ferra de Geneve , qu’on regarde comme une variété du lavaret : il efl: communément plus ‘gros que l’ombre fluviatile ; néanmoins les plus gros ne pafsent pas deux livres, ce qui me prouve que ce n’eft pas le petit poifson qu’on m’a envoyé du lac de Garde , puifqu’it n’était pas plus gros qu’une fàrdine , & que M. Fougeroux , qui en a mangé fur le lieu , dit que c’efl: leur commune grofseur. ' •
- 312. Rondelet parle d’une efpece de lavaret qu’il nomme befolei
- qui, fuivant lui , fe trouve dans le lac de Geneve. Attédi le regarde comme line variété du vrai lavaret : mais MM. Bonnet & Mallet ne m’en ont point parlé, & m’ont même alluré que le nom de lavaret n’était point connu à Geneve. * '*
- 313. M. de la Tourrette ayant reçu une réponfe à des queftions qu’il avait faites à ce fujet , me marque qu’on trouve dans le lac de Geneve » trois poilfons qui relfemblent au lavaret du lac du Bourget en Savoie : le premier fe nomferra ; on le pêche dans le mois de mai jufqu’en automne exclulîvement fur les bancs du làc , lorfque ces poilfons fortent de* eridroits'profonds pour frayer ; c’efl:, dit-on, celui qu’on connaît à Geneve fous le nom de ferra du travers , parce que le banc fur lequel on le pèche principalement, traverfe le lac dans toute fa largeur à une demi-lieue au-deifus de la ville. S011 poids varie depuis une livre jufqu’à cinq; il efttrès-eftimé.
- 314. La. fécondé efpece, appellée Amplement ferra ou lefula , efl; plus petite : on la pèche dans tout le lac &‘ dans laniêmé faifon que l’autre, à laquelle elle reifémble parfaitement ; c’efl: une variété qu’on ne diftingue qu’au goût, ce qui fait croire aux pêcheurs que c’efl: le même poilfon plus jeune. On croit à Geneve que c’efl: le même poilfon qu’on nomms lavaret dans le lac de Bunzel : il ne pefe qu’une livre ou deux.
- 315. La troifieme efpece fe nomme gravans : ce poilfon efl plus ap-
- plati, plus alongé que les précédens ; il efl:.mou & fade: on en fait peu de cas. On les pêche l’hiver fur les bords ‘du lac, où ils viennent frayer. Leur poids n’excede pas une livre. :
- 316. . V^oila tout ce que je peux dire de poilfons que je n’ai jamais vus,
- Tome X* ' . . ' B b b'
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- 378 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- & que je n’ai pas pu me procurer. J’invite à joindre à ce que je viens de dire du thymale , ce qui eft rapporté à l’article où j’ai parlé des truites du lac de Geneve.
- Article III.
- Du carpion. Carpio lacus Benaci.
- 317. Quelques-uns ont appellé cyprinus cet excellent poiflon, qu’il ne faut pas confondre avec la carpe ; comme je ne l’ai point vu , tout ce que j’en rapporterai fera d’après les auteurs.
- 3 i 8- Le carpion n’eft pas un gros poiflon ; il reSemble à la truite par le nombre & la pofition des ailerons & des nageoires : il a fur le dos le petit appendice cartilagineux qui cara&érife la famille des faumons : il ref-ïemble encore aux truites par les écailles, qui font petites ; par fa couleur qui eft brune fur le dos, & argentée fur les côtés , chargée de mouchetures noires , roufses ou d’autres couleurs : il a des dents au bord des mâchoires, au palais & fur la langue; ainfi c’eft une truite qui a communément un pied de longueur: fon corps eft plus large que les autres efpeces de truites : fa tête parait menue, ce qui eft commun aux poifsons qui font gras, & dont le corps eft gros : fon dos eft un peu arqué , & l’on dit que fa forme approche de celle du barbeau. D’après cette courte defcription ou cette notice , il y a apparence que ce poifson refsemble à la truite gar-donniere de la Touvre dont nous avons parlé, & que nous avons dit être d’une bonté fupérieure à toutes les autres.
- 319. Le carpion fe trouve dans le Danube & en plulieurs endroits , principalement dans le lac de Garde. Il y a une faifon où l’on en prend plus que dans les autres. Quand les pécheurs en ont pris abondamment, ils en con-fervcnt en vie dans des réfervoirs de bois , qu’ils conftruifent au bord de Peau; & îorfqu’ils s’apperqoivent qu’ils maigrifsent, ils en font cuire, & les afsaifonnent avec du vinaigre , du fel & des épices ; au moyen de quoi }ls tranfportentfort loin ce poifson, qu’ils eftiment beaucoup.
- : 320. On pêche dans le Rhône & dans la Saône un poifson qu’on y nomme carpeau, qu’on dit être excellent & préférable à tous les autres poif-fons qu’on mange à Lyon : il eft fort rare. Je ne l’ai point,vu , ainfi je ne fais pas s’il a quelque rapport avec le carpion d’Italie. 1 ,
- Article IV.‘
- De la truite d'Autriche^ appellêe, /WA.Trutta fluviatilis 9[huch germanis dicfta.
- Salmo oblongus maculis rubris , nigris ?aut obfcufe flavefcentibus.
- 3£ J. Ce poiison que jën’ai point vu; dont je ne parle que d’après les
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- Sect IL Du fciumon, & des poiffons qui y ont rapport. 379
- auteurs, eft forteftimé en Autriche. Celuique Willughby décrit, avait 26 pouces de long ; il y en a de plus grands : il était large de trois pouces vers les nageoires des ouies : depuis le bout de la mâchoire fupérieure jufqu’au premier aileron du dos, il y avait onze pouces, & jufqu’à l’appendice charnu 18 pouces 6 lignes : jufqu’aux nageoires branchiales, partant toujours du même endroit, f pouces 6 lignes ; jufqu’aux ventrales 14 pouces ; jufqu’à l’anus 17 pouces 3 lignes : l’aileron du dos avait 11 ou 13 rayons ; les nageoires branchiales chacune 18 î les nageoires du ventre 10: l’aileron de derrière l’anus plus de 11. Les écailles étaient petites. Le dos était chargé de beaucoup de taches noires : il y en avait aufli quelques - unes au-defsous de la ligne latérale : les côtés, les ailerons, ainfi que les nageoires , étaient teintes de rouge. Les petits poifsons font plus blanchâtres que les gros ; cependant ils ont des taches noires quelquefois afsez grandes. On 11e fenft point de dents au palais comme à d’autres efpeces de truites ; mais celle que nous décrivons en avait aux mâchoires &fur la langue. O11 comptait quatre branchies de chaque côté.
- 322. On voit que cette efpece de truite différé très-peu des nôtres, fi ce 11 eft qu’elle eft,plus longue relativement à fa grofseur, & qu’on ne parle que de taches noires ; enfin qu’excepté les nageoires des ouies & l’aileron de la queue, les autres, fuivant Gefsner, font jaunes obfcures, chargées de taches, les unes noires, les autres jaunes. Comme nos truites ont une partie de ces caraéteres, je crois qu’on peut fe difpenfer d’en faire une efpece particulière.
- Article V.
- Du faumon gris ou cendré. Salmo cinereus aut grifeus, Salmo maculis cinereis, cauda extremo æquali.
- 323. Suivant les notes de Wiilughby, ce poifson eft à peu près de la grofseur des autres faumons ; mais il eft plus large & plus épais, ce qui indique un poifson bien en chair &gras: fa chair eft plus délicate que celle du faumon, même que celle de la truite faumonnçe, ce qui augmente fon prix. On dit que ce poifson eft peu connu , & qu’on n’en prend pas beaucoup : i°. parce qu’il pafse avec une grande vîtefse de la mer dans les rivières; 2°. parce qu’étant très-vif, il s’échappe des pièges qu’on lui tend; 30. parce qu’il ne mord point aux hameçons : tous ces caraiteres conviennent aux faumons qui font en bonne fanté. 4°. Il ne remonte dans les rivières que dans le mois d’août, au lieu que les faumons y entrent pendant tout le printems , & les truites dans le mois de mai : mais on ajoute que le temç de la montée de ces poifsons n’eft pas précis; les uns entrent plus tôt s les autres plus tard dans l’eau douce ; & on remarque que dans les pê-
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- 380 TRAITE' DES FICHES. Partie II.
- cheries où il remonte des faumons en différentes faifons, ceux qu’on prend Pété font plus gras & beaucoup meilleurs que les autres , pourvu toute* fois qu’ils ne foient pas attaqués de la maladie du frai. Ain fi cette différence ne forme point un caradere diftindif. 5°. On dit que ces poi£ fons ont la queue coupée prefque quarrément ; mais j’ai dit, fur-tout à l’oc-cafion des truites, qu’il y en avait qui avaient la queue coupée quarré-ment ; d’autres échancrée par un arrondifsement, & d’autres en queue d’hirondelle. Après cette difcufïion, il me paraît que le faumon cendré efë un vrai faumon ou une truite faumonnée quieft charnue , grade &prife en bonne fai-fon*
- Article VL
- Du faumon nommé falmo dorfo fulvo , maeulis luteis , cauda bifurca»
- 824. Suivant Ârtédi ,1a tête de ce poiffon eft arrondie , îe mufèau court & retrouffé , la gueule médiocrement grande , les yeux ronds, la queue large & fendue , les écailles affez petites , adhérentes à la peau, les ailerons rouges * îe ventre blanc tin peu rougeâtre, le corps rond & alongé. Les plus grands, pefent deux livres ; les communs une livre. Il fe plaît dans les pays froids & entre les rochers. Sa chair eft tendre & fade. Voilà un petit faumon dia nord , qui différé très - peu des nôtres, au moins à en juger par la court® deicription qu’en donne Artédi.
- Article VIL
- Dhin petit poiffon que Wallon nomme gravel-laft-fpringc
- 325. Il y a, fuiv-ant ’Walton , un petit poiffon qui reffemble au tocatr* que les Anglais îîomment gravel-lajl-fpring, que je foupçonne être le même qu’on appellefkeggers , qui ne fe trouve, à ce qu’on dit,que dans les rivières, de Wye & de Severne. On les prend dans la "Wye avec des haims amorcés de fourmis ailées , auxquelles ils mordent avec beaucoup d’avidité,. Ceci pourrait faire foupçonner qu’ils font du genre des truites plutôt que-des faumons. Boulker dit qu’on trouve de la laite dans les mâles, & point d’œufs dans les femelles , ce qui paraît prouver que ce font de jeunes poiffon*--qui ne font point encore en état de produire leur efpece : fans cela j’aurais été porté à croire que c’étaient de petits poiffons du genre des é péri a ns car je ne puis me perfuader , comme le dit cet auteur , que ce foie des poiffons , pour ainfi dire, avortés qui feraient produits par des faumons malades; & ce qui m’engage encore à croire que- ce font des petites truites
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- Se ct. IL Du faumon, & des poiffons qui y ont rapport. 381
- ou des ombres, c’eft qu’on dit que les skeggers ne fortent point des eaux douces j mais c’eft un (impie foupqon, n’ayant jamais été à portée de les examiner.
- CHAPITRE VIII.
- Pêche des faumons, des truites & des tocans.
- ' 326. jj^.PRÈs avoir décrit différentes efpeces de faumons & de truites, ainfî que plufieurs poifsons de cette famille , & avoir même dit quelque chofe de leur hiftoire , il convient de détailler les induftries que les pêcheurs ont imaginées pour les prendre. Cet expofé fera intérefsant, à caufe de la variété des moyens qu’on emploie pour faire ces pêches : mais avant que d’entamer cette grande matière, je crois qu’il eft à propos d’indiquer aux pêcheurs les lieux où ils peuvent aller chercher ces poifsons, les marques extérieures qui indiquent leur bonne qualité ; & comme ils font fournis aux ordonnances , il m’a encore paru convenable de fixer la faifon où ils doivent interrompre cette pèche, & laifser les rivières libres, foit pour ne point troubler l’opération du frai, foit pour donner à quelques efpeces de poifsons la facilité de retourner à la mer. Je vais traiter le plus brièvement qu’il me fera poflible ces objets dans autant de paragraphes particuliers.
- Expofé fommaire des endroits où Von trouve les faumons, les truites £5? les autres poiffons de cette famille.
- 357. Si l’on prend quelques faumons dans la Méditerranée, c’eft fort -rarement & accidentellement : on en chercherait en vain dans les fleuves qui y affluent j je ne fâche que le Rhône, où l’on m’a dit qu’on en avait pris quelques-uns , mais- cela n’eft pas certain.
- 32g. On prend beaucoup de ces poiffons fur les bords de l’Océan parement en pleine mer ; c’eft pourquoi les pêcheurs les regardent comme des poiffons littoraux : mais ils font beaucoup plus abondans dans les rivières qui fe déchargent dans cette mer ; & c’eft dans le lit de ces rivières ~où ,:s’étant raffeniblés en nombre , on en prend en plus grande quantité. Ainfi on peut dire,en général qu’on trouve des faumons dans les fleuves qui fe déchargent dans l’Océan, plus à la vérité dans ceux dont les eaux font :vives &'claires, qui coulent avec rapidité fur un fable eu un gravier purque fur les fonds vafeux > ce qui eft commun aux faumons » aux
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- m -TRAITE1 DES PECHE S. Partie U:
- truites & à plufieurs poifsons de la meme famille. Leur inclination les porte à remonter fort haut vers la fource de ces rivières j & quand, chemin faifant, ils rencontrent de petites rivières d’eau très-vive & crue, ils abandonnent la grande pour entrer dans ces ruifseaux ;car ils fe plaifent à remonter les courans rapides , même les chûtes d’eau & les cataractes , & dans certaines circonftances ils s’élèvent afsez haut au-defsus de la furface de l’eau, de forte qu’ils parviennent à franchir les filets ainfi que les clayonnages qu’on oppofe à leur pafsage ; & dans tous ces cas les truites paraifsent avoir plus de force & de légéreté que les faumons. La dilpofition naturelle que ces poiffons ont à remonter jufqu’à la fource des petites rivières, fait que la Flandre, la Picardie , la Normandie,la Bretagne , l’Aunis, la Gafcogne, le Béarn, en font fournis.
- 329. Les faumons & les truites fe trouvent fréquemment de compagnie: cependant il y a des rivières où les truites font plus abondantes que les faumons, & le contraire. Bien plus, il arrive quelquefois que les faumons & les truites ayant remonté de compagnie une riviere , fi dans fon cours elle fe partage en deux branches, prefque tous les faumons pafsent dans un bras, & les truites dans un autre. Comme ces deux efpeces de poifsons aiment les eaux vives & qui coulent avec rapidité , je 11e fais pas quelle raifon les engage à prendre différentes routes. On donne pour exemple de ce fait la riviere de Coefnon, ou l’on prend peu ou point de faumons , pendant que dans les rivières de Pefclare & celle de Sie, qui pafse fous Avranch.es, on en prend beaucoup i c’eft un fait que je n’ai pas été à portée de vérifier. Il y a cette grande différence entré les truites & les faumons, qu’on ne trouve de ces derniers que dans les eaux qui ont une communication avec la mer, ou immédiatement, ou par l’entremife des grands fleuves j au lieu qu’on trouve des truites dans des étangs , des lacs , même des canaux qui 11’ont aucune communication avec la mer: elles s’y multiplient,& elles y groflîffent > de forte qu’on peut dire qu’il y a peu de poilfons qui foient auflî généralement répandus que la truite.
- 330. Ce que nous venons de dire de la diftribution des faumons & des truites par les petites rivières , ne regarde que l’intérieur du royaume. Mais 011 en prend afsez confidérablement dans plusieurs rivières de Hollande, & ces poilfons font beaucoup plus abondans au nord de l’EcofTe & de l’Irlande; encore plus en Islande, en Danemarck, en Norwege, en Canada , dans la mer Baltique, dans les rivières qui fe rendent à la mer Cafpienne , même dans le Wolga. (26) Suivant les voyageurs, il y eiv a
- (26) Les truites abondent dans les lacs de la Suide. On en trouve dans ceux qui font fitués au haut des montagnes , & dont les eaux ne fe déchargent que par des canaux fouterreins,
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- Sjê$t. IL JDu failmon, g? des poijjons qui y ont rapport.
- à chair blanche & à chair rouge, qui furpaflent ,par leur délicateffe & leur bon goût, les mêmes poilions qu’on prend dans nos parages. Ainfi il paraît que ce poiffon ell d’autant plus abondant ,qu’on s’approche plus du nord»
- 331* Comme je me propofe de parler des pèches des faumons & des truites qui fè pratiquent en différens endroits, j’aurai occalion d’indiquer plus particuliérement ceux que ces poiffons fréquentent : ainfi je me bornerai pour (le préfent aux idées générales que je viens d’expofer, fauf à fup-pléer à mes omiffions quand l’occafion s’en préfentera. J’ajouterai feulement que, fuivant les voyageurs, on trouve beaucoup détruites en Italie, mais point de faumons , non plus qu’en Chypre , à Scio, à Alexandrie : les uns difent qu’on n’en prend point dans les mers d’Egypte , d’autres af-furent qu’sn y prend un poiffon qu’on peut comparer aux faumons & aux truites , & qu’on ne prend point de faumons ni en Dalmatie ni en Albanie. Il y aurait lieu de faire ici des difcufîïons critiques fur ce que difent les différens voyageurs : mais comme elles m’écarteraient du plan de travail que je me fuis propofé , je m’abftiendrai de m’y engager,& je ne me permettrai qu’une petite digreifion qui pourra intéreifer ceux qui pêchent les truites : elle m’a été fournie par M. le marquis de Courtivron. Comme ou ne voit que peu de truites dans fa riviere pendant l’hivjer, il penfe qu’elles fe retirent dans des endroits où l’eau ell profonde, peut-être pour éviter le froid, parce qu’étant alors comme engourdies , elles fe tiennent dans des cavernes profondes pour reparaître au printems. Voici une obfèrva-tion qui donne de la vraifemblance à cette conjecture. Lorfque l’été les eaux font baffes dans cette riviere, on y voit fi peu de truites qu’on les croirait perdues : cependant quand les grandes eaux reparaiifent, la riviere s’en trouve repeuplée, fur-tout quand c’eft dans la faifon où les truites font remplies d’œufs, quoique celles qui fe montrent prefque tout à coup ne puiffent venir de la mer, ni du frai qu’ont pu produire celles qui viennent au retour des eaux. J’obferverai encore que les faumons -les truites ,ainli que prefque tous les poiffons , 11e fe plaifent pas dans les .rivières où l’on fait rouir beaucoup dé chanvre, & leur chair y contracte un mauvais goût.
- Des marques extérieures qui indiquent que Us faumons & les truites " font de bonne qualité.
- 332. Comme les pêcheurs doivent connaître à des marques extérieures la bonne qualité des poiffons qu’ils vendent , ils ne doivent pas ignorer qu’on eftime les faumons & les truites qui ont la tête petite , avec le corps gros & arrondi 5 car quand,ces poiffons font gras, ils paraiffent moins alon-
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- 384 TRAITE' DES PECHES. Partie IL’
- gés & avoir la tète moins groffe. On méprife donc les poiifons qui relfem-blent en quelque forte aux harengs gais : ceux-ci font maigres ; heur chair eft peu délicate. (27) On eftime dans les faumons & les truites ceux qui ont la chair rouge; cependant il y a de fort bons faumons qui ont la chair très-pâle, & plufieurs eftiment beaucoup les truites qui ont la chair blanche comme du lait ; de forte que les fentimens font partagés fur la préférence qu’on doit donner aux unes ou aux autres. Mais je m’écarte de mon objet, puifque la couleur de la chair de ces poiifons ne devient fenfible que quand on les ouvre.
- Des tems fixés par Vordonnance pour faire la pêche des faumons & des
- truites.
- 333. Comme rien n’eft plus important à la confervation du poiflons que de favorifer l’opération du frai, & de protéger les poiifons nouvellement nés, qui n’ont pas alfez de force pour éviter les dangers où ils font continuellement expofés , & finguliérement les pièges qu’on leur tend, l’ordonnance des eaux & forêts , au titre de la.pêche, article VI, défend de pécher dans le tems du frai, & cette police eft intérelfante , non-feulement pour la confervation du poiflfon , mais encore parce que celui qu’on prend dans cette faifon eft de mauvaife qualité.
- 334. Il eft certain que l’opération du frai fatigue beaucoup les poiifons î c’eft une maladie qui les affeéte, de façon qu’il paraît qu’ils ne prennent que peu ou point d’aümens tant qu’elle dure , puifqu’alors ils ne mordent point aux hameçons, & refufent les meilleurs appâts qu’on leur préfente: aufli ils deviennent très - maigres; & les meilleures efpeces de poiifons font, dans le tems du frai,un manger médiocre. Il eft vrai qu’après cette diete ils deviennent très-voraces, qu’ils engyaiffent en peu de tems,& qu’ils acquièrent toute la bonne qualité dont ils font fufceptibles : mais il eft difficile de fixer précifément la faifon où ils éprouvent cette maladie , ainfi que celle où ils font parfaitement rétablis : car la ponte des poiifons & leur ré-tablitfement n’arrive pas par-tout dans le même tems ; elle varie dans les différens climats, fuivant la différente qualité des eaux ,& même relativement aux circonftances accidentelles des faifons , ou au tempérament de chaque poiflon. Il y a bien un tems où les faumons montent en grande abondance dans les rivières pour y faire leur ponte ;mais il y a des femelles qui précèdent beaucoup les autres , & d’autres qui 11e montent que beaucoup
- ( 27 ) Ceci ne doit s’entendre que de ceux qui font d’une certaine groffeur, car les fau-moneaux & les truitelles ont la figure très-alongée, & n’en valent pas moins.
- après.
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- Sect. II. Du faumoni& des poiffons qui y ont rapport. 38ç
- après. Outre cela on m’affure que dans la Touvre en Angoumois, la pêche des truites commence en avril 3 pendant que dans la riviere de Palluelle , où l’on fait de grandes pêches , on la commence en juin , & qu’elle dure juf* qu’au mois de janvier. Enfin M. le marquis de Courtivron me marque que dans la riviere de Till, qui forme un canal dans fon jardin, & dans laquelle il y a beaucoup de truites, on eftime peu celles qu’on prend à la fin de l’automne & en hiver, & qu’elles font dans toute leur bonté le printems & l’été.
- 3 3 S- J’ai déjà averti qu’il ne me ferait guere pofïi.ble de rapporter quelle efl: la faifon où les truites , ainfi que les faumons , fraient dans tous les endroits où l’on en pêche, ainfi que le tems où , après s’être rétablis de cette maladie ,ces poiffons font les meilleurs ; c’eft pourquoi je crois devoir me borner à quelques exemples , pour éviter auleéteur une longue & ennuyeufe énumération de faits que je ne pourrais rapporter que lur la foi des autres : mais je fuppléerai à cette omifiion dans les articles où j’expliquerai les pêches particulières qu’on fait en difFérens endroits , où j’elfayerai d’in* • diquer quelles font les faifons où on les pratique, 8c celles où ces poiffons font eftimés être d’une meilleure qualité. Ainfi je vais terminer cet article en rapportant les tems fixés par lés ordonnances pour l’intérdidion delà pêche de ces poiffons. , .
- 336* Il efl ordonné aux pêcheurs d’ouvrir leurs pêcheries , pour laiffer le paffage libre aux, poilfons , depuis le commencement du mois de décembre jufqu’au mois d’avril fuivant. Je crois qu’il ferait à propos, à l’égard des faumons , de prolonger le tems fixé par l’ordonnance pour tenir les pêcheries ouvertes > & à l’égard des truites, M. de Courtivron penfe qu’on devrait ouvrir les pêcheries dès le mois de feptembre , parce qu’alors les femelles font remplies d’œufs parvenus à leur grolfeur : & à cette occafion, il remarque que les petites truites ont des œufs aufîi gros que d’autres qui pefent trois à quatre livres.
- 337. L’ordonnance veut encore qu’on ne prenne que les faumons & les truites qui remontent dansdes civières , & qu’on laifîe les autres retourner à la mer ou dans des endroits où il y â affezi' de profondeur d’eau pour s’y retirer à l’abri des grands ‘froids de l’hiVeL Cet article de l’ordonnance efl: peut-être pour permettre la pêche lôrfque les poiffons font de bonneqüâ-lité , & l’interdire quand ils font maigres &-m&uvais. Cependant oh prend des femelles qui dépoferaiènt dans les rivières* une multitude d’eeufs, tandis qu’il n’y a que celles qui échappent aux pièges qu’on leur tend, qui contribuent à la multiplication de lent efpecè. Mais pat l’exécution dé Porddh-nanee * on laifferait au -moins les jeûnes poiforis rètOuriier à la thervatilieti que ceux qui en contrevenant à* Fordonriân'ee, tendent des guideaux, éit èxpofant leur embouchure au-courant >- arrêtent pêle-mêle avec quantité
- Tome 'X, C g g
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- T RA 1 T E' DES PECHES. Partie H.
- d’immondices de toutes fortes de petits poilfons qu’ils nomment fretin ou mêlis ou œillets, dont les pêcheurs aux haims fe fervent pour amorcer. D’autres en font de la réfure pour prendre des fardines } & enfin il y en a qui n’ont pas honte de les lailfer pourrir fur le fable , au lieu de les remettre à l’eau , ou bien ils en nourrilfent des cochons. Et en examinant avec attention ces petits poilfons ,j’en ai reconnu beaucoup qui avaient tous les cara&eres des faumons ou des truites.
- 338- L’ordonnance, il eft vrai,veut qu'on remette à l’eau les truites qui font au-delfous de lix pouces de longueur , entre l’œil & la nailfance de la queue , ainli que les faumons qui auront moins de neuf à dix pouces; Mais cette attention eft trop oppofée à l’avidité des pêcheurs pour qu’ils s’y conforment.
- 339. L’ordonnance porte plus loin fon attention : elle fpécifie les filets dont il eft permis de fe fervir, & ceux dont l’ufage eft interdit j & elle détermine la grandeur que doivent avoir les mailles } nous en dirons quelque ehofe en traitant des différentes façons de pêcher} nous nous bornerons1 pour le préfent à faire remarquer en général que fi ces?polices étaient fcru-puleufèment ôbfervées, on aurait bientôt beaucoup de beaux poilfons -, mais les pêcheurs entendent lî mal leurs intérêts, qu’ils ne font aucune attention à ménager les petits poilfons, qui rendraient dans la fuite leur pèche plus abondante : ils ont même l’imbécillité de prendre dans le tems du frai,des poilfons de mauvaife qualité occupés à faire leur ponte de détruire ainli leur nombreufe poftérité.
- Article premier»
- Remarques générales fur la pêche des faumons & des truites.
- 340. Comme les {humons, & fouvent les truites,paflent de l’eau falée dans l’eau douce ,on en fait la pèche àda mer , où l’eau eft falée vau bas des rivières , où l’eau eft laumâtre } & dans le lit des rivières, où l’eau eft douce. Puis donc que l’on prend les {humons & les truites dans les mêmes endroits , dans des fhifons à peu près pareilles, & qu’on emploie pour les prendre les mêmes moyens , je traiterai dans un même chapitre de la pêche de l’un & de l’autre de ces poilfons, ayant feulement l’attention de faire remarquer les pêches qui conviennent plus particuliérement à un de, ces poilfons qu’à l’autre. Pour mettre de l’ordre dans ces détails , je commencerai par jeter un coup-d’oeil général furies pêches qui ne font point parT ticulieres à ces poilfons. Je parlerai enfuite de celles* qui Jeur font exprede-^
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- Sect. IL Bu faiitnon, & des poiffons qui y ont rapport. 3 87
- ment deftinées, & qui font établies dans les différentes provinces du royaume, & je finirai par ce qui regarde les pèches étrangères.
- De la pêche des faumons & des truites à la mer.
- 541. On lait que les faumons , & une partie des truites, font des poiffons de mer & de riviere : néanmoins les pêcheurs à la mer qui vont au large, traînant leurs filets , ou fe laiffant dériver avec eux, ainfi que ceux qui les tendent par fond , prennent rarement des Laumons & des truites 5 je dis rarement, parce qu’il arrive quelquefois que les pêcheurs qui s’établiffent près des côtes , principalement à peu de diftance de l’embouchure des rivières , en trouvent quelques petits qui fe font maillés ou braqués dans leurs manets. Il eft rare auffi que ces poiffons mordent aux appâts qu’on leur préfente , & communément les pêcheurs cordiers n’en prennent point. Cependant ces poiffons fréquentent les bords de la mer , puifque fur les côtes, où l’on ne s’occupe pas expreffément de leur pêche, comme Bou-logne-fur-mer, Dieppe , Grandville , &c. on en trouve dans les mares on il refie de l’eau quand la mer eft retirée ,& en ce cas on les prend avec des trubles , & après de gros tems , ou iorfque ces poiffons font pourfui-vis par des marfouins , il y en a qui échouent fur les fables. M. Chanlaire, commiffaire de la. marine à Boulogne, attribue la rareté des faumons fur cette côte, à ce qu’elle eft très-fréquentée par les marfouins.
- 342. De plus, il eft affez commun de trouver des truites & des faumons dans les parcs , qu’on tend à la côte. Comme j’en ai repréfenté de bien des fortes à la feconde^feélion de la première partie, chap. V , je me crois di£ penfé d’en parler ici en détail, d’autant que ces parcs ne font point particuliérement deftinés à prendre des faumons & des truites, & qu’il ne s’y en rencontre qu’accidentellement &; pêle-mêle avec d’autres poiffons. Mais quoiqu’on ne prenne ces poiffons que fur les côtes, il n’eft pas douteux qu’il y en a beaucoup à la mer, puifqu’il en remonte une énorme quantité dans les rivières qui fe déchargent à la mer j apparemment qu’ils fe tiennent dans des eaux très-profondes , où on 11e va pas les chercher. ,
- De la pêche des faumons & des truites fur les plages qui fe forment ordinairement à l'embouchure des rivières.
- 343. Les faumons & les truites qui par inclination, ou pour quelque raifon que ce puiffe être , pafsent de la mer dans les rfvieres en certaines faifons , fe rafsemblent nécefsairement. en afsez grand nombre à leur embouchure : alors il s’en prend davantage dans les parcs, les jets^ & les
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- m TUAI T È' DES PE C H E S. Partie 11.
- étentes, dont nous avons parlé première partie, fécondé feél. chap. IV & V*
- 344. Lorsqu’on en tend exprefsément pour prendre des faumons, comme on le fait, par exemple, fur les graves du Mont - Saint - Michel, ainfî qu’on le voit repréfenté pl. III ,fïg. 3 , ces rets ,qu’on nomme à faumons , font faits a,vec de bon fil retord: leurs mailles ont trois pouces d’ouverture en quarré ;& les pièces ont 25 à 30 brafses de longueur fur feulement 4 pieds de chute 5 quelquefoislpour avoir une tifsure plus étendue , on ajoute deux ou trois pièces de filet les unes au bout des autres, & on les tend fur des pieux de fix pieds de longueur, qu’on met à trois pieds les uns des autres-, & qui entrenc, d’un pied & demi dans le fable; on ne les tend que d’ebé & de morte-eau, parce que le courant des grandes marées pourrait défenfabler les pieux & emporter les filets. Quelques poifsons s’emmaillent ; & quand les pêcheurs s’en apperçoivent , ils vont dans l’eau , comme on lé voit en b ,pl. V, fig, 3 , les prendre avec un lanet. Quand iis s’apperçoivent auftî qu’il s’eft rafsemblé des faumons auprès des filets, iîs; èfsaieûtde les prendre avec un bouteux ou des haveneaux , comme fait le pêcheur f , & comme on l’a dit à la fécondé feélion , première partie. Cette façon de pêcher différant peu de celle qu’on pratique fur les graves qui bordent l’embouchure des rivières , il s y prend, outre les faumons & les truites, quantité de différentes efpeces de poifsons , fur-tout quand, au lieu d’une fimple1 nappe , 011 fait les étentes avec des tramaux.
- 34f. Une remarque qui a rapport à toutes les étentes qu’on fait tant fur les plages que dans le lit des rivières , eft que comme les faumons & les fruités fè plaifent dans les courans rapides d’eau vive & claire, il eft à propos que les pêcheurs établifsent leurs filets dans les '««droits où le courant eft rapide ;& quand il ne s’en rencontre pas, ils efsaient de s’en procurer en formant des gores de clayonnage, ainfi que nous l’avons dit première partie, fécondé fedion.
- ~£ 346. Les truites & les faumons ne fe laifsant point aller au courant, mais je refoulant toujours , if faut tendre les filets à manche , verveux, guideaux ,&c. de même que ceux qu’on voit première partie , fed. 2 , l’embouchure du filer du côté du bas de la riviere,& ne la pas préfenter au courant, comme on le fait pour prendre les poifsons qui defeendent les rivières en s’abandonnant au cours de l’eau : ceci étant bien entendu, on conçoit comment on doit tendre ces filets fur les plages ; cependant nous entrerons dans de plus grands détails quand nous parlerons de ces fortes de pêches dans le lit des rivières.
- 347. Outre les pêcheries fédentaires dont nous venons de parler , la faine eft fréquemment employée pour pêcher les faumons & les truites à l’embouchure des rivières, même dans leur lit & dans de petits golfes, où
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- Sect. II. Bu faumon, & des poiffons qui y ont rapport. 389
- il fe ralfemblc quelquefois beaucoup de ces poiffons, fur-tout quand il s’y rend quelques petits ruiffeaux d’eau douce. Nous invitons nos lecteurs à confulter ce que nous avons dit de la pêche avec la faine dans la première partie, fécondé fe&ion ; car fuivant les différentes circonllances, prefque toutes les façons de pêcher à la faine que nous avons décrites , pourront être employées utilement pour prendre des faumons & des truites. Donnons-en quelques exemples.
- 348- Lorsque la nappe d’eau a beaucoup d’étendue, les pêcheurs traînent leur faine avec deux petits bateaux, chacun en tenant un bout jpuis ils fe rapprochent P un de l’autre pour hâler la faine à bord d’un des deux bateaux , ayant foin de réunir la ralingue du pied qui porte les plombs avec celle de la tète où font les flottes, afin qu’en doublant ainfi le filet, ils retiennent mieux lepoilfon , comme on le voit première partie, fécondé feélion. A Beauport, amirauté de S- Brieuc, on pèche avec des faines qui ne font point leftées de plomb par le pied, mais feulement garnies* de pierres peu pefantes , placées de braffe & demie en braffe & demie, pour ne point endommager les fonds.
- 349- Quand les pécheurs veulent fe fervir de ces filets, ils fe réuniffent ordinairement quatre bateaux : la chaloupe qui porte le filet, a cinq hommes d’équipage 5 quatre nagent, formant un demi-cercle; le cinquième jette le filet à l’eau : un des bouts eft amarré à i’arriere du bateau ; les trois autres bateaux fervent pour relever : à cet effet quand on veut faire cette manœuvre , deux bateaux entrent dans l’enceinte du filet ,& battent l’eau pour empêcher le poiffon de fauter par-deffus les flottes de liege ; le troifieme fait la même opérati$y*en-dehors : ainfi tous les trois fuivent le contour qu’on a fait prendre au filet, & tous aident à le relever.
- 3^0. Chaque piece a trente brades de long fur trois de chute , & chaque bateau fournit une piece qui étant ajuftée l’une au bout de l’autre , forment la tiflure entière. On prend avec ce filet des faumons à l’embouchure des rivières dans la faifon de la montée ; mais c’eft pêle-mêle avec toutes fortes d’autres poiffons qui fe trouvent renfermés par l’enceinte du filet. Quand la nappe d’eau n’a pas autant de largeur, les deux bateaux, de concert, gagnent la terre , & les pêcheurs étant à pied, tirent le filet fur la grave. O11 voit cette façon de pêcher en m , pi. 111 ,fig. 2, & première partie, fécondé fedfion.
- 3sr. Assez fouvent quand la nappe d’eau n’a pas beaucoup d’étendue, un bateau tire un des bouts du filet; & des hommes étant à pied au bord de l’eau ; liaient l’autre bout, puis le bateau ayant gagné le rivage, tous fe réunifient pour tirer le filet à terre , comme on l’a dit première partie , fécondé feétion.
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- 3f2. Si l’équipage n’eft pas aûfez nombreux pour fe partager en deux bandes , on attache au bord de i’eau à un pieu un halin , qui répond à un des bouts "du filet: le bateau ayant pris le filet à Ton bord , le met à l’eau en gagnant le*large , & après avoir décrit une portion de cercle pour former une enceinte, il revient au pieu b, pl. III, fig. 2 , où eft attaché un des bouts du filet ; & les pêcheurs qui font dans le bateau c fe mettant à terre , y tirent la faine. On voit encore cette façon de pêcher décrite dans la première partie, fécondé feélion.
- 3f 3. Lorsque la nappe d’eau n’eft pas fort épaiife , & que le fond eft aflez folide pour que des hommes puilfent y marcher , on pêche dans la fai-fon de la montée, des faumons & des truites avec le colleret, qui eft une petite faine, que des hommes qui fe mettent à l’eau traînent, ayant les halins palTés fur l’épaule en forme de bandoulière. Cette pêche eft repréfentée fort en détail première partie, fécondé feétion; mais quoique les moyens qu’on emploie pour prendre les faumons & les truites dans les petites rivières avee une fimple nappe ou une faine trémaillée , ne different pas effentiellement de ceux que nous venons de décrire pour la pêche dans les grandes rivières, elles exigent néanmoins certaines manoeuvres dont il eft bon de dire quelque chofe.
- 3 Quand les pêcheurs ont un bateau , ils s’en fervent pour paffer une partie de leur monde d’un côté de la riviere , pendant que l’autre refte fur l’autre bord. Ceux qui traverfent ainfi la riviere prennent dans leur bateau une corde ou un halin amarré à un des bouts du filet. Ce halin fert à mettre à l’eau le filet, & à le traîner dans le lit de la riviere de concert avec ceux qui font reftés fur l’autre bord ; & pour le refte on peut coirfalter ce que nous avons dit première partie , fécondé fe<ftion,avec cette différence qu’il faut traîner le filet du haut de la riviere vers le bas pour rencontrer le poiffon qui remonte toujours le courant.
- 3 f f * Quand la riviere eft fort étroite, & que les pêcheurs n’ont point de bateau , ils attachent au bout d’une ligne déliée une pierre ou une perche , qu’ils jettent le plus loin qu’ils peuvent par le travers de la riviere , & ceux qui y font effayent de l’attraper avec un croc : cette ligne menue fert à attirer à eux un des halins du filet s & les pêcheurs étant diftribués , les uns fur un bord de la riviere , les autres fur l’autre , traînent une faine fimple ou un tré-maiî, en fuivant le cours de la riviere.
- 3S*>. Ce filet eft foutenu aux deux extrémités par un bout de perche que les pêcheurs nomment bafcule , ou ailleurs canon ; ce bâton ayant à un de fes bouts une pierre affez groffe ou une cabliere, eft maintenu dans une fituation verticale ? & contribue de concert avec les plombs qui font au pied du filet & les flottes de liege qui font à la tête , à entretenir le filet dans une pofitioa
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- Sect. IL Du faiimm, & des poiffons qui y ont rapport.
- perpendiculaire à la furface de l’eau. On peut prendre une idée de la difpo-fition de ce filet à la première partie , fécondé feétion. On frappe fur le milieu de chaque bafcule un bout de grelin de ïo à I2braffes de longueur, plus ou moins , fuivant la largeur de la riviere , fur lequel halent plufieurs hommes qui marchent au bord de l’eau , comme on le voit en c d, pi. II, fig. 6. On conçoit que le filet ainfi établi, forme au milieu une panfe. Il y a encore un cordage frappé fur les bafcules un peu au-deifous du grelin : ce cordage fert pour abattre le filet quand on veut en tirer le poilfon, ce que les pêcheurs font tantôt fur la droite & tantôt fur la gauche de la riviere , fuivant qu’il fe rencontre un endroit commode pour mettre le filet à terre.
- 357. Il arrive quelquefois dans des rivières qui ont peu de largeur, qu’il n’y a qu’un des côtés qui foit praticable > ou bien les bords appartenant à différens propriétaires, les pêcheurs 11e peuvent s’établir que d’un côté : dans ce cas , s’ils ont un bateau, ils peuvent en faire ufage } mais s’ils n’en ont point, ils font obligés de fe tenir, pour pêcher, fur le bord qui leur appartient. Nous avons expliqué , première partie , fécondé fedion , comment on fait la pêche qu’on nomme à la gourde-, mais fouvent ils ont recours à une autre induftrie: ils arrêtent la tète du filet par des anneaux de corde qu’on met près les uns des autres fur une perche légère , qui eft plus longue qu’il ne faut pour tra-v-erfer le lit de ces petites rivières , & afin que cette perche flotte mieux fur l’eau , ils y attachent quelques calebaiTes. On amarre au bout de la perche oppofé à celui où font les pêcheurs , une corde menue : pour lors un homme fort foutient la perche le mieux qu’il peut par le travers de la riviere, & à peu près à fleur d’eau. Un autre pêcheur qui marche quelques toifes à lavant de celui qui tient la perche , tire fur une corde attachée au bout de la perche qui eft oppofé àu,,!*ftrage , & aide ainfi à tenir la perche droite par le travers de la riviere. Cette manœuvre eft plus praticable pour la pèche du faumon que pour les autres , parce qu’on tire le filet fuivant le cours de l’eau. Lorfqir’on veut prendre le poilfon, celui qui tient la perche s’arrête, & l’autre halant fur fa corde , fait que la perche & le filet s’approchent tout auprès du bord} alors les pêcheurs faififlant le pied du filet, & l’approchant tout près du bord de la riviere , ils le tirent à terre avec le poilfon : comme ces filets font très -déliés , ils prennent quelquefois avec les poilfons des plongeons , qui ne font point effarouchés par le filet, qu’on tient le plus léger qu’il eft poffible, fans quoi les pêcheurs ne pourraient le manœuvrer. ( 28)
- (28) On connaît une autre maniéré de feuls pêcheurs fuftîfènt pour cela. Ils fepour-faire l’efpece de pêche dont il eft queftion voient d’abord d’une perche ou de plufieurs d&ps cet article, beaucoup plus Ample que attachées bout à bout de telle forte que leur celle qui y eft décrite, & qui fe pratique longueur totale foit proportionnée à la lar-dans le Rhône au-deflous de Geneve. Deux geur de la riviere qu’elle doit enibrafler.
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- 3y8* A toutes les pèches dans les rivières, principalement avec les faines l il eft avantageux de fe placer à l’endroit où l’eau falée refoule l’eau douce : car il femble que les faumons fe tiennent volontiers à ces endroits. Quand les eaux font claires , il faut pêcher la nuit ; mais on peut pêcher le jour lors des crues, & quand les eaux font troubles.
- 359. Il eft fenfible qu’au lieu de nappes (impies , on peut fe fervir d’un trémaifdont les mailles des hameaux aient quatre ou cinq pouces d’ouverture enquarré, & celles de la flue deux pouces. La longueur du filet doit être proportionnée à la largeur de la riviere , & la chûte du filet à la profondeur de l’eau : affez fouvent elle eft de 15 à 18 pieds. Tous ces filets qu’on traîne, fur le fond, détruifent beaucoup de poiffons , ce qu’on éviterait fi l’on tenait la corde du pied du filet à 8 ou 10 pouces du fond , en attachant les plombs ou les cailloux à des lignes qui euflent cette longueur, comme on le voit première partie , fécondé fe&ion , & comme nous avons dit que quelques pêcheurs le faifaient dans l’amirauté de Saint - Brieuc, pour lailfer les petits poiffons s’échapper par-delTous le filet ; ou bien on tient le filet foutenu entre deux eaux par degroffes flottes, première partie , fécondé fedion. Comme les poiflons ronds , tels que les faumons & les truites , fe tiennent rarement fur le fond , & qu’ils nagent fouvent entre deux eaux , cette pofidon du filet eft la plus convenable.
- 360. La pêche avec la faine fe pratique en une infinité d’endroits : ici d’une façon, là d’une autre , ainfi que nous l’avons expliqué à la fécondé fedion de la première partie , & comme on le verra encore dans les détails que nous rapporterons dans la fuite.
- Des pêches qui fe font dans les anfes, oit il fe raffëmble beaucoup de faumons & de truites.
- 361. Les faumons & les truites fe raflemblent fouvent dans des anfes où il fe rené quelque fource ou quelque petit ruiffeau d’eau vive. D’autres fois ils
- On attache un des bouts du filet à l’extrémité éloignée de la perche. L’un des pêcheurs la lance alors dans l’eau obliquement contre le courant, il la conduit avec facilité, malgré fa pefanteur, parce que l’eau la foutient. La perche fumage ,on la pouffe jufqu’à ce que fon extrémité, ait atteint le bord opp.oféde la riviere. Pendant cetems-là l’autre pêcheur tient le filet & le lâche à mefure que la perche avance & jufqu’au bout qu’il retient ferme. Le filet fuit le mou-
- vement de l’extrêmité( éloignée de la perche à qui le courant fait néceffairement décrire un arc de cercle, dont le lieu où fe trouve le premier pêcheur eft le centre, & la longueur de la perche le rayon. Celle-ci étant ramenée au bord dans toute fa longueur, l’enceinte fe trouve formée en quelque forte par le feul mouvement de l’eau. Les pêcheurs fe placent aux deux bouts, & tirent le filet avec le poiffon1 qui s’y trouve pris.
- choififlent
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- Sect. IL Du faumonl & des poîffons qui y ont rapport: '3 93
- choififlent des rivages plantés d’arbres, fous les racines defquels il fe forme des trous, ou des cavernes qu’on nomme des crânes ou fouriv es. Suivant ces cir-conftances on emploie pour prendre ces poiifons, différeus moyens que nous allons rapporter.
- 362. A l’égard des anfes , on tend fur des pieux un filet/gA , pl. III * jig. 2 ; de forte qu’un bout foit à terre & que l’autre s’avance dans l’eau , fe terminant par un crochets les poiifdhs fuivant la partie du filet qui eft en ligne droite , fe rendent au crochet, où ils s’arrêtent quelque tems. Quand un guetteur k qui eft au bord de l’eau en apperçoit dans le crochet, il en avertit fou. camarade , qui fe tient à portée dans un petit bateau i, 8c celui-ci va prendre le poiifon avec une truble , un manet ou quelqu’autre petit filet. Comme cette pèche eft repréfentée de haute mer , on n’apperçoit que le haut des piquets qui foutienncnt le filet: cependant on voit que c’eft véritablement un parc de filet ouvert. Les pêcheurs voifins de la Bresle (29), amirauté du bourg d’Ault, où il remonte alfez confidérablement de faumons & détruites , pratiquent volontiers cette pêche , qui reffemble beaucoup aux rets tra-verfans de balfe-Normandie. Outre hfig. 2 de la pl. Ill, on peut prendre une idée aifezexade de la difpofttion de ce filet, première partie jfeconde fe&ion»
- 363. D’autres tendent des trémails parle travers des courans d’eau, fur-tout entre les rochers & les islets, à peu près comme on l’a dit première partie, fécondé fedion. Dans les rivières , ainfî qu’autour des isles plantées d’arbres , où il fe forme fous les racines des crônes ou fourives, dans lefquels il fe retire du poiifon , fur-tout des truites , il y a des pêcheurs qui fe mettent à l’eau , & fourrent leur bras dans ces trous , enforte qu’ils parviennent à faiiîr les truites par les ouies : mais plus communément ils tendent à quelques pieds du rivage un trémail fait de foie verte ou de fil très-fin , qu’on nomme pour cela des araignées ; quand le filet eft ainfi tendu parallèlement au bord de la riviere , ils boulent ou farfouillent dans ces trous avec une perche, au bout de laquelle èft attaché un morceau de cuir , pour faire fortir les truites , qui fe prennent dans le filet. On peut prendre une idée de cette façon de pêcher , première partie , fécondé fe&ion. Comme on tend fouvent ces araignées entre les herbes , on les nomme eu quelques endroits rets fecrets.
- De plufieurs petites pèches qui fe pratiquent dans des endroits où il n'y ci pas ajfe-z de faumons & de truites poux y établir de grandes pêcheries.
- 364. Quand il fait chaud l’été & dans les endroits où il y a peu d’eau,
- (29') Petite riviere de France , qui fépare la Normandie de la Picardie , 8c] s’y jette dans l’Océan.
- Tome X.
- D d d
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- & affez claire pour qu’on voie le fond, on apperçoit quelquefois des faumons ou des truites qui paraiflent endormis fur le fable : ils y font fi immobiles, que les pêcheurs parviennent fouvent à mettre le pied déifias*, puis ils les prennent à la main, ou plus ordinairement ils les percentave'c un digon. Quelquefois encore on voit au fond de l’eau de ces pendons qui reftent immobiles: les pêcheurs prétendent qu’ils font occupés à faire leur ponte. Si alors la nappe d’eau eft trop épaiife pour les prendre comme nous venons de le dire , ils les couvrent avec un épervier, & à l’égard de la façon de s’en fervir , on peut confuîter ce que nous avons dit première partie , fécondé fedion. On prend aufïi des faumons & des truites avec le filet qu’on nomme carreau , ou êchiqui.r : nous l’avons repréfenté première partie , fécondé fedion , où nous avons expliqué la façon de faire cette pêche. Je dirai dans la fuite comment les pêcheurs de la Somme ont coutume de s’en fervir.
- 36$. Nous avons dit qu’entre les islets, les rochers & autres courons d’eau refferrés, on tendait par le travers de l’eau des trémails fédentaires pour prendre des faumons & des truites : il fuffit aifez fouvent de tendre une nappe fimple A , foutenue fur dès piquets C C ,pl. III,fîg. i. Ce filet empêchant les faumons dé remonter, il s’en amafie en quantité du côté d’aval* que l’on prend avec une faine d e ; mais il eft plus ordinaire d’y mettre des filets à manche : ceux qu’on nomme guideaux ou guidelles ,font des chauffes de 10 à 12 pièces de longueur, qui vont toujours en diminuant depuis l’embouchure , qifon fiait plus où -moins grande, fuivant la difpofition de l’endroit où l’on veut pêcher, & l’on tient 'l’embouchure ouverte au moyen d’un chaffis de charpente. A eft un piquet qui- retient 1er bout du filet pour empêcher que le courant ne le plie.
- 366. A la première partie , fécondé fedion , on en voit de tendus aux arches d’un pont ou à l’ouverture qu’on a faite à une chauffée ; les guideaux font rendus fur des étalieres; mais il faut remarquer qu’aux figures que nous venons de citer , l’embouchure des guideaux eft tournée du côté d’amont, au lieu que pour prendre les faumons & les truites , elle doit être tournée du côté d’aval , parce que ces poiffons remontent toujours vers la fource des rivières: ainfi il faut, comme on le voit pl.III ,jîg> 3» arrêter le bout du guideau à un piquet A, pour empêcher que le courant ne le plie.
- 367. Quand il ne fe rencontre pas dans les rivières des isles ou des rochers qui occufionnent des courons , & cela eft commun dans les grandes rivières, les pêcheurs s’en procurent en formant des gords avec des pieux '©u des clayonnages, à l’extrémité defquels on place un guideau : nous en avons repréientc de plufieurs fortes première partie , fécondé feâùon. Connu?
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- «n préfente le bout évafé du gord, ainfi que l’embouchure du filet du côté d’aval, les faumons & les truites , qui aiment à refouler les courans rapides , donnent dans le filet. Cette pèche fie fait pendant la nuit,& c’eft depuis le mois de juin jufqu’en novembre qu’elle eft la plus avantageufie. Quoique pour les pêches dont nous venons de parler, l’embouchure des filets fioit toujours tournée du côté d’aval, les tems des crues , qui rendent les eaux troubles , font favorables , parce que ces poiffons , qui ne font point arrêtés par la force du courant, remontent en plus grand nombre.
- 36$. Nous avons dit dans la première partie, en parlant des filets à manche, que comme on préfente leur embouchure au courant pour recevoir les poiffons qui fe laiffent entraîner par l’eau, les poiffons gros & pe-tits , la vafe & les herbes s’entaffent pêle-mêle dans le filet, les gros poif-fons font meurtris, oyés & étouffés, & les petits font réduits en pâte , ce qui fait une grande perte: mais cet inconvénient n’a pas lieu, quand pour prendre les faumons & les truites qui remontent les rivières, l’embouchure des filets eft tournée du côté d’aval: il produit cependant un grand dommage quand, l’automne , pour prendre les tocans, les faumons & les truites qui retournent à la mer, on préfente l'embouchure des filets au courant: il eft vrai que c’eft un abus , puifque fui-vant l’ordonnance il faut ouvrir toutes les pêcheries, & lailfer le paffage libre aux poiffons gros & petits qui veulent retourner à la mer. Les verveux B , dont nous allons parler ^ qui font repréfentés pl. II,fig* 4 , font moins fuiets aux inconvéniens qu’on reproche aux guideaux, ce filet étant formé d’un grand goulet ou filet conique qui aboutit dans une chambre edef^ que les pêcheurs nomment huche : le poiffon qui entre par la bouche du Blet a , & qui fort par la pointe b, fe trouve à fon aife dans la huche, quia uneaffez grande étendue, d’autant que le filet qui la forme eft foutenu dediftance en diftance par de petits cerceaux gkik.,8t par un bâtis de charpente Imno; de forte que le poilfon ne fe trouve point entaffé dans ces huches, où il peut même nager à l’aife j & quand le filet qui forme la huche a des mailles de deux pouces d’ouverture en quarré ,ces mailles étant toujours ouvertes par la façon dont le filet eft tendu , les petits poiffons peuvent s’échapper , ce qui ne leur eft pas poffible dans les guideaux, parce que ce filet n’étant point tendu , les fils fe rapprochent, & les mailles ne confervent point leur ouverture.
- 369. Il pourrait néanmoins arriver , quand à l’arriéré fkifon 011 préfente l’embouchure du filet au courant pour prendre les poiffons qui retournent à la mer , que le goulet du verveux à tambour fe remplirait d’herbes : mais on prévient prefqne entièrement cet inconvénient en fai-fant enforte que le bord fupérieur G de l’embouchure du goulet foi-t en-
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- %c>6 TRAITE’ DES PECHES: Partie IL
- viron à 4 ou $ pouces au-deffous de la furface de l’eau, parce que les herbes, qui flottent fur l’eau paflent par-deffus le filet.
- 370. Nous avons repréfenté , première partie , fécondé feélion , plu-fieurs fortes de verveux tendus de différentes maniérés ; & entr’autres , un ver-veux à tambour , qui ayant deux entrées & deux goulets , peut prendre les poiifons, foit qu’ils fuivent ou qu’ils refoulent le courant. Comme les tocans & les truites font des poiflons très-voraces, ils mordent volontiers aux appâts qu’on leur préfente, & pour cette raifon ou en prend beaucoup aux hameçons. Je me fuis beaucoup étendu fur cette pêche à la première partie , première fedt. chap. II, où j’ai expliqué comment on doit faire voltiger l’appât à la furface de l’eau.
- 371. Suivant Alléon Duiac,dans fes Mémoires pour fervir à Chifioire
- naturelle du Lyonnais , les truites vivent au commencement du printems des infe&es qui fe tiennent fur le bord de l’eau 5 en avril elles fe nour-riffent d’efcarbots & de cou-fins d’eau j en mai de fangfues ; en juin de vers , & deviennent fort grades j en juillet , août & feptembre, elles ont recours aux lauterelles & aux papillons : pendant les derniers mois.de l’année , elles fe tiennent cachées & jeûnent. Indépendamment de ces infectes, elles faifilfent les petits poiifons, même ceux, de leur efpece. L’auteur aurait pu fe contenter de dire qu’elles vivent des infedl.es qui fe montrent dans les différentes faifons, qu’elles faifilfent avec avidité tous les poiifons qui ne font point trop gros relativement à leur groffeur,&. qu’en outre elles avalent des plantes & des feuilles d’arbres, car la voracité de ces poiifons fait que les appâts artificiels peuvent fuppléer au défaut des naturels. J’en ai repréfenté un nombre à la première partie,, première fedlion , où l’on voit aulii les précautions qu’on doit prendre pour éviter qu’une grolfe truite ne rompe la ligne qui eft néceifairement fort déliée. *
- 372. Malgré les détails où je fuis entré fur toutes ces chofes aux endroits que je viens de citer , comme cette pèche eft linguliere & atnufante* jeiie négligerai pas,à Poccafion des pèches delà truite qui fe font en diff férens endroits du royaume,de rapporter les pratiques qui y font en ufage.
- Article IL
- Des pêcheries qiüon établit expre(fément pour prendre des faumons & des truitesl
- 37,3. fl116 nous avons dit jofqu’à préfent fur les moyens de prendre
- les faumons & les truites , diffère peu de ce qui fe pratique pour la pèche-de toutes forces, de poiifons : aufli les faumons & les truites s y prennent
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- Sect. II. Du faumon, & des pbiffons qui y ont rapport*
- pèle-mèîe avec des poiffons de toute efpece. Comme nous nous proposons maintenant de décrire les pêcheries qui font expreffément deltinées pour prendre les faumons & les truites , nous ferons obligés pour en donner une jufte idée, de décrire celles qui font établies eh différens endroits, tant dans le royaume’ que dans les pays étrangers ; & afin de mettre le leéleur en état de comprendre plus aifément en quoi elles confident, je vais expofer dans un paragraphe particulier les vues générales qu’on doit avoir en établiffant ces fortes de pêcheries : je décrirai enfuite dans un article particulier les pêcheries qui font; établies dans le royaume, & dans un autre les pêcheries étrangères.
- Vues générales qu'on doit avoir pour établir des pêcheries, qu'on def-tine expreffément à prendre des faumon s & des truives.
- 374 On fait que les faumons & les truites montent en certaines faifons dans les rivières, & que dans d’autres faifons les tocans , quelques faumons & quelques truites defeendent ces mêmes rivières pour retourner à la mer. Ceci bien entendu , il fuffit pour les arrêter, fuit en montant, foit en defeen-dant , de traverfer la riviere par une digue, une chauffée , un grillage , un clayonnage ou un filet qui leur barre le paffage.
- 37f. Lorsque les rivières font étroites, on fe contente quelquefois de tendre un filet A B, pi. III, fig. 3, d’une rive à l’autre, le foutenant de dif-tance en diftance par des piquets cc; pour lors fi ce filet eft un trémail , foit que les poiffons refoulent la marée montante ou la marée defeendante , ils font pris. Si c’eft un.fimple filet, le poiffon arrêté dans fon paffage s’accumule au-deffus ou au-deffous , & on le prend avec une faine D E.
- 376. D’autres fois pour diminuer l’étendue du filet qui occafionne une dépenfe affez confidérable, & qui ne dure pas long-tems, on rétrécit le lit de la riviere par un clayonnage AB , A B , pl. III , fig. 4 ; on laiffe feulement un efpace AA pour l’écoulement de Peau & le paffage des bateaux : on le ferme dans le tems de la pêche avec un filetC, dont les mailles font affez grandes r s’il fe préfente un bateau , on Te laiffe tomber au fond de l’eau ; puis on le re-leve pour arrêter les poiffons : & quand il s’en eff amaffé un nombre auprès du filet, on les prend avec une faine D D , ainfi que nous l’avons expliqué en plus d’un endroit. A Saint-Valéry-fur-Somme , il y a plufieurs pêcheries qui ne different de celles que nous venons de décrire , qu’en ce que l’ouverture A A eff fermée par un grillage. Suivant l'ordonnance , on doit laiffer ces pêcheries ouvertes depuis le mois d’avril jufqu’en novembre.
- 377. D’autres fois', lorfqu’il n’y a point de navigation fur la riviere , 011 Ia’bàrre entièrement, choififfant un endroit ouïe lit foit étroit, foie pour di-
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- minuer les frais de rétablilfement, foit'pour que le courant étant plus rapide," les fa unions qui fe plaifent à le refouler , s’y rendent en plus grand nombre : il eft vrai qu’on s’expofé ainfi à éprouver des avaries lorfqu’il furvient des crues confidérables , ou quand, après de fortes gelées , il arrive des débâcles. Nous allons faire appercevoir les précautions qu’on prend pour s’en garantir.
- 378. A lapl. IV,fig. 1, l’eau eft fuppofée couler de G en H où eft la mer : le lit de la riviere eft traverfé par un grillage A B formé de barreaux à claire-voie a a , fembîables aux clôtures qu’on met quelquefois aux potagers: il faut que lés barreaux foient aifeîz près à près,pour arrêter les faumons de bonne grolfeur, & qu’ils foient alfez élevés au-deifus de l’eau pour que les faumons & les truites ne puiifent fauter par-delfus : on fortifie le grillage en mettant de diftance en diftance des montans b b plus forts que les barreaux , & les uns ainfi que les autres font liés avec de bons fils de fer fur des traverles horifon-t*les ce. Ce n’eft pas tout, le grillage eft encore foutenu & défendu contre le choc des glaces par un fort affemblage de charpentedd, qui lui-même eft affermi par des areboutans ee , traverfés par des piquets qui entrent dans le terrein ; moyennant ces précautions , le grillage laiifant paffer l’eau , eft eu état de réfifter au courant, même dans les hautes marées.
- 379. Si ce grillage traverfe entièrement toute la riviere, les faumons & les truites qui remontent de la mer, ainfi que les poilfons qui defeendent du haut de la riviere , s’accumulent en quantité au-deffus ou au-deifous du grillage , où les pêcheurs vont les prendre avec différentes fortes de filets & un petit bateau. Mais affez fo'uvent on forme au grillage des ouverturesff en plufieurs endroits j & comme les faumons qui veulent fuivre leur route, s’efforcent de pafser par ces ouvertures , on y établit un verveux en huche B,/*/.//, fig. 4, ou des nafses d’ofier, ou les coffres dont nous parlerons , & dans lefquels il fe prend beaucoup de poifsons,
- 380. On voit à un bout des grillages en d un coffre dont le fond eft dans l’eau : il eft deftiné à fervir de réfervoir où l’on conferve en vie le poifson qu’on a pris , ce qui eft toujours utile pour attendre qu’on en puifse faire une vente avantageufe. En K eft une cloifon avec une petite fenêtre qui fert à voir ce qui fe pafse tant dans les huches ou coffres . que le long du grillage , fans effaroucher le poifson. I! y en a qui, au moyen de cette fenêtre , s’amufent à tuer à coup de fufii. les poifsons qui s’élèvent au-def. fus de l’eau. Sur les rivières où l’on hotte à bois perdu, on ôte dans la faifon où l’on jette le bois à l’eau , tous les grillages , & on ne laifse fubfifter que le bâtis de charpente , qui ne forme pas un obftacle au paf-fage du bois, & qui eft alsez folide pour réfifter à fon choc ; c’eft une fer-yitude que doivent fupporter les propriétaires des pêcheries : mais les mar«
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- S e CT, II. Du faumon, & des poiffons qui y ont rapport, 393
- chauds de hois font tenus de l,etir donner par forme d,e dédommagement 40 fols par vingt-quatre heures tant que le flot dure.
