Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS,
- FAITES OU AF TROUVEES PAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE ROYALE 3BJES SCXJ£WCJ£S 2BJEL 3P<A.HXS*
- AVEC FIGURES EN TAILLE-DOUCE.
- NOUVELLE EDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre, en Suifle, en Italie.
- Far J. E. Bertrand, Profeffeur en Belles-Lettres à Neuchâtel, Membre de /’Académie des Sciences de Munich, & de la Société des Curieux de la nature de Berlin.
- TOME XI.
- Contenant la troijieme feclion de la fécondé partie du
- A NEUCHATEL De l’Imprimerie de la Société Typographique. '".'w' == ...T,,;:r ~
- ~bTbùôthèqùT
- DU CONSERVATOIRE NATIONAL des AKTS & MÉTIEKS
- ù°du Catalogue
- Prix ou Estimation..
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- M. D C C. L X X I X.
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- TRAITÉ
- DES PECHES,
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- HISTOIRE DES POISSONS.
- Tome XI.
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- T R A I TÉ
- DES PECHES,
- E T
- XXX S jt O X HJEl JD JE S 3POXSS OWS,
- O V
- DES ANIMAUX QJUI VIVENT DANS L’EAU.
- SECONDE PARTIE, TROISIEME SECTION.
- De l’a LOS E, ET DES POISSONS QUI T ONT R'APPORT.
- 1. N o u s nous propofons de traiter dans cette fe&ion d’une famille de poiflons, que beaucoup d’auteurs ont compris fous la dénomination de clupea, & que nous délignerons fous celle à'alofa, en français alofe ; elle comprendra la vraie alofe, la feinte, les harengs, les fardines, les anchois, en un mot tous les poiflons qui auront les caraéteres que nous allons expofer.
- 2. Les poiflons de cette famille font ronds, couverts d’écailles : ils ont des arêtes i les nervures qui forment les ailerons & les nageoires, font pour la plupart fouples, pliantes, & point piquantes. ( * )
- 3. Ces cara&eres ne les diihnguent ni des morues ni des faumons -, mais
- (*) Iflalacoptérygiens.
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- les,morues ayant trois ailerons fur le dos font triptérygiens, & les poilfons de la famille des alofes n’en ont qu’un , monoptèrygkns. Les faumons, il eft vrai, n’ônt de njème qu’un aileron fur le dos ; mais ce qui les diftingue des alofes eft, qu’ils ont un petit appendice charnu ou muqueux entre l’aileron du dos & la naiifance de celui de la queue (*) : cet appendice ne fe trouve point aux poilfons de la famille des alofes. Cette circonftance empêche qu’on ne‘confonde ces deux familles 5 ainli tous les poilfons que nous rangeons dans la famille des alofes, font monoptérygiens, fans appendice. Ils ont, comme les faumons & les morues, un aileron fous le ventre, derrière l’anus, une nageoire derrière chaque ouie, & deux autres fous le ventre, tantôt plus près, tantôt plus éloignées de la tête, & quelquefois fous la poitrine.
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- CHAPITRE PREMIER.
- De l’alofe. Clupea major. Alofa vera autorum.
- 4. O^N nomme ce poilfon en Gafcogne, coulac ou cola ; à Marfeille, halachia ; à Rome, laccia ; en Efpagne, faboga ( ** ) ; à Venife, chiepa ; ailleurs fcari ou fcarus, &c. ( 1 )
- f. Les mêmes raifons qui m’ont engagé à choifir la dénomination d? alofe pour le terme générique de cette fecftion, me déterminent à traiter dans ce premier chapitre de l’alofe vraie ou proprement dite : ces raifons font, que de tous les poilfons dont nous nous propolons de parler dans cette fecftion, la vraie alofe eft le plus gros, puifqu’on en prend quelques - unes qui ont 24 à 50 pouces de longueur, qui pefent 10 à 12 livres, & il eft très-ordinaire d’en prendre de 14 à 18 pouces; d’ailleurs les alofes qu’on prend dans les rivières d’eau vive, comme la Seine, la Loire, &c. font très-efti-mées & fe fervent fur les meilleures tables. Il eft vrai que l’alofe ne forme pas une branche de commerce auffi intérelîànte que le hareng, & cette raifon m’a fait héliter li je ne prendrais pas ce nom pour la dénomination principale de cette troilieme feétion. Quoi qu’il en foit, l’alofe, comme nous venons de le dire, a beaucoup de relfemblance pour là forme extérieure avec le faumon ; d’ailleurs elle eft comme le faumon un poiifon de palfage qui remonte dans les rivières depuis le mois de mars jufqu’à celui d’août. On dit que fon ar-
- ( * ) Us font malaco - monoptérygiens.
- (**) Les Anglais nomment l’alofe shad, & pilchard quand elle eft petite.
- ( 1 ) Le nom allemand de ce poilfon eft alofe ou elfe. Ils l’appellent auttimay -fifeh , poilfon du mois de mai, à caufe de la faifon de l’année où on le pêche.
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- Sect. III. De Paîofe, & des poiffons qui y ont rapport. . 7
- rivée au bord de la mer eft annoncée par les petits maquereaux, qu’on nomme roubleaux ou fanfonnets. .
- 6. On penfe généralement qu’après avoir frayé dans les rivières, celles qui ont échappé à la vigilance des pêcheurs & à la maladie du frai, retournent à la mer ; mais, comme je le dirai dans la fuite, on en prend une grande quantité dans les rivières où l’on penfe unanimement qu’elles entrent pour y dépoler leurs œufs, quoiqu’il y ait beaucoup de vraifemblance que quelques-unes fraient à la mer.
- 7. On prétend que les alofes qu’on prend à la mer ont plus de goût que celles des rivières ; mais que celles-ci font plus grades, plus délicates, & infiniment meilleures, pourvu qu’elles fe foient trouvées dans une eau pure, & qu’elles aient rencontré de petits poiffons dont elles fe nourriifent; car les alofes, plus particuliérement que d’autres poiffons, font de bonne ou de mauvaife qualité, fuivant la pureté des eaux où elles ont féjourné, & les alimens dont elles ont pù fe nourrir : il faut aufii qu’elles aient eu le tems de fe rétablir de la maladie que leur occafionne le frai; ce qui arrive ordinairement dans les mois de mai & de juin; c’eft pour cette raifon qu’on eftime fînguliérement au Havre les alofes qui viennent de Caudebec, petit port qu’on rencontre en remontant la Seine ;& je puis affurer en avoir mangé d’excellentes qui avaient été prifes au - deffus de Paris. De même dans la Loire on eftime beaucoup plus les alofes qu’on prend vers Tours & Angers, même plus haut, que celles qu’on pêche à l’embouchure de ce fleuve: néanmoins comme la nouveauté augmente le prix des denrées, les alofes de primeur font toujours plus cheres que les autres , quoiqu’elles aient été pêchées à l’embouchure des rivières, qu’elles foient quelquefois près de frayer, & qu’elles ne fe foient pas engraiffées dans les eaux douces.
- 8. Comme les premières alofes arrivent communément vers le commencement du carême , elles en font d’autant plus recherchées ; c’eft pourquoi il a paffé en proverbe qu’il faut manger les aîoles avec les pauvres, c’eft-à-dire, quand elles font communes , excepté vers la fin de la laifon , quand les eaux font baffes & qu’il furvient des chaleurs : car alors elles deviennent malades, & leur chair mollaffe eft peu appétiffante ; beaucoup même font trop faibles pour regagner la mer, & elles périffent dans les rivieres.il y a des pêcheurs qui prétendent que les alofes arrivent par bancs, d’autres n’en conviennent pas, & difent qu’à la mer elles font corfaires , c’eft-à-dire , qu’elles vont féparément : il m’a effectivement paru qu’elles ne vont pas à la mer par bandes ou bouillons, comme les harengs & les fardines ; mais que dans la faifon de leur entrée dans les rivières, elles s’y ralfemblent en affez grand nombre pour qu’on en prenne plufieurs d’un feul coup de filet.
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- TRAITE' DES PECHES. Partie II, Article premier.
- Defcription de la vraie dtofe.
- 9. Quelques auteurs ont prétendu que les alofes étaient de la famille des fàumons ou des truites ; & efFedtivement, comme nous l’avons dit, ces poif. fons fe reflemblent à beaucoup d’égards, principalement avec les efpeces qu’on nomme umbla, ombre en français, ou le lavaret : mais l’appendice muqueux manque aux alofes ; ainfi elles relfemblent beaucoup plus aux harengs, aux fardines, aux anchois, &c. Quoique ces poilfons foient de grandeur bien différente, néanmoins l’alofe eft, proportionnellement à fa taille, un peu moins épaiffe que le hareng ; ou, ce qui revient au même, elle eft plus comprimée fur les côtés, & elle a plus, de largeur verticale j d’ailleurs les alofes paffenfc de-la mer dans les rivières, ce que ne font pas les harengs: ç’ eft pourquoi » au rapport de Ray, les Grecs mettaient les alofes au nombre des anadromoi.» c’eft-à-dire, des poilfons qui remontent de la mer dans les rivières.
- 10. L’alose que je vais décrire, pl. I, fig. 1, avait dix-huit pouces 6» longueur totale de A en B. Son mufeau A eft plus obtus que celui du fau-mon, & reffemble mieux à celui des truites. Depuis le bout du mufeau A , jufqu’au derrière de l’opercule des ouies C, il y avait quatre pouces. De A au centre de l’œil, qui 11’eft pas grand, & qu’on voit au-delfous de R, un pouce cinq à lix lignes. La prunelle était d’un bleu foncé, l’iris argenté » avec des reflets bleuâtres mêlés d’un peu de pourpre. Quand la gueule eft fermée, la mâchoire inférieure excede un peu la fupérieure j mais quand on l’ouvre autant qu’elle le peut être, le cartilage a , fig. 1 , fe releve, comme on le voit en a, fig. 2, & la gueule paraît fort grande. Suivant Salvian, l’a-lofe n’a aucune eipece de dents, ni même aucune afpérité aux mâchoires; néanmoins ayant enlevé toutes les chairs, il m’a paru que la mâchoire fiipé-tieure a des inégalités qui peuvent tenir lieu de petites dents: il n’y en a ni à la mâchoire inférieure ni au palais , ni fur la langue, qui eft noirâtre, affez petite, & fe termine en pointe. Entre l’œil & l’extrémité du mufeau, on apper-qoit l’ouverture des narines, & plus haut, à l’endroit qu’on peut appeller le, front y il y a deux filions, entre lefquels, vers, le milieu de la tête , 011 voift Une petite éminence mollette.
- 11. Il y a quatre branchies de chaque côté : nous en avons repréfente une plus grande que nature,fig. 5. On voit en L plufieurs barbes cartila-gineufes attachées à une arête plate & courbe K i ces barbes font oppofées aux pimies I qui font rouges.
- 12. A huit pouces du mufeau A eft le commencement de l’aileron du dop DEF, qui eft formé par 18 à 19 nervures fouples. A fon attache au corps en
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- Séct. III. De Palofe, & des poîffons qui y ont rapport'. §
- DF, cet aileron a 2 pouces 6 lignes de largeur, & la première nervure D E é environ2 pouces de longueur. L’aileron de la queue HBHeft fort échan--cré ; car les rayons du milieu IB n’ont qu’environ 8 lignes de longueur, & .ceux des côtés G H ont près de 3 pouces 6 lignes : les deux premières ner-vures H H font plus grolfes & plus dures que les autres.
- 15. L’anus K eft à environ 13 pouces du mufeau A, & immédiatement derrière eft l’aileron ventral M L, qui eft formé de 24 nervures. De K en L. à fon attache au corps, il y a 5 pouces & $ lignes de largeur : ces 'nervures font inclinées vers l’arriere j la plus longue nervure K M peut avoir aux environs d’un pouce de longueur. En général les nageoires & les ailerons-des alofes font aflez petits, par comparaifon à la grolfeur de ces poilfons, & beaucoup de nervures font branchues.
- 14. L’articulation de la nageoire N de derrière les ouies eft à 4 pouces du mufeau ; elle eft fituée très-près du derrière de l’opercule des ouies, & fort bas : elle eft formée par 12 à 1 f nervures, dont la plus longue O a à peu près 2 pouces 4 lignes de longueur. Les articulations des nageoires ventrales P Q_ font à environ 8 pouces deux lignes du mufeau y la nervure Q_ a à peu près 18 lignes de longueur ; ces nageoires font alfez étroites î 011 11’y compte guere que 8 à 9 nervures.
- if. Les raies latérales qui s’étendent de derrière les ouies jufqu’au milieu de l’aileron de la queue, ne font prefque pas fenfibles. Les écailles font alfez grandes & peu adhérentes à la peau (2). Au fortir de l’eau, le dos eft d’un bleu foncé, fur lequel on apperqoit quelquefois des reflets jaunâtres ; le delfus de la tête eft de cette même couleur ; les côtés ont une couleur argentée, dont l’éclat eft diminue par quelques reflets jaunes > ainiï cette partie eft moins brillante qu’aux harengs, excepté aux opercules des ouies, où les couleurs font fouvent très-vives ; le delfous du ventre eft blanc mat: fur ces couleurs principales on apperqoit Gomme des nuages bruns avec des reflets, les uns d’un jaune tendre, les autres purpurins, & à quelques endroits des ouies le jaune paraît comme doré y 8c fouvent fous les yeux on apperqoit de grandes écailles brillantes comme des émeraudes.
- 16. Après avoir rapporté les dimenflons de notre poiffon, fuivant fa longueur, il faut conlidérer fon épaifleur dans le fens vertical. Il y avait de R en S, vis-à-vis les yeux, 2 pouces 6 lignes ; le dos & le ventre font deux courbes en fens oppofé, & il y avait de D en P ' 4 pouces & demi ; de
- (z) Comme la grandeur, la forme , la elt bon d’ajouter au peu qu’en dit notre au-pofition des écailles fervent à diftinguer teur, que celles de l’alofe font tuilées , min-une efpece de poilfons d’avec d’autres, il ces, plates de un peu arrondies ou aiguës. Tome :XL B
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- fo T R A l T E' D E S P E C H E S. Partie II
- R en T, vis-à-vis1 Tairas, g pouces 4 à y lignes s enfin à; la naiflance cté Faileron de la queue en GG, 1 pouce 6 lignes.
- 17. Comme la forme de l’alofe, confidérée liiivant fon épaifléur, fait depuis N jufqu’en K une efpece de tranchant moufle., ainfi qu’on"le voit fig. 6 , il y a des pointes qui forment en cet endroit des eipeces de dents, comme celles d’une faucille ; de forte qu’en paflànt le doigt de N en K ou ne fent point d’afpérités a b, fig. 8 ; mais elles font fenfibles quand le doigt pafle de K en N. Ces eipeces de dents font formées par des os piquans a y fig. 8, articulés à de fines arêtes b qui entrent & fe perdent dans les chairs , & elles font recouvertes & affermies par des écailles qui recouvrent une .partie de la pointe a. Ces dents font fi tranchantes, que quand les chafles-marée lavent les alofes pour les emballer, ils reçoivent des égratignures quelquefois très-eonfidérables 5 mais je ne puis croire ce que difent les pêcheurs, que les alofes fe fervent de ces dents pour tuer un gros poiflon de la nature de l’efturgeon. Comme ces dents ne fe font fentir qu’en paflant le doigt de la queue vers la tète, il faudrait que l’alofe allât à reculons pour attaquer ces poiifons : ces dents font fur-tout fenfibles aux jeunes alofes.
- ' 18. Après avoir parlé de la forme extérieure de l’alofe, il eft à propos de dire quelque choie de fes parties intérieures : j’aurais bien defiré en décrire le fquéiette ( 3 ), mais les arêtes font en fi grand nombre, fi déliées, & de formes; fi variées, que j’y ai renoncé : je me contenterai donc de dire qu’elle a plus de cinquante vertebres & trente côtes, & dans la chair des arêtes fourchues, dont les unes font formées de deux pièces, articulées enfemble, & les autres d’une feule qui bifurque, dont les dimenfions & la forme changent graduellement.
- 19. A ,fig. 4, eft l’orifice fupérieur de l’eftomac, qui eft repvéfenté en B. Le pylore eft en C, & i’011 voit qu’il eft accompagné de quantité d’appendices vermiculaires D D. On apperçoit en E la véficule du fiel, & en F le canal cholédoque : la rate eft en G ; elle eftfort longue ; le foie, qui 11’eft pas repréfenté dans cette figure , a deux lobes 5 la veille pneumatique H 11’a qu’une cavité, & l’on voit en I un canal de communication qui s’étend; de la vefi-fie pneumatique à l’eftomac. Il eft bon de faire attention à ce canal Ii car Redl dit, 1. qu’il y a des poiifons où l’on ne peut l’appercevoir ? que dans la plupart des poiifons ce canal aboutit au gofier ou à l’orifice fupérieur de l’eftomac; ce que Borelli a cru être commun à tous, les, poiifons j néanmoins on voit ici qu’il fe rend au fond de l’eftomac-
- i î) J’ai déjà obiêrvé ailleurs que la ftruclnre intérieure du corps d’un poiïïbtr n’avaffc af cun rapport avec l’art de le prendre i ainii le defaut de ce fquéiette ne fera pas un vuid® dans, ce traité*
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- II
- Sect. ni. De V alofe, & des poijfons qui y ont rapport.
- 2,0. Il y a des auteurs qui veulent dilKnguer deux efpeces d’alofes ; une qu’ils nomment marine, & l’autre fiuviatile : cette diftintftion peut être ad-mife dans le commerce, puifqu’il eft bien établi que les alolés qu’on pèche dans les rivières, font meilleures que celles qu’on prend à la mer; mais nous fournies bien éloignés d’admettre, comme naturalises, cette diftinction, quoiqu’il y ait des pécheurs qui prétendent que les alofes qu’on prend à la mer font plus brunes que celles des rivières, parce que ces différences peuvent dépendre de ce qu’elles engrailfent dans les rivières ; & ce qui tranche complètement la difficulté, c’eft que l’on convient que les alofes palfent de la mer dans les rivières ; qu’on ne connaît point d’alofes qui reftent continuellement dans l’eau douce, comme le font certaines truites ; & tout le monde penfe que les alofes qui ont échappé aux piégés que leur tendent les pêcheurs, celles qui fe font rétablies de la maladie que le frai leur a occasionnée, & celles qui n’ont point péri dans les terris de chaleur & de fealfe-eau, retournent à la mer; c’eft donc le même poilfon qui eft tantôt dans l’eau lalée, tantôt dans l’eau faumâtre, & tantôt dans l’eau douce.
- 21. Il eft certain qu’on prend des alolès beaucoup plus grandes les unes que les autres; mais il n’en réfulte pas des différences dans les efpeces, puifque les poilfons, ainil que les autres animaux, ne parviennent pas tout d’un coup à leur plus grande taille : les pêcheurs de la Loire prennent de petites alofes, qu’ils nomment alofeaux ou alofons; j’en ai vu de li petites qu’ on les confondait avec la menuife ; mais fi on leur avait donné le tems, ces jeunes poilfons feraient devenus de grolfes alofes. Il y en a qui confondent mal-à-propos les petites alofes avec les feintes ; j’elfaierai dans la fuite de.diffiper jpette confufion. Il convient encore d’avertir qu’il ne faut pas confondre les alofeaux de la Loire, qui font de jeunes alofes, avec les alo-fèaux d’Oleron, que je crois du genre des iardines ou des. anchois : nous aurons occafion d’en parler dans la fuite.
- 22. La chair d’une alofe maigre qui vient de frayer, eft feche & remplie d’arêtes ; ce qui fait qu’on dit que c’eft un mauvais poilfon, qui n’eft propre qu’à étrangler; mais quand elles ont repris chair, elles font fort bonnes. Ces poilfons ne fe confèrvent pas auffi long-tems bons que les faumons; néanmoins les chalfes-marée en tranlportent allez loin dans les terres. Tous les défauts dont nous venons de parler, dilparailfent à me-fure que les alofes engrailfent ; & les grolfes alofes qui ont féjourné dans une eau-vive, où il y a beaucoup de petits poilfons, dont elles fe nour-rilTent & «’engrailfent, ont une chair délicate & de bon goût; ce qui fait qu’on les fert fur les meilleures tables. Si en mangeant une petite alofe on eft incommodé par les arêtes, il n’en eft pas de même lorfqu’elles font grolfes & bien en chair ; il en eft comme dans les autres poilfons; une pe-
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- tite carpe, par exemple, eft à peine mangeable, pendant qu’on n’eft prefque pas incommodé par les arêtes quand les carpes font groffes, bien charnues, & grades ; peut-être encore que ceux qui accufent les alofes d’avoir tant d’arêtes, les confondent avec la feinte, qui eft un poiifon de la même fa-* mille. Nous allons en parler dans le chapitre fuivant.
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- CHAPITRE II.
- De la feinte.
- 25. Ce poidon eft appelle en latin alofa ficla aut falfa, d’où eft probablement dérivé le nom français feinte. Quelques - uns l’ont nommé clu-pea macuiis nigris notât a : 011 l’appelle à Paris pucellt ; à Bordeaux, gatte: dans plulieurs ports on en diftingue de deux efpeces, dont les unes font toujours œuvées, & les autres toujours laitées. A l’embouchure de la Seine on conferve le nom de feinte à celles qui font œuvées ou femelles, & on appelle cahuhots ou calluaux les laitées ou mâles : dans la Loire on appelle îes femelles couverts ou couvreaux, & les mâles laiteaux, parce qu’ils font tous laites.
- 24. Dans les alofes les mâles & les femelles ont une forme entièrement fem-blable ; de forte que pour les diftinguer, il faut leur prelfer le ventre pour en faire fortir, ou des œufs ou de la laite : il n’en eft pas de même à l’égard des feintes ; celles qu’on alfure être femelles reffemblent beaucoup aux alofes ; celles qu’on dit être mâles font plus petites, plus alongées ; de forte que quelques-uns qui s’en tiennent à une infpeétion peu réfléchie & qui ns conlîderent que la grandeur, les comparent aux maquereaux.
- 2f. Quoique dans les animaux, particuliérement dans lesoifeaux, il y ait des elpeces, dont les mâles different beaucoup des femelles, j’avaispeine à admettre cette différence dans les feintes ; & pour prendre confiance à ce que les pêcheurs me difaieiit à ce fujet, j’ai confulté à l’égard de la Seine M. le marquis de Nagu, qui a fes terres au bord de la Seine, près Cau-debec j il m’a répondu que fes pêcheurs étaient de ce fentiment, & qu’on pouvait les croire, parce que ce poiffon étant à bas prix, ils en mangeaient beaucoup, ce qui les mettait en état de s’affurer que les unes étaient laitées & les autres œuvées : il m’a de plus envoyé une feinte q»i -était çeuvée, & un calluau qui était laite ; mais deux poiffons ne fuffifent pas pour décider la queftion. M. de Montaudouin „ correipondant de l’académie, m’a écrit, qu’à Nantes on en pêchait de deux fortes : que les groiies, qu’on y nommai^
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- S*ct. III. Dé talofe, & des poijjons'qui y ont rapport* i?
- Ouverts ou couvreaux, étaient toutes œuvées, & que les autres moins greffes, & qu’on nommait laiteaux, étaient toutes laitées. Enfin M. Viger, lieutenant général de l’amirauté de Caen, eft du même fentiments il m’écrit qu’on diftingue aifément dans la Seine les feintes femelles d’avec les mâles; mais qu’il y a dans l’Orne des poiflons qu’on nomme feintes , dont on ne connaît le-fexe qu’en leur preflant le ventre, & que ces poiffons font fort bons : font-ce des alofeaux ou quelqu’efpece particulière? je l’ignore.
- 26. Voyant ce fentiment auffi généralement établi, & ayant reçu de ces deux efpeces de feintes, je donnerai la defcription des unes & des autres ; mais auparavant je ferai remarquer, par rapporta leurs dénominations, qu’Alléon du Lac, dans fon Hifloire naturelle du Ly onnais, dit d’après Belon, que l’abondance d’arètes de ce poiflon, l’a vraifemblablement fait nommer par quelques anciens, trichis ou trichias : fur quoi dom Antoine de Saint-Thomas, religieux feuillant, m’a fait remarquer, que pour plus grande exactitude il aurait pu ajouter, que les arêtes de ce poiflon font très-fines, à peu près comme des poils, ce que désignent ces deux mots grecs.
- 27. Assurément les feintes font de la famille des alofes ; mais il ne faut pas, comme quelques-uns l’ont fait, confondre ces deux efpeces de poiffons, qui fe reflemblent beaucoup par leur forme extérieure, par le nombre & la position des nageoires ; l’un & l’autre paraiflent dans certaines faifons, & paflent de la mer dans l’eau douce, où elles fraient; mais les feintes deviennent rarement auffi greffes que les alofes. La feinte œuvée qui m’a été envoyée par M. le marquis de Nagu, qui était des plus greffes, avait 16 pouces de longueur, & oii prend des alofes qui ont 2 pieds & plus: les feintes communément paraiflent plus effilées que les alofes; néanmoins en avril & mai elles en different peu quand elles font remplies d’œufs, comme celle que nous avons repré-fentée fur la pL 19fig. 9.
- 28. La tète des feintes n’eft pas tout-à-fait auffi applatie par-deffus que celle des alofes, & elle parait un peu plus arrondie : elles ont comme les alofes la mâchoire inférieure un peu plus longue que la fupérieure. Quand on coupe l’une & l’autre par le travers, comme par la ligne PD,/>/./, fig. 1, le dos de la feinte paraît arrondi, comme 011 le voit fig. 7; au-lieu qu,e celui de l’alofe, fig. G , forme un angle à la vérité'fort obtus, les deux côtés a a étant un peu inclinés en forme de toit; du côté du ventre en b. le corps de l’un & de l’autre forme un coin , mais communément celui de la feinte paraît plus aigu ; tous les deux ont fous le ventre les afpérités dont j’ai parlé dans la defcription de l’alofe ; mais il m’a paru qu’elles étaient moins fenfibies aux feintes qu’aux jeunes alofes. Communément les écailles des feintes paraiflent moins dorées & moins brillantes que celles des alofes, & fur fe dos elles tirent plus au bleu.
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- ï4 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- 29. Il faut convenir, que les différences qui confident en plus & en moins, étant fujettes à varier, emportent toujours quelques incertitudes ; mais ce qui diftingue principalement ces deux fortes de poilfons, & ce qui doit empêcher de les confondre, comme plufieurs Pont fait, c’eft, qu’outre les différences que nous venons de faire appércevoir, la chair des feintes eft fe-che, fade, peu délicate , en quelque façon dégoûtante, &, comme nous Pavons dit, extrêmement remplie d’arêtes, qui la rendent un manger fort délàgréable. Quand la vraie alofe a été pêchée en bonne eau, qu’elle eft gralfe & fraîche, elle eft eftimée un très-bon poiifon, qui fe fert fur les meilleures tables; au lieu que la feinte eft généralement méprifée, fur-tout l’œu-vée : elle fe vend à vil prix, & les pauvres en font leur nourriture ; néanmoins 011 en tranfporte quelquefois à Paris, où ceux qui ne s’y connaiifent pas, les achètent pour des alofes, quoique pour peu qu’on y fit attention, on appercevrait plus ou moins fenhblement fur les côtes des feintes, des marques brunes, au nombre de fix ou fept, qui font détachées les unes des autres, comme 011 le voit aux fig. f & 9 de la pi. I; mais puifqu’on diftingue de deux elpeces de feintes, nous allons en donner la defcription.
- Article premier.
- Defcription de la grojje feinte œuvèe de tembouchure de la Seine , qu on cmme couvert ou couvreau a Ventrée de la Loire.
- 30. M. le marquis de Nagu m’a envoyé une belle feinte de l’embouchure de la Seine, qui avait 16 pouces de longueur; mais celle que je vais décrire, & qui eft repréfentée, pl. I, fig. 9, avait 12 pouces de A en B: on peut la regarder comme étant d’une groiTeur ordinaire.
- 51. De A en C, vis-à-vis l’œil, il y avait un peu plus d’un pouce ; de A au derrière de l’opercule des ouies, au-deifus de D, 2 pouces j lignes ; de A à la nailfance K de l’aileron du dos, 4 pouces 8 lignes. L’étendue K L de cet aileron, à fon attache au corps , était d’un pouce 6 lignes; la longueur du plus long rayon K M, de même. Il faut remarquer que vis-à-vis cet aileron il y a des écailles DD, fig. 10, qui font une gouttière E, fig. 11, au fond de laquelle eft implanté cet aileron: ce qui s’obferve plus ou moins fenfiblement aux autres poilfons de cette mille.
- 32. De A à la nailfance de l’aileroiyG, qui eft derrière l’anus, il y avait un peu plus de 6 pouces. L’étendue G H de cet aileron, à fon attache au corps, était d’un pouce 4 lignes ; la longueur du plus long rayon IB de l’aile-1011 de la queue était d’un peujfius de 2 pouces 6 lignes : de A en E, à
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- Sect. III. De l’alofe , & des poiffons qui y ontJrapport. rf
- l’articulation des nageoires des ouies, il y avait 2 pouces y lignes ; la longueur du plus long* rayon de cette nageoire était d’un pouce iix lignes.
- 33. De A à l’articulation F des nageoires ventrales, il y avait 4 pouces
- 6 lignes ; la longueur du plus long rayon de ces nageoires était d’un pouce 4 lignes. A l’égard de l’épaiiTeur verticale de ce poilfon, prife à différens endroits delà longueur, elle était en C, vis-à-vis de l’œil, d’un pouce'6 lignes ; en E, 2 pouces 3 lignes > en G, 2 pouces j en H un peu moins d’un pouce. Il y avait fur les côtés environ fîx taches brunes.
- Article II.
- Defcription des petites feintes laitèes, quon nomme à Centrée de la Seine cahu-hots ou calluaux, & à l'embouchure de la Loire , laiteaux.
- 54. Celle que m’a envoyée M. le marquis de Nagu, qui était des plus grandes de fon elpece, avait un pied de longueur totale ; mais celle que je vais décrire, & qui eft repréfentée fur la pl. 19 fig. f, qu’on peut regarder comme d’une grandeur commune, n’avait de A en H que 8 pouces 6 lignes.
- 35“. De A au centre de l’œil R, il y avait 8 lignes. De A au derrière de l’opercule des ouies C, un pouce huit lignes & demie. Toujours de A, au commencement D de l’aileron du dos, 3 pouces 4 lignes ; la largeur de cec aileron, à fon attache au corps, un pouce; le plus long rayon avait cette même longueur. Du mufeau A à l’anus K, f pouces 3 lignes.
- 36. L’étendue M L de l’aileron de derrière l’anus, à fon attache au corps, 1 pouce 2 lignes. De L à la nailfance G de l’aileron de la queue,
- 7 lignes. La longueur GH du plus long rayon de l’aileron de la queue,
- I pouce 9 à 10 lignes. De A à l’articulation des nageoires branchiales,
- 1 pouce 11 lignes. La longueur du plus long rayon de ces nageoires,
- 1 pouce. De A à l’articulation des nageoires ventrales, 3 pouces 6 lignes. La longueur du plus long rayon de cette nageoire, 9 lignes. La largeur verticale du poilfon en RS, vis-à-vis de l’œil, 13 lignes; en N, vers l’articulation des nageoires branchiales, 1 pouce 8 lignes ; de P en D, près la nailfance de l’aileron du dos, 1 pouce 10 lignes. Vers T K, près la nai£ fance de l’aileron du ventre, 1 pouce 4 lignes. De G en G, à la nailfance dé'l’aileron de la queue, 7 à 8 lignes.
- 37. Ces petites feintes ont comme les grolfes une file de taches brunes fur les côtés; il m’a paru que fouvent celle qui eft la plus proche des ouies, a plus d’étendue que les autres, & encore que quelques-unes de ces taches tirent quelquefois fur le roux. On convient alfez généralement que les laitées font beaucoup meilleures que les œuvées ; de forte que quand
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- i$ T RA I T Ef DES PECHES. Partie IL
- il s’en rencontre de groffes, ce qui eft rare, elles font prefqu’auifi efttî mées que les alofes.
- 38. Les poiifons, de même que les autres animaux, ne parviennent que par degrés à leur grandeur ; ainii 011 doit prendre des alofes & des feintes, tant laitées qu’œuvées, de bien des grandeurs differentes; auifi trouve-t-on de ces poiifons très-petits confondus avec la menuife : on en prend de plus gros dans les manets de harengs, encore de plus gros dans ceux des maquereaux ; & les chalfes-marée en confondent dans leurs paniers avec des harengs, à qui ils reifemblent par la couleur de leurs écailles, ( qui néanmoins n’eft pas auiîi brillante ), la poiition & le nombre des ailerons & des nageoires ; mais en les examinant avec attention, on apperqoit que ces poif-fons font un peu plus larges, moins épais vers le dos, & qu’ils ont fur les côtés des taches noires qu’on n’apperqoit point aux alofes ni aux harengs# & qu’en général ils reifemblent plus aux alofeaux qu’aux harengs.
- Article III.
- De plujieurs poiffons de la famille des alofes.
- 59. M. Guignard, commiifaire de la marine à Marfeille, m’a envoyé des petits poiifons, que les pêcheurs lui avaient apportés fous le nom de harengades ; il m’a été aifé de reconnaître que c’étaient de petites feintes ou des pucelottes ; les plus grandes avaient 6 pouces de longueur ; les taches noires des côtés étaient plus apparentes qu’à celles que j’avais vues, & quelques-unes en avaient jufqu’à huit. J’ai cru fuperflu de les faire graver, parce qu’à la grandeur près, ces poiifons reifemblaient exactement à celui qui eft fur la planche 1 ,fig. f.
- Cornuo,
- 40. Allé ON du Lac parle d’un mauvais poiifon, qu’il nomme cornuo} qui remonte la Loire en grande quantité avec les alofes, dont il 11e différé que parce qu’il eft plus court. Je ne le connais pas; & d’après cette notice, je ferais tenté de foupqonner que c’eft le couvreau de l’embouchure de la Loire.
- Grand gai ou puceîotte.
- 41. Les pêcheurs de la Manche difent, 8c M. le Teftu de Dieppe me le confirme, qu’ils trouvent, dans les manets deftinés à prendre des harengs ou des maquereaux, des poiifons qu’ils nomment grands gais, qui, à la grandeur
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- JSect. 1ÎL De P alofe > S? des poijjont quiy ont rapport,
- deür près reflemblent aux alofes , & que ces poilfons n’ont jamais ni laite ni œufs, ce qui indique que ce font de jeunes poilfons ; c’eft probablement ce qui fait qu’on les nomme gais, Celui qui eft repréfenté, pl\ II > fig. î , avait 12 pouces de longueur totale î quelques-oins 'le nomment pîicelotte: comme ces poilfons n’ont point de taches fur les côtés , j’inclinerais à penfer que ce font de jeunes alofes.
- Harengm
- 42. Outre les poilfons dont nous venons de parler , qui font de la famille des alofes, il y en a encore un de même genre, & qui relfemble beaucoup au grand gai: celui qui eft repréfenté pi. //, fig. 2, avait 12 pouces de longueur, & il y en a de plus grands.
- 45. M. Cleron, profelfeur d’hydrographie au Havre, m’a envoyé l’e£ quiife d’un poiifon, entièrement femblable à celui de la figure 2; ce poiifon de M. Cleron avait été pris dans un parc tendu à la côte j il n’avait que 9 pouces de longueur, & M. Cleron me marque qu’il y en a fréquemment de cette tailles que cependant il s’en prend de beaucoup plus grands, 44. Ce poiifon n’a, ainfi que l’alofe, point de dents, & il lui relfemble par le nombre & lapolition des ailerons & nageoires j la mâchoire inférieure eft plus longue que la fupérieure, & M. Cleron remarque, que le poiifon dont il m’a envoyé l’efquilfe, relfemble alfez à l’ombré qui eft gravé à 1» fécondé fedion, planche III, fig. 3, mais qu’il 11’a point d’appendice muqueux entre l’aileron du dos & celui de la queue j il 11’a point de tache fur les côtés: quelques pêcheurs prétendent, que ce poiifon en grolîilïànt devient alofe > d’autres difent qu’il relfemble plus à la feinte, parce que fà chair eft feche & qu’il a beaucoup d’arêtes ; mais on 11’en peut pas conclure affirmativement que ce poiifon île foit pas une jeune alofe, d’autant que, comme je l’ai fait remarquer en plus d’un endroit, les poilfons qui font petits & maigres ont prefque toujours des arêtes plus incommodes que ceux qui font gros & charnus 5 d’ailleurs M. Cleron m’écrit, qu’il a vu des poiflons de l’elpece dont il s’agit, qui avaient 20 & 22 pouces de long, que ceux-là étaient fort bons à manger, & fe fervaient fur les meilleures tables i cependant, comme les pécheurs favent diftinguêr les greffes haren-gues des alofes, je crois devoir regarder le poiflon dont nous parlons comme étant d’une efpece particulière, qui n’eft ni feinte ni alofe, d’autant plus que M. Cleron dit, qu’à celui qu’il a examiné, le premier rayon de l’aileron du dos était plus long que les autres, & alfez dur i ce qui ne s’apperqoit point au poiflon que j’ai fait deffiner plancha //, figure f.
- 4f. Il y a encore d’autres poilfons de la famille des alofes > mais comme Tome XL C
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- î8 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- ils paraiffent fe rapprocher des harengs, nous remettons à en parler dans la fuite de cette feétion.
- 46. Je conviens que ce que je viens de dire de ces petits poiffons laifle quelqu’incertitude ; c’eft pourquoi j’invite ceux qui fe trouveront à portée des endroits où l’on en fait la pêche, de diffipfer les nuages que je fuis obligé de laiifer fubfifter.
- CHAPITRE III.
- De la pêche des alofes, des feintes, & des petits poiffons qu'on nomme * en différens endroits, alofeaux, pucelottes, &c.
- 47. J^Lprès avoir fait connaître,autant qu’il nous a été poffible, ces différens poiffons,il convient de décrire les façons de les pêcher; en général elles different peu de ce qu’on pratique pour prendre les fàumons & les truites ; de forte que quelquefois on prend en même tems ces différens poiffons ; & cela doit être, puiîque tous paffent de la mer dans les rivières, ordinairement les alofes un peu plus tard que les faumons, & les feintes vers la fin de la pêche des alofes : mais une circonftance qu’il eft bon de faire remarquer, eft, que les faumons qui remontent les grandes rivières, paffent communément dans les petites, & dans les ruifleaux ou les gaves qui y affluent, dont les eaux font très-vives, & qui coulent avec rapidité ; au lieu que les alofes paraiffent fe plaire dans les grandes rivières qui ont un cours plus uniforme. Par exemple, la plupart des fàumons & des truites qui remontent l’Adour, quittent cette grande riviere pour paffer dans les ruiffeaux & les gaves qui viennent des montagnes ; au lieu que beaucoup d’alofes reftent dans l’Adour ; je dis beaucoup, parce qu’il y a des alofes qui paffent dans les gaves, & auffi quelques faumons qui fuivent l’Adour; & d’après ce que me marque M. le préfident de Borda, je crois pouvoir dire, que la différence qu’il y a à cet égard entre les fàumons & les alofes, c’eft que les faumons cherchent avec avidité les eaux vives, au lieu qü’il paraît que les eaux claires ou troubles, vives ou dormantes, font indifférentes aux alofes.
- 48. Quoiqu’on prenne beaucoup d’alofes dans la Loire, on n’en prend prefque point dans le Loiret ; mais il y a d’autres rivières qui s’abouchent à la Loire, où l’on en prend beaucoup : telles font la Mayenne qui paffe à Angers, la Vienne, le Cher, &c. Elles franchiffent bien de petites chûtes d’eau ; mais elles ne remontent pas les cataractes , comme le font les faumons & les
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- Sect. III: De Palofe, & des poiffons qui y ont rapport.
- truites ; c’eft peut-être pour cette raifon qu’elles fe tiennent plus volontiers dans les grands fleuves qui ont un cours plus paiflble & plus uniforme, que dans les ruifTeaux qui ont un cours très-rapide & qui forment des torrens.
- 49. Avant deparler expreffément de la pèche des alofes & des feintes, je vais indiquer dans des paragraphes particuliers, 1, les endroits où l’on trouve plus fréquemment ces poiffons ; 2. les marques extérieures, qui font connaître que les alofes font'de bonne qualité j les huions où ces poiffons font les meilleurs, & celles où il convient d’en interrompre la pêçhe. J’entrerai enfuite dans des détails fur la façon de les prendre. :
- Des endroits où P on trouve plus abondamment des alofes Êf des
- feintes.
- yo. Nous avons déjà dit que les alofes paffent de la mer dans les rivières qui s’y déchargent, d’où il fuit qu’il y a des alofes à la mer ; néanmoins il eft bien rare qu’on en prenne avec les différens filets qu’on tend au large, mais 011 en trouve dans les parcs & dans les filets qu’on tend à la baffe-eau s ce qui engage les pêcheurs à les regarder comme des poiffons littoraux.
- fi- Comme ils font portés par inftimft à paffer en certaines faifons dans les rivières, ils fe raffemblent à leur embouchure, & l’on y en prend plus que dans les endroits qui en font éloignés, pas cependant autant que dans le lit même des rivières, où étant plus raffemblés, ils en font plus aifés à rencontrer , fur-tout dans la'faifon de la grande montée j car il y a des faifons où l’on n’en prend aucun.
- f2- Il fuit de ce que nous venons de dire, qu’on prend des alofes dans la plupart des endroits où l’on trouve des iàumons j & cette elpece de poiffon, en remontant les rivières, fe diftribue dans] prefque toutes les provinces du royaume, en Flandres, en Picardie , en Normandie , en Bretagne , en Aunis, en .Gafcogne, en Béarn, même dans la Méditerranée, où l’on ne trouve pref. que point de faumons ; car on m’a affuré que les meuniers de la riviere d’E-raultriviere du bas-Languedoc, qui prend naiffance dans les Cévennes, & fe’d.écharge dans le port d’Agde, en prennent avec des filets à manche. Et quoique nous difions que les alofes fè diftribuent dans quantité de rivières diïFérentes, il en eft comme du faumon j elles entrent en bien plus grande quantité dans certaines rivières que dans d’autres, fans que je puiffe dire ce qui les détermine à faire ce choix. . . -
- $7. M. Guillot, commiffaire de la marine, m’écrit qu’on pêche à Saint-Malo, & dans les environs , un'poiffon qu’on appelle alofes, mais qui n’eft pas celui qu’on connaît fous ce nom à Angers & à Paris: ce font peut-être
- . .. c y
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- des feintes. A l’égard des pays étrangers, on en prend dans le&isles Britanniques , en Hollande, à Venife, dans le nord » &c.
- Des marques extérieures qui fout juger qu*me alafe efi de bonne
- qualité.
- 44. Il eft certain que les alofes, encore plus que d’autres poiflbns, font d’une qualité fupérieure dans certaines eaux, & dans les endroits où elles trouvent abondamment une nourriture qui leur convient:, à l’embouchure* de la Seine, ce font des éperlans ou des; ables ; dans la Loire, des capelans ou preftrasi ailleurs des. grades ou d’autres petits poiffons : elles font beaucoup meilleures dans ces parages, que dans les endroits; où elles font réduites, à fe nourrir de petites chevrettes & autres çruftacées.
- ff. La faifon influe beaucoup fur la qualité des alofes; celles qui ont fé-journé du tems dans l’eau douce, valent mieux que celles, qui lortent de la merf celles qui ne font pas remifes de la maladie que leur occafionne le frai > font un manger très-médiocre , ainfi que celles qu’on prend dans le tems des, baffes-eaux, & lorfqu’il fait chaud ; leur chair , comme nous l’avons dit, eft mollaffe & dégoûtante ; enfin, il ne faut pas prendre les. feintes pour les alofes * & ç’eft je crois par cette méprife qu’on fait peu de cas des alofes en quelques, endroits, pendant que dans d’autres on les met au nombre des meilleurs poife fons, Dans ces endroits où l’on méprife l’alofe , on dit qu’elle eft remplie d’arêtes , & que fa chair eft fade > cela convient aux feintes , mais non pas aux alofes. Il eft vrai que quand elles font, petites & maigres * leurs arêtes font incommodes j cependant leur chair, quoique feche, a un goût agréable ;. mais; quand elles font d’une bonne groffeur, bien charnues, & graffes, on ne redoute-pas, plus leurs arêtes que celles des; greffes carpes;
- f 6. Pour réfumer ce que nous venons: de dire, on doit regarder d’un œil! de préférence les alofes , dont la tète parait petite & le dos épais, parce que* ce font des lignes qu’elles font charnues & graffes ; les. écailles claires & brillantes indiquent qu’elles ont féjourné du tems: dans l’eau douce, où elles, fe font engraiffées. Quand les ouies font vermeilles, & les yeux clairs,, on peut compter qu’elles font fraîches ; fi, outre cela, elles ont été pêchées en bonne eau, en bonne faifon, & qu’elles foient d’une bonne groffeur, ce fera par-tout un poiffon excellente
- De h faifon la plus propre à prendre de bonne? alofes+ & de ceËé: où il convient d'en interrompre la pêche*
- Nous avons, dit en plus d’un endroit que la chair des. alofes. qui for-
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- Sect. III. De Païofe9& des poiffom qui y ont rapport. 21
- tent de la mer, eft feche & beaucoup moins agréable que celle des poiifons qui ont féjourné dans les eaux douces : d’où l’on doit conclure que les alofes dé primeur font moins bonnes que les autres : nous avons prévenu qu’elles fontmauvailes dansletems du frai, ce qu’elles ont de commun avec prefque tous les poiifons j nous avons auffi averti, que quand les eaux font baffes , & par les chaleurs, la chair des alofes devient mollaffe, & fait un manger désagréable j ainfi, pour manger de bonnes alofes, il ne faut prendre ni celles de primeur ni celles qu’on pèche à la fin de la faifbn, mais dans le tems où elles font le plus abondantes. On a vu dans la fèdion précédente le tems pu l’ordonnance veut qu’on ouvre les pêcheries, pour lailfer aux poiffons la liberté de retourner à la mer. Suppofant que cette loi foit poriéfuellemeiit obfervée, les alofes qui ont échappé aux pièges des pécheurs, & qui n’ont point fùccombé à la maladie du frai, ont, ainfi que les fàumons & les truites , la liberté de retourner à la mer. Je crois qu’il en périt beaucoup quand les eaux font baffes, fur-tout lorfqu’il fait chaud > mais enfin celles qui échappent à tous ces accidens, ont la liberté de retourner à la mer lorfque les paffages font ouverts.
- f8. J’ai dit, à l’occafion des fàumons, que rordonnance veut qu’on tienne les mailles des filets affez ouvertes pour ne point détruire les fàumons & les truites i mais, au mépris de ces fages réglemens, les pêcheurs forment des gords & tendent des filets, dans lefquels il s’entaffe des petits poiifons de toute efpece, qu’on vend avec la menuife i or ces filets arrêtait les alofeaux , comme les faumoneaux, il en réfulte une dévaftation énorme de poiffon& Je dommage eft encore plus grandpour l’alofe que pour le fàumon, parce qu’au moins les faumoneaux font un manger délicat, au lieu qne les alofeaux font tellement remplis de fines arêtes, qu’ils ne font bons: qu’à amorcer les haims.
- Je me bornerai à dire ici en général, que la pêche des alofes dure, dans les rivières de France, depuis le mois de mars jufqu’à celui de juin, au plus de juillet > mais je me propofe d’indiquer plus préeifément les faifons pour chaque lieu lorfque je parlerai des pêches qui fe font en différens endroits.
- 6o. Je remarquerai de plus, que comme il eft certain que îès alofes paflènt de la mer dans les rivières, il n’éft pas douteux qu’on doit trouver de ces poiifons à la mer, dans l’eau falée, à l’embouchure des rivières dans l’eau feumâtre, & dans le lit des: rivières où l’eau eft fort douce.. Nous allons dire un mot, dans, autant de paragraphes, de la pêche des. alofes en ces di£L férens endroits.
- De l'a pêche des alofes à h mer*'
- éu II- eft certain qu’il y a des.alofes à la mer i onne peutpas en douter ,
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- 23 T RA I T Er DES PECHES. Pàhtie IL
- püifquë1celles qu’on prend dans les rivières en viennent : cependant je ne fâché pas , ainfi que je l’ai déjà dit, qu’on1 prenne dés:;ûlofes au large dans la'fàifoil' de leur montée; mais on en trouve fréquemment dans les parcs fermés; garnis' d’une chafle , & qui reflemblent aifez à celiii dont1 nous avohs parlé première partie, fécondé fectiôn , ainii que dans les,filets qu’on tend aù bord de la mer à la baife-eau. On peut à cette occafion coiifulter ce que nous avons dit de la pêche des faumons, fécondé partie ,, fécondé fe&ion , car lés alofes fe prennent au bord de la. hier pçécifément commedes faumons. Il y a quelques alofeaux & de petites feintes qui fe maillent dans les manets à Maquereaux ou à harengs , je'fbupçoniie quë' quelques-uns mordent atuç haims qu’oii tend pour prendre les merlans.. ’ î!.’ 'r.
- De la pêche des alofes fur les plages, à T embouchure des rivières.
- 62. Comme'ces poiifons fe raifemblent à l’embouchure des rivières pour pafler dans l’eau douce , il eft fenfible qu’onJ doit en prendre davantage dans les parcs & les étentes qu’on y établit. Et pour cette même raifon les pêcheurs lëS chàfîehj; avec’dé gràndès faines ‘qu’on traîne avec de petite bateaux, ainfi que iioüs l’avons expliqué en parlant'de la pèche'divfaumon, ‘où nous renvoyons p6ur‘ne point faire de répétitions inutiles. ' ’ . '
- " De la pêche des alofes dans le lit des rivières.............
- ‘ 63. On n’établit pas ordinairement dans lé lit des' rivières des pêcheries éxpreifémèiit deftihéés à prendre des alofes, corhmé oh lé fait pour les faumons , ainfi qué'iious l’avons expliqué dans la féconde fëdlion ; mais on prend beaucoup d’alofes dans quelques-unes des pêcheries établies pour les faumons. Je vais terminer les confidérations générales que je me fuis propofé de donner fur la pêche des alofes, par une defcription des filets & des autres inftrumens qu’on a coutume d’employer pour cette pêche. 'i '
- Defcription des inftrumens qu'on emploie pour la pêche. des} alofes ' Mi-: ' r ' • des feintes, &c. .
- 64.'On fe fert, pour cette pèche, de nappes fimples ou dé faines dont la• tête éft garnie de flottés de hege, & le pied de ileftnde plomb; ordinairement les mailles de ces filets ont deux pouces d’ouverture en r quatre; mais plus communément on fe fërt de tramails dontUaflue ou nappe a les mailles affez ouyertes pour 11e pas retenir, les petits poiifonsou des filets
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- Seçt. III. De lalofe, & des poiffons qui y ont rapport.
- à peu près femblables à ceux que nous avons repréfentés première partie, leconde fe&ion., , .
- 6f. Il faut que ce filet foit tendu, tantôt à fleur d’eau, & tantôt à une profondeur plus ou moins grande, fuivant le lieu que les poilfons occu-,pent,dans l’eau5 car lorfqu’il fait très-froid, ou fort chaud, & que les eaux font claires, ils fe tiennent éloignés de la fuperficie ; au contraire ils s’en approchent quand Pair eft doux, ou lorfque les eaux font troubles. Pour donc établir, le filetrrelativement au lieu que le poiflon occupe dans l’eau, les pêcheurs mettent plus ou moins de flottes de liege à la ralingue qui borde la tête du filet ; & pour mettre ou ôter facilement & plus promptement ces flottes,, ils taillent les lieges comme de petites roulettes , C, pl. //, fig. 5, qui ont j ou 4 pouces de ; diamètre ; ces flottes font percées au milieu pour recevoir la ralingue du filet, & elles font fendues à un endroit de la circonférence jufqu’au trou du centre ; moyennant cette conf-trudion fort fimple, que tous les pêcheurs ne fuivent pas, on ajoute ou on retranche très-aifément promptement les flottes : quand 011 en veut ajouter, on paife la ligne des lieges dans la fente de la flotte; comme le liege eft élaftique, il permet qu’on entre la corde jufqu’au trou du nu-lieu ; & comme' le liege fe refferre, elle 11’en peut plus fortir jufqu’à ce qu’on fafle un effort pour la faire .paffer par la même fente, ce qu’on pratique quand on y eut retrancher, des flottes. On ne met à la corde qui .borde le pied du filet lés bagues de plomb qu’à 1,2 ou y pieds les unes des autresparce qu’il n’en, faut, que ce qu’il convient, pour que le filet fe tienne dans, l’eau verticalement , & fon poids fuffit quelquefois pour cela.
- 66. ; Assez fouvent pour. entretenir dans l’eau le filet à la profondeur qu’on déliré, on met fort peu.,de .liege à la ralingue AA, pl. //, fig. 4, qui borde la tête du filet, & on met. de grofles flottes de liege B B, à des cordes D D, qui font liées à la ralingue A A du filet ; au moyen de cés lignes DD , qu’on tient plus ou moins longues, on entretient le filetpliis ou moins avant dans l’eau.
- 67. Le calibre des mailles n’eft pas par-tout le même; il varie quelquefois fuivant les. différentes, iaifons ; m^is ; prefque toujours les mailles font
- .plus .ouvertes que ne j’exige.l’ordonnance, qui permet de fe fprvir de filets , à alofe en toute iàifon, même dans celle du frai ou de la fraie '(* ), pourvu . que les mailles de la flue, aient au moins un pouce d’ouverture en quarré. Lorfque .je parlerai des pêches qui fe font en différens endroits, je marquerai/la grandeur, des mailles, qui y font en ufage.
- ! < " * iic i I1.'[ : : rn y,
- (*) Suivant l’ufage reçu parmi les pécheurs, nous avons toujours dit le tenft du frai j mais fuivant tous les auteurs & les ordonnances, il faut dire, le tems de la fraie.
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- TRAITE' DES PECHES: Partie II.
- 68. Les pécheurs ont befoin de bouées B, fig. 4, pour mettre au bout forain de leurs filets. Nous en avons repréfenté plusieurs, première partie, fécondé fe&ion ; mais les pêcheurs d’alofes les font- ordinairement, avec des morceaux de liege qu’ils arrangent, & alfujettilfent avec un enlacement de bitord qui forme comme un filet à larges mailles E, pL II, fig. 3 ; ils y ajoutent un petit lignai qui leur fert à connaître la polition de leur filet.
- 69. D’autres forment leurs bouées B, fig. j , avec une planche de liege aa, allez grande, qu’ils plient en demi-cercle; iis établilfent au milieu un morceau de bois b, qui traverfe le liege, & au bout duquel elt attachée la drôme d : ce morceau de bois b eft traverfé à fon milieu par un autre ce, rdont les bouts s’apppâent fiir le liege pour l’entretenir dans une ouverture convenable : comme les bouts a a de la planche de liege fortent de l’eau , on eft dilpenfé d’y ajouter de lignai. C, fig. ? , eft une flotte en roujette, telle que nous l’avons décrie plus haut, & l’on voit en D, un ifombre de ces flottes enfilées par une corde, ce qu’on appelle un cordon de flottes. Enfin il faut encore pour tranfporter le poilfon, des mannes ou papiers à anfes F ; on en fait de différentes formes & grandeurs ; les femmes les portent ordinairement lur la tète ; en quelques endroits on les nomme barattes.
- 70. Avant que de paffer au détail des pèches qui fe font en différens endroits, je crois devoir terminer ce qui regarde les conlidérations générales fur la pêche de l’alofe, par une remarque qui a fon application à tous les endroits' où l’on pêche ce poilfon. Nous avons dit dans la fe&ion précédente que les laumons & les truites fe plailènt dans les endroits où les eaux ont beaucoup de courant, comme à la chute des moulins, près les arches des ponts, &c. il n’en eft pas de même des alofes, les lieux les plus commodes pour les pêcher avec fuccès, font les anfes, les rapports d’eau où les poilfons font plus tranquilles ; les tems les plus propres pour faire line bonne pêche, font les nuits obfcures, lors des crues, quand les eaux font troubles. Dans des circonftances contraires, les alofes apperçoivent le filet, & l’évitent.
- 71. On aflùre que quand il fait chaud, les alofes fe retirent fur les deux heures après-midi dans les grands fonds, & que c’eft là qu’il faut les aller chercher ; onditauffi qqe par les tems d’éclairs & de tonnerre, elles fe retirent dans des endroits où îT ÿ a une grande profondeur d’eaü, même qu’elles retournent à la mer quand elles en font peu éloignées ; & dans ces circonftances on fait une mauvaife pèche : cela n’eft pas d’accord avec ce qu’on remarque pour les pèches ordinaires dans les rivières ; car comme par les tems orageux les poiffons font en mouvement, il me paraît qu’on en prend davantage.
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- Sect. III. De taîofe, & des poiffons qui y ont rapport.
- De la pêche des alofes en Flandre, £5? particuliérement dans la Mofelle.
- 72. M. le baron de Tfchoudy, bailli de Metz, à qui j’ai eu recours pour avoir des éclairciflemens fur les pêches qui le pratiquent dans la Mofelle, me marque ; i. que les alofes y entrent à la fin du mois d’avril, & que la pèche de ce poiffon ceife à la fin de juin ; 2. qu’on en prend qui pefent depuis trois livres jufqu’à huit ; 3. qu’on les pèche avec un grand filet qu’on nomme raie; 4. qu’on eftime beaucoup plus celles qu’on prend dans la riviere que celles de la mer, leur chair eft agréable & nourrifiante; f. qu’on trouve dans la tête un os fort dur qu’on regarde comme une pierre : quand elle eft préparée & porphyrifée, elle fournit une poudre abforbante & alkaline à laquelle Lémery a jugé à propos d’attribuer de grandes propriétés j 6. L’alolè s’y nourrit de petits poiffons, fur-tout de l’ablette.
- De la pêche de Valofe en Normandie , & particulièrement à Quillebeuf
- 75. La pèche des alofes fe fait à Quillebeuf, petite ville àfept lieues du' Havre, du côté de l’embouchure de la Seine, depuis le commencement de mars jufqu’à la fin d’avril ; on fe fert quelquefois de guideaux qu’on tend au bord des bancs, ou bien de morte-eau, & lorfque la mer eft belle, 011 fait la pèche avec des faines. On prend aufli des alofes & des feintes avec des tra-maux, qu’ils nomment alofîers ou feintiers, ou encore rets versant ou fimple-mènt vergueux : les mailles des hameaux ont 8 ou 9 pouces d’ouverture en quarré, & celles de la flue 27 à 29 lignes. On établit ces filets prefqu’à la fur-face de l’eau, fi on les calait par fond, on ne prendrait prefque rien.
- De la pêche des alofes & des feintes dans la Seine près de fon embouchure.
- 74. Les alofes de l’embouchure de la Seine font ordinairement grades & de bon goût, parce qu’elles y trouvent quantité de petits poiifons, particuliérement des éperlans, qui leur fournilfent une bonne & abondante nourriture ; mais on eftime plus celles qu’on prend en remontant la Seine, que celles qu’on prend vers la mer. Cette pêche commence en février ou mars, & finit en mai j les plus fortes alofes ont 2 pieds de longueur & pefent 8 à 10 livres.
- 7f. Outre les alofes qu’on trouve dans les parcs qu’on conftruit au bord de l’eau, on en prend avec des laines qui ont 60 à 80 bralfes de longueu: i les pêcheurs- nomment alofieres celles qui fervent à prendre des alofes, & feinùms
- Tome XL D
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- celles qui fervent à prendre des feintes > les mailles pour les alofes, depuis le mois de mars jufqu’à la fin de mai, ont 2 pouces f à G lignes d’ouverture en quarré; & pour les feintes, depuis le mois de mai jufqu’à la fin de juillet, 1 pouce 8 à 1 o lignes. Ainfi les mailles des feintieres font moins grandes que celles des alofieres.
- 76. On pêche auffi ces poiifons avec des tramaux faits de fil très - fin ; les mailles des hameaux ont 8 pouces d’ouverture en quarré, & celles de la flue 2 pouces 4 lignes ; il y a au pied une corde qui porte un peu de left ; à la tête, une autre corde garnie de liege; & en outre pour foutenir les fils qui font très-déliés & qui pourraient être rompus par de gros poiifons, on met au milieu de la hauteur du filet une troifieme corde FF> pl. II9fig- 45 qu’on nomme du parmi : ces filets font mis à l’eau, conduits & quelquefois relevés au moyen de petits bateaux G. Comme les alofes remontent les rivières, 011 pèche plus fouvent en defcendant la riviere qu’en montant.
- 77. Il y a ordinairement dans chaque bateau quatre hommes ; deux nagent, un gouverne, & le quatrième met le filet à l’eau-, on pèche de petit flot & de jufant. On établit ordinairement les filets près de la furface de l’eau, mais quand on s’apperçoit que le poiifon fe tient à une certaine profondeur, on attache à la tète du filet des cordes D, qu’on nomme bajfoins, fig. 4, pl. IIy garnis de groifes flottes B, qui répondent à la corde A A, de la tète du filet au moyen des balfoins, qu’on alonge 6u qu’on raccourcit à volonté ; on établit le filet à la profondeur d’eau qu’on juge convenable.
- 78. Le bateau & les filets appartiennent ordinairement au maître pêcheur, qui prend des compagnons, foit à la femaine, foit à gages; en ce cas tout le profit de la pêche lui appartient. Quoique les alofes ne fe con-fervent pas auffi long-tems que les faumons, les chafles-marée en tranipor-tent aflez loin quand l’air eft frais. Il remonte quelques alofes fort haut dans la Seine ; car j’en ai mangé de très-bonnes qui avaient été pêchées au-def. fus de Paris 5 mais cela n’eft pas commun.
- De la pêche des alofes & des feintes dans la Loire.
- 79. Je ne connais point de riviere en France où l’on prenne autant d’a-lofes que dans la Loire. Au bord de celles qui font peu poiflonneufes, la plupart des riverains font tantôt pêcheurs, & tantôt ils font d’autres métiers. Il y en a, par exemple, à Rouen qui font jardiniers & pêcheurs ; & à Bordeaux, beaucoup partagent leur tems entre la pêche & la culture de la vigne; mais comme la Loire eft très-poilfonneufe, & qu’elle fournit a£ fez de poiffon dans toutes les faifons pour que la pêche 11e foit iuterrom-pue que dans les tems de glace,.il y a des riverains qui vivent uniquement
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- Sêct. III. De Palofe, & des poiffons qui y ont rapport27
- de la pèche, n’ayant pas d’autre occupation; & leurs femmes font chargées de porter le poilfon aux marchés voifins, ou de le vendre à des chat fes-marée.
- 80. A Nantes, comme ailleurs, on prend des alofes à la mer; mais c’eft accidentellement; la pèche eft plus avantageufe à l’embouchure de la Loire, & beaucoup plus encore dans fon lit. Il eft certain qu’011 en prend du côté de Nevers ; mais ce poilfon s’y trouve en grande abondance, parce que c’eft un entrepôt où Nantes, Angers, Tours, Blois, y envoient beaucoup par charrois.
- 81. Il faut que ce poilfon remonte beaucoup dans ce fleuve, li comme on me l’a alfuré, on en prend à la folfe du moulin de Roanne alfez abondamment pour en fournir Lyon. Mais la Loire ferait encore plus poilfon-neufe, li les pécheurs 11e détruifaient pas une multitude de petits poilfons avec des filets à mailles très - ferrées, & des guideaux qu’ils tendent entre les isles. Il y a quantité de criques qui fe remplilfent d’eau lorfque la rivière eft grolfe, & dans lefquelles il s’élèverait beaucoup de poiflons qui rentreraient dans la riviere lors des débordemens; mais les riverains vont les prendre avec des trubles ou des tamis attachés au bout d’un bâton. On 11e peut pas fe former une idée de la prodigieufe quantité de poilfons qu’on détruit par ces pêches abufives. M. l’abbé Cotelle, doyen de Saint Martin d’Angers, me marque qu’on pèche les alofes & les feintes avec le carrelet & la faine, précifément comme nous avons dit, fécondé partie, fécondé fection, qu’011 prend les faumons à cette partie de la Seine.
- 82. Les bateaux qu’on emploie pour la pêche des alofes, & que l’on nomme barges à l’embouchure de la Loire, G, pl. II, fig. 4, & toue vers Tours & Orléans, fe terminent en pointe par les deux bouts, comme une navette ; ils font ordinairement armés de deux hommes ; leur port eft d’un ou deux tonneaux; ils ont un petit mât & une voile dont ils fe fervent rarement, & qu’ils amènent toujours quand ils font en pêche. Ces bateaux appartiennent ordinairement au maître pêcheur, qui pour cela emporte le quart du profit ; le refte fe partage entre les gens de l’équipage, hommes, femmes ou filles ; car dans bien des cas, ils. prennent un compagnon avec deux femmes ou deux filles qui paflent pour un homme.
- 8^• Les pêcheurs mettent leurs filets à l’eau le foir; ils dérivent toute la (nuit au gré de la marée, & ils les relevent le jour pour s’en revenir, fi le tems le leur permet, finon ils amarrent leur barge à terre, & étendent leurs filets fur des arbres pour les faire fécher, jufqu’à ce que la marée leur permette de gagner la ville pour y vendre leur poilfon. Ce filet différé peu de celui qu’on nomme fédor, que nous avons décrit en parlant du faumon ; les bputs de ce tramail font garnis de la bouée E, fig, j, qui indique fi le
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- filet eft bien établi; pour cela il doit croifer la riviere par Ton travers, comme a a, fig. f ; s’il n’eft pas bien diipofé, ils bordent leurs avirons & elTaicnt de le mieux diriger au moyen d’une manœuvre H, fig. 4, qui a environ dix brades de longueur qu’ils confervent dans leur barge, & qui répond au bout du filet oppofé à la bouée B.
- 84. Quand ils ont dérivé un tems convenable, ils liaient le filet à bord de la barge pour prendre le poilïon qui eft maillé. Ces filets ont environ cent b rafles de longueur fur 6 pieds de chûte, & les mailles de la flue ont 2 pouces d’ouverture en quarré. Lorfque les pêcheurs qui font à la dérive, rencontrent quelque bateau à l’ancre dans la riviere, ils liaient promptement le filet à bord, jufqu’à ce qu’ils aient palfé le cable du bateau qui eft mouillé, enfiiite ils le remettent à l’eau pour continuer leur pèche. Quand le jour paraît, ils gagnent le bord de la riviere; ils y étendent leurs filets, & attendent la nuit pour recommencer à pêcher.
- 8f. Nous n’avons parlé jufqu’ici que de la pèche qui fe fait avec le tramail ; nous allons expliquer comment on pêche avec des laines leftées & flottées. Ces faines ont 6 pieds de chûte, & depuis quarante jufqu’à quatre-vingt brades de longueur, plus ou moins, fuivaut l’étendue de la nappe d’eau ; elles n’ont point de manche au milieu comme en ont les eifiaugues de Provence; mais le milieu du filet a beaucoup plus de chûte que les'extrémités. Les pêcheurs embarquent leur filet dans une chaloupe équippée de trois hommes ; deux nagent pour gagner le large pendant que le troifieme jette le filet à l’eau : à l’autre bout du filet eft amarré un cordage, de trente à quarante bralfes de longueur, qu’un homme qui eft refté à terre retient; quelquefois un bout du filet c, pl. U, fig. f, eft amarré à un pieu qui eft au bord de l’eau, & l’autre bout répond à une barge qui, après avoir décrit une grande enceinte, revient au pieu pour tirer le filet à terre ; mais quand le filet eft retenu par un homme qui eft fur le rivage, il fuit la barge fur le bord de l’eau, & de concert avec elle il defcend la riviere.
- 86. Chaque bout du filet eft attaché à un bâton qui doit fe tenir vertical, & pour cela on amarre une petite cabliere au bout qui doit être en bas ; à chaque extrémité de ce bâton, on artache un cordage qui doit avoir quelques bralfes de longueur, & les deux bouts de ces cordages fe réunifient par leur extrémité; c’eft à cet endroit qu’on attache les halins, tant celui de terre que tient le pêcheur qui eft fur le rivage, que celui qui ;doit refter dans la barge. Tout cet ajuftement deviendra très - fenfible, par ce qui en a été dit dans la première partie, fécondé fedion. Quand les pêcheurs de la barge ont, conjointement avec celui qui eft refté fur le rivage, fait un certain chemin, peu-à-peu la barge décrivant une ligne circulaire s’approche du rivage; alors les deux bouts du filet étant peu éloignés l’un de l’autre,
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- Sect. III. De Palofe, & des poijfons qui y ont rapport.
- les pécheurs de la barge fe débarquent ; puis étant divifés en deux bandes, ils halent fur les deux bouts du filet & le tirent à terre 5 mais pendant cette manœuvre, un des pécheurs qui eft refié dans la barge, fe porté au milieu du filet, le faifit par la corde des lieges & le fouleve poun empêcher que le poiifon ne faute par-defsus.
- 87. La faifon la plus favorable pour la pêche de l’alofe dans la Loire, eft depuis la fin de mars jufqu’à la mi-juin -, & on regarde à Nantes comme un pofte avantageux, depuis quatre lieues au-defsus de la ville jufqu’à quatre lieues au-defsous.
- 88. Il n’eft pas hors de propos de rapporter ici comment 011 pêche les alofes, en remontant la Loire jufqu’au defsus d’Orléans. Autrefois les pêcheurs employaient le tramail, comme nous venons de l’expliquer -, mais maintenant ils fe fervent prefque tous d’une faine qu’ils nomment ferne, ( ce qui revient au terme d'affemer qu’on voit dans l’ordonnance des eaux & forêts, quand il eft queftion d’un filet qu’on tire fur une plage ). Cette faine eft leftée & flottée ; elle a environ 40 toifes de longueur fur 6 à 7 pieds de chûte, & fes mailles ont 2 pouces d’ouverture i les flottes font ordinairement en roulettes, elles n’ont qu’un trou au milieu, & n’ont pas la fente qui s’étend de la circonférence à ce trou, pour y pafser la ralingue qui porte les lieges -, néanmoins cette fente nous paraît fort bien imaginée. Elle eft également haute dans toute fa longueur, au lieu que les faines qu’on fait pour pêcher dans les petites rivières fe rétrécifsent par les deux extrémités.
- 89. Les pêcheurs s’établifsent pour faire leur pêche fur un fond de fable, & évitent celui qui eft de gros gravier, prétendant que les alofes ne s’y plaifent pas. Il y a eu un tems où ils fe fervaient de teux, toues ou petits bateaux, qui, après avoir fait une enceinte avec le filet, fe rapprochaient , & les pêcheurs amenaient le poifsôn à bord. Cette pêche fe voit en b, fig. Nous nous fommes contentés de la repréfenter dans le lointain , parce qu’on la voit en grand, première partie, fécondé fe&ion.
- 90. Aujourd’hui un ou deux hommes fe tiennent fur la grave, tenant un halin qui répond au filet, & ils lâchenr ce halin à la demande de ceux qui font dans une toue : ces deux pêcheurs qui font dans la toue , fe portent au large, mettent le filet peu à peu à l’eau ; lorfqu’il y eft entièrement, ils dérivent avec le courant, fans abandonner le bout du filet ; puis forçant de rames, ils regagnent le rivage pour rejoindre le bout du filet, que deux pêcheurs ont confervéî & y étant arrivés, ils amarrent les deux bouts du filet à un même pieu, qui eft fur le rivage, auprès de d,fig. f -, alors le filet eft plié en deux, & la force du courant le porte le long du bord du côté d’aval ; mais les pêcheurs, pour l’empêcher d’en trop approcher, ont des perche? garnies par le bout
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- TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- d’une pointe de fer, qu’ils enfoncent dans le fable, appuyant l’autre bout de cette gaffe contre leur poitrine : ce travail eft fort pénible, car quelquefois l’elfort eft fi confidérable, que la pointe de fer, qui eft piquée dans le fond de la riviere, fe courbe. Pendant que deux pécheurs retiennent ainfi le filet à une petite diftance du rivage, les deux autres fe difpofent à le lever ; pour cela, un d’eux fai lit avec un croc de fer la ralingue des plombs , & l’autre prend avec fes deux mains la corde des flottes : ils plient ainfi la laine en deux, fuivant fa hauteur, & en la raflemblant en faifeeau, ils la pofent dans la toue fur une efpece de civiere , qu’ils forment avec quelques perches 5 quand ils l’ont amenée à bord, ils la vilitent d’un bout à l’autre pour en tirer le poiffon > ainfi leur filet 11’eft jamais fédentaire, ou, comme les pécheurs difent, étau.
- 91. Dom Antoine de Saint-Thomas , religieux feuillant à l’abbaye de Saint-Mefmin, ayant bien voulu me communiquer fur cette pèche des détails , je vais les rapporter. Au commencement de la pèche, le filet eft établi à l’arriere delà toue fur une civiere, dont les brancards ne font éloignés l’un de l’autre ~que de 1 f à 18 pouces : le filet y eft établi, de façon que les plombs foient à un bout de la civiere, & les lieges à l’autre. On doit entendre par bout les endroits où font les manches ou les extrémités des brancards : cette civiere eft placée en travers à l’arriere de la toue ; cette partie qui fe termine en pointe, eft couverte par une toile qui forme comme un tablier, & tombe jufqu’à l’eau, fur laquelle il flotte: fon ufage eft d’empécher que le filet ne s’accroche à la toue, & ne s’endommage quand on le jette à l’eau, comme je vais l’expliquer. A chaque bout de la piece, on ajoute un bâton, qui s’étend de la corde .des lieges à celle des plombs, où eft amarrée une cabliere j comme au coleret dont nous avons parlé première partie, fécondé feétion j afin que la chûte du filet foit à peu près perpendiculaire.
- 92. Pour mettre le filet à l’eau, on commence par jeter à terre une corde ou halin qui eft attaché au bout du filet ; il eft reçu par un pécheur qui fe tient au bord du rivage. Un des trois hommes qui font reftés dans la' toue, nage pour fe porter au large , & les deux autres lui tenant la relingue de la tète, l’autre celle du pied, mettent le filet à l’eau ,• le faifant couler fur la toile dont on a parlé ; ils finiflent par jeter à l’eau le fécond bâton qui termine le filet, & confervent le halin qui eft amarré, en fourniflant à mefiire que la toue qui dérive le demande : car ils nagent pour gagner peu à peu le rivage, & fe joindre au pécheur qui eft demeuré à terre. Alors ils eiu foncent dans le terrein, & obliquement, un pieu ; on y fixe les deux ha-* lins , qui retiennent le filet comme s’il était à l’ancre ; ils pofent la civiere fur la toue, 8c deux pécheurs faififlant, l’un la ralingue des lieges, l’autre celle des plombs, tirent le filet 8c le plient fur la civiere, de forte que les plombs
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- Sëct. •\ll.^De^l’cdofeif&~des poiffonsqniy ont rapport.1 51.
- foient d’un côté & les lieges de l’autre : ils prennent le poiflon à mefure qu’il fe préfente, & le jettent dans la toue. Pour la manœuvre que nous venons de décrire, la civiere eft placée dans la longueur de la toue, vers l’avant, & pofée lùr des rouleaux qui repofent fur les bords de la toue , ce qui fait qu’011 peut aifément la porter vers barrière ; mais alors il faut retourner la civiere pour qu’011 puilfe mettre aifément le filet à l’eau.
- 93. Ordinairement trois bandes de pécheurs s’alfocient & fe réunit fent pour faire cette pêche. Quand une toue eft à la moitié de fa courfe , une fécondé commence la fienne , puis une troifieme , & la première retourne à l’eau j ce qu’ils pratiquent de jour lorfque l’eau eft trouble , finon ils pèchent la nuit: ils donnent quelquefois dans*un jour jufqu’à dix coups de faine ; & comme il faut remonter la riviere pour reprendre leur pofte, ils halent leur toue à la cordelle. S’ils ont l’avantage de fe trouver à portée de quelques anfes, qu’ils nomment cauches, la pèche y eft toujours avantageufe, les alofes s’y tenant principalement pendant la chaleur du jour.
- De la pêche de Palofe auprès de Bordeaux , dans la ri viere de Bayonne ,
- £5? en Gafcogne.
- 94. On prend beaucoup d’alofes depuis le mois de février jufqu’en juin, dans les grandes rivières de la Guienne : dès le mois de mai, elles commencent à maigrir ; & dans le mois de juin. on en trouve beaucoup de mortes au bord des rivières. M. le président de Borda me marque, que vers la fin du mois de juin on en pêche dans l’Adour, un peu au-delfus de Bayonne, quantité de petites alofes d’un ou deux pouces de longueur : les pêcheurs difent, qu’au commencement de la iàifon de la pèche, elles font plus grolfes que vers la fin j que les premières pefent de f à 6 livres, & font très-bonnes ; que vers la mi-juin leur chair contra&e un goût rance & fort défagréable.
- 95'. Cette pêche fe fait avec des faines de 80 bralfes de longueur, fur 5 de chûte, qui traverfent quelquefois prefque toute la largeur de l’Adour j les mailles ayant deux pouces d’ouverture en quarré, elles font alfez ouvertes pour lailfer les petits poilfons s’échapper. Ain fi, dans les grandes rivières , la pèche fé fait,comme dans la Loire, à quelques différences près, que nous allons faire remarquer. En quelques endroits de la Loire, les pêcheurs finilfent leur pèche en tirant leur filet fur le rivage ; cela ne fe peut faire fur les rivières de Bordeaux & de Bayonne, parce que les bords n’en font pas praticables j ainfi ils font obligés de pêcher avec deux bateaux & d’y relever leurs filets, comme on l’a vu première partie , fécondé fedion. Il y a encore cette différence, que les pêcheurs de la Loire pèchent prefque toujours la nuit, parce que l’eau de cette riviere eft fouvent fort claire 5 mais quoique
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- T RA I T Ef DES PECHES: Partie IL
- la pêche de nuit foit regardée comme la meilleure dans les rivières de Bordeaux & de Bayonne, on pêche néanmoins de jour & de nuit, parce que les eaux de ces rivières font rarement aufîi limpides que celles de la Loire.
- 96. On pèche auffi des alofes en Guienne avec le filet nommé bregin, que nous avons décrit dans la fécondé fection de la première partie, & dans cette troifieme : 011 fe rappellera qu’il a 40 bralfes de longueur, fur f ou 6 pieds de chiite ; qu’il eft lefté & flotté ; que deux pêcheurs prennent le filet dans un petit chaland ; qu’ils attachent à un des bouts, au moyen d’une ligne fine , une courge ou une veflie ou une bouée , qui indique par fes mouve-mcns fi le filet eft arrêté par une racine ou une roche, & auili fi quelque poiffon y a donné. Au bout du filet oppofé à celui où eft la courge, ils amarrent une autre ligne déliée qu’ils confervent dans le chaland, & qui leur fert encore à fentir fi quelque poilfon a donné dans le filet ; quand cela eft , iis vont avec le chaland relever l’endroit du filet où eft le poiffon, & ils ont un crochet de fer, emmanché au bout d’un bâton , pour tirer le poiffon à bord. Cette pêche eft repréfentée pl. //, fig. >.
- 97. Nous avons dit qu’on prend des alofes dans les pêcheries deftinées à la pêche des faumons , & nous'invitons à confulter ce que nous avons rapporté fur les naffes de la Guienne, fécondé partie, fécondé fection , ainfi que la planche où elles font repréfentées ; mais on voit fur la pi. Il, fig. 6 , une naffe, que M. le président de Borda me dit être établie pour la pèche des alofes , à l’embouchure de la riviere du Luy, dans l’Adour.
- 98. A A indique le lit de la riviere qui coule de K en L ; C C eft un pafîage qu’011 laiffe libre pour la navigation j il eft néanmoins traverfé par des fafci-nes ou des rames pliantes qui n’arrètent point les bateaux ; voye{ fécondé partie, fécondé feétion. Aux deux côtés de la riviere font établies les naffes de fafcinage B B, au bout defquelles font des verveux de filet D D, dans lefquelles fe prennent les alofes qui remontent la riviere ; comme quelques-unes étant effarouchées reviennent en fuivant le courant, on met dans l’intérieur les naffes EE, dans lefquelles la plupart fe prennent. Les clayonnages G G & HH, fervent à rétrécir le lit de la riviere , à diriger les alofes vers les naffes B, <Sr à retenir celles qui voudraient s’échapper 5 on établit derrière ces cloifons des verveux I, qui, pour le mieux, doivent être doubles ou à double goulet, comme celui qui eft décrit première partie, fécondé fection, pour prendre les poiffons qui fuivent le courant ou ceux qui refoulent. On place aulîi çà & là derrière les naffes B , des verveux F, pour prendre les poiffons de toute elpece qui fuivent le courant.
- 99. Les chalands de la riviere de Bordeaux ont une quille , & ordinairement un petit mât avec une voile, & quelquefois deux ; mais ils mettent tout bas quand ils s’établiffent pour la pèche. Les bateaux des pêcheurs,
- dans
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- Sect. lll. Dé l’alofe, & des poiffons qui y ont rapport. 55
- dans cette riviere, fe nomment filadiere où couraux, première partie, première feétion ; le maître eft propriétaire du bateau, & a tout le profit : il prend un aide à 'loyer*
- De la pêche des feintes ou pue elle s, ou gates, &? des petites qu'on nomme pucelottes owcalluaux, couvreaux ou couvriaux , ailleurs couverts.
- 100. On trouve de ces poiflons dans les hauts & bas parcs, dans les étentes, dans les guideaux, &c. Outre cela nous avons dit qu’on pèche les feintes ou gattes avec des filets, qu’on nomme feintieres dans la Seine, & couvrées dans la Loire. Nous avons même prévenu, que ces filets ne different des alofiers, que parce que leurs mailles font un peu moins grandes. Il arrive alfez fouvent qu’on trouve de petites alofes & feintes, harengues & grands gais mâles, mêlés avec les harengs & les maquereaux, dans les manets qu’on tend pour prendre ces poilfons.
- 101. Mais on fait encore dans plufieurs rivières, particuliérement au-defliis de Bordeaux, une pèche, pour prendre de fort petites feintes ou gattes, qu’on nomme ailleurs pucelettes, qui parailfent au commencement de la pèche des harengs. Elle fe fait la nuit, près de terre, autour des islets,avec de petits bateaux plats, dans lefquels le mettent feulement deux hommes avec un grand carreau ou filet rond tendu fur un cercle, & attaché au bout d’une perche : ce filet, qui eft un grand truble, fait poche. Les pêcheurs le plongent dans l’eau, & le relevent fréquemment : comme ce filet a jufqu’à 14 ou if pieds de diamètre, ils le placent quelquefois verticalement à l’avant du bateau, & quand le vent eft favorable à la route qu’ils veulent faire, ils s’en fervent comme de mât & de voile pour fe rendre au lieu de la pèche ; mais il faut que le vent foit très-faible : car ils ne fe fervent d’aucune corde pour affujettir cette faible mâture, qui ne confifte qu’à la perche, au bout de laquelle eft le truble. Ce filet, à la forme près, approche du carreau, & produit le même effet ; ou plutôt cette pêche relfemble fort à celle qu’on appelle haveneau en Saintonge. Si l’on confulte ce que nous en avons dit, première partie, fécondé fection, 011 en prendra une idée allez exa&e ; au refte les pêcheurs fe placent dans un petit bateau, à l’embouchure de quelques crics qui afsechent à toutes les marées, ou à l’entrée d’un ruifseau, s’alfourohant fur deux ancres en travers du courant qui eft barré par le bateau.
- 102. Ils -établissent fur le bord du bateau le filet, qu’ils nomment haveneau , & qu’on appelle ailleurs favenelle : les deux bâtons fur lefquels font attachés le filet, & qui forment en fe croifant comme une tenaille, s’écartent l’un de l’autre à leur .extrémité de 10 à 12 pieds i les bouts de ces bâtons
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- portent fur le fond de la riviere, & l’endf oit où ils fe croifent, repofe fur le bord du bateau : quand on veut relever le filet & prendre le poifson, on appuie fur la partie des bâtons qui eft en-dedans du bateau ; lorfque le filet eft forti de l’eau, on lui donne quelques fecoufses pour faire pafser les immondices au travers des mailles & approcher le poifson du bateau, où on le prend aiiement.
- ioj. En diiférens ports, on varie la forme de ce filet ; & fi l’on defire s’en inftruire, on peut confulter ce que nous en avons dit à la première partie, fécondé feétion. Cette pêche refsemble encore à celle du Pont-de-Cé, qui eft décrite à la fin de la fécondé feciion de la fécondé partie. On prend principalement à cette pêche de petites feintes ou gattes. Ces petits poifsons ne font pas plus eftimés en Guienne qu’en Normandie & en Picardie , leur chair étant fade & remplie d’arètes 5 néanmoins le peuple en fait ufage à caufe qu’ils fe vendent à vil prix.
- Notes fur l’alofe, qui mont été envoyées des pays étrangers.
- 104. La pèche des alofes, que quelques-uns appellent fcari ou fcarus , fe fait à Venife depuis le mois de mars jufqu’à la mi-mai: j’entends la pèche abondante ; car 011 en prend quelques-unes dans tout le courant de l’année : on les pèche communément à la mer & dans les rivières qui y affluent, avec le bregin. Ce filet eft décrit, première partie, fécondé fec-tion, & auffi à cette troifieme fe&ion. On en pêche aufti avec des haims. Les alofes de bonne grofseur & grafses, font un mets eftimé.
- iof. On m’écrit de Hollande, qu’on y prend quelques alofes de deux pieds de longueur; mais que communément elles ont 12 à 14pouces: je n’ai pas été à portée d’en voir ; mais je crois pouvoir douter que ce foit notre vraie alofe, parce qu’on me marque que leur chair tire un peu fur le jaune, qu’elle eft fort feche , qu’on l’eftime peu fraîche, & que pour cette raifon on les fume ; qu’alors elles refsemblent aux harengs faurs ; enfin, qu’on apporte en Hollande, du nord, beaucoup d’alofes fumées, & que les meilleures viennent de Schoonoven ; au refte les alofes fe fument comme les fau-mons. Je ne fâche pas qu’on leur donne d’autres préparations pour les conferver & en faire un objet de commerce ; mais pour en envoyer dans les provinces où elles font rares, ou pour fa provifion, lorfqu’elles font communes & à bon marché, on peut les faire cuire & les conferver dans une lauce, comme nous avons dit que l’on conferve le iaumon mariné.
- 106. M. le Franco. de Berkhey me confirme ce que je viens de rapporter , & ajoute, que l’alofe fumée eft un mets abandonné aux petits bourgeois 5 qu’on n’en fert point fur les bonnes tables, & qu’une des principales
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- raifons eft, que les faumons font fort abondans en Hollande; mais il nous paraît qu’on fe lafse plutôt du faumon que de l’alofe, & qu’une alofe bien fraîche, bien grafse, pêchée en bonne eau & en bonne faifon, vaut bien un faumon.
- Du débit des alofes au marché, & de leurs préparations dans les
- cuijines.
- 107. Les communautés en achètent d’entieres, qu’ils divifent par morceaux pour en faire des portions. On en acheté auffî pour les grofses maifons, & l’on en fait un plat du milieu ; mais pour les maifons moins nombreufes, ou moins opulentes, les marchands les coupent en deux ou en trois, & les vendent par tronçons pour s’accommoder à la dépenfe que veulent faire les acquéreurs.
- 108. A l’égard de la façon de les apprêter dans les cuifines, H c’eft une alofe entière qu’on veuille fervir, comme un plat de rôt, après l’avoir vuidée & lavée en-dedans avec du vin, on la fait cuire fans l’écailler dans un court-bouillon, & 011 la fert fur une ferviette avec du perfil verd ; ou bien l’ayant écaillée, on la fert avec différentes làuces, comme fauce-blanche aux câpres, une rémolade à l’huile, ou un ragoût. La façon la plus commune , & peut-être la meilleure, eft de la faire cuire fur le gril après l’avoir vuidée & écaillée : on la frotte de beurre ou d’huile afsaifonnée de fel & de poivre ; & à mefure qu’elle cuit, on l’arrofe avec ces mêmes ingrédiens : quand elle eft cuite, on la fert fur une farce ou avec différentes fauces. Quelquefois on fait cuire les alofes pour qu’elles fe confervent mieux ; en ce cas pour en faire des plats d’entrée ou de hors-d’œuvre on la coupe proprement par filets, qu’on fait réchauffer dans un ragoût ou une bonne fauce. Ou bien on la fait frire : pour cela, on trempe les filets dans une pâte un peu épaifse faite avec un verre de vin blanc, une cuillerée d’huile 8c du fel broyé fin: quand elles font frites, on les fert avec du perfil frit.
- CHA PIT RE III.
- Du hareng, en latin harengus, chalcidis fpeçies ( Belon ) ; en anglais & en allemand hering, en italien haringa.
- 109. Quoique la dénomination de hareng, qu’on écrit aufli harang, foit9 comme 011 le voit, allez généralement adoptée, c’eft, fuivant Rondelet,
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- un terme barbare : il dit qu’on ne connaît point de nom grec ni latin qu’on ait donné à ce poiiTon : quelques-uns, ajoute-t-il, l’ont nomméhalec; mais ce nom convient à tous les petits poilfons qu’on Pile, & ne défigne pas ex-preflement le hareng : au refte Rondelet penfe comme nous, que le hareng eft de la famille des alofes. Quelques-uns l’ont nommé aloja minor ; en effet ces poilfons fe reifemblent beaucoup par leur forme extérieure ; feulement le hareng eft plus petit, de même que la fardine & l’anchois, qui font encore plus petits que le hareng, font inconteftablement d’une même famille. Il eft donc indifpenfable de comprendre tous ces poilfons dans une même feétion, & en cela nous nous conformons au fentiment de la plupart des ichtyo-logiftes.
- Article premier.
- Considérations générales fur le hareng.
- i ro. Le hareng a, comme l’alofe, un petit aileron fur le dos vers la moitié de fa longueur, un atitjrc fous le ventre derrière l’anus, une nageoire derrière chaque ouie ; enfin deux fous le ventre : les rayons de ces ailerons & nageoires font mous, flexibles & point piquants ; mais il n’a que 8 à io pouces de longueur, rarement 12, fur 2 pouces ou 2 pouces & un quart de largeur verticale. C’eft un petit poiffon de palfage & de mer, mais qui ne remonte point dans l’eau douce comme les alofes : l’eau de mer, mêlée d’un peu d’eau douce, 11e leur déplaît cependant pas , puifqu’ils fe tiennent volontiers à quelque diftance de l’embouchure des rivières ; fî l’on en rencontre quelquefois dans le lit même des rivières, ou l’eau eft douce, c’eft parce qu’ils ont été forcés de s’y réfugier, étant tourmentés par les gros tems ou pourfuivis par des poilfons voraces : nous aurons occafion d’en citer quelques exemples.
- in. Ils font donc, comme les alofes & les fumions, des poilfons de paR fige , qui partent régulièrement tous les ans au printems du fond du nord par bancs ou flots confidérables. M. Anderfon les fait marcher en ordre- de bataille, & former à certains endroits des divilions qui fe portent toujours en bon ordre, tantôt vers la droite, d’autres fois vers la gauche, & il leur affigne des points de ralliement : quoique les routes tracées par M. Anderfon, & dont je me propofe de donner un extrait, ne foient point dénuées devraifèm-Elance, nous nous contenterons de dire pour le préfent, qu’en conlidérant les. endroits où l’on en fait la pèche, ils nous arrivent par la mer d’Allemagne, ' fuivent les côtes d’Ecolfe, font quelque féjour dans la mer d’Angleterre , & entrent dans le canal de la Manche, où étant reiferrés on en fait une pèche? confidérables beaucoup y fraient & difparaiffent enfuite , apparemment pour xetourner au nord, fuivant quelques-uns, par les côtes d’Irlande, après avoir
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- Se ct\ I1L De talofe, & des poiffons qui y ont rapport.
- fourni une nourriture abondante à différais peuples. Il paraît que ces poif. ions font ces grandes routes toujours voyageant, fans fe fixer en un endroit pour y faire un féjour confidérable. Plufîeurs ichtyologiftes penfent, & Rondelet eft de cet avis , que ce poiffon n’eft point de la Méditerranée : comme Rondelet s’eft particuliérement occupé des poilfons de cette mer, fon fenti-ment doit être d’un grand poids;.cependant on prend dans la Méditerranée de petits poilfons qui relfemblent aux harengs ou à de groffes fardines : fuivant Rondelet, on les. nomme en Provence haring ou. harengade ; mais la qucftion eft de lavoir fi ces poilfons font de petits harengs ou de groffes fardines; ce qu’il n’eft pas aifé de décider,, non-feulement à cauie de la reifem-blance des; harengs & des fardines, mais encore parce que dans l’Océan on prend de petits.poilfous qui relfemblent fort aux harengs, tels que le fprat & de grolfes fardines, qu’on nomme celan ou cdtrin. Nous parlerons dans la. fuite exprelfément de- ces différais poilfons.
- il2. Bélon prétend, au contraire de Rondelet, que c’eft une erreur de croire qu’il n’y a point de harengs en Italie ; il alfure en avoir vu vendre à Rome pendant fe carême ; mais il ajoute qu’ils, fe vendaient pêle-mêle avec des fardines & des. celerins, & que ce mélange fe nommait fardoni : il me femble qu’on peut inférer de. là y que les harengs que Bélon a vu vendre à. Rome, étant petits, étaient probablement les prétendus, petits harengs de Provence , ou peut-être dé grolfes fardines , qu’on nomme celerin dans l’Océan ; ainfi la queftion n’eft pas. décidée par le palfage de Bélon. En attendant ce que nous, dirons par la fuite pour éclaircir ce fait, nous nous occuperons des harengs vrais qu’on pêche dans l’Océan, & qui font une bran- -die de commerce confidérable..
- -ilg. Les Hollandais., les Anglais & les Français, font la pêche des harengs les, Hollandais, ainfi que quelques Anglais & Français, vont au-devant de ces poilfons jufqu’aux isles Orcades & à la hauteur d’Hitland;.la plupart des Anglais, & quelques.Hollandais,. ainfi que les Français,. attendent qu’ils foient parvenus aux côtes nord d’Angleterre & d’Ecoife,;. les pêcheurs hauts Normands font principalement cette pè,che dans la Manche ; enfin les. Bretons en prennent dans leur province. Nous.;,entrerons à ce fujet dans de grands détails; mais il convienr.dès^à.préfent de faire remarquer qu’on donne différais noms aux mêmes harengs, fuivant les lieux ou ils ont été. pêchés, les différentes faifons où on les prend, & les préparations qu’on leur donne. Ceux qu’on prend dans les mers du-nord, vers les Orcades, fe nomment harengs pecs, ou du nord (2) y 011 nomme de yarmouth ceux qu’on-
- ( 2) Il y a ici une petite erreur fans tains Harengs, .cen’eft pas à caufe de la, doute, fi. le nom de pecs eft donné à cer- partie de l’Océan où on les a pêchés , mai?
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- prend dans les mers d'Angleterre, & harengs du canal ceux qu’on pèche dans la Manche. Ces diftin&ions, qui peuvent être utiles dans le commerce à caufe de la différente qualité de ces poiffons, ne préfentent aux yeux d’un naturalise qu’un même poiffon, pris dans diffèrens parages. Il eff vrai que quand on examine avec attention un nombre de harengs, on y apperqoit de petites différences ; mais ce ne font que des variétés, dont la plupart dépendent des différentes faifons où on les a pêchés ; & comme les uns font meilleurs que les autres, on leur a encore affigné dans le commerce diffèrens noms, afin de pouvoir les diftinguer les uns des autres , quoique dans le fond ce foit la même efpece de hareng. Il ferait donc beaucoup mieux de dire, que ce font des harengs pris en diffèrens états, plutôt que d’en faire des efpeces particulières. Je vais entrer dans quelques détails pour rendre ce que nous venons de dire plus fenfible.
- 114. Il y a des faifons où les harengs font remplis d’œufs & de laite ; on les nomme harengs pleins, & ce font les plus eftimés : prefque tous ceux qu’on prend dans la Manche, depuis le commencement de la pêche, jufqu’aux derniers jours d’odtobre, font de ce genre j & les harengs pleins, de quelqu’en-droit qu’ils viennent, font réputés les meilleurs , foit pour manger frais, foit pour faler en blanc, ou pour fumer. Dans d’autres faifons, les harengs font prefque tous vuides de laite & d’œufs ; on les nomme gais : quelques-uns penfent qu’on leur donne ce nom, parce qu’étant menus & alongés, on a été engagé à les comparer à une gaine ; d’autres veulent que ce foit parce qu’alors ils font vifs & prefque dans un mouvement continuel. En général on les effimé beaucoup moins que les pleins ; cependant ceux qui ont frayé nouvellement, & qui ne font pas remis de la maladie du frai, qu’on nomme bouffards ou à la bourfe, font les plus mauvais : ils font maigres, & le peu de chair qu’ils ont, n’a ni bon goût ni délicateffe ; au contraire, quand ils ont eu le tems de fe rétablir de cette maladie, & qu’ils ont pris chair, ils font très-bons à manger frais, & quoiqu’ils foient vuides, comme ils font en chair & point trop gras, ils fouffrent l’habillage & s’affermiffent dans le fel. On en apprête donc en blanc en finir, fans que les faleurs éprouvent de reproche des marchands à qui ils en ont fait des envois : quelques-uns prétendent que ce font ces harengs rétablis qu’on doit nommer marchais, comme qui dirait qu’ils font devenus bons & marchands.
- pour la maniéré dont ils ont été préparés, ne peuvent y être rapportés frais, & qu’on Ce mot elt hollandais, pccklc - haring, qui eft obligé de les faler en mer , à mefure que ne fignifie autre chofe que harengs Jalés. l’on en prend. De forte que hareng falé a L’équivoque vient, ce mefemble , de ce que été pris pour hareng pêché aux Orcades au ces harengs, pêchés aune trop grande dif- au Nord, tance des ports d’où les bâtimens font partis j . .
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- < ïlf. Comme les Hollandais donnent tous les jours à chaque matelot de leur équipage douze harengs , qu’ils filent pour leur compte, ils choifilfent toujours les plus beaux, & ce font ces harengs qu’on nomme de choix de triage ou de Péquipage, & quelques-uns les appellent marchais. Nous ne diiîi-mulerons pas qu’à la côte de Caux, on donne ce nom à tous les harengs gais qui relient à nos côtes après que les grands flots font partis, pour retourner au nord.
- . il 6. On prend des harengs qui font tout près de frayer, ou même qui ont commencé à faire leur ponte; ceux-là font, comme nous l’avons .dit, mauvais , & achèvent de fe vuider de leurs œufs & de leur laite lorfqu’on les met dans le fel. Les pécheurs le prouvent en mettant un peu de fel fur ces harengs ; car on allure que fur-le-champ les uns vuident leurs œufs & les autres leur laite : ce font ces harengs-là qu’on appelle en quelques endroits bottjjards ou à la bourfe. Il eft certain, comme je l’ai déjà dit, que ces harengs, prêts à frayer, font de la plus mauvaife qualité5 leur chair eft molle, les laites font petites; & ce* qui,leurrefte de laite ou d’œufs dans le corps fe racornit; ce qui fait .que lorfqu’ils font falés , on les appelle harengs cornes. Or commet les harengs'ne fraient pas tous dans le même tems, on en prend de gais, avec les pleins; mais lafaifon où prefque tous font gais, eft, comme difent les pêcheurs, après l’harengaifon ; c’eft-à-dire, après la faifon où l’on pêche les harengs en plus grande abondance; & comme la faifon de la fraie eft, dans la Manche, à la fin de décembre, il y ar eu un réglement de police qui inter-difait alors la pèche des harengs-; nous en-parlerons dans la fuite.
- — 117. - Onprend aux côtes de France, principalement hors de la Manche , quelques, harengs, qu’on 110mme halbourg; ils paraiflent dans une autre faifon que les grands flots de harengs : il s’en trouve, fouvent dans les manets qu’on tend pour prendre des maquereaux. Ces harengs , qu’on ne prend pas en grand nombre, font prefque toujours vuides d’œufs & de laite, néanmoins tous gras & gros, même plus larges que les autres harengs : on en prend quelques-uns qui ont jufqu’à 12 pouces de longueur ; en générai leur Êouleur eft plus brune que celle des harengs, pleins „ & même que des gais. Comme ils* font très-gras, ils ne font pas propres à faler; mais quoiqu’ils n’aient pas un goûtaufli relevé que les. autres harengs', ils font bons à manger frais : malhèureufement ( à caufe de leur graiife & de la délicatelfe de leur chair) on ne peut les conferver plus d’un jour; ou deux; ainfi 011 eft obligé de les confommer fur les lieux, ou à une petite diftance de l’endroit où on les a pêchés ,& pour cette raifon on les vend bon > marché; ainfi c’eft une s relfource pour ceux > qui ne font ni riches ni: fort,-délicats. L’on alfuré que leurs éntrailles fondent prefqu’entiérement en. Huile, qui eft bonne à brûler, &. qu’on emploierait à d’autres adages fi I onien avait une plus grande quantité.
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- i l 8. Il ne faut donc 'pas croire que ce foit une perfection aux harengs que d’être fort gras ; ceux-là font difficiles à conferver, même étant falés; oit -eftime ceux qui ne font ni fort gras ni très-maigres, mais bien en chair. Eli quelques endroits on nomme hareng halbourg ceuxqu’on pèche dans les mois de juin & de juillet avec les maquereaux ; ils font plus gros que les harengs ordinaires, & fort gras : des pêcheurs prétendent, que c’eft parce que les mailles des manets à maquereaux font trop larges pour retenir les harengs de cette efpece qui feraient d’une groffeur commune ; on dit qu’ils font toujours gais.
- 119. D’où viennent ces harengs halbourgs ? C’eft une queftion fur laquelle les fentimens font fort partagés, & que je ne fuis pas en état de décider complètement. Il y en a qui prétendent que ce font des harengs qui font reftés dans nos mers lorfque les autres font retournés au nord ; ils fe font retirés, dit-on, dans les grands fonds, cachés fous des pierres, & ils fe montrent dans les fàifons où les harengs commencent à voyageai ce qui fait qu’ils paraifsent avant les autres qui ont une grande route à faire pour fe rendre dans nos mers. Cet inftinCt de voyager dans certains tems s’accorde avec celui des oifeaux de pafsage : on éleve, par exemple, des rofti-gnols dans des cages , où ils retient afsez tranquilles jufqu’à la làifon où ceux qui font en liberté quittent nos bois ; mais alors ceux qui ont toujours été renfermés dans les cages, s’y agitent beaucoup, & ils fe tueraient Ci leurs cages n’étaient pas garnies de toile ; de plus, leur grande agitation eft au commencement de la nuit, tems où ceux des bois fe. mettent en route : il eft fmgulier que cela arrive à dès oifeaux, qui, ayant été élevés à la brochette, & dans des cages, ne font'point engagés par leurs camarades à changer de climat.
- 120. Les pêcheurs de Dieppe penfent que les harengs halbourgs font •des harengs gais qui viennent des côtes d’Angleterre, où ils ont été fe rétablir de la maladie du frai, & où ils fe font engraifsés à caufe de la bonne nourriture qu’ils y ont trouvée ; airrfî »î1sl-croient que le halbourg eft le même poifson que le hareng plein & le gai: ils afsurent qu’on en prend en juillet & août qui* ont œufs & laite v& que quand ils .s’en font déchargés , ils maigrifsent ; d’autres veulent que des harengs halbourgs foient ceux qui quittent leur compagnie, & qui viennent dire&ement du nord dans nos mers, où ils arrivent plus tôt que les autres , & font pour cette raifon fort gras, comme ceux qu’on prend au nord. N’ayant pas été à portée, de décider cette queftion, je me contente de rapporter les dilférens- fentimens, fans prendre aucun parti; au refte, comme ce poifson eft plus long & plus large que nos beaux harengs, connue fa chair a moins de goût, comme fes couleurs font plus brunes, comme on ne lui trouve ni laite ni œufs
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- dans le corps lorfque les autres font pleins, & qu’ils nous arrivent dans une autre faifon que les harengs, je n’ofe afsurer que ce foient de vrais harengs, d’autant qu’en comparant à côté l’un de l’autre ces poifsons,on apperçoit d’autres marques diftin&ives qu’il n’eft pas aifé de rendre par écrit, ni même dans des deflins ; on en jugera par un que j’ai défigné & repréfenté en petit fur l’une des planches de cette fedion, mais qui a été corredement deiliné fur un qui avait plus de dix pouces de longueur.
- 121. Les obfervations que nous venons de faire, fêmblent indiquer une autre efpece de poifsons ; jufqu’à préfent le halbourg étant excepté, toutes les diftinctions que les pêcheurs & les marchands ont mifes entre les harengs , ne préfentent point à un naturalifte différentes efpeces de poifsons ; ce font toujours les mêmes qui ont été pêchés, les uns ici, les autres là. Les uns qui font gras, d’autres maigres ; les uns pleins de laite & d’œufs, les autres vuides : il n’en eh probablement pas de même de celui dont nous allons parler.
- 122. Les pêcheurs trouvent dans leurs filets & leurs pêcheries un autre poifson. confondu avec les harengs pleins ; ils les nomment grands gais ou harangues \ j’en ai repréfenté un fur la planche. II, fig. 2; mais je l’ai fait delfiner en petit pour ne point trop multiplier les planches. Ils ont communément 12 à 14 pouces de longueur quoique plus grands que les harengs, ils ne font pas beaucoup plus gros : leurs écailles font fort grandes , & forment une efpece de lofange ; leur chair n’eft: pas d’un beau blanc ; néanmoins on la trouve plus appétifsante que celle des halbourgs, qui eft trop grafse : la plupart n’ont ni laite ni œufs, ce qui me fait croire que ce font de jeunes poifsons d’une autre efpece, peut-être des alofeaux ou des pucelettes ; cependant ceux que j’ai vus n’avaient point les taches fur les côtés, qu’ont les feintes ou pucelles; peut-être eft-ce le poifson que M. Cléron m’a envoyé du Havre pour une feinte, & dont j’ai parlé ci-devant au chapitre des feintes.
- 123. Il y a des pêcheurs qui mettent mal-à-propos au nombre des harengs les roblots ou fanfonnets, qu’ils prennent dans les mêmes filets & dans la même faifon que les harengs ; mais c’eft une erreur groifiere : ces pqiflons font de vrais maquereaux, d’un genre bien différent des harengs. A l’égard des celans ou celerins, des fàrdines, des anchois, &c. ce 11e font pas des harengs, mais des poiffons de leur genre : j’en parlerai exprelfé-ment dans la fuite.
- 124. Les marchands regardent en quelque façon comme des efpeces differentes de poiffon les harengs frais, les harengs blancs, les fauris ( 3 ),
- ( j ) On les nomme communément faurs ou faurets. Tome XI.
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- les harengs brailles ou demi-laies, les boiufts ou demi-fauris, les hareng? d’une, deux ou trois nuits ; enfin les harengs de triage : il eft clair que tous ces diiférens noms indiquent le même poilfon différemment préparé 5 cependant il eft dit dans des mémoires, qu’on pèche en telle faifon des harengs frais, & dans telle autre des harengs falés; ce qui fignifie feulement que les harengs qu’on prend en telle faifon fe confomment frais, & qu’on laie ceux qu’011 prend dans telle autre faifon. Ainft je crois qu’il ne fera pas fuperflu de préfenter en peu de mots ce que nous venons de dire, pour que l’on conçoive bien, que quoiqu’on donne beaucoup de noms différens aux harengs, il n’y en a néanmoins qu’une efpece.
- 12). Le hareng plein eft celui qui a des œufs ou de la laite dans le corps. Le hareng gai ou vuide eft celui dans lequel on ne trouve ni laite ni œufs. Le hareng qu’011 nomme marchais en quelques endroits, eft, fuivant les uns, celui qui relie dans nos mers, apres que les autres les ont quittées, pour retourner au nord : ils font vuides ; mais iis font rétablis de la maladie du frai ; en plufieurs endroits on les confond avec les gais, quoiqu’ils foient meilleurs. Les harengs boujjards, ou à la bourfe, font ceux qu’on prend lorfqu’ils font leur ponte, ou immédiatement après qu’ils l’ont faite. Le hareng pec eft celui qu’on pêche dans le nord. ( 4 ) Le hareng de Yarmouth eft celui qu’on prend dans le nord de l’Angleterre. Les harengs de la Manche font ceux qu’011 pêche le long des côtes de Flandres, de Picardie & de haute Normandie.
- 126. Comme il eft très-important de faler les harengs aufli-tôt qu’ils font pêchés, 011 exige des pêcheurs qu’ils livrent dans le jour ceux qui ont été pris la nuit précédente } c’eft ce qu’011 appelle harengs d'une nuit : ceux de deux nuits font encore reçus •, mais 011 n’eftinie pas ceux de trois nuits, & pour cette raifon les pêcheurs font obligés de mettre à part les poilfons qu’ils prennent chaque nuit, pour qu’on puifle diftinguer les harengs qu’on nomme d'une nuit, de deux ou trois nuits : ordinairement on fiurit ceux-ci} mais de quelque façon qu’011 les prépare, ils font moins bons que les autres.
- 127. Les harengs frais font ceux que les chafles-marée tranlportent aux endroits où ils favent en avoir le débit. Mais comme ils ne peuvent fe con-ferver au plus que huit jours, bons à être mangés frais, on en file de différentes façons. Les harengs braillés font ceux qu’011 fale groffiérement, en les remuant ou brouillant dans une baille avec du fel} ils ne font qu’à demi-falés & ne fe confervent que quelques jours. Ceux qu’on nomme en
- (4) Nous avons déjà dit, note 2 , ce qu’il faut entendre par hareng peck. C’eft l’op-pofé de hareng frais, & rien de plus.
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- Sect. III. De l’alofe, & des poiffons qui y ont rapport.
- vrac font mis dans des tonnes avec du fel, pour qu’ils s’en pénètrent & qu’ils rendent leur eau ; ils ne peuvent pas relier long - tems en cet état ; on les en tire pour les paquer avec foin dans des barrils. Les harengs blancs font falés avec foin, & bien arrangés dans des quarts ou barrils qui ferment exactement ; ils fe confervent long-tems & peuvent être tranfportés au loin par terre & par mer. ( f )
- 128. Outre cela on fume ou faurit des harengs de différentes façons.
- 129. Ceux qu’on nomme boufis font peu falés & peu fumés \ 011 les nomme en quelques endroits appétits ou craquelots : ils font agréables à manger quand ils ont été bien préparés; mais ils ne fe confervent bons que quinze jours. Les autres harengs fumés, qu’on nomme faurs, faurets ou fauris, font falés & fumés avec beaucoup plus de foin ; quoiqu’ils perdent de leur qualité en les gardant, ils font encore mangeables en carême. Tout ce que nous venons de dire jufqu’à préfent regarde inconteftablem'ent la même ef-pece de poiffon; nous n’ofons pas en dire autant des harengs qu’on nomme halbourgs , pour les raifons que nous avons rapportées plus haut ; mais fûre-ment les grands gais ne font pas de vrais harengs.
- i^o. Pendant que nous fommes occupés de confldérations générales fur les harengs, il ne fera pas hors de propos de faire remarquer, qu’on a tort de dire que le hareng meurt au fortir de l’eau, & qu’aucun pêcheur n’en a vu en vie ; cela eft feulement vrai pour les harengs qu’on prend dans les filets où ils font étouffés ; ce qui arrive à beaucoup d’autres poifsons ; mais les pêcheurs parquiers qui les prennent avec des trubles, les voient fouvent remuer dans leurs paniers ; quelques - uns afsurent même qu’ils en ont vu remuer dans leurs mains en les ouvrant pour les habiller.
- i$i. J’ai dit d’une façon générale, que M. Anderfon avait décrit fort en détail la route que fuivent les harengs, depuis leur fortie des abymes du nord, jufqu’aux différens endroits où ils fe difperfent ; quoique cela foit un peu hypothétique & établi fur les relations des voyageurs, qui difent qu’on pêche des harengs en telle fàifbn dans un endroit, & en telle faifon dans un autre, ce pafsage de M. Anderfon, & ce qu’en dit fon traducteur,
- (O Toute la différence entre la préparation des harengs blancs & les faurs ou faurets, ne confifte qu’en ce que les pre,-miers font mis dans une forte faumure pendant 12 ou 15 heures, après quoi on les encàque tout de fuite, au lieu que les féconds y relient le cdouble de tems, & font fumés enfuite, ce qui les deffeche & leur fait changer de couleur ; mais ils fe çonfer.
- vent aufïï beaucoup plus long-tems que les autres. On appelle encore harengs en vrac ceux qui ne font falés qu’en partie, & que l’on met dans les barrils fans les arranger, & harengs caques ceux qui ont reçu toutes les façons, c’eft-à-dire, qui ont été falés entièrement , arrangés, & foulés dans les barrils.
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- TRAITE ' DES PECHES. Partie IL
- m’ont paru n’ètre pas dénués de vraifemblance, & afsez curieux pour trouver place dans les obfervations générales que nous donnons fur l’hilloire des harengs 5 mais j’abrégerai le texte.
- Sur la route annuelle des harengs, tiré de /’Hiftoire naturelle d’Islande » par M. Anderfon, & de /’Atlas de commerce & de mer , imprimé en anglais à Londres en 1728.
- 132. Tout le monde fait que les harengs viennent du nord, dont ils parcourent les côtes, en fe divifant en plufieurs troupes ou colonnes ; la plus grande de ces colonnes fe met en marche au commencement de l’année, & fe partage en deux ailes, dont celle de la droite fe détourne vers l’occident, & tombe au mois de mars fur l’isle d’Islande ; de forte que tous le golfes, détroits & baies en font remplisj mais 011 ne peut pas bien dire ce que devient le relie de cette colonne, qui défile le long de la côte occidentale de cette isle : l’aile gauche qu’on connaît mieux, & qu’on appelle l'aile orïeiitale, tire vers l’orient, gagne la mer du nord vers le cap du nord, defcend le long de toute la côte de Norwege ; de forte qu’une divifion de cette derniere colonne côtoie en droiture la Norwege, jufqu’à ce qu’elle tombe par le détroit du Sund dans la mer Baltique 5 & que l’autre divifion , arrivée à la pointe du nord du Jutland, fe divife encore en deux, dont l’une défilant le long de la côte orientale du Jutland, fe réunit par les Belts avec celle de la mer Baltique ; pendant que l’autre, defcendant à l’occident de ce même pays, & côtoyant le Slefwick, le Holftein, l’évèché de Brème, & la Frife, fe jette par le Texel & le Wlie dans le Zuyderzée, & l’ayant parcouru, s’en retourne dans la mer du nord.
- 13 La fécondé grande divifion, qui eft la divifion occidentale de l’aile orientale, fe détourne vers l’occident, va droit aux isles deHitland ou Schet-land, & aux Orcades, & vers l’Ecolfe, dont elle remplit les bancs, les baies & lesanfes, où elle fe divife de nouveau en deux colonnes, dont l’une après être» defcendue le long de la côte orientale, rafe le cap de Buchannels, la côte d’Aberdeen 5 elle va de là au fud, & palfe au nord du Tay, & de là devant Dumbar, où les pêcheurs du Tay en prennent des quantités confiderables qu’ils vendent à Edimbourg j elle fe plonge enfuite, faifimt un détour devant les côtes fort élevées de Saint-Tabbs & de Berwick. Cette colonne reparaît fous Scarborough, fe relferre fur les bancs de Yarmouth, proche l’Angleterre, palfe de là à l’embouchure de la Tamife, où les harengs tombent en partage aux pêcheries de Londres , de Foulkftone , de Dower & de Sandwich , qui en fourniifent la ville de Londres, & les autres fituées le long de la Tamife, de même que les côtes de Kent & de SulTex: il fe
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- Sect. HL De l’alofe , & d-es poiffons qui y ont rapport. '4 5
- détache pendant ce tour des troupes confidérables de harengs qui vont fur les côtes de Frife, de Hollande, de Zélande, du Brabant, de la Flandre & de la France : la fécondé colonne de cette divilion tombe en partage aux Eco fiais , du côté de l’occident ou des isles "Weftemes, & les négocians de Glafcow, d’Ayr & de Galloway, en premient beaucoup.
- 154. L’Irlande fe trouve auffi alors environnée de tous côtés de harengs ; aufîi les pêcheurs de Londonderrÿ, ceux de Belfaft, de Carrickfer-gus, de Dublin, en prennent tant qu’ils peuvent, ainfi que ceux de Lewes & des isles Wefternes, qui les pourluivent jufqu’à ce qu’ils aient atteint la mer de Saverne ou canal de Briftol, & là ils tombent dans les filets des habitans de Devonshire, qui, joints à d’autres pêcheurs, les pourluivent depuis Minhead jufqu’à Barnftaple, Beddiford, & de là jufqu’aux villes de Cornwall. Les négocians de Pembrock, & de toute la côte méridionale de Galles, en prennent auffi des quantités prodigieufes ; enfin toutes ces di~ vifions de la fécondé grande colonne s’étant réunies dans la Manche, ce poiflon fe perd de vue, fans que jufqu’à préfent on ait pu découvrir ce qu’il devient ( 6 ). La failbn où les harengs fraient en différent parages,
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- ( 6 ) On a lien de croire que les harengs en de certains tems de l’année. Je crois de*» quittent les mers du nord pour trouver un voir ajouter ici que la maniéré dont fefait climat plus tempéré, où leurs œufs puifient le départ des harengs pour retourner dans éclore après quoi, & lorfque les petits poif- le lieu de leur dbmicile ordinaire , n’éft pas fons font devenus grands , ils rétournent moins étonnante que toutes lès autres cir-dans ces mersiàavec ceux qui pendant la- confiances qui les concernent.. Quoique fé-même émigration ont pu échapper aux filets parés ,comme notre auteur le dit, en- pîu-des pêcheurs, ou à la voracité de plufieurs fieurs troupes , elles fe-réunifient pour ne efpeces de poiffons, qui s’en nourriffent ; former que deux colonnes ge'nérales, fans car, & c’eft une chofe qui mérite d’être ob- qu’aucun des poiffons s’en écarte , & elles fervée, if ne paraît aucun banc de harengs continuent leur marche en ordre jufqù’air qui ne foit fuivi d’un très-grand nombre de terme fixé. Les harengs quittent les côtes requins , de marfouins , de cabillaux y & de France en juin.& en août, & dès que le' même de plufieurs efpeces d’oifeaux marins, gros eft parti, onn’en voit plus paraître un qui fe trompent auffi peu que les pêcheurs feu! jufqu’à l’année fuivapte. Ceux qui ont fur le tems & la faifon où les harengs paraif- qbférvé avec le plus de foin la marche de ces fe'nt fur‘certaines cotés; mais de tous lés poiffons'lorfqü’ils arrivent , afïùrertt qu’elle poiffons qui vivent dè harengsy l’efpece de eft dirigée par lés mouveméns dès harengs-baleine qu’on nomme nord-caper, eft celle qu’on nomme royaux, & qu’aucune armée qui en détruitle: plus.. On la nomme, ainfi drfciplinée m’exécute les ordres du chef avec» parce qu’elle fe tient principalement autour autant de prédfiom & de célérité. Pour ce de là dernière pain!te feptèntrionale dè Nor- qui concerne la difparution fubite de la co-wege^fqu’on.nomme cap^du nord,.& lana-' lonne dont parle l’auteur, comme on pêche ture les inftrùifcà choifirce pofte avantageux; des;harengs fur les côtes de l’Amérique fep-pour y attendre: les3tdoupes immenfes de tentriopale , quoiqu’en moindre quantité harengs qui côtoient toujours, ce royaume que fur celles de l’Europe, on conjecture que
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- & la prodigieufe multiplication de ces poiflons, m’ont paru des points affez intéreflàns de leur hiftoire pour être compris dans les coniidérations qui nous occupent préfentement.
- Des faifons oh les harengs fraient en diffêrens parages, de la prodigieufe multiplication de ces poijfons.
- I5f. Pendant que nous fournies occupés de confidérations générales lur les harengs, il me paraît convenable de dire quelque chofe d’un point intéreflant de leur hiftoire, d’autant qu’on a déjà vu, & on le verra encore mieux par la fuite, que cette circonftance influe beaucoup fur leur qualité : on fent bien que je veux parler de leur frai ou de la multiplication de leur elpece par les œufs.
- 136. Nous avons dit en parlant du faumon & des truites, que ces poiffons ne fraient pas tous dans le même tems ; il en eft de même des harengs. On a/ alfez généralement remarqué, que dans les années où l’air eft doux, ils fraient plus tôt que quand la faifon a été très-froide ; quelquefois , par exemple, on pêche beaucoup de harengs gais au commencement de décembre, pendant que dans d’autres années on en trouve encore beaucoup de pleins en janvier : ceci regarde le général ; mais fi on examine les harengs plus en détail, on remarquera qu’il y en a qui fraient beaucoup plus tôt que les autres ; ce qui fait que dans le courant d’o&obre, lorfque prefque tous les harengs qui entrent dans la Manche font pleins, 011 en trouve de gais.
- i^7- Quelques pêcheurs prétendent, que dans la mer d’Angleterre, la faifon du frai (*) eft en oétobre; cela peut être pour quelques-uns, puif-qu’on en prend de gais avec les pleins, mais non pas pour le plus grand nombre j ce qui fait que beaucoup de pêcheurs affurent que les harengs fraient rarement aux côtes de Yarmouth, foit que les eaux y foient trop profondes, ou que les harengs y arrivent avant que les œufs foient bien formés ; car on verra dans la fuite, que les harengs qu’on prend à Hitland & aux Orcades, n’ont que peu de laite, ou de petits œufs confus & mal formés ; ce qui a fait dire qu’on n’y prenait que des harengs gais. La
- ce font ou les relies de la fécondé grande de tirer au fud-eft avec les autres, colonne qui , guidés par l’inclination marquée de ces poilfonspour les voyages, fe (*) Je crois qu’il eft plus exaét de dire jettent dans l’Océan Atlantique , ou plutôt de la fraie ,• & fi je dis du, frai, c’eft pour une colonne de la grande troupe qui, ve- nie conformer à ce qui eft plusd’ufage dans nant des côtes de Groenland , fe dirige vers les ports : ceci étant bien entendu, laçhofe celles du nord-ouelt de l’Amérique au lieu devient indifférente. •. > > , ;
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- Sëct. I1L De Valofe des poiffons qui y ont rapport. 47
- laite & les œufs font mieux formés à Yarmouth, pas aufli bien cependant que"dans la Manche, fur-tout vers le mois de décembre.
- ij8. Néanmoins, vers la mi - novembre, on prend à Yarmouth des harengs qui font vuides, pas à la vérité en aufli grande quantité que dans la Manche, où quelquefois on en voit de gais dès la mi-o&obre, & plu-fieurs prétendent que ceux-là ne viennent pas de Yarmouth. Au refte le fentiment commun eft, que les harengs 11e font qu’une ponte chaque année, & on penfe qu’ils viennent dans nos mers pour y frayer (7).
- 139. Il eft vrai qu’il réfulte inconteftablement des obfervations, qu’on a faites dans la Manche, que les harengs fraient fur nos côtes, & l’état où l’on trouve les œufs dans les harengs qu’on prend à Hitland, comparés à celui de ceux qu’on prend à Yarmouth, puis dans la Manche, fembie effec-tivement établir que les harengs viennent dans nos mers pour frayer j néanmoins quand on confidere l’immenfe quantité de ce poilfon qui fort du nord, on eft porté à croire qu’il y en a qui y fraient:il en eft peut-être comme des abeilles qui fe multiplient dans leur ruche, d’où il fort des eflàims quand la population eft trop nombreufe : il eft vrai qu’un hareng contient beaucoup d’œufs 5 mais que l’on confidere la confommation énorme qu’en font les baleines, les requins, les marfouins, les cabillaux, & quantité d’autres poiffons moins gros qui en font leur pâture j & outre ces gros poiifons, combien y en a-t-il de petits qui chaflent les harengs, qu’on doit regarder comme un mets délicieux pour prefque tous les poiifons, puif-qu’ils fourniifent aux pêcheurs aux haims, le meilleur appât qu’ils puiifent employer.
- 140. On peut joindre à cela la deftrmftion qu’en font les oifeaux marins, qui fiiivent en grand nombre les bancs de harengs, pour attraper ceux qui s’approchent de lafuperficie de l’eau. Enfin, quelle immenfe quantité en prennent les pêcheurs depuis leur départ du nord jufqu’à leur retour! En confidérant ces différentes caufes de deftruciion, on ne peut s’empêcher d’ètre furpris que cette efpece de poiifon fubfifte & paraiife tous les ans en fi grand nombre dans nos mers (*) ( 8 ).
- (7) On peut ajouter d’après les obfer- -les harengs fraient dans le nord, c’eft que vations des pêcheurs Hollandais & Fran- les premiers qu’on y pêche , font moins gros qais que, comme il naît en été furies côtes que ceux qu’on prend dans la fuite, de la Manche, une multitude innombrable (8) Cette furprife pourra diminuer fi
- devers & de petits poiffons ,-les harengs s’y l’on confidere que chaque hareng femelle rendent alors non-feulement pour frayer , contient ordinairement dix mille œufs, mais déplus pour y trouver une nourriture qu’elles dépofent le long des côtes; que le pi’us abondante que dans les mers du Nord banc'ou la colonne qui arrive en juin fur & qui leur convient. celles d’Angleterre, occupe pour le moins
- (*) Ce qui engage encore à croire que autant d’efpace en largeur que toute la Ion-'
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- T RA I T E' DES PECHES. Partie- IL
- 141. Les pécheurs de la Manche difent, que quand les harengs font prêts à frayer, les œufs des femelles font fanguinolens & la laite des mâles fluide, prefque comme du lait.
- 142. Ces poilfons entrent quelquefois en fi grande quantité dans la Manche, qu’ils reflemblent aux flots d’une mer agitée; c’eft ce que les pêcheurs nomment des lits ou bouillons de harengs : quand les filets donnent dans ces bouillons, il arrive quelquefois qu’ils font tellement chargés de poilfons qu’fis rompent & coulent bas. Les pêcheurs prétendent que les harengs fe raflemblent ainfi pour frayer ; néanmoins on rencontre de ces bancs formés de harengs gais qui fe font déjà déchargés de leurs œufs. Ils vont toujours de compagnie ; ainfi il eft aflez naturel de penfer, qu’un banc confidérable qui s’engage dans la Manche, doit y être plus ferré qu’en pleine mer, parce que la Manche a moins d’étendue; cependant je ne nie pas que la circonftance de la fraie 11e contribue à les raflembler.
- 145. On alfure que, dans les endroits où il fe raifemble beaucoup de poilfons pour frayer, on apperçoit à la fnrface de l’eau une efpece d’écume, que les pêcheurs nomment le graijjin; on le voit, dit-on, dans la Manche, principalement vers les bords,rarement au milieu, & encore plus rarement à Yarmouth. Ce font des faits qu’il ne m’a pas été pollible de vérifier; mais l’idée que les pêcheurs ont de la façon de frayer des harengs, eft aflez finguliere pour que je la rapporte, fans néanmoins être difpofé à l’adopter.
- 144. Les pêcheurs prétendent que les femelles jettent en pleine eau leurs œufs, & les mâles leur laite, dont une partie féconde les œufs, & l’autre fe porte à la fuperficie, où elle forme le grailîin, & que les œufs fécondés tombent au fond ; enfin, que dans cette opération les harengs bon-diflent auprès de la furface de l’eau. Je m’abftiendrai de nier que le graif-fin foit produit par la laite des mâles, quoiqu’on pût imaginer qu’il le ferait par une mucofité qui fe détache d’un grand nombre de poilfons qui fe ra-maflent en un même endroit, & qui s’y agitent beaucoup, comme on voit l’eau des mares fe couvrir d’une efpece de crème, lorfqu’un nombre de
- gueur de la Grande-Bretagne & de l’Islande, & qu’enfin on a calculé que tous les pêcheurs enfemble ne pouvaient prendre que la millionième partie du nombre qui com-pofe la troupe entière ïorfqu’elle arrive du nord. Cependant on évaluait en 1748 le produit de la pêche, faite par les feuls Hollandais, à 8ç mille lafts, & comme le laft contient 12 barrils,& chaque barril 1000 à ïioo harengs , il en réfultait que les pê-
- cheurs de cette nation en avaient pris au moins un milliard & vingt millions. Si l’on y ajoute le fruit de la pêche des autres peuples , ce que les oifeaux & les poilfons voraces en détruifent, & qui retourne au nord , il fera vrai de dire que le nombre des harengs qui viennent annuellement des contrées feptentrionaleSjfurpafle tous les nombres connus.
- pigeons
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- Sêct. III. De taîofe, & des poiffons 'qui y ont rapport 49
- pigeons ou d’autres oifeaux s’y font baignés; mais 'en accordant aux pê-«heurs que le graiffm eft produit par une portion de la laite des mâles* l’idée des pêcheurs fur la façon de frayer des harengs, n’eft guere d’accord avec ce que croient la plupart des naturaîiftes, qui penfent que les femelles dépofent lëürs oeufs au fond de l’eau, & que les mâles qui les fiiivent -les arrofent de leur laite: on dira peut-être que cette laite, qui eft plus abondante qu’il n’eft néceifaire, fe porte à la fiirface de l’eau & forme le graif-û11 ; eette idée fe rapprocherait de ce qu’on penlè ordinairement fur la fécondation des œufs des poiffons, fans beaucoup s’écarter de ce que penfent les pêcheurs'; néanmoins nous lie la rapportons, que pour engager les naturaliftes qui habitent les bords de la Manche, à effayer d’éclaircir cet objet intéreffant, pour diflîper les nuages qui nous empêchent de prendre une idée précife de la fécondation des œufs des poiffons. Quoi qu’il en foit, il parait certain que dans la Manche beaucoup de harengs commencent à frayer vers le 2f novembre, quoique, en certaines années, il s’en trouve encore de pleins en février.
- 1 i4f» Suivant plufieurs pêcheurs, les œufs éclofent peu de tems après qu’ils ont été jetés par les femelles ; & ils difent que dans les beaux tems d’hiver on apperçoit fur la côte & le long du rivage, une multitude de poiffons prefqu’imperceptibles. Unparquier aaffuréM. le Teftu, que, dans certaines aimées, il en pêchait beaucoup qui étaient un peu plus gros , & qui faifaient un mets très-délicat. Ces poiffons groflîffent fans doute ; & dès le mois de mars on prend beaucoup de petits harengs qui n’ont que trois à quatre pouces de longueur; c’eft ce qu’on appelle fretin de hareng, harengus parvulus Jive non natus. Quoiqu'il y en ait de bien de grandeurs differentes , je me contenterai d’en repréfenter un : on en prend de pleins paniers dans les parcs, & il eft permis de les vendre : il eft défendu d’expofer ceux qui font pris dans les filets, & on prétend que les parquiers en achètent pour les vendre, comme provenant de leur pêche. On regarde ces petits < poiffons comme étant produits, par les bouillons qui ont frayé les premiers : le fprat, dont nous parlerons dans la fuite, eft peut-être de ce genre, & j’elpere faire voir qu’il s’en trouve parmi les petits poiffons qu’on nomme la menuife ; enfin beaucoup de pêcheurs affurent, qu’au commencement de la harengaifon les harengs font plus petits qu’à la fin.
- 146. Après ces confidérations générales, il eft à propos de faire connaître le poiffon qui fixe maintenant notre attention, ou l’efpece de hareng , qui fait une branche confidérable de commerce, & dont pour cette raifou nous devons principalement nous occuper.
- Terne XL
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- f» TRAITE' Z> Æ S PECHES. Partie IL
- Article II.
- Dtjcrlption d'un hareng plein.
- 147. Le hareng dont nous allons donner la defcription, etoit d’une belle taille, puifqu’il avait 10 pouces de longueur totale , A R,/?/./ , la plupart n’ont que 8 à 9 pouces de longueur : celui que nous allons décrire, n’eft cependant pas des plus grands, puifque quelquefois il s’en prend qui ont onze pouces.
- 148. La tète des harengs eft comprimée par les côtés ; & quand les mâchoires font rapprochées l’une de l’autre, le mufeau paraît pointu. La gueule eft néanmoins aifez grande, & la mâchoire inférieure eft plus longue que là fupérieure , qui eft accompagnée d’un feuillet cartilagineux très-mince P, qui, fo couchant fur les côtés du mufeau, ne paraît prefque pas quand là gueule eft formée î cependant elle empêche d’appercevoir toute l’étendue de l’ouverture de la gueule ; mais quand les mâchoires s’écartent, ce. feuillet donne au mufeau une fînguliere forme. L’os du front eft un peu applati, ce qui contribue à faire paraître le mufeau pointu.
- 149. Les yeux font aifez grands, vifs, ronds, élevés vers le fommet de la tête ; la prunelle eft bleu foncé, tirant au noir 5 l’iris eft blanc & argenté quand le poiifon fort de l’eau ; mais enfuite il rougit, ce qui indique qu’il n’eft pas très-frais. Du centre de l’œil au bout du mufeau, il y a à peu près 11 lignes & demie : entre l’œil & le bout du mufoau font les ouvertures des narines, qui ne font pas fort apparentes.
- ifo. Il y a quatre branchies de chaque côté, & Pouverture des ou-ies eft très-dilatée. Les opercules ne font point couvertes d’éeailles, mais d’une membrane mince, lifte, brillante & argentée ; quelquefois on y apperçoit des taches rouges ou violettes qui ont beaucoup d’éclat ; ces opercules font formées de pluneurs feuillets cartilagineux, minces & flexibles , recouverts par la membrane dont nous venons de parler. Depuis le bout A du mufeau jufqu’aux bords des opercules des ouïes en B , il y a vingt à vingt* une lignes.
- ifi. Les mâchoires qui n’ont point de levres, font bordées de dents courtes & déliées qui s’inclinent vers le gofîer, ce qu’on font en pa-ftant» le doigt deflüs 5 & elfes font plus fenfrbles à la pointe des mâchoires que vers le fond de la gueule,, où les aspérités font peu confîdérables. 9
- if2. L’orîgine d'e la langue ou racine fe divifë en deux parties, entre lefquelles eft l’œfophage i à cet endroit-, elle eft épaüfe & unie avec la mâchoire de deflous par un ligament. La langue fe s’étrécit en-devant 5 cette partie, qui, forme une pointe moufle, eft mobile. Le deftus de la langue »
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- Sect, III. De Palofe , & des poiffbns qui y ont rapport. <ji
- ainfi que le palais, font garnis d’afpérités. Le bout du mufeau eft noirâtre, ainlî que l’intérieur de la gueule : quelques-uns l’ont beaucoup plus noire que d’autres, & pour cette raifon on les nomme noir-bec.
- I f Le dos, & principalement le ventre font des courbes en fens contraire plus ou moins confidérables, fuivant que les poilfons font plus ou moins gras, plus ou moins remplis d’œufs, de laite ou d’alimens. A quelques harengs gais, fort maigres , le dos eft tout droit, même un peu courbé vers le bas, & le ventre n’eft pas, à beaucoup près, auffi faillant qu’aux autres.
- if4- Les écailles fe recouvrent les unes les autres comme les ardoifes fur un toit ; elles font alfez grandes, fort minces, les unes rondes, les autres ovales, d’autres angulaires, fur-tout auprès des articulations des' ailerons & des nageoires, ainfi qu’à la partie tranchante du ventre : elles font fi exa&ement appliquées les unes fur les autres, que foit qu’on palfe le doigt de la tète vers la queue, ou de la queue vers la tète, on ne feitt rien qui l’arrête, excepté à la partie tranchante du ventre, depuis les nageoires ventrales jufqu’au golier : j’en parlerai dans la fuite. Les écailles fe détachent très-aifément de la peau, qui eft épailfe, argentée & mouchetée; au fortir de l’eau, elles font brillantes, & chatoient ou réfléchiifent différentes couleurs , comme la nacre de perle.
- iff. Le dos eft bleu ou verdâtre très-brillant; mais quand il y a du tems que le hareng eft pêché, ces couleurs fe terniffent, & l’argenté des côtés perd de fon éclat; au refte on n’apperqoit point de taches comme au faumon & aux truites ; quelquefois feulement on en voit auprès des opercules, de dorées qui font fort brillantes.
- if6. Les raies que la plupart des poiffons ont fur les côtés, font k peine fenfibles aux harengs ; j’avoue même que je n’ai pu les diftmguer fur des harengs achetés au marché : lorfqu’elles m’ont été fenfibles , elles m’ont paru prefque droites, parallèles au dos dont elles étaient plus rapprochées que du ventre, & elles femblaient formées par des points.
- i f 7. Je me rappellais bien d’avoir fait ces obfervations au bord de k mer ; mais comme je ne pouvais les vérifier fur les poiffons que j’achetais au marché, je priai M. le Teftu, tréforier des invalides de la marine àa. port de Dieppe, d’examiner avec attention ces raies latérales fur des poif-Ions nouvellement pêchés: il m’a écrit, que ces raies latérales qui s’étendent depuis le derrière des ouies jufqu’à l’aileron de la queue, font plus aifees à appercevoir aux harengs nouvellement pêchés, qu’aux autres : elles femblent, dit-il, formées par de petits points noirs, qui fe remarquent plus difficilement quand les harengs ont perdu leurs écailles, pa^ce que la peau de ce podftbn eft parfemée de petits points, affez femblables à ceux;
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
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- qui désignent les raies latérales fur ceux qui ont leurs écailles, d’autant que ces marques de la peau s’étendent fuivant la longueur du poiifon. Quand le hareng commence à fe delfécher, les raies latérales parailfent en creux comme formées par un trait de burin : nous avons fait cette remarque en parlant d’autres poiifons.
- if8. A l’égard des petites dents ou de l’efpece de petite fcie, qu’on fentt en pailant le doigt à la partie tranchante du ventre de ces poiifons, depuis les nageoires ventrales jufqu’à celles des ouies, M. le Teftu me marque que cette partie eft fortifiée par des écailles plus dures que les autres , & que ces écailles ayant une forme triangulaire , & étant couchées les unes fur les autres, l’angle en eft un peu faillant, & incliné vers la queue du poiiTon ; ce qui forme les petites dents qu’on fent en pailant le doigt dans un feus & point dans l’autre.
- Mf9. M. Fougeroux de Blaveau, capitaine d’infanterie, & ingénieur ordinaire du roi, qui, étant en réiidence à Boulogne, m’a fût part de plu-iieurs chofes intéreifantes fur le hareng, prétend, qu’outre ces écailles il y a des arêtes très-fines qui percent la peau de ce poilfon, & forment entre les écailles de petits crochets : j’aurai occafion dans la fuite de développer cette idée ; mais je reprends la defcription des parties extérieures du hareng.
- 160. L’anus G qui eft à 6 pouces & demi du mufeau, n’eft prefque pas apparent. Les ailerons du dos & du ventre font blancs, minces Sç. tranfparens ; celui feulement de la queue eft gris. Il n’y a qu’un aileron CDE fur le dos ; le commencement C de cet aileron eft à 4 pouces & demi de l’extrémité A du mufeau 5 l’étendue C D de cet aileron à fou attache au corps , eft de if lignes ; il eft formé de 16 à 17 rayons , la plupart branchus à leur extrémité ; la longueur du plus long rayon, qui eft vers l’avant , eft de 11 à 12 lignes ; les autres diminuent de longueur s’approchant de l’arriéré. Il y a de D en F, où eft le commencement de l’aileron de la queue , un peu moins de } pouces. Et comme cet aileron. de la queue eft fourchu ou fort écliancré, les rayons du milieu Q_R qui répondent à l’angle rentrant, n’ont que 6 à 7 lignes de longueur, & ceux des bords F R ont 19 à 20 lignes ; quand 011 l’épanouit, fans le déchirer, il y a d’une pointe à l’autre 2 pouces s à une ligne de l’anus G, vers l’arriere, commence un aileron, qui a de G en H à fon attache au corps, un peu plus d’un pouce j il eft formé par un nombre de rayons très-déliés qui font tous inclinés vers l’arriere : le plus long rayon G a environ f lignes de longueur.
- 161. L’articulation K des nageoires branchiales eft prefque à l’à-plomb de l’extrémité de l’opercule des ouies ou à un peu moins de deux pouces du mufeau ; elle eft formée à peu près par 16 ou 17 rayons, & fe termine en pointe 5 le plus long rayon K L a 1 f lignes de longueur.
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- Sê€t. III. De talofe, & des poiffons qui y ont rapport.
- 16z. A un peu plus de f pouces du mufeau A eft l’articulation M des nageoires du ventre} elles font plus petites & plus minces que celles des ouies; chacune eft formée à peu près de 9 à 10 rayons, dont le plus long a environ 10 lignes de M en N. A l’attache des ailerons au corps , les écailles font obliques & fe terminent en pointe, à peu près comme nous l’avons repréfenté pl. II, fig. 10 & 11.
- 169. Après avoir expofé la pofition des parties des harengs, fuivant leur longueur, il convient, pour donner une idée de la forme de ce poif-fon, de défigner fou épailfeur verticale , prife en diiférens endroits ; vis-à-vis le centre de l’œil O , elle s’eft trouvée de 14 lignes ; à l’à-plomb de B, vis-à-vis le bord de l’opercule des ouies, 20 lignes de C en M, derrière l’aileron du dos, 22 à 23 lignes i à l’à-plomb de l’anus G if à 16 lignes ; à l’à-lplomb de F 8 à 9 lignes. La plus grande épailfeur horifontale de ce poiflon, prife au dos, eft de 12 à 13 lignes.
- 164. Pour dire quelque chofe des parties intérieures, je me contenterai de faire remarquer, que les os qui forment la tète, contiennent les foifes orbitaires, & forment par un alongement le palais ou la mâchoire fupérieure > on apperçoit au fond de la gueule deux apophyfes, entre lefquelles eft une efpece de crémaillère d’environ 2 lignes de longueur, dont les pointes ou dents font inclinées vers l’arriere. La mâchoire inférieure lui eft articulée ; elle eft formée de plufieurs pièces, jointes les unes aux autres par des cartilages : derrière cet os de la tète eft la colonne de l’épine, qui eft formée de plus de fo vertebres; de chacune des 16 premières b ,pl. I, fig. 2, qui répondent à la capacité de l’abdomen, partent des efpeces d’apophyfes ou arêtes , au nombre de cinq : deux plus grandes que les autres a a, forment par leur courbure, la capacité de l’abdomen. Prefque du même endroit,& de la partie cartilagineufe qui eft entre chaque vertebre, partent d’autres arêtes c, plus fines & plus courtes que les autres i elles fe recourbent vers le haut ; enfin il part encore des mêmes vertebres des arêtes ou apophyfes fus-épineu-iês très-fines d, qui s’élèvent perpendiculairement vers le dos , & toutes ces arêtes fe perdent par leur extrémité pointue dans les chairs.
- i6f. Toutes les autres vertebres, jufqu’à la queue, n’ont que deux apophyses, l’une fus-épineufe fig. 3 , l’autre fous-épineufe fi, qui font fourchues ou doubles par le bas qui embralfe la vertebre, puis ne forme plus qu’une arête qui fe perd dans les chairs ; toutes forment une courbe, s’inclinant vers l’arriere} mais je ferai remarquer, que toutes les apophyfes fus-épineufes font à peu près d’égale longueur, au lieu que les fous-épineufes f vont en augmentant de longueur depuis les côtes jufqu’à la queue.
- 166. Comme je ne me fuis jamais propofé de donner une anatomie exacte des poilfons, je ne parlerai point de l’articulation des ailerons & des nageoires,..
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- d’autant que je fuis entré à ce liijet, au commencement de la première fec-tion , dans des détails fuffifms j mais outre les arêtes qui dépendent des ailerons , & celles qui partent de l’épine, dont nous venons de parler, il y en a de répandues dans les chairs 5 je me contenterai de parler de celles qui fe trouvent, fous le ventre, à la partie comprife entre les nageoires des ouies & celle du ventre, parce qu’elles contribuent à rendre cette partie rude au toucher. M. de Blaveau a remarqué qu’en cet endroit, il y a dans lepailfeur de la peau, des arêtes au nombre de dix-huit ou environ qui font courbes ; & ces arêtes fe rapprochant des deux côtés par leur bout d’en-bas, embralfent exactement la capacité du ventre, & forment à leur extrémité qui excede les écailles, de petits crochets, dont la pointe eft tournée du côté de la queue , & que l’on fent quand on paife en cet endroit le doigt de la queue vers la tète.
- 167. La remarque de M. Blaveau m’a engagé à chercher ces arêtes, auxquelles je n’avais pas fait aifez d’attention : j’en ai effectivement apperqu dans l’épaiiîeur de la peau qui fe terminaient par un petit crochet ; mais ni moi ni M. le Teftu, n’avons apperqu le crochet qu’aux endroits où nous avions enlevé les écailles & entamé la peau ; il m’a feulement paru que la plupart de ces arêtes g h, fig. 4, fe joignaient & fe foudaient parla pointe, pendant que d’autres s’étaient foudées à des écailles ; & je crois que les écailles triangulaires, dont j’ai parlé plus haut, forment avec la pointe des arêtes g h l’efpece de fcie qu’on remarque fous le ventre des harengs ; je crains feulement de m’être trompé fur les adhérences des arêtes les unes avec les autres, ou avec des écailles, parce que les poiffons que j’ai difféqués , étaient anciennement pêchés ; cependant les ayant tenus plusieurs jours dans de l’eau, elles ne fe font point féparées, &M. le Teftu croit qu’on peut fuivre ces arêtes, qui fe terminent par un crochet, jufqu a la colonne de l’épine. M. de Blaveau n’eft pas éloigné de le croire auffi.
- 168. A l’égard des vifceres, les œufs & la laite rempüffent la plus grande partie de l’abdomen. M. de Blaveau a éprouvé, que la laite d’un hareng qui pelait f onces 2 gros, pelait feule f gros 4 grains : la velîie pneumatique qui eft argentée fe prolonge le long du dos, à peu près depuis l’œfophage jufqu’à l’anus, & l’on apperqoit un canal de communication qui fe rend à l’eftomac : le foie àinfi que la laite & les œufs, fe partagent en deux lobes j à l’un des lobes du foie eft attachée la vélicule du fiel, qui eft grande; le fiel eft vert; la rate eft rougeâtre ; l’eftomac eft alongé, épais, & comme charnu ; 5c au bas ou apperqoit des appendices vermiculaires en grand nombre i l’inteftin fe prolonge en ligne droite de l’eftomac à l’anus.
- 168. Quand ce poiffon eft nouvellement pêché, charnu 5c plein, là chair eft blanche, délicate 5c de très-bon goût, principalement celle des laites ;
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- Segt. III. De tatofe, & des poiffons qui y ont rapport ff
- peu à peu elle perd de fa blancheur, alors elle n’eft pas à beaucoup près aufli agréable ; néanmoins lès chaifes - marée tranfportent les harengs frais affez loin, & les vendent avantageufement; mais j’ai toujours trouvé mie très-grande différence entre les harengs qu’on mange à Paris, & ceux qu’on m’a fervis dans les ports de la Manche.
- 169. En difféquant des harengs à la fin de décembre, j’ai prefque toujours trouvé des filets déliés, quelquefois en grand nombre, fouvent roulés fur eux-mèmes comme une boucle de cheveux; quelquefois ils n’étaient raffemblés qu’au nombre de deux ou trois ; il y en avait de droits ou pref. que droits i affez fouvent ils étaient en nombre confidérable auprès du pylore ou auprès de l’anus ; mais il y en a d’attachés à toute la longueur de l’intefttn, à- l’eftomac, aux enveloppes des œufs & de la laite, & même à la vefîie pneumatique : des anatomiftes que j’ai confultés fur cela, penfent que ce font des vers ; mais ni eux ni moi, n’ofons l’affurer ; il faudrait être à portée d’examiner des harengs fortant de l’eau, pour décider cette queftion3 car on a peine à imaginer que prefque tous les harengs foient remplis d’une aufli grande quantité de vers.
- Du hareng gai.
- 170. Il n’eft point queftion dans cet article d’un poiffon de différente efpece, que celui dont nous venons de donner une ample defcription; fi fa tête paraît plus groffe, fi fon corps femble plus menu & plus alongé, comme on le voit fur celui qui eft repréfenté pl. /,/%. 7, e’eft qu’il eft vuida de laite & d’œufs, & que n’étant pas encore remis de la maladie de la fraie, il eft maigre ; d’où il fuit que. fa chair a perdu fa délicateffe, & qu’en le mangeant , on ne trouve prefque que des arêtes, fur-tout quand il eft falé, & en cet état e’eft un très-mauvais manger : il eft vrai que peu- à peu il fe rétablit de la maladie que la fraie lui a occafionnée, qu’il reprend chair, & qu’après un certain tems il devient fort bon, quoiqu’il foiï vuide d’œufs & de laite 5 & pour cette raifbn il y a dès harengs gais beaucoup plus mauvais les uns que les autres : ceux qu’on nomme halèourgs for les côtes de Normandie, font: .gros, quoiqu’ils n’aient ni œufs ni laite; mais les harengs ordinaires qui fe font rétablis de la maladie de la fraie, ne font pas communs, parce que la plupart quittent nos côtes peu de tems après qu’ils ont jeté leur Mte, ou qu’il® fe font déchargés de leurs œufs. Comme les harengs gais font mauvais étant frais, & encore plus étant faiés, pour qu’ils ne trompent pas les acquéreurs , & qu’ils ne jettent pas un diferédit for les harengs de la Manehe, la pèche do ce poilfonu été défendue paffé le dernier décembre : nous en parlerons- dans la fuite.
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- 171. En jetant un coup-d’œil fur la pl. /, on appercevra fenfiblement la différence qu’il y a entre un hareng plein & un gai 5 ce qui me dif. penfe d’infifter fur la defcription des harengs gais, d’autant que je ferai obligé d’y revenir, quand je parlerai de la préparation des harengs.
- 172. Nous avons dit dans la fécondé fedion, que bien des gens qui font à portée de prendre beaucoup de faumons, penfaient que l’eau fuffifait pour les nourrir, & nous vivons détruit ce fentimcnt en faifant remarquer que la nature ne leur a pas donné des dents pour ne vivre que d’eau';'que d’ailleurs on avait quelquefois trouvé dans leur effomac de très-petits poilfons & des cru (lacées ; qu’enfin on en prenait avec des haims : nous en dirons autant des harengs, qu’011 prétend auffi. ne vivre que d’eau & de limon ; fi cela était, à quoi leur fendraient leurs dents ; mais de plus un naturalifte , nommé Neu-krentz, affine avoir trouvé nombre de petits crabes à moitié digérés dans l’ef-tomac des harengs , & Leuwenhoeck aifure avoir trouvé dans l’inteftin de ce poiffon beaucoup d’œufs de différentes efpeces de poilfons ; ainfi la queftion eft décidée pour les harengs, comme elle l’a été pour les faumons.
- 173. Il y a plufieurs efpeces de poilfons , tels que le fprat, le celan, l’ha-rengue de Provence, l’harenguelle de Caen, l’hertaud, l’efpraud, &c. qui confinent beaucoup avec les harengs ; j’étais tenté d’en donner ici la defcription ; mais comme ces différens poiffons ne fourniffent que de petites pèches , qui ne font pas auffi intéreffantes que celle du hareng dont je viens de parler , qui fait un objet de commerce très-confidérable, j’ai cru ne devoir pas interrompre ce qui regarde cet utile poiffoh ; ainfi je vais parler de fa pèche; je reviendrai enfuite aux petits poiffons que je viens de nommer.
- Article III.
- Confédérations générales fur la pêche du hareng.
- 174. Il eft certain que la pêche du hareng mérite une attention particulière, non feulement parce que c’eft de toutes les pêches de faifon, celle qui fe pratique la première, mais encore parce qu’elle eft des plus abondantes ; effectivement elle fe fait en une infinité d’endroits, qu’elle fournit d’un excellent poiffon frais , qui, étant falé, forme une branche de commerce plus confidérable même que celle de la morue, dont nous avons fait apper-cevoir les avantages à la première fedion de la fécondé partie de ce traité : auffi les Hollandais la nomment la grande pêche, pendant que celle de la baleine eft dite la petite.
- I7f. Elle a été regardée comme fi importante par Charles - Quint & Philippe II, qu’ils ont ‘publié plufieurs ordonnances pour en régler la police :
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- s Se ct. III. De l'aîofedes poiffons qui y ont rapport. f?
- lice : les états de Hollande y ont fait des changemens ; mais plufieurs des premières ordonnances s’exécutent encore aujourd’hui, & le foin de faire obfer-ver ces loix, où tout ce qui regarde la pêche eft réglé avec la plus grande exactitude , eft confié à un comité, qui porte le titre de college de la grande pêche. M. Allamant, célébré profefleur à Leyde, m’a marqué que ces loix forment une très - ample collection, parce qu’elles entrent dans les plus petits détails : j’aurai l’attention d’en rapporter quelques-uns quand l’occa-fion s’en préfentera.
- 176. La pêche du hareng, & les différentes préparations qu’on lui donne, occupent & font fubfifter un grand nombre de citoyens de tout âge & de tout fexe, & elle forme de bons matelots; de forte que quand on examine férieufement combien cette pèche eft avantageufe aux états qui s’en occupent, 8c les richefles immenfes qu’elle a procurées à plufieurs nations, on ne peut s’empêcher de convenir qu’elle mérite une finguliere protection de la part du gouvernement. ( 9 )
- 177. On penfe affez généralement que ce font les Hollandais qui ont commencé à faire des pêches confidérables de harengs, & qu’ils la pratiquaient dès le douzième fiecle. On prétend encore que c’eft un nommé Guillaume Beukelings, (10) natif de Bierwlet dans la Flandre Hollan-daife, qui imagina de faler les harengs, 8c de les mettre en quarts pour les conferver 8c pouvoir les tranfporter dans les" pays les plus éloignés. Il mourut, dit-on, en 1597, 8c l’on prétend que l’empereur Charles V étant dans les Pays-Bas, alla avec la reine de Hongrie vifiter le tombeau de cet homme, qui -avait été plus utile à fou pays, par les richeffes énormes qu’il avait procurées à la Hollande, que s’il avait conquis une grande province ; cette
- ( 9 ) On peut juger de l’importance de cette pêche par ce qu’elle rapporte aux feuls Hollandais. Ils y emploient ordinairement environ 1000 bâtimens& 20000 perfonnes chaque année. On prétend qu’ils pêchent & débitent plus de ?oo mille tonnes de harengs, qui, à 200 florins la tonne , font 60 millions de florins, dont il faut rabattre’ 43 millions pour les frais de la pêche & de l’apprêt. Voilà donc un bénéfice annuel de j 7 millions de florins. Il ne fera pas hors de propos d’obferver ici que, comme cette pêche fe fait principalement le long des . côtes feptentrionales de la Grande-Bretagne, on a lieu d’être furpris qu’une nation aufli
- Tome XL
- appliquée au commerce que l’Anglaife, l’ait abandonnée pendant fi long - tems à urt^ nation étrangère & rivale. Ce n’eft que depuis peu d’années que le gouvernement anglais l’a prife en objet, & que le parlement a fixé une prime pour l’encourager.
- (10) Ou plutôt Buckelsz. La méthode dont il fut l’inventeur, a été jugée fi eflen-tielle, & les Hollandais fe font tellement appliqués depuis lors à la perfectionner, qu’aucune nation n’y réulfit aujourd’hui aufli bien qu’eux par les précautions particulières qu’ils y emploient ; aufli leur hareng eft - il conftamment le plus eftimé.
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- *8 TRAITE' DES PECHES. Partie H.
- démarche fait honneur au fouverain, qui .a fu donner des marques de foü eilime à un homme, qui a été d’une fi grande utilité Via patrie.
- 178. Cependant il y en a qui prétendent que les Hollandais ont été précédés par les Bafques* qui, fuivant eux, ont imaginé les premiers d’aller chercher ce poiffon vers le nord; & d’autres ajoutent que la pèche & la fa-laifon du hareng, fe faifaient par les Dieppois dès le douzième fiecle. Jè n’entreprendrai point d’approfondir cette queftion ; mais pour établir que les Dieppois font depuis long-tems en poffeffion de cette pêche, je ferai remarquer que M. le Teftu a eu entre les malais une charte du duc de Normandie, Guillaume le conquérant, qui fait mention que de fon tems, au onzième fiecle, les bâtimens dieppois, nommés grands drogueurs, allaient au nord pêcher le,hareng dès le mois de juillet, & l’apportaient falé dans des quarts oubarrils. Depuis le milieu du dix-feptieme fiecle, beaucoup s’étaient fixés à aller à Yarmoutil, & depuis dix ou douze ans les pécheurs éprouvant des avaries.confîdérables.par les chiens de mer qui déchiraient leurs filets, iis .11’envoient plus guère dans ces parages que trente ou quarante bateaux , qui font rarement plus d’un voyage, afin 'de fe rendre à tems pour faire leur pèche dans, la Manche. 1 )
- 179. Je m’abftiendrai donc de difcuter ces différens fentimens qui influent peu fur l’objet d’utilité qui doit fixer mon attention ; prenant les cho-fes dans l’état où elles foilt, on peut dire, à l’égard de ce qui regarde notre continent, que les Anglais, les Hollandais, & les Français, s’occupent de la pèche du hareng; peu d’Anglais & de Français,vont au nord ; les Hollandais font en quelque façon Jeuls en poffefliop de cette pêche. Quoique les trois nations que nous venons de nommer, falfent la pèche à YarmoüthJ, elle eft particuliérement pratiquée par les Anglais, qui ont le poiffon à leur côte : les hauts Normands prennent le hareng dans la Manche, & les Bretons dans leur province.
- 180. Nous nous propofons de détailler ces différentes pèches dans autant d’articles; mais il convient de parler de'quelques points particuliers ,qui ont également leur application aux pêches qui le pratiquent dans les .différens parages ..que nous gênons de nommer 3| d’autant que ces préliminaires mettront en état de traiter des différentes pèches plus en‘bref &
- ( ix ) Il y a tout lieu de croire que les nant le récit que faifait en 1389un voya-peuples du nord ont été les premiers qui geur d’une pèche de harengs faite entre fe font occupés de la pêche d’une efpece Ja Norwege & le Danemarck, dont il avait de poiffons dont abondent les mers qui les été le témoin , & pour laquelle il afïuçe environnent. On trouve dans le tome XVI A.qu’on employait jufqu’à 40000 bateaux.qyi des Mémoires de Vacademie des infcrip- fe raffemblaient dans ce bras de mer. des fions & belles - lettres , un morceau conte- côtes de l’Allemagne & de la Prude.
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- Sect. III. De Valofe , des poiffons qui y ont rapport.
- îtvec plus de clarté. Je vais commencer par faire connaître les différens bâ-timens que les Hollandais, les Anglais & les Français emploient pour cette pèche, tant au nord qu’à Yarmouth, & dans la Manche.
- Des principaux bâtimens qu emploient les Hollandais, les Anglais & les Français pour la pêche des harengs, qu'ils font au nord , à Yar-meuth , ou dans la Manche. (12)
- 181. Les Français qui pêchent dans la Manche, emploient pour le ha-
- reng tous les bâtimens qui font d’ufage fur la côte pendant toute l’année, tant pour les pèches aux cordes qu’aux filets ; aiii.fi que nous l’avons rapporté à la première partie, première & fécondé feéfion : la plupart de ces bateaux fe relfemblent à beaucoup d’égards ; néanmoins comme on les’conf-truit en différens ports, ils ont des formés un peu .différentes : je dis des formes, & non pas des dimenfions ; car dans cîiaquè efpeçe ôn en fait de plus grands les uns que les autres. On leur a aullî donné différens riohis, comme pour Dieppe & les environs, les caravelles, grands pôl’toîs grandes quenouilles, gros cordiers, grands drogueurs & gondoles. Les barques longues de Dunkerque, les clinquarts de Saint-Valéry, ,les bateaux de 'BoulogneV de la Somme, de Cayeux, du Tréport, les warneùurs du petit Vedle, les bifcayen-nés, &c. Et comme à la première fe&ion de la première partie, à Pdccafion de la pèche aux haims, j’ai parlé de plufieurs de ces bâtimens, & donné la defcription de prefque tous, je me trouve dans le cas de beaucoup abréger ce qui les regarde, tant pour le difcours que pour les plans. ~ .........
- 182. Lorsque les pécheurs de la Manche ont les harengs près de leurs côtes, ils fe fervent de la plupart des bateaux que nous venons dé nommer ; mais à mefure que ces poiffons fe portent au large, ils choififfent les plus forts, & ceux qui font le plus en état de tenir la mer ; de forte que quand ils ont paffé le demi:canal, ils fe fervent de gondoles ou grands drogueurs. Les bâtimens de cette efpece-, qui font d’une grandeur moyenne, oiit 4f à
- ( 12 ) Pour ne point m’écarter de la loi que je me fuis impofée de retrancher de mon travail tout luxe fuperflu & difpendieux , je n’ai pas héfité à îupprimer les planches de cette fedion, qui repréfentent les bâtimens dont il eft ici parlé ,jufqu’à une frégate garde-pêche, qui ne différé point de toutes les autres. Outre que ces divers bâ-timens font fufhfamment connus, & qu’ils n’entrent dans ce truité qu’autant qu’ils
- fervent pour la pêche, je me ferais rendu coupable d’un double emploi , puifqu’on les retrouve pour la plupart , quoiqu’en petit, dans les planches fui vantes, en particulier , pl. III, fig. $ , occupés des fonctions particulières auxquelles les pécheurs les deftinent dans ces circqnftances.jEnfin notre auteur les décrit d’une maniéré d exade, que fon peut très-aifément fe paffer de leur figurç. ' ’ ' '1
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- tfo T RA I T Ef D E S P E C H E S. Partie'l£
- fo pieds de longueur de l’étrave à l’étambot; 12 à 13 pieds de bau hors les membres ; 6 pieds de platte - varangue, f à 6 pieds de creux fous le maître bau ; la préceinte eft environ à 3 pieds au - deflous du vibord : elles font toutes pontées, mais fort bas, en forte qu’elles ne peuvent guere porter que 30 tonneaux ; elles n’ont que deux mâts, le grand, qui eft plus vers l’arriéré que vers l’avant, quand il n’y a point d’artimon, a fo ou f6 pieds de hauteur : il eit d’une feule piece, & porte une grande voile furmontée d’un hunier : le mât d’avant qui n’a que 30 ou 34 pieds de hauteur, ne porte qu’une voile, qu’on appelle la mifaine ou le bourfet. La grande vergue qui a 26 ou 2,8 pieds de longueur, eft placée aux deux tiers de la hauteur du grand mât; le refte eft pour le hunier ; la longueur de fa vergue eft de 20 pieds, celle de mifaine a de 22 à 29 pieds, celle de l’artimon, quand il y en a un, 10 à 12 pieds; toutes ces voiles font quarrées; le tirant d’eau de ces gondoles en charge, eft de 7 à 8 pieds, & étant lege, n’ayant que leur left & leurs agrès, de f à 6 pieds ; le port des plus petites eft de 20 à 2 f tonneaux; il y a à l’ar-riere un chandelier, pour recevoir le mât quand on l’abat: on le nomme le gibet.
- 183. Si outre ce que nous venons de dire, on fe donne la peine de confulter ce qui eft rapporté première partie, première fedion, je crois qu’on aura une idée fuftifante des bateaux pêcheurs de la Manche, qui, comme nous l’avons dit, font tous la pêche dans le canal, les petits fè tenant près des côtes, pendant que les plus gros vont s’établir à mi-canal ou près des côtes d’Angleterre ; les pêcheurs qui vont faire la pêche à Yarmouth, fe fervent aufli de grandes gondoles ou de grands drogueurs du port de 60 à 80 tonneaux. D’autres, principalement les bas-Normands, vont avec d’aflez gros bâtimens s’établir par le travers d’Oxford & de Thanet. Enfin lorfque les Français vont chercher les harengs au nord, ils fe fervent des mêmes bâtimens qu’à Yarmouth , ou bien ils prennent ceux qui leur fervent pour la pèche de la morue ; fur quoi on peut confulter ce qui eft dit, première partie, fécondé fedion.
- 184. Les Hollandais qui vont faire la pèche à Yarmouth, iç, fervent fouvent de dogres, ou de corves qui*- en different peu ; les unes & les autres font à peu près de la force des grandes gondoles ou des grands dro-gueurs Français ; mais communément ils font la pêche à Yarmouth avec les bâtimens dont ils fe font fervis au nord, qui font les mêmes corves & dogres qui leur fervent pour la pèche de la morue, foit à Terre-Neuve^ foit fur le Doggers’bank : ils ont toujours avec eux une flûte de deux cents tonneaux, pour fervir d’hôpital, & de petits bâtimens légers & bons voiliers, tels que le fchut, ou le fpreck , qui leur fervent d’allege pour tranft porter les harengs en Hollande aufii-tôt qu’ils font mis au fel.
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- Sëct. III. De Palofe, & des poiffons qui y ont rapport. gt
- i8f. Les pêcheurs Anglais qui font dans les ports le long de la Manche, y pêchent avec des bateaux à peu près femblables à ceux des Français ; mais ils s’occupent beaucoup plus de la pêche qu’ôn appelle de Yar-mouth : comme elle fe pratique le long de leur côte, ils y emploient un nombre prodigieux de petits bâtimens de toutes fortes de conftrudions j les uns qu’ils nomment quaiches, reifemblent allez aux caravelles Franqaifes j d’autres aux quenouilles: ils les appellent boot ou malbour. Ils ont ainli que les Hollandais, de grands bateaux ou doubles chaloupes, de petits heux, des fmacks , des yachts, &'c.
- 186. Ceux qui vont au nord, & c’eft en petit nombre, fé fervent de ces derniers bâtimens, mais plus grands. Le yacht, outre fa grande voile en baume, a une trinquette, & porte un petit hunier. Et Comme ils interdirent aux étrangers une certaine étendue de pêche lé long de leur côte qu’ils fe réfervent, ils arment en guerre, pour fe la conferver, quelques bâti-ijjens gardes-pêche , tel qu’une frégate ou un yacht.
- ^187. Il convient que les pêcheurs foient iilftruits des faifons où l’on fe porte en tel ou tel, parage pour faire la pêche du hareng , & alfurément ces connailfances doivént précéder les détails où nous nous propdfons d?entrer lùr la façon de pêcher.
- Des faifons on P on trouve les harengs en diffêrensparages def : variations qui arrivent dans là route dé ces poiffons.
- ï 88. Dès le commencement du priiitems > les habitans du nord prennent beaucoup de harengs dans leurs parages : ndüs avons dit dans les eonlidérâ-tions générales, qu’on va en juin & juillet chercher les harengs à la hauteur des Orcades , près des isles de Schetland ou Hitland. Les pêcheurs s’éta-bliffent en feptembre & oélobre à l’entrée de là mer d’Allemagne & aux côtes, du nord de l’Angleterre ; ce qu’on appelle là pêche cPYarmoutk : & ayant fini cettè pèche, ilsfuivent cepoilfon dans la Manche en octobre, novembre & décembres,d’où il fuit, en nous renfermant dans ce qui nous intérelfe préfentement, que les harengs viennent du nord par les Orcades } & qu’a-près avoir paru aux côtes de Norwegeils traverfent les mers du nord pour fe rendre au nord de l’Ecolfe & de l’Angleterre 5 qu’ils entrent enfuite par le Pas de Calais dans la Manche, où la plus grande partie fraient * puis ils difparaiifent * & plulieurs croient qu’ils retournent au nord par les côtes de Plrlandé. „
- 189*. On peut fe rappeller que nous avons dit dans la.feétion de la morue., qu’on pêche.;des harengs dans l’Amérique feptentrionale, où les pêcheurs de morue eifaient d’en prendre pour amorcer leurs haims > de
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- & T R ATI-TE*. D fi S F E C H ES. Partie II.
- ils en prennent dans la .grande baie à mi-canal, en dérivant avec leurs bateaux capelaniers. Ayant obfervé que les Harengs s’écartent 'du nord ver$ les mois d’avril ou.de mailles Hollandais allaient autrefois les chercher jufqu’aux environs de l’isle de Helygeland, & près les côtes de Norwege dans la mer du nord j mais y ayant fait plufieurs pêches médiocres, ils partent maintenant dans,le mois de juin pour aller à leur rencontré depuis la hauteur de Hitland ou Schetlandjufqu’à Newcaftle.
- 190. O.N verra, lorfque nous parlerons des pèches dans le nord, que les Hollandais 11e commencént jamais leur pèche plus tôt que le 23 juin, prétendant qu’avant ce tems les harengs ne font pas de bonne qualité ; peut-être cette police a-t-elle eu pour objet de fixer un tems pour que tous les vaiffeaux de cette nation, qui font en grand nombre, puifent commencer enfemble leur pèche , & prévenir que quelques-uns, pour dévancer les autres, 11e s’expofafient à périr : ils celfent dans le courant du mois d?aout, tems où la plus grande partie des harengs quittent ces parages. Alors les pëcheurg vont s’établir au. nord des côtes d’Angleterre depuis Yarmouth jufqu’à l’entrée de la Manche. (13)
- 191. Autrefois les harengs étaient en fi grande abondance à la côt& oppofée à l’Angleterre, que vers l’embouchure du Texel on en prenait juC-qu’à cent lafts dans une feule marée ; on a prétendu que, pour quelque caulè que ce puiife être , ils avaient prefqu’abgndonn.é ces parages pendant up. tems j cependant M. le Francq de Berkhey me marque que, bien loin que le hareng ait abandonné l’embouchure du Texel, au contraire il n’y a jamais été plus abondant qu’en 1773 ? &, qu’il y en eut cette année une.fi grande quantité, qu’on en vendait deux cents pour un fol hollandais, même qu’on en donnait pour rien aux pauvres ; cela ne me furprend point : il arrive fouvent que le hareng abandonne pour quelques années une côte qu’il fréquentait, & qu’il y revient enfuite.
- 19 a. A quarante lieues au nord-nord-oueft de l’Ecofle , on pêche beaucoup de harengs dès les mois de juillet & août ; mais la pêche fur les côtes d’Ecofie
- (13) Les ’ ordonnances faites en Hollande , relativement à la pêché du hareng, portent défenfe expreffe de jeter le filet à la mer avant le 25 juin, jour de la Saint-Jean , parce: qu’on s’eft afluré que ce poiffon n’a atteint qu’alors le degré de perfection néceflaire pour pouvoir être préparé & tranf-porté avec fuccès. Les bateaux deftinés pour cette pêche, quoîqu’armés de petits canons & de pierriers, ne peuvent fortir des .ports de Hollande fans convoi & fans for-
- mer un certain nombre en état de fe défendre ; tant cette nation elt attentive à empêcher qu’en ne trouble fes pêcheurs dahs leurs fonctions importantes & fi lucratives. Elle ne prend pas moins de foins pour maintenir une bonne police parmi eux pendant la faifon de la pêche, empêcher toute fraude & conferv.er par ce moyen la réputation qu’ont les harengs préparés par les Hollandais , de valoir beaucoup mieux que* tous les autres, :
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- &ect. III. De t'aVofe, & dès pôijjbtâ qui y ont rapport. 63
- h d’Angleterre, qu’on nomme de Yarmouth, fe fait principalement depuis le mois de feptembre jufqu’à la mi-oétobre ; le refte de l’année, on en prend beaucoup moins.
- 193. C’est ordinairement vers la mfco&obre que ces poiiTons entrent dans là Manche ; d’abord à Dunkerque, enfuite à Calais, & fucceflivement dans les antres ports de la Manche .jufqu’à l’embouchure de la Seine, où l’on, en pèchè jufqu’à la fin de l’année. Dès le 1 f de feptembre, 011 commence à voir des harengs èn Bretagne depuis Saint-Gildas de Rhuis jufqu’à l’entrée de la Vilaine i mâi’s quelquefois on n’en voit prefque plus en odobre ; ainfi cette pèche, qui ordinairement n’eft point confidérable, & qui dure peu de tems, précédé celle de la Manche. On peut donc dire en général que les grandes pêches de harengs fe font au nord, à Yarmouth, dans la Manche, & en Bretagne.
- 194. Nous devons prévenir que, quoique ce que nous avons dit fur la route que fuivent les harengs, ne foit qu’une ébauche de ce qu’on trouva dans l’ouvrage de M. Anderfon, cependant les dates que nous avons affignées varient beaucoup ; quelquefois 'les Hollandais en rencontrent une quantité prodigieufe en allant au-devant d’eux vers le nord, près les isles Orcadesf? de Schetland, les côtes de Jutland, &c. & d’autres fois ils n’en trouvent prêt que pas dans ces parages. O11 voit de même dans les nouvelles publiques,, qu’on éprouve dépareilles variétés en Suede & en Danemarck.
- 19 f. Nous avons déjà dit, qu’après en avoir trouvé un nombre prodigieux pendant long-tems à la côte oppofée à celle d’Angleterre , vers l’embouchure du Texel, on a été plufieurs années à n’y eii rencontrer que fort *péu , & que depuis quelques années 011 y en prend beaucoup. On peut en dire autant des côtes d’Angleterre & d’Ecoffe, où il s’en faut beaucoup xju’ôii fâfle toütês lès années des pèches également abondantes.
- 196. La quantité de poiffon qui entre dans la Manche varie aufîî beau-cdup : il n’eft pas douteux qu’ils changent quelquefois de route j par exemple, iin capitaine qui révenait à Dieppe avec un chargement de morue , en 110-vembre 1773, a adiiré M. le Teftu, qu’à environ trente lieues au-dehors de la Manche, il s’était trouvé dans un prodigieux banc de haréng qui :dirigeait fa routeàl’oueftfil eft probable que quelque circonftance avait.détourné ce banc de s’engager dans la Manche.
- 197. Un fentiment affez répandu en Hollande, & qu’on trouve rapporté jpar plufieurs auteurs, eft qu’il y a un hareng une fois plus gros que les autres, "auquel on a doiuié la qualité de roi des harengs ; c’eft lui, dit-on, qui conduit 'les bancs, & il en eft fuivi, lorfqu’il change de route : les pêcheurs le ref-fpeélent > & quand ils le prennent, ils le remettent à l’eau. On m’a affuré que ce prétendu roi était une truite 5 mais en admettant le fait, quelque peu vrai-
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- 64 T RJ I TE' D ES P E'C H E S: Partie II.
- femblable qu’il paraiffe, il relierait à lavoir pour quelle raifon ce roi prend différentes routes ; on a eflàyé d’en imaginer de plaulibîes* mais tous les fyftèmes qu’on a publiés, fournifTentàpeine des vraifemblances : il peut bien arriver que pour échapper à la pourfuite des poiflons voraces , ils fe portent tantôt d’un côté & tantôt d’un autre , & probablement il en eft de même à peu près de ces poiflons comme des oifeaux de paflage, ou même des infedtes, qui en certaines années, infeêlent un# province, & les années fuivantes une autre : une infinité de caufes phyfiqisès peuvent influer fur ces événemens fans qu’on puifle alfurer quelle en eft la véritable. On voit, par exemple, que certains vents amènent aux côtes de France quantité de bécaifes, Ae cailles ou d’alouettes, &c. Pourquoi n’en ferait-il pas de même des poiflons, d’autant que dans la Manche on obferve que, fuivant les vents régnans, ils fe portent fur les côtes d’Angleterre ou fur celles de France ? mais il eft à propos de faire appercevoir qu’une bonne ou mauvaife pèche peut dépendre de circonftances étrangères à la route que tiennent les poiflons.
- 198. Nous l’avons dit, en certaines années les harengs paraiflent plus tôt que d’autres fur nos côtes ; il doit en être de même aux autres parages ; les ^pêcheurs qui n’en font pas prévenus, peuvent fe porter plus tôt ou plus ta rd au lieu de leur pêche, & y arriver, ou beaucoup avant que les poiflons s’y rendent, ou lorfqu’ils font pafles ; s’ils y arrivent à propos, c’eft une efpece de hafard. D’ailleurs on fait que, fuivant différentes circonftances, les poit fons fe tiennent ou plus près de la furface de l’eau ou à différentes profondeurs. Les pêcheurs 11e l’ignorent pas ; mais comme ils n’ont fur cela que des idées générales, il doit arriver que fréquemment ils ne calent pas leurs filets à la profondeur qu’occupent les poiflons, & à celle qui convient pour rencontrer les bancs.
- 199. Je vais indiquer en peu de mots différens endroits où l’on trouve des harengs.
- 200. On fait des lalaifons affez confidérables auprès de Halbourg. Le fleur Isbrand, ambafladeür de Ruffie à la Chine, dit, qu’on prend beaucoup de harengs au-deflous de Kamtfchatka. Suivant Pierre Kolbe, il y aune et-pece de hareng au cap de Bonne-Efpérance. Zordragger, qui a traité de la pèche du Groenland, dit, que vers la Saint-Jean les baies & les bas-fonds du cap nord, font tellement remplis de harengs, que d’un coup de lance on peut en percer plufleurs. Les harengs qu’on prend du côté de Lubec, font réputés les meilleurs de la mer Baltique : vers l’équinoxe du printems, on prend beaucoup de harengs fur les côtes de Slefwick & du Holftein; ils ne réullif. fent pas à les faler ; c’eft pourquoi ils les fument'pour la plus grande partie ; alors ils font eftimés. On peut en dire autant de ceux-de Mecklenbourg, de ceux de.$lelViçk,. de Stralzund, de Roftock, de Wifmar, de Lubec. On
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- en trouve encore fur les côtes de Prude & de Dantzick. En février, mars & avril, le hareng parait fur les côtes de nord-Hollande ; on juge qu’alors ils retournent dans le nord : ils ne font pas fi gras que ceux qu’on prend au fud d’Hollande, & pour cette raifon ils fe confervent mieux : on en tranfporte beaucoup à Hambourg, d’où ils palfent en Allemagne.
- zoi. Nous avons dit que, probablement le vrai hareng, n’était pas un poiffon de la Méditerranée ( * ) i mais une chofe alfez finguliere, c’eft que des voyageurs difent, que dans les mois de décembre, janvier & février, on prend des harengs auprès du Caire en Egypte, & qu’on n’en voit point à Damiette : il refte à favoir, fi ce font de vrais harengs ou des poilfons qui leur relfemblent. (14)
- 202. Nous’nous propofons d’entrer dans des détails fur les pèches qui lè font en plufieurs des endroits que nous venons d’indiquer j ce qui formera autant d’articles particuliers 3 mais il convient de dire d’abord quelque chofe de plufieurs petites pèches accidentelles, peu importantes à la vérité, quife pratiquent en beaucoup d’endroits.
- Des petites pêcheries où P on prend des harengs le long des cotes, & qu'on peut regarder comme accidentelles.
- 20$. On prend des harengs dans les étentes, les parcs, 8c autres filets qu’on tend à la baffe-eau 3 à l’égard des parcs fermés, comme il n’eft queftion que d’arrêter les harengs, il fuffit que les mailles foient affez petites pour qu’ils 11e puilfent palfer au travers, puifque fitôt qu’ils font arrêtés, ne pouvant for-tir du parc, on les prend à la balfe-mer, dans fon enceinte , avec des trubles ou d’autres petits filets : il n’en eft pas de même des filets tendus au bord de la mer ou fur des piquets, comme nous l’avons repréfenté première partie, fécondé fedion, ou qu’on tend fans piquets , en garniffant de liege la tète des filets, & enfonçant le pied dans le fable, comme on l’a dit dans la même partie de cet ouvrage. Lorfque la marée monte, les flottes de liege font que le filet s’élève verticalement, & fe préfente aux poilfons qui veulent gagner la côte ou retourner à la mer avec la marée ; pour cette raifon, 011 leur donne différentes directions, afin qu’ils fie préfentent à la route que fuivent les poilfons,
- (*) On m’avait dit qu’on y pêchait un (14) Voyez la Defcrip don de V Egypte, petit hareng nommé harengade ; mais d’a- par Maillet, tome II. Cet auteur- dit qu’en près les perquifitions que j’ai faites, on n’en prend point à Rofette, & fort peu à donne ce nom à des falines qu’on y apporte, Damiette, par où cependant ces poilfons
- & le petit poilfonqu’on y prend pour un pe- doivent palfer pour arriver au Caire, où s’en tit hareng, fe nonune arrache ; j’en parlerai fait la pêche, dans la fuite.
- Tome XI.
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
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- & on ne donne que 4 à f pieds de chiite à ces filets, pour que le courant ne les emporte pas 5 enfin en quelques endroits , on contourne différemment ces filets, ou on en forme des bas-parcs ; car dans, les faifons on les harengs fe portent à la côte, on en trouve dans tous les parcs.que nous avons re-préfentés en grand nombre dans la première partie , fécondé fection, particuliérement ceux qu’on nomme à queue de verveux. On en prend aufïi dans, des guideaux, tendus fur de hauts étaliers; mais pour les parcs ouverts , ainfi que pour les étentes Amples., il faut que les harengs fe braquent ou fe maillent comme dans, les manets;. ainfi les mailles doivent être proportionnées à leur groffeur, pour qu’ils puiffent entrer la tète dans les; mailles, & que le corps ne pouvant les traverfer, ils foient arrêtés par les ouies.
- 204. Nous entrerons à ce fujet dans les détails lorfque nous parlerons des grandes pèches qu’on fait à la mer, quoique nous ayons aifez amplement parlé des. manets à la première partie,, fécondé fection; cependant, comme nous l’avons dit, ces pêcheries ne font pas exprelfément établies pour prendre* des harengs ; à la vérité il s’y en prend quelquefois une prodigieufe quantité, lorfqu-e des bancs confidérables donnent à la côte;-mais- avec eux on prend de beaucoup d’autres, efpeces de poiffons, & comme nous avons parlé-ailleurs fort amplement de ces différentes pêcheries, qui 11e font point exprei-fément établies pour prendte du hareng, nous avons, jugé qu’il fuffifait de rappeller ici ce que nous avons détaillé ailleurs 5 mais nous ne devons, pas. nous difpenfer de parler d’une façon de pêcher qui fe fait près des côtes, & qui ne fert qu’à prendre des harengs. & des maquereaux : le filet qui eff très-délié fe nomme marfeique à Fefcamp, Jlameque à Saint-Valéry, & on lut donne d’autres noms dans différens ports. : 011 va voir que c’eft une e£-pece de folle à petites mailles..
- D’une petite pêche de harengs qu'on fait à la cote avec le filet, nomme marfeique ou ôameque.
- 20j*. La pêche qu’on nomme marfeique à Fefcamp , parce que, dit-onr on la pratique dans le mois de mars , fàifon où les. harengs font fouvent abondans à cette côte, fe fait près de terre, à des endroits où il n’y a pas une grande épaiffeur d’eau avec un filet lefté & flotté-, dont les mailles ont 11 à 1 % lignes d’ouverture en quarré, quand on fe propofe de prendre des harengs; pleins, & 10 à 11 quand il s’agit de prendre des harengs, gais, ce qui eff très-ordinaire en cette faifon r cette tiffure eft ordinairement formée de 12 à iy pièces de filet}: on la tend fédentaire, & par fond, comme on le voit/?/. III9 fig. 8 j pour cela chaque bout du filet eft retenu par une ancre A 8c B : la pet-
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- Sect. III. De taîofe , & des poijfons qui y ont rapport. <57
- fition des ancres fe connaît par des bouées C & D, amarrées aux ancres. Il faut que le terrein foit folide, comme pour les folles: on lailfe ce filet au fond de Peau pendant quelques jours, enfuite on va avec un bateau E, le relever & prendre le poiifon qui s’y eft maillé : on trouve avec les harengs quelques petits maquereaux, qu’on nomme roublots, & à Paris fanfonnets; mais on ne prend avec ce filet que ces deux efpeces de poiffons. Cette petite pèche dure pendant les mois de janvier, février, mars & avril, fàifon où les harengs-gais fontalfez abondans à cette côte.
- 206. On tend quelquefois ces filets à la balfe - eau ; pour lors on forme des efpeces de cibaudieres : nous en avons repréfenté première partie, fécondé fe&ion î en ce cas il eft défendu d’enfabler le filet, & les poilfons fe maillent i mais, comme nous l’avons dit, ce font là de petites pèches accidentelles : nous allons donc parler des pèches qui fe font dans la Manche, exprelfément pour prendre des harengs.
- Article IV.
- De la pêche du hareng dans la Manche.
- 207. On fera peut-être furpris que j’entame ce que j’ai à dire fur les pêches particulières des harengs, par celle de la Manche, qui fe pratique la derniere ; mais cette pèche étant plus à ma portée, je 111e trouve en état d’en traiter fort en détail, ce qui me fournira le moyen de parler plus brièvement des autres fans rien omettre de ce qui fera intérefïànt. Nous l’avons déjà dit, la pêche de la Manche s’étend depuis le Pas de Calais julqu’à l’embouchure de la Seine j ainfi elle fe fait par les pécheurs de Boulogne, de Cayeux, du Tréport, du Bourg-d’Ault, de Dieppe, & c. à quoi il faut ajouter ceux des ports d’Angleterre qui bordent la Manche : elle dure depuis la mi-o&obre jufqu’à la fin de décembre. Les pécheurs de cette côte l’appellent leur petit métier, pour la diftinguer des pèches que quelques-uns vont faire à Yarmouth, & d’autres au nord, qu’ils nomment leur grand métier.
- 208. Le hareng de la Manche eft communément moins gros & moins gras que celui du nord, même que celui de Yarmouth; ce qu’on attribue, à-ce qu’étant dans une eau fort agitée, qui aboutit dans la mer d’Allemagnev les harengs fatiguent beaucoup pour s’emboucher dans la Manche ; 011 peut ajouter, qu’approchant de la faifon de la fraie,. ils perdent de leur graiffe ; néanmoins cette pèche eft; précieufe pour la France, non-feulement parce qu’elle fournit'de bons harengs frais à plufieurs provinces, mais encore parce que les harengs dè là Manche étant pris en bonne fàifon lorfqu’ils font pleins, étant préparés ûvec foin,-font de bonnes falaifons5 alors quelques-uns pré-
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- tendent que leur chair a plus de goût que ceux du nord j qu’étant moins gras » ils en font plus ailés à conferver, & que leur chair refte plus blanche : je dis expr elfe ment qu’il faut que ces harengs foient pris en bonne faifon, parce que comme beaucoup de ces poiéons fraient dans la Manche , on en prend à la fin de la faifon qui font gais, même bouifards & de mauvaife qualité ; c’eft pour prévenir cet inconvénient, & aftreindre les pêcheurs à ne prendre que de bon poiéon, que le confeil avait rendu plufieurs arrêts en forme de régie-mens , qui fixaient le tems où l’on doit ceéer la pêche. Nous avons promis d.’en parler expreifément ; c’eft ce que nous allons faire dans le paragraphe fuivant.
- Sur les défcnfes qui ont été faites de continuer la pèche du hareng dans la Manche après le dernier décembre.
- 209. Il eft certain que deux choies contribuent à faire profpérer une branche de commerce ; l’une confifte à mériter la confiance des acquéreurs, en apportant la plus grande attention à ce que la marchandée foit bien conditionnée , & fur-tout à obferver une grande fidélité dans les envois qu’on en faiti l’autre eft de s’attirer la préférence, en faifant eniorte que ces marchandées foient à un prix modique : c’eft dans cette vue que les Hollandais s’étant ap-perçus que les harengs pris entre les rochers d’Irlande, de Hitland & de Norvège , n’étaient pas d’une bonne qualité, ont défendu à leurs vaiffeaux de pêcher en ces endroits, fous la peine d’une amende de 300 florins. C’eft dans cette vue, & pour conferver la réputation de leurs falines, qu’ils ont fait des règlement qui pourvoient à tout ce qui pourrait rendre leurs falines défec-' tueufes. D’un autre côté pour que le haut prix n’éloignât pas les acquéreurs , non-feulement ils évitent de charger d’impôts leurs falines, mais même ils donnent des encouragemens à ceux qui les font avec fùccès. Et on verra dans la fuite qu’en France, pour mettre les marchands fàleurs en état de vendre leur poiéon à peu près au même prix que les Hollandais, on leur délivre le fel à un prix modique, même quand les falaifons fe font dans des provinces où la gabelle eft établie. D’un autre côté, c’eft pour procurer une bonne réputation aux falaifons qui fe font dans les ports de la Manche, qu’il a été fait des régie mens fur celles des harengs, ainfi que fur leur paquage, & qu’on a fixé les faifons où l’on doit ceéer d’en faire la pèche. Nous rapporterons ailleurs ce qui regarde la préparation des harengs, le vrai lieu d’en parler étant lorfque nous traiterons des falaifons de ce poiéon. Nous nous bornons pré-lentement à rapporter ce qui regarde le tems d’en ceéer la pèche.