- 381. La fig. 2 ,pl. 7^, eft deftinée à donner une idée des pêcheries, qu’on nomme des naffes, & qui font particuliérement établies fur les gaves de la Guienne : le cours de la riviere eft de G en H j cette riyiere eft barrée par une chauffée ou digue de pierre AB, principalement deftinée à retenir l’eau pour faire tourner un moulin. Ce qu’il y a de trop d’eau s’échappe en nappe parles déchargeonsD &E, & dans les grandes eaux elle palfe quelquefois par-deffus la chauffée 5 c’eft alors que la pêcherie eft la plus avantageufe , îorf. que les eaux font'baffes, à moins qu’on ne veuille en réferver pour faire tourner le moulin ; on ouvre les vannes ou empèlemens F F, l’eau paffant par les grillages qui font derrière, & qu’on apperçoit au-.dçffous des pèles, form.eun courant qui détermine les faumons à le remonter j pour cela ils paffent par des ouvertures qui font en K K à la pointe des angles faillans des grillages qu’on nomme naffes ; & quand ils font rendus dans les efpaces L, ils ne peuvent en Partir à caufe des moyens qu’on emploie pour les empêcher de revenir fur leurs pas , & que nous décrirons dans la fuite. Lorfqu’on veut prendre ces poiffons, on baiffe les empèlemens ; alors les efpaces L refte.nt prefqu’à fec, &,on pr;end aifément le£ poiffons qui y font entrés.
- Article III.
- Des pêcheries des faumons & des truites dans le royaume,
- 382. Les exemples que nous venons de rapporter ne font que pour donner une idée des pêcheries qu’on établit expreffément pour prendre des.faumons & des truites , qui confident prefque toutes à barrer les rivières en tout ou en partie , pour couper le paffage aux poiffons : mais ces moyens généraux fe di-verfifient en bien des façons,fuivant le lieu où l’on veut établir une pêcherie. Nous allons le faire appercevoir en parcourant les côtes de France qui .font fur l’Océan.
- Pêc/je dans la Mofelle , avec quelques observations fur les poiffons
- qu’on y prend.
- 383* Nous avons dit plus haut qu’il entre beaucoup de faumons & de truites dans le Rhin j & comme la Mofelle fe perd dans ce fleuve, nous étions convaincus qu’il y remontait de ces poiffons ; car on fait que leur inftin<ft les engage à remonter les rivières quelquefois même jufqu’à leur fource : mais j’ignorais comment on les y pêchait. Pour acquérir fur cela les connaiifancgs
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- 400 T R A I T E' D E S PECHES. Partie Iï.
- qui me màAquaiérit,’ j ai eu recours à M. le baron de Tfchoudy ] bàilli dçMed? qui fe fait un piaÿfir d’aider de fe.s con'naiffances ceux qui s’occupent d’objets utiles : je ne puis’hiieux faire que de rapporter ce qu’il a bien voulu m’écrire à ce fujet.' J | ‘ ;?!>:•
- 384* LA'pêche’fe fâit'dans'la Mdfeîle , auprès de la digue'( qiii empêche jes polirons de continuer leur'route comme dans le refte du cours de cetté riviéfe ; (avoir avec.line nappe' dé1 filet, que les pécheurs appellent 1 e'-rets ; d’autres fois avec' l’éperviefjSf lé carrelet : mais M. de Tfchoudy rèmarqtie que les pècheurs àttaçhentlaux extrémités d’une'des perches-courbes qui forment' la croifée du carrelet ,'îes bouts d’un filet qu’ils nomment4 tralïïfon, ce filet tra-verfe diagonklement le 'carrelet ,' ce-qui me paraît très-avantageux car cette portion de filet qui s’élève perpendiculairement en croifant le carrelet, fuivant une ligne diagonale, s’oppofe à' ce que le pofifon continue fa route par-deffus
- le carrelet ; & par les 'effotts'qu’il fait pour franchir cet obftaçle , il avertit les pécheurs de fa pféfence Sc' qu’ilfautfe’prefsér de'relever le carrelet. '
- 3 8T- ‘ C’est quand la rivière èft bàfse que la pèche eft la plus abondante ; car quand les eaux font hautes', la digue s’élevant moins au-defsus de la-fur-face del’eaii’, elle ne fait plus'fine barrière Capable d’arrêter les faumons &
- les truites. Il en eft de même dés différentes éclufes qui fe trouvent dans cette riviere : elles ne peuvent., quand les eaux font grandes , empêcher les poif. fons d’entrer dans la Vofge (30); cependant quand les faumons font prêts de franchir la digue , on arrête l’eau avec des planches, & on ne laifse libre qu’un endroit où 011 ajufteun filet1, dans lequel tombent les faùmons qui veulent franchir la petite cataraéie où ils font pris.
- 386. Dans les mois d’avril &dé'mai,(ôh défend la pêche des poifsons domiciliés j mais celle des poifsons de pafsage refte libre , & cette défenfe eft pour la confervation du frai. Les truites qu’on pèche dans la Mofelle ne pefent guère que quatre à cinq livres ; encore celles de cette grofseur ne font point communes. Vers la fource de la Mofelle , 011 prend de petites truites noires qui font fort eftimées ; on les nomme , à Epinal ,rrené. Les plus gros faumons pefent au plus trente livres.
- 387. M.. de Tfchoudy ajoute qu’à l’égard des truites, on en prend beaucoup avec des haims •: il penfe , comme moi,qu’on diftingue les truites des faumons, en ce que , i°. les truites ont le mufèau arrondi à peu près comme la chevaline ; 2°, que les faumons font plus alongés & ont le corps plus arrondi que les truites, qui paraiffent un peu plus appîaties ; 30. que-les faumons ont l’aileron de la queue plus large & plus échancré que les
- (50) Ou Vauge, riviere qui, comme d’autres plus confidérables, prend fa fource dans la chaîne des montagnes de ce nom, & a fon embouchure dans la Mofelle.
- truites
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- truites, qui ont cet.aileron coupé prefquc quarrément, & feulement denté par les bords.
- 388- Quoique ces marques diftin&ives foient-en général alfez vraies, Ci l’on fe rappelle ce que nous avons dit, on appercevra qu’elles fouffreut des exceptions. Par exemple , à l’égard de l’aileron de la queue, les truites dé la Till & de plulieurs autres rivières de Bourgogne, ont la queue fort échancrée , & quelquefois en queue d’hirondelle , de forte que dans plus d’une centaine que M. le marquis de Courtivron a examinées avec foin, il n’en a trouvé qu’une qui l’eût coupée quarrément i les autres l’avaient plus ou moins échancrée.
- 389. Les pêcheurs difent qu’il y a dans la Mofelle prefque autant de faumons bécards que d’autres : ils les regardent comme les mâles , & prétendent que depuis le mois d’odobre jufqu’en mars, il leur croît à la mâchoire inférieure un cartilage qui eft quelquefois long d’un pouce ,qui fe loge dans une cavité de la mâchoire fupérieure , qui fublifte pendant toute la faifon du frai, & qu’alors ils font maigres : mais qu’après cette faifon le cartilage difparaît, & qu’ils reprennent chair & engrailfent. Ce fentiment des pêcheurs de la Mofelle ne s’accorde pas avec celui d’autres pêcheurs-, qui prétendent avoir obfervé que la protubérance çartilagineufe fu b lifte plulieurs années , non plus qu’avec ceux qui alfurent avoir trouvé des œufs dans les faumons bécards.
- 390. Enfin , fuivant les pêcheurs de la Mofelle , les faumons, au for-tir de la mer, font meilleurs que ceux qu’on prend dans le Rhin : mais M. le baron du Tfchoudy alfure que ceux qu’on prend dans la Mofelle font plus gras , plus délicats & de meilleur goût ,que ceux qu’on apporte de la mer, ce qui s’accorde avec le fentiment de plulieurs observateurs. Pour ce qui eft de la prétendue maigreur que les pêcheurs attribuent aux faumons qu’011 prend dans la Mofelle, je crois qu’elle dépend de la faifon du frai j car il eft certain qu’on prend aulîi au bord de la mer quelques faumons qui font fort maigres : je foupqonne que ceux-là ont frayé dans l’eau filée i & ce qui me confirme dans cette conjecfture , c’eft que quelques-uns de mes correfpondans , qui font fitués fur d’autres rivières abondantes en faumons, alfurent que quand çes poilfons trouvent après la faifon du frai de la nourriture en abondance , ils y engrailfent en peu de tems , & deviennent excellens.
- 391. M. le baron de Poëderlé m’écrit de Bruxelles , que les pêcheurs de la Mofelle ayant remarqué dans les chaleurs , que les faumons qui s’élèvent au-delfus de la furface de l’eau , fe précipitent fur le champ au fond , & qu’ils y relient quelque tems immobiles : en conféquence de cette obfer-yation s ils fe tranfportent avec un petit bateau aux endroits où ils ont vu
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- 4oa TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- les faumons s’élever au-deffus de l’eau 5 ils y jettent un épervier qu’ils nomment boirai, & ordinairement ils prennent un faumon.
- Pèche des truites Ê? des faumons dans la Meufe.
- 392. Sans fortir de la Champagne,j’ai encore à parler de la Meufe, qui prend fa fource dans la Lorraine , & fe décharge dans la mer auprès de Gravefande : il y entre des faumons & des truites ; mais on ne prend des faumons que vers fon embouchure : ces poiflons paffent prefque tous dans les rivières moins confidérables qui S*y rendent : de forte que quoi-qu’au bas de cette riviere on en prenne avec des filets, il n’eft pas commun d’en trouver au-deifus de Charleville. Il n’en eft pas de même des truites,& je vais rapporter ce que M. de Ramfault de Raulecour, directeur des fortifications , ainfi que de l’école des ingénieurs à Mézieres , a bien voulu m’écrire au fuj'fct de la pêche des truites dans fon voifinage. Et quoique la pèche de ce poiffon ne différé pas effentiellément de ce que j’ai rapporté , foit dans cette fedion , foit dans la première partie de cet ouvrage , première fedion , on trouvera dans les mémoires que M. de Ramfault a bien voulu me procurer , quelques détails que j’ai omis dans leà endroits que je viens de citer.
- 393. On prend dans la Meufe , auprès de Mézieres , des truites avec des filets qui ne différent point de ceux dont j’ai parlé en plus d’une oc-cafion : mais la pèche avec les hameçons eft bien plus pratiquée, & pour cette raifon c’eft celle que M. de Ramfault s’eft principalement propofé de détailler.
- 394. On fait cette pêché aux décharges des moulins & aux endroits des chauffées par lefquels l’eau s’échappe ; en un mot dans les endroits où il y a des courans rapides , parce que c’eft dans ces bouillons ou remoux que fe rendent les groffes truites, principalement depuis le mois de mai jufqu’en feptembre : on emploie pour cette pèche différens appâts, & on difpofe différemment les hameçons, comme nous allons l’expliquer.
- 395. On trouve fur les rivières principalement trois efpeces d’infedes volansjles uns jaunes, qui font aifez gros, on les choilît par préférence; d’autres moins gros, qui font brunâtres ; & d’autres qui tirent au blanc, on les emploie au défaut des jaunes. On fait les lignes avec du crin blanc très-fin, & l’on fe fert d’haims fort déliés,pour que la mouche qui fert d’appât flotte fur l’eau.
- 396. Au défaut d’infedes naturels , on en fait d’artificiels avec des plumes de bécalfes , de perdrix & de loreau , cffayant d’imiter, au moins par la couleur, les infedes de la faifon ; & comme la plupart ont la tète
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- dorée ou argentée , on la forme avec dés plumes de paon, qu’on plié 8c qu’on attache avec de la foie blanche. On amorce auflî les haims avec des vers, préférant ceux qui fe trouvent des le fumier de porc 5 ils ont la tête rougeâtre & la queue tirant au jaune : mais foit qu’on fe ferve de ces vers ou des vers de terre, avant de les employer on les met, comme nous l’avons dit à la première partie , première fedtion , dans une boîte qu’on remplit de mouife apprêtée avec des jaunes d’œufs & du fucre en poudre fine, ce qui leur donne la confiftance nécelfaire pour les bien ajufter aux haims. Pour cette pêche, la ligne doit encore être de criïi blanc & l’hairrt de médiocre grolfeur *, car le ver doit y être ajufté de façon que la tète excede l’haim du côté de la ligne , & que la queue paflè la pointe de l’hain* d’environ trois lignes. On attache fur la ligne , à environ fix oü huit pouces de l’haim ,un petit plomb qu’on fait plus ou moins léger, fuivanc la vîteife du courant : au refie cette pèche fe pratique dans prefquc toutes les faifons de l’année. Voilà alfez infifter fur la pêche avec les haims , dont j’ai déjà eu occalîon de parler en plus d’un endroit , tant de la première partie que de cette fécondé ; & à l’égard des filets, je ne parlerai que d’une efpece qui relfemble beaucoup à ceux que nous avons appellés araignées.
- 397. Ce filet efi fait de foie verte i la tête eft bordée d’une fine cordé de crin noir, où l’on ajufte des flottes de liege coupées en petites tranche! de trois pouces de longueur , d’un pouce de largeur & de trois lignes d’é-paifleur j on les attache avec de la foie fur la corde de crin qui borde la tète du filet, les mettant à deux pieds les unes des autres. Pour que le filet fe place verticalement dans l’eau, on attache des balles de plomb à la corde qui borde le pied du filet ; mais il faut éviter d’en mettre trop, parce qu’il faut que la tète du filet fe tienne à la furface de l’eau. On tend ce filet fédentaire fuivant la direction du courant, & jamais par le travers de la riviere j c’eft pourquoi on choifit un endroit où fon lit foit droit, fans coudes , tournans ni tourbillons autant qu’on le peut, à un endroit où les bords foient plantés d’arbres & garnis de crôrtes ou de fous*rives : on laifle le filet ainfi tendu toute la nuit, afin que les poilfons qui fortent des trous pour chercher leur vie', donnent dedans.
- Pêcherie des faumons établie dans la Semoi.
- 398- La Semoi eft une petite riviere de la Champagne fort poiffonneufe, dont les eaux très-limpides coulent avec rapidité : elle prend fa fource dans le Luxembourg , & parcourt fur un beau gravier environ vingt lieues du pays des Ardennes vient fe décharger dans la Meufe ,trois lieues au-delfous de Charleville, & à; peu près cent toifes au-delfous de l’abbaye dé
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- T RA II Er DES PECHES. Partie IL ’
- la Val-Dieu, de l’ordre des prémontrés, qui ontj fait conftruire fur cette riviere plufieurs pêcheries de faumons , entr autres f celle que nous allons décrire, qui eft auprès de la maifon abbatiale: elle2eft très-bien entendue.
- 399. Comme j’étais prévenu que les fumions quittaient volontiers la Meufe pour entrer dans les eaux vives de la Semoi, je délirais connaître en détail l’établiifernent de la belle pêcherie de la Val-Dieu , & ayant appris que M. Lilfoire, qui en eft abbé, était pour quelque tems à Paris» j’allai aux prémontrés le prier de me procurer les éclaircilfemens que je délirais : il me fit l’accueil le plus gracieux ,.<St a fatisfait ma curiofité au-delà dé ce ;que je pouvais efpérer:ilfe donna même la peine de faire une efquiife de cette pêcherie , & a bien voulu corriger le deilin que j’en fis faire : c’eft d’après ces corrections que j’ai faic graver la planche IV: AB figure 4, eft la Meufe ;C C, les bras de la Semoi qui fe rendent dans la Meufe, environ cent toifes au-defsus de B. On prend des faumons & des truites dans la Meufe au-defsous de ces bras, mais prefque tous les faumons pa'fsent dans la Semoi, & on en prend très-peu dans les gords établis dans la Meufe au-defsus de E en D D. Auili ces gords ne font point defti-nés à prendre des iàuinons, puifque la plupart ont leur embouchure tournée du côté d’amont. Si les pêcheurs efpéraient y en prendre,ils tourneraient l’embouchure du côté d’aval ; de forte que l’on ne prend prefque dans les gords E , F , &c. que des carpes, des brochets, & d’autres poifsons qui fuivent afsez fouvent le cours de l’eau : mais dans la faifon de la montée des faumons , les pêcheurs en prennent ,1e plus qu’ils peuvent avec des filets qu’ils tendent dans la Meufe à la partie E F » à l’endroit indiqué par la ligne pon&uée F, leur intention étant de faifir au pafsage, les faumons qui veulent entrer dans la Semoi : malgré cela il en pafse afsez confidérablement dans cette riviere, & on les y prend au moyen des pêcheries établies en G» en H& en \ 9fig. 4,& même en remontant la Semoi jufqu’au defsns de Bouillon: mais je me bornerai à décrire avec foin ,1a belle pêcherie de la Val-Dieu qui eft en G 9fig. 4, & je ne dirai qu’un mot des autres. . «
- - 400. L’endroit de cette riviere où eft établie la pêcherie , eft revêtu des deux bords en maçonnerie , comme on;le voit en KK & LL 9fig, 3 : je ferai feulement obferver que le revêtement du côté L L devrait être aufli élevé que celui K K y maison fafuppoié abattu en partie pour laifser -appercevoir les objets qui font derrière. Le revêtement KI( eft prolongé par un clayonnage: MM , deftiné à diriger le cours de l’eau dans la. pêcherie- à .retenir- dans les tcras de crue les eaux dans le lit de la riviere. On voit toute Détendue de ce clayonnage en G M, j%. 4. . ,
- 401. Cet i e pêcherie confifte en un corps, de charpente d’environ trente pieds tn quurré , qui traverfe en entier le bras Gtfig. ,4. La partie d’amont
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- Se ct. IL Bu faumon, & des poiffons qui y ont rapport. 40 ?
- eft formée par deux fermes N N & O O, fig. 3. La ferme NNeft deftinée à donner de la folidité à la ferme O O ; car comme elle eft du côté d’amont, elle reçoit le choc des glaces & celui des bois qu’on flotté à bois perdu dans la Se-moi. Entre ces deux fermes il y a un plancher P, foutenu par des entretoifes ou des traverfes qui donnent de la folidité à la ferme O O , & forment un pont pour traverfer ce bras de riviere. Ce pont eft de plus néceflaire aux pécheurs pour lever ou abailfer les empellemens T, V", V, lorfque le cas l’exige : les poteaux montans Q_, R , S, &c. de la ferme OO, forment huit vannes , pelles pu éclufes; les efpaces QQ.& RS ne font point garnis de grillage; ils peuvent feulement être fermés quand on le juge à propos par les pelles X & T, qu’on leve dans certaines circonftances, afin de lailfer un libre paifage à l’eau. Tout cela deviendra clair dans la fuite. Les autres éclufes. Q_R, RR , SV, VV, &c. font garnies d’un grillage aflujetü à demeure pour lailfer palfer l’eau ; mais il eft aflez ferré pour retenir le poilfon; & quand on veut empêcher l’eau de traverfer la pêcherie, on bailfeles pelles V, V, V, &c.
- 402. Nous avons dit que les propriétaires de ces pêcheries étaient obligés
- de lailfer palfer les bois qu’on flotte à bois perdu dans leur riviere ; en ce cas, quand les marchands avertiifent qu’ils vont jeter du bois à l’eau , on ouvre la pelle X qui eft entre les montans Q_, Q_i & quelquefois aulîi la pelle T , qui eft entre les montans R & S , & en ce cas on ôte la nalfe i, ce qui fournit deux palfages au bois ; l’un entre Q_& R , l’autre entre R & S. Quoique ces palfages foient ouverts, & qu’il y ait des gens au-delfus de la pêcherie occupés à déterminer les bûches à palfer par ces éclufes, il arrive fouvent qu’il s’amalfe des bois du coté d’amont aulîi haut que la ferme NN, ce qui oblige de faire les fermes, avec de fort bois de charpente. Lorfqu’il furvient des débordemens, le bois brife quelquefois le clayonnage MM, 3 , ou GM,fig. 4, & il fe
- répand fur les prés LL, fig. 2. Dans ces cas les marchands font quelquefois des pertes conlidérables : cependant ils font obligés de donner aux propriétaires de la pêcherie 40 f. par 24 heures pendant tout le tems que dure le flottage , -pour les dédommager du chommage de la pêcherie & de celui du moulin qui eft auprès. Quand il a palfé une certaine quantité de bois , 011 ferme les empellemens pour donner le tems aux marchands de tirer à bord celui qui s’eft rendu auprès de l’embouchure de la Semoi dans la Meufe vers C 9fig. 4. Quand ces bois font tirés de l’eau , on ouvre les pelles de la pêcherie pour faire un fécond flot, puis un troifieme , &c.
- 403. Quand on ne flotte pas, on tient la pelle X entre Q_& Qfermée,de peur que les faumons ne profitent de ce paifage pour monter au haut de la riviere. On tient auflî ouverte la pelle T entre R & S, pour que les poiflons de toute efpece qui defcendent la Semoi en fuivant le cours de l’eau , fe rendent clans la nalfe i 9 fig. 3. Cette nalfe eft repréfentée à part fig. 5. Les pelles V,V, V
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- reftent levées, & les grilles en place pour laiffer à l’eau fon cours libre, Si arrêter les faumons qui veulent remonter la riviere. Néanmoins quand les eaux font baffes, on abaiffe quelques-unes de ces pelles , & même on les ferme toutes quand on a befoin d’eau pour faire tourner le moulin que nous n’avons pas repréfenté à la figure première.
- 404. La ferme d’aval YY eft faite précifément comme celle d’amont NN, & les montans de cette ferme font liés à ceux de la ferme OO par des traverfes a b , c d, ef9 &c. qui elles-mêmes font fortifiées par des montans , des arc-boutans q, & de tems en tems quelques traverfes. Nous avons retranché en tout ou en partie plufieurs de ces pièces de charpente , pour que les autres fuffent plus fenfibles.
- 40 f. Entre les montans h & i de la ferme YY , il n’y a point de grillage, parce que l’éclufe h étant uniquement deftinée à laiffer paffer le bois qu’oa flotte , elle doit dans ces cireonftances refter ouverte : mais quand on ne flotte pas, on ferme fa pelle X pour que l’eau fe porte au moulin ou aux autres éclu-ïes; il faut feulement remarquer que cette éclufe eft féparée du refte de la pêcherie par une cloifon de planches attachées à la traverfe a b.
- 406. A l’égard de l’éclufe qui eft entre les montans R & S de la ferme OO, elle eft de même féparée du refte de la pêcherie par deux cloifons , une qui eft attachée à la traverfe c d, & l’autre à la traverfe ef ; mais une partie de cette cloifon «/eft formée par un grillage de barreaux qui font affez près à près pour que les poiffons ne puiffent palier entre ; l’eau feulement a un libre paffage pour fuppléer à la naffe i quand elle fe trouve obftruée par des immondices.
- 407. Entre les cinq autres montans de la ferme YY, il y a un grillage q q q , &c. qui eft en forme de goulet, comme on le voit fig. 6 , pour que les faumons qui montent la riviere puiffent entrer dans la pêcherie par l’ouverture d d, fig, 6 i mais pour qu’ils ne puilfent en fortir, il y a à cet endroit des baguettes fouples & pointues qui prêtent quand les poiffons remontent, & qui fe rapprochent pour s’oppofer à ce qu’ils puiffent defcendre : on voit à peu près la difpofition de ces baguettes au-deifus de e,fig. 6.
- 408. On conçoit qu’au moyen des cloifons qui font en a b, cdSc ef, il y a dans la pêcherie deux chambres féparées l’une de l’autre m & n ; de forte que quand les eaux font baffes, on peut ne fe fervir que d’une, ou des deux lorfqu’il y a fuffifamment d’eau pour permettre de lever toutes les pelles. Enfin toute l’étendue de la pêcherie eft planchéyée , pour que le courant d’eau qui y eft fort rapide , 11e forme point d’affouillemens.
- 409. Maintenant qu’on conçoit la difpofition de cette pêcherie, il faut dire comment on en fait ufage pour prendre les faumons. Il faut fe rappeller que la coulée d’eau ou l’éclufe qui eft entre les montans QQ_de la ferme OO, îi’eft point deftinée à prendre des poiffons, mais feulement à laiffer paffer le
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- bois qu’on Jette à flot dans cette riviere ; ainfi dans le tems du flottage oft tient la pelle X levée ; mais on la ferme lorfqu’il n’y a point de bois dans la riviere, afin qu’il ne remonte point de /humons par cette éelufe, parce qu’ils feraient perdus pour les propriétaires de la pêcherie.
- 410. A l’égard de féclufe qui eft entre les montans R & S de la ferme OO, les faumons ne peuvent y pafser à caufe de la nafse i qui ferme le pafsage aux poifsons venant d’aval i mais l’eau la traverfe ; & comme il n’y a point de grillage entre R & S , les faumoneaux & les autres poifsons qui viennent du haut de la riviere traverfent cette éelufe, & entrent dans la nafse i.
- 411. A l’égard des faumons, lorfque les pelles VV de la ferme OO fonfe levées , l’eau entre au travers des grillages dans les chambres «z ou «, 8c les faumons pafsent dans ces mêmes chambres par les œillets ou les grillages ert goulets qqq qui font à la ferme d’aval Y Y ; & étant arrêtés tant par les grillages qui font à la ferme d’amont OO que par ceux en goulets qui font à la ferme d’aval YY, ils font renfermés dans les chambres m 8c «comme dans des réfer-voirs : pour les prendre aifément, on abaifse les pelles VV de 1a- ferme OO } alors l’eau de la riviere ne pouvant entrer dans les chambres m ou n , 8c celle qui était dans ces chambres pouvant s’écouler par les grillages q q, les faumons relient à fec fur le plancher de la pêcherie , & on les prend ou à la main, ou avec un filet à peu près femblableà celui qui eftrepréfenté , fig. 7 , ainfi que le fait le pêcheur g, &c. comme on prend le poifson fans le blefser , on le met dans un réfervoir avec d’autres poifsons ; & on leve les pelles V, V, pour que )’eau traverfe la pêcherie, 8c qu’il y entre des faumons par les goulets de la ferme d’aval YY.
- 412. Il s’accumule quelquefois du fable vis-à-vis les grillages delà ferme OO. Pour l’enlever à peu de frais, deux hommes fe mettent à Peau , & ils préfentent fuccefïivement vis-à-vis chaque grillage, une planche dont la longueur eft pareille à la largeur de féclufe; cette planche qu’on place fur-le-champ repofant par un de fes bords fur le fable , chacun s’aidant d’un piquet qu’il enfonce dans le fable, ils entretiennent cette planche à peu-près verticalement : la viteife du courant qui pafse fous la planche, emporte le fable ; & en répétant cette manœuvre fucceftivement vis-à-vis toutes les éclufes , le fable eft emporté promptement 8c fans frais. Si l’on veut, pour faciliter cette opération , augmenter la vîtefse du courant, 011 ferme toutes les pelles, ne laiftant de levée que celle où l’on veut emporter le fable. Quand la nafse i eft remplie d’herbes & de vafe , on la détache des montans où elle tient, pour la vuider.
- 413. Il y a, comme nous l’avons dit, en H & en I ,fig. 4, de petites pêcheries ; elles font formées par line enceinte quarrée de piquets, 8c l’on ménage du côté d’aval un goulet N par lequel les faumons entrent dans la pêcherie, comme les
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- fouris dans certaines fouricieres de fil d’archal ; c’eft pour cette raifon que ces pêcheries fe nomment des fouricieres. ?
- 414. En faifant attention à la difpofition de cette pêcherie, on apperqoit qu’on peut laifser couler l’eau au travers d’une des chambres m ou n, & mettre l’autre à fec pour la pêcher. Quand il y a beaucoup d’eau dans la riviere, on peut lever toutes les pelles, celle du moulin , celle du fautoir ( c’eft ainfi qù’011 appelle Péclufe où eft la nafse ) , & celles qui répondent aux chambres m ou n j mais quand les eaux font bafses, on en tient une partie fermée : & comme prefque tous les ans, il arrive des débordemens de la Semoi, il pafse' alors beaucoup de faumons par-defsusle clayonnage M G,J%. 4, qu’on nomme la batu, & Peau recouvre les isles & terres LL, fig. 4. Les faumons qui profitent de ces inondations remontent la Semoi , & l’on en prend à l’embouchure des ruifseaux qui s y rendent , foit avec des filets ou dans des nafses qu’on nomme ailleurs gords \ ce font des cloifons de clayonnage qui abou-tifsent à un verveux ; nous en avons repréfenté fur la Meufe en D JD,
- avec cette différence que pour prendre les faumons , il faut que la partie évaféede la nafse fe préfente au bas de la riviere.
- 415. La pèche commence ordinairement en octobre, lors des pluies qui font gonfler la Semoi, & elle dure à peu près fix femaines , ou plutôt autant de tems que la riviere n’eft ni trop haute ni trop bafse. Il s’y prend aufli quelques faumons dans les autres faifons de l’année j mais c’eft en petite quantité.
- 415. On prétend à cette pêcherie , que les bécards font les mâles ; entre les faumons qui remontent l’automne à la Val-Dieu , il y en a de femelles qui ont jufqu’à dix livres d’œufs dans le corps. On dit qu’il ne remonte point de bécards l’été, & qu’alors les femelles font vuides d’œufs.
- 417. On penfe encore que les faumons qu’on prend l’automne dans la Semoi ont la chair blanche , & que ceux qu’on prend l’été l’ont rougeâtre ; mais M. l’abbé que j’avais confulté fur le changement de couleur de la chair des faumons , m’a dit que fur cela il ne faifait que rapporter le fen-timent des pêcheurs. J’ai déjà dit que les prémontrés ont au bord de la Semoi un grand réfervoir, où ils confervent toutes fortes de poifsons ; les faumons y maigrifsent de jour à autre, de forte qu’un faumon de vingt-cinq livres qu’on a mis dans le réfervoir en otftobre ne pefe plus que dix-huit ou vingt livres en juillet ;& il pafse pour confiant que les faumons ainfi renfermés n’attaquent aucun des poifsons qui font dans ce même réfervoir ; ils font abftinence & maigrifsent, pendant que ceux qu’on pêche l’été dans la Semoi , s’y font engraifsés pendant le féjour qu’ils y ont fait depuis l’automne; on prétend feulement que leur chair eft moins rouge «jue celle des poilfons qui remontent : on ignore quelle nourriture ils trou-
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- Vent dans la riviere pour s’y engraiffer. On verra dans la fuite qu’en y prêtant attention, 011 trouve dans l’eftomac des laumous des débris d’in-fe&es , de cruftacées & de petits poiffons, & qu’on fait dans le nord de grandes pèches de faumons avec des haims.
- 418- Il paife pour confiant que les faumons fraient dans la Semoi,& que dans ce tems ils maigrilFent. Vers la fin de mars ou au commencement d’avril, il defcend du haut de la Semoi de petits poiffons gros comme des fardines,qui reifemblent entièrement aux faumons; font-ce des fau-moneaux qui defcendent à la mer , ou des poiffons d’une efpece particulière? Nous avons diicuté cette queftion plus haut en parlant des tocans. On m’affure qu’à la Val-Dieu , on préféré les Bécards aux antres faumons » quoique par-tout ailleurs 011 n’en faffe aucun cas.
- Pêche du faumon & de la truite dans P amirauté de Saint - Valéry-
- fur -Somme.
- 419* Les maîtres des gribannes qui naviguent dans la Somme, depuis Saint-Valéry jufqu’à Amiens, prennent des faumons avec de grands carreaux A, pi. V\fig. I, tant dans l’eau douce, lorfque le calme , les vents contraires ou les baffes eaux les empêchent de faire leur route. Ce filet a une braffe & demie en quarré ; l’ouverture des mailles eft de fix à huit lignes : ils attachent leur carrelet à une corde qui paffe dans une poulie frappée au bout d’une vergue pour le relever aifément , quand on juge qu’il y a du poiffon dedans. Cette pêche a déjà été repréfentée, dans la première partie , fécondé fection. Les habitans de Saint-Valéry qui font logés au bord de la riviere de Somme , pêchent aufli des faumons par leur fenêtre avec un grand, échiquier ajuffé fur une poulie , comme le font les maîtres des gribannes, ce qu’on nomme en quelques endroits pêcher au hunier.
- 420. On pèche encore dans la Somme des faumons & des truites avec de grands verveux B C ,pl. fig. I , que les picards nomment vergmuLs ou vergneux : on en place quatre , cinq, & plus ,à côté les uns des autres, de forte qu’ils traverfent une grande partie de la riviere , & on choiflt les endroits où i»l y a le plus de courant ; l’ouverture qui eft du côté d’aval s eft d’une braffe ou environ ; alors ils prennent les poiffons qui remontent la riviere ; mais ils les retournent pour diriger l’embouchure des verveux du côté d’amont, lorfqu’ils jugent que les poiffons veulent retourner à la mer, ou pour pêcher de marée montante. Ces verveux font tenus ouverts comme les autres, au moyen de cerceaux faits avec de menues baguettes^ & à chaque cerceau il y a un goulet > au moyen de quoi les poiffons qui Tome X F f f
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- 4io TRAITE1 DES PECHES. Partie IL
- font entrés dans les verveux ne peuvent en fortir : les mailles de ces ver-veux font de deux pouces & plus d’ouverture en quarré ; ainfi ils n’arrêtent point les petits poiffons , à moins que des immondices ne ferment les mailles. Ces filets forment comme des arcades, ayant un côté coupé quarrément pour qu’il puiife repofer plus exa&ement fur le terrein. On voit pi. V,fig. 2 , comment on diftribue ces guideaux dans le lit des rivières.
- 421. Dans la riviere de Palluelle , amirauté de Saint-Valéry » on pêche les truites avec une faine c d, pl. Il ,fg. 6 , qui traverfe toute la riviere, ayant environ quarante braifes fur deux de chute; on la haie d’un bord & de l’autre, & un homme dans un petit bateau b fuit le filet pour tranfpor-ter un bout du filet d’un bord à l’autre, & aufli les pêcheurs quand le cas l’exige, Il y a encore en Picardie ,proche Montreuil, un village nommé Altïn , dans la riviere duquel il fe trouve des truites très-eftimées ; elles ne dilferent point des autres truites ; on attribue leur bon goût à la qualité des eaux qui font vives. On en troilVe aufli à Eftables & à Camier , qui font très-bonnes & faumonnées ; mais on ne les prend qu’à la côte avec des étentes ou des bas parcs , & en très-petite quantité j mais comme dans ces endroits il n’y a point de pêcheries établies pour prendre ces poi£ fons, nous nous bornons à une Ample indication.
- Article IV.
- De la pèche des faumons & des truites fur les côtes de Normandie.
- 422. J’Ai déjà dit qu’on prenait des faumons & des truites dans les parcs & les étentes qu’on établit fur les côtes de Normandie ; d’où on peut conclure ,fans craindre de fe tromper, qu’il entre de ces poiifons dans les rivières de cette côte qui fe déchargent à la mer : comme ce qu’on dit d’une riviere , peut avoir fon application aux autres, je me bornerai à donner quelques exemples.
- A Fefcamp.
- 425. Au-dessus des écîufes du port de Fefeamp , & au pont du- prieuré Saint-Antoine , paroifse Saint-Nicolas , en un mot dans les petites rivières, de Vallemont & de GauiFeville qui fe déchargent dans le port de Fefcamp, il fe trouve des faumons que les pêcheurs prennent fréquemment avec des faines dont les mailles ont douze à treize lignes d’ouverture en quarré : leur façon de pêcher fe trouve repréfentée à la première partie , fécondé
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- Sect. II. Du faumon, & des poiffons qui y ont rapport. 411
- ïèdion, Quelques-uns emploient des filets à manche ; mais ce n’eft pas l’ordinaire
- A Dieppe.
- 424. Sachant qu’on prend des faumons & des truites dans la riviere d’Arques qui Te décharge dans le port de Dieppe , j’ai prié M. le Teftu, tréforier des invalides dans ce port, de me procurer quelques détails fur les pêches qui fe pratiquent dans cette riviere. Il m’a marqué qu’on y prend peu de faumons, mais afsez abondamment des truites qu’on fournit au pourvoyeur de la cour ; il n’eft pas rare d’en prendre de fept à huit livres, & quelquefois de dix à douze. Il y a encore fur cette côte d’autres rivières qui fournifsent des faumons & des truites ; mais comme la plupart de ces poifsons fe prennent, comme nous l’avons dit, dans des parcs & des éten-tes qu’on fait au bord de l’eau , je me bornerai pour ce qui regarde les côtes de Normandie, à parler des pêches qui fe font auprès de Caen dans la riviere d’Orne.
- A Caen.
- 42?. Ayant pafsé un tems afsez confidérable à Caen, je favais qu’on prenait des faumons dans la riviere d’Orne , depuis la mer jufqu’à quelques lieues au-defsus de Caen; mais je ne me fouvenais pas d’y avoir vu des établifsemens exprefsément deftinés à la pèche de ces poifsons ; pour m’en afsurer,je me fuis adrefsé à M. Viger, lieutenant général de cette amirauté , qui fe prête obligeamment à fatisfaire ma curiofité fur les pêches qui fe font dans l’étendue de fa jurifdidion. Ii m’a marqué qu’011 n’avait fait dans l’Orne ni digues , ni chaufsées, pour établir des pêcheries de faumons ; qu’on en prenait à l’entrée de la riviere,dans les bas parcs & les guideaux que j’ai décrits à la première partie de mon ouvrage, fécondé fe&ion : mais M. Viger ajoute que le long de la promenade de la ville qu’on nomme le cours ^ les chaufsées de pierre qui ont été faites pour diriger l’eau de la riviere vers les moulins, forment de-vraies pêcheries.
- 426. Quand l’eau n’eft pas afsez haute pour pafser par-defsus les chauffées , elles arrêtent les faumons qui voudraient remonter la riviere , & il s’en amafse au-defsus des chaufsées qu’on prend avec des faines ; mais af-fez fouvent l’eau pafse par-defsus , & les faumons les franchifsent à l’aide du flux ; alors iis fe trouvent renfermés entre les chauffées des moulins , où on les prend avec de grandes faines qui traverfent tout le canal de l’Orne ; on fe fert d’un bateau pour tendre le filet & le traîner de concert avec d’autres pêcheurs qui reftent à terre ; puis le bateau décrivant une portion de cercle
- F ff ij
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
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- joint ceux qui halent au bord de la riviere, pour tirer le filet fur le rivage 8c prendre le poiflon. Cette façon de pécher eft décrite première partie , fécondé fe&ion. On prend ainfi quelques faumons pendant toute l’année , mais plus abondamment dans des faifons que dans d’autres.
- 427. Outre la pèche que nous venons d’expofer, les habitans des villages bordiers de l’Orne , prennent quelques faumons depuis la mer jufqu’à Caen avec de petits filets qu’on nomme picots , & de petits bateaux qu’ils appellent picotcurs ; j’ai parlé de cette pèche , première partie , fécondé fe&ion,
- 428. M. Viger mve marque encore qu’il eft rare de prendre des truites dans l’Orne jufqu’à trois lieues au-deifus de Caen , à l’endroit nommé Vivot, où la riviere de l’Aine fe perd dans l’Orne, entre la paroilfe de Fontenay-l’abbaye & Clinchamp-fur-Qrne ; on en prend, ainfi que d’autres excellens poiifons, au-delfus de l’Aine jufqu’à la fource de l’Orne , 8c encore plus dans l’Aine : entre-ces truites , les unes ont la chair blanche > d’autres font faumonnées, & celles-ci font le plus eltimées.
- 429. M.Viger qui examine les chofes avec exaditude, me marque , i*. que les faumons qu’on pêche tant au deifous de Caen jufqu’à la mer, qu’au-delfus en remontant l’Orne , ont des œufs 8c de la laite en hiver ; que ces œufs deviennent de plus en plus abondans par progreffion jufqu’à la faifon du frai , qu’on eftime être ordinairement depuis la mi-mai jufqu’en juillet: quoique cette réglé fouffre des exceptions , elle peut néanmoius être regardée comme générale. 2°. Sauf plufieurs exceptions , la plupart des femelles font vuides d’œufs en août ; celles qui viennent de finir leur ponte , font maigres ; mais celles qui ont frayé les premières, font gralfes 8c de bon goût. 3°. En feptembre les faumons reprennent chair, & alors elle a de la confiftance ; elle eft délicate & de-bon goût; dans les mois fuivans , ces poiifons continuent à engraiffer & augmentent encore de qualité. 40. La ville de Caen n’étant éloignée de la mer que de trois lieues, il y remonte des faumons prefque toute l’année , à la vérité plus abondamment en certaines faifons que dans d’autres ; mais on ne fait aucun doute qu’il y en a qui, prelfés de fe décharger de leurs œufs, les dépofent dans fefpace compris depuis la mer jufqu’à la ville , pendant que d’autres plus tardifs remontent plus ou moins loin vers la fource pour faire leur ponte. $®.IÎ eft donc certain que dans la faifon du frai les faumons deviennent maigres & de mauvais goût ; & que quand ils font rétablis de cette maladie ils reprennent chair , puis ils engraiflènt & font très-bons, fans qu’on puilfe attribuer cette dilférence de qualité à l’eau douce ou faumâtre dans laquelle ils ont vécu. 6°. Il paife néanmoins pour certain que la qualité des eaux» & de la nourriture influe beaucoup fur la bonté de ces poiifons ; en confé-quence on convient affez généralement que les faumons qu’on «prend dans l’Orne , depuis la mer jufqu’à environ trois lieues au-deifus de Caen , qui eft
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- Sect. IL Du faumon, & des poijjons qui y ont rapport. 413
- a peu près l’étendue du flot des équinoxes , ont la chair plus ferme & de meilleur go Lit que celle de ceux qu’on pêche plus haut ; ils font encore bons juG-qu’au bourg d’Harcourt; mais au-deifus ils font d’une qualité inférieure, quoiqu’il y en ait de gros & dont la chair foit délicate ,mais d’un goût moins relevé. 70. Comme j’avais demandé àM. Viger s’il était informé que les fau-mons après le frai eutfent des égratignures fous le ventre , que quelques-uns attribuent à des morfures d’infeêtes , il m’a répondu qu’après la faifon du frai prefque tous les poiifons , faumons, truites & autres , ont de ces égratignures ; qu’on en remarque beaucoup aux flondes ainiî qu’à d’autres poiifons , & qu’unanimement on attribue ces égratignures à ce que les femelles fe frottent contre le gravier pour faire leur ponte ; que le fond de l’Orne étant de roche & de gravier, il eft très-propre à recevoir le frai des faumons , mais auifi à occaiîonner les égratignures du ventre dont il s’agit ; & effectivement il m’a paru que ces égratignures 11e reifemblent point à des morfures d’infedes , non plus qu’à celles de gros poiifons voraces. 8°* Les pêcheurs prennent dans leurs chevres & guideaux dès le mois de feptembre une quantité de faumons du premier âge; dans les mois fuivans, ils en prennent qui ont huit ou dix: pouces de longueur; & on en prend pareillement à l’embouchure de l’Orne, entre la paroilfe d’Anfreville & celle d’Oyftrehan. Voilà des obfervations qui me paraiflent établir , comme je l’ai toujours penfé , que les faumons fraient dans les rivières; & que les jeunes faumoneaux retournent à la mer, les uns étant fort petits & les autres plus gros : ces faits feront confirmés par d’autres obfervations.
- Pêches qui fe pratiquent dans la baie du Mont-Saint-Michel, amirauté J de Grandville, &c.
- 430. Entre autres façons de prendre les faumons, les pêcheurs fe fervent de filets qu’ils nomment rets à faumons , qui font faits de bon fil retors ; les mailles ont trois pouces d’ouverture en quarré , les pièces ont vingt-cinq à trente brades de longueur, & feulement quatre pieds de chûte : on tend le filet fur des pieux qui ont fix pieds de longueur ; on les enfonce d’un pied & demi ou de deux pieds dans le fable,les plaçant à trois pieds les uns des autres ; on ne pèche avec ce filet que d’ebe: quelques poiifons fe maillent, d’autres font feulement arrêtés par le filet. Pour que le courant n’emporte pas les pieux & le filet, on ne pêche que de morte-eau : quand les pêcheurs s’apperçoivent par les mouvemens du filet que quelques poiifons ont donné dedans, ils vont dans l’eau les prendre avec un haveneau ; & fi les rivières n’ont pas beaucoup de largeur,on les traverfe entièrement avec le filet. Nous avons déjà parlé de cette façon de pêcher.
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- *i4 TRAITE' DES PECHES. Partie IL Article V.
- De la pêche des faumons & des truites en Bretagne.
- 43 T. Il remonte beaucoup de faumons & de truites dans les grandes <5c petites rivières de Bretagne , ce qui a engagé à y établir beaucoup de pêcheries , dont la conftru&ion eft très-variée : nous nous propofons de les faire connaître > mais pour éviter les répétitions , nous nous contenterons d’indiquer celles dont nous avons déjà eu occalion de parler j nous décrirons les autres plus en détail.
- De plufieurs petites pêches qui fe pratiquent en différens endroits.
- 432. Dans cette province comme dans beaucoup d’autres , on emploie Téchiquier , l’épervier , les hameçons ; on forme fur les plages & fur les bords des rivières qui ont beaucoup de largeur, des gords, des elpeces de bas parcs avec des filets ou des clayonnages 5 quelquefois aufli on tend par fond un filet qui a environ cent bralfes de longueur, fur deux de chute, dont le pied eft chargé de beaucoup de plomb ; c’eft une efpece de folle dont les mailles ont quatre pouces d’ouverture en quarré , & qui eft faite avec du fil aifez délié ; de plus on traîne des collerets, des faines, des tramails, même des filets à manche avec un ou deux bateaux , ainfi que nous l’avons repréfenté première partie , fécondé fedion. Comme il a déjà été plufieurs fois queftion de ces différentes façons de pêcher, nous nous abftiendrons d’entrer à leur fujet dans aucun détail ; mais nous allons effayer de donner une idée des pêcheries de Bretagne expreifément établies pour prendre des faumons , des truites , & autres poiflons de cette famille.
- 433. Dans les petites rivières où il n y a point de navigation , on traverfe, comme nous l’avons déjà dit, tout leur lit par un filet AB , pl. III,fig.i 5 fou-tenu de diftance en diftance par de forts piquets CC qui entrent dans le fond. Les mailles de ces filets doivent être larges pour qu’ils foient moins fatigués par le courant * & afin de ne point arrêter les petits poiffons. Quelquefois au lieu de filet, on traverfe la riviere par un grillage,/?/. IV^fig. 1 ; nous en avons parlé plus haut. Mais quand il faut Iaiffer un pafsage aux bateaux, fi l’on a tra-verfé la riviere par un grillage ou clayonnage BB,/?/. III ,fig. 4, on laifse au milieu un pafsage vuide AA où l’on tend un filet qu’on laifse tomber au fond de l’eau , quand il fe préfente un bateau , & qu’011 releve Iorfque le bateau eft pafsé.
- 434. Dans la même vue d’arrêter les poifsons qui veulent remonter le courant on fait des établifsemens plus folides. Pour cela, pl. V,fig> 3 ,on traverfe
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- Sect. IL Du faumon , & des poiffons qui y ont rapport. 41$
- toute la riviere par une digue AB , à laquelle on ménage de diftance en distance des ouvertures CC , pour laifser une échappée à l’eau , les parties F, F, font Solidement établies tantôt en pierre , tantôt en bois, & afsez Souvent partie en pierre & partie en bois ; les parties faites en pierre étant fortifiées des deux côtés par des montans de bois dont le pied enfonce dans le terrein , les pieux du côté d’aval font joints avec ceux du côté d’amont par des traverfes afsemblées à la tête des pieux montans, comme on le voit dans la même figure; au refie on conftruit différemment ces digues Suivant que les matériaux, bois ou pierre , Sont plus ou moins communs, & Suivant la dépenfe que les propriétaires Font en état de faire.
- 43S- Quelquefois pour augmenter encore la Solidité de ces digues, qui doivent avoir 8 ou 10 pieds d’élévation au-defsus des bafses marées, on forme le côté d’amont en plan incliné revêtu de folives qui en Suivent la pente & excédent de quelques pieds la face qui eft à-plomb , pour former un auvent qui empêche les Saumons de s’élancer par - defsus ; les folives qui font Sur le côté incliné, font afsujetties par des membrures pofées horifontalement, & le tout eft couvert de fortes clayes qui ont chacune fix pieds de hauteur fur trois de largeur ; on en met trois ou quatre rangs pofés les unes au-defsus des autres ; comme il convient que toute la partie d’amont en Soit couverte, il en faut quelquefois cent douzaines qu’on renouvellera tous les deux ans , ou même plus Souvent. Mais quoique cette précaution Soit bonne , 011 ne la prend pas pour toutes les pêcheries. A l’égard des ouvertures C C , on les ferme avec des barreaux qui laifsent entr’eux un pouce ou un pouce & demi de diftance ,pour laifser une coulée à l’eau, & échapper les petits poifsons.
- 436. On conçoit qu’une pareille digue arrête les faumons & les truites qui s’accumulent du côté d’aval , où on peut les prendre par différen& moyens , comme nous l’avons expliqué plus haut ; mais pour fe difpenfer de faire cette pêche,on ajufte quelquefois aux endroits CG des guideaux, des verveux ou des nafses dont les unes ont l’embouchure du côté d’aval pour prendre les poifsons qui refoulent le courant; & quelques autres ont leur embouchure du côté d’amont, pour prendre les poifsons qui Suivent le cours de l’eau. Plus communément on prend les Saumons & les truites dans un coffre E, ainfi que nous allons l’expliquer..
- Des coffres à faumons-
- 437* Les faumons étant arrêtés par la digue A B , pl* V ,fig* 3 , dont os voit une petite partie pL 4,1a côtoyant pour chercher un paftago
- qui leur permette de remonter vers la Source de ces rivières *& étant at-
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- 4i<5 TRAITE DES P, E C H E S. Partie IL’
- tirés par un courant rapide qui fort du coffre H, ils entrent dans ce coffre par l’ouverture E, dont nous allons donner la defcription, & ils font pris.
- 438. Souvent les meuniers barrent par une chauffée , tout le lit d’une riviere pour déterminer l’eau à fe porter fur la roue de leur moulin ; & en ce cas, afin de prendre les faumons qui font arrêtés par cette chaufsée,ils forment par une petite tranchée un cours d’eau D D, qui part du haut de la riviere, & répond à un endroit où ils établifsent un coffre E, ou H,pL VII19 qui a environ fix pieds de largeur fur dix pieds de longueur plus ou moins: ils enfoncent ce coffre dans l’eau des deux tiers de fa hauteur, & il a à chaque bout près du fond une ouverture E quarrée , ronde , ou ocftogone, pi. V ,jïg. ç , d’environ 18 pouces de diamètre ; le fond du coffre eft formé par des planches bien jointes pour que la rapidité de l’eau ne l’entame point ; l’ouverture E qui eft du côté d’aval eft garnie d’un goulet de fil de fer, ou de baguettes fouples qui fe terminent en pointe, de forte que fi l’embouchure A,pi. Fyfig. 6, de ce goulet ou entonnoir a J8 pouces de diamètre, le petit bout B n’en a que cinq ou fix ; la longueur de ce goulet A B peut être d’un pied & demi ou deux pieds : la fouplefse de ces verges de fer ou de bois , fait que les faumons par les plus petits efforts peuvent entrer dans le coffre; mais comme par leur refsort les pointes fe rapprochent, les faumons ne peuvent fortir par l’ouverture E qu’ils ont franchie pour entrer.
- 439. On fait à ce coffre du côté d’amont,une ouverture qui reçoit l’eau du courant DD,/. V, mais pour que les faumons & les truites ne puifsent. en profiter pour s’échapper, on y met une grille qui permet à l’eau de paf-fer avec rapidité , & qui arrête le poifson. Ce coffre a ordinairement un couvercle H, fermant à clef, non-feulement pour qu’on ne vole pas le poiE fon, mais encore pour éviter qu’il ne faute par-defsus. Il faut donc concevoir que les faumons qui par inftinél veulent remonter la riviere , filent tout le long de la chaufsée pour chercher un pafsage , & n’en trouvant point , ils nagent contre le courant d’eau qui fort du coffre par l’ouverture d’aval, & entrent dans le coffre d’où ils ne peuvent fortir. Aufîi-tôfc que les meûniers, y apperçoivent des poifsons , ils les prennent avec une poche de filet qui eft au bout d’une perche ; on prend quelquefois jufqu’à 30 faumons ou truites d’une feule marée.
- 440. Cette façon de pêcher,qui équivaut à une naffe, n’a rien de repréhen-iible ; mais pour prendre les faumoneaux , truitelles, tocans , &c. qui fui* vent le courant, il y en a qui mettent à l’ouverture d amont un goulet de fouriciere dont les barreaux font fort près à près ; & les riverains qui ont intérêt à la pèche fè plaignent de cet abus qui confifte à ouvrir les co£ Ires du côté d’amont >& à ne pas tenir les pêcheries ouvertes après le mois
- d’avril
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- Sect. II. Du faumon, & des poiffons qui y ont rapport, 417
- d’avril comme le prefcrit l’ordonnance ; par cette contravention, ils .retiennent les plus petits poilfons , dont 11e pouvant trouver le débit,ils eu font la nourriture de leurs cochons & de leurs volailles , après avoir trié les moins petits qu’ils vendent un fol le quarteron. On allure, qu’avant cet abus ,les beaux poilfons étaient beaucoup plus abondans dans les rivières qu’ils ne le font. Je penfe qu’il ne faut pas pour cette raifon profcrire les coffres ; mais qu’il convient d’obliger les meuniers de tenir leurs coffres ouverts à la mi-avril , lorfque les petits poilfons defcendent à la mer , & de fermer le côté d’aval avec un grillage qui lailferait en toute faifon les petits poifsons s’échapper. Ceci bien entendu,je vais donner une idée des pêcheries plus confidérables qui font pareillement formées avec des coffres.
- 441* Pour cela il faut imaginer que dans l’étendue de la digue ou chaut fée A B],/?/. V, fig. 3 , on ait élevé des piliers de maçonnerie IK ,/>/. V9 fig- 4, au nombre de tr'ois ou quatre ; on établit entre ces piliers des coffres pareils à ceux que nous venons de décrire, qui ont quinze ou feize pieds en quarré ; toute la différence qu’il y a, c’eft que la face de ces coffres qui eft du côté d’aval, & qui porte le goulet qu’on voit en AB ,fig-6, eft à couliife, & qu’elle a une queue dentée en forme de cric L, fig. 4., de forte que quand on veut, on ôte cette partie ,ou pour réparer le goulet, ou pour nettoyer le coffre ,ou enfin lorfqu’on veut laiffer la pêcherie ouverte; pour cela on ouvre le deffus du coffre, & au moyen du cric L 011 éleve la face du coffre qui eft du côté d’aval. Pour ne point multiplier les figures, nous n’avons repréfenté que deux piliers I,K,& un coffre L, au lieu que quelquefois il y a trois ou quatre piliers, & un coffre entre chaque deux piliers. On dit , mais je n’ofe l’affurer , qu’il y a des coffres qui étant ouverts du côté d’amont, permettent aux faumons de traverfer le coffre pour fe rendre dans un réfervoir qui, étant fermé par un grillage, retient le poiffon , & laiffe un paffage libre à l’eau.
- 442. Comme dans ces rivières , qui ordinairement ont un cours rapide l' il arrive des crues qui endommagent des digues , il eft prudent de fe ménager un déchargeoir qui prenne l’eau au-deffus déjà digue , pour la ran-dre au-deffous , comme on le voit en G ,pL VIfig. 1. Quelquefois on eft obligé par fervitude de laiffer ces déchargeoirs ouverts & fans grilles , pour qu’il pafle quelques faumons au-deffus de la digue ,afin que ceux qui habitent le haut de lariviere ne foient pas entièrement privés de la pêche du faumon : quand on n’eft pas grevé de cette fervitude , on garnit le déchargeoir d’une grille ou d’un fafeinage.
- Maniéré d'ajufter des manches de filet aux digues.
- 443. Nous avons dit qu’on ménageait quelquefois aux digues des ou-
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- 4i8 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- vèrtures pour y ajufter des guideaux ou des manches de! filet >•mais il eft Venu à notre connaiflanee un ajuftement de filet qui nous a1 paru mériter d’être décrit.
- 444. AA,&c .pl. VI,fig. 1 , font des piles de maçonnerie qui font dif. fcribuées par le travers d’une riviere, & fé terminent du côté d’amont & d’aval par des avant-becs , comme les piles d’un pont. A la partie plate de ces piles ,tant du côté d’aval que du côté d’amont > font fcellées des traverfes de charpente aa, bb ,cc. Les traverfes a à fouttennent un clayoo-nage B très-fort, qui par le bout d’en-bas entre dans le terrein , & eft parle bout d’en-haut attaché à la' traverfa a a ; l’eau paffe difficilement au travers, de ce clayonnage , & le poiffon eft arrêté,car les barreaux B font beaucoup plus près à près que dans la figure : un peu plus haut que la traverfe a ‘à t & à environ deux pieds plus du côté d’amont , font fcellées dans les mêmes piles les traverfes b b ; & tant à ces traverfes b b , qu’à celles-a a > eft attachée l’embouchure d d’un filet à manche défigné par des points ; enfin , il y a une nappe d’im gros filet e h qui eft attachée verticalement aux traverfes bb&c.c,
- 44Y. Il faut concevoir que l’eau paife par-deffiis les traverfes aa>.& y forme une petite cataradle que les faumons effaient de franchir > mais quand ils fe font élevés jufques en ^,ils donnent du mufeau contre le filet vertical e, h & retombent dans la manche du filet dont l’embouchure eft en d, & dont ils ne peuvent fortir , parce que cette manche eft fort profonde» Je dis une petite cataraôle ,car il ne faut pas s’imaginer que l’eau tombe de toute la hauteur du clayonnage : cela 11e paraît ainfi da-ns la figure , que parce qu’on n’a pas voulu repréfenter l’eau du côté d’aval,afin qu’on vit mieux la difpofition de la pêcherie. L’efpace D eft deftiné à prendre les poiflbns qui fuivent le cours de l’eau ; c’eft pourquoi l’embouchure du filet à manche indiquée par des points eft tournée du ccté d’amont; le filet vertical marqué e, h ci-deffus , eft du côté d’aval, & l’on voit la chaulfe du filet en entier. E , eft le canal qui conduit l’eau à la roue du moulin, & G le déchargeoir ; HH une petite chauffée peu élevée qui fert quand les eaux font baffes,, à déterminer l’eau à fe porter au canal du moulin E. Quand il y a des faumons qui -franchiifent la chute G du déchargeoir, on effaie de les prendre entre la chauffée AA & celle HH, à laquelle on laiife une ouverture pour le paffage des petits bateaux.
- 446* Souvent on fe fert d’une faine j mais on les prend auffi avec deux bateaux KK, pLFlyfig. 1, dans chacun defquels font deux hommes, dont un nage , pendant que l’autre tient une perche de 2 à 3 brafses de longueur ferrée par le bas ; à ces perches «a, eft amarré un filet b en forme de fac, fans left par le bas ni flottes par le haut ; l’ouverture de ee filet à fou embouchure eft d’enviroa cinq brades 3 & fa longueur de dix : au fond du fac font amarrées
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- Sect. IL Du faumon, & des potjjbns qui y ont rapport. 419
- deux ficelles qu’on nomme guides ; un des pêcheurs pafse fa guide dans le doigt index de fa main droite , l’autre dans celui de fa gauche ; les deux bateaux 11e s’éloignent l’un de l’autre que de deux ou trois brafses au plus ; ils vont de concert , & quand l’un des deux s’apperçoit par les fecoufses de la ficelle qu’il a au doigt, qu’il y a du poilfon dans le filet, il en avertit fon camarade ï alors le-? ’ ix foulevent le filet, les bateaux fe rapprochent ; & mettant i’embouch' filet dans un des bateaux, ils prennent le poiifon, puis remettent le filet à l'eau pour recommencer leur pèche : elle ne fe fait que de jour, & ils traînent leur filet fur le fond , où les faumons arrêtés par les digues ref-tent affez fouvent en repos. On pratique cette pèche quand il y a peu d’efpace entre les digues ; mais quand la nappe d’eau a de l’étendue, il eft plus avantageux de fe fervir de la faine.
- Autre dlfpofition de pêcheries.
- 447. On imagine bien qu’on peut varier de différentes façons ces fortes de pêcheries > par exemple , en quelques endroits, 011 met fur les piles AÂ , pl. f^l,fig. 2, des poutres a a qui communiquent de l’une à l’autre & qui forment un pont pour traverfer la riviere; de plus on en fcelle d’horizontales BB, d’autres CC au bas, dans lefquelles on aifemble haut & bas des montans de bois quarré dd , qui portent fur les côtés des rainures , comme on le voit en G, H ,7%. 3 , pour recevoir à couliifes des râteliers ou des échelles E, E, dont les traverfes ou échelons font à un pouce & demi ou deux pouces les uns des autres, afin que l’eau puilfe s’échapper & retenir les poiifons: comme ces échelles ou râteliers font à couliifes , on peut les fermer toutes comme celles D,D, ou les ouvrir en partie comme celles cotées E , ou enfin les ôter tout-à-fait dans les faifons où il ell ordonné de lailfer le palfage libre aux poiifons. Au bas des râteliers le plus près des piles , on ajufte de petites manches de filet ou des nalfes , de forte que l’embouchure des unes foit tournée du côté d’amont, & celle des autres du côté d’aval,pour prendre les poiifons à la marée montante & à la marée defcendante ; mais il y a des pêcheries où dans l’épaif-Leur des piles , fig. 3 , il y a deux pareilles cloifons en G & en H, éloignées l’une de l’autre d’environ quatre pieds ; on met au bas des râteliers ou échelles , des goulets comme à l’entrée d’une nalfe ou d’un verveux ou d’un coffre, & les poiifons qui entrent entre les deux cloifons font retenus comme dans un réfervoir d’où ils ne peuvent s’échapper.
- 448- A la plupart de ces pêcheries, on lailfe une ouverture, foit pour fatis-faire àla fervitude de lailfer remonter les faumons, foit pour fournir un paf-fage aux bateaux , foit enfin pour fe procurer un déchargeoir : car quand par les débordemens l’eau paffe par-deffusla digue , on ne prend prefque rien.
- G g g ij
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- 4*o TRAITE DES PECHES. Partie II.
- Pèche des faumons & des truites dans la Loire , depuis fon embouchure jtifqu'en Forez.