- 210. Les harengs, comme nous l’avons dit,paéent du nord de l’Angleterre dans la Manche ; on 11e peut pas djfconvenir qu’ils n’y foient|plus mai
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- Sect. IIL De. l’alofe, & des poiffons qui y ont rapport.
- grès qu’ils n’etaient au nord;, & même à la côte que l’on nomme d'Yarmouth ; néanmoins ils font encore très-bons, foit à manger frais, foit à faler : ils ont beaucoup de goûti car, nous l’avons déjà dit, les harengs fort gras ne font pas les plus propres à faire de bonnes iàlaifons. La pêche de ce poiifon a donc toujours été permife depuis la faifon où ils entrent dans la Manche, jufqu’à la-fin de décembre j palfé ce tems, elle a été défendue par plufieurs arrêts du confeil. Nous allons, expofer les raifons qui ont donné lieu à cette, prohibition,
- 2i i. Il eft certain que beaucoup de harengs fraient dans la Manche, & principalement vers l’embouchure de la Seine, à la fin de là harengaifon ; ils perdent alors beaucoup de leur qualité, fùr-tout pour les falaifons. Je fpécifie pour les iàlaifons, parce que dans cette faiion on en prend de gais, qui, n’étant point bouifards, fontalfez bons à manger frais ; mais quand ils n’ont pas eu le tems de fe remettre de la maladie du frai, leur chair fe deifeche dans le fel, & devient ce qu’on appelle cornu, ce qui n’arrive qu’à la fin de la harengaifon, où prefque tous ont nouvellement jeté leur frai ; au lieu que dans les mois d’o&obre 8c de novembre, beaucoup font pleins 8c très-bons à être confom-més frais ou falés. Ce que nous difons doit être pris pour ce qui arrive ordinairement 5 car il-y a des années tardives où l’abondance des harengs gais n’arrive qu’en janvier, ou même février. Connailfant l’inferiorite des falaifons faites avec des harengs gais par comparaifon aux pleins, il a ete' défendu, par un arrêt du 24 mars 1687, de continuer cette pèche palfé le mois de décembre, ni d’en acheter des vailTeaux étrangers s 8c en confirmation de cette dëfenfe , eft intervenu un arrêt du confeil, le 21 janvier 1719 » dans lequel on a ajouté là défenfe d’en expofer dans les marchés ; ce qui a encore ete confirme par plufieurs réglemens de police.
- 212. Les motifs de ces différens arrêts 8c de ces reglemens de police, étaient que les falaifons faites dans ces faifons étaient mauvaifes, 8c jetaient un difcrédit fur toutes les falaifons de la Manche ; que ces falaifons étaient mal-faines, & oçcafionnaient des maladies 5 enfin qu’elles étaient deftruétives de cette efpece de poiifon.
- 213. On fit des repiéfentations, 8c les pêcheurs de differens ports mirent en avant que les harengs ne frayaient pas fur les côtes de Normandie, prétendant qu’on n’y prenait point de harengs nouvellement éclos. Mais nous avons la preuve de lafauffeté de cette allégation : d’abord on en trouve de tres-petits dans les parcs j enfuite, & vers le mois de mars, on en prend qui ont 3 a4 pouces de longueur, 8c beaucoup de différentes grandeurs confondus avec la menuifèi c’eftce qu’on nomme fretin de hareng ÿ 8c peut-on douter que . les harengs fraient dans ces parages , quand on fait attention que quand ils entrent dans la Manche , iis font prefque tous pleins, 8c qu’eu eu fortantla plu*
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- 7o TRAITE* -DES PECHES. Partie 11.
- part font vuides ? ils fe font donc déchargés de leurs œufs dans la Manche > ils y ont donc frayé. On ajoutait que les Irlandais n’interdifent point cette pêche à leur côte, où les harengs gais font en grande quantité ; mais il les Irlandais ont tort de permettre cette pèche, il ne s’enfuit pas qu’il faille les imiter en France.
- 214. D’un autre côté, les marchands faleurs, qui follicitaient la prohibition de la pèche après le mois de décembre, peut-être plus tôt par intérêt pour vendre leur poilfon plus cher, .que pour l’avantage du commercé, qui leur fervait de prétexte : ces marchands difaient que les harengs gais faifaient une nourriture mal faine, & qu’elle occafionnait des maladies. O11 peut bien leur accorder que cette nourriture n’eft pas agréable, que la chair de ces poilfons maigres eft remplie d’arêtes; mais ils ne font pas mieux fondés à dire qu’elle eft mal-faine, que le feraient les boulangers de pain mollet, s’ils demandaient qu’on défendit le pain bis-blanc comme capable de caufer des maladies.
- 21 f. Ils ajoutaient qu’en permettant cette pèche après le 1 janvier , on faifait beaucoup de tort à la multiplication du hareng. Cette raifon eft encore purement illufoire, non-feulement parce que la quantité de poilfon que peuvent prendre les pêcheurs, n’eft prefque rien en comparaifon de l’immenfe quantité qu’en détruifent une multitude de poilfons qui s’en nourrilfent> mais encore parce que fi l’on avait en vue la multiplication de l’efpece,il ferait beaucoup plus convenable d’interdire larpèche du poilfon plein, püif-qu’en le prenant on détruit une nombreufe poftérité au moment qu’il eft prêt de la produire, ce qui n’arrive pas quand on prend des poilfons gais., puifque leur ponte eft faite.
- 216. Une raifon d’interdire cette pèche, qui paraît mieux fondée, & avoir déterminé les juges, eft que les falaifons qu’on fait avec les poilfons gais, étant inconteftablement moins bonnes que celles qu’on fait avec des pôiifons pleins % il y a à craindre que ces mauvaifes falaifons ne jettent un difcrédit fur les bonnes , & généralement fur toutes les falaifons de la Manche, d’autant que la pèche de ces harengs gais étant très-abondante, il y aurait au moins à craindre qu’on n’en mêlât avec les bons harengs, ce qui ferait très-contraire à la fidélité qui doit régner dans le commerce, & qu’il eft important de maintenir autant qu’il eft poiïibîe.
- 217. On ajoute que la pêche de ces harengs gais étant très-abondante, 011 eft en état de les vendre à bas prix, ce qui pourrait dégoûter les pêcheurs d’aller chercher de bons poilfons au nord ou à Yarmouth ; cela ferait alfurément fâcheux ; mais d’un autre côté par l’interdi&ion de la pèche du hareng gai, on prive les pauvres gens qui ne font pas difficiles fur la délicatelfe ides mets, d’avoir à bas prix des poilfons qui leur feraient fort utiles. Peut-être ne ferait-il
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- Sect. III. De talofe, & des poiffons qui y ont rapport.
- pas impofîible de concilier ces deux objets, & de parvenir à procurer aux pauvres gens les fecours qu’ils peuvent retirer de cette pêche, fans faire tort à la réputation des falaifons de ia Manche ; je le ferai appercevoir après avoir rapporté une reftriétion qu’ona faite à l’ordonnance.
- ai 8. Dans des cas particuliers, comme dans les tems de guerre, ou lorf-que les premières pêches fe font trouvées très-mauvaifes, on a permis, feulement pour une année, la pêche du hareng jufqu’à la fin du mois de mars , ce qui paraît, entr’autres, par un arrêt du confeil, rendu le 17 décembre 1695" ; mais il n’eft pas queftion ici de ces dérogations à l’ordonnance, limitées à un tems, & qui ont été fort rares.
- 219. Les pêcheurs de Dieppe,après être convenus que les harengs perdaient beaucoup de leur qualité vers la fin de décembre, ne réclamèrent point contre l’exécution de l’ordonnance ; mais ils repréfenterent que le hareng leur étant abfolument néceflaire pour amorcer leurs haims, ils demandaient qu’011 leur accordât la liberté de faire, pour cet ufage, une petite pêche de harengs, qu’ils réduifirent à deux petits bateaux, qui iraient alternativement à la mer, fe foumettant à toutes les conditions qu’on voudrait leur impofer, pour les obliger de^n’en pas faire d’autres ufages que d’amorcer leurs haims. Usfe fournirent donc à couper la tète & la queue de leur hareng dans leurs bateaux, même avant de les décharger, & à toutes les punitions qu’011 voudrait leur impofer s’ils vendaient des harengs quin’eulfent pas été ainfî mutilés.
- 220. Les marchands faleurs n’envifageant que leur profit, difaient qu’il ne ferait pas pofîible de faire obferver cette police, les bateaux pêcheurs revenant de nuit comme de jour, & leur étant loilible d’aborder, le long de la côte où il leur plaît. Cela eft vrai 5 mais s’il eft queftion d’une vente frauduleufe, finement elle fe fera beaucoup plus, lorfque la défenfe de faire la pêche fera générale, que quand 011 obligera les pêcheurs à mutiler leur poiifon. Effectivement la privation entière de l’appât le plus utile aux pêcheurs aux haims, doit les engager plus fortement à faire la fraude, que quand on les met en état de profiter de cet appât, les aifujétrillant à certaines conditions ; & il me femble qu’en obligeant les pêcheurs qui feraient leur métier après le dernier décembre, à couper la tête de leur poiifon, il en réfulterait plufieurs avantages;
- 1. quoique les pêcheurs fulfent obligés de donner ces poilîons mutilés à meilleur marché que les autres, ils retireraient un petit profit de leurs travaux ;
- 2. les pêcheurs aux haims feraient fournis des appâts qui leur font néceifaires 5
- 3. les pauvres gens feraient ufage de ces poiiTons qui leur feraient dfmi grand fecours, & tout cela fans jeter aucun difcrédit fur les falaifons faites en bonne faifon, puifque les acquéreurs de harengs frais ou falés, feraient prévenus que les harengs qui n’auraient point de tète, feraient d’une qualité inférieure à ceux qui feraient entiers; & fi dans les barrils qu’011 envoie,il fb
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- TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- trouvait des harengs fans tête mêlés avec les autres, les acquéreurs auraient un recours très-légitime contre les vendeurs, dont la mauvaife foi ferait manifeftement établie.
- 221. Le confeil ayant apperqu combien il était avantageux de protéger la pèche aux haims pour avoir du poilfon frais, fe détermina à accorder aux Dieppois ce qu’ils demandaient ; & la même faveur rejaillit fur plufieurs autres ports, en la proportionnant néanmoins à l’étendue de leurs pêches, notamment à ceux d’Yport, en 1730. Quelques-uns ont prétendu que les poiflons à qui on avait coupé la tête, perdaient tout leur fuc, & 11’étaient plus bons pour amorcer les haims. Mais on verra dans l’article de la fa-laifon que c’eft à tort , puifqu’on prive avec grand foin de leur lang les harengs qu’on prépare pour amorcer, & qu’on nomme à la haque.
- 222. Ces réglemens ont été allez exactement obfervés dans plufieurs ports , particuliérement ceux de Flandre & de Picardie, parce qu’ils jouif-fent de la pèche du hareng avant les pêcheurs de la côte de Normandie ; mais la pèche des harengs hors de fiifon, qu’on appelle de relouage, parce qu’on fait de nouveaux marchés avec les matelots ; cette pêche, dis-je', fut continuée frauduleufement dans plufieurs petits ports, particuliérement vers l’embouchure de la Seine, jufqu’en 1768, que le parlement de Paris, regardant le hareng frais comme un fecours pour cette capitale, permit l’expofition & la vente du hareng dans les marchés de fon relfort, depuis le premier feptembr.e jufqu’au commencement du carême ; il s’en eft fuivi que la pèche & la vente du hareng s’eft faite en toute liberté pendant tout le cours de cette laifon. Il eh vrai qu’ils ne peuvent guere faire cette pêche qu’avec des bateaux de trois ou quatre tonneaux au plus, & avec des filets très-déliés, parce que le hareng qui fraie eft fi près de terre, que des bateaux plus grands courraient rifque de s’endommager -, cependant il y a de grands bateaux qui achètent du hareng des autres pour en tranfporter en Picardie, & même jufqu’à Calais, où ils le vendent avec affez de profit.
- 223. Avant cette permiffion générale, les Polletais envoyaient des bateaux au-delà de l’embouchure de la Seine jufqu’en février, acheter les harengs dont ils avaient befoin pour amorcer leurs haims ; ou bien ils en achetaient des Anglais vers l’endroit qu’on nomme la pointe du Perte, où les pêcheurs difent que la qualité des harengs devient meilleure à mefure qu’on avance dans la faifon, apparemment parce qu’ils fe rétablilfent de la maladie que leur a occafîonné le frai. Nous avons parlé dans l’article III, de la forme des bateaux qu’011 emploie dans la Manche pour la pêche du hareng ; mais comme nous n’avons rien dit de l’emménagement de ces bateaux, nous allons en rapporter quelque chofe dans le paragraphe fuivant.
- Détail
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- Sect. III. De lalofe , & des poiffons qui y ont rapport73
- Détail de l'emménagement d'un bateau pêcheur de la Manche.
- • 224. Je me fuis affez étendu fur la forme des bateaux pêcheurs de harengs, tant dedans que hors la Manche, pour qu’on en ait une idée exa&e ; mais comme je n’ai rien dit de leur emménagement, il eft utile de faire connaître ce point important, pour qu’on puilfe comprendre ce que nous aurons à dire fiir cette pêche. Il eft vrai qu’il y a dans ces emménagemens beaucoup de variétés , tant à caufe de la différente grandeur de ces bâtimens, que parce que chaque maître fait ajufter le lien à fa fantaifie. Il ne nous eft donc pas poflible d’épuifer cette matière ; & je me trouve réduit, pour en donner une idée; à prendre pour exemple un petit bateau pêcheur de la Manche, d’environ 50 pieds de longueur. J’aurai occalion dans la fuite, de dire quelque chofe de ceux qui font plus grands.
- 22Nous fuppofons donc que le bateau pêcheur,/?/. III, fig. 2, ait à peu près 30 pieds de longueur AB, ioà 11 de largeur G D, au maître bau, 6 à 7 pieds de creux, que le tirant d’eau de ce bateau ayant fon left, fes apparaux, fon équipage & fes filets, foit à l’avant d’environ 4 pieds & demi, & de f pieds à l’arriere ; que les parties de l’avant E G, & celles de l’arriere HI, foient pontées à demeure, mais qu’à la partie EH, il n’y ait qu’un faux-pont ou un pont volant, qu’il faut ôter quand 011 veut mettre les filets à la mer. Il y a en K une foute où couche le maître, avec une écoutille pour y defcendre. On voit en L le cabeftan, en M la pompe, en N une grande foute où l’on met les filets ; les pêcheurs de haute-Normandie l’appellent mattou; O, eft une autre petite foute pour mettre l’excédent des filets : les pêcheurs la nomment ochede. Q_, eft une grande foute que les pêcheurs nomment le grand rang : elle eft deftinée à recevoir le poiffon ; car à mefure qu’on le démaille, on le jette dans cette foute par des ouvertures a, qui font une à bas-bord, & l’autre à ftri-bord ; au milieu eft une grande écoutille q. Il y a encore en R, une grande loute, que les pêcheurs nomment U rang d'avant : on y met les cordages, 8c c’eft où couche l’équipage. S, eft le mât d’avant, dont le pied repofe fur le pont ; ces bateaux ont, comme 011 le voit, deux mâts : le grand P, qui eft à peu près au milieu, a 44 pieds de longueur ; celui de mifaine S J'qui eft placé tout près de l’étrave, eft de 28 pieds : leurs voiles font en langue ; la longueur de la grande vergue eft de 20 pieds, celle du mât d’avant de 17 : outre cela dans les beaux tems ils montent un petit mât de hune de 10 à 11 pieds : bien entendu que ces mâts 8c voiles ont leurs manœuvres, haubans, étais, driffes » bras,'boulines,rbalancines, &c. ;;
- : 22.6: Les Dieppois, avec leurs bateaux bâtards ou crevelles , qiiine fortent pas ordinairement de la Manche, font dans les faifons où il n’y a pas dé ha-Tomc XI. K
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- n T R A I T Ef DES PECHES. Partie IL
- rengs, d’autres pêches i_ees crevelles font matées comme les grands drogüënrs ; elles ont 3 6 à 40 pieds de longueur totale, à peu près 1 3 pieds de bau, f à 6 pieds de creux : elles font pontées fort bas, & pour cela elles ne peuvent porter que 3 o tonneaux.
- 227. Quand les pêcheurs font rendus au lieu de la pêche, ils amènent leurs mâts, & lèvent un faux pont, qui forme au milieu un coffre où font ralfem-blés leurs filets ; ils mettent leur poiifon furie pont dans des parquets, qu’ils peuvent ôter aifément & promptement quand la mer devient très-agitée.
- • 228. Comme j’avais quelqu’incertitude fur les bateaux dieppois dont je viens de parlerparticuliérement iur ce qui regarde les parquets, je priai M. le Teftu qui les connaît parfaitement, de m’en rafraîchir l’idée. Voici ce qu’il a bien voulu m’écrire à ce fujet.
- 229. Les bateaux de Dieppe & du PoMet ont, xdmme ceux dont vous avez parlé, une foute, dans la cale, pour y dépolèr le hareng de leur pèche ; & en outre fur le pont, des. parquets qu’ils nomment jardinets. Ces jardinets font placés au pied & un peu en avant du grand mât j ils font faits de planches qui s’aifemblent les unes avec les autres à couliüè, & s’étendent dans toute la largeur du bateau. Ou peut les ôter aifément & en peu de tems, & de même les remettre en place.
- . 2?o. Au fond du bateau, à la partie qui eft au-deifous des jardinets, eft, fous le tillac, une foute que les pêcheurs nomment mattote, qui eft également diftribuée en parquets ; on y met le poiifon quand on craint que l’agitation de i la mer ne falfe tomber le poiifon de deflus le tillac à la mer, ou quand la pèche étant très-abondante, tout le. poiifon ne peut pas tenir fur le tillac j en ce cas, quand on releve le filet, on fait tomber le poiifon dans la mattote par deux ouvertures, une bas-bord , & l’autre ftribord, qui font pratiquées dans ; les jardinets. En fecouantles filets, les poidons tombent dans les jardinets, & coulent dans la mattote à la volonté des pêcheurs ; car s’ils veulent les ] ailler fur le tillac, où ils fe confervent mieux, ils ferment lès ouvertures qui répondent à la mattote. ; :,i . .•
- 2?i. Dans les bateaux de moyenne grandeur, qui font de 40 à 47 tonneaux î les parquets du .tillac peuvent.contenir f à 6. lafts de;harengs, & ceux de la mattote environ dix. Dorique la pêche fe fait‘près de la xôte, les bau teaux, fur-tout les petits, qui. nj’ont pas aifez d’emplacement pour aller à la mer, apportent leur- poiifon dans le port quand ils en ont f à 6. lafts, le jour qui fuit la nuit de la pêche ouleqour luivanti: 1 v 1 r :i
- 232. Outre les apparaux dont nous venons de parler ,i il faut être pôurvB de diversmftenfiles méceiïairês pour la pêche: nous allons en donner le détail.-
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- Sect. III. De Valofe, & des poijfons qui y ont rapport.
- Des ujlenfiîes nêceffaires pour mettre le bateau en état de tenir la mer,
- & qui font fournis par le propriétaire du bateau , comme faifant ' partie de fon griment.
- 233. On donne pour chaque bateau huit avirons d’une longueur proportionnée à la largeur du bateau, comme 24 pieds pour celui que nous prenons pour exemple. Il eft bon d’avoir plusieurs lanets C, D, />/. 111 3 ;
- on fait qu’ils font faits d’une poche de filet montée fur un cercle qui eft ordinairement ovale : 011 voit au milieu une traverfe qui reçoit le bout d’uné perche D, qui forme le manche, qu’011 alonge. quand il le faut avec pîufieurs perches ajuftées les unes aux autres , comme on le voit en K K ; ces lanets fervent , principalement quand 011 tire à bord les filets > à recevoir les harengs qui, n’étant pas bien maillés, tomberaient à la mer.
- 23 4. Il eft prudent de s’approviiîonner d’un grapin E ; c’eft un inftrument de fer plus ou moins grand, terminé à un de fes bouts par quatre crochets , & qui a à fon autre bout un organeau où l’on frappe la corde néceifaire pour le tirer à bord : fon uiage eft de pécher à la mer un bout de filet ou de cordage qui fe ferait féparé de la tiflure. On voit à la première partie , première fèdtion, un pareil inftrument & une chaîne armée de crochets de fer, qui fert au même uiage.
- 23f. On embarque fur chaque bateau deux ancres, une qui pefe environ 160 livres, & une autre 130, avec deux cables P, H, qui ont chacun 60 braifes de longueur, & f pouces de circonférence. Quelquefois en outre 011 prend une ancre pareille à celle qui eft décrite première partie , première fec-tion, elle n’a point de pattes, mais feulement des pointes: on la nomme à pic, parce qu’on compare les pointes aux pioches pointues que les carriers appellent pics. On s’en fert fur les fonds de roche, parce que les pointes fe dégagent mieux des délits de rochers que les pattes des ancres ordinaires.
- 236. Le propriétaire du bateau doit le fournir garni de fes mâts, vergues , voiles, des manœuvres qui en dépendent, & de tous les uftenfiles dont nous Venons de parler, en un mot tout ce qui eft néceifaire pour la navigation » & de plus il fupporte les petites avaries. Mais les intéreifés fourniifent en commun tout ce qui eft néceifaire pour la pêche, les filets, les cordages qui en dépendent, & les barrils, comme nous allons le détailler dans le paragraphe fuivant.
- Des uftenfiles de pêche , que fournirent en commun les intéreffés à
- la pêche.
- 237. Les filets ibnt un article des plus importans des uftenfiles de pêche
- K i)
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- qui fe fourniflTent en commun j les bateaux en embarquent de plus ou moins étendus, fuivant leur grandeur & la force de leur équipage. Je vais, fans m’attacher à ces circonftances, donner une idée de ces filets & de leur gré-ment. Ce font des manets, qu’on nomme, en quelques endroits de la Manche, warnettes ou marfaiques : on en voit un repréfenté pi. III y fig. 4. Ils font formés de plufieurs pièces K, K, qu’on coud les unes au bout des autres en K D, KD, pour former la tilfure entière. Ce filet étant quelquefois ex-pofé à porter fur le fond, s’ufe plus par le pied que par le haut, ce qui oblige de couper & de refaire à neuf cette partie. Pour remédier à cet inconvénient , il y en a qui font la hauteur du filet de quatre lez F , G, H, I, qu’on coud les uns au-delfus des autres pour faire la chute du filet. Si la hauteur de la tilfure doit être de 200 mailles, la largeur de chaque lez eft de fo ; moyennant cela quand le lez I eft endommagé, on l’ôte, & 011 met un lez neuf à la tête du filet, à la place du lez F, qui prend la place du lez G , qui defcend en H, & ce lez H prend la place du lezl, qu’on fupprime, ce qui fait durer la tilfure beaucoup plus long-tems qu’elle ne ferait fi elle était d’un feul lez. Ce filet qui eft fait d’un fil fort, & dont les mailles O , fig. 3 , n’ont qu’environ un pouce d’ouverture en quarré, eft, quand il eft mouillé, alfez pefant pour descendre perpendiculairement dans l’eau j & comme le hareng fe maille d’autant mieux que le filet eft tendu moins roi de , on ne met point de left au pied, on ne le borde pas même d’une corde, comme on le fait à plufieurs filets qu’on ne lefte point ; je crois cependant qu’il ferait bon de le border par le pied d’une ralingue menue pour le foutenir & l’empêcher de déchirer lorfqu’on le tire de l’eau, fur-tout quand il eft très-chargé de poilfon. On voit en K D, K D, les coutures qui joignent, les unes avec les autres, les pièces qui forment la tiflure.
- 23 8. La tête E D de chaque piece, eft bordée par une ralingue qui n’a que f lignes de groffeur: on la nomme fincelle ce que je crois, par corruption de ficelle ; on l’attache de 7 en 7 mailles au bord du filet, par des ganfes menues, qu’on nomme ainettes, & ces bouts de fincetles font joints les uns aux autres, ainfi que le bout des cordesgi ou fi, par desroftures? de forte que toute la longueur de la tilfure eft bordée par une fincelle, qu’on peut regarder comme étant d’une feule piece ; on la voit depuis D jufqu’en E. Mais pour monter une piece de filet, qu’on lùppofe avoir 1 f à 18 bralfes de longueur de D en E, ou de K en K , on ne donne que 9 à 1 o bralfes de longueur à la fincelle , pour que le filet étant un peu plilfé fur la fincelle, il ne foit pas tendu, & qu’il flotte en quelque façon, ce qui fait que le poilfon fe maille mieux.
- 239. La fincelle ne fertpas feulement à fortifier la tète du filet 5 elle eft «le plus deftinée à porter les flottes de liege qu’on voit depuis D jufqu’en E,
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- Sect. III. De ïcilofe, & des poiffons qui y ont rapport. 77
- fig. 4 ; ainfi on attache fur la fincelle des morceaux de liege qui ont environ z pouces en quarré : ils font pour cela percés d’un trou dans lequel on pafle une ganfe qui fert à les lier à la fincelle ; mais ces flottes ne feraient pas fuffi-fmtes pour empêcher la tilfure d’aller au fond de l’eau, fur-tout quand elle eft chargée de poiifon; il faut y joindre d’autres corps flottans capables de te. Joutenir, ainfi que nous l’expliquerons dans la fuite.
- 240. A chaque endroit où deux fincelles font liées l’une à l’autre, ou au bout de chaque piece du filet, eft, comme je l’ai dit, un bout de cordage gi, qui a un pouce & demi de circonférence, & 2, 3 à 4 braifes de longueur : on le nomme bajjbiûn; il eft terminé au bout oppofé au filet, par une boucle, dans laquelle palfe une haufliere fg, gf9 de 3 pouces de circonférence , qu’on nomme, en quelques endroits , halin ; il eft formé de plufieurs pièces d’hauflieres épiflees bout à bout, & les épiflures font recouvertes par des révolutions de fil de carrette ; car le halin ayant à fup-porter de grands efforts , il eft important que les pièces ne fe féparent pas : on frappe encore fur le halin de diftance en diftance , comme de trois en trois pièces de filet, d’autres cordages h, h, d’un pouce & demi de circonférence , & de 4 ou f brafles de longueur ; on les nomme bandingues. Un de leurs bouts h eft donc frappé fur le halin, & l’autre eft amarré à un barril à poche B, qui, étant vuide , flotte fur l’eau, & foutient le halin & la tilfure à une profondeur convenable dans l’eau ; car fi l’on veut qu’elle y entre beaucoup, on alonge les balfouins & les bandingues ; 8c fi l’on veut, qu’elle foit près de la furperficie, on accourcit ces mêmes cordages. On voit en B, fig. 3 , un de ces barrils, où l’on a ménagé à une des douves de long, un bloc de bois qu’on perce d’un trou, dans lequel palfe le bout de la bandingue h, & ces barrils ont environ 11 pouces de diamètre au jable , 12 pouces au bouge; 8c if pouces de hauteur. A une des extrémités du halin ff, 8c à quelques brafles du filet, on amarre un barril conique A, fig. 36-4, qu’on nomme de bout ; il lert de bouée & de lignai pour reconnaître la fituation du filet. Nous avons repréfenté en A , fig. 3 » un de ces barrils de bout, pour faire voir qu’on a ménagé à la principale douve du fond le moins large , un morceau de bois percé d’un trou, pour y attacher le bout forain du halin /f, comme on le voit en A, fig. 4.
- 241. Tous les barrils, foit de bout ou à poche, qui appartiennent à un même bateau , font imprimés à chaud d’une marque , pour qu’011 puilfe comiaître à qui ils appartiennent lorfqu’il s’en détache quelqu’un. Il faut que les pièces de haulïieres réunies, ou le halin entier foit plus long que toute la tiflure, afin , qu’à une extrémité le barril de bout foit un peu éloigné du filet, & qu’il y ait un elpace confidérable entre le bateau, où répond le halin, 8c la tilfure 3 comme on le Voit au bateau D, pi. IF, fig. 3.
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- Ainfi fuppofant que la tiffure foit formée de 120 pièces, qui aient chacune 10 brades de longueur à la fincelle , la tidure entière fera de 1200 brades -, pour une pareille tilfure, le halin aura 1300 brades, plus long de 100 brades que la tidure. Au refte , je ne rapporte ceci qui comme une fup-pofition ; car par les gros tems on tient la tidure beaucoup plus éloignée du bateau que quand la mer eft belle. *
- 242. Il eft vrai que les pièces du filet, avant d’être montées fur la fin-celle, ont 12 à 1 f brades de longueur -, mais nous ne les comptons que pour 10, parce que c’eft la longueur qu’on donne aux fincelles qui bordent la tête de chacune de ces pièces, qui eft plidée fur la fincelle , ainfi que nous l’avons expliqué plus haut. Et comme il faut que les barrils à poche foient diftribués à des diftances égales fur le halin, c’eft ordinairement de trois en trois pièces de filet. Avant l’embarquement & à terre, 011 marque fur le halin les endroits où 011 doit frapper les bandingues qui répondent aux barrils ; pour cela on attache au halin, avec des ganles, des bourrelets de vieux filets. O11 verra dans la fuite combien ces marques font avantageufes pour placer les barrils lorsqu’on met les filets à la mer, afin qu’ils foient convenablement diftribués fur le halin.
- 243. Nous avons déjà prévenu que les filets dont 011 fe fert pour la
- pêche du hareng, font des nappes fimples dont les mailles O ,pl. III,fig. 3 , doivent être proportionnées à la grodeur des poidbns qu’on fe propofe de prendre , pour que leur tète puiife y entrer, mais que le corps, qui eft plus gros , les arrête, & qu’ils fe maillent par les ouies. Comme nous avons amplement parlé de ces filets, qu’on nomme niamts, première partie, fécondé fedion, nous nous contenterons de dire que les mailles de ees filets, qu’on nomme harmgades ou haren-guers dans la Manche , ont communément un pouce d’ouverture en quarré j & on les fait fuir un moule qui a 18 lignes de diamètre, un peu moins quand 011 pèche des harengs gais, & un peu plus quand on va s’établir à Yarmouth ou dans le nord. Nous en parlerons dans la fitite. Ordinairement avant de partir, les pêcheurs ademblent un nombre de pièces, comme 40, pour former trois grandes pièces, dont chacune fait le tiers de la tidure, ce qui leur épargne beaucoup de travail quand ils veulent mettre leur tidure à-la mer. Ceux qui ont beaucoup de filets, en’ changent-de tems en tems , ce qui les fait durer plus long-tems. Ordinairement ils fe contentent de les laver à terre, & de les radouber ; mais ceux qui fortent de la Manche pour aller à Yarmouth, font obligés d’en prendre d’autres, parce que les harengs y font plus gros, ce qui double leur dépenie. - j
- 244. Les filets garnis de leur fincelle, des fteges & des baftbuins, étant/ difpofés comme nous l’ayons dit, s’embarquent dans lia foute N, pl. III3 /%. 2, qu’on nomme mattote, ainfi que ’ dans da' petite1 'O-, qui s’appelle lo>.
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- Stct. lll.De talofe y ' & des poijfons gui ’y ont rapport.
- chelle, & le halin dans la grande foute R; les.barrils avec leurs baftdirrgues* s’arrangent autour du cab.eftan: ceux de bout, ainli que ceux à poche, fout donc fournis en,commun par tous lessintérelfés à la,pèche, qui, en outre* fupporteiit les grolfes avaries, telles .que la perte des mâts, des vergues, &e. & dans la Manche, ordinairement chaque matelot fe fournit de pain & de menus rafraichilfemens,, en eh prenant pour huit jours : la boiifon & le refte palfent comme .avaries communes. Quand on embarque des barrils pour y mettre du fel ou les remplir de poiffçn lorfqu’on {èj propofe d’en préparer à la mer, c’eft le proprietaire du bateau qui en fait les avances, aulïï bien que de quelque argent qu’il donne.aux matelots, &• dont il fe fait rembourfer lors de îa vente du poilibn, prenant le foi'pour livre pour l’intérêt de fes avances j mais la plupart des pécheurs qui ne fortent point de la Manche, n’embarquent point de fel* ils ne braillent point leur poilfon, & ne le falent point ;en vrac. Quand les, vents contraires ne .leur permettent point de gagner leur port, ils,entrent dans d’autres ports;, même dans ceux d’Angleterre, où ils trouvent, à vendre leuiypoidbn j & chaque intérelfé a la part fur le profit qui revient.de la pèche, fuivant une certaine proportion, comme on le verra dans le paragraphe fuivant, }
- De la répartition des parts entre les intêreffés a la pèche.
- - 24-f-, On a vuMans le paragraphe précédent, que les intérelfés à la pêche font d5abord celui qui fournit le bateau, & tout ce qui eft nécelîaire pour la navigation , enfuite, le maitre .& les .matelots.pour leur travail , & ce qu’ils fournidênt de, filets, de cordages & de barrils j quelquefois de fel, en un mot de ce qui fert pour la,pêche; tous ces uftenliles occalionnent des frais confU durables, dont,chacun doit être rembourfé fur le produit de la pêche, & proportionnellement aux avances qu’il a faites. De plus, ceux qui ont travaillé àtja pèche:, doivent, encore trouver, leur falaire dans le produit net de la pêche £,je, dis». net> car le propriétaire du bateau commence par prélever les avarie?,-communes, & par.fe remboürfer des avances qu’il a faites, prenant en outre le fol pour livre pour l’intérêt de les, avances, ainli que fur les deniers de la-vente dont il fait le recouvrement,* & en répond aux intérelfés: le refte eft réparti à chacun proportionnellement à ce qu’il a fourni; c’eft ce qu’on appelle Us parts. Ainli le, propriétaire du bateau a fes parts pour le bateau & la quantité de filets;qu’il: a fournis. Chaque-homme de l’équipage a^le.s tiennes,, ftant pour fa perfonne ou fon travail,, que pour la quantité de filets & de,cordages qu’il a fouruis. - ,- ,
- !ra4^.,Ôîf imagine bien que ces-lots varient fuivantJa;force du bâtiment, &,le}nombre, dgs,matelots qui l^montent; car on verra dans 1a fuite, qu’il.
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- 3<* TRAITE D Ë S ' V E C H E S. Partie IL
- y a des bâtimens pécheurs qui ont 2f à 30 hommes d’équipage. Les cre-velles de Dieppe font aflez communément montées par 14 à if hommes , non compris les garçons & les moufles ; mais comme il ne m’eft pas poffi-ble d’expofer en détail ce qui regarde les bateaux de toute grandeur, je me trouve obligé de me borner à rapporter ce qui fe pratique dans la Manche pour un bateau de 20 tonneaux, que nous avons pris pour exemple dans les paragraphes précédens. L’équipage d’un pareil bateau confifte en 11 hommes , y compris le maître, & en outre trois moufles.
- 247. Chaque bateau embarque ordinairement 120 pièces de filet; & il faut fe fouvenir que chaque piece de filet a trois ou quatre brafles de chute, if à 18 brafles de longueur, bordé à la tête d’une fincelle qui n’a que 10 à 11 brafles de longueur, & qui eft garnie de pied en pied de flottes de liege ; chaque piece doit, de plus, avoir le cordage qu’on nomme bajfouin. Il faut, pour faire ce qu’on appelle une pan, environ 50 brafles de filet en deux pièces montées fur leur fincelle, & garnies de leur baflouin.
- * 248. Quoiqu’on ne faflè uiàge que d’un barril de bout pour indiquer l’extrémité foraine de la piece, on en embarque plufieurs pour remplacer ceux qui pourraient fe perdre ; il faut encore 70 barrils à poche garnis de leurs bandingues; & chaque matelot qui a une part, fournit un de ces barrils. Enfin pour le halin fur lequel font frappés les baflouins & les bandingues , il faut 20 pièces de haulliere de 6f brafles chacune , ce qui fait en tout 1300 brafles pour la totalité du halin, qui eft fourni par l’équipage à raifon de 18 brafles par part.
- 249. Pour avoir ce qu’011 nomme km part, il faut donc fournir à peu près 50 brafles de filet D E, pi. III, fig. 4, monté fur fa fincelle, & garni de fes lieges D , E, autant de baflouins i>g, qu’il y a de pièces de filet, un barril à poche B, & fa bandingue h h, enfin 18 brafles de haufliere pour former le halin//
- 2fo. Nous avons déjà prévenu que les hommes qui compofent l’équipage , retirent des parts, & pour leur perfomie ou leur travail, & pour les filets qu’ils fourniflent. A l’égard de ce qui revient pour le travail, on a réglé que chaque matelot fourniflant des filets, n’a pour ia perfonne, qu’une part, à caufe du profit qu’il fait fur fes filets, & le maître une part & demie. Les matelots qui ne font point en état d’avoir des filets, & qu’on nomme plein-part, n’ayant de profit que celui de leur travail, on. leur donne deux: parts & un mille de harengs, qu’ils font maîtres de prendre ou en nature ou en argent, iur le pied de la vente. Il arrive quelquefois que ces ma-*’ telots, qui n’ont point de filets, en trouvent ou chez des pécheurs infirmés, qui ne vont plus à la pêche, ou chez des veuves; en ce cas la part des filets appartient à fon propriétaire, qui convient avec le pécheur de lui donner
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- Sect. III. De l'alofe, & des poijjbns qui y ont rapport
- ner une fomme en argent, pour la fàifon de la pêche. Celui qui fournit une part de filets telle que nous l’avons dit plus haut, a deux parts, une pour fa perfonne, & une pour fes filets.
- afi. La plus grande partie des filets, eft pour l’ordinaire, fournie par les hommes qui composent l’équipage ; & s’il en manque pour faire la tiifure complété, c’eft le propriétaire du bateau qui les fournit ; en ce cas il prend des parts proportionnellement à la quantité de filets qu’il fournit. Quelquefois ces filets font achetés en commun par tous les intérefsés, & cette dé-,penfe palfe en avaries communes ; en ce cas la part des filets augmente la malfe. Alfez ordinairement tous les matelots fouriiilTeiit une pareille quantité de filets, & le maître le double ; mais quelquefois les uns en fournif. fent plus que les autres, & ceux qui fournirent plus de part de filets, ont proportionnellement plus de part au profit ; de forte que fi quelques - uns fournilfent f ou 6 parts de filets, ils auront f ou 6 parts au profit, comme propriétaires des filets, & de plus une part pour leur travail : en outre ils partagent ordinairement entr’eux un lot de harengs, qu’ils préparent pour amorcer leurs haims, lorfqu’ils iront à la pêche du merlan. Enfin l’équipage fait marché avec les novices & les mouifes, auxquels ils accordent une demi-part ou une part, fuivant leurs forces. Voici donc, à peu près, l’arrangement de ces parts.
- zjz. Le bateau tout équipé, eft toujours compté pour quatre parts; & de plus le propriétaire vient à la part proportionnellement au nombre de filets qu’il a fournis. Chaque homme fourniifant des filets, a une part ; le maître, pour fou travail, une part & demie; ceux qui ne fourniflent point de filets, ont pour leur travail, deux parts & un mille de harengs, ainfi qu’il luit. Le bateau équipé quatre parts ; le maître une part & demie ; deux pleins-parts , quatre parts ; trois novices ou mouifes, trois parts & demie ; 9 hommes fourniifant leur part de filet, neuf parts, tout cela pour leur travail: 180 bralfes de filet, ou 120 pièces à3o bralfes la part, 60 parts: total 81 parts, qui font réparties comme nous l’avons expliqué.
- 2f$. Après ce que nous venons de dire des filets, on conçoit qu’ils oc-cafionnent une dépenfe confidérable que la plupart des matelots ne pourraient fupporter, s’ils étaient obligés de les acheter, d’autant que dans quelques circonftançes il faut avoir des tilfures de rechange; mais il y a des matelots qui ont de petites chenevieres, les hommes les cultivent, les femmes arrachent le chanvre, le font rouir & le tillent ; les hommes préparent la filafle que les femmes filent ; & dans les mortes-faifons pour la pèche, toute la famille s’occupe à faire les filets & à les tanner. Il faut qu’une tiifure foit bien ménagée, réparée avec foin, & qu’il ne lui arrive aucun accident, pour durer quatre ans. Les matelots & toute leur famille s’occis Tome XI. L
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- TRAITE1 DES PECHES. Partie 11.
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- pent prefque uniquement à faire ou raccommoder leurs filets depuis le mois de juillet jufqu’en feptembre, qu’on part pour Yarmoutli. A l’égard des cordages , ils les achètent des cordiers, auxquels ils fourniifent quelquefois le chanvre, & dans ce cas ils n’ont à payer que la façon.
- Le bateau étant ainfi prêt à partir pour la pêche, il eft bon de dire les lieux & les faifons où les pêcheurs ont coutume de s’établir dans la Manche.
- Des lieux £5? des faifons oh les pêcheurs s'établirent dans la Manche pour faire la pêche du hareng.
- Voila les pêcheurs de la Manche pourvus de bateaux bien appareillés, & munis de tous les uftenfiles nécelfaires pour faire la* pèche du hareng ; de plus, ils favent la part qu’ils auront au profit de la pêche , après que la faifon fera palfée ; comme ce poiifon ne fréquente pas nos côtes toute l’année, ils ne prendraient rien, s’ils entreprenaient leur pèche dans les faifons où ils fe font établis dans d’autres parages.
- 2fé. On fait en général que ces poilfons commencent à entrer dans la Manche vers la fin de feptembre ou les premiers jours d’o&obre, & qu’on en continue la pèche jnfqu’à la fin de décembre, même plus tard. On conçoit bien qu’il ne s’agit pas ici des pêcheurs de la Manche, qui vont chercher le hareng au nord ; j’en parlerai ailleurs : mais en me bornant à la pèche qui fè fait dans la Manche, je ferai remarquer que comme ces poif. îons viennent de la mer d’Allemagne, ils fe montrent d’abord le long des côtes de Flandre, enfuite ils paifent vis-à-vis celles de Picardie, puis fur celles de haute-Normandie, enfin en balfe-Normandie ; c’eft pourquoi les pêcheurs Flamands, Ficards, & une partie des hauts-Normands, ne commencent ordinairement leurs pèches que vers le 10 d’odtobre, pour donner, difent-ils, le tems aux bancs de harengs de s’engager dans la Manche. Les pêcheurs de la Manche, depuis Dieppe jufqu’à l’embouchure de la Seine, commencent plus tard, & ils continuent jufqu’au mois de décembre j ceux de balfe-Normandie juiqu’en février, même plus tard.
- 277. Ce n’efi; pas tout ; les harengs fe portent en différens endroits fui-vant les vents régnans ; ainfi il faut aller les chercher ou près des côtes d’Angleterre, ou à mi-canal, ou auprès des côtes de France. Ordinairement ils fe rendent à ce dernier endroit vers la fin de la harengaifon, La pèche commence donc à Dunkerque vers le 8 d’odtobre, à Calais le 12 ouïe 18 du même mois, à Boulogne à la fin ou au commencement de novembre. Ils donnent pendant tout le mois de novembre vers le Tréport & '& Dieppe/ Les pêcheurs du Havre, & ceux des ports de l’embouchure de
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- Sæct. III. De l'alofe, & des poiffon s qui y ont rapport,
- la Seine, continuent fort tard leur pèche; ceux de l’amirauté de Fefçamp & de Saint-Jouin, fe fervent volontiers des filets qu’ils nomment marfdi-qms ou warnettes , dont nous avons parlé article 3 , & première partie, ièconde feétion, ou de tramaux; 8c oes poiffons paraiffent encore plus tard fur les côtes de baffe-Normandie, où la plupart fe prennent dans les parcs & les étentes.
- 2) 8. Il faut faire attention que tout ce que nous venons de dire, ii’a rapport qu’à ce qui fe paffe communément ; car il arrive de tems en tems des événemens qui dérangent la marche des harengs , mais, généralement parlant, elle eft affez conforme à ce que nous venons de dire : on l’apper-cevra par l’événement fingulier que nous allons rapporter ; il fait voir qu’il y a des bancs de poiffon qui fe portent dans des endroits où l’on n’en trouve ordinairement que peu. Quoique ce fait foit très-rare , on n’en a pas perdu le fouvenir depuis 1730 qu’il eft arrivé.
- 2f9. Le long des buttes du cap d’Entifer 8c de la Heve, oiipéchadans le mois de janvier une quantité énorme de harengs, qui pafferent fubitement fans qu’on ait pu lavoir à quoi en attribuer la caule ; cette abondance de poifîon dura jufqu’au 8 mars, que tous dilparurent fubitement. Mais pendant ce tems on les voyait bondir fur le galet, & quelques-uns y refte-rent à fec ; plufieurs parçs s’èn trouvèrent tellement remplis, que les par-quiers ne pouvant les vuider avant le retour de la marée, donnèrent le quart du poiffon à ceux qui les tiraient du parc & les portaient fur la côte; il en entra même dans la Seine, & 011 en trouva dans les guideaux qui étaient tendus auprès de Caudebec, 8c même dans la riviere de Trou-ville. La gelée ayant été affez forte pour faire prendre les rivières, ces harengs dilparurent, & Te portèrent le long des côtes de Caen & du Belîin , où l’on en prit beaucoup avec des trubles, des tamis ajuftés au bout d’une perche, même avec des rateaux ; de forte qu’on en donnait douze pour un liard^ Ces cas font très-rares ; néanmoins on rapporte que depuis on çn a fait encore une pêche abondante à l’embouchure de la Seine.
- 260. Mais comme il y a des raifons pour fe décider fur le lieu où l’on doit fe placer pour faire une bonne pèche, il faut dire comment on doit y établir le bateau pêcheur.
- De l'êtabliffement des bateaux fur le lieu qu'on a choifi pour faire la pèche ; de la mife des filets à la mer, & de la manœuvre pour les relever.
- 261. Les pêcheurs fe rendent au lieu de la pêche à force de rames, lî leurs bateaux font petits, & s’ils s’établiffent près de la côté; mais autant
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- 84 TRAITE' DES PECHES. Partie H.
- qu’ils le peuvent, ils vont à la voile, fur-tout quand ils emploient de grands bâtimens, ou lorfqu’ils ont à fe porter au large ; dans ces cas néanmoins ils font obligés de s’aider de rames , lorfque les vents font contraires & pas alfez forts pour les empêcher de fortir 5 mais le plus fouvent ils parent leurs voiles comme on le voit au bateau A & G, pl. IV, fig. 3.
- 262. Quand il effc rendu au porte qu’il doit occuper, on le met côté en travers au vent, & on le démâte d’abord de fon grand mât ; pour cela on amene la grande vergue comme au bateau B , & après avoir ferlé ou plié la voile, on î’amarre avec la vergue à bas-bord du bateau en-dehors , comme on le voit en d aux bateaux E & F. Pour abattre le grand mât, ainfi qu’on le voit en c, pl. IV, fig. 1, on en porte le pied vers l’avant, & on fait repofer l’autre bout fiir le gibet K.
- 263. On conferve ordinairement le mât d’avant jufqu’à ce qu’on ait mis le filet à l’eau 5 mais on ne prend de la voile du borfet, comme au bâtiment C, que ce qu’il en faut pour avoir le petit fillage nécelfaire pour mettre le filet à la mer , & on en prend plus ou moins , quelquefois même point du tout, fuivant la force du vent. Quand le borfet leur eft inutile , ils ramènent fur le pont avec fa vergue, comme i, au bateau C, pl. IV, fig. 2 , & ordinairement quand ils font en pêche ils mettent bas le mâtereau qui tombe vers l’ar-riere, comme au bateau D, pl. IV,fig. 3. Ces pêcheurs fe démâtent & fe défagréent avec tant de promptitude & de dextérité , qu’ils font tout au plus une heure à exécuter, à force de bras, toutes ces manoeuvres.
- 264. Tout étant ainfi dilpofé , on tire le halin & les filets des foutes où on les avait pliés ; c’eft ce que font les matelots c, e , pl. IV, fig. t. On fe rappellera que les filets font garnis de leurs fincelles, de leur liege & de leur balfouin a a a, de leur halin ff, & de fes bandigues h, à l’extrémité defquelles font les barriîs, comme on l’a vu plus en détail pl. IV, fig. 4.
- 265“. Pour tirer les filets de leur foute , on commence par lever les écoutilles par feuillets, c’ert^à-dire, qu’on ôte les planches M, pl. III,fig. 2 , de forte qu’on enleve prcfqüe tout le pont au-delîiis des foutes où font les filets, & il ne refte qu’une partie du pont à l’avant, & une à l’arriere. On a foin de mettre deux rouleaux, un fur le vibord, & l’autre au bord de la foute, du côté qu’on tire le filet, pour qu’il ne s’accroche point, & qu’on puiffe le tirer aifément de la foute fans l’endommager ; dans la même vue, on garnit d’une vieille voile les endroits du bâtiment où nécelfairement le filet doit porter ; des matelots fe diftribuent, les uns de la foute, les autres fur le pont, pour parer les filets & les remettre à deux contre-maîtres, qui font ou à califourchon, ou le ventre appuyé fur le franc-bord, vis-à-vis la foute où font les filets 5 ils les faillirent, un par la fincelle des lieges, l’autre
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- Sect. III. De Palofe, & des poiffons qui y ont rapport. 8f
- par le pied, & étant ainfi étendus, ils les mettent à la mer fans confuifion , comme on le voit au bateau C, pl. IF ,fig. i.
- 266. On peut fe rappeller que le halin eft un cordage de 3 à 4 pouces de circonférence, qui s’étend de toute la longueur de la tilfure, & qui lui eft joint par les baflouins a , a, a, pi. IV ,fîg. 1, le bout du forain de ce halin eft attaché à un barril de bout A , pl, IU^fig. 4 , qui fert de lignai pour connaître la direction du filet. Cela ne fuffit pas aux pêcheurs de Boulogne ; ils garnirent la première piece qu’on amarre au bout forain du halin d’une grolfe fincelle, qu’ils garnilfent de groifes flottes de liege, pour que cette partie du filet fe montre à la furfacc de l’eau. A me.fure qu’on tire de la foute une piece de filet, un matelot d, pl. IF,fig. 1, préfente fon balfouin au maître e, qui l’attache au halin par une demi-clef. Quand la mer eft belle, ils écartent les balfouins fur le halin , ce qui fuffit pour que le filet foit bien étendu j au contraire, ils les rapprochent quand la mer eft grolfe. Il faut auffi, quand la mer eft grolfe , que la tilfure foit plus éloignée du bateau que quand elle eft belle i c’eft pourquoi dans le premier cas le halin excede le filet de ijo ou 200 brades, & quand elle eft belle, feulement de 60 ; dans l’un <Sç l’autre cas, le bout du halin s’amarre à l’avant du bateau : on ne met à la mer toute la tilfure , qui eft de 120 pièces ou 180 brades, que quand elle eft belle ; lorfqu’elle eft agitée, ils n’en mettent que 80. Comme le halin doit être entretenu parallèle à la furface de l’eau, on le tient dans cette lituation au moyen des cordages A, A, qu’on nomme bandingues, au bout defquels font amarrés des barrils à poche b, b, diftribués dans toute la longueur du halin, 8c éloignés les uns des autres, de forte qu’il y en a un de pofé de trois en trois pièces de filet. Comme il faut que fuivant que le poiflon fe tient plus ou moins profondément dans l’eau , la tidure foit auffi à différentes profondeurs , on y parvient en tenant les balfouins a, & les bandingues h, plus ou moins longues ; pour cela un matelot d, pl. 1F\fig. 1, fe place auprès du contre-maître e, qui met le filet à Peau ; il commence par amarrer au bout forain du halin un barril de bout A,//. III ,fig. 3 , qui fert de bouée & de lignai pour connaître la pofîtion de la tilfure ; enfuite ce matelot d file le halin de concert avec ceux qui mettent le filet à l’eau î & quand il rencontre les tampons de filet qu’on a diftribués le long du halin pour connaître les endroits où l’on doit attacher les bandingues , il les frappe fur le halin , les recevant du matelot, qui eft auprès de lui pour les lui remettre à mefure qu’il les demande. Ces barrils font arrangés à l’arriere du bâtiment, autour du cabeftan, ayant chacun leur bandingue ; c’eft le matelot d qui va les y prendre pour les préfenter à celui qui eft chargé de les attacher au halin.
- ' 367. Quoique la tête du filet foit garnie de flottes de liege diftribuées dans
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- %6 > TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- £i longueur de pied en pied , & qu’il 11’y ait point de left au bas, le filet ^ quand il eft mouillé, eft allez pelant pour aller au fond, s’il n’était pas foutenu par les barrils à poche ; mais ia difpofition que nous venons de détailler, la tilfure eft établie verticalement dans l’eau à une plus grande ou une moindre profondeur, fùivant le lieu qu’occupent les bancs de harengs ; & lorfque le filet les rencontre, ils fe maillent ou fe broquent par les ouies quelquefois en prodigieufe quantité. En quelques endroits le pied du filet porte fur le fond; mais pour cela il faut qu’il n’y ait point de roche, fans quoi il ferait déchiré en peu de teins , ce qui exige que les maîtres aient une parfaite connailfance de la nature des fonds. Quand toute la tilfure a été mife à l’eau, ne retenant dans le bateau qu’un bout du halin, les pêcheurs lailfent'leur bateau dériver conjointement avec la tilfure, comme le font les bateaux D, pi. IV,fig. 3.
- 268. Cette pêche ne fe fait que la nuit, & pour éviter les abordages, les pêcheurs font obligés d’avoir un ou deux fanaux allumés & un peu élevés au-delfus du pont, fouvent 011 en place un fur le gibet K ; cette lumière a encore l’avantage d’attirer le poilfon ; & pour cette même raifon, les lumières qui viennent de terre font fort contraires à la pèche. On met ordinairement le filet à l’eau vers les 8 heures du foir ; néanmoins l’heure varie fuivant la faifon & la marée ; fouvent on le laifïe dériver pendant toute une marée; alors les matelots fe repofent, il n’en refte qu’un pour faire le guet ; néanmoins quand on juge que beaucoup de poilfons ont donné dans le filet, on en retire, au bout de quelques heures une pieçe ou deux, pour examiner fi l’on en a pris beaucoup ; fi effectivement on le trouve bien garni, on fe met en devoir de retirer la tilfure ; mais s’il y en a peu, 011 remet à l’eau les pièces du filet qu’011 en avait tirées, & 011 continue la dérive jufqu’à la fin de la marée ; à moins qu’il ne furvienne du gros tems , ou que le jour ne commence à paraître , ou que le tems ne prelfe pour appareiller, afin de fë rendre au port; car, dans ces circonftances , on eft obligé de relever promptement le filet comme on le voit en F.
- 269. Quand l’équipage eft alfez fort, 011 tire à bras le halin à bord; niais ordinairement on le fait palfer par les écubiers, & on le pare au ca-* beftan que des hommes b virent; & il y a des matelots m & n, qui faifif-fent les balfouins & les bandingues, à mefure qu’elles parailfent, pour les détacher du halin, & les mettre à bord, ainfi que les barrils; pour cela, ils fe fervent fouvent d’un galfot pour les attraper; d’autres matelots lovent le halin dans fa foute qui eft l’avant R, pL III, fig. 2.
- 270. En même tems deux matelots, ce font ordinairement des çontre-i maîtres, faifilfent le filet, un par la fincelle des lieges, l’autre par le pied du filet, qu’ils tirent à bord, & l’embarquent par le milieu du bateau, ayant
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- Sect. III. De l'alofe, & des poiffons qui y ont rapport. 8?
- derrière eux des matelots, les uns qui leur aident à haler le filet, d’autres qui démaillent le poilîbn, & d’autres qui plient 8c lovent le filet dans la foute d’où on l’a tiré. En fecouant le filet fur le pont, tous les poiffons qui ne font pas bien broqués tombent ; on démaille les autres ; mais il en tomberait à la mer qui feraient perdus, s’il n’y avait pas un homme P, pl. IF, fig. 3, qui, ayant les pieds fur la précinte , & étant retenu par une corde qui pafle fous fes aiifelles, tend un manet pour les recevoir ; cet homme, qui eft ordinairement le maître, préfente donc fous le filet un manet pour recevoir les harengs qui fe détachent, & quelquefois il en attrape, dans une marée, de quoi remplir un ou deux barrils. Quand le filet eft très-rem-pli de poiffons, il eft fort lourd, & ceux qui font chargés de le tirer à bord fatiguent beaucoup 5 dans ce cas, ils fe font aider par des matelots, qui fai-Jfilfent le filet avec de petits crocs.
- 271. Nous avons repréfenté, pi. IV^ fig. 3 ,une vue de la pêche du hareng dans le canal : on y voit des bâtimens dans toutes les pofitions que nous avons rapportées. A, bateau rendu fur le lieu de la pèche, & qui fe met côté en travers à la marée. B, un qui amene fa grande vergue pour fe dégréer. C, un qui a confervé fon borfet pour mettre fon filet à la mer. D, un entièrement dégréé qui eft en pêche, & qui dérive avec fes filets. F K, un qui releve fes filets. E, un qui fe remâte de fon grand mât, ayant fait fa pêche. G, un qui ayant fait la pèche & étant appareillé, retourne à fon port. H , une frégate qui fait route pour retourner au port 5 elle eft armée en guerre pour protéger les pêcheurs, & leur prêter fecours en différentes circonftances. On voit en outre quantité de petits bateaux, qui vont à bord des pêcheurs, prendre le poifson pour le porter promptement à terre, ce qu’on appelle faire le batelage.
- 272. A la fig. 1 , pl. IF, on vpit plus en grand un bateau C, qui met fes filets à la mer : enfin la fig. 2, un bateau dont le grand mât eft abattu & couché fur le gibet K : le mâtereau E eft debout j la Vergue i eft amenée fur le pont, comme quand 011 veut mettre les filets à la mer, & que le vent eft.alsez fort, pour qu’on ne porte point de voile. Nous avons déjà dit que par les beaux tems, les pêcheurs mettent à la mer toute leur tifsure, mais que fuivant que la mer eft plus ou moins agitée, ils n’en mettent que les deux tiers ou même un tiers.
- 273. On donne aux matelots qui forment l’équipage d’un bateau pêcheur , diftérens noms relativement à leurs fonctions: par exemple, fur les grands bateaux, il y a un maître qui, dans la Manche, travaille comme les autresj fouvent quand on releve, c’eft lui qui tient le lanet., pour recevoir les harengs qui 11e font pas bien maillés: hors la Manche il ne quitte point le gouvernail, & commande la manœuvre.
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
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- 274. Ordinairement ce font deux contre-maîtres qui fe placent contre le franc-bord, pour mettre le filet à l’eau & pour le relever. Celui qui attache ou détache les ban dingues ou les babouins du halin., fe nomme for-ciblement; cette fonction eft pénible: il eft auffi chargé de vifiter les cables dans les gros tems : il en file quand il en eft befoin ; c’eft pourquoi il doit continuellement examiner fi l’ancre tient bon. Les autres qui lovent dans les foutes le halin & la tilfure, ou qui les en tirent quand on met le filet à la mer, fe nomment loveurs; ce font les finceleurs qui aident les officiers mariniers, à faire leurs manœuvres : ils virent aufii au cabeftan, & alors on les nomme côtiers; ils démaillent les harengs, & font conjointement avec les autres quantité de manœuvres : les moufles font occupés à différens travaux proportionnés à leur force 3 par exemple, quand le halin eft au cabeftan, il y en a un qui en tient un bout en retraite, pour l’empêcher de riper, & un matelot dit loveur, le reçoit de lui pour le rouer ou le lover dans la foute.
- 27 j\ On donne quelques gratifications aux pêcheurs chargés des fonctions les plus pénibles. Souvent les moufles qui s’embarquent font des matelots 3 en ce cas, quand ils ont pris un peu de force, comme vers l’âge de I f ans, ils s’embarquent comme novices 3 & pour peu qu’ils aient de difpo-fition, ils font à 18 ou 20 ans compagnons à la part.
- 276. Les matelots Picards & Normands font infatigables ; il eft étonnant comment ils peuvent fupporter des travaux auffi rudes, étant prodigieufe-ment chargés d’habits. Le maître, les contre-maîtres, les loveurs & le for-ciblement, ont des bottes qui vont à mi-cuifle ; ils les garniffent de paille en dedans. Quelques-uns ont des bottes légères qui. ne montent pas ou que peu au deflus du genou ; beaucoup 11’ont que des tricoujfes ou guêtres de treillis , recouvertes d’une grofle étoffe de laine. Tous ont des camifoles & une cafaquq fans manches, qu’ils nomment paletot ; d’autres ont des bouts de manche d’étoffe ou de cuir 3 quand il faut travailler avec vitefle, ils ont les bras nus. Les contre-maîtres, outre leurs bottes, ont un cuirier ou feigneux 3 c’eft un tablier de cuir hé à la ceinture, avec une bavette qui va jufqu’au menton.
- 277. Dans quelques ports, les pêcheurs ont de larges culottes, dans lef. quelles entre le bas des camifoles ou çhemifettes. La plupart font chauffés lef. tement pour tenir fur le pont qui eft très - gliffant, étant toujours mouillé & couvert d’éçailles de poiffon. On voit par ce détail que ces pêcheurs font vêtus très-pefamment, & l’on a peine à concevoir, comme nous l’avons dit, comment ils peuvent exécuter avec vitefle des travaux très-pénibles 3 mais comme cette pêche fe fait à la fin de l’automne, & qu’en tirant leur tiflure & leur halin, ils font accablés d’un fleuve d’eau, on conçoit qu’ils font obffi gés de s’en garantir. L’habillement des pêcheurs qui vont au nord différé peu de ceux de la Manche 3 ils font habillés à l’anglaife, ont une grande redin-
- gotte
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- •Sect. lll. Dé 'l'alofe , & des phiffouS^ qui y ont rapport'*
- gottc qu’ils' jôténtôquand» il faut travaillerceux qui. ont ôtéïl'èur'furtoüt, font habillés très-leftement. o ' j< > -, ' ’•?•••.]! .
- • 278.' VoilA (à peu-près tout ce que nous'avions à dire 1 fur la pèche du hareng ; mais“il nous paraît'convenable de rapporter les citconftances qui femblent annoncer qu’on fera une bonne -pèche.: je le ferai le plus brièvement qu’il me fera poffible.
- Des circonfiances qui paraiffent favorables à îa pêche.
- 279. On préfume avantageufementde la pêche, lorfqu’après une met4
- agitée, il vient du calme accompagné de brouillard, ou d’une brume épaille & graffe : lorfque les vrents font au nord ou au nord-oueft, ou plutôt quand ils viennent de la partie de l’horifon d’où arrivent les harengs; car, dans,ces, citconftances, ils fe rendent plus promptement & en plus grand nombre fur, nos côtes ; communément ces vents viennent!de la partie i.du nord, & ilsfont' les mêmes qui amènent les bécalfes à la côte^'c’eft pourquoi ;on efpere qu’on} trouvera beaucoup de harengs à la mer, quandil y à abondance- de/bécaifes à terre. ^ -.aeq . .0 . . ,;!>)' i,;>; .,uf: •
- 280. Lorsqu’il' fe ralfemblei beaucoup d’oifeaux marins .dans un en-
- droit, comme, ils y viennent pour faire curée, on eft prefque aifuré, qu’on y trouvera beaucoup de harengs; ces oifeaux font des ? gros-gris, des mar-gattes', des goeslans, des niauves, des, -poules - de mery&c. On préfume en-' core favorablement de la pêche, quand 011 prend des petits'chiens defm&.ÿ qui fuivent les bancs de harengs, pour-s’en nourrir.* -'» * . -ü ,»
- • 281. Les eaux troubles entre les bas-fonds font'encore de bon/préfage,,*
- ainfi que des taches de graiflin qui, quand la;mer n’eft pas fort.'agitée:,, flottent fur l’eau comme de l’huile; en ce cas, les pêcheurs difënt que la mer eft pouilleufe, & ils augurent bien de leur pèche. O11 tire enfin un bon augure des,corneilles qui s’amalfent au bord de la mer, pour manger-les poiflons morts que la mer y jette.-r " - , n ;r;r -jjï
- ''282. Gomme la pêche des'harengs ;fe fait la nuit-j on apperqoit les bancs* ou bouillons, lorfqu’ils font près de la fiirfacedè l’eau j à la lumière qui, fort* de laiher,*à'l’occafion de d’agitation de l’eau que produit le grand nombre.det ces poilfons, qui le jour occafionne un bouillonnement confidérable. Le fanal. allumé qu’on place ordinairement fur le gibet, pour éviter les abordages, eft plus utile que nuifible à la pêche ;, mais les grandes lumières qui viennent de terre, détournent le poiifom II; eft bon d’être prévenu que., communément,' dé:ii’éft pas dans le fort de la;marée montante ou defeendante, .qu’011 prend le plus de poiffôn, mais lorfque leîcours de l’eaù eft peu confidérable:;jè/.disî communément, parce qu’ibarriye quelquefoisiqu’on doime dansuinibauç de
- Tome XL M
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- T RA I T E' DES PECHES. Partie II.
- poiiTon, lorfque la marée montante ou retirante eft forte. Enfin les vents forcés, fur-tout ceux qui portent à la côte, empêchent les pêcheurs de faire leur métier, foit pour éviter les naufrages, ou parce que l’agitation de la mer mêle les filets, & rompt les barriis. Nous allons maintenant parler de k livraifon du poifTon au port.
- Article VI.
- De la livraifon du poijfon au port , & de fa vente tant aux chajjes - marie,
- qu'aux faleurs.
- ' 283. Aussitôt que les pêcheurs ont relevé leurs filets, ils appareillent pour eifayer de gagner promptement leur port; car il leur eft toujours avantageux de tranlporter leur poiiTon à terre le plus tôt pofîible. Celui qui eft nouvellement tiré de l’eau , fe vend toujours plus cher que celui qu’011 a con-fervé deux jours ; & celui qui eft plus anciennement pêché, eft prefque toujours rebuté. Les petits bateaux qui pèchent près de la côte, ont à cet égard un grand avantage fur les autres, puifqu’ils peuvent livrer leur poiiTon le jour qui fuit la nuit où il a été pêché, ce qu’on appelle le poijfon. d'une nuit. G’eft parce qu’ils peuvent livrer promptement leur poiiTon, qu’ils ont coutume de le jeter dans la cale ou foute Q_, pi. III, fig. 2, par des ouvertures qui font au pont; mais ceux qui vont pêcher loin de leurs ports ou près les côtes d’Angleterre, fe gardent bien de les jeter ainiî dans la cale, ©11 ils s’altèrent promptement; ils les mettent dans des parquets fur le pont: lorfque la. pèche donne bien, au lieu de revenir à terre comme font les pêcheurs dont nous venons de parler, ils verfent leur poiiTon dans de petits bateaux qui, à force de rames, ou autrement, gagnent le port le plus promptement qu’ils peuvent, ce qui met les pêcheurs en état de continuer leur métier ; mais s’il arrive que cette reifource leur manque, les bâtimens d’une force un peu confidérable s’étant approvisionnés de fel & de quarts, fàlent leur poiiTon à demi, ou le braillent, comme nous le dirons dans la fuite, lorfque nous parierons de la falaifon des harengs : moyennant ces précautions, ijs peuvent conferver leur poiiTon quelques jours fans qu’il s’altere. Ces pêcheurs ont encore recours à ce moyen, quand les vents contraires 11e leur permettent pas de gagner le port; quelquefois même ils en fàlent en vrac. Tout cela s’éclaircira par la fuite : il fuffit pour le préfent, qu’on Tache que lès pêcheurs doivent employer tous les moyens poflibîes pour livrer promptement leur poifTon, & quand cela 11e fe peut,ils doivent avoir recours expédions que nous venons d’indiquerpour prévenir qu’il ne fe gâte.
- -284. Nous avons dit que les pêcheurs qui font leur métier près de la
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- Sect. III. De Tctlofe, 6f des poiffons qui y ont rapport.
- côte, jettent leur poilfon dans la cale ou dans une loute deltinée pour cela î mais qu’ils courraient rifque de s’y altérer s’ils y reliaient feulement d’un jour à l’autre ; on ell encore prévenu que les bateaux plus forts les dépolent dans des parquets fur le pont, où ils fe confervent mieux ; mais cette opé-ration a les dangers : car quand il vient du gros tems, les dalots étant er partie fermés par le poilfon, l’eau qui ne peut s’écouler relie fur le pont, &on pourrait périr fi on ne débarralfait pas le pont en jetant une partie du poif-fon à la mer j enfin quand les bateaux ne peuvent gagner leur port, ils ef-faient d’entrer dans un autre, même de la côte d’Angleterre, où ils vendent leur poilfon.
- 28 f. Voila le poilTon rendu dans les ports : il convient de parler de fa vente ; elle fe fait ou aux chalfes-marée qui le dillribuent frais dans le royaume, ou aux marchands laleurs qui lé préparent pour en faire une branche de commerce. Je vais parler de ces deux ventes dans des paragraphes particuliers» & je commencerai par la vente aux chaflès-marée.
- 286. Ayant fait dans mes tournées un féjour allez confidérable fur les côtes de haute-Normandie, & particuliérement à Dieppe, j’avais pris des mémoires filr la livraifon, la vente & la préparation du hareng, & j’avais profité de ces mémoires pour rédiger les articles où j’ai traité ces diÜFérens objets, faifant remarquer qu’il y avait plufieurs inconvéniens auxquels il ferait pof. fible de remédier. Mon ouvrage étant prelqu’en état d’être imprimé, j’ai eu connaiifance d’un arrêt du parlement de Rouen, du 2} mai 176$ » en forme de réglement, qui remédie à la plupart des inconvéniens que j’avais remarqués, & c’ellavec bien du plaifir que j’en ai inféré les articles dans mon ouvrage ; mais il me reliait à lavoir li ce réglement s’obfervait : pour m’en alfu-rer, je me fuis adrelfé à M. lè Teftu, tréforier des invalides de la marine à Dieppe, qui m’a marqué qu’on fe conformait à ce réglement, excepté dans quelques articles où l’on était obligé de S’en rapporter à la bonne foi des pêcheurs , qu’il était en certain cas impolîible de fiirveiller.
- 287. Je vais traiter dans le paragraphe fuivant de la vente des harengs frais aux chafles-marée. _
- - ' * 1 . . , *
- De la vente du poiffon frais aux chaffes - marée.
- 288. Dans prefque tous les1 ports où il fe fait une pêche un peu confidérable de harengs » à l’arrivée des barques on fonne une cloche pour l’annou-cer à ceux qui veulent en acheter. Les marchandes en détail de hareng frais,
- & les chalfes-marée qui en tranlportent dans l’intérieur dès terres, ont la préférence fur les làleurs, & après avoir pris la permilfion du magillrat,, ils l’aclie-tent à bord du bateau, & à fon arrivée, afin de l’avoir plus promptement j
- M ij
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- T RA I 7 Ë D E S P E C H ES. Partie IL' ,
- aufîi les paient-ils un peu plus cher que les fafeurs, & dans la primeur ce. font ces marchands de poiiîon frais 'qui achètent prefque tout.
- 2,89. Ce privilège leur eft accordé par l’arrêt du parlement de Rouen, du 2,3 mai 176^ , article VIII, dont voici la teneur :
- 290. PERMIS cependant aux dèbitans revendeurs de poijfon frais en detail de (e faire délivrer à P arrivée des bateaux , par préférence à tous autres .acheteurs , telle quantité de hareng d'une ou plujîeurs nuits , la quantité qui leur conviendra , en fe faifant infcrire lors de la vente fur le regifre de Cécoreur ; & ne; pourront rien exiger dans le même bateau au-delà de la quantité qu’ils auront demandée d’abord : ne pourra l’écoreur livrer aucun poifjon à autre qu’à ceux qui, lors de la vente , auront été infcrits par lé vendeur fur l’écore , même aux chajfes-marée , à peine dd amende.
- 291. Le propriétaire du bateau ou une perfonne qu’il commet à fa place, fe rendent à bord pour faire un état du poilfon vendu à chaque marée, du nom de l’acquéreur, du prix dont il eft convenu, pour, dans la fuite, faire bon des deniers à l’équipage, lorfqu’il comptera avec eux à la fin de la harengaifon, ainfi que nous l’expliquerons dans la fuite, <
- 292. Les chaffes-marée achetaient autrefois leur poilfon au mille ; mais
- maintenant c’eft à la mefure, comme nous l’expliquerons en parlant de la vente du poilfon aux' faleurs. Aufli-tôt que le poilfon leur eft livré, & qu’ils ont acquitté les droits de quayage, de douane & des feigneurs, ils le font tranfporter -'à-'leurs frais, au lieu où ils veulent le mettre en paniers ; ils le jettent d’abord1 Alaiis de grandes bailles ou des cuviers remplis d’eau de puits : il y a; foiivent dans les ports un puits dont l’eau palfe pour être préférable-aux autres. ; 0
- 293. On -lave foigneufemént les harengs dans cette eau, puis 011 les arrange,. en les prelfant bien les uns contre les autres, dans des paniers dont le fond & les côtés font garnis de paille longue, les mettant par lits jufqu’à ce que le panier foit entièrement rempli j puis ils en entalfent au-deifus des bords du paniéry la tête-èh-bas, pour en former une efpece de dôme qu’on couvre de paille bien foulée furies bords du panier, & arrêtée bien fermement avec» de la ficelle. .On arrange enfuite les uns auprès des autres tous les paniers dans dés-voitures faites exprès ,! dont lé fond eft formé.par des enla-cemens de cordages, afin de diminuer la force des cahots ; ils ont des paniers de différentes grandeurs fuivàilt le lieu où ils fe propofent de vendre leur poif. fon : les voitures qui viennent à Paris,.en 'chargent ordinairement huit*ou. neuf mille f celles qui partent de Boulogne, fontenviron foixante, heures en route. Les marchands foiit ùês avances aux voituriers, & lêuripaientl-excédent â leur retour;1 Au commencement de la harengaifon, lorfque les hà*
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- Stct. IJI. De îalofe, £5? rfw poijfons'qui y ont rapport.
- rengs font rares & chers, on en.diftribue dans, les différentes provinces à dos de cheval ( if ).
- 294. Le pécheur qui arrive le premier au ‘commencement de la p,êche i avec, comme on le dit, un plein acquit, obtient dans quelques ports une marque de difhn&ioii ; c’eft ordinairement.un pavillon de différentes couleurs qu’il arbore pendant tout le tems de la pêche, dont il eft, pour ainfi dire^ l’amiral. C’eft à Dieppe une fimple marque de diftinélion; car au furplus il 11e jouit d’aucun privilège. Le même ufage eft établi à Calais, mais avec un privilège qui ne laiffe pas que d’être avantageux à celui qui l’obtient; car il a le droit de vendre fon poiffon préférablement aux autres, lors même qu’iln’eft pas arrivé, pourvu que du rivage on appercoive fon bateau à la mer, & qu’on voie qu’il fait voile pour arriver au port : il faut que les autres bateaux attendent qu’il ait fait fa vente pour faire la leur. Cette vente du hareng aux chaires-marée, eft bien moins importante que celle qu’on fait, aux fàleurs. Nous allons parler de celle-ci dans les paragraphes fuivans.
- De la vente du hareng frais aux falenrs,'
- 295*. Aussi-tôt que les bateaux chargés de harengs font rendus au port & qu’on a fonné la cloche pour en avertir les làleurs, il faut en faire la montre pour conftater la qualité de la marchandife ; pour cela, fi c’eft à Dieppe, le maître porte à la vicomté de larchevèché, un échantillon de fon hareng; fi c’eft’dans d’autres ports, c’eft au commiffaire du magiftrat qu’on préfente la montre du poilfon. Dans l’un ou l’autre cas , 'le maître déclare la qualité & les défauts de fon poilfon; par exemple, s’il yen a à peu près un quart, un tiers ou-la moitié de gais, & combien il y en a d’une, deux ou trois nuits; c’eft fur cette montre que la Vente fe fait à l’encan : 011 le met donc à prifée, & on l’adjüge au plus offrant dernier enchérilfeur.
- ‘ 296. A.Dieppe? on en'fàifait laftivraifon par. poignées, au cent ou ait paniérf :qii’on vërfait-dans-des hottes pour • le trahfporter chez le faleur. Mais'par^l’artidle IX"de 1 arrêt du parlement de Rouen, du 23 mai , il éft ordonné que les Harengs jau lieu cPetre livrés au millè ,> comme ils Pavaient été. jufqti alors- j le feront ’aAla mefüre,ainjî- qu il fe pratique à Boulogne , Calais 9 Dunkerque, fans que ladite livraifon, par mefure, puifje ajouter aucune augmentation ou diminution aux droits dûs *aux feigneurs•
- 1297. A Farticle^X, il eft dit que les droits des feigneurs qui étaient réglés fur fe <3JqffKX>Uü Vibfift/ •1 r J r ') • i.o r.:; n
- ( iç ) Comme chacun fait ce qu’on en- de même que celle de deux,femmes quirefli-tcnd:par chaffe -marée., il m’a paru inutile pliftent de harengs un ;pamer,.< [ ^0î' d’en conferyer la planche qui la. repréfente, }J% ^ h . , \. ** j
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- TRAITE' DES PECHES. Partie II.
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- nombre , le feront dans la fuite fur l'eflimation de la quantité de harengs que chaque mefure peut contenir , qu'on établira fur une expérience qui fera faite devant les magifrats , & dont il fera drejfé ptocïs-verbal.
- 298. A l’article XI, il eft dit que chaque maître de bateau & chaque pilote , allant au bdlelage du hareng, fera tenu d'avoir plufieurs mefures uniformes, due-ment étalonnées & marquées à feu d'une ancre couronnée d'une feur-de-hs en l'hôtel-de-ville de chaque port oit fe fait lapêche, dont fera dreffé procès-verbalfans aucuns droits ni frais , & les mefures doivent être d'une grandeur convenable pour que 60 mefures rafes produifent 12 barrils en vrac.
- 299. A l’article XII, il eft dit que les jaugeurs du roi ou des feigneurs , dans les ports , auront la jauge & marque des mefures fervant à la livraifon , pour que, lors de leur vijiu qui fe fait tous les ans , ils puiffent s'affurer Ji les mefures font de grandeur convenable , fuivant le tarif du réglement.
- 300. A l’article XIII, il eft dit qu'il fera dépofé dans toutes les jurifdic-lions de chaque port, des mefures étalonnées , pour y avoir recours en cas de contejlation. Article XIV, que les harengs ne pourront être mus dorénavant dans les mefures , qu'avec des pelles non ferrées. Article XV , que les maîtres pêcheurs ou quelqu'un de leur équipage , feront eux.mêmes fur le quai le mefurage.
- 301. Cette mefure dont les dimenüons ne font point fixées par l’arrêt du parlement, eft plus large par le bas que par le haut; la hauteur eft de 13 pouces, le diamètre à l’embouchure de 10 pouces 2 lignes, & le diamètre au bas de 14 pouces 6 lignes ; toutes ces mefures prises de dedans en-dedans. L’intention, en fixant cette mefure, était qu’elle contint 200 harengs, afin que 60 fiffent un laft , qui , comme l’on fait, eft compofé de dix mille harengs au grand compte ou de douze mille harengs au petit compte. On n’a pas pu parvenir à faire des mefures qui con-tinffent jufte fo harengs, à caufe de la différente groffeur des poiffons : elles en contiennent f4, j8, quelquefois60. Malgré cette différence, on compte toujours 60 mefures pour un laft ; te qui eft conforme à ce qui s’eft toujours pratiqué. Aux ports de Boulogne, Calais, Dunkerque, &c. où les mêmes mefures pefent éf à 70 livres, les 60 mefures bien livrées doivent donner au marchàand 14 barrils de harengs caqués & falés en vrac ; ce qui ne fait point tort au vendeur, parce que le prix de la mefure a été établi fur ce qu’elle contient.
- 302. La vente du hareng frais fè fait aux poiffomiiers & aux marayeurs, comme aux faleurs. Elle fe fait, aux ports de Saint-Valéry en Gaux & de Fefi. camp, comme à Dieppe ; mais au Tréport, on continue de vendre au compte, parce qu’il eft h ors du rôffort du parlement de Normandie,
- 303. Les pécheurs ont eu peine à fe fbuvncttre à Vendre leur poiffon à la mefure i mais ils ont reconnu qu’il leur en téfultàit tût avantage réel ,*>
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- Sect. III. De t a lofe, & des poiffom qtti y ont rapport* $ f
- parce que la livraifon eft moins pénible & plus expéditive j ce qui les met en état de retourner plus tôt à la pêche : d’ailleurs, cette police a écarté de leurs bateaux une multitude de femmes qui, fous le prétexte de compter %s harengs, choififfàient les plus beaux, qu’elles enlevaient malgré l’éco-reur & les matelots.
- 304. L’établissement de la mefiire a auffi fait cefler bien des con-teftations fur le compte que les acquéreurs trouvaient toujours infidèle , d’où était venu l’abus de leur donner en fus du mille 4 poignées de hareng, pour les indemnifer du mécompte prétendu, lors même que l’erreur était à leur avantage : cet ufage préjudiciable au vendeur ne fubfifte plus.
- 30f. Quand on a payé les droits, & que le maître a pris l’état de la vente pour en compter avec l’équipage à la fin de la faifon, on le porte chez l’acquéreur 5 dans quelques ports, c eft dans des hottes ED,/»/. IF, fig. 4 ; ailleurs „ ce font des femmes qui le tranfportent dans des paniers ABC, toujours aux frais de l’acquéreur, qui eft obligé de prendre tout ce qui eft dans le bateau, à moins que le propriétaire du bateau n’en veuille retenir la moitié fur le prix de l’adjudication. A Dieppe la livraifon fe fait fous la conduite d’un homme F, qu’on appelle Cécoreur, qui fait raifon à l’acquéreur des mécomptes & qui difcute avec lui les difficultés qui fe rencontrent j car l’acquéreur peut rebuter les poilfons affectés des défauts qui n’ont pas été déclarés à la montre.
- 306. Néanmoins par l’article XVI de l’arrêt du parlement, il eft dit que les acheteurs ne pourront refufer le hareng qui Leur fera livré , comme il efl dit aux articles XIV & XV, fous prétexte qu il ferait éhreuillé , ou autrement bleffé, ni prétendre à cet égard aucune diminution , à moins quils n excédaient le cinquantième ; ce qui fera réglé fommairement .& fans frais en prèfence de l1acheteur & du vendeur.
- 307. Pour cela on fait renverfer féparément quelques hottes ou quelques paniers de harengs, pour examiner fi la livraifon fe fait avec fidélité j & à l’arrivée, le marchand tient compte des hottées ou mefures, pour les confronter avec celui que tient l’écoreur à bord du bâtiment. S’il fe trouve des défauts que le vendeur n’ait pas déclarés, autres que ceux qui font énoncés à l’article XVI de l’arrêt du parlement, le faleur en avertit l’écoreur, ou le maître de l’équipage, ou le propriétaire du bateau, pour avoir une indemnité.
- 308. Pendant que nous parlons de la livraifon du hareng, il eft bon de rapporter certains ufages , 8c d’expliquer quelques termes qui ne feraient pas entendus, & dont néanmoins on eft obligé de fe fervir.
- 309. Avant l’arrêt du parlement de Rouen, du 23 mai 176 f, les harengs,
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- comme nous l’avons dit, fe livraient, foitaux marayeurs, foit aux faleurs? au compte, tels que par poignées, cent, mille, & left ou laft, & cet ufage fub-1 fifte encore dans quelques ports. Chaque poignée eft de quatre hareng?,' il en faut 32 pour faire un cent, qui, par conféquent, eft de 1283 dix de cek cent font un mille qui eft par conféquent de 1280, & dix de ces mille font un laft qui devrait être de 12800, ce qu’on nomme au grand compte. Si on livrait au petit compte, 2f poignées feraient un cent, dix cents feraient un mille , & dix mille un laft. Je crois qu’il y a des circonftances où ce compte eft en ufage.
- 310. Dans plufieurs ports , comme nous l’avons dit, on lés vendait, avant l’arrêt du parlement, à la mefure , qui était quelquefois un panier G , pl. IV, fig. 4 ; d’autres fois une efpece de feau formé en tinette, plus large par le fond que par l’ouverture, ce qui a été adopté par l’arrêt du parlement. Ces mefures contiennent environ 200 harengs, & pefent 60 à 70 livres ; il en faut trois pour faire une hottée qui contient 600 harengs ou un demi-mille y ainfi un laft eft formé de 20 hottées, qui tiennent chacune 3 mefures , & chaque mefure 3 2 poignées.
- 311. Aussi-tôt après la vente , on tranfporte les harengs che2 les faleurs , comme nous allons l’expliquer dans le paragraphe fuivant ; mais il convient de faire remarquer en finiffant celui-ci, 1. que ce que je viens de dire fur la vente du hareng frais ou fàjé, dans l’étendue du reffort du parlement de Rouen, a été vérifié par M. le Teftu. 2. J’ai parlé au commencement de cette fedion, d’une forte de harengs ou de poiffon confinant au hareng, qui eft connu fous le nom de halbourg. J’étais tenté, ainfi que M. le Teftu’ , de croire que ce nom venait de Albourg, ville de Danemarck (16), ou, fuivant Anderfon, on prend & on fale tous les ans beaucoup de harengs , qu’on trafique fur les côtes de la Baltique: mais je n’ai pas ofé avancer cette conjedure , que quelques perfonnes me conteftaient.
- . 312. On fe rappellera que ce poiffon eft vuide quand il paraît dans nos parages vers les mois de mai & de juin ; que néanmoins il eft plus gros & plus gras que le hareng de faifon. Nos pêcheurs en trouvent affez fréquem-j ment dans leurs manets à maquereau , lorfqu’ils fe portent à mi- canal un peu plus près des côtes d’Angleterre, & effedi ventent les Anglais en font des pêches affez confidérables ; de plus, M. le Teftu me marque qu’il a vu des bateaux Dieppois revenir avec plufieurs lafts de ce poiffon qu’ils avaient pris dans une nuit. On ne le vend point à la mefure, comme le hareng de faifon, mais au compte, fuivant Banden ufage.
- (16) Dans la partie feptentrionale du Jutland. . A, -
- Comment
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- Secp. III. De talofe, ê? des poiffons qui y ont rapport. 97
- Comment on tranfporte les harengs frais chez les falèurs.
- 313. Dans les ports où la pêche du poiflon n’eft pas fort abondante» & où les marchands logent près du port, & à portée des endroits où abordent les bateaux, ce font des femmes qui tranfportent les harengs chez les faleurs, dans des paniers à bras, ou fur leur tète, ou fur leurs épaules,. comme A, pi. IV, fig. 4, ou fur des civières B, ou dans de grands paniers quon porte à deux, comme G ; mais dans les ports où l’on fait de grandes falai-fons, fur-tout quand il faut livrer le hareng aifez loin, les hommes & les femmes les portent dans des hottes DE.
- j 14. Dans beaucoup de ports, la livraifon des harengs fe fait, comme nous l’avons dit, à la mefiire , ou, ce qui revient au même, dans des hottes jaugées, de forte qu’elles doivent toutes contenir un certain nombre de harengs : c’eft communément deux mefures , ce qui eft bien commode, foit pour la vente , foit pour la livraifon ; car fâchant que chaque hotte contient deux mefures, 30 doivent faire un laft.
- 31 f. Je ne conçois pas pourquoi, jufqu’à l’arrêt du parlement de Rouen, du 23 mai 1765”, lesDieppois fe font écartés de cette réglé qui eft fi (impie, & quelle raifon ils ont eu de faire la livraifon au compte; le nombre des hottiers y était cependant plus confidérable que dans aucun autre port de la côte. Quoi qu’il en foit, les hottiers font divifés en deux clalfes, qu’on nomme les hottiers à grandes, & les hottiers à petites hottes ; la première clalfe eft plus nonlbreufe : je ne fais d’où vient cette diftindion ; car les hottes des unsdes autres font de même forme & grandeur; ils portent ordinairement deux mefures de harengs à la fois. Ces hottiers ont le droit de porter le hareng à l’exclufion de tous autres, autant qu’ils peuvent y fufïire ; mais quand lé poiifon arrive en abondance, hotte qui veut : alors il fe forme une troifieme claffe compofée d’hommes, de femmes & d’enfans de la ville & des environs, 011 les appelle petits botterons ; ils fe font des hottes avec des paniers où ils ajuftént des bretelles; ils fe réunilfént deux pour porter trois mefures de harengs , & certains jours il arrive une fi grande quantité de harengs , que pour les tranfporter, on fait ufage de toutes les voitures qu’on peut fe procurer, brouettes, camions, charrettes, chevaux, &c.
- 316. Voilà ce qui s’obferve préfentement, fuivant ce que me marque M. le Teftu ; apparemment qu’on a dérogé aux ufages qui étaient établis, lorfque j’ai été'à Dieppe: les voici en deux mots. Un marchand qui faifait conftruire un bateau neuf-pour la première fois, acquérait un droit de hotte * fans qu’il pût en efpérer* davantage pour les autres bateaux qu’il faifait coiifiruire dans la fuite ; mais il était maître de faire exercer ce droit par quiil lui plaifàitf même de -le louer.- s - ‘ -* -Tome XL N
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- TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- j 17. Ces hottiers obfervaient entr’eux une police, qui confiftait à faire leur lervice chacun à leur tour, lorfqu’ils avaient entrepris une livraifon. Chaque propriétaire était obligé de choifir fes hottiers dans une des clalfes ; & lorfque fon bateau arrivait chargé de harengs , il était en droit de forcer ceux de Ion hottage, de le fervir préférablement à ceux qui avaient fait choix d’un autre hottage.
- 518. Cette réglé paraît.aflez bonne, néanmoins elle était fujette à plu-fieurs inconvéniens; un des principaux était, que quand une même perfonne tenait à loyer plusieurs droits de hottes dans les différentes clafses, s’ils fe trouvaient à une livraifon, les écoreurs étaient quelquefois obligés, pour éviter des difputes ou pour avancer l’ouvrage, de leur donner leur charge, ce qui occaftonliait de la confufion & des pertes, foit aux marchands, foit aux écoreurs ; car quand après la livraifon les écoreurs allaient chez le marchand vérifier les envois, s’il fe trouvait des erreurs, c’était les écoreurs qui les Apportaient II eft probable qu’on a paré à cet inconvénient par l’arrêt du parlement, puifque la livraifon fe lait à la mefure, & dans quelques ports avec une feule forte de hotte qui .contient deux mefures.
- . 3 19. La livraifon des harengs en vrac ou paqués à la mer, fe fait fur des brouettes ou des camions ; j’aurai, occafion d’en parler. A. l’arrivée des harengs chez les faleurs, on les vifite pour s’afsurer s’il n’y en a pas qu’on foit dans le cas de rebuter ; nous allons rapporter quelles font ces caufes de rebut. Bien entendu qu’on a égard à ce qui elt prefcrit par l’article XVI de l’arrêt du parlement de Rouen, du 2$ mai iy6f > mais ce réglement ne nous difoenfe pas de faire connaître les défauts que peuvent avoir les harengs frais que les pêcheurs livrent aux marayeurs ou aux faleurs.
- Des défauts qui font rebuter les harengs frais à la livraifon , foit aux marayeurs , foit aux faleurs.
- • 320. Premièrement il faut que la proportion entre les harengs plein» & les harengs gais, fe trouve à la.rliyraifon à peu près conforme à la déclaration .qu’en fait le maître lors de la vente ; mais on rebute fëyérement les harengs boujfards ou à la bourfe, pour les raifo-ns que nous avons rapportées plus haut.
- 521. On met encore au rebut les harengs loques: on nomme ainli ceux qui ont été mordus .& blefsés par les chiens de mer ou d’autres poifsons voraces. Les peignés qui ont perdu leurs ailerons, leurs nageoires ou beaucoup de leurs écailles, principalement ceux dont le ventre.étant ouvert, laifèe appercevoir les ^entrailles, on les nomme èventrés ; afsez fouvent ces . défauts arrivent, quand ils ont relié trop loajg-tems dans les manets, for-tout quand
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- Sect. III. De taîofe, & des poijjons qui y ont rapport. 99
- ils ont été tourmentés par Une grofse nier, quand les matelots ont marché defsus en failant leur manœuvre, ou enfin quand ils font vieux péchés.
- 3 22. A Calais , il eft défendu de préparer en blanc des harengs de plus d’une nuit ; il faut fàurir ceux de deux nuits. Et par l’article V de l’arrêt du parlement de Rouen, il eft dit que le hareng de trois nuits ne pourra être vendu qu'aux revendeurs & chajjes-maree, pour la fubjijlance de ceux qui voudront Cacheter à cette intentiont; & aux faleurs pour être bouffis a la cheminée, & faire l'efpece de hareng appelle craquelot, mais point pour être falê en blanc & mis en quart. Fait trbs-expreffe inhibition d'en vendre aucun de quatre nuits, fous quelque prétexte que ce foit, à peine de confifcation & d'amende.
- 323. Ce réglement de police eft très-fage; mais quand les pêcheurs ont porté beaucoup d’attention à la confervation de leur poifson, il eft bien difficile de les convaincre de vendre pour harengs de deux nuits, ceux qui en ont trois ; alors le malheur n’eft pas grand, puifque ces harengs font bien conditionnés.
- 524. A l’Égard de ceux qu’on nomme bougons, qui ont perdu la tète ou la queue, ils ne peuvent être reqüs. Les faleurs mettent encore au rebut les harengs égorgés ; ce font ceux auxquels les femmes, en les habillant, ont emporté la tète, foit par précipitation, foit par mal-adrefse ; comme ce défaut n’eft pas produit par les pêcheurs, cette avarie 11e tombe point en perte fur l’équipage.
- J2f. Voila à peu près les défauts qui font mettre au rebut les harengs frais : lorfque nous parlerons de leur préparation, nous rapporterons ceux qu’ils contrarient quelquefois dans cette opération. Tous ces harengs de rebut fe vendent‘en détail aux pauvres gens, ou à de petits marayeurs qu’on nomme hotteurs, bottiers ou botterons, qui les portent fur le dos, pour les vendre dans les villages voifins.
- 326. Nous devons dire id un. mot d’un abus qui fe fait à la livraifon, 011 le nomme le triage; voici en quoi il conlifte. Dans les ports où les harengs fe livrent au nombre, beaucoup de femmes entrent dans les bateaux pour compter les poilsorrs : elles ont grand foin de mettre à part pour leur compte les,plus beaux; elles ôtent ainiî la fleur des poifsonsi»que l’on file, ce qui jette un difcrédit fhr Ùos falaifcns. L’arrêt du parlement de Rouen de 176y , a remédié à cet abus, en défendant aux femmes d’entrer dans les bateaux , comme nous l’expliquerons dans un inftaut, & en ordonnant que les harengs feraient livrés à la mefure, ainft qu’on l’a toujours fait dans plu-fieurs ports ’: il eft vrai que les gros harengs -occupent plus de place dans >la 'mefure que les petits ; mais les* faleurs n’y perdent tien, parce'que ces gros harengs occupent Jauffi plus de place dans les ^quarts 5 à 1 y .a encore davantage , qu’il faut moins de monde pour remplir les mefures, que pour comp-
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- ter les harengs un à un; & de ce que la livraifon s’en fait plus promptement , on peut mettre plus tôt le hareng en fel, ce qui eft très-important. C’eft pour cette raifon que par l’article III du même arrêt, il ejl permis de faire les ventes, achats & apprêts des harengs, les jours de fête & de dimanche , à £exception du tems du fervice divin. D’ailleurs il y a moins de mécompte, & les harengs courent moins le rifque d’être peignés ou fatigués par des manie-mens réitérés. En ce cas, la réparation des harengs laités & des vuides ou gais, ne peut fe faire que par lès caqueufes, habilleufes ou les iàleurs. Pour ee qui regarde la vérification de la déclaration faite par l’équipage, elle fe ferait, comme nous l’avons dit, en vifitant à part quelques mefures, ce quife fait ordinairement en les verfant dans un baquet.
- 527. De plus l’arrêt du parlement de Rouen, a remédié à l’abus du choix des plus beaux harengs que les compteufes failàient à leur profit,faifant% article VII, très - exprejfe inhibition aux revendeurs de poiffon & à toutes autres perfonnes que ce puiffe être, même aux femmes, filles & enfians des matelots , de s'introduire dans les bateaux lors de leur arrivée , & c£y faire aucun choix , triage ou fépuration de gros harengs, avant la vente & pendant la livraifon de la batelêe ; enjoint aux maîtres & matelots de ne pas foujfrir ladite entrée ,& le triage dans leurs bateaux, a peine de prifon , même de punition corporelle , en cas d'attroupement & d'infultes faites aux maîtres, propriétaires & acheteurs , &c.
- 928. Voilà le poilfon vendu & livré aux chalfes-marée ou aux làleurs» fous la conduite du propriétaire du bateau, qui doit répondre du prix de la vente aux équipages, après s’être rembourfé de fes avances ; il faut done qu’il rende un compte aux pêcheurs ; cela ne fe fait pas à tous les démarrages, mais vers noél à la fin de la harengaifon, ainfi que nous allons J’expliquer.
- Répartition du profit net de la pèche à tous les intèreffês. >
- ^29. Nous avons dit que le propriétaire du bateau le fournit tout grée & muni des uftenfiles nécelfaires à la navigation, & que pour le loyer de ce bateau, ainfi que pour le rembourfer des petites avaries qui le regardent, il a un certain nombre de parts dans la répartition du profit net, lorfqu’après la harengaifon, le maître arrête fes comptes avec les matelots, qui ayant fourni une certaine quantité de filets & de cordages, doivent avoir des parts, tant pour leur travail que pour leurs filets ; ceux qui n’ont rien fourni,. font fouvent à gages, fuivant les conventions qu’on a faites avec eux avant le départ ; d’autres fois ils ont deux parts pour leur travail : tout cela, a été détaillé, Mais j’ai dit que la répartition des lots fe fait fur le profit net, parce
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- Sec T. III. De Pahfe, des poiffons qui y ont rapport.
- qu’avant d’en venir à ces partages, il y a bien des chofes à prélever, ainfi que nous allons l’expliquer.
- 330. D’abord toutes les avaries communes, y compris une partie des vivres, font prélevées fur la vente du poiflon, avant la répartition des lots, qui diminuent proportionnellement à la fomme où montent ces avaries > d’où il fuit que les parts du propriétaire font diminuées comme celles des pêcheurs : mais comme c’eft le propriétaire qui a fait les avances de ces avaries , il retient pour s’en indemnifer un fol pour livre.
- 331. Nous avons dit que le propriétaire du bateau ou fon commis doit fe trouver au lieu 011 fe fait la vente du poilfon, pour tenir note de la quantité du poilfon que l’on vend à chaque marée, du prix de l’adjudication & du nom de l’acquéreur ; c’eft donc lui qui fait la vente ; & il fait bon des deniers, pourquoi il retient un fol pour livre fur le produit de la vente.
- 332. Nous avons dit encore que quand on embarque du fel & des bar-rils, c’eft aux frais des intérelfés 5 mais comme c’eft le propriétaire du bateau qui en a fait les avances, il prend comme pour les avaries communes un fol pour livre. Enfin il acquitte les droits d’ancrage, de douane, de fubfiftance , &c. & retient encore pour ces avances le fol pour livre. Toutes ces retenues font prifes fur la vente du poilfon, & par conféquent elles diminuent d’autant les parts.
- 333. A la fin de la faifon, vers noël, ce qui refte net du produit de la vente du poiflon, & fouftracftion faite de toutes les retenues dont nous venons de parler, fe divife en autant de lots qu’il y a de parts, tant pour le propriétaire du bateau que pour le maître, les matelots à la part, ceux qui n’ont point fourni de filets , & enfin les moufles i puis le propriétaire du bateau fe rembourfe des avances particulières qu’il a faites à la plupart des matelots pour les mettre en état de faire la campagne, pourquoi il retient un fol pour livre y 8c comme ces avances peuvent n’être pas égales pour tous les matelots» il en fait la retenue fur les parts de ceux à qui il a fait des avances , 8c non pas fur la maffe. Toutes ces retenues & le nombre de parts qu’il doit avoir pour ion bateau, lui font un profit confidérable ; de forte que quand la pêche n’a pas été heureufe ou qu’il y a eu quelques grandes avaries, les matelots ire trouvent pas de quoi fe rembourser des vivres, & s’acquitter avec le propriétaire du bateau des avances qu’il leur a faites.
- 334. Après avoir amplement détaillé les pratiques des pêcheurs qui ne fortent point de la Manche, il convient de dire quelque choie des pêches moins confidérables , à la vérité, mais qui fefont dans d’autres provinces de l’intérieur du royaume. C’eft une digreffion que nous aurions tort d’éviter ; elle fera fuccinte 5 & nous reviendrons aux pêches qui fe fout dans la Manche.
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- ios TRAITE' £££ PECHES. Partie IL Article VIL De la pêche du hareng en Bretagne.
- 235*. Comme je me fuis beaucoup étendu fur la pèche du hareng dans la Manche, je pourrai être concis fur celle qui fe fait en Bretagne, parce qu’il y a beaucoup de pratiques qui font communes entre les pêcheurs Normands & les Bretons. On pèche un peu de hareng aux côtes du pays Nantois, principalement à la côte de Piriac, où, à la follicitation du comité d’agriculture, on a fait conftruire un petit mole qui procure un afyle aux bateaux pêcheurs. '
- 5^6. Pour faire cette pêche, on fe fert de manets qui ont environ trente brades de longueur ; on.Jes jette près de la côte, où il y a tout d’un coup beaucoup de fond, parce qu’elle eft fort efcarpée : on ne releve ces filets qu’au bout de vingt-quatre heures, attendu que ce poiflon y eft en petite quantité ; aufîi, outre ce qui fe confomme frais, ce qu’on prend peut au plus fuftire pour fournir aux pêcheurs de morue des appâts pour amorcer leurs haims : on verra dans la fuite qu’elle a été certaines années très-abondante, & comment elle s’eft peu à peu perfectionnée.
- 3 $7. On fait une pêche plus confidérable, quoique moins abondante que celle de la Manche, aux côtes de Bretagne, depuis la pointe de Saint-Gildas-de-Rhuis;, jufqù’à l’èmbouchùrè de la -rivière de Vilaine; elle dévance celle de la Manche, puifque quelquefois on la fait dès le commencement de fep-tembre ; mais elle ne dure que quinze jours ou trois femaines ; & dans ce tems, comme nous Pavons dit, on voit peu de harengs dans la Manche, ce qui paraît indiquer que ce font des bancs qui prennent différentes routes. Cette pèche fe fait avec de petites chaloupes, & communément toutes étant réunies ne prennent pas autant de poiflôns que quatre ou cinq du canal.
- 3 3 8. Ces harengs de Bretagne font ordinairement plus larges que ceux de la Manche, & ie coup-d’œil eft en leur faveur. M. de Montaudoüin m’écrit de Nantes, qu’à la fin de feptembre, au commencement de la pèche, les harengs font fort gras, pleins :de laite & d’œufs ; mais qu’à la fin d’o&obre ils font petits, maigres & -malades, ayant jeté leur frai. On prétend, je ne fais fi c’eft avec raifon, que les gros harengs de Bretagne ont moins de goût que ceux de la Manche : au refte, 011 les fale comme ceux du pays de Caux & de Picardie,aiîifi que nous l’expliquerons dans la fuite.
- 3^9. La plupart de ces pêcheurs font de la paroifle d’Hennebon, évêché de Vannés ; ils font leiWs pêches avec de petits bateaux du port d’environ deux tonneaux, dans lefqUcls ils s’embarquent ordinairement cinq, favoir, deux hommes & -trois -femmes, ou des moufles ; oes’petits bateaux embarquent cinq pièces de filets, de trente brafles chacune ; lorfqu’on fe fert de çhaloq-
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- -Sect. III. De Vetlofe, £«? des poiffons qui y ont rapport. 103
- pes plus fortes, on embarque fèpt pièces de filets de cette même longueur ; les uns & les autres ont foixante-quinze mailles de chûte. Ces bâtimens mettent leurs filets à l’eau fur les fix heures du foir, & les relevent vers les fix heures du matin. Cette pèche fe fait fans appâts ; on laide dériver le filet fur le fond tant qu’il eft uni.
- 540. Voici une note de M. Guillot, commiifaire de la marine à S. Maîo, qui juftifie ce que j’ai dit plus haut, que les bancs de harengs fe jettent tantôt fur une côte & tantôt fur une autre. Il me marque que tous les anciens pêcheurs des côtes de Bretagne alïùrent qu’on ne prenait autrefois que peu de harengs fur ces côtes, & qu aujourd’hui les pêcheries en font pleines en décembre & en janvier. Quand le tems permet aux bateaux de fe rifquer un peu. au large, ils en prennent même à la ligne ; ils en rencontrent quelquefois des flots nombreux, & l’on croit que ce font les grands vents d’oueft & de fud-eft qui les forcent de venir à la côte. Tout l’hiver de l’année 1773 , les vents ayant foufflé de ces parties avec violence, ce poiifon a été abondant. Ce hareng étant mis en barril & falé, 011 le tranlporte dans les villes voifines où l’on en fait la vente ; il y a fouvent des poilfonniers de Nantes, de Ploermel, même quelquefois de la Rochelle, qui viennent en faire des achats fur les lieux.
- 341. Je vais terminer ce qui regarde la pèche du hareng en Bretagne, par l’extrait d’un très-bon mémoire qui a été envoyé à la fociété d’agriculture, des arts & du commerce de Bretagne, par M. Guillaume, redeur de la pa-roilfe de Piriac, diocefe de Nantes.
- 342. La pêche du hareng 11e s’eft faite en Bretagne avec quelque fuccès qu’en 17 jufqu’alors elle était fi peu abondante, & lafalaifon fi imparfaite , que la plus grande confommation fe faifait en harengs frais ; la petite quantité qu’on filait de hareng ne pouvait être regardée comme un article de commerce.
- 343. Les pêcheurs de l’isle de Trentemou, fituée dans la Loire, aune lieue au-delfous de Nantes, font les feuls qui fe foient occupés de cette pêche j ils la faifiient autrefois dans le havre de Mefquer ; ils s’y rendaient à la fin de feptembre, tems où le hareng dépofe fon frai. Ce poiifon y eft attiré par la multiplicité des goémons qui couvrent les rochers & les bas fonds de çette côte j la pêche durait quinze jours j elle occupait au plus dix bateaux montés de trois hommes chacun 5 le profit de chaque pêcheur 11’excédait jamais dix ou douze écus s ainfi la malle de cette pèche n’allait pas au-delà de 900 ou 1080 liv. Les harengs frais ou lalés qui ont été pêchés à Piriac en 175"69 ont été vendus au moins 100,000 livres.
- , 344. Plusieurs circonftances ont donné lieu à cet événement : la pêche de lafardine avait manqué 5 l’interruption du commerce caufée par les courfeâ
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- io4 TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- des Anglais, ne permettait pas de compter fur la morue ; les pêcheurs ou bargers de l’isle de Trentemou crurent qu’en dirigeant toutes leurs opérations vers la pêche du hareng, ils retireraient de très-gtands profits ; ils fe munirent donc d’une très-grande quantité de filets, firent faire des barges neuves, & fe rendirent tous à Mefquer : on a compté jufqu’à foixante barges à Piriac, où ils allèrent enfuite. Ce font les femmes des bargers ou pêcheurs qui préparent & qui filent le chanvre dont les filets font compofes ; ce font elles qui maillent ou qui fabriquent ces filets ; chaque maille, aux ternies de l’ordonnance de la marine, doit avoir un pouce en quarré : les maris prennent le loin d’en larmer les filets, de les monter, de garnir la partie fupérieure de flottes de liege, & l’inférieure de bagues de plomb.
- 34f. Les filets deftinés à cette pèche font compofés de fix ou de huit pièces, nappes ou toiles ; ces filets font fijîiples, c’eft-à-dire, que ce ne font point des tramaux ou trémails, mais des manets. Chaque piece a cinq pieds de hauteur, & depuis trente jufqu’à trente-deux braffes de longueur j enforte qu’une barge emploie environ deux cents & quelquefois deux cents cinquante braifes de filets. Ces filets font trempés, avant d’en faire ulage, dans une leflîve d’écorce de chêne broyée, qu’on nomme du tan ; cette leiïive leur donne une couleur brune qu’on croit utile à la pèche -, d’ailleurs elle fortifie & durcit les filets.
- 346. Les femmes divifentles filets en plufieurs pièces, 1. parce qu’elles ont plus de facilité à les travailler > 2. parce que les pécheurs peuvent plus facilement les raccommoder lorfqu’ils font déchirés par les marfouins ou par les rochers ; 3. parce qu’011 a moins de peine à les faire fécher lorfqu’on les tire de la mer. Cette opération de faire fécher les filets, qu’on nomme ajjechement, eft très-importante pour leur confervation, & les pêcheurs la répètent auflf fouvent qu’ils le peuvent. Les différentes pièces fe réuniifent aifément & promptement ; il fuffit de les attacher l’une à l’autre avec une ficelle. Les bargers ont ordinairement un rechange de filets.
- 347. Le mouillage des filets, c’eft ainfi qu’on nomme la maniéré de les jeter à la mer & de les y difpofer pour la pèche, ne fe fait pas arbitrairement -, l’un des trois pécheurs qui compofent l’équipage d’une barge, fe place à l’arriere du bateau ; il a devant lui fes filets en monceau ; fa première opération confifte à mouiller ou à jeter à la mer (car c’eft la même chofe ) une petite ancre à laquelle eft attaché un cablot d’une longueur proportionnée à la profondeur de l’eau : ce cablot eft attaché ou amarré à un morceau de bois léger qu’on nomme bouée, & la première piece de filet eft attachée à cette bouée. Dès que cette opération eft faite, le barger prend le filet des deux mains, la droite tient la corde des lieges, & la gauche celle des plombs 5 les deux autres pécheurs mettent la barge en mouvement avec
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- Sï,ct. III. De Tahfe, S? des poijjons qui y ont rapport. iof
- leurs rames , ce qui procure le développement du filet que tient le barger» qu’il laiiTe filer & tomber à l’eau. Lorfqu’on a jeté le filet, on y amarre une ancre attachée à un cablot & qu’on mouille 5 ainfi le mouillage finit comme il a commencé, en afsujettifsant le filet par une ancre au cablot de laquelle on amarre une bouée. La direction du filet doit être debout à la marée, pour qu’il foit moins expofé à l’agitation de la mer.
- 548. Les bargers de Trentemoux connaifsaient tous ces détails depuis très-long-tems-, cependant ils ne prenaient qu’une très-petite quantité de harengs. L’un d’entr’eux imaginant en 1741, que la médiocrité de la pêche venait de ce qu’elle fe faifait pendant le jour, il efsaya de pêcher la nuit, un fuc-cès un peu meilleur juftifia cette conjecture : à-peu-près dans le même tems » il remarqua qu’il y avait beaucoup de marfouins à la côte de PiriaG, & qu’il voyait depuis quatre jours une multitude de goeslans qui voltigeaient fur des écueils à fleur d’eau, il en avait même vu qui, après avoir plongé, emportaient des harengs. D’après ces indices, il réfolut de mouiller fes filets fur ces rochers qui font à peine couverts de trois pieds d’eau à mer haute : des filets de cinq pieds de hauteur ne pouvaient y flotter ; ainfi pour les contenir, il attacha de diftanceen diftance au pied du filet des cailloux du poids de cinq à fix livres ; il pêcha quatre milliers de harengs.
- 349. Encouragé ou plutôt dirigé par ce fuccès, il mouilla fès filets à la chute de ces rochers, en les fixant toujours avec des cailloux : le fuccès pafsa fes efpérances ; une troupe entière fe jeta dans fes filets. Bientôt le fecret de laifser les filets toucher au fond n’en fut plus un: tous les pècheuts de Trentemoux abandonnèrent l’ancien ufage de laifser flotter leurs filets foutenus par des morceaux de liege, & tendus par les plonlbs attachés à la partie inférieure. M. le redeur de Piriac les a même accoutumés depuis à mouiller leurs filets de jour, & à les laifser à demeure pendant la nuit : cette méthode qui a très - bien réuffi , épargne aux bargers les fatigues de la pèche qu’ils faifaient pendant la nuit, & ces fatigues étaient exceiïives.
- 3fo. A la fin de feptembre I7fé>, vingt barges arrivèrent à Mefquer; les pêcheurs y payèrent quelques jours, & y firent une aflez mauvaife pèche. Trois maîtres bargers s’aviferent de s’approcher de l’isle du Met, qui 11’efi qu’à une lieue de Piriac ; ils y firent une pèche très - bonne; un vent violent qui s’oppofait à leur retour à Mefquer, les mit dans la nécefiîté de relâcher la nuit à Piriac; ces trois bargers y établirent leur pèche; ce fut avec tant de fuccès qu’au bout de deux jours tous les autres abandonnèrent Mefquer : le gros tems furvint, les bargers effrayés retournèrent à Trentemoux; il n’en refta que cinq à fix ; leur confiance fut fi bien récompenfée par la pêche qu’ils firent, que leurs compatriotes ne
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- tardèrent pas à revenir. Un barger mouilla Tes rets à midi; le tems était beau, la mer lourde & patouilleufe ; le hareng bouge alors de meilleure heure-, ces circonftances portèrent les pêcheurs à lever leurs filets au déclin du jour ; ils y trouvèrent douze milliers de harengs : ils remouillèrent leurs filets fur-le-champ pour profiter de la pêche de la nuit, qui eft la plus favorable ; ils y trouvèrent le lendemain trente milliers de harengs.
- }fi. A peu près dans le même tems , un barger nommé de Lajoys, ne put lever que deux pièces de fes filets, parce que fon bateau pouvait à peine contenir le poiifon dont ces deux pièces étaient chargées : il demanda du fecours à d’autres pêcheurs; ceux-ci emportèrent plus de cinquante milliers de harengs, & ce n’était pas, à beaucoup près, la moitié de ce que contenaient les filets. Arrivés à Piriac, ils employèrent le fecours d’autres camarades pour aller chercher le relie de la pèche ; mais ces camarades avaient fait eux-mêmes, une pêche fi inefpérée, qu’il leur était im-pofîible d’abandonner le travail qu’elle leur donnait. Un bourgeois de Piriac, propriétaire d’un bateau, offrit d’aller lever les filets : il ramena vingt-deux barriques de harengs ; ce qui répond à peu près à quarante-deux milliers ; fon bateau ne pouvait en contenir davantage : ce qu’ils lailferent, à en juger par l’étendue du filet qui n’avait pas été levé, excédait au moins d’un tiers ce qu’ils avaient apporté : il s’éleva un vent violent qui dura plulîeurs jours, il fut impoflible d’aller chercher le relie de cette pêche ; le poiifon fe trouva entièrement pourri.
- 3 S 2. Les freres du vicaire de Piriac, excités par l’exemple des bargers, le pourvurent de filets de harengs ; ils péchèrent très-heureufemeut ; mais un poiifon long de quatre pieds, qu’on nomme Crapaud -de - mer, ayant rompu leurs filets, on y fubftitua les lambeaux d’un filet dont on 11e s’était pas fervi depuis plus de dix ans ; il n’y eut pas une feule maille de ce vieux filet où un hareng ne fe fût engagé.
- 3 f 3. Pour rendre raifon de la quantité prodigieufe de harengs qu’on prend dans un même filet, M. le redteur de Piriac, penfe que ce poiifon eft en quelque façon entalfé au fond de la mer : cette alfertion qui s’accorde allez bien avec la prodigieufe quantité de harengs qui fe prirent dans les filets, eft de plus appuyée fur un fait dont M. le reéteur de Piriac a été témoin.
- 3 f4. Il y a vingt-huit ans qu’une violente tempête couvrit plus d’un quart de lieue de côte de petits poilfons dont les plus gros égalaient à peine des anchois ; le relie relfemblait à de petits vers, ou même à des aiguilles ; tout ce poiifon était mort ; il était entalfé en li grande quantité, qu’on marchait fur le tas lans toucher aux rochers dont la côte eft hé-xiifée. Ce fut au mois de mai qu’arriva cette tempête ; tout le monde re-
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- Sïct. III. Dé ïalofe, {ÿ poiffons qui' y ont rapport107
- connut ce poilTon pour de petits harengs. Ce fait, dont on n’a point vu d’exemple depuis, femble en effet prouver deux chofes, l’une que les harengs fe tiennent en pile au fond de la mer, l’autre que ces poiffons dé-pofent leur frai fur la côte.
- 3f5\ Lorsque le poiffon qu’ont pris les bargers eft apporté au rivage, il faut fe preffer de le boyer, c’eft-à-dire, de le vuider de fes inteftins & de le faler. M. le re&eur de Piriac dit, qu’outre fes paroifliens, les pécheurs employèrent cinq à fix cents ouvriers par jour à ces opérations ; & qu’il y eut des jours de pêche où huit mille perfonnes n’auraient pas fufîi à boyer tout le hareng qui avait été péché; il eft vrai que les oûvriers qui furent employés n’étaient ni inftruits, ni exercés : car un barger boie & fale trois mille harengs par jour ; & les ouvriers, fur-tout dans le commencement, pouvaient à peine boyer & en faler quatre Gents.
- 3f6. Après avoir expofé ces détails, M. le reéteur de Piriac propofe les moyens qu’il croit le plus propres à l’encouragement d’une branche de commerce qui peut devenir fi importante, & pour la province, & pour l’état même ; il dit qu’on a lieu de penfer que ce n’eft point par l’effet du hafard que les pécheurs ont pris tant de harengs en 17$*G ; qu’en Portant de Piriac 011 trouve fur la côte un village qui fe nomme encore Penh.areng, ce qui lignifie en Breton tête de harengs dénomination antique qui prouve que dans des tems très-reculés ce lieu était diftingué par l’affluence de ce poiffon: il ajoute que fes paroifliens les plus âgés, les plus fenfés, attellent qu’ils ont toujours vu fur leurs côtes cette multitude de go eslans & de marfouins, qu’avant 17$”6 011 ne foupçonnait pas d’ètre les indicateurs du hareng; qu’il eft notoire qu’on en pêche dans prefque toute la côte méridionale de Bretagne; mais que l’ignorance des pécheurs & fur la quantité de ce poiffon & fur la maniéré de le pécher, eft caufe que par-tout ailleurs, comme à Piriac, on n’a jamais cru pouvoir en faire un grand commerce ; qu’avec les lumières acquifes dans une feule pèche, on peut déjà tirer un très-grand parti d’un tréfor qui peut devenir immenfè, fi la pêche fe multiplie, & fi les pêcheurs font fecourus & encouragés.
- 357. Personne n’ignore combien la pêche de lafardine eft utile à la Bretagne : M. le retfteur de Piriac prétend que celle du hareng le ferait encore plus ; pour le prouver, il fait un parallèle des dépenfes qu’exigent ces deux pêches; celle de la fardine exige fix, même fept hommes par chaque bateau; ils doivent avoir au moins vingt pièces de filet; la maille'de ces filets n’eft que de quatre lignes en quarré ; ils font d’une extrême fineffe ; ainfi ils coûtent beaucoup plus cher : chaque piece eft, à la vérité , moins longue que celles des bargers de Trentemoux; mais çelles-ci n’ont que cinq pieds de hauteur, les autres eu ont vingt : la rogue, appât abfolument né*
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- io8 TRAITE' D E S P E C H E S. Partie IL
- cefîaire pour la fardine, coûte, année commune, dix écus le barril, & c’eft l’étranger qui nous le vend ; un barril fuffit à peine dans chaque bateau pour quatre jours de pèche ; fouvent cette dépenfe & la peine des pécheurs eft en pure perte. Ces bateaux coûtent quarante piftoles, fans compter les agrès & apparaux qui égalent ce prix. On doit ajouter à ces dépendes celles des préparations, qui durent des mois entiers, & qui exigent un très - grand nombre d’ouvriers. La fardine palfe par plus de cinquante mains pour être rendue loyale & marchande. La pèche du hareng ne demande que fix pièces de filets ; ces fix pièces ne coûtent que cinquante écus ; une barge toute gréée ne coûte que deux cents cinquante livres ; trois hommes fuftifent pour chaque barge, un plus grand nombre nuirait ; on n’a befoin d’aucun appât pour cette pèche, & les préparations déjà promptes, faciles & peu difpendieufes» peuvent être perfectionnées, en s’informant de la méthode des Hollandais, ou des principaux ports de la Manche, pour la falaifon & l’encaquement: il eft même aifé d’apprendre à diverfifier ces opérations; on n’a befoin pour réuflîr que de favoir comment les Hollandais, les Anglais & les Français font le hareng faur. L’efpérance de partager avec eux cette riche branche de commerce, parait d’autant mieux fondée, qu’on affure que le hareng frais de nos côtes eft gros, favoureux, gras & du plus beau blanc.
- 5f8. Cependant M. le recteur de Piriac met ici une reftriction qui mérite la plus grande attention : les harengs ne viennent pas tous à la fois ; la première troupe qui arrive, eft compofée d’un poiffon bien nourri, d’un goût exquis & très-propre à la falaifon. Peu de tems après, c’eft-à-dire, lorfqu’il a jeté fon frai, il eft épuifé, maigre, d’une couleur terne, les femelles n’ont plus de graines ou d’œufs , les laitances des mâles font molles, ou pour mieux dire, fans confiftance ; il faudrait alors celfer la pèche, attendre une fécondé troupe pour la furprendre au moment de fon arrivée ; difcontinuer enfuite jufqu’à ce qu’il en vînt une troifieme : mais les bargers pèchent le hareng dans ces difterens états, & ce qui eft encore pis, ils le confondent dans l’encaquement, au lieu d’en faire le triage : faute eifentielle, & qui fuffirait pour décriçr fans retour un commerce qu’il eft intéreffant d’accréditer.
- Par un calcul appuyé fur dès faits, M. le redeur de Piriac prouve qu’on peut établir le hareng de Bretagne à un plus bas prix que celui de Hollande ; e’eft prouver qu’il fera préféré : mais pour porter loin cette branche de commerce, il faut fentir la nécefïité d’encourager les pêcheurs, & de porter des perfonnes plus riches & plus intelligentes qu’eux, à acheter le poiffon frais & à fe charger du détail des préparations. Le défaut du triage* îe retardement de falaifon lorfque la pèche eft trop abondante, ont déjà donné quelque difcrédit au hareng de Piriac; les bargers ont tout livré comme: loyal & marchand & de même qualité. Ceux qui, fur leur parole les ont.
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- 5ect. III. De talofe, & des poiffons qui y ont rapport.
- vendus comme tels à Bordeaux & à Libourne, ont effuyé des procès j ain(î tout concourt à faire fentir la nécefîité de ne livrer aux bargers que le foin de la pêche : il faudrait confier à de meilleures mains le foin du triage, de la falaifon & de l'encaquement; on préparerait plus de poilfon, & il ferait mieux conditionné.
- 260. M. le re&eur croit qu’on réunirait le double avantage, de réduire les bargers^à la limple pèche, & d’attirer dans fa paroiffe des perfonnes qui feraient faire toutes les préparations > en rétabliflant un ancien quai totalement ruiné ; il implore ce fecours avec les plus vives inftances, & il ne néglige rien pour faire fentir que la feule pèche dédommagera abondamment des dépenfes que la province pourrait faire à cet égard i il compte que la pèche de cette aimée & celle de l’année prochaine, foîliciteront plus fortement que lui, le rétabliifement du quai de Piriac ; les états ont fait bâtir ce quai. ( 17)
- 561. Nous allons maintenant for tir du royaume, & pour cela, parler des pèches qui fe font hors de la Manche, près de fon embouchure.
- Article VIII.
- Des pêches du hareng qui fe font hors de la Manche confédérées en général.
- 362- Quelques pécheurs de la Manche, fur-tout ceux des ports qui font à fon entrée auprès de la mer < d’Allemagne, vont chercher le hareng avànt qu’il entre dans la -Manchepar le travers de la Tamife, à l’isle Ta-nel, ou au nord de l’Angleterre qu’on nomme Yarmouth: quelques-uns même vont, comme les Hollandais, jufqu’à la hauteur des Orcades. Nous parlerons de ces différentes pèches dans autant d’articles particuliers^
- •363. Nous avons dit que les pêcheurs qui peuvent livrer dans la journée le'hareng‘qu’ils ont pris la nuit, n’embarquent ni fel, ni barrils, ni
- (17) Le meilleur moyen de >fâire fieu- voytzcz quej’ai dit. à ce fujet tome V, rir cette pêche’& la branche de commerce, pag. 6g; &. 684-5 comparez cette obfer-qui en réfulterait , ce ferait d’un côté de vation avec, ce que font les Anglais , qui, fournir aux pêcheurs le fel à très-bas prix, comme notre auteur Te dit dans l’un des ar~ & de diminuer les droits fur les falines; ticles fuivans, en parlant des harengs qui-& d’un autre côté d’afïîgner, connue on fait fe pêchent à Yarmouth fur les côtes d’An-ailleurs, des primes & dès récompenfesà gleterre , exemptent les pêcheurs de tous ceux qui fe diftingueraient par leur habi- droits, péages , gabelles, & n’exigent au-ieté dans la pïatiq.ue <|e,eet art, ou qui au- tre chofe d’eux,h-non qu’ils prennent un raient contribué à perfectionner quelques- congé en partant! upes defes opérations. Quant aux .droits, . ,
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- IIo TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- tonnes ; il en eft autrement quand ils fe portent au loin, parce que ne pouvant pas vendre leur hareng, immédiatement après qu’ils l’ont tiré de la mer, ils font obligés de le brailler ou de le fàler en vrac, même de le pa-quer dans leurs vaifleaux > c’eft pourquoi ils embarquent du fel, des barrils & des tonnes, comme nous l’expliquerons en parlant de la pèche au nord, & de celle d’Yarmouth.
- .$64. Il eft fenfible que ceux qui s’écartent allez de leur port, pour ne pouvoir livrer leur poilfon très-frais, foit à caufe de la diftance qu’il y a du lieu où ils pèchent à leur port, ou quand il furvient des vents contraires ; il eft certain, dis-je, que ces pêcheurs font obligés de donner à leur poilfcn une préparation qui tienne le milieu entre le hareng frais & le faléj c’eft ce qu’ils nomment braillé, comme qui dirait brouillé avec le fel : par cette demi-falaifon on ne peut, il eft vrai, le conferver que quelques jours ; mais c’eft fouvent alfez pour gagner le port, quand on ne peut pas rentrer alfez promptement. Pour que cette préparation foit fuftilante, il faut lui faire prendre plus de fel ; pour cela on le îàle en vrac dans des tonnes, & lorfqu’on en a le teqis, & que la mer n’eft point trop agitée, on fait très - bien de le paquer. Tout cela deviendra clair, quand 011 connaîtra la pêche du nord & celle d’Yarmouth, dont il fera queftion dans les articles fuivans, & encore plus quand nous parlerons de la falaifon du hareng à terre. Mais je dois prévenir que les pêcheurs feront très-bien de caquer, habiller ou vuider les harengs qu’ils brailleront ou qu’ils faleronr.en vrac à la mer ; car fi, comme ils le font foyvent, ils braillaient ou paquaient en vrac des poif. fons qui ne feraient pas caques, ils fe rendraient coupables, fuivant l’article VI de l’arrêt du parlement de Rouen, de iyéf, qui défend aux faleurs à terre & aux pêckeurs à la mer de caquer, embrailler & paquer des harengs qui auraient été ainjibraillés en grenier à la mer; mais cet article n’interdit point les falures à la mer, puifqu’il eft dit, article XVIII, que les barrils de hareng venant de la mer en vrac , feront remplis de harengs loyaux & marchands, bien conditionnés, fans harengs de rebut, ni gais, & qu ils peferont, la faumure& la tare du barrit compris , au moins 2.85 livres, poids de marc ,& feront au moins pleins à j pouces au-deffus du jable ; à peine, contre les maîtres du bateau , d'amende ; & par un autre article, les harengs braillés en grenier, ne pourront être vendus que pour boufiet à la cheminée.
- Article IX.
- De la pêche du hareng au nord par les naturels du pays.
- S’il n’y a pas de preuves démonftratives qu’il y a beaucoup de
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- harengs dans le Groenland, an moins cela devient très-vraifemblable, quand on fait attention qu’on y trouve beaucoup de cabillauds, & de gros poiflons qui font la chaffe à ces petits ; car il eft paffé en axiome chez les pécheurs, qu’il y a beaucoup de harengs dans prefque tous les endroits fréquentés par les poiffons voraces ; & de plus, des voyageurs affurent avoir vu beaucoup d’arètes de harengs fur les rochers de ces côtes , où les oifeaux les avaient portées près de leurs nids.
- 366. Anderson s’efforce de prouver, on peut dire même qu’il prouve affez bien, qu’il y a une prodigieufe quantité de harengs dans le nord ; qu’il s’en détache de nombreufes colonies qui fe répandent en une infinité d’endroits i & que ceux qui ont échappé, foit aux poiffons voraces qui leur font la chaffe, foit aux pêcheurs qui leur tendent des piégés dans toute l’étendue de la longue route qu’ils parcourent, retournent à leur premier domicile dans les abymes du nord. J’ai rapporté la route que cet auteur leur fait tenir pour fe diftribuer en une infinité d’endroits, chapitre trois, article premier.
- 367. Effectivement on m’écrit d’Elfeneur que ceux qui habitent l’extrémité de la Norvège, vont chercher ce poiffon vers le nord, autant qu’ils peuvent y pénétrer avec leurs barques, & qu’ils fe mettent en mer immédiatement après ribël. On croit qu’én Jutland on en pêche beaucoup non-feulement avec des filets qu’on traîne, mais encore avec d’autres qu’on tend fur des perches ; mais comme ils préparent mai leur poiffon , on ne fait aucun cas de celui qu’ils falent ou qu’ils fument: ceux de Norvège font beaucoup plus eftimés.
- 368. Suivant M. Linné, la grande efpece de hareng ( ferait-ce le haï-bourg?) habite les mers occidentales i la petite efpece, le golfe de Bothnie. La mer Glaciale, du côté de l’Afie, très-abondante en harengs ; les Norvégiens voient toute l’année fur leurs côtes des harengs en plus ou moins grande quantité , fuivant les vents qui y régnent ; & fuivant les faifons ils font de différentes grandeurs & aulîî de différentes qualités.
- 369. On en trouve beaucoup à l’extrémité de la Norvège qu’on appelle le cap Nord, ils côtoient ce royaume, & les naturels en font des pèches confidérables. Aufli M. Framery, correfpondant de l’académie des fciences, conful de France de Norwege, m’écrit de Drontheim, que les cachalots qui font une grande dévaluation de harengs, les chaffent vers la côte i ce qui a engagé à rendre des ordonnances pour défendre de tuer des cachalots tant que la pêche du hareng dure, afin qu’ils continuent à les chaffer vers la côte qui a près de foo lieues de longueur : on fait d’abondantes pèches de hareng dans toute fon étendue , chaque année en deux faifons 5 l’une
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- HZ TRAITE1 DES P E C ti E S. Partie IL
- fe nomme <£hiver, & l’autre d'été ; la première eft la meilleure , foit pour la qualité, loit pour l’abondance du poiffon.
- 370. Je vois ailleurs que la pêche du hareng commence au-delà de Drontheim au mois de décembre ; qu’alors on en prend beaucoup, & que la plupart ont 7 à 8 pouces de longueur; que dans le mois de maison en porte plus de vingt mille barrils à Berghen dans des bateaux du port de 80 tonneaux. On en pèche aulïi beaucoup dans le mois de février, à 20 lieues à la ronde de Berghen; ces harengs ont 9 à 10 pouces de longueur; mais ils ne font pas d’auffi bonne qualité , & fe vendent beaucoup meilleur marché que ceux qu’on pêche en décembre à Drontheim.
- 571. On pèche encore dans les mois d’avril & de mai des harengs, mais d’une qualité 11 médiocre qu’on ne s’en fert que pour amorcer les haims des pêcheurs de morue ; de plus, font-ce de vrais harengs ? car on m’écrit d’ailleurs qu’on prend dans ces parages beaucoup d’une petite efpece de poiffon, qui a 13 à 14 pouces de longueur, ce font probablement les poiffons qu’on nomme dans la Manche harengues ou grands gais. O11 ajoute que dans les mois de juin, juillet & août, on en prend de petits, fort bons, qui n’ont que fix à fept pouces de longueur : ce font peut-être des fardines. Enfin depuis le mois de juillet jnfques & compris le mois d’octobre, on prend une prodigieufe quantité de petits poiffons , qui n’ont que trois pouces & demi de longueur ; ils font très-gras & délicats : on marque qu’ils reffem-blent beaucoup aux anchois. On les fale ordinairement avec du fel de France, & on les paque dans de petits barrils, à peu près comme les anchois.
- 372-. Ces différentes efpeces de harengs fe diftribuent dans toute la Baltique, en Pologne, en Pruffe , en Suede, en Danemarck, &c. M. Fra-mery ajoute qu’011 prend beaucoup de colins fur les côtes de Norwege , & qu’on les file. Je rapporterai, par addition à la morue, ce qu’il me marque fur la façon de pêcher ce poiffon dans le nord. Je me contenterai pour le préfent de dire qu’on y pèche différentes efpeces de petits poiffons à douze ou quinze brafîes des côtes , ou dans des anfes, avec des filets qui ont cent vingt ou cent trente braffes de longueur, & dont les mailles font plus ou moins ouvertes fuivant la groffeur du poiffon qu’on fe propofe de prendre.
- 373. J’ai lu je ne me rappelle plus en quel endroit, qu’on prend en Norwege, des harengs avec des haims qu’on ajufte au nombre de trois ou quatre au bout d’une ligne : apparemment que cette pèche reffemble à celle que nous avons décrite dans la fedion de la morue, & qu’on nomme à la faux ; ou plus vraifemblablement ce l’ont quatre ou cinq haims empilés à l’extrémité d’une corde à peu près comme au libouret ou au grand couple, {311e nous avons décrit première partie, première fedion. On m’a encore-
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- Sect. III. De Palofe 3 & des poijjbfts qui y ont rapport. irj
- alluré que dans les golfes où l’eau gele, on fait des trous dans la glace, & qu’on prend beaucoup de hareng par la méthode que j’ai rapportée à la première partie, troffieme fe&ion, & à la fonte des glaces, la mer en jette beaucoup à la côte.
- 374. Anderson affirme qu’il s’en raflemble de fort gros dans les golfes d’Islande. Horrebows dit que cela n’arrive qu’accidentellement, & qu’on eft quelquefois plufieurs années à n’en avoir que fort peu. Il convient néanmoins qu’il y a une elpece de petits harengs qui fe raflemblent à la côte en pro-digieufe quantité, étant pourfuivis par les cabillauds qui en font très-friands : peut-être ces petits poilfons font-ils des fardines ou des fprats, dont nous parlerons.
- 37f. Horrebows dit encore qu’on en diftmgue de deux efpeces, un qu’ils nomment fandherring, hareng de fable, parce qu’il fe trouve fur les bancs de fable ; ils nomment l’autre loaddenfild, hareng rude , parce qu’il a fur le dos quelque chofe de rude, que Horrebows compare à des poils. Peut-être le traducteur ou l’éditeur a-t-il mis furie dos au lieu de fous le y entre.; &, li cela était, ce feraient les pointes que nos harengs ont fous le ventre. Quoi qu’il en foit, quand ces poilfons s’approchent des côtes, on juge qu’on verra bientôt des morues ou des thons. (18)
- 576. Cet auteur dit enfin que dans la Bothnie occidentale on les braille avec du fel * comme le font nos pêcheurs à la mer ; que vingt-quatre heures après, on les paque dans des barrils de différentes grandeurs, & qu’on les débite dans les pays & aux environs : il ajoute, qu’autrefois on çhoililfait les plus petits, & qu’après les avoir falés on les faifait lécher au four pour les envoyer dans les pays étrangers en préfent i mais que ce mets qu’on efti-niait alors, eft maintenant méprifé.
- 577. Il fe pèche dans le lac Ladoga en Mofcovie une elpece de hareng
- qu’on nomme ladog ; on le fale & on le paque a peu près connue on fait les harengs de l’Océan: quoique le commerce en foit conftdérable, il 11e fuffit pas pour la confommation des. Mofcovites, à çaufè de la multiplicité de leurs carêmes 5 ce qui fait que les Anglais & les Hollandais y en portent beaucoup. ;
- 378. Il y a des harengs fur les côtes de Suede .& de Finlande j je ne fais pour quelle raifon ils ne font pas eftimés, excepté une petite efpece qui fe trouve dans le golfe de Bothnie, qui eft d’un goût exquis : il refte à favoir fi c’eft un hareng ou une fardine. Vers l’équinoxe du printems, on pèçhe
- ( 1.8 ") On allure que les Islandais prennent encore aujourd’hui une quantité prodigieufe. de petits harengs, qu’ils entaffent vivans fur le bord de la mer , & qu’ils partagent en-tr’eux par tête.
- Tome XI. P
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- T RA 1 T E' D E S PECHES. Partie IL
- des harengs dans la Baltique & le Holftein. On prétend que dès l’année 116o, la pêche du hareng fe fàifait dans le Sund.
- 379. On dit que les harengs qu’on pêche en Norwege, ne font pasv auflî gros que ceux qu’on prend près d’Hitland ; que les Norwégiens ne les falent pas aufli bien que les Hollandais, & qu’ils les paquent dans des fûts de lapin qui leur donnent une mauvaife odeur ; néanmoins je crois que les Européens en ont fait des enlévemens confidérables, & que les ayant paqués'à leur façon dans des fûts de chênes, ils en ont fait de bonnes lalaifons qui payaient dans le commerce , pour harengs- de Hollande. Nous rapporterons dans la fuite, fur cela , quelque chofe de plus précis. Enfin on fait des pèches & des falaifons confidérables auprès d’Albourg, dont on fait trafic fur les côtes de la mer Baltique ; on en tranfporte même à Hambourg , où néanmoins les lalaifons de Hollande font plus eftimées.
- 380. Nous avons dit que la côte de Norvège eft très-abondante en harengs ; l’endroit de cette côte nommé Nordmfids, eft, à ce qu’on allure , finguliérement fourni de ce poiflbn; on le prend avec de très-grands filets qu’011 traîne ; chaque filet coûte au moins mille écus ; il faut pour en faire ufage , jufqu’à deux cents chaloupes montées chacune de quatre ou cinq hommes ; aufîi prend-on à cette pèche une énorme quantité de poilfons.Les harengs d’automne font plus gros que ceux du printems, & ils font' meilleurs ; on laie les uns & les autres ; les Hollandais viennent quelquefois en chercher , & en emportent des cargaifons entières. Ils tirent, comme nous l’avons dit, les harengs des barrils de fapin, où les pêcheurs du nord les ont mis \ & les paquent dans des barrils de chêne qu’ils apportent dans cette vue ; alors ces harengs font fort bons, & fe vendent comme des harengs de Hollande.
- 381. J’ajouterai à ce que je viens de dire, que j’ai vu quélque part que la pêche du hareng en Norwege , fur-tout du côté de Berghen 5 a été pendant un tems fi abondante , que nombre de vailfeaux de Danemarck, d’Allemagne , de Hollande , d’Angleterre & de France, avaient coutume d’aller tous les ans pêcher fur les côtes de Scandinavie ; mais qu’ayant fait des voyages infrudueux, on a préféré d’aller chercher les harengs à Hitlana & au nord de l’Ecolfe: néanmoins les harengs, comme nous l’avons dit, font abondans dans ces parages, & les naturels du pays en profitent. Je foupqonne cependant que malgré les défenfes qui ont été faites, quelques bâtimens Anglais & Hollandais vont acheter les harengs préparés par les naturels du pays , qui font communément trop chargés de fel & mal arrangés dans des futailles de fapin ; mais quand ils ont été paqués à la façon des Hollandais, ils fe vendent avantageufement.
- J 8A. Après avoir rapporté ce que nous avons pu tirer de différens me-
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- Sect. III. De talofe, & des poijjbns qui y ont rapport. 11 f
- moires que nous fommes parvenus à nous procurer fur la pèche du hareng dans le nord par les naturels du pays, nous allons parler plus pofitivement de celle qu’on fait aux environs des Orcades.
- Article X.
- De la pêche du hareng au nord, quon appelle du hareng-pec.
- ? 8-j. Les Européens ont probablement commencé la pêche du hareng près leurs côtes ; enfuite la navigation s’étant perfectionnée, ils ont été la faire dans les mers étrangères > les uns prétendent que ce font les Bafques qui ont montré l’exemple aux autres pêcheurs, en allant prendre le hareng jufque dans le Groenland. Mais en fuppofant que ce fentiment foit folidementétabli, il eft certain que les Hollandais ont beaucoup furpalfé leurs maîtres.
- 384. Prenant les chofes dans l’état où elles font, la pèche du hareng au nord eft la première de celles que font les Hollandais, quelques Anglais & quelques Français. Nous avons déjà dit que les Français & les Anglais la pratiquent très-peu en comparaifon des Hollandais ; ceux-ci n’épargnent rien pour la foutenir ; ils font tous les ans des arméniens considérables, & il part de toutes les provinces un nombre de bateaux pour fe rendre au lieu où ils doivent faire cette pèche. Cependant pour quelque caufe que ce foit, elle eft confidérable-ment diminuée depuis 80 ou 100 ans 5 puifque de 1 foo vailfeaux qu’011 y employait au commencement du fiecle pafle, 011 n’y en envoie plus maintenant que zfo ou 500 ( 18 ).
- }8f. Assurément les Hollandais font cette pêche avec toute l’économie poflible ; il n’y a précifément dans chaque bâtiment que le nombre d’hommes néceflaire pour la manœuvre & pour la préparation du poiifon, qui fert en grande partie à la nourriture de l’équipage. Néanmoins la cherté de tout ce qu’on emploie pour ces arméniens, a tellement diminué le profit, que fi la nation regarde cette pèche comme intérelfante, c’eft plutôt par le débouché des marchandées que l’on confomme, que par le profit qu’011 fait iur la vente du poiifon ( 19).
- (18) S’il eft vrai , comme l’auteur du Diétionnaire de commerce l’affirme, qpe la pêche du hareng occupe environ 20000 perfonnes , que les Hollandais prennent & débitent, année commune, 300000 tonnes de ces poiflons, que leur principale pêche (e fait dans le nord, & qu’enfin les bûches Ou buyfes, bâtimens qu’ils y emploient, ne font que du port de 48 à 60 tonneaux, il faut néceflairement que le nombre de ces
- derniers foit beaucoup plus grand quel’au-teur ne l’a dit dans cet endroit.
- ( 19 ) En fuppofant réelle cette diminution de bénéfice pour les Hollandais, ne faudrait-il point en chercher la caufe dans l’attention que les Anglais donnent à cette pêche depuis plufieurs années , & que la ja-loufie de ces deux nations rivales pour 1$ commerce augmente encore.
- P ij
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- u6 TRAITÉ’ DES PÈCHES. Partie IL
- 386. Les Dunkerquois, lesDieppois & d’autres pêcheurs de la Manche ; y envoient de tems en tems quelques bâtimens ; mais aflez fouvènt ces bâti-mens font autant deftinés pour la morue que pour le hareng, de forte que quand ils n’ont pu faire une cargaifon complété de morue, ils eflayent d’achever leur chargement avec du hareng.
- •3 87. On fait encore des pèches confidérables de hareng, aux environs des isles Schetland, fituées dans les mers d’Ecolfe, plus au nord que les Orcades, & ils y paraiifent .au commencement du mois de juin. Et comme ces pêches ont l’avantage de précéder celles de nos côtes, & que les harengs de primeur très-délicats fe vendent un prix avantageux, Citât que les bâtimens font rendus dans leurs ports, les marchands eifayent d’en faire promptement des envois. Les Hollandais diftribuent ces harengs, non-feulement dans leurs différentes provinces, mais encore dans tout l’empire, ce qui leur fournit un débouché très-avantageux.
- 588. On eftime tellement les harengs pecs ou du nord, en Hollande, qu’au commencement de la iaifon, 011 les y acheté fort cher, pour s’en régaler ; car ils en font autant de cas que les Lévantins de la iàrdine & des anchois : fouvent ils les mangent cruds avec de l’huile, comme nous faifons les anchois. Quand, à mefure qu’on avance dans la faifon de la pêche au nord, ces poiifons deviennent plus communs & moins chers, les armateurs en emploient beaucoup à avitailler leurs navires.
- Defcription du hareng pec ou du nord.
- 589. Jaques Solas Dodd , dans un ouvrage intitulé : Ejfai d'une hijloire naturelle du hareng, en un volume in-8°. donne une defcription anatomique très-circonftanciée du hareng. Comme ces détails n’entrent point dans le plan de mon travail, & comme j’ai donné une defcription exacte de nos harengs, je me contenterai d’indiquer ici fommairement en quoi les harengs pecs different principalement de ceux qu’on prend dans nos parages.
- 590. Les harengs pecs ou du nord font très-gras j on peut, pour la grof-leur, les comparer aux plus gros que prennent nosrpècheurs; leur chair .yfl délicate & de bon goût, '& on en fait de bonnes fa Iaifon s j néanmoins comme ils font gras & huileux,’ ils exigent plus de foins pour être confervés, & leur chair n’eft jamais aufïi blanche que celle des harengs qu’on fale fur nos côtes. Ils font.tellement cftimés en Allemagne, qu’on peut dire que ce font les far-, dines des peuples du nord i 011 en prend quelques-uns , mais fort peu, de gais qui n’ont ni laites ni œufs., La plupart font donc pourvus,, de laites & d’œufs, mais qui ne-font que. commencer à fe; former, les œufs four,petits, relferrés 6c occupent un moindre volume que quand ces poiifons font près de frayer,,
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- ce qui fait que quelques-uns ont dit qu’ils étaient tous gais : peu à peu les œufs augmentent de volume, ils blanchilfent & deviennent par degrés propres à produire l’énorme quantité de harengs qui peuplent en quelque faqon tout le globe.
- Détails fur la pêche du hareng aux côtes de Hitland ou Schetland•
- 391. Ce poiflon commence ordinairement à paraître aux côtes de Hitland ou Schetland, vers le commencement de juin ; il y eft plus abondant en juillet, & il y féjourne jufqu’aux environs de la fin d’août : tout cela eh ce qui fe palfe communémenti car, comme nous avons déjà eu occafion de le faire remarquer, la harengaifon paraît plus tôt ou plus tard, certaines années, dans tous les parages où l’on en fait la pêche. ’ .
- 592. Les Hollandais ne fortent ordinairement de chez eux, pour aller faire cette pêche, que vers la mi-juin, & quand ils feraient rendus des premiers au lieu de la pèche, ils ne mettraient jamais leurs filets à la mer plus tôt que le foir de la Saint Jean, après le foleil couché 3 alors à un lignai que l’on donne, on met les filets à la mer i ils font même ferment avant leur départ de ne la pas commencer plus tôt, parce qu’011 prétend que jufqu’à ce tems les harengs ne font pas parvenus à leur perfection, & qu’on n’en peut pas faire de bonnes falaifons. Les maîtres & les matelots font obligés à leur retour d’attefter que ni eux, ni aucun de leurs camarades, n’ont contrevenu à cette loi, qui s’exécute ponctuellement pour maintenir la réputation que fe font acquifes les falaifons que les Hollandais font de ce poilfon ; il y a même un traité palfe entre la Hollande & la ville de Hambourg, dans lequel il eft fpécifié que cette loi fera fidellement obfervée.
- 393. Les bûches Hollandaifes étant alfemblées aux environs de Hitland, & le tems fixé pour la pèche étant arrivé,.ils fe mettent en mer, fe portant au nord-nord-oueft i ils jettent leurs premiers filets près de Fayrhille & de Bou-keners, d’abord après minuit, car la pèche ne fe fait jamais pendant le jour, pour mieux reconnaître l’étendue des bancs qu’011 prétend appercevoir par le brillant çle leurs yeux & par celui de leurs écailles. Je crois que c’eft plutôt par la lumière phofphorique qui fort de l’eau de la mer quand elle eft agitée par ce grand nombre de poilfons, quand ils font près de fa furface ; dans cette circonftance, on apperçoit le jour la furface de l’eau agitée. On préfume encore qu’il y a des bancs de harengs, quand on apperçoit despoitfons voraces, tels que les marfouins, les chiens, les baleines, &c. qui les chalfent avec fureur. Les pêcheurs dirigent donc leur route fur ces indications; mais en outre ce s poifi fons font attirés par la lumière des fanaux que les bateaux portent au beaupré.
- 394. Suivant des relations qui parafent fidelles, plus on tire vers le
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- pôle, plus on trouve de harengs ; c’eft pourquoi les pécheurs qui dérivent avec leurs filets, portent, autant qu’ils le peuvent, au nord-nord-oueft, pour aller à la rencontre des bancs. Mais comme la manœuvre des pêcheurs dans ces parages eft à peu près la même que celle qu’on obferve à Yarmouth , nous croyons devoir remettre à en rapporter les détails, quand il s’agira de la pêche dans le nord de l’Angleterre ; nous ferons feulement remarquer que les Hollandais n’ont pas coutume d’amener leur mât quand ils font en pêche, comme le font les Anglais & les Français.
- 39y. Quoiqu’ils tendent leurs filets à l’entrée de la nuit, ils ne reftent pas long-tems à la mer, parce que dans cette faifon & dans ces parages , il y a peu d’intervalle entre le coucher & le lever du foleil j ils relevent vers les deux heures du matin.
- 396. Autrefois les pêcheurs de la Manche qui appareillaient pour faire leur métier hors le canal, s’établilfaient au nord de l’Ecolfe ; enluite ils ont été, comme les Hollandais, jufqua Hitland, s’engageant avec leurs équipages , comme pour la pêche de la morue, d’appareiller pour la France le lendemain de la Saint Barthelemi, pour fe rendre à tems de faire la pèche d’Yarmouth & du canal.
- 397. Le vrai parage pour faire la pèche qu’on appelle du nord, eft depuis le petite isle Fayrhille au nord-oueft des Orcades, & autour de l’isle de Hitland j cependant la côte de l’eft de cette isle paife pour être très-poiifonneufe. On imagine bien que dans les mers du nord, comme dans les nôtres, il fe mêle beaucoup de poilfons voraces avec les harengs ; il s’y rencontre aufli de gros maquereaux qui n’ont ni laite ni œufs , mais dont la chair eft fort bonne ; & quand les pêcheurs en ont le tems, ils en prennent avec des haims ; ils prennent aufli quelquefois beaucoup de colins ou de morues noires, & dans ces cas ils en falent.
- 398. Jaques Solas Dodd, dit que les harengs qui font pêchés les premiers , avant qu’ils aient dans le corps de la laite ou des œufs, font les plus délicats j ainfi il ne faut pas les confondre avec les harengs gais, qui font vuides parce qu’ils ont frayé. Quoi qu’il en foit, les harengs qu’on prend en différens parages , ne font pas de la même taille : nous avons déjà prévenu qu’il faut que l’ouverture des mailles foit proportionnée à la groifeur des poilfons ; 8c que des pêcheurs de la Manche qui avaient été s’établir à Hitland avec leurs filets, 11’avaient prefque rien pris, pendant que des Hollandais qui étaient munis de filets dont les mailles avaient des ouvertures confidérables, faifaient une bonne pêche. Les mailles des filets pour la Manche ont ordinairement douze lignes d’ouverture en quarré , & ceux pour Hitland treize ou quatorze.
- 1 399- Ces tiifures font tannées, & ont cinq à fix cents toifes de longueur.
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- Je ne fais fi le tradudeur d’Anderfon était bien informé, lorfqu’il a dit que les Hollandais font des filets tricotés avec une forte de grofle foie 7 qu’ils bruniffent en les expolànt à la fumée ; & que ces filets durent fort long-tems. Mais comme il faut au nord, ainfi que dans la Manche, établir le filet plus ou moins profondément dans l’eau, proportionnellement au lieu que le poilfon y occupe, les bandingues des Hollandais pour la pêché au nord ont jufqu’à huit brades de.longueur, parce qu’il y a une grands profondeur d’eau, & que le poilfon s’approche moins de la furface qu’à Yarmouth & dans la Manche.
- 400. Cette pêche fe failànt durant les plus grandes chaleurs de ces climats, qui font confidérâbles, parce que le foleil eft prefque toujours fur l’horifon 5 quand le poilfon donne abondamment dans les filets , les pêcheurs ne les retirent de l’eau que par parties , & proportionnellement à ce qu’ils peuvent en préparer & faler lur-le-champ s quand ils en ont fur lè pont environ quatre lafts, ils les préparent, & enfuite retirent de l’eau la partie du filet qu’ils y ont lailfée. Sans ces précautions, ces herengs qui font très-gras & délicats, & qu’on tire de Peau lorfque Pair eft chaud, tourneraient avant d’être mis dans le fel ; car comme les nuits font courtes, on releve les filets lorfque le foleil eft déjà très-brillant ; & quelquefois on eft obligé de les lailfer à Peau toute une journée lorfqu’il furvient des gros tems. Il n’eft pas douteux que les poiffons fouffrent de refter ainfi long-tems dans les filets 5 mais ils ne s’endommagent jamais autant que s’ils étaient hors de l’eau & fur le pont.
- 401. Quand le filet n’eft chargé que de deux ou trois lafts de poilfon, ils lé tirent en entier, & fe mettent fur le champ à apprêter ce qu’ils ont pris : en un mot, aufli-tôt que le poilfon eft tiré de Peau, tout l’équipage fe met à le préparer, à le mettre en fel & en tonne. Ces opérations doivent fe faire avec toute la diligence polîible & beaucoup de propreté ; ce qui eft exécuté plus ponctuellement par les Hollandais que par toute autre nation 5 & ces attentions leur ont principalement acquis la réputation dont jouilfent leurs falaifons.
- 402. Quelquefois les pêcheurs changent de pofte pour elfayer d’en trouver un plus avantageux ; comme il y a dalis ces parages cent bralfes de fond & plus, on ne mouille point l’ancre ; & pour refter en un lieu, ils mettent à la cape : c’eft, je crois, pour cette raifon qu’ils fe contentent d’amener leurs vergues , & que les mâts relient en place afin d’appareiller f>lus prorrîptement lorfqu’ils font obligés de mettre à la cape.
- 405. ON diftingue, à peu près comme dans la Manche, le hareng en trois clafles fuivant l’état où on le prend i lavoir, le hareng vierge ; je crois que ce font de jeunes harengs de primeur, peut-être ceux dont parle Jaques
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- Solas Dodd : le hareng plein ; communément les œufs font mal formés dans les harengs du nord : & le hareng vuide ; il eft encore plus rare d’en trouver dans ces parages de gais qui aient jeté leurs œufs. On fale chaque eipece à part, & on le met féparément dans des barrils.
- 404. Le hareng vierge eft donc celui qui n’a encore que de petits œufs & peu de laite > il eft fort délicat. Le hareng plein eft celui qui eft prêt à frayer, étant plein d’œufs & de laite, il eft dans ion état de perfe&ion & fort bon, mais rare dans ces parages. Le hareng vuide ou gai eft celui qui a frayé & qui n’eft pas , à beaucoup près, aufîi bon que les autres : je crois qu’011 en prend fort peu dans cet état. Au refte les réglements qui fixent la làifon où doit commencer la pèche du hareng, ne regardent point les vaift-féaux qui vont à la pèche du cabillaud ; il leur eft permis de prendre en toute faifon du hareng pour leur ufage, mais non pas pour le vendre.
- Intérêt des propriétaires des bateaux pêcheurs Hollandais.
- 40$. Il eft, comme je l’ai dit, de grande conféquence pour les intéref. fés à la pêche que font les Hollandais , d’avoir des harengs de primeur s c’eft pourquoi les marchands qui y envoient, arment toujours des allégés, qu’ils appellent chaffeurs ; & pour qu’elles puilfent reconnaître les bàtimens qui appartiennent à un même propriétaire, elles portent un pavillon au haut de leurs mâts ; la fondion de ces allégés, qui font ordinairement de petites galiotes, eft de ramalier, depuis le 2f juin jufqu’au if juillet, le poiifon que les pêcheurs ont pris & préparé en vrac, pour le porter diligemment en Hollande , où après l’avoir déchargé promptement, & pris ce qui peut être utile aux pêcheurs , elles vont les rejoindre pour faire une pareille manœuvre. A l’égard des marchands quand ils ont paqué dans des barrils les harengs qu’ils ont reçus en vrac , ils les vendent avantageufement fous la dénomination de harengs de chafjeurs. Mais paffé le 1 y juillet, ce tranlport précipité ne fe fait plus ; les pêcheurs falent en vrac, & paquent leur poiifon à leur bord, & ils les rapportent ordinairement eux-mêmes en Hollande i rarement ils les chargent fur des allégés.
- 406. Ces bàtimens chaifeurs qu’on nomme en'Hollande ventjagens, font aifervis, fuivant ce que me marque M. Allamant, à une police 3 ils doivent avoir une permiflion expreife de ceux qui font prépofés à la grande pèche i & comme les premiers harengs fe vendent le plus chers, on détermine; l’ordre dans lequel ils doivent etre expédiés par les pêcheurs. Il eft défend^ à ces chaifeurs de fe charger d’autre hareng que de celui qui a été pêché & falé par des vaiifeaux hollandais 3 il leur eft aufti défendu de vendre aucun hareng à la mer.
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- S'êct, III. De Vaiofe, 6? des pùiffons qui y ont rapport, isi
- 407. Les pêcheurs Hollandais quittent ordinairement le lieu de leur ^èche vers la fin d’août : lorfqu’ils ont leur chargement complet, ils retournent dire&ement en Hollande ; mais ceux qui n’ont point toute leur charge , côtoient en revenant le nord de l’Ecolfe, mettant toutes les nuits leurs filets à Peau pour compléter, autant qu’il eft polfible, leur chargement ; puis ils viennent fe rafraîchir chez eux, &fe préparer pour aller faire la pèche'à Yarmouth i quelques-uns même, après avoir envoyé par des allégés leur poilfon en Hollande, & tiré de leurs ports les filets dont ils ont befoin » continuent la pêche à Yarmouth fans interruption.
- 408. J’ai palfé légèrement fur tous les détails, & je n’ai infifté que fur les chofes particulières à cette pêche ; parce que ce qui manque ici, fe trouvera amplement détaillé dans les articles où il s’agira de la pèche à Yarmouth , à moins que nous n’en ayons parlé à l’occafion de la pèche dans 11 Manche.
- 409; Je me propofe de parler dans la fuite de ce qui regarde la préparation du poilfon i je remarquerai feulement ici par forme d’anticipation, que les Hollandais qui favent mieux que tous autres mettre leur tems à profit, ont foin quand le travail de la pêche ne les occupe pas, de tirer de la cale les poilfons qu’ils ont préparés en vrac pour les paquer fur le pont ; parce que le poilfon qu’on met en quarts, fe conferve beaucoup mieux que quand il n’eft falé qu’en vrac. Cependant à leur arrivée en Hollande on les paque de nouveau, & on les prelfe fi bien, que quatorze barrils paqués à la mer n’en font plus que douze.
- 410. Le foin que les pêcheurs Hollandais ont d’habiller & de faler en vrac chaque jour le poilfon qu’ils ont pris la nuit, & de le paquer aufli-tôt qu’ils jugent que leur poilfon a pris fel, joint à l’attention que les marchands de Hollande ont de le bien paquer à terre avec une luifilànte quantité de gros fel, fouvent même avec celui de Brouage , & de paquer les harengs lés mieux conditionnés féparément de ceux qui ont quelque défaut, comme nous dirons dans la fuite : ces attentions ont mérité aux harengs de Hollande la réputation dont ils jouilfent II nous refte à parler de la pèche du hareng qu’on nomme d’Yarmouth i nous allons nous en occuper. !
- Article XI. »
- \&e la pêche du hareng au nord de VAngleterre, quon a coutume de nommer
- • d’Yarmouth.
- < 'f . . , I
- >: 411.' Jaques Solas Dodd , que j’ai déjà cité , décrit la route que les harengs fuivent autour des isles Britanniques , & il indique les faifons où
- Tome XI, Q.
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- rn T RA I TE’ D E S PECHES. Partie llr
- ils parailfent dans ces différens parages, ainfi que le tems qu’ils y féjournent; à notre égard nous nous bornerons prefque à parler de ce qui regarde les parages qu’on nomme dy Yarmouth.
- 412. Nous avons dit que ce font les Hollandais qui font principalement la pèche du hareng aux isles Schetland ou Hitland, fans néanmoins que cette pêche foit interdite aux autres nations ; de même les Anglais font la plus grande partie de la pèche de ce poiffon dans la mer qui eft au nord de leur isle, quoique les autres nations la puilfent faire ; & cela n’eft pas furprenant puifqu’ils font cette pèche tout près de leurs côtes , comme les Picards & les hauts-Nornrands dans la Manche. Les Anglais fe réfervent feulement, & exclufivement aux autres pécheurs , une certaine étendue de pèche à une petite diftance de leur côte; & pour fe la conferver, ils entretiennent une couple de bâtimens gardes-pèche, qui en écartent les pêcheurs des autres nations.
- 413. La pèche nommée d’Yarmouth fe fait depuis Oxford jufqu’à l’eft
- d’Yarmouth, & s’étend à huit, dix ou douze lieues au large. Les pécheurs Anglais , comme nous l’avons dit, s’approchent plus de leurs côtes que ceux des autres nations; néanmoins pour éviter les écueils qu’ils nomment de Saint Nicolas, & des bancs d’Yarmouth, ils fe tiennent un peu au large; mais au commencement de la faifon de cette pêche, ils approchent le plus qu’ils peuvent de ces bancs, parce qu’il y a ordinairement beaucoup de poiifon ; puis ils fe portent vêts l’entrée de la mer d’Allemagne du côté de l’embouchure de la Manche, pour le fuivre jufqu’à la hauteur d’Oxford & de Tanet; ce poiifon eft nommé d'Yarmouth, quoique les parages de ce nom ne s’étendent pas aux endroits que je viens de nommer ; mais on a coutume de conferver ce nom, parce que prefque tout le poiifon que prennent les Anglais dans une aflez grande étendue, eft porté frais à Yarmouth où on le prépare, ce qui a fait nommer cette pèche à'Yarmouth & harengs (fYarmouth, tout ce qu’on prend dans ces parages. Les Hollandais & le£ Français leur donnent aulfi ce nom, quoiqu’ils, emportent chez eux. leur poiifon falé en vrac ou paqué, fans le dépofer à Yarmouth, comme le font les Anglais. ' " - \
- 414. Il y a eu un tems où les bancs de harengs fe ralfemblaient en
- quantité aux côtes méridionales de l’Ecoife; alors les Anglais portaient leur poiifon à Dumbar, où ils le préparaient comme on fait maintenant à Yarmouth. Les harengs en abandonnant les côtes d’Ecolfe * au’ moins en partie ». fe font portés prés de celles d’Angleterre, où maintenant il s’en prend quelquefois une telle quantité , que cette pêche eft communément plus utile aux Anglais, que celle de la morue verte ou feche; aufîi pour la* favorifer, ils l’ont déchargée de tous droits, péage, fubfiftance, gabelles, &c. les pêcheurs preni nent feulement un congé à Yarmouth. f
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- 41 f. Les bateaux français font équipés comme pour la pèche dans la Manche, avec cette différence qu’ils prennent des manets qui ont les mailles plus ouvertes , & qu’ils embarquent à frais communs pour cinq ou lix femaines de vivres, avec quelques barrils de bifcuit pour y avoir recours dans le befoin. Lorfque la pèche du premier Voyage eft heureufe, ces vivres leur fulEfent ; mais fi elle eft mauvaife, & qu’ils prévoient être obligés de tenir la mer plus long-tems, ils diminuent les rations, économifent leurs vivres, & ont recours au bifcuit qu’ils ont embarqué par précaution : comme ils font obligés de préparer leur poilfon à bord, ainfi qu’on le voit repréfenté pl.lV ,fig. f, ils embarquent du fel & des barrils.
- 416. Lorsqu’ils entreprennent une petite pèche à peu de diftance de l’embouchure de la Manche, ils embarquent quelques barrils avec un peu de fel, & chacun prend Ion pain, comme ils ont coutume de le faire, quand ils font leur petit métier dans la Manche. Les bateaux étant ainfi équipés, ils fe rendent à leur pofte ; & quand ils font arrivés fur le lieu de la pèche, ils fe démâtent comme dans la Manche, & mettent de même leurs filets à la mer.
- 417. Les Anglais étant fort à portée du lieu de la pèche, emploient de petits bateaux, & le rendent fouvent au lieu de la pèche à force de rames;* quand ils fe fervent de voiles, ils fe démâtent comme les Français.
- 418. A l’égard des Hollandais, ils carguent leurs voiles, amènent leurs vergues, & confervent leurs mâts, comme ils le font au nord. Leur ufage a long-tems été de faire fuivre leurs bateaux pêcheurs par des bàtimens légers , qui iç chargeaient du poilfon à mefure qu’ils le prenaient, & fe rendaient dans les ports de Hollande où on le préparait. Mais, foit qu’ils aient éprouvé des pertes de poilfon, à caufe des vents contraires qui retardaient l’arrivée des allégés, foit qu’ils aient trouvé que ces bàtimens de tranfport leur occalîonnaient des frais conlidérables, la plupart n’ont plus d’allege à leur fuite, & ils falent leur poilfon à bord comme les Français, ce qui, à la vérité, les oblige de faire plulieurs voyages ; tantôt parce qu’ils ont pleine cargaifon, d’autrefois parce qu’ils manquent de vivres ou de fel, ou parce que leurs filets ont fouffert de grands dommages.
- 419. On peut fe rappeller ce que nous avons dit dans la fedion de la morue , que les bàtimens qui vont faire cette pèche dans l’Amérique fepüentrio-5 ftale, pèchent quelquefois du hareng avec les mêmes filets qui fervent à prendre des capelans, fécondé partie, première fecftion ; & que quand la pèche de la morue n’avait pas été heureufe, ils falaient quelquefois des harengs.
- 420. Les bateaux hollandais qui viennent s’établir à Yarmouth, au retour de la pêche de la morue ou du hareng pec, ayant des allégés, au lieu
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- de faire plulieurs voyages qui interrompent la pêche, ils envoient en Hollande les paidons qu’ils ont fklés en vrac, & tirent par leurs allégés tout ce dont ils peuvent avoir befoin.
- 421. De plus, les Hollandais ont prefque toujours fur le lieu de la pêche , foit au nord, foit à Yarmouth, une flûte d’environ deux cents tonneaux , armée aux dépens de tous les bàtimens de leur nation ; elle fert d’hôpital pour les matelots qui tombent malades, & 011 leur fournit tout ce qu’exige leur état ; même quand ils en font requis, ils ne refufent pas ordinairement de recevoir les matelots Français, moyennant une petite rétribution ; aflurément une telle précaution mérite bien des éloges.
- Defcription des harengs qu'on pêche à Yarmouth.
- 422. Nous avons déjà dit que quand les harengs quittent le nord, ils rangent les Orcades, & que traverfant la mer d’Allemagne, que nous nommons auffi du nord, ils fe rendent à celle d’Angleterre ; & comme à cet endroit la mer eft plus reflerrée que dans la mer d’Allemagne, le poilfon s’y trouve plus raflemblé & plus aifé à prendre ; à plus forte raifon quand ils paflent de la mer d’Angleterre dans la Manche, & qu’ils parcourent les côtes de: Flandres , de Picardie & de Normandie. D’après cet expofé, il pa-îaît que les harengs pecs ou du nord (21), ceux d’Yarmouth & ceux de la Manche, font les mêmes poiflons.
- 423. Néaî^moins les premiers font les plus gros & les plus gras; ils. font fort huileux; leurs laites, ainfi que leurs œufs, font petites & éloignées de leur état de perfection; alors ils reflemblent aflez au hareng hal-bourg que nous avons repréfenté ailleurs en petit : ils font ainii quand jls quittent les parages du nord, pour fe rendre au nord de l’Angleterre, eù ils féjournent jufques vers la fin d’oclobre. Ce font ces harengs qu’on nomme d'Yarmouth ; ils font moins gros & moins huileux que les pecs, ils ont pris une chair plus ferme, leurs laites font plus grofles, & leurs œufs mieux formés ; en cet état ils font inconteftablement plus propres à faire de bonnes falaifons ; la grande délicatefle des harengs pecs. & leur huile, les rendant difficiles à conferver. Les pêcheurs en font fi perfuadés, que les Anglais même & les Ecofiàis n’établirent guere leur pêche dans les. endroits à quelque diftance d’Yarmouth, où ils. favent que les harengs font fort gras à ceux d’Yarmouth n’ont pas ce défaut, & font excellens.
- 424. Quelques délicats prétendent que les petits harengs dç la Man-
- ( 21 ) On fe fouviendxa toujours que, fuivanfe notre auteur, ces deux termes font fyno* Btymes, quoique dans la réalité ils aient un fens très-différent.
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- Sect. III. De l'ctlofe, &des poiffons qui y ont rapport.
- che pêchés à mi-canal & en bonne faifon, ont plus de goût que ceux d’Yar-mouth. Ayant accordé qu’avec ces attentions on fait de bonnes falaifons dans la Manche, je crois pouvoir alfurer que les harengs d’Yarmouth font les meilleurs de tous ; il s’y en rencontre peu de gais, au contraire de ceux qu’on prend dans la Manche, entre lefquels il y en a beaucoup de gais à la fin de la faifon, & vers l’embouchure de la Seine ; on m’a affiné qu’il en ferait de même à Yarmouth, fi l’on y continuait la pêche jufqu’en décembre & janvier.
- 42f. On n’a pas de peine à croire que les harengs peuvent fe décharger de leur graiffe & de leur huile en changeant de climat, d’eau & de nourriture ; mais on dit qu’ils font plus longs au nord qu’à Yarmouth, & à Yarmouth que dans la Manche. Cette circonftance , fi elle était bien établie, ferait douter de l’identité de ces poiffons, puifqu’ils devraient paraître d’autant plus longs qu’ils feraient plus maigres j mais cette dimenfion n’a peut-être' pas été exactement prife, d’autant qu’au commencement de la pêche on en prend de petits, tant à Yarmouth qu’au nord. A l’égard de la différente qualité de la chair de .ces poiffons, elle dépend beaucoup des précautions que Fon prend pour faire les falaifons ; nous le ferons appercevoir dans la fuite. Par' exemple, comme il eft très-important que le hareng foit mis dans le fel au fortir de l’eau, ceux que les Hollandais & les Français pêchent à Yarmouth ont néceffairement cet avantage, puifqu’on fale le jour abord des bâtimens, pl- IV, fi g. f , les poiffons qu’on a pris la nuit j ce qui ne peut pas être exécuté: aufiî exaâement, lorfqu’on livre le poifïon frais dans les ports, parce qu’il furvient des gros tems & des vents contraires, qui empêchent de faire la li-vraifon aufli exactement qu’on le fouhaiterait.
- 426. On ne trouve guere dans ces parages que des harengs ; on y prend bien plus rarement que dans la Manche des celans, des roublots, des caran-gues, &c. mais il s’y trouve fouvent des chiens, de mer qui déchirent les filets,, ce qui détourne beaucoup de pêcheurs de la Manche d’aller faire cette pêche..
- Du tems du départ des pécheurs pour Yarmouth.
- 427. Pour fatisfaire à cette queftion, il fuffit de favôir que les premiers bancs de harengs paraiffent à Yarmouth vers le 10 ou le 12 de feptembre y qu’il y en arrive de plus confiderabîes 5à la fin de ce mois ; que ceux qui s’y rendent en octobre, font moins abondans,. & qu’ils fe portent volontiers du: côté d’Oxford & de Tanet. Etant prévenu dé cela, il eft fenfible que les Anglais font bientôt rendus au lieu de la pèche » & les Hollandais ainfi que les Français, doivent partir de chez eux, les uns plus tôt & lés autres plus tard',, fuivant le tems qui leur eft néceflaire pour arriver à leur pofte avec les bancs.
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- US TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- de harengs.: quelquefois les Hollandais s’y rendent dire&ement du nord, fins avoir paifé chez eux ; & dans ce cas ils ont, comme nous l’avons dit, des allégés qui leur apportent cé qui leur eft néceffaire, principalement des filets dont les mailles foient proportionnées à la groffeur du poiffon, qui eft moins gros à Yarmouth qu’à Hitland.
- 428. J’ai dit que les Anglais étaient fi à portée des parages où l’on fait la pêche d’Yarmouth, que fouvent ils fe fervaient de leurs rames pour s’y rendre ; il faut excepter ceux qui partent des ports que les Anglais ont dans la Manche, depuis l’isle de Wight jufqu’à la baie d’Unington : ceux-là font la pêche de la Manche & d’Yarmouth, à peu près comme les hauts-Normands.
- Des bâtimens dont fe fervent les Anglais, les Hollandais & les Fr an-qais pour la pêche d? Yarmouth.
- 429. Les Anglais fe fervent pour cette pêche de bâtimens de beaucoup de fabriques différentes, entre lefquels il y en a qui font affez femblables aux gondoles de Dieppe, qu’ils équipent à peu près comme les Français, cependant l’arriere eft ordinairement plus étroit, & ils ont moins de quête ; leur port eft de vingt ou de vingt-cinq tonneaux : ces bateaux, qui font en petit nombre, viennent des ports que les Anglais ont dans la Manche, & la plupart préparent leur poiffon à bord : le plus grand nombre peut être comparé aux petites çrevelles de Dieppe, ou aux quenouilles du Pollet, finon qu’ils font moins longs & plus larges ; leur port eft depuis huit juf. qu’à quinze tonneaux; leur voilure eft rarement quarrée; la plupart font en langues : enfin, comme nous l’avons dit, ils emploient à cette p'êche des bâtimens de bien des fabriques différentes ; & l’on diftingue dans le nombre de petits lieux, des finacs, de grands bateaux ou doubles chaloupes, &c. & il s’y en rafsemble quelquefois jufqu’à deux mille, qui, comme le font les pêcheurs de-la Manche, apportent leurs poifsons frais à leur port; favoir, à Yarmouth, ou à la rade des deux Krikeley. On fixe tous les lundis le prix du hareng; & ceux qui arrivent pendant la. femaine, font livrés fur ce pied..
- 430. Les filets des Anglais font plus fins & ont moins d’éténdue que ceux des Français & des Hollandais; leurs bateaux, comme nous l’avons dit, fe rafsemblent près de la côte, & les frégates gardes-pêche ne permettent pas qu’il s’y établifse des bâtimens d’autres nations ; non - feulement parce que dans cette réfèrve il fe trouve ordinairement plus de poifson qu’ail-leurs, mais encore pour éviter que les grands filets français bu hollandais lie fe mêlent avec les leurs qui font fort déliés.
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- 431. En général, les bâtimens hollandais font bien plus commodes pour la pêche que ceux des autres nations, leur pont ayant beaucoup plus d’étendue , & n’ayant point de dannes ou de huches comme les Français ; ce qui fait qu’ils peuvent mettre quantité de barrils fur leur pont, pour paquer leurs harengs, quand ils n’en ont point à mettre en demi-fel.
- 43 2. Au relie, les bateaux hollandais, pour la pêche à Yarmouth, font ordinairement les mêmes qu’ils emploient fucceflivement pour la pêche de la morue fur le Doggers’bank, & pour celle du hareng à Hitland ; leurs moindres bâtimens font plus forts que les plus gros des Anglais ; leur port eft de foixante tonneaux ; leurs équipages font tous au mois, ainlî n’ayant point d’intérêt au fuccès de la pêche, ils ne mettent leurs filets à la mer que par les beaux tems : il eft vrai que leurs équipages font proportionnellement plus faibles que ceux des bâtimens français ; & c’eft en partie pour cette raifon & à caufe de la grandeur de leurs bâtimens, que la plupart n’abattent point leurs mâts, comme font les Français & les Anglais ; quelquefois ils portent une petite voile à l’arriere pour fie foutenir le bout au vent : je dis la plupart; car il y a quelques corves hollandaifes, d’ancienne fabrique, qu’on démâte lorfiqu’elles font rendues fur le lieu de la pêche.
- 433. Les Hollandais & les Français pêchent ordinairement dans les mêmes eaux ; mais les Hollandais, qui 11e pêchent que par les beaux tems, con-fervent communément leur polie ; au lieu que les Français, qui pèchent par toute forte de tems, changent fouvent de place, fur-tout quand ils eft perent trouver ailleurs plus de poiiTon.
- 434. Les pêcheurs hauts-Normands vont quelquefois à cette pèche avec des bateaux de foixante ou quatre-vingt tonneaux, qu’on nomme à Dieppe grandes gondoles, ou grands drogueurs ; ils font montés par vingt-quatre ou vingt-huit hommes ; les uns vont à Yarmouth, & d’autres relient par le travers d’Oxford & de Thanet. Les Dunkerquois emploient fouvent des corvettes de trente à trente-cinq tonneaux; & étant plus près du lieu de la pêche, ils,font fouvent deux & quelquefois trois voyages.
- 43f. On emploie quelquefois pour cette pèche hors le canal, & principalement pour Yarmouth, des bâtimens à deux ponts, qui ont fervi pour la pêche de la morue ; mais comme on fe fert plus ordinairement de gondoles ou grands drogueurs, nous allons en donner une defeription fom-maire, d’autant plus volontiers que ces bâtimens après avoir fait la pèche de la morue ± & celle, du hareng au nord ou à Yarmouth, font, enfuite celle du maquereau à l’isle de Bas: quelquefois on les mâte en frégate; mais pour la pèche pn les appareille communément en heu, pour pouvoir les manœuvrer avec moins de monde. i .
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- 426. Les unes font conftruites à cul quatre, d’autres à cul rond; elles ont cinquante à cinquante-deux pieds de l’étrave à l’étambot, quinze à feize pieds de maître-bau, la moitié en plate-varangue, cinq à cinq pieds & demi de façons à barrière, la moitié moins à l’avant ; fept à huit pieds de creux fous le maître - bau, environ quatre pieds de vibord ; la précinte eft placée à peu près ^ux deux tiers du creux ; leur tirant d’eau étant lege, eft de fept à huit pieds, & en charge de neuf à dix : elles ont une petite cabane au pied du grand mât, qui fert de chambre aux matelots, ce qui fait qu’elles ne peuvent parer que huit à dix avirons ; fans cette cabane elles pourraient en prendre quatorze : le grand mât qui eft vers le milieu, a cinquante-fix à foixante pieds de longueur; il porte la grande voile & le perroquet. Le mât d’avant qu’on nomme ie mâure.au, qui fert de mi-faine & porte le bourfet, a trente-huit à quarante pieds de longueur; en arriéré eft une elpece de bâton de pavillon de dix-huit pieds de longueur » qui porte une petite voile qu’on nomme U cultin ou le tourmentin.
- 427- Leur port eft de foixante-quinze a quatre-vingt tonneaux de poids; elles font montées de vingt à vingt-quatre hommes; favoir, un maître, un tonnelier, cinq mouffes, le refte en matelots. Le propriétaire du bateau, le maître & les matelots, fourniifent chacun une partie des filets, des cordages & des barrils de pèche, comme nous l’avons expliqué en parlant de la pèche dans la Manche ; nous y renvoyons aufli pour le détail des inftrumens de pêche, ainfi que pour la divifion des lots ; mais les vivres font payés par le commun , au lieu que dans la Manche chacun porte fes vivres ; il n’y a que la boiffon & la chaudière qui foient en commun. Le fel & les barrils pour la préparation du poilfon font payés par les intéreifés, de même que les gages dont on eft convenu avec le tonnelier, à quoi on ajoute un barril de harengs pour chaque voyage.
- 438. Nous avons déjà dit que pour Yarmouth les mailles doivent être plus grandes que pour la Manche, & moins que pour le nord, afin de les proportionner à la groffeur des poiifons. Les bandingues qui répondent aux barrils deftinés à foutenir la tiflure à une profondeur convenable dans l’eau, ne font pas, à beaucoup près, aufii longues que celles qu’on emï ploie pour pêcher au nord; on 11e leur donne au plus que deux à trois brades de longueur, parce qu’à Yarmouth des poiflons fe tiennent aflez près de la furface de l’eau ; ce qui oblige de raccourcir les bandingues & les balfouins. Les pêcheurs font même perfuadés qu’ils feraient encore une meilleure pêche, s’ils tendaient leur tilfure tout près de là furface de l’eau ; c’eft effe&ivement ce que font les Anglais en tenant les flottes de liege plus groffes, en fupprimant les barrils, & en tenant leurs1 filets plus légers que ne font les Français & les Hollandais.
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- 459. Dans les parages tels que la Manche où les poilTons fe tiennent tantôt plus, tantôt moins profondément dans l’eau, on eft obligé, fuiva^t les différentes circonftances, de changer la longueur des baifouins & des bandingues. Nous en avons déjà prévenu ; ainfi je n’entrerai point dans des détails fur la méchanique de cette pèche, fur la façon de mettre le filet à l’eau & de le relever , parce qu’elle ne différé point de ce que nous avons rapporté dans l’article de la Manche. Mais quoique nous ayons déjà dit que les pécheurs font obligés d’avoir des fanaux allumés lorfqu’ils font en pèche, il 11e fera pas fuperflu de revenir fur ce point qui eft encore plus important pour Yarmouth que pour la Manche, à caufe du grand nombre de vaiffeaux qui s’y rendent.
- 440. Quand les bateaux pécheurs font en dérive lur leurs filets, & qu’il y en a un qui vient à s’arrêter pour relever les liens, il lui eft ordonné de faire lignai par trois différentes fois avec un feu de paille, afin d’avertir les pécheurs qui font à la marée de déhaler aulîi leurs filets, & de mouiller leur ancre, pour éviter que tombant lur le bâtiment qui a mouillé, ils ne fulfent obligés de couper leurs filets, ou bien celui-ci ferait forcé de couper fon cable & de perdre fon ancre. A l’égard des pêcheurs qui feraient fous le vent de celui qui releve, ces lignaux ne les intérelfent pas -, ils peuvent continuer leur pèche s’ils le jugent à propos ; mais tous ceux qui mouillent pour relever leurs filets, font obligés, pour fe conformer à l’ordonnance , de faire les fignaux dont nous venons de parler. ( 22 )
- 441. Le fervice des équipages eft à peu près le même à Yarmouth que dans la Manche ; néanmoins comme ils font plus nombreux, il ne m’a pas paru fuperflu de dire quelque chofe des fondions de chacun des hommes qui le compofent > nous prenons pour exemple un équipage formé de vingt-deux hommes comme étant de force moyenne j voici à peu près les noms qu’on leur donne relativement à leurs fondions.
- ( 22 ) Outre ce que l’auteur rapporte en cet endroit de la police que les Hollandais fontobferver à leurs pêcheurs pendant leur travail, & ce que j’ai dit en général, note i $, fur cette matière, on en lira , je penfe, ici quelques détails avec plaifir.-D’abord la grandeur des mailles des filets deftinés pour cette pêche,eft rigoureufement déterminée,& ils ne peuvent être employés pour,aucune autre pêche. De plus, chaque pêcheur eft obligé de jeter fes filets à iqo braffes au 'moins de tous les autres bateaux, de 'garder deux feux dans l’intervalle, après quoi &'les filets jetés,il en éteint ùn<£ vaà'lâ dérive comme des àutrés.'S’il veut’s’arrêter & jeter l’ancre, Tome XI.
- il doit s’éloigner confidérablement du lieu où. fe fait la pêche ; mais s’il y eft contraint par quelqu’accident, il montre fon feu par trois fois & .à différens intervalles. L’apparition d’un quatrième feu annoncera que les filets font arrêtés à la mer, & on en confervera deux jufqu’à ce qu’ils foient entièrement dégagés. Au refte ,il eft défendu,fous peine de punition corporelle, d’en allumer fans nç-cefïité ni d’une autre maniéré qu’il n’eft prefcrit par l’ordonnance. Enfin lorfque la plus grande partie d’une flotte ceffe de pêcher & mouille l’ancre, tous les autres font obligés d’en faire de même , &c.
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- i3o T RA I T E DES PECHES. Partie H.
- 442. Le maître, qui eft à la barre du gouvernail quand on met dehors & pendant qu’on met le filet à l’eau, & encore quand on dérive fur les filets lorfque la mer eft agitée. Quand on eft à l’ancre & qu’on releve, ordinairement il prend le lanet pour recevoir le poiiTon qui tomberait à l’eau i il aide encore le tonnelier lorfqu’on fale. Un tonnelier : il prépare & enfonce les barrils lorfqu’on fale , il en fournit au forcibkmmt quand on met le filet à l’eau 5 & quand on releve, il les reçoit & les arrange auprès du cabeftan. Plusieurs fincdeurs : c’eft unfinceleur ou un contre-maître qui tient la tète du filet, & un autre le pied lorfqu’on le met à l’eau ; il en eft de même quand on le releve. Lesforciblemens font ceux qui démarrent les bandingues , & les baflouins quand on releve, & qui les amarrent lorfqu’on met le filet à l’eau. On nomme becs-d'ancre ceux qui lovent ou rouent le cable dans la foute, & qui mouillent l’ancre. Les cottiers font ceux qui parent le cable ou le halin au cabeftan. On appelle majjîers, ceux qui étant fous la danne, lovent le filet dans fa foute, ou l’eu tirent pour le fournir aux finceleurs qui le mettent à l’eau : quand il plie le filet dans la foute, on le nomme loveur. Comme l’équipage eft divifé en deux bordées, chacun fait à fon bord les fondions dont on vient de parler. Le plus fort des trois moufles leve le cable ou le halin qui eft au cabeftan ; alors on le nomme leveur : le plus faible l’allege, on le nomme allegeur; l’autre le reçoit du cabeftan pour empêcher qu’il ne rippe, 011 le nomme teneur ; le loveur le reçoit de ce moufle , & le love dans la foute. Quand il faut virer au cabeftan, foit pour lever l’ancre, foit pour tirer le halin lorfqu’on releve le filet., le tonnelier, les cottiers & quelques finceleurs y font employés. Quand 011 prépare le poiflon , tous les matelots A, pi. IV, jig. f , caquent; les contre-maîtres B, falent ; les garçons & les moufles C, fervent les mannes, & fourniflent le fel. Nous avons déjà dit que les inftru-mens de pèche ne font pas différens de ceux dont on frit ufage dans la Manche j ils ont feulement de plus ce qui eft néçeflaire pour faler , nous en parlerons lorfqu’il s’agira de la préparation du poiflon à terre.
- De la pêche du hareng fur les côtes d'Ecoffe & d'Irlande.
- 443. Nous pouvons être très-concis fur la pêche du hareng dans ces parages, puifque la pêche au nord de l’Ecofle différé peu de celle qu’on fait aux Orcades, & que celle d’Irlande reflemble beaucoup à celle d’Yarmouth.
- 444. On prétend que les harengs ne font pas auffi abondans aux côtes (VEcofle qu’ils l’étaient autrefois ; mais, comme nous l’avons déjà dit, l’abondance & la difette ne font pas des chofes coudantes.» les bancs fe portent tantôt d’yn côté 8c tantôt d’un autre, de forte qu’ils paraiflent certaines années en grand nombre fur une côte où pendant plufieurs années 011 11’en
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- SïeT. III. De l’alofe, g? des poiffons qui y ont rapport. 131
- voit que fort peu. Ayant égard à ces variations , il parait aflez ordinaire que la pêche aux côtes d’Ecoffe , commence vers la fin de juillet jufqu’à la mi-feptembre ; je crois qu’elle fe fait principalement depuis les environs de Bokenefs & de Seriniat jufqu’à Sainte-Catherine de Jarmaider.
- 44f. On dit qu’anciennement les Ecoflais fumaient tout leur poiffon, mais que maintenant ils le falent en blanc ; ce changement peut dépendre ou de ce que les harengs s’étant éloignés de la côte , les Ecolfais font obligés de les faler abord comme les Hollandais & les Français , ou de ce qu’on préféré à Livourne, à Venife, & en Italie où ils portent leurs falaifons , les harengs blancs à ceux qui font fauris.
- 446. A l’égard de l’Irlande, quoique leur pèche la plus considérable foit le faumon, les mers qui environnent cette isle font três-pourvues de harengs depuis le mois d’août jufqu’en o&obre ; ils falent tout le produit de leur pèche pour l’envoyer en Amérique , à Madere , aux Canaries , & même quelquefois en France ; mais c’eft en petite quantité : Waterfort eft fur-tout recommandé pour cette pèche. ( 23 )
- Des habillemens des pêcheurs d'Tarmouth.
- 447< Les Français ont les mêmes vêtemens que pour la pèche dans la Manche , dont nous avons parlé dans l’article qui regarde cette pèche.
- 448. Comme les Anglais la font prefque chez eux, ils font communément affez mai accommodés quand ils ne font point en travail ; ils ont de grandes cafaques qui defcendent jufqu’à la cheville du pied; elles çroifent par-devant & font boutonnées ; les manches font affez étroites & retrouffées ; elles ont un collet & font peu fendues, tant par derrière que fur les côtés ; ce font prefque les feuls pêcheurs qui fe fervent de chapeaux ; les autres ont des bonnets. Lorfqu’ils font en pêche , ils ôtent leur cafaque, & ont une culotte fort ferrée ; une chemifette avec de petites bottes qui ne paffent pas le genou ; pour certains travaux, ils prennent un cuirier, qui eft un tablier de cuir, à peu après comme les pêcheurs de morue ; ainft ils font vêtus plus à la légère que les Français.
- 449. Les Hollandais qui font toute l’année la pêche dans leurs bâtimens, font de tous les pécheurs les mieux équipés, tant pour leurs hardes que
- (23) On convient généralement que les ftation. Quant à la qualité, après les harengs côtes d’Ecoffe & d’Irlande font les lieux où de Hollande , ceux que les Irlandais pré-> les harengs fe raffemblent dans le plus grand parent, paffent pour être les meilleurs Les nombre, & conféquemment ceux où la pêche Ecoffais n’y réuffiifent pas fi bienàbear,-peut être la plus avantageufe. Auffi les coup près ,& ceux que l’on tire de l’Angl ^ Hollandais y établirent - ils leur principale terre propre leur font encore inférieurs.
- & ij
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- pour la commodité de leur emménagement ÿ la plupart ont une petite cabane pour fe loger ; & comme ils ne pèchent que de beau tems, ils -s’y renferment aufli-tôt qu’il fait mauvais. A l’égard de leur habillement ; ils ont. fur leurs caleçons une forte de jupon fait d’une groffe étoffe rouge ou bleue, qui leur defcend jufqu’â mi-jambe ; ils ont fur plusieurs veftes un cafaquin dont les manches ne vont qu’à mi-bras ; ils fe couvrent la tète avec des bonnets Flamands tricottés qui ont un petit rebord : pour le travail, ils ôtent l’efpece de jupon dont nous avons parlé ; ils prennent un cuirier, des bottines très-légères , des manigots ou bralfards de cuir, & des mitaines ou haie-avant de groffes étoffes. Prefque tous les matelots Hollandais favent le métier de tonnelier. ' . •
- Saletifon du hareng à la mer.
- 45'0. Quoique je me propofe de parler dans la fuite , & expreffément, des différentes préparations qu’on donne à terre aux harengs, je ne puis me dilpenlèr, en terminant ce qui regarde la pèche d’Yarmouth, de rapporter en peu de mots la façon de les ialer à la mer, puifque cette opération s’exécute dans les bâtimens pêcheurs ; elle fait partie de la pèche, & pour cette raifon elle doit être détaillée dans cet article.
- 4f i. On a vu que les pêcheurs de la Manche faifaient leur poffible pour livrer leur poiffon dans la journée qui fuit la nuit où ils ont été péchés ; ainli ils ne font point dans le cas de faire des falaifons à la mer ; fi la marée & les vents contraires les empêchent de gagner leur port , ils relâchent dans un port voifin, &y vendent leur poiffon plutôt que de le Hier. Il en eft de même des Anglais qui pêchent à Yarmouth, étant très-près de leurs côtes, ils y livrent leur poiffon aufii-tôt qu’il eft pris ; mais quand les pêcheurs de la Manche s’écartent de leur port, craignant de ne pouvoir le regagner à tems, & d’ètre ainfi expofés à perdre leur poiffon, ils embarquent quelques barrils de fel pour pouvoir au moins le brailler & le mettre en état de fe coiffer ver quelques jours; ce qui eft fouvent ftjffifant pour gagner leur port : cette préparation n’eft pas fuffifante pour les poiffons. qu’on prend dans le nord &à Yarmouth, il faut au moins les faler en vrac;.& même , autant qu’il eft poffible , les paquer en barrils : ainfi les Français & les Hollandais, pour rapporter chez eux tout le produit de leur pêche falée , font cette préparation à bord ; & pour cela ils fuivent tous, à peu près , la méthode que nous allons expofer en peu de mots, réfervant à entrer dans de plus grands détails à l’endroit où nous parlerons de la préparation du ha-Teng à terre. ‘
- 4fz. Les pêcheurs Normands, après avoir halé leur tiflure à bord ; mettent le poiffon qu’ils ont pris, dans des compartimens qu’ils font fur. le,
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- Sect. îil. De Talofe, & des poijjons qui y ont rapport. 133
- pont, & qu’ils nomment huches ou jardinets. L’équipage A,afîis fur le pont, pl. iVyfig. le caque, c’eft-à-dire, qu’ils prennent l’un après l’autre- les harengs , à qui ils ouvrent un peu la gorge avec un petit couteau , & lui arrachent les ouies que les pécheurs nomment guignes,; ils tirent en même tems l’eftomac & l’inteftin qui eft fort court. On met le poiiTon câq.ué. dans des mannes C, qu’011 porte à l’àrriere fous la danne, où on le braille 5 pour cela on le met avec du fel dans un grand baquet, ou dans une grande balîlne de cuivre faite comme une caiferole à deux ailles ; elle peut avoir vingt a vingt-quatre pouces, de diamètre , & ïix pouces de profondeur : on remue le poiifon avec le, fel j il en faut environ un boilféau & un quart par barril, ce qui fait, à peu près, un minot & demi pour chaque laftde harengs blancs j ' on verfe le poiifon dans des tonnes : en cet état, il ne pourrait le con-ferver que quelques jours ; c’eft pourquoi quand 011 n’eft pas dans le cas de rentrer promptement dans le port, 011 le met en vrac, dans des barrils que l’on talfe le plus que l’on peut avec un fouloir de bois 5 Ci même 011 en a le loifii*,. 011 met un faux-fond B fur le poiifon, & 011 le làute pour l’emplir le plus-qu’il eft poflible ; on laide enfuite, fi'Ton peut, le poiifon s’alfailfer pendant quelques heures, afin que le fel fe fonde 5 mais on eft fou-vent obligé* de précipiter toutes ces opérations à caufe des mauvais tems, ou pour débarralfer le pont, & afin de continuer la pèche : ces raifons engagent quelquefois à brailler ou à filer en vrac des poilfons qui ne font point caqués. Ce font ces harengs qu’il eft défendu par l’article VI de l’arrêt du parlement, de faler ou embarriller ; il faut le vendre aux craquelotiers.
- 45"3. Quelques précautions qu’on prenne à bord, il faut vuider à terre les barrils filés en vrac pour les paquer avec plus de foin, comme nous l’expliquerons dans la fuite. Voilà, à peu près, tout ce que j’avais à dire fur la pêche du hareng à Yarmouth ; je vais maintenant parler de fa livrai-fon dans le port.
- De la vente £=? de la livraison du poiffon cP Yarmouth dans les ports
- de la Manche.
- 45*4. Après avoir parlé de la vente & de la livraifon des harengs frais, il convient de dire maintenant quelque chofe des harengs braillés ou filés en vrac à la mer, & de rapporter l’ufage qu’on fuit pour les vendre & les livrer aux marchands ftdeurs.
- Il y a des bateaux qui n’attendent point pour revenir dans leurs ports, que leur cargaifon foit complété, fur-tout quand ils ne fe trouvent pasf fur des lits de harengs qui leur faifent efpérer de compléter promptement leur chargement. Ils appareillent encore pour revenir à demi-charge 3
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- lorfqu’ils efperent primer les autres & vendre plus avantageufement leur poi£ fon j ‘dans ce cas, ils ont de plus lefpérance de fe mettre promptement en état de faire un fécond voyage, ne fût-ce que pour s’établir à l’embouchure de la Tamifè, vers Thanet & Oxford,
- 4Quand les bateaux pêcheurs font entrés dans le port, on décharge les barrils, foit en les faifant couler fur deux bouts de mâts qui forment un plan incliné, foit en les élevant avec un palans & quand ils font plus hauts que le bord, des matelots qui font à terre les tirent hors du bâtiment en halant fur une manœuvre qui embrafle le barril s quand ils font alfez tirés en-dehors , les matelots qui font au palan en larguent le garand, & par cette manœuvre bien fimple , ils les mettent à terre fans courir rifque de le brifer. Si la marchandife n’eft pas vendue avant le débarquement, on les traniporte chez le propriétaire du bateau, où elle refte en magafin julqu’à ce qu’elle foit vendue, ou que le propriétaire du bateau l’ait prife pour fon compte. Comme le hareng eft dans des barrils, on n’en fait pas le tranfport dans des hottes ou des paniers comme du poiiTon frais, on charge les barrils fur des brouettes, ou des voitures qu’on nomme camions, nous en parlerons dans la fuite,
- 457. Il faut, avant la livraifon, acquitter les droits de quai, de douane, d’ocftrois, de ftibfiftance, &c. en forte que les propriétaires des bateaux font obligés, à leur arrivée, de fournir cinq ou lîx déclarations même à des bureaux où ils ne doivent rien payer j ce qui occalîomie des procès qui confomment les pêcheurs en frais, & quelquefois les empêchent de retourner à leur pèche , pour avoir manqué à des formalités qui ne font d’aucune confé-quence.
- 4f8. L’arrêt du parlement de Rouen, de , remédie en partie à cet abus, en ordonnant, article XIX, que pour éviter les abus rèfultans de la livraifon des harengs brailles au compte , accélérer la livraifon & U départ des bateaux , éviter la confufion & les difeufions réfultantes du mélange & du renvoi des barrils aux bateaux , le hareng braillé ne fera point vendu au mille , & le fera dorénavant au laf de dou^e barrils pleins ; comme il efl dit à l’article XVIII : il eft en outre dit, lequel hareng fera employé pour être fauri,bouffi, ou débité aux revendeurs. Cet article mérite explication j car le hareng mis en barri! & enfoncé , n’eft pas Amplement braillé , mais falé en vrac ; lequel, fuivant le même arrêt, doit être paqué dans le port en barrils : ainli ce ne font pas ces harengs qui doivent être braillés. Nous aurons occafion d’expliquer cela plus en détail.
- 4f9- Nous venons de dire que les harengs mis en barrils fe tranfportent au débarquement chez les marchands fur différentes voitures en Hollande , au moyen des canaux, les corves ou autres bâtimens, arrivent vis-à-vis les
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- Sect. III. De Valofe, & des poiffons qui y ont rapport. 13?
- maifons des marchands; en Angleterre, on charge lesbarrils fur des traîneaux auxquels 011 ajoute quelquefois quatre petites roulettes; les uns & les autres font traînés par des chevaux : en France, on voiture les barrils , comme nous venons de le dire, ou fur de grandes brouettes, ou fur des voitures à deux roues qu’on nomme camions.
- 460. Les grandes brouettes n’ont, comme les autres, qu’une roue à leur extrémité; comme elles doivent porter des poids coniidérables, qui, à la vérité, font du côté de la roue, pour donner à l’homme qui eft feul dans les brancards, plus de force au moyen des longs léviers, on donne treize à quatorze pieds de longueur aux brancards ; on les charge ordinairement de deux barrfls, & quelquefois un petit par-delfus ; un homme qui a une bricolle pallée fur fes épaules foutient les brancards fuffilamment élevés , & contribue peu à faire avancer la brouette : c’eft une femme ou un fort garçon qui, étant fhr le côté auprès de ce qu’011 peut nommer La ridelle, de la brouette s empêche le deverfement, & en même teins poulfe la brouette pour la faire avancer : quand la charge eft conlidérable, ils prennent un aide qui haie avec une corde attachée au-devant de la brouette. Quand ils n’onc à voiturer qu’un demi-barril, ils prennent de petites brouettes qu’ils nomment guinguettes, dont les brancards n’ont que fept à huit pieds de longueur; alors un homme fuffit pour les mener.
- 461. Mais pour les tranfports coniidérables onfe fert de voitures à deux roues, fur lefquelles on met jufqu’à lix barrils ; les limons ont vingt à vingt-deux pieds de longueur ; ils font liés par quatre paumelles ou entre-toifes ; il n’y a à l’avant qu’un timon, qui a une traverfe où fe mettent deux femmes; deux hommes font tourner les roues, & fouvent un ou deux pouflent par-derriere ; de forte que cinq ou lix hommes fuftifent pour voiturer ftx barrils. A Dieppe, de même qu’il faut un privilège pour les hottes, il en faut un pour les camions : je ne vois pas quel avantage peuvent produire ces gènes, qui me parailfent fujettes à bien de£ inconvéniens.
- Du compte du hareng falé.
- 462. J’ai expliqué en fon lieu comment on compte les harengs frais pour en faire la livraifon, & j’ai rapporté l’article de l’arrêt du parlement de Rouen, qui ordonne que la livraifon des harengs frais fe fera à la me-fure. Lorfqu’on vend le hareng fàlé en détail, on le compte comme 011 faifait le frais ; c’eft-à-dire, qu’on le livre à la poignée, au cent & au mille : on fe rappellera que la poignée eft de quatre harengs ; le cent eft de trente-deux poignées, ce qui fait cent vingt-huit harengs ; le mille eft de dix de ces cents, & par conféquent de douze cents quatre-vingt: ainfi le compte dm hareng falé eft exactement le même que celui du hareng frais.
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- i3$ TRAITE' DES PECHES. Partie IL'
- 463. La livraifon du hareng falé en gros, fe fait par lafl ou left, ces terriies font également d’ufage ; 011 les livre aufîi par barrils, dont il faut douze en vrac pour faire un lait, & il n’en faut que huit des harengs paqués, qui doivent contenir le même nombre de harengs.
- 464. Pour faciliter la réclamation des acheteurs contre les pêcheurs fauteurs d’un emplilfage défectueux, foit par la qualité dont il eft parlé à l’article XVIII de l’arrêt du parlement de Rouen, que nous avons cité plus haut, foit par la quantité ; il eft ordonné par l’article XX du même arrêt, que tous Us maîtres de bateaux feront tenus avant de commencer leur pêche , de dépofer au greffe de £ amirauté & de la jurifdiclion confulaire, dans les ports où il y en a , fans frais, un double de la marque dont ils entendront imprimer chacun des barrils qu'ils defiineront à ladite pêche, & de difiinguer avec la rouane , les premier, fécond & troifieme voyages , &c. afin d'avoir une conviction contre les \contrevenans. Par l’article XXI du même arrêt , le barril de hareng paquè ne fera réputé plein, loyal & marchand, qiûautant qu'il pefera 290 <2300 livres poids de marc , y compris la tare du barril, qui , étant vuide ( lors même qu’il y aurait eu auparavant du hareng falé en mer ou paqué à terre ) ne pourra pefer plus de 30 à 40 livres auffi poids de marc ; & dans lequel ne pourra fe trouver plus de y à 4 livres de faumure. Et par l’article XXII, le demi-barril & le quart , fuivront proportionnellement le poids du barril, à raifon •néanmoins de 29O livres au moins, les deux demi-barrils ou les quatre quarts. Voilà, à peu près, tout ce que nous avions à dire fur la pèche & la livraifon des harengs ; nous allons actuellement parler de leur faîaifon & de leur préparation.
- Article XII.
- Des préparations qu'on donne aux harengs pour les confervcr.
- 46f. Après avoir expofé alfez en détail la pèche du hareng dans la Manche, hors la Manche à quelque diftance de fon embouchure , dans les pays le plus au nord par les naturels du pays, à la hauteur des Orcades , principalement par les Hollandais , aux côtes d’Ecoffe, & enfin au nord de l’Angleterre qu’011 nomme d'Yarmouth , il convient de détailler les différentes préparations qu’011 leur donne pour les mettre en état de palier dans le commerce.
- 466. Il y a quelque raifon de croire que ce font les Bafques qui ont les premiers tenté d’aller chercher les harengs dans le nord ; mais quand on adopterait cette conjecture, il eft certain que les Hollandais s’étant occupés de cette pêche, font pratiquée en grand, qu’ils l’ont perfectionnée, &fela font
- tellement
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- Sect. III. De Valofe, & des poiffons qui y ont rapport♦; 137
- tellement appropriée, qu’ils font maintenant prefque les feuls qui la faf-feiit ( 24). Les Hollandais ont de plus l’avantage d’avoir vu naître chez eux, celui qui a imaginé la maniéré de faler le hareng en blanc, & de le bien paquet dans les barrils : voilà ce qui regarde le hareng blanc faié.
- 467. On ne-peut coutelier aux Normands d’avoir imaginé la préparation du hareng finir, puifqu’il eft notoire que jüfqu’à la guerre de 1688, il pat fait tous les ans en Angleterre, vers la fin d’août, plufieurs habitans de Va-rangevilIe-fut-Mer, petit village fitué à une grande lieue de Dieppe, qui fe rendaient à Yarmouth & dans les petits bourgs voifins du nouveau & vieux Krikeley, où ils travaillaient dans les rouifables jufqu’à la fin de la harengai-fon dans ces parages; & il y a encore aujourd’hui des defcendans de ces premiers fauriifeurs, qui ayant appris de leurs peres & par un long uiàge, la maniéré de faurir le hareng, fe font confervés une telle réputation fur ce point., qu’ils vont à Dunkerque, à Calais, à Boulogne, & à plusiorte raiion à Dieppe, faire leur métier ; ainfi fi l’on apperçoit de la différence dans les harengs qui ont été lauris en différens endroits, cela ne peut dépendre que de la qualité du poiffon ou de l’attention plus ou moins grande des fauriifeurs, le fond de la méthode étant toujours le même.
- 468. Je me propofe de détailler les différentes préparations qu’on donne-aux harengs ; mais comme pour toutes il faut employer du fel, qui ell la fubf-tance vraiment confervatrice, je vais commencer par rapporter quels font les différens fels dont on fe fert, & les qualités qui leur font particulières.
- Du fel qu'on emploie pour les différentes préparations des harengs.
- 469. Pour toutes les préparations qu’on donne aux harengs dans la vue de les conferver, & de les mettre en état d’être tranfportés fort loin, 011 emploie toujours du fel ; mais il y en a de différentes qualités, & tous ne font pas également propres à faire de bonnes falaifons : c’eft ce que nous nous propofons de faire comiaître, quoique nous en ayons déjà parlé à la première feétion de la fécondé partie, àl’occafion de la morue : nous invitons même à confulter ce que nous en avons dit à l’endtoit cité ; cependant nous allons reprendre cet objet intéreffant, & le fuivre encore plus en détail que nous ne l’avons fait ; la * différence qu’il y a entre les lalaifons des harengs & celles des morues l’exige.
- 470. Les fels dont les Français font ufage, font ceux de Poitou, de Sain-tonge, de Bretagne & de Normandie. Tout le monde convient que la qualité
- ( 24 ) Cependant, comme nous l’avons des lieux où elle eft la plus abondante , & dit ailleurs, les Anglais s’en occupent beau- ils mettent tout en ufage pour réuffir à par-aoup aujourd’hui, en profitant du voifinage tager ce tréfor avec leurs-laborieux voifins.
- Tome XL S
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- i'38 TRAITE' DESSECHES. Partie II.
- de ceux qù’on nomme de B rouage, eft fupérieure à celle des autres. On les fait dans les marais falans de Brouage, de Marans, de l’isle de Ré & autres lieux de la côte de Saintonge & de Poitou : auffi n’y a-t-il point de lieu en France, où le commerce du fel foit auffi confidérable que dans les provinces qùe je viens dé nommer.
- 471 • Quand ces fels font anciens, qu’ils fe font bien égouttés, qu’ils font devenus doux, ils ne font point ouvrir le poilfon, ils n’en raccornilfent point la chair, ils.lui lailfent tout fonbon goût,fans lui communiquer d’âcreté 5 en un mot, quand on emploie une jufte proportion de fel, on eft certain de faire de bonnes falaifons.
- ' 472. Les fels de Bretagne provenant des marais falans du Croiiiç, qui eft fitué dans le comté Nantais, entre la Loire & la Vilaine, font employés pour les falaifons de la province: il s’en enleve encore une plus grande quantité de Bouin, qui eft à l’extrémité du comté Nantais , fur les frontières du Poitou ; outre ce qui fe confomme de ces fels dans le pays, pour les alimens & les falaifons , les Flamands & même les Picards en enlevent pour le rafiner & le blanchir. Ges felsrafinés qui féduifent à caufe de leur blancheur, palfent pour être plus âcres & plus corrofifs que les fels gris de Brouage ; néanmoins on prétend que pour cette raifon, il eft avantageux d’en mêler avec ceux de Brouage, lorfqu’il s’agit de faler des harengs fort gras & huileux.
- 47}. Tous les fels de baffe-Normandie font blancs : les falines font établies auprès de-grandes plages de fable,.que la mer recouvre & abandonne à toutes les marées 5 la petite quantité d’eau de mer qui refte dans l’inégalité de ce fable, s’évapore à la baffe mer, & le fel refte à la fuperftcie du fable. Les fau-niers ramaffent le fel avec le fable de la fuperficie ; ils en forment des meulons entourés de rigoles qui répondent à un vafe de bois qui eft en terre , oùlafau-mure qui découle de ces monceaux qu’on a foin d’arrofer avec de l’eau douce , fe raffemble > & quand elle eft fuffifamment chargée de fel, on l’évapore fur le feu. Ces fels font très-blancs, mais en petits grains ; on remarque qu’ils ne coi> fervent pas la viande auffi bien que les fels de Brouage 3 & les épreuves qu’on en a faites pour faler du poiffon, n’ont pas réuffi : mais on s’en fert très-utilement dans cette province pour les beurres, qui y font un objet confidérable de commerce.
- 474. Quelques-uns emploient encore pour faler les harengs, du fel de retour des campagnes, qu’on a embarqué pour la pèche de la morue. On peut confulter ce que nous en avons dit à la première feétion de cette fécondé partie ? pourvu que ce ne foit pas des fels vieux qui foient tombés des tas de morue , je crois qu’on peut en faire de bonnes falaifons, fur-tout fi.Pon avait l’attention de les expofer au foleil fur des voiles pour les bien delfécher.
- 47y. Les étrangers nos voifins emploient pour leurs falaifons des fels blancs
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- Se ct. III. De l'alofe , & des poiffons qui y ont rapport. 1^9
- •d’Efpagne & de Portugal, ce qui fournit aux Hollandais & aux Anglais un commerce allez confidérable, qui confifte à aller chercher, fur-tout en Portugal, les fels dont ils ont beloin : les Français n’y ont point recours, d’autant que par les réglemens, il eft dit que toutes les falaifons feront faites avec du fel de Brouage : mais c’eft à la ville de Sétubal en Portugal, fituée dans l’Eftramadure, que l’on va charger la plupart des fels que les peuples du nord confomment ; il s’y rend un grand nombre de bâtimens pour en faire des chargemeus.
- 4y6. Ce fel eft infiniment plus beau que celui de Brouage : mais il eft bien inférieur en qualité i & les Hollandais qui en font convaincus, mêlent quelquefois du fel de Brouage avec celui d’Efpagne ou de Portugal, & 011 convient que ce mélange fait des merveilles, mieux même que le fel de Brouage pur, lorfque lepoiifon eft gras & huileux j c’eft, à ce qu’on alfure , par ce mélange que les Hollandais parviennent à faire de très-belles & bonnes làlaifons. Cela peut être j néanmoins 011 verra dans la fuite que la perfection de leurs grandes falaifons dépend des attentions qu’ils apportent à toutes leurs opérations.
- 477. L’ordonnance de Hollande veut que tout le fel qui eft employé pour les lalaifons de hareng, foit examiné avant d’ètre embarqué, par les jurés des lieux, pour conftater s’il eft de bonne qualité , s’il n’y a point d’impuretés qui y foient mêlées ; les pêcheurs doivent apporter un certificat de cette vifite, à peine de 2f florins d’amende.
- 478. L’ordonnance de la gabelle de France n’a point fixé la quantité de fel que prendraient les pêcheurs qui fàlent à la mer j & effectivement cela ne •pouvait pas fe faire comme pour les falaifons qu’on fait à terre, à caufe de la perte qui s’en fait à la mer, foit par les tems de pluie ou les gros tems, & plusieurs autres aecidens auxquelles pêcheurs font fréquemment expofés. Il eft arrivé, par exemple, qu’ayant préparé fur le pont du fel & du poiffonqu’on voulait faler, une lame a emporté & le fel & le poiflon. Nous rapporterons dans un inftant la quantité de fel que l’ordonnance accorde pour les/alaifons qu’on fait à terre, dans les provinces où les gabelles font établies,
- 479. Les fels de Brouage font donc réputés beaucoup meilleurs pour les falaifons des harengs, que les fels blancs de Normandie, d’Elpagne & de Sé-tubal, qui ont l’avantage de conferver la chair plus blanche i mais étant âcres, -ils la raccorniffent, lui font perdre de fonbon goût & de fa délicatefle.
- 480. Dans les ports, comme eft, par exemple, celui de Boulogne, qù il n’y a point de gabelles, les marchands tirent directement leur fel de Brouage i ils l’apportent par mer, & l’emploient tçl qu’il leur vient, & fans aucune gêne. A l’égard de ceux qui font fitués en pays de gabelle, l’ordonnance des gabelles de 1680 , article 7, accorde indiftinClement la quantité .de fqpt minots & demi de fel, pour chaque laft de harengs, fans faire 4e
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- Ï40 TRAITE DES PECHES. Partie IL
- diftindtions de harengs pleins ou de harengs gais. Cependant le hareng plein exige plus de fel que le gai, parce qu’il eft plus gros & plus gras ; à quoi on peut ajouter que le hareng nouvellement pêché, prend plus de fel que les autres, parce qu’il rend plus de fang & d’eau. Les marchands difent que quand on emploie trop de fel, fur-tout pour le hareng maigre, on raccornit leur chair ; mais ce qu’ils ont de trop pour faler les harengs gais, les met en état de bien faler ceux qui font pleins & gras nouvellement pêchés.
- 481. Le minot contient deux boiifeaux, le boilfeau feize pots oit trente-deux pintes de Paris ; le pot pefe trois livres, & le poids augmente à mefure que l’on garde plus long-tems le fel. Un pot de fel vieux eft plus pefant qu’un pot de fel nouveau ; mais en 1680 on remplirait les mefures à la pelle, au lieu que maintenant on les remplit avec une trémie grillée, ce qui fait la différence de près d’un neuvième ou de vingt livres par minot.
- 482. Cet article ne regarde point le port de Dieppe, où, par un privilège dont la ville jouit depuis l’établiffement de la gabelle en 1544, les marchands achètent à Brouage le fel dont ils ont bçfoin ; mais- s’ils répandaient dans les campagnes ou les autres ports , le fel qu’ils ont de trop, ils éprouveraient des avaries auxquels ne s’expofent pas les bons marchands.
- ' 483. De plus, l’ordonnance de Louis XIV, du mois de mai 1680, con-
- cernant la gabelle, maintient les habitans de Dieppe & du Pollet dans la jouit fance de ces privilèges, & prefcritles formalités qu’il faut obferverpour être admis à la bourgeoisie, & jouir de la franchife du fel, lorfqu’un habitant n’eft point né dans la ville.
- 484. Il ne fuffit pas qu’un négociant qui a des vaiffeaux, & un marchand des falaifons, foit bourgeois, il faut en outre qu’il foit reçu aux grandes fa-îaifons; c’eft l’intendant de la généralité qui l’y admet fur les témoignages qui lui font rendus par le fubdélégué & les officiers municipaux, ainfi que par le contrôleur à la franchife prépofé par les fermiers généraux : refte à lavoir fi toutes ces atteftations de probité s’obtiennent gratis. Or, quand un bourgeois eft reçu grand faleur, il peut faire le commerce" clu fel, èn! tiret pour fon compte, le dépofer dans fes caves dont le fermier a une clef; il a droit d’en fournir fes bateaux, & d’en vendre à fon profit, foit aux autres commerqans, loit aux habitans pour leur confommation. r:!0
- 48 f. Depuis l’impofition des huit fols pour livre, fur les fels fournis aux privilégiés, qui fe prend, non fur le prix réel du fel, mais fur celui que le vendent les fermiers, le fel qui ne revenait à l’habitant que fur le pied dé quarante ou quarante - cinq fols le boilfeau, coûte dix à onze livres1; niais eë droit n’a été impofé que fur ie fél de cuifine & de faliere, & non fiir celui qufèft em-
- . ployé aux falaifons du poilfon. Sans cette reftriétion, le commerce des falaifons1 était perdu pour Dieppe. On a prétendu que la quantité de fel'qU’on aé-
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- Sect. III. Le Palofe , & des poijjons qui y ont rapport. 141
- cordé aux faleurs des autres ports, ferait plus exactement fixée, li on livrait les harengs à la mefure & non au compte ; c’eft fur quoi nous nous abftien-drons de rien décider , n’ayant pas été à portée d’examiner cette queftion avec alfez d’exa&itude.
- 486. Nous l’avons déjà dit, le fel de Brouage eft réputé le meilleur pour les falaifons ; néanmoins voici un fait qui prouve que pour cela il faut qu’il foit vieux. Une année que les falines de Brouage avaient peu fourni de fel, ce qui arrive dans les années fraîches & humides, les fermiers généraux obtinrent du miniftere une défenfe d’en laiifer enlever par les faleurs de poif. fon, jufqu’à ce que les greniers des gabelles euifent été remplis 5 en confc-quence, les armateurs n’ayant pu en obtenir, n’envoyerent ni à la pèche de la morue, ni à celle du hareng : enfin la défenfe fut révoquée ; mais lesjpè cheurs 11’eurent que du fel nouveau, qui 11’était pas propre à faire des falaifons 5 la plus grande partie des harengs & des maquereaux fe gâtèrent, on fut obligé d’en jeter beaucoup à la mer, & les marchands éprouvèrent de grandes pertes. Je crois qu’on peut attribuer ce mauvais fuccès à du fel marin à bafe terreufe, qui eft très-âcre, mais qui fe détruit en grande partie, quand 011 garde le fel d’une année à l’autre.
- 487. Comme prefque tous les harengs qu’on prépare, fe mettent dans des barrils, il eft à propos de faire connaître les différons barrillages. ( 25" )
- Des barrils pour le tranfport du hareng falé.
- 488. Nous avons dit comment on arrangeait les harengs frais dans des paniers, pour les tranfporter par charrois ou à dos de cheval, dans les endroits où s’en fait le débit. A l’égard des harengs falés, prefque tous fe mettent dans des barrils pour les conferver & en faciliter le tranfport ; & comme ils fe vendent affez ordinairement dans les barrils, il faut, pour la fidélité du commerce, que ces barrils foient de jauge ; c’eft ce que nous allons expliquer préfentement.
- r 489* En Hollande,il eft ordonné que les futailles où l’on met le hareng, feront marquées de la, marque du tonnelier, & enfuite examinées en public par des jurés, qui rejettent toutes celles qui 11e font pas de bon bois, ou dans lefquellçs il fe trouve des défauts capables de communiquer un mauvais goût au hareng ; après cette vifîte, on y imprime la marque de la ville.
- 490. En plufieurs endroits de France, il y a une police à peu près pareille , que nous avons fait connaître en rapportant le texte de l’arrêt du par-
- w .( 2s ) Mais affez inutile d’employer toute une planche gravée pour les repréfenter , de même que ceux qui les conftruifent, ou qui les mefurent.
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- 142 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- lementde Rouen. A Dieppe, on diftingue en général deux efpeces de futailles pour les harengs, l’avoir, les barrils caques, & les barrils romains ; les premiers fe divifent en demis, eu quarts & en huitièmes ; les autres dits romains , ne fe divifent qu’en demis & rarement en quarts. Je crois que l’é-pithete de romain vient de ce que ces barrils font deftinés à renfermer des harengs faurs, dont beaucoup palfent dans la Méditerranée ; mais ce n’eft là qu’une conjecture.
- 491. Les barrils caques fervent à mettre le hareng blanc falé ; ils doivent être bien étanches; ou les fait quelquefois de chêne, le plus fouvent de hêtre. Ces barrils font fujets à la police, tant pour la condition du tonnelage, que pour la jauge.
- 492. Les barrils romains font, comme nous venons de le dire, deftinés à être remplis de harengs laurs ; il n’eft point néceiîaire qu’ils loient aulii parfaitement étanches que ceux qu’on deftine pour le hareng blanc ; & comme ils 11e font point fujets à vifite, les tonneliers peuvent faire les douves de toutes fortes de bois. Les habitans du nord paquent leurs harengs dans dès futailles de fapin : on prétend que ce bois communique au poiflon une odeur défagréable ; c’eft pourquoi ceux qui font des chargemens de hareng dans le nord, tirent le poilfon des futailles de lapin, & le paquent dans des barrils de chêne ou de hêtre, li c’eft pour le hareng blanc, ou de tout autre bois qui n’ait point d’odeur, fi c’eft pour des harengs faurs.
- 49j. Le barril caque doit avoir de hauteur, de dehors en dehors vingt-lix pouces ; en-dedans, de jable en jable, vingt-quatre pouces ; d’un fond à l’autre vingt-trois pouces, à caufe de l’épaiifeur des douves de fond qui font laillie en-dedans ; le diamètre en-dedans au bouge eft de dix-neuf pouces, non compris l’épaiifeur d’une des douves qu’on peut eftimer un demi-pouce, de forte que le diamètre en-dehors & au bouge, eft de vingt pouces; le diamètre aux bouts de dedans en-dedans, doit être de feize pouces ; fi l’on prend cette mefure en-dehors, elle aura, à caufe de l’épaiffeur des douves & du cercle , dix-fept pouces & demi à dix-huit pouces.
- 494. Le tonnelier doit fe conformer à cette jauge ; & pour répondre de Ton ouvrage, il eft obligé de mettre fa marque fur tous les caques, demi-caques , quarts & huitièmes de caques qu’il vend; & lors des vifites de la police , il eft condamné à l’amende, quand il fe trouve en contravention. Le barril caque contient quinze veltes, ou à peu près cent trente pintes mefure de Paris, qui reviennent à foixante-quatre ou foixante-ciriq pots, mefure de Dieppe; il contient en vrac (ce terme vrac a été expliqué) depuis' fix jufqu’à huit cents harengs pleins, plus ou moins luivant leur, grofleur ; & quand il eft bien paqué, il peut en tenir de neuf cents à mille :-il eft fenfibîe qu’il doit contenir une plus grande quantité de harengs gais.
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- Sect. III. De ïalofe, fÿ des poiffons qui y ont rapport. 14$
- 49 î* Le demi-barril a de hauteur en-dehors vingt pouces & demi; en-dedans , dix-huit pouces & demi fans le fond ; le diamètre en - dedans & au bouge efb de 1 pouces, ou feize pouces en-dehors, parce qu’il faut y joindre iix lignes pour l’épailfeur des douves ; le diamètre intérieur au bout eft de douze pouces trois lignes, à caufe de FépaiiTeur du bois, environ quinze pouces trois lignes : il contient à peu près trente-deux à trente-trois pots.
- 496. Le quart de barril caque, a feize pouces quatre lignes de haut, quatorze pouces quatre lignes en-dedans, fous le fond, parce que les jàbles ont un pouce de hauteur ; fon diamètre en-dedans au bouge, eft de douze pouces, & celui des bouts en-dedans eft de dix pouces deux lignes, l’épàif. feur des douves n’étant pas comprife : il contient à peu près feize à dix-fept pots.
- 497. Les demi-quarts ou huitièmes de barril, contiennent huit à neuf pots ; ils ont treize pouces de haut en-dehors, onze pouces entre les jables qui font à un pouce de l’extrémité des douves; à chaque bout, le diamètre au bouge en-dedans, eft de huit pouces & demi. Ces demi-quarts & huitièmes de barrils, ne fervent qu’à paquer du hareng blanc ; 011 les emploie rarement à mettre des harengs en vrac, li cela arrive, c’eft lorfque les pécheurs le font à la mer pour leur compte.
- 498. Il eft bon de remarquer que le poiffon contenu dans un barril, 11e peut jamais faire jufte deux demi-barrils , non plus qu’un quart deux huitièmes ; néanmoins ce qui eft contenu dans quatre quarts, approche beaucoup de ce que contient un barril; ainfi toutes ces dimenfions 11’ont point été établies rigoureufement. Les barrils qu’on nomme romains, iront point de jauge fixe, d’autant qu’on vend le hareng faur au nombre ; feulement pour gagner quelque chofe fur la voiture, en ne multipliant pas les barrils, les commettans recommandent qu’ils contiennent au moins douze cents harengs. On ne fait de demi-barrils romains que quand ils font commandés.
- 499. Quand les tonneliers livrent les barrils caques auxfaleurs, ils n’ont que dix cercles, deux en talus fur le jable, deux auffi de chaque côté aû bouge, à cinq pouces du milieu, & un de chaque côté en bande à la moitié de l’efpace qui eft entre les cercles du bouge'& ceux du talus. Ces barrils fervent à mettre en vrac les harengs qu’on fale, tant à la mer, à bord des bâtimens, qu’à terre, & aufîî les harengs fauris.
- fgo. Quand les pêcheurs embarquent de ces barrils pour y mettre les poilfons de leur pêche, comme ils les rempliflènt du fel dont ils auront befoin, ils. y font mettre, pour les rendre plus folides, douze cercles ; pour cela on ajoute un cercle de chaque côté au bouge, de forte qu’il y en a trois au lieu de deux, ce qui fait douze au lieu de dix. Quelques-uns croient qu’il eft fufHiant pour les barrils qu’on ne traniporte pas fort
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- i44 TRAITE1 DES PECHES. Partie IL
- loin, de mettre vingt cerclés fur chaque barril, cinq fur chaque bout & cinq fur le bouge ; mais cela ne fe pratique guere : comme il faut que les barrils de harengs falés en blanc foient bien étanches, les commettans demandent qu’ils foient doublés , ainfi que nous allons l’expliquer.
- foi. Les barrils qu’on nomme doublés, font entièrement couverts de cercles, excepté cinq pouces qui relient vuides au milieu ; le nombre des cercles n’eft pas fixé y on en met plus ou moins, fuivant leur largeur ; mais il faut qu’on n’apperçoive les douves qu’au milieu. C’eft dans ces barrils qu’on paqué les harengs, comme l’on dit, allités & arrangés à la main.
- f 02. Un de ces barrils bien paqué & prelfé doit contenir depuis mille jufqu’à douze cents harengs pleins, & douze à quinze cents de gais. Les demi - barrils, different ordinairement des barrils, en ce qu’on retranche quelques cercles au bout qu’on ne défonce pas. Communément quand on les embarque, on leur met douze cercles ; mais il y a des demi-barrils qui font doublés comme les barrils. Les quarts de barrils font ordinairement garnis de cercles comme les demi-barrils. Les huitièmes de barrils ont huit cercles, favoir', trois fur chaque bout & un au bouge; cependant quand on doit les envoyer loin, foit par mer ou par terre, on les double , à moins que les commettans ne donnent à leurs commifiionnaires des ordres dif-férens.
- f03. Quand on fait des envois au loin, le dernier cercle du bout qu’on nomme talus, efl arrêté par trois petites chevilles mifes en triangle ; ceci regarde le fond qu’on défonce ; & au fond qu’on ne défonce pas, on ajoute dans le jable un cercle retenu par ces trois mêmes chevilles que les tonneliers nomment pinoches. Si en roulant ou en déchargeant des barrils caques, il arrive qu’une douve fe rompe, lorfque le mal eft peu confidéra-bie , on y remédie avec un morceau de douve dont les bouts taillés en cham-irain , paffent fous les cercles voifins ; finon on ôte la douve défeélùeufe, & on en coule une neuve à la place : enfin, quand la futaille eft mauvaife, on lui en fubftitue une autre fans toucher au hareng qui a été paqué, qu’on paffe dans une futaille, ce qu’on appelle frelater; & c’eft bien à jufte titre ; car ces harengs ainfi changés de futaille fouffrent néceffairement quelques dommages.
- foq. Les barrils romains, qui fervent à mettre du hareng finir, & dont îa jauge n’eft pas fixée, font plus grands que les caques; ils ont, à peu près, vingt-cinq à vingt-fix pouces de hauteur ; on les livre avec dix cercles, favoir, deux fur le bouge, deux au talus, & un en bande; quand il eft rempli, on ajoute un cercle fur le bouge; ainfi il en a douze : quand c’eft pour envoyer au loin, on les double quelquefois.
- fof. On arrête ces cercles avec quelques clous qui entrent dans le bout
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- Sect. IIÎ. De Palofe, & des poiffons qui y ont rapport. 14$
- des' douves j & au fond, qu’on n’ouvre pas, on met dans le jable un cercle arrêté avec des clous ; ainfi que nous l’avons expliqué plus haut en parlant des barrils en caques, excepté que pour ceux-ci on emploie des chevilles de bois. Les demi-barrils romains, qu’on ne fait que quand ils font demandés, font ajuftés, à la grandeur près, comme les barrils.
- 5*06. On ne met jamais de harengs îaurs dans des barrils qui auraient fervi à des fàlines, parce qu’ils confervent une humidité qui endommagerait le hareng fàur ; & les gardes tonneliers confifqueraient ces futailles s’ils en trouvaient, foit for des charrettes, foit torfqu’on les porterait pour les embarquer. Au refte, ce que nous venons de dire fur la jauge des barrils , eft conforme à ce qui le pratique à Dieppe} mais cette jauge varie beaucoup dans les diiférens ports.
- f 07. Les barrils de Saint-Valéry en Caux, & de Fefcamp, font plus grands, & contiennent fouvent deux lits de harengs de plus que ceux de Dieppe, ce qui fait prefqu’un douzième de différence : au contraire, les barrils de Calais & de Boulogne font plus petits que ceux de Dieppe. Voici les dimenfions que M. de Blaveau a prifès à Boulogne, & qu’il a bien voulu m’envoyer : pour les barrils, un pied onze pouces fix lignes de hauteur ; diamètre au bouge, un pied fix pouces fix lignes j diamètre au jable, un pied trois pouces trois lignes un quart. Pour les demi-barrils, hauteur, un pied fix pouces fix lignes j diamètre au bouge, un pied trois pouces quelques lignes i diamètre au jable, un pied trois à quatre lignes. Pour les quarts de barrils, hauteur, un pied un pouce ; diamètre au bouge, un pied j diamètre au jable, dix pouces. Treize barrils de Boulogne auraient peine à en faire douze de Dieppe.
- y 08. Les barrils de Hollande font, à très-peu de chofe près, comme ceux de Calais j mais les harengs y font plus proprement accommodés. On perd toujours un barril par laft, lorfqu’on veut les paquer fuivant l’ufàge de Dieppe i cependant on les livre fouvent dans les barrils de Hollande pour éviter les frais de paquage, de doublage, & ce qui eft plus confidérable, l’achat des barrils.
- 5-09. Quant au travail des tonneliers, les uns relient les barrils ; un autre les faute pour preffer le poilfon ; un troifieme appofe fa marque à chaud, fur le fond des barrils ; d’autres les roulent & les arrangent fous un hangar. Ceux qui feront curieux d’avoir des connailfanees très-étendues fur l’art du tonnelier, trouveront de quoi fe fatisfaire en confoltanfc dans les arts de l’acadénue, ce que M. Fougeroux de Bondaroy, de l’académie des fciences, a donné touchant cet art. Mais avant d’entrer dans les détails fur les diverfes falaifons, il nous parait convenable de dire quelque chofe des fondrions des diiférens ouvriers qui y font employés.
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- H* TRAITE1 DESPECHE S. Partie IL’
- Des ouvriers employés aux falaifons du hareng.
- fio. Pour les falaifons qui fe font à la mer, c’eft le maître qui préside aux différentes opérations; nous avons .dit que c’était lui qui, communément, failait la fonction de faleur : les matelots A , pl. IV, fig. ç , ca-quent les harengs, c’eft-à-dire, qu’ils en tirent les ouies; ce font encore «ux qui les braillent, & quelquefois ils les paquent en vrac B. Communément pour les pêch.es, où il faut faler les harengs en vrac, on embarque un tonnelier ; quand on ne fait cette opération que dans des cas forcés, en •quelque façon accidentellement, c’eft un matelot qui fait cette fonétion; pour cela on effare de comprendre dans l’équipage quelques matelots qui foient un peu tonneliers.
- fil. Mais à terre chez les faleurs , c’eft le maître faleur A, pl. V, fig. z, qui préfide à toutes les opérations , & qui ordonne à tous les ouvriers. Quand il eft occupé à d’autres ouvrages, il eft remplacé par un ouvrier B , qu’on nomme garçon de cour ; c’eft lui qui, en l’abfence du maître, doit avoir l’œil à tout ce qui fe paffe ; & les autres ouvriers lui font fu-bordonnés. C’eft lui auffi, qui marque à chaud les barrils, fuivant l’efpece de poiffon qu’ils contiennent, & qui y appofe la marque du marchand fa-leur , pour que s’il y a de la fraude , on fâche à qui s’en prendre ; c’eft pourquoi on le voit en B , fig. 3, qui tient à la main l’inftrument qui fert à •faire cette marque ; & il a auprès de lui un brafier pour chauffer fes fers. Par l’article XXIII de l’arrêt du parlement de Rouen, tous les faleurs feront tenus , chacun en droit foi, de faire marquer à feu tous les barrils, demi-barrils & quarts , provenans de leurs paquages ; & ce, du nom de la ville 6’ du port dont ils font , de leur propre nom , avec tempreinte auffi à feu , de trois fieurs-de-lys au-dejfous du nom du marchand, fur le fond des barrils d'une nuit feulement, pour les diflinguer de ceux de deux nuits ; à peine, &c. Nous avons dit que celui qui tient les comptes pour le déchargement du poiffon & la livraifon, foit aux chaffes-marée, foit aux faleurs, fe nomme écorcur.
- çiz. Il faut avoir plufieurs tonneliers pour ouvrir les barrils en vrac, enfoncer ceux qui font paqués, couvrir de cercles ou doubler les barrils qui doivent être embarqués ou chargés fur des voitures : c’eft le maître tonnelier qui doit fouler ou fauter les barrils qui font pleins; pour cela, on met un faux-fond fur le poiffon. Nous avons repréfenté des faux-fonds en a, a , d , pl. IV, fig. 4 ; on voit fur cette même figure, des meules de cerceaux de différentes grandeurs b, des douves c, des paniers à claire-toie pour égoutter le poiffon d, d’autres e, pour les tranlporter ; en/, une pelle percée pour répandre le fèl, & en g3 des fers pour appofer k -chaud les marques des marchands, des tonneliers, &c.
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- Sect. III. De ïalofe, & des poiffons qui y mt rapport '. 147
- fi 3* Deux tonneliers &foùventun laveur,renverfentles barriîs en vrac dans la cuve, & le laveur les y lave ; ces ouvriers font à la journée & gagnent le moins de tous ceux qui font employés dans la cour.
- f 14- On voit,/?/. V, fig. f, enD, un tonnelier qui arrange des harengs en vrac que lui apporte le matelot E.
- fif. Les paquereifes en nombre, vuident ou caquent les harengs qu’on leur livre frais , comme le fait le matelot C, pl. V, fig. f , & elles les portent-aux laleurs qui les braillent j enfuite elles les paquent, ainlî que les harengs qu’on leur livre en vrac.
- fi6. Tous ces ouvriers, les laveurs exceptés, ne font point à la journée; ils font payés au barril fuivant le prix ufité, à moins que le marchand faleur n’exige qu’ils apportent des foins particuliers ; auquel cas il convient avec eux de la gratification qu’il doit leur donner.
- f 17. Le maître tonnelier, qu’on nomme auftïfauteur, ainfi que les paque-relfes, prennent chacun fix harengs à la fin de la journée : on imagine bien qu’ils choifiifent les plus beaux, ce qui diminue de la qualité des harengs marchands qui entrent dans le commerce ; ainfi il ferait mieux de fubftituer à cet ufage une gratification en argent. Et c’eft pour remédier en partie à cet abus, qu’il a été défendu aux femmes d’entrer dans les barques des pêcheurs ; c’eft pour les empêcher de faire ce triage qu’il a été ordonné de livrer les harengs dans des mefures qu’on emplirait à la pelle fur le quai : nous avons rapporté ces articles de l’arrêt du parlement de Rouen. Et c’eft encore dans la même intention qu’il eft dit, article XVII, que chaque maître de bateau ne pourra faire plus de deux quarts de harengs falés dans tout le cours de la faifon ; le tonnelier ainfi que. le matelot, plus d'un quart chacun pour leur propre confotnmation ; & le propriétaire plus de deux quarts : à £ effet de quoi chacun des maîtres fera tenu à chaque arrivée du bateau , d'inférer dans la déclaration qu il eft obligé de donner au bureau des octrois , le nombre de quarts faits pour lui & pour les gens de fon équipage pour leur provifion ; à peine en cas de fauffeté, &c.
- f 18. Quoique cet article parailfe très-convenable pour conferver aux harengs qu’on met dans le commerce toute leur bonne qualité, il n’eft point fuivi; chaque maître ou matelot prépare des quarts pour leur compte particulier : on n’a point fé.vi contre cet abus, probablement parce que beaucoup de marchands achètent ces quarts des matelots. Je ne parle point ici de la livrai-fon du hareng, des femmes qui les portent dans des paniers, des hommes dans des hottes, ou, quand ce font des barrils, fur des camions ; ces ouvriers ne font point regardés comme attachés à la cour, & nous avons amplement parlé de leurs fondions. Ce que nous venons de dire fur la préparation qu’011 donne aux harengs pour les conferver & les mettre en état d’entrer dans le commerce, font des. notions préliminaires qu’il nous a paru.convenable de rapporter avant
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- 148 TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- d’entrer dans les détails qu’on trouvera dans l’article foivant; nous les regardons comme fort intéreflàns, ce qui nous a déterminé à en faire un article particulier.
- Article XIII.
- Idée générale de la falaifon du hareng.
- fi 9. J’ai rapporté précédemment les avantages que procure la pêche & le débit du hareng frais ; j’ai fait remarquer que la pêche du hareng occupe & fait fubfifter beaucoup de monde, qu’elle contribue à former de bons matelots, & qu’elle procure à prefque toutes les provinces du royaume, un excellent poif-fon frais : mais ce poilfon étant falé a bien d’autres avantages j il fournit aux peuples du nord une partie de leur nourriture pendant l’hiver ; & de plus, il eft d’un grand fecours à quantité de peuples, qui, étant éloignés de la mer, 11e peuvent jouir de la marée fraîche, fur-tout dans les tems d’abftinence j car les harengs falés en blanc ou fauris, fe traniportent non-feulement dans toutes les provinces des royaumes qui en font la pèche, mais encore dans toute l’Italie , & jufques dans le Levant, où ils fourniifent une nourriture affez généralement eftimée ; d’où naît une branche de commerce très-conlidérable, qui mérite la prote&ion de toutes les nations policées.
- fzo. Les Français, les Hollandais, & les Anglais préparent des harengs , les uns qu’on nomme falés en blanc , & les autres fauris, quelques-uns à la façon des anchois ; mais les Français & les Hollandais en fauriffent peu, en com-paraifon de ce qu’ils falent en blanc : les Anglais, au contraire, fauriffent la plus grande partie des harengs qu’ils pêchent à Yarmouth ; ils les nomment pichling.
- f 21. On peut fe rappeller que nous avons dit que quand les pêcheurs s’éta-fcliffent alfez près de la côte pour livrer dans la journée les harengs qu’ils ont pris la nuit, ils les vendent frais, ou aux chafles-marée, ou aux faleurs j mais, quand, pour quelque caufe que ce puiffe être, ils ne peuvent pas faire cette prompte livraifon, iis braillent leur poilfon dans leurs vaiffeaux ; quelquefois ils les falent en vrac, ou même les paquent dans des barrils. Comme toutes ces opérations qu’on eft obligé de faire à la mer s’exécutent dans les ports avec plus de foin que fur les vaiffeaux, nous nous fommes contentés de les indiquer en parlant delà pèche, remettant à les expoferplus en détail, lorfque nous traiterions de la falaifon des harengs à terre.
- fzz. Les différentes préparations qu’on donne aux harengs font donc de les brailler, de les làler en vrac, de les faler en blanc,. & de les paquer, d’en faire du hareng bouffi, de les faurir, de les préparer à la façon du Mekler-bourg ) enfin d’en faire qu’on nomme à la haque, dont les pêcheurs cordiers
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- • Se g F. IïL De ïalofe > & des poiffons qui y ont rapport. 149
- Je fervent pour amorcer leurs haims. Xin’eft point queftion ici de? préparations que les chaffes-marèe donnent aux harengs qu’iîs fe propofent de transporter frais dans les; différentes provinces : nous avons dit qu’elles fe rédui-faient à les laver. & à le? arranger dans des paniers. Je remarquerai feulement qu’il pourrait être avantageux pour la confervation des harengs qu’on vend frais, de leur ôter les ouies & les entrailles quife corrompent plus promptement j mais les chaife s-marée difent qu’ils ne feraient plus marchands. Nous allons liiivre les unes après les autres les différentes préparations que leur dorment les faleurs. ,
- Du hareng qu'on nomme braillé.
- f 25. Nous avons dit que quand les pêcheurs ne pouvaient pas livrer leur poiffon dans les vingt-quatre heures du tems qu’il avait été pêché, ils lui donnaient une demi-lalailbn, qu’011 appelle brailler ; il effc important qu’elle foit faite prefqu’auffi-tôt que le poiffon eft tiré de l’eau. O11 braille auffi dans les ports le poiffon qu’on fe propofe de faleren blanc ou de faurirj quand oh braille à la mer, cette préparation eft en quelque faq on provifoire, & met feulement le poiifon en état d’être confervé deux ou trois jours fans fe gâter, ce qui eft ordinairement fuffifant pour gagner le port. Cette opération fe fait de différentes maniérés. A la mer, comme elle doit toujours être faite promptement, on n’habille point les harengs, c’eft-à-dire, qu’on ne leur ôte point les ouies ni les entrailles j c’eft bien à tort, car ces harengs ne font propres qu’à être bouffis ou faurisj l’arrêt du parlement de Rouen de 1765", le décide ainfi. Quelques-uns, pour brailler , mettent une petite quantité de harengs dans une baille j ils répandent deffus du fel à la main $ fur cette couche de fel, ils en mettent une de harengs, puis du fel, & ils braillent, brouillent, ou remuent le hareng dans le fel, foit avec les mains, foit avec une fpatule.
- f 24. D’autres mettent une petite quantité de harengs , dans une elpece de ca/ferole de cuivre avec du fel , & enfuite brouillent le tout pour que le fel .s attacheide toute part au poiifon. Quand les harengs font rares, les chaïTes-marée tranfportent de ces harengs braillés en différens endroits où ils les vendent comme frais s mais communément les pêcheurs les renverfent dans une baille pour qu’ils prennent le fel, & ils fe preflènt de gagner le port pour les livrer aux laleurs le plus promptement qu’il leur eft poffible 5 au refte les harengs braillés doivent fe livrer à la mefure, comme ceux qui font frais. Quelquefois les laleurs verfeht confufément ces harengs braillés dans Une tonne D, pl. V > fig. f, qu’011 enfonce après avoir mis entre les harengs un peu de fel i c’eft ce qu’on appelle paqueren vrac: quand ces harengs ont
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- i*o ' T RA I T E’ D E S P È C H E S. Partie ÏI.
- été caques" & qu’on i mis TufKfamnient dé felf ils pëuventTe éônfei?vër lon^-tenis. ' V '' ’ ‘ ' V 1 - "’îr ' ,)rî
- yzf. J’ai i’obligation’à M. lè Teftu de m’avoir appris qu’il y a uftë'-autfe façon de brailler à la mer qu’on nbmiue en bac ou 'en grenier ; pour cela , quand le hareng a été brouillé avec le fel , comme nous l’avons dit, on le jette avec fon fel dans un jardinet de la matotte, qu’on a eu foin de garnir d’une voile pour retenir le fel & empêcher qu’il ne fe rende à la pompe"; àmefure qu’on le ‘dépofe dans le jardinet, oil répand par-deifus un peu de fel ; cette méthode qu’on appelle brailler en bac, n’eft pas% à beaucoup près, aufïi bonne que de le mettre en vrac, dans des tonnes, ce hareng 11e peut être bon qu’à bouffir; mais on n’a pas" toujours 'des tonnes à la mer, ni le tems de caquer le poilfon , non plus que de le brailler avec plus de foin, 8c par cette préparation on peut le conferver aifez bien pendant quelques jours, pour en faire enfuite des harengs bouffis.
- f2é. Chez les iàleurs, où l’on a plus d’emplacement, & où .l’on peut prendre le tems néceffaire , l’opération de. brailler ne fe fait qu’après que les harengs ont été lavés, moulés, caqués & habillés ;en cet état, comme 011 le verra dans la fuite, on les porte aux faleurs qui les braillent; mais pour cela ils fuivent différentes méthodes.
- •f 27. Dans plusieurs ports , 011 fe fert d’un cuvier ou grande baignoire A 9 pl. Vfig. 1 , dans laquelle on verfe une hottée de harengs : fur-îe-champ une perfonne prépofée au braillage, faupoudre deffus une légère couche de fel, ce qu’elle répété toutes les fois qu’on verfe une hottée de harengs dans le cuvier, jufqu’à ce qu’il foit rempli : on ne le remue pas , & on le laiffa prendre un degré de fel convenable, avant de paffer à une autre opération.
- f 28. Dans d’autres ports , à mefure que les femmes ont habillé le poilfon elles le jettent dans un bac ou une auge A, pl. VI, fig. 6 , qui forme comme une large gouttière de huit pieds de longueur, treize ponces de largeur au bas & dix-huit pouces au haut, & dont un bout eft ouvert ce.bac eftpofé fur deux chantiers B , qui l’élevent de deux pieds au-deffus du terrein ; le bout C qui efh ouvert eft un peu plus bas que l’autre , pour que le poilfon coule plus aifément, quand , étant braillé , un veut le tirer de l’auge ou bac. A mefure qu’on le met dans le bac, des femmes répandent du fel delfus, & elles le bralfent ou le remuent avec une pelle, jufqu’à ce que toute la fuperficie du poilfon foit à peu près également garnie de fèl; on emploie environ cent cinquante livres de fel pour brailler un laft ou dix à douze milliers de harengs : lorf-que les poilfons font également garnis de fel, on les,, fait couler avec une pelle dans un panier D , qu’on met dans un baquet E , deftiné à recevoir le fel qui tombe des harengs pour qu’il ne foit pas perdu; puis 011 paque en vrac les harengs braillés, comme nous l’expliquerons dans- la fuite.
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- Sect^III. De Palofe., & des’poijjons qui y ont rapport. ifi Opération des caqueufes pour la préparation des harengs blancs.
- pzj. Les* harengs qu’on livre frais aux faleurs , ainf! que ceux qui ont été braillés à la mer, fe traitent de la même maniéré , à moins que ceux qu’on a braillés à la mer n’aient été habillés, ce qui eft très-avantageux : car le hareng braillé qu’on caquerait enluite, ferait beaucoup inférieur à celui qu’on aurait caqué & falé frais. Le hareng braillé & enfuite caqué, fait toujours une mauvaife fàlaifon ; comme il a pris d’abord peu de fei, il eh mou, & en cet état en palfant dans les mains des caqueufes, il eftihjet à fe peigner. C’eft pour ces raifons que l’arrêt du parlement de Rouen, article VI, fait défenfes de le mêler avec les poilfons de première qualité ; néanmoins les pêcheurs trouvent à le vendre aux faurilfeurs & aux craque-lotiers. Quand les harengs ont été caqués à la mer avant de les brailler, on les traite comme ceux qu’on livre en vrac : nous en parlerons dans la fuite.
- ) 9 o. A mefure que les harengs frais arrivent chez les faleurs , on les verfe dans des cuves B, pi. V ,fig. i , pleines d’eau, qui font quelquefois alfez grandes pour contenir plufieurs lafts de harengs. Les femmes chargée» de ce travail, s’arrangent autour de ces cuves pour leur donner la préparation qu’on nomme caquer ; pour cela elles prennent chaque hareng l’un après l’autre , avec la main gauche, près de la tète, puis le preiîant entre les doigts de la main droite, qu’elles font couler de la tète à la queue, elles en détachent tous les corps étrangers qui pourraient les falir, & emportent une partie des écailles ; c’eft ce qu’on appelle mouler ; enluite , tenant toujours-le-hareng de la main gauche, elles foulevent avec deux doigts de la droite, l’opercule des ouies , elles palfent le doigt index par-deifous , & faiGlfant avec le doigt ces guignes des deux côtés , elles les arrachent, & avec elles l’eftomac & d’inteftin qui répond à l’anus, en forte qu’il ne refte dans le corps que les œufs & la laite ; c’eft ce qu’on appelle caquer. Les caqueufes font ordinairement une légère incifion à la gorge, avec un petit couteau qu’on nomme caqueux^- comme le fait l’homme C, fig. f, pl. V\ 'd. faut prendre garde dans cette >opération de détacher la tête ; car ces poilfons mutilés feraient .mis au rebut. A mefure que les harengs ont reçu cette préparation, on les met dans des mannes , féparant les laités des œuvés , pour les porter, ainft triés, au faleur qui les braille j elles mettent aulîi à part les harengs de rebut, dont nous avons parlé.
- f^i. Communément ce triage fe fait par les paqueufes, excepté quand on vuide les tonnes de hareng falé en vrac 8c caqués à la mer, pour les mettre en barrils , lorfque le faleur; juge que ces harengs ont pri's alfez de fel : nous en parlerons dans un inftant. Les caqueufes ramalfent toutes les iffues qu’elles font-robligées de porter à la mer C, pl. V,jig. i.
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- If3 TRAITE' DH PECHES. Partie IL
- Opération des faleurs. v ;>
- 5*32. Les fàleurs commencent, à l’égard des harengs frais que leur four-niffent les caqueufes , par les brailler dans le fel , ainfi que nous l’avons expliqué plus haut > on eft difpenfé de cette Opération pour ceux qu’on a brailles à la mer, lorfque ceux-ci ont été caqués ou vuidés de leurs ouies & de leurs inteftins, qui font les parties les plus fujettes à fe corrompre : les pécheurs le favent bien , & quand ils en ont le tems , ils les caquent à bord, fur-tout ceux qu’ils fe propofent dé falet en vrac, pour les confer-ver plus long-tems. Je reviens aux falaifons qu’on fait dans les ports.
- Les fileurs arrangent groffiérement les harengs brailles dans des tonnes ou de grands barrils D , pi. V,fig. f ; ils les empliflent comble , fans les fouler , & les laiiîent s’affaiffer d’eux-mèmes dans ces barrils pendant quelques heures ; enfuite les tonneliers y mettent les fonds : ce font ces harengs qu’on appelle faits en vrac. On les laiffe ainfi renfermés dans ces barrils pendant quinze jours ou trois femaines , pour leur donner le tems de prendre le fel , & de s’en pénétrer ; cette préparation différé peu de ce qui fe fait à la mer. Pendant ce tems le hareng s’affaiffe , il rend fon eau , il fe forme une faumure qui fumage le poiffon, & il faut empêcher qu’elle ne coule 5 car le poiffon qui relierait à fec , fe gâterait.
- Maniéré de paquer les harengs.
- Ï34. Quand le faleur juge que les harengs ont fuffifimment pris fel , il les tire des tonnes en vrac, doit qu’ils aient été faits à la mer ou dans le port, pour les paquer en barril, ce qui les met en état d’entrer dans le commerce : je vais décrire cette derniere opération. On défonce les tonnes ou barrils en vrac, & on renverfe le poiffon dans une cuve, où les femmes les lavent avec leur propre faumure ; dans les ports où le fel eft commun , quelques-unes les lavent dans une faumure nouvelle : je crois cette méthode préférable, parce que la vieille faumure étant déjà chargée du fàng & de la lymphe du hareng, elle a plus de difpofition à fe corrompre que la nou-' velle 5 cependant fi l’on prenait ce parti, je crois qu’il faut qu’elle ne foit pas trop forte : mais qu’on fe ferve de l’une ou de l’autre faumure, 011 doit les bien nettoyer de la terre & des fàletés qui peuvent s’y être attachées, enfuite on les tire de la faumure avec des pelles percées , ou formées par un filet de corde tendu fur un chafîîs de fer, & on les met s’égoutter dans des corbeilles à claire-voie : quand ils font fiiffilamment égouttés, les mêmes; femmes les prennent un à un pour les arranger ou les paquer dans ides1 barrils de différentes jauges, quarts, demi-quarts 'ou huitièmes, &c. elles'
- les
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- Sect. III. Dê talofe , & dès poijjbns qui y ont rapport. t i f 3
- 1rs preflent le plus qu’elles peuvent les uns contre les autres, mettant toujours le ventre en-haut.
- : S3S- Comme le ventre eft la partie la plus faillante des harengs, il faut r quand un fit eft fini, qu’on n’apperqoive ni les têtes ni les queues» & qu’on ne voie que les ventres. O11 fait dans cette opération un nouveau triage.» & les paqueufes mettent au rebut les harengs piqués, féchés ou éventrés , en un mot, ceux qui ne font point marchands ou qui ont quelqu’un des défauts que nous avons rapportés, en parlant de la livraifon du hareng frais. Quelques-uns font en-fuite un fécond triage des plus beaux harengs, tous laités, ce font des harengs de choix qu’011 paque en petits barrils ; le refte font les harengs marchands; d’autres pour. 11e point appauvrir les harengs-marchands, ne font point de choix.
- fj6. On remplit ainfi les barrils jufqu’au haut du jable ; enfuite le tonnelier lâche les cercles du haut qu’on nomme le colet ou le fommier , & ayant mis fur le poilfon un faux fond a , a , pi. V, fig. 4 & f , ils montent delfus pour les fouler, ou comme l’on dit, les fauter : quand les paqueufes ont4a main forte, & qu’elles favent bien arranger les harengs, il fufiît de les fauter une fois ; mais lorfqu’elles font faibles , 011 les faute deux ou trois fois, mettant de nouveaux lits de harengs à mefure que les autres s’enfoncent : car il eft fi important que les harengs foient bien prelfés les uns contre les autres dans les barrils, que quelquefois 011 les entafle avec un verrin ou un cric, comme nous l’avons dit en parlant de la morue, à la première fedion de la fécondé partie ; cette condition eft fur - tout regardée comme importante quand on paque des harengs gais.
- 5^7. Enfin les tonneliers enfoncent les barrils & reflerrent les cercles, ce qui comprime encore beaucoup les harengs ; alors on relie les barrils en plein , ou 011 les double' pour nous fervir de l’exprellxon des ports. Les habiles tonneliers parviennent à faire enforte que le fond pofe immédiatement fur le poiffon, fans qu’il s’en trouve d’engagés entre le fond & le jable. Suivant l’ordonnance, dix-huit barrils en vr,ac doivent faire douze barrils bien paqués, & un barril bien paqué doit pefer deux cents quatre-vingts à trois cents livres. \„ , .....
- 73 8. La plupart des marchands recommandent que les quarts foient bien foulés , pour diminuer l’arrimage & les droits de fortie ; car des barrils qu’on fortirait en vrac ne payeraient pas moins de droits que ceux qui font bien paqués: quelques-uns néanmoins pour les avoir à meilleur marché, recorm mandent qu’on ne les foule pas beaucoup : c’eft un abus, parce que le dé. railleur qui compte .avoir dans .un barril bien paqué un certain nombre de harengs, en trouve niohl?, & il éprouve .une perte.
- Quand nous difons qu’au paquage on,doit faire tenir dix-huit Tome XL . , V "
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- if4 T RA I T E’ D E S P E C H E S. Partie II.
- barrils en vrac dans douze paqués, ce n’eft qu’un à-peu-près ; car il y a des barrils en vrac qui contiennent plus de harengs que d’autres ; ceux qu’on emplit à terre en contiennent prefque toujours plus que ceux qu’on emplit à la mer ; douze barrils bien paqués peuvent contenir, à peu près, dix mille harengs, ce qui fait un laft.
- $40. Les barrils paqués contiennent donc plus de harengs que ceux en vrac j mais leur poids n’eft pas proportionnel au nombre de harengs, comme on le voit par l’épreuve ci-deflotis faite à Dieppe. Trois barrils de harengs en vrac peferent bruts huit cents quarante-neuf livres. Les ayant fait paquer en deux barrils qui contenaient les poitfbns des trois barrils , ces deux bar-rils peferent enfemble & bruts cinq cents foixante-quatre livres. Amfi le déchet du poids de la fan mure & celui d’un barril s’eft trouvé de deux cents quatre-vingt cinq livres. Mais comme les bons barrils contiennent plus ou moins de faumure, & qu’ils peuvent peler plus ou moins les uns que les autres, ce déchet n’eft pas toujours le même.
- f4'f. On n’emploie point ordinairement de fel au paquage, néanmoins quand on doit tranfporter par mer ces quarts dans des pays chauds , on ftiu-poudre un peu de gros fel entre les lits de harengs. Dans quelques parts ou arrange les barrils paqués & enfoncés les uns auprès des autres le bondon en en-haut, & on y verfe à plulieurs reprifes par le London, de la faumure dans laquelle on les a lavés, après qu’on l’a 1 aifce -pendant vingt-quatre heures dans de grandes tonnes fe clarifier par précipitation : quand on a verfé cette faumure dans les barrils on les bondonne, Sc ils font en état d’être vendus,
- 542. Je remarquerai à cette occafion ï°. qu’on préféré l’aneienne frn-mure clarifiée à la nouvelle, ce qui pourrait faire penfer qu’il vaut mieux laver les poiffons en vrac dans leur faumure que dans une nouvelle ; 2**. qu’il y a desfileurs qui condamnent l’uiage de verfer de la faumure par la bonde ; cette opération , difent-ils, ferait perdre au poiifon une partie de la faumure qu’il aurait prife. N’ayant pas été à portée de faire fur cela des expériences , je me borne à rapporter les différentes pratiques qui fouffirent, & avec rai-fon, quelques contradictions ; car 1 °. 01a ne voit pas comment l’addition d’une faumure nouvelle pourrait faire perdre au poiifon fi faumure. 20. Il parait vrai-femblable qu’une faumure de fel neuf eft préférable à celle qui eft chargée de la lymphe & du fang des poiffons ; mais comme dans plulieurs ports le fét eft fort cher, les faleurs ont intérêt de le ménager.
- Préparation du hareng en Bretagne.
- 5*43- Nous avons dit qu’on fallait en Bretagne des pêches de hareng qui, en certaines années, étaient aiîez confidérables, VôiCi à peu près-, cojnment on les y prépare.
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- Sect. III. fie ?alQfe,& des poiffons qui y ont rapport. iff
- f 44. On arrache les guignes ou ouies, & on tire avec eux l’eftomac & l’inteftin qui fe détachent aifément, nous avons déjà prévenu qu’on ne peut pas faire trop tôt cette opération, parce que ce font ces parties qui fe corrompent le plus promptement ; enfuite on lave les harengs dans de Peau de mer ou de 1 eau douce ; à mefure qu’ils font lavés , on les jette dans des baquets où on les faupoudre de fel, remuant le baquet en tout fens pour que le poilfon s en charge dans toutes fes parties : cette façon de brailler ne différé pas beaucoup de celles que nous avons rapportées. Enfin on les paque » pour cela le laleur met fur le fond une couche de fel, puis un lit de harengs qu’il arrange un à un à la main, fur ce lit de harengs une couche de fel » & il remplit ainlî tous les barrils par des lits alternatifs de poilfon & de fel j il finit par une couche de fel, & enfonce les barrils : comme le fel n’eft pas rare en Bretagne, 011 ne l’épargne pas ; il me paraît même qu’on en emploie trop ; les harengs ainfi filés s’affairent, & il fe forme une faumure qui les fumage comme lorfqu’on laie en vrac, les bargers qui font cette opération prétendent que le hareng eft bien falé & marchand quand on peut toucher la firomure avec le doigt; mais ces barrils fe vuident, & on les remplit d’une faumure nouvelle affez forte pour qu’un hareng flotte deffus.
- Comme en Bretagne le fel eft à meilleur marché que le poilfon, les faleurs en emploient beaucoup plus qu’il n’eft néceffaire ; & peut-être que fans cela leurs harengs fe gâteraient, parce qu’ils ne les préparent qu’en vrac ; mais, comme le remarque M. le recteur de Piriac, pour faire de bonnes fàlaifons, il faudrait que les bargers ne fiffent que la pêche r & qu’ils vendirent leur poilfon à des faleurs qui s’occuperaient' uniquement de cette opération ; aflitrément fi quelqu’un s’adonnait férieufement à la préparation des harengs que prennent les bargers, & qu’ils vouluIfent fàler en vrac les harengs braillés, enfuite les paquer, & en faifimt cette opération les trier fidèlement , ils pourraient vendre leurs harengs concurremment avec les Hollandais, ou au moins avec les pêcheurs de k Manche. Nous avons déjà détaillé la pratique de ces derniers ; nous allons maintenant rapporter celle dés Hollandais.
- Paquage du hareng par les Hollandais.
- 5*46. Comme dans certaines années les côtes de Hollande ne fournilfent que peu de harengs , les Hollandais qui en font un très-gros commerce, ont pris l’habitude d’aller chercher ce poilfon à là hauteur de • Schetland, au nord de l’Ecoffe * ou à Yarmouth ; & êes pdiiîbns ne pouvant être livrés frais aux fàïeurs., lès pêcheurs- les faîerit en vrac8i quelquefois les paquent dans leurs bâtiment j c’eft en ’eet état qu’ils les livrent en Hollande.
- V ij
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- T RA I T Er D E S, PECHES; Partie IL
- y47. Quand les corves ou autres bâtimens Hollandais reviennent de l’une ou de-l’autre de ces pêches,-ils entrent dans les canaux qui traverfent prefque toutes les villes de Hollande. Ainfi chaque marchand fait préparer fon poiiTbn devant fa maifon, dont le bas fert ordinairement de roagalin j quand le tems le permet, on paque le hareng au bord du canal ; finon cette opération fe fait dans le magaGn; mais toujours aulli-tôt que les pêcheurs ont fait leur livraifon de poiffon frais ou falé. On renverfe le poiffon, comme en France, dans des cuviers ; on caque ceux qui font frais 7 on les trie & on les alite de même ; toute la différence confifte en ce qu’en France ce travail eft fait par des femmes, & en Hollande par des hommes, qui, étant plus forts, les paquent plus preifés les uns contre les autres & plus également.
- 748. Leurs falaifons devraient être plus fortes que celles des Français, parce qu’ils poudrent un peu de fel neuf entre chaque lit de harengs ; maie ils emploient du fel blanc qui, comme nous l’avons dit, paffe pour avoir moins de force que ceux de Brouage : c’eft pour cette raifon, & parce que-les harengs du nord font gras & huileux, que quelques faleurs attentifs mêlent du fel de Brouage avec leur fel blanc , ce qui raffermit la chair de ces harengs : quelques-uns reprochent aux falaifons de Hollande de 11’ètre pas auffi bien épurées de fauce que celles de France ; mais qu’on dife tout ce qu’011 voudra, il eft certain que les harengs de Hollande font d’une excellente qualité étant braillés & paqués en vrac .immédiatement après qu’ils ont été tirés de l’eau i & il n’y en a point de deux ou de trois nuits. Comme au triage on 11e retranche que les poiffons vicieux, & qu’01111e fait point de harengs de choix, les barrils marchands en contiennent ordinairement plus de laités & d’une belle groffeur qu’en France i enfin les fels blancs d’Elpagne & de Portugal qu’ils emploient, donnent un coup-d’œil avantageux à leurs falaifons ; il eft vrai que ces fels leur procurent de l’âcreté ; mais fis lavent la tempérer en l’alliant avec du fel de Brouage : ils paquent fouvent au verrin, & on prétend que la faumure qu’ils ajoutent aux harengs paqués leur donne un coup - d’œil avantageux, parce qu’ils emploient une faumure neuve clarifiée par précipitation, & de plus filtrée par un tamis fin. , •
- Des défunts particuliers aux harengs falé s en blanc.
- 5'49. Nous avons rapporté, paragraphe ci-deiïus, les défauts qui font mettre au rebut les harengs frais y il convient, après avoir décrit la façon de préparer le hareng en blanc, de faire connaître les défauts qu’on peut leur reprocher> car par cette -préparation, ils en contractent de particuliers.
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- Sect. III. De l'alofe, & des poiffons qui y ont rapport. 157
- ffo. Dans ces fortes de harengs, foit qu’ils viennent d’Yarmouth ou de la Manche, foit qu’ils foient pleins ou gais, on rebute, comme dans les frais, ceux qui font égorgés, égarés, éventrés, brûlés, mous ou flaf-ques, de mauvaife eau, éventés ou bougons. Je vais rappeller en peu de mots ce que j’ai dit de ces défauts à l’occafion du hareng frais.
- ffi. On appelle égorgés, ceux dont on a découvert les côtes eh les cliquant, ou à qui on a trop coupé le deifous de la gorge. Il effc dit éventréy îorfqu’en l’habillant on lui a trop ouvert le ventre. O11 appelle les harengs brûlés quand leur chair eft deiféchée par la force du fel, ce qui arrive, ou quand on emploie du fel nouveau, ou quand 011 en met trop, ou encore aux harengs bouflàrds qui ont frayé nouvellement. Au contraire , ils font mous 8c jlafques, quand on a trop ménagé le fel 5 quand cela arrive à de harengs de bonne qualité, & que l’altération dupoilfon n’eftpas confidérable, on paque ce poiifonavec une forte faumure, ou une petite quantité de gros fel, ou même quand il y eu a peu, on les paque avec des harengs bien apprêtés.
- ffjz. Il y a des bancs de harengs qui font de mauvaife qualité, foit parce qu’ils font près de frayer, ou parce qu’ils ont féjourné dans de mauvais fonds ; ceux-là fe gâtent au fel, & on les nomme de mauvaife eau. O11 appelle des harengs éventés quand, étant paqués, ils ont perdu leur eau ; en ce cas, ils deviennent jaunes, fades & puants. Enfin les bougons , comme 011 l’a dit aux harengs frais, font ceux qui ne font point entiers, ayant perdu une partie de leurs écailles, de leurs nageoires ou de leur chair en les apprêtant.
- . ff}. Les pêcheurs & les faleurs penfent que pour que les harengs fe confervent bien, il faut làler dans les mêmes barrils les laités & les couvés ; mais j’ai vu des harengs de choix, & tous laités, qui le confer-vaient à merveille.
- Article XIV.
- Des règlemens pour réprimer les abus fur les falaifons de harengsJ
- La bonne-foieftla bafe fondamentale du commerce j tout le monde en convient : néanmoins l’appât d’un gain momentané, engage plusieurs négocians à s’écarter de cette réglé qu’ils s’efforcent de publier comme le plus fûr appui de leur commerce ; & en s’en écartant, ils jettent Un dif crédit général fur toutes les marchandifes, de forte que ceux qui font leur commerce. avec nobleffe & fidélité, en faufilent, fe trouvant'confondus, avec ceux qui manquent de bonne-foi. Ce n’eft pas d’aujourd’hui qu'on ‘a cherche les moyens de mettre en concurrence les falaifons du royaume avec;
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- i'fg TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- celles des étrangers, & de rendre les fàlaifons de tous les ports, également bien conditionnées, en réprimant des abus dont on fe plaint avec raifon.
- ff f. Il y a des ports ou l’on fait exécuter foigneufement des régle-mens de police qui y ont été établis ; à Dunkerque, par exemple, il y a une police établie, tant pour la pêche que pour la préparation du hareng, & tout propriétaire de bateau, avant d’envoyer à la pêche, fe préfente au magiftrat pour faire ferment qu’il obfervera les réglemens établis à l’un & l’autre égard ; entr’autres conditions, il s’engage de ne point faler de harengs, que ceux pris dans les vingt-quatre heures ; & pour qu’il ne fe falTe point de fraude dans les fàlaifons, on a établi des viliteurs qu’on nomme, je crois, maraudeurs, qui doivent être préfens lorfqu’on laie des harengs en ville, pour appofer une marque fur les barrils, avec connaif-lance de caufe. Ceux qui ne peuvent pas être fàlés dans les vingt-quatre heures, font portés aux faurifleries qu’on nomme coreffes.
- 576. L’arrêt du parlement de Rouen, du 2} mai 176^, fervant de réglement pour la falaifon du hareng, & que j’ai cité en plus d’une occasion , eft exécuté à Dieppe, & dans tous les ports du relfort de ce parlement. Mais un abus des plus conlîdérables, 8c qui jette le plus de discrédit fur les làlaifons , eft d’introduire dans les paquages des poilfons de rebut, dont on a donné le détail article XIII, & encore plus de faler en blanc des harengs pêchés de plus de deux nuits; ceux d’une nuit étant beaucoup meilleurs que ceux de deux, il convient de les paquer à part. C’eft pourquoi l’arrêt du parlement de Rouen de 1765*, fait défenfes, article I, à tous les maîtres de barques ou de bateaux pêcheurs, leurs matelots & équipages, d’apporter dans les ports de fon relfort, & d’y décharger comme frais, d’autres harengs que ceux d’une, deux ou trois nuits, à peine de, &e. Et l’article II, fait défenfe aux maîtres de barques, allant à la pèche du hareng, & aux marchands faleurs à terre, de caquer, faler & embarriller d’autres . harengs que ceux d’une ou deux nuits ; ceux de trois nuits doivent être bouffis : on conçoit bien que quand on dit dès harengs d’une nuit, 011 n’entend pas des harengs pêchés la nuit; car on n’en prend guere le jour, mais des harengs qui ont été pris la nuit qui précède le jour de la iivraifon.
- Les harengs du nord, & ceux d’Yarmouth qu’on fale à la mer, ont communément cet avantage fur ceux qu’011 livre frais dans les ports, parce que les vents & les marées contraires, retardent fouvent la livrai-fon; le triage de gros harengs laites qu’on fait, tant dans les harengs frais que dans les filés, diminue encore la valeur de ceux qui entrent dans le commence & qu’011 appelle marchands, .......‘.......'
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- Sect. III. De Valofe , & des poiffons qui y ont rapport. 149
- f5*8- LEconfeil a rendu plufieurs arrêts en forme de réglement, pour réprimer ces abus, & établir mie concurrence, non-feulement entre les là-laifons des différens ports du royaume, mais encore avec celles des pays étrangers ; il a donc été ordonné
- Vf9. i°. Que les harengs qui feraient pêchés dans la mer d’Allemagne, à l’embouchure de la Tamife, au nord de l’Angleterre, & qu’on nomme ÆYarmouth, qui, communément, font d’une qualité fupérieure à ceux de la Manche, & qu’on fale en vrac à la mer, foient paqués à part dans des barrils qui liraient marqués au feu de trois fleurs-de-lys, outre la marque du marchand iàleur.
- f6o. 20. Que le hareng de la Manche, falé d’une nuit, ferait marqué de deux fleurs - de - lys , 8c celui de deux nuits d’une feule fleur-de-lys, avec défende de faire aucun mélange, ni d’y introduire aucun hareng de rebut.
- féi. J4*. Que dix-huit barrils en vrac 11e pourront former que douze barrils paqués, dont chacun doit pefer au moins 282 livres.
- f 62. 40. Qu’on ne pourrait ni faler ni expofer en vente des harengs pêchés dans les iaifons où la pèche efl: défendue : on a révoqué en partie ce dernier article de l’ordonnance, & on peut confulter ce que nous avons dit à ce fujet, article IV.
- féf. f°. Mais ce qui eft de plus important , efl: d’obliger les marchands iàîeurs de mettre leur marque fur les barrils qu’ils auront fait paquer, afin qu’ils répondent de la fidélité de leurs falaifons, & que les .détailleurs aient leurs recours fur le Iàleur, en cas de contravention : ce qu’il y a de fâcheux, c’eft que les fraudeurs peuvent donner leur marchandife à meil-letrr marché que ceux qui paquent fidèlement, & que le bon marche tente toujours le détailleur, quoique fouvent il y perde.
- f64» 6°. La qualité 8c la quantité du fel qu’on emploie, efl: une chofe très-importante ; trop de fel rend le poiflon âcre & là chair coriace, Ci l’on en emploie trop peu, il fe corrompt. A l’égard de la qualité, nous avons rapporté à l’article XII, les inconvéniens qui réfultent d’employer du fel trop nouvellemeiit-gabelé s & c’eft un prétexte dont fe font quelquefois fervis les fermiers, pour obliger les làleurs à renoncer à leur franchife, & les forcer à prendre leur fel au grenier de la ferme.
- f6f. On doit diftinguer dans le commerce des falines, qui fe préparent dans les ports, quatre fortes de perfomies qui ne devraient jamais être confondues j chacune devrait fe renfermer dans .les fondions particulières ; lavoir, 1. les marchands de fàliiies ; 2. leurs commiifionnaires 5 3. les propriétaires des bateaux pêcheurs, & les intérefles à la pêche* 4. enfin, les marchands .làleurs.
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- $66. Les marchands de làlines font répartis dans les grandes villes du royaume, & ont de grands magasins pour fournir des marchands moins confidérables, & même des détailleurs. Les propriétaires des bateaux & les intéreffés à la pèche, font, ceux, comme nous l’avons dit plus haut, qui fournilfent les bateaux tout équipés, qui, au retour, iont chargés de la vente du poilfon, tant frais que falé , qui revient de la mer. Les marchands làletirs font ceux qui achètent le poilfon des propriétaires des bateaux pour les préparer chez eux. Les commiiîionnaires font ceux qui achètent des harengs falés chez les faleurs, pour les envoyer à leur commettant; ils doivent veiller à la perfection de la marchandée, & l’avoir àjufte prix.
- f67. Si chacun fe renfermait à faire fes fonctions, tout en irait mieux; mais fouvent le propriétaire de plulieurs bateaux, eft làleur & commiilion-naire : alors il fale les poilfons de fes bateaux ; il arrhe ou acheté au plus bas prix, le poilfon des faleurs, qui, ordinairement, font p reliés de vendre ; & après en avoir fait quelques fournitures à fes comrnettans fur ce pied, ïorfqu’iln’a plus de concurrens, il fournit le hareng à fes comrnettans fur un pied fort cher, & par ce moyen raffemble en fa perfonne tout le gain ; étant porteur d’ordre, il fait renchérir la marchandée , jufqu’à ce qu’il ait vuidé fes magafins, & les marchands n’ont pas, comme ils le comptaient, du poilfon de la première main ; car ce commilîîonnaire qui fournit fa propre marchandée, eéaie de la vendre le plus qu’il lui eft pollible. D’ailleurs, le propriétaire de bateaux, lorfqu’il eft en même tems fileur, réferve pour lui les poiéons les mieux conditionnés; & les laleurs qui n’ont point de bateaux , n’ont, pour ainli dire, que fon rebut, & fe trouvent quelquefois oblé gés de faler en blanc du poilfon de trois nuits. Si l’on tenait la main à l’exécution de l’ordonnance, on n’éprouverait point ces abus, chacun fe renfermerait dans la profeffion particulière, & les commiiîionnaires étant fur les lieux, réprimeraient les abus.
- féS. Maintenant il n’y a de concurrence qu’entre les marchands des différens ports, entre lefquels effectivement il y en a qui exercent fur les falaifons, des polices plus exacftes que d’autres. A l’égard du choix du fel, nous en avons parlé dans un article particulier, ainli que fur la jauge des batrrils.
- y 69. Dans des ports, on arrache les ouies & les inteftins avec le. doigt ; dans d’autres, on fe fert d’un petit couteau qu’011 nomme caqueux, & cette méthode eft préférable, parce que le doigt ne peut pas fuftire à caquer beaucoup de poilfons. Ailleurs, on tient la main à ce qu’on ne prépare en.blanc que les poilfons d’une, ou au plus de deux nuits ; dans d’autres, on en prépare de cette façon de trois nuits : bien entendu autant que cette police peut être exécutée ;
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- $ee ; car fuivant la température de Pair, & l’attention que les pêcheurs ont à confèrver leur poiflbn, il y en a de trois nuits qui font préférables à ceux de deux, & les pécheurs ne manquent pas de les déclarer tels.
- f 70. Ict Ppn efl exad; à paquer à part les poiflons de dehors de la Manche , qu’on nomme d'Yarmouth ; ailleurs 011 confond ces poidons dans les mêmes barrils, & on vend le tout pour être d’Yarmouth s quelques-uns paquent fépa-rément les poiflons pleins & les vuides, & ont foin de les diftinguer par des marques imprimées fur les barrils ; d’autres ont grand foin de tout confondre , même d’y comprendre les poiflons de rebut.
- 571. Mais un abus qui efl: prefque généralement répandu dans tous les ports où l’on fait des falaifons, efl: de faire choix & de trier de gros harengs laités pour les paquer à part, & les vendre plus cher que les autres; ce choix appauvrit les falines marchandes qui font le grand débit, & ce triage efl: fait tantôt par les femmes qui comptent les harengs, pour les fournir aux marayeurs, tantôt par les pêcheurs à qui l’on accorde un certain nombre de harengs en forme de gratifications, & enfin par les faleurs même. Nous avons rapporté des articles de l’arrêt du parlement de Rouen qui tendent à diminuer cet abus.
- 572. Calais , Boulogne & Dunkerque ont l’avantage de n’ètre point fu-jets à la gabelle, ainfi ils peuvent mêler du fel blanc avec le fel gris ; lorfqu’iis préparent des harengs gras & huileux, ils leur procurent ainfi le coup-d’œil avantageux qu’ont les falines de Hollande ; ils ne font point dans le cas, pour éviter des procès & des conteftations avec les gabeleurs, de trop ménager le fel ; aufli font-ils dans l’ufage de mettre, comme les Hollandais, de la fauce neuve & claire fur les harengs.
- 573. Les pêcheurs de Calais, de Boulogne & de Dunkerque, font en partie leur pèche à l’embouchure du Canal, à Thanet, même à Yarmouth, où les poiflons font communément dè meilleure qualité que dans la Manche , particuliérement fur la côte qui efl: entre la riviere de Somme & la Seine. Les Dieppois ne font pas également à portée de profiter de ces avantages ; mais ils foutiemient la réputation de leurs falines par l’attention, la propreté & la fidélité qu’ils obfervent dans la préparation de leur poiflbn.
- $74. D’un autre côté, les Dieppois font plus à portée des grandes villes , que les ports dont nous venons de parler, & ils ont des routes bien entretenues pour s’v rendre ; au lieu que les autres font obligés de tranfporter leurs falines par mer au Havre, ou à Rouen pour les vendre, foit à Paris, foit dans la Bourgogne; outre que les tranfports augmentent les frais, ils occafionnent des retards qui font quelquefois très-défavantageux.
- 575V Chacun doit profiter dès avantages de fa pofition, & faire tous les efforts pour primer ou au moins être en concurrence avec les pêcheurs
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- des autres ports; rien, par exemple, ne s’oppofe à ce que les pêcheurs de la Manche aillent chercher les harengs à la hauteur d’Hitland, ou à Yarmouth, ou au moins à l’embouchure de la Manche vers Oxford & Thanet, où les poilTons font d’une excellente qualité.
- ; 57G. A l’Égard de la police nécelfaire pour mettre les faleurs de harengs en réputation, elle conlifte fommairement, en ce qu’onpaque féparé-ment les poilTons pêchés d’une nuit ou de deux, & qu’on ne Taie pas en blanc ceux de trois nuits : les pêcheurs de la Manche devraient s’approvilionner de fels & de barrils pour mettre en fel, comme à Yarmouth, tous les jours les poilTons qui auraient été pêchés la nuit, lorfque les vents contraires ou l’heure des marées ne leur permettent pas de gagner leur port: à paquer à part les harengs d’Yarmouth, ainli que ceux du nord : à mettre auflî dans des barrils différais, les harengs pleins & les vuides : à ne point mettre dans les barrils les harengs de rebut, oyés, écorchés, blelTés , &c. à 'paquer en douze barrils dix-huit de ceux qui ont été Talés en vrac : à tenir la main à ce que les barrils aient exactement leur jauge, & que les tonneliers y appofent leur marque au feu: à bien fauter ou prefler les harengs,avec le verrin, de forte que chaque barril pefe environ trois cents livres, qu’il contienne à peu près mille harengs, & que dix barrils faflent un lait ; qu’on ne mette ni trop ni trop peu de fel, & que ce foit du fel vieux fiuné, mais neuf; que les paqueurs ainfi que les marchands mettent leur marque •au feu fur les barrils, avec celle qui indique la qualité du poilfon qui y eft renfermé, & la ville où ils ont été paqués, pour que les acquéreurs puif« fent avoir leur recours fur les marchands en cas de fraude ou de négligence ; car il eft jufte que celui qui a commis la faute, en fupporte la honte, & qu’elle ne retombe point fur les autres faleurs. ( 26 )
- Article XV.
- Du hareng faur.
- 577. Naturellement les meilleurs harengs faurs doivent être ceux d’Angleterre, parce qu’ils font tous d’Yarmouth, & pour cette raifon de la
- ( 26 ) Les loix prohibitives font fans tionner l’art important dont il s’agit. Celui doute très-làgement établies, mais l’on fait qui aurait mis plus d’intelligence , de foins que la cupidité eft fertile en moyens de s’y & de bonne foi dans fes opérations», ferait fouftraire. Les mftitutions rémunératives, récompenfé d’un côté par le fouverain , & jointes à toutes les facilités nécefïàires aux de l’autre par le prompt débit de fa denrée pêcheurs , feraient plus efficaces, & con- que la confiance publique lui garantirait, tribueraient mieux que les autres à perfec-
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- Sect. III. De î'alofe\ & des poiffons qui y ont rapportl 16%
- meilleure qualité ; de plus, ils font de la nuit, parce qu’on les livre à 4a côte aulfi-tôt qu’ils ont été pêchés, & qu’aucuns ne font falés à bord des bâ-timens : au contraire, les harengs faurs qu’on prépare en France, ne font point d’Yarmouth, parce que ceux que les Français pèchent dans ces parages, font tous falés en vrac dans les bateaux, & enfuite préparés en blanc ; on ne faurit guere que ceux qui ont été pris à la côte, entre lefquels les: uns font d’une nuit, d’autres de deux, même quelques-uns de trois ; les: uns font pleins, & les autres font gais : ces circonflances font des déférences confîdérables dans la qualité des harengs faurs, comme dans celle de ceux qu’on prépare en blanc ; cependant communément ceux de la Manche font plus de vente, & ont un coup-d’œil plus avantageux que ceux d’Angleterre, ce qu’on attribue à ce que ceux de France font fumés avec du bois de hêtre bien fec ; mais ils fouffrent moins le tranfport & 11e fupportent pas aulli bien les chaleurs que ceux d’Angleterre : la couleur brune de ces harengs , & la propriété qu’ils ont de fe mieux conferver, 11e dépendraient-elles pas de ce qu’ils auraient été plus fumés & plus deiféchés que ceux de France ? Peut - être auffi de ce qu’ils font plus gras ? Cela pourra s’éclaircir par la fuite.
- 578. On prépare à Dieppe, des harengs demi-fauris qu’on nomme cra-qudots, appétits ou bouffis ; nous nous propofons d’en parler, ainfi que de ceux qu’on nomme à la façon de Meklembourg. Pour ce qui eft des Hollandais , quand les harengs ne donnent pas à leurs côtes, ce qui arrive en certaines années, ils falent en blanc tous les harengs qu’ils vont chercher, tant au nord qu’à Yarmouth ; & ne fauriifent que ceux qu’ils prennent près de, leurs côtes, & qu’ils n’ont pas vendus frais.
- 579. On fait en général, que pour faurir le hareng 011 ne le caque point , mais on le braille, ou on lui fait prendre un peu de fel ; enfuite on l’embrochp dans des baguettes qu’on appelle omettes, & on le fufpend dans des efpeces de tuyaux de cheminée, dans lefquels on les tient plus ou moins de tems à une chaleur douce, & à une fumée très-épailfe : en un mot, ces harengs font un peu falés, puis fumés.. Ces idées générales ont grand befbin d’être éclaircies i nous comptons le faire; mais auparavant nous allons décrire les ultenilles dont on fait ufage dans les fauriiTeri.es , roulfables ou faurecks.
- Des ufienjiles dont on fe fert dans les faurifferies ou rouffables.
- f8O. On a de grandes cuves H, pl. VI ,fig. 1, femblables à celles dont on fe fert pour caquer les harengs qu’on fale en blanc. Les femmes qui préparent les harengs bouffis, en ont de différentes grandeurs, & même des baquets a j fig. 2, pour y mettre les harengs qu’on va vifiter avant de les paffec aux baguettes. X ij
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- *?4 TRAITE' 2) £ S TECH E S: Partie IL
- * f 81. On a auffi des paniers treilles ou à jour d, pi. V, fig. 4, pour y mettre égoutter le hareng, comme on fait celui que Ton paque, & dé plus differentes fortes de mannes & mannettes e, pi. V, pour porter le hareng aux rouffa-bles, & livrer aux marchands les harengs bouffis.
- f 82. Les ainettes font des baguettes de coudrier ou de fàule, groffes comme le doigt, appointies par un bout, plus ou moins longues, fuivant qu’il y a plus ou moins d’efpace entre les bâtis de menuiferie où on les arrange, qu’on nomme ckanlattes, ou dans les ports écanlattes ; des femmes enfilent des harengs dans ces baguettes pour les mettre aux roulfables ; on acheté ces baguettes par bottes de cinq cents ou de mille h, pi. V, fig. 4,8c on en fait fk provifion dans les mois d’août ou de feptembre.
- f 83. Outre les barrils romains dont 011 a parlé, qui fervent pour paquer les harengs qu’on envoie au loin, on a des corbeilles d’ofier blanc & ferrées pour y arranger les harengs faurs ou bouffis, comme dans les barrils, lorf-qu’onn’a pas à les tranfporter loin; les plus grands , fig. 3 ,pl. VI, ont vingt-trois à vingt-quatre pouces de haut, ils font un peu ovales, le grand diamètre de leur ouverture eft à peu près de vingt pouces ; 011 y arrange les harengs le plus ferré qu’il eft poffible fins les fauter ; ils en tiennent à peu près un mille.
- jf 84. On a encore differentes fortes de paniers pour mettre dans des voitures ou fur des chevaux, comme ceux qui fervent au tranfport de la marée fraîche ; il y en a, fig. 4, qui contiennent cinq cents harengs, d’autres,^, f » deux cents ou deux cents cinquante ; un cheval n’en porte que trois des premiers, fig. 3 , & fix de ceux fig. f. On doit enfin , pour fumer les harengs* avoir une provifion de bois d’aulne bien fec; on fe fert auffi de copeaux de chêne ou de hêtre.
- Defcription des étuves, corettes ou corêjjes.
- f8f. Il y a de ces étuves de differentes grandeurs, les unes font au rez-de-chauflee, d’autres au haut delà maifon, chacun profitant du lieu dont il peut dilpofer ; il y en a auffi de petites & de grandes ; c’eft quelquefois un petit bâtiment de dix pieds en quarré fur douze de hauteur, couvert en tuiles pofées à mortier & bien crépies ; on laifle fur chaque face du toit quinze ou vingt œils de bœuf formés par des faîtieres renverfées qu’on nomme des Bavettes , pour laiffer échapper la fumée : je vais en décrire une des plus grandes. Ce bâtiment eft féparé en trois parties par deux rangs d’eipece d’échelles. Apportées chacune par deux petits fommiers qui les élevent de fix pieds au-deffus du terrein; ces échelles font de toute la hauteur du bâtiment, s’élevant jufqu’au faîte : les harengs ayant environ dix pouces de longueur , 011 met les lattes, qui forment comme des échelons, à onze pouces les unes des autres.»
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- Sëct. III:' De lalofe, £s? des poijfcmr qtti y ont rapport. i6ç
- pour qu’il y ait un pouce de diftance entre la queue d’un étage à la tète de ceux d’un autre étages c’eft fur ces échelons qu’on pofe les baguettes ou ai-nettes où les harengs font enfilés. Dans une petite coreffe, comme celle dont nous venons de donner les dimenfions, il peut tenir feize à dix-fept mille harengs.
- fBé. Les grandes roulfables, comme celle qui eft repréfentéepi. VI, fig. i font iéparées en trois parties, A, B, C, par deux languettes, D, E , qui font ordinairement faites de baugis ; c’eft à l’intérieur de ces cloifons que font attachées les échelles, F, F, F, F, & c. formées par des montans de fapin, F G * F G, &c. & les échelons font faits par des taffeaux ou des lattes de trois pouces de largeur qu’on pofe de champ ; on les nomme ciianlattes ou écanlattes les elpaces où l’on met les ainettes fe nomment des corps de chanlattes : au moyen des cloifons D,E, on a dans le même batiment comme trois rouifa-blés ; auffi voit-on qu’on peut charger l’efpace A, décharger l’efpace C, & fumer le poilfon qui eft dans l’efpace B.
- f 87. Il y a aux roulfables deux fenêtres ou évents que le maître faurilfeur fait ouvrir quand il le juge à propos, pour empêcher les harengs de noircir,, & faire enforte qu’ils aient une couleur plus dorée : c’eft peut-être de cette cir-conftance que dépend la couleur avantageufe qu’ont les harengs qu’on prépare en France ; mais cette difpofition n’eft pas entièrement la même dans tous les atteliers où l’on faurit; celles que l’on voitrepréfentées fur la pl. VI, fig. 2, font précédées en-bas par un grand manteau de cheminée en hotte, au-delfus duquel eft un tuyau quatre fois plus grand que les grands tuyaux de-cheminée de cuifine j on en a fupprimé le devant pour qu’011 puifïe appercevoir l’intérieur & la diipolition des harengs dans les roulfables. Les roulfables étant des efpeces de manufactures, il eft à propos de faire connaître les fondions des ouvriers qui y font employés.
- Des ouvriers employés à la préparation des karengs faurs.
- f 88. On nomme fiaurififeur ,K,pl. VI, fig. 1, celui qui préfide à toutes les; opérations, particuliérement à la conduite du feu s car il faut un homme expérimenté pour conduire le feu convenablement s il n’a point de repos, & ne dort que par intervalle : car il doit entretenir le feu jour & nuit, toujours égal & proportionné à la qualité des harengs 5 plus ils font gras, plus il faut que le feu dure, & cependant l’entretenir doux, de crainte que le poilfon ne s’échaude 5 & le celfer à propos ; car quand il eft fec, il y a à craindre de le brûler. L , fig. 1, font les faleurs & laveurs.
- 5*89. çOn voit enl, les inquerelfes qui mettent les harengs aux baguettes en les piquant par les joues 5 de forte que les pointes fortent par la gueules*
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- elles les donnent au pendeur M : quand le faurin ou faurilfeur juge que le pciffon eft alfez fumé, il ordonne au dépendeur N, de le retirer.
- f 90. Le faureur O, eft un maître tonnelier qui viilte les ainettes à mefure qu’on les dépend pour ôter tous les poilfons défe&ueux qu’il met au rebut ; au fortir des mains du faureur, ils palfcnt au compteur , qui les compte à Paillette. Je crois que cela 11e fe pratique pas dans tous les ports.
- f 91. Enfin les harengs vilités & comptés font portés à l’empipeur P, qui les paque dans des barrils romains, fépa'rément ceux qui font d’une nuit & pleins, & ceux qui font de pluiîeurs nuits ou vuides ; les uns & les, autres font marchands fuivant leur qualité : on les arrange en rofe, c’eft-à-dire, qu’on met les tètes autour du barril, & la queue vers le centre : enfin d’autres tonneliers enfoncent les barrils, & quelquefois les fautent.
- f92. Le faurin ou faurilfeur, le faureur, le compteur, le pendeur,le dépendeur , & l’empipeur, ont chacun ordinairement fix harengs de triage par rouffable, les autres ouvriers en ont trois 5 ces harengs font nommés faurin de bouche,, & font fort recherchés. Au refte ce que nous venons de dire fur la préparation du hareng faur ou fauri, ne doit être regardé que comme des notions préliminaires ; nous allons maintenant expliquer toutes les circonftances de cette préparation.
- De la préparation du hareng faur en France.
- y 93. L’espece & la qualité du hareng que l’on faurit , eft la même qu’on prépare en blanc ; feulement 011 eft plus attentif à 11e préparer en blanc que les poilfons d’une ou de deux nuits, au lieu qu’on faurit quelquefois ceux de trois nuits, quoique les harengs d’une nuit qu’on faurit, foient beaucoup meilleurs que ceux de trois nuits.
- $94. Le hareng qu’011 veut faurir, fe vend à la mefure & à l’encan, comme celui qu’on fe propofe de préparer en blanc; le marchand faurilfeur le fait apporter chez lui comme on fait le’ hareng qui doit être falé en blanc. Ou 11e le caque point comme on fait le hareng blanc, mais on le braille ; pour cela en l’apportant du bateau, on le met dans un magalîn fur le plancher, qur doit être bien uni ; deux hommes en remuent environ un cent à la fois avec des pelles de bois, pendant qu’un autre jette du fel delfus ; & quand il y en a fuffifammentpour que la fuperficie du poilfon en foit couverte, on les pouffe dans un coin les uns fur les autres, ce qu’on répété jufqu’à ce que toute la fourniture foit braillée, & on les lailfe prendre fel pendant vingt-quatre heures , enfuite on les met dans des corbeilles à deux anfes & à claire-voie, pour les plonger dans de Peau douce jufqu’à ce qu’il n’y refte plus de fel h enfuite ou les met aux ainettes pour les pendre dans la corefte.
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- Sect. III. De ValofeÊ? des poiffons qui y ont rapport. i-J/
- „ f9?. Voici une autre façon de brailler les harengs qu’on veut faurir. A mefure qu’ils arrivent on les verfe dans une cuve H, pl. VI, & avec une pelle on les faupoudre de felneuf: on les remue dans le fel pour qu’ils en foient également couverts de tous côtés ; en un mot, on les braille comme nous l’avons dit plus haut ; quand les pécheurs les livrent braillés, c’eft autant de fait & une avance pour le faurilfeur. On confomme pour cette opération environ deux rafures & demie de fel pour dix à douze mille de harengs ou un laft : l’ordonnance de 1680 , accorde pour chaque laft de harengs trois minôts de fel. Si le hareng qu’on faurit, eft pour la confom-mation des provinces peu éloignées, 011 le lailfe dans le cuvier prendre le fel pendant 24 ou 50 heures; celui qu’on deftine pour la Méditerranée, quarante-huit heures, & pour l’Amérique un peu plus de tems, enfuite on les lave avec beaucoup de foin dans de l’eau de puits : il eft défendu de fe fervir pour cela de la faumure des harengs qui ont été falés en blanc , ni de celle qui s’égoutte de ceux qu’011 a braillés pour les faurir ; fi l’on employait de ces faumures , les harengs tourneraient infailliblement en trois ou quatre jours. Quelques - uns prétendent qu’une faumure faible, mais nouvelle ou du fel neuf, eft préférable à l’eau tout-à-fait douce; & que cette eau légèrement chargée d’un fel neuf, donne au poiffon un coup d’œil avantageux.
- 596. Pour les laver, on les met dans des paniers à claire-voie L,/?/. VI% fig. 1 , dont le fond s’élève en-dedans comme celui d’une bouteille ; on. plonge à plufîeurs reprifes ces paniers dans une cuve qui eft remplie d’eau, ce qu’on répété jufqu’à ce que le fel foit fondu ; à mefure qu’ils font lavés & égouttés, on les ainette , c’eft-à-dire que des femmes I, fig. 1 , les enfilent par la tête avec les baguettes dont nous avons parlé ; 011 fait entrer la baguette par la joue, & on la fait fortir par la gueule. Il faut que les harengs ne fe touchent point les uns les autres , afin que l’air chaud & la fumée les frappent dans toutes leurs parties ; cependant une ainette qu’on fuppofe de trois pieds quelques pouces de longueur , eft chargée de vingt à vingt-deux harengs, & fouvent on met douze ainettes vis-à-vis l’une de l’autre dans la rouffable, fig. 1. A mefure que les ainettes font chargées , on les préfente, comme 011 le voit en M , les unes après les autres , à des hommes qui font fur les chanlattes ; ils fe les paffent de main en main jufqu’à celui qui eft le plus élevé ; car c’eft par le haut qu’on commence à garnir les chanlattes.
- 597. A mefure que les ainettes font mifes en place, le pendeur paffe les doigts entre les harengs , ce qu’on appelle ètriqucr, afin de s’affurer que les harengs me fe touchent pas; car tous ceux qui fe font touchés , font rois au rebut lorfqu’on dépend. Nous avons déjà dit qu’il y avait environ
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- dix pouces d’une ainette à une autre dans la hauteur, pour que la queue des uns ne touche pas à la tète des autres.
- ^98. Les cours de chanlattes commencent à fix ou fept pieds au-dedus du terrein, comme on le voit en F, F, pl. VI, fig. i , afin que les rangs d’en-bas ne reçoivent pas une chaleur trop vive ; quand les chanlattes font garnies d’ainettes chargées de poiiïon, on les laide en cet état pendant vingt-quatre heures pour que le poilfon puilfe s’égoutter avant d’allumer le feu : fi toute la roudable eft garnie , on établit les feux au nombre de quatre ou cinq, à quatre pieds de diftance les uns des autres.
- f99. Dans une petite coreife quia, on le fuppofe , feize pieds en quarré, on allume fur le pavé fept à huit feux de trois à. quatre bûches chacun , qui doivent rendre autant de fumée que de chaleur , & très-peu de flamme, de tems en tems on change les feux de place , pour que la chaleur & la fumée fe communiquent également par-tout.
- 600. Quand les harengs font égouttés, on allume donc ce qu’on appelle le premier feu, qu’on continue jour& nuit fans interruption pendant quatorze ou quinze jours, le vifitant de deux heures en deux heures pour fournir du bois ou l’attifer ; car il faut entretenir une chaleur égale : on le change aufli de place dans toute l’étendue du foyer , l’approchant quelquefois fur le devant de la cheminée, & d’autres fois le portant vers le fond. Quand la roulfable eft établie dans une falle aifez grande, le devant de la cheminée eft fermé par une cloifon, & l’on ménage au-devant de la cheminée un paifage pour y entrer & faire la pente.
- 601. Après avoir ainfi entretenu le feu pendant quatorze ou quinze jours , quelquefois vingt plus ou moins , fuivant que le {àuriifeur le juge convenable , on ceife les feux, & 011 laifle , comme l’on dit, repofer la roufi'a-ble pendant trois jours, pour que les harengs fe reffuyent, s’égouttent & rendent leur huile, ce que les ouvriers appellent pijfer ou mettre le hareng à la pijfe ; eflfedivement il devient humide , & il en coule quelques gouttes d’huile. C’eft alors un fpedacle aifez fingulier lorfqu’on entre la nuit dans une coreife où les feux font éteints ; car non-feulement tous les poilfons font lumineux 5 mais même toutes les gouttes qui en découlent femblént être des gouttes de feu. (27)
- ( 27 ) Ce phénomène ne furprendra pas fi l’on confalere qu’il fe trouve dans la nature plufieurs corps, qui ayant été expofés à la chaleur du foleil ou à un feu violent, ont abforbé la lumière lors de leur dilatation & la retiennent pour ne la biffer échapper que peu à peu , à mefure qu’en fe refroi-diffant ils retournent dans leur état ordi-
- naire. Les fubftances grades produifent cet effet encore, plus que les autres. Or les ha-reng^ont été mis vers la fin à un feu très-vif, comme notre auteur le dit dans ce paragraphe , afin d’opérer leur parfait defféche-ment, & ce font les parties huileufes qu’ils contiennent qui donnent lieu â cette efpece de phofphore. 602.
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- Sect. îïï. Dê Palofe , & cïes poïjfons qui y ont rapport *
- &02. Lorsque la pilfe eft finie, on rallume les Feux comme la première Lois, & prenant les mêmes précautions , on lès entretient pendant cinq à fix jours, quelquefois fept à huit, & lùrfqu’on voit le poilfon bien fec, on éteint les feux & on vuide la corelTe, en tirant les ainettes des chanlat-tes, ce que font les dépendeurs N, eilfe donnant les ainettes deux à deux; fur-le-champ on les porte fur une table qui eft dans la rouflable pour les vifiter, les trier, & quelquefois les compter. Nous remarquerons que pour le hareng qu’on doit confommet dans le royaume, quinze jours de rouflable fuffifent ; mais pour ceux qui doivent paifer dans la Méditerranée, il faut vingt à vingt-cinq jours & quelquefois plus.
- 6o}. Le trieur O met à part ceux qui font gais, piqués ou trop delféchés ; ce qui forme le rebut qu’on vend à meilleur marché que le relie à des hotteronniers ou de petits chalfes-marée, qui les portent aux endroits où ils favent en trouver le débit ; le relie eft marchand, & fe met dans des barrils qui contiennent à peu près un mille P , ou dans des demis ou quarts de barrils. On voit que l’opération de faurir les harengs exige une attention particulière, aüffi elt-elle confiée à des hommes expérimentés & qui répondent du fuccès.
- 604. Le feu doit fe faire avec du bois qui rende beaucoup de chaleur qui falfe beaucoup de fumée & peu de flamme ; 011 emploie cependant différentes fortes de bois ; dans quelques ports c’elt du bois de chêne, ailleurs c’eft du hêtre, d’autres elliment celui d’aulne ; on a foin d’entretenir toujours la porte fermée, 011 conduit le feu par degré : c’elt pourquoi on commence par en allumer un au milieu de la place ; vingt - quatre heures après on en allume deux autres ; puis quand la corelfe eft grande, encore deux autres. Le faurilfeur doit éviter de trop chauffer fon poilfon ; c’elt pourquoi il tâte fréquemment les harengs, & s’il les trouve trop chauds, il ralentit le feu & modéré fon opération ; mais pour procurer aux harengs un parfait delféchement, 011 fait à la'fin un feu vif, & on ferme l’entrée de la rouflable avec une grolfe toile.
- Préparation du hareng fauri en Angleterre.
- 60f. L’opération de faurir à Yarmouth elt, à très-peu de chofes près, la même que celle que nous venons de décrire : feulement comme ils lau-rilfent prefque tout le poilfon qu’ils prennent au nord de leurs isles, qui y effc en très-grande quantité, & qu’ils en préparent peu en blanc, la plupart de leurs établilfemens pour faurir font plus grands que ceux qu’on voit en France : pour fe former une idée des plus belles, il faut imaginer un grand cloître quarré ; le tout eft garni de hangars , lous lefquels font
- Tome XL Y
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- Jpp TRAITE* DES VECUES. Partie It.
- les çuyes à {àj&r > !<? delFus leur fert de magafin. pour ferrer après la faifon de la jpècheleurs filets, les manœuvres & les autres uftenfiles de pèche» î urique la pèche eft trop abondante pour tout encaquer, ils Talent du hareng en guerrier fous ces hangars. Dans cette efpece de cloitre, il y a un puits dont on tire l’eau avec une pompe , & cette eau eft diftribuée dans les endroits où l’on en a befoin, par des tuyaux de bois.
- 606. A l’égard des rouifables, elles font aifez fçmblables à pelles de France ; mgis il y en a qui ont cinquante à foixante pieds de hauteur, & qui étant remplies, contiennent ffx à fept cents mille harengs, ce qui oc-cafionne une grande économie fur la maiivd’œuvre & la confommatipn du bois.
- 60j. Quand le ppiffon eft égoutté, on allume les feux à peu près comme en Fran.ce, & on les continue pendant treize jours ; enfuite ils relient trois jours à la pilfe ; on rallume les feux , & on les entretient pendant huit jours j on les tient encore à la pilfe pendant quatre jours ; puis on leur dpnne le dernier feu qui dure trois jours. Ainfi les harengs relient en Angleterre dans les rouifables , pendant près de cinq femain.es, au lieu que-cette opération ne dure en France que vingt-un à vingt-trois jours. Il eft. vrai que les harengs d’Yarmouth étant plus gras que ceux de la Manche, ils fe deffecheiit plus difficilement; & que s’ils n’étaient pas fuffifamment fecs, ils fe corrompraient, fur-tout il 011 les tranlportait dans les endroits éloignés & chauds.
- 608. On reproche aux harengs d’Angleterre d’ètre d’une couleur plus ohfcure 8c moins dorée que ceux de France; mais ce n’-efl pas un défaut réel, puifque cette couleur dépend de ce qu’ils font plus gras, & que pour cette raifon il faut les tenir plus long-tems à la rouffable pour les mettre en état de fe conferver; d’ailleurs, il y en a qui prétendent que quand les Anglais brûlent dans leurs rouifables du bois de hêtre , leur hareng eft moins brun que quand on emploie du bois de chêne ; & il ne faut pas croire, comme quelques-uns le prétendent, qu’ils chauffent leurs rouifables avec du charbon de pierre ; il eft certain que les harengs d’Yarmouth font de la meilleure qualité, .& que les Anglais qui les. prennent tout près de leur côte , les préparent auffi-tôt qu’ils font fortis de l’eau ; nous ferons appercevoir combien cela eft avantageux : on leur reproche feulement que n’y ajmnt point de police établie pour le pacage, comme dans pluiieurs ports de France & ceux de Hollande , il fe gliffe des infidélités ; qu’il y en a qui mettent au milieu des barrils des poiiions viciés qu’on oblige les faleurs Français de mettre au rebut : mais en général, on peut dire que les harengs faurs d’Yarmouth font très-bons. Les barrils dans lefquels les Anglais mettent leurs harengs, fon femblables aux barrils romains dont nous ayons parlée
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- Sect. III. De l'alofe, & dès poiffom qui y tint rapport. j<>i Des défauts qui font mettre les harengs faurs au rebut.
- 609. Ces harengs ne font point marchands quand ils ont quelques-uns des défauts dont nous avons parlé à Foecafion des haréngs frais, & de ceux qu’on iale en blanc ; mais outre cela ils en ont quelquefois de particuliers : tels font ceux qu’on appelle baifés ou échaudés, brûlés ou de mauvaife eau ; je vais expliquer ces termes.
- 61p. Les harengs font dits baifés, quand étant pendus aux ainettes, ils 11’ont point été étriqués avec allez de foin, & que fe touchant, ils fe font çollés enfemble en fe féchant; en ce cas, la peau de l’un ou de l’autre s’enleve quand on les fépare, & alors ils ne font point marchands. Les harengs échaudés , font ceux qui ont été poulies d’un feu trop vif dans la roulfable ; il eft arrivé quelquefois que par l’ignorance ou la négligence du faurin, tout le poilfon qui était dans une roulfable a été perdu: on dit qu’autrefois cela arrivait aux Anglais mais que maintenant ils y portent plus d’attention, & qu’ils n’éprouvent plus ces pertes confidérables. Les harengs qu’011 nomme bridés , ont le même défaut que les échaudés , mais à un degré plus confidérable. Enfin on appelle harengs de mauvaife eau, ceux qui étant boulfards ou malades, n’ont pu fe bien faumurer ni fe fumer parfaitement; Tous les haréngs qui ont quelques-uns de ces défauts , ne font point compris dans les barrils qui font marqués pour être d’une* nuit s les moins défectueux palfent dans les barrils de deux nuits, ou bien ces rebuts qu’on nomme quelquefois faurins, font vendus à bon marché à des hotteronniers ou à .de petits marayeurs.
- 611. Quoiqu’on permette de bouffir & de faurir des harengs de troiis nuits, on devrait recommander aux fauteurs de ne point confondre- dans les mêmes barrils, les harengs d’une, deux ou trois nuits, ceux d’une nuit étant infiniment fupérieurs aux autres , & ceux de trois nuits très-infé*-rieursi à l’égard de ceux de quatre nuits, il eft défendu de les expofer en vente pour quelque ufage que ce foit : je crois néanmoins que fi 011 les avait falés en vrac dans le bateau au lortir de_ l’eau, & avec les précautions que nous avons rapportées, on pourrait en faire de bonsffiarengs iaurs;-
- 612. Il conviendrait encore de défendre exprelfément de faler lôs ha-rengs qu’on veut faurir, avec de vieille faumure, quelque'belle qu'elle pat. raille : cet article peut ne pas avoir fon application aux craquelots ou bouffis.
- 612. Enfin il eft naturel de recommander pour les harengs faurs comme pour les blancs, de ne préparer que des harengs bien conditionnés, & de 11e pas confondre dans les mêmes barrils des harengs défectueux avec les bons. O11 pourrait encore défendre; de caquer à part de beaux, harengs qu’on momme
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- faurins de bouche, afin de ne pas dégrader par ce choix ceux qu’on- met dans le commerce.
- Des harengs de demi-apprêt , quon nomme bouffis, craque lot s ou
- appétits.
- 614. Lorsque les harengs de primeur ne font pas communs , ce font les chalfes-marée qui les achètent pour les tranfporter frais dans différentes provinces ; mais quand ce poiffon eft affez abondant pour que fon prix en foit diminué, on en prépare en demi-apprêt' ou craquelots ; & quand cette préparation a été bien faite & à des poiffons de bonne qualité, ils font recherchés d’autant qu’ils précèdent les harengs faurs , & qu’ils font plus délicats, ce qui les fait nommer des appétits ; il eft vrai qu’ils 11e fe confervent pa3. long-tems, c’eft pourquoi ils font achetés & vendus par les chaffes-marée.
- '6if. Leur réputation ferait encore bien mieux établie, fi l’on ne préparait de cette façon que de. bons harengs exempts de tous défauts •, mais 011 donne cette préparation à des harengs gais & à des harengs de plu-fieurs nuits, qu’011 juge peu propres à être préparés en blanc , ou même en feur, pour être tranfportés loin.
- 616. Quoi qu’il en foit, on prépare communément en bouffi, les harengs; de plufieurs nuits que les pêcheurs rapportent frais de la mer, & ceux qu’iL y ont braillés, comme nous l’avons expliqué. Les harengs qui fourniffent le plus ces fortes de petites rouffables, font,les gais, lo'rfqu’ils donnent abondamment à la côte 5 & on peut le faire fans contrevenir aux réglemens & à la police ; on les nomme bouffis, parce que le feu affez vif qu’011 leur fait fupporter, les gonfle j les chaffes-marée en tranlportent affez considérablement à) Paris comme la marée fraîche, ou par charrette ou à dos de. •cheval.
- 617. IL eft défendu de feler les harengs qu’on veut faurir, dans la feu-mure qui vient des harengs qu’011 a préparés en blanc ; il eft ordonné de le fervir de fel neuf au contraire, pour le bouffi on prétend qu’une feuillure de fel neuf le ferait ouvrir } j’ai peine à me le perfuader, quand je fais attention que ce mauvais effet n’arrive pas aux harengs qu’on faurit, lors même qu’on les retire des rouffables pour les préparer en craquelots. On dit, il eft vrai, qu’on a fait fur cela des épreuvesmais peut-être a-t-011 employé une faumure trop forte, ou cette pratique a-1-elle été établie pour économifer le fel : d’ailleurs comme les harengs de plufieurs nuits s’ouvrent ordinairement quand on les prépare en bouffi, 011 peut avoir attribué ce défordre au fel neuf pour ne pas convenir qu’on a préparé des harengs trop vieux pêchés. Quoi qu’il en fort, l’ufege eft de feler les harengs qu’on veut
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- bouffir dans la Tance qui provient des harengs blancs qu’on a mis en cuve pour les paquer. Il n’y a que des femmes qui foient employées à cette préparation, 011 les nomme craqiulotutes ; 011 leur livre les harengs en compte , elles les préparent & les rendent de même en compte, moyennant une Tomme qu’on leur donne par millier.
- 618. A mefure qu’011 livre les harengs'aux craquelotieres, elles le ren-verfent dans de grandes cuves a , pi. VI ,fig. 2, ou on les y met en pleine fauce fans les prelfer les uns contre les autres 3 plufieurs font fuffifammcnt Talés quand ils y ont relié vingt-quatre heures : à l’égard des gais , comme ils rendent plus de fimg que les pleins, on les y laiife plufieurs jours, & il n’y a point à craindre qu’ils y prennent trop de Tel; en les tirant de ces cuves, les femmes b, les enfilent dans des ainettes comme les harengs qu’011 veut fiiurir; elles les pendent dans de petites rouifables e, qui peuvent en contenir cinq à fix mille. J’ai repréfenté trois de ces petites rouifables : on les pend dans celle c ; dans celle d, on les fume ; & dans celle e ; 011 les dépend. Ordinairement 011 ne laiife point égoutter ces harengs ; la derniere ainette elt à peine placée qu’011 allume le feu 5 mais on place d’abord la moitié de la pente , 011 y met le feu pendant fix heures pour le fécher ; enfui te 011 achevé de placer le poilfon, & on continue le feu clair pendant neuf heures : 011 ne chauffe ces rouifables qu’avec du bois d’aulne, & pour les quinze premiers jours on 11’emploie que des copeaux fecs qu’on acheté chez ceux qui travaillent ce bois ; alors comme le poilfon n’a point rendu fon eau, il fia gonfle & devient bouffi.
- 619. Au bout de quinze à feize heures, on celle le feu de copeaux fecs; -& pour leur donner la couleur dorée qu’011 defire , on tire le feu en-devant de la cheminée, on l’entretient avec des copeaux de bois vert qui font •un feu fourd & beaucoup de-fumée; quand il paraît de la flamme, on jette delfus une poignée de ces copeaux verts, quelquefois même on jette de l’eau defluS pour arrêter la flamme. Les quinze heures de feu vif ayant fuffi pour fécher le poilfon, il ne s’agit que de lui donner par la fumée la couleur dorée qu’011 regarde comme une condition importante. Quand le feu eft celfé , 011 laiife le poilfon dans la rouflàbîe fe refroidir pendant environ une heure 5 puis les femmes /\ pi. VI, fi g. 2, le dépendent, elles le mettent dans des corbeilles & le portent chez le marchand, mettant les corbeilles fur leurs épaules C, pi. V, fig. 3 , chaque corbeille contient vingt-cinq poignées ou deux cents harengs au petit compte : ces femmes l’ont reçu à trente poignées qui font cent vingt pour un cent, & elles.le rendent à vingt-huit pour •les indemnifer des rebuts qui tombent à leur perte. Quelquefois , quand il y a beaucoup de demandes, & qu’on met aux rouflables les harengs tout frais & fans être falés 3 ils font allez bons, quand 011 les mange &r-le-chamg s
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- iS>4 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- mais ils ne font point de garde ; ainfî cette préparation ne devrait pas être permife.
- 620. Il arrive encore lorfque la marée fraîche manque, que pour fournir les chafles-marée , 011 tire des roulfables où l’on prépare les harengs faurs , des harengs qui 11e font point .entièrement préparés ; alors on les donne aux craquelotieres qui les fument & leur donnent la couleur avec leurs copeaux d’aulne vert; mais comme les rouffables des craquelotieres font bien plus petites que celles de ceux qui fauriffent les harengs, il leur faut un tems alfez confidérable pour leur faire prendre la couleur. Ces harengs qu’on nomme de demi-apprêt, font de bonne qualité ; cependant 011 eftime pour la délica-telfe le véritable craquelot entièrement préparé par les femmes, comme nous venons de l’expliquer : lorfqu’elles ont des harengs d’une nuit & qu’elles les préparent avec de bonnes fàuces, ils font très-appétilfans ; mais comme le hareng doit flotter dans la fauce, il faut huit à dix barriques de fauce pour préparer un laft de harengs.
- De Ici préparation du hareng fumé à Mecklembourg.
- 621. Je ne puis parler de cette préparation que fur le rapport d’autrui , n’en ayant jamais vu ; mais on dit qu’auffi-tôt que le hareng eftforti de l’eau , on le met dans une faumure, dans laquelle il relie peu de tems ; puis on le met aux ainettes comme celui qu’on veut faurir ; on le pend dans une ef-pece de tour faite de brique, quelquefois de bois, & qui eft couverte par le haut ; on fait en-bas du feu avec du bois qu’on couvre de moulfe , & quand il fe forme beaucoup de fumée on couvre le haut de la tour avec des nattes ; on les lailfe en cet état jufqu’à ce qu’on les juge alfez delféchés, & & 011 les vend tout de fuite: on dit que ces harengs qui tiennent beaucoup des bouffis, font excellens, mais qu’ils ne fe confervent pas long-tems.
- Du compte des harengs faurs à la livraifon.
- 622. Communément les harengs làurs fe vendent au compte, foit qu’ils foient encore dans les rouffables, foit qu’ils foient enfermés dans les barrils romains ; au lieu que les harengs blancs paqués fe vendent à la futaille. Le cent des harengs faurs dans les barrils, eft de vingt-cinq poignées & demie de quatre harengs chacune., qui font enfemble cent deux pièces ; & quand 011 les prend n’étant pas dans les futailles, ou lorfque les marchands le détaillent, il eft de vingt-flx poignées qui font cent-quatre harengs.
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- Sect. III. De talofe, & des poiJJbnsrqm y ont rapport. 19$
- De h préparation du hareng pour acquer, qu'on nomme à la acqus.
- 62j. Nous avons dit en plus d’un endroit qu? on donne aux pécheurs & à ceux qui font employés dans les fauneries & les laurilferies, un certain nombre de harengs par forme de gratification ; comme ces harengs font communément choilis entre les plus beaux, il y en a qui les préparent avec foin pour les vendre comme harengs de choix ; mais vers la fin de la faifon lorfque les harengs font de mauvaife qualité, les pêcheurs qui fe propofent de faire après la harengaifon la pèche aux haims, en préparent pour amorcer ou acquer ; c’eft de la préparation de ces poilfons dont nous nous pro-pofons de parler.
- 624. Pour faire les harengs à acquer ou à la acque, quelques-uns les fâîent en vrac ; mais d’autres pour faire les harengs à acquer ou à la acque, leur tranchent la tête, les ouvrent du côté du ventre dans toute leur longueur , & en tirent les inteftins, ainfi que la laite & les œufs quand il y en ai ils grattent même avec un couteau le dedans du corps; quand on a ôté le fang, le plus qu’il eft poffible, 011 les jette dans une cuve pleine d’eau fraîche, où on les lave en les frottant avec les doigts, fur-tout vers l’arête ; on les tire de cette cuve pour les mettre dans une autre où il y a de nouvelle eau, où on les lave une fécondé fois ; lorfqu’ils font ainfi bien lavés, on les prend à poignée, & 011 les met dans un panier où on les lailfe s’égoutter jufqu’au lendemain ; enfiiite on faupoudre du fel dans le fond d’une autre cuve ; on met environ un cent de ces harengs égouttés dans un panier, & tandis que deux femmes les fecouent, une autre laupoudre à la main du fel delfus, jufqu’à ce que le hareng en foit garni de tous côtés ; alors elles le renverfent fur la couche de fel qui eft dans la cuve, l’unifiant de tems en tems avec la main ; quand la cuve eft ainfi remplie jufqu’à quatre pouces près de fon bord, 011 la couvre : en cet état, le poiiîbn peut fe conferver pour amorcer les haims ; mais on ne le mange pas.
- Des harengs frigauds.
- Ê2f. On dit qu’on apportait autrefois à Paris, une elpece de hareng préparé dans une fauce, & qu’on nommait frigaud, qu’on en envoyait de Flandres en petits barrils; ils étaient cuits dans une efpece de court-bouillon: on peut chercher leur préparation dans la feétion du faumon qu’on nomme en fauce ou en daube.
- Article XVI.
- Du commerce du hareng.
- 626. Il fe fait une affez grande confommation de hareng falé, blanc ou
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- i96 TRAITE' DES PECHES. Partié*Iî;
- fauri, dans le royaume, où il fe diftribuè par les rivières navigables de Loire, de Seine, de Somme, &c. ainlî. on en traniporte jufqu’à Nantes, Bordeaux, Bayonne, & même quelquefois en Efpagne ; on en portait autrefois dans la Méditerranée, d’où l’on rapportait en échange des drogues médicinales, ce qui a fait donner aux bateaux qui fervaient à ce commerce le nom de dro-gueurs ; mais les pêcheurs Français font peu dans le cas d’en fournir à l’étranger, parce que les grandes villes recherchent ceux qui font le mieux conditionnés ; & ceux qui font de qualité inférieure, fe débitent dans les pays de vignoble où l’on trouve des chanvres, des toiles, des vins, des eaux-de-vie, qui procurent un retour avantageux dans les provinces maritimes , foit pour la confommation du pays, foit pour les arméniens ou le commerce extérieur; ainfi le tranfport, chez l’étranger, des harengs falés ou faurs, par les Français, eft maintenant peu confidérable.
- 627. Les hotteronniers en portent en carême dans les campagnes & les petits marchés voifins des ports où l’on prépare du hareng ; mais ce font ordinairement des poiifons viciés qu’on donne à bon marché. Pour en fournir des lieux plus conlidérables, & qui 11e font pas fort éloignés de la mer, 011 en paque dans des paniers d’ofier blanc qui font très-ferrés ; ils ont ordinairement vingt pouces de hauteur, quinze pouces de diamètre par le bas, & dix-huit par le haut; ils contiennent à peu près foo harengs pleins ou gais ; comme ce paquage n’eft pas auili cher que celui en barril, on peut donner le poilfon à meilleur compte ; mais il ne faut pas fe propofer de tranfporter ces harengs paqués en panier fort loin ; car ils ne fe confervent pas auili bien que ceux qu’011 paque en barrils. En tems de guerre, on en a même tranfporté aux armées qui étaient peu éloignées, à dos de cheval dans des Fies, où 011 les foulait le plus qu’il était poifible.
- 628. Le commerce étranger du hareng fe fait, pour la plus grande partie , par les Anglais & les Hollandais, les Anglais pour le hareng faur, les Hollandais pour le hareng blanc ; car les Anglais ne préparent de harengs blancs, que pour fournir les endroits voifins des lieux où l’on en fait la pèche; il s’en fait même peu de commerce dans les provinces de l’intérieur de l’isle. Les Hollandais au contraire, qui falent prefque tous les harengs en blanc, en confomment chez eux une grande quantité, & en font au-de-hors un commerce confidérable ; ils en fournilfent l’Allemagne, la Flandre & l’Empire ; la réputation que fe font faite leurs harengs blancs, fait qu’ils en tranfportent jufques dans le nord, où l’on en prépare peu de cette façon.
- 629. Il ne tiendrait qu’aux pêcheurs français d’être en concurrence avec les Hollandais ; il leur eft libre de pêcher dans toutes les mêmes mers ; ils pourraient mettre en fel le jour, les poiifons qu’ils ont pris la nuit : non feulement ils ont les fcls de Brouage qui font réputés les meilleurs, mais ceux
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- Sect. III. De. l’alofe, & des poiffons qui y ont rapport '. 177
- qui font réputés les meilleurs, mais ceux qui ne font point en pays de gabelle , peuvent employer des fels blancs : enfin s’ils n’étendent pas cette branche de commerce, ils ne peuvent s’en prendre qu’à leur peu d’aélivité & d’attention.
- 630. Pour ce qui eft du hareng fauri, quoique les Hollandais, & encore plus les Français, en préparent de cette façon, ce commerce eft principalement dévolu aux Anglais qui en tranfportent dans tous les endroits où l’on porte la morue feche, & les harengs faurs leur procurent les mêmes retours. Ceux que préparent les Français , fe diftribuent dans l’intérieur du royaume, par charrois ou par eau ; on en fournit le Lyonnais, la Guienne, la Gafcogne, la Bifcaye, quelque peu paffent à Cadix s mais ils ne peuvent être en concurrence avec les Anglais qui font en état de les donner à meilleur marché.
- 631. Les harengs faurs de France, font plus clairs & plus dorés que ceux d’Angleterre, qui font d’un brun terne : ceux de France font plus en chair & moins delféchés ; mais ils ne fe confervent pas auffi bien : & quoiqu’on en ait tranfporté de bons aux isles de l’Amérique, on dit qu’ils fe gâtent quand on veut leur faire traverfer le détroit pour palfer dans la Méditerranée. Ces faits peuvent être vrais & n’offrir rien de contradictoire ; car un bâtiment qui fort de France à la fin de l’année, & qui emporte des harengs nouvellement préparés, peut n’être que vingt ou trente jours pour fe rendre aux isles, au lieu que le même bâtiment qui voudrait embouquer le détroit, lie ferait pas arrivé de plusieurs mois au lieu de fa deftination.
- 632. Les Anglais préparent quelquefois, comme les Français, des harengs clairs & dorés, qui font même plus délicats, mais ils ne fe confervent pas fi bien que les autres qui font ternes ; ce font ceux-ci qu’on paffe dans la Méditerranée, & dont il fe fait une énorme confommation en Efpagne, en Portugal, en Italie, dans tous les ports de la Méditerranée & dans le Levant ; on fait le tranfport de ce poiifon avec des navires depuis deux cents jufqu’à quatre cents tonneaux, munis de canon, & d’équipages allez nombreux pour n’avoir rien à craindre des corfàires qui croifent ordinairement à l’entrée du détroit.
- 633. Les harengs que les Anglais pêchent à Yarmouth, leur font livrés tout nouvellement pêchés, & pour cette raifon doivent être meilleurs que ceux qui ont trois nuits quand on les faurit ; cependant, comme nous l’avons dit, ils ont une couleur brune, une odeur & un goût qui leur eft propre, ce qui a fait croire qu’ils étaient préparés avec du charbon de pierre; mais cela ne fe pourrait; ils emploient, comme les Français, la fumée du bois, apparemment que cette couleur & cette odeur viennent du degré de chaleur qu’on leur donne, pour les mettre en état de fe conferver dans les
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- plus grands tranlports; car, comme nous l’avons dit, les Anglais en préparent comme les Français, qui ont auflî une couleur claire & dorée.
- 6^4. QüoÏQUe les Hollandais ne fauriifent guere de harengs, ils en font néanmoins un commerce confidérable, en en achetant des Anglais & même des Norvégiens, qu’ils tranfportent par - tout où ils lavent en trouver un débit avantageux.
- 63 f. Nous avons déjà dit qu’on ne pèche point de harengs aux environs de Venife s cependant on y en frit une grande confommation ; les Anglais y en tranfpoftent beaucoup. Une partie même de ceux qu’ils y portent eft privée d’huile qu’ils ont retirée pour l’employer dans la préparation de leurs laines : on y en envoie peu de blancs ; mais les autres y arrivent -en fi grande quantité dans des tonneaux, qu’il y en a qu’on ne vend que cinq à fix deniers ; il eft vrai que ceux qu’on vend à un aufii bas prix, ne font pas bons ; mais le peuple s’en accommode, & en confomme beaucoup pendant l’hiver.
- 6 j 6. Les marchands font'engagés à y en tranfporter, tant à caufe d’un en^ couragement qu’on leur donne en Angleterre pour favorifer ce commerce » que par le gain qu’ils font fur les raifins fecs qu’ils chargent en retour, & dont il fe fait une grande confommation en Angleterre ; dé plus, ils profitent d’une diminution dedamoitié des droits de fortie , que la république accorde à ceux qui font venus à Venife chargés d e marchandée s. Ces- charge mens de raifins fe font à Zante & à Theifalonique.
- 6?7. Les Hambourgeois tirent de Hollande les meilleurs harengs qu’ils diftribuent dans l’empire ; mais les Hollandais avant d’expédier ceux qui n’ont pas été préparés dans leurs ports, font ouvrir-les tonnes par des emballeurs jurés qui les vuident, les filent & les paquent de nouveau, dans des barrils de chêne, à la façon de leur nation; les emballeurs s’engagent ;par ferment tle'faire‘fidèlement cette opération, & appofertt différentes marques fur les barrils, conformément à l’ordonnance. La bonté des harengs *de Hollande vient, comme nous l’avons déjà dit, de ce que les pêcheurs leur ôtent les ouies à méfure qu’ils lés prennent,'& qu’ils ne manquent jamais desmettre en tonne , ou de fale'r en vrac, avant la chute du jour, tous les harengs qu’ils ont pris pendant la nuit; ils les arrangent avec beaucoup de foin, très-ferrés dans les barrils, & mettent entre les poilfonsun peu de fel d’Efpagne ou de Portugal. Ces attentions, fur lefqueîles:les Hollandais ne fe relâchent pas, ont donné à leurs harengs falés la réputation dont ils jouilfent à jufte titre (.28).
- (IzS) Àinifi H» provinces de France, menfe qu’en font des Anglais & les Hollan-fittièés le 'pliis avaritageuferiierit pouf la dais, ni les moyens qu’ils emploient pour y pêriVe clü harêî% , ayant dans leur pays le -réMIir, ne tirent cependant aucun parti de meilleur de tous des Tels pbur conferver ce ces circonftances réunies. Mais on ceffera poilfon , & 'h’ignoranc ni le commerce im- de s’en ctonner fi l’on coniidere que les pê-
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- Sect. III. De l'alofe, & des poiffons qui y ont rapport. 17? Article XVIL
- De Ü apprêt des harengs dans les cuijines ; & addition a Capprêt des alofes.
- 6? 8. A l’Égard des harengs frais, après avoir arraché les ouies avec le£ quelles 011 tire Peftomac & une partie des inteftins , il faut leur ôter les écailles , les bien laver & les eifuyer avec un linge ; on les fait enfuite cuire fur le gril ; & lorfqu’ils font très-frais, on les fert fans fauce, & on les mange avec un jus de citron ou du verjus. Mais quand ils ont été tranfportés un peu loin, & qu’ils ont perdu un peu de leur fraîcheur, on leur fait la fauce fuivante, qui fert aulîi à manger les harengs fàlés en blanc.
- 659. On met dans une caiferole un morceau de beurre, un peu de farine < un jus de citron ou du verjus, ou à leur défaut, un filet de vinaigre, une cuillerée de moutarde fine, un peu d’eau, & 011 aifaifonne le tout de poivre & de fel ; on fait épaiflir la fauce fur un petit feu ; quelques-uns y ajoutent un peu d’oignon coupé menu, & on verfe cette fauce fur les harengs qu’on a dreffés fur un plat.
- 640. Pour les harengs falés en blanc, on commence par les deffaler dans de l’eau, on les elfuie avec un linge , & 011 les ouvre par le ventre pour introduire dans le corps quelques aifaifonnemens & du beurre frais ; quand ils font cuits fur le gril, on les fert fur une purée, ou avec la fauce dont nous venons de parler.
- 641. Si ce font des harengs faurs, il y en a qui fe contentent, après les avoir mis quelques heures dans l’eau pour les deffaler, de les faire un peu griller : je dis un peu, car il ne faut pas les deffécher ; mais pour les apprêter, comme l’on dit, à la Sainte-Menehould, après leur avoir coupé le bout de la queue & l’extrémité du mufeau, 011 les met tremper pendant trois ou quatre heures dans de l’eau, puis pendant une couple d’heures dans du lait. Quand ils font égouttés, on les trempe dans du beurre chaud, affaifonné d’un peu de laurier, de thym, de bafilic, le tout haché bien menu i on y ajoute un peu de gros poivre & deux jaunes d’œufs ; à mefure qu’on les trempe dans le beurre,
- cheurs Français font très-gênés quant à la qualité & la quantité du fel qu’il leur faut, qu’on les oblige à'payer divers droits, à faire des déclarations multipliées, &c. & qu’enfin leurs entraves s’étendent jufqu’à ne pas pouvoir occuper qui il leur plaît pour le tranfport de leur poilfon ; mais à être obligés de fe fervir de ceux qui ont obtenu
- privilège exclufif pour mener la brouette, & traîner un camion. Il y a apparence que fi l’on pouvait les exempter de la gabelle dans tous les ports, de mer de la Manche , le commerce du hareng ne tarderait pas fleurir. L’importance que les Anglais y attachent , comme je l’ai dit ailleurs , eft digne d’être imitée par-tout.
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- on les poivre ; quand ils font cuits fur le gril, on les dreffe fur la fauce qu’ofl a mile dans un plat, &, fi l’on veut, on preffe deffus un jus de citron.
- 642. On peut écharpir les harengs, en retirer les arêtes, & en mettre comme fourniture, dans une falade verte, ou comme affaifonnement dans des ragoûts. On peut auffi en faire des omelettes, -comme on fait celles au jambon ou au fromage.
- 64?. Nous avons dit à la fin du chapitre des alofes quelque chofe fur les différentes façons de les apprêter pour les fervir fur les tables ; mais nous en avons omis une des meilleures, qu’on nomme à la maître, dliôtel. Elle con-fifte, quand on a ôté les écailles, à ouvrir le poiffon par le ventre, pour le vuider, & mettre dans le corps de fines herbes, des épices & de bon beurre frais y puis le faire cuire fur le gril, l’arrofant de tems en tems avec du beurre frais fondu 5 ce beurre nourrit la chair de 1’alofe qui eft un peu fèche ; les fines herbes lui communiquent un bon goût : mais il en faut mettre modérément 3 pour qu’on fente le goût de l’alofe qui eft agréable. On peut de même accommoder du hareng frais à la maître-d’hôtel.
- 'ss^g-LJ_,.^rrg=<»
- [CHAPITRE V.
- De la Jardine y fardina : chalcidis, Beüon : trichis ou trichias , Rond. En anglais , fmall pylchard ( 29 ).
- T &44- ÏLe poilfon que nous nommons far dîne, eft de la famille des harengs, & par confisquent de celle des alofes : tous ces poiffons font ronds, à écailles & à arêtes ; tous ont un feul aileron mou fur le dos , vers la moitié de leur longueur ; fous le ventre , derrière l’anus, un aileron qui s’étend prefque jufqu’à la naiffance de celui de la queue, deux nageoires derrière les ouies, deux fous le ventre , où l’on fent des afpérités comme aux alofes , aux fentes & aux harengs.
- 64^. Rondelet dit que quand ce poiffon eft grand, il prend le nom de farde, néanmoins il donne encore ce nom à un poiffon bien différent qu’il nomme bife, & qu’il dit approcher de la pélamide dont je parlerai ailleurs. Il mefemble que Galien l’ajappellé farda ^ 8t. qu’il dit que ce poiffon eft plus propre qu’un autre à être fialé, parce que la chair n’eft ni trop molle ni trop feche. Les plus groffes fardines n’êxcedent pas la grandeur des harengs de moyenne taille ; ces circonftances indiquent bien que les alofes, les hareugs & les far-
- (29) En allemand fardelle.
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- Sect. III. De Falofe , £5? des poiffons qui y ont rapport. ;i8i
- dines,:font de la même famille, quoique de différentes efpeces : mais ce n’eft pas tout.
- 646. Les fardines font, ainfi que les harengs, des poiffons de paffage qui paraiffent fur nos côtes par bancs ou bouillons, dans des faifons marquées ; elles n’entrent point comme les alofes , dans les rivières qui fe déchargent à la mer, aux endroits même où l’on prend beaucoup de fardines ; néanmoins il y en a une efpece dont je parlerai dans la fuite, qui refte dans les lacs d’eau douce fans jamais communiquer avec la mer.
- 647. Nous avons dit que le vrai hareng était un poiffon de l’Océan qui ne fe trouvait point dans la Méditerranée ; les fardines, au contraire, font fi abondantes dans cette mer, qu’il y en a qui ont cru qu’elles lui étaient pr -près à l’exclufion de l’Océan : on verra dans la fuite qu’elles fréquentent les deux mers, & qu’on en fait dans l’Océan des pèches prefqu’auffi abondantes que dans la Méditerranée.
- 643. Quoique les fardines foient des poiffons de^fàifon, qui, généralement parlant, precedent les harengs , elles paraiffent plus tôt à certaines cô-.tes qu’à d’autres ; & elles fe plaifent particuliérement fur certains fonds où elles fe raffemblent en grand nombre, & y féjournent plus long-tems qu’ail-leurs ; tout cela pris généralement: car les bancs de fardines, comme ceux de harengs, fe portent quelquefois très - abondamment d’un côté & enfuite d’un autre, & quelques années plus tôt, d’autres plus tard5 nous citerons des endroits où l’on en prend quelques-ilnes toute l’année.
- Ù49. Il paraît qu’elles s’établiffent volontiers aux endroits où il y a des .herbiers que les Bretons nomment jaudre ; c’eft pour les en tirer que les pêcheurs Bretons leur préfentent un appât qu’ils appellent réfure, au moyen duquel on ne bouleverfe point le fond comme les filets traînans qu’on emploie en quelques endroits, qui font, pour cette raifon, un tort confidéra-ble à la multiplication de beaucoup d’efpeces de poiffons, notamment des fardines : néanmoins tous les pêcheurs ne conviennent pas que les fardines s’établiffent fur les fonds; plufieurs peiifent, & ce 11’eft pas fans fondement,, qu’elles fe tiennent fou vent entre deux eaux comme les harengs , pour éviter les pourfuites de quantité de poiffons qui s’en nourriffent. Etant prévenu qu’iL y a beaucoup d’incertitude fur la marche des fardines, 011 peut dire que communément' 011 en prend*peu .dans la Manche depuis la Bretagne exclufrve-ment jufqu’en. Flandres, peut - être jparce que les harengs qui fréquentent beaucoup ces parages, en écartent les fardines ; néanmoins on en a quelquefois *vu des bancs confidérables vers l’embouchure de la Seine, mais c’eft rarement: cependant ify en a finement quelques-unes dans la Manche; car on trouve fur les côtes, de Caux quelques fardines confondues dans les man-nets avec les harengs & les célans, ... - . >n , ...
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- m T RAI TF DES PECHES. Partie IL
- 6fo. On verra dans la fuite qu’on en fait des pêches confîdérables en Bretagne, & qu’on en prend fur prefque toutes les côtes d’Angleterre. Les Portugais en prennent beaucoup à la côte des Algarves, les Efpagnols en prennent à Cadix} mais leur pèche la plus confidérable eft au royaume de Grenade : en outre , comme j’ai déjà dit, ce poilfon eft abondant dans la plupart des ports de la Méditerranée & dans ceux d’Italie. On dit que la Sardaigne qu’on nommait autrefois Cedregna à caufe du fleuve Cedro, un de ceux qui Tarrofent, a pris le nom de Sardinia, parce qu’il s’y rend une grande quantité de fardines qui font très-communes fur toutes les côtes de la Méditerranée.
- 6 i. Ceux qui fe piquent d’être connaifleurs en fardines, & qui prétendent avoir examiné avec attention la qualité des fardines de Bretagne, des côtes de France jufqu’à Bayonne, celles d’Efpagne, de Languedoc, de Provence & d’Italie, trouvent les petites fardines de Provence les plus fines, néanmoins on eftime beaucoup les petites fardines qu’on pêche à Royan : on en pêche dans d’autres parages qui font auffi grofles que de moyens harengs, & leur goût en approche un peu ; en cela elles font bien éloignées d’avoir la délicatelfe & le goût fin des petites fardines de Royan & de Provence: il eft vrai qu’on pèche dans l’Océan & la Méditerranée, des poiflons de ce genre qui font gros comme de petits harengs} mais on ne les regarde pas- comme de vraies fardines, & on leur donne des noms particuliers.
- 6f2. Après ces fardines de Provence & celles de Royan, on eftime celles de Belle-isle : on dit que les fardines de Galice en Efpagne, & de Fal-mouth en Angleterre , font prefque aulîi grofles que des harengs gais ; ces fardines, ainfi que les petites de Royan, font les deux extrêmes: dans d’autres parages il s’en prend de grandeur moyenne. Il eft probable que les fardines acquièrent de la grofleur dans nos mers i mais je fuis porté à croire qu’on confond avec les vraies fardines, des poiflons qui font feulement de leur même famille, tels que les cétans, les célerins, les fprets ou fprats, & d’autres dont nous parlerons dans la fuite, ce qui occafionne un embarras dont on a peine à fe tirer. Quoique la route que fuivent les fardines, ne foit pas encore bien déterminée, je vais rapporter ce que j’en ai pu apprendre» tant fur les informations que j’ai prifes en différentes’ provinces où j’ai quef-tionné les pêcheurs, que fur ce- qu’ont bien voulu me communiquer mes tsorrefpondans. •
- A R T I C L E P R E M I E R.
- Conjectures fur la route que fuivent les fardines.
- Les fardines, comme nous l’avons dit; font des poiflons de pa£
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- làge qui paraiflent en certains endroits, dans certaines faifons, & enfuite font un tems considérable fans fe montrer ; mais je ne puis tracer exactement la route qu’ils fuivent. Il y en a qui prétendent que les lardines palfent de la Méditerranée dans l’Océan, & que ce poilfon remonte du fud vers le nord. D ’autres alfurent que d’abord ce poilfon .parait dans l’Océan, très-délicat & fort petit, aux côtes de Bifcaye dès le commencement du printems, qu’il groffit dans là route, & qu’il termine là courfè près des côtes d’Angleterre, où il arrive fort gros en automne s les remarques dont M* Archin m’a fait part fur le tëms où commence cette pèche , en ditférens endroits de la Bretagne, femblent donner quelque poids à cette conjecture ; car cette pèche fe fait plus tôt au Croilic qu’à Camaret, & elle ne commence en Angleterre qu’au mois de feptembre.
- 6f4. M. Archin ajoute qu’on voit d’abord le long des côtes de nos provinces méridionales de petites fardines ; que les premières fe pèchent vers Saint-Sébaftien & Bayonne, puis à Royan, où elles font délicieufes, mais li petites & li délicates, qu’on ne peut les làler qu’en làumure dans de petits barrils, comme les anchois ; qu’elles groffiflent & arrivent aux fables d’Olone du if au 30 mai; puis augmentant encore de groifeur., elles parviennent fucceffivement à la côte de Bretagne, depuis le Croilic & Belle-isle, jufqu’à Douarnenez & Breft, d’où ordinairement elles difparailfent vers la mi-octobre. -Ce que nous venons de dire -eft ce qui s’ohferve le plus ordinairement, Gar il eft arrivé quelquefois .qu’on en a péché abondamment en Bretagne en décembre ,& notamment en 17 y 1 & 1753 , où , quoique l’air fût froid, on en prit beaucoup à Belle- isle, & au Port-Louis.; prefque juf-qu’à la fête de noel ; mais ces événemens font rares;, & 011 peut les regarder comme des exceptions à la réglé générale.
- 6y M. Celoron, commidàire de la marine, ;au Conquet , penfe suffi que les làrdines acquièrent de la groifeur, en féjouniant fur les . côtes de Bretagne : fe renfermant à ce qu’il a obfervé dans cette province, il dit que les premières, qui font petites, fe montrent .à Belle-isle, qu’elles palfent en-fuite au Port-Louis, puis à Concarneau, & de là à la baie de Berteaume, vis-à-vis Camaret, vers le mois de juillet, devenant toujours de plus en plus grolfes; néanmoins que quelquefois elles changent tellement de groifeur, que d’un jour à l’autre 011 eft obligé de .prendre des filets dont les mailles foient plus ou moins .grandes.
- 6<f6. Plus on elfaie d’approfondir cette queftion, plus on trouve d’embarras; car beaucoup de pécheurs veulent que les fardines, comme les harengs-, filîent du nord & fe portent ver s lie fud, en.groffiifant.chemin faifanfc. Quoique quelques ôbfervations foient favorables à ce fentiment, il s’en fuit beaucoup qu’il foit à l’abri de toute contradiction ;car ,de ce qifon pêçhe
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- des fardines plus tôt au Croific qu’à Camaret, & qu’elles foient alors ^petites il ne s’enfuit pas qu’on n’en prenne pas aulîi de petites à la côte de Camaret , ou même fur celles d’Angleterre. Mais peut-être que les pécheurs de Camaret & d’Angleterre , ne font pas dans l’habitude de commencer leur pêche d’alfez bonne heure pour prendre de petites fardinesj peut-être encore que ne faifant cas que des groffes fardines, ils fe fervent de filets à mailles aflez larges pour laiifer échapper les petits poiflblis.
- Ô57. On prend fur les côtes d’Efpagne de petites fardines avec des {aines, & on en porte de Bilbao à Bayonne, préparées en faumure, comme les anchois , & renfermées dans des flacons. Mais des pêcheurs qui ont fréquenté les côtes d’Efpagne, ont afluré M. le Roy, commiflaire de la marine , qu’on y prend de fort grolfes fardines. Or', il ce poiifon filloit en grofliflant, de la Méditerranée vers le cap Lélàrd, on devrait en pêcher, depuis l’Efpagne jufqu’en Angleterre, de grofleurs différentes proportionnellement au tems qu’elles emploient à faire cette route ; & il n’a pas été poifible , à M. le Roy, ni à moi, d’avoir fur ceia quelque chofe de politif j ainfi je terminerai cet article, comme je l’ai commencé, en difant que la route que fuivent les fardines eft fort incertaine.
- 6 f 8- On prétend qu’on a commencé à faire une pèche confidérable & des falaifons de fardines à la partie du nord du reflort de l’amirauté de Breft, & qu’011 Fa enfuite faite près de Rolcoff; quoi qu’il en foit de cette époque, qu’on ne fait que par tradition, 011 la fait maintenant le long des côtes des évêchés de Vannes, de Quimper & de Léon j les lieux où il y a un plus grand nombre de pêcheurs , font Belledsle, le Port-Louis , Auray, Concarneau , Douarnenez , Treboul, Camaret, &e. En général la pêche y dure depuis la fin de mai jufqu’au commencement d’odobre 5 & on arme dans ces diiférens endroits près de neuf cents chaloupes, montées chacune de quatre à cinq hommes. (30)
- Artic le II.
- Des différens lieux ou Von fait la pêche des fardines.
- Quoique nous ayons indiqué, en expofant les conjeétures qu’011 a faites liir la route des fardines, beaucoup d’endroits où fe montre ce poiifon,
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- (50) On obferve que les fardines fré- miere, tandis que la lame eft conftamment quentent toujours une partie des côtes de haute dans la fécondé ; l’autre que celle-ci la Bretagne ,& prefque jamais l’autre par- abonde en chiens marins & autres poilfons rie, quoiqu’elles foient contiguës entr’elles. voraces , qui fe nourrilfent de fardines , & Cela procédé de deux caufes , l’une que la leur font une cruelle guerre. mer eft beaucoup plus tranquille dans la pre- je
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- je crois convenable, avant d’entamer ce qui regarde leur pèche, de rap-peller lés différens lieux où l’on en prend j mais je me bornerai à rapporter fommairement les connoilfances que j’ai pu me procurer fur ce point intérelfant.
- 660. On a vu que les morues, les faumons, les harengs, font, en quelque façon, des poiifons propres à l’Océan, & qu’on en prend peu dans la Méditerranée: il n’en eft pas de même des fardines ; on en prend dans la Méditerranée & dans l’Océan, en Italie, dans le pays Vénitien, à Ragufe , même dans l’Epire ; on en fait de grandes pêches en Efpagne , en Portugal i & pour ce qui regarde la France, en Languedoc , en Provence, dans la Guienne , l’Aunis, le Poitou , & principalement en Bretagne, On ne fait point de pêche expreifément delHnée à prendre ce poiflon fur les côtes de Flandre, de Picardie & de Normandie, quoiqu’on en prenne beaucoup fur les côtes de la grande Bretagne , &, comme nous l’avons déjà dit, jufque dans le nord de l’Europe, en Islande 5 car Horrebows dit y en avoir vu un nombre prodigieux qui agitaient la mer , pendant que le ciel était obfcurci par une prodigieufe quantité d’oifeaux qui les chaifaient pour s’en nourrir.
- 661. On voit dans les relations des voyageurs , qu’on prend dans le nord quantité de poiifons plus petits que les harengs, qu’on dit être excel-lensj il y a apparence que ce font des fardines. Ce poilfon fe trouve aulîi en Aile j car Vander - Broeck rapporte que lorfque les Hollandais étaient en rade devant Chichiri en Arabie , on vit paraître tout d’un coup une multitude de poiifons inconnus dans ces mers ; qu’ils relfemblaient aux fchooles de Hollande, & encore plus aux ikrdines de Portugal i les habitans les nommèrent Hollandais, parce qu’ils étaient venus avec les vailfeaux de cette nation. On continua à les voir pendant trois ans en lî grande quantité * que les hommes en étant raflafiés, en firent fécher pour en nourrir leurs chameaux j. ils difparurent enfuite, & l’on n’en vit plus. Kempfer dit qu’il y en a beaucoup au Japon, & 011 lit dans l’hiftoire générale des Voyages. » qu’on les y nomme iwas.
- 662. A l’égard de l’Afrique, Lopez dit qu’il, y en a. une telle quantité à. Loango, que pendant l’hiver elles làutent fur: le rivage, i il relie à favoir. fi cefont.de vraies lardines ou des poiifons qui leur relfemblent. Suivant Marc-Paul , il y a.des cantons en Arabie, où les habitans font une forte de farine avec des lardines feches, qu’ils pilent, & en forment des gâteaux qu’ils font lécher au foleil Scheifer dit que les habitans. les plus reculés de: la Norvège» font fouvent dans, le cas de fe nourrir, de poiifons léchés & particuliérement de lardines.
- 66^. Qœ voit dans l’hiftoire général d’Islande, qu’il arrive fur les côtes
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- une prodigieufe quantité de fardines, qui font chaffées par les thons ou cabillauds.
- 664. Enfin dans l’hiftoire générale des voyages, on voit qu’on trouve des firdines en une infinité d’endroits ; que les negres de Loango en font une partie de leur nourriture, les faifant bouillir avec différentes herbes & du poivre du Bréfi!,que les negres nomment akki; qu’on prend fur la côte d’Or une infinité de poilfons qui ne different des fardines que parce que leurs arêtes font fort incommodes. Je ne finirais pas fi je voulais rapporter tout ce qui eft dit à ce fujet dans l’ample colleéhon des voyages que je viens de citer. On voit qu’il y en a au Bréfil, à Conftantinople , & en beaucoup d’autres endroits. ( ^ 1 )
- 66 f. Je me propofe de rapporter comment on pèche les fardines, dans plufieurs des différens lieux que je viens d’indiquer y mais il me paroît convenable de parler d’abord des pèches qui fe font en France, commençant par celles de l’Océan.
- Article III.
- Defcription de la fardine.
- 666. Il y en a qui prétendent que le nom de fardine a été donné à ce poiffon , parce qu’on en prenait beaucoup auprès de l’isle de Sardaigne ; mais ne pourrait-on pas dire que le poiffon a donné le nom à l’isle ?
- 667. La fardine, ainfi que le hareng, reffemble beaucoup à l’aîofè par fa bouche, fes ouies ,fès yeux, fes écailles , la forme de fà queue, le nombre & la pofition des ailerons & des nageoires , ainfi que par la fcie qu’elle a fous le ventre ; c’eft donc en quelque façon un petit hareng, dont les gros,/?/. Vil, fig. 1, n’excedent guere fix à fept pouces de longueur totale A B y celles qui font plus groffes tiennent, comme nous l’avons dit, du hareng, & font peut-être des poiffons d’un autre genre y il y en a de beaucoup plus petites que celles que nous avons repréfentées fur la même planche, fig. f, puif. que, fans; parler de la fraie qui n’entre point dans les alimens, 011 en prend qui n’ont que deux pouces & demi ou trois pouces de longueur.
- 668. La groffe fardine qui a été deffinée de grandeur naturelle , avoit fix pouces de longueur totale A B ; du bout du mufeau au derrière de l’oper-
- ( ?i ) .rajouterai à ce que dit ici notre en fournît non-feulement a la Grece entière auteur, qu’il fe fait en mai & en juin fur les mais encore à une partie de l’Italie. On précôtes de la Dalmatie & près de l’isle de Liffa, tend que les Turcs ufeht de ce poiffon com*-ane pêche de fardines fi abondante , qu’elle me d’une médecine lorfqu’ils font malades.
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- cule des ouies quinze lignes ; toujours du bout du mufeau' au centre de l’œil, qui eft grand, vif & fort élevé fur la tête qui eft applatie, il y avoit cinq lignes & demie ; quand la gueule elf fermée , elle paraît alfez petite & la mâchoire inférieure n’eft prefque pas plus longue que la fupérieure ; en ce cas le mufeau femble alfez pointu, on ne fent point de dents dans l’intérieur.
- 669. Sur le dos vers le milieu de la longueur du poilfon, eft un petit aileron C, compofé de feize à dix-fept rayons; il a à peu près fept lignes de longueur à fon attache au corps ; le plus long rayon C, eft à peu près de cette même longueur. Sous le ventre , derrière l’anus, eft un autre aileron E, formé de dix-huit à dix-neuf rayons , qui n’ont guere que trois lignes de longueur ; l’étendue de cet aileron à fon attache au corps , étoit de 10 à 11 lignes.
- 670. DERRIERE & au-delfous des ouies , font deux nageoires F, & deux plus petites G , fous le ventre, qui eft à l’à-plomb de l’aileron du dos ; l’aileron de la queue eft fort échancré, le plus long rayon D H , a douze à treize lignes de longueur; fon étendue H I, eft à peu près de douze à quatorze lignes; l’épaiifeur verticale, à l’à-plomb de 'l’aileron C du dos eft à peu près de quatorze à quinze lignes ; mais cette dimenfion varie comme aux autres poiifons , fuivant qu’ils font plus ou moins gras, vuides ou remplis d’œufs ; les femelles ont le ventre plus gros que les mâles , & en général les lardines ont le corps plus arrondi que les harengs.
- 671. La forme des écailles, leurs couleurs, leurs reflets de lumière, leurs chatoiemens fur les côtés font comme aux harengs, les couleurs font feulement un peu plus brillantes; lorfque ces poiifons fortent de l’eau, leur dos eft d’un beau verd plus clair que celui du hareng ; à l’air il devient bleu, le ventre eft blanc mat, & la tête a des reflets couleur d’or.
- 672. 'Nous avons comparé la fardine aux harengs pour la forme extérieure : mais la chair des fardines eft beaucoup plus gralfe, plus délicate, & elle a plus de goût que celle des harengs. O11 ne les vuide point, & en les mangeant on ne trouve aucune partie qui ait de l’amertume (32); on les regarde comme un excellent poilfon quand elles font très-fraîches ; mais elles fe gâtent promptement. Nous rapporterons dans la.- fuite comment 011 les prépare pour les conferver.
- 675. Nous avons dit qu’il y a des fardines encore plus petites que celle que nous avons repréfentée pl. VH^fig.z: mais, à la grandeur près, ces petites fardines font femblables à la groife que nous venons de décrire, & que nous avons'repréfentée fig. 1.
- (32) Parce qu’elle n’a point de véfiçule de fiel.
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- Article IV,
- De La pêche des fardines.
- 674. Comme nous avons dit que les Français, les Anglais, les Efpagnols, les Portugais, les Italiens & les peuples du nord prennent des fardines , nous nous trouvons engagés à parler des manœuvres propres à chaque différente nation, & nous allons commencer par expofer fort en détail celles que font les Français dans l’Océan ; & comme c’eft en Bretagne que fe font les plus grandes pèches, je parlerai d’abord de celles de cette province , & particuliérement de ce qui fe pratique à Belle-isle & au Port-Louis ; car on fait une pèche confidérable de fardines le long des côtes du nord de Belle-isle , jufqu’à la pointe fud ou du canon fous Loc-Maria, en tirant au nord jufqu’à celle des Poulains au-delfus d’Aubrichj cette étendue fe nomme la bonne rade, étant à couvert des vents de fud-fud-oueft par la terre de Belle-isle, & de ceux du nord-nord-oueft par la grande-Terre \ la mer y étant tranquille les fardines s’y raifemblent j mais au large de l’isle, & vers les côtes qui lui font oppofées, elles n’y terriifent point, parce que la mer y elt orageufe. Il fe rend à la Bonne-rade des chaloupes du Port-du-Palais, de Sauzon, de Belle-isle, du Port-Louis, de Saint-Cados, d’Auray & de Groays : je vais parler fommairement des pèches qui fe font dans ces parages.
- Pêche des fardines par les Pranqais dans V Océan, conjidéréegénéralement.
- 67$. Je ne parlerai point des fardines qu’on prend accidentellement à la côte, confondues avec d’autres poiifons dans les étentes à la baife-eau, dans quelques parcs, dans des filets à manche avec lefquels on prend la menuife ; il s’agit des pèches qu’on fait expreffément pour prendre des fardines. On verra dans la fuite que dans certaines provinces on pêche les fardines avec des faines qu’on tire à terre pour prendre le poiAon, ou qu’on releve à la mer dans des bateaux qui ont fervi à les traîner. Il s’eft auffi introduit Pillage de pêcher les fardines avec des dreges , dragues & autres filets qui traînent fur le fond $ ce qui eft exprelfément défendu par l’ordonnance de la marine, article XVI, titre 3, plus près que quatre lieues des côtes, regardant ces pèches qui bouleverfent les fonds comme étant très - def-tructives.
- 676. Mais la pêche des fardines qui eft autorifée , fe fait avec des filets flottans & ordinairement dérivans, dont nous parlerons dans un des paragraphes fuivans: les Bretons çjui font principalement cette pèche dans l’O-
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- ûéan, attirent les fàrdines dans leurs filets, avec un appât qu’on nomme rave , rogne ou ré fure, qui leur occafionne une dépenfe alTez coilfidéràble, que ne fupportent point les pêcheurs d’autres provinces, qui n’en font point ufàge i ceux-là pêchent les fàrdines précifément comme les pêcheurs du canal pèchent les harengs, avec des mannets qu’ils préfentent dérivant au pak fage des fàrdines, qui fe maillent ou fe broquent par les ouies.
- 677. La pêche des fàrdines eft encore plus incertaine que celle des harengs j il y a des années où l’on en prend une immenfe quantité, & d’au^ très prefque point. Voici un exemple fingulier de cette bifàrrerie. La pêche des fàrdines n’a jamais été fort abondante à Lanion, diocefe de Tréguier ; mais tous les ans, depuis le fiege de Belle-isle, on y en prend alfez pour eu fournir abondamment & à bon marché à dix lieues à la ronde, pendant trois femaines ou un mois, & jamais on n’en avait tant vu que l’année du fiege & la fuivante j ainfi, à l’occafion de cê liege, ce petit poiifon a paffé les limites de Belle-isle & de l’isle de Bas, qu’il paraidàit avoir adopté depuis long-tems.
- 678. Dans les circonftances fàcheufes où les fàrdines ne fe montrent point fur une côte, tous les pêcheurs éprouvent line perte confîdérable , tant par le dépériffement des bateaux & des filets, que parce qu’ils ont travaillé infru&ueufement ; mais les Bretons, outre lés frais dont nous venons de parler, perdent la réfure dont on fait une plus grande confommatioii quand la pèche eft ftérile, que quand elle donne abondamment. Je vais commencer les détails fur la pèche des fàrdines en Bretagne, par expliquer ce que c’eft que la réfure.
- Des appâts- qu'on emploie en Bretagne pour attirer les fàrdines, & qu'on appelle rave , rogue , réfure, gueldre , chevrons ou maniguette.
- 679. ON peut confulter ce que nous avons dit de cet appât, féconde partie, première fedion, mais il 11e faut pas confondre la réfure qu’on emploie en Bretagne pour prendre les fàrdines, avec une compofition qu’on nomme aufli réfure en Provence, dans laquelle il entre de la noix de galle & du mufc, qui attire & enivre toutes fortes de poiflons. Cette compofition , où je crois qu’il entre, auffi de la noix vomique ou des coques du Levant, eft regardée, à jufte titre, comme un poifon, &, pour cette rai-fon, eft expreffément défendue > mais il eft bien difficile d’avoir des preuves fuffifantes pour faire le procès à ceux qui font en contravention, parce qu’ordinairement ils ne eompofent leur drogue, que quand ils font à la mer. Il faut encore être prévenu que les Bretons appellent quelquefois leur filet à fàrdines réfure, au lieu de tijfure. Il s’agit ici de la réfure, qui four-
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- nit un appât pour prendre les fardines ; on la fait communément avec des œufs de morue ou d’autres poilfons.
- 680. On en tire beaucoup du nord, celle qui vient de Norwege, de Danemarck, de la mer Baltique, eft en barrils de lapin, qui pelent deux cents cinquante livres. La rave qui eft apportée de Berghen , vient dans des barrils qui pefent à peu près cent cinquante livres : ceux qui viennent de Drontheim, deux cents livres. La réfure que les Hollandais font dans les mers d’Allemagne & fur le Doggers’bank, eft mife dans des barrils de chêne, qui pefent jufqu’à trois cents livres ; car les Hollandais qui vont à la pèche de la morue , ont grand foin d’en làler les œufs ou la rogne pour en faire de la réfure, qu’ils vendent aux pêcheurs de lardines; les Bretons qui vont à Terfe-Neuve, en rapportent aulli pour les pêcheurs de leur province. Les Bafques en" fourniflent aux Eipagnols , qui l’eftiment plus quê celle du nord: ils achètent quelquefois une barrique qui pefe cinq quintaux , plus de foixante livres. Les Normands qui 11e font point la pêche de la fardine à leurs côtes, négligent de faire de la réfure, difmt qu’il leur, eft plus avantageux de fe charger de morue que de cet appât : cela pourrait être quand la morue donne très-abondamment : mais communément ils ont tort 5 car cette denrée 1e vend prefque toujours très-bien. Il faut néanmoins avouer que les morues qu’on pèche à Terre-Neuve & fur le Doggers’bank , ne parailfent pas avoir autant d’œufs que celles de la Baltique, dont on fait les Stockfifch. Comme nous avons parlé alfez amplement de la préparation de la réfure qu’on fait avec les œufs de morue, fécondé partie , première fetftion, nous y renvoyons le ledeur.
- 681. Comme la réfure que l’on tire de Norwege & de Danemarck, fait
- un objet de commerce intérelfant pour ces royaumes , fa majefté Danoife a fait un réglement fur la jauge des barrils, qui a été fixée à feize veltes ; & fur les repréfentations qui furent faites à M. le comte de Maurepas , qu’une grande partie de la réfure qui venait de Berghen était mal conditionnée , ce miniftre fit des repréfentations en Danemarck, pour qu’il fût recommandé aux juges de police de veiller à ce qu’il ne fe fit point de fraude fur cette marchandife. . •
- 682. Quand la pêche du maquereau eft très-abondante à l’isle du Bas,
- les pêcheurs en lalent des œufs pour en faire de la réfure qui eft très-efti-mée ; même quelquefois, après avoir fait cuire les maquereaux, ils en écharpif. fent la chair , qu’ils mêlent avec les œufs pour avoir plus de réfure , lorfqu’ils prévoient qu’elle fe vendra avantageufement. Nous en avons dit quelque chofe à la première partie, première fedion. La réfure de maquereau étant plus légère que celle de morue, fe précipite plus lentement au fond de l’eau, ce qui eft avantageux dans certaines circonftances, *
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- 68?. La préparation & la vente de ces réfures ne font pas défendues > mais on fait nne/autre forte d’appât pour les fardines, qu’on nomme mani~ guette : ellefe prépare avec de très-petits crabes & de petites chevrettes, qu’on nomme fauterelles & chevrons en Bretagne. Il refte ordinairement de balfe mer & dans les petites marées, une fi grande quantité de ces petits cruftacées, que les femmes, avec des Lunettes très-ferrées, même des lacs de ferpilliere, en prennent dans les flaques d’eau, & en falent de pleins barrils, qu’elles vendent aux pêcheurs de fardines. Si elles 11e prenaient que des fauterelles & de petits crabes, il n’y aurait pas grand mal : mais comme elles prennent en même tems beaucoup de petits poilfons gros comme des lentilles & du frai, cette pèche elt deftruétive, fur-tout quand elles font l’efpece de gueldre y qu’elles nomment menu, uniquement avec de petits poilfons nouvellement: éclos & du frai, qu’elles pilent & falent dans des barrils, & l’on voit première’ partie, première fcction, qu’il s’en prépare quelquefois dans certains ports ju£ qu’à quatre cents barrils.
- 684. Nous avons rapporté première partie, fection fécondé, comment les femmes prennent beaucoup de poilfons très-petits & des cruftacées, avec un fac de ferpilliere, auquel on ajoute quelquefois de petites ailes fur les côtés ÿ de forte que le tout irait que trois bralfes d’étendue j elles font cette pêche à l’embouchure des rivières, lorfqne la mer fe retire, préfentant l’embouchure du filet au courant. On peut confulter encore ce que nous avons dit, première partie, fedion troifieme, fur la pêche de la gueldre & de la guildive ; & première partie, fedion première, fur la pèche des appâts, dont les pêcheurs de fardines font ufage , que nous avons déjà cité ; & on doit encore confulter la planche qui eft à la fin de la troifieme fedion de la première partie : en renvoyant aux endroits que nous venons d’indiquer ^ nous pouvons nous difpen-fer d’infifter beaucoup fur ces petites pêches.
- 68 y' Les ordonnances du 2? avril 172,6 & du 16 août 1727, ont défigné l’efpece de réfure, rave ou rogue, qui doivent fervir à attirer les fardines ; elles ont établi un juré qui doit vifiter les réfures, pour décider fi elles font de bonne qualité, & elles ont interdit l’ufage des réfures qui font faites avec les-petites fauterelles de mer, qu’011 nomme en Bretagne, comme nous l’avons dit, guildre, chevrons ou manlguette, & cela pour la confervation du frai de toutes fortes de poiffons, que ces pêcheurs ne manquent jamais de prendre pêle-mêle avec les fauterelles ou petites chevrettes. On a.de plus prétendu que les fardines qu’on prenait avec ces appâts prohibés , occafionnaient des maladies i mais je 11e crois pas que ce reproche foit établi fur des expériences bien faites 5 il nous parait même que c’eft un préjugé dénué de preuves.
- 686. On alfure encore que les fardines qu’011 preïid avec ces appâts , fe corrompent en peu d’heures, qu’elles 11e peuvent foutenir le felqu’elles
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- s’éventrent à la prelfe : ces reproches bien ou mal fondés, joints aux plaintes des marchands faleurs, ont engagé la cour à faire défenfes aux pêcheurs de fe fervir de gueldre pour attirer les fardines dans leurs filets, & aux propriétaires des chaloupes, d’en fournir à leurs équipages. Quand on révoquerait en doute que les fardines pêchées avec ces appâts caufent des maladies, & qu’elles foient aufîi défeâueufes qu’on le prétend, pour en faire des falaifons, on doit defirer l’exécution de ces ordonnances, puifqu’il eft très-important d’interdire une pêche qui détruit une quantité immenfe de frai & de petits poiffons, qui doivent peupler la mer & les rivières. Quand la réfure de morue eft devenue d’un prix exceflif, il peut paraître difficile, mais non pas impoffible, d’interdire la pèche de la gueldre, & de faire exécute^ fur cela les fages ordonnances qui ont été rendues. Mais comme perfonne ne tient la main à leur exécution, cette pêche abufive fe pratique auffi ouvertement, que fl elle était autorifée par les loix ; & on prétend que ce qui empêche de détruire cet abus, eft un confiid; de jurifdiction entre les juges ordinaires & ceux de l’amirauté : on ne conçoit pas ce qui empêche de décider une conteftation, d’où il réfulteun fi grand mal. Au refte, la réfure de quelqu’efpece qu’elle foit, eft d’autant plus eftfmée qu’elle eft plus nouvelle , & celle de trois ans ne vaut rien.
- 687. Voilà à peu près tout ce que je favais fur la réfure j mais M. le Roy, commilfaire de la marine à Breft, & M. Archin, commiflaire de la marine au Port-Louis, m’ayant adreffé des mémoires qui contiennent des chofes très-intéreffantes, j’en profite avec plaifir pour rendre mon ouvrage plus complet.
- 688- Malgré la préférence que les pêcheurs Efpagnols donnent à la réfure que préparent les Bafques & les Olonnais, fur celle du nord,M. Archin m’écrit de Belle-isle, que le préjugé & l’habitude qui font innés dans les pêcheurs, & auffi l’avarice des propriétaires des bateaux, empêche qu’on 11e fe ferve de la réfure de morue, que font les pêcheurs Français ; ils attribuent à cette réfure des défauts qu’elle n’a pas. A l’égard de la cherté de la réfure, ellejsft occafionnée par un monopole que je fuis en état de faire apperçevoir, parce qu’il eft bien développé dans les mémoires qui m’ont été adreifés par. MM. le Roy & Archin.
- 689. On tire du nord tous les ans à peu près douze mille barrils de réfure 5 les pêcheurs ne l’achetaient, il y 3 dix ou douze ans, que dix livres la barrique ; le prix en a augmenté peu à peu, de forte que depuis quelques aimées, les pêcheurs l’ont achetée de quarante jufqu’à foixan.te livres î cette augmentation de prix eft occafionnée par les gros marchands faleurs de fardines, qui, abufant de la pauvreté des pêcheurs, achètent toute la réfure quife préfente, & s’entendent entr’èux pour la receler dans leurs magafins : comme alors ils font les feuls qui en aient, ils la vendent un prix exorbitant> ils ravilfent ainfitout le profit que pourraient faire les pêcheurs,, & fe rendent maîtres de
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- Sect. III. De Valofe, des poîffons qui y ont rapportl 193
- faire feuls la pêche de la fardine. Je fais que le miniftere & les états de Bretagne eifaient de réprimer cet abus ; mais j’ignore quel a été le fuccès des tentatives qu’on a faites à ce fujet. ( )
- 690. Il y a des pêcheurs qui confomment beaucoup plus de rave que d’autres > mais en général on peut compter que pendant trois ou quatre mois que dure la pêche, une chaloupe confomme trois à quatre barrils de réfure.
- Des différentes barques & chaloupes qui fervent en Ponant pour la pêche des fardines.
- 691. Les pêcheurs de fardines fur toute la côte fudde Bretagne, à Belle-isle, au Port-Louis, Groays, ainfi que ceux de la côte de Poitou, Saintonge, Guienne, fe fervent de bateaux qui font à peu près d’une même conftruélion, & reifemblent aifez aux Bifcayennes. Suivant les notes que j’ai prifes fur les lieux, la plupart font du port de huit à dix barriques ; elles ont quille, mâts, voiles, gouvernails, & elles embarquent des avirons : les plus petites, qui portent trois tonneaux, n’ont qu’un mât ; les plus grandes, qui peuvent porter fix à huit tonneaux, parent en outre un bourfet.
- 692. Suivant les mémoires de M. Archin, les petits bateaux ont ordinairement vingt-quatre à vingt-fix pieds de quille, fept à huit de bau, vingt-huit pieds de la tète de l’étrave à celle de l’étambot, trois pieds & demi de creux ; ces dimenfionsfontàpeu près les mêmes que celles que je trouve dans un mémoire que M. le Roy m’a adreifé. Ces bateaux marchent fupérieurement bien, même au plus près ; ils portent bien la voile, gouvernent admirablement bien ; ils ont donné lieu à l’établilfenïent d’une autre efpece de bâtiment qu’on nomme chaffes-marèe, qui, depuis quelques années, font prefque tout le petit cabotage, depuis Bordeaux & Bayonne jufqu’àBreft : ces bâtimens qui relfemblent aux bateaux pêcheurs de fardines par leur conftruélion & leur gréement, ne font jamais mieux manœuvrés que par les pêcheurs de Sardines : les fardiniers
- ( 5 5 ) N’eft- il pas évident que fi les pê- royaume, 40 fols lorfque cette entrée fe fait cheurs Français pouvaient acquérir du fel par l’Anjou,& 10 f.de fortie.J’ajouterai qu’il à bas prix , ils prépareraient eux - mêmes ' y a des pays où on pêche la fardine fans fe toute la réfure qu’il leur faut ,en y employant fervir d’aucun appât, & d’autres où l’oii.em-les œufs des maquereaux & des autres poif-, ploie à cet ufage diverfes chofes de peu de fens qui abondent fur les côtes du royaume, valeur, comme de petits crabes pilés, dont ce qui y ferait refter annuellement une fom- on fait une efpece de bouillie. On pourrait me de cinq àfixcents mille livres, dont les propoferune récompenfe à quiconque trou-Danois font leur profit ? ne pourrait-on pas verait un appât de ce genre bien éprouvé.; aufli diminuer les droits impofés fur le pro- mais toujours faudrait-il avoir à bas prix le duit de cette pêche ? Chaque petit barril de fel néceflaire pour le conferver. ferdines paye 10 fols en entrant dans le ........ .,. .
- Tome XI. B b
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- TRAITE' DES PÈCHE S. Partie IL
- vont fou vent à la rame *, mais les chafles-marée qui font plus grands, ont ordinairement deux mâts très-inclinés vers 1 arriéré, le grand a vingt-huit à trente-pieds de long, & celui de mifaine quinze pieds j la voilure eit en langue, la grande voile a vingt à vingt-deux pieds d’envergure fur vingt-quatre de guin-dan, la voile de mifaine a lix pieds d’envergure fur huit de chute i le furplus du gréement confifte à avoir quatre avirons, deux de vingt à vingt-un pieds, & les deux autres de quinze à dix-huit pieds, un grapin de cinquante livres, & un cablot d’environ quarante brades, trois ou quatre fortes de manets, dont les mailles font de différentes ouvertures, pour employer les uns ou les autres , fuivant la grofleur des fàrdines, qui change beaucoup pendant.la faifon de la pèche. L’ordonnance de 1684 permet de fe fervir de filets qui aient les mailles de quatre lignes d’ouverture, cependant les plus épaifles des pécheurs Bretons , ont plus de cinq lignes ; les pièces ont à peu près vingt-deux brades de longueur, fur trois & demi & jufqu’à cinq de chute j elles font flottées par la tête, & un peu leflées par le pied, parce qu’elles font faites d’un fil très-délié : les propriétaires des bateaux les fournilfent tout gréés & approvisionnés de réfure.
- De ! équipage des bateaux fardiniers.
- 693. Il y a ordinairement le long des côtes de Bretagne mille ou douze cents chaloupes, qui font tous les ans occupées, pendant la faifon des far-dines, à en faire la pêche ; & dans cette faifon, favoir depuis le mois de juin jufqu’en oétobre, quantité d’ouvriers, même des laboureurs, quittent, leur profeflîon ordinaire pour aller à la pèche ; de forte que quelquefois il' n’y a que le maître & le fécond qui foient matelots. Les bateaux pêcheurs font ordinairement équipés de quatre matelots, y compris le maître qu’on nomme patron ; le fécond qu’on appelle brigadier, & deux matelots ; quelquefois au lieu d’un de ces matelots, on embarque deux novices.. Le maître & le brigadier doivent avoir de l’expérience & être de bons marins., les autres font pour la force & ne fervent qu’à ramer»
- 694. Les bateaux dits chajfes-marée, qui peuvent porter fix à huit tonneaux, ont quelquefois jufqu’à dix hommes d’équipage j; je crois que les. pêcheurs de Locmaria & Locmaria-ker, ont fouvent de ces grands bateaux qui fe font fuivre par d’autres , qui portent leur poiifon à terre ; mais la fonction ordinaire de ces chafles-marée eft d’acheter les fàrdines que les autres ont prifes j ils les mettent en grenier, les Saupoudrent de fel blanc, ou les braillent, comme nous l’avons dit en parlant du hareng, & tranfportent. ces fàrdines ’le plus promptement qu’ils le peuvent à Nantes, à la Rochelle , à Bordeaux j ainfî ces bateaux courent toutes les côtes pour y ven-
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- Sect. III. De l'alofe ,;&? des poiffotis qui y ont rapport.
- dre leurs fardines 5 ils font prefque tous bons voiliers, & font quelquefois tant de diligence, que quand le tems leur eft favorable, ils ne font que vingt-quatre à trente-lix heures pour fe rendre de Belle -isle à Bordeaux. Mais comme les fardines fe corrompent promptement, les pécheurs font obligés d’embarquer du fel ; ils comptent qu’il leur en faut un demi-minot par chaque millier de fardines.
- Des conditions & engagemens des équipages en Bretagne.
- €95*. Les propriétaires des bateaux les fourmffent gréés & approvifionnés de tout ce qui eft néceffaire. tant pour tenir la mer que pour faire ia pêcuCî les matelots ne foimiilfent quoi que ce foit que leur peine j tous les frais , les avances & les avaries tombent fur le propriétaire du bateau, & les pécheurs ont des conditions différentes, fuivant les lieux : quelques propriétaires payent les matelots en argent, les louant pour tout lé tems de la pèche ; d’autres, & ç’eft l’uiàge le plus ordinaire, leur donnent un tiers du poiT fon qui fort de l’eau, & le maître a en outre douze livres de gratification, ce qu’on nomme U droit de Jillage. Dans quelques lieux de la côte de Bretagne , chaque matelot a un neuvième du profit de la pèche, les mouffes On dix-huitieme : le refte eft pour le propriétaire du bateau. Les ufages font différens dans d’autre$ provinces, particuliérement en Provence : nous en parlerons ailleurs.
- Des filets pour la pêche de la fardine en Bretagne.
- 696. Ces filets fe font avec de beau fil de chanvre ; quoiqu’il foit retors, if n’eft pas gros, parce qu’il eft fait de beaux brins & bien filés î 011 ne les leffive point i au contraire , les pécheurs de fardines tannent leurs filets & même leurs voiles, comme nous l’avons amplement expliqué première partie, fécondé fedion.