- 449. Comme la Loire eft un grand fleuve qui traverfe plufieurs provinces, je m’attacherai à décrire avec foin les pêches qui ,s’y font, commençant par fon embouchure à la mer, & je la fuivrai; ’ au-deifus de l’endroit où elle devient navigable. ^
- 4?o. La pèche des faumons commence ordinairement à T’entrée de la Loire en feptembre , & dure jufqu’au mois de mai ; j’entends la grande pèche , car on prend quelques faumons toute l’année, mais c’eft en petite quantité & accidentellement; c’eft en février & mars qu’ordinairement la pêche eft la plus abondante i je dis ordinairemmt, car lorfqu’il furvient des coups de vent & de groife mer, les faumqns entrent en plus grand nombre dans la riviere ; il eft vrai que fou vent il arrive de ces gros tems aux approches des équinoxes ; & comme les marfouins chaflent les faumons avec tant d’acharnement qu’ils en prennent quelquefois jufques dans les filets, ces poilfons voraces engagent encore quelquefois les faumons à entrer plus précipitamment dans la riviere.
- 451. J’ai dit qu’on prenait aflez fouvent des làumons blefles ; fi ces blelfures font confidérables , on peut les attribuer aux marfouins , qui quelquefois leur emportent prefque toute la queue; & fi l’on trouve vers la queue & fur le dos des écailles percées, même emportées en forme de filions , il eft probable que ces plaies ont été faites par des infe&es que nous avons dit qu’on trouvait aifez fréquemment attachés aux faumons; j’en décrirai un dans la fuite : mais fouvent les faumons ont fous le ventre des égratignures qu’on attribue avec beaucoup de vraifemblance à ce qu’ils fe font frottés fur les cailloux ou les pierres qui font au fond des rivières , que les faumons fréquentent par préférence à celles dont le fond eft vafeux ; on peut fe rappeller ce que nous en avons dit en parlant de la riviere d’Orne. Les pêcheurs difent que vers les mois de mai & de juin, ils prennent des faumons qui defcendent la Loire pour retourner à la men
- 452. Si nous difons que dans une faifon ces poilfons remontent la Loire, & que dans une autre ils la defcendent , il ne faut pas imaginer qu’ils fuivent, foit en montant foit en defcendant, une ligne droite , d’où il réfulterait que dans la faifon de la montée ils fe trouveraient pris dans les trémaillons du côté d’aval, & dans la faifon de leur retour à la mer dans eeux du côté d’amont ; mais les pêcheurs ne remarquent fur cela rien de con£ tant, parce que les faumons fuivent fouvent la direction du flux & reflux , toujours pour refouler le courant; fouvent ils coupent la riviere de biais, ou même ils fe portent pendant quelque tems du côté d’aval pour cher-
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- Sect. IL Du faumon, & des poiffuns qui y ont rapport. 421
- cher leur proie 5 mais ces accidens ne font que retarder leur route: ils tendent toujours dans la faifon de la montée vers le haut de la riviere, & dans la faifon de la defcente vers la mer.
- 453- Entre les faumons qui defcendent , il y en a de maigres & d’autres gras, dont la chair eft fort rouge, délicate & excellente 5 entre ceux-là il s’en rencontre qui ont de la laite , d’autres des œufs que les pêcheurs nomment coques. Il eft très-probable que ceux qui font maigres ont depuis peu jeté leurs œufs , & pour cette raifon, ne font pas encore rétablis de la maladie du frai y que ceux qui font gras ayant frayé de bonne heure , ont eu le tems de fe rétablir 5 & que ceux qui ont des œufs dans le corps, retournent à la mer avant d’avoir éprouvé la maladie qui les maigrit.
- 4Ï4- On prend quelquefois, mais rarement, à cette partie de la Loire des faumons bécards* entre les pêcheurs de la Loire, les uns difent qu’ils font mâles, d’autres aiFurent en avoir pris de femelles; plufienrs regardent cette difformité comme un défaut héréditaire, & ceux-là difent que cette difformité n’établit point une efpece différente : la plupart des pêcheurs de la Loire les nomment truites parce qu’il y en a qui oht des taches rouges, principalement à la tètecependant s’il eft vrai , comme on l’affure, qu’ils ont la tète greffe & alongée , le corps menu & effilé, la chair fouvent très-rouge, ces caracfteres ne conviennent pas aux truites ; mais comme on en prend très-farement à l’embouchure de fa Loire , côt endroit n’eft pas propre à faire des obfervations fur les bécards. De plus, des pêcheurs ont affuré Mv de la Touche Montaudouin (<z)&]VL Barbotteau ( b), qu’ils prenaient quelquefois des faumons qui avaient le mufeau retrouffé en fens contraire des bécards , & dont la tête était bof. fue; ils les nomment troute ou bouquetout ; on en prend de gras & de mai--gres , & plufieurs penfent que cette difformité vient de ce qu’ils fe font heurtés contre des cailloux.
- 45 5* Nous avons dit que bien des gens croient que les faumons s’abâ-tardiffent dans l’eau douce : nous avons rapporté ce qui avait donné lieu à cette façon de penfer , démentie par beaucoup de pêcheurs de l’entrée de la Loire , qui difent que les faumons font d’autant plus gras qu’ils ont féjourné plus long-tems dans l’eau douce. Les poiffonnieres de Nantes a£ furent que , pour cette raifon , les faumons qu’on prend au Pont-de-Cé, à Tours, à Saumur, font meilleurs que ceux de l’embouchure de la Loire. M. Barbotteau me marque qu’il en a mangé d’exeellens qui, dans l’arriere
- ( a ) Ecuyer, correfpondant de l’académie royale des fciences,-
- (J>) Confeiller au conlèil fupérieur de la Guadaloupe.
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- 422, TRAITE* DES PECHES. Partie IL
- faifon , defcendaient la Loire pour retourner à la mer. On verra dans la fuite qu’on en prend de très-bons au-deflus de Briare, & j’ai dit plus haut qne j’en avais mangé d’excellens- tout au haut de la Loire au-deflus de Saint-Chaumont. (31)
- 4^6. Il y a des pêcheurs qui aflurent que tous les faumons qu’on prend à l’entrée de la Loire , ont des œufs ou de la laite j mais d’autres qui paffent pour plus exaéts obfervateurs difent que ceux qu’on prend en hiver, ont laite ou œufs -, qu’ils en ont en plus grande quantité dans les mois de mars & d’avril , & qu’ils n’en ont prefque pas en mai & l’été : tout cela pris généralement, car, comme nous l’avons déjà dit, cette réglé fouffre des exceptions , les uns frayant bien plus tôt que d’autres. Les laités ou les mâles , font eftimés beaucoup meilleurs qne les œuvés j ce qui ell contraire au fentiment de ceux qui penfent que les bécards font les mâles, & qu’en général leur qualité eft médiocre.
- 4ï7- De ce qu’on prend quelques faumons en defcendant à la mer qui ont des œufs dans le corps , on s’eft prefle d’en conclure que tous les faumons frayaient à la mer: nous ne nions pas que cela foit pour quelques-uns ; je crois même en avoir des preuves : mais je fuis certain que la plus grande partie des faumons fraient dans les rivières , & que ceux qui* ont échappé aux piégés qu’on leur tend , retournent à la mer après avoir frayé.
- 458- En mars & avril, quantité de petits poilfons longs de lix à fept pouces defcendent la riviere , les pêcheurs de la Loire les nomment faumo~ maux; ils ont des dents aux deux mâchoires qui font à peu près auiîi longues l’une que l’autre, & furies écailles des taches de différentes couleurs; M. de Montaudouin me marque qu’ils reflemblent parfaitement aux gros faumons: ce font les mêmes poiflons qu’on nomme tocans en Auvergne -, & comme j’en ai traité expreflement, je ne m’en occuperai pas pour le préfent; je remarquerai feulement qu’il y a des pêcheurs qui difent qu’entre ces poif. fous, il y en a à chair blanche, & d’autres à chair rouge -, cette circonstance jointe aux taches de différentes couleurs , pourrait faire penfer qu’une'par-' tie de ces poilfons font de petites truites. J’aurai occafion d’en dire encore* quelque chofe dans la fuite , en parlant des petits poilfons qu’on prend dans
- . , ' r . • •
- (?i ) Nous avons obfervé ailleurs que même le lac de Bienne.il eft vraifemblable les faumons pêchés dans PAar, font infé- que l’eau favonneufe de ce dernier , qualité rieurs en qualité à ceux qu’on prend dans qui. lui eft commune avec les autres lacs de des rivières moins éloignées de la mer. laSuilfe, contribue à rendre la chair des Quelques pêcheurs Suilfes aflurent que plu- faumons qu’on y pêche moins ferme qu’elle fleurs de ces poiflons remontent la Thiele , ne l’eft naturellement. '* r ' ‘
- rivière qui fe jette dans l’Aar, & traverfe ‘
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- Sect. II. Bu faumon , & des poijfons qui y ont rapport. 423
- les Blets à manche ; mais je vais auparavant expliquer comment on prend les faumons à l’entrée de là Loire. > '
- 4S9* On pèche quelquefois les fouinons à la faine ,ou avec une nappe /impie, comme nous l’avons dit précédemment5 ils tendent cette faine par le travers de la riviere pour arrêter les poilfons qui veulent remonter ; & quand il s’en eft ralfemblé auprès du filet, ils eflaient avec un bateau qui décrit une ligne circulaire , de les envelopper pour les tirer à terre avec le filet. Quelques pécheurs après avoir tendu leur filet, s’en éloignent de deux à trois cents bralfes, & reviennent en battant l’eau avec des perches pour engager le poilfon à fe ralfembler auprès du filet, comme nous l’avons repréfenté pl.V-1 4, & dans la première ^partie’-, fécondé fection. Cette pêche 11e fe fait que de jour. c
- ; 460. Mais la pêche qui eft particuliérement deftinée à prendre les faumons, commence à noel & finit en juin ; elle fe fait de jour & de nuit avec un tramail, dont les mailles des hameaux ont dix à onze pouces d’ouverture en quarré , & celle dé la fluedeux pouces,&•,demi ou trois pouces ; les pêcheurs de la Loire nomment ce filet qui eft un vrai tramail dérivant un fédor courant ou coulant , ce tramail eft lefté feulement d’un quarteron de plomb par bralfé ; la tëte- eft garnie d’un alfez grand nombre de flottes pour qu’elle fe tienne à la fürface de l’eau j il a fept à huit pieds de chute , & chaque piece quarante brafses de longueur ; mais 011 en joint fouvent deux , & quelquefois trois les unes au bout des autres , pour former une tifsure de cent vingt brafses ; on attache une bouée à chaque bout de la ralingue qui borde la tête du filet 5 les pêcheurs de Trentemoux ont des fédors de trois échantillons, les mailles des hameaux étant de iieûfy dix ou onze pouces , & celles de la flue de deux pouces, trois, quatre ou cinq lignes, fe fervant des unes ou des autres fuivant les faifons & la grofseurdes poifsons qu’ils efperent prendre.
- 461. On met le filet à l’eau , en le jetant par le derrière d’un bateau , comme on l’a dit première partie , fécondé fe&ion , & cela au plein de la mer, irn peu avant que le jufant fe fafse fentir , & ils le lèvent avant le montant de la marée jils en chargent le pied de plus ou moins de plomb pour régler la dérive du filet relativement à la vîtefse du courant ; quelquefois pour lui foire prendre une courbe,fils mettent plus de plomb au milieu que vers les bords. Le filet étant ainfi établi, ils le laifsent dériver fuivant le cours de la riviere , un quart ou une demi-lieue plus ou moins , fuivant les Bnuo-fités de la riviere, la largeur du chenal & la circonftance des marées. D’ail-deurs, comme il faut laifser la navigation libre , les pêcheurs font obligés de lever ou de déranger leurs filets , lorfqu’il fe préfente des bateaux 5 & pour cette raifon fil y a toujours un ou deux batelets qui accompagnent le filet.
- 45Z. Les pêcheurs de Trentemoux & ceux de l’isle des Chevaliers pafsent
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- 424 T RA I T E’ DES PECHES. Partie II.
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- pour les plus habiles du canton j quelques-uns vont à la mer, & s’éloignent jufqu’en Poitou & à Belle-isle ; d’autres ne remontent la riviere que jufqu’au pont de Nantes, & ceux-là Te font fou vent aider par des femmes & des filles : ils ont l’induftrie d’établir leur filet plus ou moins avant dans l’eau , fuivant qu’ils jugent la profondeur où font les fàumons , ce qui changé félon la température de l’air; pour cela ils difpofent leurs fédors,comme • on le voit première partie, fécondé fedion.
- 463. Comme les mailles des fédors font fouvent afsez ouvertes , & que rarement le pied du filet porte fur le fond, ils prennent peu des faumo-neaux qui retournent à la mer; mais il y a des pêcheurs aux environs de Pisle de Noirmoutier , de celle de Bouin , de la baie de Bourgneuf, &c. qui pêchent avec des filets à manche ou une efpece de drague tirée par un bateau à voiles , comme on le voit première partie, fécondé fedion. Ils s’éta-blifsent dans les petits bras entre les isles ; & comme leurs filets ont les mailles fi ferrées qu’on ne peut y palser le bout du doigt, que de plus elles fe ferment à caufe de la tenfion du filet, ils ramafsent de la vafe,des herbes & quantité de petits poifsons qui ne font bons à rien. Quand ils en ont empli leur bateau, ils trient les petits poifsons , entre lefquels on reconnaît de petits faumoneaux & des truitelles qu’ils vendent à bas prix, & jettent le refte à la pelle fur le rivage où Ion en voit des monceaux qui infedent l’air. (32) Cette pèche défendue par l’ordonnance efl tellement deftrudive , qu’on ne peut pas imaginer pourquoi on 11e tient pas exadement la main à l’exécution de l’ordonnance,.car assurément cet abus porte fur un objet très-in tére fs ant.
- 464. D’autres pêcheurs tendent à la bafse eau des filets qui n’ont que trois pieds de chûte, & quelquefois fix à fept cents brafses de longueur, qu’ils difpofent de différentes maniérés, comme 011 le voit première partie,fécondé fedion, ces filets arrêtent les poifsons qui, à la marée baifsante , veulent retourner à la mer ; ils 11e nuiraient pas à la multiplication du poifson, Ci les mailles étaient fuffifamment larges ,fi le filet était bien tendu pour que les mailles confervafsent leur ouverture , & fi le pied ne portait pas fur le fond, parce qu’avec ces attentions les petits poifsons pourraient s’échapper; mais les pêcheurs agifsant tout autrement, les étentes dont il s’agit font très-deftrudives : 011 peut en dire autant des pêches qu’on nomme le haveneau, première partie, fécondé fedion.
- (•32) Ailleurs .où l’on a négligé de faire de rebut , ibit pour engraiffer des porcs, des régiemens pour la pêche, ce qui a lieu foit pour fumer leurs terres. Ainfi une telle dans quelques grands lacs.de la Suide, les pê- ordonnance mal exécutée ne produit d’autre cheurs qui ne craignent point d’être décou- effet qu’une infe&ion de plus, & une éco-verts & punis, tirent parti des petits peillons nomie de moins.
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- Sect. IL Du faumon, des poiffôns qui y ont rapport. 42 ?
- 46^. Voici quelques remarques dont je fuis redevable à M. de Boife-raut; elles font relatives aux pêches qu’on fait à Saumur, où les faumons fe trouvent en afsez grand nombre. i°. Les plus gros faumons fe prennent l’hiver , & c’eft en cette faifon qu’ils font les meilleurs. 2°. On y en prend d’œuvés & de laites, & on penfe généralement qu’ils remontent dans les rivières pour y dépofer leurs œufs. 30. La navigation eft trop considérable fur la Loire , pour qu’il foit permis d’y conftruire des digues , ni de tendre des filets fur des pieux traverfant la riviere ; mais on y prend les faumons , comme à l’embouchure de la riviere, avec des faines & des fédors. 4*. On prend de plus avec des faines épaifses de petits poifsons qui defeendent pour gagner la mer , & qui ne font pas plus gros que des goujons : on les appelle faumomaux ; & je foupqonne qu’entre ces petits poifsons il y a des truitelles. 5 • Les pêcheurs difent qu’ils trouvent dans des fofses & des herbiers de gros faumons malades qui s’y font retirés , & que la plupart meurent ; je crois bien que la maladie du frai en fait périr plufieurs -, mais je penfe, comme les pêcheurs de l’entrée de la Loire , qu’il y a de gros faumons qui fe rétablifsent dans les rivières , & enfuite retournent à la mer , quand ils peuvent franchir les obftacles qu’on leur oppofe. 6°. On forme encore des gords avec des clayonnages pour augmenter la vîtefse du courant, & on établit à leur extrémité des manches de filet ou des verveux , à peu près comme on l’a vu première partie, fécondé fe&ion. 70. On prend de plus des fau-mons avec l’épervier,& avec le carreau , carrelet ou échiquier j on m’a même dit qu’un pêcheur de Saumur avait imaginé de faire plonger & for-tir de l’eau fon carreau, au moyen d’une roue à aubes, & que cette invention réufliflait très-bien quand les eaux étaient hautes ; mais on n’a pas pu me donner une idée allez exaéle de cet ajuftement pour que je puilTe le décrire.
- 466. Nous avons déjà dit qu’il y a des faumons qui remontent la Loire prefque jufqu’à fa fource ; néanmoins la plus grande partie palfent dans les rivières moins confidérables qui s’y déchargent, fur-tout quand les eaux en font vives, & qu’elles coulent avec rapidité fur un fond de fable ; c’eft pour cela qu’il en remonte dans la Vienne qui palfe à Chinon,l’Isle-Bou-chard , Ghâtelleraut, &c. on y fait la pêche des faumons comme dans la Loire. Il en entre auffi beaucoup dans l’Ailier . où il y a la belle pêcherie du Pont-du-Château , qui appartient à M. le comte de Montboifîîer , lieutenant général , & commandant des moufquetaires j j’en donnerai une defGrip-tion détaillée, quand j’aurai dit un mot de quelques pêcheries qui font établies au haut de la Loire.
- 467. C’est avec raifon que j’ai dit que les faumons remontent bien haut vers la fource de la Loire , puifque malgré ceux qui paffent dans les ri-
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- 426 TRAITE' DES P' Ê$G H E S. Partie H.
- vieres qui s’y rendent, il y a des pêcheries affez confidérables au-deffus de Rouane, & jufques dans la plaine du Forez > les unes confident en un fim-pie filet qui traverfe tout le lit de cette riviere, étant foutenu par des pieux* à peu près comme on le voit fur plulîeurs de nos planches * mais il y en a d’autres plus folidement établies au-deffus des endroits où la Loire commence à être navigable , comme eft celle de Saint-Rambert, ou près le château de la Baralliere : ou les nomme des aratoires ; elles confident en une
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- digue ou chauifée qui traverfe le lit de la riviere dans une largeur d’environ cent pieds , & qui a lèpt à huit pieds d’élévation jaux deux cxtrèmr-tés de cette digue font établis des cotfres qui peuvent avoir chacun fis pieds en quarré -y la face d’amont eft fermée par un grillage pour que l’eau traverfe le coffre, & que le poilfan ne puilfe en fortir. A la face de ce coffre* du côté d’aval, il y a une ouverture qui eft à environ un pied au-deffus du fond de la riviere j vis-à-vis cette ouverture & en^dedans du coffre, eft ajufté un goulet qui peut avoir deux pieds de longueur, & qu’on peut comparer à ces entonnoirs qu’on met à l’entrée des nalfes , qui permettent aux poiifons d’entrer, mais qui les empêchent de fortir , ou comme on en voit fur la planche. V, fig. 5 & 6 : l’eau de la riviere traverfe ces coffres j les faufilons qui aiment les courans rapides entrent dans le goulet, & étant arrêtés par le grillage & le goulet , ils relient dans les coffres ou avaloires, quelques-uns ne fe dirigeant pas vis-à-vis l’ouverture , fautent par-deffus l’aval oire , & pour les arrêter on met au-deffus du coffre un grillage aufii élevé que la chauffée. Enfin il y a au-deffus des coffres, des trappes fermantes à clef qu’on ouvre pour prendre le poiffon. Je parle fommairement de ces pêcheries , parce que j’en ai décrit fort en détail qui font établies dans le même goût , & même beaucoup mieux»
- 468. Outre les faumons,on prend dans la Loire,& par les mêmes moyens, des truites les unes à chair blanche, les autres à chair rouge ou lau-monnées, qu’on regarde dans cette riviere comme une efpece de (humons, néanmoins on les diftingue à la couleur des écailles qui font communément moins brunes aux truites qu’aux faumons & tachetées de rouge , au lieu 'que les mouchetures des faumons font pour la plupart noires j la chair de la truite faumonnée paffe pour être plus délicate que celle des faumons.
- 469. Au relie les truites reifemblent.aux faumons, comme je l’ai déjà 'dit, par la façon de vivre , les infirmités, l’inclination qu’elles ont d’entrer dans les rivières , leur féjour dans l’eau douce, le choix qu’elles font des eaux vives, claires & qui coulent rapidement, leur retour a la mer, le nombre & la position tant des ailerons que des nageoires ; enfin 011 les prend avec & par les mêmes moyens que les faumons. Ainfi nous n’avons rien à ajouter à l’égard des truites à ce que nous avons dit fur la pèche des fau»
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- Sect. IL Du fanmon, des poiffons qui y ont rapport'. 427
- ïnons , finon qu’elles mordent plus volontiers aux hameçons ; je dis plus Volontiers j car on prend aufîî quelques faumons avec des hameçons.
- Pêcheries du PonUdu- Château fur VAllier.
- 470. Je ne pouvais pas ignorer qu’il y avait au Pont-du-Château en Auvergne , une belle pêcherie de faumons ; mais les connaiifances que je m’étais procurées fur cette pêcherie étaient trop vagues pour que je puife en donner une idée exade : comptant furie cara&ere obligeant de M. le comte de Montboilïier, à qui appartient cette pêcherie , je n’ai point héfité de m’a-dreifer diredement à lui pour avoir les éclairciifemens que je defirais, & il s’eft porté volontiers à fatisfaire ma curiofité fur un objet intéreifant en lui-même & qui le devient encore plus relativement à mon ouvrage.
- 471. Cette pêcherie ,/?/. VII9 ne retient point le poilfon;elle ne fait que l’arrêter en lui fermant le paifage pour remonter la riviere ,au moyen d’une digue qui la traverfe ; le poidon s’y accumule du côté d’aval en (i grand nombre , que quand la pêcherie eft en bon état, on y prend année commune entre quatre & cinq mille faumons. Elle confifte donc uniquement en une digue qui traverfant la riviere , arrête les faumons qui veulent la remonter ,& quand il y en a un nombre de ralfemblés au-deffous de la digue , on les pèche avec des faines.
- 472. La largeur de l’Ailier au Pont-du-Château eft d’environ foixante-dix-fept toifes ; on n’en a repréfenté qu’une partie fur la pi. VI, elle eft tra* verfée par un pont j A , A en indiquent les piles , B C D E F , eft une partie de la digue qui forme la pêcherie : elle était autrefois droite dans toute là longueur, comme on voit en B C ; mais les grandes eaux de 1772 , en ayant renverfé une partie , M. le comte de Montboiflier , en faifant reconftruire ce qui était tombé, l’a fait former en portions cintrées fur leur plan , & ces parties CD , D E , EF , s’appuient fur les contre - forts C ,D , E ,F. On a repréfenté en G H une partie de cette digue deffinée fur une plus grande échelle. On voit en I une coupe tranfverfale de cette digue par la ligne ponctuée a b ; i’épaitfeur c d à fon empâtement, ou au niveau du terrein, eft de neufpieds; fa hauteur c e au-deffus du fond de la riviere ,11011 compris les fondations > eft de fept pieds.
- 473. Elle eft conftruite en maçonnerie revêtue de planches d e du côté d’amont , & ces planches au haut de la digue en e excédent d’un bon pied la maçonnerie du côté d’aval, non-feulement pour éloigner la chûte de l’eau de la maçonnerie qui en ferait endommagée, mais encore afin que les faumons n’aient pas tant de facilité pour fauter par-de/fus la digue ; Pet paee F K,n’eft fermé que par un grillage ou des barreaux qui s’appuient;
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- fur une forte piece de bois : l’eau traverfe le grillage i mais les poiflons né peuvent y palier.
- 474. Cette coulée d’eau FK, eft deftinée à lailfer la navigation libre ^ lorfqu’on fait des réparations à l’éclufe M,qui a quinze pieds de largeur ÿ & qui fert communément au paifage des bateaux. Quand , pour quelque caufe que ce foit, l’éclufe M n’eft pas en état de fervir à cet ufage , on ôte le grillage , & la navigation fe fait par K F. L’efpace N O qui a lix toifes de largeur forme une coulée d’eau pour faire tourner les moulins P Q_, & les pilots qu’on voit depuis N jufqu’en O fervent de garde pour empêcher les glaçons d’endommager les roues des moulins.
- 47f. LEsfaumons qui paient de la Loire dans l’Ailier , & qui remontent cette riviere principalement depuis le mois de décembre jufqu’à la fin de mai, étant arrêtés par la digue, s’accumulent en quantité au-deffous , où les pêcheurs les prennent aifément avec une faine & de petits bateaux. Quand les eaux font balles dans l’Ailier,il ne palfe point d’eau par-delfus la digue, lorfque les eaux font allez fortes pour que la navigation fe falfe aifément, il pafle par-delfus une nappe d’eau alfez mince qui fait une cafcade agréable ; mais lorfque les eaux font grolfes, la nappe eft épaifse, & fouvent les faumons en profitent pour franchir la digue, fur-tout l’été ; alors il en pafse afsez pour en fournir au haut de la riviere.
- 476. On fe prefse de prendre les faumons aufli-tôt qu’on en apperçoit auprès de la digue ; car on prétend que quand ils ont tenté inutilement de franchir cet obftacle , plufieurs prennent le parti de defcendre la riviere, qu’ils fe retirent dans des anfes , & ne reviennent plus à la digue ; li cela eft , c’eft autant de diminué fur le produit de la pêcherie. Au refte, quoique nous ayons fixé la faifon de la pèche depuis le mois de décembre, jul-qu’à la fin de mai, on prend de tems en tems quelques faumons le refte de l’année avec l’épervier ou autrement.
- 477. On dit communément que les faumons qu’on prend au Pont-du» Château n’ont point d’œufs : le fieur de Lavau qui régit cette terre depuis plus de vingt ans , dit qu’ils en ont ; mais que quand les faumons arrivent à la digue , les œufs font fi petits que tous enfemble ne font pas un volume plus gros que le pouce j au lieu que quand, ils ont refté quelques mois en riviere , cette mafse d’œufs augmente tellement qu’elle pefe quelquefois plus de deux livres i & tant qu’ils font en riviere ils remontent continuellement vers la fource.
- 478. Suivant le même obfervateur, les faumons font gras en arrivant de la mer, mais ils maigrifsent dans la riviere jde forte qu’un faumon , qui en décembre pefait 20 livres, n’en pefe pas plus de 12 quand il a refté dans la riviere jufqu’en mai. Je ne penfe pas qu’on puifse, d’après cette
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- Sect. II. Du faumon, & des poiffons qui y ont rapport. 429
- remarque, dire que l’eau douce effc pernicieufe pour les faumons ; car quand ils arrivent à la digue bien gras & de bonne qualité , ils ont fait une grande route dans l’eau douce ; mais ils fe déchargent de leurs œufs dans la rivière je crois que c’eft la maladie du frai qui eft la caufe de leur maigreur.
- 479. Le fieur de Lavau dit que tous les faumons qu’on prend à cette pêcherie font à peu près d’une même couleur ; que quelquefois on en prend d’auiïî gros que les autres qui font noirs & aveugles. A l’égard des taches , elles font toutes noires. Le même obfervateur dit qu’il a vu quelques bécards qui étaient fort gros* ils ne pefaient que 24 livres: ils en auraient pefé plus de 40 s’ils avaient été gras, pendant que les autres faumons les plus gros ne pefent que 32 livres ; mais ces bécards font bien rares , puif-qu’il n’en a pas vu plus de 10 entre plus de 4Q milliers qui lui ont palfé par les mains: il ajoute qu’ils ont des taches rouges fur la tête.Du relie on pêche peu de truites dans l’Ailier : le même obfervateur dit qu’elles ne s’y plaifenü pas, parce que le fond eft d’un fable limonneux ; cependant on en prend quelques-unes qui pefent depuis une demi-livre jufqu’à une livre. Il ajoute que les poilfons de cette riviere qu’on nomme tocans, ont depuis quatre pouces juifqu’à quatre pouces & demi de longueur entre tête & queue » que leur tète eft différente de celle des faumons ; qu’ils n’ont jamais d’œufs dans le corps , mais bien de la laite j en un mot , il juge que ce ne font point des faumoneaux, mais un poiffon qui ne devient jamais gros : on peut fe rappeller ce que nous avons dit à ce fujet. Il penfe auffi que l’ombre ne fe plaît pas plus dans l’Ailier que les truites , & qu’on n’en prend qu’acci-dentellement. On ne peut prendre ni les ombres ni les truites avec la: faine aux faumons i les mailles en font trop grandes.
- 480. Les tocans fe prennent en defcendant la riviere en différentes fai-fons j mais particuliérement dans le mois d’avril. Les faumons qu’on prend depuis le mois de décembre jufqu’en février, font fort gros, ils pefent de vingt à trente livres ; ceux qui arrivent depuis février jufqu’à la fin de la pêche ne pefent que de fept à dix livres , quoique gros ils font très-bons, t il s’agit ici de ce qui arrive le plus communément i car on en prend quelques gros dans la faifon des petits, mais très-rarement : tous ces faumons confomment frais , & on en tranfporte jufqu’à quarante lieues-
- Article VI-
- De la pêche des faumons & de la truite en Aunis & en Angoumoîs„
- 481. En général les rivières de cette province ne font abondantes m
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- en faumons ni en truites ; il eft bien rare de prendre des faumons dans la Charente , apparemment parce que cette riviere eft très - vafeufe. On prend des truites dans de petites rivières qui s’y déchargent , fur-tout auprès de fa fource ; de forte que la plupart de celles qu’on mange à Rochefort & à la Rochelle , viennent de la Saudre , riviere alfez large, qui a peu de profondeur, & qui n’a que trois ou quatre lieues de cours ; elle eft à trois lieues de Rochefort, & à fix ou fept lieues de la Rochelle'; elle fe décharge dans l’Océan entre la Tumbîade & le fort Chapu. Une petite faine tirée par un traverfier, eft prefque la feule pèche qui y foît en ufage.
- Pêche de la truite dans la riviere de la Touvre, en Angoumois.
- 482. Cette riviere qui n’a qu’une lieue & demie de cours , fournit tant d’eau qu’elle porte bateau dès fa fource , & forme dans toute fon étendue un canal d’à peu près foixante toifes de largeur ; elle eft rapide, peu profonde , & dans fes crues, qui font rares , fes eaux ne hauffent que d’un pied & demi au plus; elle eft très-poilfonneufe, fur-tout en truites, en anguilles & en écrevilfes ; elle fait mouvoir les machines de la Forge de Ruelle, plulleurs moulins à bled & des martinets, «St fe décharge dans la Charente. La pèche des truites y commence à la fin d’avril & finit en décembre. Quand les eaux font troubles, on en prend comme en beaucoup d’autres endroits avec l’épervier, le tramail, & un petit filet en forme de poche , qu’on nomme goutte ; ainfi qu’avec un tramail délié que j’ai décrit , & nommé araignée, : on en prend aufii beaucoup à l’hameçon. Comme cette façon de pécher eft la plus intérelfante , je vais en dire quelque chofe , quoique j’aie déjà eu l’occalion d’en parler.
- 483. Les lignes qui font de crin ont quatre braffes de longueur; on ajufte au bout du haim garni d’un infecte dont on fait que les truites font fort avides: c’eft fouvent un papillon éphémère qui paraît en mai & dif. paraît en juin; pendant ce tems, il eft fi abondant que toute la riviere en paraît couverte ; & comme la plupart des poiffons en font une grande confommation , on l’appelle la manne des poiffonsles truites non-feulement en faillirent beaucoup de ceux qui font fur l’eau, mais elles fautent plus d’un pied au-delfus pour en attraper. Mais comme 011 n’a pas toujours de ces infeétes , les pécheurs en font d’artificiels avec du duvet de poules & de la foie de différentes couleurs. Et comme, principalement pour la pêche de la truite , il faut que les appâts foient dans un mouvement continuel , les pêcheurs adroits ne les plongent point dans l’eau , ils ne font que les agiter près de la furface. Lorfque nous parlerons de la pêche de
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- Sect. IL Bu fcmmojî, & des poiffons qui y ont rapport. 431
- la truite en Guienne , nous aurons encore occafion de rapporter des détails intéreffans fur cette façon de pêcher.
- 484- Nous avons donné au commencement de cette fe&ion, chap. III, une ample defcription des truites de la Touvre, & nous avons dit qu’elles font très-bonnes, aulfi les eaux de cette petite riviere font-elles fort vives.
- Article VII.
- Peche des faumons & des truites dans la Gafcogne & le pays des Bafques.
- 485- On a vu de belles pêcheries de faumons établies dans différentes provinces du royaume , & particuliérement en Bretagne ; quoique celles de la Guienne n’aient pas exigé autant de dépenfe pour leur établiifement, elles 11’en méritent pas moins l’attention des amateurs de la pèche , & 11e font pas moins d’honneur à ceux qui les ont imaginées. En général on peut en distinguer de deux efpeces., favoir celles qui, fe pratiquent fur les grandes rivières , par exemple, celle de: Bayonne, l’Adour, la Nive, &c. & les pêcheries qui font établies fur les petits ruiifeaux ou courans d’eau, qu’ on nomme gaves. Nous allons commencer par rapporter ce qui fe pratique fur les grandes rivières ; nous détaillerons enfuite le» façons de pêcher fur les petites ; & enfuite les pêcheries qu’on établit dans les gaves , & qu’on nomme naffes. Nous avons déjà fait remarquer que les faumons & les truites paifent de la mer dans les grandes rivières ; & que fi chemin, faifant , ces poiifons rencontrent des ruiifeaux dont les eaux foient très-vives & qui coulent avec plus de rapidité , ils abandonnent les grandes rivières pour y entrer; pendant que fouvent d’autres poiifons, comme les alofes, les lamproies , &c. continuent leur route ; cela fait qu’en remontant les grandes rivières , on trouve d’autant moins de faumons , qu’il y en a plus qui ont entré dans les ruiifeaux.
- 486. Les pèches qu’on pratique fur les grandes rivières de Guienne, different peu de celles dont on fait ufagepour prendre d’autres efpeces de poiifons ; ainfi nous nous contenterons d’en donner une légère idée. On, fe fert pour prendre les poiifons fur ces rivières là de deux fortes de Blets , l’un qu’011 nomme traîne, eft un filet de chanvre qui a 90 braifes de longueur & trois de chute; fes mailles font aifez larges pour ne pas retenir les petits poiifons ; il eft lefté & flotté , & de plus foutenu par des ligues à une corde où font attachées de guoifes flottes de liege , première partie, fécondé feélion , au moyen de quoi on peut l’établir à une plus grande ou à une moindre profondeur, fui van t le lieu où fe tient le poiifon, ce qui dépend communément de la chaleur ou du froid ? cependant il ne faut
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- pas qu’il Toit éloigné de la furface de Peau', où au moyen du left il fe tient dans une fituation verticale ; à chaque bout il y a des halins qui ont trente brades de longueur; quatre hommes s’affocient ordinairement pour faire cette pêche : un fe tient au bord de la riviere , & retient un des halins, les trois autres fe mettent dans un petit bateau avec le filet; deux; rament pour traverfer la riviere , & le troifîeme jette le filet à Peau le plus promptement qu’il peut; enfuite les rameurs décrivent une portion de cercle, regagnent le bord de la riviere & s’approchent peu à peu de celui qui eft relié à terre ; enfin ceux du bateau s’étant débarqués , deux le mettent fur chaque halin , & tirent le filet à terre pour prendre le poif-fon qui s’y eft lailï'é renfermer : pendant que ces quatre hommes tirent à terre leur filet, quatre autres avec un pareil filet & un autre chalan , font la même manœuvre; ce que les pêcheurs continuent fucceflivement jour & nuit, depuis deux heures après le defeendant delà marée , jufqu’à deux heures avant le plein de la mer; car lorfque la mer eft pleine , il ne leur eft plus poffible de tirer leur filet à terre. Pendant l’intervalle de tems que la marée oblige d’interrompre la pêche, les faumons ont la liberté de remonter dans la riviere.
- 487. Quoique ces filets , qui font de grandes faines, coûtent environ 300 liv. M. de la Courtaudiere me marque qu’il y en a au moins foixante depuis Bayonne jufqu’à Peyrehorade , en remontant l’Adour du côté de Gourgade & de Lanne. La faifon de la montée dans cette riviere eft principalement en mars, avril & mai.
- 488. On pèche encore les faumons & les truites avec un filet en tramail que les pêcheurs nomment brejon, & les Provençaux bregin ; il a trente braf. fes de longueur fur cinq à fix pieds de chute ; les mailles des hameaux ont cinq à fix pouces d’ouverture en quarré, pour que les plus gros faumons puiifent y paifer ; mais l’ouverture des mailles de la flue 11’eft que d’un pouce & demi ou deux pouces ; ce filet eft lefté & flotté ; on attache à un des bouts une ligne menue , au bout de laquelle on amarre une courge ou une veffie qui flotte fur l’eau : ces fortes de bouées fervent de lignai. Le bregin de Provence eft décrit première partie 5 feétion fécondé.
- 489. Deux hommes fe mettant dans un petit chalan, confervent une ligne déliée qui eft attachée au bout du filet oppofé à celui où eft la courge ; le filet dérive de concert avec le bateau comme nous l’avons dit ailleurs. La courge fait connaître fi le filet eft attaché à quelque fouche ou à quelque roche , &aufti par fes mouvemens s’il y a un poiflon un peu gros de pris ; en outre , la ligue qui eft attachée au bout du filet oppofé à celui où eft la courge, fait fentir au pêcheur qui la tient, les fecoufles que le poilfoa donne au filet ; il en avertit fou camarade qui fe rend à
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- Sect. IL Du faiimon, & des poijjviis qui y ont rapport. 433
- l’endroit où il juge qu’eft le poiiTon ; & tenant dans une main un croc de fer , il tire cette partie du filet dans fou chaland, & aufii-tôt qu’il ap-perçoit le poiiTon , il le fai fie avec fon croc, & Tamene à bord,
- 490* Quand la pèche eft finie , les pécheurs vont étendre leurs filets à terre pour les fécher , & ils réparent les mailles qu’ils ont rompues avec le croc qui leur a fervi à tirer le poiiTon. On voit par ce que nous venons de dire , que les faumons fe prennent dans les grandes rivières de la Guienne avec des nappes fimples, ou un tramail, à peu près comme dans la Loire.
- 491. M. de la Courtaudiere m’écrit qu’il remonte des faumons dans les petites rivières voifines de Saint-Jean-de-Luz ; & que dans la faifon , les meuniers en font la pèche avec des faines qui n’ont que 24 brades de longueur fur quatre de chute au milieu; mais elles fe rétrécirent d’une brade & demie vers les extrémités; les mailles ont plus ou moins d’ouverture, fuivant les efpeces de poiiTons qu’ils fe propofent de prendre ; car dans le commencement de la montée , ils prennent des faumons qui pefent quatorze à quinze livres, & quelques-uns trente ; & vers la fin de la faifon la plupart ne pefent que huit livres : les truites font moins groifes, & les toeans n’ont fouvent que cinq à fix pouces de longueur.
- 492. Les pécheurs Bafques penfent , comme plufieurs autres , que beaucoup de faumons montent par paires pour dépofer leurs œufs , & ce qui juftifie cette adertion , c’eft que vers la fource des petites rivières, ils tendent fur le fond des trappes de fer, dans les endroits où ils jugent que les faumons vont dépofer leurs œufs, & où ils apperçoivent des filions préparés pour les recevoir ; ils prennent aifez fouvent fous çes trappes deux faumons, un mâle & une femelle : ils ajoutent que les femelles font très-maigres après leur ponte , & qu’elles defeendent pour tenter de gagner la mer.
- 493. Ils aifurent encore , que les truites , au fortir de la mer, ont une couleur rouflàtre, & qu’en remontant dans les rivières elles brunilfent fur le dos ; que les unes & les autres ont des marques blanchâtres fur le dos , & plus blanches fous le ventre ; au refte , ils ne favent pas diftinguer à la feule infpeétion les mâles d’avec les femelles. Les meuniers prennent encore des quintaux de petits toeans , dans des coffres qu’ils placent dans l’A~ dour. Nous avons parlé fort en détail de cette façon de pêcher qu’on pratique en Bretagne.
- 494. Sur les ruiifeaux qui tombent des Pyrénées , il y a des toeans plus petits que des fardines, & pas !pfüs gros que le petit doigt, ils ne le vendent que trois à quatre fols la livre. On penfe généralement que cet abus dépeuple l’Adour des faumons, dont le commerce.était d’autant plus
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- 434 T RA I T Ef DES PECHES. Partie IL
- avantageux qu’il s’en faifait tout l’hiver, & pendant le carême, un transport confidérable à Madrid} & dans certaines circonftances on en a vu vendre jufqu’à cinquante écus ; l’été on les Saupoudrait de fel. Il fuit de là, que les Bafques regardent les petits poifTons qu’ils nomment tocans, comme de jeunes Saumons.
- 49Ï- J’ai déjà dit plufieurs fois qu’entre ces petits poifTons qui descendent les rivières abondantes en Saumons & en truites, qu’on nomme to-cans , & ailleurs Saumoneaux , je croyais y avoir diftingué de jeunes Saumons, & de petites truites. J’ai reçu une lettre de M. de la Lanne , qui m’écrit de Dax , que les pêcheurs des gaves diftinguent deux eSpeces de tocans 5 que ceux qu’ils appellent fins , pLI^fig. 3 , proviennent des Saumons ; qu’ils ont des taches de différente grandeur, & diftribuées comme je l’ai dit dans la description du Saumon: qu’il y a d’autres tocans ,/?/./» fig. 1 , qui proviennent des truites i qu’ils ont beaucoup plus de taches, plus grandes & diftribuées comme je l’ai dit à la description de la truite. Il Suit de là que , comme je l’ai penfé , la plupart des petits poifTons qui deScendent les rivières , proviennent des Saumons & des truites qui y ont Çrayé. Je n’ai point diffimulé qu’on penSe différemment en quelques endroits : mais fi l’on Sait attention à ce que je- rapporte dans ce chapitre , & dans celui où il a été queftion des tocans, je crois que l’on conviendra que le Sentiment le plus commun eft celui que j’ai adopté.
- 496. Il fuit encore de ce que nous avons dit plus haut, qu’on ferait bien de mettre une police fur les coffres à Saumons , par laquelle au lieu de les Supprimer , comme quelques-uns l’ont propofé , on obligerait les meûniers d’y faire des ouvertures affez grandes pour laiffer les petits poi£ Sons, qui fe vendent à fi vil prix, s’échapper j il eft probable qu’on parviendrait ainfi à rétablir une branche de commerce qui n’eft pas à négliger pour cette province.
- 497. On prend encore dans les petites rivières des truites avec de petits verveux, première partie , fécondé feeftion , ou avec de petites naffes. d’ofier , telles que nous en avons représenté dans le même endroit. On fait encore ufage des paniers à bonde, qu’on place aux ouvertures des chauD lees ; mais dans la faifon de la montée des Saumons & des truites, il faut préfenter l’ouverture du côté d’aval » on peut mettre dedans quelqu’appât pour attirer les truites.
- 498- Nous avons dit en plus d’un endroit qu’on prend beaucoup de truites dans les rivières avec des haims, & fur-tout à la canne, comme nous l’avons représenté première partie, première feeftion , on pratique beaucoup cette pêche en Guienne. La truite eft fi vorace qu’on a de quoi, choifir pour les appâts j tout lui eft bon, des infedtes » des cruftacées > des.
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- Sect. II. Du faumon, & des poiffons qui y ont rapport. 43 f
- vers de terre, de petits poiffons, notamment les chabots, gardons , limaf-fes , chevrettes , des vérons , dont ils font très-friands, & d’autres poif-fbns, pourvu qu’ils ne foient pas trop gros. Nous avons déjà dit auffi qu’il était bon de tenir les vers pendant une huitaine de jours dans une boite avec de la mou (Te & un peu de fucre en poudre fine, ayant foin de renou-veller la moulfe de tems en tems : par cette préparation, ils fe vuident , ils fe raffermiifent, retient plus long-tems en vie, & deviennent beaucoup meilleurs pour amorcer : à l’égard des infedes , on doit préférer ceux qui font gros & qui ont des couleurs vives. Les pêcheurs du pays des Bafques amorcent autfi avec des infedes artificiels qui imitent, le mieux qu’ils peuvent, les naturels ; ils emploient pour cela de la foie de différentes couleurs, des plumes , du duvet, même des fils d’or & d’argent. On peut confulter fur la façon de faire ces infectes artificiels, ce que nous en avons dit première partie , première fedion. J’ai averti à l’endroit que je viens de citer que ceux qui font ufage de ces appâts artificiels , en changent dans les différentes faifons de l’année pour imiter les infedes qui parailfent dans ces fai-ions j mais un amateur de la pèche aux truites m’a dit, qu’effediveinent on faifait bien de varier les couleurs qu’on donne à ces infedes j & que s était moins pour s’en fervir en différentes faifons de l’année que pour employer des uns & des autres à différentes heures du jtour -, que l’on fe fervait des couleurs les plus vives lorfqu’il faifait obfcur , réfervantles couleurs plus fombres pour un tems plus clair.
- 499. Nous avons donné, première partie, première fedion, la def cription d’un infede qui fe trouve aux racines de glayeul, & qui paffe pour un excellent appât. Si l’on y joint ce que nous avons dit dans cette fécondé partie, fécondé fedion, fur la pèche aux haims , & principalement fur celle à la canne , je crois qu’on aura de quoi fe fatis-faire ; j’ajouterai feulement que pour prendre les tocans, on prétend que rien 11’eft meilleur que ces petits papillons éphémères, dont nous avons parlé à l’occafion de la pêche de la truite dans la Touvre en Angoumois; & pour les imiter, on prend des plumes de la gorge de très-vieilles volailles. Les pêcheries qui méritent le plus d’être décrites , parce qu’elles font particulières aux courans d’eau qui viennent des Pyrénées, & qu’on nomme gaves dans cette province , font celles qu’on appelle riajjes.
- Des naffes de la Guienne.
- foo. Outre les détails que m’a fournis M. de la Courtaudîere pour la. pèche des faumons dans l’Adour, il a bien voulu me donner la defcription que je vais rapporter de la naffe d’Andaye & d’Iron, pl. %, qui
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- font établies fur la riviere de BidalToa. Pour faire eette nafle, on traverfe tout le lit de la riviere par des files dé pieux qui font des angles faillans & rentrans , comme on le voit à la figure j A , font'des pieux de douze à treize pieds de longueur, & de huit pouces de circonférence ; ils font enfoncés dans le fable d’environ fix pieds , & font à trois pieds les uns des autres ; les intervalles C, C, C, &c. qui font entre ces pieux font remplis par un grillage ou elpece de caille-bottis , dont les ouvertures font d’environ deux pouces en quarré pour fermer le paffage aux gros poiifons qui voudraient remonter la riviere , fans interrompre l’écoulement de l’eau : ces grillages portent fur le fable , & font liés haut & bas aux pieux par de bonnes cordes : on peut les faire avec des perches , comme on le voit en élévation aux figures i 62, planche V.
- 50T. Il y a en B une ouverture de treize à quatorze pieds pour le paf-fagç des gabares, chaloupes , &c. il n’y a point de pieux ni de grillage, en cet endroit; mais pour arrêter le poilfon, ainfi qu’aux endroits où il y a des perches , on plante dans le fond de petits piquets qui entrent alfez profondément dans le fable ; ils ne s’élèvent pas beaucoup au-delfus du fond , parce qu’il faut que les chalans paflent par-deffus fans les toucher y mais on attache à ces piquets des rames d’épines qui forment comme une haie feche aifez épailfe & qui s’élève un peu plus que les piquets , parce que ces épines pliantes n’arrètent point la navigation, & n’endommagent point les chalands. Le pafsage B eft ainfi fermé par en-bas ; & pour le fermer par le haut» même à la pleine mer , ou place par le travers DD un bout:de gros mât , auquel on attache pareillement de grofses épines qui; defeendent en-defsous & joignent le fafeinage qui eft arrêté aux piquets dti fond de la riviere ; ce gros bout de mât DD âotte fur l’eau , & fait fon&ion de bouée. Il y a à chaque bout de ce tronçon de mât un gros & fort piton , qui y eft fortement attaché, & au travers de l’anneau de chacun de oes pitons, il pafse une corde» dont un bout eft attaché au bas j & l’autre au haut des deux pieux DD qui bordent la claire-voie , par oe moyen le mât peut defeendre lorfqu’un chaland fe préfente au pafsage -» & par fa ïégéreté remonter pour reprendre la place, faifant.dans l’un &. l’autre cas un mouvement à peu près vertical ; car les cordes ne lui permet--tent pas de fe déranger, ni vers le haut ni vers le bas de la riviere » quand il fe préfente une gabare , elle fait defeendre le mât & plier les épines ; & quand elle eft pafsée le mât remonte à fa place , les épines fe redrefsent, & la pafsée eft fermée aux faumons fans qu’on foit obligé de faire aucune manœuvre. • •' •• •? > ...
- •502. Les faumons qui ne peuvent franchir cette barrière s’accumulent auprès du côté d’aval-, & les pêcheurs avant la pleine mer donnent un coup
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- Sect. II. Bu faumon, des poiffons qui y ont rapport, 437
- de faine pour les prendre ; ils ont à cet effet deux gabares de vingt-cinq a trente pieds de long, de fept à huit de large , équipées de trois à quatre hommes ; ils fe tiennent en E s’ils veulent tirer le filet fur la terre d’Efpagne , & en F s’ils fe propofent de le tirer fur la terre de France ; car cette riviere appartient à l’une & à l’autre puilfance. Donnons un exemple , & pour cela fuppofons que les pêcheurs veuillent tirer fur la terre d’Efpagne : une des gabares qui refte en E tient un des halins du filet, & demeure à fa place ; l’autre qui a le filet à fon bord fille à la rame fuivant une ligne à peu près parallèle à la naffe ; elle eft indiquée par des points ; à mefure qu’ils mettent le filet à l’eau 3ils jettent des pierres à l’avant, & battent l’eau avec des perches pour faire gagner le large aux faumons qui fe font raffemblés auprès de la naffe ; ceux qui fe trouvent au bord de l’eau, jettent aufli des pierres pendant que la fécondé gabare fuit la ligne pon&uée pour venir en F du côté de France :1a première qui était reftée en E defcend le long de la côte d’Efpagne j l’autre defcend en même tems le long de la côte de France, en traverfant la riviere un peu en biaifant; elles viennent toutes deux fe réunir à la terre d’Efpagne, à environ quatre cents bralfes de la naffe : pendant que la fécondé gabare traverfe la riviere, les gens de cette gabare battent l’eau avec de longues perches pour engager le poiffon à regagner le haut de la riviere,afin qu’ils donnent dans le filet;alors ces deux gabares ayant gagné la côte d’Efpagne ,étant environ à douze bralfes l’une de l’autre, tous les pêcheurs mettent pied à terre , continuent à tirer le filet en fe rapprochant l’un de l’autre , & enfin travaillent de concert pour l’amener à terre’ & prendre le poiffon. Tant que ces poiffons fe fentent dans la grande eau, ils ne s’agitent pas beaucoup ; mais quand l’eau diminue , ils effaient de s’élancer par-deffus le filet, & le briferaient, fi les pêcheurs n’elfayarentpas de doubler le filet pour les envelopper ; & auflî-tôt qu’ils le peuvent, ils les aifomment à coups de maffe.
- 503. Cette naffe appartient & eft faite en commun par les habitans d’Andaye & d’Iron qui en partagent le revenu, car une moitié de la riviere de BidalToa appartient par les traités à la France, & l’autre à l’Efpagne. Il y a au fond de cette riviere une autre naffe à peu près femblable à celle que nous venons de décrire ; elle appartient aux habitans de Biriatou , paroiffe de France , & à ceux de Fontarabie , dépendante de l’Efpagne, mais la pêcherie d’Andaye eft bien meilleure , parce que l’autre qui eft au-deffus n’a que les poiffons qui ont échappé à la première.
- 504. Je favais bien qu’outre les naffes qui ne font qu’arrêter le poiffon dans là route, comme celles d’Iron & d’Andaye,dont je viens de donner la defcription d’après les mémoires de M. de la Courtaudiere, il y en avait de droites & d’anguleufes ,où l’on ménageait quelques ouvertures pour y
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- 438 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- placer une huche ou un panier en verveux qui retenaient les poitions qui y entraient ; mais on conçoit que ces pêcheries ou nafles, ne conviennent point dans les endroits où il remonte beaucoup de faumons & de truites , parce qu’il faut avoir une grande étendue pour contenir beaucoup de poif-fons , lorfqu’ils remontent par flots. Ayant appris que la nafle de Peyre-horade était de ce genre , & une des mieux établies de la province , je priai M. le président de Borda (*) de m’en procurer une bonne defeription > il a bien voulu agréer ma propofition , & les mémoires qu’il m’a envoyés font fi précis ,fi clairs & Ci bien rédigés, que je me trouve en état de donner une idée jufte de cette belle nafle. Elle eft formée de deux files parallèles de perches en zig-zag qui traverfent tout le lit du gave ; ces files de barreaux lbnt cotés AB , A B , D C , D C , &c. fur la pi. VLI^fig. 2. On voit qu’elles forment des angles faillans & des angles rentransjces grillages font interrompus en E E pour laitier pafler les bateaux ; mais quand il ne s’en préfente pas, cette ouverture eft fermée par des fafeines qu’on lie très-fermement les unes avec les autres , par de fortes harts faites ordinairement avec des farmens de vigne fauvage ; & ces fafeines font afsez longues pour s’étendre depuis le fond de la riviere jufqu’au-deffùs de la furface de l’eau.
- 50*). Ie, n’y a point d’ouvertures aux angles faillans A , ni aux angles ren-trans B, du côté d’amont indiqué par G, il n’y en a point non plus aux angles faillans Çdu côté d’aval indiqué par H; mais les angles rentrans D , de ce côté d’aval, font ouverts à leur fomniet pour donner paflage aux faumons , qui, par le moyen de ces ouvertures, peuvent entrer entre les files de grillages AB ,AB,DC,DC, &c. il faut prévenir qu’ils ne fortent pas par les ouvertures qui leur ont permis d’entrer,principalement parce que vis-à-vis chaque entrée D , on met un pieu/?, à peu près à l’endroit où fe rencontreraient les grillages C P , fi on les prolongeait comme aux angles B. Les faumons qui s’efforcent de remonter le gave, contournent ce pieu , & pat-fent entre les deux cloifons B A , C D j & foit qu’ils foient arrêtés ou effarouchés par le pieu/?, ils fe portent ou dans l’angle A ou à celui B> étant ainfi renfermés, les pêcheurs les prennent avec une truble.
- S06. Les côtés A B ont à peu près cinquante pieds de longueur, & l’eL pacc compris entre les fils de grillage eft de huit ou dix pieds; comme l’eau s’échappe entre les barreaux , cet établiflement réfifte au courant, quoiqu’il foit affez rapide pour renverfer la nafle fi elle s’oppofait à fon paf fage, ou pour s’ouvrir un nouveau lit fur les côtés. Les barreaux verticaux font liés fur d’autres qui font horifontaux; & comme ces barreaux font à un pouce & demi les uns des autres , les petits poifsons peuvent
- (*) Çorrefpondant de l’académie royale des fciences.
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- Sis ct. II. Du faumon , £5? des poijjons qui y ont rapport, 439
- s’échapper , & probablement il y pafle beaucoup de faumoneaux & de truitelles.
- Î07. On remarque à cette nafle deux faifons pour le paflage des faumons; la première commence quelquefois dès le mois de décembre ; mais elle n’eft bien établie qu’à la mi-février , elle dure jufqu’à la fin d’avril \ les faumons qui montent alors , pefent depuis douze jufqu’à quarante & quarante-cinq livres ; dans cette même faifon , il remonte quelques truites qui pefent depuis quatre jufqu’à neuf livres. Le fécond palfage des faumons .commence au mois de juillet, & dure jnfqu’à la fin d’août ; ces poif. fous font femblables aux autres; mais ils ne pefent que fept à huit livres: on les nomme garbaillots ; ils font plus délicats que les gros ; quelques-uns penfent que ce font des ombres - chevaliers , & ils indiquent la fin de la pêche des faumons. Il s’amaffe à cette nafle beaucoup de tocans du côté d’amont; il en retourne beaucoup à la mer quand il vient des déborde-mens, parce qu’alors on ne peut faire aucune pèche : il defcend auffi des faumons du haut du gave: mais comme ils ont frayé, ils font maigres,& on n’en fait aucun cas.
- Il y a bien d’autres nafles que celles que nous venons de décrire 5 il y en a une fur le gave de Pau qui palfe à Orthez ; une fur le gave de Sar-rance qui pafle à Sordes , & quantité d’autres. En général, ces nafles font d’un bon revenu : mais elles exigent de grandes réparations , de forte qu’une nafle qui produit i2©oo livres, exige communément pour 6000 livres de réparations ; & il arrive de tems en tems des débordemens qui font tant de dommages,que le produit de la nafle ne fufiit pas pour les réparer ; la nalfe de Peyrehorade eft, comme nous l’avons dit, la plus belle & la plus avantageufe ; il y a auprès un réfervoir , dans lequel on conferve jufqu’à quarante quintaux de faumons, qu’on ne vend que quand ce poiflon eft cher : les marchands qui viennent d’Auch , de Touloufe , de Sarragofle en Efpagne , étant afsurés d’y pouvoir faire leur charge, y viennent quand ils n’en ont point trouvé dans d’autres nafses ; & pour cette raifon ils le payent plus cher; ils le chargent frais, & le vendent de même; mais quand ils font furpris en chemin par le tonnerre & la pluie , ils font obligés de les faler, fur-tout ceux qui vont à Sarragofse.
- 509. M. de la Courtaudiere me marque qu’on afsure que toutes les truites qu’on prend depuis la mer jufqu’aux montagnes , font faumonnées; & que celles qu’on prend à Baigorry , ont les unes des taches blanches, les autres des taches noires , & qu’il n’eft pas aifé de diftinguer à la feule inf. peétion une truite faumonnée & un faumon de même grofseur ; qu’on ne peut diftinguer les mâles des femelles qu’en leur prefsant le ventre s les mâles rendent une lymphe laiteufe i celle que rendent les femelles , eft jaunâtre^
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- 440 TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- ou fanguinolente. Les pécheurs afsurent encore que les faumons qui pafsent de la mer dans les rivières , ont moins d’œufs que quand ils y ontféjourné du tems.
- Article VIII.
- Pêche des truites à La fontaine de Vauduje , dans le comtat Vmaijjin.
- 510. J'ai prévenu plus haut qu’on prend fi rarement des faumons dans la Méditerranée , qu’on peut dire que ce poifson eft particulier à l’Océan & aux mers du nord ; mais on prend des truites dansplufieurs rivières qui fe déchargent dans la Méditerranée ; cependant ce n’eft pas en grande quantité, car je ne fâche pas qu’on y ait établi aucunes pêcheries particuliérement deftinées pour prendre ce poifson. Comme j’avais entendu parler exprefsément des truites de la fontaine de Vauclufe, je priai M. Poujet, lieutenant-général de l’amirauté de Cette en Languedoc, de me procurer quelques détails fur la pêche de cette fontaine , que je n’avais vue qu’en pafsant & en voyageant. Voici ce qu’il m’a répondu à ce fujet.
- 5 11. Il eft vrai , comme vous le penfez , qu’il y a des truites dans beaucoup de rivières de Provence & de Languedoc; mais pas en afsez grande quantité pour qu’on ait établi des pêcheries exprefsément deftinées pour prendre ce poifson : on les pêche avec l’épervier , la truble , des efpeces de tramaux , & à la ligne , ou bien on les tue à coups de fufil. A l’égard de la fontaine de Vauclufe fi renommée , elle eft placée dans un antre naturellement creufé dans une mafse énorme de roches; vers le milieu eft un baflin ovale en forme de puits, où l’on peut defcendre quand les eaux font bafses ; ce baflin peut avoir dans fon grand diamètre 135 pieds; cet antre a quelque chofe d’effrayant à caufe de fon obfcurité ; le baflin ovale eft vers le milieu , on n’y apperçoit qu’une nappe d’eau tranquille qui parait noire à caufe de la profondeur du gouffre, de la couleur de la voûte, & de l’obfcurité qui y régné. Cette eau eft néanmoins fort claire; mais on prétend qu’elle eft pefante & indigefte. Quand par la fonte des neiges ou des pluies abondantes, l’eau s’élève au-defsus d’un môle qui eft à portée, elle fe précipite avec grand bruit entre des rochers tombant par cafcades , & elle arrive enfuite à un endroit plus uni & plus étendu , où l’eau coule tranquillement & fe rend avec plufieurs petits canaux fouter-reins dans la riviere de Sorgue, qui dès cet endroit eft en état de porter bateau ; quand elle eft rendue à la ville de l’Isle, elle fe partage en plufieurs branches, qui après avoir arrofé une partie du comtat Venaiflin fe jettent dans le Rhône.
- 512. Il n’y a dans le réfervoir de la fontaine de Vauclufe ni poiiTons
- ni
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- S'êct. IL Bufcmmou, & des poijjbns qui y ont rapport. 441
- ni même d’infe&es ; ainfi on n’y pêche point : mais la Sorgue eft très-poift fonneufe , puifque dans la feule ville de l’Isle , il y a foixante pêcheurs qui fubfiftent eux & leur famille de leur pêche : on y prend des truites* des ombres de riviere , des loches, des chabots, des vérons , &e. Il y a des truites noires, des roulfes , & des blanches, qui ont des taches rouges , vertes ou blanches ; les femelles ont des œufs depuis janvier jufqu’à pâque; enfuite elles s’engraiflent particuliérement d’infe&es qui s’y trouvent en abondance ; & comme elles s’élancent au-delfus de l’eau pour les attraper, on en tue quelques-unes à coups de fufil , fur-tout dans les mois de mai & de juin; alors elles font excellentes , & l’on en prend qui pe-fent jufqu’à 6 livres; on en a quelquefois pris, mais* rarement, qui pefaient 15 livres: auprès de la fource delà Sorgue elles font petites ; enfuite on en prend de plus belles jufqu’à Antraigues qui eft à trois lieues de la fource. On dit avoir obfervé que depuis la fource jufqu’à trois quarts de lieues auprès de la ville de l’Isle, les poiifons d’un an ne pefent qu’une once; depuis la ville de l’Isle jufqu’au bourg du Thor , dans la longueur d’une lieue où l’eau n’a pas'beaucoup de rapidité, les truites pefent une & quelquefois deux livres ; enfuite on prend de belles truites jufqu’au Rhône.