- -697. L’es£ece; dè filet dont on fait le plus d’ufage pour la pèche des fardines, eft, comme je l’ai dit, celui qu’on appelle communément manet, dont nous avons parlé fuccinterùent première partie, féconde fedion ; ces filets font une fimple nappe telle que nous Pavons repréfenté ailleurs ; mais il faut que l’ouverture des mailles foit proportionnée à la grolféur des poiffons qu’on fe propofe de prendre ; car les manéts different des faines en ce qu’avec les laines 011 raifemble tout lé poilfon qui fe préfente à Ton paflage, & en pliant le filet en deux oh le retient, & ôii le prend en tirant le filet ou fur lerivage ou au bord des bateaux , au lieu .qu’avec les mahets, il faut que le poilfon fe maille & fe broque par les ouies} fi les mailles font trop larges,
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- 196 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- le poiflon pafle au travers ; Ci elles font aflez étroites pour que le poiflon n’y puifle pas introduire la tête,-il s’en va & n’eft pas pris; il faut donc que l’ouverture de la maille foit tellement proportionnée à la grodeur du poilTon, qu’il puifle introduire la tête, & que le corps qui eft plus gros ne puifle la traverfer ; alors il eft pris, non-feulement parce que le poiflon de là nature ne peut reculer, mais encore parce que s’il parvenait à reculer il ferait arrêté par les ouies. Ceci bien entendu, comme il y a, ainii que nous l’avons dit, des fardines de grofleurs fort différentes, il faut que les pêcheurs aient des manets dont les mailles foient de différentes ouvertures, pour employer les uns ou les autres luivant la grofleur des poiflbns qffiis rencontrent. Ordinairement à la fin de la faifon de la pêche des fardines , on emploie des manets qui ont les mailles plus ouvertes qu’au commencement.
- 698. Voici l’ouverture des mailles des manets dont ont fait ufàge à Belle-isle , que les pêcheurs nomment tout fimplement filets à fardines 9 mais qu’ils diftinguent par des numéros relatifs à l’ouverture des mailles , qui varient depuis cinq jufqu’à douze lignes d’ouverture en quarré ; ainlï les filets du premier moule ont les mailles de cinq lignes , ceux du fécond moule de fept, du troifieme de huit, du quatrième de dix, & du cinquième de douze; fi l’on en a de plus petit moule, on les nomme carabins • s’ils font de plus grand moule, on les appelle folles : on eft rarement dans Je cas d’en faire ufage, à moins qu’on ne fe trouve dans un banc de célans ou célerins, &c. qui ne font point véritablement des fardines. Un bateau complètement muni de tout ce qui lui eft néceffaire pour la pêche des Jardines , doit avoir des filets de tous ces moules pour choifir ceux dont l’ouverture des mailles peut convenir à la grofleur des poiflbns qu’il rencontre î car quoiqu’on puifle dire en générai que les plus petites fe prennent au commencement de la faifon vers les fables d’Olone ou à Royan, de même que les plus grofles à la fin de la faifon, depuis Concarneau jufqu’à Breft, néanmoins 011 tombe quelquefois dans des bancs dont les poiflbns font plus gros ou plus petits qu’on 11e s’y attendait , & en ce cas il faut changer de filets.
- 699. Les mailles des tiflures ou filets à fardines font bien plus grandes que celles qui font permifes par l’ordonnance , puifque quoiqu’il foit permis d’en avoir de quatre ligues en quarré, & de s’en fervir en toute faifon, il eft rare qu’on fe ferve de celles de cinq lignes, le poiflon étant prefque toujours trop gros pour s’y mailler ; fi les mailles n’avaient que quatre lignes, on ne prendrait que du meslis, du nonnat, ou de la gueldre ; & fi elles étaient trop grandes, il ne s’y maillerait que.des harengs ou des maquereaux. Oa
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- Sect. III. De Palofér, des poisons qui y §nt rapport. 197
- peut à ce fujet confulter ce que nous avons dit à l’occafion de la pêche des harengs. '
- 700. Nous avons déjà prévenu qu’on penfe ordinairement que les far-dines pêchées au commencement de la faifon, font fort petites, qu’elles grofliffent peu à peu, & que celles qu’on prend^quand elles commencent à dilparaître, font les plus grolfes, ce qui engage à croire qu’elles grofîif fent dans leur route. Ge fentiment n’eft pas dénué de vraifemblance, néanmoins outre les exceptions que nous avons dit qu’il convient de faire à cette réglé générale, on prétend avoir remarqué que les lardin.es augmentent toujours de grandeur depuis la Bretagne jufqu’en Efpagne , & qu’en-fuite vers les côtes de Languedoc & de Provence elles font plus petites que les moins grolfes des côtes du Ponant. Il ne ferait pas naturel de croire que les Ïardines d’Elpagne & de France diminuaient de grolfeur en palfant dans la Méditerranée ; 011 n’oferait pas dire que ce font les jeunes fardines qui viendraient des grolfes qui paieraient dans la Méditerranée : ces réflexions ont engagé plulieurs à penfer que les fardines paient de la Méditerranée dans.l’Océan, où elles acquièrent de la grolfeur. Toutes ces remarques confirment.ce que j’ai dit plus haut j favoir, qu’on n’a rien de certain fur la route que fuivent les Ïardines. Je reviens aux filets.
- 701. Les filets que les pêcheurs de Marennes & de Brouage tendent
- pour former leurs courtines, leurs venêts & tournées, dont nous avons parlé première partie, fécondé fection , ont leurs mailles, lorsqu’il eft quef. tion de prendre des fardines, de fept à huit lignes d’ouverture en quarré s & ils n’en prennent que de grofies. , •-
- 702. Chaque filet a ordinairement quinze braies de longueur fur deux & demi de chute j ils font bordés haut & bas par des ficelles ou ralingues aiez menues , qui ont environ neuf lignes de circonférence. Suivant M. Archin,. ces nappes de filet*, quand elles ne font point montées lur leurs ralingues , ont quatre-vingt-quinze à cent pieds de long, fur vingt pieds de hauteur, & elles font réduites à foixante-dix ou foixante-qimize pieds quand elles font montées fur leurs ralingues j ainfi on veut que le filet ; 11e loit point tendu fur fa ralingue, comme nous l’avons remarqué- en parlant des manets pour la pêche du hareng. La ralingue de la tête du. filet eft garnie de flottes de liege qui font à environ trois pieds les unes des autres ; on met à de pareilles diftancesfur la corde du pied„du: filet, des bagues de plomb qui pefent à peu près deux ou trois onces.
- 703 i M. le Roy remarque que la corde du pied du filet n’eft pas toujours garnie de left de plomb j c’eft ce que nous avons dit qu’on fait aflez fouvent pour les manets qu’on emploie pour la pêche du hareng > mais comme les filets pour les fardines font plus fins que ceux qu’on emploie pour
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- i.98 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- le hareng, ils pourraient bien 11e pas prendre dans l’eau une direction verticale ; c’eft pourquoi les pécheurs de Camaret mettent aux pieds & aux angles de leurs filets, des cabiieres qui font caler le filet, & néanmoins kfi permettent un certain balancement que les pécheurs regardent comme avantageux pour faire mailler les làrdines. O11 pèche auffi des fardines avec des faines ; nous aurons occafion d’en parler ailleurs : nous ferons auffi remarquer que dans des endroits où les fardines fe tiennent entre deux eaux, on ajufte à la tète du filet des bandingues au bout defquelles il y a de grofles flottes de liege qui tiennent lieu des barrils, dont on fe fert pour la pêche du hareng.
- Des faifons oh commence la pèche de la fardine aux cotes de Bretagne.
- 704. Nous avons déjà dit que depuis le Croific jufques & compris Concarneau, on commence cette pèche à peu près à la fin de juin, & qu’elle finit en août; ce poiflon au commencement de la faifon eft fi tendre qu’on ne le peut faler qu’en petits barrils & en faumure ; mais à Audierne, Camaret, Douarnenez, Belle-isle, le Croific, elle commence en juillet & août ; lepoiflon eft alors plus fort, & on peut le faler en grands barrils preffés £ cependant on m’a affiné que dans la baie de Camaret où la mer eft tranquille, le fort de la pèche eft en novembre jufqu’à la mi-décembre, qu’alors elles font grofles & très-grafles ; & que pafle la baie de Breft & l’aille de Ber-theaume, on n’en prend plus fur les côtes de France que par hafard : c’eft communément en ces endroits que fe termine la pèche des fardines. On nef fera pas furpris de ces incertitudes, quand on fera attention aux variétés qui arrivent dans la marche de ces poiflons. (54)
- Maniéré de pêcher les fardines fur les cotes de Bretagne,
- 70f. Les bateaux de pêche étant gréés comme nous l’avons dit, pourvus de rames, de réfure, de filets & de quatre ou cinq hommes, les pêcheurs’ partent de grand matin lorfque le tems le permet, pour fe rendre à l’aube du jour à l’endroit où ils préfument trouver du poiflon ; quelquefois ce fera' près de terre, d’autres fois jufqu’à deux ou trois lieues au large, & fou-vent dans ces parages ils s’établiflent entre Belle-isle & les terres de Qui-
- (?4') Il n’eft pas inutile d’ajouter que l’oueft font favorables en ce qu’ils en Font les pêcheurs Bretons font aufli attention approcher les fardines , & par la même rah' au vent qui fouffle, relativement au gife- fon ceux de la bande-' de l’eft les eii éloi«< ment de leurs côtes. Ceux de la bande de gnent.
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- Sèct. III/'Dë'ïalofê, 6? dés poijjbns qui y ml rapport, 159
- beron, jufqu’à l’embouchure de la riviere de St. Cado, où les fonds n’ont que huit à douze brades d’eau au plus. On remarque en général, que les fardines fe plaifent dans le remoux des courants , à des endroits où l’eau paraît peu agitée , ce que les pêcheurs appellent des limes ; cependant il arrive quelquefois qu’il n’y a pas plus de poiifon dans ces endroits qu’ailleurs ; en. ce cas, ils eifaient de croifer la marée. Autrefois les pêcheurs de Camaret prétendaient qu’il ne fallait mettre les filets à la mer que de bafle eau, ou ior£ que la mer était dans fon plein & étale, jamais à mi-marée ; mais on a reconnu que c’était une erreur, & 011 jette les filets indiftin&ement à toutes les heures du jour. On verra dans la fuite que quand 011 ne fait pas ufage de la ré-fure, on jette les filets à l’eau la nuit, & que dans des circonftances 011 fait caler les filets à différentes profondeurs dans l’eau, au moyen de bandingues à peu près femblables à celles qu’on emploie pour la pèche du hareng i mais il ne s’agit ici que de ce qui le pratique fur la côte de Bretagne.
- 706. Lorsqu’un bateau eft rendu au lieu où il veut pêcher, il amene fes voiles & quelquefois les mâts, comme on le voit en k,.pl. IX? fig. 1 j deux ou quatre matelots fe mettent aux rames, moins pour faire avancer le bateau, que pour le tenir le bout au vent i on ôte le gouvernail, & le maître ou un matelot met le filet à l’eau par l’arriere, & l’attache au bateau par le bout de la ralingue qui porte les liegesj pendant ce tems, l’équipage rame pour que le filet s’étende bien dans l’eau : cette piece de filet qui a, fi l’on veut, quinze brades de longueur, s’étend dans la même direction que le bateau, & les bagues de plomb ou les cablieres qu’on a amarrés aux angles de la ralingue du pied du filet, lui font prendre dans l’eau une fituation verticale.
- - 707. Lorsque la piece de filet eft ainfi mife à l’eau, 011 rame mollement , feulement ce qu’il faut pour entretenir le bateau dans l’air du vent : on le laiffe dériver au gré de la marée de conferve avec le filet : pendant que l’équipage eft occupé à ces opérations, un mouife délaie dans de l’eau de mer de la réfure, de forte qu’il en forme comme une bouillie claire, le maître b? placé à l’arriere, & ayant auprès de lui un feilîeau rempli de cette bouillie, en prend dans une gamelle j & avec une cuiller de bois, il en jette de tems en tems des deux côtés du filet, le plus loin qu’il peut ; quelques-uns c ne fe fervent point de cuiller, ils la jettent à la main ; & fuivant la direction que prend le filet, on répand quelquefois la réfure par l’avant ? mais ce n’eft pas l’ordinaire : l’attention que doit avoir celui qui jette la réfure, eft de la répandre à bas - bord s’il appercevait le poiffon à tribord j & le contraire, afin que le poiifon foit déterminé à traverfer le filet pour attraper l’appât j caries fardines appercevant cet appât, dont elles font avides, s’élèvent près de la furface de Beau, elles nagent de côté & d’autre pour en attraper y & elles fe maillent: quand on voit des écailles qui flottent fur l’eau, on juge.'
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- que les fardines ont donné dans le filet (j f). On en juge auflî quand on voit que les lieges font agités à la furface de l’eau, ou çncore mieux quand les filets étant chargés de poilfons, les lieges entrent dans l’eau j alors on répand abondamment de la réfure, & quelques-uns qui préfèrent celle de maquereau, en jettent pour les engager encore mieux à donner dans le filet.
- 708. Quand le patron juge que fon filet eft bien chargé de poilfons, il le releve ; ou bien s’il s’apperqoit qu’il y a beaucoup de fardines, il ajoute une fécondé piece de filet qu’il attache à la première, en épiifant ou liant enfemble les cordes des lieges des deux pièces de filets, & ordinairement il met une bouée à l’extrémité foraine de la première piece de filet, & il attache au bateau la fécondé piece de filet par la corde des lieges, de forte que la piece qu’on a mife à l’eau la première, eft reculée du bateau de toute la longueur de la fécondé piece : lorfque le patron trouve que les fardines font en grande quantité, il met quelquefois jufqu’à cinq pièces de filet les unes au bout des autres, jetant toujours de la réfure à mefure qu’il ajoute de nouveaux filets. On conçoit combien il eft important que le bateau fe tienne toujours de bout au vent, pour que les filets foient en ligne droite, & qu’ils ne s’embarraflent point les uns dans les autres ; mais par l’addition de ces pièces de filets, on forme une tiifure de foixante - dix ou quatre - vingt bralfes de longueur, qui fe trouve quelquefois garnie de poilfons dans toute fon étendue , comme l’était la première piece.
- 709. Lorsqu’on juge que le filet eft bien garni de fardines, ou lorfqu’on eft prelfé de gagner la terre pour livrer le poilfon, ou encore lorfque quelque gros poilfon vorace qui s’eft jeté dans les filets, les brife ou fait fuir les fardines ; enfin quand le jour manque, il faut retirer les filets ; & voici comment 011 fait cette manœuvre.
- 710. Quand ,pour quelque caufe que ce foit, on Veut relever les filets, on détache du bateau la piece de filet qu’on a mife la derniere à l’eau, & on attache une bouée à la ralingue qui porte des lieges, puis le bateau va à la rame chercher la bouée qu’011 a mife au bout de la piece de filet qu’011 a jetée la première à l’eau, ou au bout forain de la tiflure : car c’eft ce bout qu’on tire le premier à bord ; & à mefure qu’on y amene le filet, un moufle avec un novice, font fortir le poilfon des mailles en fecouant le filet, & fuivant de même les unes après les autres toutes les pièces, le poilfon fe
- (} ç ) L’avidité avec laquelle les fardines propre poids. Quelques auteurs expliquent s’élèvent vers la furface,prouve quecepoif- la chofe d’une autre maniéré, & prétendent fon nage toujours entre deux eaux comme que la rogue ou réfure eft une efpece d’i-le hareng; car s’il fe tenait au fond, il y vraie qui enivre le poilfon, l’oblige de s’é-refterait & y trouverait fa pâture, la rogue lever du fond de l’eau, & à donner dans y tombant perpendiculairement par fon les filets.
- trouve
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- Sect. III. De Tàlofe, &des poiffons qui y ont rapport.
- trouve raffemblé dans le fond de la chaloupe. Le filet qu’on a mis le dernier à l’eau, étant aufli le dernier qu’on tire à bord, il continue à s’y mailler des poiffons pendant qu’on leve les premières pièces, & c’eft une raifon pour le haler le dernier.
- . 711. Il y en a qui fuivent une autre méthode; ils retirent une couple
- de pièces de filets du bout forain de la tiffure; & quand ils en ont fecoué le poiffon, ils mettent à l’eau ces filets du côté que le bateau était, & ils continuent cette manœuvre, jufqu’à ce qu’ils aient chargé leur bateau; ou quand ils ont vendu leur poiffon à des chaffes-marée, qui les diftribuent le long de la côte, iis continuent leur pêche jufqu’à la nuit fans interruption. On a quelquefois vu la pèche donner fi abondamment, qu’un bateau étant revenu chargé de cinquante milliers de fàrdines, a retourné faire une fécondé pêche ; mais elle n’eft pas toujours aufli heureufe ; il arrive que les bateaux font dehors des journées entières infrudueufement, & après avoir confommé beaucoup de réfùre, ils rentrent fans avoir prefque de poiffons ; & le malheur eft encore plus grand, quand des marfouins ou d’autres gros poilfons fe font jetés dans les filets, & les ont déchirés.
- 712. A l’ÊGARD de Guérande, côte de Belle-isle, où l’on prend beaucoup de fàrdines, les pêcheurs fe fervent de réfure pour attirer le poiffon, & ils effaient de croifer la marée avec leurs filets ; quelquefois une chaloupe prend jufqu’à vingt-cinq ou trente milliers de fàrdines, mais ces cas ne font pas ordinaires : les fàrdines fraîches ou faupoudrées de fel, fe répandent par les chaffes-marée le long des côtes de Bretagne; & celles qu’on a falées & preffées fe tranïportent en Poitou, Aunis, Saintonge, Gafcogne, le long des côtes d’Eipagne, à Saint-Sébaftien, à Alicante, & dans la Méditerranée, eu Provence, en Languedoc, jufqu’au port de Gênes, &c.
- 713. Pour donner une idée exade de la pèche des fàrdines en Bretagne , nous nous fommes particuliérement occupés de la pêche de ce poiffon à Belle-isle; mais nous invitons à confulter ce que nous avons dit de celle qui fe fait au Port-Louis & à l’Orient, première partie, fécondé fedion. Quoique nous nous foyons trouvés au Port-Louis & à l’Orient, dans la faifon de cette pêche, nous avons fait paffer fous les yeux de M. le Roy, ce qui eft rapporté à l’endroit cité, ainfi on peut y avoir confiance. Enfin on croit avoir remarqué que quand les fàrdines ne donnent pas abondamment fur les côtes de Bretagne, 011 en prend beaucoup dans d’autres provinces ; ordinairement la pêche commence dans l’amirauté de Vannes en juin, & finit en feptembre.
- Pêche des fàrdines à Quimper > Douarnenez, Tréboul, &c.
- 714. On fait de très-grandes pèches de fàrdines dans Pamirauté de Quim-
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- ao % TRAITE’ DES PECHES. Partie II.
- per î îa faifon c!e cette pêche varie beaucoup i quelquefois elle commence à la fin de juillet, ou avec le mois d’août, d’autres fois les premiers jours de feptembre, & elle finit quelquefois au commencement d’oélobre; fouvent elle dure jufqu’à la fin de l’année ; & vers la fin de la faifon, on prend des fardines groifes comme de moyens harengs. On dit qu’aux environs de Douarnenez & de Tréboul, où l’on prend des fardines qu’on eftime beaucoup, les chaloupes fe retirent dans le port de Pouldavi qui eft fort bon -, mais les marfouins qui font abondans dans ces parages, font fouvent bien du tort aux pécheurs.
- 71 ). On y prépare des fardines en faumure rouge qu’ils appellent an-choifées ; ils les mettent dans des futailles où il y a eu du vin de Bordeaux & les expédient pour les ports du Levant, où 011 les met en petits barrils pour les envoyer à Beaucaire. Depuis qu’on fait leur donner cette préparation en Bretagne, elles ont beaucoup augmenté de prix.
- 716. A Douarnenez, les fàrdines qui font fort groifes, ne parailfent qu’au mois de novembre, même en décembre, à peu près dans le tems que les harengs quittent les côtes de Normandie & de Picardie -, 011 en trouve allez fréquemment dans les manets confondus avec les célans & célerins.
- 717. Dans l’amirauté de Breft, on a quelquefois pris jufqu’à douze cents tonneaux de fardines > mais d’autres années, on n’en prend pas cent: les fardines y font groifes 9 & y arrivent ordinairement dans le même tems qu’à Douarnenez.
- Pêche des fardines à Saint- Jacut & a SainUCafl.
- 718. On pèche chaque année au mois d’août, de la vraie fardine à Saint-Jacut & à Saint-Caft 5 on prétend à Bref:, que les limites de la fardine' du côté du nord, font l’isîe de Bas fous Morlaix ; cela eft généralement vrai : cependant ce poilfon femble avoir étendu fes limites j car depuis le iiege de Belle-isle, au mois de juin 1761 , il s’en montre toutes les années une quantité à Lannion, dont une partie remonte la riviere jufqu’à la ville & au-de Mis ; il en vient tous les ans depuis cette époque, un nombre fuf-fifant pour en faire manger à tout le monde à dix lieues à la ronde , pendant trois femaines, & à grand marché : cependant M. Guillot me marque qu’on n’en prend point aifez pour en approvisionner le pays, ni pour mettre les habitans dans le cas d’y établir des prelfes. Néanmoins les pêcheurs ont fait faire à Saint-Malo des filets dont ils fe fervent utilement ; de forte qu’on eftime aujourd’hui que cette pèche occafionne par an un commerce de vingt mille livres ou environ*
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- Segt. III. De l'alofe, & des poiffons qui y ont rapport, zoj Article V.
- Vente, de la fardine fraîche en Bretagne,
- 719. Les fardines fraîches font un mets très-délicat, d’un goût excellent & fort recherché} mais elles ne confervent pas long-tems leur bonne qualité } & à dire vrai, il n’y a que ceux qui font à portée des ports où on les pêche, qui les mangent excellentes ; on elfaie néanmoins d’en traniporter de fraîches ; on en porte dans des hottes à de petites diftances, & des chafles-marée en forment des paniers, comme nous avons dit qu’011 faifoit les harengs, & les portent à dos de cheval dans des villes peu éloignées ; mais quelque diligence qu’ils faifent, elles ont fouvent perdu de leur qualité : on a eiîàyé d’en envoyer à Paris , par la pofte, en les renfermant dans des boîtes de fer blanc ; mais elles font fouvent arrivées fort mauvaifes, & celles qu’on dilàit être bonnes, me parailfaient très-médiocres & bien différentes de celles que j’avais mangées au bord de la mer. On m’a alfuré qu’on pouvait en conferver de très-bonnes pendant une quinzaine de jours, quand après les avoir fait cuire, on les mettait dans des boîtes de fer blanc étant recouvertes de toute part avec du beurre fondu.
- 720. Outre les fardines qu’on confomme fraîches le long des côtes où s’en fait la pêche , les Bretons en envoient beaucoup de làupoudrées de plus ou moins de fel, fuivant l’éloignement des lieux où 011 fe propofe de les traniporter} quelquefois 011 les prépare à demi-fel, & on les nomme vertes ; alors elles font braillées comme nous avons dit qu’on faifait les harengs. Les bateaux chalfes-marée tranlportent ces fardines ainlï faupoudrées de fei à Nantes, à la Rochelle, à Bordeaux, & les vendent fous le nom de fardines de Roy an, parce que les fardines qu’on pêche à Royan ont la réputation d’être excellentes j ils ofent de plus alfurer que çes fardines làupoudrées de fel font meilleures que li elles étaient fraîches & point du tout îàlées j mais les connailfeurs ne font pas la dupe de ce que difent les pêcheurs.
- 721. J’ai mangé à Rochefort de ces làrdines làupoudrées de fel, qu’011 vendait comme étant de Royan , elles étaient grolfes, & venaient probablement de Bretagne. Je parlerai ailleurs des vraies fardines de Royan ; mais ces prétendues làrdines de Royan n’approchaient point du tout de la bonté de celles que j’avais mangées fans fel au fortir de l’eau.
- 722. Je ne diffimulerai cependant pas que M. Archin, çommilTaire de la marine à l’Orient, qui eft à portée de manger des fardines très-fraîches, m’écrit que làns nier ce que je dis des fardines qui n’ont point été Iàlées, cependant par l’habitude où l’on eft à l’Orient, de les manger un peu pénétrées de fel 3 on trouve celles qui font entièrement fraîches, mollaifes
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- 204 TRAITE' DES PECHES. Partie Iî.
- & fades ; on veut qu’elles aient été deux ou trois heures dans le fel. Ce ne font point les pêcheurs qui les faupoudrent de fel ; mais ceux qui les tirent des bateaux ne perdent point de tems pour leur donner cette préparation j 8c M. Archin ajoute qu’après les fardines de Rojran, c’eft à Henne-bon qu’on mange les meilleures : or Hennebon eft éloigné du Port-Louis de trois petites lieues ; les poiffonnieres qui achètent les fardines au Port-Louis , partent aufti-tôt qu’elles les ont faupoudrées de fel ; & ayant leurs paniers fur la tête, elles fe rendent toujours courant à Hennebon , en moins de deux heures ; & au moyen des fecoulfes que ces fardines éprouvent dans le tranfport, elles prennent un degré de fel qu’on ne peut attraper lorfqu’on les fale au Port-Louis, fans leur donner'cette efpece d’agitation. Quoi qu’il en foit, ces fardines ont la réputation d’être beaucoup meilleures que les fraîches ; peut-être , dit M. Archin, que la préférence qu’on leur accorde vient de ce qu’on a contracté l’habitude du goût relevé que leur procure le fel.
- 723. Au refte, le détail & le tranfport des fardines fraîches , à des endroits un peu éloignés, fe fait précisément comme ce que nous avons dit en parlant du hareng; mais la vente des fardines fraîches ou falées en vert, n’eft pas , à beaucoup près , d’une auili grande importance que celle des fardines falées, qui fournilfent une branche de commerce , foit dans l’intérieur du royaume, foit chez l’étranger ; de forte que cette faline eft intéreffante , quoique moins confîdérable que celle du hareng : elle forme de bons matelots , elle fubvient à la fubfiftance d’un grand nombre de pauvres gens de tous états , foit par la fabrication des futailles, foit par la main d’œuvre qu’exige leur préparation : nous allons le faire appercevoir en parlant des différentes façons de faler ce poiffon.
- Article VI.
- De la préparation des fardines en Bretagne.
- 724. Dans les endroits où l’on pêche beaucoup de fardines, il y a des marchands faleurs qui achètent & préparent les poiffons que leur apportent ies pêcheurs ; & en outre les propriétaires de chaloupes préparent les fardines que leur livrent leurs pêcheurs ; les uns & les autres établiffent aii bord de la mer des corps de logis quelquefois affez grands ; fouvent ce ne font que de petits magafins au rez-de-chauffée , qu’ils nomment prejfes à fardines , dans lefquels ils reçoivent les poiffons que leur apportent les pêcheurs , & où ils ont ce qui leur eft néceffaire pour les préparer ; lavoir, des pelles fervant à répandre le fel comme pour le hareng ; des bailles,
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- Sect. III. De Palofe, & des poijjons qui y but rapport.
- és corbeilles , pour tranfporter les fàrdmes } des baguettes ou ablettes , pour les enfiler par la tète ; des faux-fonds} une bonne provifion de fel, des barrils , des prefles ; il faut aufli qu’ils aient du vin pour faire boire ceux qui apportent le poiflon } celui qui manquerait à cet ufàge ne verrait guere de pêcheurs arriver chez lui.
- 72f. A mefure qu’ils apportent du poiflon, on leur donne un cachet ou un numéro par chaque millier de fardines qu’ils fourniflent, pour les payer enfuite au prix courant de chaque prefle. Il y a dans ces prefles fept à huit femmes & des hommes, qui donnent aux fardines à peu près les mêmes préparations que nous avons dit qu’on donnait aux harengs falés en blanc. Ordinairement on fait avec ces ouvriers & ouvrières, des conventions pour la durée de Ja pêche, & 011 les paye lorfqu’elle eft faite.
- 726. Indépendamment des fàrdmes qui fe vendent fraîches, on en prépare fur les côtes de Bretagne, de Poitou, d’Aunis, &c. de différentes façons j lavoir, en vert, en maleftran, en pile, en fàumure dans de petits barrils, en daube, & de fumées oulkuries : nous allons en parler dans autant de paragraphes particuliers.
- Préparation des fardines en vert.
- 727. Nous avons déjà dit que les fardines fe corrompent promptement, & qu’il convenait de les mettre au fel au fortir de l’eau ; ainfi pour peu que les pêcheurs foient éloignés de leur port, ou retenus trop long-tems à la mer pour ne pouvoir livrer promptement leur poiflon , ils fàupoudrent deflus du fel5 en cet état,ils en vendent comme nous l’avons déjà dit, le long des côtes, à peu près eomme celles qui font fraîches} ou bien ils les portent aux prefles : c’eft cette première préparation que les pêcheurs de harengs nomment brailles, & que ceux de fardines nomment falés en vert ; de forte qu’ils livrent aux prefles les fardines les unes entièrement fraîches , d’autres plus communément fàlées en vert.
- Des fardines falées en grenier.
- 728. On fàîfe auflî des fardines en grenier, comme les Normands font la morue à Terre-neuve} pour cela on en forme des tas, mettant du fel entre chaque lit ; quand elles ont pris fel & rendu leur eau, on défait les tas, & on en fait de nouveaux, fàupoudrant un peu de fel entre chaque lit} enfin on les tranfporte au Heu de la vente, ou en barrils ou dans des pa± niers} mais on fuit peu cette méthode, parce que, outre que ces fàrdmes font âcres & delféchées, les commis des gabelles leur ôtent tant de fel en
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- 2o5 TRAITE' DES PECHES. Partie H.
- les paflant dans des cribles, qu’elles fe gâtent. Je. vais détailler les préparations qu’on leur donne dans les fabriques, & je commence par celle qu’on appelle en malejlran.
- De la préparation qtfon nomme maleftran,
- 729. M. le Roy , commilfaire de la marine, conje&ure que le terme maleftran, malajiran ou malejlron, peut venir de Maelftrand, ville de Norwege» ( 36 ) où Ion pêche beaucoup de harengs, & d’où l’on a peut-être adopté une façon de les préparer approchante de celle que nous allons décrire.
- 730. Quand les pêcheurs veulent domier cette préparation aux fardines, ils les mettent dans des paniers à claire-voie qui peuvent contenir deux cents poilfons, 8c après les avoir plongés plusieurs fois dans l’eau de la mer pour laver les iàrdines, ils les portent au magafin, où étant rendus, on les met dans des barrils bien foncés en répandant du fel fur chaque lit j quoiqu’on n’y ajoute point d’eau, au bout de deux ou trois jours les fardines font à flot dans leur faumure, & quinze jours après elles font alfez faumurées pour être mifes en preffe. J’ai dit exprelfément qu’il faut que les barriques ou barrils foient bien étanches ; j’ajoute qu’il eft important que les douves n’aient point d’aubier , parce que Ci la faumure s’écoulait, le poiifon fe gâterait ; au lieu que quand la faumure fe conferve, le poiifon peut relier très-long-tems dans les barriques fans foulfrir aucune altération.
- 731. Quand on veut mettre les fardines en prelfe, 011 commence par en embrocher un nombre par les ouies & la bouche dans de petites baguettes, comme nous avons dit qu’on faifait les harengs qu’on veut fàurir ; des femmes prennent ces petites baguettes chargées de fardines trois à la fois > elles les plongent plulleurs fois dans la faumure pour les laver, puis elles les tirent de la broche & les rangent ou les paquent avec foin dans une nouvelle barrique défoncée d’un bout & percée de plulleurs trous au fond d’en-bas, pour que l’huile puilfe s’écouler ; on place cette barrique fur deux chantiers, fous une prelfe établie auprès d’un des murs du magalîn A ,pL. IX, fig. 2 : ces prelfes confident en un levier dont une extrémité entre dans un boulin pratiqué dans le mur à trois pieds & demi ou quatre pieds du terrein j le milieu pofe fur un faux-fond qui a fept à huit pouces d’épailfeur, & qui porte fur le poiifon qu’on a rangé dans la barrique i à l’autre extrémité du levier, on attache un plateau de balance fur lequel qn met plus ou moins de poids fuivant qu’on veut prelfer plus ou moins le poiifon ; on peut encore augmenter laprelHon en approchant le plus qu’il eft poflible les barrils du mur, ou en alongcant.
- ( 3 (5) Ou plutôt de Suède, f tuée dans l’isle de Borhus*
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- là partie du levier où font les poids : de tems en tems on met des cales de bois dans le boulin au-deffus du levier, pour que fon extrémité où font les poids ne s’incline pas trop; on met aufli quelquefois^ de petits bouts de membrure entre le faux-fond & le levier, pour fuppléer à l’affailfement du poiifon. On arrange donc régulièrement le poiifon dans le barril, pour que la preflion ne le déforme pas, & on met entre le poiifon & le faux-fond, une couche de fougere pour que le faux-fond n’écorche pas les fardines du dernier rang. Enfin » 011 remplace à différentes fois le vuide que la preflion a fait dans la barrique , & le remplacement va aife2 fouvent à un tiers de ce qu’elle contient.
- 732. Au bas de la barrique font, comme je l’ai dit, plufieurs trous par lef-quels coulent l’huile & la làumure que la preflion fait fortir du poiifon;le plancher étant incliné forme entre les chantiers un ruiifeau ou une elpece de gouttière par laquelle l’huile fe rend dans une futaille ou une citerne où s’a-maife aufli la làumure, fur laquelle l’huile nage, & où on la ramaife pour l’entonner dans des barrils. Les fardines graifes rendent plus d’huile que les maigres ; mais on eftime ordinairement que quarante barrils de fardines en four-niifent un d’huile : il eft bon que cette huile s’écoule peu à peu, c’eft pourquoi une barrique eft ordinairement dix à douze jours en preffe ; néanmoins on pourrait, fans beaucoup d’inconvéniens, précipiter la preflion en augmentant les poids ou en alongeant le levier. Le plus fouvent les pécheurs qui travaillent pour leur compte, vendent leurs fardines fraîches ou falées en vert, à des fabriquans quife chargent de leur préparation. Quand les femmes qui font ordinairement ce travail, ne fe font pas louées pour la faifon, elles font payées par barrils, pius ou moins fuivant les différentes circonftances. Mais lorfque les pécheurs préparent eux-mêmes les fardines qu’ils ont pêchées, ils fe contentent ordinairement d’une préparation moins recherchée qu’011 appelle en.pile; nous allons la décrire.
- Préparation des fardines en pile.
- 733. Les pêcheurs,/?/. portent les fardines dans les magafins
- fans les laver ; fitôt qu’elles y font rendues, des femmes les fàupoudrent d’un peu de fel, enfuite elles les arrangent en pile; & quelquefois elles 11’en font qu’une pour tout le poiifon d’une pèche ; alors ces piles ont * ou f pieds de hauteur, & la bafe eft plus ou moins grande , fuivant la quantité de poiifon que la pèche a fourni ; d’autres fois, fuivant la fan taille de celles qui les préparent, elles font les piles peu épailfes pour que le fel les pénétré mieux, & parce que quand les piles font très-grolfès les fardines de delfous font écrafées par le poids de celles qui font delfus. O11 appuie ordinairement ces piles le long d’un mur; & en les formant, on met alternativement une couche de fel
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- *08 TRAITÉ' DÉS PÉCHÉS. Partie IL
- & une de fardines, qu’on arrange de maniéré que les tètes d’une couche répondent aux queues de celles de delfous ; par cette attention les couches de fardines font moins fujettes à s’écrouler & plus unies ; pour cette raifon on peut diftribuer le fel plus également : on laide les piles en cet état jufqu’à ce qu’on juge que le poilfon eft bien pénétré de fel, ce qu’on reconnaît à la fou-plefle qu’il acquiert : il faut plus de tems pour les grolîes que pour les petites fardines, & fuivant la qualité du fel, il faut les laitier plus ou moins de tems en pile.
- 734. Quand on juge qu’elles ont pris alfez de fel, on les embroche dans des baguettes comme le maleftran, & on en charge des civières dont le fond eft couvert d’une natte de paille ; elles mettent toutes les tètes en-dehors : les femmes les portent au bord de la mer où elles les lavent ; pour cela elles faillirent par les deux bouts trois de ces baguettes, elles les plongent & les agitent dans l’eau ; les fardines ainti lavées doivent être blanches comme de l’argent j on les reporte au magafin fur les civières; quand elles font égouttées, on les paque ou arrange dans les barrils, & on les prelfe comme le maleftran : toutes ces opérations font repréfentées pi. IX, fig. 4.
- 73 f. Il faut ordinairement pour faire une barrique de fardines preifées, la charge de quatre civières, plus ou moins, fuivant la groifeur du poilTon. Ces barrils font de bois de hêtre, à peu près de la jauge d’un tierçon de Bordeaux ; ils ont peu de bouge, & étant pleins ils pefent ordinairement trois cents à trois cents dix livres.
- 736. Les fardines bien préparées de l’une ou l’autre façon, fe confervenfc bonnes fept à huit mois ; après ce tems, elles déchoient beaucoup & rancilfent fur-tout dans les pays chauds. Les pauvres gens brûlent l’huile qu’on en retire ; on s’en fert auffi pour les radoubs des chaloupes, & on en vend aux corroyeurs, qui s’en fervent comme de l’huile de baleine, pour la préparation de leurs cuirs. Le prix d’une barrique d’huile eft depuis trente jufqu’à quarante livres : à la fin de la pêche, quand les fardines font grofles, il y a des faleurs qui marquent au feu combien il y en a dans chaque barril ; en ce cas on les vend au nombre.
- 757. Les fardines preifées doivent, pour être réputées bonnes, être fermes , blanches & claires, d’une groifeur médiocre ; les petites qui font excellentes à manger fraîches, ne font pas eftimées lorfqu’elles font preifées.; quand elles font d’une bonne groifeur, il en entre environ .fix mille dans chaque barril.
- Remarques de M. le Roy fur les deux maniérés de préparer les far-dînes décrites dans les paragraphes précédons.
- 73 8. Le but principal de ces deux préparations, eft de tirer l’huile des fardines
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- Sect. IIL De Palofe, & des poiffons qui y ont rapport. 209
- lardines que l’on prefle, non pas tant pour le profit qu’on trouve à la vendre aux corroyeurs, que pour retirer des fardines une fubftancc qui rancit & gâte le poiflon ; car on remarque que les fardines qu’on ne prelfe pas alfez, fe gâtent bien plus tôt que les autres.
- 75 9. La préparation en maleftran qui occafionne plus de main-d’œuvre, procure deux avantages ; le moins confidérable eft qu’on retire plus d’huile, parce qu’il s’en perd avec la faumure lorfqu’on les met en piles ; au lieu qu’à la préparation en maleftran, l’huile paffe avec la faumure, & elle s’en lepare en féjournant dans les citernes où on la recueille avec foin ; l’autre avantage , qui eft plus confidérable, eft qu’on emploie moins de fel, que les fardines font mieux dégrailfées, qu’elles font plus blanches, & en état de fe conferver plus long-tems fans jaunir, ce qui les rend plus marchandes : les fardines que les pécheurs préparent en piles, jauniifentau bout de trois ou quatre mois, & fe gâtent alfez promptement ; la principale caufe de ce dépérilfement vient de ce que l’économie les engage à fe fervir, pour paquer, du même fel qu’ils ont d’abord répandu fur leur* poilfon ;& en outre, pour conferver la gr odeur de leur poilfon, afin qu’il en tienne moins dans les barrils, ils les prelfent peu, & les lailfent chargés de l’huile qui les corrompt. Je ne parle pas de ceux qui ont la mauvaife foi de mettre au milieu des barrils, des poilfons mal conditionnés ; ces défauts ne fe rencontrent pas aux fardines que préparent les bons fa-bricans, qui, pour conferver leur réputation, appofent à chaud leur marque fur les barrils qui fortent de leur fabrique ; & il ferait à defirer que tous ceux qui font des barrils de fardines, fuifent obligés de mettre leur marque, afin qu’on pût obtenir des dédommagemens de ceux qui vendent de mauvaif» marchandife.
- 740. Autrefois on préparait toutes les fardines en pile; on prétend que c’eft à Concarneau qu’on a commencé à les préparer en maleftran, & cette méthode eft maintenant alfez généralement adoptée par les fabriquans ; néanmoins en apportant pour la préparation en pile toutes les attentions convenables, il ferait polfible de faire de bonnes lardines, qui, pour les raifons que nous allons rapporter, pourraient, dans certains cas, mériter la préférence fur celles préparées en maleftran: pour le faire appercevoir, il faut remarquer qu’il y a des provinces où le peuple eft dans l’ulàge de manger les lardines crues, telles qu’on les tire des barrils, comme on fait les anchois en Provence; ces provinces fontl’Aunis, la Saintonge, la Guienne, & d’autres pays de vignoble; ceux-là donnent la préférence aux fardines préparées en maleftran.
- 741. Mais à Saint-Malo & dans les provinces telles que la Normandie, la Flandre, où le peuple ne boit point de vin , on ne mange les lardines que cuites ; & alors on préféré celles qui ont été préparées en pile ; parce que
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- 2io T RAI T V DESPECHES. 'Partie IL
- celles qui ont, été préparées en maleftran, lie peuvent foutenir le feu, elles fo féparent par. morceaux j d’où il fuit qu’il eft avantageux de préparer les fardines, les unes en maleftran & les autres en. pile. M. le Roy le prouve par une expérience que je vais rapporter.
- 742. En 1769-, la pêche des fardines ayant été très-abondante à Concarneau , comme 011 çn avait beaucoup préparé en maleftran, on rifqua d’en envoyer à Saint-Malo-, où n’en trouvant point le débit, 011 fut obligé de les faire palier dans la Méditerranée, & comme celles qui avaient été préparées en pile furent préférées, plusieurs fàleurs qui- avaient coutume d’en préparer beaucoup en maleftran, ont depuis.préparé..en pile une partie de leurs famines, d’autant plus volontiers que celles qui ont été bien préparées de cette façon, peuvent fuppléer au maleftran, au lieu que le maleftran ne peut remplacer les fardines en pile, dans les endroits où on les mange cuites.
- De la préparation des fardines en jh$ple fanmure qu'on nomme
- anchoifees. •
- 745. Comme les petites fardines qu’on prend au commencement de la pèche, ne rendraient pas d’huile , & comme elles fe réduiraient en pàt.e fous la prelîe, à caufe de leur grande déliçatelfe,. on les met Amplement en fau-mure dans de petits barri!s ; pour cela on fait une faumure très-forte * 011 en met dans les barrils jufqu’au tiers, & on achevé de les remplir avec des fardines très-fraîches, & de lafuimure dans laquelle on délaie du brun rouge réduit en poudre très-fine, pour leur donner l’air d’anchois5 on lailfe les barrils au ibieiî pendant quinze jours, les remplilfant tous les jours avec de nouvelle faumure. On envoie ces fardines à la foire deBeauçaire, où elles fe-vendent, pour la plupart, comme anchois. Je n’infifterai pas davantage fur cette préparation, parce que je ferai obligé d’y revenir, lorfque je parlerai des anchois : je vais donc parler des fardines qu’on met en daube.
- Des fardines en daube.
- 744. M. Celeron m’écrit du Conqiîet, qu’on peut conferver pendant un mois des fardines dans le beurre, de forte qu’elles font prefqu’aulli bonnes à manger, que fi elles étaient fraîches, & voici comment on y réulfit. Pour cinquante fardines, on emploie une livre de beurre frais, qu’on fait fondre, quatre onces de fel, une once & demie de poivre fin, & un peu de mufeade 5 quand le beurre eft fondu, prenant garde qu’il ne roufiiiTe, 011 le laide alfez refroidir, pour qu’en trempant les fardines dedans , elles en Portent couvertes j en, cet état on les arrange dans un pot de grès; on fait un
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- Sect. III. Dé'l'alofe, ife? poiffons qui y ont rapport.
- peu réchauffer le beurre qui refte, qu’on verfe fur les fardines, de façon qu’elles en foient entièrement couvertes, & on bouche le vafe le plus exactement qu’on le peut, avec du liege ; quand on veut les apprêter, on les tire du beurre. (37)
- Des fardines fauries.
- 74f. Autrefois on fauriflait beaucoup de fardines, maintenant on leu file prefque toutes, comme nous l’avons expliqué.
- 746. Les faurifTeries de fardines, pi. X, fig. i , font plus petites, mais à cela près, peu différentes de celles des harengs. On fale à terre les fardine s en grenier, en les arrangeant de tète & de queue en tas; on répand du fel entre chaque lit, à peu près comme on fait pour celles qu’on prépare en pile i 011 les laiffe ainlî pendant deux ou trois jours au plus 3 011 emploie, autant qu’on le peut, du fel qui ait deux ou trois ans de fumage, parce que les filmes en font moins âcres. Lorfque les poilfons ont pris fel, on les enfile dan s des baguettes, comme quand on veut les mettre en preffe ; on les lave dans de l’eau de mer, puis dans de l’eau douce i & quand elles font égouttées, on les pend dans la faurifferie pon les y laiffe s’ég'outter pendant vingt-quatre heures ; enfuite 011 allume les feux, qui durent fept à huit jours quand l’air eft fec, & dix à douze, fi l’air eh humide.
- 747. On fait le feu avec des copeaux de chêne, qu’on prend chez les tonneliers, les menuifiers, & on le couvre de cendres de joncs, pour qu’il faffe de la fumée & point de flamme. Le lieu où fon fait cette préparation, eft un cellier au rez-de-chauflee, dont un manteau de cheminée occupe prefque toute la largeur 3 c’eft fous ce manteau qu’on pend les far-, dines. On n’en faurit guere en France 3 celles à qui 011 donne cette préparation, font les grofles qu’011 prend à la fin de la frifoii 3 cependant les matelots en fauriifent ou boucanent pour leur provifion pendant l’hiver.
- 748. Après avoir expofé la pèche des fardines qu’on fait en Bretagne, & les préparations qu’on leur donne, je Vais dire quelque chofe du commerce qu’on en fait.
- . ' ‘ • -t ; .
- . (37) Voici une autre maniéré de con- dans de petits barrils faits exprès avec du ferver les fardines, & qui fe pratique en vinaigre , du poivre , du laurier & du gi-quelques endroits de la Bretagne, de même rofle, qui forment une efpece de fauce. C’eft que dans le pays d’Aunis. Après qu’elles ce qu’on nomme confire des fardines. On en ont pris un peu :le fel, .on les fait frire dans apporte beaucoup à Paris qui ont été ainft la poële?ou rôçir fur le .gril, puis on les ipet préparées, . . .
- .................... '"v D d ij
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- 2U TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- Article VII.
- Du commerce que les Bretons font de leurs fardinesk
- 749. La pêche des lardines eft, comme nous l’avons dit, beaucoup plus abondante certaines années que d’autres i néanmoins qlle fournit un objet intéreiîant de commerce, quoique moins confidérab.le que celui du hareng. Les Bretons font ceux de tous les ports du Ponant, qui en font le commerce le plus considérable; aufîi les marchands de Belle-isle n’en ont, pour ainlî dire, pas d’autre ; on eftime que le produit de cette pêche peut aller à trente-cinq ou quarante mille barrils, qui peuvent contenir chacun cinq à fix mille fardines, quand elles font petites, & la moitié moins quand elles font grolfes : les barrils d’Audierne contiennent un cinquième de plus que ceux de Camaret ; ceux de Belle-isle, de Concarneau, de Groays, du Croific, font encore un peu plus grands : tout ceci eft un à-peü-près, mais qui s’éloigne peu de la vérité i & pour faire appercevoir que cette pêche fait un objet digne d’attention pour les lieux où on la pratique, & qu’elle contribue à la fubfiftance d’une bonne partie du peuple, il fuffit d’obferver que dans le quartier de Camaret & dans celui du Port-Louis, on arme toutes les années foo bateaux pour la pèche des fardines.
- 7fo. Les chalfes - marée en tranfportent de fraîches, à dos de cheval, dans les terres, à des diftances allez confidérables des endroits où on les a pêchées j les bateaux qu’on nomme chajfes - marée, dont nous avons parlé, en diftribucnt beaucoup plus le long des côtes, de lalées à demi-fel ou en vert; mais cette vente, quoique confidérable, 11’égale pas celle des falines qu’011 met en barrils ; car il y a plufieurs départemens où l’on en fale plus des trois quarts : il eft vrai que la vente des fardines falées n’eft pas toujours également avantageufe i elle l’eft fur-tout quand la pèche des harengs, des morues & des fumions, a été peu abondante.
- 75*i- Presque toutes les fardines qu’011 prépare en maleftran, s’envoient depuis Nantes jufqu’à Bayonne, à la Rochelle, à Bordeaux, &c. d’où elles fe diftribuent en Guienne, en Gafcogne, en Languedoc & dans le Lyonnais ; les Malouins en chargent beaucoup pour Bilbao, la côte d’Efpagne & toute la Méditerranée, où la vente en eft avantageufe, quand la pêche de ce poiflon 11’a pas réufti dans ces provinces 5 & fuivant différentes circonftan-ces, ils en tranfportent aux isles Canaries, à Madere, le long des côtes de Galice, à Gènes, à Livourne & dans plufieurs ports du Levant, d’où l’on rapporte en échange des huiles, du làvon , des raifins fecs, de la foude, dif-fércns vins de liqueurs, & autres denrées de bonne confommation. On n’en
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- Sect. 111. De P alofe, & des poijfuns qui y ont rapport,
- tranfporte point ou peu dans les provinces qui font au nord de la Loire, où l’on fait un grand ufage du hareng & du maquereau.
- 75'2. Le bénéfice que les marchands peuvent tirer de ces falines, eft très-incertain , parce que les bancs de fardines donnent tantôt fur une côte, & d’autres fois fur une autre ; en outre le profit dépend de la rareté des autres fàlines, harengs, morues, faumons, maquereaux, &c. ce qui fait que, certaines années, les fardines fe vendent quatre fois plus que d’autres. Nous parlerons dans la fuite, des falaifons qui fe font fur les côtes de la Méditerranée. Quelques particuliers ont tenté d’envoyer des barrils de fardines dans nos colonies, une partie fe font gâtées, & le refte a été d’un médiocre débit. Je vais dire quelque chofe des pèches qui fe font dans différens ports de l’Océan 5 mais pour éviter les répétitions, je ferai le plus concis qu’il me fera polïible.
- A R T I C L E VIII.
- Pèche, des fardines fur les côtes d.' Angleterre.
- 757. Les fardines fe montrent en affez grande quantité fur les côtes occidentales de Devon & de Cornouailles , auxquelles elles apportent beaucoup de profit. La pèche dure depuis le commencement d’aout jufqu’au mois de novembre 5 on prétend qu’elles font attirées dans les baies par un petit poi£ Ion qu’on nomme britt en anglais, & qu’elles pourfuivent pour s’en nourrir. Quoi qu’il en foit, elles arrivent avec la marée, & elles nagent fi près de la furface de l’eau, qu’elles y forment un bouillon qu’on apperçoit d’af-fez* loin j on les pèche de deux façons différentes.
- 75-4. Les uns, quand ils apperçoivent un banc confidérable de fardines qui fe dirigent pour entrer dans une baie, vont à leur rencontre avec un grand manet, en refoulant le courant de la marée ; il s’échappe fans doute beaucoup de fardines autour du filet ; mais celles qui donnent dedans, fè maillent & font prifes. O11 reproche à cette façon de pêcher, qui eft en ufage en beaucoup d’endroits, d’effaroucher beaucoup de poiffons qui ne fe maillent pas 5 & que ceux qui font pris , font fouvent bleffés.
- 75*5'.'L’autre façon de pécher eft avec une faine qui a quelquefois cinq à fix cents brades de longueur s elle eft dirigée par trois ou quatre petites barques, dans chacune defquelles il y a fix hommes qui fe règlent, pour tendre leur filet, fur les fignaux que leur donnent des hommes qui relient à terre fur un lieu élevé, & qui apperçoivent aux ondulations de la mer, les bancs de poiffon ; & pour fe faire entendre, ils conviennent de fignaux qui indiquent à ceux qui font dans les bateaux de quel côté ils doivent fe
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- 2i4 TRAITE! DES PECHES. Partie II.
- porter ; ils font une enceinte pour envelopper le plus qu’ils peuvent de poiflon, puis ils rapprochent les bouts du filet pour le tirer à terre, lorf. que le rivage le permet ; finon ils plient le filet dans fa hauteur , & le tirent dans des bateaux avec le poiflon, & pendant que quelques barques font occupées à tendre le filet, d’autres fe portent de côté & d’autre, & battent l’eau avec leurs avirons pour engager le poilfon à fe porter dans l’enceinte que forme la laine, pi. X,fig. 2. Quand on a pris beaucoup de lardines , on les paque, comme nous l’avons expliqué ; & on en trouve un débit avantageux en Efpagne, en Italie & au Levant.
- Article IX.
- Pécha des fardines dans Camirauté de Marennes en Saintonge.
- 7f<D. Quelquefois les bancs de lardines donnent abondamment à la côte de Saintonge ; alors les pécheurs fortent avec leurs chaloupes qui ont vingt-fix pieds de longueur totale, fix pieds quatre pouces de largeur j la maitrelfe varangue eft ronde & fans acculement j le creux elt de trois pieds quatre pouces ; elles portent deux petits mâts, le grand eft au milieu, & celui qu’on nomme de mifaïne, eft à deux pieds de l’étrave.
- 7f7. Leurs filets ne font ni des manets, ni des tramaux, mais des laines de quarante bralfes de longueur, faites d’aflez gros fils ; les mailles au milieu, dans une étendue de neuf brades, n’ont que trois lignes d’ouverture en quarré , aux extrémités elles en ont fix, à peu près, comme les filets qu’on emploie à Terre-neuve pour prendre les capelans, & dont nous avons parlé fécondé partie, première fection. La tète du filet eft garnie de flottes de liege, le pied eft bordé d’une grolfe corde qui fert de left. Les pécheurs enveloppent, autant qu’ils le peuvent, les bouillons ou bancs de fardines avec leur faine , & tirent les filets à terre, pl. X, fig. z , ainfi ils n’emploient point de réfure, & le poiflon ne fe maille point.
- 7 f 8. La faifon de cette pèche eft fouvent depuis le mois de juin jufqu’à la fin d’août; mais elle eft incertaine, de forte que quelquefois les lardines pa-railfent en juin, & d’autres fois en août ; malheureufement les bancs ne paraifi. fient pas fréquemment dans ces parages, & communément les fardines ne fe portent pas abondamment vers la Gironde, ce qui eft fâcheux ; car on eftime beaucoup les fardines de Royan, petite ville dé Saintonge à l’embouchure de cette riviere ; elles font petites & fi délicates qu’on ne peut pas en faire des fardines preflees ; néanmoins leur chair eft ferme, d’un goût excellent ; elles font très-bonnes à manger fraîches, & je crois qu’elles feraient très-propres à être préparées en anchois : mais comme elles fout excellentes
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- Sect. III. De laîofe Y & des poiffons qui y ont rapport. 21 s
- fraîches, prefque toutes fe confomment fans être filées. Dans les endroits où la côte met la mer à l’abri du vent» les firdines qui aiment l’eau tranquille s’y rallèmblent ; c’eft là qu’il convient d’aller les chercher.
- 7S9- Quand les pécheurs tendent leur faine, un ou deux hommes qui relient à terre fur le rivage, tiennent.un halin qui répond au canon ajulfé au bout du filet, comme on le voit première partie, fécondé fecfion ; ceux qui font dans la barge, mettent le filet à l’eau, & forment avec les rames une enceinte, & tantôt ils viennent joindre les pêcheurs qui font reliés fur le rivage, pour le tirer à terre, ou bien joignant la corde du pied du filet avec celle des lieges, ils le plient en deux & le tirent à bord du bateau. Au relie, cette pèche fe fait de jour, pour que les pêcheurs qui font dans la chaloupe , puüfent manœuvrer de. concert avec ceux qui font à terre fur le rivage.Ceux de l’isle d’Oleron, fur la côte d’Aünis, ne fe fervent ni de manets , ni de réfure, mais de faines de trente à trente-cinq brades de longueur* & fix hommes d’équipage j leur pèche dure depuis avril jufqu’en octobre.
- A R T ‘ I C L E X.
- Pêche dans Vamirauté d'Olone en bas-Poitou.
- I
- 760. Les fardines parailfent dans ces parages fort petites dès la mi-mai j on prétend qu’elles filent vers , les côtes de Bretagne, où elles arrivent» en o&obre y & l’on _ y en voit encore en décembre; alors elles font fort grolfes.
- 761. Quoique les fardines foient. plus petites au commencement de la pèche qu’à la fin, elles ne deviennent jamais aulli grolfes fur les côtes de* Poitou que fur celles de Bretagne ; on allure que fur cette derniere côte, elles acquièrent en deux mois la. grandeur où elles peuvent parveni'. J’e-n ai mangé *à Rochefort de grolfes , que je croyais, venir des Sables d’Olone ; mais on m’a alfuré. qu’on, les. avait apportées de Bretagne, & quelquefois on prend pour de groifes fardines-,differentes elpeces de poiifons ou de petites alofes.
- 762.., On* pêche encore- des fardines fur la côte qui' s’étend depuis les Sables d’Olone jufqu’à Brell, & on prétend qu’elles palfent fùccellivement parles endroits que je vais nommer: 01one,-Belle-isèe, le Port-Louis, Qui- . beron, Concarneau, Douarnenez, Camaret & Brell. Celles.de Belle-isle du ' Port-Louis , de Quiberon,, font délicates & fort ellimées pour manger fraîches j. mais on fait plus de cas pour la.prelfe. de celles de Concarneau & de Douarnënez, où elles 11e parailfent qu?à la fin, de feptembre, & y féjourneiit
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- T RA I T E' DES PECHES. PartIe IL
- jufqu’à noel : c’eft en ces endroits que les Malouins vont en Faire des char-gemcns pour les diftribuer dans le Levant
- 763. On n’apperçoit point de différence dans la forme des fardines des Sables & de celles de Royani mais celles-ci ont la chair plus ferme» ce qui peut dépendre de la nature des eaux. Il femble qu’au commencement de la faifon ces fardines feraient bonnes étant préparées comme les anchois.
- 764. Les chaloupes des Olonais ont ordinairement vingt-fix pieds de longueur totale y elles portent deux mâts, deux voiles & fept à huit hommes d’équipage, y compris le maître & quelques moulfes.
- 765*. Les pêcheurs bien équipés ont cinq fortes de manets, dont les mailles font de différentes grandeurs depuis cinq lignes jufqu’à huit, pour fe fervir des uns ou des autres dans les différentes faifons ; chaque piece a vingt braffes de longueur quand elle eft montée fur fa ralingue , & vingt-quatre avant d’être montée ; leur chute eft de quinze à feize pieds ; ces filets font flottés à la tète & leftés au pied tantôt avec des bagues de plomb , d’autres fois avec des pierres percées ou des boules de terre cuite, de forte toutefois que les flottes foient à fleur d’eau j ils s’écartent de la côte d’une, deux ou trois lieues, & néanmoins rentrent tous les loirs dans le portj ils dérivent, comme nous l’avons dit, & le maître, placé à l’arriere, jette la réfure avec une cuiller, le plus loin qu’il peut, pendant que les matelots foutiennent la marée avec deux, quatre ou fix avirons, fuivant la force du vent ou de la dérive 5 ils relevent le filet toutes les deux heures, ou plus tôt quand ils voient qu’il y a beaucoup de fardines de maillées. Tous les vents ne font pas également favorables à cette pèche: les vents d’oueft amènent les poiffons à la côte, pendant que les vents d’eft les en éloignent.
- 766. Je ne fâche pas que les Olonais faffent de grandes falaifons; ils vendent leur poiffon à des chafles-marée qui le tranfportent frais ou à demi-falé aux lieux où ils favent en avoir le débit. Quand ce font des bourgeois qui fourniffent les filets, la réfure & les vivres, ils ont les deux tiers d,u poiffon -, le refte fe partage entre les mate.lots : lorfque le bateau appartient au maître, il fait fes conventions avec fes compagnons.
- DifctiJJîons particulières fur les fardines dites de Royan, en Saintonge.
- 767. Puisque nous Traitons des pêches qui fe font fnr les côtes de Saintonge , il convient de parler des fameufes fardines qu’on nomme de Royan , le peu que j’en ai dit dans l’article de l’amirauté de Marennes en Saintong'e , & des Sables d’Olone en bas - Poitou , ne me paraiflant pas fuffifaiu, & il eft principalement queftion de décider fi ces fardines , font,
- comme
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- Sect. III. De Valofe y & des poiffons qui y ent rapport. 217
- comme plufieurs le penfènt’, d’une efpece particulière.
- 768. Ayant mangé fur les côtes de Saintoilge & d’Aunis, des fardines, les unes grofles , & les autres petites, qu’on nommait de Roy an , j’avais peine à me perfuader que ce nom convînt également aux unes & aux autres ije m’adrelfai donc fur cette côte, à ceux qui, étant à portée de ces parages, me parafaient en état d’éclaircir mes doutes ; mais bien loin de les difîiper, la diverfité des fentimens augmenta mon embarras ; cependant une réponfe que M. de la Courtaudiere, commiffaire de la marine à Sainte Jean-de-Luz, a bien voulu me faire, fait appercevoir affez clairement d’où proviennent ces différens fentimens.
- 769. Il me marque d’abord que toutes les fardines qu’on porte à Bordeaux fe vendent pour être de Royan, quoique prefqü’aucune n’en vienne ; les plus fraîches y font apportées de la tête de Buch, & les autres qui font plus ou moins fàupoudrées de fel, viennent des Sables d’Olone, quelquefois même de Belle-isle.
- 770. Les gens qui fe piquent d’avoir le goût fin , affinent qu’ils diftin-guent parfaitement les vrais Royan des fardines qui ont été pêchées dans d’autres parages j mais .M. de la Courtaudiere dit qu’il a vu de ces prétendus comiailfeurs, manger auprès de Saint-Jean-de-Luzpour de vrais & excel-lens Royan, des fardines qui venaient d’être pêchées auprès de Fontarabie: il croit en pouvoir conclure que les meilleurs gourmets en fait de fardines, regardent comme étant de Royan toutes celles qui font greffes & très-fraîches , & qu’ils refnfent cette dénomination à celles qui font ou maigres ou moins fraîches & un peu fàupoudrées de fel j ainfi quand ils décident que ce font de vrais Royan, c’eft comme s’ils difaient que les fardines qu’on leur fert font très-fraîches, très-greffes & d’un igoût excellent.
- 771. Mais d’où eft venue cette dénomination de Royan aux excellentes
- •fardines, puifqu’on n’en prend prefque point, ou au moins très-peu à Royan ? Ceux qui fe font occupés de cette recherche, prétendent qu’ancien-nement on y faifait une pèche affez abondante de fardines } que les .habitat! s en tranfportaient à Bordeaux .&! ailleurs en grande diligence, prenant toutes les précautions pofîibles pour les livrer très- fraîches; ce qui a établi la réputation des .fardines de Royan. Les bancs, de fardines ayant changé de route , & :ce poiffon étant .devenu très^rer^ à Royance nom a été donné aux fardines de la tête de Buch ., & des' autres parages qui font affez. près de Bordeaux pour y être livrées très-fraîches : les pêcheurs des Sables & même ceux,de BelLeâsle^ ont .adopté 3ce nom; qu’ils mit jugé Jhyorableàla vente, fie. leur .jwM!flicBi..:pi3îjp v jfup , isôiucir ; • • ci fl tv : ^ nioiu.i z;r.o*
- 772. Je n’ignore pas qu’il y a des poiffons r affez femblables auÿfàr dînas jpar ieur^formerexitmeure^ qù’if me &U£ pas eonfoiidrsoep excellent
- Tome XI. E e
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- 2i8 TRAITE' SES PECHES. Partie fl.
- poiflon ; mais je fuis diTpofé à croire avec M. de la Courtaudiere, qu’il n’y a qu’une efpece de lardines, les unes petites , les autres d’une taille moyenne, d’autres grandes comme de moyens harengs > les unes dont la chair eft maigre & feche, d’autres qui font grades & délicates. Ordinairement, par exemple » îes fardines qu’on pêche au commencement de la faifon, comme vers la pentecôte, n’ont que deux à trois pouces de longueur, entre celles-là il y en a de feches , 8c d’autres font gradés , délicates & très-bonnes à manger •fraîches, ou à faleç, en anchois j mais elles ne peuvent foutenir la prelfe i ees poiifons font plus grands quand on les pèche en juin jufqu’en août » alors ils font très-bons à manger frais, & ils peuvent fupporter la predé : mais les fardines qu’on prend depuis le mois de feptembre jufqu’en décembre, font plus grandes & meilleures pour être predees : ce s différences pa-raident dépendre de l’âge des fardines & de la nature des eaux où elles ont féjourné. Au refte, je conviens que ces. obfervations qui, en général , font vraies , fouifrent beaucoup d’exceptions, tant à l’égard de la grandeur des fardines, que pour leur qualité j car , ainfi que nous l’avons remarqué à l’égard des harengs , il fe préfente quelques bancs de fardines fort grodés , lorfque la plupart font plûtes ; & réciproquement on en prend de très-petites dans la faifon où elles font communément grofles t pour ce qui eft du - oût & de la délicatede, il eft probable que la nature des eaux & des aliment qu’elles rencontrent y influent beaucoup. Je vais maintenant parler de la pèche des lard nies à Saint-Jean-de-Luz , ce qui me conduira à rapporter celles fe font fur les côtes d’Elpagne , & enfuite celles de Provence de Languedoc.
- À R T I C L E XL
- De la pêche des fardines à la côte de Saint-Jean.de-Lu^ en Gafcogne , pays
- de Labour.
- 775- La pêche qu’on fait à Saint-Jean-de-Luz, confirme bien ce que j’ai dit plufieurs fois ; fa voir, que les harengs, les fardines, & les autres pondons de'padage, abandonnent 'quelquefois , pendant plufieurs'années, une côte où ils fe portaient en abondance , & qu’enfuite ils. y reviennent.. M. le préfident de Borda m’écrit de Dax, qu’on faifait autrefois une abondante- pêche de lardines à l’ancienne embouchure de l-’Adour dans l’Océan, mais que cette 'branche de commerce eft perdue j que cependant on en trouve de tems. en terns autour des. isles iàblonneufes, & qu’il y a quelques.années;,.qu’un banc vint vis-à-vis du cap 'Breton; ;b . »• V«: ; v«vn- • '•
- 774. On n’a rien de'certain furlaxaufc de ces variations^ice .qui paraît
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- Sect* III. DeValofe , Es? des 'poiffons qui y ont rapport. 216
- de plus'vraifemblable, c’eft que, différens poiffons voraces, des marfouins » des thons des merlus, de gros maquereaux , attirés par. les jardines , fe portaient abondamment dans ces parages & yrfaifaient une grande deftruélion de iàrdines , ce qui leur a fait abandonner cette côte, où depuis que les jardines n’y donnent plus, 011 ne voit que peu de ces poiffons voraces.
- 77f. Quelques-uns imaginent,que les travaux qu’on a faits pour bâtir des digues & établir un port , ont effarouché ces poiffons ; d’autres enfin attribuent, ces variétés aux vents d’oueft, qui,. régnant depuis plulîeurs an-* nées, les ont déterminés à aller chercher ailleurs un ,afyle plus tranquille : mais tout. cela fe réduit à des ; conje&ures^qui néanmoins f iie .{buttas dénuées ,de vraifemblance ; le fait eff qu’il y a vingt ou vingt-cinq, ans 011 péchait affez de fardines à la côte de Saint-Jean-de-Luz, pour en faire des îaiaifons, il y a environ quinze ans que ces poiffons s’y montraient encore allez abondamment > mais depuis cette derniere époque , la pèche n’a jamais été allez abondante pour en préparer, & fouvent elle a été ÎI llérile, qu’on 11’en mangeait'*de fraîches que, celles qui étaient, apportées de Fontarabie ; la peche des Bafques n’en' produifait prefqüe point. Mais M. de la Courtau-
- diere, comrniffaire dpdg marine, à. Saint-^eanTde^Luzr,rquiffe,fait'.un plaifir de m’aider de fes lumières?, m’écrit, qu’il y a bien des années qu’on n’a Vu, prendre fur les côtes de fon- département, autant de fardines que cette" année : depuis la fête de la pentecôte, . dit-il, il n’y a prefquè pas eu de jour qu’il n’en foit( venu trois-,jquatre fix chaloupes, dans notre ? port, jànsj compter celles qui'font arrivées, par t,terre;, rb Xontàrajbie V çes jardines étaient- bopnes & affez,exaélement d’une} même .groffeurVayaht .à peu .près’ fèptfpou.ces de longueur ^excepté que,^em^lé^z? juilletj/pendah^ deux ouî trois jours, iljen'eft yenu de^mèlées^ lés qnjç^pms,grandes, que lesjâùtrés,'* qui avaient tout au plus fix pouces ,du Jb.outp dut mufeau à l’extrémité de l’aileron de la queue, & auffi les unes graffçs & délicates, d’autres fort fecfies ». dans celles-là quelques-unes, en trèsrpetite quantité ayaient.de la rave dans le torps. ,(f.
- fuivant une ancièmie tradition , on feffervajt .au^tefois detréfure pour attirer* les Iàrdines, mais maintenant on n’en fait jp qin^ ufagev .. y,; ,‘
- .Des. filets dont fe fervjntjlest.J$afqne$fpç(w^ $s fardines. !.[
- 777. Je lavais bien qu’en quelques en^oi4|jpiir 'pçjjiijf ’ceffe-
- pèche. d’efpeees de laines. qui f^jfermaiejUtjÇonniie u^^oqffe imiais' je iija*
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- TRAITE' DES PECHES. Partie H.
- vais pu m’en former une idée jufte : voici ce que m’en écrit M. de la Cour-taudiere. Le filet dont fe fervent les Bafques pour cette pêche, eft fait de fil de lin, & a trente bradés de longueur fur quatre & demie de chute ; les mailles ont trois à quatre lignes d’ouverture j pour le faire caler, le bas eft bordé par une ralingue faite de fil de chanvre qui a lix lignes de circonférence ; on aflujettit à cette ligne des morceaux de plomb de fix à fept onces , qu’on met à deux pieds & demi les uns des autres ; on y amarre aufii de quatre pieds en quatre pieds, des anneaux de corne femblables à ceux qu’on met aux rideaux des lits s on pafle dans ces anneaux une autre ligne qui s’étend dans toute l’étendue du filet, elle fert à le fermer comme un fac iorfqu’il eft rempli de {ardines, ainfi qu’on l’expliquera dans la fuite j ce fi’et eft plutôt une faine qu’un manet, il fert à prendre les anchois comme les fardines , la tête du filet eft garnie dans toute fa longueur de flottes de liege placées à trois pouces les unes des autres.
- 1 ' Maniéré de mettre le filet à la mer & de le relever.
- 778. DÈS que la éhaldupé', qui doit être équipée de douze bons rameurs , apperçoit des oifeaux qui fourrent leur bec dans l’eau, d’autres qui y plongent fort avant, ou des marfouins qui fe montrent de tems en tems à la fur-face , les pécheurs font aflurés qu’il y a à cet endroit un banc de fardines, ce qu’ils découvrent de fort loin ; alors ils rament de toutes leurs forces pour s’en. Approcher, & quand ils font aflurés de la pofition précifè du banc de poiflou, ils iftèttent leur fileta l’eau du côté' de bas bord? a méfure que les uns mettent le’ filet a l’eau \ les rameurs font dë leur mieux pour envelopper le banc de fardines ; & quand le filet eft enüéf erifbnt à' Ieeau , les ’pèchéurs eonfèrvent à bord1 une manœuvre qui a environ1 quinze lignes de circonférence & trente braflés de longueur ; elle eft amarrée à un bout du filet, un matelot qui eft à la proue, la tient > à l’autre extrémité du filet, il y a une pareille manœuvre retenue dans le bateau par un matelot qui eft à lapoupp.ej les fardines épouvantées par les marfoums qfii fe trdiiveht prefque toujours’flux environs ^‘donnent dans le filet1 én grande quantité ; alors lesfiiatèlots dé ^ouppe & de proue qui tiennent les hianœuvres'Jqüi tépôndent aux deux boutf du filet, fe -halentr d;effus pour s’en apprbchefj dès que les deux bouts dix filet font'rendus l’un à pouppe 8c l’autre à prouvé, on Kale fur la manœuvre paflée dans les anneaux de corne,..pour ramener 1^ bas du filet où font les plombs près de la fuperfi-cie de l’eau fefi formait5 comme un fac dans lequel dès fardines fe trouvent renfermées ; 8c on .les prend avec, un manet que les Bafqu.e.s nomment falabar-doé,v pôur les ^lettre'a bord.-'' 1 ’ ; P » -É ;
- " 779. ïl arrivé foiivént que fa pidniieré chaioupe amanqité fou-coup i alors
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- Sect. IJi. De Valofe, des poiffons qui $ ont rapport. 221
- «ne autre prend fà place & rendît quand les marfouins continuent àpour-luivre les fardines, fans quoi on ne prend rien ; dans ce cas, étant guidés par les marfouins & les oifeaux, les pêcheurs vont faire à un autre endroit la -manœuvre que nous venons de décrire.
- 780. Les pêcheurs prétendent que les thons ne chaffent point les fardines au fond de l’eau, mais feulement quand ils font près de la furface ; & que les marfouins, au contraire, 11e les pourfuivent guere qu’au fond de l’eau; ce qui lait que les fardines, pour les éviter, fe portent près de la furface où les pêcheurs les chalfent comme nous venons de l’expliquer : il refte à lavoir quelle confiance on doit avoir à ce que difent les pêcheurs, relativement à la manœuvre de ces poiffons voraces.
- Du retour des chaloupés à terre.
- 781. Dès que les pêcheurs ont mis les lardines dans leurs chaloupes, que le coup de filet ait été heureux ou non,ils reviennent au port à force de voiles & de rames pour vendre leur poiffon. Ce font les femmes qui les achètent , ce qui forme un fpedtacle curieux, mais bruyant > car pour fe rendre les premières à bord des chaloupes qui arrivent, elles fe jettent dans l’eau, en ayant jufques fous les aiffelles; dès que le poilfon eft vendu & déchargé, les chaloupes retournent à la mer pour recommencer leur pèche.
- 782. Les pêcheurs Bafques & ceux de Fontarabie, prétendent que les fàr-dines s’approchent de terre dans le mois de mai pour jeter leurs œufs ou raves fur des rochers garnis de plantes marines, foit que les rochers fe trouvent un peu au large ou près de terre; & ils aifurent avoir trouvé des œufs de différentes efpeces de poiffons, fur des plantes qu’ils avaient détachées des rochers avec leurs grappins ; ces plantes marines font nommées par les Baf. ques efpata bttharra, ce qui lignifie en français herbe à L'épée : ces plantes s’élèvent à deux pieds de hauteur, & font faites comme des rubans; nos pêcheurs les nomment baudriers. Ils ignorent quand les petites fardines quittent le lieu de leur naiffance ; mais c’eft dan* le mois dé juin qu’on pêche les fàr-dines dans, les baies ou anfes..
- De la pêche des Bafques à Fontarabie.
- 78j. Depuis le mois de mai, & pendant tout l’été, les fardines entrent dans les baies & anfes, où les,pêcheurs en prennent avec des faines; quelques-uns qui feportent au large , pratiquent leur pêche comme nous avons dit que le font les Bafques , mais d’autres fo fervent de manets, ainfl que nous âîlons l’expliquer : ils ont, comme les pêcheurs Bretons, des filets dont les
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- 2>22i TRAITE1 D E S REÇUES. Partie ît
- mailles font plus ou moins grandes, pour les proportionner à la groffeur des poiffons qu’on rencontre ; car ordinairement les fardines qu’on pèche vers la fête de la pentecôte, font petites.; mais la plupart de celles qu’on prend après îa Saint-Jean & en juillet, ont fept pouces & quelquefois un peu plus de longueur ; leurs équipages font aufîi plus nombreux que ceux des Bretons : on apperçoit où font les bancs de fardines, aux oifeaux qui leur font la chaife , &. à la couleur de l’eau, qui étant agitée, eft différente qu’ailleurs ; la potîtion des bancs de fardines étant connue, toutes les chaloupes qui ont chacune leur filet, s’en approchent doucement, & étant à environ quarante brafses les, unes des autres, ils mettent à l’eau leurs manets qui ont à peu près trente brafses de longueur fur quatre de chute; pendant que le maître jette le filet à l’eau, l’équipage nage mollement pour qu’il s’étende mieux ; & quand il a mis à la mer la moitié de la longueur du filet, le maitre qui eft debout à la poupoe , jette de la rave ou réfure des deux côtés du filet : alors les fardines qui font fort avides de cet appât, nageant pour l’attraper, donnent dans le filet &. fe maillent; pendant ce tems-là il y a toujours deux hommes qui nagent faiblement pour foutenir la dérive & entretenir le filet tendu ; dès que le maitre s’apperçoit que cette moitié de filet eft bien garnie de poifsons, il met doucement à l’eau la moitié qui eft reftée dans le bateau, il l’attache au bateau , & il recommence à jeter de la réfure pour y attirer les fardines ; & quand il s’ap-perqoit que toute la tilfure eft garnie de fardines, il la releve, & tout de fuite en met une autre à la mer, manœuvrant comme pour la première tiifure: à mefure que le maître tire le filet, des matelots le fecouent pour démailler les fardines qui y font prifes. Les pécheurs de Fontarabie & ceux de la côte de Bifcaye, font encore la pèche des fardines au large jufqu’à la fin de mai, comme nous avons dit que le faifaient les Bafques & avec de pareils filets ; alors ils ne fe fervent point de rave ou de réfure.
- A R T I C L E X II. jDijférens mémoires fur la pèche des fardines aux côtes d'Efpagne.
- 784. Je vais commencer par rapporter ce qu’un patron de Pinafse, âgé de foixante ans, & qui navigue continuellement fur les côtes d’Ffpagne, a dit à M. de la Courtaudiere.
- 7"8f. On pèche à Guettaria , qui eft à neuf lieues de Saint- Jean-de-Luz, dans le mois de juin, des fardines de fix à fept pouces de longueur ; à Ondar-roa, fur la même côte, à dix ou douze lieues de Saint-Jean-de-Luz, on en pèche de pareilles & même de plus grofses ; & des pécheurs ont afsuré ayoir quelquefois pris dans cette baie d’un feul coup de faine, jufqu’à cinquante.
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- S?ct. IÎI. De l'alofe , & des poiffons qui y ont rapport 22$
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- janitliers de fàrdines, entre lefquelles il s’en trouvait, de neuf pouces deljlon-gueurqui étaientprefque grofses comme des harengs: il refte à favoir fi ces gros poifsons font de vraies fàrdines ou des poifsons qui leur refsemblent, & dont nous parlerons dans la Cmte.DQOndarroa à Vtrnuo qui en eft éloigné de Cix lieues, & à feize de Saint-Jean-de-Luz, on ne prend point de fàrdines. A Al-gota , même côte,v & éloigné de vingt-deux lieues de Saint-Jean-de-Luz, on en pèche de petites. A Cajlro , même côte, éloigné de vingt-cinq lieues de Saint-Jean-de-Luz, on en prend d’un peu plus girôfses. J’aurais defiré favoir dans quelle faifon on prend ces fàrdines de grofleurs fi différentes.
- 786. Ce même patron a dit à M. de la Courtaudiere, que le 4 juillet étant à une journée du port de Saint-Jean-de-Luz ; il avait vu la mer jonchée de lardines dans une étendue de plus de quinze lieues, qu’elles pafsaient du nord-nord-oueft au fud-fud-oueft, & que. depuis nombre d’années qu’il eft prefque toujours à la mer, il n’en avait pas vu un banc aufîi canfidérable.
- 787. On m’écrit de Cadix, qu’on 11e fait point de pèche de fàrdines ni d’anchois dans la baie j mais qu’on eu prend , fur la côte de l’eff, depuis Conii juT qu’à Tariffà, & du côté de l’oueft, depuis Rota jufqu’au cap de Saint-Maril. De plus, que la pèche commence à la'fin de feptembre, & finit à la fin de mars : c’eft dans les mois de décembre & de janvier qu’elles donnent le plus abondamment , & qu’elles font de meilleure qualité;
- 78 8. Nous avons repréfenté ,'fig. 3 , une barque dont les pêcheurs Efpa-gnols font affez fouvent ufage j ils fe fervent aufîi de deux efpeces de barques femblables à celles de Provence 5 leur port eft de huit tonneaux j leur équipage eft quelquefois de vingt hommes, & elles vont prefque toujours à la rame. Ôn pêche de jour & de nuit j mais la pèche de nuit eft la plus avanta-.geufe : le filet eft afsez femblable au fardinaye des Provençaux ; 011 le nomme en efpagnol chin-choures. On ne pêche point au feu, & on prend peu d’anchois. On met le filet à la mer à une demi-lieue de terre fur huit braises d’eau : 011 ne boucane point de fàrdines ; mais, on en fait des fitlaifons, favoir du côté de l’oueft, à Ayamonté, & du côté de l’eft, à Conil & à Tariffà, avec du fel qui fe trouve à portée. La confommation s’en fait principalement en Catalogne & à Valence.
- 789. On prend beaucoup de fàrdines depuis Faro jufqu’au détroit j mais la pèche la plus confidérable fe fait aux côtes , de Galice \ c’eft pourquoi je me propofe d’en parler expreffément. On en fait aufîi d’affez abondantes fur les côtes d’Andaloufie, où T011 en fàle en barrils.
- 790. Quelques Français & les Efpagnols des Canaries, font la pèche des fàrdines & des fàrdes rouges, le printems & l’été, au cap Blanc, à la côte d’Afrique: les Maures de cette côte infùltent fouvent les pêcheurs; néanmoins il y en a toujours qui y font cette pêche. Les Français la font avec
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- 224 T RAI T r DES F E C H E S. Partie IL
- des tartanes, & les Canariens avec leurs bateaux ; les Efpagnols de ces parages préparent mal leurs poiffons > ils les vuident, puis les mettent dans le fel, ou les étendent fur le fable pour les foire fécher: ces poiffons, peu efo timés,fe vendent aux pauvres gens des Canaries j on n’en tranfporte point en Efpagne : les matelots font à la part.
- De la pêche des far dînes fur les cotes de Galice.
- 791. La pêche des fordines eft fort abondante fur cette côte, & le poiC Ton y eft d’une belle grolfeur ; on prétend qu’il a moins de goût que celui qu’on pêche dans la Méditerranée. On commence cette pèche au mois de juin , & elle dure jufqu’en décembre : le plus fort des folaifons eft dans les mois de feptembre & d’oétobre ; la plupart les font avec du fel de Portugal qui eft âcre & corrofif5 & comme ils ne folent leurs poiiTons que fuperficielle-ment,ils ne fe confervent pas long-tems. Leurs bateaux ont ordinairement trente pieds de long fur feize de large, ils font montés de fix hommes ; il y en a quelques-uns de grands, qui ont cinquante à foixante pieds de long, & qui font montés par dix-huit à vingt hommes.
- 792. Ils ont un grand filet dont ils fe fervent, fe réunifiant trois bateaux montés de vingt hommes chacun j ce filet, du genre des ganguis, a un grand fac de cent cinquante pieds de circonférence, & de neuf à dix brafo fes de longueur j quand ce filet eft à peu près rempli de poiffon,ils le con-duifent à la remorque, à un endroit où il n’y ait que cinq à fix brades d’eau, à foixante ou foixante-dix toifes du rivage. Il fout ordinairement douze chaloupes pour rendre ce poiffon à terre, quoique chacune porte cent cinquante milliers dâ fardines j ils s’établiffent pour foire cette pèche à des endroits où il y ait dix-huit à dix-neuf brades d’eau. Leurs filets font tannés ; fou vent ils pêchent la nuit, & ne fe fervent ni de réfure, ni de feu : il fe trouve des anchois mâles avec les fordines j mais on n*en foie point. On foie de ces fordines, & on en fume peu ; néanmoins celles qu’on fume à Muros, font recherchées à Madrid, où l’on en tranfporte beaucoup.
- 793. Comme la côte de Galice, qui s’étend depuis le Portugal jufqu’aux Afturies, eft très-abondante en fordines, il eft à propos d’infîfter plus que nous 11’avons fait fur ce qui regarde cette pèche. On prétend, & M. de la Courtaudiere n’eft pas éloigné de le croire, que les fordines qui, depuis nombre d’années ont prefque abandonné Saint-Jean-de-Luz,fe font établies fur les côtes de Galice.
- 794. Les pêcheurs Efpagnols difent que vers la mi-janvier, les fordines fe retirent dans les baies & anfes, où il y a une grande profondeur d’eau, qu’elles y relient jufqu’à ce qu’elles veuillent jeter leurs œufe ; qulaiors elles
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- Sect. IIL De Palofe, & des poiffons qui y ont rapport..
- fe portent jufqu’à trois lieues de la côte, dans des-fonds de roche couverts d’herbiers, où elles relient plus ou moins de tems ; mais que dans le mois de juin, elles entrent dans les baies, lorfque la mer eft belle, & que par les gros tems elles regagnent les grands fonds. Les baies & anfes où l’on en trouve le plus, font Redes entre Ferrol & la Corogne, Vigo, Redondela, & Rla £Arofa. Sur cette côte, on pratique d’autres pêches que celles que nous venons de décrire ; quelquefois c’eft une nappe ou faine qui a trois cents bralfes de longueur, fur trente à trente-cinq pieds de chûte; vers le milieu, dans une étendue de foixante bralfes ou environ, les mailles n’ont guere que fix à huit lignes d’ouverture en quarré, & elles font de plus en plus larges, à inclure qu’on approche des extrémités qui ne fervent qu’à déterminer le poilfoiv à fe rendre au milieu du filet. Ordinairement on fe fert de ce filet, ainfi que de celui que nous avons décrit plus haut, jufqu’au mois de novembre ; alors, & pendant le mois de janvier, on pèche les fardines avec un manet de foixante bralfes de longueur, fur trente pieds de chûte, dont les mailles ont huit à dix lignes d’ouverture.
- 79f* Quand on voit que les lieges entrent dans l’eau, & que le filet eft chargé de poilibn, trois hommes le tirent à bord pendant que d’autres en mettent un autre à l’eau ; ordinairement cette pèche fe fait à la fin du flot, ou au commencement du jufan;dans cette faifon, les pêcheurs obfervent de ne point fe fervir de la faine, qui, difent-ils, effarouche le poiflon, & l’écarterait de leurs parages. Ordinairement la pêche avec les manets finit en décembre : quelquefois on la continue jufqu’en février, mais cela eft fort rare.
- 796. Les fardines qu’on prend depuis le mois de mai jufqu’à la mi-fep-tembre, font petites & très - délitâtes ; elles font excellentes fraîches, mais point propres à être preïfées ; elles font fi communes , que le peuple en fait fa principale nourriture ; ils en font une foupe qu’ils affaifonnent avec du piment & de l’ail; c’eft ce que les Provençaux appellent une bouride; il s’en fait une -énorme confommation à Ferrol; & quand on ne trouve pas à les débiter fraîches,_ on en met en faumure dans des barrils ; voici comme les Elpagnols les préparent*
- ' 797. Ils arrachent la tète, & tirent les inteftins fans endommager la peau ni les nageoires, en paifant adroitement le doigt dans le corps ; cette opération étant faite, ils ont de petites brochettes plates, larges de cinq à fix lignes , & épaifles de deux ou trois ; ils les paffent dans les fardines du côté du ventre fans toucher à l’arête; ils les préfentent au feu du côté du dos, -fans les griller; on y expofe enfuite le côté du ventre, & quand elles font à mi-cuites, on les arrange dans un plat fur des feuilles de vigne, & on met des feuilles fur les fardines; puis un fécond lit de fardines, ce qu’on continue tant qu’on a des fardines, mettant un peu de poivse & de fel entre Tome XL ‘ Ff ‘
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- 225 TRAITE* DES PECHES. Partie IL-
- chaque lit j on prétend qu’elles fe confervent quelque tems bonnes à manger étant ainfi préparées.
- 79S. Quand vers la fin de Tannée,, les fardines font greffes, on en prépare de preffées* à peu près comme Ton fait en Bretagne. On eftime fingu-Eérement en Efpagne, les far dîne s qu’on prend dans la baie d’Avez ÿ elles fe vendent beaucoup plus cher que les autres : on voit que dans, ces parages on né fait aucun ufage de la réfute.
- Pêche des fardines furies côtes des AJluries.
- 799. On pêche aufli des fardines fur la côte des Afturies, mais en petite quantité j elles fe confomment fraîches , quoique fouvent il y ait plusieurs jours qu’elles foient pêchées 5 mais les Efpagnols font accoutumés à manger du poiffon mortifié : les pêcheurs des Afturies, non plus que ceux de Galice, n’emploient point de réfure pour attirer les fardines j ils fournil! fent tous les ans un ou deux millions de fardines à Saint-Jean-de-Luz, plus ou moins, fuivant que la pêche'a été abondante, & les fpéculations des pêcheurs Efpagnols 5 car certaines années ils y en ont tranfporté fept à huit millions ; la plupart font entières avec leur tête & fans être vuidées , mais fau-poudrées de fel, étant bien arrangées dans des paniers d’ofier ; des femmes, vont en faire des achats à la côte d’Efpagne, & les apportent à Saint-Jeamde-Luz dans des pinaffes, où elles les préparent en fardines preffées & mifes en barrils, pour les diftribuer dans la province, & particuliérement à Bayonne-
- 800. Pendant long-tems les Efpagnols ont fait un grand commerce de fardines avec lé Portugal, où ils les échangeaient pour des faumons; de forte qu’on a vu à Vigo douze barques de tfente ou quarante tonneaux chargées de fardines pour le Portugal 5 mais les Efpagnols ayant mis un impôt fur les faumons qui venaient de Portugal, & par repréfailles les Portugais fut les fardines d’Efpagnece commerce en a beaucoup fouffert, St les Galiciens ont envoyé leurs fardines, partie dans l’intérieur de i’Efpagne, & partie à Saint-Jean-dè-Lüz ; mais comme ils les livraient fans têtes & vuides, on a eu peine à fe déterminer à les acheter j cependant ils en ont préparé pour en envoyer en Gâfèôghe 8c ailleurs,. où Ton en fait une grande confommation..
- Article X II1.
- De ia pêche des fardines en Pvrtiïgal.
- Sgi. Avant de parler des pêches qui fe font dans la Méditerranée, il: convient de dire quelque chofe de celles qui fe font fur les côtes de Portugal qui confinent à TOcéan ; ces côtes font fort poifîbnneufes, principalement depuis Péniche jufqu’à Sétubal ; on y pêche non-feulement ce qui- fe con-ibmme de fardines dans le pays,. mais on en tranfporté au-dehors , & on
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- Sëct. III. De 'Vaîofe, & des poiffom qui y ont rapport. 327
- efUme fur-tout celles qu’on pèche dans la baie de Sétubal : je me contenterai de détailler les pêches qui fe font dans ces parages, ce quifuflira pour donner une idée de ce qui fe pratique dans les autres parties de ce royaume.
- 802. Les bateaux principalement deftinés pour prendre les fardines font montés par cinq ou fix hommes, pl. X,fig. 3 , cette pèche fe fait la nuit avec des filets femblables au bregin & à l’ailfaugue \ on ne fe fert point de réfure, & prefque toujours on haie le filet à terre i ces bateaux font fort gondolés i ils relevent beaucoup de Pavant & de l’arriéré , de forte qu’il faut que les rameurs foient au milieu, où ils ont un mât fort incliné vers Pavant, & qui porte une grande vergue ou antenne, fur laquelle eft encapelée une grande voile latine ; il part à Pavant & à l’arriere deux boutes-hors, à P extrémité defquels on amarre les manœuvres qui fervent à traîner le filet *, car ces bateaux pèchent en dérivant côté en travers, comme les tartanes de la Méditerranée, ordinairement on borde un focq fur le boute-hors de Pavant.
- 803. Quand ils relevent leurs filets à la mer, ils {aient leur poilfon en grenier, car les chaleurs font fi confidérables qu’il pourrait être gâté avant d’en avoir fait la livraifon ; mais quand ils tirent leurs filets à terre, les pêcheurs ne préparent pas leur poilfon j ils vendent en gros à des laleurs, tant celui qui a été falé à la mer, que celui qui peut être livré frais. Quoique les fardines foient un poilfon très-délicat, malgré la chaleur du climat les fàleurs parviennent à le conferver, en employant beaucoup de fel qui eft: à bon marché i ils commencent par faire des tas de Jardines avec beaucoup de fel y & quand au bout de quelques jours les poilfons s’en font chargés, ils le verfent dans les bâtimens de tranlport où ils le {aient en grenier } mais ce poilfon furchargé d’un lèl qui de fa nature eft âcre & corrofif, n’eft pas, à beaucoup près, aufll eftimé que celui qui eft préparé en Bretagne, en Provence & à Gènes.
- 804. Le produit de la pèche eft partagé en fept lots : le patron en prend un pour le bateau qui ordinairement lui appartient, un autre .eft .donné à celui qui fournit les filets ; des cinq lots reliant , le patron en prend un pour fa peine, & les quatre matelots chacun un : chaque homme fe fournit de pain > mais le vin & les autres vivres font prélevés fur la vente avant de faire les lots. La pèche dont nous venons de parler , .eft celle qui fe fait communément î mais on en fait outre cela , de grandes dontnous allons donner une idée.
- 8of. Pour ces grandes pêches, on emploie ordinairement quatre filets., dont un eft d’auffe & les trois autres de lin j ou ïes retient ayqc douze ancres & feize amarres. Chaque armement eft de huit bateaux, montés chacun par quarante ou cinquante hommes ; on s’établit pour cette grande pèche, à quatre ou fix lieues de la côte dans un endroit où .il y ait depuis dix jufqu’à
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- 228 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- vingt b rafle s d’eau; la longueur du filet qu’on nomme t intérieur, & qu’on met au fond de l’enceinte , eft de dix brades, le fécond de vingt, le troifieme de cinquante, le quatrième de foixante ou foixante & dix; on forme avec les: trois premiers filets une enceinte, & quand ils font bien amarrés fur leurs ancres les pêcheurs fe retirent; il n’en refte qu’un pour examiner s’il entre du poiifon dans les filets ; quand il en apperçoit, il fait lignai à les camarades , la nuit avec un flambeau , le jour avec un pavillon blanc ; les bateaux étant réunis, ils mettent à l’eau le quatrième filet pour prendre le poiifon qui s’eft engagé dans l’enceinte ; & quand le poiflon eft pris , ils fe ritirent, îaiflant en place les trois filets qui font amarrés fur les ancres, pour attendre qu’il s’y engage d’autres bancs de poiflons, & ils vont vendre celui qu’ils ont pris à des marchands qui en diftribuent une partie de frais dansr l’intérieur des terres, & qui falent l’autre.
- Article XIV,
- De la pêche des fardines à Gibraltar.
- 806. Apres avoir rapporté fbmmairement les pêches de la fardine qui fe tout fur l’Océan, au moins dans notre continent, il convient de donner une idée de celles qui fe font dans, la Méditerranée ; & puifqu’on prend beaucoup de fardines tant dans l’Océan, que dans la Méditerranée, il eft naturel de croire qu’on doit en faire une pèche confidérable à Gibraltar , où eft le fameux détroit qui fait une communication entre les deux mers. E11 effet, on ÿ en prend quelques-unes durant toute l’année; mais la faifon où elles fe montrent en plus grand nombre, eft depuis le mois d’août jufqu’en novembre; on prétend que celles qu’on prend derrière la montagne en fèptem-, bre & odobre , font grolfes 8c très-bonnes pour faler, mais moins délicates pour manger fraîches.
- 807. Qn y fait principalement deux efpeces de pêches, l’une qu’on nomme-la petite, & l’autre La grande: la petite fe fait avec une grande faine ou plutôt un boullier, formé par deux bras qui ont chacun cent braflês de longueur Iur quatre à cinq de chute ; au milieu eft une manche ou un fac qui a jufqu’à dix brades de longueur, & dont les mailles font fort ferrées; les mailles des bras font d’autant plus ouvertes qu’elles s’approchent davantage de l’extrémité , fur quoi on peut confulter ce que nous avons dit du boullier de Provence , première partie, fécondé fedion.
- 808. Les bateaux dont on fe fert pour cette pêche, font pontés à Pavant’ 8c à l’arriere ; on peut y parer dix-huit à vingt avirons ; ils font montés. $>ax vingt-huit à trente hommes, Une partie de l’équipage refte à terre » &
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- Sect. III. De Valofe, & des poiffons qui y ont rapport. 229
- ircntr le bout d’une manœuvre fort longue qui eft amarrée à un des bouts du filet; ceux qui font dans le bateau, fournirent de ce cordage à mefure qu’ils fe portent au large; quand ils fe font éloignés de la côte de toute la longueur de ce cordage, ils mettent le filet à l’eau, & amarrent enfuite un cordage au bout forain de la tiifure, ce qui les éloigne quelquefois d’un mille de la côte ; mais pour que le halin que confervent ceux qui font à terre, fe tienne fur la furface de l’eau, ceux qui font dans le bateau, y attachent de diftance en diftance, des bouées ou des barrils vuidès , ou affez fouvent des outres remplies d’air. Lorfque le halin de terre, le filet & le halin du large font à l’eau, le bateau forme une enceinte qu’on diminue peu à peu en s’approchant de la côte & des pêcheurs qui font reftés à terre ; lorfqu’ils ont gagné le rivage, ils fe-débarquent; & tout l’équipage étant réuni j ils tirent le boullier à terre, ils trouvent dans le fac differentes efpeces de poiffons, quelquefois jufqu’à deux ou trois cents quintaux, entre lef. quels il y a beaucoup de fardines. Cette pèche, & celle dont nous allons parler, fe font la nuit ; les plus obfcures font les plus avantageufesainfï on ne fe fert; point de réfure. , '
- 809. La grande pèche Te fait avec des nappes de filet ordinairement au nombre de cinq, qui ont chacune cent cinquante à deux cents braffes de longueur, & cinq à ftx !de chute; la tète eft garnie de flottes de liege, & îe pied eft ordinairement lefté avec des boules de terre cuite. Les bateaux l'ont pontés à l’avant & à. l’arriere >. cependant ils font fort légers; ils fe ralfemblent cinq pour fine cette pèche en commun, chaque bateau monté de quatre à cinq hommes. Trois de ces bateaux prennent chacun une piece de filet, & un quatrième en prend deux qui font affemblées bout à bout, celui-ci refte du côté de la terre ; les trois autres tiennent le large, & vont à la découverte.' . ,
- - 8ïo. Quand ils apperçoivent un banc de fardines qui forme un bouillon à la furface de l’eau, ils font un lignai à celui qui eft relié du côté de la terre, qui, amarrant un bout'de fou filet au rivage ou!a une ancre , fait fou poiîîble en mettant fon filet à l’eau , pour croifer la marche des; poiffons; pendant cette opération, les autres pêcheurs battent l’eau avec des perches ou des avirons pour engager le poiflon à s’approcher de la côte; quand le premier bateau a mis fbn filet à l’eau, un autre vient le joindre ; il attache un bout de fa piece à l’extrémité du filet qui a été tendu en premier lieu;-en mettant fon'filet à l’eau,,il continue à1 former l’enceinte.; le troifieme & le quatrième bateau font la même manœuvre pour former l’en-oeinte; & pendant-cette opération , le cinquième bateau qui eft- le plus léger de tous, bat continuellement l’eau pour empêcher que le poiflon n’en forte, ce qu’il continue jufqu’à ce que le quatrième bateau ait attaché le bout de
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- 230 T RA I T E' DES PECHES Partie IJ.
- fou filet à terre, ou qu’au moins il ait fermé l’enceinte dans laquelle le cinquième bateau le trouve renfermé avec une piece de filet qui n’a que fept à huit brades de longueur.; c’eft avec ce filet qu’ils pèchent les poiflons renfermés par les autres filets : pendant que le bateau, aidé d’un de ceux qui ont formé l’enceinte, prend le poiflon., les autres diminuent le plus qu’ils peuvent l’étendue de l’enceinte, jufqu’à ce qu’ils aient pris tout le poiflon qu’ils font parvenus à envelopper.
- 811. On prend ainfi beaucoup de fardines & d’anchois; mais on fait peu de cas de ce dernier poiflon ; on ne le là le pas, & on en jette la plus grande partie à la mer. On voit que cette pèche différé peu de la grande pèche que font les Portugais à leurs côtes, & que nous avons décrite; mais de quelque façon que le poiflon ait été pris, ils vient fur le rivage des marchands qui I’achetent pour le vendre frais, le faupoudrant de plus ou moins de fel, fui vaut l’éloignement des lieux où ils veulent le tranfporter ; ou bien ils le làlent dans des cabanes où ils ont tous les uftenfiles néceflàires pour cette opération.
- 812. Nous allons maintenant entrer dans la Méditerranée, & nous commencerons par rapporter fort en détail, les pèches qui fe font en Provence & en Languedoc ; je terminerai enfuite ce que j’ai à dire fur la fardine, par ce qui fe pratique chez plufieurs puiflances étrangères.
- Article XV.
- De. la pêche des fardines en Provence.
- 813. Comme il y a beaucoup de fardines dans la Méditerranée, la pêche , ainfi que la préparation de ce poiflon, occupe & fait lubfifter beaucoup de monde en Provence, ainfi qu’en Bretagne ; néanmoins ce qu’on en prend, ne fuffit pas toujours à la confommation qui s’en fait, puifqu’on y trouve fouvent un débit avantageux de celles qu’on y tranfporte de l’Océau; on verra par ce que nous allons dire, que la pèche de la fardine en Provence reflemble, à plufieurs égards, à celle qu’on pratique en Bretagne ; cependant comme elle en différé en quelque chofe, je me trouve dans la néceffité de la décrire avec le plus d’exaétitude qu’il me fera poflible.
- Des filets dont on fe fert en Provence pour la pèche des fardines.
- 814. Nous avons dit qu’en Bretagne on trouvait des fardines dans les parcs, les guideaux, les étentes qu’on fait de mer bafle à la côte, mais que dansées pêcheries les Jardines iè trouvaient confondues avec d’autres efpe-
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- Sect. III. De taîofe , & des poiffms qui y mt rapport. aji
- ces de poiffonsj de même en Provence on en prend pêle-mêle avec dTautrcs poiffons dans les filets qu’on nomme bouliers, b regins, &c. mais les Provençaux nomment fardinaux, des filets expreffément deftinés à prendre les far-dinesj ce font de flmples nappes de filet, dont l’ouverture des mailles eft proportionnée à la grolfeur des poiffons qu’on fe propofe de prendre > & comme on en prend de très-petits qu’on nomme fardinoles, il y a de ces filets qui ont les mailles très-petites, & qu’ils nomment focletkres, parce qu’ils fervent à prendre des foclets .& de petites lardines. Voye^ première partie, fécondé fedion. En un mot, ce font de vrais manets qui ont leurs mailles de différentes ouvertures comme de quatre, cinq ou fix lignes, pour employer les uns ou les autres dans les. différentes faifons , fuivant que les lardines augmentent de groffeur.
- 81 f. Ces filets font faits avec de beau fil fin, quoique retors, pour lequel on emploie du premier brin de chanvre ou de lin. Les pièces ont vingt-cinq à vingt-fix brades de longueur ; on en joint plufieurs les unes au bout des autres, pour former une tiffure compofée de deux principales pièces, qu’en Provence on nomme jambes ; elles ont chacune trente bralfes de longueur , & à Antibes quelquefois plus de cinquante; Ces. filets très-déliés, font bordés par une elpece de lifiere ou petite bande de filet qui eft-faite avec du fil plus fort, dont les mailles ont jufqu’à deux pouces d’ouverture en quarrés cette lifiere fe nomme fardon ; elle fert à fortifier le filet qui, comme nous Savons dit, eft très-délié & qu’ils nomment le lin , pour le diftinguer du fardon ; c’eft au lardon de la tête du filet qu’on attache la corde qui porte les Keges, & au lardon du pied on met de diftance en diftance, comme de braflè en bralfe, des bagues de plomb.
- 816. Les pêcheurs établiffent ordinairement leurs filets lur la plage y c’eft-à-dire, près de la côte où communément les lardines le raifemblent : je dis communément \ car, par certains vents, elles fe portent au large où il faut aller les chercher ; alors quand elles font fur des fonds où il y a une grande profondeur d’eau , ils joignent deux filets l’un au-deffus de l’autre ; ou plus communément pour établir le filet à la profondeur où eft le poiffon j iis amarrent au lardon de la tête, des lignes que les pêcheurs de harengs nomment bandingues, & les Provençaux colonnes, au bout defquelles ils. ajoutent de groffes flottes de liege, qu’ils appellent fignaux. Nous avons amplement expliqué la difpofition de ce filet, en parlant de la pêche du hareng, avec p.ette différence que pour le hareng, on fe fert pour foutenir le filet de barrils.vui-des, au lieu que pour les lardines, ce font de groffes flottes de liege > nous Pavons représenté y pi. III, fig. 2, & à la première partie, fécondé fedtipn,, & nous indiquerons dans la fuite un moyen bien fimple dont fe fervent les pêcheurs pour connaître à quelle profondeur le poiffon eft établi dans l’eau»
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- Des bateaux dont fe fervent les pécheurs de la Méditerranée pour la pêche de la fardine.
- 817. Beaucoup fe fervent pour cette pèche de quelqu’un des bateaux ordinaires, mais le plus fouvent ils emploient la gondole repréfentée pi. X, fig.4, qu’ils nomment ordinairement comme leur filet^fardinaux ou fardi-nayes ; ces batimens font conftruits à peu près comme de petites tartanes, leur longueur commune eft de vingt-cinq pieds, & leur port de fix tonneaux : il faut remarquer que la longueur des bateaux en tartanes, s’établit fur celle de la quille, & non pas de tète en tète d’une étrave à l’autre1; les fardinayes ont la proue fort alongée * leur pouppe eft couverte ; elles ont "quatre , cinq & fix hommes d’équipage ; fouvent en Languedoc les équipages dont à la part comme en Ponant; le propriétaire du bateau qui fournit les filets, a la moitié du profit; l’autre moitié fe partage entre le patron & les matelots, s’ils ont un garçon ou un mouffe, ils lui donnent une demi-part ou un quart, à proportion de là force & du fervice qu’il peut rendre.
- Des heures auxquelles on fait la pêche.
- 818. On eft obligé de pécher le jour dans les ports de l’Océan, où l’on attire le poilfon avec de la réfure ; mais dans les ports de la Méditerranée, où l’on ne fe fert point d’appâts, on pèche la nuit; les pécheurs tendent «St relevent deux fois chaque nuit: pour la première qu’ils nomment de prime, ils mettent à l’eau leurs filets à l’entrée de la nuit, & relevent deux ou trois heures après ; pour la fécondé qu’ils nomment d'‘aube , ils mettent leurs filets à l’eau aifez avant le jour, pour qu’ils puiifent relever au foleil levant.
- 819. Ils tendent ordinairement près de la côte jufqu’à une lieue au large ; néanmoins ils s’éloignent davantage de la côte, quand leurs filets font fou-tenus par des colonnes qui leur permettent de les enfoncer dans l’eau, ou de les tenir près de la fùperficie, fuivant que les bancs font plus ou moins avant dans l’eau : comme les filets ont une certaine hauteur, les patrons s’en fervent, ainfi que je l’ai dit, pour connaître à quelle profondeur il faut caler le filet; car fi en relevant, les poiifons font maillés ou broqués près le fardon des lieges, ils jugent qu’ils font près de la furface de l’eau, & le patron fait racourcir les colonnes ; fi au contraire, il n’y a que le pied du filet qui foit garni de poiifons , il connaît qu’ils font avant dans l’eau ; & pour les rencontrer, il fait alonger les bandingues ou colonnes ; par cette manœuvre, & lorfi. que les pécheurs ont été aifez heureux pour donner fur un banc, il eft arrivé que les mailles du filet étaient tellement garnies de poilfon, que les pè-
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- Sect. III. De Valofe , ^ des poiffons qtd y ont rapport, 233
- çheurs pour les relever, étaient obligés de demander du fecours à leurs camarades , & même d’en couper une partie ; mais ces cas font rares.
- Maniéré de s'établir en pêche.
- 820. Quand le bateau eft rendu au lieu de la pèche, & que le patron veut mettre fes filets à la mer, il fait amener les voiles, & ordinairement quand les filets font à l’eau, il ne fe fert que de fes rames} comme c’eft par l’arriere qu’on met les filets à l’eau, & aufli qu’on les releve, il ôte le gouvernail , de forte que le bateau n’étant foutenu que par les rames, dérive avec le filet au gré du vent & des courans, le filet étant attaché au bateau par une manœuvre de cinquante braffes de longueur.
- 821. Lorsqu’il fait beau clair de lune, & que les pêcheurs efperentune bonne pêche, ils laiflent leurs filets une heure de plus à la mer, ce qu’ils nomment courir de lune ; enfuite ils mouillent un petit grappin, ils relevent leurs filets, démaillent leurs poiifons, & fe repofent en attendant que l’heure foit venue de faire la pêche d’aube.
- 822. Cette pêche aux filets dérivans, reffemble beaucoup à celle qu’on fait fur les côtes de Bretagne, & on peut la regarder comme expreifément deftinée à prendre des fardiiies > cependant, de même que fur les côtes de l’Océan, on trouve des fardines dans les parcs, les étentes à la baffe eau, & aulfi quand on pêche d’autres poiffons avec la faine, de même en Provence, indépendamment du manet dérivant dont nous venons de parler, 011 prend des fardines pêle-mêle avec d’autres poiffons, au moyen des filets qu’on nomme aijfaugues , bouliers, bregins, &c. Voyez p’remiere partie , fécondé fedion, où nous nous fommes affez étendus fur ces fortes de pèches, pour n y pas revenir , d’autant qu’elles ne font pas expreifément deftinées à prendre les far-.dines. A l’égard de la pêche à la riffole & au feu, nous remettons à en parler au chapitre des anchois, quoiqu’on en faffe auffi ufage pour les fardines.
- 82^. Aussi-tôt que la pèche d’aube eft finie, les pêcheurs reviennent à terre, pour faire promptement la livraifon de leur poilfon j ce qui eft fi important, qu’on eftime plus les fardines d’aube qui font livrées prefque au for-tir de l’eau, que celles de prime qui ont paffé toute la nuit dans le bateau. Les pêcheurs ayant fait la livraifon de leurs poiffons, ils lavent leurs filets, les étendent pour les fécher & les raccommoder ; ce qu’il faut faire à tous les démarrages, parce que ces filets très-déliés, font fréquemment endommagés, principalement par de gros poiffons'qui donnent dedans: cet ouvrage fait, ils dorment & fe repofent jufqu’à ce qu’il faille partir pour la pèche de prime j quand ils ont dormi trois ou quatre heures,.ils vont chercher leurs' filets, ils les rangent dans le bateau, & fur les cinq heures du foir ils retour-
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- tournent à la pêche. Dans les ports où il Te raflemble beaucoup de pêcheurs, le départ d’un nombre de bateaux forme une petite flotte , qui fait un coup-d’œil fort agréable.
- 824. Je vais ajouter à ce que je viens de dire, ce que M. Poujet, lieutenant général de l’amirauté à Cette , m’a écrit fur les pratiques du Languedoc.
- JOefcription du fardinal ou fardinau du Languedoc, ainfi que des filets dont les Catalans fie fervent pour y prendre des Jardines.
- 82f. Le filet qu’on emploie à Cette pour la pèche de la fardine, eft compofé de plufieurs nappes qu’on attache à la fuite l’une de l’autre, chaque nappe fe nomme une bande ; elle eft compofée de deux toiles qu’on aflemble l’une au-dedus de l’autre; chaque toile a 7f ou 80 brades de longueur, & 400 mailles de largeur ; quelquefois on augmente la largeur de quelques mailles , rarement on la porte à 45*0; ce filet qui eft à mailles en lofange, a régulièrement 18 oudres au pan, quelquefois 19 ; la hauteur ou la chute de ce filet dépend de la maniéré dont il eft monté , parce qu’il n’eft pas à mailles quarrées ; les mailleurs qui travaillent ce filet font des pièces qu’on nomme en Languedoc fpens ou efpenfe, de 400 mailles de largeur , & de 14 bradés ou 14 brades & demie de longueur ; chaque toile ou tilfure doit être compofée de cinq efpenfes ; mais comme il eft rare que ces pièces de filet foient précifément de la même longueur, & qu’alors les deux toiles qui doivent former une bande, ne fe trouvent pas exactement égales, 011 emploie ordinairement onze efpenfes pour faire deux toiles ; on coud ces efpenfes bout-à-bout, on les partage par le milieu , & on a par ce moyen deux toiles égales qu’on coud l’une au-dedus de l’autre, & qui forme une bande d’environ 80 bradés de longueur ; c’eft ce qu’on nomme le lin : 011 eularme la bande avec une liliere ou fardon de grandes mailles de ficelles, d’environ 18 lignes ou deux pouces d’ouverture en quarré ; le lardon a f ou 6 mailles de largeur ; fur les côtés on coud une fécondé enlarmure qu’011 nomme X'aujfiîere, qui a 5 à 4 bradés de largeur ; on borde enfuite le filet, & 011 y met les flottes & les plombs, une bande neuve porte ordinairement ou po livres de plomb ; 011 diminue ce left à mefure que le filet s’aflouplit, & devient plus maniable par Pillage. Dans cet état, la chute du filet tendu par fes plombs eft d’environ 10 bradés; mais comme il faut y ajouter la largeur de l’enîarmure , à laquelle les pêcheurs ajoutent fur le cordeau ou la ralingue de Jâ tète des lignes ou colonnes qui portent de petites bouées, il en réfulte que la chute totale du filet eft toujours à' peu près de \% bradés, & on ne les cale qu’entre 12 à ij bradés de fond.
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- 826. On a déjà dit qu’011 ajoutait plufieurs bandes enfemble ; pour cela on attache fur les côtés de petites cordes qu’on nomme jonches, & on noue les jonches d’une bande avec celles d’une autre àmefure qu’011 les jette à la mer ; à l’extrémité de la derniere bande eft une groffe bouée de liege, qu’on nomme le galet. Les pêcheurs de l’amirauté de Cette n’emploient que deux bandes, ce qui compofe une embarquade de filet
- 827. On pêche des fardines dans l’étang de Tau avec deux bandes ; mais comme il y a moins de fond qu’à la mer , on ne les compofe que d’une feule toile , on les rétrécit même ordinairement ; pour cela , en ajoutant l’aufliere fur le fardon des bouts ; on prend deux mailles du fardon dans quelques-unes de celles de l’aufliere, & on monte le filet de maniéré qu’il n’ait tout au plus que f à 6 braffes de chute. Les iàrdinaux de l’étang font pour la plupart de 20 oudres au pan, quelquefois de 21 & 22 ; mais ceux qui foqt deftinés pour la mer, font toujours régulièrement de 18 à 19 ; on n’en fabrique pas à mailles plus ferrées.
- 828. Le fardinau eft fait d’un fil très-fin; quatre livres & demie ou cinq livres de fil petit poids de Languedoc, fuffifent ordinairement pour fabriquer une eipenfe de 14 ou 14 braffes & demie de longueur, & de 400 mailles de largeur , qui fe vendent 18 à 20 livres. La manœuvre qu’on fuit pour cette pêche a été décrite; il fuffit d’obferver qu’on ne fe fert fur les côtes de Languedoc d’aucune forte d’appât pour attirer les fardines.
- 829. Je compte bien parler dans la fuite , de la pêche des fardines en Catalogne ; mais comme il vient beaucoup de Catalans faire cette pèche à Cette , je crois ne devoir pas remettre à un autre endroit la comparaifon de leurs maniérés de pêcher avec celles des Languedociens.
- 83.0. Il vient-à Cette tous les ans fo ou 60 bateaux Catalans, du port de Matarro & de Saint-Felin, qui réuffiffent bien mieux à la pèche des fiuv dines que les pêcheurs Languedociens, quoiqu’ils fe fervent de fardinaux qui reffemblent beaucoup à ceux des pêcheurs de Languedoc ; ils font compofés de même de plufieurs bandes de deux toiles chacune ; la largeur des toiles eft également de 400 mailles, de 14 au pan Catalan, ou à peu près 18 au pan de France, mais la longueur des bandes eft différente ; chaque toile n’eft compofée que de trois efpenfes, que les Catalans nomment efpions ou erpions, & qui ont toujours exactement 20 cannes catalanes, ou environ 17 braffes de- longueur ; enforte que leurs bandes n’ont que f o ou 51 braffes ; mais aufli leur embarquade de filet eft compofée au moins de quatre bandes ; la longueur totale de leurs fardinaux eft au moins de 200 braffes, tandis que ceux des pêcheurs Languedociens ne s’étendent qu’à 16 ; mais ce qui donne le plus d’avantage aux pêcheurs Catalans, c’eft l’extrême .fineffe de leuts filets ; ils n’emploient ordinairement que quatre livres pefant de fil pour
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- faire une efpenfe de 17 brades; tandis que nos mailleurs n’en confomment guere moins de cinq livres pour une efpenfe de 14 brades demie : la grof-leur du fil des filets des Catalans, elt donc à celle des nôtres à peu près • comme trois à quatre 5 la fardine qui évite ordinairement le filet dès qu’elle peut l’appereevoir, y donne d’autant plus volontiers qu’il elt plus fin.
- 831. Les filets catalans font auffi beaucoup plus chers que les nôtres;, une efpenfe de 17 brades, coûte en Catalogne au moins 1 f livres catalanes, ou 41 livres f fols argent de France ; les Catalans leftent leurs làrdinaux beaucoup plus que ne font nos pécheurs, puifqu’ils mettent à leur bande de yo braifes, à peu près la même quantité de plomb que nos pêcheurs mettent à leurs bandes de 80, & ils augmentent les flottes à proportion.
- 852. On pèche la fardine à la mer avec un grand bateau, & dans l’étang de Tau avec de petits bateaux plats , nommés befies.
- 833. Les Catalans emploient auffi à cette pèche leurs palangriers ; & comme ces bateaux font très-légers, ils vont bien à la rame & à la voile; ils ferrent le vent de très-près ; ainfi ils font très-propres pour cette pèche.
- 834. Les filets qu’on emploie fur les côtes de Catalogne à la pèche des anchois, font femblables à ceux qu’on deftine à la fardine ; à cela près, que les mailles font un peu plus petites. Ils font ordinairement de 22 oudres au pan Français ; on les monte auffi de maniéré qu’ils n’aient que dix brades & demie, ou 0112e brades de chûte. On porte quelquefois à Cette de ces filets pour l’anchois ; mais ordinairement on prend ceux qui font ufés, & hors de fervice pour les fardines. Les pêcheurs Languedociens en achètent pour les employer à la pèche des fardines dans les étangs.
- 83 f. Les elpenfes dont les pécheurs de Cette font leurs làrdinaux, font fabriquées dans les villages de là riviere de Gènes > les efpenfes ou efpions catalans font maillés en Catalogne, & principalement à Saint-Felin. Comme on a dit qu’une bande de fardinaux n’a que 800 mailles de largeur, de 18 au pan, on pourrait être furpris que la chûte du lin de ces filets foit de dix brades; elle femble ne devoir être que d’environ fix braifes un tiers, à 63 pouces par bralfe ; mais il faut remarquer que le filet a les mailles en lofanges , & par conféquent on ne doit pas prendre pour la largeur la fomme des côtés des mailles, mais celle de leur diagonale, ce qui donne environ neuf brades; & comme le poids des plombs tend fortement ce filet,
- & que par conféquent la diagonale perpendiculaire des mailles eft toujours un peu plus grande que la diagonale horifontale, il n’elt pas furprenant que la hauteur totale ou chûte, foit à peu près de dix brades.
- Salaifons & préparations des fardines en Provence & en Languedoc.
- 836. D’abord , il n’y a que les fardines qu’on prend avec les faines.,
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- ainfi qu’avec les manets ou fardinaux, qui puiffent être falées ; celles qu’on prend à la tartane ou dans des filets tels que les aiffaugues, les ganguis , bouliers, étant fatiguées , molles & dépouillées de la plupart de leurs écailles, ne font point propres à faire de bonnes fardines falées ; on peut en dire autant de celles qu’on prend dans les madragues, lorfqu’on les releve ; il faut les confommer fraîches & très-promptement ; de plus , toutes étant petites & très-délicates, elles ne peuvent être preffées, comme nous avons dit qu’on fait celles de Bretagne ; leur délicatefle les rend , il eft vrai, agréables pour manger fraîches î elles font aulli les meilleures pour être préparées en faumure , comme nous allons l’expliquer ; & pour cette préparation, on ne rebute point celles qui font blelfées 5 pourvu qu’elles foient très-fraîches , cela fuffit.
- 837. Pour faler ainfi les lardines, on en forme des lits dans de grandes bailles, ou comme l’on dit, on les alite,, répandant du fel entre chaque ht de poilfon ; & quand la baille eft pleine, on fait une forte faumure ou une fauce compofée d’un peu de falpêtre avec du bol ou de l’ochre rouge en poudre fine ; 011 prétend que cette fubftance terreufe contribue à leur con-fervation; mais on l’emploie principalement pour donner aux poilfons & à la fauce une couleur rouge qu’on exige dans le commerce.
- 838. Pour qu’ils fe confifent bien dans cette fauce, on les laide repofer cinq à fix mois ; enfuite on en emplit de petits pots de terre de différentes grandeurs, larges d’ouverturej on met fur les poiifons un rondeau de terre cuite , qui produit une prellion fuffifante pour que la fauce fumage les poiffons ; puis on bouche exaélement l’ouverture de ces pots avec du liege, que l’on fcelle encore avec du plâtre, de crainte que le poifîon & fa fauce ne s’éventent ; on en met aulli dans de petits barrils qui pefènt 20 à 2j livres, pour les tranfporter par toute l’europe & au Levant.
- 839. On prépare aulïi de cette façon des fardines en Languedoc j & quoiqu’il 11’y ait point d’amertume dans les lardines, comme dans les anchois, on leur retranche la tête, & on les vuide pour les vendre comme anchois. Les barrils de Languedoc pefent de 18 à 26 livres j prefque tous fe portent à la foire de Beaucaire, d’où ils paffent dans les Cevemies, le Vivarais & même en Provence j de plus, beaucoup de falines qu’on envoie à Beaucaire, fe diftri-buent dans tout le royaume par Lyon & Paris 4 celles qui fe pèchent dans les mois d’août, feptembre & octobre, font moins délicates que celles qu’on a pêchées plus tôt ; c’eft pourquoi après la foire de Beaucaire, & quand les lar-dines-ont perdu de leur grande délicateffe, les marchands en préparent un peu en Provence & en Languedoc de preffées à la maniéré de Belle-isle, c’eft cè qu’on appelle l'karmgade ; quoique les fardines de Provence & de Langue-
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- *38 TRAITE' D ES PECHES. Partie II.
- doc paffent pour plus délicates que celles de l’Océan, on ne laiiTe pas que d’y en apporter beaucoup de Bordeaux.
- 840. Après avoir parlé d’une façon générale de la pêche des fardines", & de leur falaifon en Provence & en Languedoc, je vais, pour remplir plus complètement mon objet, entrer dans des détails fur la pèche qui fe fait à Cannes , port de Provence, dans la viguerie de Gralfe > enfuite je détaillerai celle qui fe fait à Cette en Languedoc ; je me bornerai à ces deux exemples, pour donner une idée de ce qui fe pratique dans les autres parties de ces deux provinces ; mais je parlerai enfuite de la pèche & de la préparation des fardines dans plulieurs ports de la Méditerranée, qui appartiennent à des puif. fances étrangères.
- De la pêche des fardines à Cannes.
- 841. Quoiqu’on prenne à Cannes des fardines avec le filet qu’on nomme nyaugue, comme c’eft en petite quantité, on peut dire que cette pèche fe fait
- . comme nous allons l’expliquer ; elle commence en mars, & finit en août. Il y a dans cette faifon, près de cent bateaux occupés à cette pèche, ils font montés chacun par trois ou quatre hommes ; & chaque bateau embarque trois filets, de l’efpece qu’on nomme fardinaux, qui, comme nous l’avons dit, font des manets dont les mailles font plus ou moins grandes, pour en faire ufage, fuivant la groffeur du poiffon que l’on pèche ; quelques-uns pêchent de jour de nuit ; mais la plupart ne pêchent que la nuit, comme nous l’avons expliqué. Certaines années, on fale à Cannes jufqu’à cinquante mille barrils, tant d’anchois que de fardines.
- 842. Il y a dans les départemens d’Agde, de Marfillan, Boufigue & Cette , aux environs de cent bateaux occupés à cette pêche * & de plus, à cauiè d’un petit privilège qui eft accordé fur le fel, il s’y en rend du Martigues, de Caf-fis, de la Ciotat, de Marfeille, de Sanery, de la Seine, de Toulon, Saint-Tropès, Antibes, plus de foixante ou quatre-vingt bateaux.
- 843. Plusieurs marchands, qu’on appelle poiffonniers, y viennent acheter le poiffon fur les bateaux ou fur la grave., pour les tranfporter à toutes les villes de la province, particuliérement à; Montpellier, où il fe trouve des muletiers des Cevennes qui en achètent pour le difiribuer dans leur province. En hiver, les chaffes-marée de Touloufe, de Carcaffonne & autres villes, viennent acheter des fardines à Cette, & cette pèche, avec les fàlaifons qu’on fait dans le département de Cette, fontfubfifter plus de quinze cents familles du Languedoc & de la Provence.
- 844. A l’égard de Cette, les tems les plus favorables pour cette pêche, {ont les vents de la partie de l’oueft, depuis le nord jufqu’au fud i les vents de
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- Segt. III. De Palofe, & des poiffons qui? ont rapport. 239
- la partie du nord - eft ne font pas favorables, parce qu’ils enôent la mer & augmentent les courans qui empêchent les pêcheurs de fortir. Les mois de mai & de juin font réputés les meilleurs, tant pour l’aboHdance du poilfon que pour fa qualité ; mais cette réglé générale fouffre de fréquentes exceptions. Outre la confommation des fardines fraîches, qui, comme nous l’avons dit, eft conlidérable, on en fait de grandes falaifons : voici la pratique de Cette.
- Maniéré de faire les falaifons de fardines à Cette.
- 84^. Lorsque le poiffon eft porté au magafiu, où on doit le faler, on le met fur de grandes tables ovales faites exprès, fiir lefquelles il y a de petits canaux qui font en pente, pour que le fàng & l’eau qui fortent du poilfon, s’égouttent lur-Ie-champ.
- 846. On a toujours une quantité de petits barrils de bois de fàuîe, les uns qu’on nomme Jîmples, les autres doubles ; en fartant des mains du tonnelier, on les tient remplis d’eau, pendant dix à douze heures, pour qu’ils foient bien étanches-, car il eft important qu’ils ne laiflfent pas échapper la faumure. Des femmes occupées à ce travail, commencent par mettre au fond des barrils, deux poignées de fel ; puis elles forment un premier lit de fardines, les pre£ faut avec la main, le plus qu’il eft poftible ; elles faupoudrent delfus une poignée de fel ; puis elles forment une fécondé couche de fardines, puis une poignée de fel; ce qu’elles continuent jufqu a ce qu’il y ait une couche de fardines & une de fel qui excédent les bords du barril. On range les barrils, pofés debout , & à un coin du niagafin, où ils reftent huit à dix jours 5 le fel îe fond, le poilfon s’en charge, & le volume diminue ; pendant qu’ils font ainfi en fel, on a foin de tems à autre de fouler le poilfon avec un faux-fond de bois, au milieu duquel s’élève un bouton ; & on prefle jufqu’à ce que la laumure fumage le poilfon.
- 847. Au bout de huit à dix jours, quand 011 juge que le poilfon a bien pris le fel, on met le faux-fond fur le podîbn, & on renverfe les barrils, de forte qu’ils appuient fur îe faux-fond pour égoutter la laumure dans une baille ;les fardines étant ainfi bien prelfées, les barrils ne font pleins qu’aux deux tiers. Ceci fe pratique pour les fordines de prime, ou qu’on a pêchées le foir; mais pour celles de la pèche de l’aube qu’on eftime davantage, il y a des fàleurs qui fuiventune autre méthode, que nous allons détailler.
- 848. Pour préparer les lardrnes qu’011-deftine à remplir les barrils, on commence par les laver dans des corbeilles à claire-voie, puis on les laifle s’égoutter; enfoite on les met dans de grandes bailles qui peuvent contenir jufqu’à huit quintaux de iàrdines ; quand on en a mis dans cette baille une certaine quantité, avec du fel à proportion, une femme remue bien les poilfons
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- 24« TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- avec le fel ; & elle continue cette manœuvre à mefiire qu’on met dans la baille des fàrdines & du Tel} c’eft ce que les pécheurs de harengs nomment brailler ; & les pêcheurs de Languedoc nomment cette grande baille le malejlran. On laifle quelque tems les fàrdines dans cette baille, & il s’y forme une faumure tant du fel quife fond que de l’eau que rendent les poilfons; de forte qu’elle s’élève au-deifus du poiflon.
- 849. Lorsqu’on les tire du maleftran, on les remue bien dans la faumure, & 011 les met égoutter dans des corbeilles ; ces fàrdines fervent à remplir les barrils, que nous avons dit, qui reliaient au tiers vuides .; c’eft ce que les faleurs appellent houilkr. Les femmes qui font cette opération, prelfent le plus qu’ elles peuvent les fàrdines les unes contre les autres j & entre chaque couche , elles faupoudrent un peu de fel.
- 8?o. Aussi-tôt que les barrils font remplis, & comme l’on dit houilles, le tonnelier y met les fonds, au milieu defquels il fait un trou, & il prépare un tampon de bois qu’on met & qu’on ôte du trou dans certains tems. Le jable fait une elpece de réfervoir, qu’on remplit de faumure qui recouvre le trou du fond ; d’abord on les remplit de la faumure qu’on a retirée des barrils ou de la baille, qu’on nomme malejlran ; on les met debout, le trou débouché expofé au foleil où elles relient tout le jour, ayant foin qu’il y ait toujours de la faumure fur le trou pour que les barrils en foient exactement remplis. C’eft alors que les fàrdines fe confifeiit, 8c elles rendent de leur huile qui fort par le trou & nage fur la faumure ; le foir on bouche le trou du fond, & on jette dans une baille le peu de faumure qui relie fur le fond ; dans le commencement on répété çette manœuvre tous les trois jours, enfiiite tous les huit jours ; & quand on garde long-tems les fàrdines en barrils, on la fait feulement deux fois le mois. Quoique fouvent elles ne foient pas encore parfaitement confites lors de la foire de Beaucaire où s’en fait la vente, comme 011 fait qu’elles acquièrent cette perfection en les gardant, tout ce qu’on prépare depuis le f avril jufqu’au 1 o juillet, fe porte à cette foire. On continue delà-ler des fàrdines , après la foire jufqu’à la fin de la faifon ; ce font les marchands mongoniers de Narbonne, Carcaifonne, Beziers, Pézenas, Montpellier, Lu-nel, &c. qui les enlevent.
- 8f 1. Les doubles barrils doivent pefer avec le fut & la faumure 27 à 28 livres; les petits 1$ à 14 livres; le cent des doubles coûte 28 livres, & celui des petits 14 livres; il faut pour remplir cent barrils doubles 22 à 2} quintaux de fàrdines, & 10 quintaux pour les petits. On emploie pourcent barrils doubles fept minots de fel, & trois pour les petits. Quand la pêche n’eft; pas bonne, il y en a qui effaient de pêcher de jour, & quelquefois cela leur réuiïit. Larilfole, dont nous parlerons à 1 occafion des anchois , n’eft point en ufage à Çette.
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- Sect. III. De Palofe, fè? des posons qui y ont rapport, 241
- . 8f2. Ordinairement ce font les propriétaires des bateaux qui font cette iàlaifon avec les patrons ; il y a très-peu de particuliers qui foient intéreifés aux {àrdinaux; on niquerait d’être malfervi par les pêcheurs qui ne livreraient leur paillon que quand ils 11e trouveraient pas à le vendre plus avantageufe-ment*, ou bien, il faudrait le leur acheter fi cher qu’ils abforberaient tout le profit. Chaque matelot fe fournit de pain; mais le vin, l’huile, le fel & les autres dépenfes font tirées furie commun à la fin de la campagne. La moitié du profit appartient à celui qui fournit le bateau & les filets. Le patron, que le bateau lui appartienne ou non, partage avec l’équipage, & a en outre une demi-part fur la moitié qui appartient au propriétaire du bateau , qui eft charge de toutes les avaries.
- 8f?. On cite une année, où le receveur du grenier à fel livra aux fa-leurs de Cette, 4275" minots de fel; or trois minots falent cent barriques fimples, pefirnt chacune treize livres; d’où l’on peut conclure que cette année, on a falé i42foo barrils fimples de fardines ou anchois.
- 8 f 4. Il y a encore une façon de préparer les fardines , pour les envoyer dans les provinces trop éloignées de la mer, en leur confervant en partie le mérite des fraîches ; on la nomme efcabecher : pour cela , on met les fardines fur le feu, dans une grande poele avec de l’huile, dans laquelle 011 les fait cuire ; on les en retire , & après les avoir mis refroidir fur des claies de cannes , on les paque dans des barrils , les prelfant le plus que Ton peut, pour qu’il ne refte point de vuide entr’elles ; on verfe deflus de bon vinaigre juf. qu’à ce qu’il fumage le poiifon ; on fonce les barrils, & 011 les envoie en Italie, en Suilfe & ailleurs. Je vais maintenant parler des pèches de fardines qui fç font dans la Méditerranée, chez les puilfances étrangères.
- Article XVI.
- Di la pêche des fardines dans le toyaume de Grenade.
- 8ff. La pèche des iardines, qu’on nomme en efpagnol boquerons, eft devenue un peu plus confidérable à Malaga & dans les parages circonvoi-fins, depuis que les Efpagnols ont appris des étrangers à en faire de bonnes falaifons. Quoiqu’on y prenne quelques fardines dans toutes les faifons de-l’année , la vraie faifon de leur pèche eft depuis le commencement d’octobre jufqu’à la fin d’avril ; alors le poiifon eft plus abondant & de meilleure qualité ; on ne pêche point au feu, on n’emploie point de réfure , & on ne fe fert point des fàrdinaux ou manets, dans lefquels les poiifons fe maillent: leurs filets font de la'nature des bouliers ; ils ont de l’extrémité d’un bras à l’autre 200 à 2f0 braifes, & au milieu une manche de mailles très-ferrées où fè
- Tome XL ’ H h
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- TRAITE' DES T EDITES. Partie ÏL
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- ralfemble le poilfon ; comme le filet eft grand, il faut environ douze hont-i mes dans le bateau qu’011 nomme xabegos, pour fe porter au large & mettre le filet à la mer ; il refte fur le rivage cinquante à foixante hommes pour le tirer à terre.
- 8^6. Cette pêche fe fait communément depuis l’aube du jour jufqu’au. coucher du foleil 5 quelquefois néanmoins on pèche la nuit, on va chercher’ vingt à trente brades d’eau , à cinquante ou foixante bralfes du rivage : 011 trouve dans la Manche des fardines & des anchois confondus avec d’autres efpeces de poidbns : quelquefois ils relevent l-eur filet à la mer -, alors ils s’alfo-cient douze xabegos qui fe raffemblent pour relever le filet j une chaloupe fe charge du poilfon, & le débarque à la côte où les habitans viennent s’en fournir , & des marchands en achètent pour le vendre frais, à demi-iel ou falé, fui-vant l’éloignement des lieux où iis veulent le tranfporter. On fait encore cette même pèche à Alméria, dans le royaume de Grenade, & on y fait des falaifons. O11 dit encore que c’eft après les gros tems qu’011 prend le plus d’anchois 5 mais les pêcheurs en font peu de cas , & ils les lailfent perdre , à moins qu’ils ne trouvent à les vendre à des Catalans qui s’y rendent alfez fouvent, & qui favent bien en tirer parti.
- Pêche] des fardines fur les cotes de Faïence.
- 857. Il y a fur les côtes de Valence une alfez grande quantité de farcîmes ; comme elles font petites & délicates, on n’y fait pas de iàlaifbns eonfidérables ; la pêche y commence en février, & finit en juin & juillet > c’eft vers la-fin d’avril & pendant le mois de mai qu’on en prend le plus r 8c qu’elles font de meilleure qualité : il y a des années où il en paraît encore dans le mois d’o&obre ; mais elles 11’y féjournent qu’une quinzaine de jours.
- 8 y 8- On fe fert pour faire cette pêche , de petits bateaux qui n’ont qu’un mât & une voile latine, dans lefquels il fe met lix hommes j ils embarquent des filets qu’ils nomment fardinaux ; ils les mettent à l’eau après le foleil couché, les relevent & les remettent à l’eau à l’aube du jour, comme on le: fait en Provence ; ils s’établilfent ordinairement à une lieue de la côte , dans un lieu où il y ait 2$ bralfes d’eau * c’eft pourquoi leurs filets ont beaucoup de chûte : on ne fe fert point de réfure, & on ne pratique point la pèche au feu.
- 8 f 9. Comme les fardines qu’on prend dans ces parages font très-délicates, les pêcheurs les vendent fraîches à des marchands qui les faupoudrenfi: de plus ou moins de fel, fùivant la diftance des. lieux où ils doivent : les? tranfporter * on en-fait feulement quelques petites falaifons à Dénia, pe&|
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- Sect., III. De Palofe, & des poiffons qui y ont rapportl 243
- -port qui eft à treize lieues de Valence, avec du fel de Mattaj comme elles font petites, ils préfèrent d’acheter des lardines preflees qu’on leur apporte, 8c ils font peu de cas des anchois. Les pécheurs font à la part ; le maître à qui appartient le bateau & les filets, prend la moitié du profit i le relie fe partage entre les matelots de l’équipage.
- Fèchs de îa fardine en Catalogne.
- 860. En parlant de la pèche des fardines à Cette, j’ai dit quelque choie des filets dont fe fervent les Catalans qui viennent pécher dans ces parages ; mais j’ai prévenu que je parlerais plus amplement dans la fuite des pèches qui fe font en Catalogne, je vais remplir mon engagement.
- 861. On prend prefque toute l’année en Catalogne quelques fardines i mais on en fait fur-tout des pèches abondantes en deux faifons i la première commence à la fin du mois de mars, & dure jufqu’à la fin du mois de juin j alors les fardines 11e font pas grolfes, mais grades & délicates ; la fécondé faifon commence a la fin d’oélobre, & dure jufqu’au commencement de décembre ; dans cette faifon elles font maigres.
- 862. Les chaloupes dont les Catalans fe fervent pour cette pêche, ont vingt-un à vingt-trois pieds de longueur, & cinq à fept pieds de largeur , on les nomme fardinales ; quand elles font route, elles ont au milieu un arbre ou mât, & une vergue ou antenne qui porte une voile latine : les Catalans font vigoureux & bons rameurs ; ainfi quand ils ne s’écartent pas beaucoup de la côte,. ils fe rendent à la rame fur le lieu de la pèche j mais lorfqu’ils fe font fervi de leur voile, ils fe démâtent avant que de fe mettre en pèche j quelquefois on apperqoit 100 ou ifo de ces bateaux qui pèchent à la vue de Barcelone, chacun eft monté de trois hommes, & ils s’appro-vifionnent de plufieurs pièces de filets de diiférens calibres j on les nomme fardinales.
- f 863. Ils pèchent la nuit, & mettent deux fois leurs filets à l’eau. Pour la première, qu’ils nomment de la nuit, ils mouillent leurs filets après le foleil couché ; ils le relevent comme en Provence, deux heures après, & îjls démaillent le poilfun dans la chaloupe -, puis ils remettent leurs filets à l’eau pour faire la pèche de l’aurore, que les Provençaux appellent de Y aube ; iis retirent le filet dans la chaloupe avant le lever du foleil, & ils regagnent le port i car pour cette fécondé pèche , ils démaillent le poilfon à terre, & le mettent 'dans des corbeilles pour le porter en vente. Les matelots font à la part: l’ùlàge eft de former avec le produit de la pèche fix parts & demie; celui- qui fournit la chaloupe & les filets prend trois parts, le patron prend une part & demie, & chaque matelot a une part 5 comme elles font prifes
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- 24i T RA I T Er DES P ~E C H ES. Partie 11V
- fùr le profit de la vente, on ne peut faire ce partage qu’après que le poiifon" a été vendu.
- 864. Nous avons dit que les fardines- de la première fiilon, qu’on prend' en mars ou au commencement d’avril, ne font pas fort groifes, comme'1 elles font un poilfon de primeur, 011 les mange fraîches ; celles qu’on prend: en avril, mai & juin étant gralfes, petites &. délicates, 011 les apprête en petits barrils , & on les accommode comme les anchois ; les Catalans les. appellent fardinas confit as ; on ne les vuide point, & on les arrange les. unes, fur les autres dans les barrils., le ventre en-haut, mettant entre chaque lit du fel & quelques herbes aromatiques, comme thym, laurier, origan, fit--riette, &c. & des épices, clous, canelle, poivre, muicade ; on remplit de' tems en tems les barrils avec de la faumure, jufqu’à ce qu’elles Voient bien confites, ce qui n’arrive qu’au mois de feptembre-.
- 86f. A l’égard des iardines qu’011 pèche dans la féconde fiiifon, on en' mange une partie fraîches;, & comme elles font maigres , on le contente de les préparer dans des barrils avec de la laumure-, ce qu’on pourrait nommer à demi-fèl ; une partie fe tranfporte en cet état dans différentes provinces ; ou bien on en fait des fardines .preifées, que les Catalans nomment harenga dos ; pour cela on prend les fardines falées en faumure, comme nous l’avons dit j on les lave dans de l’eau de mer , on les arrange dans de grands barrils les preffant bien les unes contre les autres ; enfuite on les charge de poids pour faire écouler leur eau, & en cet état elles fe confervent long-temsi' Au refte les fardines fraîches, les demi-falées ,: celles qu’on fale en faumure, les harengados ou preifées, celles qu’on accommode en-anchois, font tranf. portées dans les terres en Catalogne, en Arragon & dans le royaume de Valence, où il s’en fait une grande confommation.
- 866. Quand les pêcheurs ont intention de prendre de petites fardines pour préparer en anchois, ils emploient des filets, ou manets qui ont les-mailles petites, dans lefquelles les groifes fardines ne peuvent fe prendre ÿ. fi au contraire ils veulent prendre de groifes fardines-pour les préparer en harengados, ils prennent des filets qui ont les mailles larges, que les petites traverfent fans fe broquer : ils ont donc de piufieurs elpeces de filets, tous font faits avec du fil de lin très-délié; ils l'es tannent ou les teignent comme nous l’avons dit, première partie, fécondé fedion, excepté qu’au lieu d’écorce de chêne, ils emploient de l’écorce du pin maritime, & non-pas du pin cultiVé ; la tilfure eft formée de trois pièces , qui ont chacune 60 Brades de. longueur, St deux à deux & demie de chiite ; la ralingue de la tête eft garnie de plus de 200 flottes de liege ; & en outre de neuf petites bouées qu’ils nomment bar nais, le pied eft lefté d’une trentaine de; livres de plomb par
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- SfcCT.* l\l.’De, lyqlaje,' des poiffpm\ qui :y rapport* f 4^
- - 867.- Au bout de chaque pièce 3 il y a comme, une lifiere ou un-làrdo.n fait avec du fil fort,& dont les mailles font larges ; le. fardon qui borde la tète & le pied du filet dans toute fa longueur eft fait avec de la ficelle , ce qui eft néceflàire pour protéger le filet qui eft très-délié ; & moyennant le foin que les pécheurs en prennent, il dure long-tems.
- 868. Pour la première pèche qu’on fait au.printems, on tend Le filet au large fur des fonds où il y a 24 à 30 brades d’eau;& pour la fécondé, on s’approche de la côte à des endroits où il. y a 6 à 8 brades d’eàu. On roue les filets, à la poupe , & pour les. mettre à l’eau,le maître les faifit par les lieges , & un matelot par les. plombs, & étant bien étendu , ils le jettent à la mer, nageant toujours contre le courant pour que le filet fe dirige bien droit : on a eu foin d’attacher au bout forain une manœuvre de 2^ brades de longueur, qu’ils nomment urceros , à l’extrémité de laquelle il y a une bouée ou lignaL
- Pêche des Jardines & anchois aux cotes de ÎHsle Majorque.
- 869. On trouve beaucoup de fardines aux côtes de Valence, & d’anchois à celles de Carthagene ; les habitans ne font point dans l’ufage de les faler, il n’y a que quelques Français & Génois qui en fiaient pour leur ufiage ; la pêche la plus ufitée fè fait ayec l’aiifaugue & le bregin.
- 870. Vis-à-vis cette côte, à 48 lieues de Barcelone., font les isles Majorque & Minorque, où l’on pèche des fiardines pèle - mêle avec un petit poiifon qui lui redemble pour la forme, mais qui eft moins bon 3 on lemomme a lâche ou aracke. Je me propofe d’en parler dans la fuite. Cette pêche commence avec le carême , & finit à pâque , on y prend peu d’anchois ;. les pécheurs de ces parages prétendent que leurs fardines ne réuffident pas dans lefel;ainll ils ne falent que les alaches qui font feches & font un manger très-médiocre 3 auffi fe confomment-elles toutes dans, l’isle. Nous avons parlé fort en détail de la pèche des fardines , que font les Français dans le golfe de Lyon, en Languedoc & en Provence 3 ainfi nous allons rapporter celles que pratiquent les Génois.
- Article XVII.
- De la pêche des fardines à la côte de Gênes.
- 871- La pêche des fardines &. des. anchois eft la plus confidérable qui fe falfe le long des côtes de Gènes; je ne m’occuperai maintenant que de celle des. fardines i elle commence ordinairement dans le mois de mai, & dure jufi. qu’à la fin de juillet, ou au plus tard en août3 oula reprend en novembre pour
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- 24<ï TRA 1 T V DES PECHES Partie IL
- la continuer jnfqu’à Pâque V elle eft aS'ez bonne quand1 la mer eft belle & que? les vents partent à1 terre. •'
- 872. Elle fe fait l'a nuit pendant l’été, & de jour l’hiver, indépendamment de ces laifons , il y a une infinité de pauvres gens qui gagnent leur vie à pêcher toute l’année des lardines. Ces gens fe réuni/Tent plufieurs, & font leur métier'avec de petitsbateanxf mais pour les pèches réglées , on ' en emploie de moyènne grandeur \pl. XI ,fig. 1 , qui font montésde fix ou fept hommes, & miims 'de voiles, de rames, d’ancres , cordages &- des autres agrès dont ils peuvent avoir befoüiyon, prétend qu’il ÿ a plus de 800 de ces deux e£* peces de bateaux dans toute l’étendue de cette cote'.
- 87^. Leur tilfure eft formée de 50 à 40- pièces de filet, dont chacune a environ 60 pieds de longueur , fur fo de chute ; ils les tendent le foir à la brune. & leS'p'ôiifons s’y maillent la nuit; le tems le plus favorable eft lor£ qu’il ne fait.point de-clair de lune. Il refte toujours quelqu’un à la garde des filets :1 mais* cètte: nianïere- de -pêcher ne fe ' pratique 7 guere que dans les mois de mai, juin & juillet; elle fe fait quelquefois près de terre & d’autres fois à'4 ou 4 lieues en mer,fuivant les endroits où les-pêcheurs Augurent que les poilfons font en plus grande quantité ; mais le fucces de cette pèche eft toujours très-incertain.
- 874. Les filets dont on fait le plus d’ufagê aux environs de Gènes, s’ap? pellent en langage du pays fciabïca ; ils ont environ 800 brades- dé longueur, & 601 pieds de chûte, & ont comme le boulier-ait milieu fin fec- dé filet dont les mailles font fort petites , c’eft dans-ce lac q-ué fe trouve" le poiiïbri, quand on tire le' jciabica à terre. On le tend- en formejde demï-eércfo, le fac vers la mer,& les deux extrémités du côte delà terre, "où on le tiré quelques heures après avec des halins plus ou moins longs qui font attachés aux bouts du filet, dont le,haut eft garni dé flottes de ldege qui marquent fur la fur-face de Peau la pofitio'n du filet ; il y a à la ralingue du pied des bagues de plomb qur te maintiennent dans une fituation vertieàlê., Oivpeut prendre une idée de cette pèche à "la première partie,féconde foclîoU; '
- Article X VIII.
- Apprêt des far dînes dans les cuijines.
- $7f. Nous avons comparé les fardines aux harengs pour leur forme extérieure ; mais la chair de la iardine eft plus gradé ,'plus délicatè,& a plus de goût que celle du hareng ; les fardines fraîches-font à jüfte titre, regardées comme un excellent poilfon qui parait fur les meilleures tables. M, de la Couitatidiere m’écrit que les laitées fontpréférables atfôi autres*
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- Sect. III. De Paiofe,, &'des poijjàns $ui y ont rapport. 247
- 876. Nous avons dit, que pour connaître l’excellence du hareng, il faut
- le manger dans les ports,de mer au,fortir de l’eaui cela eft encore plus vrai pour les fàrdines y qu|i . perdent très-promptement de leur’fiôrinèfqüàlfté comme elles n’ont rien d’amer, on.les apprête fans les vuider. ‘ y ‘
- 877. La meilleure maniéré d’apprêter .celles qui font très-fraîches yeft'd^
- les faire rôtir fur le gril ; & pour leur donner un coup (P œil plus ‘avantageux , & faire que la peau fe détache plus aifément lorfqu’oii les mangef avant de les mettre fur le gril, on couche les fàrdines fur leur plat, & oix prelfe entre le pouce & l’index l’extrémité du corps jufqu’à l’aileron de la queue , & dans le fens de fa largeur i on prétend que cette petite opération' fait que la fardine gonfle fur < le gril au lieu de s’applatir , comme font celles qu’on a fiiupoudrées de fel; outre ce coup d’œil avantageux, la‘peau Té dé-* tache plus aifement lorfqu’on les mange ,-pourvu qu’on les ferVe au fbrtir de deifus le gril & très-chaudes. s ' -
- 878. Celles qu’on vend comme fraîches , après avoir été fàupoudrées dé fel,.acquièrent par la cuilfon un piquant délàgréable ; c’eft pourquoi quelques-uns les mangent cryes avec de 'l’huile &dutyinaigre'; mais pour l’or-‘ dinaire on les fait cuire fur le gril , après les avoir deflàiées.‘dan!> le l’eau y comme l’onfait les harengs blancs i celles qu’on a fauries & fumées fe mangent aufli comme les harengs faurs. Les fàrdines ançhoifées pu qu’on a confites, fe mangent comme les anchois ; ainfi nous renvoyons à cé que nous dirons à la fin du chapitre des anchois.
- 8.79. Voila à peu près ce que nous avions à dire furies fàrdines, foit à l’égard de leur pèche foit par rapport à leur préparation, néanmoins comme on prend prefque toujours des fàrdines avec les anchois, nous aurons encore plus d’une fois occalion de parler des fàrdines.
- r: --- _—------------------------- î : .a-s-=rrrç».
- CHAPITRE VI.
- , Des anchois., (.38)
- .* 880. Je ne finirais pas, fi j’entreprenais de rapporter,les différèns noms qu’pn a!donnés à ce poiflon. Qn,le: nomme en Provence ancho'us : fuïvant Ar-tedi, anchovies ; Belon lé nomme en latin hdlecula ; Ælian encrajichotus, parce qu’on s’eft imaginé, qu’il a.vait, le fiel dans la tète i & ce nom eft encore en ufage en Grèce.
- ( 3 8).^: allemand i f . " ' ' ;
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- 248 TRAITÉf' D ES VECUES, Partie IL*
- 881. II.eft iiicQiiteftabîe que l’anchois doit être compris dans la famille des poiflons dont nous nous occupons préfentement, puifqu’il a comme les alofes, les harengs, les fardines, un petit aileron fur le dos vers le milieu de fà.longueur,-un derrière l’anus,'deux nageoires derrière les ouïes ; & deux fous le v,entre, tous formés par des nervures fouples ; l’aileron de la queue eft échançré régulièrement en deux parties': ces poilfons ont des arêtes ; queid ques auteurs, & particuliérement Rondelet, prétendent qu’ils n’ont que celle de l’épine du dos ; mais ce fentiment eft fondé fur ce que celles qui font dans les chairs,font fi fines & fi fouples, qu’elles n’incommodent point quand on les mange. Cet auteur dit encore que les anchois n’ont point d’écailles ; eL fedivement leur peau argentée parait comme chagrinée ; on voit çà & là’, des plaques très-unies & alfez grandes, qui paraiflent comme des écailles ; j’en ai marqué quelques-unes a., pl. VIII, fîg. y ; mais avec une aiguille fine, il ne m’a pas été polîible de les détacher fans découvrir la chair.
- 882. J’ajoute à ces caradleres qui, pour la plupart, conviennent à tous
- les poilfons que je comprends dans cette famille, que l’anchois eft un poifi. fon de palfage, qui va en troupe, & paraît fur les côtes dans des faifons déterminées : on le trouve, comme les fardines, dans l’Océan & la Méditerra-' née. Je ne fâche pas qu’il en remonte dans l’eau douce 5 ils fe tiennent comme' les harengs & les fardines dans l’eau falée. Enfin le fentiment que nous' adoptons, s’accorde avec celui de beaucoup d’auteurs : il confifte à regarder les anchois comme étant de la famille des fardines, des harengs & des alofes. Ce petit poilfon eft encore plus délicat que les fardines ; néanmoins, on ne l’eftime pas autant pour le manger frais ; mais il eft très-appédifiant, quand il eft bien confit au fel. ;
- Article premier.
- Dcfcripùon de l'anchois.
- 883. L’anchois eft un poilfon communément plus petit que les fardines : la plupart n’ont qüe trois pouces ou trois pouces & demi de longueur AB, pl. VIH,fig. f ; les gros n’excederit guere quatre pouces &,demi. Sa tète proportionnellement à fon corps eft un peu grolfe ; la mâchoire fupé-rieure excede allez confidérablement l’inférieure, ce qui fait paraître fon mua feau pointu.
- 884. L’ouverture de fa gueule AC eft grande; elle fe montre fur-tout confidérable quand il la tient ouverte, ce qui a engagé les pêcheurs de la Manche à l’appeller goulu; de forte qu’ils ne le connaiflent prefque que fous ce nom. Ses yeux font fort élevés fur la tête, le centre eft à environ quatre
- ligules
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- Sect. III. Dé takfe, & des poijfons qui y ont rapport. 249
- lignes du bout de la ‘mâchoire fupérieure ; ils font aifez grands, vifs, & l’iris eft argenté ; néanmoins ils paraiifent couverts par une membrane tranf. parente qui diminue de leur éclat
- 885". Je crois qu’il 11’a point de dents ; quelques-uns difent que fes mâchoires font bordées d’afpérités qui lui en tiennent lieu ; je n’ai pas pu les ap-percevoir feniiblement, les mâchoires m’ont feulement paru tranchantes. Be-lon dit qu’il n’a point de langue ; je crois cependant en avoir apperqu une qui eft adhérente dans prefque toute fa longueur à la mâchoire inférieure, & la partie mobile fort courte. Son corps eft proportionnellement plus menu ; néanmoins fon dos eft plus arrondi que celui des fardines, fur-tout vers la queue. La chair de ce poiifon eft aifez traniparente pour que quand’on l’qxpofe au jour, on apperqoive l’arête qui forme l’épine du dos.
- 886. Au fortir de l’eau, le deifus du dos eft verdâtre; il devient bleuâtre, puis noirâtre quand on le garde ; les côtés & le deifous du ventre font argentés ; & ces deux couleurs paraiifent féparées par une raie qui reîfemble comme de l’argent bruni ; 011 voit de grandes plaques brillantes fous les opercules des ouies, & en pluiieurs endroits fur la peau.
- 887. Il n’a qu’un aileron D fur le dos, qui, à l’égard d’un poiifon de quatre ou quatre pouces & demi de longueur totale, eft à environ un pouce dix lignes du mufeau, il eft formé à peu près de quinze rayons: je dis à peu près, car ils font fi déliés qu’il n’eft guere poffible de les compter exactement,
- 888. L’anus F, eft à environ deux pouces fix lignes du mufeau, & prefque derrière eft l’aileron ventral E, formé par environ dix-fept rayons. L’aileron de la queue B eft divifé aifez également en deux parties ; fa naiifance eft à peu près à trois pouces fix à fept lignes du mufeau ; il a derrière chaque ouie & prefque fous la gorge, une nageoire G formée de quatorze rayons ; fon articulation eft à environ un pouce du mufeau. Les nageoires ventrales H qui ont leurs articulations à environ deux pouces du mufeau, font formées par fept rayons.
- 889. Pour donner une idée de la groifeur de ce poiifon, je me contenterai de dire qu’à l’à-plomb de G, elle eft de huit lignes; qu’à la naiifance de l’aileron D, elle eft de fept lignes; & que vers l’aileron de la queue d, elle n’eft que de quatre lignes : cette partie eft prefque ronde.
- 890. Le péritoine eft blanc, les inteftins font bruns, le foie rouge, le cœur alongé ; il a beaucoup d’appendices vermicuîaires au pylore, la véilçule du fiel eft alongée, le fiel fort amer ; on retranche la tète à ceux que l’on fale, parce que, dit-on, ils ont le fiel dans la tète, ce qui eft faux ; mais en arrachant la tète, on tire en même tems les inteftins & la véficuie du fiel, qui fans cela
- Tom XL , I i
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- 2ïo TRAITE’ DES PECHES. Partie 1.
- répandrait fon amertume par-tout j car fon enveloppe eft mince, & fe déchire ajfément. (39)
- Article IL
- De la pêche des anchois.
- 891. Les anchois fe tiennent plus volontiers au large que les fardines£ qui ordinairement parailfent plus tôt fur nos côtes ; néanmoins on prend fouvent, tant dans l’Océan que dans la Méditerranée, ces deux efpeces de poiffons dans les mêmes filets, pourvu que les mailles foient affez ferrées pour les arrêter ; car quoiqu’au commencement de la faifon, & dans certains parages on prenne de très-petites fardines , on peut dire en général que les anchois font plus petits que les fardines ; & c’eft pour cette raifon que les pêcheurs difent que quand on fe fert de manets , on prend plus d’anchois avec les vieux filets qu’avec les neufs, parce que les mailles diminuent d’ouverture par le fervice. Comme les pèches qu’on fait pour les anchois avec les manets, les faines & les filets à manche, ne different point de ce que nous avons dit en parlant des fardines, nous nous contentons d’y renvoyer ; mais en Languedoc & en Provence où ces poilfons font très-ahondans, on fait ufage pour les prendre , de feu , ou plutôt de la lumière, pour les attirer- Nous avons dit, que nous détaillerions cette façon de pêcher , lorfque nous traiterions des anchois \ ainfi c’eft ici le lieu de tisfaire à ce que nous avons promis.
- De la pêche au feu & à la rijfole.
- 892. On peut pour connaître le filet qu’on appelle riffole, confuîter ce que nous en avons dit, première partie , fécondé feétion i & pour la pêche au feu, au farillon ou faftier, on peut avoir recours à ce que nous avons dit à la troilieme fedion de la première partie, où nous avons décrit & repréfenté les bateaux avec leurs faftiers ou réchauds allumés ; ce que nous avons rapporté à ces endroits cités, aidera à faire comprendre ce que nous avons à dire fur la pêche des fardines, anchois, melettes, &c. qu’on attire avec le feu ou la lumière ; mais on les arrête avec des filets, au lieu qu’aux endroits que nous venons d’indiquer , on les harponne : ainfi il convient
- (39) On trouve aufll dans ce petit poi£ à-caufe de l’amertume de fon fiel, mais de fon un grand nombre d’œufs rouges. La rai- plus , parce que les inteftins étant très.* fon pour laquelle on lui ôte les inteftins mous, Us fe corrompent en peu de teins* quand on veut le faler, n’e# pas feulement
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- Sect. III. De l'alofe , & des poiffons qm y ont rapport '» 2fi
- d’entrer dans quelques détails fur les différentes manœuvres qui font en ufage pour prendre avec des filets les poilfons qu’on attire par le feu, ou plutôt la lumière.
- 893. Les filets que les Provençaux nomme rijfoles , ont au moins 4a brades de longueur, & 2 f à jo pieds de chute j les mailles en font affez ferrées pour que les anchois ne puiffent les traverfer. Pour faire cette pèche , les pécheurs ralfemblent quatre bateaux, un qui porte le filet eft monté par quatre ou cinq hommes , & ils 11e font fur les autres que deux à trois \ ceux-ci ont à une de leur extrémité un farillon ou un réchaud qu’on voit repré-fenté première partie , troifieme fedion : on fait dans ce réchaud un feu clair, de pin gras & fort fec.
- 894. On pratique ordinairement cette pêche depuis le mois d’avril juf. qu’à celui de juillet, feulement lorfqu’il 11’y a point de lune, & que les nuits font obfcures. Les bateaux qui portent le feu, fortent au commencement de la nuit, & vont fe placer fur les fonds où ils croient trouver plus de poiffon à une ou deux lieues de la côte , & fe tiennent à deux portées de fufil les uns des autres.
- 895*. Les anchois attirés par la lumière des faftiers , s’approchent des bateaux qui portent le feu, & quand les pécheurs s’apperqoivent qu’il s’en eft raffemblé un nombre, ils en avertiffent par un lignai le bateau qui porte le filet, que les Provençaux nomment rijjole , qui eft refté à une petite difi. tance des autres ; il s’en approche, & en mettant le filet à l’eau, il entoure le mieux qu’il lui eft polîible le bateau, qui lui a fait le lignai & qui porte le feu, afin d’envelopper les poilfons qui font alfemblés auprès de lui j ainlî le bateau qui porte le feu fe trouve entouré par le filet : quand l’enceinte du filet eft formée , le bateau qui porte le feu plonge fon faftier ou réchaud dans l’eau pour éteindre le feu ; alors les poilfons, fardines ou anchois, étant effarouchés, fe jettent dans le filet & fe maillent : pour les effaroucher encore plus, & les engager à donner dans le filet, ceux qui font dans le bateau du faftier battent l’eau , & après un certain tems ceux qui font dans le bateau de la affole ou du filet le retirent dans leur bateau avec le poiffon qui s’y eft maillé ou broqué ; & au£fi-tôt qu’ils ont pris le poiffon, ils fè rendent à un autre bateau faftier pour faire une pareille manœuvre qu’ils continuent tant que l’obfcurité de la nuit dure. Mais comme les fardines & les anchois, ainfi que les harengs fe portent tantôt d’un côté & tantôt d’un autre, il arrive que certains bateaux font une bonne pèche, pendant que d’autres ne prennent prefque rien.
- 896. On fait encore la pêche des fardines & anchois avec la riffole qu’on tient fédentairei pour cela les pêcheurs qui portent la riffole, 11e viennent
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- point chercher le poiflon qui a été ralfemblé par le faftier; mais les bateaux 'qui portent les faftiers conduifent le poiflon au filet qu’on a tendu.
- 897. La riflole dont 011 fe fert pour cette pèche a if ou 18 brades de longueur D, L, pi. XI, fig. z, & fix à fept de largeur ; les mailles ont quatre à cinq lignes d’ouverture , & les ralingues D D qui bordent la tète & le pied du filet, font garnies alternativement d’une flotte de liege & d’u-ne bague de plomb 5 de façon que le poids du plomb excede un peu la légéreté du liege , mais d’une petite quantité, afin qu’une force peu eonfidérable faffe remonter le bord, du filet à la furface de l’eau.
- ' 898. Deux chaloupes A & B, montées chacune de quatre hommes, qui
- ont un bout-de-hors K à l’arriéré de leurs chaloupes , y amarrent l’angle d’un des bouts du filet; ils continuent à l’attacher au bord de leur chaloupe jufqu’à îa pointe L de l’avant, qui aux bateaux Provençaux fe prolonge aflèz loin. Quand les deux chaloupes ont fait cette opération , l’une à un bout du filet, & l’autre à l’autre , elles s’éloignent un peu l’une de l’autre en fe haîant fur une manœuvre M qui répond à un grapin E, que chacun a mouillé à une certaine diftance qui doit être telle que le milieu du filet entre dans l’eau de quelques braffes , & que les bouts foient au-deifus de la fur-face de l’eau. >
- 899. Quelques autres chaloupes armées chacune de quatre hommes portent un faftier à l’arriere, attaché à l’extrémité d’un levier dont le gros bout qui entre dans: la chaloupe eft retenu au fond par une anfe de corde ; de forte que le faftier foitun peu au-deffus de la furface de l’eau.
- 900. Le faftie; G jetant une belle flamme, les matelots qui font dans ees chaloupes rament mollement pour fe porter lentement de côté & d’autre, afin de raffembler autour d’eux des fardines, des anchois ou des melettes ,. & quand un bateau en apperçoit un nombre il fe rend au milieu du filet entre les deux bateaux qui font à l’ancre en paifant du côté de la pouppe , & lorfqu’il eft au milieu de la nappe ou de la riifole vers N avec les poiifons qui l’ont fuivi', il démarre le bout du levier qui porte le faftier, afin qu’il plonge dans l’eau & que le feu s’éteigne promptement..
- 901. Pour lors les deux bateaux qui font à l’ancre halent chacun très-fortement fur leur manœuvre Al, pour s’écarter l’un de l’autre jufqu’à ce que le poiflon vienne à fleur-d’eau, & les pêcheurs de l’un & de l’autre bateau tirent le filet à bord pour prendre le poilfon, dont une partie eft maillée, h l’autre refte fur le filet dont il ne peut s’échapper, parce que les bords font plus élevés que le milieu. D’abord qu’ils ont pris leur poiifou, les deux chaloupes fe halent fur leur grapinj & celles qui portent des faf-tiers , cherchent à raflembler d’autres poiflons pour les conduire (iir la riflole.. Il eft fenjible que les nuits les plus obfcures font les plus avantageufes, &
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- Sect. III. De l’alofe, & des poiffons qui y ont rapport, 2f3
- que la lumière de la lune eft tout-à-fait contraire.
- 902. AB, les deux bateaux auxquels le filet eft amarré. C C, les ralingues du filet garnies de flottes de liege & de bagues de plomb. D D , le bord du filet qui entre plus dans l’eau au milieu qu’aux deux bouts, & qui eft prefque à la furface de l’eau, quand les bateaux fe halant fur les grapins, s’écartent l’un de l’autre. E, grapins fur lefquels les bateaux fe halent pour s’écarter & porter le filet à la furface de l’eau. F , bateau faftier qui attire le poilfon par la lumière que répand fon réchaud G. H, poiflons qui fuivent la lumière du faftier.
- 905. On m’a .afluré qu’on faifoit du côté de Cannes en Provence, viguerie de Grafle , une pèche différente, qu’on nomme néanmoins la rijfole ; elle commence ordinairement au mois de mars, & finit en août.
- 904. C’est un filet qui a au milieu une grande bourfe ou manche ; le bateau qui porte la riflole, la tend près de la côte 5 de forte que les filets au milieu defquels eft la manche, & qui en forment les bras, doivent faire une enceinte ; le bateau qui a tendu le filet, fe tient fédentaire & à l’ancre ; mais il eft accompagné de plufieurs bateaux qui portent chacun un faftier ou réchaud rempli de bois fec qu’ils allument quand la nuit eft obfcure ; & allant de côté & d’autre , ils raflemblent le plus qu’ils peuvent de poif. fon, qu’ils amènent entre les bras de la riflole qui fait une enceinte, alors ils éteignent leur feu , & faifant du bruit, ils effarouchent les poiflons, dont une partie fe maille, & l’autre s’engage dans la manche..
- Article III.
- xApprêts & falaifon des anchois en gênerai, ainji que des far dînes a la façon
- des anchois.
- 905'. J’ai déjà prévenu que les anchois ne font pas ordinairement auflï abondans dans l’Océan que dai^s la Méditerranée i & comme ce poilfon n’eft pas auffi agréable que les fardines à être mangé frais, les pécheurs de l’Océan qui ont ignoré pendant long-tems la préparation que leur donnent les Provençaux, les rejetaient à la mer , prétendant même qu’ils n’étaient pas auflï bons que les harengs pour amorcer les haims. Mais la peche des fardines & des anchois ayant été certaines années fl peu abondante en Provence, qu’on ne pouvait pas fatisfaire aux demandes qu’on en faifait, des Provençaux fe font avifés d’aller en Bretagne faler des fardines ainfi que des anchois à leur façon j & depuis ce tems, on prépare en Bretagne des anchois à la façon des Provençaux, ainfi que des fardines qu’ils nomment anchoifèes ; de forte que certaines années, il en eft fortifies amirautés de Quimper & de Vannes juf-
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
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- qu’à dix mille petits barrils du poids de 24 à 2f livres, dont une partie ont été vendus à Beaücaire, comme venant de Provence & de Languedoc. Maintenant on préféré en Bretagne les anchois aux Jardines, puifqu’ils fe vendent quatre fois plus cher.
- 906. Comme les petites Jardines qui ne font point propres à être prelfées, font très-bonnes pour être préparées en anchois, ces petits poilfons dont on. 11e fallait aucun cas, fe vendent maintenant le double des autres ; je commencerai donc par expliquer comment 011 prépare les anchois en Bretagne.
- Préparation des anchois en Bretagne.
- 907. On commence par leur arracher la tête & les inteftins, parce que ces parties font ameres. Mais quand on prépare des fardines en anchois, fi l’on fe propofe de les vendre pour fardines, comme ni la tète ni les inteftins ne font point amers, on ne leur retranche point la tète, & on ne les vuide point ; mais lorfqu’on veut les vendre pour des anchois qui font plus chers que les Jardines, on leur arrache la tète.
- 908. Pendant que les uns font occupés à habiller ainfi les poiffons, d’autres préparent duTel rouge , qu’on regarde comme néceflaire pour cette falai-fon ; pour cela, on met dans un barril qui contient, fiToli veut, 200 livres de fel, deux livres d’ochre rouge ou de bol, l’un ou l’autre réduits en poudre fine. On prend les poilfons à qui on a ôté la tète * qu’on a lavés dans de l’eau douce ou de mer, qu’on a mis égoutter dans des corbeilles, &, après leur avoir donné ces préparations, on lés arrange dans des barrils de différentes grandeurs, les alitant, comme l’on dit, en les rangeant le dos en en-haut avec du fel qu’on répand entre chaque lit, commençant & finilfant par uhe couche de fel rouge.
- 909. Les grands barrils contiennent environ f à 600 poilfons, & les petits moins à proportion de leur grandeur. A Cette ils font jaugés par la police, & marqués avec un fer chaud ; les barrilleurs font condamnés à une amende outre la confifcation des barrils, lorfqueTinipe&eur prépofé par la police, ne les trouve pas de jauge & conformes à l’ordonnance. Les grands doivent pefer à peu près 24 à 2f livres : je dis à peu près, car tous les barrils qui ont été trouvés de même jauge, par les infpedeurs de police, nefe trouvent pas exactement de même poids quand ils font remplis ; aufli-tôt qu’ils font pleins & bien alités, on les enfonce ; mais on fait au milieu du fond qu’on vient de mettre en place, un trou; & on les expofe ainfi au foleil pendant plufieurs jours, ce qu’on répété trois ou quatre fois de quinze en quinze jours, dans la faifon où l’on fait cette préparation.
- 910. La chaièur fait fermenter la fâümure qui s’efir formée de l’humeur du
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- Sect. III. De Palofe, È? des poiffons qui y ont rapport. 2^
- poiflon, dans laquelle eft diifous le fel'rouge qu’on a mis entre les lits de poilTon ; cette fermentation eft néceflàire pour bien en confire la chair : lorsque la faumure fort par le trou qu’on a fait au fond, on n’y en ajoute point de nouvelle ; mais quand elle diminue, 011 a foin de hcuiller les barrils de tems en tems, c’eft-à-dire, de- les remplir avec de la faumure, qu’on verfe fur le fond & qui y eft retenue par la partie des douves qui excede le jàble.
- 911. Il faut avoir grande attention de boucher avec une cheville le trou qu’011 a fait au fond, quand il y a apparence de pluie. Avec ces précautions, les barrils font en état d’ètre mis dans les magalins ; mais il convient de les en tirer de tems en tems pour les expofer de nouveau au foleil, & les houiller s’il en eft befoin. Il eft bon de remarquer que les anchois & les fàrdines en-choifées, doivent être, comme l’on dit, confites dans la faumure & en partie diifoutes ; au lieu que les fàrdines preifées doivent conferver leur forme & une partie de leur fermeté. Or cette efpece de faline n’eft bien confite que la fécondé année, les poilfons ont alors acquis toute leur bonne qualité ; & quand ils font bien préparés, ils font encore très-bons au bout de trois & même quatre ans ; ils font même recherchés par les amateurs de làrdines. On en vend néanmoins qui n’ont que fix mois de préparation ; mais les acquéreurs qui en font prévenus, favent qu’il faut les conferver en magafin pour qu’ils acquièrent la bonne qualité qu’on déliré. Aureftepour que les anchois foient bons, ainü que les fàrdines qu’on prépare en anchois, il faut que leurs écailles ou leur peau foient brillantes, que leur chair foit rouge > & on rebute celles , qui tirent fur le brun ou le noir.
- 912. Il y a des acquéreurs peu connailfeurs qui recherchent les plus gros anchois & les falaifons nouvelles : ils ont tort5 les petites font plus délicates, & il faut éviter d’acheter pour anchois des làrdines, à qui l’on a retranché la tête ; les connailfeurs n’y font pas trompés, & la feule inlpedion fuffit pour les faire diftinguer, fans avoir recours au goût qui décele inconteftablemenfc la fraude.
- 915. Les Bretons tranfportent leurs fàîaifons par mer à Nantes ou à Bordeaux , d’où elles palîent par le canal à Montpellier & jufqu’à Cette -, ou bien on en charge des bâtimçns qui palfent en droiture par le canal aux côtes du Levant : mais la grande vente fe fait à Beaucaire, d’où 011 les envoie dans les lieux de leur confommation.
- 914. Il eft bon d’être prévenu qu’en Bretagne les fardinès qu’011 prépare en anchois, font allez fouvent mifes dans des futailles à vin, qui viennent de Bordeaux ou de Nantes ; & quand elles font rendues en Provence, les marchands les paquent en petits barrils pour les tranfporter à Beaucaire : depuis qu’on a adopté en Bretagne cette préparation, tant pour les anchois que pour les làrdines, le profit eft prefque doublé.
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- T RA l T r DES PECHES. Partu'M.’
- 91 f. Il y a des particuliers qui préparent des anchois ou de petites Jardines de primeur pour leur ufage : ils fuivent la méthode que nous venons .d’expofer, mais ils les mettent dans des vafes de terre ou de petits jarrons qu’ils ont foin de tenir exactement bouchés , & de les remplir de faumure à mefure que le poiffon s’affaiffe, pour qu’il ne contracte point de goût d’évent Quelques-uns plus recherchés mettent entre les poiiTons des feuilles de laurier & différentes épices,
- Préparation des Anchois en Provence.
- 916. Les meilleures falaifons fe font à Fréjus, à Cannes, à Saint-Tropez, & autres lieux du département d’Antibes : quoique la pèche de ce poiifon n’y dure que depuis le mois d’avril jufqu’à celui de juillet, ii s’y en fait un grand commerce \ prefque tout fe traniporte à Beaucaire.
- 917. Je ne dirai rien de leur préparation, parce qu’elle différé peu de celle que nous venons d’expofer fort en détail. Je vois feulement dans un mémoire très-peu détaillé ,hpii m’a été envoyé de Marfeille, que de tems en tems, on arrofe le poilion avec une faumure qu’on fait fur le feu, & dans laquelle on fait fondre avec le fel de petits anchois & un peu de rouge brun, qui ne fert, dit-on, qu’à leur donner un coup-d’œil avantageux. Il eft dit de plus que les falaifons qu’on fait dans les mois d’avril, mai & juin, font bien confites au bout de fix mois, au lieu que celles qu’on fait dans les autres faifons, le font à peine au bout d’un an $ enfin que les gros anchois qu’on prépare, ont un demi-pan de longueur ou quatre pouces fept à huit lignes : on appelle an-choyons ceux qui n’ont que deux pouces j & on ne fale pas ceux qui font en» core plus petits.
- Article IV.
- De. la pèche & préparation des anchois fur les côtes d^Efpagne.
- 918, La pèche des^anchois dans ce royaume eft affez confidérable, pour que nous en parlions ici} néanmoins comme les méthodes qu’emploient les pécheurs Elpagnols, ne different pas effentiellement de celles dont fe fervent les pécheurs Français, nous nous contenterons de les expofer fommairement; nous bornant à rapporter ce qui fe pratique dans quelques-uns de leurs principaux parages.
- Pêçhe au royaume de Grenade.
- 519. Il y a afsez d’anchois for cette côte : la pêche commence les premier*
- jours
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- Sect. III. De Valofe, des péiffons qui y ont rapport. 2f7
- jours de mars, & dure jüfqu’au mois d’août; on les pêche fouvent avec des fardines, fe fervant de petits bateaux avec lefquels on tend un filet à manche de 200 brades de longueur, ou une elpece de gangui qu’on tire fur le rivage pour prendre le poilfon ; c’eft pourquoi les pêcheurs font obligés de fe réunir 2f à 30 ; au relie , ils ne favent-point les préparer , ou bien ils les conformaient frais en les faupoudrant de plus ou moins de fel : ils en tranfpor-tent jufqu’à 30 lieues dans les terres, ou bien dans les mois d’odobre,novembre & décembre, ils vendent leur poilfon , fiir-tout les lardines à des Catalans , des Valenciens ou des Génois, qui, après leur avoir fait prendre fei dans de grandes cuves , les faleut dans leurs bateaux^, & lés tranfportent où ils favent en trouver le débit ; mais cela regarde plus les fardines que les anchois. '
- Pêche à la cote de Galice.
- 920. Cette pêche commence vers la mi-juin, & finit avec le mois de juillet, teins où ces poiifons retournent dans la grande eau : le peu qu’oü en prend fe mange frais, ou on en fait une pâte qui fert d’appàt pour prendre d’autres poiifons.
- Pêche des anchois en Catalogne.
- 921. Dans les mois de mai & de juin, on pêche des anchois avec les
- mêmes filets, que les fardines ; mais les mailles en font plus petites, à peu près comme aux filets qu’on emploie pour les petites fardines qu’on fe pro-pofe de confire. Au relie , comme la pêche des anchois eft précifément la même que celle des fardines, nous 11e répéterons point ce que nous avons dit dans le chapitre des fardines : fouvent meme on prend en même tems de ces deux efpeces de poiifons. A quelques endroits de la côte de Catalogne , on pêche les anchois & les fardines la nuit-, en failaùt un feu de bois clair fur un gril qui efl à la pouppe de la chaloupe ; les poiifons attirés par la lumière , la fui vent* & on les conduit proche de la côte où on les enveloppe avec un filet. x
- 922. Autrefois les Provençaux venaient à Palamos, Saint-Salion, Calella, &c. fur la côte de Catalogne, confire en petits barrils des anchois qu’ils portaient en France1; mais depuis que ces poiifons ont donné abondamment fur les côtes de Roulfillon-s- les Provençaux vont depuis le cap de Creüs jufqu’à Cadaque, où-ils préparent- les ançbpîs comme nous avons dit, qu’on fait les Jardinas confitas, à l’èxception qü’ôn vüide les anchois, qu’on leur ôte la tète, & qu’on les arrange dans les harrils le dos en-haut. Les; anchois font
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- 2f 8 T. RA ï T Eh DES PECHES: Partie IL
- plus long - tems à fe confire que les fardines, & âufli ils fe confervent bons-plufieurs années.
- Article V*
- De la pêche des anchois en Italie^
- 92j. Pour ne point nous éearter du plan que nous avons fuivi jufqu’à préfent,il convient de parler de la pêche, des anchois fur les différentes côtes d’Italie*.
- Pêche des anchois à la cote dg Gênes.
- 924. La pêche des anchois eh beaucoup plus abondante fur cette côte que celle des fardines ; il ne s’en, fait cependant pas un grand commerce, la plupart feconfomment dans le pays, & le furplus fe laie pour les envoyer à Milan,.en Suilfe, en Lombardie, cependant les Anchois de Gênes font, eftimés ; ce qui fait qu’on'en' confomme beaucoup dans le pays ; ceux qui s?expéT dient au-dehors viennent de Calabre, Sicile, Sardaigne- & Corfe ; on les accommode pour les conferver, comme nous l’avons expliqué. Ils préparent aufli de leurs poiffons qu’ils nomment fcabechie : après les avoir fait frire, ils les mettent dans des barrils avec, du vinaigre, des épices & des herbes aromas-tiques..
- Pêche à. la Gorgone
- 92La Gorgone eft une petite isle a trente milles de Livourne , dans la mer de Tofcane, dans laquelle il n’y a point d’habitans hors le tems de la pêche j alors il s’y rend foixante à foixante-dix bateaux , la plupart Génois5 les pêcheurs fe logent dans de petites cabanes au bord de la mer ; ces Gé^-nois font de Camorille ou Camogli, village de la riviere de Gênes du côté de Porto-Fino ; car les Livournois ne fe font point adonnés à. cette pêche.
- 926. Ces Génois ont des bateaux longs faits exprès ; ils fe mettent cinq à fix hommes dans chaque bateau ,x & tous font à.la part; ils ne paient d’autres droits pour faire librement leur métier,. qu’un coup de filet qu’ils donnent au châtelain du grand-duc ,1 qui eft à un château dans cette isle inhar. bitée, & je croîs que les pêcheurs s’obligent d’aller vendre leur poilfon à Livourne. Les filets font faits d’un fil très-délié. & les mailles font petites. il fe fait encore à Gillo,petite isle à quarante milles de Livourne, proche la. Tou«r de Vade, une pèche d’anchois, mais qui eft peu confidérable.
- Pêche des anchois & des fardines dans le royaume de Naples..
- 927, Il fe fait particuliérement , dans ce royaume ,.une pèche, pour pren-
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- Sect. IIL De talofe, des poiffon s qui y ont rapport. 2^9
- dre les anchois & les fardines ; elle le pratique dans toute la Calabre & la , côte oppofée , dans la mer Adriatique j le golfe de Salerne ainfi que celui de Policaftro, font néanmoins les deux endroits où la pèche de ces poiiTons eft la plus abondante & la plus pratiquée ; quand les pécheurs ne trouvent pas à les vendre immédiatement après qu’ils ont été péchés, ce qui arrive dans les endroits peu peuplés, ils ont coutume de les faler, & ils en font quelquefois un commerce aifez coniidérable ; leur maniéré de les accommoder différé peu de celle de France ; ils leur ôtent la tète , & les arrangent par lits dans des barrils,en couvrant chaque lit de fel concalfé qui n’eft ni gros 1 i fin , ils fuivent cet ordre jufqu’à ce que le barril foit plein ; enfuite ils chargent leur poilfon d’un poids , qui en le prenant en fait fortir peu à peu la lymphe qu’on a foin de renverfer de tems en tems, & de remplacer par une nouvelle faumure qu’on appelle dans le pays falimora. Il eft à propos d’obferver qu’il faut que cette faumure 11e foit ni trop ni trop peu chargée de fel, & que pour connaître le point convenable on met un œuf frais dans la faumure : fi l’œuf va au fond , l’on y jette du fel jufqu’à ce que l’œuf fe tienne fur l’eau ; alors elle eft au point convenable pour remplir les barrils : quand on a l’attention de les rafraîchir de tems en tems avec cette fimmure & de les conferver à l’abri de la chaleur, le poiifon fe conferve très-long-tems, & eft d’un très-bon goût; il s’en confomme dans le pays même, lorfqu’il n’y a pas abondance de poi-fon frais , & l’on en envoie quantité en terre ferme dans les Provinces à quelque diftance de la mer , fur-tout lorfqu’il y en vient peu de Sicile, où cette forte de falaifon fe fait encore mieux & à meilleur marché, à caufe qu’ils ont le fel à beaucoup meilleur compte qu’en Calabre, où l’on eft obligé fous des peines très-rigoureufes, de le prendre dans les magafins publics à fix grains-le rotolo , ce qui eft à peu près trois fols de France la livre de feize onces: au refte, cette pèche fe fait comme par-tout ailleurs & fans faifon déterminée ; les pécheurs ne la celfent que quand l’agitation de la mer & le mauvais tems ne leur permettent pas de la faire.
- Fêcbe des anchois & des fardines en Sicile y & particulier emcnîf Meffine.
- 928. A Mefiine , dans toute la Sicile, grande isle de la Méditerranée qui n’eft féparée de l’Italie que par le Phare de Mefiine , dans la Calabre & dans le royaume de Naples , 011 pèche une grande quantité de fordines & d’anchois ; cette pèche commence le 1 f mars, & finit au mois de juillet, & recommence dans les mois de feptembre & o&obre.
- 929. Les bateaux qui font cette pèche , font ordinairement équipés de trois hommes qui font à la part, c’eft-a-dire, que le bateau gagne une part, les apparaux- deux parts , & les hommes ont chacun une .part. Les apparaux
- K k ij
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- 260 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- dont ils fe fervent,font ordinairement feize pièces de filet de la longueur de onze bralfes, chacune de trois brades de hauteur, attachées les unes aux autres , qu’ils tendent à la mer à deux, trois , quatre , fix, huit, dix, quinze, vingt & trente bralfes , fuivant la profondeur où les fardines fe tiennent ; il ne fe fervent point de réfure ,• ils prennent ce que le hafard leur offre ; fi à la première tente ils prennent des fardines au bas des filets, ils tendent leurs filets plus au fond ; s’ils les prennent au haut du filet, il tendent plus près de la furface de l’eau ; & pour le tendre ou plus haut ou plus bas, ils attachent à la tète du filet des bandingues qui répondent à une corde d’aulfe foutenue fur l’eau au moyen de grolfes flottes de liège
- 930. Cette pèche fe fait ordinairement la nuit, pendant laquelle ils calent deux fois leurs filets ; ils tendent aufli pendant le jour lorfque le tems eft couvert; 011 tend encore pendant la nuit dans le canal deMelfine, lorfi que les courans ne font pas trop rapides ; & comme ils changent toutes les fix heures, on eft obligé de relever plufieurs fois. On fait des iàlaifons con-fidérables tout autour de la Sicile, aux endroits où les fardines fraîches ne peuvent pas fe confommer ; les grandes faîaifons fe font à Xacca, Mariale, Trapani, Ceffala, Melazzo & Mefîine ; le fel dont on fe fert vient de Trapani, lequel eft plus fec & plus folide que celui d’Agofta. Les fardines falées fe confomment en fuite partie dans l’isle, partie à Malthe, Naples , Rome , Gènes, & autres endroits. On prend aufli avec les mêmes apparaux, mais dont les mailles font plus larges, dilférens poilfons qui fe maillent comme les fardines; ces poilfons fe nomment alacci, bogues , & fuvraux ; & tous fè débitent frais dans les villes & villages du royaume.
- Pêche de,s anchois & des fardines fur les côtes de l'état Eceléjïaflique.
- 931. La pèche de ces poilfons fur les côtes de l’état Eccléfiaftique eft peu abondante ; elle commence dans le mois de février , & finit à la fin de juillet; elle fe fait avec un manet de fil très-délié que les Italiens appellent imbrocco ; les mailles font proportionnées à la grolfeur des poilfons; chaque piece a fix à fept bralfes de longueur , le pied eft garni de quelques bagues de plomb, & la tète de chaque piece dé trois grôflès flottes de liege ; on joint les unes au bout des autres fix, huit, dix de ces pièces, qui, au moyen du left & des flottes, fe tiennent perpendiculairement à la mer. La plus grande partie fe confomme fraîche ; & quand on en fale, elles fe vendent dans le pays.
- 932. On a abandonné cette pêche des fardines à Sinigaglia, fur les côtes de l’état Eccléfiaftique dans la mer Adriatique , à caufe de l’abondance des marfouins qui déchirent les filets ; mais on continue de pêcher avec, la tratta %
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- Sect. III. De Palofe9& des poiffons qui y ont rapport.
- qui eft un filet comme l’aiflàugue de Provence, & l’on y prend quelques fardines Confondues avec toutes fortes d’autres efpeces de poilfons ; & en quelques endroits on fait la pèche au feu.
- Fêche des fardines & des anchois en Corfe.
- 933. La pèche des làrdines & des anchois eft la plus abondante de la Corfe, isle très -confidérable de l’Italie; on la fait tout autour de l’isle, particuliérement à la Baftie, au Cap-Corfe, à Saint-Florent, à peu près à une demi-lieue de la côte , dans de petits bateaux qui ont environ vingt pieds de longueur, & qui font montés par cinq ou fix hommes. La pêche de ces poilfons fe fait à deux époques, favoir, au printems & aux mois de feptembre & o&obre, avec des pièces de filet qui ont foixante-deux pieds de hauteur fur foixante & quinze a quatre-vingts de longueur, & dont les mailles ont au plus cinq lignes d’ouverture ; comme ils font leilés de plomb & flottés, ils s’établilfent verticalement dans l’eau, & on les tend dans une direétion à peu près perpendiculaire à la côte; on tend les filets plus ou moins profondément dans l’eau, fuivant le lieu, lieu qu’occupe le poiflon. Quand la pèche eft abondante, ce qui arrive allez fouvent, 011 fale les fardines comme elles fortent de l’eau, en les arrangeant lit par lit dans des tonnes, une couche de fef entre deux, & ils mettent ordinairement prefque aulîi pefant de fel qu’il y a de poiflon. On prépare aulîi des fardines & tous les anchois, comme nous avons dit qu’on le fait en Provence, avec cette différence entre ces deux poilfons, qu’011 ôte la tète & qu’011 vuide les anchois, ce qui n’eft point néceflàire pour les fardines.
- De la pêche des fardines & des anchois dans l'état de Fenife.
- 934. On prend les làrdines dans le pays-Vénitien avec le bregin, pêche qu’on pratique en Provence, & que nous avons décrite première partie , fécondé 8c troifieme fe&ions, depuis le mois de mars jufqu’à la fin de lèp-tembre, 011 en confomme beaucoup de frais, & 011 en fale quelques tonneaux ; on prend avec ce filet plufieurs fortes de poilfons.
- 93 f. A Rovigno en Iftrie, prefqu’isle dans l’état de Venife, la pêche la plus confidérable qu’on y falfe , eft celle des fardines. Pour prendre ce poiflon, on fait une grande enceinte avec des manets qu’011 nomme fardino ; 011 y attire les làrdines avec des crabes qu’on pile & qu’on jette au milieu de l’enceinte; elles vont làifir cet appât dont elles- font très-avides, 8c elles fe maillent. On pêche aulîi avec la tratta, qui eft le bregin de Provence , & on prend avec les fardines diverfes autres fortes de pojifons, entr’autres celui
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- *62 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- appelle gari^a, qu’on fale avec les fardines. A Ragufe en Dalmatie, près du pays Vénitien, on pèche les fardines de deux maniérés, ou au feu avec le filet qu’on noriime trotta, ou fans lumière avec de petits filets : cette pèche commence à l’équinoxe de mars, & finit en odobre.
- 936. La tratta dont nous avons parlé plufieurs fois, eft un filet de deux cents braffes de longueur, qui a au milieu un grand fac où fe raifemble le poilfon ; on le tire à terre avec des halins ; il faut trois barques pour tendre le filet ; deux autres qui portent le feu, fe tiennent dans l’enceinte, & une fert à gouverner le fac, pour qu’il ne s’embarraife pas dans les rochers; il faut au moins quatorze ou quinze hommes pour tirer le filet à terre. Les barques qui portent le feu à la pouppe dans une efpece de réchaud , vont de côté & d’autre; quand elles s’apperçoivent qu’elles ont ralfemblé beaucoup de poiifons , elles font un lignai à celles qui portent le filet; aulli-tôt celles-ci mettent le filet à l’eau, etfaient d’entourer lepoilfon, & quand elles y font parvenues, les barques qui portent le feu le plongent dans l’eau pour l’éteindre, & fortent de l’enceinte ; on tire le filet fur le rivage, & que'que-fois 011 prend quatre à cinq milliers de fardines : en plufieurs endroits cette pèche eft défendue comme deftrudive.
- Article VI.
- Pêche & falaifon des anchois en Hollande.
- 937. En rendant compte de la pêche des anchois en France, je me fuis déterminé à fuivre l’ordre des côtes, commençant par la Bretagne & finilfant par les côtes méridionales, ce qui m’a conduit naturellement à dire quelque chofe de cette pèche en Efpagne & en Italie ; ainfi je n’ai pas pu alors parler de pelle qui fe fait en Hollande ; mais comme cette pêche occafionne un commerce confidérable dans ces provinces, j’y reviens aduellement pour raifembler tout ce qui peut intérelfer le lecteur fur cette matière. M. Marnant qui veut bien aider à la perfedion de mon travail fur les pêches, fachant qu’on fait un commerce confidérable d’anchois à Berg-op-zoom , m’a écrit que la pèche de ce poiifon fe fait à l’embouchure de l’Efcaut fur les côtes de Zélande, vers le mois de mai.
- 938. On fait avec des rofeaux des efpeces d’entonnoirs, à l’extrémité défi, quels on ajufte un filet à manche qu’on aifujettit fixe au moyen d’une corde qui part de la pointe de la manche, & qu’on amarre à un pieu qui eft planté à une diftance plus ou moins grande du filet ; cette opération fe fait de mer baife ; & quand la marée s’eft retirée, le filet fe remplit d’anchois ; 011 fe hâte de les en tirer & de les tranlporter au lieu où on les prépare ; pour
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- S-ECT. III. De ïalofe'i & des poijfons- qui y ont rapport 263
- cela 011 leur ôte la tête & les entrailles, on les met dans des mannes, & on les lave dans de Peau douce ou filée j quand ils ont égoutté leur eau, on les met dans une futaille avec du fel ; lorfqu’il eft fondu & que les anchois en font bien pénétrés, on verfe la fàumure, & on met les poilfons en fécond lit y 011 rejette encore la faumure qui fe forme, & on fale les anchois pour une troilieme fois ; c’eft dans cette fàumure qu’on les con-fèrve une année & plus, en les tenant dans un lieu frais j il convient même de n’en faire ufage au plus tôt, que trois mois après leur préparation. u 939. La pèche des anchois eft incertaine ; il ÿ a des années où l’on en prend beaucoup, & d’autres fort peu y en ce cas, on y fubftitue de petites fardines qui ne font pas auffi eftimées, & que les connaiifeurs favent bien diftinguer.. En général, comme le marque M. Ail amant , l’anchois fait en Hollande une branche de commerce affez confidérable, & on en pèche beaucoup fur les côtes de Zélande.
- 940. Ce zélé correfpondant s’eft tranfporté au village de Scheveling , qui eft uniquement habité par des pêcheurs ; en examinant les poiiions qu’ils tiraient dans leurs filets deftinés à prendre de petits poilfons , il y vit quantité de petites fardines, avec lefquelles il crut appercevoir des cé-lerins de la Méditerranée & des Pilchards d’Angleterre j mais les pêcheurs nomment tous ces poilfons fardines: il trouva dans le même filet un petit poilfon qu’on tire du fable, qu’on appelle en Zélande fmdt> qui elt i’am-modyte.
- Article VIL Apprêt des anchois dans les cuijims. ( 40 )
- 941. De quelque faqon qu’on apprête les anchois , il faut leur arracher la tète & les vuider, parce qu’ils ont beaucoup de fiel & très-amer, qui in--fe&e toutes les parties où il fe répand. Ils ne font pas pour cette raifon , autant eftimés étant frais que les fardines ; d’ailleurs ils font très-petits, & quoiqu’ils aient peu d’arêtes, elles font incommodes ; mais pour les manger frais, 011 les apprête comme les fardines. Ainfi le grand ufage qu’on fait des anchois, eft de ceux qui. font falés & confits en petits barrils, comme
- (40) Comme il ne fuffit pas de con- veaux , blancs deiTus, vermeils en-dedans , naître les différentes maniérés dont on & avoir le dos rond. Ceux qui font plats , apprête les anchois dans les cuifines , ou trop gros , en comparaifon de la taille mais qu’il importe de plus que l’on fâche ordinaire de ces poilTons, ne font que des choifir ceux quifont de la meilleure qualité, fardines. On obfervera déplus fi la fauce je dirai ici, que les anchois doivent, pour qui doit fe trouver dans les barrils , eft de mériter la préférence, être petits , nou- bon goût, & fi elle ne fentpoint l’évent.
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- 3*4 TRAITE' DES PECHES. Partie 11.
- nous l’avons amplement expliqué, & c’eft de ceux qui ont eu cette préparation dont nous allons parler ; on fe rappellera que les fardines préparées en anchois fe mangent comme les anchois.
- 942. En Provence & en Languedoc, beaucoup font leur repas avec quelques anchois qu’ils tirent des barrils, & fur lefquels ils verfent de l’huile ; puis ils appuient leur pain fur ces poilfons, & le mangent avec appétit en guife du fromage qui eft en ufage dans d’autres provinces ; mais communément quand on a tiré les anchois des barrils, on les lave dans du vin, on les ouvre en deux pour emporter l’arète, & on les coupe par petites tranches, pour les mettre dans des falades vertes, ou comme aflaifonnement, dans différentes fauces graifes ou maigres, principalement dans les rémolades.
- 945. Pour les manger frits, après les avoir mis quelque tems dans l’eau pour les delfaler, on les trempe dans une pâte faite avec de la farine, une cuillerée d’huile fine & un peu de vin blanc s il ne faut pas que la pâte foit trop liquide, & on les fert avec du perfîl frit. Mais pour faire des rôties d’anchois, on prend des tranches de pain de la largeur du doigt, & après les avoir fait frire dans le beurre ou l’huile, on les range dans un plat & on étend delfus un filet d’anchois ; on verfe deifus une fauce faite avec de très-bonne huile, du vinaigre, du poivre concaffé, du perfîl, de la ciboule, des écha-lottes, le tout haché bien menu, & on y ajoute un peu de fel avec, fi l’on veut, un peu de moutarde.
- 944. On prétend que la fauce dont les Romains faifaient beaucoup de cas, & qu’ils nommaientganim , était faite avec des anchois fondus dans leur faumure, à laquelle on ajoutait quelquefois de l’huile & quelques épices (41 ). Je remarquerai à cette occafion, que quand on prépare, comme nous l’a-
- (41) La faumure qui portait ce nom, était très-précieufe chez les Grecs comme chez les Romains, & elle entrait effentiel-lement dans leurs apprêts les plus recherchés ; mais les auteurs en ont parlé fi di-verfement , qu’il faut que la conrpofition n’ait pas toujours été la même. C’était du tems de Pline la fauce la plus eftimée. Quelques modernes difent avec notre auteur,que ce n’étaient que des anchois liquéfiés dans leur faumure,après qu’on en avait ôté la tête, la queue , les nageoires & les arêtes. Cependant les anciens auteurs ne parlent point d’anchois. On peut conjecturer que le ga-rum fe faifait avec des inteftins de différentes efpeçes de poiffons, confits dans le vinaigre
- ou l’huile avec du fel, du poivre & des herbes fines , & cet affaifonnement qui certainement ferait détefté aujourd’hui ,palfait jadis pour une très-grande friandife ; on en mettait dans les fauces, comme nous fai-fons du jus de citron. Le poiffon dont les inteftins étaient le plus fouvent employés à cet ufage , s’àpp'eilai-t1 gants. Au refte , il n’eft pas inutile d’avertir ceux qui aiment la bonne chere, que fi k chair des anchois excite l’appétit, aide à. la di-geftion , & fortifie même l’eftomac ,il n’eft pas moins vrai que, fi l’on n’en ufe pas fo'brement, elle échauffe & donne d« l’âereté aux humeurs.
- VOUS
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- Sect. III. De Palofe, & des poiffons qui y ont rapport ', 26$
- vous amplement expliqué, des anchois très-petits, ils fe fondent dans leur faumure, & par aident par cette raifon être très-propres à faire la fauce qu’on nomme garum. Rondelet dit qu’on peut faire promptement une efpece de ga-rum, en faifant fondre des anchois fur le feu avec de l’huile, du vinaigre, & quelques feuilles de laurier, & que cette fauce fert à manger de toutes fortes de poiiTons.
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- CHAPITRE VII.
- De la melette de MarfeiUe ; nadelle en Languedoc ; aphie de Rondelet.
- 94L II ne faut pas confondre ce poiffon avec le melet, qui eft un poif. fon fort différent, & qui a deux ailerons fur le dos. Belon dit que la melette de Marfeille eft le crados de la Seine & l’arachia de Gênes ; je crois qu’il ne connailfait pas la melette, & qu’il eft difpofé à confondre ce poiifon avec le nonnat.
- Article premier.
- Defcription de la melette. ( 42 )
- 946. La melette eft un petit poiffon affez commun dans la Méditerranée i il eft plus petit que la iàrdine à qui il reffemble beaucoup ; cependant proportionnellement à fa longueur, il eft plus large: celui qui eft repréfenté pi. VJl,fig. 6, eft d’une groffeur peu commune ; mais celui que je vais décrire, & qu’on peut regarder comme d’une groffeur ordinaire, avait trois pouces de longueur de A en B ; fa gueule eft petite, je n’y ai point apperqu de dents, j’ai cru feulement fentir des afpérités aux mâchoires5 il y a du bout du mufeau A, au centre C de l’œil, qui eft grand par proportion à la taille du poiifon, quatre lignes* on apperçoit l’ouverture des narines entre l’œil & le bout du mufeau. Il y a huit lignes & demie de A au derrière de l’opercule des ouies D.
- 947. Sur le dos en G, à environ dix-fept lignes du mufeau, eft le commencement d’un aileron qui a à fon attache au corps G H, environ fix
- (42) Ce petit poiffon s’appelle auffi na- que tems plufieurs de ces poiffons erttaffée delle i il eft en même tems plus large & plus les uns fur les autres , on voit alors furnagêr ' mince que la fardine. Rondelet dit dans fon de la graiffe, dont les pêcheurs fe fervent Mijioire des poijfons, que fi l’on garde quel- pour le urs lampe s.
- Tome XL L i
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- 26$' T RA I T E’ DES PECHES. Partie JL
- lignes ; l’anus I eil à environ vingt - une lignes du mufeau, & immédiatement derrière eft l’aileron ventral IK, quia fix lignes de longueur à fon attache au corps; les rayons en font 11 déliés & lî courts, que quand ils font couchés fur le corps de l’animal, on a peine! à les appercevoir. Il y a depuis le mufeau jufqu’à la naidance de l’aileron de la queue L, environ trente - une lignes ; cet aileron qui eft fourchu, a de B en B environ fept lignes. En E eft une petite nageoire dont l’articulation eft très-près des bords de l’opercule des'ouies, & en F fous le ventre , à Fa-plomb de l’aileron dn dos, eft une autre nageoire fort petite.
- 948. Quand il y a quelque tems que ce poiifon'a été tiré de l’eau, fon dos-eft brun ; cette couleur qui s’étend de toute la longueur du poiifon, depuis D jufqu’en L, tranche net fur le refte du corps, qui a une couleur d’ar—. gent lî vive, qu’on croirait que ce ferait de l’argent bruni ; la peau eft aulît argentée, & les écailles qui s’en détachent aifément font petites; elles ont quelques reflets colorés qu’on peut comparer à la nacre ; la mâchoire inférieure* eft plus longue que la fupérieure.
- 949. La largeur verticale du poiifon vis-à-vis des yeux eft de cinq lignes ; vis-à-vis le derrière de l’opercule des ouies , de fix lignes ; à la naiifance: de l’aileron du dos, de fept lignes & demie ; & à la naiifance de l’aileron de la queue, de trois lignes & demie : elle a de petites dents fous le ventre comme les fardines : la chair de ce petit poiifon eft blanche, très-délicate , de bon goût, pas néanmoins aufiî relevée que celle des fardines ; on le: fort fur les meilleures tables, & à Marfèüle je le mangeais avec plaifir ; cependant plufieurs Peftiment moins que la furdine; là chair eft huiîeufe, & fe-Gorrompt aifément ; on m’a alluré qu’il ne pouvait pas fupporter le fel.
- 9fO. On dit qu’il jette les œufs à l’équinoxe d’automne; c’eft donc un poiifon parvenu à l’état où il peut produire fon efpece ; amfi c’eft à tort que Belon croit que ce font de petites; alofes ;ii le confond avec de petits poifo fons qu’011 trouve mêlés avec la menuifo, qui; fondaient être de petites fardines; ou de petites alofes ; ils me paraiifent avoir plus de reifemblance avec la fran-che-blamche de la côte de haute Normandie, dont je me propofe de parler..
- il -ij b
- , Art j cle IL
- De la pêche des melettes..
- 9fï. On pèche ces petits poiifons au bord (je la mer & dans les étangs-filés, dans la même faifon que les fardines, c’eft-à-dire; principalement dans-., les mois d’aout 8c de foptembre; quelquefois on en prend beaucoup àîa-Saint-. Michel, lorfoue les pluies ont troublé les eaux5. car cette circonftanee paraî£>
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- Se ct. îîl. De Vàlofe> des poiffons qui y ont rapport267
- avantageufe pour .les prendre. Dans des voyages que j’ai faits à Marfeille, on pêchait abondamment des meîettes, & j’en ai beaucoup mangé ; mais M. Pou-get m’écrit de Cette, que ce poiffon y eft devenu fi rare » qu’on 11e fait point fie pèche expreffément deftinée à le prendre, qu’on en trouve feulement des: mêlées avec les petites fardines, mais qu’autrefois 011 en prenait beaucoup avec des faines fort épaiifes.
- 9f2. M. Garnier de Saint-Maurice, qui m’a envoyé quelques meîettes fie Toulon, me marque que ce poiflon eftaufli devenu fort rare dans ce port; & qu’on n’en prend que confondues avec de fort petits poiifons, tels que les poutines, les anchois, &c. qu’on en prend avec les fardines, mais plus fré* quemment avec les filets qu’011 nomme bregin, boulier, & aijjaugue, qui different peu les uns des autres : il m’a envoyé une defcription très-exa&e de ces filets ; mais comme j’en ai parlé fort amplement première partie, fediou fécondé, nous nous contenterons d’y renvoyer. A l’égard de la façon de prendre ce poiifoii avec le feu, nous en avons parlé à la troifieme fection de cette fécondé partie, à l’occafion de l’anchois, chapitre fixieme ; il nous paraît qu’on peut dire en général, que ce font des filets formés d’une manche., aux deux côtés de laquelle font deux ailes de filet; & qu’après qu’on leur a fait décrire un grand circuit à la mer avec des bateaux, on ramene le bout forain à terre où font des pêcheurs qui ont confervé un halin, & tous de concert tirent ie filet furie rivage,& le poilfon fe trouve dans la manche.
- 9H* JE rappellerai encore ici que les halins,tant de celui de terre que confervent les pêcheurs qui y relient, que celui du large ou du bout forain que tiennent les pêcheurs qui font dans le bateau, font formés d’un nombre plus ou moins grand de pièces de cordages qui ont chacune cinquante brades de longueur, que les Provençaux nomment maille ; 8c ils font cette pêche tantôt avec' une feule maille, & d’autres fois ils en ajoutent jufqu’à quinze les unes au bout des autres.
- 9S4- Quoique j’aie rapporté aux endroits cités de la première partie, la façon de mettre ces filets à la nier, comme il eft bon d’avoir préfente cette manœuvre, je vais la rapporter telle qu’elle eft détaillée dans le mémoire de M. de Saint-Maurice, afin de ne pas copier ce qui eft déjà imprimé dans la première partie ( 43 ). Rien n’eft fi fimple que la pèche au bregin 8c à l’aiilàu-
- (4? ) Cet article étant une répétition L’une que les plombs dont un filet eftîefté, manifefte de ce qu’on trouve dans plus d’un & qui touchent ie fond, effraient le poiffon endroit de ce traité J’aurais pu me permet- en remuant la vafe ; & l’autre, qu’il eft im* tre de le fupprimer, ou tout au moins de portant lorfqu’on haie le filet à térre , de l’abréger; mais j’ai cru devoir le confervef tenir un bateau au large pour lui faire fui-en entier à caufe de deux obfervations vre une marche régulière dans toutes fes qu’en y lit & que jeh’ai point vu ailleurs, parties.
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- ü6g TRAITE' DZES PECHES. Partie ïï.
- gue ; quatorze à feize bateliers partent d’un rivage quelconque dans un bateatt où ils ont mis leurs blets ; ils s’écartent de terre d’une diftance de cinquante jufqu’à quatre cents cinquante brades plus ou moins, & peuvent même, fin-van t qu’ils le jugent convenable, s’en écarter de fept à huit cents, filant continuellement des mailles ou duhalin, dont d’autres pêcheurs retiennent un bout à terre ; quand le bateau eft rendu à l’endroit où ils veulent tendre leurs filets, ils commencent en faifant décrire au bateau une route circulaire, par jeter à l’eau un des bras, qui, à caufe des flottes de liege & du left de plomb, fe place perpendiculairement ; la poche ou manche du filet qu’on jette enfuite à l’eau tombe au fond ; & quand on a mouillé l’autre bras, elle fe trouve au milieu du filet qui décrit une ligne circulaire 5 & comme les nates ou flottes de liege font fort rapprochées à la partie fupérieure de fon ouverture, elle fe tient prefqu’ouverte ; car la partie d’en-haut de la manche va en talus depuis la furface de l’eau jufqu’au fond, tandis que, la partie inférieure de cette manche gliffe fur le fond ; c’eft pourquoi on ne peut pas pêcher de cette façon fur des fonds de roche. Le filet étant mis à l’eau & difpofë comme nous venons de l’expliquer, les matelots retournent au rivage à l’endroit d’où ils font partis, ou plutôt à un endroit de la côte convenable pour amener le filet à terre ; ils tirent les deux halins pour approcher le filet du rivage , laiffent environ quarante ou cinquante braffes entre les deux halins pour que le filet conferve une forme circulaire, & 011 juge de la fituation du filet dans l’eau 9 par les flottes qui font à la furface > tous les pêcheurs font divifés en deux bandes, dent chacune tire un halin, & ils approchent peu à peu le filet du rivage ÿ les deux bandes A, B, de haleurs fe rapprochent aufii l’une de l’autre, pour diminuer l’amplitude de l’arc ; les poiffons effrayés par les plombs, qui,, portant fur le fond, font élever la vafe, eAident de fe mettre entre deux eaux pour fe fauver ; mais étant retenus par les ailes du filet, ils fe fourrent dans la manche dont les mailles font fort ferrées, & ils s’y entaffênt 5 fouvent des pêcheurs dans des bateaux C, battent l’eau près de l’enceinte du filet pour empêcher les poifîons de fe porter au-dehors.
- Les pêcheurs, après avoir tiré à terre les halins, y tirent le filet & enfin la manche, dont ils défont une couture pour en prendre les poiffons de toute forte qui y font entrés ; ainfi ils y trouvent des fardines, des anchois des melettes & plufieurs autres fortes de poiffons. Nous avons déjà dit que les melettes ne fupportent pas le felj il faut donc les confommer fraîches, malheureufement elles fe corrompent promptement. Le bateau D eft deftiné: à parcourir la circonférence du filet, pour le foulever s’il fe trouvait accroché à quelque chofe.
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- CHAP ITRE VIII.
- De divers poiffons de mer qui doivent être compris dans la famille des alofes , des harengs,
- 9 f 6. j/'J'ous avons prévenu que nous établiffions les familles des poilfons fur leur forme extérieure, ainli il ne faut pas comprendre avec les alofes, ha-, rengs, &c. plufieurs poilfons qui fe premient dans la même faifon & avec les mêmes filets que ceux que nous venons de nommer ; tels font les Jieurels, ( trachurus ) que les pêcheurs Normands & Picards nomment carangues ou maquereaux bâtards, non plus que de petits maquereaux qu’on nomme fur quelques côtes roblots , & à Paris fanfonnets ; ainfi que plufieurs autres poilfons, qui fouvent fe trouvent confondus avec les harengs , les fardines, &c. & qui quelquefois forment des lits ou bancs féparés. Nous renvoyons à d’autres feétions tous les poilfons qui n’ont point les cara&eres qui établilfent la famille de ceux qui nous occupent préfantement ; on fe rappellera que ces caractères confiftent à avoir un feul aileron mou fur le dos vers le milieu de la longueur du poilfon, un fous le ventre derrière l’anus ; deux nageoires derrière les ouies , & deux fous le ventre, plus ou moins éloignées du mufeau. Il eft inconteftable que les aloles , les feintes ou pucelles % les harengs, les Jardines , les anchois, les melettes dont nous avons parlé, ont tous ces caractères ; mais il y a encore beaucoup d’autres poilfons qui doivent être compris dans cette famille : nous nous propofons d’en dire quelque choie, & comme ils ne font pas d’une aulli grande utilité que ceux dont nous venons de parler , nous pourrons nous dilpenfer d’entrer à leur fujet dans d’aufli grands détails. Je vais commencer ce qui regarde ces petits poilfons par celui qu’on nomme fprat fur les côtes d’Angleterre, où il eft très-commun ; on en pèche aulfi fur celles de Flandres, où accidentellement il en parait des bancs con-ildérables : ce poilfon, à la grandeur près, relfemble beaucoup au hareng.
- Article premier.
- Du fprat , fpret ou fparling de Willughhy.
- 9f7- Nous avons dit dans le chapitre du hareng, qu’il y a des pêcheurs parquiers qui prennent de mer balfe de très-petits poilfons qu’ils aifurent être du frai de hareng; qu’ils en premient auffi de plus gros qui ont deux, pouces huit à dix lignes de longueur, pi. FII, fig, $, qu’on regarde comme
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- *70 TRAITE' DES PECHES,. Partie IL
- de jeunes harengs, c’eft pourquoi on les appelle fretin de hareng ; il s’en trouve beaucoup de confondus avec ce qu’on appelle menuife : ce n’eft pas de ces poifîons dont nous nous propofons de parler, il s’agit d’un poiiron,qui a communément quatre pouces & demi ou cinq pouces de longueur, qui eft très-abondant fur les côtes des isles Britanniques, & qu’on prend, à la vérité, moins communément fur les côtes de Flandres, où on le nomme, comme en Angleterre fprat. Mais n’ayant pas eu occafion de von beaucoup de cespoiifons, j’ai elfayé de tirer des éclairciifemens de ceux qui font à portée des côtes où ils donnent le plus fréquemment : je me propofe donc de rapporter ce qu’on m’en a écrit, quoique les fentimens de ceux qui ont bien voulu me répondre, foient très-dilférens ; mais je vais auparavant donner la description que j’ai Élite fur le poilfon même.
- Defcription du fprat ou fpret.
- 9f 8. Le poilfon que je décris, pi. VII ,fig. ^ , avait quatre pouces quatre lignes de longueur totale A, B5 les grands n’ont guere que cinq pouces, au plus fix i la mâchoire inférieure était plus longue que la fupérieure de plus d’une ligne, ce qui eft confidérable relativement à la petitelfe du poif-fon i quand on écarte les mâchoires, 011 voit qu’elles font bordées d’une membrane mince qui forme une bourfe, ainli qu’à plusieurs autres poilfons de cette famille, & le bout de la mâchoire inférieure parait former une courbure qui fe releve un peu en-hautj à l’égard de la'mâchoire fupérieure, elle paraît comme coupée quarrément quand on regarde le poilfon de face? la langue eft très-petite ; on fent en touchant le bord des mâchoires quelque chofe de rude, mais on n’apperçoit point de dents.
- 9f9* Du centre de l’œil E , à l’extrémité de la mâchoire inférieure, il y a environ cinq lignes j le diamètre de l’œil qui eft rond , eft de deux lignes & demie, l'iris eft argenté, la prunelle bleue tirant au noir. Du bout du mufeau au derrière de l’opercule des ouies, il y a dix lignes ; cet opercule eft mince, formé de plufieurs feuillets cartilagineux , couverts d’une membrane fi brillante, qu’ils paraiifent de l’argent bruni ; le dos eft de couleur d’olive, avec néanmoins des reflets bleuâtres marqués irrégulièrement de taches ou nuages bruns, plus ou moins approchant d’une forme xonde j les côtés & le ventre font d’un blanc argenté ; aux endroits où il y a des écailles, il femble des paillettes d’argent bruni j & quand les écailles font enlevées, la peau parait une (étolfe d’argent. '
- 960. Les raies latérales font très-déliées, à peine lenfibîes, & s’étendent. .«'n‘ligne droite depuis le derrière des ouies j’ufqu’à l’aileron de la queue. L’anus L, eft à deux pouces & demi de l’extrémité du mufeau > il n’a qu’mi,.
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- Sect. III. De Palofe* & des poiffons qui y ont rapport.
- aileron D fur le clos, qui commence à deux pouces du bout du mufeau 5 il a à fon attache au corps fix lignes de largeur , & eft formé de dix à onze rayons déliés & fouples 5 la couleur de cet aileron eft la même que celle du dos.
- 961. Immédiatement derrière l’anus eft l’aileron ventral H, qui s’étend vers la nailfance de l’aileron de la queue, ( il 11’eft pas alfez prolongé dans la figure, ) il eft formé à peu près de quatorze rayons déliés qui ont peu de longueur ; cet aileron eft blanc, ainli que celui de la queue, qui eft fourchu & formé d’environ vingt-quatre rayons très-déliés, les plus longs ont dix lignes de longueur i on apperqoit derrière les, ouies au-delfus de F » deux nageoires dont le plus long rayon a environ fix lignes y leur largeur à leur articulation eft à peu près de cinq lignes ; les rayons en font fi déliés qu’on a bien de la peine à les compter, je crois en avoir apperçu dix. Il y a au milieu du corps vers l’à-plomb de l’aileron du dos, deux nageoires G ; elles fe terminent en pointes , & font repréfentées trop larges dans k figure i les rayons en font fort courts i je 11’ai pu en compter que feptj ces. nageoires font blanches, & les rayons font liés par une membrane très-mince qui fe déchire aifément. La largeur de ce poiffon en C,F, eft de neuf lignes j en L, à l’à-plomb de l’anus , de fîx lignes & demie y auprès, de l’aileron de la queue, de quatre lignes & demie.
- 962. J’ai fait cette defcription fur des poilfons que m’a envoyés M» Chanlaire , commilfaire de la marine à Boulogne, qui me marque que ce poiffon eft très-bon à manger » qu’il a une odeur agréable , & qu’il va par bancs qui fe portent le plus ordinairement fur les cotes d’Angleterre , mais que quelques-uns ont quelquefois été jetés par les gros tems avec les cou-rans fur les côtes de Boulogne, & qu’alors tous les endroits où il refte de Beau de baffe mer en étaient remplis»
- 96}. On verra par la fuite qu’on penfe affez ordinairement que les iprats font de jeunes harengs s cependant d’autres difent que ce font de groflès firdines, d’autres que c’eft un poilfon qui confine aux harengs ou aux far-dines , mais qui eft d’une efpece particulière > ce font ces différens fèntimer.s qui m’ont engagé à en faire une defcription très-détaillée.
- 964. M. Chanlaire , qui m’a envoyé le poiffon que je viens de décrire „ penfe qu’il eft d’une efpece particulière i il dit qu’il y en a de laites & d’œuvés : quelques.matelots l’appellentprçtre^ & quelques-unsprétenclènt, fans, aucun fondement, que c’eft le même qu’on nomme en Normandie bUmhe ou blaquet, dont je parlerai dans la fuite.
- 96 f. Je vois dans les mémoires que j’ai faits dans mes tournées fur les côtes de Flandres , que les Anglais font une pèche très-abondante d’un petit poilfon qu’ils nomment fprat, principalement au nord de la Tamife 5, qu’ils,
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- 572 »TRAITE' DES PECHES. Partie H.
- en fauri fient ime grande quantité, précifément comme on fait le hareng, qu’ils les mettent enfuite dans des paniers qu’ils envoient en Hollande & en France, qu’ils en ont auflî laies en blanc ; mais que comme ces poif-fons font fort huileux, ceux qu’on prépare de cette façon fe ranciflent en peu de tems. Quand je dis qu’il eft incertain fi ces poifions font de petits harengs ou de grofles fardines , je me fonde fur ce que, fuivant Willughby, les iprats font de jeunes harengs qui ne different des harengs ordinaires que par la grandeur.
- 966. On les pêche vers le folftice d’hiver, & alors ils font fi communs, que quoiqu’ils foient très-bons, on les donne à bas prix ; par cette raifon on ne les vend ni au compte, ni au poids, mais à la mefure. Suivant les pêcheurs, on en prend en Cornouailles de deux fortes, l’une qui tient du hareng, l’autre du célerin ou pilchard ; ils ajoutent que ceux-ci ne fe trouvent qu’en Cornouailles ou à Devon , & peu fur les côtes de la mer Britannique , où l’on ne trouve que le vrai iprat ; nous invitons à confulter ce que 'Wïllughby dit de la pêche de ce poifion dans le lac Rofterne, ( Rof-Hrnenfem, pages 221 & 222,) on y trouvera des chofes très-intéreflantes.
- 967. M. de la Haye d’Anglemont, commifiaire général de la marine à Dunkerque, m’écrit que M. de Frazer, commifiaire de fa majefté Britannique à Dunkerque, croit que le fprat eft un jeune hareng, qu’il n’a décidément ni laite ni œufs bien formés, mais qu’on y trouve les indices de l’un ou de l’autre j M. Chanlaire dit qu’ils ont laite & œufs : cette différence de fen-timent vient peut-être de ce que ces poifions ont été pêchés en différentes faifons. M. Frazer dit qu’en Ecofie où il eft commun, il n’eft connu que ibus le nom de herring fylt ou herring fpawn , qui fignifie frai de hareng. M. Allamant dit qu’en Hollande on pèche des iprats fur les côtes de la république , quelquefois aflèz abondamment pour en fumer j mais que ce poifion eft beaucoup, plus commun fur les côtes d’Angleterre : de forte que quand la pèche 11’en a pas été abondante en Hollande, on en tire d’Angleterre, ee qui lui a fait donner le nom de fprat Anglais : plufieurs pêcheurs Hollandais lç regardent comme un jeune hareng ; mais d’autres penfent que c’eft un poifion différent & d’une efpece particulière. Au refte tout ce que nous venons de rapporter, ne décide pas abfolument fi le fprat eft un jeune harengi à la vérité, ce que M. Frazer a dit à M. d’Anglemont, diipoferait à le penfer 5 mais je m’abftiendrai de décider cette queftion.
- Article II.
- Du harengé hugtté de l’isle d'Oleron.
- _ 968. M. d’Aubenton m’écrit que fur les parages de l’isle d’OIeron, on
- pêche
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- Sect. III. De ïalofe, £5? des poijjons qui y ont rapport. 273
- pèche quelquefois vers la fin d’oétobre avec des filets de courtine , des poif. ions, les uns laites;, les autres neuves, qui relfemblent beaucoup aux harengs 3 on les nomme harengs hugués. Sur cette courte expofition , oh pourrait croire que x’eft le'fprat 3 mais, le hafreng hugué a la chair feche; &'eft regardé comme un mauvais poilTon ,• au lieu que le fprat eft délicat & fort bon; de plus le hareng.hugué eft communément plus grand que le Iprati c’eft peut-être un célan dont nous parlerons dans la fuite.
- De l’efprot ou Jardins . du nord.
- 969. On m’a envoyé fous ce nom le deffin d’un poiflon, qu’on me marque avoir été fait fur un qui avait fix pouces de longueur, qui eft , dit-on, la grandeur commune 3 on m’aifure que ce poifTon eft fort eftimé, ce qui m’a déterminé à le faire graver fur la planche VIII, fig. 4, dans la grandeur du deffin qu’on m’a envoyé. Eft-ce une fardine ou un iprat, ou un petit hareng ? C’eft ce que je ne puis décider, n’ayant,jamais vu ce poilfon, & 11e le comiailfant que par le deffin qu’on m’a envoyé, auquel on n’avait joint aucune defcription 3 il me paraît feulement qu’il a ;de la relfemblaiice avec un poif. fon de la Manche qu’on appellQfranc-blaquet, dont je parlerai dans la fuite.
- 970. M. Glerûn m’a envoyé du Havre, un petit poiifon qu’on nomme dans ce port efprot: on verra par la defcription que je vais en donner, qu’il a beaucoup de relfemblance avec le iprat anglais dont j’ai amplement parlé.
- 971. La longueur totale de celui qu’on m’a envoyé, était de cinq pouces trois lignes 3 la forme générale de la tète m’a paru alfez femblable à celle du fprat, quoiqu’un .peu plus petite3 la mâchoire inférieure était plus lonï rgue que la fupérieure3 l’œil était alfez grand, élevé fur la tète, la prunelle tirant fur le noir ;du bout du mufeau-au centre de l’œil, il y avait fix lignes ; de ce même bout du mufeau au derrière de l’opercule des ouïes, un pouce > les opercules des ouies font formées de plufieurs feuillets cartilagineux liés par une membrane qui femble de l’argent bruni.
- 9.72. Du. bout du mufeau an commencement de l’aileron du dos 5 il y , a deux pouces trois lignes 3 la largeur de,cet aileron à fattache au corps eft( de fept lignes 3 la longueur .du .plus long rayon eft-la même 3 du > mufeau à la naiifance de l’aileron de là queue, on compte trois,pouces dix lignes 5 cet aileron eft fourchu 5 lu plus long rayon eft de onze lignes.
- 973. ’ Du mufeau à' l’anus., il ÿ a'trois pouces trois lignes, l’aileron de derrière: l’anus ià fon attache au corps a neuf lignes,, les nervures font .très-courtes & déliées ; ;dü. mufeau ‘ à; l’articulation, de la,nageoire . de derrière les dures, dl \y ?a treize/lignesle plus, long rayon: de cette nageoire .eft. de dix lignes; du mufeau * à -fiarticulaiion. des nageoires ventrales, deux pouces fix Tome XI. Mm
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- 374 TKAÏ TÈ* DÉS PECHES. Partie IL
- lignes ; cette nageoire eft très-petite. La largeur verticale de ce poiffon à l’à-plomb des ouies eft de dix lignes, & à l’à-plomb de l’aileron du dos, douze lignes. ‘
- 974. La couleur de ce poilfon fur le dos au fbrtir de l’eau, eft verdâtre ; elle devient d’un bleu affez foncé ; les côtés font d’un blanc argentin ; 'on apperçoit qà & là des plaques brillantes comme de l’argent, telles qu’on en voit .à l’anchois, pi. VIII ,figi 5' : on fent avec le doigt une frie trè&-fenfible fous le ventre. Comme ce poiffon reifemble beaucoup au fprat ou au harénguet de Caen,* ou à la menuiîe de Grandville, je n’ai pas jugé à propos de le faire graver..
- Article IIL
- Du célerin ou célan, celerinus-
- 975'. Voila encore un poiffon qui reifemble beaucoup aux harengs. M. Fougeroux de Bondaroy, a vu pécher fur les côtes de Picardie & de Normandie, de petits poiffons nommés dlans, qui relfemblaient tellement aux harengs, que plufieurs les regardaient comme de jeunes harengs *, les pêcheurs s’en Servaient pour amorcer les haims, quoiqu’ils fbient alfez bons à manger quand on les fait frire. Serait-ce le même poiffon qu’on prend aL fez abondamment à Agde , qu’on y nomme callique ou lâche, qui reifemble à une petite alofe ? Rondelet foupqonne que la callique eft le célerin..
- 976. Comme le célerin eft fouvent moins long que le hareng, plufieurs l’ont appelle harengus minor; d’autres le comparant aux Jardines, l’ont appelle Jardina major ; Belon , qui eft de ce fentiment, prétend que le poilfon qu’on appelle célerin dans l’Océan, eft le même qu’on nomme fardine dans la Méditerranée ; fuivant lui, la feule différence qu’on peut appercevoir entre ees deux poiffons, confifte en ce que le célerin eft plus gros que la fardine; plufieurs ont adopté le fentiment de Belon ; néanmoins j’ai fait remarquer dans l’article de la Jardine-, qu’on en prend quelques-unes alièz. groffes.dans la Méditerranée, & de fort petites dans l’Océan.
- 977. Quand on examine avec attention ces poiffons, on trouve effe&i-vement beaucoup de points de reffemblance entre le célerin & une groffe Jardine, telle que la forme & la pofition des ailerons & des nageoires : la tète de l’un & de l’autre poiffon fe reifemble beaucoup,leur gueule eft grande,, la mâchoire inférieure un peu plus longue que la fupérieure, on n’apperqoit point de dents à l’une ni à l’autre , l’œil du célerin ne différé point de celui du: hareng ni de la fardine, & il eft comme recouvert par une membrane ; les. «Vailles du célan font grandes & minces, & les afpérités de delfbus le ventre,..
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- font plus fenfibîes qu’aux harengs, & à peu près comme à la feinte.
- 978. A l’égard de la couleur, le dos de ces poiffons tire au verdi les côtés font blancs & argentés i les opercules des ouies font très - brillantes : voilà bien des points de reffemblance. Mais le célerin a le corps proportionnellement plus court & plus gros, fou dos eft plus charnu que celui du hareng > le deffous du ventre du hareng a plus la forme d’un coin, & les écailles du célerin font plus grandes.
- 979. Si l’on compare le célerin avec la fardine, on reconnaît que le célerin eft plus arrondi que la fardine qui, proportionnellement à fa grandeur, a le corps plus applati, & l’aileron de la queue eft échancré encore plus inégalement qu’au hareng. Enfin les pécheurs Anglais & les Bretons qui prennent de groffes fardines & des célerins pèle-mèle avec les harengs, favent diftinguer ces poiffons*, d’où il foit que les différences font affez confidéra-bles pour être apperçues par les connaiffeurs : joignons à cela que la délicateffe de la chair de la fardine & même du hareng, met en état de les diftinguer du célerin, par ceux qui ne les connaîtraient pas à la feule infpeétion.
- 980. Willughby dit que le célerin a des taches aux articulations des nageoires ; j’avoue que cette circonftance ne m’a pas frappé -, j’ai bien ap-perqu, fur-tout vers le dos, quelques nuages plus bruns que le refte, mais de forme irrégulière; les taches dont parle Willughby, pourraient faire foup-çonner que fon célerin ferait ou la petite feinte qui m’a été envoyée de Marseille , ou l’harache, pl. Fil, f.g. 7 ; cependant l’harache n’a point de taches dif. tinétes, comme celles qu’on appèrçoit for là feinte : mais il refte pour confiant que les alofes, les feintes, les harengs, les célerins, les fardines, les anchois & les fprats, fe reffemblent à beaucoup d’égards-, ainfi il ne faut pas être furpris de trouver les fentimens partagés fur la diftinétion qu’on eüaie de faire de ces différens poiffons.
- 981. Voici les principales dimenfions d’un célan que M. le Teftu m’a envoyé de Dieppe : longueur totale neuf pouces ; du bout du mufeau au centre de l’œil dix lignes, au derrière des ouïes vingt-deux lignes, à la naiffance dè l’aileron du dos trois pouces huit lignes ; largeur de cet aileron à fon attache au corps un pouce, la longueur du plus long rayon auflï un pouce ; du mufeau à l’articulation des nageoires branchiales un pouce onze lignes, longueur du plus long rayon un pouce;du mufeau à l’articulation des nageoi-rés du ventre, un pei> moins de quatre pouces i au commencement de l’aileron de derrière l’anus, cinq pouces fix lignes; largeur de cet aileron à fon attache au corps quatorze lignes ; longueur du plus long rayon de l’aileron de la queue, dix-neuf à vingt lignes; largeur verticale du poiffon à l’à-plomb des yeux, un çouce;’derrière les ouies-, quatorze lignes; à l’à-plomb de l’aileron du dos, vingt lignes ; à îà-plomb de l’anus , dir-huit lignes ; à la
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- 27e TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- naiflançe de l’aileron de la queue, huit lignes : ce poiflon. eft fort charnu», & a allez: la forme de l’arache, pL Vil,fig. 7. Ce célerin pêché en<décembre, était vuide ou gai» l’on allure qu’ils font pleins vers, le mois de mai ou( juin. ' .
- 982. Nos pêcheurs ne font point de pêche particulière pour prendre les. çélerins : quelques-uns, à la vérité , precedent les harengs » mais il en.refte encore beaucoup lorfque les harengs parailfent, c’eft pourquoi on en prend dans les mêmes filets ; on- en trouve aulE dans les pêcheries de la qôte & dans les parcs -, beaucoup fe confomment frais à portée des ports où on les prend, & les pêcheurs aux-haims s’en fervent à Yarmouth pour amorcer-, & quand, ce poilîbn donne abondamment à, la côte, on en fale en barrils comme les, anchois, après leur avoir coupé la tête & la queue} néanmoins on ne les et time point autant pour manger : les pêcheurs aux haims les préfèrent au point qu’ils les achètent le double des harengs falés.
- 983. On allure qu’on pèche des céierins aux côtes de l’Epire & d’Alba-, nie, qu’on en; là le & qu’on en làurit comme nous faifons les harengs j puis on les tranfporte dans la mer Adriatique, fous le nom de célerin, & non pas de fardine $ mais ces deux efpeces de poiffons different fi peu l’une de l’au-. tre, qu’il eft aifé de les confondre.
- 984. M. Pouget, lieutenant générai de l’amirauté de Cette, foupqonne que le célerin de Rondelet eft le même qu’on appelle à Cette, alachie ou har.a-chie, qui a de la relfemblance avec l’alofe, mais qui ne remonte pas dans les rivières. Nous aurons occafion de dire quelque chofe de l’harachie ; ainfî. je n’inlîfterai pas davantage, fur ce qui regarde ce poilfon. Je parlerai dans la fuite d’un poiflon d’eau, douce, que les uns nomment fardine, les autres célerin, & je crois en Italie fardanndk,, à caufe de la grande reffemblaiice que ce poiffon a avec la fardine de mer.
- 98f. M. de Ruis Embito., intendant de la marine à Breft, m’écrit que les pêcheurs de fon département, ne connaiffent pas le çéîan ou célerin, mais qu’ils -prennent l’été- un poiffon qui tient le milieu entre le hareng & . la fardine, & qu’on prépare ce poifson à la maniéré des anchois5 il y a apparence que c’eftde célan. ‘ . ]
- 986. Rondelet dit que les Albanois prennent dans leurs lacs, quantité de poiffons. qu’ils nomment farache ; ils regardent ces petits poiffons x comme de jeunes alofes i ils en paient & en fument, prétendant que les, petits fuppor-tent mieux ees préparations que les gros ( 44 ).
- ( 44 ) On pêche dans les lacs de Savoie luifantes & peu adhérentes Jls font très-gras, 1 des poilfons qu’on.nomme ceierim, ( erjca), on les prend au printems, & ou fale les plus parce qu’ils reffemblent, beaucoup aux ce- petits, parce qu’ils fe confervent mieux» v 1er ins de mer i leurs écailles .fout menues » ayant mqiqs d’huilè que les gros* ‘ ! r
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- Segt. III. De Palofe > & des* poiffons qui y ont rapport l 277 . /. ; , . . , De. la farde.
- 987. Suivant Rondelet, la fardç qu’on pçche en Provence & en Italie, ne différé de la.fàrdine que parce qu’elle eft plu5.gr.0ire s de forte que la farde de la Méditerranée ferait le célerin de l’Océan : quelques-uns prétendent que c’eft le grand gai que nous avons repréfenté ailleurs. Il eft bon de prévenir que je parlerai daiis une autre fe&ion d’un.poiffon qu’on nomme farde ou perche de mer, qui a fur le dos un grand aileron qui s’étend de prefque toute la longueur du poiffôn, & qui pour cette raifon ne doit point être compris dans la feeftion qui nous occupe, Mais comme la plupart des petits poiffons dont je vais parler fe trouvent très-fréquemment confondus dans ce qu’on appelle menuife ou % menife, je vais expofer ce que l’on comprend fous cette dénomination générale , ce qui me mettra en état de parler encore de plulieurs poift fous qui oput de la reffemblance avec les harengs.
- Article IV.
- Idée générale de, ce qiûon appelle, menife ou menuife en baffe Normandie, ailleurs meslis, dans d'autres endroits œillets , en Provence faumonnelles oie aphie, en quelques endroits blanchailles, à Medoc norrin.
- 988. Quand on traîne des faines fort épaiffes, ou qu’on tend dans des cou-fans des filets à manche dont les mailles font petites, il s’y raffemble beaucoup 4e différentes, efpec.es de poiffons qu’on nomme menife ou menuife , à caufe que la plupart font fort petits i ailleurs on les nomme œillets, parce que les pêcheurs aux haims qui s’en fervent pour amorcer, les broquent par les yeux ; en quelques endroits on les appelle meslis, parce qu’il s’y rencontre de bien des efpeces de poiffons ; à Medoc norrin, qui eft- fynonyme Calvin, nom qu’on donne aux petits poifsons qui fervent pour empoifsonner les étangs, & auxquels on compare la multitude de petits poifsons qui fe trouvent dans les parcs ou autres pêcheries.
- 989. Je ne me propofe point deparler de très-petits poifsons du premier âge, qu’on nomme à Antibes nonnata expreffion qui vient de non natus, comme qui dirait à peine nés : nous avons repréfenté à la première partie troilieme fection, la pêche de ces petits poifsons. Je ne m’occuperai point non plus des petits embryons qu’on prend pour faire de la gueldre ou la menue du Port-Louis, pifciculi omnium generum, feu pifeium foboles. Il paraît aufli de tems ei> terns fut les cotes de Normandie-, des, bouillons de poifsons trop petits pour amorcer les haims, & qui fondent en eau quand 011 veut les fatre, çufte y c’ift .peut-être les mnuats d’Antibes : mais on, a coutume d’em-
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- 878 TUAI TE' DES PECHES. Partie IT.
- ployer dans différens ports les expreflîons de menife ou menuife, meslis oir blanche ,pour lignifier un amas de petits poifsons mieux formés, pl. VIII % fig. 8, entre lefquels il y en a qui font de jeunes poisons qui doivent devenir grands, tels que fumions, truites, alofes, feintes, &c. qu’on nomme fau-moneaux, truitelles, alofeaux, gâteaux, feintelles : nous aurons peut - être quelque chofe à ajouter à ce que nous en avons dit dans les chapitres def-tinés à ces gros poifsons ; mais en examinant avec attention ces mélanges, on y trouve des poifsons naturellement petits, tels que le harenguette de Caen, pl. VII} fig. 9, l’efprault, pl. VIII, fig. 1, le hertault de Grand ville, 7%. %, & un petit poifson qu’on nomme particuliérement menife à Grândville, fig. j. On trouve aulfi fur les côtes de Normandie, les petits poifsons qu’011 nomme blanches-franches, fig. 6, ou bâtardes ,fig. 7, il y en a fans doute beaucoup d’autres; mais comme ceux que je viens de nommer, ont les caraderes des poif-fons qui doivent former cette fe&ion, je crois qu’il convient d’en dire quelque choie.
- Du poiffun appelle fanté.
- 99Ô. On pèche fur les côtes d’Aunis, de très-petites chevrettes qu’on nomme famé: or, M. Niou, ingénieur-conftrudeur de la marine à Roche-fort, m’écrit qu’on pèche pêle-mêle avec ces petites chevrettes, un petit poif-fou qu’on nomme auili fanté, qui n’eft long que d’un pouce ou un pouce & demi ; il a un aileron fur le dos, un derrière l’anus, deux nageoires derrière les ouies ; il n’a point d’écailles, fa peau eft d’un blanc mat, fa chair eft molle, gluante, & fe corrompt promptement. Voilà tout ce que m’écrit M. Niou fur ce petit poiflon, que je ne connais pas , mais qui , par la courte defcrip-tion qu’il m’en donne, doit être mis dans la famille des harengs , fardi-nes, &c.
- 991. Suivant cette note de M. Niou, le petit poiifon dont il parle, eft différent d’un autre qu’on nomme en quelques endroits fianti, en d’autres bu-kotte , en Aunis tout nu, dont nous parlerons ailleurs, parce qu’il a deux ailerons fur le dos. J’en dis autant d’un petit poiifon dont M. Niou m’a envoyé une efquilfe, qui a une grolfe tète, une nageoire derrière chaque ouïe, un ou deux ailerons derrière l’anus, & qui ne relfemble à aucun des poif. fins que je connais : ainfi on donne le nom de fanté à de petits poilfons qui font très-différens les uns des autres 5 celui dont je parle, n’avait que deux pouces de longueur totale.
- De la menife de Grândville proprement dite.
- 991. M. Ditshayes , commiflaire de la marine, me marque que quoi-
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- Sect. III. De falofe , & des poiffons qui y ont rapport. 27?
- qu’on nomme menife un mélange de différentes efpeces de petits poiffons, il y en a un qui a au plus quatre pouces de longueur, fur huit à neuf lignes de largeur, & fouvent moins : comme il fe trouve ordinairement en quantité dans les mélanges de petits poiffons, il eft particuliérement nommé me-nife, pL VIII, fig. 3 , que j’ai fait graver fur un defEn que m’a envoyé M. Deshayes.
- 992. Ce petit poiffon, à la grandeur près, reffemble tellement à l’éprault dont nous parlerons dans un inftant, qu’011 ferait tenté de croire que cette menife eft un jeune éprault; effectivement ces deux elpeces de poiffons fe reffemblent par la forme de leur corps, la couleur de leurs écailles qui fe détachent aifément de la peau, ainlî que le nombre, la forme & la pofition, tant des ailerons que des nageoires j feulement l’aileron de derrière l’anus paraît un peu plus grand à la meniie qu’à l’éprault, proportionnellement à fa grandeur > fon mufeau eft moins pointu j la chair de la menife a plus de €onfiftance que celle de l’éprault, & eft d’un goût plus agréable. Comme nous donnerons dans la fuite la defcription des petits poiffons que les pêcheurs du Havre nomment blanche, je crois qu’on trouvera qu’ils different peu de la vraie menife de Grandville. Quand on fe fert de ces meniles pour amorcer les haims, comme la plupart font petits, on eft prefque toujours obligé de les broquer par les yeux, ce qui me fait foupqonner que ce font les mêmes poil-ions qu’on nomme ailleurs œillets.
- 994. M. Deshayes a remarqué un filet gros comme une épingle qui partait de différens endroits du corps de cet animal, tantôt d’un endroit & tantôt d’un autre, affez fouvent d’auprès des yeux ou des ouies ; ce filament qui eft verdâtre & tranlparent, a quelquefois trois pouces de longueur, d’autres fois moins d’un pouce ; il tient au poiffon feulement par une de fes extrémités ; il femble pénétrer jufques dans la peau ; beaucoup n’en ont pas le moindre veftige. Les pêcheurs prétendent qu’il fert à ces poiffons pour s’attacher aux algues ; & la raifon la plus plaulible qu’ils en donnent, eft que c’eft après les gros tems qu’on en trouve une plus grande quantité dans les pêcheries} & comme l’agitation de la mer rompt ces filamens, il s’enfuit, difent-ils, qu’ils font de différentes longueurs, même qu’ils fe détachent entièrement de l’animal, & qu’alors pluiieurs ( n’en ont point. Enfin, de ce qu’il n’eft pas rare de. trouver des plantes, des coquillages & des infectes qui s’attachent aux poiffons, M. Deshayes foupqonne que ce filament pourrait être une production végétale.
- De l’éprault de Grandville.
- 99jf. Cest encore M. Deshayes qui m’a fait connaître ce poiffon, qui
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- 2S0 T RA I TE' DES PECHES. Partie IL
- a au plus fix pouces de longueur fur un de largeur,/?/. VIH,fig. r; il a été gravé fur un defîln que m’a envoyé cet obligeant commiffaire ; il a un aileron fur le dos vers le milieu de fa longueur, un derrière l’anus; l’aileron de la queue eft fourchu ; il a une nageoire derrière chaque ouie & deux fous le ventre; la forme de fou corps approche de celle du maquereau, en ce qu’il eft prefque rond, & comme il diminue uniformément de groifeur, la tête a aifez la forme d’un coin; la mâchoire inférieure eft un peu plus longue que la fupérieure : pour ce qui eft de la couleur & de la forme des écailles, on peut la comparer à celle des fardines; c’eft pourquoi 'en plufieurs endroits on le nomme harengudU ; on en prend en aifez grande quantité dans les parcs & les étentes au bord de la mer : il n’eft pas fort agréable à manger ; c’eft pourquoi on s’en fert principalement pour amorcer les haims. On m’écrit du Havre que les grands reffemblent aifez aux célans.
- Du hertault de Grandville.
- 996. M. Deshayes m’a encore envoyé un deifin de Thettauît, & M. le Teftu m’a fait parvenir ce poiifon dans l’eau-de-vie : il eft encore plus petit que l’éprault, à qui il reffemble tellement qu’il faut être connaifleur pour diftinguer ces poiifons : les grands, pl. VlII, fig. 2, ont fix a, fept pouces de longueur totale fur quatorze à quinze lignes d’épailfeur verticale ; il eft blanc argentin, cette couleur rembrunit en approchant du dos, & devient très-bleue fur une largeur de cinq lignes ; la gueule 'eft d’une grandeur médiocre, l’œil vif, la forme de Ton corps eft comme celle de l’éprault, les ailerons & nageoires font pour le nombre & la poiition, comme aux autres poiifons -de cette famille, extrêmement minces; les écailles de ce poiifon font allez grandes , très-peu adhérentes à la peau ; fa chair eft molle & fade ; on -11e s’en fert qu’à amorcer les haims; ilfe prend comme l’éprault, dans la pêcherie, à la côte, principalement dans les mois'd’avril, mai & juin. On voit que la menife dont nous avons donné la defcription, le hertault & l’éprault fe reifemblent tellement qu’on a peine à les diftinguer , & tous fe vendent pêle-mêle pour nienuife.
- Des harenguelUs ou harenguèttes de Caen.
- 997. Ce petit poiifon, que M. Viger, lieutenant général de l’amirauté,
- m’a renvoyé, ne doit pas être confondu avec le hareng qu’on nomme gai. Car le harenguette de Caen, pl. VIII , eft bien différent du hareng;
- M. Viger le compare à l’hérault de. Grandville dont j’ai parlé ; il a ordinairement quatre pouces & demi ou cinq pouces de longueur, fur neuf à.dix
- lignes
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- ,Sect* III- De Païofe, & des poiffms qui y ont rapportl 2g i
- -lignes de largeur verticale à l’à-plomb de l’aileron du dos qui eft placé à peu près au milieu de la longueur du poiffon; il a derrière l’anus un autre aileron, qui, comme celui diidos, dpeu d’étendue; unenageoire de chaque côté fous la gorge derrière l’opercule des ouies, & deux autres petites nageoires fous le ventre* à peu de diftance' de fanUs ; l’aileron de la queue eft fourchu, .les écailles font fines, blanches & brillantes comme de l’argent bruni, & fous le ventre elles font comme de l’argent mat, elles font fur le dos d’un bleu verdâtre, brillant quoiqu’alfez foncé. Les mâchoires fu|)érieure & inférieure font garnies de dents très-fines qu’on fent au toucher; l’arête du milieu . & même les autres, font très-déliées & alfez fouples pour ne point incommoder j lorfqu’on mange ce poilfon.
- 998. On en apprête au court-bouillon qu’on mange enfuite froids avec l’huile & le vinaigre ; on en fait auffi^des matelottes ; & comme ils font fort
- , huileux, 011 n’y met point de beurre, mais plus communément on en enfile plufieurs par la tète avec une brochette de bois , & on les fait frire comme les éperlans.
- De quelques poiffons qu'on prend en baffe Normandie, & qui ont beau-coup de rapport avec les Jardin es -
- 999. Suivant une lettre que M. Desforges Maillard a écrite du Croific j à M. de Montaudouin, on pèche fur cette côte un poilfon qu’011 nomme
- gorvelle, qui relîemble beaucoup aux fardiiies ; feulement fes écailles font plus fines , & il a plus d’arêtes. On prend encore im poilfon un peu plus grand que les fardiiies , qu’on nomme Jardines courades ; fa chair eft de fort bon goût, mais plus feche que celle' des fardiiies ; on en prend en toute faifon , au lieu qu’on ne prend les vraies fardines qu’à la fin du printems. A l’égard d’un petit poilfon qu’ils nomment gleflein, on le regarde comme un petit anchois. On prend tous" ces poilfons pêle-mêle & dans les mêmes filets: plufieurs poilfons leur font la* chalfe, entr’autrès lès maquereaux qui en détruifent beaucoup;^ tous fe trouvent confondus aulfi' avec'la < menife. ’ *' *' ' " ' ' ' ' 1:1" - *
- Article V.
- Des blaquets ou blanche de haute Normandie.
- 1000. Le terme, deblanche ou blanchaille, indique quelquefois un amas de petits poilfohs , & dans ce fens ce terme eft iÿnonymé à celui'de menife ou de meslis qu’on emploie ailleurs ; mais il y a fur les côtes de haute - Normandie de petits poilfons qu’011 appelle expreifénient blaquets ou blanches, 8c
- Tome AT/.4 ' » •., v ..J N n “ ' ' *
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- 282 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- on en diftingue deux efpeces, favoir, la franche-blanche & la bâtarde 5 cefont de ces petits poilTons dont je me propofe de parler.
- Bu franc-blaquet ou de la franche-blanche.
- 1001. Le petit poilfon que les Normands appellent franc-blaquet ou franche--blanche, eft du genre des harengs. Il a fous le ventre des afpérités comme l’alofe, la feinte, le hareng , &c. fa tête , pl. VIII, fig. 6 , ne différé en rien de celle du hareng; la mâchoire inférieure excede beaucoup la lbpérieure; les ailerons & les nageoires font en même nombre & placés comme aux harengs ; la queue eft fourchue, mais les deux parties font égales, au lieu qu’aux harengs la partie d’en-bas excede un peu celle d’en-haut : ce poilfon relfemble à la fardine en ce qu’il eft, porportionnellement à la grandeur» plus large que le hareng, ayant du bout du mufeau à la naiffance de l’aileron de la queue, quatre fois la largeur.
- 1002. Dans les mois de juin & de juillet, il eft gros & de bon goût» c’eft auffi alors qu’on en trouve dans les parcs en plus grande quantité ; il eft plein d’œufs & de laite en novembre & en décembre. Les points de conformité que nous venons de faire remarquer avec le hareng, ont engagé plulieurs à le regarder comme un jeune hareng qui n’était pas parvenu à fa grandeur ; mais ce qui femble établir le contraire, c’eft qu’on trouve de ces poilTons remplis de laite & d’œufs, quoiqu’ils n’aient que quatre & rarement cinq pouces, de longueur. Je crois qu’il ne faut pas confondre ce petit poilfon avec la petite fardine du nord, que les Hollandais nomment efprot, fig. 4 ; il paraît avoir alfez de relfemblance avec la melette du Languedoc.
- iqoj. Quand la faifon de la franche blanquette fe palfe, il'paraît une autre forte de blanche, que les pêcheurs nomment célan ou célan-gardon, qui ne différé de la blanche, dont nous venons de parler , que parce que là chair eft beaucoup plus feche. Les pêcheurs affurent que le franc-blaquet de Normandie, eft le même poilfon que celui qu’on appelle œillet à Ronfleur , & filon ou fiïfj'on en Picardie. Je ne fais pas précifément ce qu’on entend par célan-gardon ± ainli je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai dit du vrai célan ou célerin.
- Du faux-blaquet ou blanche bâtarde.
- 1004. Le faux-blaquet eft à peu prés de la même longueur que le franco blaquet ; mais il eft plus menu , puifjue cinq fois là largeur font là longueur prife depuis le bout du mufeau jufqu’à la nailfance de l’aileron de la queue; ainli ce petit poilfon,pi. FUI, fig. y, relfemble encore plus aux harengs
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- SfiCT. III. De Palofe, £s? des poijjons fini y ont rapport. 283
- que le franc-blaquet > la forme de fa tète eft abfolumeiit la même ; les bords de fes mâchoires font bruns ; la mâchoire inférieure excede plus encore la fupérieure que celle du franc-blaquet ; la partie de l’aileron de la queue qui répond au ventre eft un peu plus longue que celle qui répond au dos, ainfi qu’aux harengs ; mais ces petits p oilfons font remplis de laite & d’œufs» ce qui indique un poilfon parvenu à la grandeur.
- ioof. Toutes ces différences font peu frappantes, & alîurément il faut être fur les ports de mer fort accoutumé à voir des p oilfons , pour diftinguec les différentes efpeces qui fe trouvent pêle-mêle dans les parcs : on en fera encore, plus convaincu quand on examinera avec plus d’attention les poilfons qui forment ce qu’on nomme le mes lis ou la menife, pi. VIII, fig. 8 ; mais nous ne devons parler ici que de ceux qui par le nombre & la pofition des ailerons & des nageoires font de la famille des alofes & des harengs, &c. il s’en trouve beaucoup d’autres dont nous parlerons dans les fedions fui-vantes.
- De PaubuJJeau ou haubuffeau.
- 1006. On pêche en Poitou & en Aunis de petits poilfons, nommes aubuffeau ou hauhujjeau, par quelques-uns prêtre; j’ai reçu de M. Villehe-lio, commilfaire de la marine à la Rochelle, & aulli de M. Niou, ingé-nieur-conftru&eur à Rochefort, de ces poilfons qui n’avaient que trois à quatre pouces de longueur 5 un de ceux que j’ai eus deM. Niou, avait trois pouces neuf lignes de longueur totale, du mufeau au derrière des ouies neuf lignes, à l’articulation de la nageoire branchiale huit lignes, à la liait-fance de l’aileron du dos un pouce dix lignes , à l’articulation des nageoires du ventre un pouce neuf lignes, à l’anus deux pouces cinq lignes; la largeur de l’aileron ventral de derrière l’anus cinq lignes ; l’aileron de la queue était fourchu , & la longueur du plus long rayon était de onze lignes ; les écailles ou fa peau font argentées, excepté au dos où il y a Une bande d’environ trois lignes de largeur d’un bleu clair & brillant qui régné dans toute la longueur du poilfon. Le nombre, la polition des ailerons & des nageoires font comme à la franche-blanche , pi. VIII, fig. 6 & 7; la mâchoire inférieure qui excede la fupérieure, forme un crochet qui fe recourbe en en-haut. Ce poilfon eft alfez bon à manger quand il eft frit.
- 1007. M. Niou 111’a écrit que l’aubulfeau, l’alofeau & le goulard le relfemblent beaucoup. On croit feulement que le goulard eft moins gros & plus alongé ; mais ces différences font peu confidérables , & ne fuffifent pas pour établir une efpêce particulière de poilfon. M. Celoron me marque qu’011 prend au Conquet de petits poilfons , qui ont depuis deux pouces de longueur jufqu’à ftx, qu’on nomme pichichy ; leurs écailles font très-petites >
- N n ij
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- 384 TRAITE' DE S P E C H E S. Partie IL'
- leur tête eft plus groife que le corps ; ils ont un aileron fur le dos au milieu de fa longueur, une nageoire derrière chaque ouie fur la gorge, l’ai-lçron de la queue fourchu : je 11e connais ce poiifon que par cette défi eription.
- Du gattereau.
- . 1008. On prend encore en Aunis un petit poiifon , qu’on nomme gattereau: fuivant M. Niou , ce poiifon reiïemble à la gatte, par le nombre & la pofition de fes ailerons & nageoires ; fes écailles font d’un blanc argenté, excepté une bande d’un bleu clair qui régné fur le dos dans toute la longueur du poiifon : paiiè le mois de mars , avril & mai, on 11’en prend que peu, encore 11’ont-iis que trois ou trois pouces & demi de longueur ; fuivant les pêcheurs ce font de jeunes gattes ; mais tout bien confidéré , le poiifon que m’a envoyé M. Niou, 11e me parait être autre chofe que le hertault de Grandville, pl. VIII} fig. z*
- De ' la pèche de ces petits poijjons.
- 1009. Tous ces petits poiifons fe prennent en Poitou & en Aunis , avec un filet qu’on tend en courtine fur les vafes, comme nous l’avons détaillé , première partie, fécondé fe&ion. Pour tendre le filet , & prendre le poiifon, les pêcheurs fe portent fur les vafes avec un petit bateau ou une efpece de traîneau qui gliife fur la vafe j avec ces petits traîneaux qu’ils nomment acons , ils s’éloignent j quelquefois de la côte de plus d’une lieue 5 & lorfque leur pèche eft abondante, ils marinent de ces petits poiifons.
- De Vharache de Marfeiile.
- . 1010. Plusieurs ichtyologiftes ,& en particulier Rondelet, penfent que le vrai hareng n’eft point de la Méditerranée ; mais Rondelet dit qu’on prend auprès de Marfeiile un poiifon qui reifemble à un petit hareng, & qu’on nomme harengade ; il aifure que ce poiifon n’eft pas une groife fardine. Comme on prend à Marfeiile beaucoup defardines, on peut en faire la comparaifon avec le poiifon dont parle Rondelet ; ainii il femble qu’011 ne peut s’empêcher de déférer à l’avis de ces pêcheurs } mais 011 doit avoir moins de confiance à ceux qui penfent que ce font de petits harengs , parce que la plupart n’ont pas été à portée de voir les harengs de l’Océan. Pour mieux connaître le poiifon que Rondelet dit qu’011 appelle harengade à Marfeiile, j’ai prié M. Guignard , commiifaire de la marine en ce port, de fe faire apporter le poiifon appellé harengade en Provence , & de m’en envoyer quelques-uns, & M. Guignard qui veut bien s’intéreifer àda perfection de mon ouvrage, recommanda
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- Sbct. III. De'Valofe, & des poiffunfqm y ont rapport: 2gf
- aux prud’hommes de lui apporter les poüTons qu’ils eftimaient pouvoir être celui que Rondelet a nommé harengade.
- ion. Ils lui apportèrent d’abord un poiiTon ordinairement moins gros que le hareng , & dont nous avons dit quelque chofe dans cette fécondé partie, fection III , chapitre II , article III, qui eft une petite efpece de feinte ou une pucelotte , alofa ficla minima ; elle différé dü hareng, en ce qu’elle eft plus large & moins épaiife, que de plus, elle a fur les côtés & dans prefque toute fa longueur une file de taches noires ou brunes en plus grand nombre , & plus apparentes que celles qu’on voit fur la feinte que nous avons rêpréfentée, ailleurs. Il eh vrai que ces poiifons reifemblent aux harengs 3 par la poiltion & le nombre de leurs ailerons & de leurs nageoires: mars ce ne font point du tout des harengs j ce font de petites feintes.
- 1012. Il me paraît que M. Guignard inclinait auifi à le penfer 5 car il me marque que le poiilon qu’on prend fur les côtes de Marfeille, qui a le plus: de reifemblance avec le hareng ou la fardine, eft appellé harache ; & que ce qu’on nomme harengade en Provence 11e défigne pas une efpece particulière de poilfon , mais le hareng de l’Océan falé en blanc : je crois qu’011 donne aulfi ce nom aux grolfes fardines préparées comme le hareng blanc, & ce fentiment fe trouve confirmé par M. Pouget qui a fait fur cela des informations»
- 1013. M. Guignard a poulie l’attention jufqu’à faire delîîner par un bon peintre en miniature, une des plus grolfes haraches ou alachies , que j’ai fait graver fur la pl. Vil ,fig. 7 j mais il me marque que communément la longueur des haraches eft la même que celle des fardines , & que ce poilfon ref-îemble encore aux fardines par les écailles, qui au fortir de l’eau font argentées avec des reflets de différentes couleurs, comme la nacre , & que le bleu eft plus foncé fur le dos qu’ailleurs ; mais l’harache a la tète plus ap-platie que la fardine, & fes yeux font plus ouverts ; je trouve beaucoup de reifemblance entre ce poilfon & le célan qui m’a été envoyé de Breft.
- 1014. Dans les mois de mai, juin & juillet , on trouve des haraches» les unes laitées & les autres œuvées ; c’eft dans ces mois qu’011 en prend le plus confondues avec les fardines & les meîettes.
- ioif. J’ai dit dans le chapitre des fardines que fur la côte de Galice ,on prend pêle-mêle avec les fardines & les anchois un poiilon que les Elpagnoîs nommentpanchos , qui a beaucoup de rapport avec les fardines , qu’il a feulement la tète plus applatie, & quantité d’arêtes , avec deux pointes ou aiguillons auprès de l’anus ; fans cette derniere circonftance, j’inclinerais à penfer que le panchos de Galice ferait l’harache de Marfeille.
- 1016. L’harache eft moins délicate que la fardine j néanmoins elle eft aflez bonne quand elle eft bien fraîche : on n’en fale point, parce qu’011 en. prend peu. Mais je ferai remarquer qu’il eft ici queftion du poilfon qu’on
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- a 16 TRAITE' DES PECHES. Partie IL’
- nomme harache à Marfeille , & non pas de Valachia , qui eft, drivant Rondelet,” le nom qu’on donne en Provence aux alofes ; mais Rondelet dit qu’on pêche à Agde beaucoup d’un petit poiifon qu’on nomme callique ou lâche qui ref-femble à de petites alofes ; ces poilfons peuvent être les mêmes que les grands gais, dont nous avons parlé, article III. Ce n’eft pas , je penfe , le farache des Albanois, dont parle Rondelet, qui probablement eft un poiifon d’eau douce.
- Du prêtre, prefira ou capelan.
- 1017. Il n’y a guere de port où l’on ne donne le nom de prêtre ,prejlra 9 capelan ou moine, à quelques petits poilfons , louvent aifez dilférens les uns des autres ; cette bifarreriea fait'que je n’ai pu me rappeller pofitivement le ca-radere des diiférens poilfons auxquels on donne ces noms dans les ports de mer. J’ai donc été obligé d’avoir recours à ceux qui habitent ces ports , pour en obtenir la defcription, mais tous ceux à qui je me fuis adrelfé n’ont pas fa-tisfait également à ce que je délirais.
- 1018. M. Guillot , commilfaire de la marine à Saint-Malo, qui eft on 11e peut plus obligeant, m’en a envoyé dans de l’efprit-de-vin , & de plus , m’en a fait parvenir des dellins très-exads ; un de ces poilfons ,pl. VII ^fig. 8 , de la plus belle taille , avait cinq pouces & demi de longueur totale A B ; du mufeau au derrière des ouies à l’à-plomb de C , douze à treize lignes ; l’aileron du dos étant beaucoup plus près de la queue que du mufeau, il y avait de A en D trois pouces ; l’aileron de delfous le ventre E était à peu près à la même diftance du m ufeau ; l’aileron de la queue B était fourchu i enfin ce poif-fon avait deux nageoires derrière les ouies , & deux fous le ventre -, fa plus grande largeur verticale vers F était d’un pouce ; les côtés étaient blancs argentés , le dos coloré : je n’oferais pas alfurer de l’exaditude de cette defcription relativement à la pofition des ailerons & des nageoires, parce qu’il n’a pas été pofîible à M. Guillot de s’en procurer de très-fains ; comme ce poif-fon fe donne à^vil prix, & qu’il fert à amorcer les haims , on a bien de la peine à obtenir des pêcheurs qu’ils le ménagent comme ils font les poilfons précieux. Il en eft de même d’un petit poiifon qu’on nomme grados à Dieppe, lequel eft plein d’arêtes & très-différent du grados de Cancale , qui eft un excellent poifson.
- 1019. M. LE Roy me marque que lorfque la pêche des fàrdines eft pafsée, les pêcheurs de Breft vont dans les baies & autour des bâtimens pêcher des pref-tras ,avec le carreau. Nous avons détaillé &repréfenté la façon de faire cette pêche, première partie , fécondé fedion. M. de Courcelles, médecin de la marine à Breft, me marque que les prêtres de Breft ont deux ailerons fur le dos ; M. Ruis Embito m’en a envoyé un très-beau deflin qui a deux ailerons > en ce cas, ils doivent être mis dans une autre fedion.
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- Sect. III. Dè l’a!ofe> g? des poiffons qui y mti rapport. 287
- 1020. Le cap élan de Terre-Neuve qu’on pêche pour prendre les mornes, & dont j’ai parlé à la première feétion de la fécondé partie, eft très-différent des poifsons à qui on donne ce nom dans la Méditerranée, particuliérement parce qu’il a deux ailerons fur le dos. Foye^pl. XI, de la feétion de la morue.
- 1121. M. Delafosse Herou m’a écrit que le grados de la Hougue eft nommé en Bretagne petit prejlra ; que ce poifson eft un peu applati par les côtés & plus court que le Unçon, avec lequel on le confond ; je ne le crois pas de la famille des poifsons qui nous occupent. Je ne dois pas non plus parler ici du grados de Cancale , qui eft un très-bon poifson, parce qu’il a deux ailerons fur le dos. A l’égard du capelan de la Méditerranée, comme il a trois ailerons fur le dos , je l’ai compris dans la famille des morues.
- 1022. M. Niou m’écrit de Rochefort, que le moine de la Rochelle eft le preftra ou prêtre de Fouras & d’01eron,.& que le prêtre reffemble beaucoup à l’aubufseau. Quoi qu’il en foit , il m’a envoyé un preftra de quatre pouces de longueur totale, qui a deux ailerons fur le dos ; ainli nous, ne devons point en parler ici.
- Du poiffon volant.
- 1025. On prend rarement dans nos ports de l’Océan, mais plus fréquemment dans ceux de la Méditerranée, des poiffons que les uns comparent au muge , & d’autres au hareng ; j’adopte ce parti, parce qu’il 11’a qu’un aileron fur le dos , & que les muges en ont deux : néanmoins ce poiffon pl. XII, a plulieurs points de reffemblance avec les- muges , fa tête étant plus applatie que celle des harengs, auxquels il reffemble affez par la forme de fon corps; cependant l’aileron du dos D eft beaucoup plus près de là queue que de la tête , & les nageoires F, de derrière les ouies font allez grandes, pour qu’en les déployant il s’en ferve comme d’ailes pour fe fou-tenir quelque tems en l’air ; les nageoires du ventre G font auflî plus grandes que celles du hareng, & en les étendant, elles contribuent aulïi à foutenir le poiffon en l’air. L’aileron E de derrière l’anus n’eft pas fort grand ; celui de la queue B C eft coupé bien plus inégalement qu’au hareng ; les yeux Font grands, élevés fur la tête, & entre les yeux & le bout du mufèau on apperqoit l’ouverture des narines. La gueule paraît petite quand elle eft fermée ;. en s’ouvrant elle fe dilate prefque comme celle du hareng, néanmoins; un peu moins, & approchant comme celle du muge.
- 1024. Les deux nageoires F de derrière les ouies, ainfi que celles G du ventre, font formées par de forts rayons fouples néanmoins. & liés par une membrane déliée & tranfparente. Quand le poiffon rapproche les nageoires F de fon corps, elles s’étendent au-delà de i’anus„ & le recouvrent
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- TRAITE1 LES VECUES, Partie IL
- -prefqu’entiérement. Elles font grifes vers leur articulation ; le refie efl gris -blanc & fort brillant ; fes écailles font grandes. Lorfque ces poiffons font “pourfuivis par des poiffons voraces , ils s’élancent hors de l’eau & volent dans l’étendue de plusieurs toifes, & aufîi-tôt que les ailes font delféchées, ils retombent à la mer. Mais en évitant par le vol la pourfuite des poiffons voraces, ils font quelquefois fàifis par des oifeaux de proie.
- 102f. Celui que nous préfentons, avait feize pouces de A en Ci les navigateurs le jugeaient être de la plus grande taille ; il avait été pris dans la Manche, ce qui efl très-rare, & a été regardé comme un phénomène. ‘ On en prend plus fréquemment dans la Méditerranée i à Agde où on le nomme muge, on le prend avec les haims , & l’on en trouve dans les bour-digues. On m’en a envoyé un defîin qui ne différé de celui que j’ai fait graver, que parce qu'il a deux très-petites nageoires fous la gorge , & que celles de deffous le ventre ne font pas grandes. Mais il elt commun vers les Tropiques, & M. de Montaudouin m’eu a envoyé un de ceux-là dans l’eau-de-vie , dont les écailles étaient très-brillantes. Les pêcheurs comparent la. chair de ce poiffon à celle du hareng , ils difent feulement qu’elle efl plus feche.
- 1026. Voilà tous les poilfons de mer que j’ai pu me procurer , qui par le nombre & la pofîtion des ailerons & des nageoires doivent être compris dans cette troifieme fedion : mais il y a bien des poidons d’eau douce qui ont les mêmes caraderes ; nous en parlerons dans la fuite de cette même fedion.
- 1027. J’ai prévenu au commencement de cet ouvrage, que je 11e me pro-pofàis pas de faire une Ichtyologie complété , plufieurs célébrés auteurs ayant donné fur cette partie de l’hifloire naturelle, tout ce qu’on peut defirer. Mon intention a été de me borner aux poiffons d’un ufage le plus familier, principalement à ceux qui forment une branche de commerce; mais je me fuis beaucoup étendu fur les différentes façons de pêcher les poiffons dont je m’occupe, & fur les préparations qu’011 leur donne pour les conferver & les mettre dans le commerce. D’après cet expofé, on jugera que dans cette troifieme fedion, j’aurais pu me contenter de parler de l’alofe, du hareng, de la fardine , de l’anchois & du fprat, pour les poiffons qui entrent dans le commerce , & de plufieurs autres qui font regardés comme de bons poiffons & qui fe confomment frais. J’ai palfé ces bornes , ayant parlé de plufieurs poiffons qu’on emploie pour amorcer les haims, ou qu’on abandonne aux pauvres gens ; j’appréhende d’avoir fait à leur égard .des fautes, foit en omettant quelques poiffons qui Je
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- Sect. 111. De l'alofe, & des poiffons qui y ont rapport. 289
- trouvent fur nos côtes, & qui par leurs caracleres devraient être compris dans cette troifieme fedion, foit en rapportant le même poiffon fous dif-ferens noms : c’eft pourquoi je réitéré les inftances que j’ai déjà faites plufieurs fois , à ceux qui font à portée des endroits où l’on pratique les différentes pêches que j’ai décrites, de 111e faire connaître mes cmiffions & les fautes qui me feraient échappées , m’engageant, en leur témoignant ma reconnaiiîance, de faire connaître ceux qui auront bien voulu m’aider de leurs lumières, 11’ayant pour objet que de rendre mon ouvrage utile & digne de l’approbation du public. Enfin, en attendant le fecours que je follicite & que j’ai lieu d’efpérer, je me détermine à publier ce qui regarde les poiffons de mer, que je crois qu’on doit comprendre dans cette troifieme fedion ; mais il y a beaucoup de poiffons d’eau douce , qui ayant les mêmes caractères 11e doivent pas être omis. Je vais m’en occuper dans un cahier féparé , qui formera la fuite de cette troifieme fedion, 8c qui la terminera.
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- SUITE DE LA TROISIEME SECTION
- DE LA SECONDE PARTIE.
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- CH A PITRE IX.
- Des poijj'ons d'eau douce de la famille des alofes.
- i. CDn rappellera qu’au commencement de cette troilieme fedion, il eft traité. des poidbns de mer, ou qui palfent de la mer dans les rivières, & qui ont~pour caradere d’avoir un feul petit aileron mou fur le dos, vers le milieu du corps, un au tre. fous - le 'ventre , entre l’anus & l’aileron de la queue, deux nageoires derrière les ouies, & deux fous le ventre plus ou moins! éloignées de la tête : or comme il y a des poilfons d’eau douce qui ont les mêmes caraderes, il m’a paru convenable d’en traiter dans ce neuvième /chapitre, qu’on peut regarder comme une fuite de latroiileme fedion.
- Article premier.
- Des fardines d'eau douce, & des poifjons d’eau douce qui confinent aux far-
- dînes de mer.
- 2. J’ai prévenu plus d’une fois que mon deifein n’était pas de faire une hiftoire complété des poilfons, & que je comptais me borner à parler de ceux qui font d’un ufage familier, particuliérement quand ils -fondent une branche de commerce. Si je voulais m’aftreindre rigoureufement à ce plan, je pourrais me diipenfer de parler de quelques poilfons qui confinent aux •fardines, & qu’on pêche dans plufieurs lacs d’eau douce.
- 3. Mais M. Fougeroux de Bondaroy m’ayant apporté d’Italie de petits poilfons très-relfemblans à de grolfes fardines, qui avaient été pêchés dans le lac de Guarda (1), j’ai cru devoir en parler dans cette fuite de la troilieme fedion, d’autant que ces poilfons ont beaucoup de relfemblance avec quelques-uns dont il a déjà été fait mention : car je crois que par la defcription que jevais donner "du poilfon que m’a apporté M. Fougeroux, on convien*
- ( r)-i Appelle communément lac, de, Garde.
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- dra qu’il refTemble beaucoup à l’harache de Marfeille, qui eft repréfentée pi. VII, fig. 7, & dont j’ai parlé dans cette troifieme feétion; mais l’un fe prend dans l’eau ialée de la Méditerranée, & l’autre dans un lac d’eau douce.
- Defcriptim de la far dîne au lac de Guarda.
- 4. La longueur totale de ce poiflon était de 7 à 8 pouces. La tète comprimée fur les côtés diminuait de largeur en approchant du mufeau, qui néanmoins était obtus. Les yeux étaient grands & élevés fur la tète : environ à la moitié de la diftance qui était entre les yeux & l’extrémité du mufeau, on remarquait un trou rond qui eft l’ouverture des narines. Nous n’avons point appërçu de dents au bord des mâchoires, tant fupérie.ure qu’inférieure ; celle-ci était un tant foit peu plus longue que l’autre : l’extrémité de la gueule fe relevait un peu en en-haut. La langue nous a paru cartilagineufe & terminée par une pointe un peu piquante, ce qui eft peut-être une fuite du deiféchement que ce poiflon avait éprouvé dans le tranfporL La forme générale du poiflon approchait aflez de celle d’un petit hareng.
- $*. L’aileron du dos commençait à peu près à 3 pouces du bout du mufeau, & à fon attache au corps cet aileron avait environ 10 à 11 lignes de largeur : les premiers rayons du côté de la tète avaient cette même longueur ; & les derniers, du côté de la queue, n’avaient guere que 3 lignes. Les rayons qui le formaient étaient très-déliés ; néanmoins il nous a paru qu’il y en avait 13 à 14.
- 6. L’aileron du ventre , derrière l’anus , avait à fon attache au corps 'environ 14 lignes de longueur j les plus longs rayons étaient à peu près de f lignes, & les plus courts de 3 ; ils étaient très-déliés & inclinés vers l’arriere. L’aileron de la queue était très-fendu ; les plus longs rayons avaient environ if à 16 lignes de longueur : il m’a paru qu’il ne s’élargiifait pas beaucoup à fon extrémité, & les rayons m’ont femblé excéder un peu la membrane qui Les uniifait j c’eft peut-être pour cette raifon que Belon compare cet aileron à un pinceau.
- 7. Les nageoires branchiales étaient à côté de la gorge , au-deifus de l’opercule des ouies : il m’a paru que chacune avait à peu près 14 rayons très-déliés. Les nageoires ventrales, qui étaient à peu près à un pouce & demi en avant de l’anus, étaient formées feulement de 7 à 8 rayons , dont le plus long avait 9 lignes de longueur ; la couleur de ces nageoires tirait un peu au ventre de biche.
- 8. Le dos était noirâtre ; les côtés paraiflaient un mélange d’or & d’argent, avec des reflets de nacre de perle : l’opercule des ouies qui était formé de lames cartilagineufes , était recouvert d’une membrane très-brillante : en levant ces opercules , on appercevait de chaque côté quatre branchies. E11
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- Sect. ni. Des poiffons d'eau douce de la famille des atofes, 29 f
- paflànt le doigt fous le trancliant du ventre depuis l’anus jufqu’à la gorge, on Tentait des dents à peu près femblables à celles d’une faucille, de même qu’aux alofes , aux feintes , aux harengs, aux fardines , &c.
- 9. Ce poilfon m’a paru il femblable à l’harache gravée fur la planche. VII, fis,. 7, que j’ai jugé fuperflu de le faire graver \ mais, comme je l’ai déjà dit,, l’harache de Marfeille fe pêche dans la mer, & le poilfon dont nous parlons, dans des lacs d’eau douce. J’obferverai encore que les poiifons qu’on appelle haraches à Gènes, font, fuivant Belon, de petites pucelies.
- 10. M. Fougeroux de Bondaroy, qui a mangé de ce poilfon eri Italie* dit qu’il eft fort bon, & qu’il a cru lui trouver un goût analogue à la far-dine. Pour prononcer plus affirmativement* il aurait déliré être à portée d’avoir en même tems des lardines de Provence & de celles du lac. Ce poilfon ferait-il de ces petits poiifons qu’on trouve abondamment dans tous les lacs , & que les uns nomment liparis , les autres agon, & que quelques-uns croient être de petites alofes ? N’ayant pas pu décider cette queftion par mes propres observations, je vais rapporter ce que l’on trouve dans les auteurs.
- Des agons de Belon.
- 11. On pêche dans le lac de Guarda, proche Vérone, un poiïïon gros comme un petit hareng ou une grolfe fardine, connu en Italie fous le nom & agoni ou fardine d'eau douce ; car , quoique ce lac foit d’eau douce, on trouve à ce poilfon un peu du goût de la lardine de mer y au refte il en a tous les caraéteres , tant pour les nageoires, que pour les ailerons. Voilà qui eft bien propre à faire penfer que les fardines que M. Fougeroux a rapporté d’Italie, font des agons : joignons à cela que Belon dit exprelfément, que le petit poilfon qu’on appelle fardine du lac eft nommé agon en plulieurs endroits du Milanais, où il y a trois lacs dans lefquels les habitans font la pêche des agons, qu’ils envoient de côté & d’autre après les avoir apprêtés de différentes maniérés , ce qui leur procure un revenu conlidérable.
- 12. Le même auteur ajoute que les agons du lac de Côme* ne font guere plus grands qu'une forte lardine ou un célerin 5 mais ils ont le ventre un peu plus large. On ne tranlporte ordinairement cette elpece que jufqu’aux environs de Milan & de Mantoue , les uns fecs, les autres en barrils, où ils font confits avec une faumure : il n’y a point dans ces provinces de poif. fon plus commun que les agons.
- 15. Belon alfure que les agons du lac Majeur font plus.grands que ceux du lac de Côme : les riverains du lac Majeur , tels que les habitans des villes d’Arona, Palanza, Canobio , Locarno & Engedre , en prennent quantité qui font un peu plus gros que ceux du lac de Côme * mais les plus
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- grands fe pêchent dans le lac Lugano, aux villages de Campignoil & Buif-îbn : on en prend auffi de fort grands au lac de Garde ; mais on ne les confit point en faumure.
- 14. Il y a encore un autre lac qu’on nomme Grigole , fous le Mont-Celizi, à une petite diftance de Vérone, près l’Adige. Ce lac a des isles Bottantes, comme 011 le rapporte du lac Orchomene : les habitans prennent dans ce lac & entre ces isles des poiffons qu’ils nomment fardanelles, qui , après l’hiver, s’y rendent par bancs ; fuivant Belon, ils font une elpece d’agons dont les habitans retirent un profit confidérable.
- 1 f. L’agon fe dépouille aifément de fes écailles , qui font aifez grandes, minces & flexibles ; elles font noirâtres fur le dos, & argentées fur les côtés. On 11e fent point de dents dans la gueule ; il y a fur le dos un petit aileron flexible, deux nageoires derrière les ouies, & deux fous le ventre, l’aileron de la queue eft fendu, &, dit Belon, terminé comme un pinceau ; il a des afpérités fous le ventre depuis l’anus jufqu’à la gorge ; fes yeux font grands & élevés fur la tête. Cette courte delcription établit que l’agon tient beaucoup de la fardine , du célerin ou du hareng.
- 16. Belon, page 303 , réunit l’alofe avec le farachus, & il dit, page 302 , que le farachus eft l’agon; d’où il fuit que cet auteur incline à regarder les agons comme de petites alofes. D’un autre côté, j Ray, dans fon Hifloire. des poiffons, dit, d’après Paul Jove, que lagon de Belon, de Rondelet & de Geffner, eft le farachus d’Aldrovande, & qu’il a la forme & le goût de l’alofe ; mais qu’il eft beaucoup plus petit, les plus gros ayant rarement un pied de longueur ; & fuivant Paul Jove, il ne différé de l’alofe que parce qu’il eft maigre au printems, & que là meilleure faifon eft l’automne : fur quoi je ferai remarquer que' fi les agons font de jeunes alofes, il pourrait bien être que ces jeunes poiffons feraient maigres dans la faifon où ils croiffent le plus , & que n’étant pas encore en âge de frayer ils deviendraient gras l’automne.
- 17. A quoi j’ajouterai que Ray remarque que quoique tous les ichtyo-logiftes aient diftingué l’alofe d’avec l’agon, Wiliughby, en décrivant à Vérone avec foin les fardellèS'du lac de Garde, qu’on.nommait autrefois la eu s Benacus, dit qu’il les a trouvés conformes aux alofes, par le nombre & la pofition des ailerons & des--nageoires qui c font formées d’un:'pareil» nombre de rayons : il a encore trouvé' pareil nombre de branchies & de taches; la forme & la grandeur de la gueule, ainfi que les vifeeresintérieurs fe reffem-blaient, de forte qu’il ne trouvait de différence de-l’agon & l’alofe , que dans la grandeur refpedive de-ces poiffons. Je-ferai remarquer à cette- occafion que la plupart de ces points de reflemblanee fe trouvent aullî entre, les harengs, les célèrins, les fardines , &c. & l’on peut cordulter ce que nous avons
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- Sect. III. Des poiffons d'eau douce de la famille des alofes. 297
- dit au chapitre II, n°. 41. A l’égard des taches dont parlent quelques auteurs , on fait que les alofes vraies n’en ont point, mais feulement les feintes ou fauffes alofes, qu’on nomme gattes en quelques endroits.
- 18. Les fardines du lac de Garde que m’a apporté M. Fougeroux, n’a-voient point, non plus que les alofes, la file de taches qu’ont les feintes, pi. I, fig. f, mais des efpeces de nuages bruns irrégulièrement diftribués fur le corps. Je ne fais fi ce font de pareilles taches que quelques auteurs attribuent à l’agoni mais fi ce font des taches comme à la feinte, 011 peut conlulter ce que nous avons rapporté, ch. II, article III, au commencement.
- 19. Pour ce qui eft de la différente grandeur qu’on remarque entre les alofes & les agons, il aurait été à propos que les auteurs qui fe font trouvés à 1 portée d’en voir un grand nombre, fe fuffent affiné fi les agons font en état de frayer ou non, ce qui aurait décidé fi ce font de jeunes poiffons deftinés à devenir grands, ou des poiffons qui doivent relier petits.
- 20. Je ne dois pas omettre de rapporter que 'Willughby dit, d’après la dépofition des pêcheurs , qu’à Pefcheria on nomme agoni les poiffons qui ont trois ans, fardellæ ceux qui ont deux ans, & fcarabini ceux qui font à leur première année : déplus, Geilner dit qu’un pêcheur l’avait affiné qu’on nommait vulgairement gobioni les petits agons, qu’011 confervait la dénomination & agons pour ceux de moyenne taille, & que les plus grands s’ap-pellaient alofes ou ctp'uz. Ce qui paraîtrait établir que les agons font de petites alofes , qui, comme les truites, relient toute leur vie dans l’eau douce > & comme il paraît qu’il n’y a point d’alofes qui relient, continuellement dans l’eau douce, pour 11e point contrarier cette obfervation qui effc affez générale, quelques-uns penfent que les agons, qu’ils regardent comme de jeunes alofes, montent de la mer dans le lac Majeur (lacus Verbanus') par le Pô: Ray, qui incline beaucoup pour ce fentiment, dit qu’il peut fe faire que les alofes remontent même depuis la mer jufques dans les autres lacs , tels que ceux de Côme, de Garde, Lugano, &c. par le même fleuve ; que les alofes dépofent leur frai dans ces fleuves, puis retournent à la mer, pendant que les jeunes paffent dans les lacs, d’autant qu’on n’en prend point dans l’hiver : mais pour ne rien avancer au hafard , Ray ajoute que s’il était bien établi que les agons reflaffent toujours dans les lacs, fans jamais defcendre à la mer, 011 ferait obligé de convenir que les agons font des poiffons d’une autre efpece que les alofes.
- 21. Voilà tout ce que nous pouvons dire de plus pofitif fur un poiffon qui n’eft point connu dans nos mers, au moins fous le nom â'agon. Mais , m’étant engagé de parler des poiffons d’eau douce qui reifemblent aux fardines, je crois devoir dire un mot d’un petit poiffon que Reion nomme liparis.
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- Du liparis de Beîon.
- 22. Belon dit que ce poilfon n’eft décrit par aucun aucun auteur, & qu’il n’en aurait eu aucune connaiflance s’il ne l’avait pas vu dans un lac de Macédoine, vulgairement nommé covio s ou limnous pifckiac, où il eft connu fous le nom de liparis : cet auteur ajoute qu’il reffemble à la fardelle, à cela près qu’il eft plus large, moins épais & plus court ; il eft très-gras & fond en partie quand on le fait cuire fur le gril. Il en eft à peu près de même des fardines, quand on les pêche dans les parages, & les faifons où elles font fort grades.
- 23. La tète, dit Belon , reffemble à celle du hareng; les mâchoires font garnies d’afpérités. Les nageoires & les ailerons reifemblent & font placés comme aux fardines ; il a auffi des dents de fcie ou des afpérités fous le ventre. Les écailles 11e tiennent guere à la peau, qui eft argentée : le goût de ce poilfon eft plus agréable que celui du hareng. On en file pour les conferver, 8c on les enfile avec un brin de jonc pour les vendre par douzaine, parce qu’ils font petits. C’eftau printems qu’on en fait la pêche * 8c c’eft auffi dans cette faifon qu’ils font le plus gras ; il s’en fait alors un commerce confidérable.
- 24. On prend avec les liparis des poiffons un peu plus gros, qui leur reifemblent beaucoup ; on les nomme lejlia ; ils ne font pas auffi eftimés. Ces poilfons vont par troupes : les pêcheurs font du bruit avec des coquilles * des telfons de pots, même des inftrumens de métal, dans la vue de les attirer; enfuite ils e/faient de les envelopper avec un grand filet, & ils fe portent dans l’enceinte avec de petits bateaux pour battre l’eau & les engager à donner dans le filet, qu’ils tirent enfuite fur le rivage.
- 2f. Suivant cette notice de Belon, il me femble que le liparis différé peu de l’agon ou de la fardelle, peut-être encore de celui que Belon nomme farachus ou fauvrus , en français farache, qu’on prend en quantité aux lacs d’Albanie ; on en laie, on en feche & on en fume pour le tranfi. porter fur les bords de la mer Adriatique : cet auteur admet qu’il reffemble à l’agon: on en prend qui n’ont que quatre pouces, d’autres plus d’un pied de longueur.
- De ïachon, aucbon ou auqon de la Mofette.
- 26. Suivant Belon, il y a un poilfon particulier à la Mofelle, qu’cùi nomme achon , qui ne différé de l’ombre dont nous avons parlé dans la fécondé fe&ion, que parce qu’il 11’a point d’appendice muqueux entre l’aileron du dos & celui de la queue; il eft alongé comme l’ombre & la van-
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- Sect. III. Des poîjjons d'eau douce de lafamiHe des alofes. 299
- doffè, & n’eftpas raccourci comme le gardon ; l’aileron du dos eft un. peu moindre qu’à la vandoife; fa gueule a une forme particulière, ayant les levres plates, & l’ouverture de la gueule point arrondie. Ses écailles, le nombre des ouïes, les lignes latérales, les ailerons du ventre & de la queue ,> ainfi que les nageoires font comme à l’ombre. ’ ; i , r
- 27. M. le baron de Tfchoudy, bailli de Metz, qui veut bien m’aider de fes lumières, me marque qu’on pêche dans laMofelle un poiffon qu’on nommé àuçon, qui relfemble au vilain, que feulement il eft un peu plus alongé > il paffeidirRhin dans la Mofelie à la fin de mars qui eft la faifon de la fraie; il eft quelquefois très-abondant, puifque fix pêcheurs en ont pris jufqü’à fo milliers en trois femaines ; les plus gros pefent deux livres : 011 le prend à la laine , en été, fur les fonds graveleux ; en automne, il paffe dans les grands fonds. Ce 11’eft pas le lançon de mer dont nous parlerons dans la fuite. J’inclinerais à foupqonner que l’auçon dont parle M. de Tfchoudy, eft i’achoii de Belon ; cependant cet auteur l’annonce comme un excellent poiffon particulier à la Mofelie, & M. de Tfchoudy dit qu’il vient du Rhin, & que c’eft un poidon blanc, médiocrement eftimé. {2) ' î ^
- A R T I C L E IR
- De Cable ou ablette, ovelle ; albula minor ou alburnus. ( 3 )
- ^ '28. L’able eft un petit poiffon un peu applati, plus alongé que'le goujon, la tète eft affez petite, plate en-deffus, le bout du mufeau eft échancré l&‘un peu relevé; les plus grands, pl. XII, fig. 2, ont à peine 6 pouces de lbnguéur ; ceux' qu’on prend le plus communément fig. 1, n’ont guere que 4 pouces.
- 129. Leurs yeux font grands, brillans, la prunelle noire ; les écailles font petites, minces, peu adhérentes à la peau; celles des côtés font blanches
- ,( 2)1 Quelque refpedable que foitpour claffifîcation des petits poiflbns dontils’a-inoi, comme pour le public éclairé , un au- gît, il eût cherché à s’aflurer s’il n’y avait *téur qui confacre fes talens & fes veilles au point dans les pays & les lacs qui en foiit «bien-de l’humanité, je ne puis cependant pourvus, quelques induftries particulières me difpenfer’d’obferver dans cet endroit, pour les prendre, & différentes de celles que le .célébré &)laborieux académicien à qui font généralement connues , cequiten-qui l’on doit cet utile traité, aurait, ce fem- drait à perfectionner l’art lui - même. On a ble, mieux atteint le but qu’il s’eft propofé, pu voir par mes notes & mes additions que & qui de Ton aveu n’eft pas de donner une c’eft à quoi je me fuis principalement at-ichtyologie complété ,Ti au lieu de rappor- taché. ' "L
- ter les différens fentimens des auteurs fur la ( 3 ) En allemand grundling.
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- argentées, & de couleur de perles orientales, celles du dos font bleuâtres9 tirant un peu au verd, mais il y en a ,fig. 2, qui font prefqu’entiérement blanches; à d’autres la couleur bleue du dos a plus d’étendue & d’intenfité , comme il eft repréfenté fig. 1, & celles-ci font beaucoup moins eftimées que les autres; car il n’y a que les écailles blanches & argentées, qui paillent fervir à faire les perles faulfes, on rejette les autres. Quelques-uns, eu égard à cette différence , veulent diftinguer deux efpeces d’abîes, mais nous pen-fons que ce n’eft qu’une variété : néanmoins ils nomment abUs bordes, ceux où la partie colorée a plus d’étendue, & ils prétendent qu’ils font moins alon-gés. J’avoue que je n’ai pas apperçu fenfiblement cette différence.
- 50. L’able a de la rellémblance avec i’éperlan; mais à l’éperlan les écailles des côtés ne font pas aufti brillantes qu’à l’able , qui n’a pas entre l’aileron du dos & celui de la queue, le petit appendice muqueux qui caraétérilè l’é-perlan; les nageoires & les ailerons des abJes font ordinairement teints de rouge à l’endroit où ils tiennent au corps, & l’aileron de la queue plus que les autres. Mais ces idées générales ne fuffifant pas, je vais donner une de£» cription plus exaéte d’un able de moyenne grandeur»
- Defcription d'un abîe de moyenne grandeur.
- 51. La longueur totale AB, pi. XII>fig. 1, était de 4 pouces; du mu-feau au centre de l’œil 4 lignes ; au derrière de l’opercule des ouies, à lTà-plomb de H, 9 lignes; au commencement de l’aileron du dos vers C,un peu plus de 2 pouces : il y a de A en C, à peu près deux fois l’elpace qu’il y a de C en K ; la largeur de cet aileron, à fon attache au corps, 7 lignes & demie ; du mufeau à l’anus D, 2 pouces 2 lignes ; l’étendue de l’aileron E de derrière l’anus à fon attache au corps, 9 lignes.
- 22. La longueur KL de l’aileron de la queue 11 lignes, il eft fourchu1;, de l’articulation de la nageoire ventrale G au bout du mufeau, 18 lignes. L’articulation des nageoires F eft à peu près à l’à-plomb du derrière de l’opercule des ouies. Les nervures des ailerons & des nageoires font très-déliées,* néanmoins il nous a paru que l’aileron de derrière l’anus eft compofé de. 20 rayons. La gueule releve un peu vers le bout; la mâchoire inférieure, eft un peu plus longue que la fupérieure : nous n’y avons point apperçu de dents * mais elles font bordées de levres. t
- 3 Quand on interpofe ce poilfon entre le foleil & l’œil, il paraît presque tranfparent; néanmoins le dos eft affez épais & charnu. Les raies latérales MN, qui partent du haut des opercules des ouies, & aboutirent au milieu de. .Faileron de la queue, font une courbure allez conftdérable du côté des ouies.>
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- Sect. IIE Des poiffons if eau douce de la famille des alofes. $oï
- . les nageoires & les altérons ont ' ordinairement une teinte rouge à leur attache au corps, & celui de la queue eft rouge par les bords. ( 4 ) ,
- De la pêche des cibles.
- 34. On trouve ce petit poiflon dans prefque toutes les grandes rivières, ainfi que dans plufieurs lacs. On en prend quelques-uns dans toutes les lài-fonS ; mais c’eft au printems qu’ils fe montrent en plus grand nombre. On, prétend qu’alors ils fe raffemblent pour frayer, & comme ils font très-voraces , on les'attire en un lieu avec dilférens appâts.
- Dans la Seine, on forme au milieu de la riviere avec des piquets, une elpece de clayonnage A, pi. XII,fig. $ , qui augmentant l’agitation de l’eau, attire le poiifon ; on attache à un des piquets un panier B, dans lequel on met des tripailles & du fang caillé qu’on ramaffe dans les boucheries. L’eau emporte peu à peu ce fang, & les ables attirés par cet appât, fe rafïèmblent auprès du palis , où on les prend de différentes façons. Quelquefois plufieurs pêcheurs fe portent dans un bateau C, auprès du palis ; & ils prennent le :poilfon avec des lignes déliées, au bout defquelles ils ajoutent trois ou quatFe petits hameçons amorcés de vers blancs, qu’ils attachent à un fimple brin de crin : on peut, dans les faifons où les ables font abondans, en pêcher ainfii au bord des rivières, & employer les différens moyens indiqués à la première partie, première fedion, où nous avons traité expreifément de la pèche aux haims. Mais au moyen du palis A, 011 en raffemble un plus grand nombre dans un endroit, & le plus fouvent on les prend avec le filet qu’on nomme abkret, qui n’eft autre chofe que le carrelet ou échiquier, comme fait le pêcheur D; & en E, 011 voit un pèchenr qui fe porte à l’endroit où il vent faire la pêche avec fon filet, qui eft établi à l’avant du bateau. Je ne m’étendrai pas davantage fur cette façon de pêcher, parce qu’on peut confulter ce que nous en avons dit à la première partie, féconde fedion -, je remarquerai feulement, que comme les ables font petits, il faut que le filet foit fait avec du fil fin, & que les mailles aient peu d’ouverture. Quand on a rafi fèmblé beaucoup- de ces poiifons dans un endroit, 011 en prend aufli avec un petit épervier, dont les mailles font ferrées comme on le voit en F, & l’on peut confulter ce que nous avons dit de cette façon de pêcher, première partie, fécondé fedion.
- ( 4 ) Ce petit poiflon n’a point de fiel, & contre l’opinion dont notre auteur parle dans fa chair eft mollafle , ce qui fait qu’on l’ef- la fuite de cet article, que d’autres efpeces time peu. Dans les lacs de laSuifte ; on n’en s’en nourriflent volontiers , a» moins ers prend que pour fervir d’amorces: cela prouve quelques endroits.
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- 36. Lorsque les ables fe montrent en quantité, on en pèche avec défi fainettes G, qui ont if ou 20 brades de longueur fur deux de çhûte,=ddnt le filet eft très-délié, & dont les mailles n’ont que 5 ou tout au plus 4 lignes d’ouverture enquarré. Comme ces faines ne fe traînent qu’à la côte, & lorfi. que les eaux font troubles, 011 peut conlulter ce que nous avons dit de la pêche avec les fainettes, première partie, fécondé feétion.
- 37. Mais comme par les ordonnances des eaux & forêts, il eft défendu de pêcher avec d’auffi petites mailles, les officiers de ces jurifdi&ions, font inconteftablement en droit de reftreindre la pèche des ables aux feuls haims, pour ménager les petits poiffons de tout genre , & ne point bouleverfer lés fonds; cependant on 11’interromptpoint la pêche des ables avec le carrelet, &
- » en beaucoup d’endroits, on toléré celle à la fàinette, qu’on nomme abUrettt, j à caufe de l’ufage qu’on fait de ce poilfon pour les perles faulfes. D’ailleurs, 011 prétend que l’able ne fournit point de nourriture aux autres poilfons ; les pêcheurs affurent qu’on n’en trouve que dans l’eftomac des alofes ; mais que ce petit poilfon très-vorace détruit beaucoup de frai. Comme ces faits font . avancés par les pêcheurs d’ables, qui ont intérêt à ce qu’on ne les gêne pas fur la façon de les prendre, je n’ai qu’une médiocre confiance à ce qu’ils avancent.
- 38. Outre ce que nous venons de dire fur la pêche des ables, il eft bon d’être prévenu qu’011 peut employer toutes les façons de pêcher qui font en. ufage pour l’éperlan; ainlî on en prend avec des nalfes, première partie, féconde feéüon, les guideaux & les haveneaux. Enfin on en trouve dans toutes les pêcheries, même dans les parcs; mais de plus, nous invitons à con-fulter ce que nous avons dit de la pêche des éperlans, fécondé partie, fécondé fection, parce que la pêche des ables & celle des éperlans, eft à très-peu de chofç près la même.
- De la pêche des ables dans le Rhin.
- 59. M. Spielmann, correfpondant de l’académie, & célébré profefleur à Strasbourg, me marque qu’on prend toute l’année quelques ables avec des faines faites de fil délié, & dont les mailles font petites; mais comme l’été ces petits poilfons courent aux appâts qu’on leur préfente, les pêcheurs les attirent en un endroit, avec un morceau du marc qui refte des femen-ces de pavot, après qu’on en a retiré l’huile; les pêcheurs marquent avec un bâton l’endroit où ils ont mis cet appât; lorfque les ables s’y font rafi-femblés en quantité, ils les prennent avec l’épervier qu’ils nomment le filet d jeter ( f ), ils mettent auffi de cet appât dans de petits golfes au bord
- (5) Eu allemand vjurf -garn, qui fîgmfie la même choit.
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- Sect. Illi Des poijjons dleau dauce dè la famille des alofes.
- de la riviere, & pèchent avec le carreau ou l’échiquier; mais, comriiq nous l’avons dit, on ne peut pratiquer ces pêches que l’été, parce que l’hiver les ables ne courent point aux appâts qu’on leur préfente.
- De la pêche des ables en Hollande.
- 40. M. Allamant , correlpondant de l’académie, & célébré profelfeur à Leyde , me marque que dans le printems, on pèche dans les lacs qui font au nord de la Hollande , des ables ou ablettes pêle-mêle avec beaucoup d’autres poilfons d’eau douce ; pour cela on fe fert d’une grande pappe de filet en tramail, qu’on tend perpendiculairement, & avec lequel on forme une grande enceinte qui embrafle une malfe d’eau confidérable : les pêcheurs avec de petits bateaux fe placent dans cette enceinte , munis d’une longue perche A B, pl. XII ,fig. 4, à l’extrémité de laquelle on attache un vafe de bois, qui a la forme d’une coupe ou d’une talfe creufe ; les pêcheurs plongent cette coupe dans l’eau de toute leur force, ce qui produit un bruit fourd, qui néanmoins s’entend à une grande diftance ; alors le poiifon épouvanté, foit par le bruit, lbit par l’agitation de l’eau, fe jette dans le filet, & eft pris.
- De la préparation des écailles des ables.
- r 41. Ce petit poiifon a la chair flafque & a peu de goût ; c’eft pour ion écaille qu’on le pêche : cependant quand on l’en a dépouillé, en vend le poiifon à Bas prix, & ceux qui les achètent les font frire. On recherche les écailles à caufè de leur éclat qui relfemble à la nacre de perle ; elles font pour cette rai-fon préférables à toute autre pour faire les perles faulfes, qui ayant autant d’éclat que les fines , ont beaucoup fait bailfer le prix de celles-ci.
- 42. Je ne m’étendrai point fur la façon de faire les perles faulfes, cet art tient à celui de l’émailleur : je dois me renfermer à détailler les préparations que les pêcheurs donnent aux écailles, pour en faire ce qu’on appelle Yejjence d? orient ; que lès pêcheurs de province fournilfent aux émail leurs ; car ceux de Paris vendent les ables, tels qu’ils les pèchent, & ce font les faifeurs de perles faulfes qui leur donnent les premières préparations dont nous allons parler. Pour mettre le leéteur plus en état de comprendre ce que nous allons dire fur la préparation de l’elfence d orient, il ell bon de rapporter fommairement les différentes opérations des émailleurs.
- 4y. On dit qu’on a commencé l’art de faire les perles faulfes, en couvrant de petits globes de différentes matières avec des écailles d’ables, qu’on y attachait avec de la colle de poiifon : ces fortes de perles étaient très-brillantes ; mais l’humidité , & la chaleur de la peau faifant fondre la colle, les perles fe trou-
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- *04 TRAITE1 DE S, PECHE S. Partie. JI.
- vaient déchargées de ce qui fallait leur brillant, pendant que le cou.des femmes, en était taché. Pour éviter cet inconvénient, on a imaginé de faire à la lampe d’émailleur de petits globes de verre creux & très-minces, dans lefquels on... met un peu de ce qu’on appelle Vejjence- d'orient ; & pour donner du foutien à ces petites boules , on les remplit de cire, & on les traverfe avec un petit morceau de carte ou de papier, qui donne la facilité de les enfiler dans un cordon pour en former dés .colliers. . i
- 44. D’abord on croyait plus avantageux de faire,ces petits globes avec du verre: qui eût une couleur de girafol; mais depuis on a reconnu que du verre très-blanc, milice & tranlparent était au moins aufîi bon. Je vais expliquer plus en détail, les préparations qui regardent les écailles des ables, & que les pêcheurs de province leur donnent.
- 4f. Lorsque les pêcheurs font fuffifamment pourvus d’ables , fur le champ ils les lavent deux ou trois fois dans de l’eau très-claire & très-pure ; enfuite ayant une jatte de faïence pleine d’eau , on racle avec un couteau les/ écailles blanches & argentées qui font fur les flancs des poiflons; lorfque le couteau en eft chargé , 011 le plonge dans l’eau de la jatte, & on l’agite pour le décharger des écailles, fans y mettre le doigt ; les écailles fe précipitent au* fond de Peau.
- 46. On les verfe fur un petit tamis très-fin, qu’on plonge à plulîeurs reprises dans de l’eau bien nette , ne touchant point les écailles avec les doigts; quand elles font bien nettoyées & qu’on en a préparé une certaine quantité, on les verfe dans un ligne fin, &;on les preffe le plus qu’il eft pofîible pour, en ôter toute l’eau ; puis 011 les met dans un pot de terre, les faifant couler avec une linge fin & mouillé ; car il eft important de ne les pas toucher avec les doigts: on les prelfe dans le pot avec le même linge; fi l’on n’a pas fuffiiàmment d’écailles pour remplir le pot, on y ajoute des chiffons : on couvre le pot avec un linge fin , & par-deflus une toile cirée , & on les livre le plus promptement que l’on peut aux émailleurs; car fi l’on tardait trop, elles fe corrompraient & feraient perdues. Il faut aufîi l’hiver qu’elles; ne foient pas furprifes par la gelée ; pour cela on met le pot dans un panier rempli de foin. M. l’abbé Coteile , doyen de S. Martin d’Angers * m’a écrit que les pêcheurs de la Loire fuivaient cette méthode ; mais lorfqu’on.eft éloigné du lieu où s’en fait le débit, quelques-uns pour les conferver, verfent delfus une faible faumure, d’autres quelques gouttes d’elprit-de-vin ; mais toutes ces chofes en altèrent la couleur ; le mieux eft de mettre quelques gouttes d’alkali volatil, principalement aux linges qui rempliflent le pot, qu’il faut tenir dans un lieu frais:il faut à peu près quatre mille ablettes de différentes grofseurs pour avoir une livre d’écailles préparées comme nous venons de l’expliquer.,
- 47. Voilà en quoi confifte la préparation que les pêcheurs donnent aux
- écailles
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- écailles dés ables , lorfqu’ils né peuvent pas livrer promptement les poilsons aux émailleurs ; mais ces écailles exigent encore d’autres préparations , pour faire ce que les émailleurs nomment ejfrnce d'orient ; puifqu’après les premières opérations dont nous venons de parler, une livre ne rend que trois ou quatre onces de cette efsence, qui fert admirablement bien à colorer les perles, & à leur donner le brillant qu’ont les plus belles perles orientales ; de forte qu’en les regardant au cou d’une femme , il n’eft polfible de décider fi les perles font fines ou faufses.
- 48. Quoique , comme je l’ai déjà dit, je 11e me propofe pas de décrire ici l’art de faire les perles fauifes, je vais expofer, le plus brièvement qu’il me fera poflible,la façon de préparer l’effence dont il s’agit,afin de mettre les pêcheurs qui feraient dans des provinces fort éloignées, en état de livrer aux émailleurs l’elfence toute préparée , & telle qu’elle doit être employée. Oh met les écailles fraîchement détachées du poilfon ou préparées comme nous l’avons expliqué , dans une jatte de faïence remplie d’eau claire, & on les frotte avec le doigt couvert d’un linge fin , comme fi on voulait les broyer ; il s’en détache des parcelles très-déliées, qui donnent à l’eau une couleur argentée : après avoir lailfé l’eau fe repofer un inftant, on verfe cétte première eau dans un grand verre qui fe termine en pointe par le bas.
- 49. On jette de nouvelle eau fur les écailles qui font reliées dans la jatte , de faïence, & 011 les frotte comme on a fait la première fois ; quand l’eau a pris un œil brillant, on la verfe dans un autre verre, ce qu’on répété jufi. qu’à ce que l’eau 11e retienne plus de ces parties brillantes. Mais ce qui elt détaché en premier lieu^ effc toujours plus brillant que ce qu’on retire par la fuite ; c’eft pourquoi on conferve féparément dans autant de verres, ce qui s’eft détaché dans les différentes lotions.
- 70. On laiffe ces verres fe repofer pendant dix à douze heures, ou jufqu’à ce que la matière argentée fe foit précipitée , & que l’eau qui fumage foit claire ; alors on verfe l’eau jufqu’à ce qu’il n’y ait plus au fond du verre qu’une liqueur épaiifeàpeu près comme de l’huile; c’eft ce que les ouvriers appellent Veffence £ orient, parce qu’effe&ivement elle a une couleur approchante de celle des belles perles orientales.
- f 1. Pour qu’elle s’attache plus intimement à l’intérieur des boules de verre qui forment ces perles , on y ajoute un peu de belle colle de poiffon diffoutc dans de l’eau fort claire : mais il faut en mettre très-peu , car elle altéré toujours l’éclat de l’effence ; & comme cet enduit dans l’intérieur des boules de verre n’eft expofé à aucun frottement, la plus légère adhérence eft fuffifànte.
- f 2. On introduit avec un chalumeau de verre une goutte de cette effence dans chaque petite boule de verre, que l’émailleur a fouillée à la lampe ; lur-le-champ il les retourne en différens fens pour que l’effence en enduife tout Tome XI, Q_ q
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- i’intérieur j on les met enfuite dans dès corbeilles, & on les agite doucement pendant quelques heures, ou jufqu’à ce que l’elfence fe foit deiféchée. Pour leur donner plus de poids & de folidité^on les remplit de cire ypuis on les traverfe d’un petit rouleau de papier, ce qu’on appelle les cartonner, & c’eft dans ce papier qu’on pafse le cordonnet pour les monter en collier.
- 57. Il ne faut pas regarder l’efsence comme une liqueur , elle eft formée de petites parties folides très-minces & très-déliées ; & quand on l’examine au microfcope , on apperçoit que c’eft un amas de petits corps durs de figure régulière qui nagent dans l’eau de colle qu’on y a ajoutée. Ces parcelles font donc des lames très-minces de figure rectangulaire ; quelques-unes fe termi-nent en pointe ; on n’apperçoit pas que le frottement qu’011 leur a fait éprouver en ait fait plier aucune. Ainfi cette fubftance eft fort différente de celle des écailles j mais elle y eft très-adhérente & en plus grande quantité à la face qui regarde le poifson qu’à celle qui eft en defsus. M. de Réaumur entre à ce fujet dans de grands détails qu’on trouve dans les mémoires de l’académie de 1716 (6), pages f & fuivantes. Mais , de même que je ne fuis entré dans aucun détail fur la façon de fouftler les petites boules de verre dont on fait les perles , je m’abftiendrai de décrire comment on introduit l’efsence dans ces boules, comment 011 les remplit de cire, comment on les cartonne : toutes ces chofes n’ayant aucun rapport avec le métier de pêcheur j j’ai cru cependant devoir expliquer comment les pêcheurs qui feraient à portée de prendre beaucoup d’ables, pourraient en retirer l’efsence pour l’envoyer afsez loin dans les villes où font les ouvriers qui font les perles faufses.
- Article III.
- Vu goujon de riviere ; goeffon dans le Lyonnais & en Provence : gobio flu-viatilis ; en allemand krejfc.
- fq. Ce poiffon qu’011 trouve très-fréquemment au bord des grandes 8c petites rivières, ne doit pas être confondu avec un poillon qu’on prend au
- ( 6 ) On trouve dans ces mémoires une les, il y a une membrane qui recouvré des ebfervation intéreffante pour l’hiftoire na- lames argentées; celle qui enveloppe l’ef-turelle des poifions que je crois devoir rap- toniac & les inteftins, en eft toute brillante, porter ici. Cette matière brillante, avec la- Cette matière eft alors molle & fouple , & quelle on compofe YeJJ'ence d’orient, ne fe elle a toute fa perfection dans les écailles, trouve pas feulement fur les écailles de ce C’eft ce qui, joint à d'autres obfervations ,a poiffon, pmfqu’il brille encore après avoir fait conjecturer que la matière argentée fe été écaillé , parce qu’immédiatement au- forme dans les inteftins , qu’elle paffe dans deffous de la peau que touchent les écail- des vaiffeaux pour arrivera la peau & aux
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- Sect. III. Des poijfuns d'eau douce de la famille des alofes. 307
- bord de la mer dans les roches, qu’on nomme quelquefois goujon, quoiqu’il ait d’autres cara&eres. Celui dont nous nous occupons eft petit, puif-qu’il en faut douze pour faire une «livre ; néanmoins celui que nous repré-{mtons, pl. XII, jîg. j”, avait près de cinq pouces de longueur.
- Defcription d'un petit goujon.
- 5*5*. C’est un poiflbn à écailles & à arêtes 5 fa tète; eft fort alangée, elle a depuis A, jufqu’au» derrière des ouïes à 14 lignes j l’œil eft alfez grand, & élevé fur la tète ; entre l’œil & le bout du mufeau, on voit l’ouverture des narines j la gueule eft de médiocre grandeur j la mâchoire-'fupérieure eft un peu plus longue que l’inférieure j'il y a de chaque côté un petit barbillon, & point de dents.
- Sur le dos, à deux pouces trois lignes du mufeau, eft le petit aileron du dos D, dont les nervures font molles s l’anus E eft à deux pouces fept à huit lignes du mufeau ; immédiatement derrière eft l’aileron du ventre y & à quatre pouces trois ou quatre lignes du mufeau commence l’aileron de la queue F, G, qui eft fourchu. A l’à-plomb de B , à un pouce trois lignes du mufeau, eft l’articulation des nageoires branchiales ; & vers C, à 'deux pouces deux lignes du mufeau, font les articulations des nageoires ventrales. L’épaiffeur verticale à l’à-plomb des yeux eft d’environ fept lignes, à llà-plomb de B onze lignes, à peu près de même à l’à-plomb de C j à l’à-plomb de E neuf lignes , à l’à-plomb de F , cinq lignes, ’
- f7- Les écailles des côtés font brillantes & argentées , il y a une raie qui prend de dernere l’opercule des ouies, & qui s’étend jufqu’à l’aileron de la queue, formant du côté des ouies une petite 'courbe ; on apperçoifc des points noirs principalement fur l’aileron du dos & de la queue : il ne mord pas volontiers aux appâts qu’on lui préfente ; c’eft pourquoi 011 n’eflàie guere d’en prendre à Phameqon, il n’y a que les enfans qui s’amufent à cette pèche: 011 en trouve de confondus avec d’autres fortes de poiffons dans les diiférens filets que l’on tend. Il fe plaît dans la fange, & l’on dit qu’il eft fort avide de charogne ; ainfi quand on en veut raftembler dans un endroit, on y jette quelques morceaux de chair, comme une tète de cheval ou de vache : au refte c’eft un poifton peu eftimé : ceux qu’on prend dans la vafe ont fur-tout un goût défagréable. (7)
- «cailles ,.& que celles-ci font corapofées de dure par analogie que la même chofe a lieu ces lames arrangées comme autant de petites pour les autres poiflons. ? 1
- tuiles, les unes contre ou au-deflus des au-
- très. Or, fi les écailles, de fable feforment ( 7 ) :On pêche dans quelques lacs de la de cette façon, ne ppurraiç-on pasa?n. cou. Suilfe ,-commp je l’ai dit.aiUeurs, un esceL
- Q ij
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- 3o8 TRAITE9 DES PECHES. Partie H.
- De l'apprêt du gottjon.
- f8. Les goujons fè fervent frits, ou bien après en avoir ôté les écailles k les avoir vuidés, on les efïuie fans les laver i. on met dans le plat où on veut les fervir un morceau de beurre frais avec du perfil, de la çiboule, une échalotte, du thim , du bafilic hachés très-fin, une feuille de laurier : le tout étant convenablement aflàifonné de fel & de poivre, on arrange defliis les goujons, mettant de la même fauce delfus & delfous ; on ajoute un peu de bouillon & du vin blanc : on tient le plat fur un bon feu pendant un quart-d’heure, & on les fert avec , iî Pou veut » des tranches de citron, ou un filet de verjus..
- Article IV.
- Du gardon ; gardo gu fàrgus. ( 8}
- f 9„ Le gardon eft un poiflbn d’eau douce quTôn met au rang des poi£ Ions blancs , dont communément on fait peu de cas; néanmoins, quand il a été pêché dans une eau vive , & qu’on l’apprête au fortir de l’eau, il eft bon rôti fur le gril lorfqu’il eft gros, ou frit quand il eft petit. On croit àlfez communément qu’on le nomme gardon y parce qu’il vit plus long-terne que beaucoup d’autres poilfons dans un vafe plein d’eau.
- Defcriptïon du gardon.
- €o. Ce poifioiT a le corps large , le dos bleu, voûtéj la tête verdâtreT les côtés argentés & brillans, le ventre blanc mat. Celui que je vais décrire avait huit pouces de longueur totale A, B*pLXII6 : on en prend qui ont }ufqu’à onze pouces.
- 61. Du mufeau A au centre de l’œil ou à. Là-plomb de C, il a huit lignes T la prunelle eft noire & l’iris doré : le diamètre de l’œil eft de trois lignes & demie. Entre l’œil & le bout du mufeau, prefque fur le haut de la mâchoire fijpérieure » de chaque côté environ à L’à-plomb de a ^ on apperqoit l’ouverture des: narines qui eft alfez grande. Il y a du haut du mufeau au derrière de; l’opercule des ouïes D ,. 18 lignes^ Cet opercule eft formé de plufieurs
- lent petit paiflon qui porte aufli le nom de fervir à une pêche plus lucrative : leur deli-foujon, & reflemblç beaucoup à celui dont eateffefait qu’on ne les mange point autres |>n vient de lire la defcriptïon.. Les autres ment que frits. poiflbns le trouvent tellement de leur goût,
- que les pêcheurs n’aiment point à en vendre, ( 8 ) Les allemands donnent à ce poiflbisi k deftinent tous ceux qu’ils prennent pour le même nom qu’au goujon.
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- Se ct. III. Des poijjens (Peau douce de îa famille des aîofes. 309
- feuillets cartilagineux, couverts d’une membrane de couleur très-brillante, dorée à des endroits & argentée à d’autres. La gueule n’eft pas grande, la mâchoire inférieure paraît un tant foit peu plus longue que la fupérieure ; les deux mâchoires font bordées de levres comme celles d’une carpe ; on n’y fent point de dents, mais une langue aflez courte, qui fe termine par un angle obtus.
- 62. L’aileron du dos F commence à trois pouces trois lignes du bout du mufeau ; là couleur eft un brun clair, avec une légère teinte rouge auprès de l’attache au corps ; là largeur en cet endroit eft de 12 lignes , & la longueur du plus long rayon de 18. L’ouverture de l’anus H, eft à quatre pouces neuf lignes du mufeau ; immédiatement derrière commence l’aileron du ventre, qui a 10 lignes de largeur à fon attache au corps ; la longueur du plus long rayon eft de douze lignes ; il a fouvent une teinte rouge aifez vive ; il eft formé de dix à onze faifceaux de filets ou de rayons branchus , Semblables à N : à 23 ou 2S lignes de l’anus commence l’aileron de la queue, qui eft fourchu ; & les plus longs rayons K, B, ont deux pouces de longueur, ] es plus courts L M feulement neuf à dix lignes 5 il eft formé d’environ vingt faifceaux de filets ou vingt rayons branchus.
- 63. L’articulation des nageoires branchiales eft prefque à Là-plomb du derrière de l’opercule des ouies D ; cette articulation a peu de largeur ; ces nageoires fe terminent en pointe, & le plus long rayon L, a 1 f à 16 lignes de longueur ; elles font formées à peu près de feize rayons; Je dis à peu près; car comme ces rayons font branchus ou formés par plufîeurs filets, jl eft difficile de les compter exa&ement : ces nageoires ont quelquefois une teinte rouge à peine fenfible.
- 64. Les articulations G des nageoires du ventre font à trois pouces trois lignes du mufeau ; leur plus long rayon eft de 1 f lignes ; elles ont ordinairement une teinte rouge affez vive ; elles font formées de huit à dix nervures branchues ; les articulations de ces deux nageoires fe touchent prefque. Toutes les nageoires & les ailerons font marqués çà & là de petites taches noires ; il y en a auffi de répandues fur le corps.
- La largeur verticale en C, vis-à-vis de l’œil, eft de io- lignes ; depuis F jufqu’à G, de près de deux pouces ; vers l’anus H, de 18 lignes » en K huit à neuf lignes. Le dos eft fart charnu.
- 66. Quoique les écailles foient exactement appliquées les unes fur les autres, elles paraiffent diftinguées par des traits bruns qui forment des lozan-ges ; les raies latérales D L, font formées par de. petits traits, fàillans a, qu’on voit à l’écaille M ; ils partent d’un angle a de ces lozanges, & s’étendent jufqu’au-dçlà de la moitié de la diagonale &bi avec une loupe * on voit
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- 3io TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- quantité de petits traits qui partent de la circonférence b d>8c qui fe rendent au? point a.
- 67. Le dos eft bleuâtre, les côtés argentés & brillans, le ventre blanc mat. Au fortir de l’eau, le deffus de la tête eft verdâtre , enfuite elle devient fort brune 3 car les couleurs des écailles qui étaient dans l’eau très-brillantes & nacrées, fe terniifent hors de l’eau.
- 68. La chair en eft blanche & délicate ; mais elle n’a pas beaucoup de goût : néanmoins elle eft aifezbonne quand on apprête ce poiffon au fortir de Peau, & lorfqu’il a été pêché dans une eau très-vive. On en prend quelquefois qui ont près de onze pouces de longueur ; ceux-là font le plus eftimés, parce que leurs arêtes font moins incommodes que celles des petits.
- 69. Il eft à propos de faire remarquer que quoique le gardon,/?/. XII, fig. 6, ait été defliné exactement, néanmoins la plupart font plus larges proportionnellement à leur longueur : ainfi on peut avoir plus de confiance aux cotes qu’à la figure. Mais aufli il faut faire attention qu’il y a une efpece de ce genre dont nous allons parler, qu’on nomme roffe, qui eft confidérablement; plus large que celui que nous venons de décrire.
- De Vapprêt du gardon.
- 70. Lorsque les gardons font petits, on les fait frire ; lorfqu’ils font grands, on les apprête à l’étuvée, comme la carpe, ou comme nous avons dit qu’on fait les goujons. Ce paillon dans Peau eft fort vif; c’eft pourquoi, quand5 on parle d’un homme qui eft en bonne fanté, on dit qu’il eft frais &; vif comme un gardon. Il a beaucoup de relfemblance avec le meunier ; néaivt moins il a la tête moins grolfe & le ventre plus large.
- Article V.
- De la roffe de rivière. (9 ) ’
- 71. Gessner nomme ce poilfon rutilus, à caufe de la çouleur’de fes ailerons & nageoires ; il l’écrit en français roce ou rojfe , & d’autres l’appellent roche. Oit le prend dans plufieurs rivières ; mais quelques-uns donnent le même nom de roffe à un poilfon de mer très-différent, qui eft connu fous le nom de vieille ou poule de mer ; ce n’eft pas ici le lieu d’en parler. D’autres prétendent que la ''•offe tient beaucoup de la rojiere de Picardie, mais qu’elle a la queue & les nageoires
- (9) Je n’ai point trouvé dans les dictionnaires de terme allemand peur défigner cette
- efpece de paillon.
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- Sect. III. Des poiffons d'eau douce delà famille des aîofes, 31 f
- du ventre rouges 3 de plus la rolfe eft un poiffon beaucoup plus grand que la rofîere. Geffner foupqonne que ce pourrait être le vangeron, qui, fuivant Rondelet, affeéle les endroits du lac de Geneve où l’eau eft dormante , & qui a la queue & les nageoires rouges.
- 72. Belon parle aüfli d’un poiffon qu’il nomme rojje, qui eft moins grand que la brème, que les Anglais nomment rochie^ :il inclinerait à penfer que c’eft une efpece de brème 3 mais comme il a le dos brun de même que le gardon, & les ailerons ainlî que les nageoires rouges, ce qui ne s’apperqoit point à la brème, il en conclut qu’il 11e faut pas confondre ces deux poiffons , d’autant plus que fon corps eft plus épais que celui de la brème 3 fa tète relfemble allez à celle du gardon ; fes écailles font plus grandes & moins brillantes, & fa chair tnoins délicate. Beaucoup de pêcheurs eftiment qu’il confine beaucoup avec le gardon 3 mais la rolTe eft confidérablement plus grolfe, puifqu’011 en prend quelquefois qui ont plus d’un pied & demi de longueur, ou qui pefent une livre & demie, & celles-là font plus épailfes & plus charnues que des carpes qui feraient de même taille.
- 73. Leurs nageoires & leurs ailerons font d’un rouge beaucoup plus vif que les mêmes parties des gardons. Ajoutons que la roiïe eft plus large que le gardon, proportionnellement à fa longueur 3 car j’ai mefuré des gardons qui avaient de longueur totale AB, quatre fois leur plus grande largeur, au lieu que trois fois & demie la plus grande largeur des roffes, faifaient plus que leur longueur elles font aufli proportionnellement plus charnues que le gardon. On a voulu lui trouver de la reifemblance avec la chevaline & le vilain 3 mais la rolfe eft beaucoup plus courte & plus large. Il eft vrai qu’il y a de la ref. iemblance entre la tête de la rolfe & celle de la vandoife , & que les écailles delà rolfe approchent beaucoup de la grandeur & de la couleur de celles de la carpe. Quoi qu’il en foit, je vais décrire une rolfe qui a été pêchée dans la rivière d’Elfone, qui traverfe nos terres.
- Defcription d'une rojfe pèchie dans PEffone.
- 74. La longueur totale A, H, pi. XIII ,fig. 1, eft de 10 pouces 6 lignes 3 de A à l’à-plomb de M, ou au centre de l’œil 8 lignes 3 à l’ouverture des narines N , 3 lignes & demie 3 de A au derrière de l’opercule des ouies en C, 2 pouces. Toujours de A à la naidance O de l’aileron du dos I, <; pouces 2 lignes. La largeur de cet aileron à fon attache au corps 14 lignes 3 la longueur du plus long rayon OI, 23 lignes.
- 7f. D'è A à l’anus E, 6 pouces 3 lignes 3 prefqu’imrnédiatement derrière l’anus eft l’aileron du ventre P, qui a 1 f lignes de largeur à fon attache au corps, les rayons font inclinés vers Barrière, & le plus long a près de 18 ligues de
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- 312 T RA I T Ef DES PECHES. Partie H.
- longueur. De l’extrémité poftérieure de cet aileron à la naiflance F de celui de k queue, il y a environ i f lignes. Cet aileron eft fourchu, & la longueur du plus long rayon F H; eft de zf ou 26 lignes, & du plus court L B, eft de 1% lignes.
- 76. De A à l’articulation Q_des nageoires des ouies, il y a 2 pouces ; ou peut remarquer auprès de cette articulation une grande écaille triangulaire, couleur d’or, qui fait comme une prolongation de l’opercule des ouies. Le plus long rayon Q_R de cette nageoire eft de 21 lignes j & ony compte à peu près quatorze ou quinze rayons branchus ou compofés. L’articulation des nageoires ventrales D eft à 14 pouces 4 lignes du mufeau j la longueur du plus long rayon eft de 20 lignes.
- 77. L’iris des yeux eft couleur d’orj le deflus de la tète d’un brun olivâtre foncé chargé de noir j le deflus du dos eft de cette même couleur, maismoin» foncé i les côtés font d’un jaune clair, & fortant de l’eau on apperçoit des reflets de différentes couleurs s au refte la forme des écailles reffemble à celles des carpes.
- 78. La largeur de ce poiflon à l’à-plomb de M, vis-à-vis le centre des yeux, eft de 14 lignes j en C au derrière de l’opercule des ouies, 2pouces 6 à 7 lignes j à l’à-plomb de 0, 9 pouces 2 lignes j en E, à fa-plomb de l’anus, 2 pouces 6 lignes î à l’à-plomb de P, 1 pouce 4 lignes j & en F, à la naiflance de l’aileron 4e la queue, 1 pouce. La ligne latérale K L eft peu fenilble j mais quand on examine ce poiflon en le regardant en différens fens, particuliérement de la tête à la queue, il femble qu’il y ait des raies brunes qui s’étendent fuivant là longueur} la gueule eft petite, fans dents, bordée de levres, & aflez femblable à celle de la carpe ; la mâchoire paraît inférieure un peu plus longue que la fupérieure. La chair de la rofle eft moins délicate que celle du gardon. Ces deux poiflons fe pêchent .& s’apprêtent de la même maniéré.
- Article VI.
- De la vandoifc ou dard /leucifcus, albicula, jaculus. ( 10)
- 79. La vandoife eft un petit poiflon d’eau douce de la longueur d’un-hareng, mais plus large ; il eft rare d’en prendre qui aient un pied de long : il va li vite dans l’eau, qu’il femble s’élancer comme un dard, ce qui lui a fait donner ce nom par les pêcheurs de la Loire : fon corps , proportionnellement à ià longueur, eft moins large que celui du gardon ; fon mufea* eft plus pointu j iès écailles font de moyenne grandeur : il devient fort gras i
- (10) Sn allemand hâfcling.
- k
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- Se ct. III. Des poiffons deau douce de la famille des alofes• 3
- là chair eft molle, néanmoins d’un goût allez agréable, & elle pafle pour être fort {aine.
- Defcription de la vandoife.
- 80. Celle que je vais décrire avait huit pouces quatre lignes de longueur totale AB,/>/. XIII, fig. 2; du centre de l’œil au bout du mufeau A, huit lignes i le diamètre de l’œil, qui eft rond, trois lignes ; la prunelle eft noire, & l’iris jaunâtre. La gueule n’eft pas grande i fon ouverture eft ronde à peu près comme celle de la carpe.
- 81. La mâchoire fupérieure eft un peu plus longue que l’inférieure. Du bout du mufeau A, au derrière de l’opercule des ouies C, un pouce huit lignes*
- 82. L’articulation des nageoires branchiales D, eft de quelques lignes plus vers l’arriere que le bord C de l’opercule des ouies. La longueur du plus long rayon de cette nageoire eft de quinze lignes j elles font formées de neuf à dix rayons branchus. Du bout du mufeau A, à l’articulation des nageoires ventrales E, trois pouces iix lignes : elles font formées d’environ fix rayons branchus. La longueur du plus long rayon de cette nageoire eft de douze à treize lignes.
- 83. L’aileron ventral prend fa nailïance derrière l’anus, & fa largeur à fou attache au corps eft d’un pouce > il eft formé de neuf à dix rayons : l’aileron de la queue commence à quinze lignes de l’endroit où finit celui de l’anus ; on y compte une trentaine de rayons branchus. Le plus long rayon a quinze lignes de longueur : cet aileron eft fourchu, & fon ouverture HI, eft d’un pouce & demi. Du bout du mufeau au commencement de l’aileron du dos K * il y a trois pouces lix lignes ; il eft formé de lix à fept rayons branchus ; là largeur à fon attache au corps eft de onze lignes, & fon plus long rayon a treize à quatorze lignes.
- 84. L’épaisseur verticale vis-à-vis des yeux, eft d’un pouce j derrière l’opercule des ouies C , feize lignes. A l’endroit le plus épais, à peu près à l’à-plomb de E, vingt-une lignes ; à l’à-plomb de l’anus F, dix-huit lignes i vers G, fept lignes. Ce poilfon a le dos allez charnuj car auprès de l’aileron K, il a environ treize lignes d’épailfeur.
- 8La ligne latérale C B eft un peu courbée du côté des ouies , & en-fuite elle fe prolonge en ligne droite jufqu’à l'aileron de la queue : fos écailles font aifez grandes, mais minces. L’aileron du dos eft gris ; la couleur du dos d’un bleu obfcur qui s’éclaircit en approchant de la ligne latérale , & a des reflets brillans : l’aileron de la queue eft gris > celui de derrière l’anus eft blanc , avec une légère teinte rouge : les nageoires branchiales & ventrales font de la même couleur ; on apperqoit à la tète quelques marques rouges. Il y a quatre branchies de chaque côté i la isn-
- Tome XL R r
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- 3 H
- T R A 1 T E' D E S PECHES. Partie IL
- gue eft très-petite j' on ne fent point de dents dans la.gueule ; mais ce pmT Ton avance à volonté un cartilage rond garni d’une membrane comme à la carpe, ce qui lui fert à fucer fa nourriture. Ce poilfon fe pèche & fe prépare comme le gardon j. & quand il eft frais & pêché en bonne eau, il eft affez bon.
- Ar ticle IL.
- De ta. chevanne ou chevefne de Bélon j meunier de Rondelet. ( 11 } *
- 8G. Quelques-uns difent chevenne 9 nom qui dérive probablement dfe Tangiais , qui nomme ce poiifon ckieven ; il eft auflî connu fous le nom de meunier, parce qu’il eft blanc, & qu’il fe tient volontiers auprès des moulins : d’autres lui ont donné le nom de vilain, parce que, dit-on, il le plaît-dans la fange : on lui donne ençore différens noms qui dérivent de ce qu’il aune tète affez groffe , tels que tefiard , fans compter les noms de patois que les pécheurs adoptent. Les uns lui trouvant quelque reffembianee avec le barbeau, le nomment barbotteau r un excellent correfpondant que j’ai au bord de la Loire, & qui me recommande fort de ne le pas nommer, m’écrit que les uns le nomment garbottin9 d’autres garbotteau & d’autres chaboijfeau,; mais nous croyons devoir nous, abftenir d’infifter plus long-tems fur ces. différentes dénominations.
- 87. La chevanne eft un poiffon bien plus gros que la vandoife, puifque les plus groffes vandoifes n’excédent guere une livre, au lieu qu’on prend des chevalines qui pefent entre quatre & cinq livres. M. fe baron de Tfchoudy m’écrit même, qu’on en prend dans la Mofelle qui pefent dix à douze livres. Voilà déjà qui établit une grande différence entre la chevanne & la vandoife 5 en outre la chevanne n’a pas le mufeau pointu, & fa tête eft plus applatie que celle de la vandoife y enfin fes écailles font auftî plus grandes.
- 88. Bélon dit que ce poiffon reffemble au mulet ou muge y néanmoins cet auteur remarque fort à propos que le mulet a deux ailerons fur le dos ,
- '& que la chevanne n’en a qu’un , ce qui établit une grande différence. C’eft peut-être ce qui a fait dire à Rondelet, que la chevanne , qu’il met an nombre des muges, eft de deux efpeces y l’une qui remonte de la mer dans les rivières, & qu’on pèche aux embouchures de la Garonne, du Rhône, de la Loire, &c. nous en parlerons ailleurs. L’autre efpece naît & paffe toute fa vie dans les rivières ; c’eft celle dont je me propofe de parler préfeutement. Quoi qu’il en feit, la chevanne eft un poilfon rond à arêtes & à écailles-, qui a un feul aileron fur le dos-, deux nageoires au bord. des. ouiesdeux.
- (ri) En: allemand ko lie ougrojs.fogf
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- Sect. III. Des poiffons d’eau douce de la famille des alofes. 315
- >-Ibus le ventre, un aileron près de l’anus; la tète eft groffe:, fon mufeau. camus ; il a quatre ouies de chaque côté ; fa gueule eit fans dents , ion palais - cil charnu & garni de quelques os ; il fraie en mai iur le gravier dans des endroits où il n’y a pas une grande épaiiièur d’eau.
- • f '
- Defcription d’une chevanne.
- 89. Je vais décrire une chevanne pêchée dans la Seine, qui eft repréfen-tée pi. XIII, fig. 3. Sa longueur de A en B, 10 pouces; du bout du mu-rleau au derrière de l’opercule des ouïes à l’à-plomb de C, 2 pouces ; du bout du mufeau à la nailïànce D de l’aileron du dos, 4 pouces 8 lignes ; la largeur de cet aileron à fon attache au corps, un pouce ; longueur du plus long rayon un pouce 6 lignes. Les rayons qui font branchas, font au nombre de huit; fa couleur eft gris file mêlé d’un peu de rouge; les rayons font inclinés vers l’arriere. L’anus eft à 6 pouces du mufeau ; il forme une éminence & une fente très-fenfîbles.
- f 90. A quelques lignes de l’anus, commence l’aileron du ventre F, qui eft formé de 8 à 9 rayons branchus, ce qui fait qu’011 ne peut les compter exactement ; il a un pouce de longueur à fon attache au corps. Lé plus long rayon eft de 13 lignes ; les rayons s’inclinent vers l’arriere : il a une teinte rougeâtre fur un fond gris clair. A 2 pouces f lignes de l’anus , commence eu IG l’aileron de la queue ; il eft divifé en deux parties qui fe terminent en pointe ; mais la partie GH qui eft du côté du ventre, eft plus longue que celle IK, qui eft du côté du dos ; de forte que le rayon G H a 2 pouces 4 lignes de longueur, & le rayon IK feulement un pouce 10 lignes; cet aileron eft large d’un pouce à la naiflance GI, & d’environ 1 pouce 8^9 lignes à fon évafement K H; il eft formé de 19 rayons branchus ; 2 rayons plus courts & plus durs que les autres, le terminent de chaque côté : la couleur de cet aileron eft d’un rouge obfcur bordé de noir, ou plutôt noir, teinté de rouge par le haut.
- 91. L’articulation des nageoires branchiales au-deflus de L,eft à 2 pouces 2 lignes du bout du mufeau; la longueur du plus long, rayon de. cette nageoire eft d’un pouce 9 lignes; les rayons font déliés, la membrane, qui les unit légèrement eft teintée de rouge fur un fond gris ; on peut y compter 14 rayons; mais, ainfi que je l’ai déjà dit, comme ces rayonsfont. branchus, on a bien de la peine à les compter exa&ement; on en trouve plus ou . moins fuivant qu’011 les compte plus .ou moins près de leur orL gine. Sous le ventre, à 4 pouces du mufeau, font deux nageoires É, une de chaque côté.; elles font blondes, bordées de rouge clair, compofées de 8-À IQ rayons branchus; la membrane qui les unit, eft fort mince : la lar-
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- 3'itf. TRAITÉ' DES PECHES. Partie IL
- geur 'd'à l’articulation effc de f à 6 lignes, & la longueur du plus long rayon eft de i f lignes.
- 9 2. La tète de la chevaline eft alfez grolfe; à l’extrémité de la mâchoire fupérieure, il y a une bolTe plus ou moins grolTe M, qui la fait paraître comme coupée en cet endroit lorfqu’elle eft considérable, ainfi qu’011 l’a représentée à la fig. 3. Les yeux font grands, pas fort élevés fur la tète ; le centre eft à environ 9 lignes de l’extrémité de la mâchoire fupérieure ; l’orbite qui eft rond a 4 lignes & demie de diamètre ; la prunelle eft noire ; l’iris a des reflets d’or & d’argent, & eft un peu marqué de rouge.
- 93. Au devant des yeux, plus du côté de l’extrémité du rnufeau que de l’œil, font deux ouvertures ovales alfez grandes & profondes divifées inégalement en deux par une membrane, ce font les narines. La gueule 11’eftpas grande , les deux mâchoires font prefqu’égales ; mais l’animal alonge la fu-périeure à volonté feulement d’une couple de lignes : elle a quelque reffem--jbiance avec celle de la carpe.
- 94. Les mâchoires font cartilagineufes, bordées de levres menibraneules, elles n’ont point de dents. La langue eft blanche, adhérente, cartilagineufe„ applatie, & elle fe termine en pointe obtufe. Les opercules des ouies font anguleux par les bords ou plutôt ondés, ils ont une belle couleur d’or; les joues font charnues, le delfus de la tète eft applati 5 on y apperçoit fèn-iiblement les filions du crâne, & cette partie ainfi que le dos du poilfon eft olivâtre : la couleur des côtés eft or pâle, mais fort brillante & comme narrée, le ventre eft blanc.
- 9f. Les écailles font alfez grandes, un peu elliptiques; la partie qui eft découverte, forme comme un toit dont les ardoifes feraient taillées en rond, & alfez agréable à la vue. On apperçoit fur chaque côté une ligne latérale formée par des points alongés : elles prennent leur origine vers le haut de l’opercule des ouies; elles décrivent une courbe pour gagner environ la hauteur des deux tiers des côtés ; puis elles fe prolongent en ligne droite ju£ qu’à l’aileron de la queue, divifant le corps du poilfon en deux parties égales. Depuis le derrière de la tête jufqu’au-delà de l’aileron, le dos fait une courbe alfez régulière ; feulement vers C, on apperçoit une bolfe plus ou moins fenfible.
- 96. Voici les dimenfions de ce poilfon dans le lèns vertical : à l’à-plomb de l’œil, 13 lignes; en CL, derrière l’opercule des ouies, 21 lignes; à l’à-plomb de D E, 2 pouces 3 ou 4 lignes ; à la-plomb de l’anus F, un pouce 10 à 11 lignes ; à l’extrémité du corps G1, 11 à 12 lignes ; de H en K, un pouce 8 à 9 lignes.
- 97. Ce poilfon eft charnu, fà chair eft blanche & délicate, même un peu molle. Un de mes correlpondans qui en a mangé de fraîches pêchées dans le
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- Sêqt. III. Des poisons et eau douce de la famille.de s akfis. 317
- Lioret, dont les eaux font très-vives & pures, m’a écrit qu’il l’avait trouvé de bon goût ; néanmoins en générai on en fait peu de cas : fes arêtes font fines & incommodes. Rondelet dit que l’eftomac & les boyaux font petits} le foie rouge pâle, le fiel verd, la veille pneumatique double, le péritoine noir, la chair blanche: ces obfervations m’ont paru exactes. Il ajoute que la chair eft meilleure falée que fraîche, ce que je n’ai pas vérifié.
- 98. Il fe nourrit des infedes qui fe tiennent à la furface de l’eau: ainfi pour le prendre à la ligne, on amorce les liaims avec des vers.de terre* ou de la viande, différentes fortes d’infedes, même des grains de radin, On en trouve dans les rivières entre les bancs de fable, principalement dans les mois de mars, avril & mai : pour les prendre dans des naffes ou d’autres filets, on les attire avec du iang caillé, comme nous avons dit qu’on fait les ables. On apprête ce poiffon dans les cuifines comme la vandoife & le gardon.
- A R T I C L E VIII.
- De la brème ; quelques-uns difent brame : brama. ( 12)
- 99. Plusieurs mettent ce poiffon au nombre des carpes 5 & Rondelet dit qu’on pourrait l’appeller cyprinus latus. Il me parait que la brème fe rapproche beaucoup plus du gardon, principalement de la roffe : elle eft plus groffe; car on en prend qui pefent jufqu’à ou 6 livres: elle eft aufti pro-pôrtiomiellement plus large & moins épaiffe, la tête eft plus petite; néanmoins fon mufeau eft prefque gros comme celui de la roffe. Les brèmes de l’Elbe, excédent rarement le poids de 3 livres : on dit qu’il y en a dans les lacs d’Auvergne, qui ont plus de 3 pièjis de longueur fur 2 de largeur: les. brèmes de riviere ne lont jamais aufli grroffes que celles des lacs. Nous parlerons ailleurs d’un poiffon qu’on nomme la brème de mer; mais qui ne doit point être compris dans cettefedion, puifqu’il a un grand aileron qui s’étend prefque depuis l’aileron de la queue jufque derrière la tête; au lieu que la brème d’eau doqce dont nous nous occupons, a comme tous les poif fons que nous comprenons dans cette fedion, un petit aileron, fur le dos Vers le milieu de fa longueur, un fous le ventre derrière l’anus,, l’aileron de la queue fourchu , en outre une nageoire de chaque côté derrière les ouies, & deux fous le ventre,
- 100. Les pêcheurs prétendent qu’à la fin. de mai elles dépofent leurs oeufs dans les herbiers, puifqu’elles fe retirent dans les eaux les plus profondes où elles vivent d’infedes, d’herbe & de limons fuivant eux, elles croiffent
- (12) En allemand brajje.
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- 3î8 T R A I T E1' D E S PECHE S. , Partie IL
- ' lentement:'je n’ai pas été à portée de confirmer ces allégations par mes propres ôbfervations. Ce poifibir fe trouve dans les lacs & les rivières qui ont 'peu de courant : il eft alfez grand & large ; il a la tète petite par proportion <• à ion corps ; Ton dos eft convexe & tranchant s fon corps eft applati fur les côtés ; il eft couvert de grandes écailles comme la carpelle dos eft d’un bleu foncé; les côtés & le ventre font blancs, fur-tout aux jeunes, que -peut-être quelques-uns nomment brèmes gardonnées ; j’en dirai un mot dans da fuite : les groifes ont des; reflets dorés, & au ventre des barres rougeâtres. ' , ;
- " 'Defcription de la brème. "
- . ! ?
- 101. Je vais donner la defcription d’une brème d’un pied de longueur totale  B,/?/. XIII ,fig. 4, qui avait été pêchée dans la Seine. Du mufeau A, qui eft gros, au centre de j’œil ,'à l’à-plomb de H, 13 lignes ; l’orbite a environ alignes de diamètre;'la prunelle eft noire ; l’iris couleur d’or ou argenté : je crois que quelques-unes l’ont cryftallin. En L, entre l’œil & le bout du mufeau , font les narines placées' fur une éminence.
- 102. Sur le dos, à 6 pouces & demi du mufeau, eft le commencement de l’aileron O C, fa largeur à l’attache au corps eft de 2 pouces 2 lignes. La longueur du plus long rayon O C eft de 2 pouces : ces rayons au nombre de douze, font branchus, les deux premiers fur-tout font gros & roides, mais pas piquans : la couleur de cet aileron eft un gris foncé bordé de noir; immédiatement derrière l’anus M, eft l’aileron D E, qui fe prolonge jufqu’alfez près de l’aileron de la queue ; car il a plus de ^ pouces d’étendue à fon attache au corps. Ses rayons font gros, forts, branchus, & inclinés vers la queue ; le premier rayon D, a un pouce 9 lignes de longueur : la couleur de cet aileron tire au noir. L’aileron de la queue R N, S N, eft fourchu & formé aufli de gros rayons branchus , ou de 18 faifceaux de fibres très-fines ; il eft gris brun avec une teinte rouge légère & obfcure ; l’anus M eft à 7 pouces 6 lignes du mufeau ; fon ouverture ovale eft placée fur une éminence.
- 103. Le derrière I des opercules des ouies eft a 2 pouces 8 lignes du mufeau ; ils ne font point couverts d’écailles, mais d’une membrane argentée. Immédiatement derrière cet opercule, & un peu en en-bas, eft l’articulatioii des nageoires branchiales, qu’on voit au-delfus de F ; la plus longue nervure a un pouce une ou deux lignes de longueur ; les nervures en font très-fouples j. mais elles font bordées par1 un rayon dur & oifeux ;'les articulations*des nageoires du ventre G font à f pouces j lignes du mufeau ; le plus long rayon a 8^9 lignes ; tous les rayons ,:tant- des nageoires ique- des ailerons, font bran- > chucr mais ceux des nageoires font plus menus que ceux des ailerons; les
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- Sect. III. Déspoijfons cFeàü douce dé îa'fâmîjle'.dés üjôfès. 319
- écailles font grandes, arrondies, argentées, & celles de vers le dos font-verdâtres. r - :
- 104. Les lignes latérales I, K, partent en I, plus près du dos que du ventre ; elles fe courbent vers le ventre, puis elles remontent un peu, & en R elles divifent le corps du poilfon en deux. La largeur verticale de ce poilfon en HT, à l’à-plomb des yeux, eft d’un pouce 9 lignes ; en Q_F, de j pouces s) lignes ; vers O, qui eft l’endroit le plus large, 4 pouces 4lignes ; en PM, 3 pouces 6 lignes j & en R S, un pouce 3 lignes : la plus grande épailfeur horizontale de ce poilfon eft d’un pouce 7 lignes entre Q_& O.
- ioy. Les écailles arrondies font rangées régulièrement fur des lignes pa* ralleles j elles font alfez grandes ; mais on n’en voit à découvert qu’environ les deux cinquièmes, le refte eft caché fous les autres, : Jeur couleur tire à l’or pâle, mais mélangé de brun, ce qui fait paraître comme des lignes parallèles qui s’étendent de toute la longueur du poilfon ; elles fout attachées à une peau très-ferme, qui au ventre eft argentée. Le dos eft fort convexe depuis le derrière de la tête jufqu’à l’aileron du dos j enfuite la largeur du poilfon diminue.
- 106. Le delîus de la tête eft prefque noir; la gueule n’eft pas grande, nous l’avons jugée d’environ 8 lignes de diamètre ; le mufeau eft bordé de grolfes levres j la mâchoire fupérieure excede un peu l’inférieure, & il l’avance confidérablement à volonté, à peu près comme fait la carpe, pour fucer lorf-qu’elle veut prendre fa nourriture. En introduifant le doigt dans la gueule, on n’y fent point de dents ; mais un des bords des branchies eft garni de dents fort dures & aigues, détachées les unes des autres : ainliil y a dans l’intérieur de la gueule, de chaque côté, une forte de mâchoire olfeufe V X, dont une moitié eft prefque droite, & fe termine en pointe j l’autre moitié eft courbe , & vers leur jonétion font plufieurs dents crochues difpofées irrégulièrement & d’inégale longueur depuis une ligne jufqu’à deux : bien des poilfons qui n’ont point de dents dans la gueule, ont cette efpece de mâchoire intérieure.
- 107. La chair de la brème eft blanche & délicate ; quelques-uns la difent molle & dégoûtante 5 cela peut être quand on l’a pêchée dans des eaux vafeufes; mais il eft certain que ce poilfon eft fort bon quand 011 le prend dans une eau vive, & lorfqu’il eft de médiocre groffeun car les petits font remplis d’arêtes-, & les gros n’ont pas la chair délicate : un poilfon choifi comme nous venons de le dire, étant cuit fur le gril, eft alfez ferme & d’une faveur agréable, fur-tout la chair du dos ÿ & li l’on trouve que fon goût foit un peu fade, on peut y fuppléer par l’alfaifonnement. Nous avons cru appercevoir dans la gueule une langue rouge, mollette & épailfe i mais comme elle était adhérente au palais-, ce peut être ce qu’on appelle la langue à la carpe, qu’011 regarde comme un mets délicat 3. mais qui n’eft pas une vraie langue. *
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- id8. Quelques-uns oftt avance qu’il y avait des brèmes œuvées, d’autres laitées ; d’autres les ont regardées comme n’ayant point de fexe, & enfin d'autres tes prétendent hermaphrodites. Je n’ai pas été à portée d’en voir un alfèz ‘grand nombre pour nier cette alfértion, qui me paraît bien finguli-ere ; mais le correfpOUdant que j’ai cité plufieurs. fois, qui habite les bords de la Loire, m’a aflbré que dans les mois d’avril & de mai, il les avait toutes trouvées lès unes iaitéés & les autres œuvées, ce qui remet tout dans l’ordre naturel. Gomme les marchands de poilfons ont coutume d’appeller bréhaignes, les poif-fons qui n’ont ni laite ni œufs, peut-être aurait-on confondu ce terme avec celui'de brème, & dit mal à propos que la brème n’a ni laite ni œufs : pour moi je crois que les Carpes qu’on nomme bréhaigne, ne font point des mulets, mais dés poiifous qui dans certaines circonftances font dépourvus de laite & d’œufs.
- ïôq. On ne fait point de pêche particulière de la brème ; on la prend avec la faine, le tramail, dans des verveux, & pêle-mêle avec d’autres efpeces de poîlfûns; mais plus fréquemment le printems que dans les autres faifons. On voit dans des auteurs, qu’en Suiife le lac de Gryifenfée ( 15 ) fournit une ei-pece particulière de brème, nommée jteinbrachfmen, plus grade & plus délicate que les autres, & que dans le tems du frai elle devient plus blanche, avec des piquans entre les écailles ; mais alors 011 leur trouve moins de finefle dans le goût : ces circonftances conviennent à beaucoup d’autres poilfons ; dans le tems du frai, les écailles des carpes font rudes, & leur chair mollaife. La van-doile, le meunier & la brème, s’apprêtent comme nous l’avons dit qu’on fai-fait les goujons & les gardons ; mais quand ces poilfons font gros, 011 les fait cuire fur le gril, & on les fert avec une fauce blanche & des câpres. A
- De la brème gardonnêe.
- 11 o. Il y a des pêcheurs qui veulent établir une autre elpece de brème,' qu’ils nomment gardonrïée : ils difent qu’elle eft généralement moins grande que la brème ordinaire, puifque les plus grolfes ne pefent qu’une livre;ils ajoutent que leurs écailles font brillantes Comme celles des gardons, ce qui fait qu’ils les appellentgardonnèes. Comme on remarque que les'brèmes changent de couleur en vieillilfant, qüe les jeunes ont leurs écailles très-brillantes , & que les grolfes ont la tête & le dos rembrunis, qu’elles ont fur le corps des bandes tirant au rouge, j’incline à penfer que les brèmes dites gardonnèes, font de jeunes brèmes, qui s’étant trouvées dans une eau vive, font gralfes & •ont leurs écailles brillantes ; car on fait que la nature des eaux indue beau-
- (13 ) Ce petit lac eft fitué entre ceux de Zuric & de Pfeffiken,
- coup
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- . Sect. III. Des poijjbns d'eau douce de la famille des alofes. $ zi
- coup lur la couleur des poiflbnsj néanmoins les pécheurs prétendent qu’ils fa vent diftinguer les gardonnées, à des indices qu’ils ne peuvent expliquer.
- ni. On pèche dans la Seine de petits poilfons, qu’on nomme èperlans bâtards ; ils n’ont point du tout les cara&eres des éperlans, & ils me paraiflent redembler à de petites brèmes. C’eft peut-être effe&ivement de jeunes brèmes, ou le platane dont je vais parler, qu’il ne faut pas confondre avec le plane de Languedoc, qui eft un poilfon plat.
- Du pleftia ou platane.
- ï 12. Belon dit qu’on prend aux embouchures de la riviere Strymon, un poilfon qu’on y nomme pkfiia, & en Macédoine platane. ; il le compare à une brème de moyenne grolfeur. Ce poufon eft, dit-il, rempli d’arètes, & peu eftimé s néanmoins on en laie, on en feche, & on a coutume d’en joindre deux enfemble avec un brin de jonc, pour les vendre par paire. Il me femble que ces indices conviennent allez au petit poilfon de la Seine, qui eft repréfenté PU XIII ,/£.
- A R T I CLE IX.
- De la tanche, tinca. (14)
- 115. On veut diftinguer deux elpeces de tanches, celle d’eau douce, 8c celle de mer, phycis des anciens : celle-ci relfemble effectivement alfez à celle d’eau douce, par la. forme de fon corps ; mais elle en dilfere beaucoup par l’aileron du dos, & d’autres circoiiftances qui nous engagent à remettre ailleurs à en parler : nous ne nous occuperons maintenant que de celle d’eau douce.
- 114. C’est un poilfon rond à écailles & à arêtes , qui, à plulieurs égards,, relfemble à la carpe j ce qui a engagé quelques auteurs à la nommer cyprinus mucofus extremitate caude cequali ; mais nous avons cru y appercevoir allez de différence,.pour ne pas. confondre ces deux poilfons. Les. ailerons 8c les nageoires de là tanche font formés de rayons fort louplès, qui femhlent com-pofés de filets très-fins, ramalfés en forme de faifceaux. Elle a un petit, aile- , ron fur le dos, plus près de l’aileron de la queue que du bout du mufeau ; ! un autre aileron derrière, faillis : l’aileron de la queue nrçft pas beaucoup fendu, mais comme frangé. Elle a deux nageoires derrière les opercules des ouies, 飑deux fous le ,,yentre i aiiifi à cela ..près que l’aileron de la queue n’eflfpàs beaucoup fendu elle a les caraCteres des poiflpns compris dans cette trbiiiemé feCtion. ' ' ' ' " ' ’ : ................ ~ "
- (14 ) Jin.zllemandjchleihc, • . ... . 3...
- Tome XÎ. S s
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- 1ZZ TRAIT E’ DES PE CH E S. Partie IL
- < 115*. Ses écailles font vertes, petites, milices, & recouvertes d’une muco-fité , qui rend ce poifïbn très-glilfant, de forte qu’on ferait tenté de croire qu’il n’en a point: ce poiffon fe trouve dans prefque toutes les rivières , les étangs, même dans les mares ; car il fe plaît dans la vafe. Nous en avons dit quelque chofe , première partie, troifieme feélion, à l’occafion des étangs ; néanmoins on alfure qu’elles paifent volontiers des eaux dormantes dans les rivières, & effectivement on en trouve alfez abondamment dans de petites rivières dont l’eau eft fort vive ; celles qu’on pèche dans les fonds vafeux ont un goût de vafe très-délagréable ; pendant que celles qui fe font dégorgées dans les eaux vives, font un très-bon manger, fur-tout lorfqu’elles font grolfes ; car les petites font remplies d’arêtes, qui les rendent défagréables : une tanche de trois livres eft réputée belle j on dit néanmoins qu’il y en a qui pefent cinq à fix livres ; ( i f ) on alfure qu’elles fraient en avril dans les herbiers ; il eft certain que ce poiifon multiplie beaucoup ; il y a peu d’endroits où l’on n’en trouve.
- 116. La tanche a la vie dure ; néanmoins elle eft plus difficile à traniporter en vie que la carpe. La gueule n’eft pas grande , elle relfemble beaucoup à celle de la carpe ; on ne fent point de dents dans l’intérieur ; mais au fond du golier elle a des os comme la carpe. Son palais, eft charnu, néanmoins pas autant que celui de la carpe. Laveffie pneumatique eft double. On dit, mais c’eft un fait que je n’ai pu vérifier , que les mâles ont les nageoires du ventre plus grandes que les femelles, & que le premier rayon fur-tout eft gros & can-nellé en travers ; ainfi les pêcheurs prétendent pouvoir par .ces cara&eres di£-tinguer les mâles des femelles.
- .1 t; 'Defcription d'une tanche de moyenne grandeur.
- n7. La tanche que je vais décrire avait un pied de longueur totale,’’' pi. XIII, fîg. 6 : je fpécifie exprefsément qu’elle eft d’une grandeur moyenne, parce qu’il y a des différences afsez confidérables eritre les jeunes & petites tanches , & les grofses.
- : 1 ï8. Du bout du mufeauau centré de l’œil , à l’à-plomb de C ,14 lignés ; au derrière de l’opercule des ouies 2 pouces 7 lignes ; cet ‘'opercule 'eft ter-; miné par une courbe afsez régulière& fa furface eftàfsez unie :i!l y a quatre branchies de.chaque côté , & du bout du mufeau au commencement de l’aileron du dos G, <; pouces 6 lignes: on y compte dix .rayons i fa largeur à l’attache au corps, un pouce 7 lignes > la longueur du plus long raÿoh eft de 2 pouces’3 ' lignes 5 là diftance du mufeau à d’anus H qft c(e 7 poücès. ' ' ' 119. De l’ariiis à la naifsance de l’ailerort du vêntïe 1,8 lignes i il eMo'rnle
- (i$) Quelques auteurs affirment qu'on en prend qui pefent jufqü’à 20iivresi ' ; j
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- Sect. III. Des poiffons d'eau douce de la famille des alofes. 323
- de dix rayons ; la largeur de cet aileron à fon attache au corps , 13 lignes ; la longueur du plus long rayon, un pouce 9 lignes i diftance de cet aileron au commencement K de celui de la queue, 13 lignes. L’aileron de la queue eft coupé prefque quarrément, au moins l’échancrure n’eft pas conhdérable & eft peu régulière 3 la longueur des rayons K B eft de 2 pouces.
- 120. Du mufeau à l’articulation des nageoires branchiales E, 2 pouces 8 ligues ; la longueur du plus long rayon 13 lignes : on y compte neuf rayons. Et jufqu’à l’articulation des nageoires du ventre F, f pouces 3 le plus long rayon a un pouce 8 lignes , & on y compte fept rayons.
- 121. La largeur verticale, à Là-plomb de C au centre de l’œil, un pouce 8 lignes ; en D, derrière les ouies, 2 pouces 8 à 9 lignes ; de G en F , 3 pouces 4 à f lignes 3 à l’à-plomb de l’aiius H, 2 pouces 2 lignes 3 en K K , à la naif-lance de l’aileron de la queue,un pouce 738 lignes: la plus grande épaifseur horizontale du poifson, pris au dos , eft d’un peu plus d’un pouce 6 lignes. Les lignes latérales ont peu de courbure 3 elles, commencent en M, du côté des ouies, & fe terminent en L, divifant le corps à peu près en deux parties égales. (16)
- 122. Gmelin dit qu’en Sibérie il y a des pêcheurs qui font feeher les tanches pour les conferver. On prétend que l’eau dans laquelle on a fait cuire les tanches , eft propre à enlever les taches de defsus la laine, & en général nettoyer ces fortes d’étoffes. On attribue cette même propriété à l’anguille, à l’efturgeon & à d’autres poifsons qui font couverts d’une vifcolîté.
- 123. Quand 011 pèche les tanches en vie,pour peu que l’eau où on les a prifes foit valeufe ,il eft bon de les mettre dégorger dans une eau vive; car autant une tanche pêchée en bonne eau fait un manger agréable, autant celle qui fort de la vafe eft mauvaife. Je vais dire quelque chôfe fur la façon de les apprêter dans les cuiftnes.
- De l'apprêt des tanches dans les cuifines.
- 124. Pour les écailler, & comme difent les cuifiniers, les délimoner, il faut les jeter dans l’eau bouillante , couvrir le vafe où on les a mifes , pour éviter les éclaboufsures 3 quand elles y ont refté quelques momens, on les retire &
- (16) [Comme il importe beaucoup plus foit aux pêcheurs , foit à ceux que cet art intéreffe, de connaître les marques extérieures à l’aide defquelles on peut diftinguer _une efpece de poiffon d’avec d’autres, plutôt,que de favoir exactement à quelle diftance les parties de fon corps fe trouvent entr’elles, je crois devoir ajouter ici par rapport à la tanche ,que ce poiffon eft court
- & épais , que fa longueur eft triple de fa largeur , qu’il a le mufeau court, le dos de couleur noirâtre , les côtés d’un vert doré, la queue large ,les écailles très.-adhérentes à la peau, & enfin qu’on a peine à le tenir à la main à caufe du mucilage dont fon corps eft couvert. En voilà autant qu’il en Faudrait, ce niefemble,& rien de plus pour ne pas s’écarter du; but effentiel de ce traité.
- S s ij
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- y24 TRAITE1 DES PECHES. Partie IL
- on ôte récaille, commençant par la tête & évitant d’entamer la peau, qui eft délicate & fort bonne à manger. Quand on a ôté les écailles , on vuide le poif-fon ; on le lave, on ôte les nageoires, & on le fait cuffe^ir le gril, pour le fervir avec une iauce. Ou bien quand la tanche eft'écaillée & vuidée comme on vient de le dire, on la met dans le plat fur lequel on veut la fervir, avec un demi-verre de vin blanc, une demi-cuillerée de verjus, & un morceau de beurre frais ; le tout étant afsaifonné de fel, de poivre, une pincée de bafilic , un peu de perlil, de la ciboule , des champignons hachés bien-menu. On y ajoute fi l’on veut une demi-feuille de laurier : on couvre le tout d’un autre plat, & 011 fait cuire le poifson fur un petit feu.
- I2f. On peut encore quand la tanche eft écaillée, vuidée & lavée, la faire mariner avec de l’huile, du perfil, de la ciboule, des champignons, une écha-lotte , le tout haché , 8c y ayant ajouté les alfaifonnemens convenables de fel & de gros poivre, on la dreffe fur le plat où on veut la lervir avec la marinade ; & après l’avoir panée avec de la mie de pain, on la fait cuire au four ou dans une tourtiere 5 & quand elle a pris une belle couleur dorée, 011 la dégraiffe, & on y ajoute une fauce un peu claire & piquante.
- 126. On lafert aufîi en fricalfée de poulet ; après l’avoir coupée par morceaux , on la palfe à la calferole avec un morceau de beurre & des fines herbes ; on y ajoute du bouillon 8c du vin blanc , pour faire cuire le poiflbn à grand feu ; & après l’avoir affaifonné de fel & de poivre , on lie la fàuce avec des jaunes d’œufs. On peut y ajouter un filet de verjus, ou un jus de citron. Enfin la tanche eft très-bonne étant frite comme une carpe : pour cela , après l’avoir délimonée, on l’ouvre par le dos , on la marine avec du fel, du poivre, de l’oignon ou jus de citron , du verjus & du vinaigre : on la farine ; on la fait frire ; & après l’avoir biffée égoutter, on la faupoudre d’un peu de fel, & on y ajoute un jus de bigarade ou un filet de verjus : on en fait aufli de bonnes tourtes..
- Article X-De la carpe ; cyprinus. ( 1 f )
- 127. On prend à la mer un poiffon affez iemblable à la carpe, & à qui quelques - uns donnent ce nom mais il a des cara&eres différens de la carpe dont nous allons parler, qui fe pêche' dans les rivières & les lacs. C’eft un des poiffons qui réuflit le mieux dans les étangs : on peut fur cela con-fulter ce que nous avons dit première partie , troifieme fe&ion, en parlant des étangs.
- (17) En allemand karpfc. ;
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- Sect. III. Des poijfons d'eau douce de h\ famille des ahfes. 32î
- . 128. La carpe fenourrit du frai d’autres poiffons, d’infe&es & de quantité* de fubftanees animales ou végétales qu’elle rencontre en fusant la vafe, ce qui a fait croire qu’elle fe nourriffait de vafe mais il eft certain qu’elle elh avide'de beaucoup d’autres alimens ; car pour engraiffer des carpes que j’avais dans un vivier, je faifais remplir un barrib d’orge pétrie avec de k terre : comme ce barrit était au fond de l’eau, l’orge fe renflait, elle germait ,& les carpes étaient continuellement occupées àfucer cette terre , fans, doute pour ie nourrir du grain qui y était mëléi-Tout le monde a vu les carpes fe jeter avec avidité-fur les morceaux de pain qu’on jette » dans des endroits où il y en a, & les pêcheurs aux haims en prennent avec des appâts de differentes efpeces -, aiiifi iî n’eft pas douteux que les carpes cherchent à fe nourrir d’autre chofe que de la vafe. Il eft vrai néanmoins qu’elles la Lucent* & s’y forment des routes 3 je l’ai éprouvé à mes dépens (18}.
- Def cription de la carpe. (19 )
- • 129. La carpe eft un poiflon rond, un peu applati 3 il a des arêtes fort incommodes lorfque ces poiffons font maigres & petits , mais qui le font' peu quand elles font groffes & grades. Ses écailles font' grandes & fortes y' comme on le voit pl. X1F ,fig. 1. Il y en a de bien des couleurs différentes j
- ( 18) Le fait que notre auteur rapporte ici, fe trouvant déjà raconté & avec les mêmes circonftances dans la première partie,, fçdtion troifteme ,, article des réfervoirs y pag- S4*5 de notre tome Vvj’ai cru devoir fupprimer une*répétition. tout-à-fait inutile.
- (19) On trouve dans les mémoires de l’académie royale des fciences ; une deferip-tion très-exade de ce poiflon par MM. Petit & du Vernai.; je n’ajouterai à ce qu’en dit ici notre auteur , que ce que le travail de ces deux phyficiens renferme de plus curieux, & j’y fuis encore invité par la merveille de l’objet même de leurs recherches. La: tête delà carpe eft compofée d’un nombre prodigieux d’os emboîtés enfembleavec un art admirable. Les œufs de la femelle fqnt divifés en deux paquets. M. Petit a été curieux d’en connaître la quantité à peu près 3 & fuivant fon calcul une carpe de 18 pouces de long n’en contenait pas moins de ' $42144,.celles qui font plus petites> en.
- ont à proportion. Quelques carpes font hermaphrodites , on prétend qu’il s’en trouve aufli parmi les brochets. & les merlans. Elles ont, comme tous les autres poiflbns,
- , befoin de refpirer. Les parties qui fervent i à ’cette operation eflentielle , font en fi' grande quantité, que l’imagination s’en effraie. Les pièces ofleufes font au nombre de 4386.Il y a 69 mufeles r 4320 rameaux d’arteres , autant de, nerfs & de, veines qui> fe fubdivifent encore. Tant de parties concourant toutes au meme but, fi admirablement arrangées , & toujours d’une ma- ; niere uniforme ,me rappellent le mot d’une’ dame fraiiçaife, célébré par fes profondes connaiflances en anatomie , qui , après, avoir démontré fur un cadavre .de .cire , quelques- uns des méchanifmes merveilleux du corps humain , adrefla; la parole" à fon auditoire, en difant r Eh bien,‘marchands déhafard , que dites-vous à cela? '
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- lès unes font brunes, d’autres verdâtres, d’autres forées, d’autres rouges, d’autres .prefque blanches ; &, ; enfin d’autres qu’on appelle à miroir, fig, 2 t parce qu’elles font en quelque façon panachées.
- 130. Le corps* depuis le mufeau A, fig. 2, jufqu’à l’origine de l’aileron du dos E , ou à l’articulation des nageoires du ventre P , augmente de grolfeur par une progreftion uniforme, d’où il réfulte une courbe régulière A E. Depuis cet endroit jufqu’à la fin de l’aileron du dos, la largeur verticale diminue allez uniformément ; enfuite jufques près l’origine de l’aileron de la queue, la diminution de largeur-eft plus conlïdérable : ,1a tète eft grolfe par compa-raifon à la grolfeUr du corps, — . .
- 151. Le contour de l’opercule des ouïes * ne forme pas une courbe régulière; les yeux font fi’une grandeur médiocre, mais allez éleyés fur la tète; l’ouverture des narines l’eft encore plus, & elle eft beaucoup plus près de l’œil C, que du bout du mufeau A. La gueule étant ouverte , eft ronde ; les mâchoires font cartilagineufes : elles 11’ont ni dents ni afpérités ; mais elles font bordées de levres épailfes que le poilfon porte en-avant pour fucer fes alimens, comme r on le voit à la figure 1 : elles font garnies-de quelques barbillons;-les deux æ, a, fpnt très-apparens : on trouve des os durs au fond. idu> gofier. On n’y fent point de langue,; car ce qu’on appelle Langue de la, carpe, qui fait un mets délicat, eft fon palais, qui eft charnu.
- 132. La carpe a un feul aileron EF fur le dos, beaucoup plus grand qu’aux tanches, ,* aux 1 brèmes & aux autres poiflpns que j’ai, icompris dans cette troilieme fedïoii<; de’plus cet aileron n’eft pas au milieu du dos, mais beaucoup plus du côté de la queue que de la têtey 'mais' 'comme elle a un aileron G derrière l’anus, comme à prefque toutes l’aileron de la queue eft fourchu, qu’elle a une nageoire Q derrière chaque ouie, & deux autres P fous le ventre, j’ai, cru devoir la comprendre dans cette troifieme feélion.
- 153. Pour ce qui regarde les vifceresintérieures de la carpe, je puis me borner à renvoyer àee que j’ai dit de l’anatomie- des poilfons, à l’intro-du&ion qui eft au commencement de la première fedipn de la fécondé partie , à ce que j’ai repréfente fur la planche I. Je me contenterai de dire qué je n’ai point apperqu d’appendices vermiçulaires à i’élljomaç. Hais.-comme il, n’y a guère de poüfons, de la grandeur de la carpe qui; aient: des écailles : aulli épailfes & auffi grandes , je crois devoir en dire quelque choie.
- 134. J’Arrepréfenté, fig. 3, plulieurs écailles prifes für les: côtés d’une carpe ordinaire de la grandeur de celle à miroir, fig. 2 , qùefardécrite en détail ; elles font, repréfentqes à peu prends la grandeur naturelle.:' iâ partie' blanche des écailles, a, b, eft la.portion fie ces, écailles qui eft recouverte par celles qui font plus vers la tête ; elle.-eft unie partie, brune~efttcelle
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- Sect. III» Dès poiffom àteau douce delafmniïïe^des alofcs. -327
- qui eft apparente ;-elle eft différemment colorée , Tüivânt les ‘elififéjfentc'S -éf-peces de carpes-, aux unes'elle eft tirant au bleui, âi'd%utï‘é^'àui verd pLà d’autres fort brunes ;-il y en a'de rouges * de jaunes, & d’autres 'côùleur d’oB, toujours brillantes & marquées de traits qui fè tendent à' uié ceiitre commun c ; en y prêtant beaucoup d’attention, St avec leTecours d’une loupe, on apperçoit àuffi fur la partie blanche des écailles « , ,'quelques traits
- fort déliés, qui fe*j réunifient au-même centre c , mais1 qm:ifont peu appareils. Les écailles du dos font ordinairement bien: colorées j cés r couleurs s’éclairciffent peu àpeuM en-approchant du ventre ou-ellesJ font prefque blanches. Les écailles font jointes les'unes aux autres par dès membranes déliées qui les recouvrent furf leurs deux faces ; commets mèmbranes font fouples, elles permettent aux écailles de glilfer les unes fur les autres, pour que la carpe conferve fa flexibilité.
- 135". Il eft rare de trouver des carpes qui aient plus de deux pieds de longueur, & une de quinze à dix-huit polices eft réputée belle. Je vais donner les dimenflons d’une de grofleur commune. Du bout Aé du mufeau à l’extrémité K de l’aileron de la queue, elle a dix1 pouces fix lignes. Il y a de chaque côté aux-levres qui bordent les mâchoires , deux barbillons a ai les deux mâchoires font à peu près de même longueur.
- 136. Du bout du mufeau au centre de l’œil, à l’à-plomb de C, il y a un pouce deux lignes. Du bout du mufeau au derrière de l’opercule des ouies en D, deux pouces fix lignes. Toujours du mufeau- au commencement E de Taileron Jcfu dos, quatre pouces neuf lignes-, l’étendue EF de cet aileron, à loin attache au corps, eft de trois policesTept lignés ; le premier rayon E éft très-coù;rt3& ufleux Ljcelui qui fuit-éft dentelé par les bords; les autres, au nombre d’envirOn trente, font'rgros, mais fouples, la longueur des plus longs rayons eft de onze lignes.
- 137. Du mufeau à l’anus G, il y'a fix poucés& demi ; à environ deux
- lignes plus vers la queue, commence Paileron du ventre qui a onze lignes de largeur à Ton attache au1 corps ; il éft eompofé d’environ onze àjdbuzè rayons ; le premier diLcôté de G , eft plus gros & plus dur que des autres, la longueur du plus long rayon eft cfeTf lignes ;'de l’extrémité poftérieure de cet aileron au commencement H dé ceîùfdé,la queue, il a 1 f ou 16 lignes. Cet aileron eft fourchu ; les plus longs rayons H K, ont un pouce neuf lignes de longueur ; le plus court L M, huit lignes : il m’a paru formé d’environ vingtrhuit rayons. > : - 0
- T,À,ftlfreüLATï0î5 0 de^'hagébiresde derrière; les ’ouied, eftâ'peu pyès aTà-^lbrnb;'dii'Trotd dès opéfcùles’ D ; elles m^ont paru1 formées d’en-viron’dôii^C ràÿdrrsg'dQnt fèJplns long1 lignes Vuétte nageoire eft de fbrihp «ürfondie.'LB'iirWculâtibnr des nageofrés T rdù "ventre, font à quatre
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- pouces fept dignes; 4u; mufeau : elles m’ont paru formées de dix rayons , dont le plus long aypiüôun pouce & demi; la raie latérale L N, releve un peu du côté de N. Nous avons déjà dit que les écailles des carpes font grandes & épaiffes , & qu’il y en a de différentes couleurs.
- 159. La largeur verticale de cette carpe en C, à l’à-plomb de roeil était d’un pouce huit lignes i à l’à-plomb de O , deux pouces dix lignes -, en E, ,trois pouces une, ligne* en G, à l’à-plomb de l’anus, deux pouces * en F, r 1 f lignes ; en JET, 13 lignes.
- 140. Qüa^d les carpes font maigres, leur tête parait fort groffe par com-tpàraifon au corps , & elle a cela de commun avec quantité d’autres poiffons. Les petites,font très - défagréables à manger, parce qu’elles font remplies d’arêtes ; mais celles qui font d’une bonne groffeur & graffes , font fort charnues 3 leur chair eft ferme, néanmoins délicate & de bon goût, quand on a. pêché les carpes dans une eau vive ; mais elles contractent dans les fonds vafeux un goût très-délagréable.s c’elt pourquoi on fait beaucoup plus de cas de celles qu’on prend dans les rivières, que de celles d’étang. On eftime beaucoup celles du Rhin 5 & il y a auprès de Montreuil-fur-mer, un étang d’eau douce & vive, dont les carpes font tellement en réptitation, que celles qui pefent 12 à 15- livres fe vendent jufqu’à deux louis.
- 141. Il eft bon de favoir qu’on fait aifément perdre le goût de vafe à la chair des carpes, en les tenant feulement une huitaine de jours dans l’eau vive pour les dégorger. J’ai mangé de belles carpes pêchées dans la Charente , qui, comme l’on fait, eft une riviere vafeufe; leur chair avait un goût bien défagréable * mais une perfomie qui habitait près de cette riviere, m’en fit manger d’excellentes , qu’il avait fait entrer dans une elpece de verveux qu’il tenait entre deux eaux dans l’eau même de la Charente, de forte que le filet ne re-pofait pas fur la vafe.
- 142. Il y a des cuifiniers qui prétendent , mais je ne puis affurer fl c’eft avec raifon, que fl, au fortir de l’eau, 011 fait avaler un demi-verre de vinaigre à une carpe qui,a été pèehée dans la vafe, & qu’on la laiffe étendue fur une table, il fort, comme par une elpece de tranfpiration, une vafe très-fine, qu’il faut enlever , en grattant de tems en tems les écailles avec un couteau ; & que quand elles font mortes, leur chair eft ferme & n’a aucun goût de vafe j mais, je le répété, je ne rapporte ceci que d’après les cuifiniers.
- 145. Il eft très-certain que les carpes vivent bien long-tems; il y en avait dans les foffés du. château de .Pputcbartrain, qui étaient -très-groffes , beaucoup avant la mort de Louis XIV. M, le comte de Maurepas m’a dit qu’il eu avait fait pêcher une pour connaître quelle était la qualité de fa chair , .& qu’elle ne s’était pas trouvée bonne. J’ai vu fervir fur una table, une carpe
- d’une
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- d’une groffeur monftrueufe ; elle avait été pêchée dans une petite riviere dans laquelle on n’en prend que de petites ; apparemment qu’elle s’était échappée de quelque réfervoir, où, comme à Pontchartrain , 011 en nourriffait de groffes ; là chair était courte, mollaffe & infipide; on convint unanimement que c’était un mets au-deffous du médiocre. Comme ces carpes, d’une groffeur monftrueufe & extrêmement vieilles font très-rares, on a raifon de regarder les groifes carpes pêchées dans une bonne eau, comme un mets excellent. Enfin il y a des carpes qu’on nomme faumonnées, parce qu’elles ont la chair rouge j je ne fais fi c’eft une efpece particulière, mais elles font fort bonnes.