- 513. Il n’y a point de pêcheries établies dans cette riviere pour prendre les truites ; on les pèche comme les autres poiifons avec l’épervier, quoique ce filet foit défendu; de plus, avec ce qu’on nomme le grand filet, qui eft une forte de faine, le vertaulet, le garbele , le capeiron, le foufiau„ termes qu’il faut expliquer, d’autant que nous n’en avons point parlé au vocabulaire de la première partie.
- Ï14. Le grand filet eft large de quatre pans, long de quatre cannes ; il eft lefté de plomb & garni de flottes ; on le tend par le travers de la riviere. Le vertaulet eft un filet à manche & conique , long de fix pieds, foutenu comme le verveux par de petits cerceaux pour le tenir ouvert, & garni en dedans d’un goulet , au moyen duquel le poilfon qui eft entré fe trouve renfermé entre deux filets. Le filet appellé garbele, eft un petit vertaulet qui n’a que trois pans de longueur ; fe s mailles font très - ferrées ; il a en dedans un goulet, & eft foutenu par trois cerceaux. Le filet dit capeiron, eft en quelque façon une pèchette qui a douze pans de long ; l’ouverture eft en demi-ellipfe dont le grand diamètre a fix pieds ; il eft emmanché au bout d’une perche de fix pans de long ; elle fert pour l’entrer & le fortir de l’eau.
- 5if. Je ne détaillerai pas davantage ces pèches qui reviennent à celles dont nous avons parlé dans la première partie de ce traité. Les gourmets prétendent que les truites du lac de Geneve font meilleures que celles de
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- 442 TRAITE' DES PECHES. Partis IL
- la Sorgue ; & il y en a qui en font venir pour fe régaler , lorfque l’air frais permet de les tranfporter. ( 33 )
- ArticleIX.
- Des pêches des faumons & des truites qui fe font dans plujîeurs états voifns
- de la France.
- 516. Après avoir traité fort en détail des moyens qu’on emploie pour prendre les faumons, les truites, &c. dans les différentes provinces de France , il nous a paru convenable de rapporter ce que nous avons pu apprendre fur les pêches qui fe font chez nos voiiins ; mais pour éviter des répétitions ennuyeufes , nous ne ferons qu’indiquer celles qui ne different que peu ou point de celles que nous avons décrites : & nous infif-terons davantage fur celles qui offrent des induftries que nous n’avons point encore fait connaître.
- Pêche du faumon & des truites en Hollande.
- 517. J’ai obligation à M. le Francq de Berkhey , que j’ai déjà cité à l’occaBon de la morue, des détails où je vais entrer fur la pêche des faumons en Hollande.
- f i8- Ce faumon eft à tous égards le même poiffon que celui qu’on connaît en France fous ce nom ; il y en a depuis un pied & demi jufqu’à trois ou quatre pieds de longueur , & du poids depuis quatre livres jufqu’à trente ; mais pour l’ordinaire ils ont trois pieds de long & pefent vingt à vingt-cinq livres ; leur couleur eft argentée : le dos eft d’un verd tirant fur le bleu ; leur chair eft très-rouge.
- 519. En Hollande ce poiiTon fe trouve principalement à Schoonoven ; beaucoup de villages fitués fur les bords de l’Yifel, du Rhin , du Leck & delà Meufe, vivent de cette pèche, ce qui rend le faumon fort commun dans les poiffonneries de la Hollande ; il s’eu prend auffi en Zélande à l’embouchure de l’Efcaut, mais moins abondamment : on pêche des fair-mons pendant prefque toute l’année ; mais dans les mois où l’on n’en prend que quelques-uns, les pêcheurs apportent au marché ceux qu’ils ont eon-ièrvé dans leurs réfervoirs ou bateaux à vivier ,& alors ils les vendent un
- (53) Outre les truites que l’on fale à en tranfporte jufqu’à Paris , en les faifant Geneve ; & qui deviennent par-là un objet voyager en pofte. On fait l’hiftoire de ce fade commerce, on en tire de cette ville cui- meux financier de la capitale , qui tenait tes & apprêtées à la fauce au vin, en quoi une chaife deftinée uniquement à cet ufage. les cuiliniers Genevois excellent , & l’on
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- Se ct. IL Bu faumon, & des poijjom qui y ont rapport. 445
- prix exceffif. Les faumons Te prennent ordinairement plus abondamment au printems & en été que dans toute autre faifon ; cependant le nombre n’en eft pas égal toutes les années; quelquefois cette pêche eft peu avanta-geufe, pendant qu’ils font fi communs dans d’autres années, que la livre ne coûte que quatre à fix fous , quelquefois même ,mais rarement, on ne la paie que deux fous ; pendant que les années où ils font rares , la livre coûte entre dix à vingt fous , rarement trente fous; fi l’on a vu payer un feul faumon jufqu’à cent florins de Hollande, c’eft dans des circonftances fort extraordinaires, qui ne peuvent pas être données pour exemple. Il y a eu un tems où les faumons étant très - abondans en Hollande, on a t-*nté d’en apporter en vie en France dans des barques à vivier, comme nous avons dit qu’on fait la morue ; mais cette entreprife n’a pas fubfifté : on a prétendu que c’était à caufe des droits excefiifs qu’on a mis fur l’entrée de ce poiifon , fur-tout à Paris; je crois plutôt que c’eft parce qu’il en mourait beaucoup, les faumons ne pouvant pas fupporter le tranfport comme les morues ; & je crois pouvoir l’aflurer d’après une tentative qu’on a faite fur la Loire pour en tranfporter dans des bafcules ; plus des trois quarts font morts dans la route , qui n’était cependant pas fort longue. (34)
- 520. On prétend que le faumon n’a pas toujours été fi abondant en Hollande qu’il l’eft maintenant ; au moins l’établiflement de fa pèche ne remonte pas au-delà de deux fiecles. Les états de Hollande ont publié des réglemens fur les endroits où doivent être établis les parcs qui fervent à la pèche de ce poiifon, pour que la navigation n’en fût pas interrompue ; & ils ont défendu qu’on y employât du bois de chêne ou d’orme , à caufe du dommage que ces bois durs occafionneraient aux bateaux qui heurteraient contre ; ainfi il n’eft permis de les conftruire qu’avec du bois d-e faule, & même il ne faut pas employer de trop gros morceaux de bois, mais des perches qui aient de la flexibilité.
- 521. Lorsqu’on a choifi un lieu propre à l’emplacement du parc,foit au milieu de la riviere, foit fur un banc ou auprès des bords, on y conf. truie un clayonnage, de maniéré que les aîles B ,B ,//. Vlll ^fig. 1, avancent plus vers le courant de l’eau que le milieu A ; ce clayonnage s’élève de
- ( ?4) Il fe peut que cette mortalité chez chercher les moyens de conferver la vie à les faumons que l’on tranfporte ainfi, ait ces poiffons dans la traversée , & il y a bien dégoûté les pêcheurs ; mais je penfe q.ue de l’apparence qu’ils les auraient trouvés , l’excès des droits d’entrée dont parle ici en procurant aux Parifiens le plaifir de notre auteur, y aura auffi beaucoup con- manger du faumon frais, venant dé Ho.î-frrbué. En donnant plus d’aifance à cette lande, importation, on eût invité lies pêcheurs à
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- deux pieds au-deflus de la furfaee de l’eau ; en avant de ce clayonnage» du côté d’aval , on place un grand verveux CC, dont les ailes D D viennent joindre celles du parc de clayonnage; ce Blet n’effc pas aufli élevé que les clayonnages » & il eft aflez enfoncé dans l’eau pour que lesfaumons puif-fent palier par-delfus en nageant ,fuivant leur coutume , contre le courant j étant arrivés au parc qui eft plus élevé , ils donnent contre le clayonnage A B : alors ils font quelques eflorts-pour le franchir ; mais ne pouvant y réuffie étant effarouchés , ils fe portent vers le fond, & voulant s’en retourner, ils s’enfoncent dans les verveux C C, & fe prennent dans le filet : le bout E du. verveux a une ouverture allez large pour qu’on puifse en tirer le poifson 5 mais on la ferme par une efpece de porte. Quelquefois, lorfque le parc eft fort étendu , on tend deux verveux qui laiflent entr’eux un efpace où les fau-mons peuvent fe promener. Cette méthode de pêcher eft principalement en ufage dans la Meufe , & fur-tout près de fon embouchure.
- *)22. Dans d’autres endroits où la Meufe fe joint avec le Rhin ,1e Leck & le Vhaal, on pèche avec de grandes faines qui ont au milieu une efpece de lac , comme les ganguis de Provence , première partie , fécondé feétion. Les pécheurs , à l’aide de leurs chaloupes, étendent ce filet de façon qu’il embraffe toute la largeur de la riviere ; & comme il eft grand, lorfqu’ils n©* font pas aflez de monde , ils le halent avec un cabeftan ou un treuil,ou même ils font mouvoir le cabeftan par un cheval qui tourne comme dans un manege ; & lorfque les filets ne font pas fort grands, ils placent leur treuil fur leurs barques même, comme nous l’avons dit ailleurs.
- 523. Enfin , il y a une autre forte de pèche du faumon qui eft aufti-fort en ufage ; c’eft celle au tramail : on attache aux deux bouts du filet » deux tonneaux vuides , ou des morceaux de bois léger prefque coniques, qui flottent pour tenir lieu de bouée ou de lignai ; on met au-deifus de ces bouées, qui flottent le bout le plus large en-haut, deux lanternes, de façon-que l’eau ne puifle éteindre les lumières que quand le filet s’enfonce dans l’eau , ce qui indique aux pêcheurs qu’il y a des poiflons de pris ; alors ils viennent avec leurs barques B, & ils relevent le filet. Cette, pêche eft per-mife à tous ceux qui demeurent près des digues , moyennant qu’ils contribuent aux frais de leur réparation ; à l’égard des autres pêches, elles {§ donnent à ferme , & ceux qui en font adjudicataires , paient, outre le prix de la ferme , une fomme à l’état qui monte au neuvième denier.
- S 24. Ces poiifons fe tranfportent dans toutes les villes de la Hollande , fur des charriots ou dans des bateaux , & fe vendent aux marchés ; il y a un art à les trancher; la ville de Leyde eft renommée à cet égard ; les marchands de poiifon favent le découper de maniéré que les tranches qu’ils font d’un, faumon de fix pouces de diamètre, égaient celles que l’on fait ailleurs d’un
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- Sect. II. Du faumon, & des poijjons qui y çnt rapport. 44, f
- faumon de douze pouces. Le faumon fe mange frais ,cuit dans l’eau , mais avec une fauce qu’on fert à part} cette fauce fe fait avec du fel , du perlîl, du vinaigre , quelquefois on l’apprête avec du beurre & deis câpres, ou bien on le fait rôtir fur le gril, en le faupoudrant de bifcuits de mer ou de chapelure, & l’arrofant avec du beurre.
- 52^. On fume auffi le faumon, qui dans cet état furpalfe beaucoup en déîicatelfe ceux qu’on apporte de Norwege en Hollande, quoique la maniéré de fumer foit à peu près la même dans les deux endroits }tout l’art confille dans la maniéré de mettre le fel, & dans la quantité qu’on y en emploie ,mais les femmes de Hollande en font un grand fecret. Nous détaillerons dans la fuite les différentes préparations qu’on donne aux faumons ponr les conferver.
- Des truites en Hollande.
- 526. Les pêcheurs hollandais donnent le nom de roi des faumons , à un poiifon que le hazard jette quelquefois dans leurs filets jmais on foupçonne que ce poiifon n’eft qu’une groffe truite, que les pêcheurs ne connaiffenc point à caufe de fa rareté. Dans les rivières de Hollande , fur-tout depuis leur embouchure jufqu’en Gueldres , ils défignent ce poiifon par l’épithete de roi, à caufe de la beauté de fes couleurs & de fes taches ,aufli-bien que pour fa déîicatelfe qui l’emporte fur celle du faumon. Si on remonte le Rhin jufqu’en Allemagne , la Meufe jufqu’à Maeftricht, & l’Efcaut jufqu’au Brabant, ou y trouve des truites, dont quelques-unes , mais très-rarement, parviennent jufqu’à Leyde ,& quelquefois, plus rarement encore , jufqu’à la mer, quoiqu’elles paraiifent éviter l’eau falée & ne fe plaire que dans les eaux douces & vives. Nous avons dit en plus d’un endroit, qui! y a des truites qui paiTent de la mer dans les rivières pour frayer , & qui retournent enfuite à la mer} mais qu’il y en a auffi qui relient continuellement dans l’eau douce.
- 527. M. le Francq de Berkhey me marque qu’on pèche fou vent le Ia-varet albula fur les côtes de Hollande , avec les faumons} les pêcheurs le nomment {ee-wind ou wind- wifch, c’ell-à-dire, poiifon du vent} mais on en fait peu de cas, fa chair n’étant pas rouge comme celle du faumon. Il s’en trouve une autre efpece dans les lacs ,5c dans les endroits d’où on a tiré k tourbe } mais elle efl plus petite : elle a tout au plus un pied 5c demi de longueur: il n’y a que les pauvres gens qui en mangent. Voilà tout ee que me marque M. le Francq au fujet de ce poiifon, 5c je crois qu’il efl différent du lavaret dont nous avons parlé plus haut, qui fe trouve dans les lacs & qu’on dit être un bon poiffon*
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- Pêche du faumon en Irlande.
- Ç28- On fait la pêche du faumon en Irlande, à l’embouchure & dans le xours des rivières , principalement depuis le io mai jufqu’aux premiers jours d’aout j elle fe continue dans les petites rivières & les baies jufqu’en feptembre: ce poiifon fe trouve plus abondamment à la partie du nord ; on en prend à Colraine , Londonderry , Limerik , Cork, Carlingfort, Dublin, &c. Comme une des plus confidérables pêches fe fait à Waterfort, je me détermine à choifir cet endroit pour donner une idée des pêches d’Irlande , non-feulement parce que cette pèche eft une des plus abondantes , mais encore parce qu’elle fournit les meilleurs poilfons.
- 529. Les pêcheurs emploient une faine dont les mailles ont un pouce & demi ou deux pouces d’ouverture en quarré ,pour que les plus petits poilfons puifsent s’échapper , ce filet eft lefté & flotté j il a dix à douze pieds de chûte ; fa longueur eft proportionnée à la largeur de la riviere, mais fouvent il ne l’embrafse pas en entier j autant que la marée leur permet , ils tendent leur filet deux heures avant le foleil levé, & deux heures avant fon coucher, ils pêchent de flot & de jufant, refoulant toujours la marée; pour cela, ils ont deux fort petits bateaux, dont nous donnerons les di-menfions dans l’article de l’Ecofse , ils ne peuvent contenir que deux hommes ; ces bateaux font à fond plat ; ils n’ont que trois pieds de largeur, prefque point de bordées: on en voit deux fur la pl. Vlll ^fig. 2 j ordinairement ils font en partie remplis de foin ; les pêcheurs fe mettent prefque à genoux fur cette litiere & nagent en bagayant ; chaque bout du filet eft amarré à un de ces bateaux ,&ils le déploient à mefure que les bateaux s’écartent l’un de l’autre.
- 530. Quand le filet eft tendu par le travers de la riviere, ils nagent en fuivant le cours de la marée ;& quand ils ont fait un quart ou une demi-lieue de chemin , ils fè rejoignent peu à peu au milieu de la riviere pour relever le filet, chacun halant fon bout qu’ils lovent ou plient fur une petite tille ou danne qui eft à 1 avant ; à mefure qu’il parait des faumons, ils les afsomment, ce qui fait qu’ils ne difènt pas qu’ils ont pêché tant de faumons , mais qu’ils en ont tué tel nombre. Quand ils ont pris leur poif-fon en defcendant la riviere, & qu’ils font arrivés au bas , ils recommencent la même manœuvre, à moins que la force des courans ne les en empêche.
- Il y a quelques rivières où les Irlandais pêchent comme en Ecofse, particuliérement lorfqu’il y a beaucoup de courant ; pour cela ils tendent des nafses aux coudes des rivières dans les endroits où la marée porte avec plus de force & de rapidité ; ces nafses font foutenues par deux forts pieux
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- Sect. H. Du faumon, §•? des poijfons qui y ont rapport. 447
- où le haut de la nafse eft afsujetti par un œillet ou anfe de corde qui em-brafse le pieu ; au bas de la nafse il y a une pareille anfe de corde, dans laquelle on pafse une des branches d’un fourchet de bois;& quand en appuyant fur le fourchet on a fait defcendre l’anfe de corde jufqu’au bas du pieu , on arrête cette perche au pieu , & la nafse eft ainft retenue en état. Un homme établie ainfi une nafse entre deux forts pieux , au bout d’un filet dormant, qui engage encore les poifsons à entrer dans la nafse ; mais on 11e le met pas ordinairement. A la bafse mer , on vifite les nafses pour en tirer les faumons , les truites & les autres poifsons qui y font entrés ; car les mailles font afsez ferrées pour retenir des poifsons gros comme des harengs. Enfin les pécheurs portent leurs poifsons dans des villes où il y a des poifsonniers qui s’occupent à les apprêter, comme nous l’expliquerons.
- Pêche du faumon en Ecoffe.
- Ï32. On fait des pêches afsez abondantes de faumon dans toutes les isles Britanniques j mais communément il y a plus de poifson en Irlande que dans la Grande-Bretagne , & c’eft en Ecofse qu’on en fait la pêche la plus confidérable, & où l’on fait les falaifons les plus eftimées dans le commerce :ces pèches fe font le long des côtes d’Eco fie, depuis la pointe du nord de l’Angleterre ou de Newcaftle à Berwick. La pèche eft encore plus confidérable àMontrofs & à Abberdeen, jufques dans le golfe de Murrai, au fond duquel il y a de belles pêcheries ; & de plus , on peut dire |que toutes les rivières & les petites baies des côtes d’Ècofse, font remplies de faumons & de truites ; il y a encore beaucoup de ces poifsons à l’oueft de ce royaume : mais ceux de la côte du nord, depuis Montrofs jufqu’à Cro-martie,font les plus eftimés ; néanmoins les montagnards qui occupent une partie de la bande du nord jufqu’à la pointe de l’isle , font peu de falaifons, ou plutôt celles qu’ils font font pour leur ufage.
- 533. On pêche toute l’année quelques faumons en Ecolfe: la faifon où ces poiflons lé montrent en plus grande abondance , neft pas abfolu-ment la même dans tous les lieux que nous venons d’indiquer, néanmoins on peut dire , généralement parlant, que la pêche des faumons commence en mars , & finit en août ou feptembre ; ce qui n’empêche pas que fur quelques côtes on ne commence à prendre des faumons en février , & qu’ailleurs Je fort de la pèche ne foit en avril, mai & juin.
- 534. Les Ecoifais , comme les pêcheurs des autres nations , emploient pour prendre les faumons différens moyens. Lorfqu’ils s’établiflênt à l’embouchure des rivières , à des endroits où il y a peu de profondeur d’eau , ils forment avec des filets ou des pieux entrelacés de jonc, des efpeces
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- de bas parcs circulaires , où les fauraons fe trouvent pris au reflux de la marée. On peut prendre une idée de ces parcs, première partie , fécondé fe&ion. Souvent un pécheur fe met dans un très-petit bateau , avec une faine , qui quelquefois a une manchej au milieu ; un bout de ce filet eft amarré à terre, & comme le faumon refoule toujours le courant, le bateau qui porte le filet fe place du côté que l’eau vient: des pêcheurs qui font reftés à terre font le guet , & comme ces eaux font fort claires, ils examinent s’ils apperçoivent des faumons qui remontent dans l’étendue qu’occupe le filet, qui a ordinairement quarante à cinquante braf-fes : lorfqu’on y apperqoit des faumons, le bateau regagne le rivage, & tous tirent la faine à terre pour prendre le poiflon , comme on le voit en grand, première partie, fécondé fecftion.
- 535. Ce filet a , comme nous venons de le dire , quarante ou cinquante braffes de longueur, fur une hauteur proportionnée à la profondeur de l’eau, qui ne doit être que de cinq ou au plus de neuf pieds ; l’ouverture des mailles eft d’environ un pouce en quarré. Cette pêche fe fait de baflè mer, & ne peut durer que quatre heures, à caufe du retour de la marée.
- 536. Quand les pêcheurs halent ce filet à terre , celui qui eft dans le petit bateau , fe porte au derrière du filet, dont il faifit la corde où font attachées les flottes, pour la fouîever & empêcher que les faumons ne fautent par-deflùs ; quelquefois même il en frappe avec un bâton pour les empêcher de fortir de l’enceinte du filet; quand il y a une manche , les poiiTons qui y font engagés ne peuvent s’échapper en fautant. On prend à cette pèche qui fe pratique beaucoup en France non-feulement des faumons & des truites , mais encore de beaucoup d’autres efpeees de poiiTons qui fe trouvent renfermés dans l’enceinte du filet.
- 537. Si à l’embouchure des rivières il y a une trop grande profondeur d’eau , les pêcheurs s’établiflent dans le lit même de la riviere & pèchent en pleine eau avec deux bateaux , comme nous l’avons expliqué ci-deflus plus en grand , première partie , fécondé fe&ion. Quelquefois en remontant plus avant dans les rivières , il fe trouve un endroit où le lit eft étroit & l’eau peu profonde, alors ils traverfent toute fa largeur avec des perches qui font très-près à près, & laiflent de diftance en diftance des ouvertures aifez larges pour que les plus gros poiiTons puifsent y pafser; en mettant à ces ouvertures une manche dont l’embouchure foit du côté oppofé au courant, ils prennent beaucoup de faumons. On peut prendre une idée de la difpoiîtion de cette pêcherie par ce qui a été dit plus haut. Les pêcheurs Ecofsais en prennent encore la nuit à la lueur d’un flambeau de goudron , en les perçant avec une fouanne qui a cinq pointes:
- cette
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- Sect. IL Du faumon, Ê? des poijjons qui y ont rapport.
- cette pèche eft repréfentée première partie , troifieme fedtion. On en prend auili avec des lignes attachées au nombre de quinze ou vingt ,.fur une corde qui traverfe la riviere. Enfin quand les Ecofsais pèchent dans le lit des rivières , ils emploient les mêmes moyens que nous avons détaillés en parlant des pêches qai font en ufage en France. Les faumons qu’on pèche depuis la faint Michel jufqu’en janvier, font fi maigres ,& ont la chair fi molle, qu’il eft défendu d’en prendre dans cette faifon, où iis ont été fatigués par le frai.
- 538- Les Ecofsais , dans fours rivières, font grand ufage de petits bateaux plats , fembîables aux chaloupes dont les Danois fe fervent pour la pèche de la morue, qu’ils nomment fchutt ; nous en avons parlé dans la première fedtion de oette fécondé partie, & quelquefois les Ecofsais les achètent en Norwege : ces bateaux font faits de fapin , dont les bor-dages font afsemblés à clin Amplement chevillés , de forte qu’il n’entre point de fer dans leur conftrudtion j ceux qui leur fervent dans les rivières, n’ont que huit à dix pieds de long, & ne tirent que huit à dix pouces d’eau ; ceux qui leur fervent pour pêcher aux Orcades & à It-land, ont douze à quatorze pieds de long i iis font fort larges & tirent aux environs de dix à douze pouces d’eau. Ces bateaux ne portent jamais de mâts , & ils font fi légers qu’un feul homme fuffit pour les conduire avec la rame, ou en pagayant ; rarement fe mettent-ils deux.
- 539. Lorsque les Ecofsais établifsent leur pèche dans le Nord , aux Orcades & à Itland, ils ont des bateaux plus grands , ou bien ils fe fervent de ceux que les Itlandais conftruifent ; ils font à fond plat, fort étroits , afsez fembîables aux pirogues ; ils font faits de chêne, & n’ont que dix à douze pieds de longueur fans quille j ils tirent très-peu d’eau ; les pêcheurs fe mettent prefque à genoux dans ces bateaux , qu’ils ont en partie remplis de foin, & ils rament ou pagaient comme le font les fauvages : il y a à Pavant une petite tille , fur laquelle ils lovent leurs, filets i comme ils les relevent fouvent, ils fe mettent deux dans ces bateaux, & chacun pagaie de fon bord , pi. VIII, fig. 3.
- £40. Les bateaux dont fe fervent les Ecolfais, ne fe bornent pas à ceux que nous venons de décrire : ils en ont qui font quarrés par derrière & pointus par-devant ; & ils font plus ou moins grands fuivant le lieu où ils fé propofent de pêcher , & la grandeur de leurs filets ; de forte que quelquefois ils fe mettent dix à douze dans un de ces bateaux.
- 541. Ordinairement les Ecolfais rament B ,fig. 3 , & les Irlandais pagaient A, même figure.
- Ï42. La pèGhe appartient aux feigneurs , propriétaires des terres fur lefquelles patient; les rivières , & par cette raifon, c’eft à eux qu’appar-
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- 4T o TRAITE' D £ S PECHES. Partie IL
- partiennent les uftenfiles néceffaires pour la pêche, bateaux, filets, tru-bles, gafaux,.rames , pagaies , &c. Les propriétaires du droit de pèche engagent & payent les pêcheurs qu’ils emploient} c’eft ordinairement quarante-huit livres pour la durée d’une faifon, avec tous les poiffons d’autres efpeces que le faumon , lorfqu’ils en peuvent attraper } quelquefois même on donne aux pêcheurs un faumon, fur un certain nombre.
- Article X.
- De la pêche du faumon dans le nord.
- f43. Il eft certain que les faumons & les truites font très-communs dans le nord } il n’y a de différence d’un lieu à un autre que du plus au moins. Nous avons foupçonné qu’il s’en détachait des colonies qui venaient peupler nos rivières } c’eft à la vérité une pure conjedure , mais qui acquiert quelque probabilité , quand on fait attention que dans les parages que les européens fréquentent, les faumons & les truites s’y rencontrent d’autant plus abondamment qu’on s’approche plus du nord } il n’y en a point dans la Méditerranée, & il s’en trouve beaucoup plus au nord de l’Irlande & de l’Ecoffe , que dans nos parages 5 il y a des fau-mons en Jutland & dans d’autres endroits du Danemarck & du Holftein} mais la pêche eft plus abondante près de Randers} on en trouve encore plus & de meilleurs en Norwege & dans la Baltique. Je me propofe donc de dire ici quelque chofe des pêches qui fe font dans ces différens pays, commençant par ce qui regarde le Danemarck , puis la Norwege , la Baltique , l’Islande , &c.
- 544. Dans le nord, ainfi que dans nos climats, la faifon de la pêche des faumons & des truites varie fuivant le gifement des côtes , & encore plus fuivant la circonftance des faifons, particuliérement la fonte des neiges ; cependant en confidérant la chofe en général, on peut dire qu’il y a deux faifons } la première commence avec le mois de mai} & la fécondé, qui eft la plus abondante, à la faint Jean: l’une & l’autre durent huit à dix femaines, félon que les eaux croiffent & diminuent} l’abondance de c,e poiffon varie , de forte que dans des endroits où pendant plufieurs années on prenait beaucoup , on eft enfuite quelques années à n’en voir que fort peu. . ;
- De la fêcbe du faumon en Danemarck.
- $4f* On peut dire à l’égard du nord que c’eft en Jutland , & dans les
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- Sect. II. Du fctUMon, & des poiffotts qui y ont rapport. 4^ 1
- autres endroits du Danemarck & du Holftein , que la pêche du faumon eft la moins abondante , & de plus le poiffon y eft de médiocre qualité ; ceux qu’on y prend fe confomment dans le pays,foit frais, foit fumé , à la maniéré de la Norwege , néanmoins la pèche de ce poilfon eft affez bonne près de Randers ; mais elle elt plus confidérable, & on en fait de meilleures fa-laifons dans la Gude , & d’autres rivières où l’on forme des parcs ou des enceintes, dans lelquelles les faumons fautent croyant franchir une pierre ; & une fois qu’ils y font entrés, ils ne peuvent plus en fortir.
- Ï4<S. Ils prennent aufîi des faumons au feu , ou comme ils difent à la bluctte, dans les petites rivières fort rapides. Nous allons détailler cette façon de pêcher qui fe pratique en différens endroits quoiqu’elle ne foit un peu importante ,que quand on la fait aux chûtes d’eau.
- 5'47. La faifon la plus convenable , eft le printems & l’été , principalement en août &feptembre; & on la fait avec bien plus de fuccès quand les nuits font obfcures , que quand le ciel eft ferein. Les pêcheurs font au bord d’une riviere &à portée d’une chute d’eau, une enceinte quarrée en mettant un mât à chaque angle , & entre deux, de diftance en diftance, comme de fix en fix pieds , des perches pour foutenir un filet qui a environ quatre braffes de chûte , & qui ferme toute l’enceinte, excepté du côté du bas de la riviere où l’on ménage une ouverture traverfée par un filet lefté, qu’on laiffe, quand on le juge à propos , tomber au fond de l’eau ; mais qui peut être relevé en halant fur des cordes qui paffent dans des poulies. De l’ouverture dont nous parlons, il part des ailes de filet qui s’étendent du côté d’aval, & forment comme un grand guideau , dont l’embouchure eft du côté du bas de la riviere , & en embrafle toute la largeur. A chaque bord de la riviere ,il y a une baraque, dans laquelle on fait un grand feu de flamme, dont la lumière fe montre par les fenêtres $ on en fait encore quelquefois hors des baraques, vers le fond du parc : cette lumière vive attire les poif-fons dans l’enpeinte j & quand les pêcheurs jugent qu’il y en a une certaine quantité , ils relevent le filet qui doit fermer l’entrée du parc, ils y entrent armés de crocs de fer , & prennent outre les faumons plusieurs autres fortes de poiffons qui ont été attirés par la lumière. Quand la pêche H été abondante , ils feçhent ou bouçanent les groffes pièces.
- Bêche du faumon en Norwege, & dans la mer Baltique.
- 548. Les faumons de Norwege font incomparablement plus gros & de meilleur,goût que dans les endroits du Danemarck dont nous avons parlé i on y en prend qui pefent foixante livres i il eft commun d’en prendre de trente, & ceux qui ne pefent que quinze y font regardés comme des faumo-neàux, ' 's' ' • L11 ij
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- 549. La pèche du faumon & des truites fe fait aux côtes de Norwege, & à celles du nord de la Baltique, à peu près comme en Ecoflè. Comme les eaux y font très-claires & pures, un guetteur monte au haut d’un grand mât traverfé de chevilles pour former des échelons s il obferve de ce lieu élevé s’il entre des faumons dans une enceinte formée avec une faine ; & quand il y en apperçoit un certain nombre, on haie à terre le filet pour prendre le poilfon.
- 550. Les riverains des côtes conftruifent de petits parcs, femblables, à la grandeur près, à ceux qu’on fait en France. L’emplacement renfermé par des filets qu’on tend fur des perches eft couvert par une nappe de filet. Les faumons qui fe trouvent ainfi renfermés par le filet, s’agitent & impriment un mouvement aux perches, & particuliérement à de petites clochettes qui font attachées à leurs extrémités i les pécheurs étant ainfi avertis qu’il y a des faumons dans le parc , y entrent avec de très-petits bateaux , & les prennent. O11 fait encore fur les côtes des efpeces de labyrinthes en formant avec des filets des zig-zags ou des contours comme une S; quand les faumons s’y font engagés, il eft rare qu’ils échappent aux pê-sheurs qui y vont les prendre.
- 551. Les plus importantes pêches fe font avec de grands filets, depuis Harwich jufqu’à Wardhus , à la partie la [ lus feptentrionale de la Norwege, tant fur les côtes que dans le lit des rivières , aux foifes qui fe forment fous les chûtes d’eau > car plus les rivières font rapides , & les chûtes élevées, plus il s’y prend de faumons 5 de forte qu’on cite des endroits où l’on en a pris jufqu’à trois cents pièces en un jour : lorfque les chaleurs des mois.de juin , juillet & août font fondre les neiges qui fe font accumulées furies rochers & les montagnes , & que l’eau qui en provient forme des cafcades, les faumons s’élancent de toute leur force pour les franchir, mais comme ces cataractes font très-élevées , ils retombent fouvent fur le terrein ou dans des flaques d’eau qui font au bord de la riviere, où on les prend aifément : il eft vrai que ces poiifons font maigres & peu eftimés ; néanmoins on fait cette pèche par forme d’amufement. J’ai lu quelque part qu’en 1704, le roi de Da-nemarck étant en Norwege alla voir une de ces chûtes , tombant du haut d’un rocher dans lequel il y a un trou large & affez profond j les faumons qui s’élancent vers la cafcade retombent dans ce trou, & on va les y prendre à la main.
- ÎS2. Voici encore une autre façon affez finguliere de pêcheries fim-mons en Norwege. Comme les pêcheurs lavent que les faumons font attirés par les objets blancs,foit qu’ils les prennent pour des monceaux de neige d’où il coule de l’eau très fraîche qui leur plaît, foit, comme on le penfe communément,,, qu’ils prennent ces endroits blancs pour des nappes d’eau
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- qa’ils cherchent, comme Ton fait, par-deflus toutes chofes, les habkans choifilfent un endroit où les rochers forment une efpece de çul-de-fac , comme AB C,/?/. IX ,fig. 1 , qui ait fept à huit braffes de profondeur, & où fe rende un courant d’eau , ils blanchilfent avec de la chaux les rochers B qui font au fond de ce cul-.de fac,& ils tendent un filet D E près de l’entrée , ils le laiifent tomber au fond de l’eau ; puis étant cachés dans un repli de rocher, ils obfervent quand il entre des poiffons dans cet enfoncement j lorfqu’ils en apperçoivent ,ils halent fur une corde pour élever le filet DE, & le tendre par le travers de l’embouchure de pe eul-de-fae, afin d’empêcher les poiifons d’en fortir ; alors ils entrent avec des petits bateaux dans l’efpace F ; & quand ils ont pris les poiifons qui y font entrés ils larguent leur corde G , afin qu’ayant ouvert le palfage au poiifon , il en entre d’autres dans l’efpace F. Quelquefois on eft obligé de lailfer échapper une partie du poiifon, de crainte qu’étant en trop grand nombre, ils ne dérangent le filet D E, & ne fe fauvent tous. Il faut que ce filet foit allez élevé pour que les faumons ne puilfent pas fauter par-deflus.
- Différentes maniérés de pécher les faumons dans la Bothnie occidentale , tirées d'une differtation de M. Daniel Songe , do&eur en médecine.
- 5Ï3* Ceux qui habitent des isles près de l’embouchure des fleuves à la mer, tendent par le travers de ces rivières des filets faits avec du fil de chanvre retors , gros comme une" plume à écrire, enfin femblable à celui qu’on nomme fil de bitord, gai comme ces filets fervent à prendre de grands faumons, ils1 doivent être forts j chaque piece a quinze brades de longueur fur environ trois de chûte ; on en joint plufieurs les unes au bout des autres îles mailles ont huit doigts d’ouverture en quarré. On commence par amarrer à terre un bout du filet,y en ajoutant d’autres plus ou moins fuivant la largeur de la ri-viere ; car il faut fermer le palfage aux faumons qui veulent entrer de la mer dans l’éau douce j on met au pied du filet des cailloux pour fervir-de left J & à % tète des flottes de liege où de bois léger pour que le filet foit foutenu verticalement comme une muraille „ cependant on fait faire le crochet à un dès bouts. Le ’faumon qui rencontre le filet dans fon chemin-, n’eifaie- pas d’abord de le franchir j il fuit le filet pour chercher un palfage ; mais quand il eft arrivé au crochet , foit qu’il s’apperçoive du piege qu’on lui atendurou pour quelqu’autre raifon ? il s’agite , il fe maille , & 'après plufieurs fiecoufles , il refte étranglé ,ee qui •arrive en moins d une demi-heure. M ! ; • ‘ • ' <
- 554- Les pêcheurs ont1commünéimént deux équipages ; pour en faire fé-
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- cher un pendant que l’autre eft à l’eau, fans quoi ils feraient bientôt pourris, car ils relient tendus tout l’été. Suivant la force & la dire&ion des vents, leur pêche eft plus ou moins avantageufe ; mais ils redoutent fur-tout les veaux-marins qui mangent les faumons qui font pris, ce qui les oblige d’être fréquemment fur leurs filets.
- 55Ç. Ils pèchent encore avec une grande faine qu’ils tendent au moyen de deux bateaux par le travers de la riviere , & quand ils l’ont defcen-due environ fix cents toifes ,les bateaux fe rapprochent l’un de l’autre formant une enceinte, & pour y renfermer le plus de poiflons qu’ils peuvent, ils battent l’eau avec leurs rames ; quand l’enceinte eft formée , ils battent encore l’eau avec des perches pour effaroucher les faumons qui fe laiffent prendre plus aifément.
- Î56. On traverfe toute la largeur du fleuve par des files de pieux qu’on enfonce dans le terrein : ces pieux ont environ dix-huit pieds de hauteur, un peu plus d’un pied de tour , & font élevés de neuf pieds au - deffus de la furface de l’eau ; d’autres pieux enfoncés en terre , leur fervent d’arc-bou-tans ; les premiers font placés à neuf pieds de diftance cntr’eux , & font liés par en-haut avec des harts qui les affujettiffent par la tête aux arc-boutans , enfin on les affermit encore par des madriers ou longrines , qu’on a foin de charger de pierres ; l’entre-deux de chaque pieu eft garni de clayonnage fait de branches de jeunes bouleaux & de lapin, & on affujettit encore le clayonnage au pied , par le moyen de deux perches qu’on lie aux pieux; cependant on a foin de ne pas fermer cette digue dans toute fa longueur, au contraire on lailfe huit ou neuf ouvertures , auxquelles on adapte des filets en manche qui font fous l’eau : on laide, en outre dans le milieu de la digue une ouverture de vingt-fept ou trente pieds, pour le palfage des bateaux qui defcendent le fleuve.
- Les filets ont cent vingt mailles de deux pouces de largeur; le diamètre à l’entrée de la manche eft de quatre pieds & demi, & cette manche eft tenue ouverte par quatre cerceaux de bois de fapin, attachés aux mailles du filet, qui, comme l’on voit, reffemblent à nos verveux ; ces verveux font éloignés entr’eux d’environ un pied & demi ; on plonge ce filet dans l’eau, & pour le tenir ouvert contre le courant du fleuve, on l’attache , au moyen d’un lien d’ofier à un pied enfoncé dans le fond du fleuve; le filet ainfi placé & étendu dans l’eau, ,a environ quatorze à quinze pieds de longueur.
- On prend dans ces pêcheries huit;, dix, & quelquefois jufqu’à quatorze ou quinze fumons Lpar jour $ le rpatin & leffoir ; quatre bateaux, montés chacun de trois hommes, vont à la pêcherie avec -des crocs, dont iis fe fervent'puui:-naviguer ; \xn d’entr’eu.XuS attache avec fon eroc:à un des
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- Sect. IL Du faumon, & des poijfons qui y ont rapport.
- pieux de ia digue ; les autres lèvent le verveux pour en tirer les poiffons, après les avoir affommés ; de retour au rivage , ils mettent le dixième à part pour le curé, & partagent le refte entr’eux : c’eft vers le milieu du mois de juin qu’on en prend davantage ; quelquefois on en a pris juf-qu’à trois cents par jour. Ou bien on forme une efpece d’enclos avec des pieux & des clayonnages , à peu près comme à la pêcherie que nous venons de décrire : cet enclos a la figure d’un quarré-long ; il n’eft pas néceffaire que les côtés foienc en pieux & en clayonnage; il fuffit qu’ils foient fermés avec des filets; l’entrée eft oblique , afin que le poiffon ne puifle fortir , ce qu’il ne tente point tant qu’il ne fe fent point pris. Trois ou quatre bateaux entrent dans cette enceinte ; & après en avoir fermé la porte , ils prennent avec des filets les poilfons qui s’y trouvent.
- De la pêche des faumons & des truites en Islande.
- 559. Harrebows affure que les faumons fe trouvent abondamment tout autour de cette isle, quoiqu’il y en ait plus dans des endroits que dans d’autres ; certains lacs entr’autres font tellement remplis de ces poiffons, que les habitans qui en confomment beaucoup de frais, en font de plus fécher, & en falent 5 de forte qu’ils en font leur principale nourriture. Anderfon dit, qu’il y en a principalement proche deHalme, dansLellera, près Clippée , & dans tous les golfes où fe déchargent de petites rivières, ainfi que les ruiifeaux qui tombent des montagnes & des rochers en forme de cafcades qu’ils effaient de franchir. Les Islandais ont l’induftrie de mettre à leur palfage des manches de filet ou des nafles, dans lefquelles ils entrent aifément, mais d’où ils ne peuvent fortir; il eft vrai qu’on alfure que les faumons qu’on prend aux chûtes d’eau, font pour la plupart maigres & peu eftimés.
- 560. Anderson ajoute que dans les faifons où il en remonte beaucoup dans les rivières où les faumons font fort gras , les Islandais tendent d’un bord à l’autre une nappe de filet, ou une efpece de faine qu’on traîne en fuivant le courant : ce filet arrête les faumons qu’il rencontre; il les pouffe devant lui; & quand il s’en eft raffemblé un grand nombre, les pêcheurs approchent le filet du rivage, alors les faumons s’appercevant que l’e,au leur manque , ils s’élancent de côté & d’autre fur le rivage, où ils font faifis par le nombre d’habitans qui s’y font raffemblés pour les attraper : c’eft une grande pêche , puifque quelquefois-eu'en prend jufqu’à 200 d’un feul coup de'filet : à l’abondance du {àumon près, c’eft la même pêche que nos pêcheurs font en beaucoup d’éndroits.
- f6i. Voici une autre industrie qui revient affez à ce que font les
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- 4S* T RA I T E DES PECHES. Partie IL
- meuniers de Bretagne : Horrebows dit que dans les rivières où il entre beaucoup de faumons & de truites , les Islandais placent au milieu du lit de ces rivières, une caille quarrée conftruite comme les réfervoirs dans lefquels on conferve le poiffon pour l’ufage journalier des maifons j le def-fus eft couvert d’une trappe fermant à clef; aux côtés de cette cailfe qui eft tourné du côté du bas de la riviere , on fait en clayonnage une efpece de digue qui s’étend quelquefois de toute la largeur de la riviere * ces cloifons font obliques au courant, & forment un entonnoir affez femblable aux gords qu’on voit au bord de nos rivières, première partie , fécondé feétion. C’eft à la pointe de cette efpece d’entonnoir , qu’ils placent la cailfe dont nous venons de parler ; il y a à la face du côté d’aval , une ouverture alfez grande pour que les plus gros faumons puilfent y palfer ; derrière cette ouverture , en-dedans de la caifse , eft établi un goulet qui fait le même effet que ceux que nous mettons à l’embouchure des verveux 8c des nalfes ; les Islandais prennent avec ces coffres beaucoup de faumons & de truites. Horrebows dit qu’il y a quelques lacs d’eau douce fort étendus , tels que ceux de Mivarns 8c de Tinvalle, qui ont fix à fept milles de circuit , dans lefquels on prend une fi grande quantité de faumons & de truites , qu’outre ce qu’on en confomme de frais , on en fale & on en fait fécher en flackfifch , ce qui fait la principale nourriture des habi-tans voifins de ces lacs. On peut chercher dans la fedlion de la morue la maniéré de faire le flackfifch ; car le faumon fe prépare de même.
- %62. Il y a beaucoup de faumons & de truites dans le Groenland ; les rivières & les ruiffeaux en font remplis. Anderfon indique particuliérement une riviere qui fe décharge dans le golfe Bahlsfiarde.
- Pêche du faumon en RttJJie fur le Volga.
- S63- On peut dire en général que toutes les rivières de Rufîie font faumonneufes ; mais celles qui tombent dans la mer Baltique & la Cafi-pienne ne le font pas à beaucoup près autant que celles qui fe déchargent dans la mer du nord , où il y en a une fi prodigieufe quantité, particuliérement dans la riviere de Kola, que les Lapons les pêchent avec des dards , auxquels eft attachée une ficelle qui fert à retirer le poifTon. Les Ruffes font cette pêche l’été ; ils y emploient quelquefois les Lapons, & leur paient les poiffons qu’ils apportent, avec de la farine & de l’eau-de-vie de grain. Mais ce commerce ne fe fait que quand les marchans d’Archangel en font des chargemens j & quand les Ruffes les ont fumés, féchés ou falés , ils les tranfportent à Archangel fur des traîneaux. Quelquefois , mais rarement, les Hollandais & les Hambourgeois 5 ont acheté
- du
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- Sect. II. Du faumon, & des poiffom qui y mit rapport. 497
- du poiflbn frais des Lapons „ qu’ils ont falé en verd. dans leurs vaiflbaux, fe fervant du fel qu’ils avaient apporté.
- ft>4. Quoique le Volga foit.aflez abondant en {aimions, à chair rouge, on y prend auiii du faumon à chair blanche qui eft. fort eftimé , je ne Je connais pas, & peut-être font-ce de grofles truites. Les pêcheurs Ruf-fes qui font au bord du fleuve n’en font aucune falaifon, à moins qu’elle 11e leur foit demandée par des marchands de Mofcou qui paflent des marchés avec eux , mais cela arrive rarement, & feulement pour des faumons à chair blanche , dont les marchands font des envois à l’étranger par le porc d’Archangel ; ainfi prefque tous les faumons qu’on prend dans le Volga fe confomment frais.
- 565. Il n’y a point de poiflbn aufli commun que le faumon & les truites dans la partie de la Ruffie qui confine à la Baltique y ce poiflbn abonde non-feulement dans les rivières , mais encore dans les lacs qui communiquent ou diredlement ou par l’entremife des rivières avec la mer Baltique ÿ le faumon frais eft la principale nourriture du peuple pendant prefque toute l’année, & on n’en fale point pour en faire des envois à l’étranger j ceci ne doit s’entendre que de la partie qui eft du côté de la Baltiqye : car il n’en eft pas de même de celle qui eft du côté d’Archangel. Qn y prend un petit poiflbn qu’on compare aux fardines de Royan j je ne/ais fi ce ferait des tocans ou des éperlans, car je n’en ai eu aucune defcfiption.
- Maniéré de pécher les faumons avec des haims, ainfi qiCelle fe pratique auprès de Bornholm & autour de Visle de Chrijlianfoe, ainfi que fur les cotes de- la mer Baltique.
- %66. C’est M. Stibolt, lieutenant des vaifleaux du roi de Danemarck , qui m’a fait connaître cette façon de prendre les faumons , qui eft d’autant plus intéreflante, qu’il n’eft pas ordinaire d’en prendre avec les haims.
- 567, On amarre à un des bouts d’une corde AB, pl.IX,fig. 2 , une efpece d’ancre ou de cabliere C, que les Norwégiens nomment Krake, & que nous avons décrite à la fin de la première fe&ion de cette fécondé partie. Cette corde A B , a deux pouces de circonférence., & depuis trente jufqu’à cinquante brafses de longueur , fuivant la profondeur de l’eau ; à l’extrémité B de cette corde eft attachée une bouée D * formée d’un rondin de bois léger s fapin ou autre > au bout a de ce ron-.di 11,7%. 3 , eft un trou dans lequel on pafse un morceau de bois-pliant «u une efpece de hart ce, qu’on plie pour rapprocher les deux boutsi, comme on Je voit en d, & ç’eft au point de réunion d, qu’on amarre Tome X, ‘ M m m .
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- 4?g TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- l’extrémité B de la corde A B , fig. 2 : à l’autre bout b, fig. 3 , du même rouleau de fapin eft un autre trou , dans lequel palse une corde e, qui eft un merlin ou une corde formée de trois bons fils de carret ; elle eft defti-née à porter les haims, comme la corde E , fig. 2.
- ^68. Au point F , environ dix brafses au-defsous de la bouée , eft attachée à la corde AB , une ligne qui a douze brafses de longueur pour aboutir au point G, fur la corde E , où eft amarré un liege, ainfi qu’une empile L , fig. 2 , qui a trois brafses de longueur, & porte un haim K: de fix en fix brafses il y a de pareils lieges , I, I , I, &c. des lignes L , L , L , & des haims K, K, K. A l’extrémité de la tige de chaque haim , où eft fou attache aux lignes ou empiles, il y a un plomb conique/,fig. 3 , qui fert à le faire caler ou entrer dans l’eau. Ces haims font de médiocre grofseur , première feélion de la première partie i on les amorce avec un hareng g, fig. 3 , à qui on a coupé la queue ; & l’on fait en forte qu’il n’y ait que la pointe de l’haim qui excede l’appât.
- 569. On met la corde ainfi ajuftée à l’eau, & de tems en tems les pêcheurs viennent la vifiter; s’ils voient tous les lieges fur l’eau, ils jugent qu’il n’y a rien de pris; mais s’il en manque une partie , on eft certain qu’il y a des Paumons qui ont faifi l’appât ; comme quand il y a quatre ou cinq heures qu’ils font pris , ils font ordinairement morts, il leur ferait commode d’attendre ce tems, parce que quand ces gros faumons font en vie, ils donnent des fecoulfes terribles qui rompent les lignes, ou au moins donnent bien de la peine aux pécheurs ; mais ils 11’ofent pas différer de les prendre , parce que très-fréquemment il vient des poiffons voraces qui les mangent, & qui ne laiffent que la tète des faumons & l’haim. Voici donc les précautions qu’ils prennent pour fe les approprier.
- 570. Ils fe tranfportent,/’/. VIII, fig. 2 ,avec les bateaux aux endroits
- où ils n’apperçoivent point les lieges fur l’eau ; ils cherchent à faifir avec un crochet de fer la corde EE,& en halant tout doucement fur la ligne de l’haim où eft le faumon, ils le font approcher de la furface de l’eau, & jufques-là , le faumon à qui l’eau ne manque pas,fait peu d’efforts pour fe fauver ; c’eft quand il fort de l’eau qu’il s’agite beaucoup * c’eft auffi pourquoi pendant qu’il eft encore dans l’eau ils le faififfent par les ouies avec un crochet de fer, & auffi avec une main , & ils l’amenent dans le bateau 5 quelquefois même , quand les faumons font fort gros s ils les af-fomment auffi-tôt qu’ils ont la tète hors de l’eau. Cette manœuvre fe voit Tenfiblement dans la figtire : ils mettent ordinairement quinze ou vingt iiaims fur une même corde, & la diftance d’un liege à l’autre doit être double de la longueur des empiles Ljfans cela il arriverait fouvent que des haims accrochant les empiles, la dilpofition de la corde' EE'ferait dérangée. ' '•
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- Sect. IL Bu faumon, ê? des poiffuns qui y ont rapport. 459 Article XL
- Pêche du faumon en Canada.
- Ï7T* Le faumon eft très-abondant dans toutes les rivières qui fc déchargent dans la grande baie & dans le fleuve Saint-Laurent ; les uns ont la' chair blanche , & d’autres , en grand nombre , ont la chair très-rouge ; il y en a aufîî beaucoup de bécards qui ne font pas moins eftimés que les autres. Ils entrent dans les rivières qui fe déchargent dans le fleuve , depuis le bas de ce fleuve jufqu’à trente lieues au-deifus de Québec ; la pèche de ce poiflon y eft abondante dans le mois de mai jufqu’à celui d’août; elle dure même dans les lacs jufqu’au mois d’oétobre. Ces poiflons entrent de préférence dans les rivières rapides, & où il a des chûtes & des cataractes qu’ils parviennent à franchir quand elles n’ont que fept à huit pieds de hauteur, & c’eft au bas de ces chûtes que la pêche eft la plus abondante dans les faifons que nous venons d’indiquer; fouvent ils prennent à ces endroits beaucoup de faumons avec des efpeces de trubles,& un filet en poche qui eft ajufté au bout d’une fourche.
- 572. D’autrefois ils fe fervent d’une faine faite avec de bon fil retord , & qui a affez de longueur pour traverfer l’endroit de la riviere où l’on veut pêcher, leur hauteur n’eft guere que de deux pieds ; les mailles ont un pouce, un pouce & demi à deux pouces d’ouverture en quarré ; ces filets font leftés avec des cailloux, & les flottes font faites avec des planches de Cedre qui n’ont qu’un pouce & demi de largeur , fur un pied & demi de longueur ; on les attache à la tète du filet avec des lanières d’écorce de bois blanc ; on tend aufli des naffes , & l’on va quelquefois la nuit avec des flambeaux les harponner ; ces harpons qui ont trois branches barbelées & difpofées en tiers-point , font propres à prendre de gros & de petits poiflons. De tems en tems les canadiens fauvages ou autres, fe raffemblent en nombre pour faire une grande pêche que nous allons décrire plus en détail que les précédentes , parce qu’elle différé davantage de celles qui fe pratiquent en d’autres endroits.
- 573. Dans la plupart des rivières , il y a de diftance en diftance de rapides chûtes d’eau ou cafcades, entre lefquelles il y a des endroits où l’eau coule uniformément ; les Canadiens font une fafeine affez longue pour trg-verfer une riviere , & ils l’établiflent dans les endroits où l’eau coule pai-fibîement, le plus qu’ils le peuvent, vers le haut de ces endroits auprès1 d’une chiite ; ils forment avec des pierres, des piquets & des fafeinages , une efpece de parc quarré ,qui peut avoir dix toifes de côté ; un côté de ce parc eft établi par les travers de la chûte ou cafcade, & le côté oppofé qui répond à la partie où le cours de l’eau eft tranquille refte ouvert, afin que
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- 4<>o TRAITE' D £ S PECHES. Partie II.
- rien ne s’oppofe à l’entrée du poiffon dans le parc: tout étant ainfi di£ pofé , plus de cinquante Canadiens fe mettent fur la fafcine , & la pouffent vers le parc ; d’autres plongent , & font le plus de bruit qu’ils peuvent, pour forcer le poiffon d’entrer dans le parc; quand le fafcinagey eft rendu * on voit une multitude de faumons qui fe montrent à la fuperficie del’èau; alors tous les pêcheurs fe mettent à affbmmer ces poiffons à coups de bâtons, ou à les percer avec des fouannes ; fans doute qu’il s’en fauve en s’élançant par-deffus les bords du parc.; néanmoins il arrive fouvent qu’à chaque coup de fafcine on prend jufqu’à cent faumons ; & quand on a répété plufieurs fois cette même manœuvre ,chaque pêcheur prend la part du poiffon qui lui revient & l’emporte chez lui,où ilia prépare comme nous l’expliquerons dans la fuite. Il y en a qui prétendent que les bécards ne fraient point avec les francs-faumons, mais cette prétention n’eft appuyée d’aucune bonne preuve.
- CHAPITRE IX.
- Le la pêche des êperlans dans la Seine,
- T74- O N emploie différens moyens pour prendre les êperlans ; affez fouvent c’eft une petite faine qu’on nomme fainette à êperlans , qui a environ cent vingt ou cent trente bradés de longueur ; elle eft épaiffe, c’eft-à-dire , que pour retenir ces petits poiffons , les mailles n’ont que quatre à cinq lignes d’ouverture ; ftx hommes fe raffemblent pour traîner ce filet ; un refte à terre pour maintenir un bout de la faine en halant fur une corde qui y eft attachée ; des cinq autres qui font dans le bateau , trois jettent la faine à l’eau , les deux autres rament , décrivant une ligne circulaire; peu-à-peu le bateau s’approche du rivage pour mettre quatre hommes à terre : iis confervent le halin qui répond au bout forain du filet ; un qui refte dans le bateau, rame pour entretenir le milieu du filet vers le courant > puis les cinq qui font à terre halant chacun leur bout, fe réuniffent peu à peu & tirent le filet à terre pour prendre le poiffon. Ou bien une partie de l’équipage étant à terre , haie un bout du filet , pendant que l’autre qui eft dans une barquette haie l’autre bout ;& ayant traîné leur fxlet de concert dans le courant, & formé une grande enceinte,i!s fe réuniffent fur le rivage & tirent le filet à terre, comme on l’a dit première partie ,fécondé feélion. A Caudebec ils fe fervent particuliérement de tramaillons faits avec du fil très-délié , dont les mailles de la fine n’ont que quatre lignes d’ouver-
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- Se ct. II. Du faumrn, & des poiffons qui y ont rapport. 461
- ture ,& celles des hameaux trois pouces & demi;ffouvent,‘en ce cas , ils relèvent leur filet en pleine eau; pour cela les barquettes fe rapprochent l’une de l’autre, à peu près comme on le voit première partie, fécondé fedion. Ces pèches fe font de jour & de nuit, toujours en defcendant, fuivant le cours de l’eau : les tems couverts font favorables ; mais ils redoutent le tonnerre qui fait corrompre le poiifon , & empêche qu’on ne puiffe le chafferau loin ; au contraire quand l’air eft frais ,on le tranfporte très-bon julqu’à Paris.
- 57f. Les pêches à la faine font permifes à tous les maîtres pêcheurs; ordinairement les bateaux leur appartiennent, moyennant quoi le profit de la pèche leur refte en entier. Quelquefois deux maîtres fe réuniifent pour faire leur pêche de concert, & ils louent des compagnons pour les aider.
- 6. Les filets deftinés à prendre des éperlans arrêtent tous les poifsons qui font à leur pafsage , & comme , à caufe de la petitefse des mailles, ces pèches détruifent beaucoup de jeunes poifsons , 011 a défendu les faines épaifses ; néanmoins par une lettre écrite de Verfailles , if juillet 1727, le roi veut qu’elle foit tolérée dans les terres de Tancarville, feulement pendant quatre mois de l’année, avec la condition que les mailles auront fix lignes d’ouverture.
- 577. On prend auffi à l’embouchure de la Seine beaucoup d’éperlans avec des guideaux, qui, comme l’on fait, font formés d’une chauffe ou manche accompagnée de deux ailes tendues fur des pieux qu’on enfonce dans le terrein, à peu près comme nous l’avons expofée première partie, fécondé fedion. On tend ce filet quand la mer eft retirée, & le plus près qu’il eft poftible de la laiffe'de baffe-mer ; l’embouchure doit être tournée du côté d’aval : les pieux font retenus par des cordes ou des efpeces de haubans qui font frappés, de forte qu’ils ne puiffent être emportés par la marée montante, ni par la defcendante. Comme on trouve dans ces manches de toutes fortes de petits poillons , il eft certain que cette pêche contribue beaucoup à la deftrudion du poiifon dans la Seine. Les guideaux (impies doivent, fuivant l’ordonnance , laiffer entr’eux un intervalle de quinze braffes; ils les arrangent de façon que ce qui a échappé à une rangée de guideaux, tombe dans les autres : ou en contrevenant entièrement à l’ordonnance , ils les arrangent tout près à près , & en mettent affez pour occuper une grande partie de la riviere , comme à la planche V<t fig. 1 ; ainfi ils arrêtent tous les petits poiffons qui remontent, & étaient deftinés à peupler la riviere de gros poillons : les pêcheurs qui n’en peuvent retirer aucun avantage, les jettent fur le rivage , où ils infeéïent l’air; & il en réfuîte que des pêches qui, il y a vingt ans, étaient affermées mille livres, ne s’afferment plus que deux-cents livres, & les pêcheurs s’y ruinent. On fait auffi dans les rivières des cloifons de clayonnage , au bout defquelies, on met ou des filets à manche , ou des naffes; on forme ainfi
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- 46z TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- des courans a fiez rapides que ces poiffons fuivent volontiers. C*eft pour cette raifon qu’on tend des nafles & des guideaux entre les islets & les rochers.
- 578- On prend encore des éperlans au-deffus de Rouen , comme à la Meilleraye , à Belbœuf, &c. avec des nafles ; on n’en tend point au-deflous de cette ville , à caufe de la rapidité de la marée qui les emporterait. (3 y) Quoiqu'ils foient fort petits , les nafles qui fervent à les prendre font moins ferrées que pour les anguilles ; on en met plufieurs fur un cableau fait avec de l’ofier ou des farmens de vigne fauvage ; on les tend le foir, & on les retire au bout de vingt-quatre heures > les fortes marées , & lés eaux troubles font favorables à cette pèche. Nous en avons donné la def-cription , première partie , fécondé fedlion , ainfi il fufHra d’y renvoyer. Les jeunes pêcheurs s ’amufent quelquefois à prendre dans de petites anfes, & au bord de l’eau , des éperlans avec le filet nommé carreau ou échiquier, dont nous avons parlé plus d’une fois.
- 579. On prend aufli des éperlans à l’embouchure de la Seine , avec le filet qu’on nomme dranguelle: c’eft une chauffe ou manche de filet, dont l’embouchure eft fort large & quarrée ; le bas de cette embouchure eft lefté de pierres 5 le haut eft garni de flottes de liege ; on le traîne avec deux bateaux à rames, armés chacun de deux hommes ; les halins n’ont guere qu’un pouce de circonférence j les rameurs fuivent le courant environ cent brades, puis les deux bateaux fe réunifient pour tirer le filet à bord prendre le poilfon , & enfuite remettent le filet à l’eau j les dranguelles pour l’éperlan ont au plus leurs mailles de cinq lignes d’ouverture. Cette pêche eft défendue > elle eft décrite plus en détail, première partie , fécondé fedion.
- 580. Ordinairement les pêcheurs vendent les éperlans au mille, depuis vingt livres jnfqu’à vingt-quatre livres , pris dans le bateau, les gros & les petits l’un dans l’autre ; mais les poiffonniers en font de petits paquets d’une vingtaine ; pour cela ils en joignent deux petits enfemble , en fourrant la queue de l’un dans la gueule de l’autre , & ces deux petits poiffons paffent pour un. Ils forment grofïiérement de petits clayons, qu’ils traverfent par un petit bout de bois, qui fert à faire paraître le petit panier de poiffon plus fourni 5 ils arrangent d’abord les petits éperlans qu’ils ont joints deux à deux, puis par-deffus, ceux qui font plus gros pour parer leur marchandife; enfin , ils les lient fur le clayon avec des brins de
- ( 3 O L’auteur n’a pas été bien informé que l’on pêche une grande quantité d’éper-quant à la pêche de l’éperlan dans cette par- lans à Caudebec & à Bolbec , lieux fitués tie de la Seine: on fait que la marée n’eft pas à plufieurs lieues au-deffous de cette dçi-fenfible, à beaucoup près Jufqu’à Rouen, & niere ville.
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- Sect. IL Du faumon, & des poiffons qui y ont rapport. 463
- chanvre 5 c’eft ainfi qu’ils les tranfportent, & qu’ils les vendent à Paris & ailleurs vingt-quatre , trente, & quelquefois quarante fols le panier.
- Apprêt des éperlans.
- 581» On ne fale point & on ne marine point ce petit poiiTon ; on le mange toujours frais fans le vuider ; on le lave feulement, puis on l’effuie entre deux linges. Communément on les fait frire ; pour cela on leur tra-verfe la tête avec une brochette de bois ou d’argent ; on les farine, & mettant les brochettes dans la poêle , on les fait frire à grand feu. Quelquefois on les apprête entre deux plats : 011 fait fondre du beurre dans le plat où on veut les fervir ; on y ajoute du perfil , de la ciboule; & fi l’on veut , des champignons coupés menu ; le tout étant, convenablement aifai-fonné de fel & de poivre; on étend deffus les éperlans, & on verfe deflus une portion de la fauce qu’on a réfervée ; on les couvre d’un plat*, 011 les fait cuire à petit feu ; quelques-uns finiifent par mettre deifus une chapelure de pain , un filet de verjus , ou un jus de citron , & on fubifitue au plat de deflus un couvercle de tourtiere pour faire prendre couleur.