- De ta pêche des carpes.
- 144. De quelque façon qu’on fe propofe de faire la pêche des carpes, il eft bon de s’aifurer s’il y en a dans l’endroit où l’on veut s’établir, & aufli de les engager à s’y raffembler ; pour cela on leur préfente des appâts de fond , qu’011 met dans un endroit net d’herbes, & où le fond foit de fable; ou s’il était vafeux, on met fur une table une couche de glaife de trois pouces d’é-paiffeur, foit pour que la table foit affez chargée pour tomber au fond de l’eau , ou pour que le poilfon ne foit pas effarouché par la table. On met fur cette glaife les appâts qui doivent attirer lepoiffon, & on conferve fur le rivage une corde qui répond à la table pour la tirer à terre , quand il faut renouveller les appâts, ou pour s’affurer s’ils ont été enlevés par les carpes, ce qui indique s’il y en a un peu abondamment.
- 145". Ces appâts, qu’011 nomme de fond, peuvent être de bien des efpeces différentes ; mais affez ordinairement ce font de groffes fèves qu’on fait cuire à demi. On peut confulter ce que nous avons dit de ces appâts , première partie, première fection. Quand on s’eft affuré qu’il y a dans un endroit affez abondamment de ce poiffon , & qu’on les a engagés à s’y rendre , on a tout lieu d’elpérer qu’on y fera une bonne pèche, foit avec les haims , à la canne ou des lignes dormantes, foit avec différentes fortes de filets.
- 146. A l’égard de la pèche aux haims, nous avons expliqué, première partie , première fe&ion, les différentes façons de la faire, la maniéré de pêcher avec la perche ou la canne, & la façon de faire les lignes, ainfi que la meilleure maniéré d’y ajouter les haims. Enfuite nous avons traité des différens appâts, la façon d’amorcer les haims, & dit comment doit fe comporter le pêcheur , pour engager le poiffon à mordre à l’appât qu’il lui préfente , les précautions qu’il doit prendre, tant pour faire piquer la pointe de l’haim dans la chair du poiffon par une petite fecouffe, que pour retirer les gros poiffons fans rompre la ligne.
- 147. On a vu aufli précédemment comment le,pêcheur peut faire la
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- pêche aux haims en fe promenant, & comment il tend au bord du rivage des lignes dormantes; enfin comment on tend dans le lit même des rivières,, des bricolles ou des lignes flottantes que nous avons aufli repréfentées plus; en grand. Comme on prend à ces différentes pèches, non feulement des carpes , mais encore plufieurs autres fortes- de poiflons, il nous a paru fuffifant, pour éviter des répétitions inutiles, d’indiquer la fedion, où nous en avons traité-expreffément.
- 148. La pèche aux haims n’eft pas le feui moyen qu’011 emploie pour prendre les carpes ; j’en ai vu pêcher dans de grands étangs avec des faines; & des tramails, à peu près comme on le voit première partie , fécondé fedion. Nous en prenons dans nos petites rivières , en tendant par le travers un tramail, première partie, fécondé fedion : on tire dedans un bateau ou de deffus les bords du rivage un épervier , & le poilfon effarouché entre dans l’épervier ou fe jette dans le tramail.
- 149. Quand on s’apperçoit qu’il y a des carpes qui fe retirent dans des crônes, on y jette des appâts, par exemple , de groffes fèves à demi-cuites, pour les engager à les fréquenter ; & le foir, avant le foleil couché , on tend vis-à-vis de ces crônes , un tramail ; puis, avec des perches dont le bout eft garni d’une rondelle de cuir, 011 agite l’eau dans ces cavernes , pour que le poiffon effarouché donne dans le tramail. Cette façon de pêcher eft décrite première partie, fécondé fedion. Ou bien comme les poiflons ont coutume de rentrer dans les crônes le matin vers le foleil levant, 011 en barre l’entrée avec un tramail 5 & pour les engager à retourner dans les crônes , plufieurs pécheurs , qui fe mettent dans de petits bateaux, battent l’eau de la rivière avec des perches. (20)
- if o. Enfin 011 trouve des carpes confondues avec d’autres elpeces 4e poiflons dans les verveux, les guideaux & d’autres filets à manche, où on les attire avec différens appâts. Nous avons repréfenté plufieurs de ces filets a première partie, fécond fedion , de même que les nalfes.
- ifi. Les carpes fupportent mieux le tranfport en vie, que beaucoup d’autres poiflons. On peut confulter ce que nous en avons dit, première partie, troifieme fedion. On ne débite guere au marché les carpes par tror.T çons ; comme les groffes font fort eftimées, on trouve toujours quelqu’un qui y met le prix.
- De l'apprêt des carpes dam les cuifines.
- ï f 2. De quelque façon qu’on fe propofe d’apprêter les carpes, il faut ârraeher les ouïes &4es vuider proprement, prenant garde de crever la véfi-
- ( 20 ) J’ai parlé dans mes additions au tome X, d’une maniéré de pêcher les carpes différente de celle dont il eft ici fait mention, & qui fe pratique dans le lac de Neuchâtel.
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- fcuîe du fiel, & conferver la laite & les œufs, ainfi que les boyaux , qui. font délicats & de bon goût. Quelques-uns emportent le palais, qu’on nomme la langue., pour la mettre dans des ragoûts ; mais comme il y a dans la tête bien des parties délitâtes , qui la font regarder comme un mets friand, pour peu que la carpe foit belle, 011 y laiffe la langue. On apprête volontiers les carpes au bleu ; pour donner aux écailles cette couleur, on la met dans un grand plat, & on verfe delfus du vinaigre bouillant ; enfuite 011 la met avec fes écailles dans une poilfonniere avec de l’eau ou du bouillon maigre, fiu vin blanc, du verjus, du vinaigre, un bouquet de fines herbes, des oignons , & les affaifonnemens ordinaires de poivre, de fel, de clous, & l’on fait cuire le poilfon à grand feu. Quand il eft bien cuit, 011 le drelfe fur une ferviette avec du perfii verd, & on le mange à l’huile & au vinaigre.
- if g. Pour préparer les carpes à l’étuvée, après avoir ôté les écailles, on les coupe par tronçons, qu’on met dans un chaudron avec du vin blanc, quelques oignons, une écorce d’orange, un bouquet de fines herbes, & les alfaifonnemens de fel, de poivre & de girofle : on fait bouillir le tout jul-qu’à ce que la fauce foit réduite convenablement pour hume&er le poilfon j alors fi l’on a confervé le fang de la carpe, on le verfe fur le reffce avec un filet de verjus ou de vinaigre.
- 1 f 4. La matelotte différé peu de l’étuvée ; mais 011 y fait entrer plufieurs fortes de poiffons , comme le brochet, le barbillon, la brème, le gardon, & principalement la carpe l’anguille. On fait dans une cafferole, un petit roux avec du beurre frais, quelques oignons, des tranches de carrottes & de panais, un bouquet de fines herbes, & une petite cuillerée de farine ; quand le roux a pris une belle couleur, on y ajoute du bouillon maigre, du vin, un morceau de beurre, & les affaifonnemens ordinaires : on verfe le court-bouillon fur les tronçons qu’on a mis dans une poiffonniere, & on le fait cuire à grand feu pendant une demi-heure ; on y ajoute quelques croûtes de pain, & on dreffe le tout dans un plat, avec, fi l’on veut, un jus d’orange ou de citron.
- iff. On eftime aufli beaucoup les carpes frites : en ce cas, après les avoir vuidées & écaillées, 011 les ouvre en deux fuivant leur longueur ; on les met mariner avec du vinaigre alfaifonné de fel, de poivre & de fines herbes ; on les tire de la marinade, 011 les faupoudre d’un peu de farine, & on les fait frire dans de bon beurre ou d’excellente huile ; enfuite on les fert fur une ferviette avec du perfii frit.
- 1 f 6. On fait encore rôtir les carpes fur le gril : pour cela, après les avoir écaillées, on les frotte de beurre frais avec des affaifonnemens, & de tèms en tems on les retourne pour les arrofer de beurre ; quelques-uns y poudrent de la mic de pain : quand elles font cuites, on les fert fur une farce d’h orbe s
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- eu fur une fauce blanche, avec des câpres, ou fur toute autre fauce qu'on juge convenable.
- ïf 7. Pour faire une carpe farcie, on ôte les écailles, puis 011 écorche la carpe, confervant la peau la plus entière qu’il eft poflible. On détache la chair des arêtes, qu’on ôte foigneufement ; 011 fait, avec cette chair & celle d’anguille, des jaunes d’œufs, un peu de mie de pain, qu’on a fait tremper dans ou lait & de bon beurre frais, un hachis, qu’on aflàiforuie avec du fel, du poivre & une petite pointe d’échalotte ; on remplit, avec cette farce, la peau de la carpe, que l’on coud avec du fil, lui confervant la forme de carpe ; puis on la fait cuire dans un court-bouillon, & on la fert fur un ragoût où il entre des champignons, des culs d’artichauts, des mouiferons, des morilles, des truffes, des câpres, des laitances, des langues de carpes, &c.
- if8. On fait encore des tourtes, dont la chair de la carpe & de l’anguille font la principale partie : on en fait une farce comme pour la carpe farcie ; & ayant frotté fes mains de beurre frais, pour que la farce ne s’y at* tache pas, 011 en forme des andouillettes, dans lefquelles on met, fi l’on veut, un morceau de foie de brochet, ou de lotte, ou de laite de carpe: on les trempe dans du beurre frais fondu, & on les arrange fur la croûte de def-fous, qu’on a frottée de beurre; on y ajoute des béatilles maigres, comme langues de carpes, laitances, foies, champignons, quelques tranches d’oignons , & un bouquet de fines herbes, le tout étant bien alfaifonné, on met la croûte de deifus, & on la fait cuire au four. Quand elle eft cuite, on en~ leve cette croûte pour ôter le bouquet & les oignons, & on y ajoute un coulis d’écreviifes. On conçoit que ces apprêts de cuifine peuvent être variés de bien des façons différentes ; mais ce font des détails où nous ne devons pas entrer.
- I)e la pêche des carpes dans les pays étrangers.
- if9. GmÉLIN dit, dans fon Voyage de Sibérie, que dans le pays des Tar-tares on trouve communément une efpece de carpe qu’on nomme en Allemagne kavauche ; que les Tartares en font fécher pendant l’été, & qu’ils y ont recours l’hiver quand leur chafle ne fuffit pas pour les nourrir. Le même auteur dit ailleurs, que le cyprinus d’Artedi eft nommé tchebaki en Sibérie > qu’on en prend dans la riviere appellée Setinga, fur laquelle eft la ville de Se-tinghinsk , & ailleurs ; que ce poiifon eft fur-tout très-abondant dans un ruif-feau nommé T chou lime.
- Des différentes efpeces de carpes.
- 160. Il y a un poiifon qu’on nomme carpeau dans le Rhône : il eft fort
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- différent du carpione d’Italie, qui eft du genre des fermons , mais très-reffem-blant à la carpe > il 11e devient jamais auffi grand ; il eft plus gros par rapport à fa longueur ; fes écailles font très-brillantes : il eft toujours vuide d’œufs & de laite. Il eft fort rare à Lyon, où on- l’eftime beaucoup. Il eft plus délK cat, & d’un goût plus relevé que la carpe. C’eft tout ce que je puis en dire ; car lqrfque j’étais à Lyon, il ne m’a pas été poflible de m’en procurer; mais j’ef. pere dans la fuite être en état de fuppléer à tout ce qu’on, peut defirer fur cet article. (21)
- 161. Il y a encore un poiifon que Rondelet nomme pigo ou cyprimts aculeatus, c’eft la carpe épineufe : je 11e l’ai point vu en vie ; mais ce poif. fon m’a paru entièrement femblable à la carpe, ayant feulement cela de fin-, gulier, qu’au milieu de chaque écaille, fur-tout du côté de la tète, il y a comme une petite dent blanche & un peu piquante, qu’on petit comparer en petit, aux boucles de la raie.
- De la b or delier e ; ballerus, Rond.
- 162. Voici encore un poiifon qui a rapport à la carpe, au moins par là façon de vivre, ce qui a engagé quelques auteurs à le nommer cyprimts latus & tenuis ; néanmoins l’aileron du dos n’eft pas auili grand que celui de la carpe, & fon mufeau eft plus pointu : il a plus de rapport avec la brème de riviere ; mais la bordeliere n’eft jamais auili grande que la brème. En géné-ral, fes écailles font moins grandes & plus brunes ; l’aileron du dos eft noirâtre ; celui de derrière l’anus, ainfi que celui de la queue, tirent au rouge comme à la perche de riviere.
- 163. Sa tète eft petite ; fon mufeau pointu : il n’a ni dents ni langue; fon palais eft charnu comme celui de la carpe; fes mâchoires font dures, & il a un os au milieu du palais, & deux autres au-deffous, qui, par leur rencontre avec celui du palais, brifent les alimens. L’œil eft de médiocre grandeur , peu élevé fur la tète ; la prunelle eft noire & Piris blanc. Le corps, allez femblable à celui de la brème, eft bombé dm côté du dos, & encore plus fous le ventre : il a quatre ouies de chaque côté ; la chair eft blanche, moins eftimée que celle de la brème. La dénomination de bordeliere, lui vient de ce qu’il fe tient au bord des eaux. On en trouve dans les lacs de Savoie, dans les étangs de la Breffe, dans le Rhône & la Saône: il n’eft pas bien commun, & Ion 11’en fait point de pèche particulière. Il s’en trouve pèle-mèle avec les autres poiffons blancs.
- (21 ) On trouvera dans mes additions, placées à la fin de ce volume, F extrait d’un mémoire intéxeflaAt; fur cette dp.ece particulière de poiffons.
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- 334 TRAITE' DES PECHES. Partie IL Article XI.
- De la bouvière ou peteufe..
- 164. La bouvière eft un petit poilfon qu*on pèche dans la SdTie, la Marner» &c. & qui relfemble tellement à une carpe, qu’on pourrait l’appeller cypri-nus minimum Je ne lais pourquoi 011 le nomme peteufe : mais la dénomination de bouvière, vient de ce qu’il fe plaît dans la boue : quelques-uns le con-" fondent mal-à-propos avec le vérom
- Defiription de la. bouvière.
- l6f. Les plus grandes n’ont guere que 2 pouces & demi de longueur; elles font aifez larges, par proportion à leur longueur : elles ont un aileron fur le dos, un derrière l’anus ; l’aileron de la queue fourchu 3 deux nageoires derrière les ouies, 8c deux fous le ventre. Celle que nous allons décrire ,/>/. XIV^fig. 4, avait 2 pouces 3 lignes de longueur totale AB, & du mufeau A au centre de l’œil C, 2 lignes & demie.
- 166. De A au derrière de l’opercule des ouies, à l’à-plomb de L » f lignes ; de A au commencement D de l’aileron du dos, 11 lignes 3 la largeur de cet aileron à fon attache au corps » f lignes, il a neuf rayons rameux 3 la longueur du plus long rayon DF, eft de 4lignes & demie 3 du mufeau A à l’anus G, 14 lignes & demie 3 immédiatement, derrière, eft l’aileron du ventre H » qui » à fon attache au corps, a 3 lignes : il eft formé de neuf rayons 3 le plus long G H, a auffi 3 lignes de longueur 3 du mufeau à la naiifance K de l’aileron de la queue, un pouce 9 lignes 3 la longueur K B de cet aileron, f lignes 3. il eft formé d’environ 24 rayons. Avec la loupe, on apperçoit que la membrane qui les unit, eft traverféç par des lignes très-déliées qui coupent perpendiculairement les rayons.
- 167. De A à l’articulation L de la nageoire branchiale, f lignes : elle eft formée de douze rayons très-déliés 3 le plus long rayon de cette nageoire eft de4 lignes3 de A à l’articulation de la nageoire du ventre M, 10 lignes; la longueur du plus long rayon eft de 3 lignes & demie 3 la largeur verticale à l’à-plomb de l’œil, eft de 3 lignes3 à l’à-plomb de L ou de l’articulation de la nageoire branchiale, f lignes & demie ; à l’à-plomb de D, 7 lignes 3 à l’à-plomb de G, f lignes & demie ; à l’à-plomb de K, 2 lignes & demie 3 l’ouverture de l’aileron de la queue de B en B , f lignes 8c demie ; fes écailles, proportionnellement a la grandeur du poilfon, font grandes, figurées comme celles delà carpeelles: font blanches & minces 3 de forte que quand on interpofe le poilfon entre l’œil & une lumière, il paraît tranfparent, excepté vers le dos, où fon
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- Sect. III» Des poiffom d'eau douce de h famille desalofis. 33 ?
- apperçoit une raie obfcure. L’œil eft affez grand ; la prunelle très-noire j il a quatre ouies de chaque côté ; la gueule eft petite j 011 n’y fent point de dents ; le palais eft .charnu comme à la carpe.
- 168. Comme il faut le vuider pour le manger, il eft bien difficile de ne pas rompre la véficule du filets alors ce poiffon eft d’une amertume infupportable} Lins cela 011 dit qu’il a un goût de vafe défagréable. La veffie pneumatique eft double comme à la carpe ; la rate eft rouge & adhérente à l’eftomac ; les inteftins font plufieurs circonvolutions. Comme il n’eft pas bon â manger, oh n’en fait pas de pèches exprelfes , mais 011 en prend le printems pêle-mêle avec les ablettes , qu’on pêche à l’échiquier ou au carreau.
- Article XII.
- Du véron y ou vairon ; varius , phoxinus, Rond. ( 22)
- * n
- 169. Ce petit poiffon fe prend dans quantité de rivières: il eft rare qu’il ait plus de 2 pouces & demi de longueur. Communément on le nomme véron, parce qu’il eft de la grofteur à peu près d’un ver. Ceux qui le nomment vairon , ont dérivé ce nom du latin varius ; & l’expreffion varius vient de ce qu’il a le corps de différentes couleurs , ainli que nous le détaillerons dans la fuite. Rondelet range Ge poiflon dans la claffe des phoxinus. Celui que je vais décrire, & qui eft repréfenté pl. XIF, fig. f , n’avait que 23 lignes de longueur totale A B. Les yeux font affez grands, proportionnellement à la taille de ce petit poiffon -, la prunelle eft très-noire , & tranche beaucoup fur l’iris. Depuis le bout du mufeau jufques derrière l’opercule des ouies, il y a 4 lignes & demie.
- 170. Ces opercules jettent des reflets très-brillaus de différens or, jaune, verd, bleu j à d’autres endroits ils font d’argent, le tout bruni & fort brillant. Les mâchoires font bordées d’un très-beau rouge : il y a prefque toujours une petite tache fort noire au bout du mufeau ; de cet endroit â la naiffance D de l’aileron du dos, il y a lignes. La largeur de cet aileron à fon attache au corps , eft de deux lignes & demie. Du mufeau à l’anus E, nous avons trouvé un pouce 2 lignes & demie ; immédiatement derrière, commence l’aileron du ventre, qui n’a pas tout-à-fait 5 lignes de largeur à fon attache au corps.
- 171. Du mufeau à la naiffance F de l’aileron de la queue, il y a un peu moins de 20 lignes : cet aileron eft fendu, & le plus long rayon a environ 3 lignes de longueur. Il y a derrière chaque ouie,à f lignes du mufeau, une nageoire & deux autres fous le ventre, à 11 lignes du mufeau.
- (22) En allemand dritze.
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- ij6 T RA î TE' DES PÉCHÉ S. Partie TT.
- 172. Une bande affez large, d’une belle couleur d’or, & formée de points qui femblent du fable d’or, s’étend en ligne droite de toute la longueur du poif. fon, depuis le derrière des ouies , jufqu’à la naifïance de l’aileron de la queue. Le dos, jufqu’à cette bande dorée , eft brun, mais pointillé d’or , ce qui le fait paraître comme bronzé. Àu-deffous de la bande d’or, il y a des parties d’or de différentes couleurs, les unes tirant au verd, d’autres au bleu , d’autres parties font d’argent, & toutes étant pointillées , femblent une belle étoffe , & à quelques endroits des traits d’un fort beau rouge ; à d’autres endroits, il y a des tac'hesmoires qui fe prolongent fuivant la largeur du poiffon; mais elles ne font pas fort fenfibles , & elles 11e diminuent'pas l’éclat des autres parties.
- 173. Les nageoires & ailerons font très-minces & tranfparens ; les uns & les autres font d’un très-beau rouge aux attaches au corps ; au fortir de l’eau, en les expofant au foleil, 011 apperqoit aux membranes, qui font extrêmement minces, une teinte rouge & même dorée très-légere.
- 174. Le véron reffemble affez, pour la forme du corps , à un petit gardon ; mais il en différé beaucoup par les couleurs dont nous venons de parler, qui font très-brillantes , fur-tout dans le tems du frai j en le gardant hors de i’eau, elles s’affaibliffent, & même plufieurs difparaiffent. Ces couleurs appartiennent à la peau, car je n’y ai point apperqu d’écailles ; cependant fa peau li’e:ftpas liffe comme celle des poiffons nus, elle eft pointillée & comme fablée.
- i7f. ARTEDifemble penfer qu’il y a des vérons de f pouces de longueur : je n’en ai point vu qui approchent de cette grandeur, ce qui me fait croire qu’il veut parler de la roffe ou rofiere de Picardie, qui, fuivant GelTner, eft un poiffon à écailles allez reifemblant au goujon, & qui a quelquefois un demi-pied de longueur : le corps eft un peu applati ; l’iris des j^eux jaune. Suivant lui, les plus petits ont des œufs : il me paraît que toutes ces chofes établif-fent plus de reffemblance avec le goujon , qu’avec le véron que nous avons décrit. Quelques pêcheurs affurent qu’aufli-tôt que les vérons font nés , ils ont des œufs dans le corps : je ne fais fi cette affertion eft établie fur de bonnes ôbfervations.
- 176. On prétend qu’ils jettent leurs œufs fut le gravier, dans les endroits où l’eau eft tranquille ; néanmoins 011 en trouve dans les herbiers. Il faut avouer qu’011 a peine à difiiper toutes les incertitudes qui fe trouvent dans les auteurs : il y en a'qui difent que les vérons ont un ardillon derrière chaque ouie, & quelques barbes auprès de la gueule, ce qui indiquerait plutôt une loche qu’un véron. O11 prend quantité de jeunes poilfons pour des vérons , mais je crois que le véritable eft celui que j’ai décrit, & qui eft repréfenté fig- Enfin on dit que la chair du véron eft toujours un peu arnere, peut-être parce qu’on a peine à vuider ce poiffon fans rompre la véficule du fiel. On s’en fert pour amorcer de petits haims.
- Article
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- Stct, IIIXDes poiffons d'eau douce de là famïlk des ahfek 337 A R t 1 c l ë XI II.
- De l'écharde ou ^pinoche 4 oti ipinàtde-. ( 23 )
- 177. Il eft évident qu e les déîïôrfiinàtiohs & écharde, â'épinocke , d'éplharde,
- &l’épithete düaculeatus, viennent dès ârdillônS dmit'ôe poiffon êft'hérilfé'füï le dosi & fous lei ventre. Quelques-uns le eenf(3ndé;nt inal=à-propos avec- lé Véron., jeudis mal-à-proposi,j'car lé- vêrdk n’â pâ$ d’épines r au fefte e’ëft üit très-petit poiffon,: de rivière* Il eft bien ftafé d’éii ütoüVër qui aient 2 péUeès a lignes de longueur, comme dans lâ ôgüte 6 i la plupart n’ôiYt qffiin pouée & demi.Je vais'décrire un des plus gtosépirtocfteS , péiit tèitdtë lés parties’ -plus fënftbles. La longueur de la tète C eft de 8 ligltêà j lès ÿeiiîc font gros relatif vement.à la -petiteife du poiffon, & fort élevés fur là têtCi* ' -J
- 178. L’ouverture delà gueule eft d’une grandeur médiocre ; elle eft.
- bordée de ievres qui qnt lûte teilitê t&îigéj la thâéhàitë iilfénéuré eft uii peu plus longue::quelà;fupérieurêVj& biles afont parti bordées d’afpétitéS : fôiidos. étant bombé &la:courbdrefé prolongeant avec la tète, lë tout à âfféz la formé d’un coin aigu. 1: ...rr ” •' -v
- r ji<75f.};ÏLa fur le doâ trois épines ÜyË-, F, dures recourbées.vers Fard riere ; il y a derrière F, un petit aileroil1 G formé de ilètif rayons. L’ailerod de la queue B , eft coupé prefque quarrément, Sç formé d’environ quatorze rayons ; il y a fous le venttd Une ^pfc^di fffafttoâ dur H, de deffous lequel il part deux épines K, fort piquantes ,7%. 7. Derrière ce plaftron eft l’aileron du ventre , qui(s!éte)id JuiqueS’ tout' ptèSfa-î^ifâftc^dê'êélui de la queue ; cet aileron de derrière l’anus eft précédé d’un aiguillon, mais moins dur que eeux dont j’ai parlé : il eft fbrmé d’ehVffoît- lîifît ât tteffLtàÿdntf. K
- i8q. iLRpoiifori eflfmalttediç rapprocher dedbii Cdïps dü dé rêlévér leâ épines du dos D , E , F::iLles tiéih.t'4€>neftéèS quand1 il eftdàfis l’ead î Mais il fes iredretfe: lor%u?<m tîenfbtt jôù •ièülgmeutÊ quand II a péùr ï à l’égard dèS rayons:’du ventreK^l©pGâdbn èft æféïtïi? aîilftdêPfeéfSppreèhéf dè fëii Ôôïp§ ourrde. les en; ^ioigner j mais: il j? aré^Hd&' ftngiïKêry qttë <palid on les rélevâ avec une iépingle loffqu?ils font piféfqîfè dtôits^'dii féitt tili# pëtitë réfeaiicè’ qa.’om peutxooiparer g celle qu’dit éprouve quand ôft oWrS lu lamé'ffdrréoltv teau à reffort, cet aiguillent ffeftë-datts cet'êtat, oOMme sfiîy était fêtent* par un reffortjil faut faire un effort pour le rapprocher du ventre & tirer l’épine en-haut, fans quoi on iéproUVe une réftftance j apparemment que le poiffon peut à fa volonté faire l’équivalent,
- Ll Z> uj.ffl il ??':3ivh æu-jujfc ‘oJJ.b : m* -f. •
- (2} ) En allemandJHçhçrling, ainfi appelle à çaufe des pointes dont çe poiiTon eft armé,
- Tome XI, V y
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- j38 TRAITE' DES PECHES. Partie 11;
- i 8 i . Il y a derrière chaque ouie une écaille grande & brillante, & au-delà de cette écaille, qui eft fort mince, une nageoire M, arrondie par fon extrémité formée de fept à huit rayons. Je, n’en ai point trouvé d’autres fous le ventre.
- 182. La couleur de ce poiflon eft verdâtre proche le dos , & un peu rouge
- fous le ventre. Quand 011 l’examine à la loupe, on n-’apperqoit point d’écailles, excepté quelques-unes fort grandes, telles que celle que j’ai dit qui eft entré l’opercule des ouies & l’articulation de la nageoire, & une autre qui eft recouverte par cette nageoire i mais la peau paraît comme rayée ou ftriée par. des lignes qui fuivênt la courbure du corps: il y a quelques taches brunes & tranfverlales vers l’aileron de la queue. Le poilfon que je décris avait trois aiguillons lur le dos ; on prétend qu’il y en a de plus petits qui en ont lix, & ©11 veut en faire deux efpeces. A mon égard, il m’a paru que le nombre des aiguillons 11 était pas toujours le même. ' ! i .1 .
- 183. Je ne fiche pas que .nos pêcheurs fàflent de pêches exprefles pour
- prendre ce-poiflon, dont on fait bien peu de- cas non-feulement à caufe de; fa petitefle,-mais encore parce que fes aiguillons font fort incommodes ; néanmoins Belon dit que quand le Tibre déborde, il en entre beaucoup! dans un lac qu’il nomme Pedaluco, aujourd’hui Pic-di-Lugo, & que les pêcheurs* en prennent une énorme quantité, dont on fait des ragoûts. *
- • Art ic le XIV.. ; s v . : :
- Du .barbeau ou barbette ; barbus , Rond. (24). c. t
- 184. Quelques-uns ont mis ce > poiflon au nombre des carpes ; & l’ont
- nommé cyprinus oblongus ; pour moi, comme il a un petit aileron au. milieu du dos, un autre derrière l’anus, l’aileron de la queue; fourchu, uiie nageoire derrière chaque ouie, deux fousrle ventre, & comme .tous, ces ailerons,.ainli que les nageoires , <11?ont ppintr de rayons piquahs ;rje cms/devoir le comprendre dans notre troifienre .feétioifl Bélon dit avoir vu un» poiflon de mer qui reflemblait beaucoup^ au barbeau de riviere; maisjqu’il. eftü rare,que ni; lui ni les pêcheurs n’en avaient jamais vu auparavant. Je mele .connais pas j ainft je parlerai feulement du barbeau d’eau douce. . :. t j
- Defcription du barbeau< sq. L.i f -
- .,. 1 _ , ; .id i r,
- 18). Ce poiflon eft commun dans plusieurs rivières. Il refpire l’eau & la
- > . • •?. i > i. )
- ( 24 ) En allemand barbe. ~ *. ;;
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- Sect* III.! Des poiffons (Peau douce de la famille des alofes. ^9
- ^rejette avec .beaucoup de force i de forte qu’il la fait houillonner, peut-être parce que l’ouverture de fes ouies eft petite, ce qui fait probablement quftlyit quatre ym cinq heures ho,rs de l’eau. Ou en prend qui ont depuisun pied jufqu’à deux pieds & demi de longueur. ,
- .1,86. Sa tète eft aflez longue ; elle eft applatie en deflus, de couleur olivâ-, tre, peu charnue ; les côtés font dorés ; en général elle eft taillée en coin fort moufle. Les yeux font faillans, pas fort grands, un peu ovales ; la prunelle eft noire; l’iris nacré-avec des reflets couleur d’or: 011 remarque au crâne une bofle au-deflus des orbites, & une au-deflùs de l’ouverture des narines. La . mâchoire fupérieure excede aflez conlidérablement l’inférieure ; le mufeau eft cartilagineux & fort charnu ; la mâchoire iupérieure eft accompagnée latéralement de deux filets cartilagineux pointus, fur lefquels, principalement aux jeunes poiflons, eft un vaifleau fanguin qui la fait paraître teinte de rouge* Deux autres barbillons pareils font placés aux angles que forment les mâchoires lorfqu’il ouvre la gueule.
- 187. LEsleyres font épaifles, fur-tout celle de la mâchoire fupérieure qui eft contournée; le poiflonla prolongea volonté de quelques lignes en avant. D’ouverture de la gueule eft elliptique : on ne fent point de dents à l’intérieur, mais vers Je bas des branchies, ont fent de chaque côté comme une mâchoire intérieure , ou un os très-dur, garnie de dents, dont quatre font larges, aiguës & très-blanches j la moitié eft repréfentée pi. XV> fig. 1 : on n’apperqoit point de langue. L’ouverture des ouies n’eft pas grande, & les bords des opercules forment une courbe aflez régulière. Je vais donner les dimenfions d’un barbeau pêché dans la Seine.
- 188. Sa longueur totale A B eft de 14 pouces; du bout du mufeau en E, où font deux trous qui forment les narines, 14 lignes. A l’à-plomb de l’œil, en D, 21 lignes ; la prunelle eft noire & faillante ; l’iris couleur d’or ; le diamètre de l’œil 4 lignes : toujours du mufeau au derrière de l'opercule des ouies C, 3 pouces une ligne.
- 189. La gueule F n’eft pas grande ; la mâchoire fupérieure I eft plus longue que l’inférieure H ; l’une & l’autre mâchoire eft formée par des cartilages Toupies & bordés de levres épaifles. Entre A & I, on apperçoit un enfoncement K qui femble être une gueule fupérieure ; ce n’eft cependant qu’une cavité formée à fa partie fupérieure par une mafle eharnue A, fufceptible de dif-férens mouvemens, & d’où partent les deux barbillons L, L, qui ont 7 à 8 lignes de longueur : la cavité K s’étend jufqu’en M; & à l’endroit où elle fe termine, il y a de chaque côté un barbillon N, à peu près femblable à ceux L. Le deflous de la cavité K M, eft formé par la mâchoire fupérieure I; la mâchoire inférieure H, eft aufîi bordée par une levre épaifle.
- 190. Du mufeau A au commencement de l’aileron du dos Y, il y a environ
- Vv ij
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- 34® T RA I TE' DES PECHES. Partie Iî.
- 6 pouces ; la largeur de cet aileron à fon attache au corps, eft d’un pouce io lignes : il eft formé de dix à onze rayons rameux, & la longueur Y Z, du pîtrs long rayon* eft de 27 lignes : du dernier rayon de cet aileron à la1 naiflànce X de celui de la queue, il y a 3 pouces. :'';-
- 19 i. L’aileron du dos eft formé de dix à onze rayons rameux & fouples ; il n’y a que le premier Y, qui eft offeux & comme affermi par un autre rayon plus court, qui étant uni au premier, femble féparé des autres. La couleur de cet aileron eft b-run-clair. Celui de la queue X B, eft grand, mince, Toupie & fourchu 5 fa couleur eft rougeâtre, mêlée de brun. 'La longueur X B de fon plus long rayon, eft de deux pouces quelques lignes; il eft formé d’environ vingt-fix rayons rameux ; détendue B B, dans la figure, efi un ptu trop confidérable.
- 192. Du mufeau à l’amis S , il y a 8 pouces quelques lignes V immédiatement derrière, eft l’aileron du ventre VT, dont le plus long rayon a 2 pouces 2 lignes de longueur; fon attache au corps S T, eft à peu près de 9 à 10 lignes. Cet aileron eft compofé de fept rayons branchus, ou de fept faifceaux de Blets déliés ; il eft rougeâtre : du dernier rayon de cet aileron à l’origine de celui de la queue, vers X, il y a un pouce 2 à 3 lignes. 11
- 193. L’articulation O delà nageoire de derrière les ouies, eft à 3 pouces 3 lignes du bout du mufeau ; la longueur du plus long rayon O P, eft de 2 pouces 2 ou 3 lignes ; & cette nageoire eft formée par treize à quatorze rayons rameux affez déliés. Du mufeau A à l’articulation Q_des nageoires du ventre, il y à 6 pouces 5' à 6 lignes ; la longueur du plus long rayon eft de 2 pouces : ces nageoires font formées de neuf rayons rameux, un peu,plus gros que ceux des nageoires des ouies : elles font rouges, ainfi que celles des ouies.
- ' 194. La largeur verticale du poiffon, à Fà-plomb des yeux, eft d’un pouce
- 9 lignes. A l’à-plomb de l’articulation des nageoires branchiales, 2 pouces •4 lignes; à l’articulation des nageoires du ventre, 2 pouces 3 lignes. A la nailfance de l’aileron de la queue un pouce 2 à j lignes. Les mufcles de ce poifion font très-forts ; 011 a peine à le tenir dans les mains ; & ce qui y contribue, c’eft que fes écailles qui font nnes-, font couvertes d’une mucofîté, comme celles de la tanche. - '
- 195*. A l’égard de la forme de ce poiffon, le deffousq depuis la gorge juf-qu’à S, eft prefque fur un même plan : il releve alfez conftdérablément depuis Sjufqu’à X. Le corps du poilfon eft affez rond jufqu’entre les nageoires du ventre & l’anus ; cette partie devient peu à peu applatie, ce qui augmente de plus en plus jufqu’à l’aileron de la queue. :.
- 196. Les écailles font minces, alongées ; les unes arrondiesles autres terminées par un angle obtus ; celles des côtés font rangées fur des lignes parallèles & affez droites : elles font brillantes, argentées, dorées, & comme nacrées, avec un-mélange de couleur olivâtre, principalement vers le dos. Au
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- Sect. III. Des poiffons cteau douce de ta famille des alofes. 341
- milieu de chaque côté régné une ligne ponctuée un peu brune, qui eft pre£ que droite. Le ventre ouïe deffous du poiffon, jufque vers l’anus, eft blanc; le refte eft un peu lavé de rouge.
- 197. La chair des barbeaux eft très-blanche, délicate & de bon’ goût, principalement celle qui recouvre les groffes arêtes qui forment la capacité de l’abdomen : à cette partie elle eft plus ferme que vers la queue, où il y a beaucoup d’arêtes fines & incommodes. La laite, dans certaines faifons, eft groffe, plus rouge que blanche, & bonne à manger. A l’égard des œufs, on les jette, parce qu’on affûte qu’ils caufent des tranchées, des vomiiièmens & des diarrhées.
- 198. Les pêcheurs difent que les barbeaux fe nourriffent de petits poiffons, & qu’ils fe jettent avidement fur la viande lorfqu’ils en trouvent. Il en eft d’eux comme de prefque tous les autres j ceux qu’on pèche dans les eaux vives & fur les fonds de roche, font beaucoup meilleurs que ceux qu’on prend fur des fonds vafeux & dans les eaux dormantes.
- 199. La faifon où le barbeau a la chair la plus ferme & de meilleur goût, eft depuis le mois de feptembre jufqu a celui de mai ; alors il a peu de faite & d’œufs. Il n’y a point de pèche particulière pour ce poiffon ; on en prend pêle-mêle avec d’autres dans toutes fortes de filets ; feulement , comme il eft vorace , il mord volontiers à l’hameçon, & 011 l’attire dans des filets avec deô appâts.
- De P apprêt des barbeaux dans les cuijines.
- 200. Beaucoup mettent le barbeau au nombre des meilleurs poiffons d’eau douce. Pour l’apprêter dans les cuifines, on le met dans l’eau bouillante pour ôter les écailles & le délimoner, comme nous avons dit qu’on fallait pour les tanches ; mais il faut le laiffer moins de tems que la tanche dans cette eau, pour ne point enlever la peau , qui eft bonne & délicate. Mais , comme à caufe de la délicateffe de la chair, il cuit dans un inftant, & que fa chair eft un peu fade, il faut que le court-bouillon où 011 le fait cuire, foit relevé. Quand il eft cuit, 011 le fertavec différentes fauces. On met des tronçons de barbeaux dans les matelottes' : ils font très-bons frits, & en ce cas on ne foit que les fariner. Beaucoup les trouvent meilleurs étant accommodés au bleu que frits, grillés ou mis en étuvée. Enfin on en accommode auffi au gras, comme en fricandeaux, les ayant piqués de lard, avec un bon ragoût.
- Des petites barbettes ou loches, qui ont été pêchées dans la Seine.
- 201. Belon parle d’un petit poiiion faxatile commun dans quantité de ruifîeaux, qui a la chair délicate & agréable au goût -, il l’appelle lotte. ; on
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- 34* TRAITEf DES PECHES. Partie IL
- lui donne quantité de noms différens en beaucoup d’endroits. Nos pêcheurs qui les no piment barbottes en diftinguent de deux efpeces, une qu’ils nomment franche, qui fe trouve fur les fonds pierreux ; elle eft la plus petite & la meilleure : l’autre , qu’ils nomment graffe , eft un peu plus groffe : elle fe plait dans la fange, & elle eft beaucoup moins bonne que l’autre, ta 202. La graffe, pi. XIV, fig. 8 , a neuf lignes d’épaiffeur verticale à l’aileron du dos y elle eft marquée fur les côtés & le dos de taches noires de différentes grandeurs, ce qui fait que fon dos paraît noir ; mais le ventre eft blanc : elle a un petit aileron fur le dos > l’aileron de la queue eft moucheté : elle a des barbes, comme le barbeau s la mâchoire fupérieure eft plus longue que l’inférieure, ce qui forme un long mufeau, fous lequel eft l’ouverture de la gueule.
- 203. Voici les dimenfions d’une barbotte graffe pêchée dans la Seine ,’ & qui reffemble beaucoup à la loche de Bélon. La longueur totale AB, pl. XIV, fig. 8, eft de quatre pouces ; du bout du mufeau au derrière des ouies, fept lignes & demie ; à l’articulation de la nageoire branchiale, huit lignes i du mufeau à l’articulation E des nageoires du ventre, deux pouces ; à la naif-fance C, de l’aileron du dos, 21 lignes ; largeur C D de cet aileron à fou attache au corps, lîx lignes, du mufeau à l’anus F, 33 lignes: à une ligne & demie plus vers l’arriere, eft le commencement de l’aileron du ventre G.
- 204. A trois pouces & demi du mufeau, eft le commencement de l’aileron de la queue H : il eft peu échancré. Cet aileron, celui du dos, & en général tout le dos, eft marqué de taches noires.
- 20 f. La barbotte franche, aufti pêchée dans la Seine y fig. 9, a trois ponces lix lignes de longueur totale. Du bout du mufeau au derrière des ouïes, huit lignes i la mâchoire inférieure eft beaucoup plus courte que la fupérieure, & l’ouverture de la gueule eft en-deffous ; les mâchoires font bordées de levres, & elles font accompagnées de lix barbillons. Les yeux font fort élevés fur la tète. Il y a du bout du mufeau au commencement de l’aileron du dos, un pouce fix lignes i la largeur de cet aileron, à fon attache au corps, eft de huit lignes i la longueur du plus long rayon , de fix lignes ; du mufeau à l’articulation des nageoires branchiales, neuf lignes i la longueur du plus long rayon , fix lignes i du mufeau à l’articulation des nageoires du ventre, un pouce neuf lignes i la longueur du plus long rayon, cinq lignes ; du mufeau à l’anus , deux pouces quatre lignes ; immédiatement derrière, eft l’aileron du ventre , qui n’a que trois lignes de largeur à fon attache au corps.
- 206. Du mufeau à la naiffmce de l’aileron de la queue , trois pouces : il eft coupé prefque quarrément. La longueur de cet aileron eft de lix lignes ; la largeur verticale du poiffon, à l’à-plomb de l’aileron du dos, cinq lignes:
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- Sect. III. Des poijfons d’eau douce de la famille des alofes. 345
- il y a une raie latérale qui s’étend du haut des ouies au milieu de l’aileron de la queue j depuis cette raie jufqu’au dos , la couleur du poiflon eft brun clair ; au-deflous elle eft plus claire, & partout tiquetée de brun, même fur les ailerons & les nageoires ; la tête eft repréfentée plus en grand à la fig. 1 o. Je n’oferais affiner que ce foient les mêmes poiflbns que Bélon appelle lottes ; mais ailleurs je parlerai expreflement des lottes.
- Art icle XV.
- Du brochet ; lucius. ( 2f )
- 207. On a donné le nom de brochet à un poiflon de nos rivières, probablement parce qu’étant fort long, & fon mufeau paraiflànt pointu quand on le regarde de côté, on l’a comparé à une brochette. Communément 011 l’appelle en latin lucius; quelques-uns font dériver ce nom du grec, lyno-ïiyme du nom français loup, à caufe de fa grande voracité.
- 208. Bélon a prétendu que l’étymologie de lucius était toute latine, & que ce mot failait allufion à la lumière que ce poiflon répand la nuit quand il eft fec. Il me paraît que ces étymologies ne font pas bien fondées, parce que d’un côté il ne faut pas confondre le brochet avec un autre poiflon d’un, genre différent, auquel on a donné le nom de loup à Marfeille, lupus en latin, lubim à Bordeaux, ailleurs bar. A l’égard de la lumière que répand ce poiflon1, fuivant Bélon, quand il eft mort, cette propriété eft commune à plu-fieurs autres poiflbns ; enfin quelques-uns ont prétendu que le brochet était le •poiflon que Pline a nommé efox, qu’on pêche dans le Rhin. Je n’infif-terai pas fur les différens noms qu’on a donnés au brochet, non plus que fur leur étymologie 5 je crois devoir éviter d’entrer dans ces fortes de difcuifions, qui me mèneraient fort loin, & d’où il ne réfulterait que des conjectures. {26} Le brochet dont il s’agit, eft un poiflon d’eau douce qu’on prend dans les lacs, les étangs & les rivières : on peut confulter ce que nous avons dit de ce poiflon, première partie, troifieme fedion, à l’occafion des étangs. - :
- Defcription du brochet,
- 209. Le brochet, pl. XV, fig. 2, a, comme les autres poiflbns que nous comprenons dans cette troifieme fedion, une nageoire D de chaque côté derrière les ouies s deux autres E, fous le ventre, vers le milieu de là longueur 5 un aileron G derrière l’anus 5 l’aileron P de la queue fourchu , &
- ~ ( 2 ç) En allemand hecht.
- ' (26 j 'Ce ferait auffi, à coup fur, de tout ce qui peut concerner le brochet, Farticlé
- plus indifférent pour les pêcheurs.
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- ?44
- TRAITE’ DES PECHES. Partis ïï.
- enfin il a un aileron M fur le dos 5 mais il s’en faut beaucoup qu’il foit au milieu de la longueur du poilfon ; car il eft prefqu’à l’à-plomb de celui de derrière l’anus, & beaucoup plus près de la queue que de la tète.. , ,
- 2,10. Sa tète A R eft longue, allez large , applatie depuis les yeux Cjuf. qu’au bout du mufeau A j la gueule grande, armée de dents, la mâchoire inférieure eft plus longue que la fupérieure. Au-delà de la tète jufqu’à l’aileron M, fon corps eft comprimé fur les côtés ; ainfi il 11’eft pas parfaitement rond : mais il 11’eft pas tout-à-fait autant applati depuis cet aileron jufqu’à la naiifance de celui de la queue : fon œil eft grand &'fort élevé fur la tète.
- an. Les écailles font petites & ovales ; il y en.a une partie qui ont des reflets de nacre néanmoins le dos eft noirâtre i l’aileron du dos, ainfi que celui de la queue, font d’un jaune obfcur, chargés de taches noires ou brunes : quelques brochets ont fur le corps des bandes à peu près circulaires , les unes brunes, les autres blanchâtres : tous ont le ventre blanc , un peu argenté ;&àla bafe des ailerons, on apperçoit des points brillans qui font de-petites écailles clairement parlèmées. J’ai pefé un brochet de 17 pouces.de. longueur, il pelait une livre & demie. Les pécheurs nomment brochetons les petits brochets ; en quelques endroits lancerons ceux de moyenne grandeur j les gros font nommés carreaux. Je vais donner les ditnenfions de toutes les parties d’un brocheton d’un pied de longueur AF. *
- 2,12. La tête du brochet, comme je l’ai die, eft alfez large & plate: il a du bout du mufeau au derrière de l’opercule des ouies B, deux pouces dix lignes s l’ouverture de la gueule eft en partie recouverte par des cartilages a y a ; mais en la prenant du bout de la mâchoire inférieure jufqu’à-l’angle formé par la réunion des deux mâchoires fous les cartilages a,ay elle a au moins 1 f lignes.
- 213. L’oeil C eft fort élevé fur la tête, de forte que le crâne fait une bolfe au-delfus de l’orbite. Du centre de l’œil au bout du mufeau, il y a un pouce & demi. L’œil eft faillant, un peu ovale ; le grand diamètre eft au moins de cinq lignes, la prunelle eft noire > l’iris eft un peu verdâtre 2 tout l’œil parait couvert comme d’un verre tranfparent. A environ trois lignes de l’œil, du côté du mufeau, eft l’ouverture des narines L : elle.parait* féparée en deux par une cloifon membraneufe.
- 214. Les mâchoires font bordées de 1 evres très-minces j l’inférieure , qui eft plus longue que la fupérieure, eft hérilfée de dents qui, fur le devant, font petites, très - pointues, & rangées irrégulièrement! mais pljas avant dans la gueule, elles font plus grandes, garnies de gendres , & les unes font fixes, les autres mobiles, fig. 3. A la mâchoire fupérièure', le palais éft garni de 3,4 ou f rangées de dents, les unes fines * & les autres alfez grandes » ces rangées font parallèles eutr’dles, & à celle du milieu, les dents
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- font allez droites*, à celle des côtés elles font mobiles & crochues, la pointe étant tournée du côté de la gorge, fig. 4. -
- 21 f. La langue, il l’on doit appeller ainfi une partie charnue & un peu rougeâtre , qui eft alfez dure, chargée d’afpérités , & n’qft détachée que parle bout de la membrane qui forme le fond de la gueule 5 cette efpece de langue eft large par le bout & comme 1.111 peu fourchue ; du côté du gofier , elle fe divife en plusieurs lanières. Vers le fond de la gueule , il y a des oflelets chargés d’afpérités s deux qui font oblongsfont fitués à la partie inférieure de la gueule, & quatre petits à la partie fupérieure : il y a de chaque côté quatre branchies garnies à leur partie concave d’apophyfes dures , & qui forment comme des dents.
- 2,16. Autour, des yeux en b, fur un cartilage c, qui fait partie de l’opercule des ouies, & en e, fous la mâchoire inférieure, on apperçoit quantité de petits trous rangés alfez régulièrement à la fuite les uns des autres i la membrane branchiale /, eft blanche, très-brillante , & paraît comme ftriée.
- 217. Depuis l’extrémité de la mâchoire fupérieure, jufqu’au commencement M de l’aileron du dos , il y a fept pouces lix à huit lignes ; cet aileron a un pouce quatre lignes de largeur à fon attache au corps, il eft formé de quinze ou vingt rayons branchus, les trois premiers vers M, & les derniers moins longs que ceux du milieu , qui ont treize lignes de longueur : aucuns ne font piquans. L’anus K eft à fept pouces lix lignes du bout de la mâchoire inférieure.
- 218. L’aileron G eft placé quelques lignes plus vers la queue , & prefque à l’à-plomb de l’aileron du dos M 5 il a treize lignes de largeur à fon attache au corps : il eft formé d’environ quatorze à dix-huit rayons ; la longueur du plus long eft de douze à treize lignes. A deux pouces deux ou trois lignes de l’anus, commence l’aileron N de la queue : il eft fourchu 8c formé d’une vingtaine de rayons ; les plus longs rayons des côtés ont deux pouces de longueur, 8c ceux du fond de l’angle feulement fix lignes.
- 219. Depuis le bout de la mâchoire inférieure jufqu’à l’articulation des nageoires branchiales D, il y a deux pouces lix lignes ; ees nageoires font formées d’environ douze à quinze rayons, dont le plus long, qui eft au milieu de la nageoire, a un pouce quatre lignes de longueur, 8c du bout de la même mâchoire à l’articulation des nageoires du ventre E, il y a cinq pouces lix lignes j ces nageoires font formées de dix à douze rayons, dont le plus long a quinze lignes.
- 220. Le diamètre vertical du poilfon, à l’à-plomb des yeux C, eft de douze à treize lignes ; à l’à-plomb de l’articulation des nageoires branchiales; D, un pouce fix lignes ; à l’à-plomb de O, entre les nageoires branchiales & les ventrales, un pouce neuf à dix lignes ; à l’à-plomb de l’anus K,
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- lin pouce fix ligues'; à la nailfance de l’aileron de la queue vers N-N, huit à neuf lignes. Les lignes latérales P, Q_, font peu apparentes, elles font prefque droites, & s’élèvent feulement un peu du côté de Q.
- 221. Le‘cœur eft anguleux; au-deflus eft la rate, qui fait un renflement blanc & obîong, & forme comme une oreillette; le foie qui eft fitué au côté gauche, n’a qu’un lobe long & applati, fans inégalités : il couvre la véiicule du fiel qui eft fituée vers la partie fupérieure.
- 222. Quand l’eftomac eft vuide, il eft étroit & alongé, de forte qu’il s’étend jufqu’à la moitié de la capacité de l’abdomen ; mais il eft ridé & capable d’une grande extenfion : on n’apperqoit point d’appendices vermi-culaires au pylore; l’inteftin fait peu de circonvolutions; il monte jufqu’au diaphragme, puis il defcend droit à l’anus ; il eft quelquefois chargé de beaucoup de grailfe : il y a , dans les femelles , deux ovaires qui remplirent prefque toute la capacité de l’abdomen. Je crois que c’eft Leuwenhoeck, qui dit que dans une femelle de moyenne groifeur, il y a 148- mille œufs > dans les mâles la laite occupe la même étendue dans l’abdomen.
- ! 223. La veftie pneumatique eft placée vers le milieu de l’abdomen, &
- elle en occupe une partie confidérable; elle eft unique, épaifle, adhérente à l’épine : le canal qui répond à l’eftomac, fe rend à la partie fupérieure. La rate, qui fe trouve auprès du pylore, eft triangulaire & d’une couleur obfcure; les reins font rouges, & s’étendent le long de l’épine, jufqu’à la veftie urinaire, qui eft oblongue; le péritoine eft blanc & luifant; on compte: à peu près foixante-une vertebres à l’épine.
- 224. La chair du brochet eft blanche, ferme, fe divife par feuillets, & eft de bon goût, quand ils ont vécu dans une eau vive où ils.ont trouvé abondamment de nourriture (27). Et ce qui prouve combien les brochets font voraces , c’eft qu’on en a vu avaler d’autres brochetons du tiers de leur groifeur. (28)
- 225". On a des preuves que les brochets vivent très-long-tems, & quand ils font à portée de prendre de la nourriture en abondance, ils deviennent fort gros. Je ne lais où j’ai lu qu’011 en avait pris qui avaient jufqu’à trois coudées de longueur; mais je fuis certain d’en avoir vu qui pelaient 30 livres. (29)
- (27) Il fe trouve encore ici une répéti- poiiïonstout aufli gros que lui ; il les tient tion que j’ai retranchée de ce qu’on lit tome dans fa large gueule : mais il n’en avale un V de notre édition , page 546 au haut, fur fécond morceau , que lorfqu’il fent que le la fàcheufe expérience que fit fauteur delà premier eft digéré.
- voracité du brochet. (29) On a vu dans mes additions au
- (28) S’il faut s’en rapporter au témoignage tome X, que les lacs de Suiffe en fournjf-«le quelques pêcheurs, le brochet mange des fent fouvent de très-gros , lorfqu’ils-ont
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- Se ct. III. Des poiffons d'eau douce de la famille des alofes. 347
- 226. Il eft vrai de dire que les bons brochets ont la chair fort blanche ; néanmoins il y a dans notre voifinage une petite riviere dont les eaux font très-vives , & dans laquelle on prend des brochetons, les uns qui ont la chair blanche, & d’autres qui ont la grolfe arête & une partie de la chair verte ; leurs écailles participent auffi de cette couleur : ils font au moins auffi bous que ceux à chair blanche ; communément même on leur donne la préférence. A quoi attributer cette différente couleur de la chair ? Comme ces poiifons vivent dans la même eau & ont une même nourriture, oit 11e conçoit pas ce. qui peut l’occaflonner.
- De la pêche du brochet. (50)
- 227. Le brochet n’eft pas un poilfon de compagnie; il fe raflemble cependant quelquefois eïi alfez grande quantité , fur-tout dans les mois de mars & d’avril, faifon où il jette plus particuliérement fes œufs ; mais comme ce poilfon eft très-vorace, il court volontiers aux appâts qu’on lui préfente, de forte qu’011 en prend très-aifément aux-haims, qu’on choifit plus ou moins forts, fuivant la grolfeur des poiifons ; ceutf , par exemple , qu’on voit dans la première feétion de la première partie, conviennent les uns pour les brochetons, & d’autres pour les brochets carreaux: il y en a qui donnent la préférence aux haims à double croc, mais comme les brochets ont la gueule très-garnie de dents, ils couperaient l’empile, fi elle était de fil ou de crin ; c’eft pourquoi 011 fait les empiles avec un - fil de laiton fin & recuit. Je n’mfifterai pas fur la façon de pêcher aux haims, ayant amplement expliqué ailleurs tout ce qui la concerne. On a de quoi choifir pour les appâts ; car les brochets donnent volontiers fur tous ceux qu’011 leur préfente, petits poiifons, grenouilles, &c. On voit dans la première fec-tion de la première partie, comment on amorce les haims avec de petits poiifons ; comment onajufte les bricolles ; enfin on voit un pêcheur qui tient à la main une perche où pend une ligne; un autre qui a tendu des lignes dormantes, & un qui pèche à ligne volante. Si l’on veut chercher dans la même première partie, on verra des acquereifes ou des femmes occupées à amorcer des haims ; des pêcheurs à la ligne qui font dans un bateau ; enfin tout ce qui regarde la pèche aux haims eft amplement détaillé dans cette feélion.
- 228. La voracité de ce poilfon fait auffi qu’011 en prend dans les ver*
- - trouvêdebonne nourriture,ils engraiflent, rait le fuppofer.
- leur dos devient quarré ; la chair n’en eft ( 30 ) Voyez ce que j’ai dit fur la pêche •j pas, apfti, qoriaee que leur groflèur femble- du brochet à la fin du tonie X.
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- 348 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- veux, les guideaux & d’autres filets à manche, en y mettant de petits poifo fous qui les y attirent ; fur quoi on peut confulter la fécondé fedion de fo première partie. On en prend auffi pèîe-mêle avec d’autres portions à la faine ou au tramail, dans les petites rivières avec un épervier qu’on traîne, & devant lequel on a barré la riviere avec un tramai! ; enfin on en prend de petits dans des nalfes, & on en harponne de gros; & comme toutes ces maniérés de pécher font décrites dans la première partie, nous pouvons nous difpenfer de les détailler ici. Allez fouvent les gros brochets carreaux fe débitent au marché par tronçons comme les faumons, mais il eü bon d’être prévenu que ces gros brochets font coriaces quand on les mange au fortir de l’eau : ils font plus délicats quand on les a gardés un ou deux jours.
- De l’apprêt du brochet dam les cuijines.
- 229. Assez fouvent on fait cuire les brochets dans un court-bouillon , qui y comme pour les autres poilfons, eft fait avec de l’eau , un quart de vin blanc ou de vinaigre, un morceau de beurre, de fines herbes, perfil &. ciboules, thym, balilic, quelques feuilles de laurier , & , fi l’on veut, une goulfe d’ail, faifant du tout un bouquet lié avec une ficellej on y ajoute quelques oignons , des panais, des carrottes avec les alfaifonnemens. ordinaires, du poivre, du fel & quelques clous.
- 230. Quand on avuidé le brochet, qu’on lui a arraché les ouïes, ayant foin d’envelopper fo.n doigt d’un linge pour éviter d’ètre blelfé par fes dents, on fait cuire le poilfon dans ce court-bouillon fans lui ôter les écailles, & on le fert fur une ferviette avec du perfîl verd ; ou bien on ôte les écailles & on lefertavec une fauce blanche, dans laquelle ôn met des câpres & des capucines , avec un peu du court-bouillon qui a fervi à cuire le portfon.
- 2,31. Les petits brochetons fe fervent aufli en fricalfée de poulets ; pour cela on les écaille , & on les coupe par tronçons,.on lespaffe à la poêle avec un morceau de beurre , des fines herbes , des tranches d’oignons, des champignons ; puis on les fait cuire à grand feu avec du bouillon & un verre de vin blanc : le tout étant bien a liai formé ; on lie la.fouce avec des jaunes d’œufs &, fi l’on veut, un peu de crème.
- .232. On apprête auffi les brochets à la tartare r pour cela étant vuidés & écaillés, on les fait mariner avec de l’huile, du fel, du gros poivre, des fines herbes 5 une couple d’échalottes hachées menues y. en les tirant de cette marinade, on les pane avec de la mie de pain ; 011 les fait cuire fur le gril, les ar-rofant avec ce qui relie de la marinade , & on les fert avec une rémolade. On forme-auffi des filets avec des brochets cuits au court-bouillon, & on les iext avec différentes- fortes de fonces. On. met des tranches de bro'ehet dans des.
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- Sect. III: Des poiffons d'eau douce de la famille des alofes. 349
- matelottes. On fait frire les petits brochetons ; mais alors leur chair eft feche, & n’a pas la délicatefle de la carpe & de la tanche.
- 23 3. On prépare encore les brochets au gras ; fi c’eft en fricandeaux, on les pique de lard coupé menu, & on les pafse à la cafserole avec un verre de vin blanc, de bon bouillon, des fines herbes. & des affaifonnemens convenables, y ajoutant de la rouelle de veau coupée en petits dés,& on paiTe la fauce par un tamis pour la dégraiffer ; on la met eniuite fur le feu pour la réduire prefqu’à rien. Quand elle eft en cet état, on en dore le fricandeau du côté du lard, ajoutant un peu de coulis à ce qui refte dans la calferole, pour faire une fauce, fur laquelle on drelfe le fricandeau.
- 234. Enfin on fait quelquefois cuire les gros brochets à la broche: quand ils font vuidés & écaillés, on les pique, fi c’eft en maigre, avec de l’anguille, fi fi c’eft en gras, avec du lard j on les làupoudre de fel & de poivre, & on les attache avec de la ficelle fur une brochette de bois qu’on lie à la broche. On fait cuire le brochet -, on le couvre de tems en tems avec de la mie de pain, & on l’arrofe d’un peu de beurre, ce qu’on répété à plufieurs fois, ayant foin de mêler avec la chapelure un peu d’alfaifonnement. On fert enfuite ce brochet fur une làuce d’un peu de haut goût, avec un jus de citron ou du verjus. Gme-lin dit qu’en Sibérie il y a des pêcheurs qui font fécher des brochets au foleil.
- CHAPITRE X.
- Corrections & additions à ce qui a été publié jufqiCà préfent fur U traité des pêches.
- 23 f. IDesirant que mon ouvrage fût le moins imparfait qu’il ferait po£ fible, j’ai invité tous ceux qui fe trouveraient à portée des endroits où l’on pratique les pèches dont je fais la defcription, de venir à mon fecours pour me mettre en état de remplir mes vues, foit en me faifant appercevoir les fautes quife feraient gliffées dans mon ouvrage, loit en m’indiquant les omi£ fions que j’aurais faites de chofes intérelfantes : je dis de choies intéreflantes i car de delfein prémédité j’évite de m’appélantir fur des pratiques minutieules qui fatigueraient inutilement les ledeurs. Mes invitations ont déjà produit leur effet 9& j’ai eu la fatisfadion défaire connaître au public, dans le corps de l’ouvrage, ceux qui ont bien voulu s’intérefTer à là perle dion, en me fournilfant des obfervations très-utiles.
- 236. J’ai mis à la fin de la première fedion de la fécondé partie, un mé*
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- 3fo T RA I T FJ DES PECHE S. Partie IL
- «moire-de M. Frammery, eôrrefpondant de l’académie,., & conful de France en Norvrege, dans lequel cet obligeant corrqfpondant m’a fait part d’une faconde pêcher la Morue dans le nord avec-des filets ,/qui * depuis quelques années , eft préférée à celle aux-haims qui y était établie anciennement, & que -j’avais décrite dans mon ouvrage. Je favais. qu.’on faifait une pèche conlidé-rable de laumons & de truites au Pont-de-Cé* mais j?en ignorais les détails : M. l’abbé Cotelle, doyen de Saint-i-Martin d’Angers, a bien voulu me les procurer ; mais comme ils ne me font parvenus;qu’après l’impreffionrde la feconde fedion, où je traite de ces poiifons, j’ai été obligé de les y ajouter par forme de fupplément. Amefure que mon ouvrage avance* j’ai le plaifir de voir des gens inftruits s’intéreiïèr à la perfedion, ce quf memet dans le. cas de faire imprimer des additions : mais pour les préfetîter .avec ordre, je rapporterai "féparément celles qui regardent • les différentes fectionsqui ont paru jufqu’à préfent, même la troifieme que je publie maintenant.
- A R T I C L E P. R E M I E R.
- Corrections qui ont rapport à la. premïerefeclïon de: la. première partie du trahi général des pêches*
- 2J7. A la première fedion de la première partie, page 32, ligne 2f , où fi eft dit que la maîtreffe corde a pour chaque ’pièce environ 23 brades de long, il faut lire 3 2 brajjes.
- 23 8. A la page- 3 3 , ligne 6, où il eft dit que les empiles font elpacées à une brajfe ,11 faut mettre, à un peu plus de trois quarts de brajjes ; fans cela une piece de corde de 64 brades ne pourrait pas porter. 70 empiles , qui feraient mifes de brade en braffe.
- Sur les- ' butemx ?pêcheurs du Fallet.
- 2 j 9. J’ai prévenu à l’article*onzièmes de la première fedion: de la première *; partie, où il s’agit des proportions de differens bâtimensj qui fervent pour la pêche, que je ne pouvais donner que des: à-peu-près, d’abord parce que je n’avais pu prendre moi-même les dimenfîons que de quelques-uns , & que les autres m’avaient été envoyées de différens ports ;•& de plus parce que ces dimenfions font fujettes à varier, les coiiftrudeurs ne s’aftreignant.pas à fuivre exadement les mêmes.
- 240. M. le TèSttu , tréfbrier des invalidesnde ;la marine, à Dieppe , me marque qu’il eft arrivé des changemens aifez conildérables, dansila conftruc-tion de$ bateaux Folletais ,-&> qu’en confèquence. lai divjftoiudefc.bateaux pë-
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- Sect. 1IÏ. Des poijfons d'eau douce de la famille dès alofcs. 351
- dfieurs de ce port en quatre efpeces , comme je l’ai marqué page 71, de la première fection de la première partie, 11e lubfifteplus} on n’en conftruit que de trois efpeces, dont M. le Teftu m’a envoyé les dimensions. Les grands bateaux nommés eu’-ronds ou à queue d’oifon, dont j’ai parlé paragraphe 1 r , font Supprimés. On a prétendu qu’ils réliftaient moins au coup de mer que les quenouilles, dont l’arriere eft à cul-rond feulement par le bas , & quarré par en-ftûut} & les bateaux qu’ils ont fupprimés font remplacés par des quenouilles plus fortes que celles dont ils fe Servaient, & qu’ils nomment grandes que-noy.illes, quoiqu’elles n’eulTent qu’à peu près la grandeur des demi - quenouilles d’aujourd’hui. Quoi qu’il en foit , on ne connaît actuellement au Pollet que trois efpeces de bateaux y lavoir , les grandes quenouilles, les demi-quenouiftes,& les canots ou batelets. Voici les dimenilons actuellement en uSàge, telles que me les a envoyées M. le Teftu.
- 241. Les grandes quenouilles ont yy à 36 pieds de quille, 3 piedsyàô pouces de quête , 4 pieds & demi à y pieds d’élancement, 40 pieds 10 pouces à 44 pieds 6 pouces de longueur totale , 14 a 1 y pieds de bau, 7 pieds 6 pouces de plate-varangue, 1 o pouces d’acculement , 9 pieds G pouces à 10 pieds de bordée, f pieds G pouces à 6 pieds de creux} la précinte eft à 3 pieds quelques pouces du vibord } elles ont 4 pieds de façons à l’arriere, & 2 pieds 4 à 8 pouces à l’avant } 2 pieds G pouces de rentrée à la lifte du vibord : le maîtrercouple eft à 4 pieds en avant du milieu,
- 242. La hauteur de Pétambot eft de 13 pieds. 6 ou 8 pouces} l’étrave s’élève de 14 pouces au-deifus du vibord } le bas eft à cul-rond , & le haut eft: quarréj la largeur eft de 10 pieds quelques pouces} leur capacité eft de 2f à 3 j tonneaux} le tirant d’eau lege eft de G à 7 pieds , & en charge de 8 pieds G pouces. La hauteur du grand mât eft de Go pieds } la chute de la grande voile de 45- pieds, & celle de la voile de hune de 1 y 3 la hauteur du mât d’avant qui porte le bourfet, eft de 31 pieds} la grande vergue a 24 pieds G pouces de longueur 3 celle de hune, ainfi que celle du bourfet, 17 pieds 6 pouce^ s quelquefois ces bateaux portent des foques à l’avant, & à l’arriere un petit artimon qui 11’eft prefque qu’un-bâton de pavillon. Il faut pour, toute la voilure y Go à y 80 aunes de toile. Ces grandes quenouilles , outre la pêche aux cordes, font celle du hareng,& quelques-unes vont au.maquereau.
- 2,43. Voici lesdimenfions d?une demi-quenouille : 2f à 2% pieds de quille,
- 3 pieds de quête, 4 pieds d’élancement, 3 > pieds de longueur totale, 11 pieds 6 pouces de bau , y pieds 10 pouces de plate-varangue, 7 pieds 2 pouces de bordée, 4 pieds G pouces de creux s la précinte eft à 2 pieds 4 pouces du vibord} les varangues de l’arriere ont 10 pouces, d’aculement, 3 pieds de façons à l’arriere, 2 pieds à l’avant,2 pieds de rentrée à la lifte du vibord} le maître-couple eft à 2 pieds en avant du milieu } laliauteur de rétambot eft de 10
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- 3fi TRAITE' 2) £ S PECHES. Partie IL
- pieds G pouces ; l’étrave s’élève d’un pied au-deffus du vibord ; ces bâtimens font quarrés parle haut, & à cul-rond par le bas ; la largeur de l’arriere eft de 6 pieds 4 pouces, & le tirant d’eau lege de 4 pieds 6 poucès , & en charge dé f pieds 6 pouces : leur capacité-eft de 10 à 1 f tonneaux. Le grand mât a 48 pieds de longueur 5 la chute de la grande voile eft de 36 pieds, celle de là voile de hune , 12 pieds ; le mât d’avant 2f pieds j la longueur de la grande vergue eft de 18 pieds, & celle de hune ainlî que du bourfet de 13 pieds. Il faut 200 aunes de toile pour leur voilure. Le fervice ordinaire de cette demi-quenouille eft de faire la pèche aux cordes.
- 244. Les canots ou batelets ont 16 à 1 8 pieds 4 pouces de bau, 20 à 22 pieds de longueur totale. Un bon matelot, avec cinq à fix jeunes gens de dix à douze ans , fuffifent pour les manœuvrer : ces jeunes gens y font leur ap-prentiifage, & fe forment à monter fur les grandes quenouilles. Au refte ces barquettes 11e perdent guere de vue leur port.
- Article II.
- Sur les bateauK pêcheurs de Dunkerque.
- 24f. Les navigateurs de Dunkerque ayant jugé que les dimenfions que j’ai données première partie, première fedion , page 67 , d’un bateau pêcheur de Dunkerque, fous le nom de barque longue, & qu’on nomme plus volontiers chaloupe pêcheufe, n’étaient pas rigoureufement exades, M. d’Angle-mont , commilfaire général ordonnateur en ce port, a bien voulu engager M. Lion, ci-devant capitaine de navire, & M. Daniel Denis , conftrudeur, à me donner les dimenfions précifes d’une chaloupe pêcheufe , & celles d’un dogre. Je vais rapporter ces dimenfions telles que ces MM. les ont fournies à M. d’Anglemont.
- 246. On peut prendre une idée de ces chaloupes pècheufes à la première partie, première fedion ,/>/. V ,fig. 16 , qui eft un clincart de Saint-Valéry, ou à la fécondé partie, troifieme fedion , que nous avons nommé grand bateau. Il y a à Dunkerque des chaloupes de différentes grandeurs. Voici celles d’une des plus grandes , qui fervent à faire trois-différentes pèches ; lavoir, au printems & en été celle du maquereau ; celle du hareng en automne, & celle du poiffon frais en différentes faifons.
- 247. Elles ont 42 à 43 pieds de quille, l’étrave a 4 pieds d’élancement, l’étambot 2 pieds de quête ; ainfi leur longueur totale eft de 48 à 49 pieds : elles ont environ 16 pieds de bau, 10 pieds G pouces de bordée au milieu5 la varangue a 8 pieds de plat & 7 pouces d’aculement ; l’élévation des façons à l’arriere eft de 4 pieds G pouces, & celles de l’avant eft de 3 pieds G pouces :
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- Sect. III. Despoiffons (Peau douce dé 1a famille des alofes, 37$
- ces : elles ont deux précintes à i o pouces de diftance l’une de l’autre ; les da~ .lots du pont font percés entre deux.
- ^ 248. Elles ont à l’avant un demi-pont qui s’étend depuis l’étrave juf-qu’au grand mât, & un autre à l’arriere, qui eft de moitié plus petit ; il s’é. tend depuis l’étambot jufqu’à la pompe, de forte qu’il refte entre ces deux ponts & au milieu un efpace de 12 pieds qui eft entièrement occupé par des paneaux & des écoutilles. Quoique la méthode de conftruire à cul quarré foit fort ancienne, & qu’elle ait été abandonnée en plulieurs ports , les Dunker-quois la préfèrent aux culs-ronds, parce que l’emménagement en eft plus facile.
- 249. Ces chaloupes ont un grand mât, & un mât de hune , qui n’eft pas d’une piece comme 011 l’a repréfenté dans les figures que j’ai indiquées ; mais il paife par deux blindes ou colliers de fer , qui tiennent lieu de barre de hune & de chouquet: elles ont auffi un petit mât de mifaine, dont le pied pofe fur le pont, tout près de l’étrave, & à l’arriere un petit artimon qui n’eft, pour ainfi dire , qu’un bâton de pavillon qui porte une petite voile latine qu’on borde fur un petit boute-hors. Quelques-unes n’ont point ce petit niât, & le foque eft établi fur un étai qui eft amarré au bout de la vergue, & bordé fur le petit boute-hors dont nous venons de parler, comme 011 le voit première partie, première fe&ion ,/?/. V,fig. 16.
- 270. Les chaloupes avec lefquelles les pécheurs font la pêche du hareng & celle du poilfon frais, font entièrement femblables à celles que nous venons de décrirej mais elles ont un tiers moins de capacité.
- Dimenfions (Pun dogre dont fe fervent les Hollandais & Us Dirnkerquois.
- 27 1. Il y en a de différentes forces, depuis 75" jufqu’à 180 tonneaux ; ils fervent, fuivant leur grandeur , à faire la pêche de la morue & des harengs dans les mers d’Islande, ou à l’embouchure de la Manche, & ils font quelquefois le cabotage.
- 272. Ceux de 100 tonneaux ont 77 pieds 6 pouces de quille, 7 pieds d’élancement, un pied 6 pouces de quête -y ainfi leur longueur totale eft de 64 pieds. Le maitre-bau a près de 18 pieds de longueur ; la maîtreffe varangue a 9 pieds de plat & 8 pouces d’acculement > la bordée au milieu eft de 12 pieds G pouces y la longueur de l’étrave eft de 17 pieds, celle de l’étambot 17, ce qui fait une tonture de 3 pieds 6 pouces : ils font à cul-rond & leurs capacités fon£ renflées tant à l’avant qu’à l’arriere : ils ont un pont qui s’étend depuis l’étrave jufqu’à 9 pieds de l’étambot où eft la chambre du capitaine & du fécond j les emménagemens varient fuivant la deftination de ces bâtimens. Il y a à la plupart quatre cabanes & la cuifine. Ils ont tous trois précintes, les da~ lots font entre les deux plus baffes j ils ont un grand mât avec le mât de hune,
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- 3*4 TRAITE' DES PÈCHES. Partie TL
- qui eft quelquefois d’une feule piece : il y a à l’arriéré un petit artimon, & à l’avant un beaupré horizontal : on y ajoute quelquefois un boute-hors pour amarrer un étai qui porte un petit foque. Au relie les grands & les petits font tous de mème conftru&ion, & differentJ>eu dans leur gréement.
- Article III.
- Difcuffion fur le poljfon qu'on nomme merlan dans la Méditerranée.
- 2*3. J’ai donné dans la première fedion de la fécondé partie, une deC. •eription détaillée du lieu. Comme il reffemble à beaucoup d’égards à notre mèrlan,il paraiffait vraifemblable qüe c’était ce poiffon qu’on nomme merlan dans la Méditerranée ; mais par les informations que j’ai faites, j’ai reconnu qu’en Provenceon nomme merlan le merlus dont j’ai parlé fedion première de la fécondé partie ;, quoiqu’il différé beaucoup du vrai merlan , n’ayant que deux ailerons fur le dos, au lieu que le vrai merlan, qui eft un gadus, en a trois : au refte, cette queftion n’eft pas fort intéreffante, puifqu’il ne s’agit que d’une fubftitution de nom : néanmoins j’aurai occaiion d’en parler dans la fuite.
- Article IV.
- Sur la pêche des petits colins en Norwege, près de Valdrehoue entre Berghen & Drontheim , par M. Frammery , correfpondant de P académie des fc'tencu de Paris, & conful de France en Norwege.
- 2f4. J’ai parlé affez amplement du colin, de fa pèche & de là qualité, dans la première fedion de cette fécondé partie j mais je viens de recevoir un mémoire très-intéreflant fur la pêche de ce poiffon, que les Norvégiens nomment jeunes fey es. Je me fais un vrai plaifir de le publier > c’eft une recon-naiffance qui eft bien due à fon auteur.
- 2* y. Cette pêche fe faità4, fou 6 lieues des côtes, fur des bancs qui font en très-petit nombre, & qui n’ont pas plus de yo, 60 ou 70 bradés de longueur, fur 3 o ou 40 de largeur -, ils ne font recouverts que de y , '7,9 braf-fês d’eau, quoique la mer qui les environne en ait plus de 40 ou yo de profondeur -, enforte que ces bancs font dans la mer comme des dunes ou des montagnes ifolées.
- 2 y 6. La Providence femble les avoir placés dans ces endroits pour^içrvir de retraite à une innombrable quantité de petits fey es ou jeunes colins,, 'qui garniffent ces dunes1 depuis le pied jufqu’au fommet, & qui trop jeunes àp-
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- Sect. III. Des poiffons (Peau douce de la famille des alofes. y çf
- paremment, pour fe rifquer dans les abymes profonds de la mer, y trouvent un abri contre la voracité de plufieurs efpeces de poilfons, dont ces mers font remplies, & vraisemblablement la nourriture qui leur convient.
- ' Ces feyes ont rarement plus d’un pied & demi ou deux pieds de longi
- ils féjournent fur ces bancs pendant toute l’année ; & malgré la quantité im-menfe qu’on en prend journellement, on ne s’apperçoit pas que leur nombre diminue. Tous font vuides de laites & d’œufs ; il eft probable que quand ces poilfons deviennent plus âgés, ils vont s’établir dans des endroits qui leur conviennent mieux, ou pour la nourriture, ou pour fatisfaire à d’autres be* foins, & qu’ils font remplacés par d’autres jeunes poilfons de la même efpece.
- 2f 8. C’est depuis la Saint-Jean jufqu’à la Saint-Michel, qu’on en fait une pêche plus abondante > pendant toute cette faifon, ils fe nourriflent d’un très-petit hareng, qu’on nomme brisling, & d’une forte d’infeéte nommé rougc-otte, en danois rend-otte, qui fe trouve en fi grande quantité fur les bancs, que la mer en paraît rouge, & qu’en puifant avec la main on les prend par milliers ; alors les feyes font gras, charnus, ont de gros foies qui fournilfent beaucoup d’huile, qu’on eftime alfez, ce qui rend cette pêche très-lucrative.
- 2^9. Les rouge-ottes font de petits vers rouges prefqu’imperceptibles, qui fe trouvent pendant l’été dans toutes les baies de la côte de Norwege, particuliérement du Sundmeur j leur forme eft comme un brin de foie fort rouge , qui a à peine f à 6 lignes de longueur. Les pêcheurs qui prennent les feyes, ont a£ fîiré M. Frammery que ces vers engraifTaient les feyes ; mais M. Strom dit, au rapport de M. Von-Alphens, favant Danois, que les feyes fe nourrilTent de- frai de poiflon qui eft aulîx rouge que les rouge-ottes, & qu’ils s’en engraif-fent ; & il dit que les rouge-ottes, au lieu d’engraiffer le poiffon, altèrent la qualité, puifque les harengs qui s’en font nourris, tombent en pourriture, & ne peuvent être falés.
- 260. Quoi qu’il en foit, après la Saint-Michel, les brislings ou petits harengs difparaiffent, ainfi que les rouge-ottes 5 la nourriture devenant plus rare, les feyes maigrilfent, & vers noël ils ne-,font plus bons : ils n’ont prefque plus de foie, & les pêcheurs n’en prennent;que quand les mauvais tems les empêchent de-faire la-pêche du hareng, de la morue & du flétan qui fe font alors. Le filet O, pl. XVI^fig. 1, dont on fe fert pour cette pêche', a, tout monté, 16 brades en quarré ; les maillés" ont un pouce & quelques lignés d*ouverture ï il eft fait avec du fil un peu plus gros que le fil à voile ordinaire.
- 2& 1.' Ce filet eft monté tout- autour lur une corde de la groffeur du doigt, &de deux côtés feulement O, O: il eft en outre bordé d’une autre corde pliis gfofte’i qui dépaffe les qitafcré coins du filet d’environ y braffes, ainfi qu’on le vdit-eri^À A:A. Lôrfdü’ÔiTle monte', on ferre,les maillés fur la ralingue, fe filêtfaÏÏè'hn'fottd àiVmilieu d’environ une braffe & demie de pro-
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- fondeur.: Ce filet, qu’on nomme en Norwege mit ou neti, n’eft point garni de flottes, ni lellé j le poids du fil, qui eft aflez gros , & celui des cordes qui 1er bordent, fuffifent pour le faire caler. Il faut pour faire la pèche quatre bateaux ou yolles, que les Norvégiens nomment jiairnng^ & chacun doit être monté de trois hommes.
- 262. Comme les bancs fur Iefquelson fait cette pèche ont peu d’étendue , & qu’ils font éloignés de f à 6 lieues de la côte, les pêcheurs font obligés d’avoir des marques à terre pour les reconnaître & y établir leur pèche. Lorf. qu’ils font rendus fur un banc, il faut s’y maintenir malgré les,courans.& les. vents i pour cela ils. mouillent au milieu de ces bancs une ancre-, à l’orin de laquelle eft,une bouée qui leur fert de lignai pour diriger leur pêche.
- 263. Une fois arrivés avec leurs bateaux au lieu de leur pèche, chaque bateau prend une des cordes qui font aux angles, du filet qu’ils jettent à l’eau, puis chacun file la corde qu’ils ont dans leur bateau y s’ils font fur un banc où. il y ait 7 brades d’eau, ils filent 20 braifes de cordage ; s’il y a 9 bralfes d’eau, ils en filent joj c’eft-à-dire, que la diftance du bateau au filet doit être de 50 bralfes. Lorfqu’ils ont mis à l’eau la quantité de bralfes de corde qu’ils jugent convenable, ils fe fervent de leurs rames pour s’éloigner les. uns des autres,. afin de déployer le filet qu’ils placent à 20 bralfes. de la bouée, li le-courant eft faible, & à 30 ou 40 brades s’il eft rapide.
- 264. Quand cette dilpolition eft faite, les deux bateaux C, C, le plus
- éloignés de la bouée rament mollement, & feulement ce qu’il faut pour fe rendre lentement près, de la bouée: les deux bateaux D, D, elfaient, en ramant , d’entretenir le filet développé & à la profondeur qu’il doit avoir dans, l’eau, réglant leur marche fur celle des bateaux C, C. Lorfqu’ils font parvenus en cet ordre auprès de la bouée, un homme de chaque bateau quitte fon, aviron, faifit la corde qui répond à un des angles du filet, & haie deffus j mais, pour que le bateau ne s’approche pas trop promptement, les deux autres hommes qui font dans chaque bateau rament convenablement pour amener le filet à la furface. de l’eau, & s’approcher peu à peu du filet. ,.
- . 265- Lorsque chacun qui haie fur les cordes les a amenées à leur bord, ilsf. faifiifent. le filçjt par les côtés E, E, qui font garnis de la double,corde , de forte, qu’il y a deux bateaux-ù chacun de ces côtés,E, E,; alors une partie des pêcheurs halent leur -filet dans leurs bateaux, tandis que, leurs camarades prennent le poiifon qui eft dans ce fac du filet avec des. manets, qu’ils ont embarqués à .cet effet. Pendant cette opération, les bateaux dérivent, & s’éloignent des,bancs quelquefois d’une demi-lieuei d’autres pêcheurs profitent de ce tems pour, prendre le même-polie & y faire pareillement la pêche du feye.,
- 266. iL.fautobfefyer, lorfqu’on s’éloigne de lafbouée pour laifler lepo,te' libre à d’autres pêcheurs , de ramer toujours .contre le couranty s’il vient du
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- Segt. III. Des poiffons (Peau douce de la famille des alofes. 3S7
- nord, c’eft au nord qu’il faut fe porter, & pareillement fe porter au fud fi le icourant en vient, afin que quand on veut jeter de nouveau le filet, on puiffe fe rendre aifément près de la bouée , fe laiffant entraîner lentement par le courant. II eft bon aulïi d’ètre prévenu que cette pêche eft toujours plus abondante le foir, après le foleil couché, que pendant le jour, & que le poiifon fe difperfe de côté & d’autre lorfqu’il y a peu de courant j au lieu qu’il feraffem-ble en grand nombre fur les bancs , lorfque le courant eft rapide ; de forte que dans cette circonftance on a quelquefois pris plus de 4000 feyes d’un fèul coup de filet.
- 267. Il y a fouvent dans la bonne faifon 2 & $ao bateaux qui pêchent journellement fur ces bancs, & fur un banc il ne peut s’établir tout au plus que deux à trois filets enfemble : ceux-là font fuivis par d’autres , qui le font à leur tour par ceux qui reviennent pour recommencer leurs pèches : ils s’em-preffent à force de rames, de s’emparer du pofte j l’acftivité & l’émulation qui régnent entre ces pêcheurs ,forment un fpeélacle amulant dont M. Fram-mery a été témoin >& ce qui pourra fervir à faire connaître le caradlere pai-fible des pêcheurs Norvégiens , c’eft qu’étant impoffible que tant de bateaux qui s’emprelfent de pêcher fur un même terrein, & de fi peu d’étendue, 11e fe caufent mutuellement quelques dommages, fur-tout dans leurs filets, cependant il eft à naître, dit M. Frammery , que ces inconvéniens, qui arrivent fréquemment, aient occafionné du trouble j même dans les circonftances fâ-cheufes , ils s’emprelfent de fe prêter mutuellement fecours pour fe tirer d’embarras.
- 268. En été, où il n’y a point de nuits dans le pays, cette pêche fe fait continuellement i en automne , qu’il commence à y avoir de la nuit, les pêcheurs reftent tranquillement mouillés auprès de leur bouée pendant deux pu trois heures , en attendant le commencement du jour j mais en hiver , ils fe rendent à terre tous les foirs , & partent le lendemain trois heures avant le jour, pour y être rendus lorfqu’il commence à paraître.
- , 269. Tous ces colins fe fechent au vent, & leur préparation 11e différé en rien de celle du ftockfish de la qualité du rondfish, dont nous avons parlé à la première fecftion.
- 270. On donne à ce poiffon, en Norvège, divers noms,fuivant la grandeur où il eft parvenu ; depuis ^ pouces jufqu’à 6, ils le nomment morte ; depuis G pouces jufqu’à 13 & 14, ils l’appellent paie. Paifé cette grandeury ce font de petites feyes , jufqu’à ce qu’il foit laite & œuvé ; alors on le regarde comme des feyes parfaites. Quand ils ont acquis toute leur grandeur » cc font de grandes Jeyes. Ce poiffon fe trouve en abondance fur toute la côte de Norvège ; ces mers en fourmillent 5 les eaux étant extrêmement claires, on en apperqoit un nombre prodigieux* Les petits » qu’on appelle morte x{®
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- tiennent ordinairement près du rivage j & dans les mois de juillet & d’août, on les prend avec des manets, dans lefquels on les attire en nombre avec des appâts , qui font ordinairement des moules ou des Cruftacées.
- 271. On en confomme de frais qui font un bon manger j on en fàle aufîi comme le hareng * mais ils font peu eftimés , & on les donne à vil prix : on préféré ceux qui font féchés en rondfish. M. Frammery dit que la defcription que j’ai donnée du colin à la fécondé partie, feétiort première , chapitre II, eft des plus exactes, & tous les pécheurs en voyant la figure que nous en avons donnée s’écriaient : voilà notre feye ! Les mêmes pêcheurs ont reconnu au deifin du merlu barbu , le poiifon qu’ils nomment brome, & au deiïin de la lingue qui eft fur la même planche, le poiifon qui eft nommé lange, qui en français veut dire langue. La pêche queM. Frammery vient de décrire, a quelques rapports à celle que nous avons repréfentée à la troiiïeme fediou de la fécondé partie, pour la pêche des anchois à là riifole.
- Article V.
- Sur la pêche êtes morues , flétans , & autres poijjbns en Norwege , dans la
- province de Finmarck.
- 272. A la première feéUon de la fécondé partie, j’ai parlé de la pêche de la morue au nord,& particuliérement à Helygeland,à Itland, Hetland ou Schetland, aux Orcades & en Islande, en Norwege, & par addition fur le mémoire que j’ai reçu de M. Frammery, j’ai détaillé une pêche de la morue, qui fe fait en Norwege dans la contrée de Sundmeur, avec des filets ; enfin j’ai cité quelque chofe de la pêche de la morue par les Ruifes à l’arriere du cap Candenos , par ceux qui font établis fur les côtes de la mer Blanche ; mais la plus grande pêche fe fait à Kola, près de la mer de la Laponie Mo£ covite. Lorfqu’ils s’établiffent dans la baie de Kola, qui eft très-poiifonneufe, ils pêchent le long des côtes avec de petites faines, & avec des haims quand ils s’éloignent de deux ou trois lieues de la côte. Enfin j’ai expliqué la préparation des morues par les naturels du pays; comment ils font les différens apprêts de ftockfish, du rondfish, de kîippfish , de flackfish, de rothfchair, du heng-fish ou shellfish, & de l’abberdahn, &tous ces détails fe trouvent dans la pre^ miere feétion que nous venons de citer. Mais depuis l’imprefïion de cette fec-tion , j’ai reçu de M. Frammery des détails- intéreifans fur une pèche aifez GOnfidérable que les négocians d’Archangei & de Kola entreprennent, auxquels il fe joint des payions Ruifes qui la font pour leur compte: ceux-ci s a£ focient ordinairement trois ou quatre bateaux qui fë prêtent'mutuellement tous-lës fècours dont ils peuvent' avoir befôwi* ils fontfarmementà frais eomj
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- Sect. ni. Des poijjèm (Peau douce de la fmille des alofes, 3 s 9
- îmins, & ils partagent le profit entr’eux. Cette pêche occupe actuellement 6 à 800 bateaux du port de f à 6 tonneaux, qui font montés chacun par quatre ou fix hommes. Quand 011 en prend à loyer, on leur donne, y compris les avances, depuis 18 jufqu’à 3 f roubles , c’eft-à-dire, depuis 80 jufqu’à 13 $ livres des notre monnoie, pour tout le tems de la pêche. Il y en a qui amènent avec eux leurs femme#, qui, en ce cas, vont à la pèche & font le fer-vice d’un matelot.
- Defcription Sommaire des bateaux pêcheurs Norvégiens, & de leurs ujlenjiles de pêche.
- 273. Ces bateaux, pl. XVI, fig. 2 , ont 27,50 & jufqu’à 34 pieds de longueur , & 7 à 8 pieds de largeur} ils portent 4 ou 6 avirons j les bordages font de lapin, épais au moins de 2 pouces ; ils ont 7 à 8 pouces de largeur ; le fond en eft tout plat , & fouvent on les appelle pramts ; au Heu de genoux, ce font des bordages qui s’inclinant en-dehors , augmentent la largeur des bateaux j & fur les bordages inclinés on forme les côtés des bateaux avec dés bordages qui s’élèvent perpendiculairement : ces bordages, non plus que les membres , ne font aifemblés ni par des clous ni même par des chevilles de bois, mais ils font, pour ainfi dire, coufus avec des harts de chêne, qui font tordues fur elles-mêmes, pour les rendre ployantes. On fait donc aux bords des bordages des trous pour recevoir ces harts, dont l’épailfeur eft reçue dans des entailles, de forte qu’elles font arrafées de toute leur épaiffeur, ce qui les tient à couvert des frottemens qui pourraient les endommager. Ces coutures, ainfi que les bordages, font couverts de goudron. Ces bateaux, qu’on nomme à Finmarck & en Ruflïe,fchuts, ou Jchu te, ont les façons de l’arriere pareilles à celles de l’avant j & quoiqu’il n’entre dans leur conftrudtion ni clous ni chevilles, ils font très-folides & naviguent bien, fur-tout à l’aviron , dont les pêcheurs Ruifes font grand uiàge ; car ils entreprennent quelquefois des routes de ifo lieues, pendant lefquelles ils fe ierventprefquetoujours de leurs avirons. M. Frammery ajoute qu’ils réfiftent très-bien à la grolfemer, ce qui paraît lurprenant, vu la forme de leur caréné j leur gréement confifte en un feul mât A B, qu’on abat lorfqu’011 eft en pêche y ils portent une feule voile quarrée, qui eft encapelée en-hautlîir la vergue C D , & ien-bas fur une faulfe vergue E F, fur laquelle ils prennent des ris : au lieu de balancine, ils ont une efpece d’elparqui répond d’un bout à un collier de corde G, qui embralfe le mât, & de l’autre à l’extrémité D, d’un des bras de la vergue.
- 274. Les avirons, fig. 3, font de fapin, qu’on choifit fans noeuds, de h. meilleure qualité 5 ils ont vingt-quatre à vingt-fix pieds de longueur ; en
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- TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- A, eft une manivelle ou poignée, par laquelle les pécheurs la faillirent; on fait enfuite un renflement B, plus ou moins gros, pour que la partie A E de l’aviron foit en équilibre avec la partie E D.
- 27f. Les bateaux partent pour fe rendre au lieu de leur pèche, les uns plus tôt, les autres plus tard, fuivant qu’ils en font plus ou moins éloignés ; mais communément c’eft par flottilles de cinquante bateaux. Ceux de Kola partent dans le courant de février; ils courent peu de rifques dans ces voyages , parce que la mer 11e gele point dans ces parages , & le tems eft infiniment moins rude qu’on ne le croirait dans cette faifon & à cette latitude. Communément ceux d’Archangel partent vers la fin de mars, & quelquefois plus tard, fuivant le tems où la mer Blanche eft libre de glaces. Si les uns ou les autres font pris de mauvais tems, ils fe retirent dans des anfes qui fe rencontrent fréquemment à ces côtes. Indépendamment des bateaux de pêche dont nous venons de parler, les intéreifés à la pêche frètent plusieurs yaiffeaux depuis trente jufqu’à foixante tonneaux.
- 276. Ces bâtimens, qu’on nomme prames, font à fond plat; ils ont trois mâts, trois voiles quarrées, point de hunier ni de foque ; ils fe chargent des provisions de bouche, pour les hommes de l’équipage, pendant fix à fept mois ; en outre ils prennent du fel, des barriques , de la terre glaife pour faire des fours , du bois pour faire les cabanes & les magafins , ainfi que les hialder ou gialder, pareils. à celui qui eft décrit dans la première fe&ion. Le départ de ces vailfeaux fur lefquels font montés les intéreffés, & les ouvriers qui portent les matériaux, précédé toujours un peu celui des barques, afin d’avoir le tems de commencer les établiflemens néceflaires, tant pour la pêche que pour la préparation du poiflon ; & les pêcheurs qui arrivent les premiers , aident à les conftruire.
- 277. On place les magafins au bord de la mer, dans des anfes de facile accès , où l’on puifle tirer à terre les bateaux lorfqu’on ne pèche pas ; & on a aufli grande attention à ne pas incommoder les gens du pays. Les économes qui veillent à ces pêches, y ont leur logement : on y renferme les vivres, & on y prépare le poiffon. A l’égard des équipages, chacun conftruit là cabane fuivant fon goût & fes facultés; les payfans Ruifes qui pêchent pour leur compte, les font avec la pierre & la terre qu’ils trouvent fur le lieu,
- 278. La plupart des Rulfes qui font en compagnie, font les magafins avec des planches ; ceux qui font les plus riches, & ce n’eft pas le plus grand nombre, les conftruifent comme on le voitfig. 4, pour cela ils fe fervent de pièces de bois quarrées de quatre pouces d’épaifleur, fur fix de longueur ; celles C, C, qui forment le bas du bâtiment, font plus fortes que les autres, & on les pofe ou fur le rocher ou fur une aflife de pierre 6,6; les autres font tout fimplement pofées les unes fur les autres, & aux angles elles font aflem-
- blées
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- Sect. III. Des poiffens Peau deuce delà famille des alofes'. 361
- blées à mi-bois, ou en quelque façon à queue d’aronde, comme on le voit fig. f : les pans D ,fg. 6, ont environ fept pieds de hauteur ; les pignons E font conftruits de même, & à la pointe G on pofe une forte piece de bois H qui eft toute d’une piece5 elle forme le faîte, ainfî que les filières F, qu’on affemble avec les pièces E, qui forment les pignons i on pofe fur le faîte H, & les filières F, des chevrons K, & l’entre-deux eft rempli par des planches I, chevillées fur les filières F.
- 279. Les Ruffes conftruifent ces bâtimens chez eux, & ils les démoliflent, pour les embarquer, ce qui n’eft pas difficile, puifqu’ils font faits de pièces de bois quarrées, pofées les unes fur les autres, & Amplement alfemblées par les bouts, comme nous l’avons dit ; mais avant de les démolir, ils tracent aux endroits M & L, les ouvertures que doivent avoir la porte & les fenêtres i & à mefure qu’ils démoliffent, ils coupent à la feie les pieGes de bois K, qui fe rencontrent vis-à-vis le tracé, ce qui forme les baies : la porte R eft faite avec des planches & un chardonnet T, au bout duquel font des tourillons S, qui entrent dans des bourdonnieres : ces portes font tenues fermées par un loqueton de bois X, qui tombe dans un piton O. Ces bâtimens très-fimples qui ont été conftruits à Kola, font mis en place en deux jours au plus, & ils donnent une idée de la bâtiffe en ufage dans le nord. De plus, les pêcheurs commencent par conftruire des fours pour cuire leur pain ; ils entendent fort bien cette conftruétion. Au refte quand la pèche eft .finie, on démolit tous ces établiffemens, & on embarque les matériaux pour les emporter.
- 280. Les Ruffes, pendant tout le tems de la pèche, font contenus par une police exade & févere. A la mer, les équipages obéiffent aux maîtres de leurs bateaux: à terre, il y a dans les principaux magafins un économe qui commande un nombre plus ou moins grand de bateaux, qui lui livrent leur pèche , & il porte la plus grande attention à la préparation du poiffon ; il veille à l’entretien des uftenfiles , & charge chacun des fondions auxquelles il le juge propre.
- 281. Ces économes font fubordonnés à trois directeurs, qui exercent une police générale avec équité & févérité, de forte qu’aucun habitant du pays n’ait lieu de fe plaindre : de plus, il y a des foldats Ruffes diftribués en plufieurs endroits , principalement auprès des lieux où l’on fait la pèche, & ces troupes, qui font fous la conduite d’un officier, contribuent à maintenir îe bon ordre.
- 282. Chaque femaine les vivres font diftribués par un économe à chaque maître de bateau 5 ils confiftent en farine d’avoine & de feigle , avec du gruau d’orge, ce qui fait la bafe de leur nourriture : iis n’ont de viande que celle qu’ils apportent, & c’eft en petite quantité ; mais ils ufent de poiffon,
- Tome XI, Z z
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- 36Z T R A 1 T E' DES P E C H E S. Partie II.
- fur-tout de celui dont ils ne font point de falaifons. La provifion pour chaque homme, & pour1 tput le tems de la pèche ,'eft réglée à 320 livres , poids de marc, de farine de feigle pour faire du pain, vingt-cinq livres de gruau & '160 livres de farine d’avoine. Ceux qui pèchent pour leur compte, font fojets à la police‘ comme les autres ; mais du refte ils fe logent & fe nour-Tiifent‘comme il leur plaît ; les uns vendent leur poilfon aux économes, d’autres le préparent eux-rnèmes. • '
- 28J. Il y en’a qui pèchent avec une ligne fimple, au bout de laquelle eft un haini proportionné e la grolfeur du poilfon qu’on prend dans chaque rfaifon & en'-chaque parage. Nous avons parlé de cette pêche, fécondé partie,'première Te&ion. D’autres pêchent avec des cordes de fond, les unes plus groiTes que les autres, qüi portent des lignes latérales à fept ou "huit pieds de diftance les unes des autres, à peu près comme nous l’avons repréfenté première partie, première fedion, ou fécondé partie, fécondé Tedion, excepté *1°. que pour le laumon , à l’endroit cité, 011 fondent la ;corde entre deux eaux, àu lieu que les Ruifes la tendent fouvent par fond} 2". que la cabliere, ainfi'que la boitée ou lignai, font dilférens de ce qui eft repréfenté ,7%. 7 <S* 8." Mais la difpofition des lignes fur la corde eft fem-blable. Les cablieres fig7, fervent pareillement à alïujettir la tiflure en un lieu, & les bouées ou les lignaux, fig* 8, à la retrouver & à faire apperce-voir fa polition à la mer ; malgré cela les pêcheurs Ruifes, pour la trouver plus aifément, prennent des lignaux à terre. Toutes les cordes font paflées, comme les nôtres, au tan. Chacun fe pourvoit de deux cordes, pour en mouiller une quand ils lèvent l’autre.
- 284. Les-Ruifes ont coutume d’amorcer leurs haims avec de gros vers* que les moulfes leur' fournilfent ; & à leur défaut , ils emploient les entrailles des poiffons dont ils ne font point de falaifons. Comme les pêcheurs s’é-tabîiifent quelquefois à cinq ou lix lieues de-là côte , ils pourraient être fur-pris de mauvais tems qui les empêcheraient de regagner la terre, ce qui les engage à embarquer un compas & quelques vivres 5 alfez fouvent ils, mettent leurs cordes à l’eaù le matin , & ils viennent les relever 24 heures après j & aulïi-tôt ils en' mouillent une autre ; ainfi il y a toujours une ? ligne à la mer 5 'mais li-tôt qu’ils ont relevé leur corde, ils elfaient, à force oe rames & de voiles, de regagner la terre pour livrer leur poilfon à leur économe. Comme1 ils mettent leurs cordes à l’eau, & qu’ils la relevent ainfi que le font nos pécheurs, je n’ai rien à ajouter à ce que j’en ai dit à la première fedion’de la première partiel’on voit, fécondé fedion de la fécondé partie, comment ils s’aident d’un croc pour amener à’ bord les très-gros poilfons ; & fi-tôt qu’ils font dans le bateau, on leur coupe la gorge
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- Sect. III. Des poijjbns d’eau douce de la famille des alofes. 361
- pour leur faire rendre leur fang, & empêcher qu’ils n’incommodent les pêcheurs par les grands mouvemcns qu’ils fe donnent.
- 28 Les pêcheurs étant rendus à‘terre, après avoir livré leur poiifon, étendent leurs cordes fur des rochers pour les faire fécher ; lès uns amorcent les haims avant de s’embarquer; d’autres croient qu’il eft mieux de, ne les amorcer qu’au moment qu’on les met à l’eau, & on ne peut s’empêcher d’être iiirpris du peu de tems qu’ils mettent à amorcer 1 foo ou 2000 haims.
- 286. Quand le poilfon eft livré au magafin, l’économe quiÿpré.fide, donne toute fon attention à ce qu’il foit bien préparé. Ils falent en vert une grande partie de leur morue ; ils la tranchent à plat comme les Flamands & les Hollandais , emportant la plus grande partie de la grolfe arête ; le trancheur en retire les inteftins, & il conferve la veille pneumatique & le foie. La morue étant tranchée, il la pofe fur la table, la chair en en-haut, qu’un matelot ratiife pour enlever le péritoine qui couvre toute la capacité de l’abdomen , & le plus qu’il peut du fang qui refte attaché à la chair; eniuite il la lave à pluiieurs repaies , pour qu’il n’y refte pas la moindre apparence de iang : on la fale à plat dans des caiîfes femblables à celle dont j’ai parlé, feélion première de la fécondé partie. Quand elles ont pris fel, & rendu leurs eaux, on les met en tas dans les magaiins avec un peu de fel, & quand les magaiins fe trouvent trop embarrafles, 011 eu embarque dans les bâtimens qui ont apporté les ufteniiles de pêche ou dans d’autres à peu près pareils, dont 011 paie le fret.
- 287. Je crois m’être aifez étendu dans la première partie de la fécondé fedtion , fur la façon de deifécher les morues en les pendant à des perches , foit à l’air, foit dans.les hialder, pouf faire ce qu’on nomme her.g-fish, ainfi que celui qu’011 feche fur des rochers qu’011 nomme klipp-fish; heng-fish veut dire poilfon fufpendu , & klipp-fish, poilfon de- roche, parce qu’011 les feche fur les rochers; mais les Ilulfes préparent la plus grande partie de leur poilfon en vert : ils en fechent peu, parce qu’il leur faudrait trop de tems pour leur donner les préparations, qu’ils veulent retourner chez eux ; car il faut quelquefois plus de iix femaines pour deifécher ces poiifons dans les hialder.
- 288. Nous avons repréfenté dans une des planches de la première fec-tion de la fécondé partie, un hialder, ainfi que les perches où l’on pend les les poiifons à l’air ; nous ferons feulement remarquer que les Ruifes en fu£ pendant les poiifons , mettent les queues en en-bas , & le gros des chairs en en-haut, ce qui peut être avantageux pour le deiféchement : on voit auifi fur cette planche comment on en étend fur des rochers ou fur des vigneaux. A mefiire que les poiifons ont pris un degré de féchereife convenable, oq
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- 3^4 TRAIT E' DES PE CH ES. Partie H.
- miet eh piîes ou meules de 4 pieds de haut j où ils retient à l’air feulement couverts de quelques màuvaifes planches qu’oii charge de pierres. Les relies étant abandonnés aux équipages, ils apportent, beaucoup de foui à les def-fécher fur les rochers, finis leur donner aucun fel. Les nouesqui tournent auffî au profit des équipages, font nettoyées avec beaucoup de foin de leur membrane; enfuite ils les enfilent pour les pendre, les font lécher, & les emportent dans leur pays, pour en faire de la colle de poiflon. (31)
- 289.. Je crois néanmoins que c’etl l’etlurgeon qui fournit la plus grande quantité de colle & la plus belle. Ils mettent à part., comme nous l’avons dit, tous lès foies des poilfons qu’ils prennent; ils les lailfent fondre en huile dans des vafes de bois, & ils mettent ce qui n’a pas fondu dans des chaudières de cuivre fur un feu modéré, remuant continuellement avec un bâton. On retire auffi une.huile moins parfaite, qu’ils mettent néanmoins avec l’autre , & qu’ils entonnent dans des fûts de chêne : ils en remportent peu par comparaifon à la quantité de poilfon qu’ils prennent, non - feulement parce que dans la fiiifon où ils pêchent, les foies 11e font pas gros, mais encore parce qu’ils en coiifomment beaucoup dans leurs alimens.
- 290. À la mi - feptembre, la pèche celfe entièrement; on démonte alors les magafins, les cabanes, les hialder, les fours, on embarque tous les matériaux avec les lignes, & 011 met à la voile pour Kola ou Archange! ; mais comme le débit du poilfon lé fait principalement à Archangel, ceux de Kola * après avoir déchargé leurs uftenlîles de pêche & une partie de leur poiflon, le rendent à Archangel pour faire la vente du relie. Les bateaux pêcheurs lin-vent ceux de tranlport, de lorte qu’à la fin de leptembre il n’en relie plus à Finmarck. Tous les poilfons qui arrivent à Archangel font mis en magafin les uns fur les autres, fans y ajouter de fel; & ils y relient jufqu’en novembre & décembre, qu’on les charge lur des traîneaux recouverts d’une fîmple natte, pour les tranfporter à Pétersbourg, à Mofcou & dans le relie de l’Empire.
- 291. La cour protégé beaucoup cette pêche, & pour cela, iA tant que les matelots y font employés, ils font difpenfés de monter les vailfeaux de l’Empire ; 20. les bateaux pêcheurs font exempts de tous droits d’entrées à Archangel & dans tout l’Empire, ainli que les marchandées de retour 5 enfin les fels font francs de tous droits. (32)
- 292. .Les vivres qu’apportent les Rulfes, fe réduifent à de la farine de feigle, avec laquelle ils font eux-mêmes de bon pain; de la farine d’avoine,
- (31) Voyez ce que j’ai dit à ce fujet rir une pêche devenue l’objet d’un com-dans mes notes fur l’art de faire la colle, merce lucratif, il était nécelfaire d’exemp-tome VIII, page 426. ter de tous droits, & les poilfons qui en
- . (32) Ainfi donc , & chez les Rulfes font le fruit, & le fel à l’aide duquel on ihêmes, on a compris que pour faire fieu- les conferve.
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- Sect. III. Des peiffons d'eau douce de la famille des alofes,
- dont*ils font une bouillie très-épailfe comme le far des Bretons : ils font au milieu un trou dans lequel ils verfent de l’huile de poilfon, & chaque homme en prenant une cuillerée de bouillie, la trempe dans cette huile avant de la porter à la bouche; de tems en tems ils fubftituent à cette bouillie du gruau d’orge : pour l’apprêter, ils le mettent dans une chaudière avec médiocrement d’eau; ils le tiennent pendant environ trois heures fur un feu modéré fans le remuer : quand l’eau eft confommée, que le gruau eft cuit, & qu’il eft devenu fort épais, ils le mangent avec de l’huile comme la bouillie d’avoine ; ou bien ayant verfé l’huile fur le gruau, on remue jufqu’à ce que l’huile foit bien mêlée avec le gruau. Ils mangent auffi. des poilfons qu’ils ne fa-lent point, des foies qu’ils font griller, & dont ils retirent l’huile pour alfai-fonner leurs mets , & même des œufs de poilfons, qu’ils pilent & qu’ils étendent fur leur pain avec du fel, dont ils font un grand ufage.
- 29^. A l’égard de leur boilfon, voici comme ils la préparent: ils ont une grande chaudière de cuivre qu’ils remplilfent d’eau, & fous laquelle ils entretiennent bon feu; lorfque l’eau bout, on y jette peu à peu de la farine d’avoine qu’on a fait griller avant de la moudre, & à mefure qu’on la jette, on remue l’eau avec un bâton, pour qu’elle fe mêle bien avec l’eau : on met environ i f à 18 livres de farine, fur i f à 20 veltes d’eau ; 011 entretient le bouillon pendant 2 à 3 heures , remuant prefque continuellement avec le bâton 3 enfuite on couvre la chaudière avec une couverture de laine 3 à mefure que la liqueur fe refroidit, le fon, & ce qui ne s’eft pas mêlé avec l’eau, fe précipite au fond. Au bout d’un ou deux jours, on entonne la liqueur dans des futailles i elle jette une légère écume, & devient un peu aigre3 en cet état les Rulfes en font leur boilfon.
- 294. L’habillement des pêcheurs Rulfes conlifte en un gilet de tricot qui croife fur le devant, une efpece de froc de peau de mouton, qui. def. cend jufqu’à mi-jambe, des culottes à grands canons qui defcendent de même, des bottines de chien marin qui montent quelquefois au - delfus du genou, & des bonnets à la Hollandaife 3 enfin des ceintures d’une forte d’étamine qui font plulieurs tours autour du corps.
- 29 f. On voit que les Rulfes font un grand ulage de l’huile de poilfon; il n’en eft pas de même des Norvégiens : ils la Confervent pour la vendre ; & quoique leurs pâturages ne foient pas excellens, ils ont fuffifamment de laitage pour fe palfer d’hujle. Les habitans de Finmarck étant, pour ainlî dire, efclaves d’une compagnie Danoife, à qui appartient la pèche, 11e prennent aucune part à celle que font les Rulfes. Ces pauvres habitans font rel-treints à la pêche du printems, qui conlifte aux morues, aux feyes & aux lingues; & ils font cette pêche, comme on l’a dit, avec leurs petites y olles.
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- *66 T RA 1 T E’ DES PECHES. Partie IL
- Les Ruffes qui ont pour principal objet la pèche des flétans, dont nous par*, lerons ailleurs, ne viennent à ces côtes que l’été.
- Article VI. *
- Corrections & additions qui ont rapport à la fécondé feclion delà fécondé partie, du traite general des pêches , dans laquelle il s ’agit des faumons & des truites, &c.
- Corrections.
- - 296. A la page 422, j’ai dit que les petits {àumons font communs à Saint-Etienne en Forez, & qu’on en prend de gros à Saint-Chaumont. Un de mes correfpondans m’a fait remarquer que cette phrafe femblerait indiquer que la Loire pafle dans ces deux villes; je 11e l’ai jamais penfé , puifque dans les, notices géographiques qui font à la fin de cette fecftion, il eft dit que Saint-Chaumont eft fur le confluent du Gier & du Janon. Et à l’article Furand, il eft dit que cette riviere pafle à Saint-Etienne : je n’ai donc point penfé que ces deux villes fulfent fur la Loire. Mais de ce que j’ai mangé des faumons dans ces deux villes, j’ai cru pouvoir en inférer que fi l’on n’en pêche point dans les deux petites rivières que je viens de nommer, on les apporte de la Loire, qui eft peu éloignée de ces deux villes. D’où j’ai pu conclure que les faumons remontent la Loire, jufqu’à l’embouchure du Gier dans cette rivière.
- 297. Il eft certain que les avaloires de Vochel & de Saint - Rambert, qui font au-deflus de Roanne, arrêtent beaucoup de faumons, ce qui fait qu’il en entre peu dans les petites rivières qui font au - deflus. J’avoue néanmoins que j’aurais dû m’expliquer plus clairement, & je fuis obligé à celui qui me l’a fait appercevoir.
- -298. Quelques auteurs prétendent qu’il ne fe trouve de faumons que dans l’Océan; cependant on en pèche dans la mer Cafpienne, même dans le Volga & les rivières qui y affluent ; & on alfure qu’on y en prend de rouges & de blancs, dont la chair a un goût plus délicat que ceux de l’Océan. >
- Omiffions.
- 299. J’avais bien entendu parler en Provence de l’argentine ou peis-ar-gent ; mais comme il y a bien des poiflons qui ont leurs écailles argentées, je foupçonnais. qu’on, avait donné le nom êC argentine à plufieurs elpeces de] poiflbns ; effectivement le trachurus, que Bélon appëlle argentine, eft très-dif-
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- 3ect. III. Des poiffons d'eau douce de la famille des alofes. 367
- fférent du fphymna, forte de fpret dont parle Rondelet, que quelques-uns appellent argentine ou peis - argent. Ces incertitudes m’empêchaient de parler .de Vargentine; mais M. Poujet, lieutenant-générai de l’amirauté de Cetce, m’a mis en état d’en dire quelque chofe.
- 300. M. Poujet me marque donc qu’011 prend en Languedoc un petit poilfon que plulïeurs auteurs nomment argentine , & le vulgaire peis-argent ; ce poilfon a environ lîx pouces de longueur: il eft très-remarquable par fa blancheur & fa tranftparence : il a de chaque côté du corps une raie argentée très-brillante , qui s’étend depuis le derrière des ouies jufqu’à l’aileron de la queue, & les opercules des ouies paraiifent être d’argent bruni. M. Poujet accorde à Rondelet, que le péritoine & les inteftins font noirs; mais il djt que la veille pneumatique, qui eft longue, a la couleur & l’éclat de l’argent il doit être compris dans la famille des Plumons & des truites; car il a, ainli que ces poiffons & l’éperlan, un petit appendice muqueux entre l’aileron du dos & celui de la queue ; ce faux aileron ne fe voit pas fur la figure de Rondelet, & le deiîinateur a marqué fur les opercules, comme trois barbillons de chaque côté ; M. Poujet alfure qu’il n’en a jamais apperçu : en le plaçant entre la lumière & l’œil, 011 voit que la chair eft très-tranfparente ; je ne crois pas qu’il ait d’écailles.
- 301. Quoique la chair de ce poilfon ne foit pas délicate , il fe corrompt aifément, & il ne fouffre pas le tranfport. M. Poujet a eu peine à s’en procurer d’alfez bien confervés pour les décrire. La forme de la tète de l’argentine, eft différente de celle de l’éperlan, & la qualité de la chair de ces deux poiffons empêche qu’011 11e les confonde : au refte ils fe relfemblent par le nombre ainfi que par la polîtion des ailerons & des nageoires.
- Notes fur la pêche des faumons en Norwege , par M. Frammery, cor-refpondant de Pacadémie des fciences 3 £5? conful de France en Nonvege*
- 302. Quoique je me lois fort étendu dans la fécondé lèdion de la fécondé partie fur la pêche des faumons en différens endroits , & particuliérement au nord , je crois à propos de placer des notes fur la pèche de ce poilfon en Norwege, qui m’ont été fournies par M. Frammery.
- 303. La pêche dulàumon commence à peu près dans toqte l’étendue de la Norwege dans les. premiers jours d’avril, & finit à la fin de juin, quinze jours plus tôt ou plus tard, fuivant différentes circonftances. J’ai déjà dit a l’endroit de la fécondé feélion où je parle de la pèche du faumon au nord, qu’il y a bien des façons de prendre ce poilfon, qui, fuivant la difpofition des lieux, font pratiquées en différens endroits ; & ce que j’ai dit eft bien confirmé par ce que me marque M. Frammery qui entre à ce fujet dans de grands détails*
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- 358 TRAITE' DES PECHES. Partie EL
- 504. Il infifte principalement fur une pêche qu’il a vu pratiquer dans la baie de Gronwick-fiord, près à!Itroc dans le gouvernement de Chrijlianfand. Il faut être pourvu de nappes de filets fimples , qui aient 30 à 40 brades de longueur , fur quatre & même fept bralfes de chûte : ceci n’eft donné que pour exemple ; car ces dimenfions changent fuivant les circonftances du lieu ou l’on s’établit. Les mailles ont environ deux pouces & demi d’ouverture en quarré ; les pêcheurs ailes qui peuvent avoir des filets expredementdeftinés pour cette pèche, tiennent les mailles plus grandes.
- ^of. La tète du filet pl. XVII,fig. 1, eft montée liir une corde formée de fix fils, qui excede le filet du côté de A, de cinq à fix brades , & du côté de B, de 20 à 30 j on garnit le haut du filet de morceaux de bois léger, comme du faule, pour tenir lieu des flottes de liege, qui eft rare & cher en Norwege , quelquefois on met à la tète du filet deux cordes pareilles , entre lefquelles 011 attache les flottes de bois qui font longues & beaucoup plus grandes que les nattes de liege. Nous en avons repréfenté , fécondé partie, première fedliôn. Le pied du filet D E eft bordé avec une corde de même grodeur.
- 306. Il faut encore avoir un filet triangulaire ,fig. 2, qui ait à peu près 16 brades de longueur de G en g; fa largeur en G H eft d’environ 60 mailles , & feulement trois'mailles du côté de g. La baie de Gronwick-fiord , repré-fentée fig. 3 , a environ un mille de longueur, fur un demi-mille de largeur : elle eft impraticable pour les vaideaux, parce qu’elle eft remplie de rochers, dont une partie font toujours fous l’eau.
- 3 07. Le nom de Gronwick-fiord, fignifie la baie de l’anfe-verte, parce que du côté du fud, il y a des montagnes fort hautes, couvertes d’arbrifleaux & d’herbes, qui forment de bons pâturages ; au contraire du côté de l’isle Dragoe , on n’apperçoit que des roches pelées. On faifait autrefois dans cette baie des pèches abondantes de morues, de harengs & de maquereaux ; mais depuis plufieurs années ces poiflons, fur-tout les harengs & les maquereaux, l’ont prefque abandonnée.
- 508. Les pêcheurs qui fe propofent d’établir la pêcherie dont il s’agit, ont foin d’examiner avec grande attention la route que tiennent les fumions lorfqu’ils padent de la mer dans la baie ; ce qui les décide pour y établir leur pêcherie.
- 5 09. On commence par mouiller les deux ancres A, B, fig. 3 , d’environ 72 livres, auxquelles font liés deux orins , gros comme les ralingues qui bordent la tête du filet ; à l’extrémité de ces orins, font amarrés des petits barrils E, F, qui fervent tout à la fois à Ibutenir le filet, & de bouée pour connaître la'pofition des ancres A & B ; enfuite le pêcheur attache folidement au rocher C, la corde D , qui répond à un des bouts du haut du filet ; c’eft la corde A de la fig. 1. Il mouille enluite adez près du roclier une ancre e,
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- Se ct. III. Des poiffons d'eau, douce de la famille des ’àlofes. . 3 69
- à laquelle eft amarré un cordage qui répond au bas D , fig. 1 , du premier -bout du filet, & la longueur de ce cordage doit être la même que la profondeur de l’eau, qui e£t quelquefois de 10 à 12 brades : elle fert à retenir le premier bout D du filet, contre la force des courans. Il fe met enfuite dans fa chaloupe avec deux compagnons ; l’un rame, & l’autre aide le maître pêcheur à mettre le filet à l’eau depuis g, jufqu’à la bouée E, fur laquelle Ü l’amarre folidement. Le bateau change de direction, prenant celle E F, & les matelots mettent à l’eau la portion de filet E F ; puis étant arrivé à cette Jbouée F, il y amarre le haut de fon filet ; puis il revient continuant de mettre fon filet à l’eau jufqu’à l’endroit G, où fe termine la longueur du filet : ainfi g, E, F, G, indiquent toute l’étendue du filet. Au haut de ce filet, au bout G, eft amarrée une corde G H, qu’on attache à un piquet -I, qui eft à la côte , de forte qu’elle alfujettilfe fermement la portion de filet F G qui eft tendue, un bout étant retenu par l’ancre B, & l’autre par le piquet I. Ce filet forme, comme on le voit, un entonnoir au moyen des flottes, du left & des amarres ; il fe diipofe verticalement dans l’eau, & forme une efpece de gord ; mais pour prévenir que le poiflon qui s’y eft engagé 11e s’échappe par-delfous, on ajufte à terre, & avant de mettre le filet à l’eau , au bas du filet, la piece de filet triangulaire G g H, fig. 2, qu’on attache folidement à la ralingue d’en-bas du filet, excepté à l’endroit G G, fig. 2, où eft l’entrée de cette efpece de gord, qu’on appelle Upiege, qui a environ treize à quatorze brades de pourtour.
- 510. Toute l’étendue de l’entrée du piege, indiquée par les lettres G, g, fig• 3 ? eft garnie, de diftance en diftance, d’anneaux faits avec des cornes .de jeunes bœufs, qu’on fcie par tranches à la partie creufe , de forte que chaque morceau qu’on fcie forme un anneau, dans lequel on pafle une corde de la grolfeur du petit doigt, dont les deux bouts font attachés au haut du filet G g. Au milieu de cette corde , qui pafle dans les anneaux , & qui répond au milieu f de l’étendue gf G, qui eft l’ouverture du piege, eft attachéé une autre corde R , qui s’étend jufqu’à l’endroit AI de la montagne, où fe tient le pêcheur, qui, en tirant la corde R, lorfqu’il a vu des poiifons entrer dans le piege, en ferme l’entrée.
- j 11. J’AI dit que le pied du filet était lefté de pierres , pour qu’il fe plaçât verticalement, & qu’il 11e fût pas dérangé par le courant j mais de plus à l’entrée en/, il y a, à la tète du filet, une pierre , pour qu’elle fe tienne bien*ouverte lorfque le pêcheur lâche la corde R, qu’il tirait à lui tant qu’il, jugeait à propos de laiifer l’entrée du piege fermée. Tout étant difpofé, ainii que nous venons de l’expliquer, & comme on le voit repréfenté fig. 3 , le , pêcheur fe tient fur la montagne à l’endroit marqué M, d’où il peut apper-çevoir les faumons qui entrent dans le piege : quand il s’y en eft engagé, Tome XL A a a
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- il tire à lui la corde R, pour fermer l’ouverture du filet, & il l’attache à un pieu qui eft auprès de lui. Etant ainfi alluré que le poilfon ne peut s’échapper, il s’embarque dans fon bateau N, & fe rend au filet : ilfouleve, autant qu’il le peut, le filet triangulaire qui forme le fond du piege ; il l’approche de la fuperficie de l’eau, & prend déjà quelques poilfons : la plus grande partie fe réfugie à la pointe du filet, où ils fe rendent peu-à-peu : quand il s’y trouve de gros faumons, le travail eft pénible j mais beaucoup fe maillent, & alors il les prend avec facilité.
- 312. Lorsque , par les tems nébuleux, le pêcheur ne peut pas, du pofte M, appercevoir le poilfon qui entre dans le piege, il fe met dans fa chaloupe, où il a établi un échafaud fur lequel il monte j & s’étant approché de l’entrée du piege, il eft plus à portée de voir le poilfon qui y entre. Pour faire 'cette pèche avec fuccès, il faut un tems calme, que le ciel foit clair & la •mer tranquille. Ils ne lailfent pas de pêcher lorfque la mer 11’eft que peu agitée, en jetant, dans l’efpace renfermé par le filet, du gravier fin, qu’ils ont auprès d’eux dans une boîte. Ils prétendent qu’ils appaifent pour quelques momens l’agitation de l’eau. Le tems le plus défavorable eft lorfqu’il pleut, & que le ciel eft couvert ; alors 11e pouvant appercevoir la route que tiennent les poilfons , ils font forcés de discontinuer leur pêche : il fuit de là 'qu’011 ne peut la faire la nuit, excepté dans le gouvernement de Drontheim , où il 11’y a pas de nuit pendant une partie du mois de juin, & tout celui de juillet.
- ? 1 ?. Les filets dont nous venons de parler, relient tendus depuis le lundi jufqu’au famedi, que les pêcheurs les relevent pour les faire fécher, les réparer , & enfuite les remettre en place. Il eft évident qu’ils ne durent pas long-tems quand on n’en a pas de rechange.
- j 14. Nous avons dit, fécondé fecftion , page 45-} , qu’il y a des endroits en Norwege , tels que le gouvernement de Berghen, où l’on blanchit avec de la chaux les rochers qui forment le fond d’un golfe , pour attirer les faumons. On n’emploie pas ce moyen dans le gouvernement de Chriftian-fand , parce qu’il fe rend des rivières dans les golfes, qui déterminent les làumons à refouler les courans , pour entrer dans ces rivières , ce qui les engage à fuivre une route réglée & toujours la même, fans qu’on foit obligé de blanchir les rochers pour les attirer.
- 315“. Dans la riviere de Mandfal, on dilpofe îe filet comme on le voit fig. 4 j A eft un bout du filet qui eft amarré à la côte ; C, l’autre bout qui eft retenu par une ancre , & foutenu par un barril ; B, eft l’entrée du piege ; D , eft le pêcheur qui s’échafaude far un pieu garni de chevilles, pour s’élever & mieux appercevoir la marche du poiiîôn. Au refte, on voit que ce piege, fort fjmple, eft conftruit comme celui de la baie de Gronwick-jiord,
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- 516. Au bout de la riviere de Mandfàl,ily a des ravines & des courans confidérables , où les poiflons qui ont échappé aux piégés que leur o'nt tendus les pêcheurs, fe ralfemblent : on va les y chercher s mais comme il n’eft pas poifible de fe fervir de bateaux dans ces endroits, les pêcheurs fe fervent de radeaux, & ce n’eft pas fans rifque -, ce qui a fait que M. Frammery n’a pas pu voir comment fe fait cette pèche. Mais il faut remarquer, à l’égard de toutes ces fortes dépêchés, qu’ilefttrès-important de placer les pêcheries dans des endroits où rien ne puifle faire de l’ombre ; car les iàumons la craignent, & fe détournent pour l’éviter. Elles ne font point praticables quand l’eau n’eft pas fort claire & traniparente ; en ce cas , lorfque le fond le permet, ils pêchent avec des faines qui ont fo à 60 brafses de longueur , & qui ont au milieu une manche d’une braise & demie de profondeur i la maille a un pouce trois quarts d’ouverture. On fait ces filets avec du fil une fois plus gros que celui qu’on emploie en France pour la pêche du hareng. Le pied eft lefté avec des pierres, & la tête eft garnie de flottes de bois de faule. Je n’inlîfterai pas davantage fur ces laines à manche, parce que j’en ai repréfenté dans beaucoup d’endroits de cet ouvrage.
- 517. Qu and les pêcheurs apperqoivent à l’agitation de l’eau, qu’il y a beaucoup de faumons, ils fe mettent trois dans une yolle avec le filet, & un refte à terre, tenant une manœuvre qui répond à un des bouts de la faine. Des trois qui font dans la yolle, un rame pour fe porter au large , les deux autres mettent le filet à l’eau, & elfaient de croifer la diredion que fuivent les faumons , comme nous l’avons repréfenté à l’occafion de l’aiofe. Quand ils en ont enveloppé le plus qu’il leur eft poflible, la yolle regagne le rivage & les pêcheurs ayant mis pied à terre, tous tirent le filet fur le rivage, où ils font aidés par des femmes, qui, pour avoir une petite gratification, fe portent volontiers à ce travail. On a l’attention en tirant le filet à terre, que la manche refte toujours au milieu, afin que prefque tout le poiflon y entre : ils prennent quelquefois d’un feul coup de filet fo, même 100 Iàumons ; mais fouvent il fe palfe plufieurs jours fans qu’ils trouvent l’occafion de mettre leur filet à l’eau.
- 318. Voici une autre façon de prendre les faumons, que M. Frammery n’a pas été à portée de voir, mais qu’il rapporte d’après les mémoires de feu M. Pontopidan, évêque de Berghen ; ellefe pratique dans la baie de Dramen, avec un filet qui a 40 à f o brades de longueur. On choifit un endroit où le fond foit élevé, ouune eipece'de banc qui commence auprès du rivage & le termine en pointe, faiiànt ce que les Norvégiens appellent neff, qui veut dire une efpece de nez où les iàumons qui entrent dans la baie ont coutume de s’aflembler ; on tend le filet fur des pieux qu’011 plante dans le fond fur les bords du banc pour former une chaife \ lorfqu’on eft parvenu à trouver quatre
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- 37% T RA 1 T E' DES P E C H.E S Partie libraires d’eau, on forme avec le même filet trois efpeces de bas parcs, le premier eft le plus large, & le dernier le plus étroit. '
- 319. Lorsque le faumon entre dans la baie, il va chercher ce banc;, comme il trouve le paffage fermé, il fait la direction de la chalfie qui le condiiit dans le premier parc, puis il pâlie dans le fécond, enfin dans le troifieme, qui eft le plus étroit ;& comme ils s’v font raifemblés en nombre, ils agitent, affez le filet pour faire fonner une clochette qui y répond ; alors les pécheurs avertis que lepoilfon s’y eft rendu, ferment l’ouverture de ce parc, & vont avec leur yolle prendre le poilfon qui y eft renfermé.
- 320. Cette pêche le nomme en danois ringfi?k ou fingefiik, qui fignifie à peu près labyrinthe. M. Strom, qui a donné un ouvrage fort eftimé fur la contrée du Sundmeur, rapporte une autre façon de prendre lesfaumons, qui différé peu de celles que nous avons décrites fécondé partie , fécondé fec-tion. On traverfe la riviere par une digue ou chamfée qui eft ouverte au milieu , où eft le feul endroit par où le poiffon peut palier ; on met à cet endroit un filet à manche, à peu près femblable à ceux qu’on a vu ailleurs ; ou plus communément une grande naffe, qui eft faite d’une piece de bois pliée eu demi-cercle, à la circonférence de laquelle on attache des verges ou lattes de bois de fapin , longues de 3 braffes, entre lefquelles l’eau paffe, mais qui font alfez près pour retenir Le poilfon; cesperehes fe réunifient toutes par leur extrémité , de forte qu’elles font enfemble une grande naffe qui a la forme d’uil entonnoir, & qui, à cela près que le sloé ou la naffe de Nonvege a une forme circulaire, reffemble beaucoup au panier à bonde, qui eft quarré, & que nous avons décrit première partie, féconde fection, on place le sloé à l’ouverture qui eft au milieu de la digue ou chauffée. Lorfqu’il y eft entré un faumon, un pêcheur, qui eft à portée, le retire avec une gaffe ou croc de fer; mais on ne peut fe fervir de cette grande naffe ou sloé que quand la riviere a beaucoup de pente ; quand elle en a peu, il faut employer une manche de filet.
- 321. En quelques endroits de la Norwege, en Rufîie & en Sibérie, les pêcheurs les harponnent avec des fouannes à peu près pareilles à celle qu’on voit première partie, troifieme feéfion. Un homme dans un bateau attire le poiffon avec une lumière qu’il a dans une lanterne; le fouanneur qui le fuit dans un autre bateau, 11e manque prefque jamais de percer le poiffon qu’il apperçoit. Gn peut prendre une idée de la façon de pêcher au feu & à la fouanne, première partie, troifieme feétion.
- 32,2. Enfin dans les endroits où l’eau eft trouble, & où l’on ne peut tendre les filets, les Norwégiens prennent encore des faumons avec des haims qu’ils amorcent avec des vers marins ; mais on n’a recours à ce moyen que quand •on 11e peut pas faire mieux.
- 323. Les pêcheurs font ordinairement une convention avec les marchands
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- pour leur livrer, à un certain prix, tous les poiffons frais qu’ils prennent, g os & petits, fans diftinétion. On n’en fale qu’une petite quantité qu’on envoie en France ou dans la Méditerranée ; pu fume la plus grande partie.
- 324. Quoique j’aie parlé affez en détail delà façon de préparer le faumon fumé en Hollande, même à Berghen, comme je trouve quelque différence dans le mémoire de M. Frammery, je vais copier ici ce qu’il m’a écrit. Pour préparer le faumon fumé, 011 le met fur un établi, le dos tourné du côté de l’habilleur, & la tète à fa main droite ; il a un couteau ordinairement pointu & très-tranchant, qu’il infirme derrière les ouiesÂ, pl. XFIÏ ,fig. y , il tranche le poiffon tout du long du dos, en faifant gliffer le couteau fur l’arête juf-qu’à la queue ; il renverfe enfuite fur la table la moitié qui recouvrait l’arête, & elle tient à l’autre par les chairs, tant du ventre que de la partie qui eft au-delà de l’anus : il vuide le poiffon des inteftins, ne réfervant que la laite & les œufs ; car le foie eft petit & fec.
- 32). Lorsque le poiffon eft ainfi coupé, Phabilleur infinue fon couteau au même endroit qu auparavant, fous la groffe arête , qu’il emporte en faifant gliffer fon couteau jufqu’à la" queue qui refte attachée, à l’arête, qu’on enleve avec la tête en coupant les chairs qui peuvent encore y tenir, ainfi que l’endroit de la gorge qui tient aux mâchoires de defsous , & le poiffon eft comme on le voitfig. 6. La tête', la laite & l’arête, qui 11e laifsent pas que d’être garnies de chair, fe vendent quelques fols & fe mangent frais. Après qu’on a vuidé le faumon & ôté l’arête , on frotte la chair avec le fang.du faumon, principalerpent avec celui qui fe trouve caillé auprès de l’eftomac, & prefqu’adhérent à l’arête : il fe difsout fous la main, & donne à la chair une couleur rouge foncé'.
- 326. Le poifson étant ainfi habillé, on le fale avec du fel d’Efpagne ’con-cafsé, puis 011 le met en pile, & par-defsus une planche qu’on charge avec des pierres, pour lui faire prendre le fel & rendre fonreau pendant trois jours, 011 le traverfeavec de petites lattes de bois mince C, C,fig. 7, comme on le voit fig. 8 & 9 ; on met à la partie charnue une, petite anfe d’ofierjl pour le pendre ; enfuite on le pend dans un tuyau de, cheminée pour le fumer; vingt-quatre heures fuffifent pour cette opération.: Le-poifson ainfi prépare, -fe garde long-tems fans perdreyde la qualité : on en ,tranlpor.t,e beaucoup *cu Allemagne & dans tout le nord , où il eft regardé comme un. manger délicatô maison en fait peu de cas en France. Étant ainfi préparé, il coûte y à 6,fols de France dans le pays, ce qui eft afsez cher. Il y a quelque différence dans la maniéré d’habiller le poifson fuivant chaque gouvernement ; mais comme 'elles font peu importantes, & qu’elles , nftnfluent point fur la qualité';, M. Frammery n’a pas cru, de voir entrer dans ces détails.
- 327. Les faumons au-defsous de 9 livres , s’appellent laxtertrz ; on les fale en barril, & on les envoie en France ou dans la Méditerranée, où i’s font
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- d’un bon débit. Il fe pêche en Norwege, année commune,.cent quarante à cent foixante mille faumons. Ceux qui font pris dans le mois d’avril jufqu’à la mi-juin, en-dehors des rochers, à l’embouchure des petites rivières, & dans les grandes qui n’ont pas un courant fort rapide, font les plus eftimés 3 ils font gras, charnus, délicats & d’un goût excellent. Ceux de la riviere de Mandfal, qui réunifient toutes ces qualités, font très-eftimés dans le nord & en Allemagne. Ceux, au contraire, qu’on a pris bien avant dans les petites rivières dont le courant eft ordinairement rapide, ainfi que ceux qui defcen-dent pour retourner à la mer, enfin ceux qu’on prend après le mois de juin, font beaucoup inférieurs, apparemment qu’ils font fatigués par la grande route qu’ils ont faite, ou par la maladie du frai ; car ils font maigres, leur* chair eft feche, molle, fade & moins rouge 3 ce qui fait qu’on eftime beaucoup plus les faumons qui ont été pèGhés dans certaines rivières que dans d’autres. , , ,
- Article VII.
- \Additions relatives à la troijïeme feclion de la fécondé partie du traite general
- des pêches.
- Additions à ce qui regarde talofe.
- 328. Depuis l’impreffion de cette troilieme fecftion, j’ai reçu des mémoires fort intérreflans fur la pêche des alofes , que je fuis charmé de pouvoir faire paraître en même tems que ce^que j’ai dit de ce poiflon. Je lavais bien qu’on en prenait à l’embouchure du Rhône 3 mais M. de la Tourrette me marque qu’il en remonte beaucoup jufqu’à Lyon, qu’il en pafie même dans la Saône : mais que ces poiflons ne font pas aufli bons que ceux qu’on pèche dans la Loire & la Seine.
- 329. J’ai dit, qu’on prend des alofes dans les lagunes quife rencontrent aux côtes de la Méditerranée, & fur-toüt dans- la ‘riviere d’Hérault, qui fe décharge'dans le port d’Agde, dans laquelle les alofes *remontent, principalement dans les mois d’avril & de mai. M: Poujet, lieutenant général de l’amirauté de Cette, qui a bien voulu engager rM. Trédos, lieutenant général de l’amirauté à Agde, à fe joindre à lui pour me fournir des mémoires inf-tru&ifs fur les pêches qui fe font dans leurs départemens 3 M. Poujet, dis-je , qui, depuis long-tems eft en correfpondance avec moi, me marque que quand les alofes entrent dans l’Hérault, elles font grades 5 mais qu’en fuite >, quand elles ont jeté leurs œufs & leur laite, elles deviennent maigres, appla-ties 3 que leur chair eftflafque «fe-mollaife , de forte qu’on les regarde comme un mauvais manger, & qu’on ne commence à voir du fretin d’alofe que. dans le mois d’août.
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- 330. On "fait que la ville d’Agde eft fituée fur la riviere d’Hérault ,à une demi-lieue de la mer ; or dans la iaifon où les alofes remontent cette riviere, les pécheurs en prennent beaucoup à la fàine, comme je l?ai détaillé au chapitre des alofes,& en ce cas les pêcheurs s’arrangent, entr’eux pour pécher chacun à leur tour, comme cela fe pratique dans la Loire. On peut aulîi con-lulter ee que nous en avons dit ailleurs.
- 531. M. PoujET me marque qu’il y a des pêcheurs qui tendent, par le travers de la riviere , des tramaux qu’ils nomment ale fat, & que quand les alofes effrayées par ces filets veulent defcendre le courant, elles tombent dans des naffes qu’on y a établies , & qui préfentent leur ouverture au fil de l’eau. M. Gautier , commiffaire de la marine à Narbonne-, qui a bien-voulu fe tranfporter à Agde pour me procurer les éclairciffemens que ije délirais* me marque, ainCi que M. Poujet,que quand , malgré tous les piégés, quelques alofes arrivent jufqu’à une chauffée de moulin qui traverfe la riviere au-delfus de la ville , elles y trouvent un grand nombre de pêcheurs qui les prennent avec des éperviers , des filets à manche, ou qui les harponnent avec des fouannes ; car elles font des effors pour franchir la chiite d’eaü. qu’occa-fionne cette digue. Comme j’ai fouvent parlé de ces différentes façons de pêcher , je me contente de les indiquer. !
- 332. La pèche (32) la plus finguliere de celles qui fe pratiquent aux environs de la ville d’Agde , eft , fans contredit, celle qui lé faifait dans la fa-meufe écîufe ronde du canal de communication des deux mers ; elle eft maintenant peu pratiquée, je crois que c’eft parce qu’on s’eft apperçu qu’elle interrompait la navigation: quoi qu’il en îoit, elle mérite fort d’être décrite ; & pour le faire plus exactement, je vais commencer par en donner une idée générale , d’après les mémoires de M. Gautier ;;enfuite j’entrerai dans les plus grands détails , en profitant de ceux qui m’ont été fournis par MM. Poujet & Trédos , qui ont bien voulu m’envoyer un plan de l’éclufe ronde.
- 333. Il faut fe rappeller que la riviere d’Hérault qui baigne les murs d’Agde, eft barrée à fa partie fupérieure à .la ville par la chauffée d’un moulin ; à 100 toifes au-deffus de cette .chauffée &; fuir la rive droite, eft une'fiignée qui forme un canal de 170 toifes de longueur 5 & à 100-toifes au-deffous de
- ( 32) J’avais d’abord eu deffein de fup- été exécutée , j’ai cru devoir ,conferver primer la planche à laquelle cet article fe cette gravure telle qu’on la trouve dans rapporte, comme ahez inutile dans un traité l’édition in-folio, & j’efpere que les ama-de ce genre ; mais ayant confidéré qu’elle teursné défappfouveront pas que je me fois repréfente la partie la plus intéreiïante du ainfi un peu écarté de l’économie qui’pré-canal du Languedoc, & l’heureufe inven- fide conftammént à cette partie de mqp tion d’une écîufe fans laquelle la jonction travail.
- des deux mers n’aurait.peut-être jamais ‘
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- la chauffée du moulin, fur la mèmè riviere ,'eft une autre faignée qui forme urt canal d’environ 300 toifes de longueur ; ces canaux -aboutiifent à ce qu’on appelle Ÿ éclufe ronde, A,pl. XIII ,k trois* endroits qui ont chacun, des niveaux différens ijfavoirf, celui du canal B , qu’on appelle niveau fupérieur celui de la riviere'’D, pris au-deifus de le chauifée , qu’on nomme niveau moyen , & celui C, de la même riviere, pris au-deffous de cet endroit, qui eft appelle le niveau inférieur. À chacun des endroits où fe rendent ces canaux , font trois portes d’éclufes pour le palfage des barques d’un de ces niveaux aux aui-tres. Ces idées générales , déjà fort claires, le deviendront encore plus par les détails & le plan que m’ont envoyés MM. Poujet & Trédos.
- - 3 34. Le fameux canal de communication des deux mers commence à Tou-4ôufe dans (la Garonne, &fe rend à la Méditerranée par le port de Cette qui a été conftruit pour en former l’embouchure ; il paffe devant la ville d’Agde & fe jette dans l’Hérault, au-deifus de la chauffée du moulin dont on a déjà, parlé. Une branche du canal forme la communication de cette riviere avec l’étang de Thau, qui communique avec la mer par le port de Cette ; mais 011 a voulu que les bateaux venant de Touloufe puiifent, en fortant du canal , defcendre aulli l’Hérault jufqu’à fon embouchure dans la mer. Ce projet était difficile à caufe de la digue qui traverfe la riviere , & qu’on 11e voulait pas détruire. L’illuftre Riquet, auteur du canal, homme de génie , eft parvenu à furmonter ces obftacles.
- j-jf. On était obligé de conftruire une éclufe près d’Agde fur le canal, afin de remonter jufqu’au niveau de la partie fupérieure de la riviere, qu’il •fallait traverfer pour arriver à Cette ; le côté d’amont de cette éclufe , devait être vers la riviere , & le côté èüaval vers la partie du canal qui vient à Touloufe. M. Riquet conçut le projet de faire fortir de cette éclufe un troiiieme canal , qui communiquerait avec la ^riviere au-deifous de la digue ; mais comme le niveau des eaux de ce canal était inférieur à celui des deux autres, il n’était pas facile de faire une éclufe qui pût porter l’eau à trois niveaux différens : il y parvint cependant d’une façon auifi fimple qu’ingénieufe ; pour cela il fit conftruire un baftinrond A, auquel les trois canaux fe rendaient, l’embouchure de celui B,» quTva à la partie fupérieure de la riviere , devant toujours être du côté d’amont par rapport aux deux autres, il fit placer une pairede portés bufquèes s ,s, qui s’ouvrent extérieurement par rapport à l’éclufe A. L’embouchure du canal C, qui communique à la partie inférieure de la riviere, étant toujours du côté d’aval, fut aufli garnie d’une paire de portes bufquèes i, i, qui s’ouvrent du côté intérieur de l’éclufe, imais le canal D, qui vient,de Touloufe, étant un niveau moyen qui fe trouve par conféquent du côté d’aval par rapport au canal fupérieur B, & du côté d’amont par rapport au canal inférieur C, M, Riquet fit placer à fon embouchure
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- bouchure deux paires de portes a,a,m,m9 bufquées en fens contraire, comme on le voit fur le plan qui repréfente l’éclufe ronde A, avec les trois canaux B , C, D, qui en fortent, & de plus une partie de la riviere, avec la chauffée qui la traverfe.
- 336. Quoique la navigation dans ces canaux, foit étrangère à la pèche, je vais en dire deux mots, pour qu’on prenne encore une idée plus exaéte de l’éclufe ronde, ce qui eft néceffaire pour concevoir la manœuvre qu’on fuit lorfqu’on veut y pêcher. Quand on veut paffer un bateau du niveau fu-périeur B au niveau moyen D, on fe fert des portes a, a ; celles marquées m9m9 demeurent ouvertes, & font inutiles. On vuide le baffin comme on le fait pour les éclufes ordinaires j on a feulement foin de tenir exaèlement fermées les portes i, i, du canal inférieur C, ainfi que leur empellement. La manœuvre eft la même , quand on veut faire palier un bateau du niveau moyen D au lu périeur B -, mais lorfqu’on veut defcendre du niveau moyen D , à l’inférieur C, ou monter de l’inférieur G au moyen D, on fait ufage des portes mi m , & celles a, a , font inutiles î on a foin de fermer exactement les portes s, s, du canal fupérieur B i enfin lorfqu’un bateau doit paffer du niveau lupérieur B à l’inférieur C, ou de l’inférieur au^fupérieur, on ferme les portes a, a, tandis qu’on remplit le baffin A, afin que les eaux ne s’écoulent pas par le canal du niveau moyen , & l’on ferme celles m ,m, lorfqu’on vuide le baffin , afin que les eaux du canal moyen 11’y tombent pas. (*)
- 537. Maintenant qn’on a une idée affez exaéte de l’éclufe ronde & des canaux qui s’y rendent, il faut expliquer la maniéré d’y prendre les alofes ; c’eft fur quoi MM. Poujet & Gautier n’ont rien laiffé à defirer. Le but qu’on fe propofe eft de raffembler dans le baffin A, beaucoup d’a-lofes i or, après ce que nous avons dit plus haut, 011 fait que le prin-tems, les alofes cherchent à paffer de l’eau falée dans l’eau douce, & que de plus elles fe plaiiènt à refouler les courans ; c’eft en profitant de ces inclinations naturelles à ces poiffons, qu’011 eft parvenu à les raffembler en grand nombre dans le baffin A de l’éclufe ronde, & même dans des parties
- ,(*) On aflure que tandis que M. Riquet à Ton but comme par infpiration. Un homme était occupé à chercher un moyen facile d’é- ordinaire peut être conduit par une fuite de tablir la double communication de fon canal combinaifons à une idée neuve & heureufe ; avec l’Hérault , la nuit, l’idée de l’éclufe mais elle ne le frappe pas, parce qu’il n’y ronde fe préfenta; à lui. Il fe leva brufque- ; eft arrivé que par degrés : au lieu que l’hom-ment,& éveilla fes principaux ouvriers , en me de génie qui la conçoit fubitement, ar-criant comme Archimede : Je P ai trouvé, rive tout d’un coup du point d’où il eft parti & leur traça dans l’inftànt le plan de cette à celui auquel il tendait : ce qui a caufé à éclüfe, tel qu’il a été exécuté.Ce trait, difent M. Riqüet l’efpece d’émotion dont nous MM. lès -lieutenans dès -amirautés de Cette (avons parlé,’' : q
- & d’Agde,peint Lhomm^e de génie, qui arrive, , ... . j i.
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- de ce baffin, où on les prend plus aifément que s’ils étaient répandus dans toute Ton étendue. •
- 558. Les eaux de la riviere qui fe jettent immédiatement dans la mer, font lalées dans l’étendue de fon Ht, jufqu’au pied de la chauliée dont nous avons parlé, ainfi que dans toute Pétendue de la faignée quieft faite au-detfous de cette chaudée, & qui fe rend à Péclufe ronde ; au contraire , Peau qui arrive à Péclufe par la laignée où Peau eft prife au-delfus de la chauffée, eft douce.
- 559. Quand au printems, lors de la montée des alofes, on veut les déterminer à entrer dans Péclufe ronde , 011 ouvre une des portes i, i, qui communique au niveau inférieur, & l’on tient les portes m, m, ainfi que les portes s, s, fermées ; Peau du canal s’écoule , & il s’établit un courant dans le canal inférieur j c’eft pour qu’il foit plus rapide à la décharge du baffin, qu’on n’ouvre qu’une des portes i ; ce courant détermine déjà les alofes à paffer dans le baffin, & les chofes relient en cet état jufqu’à ce que Peau du baffin foit au niveau de celle du canal qui communique avec la partie inférieure de la riviere ; alors on leve les empellemens des portes s, s, qui foutiennent Peau qu’011 a pris au-deffus de la digue, & qui eft douce : il fe forme ainfi une cafcade d’eau douce dans Péclufe, & un courant dans le canal inférieur. ‘Les' alofes portées par leur inftinéb à remonter les courans, & à chercher Peau douce, montent dans le baffin de Péclufe, & s’amaffent en quantité aux chûtes d’eau douce qui tombe des empellemens des portes s, 5, & même de celles m, m, quand on en leve un peu les empellemens. Comme les alofes ne cherchent point à retourner en fuivant le courant, & comme elles ne peuvent paffer par les empellemens, il s’en amalfe en une couple d’heures une grande quantité dans le baffin de Péclufe, & particuliérement auprès des portes s, s m, m. Quand on voit le baffin fuffi(arriment rempli d’aîofes , & on les y apperçoit aifément, parce qu’elles fe tiennent à la furface dans Peau douce qui fumage l’eau filée, alors on ferme les portes /, /, & on baille les empellemens des portes s, s , & m, m, ne -taillant qu’un petit courant d’eau, qui, néanmoinseft fuffifant pour y attirer les alofes j & quatre hommes placés aijp.rès de.,.çes portés, aux endroits marqués E,Tur le plan, l’es, prennent avec ,de .grands trubies qü’011.nomme falabrts.
- r 540. On ,peut confuiter^ce que j’ai ;ditl des, trubies, première partie , fécondé feéiion, & en particulier du Triabre^premiere partie^ troifieme fec-tion. Les pécheurs préfentent l’ouverture du filet du Côté que viennent les poiffonsj & comme ils en tiennent le manche ', le poiffôn' ne'jpeut pas s’engagé^ ' dafts, le ~&tet 'Tans rfairq ;unî-mouvpiftéait.,’qiÿi avertit* le.'.pqdh^yif.tquTü eft entré du poilfon dan^feii alors il 1$ reieve. prpmptcmenkf Qçtte
- pêche xéuffit toujours mieux le foir que le matin, & principalement’ qd and
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- le tems menace d’orage. On a quelquefois pris plus de trois cents alofes en cinq heures de tems ; mais cela elt rare, & on eft fatisfait quand on en prend quarante. '
- Addition à l'arache dont fai parlé ci-devant.
- 541. J’ai dit à l’endroit cité, que M. Guignard m’avait envoyé de Mar-feille , fous le nom Karachi ou alachie, le poilfon. de ces parages qui reilem-•fole le plus au hareng, avec un beaudeflin, que^j’ai fait graver. M. Poujet m’envoie le deflîn d’un poilfon qu’on nomme, en Languedoc, arachie ou harache ; ce deilin relîemble entièrement à l’arache que j’ai reçue de Mar-feille, & il dit que fa longueur eft de fept à huit pouces, qu’il relîemble beaucoup à falote , qu’il a de même une icie fous le ventre, qu’il eft moins alongé que le célerin de l’Océan. L’arachie 11’eft pas une jeune alofe, puif que M. Guignard me marque que ces petits poilfons ont laite & œufs; cependant M. Poujet dit qu’il ne différé pfefquë de l’alofe-que par fa couleur. Ce poilfon eft très-blanc & fort argenté; fi tète parait être de l’argent bruni; le dos d’un bleu brillant:, & , feulement auprès de la ligne latérale', d’unverd doré ;, mais il ajoute que l’arachie a trois ou quatre marques noires fur les côtés, qui ne s’étendent pas au-delà de l’aileron du dos. La feinte a de pareilles taches, & en plus: grand nombre ; mais la vraie alofe n’en a point, & je n’en ai point apperqu à d’arache. que m’a envoyée M. Guignard ; mais il y en avait en beaucoup plus grand nombre à un petit poilfon que m’a aulîi envoyé M. Guignard ,'&'qu’on jui avait apporté pour être Vharengade de Rondelet : voye^ l’endroit où-j’en ai parlé dans mon ouvrage. M.. Poujet me marque qu’011 prend les arachies dans les lagunes, mais en petite quantité , & que ce poilfon ne peut être l’objet d’une pêche particulière.
- : ' • i - •
- rAddition à ce que j'ai dit des far dîne s de Provence.
- - 342. Les fardine^ font alfezabondantes en Languedoc : elles arrivent le’prine tems , & alors on les pêche avec le filet de dérive, qu’011 nomme f irdinauNers la fin de l’été, 011 en prend dans les lagunes où elles le {ont retirées, & celles-là font plus grades que celles qu’on a pêchées au printems, & elles rendent plus d’huile à la prelfe. Depuis quelques années , les' fardines font devenues rares dans de golfe de Lyon ; on en attribue la raifon à ce qu’une efpece de'chien de mer que Rondelet nommé renard, & qui fe nourrit de fardines , s’ÿ eft beaucoup multiplié.' "
- 543. J’ai'fait remarquer eh plus d’un endroit , tant en parlant de la morue* que du hareng ,1 que-les poiffons de paifage font fujets à abandonner une-
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- 38o TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- côte pendant plufieurs années, & qu’ils y reviennent enfuite en abondance; c’efl peut-être ce qui arrive à l’égard de la fardine dans le golfe de Lyon ; mais Pobfervation que j’ai faite à ce fujet, fe trouve juftifiée par celle de M. de la Courtaudiere, qui dit qu’il y a long - tems qu’on n’avait vu fur la côte de Saint-Jean-de-Luz autant de lardines que lorfqu’il m’écrivait: pour faire voir qu’elles s’étaient également répandues fur la côte d’Efpa-gne , il me marque les lieux où on en avait vu &pris, & auffi ceux où elles n’avaient pas paru ; & d’après ce détail il paraît furprenant que dans la même direction, elles eulfent préféré certains endroits à d’autres , où on n’en trouvait point, quoiqu’il s’y en pêche à droite & à gauche : il eft difficile d’imaginer ce qui les détermine dans un pareil choix ; ce qu’il y a de certain , c’eft qu’elles paraiflent marcher par troupes compolées les unes de gros, les autres de petits poiifons5 mais tellement appareillées, que chaque troupe fè trouve toujours compofée de poiifons de même grolfeur.
- 344. J’ai dit, d’après M. de la Courtaudiere, qu’il fe fait une énorme confbmmation de lardines au Ferrol, & qu’ils en mettent en faumure pour les eonferver ; mais il faut faire attention que ce que je dis enfuite fur une préparation des fardines, qu’ils font cuire après leur avoir palfé dans le corps une petite brochette de bois, n’eft pas pour les eonferver long-tems, mais une- façon de les apprêter qui paraît plus agréable aux Efpagnols, que de les manger rôties fur les charbons.
- Defcription d’un poiffon qu'on prend à Saint-Je an-de- Lu% , & qu'on y nomme gafta.
- 34j. M. de la Courtaudiere me met en état de donner ici la defcription d’un poilfon qui a encore les caraderes qui conviennent à l’arache, à la fardine, &c. Ce poilfon a lix pouces neuf lignes de longueur du bout du mufeau au bout de l’aileron de la queue ; le corps eft plat, & plus large que celui de la fardine ; l’œil vif, mais un peu plus petit j fes écailles font plus fines & plus petites ; le delfus du corps eft d’un brun tirant au verd j les lignes latérales des côtés étaient formées par de petits points qui pa-railfent noirs, à la diftance de deux lignes l’un de l’autre, & qui fe fuivent en ligne direde jufqu’à la queue. La première de ces taches, qui eft groife comme un pois, commence près des ouïes, & eft trois fois plus grande que les autres. Sa bouche , comme celle delà fardine , eft garnie fur le devant de dents imperceptibles ou d’afpérités ; le delfus de la tête eft un peu ap-plati; les trois quarts de fon corps, à le prendre par-delfous le ventre,font d’un blanc argenté. Il a un petit aileron fur le dos comme celui de la fardine , exadement fait en équerre, de petites nageoires près des ouiès,
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- Se ct. III. Des poiffons d'eau douce de la famille des alofes. 3 gi
- d’autres plus petites fous le ventre , & un aileron depuis l’anus jufqu’à la queue, à trois quarts de pouces près, tous exa&ement comme ceux de la fardine ; l’aileron de la queue [eft coupé de même. La largeur de fon corps près des ouies , eft de dix-huit lignes : il n’eft pas proportionné comme la ïàrdine, qui eft prefque ronde 5 celui-ci eft plus plat.
- 346. Comme la riviere de Saint-Jean-de-Luz ne fournit pas beaucoup de poiffon, peu de gens fe donnent à la pêche : tout fe réduit à un bateau monté de huit hommes, qui font de divers métiers, & qui vont pêcher lorfqu’ils n’ont rien de mieux à faire, & que le tems eft beau. Ces pêcheurs ont dit à M. de la Courtaudiere, qu’ils prenaient fort peu de ce poilfon ; qu’ils en prennent en hiver & en été dans la riviere , & au rivage de la mer j qu’ils font prefque toujours , à quelque différence près, de la même groffeur. Ils rapportent qu’ils tiennent des matelots qui ont navigué en Amérique , & qui font quelquefois la pêche avec eux, qu’on y prend de ces mêmes poiffons.
- Defcription d'un autre poiffon nommé boga, que l'on prend à Saint-
- Jean-de-Luz.
- 547. Ce poiffon a 9 pouces & demi du bout du mulèau au bout de l’aileron de la queue, qui eft coupé comme celui de la Ïàrdine, & qui n’eft guere plus long que celui d’une groffe Ïàrdine. Sa bouche eft petite & garnie de petites dents. L’œil eft vîf & plus grand, fes écailles font plus épaiffes, le deffus du corps eft brun j mais en le regardant par le profil on apperqoit des raies jaunes fur un fond verd clair. Quoiqu’il ait la tête un peu applatie, elle 11e l’eft cependant pas autant que celle de la Ïàrdine. La couleur de deffous le ventre eft d’un blanc fale : il a une petite nageoire derrière chaque ouie, deux fous le ventre j un aileron fur le dos garni de vingt-fix rayons, qui commence à 2 pouces 10 lignes du mufeau, & eft dans la direction de ceux de deffous le ventre i ils régnent jufqu’à la queue, à 14 lignes prèsj en outre il a un petit aileron fous le ventre qui prend de l’anus jufqu’à la queue, à 12 lignes prèsi le corps eft plus gros que celui d’une groffe fardine, principalement du côté de la tête. Le dos jufqu’à la raie latérale eft bruni le bout de l’aileron de la queue qui regarde le deffus du dos du poiffon, eft un peu plus long que celui qui regarde le deffous du ventre (*).
- (*) Les pêcheurs ont dit à M. de la che, dont nous donnerons la defcription, Courtaudiere , qu’on trouve fréquemment lorfque nous parlerons des infedes qui s’at-dans la gueule de ces poiffons un petit cruf- tachent aux poiffons. tacée qui s’attache au gober près de la bou-
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- TRAITE1 DES PECHE S. Partie II.
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- 48’. Ce poiflon commence à paraître vers le zf juillet, & dilparaît à la fin de feptembre. Ils entrent en riviere au commencement du montant de la marée, & retournent à la mer à la pleine mer. C’eft à l’entrée de la riviere qu’ils fe tiennent, où ils ne viennent que lorfque la mer eft belle : alors les pêcheurs en prennent jufqu’à deux quintaux d’un feul coup de faine : il eft toujours à peu près de la' même grofleur. Les pêcheurs ont obfervé qu’ils n’entrent point en riviere la nuit ; qu’ils en prennent très-peu, & qu’ils font beaucoup plus petits au rivage de la mer. Ils rapportent que ce poiifon eft tout de couleur d’or lorfqu’il fort de l’eau, & qu’il change de couleur en mourant. On n’en prend point-du tout à l’hameçon 5 ils ne viennent point fur l’eaü j & lorfque l’eau eft claire, on les apperçoit au fond où ils fe tiennent tous raflêmblés. Les pêcheurs les vendent frais, & à bon marché: ils difent que ce poiifon eft gras, & fe corrompt aiféraent , ce qui fait qu’ils fe «contentent d’un coup de laine, pour peu qu’il foit confidérable5 & fou-vent ont-ils de la peine à fe défaire de ce que leur produit ce»coup de filet, bien des perfonnes en étant dégoûtées, à raifon du ver qu’ils difent qu’il a dans la bouche; Les pêcheurs difent qu’on prend beaucoup de ce poiflon en Provence.
- 349. M. de la Courtaudiere me marque qu’il a mangé de ces deux poiifons, fa voir du gafta'& du boga, tous deux frits à l’huile. Le premier avait la chair ferme & blanche, fe leparait par écailles, & n’était pas mauvais j qu’il a mangé du fécond à deux différentes reprifes, dans l’intervalle de cinq ou lixjours. La première fois, fa chair était ferme, blanche, & fe féparait par écailles, & il n’était pas mauvais ; mais la fécondé-fois, la chair 11’était pas blanche, elle était molle, fade, & faifait un mauvais manger, quoique tous deux cependant fortijfent de l’eau lorfqu’on les lui fervit.
- jyo. Ces pêcheurs n’ont qu’une faine, dont ils fe fervent toujours*, elle a trente brafles de longueur, fur quatre brades de largeur, au milieu, & aux deux bouts une braife & demie de largeur. Ses mailles ont un pouce en quarrér il a en-haut des lieges à la diftance de deux pieds: environ, pour le faire flotter, & au-bas de petits plombs du poids d’une once & demie, à la diftance de deux pieds & demi environ, pour faire caler le filet.
- Addition à ce qui eft dit de la melette.
- ?fi- Comme le delîin de la melette a été fait fur un poiflon qui n’était, pas nouvellement.pêché j il 11’eft pas exempt de défaut: le dos .du poif-lon ne.creufe pas comme, on le voit'dans la figure, & la tête.n’eft pas tout* à fait aflez grofle. On 11e prend point de ce poiflon dans lés rivières j mais il paraît qu’il fe plaît vers leur embouchure: car on en prend principalement’
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- Sect. III. Des poiffons d’eau douce de là famiïïe des alofes* 3 $3
- vers les bouches du Rhône ; c’eft même prefque le feul lieu où Ton en faffe des pèches particulières. J’ai dit qu’on prend les molettes confondues avec d’autres petits poiffons, tels que les anchois, les fardines, les poutines; j’avoue que je regardais les poutines comme un poiffon différent-de la fardine,.non-feulement parce qu’il eft plus petit, mais encore parce qu’011 ne fait point de cas de la poutine ; elle eft abandonnée au peuple. M. Barry me marque que ce font de jeunes fardines : je ne me le ferais pas imaginé, parce que des fardines trop jeunes pour être falées en blanc & preffées, peuvent être fa-lées en barril comme les anchois, & non pas vendues comme un mauvais poiffon ; mais j’aquiefce volontiers au fentiment de M. Barry-, qui, étant fur les lieux, doit être mieux informé que moi.
- Article VIII.
- De quelques poiffons du genre des alofes, harengs ou fardines, qui fe pêchent aux environs de la Guadeloupe, definis & décrits par Af. Barbotteau , con-Jciller au confeil fupirieur de cette colonie.
- 3fi. M. Barbotteau, qui étend fes connaiffances fur bien des genres de fciences, & qui fe portant avec zele à leur avancement, a adreifé à l’académie plufieurs mémoires que la compagnie a vus avec plaifir, a bien voulu aufli s’intéreffer à la perfection de mon traité général des pèches ; & fachant que je m’occupais des poiffons de la famille des alofes, des harengs, des fardines, &c. il m’a envoyé des deftins bien exécutés, & une hiftoire abrégée de trois poiffons qui doivent être compris dans la troifieme fection de cette fécondé partie de mon traité. Comme ces poiffons font de mer, ils auraient dû être placés au commencement de cette feétion ; mais ces mémoires m’étant parvenus trop tard", je me trouve obligé de les publier comme addition.
- f ’^Du petit cmttett, fardina caribearum exilis.
- Le cailîeu, pi. XX, f g. f , eft un petit poiffon fort recherché & e£ tirné dans les isles du-Vent de TAmérique: il reffemble en petit à la Jardine de'France^ Ta chair blanche !& délicate en rappelle un peu le goût, fur-tout quand on la faupoudre d’un peu de fel, ou qu’on l’imprégne de faumure. On mange ce poiffon frit ou grillé; cette derniere façon eft préférable. On lefert pour lbrr tout habillé, afin qu’il conferve plus long-tems fa chaleur, &' qu’un-’fbèholéagineux','-1 qu’il à de corhmün avec la fardine, ;ne fê'- perd© pdintf des'doigtè joà le dépouille* on fuce le dû-
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- TRAITE' DES P E C H'E 3. Partie 11.
- dans de fon enveloppe, qu’on dit être le meilleur, & on fauce le corps dans une eau de piment préparée avec de la faumure. Cette eau, qui paffe pour un anti-fcorbutique merveilleux, eft lî âcre, qu’elle excorie quelquefois les levres, la langue, le palais & le go lier.
- Les cailleux, de même que les crabes, font une vraie manne pour nos Negres, & les gens domiciliés dans nos bourgs. Quand les uns ou les autres en manquent, ils courent rifque de mourir de faim. Aulîi à chaque fois que les crabes fortent de leurs forts inaccelîibles, pour remonter vers les habitations , ce qui arrive aux pluies qui fuccedent aux grandes féche-relfes } on voit de toutes parts les Negres accourir à leur recherche ; & de même aulïi-tôt qu’il paraît un lit de cailleux pourchaifés par la carangue ou quelqu’autre poilToii vorace, les Negres, par centaines, bordent le rivage, l’œil fixe, une jambe en arriéré, & prêts à lancer leurs éperviers, qu’ils ont l’adrelfe de faire eux-mêmes ou avec du fil bien fort, qu’ils achètent, ou du coton qu’ils plantent & filent exprès. Les mailles en font petites, quarrées & fort rapprochées ; des balles de plomb régnent tout autour des bords de ces filets, qu’on jette étendus dans l’eau, & dont l’ouverture fe ferme quand on le retire, le feul poids des balles fuffifant pour cela : à chaque coup d’éper-vier, ils emportent des milliers de cailleux. Il ne faut rien moins qu’une pèche aufli abondante pour faire fubfifter plufieurs milliers d’hommes, qui périraient peut-être faute de ce fecours.
- 3 57. Les Negres pêcheurs gardent pour eux & pour leur famille, ce qu’il leur en faut} ils vendent le refie avantageufement. Cette pêche eft un des objets les plus confîdérables de leur pécule. Ils vendent ces poiffons à la mefure, & fe fervent pour les débiter de deux fortes de coues, calebaffes, l’une plus grande, & l’autre plus petite. La première peut contenir ifo cailleux } elle vaut un efcalin ou 1 f fols monnoie d’Efpagne & des isles, ce qui revient à 10 fols argent tournois : la fécondé qui n’en contient qu’environ 75*, vaut aufli moitié moins.
- 3 fé. Le tems le plus propre à la pèche du cailleu, eft depuis Pafcenfion jufqu’aux avents. On en prend le relie de l’année, mais en moindre quantité. Ce poiffon, pour frayer, entre un peu en avant dans l’embouchure de nos torrens ou rivières, & de nos ravines qui fe jettent à la mer. J’en tire la preuve de çe qu’il s’en pêche parmi le mVm, qui n’eft rien autre chofeque le frai d’une multitude innombrable de divers autres poiffons de mer & de riyiere ( * ).
- ( * ) Le tri-tri n’eft ni le tomba des Indes des Italiens, ni lepifquet de la Guadeloupe, Orientales , dont parle Ruyfch , tome I, ni'aucun autre poiffon particulier, mais le
- pag. 12 , tab, 7, nwn. 4. , ni le lattarini frai de plufteurs poiffons fluyiatiles , qui ont
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- Sect. III. Des poiffons d'eau douce de la famiUe des alofes. 38)
- ? f 7. Le cailleu dépofe aufli fes œufs au milieu du varech ou des algues marines. Les petits qui en fortent y trouvent, en naiflant, une nourriture abondante. Ce poilfon multiplie beaucoup. Il nage en troupe, & fe fait remarquer la nuit par la lueur qu’il répand.
- ? > 8. Sa tête elt de diverfes couleurs, qui fe perdent après fa mort ; elle eft
- depofé leurs œufs à l’embouchure des rivières , ou bien dont les œufs, dépofés dans les hauteurs près des fources , ont été emportés par les torrens à la mer enfemble , avec de grands quartiers de roches & d’im-menfes troncs d’arbres.
- Les petits qui en proviennent cherchent, à force de nageoires , à remonter , jufqu’à ce qu’ils trouvent une eau claire & limpide , qui leur plait infiniment, & qu’ils foient à l’abri de la dent meurtrière deplu-fieurs ennemis redoutables,qui ne leur font point de quartier , & qui font plus multipliés dans les bas, par rapport au voifinage de la mer : ils gagnent tant qu’ils peuvent le long, des deux rives, parce que le courant y eft d’ordinaire moins fort & moins rapide.
- Ce frai n’a d’ordinaire que cinq à fix lignes de long. On y diftingue vifiblement de très - petits crabes, de menues anguilles, de petites écreviffes , des têtards menus & effilés, des hauts-dos minces, des mulets fort courts & fort petits, & quantité d’autres poiffons naiffans, L’efpece la plus commune , eft un petit poiffon blanc, marqueté de quelques taches rouges , & dont la taille élégante eft relevée par de petites empen-nures. Il fignale parmi les autres fa célérité & fa vîteffe. Ce n’eft également qu’un frai. Tout le monde ici en convient.
- La pêche du tri-tri fe fait comme la décrit le P. Labat. Quatre ou deux pçrfon-nes prennent un linge, qu’elles tiennent étendu par les coins ; elles le paffent entre -deux eaux, aux environs de l’endroit où elles voient fourmiller une grapde quantité de ces poiffons, & l’élèvanf'en Pair; : elles en'prennent’ deèmillier-s. Torique le’1 tri-tri & tient au fond de Txaùi,UlneJfïrçt Tome XI,
- que marcher ou remuer dans la riviere pour le faire lever & le pêcher.
- Quoique depuis 200 ans, ou environ v on en faife tous les ans & à plufieurs re-prifes une pêche prodigieufe , fur-toutqua-tre ou cinq jours avant ou après les pleines lunes, depuis juillet jufqu’en novembre : le nombre de tri - tri femble 11’avoir point diminué. Sa délicateffe provoque l’appétit : chacun en mange volontiers ; on le fait frire ,ou on l’accommode au court-bouillon. Le poiffon pour lors eft fi jeune ,fes écailles font fi petites , fa tête fi tendre , fa queue & fes nageoires fi. molles , fes arêtes fi foibles, qu’on le mange tout entier , . fans le vuider, ni le dépouiller. A mefurè qu’il prend de l’accroiffement , il change de nom, fuivantla conformation qui lui eft propre , les marques cara&ériftiques , & le genre & l’efpece qui le diftinguent. Le tri-tri pris enfemble eft blanc quand il eft frais; il noircit à vue d’œil & perd fa qualité hors de l’eau. Il faut çonféquemment le cuire auffi-tôt.
- Outre tant de divers poiffons de riviere dont le frai forme ce qu’on nomme le tri-tri , il s’en rencontre auffi de mer, qui ont été formés à l’embouchure des rivières. Ceux-ci ne remontent pas beaucoup, ils vont, viennent, coupent hardiment le fil de l’eau & les courans, de forte qu’ils feni-blent jouer dans les eaux douces , qui font le plus près des eaux falées. C’eft là qu’on les enleve , & qu’on les force malgré eux à. devenir tri-tri pour fervir d’ornement à nos tables. Le pifquet, petit poiffon de mer? qui n’acquiert jamais plus de 14 à iç lignes de longueur, éprouve füuvent ce trifte fort * de même que le cailleu , le mulet de mer .,, leiçailleu iaffart, la&rdise., &ç.
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- T R A I 7' E' DES PECHESA ‘Partie IL
- affez greffe proportionnellement au refterdu corps qu’il a fort lefte & dégagé. Sa gueule eft garnie de chaque côté d’un tiffu membraneux qui fe replie fur lui-même, quand l’animal la -fermé; Il'f étend ïdémefurément, & en forme d’un large entonnoir quand il l’ouvre pour faifir fa1 proie, qui tell le menu fretin, qu’on nomme tri-tri. ILfe nourrit auili fort bien d’herbes, d’algues, d’œufs de'crabes, & des plus petits infeétes marins. Son palais & fes deux mâchoires , qui font à peu près égales, font armés de dents petites, fortes & aiguës. Sa langue eft cartilagineufe. !Son œil vif & clair-voyant ell compofé d’une prunelle très-noire 8t d’un iris argentin. Une couleur verte & femblable à celle d’une précieufe & tranfparente émeraude, fur monte par le haut en forme de croilfant l’iris , qui, au moment de la mort de l’animal, fe colore de quelques, teintes de fang. 1
- jfq. SESouies, au nombre de quatre de chaque'côté, font toutes d’um rouge très-foncé. Elles font frangées, & partagées en forme de fcie ou de peigne. Elles font rangées & ferrées les unes contre les autres, à peu près comme les feuillets d’un livre. Celles qui font le plus près de la tète, font plus longues & plus larges. Celles qui en font le plus éloignées, font plus-petites & plus étroites. Celles du milieu-diminuent en conféquence, & augmentent à proportion. Le blanc domine aux opercules des o’uies. 1
- 360. Le dos., où régnent le verd & le bleu quand l’animal eft vivant,
- perd beaucoup de fon éclat après fa mort. Le verd pour lors difparaît 5 il 11e. refte plus qu’un bleu foncé, r
- 361. - L’aileron unique de deffus le‘dos eft formé de 17 à 18' rayons,,
- qui font réunis par un tiifu mémbraneux. La poitrine eft munie de deux nageoires compofées. dé 14; rayons, réunis par une membrane très-fine & très-déliée. Le ventre , qui eft blanc , eft garni déf “deux nageoires a 8 rayons cha-. cune , joints & enlacés d’une membrane.. Il eft armé en-deffous, comme les! fardines, de petites: pointes * épines, ou piquans prefqu’imperceptibles. L’aileron de l’anus a 1 f rayons, joints par une. membrane. Celui de la queue,eft fourchu j il a en tout 24 à 2y rayons. ^ -à s '• ' >
- 362. Les écailles ne laiilènt pasjfêtre grandes'poufpetit poiffon/ qui n’a que 2/y, ou 4 pouces tout au plus ’de longueur ,^'8 à 10 lignés!1 de. largeur. Elles, font placées les .unes fur les autres Tj& anticipent à, la manière des tuiles les mieux.) ointes/ On diftingue4 rvifiblement pluiieurs 'lignes .laté-
- -raies, qui femblent fervir aux écailles de points d’appui.'L’ombilic, ou l’anus , confidéré au microféope, paraît avoir trois ouvertures différentes /comme àprefque tous les.poiffons’. ’!/,; f ! yÇ/r/y
- .-jj-36$h .Çe poiffon ,na ‘ poÿit.iie ^gl : fq“ftfûâfiîrê. piq ^n4!prgan^ïôp''«ih-terne:Jeft'd’ailleurs fort iîmple. If.a deuxr o vaÿôes-.très-gros,';Iqs mâles, oiitune Lite ou laitance, compoféë » de. deux fcorpsttrè^-diftinéls f foutent irréguliers^.
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- & toujours colorés,d’un blanc fale. lia un cœur très-petit & triangulaire, une', oreillette vafte & d’une très-grandej capacité, deux Valvules à l’embouchure de l’oreillette, uiie aorte où le ccèur 's’emboîte par la baie, un eftomac vigoureux, un boyau très-long & très-effilé, 42 vertebres : je n’ai pu lui découvrir de veffie aérienne : les ouies me fembl'ent lui tenir lieu de poumons : elles ont' beaucoup d’élafticité, tant pour infpirer que pour alpirer : l’abdomen eft reiïerré. Les pointes hériilëes qui le terminent, lui donnent la forme d’une fcie : abdominïs canna [errata. Il en eft de même de la gorge & des' mouftaches : myfaces ferrati. Linn. : “
- 364. D’après cette anatomie & cette defcription, il fuit que le cailleu doit être placé dans la claife des poilfons abdominaux , & dans le genre des clupea , qui eft le cent-foixantiemè du Syjlema naturce , ib‘e. édit. Je le délî-gnerai fous cette phrafe ichtyologique : clupea minutifjîma , alofa breviffbna , jardina Caribœarum exilis, cailleu dicta. Ce poi/fon nage de côté & d’autre le long de nos côtes. Il s’en éloigne au moment des tempêtes. 11 aime le fable & le gravier. Il voyage par bandes, & fuit les endroits rocheux. Il ne s’écarte pas beaucoup en mer, où il rencontre une infinité d’ennemis de tous genres & de toutes efpeces , tels que la carangue, l’orphie, le capitaine, & d’autres poilfons voraces, & quantité de divers t oifeaux pêcheurs dont nos côtes fourmillent.
- Du cailleu-taffart, pl. XVII, fig. 10.] (
- y ' J, ‘J r\ c j-j 1 • ' i ; »
- Il exifte une autre elgecè de cailleu qu’on nomme cailleu-taffart. Iï y a dé grandes diiférences de celui-ci au. premier. Cette fécondé, efpece a le plus communément 7 à 8 pouces de'longueur fur 16 à 17 lignes de largeur; ce qui fait paraître fa taille très-alongée. 'Sa tète eft courte, fon œil petit. Sa mâchoire inférieure eft plus longue que la fupérieure. ( Il eft deffiné la gueule ouverte )._Son aileron dorfal compofé de 17 petits rayons liés par une membrane , finit par une pointe très-longue. L’aileron de l’anus eft couvert d’une quantité prodigieufe de petites écailles très-blanches : il en eft de même de celui de la queue.
- 366. Les'nageoires pectorales font blanches & très-petites. Elles ont 16 rayons joints par une membrane. Les ventrales ont 8 rayons 5 elles font blanches , petites, & tout à fait femblables à celles du cailleu ordinaire. Les parties internes, les ouies, les opercules des ouies relfemblent auffi parfaitement à celles de ce poilfon. La chair eft blanche & moins agréable au goût que celle du franc cailleu. On la préféré à celle de la fardine des Antilles, & jamais on n’a oui dire qu’elle ait incommodé. Les écailles ferrées 8c fort bien placées font généralement d’une couleur "changeante1 fur le dos, & argentée
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- 388 TRAITE' DES PECHES. PARTrB IL
- furie ventre. Les raies latérales font perlées. La caréné de l’abdomen & les rtlouftaches font en forme de fcie. Canna abdominis ferrât a & my(laces fer-rati. Je désignerais cette elpèce de câilleu fous cette phrafe ichtyologique, qüifemble lui convenir, clttpea, alofa brevis, harengus Jive halec minori far* dîna Caribæarum major, cailleu-talfart Gallhï nuncupata.
- 367. On le pêche le plus communément à la faine. Il habite fous nos mangîiers, dans lçs endroits où les eaux falées font croupiflantes. Il aime la vafe, l’ombrage, & le varech 3 il y fraie, il s’y nourrit. On le prend rarement un peu en avant à la mer.
- De la far dîne des Antilles, pl. XV, fi g. C.
- 368. Je palfe à la defcription de notre fàrdine proprement dite. Son bec eft plus pointu que celui du cailleu ordinaire j la tête eft plus alongée; fon palais & fes mâchoires font armés de petites dents prefqu’imperceptïbles, & dont on ne s’apperqoit guere que parce qu’elles réliftent fortement au toucher. If a le delfus de la tète diaphane 3 fon cerveau paraît à travers 3 foivusil eft allez grand, la prunelle eft noire , l’iris eft argenté & couronné d’un droiifant d’un très-beau verd, qui difparaît après la mort de l’animal ; fes ouies, au nombre de quatre, font rangées, & colorées de même que celles du cailleu 3 elles ont la même forme, & fervent aux mêmes ulàges. Une petite portion d’ouie de chaque côté paraît près de l’œil adaptée à l’opercule, qui eft partagé en deux, & compofé de quatre lames argentées. C’eft une vigoureufe défenfe que l’Auteur de la nature femble avoir donnée aux poiflons pour mettre à l’abri leurs poumons, leur cœur, & les parties les plus eflentielles de leur organisation interne.
- 369. Le dos de la fardine, nuancé de mille couleurs diverfes femblables à'
- celles d’un bel arc-en-ciel, perd beaucoup de fon éclat après la mort du poif. fon. De toutes ces couleurs changeantes, il ne refte qu’un bleu foncé. Un aileron unique garni de 17 à 18 rayons, joints par une membrane, s’élève au milieu du dos 5 cet aileron dorfal a l’extrémité des rayons noire 3 le refte eft coloré d’un blanc laie : les nageoires pedorales & ventrales font très-blanches ; les premières ont 14 rayons, les fécondés 8 3 ces rayons font joints^ & liés par une membrane très-fine & très-déliée 3 l’aileron deTanus a 18 à 20 rayons, joints par une femblable membrane, la couleur blanche lèule y domine : l’aileron de la queue eft fourchu, & coloré de jaune vers le Geutre au point de réunion ; la couleur blanchâtre régné fur les côtés, & la noire aux extrémités des .rayons, qui font au nombre de 25*, épais & unis enfemble: les écailles font ttrès-grandes, & fort bien rangées 3 elles font moins ferrées que celles des çaillewU ~ ‘
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- Sëct. III. Des poiffuns d'eau douce de h famille des alofes. 389
- 370. Le ventre de la fardine, de couleur argentée, fe termine par 28 petites pointes très-vifibles & très-fenlîbles. Ce poillon a depuis le fommet du çlos juiqu’au bas du ventre 10 à 11 raies ou lignes latérales, dont celles du milieu font de la couleur d’une paille jaunilfante ; fon corps eft plus gros & plus relevé vers le milieu j fa ftruchire intérieure eft généralement femblable à celle du cailleu j fon abdomen & fes mouftaches font terminés en dents de fcie : abdominis canna ferrata, & my(laces ferrati. Sa chair eft blanche & moins agréable au goût que celle des cailleux j elle eft fujette à incommoder, elle empoifonne même ; elle occalionne des fievres, & donne fou vent la mort, quand le poilfon eft pris au-delfus des fonds dits cuivres, ou qu’il a mangé de cette elpece de brûlans qu’on nomme des galères.
- 371. Il habite les mêmes lieux que le cailleu ordinaire ; il fe "nourrit & fraie de même : on le pêche à l’épervier ; on en prend par fois dans les laines avec de plus gros poilfons. Sa longueur totale eft de $ à 6 pouces depuis la naiflance du mufeau jufqu’à l’extrémité de la queue : fa largeur eft de 16 à 17 lignes. Ce poilfon pourrait être déligné fous cette phrafe ichtyologique : clupea, alofa minor, fardina Caribœarum proprie dicta. Au refte, comme je n’ai point été à portée de voir ces poilfons, je rapporte exa&ement ce que m’en a écrit M. Barbotteau.
- S.
- Extrait d'un mémoire de M. de la Tourrette , contenant des re~ cherches & des obfervations fur le carpeau de Lyon.
- 372. C^E mémoire, qui fe trouve dans le tome VI du Journal de phytique de M. l’abbé Rolier, m’a paru mériter que j’en filfe la matière de l’une dé* mes additions , en plaçant ici le précis de ce qu’il contient de plus inté-rellant relativement à cette elpece de poilfon, & liippléant par-là au peu qu’en a dit M. Duhamel du Monceau à la page 332 de cette troilieme feétion.
- 373. Le carpeau , qu’on ne doit pas confondre avec le carpione qui fe pèche dans le lac de Garde, eft un poilfon conformé extérieurement comme la carpe, quant à fes parties elfentielles * telles que les écailles, la bouche, les appendices, les ailerons, les nageoires, la forme de la queue, &c. S’il y a entre ces deux lortes de poilfons quelques différences, elles font peu carac-tériftiques j la plus remarquable eft Papplatilfement du ventre dans le carpeau. Quant aux parties intérieures & l’organifation générale, tout eft égal & dif. pofé de même dans l’un & dans l’autre, excepté que de quelque grolfeur
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- TRAITE' D E.S PECHES. Partie IL
- que foit le carpeau, on 11e trouve jamais ni œufs , ni laites dans l’abdomen , & qu’il n’a point comme la carpe une troifieme ouverture deftinée à la fortie de ces matières néceffaires pour la multiplication de l’efpece ; & leur abfence, ' vu la place qu’elles occupent dans tous les poiflons , ne peut que donner lieu à ce refferrement fenlible dans le ventre dont on vient de'parler.
- 374. On peut donc envifager le carpeau comme un poiifon neutre. Ce fera un monftre par défaut, tandis qu’une carpe hermaphrodite eft un mont tre par excès , & leur origine ne lailfe pas d’ètre la même. Le premier cas aura vraifemblablement eu lieu par accident, quoique ce poiifon eût été deftiné à avoir un fexe, & le fécond peut s’expliquer par la réunion fortuite de deux germes qui fe greffent comme dans les productions végétales. Il y a même apparence que le carpeau devait être un individu mile , & la délicateffe de fa chair femble Pindiquer. Cette conjecture eft appuyée par une obfervation que l’on doit à l’auteur de ce mémoire. Il s’eft alfuré que l’on trouvait, quoique rarement, dans ces poilfons des portions laitées , ce qui prouverait que ce font des mâles impuilfans, la liqueur féminale n’ayant chez eux aucune ilfue, d’autant plus qu’on 11’y a jamais vu d’apparences d’œufs.
- 375". On peut donc conclure que le carpeau eft une carpe vraifemblable-ment mâle, privée en nailfant des parties de la génération, ou né avec quelques défauts dans ces parties qui les difpofentà devenir nulles & à difparaître. Ce fera une efpece de caftration naturelle qui produit les mêmes effets que l’artificielle j & de là viennent' la groffeur prématurée, l’embonpoint & la fucculence qui diftinguent le carpeau. Or dès que l’on connaîtra bien la nature de ce poiffon fmgulier, l’amour du gain, qui rend les hommes injuftes & même cruels, ne les engagera-t-il pas à chercher les moyens de fubftituer quelque opération de Part à celle de la nature, afin de métamorphofer une jeune carpe vivante en carpeau & d’en doubler ainfi la valeur? Peut-être fuffirait-il pour cela d’obftruer l’embouchure de la véficule féminale qui conduit à l’anus. (1) On doit obferver encore que la carpe paraît cjifpofée â éprouver quelques dérangemens dans fes parties fexuelles , & à perdre quelquefois fa laite ou fes œufs ; mais elle ne devient pas carpeau par cette feule raifon, & fes parties extérieures ne changent point de figure. Il faut pouf cela qu’elle ait effuyé dans fa jeuneffe des accidens qui produifent cet effet & alors cette efpece de caftration influe fur la conformation & fur Pha-bitude du corps, de la même maniéré que celle qu’on fait fouffrir, aux hommes
- ( 1 ) On fait qu’un marchand de poiflons pliflait la plaie avec un morceau de chapeau Anglais avait imaginé de châtrer de petites noir. Voyez ce qui eft dit.fur cette opér carpes pour les engraifler& les rendre plus ration, tome V de notre édition in - 4, délicates ; il entr’ouYrait l’oyair.e ,& rera- page 15 46.