- CHAPITRE X.
- De l'ufage qu'on fait du faumon, des truites & des autres poiffons de cette famille, avec différens moyens pour les conferver.
- 582. 5j,es faumons & les truites , &c. font, après la morue, un objet confidérable de commerce ; comme c’eft la vente de ces poiifons qui in-demnife les propriétaires des pêcheries, des dépenfes confidérables qu’ils ont faites pour leur établiffement & leur entretien , & qui fournit aux pêcheurs. la récompenfe de leurs travaux ,il convient de terminer cette fedion par expofer les différens ufages qu’on peut faire de ces poiifons pour en retirer le plus grand profit. Et comme le faumon fournit la pêche la plus abondante, & une branche confidérable de commerce,je vais commencer par expofer fort en détail ce qui regarde ce poiifon, & j’aurai peu de chofe à dire fur les autres poiifons de cette famille.
- 'l " A R T I C L E PREMIER.
- ' Du faumon.
- 583* Le faumon eft fans contredit un poiifon très-eftimé ; mais il n’y
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- 4&4 T RAI T Ei DES PECHES. Partie IL
- aurait que ceux qui fe trouvent à portée des endroits où on les pèche qui puifent en profiter, fi on ne lavait pas lui donner des préparations qui le mettent en état de fe conferver allez long - tems pour être tranfporté au loin.
- Du faumon frais.
- Ç84. Le faumon frais eft fans contredit un mets fort reeherché, ce qui fait que quand les. pêcheries font établies, à portée des villes considérables, on en trouve un débit avantageux , & on eft difpenfé d’avoir recours à des préparations embarraifantes.& toujours difpendieufes ; il y a même cela d’avantageux ,que quoique la chair de ce poilTon foit délicate, elle peut fe con-ferver allez long-tems bonne à manger , pourvu que ce foit par un tems frais. Audi les chalfes- marée en apportent à Paris & dans d’autres grandes villes fort éloignées des pêcheries; au moyen de quoi il fe vend communément fort cher, même à portée des endroits où l’on en prend beaucoup.
- SS1). On fait que les poiifons gelés fe gardent tant qu’on veut fans le gâter. Les Canadiens confervent ainfi leurs vivres, chair & poiifons , tout Phiver, pourvu qu’il 11’arrive point de dégel; car dans ce cas ils éprouvent une grande calamité , la chair & le poiifon fe corrompant très-promptement aufii-tôt qu’ils font dégelés. On fait qu’à la Chine on forme fur des bateaux des efpeces de glacières, ou moyen defquelles on tranfporté à Canton du poiifon frais & bon à manger qu’on a pris dans des provinces fort éloignées. On fait encore qu’en France on conferve long-tems du gibier & du poiifon dans des glacières, & que les chalfes-marée profitent des tems de gelée pour tranfporter fort loin leurs poifsons : mais en France les gelées font rarement d’afsez longue durée pour qu’011 puifse compter fur cette façon de conferver le poifson ; de forte qu’il arrive fouvent que le dégel furvenant tout à coup , les chafses-marée font des pertes confidérables.
- 586. Heureusement il fuffit que l’air foit frais pour qu’011 puifse tranf. porter les faumons en bon état de 50,6o& même 80 lieues. Je ne rapporterai point pour preuve de cela ce qu’on dit des pêcheurs de la Bothnie occidentale , qui aufîi - tôt qu’ils ont débarqué leurs poiifons , les mettent dans des fofses qu’ils ont ereufées en terre, & après les avoir couverts de feuilles, ils les trouvent très-frais & très-bons à manger au bout de huit jours. Si cela eft , probablement l’air frais & fec du nord contribue à leur confervation. Les pratiques du nord ne peuvent donc pas être utiles dans notre climat tempéré. Il n’en eft pas de même de ce que nous allons rapporter.
- 587- Une preuve que les faumons peuvent fe conferver afsez long-tems fans s’altérer,eft qu’on tranfporté par mer de quelques ports d’Ecofse à
- Londres,
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- Sect. II. Du faumon, des poiffoits qui y ont rapport. 465:
- Londres, des faumons qui y arrivent très-bons quand l’air eft frais, & que la traverfée n’eft pas retardée par des calmes ou des vents contraires. Les Ecoffais, pour faire ce tranfport, ôtent les ouies,& vuident les faumons : ils ne les lavent pas ; mais ils mettent dans le corps , à la place des entrailles , un bouchon de paille de froment ou de feigle bien propre , & qui n’ait pas de mauvaife odeur. Ils les arrangent enfuite dans des mannes fur de la paille longue , de façon que les poiifons ne fe touchent pas. Si pendant 1 a traverfée il arrive des vents contraires , des tems chauds ou des orages qui pourraient précipiter la corruption du poilîon , les marchands les falcnt ou les marinent, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- Débit du faumon frais dans les marchés.
- ?88* Il y a de petits faumons que les détailleurs trouvent à vendre en entier ; mais communément ils font obligés de couper les gros par tranches plus ou moins groifes , au defir des acquéreurs , à moins qu’ils ne trouvent à les vendre à des communautés religieufes qui font abftinence. Les gens qui aiment les mets délicats préfèrent la hure ; d’autres aiment les entredeux. Je vais dire un mot de la façon d’apprêter le faumon frais dans les oui fin es.
- Quelques maniérés d'apprêter les faumons frais.
- Nous avons déjà dit que la chair des faumons eft délicate & agréable ; ainfi on la mange avec plaifir : néanmoins , comme fon goût eft fin & peu relevé , on s’en lafle plus tôt que d’autres poiifons , qui d’abord ne pa-railfent pas aulîî agréables : il convient donc d’apprêter le faumon frais un peu de haut-goût ; nous allons en donner quelques exemples , pour mettre ceux qui font à portée des pêcheries en état de s’accommoder plus long-tems de ces mets en variant le goût par les différens apprêts ( 36 ).
- 490. 1*. On coupe le faumon par tranches , on le palfe à la calferole aves un peu de bonne huile ou du beurre frais , alfaifonné de poivre & de fel ;
- (36) Je conviens avec le favant & laborieux auteur de ce traité, qu’il eft avantageux pour les propriétaires des pêcheries, comme pour ceux qui gagnent leur vie à prendre dupoilfon ,que les cuifiniers aient trouvé des moyens d’en augmenter la con-fommation en multipliant & en variant la maniéré de les apprêter ; mais il n’eft pas moins vrai, ce me femble, qué Ces détails Tome X*
- ne font point ici à leur place, & que l'on aurait pu fe borner à indiquer comment on s’y prend pour faler , mariner, fumer &: deffécher le faumon , afin de pouvoir le tranfporterau loin, fans qu’il fe corrompe, parce que ces objets intéreffent le commerce, & invitent les pêcheurs à fe perfec-tionner dans l’exercice de leur art.
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- puis on le fait cuire fur le gril en l’arrofant avec ce qui eft refté dans la caU'erole; enfin ou le fert avec une fauce ou un ragoût.
- 591. 20. De quelque façon qu’on apprête le faumon,on peut le fervir avec une fauce faite avec de bonne huile d’olive, qu’on met dans une caf. ferole , l’afsaifonnant de fel , de gros poivre , d’un filet de vinaigre , de verjus ou de citron : 011 tient cette fauce fur le feu fans la faire bouillir, & on la verfe fur le poifson.
- 592. 30. On met dans une calferole un morceau de beurre frais, une pincée de farine, & pour afsaifonnement du fel , du poivre ,un anchois bien lavé & coupé menu , des câpres , & , fi l’on veut, une petite pointe d’écha-lottes ou d’ail. 11 ne faut pas faire bouillir cette fauce, mais la tenir fur un petit feu jufqu’à ce qu’elle foit épaifse, la remuant continuellement. Enfin on la verfe fur le poifson.
- Ï93. 4°. On fait encore cuire le faumon au court-bouillon ,1e mettant dans une poifsonniere avec du vin blanc , du fel ,du poivre , quelques clous de girofle, quelques racines de perfil : quand il eft cuit & refroidi, on le fert fur une ferviette avec du perfil verd, & on le mange à l’huile & au vinaigre ,ou avec un jus de citron.
- 594. 5°. On peut aufli mettre un tronçon de faumon dans un pot de terre dont la grandeur foit proportionnée à la grofseur du morceau de poif-fon qu’on veut faire cuire. On met dans ce pot du bouillon maigre, du vin blanc,des racines , des oignons coupés par tranches , quelques fines herbes, du poivre,un morceau de beurre frais, & le tronçon de faumon, qu’on a foin de lier avec du fil pour qu’il refte dans fon entier : quand il eft cuit dans ce court-bouillon , 011 le drefse fur un plat , & on y ajoute le court-bouillon dans lequel on l’a fait cuire.
- f9f. 6°. Pour ceux que le vin incommode, on met dans une cafserole une poignée de fel, une pinte d’eau , une petite goufse d’ail, des oignons, des racines de perfil, de la ciboule, du girofle ; quand on a fait mitonner le tout à petit feu pendant une demi-heure, on pafse le bouillon par un tamis : on y ajoute deux parties de lait fur une de bouillon , & on fait cuire le faumon dans cette fauce à petit feu, de' forte qu’elle ne fafse que frémir ; puis on le fert avec cette fauce.
- ^96. 70. On peut encore couper le faumon par tranches de l’épaifseur du doigt y puis le tenir une heure fur les cendres chaudes avec de l’huile, du perfil, des échalottes hachées menu , du gros poivre : on met enfuite les tranches de faumon dans des caifses de papier, & par-defsus leur afsaifonnement un peu d’huile & de la mie ou de la chapelure de pain. Ces caifses fe mettent fur un plat d’argent qu’on place fur un petit fourneau , avec par-defsus un couvercle de toiirtiere : quand le faumon eft cuit, & que la
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- mie de pain a pris couleur ,on releve la fauce avec un jus de citron, ou on y fait quelque fauce acide.
- Î97- 8°. Enfin pour accommoder le faumon au gras, 011 le fait cuire à petit feu dans un bon coulis, l’ayant enveloppé dans des bardes de lard frais j & fur la fin on y ajoute un verre de vin blanc en le drefsant furie plat : on releve la fauce avec un jus de citron ou un filet de verjus.
- Maniéré de conserver le faumon dans du beurre fondu.
- Ï98» Quoique le faumon puiife fe conferver frais «St bon à manger plus long-tems que quantité d’autres poiffons , même que les truites , néanmoins il ne ferait pas pollible de l’envoyer en état d’être mangé à des diftances conlidérables, fur-tout quand l’air n’eft pas frais, c’eft ce qui a fait imaginer aux Hollandais une façon de le conferver, par laquelle on peut le manger au bout de quinze jours ou trois femaines , prefque aufli bon que s’il n’était pêché que depuis trois ou quatre jours. Il eft vrai que cette préparation exige des frais & des précautions qui la rendent impraticable pour en faire un objet de commerce j ainfi elle 11e convient que pour envoyer en préfent , ou pour des gens riches qui ne plaignent pas la dépenfe pour fatisfaire leur goût. Quoi qu’il en foit, voici en quoi elle confifte.
- 599. Si-TÔT que le poiffon eft pris , on lui coupe le bout du mufeau ; & on le pend par la queue pour en tirer le fang le plus qu’il eft poffible : peu de tems après on lui ouvre le ventre pour le vuider , & on le lave foigneufement ; on le fait cuire tout entier dans une faumure de fel blanc qu’on écume fréquemment: avant que le poiffon foit entièrement cuit, on le tire de la faumure, prenant garde d’endommager la peau j on le laiffe refroidir & égoutter fur une claie , puis on l’expofe un jour ou deux à la fumée d’un feu de genièvre, qui'ne doit pas faire de flamme: enfin on le met dans une boîte de fer-blanc dont les côtés foient d’environ un pouce plus élevés que l’épailfeur du poiffon : on remplit entièrement cette boite avec du beurre frais & Talé qu’on fait fondre ; quand le beurre eft figé, on ferme la boîte avec fon couvercle j qu’on fait fouder avec le deffous. Quelques-uns mangent ce poiffon fans le faire cuire ; mais il eft meilleur quand on achevé de lui donner fa parfaite cuiffon j alors on le fert comme le faumon frais , avec une fauce relevée. On lui trouve plus de goût , & On le préféré aux faumons frais. L’hiver on peut fubftituer au beurre de bonne huile d’olive, qui reliant figée, ne s’écoule pas plus que le beurre.
- Du faumon mariné.
- Coo. On prend , comme nous l’avons dit, du faumon dans la plupart
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- îles rivières qui fe déchargent dans l’Océan ; mais fouvent c’eft en trop petite quantité pour qu’on puifle en. faire des falaifons : d’autres fois dès pêcheries où l’on prend beaucoup de faumons , étant fi tuées dans des provinces très-peuplées , ou à portée de villes aflez conlldérables pour qu’on trouve à les vendre frais à un prix qui pafle toujours celui du fau-mon falé, il ne ferait pas raifonnable d’en faire des falaifons. Néanmoins il arrive quelquefois & accidentellement qu’on fait des pèches li abondantes , qu’on eft obligé de donner pour moins de dix fols la livre des faumons, qui pour l’ordinaire fe vendent 40 & 50 fols la livre. C’eft dans ces circonftances accidentelles qu’il eft avantageux de préparer le faumon de façon qu’il puiife fe conferver long-tems, & être transporté alfez loin fans fouffrir d’altération 5 on ne pourrait pas efpérer de fe dédommager, par la vente , des frais qu’exige la préparation avec le beurre, que nous avons détaillée dans le paragraphe précédent : on peut bien en faler une petite quantité pour fa propre provision ; mais ces cas , prefque toujours imprévus, ne permettent pas de faire des falaifons considérables, qui emporteraient trop de frais pour entrer en concurrence avec le poiifon qu’on met dans le commerce.
- 601. Le meilleur parti qu’on puifle prendre pour profiter des pèches abondantes qui arrivent accidentellement & fans qu’on puifse les prévoir, eft de mariner le faumon , d’autant que quand cette préparation eft bien faite, le poifson eft beaucoup meilleur que celui qui eft falé ; & fouvent quand on eft las de faumon frais, on mange avec plaifir celui qui eft mariné fuivant quelques-unes des méthodes que je vais rapporter.
- 602. Pour que les opérations dont nous allons parleraient tous le fuc-cès qu’on peut defirer, il faut le faire avant les chaleurs : aufh en Ecofse on commence à mariner le faumon, auffi-tôt que les rivières étant dégelées , on peut commencer la pêche , & on cefse de mariner quand vers le mois de mai les chaleurs fe font fentir ; alors on fale & on paque en barrils tous les faumons.
- 603. Quand on ne fe propofe pas de conferver le faumon mariné fort long-tems , mais qu’on veut qu’il foit bon , voici la méthode qu’il convient de fuivre. Aufîi-tôt que le faumon eft pris , on le vuide & 011 le lave, puis on le fait cuire dans de l’eau avec un peu de fel : pendant que le poifson cuit, on fait chauffer du vin , fe contentant de le faire frémir; enfuite on le laifse refroidir , & on le verfe fur le faumon, qu’on a mis dans un pot de grès , qu’on couvre le mieux qu’il eft poffible : au bout de huit , dix, douze & même quinze jours, on en tire des tronçons qu’on peut fervir au fec fur une ferviette, & le manger avec du verjus, un jus
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- de citron ou de l’huile & du vinaigre: on peut aufti lui faire , comme au faumon frais , une fauce dans laquelle on le fera rechauffer.
- 604. A Ahberdeen, où l’on marine beaucoup de (humons, aufli-tôt que le. poiffon eft forti de l’eau, on lui retranche fix ou huit pouces de la queue; puis on tranche la tète & le corps en deux fuivant toute fa longueur, de forte que la tête relie attachée à une des moitiés ; on le lave bien dans l’eau douce , ou encore mieux dans l’eau de mer quand on en a à portée , de forte qu’il n’y relie ni fang ni ordures : on coupe ordinairement en deux la moitié où il n’y a point d’arête, & entrois celle où l’arête eft reliée: on a foin que la moitié de la tête refte aux tronqons qui font le plus près de la tète, & même pour qu’elle nes’enfépare pas, on l’y attache avec une ficelle.
- 60On fait dans une chaudière fur le feu une faumure avec du fel blanc, & on met p^us ou moins de fel, fuivant qu’on veut conferver le faumon plus ou moins 4ong-tems , ou l’envoyer plus ou moins loin : celui qui eft moins loin falé eft*plus agréable à manger; il approche plus du faumon frais ; mais il ne fe conferve pas aufli long-tems : à mefure qu’il fe forme de l’écume fur la faumure , on l’emporte avec l’écumoire. Lorfque la faumure eft bien bouillante , on met dedans les tronqons des faumons. Comme il eft important d’ôter le plus que lion peut l’huile du faumon , il faut écumer prefque continuellement , julqu’a'ce que Le poiffon foit affez cuit pour être bon à manger : alors on le retire de la faumure & on le met égoutter fur une grille de bois , la peau en-deffus , prenant garde d’entamer les écailles.
- 606. Le lendemain* quand le poiffon eft refroidi , on le met dans de petites tinettes , & fur "environ trente livres de poiffon , on met deux pintes de vinaigre: quand c’eft de bon vinaigre de vin, on peut en diminuer la dofé , & on achevé de remplir la tinette avec la faumure où le poiffon a cuit, qui, eft refroidie, & qu’on a paffée par un tamis pour en ôter la graiffe. En arrangeant les tronqons de faumons dans la tinette , on met deux ou'trois onces de gros poivre avec de la fleur de mufeade , & l’on augmente la dofe de ces épices fuivant qu’011 veut que les poiffons marines fe gardent plus ou moins de tems : il faut fur-tout enfoncer les tinettes avec foin, & qu’elles foient bien étanches, pour qu’elles ne perdent, point la faumure , & qu’elles 11e prennent point d’air, en les tenant de plus dans un lieu frais & fec. Le poiffon eft très-bon à manger au bout de fix femaines ou deux mois : on peut le conferver plus long-tems ; mais plus on le garde , plus il perd de fa qualité.
- 607. La méthode de Berwick ne différé de celle d’Abberdeen , qu’en ce qu’il eft recommandé , i°. d’appuyer pendant la cuiffon avec le plat de
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- l’écumoire fur les morceaux qui furnagent , pour qu’ils plongent dans la faumure ; 2°. qu’une demi-heure fuffit pour que le faumon foit cuit , lorfque la faumure eft bien bouillante ; 3°. que quand on met le faumon refroidir , il faut éviter que les morceaux fe touchent, pour qu’ils fe refroidirent plus promptement j 40. que la faumure qui refte après qu’on en a pris ce qu’il faut pour remplir la tinette, peut fervir jufqu’à quatre fois à cuire de nouveaux poiffons.
- 608. La méthode de Newcafthle ne différé des précédentes qu’en ce qu’en arrangeant les morceaux de poiffon dans les tinettes , on met entre eux des épices en poudre compofées comme il fuit. Une demi-once de poivre noir, autant de poudre de la Jamaïque , un quart d’once de clous de girofle , une livre de fel , le tout réduit en poudre. On préféré l’eau de mer à l’eau douce pour faire cuire le poiffon j & quand on eft obligé d’employer de l’eau douce , il faut doubler la dofe du fel. Il y en a qui trouvent le faumon mariné avec des épices meilleur que celui où l’on n’en a point employé ; mais quelques-uns donnent la préférence à celui qui eft tout fimplement confit dans le fel & le vinaigre. On donne pour marque que le poiffon eft affez cuit, quand les morceaux le moins gros s’élèvent à la furface de la faumure.
- 609. Plusieurs marineurs mettent leurs pièces de faumons s’égoutter & fe refroidir fur une table inclinée & carrelée de carreaux de faïence ; plutôt que fur une grille de bois. Les tinettes dans lefquelles on porte le faumon mariné aux marchés de Londres, ont environ deux pieds de diamètre & neuf à dix pouces de haut : il y en a de moitié plus petites qu’on nomme des demi-tinettes. Il eft étonnant la quantité qui s’en débite à Londres. En Ecofle les maifons où l’on marine le faumon , font placées la plu. part au bord de l’eau, pour avoir aifément de l’eau de mer , foit pour le laver ou le faire cuire.
- 610. En Hollande , aufli-tôt que le faumon eft pris, on lui coupe la tète, onfépare en deux fuivant la longueur du poiffon > on coupe le refte par tronqons ou tranches de trois doigts d’épailfeur jufqu’au - deffous de l’anus ; on laifle la queue de la longueur que l’on veut : on met tous ces morceaux dans un grand vafe plein d’eau fraîche , où on les lave avec foin , & on change l’eau jufqu’à trois fois pour ôter tout le fang : on lie chaque tranche féparément fur de petites lattes , pour qu’elles ne fe touchent pas , & qu’elles ne fe déforment point en cuifant.
- 61 T.' Quand les tranches de faumons font ainfi préparées, on fait bouillir à part affez d’eau pour que le poiffon en foit couvert: 011 y ajoute deux bouteilles de vin du Rhin , une bouteille de bon vinaigre, du macis, des clous de girofle , du poivre en grain ou du poivre long de Portugal, de
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- la coriandre , du thim , des feuilles de laurier , vue goufle d’ail & plus ou moins de fel , fuivant qu’on fe propofe de conferver plus ou moins de tems le faumon mariné : quand cette eau eft bouillante, on y met les tranches de faumon , obfervanc de placer en-deflus les tètes qui font plus aifées à cuire que la chair : quand le poilfon eft cuit , on le retire proprement pour le mettre égoutter fur un linge blanc. Le bouillon étant refroidi, 011 le pafle par un tamis ; enfuite on arrange le faumon dans une tinette ou un pot de grès fur une couche de feuilles de laurier : on met entre les morceaux de faumon un peu de fel & des tranches de citron ; on verfe deflus la fauce dans laquelle le faumon a cuit, jufqu’à ce que le poilfon en foit tout couvert : on finit par remplir le vafe avec les têtes & les queues ; on verfe par-delfus de bonne huile, & on ferme exaâement le vafe où l’on a mis le faumon, qui étant ainfi préparé , peut fe conferver une couple de mois : on peut le manger tel qu’il eft en fortant de la tinette, avec une fauce comme pour le faumon frais ; ou bien l’ayant fait rechauffer , on le fert avec une fauce blanche ou une étuvée, &c. J’ai mangé avec plaifir du faumon ainfi mariné qui m’avait été envoyé de Hollande.
- Du faumon fumé.
- 6r2. La façon de préparer ainfi le faumon , revient à celle qu’on donne au hareng quion nomme faur ou faurè ; mais il eft beaucoup meilleur. O11 en prépare en Angleterre , en EcolLe & en Hollande, mais pas à beaucoup près autant que dans le nord : comme'la préparation eft à peu près la même dans ces différens endroits , je me contenterai de détailler celle qui eft en ufage en Hollande.
- 613. Aussi-tôt que le faumon eft tiré de l’eau, on lui coupe le mufeau » & on le pend par la queue pour laiffer égoutter le fang ; puis on l’ouvre dans toute fa longueur par le ventre jufqu’au dos, de forte cependant que la tête ne fe fépare pas du corps ; on ôte les ouies , on le vuide & on le lave. On met du fel blanc deflus le poilfon , & on le laifle en cet état 24 ou 36 heures plus ou moins, fuivant le tems qu’on fe propofe de conferver le poiflon.
- t 614. Il y en a qui le mettent ainfi couvert de fel entre deux planches qu’on pend dans un lieu frais & fec , non-feulement pour l’applatir, mats encore, pour que la graifse & la lymphe s’égouttent 5 il faut enfuite l’expofer à la fumée: mais pour que le poifson conferve fa forme platte , on pafse en travers 4e petites lattes minces qu’on attache à la peau du côté du dos A,/?/. /AT, fig.46* 5. A eft le poifson du côté de la peau; B le même poifson vu du côté de la chair. Enfin on le fume avec des copeaux de bois de chêne ou de
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- genievre, qu’on allume de façon qu’il produife de la fumée fans faire de flamme: quand il a été ainfi fumé pendant trois jours ,on le pend à l’air pendant vingt-quatre heures , & on continue à l’expofer alternativement à l’air & à la fumée pendant quinze jours ou trois femaines.
- 6if. Pour conferver le faumon fumé, il ne faut pas l’empiler comme la morue feche 5 car ce poifson étant très-huileux , fe gâterait : il faut le fuf. pendre en l’air, & même il eft avantageux de l’expofer de tems en tems à la fumée. Quand on veut le tranfporter, on enveloppe féparément chaque poifson dans de la paille longue ,pour qu’ils ne fe touchent point, & pour les tenir féchement. Ce faumon bien préparé fe conferve afsez long-tems comme le hareng faur; cependant il n’eft jamais meilleur que quand iln’elt préparé que depuis un mois ou deux.
- 6ï6. On en fait une grande confommation dans le nord, où il eft regarde comme une provifion ordinaire des maifons particulières, ainfi que le bœuf falé en Irlande , le beurre en Flandre & le fromage en Hollande :1a façon la plus ordinaire de l’apprêter pour le manger , eft de le faire un peu rôtir fur le gril comme on fait le hareng faur ; mais quand on veut lui donner un apprêt plus recherché, on le coupe par longues tranches, qu’on fait tremper dans du lait, & enfuite cuire fur un plat d’argent dans des caifses de papier, l’humedlant avec du beurre frais ou de l’huile, & quelquefois on y ajoute une farce. On le fait auffi entrer comme afsaifonnement dans les ragoûts maigres en guife de jambon ou d’anchois : on en hache encore bien menu avec de fines herbes , des œufs & du poifson frais , pour en faire une farce ou des andouillettes.
- 617. On prépare encore du faumon fumé en Mofcovie, en Livonie, eu Suede , &c. La préparation de ce faumon différé peu de celles que nous venons de détailler : on vuide la tète & le ventre j on le fend par le ventre dans toute fe longueur ; on ôte la grofse arête , & on lave ces tranches de poifson dans de l’eau & dans fon propre fang; 011 le couche dans une efpece d’auge remplie d’une forte faumure,oùon le lailfe deux, trois ou quatre fois 24 heures; enfuite,après l’avoir percé de petites lattes minces pour qu’il fe tienne bien étendu, on le fufpend pendant quatre ou cinq jours dans une cheminée quarrée &prefque fermée parle haut, ou on le fume avec des racines de genievre ou d’aulne : il ne faut pas que ces racines faffent de flamme. On paque enfuite ces faumons dans des barrils comme l’on fait les faumons fini-plement falés.
- 6 J 8- Ce faumon, préparé comme l’on voit allez négligemment, eft envoyé en une infinité d’endroits , dans prefque toute l’Allemagne, où il forme une branche de commerce confidérable. Cependant les fûts du nord font faits avec des planches de fapin ridiculement épaiifes, & on fe plaint encore
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- r Sect. IL Du faumon, ê? des poîffbns qui y ont rapport. 473
- qu’ils ne font pas fidellemetit paqués. On y trouve des faumons de toute grandeur , & quelquefois des poiffons de différentes efpeces.
- 619. Je terminerai ce qui regarde les faumons fumés par ceux qu’on prépare à Berghen & à Finmarck, qui pafTent pour être les meilleurs de tous ceux qu’on prépare dans le nord. Effectivement on exporte tous les ans de Finmarck & de Berghen ? à 600 barrils de faumons qui pefent chacun plus de 320 livres. Cette quantité de faumons eft amplement fournie par trois grandes rivières très-faumoneufes, où les habitans pêchent avec des filets qu’ils relevent & tendent foir & matin. Voici comment ils préparent leur poilfon.
- 620. Aussi-tôt que les faumons font tirés de l’eau , on leur coupe la tête & la queue ; on les ouvre en deux fuivant leur longueur ; puis on les étend fur la grave ou fur des rochers la chair en-haut, à peu près comme on fait la morue , fécondé partie , première fedtion , enfui te on le fale avec du fel de France : quand ils ont pris fel pendant vingt-quatre heures , on les lave avec foin , & on les tient étendus avec de petits morceaux de bois minces, ou 011 les attache par les nageoires de derrière les ouies avec une ficelle qui fert a ies fufpetidre dans un tuyau de cheminée , où on les expofe à la fumée du genievre ,ayant foin de 11e pas faire de flamme qui déchirerait la peau, & alors ils ne feraient plus marchands. On en tranfporte beaucoup en Hollande , à Hambourg, en Boheme, &c. Les faumons qu’on prépare en Nord-land font portés à Berghen j mais celui qui eft pris & préparé à Finmarck par les habitans du pays , eft acheté par une compagnie Danoife, & tranfporte directement à Coppenhague.
- Du faumon defféché.
- 621. On prépare encore dans le nord les faumons enhengfish, flacfish,^ rondfish , &c. comme nous l’avons expliqué amplement fécondé partie , première fedion, où nous renvoyons pour éviter les répétitions ; mais il convient de dire quelque chofe de la façon de boucaner les faumons dans l’Amérique feptentrionale.il y a des Canadiens qui falent les faumons comme la morue verte , à la façon de Hollande : d’autres, après les avoir falés,les fument comme les Norvégiens. Ces différentes préparations ayant été fuffifamment expliquées , je me contenterai de détailler la pratique des Sauvages, qui, fans faler leurs faumons -, les deffechent à la fumée, ou les boucanent.
- 622. Ils font une efpece d’échafaud élevé de quatre pieds au-deffus du terrein , & formé de piquets fourchus a , £ , c ,d,pl. Xffig. 1, qui fuppor-tent des perches fur lefquelles on pofe de menus barreaux ou des branches d’arbres pour former un grillage, fur lequel ils arrangent le poiffon après
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- l’avoir vuidé, ouvert dans fa longueur, & en avoir retranché la greffe arête, ils paffent dans les bords de la chair de petites baguettes pour qu’il fe tienne bien étendu* enfin ils allument fous l’échafaud du feu qui fade beaucoup de fumée, & point ou fort peu de flamme, ce qu’ils continuent en retournant lepoiffon de tems en tems,)ufqu’à ce qu’il foit bien delféché: quand il Peft fuffifamment, on le conferve dans un endroit frais & fec. Si l’on s’ap-perçoit qu’il ait repris un peu d’humidité, on prévient qu’il ne fe corrompe en le remettant un peu fur Péchafaud. A l’égard de la façon d’apprêter Ge poiffon, elle différé peu de ce que nous avons dit en parlant du flaefish à la fécondé partie , première fe&ion de la morue.
- Du faumon falé.
- 625. Dans les endroits où l’on prend beaucoup de faumons, & où Pon ne trouve pas à les confommer frais, on les fale, fur-tout quand les chaleurs fe font fentir, car alors il n’eft plus bon ni mariné ni fumé, & c’eft ce faumon falé qui fait une branche confidérable de commerce. Quoique les Hambourgeois , & les autres ports des environs de PElbe & de la mer d’Allemagne» ainfi que de la Baltique » faffent ce commerce, prefque tout celui qu’on con-fomme en France vient d’Angleterre & d’Eeoffe:les poiffons qu’il fournit fent font de bonne qualité ,falés avec foin , & paqués fidèlement» étant lot-tis fuiront leur efpece » & point fourrés d’autres portions.
- 624. On fale quelques faumons comme on fait la morue verte: pour cela » après avoir vuidé la tête & le ventre, Pavoir lavé, tranché parle dos fans lui ôter la greffe arête , pL JX ,jîg. 6 & 7 » on les met en premier fel pendant trois ou quatre fois 24 heures » tantôt dans des eaiffes»lit$ par lits» avec du fel entre deux ,& d’autres fois dans une forte faumure : quand ils ont pris fel , on les laiffe égoutter leur eau : enfuite on les paque en barril en y mettant de nouveau fel.
- 621. Les Irlandais tiennent leur poiffon un mois ou fix femaines en premier feî : enfuite ils le fàlent en le paquant dans des barriis qui- pefent environ trois quintaux.
- 626. Dans la Bothnie occidentale on vuide les faumons ; & après les avoir coupés en quatre morceaux, on les met dans de grands vaiffeaux , où on les couvre entièrement de fel : on les laiffe en cet état plufieurs mois, jusqu’au commencement de l’automne , qu’on les tire de ce premier fel * on les la?e avec foin , A»/?/. Xyfig. 1, & on les paque dans des tonnes de bois de fàpin fans y mettre de fel > mais quand elles font remplies, an verfe par la bonde le plus qu’il eft pofîjbîe d?une forte feumure, ce qui fuflk pour les conferver. Après, avoir parlé fort en abrégé des falaifbns qui fe font en
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- Sect. H. Du faumon, & des poisons qui y ont rapport. 47 ç
- diiïerens endroits,je vais détailler le mieux qu’il me fera poflible ce qui fe pratique en Ecoife.
- 637. Nous avons déjà dit que les côtes d’Ecofle , ainfi que les rivières qui s’y rendent, font bien fournies de faumons d’une bonne grolfeur & point trop gras, ce qui, comme nous en avons prévenu, eft très-avantageux pour leur coniervation, la graiife ou l’huile des poiiTons étant ce qui s’altere d’abord au point de contribuer à la corruption de la chair du poiiTon : ainfi les faumons très-gras, qui font les meilleurs pour manger frais , ne font pas les plus propres pour les falaifons. Les poiffonniers de Londres ont un marché qui fubfifte depuis plus de 50 ans avec les fei-gneurs propriétaires des anfes & rivières de la côte orientale d’Ecoife depuis Berwick jufqu’à Abberdeen pour le faumon falé , mais principalement pour le faumon mariné. Ces propriétaires font des conventions tantôt en argent, tantôt en poiifon avec les pêcheurs, ou plutôt avec ceux qui préparent le poiifon j car je 11e crois pas que ce foient les pêcheurs qui falent, marinent, ou fàumurent les faumons & les truites, mais des particuliers qui font logés convenablement, & fournis des ufteniiles néceifaires pour ces fortes d’opérations.
- 628. Le plus tôt qu’il eft poflible , au retour de la pèche, on fend les faumons comme on fait la morue plate , fécondé partie, première fe&ion, excepté que la morue fe tranche par le ventre & le faumon par le dos, depuis la tête jufqu’à la nailfance de l’aileron de la queue j on lailfe fou-vent la grolfe arête attachée à la chair d’un des côtés : fi l’on pofe le faumon fur une table , la queue de fon côté, l’arête refte ordinairement attachée à la moitié qui eft du côté de la main droite.
- 629. Quand le poiifon eft ainfi tranché, qu’on a emporté les ouies , qu’on l’a vuidé, & quelquefois ôté une partie de l’arête , on le lave dans de l’eau de mer quand on en a, ou à fon défaut dans de l’eau douce , pour en ôter tout le fang, qui a une grande difpofition à fe corrompre, ce qui me femble beaucoup plus convenable que de laver le poiifon dans fon fang, comme on le pratique dans le Nord, probablement dans la vue de rendre la chair plus rouge. Le poiifon étant égoutté , 011 le fale î pour cela on le met dans de grandes cuves avec du fel de France ou d’Efpagne deifus & deifous. On prétend que le fel d’Efpagne fait prendre à la chair du faumon une couleur plus vermeille que celui de France ; mais que celui-ci lui fournit moins d’âcreté. Il y a de ees cuves de différentes grandeurs -, les unes contiennent cinq barrils -, d’autres jufqu’à dix , qui pefent chacun 400 livres brut, ou 360 livres net : les uns leur laiffent prendre fel huit ou dix jours , puis les en tirent pour les paquer dans des barrils: d’autres les mettent ians fel dans les grandes cuves, qu’ils rempliifent d’une forte
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- 476 TRAITE' DES PECHES. Partie H.
- faumure, les rangent tout près les uns des autres & les y laiffent un mois ou lix femaines , quelquefois même plus long-tems , en attendant qu’il fe faife des chargemcns ; car on prétend que les faumons fe confervent mieux dans ces grands vaiiFeaux qu’en barrils ; mais il faut avoir foin qu’ils foient toujours couverts par la faumure : enfin on les retire de ces cuves pour les paquer, ainli que nous allons l’expliquer.
- 630. On commence par mettre au fond du barril quatre ou cinq fau-moneaux , grills ou tocans , pour former ce que les paqueurs appellent la rofe du fond’, on arrange enfuite les gros faumons marchands , les pref-fant le plus qu’il eft poffible les uns contre les autres, & mettant un peu de fel entr’eux ; quand le barril eft plein , on preife encore les poiifons d’abord en les fautant , comme 011 le voit fécondé partie , première fec-tion , & enfuite avec le verrin ou le cric : on finit d’emplir le barril en formant delfus une rofe avec de petits faumons , comme on a fait celle du fond; enfin on y ajoute un peu de forte faumure, & fur-le-champ on enfonce le barril; car il eft important de garantir le poilfon du contadl de l’air, & de faire enforte que la faumure ne fe perde pas; fans ces attentions les faumons jauniraient & contrarieraient une mauvaife odeur: les gros faumons font plus fujets à ces inconvéniens que les petits ; c’eft pourquoi en les paquant il faut y mettre plus de fel qu’aux petits ; & à cette occafion il eft bon d’être prévenu que les faumons font plus difficiles à conferver que les morues.
- 631. En paquant les faumons , on a foin de ne pas confondre dans les barrils ceux de différentes qualités. Il eft enjoint aux paqueurs de mettre à part les gros faumons marchands , ainfi que nous venons de l’expliquer , de paquer à part les faumoneaux , grills ou tocans ; & quoiqu’ils 11e foient pas réputés marchands , ces poiifons néanmoins font très-délicats & fort bons , pourvu qu’ils aient été filés avec foin. On paque à part les faumons maigres qui ne font point remis de la maladie du frai ; mais ceux-là font ordinairement confommés dans le pays, & n’entrent point dans le commerce.
- 632. Les marchands Ecoffais pour conftater leur fidélité , mettent avec un fer chaud leur marque fur les barrils où font les petits faumoneaux, tocans , &c. & de plus fur ceux où font les gros faumons marchands , une S qui lignifie faumons. En outre, comme le gouvernement paye un encouragement de cinq livres quatorze fous par tonneau qui eft exporté , pour conferver la réputation que les falaifons d’Ecolfe fe font acquife, il y a dans chaque port de ce royaume des infpe&eurs qui doivent certifier que la jauge de chaque barril eft de vingt-quatre galons ou de cent vingt» fix pintes mefure de Paris, & en cet état il pefe quatre cents ou quatre
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- cents vingt livres ; ils conftatent encore que le poiflbn a été falé! avec du •fel étranger , & que les barrils contiennent des poiflbns bien > conditionnés , chacun fuivant Pefpece qui elt indiquée.Enfuite l’infpectéur marque à chaud les barrils d’une couronne & du nom de la ville où a été faite la falaifon: moyennant toutes ces précautions , les acquéreurs font fûrs de recevoir ce qu’ils défirent, tant pour le lieu de la falaifon que pour la fidélité du paquage. .. .
- 633. Les barrils étant préparés comme nous venons de le dire, on les expédie fuivant les demandes qu’on en a flûtes ; & quand ils font rendus à leur deftination , on doit les} remplir avec uneùiouvelle faumure. Ces faumons fe tranfportent en France, en Hollande & beaucoup en Italie, où l’on n’eft pas fi délicat qu’en France fur la condition de ces falinés » quelques armateurs qui vont dans le golfe d’Archangel fur la mer Blanche , pour acheter des faumons falés', marinés & fumés, ayant embarqué du fel, trouvent à acheter des faumons frais de. la'Dwina , qu’ils préparent dans leurs navires comme la = morue verte des Hollandais.
- Article II.
- De la préparation des truites, des tocans & des ombres.
- 634. Les truites ne fe confervent pas aufii long-tems fraîches que les faumons ; les tocans fe gâtent encore plus promptement que les truites , & les ombres font de tous ces poilfons ceux qui font fujets à fe corrompre le plus promptement.
- 635. On fait que les truites fraîches & prifes en bonne faifon & dans une eau vive, font un manger plus délicat que les faumons ; les tocans font plus eltimés que les truites , & on donne encore la préférence aux ombres fur tous le$ autres. Ceux qui font à portée des endroits où l’on pèche, en font leurs délices &( en jouilTent d’autant plus, qu’il faut que l’air foit, frais pour qu’on puifle les tranfporter un peu loin ; fitôt qu’il fait chaud ,11 faut manger les ombres fur le' lieu de la pêche, & les tocans à une petite diftance. On les apprête dans les cuifines comme le faumon frais; quelques-uns feulement prétendent qu’il faut faire les étuvées avec du vin rouge au lieu de vin blanc, pour que la chair paraifle plus rouge ou faumonée ; mais , comme nous l’avons dit, cette couleur ne les rend pas meilleurs. De ce que ces poiflbns font plus difficiles à conferver frais que les faumofis , il s’enfuit qu’ils ont encore plus befoin des préparations que nous avons détaillées pour lés conferver.
- , j 63b. On fale & on.prépare enLcpiie les grofses truites comme les fan-
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- 478 TRAITÉ' DES PECHES. Partie II.
- tuons 5 & les petites ainfi que les tocans pafsent fouvent dans le commerce comme grills. Tous ces poifsons peuvent être confervés dans le beurre fondu. Mais à l’égard des petites truites, des tocans & des ombres , le mieux eft de les mariner ; par ce moyen on eft en état de manger ces poif-fons fort bons au bout de quinze jours ; ainfi on peut les tranfporter dans des endroits où l’on eft afsuré d’en trouver un bon débit} car c’eft un manger très-délicat, & qu’on fert fur les meilleures tables ; on en fait aufli de bons pâtés.
- Artic le III.
- Des dijfenns bar dilates & fûts, dans Ufquels on renferme le faumon en Ecojfe, en Irlande, & au nord.
- 637. Chaque pays adopte des ufages qui lui font particuliers : les mêmes marchandifes s’emballent ici d’une façon , là d’une autre , & les né-gocians connailTent par ees emballages les pays d’où viennent les marchandées *, il en eft de même des barrils dans lefquels on met les faumons , & je vais rapporter fommairement les ufages d’Ecoflfe , d’Irlande & du nord , autant que j’ai pu en être informé par les négocians auxquels je me fuis ad relié.
- 638. Les fûts d’Angleterre & d’Eçofle font de grolfes tonnes qu’on nomme gonnes ; les faumons qui viennent de la mer Baltique ou du nord, font renfermés dans des fûts moins grands, qu’on nomme Hambourg ou Rambourg, nom qu’ils ont tiré du lieu où l’on en faifait le principal entrepôt ; ils ne font pas à beaucoup près aufli bien travaillés que les gonnes d’Angleterre & d’Ecoflc.
- 639. Les marchands diftinguent les fûts qui viennent de la Grande-Bretagne par le nom des lieux où les faumons ont été préparés } comme gonnes de Berwick , dzAbberdeen , de Montrofs & autres lieux de la côte où l’on fait des falaifons de faumons. Et comme ils ont coutume de tirer leurs faumons de Berwick, d’Abberdeen & de Montrofs , nous nous contenterons de donner ici la jauge des futailles en ufage en ces différens lieux ; prévenant néanmoins que ce ne font que des à-peu-près, parce qu’elles ne font pas aufli précifément d’une même jauge que les futailles dans lefquelles on met l’huile, l’eau-de-vie & le vin ; ce qui eft allez indifférent, parce que les falines fe vendent au poids.
- 640. Les gonnes de Berwick, font les plus grandes , & elles paflent pour renfermer les meilleures falines j étant pleines , elles pefent quatre cents ou quatre cents cinquante livres -, elles fe divifent en demi-gonpes, quart, tiers
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- eu tierçon , demi-tierçon j ces fûts font de chêne. La hauteur des gonnes entre les deux jables eft de vingt - cinq pouces, & les jables ont quinze lignes de hauteur 5 le diamètre en-dedans comprenant l’épaiifeur d’une douve qui eft d’un demi-pouce, eft de vingt-deux pouces & demi -, le diamètre au bout eft de dix-fept pouces neuf lignes : on eftime qu’elles peuvent contenir à peu près vingt-quatre ou vingt-cinq veltes j quelquefois elles font cerclées en plein , & d’autres fois par bandes.
- 641. Les fûts qui viennent d’Abberdeen font, après ceux de Benarisk , les plus grands du gonnage Ecoifais ; un barril a deux pieds trois pouces de haut, de jable en jable, vingt & un pouces de dianjetre au bouge , & dix-huit pouces quatre lignes aux bouts : lorfqu’ils font pleins, ils pefent quatre cents à quatre cents dix livres » il y a des demis & des quarts de bar-rils. Les Hambourg ou Rambourg contiennent quarante gros faumons ou environ quatre-vingt petits jetant pleins ils pefent environ trois cents ou trois cents cinquante livres. On a des tinettes pour le faumon mariné ; les barrils de Spée ont deux pieds huit pouces de hauteur, vingt-trois pouces de dia-ipetre au bouge , & un pied fept pouces & demi aux bouts : ces barrils font cerclés en plein, de forte qu’il ne refte au milieu entre les cercles que fix à fept pouces de vuide. (36)
- Article IV.
- Vente du faumon falé au marche , 6* les differentes façons de Üapprêter.
- 642. On tranche le làumon en tète ou hure , en un ou deux entre deux fuivant leur groiTeur , en queue , & en outre les loquets. Pour lui faire perdre une partie de fon fel, on le fait tremper dans de l’eau claire qu’on renouvelle de tems en temsj il faut de l’habitude pour le deflaler à un point convenable ; car s’il l’eft trop, il eft fade & n’eft pas agréable j s’il l’eft tiop peu ,il eft coriace, âcre ,& n’eft pas mangeable.
- 643. Le faumon bien dédale , & d’ailleurs bien conditionné , doit être d’une belle couleur vermeille, & d’une odeur qui ne foit point défagréable 5 on le fait cuire dans l’eau î on le met égoutter, & on le fert fi l’on veut avec une fauce blanche, des câpres & des cornichons, qu’on lave dans de l’eau tiede pour leur faire perdre une partie de la force du vinaigre. Cette façon de l’apprêter eft la plus fimple.
- ( 56 ) J’efpere qu’on ne trouvera pas exaéte qu’en fait notre auteur, nepuilfe étrange que j’aie retranché du nombre des aifément fe peindre leur figure, ni aucun planches la partie de celles où font repré- tonnelier en conftruiie dp pareils s’il y eft fentes les tonneaux dont il eft ici parlé. Il appellé.
- *y a aucun leéteur qui fur la defeription
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- 644. Quelquefois on détache les feuillets du faumon lorfqu’il eft cuit," & on le fert avec des falades vertes du printems, des petits oignons à moitié cuits , des câpres, des cornichons , un peu de paffe-pierre , des tranches de betteraves confites au vinaigre : ces falades font agréables , & le faumon y tient lieu d’anchois.
- 645. On peut encore fervir les feuillets de faumon avec une rémolade," ou bien on met dans une cafferoleun peu de farine, un morceau de beurre-frais, peu de fel/du poivré, un peu de lait & des tranches de citron ;on tient cette fauce furunfeu doux pour qu’elle fe lie, & 011 met dedans les feuillets de faumbrt ’pûùr'qu’ils fe réchauffent & qu’ils s’imbibent de la fauce ; on peut y ajouter un peu de perfil & de ciboule hachés bien menu.
- 646. On fait encore une farce avec de la mie de pain , du lait, des jaunes d’œufs, du perfil, de la ciboule alfaifonnée de fel , de poivre ,une pointe d’ail & un morceau de beurre; on faite cuire & raffermir cette pâte fur les cendres chaudes , puis on la dreife proprement fur les feuillets de faumons; on palfe deffus un couteau trempé dans un jaune d’œuf & une mie de pain bien menue ; on coule deffous une fauce faite avec du bouillon maigre, du verjus ou du citron; on met le plat fur les cendres chaudes , & par-deffus un couvercle de tourtiere : quand la farce a'pris couleur , le faumon eft en état d’être fervi. Ou bien on met dans une cafferole un bon morceau de beurre, deux cuillerées d’huile, des câpres , des anchois qu’on a lavés dans du vin ; plus du perfil, de la ciboule, une légère pointe d’ail, le tout haché bien fin-& affaifonné de peu de fel & de poivre fou verfe cette fauce fur les tranches de faumons ; on répand deffus une mie de pain bien menue. & on fait prendre couleur avec un defTus de tourtiere.
- 647. Le faumon eft ehcôre très-bon avec une fauce robert ;ou bien , ce qui revient à peu près au même , on coupe cinq ou fix oignons par feuillets ; on les paffe fur le feu en les remuant continuellement jufqu’à ce qu’ils aient pris couleur; on y ajoute deux bonnes pincées de farine qu’on remue avec l’oignon jufqu’à ce que tout ait pris couleur; alors on y ajoute une cuillerée de vinaigre, du poivre, du fel, un peu‘de bouillon maigre ;on met les feuillets de faumon dans cette fauce, qu’011 fait mitonner pour qu’il èh ' prenne le goût ; & avant de fervir , on y ajoute' un morceau de beurre.
- Article V.
- Des bâtimens quon emploie pour le commerce des faumons. :
- . . ' K Y
- 648. On a vu que la pêche du faumon fe fait avec des chaloupes ou de' fort petits bateaux , pl. FUI ,fig. %, & cela doit être ,puifque les faumons
- qui
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- qui remontent dans les rivières pour frayer , cherchent les endroits où il y a peu d’eau, où il ne ferait pas poflible de les aller chercher avec des bâ-timens qui auraient un tirant d’eau un peu confidérable ; cela n'empêche pas que dans certaines circonftances , comme à l’entrée des grandes rivières, on 11’emploie des barques un peu plus fortes : mais 011 va chercher de ce poif-fon dans les mers du nord, & on en tranfporte en France , en Efpagne , en Italie; & pour ce commerce qui eft confidérable, on emploie des bâti-mens de bien des efpeces différentes : nous nous fommes contentés de re-préfenter ceux dont les EcoiTais & les Irlandais fe fervent ordinairement ; favoir, des pinques , des brigantins , &c. (37) Les armateurs qui vont dans le golfe d’Arehangel fur la mer Blanche, pour acheter des faumons préparés de différentes façons , trouvent quelquefois à acheter dans la Dwina des faumons frais qu’ils préparent comme la morue verte > avec du fel qu'ils ont apporté dans leurs bâtimens.
- 4»a=aaBwu_.j ...— -üj-===a-=---
- CHAPITRE XI.
- Sur les infeïïes qui s'attachent aux poiffons.
- <>49* Hes poiffons ne font pas plus à l’abri d’ètre incommodés par les infedtes ,que les quadrupèdes & les oifeaux ;il y en a de plufieurs fortes qui méritent bien l’attention des naturaliftes ; mais je ne m’en occuperai point préfentement , je dirai feulement quelque chofe d’une efpece qui fe remarque plus fréquemment fur les faumons & les truites. Plufieurs pêcheurs regardent les infedes qui s’attachent aux faumons, comme étant marins6; & ceux-là croient, comme je l’ai dit, que les faumons paffentdans l’eau douce pour s’en délivrer , étant perfuadcs que ces infedes marins ne peuvent fubfifter hors de l’eau de la mer. Il m’a paru effectivement que cela était vrai à l’égard des vers à tuyau qui endommagent les vaiffeaux & les digues de Hollande ; mais affurément il n’en eft pas de même des infectes qui] s’attachent aux faumons & aux truites , puifqu’on en trouve fur les poiffons qui ayant refté long-terns dans l’eau douce, retournent à la mer; & cette obfervation eft fi certaine , que des pêcheurs voyant defcendre des rivières & retourner à la mer des faumons chargés d’infedes , ont imaginé qu’ils avaient attaqué les poiffons dans l’eau douce, & qu’ils devaient pé-
- ( 57 ) Voici encore une fuppreflion tout la première fedtion. Chacun fait à peu près aufli bien fondée, ce me femble, qu’une ce que c’eft qu’une pinque & un brigantin. autre du même genre qui a eu lieu dans Tome
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- 483 TRAITE' DESFECHE S. Partie IL
- lir dans l’eau falée. Apparemment que ces pécheurs ne favent pas qu’on prend à la mer des faumons & des truites très-chargés de ces mêmes in-fedes. Ainfi il eft bien prouvé que ce n’eft pas pour fe débarrafser des infedes que les faumons pafsentde l’eau ialée dans l’eau douce, ou le contraire.
- 650. Prévenu que je ne me propofè pas de faire l’hiftoire des infedes qui s’attachent aux poifsons, je me bornerai à en décrire un que M. de Montaudouin avait détaché de defsus un fàumon , & qu’il m’a envoyé çonfervé dans du tafia.
- Article premier.
- Defcription d’un infeüe qui s'attache aux faumons.
- 6<) 1. On voit fur la pl.X y les defiins que M. Foffîer a faits de cet infede. Il eft repréfenté de la grofseur naturelle à la fig. I, & a à fa partie poftérieure deux longs filets k , k ; ils manquaient aux infedes que j’ai reçus de M. de Montaudouin ; mais ils étaient très-bien confervés à un infede pareil que M. Fougeroux de Bondaroy avait détaché de deffus une truite fur la côte de Normandie; & comme cet infede a beaucoup d’organes, nous l’avons repréfenté à la figure// cinq fois plusfi gros qu’à la figure I, afin de rendre les détails où nous allons entrer plus fenfibles ; il eft à cette figure dans la même pofition qu’à la figure première, & l’infede entier peut être divifé en trois parties qui font indiquées figures II & III* par les chiffres arabes 1,2 & 3-
- 65 2. La partie 1 , qui eft véritablement le corps , eft formée en-deffus par un feuillet écailleux ou un teft fort mince , qu’on peut comparer à celui du crabe des Moluques. Quoique cette partie cruftacée foit d’une feule piece , elle paraît taillée à facettes. On apperqoit en k un petit point noir bien fenfible, qu’on pourrait foupqonner être un œil; mais ayant enlevé d’une feule piece toute l’enveloppe écailleufe r, le point noir a difparu, & il n’eft point refté de trou à fa place ; ainfi ce n’eft pas un œil : mais je foup-qonne que ce point était occafionné par quelque vifcere qui paraiffait au travers de cette enveloppequi était très-mince & tranfparente.
- 653. La partie cotée 2 eft articulée avec celle cotée 1 dont nous venons de parler ; à la jondion S de ces deux parties on apperçoit deux bras ou deux pattes P , affez femblabîes à celles des fauterelles ; nous en avons repréfenté une féparée, figure IV, & on voit leur pofition refpedive en N figure III ; elles n’ont point de griffes, figures III & IV; elles font Amplement frangées. Je dois prévenir que fur quelques-uns de ces infedes.
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- je n’ai pas pu diftinguer ces deux pattes ; peut-être qu’en fe defféchant elles s’étaient tellement retirées , qu’elles n’étaient plus fenfibles. Les portions de l’infede 2 & 3 , figures II & III ,paraiflênt allez molles. Les parties faillantes Q_, qui font au bout de la divifion cotée 3 aux figures II & III, paraiflênt formées par des rayons comme les ailerons des poilfons.
- 6) 4. Quand on renverfe l’infecte comme à la figure V, on découvre un grand nombre d’organes défignés par des chiffres arabes ; 1 , indique la tête , ou fi l’on veut la bouche ; on l’a repréfentée figure VI vue par-deifus, & figure VII par-deffous. Les chiffres 2,2, figure V, font deux grands crochets qu’on voit féparément à la figure VIII, & l’on peut remarquer une articulation à la lettre a.
- On voit encore deux petits cochets indiqués par 3,3, figure V j ils ne paraiflênt fufceptibles que d’un très-petit mouvement j on en voit un hors de fa place figure IX. 4,4, figure V, indiquent deux pinces ou ferres à peu près femblables à celles des écreviffes , comme on l’apperçoit à la figure X.
- 656". On voit en f , figure V, deux grandes pattes qu’on a repréfen-tées à la figure XI pour faire voir plus diflindement qu’elles font formées de trois parties a, b , c, & terminées par deux crochets d qui fe recourbent en en-haut. Les chiffres 6, 6, figure V, indiquent deux petites pattes , & l’on voit à la figure XII qu’il ÿ a une articulation en a, & un crochet en b.
- 7. A l’extrémité du chiffre 7 , figure V, on apperçoit un corps dur terminé par deux pointes qui font plus fenfibles à la figure XIII; elles ne paraiffent pas avoir de mouvement. On apperqoit encore aux chiffres 8> 8» figure V, deux efpeces de pattes frangées , & i’on voit à la figure XIV qu’elles font formées des parties a b jointes par des articulations , & la partie b efl; terminée par des pointes c & des barbes ou franges d. Ces pattes font jointes l’une à l’autre par un os <, & il y a apparence qu’elles doivent faire des mouvemens fimultanés.
- 6^8- Il y a encore en 9 , 9, figure V, deux pattes à peu près femblables à celles 8)85 avec cette différence qu’il y a une bifurcation bc, figure XV, terminée par des filets eu frange dd, qui font en grand nombre. On les voit en place , figure V, aux chiffres 10,10. Ces filets fervent probablement , comme ceux qui font fous la queue des écreviffes, à retenir les œufs de cet infede. On voit aux chiffres 11 , 11, figure V, deux crochets blancs & durs, qni étant réunis , forment un croiflant. Les chiffres 12, 12 , figure V , indiquent les mêmes objets indiqués par la lettre Q_, figures II & III. RR des figures II & V font une partie des filets KK de la figure I.
- 659. A la figure III l’infede eft repréfenté de profil : 1, la grande écaill*
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- qui couvre les parties i,2,3,4,f,6,7,8, 9 , i o que nous venons de décrire. On n’apperqoit que le bout d’une patte M , qui ^eft cotée 5 à la figure V. N font les pattes ou bras frangés qu’on voit en P , figure II. 2& 3 font les parties indiquées par les mêmes chiffres à la figure IL
- 600. La figure XVI repréfente la grande enveloppe écailleufe 0000 vue par-delfus , & repréfentée par le chiffre 1 , figure II, qu’on a féparée des autres parties : on peut feulement y remarquer les oreillons 5 , 5 , & les enfoncemens où fe logent les bras ou pattes PP, figure IL Le chiffre 3 indique l’endroit où s’arricule la queue 2 , figures II & III.
- 661. On a repréfenté à la figure XVII la même grande écaille , chiffre I , figure II , vue du ccté de l’endroit où s’articule la queue : 1 , cavité dont le fond eft ouvert pour qu’il y ait une communication du corps avec la queue.
- 662. 00, la grande écaille , qui eft d’une feule piece ; BB , les oreillons dont nous avons parlé. 3 , défigne l’endroit de l’articulation de la queue avec le corps ; c’eft à cet endroit coté 9 , figure V, qu’eft placé le corps offeux e, figure XV qu’on voit en E , figure XVIII. ï , f , figure XVII, font les deux oreillons qui forment une concavité où fe placent les bras ou pattes PP , figure IL
- 663. Figure XVIII eft la même écaille renverfée & vue par la face concave. Il faut concevoir que toute cette concavité eft revêtue d’une fubf-tance charnue plus épaiffe au milieu qu’au bord. Les parties ombrées o, 0,0, désignent les impreftîons que font dans la partie charnue la tète, les pattes , les crochets , &c. qu’on apperqoit à la figure V; car quand ces organes fe retirent, ils font dans la partie charnue des impreftîons allez profondes. A, figure XVIII, eft l’endroit où la queue s’articule au corps ,3 une cavité où font renfermées les parties frangées 10, 10, figure V, ou figure XV.
- 664. Figure XIX, la grande écaille vue de profil & fuivant fa longueur. 5 , les oreillons où fe logent les pattes a, figure IV, ou les bras PP , figure IL
- 66j. Je pourrais joindre ici la defcription que M. Fougeroux a faite de plufieurs infe&es qui s’attachent aux poiifons j mais outre que ce point d’hiftoire naturelle pourra fournir à M. Fougeroux le fujet d’un mémoire intérelfant, il m’a paru déplacé d’entrer ici dans de longs détails fur un objet affez étranger à celui qui m’occupe. (38)
- ( 38 ) Cet aveu de l’auteur me difpenfe peut rendre le faumon malade, & diminuer d’obferver combien peu il importe atrx-pê- la qualité de fa chair , tout ce qu’il y aurait cheurs de connaître avec tant d’exactitude d’intéreffant pour le bien de la pèche, fe ré-la ftruéture du petit infecte qui s’attache duirait à trouver, fi cela était poffible,quel-à cette efpece de poiffons, & vit à leurs dé- que moyen de l’en débarraffer. pens. Comme le nombre de ces parafées
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- De la pêche des faumons & des truites au Pont-de-Cé 3 pour fervir de fupplément à la pêche de ces poiffons dans la Loire.
- 666. Comme j’avais pafle plufieurs fois par Angers,je ne pouvais pas ignorer qu’on prend beaucoup de faumons au Pont-de-Cé ,qui n’en eft éloigné que d’une lieue ; mais ne m’y étant point trouvé depuis le mois de novembre jufqu’en mai, qui eft la faifon de la montée de ces poiffons, je n’avais pu apprendre , qu’en converfation , comment s’y pratique cette pèche-, & ne voulant rien avancer que de bien avéré , je me fuis adrelfé à plufieurs perfonnes de cette province, pour acquérir les connailfances qui me manquaient : n’ayant obtenu aucune réponfe , je défefpérais de pouvoir parler de cette pêcherie , qui néanmoins mérite bien d’être décrite dans mon ouvrage : enfin ,lorfque je m’y attendais le moins , M. l’abbé Cotelle , doyen de Saint-Martin , & fecretaire perpétuel de la fociété d’agriculture d’Angers, étant de retour d’une abfence un peu longue , a bien voulu m’ai-der de fes lumières: malheureufement fou mémoire lie m’eft parvenu qu’a-près l’impreflïon delà pèche de ce poilfon dans la Loire, ce qui m’oblige de le mettre hors de rang,& par addition.
- 667. Nous avons dit qu’il remontait beaucoup de faumons dans la Loire; & comme, jufqu’au Pont-de-Cé, il n’y a point d etabliifement de pêcheries qui les arrêtent, on y en prend beaucoup qu’on tranfporte à Angers, qui forme comme un entrepôt, d’où on les diflribue dans plufieurs grandes villes: on en apporte pième jufqu’à Paris ,lorfque l’air eft frais. On croit avoir remarqué, que depuis un ouragan qui arriva en l'jsi , la pêche du faumon y a été beaucoup plus abondante qu’elle n’était auparavant : on forme, pour expliquer ce fait, différentes conje&ures ; mais, comme ce ne font que des conjectures , je crois pouvoir me difpenfer de les rapporter.