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- Sect. III. Des poiffons d'eau douce ds la famille des alofès.
- & aux animaux. Il faut remarquer enfin que le carpeau , reconnu pour une monltruofité naturelle, 11e fe trouve pas par tout où la carpe abonde, ni même dans la Seine & le Rhin où elle fe plaît & s’engrailfe facilement ; peut-être en eft-il de ce poilfon comme de plufieurs animaux & végétaux à qui la nature fetnble avoir afligné certains lieux de préférence .hors defquels ils 11e peuvent prolpérer. Toujours eft-il certain que cette variété eft particulière à la Saône & au Rhône. On en pêche en plus petite quantité & de moindre grofleur & qualité dans ce fleuve, à caufe fans doute, de la vivacité & delà rapidité de fes eaux, tandis que celles deda Saône qui font lentes favonneufes lui conviennent beaucoup- mieux. Elle en fournit en grand1 nombre1 principalement après les pluies & les grandes inondations. Mais la plus grande’ quantité fluî vient des étangs qui font très-fréquens dans les provinces* de Breffe' & de Dornbes. De grandes pluies les remplilfent quelquefois fubitement, leurs eaux s’élèvent au-deflus des chauffées, les rompent, paflent d’un étang dans un autre, & vont s’écouler dans le lit des petites rivières qui fe jettent dans la Saône. En cet inftant, on entend tous les villages vôifins Tonner le tocfin , pour avertir d’ouvrir les bondesr’& de faire écouler les eaux’ , fans perdre le poiflon; riéanmoinsbil en. échappe beaucoup qui paflent dans cette riviere ; en peu de jours tous ces poiflbns y perdent ce goût de vafe propre aux poiflbns d’étangs : les carpeaux en particulier y acquièrent très-vite une excellente qualité.
- 376. Cependant la plupart de ceux qui fe confomment à Lyon viennent des étangs de la Brelfe & en font tirés directement. On les tranfporte la nuit fur des charrettes, avec les autres poiffons, renfermés dans des tonneaux remplis d’eau que l’on renouvelle de tgms en tems ; mais fouvent le poiflon foufîfe de ce tranfport ; les carpes,y perdent leurs laites & leurs œufs ; quelquefois même il en meurt. Si l’étang que Poli pèche eft à portée de la Saône , 011 charie ces tonneaux fur fon rivage , on embarque le poiflon dans des bateaux percés qui le’ conduifent jufqu’à Lyon ; -arrivé à la ville , on le garde encore un certain tems pour le faire dégorger dans de femblables bateaux. Les eaux du Rhône ne conviennent point à cet ufage ; le poiflon y meurt ou y maigrit en peu de tems. Celles de la Saône font perdre aux carpeaux leur goût de marais en partie, fans diminuer leur poids ; mais quelques foins que l’on prenne , le carpeau pêché dans un étang eft toujours inférieur à celui de la Saône, même à celui qui s’y eft dégorgé en liberté pendant quelques jours. La chair du carpeau du Rhône eft ordinairement aflez dure & peu chargée de graifle, différant en cela du brochet qui dans ce fleuve prend une qualité fupérieure.
- 377. On a trouvé quelquefois des carpeaux dans des étangs de la plaine du Dauphiné. On dit que le lac de Geneve. n’en fournit point & que celui
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- de Nantua en a quelques-uns. Il en vient auiîi du lac du Bourget en Savoie ; mais les meilleurs , les plus forts, les plus gras & les plus fucculens , font ceux qui fe pèchent dans la Seille, petite riviere qui a fon embouchure dans la Saône entre Mâcon & Tournus > fon lit eft étroit & profond & fon cours alfez lent î les carpeaux y remontent volontiers après de fortes pluies. Les pêcheurs de la Saône les prennent comme la carpe, à l’ameqon , à l’épervier & plus ordinairement à la faine. Ils nomment pagniaux , ceux qui ne pefent qu’une livre, & dont la pèche devrait être prohibée. Les carpeaux ordinaires pefent depuis une livre jufqu’à cinq. Les gros font de huit à dix livres ; les plus forts vont à quinze, mais cela eft rare. En général c’eft un poilfon peu commun & très-recherché. Les plus gros font les plus délicats ; leur chair fond à la bouche, elle a le goût de la carpe, mais il eft infiniment plus finj le court-bouillon eft la maniéré de les apprêter le plus en ulàge.
- 379. Quant au prix de ce poilfon, il varie fuivant les circonftances, le poids & le lieu où il a été pêché. Comme il fe vend toujours plus du double de ce que vaudrait une carpe ordinaire, les marchands ont la mauvaife foi de faire fortir par l’anus la laitance des carpes mâles, pour leur donner l’air de carpeaux. Ceux qui font très-gros s’euvoieut à Paris & à la cour. Ou les a payés de f à 10 louis, &c.
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- NOTICE GÉOGRAPHIQUE
- Des principaux lieux dont il eft fait mention dans cette troifieme feffion.'
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- <*Â.berdeen. Voyez la notice géo, graphique à la fin de la fécondé ièdtion de cette fécondé partie.
- Adige , riviere confidérable d’Italie, qui prend fa fource dans le Tirol au nord, traverfe l’évêché & la ville de Trente, l’état de Venife, palfe à Vérone, & fe jette dans le golfe de Venife au-deffous de cette ville.
- Àdour. Voyez fécondé partie, fécondé feétion, Notice géographique.
- Adriatique (mer') , ou golfe de Venife, nom qu’on donne à une partie de la mer Méditerranée qui comprend la Dalmatie, l’Albanie, la feigneurie de Venife , l’état Eccléfiaftique &le royaume de Naples, &c.
- Agde, ville épifcopale du bas-Languedoc, lituée fur la riviere d’Hérault, à une demi- lieue de l’endroit où elle fe jette dans le golfe de Lyon j avec lin petit port où il peut entrer des barques, à peu de diftance du canal de Languedoc.
- Agojla , ville 'de Sicile , lituée fur une grande prefqu’isle, qui fert de môle à fon port.
- Albanieprovince de la Turquie méridionale d’Europe, failant partie de la terre ferme de Grece j elle eft lituée entre la Macédoine & le golfe de Venife. .
- Alboutg, ville du royaume ; de Da-Tome
- nemarck, dans le nordjutland, fur un canal à quatre lieues de la mer.
- Algarve , province du royaume de Portugal, dont elle compofe la fi-xieme & la plus méridionale ré-
- : gion : elle eft bornée au nord par le Portugal proprement dit, au midi & au couchant par l’Océan occidental, au levant par la Guadiana.
- Alicante, ville forte & riche d’Elpa-gne au royaume de Valence, dans le territoire de Cigura,fur la baie de ce nom dans la Méditerranée , au fud-oueft d’Altea, avec un bon port très-fréquenté.
- Allemagne (mer d’) , on donne ce nom à la partie de l’Océan comprife depuis les Pays-Bas jufqu’à la Manche de Danemarck.
- Alméria , ville maritime d’Elpagne au royaume de Grenade, entre le cap de Gates au levant & la ville d’Adra au couchant, à l’embouchure de la petite riviere d’Almoria, avec un bon port fur la Méditerranée.
- Andaloufie, grande province d’Elpagne au fud-oueft de ce royaume, qui eft très-commerçante & très-fertile 5 on y fait de très-beau fel, & on y pèche beaucoup de poiflon.
- Angers ) ville confidérable & belle du haut-Anjou ^capitale de toute la province d’Anjou , lituée un peu au-deifous de l’endroit où la Sarte D d d
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- m
- NOTICE G É O
- fe jette dans la Mayenne , fur les deux rives de cette derniere, après dé deux lieues de fon embouchure dans la Loire.
- Antibes , ville 'maritime de France, dans la Provence : c’eft une place alfez forte, fituée avantageufement pour le commerce , dans une contrée fertile : il s’y fait un alfez grand
- - commerce de poilfon falé.
- Antifer ou Entifer (cap d’) , petit cap
- ' !de Normandie, au pays de Caux., à
- - un quart de lieue du Havre.
- Arona , ville de l’Italie feptentrionale ,
- • au Milanez, & dans le territoire de Milan fur la rive occidentale du lac Majeur, & fur les confins du territoire de Novarre.
- Arragon, royaume dans la prefqu’isle
- : d’Ëfpagne, borné au nord par îesPy-rénées, le Béarn, & le Bigorre , au nord-oueft par la Navarre, à l’oueft par la Caftille , au fud par le royaume de Valence, au levant par la Catalogne.
- A furies, province d’Ëfpagne avec titre de principauté , bornée à l’eft par la Bifcaye, au fud parla Caftille, au.nord par l’Océan, à l’occident par la Galice.
- Aubrijch, mal-à-propos ainfi nommé ; il faut lire Auborch, hameau de la paroiife de Sauzon à Belle-isle en baife-Bretagne, dans l’Amirauté'de Vannes.
- Audierm, bourg de la baife-Bretagne , fitué dans une petite baie à une demi-lieue de Quimper.
- Ault ( bourg d’ j) , bourg du Vimeu
- ’ dans la Picardie , au diocefe d’A-
- GRAPHIQ.ÜL
- miens , fur le bord de la mer, entre l’embouchure du Hable & celle de la Bresle , avec un petit port d’où vient à Paris le meilleur poilfon frais ‘ de la mer.
- A unis, province maritime de France, bornée au nord par le Poitou , dont elle eft féparée par la riviere de Sevré , au couchant par la mer de Gafcogne, au midi & à l’orient par , la Saintonge : elle eft arrofée de plu-: fieurs rivières, & contient quelques ports de mer renommés , entr’au-tres la Rochelle & Rochefort. Auray, petite ville & port de la baife-Bretagne ou Bretagne méridionale,
- ' au diocefe de Vannes , fituée au.
- confluent de deux petites rivières , qui fe jettent dans lé golfe de Mor^ bihan entre Vannes & Port-Louis. Ayamont , ville d’Ëfpagne en Andalousie , fur la frontière du royau-me de Portugal à l’embouchure de la riviere de Guadiana, fur une - colline, dans le golfe de Cadix.
- Ayr^ ville capitale du comté de ce nom en Ecoffe : elle eft fituée fur la riviere de fon nom, fur le bord de la mer.
- B
- Baltique ( nier ), grand golfe de la mer entre l’Allemagne, la Pologne, fo * Danemarck & la Suede : elle communique à la mer de Danemarck par le détroit du Sund,. l’isle de Seeland & les deux Belts.
- Barcelone, belle, grande & riche ville d’Ëfpagne, dans la principauté de Catalogne, avec un port fpacieux & -j. profond fur la Méditerranéei.
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- NOTICE G É O G R A P H I QlV %
- BarnJIaple , petite ville d’Angleterre dans le Devonshire, fur la rivfere . de Taw > avec un port très - fréquenté..
- Bas ( isle de ), petite isle de' l’Océan, fur la côte de Bretagne, à une lieue & demie de la ville de Saint-Pol-de-Léon, fur la rade de Rofcolf : fes habitans font prefque tous pêcheurs..
- Éafques ( pays des ), petit pays de France vers les Pyrénées, il fait partie du gouvernement de Guien-ne ; il s’étend entre l’Adour, les frontières d’Efpagne , l’Océan & le Béarn il n’eft guere fertile en bleds ni en vins ; mais il abonde en fruits : il comprend le Labour, & la vicomté de Soûle ; on y trouve les villes de Bayonne, de Saint-Jeamde-Luz & de Mauléon, fur le gave de Suzon.
- Bafiia , ville d’Italie dans l’isle de Corfe dont elle eft la capitale : ejlle eft fur la côte orientale, avec un bon port.
- Beaucaire, ville du bas-Languedoc , au diocefe de Nimes, fur la riye droite du Rhône, vis-à-vis de Ta-rafcon , à deux, lieues nord d’Arles.
- Beddiford, ville d’Angleterre au comté de Devonshire, avec un port de mer fur la riviere de Turridge.
- Belfar, ville d’Irlande dans la province d’Ulfter, au comté d’Antrim, fur l’embouchure du Lageny^ater- .
- Belle-isle , .isle de l’Océan fur la cqte de Bretagne, dans l’éyèché .de Vpn-
- ^ nés ? d’environ 12 lieues,de tour : elle eft' environnée de rochers & dé-
- - fendue par une ;bqmie.eitadelle; Jf y a trois^. ports, Palais, Sauzom& Goulfard : les habitans font un commerce confidérable de fardine* & d’huile, de fàrdines.
- Beltnom , qu’on donne à deux détroits qui fervent de communication à la mer Baltique avec cellq de Danemarck i pli les divife en grand & petit Belt. Le grand pq,lfe entre l’isle de Seeland à l’orient, & .celle de Funen ou Fionfe à focci-. dent > & le fécond entre l’isle de Fionie à l’orient, le Jutland & le Slefwick à l’occident.
- Benacus Lacus. Voyez lac de. Garde. Berghen. Voyez la notice géographique à la fin de la fécondé feétion de la fécondé partie.
- Berg-op-^oom , petite ville des Pays-, Bas dans le Brabant Hollandais, avec un port.
- Beriheaume, petit fort de la baffe-Bretagne , .fitué fur la note de Saint-Matthieu , proche l’entrée du goulet de la rade de Breft.
- Berwick9 ville .d’Angleterre dans la province de Notthumberland, fur la TVede & fur la frontière d’JEcoffe.
- ,Sa filiation fur ja, mer la rend très-commerçante.
- Beffin, pays de la baffe - Normandie , borné au couchant par la Vire ou le Cotentin, au nord par la Man-, che, au levant par le pays d’Auge : il a environ 18 lieues de long fur autant -de large, fait prefque toute l’étendue du diocefe; de Bayeux , & contient les villes de Caen & de Vire : il eft arrofé de plusieurs D d d ii
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- j jS N d T I C E G 1 O G R A P1 H I Q. U E.
- riviere telles quë l’Orne, la Dive, la Vire» &c. ’ f
- Beiicrs, ville épifeopaîe du bas-Languedoc , fituée fur une colline au pied de laquelle coule la riviere d’Orbe, près le canal de Languedoc , à f lieues oueft de Narbonne.
- Biervliet. ( on le prononce Birlit ), for-
- ' terefte des Pays-Bas , dans la Flandre Hollandaife, à une lieue d’Y-fendick & à f de l’éclufe.
- 'Bilbao, ville d’Efpagne, avec un port de mer dans la Bifcaye, dont elle eft la capitale. La marée qui remonte dans la riviere , y forme un bon port qui eft très-fréquente.
- Bifcaye, province maritime d’Efpagne dans fa partie feptentrionale, bornée au nord par la mer, à Portent par la riviere de Bidalfoa, qui la fé-pare de la France, au midi par la Navarre & la Caftille vieille » à l’occident par les Àfturies. La mer y fournit d’excellens poiffons 8c toutes fortes de coquillages.
- Blois y, belle ville capitale du Blefois » fituée à mi - côte , dans une très-.agréable pofition, fur la rive droite de la Loire.
- Bonne-Efpérance ( cap de ). Cap de la côte d’Afrique à l’extrémité méridionale du continent, dans la Ca-frerie,. appartenant aux Hollandais.
- Bordeaux» ancienne, grande, belle & riche ville capitale de toute la Guienne& en particulier de la Guienne propre ou Bordelois, fur la rive gauche de la Garonne ; avec un magnifique port formé en demi-*
- lune, où if fé fait un très-grand commerce dé vins. *
- Bouin~'( isle de ),'petite isle près des côtes de Bretagne , entre l’isle ,
- ' de Noirmoutier & Retz,à une lieue de Bourgneuf & à io lieues de Nantes.
- Boukeneff.Voyez fécondé partie, pre-' miere feefion, Notice géographique. Boulogne.Voyez fécondé partie, fécondé feétion, Notice géographique. Boulogne, ville épifeopaîe de la baffe-Picardie , fituée à l’embouchure de la riviere !de Liane » à 7 lieues de Calais.
- Boujigue, village du bas-Languedoc,fur la mer Méditerranée , près de Cette^ Brabant, grande province des Pays-Bas , bornée par le comté de Hol-lande, la Gueldre, l’évêché de Liege* les comtés de Namur & de Hai-naut, la Flandre & la Zélande. Cette province fait parue des états héréditaires de la maifon d’Autriche. Brême.Voyez fécondé partie, première {eôÀo\\y Notice géographique.
- B ré fil, grande contrée la plus orientale de l’Amérique feptentrionale ,, prefqüe renfermée entre l’équateur • & le tropique du capricorne: elle: ‘ eft bornée à l’eft & au nord par l’Océan méridional,. à l’oueft par le. pays des Amazones, au fud par le Paraguay.
- Breft\ ville forte de France en baffe-Bretagne » avec, un des meilleurs & des plus beaux 'ports de tout le j royaume » où fe font les arméniens ’ les Jplus‘ confidérables. 11 y a une
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- NOTICE GÉO
- belle rade défendue par une feule entrée fort étroite qu’on nomme le Goulet.
- Breton ( cap ), très - ancien bourg au pays de Marennes dans les Landes en Gafcogne, fur le bord de la mer, à f lieues au nord de Bayonne.
- Brijlol ( canal de ) , golfe de f Angleterre faifant partie de la mer d’Irlande , dans laquelle fe décharge la Savern j on l’appelle auili canal de Saint-George.
- Britanniques (isles) : nom qu’on donne à deux grandes isles & à un nombre de petites qui en font voifines y fituées dans la mer du nord. La plus grande qu’on appelle proprement la grande-Bretagne, eft divifée en deux parties , l’Angleterre & l’Ecoffe i la fécondé eft l’Irlande. Les petites isles qui font partie des isles Britanniques, font lituées autour de la grande-Bretagne au nord & à l’oueft : on les connaît fous le nom des isles Wejlernes, Orcades 5 Schetland„
- Brouage, petite ville 8c port de mer de la Saintonge, à 2 deux lieues de Rochefort, 9 de Saintes, & 8 de la Rochelle, fameufe par fes marais làlans qui fourniifent les meilleurs fels de France.
- Buch ( tète de ) nom du chef-lieu, d’une petite contrée du Bourdelais en Guiernne, fur les côtes de la mer. Tous les habitans font ou pêcheurs ou gens de mer.
- Buchanejj\ nom qu’on donne au cap
- le plus oriental de i’Ecolfe fepten*
- G R A P H I aü E. 597
- trionale dans la province de Bu-chan.
- C
- Cadaque. Voyez Cadequic.
- Cadequié, port d’Efpagne en Catalogne, fur la mer Méditerranée, entre la baie de Rofe & le cap de Créau.
- Cadix, grande & belle ville d’Efpagne dans l’Andaloufie, fur l’Océan, avec un bon port très-fréquenté : on y fait les armemens pour l’Amérique.
- Cados ( Saint-), bourg de la Bretagne méridionale ou balle-Bretagne dans l’amirauté de Vannes. •
- Caen , grande & belle ville capitale de la balle-Normandie , lltuée dans un vallon entre deux belles prairies au confluent de l’Odon avec l’Orne.
- Caire ( le ) y grande ville de l’Afrique, capitale de l’Egypte près du bord oriental du Nil.
- Calabre y pays de l’extrémité méridionale de l’Italie y formant une des quatre grandes provinces du royaume de Naples.
- Calais, ville de France en Picardie y fur le bord de la Manche , qui étant très-étroite en cet endroit eft nommée le Pas-de-Calais. C’eft là que fe fait le partage de la France avec l’Angleterre.
- Callella y ville d’Efpagne dans la principauté dè Catalogne, fur une petite: riviere qui fè jette dans la Méditerranée.
- Camarety bourg de France en balle-Bretagne fur la pointe occidentale: de la baie de Br eft* au fond d’une
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- J?8
- NOTICE GÉ
- * petite baie qu’on appelle de Ca-maret. »
- Camogli. Voyez CàmorilU.
- CamoriUe , petit village d’Italie fuir la côte de la riviere de Gènes, du côté de Porto-Fino.
- Canaries ( isles ) , isles de l’Océan , proche l’Afrique, vers les côtes de Barbarie , connues autrefois fous le nom d isles Fortunées, à caufe de la bonté & de la fertilité du ter-rein.
- Cancale, bourg & petit port de mer dans la haute-Bretagne ou Bretagne feptentrionale, à 3 lieues de Saint-Malo.
- Cannes, petite ville de la baife-Pro-vence au diocefe de Gralfe, fur le bord de la mer, au fond du golfe du même nom, avec un petit port fur la Méditerranée, où peuvent mouiller des barques. Elle eft à f lieues de Fréjus, & q d’Antibes. Canobio, bourg & château d’Italie au duché de Milan, fur la rive orientale du lac Majour aux frontières de la Suiife, à environ 8 lieues de Palanza, au feptentrion, vers Locarno.
- Cap Blanc, cap d’Afrique dans la Ni-gritie, fur la côte du royaume de Gualata. Il s’avance dans l’Océan Atlantique près du golfe d’Arguin, allez près du défert de Zaara.
- Cap Corfe, cap dans l’isle de ce nom, qui s’avance le plus vers le nord de toute l’isle, vis-à-vis l’isle de Cabrera.
- Cap du nord, cap en Norwege fur la côte de l’Océan feptentrional, dans
- O G R A P H I Q_ U E.
- le Finmarck , fur les confins. des états de Suede. ^,
- Carcajjonne, ville de France, en bas-Languedoc , fituée fur la riviere d’Aude, à 12 lieues de Narbonne.
- Carrickfergus, ville riche & bien peuplée du royaume d’Irlande, dans la province d’Ulfter au comté d’An-trim, à l’orient de la ville de ce nom.
- Cathagene, ville forte & maritime d’Ef-pagne au royaume de Murcie,fur le golfe du même nom. On y pèche beaucoup de maquereaux.
- CaJJis, petite ville de la balfe-Prôvence fur la Méditerranée, à 4 lieues au levant de Marfeille , avec un petit port qu’on appelle Port-Mion.
- Caft ( Saint-) , petite ville de France en baife - Bretagne, à f lieues de Saint-Malo. On y pèche beaucoup de maquereaux & de fardines.
- Caflro, petite ville de la côte d’Efpa-gne , à 2 f lieues de Saint-Jean-de-Luz.
- Catalogne , province d’Efpagne, avec titre de principauté, bornée au nord par les Pyrénées , qui la féparent de la France au levant , & au midi par la Méditerranée, à l’occident par les royaumes d’Arragon & de Valence. Elle eft alfez fertile,, & arrofée de plulieurs rivières î on y trouve tout ce qu’il faut pour conf-truire & équiper un navire : elle renferme quelques ports de mer.
- Caudebec.Voy. fécondé partie, fécondé feétion, Notice géographique,
- Caux ( pays de ), contrée de haute-» Normandie, au diocefe de Rouen,
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- NOTICE GÉOGR.ÂPHI Q.U E.
- * bornée au nord & au couchant par l’Océan, au midi par le Vexin Normand & le pays de Bray, au levant par la Bresle qui la fépare de la Picardie. Ce pays, qui eft très-fertile , peut avoir 2G lieues dans la plus grande largeur, & renferme plulieurs villes , telles que Dieppe
- • qui en eft la capitale , Caudebec & Eu.
- Cayeux, bourg du Vimeu, dans la Picardie, fur le bord de la mer, à la gauche de l’embouchure de la Somme , à un quart de lieue de la rive-
- ’ droite du Hable.
- Cedro, fleuve de l’isle de Sardaigne qui coule vers l’orient, & fe perd dans la mer Méditerranée après avoir traverfé le lac de Liafto.
- Ceffala , ou Cefalu , ville de la Sicile y avec un château & un port.
- Cette, ville maritime du bas - Langue-
- - doc, fur la Méditerranée, au midi de l’étang de Thau, à 4 lieues d’Ag-de ; avec un petit port, qui ne peut recevoir que les petits bâtimens. C’eft en ce lieu que commence le canal royal de Languedoc, qui fe termine un peu au-deflous de Tou-loufe, où il aboutit à la Garonne
- - après un cours de 80 lieues.
- Cevennes, chaînes de montagnes du
- bas-Languedoc , qui s’étendent depuis les environs des fources de la Loire jufqu’à Lodeve, dans les dio-cefes d’Alais, d’Uzès, de Mende & d’une partie du Vivarais. C’eft une continuation des montagnes du Forez & du Vivarais.
- Charente (la)-,- riviere qui prend là
- fource dans le Limoufin fur les confins de l’Angoumois, pafle dans le Poitou, de là rentrant dans l’Angoumois, coule au pied d’Angou-lème, mouille les murs de Saintes, palfe à Rochefort, & fe perd dans l’Océan vis-à-vis l’isle d’Olcroit.
- Cher ( le ) , riviere qui prend fa fource en Auvergne, parcourt les provinces de la Manche, Bourbonnais, Berry & Tourraine, fe joint avec la Loire à Brehemont, f lieues au-deL fous de Tours 5 & ne forme plus qu’une même riviere avec la Loire.. Son cours eft d’environ 70 lieues * mais elle n’eft navigable que dans le tiers de fon cours : elle eft fort poilfonneufe.
- Chichiri ou Chihiri, ville fur la côte méridionale de l’Arabie heureufe, au royaume d’Hadramut,qu’on nomme auili port de Cheer. Elle eft fituée au bord d’une grande baie : il s’y fait un grand commerce.
- Çhrijîianfand, ville de Norwege dans la principauté d’Aggerhus, & dans le diftrid d’Agdefonde près de l’isle de Fleckeren..
- Ciotat (la), petite ville maritime de France dans la balfe-Provence, au fud-eft de Marfeille, dans la Vigue-rie de Marfeille \ avec un petit port où l’on conftruit des bâtimens marchands.
- Colleville, bourg fur la côte fepten-trionale de bafle-Normandie, à l’entrée de la riviere d’Orne.
- Côme (lac de), lac d’Italie en Lombardie, dans la partie feptentrio-uale du Milanezconnu en Italie
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- NOTICE GÉOGRAPHIQUE.
- fous le nom de Lago di Como : il reçoit les eaux de l’Adda.
- Concarneau, petite ville de bafle-Bretagne, avec un port de mer, fur une petite isle, à f lieues de Quimper. Ses habitans s’occupent à la pèche des fardines.
- Conil, bourg d’Efpagne dans l’Anda-loufie, fur la côte du golfe de Cadix, à 2 lieues de cette isle.
- Conquet, petite ville de France en baffe-Bretagne , au pays de Cornouailles, évêché de Saint-Pol-de-Léon, fur la pointe occidentale de la Bretagne, à f lieues de l’isle d’Ouef fant, & autant de Breft. Elle a un bon port & une bonne rade au nord du cap de Saint-Mali é.
- Confîantinople , une des plus grandes & des plus belles villes du monde, fituée dans la Romanie, province de la Turquie feptentrionale d’Europe , connue autrefois fous le nom de la Thrace. Cette ville capitale de la Romanie & de tout l’Empire Ottoman , que les Turcs nomment aujourd’hui Stamboul, a été bâtie à la place de l’ancienne Byfance. Elle eft Jfituée d’une maniéré avantageufe pour le commerce, fur le détroit de fon nom qu’on appellait autrefois Bofphore de Thrace, & qui joint la mer de Marmora avec la mer Noire ou Pont-Euxin. Son port palfe pour le plus beau & le plus fïir de l’univers.
- Cornwal, comté célébré dans la partie la plus occidentale de l’Angleterre : il eft environné de la mer du côté du nord, du fud & de l’oueft, &
- féparé du côté de l’eft du DevonJ shire, par le Tamer. On y fait la pèche des làrdines depuis le mois de juillet jufqu’en novembre.
- Corogne (la), ville d’Elpagne dans la Galice, avec un bon port qui eft très-vafte. La ville eft dans une baie large d’une lieue, qui forme le port, dont la figure eft celle d’un croif fant.
- Corfe, isle d’Italie dans la mer Méditerranée , au nord de la Sardaigne, dont elle eft féparée par le détroit de Boniface : elle a la ville, l’état & le golfe de Gènes au nord, la mer de Tofcane au levant.
- Creus (cap de), cap dans la Catalogne , qui s’avance le plus à l’eft dans la mer Méditerranée, à environ 5 lieues de Rota au levant.
- Croijîc ( le ), petite ville & port de mer de la haute-Bretagne au diocefe de Nantes, fur les rives méridionales d’un petit golfe de l’Océan, à 5 lieues de l’embouchure de la Loire, autant de celle de la Vilaine, à 1 ? lieues de Nantes. Cette petite ville eft affez marchande.
- D
- Dalmatie, province de la Turquie feptentrionale d’Europe, partagée entre les Vénitiens, les Turcs & la république de Ragule.
- Damiette, ville d’Afrique en Egypte, fituée fur le bord d’une branche du Nil, qui fe décharge dans la mer, ce qui y procure un bon port, & y attire un aflez grand commerce.
- Dant^ick, ville célébré de Pologne dans la Prude royale dont elle eft la capitale,
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- NOTICE G É O
- capitale, avec un port qui y attire le commerce de tout le nord : elle eft fituée fur les petites rivières de Rodaune & de Motlaw, qui lartra-verfent proche la Viftule & le golfe d’Angil fur la mer Baltique.
- Dax7 -, grande ville , capitale du pays des Landes , en Gafcogne , fituée fur l’Adour, à f lieues de l’Océan, .& à 8 de Bayonne.
- Dénia, ville d’Efpagno fur la Méditerranée , au royaume de Valence.
- Devon, voyez Devonshire.
- Devonshirey province maritime de l’Angleterre, fituée au couchant de celles de Sommerfet 8c de Dorfet, à l’orient de Cornouailles, & bornée par la mer au nord 8c au fud. Exeter en eft la capitale.
- Dieppe : voyez fécondé partie, fécondé fection, Notice géographique.:
- Doggers’bank : voyez fécondé partie, première fection,Noticegéographique.
- Douarnene^, grande & belle baie- de la côte occidentale de la bafle.-Bre-tagne, au fud de Breft, on y pèche beaucoup de fardines. Cette baie a 4 lieues de profondeur dans les terres , fur 3 dans fa plus grande largeur ; l’ouverture par laquelle on y entre, eft de z lieues.
- Dowers, Douvres,, ville d’Angleterre
- . fur la côte du Pas de Calais dans la Manche, dans le comté de Kent. C’eft où abordent les vaiifeaux qui viennent de France en Angleterre.
- Drontheim, grande & riche ville de Norwege dont elle.eft la capitale, dans un petit golfe à l’embouchure i4u.Niedte.L : i tome XL
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- Dublin : voyez fécondé partie, fécondé feétion , Notice géographique. <: Dumbar: yoy. fécondé partie, fécondé f . feétion, Notice géographique. Dunkerque, ville maritime de France dans la Flandre Françaife, aveG un ; port fur la côte de la mer du nord.
- E
- Ecoffe : voyez fécondé partie, fécondé . Tèétio n, Notice géographique. Edimbourg, ville capitale de l’Ecofïe méridionale, dans la province de Lothian. Leith eft le port de cette , ville. ; .
- Elfeneur : voyez fécondé partie , pre-. _ miere feétion, Notice géographique. .Epire, province de la Turquie méridionale d’Europe, failant partiè de . la Terre ferme de Grece, & corn-. : prife dans la province d’Albanie , i,: fous le nom de baffe-Albanie.
- Eff aut : voyez fécondé partie, fécondé : ; feétion , Notice géographique.
- Effone., petite riviere de l’Isle - de-France, qui prend fa fource daris la forêt d’Orléans : elle porte le nom de riviere à'Œuf jufqu’au village de Pitliiviers-le-vieux, à, une lieue de la ville de Pithiviers en Beauce, au pied de laquelle elle paffe : de là elle coulé à Maleshèrbes, .& après avoir reçu-la riviere d’Etampes ou la Juine un peu au-delfous de là Ferté-Alais, elle arrofe le bourg d’Eflbne, & va fe perdre dans la Seine au - deIfus & au - deflous de Corbeil, après avoir formé plufieurs j petites . isles. Les anciens géogra-E e e
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- 404 NOTICE GÉO
- phes Pont mal-à-propos confondre avec la Juine ou riviere d’Etamp es.
- Ftat tccUfaJiique, pays de l’Italie que le pape poiîéde.en fouveraineté : il cil borné au nord par le golfe & la république de Venife, au levant par le royaume de Naples, ay midi par la Méditerranée, au couchant par les duchés de Tofcane & de Man-toue.
- .. . '5 :F • ' . •
- Falmouth, ville'de l’Angleterre méridionale au comté de Cornouailles, iîtuée fur la côte méridionale d’une baie dans la Manche \ entre- le cap Lézard & la pointe de Dôdrnan;
- : ü avecruirdes plus beaux:-ports & des plus fréquentés d'e l’Angleterre , d’oùparteiït lés paquebots pour Lit bonne.
- Faro, ville de Portugal, au royaume des Algarves, près du cap de Sainte-MarièV'à’.ÿJiëues' de l’embouchure de la Guadiana; avec un bon port fur la c,ôte du goIfe de Cadix,> dans rOcéain.: La"pèche des thons & des far dînes fait le principal commerce des habitans.
- Fayrhill: voyez fécondé partie , première fechon, Notiez géographique.
- Ftlin ( Saint- ), petit bourg d’Efpagne dhns la principauté idë Catalogne, fur le bord de la Méditerranée, à peu de.diftance de Palamos.
- Ferrol, petite ville d’Efpagne dans la Galice, fur le golfe de la Corogne au nord-oueft j à l’embouchure de fia riviere de ‘Juvia, avec un port •t îtrès-conlidérable. - - •• -
- Fefcamp i wyez lèdonde partie * fe-
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- conde feétion, Notice géographique. Florence ( Saint- ), petite ville de l’isle de Corfe, dans la partie feptentrio-nale de l’isle, près du golfe de même nom, avec un port muni de bonnes fortifications.
- Fontarabie, ville d’Efpagne dans la province de Guipufcoa en Bifcaye, fur : r k côte de la mer de Gafcogne, aux frontières de la <- France, vis-à-vis d’Hendaye & dé l’embouchure de la petite riviere de Bidailoa, à trois lieues de Saint-Sébaftien, & à fix de Bayonne.
- FouIk/tone, ville d’Angleterre dans la province de Kent.
- Four as, village du pays d’Aiinis, près l’isle d’Aix, à l’embouchure de la Charente.
- Fréjus, ville ancienne de la baîfe-Pro-vence, fur la riviere d’Argens. C’était du tems des Romains un bon port, capable de recevoir un grand nombre de vailfeaux s mais la mer ‘ s’étant retirée peu à peu, il s’eft comblé infenfiblement, & elle en eft maintenant à une demi-lieue. Frife , l’une desProvinces-Unies, bor-- née par. la mer & le Zuyderzée*
- -G:
- Galice, province maritime d’Efpagne, 'bornée à l’orient par les AfturieSÿ «dont elle èffféparée par la viviere d’Avia & le royaume de Léon, au nord & au couchant par l’Océaq, & au midi par le Portugal dont elle ; eft féparée par le* Minho. Cette province eft celle-qui if lé plus de ports !de meE^'l u •-
- Galles 3 pays confidérabk de la- graiv
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- NOTICE G É O G K A P H I Q.U E. 40?
- de-Bretagne, avec titre de principauté : fa fituation eft à l’occident de l’Angleterre, regardant la mer d’Irlande. Ce pays eft abondamment pourvu de bons ports & havres, & renferme plufieurs rivières, en-tr’autres la Savent, qui y prend là fource dans le comté de Montgomery, 8c fe décharge dans la mer d’Irlande.
- Galloway , province méridionale cPE-coffe, fur la mer d’Irlande qui la baigne au midi & au couchant : elle eft entrecoupée de plufieurs petits lacs.
- Garda ( lac de ), lago di Garda, lac d’Italie dans l’Etat de Venife, entre le Br e (fan & le Véronefe ; il reçoit plufieurs rivières, & eft fujet à des tempêtes. Riva, Torbole, Salo, Garda , Pechiera, font les principaux lieux fitués fur ce lac.
- Gênes , grande 8c belle ville d’Italie, avec un port très-grand & lpacieux fur la mer Méditerranée.
- Geneve (lac de), voyez féconde partie , fécondé feétion, Notice géographique.
- Gibraltar, ville d’Ëlpagne dans l’Andalou fie , fur la côte feptentrionale du détroit qui fait la communication de l’Océan & de la Méditerranée , au pied d’une montagne, avec un bon & grand port défendu par une très-forte citadelle & une baie -fameufe.
- Gildas de Rhuis ( Saint- ) 4 paroilfe de baffe- Bretagne dans l’amirauté de Vannes, à fix lieues de cette ville.
- GtUo , isle d’ftaliedur lâ-CÔte de ToA
- cane, au nord-eft de l’isle d’Elbe; failant partie de l’Etat de Sienne ; on l’appelle en italien Giglio.
- Gironde, nom qu’011 donne à la réu* nion des lits des deux rivières de Garonne & de Dordogne, qui s’étant jointes au bec d’Ambès entre
- Bordeaux & l’Océan, coulent en-femble jufqu’à la mer par un canal très-large & très-profond. -
- Glaciale ( mer ) , -partie de l’Océan feptentrional, au nord de FEuropè & de l’Afie, entre le Groenland,.les terres Ar&iques, la mer du nord , la Laponie, la mer Blanche, la MoA covie & la Sibérie.
- Glafcow, ville de l’Ecoffe méridionale, dans la province de Glydsdale, fur la riviere de Clyd.
- Gorgone, petite isle d’Italie, dans la mer de Tofcane, près l’isle de Cabrera, entre la côte de Pife & l’isle de Corfè.
- Grandville, ville maritime, avec un
- : petit port, dans le Cotentin, en
- - baffe-Normandie, près de l’embouchure du ruiifeau de Bofe, fur la frontière feptentrionale de PAvran-chin.
- Grajfe, ville de la baffe-Provence, fur le penchant d’une colline, au pied des Alpes- maritimes, à trois lieues au 'feptentrioiî-de Cannes, & du golfe de la Napoule, & quatre d’Antibes.
- Grenade (royaume de) , province d’Ef-
- - pagne, avec titre de royaume , -borné parla nouvelle Caftille ,1’Anda-
- - loufie, le royaume de Murcie8c la-mer-Méditerranée. -
- E e e ij
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- NOTICE G É O G R A P H I Q.Ü E.
- Groenland, voyeç partie fécondé, pre-
- . miere & deuxieme fe&ion, Notice géographique,
- Groèn-wick-fiord, pays de Norwege , près d’Itroe, dans le gouvernement de Chriftianfmd.
- Groys (isle de), isle de la balfe-Bre-tagne,près des côtes méridionales de cette province , vis-à-vis l’embouchure de la riviere de Blavet. On y pêche beaucoup de congres.
- Gryffenfée , lac de Suilfe, au canton de Zuric , à deux lieues de cette ville, qui n’eft pas fort confidérable, mais qui eft très-poiifomieux. Il donne fon nom à un bourg de ce canton.
- Guérandc, petiteville de lalhaüte-Bre-tagne, au comté Nantais , près le Croific , entre les embouchures de la Loire & de la Vilaine, à environ
- . 6 lieues au midi de la Roche-Bernard. Il y a des marais falans qui fourniifent de très-bon fel.
- Guettaria , petite ville. d’Efpagne , dans la province de Guipufcoa, avec un château & un bon port, lur la côte de la mer de Bifcaye, près de l’embouchure de la riviere d’Orio, à 3 lieues de S. Sébaftien. H
- Halbourg. Voyez Albourg,
- Hambourg , ville impériale d’Allemagne , dans le duché de Holftein , au cercle de la balfe-Saxe , fur le bord fèptentrional de l’Elbe. Les plus grands vaiffeaux y remontent de l’Océan.
- Harwick y ville maritime d’ Angleterre, au comté d’Eflex, avec un port de
- mer à l’embouchure de la Stùre, fur les frontières de SufFolclL Havre-de-Grace (le), ville forte & port de mer de la haute - Normandie , fur la rive droite & à l’extrémité de l’embouchure de la Seine, avec une alfez grande rade qui s’étend à plus de deux lieues vers le couchant , & à environ une lieue du nord au fud. Helygeland : voyeç fécondé partie, pre-- miere feétion, Notice géographique* Hennebon, petite ville de balfe-Bre-tagne, au diocefe de Vannes, fur la riviere de Blavet, à trois lieues de la ville de Port-Louis.
- Hérault , riviere du Languedoc qui prend fa fource dans les Cevennes, traverfe tout le bas - Languedoc , baigne les murs de Pezenas & d’Ag-de , au-delfous de laquelle elle fe . jette dans la Méditerranée par le grau d’Agde.
- Heve (cap de la) , cap de la côte de haute-Normandie, à un demi-quart de lieue du Havre.
- Hitlahd, ou Schetland : voye{ fécondé partie , première fe&ion , Notice géographique.
- Holflein, pays & duché d’Allemagne y faifant partie de l’Empire, entre la mer Baltique, le duché de Slefwick, celui de Mecklembourg & l’Elbe. Il eft en partie fournis au roi de Dane-marck.
- Hondara, bourg maritime d’Efpagne. dans la Bifcaye, aux frontières de la province de Guipufcoa.
- Honfieury ville & port de mer de haute-Normandie, dans le Lie uvin , au côté méridional de la Seine, proche
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- fbn embouchure, vis-à-vis Harfleur. Tous fes habitans font pêcheurs.
- I
- Islande : voye£ fécondé partie, fécondé feéiion, Notice géographique.
- IJlrie , contrée d’Italie , dans l’état des Vénitiens, au nord-eft du golfe de Venife -, c’eft une prefqu’isle partagée entre les Vénitiens & la mai-fon d’Autriche.
- J
- Jacut (Saint-) abbaye de bénédictins, dans la haute-Bretagne, au diocefe de Dol, près de la mer, au bord de l’Arguenon.
- Japon, grand pays de l’Afie , dans la partie la plus orientale, formé par un nombre d’isles.
- Jarmaider (Sainte-Catherine de).
- Jean-de-Lu^ (Saint-) .* voye^ fécondé partie , fécondé feéiion, Notice géographique.
- Juin ( Saint- ) , village & paroilfe de haute-Normandie, dans l’amirauté de Fefcamp.
- Jutland ; voye£ fécondé partie , première feéiion, Notice géographique. K
- Kamtfchatka, grande prefqu’isle au nord-eft de l’Afie, entre un golfe de même nom , & la mer du Japon, à l’extrémité orientale de l’empire Ruffien & de notre continent.
- Kent , province maritime d’Angleterre , à l’orient & à l’entrée de la Manche, dont Cantorbéri eft la capitale. Cette province eft arrofée de plufîeurs rivières confidérables , entr’autres, la Tamife, le Medway, la S tour e, &c. On y pèche du fini-
- ra on qui eft eftimé ,& des truites allez grandes.
- Kola, voye^ fécondé partie , fécondé feclion, Notice géographique.
- L
- Labour (pays de), contrée de France, faifant partie de la Gafcogne & du pays des Bafques , borné au fepten-trion par l’Adour & les Landes, au levant par la Navarre Françaife & le Béarn , au midi par les Pyrénées qui le fëparent de la Navarre , au couchant partie de l’océan ou du golfe de Gafcogne, appellé mer des Bafques : Bayonne en eft la capitale.
- Lac Majeur. Voyez Majour.
- Ladoga, grand lac de l’empire RuR fien, entre la Carélie au nord, l’In-grie & la province de Novogorod au midi : il eft formé de quantité de rivières, & il fe décharge dans-le golfe de Finlande, par le canal qu’on nomme la Nicva, fur lequel la ville de S. Pétersbourg eft fituée. Il eft fort poiifonneux : on y pèche beaucoup de faumons & une efpece-de hareng.
- Lannion : voye^ féconde partie, féconde feéiion, Notice géographique.
- Levés , petite ville d’Angleterre, dans le comté de Suffex, à l’orient d’A-rundell, fur une éminence.
- Leyde ; voye^ fécondé partie, première feéiion, Notice géographique.
- Lenard ( cap ) , cap de l’Angleterre , dans le comté de Cornouailles, fur la Manche, formé par une terre af-fez élevée & reconnailfable, à quelque diftance de Falmouth , à i f lieues oueft d’une roche de la baie
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- 4o6 .notice géographi q_u e.
- de Plimouth, appellée Eddy-Jiohn.
- Lion (golfe de), & non pas de Lyon, nom qu’on donne à un grand golfe de la Méditerranée , qui eft entre l’Efpagne , la France & l’Italie ; ainfi nommé à caufe des grandes tempêtes dont il eft fréquemment agité , & des bas-fonds qu’on y trouve, qui font périr des vaiifeaux. On l’appelle en latin Sinus Leonis , en efpagnol Golfo Leone.
- 'Livourne , ville conlîdérable d’Italie, dans l’état du grand duc de ToC-cane, dans le Pifan , avec un des plus fameux ports de la Méditerranée.
- Loango , grand royaume d’Afrique, faifant partie du Congo, & du pays appellé la baffe-Guinée , fur la côte de l’Océan Ethiopique.
- Locarno , ville de l’ancien territoire d’Italie, faifant partie des pays pof-fédés en commun par plufieurs cantons, & renfermés dans la Suiife propre, & un des quatre bailliages d’Italie , au bord occidental du lac Majeur : elle eft fituée entre ce lac & une très-haute montagne.
- Loc - Maria , bourg de l’isle de Belle-isle , au midi de la balfe-Bretagne, au levant de cette isle.
- Loc-Maria-Ker, bourg & paroilfe de baffe - Bretagne , fur le détroit de Morbihan, dans l’amirauté de Vannes.
- Loir:voye^ fécondé partie , fécondé fecftion, Notice géographique.
- Loiret : voyez fécondé partie, fécondé feçtion, Notice géographique.
- Londonderry ; voyez fécondé partie,
- fécondé fe&ion , Notice géographique.
- Londres, grande & célébré ville, capitale de la gr an de-Bretagne, fituéç fur la Tamife.
- Lubec, ville d’Allemagne, dans le cercle de la baffe-Saxe, fur la Trave , qui reçoit les eaux de deux autres petites rivières , proche de la mer Baltique.
- Lugano, lac d’Italie , au territoire appartenant aux Suilfes , au duché de Milan , qui a la figure d’une croix. Ce lac fe vuide à l’occident par une riviere nommée Trefa ou Trejfa.
- Luriel, petite ville du bas-Languedoc, au diocefe de Montpellier , dont elle eft éloignée de 4 lieues, à l’orient , fur le Vidourle : elle eft renommée pourfes vins mufcats.
- Luy , petite riviere de Gafcogne, dans le Béarn, à peu de diftance de la ville de Morlus , qui fe jette dans l’Adour , à quelques lieues de Dax.
- M
- Macédoine , province de la Turquie Européenne , entre la Servie, la Bulgarie , l’Archipel & l’Albanie.
- Madere, isle de l’Océan Atlantique , fituée entre le détroit de Gibraltar 8c les Canaries , appartenant aux Portugais.
- Madrid, ville capitale de toute l’EC. pagne, fur le Mançanares.
- Maeljlrand, ville forte de la Norwege, dans le gouvernement de Bahus, fur un rocher efearpé en forme de prefqu’isle, avec un château à l’em-
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- NOTICE GÉOGRAPHIQUE.
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- bouchure du Waner, dans la mer de Danemarck.
- Maeljirom , goufre de l’Océan fepten-
- • trional fur la côte de Norwege, au nord du gouvernement de Dron-theim.
- Majorque, isle d’Elpagne, dans la Méditerranée, entre l’isîe d’Yviqa au couchant, & celle de Minorque au levant.
- Majour, Majeur ou Major, lac d’Italie en Lombardie, au duché de Milan , nommé par les Italiens lago Mag-giore , par les latins , Verbanus lacus. Il s’étend en long du feptentrion au midi, l’efpace d’environ 13 lieues de long , fur 3 de large, depuis Sef-to jufqu’à Locarno. Il reçoit un af-fez grand nombre de rivières, dont la principale eftle Telîin , qui le tra-verfe dans toute fa longueur.
- Malaga, ville d’Efpagne , au royaume de Grenade , fur la Méditerranée, avec un alfez beau port, où il peut tenir 300 bàtimens à l’encre.
- Malo( Saint-) , ville de la haute-Bretagne , avantageufement fituée pour le commerce, où il fe fait beaucoup d’armemens.
- Malte , isle de la mer Méditerranée , dans la partie occidentale , entre l’Afrique & la Sicile , avec une ville de même nom , qui en ell la capitale.
- Manche (la). On donne ce nom à une grande étendue de mer qui fe trouve relferrée entre l’Angleterre au nord, la France à l’orient & au nord-dd par le détroit appelle Pas. de-Calais, & à f oueif par le comté
- de Cornouailles en Angleterre , & les isles d’Oueifant en France , fur les côtes de Bretagne.
- Manfald, riviere de Norwege, au gouvernement de Chriftianfand.
- Mantoue,ville d’Italie, dans la Lombardie , fur le Mincio , capitale du duché auquel elle donne le nom.
- Mar ans, petite ville du pays d’Aunis , lituée dans les marais falans, aux frontières du Poitou , à 4 lieues de la Rochelle , & à une lieue de la mer.
- Marennes , petite ville de la balfe-Saintonge , entre l’embouchure de la riviere de Seudre & le havre de Brouage, renommé pour les huîtres vertes & le fel.
- Marjalle , ancienne & forte ville de Sicile, dans la vallée de Mazare, proche de la mer.
- Marjeille , grande ville bien bâtie, très-riche & très-marchande, dans la balfe-Provence.
- Marfillan , bourg du bas-Languedoc, au diocefe d’Agde, fur le bord de l’étang de Thau.
- Martigues ( le ) , ville maritime de la balle-Provence , au couchant de Marfeille , entre la mer & l’étang de Berre , dans le dégorgement de
- - cet étang.
- Mattarre, petite ville d’Elpagne dans la Catalogne , fur le chemin de Barcelone en France.
- Mat ta , bourgade de France , dans la Saintonge , vers les confins de l’Angoumois , furi la riviere d’Antenne , à l’orient de; Saint-Jean-d’Angely, au nord de Coignac,
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- 4oS NOTICE GÉOGHAPHI Q.U E.
- Mayenne ; voyeç fécondé partie , fe-' conde fection, Notice géographique.
- Mecklembourg, contrée d’Allemagne dans la baffe-Saxe, avec titre de duché , entre la mer Baltique , la Poméranie, le Hoiftein.
- •Mela^o ou Milano, ville de Sicile, dans la vallée de Démona, fur la côte feptentrionale de cette pn>-vince, fur le rivage occidental du golfe auquel elle donne fon nom, avec un bon port à l’oueft de Mehin.-
- Mefrnin (Saint-),bourg de France, dans l’Orléanais , à une lieue & demie d’Orléans , fur la Loire , à l’endroit où le Loiret fe jette dans la Loire.
- Mefquer, petit bourg de la Bretagne méridionale , dans l’amirauté de Nantes, au bord de la mer, fur les côtes de la rade du Croific.
- MeJJine ( phare de ), détroit de la Méditerranée en Italie, entre l’isle de Sicile à l’occident, & la côte de la Calabre ultérieure à l’orient : c’eft ce détroit qui fépare la Sicile de l’Italie. On l’appelle phare de MeJJine, parce qu’il y a au voifinage deMef-fine un phare pour éclairer les vaif-feaux pendant la nuit.
- Met[, ville forte de la Lorraine, capitale des trois évêchés, au confluent de la Mofelle & de la Seille.
- Milan, grande, belle & ancienne ville d’Italie, au duché du même nom, fur la riviere d’Olana : elle communique avec les rivières d’Adda & de Teilin par deux canaux.
- Minheadi bourg d’Angleterre, dans le
- comté de Sommerfet, fur la côte méridionale du canal de Briftol.
- Minorque , isle du royaume d’Efpagne, ( appartenant aux Anglois ) dans la mer Méditerranée, au nord-eft de Pis le de Majorque, dont elle eft éloignée de dix lieues. v
- Montpellier, ville capitale du bas-Languedoc , fur une colline , !à deux lieues de la mer, près de la petite riviere de Lez, à 11 lieues de Nîmes , & 19 de Narbonne.
- Montreuil -fur- mer, petite ville de la bafle - Picardie, dans le comté de Ponthieu, au nord d’Abbeville, fur une colline, au midi de la Canche , à J lieues de la mer.
- Morlaix, ville de France, dans la Bretagne, au diocefede Tréguier, fur la petite riviere de même nom, à z lieues de la mer, ’ dans laquelle la marée remonte, & fait entrer de grofles barques & des vaiifeaux médiocres.
- Mofelle ( la): voye^ partie fécondé, fection fécondé Notice géographie que.
- Muros, ville d’Efpagne dans la Galice, fur la rive feptentrionale d’un petit golfe que la Tambre forme à fon embouchure.
- N"
- Nantes, ancienne , riche & très-conii-dérable ville de la haute-Bretagne, fur l’Erdre & la rive droite de la Loire, à une journée de la mer, à 20 lieues de Rennes.
- Nam a', s ( le comté ) , pays de France en bafle-Bretagne, qui comprend à peu près l’étendue du diocefe,de Nantes :
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- NOTICE G É O G K A P H I Q.Ü E 40»
- Nantes : il eft borné au nord par le diocefe de Rennes & celui de Vannes , au midi par le Poitou, au levant par l’Anjou, au couchant par la mer. Il eft divifé en deux par la Loire. Il y a plufieurs ports de mer où l’on arme pour la pèche de la morue. II produit du froment, du feigle, du lin & du vin.
- Naples, ancienne, grande & l’une des plus belles villes d’Italie , au fond d’une grande baie, fur la côte occidentale de l’Italie.
- Narbonne, ville très-ancienne du bas-Languedoc, fituée dans un fond, fur un canal tiré de la riviere d’Aude , à 2 lieues de la mer Méditerranée.
- Nevers, ville capitale du Nivernois , fur le penchant d’uné colline , à la rive droite de la Loire.
- Newcafthle, ville d’Angleterre, dans la province de Northumberland, fur la riviere de Tine, elle eft fort marchande , parce que les vaiifeaux y peuvent aborder, il s’y fait un grand négoce de charbon de terre.
- Nicolas ( écueil de Saint- ), écueil qui fe trouve dans la rade d’Yarmouth, formé par le banc de S. Nicolas, qui eft à une lieue de la côte.
- Nord ( mer du ), partie de l’Océan qui eft entre l’Islande & la Norwege.
- Nord - Hollande, autrement dit Hollande feptentrionale, ou Weji-Frife.
- Norwege : voye^ fécondé partie , fécondé fecftion , Notice géographique.
- O
- Oleron ( isle d* ), isle Htuée à g lieues Tome XL
- de la terre ferme du pays d’Aùnis & de la Saintonge, féparée au nord de l’isle de Rhé, par le palfage ap-pellé permis d? Antioche ; de la Sain-tonge, par la paife appellée pointe de Maumujjon.
- Orient ( l’ ), petite ville de France en baife-Bretagne, au fond de la baie de Port-Louis, à l’embouchure de la riviere de Scorff, de Cortf où d’Elle, qui fe jette dans cette baie avec celle de Blavet.
- Or (côte d’), contrée d’Afrique , dans la partie de la Guinée méridionale \ appellée Guinée propre , fituée entre la côte des Dents & le royaume de Juda, dont la riviere de Voile le fé-pare.
- Orcades : voyeç fécondé partie , première fedtion , Notice géographique.
- Orcomenos ou Orcomeno, château de Grfece, aü pays de Stramalipa, nommé par les anciens Bœotia.
- Orléans, ville capitale du gouvernement dè l’Orléanois, fituée fur la rive droite de la Loire, à 30 lieues de Paris. Il s’y fait un aifez grand commerce.
- Orne, riviere de France en bafte-Nor-mandie, qui prend fa fource près de Caprée, au-delfus du village d’Au-neâu, à une lieue de Séez : elle ar-rôfe cette ville'épifcopale, paife à Argentan, à Harcourt, de là elle coule à Caen, dans lesfoifés de laquelle elle reçoit l’Odon, & là elle commence à être navigable jufqu’à la mer i enfin elle fe jette dans la Manche, à 2 lieues au-deifous de F f f
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- NOTICE GÉOGRAPHIQUE.
- Caen, formant, par fon embouchure , un port à Eftrehan.
- Oxford, ville d’Angleterre, capitale du comté de ce nom, au confluent de Cherwell & de l’Yfe, laquelle s’unifiant à la Tame forme la Ta-mife.
- Ondarroa. Voyez Hondara.
- P
- Palais, ville capitale & gouvernement de l’isle de Belle-isle, dans la baife-Bretagne, à 3 lieues de la pointe de la prefqu’isle de Quiberon.
- Palamos, petite ville d’Efpagne dans la Catalogne, au fond d’une baie qui forme un bon port fur la Méditerranée , où les vaifleaux font à l’abri.
- Palanqu, bourg d’Italie au duché de Milan,. fur le bord occidental du lac Majeur, vis-à-vis de l’isle Saint-Ange.
- Ptmbrock , ville d’Angleterre, au pays de Galles, capitale du comté du même nom, fur une pointe du Havre de Milford. La mer baigne les murailles de la ville à chaque marée.
- Penhareng, village de la bafle-Breta-gne ou Bretagne méridionale, dans l’amirauté de Nantes, au bord de la mer, fur les côtes de la rade du Croific, à peu de diftance de celui de Piriac. On y pêchait autrefois beaucoup de harengs.
- Péniche, ville de Portugal, dans l’Ef-tramadure, fur le bord de la mer, au nord du Tage, à 14 lieues de Lisbonne , dans une prefqu’isle fé-paxée du continent par un canal de
- foo pas de large, où la mer forme, en cet endroit, un port fort bon & très-important.
- Perré ( pointe du ), quai de la ville du Havre, formé en partie de cailloux de la mer.
- Pefchiera, place forte d’Italie, dans le Véronais, fur le lac de Garda.
- Peinas, ville du bas-Languedoc, au diocefe d’Agde, fituée fur la petite riviere de Pein, ou Peyne, qui fe décharge un peu plus bas dans l’Hérault.
- Piriac, bourg de la Bretagne méridionale , dans l’amirauté de Nantes , au bord de la mer, fur les côtes de la rade du Croific.
- Ploermel, petite ville de la haute-Bretagne, au confluent de la riviere d’Ouftavec celle de Maleftroit, à & lieues de Vannes.
- Pô, riviere confidérable d’Italie, qui prend fa fource au Mont-Vifo, dans le Piémont, fur les confins du Dauphiné , traverfe le Piémont, le duché de Mantoue & le Ferrarois, ar-rofe les villes de Turin, deCafal, Plaifance, Crémone, & fe rend dans le golfe de Venife, entre Ravemie & Venife, par deux embouchures.
- Policajlro ( golfe de J, nom d’un golfe de la Méditerranée, qui s’étend fur la côte de la principauté citérieure, dans la terre de Labour, au royaume de Naples.
- Pollet, fauxbourg de Dieppe, qui n’eft habité que par des pêcheurs.
- Pomchartrain, beau château de l’isle de France, à 7 lieues environ de Paris, & à une de Montfort, apparte-
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- NOTICE GÉOGRAPHIQUE. 411
- nant à MM. Pheîyppeaux,miniftres & fecretaires d’état.
- Pont-de-Cé : voye£ fécondé partie, fécondé feétioil, Notice, géographique.
- Port du Palais. Voyez Palais.
- Port-Louis, ville de baffe-Bretagne, à l’extrémité d’une péninfule, à l’embouchure de la riviere de même nom, à 10 lieues de Vannes, avec un bon port & une rade affez fure. On y pèche beaucoup de fardines.
- Porto-Fino, bourg d’Italie fur la côte de Gênes, à quelques lieues à l’orient de la ville de Gênes, avec un affez bon port, entre deux montagnes , fur la mer Méditerranée.
- Portugal, royaume fitué dans la partie la plus occidentale de l’Europe, s’étendant du nord au fud : il eft borné à l’occident & au midi, par la mer Océane, à l’orient par l’Andaloufie, l’Eftramadure, le royaume de Léon, au nord par la Galice : il eft féparé de l’Andaloufie par la Guadiana.
- Pouldavi, port & village de la paroifle de Poulan, dans une petite anfe de la baie de Douarnenez , amirauté de Quimper, en baffe-Bretagne.
- Prujfe, royaume d’Europe, entre la mer Baltique au nord, la Samogitie & la Lithuanie à l’orient, la Pologne au midi, le Brandebourg 8c la Poméranie au couchant.
- a
- Quiberon, village de la baffe-Bretagne, fur la pointe d’un cap de même nom, qui termine au midi une pref-qu’isle qui s’avance d’environ deux lieues dans la mer au levant de Port-
- Louis , au nord de Belle-isle, au couchant de Vannes. La pêche des fardines y eft fort abondante.
- Quillebeuf, petite ville, le chef-lieu du Roumois, dans la haute - Normandie , fur la rive gauche de la Seine, au commencement de la grande embouchure dans l’Océan, où mouillent tous les bâtimens qui montent à Rouen, ou qui en defcendent.
- Quimper ou Quimper-Corentin, ville de la baffe-Bretagne, chef-lieu du pays de Cornouailles, au confluent de l’Oder & de la petite riviere de Be-naud, à 9 lieues de Breft. Les plus grofles barques y peuvent aborder à la faveur de la marée.
- R
- Ragufe, nom d’un état d’Europe dans la Dalmatie, érigé en république fous la protection du grand - fei-gneur, & de la ville capitale de ce petit état, fttué fur le golfe de Ve-nife.
- Redondela, ville d’Efpagne fur la côte de Galice, au nord-eft de Vigo. On y pèche beaucoup de poiflons, 8c fur-tout d’anchois.
- Rhé ( isle de ), petite i$le de l’Océan, près de la côte occidentale de la France, vis-à-vis le pays d’Aunis, à environ 2 lieues du continent, à 4 lieues de la Rochelle, à 7 de Ro-chefort. Il y a, à une demi-lieue, une bonne rade, où les plus forts vaiffeaux peuvent s’arrêter.
- Rhin, fleuve des plus confidérables d’Europe, qui prend fa fource au mont S. Gothard, en Suifle, fépare la Souabe de l’Alface, traverfe une F f f ij
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- r partie de l’Allemagne & des Pays-Bas j & après s’être divifé en plu-fieurs branches, va fe perdre dans les fables de l’Océan, au-deflous de Leyde.
- Roanne., ville du Forez, fituée lùr la rive gauche de la Loire, où elle commence à porter bateaux.
- Rochefort, belle & considérable ville du gouvernement d’A unis, avec un beau port, & de ttès-beaux établif-
- . femens pour la. marine., fituée à z lieues de l’embouchure de la Charente , à 6 lieues de la Rochelle, vis-à-vis l’isle d’Oleron.
- Rochelle (la), belle, grande, forte & riche ville, capitale du pays d’Au-nis , avec un port des plus commodes & des plus fûr.s de l’Océan.
- Rome, grande ville fur la côte occidentale de l’Italie, fur le Tibre, qui la traverfe en partie : c’eft la capitale du. monde chrétien.
- Rofcoff: voyes fécondé partie, fécondé leciion, Notice géographique.
- Rojlern, Rotherfion ou Roflernmear, lac d’Angleterre, au comté de Chefter , proche la ville de Knots-ford ; c’eft mal-à-propos que dans l’ouvrage on l’appelle Rofîemenfem.
- Roftock, ville d’Allemagne , au duché de Mecklembourg, dans la balfe-Saxe, fur la riviere de Warna,à une lieue de la mer Baltique, dans laquelle- elle le décharge; cette, riviere y forme un port aifez avantageux , quoique les grands vaif-feaux n’y puilfent pas entrer.
- Rota, bourg d’Elpagne, dans la province d’Andaloufie, fur la côte du
- golfe de Cadix, entre la ville de ce nom & l’embouchure du Guadal-
- . quivir.
- Rouen, belle ville ,rtrès-riche & très-commerçante, capitale de la Normandie, fur la rive droite de la Seine»
- Ravigno, petite ville d’Italie, dans l’HV trie, fur la côte occidentale du golfe de Venife 5 au midi de l’embouchure du Lemo , avec un bon port.
- Roufjillon, province de France, ayant titre de comté, bornée au levant par la partie de la Méditerranée ap-peliée golfe de Lion , au couchant par la Sardaigne, au midi par la Catalogne, & au nord par le bas-Languedoc.
- Roy an , ville de la haute-Saintonge, avec un bon port, fur la rive droite de la Gironde, près de l’embouchure de ce fleuve, à 4 lieues de Brouage» On y pèche en tout tems d’excellentes fardines.
- S
- Sables dlOlone (les) , ville du bas-Poitou, fur le bord de l’Océan, à 11 lieues de la Rochelle, avec un petit port aifez commode. On y pêche des fardines, & il s’y fait un grand commerce de morue.
- Salerne ( golfe de )-, partie de la mer Méditerranée en Italie , fur la côte orientale du royaume de Naples, & de la principauté citérieure, près de la ville de ce nom.
- Salonique, ville de la Turquie méridionale d’Europe, dans la terre ferme
- - de Grèce-, capitale de la Macédoine „
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- NOTICE G É O
- au fond d’un golfe de même nom, dans l’Archipel.
- Sandwich. ville d’Angleterre , au comté de Kent, avec un port peu confidérable.
- Sardaigne, grande isle de la Méditer-rannée, au midi de l’isle de Corfe , dont elle eft féparée par un bras de mer qui a environ 6o lieues de long, fur 30 de large.
- Saverne,. ri-viere d’Angleterre, au pays de Galles, qui prend là fource dans les montagnes du comté de Mont-gommery, paife à Shrewsbury, à Worcefter , à Glocefter j dans la derniere de ces provinces, elle de-
- * vient Ci large , qu’on l’appelle quelquefois La mer de Saverne ; enfin après avoir reçu plufieurs rivières confidérables , telles que l’Avon, le Wye & l’üsk, qui abondent en fau-mons & en truites, elle fe jette à Foueft dans la mer par une large embouchure , qu’on appelle canal de Brijlol ou de Saint-Georges.
- Saumon, petit port de la côte de Bretagne à Belle-isle 5 c’eft le meilleur & le plus commode de l’isle. Il y entre des bâtimens de 40 à f o tonneaux : fon entrée eft défendue par deux batteries»
- Scarborough, petite ville d’Angleterre, bien peuplée, avec un petit port. Il s’y fait un commerce confidéra-ble de harengs, qu’on pèche fur les côtes voifines.
- Scheveling , village des Pays-Bas, dans la Hollande, fur le bord de la mer, dans les Dunesau voifinage de la
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- Haye, renommé pour la pêche, qui y eft très-abondante.
- Schoonoven : voye^ fécondé partie , fécondé fection , Notice géographique.
- Sébajlien ( Saint- ), place forte 8c port de mer d’Eipagne, de la province de Guipufcoa, dans la Bifcaye, fur la côte méridionale de la mer de Bif-caye ou des Bafques,à l’embouchure de la riviere de Gurumea.
- Seine : voye£ fécondé partie , fécondé feéHon, Notice géographique.
- Seine ( la), grand village de France , fur la côte de Provence, du côté de l’oueft de la ville de Toulon , fitué fur le bord de la mer, dans un grand enfoncement. On y peut mouiller avec des vailfeaux méd'io cres.
- Sétubal, ville considérable de Portugal , dans la province d’Eftrama-dure, au midi du Tage, fur un petit golfe que la marée forme à. l’embouchure du Zadaon avec un bon port, où il fe fait de bonnes pèches.
- Sicile, isle de la mer Méditerranée, la plus confidérable, par fa grandeur & la fertilité, entre les isles de cette mer : elle a la figure d’un triangle , 8c eft fituée vis-à-vis la pointe méridionale de l’Italie.
- Sinigaglia , petite ville d’Italie, dans la Marche d’Ancône, au duché d’Ur-bin, fur la rive feptentrionale du golfe de Venife, avec un château & deux ports.
- Slefwick, duché de Danemarck, ou le Sud-Jutland, d’environ 8. lieues de.
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- NOTICE GÉOGRAPHIQUE:
- long fur f de large : il eft borné par le nord-Jutland, la mer Baltique, le Holftein & l’Océan ; la capitale, qui porte auffi le même nom, eft fur le golfe de Slie, avec un bon havre.
- Somme ( la ) : voye^ fécondé partie, fécondé fection , Notice géographique.
- Stralfund, ville d’Allemagne , dans la Poméranie, fur la mer Baltique , vis-à-vis l’isle de Rugent : elle eft fujette au roi de Suede.
- Strimone ou Strymon , riviere qui fer-vait autrefois de borne entre la Macédoine & le Thrace, fur les bords & à l’embouchure de laquelle eft aujourd’hui la petite ville de Con-telfa ou Stremona, dans la terre ferme de Grece. On nomme aujourd’hui cette riviere Stromona ou Marmara.
- Sund ( détroit du ) , célébré détroit d’Europe, dans les états du roi de Danemarck, qui fépare la mer de Danemarck avec la mer Baltique. Il eft entre l’isle de Schoonen, qui appartient à la Suede , & l’isle de See-lande, au Danemarck : Elfeneur & Cronembourg le défendent de ce côté, & Edimbourg du côté de la Suede. C’eft la clef de la mer Baltique : il a deux lieues de France de large. Tous les vailfeaux qui y paf-fent payent un droit au roi de Danemarck.
- Sundmeur : voyeç fécondé partie, première fedtion , Addition à la morue ; & fécondé fedtion, Notice géographique»
- Sujjex , comté d’Angleterre, faifant partie de ce qu’on appelle les provinces du Sud : il s’étend en long^ du levant au couchant, le long de la Manche , depuis le port de la Rye jufqu’à Chichefter , du côté du nord. Il fait face aux comtés de Kent & de Surrey ; du côté de l’eft, au comté de Southampton. Il eft ar-rofé de plufieurs rivières : on y pêche de bonnes huitres.
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- Tabhs ( Saint- )* cap d’Ecolfe, à cinq lieues au nord - oueft de Berwick, qu’on peut regarder comme la partie la plus méridionale du golfe d’Edimbourg.
- Tamife : voye^ fécondé partie , fécondé fection, Notice géographique.
- Tanel, isle d’Angleterre , dans la partie feptentrionale du comté de Kent, en tirant vers l’Orient, formée par l’Océan & la riviere de Stoure.
- Tarifa , ville d’Elpagne, dans l’Andalou fie , fur le détroit de Gibraltar, à f lieues de la ville de ce nom.
- Tay, riviere aifez confidérable de l’E-colfe, qu’elle divife en feptentrionale & méridionale : elle prend fa fource dans le lac de même nom, dans la province de Braid-Albain, d’où elle paife par celle d’Athol, & & de là par celle de Perth , baigne la ville de Gowry au nord , & celle de Perth au fud , & fe jette dans la mer au-deifous de Dundée, par une embouchure de près d’une lieue de largeur.
- Terre-neuve : voyeç fécondé partie ,
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- NOTICE GÉO
- première fedtion, Notice géographique.
- Texel, isle des Pays-Bas, dans la nord-Hollande , à l’embouchure du Zuy-derzée, à 18 lieues d’Amfterdam, avec un bon port.
- Thau ( étang de ) , étang confidérable du bas-Languedoc, litué le long de la mer, depuis Agde jufqu’à Aigues-mortes , qui s’étend dans la longueur de près de i f lieues, & fe débouche dans le golfe de Lion par le paifage de Maguelon, & par le port de Cette. Il eft fort poiffon-neux.
- Thejfalonique. Voyez Salonique,
- Toulon, ville & port de la mer Méditerranée, dans la baffe - Provence. Son port eft un des plus beaux, des plus vaftes & des plus fûrs du monde.
- Touloufe , ville célébré & ancienne du haut - Languedoc , dans, la partie occidentale, fur la Garonne , à l’endroit où cette riviere commence à porter bateaux. C’eft à peu de distance de cette ville que finit le canal de Languedoc.
- Tours, grande & belle ville , bien marchande , capitale de la Touraine , fituée au midi de la Loire , entre ce fleuve & la riviere du Cher, quife décharge dans la Loire.
- Trapani, ville marchande d’Italie, fur la côte occidentale de la Sicile, dans la vallée de Mazara, avec un port.
- Treboul, bourg & port de baffe-Bretagne , dépendant de la paroiffe de Polan, fur la baye de Douarnenez, amirauté de Quimper,
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- Trentemoux , isle de la Bretagne méridionale , dans la riviere de Nantes, même amirauté.
- Trèport ( le ), bourg de France e’11 Normandie, à une demi-lieue d’Eu, avec un port à l’embouchure de la Bresle.
- Trope£ ( Saint- ), petite ville maritime alfez forte & allez marchande de la balle - Provence , au diocefe de Fréjus, fur le golfe de Grimaud, à 12 lieues de Toulon.
- V
- Vade ( tour de ) , tour qui fe voit dans le fond d’un golfe de même nom, dans la mer de Tofcane, fur la côte méridionale de Livourne.
- Valence, ville d’Efpagne, capitale du royaume de même nom, fituée près de l’embouchure du Guadalaviar, dans la Méditerranée, avec un boa port. Tout près de cette ville, la. mer forme un lac confidérable ou 011 pêche beaucoup de thons, d’alo-fes & d’anguilles.
- Valery-en-Caux ( Saint-) , gros bourg-& port de mer de haute-Normandie , au pays de Caux, entre Dieppe & Fefcamp , à 8 lieues de Caudebec * qui n’eft prefqu’habité que par des pêcheurs.
- Valéry ( Saint-), ville la plus confidé-' rable du Vimeux, dans la baffe-Picardie, fur la rive méridionale de. la Somme, à deux petites lieues de l’embouchure de cette riviere dans la mer , avec un affez bon port..
- Vannes, ville ancienne de la baffe-Bretagne , avantageufement fituée pouir le commerce a fur la côte méridio^
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- NOTICE GEOGRAPHIQUE.
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- nale de cette province, à une lieue de la mer, avec laquelle elle communique par le petit bras de mer appelle le Morbihan , dans lequel la marée remonte. Elle eft à 24 lieues de Nantes, & à 7 & demie du Port-Louis.
- Varangeville-fur-mer, petit village de Normandie, au pays de Caux , à cinq quarts de lieue de Dieppe.
- Fenife , ville d’Italie , capitale de la république du même nom, fur un golfe auquel elle donne fon nom, à une lieue de la terre ferme.
- Fer b anus Lacus. Voyez Lac Majeur.
- Ftrmeyo, petite ville d’Elpagne dans la Bifcaye, avec un fort bon port fur le bord de l’Océan.
- Férone, ancienne, grande & belle ville d’Italie, dans l’état de Venife, fur l’Adige.
- Feule, bourg & port de la haute-Normandie , dans le pays de Caux, fur le bord de la mer, à une lieue de l’embouchure de la riviere de Dun.
- Vienne ( la ) : voye^ fécondé partie, fécondé fection , notice géographique.
- Fi go, ville d’Elpagne dans la Galice, fur la côte de l’Océan, au nord-oueft de Tuy, avec un bon port.
- Vilaine ( la ), riviere de Bretagne, qui prend fa fource dans le Maine, près la Gravelle, palfe à Châteaubourg, à Rennes, à Rieux, & fe jette dans la mer , quelques lieues au-delfous de la Roche-Bernard.
- Fivarais , petite province de France , au gouvernement de Languedoc,
- faifant partie du canton connu (bus le nom de Cevenes.
- W
- Waterfort, ville riche, négociante d’Irlande , au comté de même nom, dans la province de Munfter , au fud, fur la riviere de Sure, qui, le joignant avec celle de Barrow , forme une très-belle baie qu’on appelle le Havre de TVaterford, dans lequel les plus gros vaideaux peuvent entrer & y être en fureté.
- JFeJlernes (isles). On donne ce nom à une multitude d’isles qui fe trouvent fur la côte occidentale d’E-coife, au nord de l’Irlande. La plus confidérable de toutes eft celle de Skie, & enfuite celle de Lewis.
- Wighet ( isle de ), isle de la partie méridionale d’Angleterre, dépendant du comté de Southampton, aifez peuplée & très-fertile : elle a fept lieues de long fur trois à quatre de large.
- Wif mer, ville des états de Suede, en Allemagne , dans la partie feptentrio-nale du duché de Mecklembourg, dont elle eft la capitale. Elle eft lituée au fond d’un golfe que forme la mer Baltique entre Lubeck, Ro£ toc & Schwerin : elle a un bon port.
- Wlie, isle de la Nord-Hollande à l’embouchure du Zuyderzée, entre l’isle du Texel & celle de Schelling.
- X
- Xacca, ville de Sicile, dans la vallée de Mazara, fur la côte méridionale, au pied d’une montagne, avec un bon port.
- Y
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- TABLE GÉOGRÀPHI Q,U E.
- ‘ ' Y
- Tarmouth, ville d’Angleterre au comté . de Norfolck, à l’embouchure de la riviere. d’Yare, dans la mer d’Allemagne,, avec un très-bon port, très-fréquenté pour la pèche du hareng.
- Z
- Z ante, isle de la Méditerranée, dans Ja partie appellée la mer de Grece, au couchant de la Morée, dont elle eft éloignée d’environ i f lieues , à f lieues au midi de celle de Céplia-
- 4tf
- Ionie, avec un bon port.
- Zélande, province des Pays-Bas, l’une des fept qui compofent la république des Provinces-Unies, qui con-lifte en plulieurs isles que forme l’Océan, avec des bras de l’Efcaut & de la Meufe.
- Zuyderfe, grand golfe de la mer du nord, fur la côte des Pays-Bas, qui s’étend du fud au nord .dans les Provinces-Unies , & entre laFrife, l’O-ver-YiTel, la Gueldre & la Hollande.
- . ~~ ....*— e»
- • TABLE ALPHABÉTIQUE
- Des noms des poiffons dont il eft parlé dans les trois ferions de la fécondé partie du Traité général des pêches ; avec les noms fynony-mes qui ne fe trouvent point dans le texte ; quelques notices abrégées de ces poijjons , des renvois aux fe frions.
- A
- +Æbadiva de St. Jean-de-Luz, eft' le lieu de Bretagne , fe&. I.
- A b le , ablette , ovelle, petit poilfon. d’eau douce dont on tire l’elfence d’orient, pour faire les perles faut-fes. On nomme quelquefois able bordé, ceux où la couleur brune s’étend plus avant fur les côtés , lèc-tion III.
- ’Abramis, nom que quelques-uns ont donné à la brème 5 Oppian & Athénée mettent ce poilfon au nombre des alofes, fe&. III.
- Açhon, auchon ou auçon, poilfon de. Tome Xt.
- la Mofelle, que Bélon compare à l’ombre, d’autres au vilain, fec-tion III.
- Aculeatus. Voyez Echarde , fed. DI.
- Agons, poilfon des lacs, que Bélon regarde comme une petite alofe, "Wil-lughby comme des alofes de trois ans : il appelle fardellce, celles qui n’en ont que deux, fcarabini celles qui font plus petites : on dit ailleurs gabioni, & il donne le nom àéalofes ou de cep'rn, aux plus grolfes, fed. III.
- Aigrefin ou égrefin, petit poilfon de la famille des morues, qui fe pèche
- Ggg
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- 4i$ TABLE ALPHABÉTI Q.U E.
- fur les côtes de Flandre, fed. I.
- 'Alacci ; on nomme ainfi en Sicile un poilfon communément un peu plus gros que la fàrdine, & qui fe débite frais dans les villes & villages de ce royaume, fed. III.
- fAlachie, nom qu’on donne à Cette au célerin. Voye{ ce mot, fed. III.
- Albula major. Voy. Vandoife, fed. III.
- Albula minor. Voy. Able.
- Albula nobilis. Voy. Lavaret, fed. II.
- Albumus. Voyez Able, & dans Bélon, les différens noms qu’on donne à ce poilfon dans les pays étrangers , fed. III.
- 1Alloche, poilfon qu’on croit en balfe-Bretagne, être le grand célerin, fec-
- f tion III.
- Alofa falja, faulfe alofe. Voyez Feinte3
- fed. III.
- Alofa minor ; quelques auteurs donnent ce nom au hareng, fed. III.
- Alofe, alofa ou clupea, nom d’une famille de poilfons qui n’ont qu’un petit aileron fur le dos, & different des morues qui en ont trois, & des faumons qui, outre ce petit aileron, ont fur le dos un appendice muqueux. La famille des alofes comprend un grand nombre de poif. fons, tant de mer que d’eau douce.. Ce poilfon paffe de la mer dans les rivières. Ainfi c’eft mal-à-propos qu’on a voulu les diftinguer en marines & fluviatiles , fed. III.
- Alofeaux de la Loire, petites alofes. Je crois que les alofeaux d’Oleron font de petites fardines , fed. III.
- Ahin. Voy. Menuife ,fed. III.
- Anchois ; les Provençaux djfent an-
- choies ; Artedi, anchovies ; Bélon » halecula ; Ælian, encrafcholus : poiffon de mer qui relfemble à une petite fardine comme une groffe far-dine relfemble à un petit hareng. Ce font trois différentes elpeces de poiffons, fed. III.
- Anon} en haute-Normandie; egrefin ou eglefin, à Dunkerque ; doguet ou guellekens, en Flandre j borrachota , des Bafques j afellus antiquorum , Haddock, fed. I.
- A non. Voy. Aigrefin, fed. I.
- Anthia. Voy. Capelan , fed. I.
- Aphie, nom que Rondelet donne à un amas de petits poilfons, entre le£ quels il comprend la melette. Voy. Melette, fed. III.
- Arache , nom que, fuivant Bélon, on donne à Gênes aux petites pucelles, fed. III.
- Argentine, petit poilfon du genre des faumons & des truites, qui fe pêche fur les côtes du Languedoc, fed. III.
- Afellus, nom générique que beaucoup d’auteurs donnent aux morues. On les nomme aufii gadus.
- Afellus. Voy. Morue franche , lieu, colin , merlan, ânon , tacaud, capelan 5 merlus, lingue, fed. I.
- Aubuffeau ou Hauhujfeau ; goulard ou prêtra de Poitou & d’Aunis, fed. III.
- Auchon ou auçon, poilfon de la Mo-felle. Voy. Achon, fed. III.
- B
- Bacaillau, nom que les Bafques donnent à la morue franche , fed. ï.
- Ballerus , poilfon cTeau douce que
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- TABLE ALPHABETI Q_U E.
- Rondelet croit être la bouvière , fed. III.
- Baraud - Gode, poilfon de la famille des morues, 'qu’on appelle auffi ta-caud, fed. I.
- Barbeau, barbotte, barbue, poilfon d’eau douce alfez bon à manger, que quelques-uns nomment cyprinus oblon-gtts, quoiqu’il ne reifemble guere à la carpe. Quelques barbeaux n’ont point de dents, quélques - uns ont des afpérités, d’autres n’ont que des mamelons : enfin d’autres ont des dents. Selon Bélon, on en prend dans la mer. GelTner dans fon No-menclator, dit qu’on en prend dans le Rhin de deux efpeces, qui n’ont ni laite ni œufs, & qui font un mets excellent, que l’une refte cachée tout l’hiver, que l’autre qui fe montre dans cette faifon, a la tête plus petite & le corps plus arrondi que l’autre : enfin il dit qu’il y en a qui confondent le barbeau avec le fur-mulet , ou barbarin rouget, barbu, fed. III.
- Barbotteau, nom que quelques-uns donnent à la chevaline, à caufe de la reifemblance qu’ils ont cru lui
- < trouver avec le barbeau, fed. III.
- Bécard, nom qu’on donne à des làu-
- 5 mons qui ont la mâchoire d’en-bas plus longue que celle d’en-haut, & recourbée vers le haut : il y a auffi des truites bécardes, fed. II.
- Bequet, nom que l’on donne dans quelques provinces au brochet, fed. III.
- Bergken fish, mittel dorfeh, nom qu’on donne en Danemarck aux* petites morues, que dans le nord, on nom-
- 419
- me dorfeh ou torsk 8c torfeh, fed. I.
- Befole, efpece de lavaret qui fe prend dans le lac de Geneve * fed. IL
- Befula, Voy. Befole.
- Blanc. Voy. Goujon de riviere, fed. III.
- Blanchaille. Voy. Menuife, fed. III.
- Blaquet, Blanche franche bâtarde. Voy. Menuife, fed. III.
- Boga, poilfon qui fe prend à S. Jean-de-Luz, & qui reifemble à quelques égards à la fardine, fed. III.
- Bogue, poilfon qui fe pèche en Sicile & à Meffine, fed. III.
- Boifcon, nom qu’on donne à Belle-isle à l’aubulfeau de Poitou, fed. III.
- Bordeliere, ballerus d’Ariftote & de Rondelet, poilfon d’eau douce qui fe tient ordinairement fur le bord des rivières, & qui ayant quelque reifemblance avec la brème, a été nommé par quelques auteurs cyprinus latus & tenuis, fed. III.
- Borrachota, nom que les Bafques donnent à un poilfon du genre des morues, qui reflèmble à la goberge. Voy. A non, fed. I.
- Bouvière, peteufe , petit poilfon d*eau douce, qui, par la forme de fou corps, a en petit alfez de relfem-blance avec la carpe, fed. III.
- Brama. Voy. Brême.
- Brame. Voy. Brême.
- Brême ou brame, brama, cyprinus l<fr tus, poilfon d’eau douce qui relfem-ble à la carpe, & fe trouve dans les lacs & rivières qui ont peu de courant, fed. III.
- Brême-gardonnée , fed. III.
- Ggg ij
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- TABLE ALPHABÉTI CL U E.
- ..Brisling, nom qu?on donne en Norvège à de petits harengsqui dans certaines faifons fe montrent en grande quantité fur ces côtes, fed. III.
- Brochet, Inclus ; en quelques provinces ,. biquet ; poilfon d’eau douce qui eft long, & a le. mufeau pointu, qui fe prend dans les lacs & les étangs-, fed. III.
- Brochetons, nom que les pêcheurs don-rent aux jeunes brochets , fed. III. C
- Cabillaud ou cabellau ; on nomme ainfi. en Flandre & en Hollande le , poilfon qu’on nomme ailleurs morue , fed. I.
- C'ahuhaux ou calluaux , nom qu’on donne à l’entrée de la.Seine aux feintes laitées, qu’on appelle à Parispu-‘ celles, fed. III.
- Cailleu, fardlna Caribæarum , poilîbn - alfez femblable à la fardine de France, qui fe pèche aux isles du vent d’Amérique, où il eft fort eftirné,. fed. III.
- CalLique, nom qu’on donne à un poif-fon de la famille des alofes, qui fe prend à Agde. Voy. Celerin, fed. IIL Capelan, petit poilfon qui n’eft point du genre des morues ; mais dont on a parlé,:parce qu’il fournit un des meilleurs appâts pour prendre la morue. D’ailleurs les pécheurs des différens’ portS' nomment capelan , prêtra on prêtre, deux poilfons de différens caraderes ; celui qui fe prend fur le grand banc de Terre-neuve , eft fort eftirné des pêcheurs
- de moruepour amorcer les haims T fed. I.
- Capelan de la Méditerranée, poilfon qui fe prend dans la Méditerranée 7 & particuliérement fur les côtes de Provence, fed. I.
- Capelan. Voy. Prêtra , led. III.
- Capito jluviatilis , nom que, fuivant Rondelet, quelques-uns donnent à la chevanne, fed. III.
- Carpe d’eau douce i cyprinus, poilfon rond un peu applati, qui fe prend dans les rivières, les lacs & les étangs , & qui eft très-commun & eftirné, fed. III.
- Carpeau r cyprinus nobllls excellent poilfon du Rhône, qui eft du genre des carpesà q.ui il relfemble parfaitement ; on le diftingue cependant de la carpe, mais à des lignes qu’on ne peut expofer dans des figures, ni faire fentir par une def-eription. On prétend que. le ventre du carpeau eft un peu plus applati ; mais ou alfure qu’intérieurement on n’apperçoit pas de dilférence. Ce fait a été vérifié avec la plus grande attention par M. de la Tourrette-Comment fe produifent les carpeaux ? c’eft ce qu’on ne lait pas, & pour avoir fur cela quelques éclaircilfemens, on renvoie à un mémoire de M. de la Tourrette, qui fera imprimé dans le journal de phylique de M. l’abbé Rolier. Il regarde le'carpeau comme une carpe mâle & impuilfante, à quoi l’on peut attribuer la grailfe & la délicatelfe des animaux châtrés. Il faut être en*
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- TABLE A L P H
- garde contre une' rufetdes marchands , qui fouvent font vuider leurs carpes mâles-de leur laite pour les vendre comme carpeaux, dont le prix eft au moins double de celui de la carpe. Un carpeau de 8 à io livres eft réputé de belle taille : les petits font moins eftimés , fecl. IIL Carpion, carpione, carpio lacus benaci, poilfon du genre des truites-, qu’il ne faut pas confondre avec- le carpeau du Rhône, qui eft du genre des carpes, fed. IL Carreau , nom que les pêcheurs donnent au gros brochet, fed. III. . CéLerin ou cilanr celer inus, nom qu’on donne à des poilfons qui fe prennent fur les côtes de Picardie & de Normandie , qui relfemblent à de jeunes harengs. Onfoupqonne que ce poif-fon eft le même que celui qu’on nomme à Agde callique ou lâche , qui ref-femble à de petitesalofes4& que Rondelet croit être de petits célerins. Cette incertitude fait que les uns ont appellé le célerin harengus minor, d’autres fardina major ; ce pourrait encore être Varache de Mar-feille, peut-ètte l'alachie ou hara-chie de Cette, qui reifemble beaucoup à l’alofe.; mais qui ne remonte -pas dans les rivières. Sans .cela, on pourrait penfer que ce ferait 1 e/à-rache des AlbanoisoLes pêcheurs de Breft ne connaiifent pas de poiifon fous le nom de célerin ou de célan ; mais iils prennent l’été un poiiïbn de cette famille. J’ai vu le deiîin d’un que les.pècheurs Bretons nomment allcche.. Les plus grands ,ont, treize
- ABÊTI Q.U E.
- pouces de longueur -, leur plus grande largeur verticale vis-à-vis l’aileron du dos & les nageoires du ventre, eft de douze pouces dix li-, gnes i leur épaiflêur en cet endroit de feize lignes , l’aileron du dos eft bruni les autres ainfi que les nageoires font blanchâtres ; le dos eft d’un bleu foncé y les écailles font moins grandes & moins brillantes que celles ‘des harengs ; la chair moins délicate, fed. III.
- Cepia , fynonyme d’alofe ou gros agons , fed. III.
- Chabot. Voyez Goujon de riviere, fec- tion III.
- Chabuijjeau, nom que les pêcheurs de la Loire donnent à la chevanne ; en Poitou & en Aunis , à. un petit poiifon de deux ou trois pouces de long, dont les écailles font petites & blanches., qui a depuis les ouies juiqu’à la queue une bande de deux à trois lignes de largeur d’un bleu .. .clair & luifant ; il a un petit aileron fur le dos , un ou deux derrière l’anus y l’aileron de la queue fendu , deux nageoires fous la gorge y une derrière chaque ouie j la tète petite. Quelques-uns le nomment chabif. feau j on le nomme auili en patoia des bords de la Loire, garbotin , garbateau, fed. IIL Chalcidis. Belon fait fous ce nom une famille de poilfons , dans lefquels il comprend les harengs, les fardi-nes & plusieurs autres,, fed. III. Chevanne , chevefne , meunier , vilain T tejlard, barbotteau , garbatin , garbateau 3 chabuijjeau ; en anglais chie-
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- 42.2
- TABLE ALPHABÉTI Q_U E.
- ven : tous noms fy no ny mes qu’on donne à un poiflon d’eau douce qui devient allez gros , fed. III.
- Chtvefne. Voyez Chevanne , fed. III,
- Chiepa, nom que les Vénitiens donnent aux alofes, fed. III.
- Chieveti. Voyez Ch&vanm, fed. III.
- Clippfish. Voyez klippfish, fed. III.;
- Clupea. Voyez alofe , fed. III. >
- Clupeamaculis nigris notata, forte d’a-lofè qu’on appelle feinte, fed. III.
- Codlingue, nom qu’oirdonue en Flandre aux jeunes morues, fed. I.
- Colac, nom qu’on donne à Bordeaux à l’alofe, fed. III.
- Colin, afellus niger, poiflon du genre des morues, qui eft commun au nord de l’Angleterre & qui fe prend rarement fur nos côtes : on nomme aufli colin à Grandville , un poilfon qui femble être un petit lieu que d’autres appellent morue noire, afellus niger. Il y a de la différence entre le lieu & le colin : en Norwege , les jeunes colins fe nomment fiyes^ fed.
- I & III.
- Coregonus. Voyez Lavant, fed. II.
- Cornuo, nom d’un allez mauvais poif-fon de la famille des alofes qui remonte la Loire , fed. III. 1
- Courade, nom qu’on donne à une ef-pece de fardine, qui fe pêche au Croific en Bretagne.7 Nota qu’il y a une faute au titre du dernier paragraphe de l’article IV, page 2,8 r, où il faut lire Bretagne au lieu de Normandie, fed. IIÏ. * -
- Couverts ou couvreaux , nomqu’on-donne à l’entrée de la Loire aux feintes œuvées, fed. III. - -
- Cyprinus, nom qu’on donne en latin à la carpe ordinaire, fed;. III. Cyprinus aculeatus, carpe épineufe. O11 l’appelle auffi pigo, fed. III. Cyprinus latus. Voyez Brême, fed. III, Cyprinus latus & tenais, nom qu’on donne à la bordeliere, fed. III. Cyprinus mucofus, nom qu’on donne en latin à la tanche, fed. III. Cyprinus nobiiis, nom qu’on donne à ~ un poilfon appellé carpeau ; fed. III. Cyprinus oblongus. V.Barbeau, fed. III. D
- Dard. Voyez Vandoife, fed. III. Digitales , on nomme ainfi les très* petits làumons, fed; II.
- Doguet, nom; qu’on donne en Flandre aux ânons '& aux jeunes morues» fed. I.
- Doguet. Voyez Aigrefin, fed. I. Doguetes. Voyez Morue, fed. I. Dorfch , nom qu’on donne dans le nord à tous les poilfons du genre des afellus & des gadus ; ce qui n’empêche pas qu’on donne particuliérement ces noms à une efpece plutôt qu’à une autre, fed. I.
- E
- Echarde , épinoche ou êpinarde , aculea-1 tus, poilfon d’eau douce très - petit, qui a des pointes très-piquantes fur * le dos , femblables à une alêne ;;ce qui le fait nommer par le vulgaire favetier, fed. III. ' • - . <
- Eglefin. Voyez Aigrefin , fed.. I.
- Egrefin ou eglefin, nom qu’on donne à Dunkerque à Tânon, fed. I. EnctaJicholus. Voy.. Anchois, fed. III. Eperlati i, - epenldnus yfalmo omnium minimum ’petit j poiflon de ‘ mer ».. qui
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- TABLE A L P H
- entre dans Pembonchure des rivie-ress. Il y a dans la Seine un petit
- v éperlan3 bàtard, qui n’a point le caradere des vrais éperlans. Je crois que ce font de jeunes & petites brèmes , fed. II & III.
- Eperlanus.Yoyez Eperlans, fed. II.
- Epinarde. Voyez Echarde., fed. III.
- Epinoche. Voyez Echarde., fed. III.
- Eprault, de Grand ville, fynonyme de menuife. Voyez ce mot, fed. III.
- Efox ou edox, nom qu’on donne dans 3e Rhin à un poiifon qu’on prétend être le brochet, fed. III.
- Efprot. Petit poiifon connu au Havre , & qui parait avoir beaucoup de rapport avec le iprat Anglais. J’ai reçu fous le nom de à'efprot un poiifon qu’on dit être une fardine du nord, fed. III.
- F
- Feinte. Clupea tnaculis nigris notata. A lofa ficla aut falfa. Gatte, à Bordeaux , fauife alofe ; à Paris, pucelle. On conferve à l’embouchure de la Seine le nom de feinte pour les œu-vées, & on nomme les laitées ca-huhaux ou calluaux. A l’entrée de la Loire, les œuvées fe nomment couvert ou couvreaux , & les mâles laiteaux, fed. III.
- Ferra. Efpece de lavaret, qui fe pêche dans le lac de Gencve, fed. II.
- Flackfish. On appelle ainfi les torfeh, qu’on fend & qu’on étend à plat .pour les- delfécher, fed. I.
- Flion ou' jliffion. Voyez Menuife , fed. III. ' \ ,
- Fretin de harengs. Harengus paryulus
- A B Ê T I aU E. 42?
- five non natus ; ce font des harengs encore très-petits, fed. III.
- Fritons ou friteaux. On nomme ainil en Languedoc, fuivant Rondelet, les petits fieges , poiifon qui tient beaucoup du gardon ou de la van-doife. Voyez Siégé.
- Fullo. Quelques-uns ont voulu donner ce nom à la tanche, parce que l’eau dans laquelle on l’a lavée a la propriété d’ôter les taches, mais bien d’autres poiflons communiquent auiîi cette vertu à l’eau, fed. III. G
- Gabioni. Nom que Willughby donne aux jeunes agons. Voyez ce mot, fed. III.
- Gadus. Voyez Morue-franche , lieu , colin , officier, merlan , aigrefin , ta-caud, capelan, merlan de l’Océan , lingue , ânon , fed. I.
- Gant-gens. On appelle ainil à Hely-geland le poiifon qu’on nomme dans l’Océan merlan, fed. I.
- Garbatteau. Voy. Chev an ne, fed. HL
- Garbotin. Voy. Chevanne, fed. III.
- Gardeau, gardon , petit poiifon d’eau douce aifez eftimé. Suivant Rondelet, on le nomme en Languedoc fiege} 8c les petits fritons ; mais il me femble que le fiege approche plus de la vandoife. On nomme auifi ce poiifon fargus, fed. III.
- Garfip. On donne, dans le pays Vénitien , ce nom à un poiifon qui fe prend avec les fardines au filet, ap-pellé tratta, fed. III.
- Gafla. Poiifon qui fe prend â Saint-Jean-de-Luz, & qui a les caraderes de la fardine 8c de l’arache, fed, IIX.
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- _4*4 N O TICE AL
- Gatte. Nom qu’on donne à Bordeaux à 1a feinte ou faulfe - aïofe, fed. III. ' /
- 'G attendu. On appelle de ce nom en Aunis les jeunes feintes ou petites gattes, fed. III.
- Gleffein. Poiifon qu’on regarde au Croific comme ûri anchois, fed. III.
- Goberge. Nom qu’on donne à Grand-ville à infpoilfon qui'eft peut-être celui que les Bafqües nomment bor-rachota, & quelques-uns morue de Saint - Pierre : il eft du genre des morues 5 mais il'eft plus délicat, fed. I.
- Goberia. Nom que les Bafques donnent à la gaubergé. Voyez ce mot. , fed. I.
- Gobio jluviatilis. Voyez Goujon d'eau douce , fed. III.
- Gaude. Voyez Baraud & tacaud , fed. I.
- Goeffon. Voyez Goujon, fed. III.
- Gorvelle. Poiifon connu au Croific, & qui différé peu de la 'lardine , fed.
- m.
- Goujon de riviere ; gobio jluviatilis. En Provence & dans le Lyonnais goeffon. Petit poiifon d’eau douce qu’on trouve affez abondamment dans la Seine , & qui eft eftimé quand on le mange frais. Rondelet parle d’un goujon d’étangs falés , qui fe trouvent au bord de la mer ; ils relfemblent par la forme du corps aux goujons de riviere ; mais ils font de meilleur goût. Suivant Bé-lon,, le goujon de mer a un grand aile,ron fur le dos. Le même auteur' parle auflld’un goujon de mer qu’il
- PHABÉTI aU E.
- nomme blanc y qui a deux ailerons fur le dos i ainfi ces déüx poilfons " ne doivent pas être compris dans la. fedionqui nous occupe maintenant. Quelques-uns ont nommé le chabot goujon de riviere, il a un grand aileron fur le dos, fed. III.
- Gouldfd. Voyez Aubuffeau ou auhuf » ftauy fed. III.
- Grados. Petit poiifon qu’on pêche à la Hougue, & qu’on nomme en Bretagne prêtra, fed. III.
- Grands gais.Petits poilfons qui relfem-blent beaucoup aux alofes , & qui ont tout au plus un pied de loin-
- * gueur. On les nomme auflipucelot-tes. Voyez ce mot, fed- III.
- Gravans. Efpece de lavaret qui fe pêche fur le bord du lac de Geneve , fed. IL
- Gravel-lafl-fpring. Nom que les Anglais donnent à un poiifon qui ref-femble à un petit tocan , & qui pourrait bien être le skeggers. Oii dit qu’il ne fe trouve que dans la riviere deWye , fed. IL
- Grelin. On nomme ainfi à Fefcamp le lieu de Bretagne. Voy. Lieu , fed. I.
- Grill. On donne quelquefois ce nom à de jeunes faumoneaux, fed. IL
- Guelk. On nomme ainfi en Flandre les jeunes morues, fed. I.
- Guellekins. Nom qu’on donne en Flan, dre à l’ânon, fed. I.
- Guiteau. Nom que les Bretons don-
- ' nent au tacaud, fed. I.
- , H
- Hadock, Voy. Anon & aigrejin, fed. I.
- Halachia. Nom qu’à Marfeille on donne au poiffon que nous .appelions
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- TABLE ALPHABET ïtLU E.
- 4ïf.
- . A Paris & fur la Loire alofc, fed.
- m.
- Halbourgfhareng). Gros hareng qui eft fort gras, & fe pêche fur nos côtes, fed. III.
- 'Halec. Voy. Hareng, fed. III.
- Halecula. Sorte de petit anchois 5 fed. III.
- Harache de Marfeille. Poiffon qu’on pêche fur les côtes de Marfeille & qui a beaucoup de reifemblance avec le hareng & la fardine. Suivant Belon, ce font de petites pu-celles : c’eft auftî le farache des Al-banois, fed. III.
- 'Harachia. Voy. Cèlerin, fed. III.
- jHarachie. Poilfon que Rondelet croit être le célerin, qui a de la reffem-blance avec l’alofe ; mais qui ne remonte pas dans les rivières, fed.
- m.
- Haranguelle ou harangnette de Caen. Voy. Menai fe, fed. III.
- Haranguette de Caen. Poilfon qui paraît allez reifembler à l’efprot du Havre, fed. III.
- Hareng ou Harang ; car on emploie l’une & l’autre orthographe. Poif-fon qui eft bien de la famille des alofes, mais formant une efpece particulière qui ne remonte pas dans les rivières. On le nomme en latin halec ; mais ce nom convenant aux petits poiffons qu’on laie, il appartient également aux fardines & aux anchois. Comme par fa forme il ref-fem]ble aifez à l’alofe , quelques-uns l’ont appelle alofa minor. Je crois cependant qu’on peut adopter l’ex-preffion de harengus qu’on lui a Tome XJ.
- donnée. Belon le met au rallg des chalcidis. En Angleterre & en Allemagne , on le nomme herring. Oit nomme pec les harengs qu’on pèche dans le nord ; halbourg, un gros hareng qu’on pêche fur nos côtes » gais, ceux qui font vuides d’œufs & de laite.51 Je ne comprends point, ici les noms qu’on donne aux harengs , fuivant les lieux où ou les pêche, comme harengs de la Manche , diYarmouth, d'Ecoffe, non plus que fuivant leurs différentes préparations , comme frais, falés en blanc, fauris, bouffis, &c. fed. III.
- Hareng hugué. Poiffon connu fur les côtes de l’isle d’Oleron, & qui ref. femble beaucoup au fprat, fed. III.
- Hareng ou muge volant.Voyçz Poiffon. volant, fed. III.
- Harengade de Provence. Rondelet veut que ce foit de petits harengs * mais, tout bien confidéré , ce n’eftpas une elpece de poiffon ; on donne ce nom aux harengs & aux fardines falés en blanc, fed. III.
- Harengue. Poiffon quife pêche au Havre , & qui reffemble beaucoup au grand gai, fed. III.
- Harengus minor. Voyez Cèlerin, fec-tion III.
- Hâuhuffieau. Voyez Aubuffieau, fed.
- III.
- Hengfish. Nom .que les Islandais donnent au torfeh qu’on a lùfpendu pour le deffécher, fed. III.
- Herring. Voyez Hareng, fed. III.
- Hertaut de Grandville. Voy. Menuife, fed. III.
- Huch, Sorte de truite qui fe pêche en H h h
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- TABLE ALPHABÉTI Q_U E.
- 4 26
- ; Autriche, & qui eft afTez eftimée.
- Humble. Voyez Urnbre, fed. IL
- J
- Jacu lus. Voyez Vandoije, fed. III.
- Julienne. Voyez Lingue, fed. I.
- K
- Kabliau. On appelle ainiî en Dane-
- * marcklameilleure eipece de dorfch ,
- fed. I.
- ’ Kavauche. Eipece de carpe commune en Allemagne, que les Tartares font lécher pendant l’été pour s’en nourrir l’hiver, fed. IL
- Klippfish. Ce mot lignifie dans la langue des Schetlandais des torfchs Léchés fur les rochers, fed. I.
- L
- Laccia. Nom qu’on donne à Rome à l’alofe, fed. HI.
- Lâche. PoifTon qui reffemble à une petite alofe qu’on prend afTez abondamment à Agde. Voyez Célerin, fed. III.
- Ladog. Eipece de hareng qu’on pêche en Mofcovie dans le lac Ladoga, fed. III.
- Laiteau. Nom qu’on donne à l’entrée de la Loire aux fauffes alofes ou feintes mâles ou laitées, fed. IIL
- Lancerons. Nom que les pêcheurs donnent aux brochets de moyenne grandeur, fed. III.
- Lançon. Nom qu’on donne dans quelques provinces au brochet, fed. III.
- Larde. PoifTon qui fe pêche au Havre , & qui reffemble exadement à l’timbre d’Auvergne, fed. IL
- Lavaret ; lavaretus , albula nobilis , co~ regonus maxilla fuperiore longiore. Poillon allez eftimé & délicat, du
- • genre des truites , qui fe prend dans les lacs, fed. IL
- Lavaretus. Voyez Lavaret, fed. IL
- Lejlia. PoifTon des lacs qui différé peu des liparis, fed. III.
- Lévênégatte. Voyez Lieu, fed. L.
- Lieu de Bretagne, merlu verdin, grelin, lut s , merlu , lévênégatte, colin, aba-diva;gadus ore imbcrbi, afellus vire fans. PoifTon de la famille des morues par le nombre & la pofition des ailerons^ des nageoires, mais qui différé de la morue franche, en ce qu’il n’a point de barbillon au menton, & que l’aileron de la queue eft un peu fendu ; il reffem-ble afTez à un gros merlan, fed. I.
- Lilingua. Suivant Belon, on appelle ainfl les vandoifes au voifinage du lac de Bourron en Thrace, où Ton en prend une fi grande quantité, qu’on en fale & qu’on en feche pour les porter à Conflantinople, fedion III.
- Lingen. Sorte de morue des Islandais, c’eft le même poiifon que le lips, fed. I.
- Lingue, grande morue barbue, morue longue, julienne. Ce poiifon ne devrait pas être compris dans la fec-tion des morues, puifqu’il n’a que deux ailerons fur le dos ; cependant plu fleurs auteurs l’ont mis au nombre des afellus & des gadus , & j’ai cru devoir en dire quelque chofe , parce qu’on en fale & qu’on en vend fous la dénomination de morue longue. J’aurai occafion d’en parler plus amplement dans une autre fedion , fedion I.
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- TABLE. ALPHABÎÊTIQ.U E..
- Lingue (petit) ou merlu barbu. Poiflbn du genre des morues, qui fe prend dans la Méditerranée & à Schetland, qui n’a que deux ailerons fur le dos,
- - fed. I.
- Liparis. PoilTon des lacs, qui a de la reifemblance avec le hareng & la fardine, fed. III.
- Lips. PoilTon du genre des morues, connu fous ce nom en Islande, fec-
- . tion I.
- Li^e, wittelingue, wittingue. PoilTon du genre des lieux, merlus , merlans, qui fert dans le nord à préparer -en ftockfish, fed. I.
- Loaddenfild, hareng rude. On donne, fuivant Horrebows, ce nom à un hareng qui eft rude au toucher, qui fe pèche dans les golfes d’Islande, fed. III.
- Lucius. Voyez Brochet, fed. III.
- Lucifcus ou Leucifcus. Voyez Vandoife,
- < fed. III.
- Lufet, on appelle ainli la truite en Bretagne.
- Luts. Voyez Lieu , fed. I.
- M
- Malcot. Nom que quelques pécheurs de Breft donnent au tacaud, fed. I.
- Melette. Nom qu’on donne à Marfeille à un poilfon du genre des fardines , que Rondelet comprend dans les aphies, & qu’il ne faut pas confondre avec le melet, fed. III.
- Menife. Petit poilfon connu à Grand-ville. Voyez Menuife , fed. III.
- Menuife , menife , meslis , œillet, fau-monnelle, blanchaille, norrin , alvin , aphie. Diiférens noms qu’on donne
- à un amaside toutes,fortes de poift fans, pifciculi omnium, generum , feit pifeium foboles, dans lefquels on ne laide pas de' reconnaître plulieurs poilfons qui deviendront grands, comme laumoneaux, gattereaux » truitelles-, &c. Il y a à Grandville un poiiîbn qu’on, nomme particuliérement menife, fed. ffl.
- Merlan. PoilTon de la; famille des morues,, mais qui a la forme plus alon-gée, la couleur plus brillante & la chair plus délicate, fed. I.
- Merlan de la Méditerranée. Voyez Merlu, fed. I.
- Merlan de l’Océan, gadus imberbis al-bus ) afellus mollis albus, poilfon du genre des morues, qu’il ne faut pas confondre avec le merlan de la Mé-diterranée, qui eft le merlucius ou la merluche, fed. I.
- Merluche, grand merlu de Bretagne, merlan de la Méditerranée, poilfon qui n’a que deux ailerons fur le dos, & qui ne doit pas être compris dans le nombre des gadus ni des afellus : on ne peut pas non plus adopter la dénomination de merlucius ; mais on en parle ici, parce qu’il fe pêche fur le grand banc, & qu’on le prépare commé la morue feche ; ce qui me fait penfer que c’eft ce poilfon qu’on devrait nommer merluche, & non pas la morue feche. Comme ce poilfon eft long, & qu’il a une grande gueule, il eft probable que la dénomination de merlucius vient de maris lucius, brochet de mer. Je foupqonne que ce poilfon eft levrit^
- fi h h ij
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- TABLE ALPHABÉTI Q.U E.
- 42S
- lingue du nord, fed. I.
- 'Merluche. Voyez Merlan de l’Océan, fed. I.
- 'Merlucius. Voyez Merlan de l’Océan , fed. I.
- 'Merlu barbu. Quoique ce poiffon ne foit pas du genre des morues, 011 verra, fed. I, ce qUi ma engagé à en parler. On nomme au Havre merlu verdin, le lieu de Bretagne ; en Picardie, on dit fimplement merlu, fed. I.
- Merlu de Bretagne. Poiffon qui, n’ayant que deux ailerons fur le dos, n’eft pas de la famille des morues, mais qui fe fale comme les morues : on en pêche beaucoup furies côtes de Bretagne, fed. I.
- Merlu verdin. Voyez Merlu barbu , fec-tion I.
- Meulenar, petit poiffon reffemblant à un petit merlan qu’on prend abondamment à Dunkerque, fed. I.
- Meulenaer, en Hollande molenaar, poiffon très-blanc que quelques-uns appellent meunier , fed. I.
- Meunier. Voyez Meulenaer, fed. I.
- Meunier. Voyez Chevanne, fed. III.
- Moine. Voyez Prêtre, fed. ITT.
- Molenaar. Voyez Meulenar, fed. I.
- Molua. Voyez Morue, fed. I.
- Mo lue. Voyez Morue, fed. I.
- Molva. Voyez Morue, led. I.
- Morhua. Voyez Morue, fed. I.
- Morue. Poiffon de mer qui a trois aile-
- , rons fur le dos & deux fous le ventre. Nous avons compris dans la première fedion de la fécondé partie du Traité générai des pêches, tous les poiffons de la même fa-
- mille , c’eft-à-dire, qui ont les ca-raderes des morues ou des afellus~ On appelle en quelques endroits la morue franche molue ; en Flandre: cabillaud y chez les Bafques bacal-liau ; en latin afellus, gadus, morhua , molua ; fur les côtes de Flandres, on appelle les jeunes morues moruettes, guelk, doguets ou codlin-gen, fed. I.
- Morue barbue ( grande). Voyez Lingue , fed. I.
- Morue fraîche ( petite^). Voyez Tacaud? fed. I.
- Morue franche. Poiffon qu’on nomme en Flandre & en Hollande cabillaud: on dit en quelques endroits molus » fed. I.
- Morue longue. Voyez Lingue , fed. I.
- Morue noire. Voyez Colin, fed. I.
- Morue de S. Pierre. Voyez Borrachota & ânon, fed. I.
- Moruette. On appelle ainfi en Flandre les jeunes morues , fed. I.
- Muge. Voyez Poiffon volant y fed. III. N
- Nadelle. Nom qu’on donne en Languedoc à la melette, & que Rondelet met au nombre des aphies, fed. HL
- Nonnat. On nomme ainfi à Antibes une multitude de très-petits poiffons du premier âge. Cette expref-fion vient de non natus , à peine nés» fed. III.
- Norrin. Voyez Menu ife , fed. III.
- O
- Oefs, eipece de morue des Norvégiens, fed. I-
- Œillets. Voyez Menuife 3 fed, IIL
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- T A*B L Ë A L P H
- Officier. Petit poiflon du genre des lieux , qu’on prend à Br eft, & qui a des couleurs tranchantes avec des marques brillantes & argentées, fed: I.
- 'Ombre. Voyez Umbre, fed. II.
- Ovtlle. Voyez Ab le, fed. III.
- P
- P agneaux. On nomme ainfi à Lyon les petits carpeaux d’une livre & au-deffous. Voyez Carpeau , fed. III.
- Panchos. Poiflon du genre des fardines, qui fe pêche en Efpagne fur la côte de Galice ; il a la tète plus applatie que la fardine, & deux aiguillons près de l’anus, fed. III.
- Pec (hareng). Ce font des harengs qu’on prend dans le nord, 6c qui font fort gras, fed. III.
- Peis-argenty nom que le vulgaire donne à l’argentine en Languedoc. Voyez ce mot, fed. III.
- Peteufe. Voyez Bouvière , fed. III.
- Petite morue fraîche. Nom qu’on donne à Paris au tacaud. Voyez ce mot, fed. I.
- Phoxinus. Poiflon qui, fuivant Rondelet , eft de même genre que les vé-rons, fed. III.
- Phycis. Suivant Rondelet, ce ferait le petit merlus ; mais il y a beaucoup d’obfcurité dans les defcriptions.des auteurs, fed. I. '
- Pichichy, petit poiflon qui a une nageoire derrière chaque ouie , un aileron au milieu du dos, la tête plus grofle que le corps , la queue fourchue : il y en a depuis deux pouces jufqu’à fix : on le pêche au Gon-quet.
- A B E T I Q_U E. 429
- Pichling. Nom que les Anglais donnent aux harengsd’Yarmouth qu’ils falent & qu’ils lauriflent : la vraie orthographe de ce mot eft pickling , qui lignifie plutôt l’adion de confire & de faler le hareng, que lé’ha-reng falé , qui fe dit pickled haring% fed. III.
- Pierre ( poiflon de S. ). Voyez Goberge, fed. I. <
- Pigo , cyprinus aculeatus, poiflon fem-blable' à la carpe, qui a, au milieu de chaque écaille du côté de la tête % une efpece d’épine ou de boucle piquant comme celle de la raie, fed. III.
- Pilchard. Nom que les Anglais donnent à l’alofe quand elle eft petite, fed. III.
- Platane ou plefiia, poiflon qui a quel que reflemblance avec la brème , fed. III.
- Plejlia ou platane, poiflon approchant de la brème, fed. III.
- Poijjon volant. Efpece de muge ou de hareng qui fe prend dans-la Méditerranée , qui a derrière les ouies deux nageoires membraneufes , dont il fe fert pour s’élever & voler comme les oifeaux de leurs ailes, fed. III.
- Poule de mer. Des pêcheurs Normands, donnent mal - à - propos ce nom au tacaud. Voyez ce mot, fed. I. -
- Prejlra. Voyez prêtre. O11 donne aufîî ce nom en Poitou à l’aubufleau oii hauhufleau, fed. III.
- Prêtre, prejlra , capelan , moine : petit poiflon qui fe pêche dans prefque tous-les ports, & qui fe donne à vil
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- 430- TABLE ALP
- prix : il fert à amorcer les haims,
- , fed. m.
- Pucelle. On nomme ainiî à Paris les c feintes-femelles, fed. III.
- Pucelottes, petit poiiîon qu’on pèche _ dans la Manche , qui relfemble beaucoup à l’alofe i comme il n’a point de taches fur les côtés, on t peut le regarder comme une jeune alofe ; ces poilîons n’ont ni laite ni •œufs , ce qui les a fait nommer grands gais. Voyec ce mot, fed. III. R
- René, petite truite noire qu’on prend dans la Mofelle auprès de fa fource, fed. IL
- Roce. Voyez Rojfe, fed. III.
- Roche. Voyez Rofe , fed. III.
- Rodf chier. Voyez RothJchair, fed. I.
- Rondfish. On appelle ainiî les torfchs qui , étant defféchés , font longs, ronds & roides comme un bâton, fed. I.
- Rofe. Voyez Rofe, fed. III.
- Rofe , rutilus , petit poiiîon d’eau douce, ainiî nommé à caufe de la couleur de fes ailerons & de fes nageoires qui font rouges ; on l’écrit auilî roce , rofe, roche , fed. III.
- Rotskœring. Voy. Rothfchair, fed. I.
- Rothfchair, rodf chier , rotshœring : nom qu’on donne en Norwege & en Danemarck au torfch fendu dans fa longueur & delféché, fed. I.
- S
- Saboga. On appelle ainiî les alofes en Efpagne, fed. III.
- Salares , faumons qui ne font pas parvenus à toute leur grolfeur, fed. II.
- Salrno. Voyez Saumon, fed. H..
- H A B-É T I Q_U E.
- Sandherring, hareng de fable , nom qu’on donne, fuivant Horrebows, dans le nord, à une efpece de hareng , fed. III.
- Santé, très-petit poiiîon qu’on pèche en Aunis avec les chevrettes, qui a la peau très-argentée , d’un blanc mat & lans écailles , fed. III.
- Sarache des Albanois , farachus, fa-vurus : poiiîon qu’on pêche en lî grande abondance dans les lacs d’Albanie , qu’on les fale pour les tranf. porter à Venife & à Ancône. Voy. Célerin, fed. III.
- Sarachus, poilîons du genre des alofes , félon Aldrovande -, c’eft Vagon de Belon, fed. III.
- Sarda. Voy. Sarde.
- SardanelLe , petit poiiîon du genre des agons , fed. III.
- Sarde, nom que Rondelet donne à la fardine quand elle devient grolîe; il dit encore que la larde qu’on pêche en Provence & en Italie , ne diiîere de la fardine que parce qu’elle eh: plus grolîe -, ainiî la farde de la Méditerranée pourrait bien être le célerin de l’Océan. Le poiiîon qu’on nomme farde au Havre relîemble beaucoup au harengue, fed. III.
- Sardella , fardanelle , fardelle, efpece d’agon fuivant Belon, fed. III.
- Sardella, poilîons qu’on croit être de jeunes alofes, fed. III.
- Sardelle, efpece d’agon qui, fuivant Belon , fe prend après l’hiver dans un lac peu éloigné de Vérone , fed. III.
- Sardina major. Voy. Célerin, fed. III.
- Sardine, fardina, poiiîon rond , de la
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- •TABLE A L P H À È E-Ll'àlFE.
- famille des âlofes & des harengs , qui fe pèche dans la Méditerranée & dans l’Océan , & qui eft eftimé un manger délicat. Belon met la fàrdine dans les chalcidis ; Rondelet leur conferve le nom Grec de trichis ou trichias , & il donne le nom de farde aux grolfes fardines, fed. III.
- Sardine des Antilles, poilfon qui fe pêche en Amérique. Voyez Cailleu , fect. III.
- Sardines d’eau douce & des lacs ; ce font les agons de Belon, fed. III.
- S argus. Voyez Gardon, fed. III.
- Sariones, faumons de moyenne grandeur , fed. II.
- Saumon. Conlidérant ce poilfon en général , j’ai fait une fedion des poiifons , qui, comme le laumon , ont un petit aileron mou fur le dos, & entre cet aileron & celui de la queue, un petit appendice muqueux qui diftingue les poiifons de cette famille d’avec ceux de la famille des alofes. Ainfi cette fedion comprend les faumons proprement dits , les truites, les tacons ou to-cans , les thymales, farions , lava-rets , carpions 5 timbres, éperlans, &c. fed. II.
- Saumon proprement dit, falmo omnium fere autorum : c’eft le plus gros poif-fon de cette fedion. On lui donne diiférens noms fuivant fa grolfeur : on appelle les pius petits digitales , quand ils font plus gros , falares ; lorfqu’ils font encore plus gros , fariones ; & enfin falmones , quand ils font parvenus à toute leur grof-feur, fed. IL
- Saumoneaux , jeunes faumons qui ne font pas parvenus à leur grolfeur} de ce genre font les digitales * les falares , les fariones. Voyez le mot Toc ans, fed. II.
- Saumonelle. Voy. Menuife, fed. IÏL
- Savraux, mal à propos nommé dans l’ouvrage fuvraux. On nomme ainli en Sicile un poilfon qu’on prend avec des manets comme la fardine ; on en prend aulfi avec le filet ap-pellé favre, fed.-III.
- Savetier, nom que le vulgaire donne à l’écharde , fed. III.
- Scarabini, très - petits agons. Voyez ce mot, fed. III.
- Scarus ou fcari, nom que quelques-uns donnent à l’alofe , fed. III.
- Schelfish, nom qu’on donne à l’ânon dans l’Europe feptentrionale, fed.
- III.
- Sergat, petit poilfon de la famille des morues, qu’on pèche aux bibles d’Olone , & qui relfemble beaucoup au tacaud. J’ai reçu depuis peu un deflin de ce poilfon, qui n’eft point du genre des gadus, puifqu’il n’a qu’un grand aileron ïur le dos, fed. I.
- Seye. C’elt le nom qu’on donne en Norwege aux jeunes colins , fec-tion III.
- Shad, nom que les Anglais donnent aux alofes quand elles font petites s fed. III.
- Shellfish , nom qu’on donne à un poilfon du genre des morues, qui eft delféché , & dont la 'chair le leve par feuillets. Voyez Aigrefin ,
- fed. I.
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- 4?i .TABLE A LP
- Siegç. Suivant Rondelet, on* nomme
- : ainfi > en Laiiguedpç de petits poif-fonsqui relfemblent beaucoup au gardon & encore plus à la vandoife. Voyez Friions.
- 'Skeggers,, truites qui ne .fe pêchent qu’en, .Angleterre ;dans: les rivières de Wye & de Severn, fed. IL
- »S'mall-pylçhard. Les Anglais regardent • la fardine pomme un petit hareng, & la nomment ainfi. Voy. Sardine, fed. III-
- Sophio, j nom que, fuivant Rondelet, on donne en Languedoc à la vandoife , fed. III. _
- 'Sprat , fpret , fparling y petit poilfon qu’on prend allez abondamment fur les côtes de Flandre & d’Angleterre. Les uns le regardent comme une grolfe fardine ; d’autres comme de jeunes harengs. Sur les côtes d’Ecoffe , où il effc commun, il n’eft connu que fous le nom àherring fylt ou herringt fpawn , qui lignifie frai de harengs fed. III.
- Stockfish, nom qu’on donne’ au torfch préparé & delféché fans fel , fed. I.
- Stutùngen. On.nomme ainfi en Islande le dorfch de moyenne grolfeur , fed. I.
- . n,. x
- Tacaud, poilfondu genre des morues, qui fe prend particuliérement fur les côtes de la Rochelle , fect. I. On l’appelle aulfi petite morue fraîche.
- Tacon, nom qu’on donne à une efpece de faumoneaux. Voyez Tocans , fed. IL
- H A B E T I QLU E.
- Tanche. Tinca, , cyprinus mufcôfus ! poilfon rond &1 à écailles , qui fe trouve dans les rivières, les étangs & même les mares, fed. III. Tchebaki, nom qu’on donne en Sibérie r au cyprinus d’Artédi , fed. III. TeJlard. Qw donnp ce nom à plufieurs i. poilfons qui ont la tête alfez grolfe , mais entr’gutres à la chevamie , f fed. III.' /
- ThymaLe ou themero , poilfon aflez eftimé, qui a beaucoup de refiem-blance avec l’umbre & avec la truite,
- fed. II.
- Tinca , cyprinus mucofus. Voy. Tanche. Tisling ou torfchet. Les Islandois nomment ainfi les petits torfchs, fed. I. Tocan , falmo minor vulgari fimilis : efpece de faumoneau. Voye^ ce mot, fed. IL
- Torsk, torfch : nom qu’on donne dans le nord , en Islande & en Dane-marck, à la morue ; quelques-uns difent aulfi dorfch, fed. I. ' Torfchet, petit torsk. Voy. Tisling. Trichias. Voy. Sardine, fed. III. Trichis.Voy. Sardine , fed. III.
- Tri-tri , nom qu’on donne dans les mers d’Amérique au frai ou aux œufs de plufieurs poilfons de mer ou de riviere, fed. III.
- Truite, trutta. Salmo maculis rubris , excellent poilfon de la famille des faumons , qui remonte de la mer dans les rivières , choifilfant toujours les eaux vives & rapides , même les ruilfeaux. On appelle trutta marina, celles qu’on prend à la mer fiuviadlis, celles qui palfent toute leur.vie dans l’eau douce ; & bkardes
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- TABLE A L P H A B E T I a U E. /
- V
- Vairon. Vpy. Véron , fedt. ÏIÏ.
- bécardes, celles qui ont l’extrémité de la mâchoire inférieure recourbée' en en-haut, fedt. IL u
- Truite. Salmomàculîs rubris ; excellent poilfon de riviere de la famille des faumons, qui-aime les eaux rapides & pierreufes, & qui a quelquefois r 1 la chair ferme & rouge, fedt. IL Truite gardonniere. On nomme ainfi des truites qui font fort friandes de gardon : elles font prefque toutes faumonnées, fedt. IL ‘
- Truite faumonnée ; on nomme ainfi les truites qui ont la chair rouge : à Tréguier & à Lannion, on l’appelle dlufelle , fedt. IL
- Truitons, petites truites qu’on prend auprès de Clermont en Auvergne, & dans le pays des Bafques, fedt.II. Trutta fluviatilis. Truite de riviere , d’étang, de lac, fedt. IL Tuca, elpece de merlan plus court, plus plat & plus large que le vrai merlan ; je crois que c’elt un tacaud ou un Heu.
- U
- Timbre ou umble. Salmo minor, timbra vel umbla dictus ; poilfon d’eau douce , qui relfemble à la truite : on l’appelle à Geneve ombre-chevalier j fedt. II.
- J^andoife ou dard ; lucifcus, albula , jacxïtus. Poilfon de riviere, d’un alfez bon gouty qui eft à peu près de la grolfeur d’un hareng, fedt. IIL
- Vangeron, poilfon du lac de Geneve ,
- , que Gelfner croit être la roife d’eau douce, fedt. III.
- Véron , vairon. Varius ou phoxinus ; très-petit poilfon d’eau douce, qui a de fort belles couleurs, qui approche allez de la forme du gardon, fedt. III.
- Vilain. Voy. Chevanne, fedt. III.
- W
- Wittelingue, poilfon de la famille des mdrues & du genre des merlans, avec lequel on fait du ftockfish dans le nord, fedt. I.
- Witting: on appelle ainfi dans le nord, à caufe de fa blancheur, le poilfon que dans l’Océan on nomme merlany fedt. I.
- Wittling. Voy. Merlu , fedt. I.
- Wittynk. Voy. Meulenar, fedt. I.
- Z
- Zée-wind ou windvish. Les hollandois nomment ainfi une elpece de lava-ret , qu’on prend fur leurs côtes avec les faumons, fedt. IL
- I i i
- Tome XL
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- EX P LT CATION 'de* quelque s termeS' Yqui'font'employés dàns^ les * '- Trois-'fèèions delà feconjle''jpàhte dif^ Traité^général des pêches.^-
- Nota. Qu’il y aune explication des termes à la fin de la première fe&ion île cette fécondé partie ? 4 mais dans* celle-ci on trouvera phifieurs .additions.
- •dL.Blère T ', forte - de filet1, appelle auffi carrdet ,oNrècKiqüïer , qui fert ‘ à prendre les abîes.^fed. III. Ablerette., fil et qu’on app elle àufli fai-'mites \ qui fert à prendré les ables,
- ' fed. III.
- AcquerejJje. Voyez première partie. Explication "des termes d'art. *
- A itérons. Voyez Nageoires, & fed. I.. Ainettes^, petites baguettes, dans lef-‘ quellék. on embroché'les 'harengs ' qu’on veut laurir, fed: III.
- Aliter, c’eft mettre les anchois le dos en haut dans des barrils entre plu-fieurs couches de fel, led. III. ^ Allégeur, mouffe qui , dans les bâti-mens pêcheurs ^’Yarniouth, aide au leveur à tirer le. cable -, fed.flll.,v Alojier , filet en forme’ de faine qui fert à l’embouchure de la Seine à prendre des alofes, fed. III. Amphibies, on -à^eWe ainfi les animaux qui peuvent vivre alternativement dans l’eau & fur la terre , fed. I. ; - 'J:' ^
- Anadromoi , nom qu’on donne aux poiuons qui remontent de la mer dans les rivières , fed. III. Andolium , préparation qu’on donne en Flandre à la morue qui fe pêche à la côte , fed. I.
- Appât de fond : on nomme ainfi des
- ; ; ! : -111 - :. ' .
- appâts lqui .tombent au - fond de j,t l’eau , & qui attirentie poilfon- dans ’ un endroit. Première partie, fed. I,
- ' &Tec6n,de partie, fed. III. , Appétits V harengs préparés en demi-apprêt,,peu falés & peu fumés , qui' ) font plus eftimés que les harengs ),. laurs , Jfèd., III.
- Av a loire, digue établie fur une rivie-{, re., p.our prendre des faumons ,
- '. lèçt.Tl. . , /
- b y;
- Baifés harengs qui fe font collés l’un contre l’autre à la fauriiferie,fed.III. Bandingue , lignes que les pêcheurs ‘ dé ’Provence amarrent à/leur filet f pour prendre des fardines, fed. III. Barges. Voy ez première partie , Explication des termes ; & fécondé partie , fed. III. TJ
- Bajjbuin , cordage qui répond d’un bout a la ralingue du filet, & de l’autre au halin,, fedioii III. Baudrier.Voy^Efpdtabefharra, fed. III. Baume (voile en)) voile quarrée qui eft encapelée fur une "demi-vergue, fed. III.
- Bavette , faitieres de terre dont on couvre les œils de bœuf dans les faurif-fériés, & qui font difpofées pour laiffèr échapper la fumée,fed. III. Bec d'encre , matelot qui love le cable & mouille l’ancre , fed. III.
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- EXPLICATION DES TERMES.
- 4M
- JBeug , petit: filet dont fe fervent ; les Hollandais pour prendre des morues ; ils les halent à la rame, avec de petits bateaux, fed. I.
- Biptérygien , poiifon qui n’ont que deux ailerons fur le dos, lèd. I.
- Bifcayennes : voyez première partie, Explication des termes, & fed. III.
- Boot , bateau pécheur dont les Anglais fe fervent, principalement à Yarmouth , pour la pèche du hareng , fed. III.
- Bouée, morceau de bois léger ou de liege qu’on attache à une ancre, pour indiquer où elle eft mouillée, fed. III.
- Bouffis, harengs bouffis. Voy. Appétits & Craqudots , fed. III.
- Bougons (harengs) , ce font ceux qui ont perdu la tète ou la queue , fed. III.
- Bouride, forte de làuce ou foupe, que les Provençaux font avec dupoif-fon & de l’ail. -
- Bourfet. Voyez Mifaine ; & première partie, Explication des termes.
- Bouffiards ou à la bourfe : on appelle ainfi des harengs , qui ont frayé nouvellement , & qui ne font pas remis de la maladie du frai, fed.III.
- Boyer le poiifon, c’eft le vuider de fes inteftins & le làler ; ce terme eft en ufage à Piriac en baife-Bretagne, fed. III.
- Brailler, c’eft donner une demi-Ia-laifon au hareng, fed. III.
- Branchies , organes des poiifons qui leur tiennent lieu de poumons ou d’organes de la refpiration, & font formés de parties dures & de parties
- : molles ; on les nomme improprement ouïes ou guignes, fed. I.
- B regin, voye^ à la fin de la première partie, Explication des termes.
- Brehaigne, fe dit de tout animal qui ne conçoit point,& particuliérement des poiifons qui n’ont ni laite ni œufs, fed. III.
- Broquer, CQ mot fe prend en plusieurs acceptions , & fe dit des poiifons qu’on attache aux haims pour fer-vir d’appât : voye^ première partie, Explications des termes. On dit auflt que les poiifons fe broquent ou fe maillent dans les manets, lorfqu’é-tant engagés dans une maille par la tête, ils font retenus par les ouies, de forte qu’ils 11e peuvent s’échapper, fed. III.
- Brûlés (harengs) , voyez Echaudés.
- Brûlés ( harengs ), ce font ceux dont la chair eft trop deiféchée , parce qu’on a trop mis de fel,ou du fel trop nouveau, fed .III.
- Brûlés, harengs qui ont été pouiîés d’un trop grand feu à la iauriiferie, 8c fontabfolument de rebut,fed.III.
- Brumée , fe dit de la morue fur laquelle 011 voit une petite pouifiçre rouifâ-tre ou brune,fed* I*
- C
- Camion, forte de voiture à deux roues, qu’on traîne à bras, 8c qui fert à tranfporter des fardeaux, fed. III.
- Capeiron, forte de pèchette en demiT ellipfe, qui fert dans le Comtat Vénal iîin à prendre des truites, fed. II.
- Caquer le poiifon , c’eft lui ouvrir la
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- 43^ E X P L I .Ci TION.DES T El R MES,
- gorge lui arracher les ' ouies, fed. III. - >
- Caques ( barrils ), barrils dans lefquels on met le hareng blanc fàlé, fed. III. Caqueufe, femme qui , avec un petit couteau qu’on nomme caqueux, - ôte les ouies & une partie des'entrailles. au poiffdnr qu’on doit faler ;en blanc : on les Appelle aufli ha-_ billeufes , fed, III. •' »
- Caqueux, couteau qui fert à caquer le hareng. Voye^ Caquer, fed. III-Caravelle, bâtiment Français fort fem-blabié à la quaiche Anglaife,qui porte uner grande voile quarrée, îurmontée d’un perroquet, avec un r petit artimon.: V?y. première partie. E xplication des termes, fed. III; b Cartilagineux ( poiffo.ii ) , font ceux dont le fquelette n’eft pas dur*, fed. L
- Cartonner, paffer un petit morceaui de papier roulé au travers des boules de verre qui fervent à faire les fauf-fes perlés , fed. III- ' -Cauche, nom qu’on donne fur la Loire à des anfes où fe tiennent les- alofes pendant la chaleur du jour, fed. III. Cavelerné, nom que les Norvégiens donnent à des flottes de bois léger qu’ils mettent à la tête du filet au lieu du liege, fed. I.
- Cètacèes, on nomme ainfi les grands poiffons, tels que la baleine , qui ont des poumons, qui font vivipa-pares , & dont plufieurs allaitent . leurs petits, fed. I. ’,**. )
- Chaland , bateau pêcheur de la riviere de Bordeaux, qui porte un mât avec
- vfiune .voile- & quelquefois deux,
- - fed.'III. r t ,
- Chanlattes ou Ecanldttes , efpece d’échelles de menuiferie dans lefquel-
- . les on fufpend les-harengs attachés aux ainettes, qu’on veut faire fau-< r rir , fed. III.
- Charbonnée ( morue ) , voyez Brumte , fed. I. ' .
- Charniers our FoaJJîers, futailles dans
- - lefquelles les pêcheurs Normands dépofent les foies qui fervent à faire
- ' l’huile de morue, fed. I. Chajje-mdrée, bateau ' quf fert à diftri-' buer lepoiffon le long des côtes en Bretagne : voyez ce mot à la fin de ‘b'ia premiere partie, Explication des termes , fed. IIL ' i -Chajjeurs ( harengs de) ; on appelle ainfi en1 Hollande les harengs que des allégés prennent des pêcheurs, & livrent promptement aux marchands, fed. III.
- Chin-chourcs, filet ddnt les Espagnols
- - feffervent pour la pêche des far-dines j c’efi: le même que le fardi-naye de Provence , fed. III.
- Clincart ; voyez première partie Ex-•' plication 'des . termes.
- Colet ,'cercle du haut des tonneaux,
- ' ifed. III. • - : ;
- Colibet, nonrque les pêcheurs de morue donnent à un morceau cartilagineux affez délicat, qui fe trouve ious la langue des morues, fec-tion I. !! 1
- Colonne y les Provençaux nomment ; ainfi ce que> les (Bretons' appellent Bandingue ;voye^ce mot, fed. III.
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- EXPLICATION DES TERMES.
- 437
- Cordier , bateau qui fert pour la pêche aux cordes , fed. III.
- Corejft : on appelle ainfi à Dunkerque l’endroit où on faurit le hareng, & qu’on nomme ailleurs fauriferie, fed. III.
- Corrette , voyez Correjfe , fed. III.
- Cornés (harengs) , ce terme fe dit des harengs prêts à frayer, dont la chair eft molle, la laite petite, & qui deviennent coriaces dans le fel , fec-tion III.
- Corve, bâtiment peu différent des do-gres dont fe fervent les Hollandais pour la pêche., fed. III.
- Côtiers , on appelle ainfi les mariniers qui aident à la manoeuvre , & virent au cabeftan fur les bâtimens employés à la pèche du hareng dans la Manche, fed. III.
- Coue, calebaffe dont on fe fert à la Guadaloupe pour débiter de petits poilfons, fed. III.
- Couraux , petits bateaux de la Garonne -, voye{ première partie , Explication des termes, fed. III.
- Couvrit, filet qui fert dans la Loire à prendre les feintes, & qu’on nomme ailleurs feintier , fed. III.
- Craquelonere , femme qui prépare les harengs bouffis, qu’on nomme cra-quelots ou appétits, fed. III.
- Craquelots , harengs peu falés & peu fumés : voyez Appétits, fed. III.
- Ctujlacées , on nomme ainfi les animaux aquatiques qui font couverts d’une enveloppe offeufe plus ou moins dure, fed. I.
- Cuirier, forte de tablier de cuir lié à la ceinture avec une bavette qui va
- jufqu’au menton , dont fe fervent les pêcheurs Picards & Normands, fed. III.
- Culetin , nom d’une voile que les pêcheurs de morue mettent pour précipiter-la dérive d’un vaiffeau qui étant en pêche va côté en travers i fed. I.
- Cul rond , cul quarré , queue d’oifon ; noms qu’on donne à différens'bateaux Polletois , fuivant la forme de la poupe , fed. III.
- D
- Danne, cabane que les pêcheurs conL truifent en différentes parties de leurs barques , pour fe loger, ou pour d’autres ufages, fed. III.
- Dégorger, c’eft faire perdre aux carpes ou autres poiffons leur goût de vafe, en le tenant quelques jours dans Peau vive, fed. III.
- Délimonner , les cuifiniers nomment ainfi une préparation qu’ils donnent aux poiffons , pour Ôter la mucofifé qui efi; fur leurs écailles, fed. III.
- Dépendeurs , ouvriers qui ôtent les ainettés des chanlattes , îorfque les harengs font fuffifamment defféchés & fumés, fed. III.
- Dogre , bâtiment Hollandais fervant pour la pèche 5 voye{ première partie , Explication des termes^fed. III.
- Domiciliés , on appelle ainfi les poilfons qui fe prennent toute l’année fur nos côtes , fed. I.
- Doublés, on appelle ainfi les barriîs qui font entièrement couverts de cercles , fed. III.
- Drogueurs, bâtimens pêcheurs Polie-tais.
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- 438 EXPLICATION DES TERMES,
- E
- Echanlattes ou Ecanlattes; voyez Chan-latte, fed. III.
- Echaudés (harengs) , font ceux qui ont été pouffes à un feu trop vif dans les rouflàbles, fed. III.
- Eclaire, ouverture pratiquée à la table à habiller la morue verte, pour faire tomber le poiifon dans la cale du vaiffeau, fed. I.
- Ecoreur, homme chargé par l’équipage de tenir compte du poiffon qu’il livre aux marcha nds, fed. III.
- Egorgés, harengs auxquels les femmes ont emporté la tête en les habillant^ fed. III.
- Èiffaugue, forte de faine à manche d’u-fàge en Provence. Voye^ première partie, Explication des termes, fed.
- in.
- Empipeur, tonnelier qui arrange les harengs fa urs dans les tonnes,fed.111.
- Erpion. Voyez Efpion.
- Efclipot, cailfe dans laquelle on laide tomber la morue tranchée & habillée , fed. I.
- Efpata hetharra, herbe à l’épée, nom que les Bafques donnent à des plantes marines, fed. III.
- Efpion, filet peu différent du fàrdineau des Provençaux, dont fe fervent les Catalans pour la pèche des fardi-nes, fed. III.
- Effence d'orient, nom qu’on donne aux écailles des ables, préparées pour faire les perles fauffes, fed. III.
- Etau, terme dont fè fervent les pêcheurs de la Loire, au lieu à'étal, pour dire que leur filet eft féden-taire,fed. IIL
- Etriquer, paffer les doigts entre les harengs qui font aux ainèttes, pour empêcher qu’ils ne fe touchent, fed. III.
- Eventés. On dit que jües harengs font éventés, quand ayant perdu leur eau, ils font jaunes, fades & puans, fed. III.
- Eventrés , poiffons qui ont le ventre ouvert, & laiffent appercevoir leurs entrailles, fed. III.
- F
- Feintier, filet deftiné à prendre des feintes, qui ne différé de l’alofier, que parce que fes mailles font un peu moins grandes & moins ouvertes. Voyez Alojîer, fed. III.
- Fieurring far, nom que les Norvégiens donnent aux bateaux qui fervent pour la pèche de la morue j ils ne portent qu’un mât & une voile, fed. I.
- Filadiere. Voyez première partie, Explication des termes, fed. III.
- Filet à jeter. Voyez Jeter.
- Fincelle, ralingue qui borde la tête d’un filet, fed. III.
- Flameque. Voy. Marfaique.
- Flottes ( cordon de ) , nombre de flottes enfilées par une corde, fed. III.
- Foin, duvet blanc ou brun qu’on trouve fous l’enveloppe cruftacée des écreviffes, fed. I.
- Foque. Voy. Culetin, & fèd. I.
- Forciblement, nom qu’on donne à un des ouvriers employés à la pèche du hareng dans la Manche , qui eft chargé d’attacher les barrils au ha-lin, au moyen des bandingues, 8ç de les détacher quand on tire lç
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- EXPLICATION DES TERMES.
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- filet à bord, fed. IIL.
- Frai ou Fraie, fe dit également des œufs de poiflons, & des poiflons nouvellement éclos. Le tems où les poiflons jettent leur.s œufs, s’appelle La faifon de la fraie, fed. III.
- Frelater, c’eft pafler le hareng paqué d’une futaille dans une autre, fed. IIL
- Frigaud, hareng préparé dans des bar-rils en fauce, fed. III.
- G
- Gaffeau. Voyez première partie, Explication des termes, au mot Gaffe.
- Gai ( hareng ) , hareng dans lequel on ne trouve ni laite ni œufs, fed. III.
- Gaines, nom qu’on donne à Geneve aux petites truites, fed. IL
- Galet, nom que les Languedociens donnent à une bouée ou fignal de liege, fed. IIL
- Garbele, petit vertaulet à mailles très-ferrées, dont on fe fert dans le Com-tat - Venaiflin, pour prendre des truites, fed. IL
- Garçon de cour, ouvrier qui prélide en l’abfence du maître-faleur, aux fa-laifons du hareng, fed. III.
- Garn-Socttning: les Norvégiens no nu ment ainfi le filet qui leur fert à prendre les morues , fed. I.
- Garum , fauce qui fe fait avec des anchois fondus dans leur faumure, avec de l’huile & des épices, fed. IIL
- Gau ou Meidette, nom que les pêcheurs donnent à Peftomac de la morue,
- fed. I.
- Gialdzr,/ûaldu^cabanes qui font feu-
- lement garnies de lattes, pour que l’air les traverfe. Les pêcheurs du nord y fufpendent le poiflon qu’ils veulent deflecher , fed. I.
- Gibet, forte de chevalet de charpente fur lequel on couche le mât d’un bâtiment pêcheur, quand on eft en pêche, fed. III.
- Girafol, pierre précieufe de la nature des opales , fed. III. '
- Gondoles. Voyez première partie, Explication des termes , 8c fécondé partie , fed. III.
- Gonncs, grofles tonnes dans lefquelles on met dans le nord le faumon falé, fed. IL
- Gouelette, petit bâtiment dont les pêcheurs de morue fe fervent pour la pèche ils font fort taillés , ont beaucoup de faqons 8c une longue quille, fed. I.
- Graifîn, efpece d’écume qu’on apper-qoit à la fùrface de l’eau, dans les endroits où les poiflons fe raflem-blent pour frayer, fed. III.
- Gravettes , vers qui fervent d’appât aux pêcheurs de la Hougue, pour prendre le merlan, fed. I.
- Grenier ( fardines làlées en ), fardines qu’on fale en tas, à peu près comme nous avons dit qu’on fale la morue, fed. III.
- Gueldre. Voyez première partie, Explication des termes.
- Guignes, nom que les pêcheurs donnent aux ouies des poiflons, lèd.
- HL
- Guildive. Voyez première partie, Explication des termes.
- Guingettes, petites brouettes fur lef-
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- 449 EXPLICATION DES TERMES.
- quelles on ne voiture qu’un barril, fed. III.
- H
- Habilleufe. Voy. Caqueufe.
- Haie-avant , mitaines de groffe étoffe dont fe fervent les pêcheurs, pour préferve les mains d’être bleifées, fed. III.
- Halin, corde ou aufïiere qu’on amarre au bout des filets pour les traîner. Voye^ première partie, vocabulaire^ au mot halin, Explication des termes, fed. III.
- Haque (à la) : on appelle de ce nom les harengs préparés & filés, pour fournir d’amorces aux pêcheurs aux haims, fed. III.
- Hareng halbourg, efpece de hareng fort gros, qui fe pèche aifez communément avec le maquereau dans les manets, & dans les mois de juin & de juillet, fed. III.
- Harengade : on nomme ainfi en Provence des harengs ou des fardines fàlés en blanc, fed. III.
- Hatengaifon : on appelle ainlî la faifon où les harengs donnent fur la côte, fed. III.
- Havena , filet en ufage en Saintonge, pour prendre les feintes, pucelles ou gattes, qui eft le même qu’on appelle ailleurs haveneau & favenelle. Voyez première partie, au vocabulaire , ces deux mots, ièd. III.
- Haveneau. Voy. Havena.
- Herbe à l'épée. Voyez Efpata betharra.
- Heu. Voyez pi. VII,fig. f, & au vocabulaire de la première partie, à ce mot i il faut feulement fubftituer
- * le mot de vergue à celui de varun-
- gue, qui a été mis mal - à - propos, fed. III.
- Hialder. Voyez Gialder.
- Hotteurs , bottiers , hotteroniers , font des gens qui portent dans des hottes , chez le marchand ou au marché voifin, les harengs qu’on vend frais, fed. III.
- Houiller les barrils, c’eft achever de remplir les barrils, quand on les a fautes ; ou ver fer de la faumure par le bondon, lorfqu’ils font enfoncés, fed. III.
- Huche. Voyez Jardinet, fed. II & III-
- I
- Imbrocco, manet de fil très-délié, dont on fe fert fur la côte de l’état Ecclé-fiaftique, pour pêcher les anchois, fect III.
- Inquerejj'e, ouvrière qui met les harengs aux ainettes , pour les porter au rouffable, fed. III.
- J
- Jambe. Voy. première partie, Explication des termes.
- Jardinet, petit parc qu’on fait fur le pont des bâtimens de Dieppe, pour y dépofer le hareng, fed. III.
- Jaudre, nom que les Bretons donnent aux herbiers marins, fed. III.
- Jeter ( filet à ) : on appelle ainfi dans le Rhin, un petit épervier à mailles ferrées, qu’on jette aux endroits où on a raffemblé des ables, avec différens appâts,. fed. III.
- Jonche, gance de corde qui fert à joindre plufieurs pièces de filet, l’une au bout de l’autre, fed. III.
- K
- Kol, grand filet que les Hollandais traînent
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- EXPLICATION DES TERMES.
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- ' nehta la remorque fous .voile, pour prendre des morue&$ fed. L ; r
- Krake, forte-’ d’ancre ou dé cabliere, dont fe fervent les Norwégiens , lorfqu’ik vont âla pêche du fàu-mon, fed. IL
- L
- Lamt. Voyez première partie, Explication des termes.
- Langue de carpe : on appelle ainfî le palais de la carpe, qui eft un mets charnu & délicat, fed. III.
- Laft ou lejl : on appelle ainfi un lot de harengs, formé de 10 à 12 milliers fuivant la façon de compter qui eft en ufage, fed. III.
- Laxterere, nom qu’on donne en Norvège aux faumons au-deifous de 9 livres , fed. III.
- Leveur, moulfe qui leve le cable au for-tir du cabeftan, fed. III.
- Lime : on appelle ainfî des-endroits où la furface de l’eau eft-unie & comme en repos, où ordinairement il fe raf-femble beaucoup de fardines, fed. III.
- Lingard, morue longue qu’on apporte falée-de lsAmérique, fed. I.
- Lockelle, -nom de la petite foute d’un bateau de la Manche , fervant à la ' 'pêche du hareng, fed. III.
- Longs >{ poiifons), ceux dont la forme imite celle des reptiles de terre, fèd.*ï.
- Loques (harengs J : -ce font ceux qui ont été mordus -& hle^ es par des -Chiens-de-ro et ,*ou des -poiifons voraces , fed. III.
- Loveurs, matelots qui rouent ou lovent les filets dansUeshatkaens employés Tome XL
- à la pêche du hareng.dans la Manche, fed. III.
- > . M
- Maille, nom que les Provençaux donnent aux pièces de cordage, qui par leur réunion, forment un halin \ de forte que, fuivant là différente longueur, on dit qu’il eft compofé de tant de mailles, ce qui eh: bien différent des mailles d’un filet, fed. III.
- Mailler, c’efl: fabriquer les filets, fed. III.
- Malacomonoptirygiens: on appelle ainfî les poiifons qui n’ont qu’un feul aileron mou fur le dos, fed. III.
- Malacoptérygiens : on appelle ainfî les poiifons dont les ailerons & nageoires font fouples, plians & point pi-quans, fed. III.
- Malbour. Voyez Boot, fed III.
- MaUJlran , fardines qu’on met en làu-mure dans une grande baille, pour les paquer enfuite dans des barrils, fed. III.
- Manet. Voyez première partie, Explication des termes.
- Manlgot, bralfard de cuir que mettent les pêcheurs Hollandais qui font la pèche du hareng, fed. III.
- Maniguette. Voyez .Gueldre , à la fin de la première partie , Explication des termes.
- Manne des poiifons, papillon dont les poiifonsfpnt fort friands ,.&.qiu.fert à faire des appâts , .fed. IL •
- Maraudeurs, vifiteurs établis pour niàr--quer les barrils de harengs làlés, fed. III.
- Marchais : on donne-ce nom aux harengs rétablis de la maladie, qu’ils K k k
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- éprouvent' dans le tenis de'la fraie. On donne auifi ce nom aux harengs qu’on abandonne par gratification : aux matelots, qui choifiifentles'plüs beaux j ce qui les fait nommer harengs de choix, de triage ou de C équipage , fed. III.
- Marfaique, filet qu’on tend par fond & fédentaire, fur le bord de la mer. On prend ce terme dans une autre acception» Voye^ à la .fin de la première partie, fed. III.
- Majfler, matelot qui love le filet dans la foute, ou qui l’en tire pour le mettre à l’eau, fed. III.
- Mater eau y mât d’avant des bâtimens employés à la pèche du hareng fur les côtes d’Angleterre, fed. IL
- Mattote, foute que les pécheurs de haute-Normandie font fous le tillae de leurs bâtimens „ pour mettre leurs filets, fed- III.
- Mauvaife eau ( harengs de) , ceux qui ontféjourné dans de mauvais fonds, ou qui font prêts de frayer, fed. III.
- Meulette :,nom que des pécheurs don-nent à l’eftomac des morues, fed. I.
- Meufe ( morue de ) , gros, cabillaud très-délicat & très - ellimé, qui fe pêche à l’embouchure delà Meufe, fed. I.
- Mifaïne, un des mâts majeurs qui eft à l’avant ; fa voile s’appelle La Mi-faine, fed. III.
- Moles ; voyez Pompons , fed. I.
- Mongoniers : nom qu’on donne aux marchands de fardines en Langue-1 doc, fed. III.
- v Monopürygiens : nom qu’on donne aux
- •i.poiffons qui n’ont qu’un aiietonfur le dos , fed. IEE. 0rr; c . : •
- Montaifon ; fiifon où les , truites quit-;
- tent l’eau falée pour, paffer dans . l’eau douce, où elles doivent frayer, fed. IL
- Mouler le hareng y c’eft le prefler entre » les doigts pour détacher les corps; étrangers, & emporter les écailles,,, fed.. IIL ;
- Mous & flafques ; défaut qui arrive aux harengs auxquels on a trop ménagé lefel,fed. III.
- K
- Nageoires, parties des poiifons qui font formées de plufieurs rayons mobiles , joints les uns aux autres par des membranes, & qui leur fervent à nager , fed. L
- Nafle, établilfement formé en Guienne & au pied des Pyrénées , fur les rivières , pour prendre des fau-mons, fed. IL
- Nattée;, on appelle morue nattée, celle qui a été endommagée par les nattes dont fe font les premiers lits fur le plancher où on établit la pile, fed. I. Nattes : les Provençaux nomment ainfi les flottes de liege, fed. III.
- Nautier, couteau qui fert aux pêcheurs de morue pour ôter les noues, fed. I. j-
- Noire ( morue), eft celle qui a reçu peu de fel, qui a été féchée doucement , & qui a éprouvé, étant en-p.ile , une petite fermentation , fed. I.
- Nott ou nett, filet d’ufage en Norwe-ge, qui a’eft ni lefté ni garni de
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- -EX P Lîl C A T I O N
- flottes, & ne cale vque par le poids du; filfedt. El.
- Nuit,,( hareng d’une ), ce font ceux qui ont été pris la nuit du jour où on les livre j de deux nuits , ceux qui ont été pêchés deux nuits avant ! la livraifon, fedt HL.
- Ochedt, petite foute qu’on fait aux f. bâtimens de haute-Normandie,pour mettre les filets, fedt. III.
- (Sillons : nom qu’on donne dans la ' Semoy, aux jeunes faumoneaux , fedt. IL. j
- Oifcn ( bateaux à queue d’ ) , fedt.
- III. , d: jr-
- Ouies ; voyez -Branchies , & fedl. I. Ovipare>, ledit des animaux dont les petits fortent tout formés d’un œuf, fedt. I.
- P
- Paletot, cafaque fans manches qui *.,fert aux pêcheurs de la Manche, fedt. III.
- Paquer les harengs, c’eft les arranger le plus prefle qu’il eft poflible dans des barrils, après les avoir falés ,
- ; :fedt III. .
- PaquereJJe , ouvviere qui paque ou arrange les harengs dans les barrils, ?fedt III.
- Parmi: les pêcheurs nomment ainfi unçordage qu’ils attachent la moitié de la hauteur du filet & dans toute fa longueur, pour le foutenir & empêcher que les gros poiflons comme l’alofe ne le rompent, fedt. -.IIÏ-i <1 ‘ ,iC ;p a-u- i>-
- Pqffage (poiflbn de ), ce- fpnt.ceux qui
- D E S T E RME S.
- ne paraiflent fur les côtes que dans des faifons marquées , & eiifuite difparaiflent, fedt. I.
- Pec, hareng qu’on pêche dans le nord à Hitland: il eft très-gras, très-délicat , & on en fait de bonnes falai-fons, fedt. III.
- Peignés ( harengs ) , poiflons qui ont perdu leurs nageoires ou beaucoup , de leurs écailles, fedt. III.
- Pendeurs, ouvriers qui mettent les ainettes garnies de harengs aux; chanlattes dans les rouifables, fedt. III.
- Pharillon, petit réchaud dans lequel on fait un feu de flamme , pour attirer le poiflbn la nuit, fedt; IIl.
- Phaflier ; voyez Pharillon.
- Pichling : nom que les Anglais donnent aux harengs faurs, fedt. III.
- Pierres, os durs , plats , d’une forme ovale alongée, qu’on trouve dans le cerveau des merlans, fedt. I.
- Pile (jardines en ) , fardines falées en tas, & mifes enfuite dans des barrils , fect. III.
- Pince ( morue ) ; voyez Noire, fedt. I.
- Pinoches, chevilles que les tonneliers mettent pour retenir le cercle du jable, fedt. III.
- Pijfer, ou tenir les harengs à la pifle ; c’eft en difeontinuer le feu, & lail-. fer les harengs égoutter leur eau & leur huile, fedt. III.
- Plats ( poiflons ) , ceux qui fe tiennent fur le fond s’abandonnent au courant qui les entraîne, fedt. I. •
- Plein, hareng plein, eft celui qui a des œufs ou- de la laite dans le corps ,1 fedt. III.
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- EXPL t CA TlOr DES -T E'RJM E £
- Plein-pdrr: oïl appelle ainfi dans qûel-* ’ques ports1'un ;mate1ot qm nefbur-nit point de> filet; mais; feulement « fon travail, fed. lit Poli étais ( grand ) , forte de bâtimens dont on fè fert à Dieppe'pour la pèche du hareng, fedi 111. : Pompons ou moles-,; production ma-' ’ rine de la formé d’un melon-, qui eft marquée de différentes cou-
- - leurs, fed. I: ' " 1
- Pouiileufe (mer ), fe dit lorfqu’on
- voit flotter fur l’eau des taches de graifîin ; voyez Graijfin, fed. III. Prame, bâtiment à fond plat, qui a trois mâts, trois voiles quarrées fans hunier ni foque, qui fert- en Norwege pour la pèche dés mo* rues, fed. I1L
- Prime ( voyage de ) ; les pêcheurs de morue appellent ainfi lé premier o voyage qu’ils-font de l’année au banc de Terre-Neuve , qui fournit
- - une pèche'plus abondante que-le fécond, fed.-1.
- Prime ( pèche de ) ; voyez première partie, Explication des termes.
- Q_
- Quaiehe, bâtiment Anglais qui ref-femble affez aux caravelles fr-ançailes, fed. III. :
- Quenouilles , bateaux- Foliotais d’ün grand ufage ‘pour la pêche 5 il y-en a de différentes grandeurs ; on en a donné les dimenfions, fed. III.'
- R - • •
- Rang Q grand ) j les pêcheurs de la^ Manche donnent ce nom-à - une' grapde foute dans laqueiîèifs mettent le poiffon qui -nbpeùb pas tenir
- 'Infur le fpbnt^fêd:> 10.
- Rang d'avant, grande -foute dans- la-: - quèll e 1 cbti ehe'-l’équipàgë f&. où'on ‘:: ferre- les' cordages, fed.TH. !1 Rave : voyez première partie, Explication des termes. 1 r
- Raye: nom qu’on' donnera-un filet qui fert en Flandre, & fur la Mo-felle , à la pèche des alofes, fed.
- : 111. • - y
- Rdouage,1 pëbhe -du hareng qui fe fait hors de^ faifon j on!-lui donne ce nom parce qu’on fait de nouveaux - marchés avec les matelots^ fed. III. Réjure ; voyez première partie, Explication des tènhes. - -
- Rets verguant, forte de tramail en ufage fui- là-côté de; haute - Normandie , qui fert à prendre des aio-fes i voyez Aloüer & Feintier, fect
- ni. • *
- Rijfole ; voyez première partie, Expli-don des termes. -: a • > ' * ’
- Rogne ; voyez premiere partié-', Explication des termes, au mot Rave. 1 -Romains ( barrils )>, forté: de-! barrils défîmes à; contenir- des 'harengs faurs, fèd. - HL ; s
- Ronds (poiffons), ceux qiaii nagent 'communément- entre-' •' deux- .eauxy-r fed. 1. '• d ÿ ' /
- Roujfable, étuve où l’on dfeÜîèehé-' &
- -enfumé léS'hatêhgd-$ fè* dûtes *y
- qu’on prépare en faürP . 'Voyez Co-rejfè & Saunjjèrie^ fed; IIi.ili jn;. • -< :Lcq'tuJC!jyno! D
- riii-ar, ; a>;_ . $ oup roduic. u'j
- Sàijbn •( pbiffemde ) j èft1 appelé' âMfi les poiffons qui viennent plus aibïn-' ' dammenï à1 une- ‘côte fou-'
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- E X ft IiCi A TJ O N. B E S T B R M E &
- •jirphis eftimés: dansun items que dans ; : . un autre•*.{£& : I-me é ;.'j! -JJLCj Salabardau :\ nom iqiie les;jlfe%ues donnent à un grand filet avèç le--1 - quel ils prennent des fardinès, fed.' III , ,
- Salubre, ; voyez première- partie?,oj£x-pli cation des -termes^ • . r ' . '
- Salèur, ouvrier quirialeie harengSc qui préfide à fcèutesi les; opérations de la Cilaifon, fecL III. ;: Salimora ; on appelle: ainfi à Napiés une faumure nouvelle qu’on fait
- - pour remplir_ les bar.rils où' on, a faLéides' fardines,& des. anchois, après en avoir égoütté. là-lymphe, ièci. III; op mon : : a v
- Sardinuit:;: voyez ptreiiniere partie, Explication des termes. /
- Surdon , forte de lilîere faite, avec du fil très-fort ou de la ficelle, pour fortifier des filets très-déliés , qu’en
- - Provenue; On nomme ./i«r, fedt'IIL Sav&nelle ; voyez Havmaj.& première
- partie', E xpiicaticrte ; des termes^,les mots haveneau & favenelle.
- Saur, hareng faur ,vforet ou fauri, eft un hareng falé & fumé avec foin , a qui peut fe garder loaig-tems ,v fedf 7:111.1 3-itl L.O-'.riv oq o M.- d Saureur ou faurijfeàrj&dv-nQm qui cOn--f dnifentf. llétuve a où-' < bon i faurit n lè'<-•-nharènga feét/ll|2c K . , '
- Saurin denbouche-: on- riomme ainfi ’ des hâ-rengst, fans. d^une-nuit,: "&K . ’ cfooilis- tout feiüésü Oni'nommb'-eni-. I corie-c EmplemèntJ faunas i,: des; < ha-oorengs. qùl ay^Ai-des défauts',\Ipnt* dp rebut, & fe vendent a;ben mkr-gob fl tjc isw.y.-fM
- Sauter ; c’e fi; [ arranger, & qpmpripier f g des : harengs! dansf ja- barrique;, en i nfautant furc unofauiî - fond quilles , ; : recoin vre , fed.. III.
- Sauteur: nom qu’on donne au maître tonnelier qui arrange, Jps; harengs --!rdansdes^rrL^97fe#..,.lII.!:i; ,.... Sciabica : nom qüe les. Génoisdonnent à iun filet! qUifreilêmhle; à une faine;, c - .r& qui a au milieu ,-une manche, fçd.
- : lll; :
- S chut „ petit bâteau pécheur, qui ordinairement ne porte qu’un mât & une voile. Les K.uifes appellent du •même nom les bâtiniens qu’ils em-: ploient-pour lp. pèpho à Kola,, ' fed.
- n JIL-. > r of r:?: : . !..
- Sédor, filet en tfamaildérivant, dont un bout eft dans le bateau;,; & l’autre , répondant à une; bouée, flotte : ; au gré: duo courant * feéW - III. -Seigneux , ytiya'Z.Cuiriçr.::i -, ,
- Semé, nappe i die' filet dofl&Ifr tète-eft garnie de flottes, & le pied d,e ba-gués de plomb , qy’oiî tire, à;terres ; après y avoir raflèmb'lé dans l’eau < le plus de poêlon qu’il eft poilible j on dit plus communément faine , tj fodu-lllf l'lof- ::i: : . --.jL{*: *'r . .n--1
- Signauxxy flottes- dé î-iege qu’on, ajüfte Mù bout 4es:bàii.dihgnêspour, mdi-qiier .ou. lévfilét efl meuillé fed:
- HI. ' .# ' .
- Skirping., poiiîbn féeb é au vent", qüi, en Norwege ,! tient lieu- de., pain , fed. I. il -ji.fi , . ..,r /07e; « ni. Smah /.bâtiment Hollandais drès-gon--, dolé-, . quif-pointé une grande;yQÎle ‘èen. baun^e!, iîh (^perroquet & - plu-‘.fieiaq foqiu3S)i: ih- reifemble/, beau-
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- ¥0 *Ë X ¥ £ H C ATI O
- "^cbup' âü teü, fëét-III. ' V *' *-* u*. Socktierés, filets àmailles très-petites, *dont on fe fert'en Provence pour prendre des fardines & des foclets,
- fea.UI. ’
- Sommier ; voyez Colet.
- Spens ou efpens ; voyez première'partie', Explication des termes. -A -T Spreck, bâtiment léger & bon voilier > qui fert à prendre le hareng des pêcheurs , pour le tranfpofter promptement en Hollande, fed'. 111.
- : • . • -T ......... • .«.if -
- Tard (voyage de) , fécond voyage que les pêcheurs de morue font à Terre-Neuve dans l’année, 8c qui fournit de meilleure morueque le voyage de prime, fed. I.
- Teneur y. mouffe qui reçoit le cable au fortir du cabeftanV&de.-tient ferme '-"polir empêcher qu’il ne ripe, fed.
- ‘ III. f ’m:-.
- Tejlacêes, fe dit des-animaux aquatiques , qui font renfermés Jdans des coquilles ou •'boîtes très-dures ,
- . fed* I. ;i
- Toue? petits bateaux dont les pêcheurs " font'ufage vers Tours & Orléans > -j pour-la pêche de l’alofe , fed. 111. T-ourmentin ; voyez Ctdetih, fed. I. > Tratta , filet dont on fe fert dans Pétat de Venife pour prendre des fardines
- - & des anchoisil reifemble au bre-gin de Provence , fed. III-î
- Triage^ harengs dé), ce font ceux qu’on a choilis fans r défaut , tout
- - laités & d’une belle groifeur.. Ce
- - choix fe fait quelquefois par. .'les
- m B E'iS A/M. Ki M E &
- iharchands ; rmais; quand nrl fe fait par les femmes - occupées à Tes compter-, c’eft une fraude, féd,
- 111. î. > >
- Tricoujjes ; guêtres de treillis, recouvertes d’une groife étolfe de laine,
- ♦ . . dont Cefervent les pêcheurs Picarde & Normands, fed. III. -s Trieur, ouvrier qui-, dans une làu-riflerie ,x fépare le bon poiifon de; celui qui eft dè rebut, fed. III. ! ‘ Trinquette, voyez première partie , Explication des termes.
- Triptèrygiens : nom qu’on donne aux . poillons qui ont trois ailerons fur . le dos, fed. I. . '
- Truie ou Plate : nom qu’on : donne à Grandville à la morue préparée en vert, quand elle eft maigre & plate,
- ! fed. I. ...
- h. jr . i ‘
- Urceros : nom catalan d’une manœu-_.vre à l’extrèmitâ de laquelle il.y & , upe bouée.ou.fignal, fed. III.
- iT i— v V • '
- Patrouille, tampon de laine attaché; au bout d’une perche , qui fert à laver • les moruesi*fed.T. . \ m ' uc v.v .v <?. Vantjagens no m . d’un bâtiment Hollandais , qui équivaut à celui.lde chalfeur. Voyei ce mot ,fed. III.
- Vzrt ( Sardines en ), ; on, appelle ainfi celles qu’on couvre d’un peu de Tel, comme les harengs brailles, fed. III. Vergueux * voyez Aiofier , Feintier. &
- . Retsve\guanti){ ‘) j > f . ' i :
- Vivipares ,fe dit des animaux dont les
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- EXPLICATION DES TERMES.
- 44 7
- petits naifïent vivans, fed. I.
- Vertaukt, filet conique & à manche, quifert dans le Comtat Venaiffin à, prendre des truites , fed*. II.‘
- Vjak ( harengs, faiés en )., c’eft ceux : qu’on mét dans des tonnes' avec'' du fel , jufqu’à ce qu’on le paque avec foin dans des barrils, fed. III.
- Wamette ; voyez première partie 3 Explication des termes.
- Warnetteurs , petits bateaux pêcheurs' qui ont été en ufàge à Dieppe j on , ne s’en ferkplus h on y a fubftitué deâ tfUenoùiiles, fed. III.
- >1 T ; fI ^ H D 2 S- C
- Yacht, bâtiment Anglais, dont le grand mât-\eftTort ^ehixévyers Pavant i î| porte une baume , un perroquet & plulieur s fp que s à l’avan t -, Ipd. III. Yolle; voyez première partiç. 3 Explication des termes» T''
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- -, ;r .J.;
- Ml .b:-.
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- DES CHAPITRES E T
- ES
- Contenus dans cette irqijieme fe&ion,
- G HAFrtREPf^ÆIER. WM-ôfe.
- uïbupourroq ;ü! , orniinl or"Jp£gë'i ^
- ÂMtîéti fft^M'ÉïÜ WèJiripÛiyA- êéi la
- -'VfMe(cüoj^yi 2^3"'-! 'j îr : • • j / ;
- CHAPITRE IL JD* lûfeintt. \ ^ Art. I. Defcription de la grojfe feinte.
- H
- Art. II. Defcription des petites feintes.
- if
- Art. III. De plufeurs poiffbns de la fa-
- mille des alofes. 16
- ' Cornuo. ibid.
- Grand gai ou pucelotte. ibid.
- Harengue. 17
- CHAPITRE in. De la pêche des alofes , des feintes, & des petits poif-fons qu'on nomme, en différens endroits , alofeaux, pucelottes , &c. _ 18
- Des endroits où l’on trouve plus abondamment des alofes & des feintes. 19
- Des marques extérieures qui font juger qu’une alofe eft de bonne qualité. 20
- De la faifon la plus propre à prendre de bonnes alofes, & de celle où il convient d’en interrompre la pêche. ibid.
- De la pèche des alofes à la mer. 21 De la pèche des alofes fur les plages, à l’embouchure des riviè-
- res. .. pag. 2%
- De la pêche deV alofes dans le lit des rivières. ibid.
- " 'Défënpiioù $ès ïnftrùrtlens' qu’on emploie pour la pèche dè& alofes , des feintes, &g. ibid.
- De la pèche des alofes en Flandre , & particuliérement dans laMo-felle. 2f
- De la pèche de l’alofe en Normandie , & particuliérement à Quil-lebeüf. ibid.
- De la pèche des alofes & des feintes dans la Seine près de fon embouchure. ibid.
- De la pèche des alofes & des feintes dans la Loire. 26
- De la pèche de l’alofe auprès de Bordeaux, dans la riviere de Baypnne & en Gafcogne. $1 De la pèche des feintes ou pucel-les, ou gates, & des petites qu’on nomme pucelottes ou calluaux, couvreatix ou couvriaux, ailleurs couverts. 3 5
- Notes fur l’alofe, qui m’ont été envoyées des pays étrangers. 34 Du débitdes alofes au marché, & de leurs préparations dans les cuifines. $ f
- CHAPITRE IV. Dit hareng, en latin harengus, chalcidis fpecies ( Be-
- lon
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- TABLE DES CHAPITRES ET ARTICLES.
- 449
- Ion); en anglais & en allemand hering, en italien haringa.
- Art. I. Confdérations générâtes fur te hareng. 3 6
- Sur la route annuelle des harengs, tiré de PHijloire naturelle de l'If, lande, par M. Anderfon,& de P Atlas de commerce & de mer, imprimé en anglais à Londres en 1728. 44
- Des faifons où les harengs fraient en diiférens parages, 8c de la prodigieufe multiplication de ces poiiTons. 46
- Art. II. Defcription d'un hareng plein.
- Du hareng gai. f f
- Art. III. Corifidérations générales fur la pêche du hareng. f 6
- Des principaux bâtimens qu’emploient les Hollandais, les Anglais & les Français pour la pèche des harengs, qu’ils font au nord, à Yarmouth, ou dans la Manche. 5*9
- Des faifons où l’on trouve les harengs en diiférens parages , & des variations qui arrivent dans la route dé ces poiiTons. 61
- Despetitespècheries où l’on prend des harengs le long des côtes, & qu’on peut regarder comme accidentelles. 6ç
- D'une petite pêche de harengs qu’on fait à la côte avec le filet, nommé marfeique ou flameque. 66 AlRT. IV. De la pêche du hareng dans la Manche. 67
- Sur les défenfes qui ont été faites de continuer la pêche du hareng Tome XI.
- dans la Manche après le dernier décembre. 68
- Détail de l’emménagementd’un bateau pêcheur de la Manche. 73 Des uftenfiles nécelfaires pour mettre le bateau en état de tenir la mer, & qui font fournis par le propriétaire du bateau, comme faifant partie de Ton gréement.7 3 Des uftenfiles de pèche, que four-nilfent en commun les intéreifés à la pèche. ibid.
- • De la répartition des parts entre les intéreifés à la pèche. 79 Des lieux 8c des faifons où les pécheurs s’établiifent dans la Manche pour faire la pèche du hareng. 82
- De l’établilfement des bateaux fur le lieu qu’on a choifi pour faire la pèche ; de la mife des filets à la mer, 8c de la manœuvre pour les relever. 83
- Des circonftances qui parailfent favorables à la pèche. 89
- Art. VI. De la livraifon du poiffon au port 9& de fa vente tant aux chajfes-marée, qu aux faleurs. 9 o
- De la vente du poiifon frais aux chaifes-marée. 91
- De la vente du hareng frais aux faleurs. . 93
- Comment on tranfporte les harengs frais chez les laleurs. 97 Des défauts qui font rebuter les harengs frais à la livraifon, foit aux maraÿeuts, foit aux faleurs. 98 Répartition du profit net de la pèche à tous les intéreifés. 100 ART. VII. De la pêche du hareng en L 1 1
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- TABLE DES CHAPITRES
- 4?o
- Bretagne. 102
- Art. VIII. Des pêches du hareng qui fe font hors de la Manche , conjîdérèes en général. 109
- Art. IX, Delà pêche du hareng au nord par les naturels du pays. 110
- Art. X. De la pêche du hareng au nord, qu'on appelle du hareng-pec. 11 f Defcription du hareng pec ou du * nord. 116
- Détails fur la pêche du hareng aux côtes de Hitland ou Schetland.
- , t / 117
- Intérêt des propriétaires des bateaux pêcheurs Hollandais. 120 Art. XI. De la pêche du hareng au nord de C Angleterre, qiion a coutume de nommer Yarmouth. 121
- Defcription des harengs qu’on pêche à Yarmouth. 124
- Du tems ffu-ffépart des pêcheurs pour Yarmouth. 125*
- Des bâtimens dont, fe fervent les Anglais, les Hollandais & les Français pour la pêche d’Yar-mouth. 126
- De la pêche du hareng fur les côtes d’Ecoffe & d’Irlande. 130 Des habillemens des pêcheurs d’Yarmouth. 151
- Salaifon du hareng à la mer. 132 De la vente & de la livraifon du poifloji à Yarmouth dans les ports de la Manche. 133
- Du compte du hareng falé. i jf ART. XII. Des préparations quon donne aux harengs pour les conferver. 136 Du fel qu’on emploie pour les différentes préparations des harengs. 137
- Des barrils pour le tranfport du hareng falé. 141
- Des ouvriers employés aux falai-fons du hareng. 146
- Art. XIII. Idée générale de la falaifon du hareng. 148
- Du hareng qu’on nomme braillé.
- 149
- Opération des caqueufes pour la préparation des harengs blancs.
- IfI
- Opération des laleurs. 1 f 2
- Maniéré de paquer les harengs.
- ibid.
- Préparation du hareng en Bretagne. 1 ?4
- Paquage du hareng par les Hollandais. iff
- Des défauts particuliers aux harengs falés en blanc. 1 f 6
- Art. XIV. Des réglemens pour réprimer les abus fur Us falaifons de hareng. 1S7
- Art. XV. Du harengfaur. 162
- Des ufteniiles dont on fe fert dans les faurifferies ou rouffables. 163 Defcription des étuves, corettes ou coreffes. i 64
- Des ouvriers employés à la préparation des harengs faurs. 16 5 De la préparation du hareng laur en France. 166
- De la préparation du hareng fauri en Angleterre. 169
- Des défauts qui font mettre les harengs faurs au rebut. 171 Desharengs de demi-apprêt, qu’on nomme bouffis , craquelots ou appétits. 172
- De la préparation du hareng fumé
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-
- ET ARTICLES.
- à Mecklembourg. 174
- Du compte des harengs fours à la livraifon. ibid.
- De la préparation du hareng pour acquer, qu’on nomme à la acque.
- 17T
- Des harengsfrigauds. ibid.
- ART. XVI. Du commerce du hareng, ib. Art. XVII. De L'apprêt des harengs dans les cuifines ; & addition a Cap-prêt des alofes. 179
- CHAPITRE V. De la far dîne, for-dina : chalcidis , Belon : trichis ou trichias, Rond. En anglais, frnall pylchard. 180
- Art. I. Conjectures fur la route que fuirent les fardines. 182
- Art. II. Des diffétens lieux où l'on fait la pêche des fardines. 184
- Art. III. Defcription de la fardine. 186 Art. IV. De la pêche des j'ardines. 18 8 Pêche des fardines par les Français dans l’Océan, confidérée généralement. ibid.
- Des appâts qu’011 emploie en Bretagne pour attirer les fardines, & qu’on appelle rave, rogue, ré-fure, gueldre , chevrons ou manL guette. 189
- Des différentes barques & chaloupes qui fervent en Ponant pour la pèche des fardines. 193
- De l’équipage des bateaux fordi-niers. 194
- Des conditions & engagemens des équipages en Bretagne. 195* Des filets pour la pêche de la for-dine en Bretagne. ibid.
- Des foifons où commence la pèche
- de la fardine aux côtes de Bretagne. ^ 198
- Maniéré de pêcher les fardines fur les côtes de Bretagne. ibid. Pêche des fardines à Quimper, Douarnenez, Tréboul, &c. 201 Pèche des fardines à Saint-Jacut & à Saint-Caft. 202
- Art. V. Vmte de la fardine fraîche en Bretagne. 203
- Art. VI. De la préparation des fardines en Bretagne. 204
- Préparation des fordines en vert.
- 20 f
- Des fardines filées en grenier, ibid. De la préparation qu’on nomme maleflran. 206
- Préparation des fardines en pile.
- 207
- Remarques de M. le Roy fur les deux maniérés de préparer les fardines décrites dans les paragraphes précédens. 20S
- De la préparation des fardines en fimple faumure qu’on nomme ah-choijees. 210
- Des fordines en daube. ibid.
- Des fardines fouries. 211
- Art. VII. Du commerce que les Bretons font de leurs fardines. 212,
- Art. VIII. Pêche des fardines fur les côtes d'Angleterre. 213
- Art. IX. Pêche des fardines dans l'amirauté de Marennes en Saintonge. 214 Art. X. Pêche dans Camirauté d'Olone en bas-Poitou. 21 y
- Difcuiîions particulières fur les fardines dites de Roy an, en Saintonge. 216
- LU ij
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-
- TABLE DES CHAPITRES
- 4P
- Art. XI. De la pêche des fardines à la côte de Saint-Jean-de-Lu^ en Gaf-cogne f pays de Labour. 218
- Des filets dont fe fervent les Baf-ques pour la pèche des fardines.
- 219
- Maniéré de mettre le filet à la mer 8c de le relever. 220
- Du retour des chaloupes à terre.
- 221
- De la pêche des Bafques à Fonta-rabie. ibid.
- Art. XII. Différens mémoires fur la pêche des fardines aux côtes d?Ef pagne. 222
- De la pêche des fardines fur les côtes de Galice. 224
- Pêche des fardines fur les côtes des Afturies. 226
- Art. XIII. De la pêche des fardines en Portugal. ibid.
- Art. XIV. De. la pêche des fardines à Gibraltar. 228
- Art. XV. De la pêche des fardines en Provence. 230
- Des filets dont on fe fert en Provence pour la pèche des fardines.
- ibid.
- Des bateaux dont fe fervent les pêcheurs delà Méditerranée pour la pèche de la fàrdine. 232 Des heures auxquelles on fait la pêche. ibid.
- Maniéré de s’établir en pèche. 233 Defcription du fardinal ou fardi-nau du Languedoc, ainfi que des filets dont les Catalans fe fervent pour y prendre des fardines. 234 Saîaifons & préparations des farcîmes en Provence & en Langue-
- doc. 236
- De la pèche des fardines à Cannes.
- 23 8
- Maniéré de faire les falaifons de làrdines à Cette. 239
- Art. XVI. De la pêche des fardines dans le royaume de Grenade. 241 Pèche des fardines fur les côtes de Valence. 242
- Pèche de la fardine en Catalogne.
- 243
- Pèche des fardines & anchois aux côtes de l’isle Majorque. 24f Art. XVII. De la pêche des fardines à la côte de Gênes. ibid.
- Art. XVIII. Apprêt des fardines dans les cuifmes. 24G
- CHAPITRE VI. Des -anchois. 247 Art. I. Defcription de l'anchois. 248 Art. II. De la pêche des anchois. 25” O De la pêche au feu & à la riffole.
- ibid.
- Art. III. Apprêts & falaifon des anchois en général 9 ainfi que des far-dines à la façon des anchois. 2^3 Préparation des anchois en Bretagne. 2f4
- Préparation des anchois en Provence. 2
- Art. IV. De la pêche & préparation des anchois fur les côtes d'Efpagne.
- ibid.
- Pèche au royaume de Grenade.
- ibid.
- Pêche à la côte de Galice. 2^7 Pèche des anchois en Catalogne.
- ibid.
- Art. V. De la pêche des anchois en Italie. . 2f8
- Pèche des anchois à la côte de
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-
- Gênes. 2^8
- Pêche à la Gorgone. ibid.
- Pèche des anchois & des fardines dans le royaume de Naples, ibid. Pèche des anchois & des fardines en Sicile, & particuliérement à Mefline. 25*9
- Pèche des anchois & des fardines fur les côtes de l’état Eccléiiaf-tique. 260
- Pèche des fardines & dés anchois en Corfe. 261
- De la pêche des fardines & des anchois dans l’état de Venife. ibid. Art. VI. Pèche & falaifon des anchois en Hollande. 262
- Art. VII. Apprêt des anchois dans les cuifines. 263
- CHAPITRE VII. De la melette de Marfeille ; nadelle en Langue-doc ; aphie de Rondelet. 26$ Art. I. Defcription de la melette. ibid. Art. IL De la pêche des melettes. 266 CHAPITRE VIII. De divers poisons de mer qui doivent être compris dans la famille des alofes, des harengs, 269
- Art. I. Du J'prat, jprêt où fpàrlin de Willughby. ibid.
- Defcription du fprat ou fpret. 270 Art. IL Du hdreng hugué de Pisle dêCeleron. 272
- De l’efprot ou fardine dù ftord.
- m
- Art. III. Du cêlerin ou cilan 5 eeîeri-nus. 274
- De la larde. 277
- Art. IV. Idée générale de ce quon appelle menife ou menuife en bajje Normandie , ailleurs meslis, dans d'autres endroits œillets, en Provence lau-monnelles ou aphie, en quelques endroits blanchailles, à Medoc nofrih.
- ibid.
- Du poiffon appelle famé. 278 De la menife de Grandville proprement dite. ibid.
- De réprauit de Grandville. 279 Du hertault de Grandville. 280 Des harenguelles ou harenguettes de Caen. ibid.
- De quelques poiffons qu’on prend en baffe Normandie, & qui -ont beaucoup de rapport avec les fardines. 28 2
- Art. V. Des b taquets ou blanche de haute Normandie. ' ‘ ibid.
- Du franc-blaquet ou de la franche-blanche. <282
- Du faux-blaquet ou blanche bâtarde. ibid.
- De l’aubuffeau ou hauhuffeau. 289 Du gattereau. * 284
- De la pêche de ces petits poiffons.
- ibid.
- De l’harache de Marfeille. ibid. Du prêtre, preftra ou cap élan. 286 Du poiffon volant. 287
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- 4Sf T A B LE DES C H A P I T R E S
- SUITE DE LA TROISIEME SECTION
- DE LA SECONDE PARTIE.
- ; Chapitre ix. Des poiffons d'eau
- douce de la famille des alofes. 293 Article PREMIER. DesJardines d'eau douce , & des poijjbns d'eau douce qui confinent aux Jardines de mer. ibid. Defcription de la fardine au lac de Guarda. 294
- Des agons de Belon. 29;
- Du liparis de Belon. 298
- De l’achon, auchon ou auçon de la Mofelle. ibid.
- ART. II. De.l'able ou ablette, ovelle ; albula minor ou alburnus. 299
- Defcription d’un able de moyenne grandeur. 300
- De la pêche des ables. 501
- De la pèche des ables dans le . Rhin. 502
- De la pêche des ables en Hollande.
- ' , 303
- De la préparation des écailles des
- ables. ibid.
- Art. III. Du goujon de riviere ; goef-
- fon dans le Lyonnais & en Provence ;
- gobio fluviatilis : en allemand grelfe.
- 306
- Defcription d’un petitgoujon. 3 07 De l’apprêt du goujon. 308
- Art. IV. Du gardon; gardo ou làr-gus. ibid.
- Defcription du gardon. ibid.
- De l’apprêt du gardon. 310
- Art. V. De la rofj'e de riviere. ibid.*-
- Defcription d’une roife pêchée
- dans PElToiie. jii
- Art. VI. De.lavandoife ou dard^leu-cifcus, albicula, jaculus., 312 Defcription de la vandoife. 313 Art. VU. De la chevanne ou chevefne de Belon ; meunier de Rondelet 414 Defcription d’une chevanne. 3 1 f Art. VIII. De la brème ; quelques-uns difent brame : brama. 317
- Defcription de la brème. 318 De la brème gardonnée. 3 2.0
- Du pleftia ou platane. 321
- Art. IX. De la tanche, tinca. ibid. Defcription d’une tanche ' de moyenne grandeur. 322
- De l’apprêt des tanches dans les cüifines. 323
- Art. X. De la carpe ; cyprinus. 3 24 Defcription de la carpe. 32?
- De la pèche des carpes. 329
- De l’apprêt des carpes dans les cui-fines. 330
- De la pèche des carpes dans les pays étrangers. 332
- Des différentes elpçces de carpes.
- ibid.
- De la bordeliere, ballerus, Rond.
- 333
- Art. XI. De la bouvière ou peteufe.
- r m
- Defcription de la bouvière, ibid.
- Art. XII. Du véron, ou vairon; va-: rius, phoxinus, Rcnd. f
- Art. XIII. De l'écharde ou épinoche,
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- ET ARTICLES.
- ou épinarde. , ' 3 37^
- Art. XIV. Du.'barbeau ou barbotte; barbus, Rond. 538
- Defcription du barbeau. ibid.
- De l’apprèt des barbeaux dans les cuifines. 341
- Des petites barbottes ou loches, qui ont été pêchées dans la Seine.
- ibid.
- Art. XV. Du brochet ; lucius. 3 4^ Defcription du'brochet. ibid.'
- De la' pèche du brochet. 347
- De l’apprèt du brochet dans les cuifines. 34.8
- CHAPITRE X. Corrélions & additions à ce qui a été publié jitfqu'à préfent fur le traité des pêches.
- 349
- Art. I. Corrections qui ont rapport a la première feclion de la première partie du traité général des pêches. 3 30 Sur les bateaux pécheurs- du Pol-%
- let. ^ ib'id;
- Art. II. Sur les bateaux^ ‘pêcheurs de Dunkerque. *
- Dimenfions d’un dogre ' efbï\f> fë c fervent les Hollandais & les Dun-kerquois. 354
- Art. III. Difcuffion- fur le. poijj'on quon nomme merlan dans la Mé-,.