- 668. Le Pont-de-Cé étant formé de cent trois arches , la plupart fort étroites , il aurait été facile d’y établir une pêcherie , fi les eaux & forêts ne défendaient pas de barrer tout le lit de la Loire par des filets; mais vis-à-vis les arches il y a des files de pieux d’environ foixante pieds de longueur, au bout defquels on met des fafcinages , pour former comme des digues, qui, du côté d’amont, ont de largeur celle des piles, & fe rétrécilfent un peu du côté d’aval, ce qui établit fur les côtés un courant très-rapide,que les faumons elfaient de franchir ; mais au-deifous du fafcinage, l’eau eft tranquille , & les faumons y entrent , peut-être pour fe repofer quelques tems. On y place un bateau en travers , fur un des côtés duquel eft un grand carrelet ou un guideaw, qu’on plonge dans l’eau,& qu’on relevetoutes les
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- cinq minutes : on a pu prendre une idée de cette façon de pécher , première partie,fécondé feétion. Il arrive fouvent, que d’unfeul coup de filet, on prend deux,& quelquefois trois faumons, fur-tout dans les mois de février & dé mars, où la montée eft la plus abondante.
- 6C9. Comme ces carrelets font fort grands, on ajoute au filet une corde, qu’on haie de dedans le bateau , pour prendre plus aifément les poiffons. Quand les eaux font baffes, on fait la pèche des faumons avec des faines, qui ont if à 20 pieds de chute, & 120 bralfes de longueur} un bout refte à terre , & l’autre eft tiré par un bateau , qui décrit une ligne circulaire, en-fuice les pêcheurs tirent la faine à terre , comme nous l’avons repréfenté ailleurs , & lorfque les eaux font hautes, ils fe fervent d’un tramail, que les pêcheurs du Pont-de-Cé nomment Jidoreau , & qui me paraît être le même que celui qu’on appelle f&dor à l’entrée de la Loire; nous en avons auflî parlé.
- 970. Presque tous les faumons, qu’on prend au Pont-de-Cé ,ont les uns des œufs, les autres de la laite; mais 011 ne diftingue pointa la feule inf. pedtion , les mâles des femelles. O11 en prend de bien des groffeurs différentes ; car les uns ne pefent que dix livres , d’autres vingt, d’autres trente : on en prend même quelques-uns qui pefent jufqu’à quarante livres. Ce font ordinairement les gros qui fe préfentent les premiers à la pêcherie. On y prend peu de bécards. Les noms de tocans & Nombres y font inconnus : mais on pêche des truites au-defsus & au-delfous du Pont-de-Cé , les unes faumonées , & les autres à chair blanche ; elles ontçà&là des taches noires ,& fur les côtés d’autres qui font rouges ; quelques-unes , par la couleur de la peau & les mouchetures , reffemblent aux faumons ; les pêcheurs les nomment truites % ils difent qu’elles font alongées , mais que leur chair eft blanche , molle , & qu’elle a peu de goût.
- 671. Ces poifTons, faumons ou truites, remontent la Loire, pour paffer dans les rivières d’eau très-vive ; & les meilleures truites fe pêchent dans la Mayenne, particuliérement auprès de Vendôme & de Châteaudun ; leur goût eft bien fupérieur à celui des poiffons qu’on prend dans la même rivière , près de fon embouchure dans la Loire.
- 672. On penfe généralement qu’ils palfent dans les petites rivières, pour y frayer ;& il eft étonnant que malgré la 'quantité qu’on en prend, il s’en échappe affez pour dépofer dans ces petites rivières une immenfité d’œufs qui y éclofent,s’y fortifient durant l’été & une partie de l’automne; alors ces petits poitTous profitent des crues pour gagner la Loire , & enfui te paffer à la mer: on prétend qu’ils font allez vifs pour échapper à la pourfuite des brochets & des perches ,qui cherchent à s’en nourrir. Mais les pêcheurs détruifent une prodigieufe quantité de ces petits poiffons ; car ils fe raf-
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- femblent quelquefois en Ci grand nombre dans les anfes de ces petites rivières , pêle-mêle, avec les ables,les goujons, & beaucoup d’autres jeunes poiffons, qu’on en voit quelquefois une multitude à la furface de l’eau îles pêcheurs , fous prétexte de prendre des ables avec des faines épaiffes ou des manches de filet, détruifent une immenfité de jeunes poiffons qui peupleraient la riviere.
- 673. Les obfervations de M. l’abbé Cotelle établirent donc, comme celles que j’ai rapportées en plufieurs endroits de cet ouvrage, & particuliérement dans le paragraphe de la pèche du faumon & des truites dans la Loire, depuis fon embouchure jufqu’en Forez, 1°. que les faumons & les truites paffent de la mer dans l’eau douce , pour y dépofer leurs œufs : 2°. qu’il en réfulte une multitude de petits faumons & de petites truites, qu’011 appelle en plufieurs endroits tocans : 30. que ces petits poiffons profitent des débordemens pour gagner les grandes rivières,& de-là palier à la mer : 40. que mal-à-propos 011 prend une immenfité de petits poiffons, de très-peu de valeur , & entre lefquels il fe trouve des faumons & des truites, pêle-mêle avec des ables, & quantité d’autres petits ou jeunes poiffons, de toutes fortes d’efpeces s ce qui dépeuple les rivières : abus énorme, & contraire aux ordonnances, auquel il ferait important de remédier.
- EXFLIC AT ION de la figure par laquelle efi reprêfentée la pêche du faumon au FonUde-Cé, fur la Loire , à une lieue di Angers.
- 674. 33’aprÈs les mémoires qu’a bien voulu me procurer M. l’abbé Cotelle , doyen de Saint-Martin d’Angers , & fecretaire perpétuel de la fociété royale d’agriculture de cette même ville, j’ai donné un détail alfez circonf. tancié de la façon de prendre le faumon dans cette partie de la Loire ; mais, en lui faifant mes remerciemens de la complaifance qu’il avait eu de répondre auffi obligeamment à mes queflions , je lui fis obferver qu’on aurait de la peine , fur une fimple defcription ,à prendre une jufte idée de la dif. pofition du carreau qu’on emploie pour faire cette pêche. Le zele de M. l’abbé Cotelle pour le progrès des connaiffances utiles , l’a engagé à fe tranf. porter fur les lieux avec M. Drouerd, bon defîinateur , qui a fait le défini qu’on voit gravé fur la^/.-AT,fig. 19 , au moyen duquel la manœuvre de cette pèche devient très-fenfible. A A repréfente quelques arches du Pont-de-Cé , vues du côté d’aval ou du bas de la riviere : B B font les arriéré-becs de ce pont. L’eau coule avec rapidité par les arches 5 mais elle efl affez tranquille
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- & prefque ftagnante , derrière les arches & les arriéré - becs B ; au contraire Peau qui pâlie par les arches qui font près l’une de l’autre, venant à fe rencontrer , forme des remoux & des tournoiemens d’eau en Q_Qj or , les fau-mons qui fe plaifent, comme nous l’avons dit, à remonter les courans rapides, femblent néanmoins chercher de tems en tems à fe repofer dans des endroits où l’eau eft tranquille, & pour cette raifon ils quittent le grand courant pourfe porter aux endroits bb y où l’eau coule doucement & uniformément.
- 675. Les pêcheurs , connailïant cette inclination des {àumons , s’établiifent pour pêcher entre les tournoiemens d’eau , derrière les arriéré - becs en b b ; pour cela ils conftruifent du côté d’aval un échafaud de charpente CC, qui eft en quelque façon un prolongement de l’arriere-bec B.
- 676. Cet échafaud eft formé par quatre forts pilots D , battus dans le fond de la riviere, & qui s’élèvent de trente pieds au-deifus de la furfaee de l’eau : le haut de ces pilots eft affujetti par des traverfines , qui ont quinze pieds de longueur ,& des longrines, longues de vingt-quatre pieds, fur left. quelles on met des perches en travers, dont la pofttion eft indiquée par des lignes pon<ftuées/7C Ces perches traverfantes font deftinées à foutenir les planches C du deifus de l’échafaud qui s’avance dans la riviere,dans la même dire&ion que l’arriere-bec B du pont. Les deux derniers pilots D^D qui font au bout de l’échafaud , du côté du bas de la riviere , à vingt-quatre pieds de l’arriere-bec B , font deftinés à foutenir un fafcinage E E formé par des fagots , quelques pieux qui ne s’élèvent qu’à la furfaee de l’eau & des traverfes qui s’appuient fur le bas des pilots D , D.
- 677. Quand l’eau augmente, on ajoute des fagots, pour que le fafcinage foit toujours un peu au-delfus delà furfaee de l’eau. Ce fafcinage diminue la vîteife du courant dans la partie de la riviere , au-delfous de l’échafaud, & les laumons qui cherchent à fortir des motures ou tourbillons Q_, gagnent l’eau tranquille, qui eft en b b vis-à-vis le fafcinage * & c’eft-là que les pêcheurs établirent leur carreau , comme nous allons l’expliquer.
- 678- On voit en FF un bateau , qu’ils appellent thoue : il a trente pieds de long, fur fept de largeur : on l’amarre aux pilots D ,D, par les cordages II qui l’affujettilTent parallèlement au fafcinage EE, le côté en travers au courant. HH eft une échelle, dont le pied eft fur le fafcinage : elle fert à defeendre du haut de l’échafaud dans le bateau.
- 679. N eft un levier de quarante pieds de longueur, qui a fon point d’appui en /, fur le bord du bateau : au gros bout K qui eft en dehors eft attaché le carrelet M M, comme itous l’expliquerons dans un inftant, & au petit bout k eft attaché un cordage, amarré par le bout d’en-bas
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- à un pieu du fafcinage ; ce cordage fert à. tenir le filet en refpeôt quand il eft à l’eau, pour qu’il ne fade pas la bafeule, & pour empêcher que les tourbillons QJ’emraînent & le faiTent paiTer fous le bateau , comme cela arrive quelquefois quand le cordage vient à rompre. Les bords du filet MM qui a vingt pieds de côté , font attachés à quatre perches gggg, qui forment comme un chaflis ; & fous le gros bout du levier N font attachées trois perches courbes ///, dont un bout entre dans un trou qui eft au gros-bout K du levier N, & l’autre- eft attaché aux angles du chaftis en g.
- 680. LL font deux cordes , dont un bout eft attaché aux deux angles gg du carrelet, & l’autre aux extrémités du bateau , pour que le filet ne ie porte point trop ni du côté de la droite ni du côté de la gauche.
- 681. OO eft le filet du carrelet qui eft tendu fur fon chaifis ; fes mailles font alfez larges pour qu’il oppofe moins de réfiftance au courant : aux autres carrelets le filet pend au-deffous des perches courbes; ici le gros ..bout K du levier N, ainfi que les perches courbes , font au-delfous du filet; trois angles g ,g, g, répondent au bout des perches courbes, & le quatrième angle g- eft attaché environ au tiers de la longueur du levier N. Ce levier fert à plonger le filet dans l’eau, comme on le voit dans la figure.
- 682. PP eft une ligne aifez déliée , que les pêcheurs appellent fonnette ; on l’attache par un bout au côté du filet, qui, comme nous l’avons dit, recouvre le gros bout du levier & les petites perches courbes ; le pêcheur conferve l’autre bout de la fonnette: lorfque le filet eft hors de l’eau, & que le levier eft horifontal, il tire par fecoulfes la fonnette pour faire fortir le poiifon des angles, où quelquefois il fe retire : quand on a ôté le poilfon qui s’eft arrêté .dans le filet, on le replonge dans l’eau, ce qui fe répété tout les quarts-d’heure.
- 683* T, font des faumons qui fortent des tournoiemens d’eau Q_ pour palier en £, où l’eau eft tranquille ; & c’eft en cet endroit qu’étant rencontrés par le filet, ils font pris. R R font des fléchés qui indiquent la direction du courant. Cette pèche fe fait plus communément de nuit que de jour.
- ADDITIONS.
- 684- Comme le favant & laborieux académicien à qui l’on doit cetin-téreflant traité , parle dans quelques endroits de fon ouvrage des principaux poiifons qui fe pêchent dans le lac de Geneve , & qu’il pafle fous filence ceux que fournilfent les autres lacs dont on lait que la SuiiTe abonde , pour n’avoir pu.Ihus doute fe procurer des mémoires à cet égard , j’ai cru Tome X. Q_ q q
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- devoir d’autant plus y fuppléer que d’un côté quelques-unes des pèches qui s’y font 3 font aflez curieufes, & peuvent par conféquent influer fur les progrès de l’art, & que d’un autre côté plufieurs efpeces de poiflons qu’on y prend , deviennent, étant Talés, un objet de commerce avec l’étranger. Je me bornerai cependant à n’envifager que fous un point de vue général cette matière , dont les détails me conduiraient trop loin , & je m’attacherai d’abord au lac qui porte le nom de Neuchâtel, comme m’étant mieux connu que les autres.
- I. Pêche du lac de Neuchâtel.
- Ce lac fournit aux peuples qui habitent Tes bords plufieurs efpeces de poiifons, dont les plus eftimés font l’ombre-chevalier , la truite , le brochet, la lotte , la perche, la carpe & l’anguille. La pêche peut s’en faire en tout tems, & l’on y emploie divers moyens. La plus abondante eft celle qui a lieu dans la faifon du frai, Iorfque les poiifons fe raflemblent dans certains endroits connus pour cette opération importante , à la fuite de laquelle ils elfuient , comme on le fait, une efpece de maladie. L’ombre-chevalier fraie dans le profond, & dépofe fes œufs fur la moufle qui s’attache aux rochers; cela arrive communément au mois de juin. L’un de ces rochers placé à une grande diftance des bords de tous côtés, s’élève aflèz haut pour que fa cime ne foit furpaflee que de quelques pieds par la fur-face de l’eau. Les pêcheurs ayant une fois fait cette découverte , s’orientent pour être aflurés qu’ils fe trouvent perpendiculairement au - delfus , jettent alors leurs filets , & ne manquent pas de faire une pèche abondante. La truite fraie dans le courant des rivières qui ont leur embouchure dans le lac, & qu’elle remonte aux environs de la Saint - Martin. Le brochet choifit les lieux marécageux , & fraie ordinairement en février ; la perche en fait de même fur la fin d’avril & pendant le mois de mai ; elle préféré les tufs qui bordent une partie du rivage.
- 6SS* Tous ces poiifons fe pêchent aux filets qui font leftés avec des plombs arrêtés de diftance en diftance à de petites cordes de crin, que Ton joint à la derniere maille du filet, & foutenus dans leur partie fupé-rieure par de petits morceaux d’écorce de peuplier , pour qu’ils confervent exactement la direction perpendiculaire , & puiflent arrêter tout poiflon dans fon paflage. On peut placer ces filets dans toute l’étendue du lac, en leur donnant plus ou moins de largeur, choififlant les lieux où l’on fait que chaque efpece aime à fe raflembler, & préférant toujours te tems du frai.
- 687- La pêche à l’hameçon fe fait principalement en été. On prend de cette maniéré des lottes pendant toute l’année dans le profond du lac, ex-
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- Sect. IL Additions concernant différentes pêches. 491
- cepté depuis la mi-févrierjufqu’en juillet, qu’elle a lieu à vingt pieds du rivage, & eft très - abondante. Ce poiffon eft qualifié par les pêcheurs du nom de loup du lac , parce qu’il quitte peu les bords quand les autres fraient, 8c qu’il mange les œufs que les femelles ont dépofés , ce qui fait périr en partie la génération fuivante.
- 688* La perche fe prend au mois de mai; on place les hameçons au bout de plufieurs ficelles attachées à une petite corde , & diftantes l’une de l’autre de 10 à 12 pieds, & chaque hameçon amene un poiffon pour l’ordinaire. La perche eft extrêmement vorace , elle mange non-feulement les autres poiffons, mais encore ceux de fon efpece.
- 689- On pèche les brochets à l’hameçon pendant les mois de février 8c de mars > chaque hameçon eft double , ou a deux crochets. On les attache fortement à une petite corde , à la diftance de quinze pieds les uns des autres ; chaque corde en porte 60 à 70. Elles forment toutes une grande enceinte en demi-cercle, donc les deux extrémités font arrêtées & fixées par de groifes pierres qui empêchent que les vents & les courants ne les dérangent. La moitié du nombre de ces hameçons eft affujettie au fond par de petites pierres , qui pendent à des ficelles de dix pieds de long , & l’autre moitié eft fou tenue au haut de l’eau par des morceaux d’écorce de peupliers ou de liege. On prend fouvent de cette maniéré des brochets qui pèlent vingt à trente livres. Mais l’une des pêches les plus fimples & les plus amufantes que l’un faffe de cette efpece de poiffons , eft celle que je vais décrire en peu de mots , & qui fe pratique pendant les mois de juin , juillet & août à 40 ou fo pieds de profondeur. On prend des ofiers & on les partage en poignées que les pêcheurs nomment torchons ; on attache à chacun d’eux un bout de bon fil retors , long de 80 à 90 pieds, dont on l’enveloppe , & à l’extrémité duquel eft lin hameçon ayant pour amorce un petit poiffon piqué par le dos. On lâche de ce fil jufqu’à ce que l’amorce foit à 8 pieds de diftance du fond ; on arrête alors le fil , & on abandonne le paquet d’ofier. On en place ainfi 20 ou 30 un peu éloignés les uns des autres le long du rivage , fur lequel le pêcheur fe retire, & d’où il a l’œil ouvert fur fes torchons. Dès que le brochet apperçoifc. l’amorce, il s’élance de loin , & la faifit avec vivacité ; alors le fil fe déroule du torchon, dont le mouvement & le déplacement annonce au pêcheur que le poiffon eft pris, & il ne tarde pas à s’en emparer. On a obfervé que le tems le plus favorable pour cette pèche eft le matin de neuf heures jufqu’à onze , & l’après midi de trois heures jufqu’à fix.
- 690. La pèche de la carpe fe fait le long des bords dans la faifon où ce poiffon s’y rend pour frayer. Il s’en raffemble alors un fi grand nombre, que les pêcheurs les apperqoivent de loin au gonflement de l’eau qui paraît
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- noire On entoure cette efpece de banc de plufieurs rangs de filets qui forment comme tout autant de parois : la carpe eft ainfi arrêtée ; mais elle ne s’y prend pas , & on la pique avec la fouane. On fe fert aufli queb quefois de cet inftrument pour prendre des brochets dans les marais* Cette derniere pêche fe fait pendant la nuit, & on les attire par le moyen de plufieurs bouchons de paille pofés fur de petites planches de diftance en diftance , & qu’on allume fucceflivement.
- 691. On pèche l’anguille pendant l’été à 20 pieds du rivage, & fi l’on choifit une nuit orageufe, 011 peut être alfuré d’en prendre abondamment* Les pêcheurs emploient les hameçons, & y mettent pour amorce des gou-feons , petit poiifon très - délicat, & dont les autres font extrêmement friands. On l’arrête à l’hameçon par la mâchoire inférieure. On a remarqué que la'lotte & l’anguille font les feules qui mangent le poiifon mort, encore le préferent-elles lorfqu’il eft vivant , comme il doit l’être fi l’on veut s’en fetvir avec plus de fuccès pour amorcer les autres elpeces. Cette derniere obfervation me paraît alfez importante. Ne pourrait - on point en faire l’utile application à d’autres poifsons qu’à ceux des lacs de Suifse, & à des pèches d’une toute autre conféquence ? Je n’ai pas vu que notre auteur ait parlé de la diftindion entre les amorces vivantes & les mortes dans la partie de fon travail qui traite de la pèche aux hameçons.
- 692. Pour ce qui concerne la truite, poifson très-abondant dans le lac de Neuchâtel, outre qu’on en prend beaucoup dans le lac en toutes faifons & fur-tout pendant les mois de mai & de juin , la principale pèche s’en fait en novembre dans la riviere de Reufe qui y a fon embouchure. Lorfqu’oiî a lieu de croire que la plus grande partie des truites eft remontée pour frayer , on leur barre le retour au lac par le moyen d’un rateau ou grillage, dont on garnit la riviere dans toute fa largeur , & qui va jufqu’au fond; ce rateau eft furmonté d’un pont de bois , fur lequel fe placent plufieurs pêcheurs armés de leurs fouanes , tandis que d’autres battent Peau de la riviere dans la partie fupérieure & en defcendant, afin d’obliger les truites à s’approcher du rateau, où ceux qui les y attendent, les. dardent avec une adreffe finguliere. On fale beaucoup de ces truites dans de petits barrils, & l’on en fait commerce dans les pays voifins.
- 693. Outre les poiifons que fournit ce même lac, on doit remarquer celui qui porte le nom de pâlie. Si on 11e le confidérait que dans fe s trait& de reftemblance avec la truite ou ïe faumon, on ne croirait pas pouvoir fe difpenler de le ranger dans la même famille , puifque la palée efir pourvue du même nombre d’ailerons & de nageoires placées également , & qu’elle a fur-tout cet appendice charnu qui, fuivant lefentiment des ichtyoi-iogiftes, en forme le caradere diftindif, D’où l’on peut conclure en pafsant T
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- que ces traits même réunis ne fuffifent pas pour difcerner cette famille des autres , cSc que ce n’eft pas une entreprife aifée que de clafîifier les œuvres de la nature; car la palée différé effentiellement de la truite , i°. en ce qu’elle 11e groflit jamais au-delà du poids de 2 à 3 livres, 2®. qu’elle eft plus plate , 3°. que fa bouche eft beaucoup moins grande & n’eft que comme une petite fente, 40. qu’elle ne fe nourrit que de vers & d’infe&es, tandis que la truite mange les autres poilfons j 5*. enfin , que celle-ci s’approche en tout •tems des bords, mais que l’autre n’y paraît qu’à la Saint-Martin , faifon •de frayer , dans laquelle il s’en fait une pêche très-abondante. On prend aufli beaucoup de palées en avril & plus avant dans le lac ; ce poiffon n’ha-•bite point le fond, mais fe tient conftamment au haut de Peau pour faifir un infecte qui voltige fur la furface, qui s’appelle aufîi palée, & dont elle a pris fon nom.
- 694. Mais je crois ne pouvoir me difpenfer de faire mention encore d’un poiffon fort extraordinaire que l’on prend quelquefois dans le lac de Neuchâtel, & plus fouvent dans celui de Morat. Son vrai nom eft inconnu * les pêcheurs l’appellent le falut. On en pêche quipefent jufqu’à 120 livres. Sa figure reffemble au premier coup-d’œil à celle de la lotte : il n’a, comme elle, qu’une feule arête. Sa peau eft noirâtre, gluante & fans écailles. II a la tête d’une groffeur monftrueufe en comparaifon du refte du corps, l’œil vif, la gueule très-fendue, & le mufeau plat. Sur ce mufeau s’élèvent quatre efpeces de petites cornes , dont deux font plus grandes que les autres, & qui s’alongent à mefure que le poiffon augmente en volume. Il a deux .grandes nageoires auprès des ouies & deux plus petites fur les côtés. Sa principale force confifte dans le mouvement de fa queue, dont l’aileron eft grand & fort. Il faut qu’il foit indigène dans ces lacs , & qu’il y fraie , puifqu’on en prend qui ne font que de la longueur du doigt. La pêche s’err fait à l’hameçon amorcé de quelqu’appât , & à l’aide d’un torchon ou paquet de jonc, dont j’ai parlé ailleurs. Dès qu’il a mordu, & qu’il fe fent pris, il fe couche au fond de l’eau , & les pêcheurs ont befoin , fur-tout s’il eft d’une certaine groffeur, de beaucoup de force, d’adreffe & de patience, pour le faire parvenir jufqu’à leur bateau. O11 en prend aufîî quelquefois avec un grand filet ; mais on rifque de le voir mis en pièces par ce poiffon. Lorfqu’il n’excede pas le poids de dix à quinze livres , c’eft un fort bon manger ; mais plus gros , fa chair eft dure & coriace.
- 69f. Comme il eft utile & agréable de favoir conferver vivant le porffoii' après qu’011 l’a pris, je placerai parmi mes additions la maniéré dont on conf-truit dans quelques endroits de la Suiffe les réfervoirs deftinés à cetufage , & les précautions que l’on prend pour qu’il puiffey vivre commodément^
- 696. i°.Si le réfervoir eft conftruit en pierre, il convient de doubler
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- fon intérieur de bois, parce que fans cela le poiffonque l’on y garde, s’ufç le rnufeau & le ventre en fe frottant contre la pierre.
- 697. 2®. Si cette doublure fe fait en fapin , comme cette efpece de bois contient toujours beaucoup de réfine qui fait périr le poiffon , il faut, avant que de placer le réfervoir, y allumer un petit feu qui la confume & que l’on remue toujours, pour qu’il n’endommage ni le fond ni les parois.
- 698. 3°. Outre la couverture particulière du réfervoir, il faut placer un petit toit au-deffus. Cette précaution eft nécelfaire pour conferver le poiffon.
- 699. 40. On doit établir ,autant qu’on le peut, un réfervoir auprès des eaux courantes, en obfervant cependant que l’eau de neige eft contraire à plufieurs efpeces de poiifons.
- 700. 50. Enfin on aura foin de tenir à l’ordinaire dans fon réfervoir une anguille ou quelques lottes. Ces poiffons fe promènent au fond du réfervoir & en détachent continuellement la vafe, qui fans cela y croupirait & rendrait l’eau mal-propre ; cette vafe s’écoule alors & fort du réfervoir avec l’eau.
- II. Pêche, du lac de Bienne.
- 701. J’ajouterai à ce que je viens d’expofer touchant le lac de Neuchâtel & la pêche qui s’y fait, quelques notes relatives à celui de Bienne avec lequel il communique par le moyen de la riviere de Thielle. Ce fécond lac , beaucoup moins grand que le premier, eft également riche en poiifons. Il produit des truites petites & greffes, même du poids de vingt livres & au-delà ; le brochet, la perche, la lotte, l’ombre , l’ombre-chevalier , la pa-lée , la carpe , l’anguille s’y trouvent auffi, & tous ces poiffons ont un goût exquis. Il en eft aufli plufieurs efpeces de moindre qualité, & d’autres petits qui fervent principalement d’amorces.
- 702. La truite fraie depuis le mois d’octobre jufqu’en décembre. Il en entre alors un grand nombre dans la riviere de la Suze, qui a fou embouchure dans le lac. Elles la remontent fort loin : on en a vu fauter par-delTus des éclufes de 8 à 10 pieds de haut. Le mâle & la femelle y viennent indiftinélement. Celles - ci cherchent l’eau fraîche pour y dépofer leurs œufs, & repaffent enfuite dans le lac. Ces œufs y rentrent aufli en plus grande partie, & le repeuplent de truites. Les pêcheurs les prennent avec la fouane ou avec diverfes fortes de filets ; & comme on les envifage fur le pied de poiffons de paffage, il eft permis de les pêcher en tout tems dans le lac ; mais il y a des réglemens par rapport à la riviere & à la pèche qui s’y fait. On voit très-fouvent de greffes truites bleffées d’un coup de
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- dent du brochet, ou par quelqu’autre accident, remonter la Suze & s’y guérir uniquement par le moyen de l’eau fraîche. L’homme ne pourrait-il pas tirer avantage de cette observation lorfqu’il fe trouve dans le même cas ? Nous avons dit ailleurs que les nuits d’orages font celles où la pèche fe fait avec le plus de fuccès , parce qu’alors le poiflon quitte le fond & s’approche de la furface de l’eau. Le brochet fraie depuis février jufqu’en avril ; la perche en avril & mai : c’eft alors qu’on en pêche le plus. Le premier eft l’ennemi général de toutes* les autres elpeces de poilfons ; la fécondé à fon tour en eft le deftrudeur, mais heureufementl’un & l’autre fe livrent une guerre perpétuelle. Le brochet pourfuit la perche. Celle - ci, plus agile, fe fauve par fa vîteffe , & le mene fort loin. Il fe fatigue à la longue , & alors la perche fe plaçant diredement fous fon ennemi, s’élance contre fon ventre , le bleife avec les pointes dont fon dos eft garni, & le met par-là hors d’état de continuer la pourfuite. De là vient que l’on trouve fouvent fur le rivage des brochets morts & tous bleifés dans cette partie de leur corps.
- III. Pêche dans la Reufe.
- 703. La riviere de Reufe dont je viens de parler, peut.fe divifer en deux parties, la fupérieure & l’inférieure, féparées l’une de l’autre par des rochers d’une hauteur très-confidérable, & qui traverfent fon lit en entier. La première qui arrofe le Val-de-Travers dans toute fa longueur, n’a que deux ef-peces de poilfons, des truites & des voirons, dont les truites fe nourriifent, & qui relfemblent pour la figure & la groffeur à ceux qu’on nomme ables ailleurs. Il n’y en a pas d’autres non plus dans les ruilfeaux qui s’y jettent le long de ce vallon. Ces truites font faumonnées & très-délicates, leur groffeur ordinaire eft de 9 à 16 onces ; on en prend, mais rarement de 4 à 6 livres : plus 011 remonte vers la fource de la riviere, & moins on en trouve d’une certaine taille, fans doute parce que l’eau y eft moins profonde, mais auffi leur qualité augmente à proportion. On a tout lieu d’être perfuadé qu’elles fraient dans le vallon même, puifqu’on en pêche de très - petites 8c d’autres qui ont des œufs. Il y a une partie du cours de la riviere où il eft défendu de pêcher pendant l’année entière, parce qu’on regarde ce quartier-là comme le réfervoir général, où le poiffon eft cenfé fous la protedion particulière du prince ; & de plus toute efpece de pèche eft interdite dans la riviere , depuis la S. Martin jufqu’à Noël 5 parce que c’eft alors la faifon du frai. Dans les tems où elle eft permife, on prend les truites prindpalement à la ligne, en amorçant les haims avec la mouche artificielle, le ver de terre 8c les petits voirons. Les jours les plus favorables pour cette pêche, font ceux où il fait un peu de vent & où le ciel eft couvert de nuages.
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- 704. Mais il fe préfente ici une queftion intéreffante, & fur laquelle les fentimens varient. On demande : comment la partie fupérieure de la riviere dont il s’agit a-t-elle pu fe peupler ainfi de truites ? Eft-ce une émigration de celles du lac, qui, comme je l’ai dit, entrent en automne dans la partie inférieure , ou ces truites font-elles indigènes, ou enfin y ont-elles été apportées à deifein par quelque habitant du Val-de-Travers ? La première fuppofition femble 11e pouvoir être admife, Ci l’on confidere qu’il fe trouve en remontant la riviere, des cataractes de plus de 40 pieds de haut, que les truites 11’ont jamais pu franchir : je crois cependant que c’eft la plus vraifemblable de toutes. On fait que les rivières de Suiife, comme celles de tous les pays mon-tueux, font des torrens. Le lit de la Reuze n’était pas jadis auffi abrupte que nous le voyons aujourd’hui ; il s’eft ainfi creufé pendant une longue fuite de fiecles, & les truites ont pu , avant que .les eaux aient caufé ce changement, remonter fans peine jufqu’au Val-de-Travers, & s’y fixer, invitées par la fraîcheur de l’eau, & le peu de rapidité du cours de la riviere dans ce vallon, où elle fe trouve bordée de prairies abondantes en infeéles dont ces poilfons fe nourrilfent. Cette conjecture fe confirme par l’examen des angles faillans & rentrans qui fe voient dans cette partie du cours de la riviere. D’ailleurs, comment les voirons ont-ils paffé jufques là ? Il n’y a pas d’apparence qu’011 y en ait porté auffi i mais une circonftance finguliere eft le défaut de toute autre efpece de poiifon dans cette partie de la Reuze, & qui fait que les truites 11’ont à y redouter que leur propre voracité, qui trouve largement à s’exercer tant fur leur propre eipece, que fur celle qui paraît deftinée à leur fervir de nourriture , & l’induftrie des pêcheurs. Si l’on m’objecte les différences que l’on obferve entre les truites du Val-de-Travers & celles du lac, les premières n’ayant point d’écailles, étant parfemées de taches rouges & jaunes, & leurs mâles n’ayant pas la mâchoire inférieure terminée en crochet comme ceux des truites du lac i je répondrai avec M- Duhamel, que ces différences ne ca-raclérifent point une autre efpece, mais qu’elles procèdent uniquement de celle des eaux plus ou moins vives dans les diverfes parties de la riviere : auffi obferve-t-on que les truites que l’on prend dans la Noiraigue, petite riviere ainfi nommée à caufe de la noirceur finguliere de fes eaux, & qui fe réunit à la Reuze près [du village de ce nom , ont la chair beaucoup plus ferme que celles de la Reuze même. Mais comme le principal objet du traité qui nous occupe, eft la pèche, je crois devoir ne rien omettre de tout ce qui me paraîtra pouvoir contribuer cet art auffi utile qu’agréable, & c’eft dans cette vue que j’ajouterai quelques détails fur la maniéré dont on l’exerce dans le Val-de-Travers.
- 705". La pêche s’y fait de trois maniérés, à la ligne, à la truble, & à la fouane ou trident. La première fe fait, comme je l’ai dit, à la mouche arti-
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- ficielle. On en a qui font ingénieufement travaillées, & n’en valent pas mieux. A la vérité, lorfque la laifon & le tems font favorables, quelque figure qu’ait une mouche fa&ice, la truite y faute avidement. La feule chofe à obferver, c’eft qu’il faut que la mouche ait fes poils aflez longs pour couvrir l’hameçon en entier , fans cependant s’étendre trop au - delà , parce que dans ce dernier cas, fi le poiflon ne s’élance pas avec beaucoup d’ardeur, il ne làifit la mouche que du bout des dents, & 11e s’accroche pas. Les meilleures & les plus utiles font celles que l’on fait avec des plumes de perdrix, qui étant fur la lurface de l’eau, prennent la figure d’une belle mouche grife avec le corps noir. Les Anglais ont fourni les modèles de plufieurs appâts de cette efpece ; mais ils ne valent pas, pour l’ujfage, celui dont je viens de parler. Il eft eifentiei, pour le fuccès de cette pêche, que les lignes foient longues, flexibles & aifez légères pour pouvoir être jetées d’une main. Le fil ou crin , travaillé fans nœuds, eft ce qu’on a de mieux. Il convient que ce fil ait deux fois la longueur de la ligne ou perche, quoiqu’on ne l’emploie pas tout entier, excepté lorfqu’on eft fur un bord élevé ou fur un pont. On peut, au moyen d’un tourniquet, raccourcir ce fil & lui donner la longueur convenable, laquelle eft ordinairement une fois & demie celle de la ligne.
- 706^ Une autre pêche à la ligne fe fait en choifiifant le voiron pour appât. Mais il faut une ligne plus forte, qui cependant 11e foit flexible qu’à ion extrémité. On prend ainfi de plus gros poiiTons qu’avec la mouche. Alors le fil 11’a que les deux tiers de la longueur de la ligne. On attache au bout de douze crins cordés deux hameçons à deux pouces de distance l’un de l’autre ; l’inférieur doit être plus gros que le fupérieur. O11 pafle le premier depuis l’oreille du voiron , le long de l’arête, jufqu’à la queue, par où l’on fait fortir toute la partie courbée de l’hameçon. Celui du haut prend le voiron par les yeux. Il faut les efpacer de maniéré que les appâts puiflent être toujours perpendiculaires. Cette pèche eft la plus abondante de toutes quand la faifon eft bonne. On pêche ainfi dans les grandes eaux après que la fonte des neiges eft finie, jufqu’au tems où les gelées d’automne dépouillent les faules de leurs feuilles ; alors les truites prenant ces feuilles pour des voirons & fe voyant trompées, 11e mordent plus.
- 707. Enfin , une troifieme maniéré de pêcher à la ligne , mais qui eft la plus ftérile & la plus ennuyeufe, eft celle où l’on couvre l’hameçon d’un ver de terre. On la pratique principalement lorfque la riviere eft grofle & que les eaux foiit troubles. Mais 011 ne met dans ce cas-là qu’un gros hameçon à la ligne. Les vers à tète noire font les meilleurs. Près de l’hameçon ou charge le fil d’un morceau de plomb pour qu’il aille au fond. On clioifit
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- de préférence ceux qui font couverts de vafe ou de fable, & où la rivière a peu de cours.
- 70g. La pèche à la truble fe fait dans les bafies eaux. Un pêcheur la place au-deflous d’une grofle pierre , d’un vieux laule , ou dans quelqu’en-droit où l’on peut fuppofer que les truites ont accoutumé de fe retirer. Dans le même tems un autre pécheur, armé d’une longue perche, fouille tout ce qui eft à portée de la truble pour en chafler le poilfon. Mais il faut que celui qui tient la truble la leve promptement dès qu’il y eft entré quelques truites, afin de les faire tomber dans un fac pratiqué au fond, d’où elles 11e peuvent plus fortir.
- 709. On emploie la fouane ou le trident en hiver, après noël, lorfque le tems de la défenfe eft palfé. Les pécheurs piquent les truites pleines d’œufs , qu’elles n’ont pas encore jetés & tandis qu’elles font dans leurs folfes. Il eft clair que cette pèche ne peut qu’être deftruélive : heureufement elle dure peude tems.
- 710. On pourrait encore pratiquer dans la riviere des naifes d’ofier,& placer dans les endroits où le fond eft fable & gravier, des lignettes de.criit ayant les hameçons amorcés de vers.
- 711. On trouve dans le Val-de-Travers, comme par-tout ailleurs, despêcheurs qui , ne refpedant aucune réglé, pêchent en toute faifon. Us emploient la truble ou la fouane, mais le plus fouvent la main feule leur fuftit. De nuit comme de jour, ils fe mettent dans l’eau, & vont chercher la truite fous les mottes de terre , ou fous les groifes pierres, dans les herbes , par-tout où la riviere a rongé les terres voifines ; & dès qu’ils peuvent lui palier la main fous le ventre , elle eft prife. Leur adrelfe eft telle à cet égard, que quelquefois ils prennent une quantité très-confidérable de poiifons en allez peu de tems. Mais 011 a remarqué que le poilfon pris de cette maniéré ne fe conferve pas en vie, & qu’il faut le tuer fur-le-champ. On fent que cette pèche irrégulière ne peut que nuire à la propagation. Les truites avaient autrefois un ennemi redoutable dans les loutres , qui habitaient le long de la riviere. O11 s’alfurait du dégât qu’elles faifaient, par la quantité de tètes qu’on trouvait fur les bords ; mais elles ont été prefqu’entièrement détruites, & l’on n’en voit plus que rarement.
- 712. Je finirai ces détails par quelques obfervations générales fur les truites dont il eft queftion. On convient qu’elles font de la meilleure efpece. Leurs écailles font fi fines qu’on les regarde comme n’en ayant point, & l’on ne faurait les enlever finis endommager la peau qui eft très-délicate. Leurs taches font d’un rouge ébloui fiant, & elles ont entre la nageoire du dos & la queue l’appendice charnu qui, fuivant M. Duhamel du Monceau, cara&érife cette famille de poilions. Le fond de la riviere facilite le frai $ c’eft par-tout un très-beau gravier,
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- où elles creufent aifément de petites foffes pour y dépofer leurs œufs. Il eft prefqu’impofîîble d’eftimer le tems que ce poiffon met à fou accroiflemeuL On ne peut plus, après la fécondé année, en déterminer l’âge "par la groffeur. Les expériences que l’on a faites à cet égard n’ont rien appris, parce qu’il faudrait, pour que l’on pût s'y fier, faire frayer une femelle dans quelque étang, l’en retirer & y lailfer les œufs lorfqu’iis auraient été fécondés. Mais peut-on être aifuré qu’étant éclos, cet étang produisît la nourriture nécef. faire pour de petites truites ? Ce ferait un pur effet du hafûrd , & l’on ne pourrait en tirer aucune conféquence générale. On voit dans les mois de juin, juillet & août, pêle-mêle avec les voirons , un grand nombre de petites truites quf fe diftinguent par leur agilité , leurs belles taches rouges & leur appendice charnu. Suivant les obfervations des vieux pêcheurs, elles prennent un accroilfement très-confidérable depuis le commencement de mai jufqu’au folftice d’été.
- 713. La voracité de cette efpece de poiffon eh extrême. On fe rappelle d’avoir pêché une truite du poids de trois livres, qui en avait dans le corps une de trois quarts de livre tout récemment avalée. Le corps d’une autre qui pefait deux livres,.en contenait une de demi-livre, dont la peau était déjà digérée i & quoiqu’elle eût fait un repas de cette force, elle fut prife à une ligne qui avait un voiron pour amorce.
- 714. L’extrême délicatelfe de ces truites fait qu’elles perdent beaucoup par le tranlport. On en a confervé dans des réfervoirs pendant fîx mois , fans leur donner aucune nourriture ; mais au bout de ce tems - là elles mai-grilfent beaucoup, leur corps diminue tandis que la tète conferve la même groffeur, ce qui les rend difformes. On pourra les garder pendant trois mois, fans qu’elles éprouvent une diminution fenfible.
- 715. Après avoir expliqué les différentes maniérés dont fe fait la pêche de la truite dans le Val-de-Travers, il ne fera pas inutile de parler des lignée qu’on emploie à cet ufage, d’autant plus que j’aurai à préfenter à mes lecteurs une méthode de les conftruire, également fimple & ingénieufe, qui réunit plufieurs avantages, & qu’on ne connaît pas ailleurs. On fe rappellera d’avoir vu dans la première partie, fedion première, de ce traité , page 8f , que M. Duhamel donne la préférence aux lignes de foie fur celles de crin, principalement parce que ces dernieres 11e pouvant être d’un feul crin dans toute leur longueur, on eft obligé d’en joindre plufieurs bout à bout, en y fai-fant des nœuds ; conftrudion incommode & fujette à divers inconvéniens : or les pêcheurs du Val-de-Travers, qui communément n’en emploient pas d’autres, ont trouvé le moyen de leur donner telle longueur qu’ils veulent, fans qu’elles aient de nœuds. Pour cet effet, après avoir déterminé le nombre de crins dont ils jugent à propos que leur ligne foit compofée, & qui eft or-
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- dinairement celui de douze, ils les nouent fortement par un bout, qu’ils accrochent à un clou, les divifent en trois portions de quatre crins chacune, paflênt chaque diviiion dans un tuyau de plume à écrire ouvert par les deux bouts, ferment le bout fupérieur d’un petit morceau de bois qui y entre jufte & aflujettit les brins que le tuyau contient. Ces préparatifs faits, ils commencent à trefter leur ligne, en fe fervant de ces plumes comme de fufeaux, & forment ainlî une efpece de cordonnet de la plus grande force. Lorfqu’ils s’apperçoivent qu’un des brins eft prêt à manquer dans l’un des tuyaux, ils en ôtent le bouchon avec une broche de fer, palfent dans le tuyau un nouveau brin qu’ils ne laiflent border fupérieurement que d’un pouce, remettent le bouchon en place , & continuent de travailler. S’ils voient que plus de deux brins foient prêts à manquer à la fois, ils en calfent l’excédent pour les remplacer plus tôt, & ils s’en aflurent en examinant les bouts qui fortent de chaque plume. 11 eft néceffaire que les bouchons foient, non d’un bois dur, mais de quelque bois tendre, tel que le laule ou le tilleul, ce qui fait que les crins font moins fujets à cafter, à mefure que l’on tire les tuyaux pour tordre & corder. Il faut encore avoir attention de ne pas trop tordre, parce que la ligne perdrait de fa force , quoiqu’elle parût plus belle extérieurement. Comme le crin noir eft beaucoup plus commun que le blanc , les pêcheurs n’emploient ce dernier que dans la longueur des deux aunes qui aboutiftent à l’hameçon. Au refte , ce travail fe fait avec tant de vîtefte, qu’une femme en tord aifément jufqu’à dix aunes dans un jour.
- 716. C’est ainfi que ces pêcheurs ont réullî à fe procurer des lignes peu difpendieufes & d’un excellentufage. Je luis perfuadé que, fi M. Duhamel eût connu l’induftrie que je viens de décrire, il ferait convenu de la fu-périorité des lignes de crin fur celles de foie , principalement dans les eaux courantes, où l’on prend pour appât une mouche fadice, ou un petit poifton. En effet, lorfque la ligne de foie fe mouille & fe feche, elle fe tord & fe détord : c’eft un mouvement continuel, que l’agitation de l’eau aide encore ; de maniéré que, comme l’appât tourne toujours, le poifton ne diftingue pas allez & ne mord point. De plus ,1a foie n’a aucune élafticité, elle fe lâche ou fe reflerre mollement > au lieu qu’une ligne de crin, tordue convenablement & bien filée, a de la roideur ; le mouvement de l’eau l’agite, & la tient dans une pofttion qui imite le mouvement de la mouche ou du petit poifton, lorfque l’une & l’autre fe trouvent à la fuperficie de l’eau. A mefure que le poifton faifit l’appât, une légère fecoufte donnée à propos par le pêcheur, fait que l’hameçon croche, & le poifton eft pris.Une ligne de foie ne remplira pas aufli bien les intentions du pêcheur j car fouvent un poifton ouvre la bouche, faifit l’appât, & cependant ne s’accroche pas, parce que le pêcheur n’y a pas aidé dans le moment. Voici d’autres inconyéniens
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- encore de cette efpece de ligne, & que l’expérience a fait découvrir. Il faut néceflairement y faire au moins un nœud pour ajufter l’hameçon & l’appât; ce nœud conferve une certaine humidité qui pourrit le fil en très-peu de tems. La foie eft fort fujette à s’emmêler : le moindre buiiîon, quelque herbe un peu forte, une faleté même que la. riviere entraine, peuvent caufet: des défagrémens, & faire manquer le moment favorable pour la pèche. Ces fortes de lignes ne font bonnes que pour les eaux dormantes, dans iefquelles on jette un appât, & où l’adrefle du pêcheur devient inutile, parce qu’il lie voit pas le poiifon lorfqu’il mord ; ce qui ôte à cet exercice fon principal agrément.
- 717. Les pêcheurs de qui je tiens ces détails intérelfans, s’étaient procuré d’Angleterre, il y a quelques années, de la mortal-pêche , efpece de fil nerveux, un peu plus gros qu’un crin, mais beaucoup plus fort, & qui fe fait avec une membrane qu’on trouve dans le cocon du ver à foie. Chaque brin eh de la longueur de dou2e à quinze pouces. Comme il eft blanc, tranfparent, & conféquemment imperceptible dans l’eau, l’ufage en eft excellent, pour y attacher la mouche fa&ice ou le petit poiifon qui fert d’appât ; mais il fe pourrit en peu de tems, & eft trop cher pour le commun des pêcheurs.
- 718. Pour ce qui eft de la précaution de teindre les lignes, dont parle M. Duhamel dans l’endroit que j’ai cité , ces pêcheurs croient qu’elle peut fervir dans les eaux dormantes qui paraiifent vertes ; mais ils la jugent inutile pour la pêche dans les rivières. Ceux qui veulent l’employer, prennent demi-once d’indigo pulverifé, le font diifoudre dans une once d’huile de vitriol, jettent fur cette compofition deux pintes d’eau froide, y mettent les brins de crins deftinés à faire leurs lignes, & les y laiffent,pendant quelques heures, en les remuant fouvent, jufqu’à ce qu’ils aient pris la couleur que l’on délire , &c.
- IV. Pêche du faumon en Hollande.
- 719. Quoique l’auteur ait fait mention dans la, fécondé fedion, page 444, de la maniéré, dont on pêche le'faumon en Hollande, comme ce qu’il en dit n’eft ni complet, mi fuififammeut expliqué, j’ai cru devoir y fup-pléer par les détails que’je me fuis procurés du pays même fur cette matière.
- 720. Il y a trois différentes maniérés de pêcher le faumon en Hollande , dans le Rhin , la Meufe & le Leck. La première eft avec un filet à grandes mailles de deux cents toifes environ de longueur , fur cinq à fix de haut vers fon fac. Une des ailes étant, parle moyeu d’une cordé, fermement attachée au bord de la riviere, un bateau tranfporte l’autre aufti avant qu’elle peut s’étendre 3 en la faifant couler du bateau au fond de Peau formant un
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- demi-cercle. Alors les pêcheurs, au moyen d’une longue corde, ramènent le filet fur le même bord , en le failànt tirer par .un cheval & en fe rapprochant du lieu où eft attaché l’autre aile. Les làumons & autres grands poif-fons fe prennent dans le fac du filet.
- 721. La fécondé méthode fe pratique la nuit en fe fervant d’un filet double & trémaillé , de cinq à fix cents toifes de long , fur deux de haut : l’un des bouts eft attaché à un bois flottant fur l’eau, au bout duquel eft une lanterne allumée. Les pêcheurs partant de là dans un bateau , font couler perpendiculairement au fond de l’eau le filet qui eft pourvu de plombs à fa corde du bas, & de lieges à celle du haut ; ce qui lui fait conferver cette dire&ion. Les cinq à fix cents toifes de filets étant ainfi tendues en ligne droite au travers de la riviere, les pêcheurs defcendent avec le reflux de la marée, l’autre bout étant attaché au bateau, d’où ils voient la diredtion qu’il prend par le moyen de la lanterne du bout oppofé. Les faumons & autres poiffons,qui vont toujours contre la marée, rencontrant le filet au fond de l’eau, leurs têtes s’embarraffent dans les mailles, & par les efforts qu’ils font, forment un fac par le moyen d’une grande maille derrière qui les retient. Un pêcheur de Rotterdam a eu le bonheur de prendre ainfi quatre-vingt-feize faumons d’unfeul trait.
- 722. LAtroifieme, & la plus ufitée,fe fait en employant une elpece de filet en forme de tonnelle à longues ailes, tendue dans des bas - fonds, placée en différens fens, affermie au fond de l’eau par de forts piquets, & qui conduit les faumons, lorfqu’ils fraient fur des bancs de fable, dans le filet par une petite entrée, d’où iis ne peuvent plus reffortir.
- V. Pêch& du la.c de Zuric.
- 723. On a vu dans plufieurs endroits de ce traité divers articles cités par M. Duhamel des ordonnances publiées en France relativement aux pèches qui fe font dans les ports de mer de ce royaume ; & c’eft ce qui m’a fait penfer qu’il ne ferait rien moins qu’inutile de faire connaître avec quelle prudence & quelle attention cette partie intéreffante de l’économie publique eft adminiftrée dans l’une des villes de la Suiffe. On fait que Zuric eft fituée fur la riviere de la Limât & près du lac de ce nom. Son hôtel-de-ville renferme deux grands tableaux, fur l’un defquels font peints au naturel , tous les poiffons du lac & de la riviere ; l’autre préfente tous les ré-glemens relatifs à la pêche , de même que la mefure fixée tant pour la grandeur de la maille des filets permis , que pour la longueur de chaque efpece de poif. fon . au-deflbus de laquelle il eft défendu de les pêcher, le tems ou la pêche $e chaque efpece de poiffon eft permife ou défendue, & la police qui doit
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- Sect. II. Additions concernant différentes pêches. 50^
- préfider à la vente qui sfon fait dans le feul lieu deftiné à cet ufage. Ces réglemens entrent dans les plus grands détails, & aucune des précautions néceflaires n’y eft omife. Je me bornerai à en raflembler ici les articles les plus importans.
- 724. lu eft défendu à tous bourgeois ou habitans, quels qu’ils foient, d’employer fur le lac aucun filet, de quelque efpece que ce foit, qui ne fera pas conforme au tableau , & à la mefure qui y eft portée : tous les autres étant défendus & pernicieux.
- 7af. De prendre aucun poiifon qui n’aura pas la longueur ou la mefure requife , ou dont la pêche fera défendue par les ordonnances i & au cas qu’ils en prennent par hafard, ils les rejeteront à l’inftant dans le lac : per-fonne ne devant les vendre, acheter, ou manger.
- 726. Les poiifons qu’il fera permis de pêcher, & qui ne feront pas trop petits devront être apportés dans le marché aux poiifons, pour y être vendus, au contenu du réglement i 8c l’on châtiera très-féverement toutes per-fonnes qui en tranlporteraient hors du pays, ou à la campagne, ou dans quelqu’autre endroit de la ville.
- 727. Aucun pêcheur ne pourra en empêcher un autre de viliter le réfer-voir placé au bout de fon bateau ; 8c s’il était fermé, il devra l’ouvrir lorf-qu’il lui fera requis , afin que Ci le magiftrat ordonne qu’ils fe contrôlent l’un l’autre, où s’il trouve à propos d’en choifir quelques-uns pour avoir l’œil fur les autres, cela les'engage tous à 11e pas prendre des poiifons défendus.
- 728. Pour cette raifon, on établit fopt prépofés : on les exhorte à être en bon exemple aux autres pêcheurs, en maintenant la concorde, faifant attention que tout fe palfe convenablement, & que tous les contrevenans, quels qu’ils foient, qui voudraient empiéter fur leurs droits, foient réduits à l’o-béilfance, fur-tout les revendeurs qui achètent & diftraifent le poiifon , foit par commiffion ou autrement, fous peine de perdre leur emploi. Chaque pêcheur fera obligé d’apporter les poiifons qu’il aura pris, au lieu du marché ordinaire , foit lui-même ou par fes gens, ou de les remettre aux fufdits prépofés 5 de ne les vendre qu’aux bourgeois de notre ville qui ont des biens de campagne, aux pafteurs du lieu, 8c aux cabaretiers privilégiés, cependant avec modération.
- 729. Pour ce qui regarde le tems & la maniéré de pêcher, il eft abfo-lument défendu de pêcher pendant le grand ban, c’eft-à-dire, depuis la mi-avril jufqu’à la fin de mai, avec toute elpece de filets, hameçons, ou autres uftenciles, quels qu’ils foient ; & l’on doit les fortir tous du lac, excepté le grand filet, 8c la ligne d’étoles (1), que nous permettons d’em-
- ( 1 ) Sorte de filets à mailles fimples.
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- ployer pour prendre .le vingeron ; (2) mais de maniéré que le filet foit flottant dans l’eau, afin de ne pas endommager le frai, & feulement pendant iix femaines. Aucun maître ne pourra avoir plus d’un garçon & d’une ligne d’étoles, ni la mettre au lac le famedi foir ; & fa ligne ne fera que de dix pans ou étoles ; que s’il prenait quelques poiifons défendus alors, il devra les rejeter fur-le-champ dans le lac, morts ou vifs. On détermine une partie du lac dans laquelle il n’efl: point permis de pêcher depuis le commencement de mars jufqu’à la fin de mai.
- 730. On défigne eiifuite toutes les différentes efpeces de filets deftruc-teurs qui font profcrits , de même que l’ufage des hameçons doubles. Et ordre eft donné à l’infpe&eur du lac , de dénoncer les contrevenans au magiftrat, & de lui remettre tous les uftenciies défendus qu’il trouvera.
- 731. Personne 11e devra embarralfer aucun des ruilfeaux qui entrent dans le lac de Zuric pendant tout le tems que les poiifons fraient, foit avec des clayonnages ou autrement; mais 011 les lailfera parfaitement tranquilles , & l’on s’abftiendra de prendre la menuife.
- 732. Toutes les naffes & inventions de cette efpece qui n’auront pas été enlevées avant la mi-avril, referont fermées fans qu’on y touche, jufqu’à la fin de mai.
- 733. Personne 11e devra fe fervir des filets ordinaires avant la levée du grand ban , ce qui fera annoncé aux pécheurs par l’infpe&eur du lac ; & alors 011 pourra les employer jufqu’à la Saint-Gai, favoir , les lundis, mercredis & famedis avant midi, & les vendredis avant & après midi.
- 734. Le trait qui eft arrêté doit faire place à celui qui marche, & per-fonne ne doit empêcher un trait par des clayonnages ou pieux.
- 73 f. A l’égard de la pêche des perchettes appellées mille - cantons, nous 11e voulons pas qu’elle dure plus de quatre femaines dans l’année. Elle ne pourra avoir lieu que les lundis, mercredis , vendredis & famedis avant midi; & tous les pêcheurs qui voudront en prendre lorfqu’elles paraiifent, feront obligés d’en demander la permiffion où il convient.
- 736. Les pêcheurs qui voudront prendre le vingeron, devront aufïi en demander la permiffion, & 11e point fe fervir du filet propre à cette pêche, pour prendre d’autres poiifons.
- 737. Bien entendu qu’aucun defdits pêcheurs ne pêchera alors avec d’autres filets ; & comme nous leur avons permis cette pèche par effai, ils devront obferver ftri&ement la réglé quant aux jours défignés ci - déifias , & s’abftenir de la pèche les mardi & jeudi, foit avant foit après midi.
- ( 2 ) Petit poiflon qui fert d’amorce,-
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- 7J 8. Par rapport au filet deftiné à prendre le poilfon appelle rnthli, nous le permettons depuis les vendanges jufqu’au nouvel an ; mais feulement autour des rochers , & non en avant dans le lac, ou pour prendre d’autres poiifons j en refpedlant toujours la fiaifon du frai. . . '
- 739. Le pêcheur ne jetera- jamais fou filet dans lés rofeaux, mais tout près, fans cependant les endommager. Il 11e pourra fé fervir de pierres pour chaifer ou épouvanter le poiifon, ni battre l’eau avec les rames. Il 11e méL tra pas deux filets l’un devant l’autre ; il 11e fe fervira que d’un bateau près des rofeaux. Défenfe auifi de pêcher la nuit, même en juillet & août.
- 740. On continue la permilîion de fe fervir des fils à hameçons pour les truites , avec cette réferve qu’on ne les mettra qu’au haut de l’eau comme anciennement, & que l’empile foit d’une demi-aune de long & l’entre-deuX d’une aune. Permis auffi de fe fervir de fil pour les anguilles., moyennant que l’on n’y mette pour amorce aucune perche morte ni vivante.
- 741. Pour ce qui regarde le travail des pêcheurs , chacun d’eux qui voudra ufer de fon lieu de pêche , devra le faire par lui-même, par fou amodiataire, par fes domeftiques , ou par des journaliers , & non autrement ; & comme le lac appartient à la ville feule, il ne fera permis à per-lonne de difpofer de tout fon attirail de pêche , foit par une amodiation annuelle ou autre , ni échange , ni par portion , ni vente , ni préfent, ni le donner en héritage, ni y faire aucun changement , fans le confentement des magiftrats.
- 742. Tout bourgeois ou habitant qui n’aura pas des lettres de permiffion pour pêcher, de la part du magiftrat, devra s’adrelfer où il convient, pour en obtenir ; & chacun , fans diltindion , fera obligé, fous peine de perdre fon droit , de les faire renouveller tous les dix ans , & en même teins de payer la taxe annuelle impofée fuivant le genre de fon travail.
- 743. On réferve enfin un diftrid affedé aux feuls bourgeois de Zuric, pour pêcher aux feuls hameçons , mais fans excès. Or ils ne pourront employer aucun autre ullencile de pèche, fans une permiffion expreife du magilfrat.
- 744. Pour ce qui concerne les pêcheurs de la'riviere, & le marché aux poiifons , 011 tiendra la main à l’obfervation des articles fuivans.
- 745'.. Les pêcheurs, parmi lefquels on comprend les meûniers qui ont des pêcheries près de leurs moulins , apporteront vendre leurs poiifons en ville , quatre jours délignés , favoir , les lundi, mercredi, vendredi & fiimedi, toujours à deux heures après midi , excepté les vendredi & famedi, qu’ils pourront le vendre avant & après midi.
- 746. Personne ne pourra vendre fes poiifons, ni peu ni beaucoup'; près de fa mai fon ou de fa pêcherie , encore moins à des étrangers ou hors 'du
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- fot TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- pays , excepté aux cabaretiers lorfqu’il leur furviendrait du monde les dimanches , ou dans des momens où ils ne pourraient pas fe procurer du poilfon au marché.
- 747. Les prépofés ne permettront de vendre le poiiTon de la riviere qu’au poids, & s’en tiendront ftri&ement à la taxe, puifque le plus haut prix des meilleurs poilTons de la riviere eft fixé fur le tableau fufpendu dans le marché aux poiffons. Les autres poilTons devront être vendus au poids, fuivant ]a taxe des poilTons du lac, lequel prix ne pourra jamais être augmenté, mais bien diminué.
- 748. On ne fera aucun tort aux pêcheurs depuis le pont d’en-haut. Cependant il fera permis à chaque bourgeois de pêcher à l’hameqon, des deux côtés des ponts delfus & delfous la ville , & des deux côtés ; & quiconque ne fera pas bourgeois de cette ville , s’abftiendra de pêcher dans les endroits défignés ci-delfus & dans le quartier de la riviere réfervé pour let dits bourgeois ; & ceux-ci ne pourront le faire qu’à la ligne.
- 749. On en excepte deux pêches par an en deux jours différens, que le magiftrat accorde aux pêcheurs de la louable abbaye des bateliers 5 à condition cependant que chaque fois ils demanderont la fixation du jour aux prépofés, & que le même jour ils mettront leur poilfon en vente au marché à un prix raifonnable ; & s’il y en avait trop, ils vendront le refte le lendemain.
- 7)0. De même, dans le tems de la pêche du faumon , les prépofés pourront permettre de pêcher quelques nuits, avec les feux , en faifant veiller foigneufement à ce que l’on ne prenne ou ne bleffe aucune truite ou autre poilfon -, & comme il eft permis à tout bourgeois, ainfi qu’aux membres de la louable abbaye des bateliers de harponner le faumon , ils feront tous également obligés, de même que ceux de la campagne , lorfqu’ils auront un ou plulieurs làumons, de les apporter vendre au marché au poilfon, au poids 5 félon le prix que l’on aura fixé.
- 7y 1. Ces pêcheurs devront, comme les autres , s’abftenir chacun dans fon diftricft, de fe fervir d’aucun filet, excepté de celui qu’ils emploieront les deux jours de l’année qui leur auront été défignés par les prépofés, & ils 11e pêcheront pas lorfque l’eau de la riviere fera trouble.
- 7f2. Les pêcheurs des villages feront obligés, comme ceux de la ville, d’apporter au marché au poi’lfon tous les poilTons qu’ils prendront pendant le courant de l’année dans la Limât, afin de les vendre de la même maniéré que les autres. Au furpius, il leur fera permis d’en vendre en été & en automne à nos bourgeois, lorfqu’ils font à leurs campagnes fituées riere leurs villages ; de même qu’aux paftcurs pour leur propre ufage, cependant modérément, & en fe conformant à la taxe.
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- Sect. II. Additions concernant différentes pèches. foy
- 75*2. Celui qui vendra du poiflon du lac pour du poiflon de la riviere, fera châtié fans grâce de 2 f livres d’amende.
- 75*4. Tous les pêcheurs du lac & de la riviere feront obligés de porter leurs poilïons fur le marché, pour les y expofer en vente & les y vendre : les prépofés feront attentifs à s’en procurer.
- 7j*f. Quiconque achètera ou vendra du poiflon contre l’ordonnance hors du marché, ou au-defliis de la taxe, fera amendable fans rémiflion.
- 75'6. Ceux qui pêchent des poiflons plats de peu de valeur, & qui ne les tranfportent pas en bateau, ne feront point aftreints aux jours prefcrits , & ils pourront expofer en vente & vendre leurs poiflons tous les jours & à toute heure , excepté le dimanche.
- 75'7- Les fufdits pêcheurs & ceux du lac pourront vendre leurs poif. fons fans les pefer, s’ils les vendent à plus bas prix qu’il n’eft indiqué fur le tableau 5 mais fi les acheteurs veulent les acheter au poids, ils feront obligés de les pefer & de 11e rien prendre au-delà du prix fixé, ni exiger fous le nom d'étrenne.
- 75”8* Lorsqu’il y aura une trop grande abondance de poiflon fur le marché , les prépofés pourront permettre d’emporter le furplus après avoir payé les droits j mais on 11e pourra vendre aux étrangers aucun poiflon qui n’aura pas été auparavant expofé en vente publiquement ; c’eft pourquoi ceux qui pefent le poiflon, ou les prépofés, vifiteront foigneufement les réfer-voirs des pêcheurs.
- 7f9. S’il fe trouvait peu de poiflon au marché, les prépofés devront faire vifiter foigneufement les bateaux du lac, de même que toutes les nafles de la riviere -, & au cas qu’il s’y rencontre quelque chofe, en pourvoir le marché ; & fi l’on difait pour exeufe que les poiflons appartiennent à un particulier ou à un autre , celui qui alléguera cette raifon , fera mis à l’amende , & l’on fera également porter les poiflons au marché, pour y être vendus.
- 760. Ils feront enforte que dans la vente, fur-tout des meilleurs poif-fons, on obferve un partage auiîi égal que poflible, & fur-tout que les poif-fons de la riviere fo-ient diftribués entre les bourgeois avec impartialité.
- 761. Lorsque les poiflons appellés nafes, montent dans la riviere de Sihl, & que des bourgeois, foit de l’abbaye des bateliers ou d’une autre , auront envie d’en prendre , ils s’adrefleront aux prépofés pour en obtenir lapermiflion, qu’ils ont le droit d’accorder 5 cependant iis 11e pourront faire aucun trait qu’en prélence de deux defdits prépofés , qui auront foin , fi l’on prenait d’autres poiflons, de les faire tous rejeter dans la riviere, & ils ne permettront pas que l’on vende les nafes ailleurs qu’au marché & à un bas prix.
- 76a. Et comme l’on a aboli généralement pour toujours les réfervoirs
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- foS T RA I T EJ D E S P E CEE S. Partie II.
- fixes, yu >que par-là .on privait le marché de poiflons, & que l’on n’acr-corde ni ne permet les réfervoirs flottans qu’à ceux qui ont le droit de vendre du poiflon & qui ont coutume -de le vendre au marché, les pré-pofés‘feront faire une vifite tous les mois par l’infpeéleur de la Limât, & àuffi prendront garde eux-mèmes, pour que ni à préfent, ni dans la fuite, l’on n’établilTe aucun réfervoir fixe, foit dans le lac, foit dans la Limât, & ne permettre des réfervoirs flottans qu’à ceux qui gardent leurs poiflons pour j’ufage du marché , & qui ont droit de l’y vendre, vu que l’expérience a démontré qu’ils ne fervent qu’à foifltraire les meilleurs poiflons, & portent par-là préjudice au public.
- 763. On juge enfin abfolument néceflaire pour obtenir rexécution de tous les articles ci-deflus, qui tendent à ce que l’on prenne le poiflon en tems, d’une grofleur & avec des uheiiciles convenables, & qu’il foit vendu 81 acheté dans le marché au poiflon, & que ce marché foit fuffifamment pourvu , que tous les pécheurs du lac & delà Limât comparaiflent au moins-une fois par an fur l’hôtel-de-ville, afin de leur rappeller tous lefdits articles par la ledure exade qui leur en fera faite, & les exhorter à s’y conformer. En même tems on exhortera les prépofés au poids du poiflon & les inlpedeurs du lac & de la Limât à bien obferver leur ferment, & à remplir leurs devoirs ; en ajoutant qu’ils donneront la plus grande attention à la fixation du tems du ban , ou de la défenfe, vu que dans cet article on doit agir avec beaucoup de prudence & de circonfpedion fuivant les circonftan-ces & la faifon où le poiflon fraie, pour l’annoncer & l’ouvrir, le prolonger ou raccourcir , & châtier tous les contrevenans fuivant la nature de la faute „ fans acception de perfonne , en argent, ou parla confifcation des uftenciles, par la prifon, ou par la défenfe d’aller fur le lac , & de 11e rien du tout diminuer de l’amende qui aura été décidée, fans en avoir de très-fortes rai-fons : comme auffi de s’en tenir ftri&ement à tous les objets raflemblés dans les articles ci-devant, & de n’y rien changer en aucune maniéré, &c.
- 764. C’est par i’effet de cette police & de l’exaclitude avec laquelle on en fait relpecler tous les articles., que la ville de Zuric jouit de l’avantage d’avoir du poiflon en abondance & à un prix raifonnable.
- HISTOÎRE de h pêche du faumon en Bajfe-Bretagne. ( 3 )
- 7 TVf. Deslandes dit qu’à Châteaulin , petite ville de la bafle-Bre-tagne , on pèche quelquefois jufqu’à quatre mille faumons. Le détail que-
- ( ? ) J’ai trouvé le morceau que l’on turelle de M. Valmont de Bomarre,& il va liredans le Diûîionnaire d'kiftoirc na~ m’a paru mériter une place parmi mes ad-
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- Sect. IL Additions concernant différentes pêches. 509
- cet obfervateur donne de cette pêche, eft affez curieux , ainfi que quelques remarques générales qu’il a eu occafion de faire. Les (humons, dit-il, qui naiifent dans les rivières , defcendent enfuite à la mer, & retournent après cela dans les mêmes rivières jufqu’à ce qu’ils meurent, ou, ce qui leur arrive plus ordinairement, jufqu’à ce qu’ils foient pris. Quand ils entrent dans une riviere , ils la remontent conftamment 5 de forte que l’on prend fou-vent loin de leur embouchure des faumons qui ne fe prennent guere en pleine mer. Effectivement, quoique la riviere de Châteaulin fe décharge dans la rade de Breft , on 11e prend point de faumons dans cette rade , où la pêche eft d’ailleurs très-abondante ; mais on en verra bientôt la raifon qui eft très-finguliere.
- 76f). Une autre particularité qui diftingue les faumons, c’eft qu’ils ne viennent jamais que par grandes troupes, & comme en armée , de même que les harengs , les maquereaux, les thons & les fardines : mais il y a dans leur marche une différence elfentielle 3 car nous avons dit que les harengs n’étoient attirés furies côtes de Normandie, que par une infinité de petits vers dont la mer eft alors couverte. Les maquereaux fe ralfemblent à l’entrée du printems fur certaines côtes, pour paître en compagnie une efpece d’algue marine dont ils font fort avides. Les thons ne fe répandent fur les côtes de Provence & de Languedoc qu’en fuyant : ils y trouvent un afyle contre les infultes du poilfon-empereur , lequel a un tel afcendant fur les thons, timides de leur naturel, qu'à fon approche ils fe faufilent les uns fur les autres, & vont s’échouer à la première terre. Les fardines ne feraient que fe montrer fur les côtes de balfe-Bretagne , fi pour les y retenir , on ne les amorçait avec une compofition préparée en Norvège, dont il faut alors couvrir la mer.
- 767. A l’égard des faumons , ce qui les invite à s’attrouper & à marcher par bandes & en compagnie, c’eft le defir de travailler à leur multiplication. En effet, quand les faumons entrent dans une riviere, les femelles vont toujours devant, & les mâles fuivent avec différentes vîteffes. Il y a apparence que les plus amoureux font les plus preffés. Et quand le tems arrive que les femelles jettent leurs œufs , alors les mâles les fécondent à l’envi ies uns des autres : rien ne les arrête , rien ne peut les détourner.
- 768- Au refte, les faumons ne fréquentent pas toutes les rivières: il y en a deux dans la rade de Breft prefqu’égales .& parallèles , mais on ne pèche des faumons que dans une feule 3 fans doute que la nourriture qu’ils y
- ditions. J’ai même été furpris qu’il ait grande exactitude tout ce qui peut conccr-échappé au laborieux auteur de ce traité , nerles efpeces de poiffons qu’il a entrepris qui s’eft attaché à raffembler avec la plus de décrire.
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- f io T RAI T Ef DES PECHES. Partie II,
- trouvent leur eft plus convenable & les attire davantage : c’eft toute la raifon qu’on peut rendre de ce choix. Quelques-uns foupqonnent que les faumons remontent plus volontiers une riviere entretenue par la fonte des neiges : c’eft ce qu’il eft facile de vérifier.
- 769. Une remarque encore très-importante de M. Deslandes , c’eft que dans les lieux où fe fait la pèche des thons, des harengs, des fardines , la mer s’engraifle pendant tout le tems que dure cette pêche, & file comme de l’huile; quelquefois même elle étincele , fur - tout quand on la frappe avec le tranchant des rames : on ne voit rien de femblable dans les rivières où fe fait la pêche des faumons , quoiqu’il s’y en prenne des quantités pro-digieufes, & que cette pèche dure plusieurs mois de fuite : l’eau n’y eft jamais troublée ni épaifîie. La chair de ce poilfon, qui eft compa&e & ne fe réduit point en huile , eft également bonne toutes les années ; mais il 11’en eft pas de même dans les poiflons huileux.
- 770. Ces faumous ont un inftintft quia quelque chofe de particulier, & qu’un phyficien ne doit point avoir honte d’admirer. On fait qu’une riviere a un mouvement plus rapide à fa furface que proche du fond , où elle eft beaucoup plus retardée par l’inégalité & l’immobilité des corps qui forment fon fol. ( Voyez le Traité du mouvement des eaux & des autres corps fluides de M. Mariotte. ) Auifi M. Deslandes a-t-il remarqué que les faumons , en remontant la riviere, fe tiennent tout le plus près qu’ils peuvent du fond , qui eft moins rapide } au lieu qu’en la defcendant ils s’élèvent tous à la furface , dont le courant eft le plus fort. La raifon de cette différente allure fe découvre aifément, & c’eft pour le même but phyfique que les bateliers font remonter leurs bateaux le long des bords, où le courant eft moins rapide ; mais pour defcendre , ils cherchent le milieu de l’eau, qui a plus de vitefle. Après ces réflexions , M. Deslandes paffe à l’éta-blilfement qui a été fait à Châteaulin pour la pèche des faumons. Cet éta-bliffement confifte dans un double rang de pieux qui traverfent la riviere d’un côté à l’autre , & qui étant enfoncés à refus de mouton, forment une efpece de chauffée fur laquelle 011 peut paffer. Ces pieux font mis les uns près des autres, & il y a encore de longues traverfes affujetties par des boucles de fer qui les retiennent , tant au-deffus qu’au-deffous de l’eau. A gauche, en montant la riviere, eft un coffre fait en forme de grillage , & qui a 15 pieds fur chaque face : on l’a tellement ménagé, que le courant de la riviere s’y porte de lui-même. Au milieu de ce coffre , & prefqu’à fleur d’eau , fe voit un trou de 18 à 20 pouces de diamètre , environné de lames de fer-blanc un peu recourbées , qui ont la figure de triangles ifofceles, & qui s’ouvrent & fe ferment facilement. Leur -affemblage reifembîe affez aux ouvertures des fourricieres faites avec du-fil-de-fer. Le faumon conduit
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- Se ct. II. Additions concernant différentes pêches. fii
- par le courant vers le coffre, y entre fans peine en écartant les lames de fer-blanc qui fe trouvent fur la route , & dont les bafes bordent le trou. Ces lames, en fe rapprochant les unes des autres, forment un cône , & elles s’ouvrent jufqu’à devenir un cylindre. Au fortir du coffre , le faumon entre dans un réfervoir, d’où les pêcheurs le retirent par le moyen d’un filet attaché pour cela au bout d’une perche. Leur adreffe eft en cela fi grande, qu’ils ne manquent point de retirer aufli-tôt celui qu’ils choififfent de l’œil.
- 771. Les faumons ne viennent pas toujours avec la même abondance. Quand ils fe fuivent de loin , ils fe rendent tous dans le coffre , & du coffre dans le réfervoir, fans monter davantage j mais quand ils arrivent par grande troupe, les femelles attirant les mâles , qui redoublent d’ardeur & de force pour les fuivre, alors ils paifent à travers les pieux qui forment la chauffée, avec une vîteffe incroyable : à peine les peut-on fuivre des yeux. Par ce moyen un grand nombre de faumons échapperait aux pêcheurs, s’ils n’avaient attention s’embarquer dans de petits bateaux plats, & de fe couler le long de la chauffée, en y tendant des filets dont les mailles font extrêmement ferrées* Tout le poiffon qui s’y prend , eft aufli-tôt porté dans le réfervoir, où il fe dégorge, & acquiert un goût plus exquis.
- 772. Outre le faumon ordinaire , que tous les naturaliftes ont affez bien décrit, il y en a un autre dont ils n’ont point parlé, & qui peut être nommé faumon coureur. Il différé du premier par trois endroits ; par fon corps , qui eft plus long & plus mince , plus favorablement taillé pour fendre les eaux ; par fa chair qui eft fi glaireufe, que ceux même qui fe contentent de mets grofliers, n’en peuvent point manger jpar fa queue qui eft très-large & très-flexible, & dont il fe fert avec un art infini.
- 773. Cette efpece de faumon vient continuellement fur l’eau, qu’il frappe du plat de fa queue, mais avec une telle viteife, que l’eau s’arrête en quelque maniéré , & devient à fon égard un corps folide , par le moyen duquel il s’élève de 12 à 15 pieds au-deifus de fa furface. Le poiffon le plus énorme de tous, qui eft la baleine , a aufli la faculté de bondir quelquefois 15 à 20 pieds de haut.
- 774. Il eft venu fur cela une penfée à M. Deslandes, qu’il foumet à la critique. Lorfque la mer fe retire , on voit fur tous les bords une infinité de petits vers de couleur rougeâtre , qui fe dégagent peu à peu, & fortent du fable pour venir refpirer un air nouveau. Rien n’attire plus le poiffon que ces fortes de vers ; ils en paraiffent tous extrêmement friands , & l’on remarque que les poiffons fauteurs fe jettent fur les rivages que la mer a abandonnés, pour y faifir ces mêmes vers : aucun mets ne parait plus à leur golût. Nous croyons cependant que M. Deslandes excepte la baleine , qui fans doute ne peut fe jeter ainli volontairement fur le fable, puifqu’elle y périt,
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- fïZ TRAITEr DES PECHES. Partie II.
- '775'. Pour revenir à la pèche de Châteaulin, elle s’ouvre vers le mois d’o&obre ; les faumons commencent alors à goûter la riviere, & lorfque les premiers faumons font pafles, les autres accourent en plus grand nombre, & la pèche augmente infenfiblement. Vers la fin de janvier elle fe trouve dans fon fort, & elle fubfifte à peu près fur le même pied pendant les mois de février, de mars & d’avril : on prend alors des quantités prodigieufes de faumons. En mai les femelles jettent ieurs œufs, qui font en même tems fécondés par la femence des mâles attachés à leur fuite. Auffi commence-t-on à voir la furface de la riviere fe couvrir de petits faumons qui ne demandent que la mer, & vont s’y rendre. Dès ce moment la pêche diminue, & les faumons qui fe laiffent prendre ont, avec un air foible & prefque hébété, un goût affez défagréable. Enfin ils dif-paraiffent au mois de juillet, ou la récolte des chanvres fe trouvant finie, on les met à rouir dans les eaux courantes : elles contractent une qualité mal-faifante en peu de tems ; & comme elles fe rendent dans les rivières que les faumons habitent, elles les chaffent: dès qu’on apperqoit ce départ, on quitte auffi la riviere, & on leve les éclufes , ou éventaux qui tiennent à la digue, afin que le poiffon qui s’eft porté au-deifus , puiffe defcendre avec facilité.
- 776. Il refie encore deux éclairciffemens à donner ; le premier regarde cette couleur rouge qui affe&e les faumons lorfqu’ils font cuits en entier, & qu’ils n’ont prefque plus quand on les coupe par morceaux , & qu’on les fait légèrement griller. Pour découvrir d’où pouvait venir cette couleur, M. Deslandes a ouvert plufieurs faumons fur le lieu même, & au fortir de l’eau ; il a trouvé qu’ils avaient tous dans l’eftomac un petit corps rouge femblable à une grappe de grofeille, qui cédoit facilement fous les doigts. Il en prit, & en jeta dans un verre d’eau tiede , qui devint rougeâtre auffi-tôt. (Les petites truites des Alpes ont la chair jaune rougeâtre, lorfqu’elles font bien nourries & vigoureufes j elles font blanches , quand l’animal a été moins bien nourri, & qu’il eft languiflant. Il ne m’a pas paru que les morceaux de faumon fulfent moins rouges chez nous, & je croirois aifez que le phénomène de M. Deslandes a fa fource dans le plus ou le moins de vigueur de l’animal. ) Il y a apparence que quand le faumon eft cuit en entier, ce petit corps fe diifout, & communique par une efpece de transfufion infenfible fa couleur à toutes les parties du poiffon; au lieu que, quand fes parties font coupées, & féparées les unes des autres, elles ne peuvent recevoir la même couleur , & 11e la reçoivent point effectivement. Lorfqu’un faumon eft gardé fepc ou huit jours ( il peut encore être gardé plus long-tems fans fe corrompre) , cette petite grappe fe transforme en une elpece de boue fine & légère, qui a les mêmes propriétés. 77%. .
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- Sect. H. Additions concernant différentes pèches. f t 5
- ' 777. Le fécond éclairciffement, plus néceffaire encore que le premier, confiée à déterminer pourquoi les faumons reviennent tou$ les ans daus la même riviere où ils font nés, & cela jufqu’à ce qu’ils meurent, ou qu’ils foient pris. Comment, dira-t-011 ,( c’eft M. Deslandes qui parle) a-t-on pu favoir cette particularité quia échappé à tous les naturalises ? Il eft à propos d’en inftruire le leéteur. J’avais chargé les pêcheurs de Châteaulin de retenir une douzaine de faumons parmi ceux qui defcendent la riviere, &, après leur avoir attaché à chacun un petit cercle de cuivre vers la queue , de les remettre dans l’eau ; ce qu’ils ont exécuté avec beaucoup d’adrelîe, & en trois années différentes. J’ai enfuite fu d’eux-memes , qu’ils avaient repris quelques-uns de ces faumons, une année cinq, une autre année trois, une autre enfin deux. La difpofition du coffre, & plus encore du réfervoir où le coffre aboutit, rendait cette obfervanon très-aifée.
- 778- Lé,s princes d’Afie , qui aiment la pèche avec pafïion , font mettre auffi avec art de petites chaînes d’or ou d’argent aux poilfons extraordinaires qu’ils prennent, pour voir fi ces poiifons remis dans l’eau viendront encore fe prendre à leurs filets, & il arrive fouvent qu’une pareille curiofité leur réuifit : on affure même que c’eft par des poiflons ainfi marqués, qu’on a reconnu la communication de la mer Calpienne avec la mer Noire, & même avec le golfe de Perfe.
- * 779. M. Anderfon confirme en peu de mots ce que dit M. Deslandes. Proche de Holme en Islande, dit-il, dans l’Ellera, près de KJeppée , & dans d’autres golfes profonds , où fe déchargent des ruiffeaux & de petites rivières qui tombent avec impétuofité des montagnes & des rochers, on trouve des faumons qui nagent contre les plus fortes cafcades., & qui s’élancent fouvent jufqu’à des hauteurs prodigieufes. Les Islandois ont l’adreffe d’en prendre quantité par le moyen d’une efpece de coffre fait de treillage ferré, qu’ils dreffent direélement dans la route du poiffon, & qui, fans l’empêcher de monter dans l’eau, l’arrête lorfqu’il veut defeen-dre à la mer. Dans le tems que le faurnon eft le plus gras , on tend dans la riviere des filets ordinaires qui s’étendent d’un rivage à l’autre, & avec lefquels on va des deux côtés en remontant l’eau, & en pouffant toujours en avant les faumons qui, fentant qu’ils ne peuvent plus reculer, s’élancent à droite & à gauche fur les rivages, où ils font aufîi-tôt pris par les payfans qui les attendent : c’eft ainfi qu’on prend fouvent jufqu’à deux cents faumons à la fois.
- Tomt X.
- Ttt
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- fi4 TRAITE’ DES PECHES. Partie II.
- EXPLICATION DES FIGURES
- Des deux premières fections de la fécondé partie, PREMIERE SECTION. Planche I. .
- . Cette première planche repréfente dans la partie fupérieure le fqué-1 lette d’une carpe, & dans la partie inférieure une morue entière, avec les détails néceffaires pour l’une & l’autre de ces efpeces de poilfons.
- I. La carpe.
- Figure i. Le fquélette entier. T, V, les mâchoires j N, les opercules des ouies j Z, quelques vertebres ‘ les plus proches de la tête, qui ont de grandes apophyfes plates Y Y, qui tiennent en quelque façon lieu d’omoplates i Z Z eft la colonne vertébrale \ n’, arêtes courbes ou efpeces de côtes qui forment la capacité de l’abdomen ; k k , apophyfes fous-épineu-fès comme des faulfes-côtes ; l /, font des apophyfes fus~épineufes. A, B, font les arêtes & les nervures cartilagineufes qui appartiennent à l’aileron du dos j L indique les mêmes parties de l’aileron du ventre j e, la nageoire de derrière les ouies j F, une nageoire de delfous le ventre i enfin n3 M, n , l’aileron de la queue.
- Figures 2 & 3 repréfentent l’articulation des rayons , tant des ailerons que des nageoires.
- Figure 4. Une petite arête qui tient lieu comme de clavicule.
- Figure 5. Les filets cartilagineux qui appartiennent aux branchies, dont on voit les détails aux figures 9 & 10.
- Figure 6. Les vifceres renfermés dans la poitrine & l’abdomen. L, 0,0 l indique la capacité de la poitrine i C eft le cœur j D, la dilatation de l’ar-îere ou le diaphragme j HH, ligne ponâsuée-v repréfentant le péritoine qui renferme tous les vifceres du ,bas-ventre iF , F, le foie }E,E, les inteftins qui aboutirent à l’anus I.
- Figure. 7. G , la veffie urinaire j F F , les uretçres ; A, D , la veflie pneumatique j B , un filet ligamenteux ou vafculeux , qui part de la veiïîe pneumatique & aboutit à t’œfophage ou à feftomac j C> P , une portion des reins.
- Figure g. A , l’eftomac j B, la véficule du fiel i C , le canal eolidoque 5 D a un canal hépathique coupé.
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- Explication des figuref. II. La morue.
- Figure i. Morue franche. X, la bouche; Y, le barbillon du menton;
- , b, la longueur de la tête ; M, N, O , les trois ailerons du dos ; R, S , les deux ailerons de derrière l’anus ; e,p , d, l’aileron de la queue ;T , une nageoire de derrière les ouies ; V, une nageoire de deffous la gorge ; Q_> l’anus.
- Figure 2. Mâchoire décharnée & ouverte, avec les dents & la langue.
- Figure 3. L L , KK, oflelets ou cartilages durs, chargés d’afpérités ; H, l’ouverture du goder.
- Figure 4. Petite partie des branchies appellées les guignes.
- Figure Bout d’inteftin ouvert ; E , glandes attachées au velouté ; F, valvule inteftinale ; G, le reétum.
- Figure 6. A, A, vellie pneumatique accompagnée des mufcles B, B, & de deux appendices C, C, qui l’attachent par en-haut.
- Figure 7. Chair glanduleufe D, attachée dans cette ve/ïle.
- Planche IL
- Figure 1. A,barril dans lequel fe mettent les pêcheurs ; G , étropepouc l'amarrer ; R, S , taquets ou crampes ; B , barril pour les foies ; D , panier 5 E 9 pelle pour le» faleurs ; K , grand haim à morue ; F , G , H, I, ligne de pêche avec fon haim & fon plomb; L,élangueur; C, petit gaffot;T9 piquoir;M,N, O, couteaux à un ou deux tranchans.
- Ligure 2. T, digons ou piquoirs ; C , gaifot ; X , grande pelle pour remuer le fel ; F, G , H , I, ligne garnie de deux haims ; Y , petit barril pour les langues ; Q_, truble ou manet.
- Figure 3. e, ligneur ou lignotier dans fon barril ; b , lifle fur laquelle il appuie fa ligne ; g, l’eftrope ; a9.ç, efpece de niche appellée theu.
- Figure 6. A, pêcheur en exercice ; b , d, e, ajustement pour le porte-ligne & pour le theu ; ligne ; R, monceau de fel ; S , hériflon à fauquets.
- Planche I 11.
- Figure 1. Bâtiment appareillé pour la pèche de la morue. A, A, pêcheurs placés dans le bel; B , pêcheurs de la galerie ; E , matelot qui pique les morues avec un digon.
- Figure 2. Bâtiment Terre-neuvier avec tous fes agrêts.
- Figure 4. Bateau pêcheur muni de fes pavois P , P, appellés, bonnettes de banc.
- T t t ij
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- TRAIT E'- D E S P E C Û E S. Partie IL
- Figure 5. d , d , bouts dehors , nommés étihauts ; a, a, planches de fa-pin j b, b, planche qui foutient la bonnette ; c, c , jambes d’étal if, e> morceaux de cercles de futaille petit mât.
- Figure 6. Plan d’un bâtiment à vivier, p, barrique appcllée foajjïere ; k , table nommée Italie ; i, bârril du décoleur ; k, barril de l’habilleur -, m , carniau par où coule le poilfon ; g,g, places des pêcheurs.
- Figure 7. Bâtiment Grandvillois gréé, mais non appareillé.
- P lanche IV.
- Figure j. A, B , C, pêcheurs qui retirent leurs haims de differentes façons i morue piquée par le derritre de la tête à un piquoir.
- Figure 2, au bas de la planche. B, tète de morue, vue par-deffous lâ gorge i a , b> c 3 langue delà morue.
- Figure 3. A, étal ou table ; d> étêteur ; e, habilleur.
- Figure 4. E, morue ronde vue par le dos ; & F, vue par le ventre. G > morue plate vue parle dos , & H , vue par le ventre.
- Figure 5. Morues lavées qui s’égouttent.
- Figure 6. A , morues que l’on met en tas.
- Figure 7. C , matelot qui faute les morues.
- Figure g. E, femmes qui lavent & nettaient la morue; F, morues lavées ; H, puits.
- Figure 9. G , cric pour preffer les barrils pleins de morues ;D , montant qui le fupporte.
- Planche V.
- Figure ï. Vaiffeau en pleine pèche.
- Figure 2. Uftenciles fervant pour la pèche ; A ,B , grand haim pour la tno--rue ; C i d, ligne (impie ; L, plomb ; I, ligne ramée ayant deux haims G , G, a.u bout d’un bâton EE,au milieu duquel eft le plomb; HM, cabot; O, vatrouille; T, grappin.
- Figure 3. Matelot étêteur.
- Figure 4. Matelot piqueur.
- Figure A, étal ; B,C, barrils pour l’étêteur & le trancheur; D, traîneau chargé de poiffons, F , caiife remplie de fel. E , manette. GH, matelots qui mettent les morues en premier fel.
- Figure 6. Le bout de l’échafaud à mer bafle. A, traîneau chargé de morues habillées. B, canot qui revient de la pèche. C, goélette allant au dégrat. D, grenier au-deifias de l’étal. F, faleurs. E , foifïier. K, L , robinets pour écouler l’eau , le fang & l’huile. G, matelots qui portent la morue au lavoir H Jur une civiere. M, claies pour égoutter les morues.
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- Explication des figures. 517
- Figure 7. Ï),D , cageot. HI, traîneau. L, civiere.
- Figure 8. H h, petit échafaud. I, morues en piles. L, matelots qui lavent les morues avec les mains.
- PlancheVI.
- Figure r. A, bout de l’échafaud avec un théâtre & des canons en avant, le tout repréfenté à mer haute. BC, portion de l’échafaud & fon intérieur > b, chaloupe qui arrive de la pêche ; a, garçon de bord qui pouffe les poiffons dans la cabane. 1,1, bateaux qui vont à la pêche j g, cabaneau. H, partie de l’équipage travaillant fur la grave.
- Figure 2. AB, l’échafaud en entier; ce, pilotis & traverfines. CD, halle ou couvert. E, cabane. F F G, morues fur des vigneaux. H, morue étendue fur la grave. M, matelot qui porte des morues. N, morue en muions.
- Planche VII.
- Figure x. Pêche des oapelans. Elle fe fait en pleine eau avec la faine en A & C , & on tire en B la feine fur le fable. Plus loin eft un échafaud pour la morue , & le bateau pêcheur à l’ancre dans une anfe.
- Figure 2. A, bout de l’échafaud où l’on place des canons ou pierriers ; B , canonnier de garde; K, canot allant pêcher des appâts ; C, grande cailfe qui fert à mettre les foies ; d, garçons de bord qui les portent dans une ri* viere.
- P L A N e H E VIII.
- Figure 1. Bâtiment qui pèche au borfet A, à l’avant; E, F, haufîiere ou grelin ; G, H, cordages ou écoutes.
- Figure 2. Caiffe où on lave les morues ; B, vignots de pierres feches ; C , morues étendues fur la greve; D, perches où elles font fufpendues en l’air; E, cabanes fîmplement lattées pour fécher les morues.
- Figure 3. Hommes & femmes qui étendent des morues fur des rochers ©u groffes pierres.
- Figure 4. Bateaux pêcheurs au carreau.
- Planche IX.
- Figure I. Le lieu de Bretagne. K , L , la bouche; P , le derrière de l’oper-sule des ouies ; S , une partie de la membrane branchiale ; A, B, C , les ailerons du dos ; D ,E , les ailerons de derrière l’anus » I,H,l’aileron delà
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- H8 T RA I T Ef DES PECHES. Partis IL
- queue ; F, nageoire de derrière les ouies ; G , une nageoire de la poitrine £ M , l’anus ; P , Q_, O , la raie latérale.
- Figure. 2. B, B, le foie ; A , l’œfophage ; E , l’ertomac ; D, appendices ver-miculaires qui font au-delfous du pylore ;F, les intertins.
- Figure 3. I, le cœur ; G, G , rameaux de la veine cave 9 qui fe rendent dans la capacité H. Iv, naiifance de l’aorte.
- Figure 4. L, L , valvules qui font à l’entrée de l’oreillette.
- Figure Q_, la véÙGule ; R , le canal fyrtique ; S S , deux troncs hépathi-
- ques ; T, le canal colidoque ; Y, un mamelon , dans l’endroit où le canal s’ouvre dans l’inteftin; M, le duodénum ouvert ;N, un paquet d’appendices vermiculaires ;X, X,X,des troncs de ces appendices coupées.
- Figure 6. Le re&um coupé, b, £, une partie de la membrane qui enveloppe les œufs ; d, un urethre coupé ; c g, les ouvertures de l’anus, de l’urethre & de l’oviducftus ; a, petite portion de la veffie pneumatique.
- Le merlan , figure j. A , le niufeau ; F » G, H, les ailerons du dos ; L , M , les ailerons de derrière l’anus ; B, D , Qj l’aileron de la queue ; N, nageoire de derrière les ouies ; P , tache noire aux nageoires de deifous la gorge i K, l’anus.
- Figure 4. Merlan écorché.
- Figure Direction des fibres mufculaires vers la colonne de l’épine.
- O11 voit dans la même planche la repréfentation du colin & de Yofficier.
- Planche X.
- Figure 1. Le merlu. A, B, fa longueur ; A , N , la bouche; D, F, petit aileron près de la tète ; F , K , I, petit aileron long du dos ; G, O » P » H, aileron fous le ventre ; B , aileron de la queue ; G, l’anus ; L, nageoire de derrière les ouies ; E, L , M, nageoires fous la gorge ; C, articulation.
- Figure 2. A , l’œfophage ; B, l’ertomac ; C, le pylore ; D , D , l’inteftin ; E , E , les lobes du foie renverfés ; F , la véficule du fiel ; G , la rate.
- Figure 3. H, H, mâchoire fupérieure ; 1, un rang de dents immobiles; L, L, rang de dents mobiles; K, K, deux autres rangs de dents placés dans le palais ; M , mâchoire d’en-bas.
- Figure 4. O , le pylore ; P, un gros appendice ; Q , le duodénum j N, l’efi tomac.
- Figure f. Gros appendice ouvert avec fes feuillets.
- Figure 6. Le lingue. C , D , fa longueur ; G , E , fa groffeur ; A , petit ai-Igron du dos ; K , B, H, grand aileron ; I,E ,Q., aileron du ventre ; I, l’a-mus ; M , nageoire de derrière les ouies ; N , nageoire fous la poitrine; L , barbillon de la mâchoire inférieure.
- Figure 7. A, l’ertomac alongé ; B , le pylore ; C , le duodénum ; D , appendices vermiculaires; E,le colidoque; F, l’inteftin ouvert.
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- Explication des figures.
- Figure 8. G, G, les reins; H, leur union; I, l’uretere; K,la veille,1 L, L, appendices de la veffie ; M , Ton ouverture.
- Figure 9. Merlu barbu ou petit lingue. B, F, fa longueur ; A , B , fa bouche ; C, l’œil; D , petit aileron ; E, grand aileron du dos ; G , aileron du ventre» F j aileron de la queue; H, barbillons fous les mâchoires.
- Le tacaud. O , P , le mufeau ; I, barbillon du menton ; A , B , C , les trois ailerons du dos ; D , E , les deux derrière l’anus ; H, aileron! de la queue » E , nageoire derrière l’ouie; Q_, tache fur l’articulation de cette nageoire» G 3 nageoire fous la gorge.
- Vdnon. A, H, la bouche ; M , N, O, les trois ailerons du dos ; P, Q_» les deux ailerons derrière l’anus; B, aileron de la queue; K, la nageoire derrière les ouies ; L , nageoire fous la poitrine; I, tache noire très-fenlible.
- Planche XI.
- Figure 1. Un capelan placé fur le ventre. A B, fa longueur totale; ab9 les deux mâchoires ; d, l’œil ;/ge, l’opercule des ouies & la membrane branchiale. O, aileron du dos. P, petit aileron. L, aileron fous le ventre. K, le corps qui fait une bolfe vers l’anus. MB N, l’aileron delà queue. .H, une des deux nageoires. E, nageoires deifous la gorge; gg , cordon rond & faillant.
- Figure 2. Le même poilfon vu par-delfus le dos. OP, les deux ailerons du dos. MB N, aileron de la queue; a b , les mâchoires; d, l’œil; h g, le derrière des ouies. EE , deux nageoires rondes fous la poitrine. HH, deux nageoires rondes au-deffus de l’anus ; gg,hh, deux cordons ronds.
- Figure 3. Le même poilfon couché fur le dos. C, prolongement des opercules des ouies. E E, nageoires rondes de la poitrine réunies en D. H H, nageoires de devant l’anus , qui fe réunifient en G. K, l’anus. L , aileron du ventre. C D Q G K, le ventre de l’animal bordé par deux cordons.
- Figure 4. Rayons des nageoires du capelan.
- Figure f. Coupe tranfverfale de ce poilfon, dont le dos a b eft bombé , les «ôtés a d rentrans, & le ventre dd droit & plat.
- Figure 6. Les cordons ronds & faillans, vus à la loupe.
- Figure 7. Difpofition des écailles fur le dos.
- Figure 8. Leur difpofition fur les côtés.
- Figure 9. Capelan femelle rempli d’œufs.
- Figure 10 & ri. Morues tranchées à plat.
- On voit au bas de cette planche une morue repréfentée vivante.
- Planche XII.
- Figure 1. Bateau dont les matelots pêchent le capelan 4 faux'r
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- *20 TRAITE1 DES PECHES. Partie li.
- ' Figure %. Bâtiment nommé à vivier, pour conferver le poilTon.
- Figure 3. Moule pour faire les mailles d’un filet.
- ' Figure 4. Morceau de bois léger pour le foutenir fur l’eau.
- Figure f. G, double corde à laquelle eft atttachée une ancre; ab^ab, morceaux de bois; ce, grofle pierre placée entre les deux; dd, autre morceau de bois qui reçoit la pierre; h, crin; e e, cordes ;//, bouées de fapin.
- Figure 6. Yacht pêcheur.
- Nota. L’explication des quatre dernieres figures de cette planche manquait dans l’original, parce qu’elles fe rapportent à une addition particuliers que l’auteur avait placée à la fin de cette partie de fon travail. J’ai cru ne pouvoir me difpenfer de remplir ce vuide.
- SECONDE SECTION.
- Planche I.
- On a repréfenté & ralfemblé dans cette planche toutes les efpeces de poiflons que les ichtyologiftes comprennent dans la famille des faumons, excepté les éperlans , qui font le fujet de la planche fuivante, & l’on y a joint quelques-unes des principales parties de ces poilfons. Chaque efpecs d’ailleurs eft accompagnée de fon nom propre, avec les lettres dont l’explication fe trouve dans le corps de l’ouvrage.
- I. Du faumon.
- Figure T. Saumon franc.
- ' Figure 2. Saumon bècard.
- Figure 3. Petit tocan.
- Figure 4. Pylore d’un faumon ouvert.
- Figure Le gros inteftin aufli ouvert.
- < Figure 6. L’ovaire vu par le côté.
- Figure 7. La langue avec deux des grofles dents.
- II. De la truite.
- Figure 1. Truite bécarde.
- Figure 2. Truite de la Touvre.
- Figure 3. Truite prife au bord de la mer, avec la figure de fon eftomaw Figure 4. Bécarde rouge.
- Figure y. Truitette.
- Figure 6. Saumonneau.
- Figure 7. Rameau de l’aileron d’une truite.
- HL
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- Explication des figures. fzi
- III. Du tocan & de l'ombre.
- Figure i. Tocan d’Auvergne.
- Figure i. Ombre d’Auvergne.
- Figure g. Ombre - chevalier.
- Figures 4, f & 6. Repréfentation des dents du tocan.
- Figure 7. Filet dont on fe fert dans le lac de Geneve.
- Planche IL
- Figure 1. Gros éperlan.
- Figure 2. Petit éperlan.
- Figure g. Eperlans empaquetés pour la vente, arrangés & liés avec des brins de chanvre.
- Figure 4. Guideau ou manche de filet ; A, piquet enfoncé dans le terrein. B, verveux dans un bâtis de charpente, avec le filet appellé truble. G, le même verveux vu par fon embouchure.
- Figure f. <z, Æ, nappe de filet qui traverfe un cours d’eau -y b, pêcheur qui établit folidement une naffe entre deux piquets j A A, grofles bouées placées à l’extrémité d’un filet dérivant ; G, bateau qui chafle les poiffons contre les filets.
- Figure 6. c, d, pêcheurs diftribués fur les deux bords, qui tirent une faine j b, bateau qui fert à bien placer le filet 5 h,i9h, faine tendue en ligne courbe 5 g,f, e9 faine tendue en lignes droite ; a, pêcheur qui la tire.
- Planche III.
- Figure 1. A, B, nappe de filets entre deux rochersjC, C, piquets qui la foutiennent 5 D , E , faine tirée par deux bateaux.
- Figure 2. f9 filet tendu fur des piquets, faifant un crochet en g, h; K , quetteur ; i, pêcheurs dans un bateau ; m, faine tirée fur le rivage ; b , pêcheur qui foutient le fond du filet i a , faine amarrée à un pieu, & gouvernée par le pêcheur c.
- Figure 3. a, étentes ou filets tendus fur une plage avant le flux, b9c9 filets tendus au reflux de la mer j b,bf pêcheurs qui fe mettent à l’eau ; /, pêcheur muni d’une truble.
- Figure 4. A, B, A, B, filets de clayonnage i A, A, paflage pour les bateaux j C, filet à larges mailles jD,D, bateaux traînant une faine.
- Planche IV.
- Figure 1. A, B, grillage qui traverfe toute la rivier e.aa, b b, barreaux plus ou moins gros qui le foutiennent j cc, perches horifontales ; dd, bar-
- Tome X. V V v
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- fZZ TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- riere de charpente ; ff9 ouvertures pour placer les naffes. K, fenêtre d’où l’on tire les faumons à coups de fufil.
- Figure 2. A B, digue de pierre au travers de la riviere. F F, ouvertures grillées & empellemens, où eft placée la naife. KK, angles faillans pour l’entrée des faumons. LL, lieu où on les prend. DE, déchargeoirs pour la trop grande abondance des eaux.
- Figure Pêcherie fur la Sémoi. MM, clayonnage pour contenir les eaux. M.N, OÔ, Y Y, fermes de charpente, VV, empellemens. LL, K K, revè-temens de maçonnerie. Q_Q_, décharge pour l’eau & paffage pour le bois flotté. X, pelle. T, pelle entre les montans R, S. i, naife ; m, chambre >. n, autre chambre; qq, éclufes formées par un goulet; g, pêcheur.
- Figure 4. Plan de la grande pêcherie fur la Sémoi, placée en G. H,I, petites pêcheries. A, bras de la Meufe. D, D, gords. N, N, goulets. E, jondion de la Meufe & de la Sémoi.
- Figure f. Naife.
- Figure 6. Goulet.
- Figure 7. Filet pour prendre les faumons à la main.
- Planche V.
- * Figure 1. Grand carreau qu’on éleve au moyen d’une poulie, & defiiné à prendre des faumons.
- BC, verveux qui traverfent une partie du lit de la riviere.
- Figure 2. Guideaux A, B, B, tendus de balfe mer, & au bord de l’eau.
- Figure Pêcherie de faumons. AB, digue qui traverfe toute la riviere. F, F, parties de la digue qui font en pierre ou en bois ; c, c , c, grillages par lefquels l’eau s’échappe. D, cours d’eau. E, coffre où l’on prend les faumons & les truites.
- Figure 4. D, D, faignée faite à une riviere. H, coffre à faumon. I, K, piles, de pierre. L, palée. E, ouverture pour le palfage de l’eau, où eft auffi placé, un coffre pareil.
- Figure <j. Goulet mis dans le même coffre EL, & vu de face..
- Figure 6. Goulet vu dans fa longueur.
- Planche VI.
- Figure 1. A, A, piles en pierres. B, grillages; a a ,bb ,cc, traverfes fur îefquelles eft établi un filet verticalement. D, éclufe. G, déchargeoir. E, chauffée. H, H, digue de la pêcherie. K, K, bateaux. O, filet à manches ; a, perche qui le foutient.
- Figure 2. A, A, piles de maçonnerie; a, a, ay poutres qui les joignent. B ,B,
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- Explication des figtires.
- C, C, poutres plus grofles, fcellées dans les piles. D ,D, montons râteliers qu’on abailfe ou qu’on éleve comme en E, E.
- Figure Râtelier entre les deux cloifonsG,H.
- Figure 4. Pêcheurs qui battent l’eau pour poulTer le poiflon dans leur faine.
- Figure Digues conftruites de filets placés à angles faillans & rentrans. G, H, cours de la riviere. D, ouvertures par lefquelles entrent les faumons. D D j E E, palfage confervé pour les bateaux.
- Planche VII.
- Pêcherie du Pont-du-Chdteau fur l’Ailier.
- A, A, piles du pont. B, C, D , E, F, partie de la digue qui traverfe toute la riviere. F, Iv, déchargeoir pour le palfage des bateaux. M, éclufe. ON, coulée d’eau pour faire tourner les moulins. P Q_, GH, portion en grand de cette digue, dont on voit en I une coupe par la ligne a, b.
- Planche VIII.
- Figure 1. AB, clayonnage qui barre une riviere. B B, extrémités du clayonnage. C C, grand verveux. D D, grandes ailes du verveux.
- Figure 2. Pèche des faumons fur les côtes d’Irlande.
- Figure 3. La même pèche de la maniéré qu’elle fe fait en Ecolfe. A, Irlandais qui pagayent. B, Ecolfais qui rament.
- Planche IX.
- Figure r. A,B,C, cul-de-fac formé par des rochers que l’on blanchit. F, lieu où fe ralfemblent les faumons. G, lieu où fe cachent les pêcheurs dans les rochers. D, E, filet qui ferme toute l’embouchure de cette anfe.
- Figure 2. C, A,grcife pierre retenue entre des morceaux de bois. A,B,corde qui aboutit à cette pierre. D , bouée qui flotte fur l’eau. E , E , corde où l’on attache celles qui portent les haims. F, I, corde qui répond à la corde A, B. I, I, I, morceaux de liege. L, L, L, lignes. K, K, K, haims.
- Figure a, b, cylindre de bois léger; c, c, morceau de bois pliant; d, ce même morceau plié en rond, & attaché en B, fig. z> /, haini amorcé d’un hareng.
- Figure 4. Saumon fumé du côté de la peau.
- Figure Saumon vu du côté de la chair.
- Figure 6. Saumon filé.
- Figure 7. Tocan faléq
- V v v ij
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- fZ4
- T R A IiT E1 DES PÉCHÉS. Partie IL’
- Planche X.
- Figure r. A, Canadien qui lave les fàumons. B, autres qui les boucannent. a, b, c j </, échafaud.
- Figure 2 8c fui vantes, jufqu’à la 19. Infeéle qui s’attache aux faumons & aux truites,, avec toutes fcs parties exactement décrites dans l’ouvrage.
- Figure 19. Pêcherie du Pont-de-Cè, dont l’explication eft omife dans l’original. A, A, quelques arches de ce pont. B, B, arriere-becs. Q_, Q_, tournoiement d’eau-y b, b, lieu où les faumoiis s’arrêtent. C, C, échaufaud derrière un ar-riere-bec. D > D, pilots qui foutiennent cet échafaud ;/,/, perches en travers. E, E, fafeinage. F , F, bateau appelle thoue. 1,1, cordages qui l’attachent aux pilots. & au fafeinage. H, H, échelle. N, K, levier. M, M, carrelet. K, petit bout du levier.
- G|r
- NOTICE GEOGRAPHIQUE
- De quelques endroits dont il eft parlé dans cet ouvrage, où Von a fait' des établijfemens de pêcheries..
- A
- ^, rivière, qui prend fa fource dans le Boulonnais, pâlie dans l’Artois , traverfe la ville de Saint-Omer , fépare la Flandre d’avec la Picardie , & fe jette dans l’Océan un peu au-delfus de Gravelines..
- Aberdeen , ville maritime d’Ecofîe , dans la province d’Ecolfe. Elle fe divife en vieux & nouveau Aberdeen: le vieux eh: à l’embouchure de la riviere de Don ; le nouveau eft fituéà rembouchure de la Dée. On y fait un grand trafic de faumons, qu’on tranfporte en France, en Hollande , 8c autres pays étrangers.
- Adour, riviere de France , en Gaf-cogne , qui prend fa fource dans les montagnes des Pyrénées , & traverfe la. Gafcogne propre » & après avoir rçqude Gave 8c laNive*
- près de Bayonne , fe jette dans l’Océan, au-defsous de cette ville.
- Aggerhus, gouvernement de Norvège ,fur la mer de Danemarck.
- Aiguebelle ( lac d’), lac du Lyonnais,, à quelque diftance de Lyon.
- Ain. Voye{ Aine.
- Aine, Ain , ou Dain, riviere de la Franche-Comté & du Bugey , qui prendfa fource aux environs de î*a petite ville deNoferoy, fépare la province de Bugey de celle de Bref-fe, & fe jette dans le Rhône , à cinq lieues de Lyon. O11 y pèche beaucoup de bons poifsons.
- Albanie , province de la Turquie Européenne , fur le golfe de Vetiife'* bornée au fud par la Livadie , à l’eft par la Thefsalie & la Macédoine, au nord par laBofiiie 8c la Dalmatie».
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- NOTICE GÉOGRAPHI Q_U E.
- Allier, riviere confidérable, qui prend fa fource dans le Gévaudan , pafse entre le Bourbonnais & le Niver-uois, & fe jette dans la Loire , à une lieue au-defsus de Nevers.
- Aime , riviere d’Angleterre, en Dé-vonshire. Elle a fa fource dans le Hundred de Pleinpton ;& coulant vers le midi, elle arrofe Corne-vood, & fe perd dans la mer Britannique , au fud-eftde Plimouth.
- Altin, village de Picardie , proche Montreuil.
- A mfrevil le, village de bafse-Norman-die , fur la rive droite de l’embouchure de l’Orne , à environ une lieue de la mer.
- Andaye , bourg de France en Gaf-cogne, au pays des Bafques, fur les frontières d’Efpagne, à l’embou-chure de la petite riviere de Bidaf-foi, dans la mer de Gafcogne , vis-à-vis de Fontarabie , à deux lieues de Saint-Jean-de-Luz, &à cinq de Bayonne.
- Aon , riviere de bafse-Bretagne ,au diocefe de Quimper-Corentin. Elle prend fà fource proche de Sterion , & étant groflie des petites rivières de Yer , Lan , & Saint-Bony , fe jette dans la rade de Breft à Lan-devenet, après avoir arrofé Château-Neuf & Châteaulin.
- Aort, boug, avec titre de vicomté , au pays des Landes , diocefe de Dax , fitué au-delà de l’Adour , fur les confins du Béarn & de la bafse-Navarre , à cinq lieues au midi de Dax.
- Archangel, ville de la Rufîie fepten-
- trionale, capitale de la province de Dwina, près de la mer Blanche. Saint-Pétersbourg a fait tort à fon commerce.
- Arques , riviere de haute - Normandie, qui prend fa fource au pays de Caux, entre Saint-Martin-le-Blanc & Monterolier, & après avoir palfé à Arques , fe jette à la mer dans le port de Dieppe.
- Arve, riviere qui prend fa fource dans les montagnes du Faulligny en Savoie ,fe jette dans le Rhône au-defsous & très-près de Geneve : fes eaux font très-noires , parce qu’elles pafsent dans des carrières d’ardoife , qui font très-fréquentes dans cette province.
- AJlracan , ville de Tartarie , dépendante de la Mofcovie Afiatique : elle eft fituée dans une isle que forme le Volga, à 20 lieues nord-oueft de la mer Cafpietine, nord de Terki. Ce pays effc abondant en excellent poifson.
- Aven. Voye7_ Aon.
- Aufen. Voye{ Aon.
- Auge, petit pays de France en Normandie , où l’on éleve une grande quantité de bœufs & autres bef-tiaux : il comprend les villes de Honfleur & de Pont-PEveque.
- Ault ( bourg d’), bourg du Vimeu , dans la Picardie, au diocefe d’Amiens , fitué fur le bord de la mer , où il y a une petit port entré l’embouchure du Hable & de la Bresle; e’eft de ce bourg que vient à Paris le meilleur poiffon frais de la mer,
- Autry > riviere de France en Gàdnoiÿ*
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- NOTICE GÉOGRAPHI CL U E.
- S%6
- B
- Baltique ( nier ), grand golfe de la mer,entre l’Allemagne & la Pologne , le Danemarck & la Suede j elle communique a la mer de Danemarck par le détroit du Sund.
- Basle^ ville de Suifse, capitale du canton de ce nom: elle eft fituée fur le Rhin.
- Baygorry , pays de France dans la bafse-Navarre : il eft de fort petite étendue entre les frontières de la haute-Navarre à l’occident, & du pays de Cize à l’orient. Le lieu le plus confidérable eft S. Etienne de Baygorry.
- Bayonne , ville de Gafcogne, fituée fur la Nive & l’Adour, à une lieue de la mer. On pêche des faumons fur ces rivières & fur la Barre de Bayonne.
- Beauport, abbaye de l’ordre de Prémontré, en Bretagne , au diocefe de S. Brieuc.
- Berghen , ville capitale de Norwege , où réfide le vice-roi : elle a un beau port,& c’eft une grande place de commerce. Elle eft au nord - oueft de Drontheim ,au nord de Stavan-ger,& à l’oueft de Copenhague.
- Bidajfoa, riviere d’Efpagne, qui prend fa fource dans le Pyrénées, fépare ce royaume d’avec la France, & fe jette dans la mer, entre Andaye & Fontarabie.
- Blanche (mer) , eft un grand golfe de l’Océan feptentrional, qui baigne les côtes de la Lapponie Mofcovite au nord & à l’oueft. Proche de la mer Blanche eft le golfe d’Archan-
- gel. On pêche des faumons frais dans laDwina.
- Blavet t riviere de la balfe-Bretagne , qui prend fa fource à Locarné , dans le diocefe de Quimper - Co-rentin , palfe à l’abbaye de Bon-Repos , à Pontivy , à Loc - Chrift , à Hennebon , & fe jette dans la rade du Port-Louis : cette derniere ville s’appelloit autrefois Blavet, du nom de cette riviere.
- Bornholm , isle de la mer Baltique, appartenant au roi de Danemarck, vers la Schoone.
- Bothnie , grande province du royaume de Suede , fort étendue vers le nord , entre la Lapponie qui la borne au feptentrion , & la partie la plus avancée de la mer Baltique , qui la termine au midi,& prend de là le nom de golfe de Bothnie. On la divife en orientale & occidentale , qu’on nomme quelquefois Oftro-Bothnie.
- Bouin (isle de). Voye£ la Notice géographique à la fuite de la première feétion.
- Boulogne , ville de France en Picardie , dans le Boulonnais , dont elle eft la capitale , fur la côte de la Manche, avec un port à l’embouchure de la petite riviere de Liane.
- Bourget (lac du), lac du Lyonnais, à quelque diftance de Lyon.
- Bourgneuf, petite ville de la haute-Bretagne, vis-à-vis l’isle de Noir-moutier:ily a un petit port de mer , & une baie fur l’Océan , qui eft aifez fîire.
- Bresle, riviere de France , au pays
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- NOTICE GÉOGRAPH1Q.ÜE. ' f*7
- de Caux , qui fépare par fon cours la Normandie de la Picardie : elle prend fa fource à Lanoy , deux lieues au-delfus d’Aumale , qu’elle arrofe , ainfi que le comté d’Eu , & entre dans la mer à 14 lieues de fa fource , en fortant de Tréport.
- Brieuc(Saint-) ,ville alfez considérable de la haute-Bretagne , avec un évêché & un alfez bon port, formé par une riviere qu’on appelle le Légué ou le Loquet.
- Bruxelles, grande & belle ville des Pays-Bas Autrichiens , capitale du Brabant , Située fur la riviere de Sonne.
- C
- Caen, grande & belle ville de la bafle-Normandie , au confluent des rivières d’Orne & de Don. Elle eft la capitale de la baife-Normandie , fiege d’une intendance, d’une université , &c.
- Camier9 village de Picardie , paroilfe de Saint—Eloy , dans l’amirauté de Boulogne.
- Carlitigfort, petite ville maritime d’Irlande , dans la province d’Ulüer, au comté de Louth.
- Cafpienne ( mer ), grande mer Située en Afie ; elle a au nord la Ruflie, au fud la Perfe, à l’eft la Barbarie ; elle n’a ni flux ni reflux j quantité de
- .. rivières s’y rendent: elle efl;abondante en poiSfons excellens.
- Caudebec , ville de haute-Normandie, capitale du pays de Caux, fur la rive droite de la Seine , à 7 lieues de Rouen & 35 de Paris.
- Charer.te , riviere qui prend fa fource à Cheronat, dans le LimouSin , fur
- les confins de l’Angoumois, entre dans le Poitou , paflfe au pied d’An-goulëme,de Saintes , paSfe à Ro-chefort, & le jette dans l’Océan vis-à-vis l’isle d’Oleron.
- Châteaulin (riviere de) , eu Bretagne. Voye£ Aon.
- Chaumont (Saint-), ville du Lyonnais, au confluent des rivières de Gier & de Janon , fur la grande route de Lyon à Saint-Etienne & au Puy, Si distante de Lyon de 7 lieues : il s’y fait un grand commerce d’ouvrages en fer. "
- Claude (riviere de Saint-), riviere qui coule au pied des Alpes.
- Clermont-Ferrant, petite ville de l’Auvergne , à un quart de lieue de la ville, capitale de l’Auvergne , qui s’appelle Clermont-, ces deux villes ne font aujourd’hui qu’un même corps de ville.
- Clinchamp-fur-Qrne , bourg de France en Normandie, à 2 lieues de Caen.
- Coefnon(\e ) , petite riviere de France en Bretagne,où elle a fa fource, & qu’elle fépare de la Normandie -, elle fe jette dans la Manche & dans la baie du Mont-Saint-Michel, entre Beauvoir & Rolle-fur-Coefiion.
- Colraine, ou Colerain, ou Colfrain , vifle d’Irlande, dans la province d’UI-fter,au comté de Londonderry, fur la riviere de Benne , près des frontières d’Antrim , à 4 milles de la mer.
- Comber, village fitué à trois lieues de Bayonne.
- Cork , ville maritime d’Irlande , dans la province de Munfter 5. elle elt traverfée par la riviere de Lée
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- NOTICE GÉOGRAPHIQUE.
- PS
- ou deXeo : les faumons font une des branches de fon commerce.
- Coueron, bourg delà haute-Bretagne, avec un petit port, où l’on caréné les vaifleaux.
- Cromarty , petite ville de l’Ecofle fep-tentrionale , fituée fur la pointe qui fait l’entrée du golfe de ce même nom , dans la province de Rofs. Toute la côte , depuis Mont-rofs , eft très - abondante en faumons & en truites.
- D
- f)almatie, province d’Europe. Elle appartient à plufieurs puiffances : mais les Vénitiens en poifedent la principale partie.
- Danemarck , royaume d’Europe, qui a ài’eft la mer Baltique; à l’oueft & au nord,l’Océan ; au fud , l’Allemagne. Le roi poflede la Nor-wege & l’Islande. '
- Danube, le plus grand & le plus con-lidérable fleuve de l’Europe. Il prend fa fource dans la forêt Noire en Suabe ,& après avoir traverfé l’Allemagne , la Hongrie , la Bulgarie & la Moldavie , il fe jette dans la mer Noire : ce fleuve abonde en excellens poiflons.
- Davis eft un détroit le long des côtes occidentales du Groenland. Le foleil ne s’y montre point, ou pref. que point pendant les mois de décembre & de janvier , & pendant les mois de juin & de juillet il eft toujours fur l’horifon.
- Die, riviere de l’Ecofle feptentrionale, qui traverfe le comté de Marr, & fe décharge dans la mer d’Allemagne.
- On y pèche beaucoup de faumons.
- Dieppe , ville de la haute-Normandie, au pays de Caux, avec un port de mer, à 12 lieues de Rouen , entre le Tréport & S. Valéry en Caux. Il y a deux rades très-commodes ; l’une , qu’on appelle la grande rade , à deux lieues en mer, fert pour les vaiifeaux de guerre; la petite ne fert que pour les vaif-feaux de médiocre grandeur.
- Don, riviere de la partie feptentrionale de l’Ecofle , qui traverfe le comté d’Aberdéen , & qui arrofe la ville de Old-Aberdéen.
- Dortans ( riviere de), qui coule au pied des Alpes.
- Doubs,riviere de Franche-Comté, qui prend fa fource au mont Jurât, proche la Mothe , fur les frontières de la Suifle , paflfe à Baume, à Befançon , à Dole , & fe jette dans la Saône à Verdun en Bourgogne , après un cours de plus de 60 lieues. Cette riviere eft fort poiflonneufe ; on y prend des carpes fort eftimées.
- Drontheim , province de Norwege , qui fait la plus grande partie de ce royaume , le long de la côte de l’Océan feptentrional.
- Dublin, ville capitale d’Irlande : elle eft fur la riviere de Liffi, proche la mer. Cette ville eft très-com-merqante , & entr’autres on en tire une quantité aflez confidérable de faumons.
- Dunbar, ville aflez conlîdérable delà province de Huddington , dans la partie méridionale de l’Ecofle , en-
- deqà
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- NOTICE GÉOGRAPHI Q_U E.
- deqà du Tay. II y a beaucoup de pêcheurs , & la pèche du hareng & du faumon y fait un branché con-fidérable de commerce.
- E
- Ecojfe, royaume coufidérable d’Europe , faifant partie du royaume de la Grande-Bretagne, à la partie feptentrionale duquel il eft fitué : c’eft une grande prefqu’isle, entourée de la mer à le II, au nord , & à l’oueft : du côté du midi elle tient à l’Angleterre par un illhme coufidérable qui à 30 lieues de largeur. La Twede fépare l’Angleterre de l’Ecoffe.
- Ellay ,riviere de baffe-Bretagne,dont la fource eft à Saint-Michel , au diocefe de Quimper-Corentin. Elle
- • fe joint à Quimperlay avec la rivière d’Ifotte , & fe jette dans la mer à Polduc.
- Elle^ riviere de France en Bretagne , qui fe perd dans le golfe de Blavet, au-deffous du pont ScorfF. Sanfon nomme cette riviere Scorff.
- Entraigues , bourg du comtat Venaif-fin , fur une des branches de la rivière de Sorgue, à deux lieues d’Avignon.
- Efcaut,riviere confidérable des Pays-Bas , qui prend fa fource dans le Vermandois , au village de Beau-revoir , palfe dans la Flandre , 8c fe jette dans la mer d’Allemagne.
- Esle. Voyez Elle.
- Efpinat, ville du duché de Lorraine , dans les Vofges , fur la Mofelle,,
- ' qui la traverfe & la fépare en deux*
- Efireham , bourg & chef-lieu d’une Tome X,
- W
- baronie de la haute-Normandie, dans le Befîîn , fur la rive gauche de l’embouchure de l’Orne, dans la mer ,à 3 lieues de Caen. Il y a 400 habitans qui s’occupent la plupart à la pêche.
- Etapes ou EJlables , ville maritime de France en Picardie , dans le Boulonnais, à l’embouGhure delà riviere de Canche , à 4 lieues de Boulogne.
- Eté ("riviere d’). Voye1 Elle.
- F
- Ferro, isles dépendant de la vice-royauté de Berghen en Norwege.
- Fefcamp , ville de France , en Normandie , à 8 lieues du Havre , 6 de Montiviilier & de Saint-Valéry en Caux, 12 de Dieppe, 8c 14 de Rouen.
- Finlande ( golfe de ), partie de la mer Baltique , qui s’étend d’occident en orient , entre la province d» Finlande , PIngrie & l’Eftonie. Les côtes font pleines de rochers & d’islots.
- Finmarchie , province de la Lapponie Danoife ; elle fait partie du gouvernement de Wardhus.
- Fontenay U' Abbaye, village de baffe-Normandie, à deux lieues de Caen.
- Furand , riviere qui coulé à Saint-Etienne-en - Forez, dont les eaux font propres à la trempe de l’acier. G
- Gartonne , grande riviere de France 7
- - qui prend'fa fource dans les Pyrénées , aux frontières de l’Ara-gon , paffe dans le Languedoc & la* Guyenne , fe joint au-deffous de X x x
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- NOTICE GÉOGRAPHI Q_U E.
- fj*
- , Bordeaux,au Bec d’Ambés , avec la Dordogne , & prend alors le nom de Gironde.
- Cave.Les Bafques & les Béarnois donnent ce nom à des courans d’eau ou petites rivières , qui toutes ont leurs fources dans les Pyrénées , aux confins de l’Aragon : ils prennent leur fur-nom des villes principales auprès defquelles ils paffent : ainfi on dit, le gave cCAf-pe, lequel fe joignant avec celui d’Oflan , au nord d’Oleron , ils perdent tous deux leurs noms par-
- . ticuliers, & prennent celui de gave d’Oleron ( gabarus Oleronenjis ). On connoît aufli le gave de Pau, Xgabarus Palanjïs') qui a plufieurs fources dans les Pyrénées , aux confins de l’Efpagne, & après avoir formé plufieurs isles au-deffus de Pau , fe joint avec celui d’Oleron , 6 lieues au-deifous d’Orthez , & iZau-delfous de Pau : ces gaves font des efpeces de torrens , dont la rapidité empêche qu’ils ne portent bateau. Iis font très-poiffon-neux ; on y pêche des brochets , des truites , des Paumons , des fau-monneaux appelles tocans , qui font d’un goût excellent.
- Gauffeville (la), petite riviere de haute-Normandie , qui fe décharge dans le port de Fefcamp.
- Geneve, grande & belle ville, capitale de la république du même nom , fur le Rhône, qui la divife en deux parties.
- 'Geneve ( lac de ), ou lac Léman, lac de Suiffe & de Savoie 5 il eft très - profond, & ne gele jamais : il abonde
- en bons poHTons, fur-tout en cellentes truites & en perches.
- Guet (riviere de),petite riviere de baffe-Bretagne, au diocefe deSaint-Brieuc.
- Granville , ville de France en Normandie , avec un port de mer, à 6 lieues de Coutances ,vers la Bretagne , fituée en partie fur un rocher ,& en partie dans une plaine: il s’y fait un grand commerce de morue & de poilfon frais.
- Groënland\ continent dans les terres ardiques , fitué entre le détroit de Davis & l’Islande : on ignore fes bornes au nord. La mer qui le baigne eft abondante en gros poiR fons , baleines , loups marins. Suivant Anderfon , les rivières font remplies de faumons & de truites.
- Guarde lac de ), grand lac d’Italie , au Véronais, dans les états de Ve-nife , fur lequel eft bâtie une ville du même nom : fa longueur eft d’environ trente milles, fa largeur de dix.
- Gueldre , contrée des Pays-Bas , qui forme une des plus confidérables provinces de l’état des Provinces-TJnies. Il y a dans cette province une ville du même nom.
- Guer ( le ) , riviere de baffe-Bretagne f qui prend fa fource dans le diocefe de Tréguier, au-deffus de l’étang deBeaufour , au pied des monts Romagrec *, après avoir paffé à Vieux - Marché, elle fe jette dans la mer au-deffous deLannion.
- Guyenne, grande province de France bornée au nord par la Saintonge, l’Angoumois, & le Limoufin j à
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- NOTICE GÉOGRAPHI CL U E. ni
- l’eft, par le Limoufin, l’Auvergne & le Languedoc i au fud , par les Pyrénées , la baffe-Navarre & le Béarn ; à l’oueft ,par l’Océan. La capitale eft Bordeaux.
- H
- 'Hambourg, ville anféatique , dans le duché de Holftein, dont elle eft indépendante. Elle eft fituée fur la rive feptentrionale de l’Elbe , au nord-oueft de Luxembourg , au fud de SlefVick, au nord-eft de Breme, & au nord-oueft deVienne.
- Harcourt, bourg de France en baffe-Normandie , au diocefe de Bayeux, à 4 lieues au fud de Caen, fur la rive droite de la riviere d’Orne ; c’eft le chef-lieu du duché-pairie de ce nom.
- Harwifch, ville maritime de l’Angleterre , au comté d’Elfex , avec un port de mer à l’embouchure de la Sture , fur les frontières de SufFolk.
- Hitland , isles de la mer d’Ecolfe , proche les Orcades. On les nomme plus volontiers Schetland.
- Holjlein, pays d’Allemagne , polfédé en partie par le roi de Datiemarck, & en partie par le duc de Holftein : ce pays a la mer du nord à l’oueft, la mer Baltique àl’eft, le Slefwick au nord, l’Elbe au fud.
- Huningue, petite ville de France bien fortifiée : elle eft dans la haute-Al-face , à une lieue au nord de Basle, 37 ou 8 lieues de Brifack. Elle eft fituée fur le Rhin.
- I
- Irlande , grande isle , faifant partie des isles Britanniques , fituée à l’oueft de l’Angleterre , dont elle
- n’eft féparée que par un canal ap-pellé la Manche de Saint-Georges : on fait en cette isle une grande pêche de faumons.
- Isla, isle de l’Ecolfe, fituée dans la mer d’Irlande, où il y a plufieurs rivières qui abondent en faumons & en truites & anguilles.
- Islande , isle confidérable, qui appartient au roi de Danemarck , & dépend de la vice-royauté de Berghen.
- Isle ( P ), ville de Provence au comtat Venaiffin , fituée fur la riviere de Sorgue , qui la contourne & la tra-verfe , à 4 lieues d’Avignon , & Z de Carpentras.
- Jean-dc-Lu^ (Saint-), ville de France enGafcogne , au pays de Labour. Elle eft féparée du bourg de Sibour par la petite riviere de Ninette, Nive , Nivelet , ou Nivelle , fur laquelle il y a un pont. Cette ville, en langue bafque , eft appellée Tuis ou Loityiin.
- Jean-Pied-de-Port (Saint-) , ville de la baife-Navarre , diocefe de Bayonne , fituée fur la rive : on la regarde comme la capitale de la baffe-Navarre. Elle eft à huit lieues de Bayonne & une lieue des frontières d’Efpagne.
- Jutniege, bourg du Vexin-Normand, dans la haute-Normandie , fur la rive droite de la Seine , à 3 lieues de Caudebec & f de Rouen.
- /wrar(Mont), haute montagne qui fé-pare la Suiffe de laFranche-Comté.
- Jutland, grande province de Danemarck, au nord de Slefwick: il X x x ij
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- forme une pénifule entre la mer occidentale & l’orientale ; elle n’eft jointe au continent que vers le midi,où elle eft frontière du Holftein.
- •' K
- Kinfale , petite ville maritime d’Irlande , du comté de Corck , dans la province de Munfter. Elle eft fituée au fond d’une baie : il y a un allez bon port, où il fe fait beaucoup de commerce.
- Kola , petite ville de Rullie , capitale de la Lapponie Mofcovite : elle a un bon port à l’embouchure de la rivière de Kola, proche la mer Gla-ciacle. L
- Larmes , ou les Landes, pays de fable & de bruyères, dans la Gafcogne , qui renferme plufie.urs villes remarquables , telles que Dax , Tar-tas , Albret , Peyrehorade , &c. On le divife en grandes h petites Landes : on appelle quelquefois ce pays Landes de Bordeaux.
- Lannion , petite ville de balle - Bretagne , bâtie à mi-côte fur la rive droite du Loquet, fur lequel elle a un pont, à 4 lieues de Tréguier.
- Laufanne , grande & belle ville de la Suille , capitale du pays de Vaud , au canton de Berne , à 12 lieues de Geneve.
- Léman ( lac ). Voye7\^z de Geneve.
- Leyde, grande & belle ville des Pro-vinces-Unies, capitale du Rhein-land , fituée fur le vieux canal du Rhin, à g lieues d’Amfterdam.
- Lille, rivière de France en Guyenne, qui a fa fource dans le Limoufin , palfe dans le Périgord , arrofe la ville de Périgueux & de Muflidan,
- puis reçoit la Drone à Coutras, & fe rend dans la Dordogne , joignant & au-delfous de Libourne.
- Limerick\ belle ville d’Irlande ,dans la province de Munfter ; elle eft fi-tuée fur le Shannon : on y fait en-tr’autres un commerce defaumon.
- Livonie , duché dépendant de la Ruft fie , fatué fur la mer Baltique & fur le golfe de Finlande jRiga en eft la capitale.
- Loir (le), rivière de France , qui prend fa fource dans le Perche , & fe perd dans la Sarte, à Briolé.
- Loire , fleuve de France très-confi-dérable : il prend fa fource dans le haut - Vivarais , à cinq lieues de la ville du Puy ; il traverfe le Forez , le Bourbonnais ,1e Nivernois ,1e Berry,l’Orléannais ,1a Touraine, l’Anjou , & fe rend dans la mer au-delfous de Nantes. Il reçoit l’Ailier, le Cher , l’Indre , la Vienne , la Sarte, la Mayenne.
- Loiret, petite riviere de l’Orléannais , qui n’a que 2 lieues : elle fe jette dans la Loire à 2 lieues d’Orléans: elle a deux ponts, l’un à Olivet, l'autre à Saint -Mefmin : elle eft fort poifîonneufe , fait tourner beaucoup de moulins, & forme de très-agréables payfages auprès d’Orléans.
- Londonderry , ville d’Irlande, capitale du comté de ce nom , dans la province d’ülfter , frtuée fur la riviere de Foyle. On y fait un grand commerce de fàumon.
- Lone, petite riviere de Franche-Comté , qui prend fa fource dans la haute - Comté , du côté de Pon-
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- tarlier, & fe jette dans le Doux, au-deflous de Quingey.
- Loquet (riviere de ).Eoye^ Lannion. M
- Ma'ienne ou Mayenne , riviere qui prend fa fource dans le bas-Maine, & fe jette dans la Loire avec la Sarte & le Loir. Elle eft navigable depuis Laval.
- MeïLleraye ( la ) , château fitué en Normandie , à quelque diftance de Caudebec.
- Mufe , riviere de France : elle a fa fource dans le Balîigny , en Champagne , près du village de Meufe & de Montigny-le-Roi. Elle commence à porter bateau à Saint-Thi-baudj & après un cours d’environ 120 lieues , palfant par la Champagne , le pays de Luxembourg, l’évêche de Liege,une partie des Pays-Bas Autrichiens & des Pro-vinces-Unies, elle fe jette dans l’Océan entre la Brille & Gravefend.
- Michel (Mont-Saint-), abbaye, château , & ville, en France , fur une roche , ou fur une petite isle , adjacente à la Normandie , au milieu d’une baie que forment en qet endroit les côtes de Normandie & de Bretagne ; le flux de la mer y monte deux fois en 24 heures.
- Mont-Rofs , belle ville marchande d’Ecolfe, dans la province d’An-gus : elle eft à l’embouchure de la riviere d’Elsk. Le commerce de faumons y eft confidérable.
- Mo/covie , grande province de l’empire de Ruflie , dont Mofcou eft la capitale.
- Mofette, riviere de France qui prend
- fa fource dans les montagnes des Vofges , aux confins de la Lorraine ; traverfe une partie de l’Allemagne, & fe perd dans le Rhin à Coblentz. Elle ne commence à être navigable qu’à Metz.
- Marrai, province maritime d’Ecolfe: fes villes principales font Elgin & Naim. Il y a dans le fond du golfe de Murrai de belles pêcheries do faumons. N
- Newcaflle,ville d’Angleterre, capitale de la province de Northumber-land , fur la Thine , à 7 milles de la mer, & 212 milles de Londres. Il s’y fait un grand commerce de charbon de terre.
- Nicolas ( Saint-) , petit village de la Normandie près Fefcamp , où eft le prieuré de Saint-Antoine.
- Nive 3 riviere de France dans la Gafi. cogne : elle prend fa fource aux Mont-s-Pyrénées, fur les fontieres de la haute-Navarre ; d’où , courant par la baflè-Navarre , elle baigne Saint-Jean-Pied-de-Port i puis palfant dans le pays de Labour , elle va fe joindre avec l’Adour dans les folfés de Bayonne, pour aller fe jeter dans la mer , à une lieue de cette ville. Elle eft navigable depuis la mer jufqu’à Cambo ; les gros vaifleaux peuvent y entrer. Les Bafques l’appellent Errohi.
- Noirmoutier £ isle de ) , isle du Poitou , au diocefe de Luçon , qu’on nommait autrefoisl’isle d’Her.
- Nordland, province de Danemarck , du gouvernement de Drontheim.
- Norwegc , royaume appartenant au roi de Danemarck : il eft entre
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- la Suède & la mer. La réfidence du vice-roi eft à Berghen , qui en eft la capitale : le gouvernement d’Aggerhus , de Drontheim , de Wardhus. , en dépend, ainfi que l’Islande & l’isle deFerro.
- O
- Orne , riviere de Normandie : elle prend fa fource au village d’Au-non , & fe jette dans la mer , trois lieues au-deflous de Caen , après un cours de 20 lieues.
- Ortei, Orthe{ , Onrtes, ville de France dans le Béarn, fitué fur le gave de Pau , fur le penchant d’une colline , à 7 lieues au-deifous de Pau , à 10 lieues eft de Bayonne.
- OJîrobothnie. Voyez Bothnie,
- Oujle, ou Onde, riviere de baffe-Bretagne. Elle prend fa fource dans le diocefe de Quimpcr, près la Haye & Hamont j après avoir arrofé les villes de Rohan-Jocelin & de Ma-leftroit ,elle fe jette dans la Vilaine, au-deifus de Rieux , à peu de distance de Redon.
- P
- Peyrehorade, petite ville, chef-lieu du vicomté d’Aouft, au pays des Landes , en Gafcogne, à quelque dif-tance du confluent de l’Adour,& du gave de Pau , à une lieue au couchant d’été , de l’abbaye de Sourdes.Il y a une belle nafle pour prendre des faumons, faumonneaux & truites , qui font fort abondans dans ces gaves. Cette ville eftafsez peuplée ,& bien marchande.
- Pitersbourg, grande & belle ville de l’empire de Ruffîe, dont elle eft la capitale : elle eft fituée entre plu-
- fieurs isles formées' dans le Ner-wa : elle eft dans l’Ingrie.
- Pont-de-Cé, ville de France en Anjou, fur la Loire ; elle eft à une lieue d’Angers. Il y a un pont & une belle pêcherie.
- Pont-de-l'Arche, petite ville de France dans la Normandie. Elle eft fur la Seine, à 3 lieues de Rouen. Il y a un beau pont; c’eft le premier fur la Seine.
- Pont-du-Château, ou du Chaslet, petite ville d’Auvergne , fur l’Ailier, où il y a un beau pont & une belle pêcherie de faumon.
- Q.
- Qidllebeuf, petite ville de France dans la haute-Normandie, au diocefe de Rouen , à 7 lieues du Havre , & 7 de Rouen.
- R
- Rambart (Saint-), petite ville du Forez , fituée fur la rive gauche de la Loire ,dans l’endroit où elle commence à devenir navigable.
- Randrefs ou Rand , ville de Danemark , dans le Nord - Jutland , près de l’embouchure de la Gude ,
- ‘ dans la mer Baltique.
- Rhin ou Rhein , l’un des fleuves les plus confidérables de l’Europe ; il prend fa fource dans le pays des Grifons , traverfe le lac de Confiance , fe fépare, à l’entrée des états de Hollande , en plufieurs bras, dont l’un prend le nom d’Ilfel , fautre fe joint à la Meufe , & un autre va fe perdre dans les fables ,au bord de la mer d’Allemagne. Ce fleuve eft très-poi/fonneux.
- RJùnfeld ou Rheinfeld , ville d’Alle-
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- magne, au cercle de Suabe, à trois lieues de Basle , fur la rive gauche du Rhin.
- Riviere - Thybouville ( la ) , bourg de Normandie i à huit lieues d’Evreux & de Lifieux.
- Rhône y un des fleuves les plus confi-dérables du royaume : il prend fa fource au pied du Mont-de-la-
- • Fourche , près du Mont-Saint-Gô-thard , une des plus hautes montagnes de la Suide ; coule fur les confins du Lyonnais , du Forez , & du Vivarais , qu’il fépare du Dauphiné ; & après avoir traverfé le Languedoc & la Provence , fe jette par trois embouchures dans la Méditerranée, à cinq lieues au-deffous d’Arles.
- Roanne , ville du Forez, fituée fur la rive gauche de la Loire, à 12 lieues de Lyon , & 86 de Paris. La Loire commence à y porter bateau : elle eft le chef-lieu d’un duché-pairie.
- Rofchyld , ville de Danemarck , dans l’isle de Zélande , au fond d’un petit golfe, à fix lieus de Copenhague.
- R°fcoff 3 bourg de baffe - Bretagne , à une lieue au nord de Saint-Pol-de-Léon , vis-à-vis l’isle de Bas, Il y a une très-belle rade ,où les bâ-timens qui entrent dans la Manche, ou qui en Portent, vont relâcher.
- Rofcomond s capitale du comté de ce nom, dans la province d’Ulfter, en Ecoffe. Il s’y fait peu d’autre commerce que de faumon.
- Rofs j grande province fituée à la partie feptentrionale de l’Ecoffe : elle eft bordée à l’orient par la mer du Nord 9 ou d’Allemagne j à l’occi-
- dent , par celle d’Irlande.
- Royan , ville de France dans la Saintonge , fur le bord de la Garonne , à 4 lieues de Brouage, & à 8 au-deffous de Blaye. On y pèche en tout tems d’excellentes fardines. S
- Saône ( la ) , une des plus confidéra-bles rivières de France : elle prend fa fource dans la Vofge , à Viomé-nil, paffe par la Franche-Comté &
- , par la Bourgogne , fépare le Lyonnais & le Beaujolais d’avec le pays de Dombes , & fe jette dans le Rhône au-deffous de Lyon, près l’abbaye d’Aifnay , après avoir reçu plufieurs rivières, dont quelques-unes font affez confidérables.
- Sarrence, lieu de France dans le Béarn, au diocefe de Lefcar. Il y avait ci-devant une abbaye d’hommes.
- Sauldre, riviere du Berry, qui fe jette dans le Cher , au-delfous de Ro-morantin.
- Saumur , ville du bas-Anjou , fur la rive gauche de la Loire, un peu au-deffus de l'on confluent , avec la Thofne : c’eft un paffage important de la Loire, que l’on y paffe fur un beau pont.
- Schetland. Voyez Hittland , & la Notice géographique à la fin de la feétion delà morue.
- Schoonhoven , ville des Pays-Bas , dans la Hollande ,fur la rive droite du Leck , à 3 lieues de Gouda , & autant de Gorcum.
- Scorff\ riviere de baffe-Bretagne , qui prend fa fource au diocefe de Vannes , entre Menero & Lomaria , paffe à Ploé & à Pont-ScorfF, & fe
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- jette dans la rade- de l’Orient ,tout près de cette ville.
- Seille (la), riviere de la Lorraine, qui prend fa fource à l’étang de Lindre, & entre dans la Molelle à Metz. Elle eft fort poilfotmeufe » on y peche fur - tout beaucoup d’écreviiies.
- Seine , grand fleuve de France , qui prend fa lource en Bourgogne,» fix lieues de Dijon , pâlie par Paris, & fe rend dans l’Océan , au Havre.
- Semji ( la), riviere de Pays-Bas, dans le Luxembourg, qui vient fe perdre dans la Meufe à la Val-Dieu, ou la Vaudieu , abbaye de Prémontré, près Mézieres , en Champagne.
- Severn ou Saverne, riviere allez conlî-dérable d’Angleterre , qui prend fa fource au comté de Montgom-mery ,à la montagne , dans le nord du pays de Galles , traverfe la ville de Worcelter , & fe jette dans la mer d’Irlande.
- Sibérie, grande province de l’Empire de Rulîie , qui a 800 lieues de l’eft à l’oued , & 300 du nord au fud j elle comprend la partie la plus fep-tentrionale de la Rulîie : elle eft bordée à l’ed par la mer du Japon ; au fud, par la grande Tartarieià l’oued, par la Rulîie ; au nord, par la mer Glaciale ; Tobolsk en ed la capitale : la partie méridionale ed un bon pays, mais la partie feptentrionale ed prefqu’inculte.
- Sie (la), petite riviere du pays de Caux , dans la haute-Normandie, qui prend fa fource auprès de Pierre-Vi-lle , au-detfus de Saint-Viétor-P Abbaye , & joint fès eaux à celles de la Douve , après 4 à f
- lieues de cours.
- Sienne, riviere de balfe-Normandie , qui le rend a la mer , près le village de Rigneville : on peche beaucoup de faumons dans cette riviere.
- Somme, riviere de France en Picardie. Eile prend la fource dans le Ver-mandois ; & apres avoir traverfé la Picardie, elle fe jette dans la iner, entre Crotoi & Saint-Y alery.
- Sordei, ou Sorde , bourg de France, dans la Gafcogue , au diocele & à 4 lieues de Dax ,au confluent du gave d’Oleron & du gave de Na-varreins, dans l’éledion des Lan es : il elt allez bien peuplé. Il y a une abbaye de bénédidins.
- Sourgue, petite riviere de Provence , au comtat Venailfin ; elle prend fa fource à la fontaine de Vauclufe, à une lieue de Gorde , pâlie parla ville de Plsle & de Vallon , & va fe perdre dans le Rhône au deifous du pont de Sougue , 2 lieues au-delfus d’Avignon. Elle porte bateau dans prefque tout fon cours, qui elt d'environ 20 lieues.
- Stirling, province de la partie méridionale de l’Ecolfe , une des plus fertiles de ce royaume : elle elt ar-rofée de beaucoup de rivières fort poilfonneufes > fur-tout celle de Forth , oii la pèche du faumon eft très-adondante & fait une branche de commerce.
- Sundmer , contrée de la Norwege , qui borde la mer , entre la ville de Berghen,& celle de Drontheim.-
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- Tamife, grande fleuve d’Angleterre,
- qui
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- qui pafle par Londres, & fe décharge dans la mer d’Allemagne.
- Tancarville, bourg de France en Normandie , à 4 lieues au fud de Mon-tivilliers.
- Thiboulville ( riviere de ). V. Riviere.
- Tillt (la),rivière du duché deBourgo-gne. Elle a fa fource dans la fontaine de Selives,à7 lieues deDijon ; & après un cours d’environ i ç lieues, elle fe jette dans la Saône au - def-fous de Saint-Jean-de-Lofne.
- Touvre ( la ), riviere de France dans l’Angoumois. Elle a fa fource au pied d’un rocher efearpé , proche l’églife de Touvre. Cette fource eft une des plus belles qui foit en France. Elle fort avec une telle abondance , qu’elle forme une riviere qui coule dans un canal d’environ 60 toifes de largeur ; elle conferve cette même largeur pendant tout fon cours,qui eft d’environ une lieue & demie d’étendue; elle n’eft cependant pas navigable: elle eft peu profonde , alfez rapide, & dans fes crues , qui font rares, fes eaux ne haulfent que d’un pied & demi au plus. Elle fait mouvoir les ufines de la forge de Ruelle, plufieurs moulins à bled au pont de Touvre, & des martinets au Gond. Ses eaux font claires & très-poif-fbnneufes , & produifent une pro-digieufe quantité de truites,
- U
- Utt. Voyez Aort.
- y
- Vahal. On donne ce nomme à la branche du Rhin , qui pafte à la T'orne X,
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- gauche du fort de Skenck en Allemagne ,au duché de Cleves.
- Val-Dim (la), abbaye commenda-taire de l’ordre de Prémontré ,fur la Semoi,aux confins de la Champagne & de l’évêché de Liege , a deux lieues de Landrecies , au dio-cefe de Rheims.
- Valéry (Saint-), en Caux, gros bourg 8c port de mer du pays de Caux , dans la haute-Normandie, entre Dieppe & Fefcamp, à 8 lieues ai: nord de Caudebec.
- Va lery-fur-Somme ( Saint- ) , ville de la bafse - Picardie , fur la rive méridionale de la Somme , à 2 petites lieues de fon embouchure, 4 au-defsus d’Abbeville.
- Vallais , pays qui forme une république voifine & alliée des Suifses. C’eftune vallée longue & étroite, entourée de hautes montagnes.
- Falkmont^ bourg de la haute-Normandie, au pays de Caux .près de la fource du ruifseau du même nom , à 2 lieues au levant de Fefcamp.
- Verfoix , bourg fitué dans le pays de Gex , fur les bords du lac de Çe-neve , à 2 lieues de cette ville.
- Verfoix ( le ) , petite riviere fur les bords du lac de Geneve , qui fe rend dans le Rhône.
- Vienne ( la ) , riviere de France , qui a fa fource dans le bas-Limoufin, traverfe la Manche & le Poitou , fe jette dans la Loire à Cande , ville de la Touraine : elle eft navigablf 2 lieues au-defsus de Châtelleraur.
- Fivot, endroit deNormandie, où la riviere d’Ainefe perd dans l’Orne,
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- entre la paroifse de Fontenay-l’Abbaye, & Clinchamp.fur-Orne.
- Fofges , chaîne de montagnes , qui s’étendent depuis la partie méridionale de la Franche-Comté ,fort avant & fur les confins delà Lorraine & de l’Alfàce. Elles dônnent le nom à la partie méridionale de la Lorraine, qu’on appelle laFofge ou les Vifges.
- W
- Wardhus 5 gouvernement de la Nor-wege , dépendant de Berghen : cette province eft fituée au nord de la Norwege. Elle a au nord l’Océan ; à l’orient, la Lapponie Mof-covite ; à l’occident, le gouvernement de Drontheim;au midi, la Lapponie Suédoife.
- Waterford , ville confidérable d’Irlande , capitale de la province du même nom : elle eft fur la riviere de Shure,à un lieue de la mer. On y pèche beaucoup de Paumons.
- Wolga , eft un des plus grands fleuves du monde , qui fe décharge dans
- la mer Cafpienne : il eft dans l’empire de Ruftîe , fur la frontière de la Lithuanie. Son embouchure dans la mer Cafpienne eft à 12 lieues d’Aftracan : fon cours eft de plus de 400 lieues.
- JFye, petite riviere d’Angleterre, au pays de Galles : elle a fa fource dans le comté de Montgommery, & fe jette dans la Saverne , au-defsous de Chepftown.
- Y
- Ygréc, petite riviere de Hollande, qui fe réunit avec celle d’Amftel, devant le port d’Amfterdam.
- Yftel. On donne ce nom au bras du Rhin , tirant au nord , qui fe jette dans le golfe de la mer du Nord , qu’on appelle le Zuyder^êe.
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- Zélande , province des Pays-Bas, l’une des fept qui compofent la république des provinces - Unies. Cette province confifte en plufieurs isles que forme l’Océan , avec des bras de l’Efcaut & de la Meufe.
- Additions & corrections à la Notice géographique des principaux lieux dont il eft fait mention dans cet ouvrage.
- F da Y e. Ce mot doit être mis à H , & s’écrit Hendaye en Gafco-gne, dans le pays de Labourt, fur les frontières, &c.
- Aort. Ce mot doit être mis à O, & s’écrit Orte. D’autres écrivent Orthe.
- Biriatou, petit village de France fur la riviere de Bidaiïoa, à une demi-lieue d’Hendaye.
- Comber, liiez Cambo , village fur la riviere de la Nive , à trois lieues de
- Bayonne : il eft renommé par les eaux minérales qui s’y trouvent.
- Hourgave. L’étymologie de ce mot dérive du mot gafeon hourque , qui lignifie en français fourche ; c’eft de ce nom de hourque que le confluent de l’Adour & du gave de Pau, qui a la forme d’une fourche, porte celui de Hourgave; ainfi on dit Hourgave du Bec, Hourgave de Peyreho-rade, qui eft le confluent des gaves
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- de Pau & d’Oleron, au port de Taulez, près l’abbaye de Sordes.
- Iron, petite & première ville frontière d’Eipagne, après avoir palfé le pas de Behotie , fur la riviere de Bidaf-foa, à un quart de lieue de cette riviere au fud, & à une demi-lieue de Fontarabie, au nord-oueft.
- Jean -de- Lu{ ( Saint-). La riviere qui fépare Saint-Jean-de-Luz de Si-boure, fe nomme Urdafoury, ou la petite Nivelle.
- Jean-Pied-de-Port (Saint). On compte dix lieues de Saint-Jean-Pied-de-Port à Bayonne.
- Orte{y liiez Orthe{.
- Peyrehorade.il faut lire vicomté d’Orte ou d’Orthe au lieu de vicomté d’Aouft.
- Sarrance, village de France dans la vallée d’Afpe, près des Pyrénées, à une lieue. & demie d’Oleron, fur le
- gave d’Afpe, qu’on nomme quelquefois gave de Sarrance , comme il eft également nommé gave d'Ole-ron, quoique ce foit la même riviere. Tous ces gaves parvenus à la vilie d’Oleron, perdent leurs noms, ainii que le gave d’Olfau, non pas d’Of-fan, pour prendre celui de gave d’Oleron. Il y a à Sarrance une chapelle dédiée à la fainte Vierge, fous le nom de Notre-Dame de Sarrance, renommée par les pèlerinages qu’on y fait. Il y a A rance, & non Sarrance, en Béarn, & dans le diocefe de Lef-car, à trois lieues de cette ville : c’eft un village fur le gave de Pau.
- Sordes, bon ; mais au confluent du gave de Pau & de celui d’Oleron.
- Urt9 bourg de France en Gafcogne, dans le pays de Labourt, fur la riviere de l’Àdour, à quatre lieues de Bayonne.
- JL JL j3 JL JE.
- DES CHAPITRES ET ARTICLES
- Contenus dans l
- 53 u laumon , & des poiffons qui y ont rapport.
- Remarques générales fur les fau-mons , & les poiifons qui forment cette claife. page 289 Idée générale des différens poiffons que les auteurs ont rangés dans la claife des faumons. 290 CHAPITRE I. Du faumon proprement dit, ou franc faumon. Réflexions préliminaires. 291 ARTICLE I. Defcripdon d'un faumon
- fécondé fiction.
- par fis parties extérieurs page 192 Art. II. Defcription du faumon par fies parties intérieures. 29f
- Art. III. Que le jaumon fe plaît à pajfer de l'eau de la mer dans les tivieres.2<) 7
- CH AP. II. Du faumon bécard. 306 Art. I. Defcription du faumon bécard. ibid.
- Art. II. De la qualité des faumons , principalement fuivant les endroits où. on les pêche. ' 311
- CHAP. III. De la, truite. 313 Y y y ij
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- TABLE DES CHAPITRES
- Art. I. Defcription de la truite qu'on prend à la mer. page 317
- Art. II. Defcription d'une truite fau-monnée & bécarde , trouvée dans un parc. 319
- Art. III. C011J1 dération s fommaires fur La truite de rivière, 321
- Art. IV. Defcription détaillée d’une truite pêchée dans la T ouvre. 323
- Art. V. Notes fur Les truites d’eau douce 9 trutta fluviatilis , pêchées dans de petites rivières fort éloignées de La T ouvre. 3 2)
- Art. VI. DifcuJJîon fur Les différentes couleurs de La chair des truites. 3 27 Art. VII. Sur la faifon du frai des truites , & çelle ou elles font meilleures. ^ 330
- Art. VIII. De la confervation des truites dans des viviers. 333
- Sur la façon de faire naître des faumons & des truites, traduit de l’allemand, des bords duWe-fer; ^ . 334
- A RT. IX. De la qualité dns truites. 343 Art. X. Des truites du lac de Gcneve & de leur pêche. 345
- GHAP. IV. Des timbres 9 umbles , humbles, ombres ou ombles. 3>o ÀRT. î. Defcription d’un umbre de Clermont-Ferrand. ibid.
- Sur l’umbre du Lyonnais. 3$2 Comparaiion d’un petit umbre & d’une truite de même grof-feur ,pêchés dans le Rhône. 353 ART. II. Umbre - chevalier du lac de Geneve. 354
- Notes du heur Sadoc , ancien pécheur du lac de Geneve. 3 CH AP. V. Des tocans ou faumo-tica-ix. ibid.
- Art. I. Des petits poffons qu'on nomme en quelques provinces tocans , en ddautres faumoneaux. page 358 Des tocans d’Auvergne & de plu-fieurs autres endroits. ibid.
- Du tocan ou tacon de Clermont-Ferrand. 3^9*
- Des faumoneaux de Guienne.3^o Des tocans qu’on prend dans les gaves. 361
- Des tocans qu’on prend aux environs de Saint-Jean-de-Luz. 363 Ce qu’on penfe fur les tocans & faumoneaux à Sailit-Jean-pied-de-Port. 364
- Des tocans ou faumoneaux qu’on prend dans la Semoi. ibid. Des faumoneaux que l’on pêche aux environs de Râle & de Rhin-feîd. 36Ï
- Des faumoneaux du Loiret. 3^7 CHAP. VI. De l’éperlan. 3 70
- Art. I.- Des éperlans en gênerai. 371 Defcription de l’éperlan de la Seine. 372
- CHAP. VII. Dephtfleurs autres poif-fons du genre des fumions. 374 Art. I. Du thymale } ou themero, de Belon. ibid.
- Art. II. Du lavant. 376
- Art. III. Du carpion. 378
- Art. IV. De la truite F Autriche , appel Ue huch. ibid.
- Art. V. Du faumongris ou cendré. 379 Art. VI. Du faumon nommé falmo dorfo fulvo , maculis luteis , cauda bifurca. 380
- ÀRT. VII. D’un petit poiffon que TVal-ton nomme gravel-laft-fpring. ibid. CHAP. VIII. Pêche des faumons-, des truites & des tocans. 381
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- ET ARTICLES.
- Ut
- Expofé fommaire des endroits où l’on trouve les faumons , les truites & les autres poifsons de eette famille. page 381
- Des marques extérieures qui in-î diquent que les faumons & les truites font de bonne qualité.383 Des tems fixés par l’ordonnance pour faire la pèche des faumons & des truites. 384
- Art. I. Remarques générales fur la pêche des faumons & des truites. 3 De la pèche des faumons & des truites à la mer. 387
- De la pèche des faumons & des truites fur les plages qui fe forment ordinairement à l’embouchure des rivières. ibid.
- Des pèches qui fe font dans les an-ces , où il fe raffenibie beaucoup de faumons & de truites. 392 De pîufieurs petites pêches qui fe pratiquent dans des endroits où il n’y a pas afsez de faumons & de truites pour y établir de grandes pêcheries. 393
- Art. IL Des pêcheries qiion établit exprefément pour prendre des faumons & des truites. 3 96
- Vues générales, qu’on doit avoir pour établir des pêcheries qu’on deltine exprefsément à prendre des faumons & des truites. 397 ÂRT. III. Des pêcheries des faumons & des truites dans le royaume, 399 Pèche dans la Mofelle , avec quelques obfervations fur les poif fons qu’on y prend. ibid. Pèche, des truites & des faumons dans Ja Meule. ' 402
- Pêcherie des faumons.établie dans
- la Sernoi. page 403
- Pèche du faumon & de la truite dans l’amirauté de Saint-Valery-fur-Somme. 409
- ArT.IV. De la pêche des faumons & des truites furies côtes de Normandie. 410 A Fefcamp. ibid.
- A Dieppe. 411
- A Caen. ibid.
- Pèches qui fe pratiquent dans la baie du Mont-Saint - Michel, amirauté de Grandville, &c. 413 Art. V. De la pêche des faumons & des truites en Bretagne. 414
- De pîufieurs petites pêches qui
- - fe pratiquent en différens endroits. ‘ ibid.’
- Des coffres à faumons. 415" Maniéré d’ajufter des manches de filet aux digues. 417
- Autre difpofition de pêcheries.419 Pèche des faumons & des truites dans la Loire, depuis fon embouchure jufqu’en Forez. 420 Pêcheries du Pont-du - Château fur l’Ailier. 427
- Art. VI. De la pêche des faumons & delà truite en Aunis & en An pou-moi s. 429
- Pèche de la truite dans la riviere delaTouvre en Àngoumois.430 Art. VII. Pêche des faumons & des truites en Gafcogne & le pays des Bafques. 431
- - . Des nafses de. la Guienne. 43 v ÂRT. VIII. Pêche des truites à. la fontaine de Vauclufe dans le comtat Ve-
- ; naifjin. ' 440
- Art. IX. Des pêches des faumons & des truites qui fe font dans pîufieurs états voifins de la France. 442
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- TABLE DES CHAPITRES ET ARTICLES.
- A43
- Pèche du faumon & des truites en Hollande. page 442
- Des truites en Hollande. 445 Pèche du faumon en Irlande. 446 Pèche du faumon en Ecofse. 447 Art. X. De la pêche du faumon dans le nord. 450
- De la pêche du faumon en Danemark. ibid.
- Pêche du faumon en Norwege, & dans la mer Baltique., 45 1 Différentes maniérés de pêcher les faumons dans la Bothnie occidentale , tirées d’une difserta-tion de M. Daniel Bonge , docteur en médecine. 453
- De la pêche des faumons & des truites en Islande. 4^
- Pèche du faumon en Rufiie fur le Volga. 456
- Maniéré de pêcher les faumons avec des haims , ainfi qu’elle fe pratique auprès de Bornholm & autour de l’isle de Chriltianfoe , ainfi que fur les côtes de la mer Baltique. 4^7
- Art. XI. Pêche du faumon en Canada.
- CH AP. IX. De la pêche des éper-laris dans la Seine. 460
- Apprêt des éperians. 463
- CH AP. X. De Puf âge qu'on fait du faumon, des truites & des autres poijfons de cette famille, avec différens moyens pour les confer-
- ver< ibid.
- Art. I. Du faumon. ibid.
- Du faumon frais. 464
- Débit du faumon frais dans les marchés. 46 ?
- F J N du
- Quelques maniérés d’apprêter les faumons frais. page 46$
- Maniéré de conferver le faumon dans du beurre fondu. 467 Du faumon mariné. ibid.
- Du faumon fumé. 47ï
- Du faumon defséché. 473
- Du faumon falé. 474
- Art. II. Delà préparation des truites y des tocans & des ombres. 477 Art. III. Des diffe ens barri liages & fûts , dans lej quels on renferme U faumon en Ecofje, en Irlande 9& au nord. 478
- Art. IV. Vente du faumon falé au marché , & les differentes façons de l'apprêter. 479
- Art. V. Des bâtimens quon emploie pour le commerce des faumons. 4go
- CHAP. XI. Sur les infedbes qui s'attachent aux poiffons. 481
- Art. I. Defcription d'un infecte qui s'attache aux faumons. 482
- De la pêche des faumons & des truites a-u Pont-de-Cé,pour fer-vir de fupplément à la pêche de ces poifsons dans la Loire.484 Explication de la figure par laquelle eft repréfentée la pèche du faumon au Pont-de-Cé, fur la Loire , à une lieue d’Angers.487 Additions. Pèche du lac de Neuchâtel. 490
- Pèche du lac de Bienne. 494 Pèche dans la Reufe. 49<>
- Pèche du faumon enHollande.^01 Pèche du lacdeZuric. 5:02 Hiftoire de la pêche du faumon en baffe-Bretagne. 508
- Explication des planches. fif
- dixième volume.
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- r v
- ADDIT ION
- Concernant la pêche dans le Volga.
- C^N vient de publier une collection abrégée des découvertes faites par plusieurs favans voyageurs , dans diverfes contrées de la Rufïie & de la Perfe, relativement à Thiftoire civile & naturelle, à l’économie rurale , au commerce, &c. de ces pays-là. J’ai trouvé dans cet ouvrage des détails fi curieux fur les pêches qui le font dans le Volga, que j’ai cru devoir en faire la matière d’une addition qui ne pourra , fi je 11e me trompe, qu’intéreifer mes lecteurs, & elle fervira de fupplément au peu que M. Duhamel dit de ces pèches à la page de la fpconde fection. On verra avec quelque furprife que des peuples beaucoup moins éclairés que bien d’autres, aient pouflé plus loin qu’eux Part de prendre les poifTons. Voici l’extrait de ce que l’on trouve dans les voyages de M. Pallas, l’un des favans dont il s’agit.
- Il n’y a peut-être , dit-il, à parler généralement, aucune contrée dans l’univers où l’on emploie autant de procédés ingénieux, «St en partie inconnus ailleurs, pour prendre le poifl'on, ni une plus grande diverfité de machines à cet ufiige, que le long du Volga. Indépendamment des filets ordinaires, tels que l’épervier, le traîneau, la nafle, la faine, on fe fert d’une elpece de batardeaux qu’on arrange pour la pèche des gros poiiTons, qui eft en ufage auprès d’Aftrakan, & dont d’autres voyageurs ont donné une fort bonne figure, & d’une maniéré de trappe à poiiTons, nomméegorodba, qui mérite d’ètre décrite avec quelque détail.
- On afferme pour cet effet certains endroits du Volga, & l’on choifit particuliérement ceux où l’on rencontre un fond uni, qui s’étende depuis le rivage jufqu’au milieu du fleuve. Là on enfonce en terre une rangée d’arbres où de gros pieux qui traverfent une partie du lit du fleuve, foit en ligne droite, foit en-formant un angle fort obtus, dont l’intérieur fait face vers la partie inférieure du courant ; il faut que la tete de ces pieux déborde la furface de l’eau ou de la glace : enfuite 011 prend des claies d’ofier, qui aient affez de largeur pour aller de la fuperficie de l’eau jufqu’au fond, où on les affujettit avec des pierres, de maniéré que le courant*les pouffant fur les pieux, elles s’y trouvent comme collées ; ce qui forme une efpece de palifiade ou de digue, qui oblige les poiiTons qui remontent le fleuve de ce côté-là, de Te couler le long de cette digue, & de chercher un autre paflage.
- On a laifle dans celles de ces digues qui forment un angle, une ouverture d’environ deux à trois toifes , placée dans l’angle même , & qui fert d’entrée -à une chambre quarrée, fermée pareillement de trois côtés par des pieux, Tome X. Z z z
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- ADDITION
- & des clayonnages difpofés comme ceux de la digue ; & c’eft dans cette chambre ou caille que fe prennent les poiiï'ons. Lorfque la digue traverfe obliquement une partie du fleuve, fans former d’angle , on établit vers la moitié de fa longueur une double chambre de la même conftrudtion que la précédente, mais placées l’une & l’autre contre le côté de la digue qui fait face à la partie inférieure du fleuve, de maniéré que leurs ouvertures foient 'Vis-à-vis du rivage. Dans les deux cas l’on a foin d’entretenir continuellement la glace ouverte au - delfus de ces chambres, pendant tout l’hiver ; & l’on conftruit au-delfus de cette ouverture une hutte de paille aidez fpacieufe pour que les ouvriers puilfent marcher libremeut autour du trou , & y entretenir un peu de feu.
- ' On voit que dans l’un & l’autre cas le poilfon qui fuit la digue, cherchant ;un paifage pour continuer à remonter le fleuve, eft mis dans la néceffité d’entrer dans ces chambres. Voyons à préfent comme elles font difpofées intérieurement, pour que les pêcheurs foient informés à l’in liant de l’arrivée du poilfôn, & puilfent s’en rendre maîtres. Le fond de l’eau eft couvert d’un cadre compofë de perches bien fortes , & garni foit d’un filet de cordelettes, foit d’un clayonnage. On emploie ce dernier en été. A chacun des quatre angles de cette efpece de grillage, qui occupe tout le fond de la cailfe, eft attachée une forte corde ; ces cordes font fixées à deux manivelles placées au-delfus de l’ouverture pratiquée dans la glace, & au moyen defquelles on tire le cadre en-haut. On tient au-delfus de l’ouverture de la chambre, foit une grille tombante faite avec des perches & garnie de clayonnage, dont on ne fe fert aulli qu’en été , foit d’un filet tendu fur une perche, laquelle fert de traverfe, de maniéré que le filet ferme l’ouverture lorfqu’on fait defçendre la traverfe jufqu’au fond, par le moyen de deux autres perches perpendiculaires. Outre cela, pour que les pêcheurs puiflent être avertis fur-le-champ de l’entrée d’un poilfon dans la chambre, afin d’être à portée d’en fermer aulli-tôt l’ouverture, ils placent au-devant de cette même ouverture quantité de ficelles qui tiennent par un bout à une courte traverfe flottante d’où elles partent comme autant de rayons qui vont aboutir au fond de l’eau contre le cadre dont nous avons parlé. Elles font difpofées de façon qu’aucun gros poilfon ne faurait entrer dans la chambre, fans, en toucher quelqu’une, & fans donner par conféquent des feçoulfes fenlibles à la perche flottante. A l’inftant que ces fecoulfes font apperçues , on laiife tomber la grille ou le filet, & la chambre ainlî fermée, on fait monter le cadre par le moyen des manivelles, & en même tems tout le poilfon eft renfermé dans la chambre 3 on retire ce poilfon avec des crochets ; on fait redefeendre le cadre, & l’on démafque l’ouverture de la chambre pour une nouvelle capture j tout ce travail peut être opéré par trois ouvriers.
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- SUR L A P E C H E D U F 0 L G A.
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- Mais afin que ces bonnes gens ne fuflent pas dans la néceflité de veiller toute la nuit, on a imaginé un "autre moyeu, très-flmple dans le fond, par lequel le poiffon fe prend de lui-mème comme dans une trappe, & annonce en même tems fon infortune aux ouvriers. On attache pour cet effet, foit à la grille tombante, foit à la perche fervant de traverfe au filet qui fait le même office, quelques pierres , pour qu’elles puilfent aller d’elles-mèmes au fond, lorfqu’elles font abandonnées à leur propre poids ; on adapte enfuite à une poutre pofée en travers du trou fait dans la glace, fur laquelle poutre les ouvriers fe tiennent lorfqu’ils virent les manivelles , un quatre de chiffres feniblable à ceux dont on fe fert pour détruire les rats & les fouris ; c’eft une des quatre bûchettes qui le compofent, qui fert de levier pour foutenir ou la grille ou la perche du filet, une autre eft attachée vers le haut des ficelles tendues devant l’entrée de ia chambre ; 8c comme ces bûchettes tiennent l’une à l’autre par des entailles, & que tout l’appareil eft tendu très-fubtilement, pour peu qu’un gros poiffon touche à une defdites ficelles, l’appareil fe détend, & la grille ou la perche du filet va tout au fond, ferme l’dntrée, & tire en même tems une autre ficelle qui répond à une clochette dont le bruit -réveille les ouvriers qui amènent le poiffon enftiaut, & drek fent de nouveau le trébuchet.
- Cette ingéniêüfe machine s’établit en été dès que les eaux font tombées à leur niveau ordinaire, & l’on y prend jufqu’à l’arrivée des glaces de grands efturgeons ichtyocoles, des efturgeons proprement dits, & d’autres poiffons qui remontent le fleuve. Lorfqu’il commence à charier des glaçons, on enleve le tout, & l’on ne rétablit point la machine en hiver avant les premiers jours de janvier, que le iàumon blanc commence à remonter en grand nombre, 8c c’eft même prefque le feul poiffon que l’on prend jufqu’au printems, que la débâcle des glaces oblige à défaire de nouveau l’appareil.
- Mais de tous ces appareils de pèche, le plus curieux, & qui fe conftruit particuliérement pour la pèche des grands poilfons , eft celui qui fe nomme la faboïka. On enfonce d’abord en travers du fleuve de gros pieux à la diftançe d’une demi-aune l’un de l’autre. Lorfque le courant de l’eau eft rapide , la ligne que décrit la faboïka va en ferpentant ; mais lorfque ce courant eft moins fen-fible, l’on donne à cette ligne une diredion droite. Cela fait, on conftruit contre le courant, pareillement avec de gros pieux joints enfemble, des chambres à peu près en forme de cœur, dans le .milieu defquelles on pratique plufieurs cellules, en obfervant d’enfoncer beaucoup moins folidement les pieux qui font près de l’ouverture qui forme l’entrée, afin que lorfqu’un poiffon de plus grande taille fe précipite dans le piege, ces pieux puiflènt en fe prêtant lui ouvrir iin paffage proportionné à fon volume. On conftruit plus ou moins de chambres, félon que le bras du fleuve a plus ou moins de
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- largeur, & Ton donne à celle du milieu, entre toutes les autres, le nom: dis matera]a , parce que c’eft fur elle que fe dirige le fort du courant, & qu’on y prend communément les bel âges ou gros efturgeons.. Les intervalles de tous les pieùx qui' compolènt cette efpece de digue, font remplis par une chaîne continue de gros rondins de bois, joints enfemble par le travers, au moyen de-trois ou quatre groifes cordes d’ofier. Lors donc que. les poiifons remontent le fleuve , & qu’ils pénètrent dans les chambres par les ouvertures qui leur fervent d’entrée, & qu’ils parviennent, foit de droite, foit de gauche , dans les angles, ils s’y trouvent trop reflerrés pour pouvoir fe retourner fur eux-mèmes, & reprendre le chemin par lequel ils font venus, & font forcés au contraire de relier dans la pofition où la configuration des côtés & des angles de la chambre les tient emprifonnés , du moins quant aux grands poiffons ÿ car pour les petits, tels que les fevruges & les efturgeons de la moyenne efpece, ils pourraient à tous égards revenir fur leurs pas, mais alors ils trouvent un autre empêchement dans la rapidité du courant, auquel il faut qu’ils fe: lailfent aller, & qui eft conlidérablement augmentée par l’efpece de digue que forme la ligne de pieux qui traverfe le bras du fleuve. De forte qu’ils deviennent également la proie des pêcheurs. On conftruit les làboïkes de préférence dans des bras du Volga qui ont une certaine profondeur , & qui communiquent avec la mer par leur propre embouchure. On prend par leur moyen une fi énorme quantité de poiifons, qu’il n’eft pas poflible de trouver aflêz de monde pour retirer de cette pèche tout le profit dont elle eft fufceptible.
- Il fe prend aufli dans ces contrées quantité de poiffons à l’hameçon, & l’on emploie entr’autres pour ce genre de pèche le fnaji. Voici la maniéré de le eonftruire. On prend une corde de chanvre de la groflèur du doigt & de fept à huit toifes de long,. à laquelle on noue des ficelles de la groflèur d’une plume d-’oie, fur un peu moins de deux pans de longueur & à un pan & demi de diftance l’une de l’autre. A leur extrémité on fixe avec du fil un peu fin des hameçons de fer, au milieu de la courbure defqueîs on attache une ficelle de crin. A l’autre extrémité de cette ficelle fe trouve un bouchon d’écorce de faule ou de peuplier noir. On noue ordinairement foixante hameçons à la groflè corde, qu’on place en travers dans l’eau ; & afin que ces hameçons ne foient pas entraînés par la force du courant, on charge les deux extrémités de la corde d’un tas de pierres ; & pour indiquer qu’il y a un fnaft à cet endroit, on fait monter du fond vers la fwrface de l’eau , deux cordes qui font maintenues par deux perches flottantes fur cette furiace. — Lors donc que les poiflons qui vont & viennent vers le fond, agitent l’eau par leurs mouve-mens circulaires , il arrive que les bouchons légers, & fpongieux de leur nature ,, en fuivant: les vibrations irrégulières de f eau, approchent l’hameçon
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- SUR LA PECHE DU VOLGA,
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- du corps du poifTon, qui Te Tentant bleffé , s’agite encore davantage, & cherche à atteindre le fond, ce qui met les hameçons voifins pareillement en mouvement au moyen de leurs bouchons , & multiplie les blelTures du poilTon. Ce-ne font pour la majeure partie que des efturgeons de différentes efpeces qu’on prend avec des fnafts, parce que ces poiflons font de taille, qu’ils ont la peau très-tendre, & qu’ils s’agitent dans l’eau d’une maniéré extraordinaire i aufîi s’embarraffent-ils bien vite dans les hameçons.
- Il eft une autre maniéré de prendre du poifTon à l’hameçon, dont on ne fait ufage qu’en hiver, & qui eft particuliérement appropriée à la pêche du faumon blanc. (Dclphinus Leucas F ail.) On creufe d’abord dans la glace, juft qu’à ce qu’on foit parvenu à la fuperficie de l’eau courante , un trou peu fpadeux, à travers lequel on puilfe retirer le poifTon qu’on doit prendre. On place tout auprès de ce trou un arc fait de branches d’ofier, dont les deux extrémités font fixées dans la glace j cet arc eft d’une épaiffeur médiocre, & n’eft pas confidérablement élevé au-deffus de fa bafe ; on pofe derrière cet arc trois perches d’environ une toife de long, dont les extrémités inférieures font écartées de façon qu’elles puiflènt fe tenir aifément debout, étant liées en-ièmble par le haut avec une corde, & cela de maniéré que leurs pointes dé-paffent le point de leur réunion. Après quoi l’on fixe à ces perches une petite corde avec laquelle on attache au travers de la tête du faifeeau formé par les perches, un levier d’environ deux toifes de long, qui fe dirige, lorfqu’oit l’abaiffe , vers le trou & vers l’arc, tandis que fon autre extrémité eft chargée d’un poids i le bout qui aboutit au trou porte une groffe ficelle longue de deux toifes, à laquelle pend un hameçon recouvert d’écailles de poiffons, & muni fur le devant d’un petit plat d’étain battu. On fixe après la ficelle , tout au-deffus de l’hameçon un morceau de plomb, afin que la force du courant n’éloigne pas ledit hameçon de l’ouverture. On attache encore à cette même extrémité de la perche qui fert de levier une ficelle fort courte, à laquelle tient un coin, & à la ficelle de l’hameçon une autre ficelle un peu plus longue, fixée à deux ou trois pans de l’extrémité du grand levier, & au bout de cette derniere ficelle un difque de bois placé en travers. Alors on abaiffe lê grand lévier avec l’hameçon dans le trou, & l’on fait paffer le coin fufpendu à l’autre extrémité de ce levier au travers de l’arc, on en ufe de même à l’égard du difque qu’on place dans l’arc , de maniéré que les deux extrémités de l’arc touchent à la circonférence du difquej le petit coin dont nous avons parlé , obtient dans l’arc une pofition perpendiculaire, tenant par l’une de fes extrémités à la partie fupérieure de l’arc , & de l’autre au difque j moyennant quoi le coin ne faurait gliffer hors de l’arc, & il maintient l’extrémité du levier qu’on a baillée de force vers le trou dans cet état. Ainfl dès qu’un faumon blanc a faiiî l’hameçon, il fait auftbtôt fortir le difque de l’arc, le levier s’élève brufi
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- ADDITION
- quement, tire le poifTon en-haut, & le jette fur la glace. Quelques pêcheurs mettent à l’hameçon un véritable poilïon vivant pour appât, d’autres fe con-/ tentent d’une plaque d’étain à laquelle on donne la figure d’un poiffon.
- Nous fupprimons la defcription d’un grand nombre d’autres maniérés de prendre le poiffon, ufitées dans ces environs, & nous ferons feulement encore mention d’une efpece de filet qu’on nomme achan, bien moins remarquable par la nature de l’inflrument, que par l’appareil faftueux qui accompagne la pèche, pour laquelle on le met en ufage. L’achan n’eft proprement qu’un filet en forme de fac , de deux toiles de long, fur deux aunes feulement de large ; il eft tiifu de cordes de la groifeur du pouce, faites d’écorce de tilleul. L’ouverture de l’achan eft garnie de deux grolfes cordes d’une bonne longueur , au moyen defquelles deux nacelles qui voguent à peu de diftance l’une de l’autre, foutiennent le filet qu’on a fait defcendre au fond de l’eau chargé de poids. Les pécheurs qui tiennent dans les mains ces deux cordes tendues, s’apperçoivent-ils qu’un poilfon fe foit embarralfé dans le filet ? ils tirent aufti-tôt les cordes à eux , & amènent hors de l’eau leur capture qui fe trouve enfermée dans le fac. On ne fait ufage de ce filet que dans de certains tems, en certains lieux, & feulement pour prendre les beluges ou efiurgeons, lorfque ces animaux fe rendent, à l’approche du froid , dans leurs creux , ou qu’ils s’y font déjà retirés.
- Lors donc que le froid commence à fe faire fentir, le commandant du comptoir expédie fes ordres à tous les infpe&eurs des utfchugs (*), pour qu’ils défendent à tous les pécheurs d’exercer leur profeffion dans tous les endroits où l’on s’apperçoit qu’il y a des fofles de beluges, & pour qu’ils recommandent à tous les bâtimens qui naviguent fur le fleuve , de ne point faire de bruit, & fur toutes chofes de bien fe garder de tirer des coups d’armes à feu , afin que les poiffons qui fe font couchés dans leurs trous, pour y hiverner, ne foient point inquiétés. Le grand jour pour cette chaife aux poiffons fe fixe lorfqu’on s’eft apperçu que le poiffon s’eft élevé plulîeurs fois vers la furface
- (*) On appelle Wataga, un port fur le Volga, où tous les poiffons pris par les pêcheurs, font remis au propriétaire de la pêche, où on les fale , où l’on prépare le kaviar & la colle de poiffon, & où fe font tous les travaux relatifs à la falaifon. Un urfckug eft un lieu plus confidérabîe, où l’on a établi de ces grandes digues du genre de celles qui ont été décrites plus haut fous le nom de Jaboika. Ces utfchugs font tous bâtis fur une élévation au bord d’un des bras du Volga ; chacun a fon églife, & eft
- habité par cinquante ouvriers, qui ne travaillent pas comme journaliers ainfi que les pêcheurs de Watages, mais jouiffent d’un traitement fixe, comme des gens en fervice réglé. Les droits que les Watages paient à la couronne , fe règlent fur la quantité de kaviar & de colle de poiffon qu’on y prépare. La caiffe publique retire cinq roubles par ponde de colle de poiffon, & deux roubles quatre-vingt-copeques par poudç dq kaviar.
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- de Peau, & s’eft enfuite faiffé aller vers le fond , ce qui , pour l’ordinaire, a lieu vers le commencement du mois de novembre, tors donc que le tems . favorable eft arrivé, on notifie à tous les pêcheurs de fe rendre avec tous les inftrumens néçeffaires, à une certaine heure à tel ou tel utfchug. Le comrnan- dant invite pour fon compte dès la veille un grand nombre de perfonnes, avec lefquelles il fe rend aux utfchugs, où il a foin de les régaler fomptueu-Jjêment , Sç de faire distribuer de l’eau-de-vie aux pêcheurs. Le lendemain de très-grand matin l’on fe rend aux endroits où il y a des trous de beluges , & Fon impofe un filence univerfel. Après qu’on a mis les achans en état & rangé les nacelles, un coup de fufil donne le lignai du /départ. A ce lignai, les nacelles, qui font pour l’ordinaire au nombre de trois cents, partent toutes à la fois, A peine les filets font-ils jetés & tous les paüages fermés, qu’au filence qui avait régné jufqu’alors , fuccede un bruit épouvantable de cris & de hurle-mens, pouifés par les pêcheurs. Les poilfons effrayés'cherchent à s’échapper par toutes fortes de moyens, les uns gagnent la furface de l’eau, d’autres n’olant fe* halarder fi haut, relient entre deux, eaux, d’autres tâchent de le dérober au péril qui les menace par les mouvemens les plus irréguliers j. mais tous manquent leur but , & font environnés d’une foule de pêcheurs, uniquement occupés à leur fermer toutes les ilfues par lefquelles ils pourraient s’échapper. Alors on voit d’énormes poilfons tantôt faire des culebutes fur la furface de fonde, tantôt renverfer les nacelles. Xpi l’on ap perçoit des. pêcheurs trempés depuis les pieds jufqu’à la tête, faire un vacarme d’autant plus affreux, que la plupart font, ivres ; là on entend de violentes difputes, & les injures qu’ils vomident les uns contre les autres lorfque deux nacelles fe font heurtées, Souvent aufli l’on apperçoit les effets de la jaloufie, lorfque la fortune a été plus favorable aux uns» en leur procurant des poilfons plus gros ou en plus grand nomhre qu’aux autres. Lorfqu’enfin les efturgeons ont été fuffifammcnt inquiétés, les pêcheurs jettent les achans de, côté , s’arment de là poganoi) (autre efpece de filet fans faq, qui embraffe cent vingt toiles en largeur, & quatre en profondeur) & s’emparent du poilfon qui cherche à s’échapper à la faveur du courant. Tout ordre celfe de nouveau dans ce moment, chacun rame où il peut,. de là nailfent encore mille nouvelles dit putes, lorfque les nacelles s’approchent de trop près, ou que leurs filets s’embarralTeiît les uns daiis les autres.
- Les grands, efturgeons, ichtyacollœ, qui dans toute autre faifon de l’année font fi forts que dix hommes ont de la peine *à fe rendre maîtres d’un feul , font alors tellement affoiblîs, que deux pêcheurs en viennent aifémènt à bout. Ce n’eft pas fans fondement qu?on allégué pour raifon de cette molle réfiftance de la part du grand efturgeon au commencement de l’hiver, cette enveloppe épaiffe & vifqueufe, dont la peau de cet animal fe couvre à cette époque,
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- & qui ne le quitte point pendant toute cette faifon. Or Pefturgeon ne veut point, dit-on, à quelque prix que ce foit, perdre cette efpece d’habillement compofé de fes propres lues, & dont la nature l’a pourvu, pour le garantir de la rigueur du froid. (*)
- Cette pêche dure pour l’ordinaire environ deux heures, & lorfqu’elle efi terminée, tous les pêcheurs fe rendent vers le priftan ou entrepôt, y débarquent leur prife en préfence de l’mfpe&eur, & reçoivent le falaire qu'ils ont mérité : ce qui fournit encore de nouveaux fujets de jaloufîes & de querelles , & occafionne derechef un tapage effroyable. Chaque fociété tâche d’obtenir que fa prife foit reçue la première ; & s’il arrive que i’un s’eiforce à devancer l’autre, ou que dans cette efpece de joûte il y ait une nacelle qui en heurte une autre, celui qui fe croit léfé fond fur fon camarade, comme il tomberait fur l’ennemi le plus furieux j on fe porte des coups, les rames fe brifent, les barques font ira-caffées, & fouvent une partie des combattans eft précipitée dans les flots.
- Lorsque tous les creux ont été vifités, & que tous les poiflons qui s’y trouvaient en ont été retirés, il fê raflemble de nouveau des gardes aux environs de ces creux *, & fi au bout de quelques jours ces gardes viennent rendre compte qu’ils ont vu des poiflons nouvellement arrivés, qui commençaient à s’agiter dans ces endroits-là, on ordonne la fécondé pèche, qui fe réitéré quelquefois aux mêmes lieux jufqu’à la troifieme & à la quatrième reprife * ce qui n’arrive cependant que lorfqu’on a lieu de préfumer qu’il fe trouve une grande abondance de poiflons , & fuivant les obfervations des pêcheurs d’Aftrakan, la chofe a lieu tous les quatre ans : hors ces cas-là on fe contente de la feçonde pèche. M. Gmelin aflifta le ^ de novembre 1769 à une de ces pèches, & il aflure qu’on y prit en moins de deux heures pafle cinq cents beluges de différente taille , mais la plupart de quarante à cinquante, & quelques-uns de foixante & dix poudes (**) ; c’eft-à-dire, de treize à feize, & jufqu’à vingt-trois quintaux. Il ajoute qu’il ne fe trouva dans tout ce nombre qu’un feul fewruge ou efturgeon ordinaire.
- (*) Ne ferait-il pas plus Ample d’attribuer cet état de faiblefle qu’on obferve alors chez les efturgeons, à l’épuifement que la perte de ces mêmes fucs qui compofent cette enveloppe, a naturellement dû lui ©ccafionner ? Un certain degré de froid ne pourrait-il pas aufli produire dans ce'poiflon
- une altération, un épaifliffement dans les humeurs, un engourdiflement, qui le rendent moins aétif, moins propre à fe défendre dans cette faifon que dans le refte de l’an» née ?
- (**) Le poude de Ruflie vaut $} livre» de France, poids de marc.
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