- diterranée. p\; ' ' 3 34
- Art. IV. Sur la pêche des petits colins S en Norwege,prés de Valdrehouê entre Berghen & Drontheim , par M. Fram-mery , correfpondant de £ académie des fciences de Paris , & conful de France en Norwege. ibid.
- Art. V. Sur la pêche des morues 9<flétans , & autres poiffons en Norwege,
- 4ff
- dans la province de Finmarck. -338 < Defcription fom m air e des ' bateaux pêcheufs'Norwëgiens, &de leurs v’uftenfiles de pêche. 339
- Art. VI. Corrections & additions- qui ont rapport à la fécondé feclion de la fécondé panée du Traité général des pêches , dans laquelle il s'agit des faumons & des truites, &c. 3'GG
- Corrections.1- A h ibid.
- Omiffions. , ibid..
- Notes flir la pèche des faumons eii Norwege, par M'. Frammèry, correfpondant d'e l’académie des fciences, & conful de France en Norwege. 367
- Art. VII. Additions relatives à la troi-Jietne feclion de la fécondé partie du Traité général des pêches. 374
- Additions à ce qui regarde l’alofe.
- ibid.
- ' Addition à l’arache dont j’ai parlé V ci-devant. 379
- ^ Addition à ce que j’ai dit des far-Af*ï%es de Provence. ibid.
- Defcription d’un poiiTon qu’on prendr à Saint-Jean-de-Luz, & qu’011 y nomme gafta. 380
- Defcription d’un autre poiifon nommé hetga, que l’on prend à ' * ; Sâint-Jean- de-Lu z. 381
- Addition à eeiqui eft dit de la me-lette. 382
- Art. VIII. De quelques poiffons du genre des alofes , harengs ou fardines , qui fe pêchent aux environs de la Guadaloupe, dejfînês & décrits par M. Barbotteau , confeiller au confeil fupérieur de cette colonie. 383
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- 4*6 TABLE DES CHAPITRES ET ARTICLES.
- Du petit cailleu, fardina caribœa-rum exilis, 383
- Du cailieu-taflart, pl XVII, fig.
- io- 587
- De la fardine des Antilles,/>/. AT, ^88
- ADDITIONS. Extrait d’un mémoire de M. de la Tovrrette , contenant des recherches & des ab-fervations fur le carpeau de Lyon.
- NOTICE GÉOGRAPHIQUE principaux lieux dont il efl fait mention dam cette troifieme fec-
- tion. 393
- TABLE ALPHABÉTIQUE des noms des poifons dont il ejl pa ~'é dans les trois ferions de lu feco1 de partie du Traité général des pêches ; avec les noms fynonymes qui ne fe trouvent point dam le texte ; quelques notices abrégées de ces poijjons, £5? des renvois aux fe liions. 417
- Explication de quelques termes qui font employés dans les trois ferions de la fécondé partie du Traité général des pêches. .434
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- * Sect. IV.-: Intrpdu&iotù * t. r
- .. '—1 ' . —, ^ i . ...
- QUATRIEME SE CT I ON.
- 4» *'.« ' a»
- INTRODUCTION.
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- i. j’ai commencé ce traité par expofer dans le premier volume prêt que toutes les induftries que les pêcheurs ont imaginées pour faire les diffé-rentes pêches qui les mettent en état de prendre toutes fortes de poiffons. Ce premier volume, qui eft véritablement un traité de la pêche, eft divifé en trois ferions.
- 2. Il s’agit dans la première, de tout ce qui regarde la pêche aux haims ou aux hameçons ; on y trouve la façon de faire ces crochets &de les éta-mer : on en a repréfenté de toutes les grandeurs, les uns à un feul crochet, d’autres à deux ou à trois ; on a détaillé la maniéré de faire les lignes fines, foit pour empiler les petits haims , foit pour faire la pèche à la canne ; comment on empile les gros haims ; comment on y attache les appâts ; enfin toutes les façons de difpofer les haims, foit pour la pèche à la canne ,foit pour celles aux cordes groffes ou menues ; les différentes façons de les tendre, foit fédentaires, foit fur des perches, d’autres, fois par fond ; ou encore à la traîne, tantôt à force dq bras, & tantôt par des barques.
- Il a été queftiou dans la fécondé fection, de la pèche avec les filets , & nous avons commencé par indiquer la façon d’en fabriquer de toutes efpeces» ceux à. mailles quarrées ou fen lo£mge,,en nappe lîmpleou à plusieurs nappes qu’on nomme trémaiis ou.comme difent les pêcheurs , tramaux ; enfin des filets à manche, d’abord..fipiples , enfuite garnis.de goulets ou d’ailes. Après ces préliminaires nous avons détaillé les différentes façons de les tendre , foit dans les, eaux dormantes,, foit dans le courant des rivières, foit au bord de la mer,, foit fur, des perches ou p.alots, ou par fond ; enfin en pleine mer,.tantôt à la traîne, d’autres,fois fédentaires, ce quia exigé de grands détails. J.-Ü „
- . 4. Nous avons, (traité-dans jla^troifipme & derniere feétion de ce premier volume de quelques pèches particulières, telles que de celles au feu, ou à la fouane, à la drague y de celle ^qu’on fait dans les fables avec la beche, la fourche, le rateau, > la herfe ; delà pèche avec les,oifeaux ; de celle fous la glace; du déchargement du poiifbn, de fa 4 vepte ' & de fon, tranfport, tant mort qu’en vie ; enfin ,de ;la pèche des étangs ; ,& à leur occafion nous avons dit quelque chofe, des viviers, de, î’empoiifQnnçment des étangs & de la vente du poiflon qui s’y éleve. ‘
- Tome XI,
- M m m
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- f. Nous avons jugé convenable de mettre à la fin de ce volume dafts des articles iéparés, i°. tun détail de tout ce qui a été > dit dans ces trois feétions; uii expofé général des pèches qui fe font fur les différentes côtes du royaume, 30. une indication fommaire de ce .qui peut occafionner la rareté du poiffon, tant dans les rivières qu’à la mer ; 40. on trouve un vocabulaire où les termes propres à la pèche qu’on a employés dans ce volume , font rapportés dans un ordre alphabétique, & expliqués.
- ' 6. Si je me borne préfentement à des indications fort abrégées de ce qui eft contenu dans ce'premier volume ,'c’eft parce que les fommaires & tables que je viens d’annoncer préfentent les plus grands détails. Après avoir fut connaître dans cette première partie les induftries que les pêcheurs emploient pour exercer leur métier, je paffe à la féconde, qui eft le commencement de l’hiftoire des poiffons, dans laquelle nous les confidérons chacun en particulier ; & pour le faire avec ordre, nous les avons ralfemblés par familles, chacune fàifant l’objet d’une fedion particulière, à la tète de laquelle ©n trouve les caraderes qui conviennent à chaque famille ; enfuite nous-indiquons les parages où il faut les aller chercher, les iaifons où ils donnent fur telle ou telle côte, les pèches qui leur conviennent, les préparations qu’on leur donne, d’abord pour les tranfporter frais à de petites diftances , où l’on eft affiné d’en trouver le débit ; enfuite nous détaillons les différentes méthodes qu’on emploie pour les mettre en état d’être confervés iong-tems, au moyen defquelles'ils peuvent être tranfportés fort loin, & former des branches de commerce. Nous n’avons pas négligé de dire quelque chofè de leurs apprêts dans les cuifines.
- 7. Ce fécond volume qui eft lé premier de la féconde partie, eft divifé, ainfi que le premier, en trois fedions précédées d’une introdudion qui eft en quelque façon un petit traité des poiffons confidérés en général , dans lequel on expofé leur façon de vivre, les uns dans les eaux douces, d’autres dans les eaux falées, d’autres qui paffeht dé Peau falée dans l’eau douce, & le contraire. Il y en a que nous nommbns domkiliés'y qui refient toujours dans lès mêmes parages ; d’autres changent de: lieu, on- les" nomme de pa-Jfage; les uns vivent conftamment dans l’eau i d’autresront befoin de prendre Pair de tems en tems» on les nomme amphibies":5 la plupart fe multiplient par les ceufs ï quelques -uns font vivipares i les uns ont des écailles , d’autres des poils ; plufieurs ont leur peau à découvert.. La pofition des ailerons & des nageoires; eft très-utile pour-ranger les poiffons^ par familles. Nous jetons dans ce préambule un coup-d’œil fur lès-formes extérieures‘des différens poiffons,' nous; avons même donné une léger élidée de leur anatomie j car il nous a paru que ees confidérations généralês , quelqu’abrégées qu’elles furent, mettraient
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- •'r ! .. Sect. IV. IntrbduBion. r,‘ 4S9
- hos ledeurs plus en état d’entendre ce que nous aurions à dire fur chacun d’eux en particulier.
- 8. La première feétion traite des poiffons qui ont pour caraéleres généraux, d’avoir fur le dos trois ailerons, deux fous le ventre derrière l’anus, l’aileron de la queue fendu, une nageoire derrière chaqueouie, &deux fous le ventre ; dans cette famille qu’on a nommée gadus ou afellus, font compris les morues, les lieux, les colins, les merlans, les ânons, les tacauds; nous y avons ajouté quelques poiffons qui ne font point de cette famille, tels que les merlus & les lingues, parce que les pécheurs de morue en comprennent quelquefois dans leurs falaifons ; & fi nous avons parlé du capelan de Terre - Neuve, c’eft parce qu’il fert d’appât pour prendre les morues franches.
- . 9. Les poiifons qui font l’objet de la fécondé feétion, ont un petit aileron fur le dos, vers le milieu de la longueur du poiffoii, & entre cet aileron & celui de la queue, un petit appendice charnu, qui n ayant point de nervure comme les ailerons & les nageoires, ne peut pas être regardé comme yn vrai aileron. Sous le ventre derrière l’anus eft un petit aileron, celui de la queue eft tantôt plus, tantôt moins échancré; au refte il y a une nageoire derrière chaque ouie & deux fous le ventre. Cette famille qu’on peut nommer Jalmoni affines confinant au faumon, eft formée d’un nombre^affez confidé-rable de poiffons, tels que le vrai faumon, lebécard, les truites faumonnées ou non, les umbres, les éperlans, &c. Prefque tous ces poiffons qui font généralement fort eftimés, paffent de la mer dans les rivières j & comme ils ont une inclination naturelle à remonter les courans, on en a profité pour leur tendre des piégés, ce qui forme des pêcheries très - variées que nous avons décrites le plus exactement qu’il nous a été poffible ; & après avoir fait connaître la façon de les prendre, nous avons expliqué comment 011 les fale, comment on les fume, & comment on les prépare en faumure.
- 10. Les poiffons qui ont un petit aileron fur le dos, fans appendice, forment la troifieme & derniere fedion du fécond volume: elle comprend des poiffons très-eftimés, tels, entrautres, que l’alofe, la feinte, les harengs, les fardines, les anchois, les melettes, les carpes, les brochets, les tanches, &c. Il fuffit d’avoir nommé ces poiffons, pour qu’on juge que cette fe&ion préfente des chofes très-intéreffantes. Ce volume eft terminé par des tables où l’on trouve des notices géographiques fur les lieux dont on a parlé ; l’explication des termes techniques ; les noms des poiffons dont il a été fait mention , les uns & les autres rangés fuivant un ordre alphabétique : ainfl c’eft un fupplément aux tables qui fe trouvent à différens endroits de ces deux volumes. Maintenant, nous allons donner une idée de ce qui fait l’objet du troifieme volume, qui commence par la quatrième fectjon.
- Mmin ij
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- T RA I T E’ D E S PE C H E S. Partie IL
- CaraBer.es généraux des poiffons compris dans cette quatrième feBion* que nous nommons fparus, comme dénomination générique ( i )• v
- ' îi. Le trmfiemé volume que nous publions préfentement, commence par. Ja quatrième feéhon de la fécondé partie, dans laquelle il s’agit des poiffons qui ont un grand aileron fur le dos, un moins étendu fous le ventre derrière fartus , l’an & l’autre épineux ou non, une nageoire derrière chaque ouie, & deux fous le ventre ou la gorge. J’ai cru qu’il convenait de former de ces poiffons une famille à laquelle j’inclinais de donner le nom générique de labrus; mais ayant remarqué que les labrus de Rondelet ont deux aile-, ronsftïr le dos, & qu’ils ont du rapport avec le cabot h avec ie labrax de Bélon, qui ayant auffi deux ailerons fur le dos, eft une forte de loup ou de hibine, je me fuis déterminé à adopter la dénomination de fparus , pour dé-ligner une famille de poiffons qui ont les caraderes généraux que je viens d’indiquer. Il eft vrai que Bélon a donné le nom de fparus à une efpece particulière de poiffon qu’il dit être commun à Rome; mais ce poifïon-là même a les caraderesr qui conviennent à ceux que nous comprenons dans la fa* mille des fparus. ’ ‘ •
- 12. Ces caraderés généraux qui indiquent feulement que tel poiffon eft
- de la famille’ des fparus, convenant à beaucoup d’efpeces, aiiifi que la dorade des pays chauds, la dorade de nos côtes, la brème de mer , le fparaillon, le cantheno, le tânado, & quantité d’autres poiffons qu’il eft très-commun de voir confondre les uns avec les autres, il nous a paru néceifaire, pour prévenir ces incertitudes, de fubdivifer cette nombreufe famille ou cette quatrième fedion en plufieurs chapitres, dont chacun comprendrait des poi£‘ fous qui ont des formes affez differentes pour n’ètre pas confondus avec ceux des autres chapitres. " .,
- 13. Partant de ces principes, nous divifons cette quatrième fedion en cinq chapitres 5 dans le premier , il s’agira de la dorade des pays chauds 5
- ( 1 ) A mefure que le favant auteur de ce traité avance dans fon travail, fes objets fèmblent fe multiplier. Ce ne pourra cependant jamais être, comme il l’avoue lui-même, qu’une ichtyologie incomplète, puifq.ue Goan diftingue cinquante-neuf genres de poiffons qu’on ne trouvera pas tous raffenihlés ici. Cette quatrième fedion en contient plufieurs qui ne font recommandables ni par leur qualité, ni par leur taille; & malgré cela je ne me fuis permis aucun re-
- tranchement à cet égard. J’eulfe feulement defiré que notre auteur n’eût pas rapporté les opinions des différens ichtyologiftes fur la maniéré de clafîîfier les poiffons, ou de déterminer le genre auquel chaque efpece appartient ; ce qui forme une forte d’érudition affez feche, & à laquelle très-peu de ledeurs prendront intérêt. Au refte, on ne doit pas être furpris fi de telles difcuffions ne font pas accompagnées de beaucoup dé notes de ma part. * * - - *
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- Sect. IV. De la dorade à?Amérique. 461
- dans le fécond, de la dorade de nos côtes & des poiifons demi-plats qui y ont rapport -, dans le troilieme, des poiifons de la même famille, mais qui approchent d’être ronds ; dans le quatrième, d’un nombre de poiifons, la plupart petits, qui ont auili les cara&eres des /parus } & que plusieurs auteurs ont nommés tour des ,,/cares s &c. Dans le cinquième nous comprenons quelques poiifons qui ont les cara&eres du /parus , mais dont les formes font lingulieres. Je vais donc commencer cette fedion par la dorade des pays chauds. Comme ce poiifon a un grand aileron fur le dos, un moins étendu fous le ventre derrière l’anus, l’aileron de la queue fourchu, une nageoire derrière chaque ouïe & deux fous la gorge, il nous a paru qu’il devait être compris dans cette quatrième fedion , quoiqu’il ait une forme différente de la plupart des (parus. Nous convenons même que par la forme de fon corps, il ferait mieux de le mettre avec les poiiions longs, tels que le tænia -, mais la célébrité de ce poiifon & le 110m qu’on lui donne communément, nous engagent à le mettre à la tète de cette fedion.
- CHAPITRE PREMIER.
- De la dorade d'Amérique ; tænia aureo-cærulea, que les Anglais nomment quelquefois dauphin (2).
- H- L A dorade des pays chauds, dont il s’agit, eft totalement différente du poiifon qu’011 nomme dorade ou daurade fur nos côtes de l’Océan & de la Méditerranée, par là groffeur, fa forme, fa beauté & l’excellence de fon goût. On trouve dans le tome premier de l’édition in-40. de l’Hiftoire générale des voyages, une petite figure de la dorade d’Amérique, qui 11’a que deux pouces quelques lignes de longueur. J’en ai une autre mieux deflinée par Van-der-meerfch ; mais comme elle n’eft pas plus grande que celle de l’Hiftoire des voyages, quel*e confiance peut - on avoir à d’aulft petits deftins, pour repréfenter un poiifon qui a trois, quatre, & quelquefois cinq pieds de longueur? J’en ai vu un très-proprement peint en miniature dans le cabinet des eftampes de la bibliothèque du roi -, mais j’avoue que l’ayant trouvé peu conforme avec l’idée que je m’en étais formée d’après les deC criptions que j’avais eues de ce poiifon, jel’aifoupçonné d’être peu exad : ce qui n’eft pas furprenant, M. Aubriet, habile peintre , l’ayant probablement peint d’après le fec, ou d’après des poiifons confervés dans l’eau-de-vie. II
- (a) En allemand, Gold-Forelle, ou Gold-Karpfe,
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- 4*2 TRAITEr DES PECHES. Partie II.
- y a une meilleure figure dans "Willughby, mais qui n’eft pas encore parfaite. Je défeipérais donc de me procurer un defîin corred de cette dorade, qu’on ne prend pas fur nos côtes , lorfqu’heureufement je trouvai ce poiffon très-bien delféché dans le cabinet deM, le marquis de Turgot, qui s’eftfaifc un plaifir de me le confier, pour en faire l’ufàge que je délirerais : ce qui m’a mis en état de faire exécuter le deiîin qu’on voit pi. I, fig. I , que je crois exad.
- i f. Le poiiTon que je décris, avait trois pieds de longueur totale A, B > la mâchoire inférieure C, était d’environ dix lignes plus longue que la mâchoire liipérieure A. Quand ces mâchoires étaient rapprochées, la fente de la gueule, à compter de l’extrémité de la mâchoire fupérieure, était d’environ fix lignes. Les mâchoires , tant fupérieure qu’inférieure , étaient garnies de dents fines & pointues ou tant foit peu recourbées vers l’intérieur de la gueule ; il y avait de plus au palais & au fond de la mâchoire inférieure des olfelets garnis d’aîpérités : à deux pouces fept lignes de l’extrèinité de la mâchoire fupérieure était le centre de l’œil, dont les folfes orbitaires avaient près d’un pouce de diamètre. De l’extrémité de la mâchoire inférieure au bord de l’opercule des ouies , il y avait fix pouces fept lignes ; ces opercules font formés par plufieurs grandes plaques dures, couvertes d’une membrane unie 8c très-brillante. Les ouies ou guignes étaient frangées par les bords j il y avait derrière chaque ouie une nageoire F, dont l’articulation était à fept pouces fix lignes de l’extrémité de la mâchoire inférieure s ces nageoires étaient étroites & terminées en pointes ; le plus long rayon avait quatre pouces cinq à fix lignes de longueur.
- 16. Il y avait fous le ventre , ou plutôt fous la gorge , prefqu’à l’à-plomb de l’articulation des nageoires branchiales, deux autres nageoires G, étroites, dont le plus long rayon avait cinq pouces deux lignes de longueur ; fur le dos était un grand aileron qui commenqait en I, immédiatement fur la tète ; les plus longs rayons avaient environ trois pouces fix lignes dé longueur : cet aileron I, D, E, H, fe prolongeait jufqu’à un pouce & demi de la naifTance de celui de la queue, & il diminuait graduellement de largeur , de forte que vers fa fin les rayons n’avaient plus qu’un pouce dix lignes de longueur. Les premiers rayons depuis D jufqu’à E, étaient confi-dérablement plus longs que les autres ; ce qu’on n’a pas rendu fenfible dans la figure, parce quéN^es rayons étant inclinés vers l’arriéré, on n’en apperqoit pas exactement la longueur. L’anus était fitué environ à feize pouces neuf lignes de l’extrémité de la mâchoire inférieure , & immédiatement derrière commenqait l’aileron du ventre L, M, qui s’étendait jufques tout près de la naifTance de l’aileron de la queue ; les rayons qui le formaient n’étaient ni aufli longs ni auflî gros que ceux de l’aileron du dos. L’aileron de la queue K, B , était fort échancré j les plus longs rayons avaient huit pouces trois
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- Sect. IV. De h dorade d Amérique. 463
- lignes de longueur. Le corps de ce poilfon était prefque rond 5 je dis presque , parce qu’il était un peu comprimé fur les cotés, de forte que les coupes qu’on ferait à diiférens endroits , repréfenteraient des ovales : la largeur verticale vis-à-vis le centre de l’œil était de quatre pouces neuf lignes & de cinq pouces trois lignes à Pà-plomb de l’articulation des nageoires de derrière les ouies; de cet endroit jufqu’à la queue le corps allait toujours en diminuant allez uniformément de grolfeur, de forte qu’à l’à-plomb de l’anus il avait cinq pouces trois lignes , & à la nailfance de l’aileron de la queue feulement un pouce lïx lignes.
- 17. Tout le monde convient que cette dorade eft un des plus beaux & des meilleurs poifl’ons de la mer ( 3 ). Sa peau , que les voyageurs di-fent être fans écailles, eft douce au toucher ; les plus riches couleurs, l’or, l’azur, le verd le plus brillant y font en quelque façon prodiguées > mal-lieureufement ces couleurs s’arfaibliifent lorfque les poiifons font malades ; & peu de tems après qu’ils font morts, elles ne fubliftent plus. Mais, quoique les voyageurs difent que cette dorade n’a point d’écailles, je fuis bien certain que celle que j’ai tirée du cabinet de M. Turgot, en avait de petites, longuettes & étroites. Fig. 2, A, B, eft la partie recouverte par les auttes écailles ; & B , C , celle qui eft apparente. Je foupçonne donc que dans l’animal vivant ces petites écailles font li intimement unies les unes aux autres » qu’on fe perfuade qu’il 11’en exifte point, mais qu’elles fe détachent les unes des autres quand la peau fe deifeche ; & je me trouve confirmé dans ce fentiment par la defcription que Willughby donne de ce poilfon.
- 18. Les dorades nagent avec une grande vitelfe , & elles font continuellement la guerre à diiférens petits poiifons dont elles fe nourrilfent, particuliérement à une efpece de poilfon volant, pl. II, fig. 10, dont elles font fînguliérement friandes ; elles s’élancent même au-delfus de la furface de l’eau , pour les faifir avant qu’ils y entrent : c’eft pourquoi on prend les dorades avec des haims qu’on a amorcés avec ce poilfon volant ; même comme elles en font très-avides, il fuffit de garnir l’haim avec un leurre qui imite ce poilfon; alors on fait fautiller l’haim au-delfus de la furface de l’eau, & les dorades s’élancent pour l’attraper. Celles qui vont par bandes, fe troii-vent fréquemment en nombre à la fuite des vaiifeaux. Suivant un manuf-crit qui a été fait pour fervir à Phiftoire naturelle ae Cayenne, les. petits poiifons volans dont fe nourrilfent les dorades , ont quelque relfemblance avec elles, par la forme de leur tête & de leur corps,mais, ils font pourvus de deux grandes nageoires branchiales, dont ils fe fervent quand ils
- (l) On lui donne ce nom à cairfe d’une taie couleur d’or a qui /étend de la tête à la queue, „
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- 4*4 T RA I T E ' D E S PE C H E S. -, Partie IL
- veulent échappera l’ennemi qui les pourfuit pour cela ils s’élancent hors de l’eau, & en étendant ces efpeces d’ailes, ils fe foutiennent- en l’air à la, hauteur de quatre à cinq pieds, parcourant aflez vite un efpace de cent ou deut cents pas, fuivant, autant qu’ils le peuvent, la dire&iqn du vent ; mais ils lie manœuvrent point dans l’air comme font les oifeaux, ils vont toujours en ligne droitej s’ils rencontrent un vaiiléau, ils s’écrafent la tète, & tombent morts à la mer. Or les dorades qui connailfent la manœuvre de ces, petits poiflons , nageant avec vîteiTe, fe rendent à l’endroit où fe termine leur vol, & quelquefois elles s’élancent pour en attraper avant qu’ils tombent dans l’eau.
- 19. On voit par la fig. 1 , que la dorade a la tète fort groffe, que le corps qui eft un peu comprimé fur les côtés, va en diminuant uniformément de grolfeur , depuis la tète jufqu’à la naiiTance de l’aileron de la queue > que le dos eft garni d’un grand aileron dont les rayons vont toujours en diminuant de longueur jufqu’à fon extrémité près l’aileron de la queue ; qu’il y a fous le ventre derrière l’anus un aileron moins confidérabîe, qui fe termine comme le grand aileron, près celui,de la queue, qui eft très-fendu ; enfin, qu’il a quatre nageoires , deux derrière les ouies , & deux fous la gorge. Le nombre, la pofition & la forme, tant des ailerons que des nageoires , m’a engagé à comprendre ce poiifon dans cette quatrième fec-tion : mais je préviens qu’il ne faut pas le confondre avec les deux eijpeces de mnia, dont parle Rondelet, quoiqu’il ait quelque reifemblance avec la fécondé efpece de tctnia de cet auteur.
- 20. J’ai déjà prévenu qu’il y a dans l’Hiftoire générale des voyages, édition in-4ç, tome I, page 2,8 f, une petite figure de cette dorade allez fembla--ble à une que j’ai qui a été defiinée à la Louifiane par Van-der-meerfçh. Il eft encore dit dans l’Hiftoire générale des voyages, que le poiifon que les Portugais nomment dorade, à caufe des reflets d’or de fa peau, reflemble beaucoup au dauphin du cap de Bonne-Efpérance, mais que la chair de la, dorade eft beaucoup plus délicate j apparemment que la tète de la dorade & la, forme de fon corps qui va toujours en diminuant, lui donnent de la relfem-, blance avec le dauphin du Cap ; ce qui a engagé quelques Anglais à nommer. cette, dorade dauphin. Je ne fais fi c’eft cette dénomination anglaife, mais populaire, qui a fait dire à quelques-uns que le dauphin eft le mâle de la do-, rade : au refte je me garderai de chercher ce qui a pu donner lieu à cette idée fabuleufe. Je ne fâche pas que ce poiifon fréquente nos côtes ; mais il eft commun aux isles Efpagnoles. Dàpper dit qu’il y en a au Congo. On* en trouve aux Maldives, au cap Blanc dans la mer d’Ifimi, à la mer dePor-tendic, où 011 l’appelle orate vecchio, auprès de Porto-Sanclo, vers la ligne, en Guinée, à la Louifiane, &c. On m’a dit qu’on en avait pris quelques-
- uns,
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- Sect* IV, Do la cloraâe d'Amérique.
- uns , mais très-rarement, auprès de Belle-ïsfo : fi cela ëft, c’eft bien par accident. On prétend que le foie étant defféché & mis dans du vin, èft un fpéçi-fique pour guérir de la dyfettterie. (4) - -
- ai. La dorade que j’indique dans ce chapitre polir être de t* Amérique, afin de la diftinguer de la daurade qui fe prend fur nos côtes, n’appartient pas exclusivement à l’Amérique ; elle fe trouve aiiffi dans différentes parties du monde. M. Lemoine, commiffaire - général de la marine à Toulon, & M. Barry jugent que cette dorade eft plus comprimée fur les côtés qu’elle ne le paraît dans la fig. 1, pl. ï. . .
- Du poiffon volant dont h dorade cherche à fs nourrir.
- 22. Ce petit poiffon, pi. II,fîg. 10, a la tête un peu approchante de celle de la dorade ; la partie la plus groflè de fon corps eft auprès de la tête, le refte va toujours en diminuant de groffeur jufqu a la naiffance de l’aileron de la queue : ainfi fa forme eft à peu près conique & approchant de celle de la dorade d’Amérique ; il a, comme celle-ci, un grand aileron fur le dos, ufi derrière l’anus, deux petites nageoires fous1 le ventre, & non pas fous la gorge. Jufques là- il a affez de reffefnbl ailée avec la dorade ; mais l ailerofi de la queue eft divifé inégalement 5 les nageoires de derrière les operculés des ouies font très - grandes1 & capables de s’étendre beaucoup pour former des efpeces d’ailes avec lefquellcs il fe fondent en l’air.
- 23. Les écailles de ces poiffons volans qu’on peut comparer à celles des fardines, font minces & grandes proportionnellement à la taille du poiffon ; elles font brunes fur le dos & argentées fur le refte du corps. Ce poiffon a encore cela de reffemblant à la fardine, qu’il eft fort délicat & bon à manger. Par le peu de connaiffance que }’ài pu rri’en procurer, il n’ar qu’un aileron fur le dos, au lieu que l’hirondelle de Rondelet, qui eft un poiffon volant, en a deux. Il en différé donc, de même que de la landola de Mar-
- ( 4 ) On peut ajouter à la defcriptioft que notre auteur donné ici de la dorade, que ce poiffon fe trouve communément dans la partie de l’Océan entre les Canaries & les Antilles , qu’on në le voit pas fouvent près des côtes , niais qu’il fe tient en haute mer pour y chercher des poiffons volans, dont il fait fa principale nourriture.; qu’il eit vorace & mange les poiffons de fon ef-pece , & que la forme de fon corps qui va toujours en diminuant, contribue à lui donner cette extrême vîteffe avec laquelle il Tome XI.
- nage. Et pour en revenir à la pêche, objet primitif de ce traité, je dirai encore qUë l’on prend des dorades en pleine mér, en couvrant d’un peu de toile blanche un hameçon, auquel on a attaché deux plumes dè poule en croix, & qu’on laiffe traîner à l’arriéré d’un vaiffeau. Il me paraît que de telles obfervations font plus intérëffantes qu’une connaiffance exaéte des parties de'ce poift fon , & de leur éloignement les unes des autres.
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- feille, qui a deux ailerons fur le dos ; il femble avoir plus de rapport avec celui que Belon décrit fous le nom de landola, qui n’en a qu’un, & dont la forme approche un peu de celle du hareng. Nous parlerons fpécialement dans la fuite des poilfons volans.
- CHAPITRE II.
- Des poijfons qui ont rapport à la dorade de nos cotes, daurade de la Méditerranée, qui font partie dune famille à laquelle nous avons impofé la dénomination générique de fparus.
- Idée générale de ce qui fera tobjet de ce fécond chapitre.
- 24. effc déjà prévenu, qu’on donne fur les côtes de l’Océan le nom
- de dorade, à un poilfon qu’on nomme daurade ou aourade fur les côtes de la Méditerranée, quoiqu’il Toit fort différent du poilTon appellé dorade dans les pays chauds. La dorade de nos côtes eft beaucoup plus petite, moins belle & moins agréable-à manger. On a vu dans le chapitre précédent que la dorade d’Amérique eft un poilfon long, prefque rond y celle de nos côtes eft demi-plate.
- 25V II eft bon de faire obferver qu’entre les fparus compris dans Tes chapitres fuivans , les uns font plus comprimés fur les côtés que d’autres y mais eeux qui ont le moins d’épaiifeur, & que nous appelions demi-plais, font très-aifés à diftinguer des poilfons véritablement plats, tels que les foies, les limandes ,&c. car ceux-ci ont les deux yeux du même côté, au lieu que les demi-plats ont comme les autres poilfons un œil à droite & l’autre à gauche : aufli quand ceux-ci nagent, la partie large de leur corps eft dans une fituation verticale , au lieu qu’aux poilfons vraiment plats, cette partie large eft dans une poiltion horifontale. ;J’ai cru devoir prévenir de ceci, pour éviter la confufion que l’identité de nom pourrait occafionner, & pour cette raifon il conviendrait peut-être de conferver la dénomination de dorade au poilfon dont nous avons parlé au chapitre précédent, & de nommer comme en Provence , aourade, ou comme en Languedoc daurade, les poilfons dont il s’agira dans le fécond chapitre.
- 26.. Ce que nous /venons de dire peut être utile pour prévenir que l’on confonde la dorade d’Amérique avec celle de nos côtes y mais comme on prend dans; nosjmers quantité de poilfons qui, par la forme de leur corps, ont beaucoup de rapport avec notre daurade , j’ai cru devoir les réunir dans le
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- fécond chapitre ; mais il eft fenfible qu’il faut entrer dans les plus grands détails, pour mettre en état de diftinguer les efpeces qui, comme je l’ai dit, font en grand nombrej car dans cette famille feront compris la daurade, la brème de mer, le cantheno, le tanado, le fparaillon , le largo, le pagre, l’orphe, le nigroil, &c. Comme il y a des points de reifemblance entre tous les poiffons qui font de cette famille ( des /parus ), 011 m’a envoyé des dif-férens ports, tantôt l’un, tantôt l’autre, pour être la vraie daurade ou un autre poilTon de fa famille : auffi Belon dit-il que l’aourade, le far, Poblado, le fparaillon, le denté & plufieurs autres poiifons de cette famille fe ref. femblent tellement que les plus habiles les diftinguent difficilement : ce qui prouve combien il eft important, pour éviter cette confufion, de chercher des points diftinclifs qui conviennent à chaque poilfon , excluftvement à tous autres -, ce qui eft très-embaraffant, d’autant que la différence de couleur a beaucoup contribué à établir des efpeces ou variétés entre ces poif. fons : & l’on fait que leur couleur varie fuivant la nature des fonds, ainlî que fuivant leur âge, d’où il naît beaucoup d’incertitude ; ce qui nous à engagés à rapprocher les unes des autres plufieurs efpeces de poiifons auxquels 011 donne différens noms, comme tanado , caftagnole, nigroil, &c.
- 27. Le grand nombre de poiifons qui font de la famille des /parus, a engagé à former des familles, pour ainft dire, fubalternes, telles que les brèmes , les daurades, &c. Malgré tous les foins que je me fuis donnés pour débrouiller ce chaos, il pourra bien m’être arrivé de comprendre fous le même nom des poiifons réellement différens, ou d’annoncer fous différens noms le même poilfon : néanmoins', comme quelques-unes de ces variétés parailfent quelquefois être confiantes, nous avons jugé convenable de con-ferver le plus qu’il nous a été poffible la diftinélion que l’on fait de ces poiifons. Je vais donc commencer par difcuter ce qui concerne la daurade de nos côtes , que je regarde, ainfi que je l’ai dit, comme le chef de ki famille des poiffons compris dans ce fécond chapitre.
- Article premier.
- De la daurade ou aourade de nos côtes ; orata ou aurata.
- 28. En Languedoc & en plufieurs autres endroits , quelques-uns ajoutent au nom de daurade différentes épithetes, fuivant leur grandeur : 011 nomme, par exemple, fauque/ne, celles qui 11’ont que fix pouces de longueur j on conferve la dénomination de daurade, à celles qui ont plus d’un pied » celles qui ont une grandeur moyenne entre les fauquefnes & les daurades font appeilées mèjancs, comme qui dirait moyennes } & celles qui font d’une
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- grandeur extraordinaire, font dites fubre-daurades. Ailleurs on leur donne d'autres noms : par exemple, fuivant M. Gautier, on appelle à Narbonne fancanelles, celles qui n’ont que cinq à fix pouces de longueur, & qu’on croit être de l’année ; poumerengues, celles qui ont 8 à 9 pouces de longueur j on les croit de deux ans ; celles qu’on nomme daurades, ont depuis 12 juf-qu’à 16 pouces de longueur ; elles font plus eftimées. que les autres. Je foupqonne que les bourdonnées de Buch font de petites daurades. O11 m’a aifuré qu’on les nomme fcolettes en quelques ports de baffe - Bretagne i il relie à lavoir fi elles ont les dents arrondies en-delfus , ce qui caraderife les daurades, il eft bon de prévenir que les poilfons qu’on nomme dorées ou poules de mer, ne devant point être confondus avec la daurade , nous avons remis à en parler ailleurs. Quoique la daurade foit alfez charnue, il faut la regarder comme un poiifon demi-plati car une daurade qui a un pied de longueur, a à peu près trois à quatre pouces de largeur ou d’épailfeur verticale , & un pouce fix à fept lignes d’épailfeur horifontale. La couleur de fes écailles varie en différens endroits de fbn corps ; le dos eifc d’un bleu vif & éclatant aufortir de l’eau j ce bleu devient foncé & s’obfcurcit quand le poilîon eft mort.
- 29. On apperqoit fur les côtés comme des reflets d’argent bruni j le ventre eft blanc mat, il régné lé long du corps de chaque côté une raie ou un trait fort mince d’un noir tirant fur le bleu dye9 pl.II, fig. 1 , un peu courbe, & en outre quelques traits bruns qui s’étendent de toute la longueur du poiifon, & qui font à peu près parallèles à fon dos j de plus , une tache brune, tirant au roux C, de forme irrégulière, au-delfus de l’articulation des nageoires, vis-à-vis la partie noire des opercules, O11 dit qu’au fortir de l’eau, cette tache eft quelquefois d’un rouge éclatant j ordinairement elle 11’eft pas d’une forme régulière. La tète des daurades eft de moyenne grof-feur; leur mufeau eft très-obtus, les yeux font allez, grands, la prunelle-noires l’iris eft jaune, tirant à la couleur d’or ; il y a au-deflus des yeux un-trait en arc ou une efpece de fourcil qui femble de l’or bruni, ce qui a contribué à faire nommer ce poiifon daurade s ce trait commence au-delfus de. Pœil, il continue en defcendant, & finit un peu au-delfous de l’œil, en faifant le tour de l’orbite du côté du corps. M. Poujet me marque que ces deux efpeces de fourcils font joints par un trait allez fin qui palfe par-deffus fa. tète* cette circonftance m’avait échappé. Plus haut que l’œil eft une éminence couleur de citron, on l’a exprimée par une demi-teinte i la portion du crâne qui eft au-delfùs de cette éminence , & qui s’étend entre les deux yeux, eft dans l’animal vivant d’un rouge clair qui noircit après la mort.
- 30:. Les opercules des ouies font formés de plufieurs pièces plates , dures 9 «ouvertes de petites écailles dont une partie eft rouge, & l’autre tirant au.
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- noir, fur-tout vers le bord des opercules ; les unes & les autres font très-brillantes, relevées par des reflets couleur d’or: ces couleurs s’obfcurciflTenx après que le poUfon eft mort, & le rouge devient prefque noir. La gueule eft de moyenne grandeur > les mâchoires font fortes & bordées de levres épaiifes qui fe replient quand elles fe rapprochent l’une de l’autre, mais, qui s’étendent quand les mâchoires s’écartent; alors la gueule parait grande.
- 31. Aux jeunes daurades les dents de devant, fur-tout celles de la mâchoire fupérieure, font un peu alongées; peu à peu elles deviennent groifes & obtufes; alors l’intérieur de la gueule eft comme pavé de dents molaires , convexes & polies en - deflTus , ce qui eft fur-tout fenfible dans les très-grolfes daurades, dont on a repréfenté les mâchoires, pL II ,fig. 2,3 & 4, que j’ai confervées d’une groife daurade qu’on me fervit en Provence. La fig. 2 eft la coupe de la mâchoire vue intérieurement ; la Jig. 3 eft la coupe de la mâchoire vue de face; à la Jig. 4, elle eft vue de profil & extérieurement: voilà ce que j’ai obfervé fur les mâchoires que j’ai confervées ; mais M. Rarry m’écrit de Toulon qu’il a remarqué fur les bords des mâchoires une rangée de dents plus pointues que les autres, principalement à l’extrémité de la mâchoire fupérieure , fix grandes dents, & trois à l’extrémité de l’inférieure. Ces petites variétés que je n’ai point remarquées, peuvent dépendre de l’âge de ees poiflons, ou peut-être de ce qu’on a pris les mâchoires d’un denté pour celles d’une daurade. Entre ces grofles dents , vers le fond de la gueule, on apperçoit aux deux côtés, tant des mâchoires fupérieures que des inférieures , une groife dent ovale, indiquée aux fig. 2, 3 & 4, par la lettre t, dont le grand diamètre a quelquefois 4 à f lignes de largeur ; ces dents molaires fervent à brifer les coquillages dont ces poiifons fe nourriflent : les orfèvres montent de ces grofles dents en forme de bague, & les vendent pour être des crapaudines ; à Malthe ils mettent un peu d’eau-forte au milieu de la lurface de ces dents pour y faire une tache brune, & ils les vendent pour des yeux de ferpent, leur attribuant de grandes vertus ; mais c’eft une fu-percherie, les vraies crapaudines étant fofliles. J’infifte fur les dents de la daurade, & j’ai fait graver avec foin les mâchoires d’une grofie daurade , parce que la forme des dents de ce poiflbn eft très-utile pour le diftinguer de quantité d’autres.
- 32. Les pécheurs prétendent, que pour trouver les coquillages qui fe font enfouis dans le fable , les daurades agitent fortement leur queue, & que quand les coquillages font découverts, elles les faififlfent,les brifent avec leurs dents , avalent la chair , & rejettent les fragmens des. coquilles. Comme elles recherchent beaucoup les moules, on reconnaît l’endroit où elles font , au bruit qu’elles font en caftant les coquilles. & les broyant fous leurs greffes dents.
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- 33. La daurade, pi. II ,fig. 1, a fur le dos un grand aileron N O , qui commence à l’à-plomb du derrière des ouies, & s’étend prefque jufqu’à l’origine de l’aileron de la queue ; les rayons du côté de la tète, à peu près au nombre de douze , font très-piquans ; mais ceux qui terminent cet aileron du côté de la queue, font rameux & fouples : le poilfon couche à la volonté tous ces rayons vers l’arriere, & alors 011 ne les apperqoit prefque plus. Il y a fous le ventre un autre aileron qui commence immédiatement derrière l’anus K, 8ç finit à une petite diftance de l’origine de l’aileron de la queue ; tous les rayons de cet aileron font rameux & fouples, excepté les deux ou trois premiers du côté de l’anus, qui font fort durs & piquans. Il y a derrière chaque ouie une longue nageoire C Q_, terminée eu pointe; les deux premiers rayons du côté du dos font plus durs & plus gros que les autres qui, par degrés, deviennent plus menus & plus fouples , de forte que les derniers font très-flexibles : il y a de plus deux petites nageoires G R fous le ventre. L’aileron de la queue, qui s’étend allez conlîdérablement de côté & d’autre, eft échancré au milieu vers T.
- 34. Cette daurade eft très - commune principalement en Languedoc , où"
- l’on pêche au large, près les côtes, fuivant les faifons ; car comme elles craignent le froid, l’hiver elles gagnent les grands fonds , & l’été elles s’approchent de la côte pour paître les algues : c’eft aulïi principalement dans cetre faifon qu’on en fait la pèche , de forte qu’alors il en entre beaucoup dans les étangs & dans les lagunes. M. Poujet me marque que , quand elles font furprifes par le froid, elles périflent, fur-tout les grofles : ce qu’on a particuliérement remarqué’ pendant l’hiver de 1766, où l’on en prit une prodigieufe quantité que le froid avait fait périr, & depuis ce tems on n’en prend prefque plus de tr'ès-grofles. A leur entrée dans les étangs, elles ne pefent guere qu’un quart de livre ; elles croiflent beaucoup en été, & vers la fin de fep-tembre elles pefent environ trois quarts de livre ; les plus grofles qu’on ait jamais prifes dans les étangs, pefaient dix-huit à dix-neuf livres. Si, comme lepenfentles pécheurs, je ne fais fur quel fondement, leur poids augmente tous les ans d’une livre, il s’enfuivrait que l’âge de ces grofles daurades ferait de dix-huit à vingt ans. _ •
- 3 5". M. le préfident de Borda m’écrit que l’arroufleu de Biaritz reflem-ble beaucoup à la daurade que j’ai fait graver pi. II,fig. ij & M. Barry me marque que celles qui font engraiflees dans les étangs d’flieres, dits Pef-quiers, font très-eftimées. On ajoute qu’on en tranlportait autrefois dans les étangs d’eau douce. Cela ne nie paraît pas incroyable, non-feulement parce qu’il y a plufieurs poiflons qui paflent de l’eau falée dans l’eau douce, mais encore, parce que M. Poivre, qui a été intendant à l’Isle-de-France , m’a alluré qu’il avait fait mettre différens poilfons de mer dans un canal d’eau
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- douce très-vive, qui traversait Son jardin ; que plufieurs y avaient fubfifté ; que quelques-uns même s’y étaient multipliés : de plus, il paraît que les daurades aiment l’eau douce, puifqu’on aflure qu’elles fe ralîemblent pour frayer à l’embouchure des rivières à la mer.
- 36. Notre daurade n’eft pas un poilfon auflî exquis que la dorade d’Amérique, néanmoins fa chair eft délicate & de bon goût, mais un peu feche , ce qui n’empêche pas que ce ne Soit un fort bon poiiïon , quand elle n’a pas contradé un goût de vafe dans les mauvais fonds. On préféré celles de la Méditerranée à celles qu’on pèche dans l’Océan. En Provence, ainli qu’en Languedoc où elles font plus abondantes , on eftime particuliérement celles du Martigues , celles de l’étang de Latte près le cap de Cette, & celles des étangs d’Hieres ; elles font graifcs, leur foie eft gros, leurs entrailles font appétilfantes, & l’on en pèche aifez abondamment pour en fournir les environs jufqu’à Toulon.
- 37. Sur les côtes de l’Océan, on en trouve quelquefois dans les parcs qu’on tend à la baffe - eau j & quand la mer eft retirée , on les prend à la main. Dans la Méditerranée on en trouve dans-les bourdigues; 011 en pèche l’hiver avec le bregin : on fait que c’eft une grande faine qui a une manche au milieu ; 011 la traîne , avec des gondoles qu’on nomme en Provence fpioni, & en Corfefchiapiche : ces barques font montées de dix à douze hommes. On en prend aulîi avec les verveux qu’on nomme en Languedoc vertoulets, ainfï qu’avec le filet nommé this , tremaux ou entrent ail lade s ; on fait que c’eft un filet formé de trois napnes, qu’on nomme trémaiL On en prend aufîî avec des haims qu’on amorce avec ia chair des coquillages nommés peton-de, clovis, ou des cruflacées , écrevijfes , chevrettes , crabes , &c. Dans les parages où les coquillages font rares, ce qui arrive quand on s’établit un peu loin de la côte, on amorce avec de la chair de thon, de pélamide ou de maquereau : les mâchoires des daurades font fi fortes qu’elles plient les crochets des haims lorfqu’ils font faits avec du fer doux* ou fi le fer eft aigre, elles les caifent & fe favvent. On dît que les pêcheurs de morues en prennent quelquefois de fort groffes fur le grand banc, avec des haims amorcés de foie de morue. L’été, quand il fait chaud, en Provence fur-tout, lorfqu’elles Portent des étangs, on en harponne quelques-unes des plus groifes; mais pour en prendre en quantité, lorfque ce poilfon donne au rivage, on forme au bord de la mer & dans les étangs,, avec des branches de tamarifque, des maniguieres ou meynadieres à peu près femblables à celle que nous avons repréfentée , première partie ,, fécondé fection ; & par ce moyen , on en obtient quelquefois une aifez. grande quantité aux: environs des étangs de Latte, pour en faire des fàîaifons qu’on diftribue le carême dans tout le Languedoc, On en conferve auffi dans le vinaigre.
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- 38. Au mois de juin, 011 ouvre les palfages des étangs dTIieres, les daurades y entrent, elles s’y engrainent pendant l’été, & on les pêche l’automne fuivant, lorfqn’elles veulent regagner la grande mer. Après ce que nous venons de dire, on 11e peut pas regarder ce poiiTon comme de haute mer, ni comme littoral, puifqu’on en pèche au large & auiîi entre les rochers , près les côtes, & dans les étangs.
- 39. Il ne faut pas être étonné de voir les fentimens partagés fur la bonté du poilfon qui nous occupe. Les uns Peflâment comme un des meilleurs poiflons, pendant que d’autres n’en font qu’un cas médiocre. On peut dire en général que la chair de la daurade n’eft ni fort délicate , ni feche , & encore moins coriace : mais la qualité de ce poilfon dépend beaucoup des lieux où on l’a pêché ; car il a cela de commun avec beaucoup d’autres , qu’il contrarie un goût défagréable dans les fonds vafeux, pendant qu’il efl très-bon dans les «fonds fableux ou pierreux, & dans certains étangs où ils s’engraiifent. D’ailleurs, les petites daurades font peu ellimées ; celles qui font fort grolfes ont la chair un peu coriace j ainii celles de moyenne groifeur font, fans contredit les meilleures : enfin, comme nous en avons déjà prévenu, on vend fouvent pour vraie daurade , des poiflTons de la famille des fparus, qui lui relfemblent à beaucoup d’égards, mais qui font d’une qualité bien inférieure. A l’égard de l’apprêt dans les cuilines , les uns les font rôtir fur le gril, en les arrofant avec de l’huile ou avec du beurre frais, auquel 011 ajoute des épices, & 011 les fert fur une farce d’o-l'eille , ou une fauce blanche 5 d’autres les apprêtent au bleu , & les mangent froides avec de l’huile, du citron ou du vinaigre : on en fait auffi des étuvées, & enfin 011 fait des pâtes avec les grandes.
- 40. Je vais terminer ce qui regarde ce poilfon par détailler les dimen-fions des différentes parties d’une daurade, pi. H, fig. 1 , que j’ai fait def. finer fur le poilfon même qui avait feulement onze pouces de longueur totale A T ; mais M. de Barry, commiflàire de la marine à Toulon, à qui j’avais adreflé mon mémoire, le priant d’en faire la critique, m’a marqué qu’il foupqonnait que ma defeription avait été faite fur un poilfon maigre, pêché au large avec la tartane , & que celles qu’on pêche près les côtes, dans les darfes & les étangs, font plus grolfes & plus trapues. Comme les notes de M. Barry ont-été faites fur une daurade de la côte & très-fraîche, je les ai adoptées avec reconnaiffance, pour faire quelques corrections aux miennes ; ainfi il faut fuppofer que la figure première foit plus renflée dans toutes fes parties , ce qui ne s’éloigne pas du fentiment de M. Poujet.
- 41. Le grand aileron du dos qui commence en N, était à trois pouces trois lignes du mufeau A. Sa longueur, à fon attache au dos, elt de cinq pouces : des vingt-quatre rayons qui tous excédent la membrane qui les
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- Sect. IV. Des poijjons qui ont rapport à la daurade.
- tmit, les onze premiers font piquans, les treize derniers font rameux & flexibles : le plus long de ces rayons a quatorze lignes de longueur. Il y a derrière l’anus un pareil aileron KP, qui n’a qu’un pouce huit lignes de longueur à fon attache au corps ; les trois premiers rayons du côté de K, font piquans ; les autres, au nombre de onze du côté de P, font rameux; l’aileron de la queue eft grand & fourchu ; le plus long rayon MD a deux pouces trois lignes de longueur; il y a derrière chaque ouie, une grande nageoire CQ_, dont le plus long rayon a trois pouces de longueur : il y a encore deux autres nageoires G R, fous le ventre , dont le premier rayon, plus dur que les autres» a un pouce neuf lignes de longueur ; les fix autres font rameux , & ces deux nageoires du ventre fe touchent prefque par leur articulation.
- 42. Je préviens que je décris, ces nageoires fur un poiifon mort , & qu’ainfi elles ne font pas étendues comme quand le poilfon eft dans l’eau. M. Poujet dit avoir remarqué qu’au-deifous de l’infertion des nageoires ventrales dans la partie fupérieure , il y a un rayon détaché qui eft couché fur le ventre, qu’on 11e peut relever qu’avec peine, & qui parait ne devoir jouer qu’horifontalement, ce qui n’eft pas abfolument particulier à ce poif-fon. La longueur de la tête, depuis A jufqu’à C, eft de deux pouces huit lignes ; depuis le bout de la mâchoire fupérieure A, jufqu’au centre de l’œil L, il y a un pouce fix lignes ; le diamètre de l’œil eft de huit lignes, la prunelle eft noire, & l’iris jaune couleur d’or ; il y a au-deifus de l’œit une efpece de boife exprimée au deflin par une demi-teinte, elle eft jaune-citron. La portion du crâne qui eft au-deifus , eft rouge-clair au poiifon vivant ; quand il eft mort, elle s’obfcurcit, & devient prefque noire. Il eft à propos de faire remarquer que, dans la figure, l’œil eft placé trop bas , il doit être plus près du crâne ; la mâchoire inférieure E, & la fupérieure A, font à peu près d’égale longueur.
- 43. Quand les mâchoires font rapprochées , la fente de la gueule eft environ de neuf lignes ; il y un cartilage mobile qui s’étend de a jufqu’à b, & toute la.gueule eft bordée d’une membrane; tout cela forme une levre épailTe; l’intérieur, tant en-haut qu’en-bas, eft comme pavé de groifes dents molaires , comme on le voit aux figures 2, , 3 & 4 de la planche II , qui repréfentent les mâchoires d’une très-groife daurade. Les écailles font aifez grandes; celles des côtés étant dans leur polition naturelle, femblent former des îofanges ; celles de delfous la gorge , paraiifent plus arrondies : la tète & les opercules des ouies font couverts de petites écailles très-brillantes, le dos eft d’un bleu tendre , & les côtés d’un gris-de-perle très-brillant, lorfi que le poiifon eft dans l’eau & en vie ; mais le bleu du dos s’obfcurcit, le
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- TRAITE* I) E S PECHES. Partie IL
- gris-de-perle fe ternit, & les lignes qui s’étendent parallèlement au dos,dit paraiflènt lorfque le poiflon elt mort.
- 44. La largeur "verticale du poiffon, par le travers de l’œil LF, eft de deux pouces ; en GN, de trois pouces trois lignes; enIK, vis-à-vis l’anus, de deux pouces dix lignes ; en M N, de neuf lignes. Son épaiflèur horifon-taie en S, eft d’un pouce cinq lignes : il y a fur les côtés une ligne courbe de, qui paraît comme ponctuée; & quand on eonfidere le poiflon en dif-férens fens, le reâet des écailles repréfente des bandes peu fenfibles , qui dilparaiflent prefqu’entiérement après la mort du poiflon.
- 4f. M. le pr-éfident de Borda, correfpondant de l’académie, m’écrit de Dax, qu’on appelle mouckou, fur .les côtes de Gafcogne, un poiflon qui a la gueule pavée de grofles dents convexes par-deflus : cette forme de dents me fait foupqonner que ce poiflon eft notre daurade, d’autant que d’apres ce que me marque M. de Borda, il paraît qu’à Biarritz on ne connaît pas notre daurade, & l’on y donne ce nom à un poiflon du genre des pagres de la grandeur que Salvien donne à 1 ‘‘erithrynus, qui eft entièrement d’un beau rouge, & très-différent du poiflon qu’on nomme daur4.de dans la Méditerra*-née : ce rouge peut être comparé à celui des poilfons qu’011 nomme cucu* lus ou rouget. Il ajoute qu’on 11’en fait pas de pèches abondantes ; néanmoins ils s’approchent quelquefois du rivage, & on les apperqoit au fond de la mer. Quand les daurades viennent aiiili à la côte, on les prend avec des h ai ms, des filets, même avec le harpon, lorfqu’elles font grofles, ainfi que je-l’ai dit plus haut fort en détail. M. de la Courtaudiere m’écrit que les pécheurs Bafques ne connaiflent point la daurade, ni fous ce nom, ni fous d’autres.
- 46. J’ai requ de S. Jean-de-Luz un poiflon que M. de la Courtaudiere m’a fait parvenir. C’eft un poiflon de mer qu’on ne prend pas communément dans ces parages : on le pèche à l’hameqon ; on le nomme chez les Bafques. antejfa. Celui que m’avait envoyé M. de la Courtaudiere, avait neuf pouces de longueur totale, fur un peu plus de trois pouces de largeur verticale. Je le pris d’abord pour une brème de mer ; mais ayant apperqu que l’intérieur de la gueule était pavé de dents arrondies en-deflus, je le comparai avec la defcription que j’ai faite de la daurade, & }e le trouvai fi exactement conforme à cette defcription, que }e fus convaincu, ainfi que ceux qui afiifr taient à cette comparaifon, que le poiflon nommé anteffa par Jes Bafques, çft exactement la daurade qui eft repréfentée //. H, fig. 1.
- 47. Rondelet parle dans des articles particuliers, des daurades, desfpar-raillons, de la faupe, des goujons, tous d’étang. Il dit que ces poiflons re£ Semblent fort à ceux qu’on prend au bord de la mer. Cela 11’eft pas furprc-»ant, pudique, comme nous l’avons dit, ils entrent dans les étangs : ainfi ceux
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- d’étang ou du bord de la mer, font les mêmes à de petites différences près*, qui dépendent de ce que ces poiffons font communément plus gros en for-tant des étangs que lorfqu’ils y entrent.
- 48. Du fparaillon, iparulus, fpargus, iparlus ; en Efpagne , Ipargoil ; en Italie, fparlo ; fuivant B don , carlinotus ; à Narbonm, ralpillon; à Antibes, iparlin. J’ai rapporté des tournées que j’ai faites fur les côtes maritimes, la defcription & le deflm d’un poiifon qu’on m’avait nommé fparaillon, pi. /, fig. 4; mais je ne puis me rappeller fur quelle côte il me fut remis : ce qui me mortifie, parce que ce nom eft inconnu dans plufieurs de nos ports ; & malgré le deflïn que j’en ai rapporté , je n’en aurois rien dit, fl je ne le voyais pas cité par Rondelet, Belon, &c. Quoi qu’il en foit, ce poiffon, que M. Chaillant me marque qu’on nomme fparlin à Antibes, eft de la famille des fparus; & il fem-ble que les noms de fparaillon & de fparulus, indiquent un pf tit fparus : ainfi la defcription que j’en vais donner, convient également au fpare & au fparaillon. Ces poiffons reifemblent à la daurade de nos côtes par leurs écailles, par les traits qu’on apperqoit fur leur corps, par le nombre & la fituation, tant des nageoires que des ailerons, dont les rayons jufqu’à la moitié de l’aileron du dos, font durs, les autres font flexibles ; l’aileron de la queue eft fourchu. On apperqoit auprès des yeux un trait verd & jaune foncé , qui a quelque rapport éloigné avec le trait d’or bruni que la daurade a à ce même endroit; fes ouiesfont, comme celles de la daurade, couvertes d’écailles. Les fparaillons entrent, comme les daurades, dans les étangs falés. Ils s’approchent des côtes lorfque l’air eft doux; & quand le froid fe fait fentir, ils gagnent les grands fonds, où ils fe ralfemblent : ce qui n’a rien de fingulier, puifque ces poiffons vont toujours de compagnie ; néanmoins Elien prétend que c’eft pour s’échauffer les uns les autres, ce qui parait être une pure conjecturé qui n’eft appuyée fur aucune expérience ni obfervation. Les dents des {paradions font très-différentes de celles des daurades. On trouve de petits fparaillons dans les étangs falés: peut-être font-ce de jeunes poiffons qui fortent des étangs pour prendre leur accroilfement dans la mer; néanmoins on prétend généralement'qu’ils reftent toujours petits, & je n’en ai point vu de gros ; enfin, ils ont une tache brune plus ou moins fenfible, près l’aileron de la queue.
- 49. Joignons à cette defcription tirée de mes mémoires, l’autorité de Rondelet, qui dit que le fparaillon reffemble tellement à la daurade par la polition, le nombre & la forme tant des ailerons que des nageoires, que -les pêcheurs font fouvent embarraffés à diftinguer ces deux efpeces de poift fons. Il ajoute que les fparaillons ne parviennent pas à la groffeur de la daurade, qu’ils 11’acquierent guere plus de huit pouces de longueur; leur dos eft un peu plus voûté ; leur corps proportionnellement à leur longueur, eft un
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- peu plus large & moins épais ; leur tète eft plus applatie, leur mufeau un peu plus pointu ; la gueule eft plus petite, les dents moins groffes & moins arrondies qu’à la daurade ; leurs nageoires font jaunâtres, fur-tout celles de delfous la gorge. Suivant Belon, l’aileron de derrière l’anus eft précédé de trois aiguillons, ils font un peu exprimés dans lafig. f ; ce qui les caractérife principalement eft la tache noire qu’ils ont à la naiflànce de l’aileron de la queue : je crois me rappeller que cette tache n’eft pas régulièrement terminée en rond, comme on le voit dans la figure. On juge bien qu’il eft prefqu’impof. fible d’exprimer dans les deftins, des différences qui font li peu confidérables entre la daurade & le lparaillon, que les pécheurs ont peine à diftinguer ces deux efpeces de poiffons ; ainfi il faut joindre ce que nous donnons de fa deft cription avec fin fpe dion de la fîg. 4, pi. I.
- fo. Je 11e lais pour quelle raifon Gefner penfe que le lparaillon eft la brème de mer, ou le cantheno des Provençaux; car on dit qu’au fortir de la mer, les écailles du lparaillon ont une belle couleur d’indigo, qui lui a fait donner par quelques-uns le nom de fiaphir, & qu’il a fur les côtés une raie couleur d’azur. Nous parlerons d’un poiffon qui a cette tache, mais qui n’eft pas le fparailîon. Ces circonftances ne conviennent ni au cantheno, ni à notre brème ; néanmoins Belon dit qu’on le nomme ^aphir à Rome. Je ne puis décider cette queftion, n’ayant pas vu le fparailîon au fortir de l’eau ; car 011 fait que les belles couleurs des poiffons s’affaibliffent confidérablement, & qu’elles fe diflipent quand ils font morts. Les auteurs varient fur la couleur du lparaillon, ce qui peut dépendre de fon âge, de la faifon où 011 le pêche , de la nature du fond où il a féjourné, &c. fans qu’011 doive pour cela en faire des efpeces différentes. Quoi qu’il en foit, le lparaillon fait un affez bon poiffon, lorfqu’il eft pêché en bonne faifon & fur des fonds de fable ou de roche ; néanmoins fa chair eft plus molle & moins agréable au goût que celle de la daurade: au relie, on le pèche & 011 l’apprête de même dans les cuifinesv
- S1 • Je crois que le fiparulus de Belon eft le fparailîon de Rondelet ; mais après ce que je viens de dire du fparailîon, on ne fera pas furpris lî quelques-uns de mes correlpondans me font envoyé pour être une vraie daurade. Suivant^Belon, on le vend à Rome pêle-mêle avec d’autres poiffons de même genre, que l’on nomme fans diftinction carlinoti ou carlinoto. Comme je n’ai vu ce poiiîon que dans les tournées que j’ai faites fur les côtes, je ne trouve rien dans mes mémoires fur fes parties intérieures; mais les auteurs difent que fon péritoine eft noir, fon eftomac de médiocre grandeur ; fes in-teftins font des circonvolutions ; fa rate eft rouge, menue, alongée & lituée du côté droit; le foie d’un rouge paie, le fiel fluide. D’après ce que m’a écrit M* Gautier, jefoupçonne que c’eft le ralpaillon de Narbonne. Il a de la
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- refîemblance avec la blade de Toulon ; néanmoins ce n’eft pas le même poif. Ion, car le fparaillon a une tache noire près la nailfance de la queue, au lieu que la blade a cette partie tachetée de noir dans toute la largeur du poilfon.
- fz. M. Desforges-Maillard m’écrit du Croific, qu’on 11’y connaît point la daurade } & le poiilbn qu’ils nomment dorée, n’eft point la poule de mer, mais il me paraît relfembler beaucoup au fparaillon. Ce poilfon a environ feize pouces de longueur totale, fur lix pouces de largeur verticale ; le tour de h gueule eft rouge ; fon œil eft grand & faillant ; lès dents font fines & aigues , l’intérieur de fa gueule eft couleur de rofe. Les rayons du grand aileron du dos font piquans du côté de la tète ; ils diminuent de longueur, & ils font moins gros , à mefure qu’ils approchent de la queue : cet aileron eft de la même couleur que le dos du poilfon qui eft rouge avec des reflets d’or j l’aileron de la queue eft large & fourchu , & celui de derrière l’anus eft allez fem-blabîe à celui du dos , excepté que fes couleurs font moins brillantes : les raies latérales qui s’étendent depuis le derrière des ouies jufqu’à l’aileron de la queue, font brunes, & il y a une tache brune près l’articulation de l’aileron de la queue. Les nageoires branchiales font longues , & fe terminent en pointe comme l’aileron d’une hirondelle ; celles de délions le ventre font plus petites & rouges. Le rouge du dos diminue peu à peu en approchant du ventre.
- y 3. Du fcare, fcarus. Les auteurs parlent d’un poiifon de roche du genre des [parus, qu’ils difent être excellent & fort rare, ce qui fait qu’on le confond aveG d’autres plus communs, auxquels il relfemble plus ou moins. De ce nombre eft le denté qui eftedivement a des dents fingulieres , mais fort différentes de celles du fcare. Ce dernier va en troupe ; .il a quelque reffemblance avec le fargo, par la forme de fon corps qui eft néanmoins un peu plus large proportionnellement à fa longueur, de plus par le nombre & la polîtîon, tant de fes ailerons que de fes nageoires ; mais il n’a point de tache noire près de la queue, ni de bandes noires qui s’étendent du dos vers le ventre, comme le farguet; plusieurs auteurs , pour cette raifon, ne le diftinguent point d’avec le can-theno ou le pilonneau. Enfin, il y en a qui prétendent, à ce que je crois, fort mal-à-propos, qu’on le nomme à Antibes aïole ou auriole. Il eft vrai qu’il y a d’anciens auteurs qui ont nommé aïole le fcarus ; mais l’aïole dont je dirai un mot dans la fuite, eft fort différent du fcare dont il s’agît pré-fentement.
- 14- Quoi qu’il en foit, cette confufion fait que je n ai pas pu avoir un poilfon qui fut furement le fcarus ; néanmoins , fuivant les notions que j’ai pu me procurer , c’eft un poilfon, comme je l’ai dit, du genre des fparus , faxatile, qui vit d’algues ; 011 prétend qu’il rumine, ce qui ne me parait pas
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- aifé à conftater ( f ). Ses écailles font grandes, là couleur eft changeante entre le bleu & le noir. Belon dit que là couleur eft plombée , avec des reflets rouges ; fon ventre eft blanc, l’aileron de la queue eft très - fourchu & fort étendu j mais ce qui le diftingue principalement de plufieurs poiflons de fou genre , c’eft qu’il a au-devant de la mâchoire, des dents incifives, & au fond de la gueule, des molaires affez femblables à celles de l’homme j de forte que les dents de la mâchoire d’en-haut s’appliquent fur celles de la mâchoire inférieure, fans entrer les unes dans les autres, comme celles de la plupart des poiifons qui n’ont des dents que pour faifir leur proie qu’ils avalent fans la mâcher. Belon dit que les villageois de Crete, quand ils en ont pêché une 'quantité, leur fourrent une baguette de bois par la gueule, qui paffe le long de l’épine du dos jufqu’à la queue ; puis ils les font griller devant le feu, enfuite les trempent dans une faumure ; & par cette préparation ils les confervent affez long-tems làns qu'ils fe corrompent.
- f f. Ils ne mordent guere aux hameçons, mais on les prend dans des naffes où on les attire avec des appâts. On prétend qu’ils font fort friands de l’herbe des phaféoles. Ils s’apprêtent comme la daurade : mais on conferve l’herbe qu’ils ont dans l’eftomac, avec laquelle on fait une fauce qu’on dit être délicieufe. Rondelet parle d’un poiffon. peu différent du précédent, qu’il nomme aufli fcare, apparemment à caufe de fes dents qui ont aufli quelque reffemblance avec celles de l’homme. A l’occafion des tourdes, je parlerai de cette fécondé efpece de Icare de Rondelet, & de plufieurs petits poiifons auxquels on donne ce nom en Languedoc. M. Chaillant, commif-faire de la marine à Antibes, foupçonlie que le poiiTon qu’on nomme fcare ou fcarus, eft connu dans fon département foüs le nom de fanut, qui eft fort reffemblant à l’aourade, & excellent à manger.
- fé. Du farde Toulon. Quoique j’euffe vu des làrs à Toulon, comme je n’en avais confervé que des notes fort fuperficielles, j’avoue que le fouvenir en était tellement échappé de ma mémoire, que je ne comptais pas le comprendre dans cette quatrième fedion, quoiqu’il foit très-exadement de la famille des fparus-, mais heureufement M. Barry, commiffaire de la marine à Toulon , me l’a rappellé en m’en envoyant un deflîn & une defcription exade, qui m’a rais en état de redifier mes notes; ce qui me fait d’autant plus de plaifir, qu’il n’y a point de poiffon dans la famille des fparus, qui, par la forme du corps, ait plus de rapport avec la daurade.
- 57. La longueur totale AB d’un poiffon de moyenne groffeur, pi. If
- - ( O On prétend aufli que c’eft le feul naturaliftes, qui en rapportent diverfes chp-poiflon qui dorme la nuit dans les rochers, fes ,trop merveilleufes pour qu’on les croie & que par cette raifon on ne peut le pren- vraies, dre que de jour. 11 a été connu des anciens
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- J!g. 9, était de 11 pouçes 6 lignes; depuis l’extrémité du mufeau A, ju£ ques derrière les ouies C, 3 pouces: les mâchoires étant prefque rapprochées , l’overturp de la gueule était de 20 lignes ; elle eh bordée de groffes levres , & les mâchoires, tant fupérieures qu’inférieures , étaient entièrement garnies de groffes dents molaires, mais fort différentes de celles de la daurade : de l’extrémité du mufeau au centre de l’œil, il y avait treize lignes ; le diamètre de l’orbite était de fept lignes , la prunelle était noire, l’iris de couleur changeante ; un peu au - deffous de l’œil eh l’ouverture des narines O. Les qperçules des ouies étaient en partie recouverts d’écailles ; la tète était groflff, & le mufeau camus prefque comme à la daurade.
- f 8. A quatre pouces fept lignes du mufeau était le commencement D de l’aileron du dos qui avait prefque fix pouces d’étendue , à fon attache au corps ; depuis D jufqu’à P , les rayons étaient durs & piquans ; & depuis P jufqu’à E, ils étaient rameux & plus flexibles. L’aileron F G de derrière l’anus, à fon attache au corps , avait 2 pouces 6 lignes d’étendue ; les rayons du côté de F, étaient plus durs & plus piquans que ceux du côté de G qui étaient rameux. L’aileron de la queue1,était fendu & fort étendu, ayant de B en B , 3 pouces 6 lignes. L’articulation K de la nageoire de derrière les ouies, était à 3 pouces f à 6 lignes du mufeau; cette nageoire était fort longue, & fe terminait en pointe, le plus long rayon ayant plus de 3 pouces de longueur ; l’articulation L des nageoires de deffous le ventre , était à 4 pouces du mùfeau, & les plus longs rayons avaient 2 pouces quelques lignes de longueur. L’anus F était à 7 pouces du mufeau, & à quelques lignes vers l’arriere commençait l’aileron du ventre, dont nous avons parlé. La largeur, verticale du poiffon en ON, était prefque de 3 pouces; en D L, de 4 pouces 8 lignes ; en F P , de 3 pouces 9 lignes ; en HII, de iy lignes.
- f9< A Pinfpcdion générale des écailles, on appercevait des lofanges; les Kg nés latérales C M étaient noires, & avaient à peu près la même courbure que le dos du poiffon. En confidérant ce poiffon en différens feus, on appercevait des bandes plus brunes.que le refte, qui s’étendaient depuis le derrière des ouies jufques près la naiffance de l’aileron de la queue; il y en avait plus d’une douzaine : on voyait en outre des nuages qui femblaient former d’autres *aies peu fenilbles, qui s’étendaient du dos vers le ventre, où les couleurs s’éclairciffoient beaucoup. Enfin, on appercevait à la tète derrière les ouies, vers C , & près la naiffance de l’aileron de la queue en HH, des taches noi-ïes de forme irrégulière, telles qu’on les voit exprimées fur le deiîin ; & à ce poiffon toutes ces couleurs font plus ou moins fenfibles ; mais il y a toujours derrière les ouies une grande écaille noire qu’on a repréfentée auprès de C. Le fer eft un poiffon vraiment littoral, qui ne s’écarte jamais du yivage ; différent
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- en cela de l’aourade, qui en hiverne s’approche de la côte-que quand elle eft pourfuivie par quelque poiflon vorace. Le far fe nourrit;'comme la daurade y de petits poilfons, de cruftacées &:de teftacées; néanmoins il n’à pas les mâchoires affez fortes pour brifeu les coquilles un peu épaiffes, comme le font les daurades ; & il court avec plus d’avidité que la daurade, aux haims amorcés de petits poilfons. Les pêcheurs les attirent avec une pâtée compoiee de fromage, de mauvaifes fardines & de farine ; cette pâtée n’attire pas les daurades, if faut employer pour appât des poilfons tirés de leurs coquilles. La chair du-far eft blanche & d’affez bon goût, néanmoins inférieure à celle de la daurade; & quand om la hnange trop fraîche, elle eft coriace : on l’apprête fur le gril , à l’étuvée'&au bleu.- - , ‘
- 60. De la farde. Suivant M. Gautier, commiffaire de la marine à Narbonne, & plufieurs auteurs, entr’autres Rondelet, la farde eft une greffe làrdine dont douze ou treize pefent une livre de 16 onces. J’en ai parlé, féconde partie, troifieme fedion. Cependant Rondelet nomme ailleurs farda ou bi%e un poilfon qu’on peut plutôt comparer au maquereau qu’aux poiffons de la famille des fparus. C’eft probablement la farde pélamide de Cadix. On m’avait néanmoins aifuré que les pêcheurs Nantais allaient pêcher auprès du Cap-Blanc des fardes qui étaient de la famille des [parus ; c’eft vraifembla-blement la farde que les Portugais nomment phegros, & les Efpagnols pria, gorîo ou phragorio, qu’on dit avoir de la conformité avec la daurade.
- 61. D’après les perquifitions que j’ai faites, il paraît que quand les navigateurs fe trouvent arrêtés* par un calme à la hauteur du Cap-Blanc , côte du Brefil, fur un banc qu’on nomme âlElgrace[les équipages fe difpofant comme pour la pêche de la morue, prennent des fardes à la ligne, amorçant les haims avec de la viande ou de la chair de toutes fortes de poilfons ; & quand le vailfeau fille un peu, le poilfon, pourfuivant fa proie, la faifit avec avidité, fans examiner l’appât qu’on lui préfente, & alors la pèche eft plus abondante.
- 62. On fait de plus des pèches expreffes de ce poilfon; mais ce 11e font point les Nantais qui s’en occupentce font les' Portugais qui fe fervent de barques de 50 à yj* tonnéaux. Le propriétaire du bateau a un tiers de profit, & l’équipage partage de refte. Ils vont faire5 cette'pêche le printems, quoiqu’on pût la faire en toute faifon, parce que ces poilfons littoraux 11e quittent point les côtes : les campagnes font à peu près d’un mois. Ils falent & fechent une partie du poilfon, comme nous avons dit à la première fec-tion de la fécondé partie , qu’on prépare en vert ou en fec la morue à Terre-neuve, & ils tirent de l’huile des foies. Ils prennent leur fel à -Si* tuval t ou aux Canaries , & ils tranfportent leurs falines à Madere & aux Canaries ; on les - tranche comme les Flamands & les Hollandais tranchent
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- la morue pour ôter la groffe arête, & donner plus de furface à la chair, afin qu’elle prenne mieux le fel ; fans quoi elle fe corromprait, à caufe des chaleurs confidérables qui régnent dans ces parages. La plupart de ces poif-fons verts ou fecs fe préparent à bord ; & pour faire fécher ceux qu’on prépare en fec, on les pend aux vergues & aux haubans. Les pêcheurs qui font cette pèche, font affez fouvent infultés par les Maures.
- 63. Comme il y a plufieurs poiifons qui reffemblent à la farde, il arrive fréquemment qu’on les confond les uns avec les autres 5 mais je trouve dans mes mémoires, que les poiffons qu’011 regarde comme vraie larde , fe dif. tinguent en rouge, pl. III, fig. 2 , & en grife, pl. 1 IL, fig. 1. Les rouges plus délicates font les meilleures pour manger fraîches, mais elles font moins bonnes que les grifes pour faler; & celles-ci ont encore l’avantage d’être beaucoup plus grolfes, car il y en a qui font aufïï groffes que les morues > leur chair eft blanche, elles rendent beaucoup de graiifequi fert à en faire la fauce. C’eft un poiffon demi-plat qui reffemble fort à la daurade par le nombre & la pofîtion des ailerons & des nageoires , & l’aileron de la queue qui eft fourchu. On dit que la farde rouge a des écailles plus tendres que la grife, & qu’elle a une tache noire derrière les^ouies.
- 64. Il y a un autre poiffon, que les pêcheurs nomment farde bâtarde, qu’on prend pêle-mêle avec les fardes franches dont nous venons de parler. Elle a le dos beaucoup plus relevé que la franche. Je ne fais rien autre choie de ce poiffon, linon qu’il eft bien moins eftimé que la farde franche : je n’ofe même décider fi c’eft véritablement une farde > car je n’ai pas pu bien éclaircir ce qui regarde ce poiffon ; je crains qu’011 ne le confonde avec d’autres poiffons compris dans ce chapitre. M. Gauthier m’écrit de Narbonne, que la farde dont les Portugais font une pèche près le Cap-Blanc, pourrait bien être ce qu’on appelle far h. Narbonne, qui reffemble beaucoup à la daurade, mais qui 11e devient pas aufïï grand. La différence qu’il y a entre ces deux poifTons, confifte en ce que le far a le mufeau plus pointu, les écailles plus fouples & moins brillantes ; elles font d’un blanc plus obfcur qu’à la dorade j tout cela convient au far de Toulon : il ajoute qu’on ne connaît point à Narbonne la farde rouge.
- Nous ferons encore remarquer qu’on donne le nom de farde à bien des poiffons de différentes efpeces s par exemple, Willughby parle fous le motpclamis, d’un poiffon qu’on nomme, dit-il, farda , qui eft très-différent de la farde dont nous nous occupons , & qui confine au thon. Suivant l’Hif-toire générale des voyages, tome II, on prend à la vue de l’isle Saint-Antoine une efpece de chien de mer, que les Anglais nomment shark, que les habitans de l’isle de Sel nomment farde : c’eft un poiffon vorace qui n’a aucune relfemblance avec la farde qui nous occupe. De plus, 011 peut oh-
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- ferver qu’il y a de la différence dans la pofition des nageoires de la farde grife & de la farde rouge. Je crois que cette différence exifte entre les deux efpeces de poiffons qu’on nomme farde rouge, 8c farde grife , qui different l’une de l’autre à plusieurs autres égards.
- 66. De La grande gueule. Les voyageurs donnent ce nom à un poiiTon demi-plat, qui, par la forme de fon corps , approche de la farde ; mais l’ou^ verture de fa gueule eft fort grande, fa tète eft groffe ; la couleur de fon corps tire au rouge ; fa chair eft blanche & délicate , & aufli agréable que celle des-meilleurs merlans : il faut les aller chercher à quinze ou vingt bralfes de profondeur. C’eft un poifson d’Amérique , que je ne connais que par ce qu’en di-fent les voyageurs.
- 67. De la faupe en Languedoc , fopi à Marfeille : falpa. QUEL QUE S-UNS penfent que les Allemands nomment la faupe, pi. III > fig. 10, fiockfish , nom qu’ils donnent probablement à tous les poiffons deflechés qu’on a coutume de battre lorfqu’on les apprête dans les cuifines. Il ne faut cependant pas confondre ce poiflon avec ce que l’on nomme dans le nord fiockfish , qui n’eft pas une efpece particulière de poiflon ; mais des poiffons qu’on defleche au vent & qui deviennent durs comme un bâton, ainfi que nous l’avons expliqué à la première fedion de la fécondé partie. Belon paraît être de ce fentiment ; car il dit que le poiflon qu’il nomme fopî ou falpa , 11e doit pas êtr.e confondu avec le ftockfish. S’il faut, dit-il, le battre avant que de l’apprêter pour la table, ce n’eft pas avec un bâton, ni avec un marteau , comme le ftockfish du nord, mais avec une tige de férule qui eft fpon-gieufe & légère. Je crois que la faupe eft un poiffon particulier à la Méditer-rannée, qu’on ne prend guère dans l’Océan. Je dis, je crois, car on prend dans. l’Océan des poilfons qui lui reffemblent beaucoup. Rondelet & Belon difent que ce poiflon eft commun en quelques endroits de la Méditerranée , & que de tems entems il s’approche du rivage pour manger des algues ou la moufle qui s’attache à la caréné des vaiifeaux. C’eft un poiflon demi-plat, delà famille des fparus, qui communément n’a que fix pouces de longueur. Il eft rare qu’il excede un pied, & qu’il pefe plus d’une livre : il a fur le dos un grand aileron dont les rayons, au nombre à peu près de douze , font pointus, cependant moins que ceux de la daurade & du pagre ; ils font un peu moins gros à l’aileron de derrière l’anus, excepté les deux premiers qui font plus piquans que les autres : l’aileron de la queue eft fourchu. Ses écailles different peu de celles d’autres poiflons de fa famille ; & outre une raie noire aflez droite qu’il a de chaque côté, il a huit à neuf bandes jaunes & dorées qui s’étendent de toute fa longueur, étant parallèles entr’elles & au dos , ce qui fait un très-bel effet : la belle couleur de ce poiflon vient de fa peau , car elle fubfifte 8c même devient plus éclatante quand on en a enlevé les écailles»
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- 68. La tête reflemble aflez à celle de la daurade ou de l’aourade de nos mers, excepté qu’elle eft moins ronde ; ainfi que le mufeau, les mâchoires font garnies de beaucoup de dents fines ; Tes yeux font de médiocre grandeur i la prunelle eft noire & l’iris jaune doré : tout cela reflemble aflez au far. Ce poiflon très-beau fournit un manger médiocre 5 fa chair eft molle, fade, & a quelquefois un goût défagréable : ainfi en l’apprêtant, il faut le relever par des aflaifonnemens de haut goût.
- 69. J’ai envoyé cet article à Narbonne. M. Gautier l’a trouvé exaél, excepté que les faupes qu’on prend dans fes parages n’ont que fix , fept, ou au plus huit pouces de longueur: au contraire, M. Barry me marque que le poiflon qu’on nomme faupe à Toulon, pefe jufqu’à quatre livres ; qu’il eft brun avec plufieurs raies rouges qui s’étendent fuivant la largeur du corps \ qu’il eft quelquefois attaqué d’une maladie qui le rend fi maigre, que quand on veut le faire rôtir fur le gril, fa chair fe retire, & les arêtes fe montrent au-dehors i qu’aîors il eft fi coriace, qu’il eft impofiible de le manger i mais que quand il eft gras & en bonne fanté, fa chair eft délicate, & 11’eft pas de mauvais goût. Nous allons indiquer dans les deux paragraphes fuivans^ deux poilions qui me paraiflent avoir du rapport avec la faupe.
- 70. Il faut prendre garde qu’en Provence 011 confond quelquefois le nom de fopi avec celui de fupi, nom qu’ils donnent à la feche.
- 71. De la vergadelle. On trouve dans les étangs des efpeces de petites faupes qu’on appelle en Languedoc vergadelles, à caufe des couleurs dont elles font marquées ; mais la vergadelle eft plus ronde & plus petite que la vraie faupe : cependant ce font peut-être de jeunes faupes , car ce poif-fon pafle volontiers dans les étangs. M. Gautier de Narbomie a approuvé cet article.
- 72. M. de Lacroix dit que le poiflon qu’011 nomme fur ces côtes vergadella t eft une efpece de muge peu eftimée, qu’on nomme au Martigue pailleldè. Belon dit qu’à Hieres le vergado eft fynonyme de mulet ; mais il me paraît que M. de Lacroix met la faupe qu’il dit être rayée, au nombre des muges. Cependant la faupe dont nous parlons , n’a qu’un aileron fur le dos, & le mulet en a deux. La vergadelle , poiflon confinant à la faupe, fe trouve aflez fréquemment dans les étangs. En la confidérant dans une pofition verticale, la vergadelle paraît moins alongée & former un ovale plus raccourci que la faupe. Quelques-uns l’appellent faupe d'étang : néanmoins on en prend auflî à la mer près des côtes.
- 75. De la fiatola. La fiatola, fuivant Rondelet, ne différé de la faupe que parce que les traits jaunes & dorés qui font fur le corps du poiflon, ne s’étendent pas de toute fa longueur.
- 74. Belon qui infifte un peu plus fur ce poiflon , dit qu’il n’eft pas connu
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- dans l’Océan ; qu’il eli demi-plat ; que les rayons de fes ailerons font flexibles ; qu’il eft un des plus beaux poiflbns de la mer, par la variété de fes couleurs, où brillent l’or, l’argent & l’azur; l’aileron de derrière l’anus eft prefqu’aufli grand que celui du dos : il n’eft point connu à Toulon ni à Narbonne fous ce nom. Comme je n’en ai aucune connailfance, je me borne à en donner une notice d’après les auteurs que je viens de citer, qui eux-mèmes n’en parlent que d’une façon très-confufe : j’efpere que ceux qui le connailfent, voudront bien me frire part de ce qu’ils en favent. Rondelet fait mention de deux elpeces de fiatola, qu’il nomme Jlromateus. Belon appelle ce poilfon callichtys , qui lignifie beau poilfon.
- 7f. Du farguet ou farg de Provence ; largo en Languedoc & à Venife , lar-gone a Rome : fargus. Ce poilfon a les rayons qui forment l’aileron du dos & celui de derrière l’anus, en partie piquans & en partie flexibles ; il eft feulement, proportionnellement à fa taille , plus épais & plus charnu que la dorade ; fon dos forme une portion de cercle alfez régulière ; néanmoins il eft demi-plat; l’aileron de la queue eft fourchu ; il a, ainli que le fparaillon, une tache noire près l’articulation de cet aileron. Plusieurs auteurs le confondent avec la brème de mer , d’autres avec le cantheno; il a huit dents incilives à chaque mâchoire. M. Villehelio m’écrit qu’on en prend en Poitou & en Aunis, qui ont plus de deux pieds de longueur.
- 76. J’appréhende que ce ne foit pas un vrai farguet; non-feulement à eaufe que le farguet palfe pour être un poilfon de la Méditerranée, mais encore à eaufe de fa grandeur ; c’eft peut-être un far de Toulon. Le petit larguet que je décris,pl. IV,fig. 14, n’avait que fix pouces de longueur totale AB, <& deux pouces quelques lignes de largeur verticale CD. Depuis le mufeau A jufques derrière les opercules des ouies, douze lignes; les nageoires branchiales E ont une teinte rouge 8c dix-huit lignes de longueur. Les nageoires du ventre font brunes, elles n’ont que douze lignes de longueur, & au commencement de chacune de ces nageoires eft un aiguillon F, long feulement de fept à huit lignes ; derrière l’anus qui eft plus près de la queue que du mufèau , eft un aileron G H qui eft proportionnellement plus grand que celui de la daurade; il a quinze lignes de longueur à fon attache au corps , & outre un aiguillon G ; les premières nervures de ce côté font dures & piquantes. Le grand aileron du dos CI, a deux pouces fept à huit lignes de longueur à fon attache au corps : les dix premiers rayons , depuis C jufquà K, font très-durs & piquans; depuis K jufqu’à I, ils font rameux & fouples. L’aileron de la queue B B a une teinte rouge, il eft fourchu: le plus long rayon a douze lignes de longueur.
- 77. Les écailles font petites, blondes, brillantes & cqpnne argentées: les opercules des ouies en font garnis, & ont une teinte rouge: la tète,
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- & les parties voifines des yeux font noires, mêlées de rouge différemment diftribué qu’à la daurade ; il y a de chaque côté une raie affez déliée , qui s’étend depuis le derrière des ouies jufqu’à la naiffance de l’aileron de la queue, où il y a une tache brune comme au fparaillon. Salvian dit qu’en outre il y en a une autre près l’opercule des ouies : il me femble que cela convient au far de Provence, dont nous avons parlé ; mais le far n’a pas les bandes circulaires brunes qu’on apperçoit finies côtés du larguet, & qui s’étendent depuis le dos jufqu’au ventre, lui-vant la rondeur du poiffon 5 ce qui le diftingue de plufieurs poilfons de ià famille. La première bande circulaire qui eft du côté de la tète, eh ordinairement plus large que les autres ; mais ces bandes 11e s’appercoivent que quand les poiffons font nouvellement tirés de l’eau. Les yeux font grands & ronds, les dents font affez larges, comme les incifives de l’homme. On dit qu’il fraie deux fois l’année, favoir, le printems & l’automne.
- 78. La chair du largo eft feche & de mauvais goût, quand on le prend dans des,fonds vafeux , & pendant l’été3 mais dans les fonds de roche & làbleux, elle eft affez bonne, liir-tout le printems & l’automne, pas néanmoins auffi eftimée que celle de la daurade..Dans les mois de feptembre & o&obre, on prend des fargo dans les bourdigues s & ces poilfons font jûnguliérement eftimés : outre que leur chair eft de bon goût, ils ont de plus l’avantage que leurs arêtes 11e font pas incommodes. Ils font voraces , & mordent avec avidité aux hameçons qu’on amorce comme je l’ai dit à l’occalion du far de Toulon : néanmoins on en prend près les côtes avec des filets, même à la main, dans des trous de rocher ; mais pour ne pas fe bleffer, il faut avoir l’adreffe de coucher les ailerons vers l’arriere. Les auteurs s’étendent beaucoup fur l’inclination que le fargo a pour les chèvres ; ils prétendent qu’on les attire avec une peau de chevre , & qu’il faut mettre dans les appâts de la chair de cet animal, prife principalement auprès des pieds ; mais toutes ces allégations m-e paraident avancées au ha-fcrd. On l’apprête ordinairement fur lc^gril comme les fardines ; il rend dans le plat beaucoup de jus qui fait la fauce : malheurfcufement ce poif-fon fe corrompt aifément, & il faut le manger au fortir de l’eau.
- 79. M. Barry m’écrit que le poiffon qu’on nomme fargiut à Toulon, eft celui qu’on appelle en patois efpargoulin, qui eft un poiffon de nulle valeur, fi' fec & fi maigre, qu’il eft paffé en proverbe : quand on veut parler de quelqu’un qui eft fort maigre , on dit, qu’il reffemble à un efpargoulin fucé. Ces différences indiquent-elles un autre poiffon, comme il paraît probable , ou dépendent - elles de la nature des fonds ou de la iaifon '< Je n’ofe décider cette queftion. M. Villehelio dit qu’il y a une eipece de farguet plus petit non-feulement que le grand dont j’ai parlé d’après lui, ma.h
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- même que celui que j’ai décrit. Je croirais-que le petit fargo dont il parlé, eft le mélandrin, s’il ne marquait pas que fes écailles font blanches. -Peut-être eft-ce- le brelot, dont nous parlerons dans la fuite.
- 80. J’ai dit que le farguet fe prenait quelquefois dans les fonds pierreux , & qu’alors il était bien meilleur que quand il avait féjourné dans les récrémens de la mer. Mais Gefner entre dans de plus grands détails , prétendant, je ne fais fur quel fondement, que ces poiifons fe retirent dans des pierres creufes qui ne font pas expofées au grand foleil. Néanmoins ils choililfent, dit-il, une cavité à laquelle il y ait quelques trous par lef-quels palfent les rayons du foleil, & ils fe plaifent à jouir de cette petite lumière. Il n’eft pas aifé de vérifier ces prétendues obfervations. Un autre auteur dit qu’on en prend avec des haims amorcés d’anchois qui commencent à fe corrompre ; d’autres difent que dans le tems du frai, on tend de grandes nafles, dont l’entrée eft ombragée de feuillage, & que quand une femelle y eft entrée, elle eft bientôt fuiviê de beaucoup de mâles & de femelles qui deviennent la proie des pêcheurs. Je me borne à ces indications générales, que je ne rapporte que fur la foi des auteurs. Ce poiffon eft connu fur les côtes d’Afrique fous le nom de fargo.
- 81. Du mélandrin ou petit fargo noir. On prend dans la Méditerranée un poilfon qu’on vend en Languedoc fous le nom dQ fargo. C’eft un petit poilfon noir , vilain & fale, qui relfemble alfez par la forme au fargo dont nous venons de parler, mais qui eft plus petit, & proportionnellement à fa taille plus épais. Il eft de couleur violette autour de la tète ; fon corps tire au noir ; au lieu que le fargo a l’aileron de la queue fourchu, celui - ci l’a coupée quartément. Je n’ai pas pu me le procurer ; mais je foupçonne qu’on pourrait le ranger avec les tourdes : ce n’eft pas le mtlanurus de Belon, qu’il dit être \oblada de Marfeille. On prend auffi auprès du Martigue un poilfon qu’on nomme farguet. M. de Lacroix prétend qu’il eft différent du far ou farguet, dont nous avons parlé, au moins , dit-il, à l’égard de ceux qu’on prend dans l’étang de Berre. N’ayant pas vu ce poilfon , je n’ai rien à dire à ce fujet.
- 82. Du brelot d? A unis, vulgairement calfe-burgos. En traverfant cette province, on me fit voir un poilîon qü-’on nommoit brelot; j’en pris un trait, & j’en fis à la hâte une defeription ’à‘ laquelle je ne pris pas grande confiance j car étant en voyage , je ne pus pas: examiner ce poilfon avec beaucoup d’attention, je reconnus feulement très-bien qu’il était du genre des fparus : mais ayant fait palfer mes notes fous les yeux de M. Villehelio, commilfaire de la marine à la Rochelle , je fuis, au moyen des additions qu’il y a jointes, en état de donner une defeription exa&e de'ce poilfon. Comme, à quelques différences près que je ferai appercevoir, le brelot
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- reifembie beaucoup au farguet, fig. i de la planche Vt je me difpenferai de le faire graver, & je renverrai, en en faiiànt la defcription , à la figure du farguet.
- 83. Le brelot eft plus grand que le farguet: on en prend qui ont un
- pied & demi de longueur A B. C’eft un poiiibn demi-plat, de la famille des Jparus : le corps eit plus large que celui du farguet ; fa tète eft aifez grolfe & courte ; la. gueule n’eft pas grande : on apperqoit fur le devant trois dents aifez confidérables ; fes yeux font grands : l’aileron C I qui occupe prefque toute la longueur du poilfon, n’eft pas fort large, & les rayons font inclinés vers la queue. L’aileron du ventre GH, commençant derrière l’anus & müliant à la même diftanee de l’aileron de la queue, eft beaucoup’ moins long que celui du dos 5 au refte, il lui reifembie, à beaucoup d’égards. Le brelot a derrière chaque ouie une nageoire E, large & moins longue que celle D de delfous la gorge, ce qui n’eft pas exactement exprimé dans le deffin. L’aileron de la queue B-B eft aifez large & fendu .; fes ouies font blanc argenté , marquées en. quelques endroits-de taches- d’un rouge-très-vif. -•
- 84. Suivant cette courte defcription, le brelot d’Aunis a plufieurs points de reifemblance avec le farguet ou fargo de Provence ; mais 011 eftime qu’il fait un meilleur manger. Il n’a point, comme le farguet, des bandes circulaires allant du dos vers le ventre, mais feulement les raies latérales qui s’étendent du bord des ouies à la hauteur de l’œil, jufqu’à.l’origine de l’aileron de la queue, où elles, féparent en deux la largeur du poilfon ; la tache noire n’eft pas à l’origine de l’aileron de la queue, mais derrière: les ouies , à l’endroit où, commence la raie latérale; elle a une forme ronde peu régulière-; les nageoires de derrière les ouies ne font point rouges , celles du ventre ne font point brunes; elles font blanches, &, comme au farguet, précédées d’un aiguillon F ; l’aileron de, la queue n’eft pas rouge comme au farguet, mais blanc. Les écailles du corps font blondes & argentées; une partie des ouies eft couverte d’écailles dont, comme je l’ai dit au farguet, plmieurs font rouges. Les arêtes de ce poilfon ne font point incommodes. If fe jette- avec .avidité fur les appâts qu’on lui préfente, foit aux haims,, fait dans des nalfçs ou des.hktsà manche. Le peuple, le nomme volontiers ca/je-burgos-, parce qu’il brifè. les coquillages pour fe nourrir du poilfon qu’ils renferment; néanmoins fes mâchoires ne font pas à beaucoup près auffi fortes que celles de la daurade.
- 85*. De l'oblade, oblada ou oilladiga. de MarfdlU ^ blade à Toulon ; ni-groil à Montpellierà Rome pcchiadq : oculata, melanurus. Ce poilfon. eft encore du genre1 des /parus; il'reifembie même à beaucoup d’égards au fparaiUon. Rondelet le compare au. fargo* i -Suivaut Bçlon , c’eft le melanurus ;
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- fes yeux font noirs & grands proportionnellement à fon corps, ce qui l’a fait nommer oculata ; on l’appelle en quelques endroits nigroil, parce qu’il a les yeux noirs , & de plus des taches noires auprès de la nailfance de l’aileron de la queue. Les nageoires & les ailerons , notamment celui de la queue , ont une couleur tirant au pourpre ; la couleur de fon corps, fur-tout vers le dos, eft d’un bleu foncé tirant au noir ; les écailles font alfez grandes , elles tiennent peu à la peau: depuis le derrierre des ouies jufqu’aux taches noirâtres qui. fout près de l’aileron de la queue, il y a une file d’écailles rondes plus grandes que les autres, accompagnées de points noirs, ce qui forme les lignes latérales alfez larges , & peut contribuer à le diftinguer des autres poilfons de fon genre. Il n’a fouvent que huit à neuf pouces de' longueur ; néanmoins il y en a quelques-uns qui pefent jufqu’à deux livres. En général, la forme de fon corps paraît un peu plus alongée que celle de la daurade ; l’aileron du dos eft compofé de rayons, les uns durs, les autres flexibles. Celui de la queue, fuivant Rondelet, eft fourchu, & fuivantBelon peu échancré. Quand on prend ce poiifon dans l’eau claire & pure, il eft alfez bon 5 mais comme-ordinairement il s’enfouit dans la vafe , il eft en général peu eftimé , & par cette même raifon on en prend peu avec les filets traînans ; d’un autre côté , il ne mord pas volontiers aux hameçons ; ainfh il eft difficile à pêcher. O11 l’apprête de même que la daurade ; & comme il reflemble beaucoup au fpa-raillon dont nous avons amplement- parlé, & dont nous avons donné la figure, pL I, fig. 4 , ou au farguet ypL IV, fig. 1 , j’ai cru pouvoir me difpenfer de le faire graver; mais je dois faire obferver ici que la tache noirâtre qui eft près de l’aileron de la queue n’eft'pas régulière, & que c’eft feulement une- efpece de barbouillage qui s’étend de toute la largeur du poiifon. Je foupçonne que l’oblade eft le même poiifon qu’on nomme à Chio, melanurus , à Ragufe occhiato ,& 'ailleurs pàpa-figgki.
- 86. Du pilonneau ou lagadec, & du fergat d'OLonne. J’ai trouvé dans les mémoires que j’avais ralfemblés eh faiJàjit mes tournées fur les côtes maritimes , un beau delîin d’un poiifon qu’on m’avait nommé pilonnèau ; j’avais feulement noté qu’il rçlfemblait beaucouff au .fparaillon , excepté qu’il n’avait point de tache noire près la "nailfance de l’aileron de la queue1; je l’ai fait graver, pi. 1 , fig. 3. Depuis on-mV alfuré ;qiie le lagadec était le même poiifon que le pilonneau ,; & ' qu’il * était connu fous ce iïom à Marfeiîle.
- ‘ 87. M. de Rhuis , • alors intendant- dé!rlà' marine à Rochefort,! ainfi que
- M. Villehelio , commiflaire de la marine à'ia Rochelle , m’ont envoyé , fous le nom de fergat d'Olènne^ un poiifon’qui me pà'râit entièrement femblablé à celui qu’on m’avait nom-nié pUonnè&ul Çèfcjpdîffoî&^bu^celui-attqôèl ’oivdonne ces diftérens noms, ayant fun‘graiicî aileron épiïiêux lé-dos , 'uh moins étendu fous le" ventre derrière l?a&u£5déux nagéblrës^errWré,-îés-rÔïiiès-&
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- deux fous le ventre , il n’eft pas douteux qu’ils font de la famille des fparus ; leur tète elt d’une groifeur médiocre , leur gueule eft allez grande , garnie de dents fines, & bordée d’une membrane rouge ; les yeux font fort grands ; leurs écailles font brillantes , les nageoires & les ailerons du dos , de derrière l’anus, & principalement de la queue, font rembrunis, tirant au roux. Il parait que, proportionnellement à la grandeur qui eft communément de fix pouces , ils font plus épais que les daurades : je dis communimeîit , car je donnerai dans la fuite les dimenfions d’un lagadec qui avait un pied de longueur totale. Lorfqu’il fait froid, ces poiifons, comme beauconp d’autres de la même famille, fe retirent dans les grands fonds : ainli on en prend peu l’hiver, à moins que l’air ne foit fort doux; mais le printems , quand la chaleur fe fait fentir , ils s’approchent du rivage -, & lorfqu’il fait un beau foleil, on prend des fergats jufques dans le port des Sables avec des haims amorcés de vers. En outre, fuivaut ce que me marque M. de Villehelio , 011 en prend à douze ou quinze lieues au large, avec des faines à grandes mailles. Quand ces poilîbns ont féjourné fur des fonds pierreux ou fableux, 'ils font allez bons , mais jamais auffi eftimés que les daurades. Ils paraif-fent l’été fe plaire dans les recrémens qui s’amaifent au bord de la mer, & alors ils ont un goût défagréable. Je foupqonne que ce poiffon pourrait être la befugue de baffe-Bretagne, qu’on dit reffembler à une petite daurade qui a le tour de la gueule rouge. C’eft un ffmple foupçon : mais je parlerai dans la fuite, d’un poiffon que les Efpagnols de la côte de Bifcaye nomment befougue, & les pécheurs de Biarritz arroujjeu , qui me paraît avoir de la relfemblance avec le pagre. J’ajouterai à ce que je viens de dire du fergat d’Olonne, que c’eft mal-à-propos que quelques-uns le nomment merlan fergat, puifque ce poiffon qui 11’a tout au plus que neuf pouces de longueur , ne reffemble point au merlan, il approche d’être demi-plat; de plus, le merlan ayant trois ailerons fur le dos avec deux fous le ventre , eft de la famille des afelLus ; au lieu que le fergat, par la diipofition de fes ailerons & de fes nageoires , appartient aux fparus : fa chair eft ferme & affez bonne , mais peu reffemblante à celle du merlan. Voici les dimenftons d’un lagadec qui avait un pied de longueur totale.
- 88. Du bout du mufeau au centre de l’œil, quinze à feize lignes ; l’ouverture de la gueule, les mâchoires étant rapprochées l’une de l’autre, neuf à dix lignes; du bout du mufeau au derrière de l’opercule des ouies, près de trois pouces ; du bout du mufeau à l’articulation des nageoires branchiales, trois pouces cinq lignes; longueur du plus long rayon de cette nageoire, trois pouces deux lignes ; elle fe termine en pointe: du mufeau à l’articulation des nageoires du ventre, quatre pouces ; du mufeau à l’anus, fept pouces. L’aileron du ventre commence à quatre ou cinq lignes de l’anus, & fon eten-
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- due à l’attache au corps, eft de deux pouces trois lignes : à un pouce fix lignes de la fin de cet aileron, eft le commencement de l’aileron de la queue, dont le plus long rayon a deux pouces quatre à cinq lignes de longueur ; il eft fourchu. Le grand aileron du dos commence à quatre pouces du mufeau j il a fept pouces de longueur’à fon attache au corps , & il fe termine à peu près à la même diftance de l’aileron de la queue, que l’aileron de derrière l’anus.
- 89. La largeur verticale du poiffon à Pà-plomb du centre de l’œil, eft de deux pouces j à l’à-plomb du commencement de l’aileron du dos ou de l’articulation des nageoires du ventre, trois pouces fix lignes ; à l’à - plomb de l’anus, trois pouces une ligne j à l’à-plomb de la fin des ailerons, tant du dos que de derrière l’anus , un pouce cinq lignes 5 à l’origine de l’aileron de la queue, un pouce une ligne. La plus grande épaiifeur horifontale du dos du poiffon, eft d’un pouce huit lignes. Je crois que les grands pilonneaux n’ont guere plus de neuf pouces de longueur, & les fergats d’Olonne fept pouces j mais je dois prévenir que c’eft par erreur, que dans la première feélion du fécond tome j’ai comparé le fergat d’Olonne au tacaud : aufli ai-je averti ailleurs que le fergat qui m’avait été envoyé des Sables, n’ayant qu’un aileron fur le dos , n’était point de la famille des gadus, & ne reffemblait point au tacaud.
- Article II.
- De, la brème , brune ou brame de mer, brama marina, & des poijfons qui y ‘ ont rapport.
- 90. Considérations générales fur la brème. COMME il y a U il grand nombre de poilfons demi-plats qui, par leur forme, doivent être compris dans la famille des [parus, il ne faut pas être furpris fi à l’égard des poilfons de cette famille , on trouve beaucoup de confufion dans les auteurs ; elle régné fur-tout à l’égard de la brème de mer. On ne la trouve point annoncée fous ce nom dans Rondelet ; je crois qu’il l’a confondue avec le pagre : ce fentiment a été adopté par Willughby. Belon eftime que la brème de mer eft le can-tharus des Latins, le cantheno de Provence & de Languedoc, le tanado de Gènes. Mais le poilfon que je vais décrire, & qui eft connu fur les côtes de Normandie fous le nom de brème de mer, eft fort différent de ceux qui font indiqués par Belon & Gefner. A l’égard de Vabramis d’Oppian & d’Athénée, Rondelet penfe qu’il s’agit de l’alofe ; & je ne vois pas que la brama marina de Willughby reffemble à la brème d’eau douce.
- 91. Après avoir prévenu que le nom de brème de mer eft donné en France , en Angleterre & en Allemagne à nombre de poilfons différens, plus ou moins reffemblans à la brème de riviere, on 11e fera pas furpris que Gefner ait com-
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- pris fous la dénomination (comme générique) de brème, plufieurs poiffons auxquels il a donné des épithetes particulières, pour diftinguer les efpeces, tels que auratus, mdanurus, denté, oilladiga, fargo, &c. de forte qu’il a formé une famille des brèmes, dans laquelle il a compris les mêmes poiifons dont nous compofons celle que nous nommons /parus. Etant prévenu de ceci, & après être convenu que la brème peut être regardée comme un centre dont plufieurs efpeces de /parus s’écartent peu, j’eifaierai de faire connaître chacun des poiifons dont ont parlé Belon & Gefner, indiquant autant qu’il me fera poflîble les noms qu’on leur donne dans les parages où on les. pêche communément: ainfi, fans blâmer ceux qui ont donné des noms diffé-rens à la brème de mer, je vais décrire le poilfon qu’on nomme ainfi fur îa côte de Normandie , parce que c’eft le poiffon de mer qui nous paraît avoir le plus de rapport avec la brème de riviere. Comme dans la famille des /parus il y a beaucoup de poiifons qui ne different prefque les uns des autres que par la couleur de leurs écailles , on ne doit pas confondre la brème des côtes de Normandie, qui a des écailles très-brillantes , avec le cantheno, le tanado * &c. dont les écailles font comme enfumées, ou d’autres qui font rouges. J’entre en matière.
- 92. Du poij/on quon appelle brème de mer /ur les côtes de Normandie. J’AI amplement parlé à la fin de la troifieme fe&ion, de la brème d’eau douce, cyprinus latus de Rondelet ; mais je me fuis rappellé d’avoir mangé fur les côtes de haute-Normandie un poilfon qu’on y nomme brème de mer. Comme j’en avais confervé un deffin avec une defeription abrégée, j’ai trouvé que ce poilfon relfemblait alfez, par la forme du corps, à la brème d’eau douce, mais qu’il en différait beaucoup par l’aileron du dos qui eft petit 8c flexible à la brème d’eau douce, fort étendu & garni de rayons piquans au poilfon qu’ou nomme brème de mer en Normandie ; ce qui m’a déterminé à remettre à en parler dans la quatrième fedion dont il s’agit préfentement. M. le Teftu, ayant comparé le deffin,pl. II, fig. 7 , de la petite brème que j’avais vue fur les côtes de Normandie, avec le poiffon qu’il avait fous les yeux, m’a marqué qu’il l’avait trouvé exad. D’un autre côté, M. Deshayes, commiffaire aux claffes à Cherbourg, m’a envoyé le deffin d’une grande brème,pi. II, fig. 8 , me marquant que je pouvais avoir confiance à mes notes ; ainfi je me trouve confirmé dans l’idée que j’avais que ce poiffon a encore beaucoup de rapport avec la daurade.
- 93. La brème, fig. 8, avait neuf pouces de longueur totale AB ; l’ouverture de la gueule eft à peu près de huit lignes j elle eft garnie de petites dents recourbées vers le gofier, ce qui eft différent de celles de la daurade, du feare, de la caftagnole, du denté, &c. Les mâchoires font bordées d’une membrane quifereplie quand elles font rapprochées l’une de l’autre, & alors elles
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- font à peu près d’une même longueur : l’œil eft aifez grand, médiocrement élevé vers le haut de la tète ; il eft un peu ovale ; le grand diamètre eft preique horifontal; la prunelle eft d’un bleu foncé, tirant au noir; l’iris eft nacré.
- 94. Entre l’œil & le mufeau, mais plus près de l’œil, eft l’ouverture des narines D: en cet endroit où il n’y a point d’écailles, la peau eft unie' & brillante , pas néanmoins autant que celle du merlan ; le refte de l’opercule des ouies eft garni d’écailles fort petites, ce qui s’obferve à plufieurs autres poiifons de cette famille. En M, à 2, pouces 6 à-7 lignes du mufeau A, commence l’aileron du dos qui eft aifez grand ; il a de M en F, à ion attache au corps, quatre pouces quatre à cinq lignes d’étendue , & il eft formé de vingt à vingt - deux rayons qui ont neuf à dix lignes de longueur ; ceux du côté M font plus durs & plus piquans que les autres qui font rameux & flexibles ; les dix premiers qui font durs excédent une membrane mince, tranfparente, quî’les unit; les bords de cette membrane font rembrunis; il y a à peu près un pouce de la fin de cet aileron F au commencement de celui de la queue G; du bout du mufeau à l’anus H, un peu moins de cinq pouces, ce qui fait à peu près les deux tiers de la longueur A G du corps du poiifon.
- 9f. A quelques lignes derrière l’anus , commence l’aileron du ventre KL, formé de douze à quatorze rayons flexibles, plus menus & moiqs longs que l’aileron du dos ; néanmoins les trois premiers du côté de K font fort durs & piquans, les autres font flexibles & rameux : l’aileron de la queue eft fourchu , les rayons en font rameux & point piquans ; le plus long G B , a environ dix-huit lignes de longueur: il y a derrière chaque ouie une nageoire dont le plus long rayon E N a deux pouces trois lignes de longueur ; l’articulation E de cette nageoire forme un croiflànt qui eft à deux pouces quelques lignes du mufeau A. Il y a encore fous le ventre deux nageoires D , dont les articulations font à peu près à la même diftance du mufeau que celles E de derrière les ouies.
- 96. Les lignes latérales Q_P paraiffent formées de deux rangées de points, ce qui leur donne l’apparence d’une efpece de treffe brune ; elles commencent en Q_, à la hauteur de l’œil ; elles font courbes & fuivent à peu près le contour du dos ; elles aboutiffent en P , où elles partagent en deux la largeur du poiffon. Les écailles plus petites que celles du hareng, font minces, tranf. parentes ; les unes ovales, d’autres angulaires ; cependant quand on palfe la main de la queue vers la tête, on fent quelque chofe de rude. En général, la couleur de ce poiifon eft d’un gris clair & argenté, avec des couleurs changeantes ; de forte que, quand au fortir de l’eau on le regarde en différens fens., on apperçoit comme des ondes ou des raies qui s’étendent fuivant la longueur du poiiîon, entre lefquelles on diftingue des reflets comme cuivreux , d’autres jaunes, d’autres verdâtres , & même des traits rouges ; mais
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- toutes ces couleurs s’éteignent lorfque le poiffon eft mort. On remarque de plus que la difpofition des écailles, depuis le dos jufqu’à la raie latérale Q_P, eft différente de celle des écailles qui recouvrent la partie du poiffon comprife depuis cette raie jufqu’au-deffous du ventre. La couleur' brillante des écailles de notre brème eft bien différente de la couleur enfumée de celles du can-theno,du tanado & de la caftagnole. •:: -• ' '
- 97. La chair de ce poiffon eft meilleure que celle de la brème d’eau douce, quoiqu’elle foit un peu molle & qu’elle n’ait pas beaucoup de goût; ainli elle n’approche pas de Iffbonté de celle de la daurade. Les très-petites , qui dans les mois de juin & de juillet donnent en quantité à la côte , fe vendent avec la menuife, & la plupart fervent à amorcer les haims.-M. le Teftume marque que les groffes font devenues rares fur la côte de haute-Normandie. Ces groffes , f qu’on eftime plus que les petites , font ordinairement apprêtées fur le gril, & 011 les fert avec une îauce relevée, parce que la chair a peu de goût; avec cette attention, celles qui ont été prifes fur un bon fonds, font un bon manger. Comme les brèmes font voraces, les pêcheurs-cordiers en prennent avec leurs haims; on les attire aulîi dans les filets avec diftérens appâts. Dans la iaifon où ces poiffons donnent à la côte, on en trouve dans les faines avec d’autres efpeces de poiffons. (a) La brème a, par la forme de fon corps & fa couleur, quelque rapport avec le tacaud; mais n’ayant qu’un grand aileron fur le dos, elle doit être comprife dans la famille des [parus , au lieu que le tacaud qui en a trois , a été rangé avec les afdlus ou gadus. On m’a envoyé plulleurs fois la brème pour être la daurade. Effeélivement, ces deux poiitons ie reffemblent à plusieurs égards : néanmoins la brème eft aifée à diftinguer de la daurade par fes dents qui font fines & crochues, par fes écailles qui font plus minces , & par fa chair qui 11’eft pas à beaucoup près auiîi agréable à manger : ainfl c’eft une efpece de [parus ,mais non pas une daurade. Belon dit qu’à Paris oïl nomme brème, de mer, un poiffon qu’on pêche dans l’Océan, qui eft'le eantheno de Marfeille, & dont les écailles font teintes de belles couleurs. Le fentiment des poiffonniers de Paris ’n’èft pas ici' d’un grand poids; mais on m’a vendu à la halle de Paris, pour perche de mer, un poiffon de 10 pouce 6 lignes de longueur, qui reffemble parfaitement à la brème que je viens de décrire, & nullement à la perche, au moins à celle que décrit Rondelet, qui a l’aileron de la queue coupé quarrément, &• le ventre renflé comme la bourfe de mer:
- (6) On pêche beaucoup de brèmes de ropéens &Hott;entpts attirent ces poiffons mer. fur les côtes de la Çafljfeire ; mais .auprès des hameçon^ deftjpçs à les. prendre faut-il ajouter foi au rapport de quelques en ffifflant & en faifânt beaucoup de bruit? 1 voyageurs qui difent que les pêcheurs Eu- 1 ' :
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- 9&. Les voyageurs difent qu’on tpèçhe beaucoup de brèmes au cap de Bonne - Efpéranee, ou elles font fort eftiméeis; que quand il vient de groy tems, elles s’approchent en nombre du rivage, & qu’alors on en prend beaucoup. On dit encore que le bruit les attire, & qu’on fe fert de ce moyen.pour les engager à s’approcher delà côte., Quelques-uns prétendent que ce qu’on appelle brème en Bretagne, eft la daurade de Languedoc y mais je ne puis, adopter ce fentiment.
- 99. Enfin,., ; M. de Montaudouin m’écrit de Nantes, que les pêcheurs de cette côte inçlinenü à- penfer que la brème)Cjd§| mer eft le poiifon qu’ils nomment U plomb, pi /, fig. G , qui „ fuivant eux, a beaucoup de rapport avec la brème d’eau douce ; feulement, difent-ils, fes yeux parailfent plus iàillans., là tête eft plus courbe, , 8c le plomb a moins d’arètes que la brème; la chair a quelque rapport avec celle du merlan, à cela près qu’elle eft lèche. Il n’eft guère pollible de confondre le plomb avec la-brème que nous venons de décrire; mais je m’abftiendrais d'alfurer que notre brème foit un autre poiifon que celui qu’on appelle cantheno en Provence, Ci la couleur de ces deux poilfons était moins différente. Quoi qu’il en foit, je vais donner la defcription du plomb que j’ai reçu de Nantes, après que j’aurai rapporté, quelques notes fur, la brème, que j’ai trouvé répandues en dilférens- endroits.
- 100. : Suivant l’IIiftoire générale des voyages., on prend des brèmes en beaucoup d’endroits, à l’isle de May;, à Porto - Fraya, dans la baie delà, rivier.e de Sierra-Lepna , à la côte de l’isle de Timor ; on en prend de très-grandes dans fa baye de l’isle de Juan-Fernandès ; à la côte d’Or, on en diftingue de trois ou quatre fortes, auxquelles on donne différens noms, &c. On m’a écrit de Norwege qu’on y prenait un poilTon alfez femblable à la brème, tant pour la forme que pour la grolfeur, qu’on appelle rotfish parce qu’il efti iÿouger, & qu’il diffère- encore de- la brème parce que fes ailerons & fes-nageoires;, ont moiijsr d’étendue ;> au refte, ce poiifon qui n’eft peut-être pas notre brème, eft, très;-eûiméf Il eft encore dit, dans l’Hiftoire des voyages que le poiifon. qu’on appelle .brème. en: Afrique, eft très-différent, du poiifon auquel nous domions ce nom. M. Barry croit qu’on peut encore mettre au nombre des brèmes de mer , un poiifon argenté qu’on prend dans la belle faifon,.&. feulement dans, les filets de madrague les pécheurs le regarde comme! un polfon de palfiige.
- 101. Du plomb de Nantes. Le plomb de Nantes,_pL I.ifig-d* eft effectivement de la famille des fparus, par le nombre & la polition des fes ailerons & de lès nageoires; il n’a communément que-4 pouees dé lbngûeur fur z pouces à 2 pouces, & demi de largeur ; ainfi proportionnellemeht à là longueur, il eft moins large que la brème : fes. écaiftes font blanches - arge.ni-
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- tées, néanmoins toutes les raies latérales font noires ; quoiqu’il foit de couleur changeante, il paraît en général tirer au roux. Le mois de juin eft la vraie faifon où Ton -pêche ce poilfom; néanmoins on en prend depuis le mois d’avril jufqu’en feptembre dans le port & au large, mais principalement à une lieue de la côte. Comme il eft vorace , on en pêche beaucoup aux hameçons ; mais les pêcheurs le redoutent, parce qu’il écarte des poif-fons plus eftimés que lui. C’eft la pèche ordinaire des jeunes gens dans la faifon que nous avons indiquée ; car c’eft un poilfon de paflage. Il 11e s’en fait point de falaifon ; tous ceux qu’on prend fe confomment frais.
- 102. De Parrain - gorria des Bafques , qui paraît confiner à La brème ou au plomb de Nantes. Le poilfon que les Bafques nomment ainfi, eft de mer; & fuivant M. de la Courtaudiere , il a, au moins pour la forme de fon corps, de la relfemblance avec la brème de mer que je viens de décrire. Il y a de ces poilfons qui ont un pied & demi de longueur, & de plus petits que celui dont M. de la Courtaudiere m’a envoyé l’a defcription, qui n’avait que cinq pouces de longueur totale. Ce poilfon demi-plat eft de la famille des /parus ; il avait deux pouces de largeur verticale à l’à-plomb des nageoires branchiales; deux pouces quatre lignes à l’à-plomb de l’anus ; deux pouces entre l’anus & l’aileron de la queue, & 21 lignes près de l’aileron de la queue. Les opercules des ouies font de couleur nacrée ; le delfus de la tête & du corps eft aulîi de couleur changeante; de forte qu’en le confidérant en différons fens, on y apperçoit du rouge, du bleu & des reflets de nacre, qui çà & là tirent à l’or ou à l’argent. Le deifous du ventre eft blanc avec des reflets argentés : la gueule eft petite, garnie de petites dents ; fes yeux font grands. Il a furie dos un grand aileron qui régné depuis l’à-plomb de l’articulation des nageoires branchiales, jufques près l’origine de l’aileron de la queue; les douze premiers rayon? du côté de la tête font épineux, les autres font flexibles; l’aileron de derrière l’anus n’a que 10 à 12 lignes d’étendue à fon attache au corps : il n’y a que les trois premiers rayons du côté de l’anus qui foient piquans. L’aileron de la queue eft fendu, & les deux parties font allez écartées l’une de l’autre ; on apperçoit une teinte rouge, fur-tout vers les bords : il a une nageoire derrière chaque ouie, & deux petites fous le ventre, dont le premier rayon eft piquant. Ce poilfon n’eft pas fort abondant fur les côtes des Bafques. Je ne l’ai pas fait graver, parce que l’ayant reçu depuis lors en nature & bien confervé, j’ai été à portée de m’alfiirer que c’eft le même qu’011 nomme brème de mer fur les côtes de haute-Normandie.
- 103. Du cantheno ou canthera ; fuivant Belon, fearabeus. Le poilfon qu’on nomme en Provence, en Languedoc & en Eipagne cantheno ou cantharus, tanado ou tanna à Gènes, eft encore alfez femblable à~la brème : ainfi il doit être compris dans la famille des /parus. Le nombre , la pofitiohn& _ia
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- forme des ailerons, ainfi que des nageoires, eft comme au fparaillon, & on peut le comparer encore plus exa&ement, ainfi que Gefner, à notre brème de mer,'dont il ne différé prefque que par fa couleur qui approche de celle du tân, au lieu que cellè de la brème que j’ai vue fur les côtes de Normandie , eft très brillante. Quoi qu’il en foit, à ,caufe de cette reffemblance avec la brème qui eft repréfentée , //, fig. 8 , j’ai cru pouvoir me difpenfer
- de le faire graver.
- 104. Effectivement la brème de Belon paraît être le cantheno ou le fparaillon de Rondelet, qui, comme je l’ai dit, ne different de notre brème que par la couleur qui eft comme enfumée';- les yeux font ronds, de médiocre grandeur ; la prunelle eft bleu - foncé, l’iris brillant comme de l’argent; la tète 11’eft pas groiTe, elle eft, ainfi que les parties voifines des yeux, rouxfe , mêlée de noir, ce qui fait une couleur comme enfumée approchant de celle du tan. Cette circonftance lui a fait donner par quelques-uns le nom de tanado\ par d’autres, de fcarabcus, par comparaifon à quelques fcarabées qui ont cette couleur. Son mufeau eft affez menu , fa gueule moins grande que celle de la daurade lorfque les mâchoires font rapprochées : la mâchoire fupérieiïïe , ainfi que l’inférieure , font garnies de dents menues, pointues, affez approchantes de celles‘du fparaillon: on ne trouve point vers le gofier d’offelets chargés d’afpérités, fes écailles font petites, & en général les couleurs.font plus obfcures que celles de la brème de mer, dont nous avons parlé : les raies latérales font plus larges ; on n’apperçoit point de tache noire auprès des ouies, comme à la daurade, ni auprès de lailerbn de la queue, comme au fparaillon ; mais quand il fort de l’eau, on voit des traits jaunâtres & obfcurs , qui s’étendent des ouies jufqu’à l’aileron de la queue,où l’on découvre quelque chofe qui tire à l’or. Les nervures de l’aileron du dos font piquantes du côté de la tête ; les autres font rameufes & flexibles ,i ainfi que celles de l’aileron de derrière l’anus. Suivant Rondelet, ce poiifon fe plaît dans la vafe au bord de la mer5, où il s’en raf-femble beaucoup : il eft affez commun dans la Méditerranée ; il va par bandes. Sa chair n’eft pas ,• à beaucoup près, aufli bonne que celle de la daurade ; elle eft mollaffe ; aqueufe, avec un goût défagréable quand le poiffon a féjourné dans de la vafe de mauvaife odeur, ce qui lui arrive fouvent ; mais il ne fait point un manger défagréable, quand par hafard on le prend dans un endroit où l’eau eft vive. On le pèche comme le fparaillon ; il fe jette avec avidité fur les appâts qu’on lui préfente, & 011 l’attire dans les naffes avec des crabes , des polypes, &c. Les pauvres, qui feuls fe nourrit fent de ceux qu’on prend dans la vafe, les apprêtent avec beaucoup d’épices. Les pêcheurs prétendent que ce poiffon eft meilleur étant defféché que quand il eft frais. 1
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- Article III;
- Du denté, & des poiffons qui ont avec lui de la reffemblance.
- iOf. Le dente eft du genre des /parus, mais il tire Ton nom & fon caractère fpécifique de plusieurs dents canines alfez fortes qu’il a au-devant des mâchoires, tant fupérieure qu’inférieure ; il s’en eft fui vi “qu’on a donné le nom de denté à différens poilfons, uniquement parce qu’ils avaient de fortes dents. Ainfi, comme le feare a de fortes dents incifives par-devant, & molaires au tond de la gueule, les Génois, fuivant Gefner, ainti que les poilfonniers de Provence, le nomment denté. Je crois qu’il en eft de même à Montpellier, quoique ce poilfon 11’ait point les dents canines,pl. III,fitg. 3 , qui caractéri-fent le vrai denté. Mais je n’imagine pas ce qui a engagé Gefner à mettre ie denté au nombre des brèmes qui n’ont, comme nous l’avons dit, que des dents très-déliées : prévenu de cela, je vais parler des poilfons que je crois être de la famille des dentés, & je commence par le vrai denté.
- 106. Du denté ou dentex de Marfeille & de Languedoc, dentillac à Narbonne , dentale en Italie : dentatus. Les mâchoires du denté que je polfede, n’ont que quatre dents canines au-devant des mâchoires tant fupérieure qu’inférieure , pl. III, fig. 3 ; au lieu que je vois dans Belon que le denté a cinq crochets ou grandes dents canines à la mâchoire fupérieure, & huit à l’inférieure. Comme les dents femblent devoir établir le caraétere de ce poilfon, pour lever mes doutes, & favoir quelle confiance il faut avoir au texte de Belon, j’ai fait graver des mâchoires d’un denté qui m’ont été envoyées de Toulon par M. Barry, comme venant d’un jeune denté qui 11e pelait que 37 onces. Par le nombre des crochets, je me trouvais confirmé dans l’idée qu’il n’eft pas elfentiel au denté d’avoir le grand nombre de dents canines que lui attribue Belon ; mais comme le poilfon dontM. Barry m’a envoyé les mâchoires était fort jeune , peut-être fe ferait-il développé d’autres dents dans la fuite: mais Rondelet, en qui j’ai plus de confiance qu’en Belon pour les poilfons de la Méditerranée, dit que le dentale a quatre dents canines en chaque mâchoire. Au refte, le denté relfemble à la daurade, & encore plus à l’ouariac de la Guadeloupe, pl. Il, fig. 6, par la forme de fon corps, le nombre & la pofition tant des ailerons que des nageoires 3 fes yeux font plus grands , & on en pèche de très-gros, car il n’eft pas rare d’en prendre qui pefent huit à dix livres j & M. Barry m’a écrit qu’011 en prenait quelquefois quipefaient près de vingt livres. M. Gauthier me marque de Narbonne qu’on en trouve fréquemment qui pefent 25* à 30 livres, & qu’il en a vu un qui pefait 76. livres. Suivant Rondelet, les gros fe nomment fynodon, & les petits ou jeunes Jynagris.
- Tome XI.
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- 107. GESNER , qui admet beaucoup de reffemblance entre les fynagris Si les fynodoriy penfe comme Belon, qu’on doit diftinguer ces deux efpeces de poiifons.- Les écailles du dente font affez grandes & de différentes couleurs néanmoins le rouge eft obfcurci par le noir qui domine & forme fur les côtés des lignes affez droites. On 11e le connaît pas dans l’Océan,. & il eft plus commun en Provence qu’en Languedoc, où Rondelet dit qu’on le îionlme marmo. Il fe tient ordinairement dans les rochers près le bord de la mer , ou quand Jl ne fait pas chaud, dans le goémon, à huit & dix brades de profondeur. Il eft fi vorace que quelquefois , lorfque les pécheurs, tirent une ligne où s’était attaché un poiffon, s’il fe trouve à portée un denté, il fe jette fur le poiffon, l’avale avec l’haim , rompt la ligne & s’échappe alors les pêcheurs ne manquent guere de remettre à la mer un autre haim amorcé d’un poiffon, & qui eft encapelé à une forte ligne : alors le denté fo trouve fouvent la dupe de fa voracité (7).Oneftime ce poiffon à Narbonne , où 011 le nomme dentillac. Belon dit que les Albanois qui en prennent beaucoup au printems, en confifent dans des barrils qu’ils vont vendre à Ancône : ces poiffons ainft préparés, peuvent fe conferver trois ou quatre mois. Il ajoute que le dentex eft fort large, qu’il a de grands yeux fort élevés fur la tète. La grande reffemblance que j’apperqois pour la forme du corps entre le denté & la caftagnole que j’ai rapportée de Provence ,& dont je parlerai' dans la fuite, me faifait craindre qu’on ne m’eût nommé ainfî un £etit denté ; mais les ailerons de la caftagnole ont une forme qui me paraît leur être particulière ; & de plus , je ne crois pas que la caftagnole que j’ai rapportée de Provence, pût jamais devenir un fort gros poiffoir;
- 108. M. Gautier m’écrit de Narbonne , que ce poiffon fe tient volontiers-; auprès des côtes, puifqu’011 le prend communément avec le boulier , Blet: qui différé peu de la faine. Il eft encore bon d’être prévenu qu’en Aunis on donne quelquefois très-mal-à-propos le nom de denté à la torpille, poiffon-très-différent, & qui n’a aucun des cara&eres des/parus. Rondelet croit que le denté deNarbonne eft le fcarus des anciens. Belon dit qu’en Epire & en Illyrie, où l’on pêche beaucoup de dentés vers le carême, les ayant coupés tranfverfalement en deux parties , une qu’on nomme la tête , & l’autre la queue, on les conferve plufieurs mois en barrils dans une gelée qu’on fait avec les écailles bouillies dans du vinaigre, du fel & des épices , & qu’on les vend à Ancône & dans d’autres villes au-delà du détroit. Gefner fait un. grand étalage de littérature grecque 8c latine for la dénomination de dentex , de fynagris , de fynodon , d’où il réfulte beaucoup de confufion & un vrai chaos. Je lui accorderai bien que le denté ouJynodon confine avec les
- (.7) On. obferve qu’étant forti de l’eau, il s’agite & palpite toujours».
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- Sect. IV. Des poiffons qui ont rapport à lu daurade.
- .pagres, & il faillirait que ceux-ci enflent les dents qui cara&érifent le premier, qui d’ailleurs a fouvent plus d’une demi, palme de long. Quelques voyageurs difent qu’on prend des dentales dans la mer Baltique, & qu’on les eftime plus à caufe de leur grofîeur que de leur goût.
- IO9. D un poiffon pris à Dax, qui me paraît avoir beaucoup de rapport avec le denté. Al. le préfident de Borda m’écrit qu’on a pris à Dax un poif-fou auquel on ne donne point de nom, mais qu’il dit relfembler beaucoup au dentale ou dentex de Rondelet 5 on en jugera par la defcription qu’il en donne. Ce poilfon était long de 3 f pouces 8 lignes 5 fa plus grande largeur verticale était de 11 pouces 3 lignes -, il avait au-devant des mâchoires quatre longues dents canines un peu recourbées vers l’intérieur de la gueule ; & derrière ces dents canines, les mâchoires étaient garnies de nombre de petites dents : l’aileron du dos avait 21 rayons, dont onze étaient piquans ; celui de derrière l’anus était compofé de dix rayons, dont deux feulement étaient piquans ; l’aileron de la queue était formé de rayons rameux, & il était fourchu. Les rayons des nageoires étaient rameux, & les nageoires de derrière les ouies s’étendaient prefque jufqu’à la moitié de la longueur du corps. Le corps du côté du dos était rouge , & jufqu’à la raie latérale il était parfemé de taches noires ; le ventre était blanc & argenté, & cette couleur dominait de plus en plus , à mefure qu’on approchait du ventre. Ces poiffons fe prennent avec des filets qu’on tend à la maniéré des folles, fur un fond de fable , à une ou deux lieues de la côte. Je vais encore placer ici un poiffon que j’ai rapporté de Provence , & qu’on m’avait nommé caflagnole; la forme de fes dents m’engage à le rapprocher du denté.
- no. De là caflagnole. J’ai rapporté de Provence un poiffon qu’on y nommait caflagnole, & qui, au moins pour la couleur , me paraît avoir quelque rapport avec le cantheno ou le tanado ; mais ce n’eft point le*chromis que Rondelet dit être le caflagno de Gènes, & qu’il ajoute être à beaucoup d’égards femblable au nigroil ; car le chromis de Rondelet a l’aileron de la queue coupé quarrément , au lieu que notre caflagnole l’a très-échancré ; & la forme du corps efl tout-à-fait différente. Il reffemble plus à l’oblade par la forme de fon corps ; mais fes yeux font moins grands , & il n’a point de taches noires près de la queue , ni, comme au chromis , des lignes qui s’étendent du derrière des ouies jufqu’à l’articulation de la queue ; la gueule du chromis efl petite , ainfi que fes écailles : de plus, il ne peut être ici quef-tion du chromis de Belon , puifqu’il a deux ailerons fur le dos. Mais il y a plus de reffemblance entre notre caflagnole & le poiffon que Belon dit qu’011 nomme cajlagnola à Marfeille. J’en parlerai dans la fuite.
- ni. Ma caflagnole , pi. Il J, fig. 4, me paraît avoir par la forme du corps beaucoup de reffemblance avec le dentale ou le denté de Marfeille. A l’égard
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- des dents, elles font beaucoup moins fortes , mais un peu femblables à celles des mâchoires, pi. III,fig. $. Cependant j’avoue que je n’ai pas pu prendre une idée bien précife des dents de notre caftagnole : j’ai cru feulement apper-cevoir qu’outre de petites dents pointues qui bordent les mâchoires, il y a fur le devant, tant à la mâchoire fupérieure qu’à l’inférieure, quelques dents pointues plus fortes que les autres. Notre caftagnole paraît avoir un peu de reffemblance avec la première efpece de fcare de Rondelet ; mais les dents de ce fcare font les unes incifives , les autres mâchelieres , & nullement pointues > de plus les ailerons n’ont point la même forme, non plus que ceux du can-theno de Belon : on en jugera par la defcription que je vais faire de notre caftagnole, ainfî que par l’infpe&ion de fa figure. Elle avoit dix-huit pouces de longueur totale A B ; fa plus grande largeur verticale à l’à-plomb de G, était à peu près de fix pouces ; fon mufeau était proportionnellement plus gros , plus raccourci que celui du cantheno , & au moins autant que celui de la daurade. On a forcé l’ouverture de la gueule,pour faire voir les dents, ce qui la défigure & fait paraître la mâchoire inférieure plus longue qu’elle ne l’eft effectivement ; pour cette raifon on n’apperqoit pas diftindtement qu’elle eft bordée de levres affez épaiffes. Les mâchoires fupérieure & inférieure étaient en outre bordées de plufieurs rangs de dents pointues ; celles de la mâchoire inférieure étaient im peu plus grandes que celles de la fupérieure ; & en avant de ces mâchoires, j’ai cru appercevoir quelques dents plus grandes que les autres , toutes étaient pointues & recourbées vers le dedans. On ne peut guere avoir une jufte idée de ces dents, qu’en ayant recours à la pi. III, où l’on a repréfenté les mâchoires d’un jeune denté, fig. }. Il s’en faut néanmoins beaucoup que les dents canines foient auffi fenfibles à la caftagnole.
- 112. A cinq pouces fix lignes de l’extrémité de la mâchoire fupérieure commençait le grand aileron du dos CD s du côté de C, il y avait deux ou trois rayons plus courts que les autres, très-durs & piquans : enfuite les rayons depuis C jufqu’à E , étaient plus longs que ceux depuis E jufqu’à D, ce que je n’apper-qois point aux autres poiffons de la famille des /parus ; de même, à l’ailerpn de derrière l’anus, les rayons depuis F jufqu’à G, étaient plus longs que ceux depuis G jufqu’à H. Cette forme des ailerons fiiffit pour diftinguer cette caftagnole de la daurade, de la brème , de la vieille, &c. L’aileron de la queue" D B, était fort échancré ; les nageoires de derrière les ouies M, étaient fort grandes & fe terminaient en pointe comme à la daurade i le premier rayon était plus dur & plus gros que les autres. Les nageoires de deffous la gorge L, étaient beaucoup moins grandes que celles des ouies, chacune était accompagnée d’un rayon K, dur & piquant, & détaché des autres. Les opercules des ouies étaient couvertes d’écailles j en général les écailles ne font pas fort adhérentes à la peau. ;
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- il}. Il eft bon de faire remarquer qu’on pêche à la côte de Gènes & à Antibes, un poilfon qui relfemble au nigroil qu’on nomme cafagno. Ce n’eft point, comme j’en ai prévenu , notre caftagnole qui a les yeux moins grands : il n’y a point de taches près l’aileron de la queue; les écailles du caftagno font plus petites ; les ailerons tant du dos que du ventre n’ont point la même forme. La couleur de ces poilfons approche de celle de la châtaigne. Il eft vrai que le chromis a aulfi à peu près la même couleur, mais c’eft un poif-fon beaucoup plus petit que la caftalogne dont je viens de parler ; & la queue étant coupée quarrément, je crois qu’on peut le ranger avec les tour-des : j’aurai occafion d’en dire quelque chofe dans la fuite.
- 114. Je dois avertir que M. Barrv de Toulon m’a marqué que le poilfon qu’on nomme caftagno à Toulon , eft un très-petit poilfon noir & plat; que les plus gros ne pefent pas deux onces; que l’aileron de la queue eft fourchu, & que c’eft un très-mauvais petit poilfon. Celui que Beîon appelle caf-tagnok eft, fuivant lui, couleur de châtaigne, comme les nôtres, & l’aileron de la queue eft fourchu ; mais il compare la forme de fon corps à celle d’une petite carpe, ce qui ne convient pas exactement à notre caftagnole. Les ailerons du dos & du ventre font, dit-il, formés par des rayons piquans , ou au moins durs ; & la forme tant des ailerons que des nageoires, ne relfemble point du tout à celle de notre caftagnole. Belon dit que la cafta-gnola eft fi commune au printems , qu’il n’y a perfonne qui ne la connailfe. Je dois prévenir que n’ayant pas eu -ma caftagnole fraîche, je 11e puis parler exactement de fes couleurs; Les ailerons de la fécondé efpece de feare de Rondelet relfemblent alfez à ceux de notre caftagnole ; mais la reifem-blance fe réduit à cette feule partie. Voilà bien des incertitudes qui nailfent des noms diftérens qu’011 donne au même poilfon dans les dilférens ports, ainfi que dans les auteurs ; mais la description exacte que je viens de donner de ma caftagnole, pourra mettre ceux qui habitent les côtes de la Méditerranée, en état de connaître le poilfon dont je viens de parler.
- A R T I C L,E IV.
- Du pagre. ( 8 )
- 11 f. Conjîdératîons générales fur les poiffons de ce genre. On trouve dans les auteurs, & 011 donne communément fur les côtes, bien des noms dif-
- (8) Il en effc de cet poilfon .comme de français de divers poiffons qui fe pêchent la plupart de ceux dont oh ne" trouve le fy- ' dans les ïîvieres de l’Allemagne & de ;la nonyme allemand dans aucun' dictionnaire.'^'Suilfp,y & qu’on ne connaît point 'ailleurs. Le même vuide aurait lieu pour les n0fnSi-!-' ;"" --h ,.u
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- Soz T RA J T E'\ DES PECHES* Partie IL
- férens à ce poifTon , mais'dont la plupart indiquent un poiffon dont la cou -leur tire au rouge. Effectivement, d’e>qpreffian latine, erythrinus^ qu’emploie Rondelet, qui dérive' du grec , répond k^ruhellio ou rutilus , que Schoneveld a employé indifféremment, auxquels il a ajouté comme un terme vulgaire & populaire celui de rootatig. Rondelet rapporte uil terme du grec vulgaire, qui indique le caradere de goulu , qui effectivement convient affez aux poif-fons dont nous nous occupons , & que d’autres leur ont donné : il ajoute qu’en beaucoup d’endroits d’Italie, où l’on ne diftingue point le pajeau d’avec la brème .de mer , ils nomment les uns & ,les ràMtrespagre ou phragolino , ou encore phagorio ; en Portugal ^phagros , ou , fuivant Gefner , pur go en Provence & en Languedoc, pagre, paj eau, pagel ; à (Antibes, paj eu ou paj ou. Quelques-uns ont confondu le pagre avec la vieille. Rondelet ajoute qu’en Sicile on appelle ce poiffon farofano. Toutes ces dénominations , auxquelles j’en pourrais ajouter plusieurs autres, ayant probablement été données à différens poiffons qu’on n’a pas fufïifamment diftingués , il en a réfulté beaucoup de confufîon, d’autant que plufiëurs ,.-derces poiffons ne different prêt que les uns des autres que par leur, couleur ou .d’autres circonftances peu frappantes. Néanmoins nous allons effayer de diffiper ces incertitudes dans les paragraphes fuivans, où nous nous permettrons de dire quelque chofe de plusieurs poiffons que nous n’avons pas pu nous procurer.
- lié. Il n’eft pas hors de propos de remarquer ici que je vois dans un -mémoire de Cadix que le poiffon qu’on nomme en,Efpagne phagorio , & en Portugal phagros , eft la farde grife ou rougeiiqu’on pêche aü Cap-Blanc de la côte d’Afrique. On m’a écrit d’Arles, qu’on en pêche dans le golfe de Lyon. Enfin, les voyageurs difent qu’on en prend beaucoup & en toute faifon à Penfàcole, & que fa chair étant falée , reffenable beaucoup à celle du faumon. Ou pourra confulter ce que nous avons dit de la farde ci-devant. Quelques-uns regardent le poiffon qu’on nomme à la Guadeloupe dos de ba~ nette, dont nous parlerons dans la fuite, comme une farde. r ,
- 117. Du pagre proprement dit. Le pagre eft un poiffon de mer à écailles , de la famille desl/parus , qui reffemble à plusieurs, égards à la daurade, par la forme de fon corps qui néanmoins eft plus raccourci. Il a le mufeau moins obtus, ce qui fait que.-beaucpup Tont confondu avec la brème de mer j fa gueule eft de médiocre grandeur ; les dents de devant font pointues & pas grandes ; celles du foncLde la gueule, ou les molaires, font larges & plates par-deffus. Belôn dit -qu’il y- en a deux rangées. Ses yeux font grands, la prunelle noire l’iris blanc, tirant un peu à la nacre j au refte ,11 reffemble à-la daurade ou'à la brèmé cje merfLpar;lê:nombre, la pofîtipn & la forme des ailprons ^.^desrhageoires,, mçpie par/l’aileron de la queue qui eft fourchu. La couleur de les écailles eft yineufe., pud’-ujirouge obfcur
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- qui tire au jaune ou à l’orangé ; c’eft pourquoi Oppian dit qu’elle eft' d’un jaune tirant au roux : ces couleurs s’éclairciffent en approchant du ventre., qui eft blanc. Les pécheurs prétendent qu’elles changent quand le froid le fait fentir , qu’alors le pagre devient blanc , & que les couleurs changent aufli à mefure que ces poiiîbns groiîiifent. ( 9 )
- 118. Les pagres vont par troupes. Ils craignent le froid ; & Pline dit qu’après. les grands hivers on en prend beaucoup qui font aveugles. Quoi qu’il en foit, ils fe tiennent l’hiver dans les grands fonds, & l’été ils s’approchent du rivage pour, fuivant Oppian, paître les plantes marines; néanmoins on trouve des infeétes dans leur eftomac. Lorfque l’air eft chaud, 011 en prend fur la greve & près du rivage ; mais lorfqu’il fait froid, il faut les aller chercher dans les endroits où il y a une grande profondeur d’eau.
- 119. La chair du pagre tient un peu de celle de la daurade; elle n’eft ni molle ou vifqueule, ni dure & coriace; fon goût eft agréable quand on le pèche dans de bons fonds, & lorfqu’il eft nouvellement pêché. Pour l’apprêter , on le fait rôtir fur le gril, & on le fert fur une fauce blanche ; ou bien on le met au bleu, & on le mange avec l’huile & le vinaigre ou le citron; mais pour les conferver, 011 les fait frire , & après les avoir fau-poudrés d’épices, on les couvre de bon vinaigre : en cet état, ils fe confer-vent aifez long - tems.n II y en a qui ^prétendent que tous ont des œufs, & qu’011 ignore quels font les mâles ; mais ce fait n’eft pas généralement adopté.
- 120. M. le préfident de Borda me marque qu’on pêche au Cap-Breton un poiifon qu’on y nomme arrouqueroqui eft le pagre de Rondelet, forte de fparus rougeâtre ; qu’il a ordinairement douze à dix-huit pouces de longueur ; que le terme arrouquero revient à*faxatile ou de roches,que les Provençaux nomment rochaux. On le pêche avec un filet tendu fédentaire, & on le prend pêle-mêle avec des chiens de mer, qui font même l’objet principal de cette pèche. Un voyageur dit qu’en paffant près les isles Canaries pour aller vers l’occident de l’Afrique, fon équipage prit un grand nombre de pagres que les Elpagnols nommoient parghi ; & Gefner ajoute qu’on apportait de ces poif-fons falés de l’Océan Atlantique, & que c’étaient de fort grands poiifons : je ne crois pas que ce puiife être le pagre dont nous nous occupons; d’autant qu’il parait que cet auteur le regarde comme un cétacée. Enfin , Willughby parle du pagre des Indes, fous la dénomination de brama fa-xatilis. (10)
- 121. Du pajeau ou pagel ; pageu à Antibes, fuïvant Gefner’. rubellio ou
- ( 9 ) Les ichtyologiftes ont en effet ob- ces. Il eft d’un roux tirant fur le rouge pen-fervé que ce poiffon change de couleur fui- dant l’été, & il devient bleu en hiver, vant. les faifons ; & c’eft l’un des caractères (10) On en. pêche, beaucoup dans: le. qui fervent à le diftinguer des autres efpe- Nil.
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- erythrinus. Le pagel ou pajeau eft, fuivant quelques-uns,un jeune pagre; on le vend fans diftin&ion en Provence , tantôt fous le nom de pagre, & tantôt fous la dénomination de pajeau ou pagel. Néanmoins M. Gautier m’écrit de Narbonne, où ces poilfons (ont communs , qu’on regarde le pagre & le pagel comme deux poilfons difïérens, & que le pagre eft plus eftimé que le pagel : ce qui me confirme dans l’idée que j’avais qu’il ne faut point confondre ces poilfons. M. Barry de Toulon le penfe de même : effedi-vement le pagel eft plus petit & plus effilé que le pagre ; fou mufeau eft plus pointu , fa gueule plus petite, ainfi que les dents : d’ailleurs, il eft d’un rouge plus éclatant, ce qui l’a fait appeller plus particuliérement rutilus ou rubellio, en français rouget; mais c’eft un poilfon demi-plat, qu’il ne faut pas confondre avec un poilfon rond qu’on nomme fur-tout à Paris- roii-get, non plus qu’avec le mulet qui a deux ailerons fur le dos. Rondelet dit qu’il a des taches dorées auprès des yeux ; Belon ne parle point de ces taches, & je ne les ai point apperçues fur le poilfon que j’ai décrit, peut-être parce qu’il n’était pas alfez nouvellement pêché. Rondelet dit qu’en vieillilfant il perd en partie fes belles couleurs, & qu’alors on le confond quelquefois avec d’autres poilfons. Je ne dois pas négliger de faire remarquer qu’au pagel de Rondelet il y a un grand aileron derrière l’anus, dont une partie des rayons font durs & pointus ; &, fuivant Belon , il n’y a à cet endroit qu’un petit aileron, dont les rayons font mous. Ces poilfons mordent avec beaucoup d’avidité aux haims, ce qui fait qu’en quelques endroits on les appelle goulus. Ils font alfez bons quand on les pêche dans de bons fonds; ils ont l’avantage de fe conferver alfez long-tems lans fe corrompre; & on les apprête comme les : daurades, les Iparaillons & les autres poilfons de cette famille. A l’égard de la forme de fon corps, je crois pouvoir la comparer à la petite brème qui eft repréfentée fur lapl. II, fig. 7. On pêche le pagel en Languedoc; ainfi M. Poujet a été à portée d’en voir beaucoup : voici ce qu’il me marque à ce fujet. Ce poilfon eft, pour la forme du corps, alfez femblable à la daurade ; il eft charnu , la tête eft alfez grande & comprimée furies côtés, fa gueule petite, bordée de grolfes levres ; le devant des mâchoires eft garni de petites dents pointues ; fur les côtés eft un double rang de dents molaires qui ne font point arrondies en-delfus comme celles de la daurade, ni auffi grolfes; fes yeux font brillans, grands, l’orbite ayant environ neuf lignes de diamètre à un poilfon de grandeur ordinaire ; l’iris eft argenté. Le pagel a communément treize pouces de longueur fur cinq pouces neuf lignes de largeur verticale ; il pefe ‘environ une livre demie, les plus gros au plus cinq livres, au lieu qu’on prend des daurades qui pefent jufqu’à douze livres ; mais je 11’en ni jamais vu qui approchaient de cette taille. ’,j. ..
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- 122. L’aileron du dos eft formé de vingt-un rayons, dont onze font piquans j celui de derrière l’anus eft de quinze rayons, dont il y en a trois d’épineux. Les nageoires branchiales font formées chacune par quinze rayons ; les ventrales en ont fept y ainfi qu’à la daurade, il y a un rayon détaché des autres, qui eft dur ; le deifus de la tète eft de couleur changeante, on yapperqoit des reflets dorés , d’autres argentés, d’autres verds ; mais on n’y remarque point le trait doré qui cara&érife la daurade : en général le corps eft d’un rouge brillant avec des reflets argentés ; depuis le dos jufqu’à la ligne latérale, le rouge eft allez uniforme & foncé avec quelques points bleus j au-deli'ous de cette raie les couleurs s’éclaircilfent, & le ventre eft blanc ; l’aileron du dos, ainfi que celui de la queue, eft rougei celui de l’anus eft blanc, ainfi que les nageoires du ventre ; celles de derrière les ouies font rouges auprès de leur articulation, peu à peu elles deviennent prefque blanches
- 123. Ces poillons ne s’approchent du rivage qu’après la fin de l’hiver, quand ils veulent dépofer leurs œufs fur le fable ou dans la vafe, & c’eft ordinairement dans des endroits où il y a cinquante ou ibixante brades d’eau. Il en entre quelques-uns dans les étangs, mais cela eft rare* ils ne nagent guere entre deux eaux, & ils fe tiennent près du fond. Ce poilfon étant très-vorace, on le pèche à la palangre avec des haims : comme il faut s’éloigner allez confidérabiement de la côte .dans une faifon oq la mer eft encore groflè , cette pèche eft fatigante j néanmoins les Catalans la pratiquent i ils amorcent les haims avec des cruftacées & des coquillages, dont on tire le poilfon en les expolant au feu, ou avec d’autres petits poillons que les Languedociens leur fournilfent. La chair de ce poilfon eft un peu mollalfe, néanmoins 011 la trouve de bon goût, & on en fait cas. M. Poujet m’ayant envoyé des notes fort étendues fur ce poilfon, j’ai eu la fatisfa&ioit de voir qu’elles s’accordaient avec les miennes, ce qui augmente la confiance que j’y avais, & m’engage à les publier.
- 124. Danpier dit que les pajeaux ou goulus fuivent très - régulièrement les tortues dans les tranlmigrations périodiques qu’elles font chaque année ; de forte que quand les tortues quittent un parage pour s’établir dans un autre, les pajeaux ou goulus difparailfent aulfi, & 11e parailfent qu’au retour des tortues.
- 125'. Du bezogo des EJpagnols & à la côte de Bifcaye, arroulfeu à Biarritz, rouifeau en français , forte de pajeau. Voila un poilfon que M. le préfident de Borda m’a fait connaître, qui confine beaucoup avec les pagres, non-feulement d’après la defcription qu’en donne M. de Borda, mais encore parce qu’il eft dit dans fon mémoire, que, par la forme de fon corps, il xeifemble à ferythrinus de Salvian, qui, fuivant Belon, eft le rubellio ou le
- Tome XL , s S S s
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- fW TUA 1 TE1 È £ Ê'P E C H E S Partie/ IL
- pajeau de Marfeille ; & Rondelet dit que le bezogo des Efpagnols eft de pagre des Provençaux, que M. de Borda foupçoune être notre daurade./ Ce poiifon eft communément plus grand que le pagel, car il a fouvent ’ plus d’un pied de longueur; Tes yeux font grands , couverts d’une membrane clignotante; la circonférence de l’iris eft argentée y mais auprès de la ’ prunelle ïPy',a un cercle rouge, ce qui pourrait faire conjeélurer que c’eft -celui que ''Wïllugby1 défigne Comme brama affinis. La couleur de ce poif-fôn eft changeante, ayant des reflets bleus & noirs ; & fuivant Rondelet,, le pagre tire fur le bleu en hiver. C’eft un mélange de gris cendré , de rouge j & de blanc argentin.
- 126.? Le crâne * fait une petite éminence aù-deflus des orbites, & au-délions on apperçoit l’ouverture des narines qui font doubles j fa geule eft petite j fes dènts font courtes, aiguës ; difpofées en plufteurs rangées fur l’une & l’autre .mâchoire 5 l’aileron du dos occupe les trois cinquièmes de la longueur totale du poiifon; il commence & fe termine à des diftances. égales de la tête.de la queue : cet aileron eft compofé de vingt-cinq rayons,, dont douze foqt1 ppintuk. Les nageoires branchiales ont leur articulation pfèk?lfeÿ opercules des ouïes ; elles s’étendent au-delà de la moitié de la longueiir du corps / & elles font formées de dix-fept rayons tous rameux: les nageoires de/delfous îe, ventre 11’ont chacune que fix rayons, dont le1 premier èft piquant; àTaileron de derrière l’anus,!'il n’y a que les trois: premiers9 rayons qui le foient; l’aileron de la queue eft fourchu& tous les rayons qui le'forment font rameux.
- Il y à de chaque côté, au-delfus des nageoires branchiales, une* tâche noirO qüi a line-' forme à peii près ronde ;! ces nageoires, ainfi que* l’aileron de, la queùe, font rouges,. Ce, ’ poilfoii.^ fournit aux habitans de Biarritz une de leurs principales pèches; la faifon eft l’hiver : les circonftances' les pluk favorables' font le* froid le vent' du'nord. On les prend à la: ligne jufqu’à lix lieues au- large : en mars,. ces poilfons s’écartent encore! plus de la côte, & l’on celfe d’en faire la pêche. Ce poiflon eft eftimé ; lés Français en tranfporteiït alfez loin de la'mer, où on les confomme* frais.1 LeS Élpagnols en confifent pour lés conferver plus long-tems : ils1 nômment "cette*préparation' efcabecheE'M. de Borda remarque qu’il y a der’ la relfemblance entre l’arrouffeu & la daurade ; néanmoins, que le contour* de la daurade eft plus raccourci que Celui de Tarroulfeu ; que la partie* depuis le commencement de l’aileron du dos jufqu’au mufeau , eft plus convexe à la daurade ; que les yeux de l’arrouffeu font plus grands & plus," près du fomrnet de la tête qu’à la daurade ; enfin, que l’arroulfeu n’a point: les grolfeS. dents, ni les lourcils dorés , qui caradérffent la daurade. Il me-fe'mble appereèvoir beaucoup de relfemblancè entre'l’arroulfeu 8c. le far de/ Toulon, où lé calet de Cette, dont nous allons parler., c> ^
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- .USeçt. IV. Mesypaiffaiis'qui offt ‘ftcipporir'àtiï ’ÿdHfydvi V59ÏÏ
- * ; n%. Du calet ouf gros-yeux. M.- :Poiijefc ,1 < li^utQii^it-génef al’ de ^miraulé -de Cette , m’écrit qu’on prend dans ces parages un poiflon qu’oit nomme calet,; je le connais pas fous ce nom. C’eft, dit-il, un 'fort beau poiiFon qui ne reJT-fernble au page! que par fa couleur * qui néanmoins n’eft pas aufli foncée. ; elle eft plus brillante & plus argentée: il,en différé aifez confidérablemeiit par la forme de fonœorps,. qui eft plusf alongie & phis .charnue ; fa tête eft plus groife, fon mufeau moins pointu.,: fes yeux font très-grands & bril-lans : auffi ce poilfon que les'pêcheurs Catalans nomment calet, ceux de Cette l’appellent gros-yeux. . - . < v
- 129. Les foifes orbitaires ont dix-huit lignes de diamètre à un calet d’un pied de longueur ; l’iris eft argenté avec un cercle orangé ; les opercules font argentés, principalement auprès des yeux. La gueule eft aifez grande, & ce qu’il y a de plus remarquable eft la couleur iinguliere qu’elle a intérieurement j elle eft d’un rouge de vermillon très-vif. Le deiius de la tête eft de couleur pourpre, avec des reflets jaunes, couleur d’or, bleus qu verds. Le dos eft pourpre au-deifus de la ligne latérale, on y apperçoit de grandes écailles argentées qui paraiiTent encadrées dans un réfeau pourpre, ce qui fait un très-bel effet. Les lignes latérales font fort rouges; cette couleur s’éclaircit peu à peu, & les côtés deviennent blanc-argenté , ainii que' le deifous du corps. On apperqoit auprès des ouies une grande tache noire . tirant au verd, traverfée par les lignes latérales avec d’autres taches brunes fur les côtés. Les nageoires, ainii que l’aileron de derrière l’anus * & celui de la queue, font rouges; au refte les ailerons & les nageoires font aifez femblables à ces; mêmes parties de la daurade. ‘ '
- 150. Le calet 11e devient pas auiîi gros que les daurades , mais il l’eft plus que le pagel : celui que décrit M. Poujet pefait iix livres. Sa longueur totale était de dix-huit pouces; fa largeur verticale, au commencement de l’aileron du dos , iix pouces ; à fa-plomb de l’anus, quatre pouces & demi ; fon épaiifeur horifontale. à peu près trois pouces. En général, l’afpeeft de ce poiifon eft agréable par la forme de fon corps, qui eft un peu plus arrondie que celle de la plupart des /parus, par fes belles couleurs , & fur-, tout, par fes grands yeux qui font très-vifs." M. Poujet élit qu’il lui trouve . beaucoup de reifemblance pour la forme avec la figure que j’ai donnée du pilonneau, pl. /, figi $ , excepté que le ventre eft un peu moins renflé au . çalet. A .. . ' . : , •. - : • ?
- 131. On prend ce poiifon pêle-mêle avec Je pagel; & dans les mêmes . faifons ; mais M- 'Poujet croit qu’on n’en prend point dans les lagunes &
- / les rivières; il fe tient dans les grands fonds ,i& ne s’approche 'du rivage que quand il yeut idépofer fes œufs. Sa ichair.. eft plus, ferme & plus agréable : au goût que celle du pagel ; malheureufemeut ce poiifon eft beaucoup plus
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- foi TRAITE' DES PE CHES. Partie II;
- rare. Enfin il ajoute qu’il ne faut pas le confondre avec le pagre. Il dit encore qu’il trouve beaucoup de reflemblance -entre le calet & le poiflon que Rondelet nomme acarne, & qu’il dit n’avoir vu qu’à Rome, où on le vend avec les pagels ou pagres : j’en vais parler dans un inftant.
- 132.. Des gros-yeux du Conquet. SACHANT qu’on prend au Conquet un poiflon qu’on y nomme gros-yeux, j’ai prié M. Celoron, commiflaire de la marine en ce port, de me le faire connaître. Les notes qu’il a bien voulu m’envoyer, me font voir que ce poiflon n’eft pas, comme je le foupçonnais, une bogue& qu’il reffemble à bien des égards au calet de Cette, dont nous venons de parler. On n’en prend que rarement l’hiver, & alors il n’a que lix pouces de longueur : mais depuis mai jufqu’en août, qui eft le vrai tems de fa pêche, il a neuf à dix pouces ; fa tète eft atTez grofle, le mufeau camus, la gueule aflez grande i fes dents ne font point fenfibles , non plus que les écailles : l’intérieur de la gueule eft d’un beau rouge, comme au calet i les yeux font gros & faillans, la prunelle eft noire , l’iris tire au blanc, les opercules des ouies font verds, le deflous de la gorge eft blanc & argenté : au grand aileron du dos, les rayons font durs depuis D jufqu’à E, & fouples depuis E jufqu’à Y, pi. IV,[g. 1. Ceux-ci font beaucoup plus-longs que les autres j il en eft de même de l’aileron G HI de derrière l’anus i le dos, depuis la raie latérale, eft verd, & cette couleur devient plus brune en approchant du dos’j au contraire au-deflous de cette raie elle s’éclaircit i le ventre eft blanc fale, avec des reflets argentés. Ce poiflon fait un mets aflez agréable ; mais il fe corrompt aifément.
- jgj. Je ne fais fi le poiflon dont nous parlons n’eft pas le même qui eft indiqué dans l’Hiftoire des voyages, tome IV, fous le nom de pifeis oculatus. Il y eft dit qu’aux mois de janvier, février & mars, les negres de la Côte-d’Or prennent un petit poiflon qui a de-grands yeux, & qui eft d’une vivacité extrême : l’auteur le compare à la perche par la forme de fon corps, fa couleur , & même un peu par fon goût. Arthur penfe que c’eft le j pifeis oculatus de Pline : on le prend avec des hameçons amorcés de chair puante. : . :
- 134. Du merou de BiarritVoiLÀ encore un poiflon du genre des '[parus s que M. de Borda me fait connaître, & qui me paraît avoir quelque refl. femblance avec le pagre j- mais comme il paraît avdir aufli du rapport avec la perche de mer, nous croyons plus à propos de remettre à en parler dans le chapitre où nous traiterons de ces fortes de poiflbnk :: ' '< .
- 'I35V De £'acarne-alboro des Vénitiens , ou pagre blanc. RONDELET dit que l’acarne; reflemble tellement au pagre, pagel, ou pajeau, qu’à -Rome on -vend ces.'paiflons pêle-mêle & fans diftinélion fous la dénomination de pkragolitzo ; & cette feflemblance pour la forme du corps m’a engagé -à ne -le
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- Sect. IV. Des poiffons qui ont rapport à la daurade*
- pas faire graver. Néanmoins l’acarne ayant des écailles argentées, paraît blanc ; & cette couleur qui lui eft particulière, fuffit pour le faire diftin-guer de plufieurs autres poiifons qui lui reffemblentà bien des égards, mais qui, la plupart, tirent au rouge. C’eft probablement ce qui a engagé les Vénitiens à nommer ce poilfon , comme le dit Gefner, alboro, qu’il comprend avec notre pajeau ou erythrinus, comme qui dirait un pagre blanc. Cette couleur qui ne convient à aucun des poiifons qu’on a confondus avec l’acarne, m’engage à en faire un paragraphe particulier, quoique je ne le connailfe que fort imparfaitement. Les nageoires font blanches comme le corps, il n’y a que l’aileron de la queue qui eft terminé par une teinte rouge. Les écailles s’étendent jufques fur les opercules des ouies ; il a auprès de l’articulation des nageoires branchiales, une tache brune. Sa tète eft d’une grolfeur médiocre, ainfi que la grandeur de la gueule ; fes dents font menues; fes yeux grands proportionnellement à la taille du poilfon; la prunelle eft noire , l’iris jaune; le front entre les deux yeux eft applati. On en prend toute l’année, mais l’été ils font maigres ; ceux qu’on prend l’hiver en bonne faifon & fur un bon fond, ont la chair blanche & de bon goût.
- 136. Du tablarina des Bafques , qui me paraît avoir beaucoup de rapport avec Cefpece de pagre nommé hepatus ou jecorinus. Le poilfon qu’on nomme tablarina à Saint-Jean-de-Luz , dont M. de la Courtaudiere m’a envoyé la defcriptioif, avait fept pouces neuf lignes de longueur depuis le bout du mufeau jufqu’à l’extrémité de l’aileron de la queue, trois pouces de largeur verticale au milieu de fa longueur, trois pouces neuf lignes derrière les ouies , & deux pouces neuf lignes vis-à-vis l’anus. Ses yeux étaient de moyenne grandeur , la prunelle noire, & l’iris comme nacré. L’aileron de la queue était fourchu, & près de fon attache au corps on appercevait une tache noire, en outre une aulîi de chaque côté vers le deifus du corps. Les écailles étaient plus longues que larges, & avec une loupe on appercevait à la partie qui n’eft pas recouverte par d’autres écailles, des traits qui partaient d’un centre commun, & qui étaient divergens ; fur les bords des écailles, aux endroits où aboutilfentces traits, on voyait de fort petites dents.
- 137. L’aileron du dos était grand, & aboutiflait très - près de lanaif. lance de l’aileron de la queue; les douze premiers rayons du côté de la tète étaient durs & piquans ; les autres du côté de la queue étaient ftexi-bles ; à l’aileron de derrière l’anus, les trois premiers rayons étaient durs & piquans, les autres flexibles; les nageoires de derrière les ouies étaient alfez longues; les articulations des nageoires de deifous le ventre ou de la gorge étaient chargées de taches noires- ; au fortir de l’eau les couleurs de
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- ce poiffon font changeantesen les confidérant dans un fens , elles paraif-jent d’un brun clair, mêlé de, blanc; dans un autre fens, elles femblent bleues , & en changeant de fituation, on apperçoit dans le bleu des reflets d’or ; le delfus de la tète eft brun.; près des yeux, à côté du mufeau & vers la gorge, le bleu paraît nacré ; la gueule eft petite, néanmoins garnie .de dents aflèz larges.
- ,158. De T hep at us oujecorinus. Je n’ai point vu ce poiflon ; mais , fuivanfc Rondelet & Athénée, il reflemble encore entièrement au pagre, excepté ^qu’auprès de la naiffance. de l’aileron de la queue , il a une tache encore plus grande que celle du fargo ou farguet ; mais il n’a point les bandes brunes qui s’étendent circulaire ment du dos au ventre. Rondelet ajoute que les dents des deux mâchoires font pointues , & qu’elles s’engrenent les unes dans les autres. Belon parle aulli d’un fargus qu’il nomme jecorinus ; mais il confond ee poiifon avec la canadelle. La defeription très-abrégée & confufe qu’il en donne, n’a aucun rapport avec ce que Rondelet dit de Vhepatus.
- 139. De l’orphe, orphus. L’orphe , par le nombre & la pofition des ailerons
- & des nageoires, reffemble aflez au pagre. Il a des dents aux deux mâchoires qui s’engrenent les unes dans les autres, comme à Vhepatus ; mais il a la queue coupée quarrément: fa tête tire au rouge, fon corps eft rembruni, le ventre eft blanc, les ailerons font de différentes couleurs. Belon parle d’un poiffon qu’il nomme orphus, & qu’il dit être eftimé à Rome comme un excellent poiffon: fuivant ce qu’il en dit, il a comme l’orphe de Rondelet, des dents pointues aux deux mâchoires, l’aileron de la queue coupé quarrément ; mais le mufeau de l’orphe de Rondelet eft gros & camus, celui de Vorphus de Belon eft fort alongé i les rayons des ailerons de l’orphe paraiifent durs, & ceux de Vorphus fouples. Je n’ai pu me procurer ces poiffons, & je doute qu’ils fe pêchent ni en Provence, ni en Languedoc i ainfi je n’en dis un mot que pour engager ceux qui les connaîtraient à me faire part de leurs obfervations : peut-être ces poiffons font - ils le brelot d’Aunis dont j’ai parlé , & que j’ai dit avoir beaucoup de reffemblance avec le fargo ou farguet, peut- être encore avec le far de Toulon. . . ..
- 140. Du morme, mornio à Marfeille , ainjî que fur la côte de Gênes &, en Ef-pagne ; marme ou marmo en Languedoc, morniillo à Rome. Le poiffon dont nous parlons a du rapport avec la daurade; néanmoins il eft encore plus ap-plati. Les rayons qui forment l’aileron du dos font, durs du coté de la tète, & flexibles du côté, de la queue; prefque tous ceux;de l’aileron de derriefe l’anus font flexibles; la tète eft en grande partie couverte de petites, écaille^; l’aileron de la queue eft fourchu, mais fon corps, la tète & fon mufeau font plus alongés qu’à la daurade ; la gueule, qui eft de grandeur moyenne, eft
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- Sect. IV. Des poiffons qui ont rapport à ia daurade.': fii
- garnie de petites, dents : ainfi c’.eft mal-à-propos que quelques-uns le confondent avec le denté dont nous avons parlé. Ses écailles font argentées, fur - tout atr ventre-r il y a dev bandes circulaires brunes & comme cendrées , qui' s’é'-l tendent du dos jusqu’au ventre, de même qu’au fargoy elles font feulement plus fenlîbles, & l’on prétend que ces marques qu’on a comparées aux veines du marbre/l’ont fait nommer marmo, comme qui dirait marbré. Le poiifon que Belon nomme mormylus, me paraît être le même que le marmo que je viens , de décrire: il dit que fa langue eft petite & blanche, & qu’il a deux oife-lets aux côtés des mâchoires qui, avec les dents, lui fervent à brifer les coquillages dont il fe nourrit en grande partie : cette circonftance m’a échappé. Suivant Rondelet, il fraie en été y & comme il s’enfonce dans le fable ou la vafe, il échappe aux filets que traînent les pêcheurs : lorfque ce poiifon fé-journe fur les fonds de vafe, la chair eft molle & de mauvais goût.
- 141. M. Villehelio me marque que le marmo eft connu furies côtes d’Aunis fous le nom de tombk ; mais ce poiifon 11’a aucune reifemblance avec celui dont nous venons de parler i il en fera queftion ailleurs : la nomenclature des pêcheurs met fréquemment dans de pareils embarras. M. Barry m’é-crit que le poiifon qu’on nomme mourtny à Toulon, 11e pefe jamais plus de deux livres y que la couleur du dos tire au rouge, qui s’éclaircit en defcen-dant fous le ventre i que dans les fonds de fable il eft aifez bon à manger*. Ces indications font aifez d’accord avec ce que m’a écrit M. Villehelio.
- •CHAPITRE III.
- Des poiffons du genre des /parus, qui ont le corps moins applati que; ceux dont il a été parlé dans le chapitre précédent.
- Réflexions générales fur les poiffons dont nous allons nous occuper*
- 142. y a des poiffons qui ayant un grand aileron fur le dos, un moins, étendu derrière l’anus, une nageoire derrière chaque ouie & deux fous le ventre, font inconteftablement de la famille de ceux que j’ai nommés /parus ; mais ils ne doivent pas être entièrement confondus avec ceux dont nous avons, parlé dans le chapitre précédent , parce que leur corps n’eft pas aifez applati , & qu’ils approchent un peu plus de la forme des peiifons ronds. Je. me bornerai à en donner quelques exemples y je les choifirai entre ceux qui font les plus communs fur nos. côtes, & par- conféquent plus intéreifans. pour nous. ( , t .
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- fiz TRAITE' DES PECHES. Partie H.
- Article premier.
- Di la vieille ou vielle f vrac ou vracq à Grandville ; par quelques-uns carpe de mer ; crahatte à Tréguler & à Lannion (il).
- 145. On prend principalement fur les côtes de Normandie & de Bretagne, un poiflon qu’on y nomme vieille ou vielle, vrac , carpe de mer, pl. 111 ,fig. 5. Les auteurs donnent ces différens noms au poiifon dont il s’agit ; mais un plus grand nombre nomment la vieille tanche de mer: néanmoins nous parlerons dans la fuite d’un poiflon qui nous paraît avoir encore plus de reffemffance avec la tanche de riviere, que la vieille Sa longueur ordinaire eft de dix pouces ou au plus d’un pied, & fa largeur verticale de neuf à dix pouces ; fa couleur varie beaucoup, mais fon dos eft en général d’un jaune plus foncé que le refte du corps qui eft chargé d’écailles, les unes blanches, les autres vertes ; le deffous du ventre eft blanc tacheté de jaune; les écailles font colorées de verd plus; ou moins foncé , avec des taches les unes rouges , les autres jaunes tirant à la couleur d’or. Ces couleurs font plus vives aux mâles qu’aux femelles, & 011 trouve que les males approchent plus de la couleur des carpes d’eau douce que les femelles: mais cela n’indique rien; car il y a des carpes de bien des couleurs différentes, comme nous l’avons dit dans l’addition à la troifieme fec-tion du tome fécond.
- 144. Elles ont fur le dos un grand aileron CD E qui s’étend depuis l’à-plomb du derrière des ouies jufqu’auprès du commencement de l’aileron de la queue. Les rayons au nombre de vingt, depuis C jufqu’à D, font piquans & liés par une membrane mince, brune, tachetée de blanc & de verd comme le corps du poiiîon. A la partie DE, les rayons à peu près au nombre de douze, font rameux, flexibles & beaucoup plus longs que les autres; ce qui s’obferve de même à l’ouariac de la Guadeloupe, pi. H,fig. 6. Sous le ventre , immédiatement derrière l’anus, il y a un autre aileron G beaucoup moins étendu , & dont les rayons au nombre de douze, font flexibles & plus longs que les rayons durs & piquans de l’aileron du dos ; l’aileron de la queue F B n’eft ni fort long, ni fort étendu en largeur; il eft coupé quarrément, & de même couleur que l’aileron du dos. ,
- I45". Il y a derrière les opercules des ouies, deux nageoires H, affez larges, formées de quatorze rayons, de plus deux petites I, fous le ventre; ces nageoires qui font brunes comme l’aileron du dos, font fur le ventre qui eft blanc, un affez bel effet, fur-tout aux mâles, qui, comme je l’ai dit, ont
- ( 11 ) En allemand Altc-Weib. Voyez mâ note fur ce poiflon , première partie, fec-tion première, page lyz.
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- Sect. IV. Des poijjbns du genre des /parus.
- des couleurs plus vives que les femelles ; c’eftpar la vivacité de leurs couleurs qu’on les diftingue ; car, au refte, les mâles & les femelles fe reffemblent beaucoup. A caufe de 1a-variété & de l’éclat des couleurs des mâles, on a quelquefois mis de belles vieilles au nombre des tourdes, particuliérement Rondelet qui compte une douzaine d’efpeces de tourdes, dont il dit peu de chofe, entre lefquelles il y en a deux auxquelles il conferve le nom de vieille, favoir, la première qui eft la plus grofle, & la derniere qui eft plus petite ; mais la notice qu’il donne de la vieille, ainii que la figure, n’a guere de rapport 'dvec la vieille que je décris. Je foupçonne qu’à l’égard de la douzième, Rondelet a voulu parler de la grofle grive, que quelques-uns ont effectivement appellée petite vieille. J’en parlerai dans la fuite. Pour moi, je crois apperce-voir que la Vielle où vieille qui nous occupe'préfentement % reflêmble à quelques égards à la carpe dé riviere; fon corps en a affez la forme : ce poitfon eft de même fort charnu, quand il eft gros & gras; de plus, s’il a été pê* ché dans un bon fond, la chair eft délicate & de bon goût : néanmoins comme toutes ces conditions ne fe rencontrent pas fréquemment dans un même poif fon , la vielle n’eft .pas en général fort recherchée. ;
- 146. La carpe & la vielle ont un pareil nombre d’ailerons, mais qui ne fe reffemblent pas exactement. A la vielle, l’aileron du dos C E , s’étend de prefque toute la longueur du poiffon, &!lès rayons flexibles depuis D jufqu’à E, font beaucoup plus longs que les rayons durs CD. A la carpe l’aileron du dos eft moins étendu, ne commençant qu’à la moitié du dos, 8c les rayons les plus longs font du côté de la tête, au lieu qu’à la vieille ils font du côté de la queue, comme à l’ouariac de la Guadeloupe, pl. //, fig. 6. Il y a moins de différence à l’aileron de derrière l’anus ; mais à la vieille, l’aileron de la queue n’eft point du tout échancré, au lieu qu’il l’eft un peu à la carpe : les écailles de la vielle qui forment des lofanges ont des couleurs variées & quelquefois très - brillantes, fur-tout au mâle; de forte qu’à cet égard, on peut dire qu’elle eft un des plus beaux poiffons de nos mers, ce qui a engagé quelques - uns à l’appeller demoifelle. A la vérité, il y a auffi des carpes qui ont des couleurs très-brillantes : voyez l’addition à la troiiîeme feCtion du fécond volume. La tête de la vielle relfemble affez à celle de la carpe ; elle a de même de grofles levres qui fe portent en avant à la volonté du poiffon : on voit en K une portion de l’aileron du dos pris à la partie C D, & en L la mâchoire fupérieure avec fes dents ; la carpe n’en a point ; en M, le palais ; en N, l’ouverture du gofîer ; en O O, trois petits os garnis & hériffés de parties faillantes qui font comme des dents moufles ; il y a des oflelets à peu près pareils au gofîer de la carpe : en P P les ouies ; en QJa langue ; la carpe n’en a point. La carpe a des barbes, la vielle n’en'a point. En R eft la mâchoire
- Tome XJ. '' „ T t t
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- 5r4 T RJ l’M'rE!' R E S P E C H EPartie IL
- •inférieure javec Jés /.dents ien<S? rou des: lobes du foie :; eft/TuT plufieurs veines coup’éès qui tieniieiitliéudeia veine-pôrte.' • .".n :rsjT;r^f;;,> J
- ^"i47.. Après ceque nous>venons'de dite de:.ja vieil e,ron'ne“fera?pasfur-pds que nous préférions de lui donner en latin le inom de Içbru's marina^ carpe de: mer,. plutôt ique„ceux’de turdus ,,de poule de mey, de dernoifelle* toutes dénominations qu’on donne .à d’autres poilfons fort différens : on la nomme encore galot en baffe-Bretagne. Je fuis confirmé dans ce fentiment, en confi-dérant la figure & la-description d’un. poiffon que le docteur Afcanius a compris.dans-fes Fragmens'd’hiftoire naturelle,imprimés.,à.Copenhague en 1767» qu’il a nommé .carpe,.de.mer, en,danois/o/-AÆyé,.& qu’il-défignepar la;phrafe fuivante : La-brus (yLBergyltg. }y-.pinnisid.ôrfaübus yigititi matitenoribus fpinojîs y. decem pofierïorlbus imrrmbus jamofis, toto corpore lituris- rh&mbàs mimaceis. La. figure qu’on trouve! dans cet ouvrage eft fi approchante de celle que nous avons fait graver, qu’elle nous.a perfuadé qu’il eft queftion d’un poiifon de même genre; d’ailleurs la phrafe du profeifeur Afcanius nous parait convenir admirablement bien à notre] vielle ; joignons à cela qu’on voit dans la def-cription du do&eur que lesdeyrés font épaiffes, qu’il a plufieurs rangées de dents » & en .outre.dans le gofier trois oflèlets dont deux en-haut & un.en-bas. Enfin bil nous .parait que lacarpecde mer du doéteur Afcanius eftddu même genre que -notre vielle : celle; quCeft repréfentée dans fon ouvrage, a le dos rouge-brun , le bord des écailles bleu, le ventre jaune-citron; on apperçoit fur l’aileron de derrière l’anus, dres taches rouges plus foncées que le refte & dif. t.ribuées. irrégulièrement ;, les nageoires de derrière les ouies font de même -douleur, que'lie dos; celles de délions le ventre n-oqt qu’une légère teinte 'rouge ;. l’aileron-, de la. queue eft .fort brun, moucheté de,,bleu. rNotre auteur -ajoute quoîCp:poidbn nefaiti pa's .iinipiangqr excellente que fa-chair a une odeur -défagréabie ; ce qui?,-.fuiyantjliH»,-.dépend .des alimens dont il s’eft nourri : mais •ce que nous venons de rapporter d’après le dodeur Afcanius, convient tellement à notre vielle,.que-nous n’héfitons pas de l’appeller comme lui 9 carpe de mer. ; *
- .148. 'On eftime.aftez ce poiifon en baffa-Bretagne, & l’on .m’a affuré que quelquefois on en faifâit.des. falaifons. L’jjiftoire générale des voyages dit,qu’il y a beaucoup de ces poiifons à la côte d’Afrique, dans la baieide Pqrtandiç, dans celle:d’Arg.u.inr <Sc dans,cafte de la. riviere de Siierra-L.eona,,On prétend qu’il y'en a'qui- pefent jufqu’.à 2,00 livres ; mais il eft, dit, tome IV, page 3 16 y que la vieille qui,eft fort abondante au Cap-Blanc, eft une:efpeee de groife morue : ce qui 11e.s’accorde point du tout avec ce que nous avons dit de la nielle, quiyfe pèche dans nos rqers, qui n’a pa^ cçnime la morue trois ailerons Furde.vdos:, mais, feulement un grand aileron en partie épineux: d’ailleurs, il s’en faut beaucoup que nos vielles foient auffi groiîes que celles du Cap - Blanc
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- .11 . fSf CT. j Wz Dm.poijfow->àu igièttre,' dftyfparus, \. s1f,
- feu*). L’aüfeurlde; l’Hiftpvveçlfes 'voyages? ajoute] ique-ffa ehaft-derce, ppiffoEi; qu’il nomme,vhilltjiftft;graflefc blancheferme,'tencffe s ,qu’elle?Je ieve, ga,T-écailies ffejifin.yque fa peau eft épaiffe, grife', déliGatè.-& cpiivert<rJd& fort petites écaille^ ; que ce poiffon eft vorace & mord volontiers aux appâts qu’on lui présente. Il .dit queifa-’chair eft plus agréable quand elle a pris leffel ,.que quand elle eft fraîche, ;<&-qu’elle-exige, pour être bien prgpaqée, plus de fel que la morue. Quand' on y.apporte lés attentions convenables, ce poiifon fe confèrve très-bien eii:barri},j de forte que -quand les .Hollandais..étoient maîtres d’Ar-guim, ils. en faifaient u;ii commerce confié érable (.14 ). Tout cela établit très-bien que le, poiffon dont il eft parlé dans l’Hiftqire des voyages, & qu’ils nom-menuvieille, n’eft point du tout celui auquel on donne ce nom fur nos côtes, 8c qu’il eft de la famille des morues ( 14).
- . 149. Remarques relatives À la vieille ( J’ai envoyé à AI. Gautier à Narbonne, une efquiffe du rdeiïm de la vieille que j’ai fait graver , avec un abrégé de la dëfcription, Cet obligeant & éclairé»correfpondant l’a trouvée, exaéle j mais il m’a-fait remarquer qu’on pêchait dans ces parages deux efpe-ces de vieilles, une qui était de couleur brune!, qu’011 prend au large , 8c Pau,, tre couleur d’azur, qui fe tient entre les rochers. Cette obfervation confirme ce que j’ai toujours penfé, favoir, qu’il y avait des vieilles de bien des couleurs différentes, & qu’entr’elles il s’en trouvait d’une beauté admirable: néanmoins je crois avoir bien établi que quoique la vieille ait des dents & une Pan- . gue., pendant que la carpe n’en a point, malgré les différences qu’on apperqoit entre les ailerons de ces deux poiffons, il eft à..propos d’appeller la vielle carpe de mer, parce que, comme nous l’avons dit, ces deux poiffons fe reffem-blent à beaucoup d’égards., : ,
- iyo. Je ne dois pas diftîmuler que Belon parle d’un autre poiffon de mer qu’on nomme à Marfeillepes carpa, carpe de mer, qui eft le coracinus des Latins. Comme il eft noir, quelques-uns le nomment corbeau de mer; fes écail-
- \.
- (12) On donne le même nom à un poif- , vieille, de dire qu’on lui a donne ce nom fon qu’on pêche fur les côtes de l’isle de fingulier, que les Allemands ont traduit Cayenne, & qui p.efe jufqu’à 400 livres. li ttéralement en leur langue, par la feule rai-
- (13) Encore aujourd’hui ces peuples la- fon que ce poiffon a les lèvres groiTes &
- borieux, à qui nul objet de commerce n’eft ridées. C’eft d’ailleurs un très-beau poiflon , indifférent, font la pêche de ce poiffon fur par la variété & la vivacité de fes couleurs, la côte occidentale de l’Afrique ,1e falent (*.) Il eft bon de faire remarquer que les par deux fois, à caufe de la chaleur du c]i- auteurs, ainfî que les pêcheurs /appellent ce mat, l’encaquent avec le plus grand loin, poiffon indifféremment du nom de vielle & le vendent aux habitans des Canaries -ou de vieille; ainfi il ne faut point être fur-& des Açores. -• • ' -ipris fi nous nous fervons tantôt d’une de
- ( 14 ) Je fuis furpris que notre auteur ait ces dénominations ,&tantôt d’une autre, omis dans cette longue differtation fur la
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- iiè T RA I T^DESPErÙHES:rPartie IL
- les font grandes; fon dos êfttrès - voûté, {à tète a de la reffemblaiice 'avec celle de la carpe ; il a un grand aileron fur le dos, & un moins grand derrière l’anus, l’un & l’autre formés de rayons très-piquans ; l’aileron de la queue eft coupé quarrément. Malgré ces points de relfemblance, il me parait quff le coracinus de Belori a moins de rapport avec la carpe de riviere, que notre vieille : je trouverais mêmé que la brème que Rondelet appelle cyprinus la-tus, aurait plus de relfemblance avec la carpe ,de riviere , que lé coraànut de Belon. Il eft vrai que cet auteur met la petite vieille au nombre des k-pras, comme Rondelet la met au nombre des tourdes ; il y a effectivement un de ces petits poilfons qu’on nomme petite vielle. Je me propofe d’en parler dans la fuite; mais ce qui prouve bien qu’il y a beaucoup de confufion dans les auteurs fur ce poiffon, c’eft que les uns difent qu’il a l’aileron de la queue fendu , & d’autres prétendent qu’il eft coupé quarrément ; les uns affurent que la vielle eft un fort bon poiffon, & d’autres difent qu’il eft très-médiocre. Grâces à une belle figure & à une bonne defcription que M. Barbotteau m’a envoyées de la Guadeloupe, & qu’on trouvera dans uU chapitre particulier, je fuis en état de décider que la vielle de l’Amérique-eft de la famille du /parus, mais fort différente de la nôtre.
- Ifl. De JÜayena ou montchourdina. M. de la Courtaudiere le cadet, m’a encore envoyé de Saint-Jean-de-Luz la defcription d’un poiifon qui me paraît avoir quelque rapport à la vielle, cependant il a la tète plus large : on le nomme Yayena ou montchourdina. Sa longueur ordinaire eft d’un pied ; l’aileron de la queue eft large & un peu arrondi. Les yeux font grands, on apperçoit autour un cercle rouge & un autre bleu. Le deffus de la tête & du dos jufqu’à la moitié du corps, font de couleur grife; une autre portion du corps eft rouge, & le deffous du ventre tire au jaune. L’aileron de la queue eft en partie bleu-foncé, & rouge du côté de fon attache au corps. Le grand aileron du dos a féize rayons durs du côté de la tète , qui font un peu écartés les uns des autres, & joints par une membrane; le bout du rayon eft bleu, & la membrane a une teinte rouge. Il y a à quinze lignes de la tète & près de l’attache de l’aileron au corps, une tache bleue; fous le ventre deux nageoires de couleur jaune, leur extrémité eft bleu-clair. L’aileron de derrière l’anus eft jaune, les bords font d’un bleu-foncé : aux nageoires de derrière les ouies, les rayons font diL pofés comme les bâtons d’un éventail; ils. font rouge - pâle; les. mâchoires font garnies d’une rangée de dents fines, mais affez longues, fur-tout vers le devant. Ce poiffon qui avait un pied de longueur totale, avait trente - trois lignes de largeur verticale près les ouies, trente-neuf lignes au milieu du corps , trente - ûx à l’à - plomb de l’anus, & trente vers le milieu de l’aileron du-ventre.
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- Se ct. IV. Des poiffons du genre des fparus. 517
- Article IL
- Du ferran , ferratan ; hiatala, tanna en Languedoc ; channus de B don.
- I On m’a envoyé ce poiflon, qui avait environ dix pouces de longueur, pl. III, fig. 6, fous le nom de grive ou merle de mer. Effectivement , il reffemble à plufleurs égards à ceux qu’on nomme turdus : il eft un peu trop rond pour être compris dans le fécond chapitre où l’on traite des fparus, poiiTons demi-plats. Tout bien confîdéré , il m’a paru que ce poi£ fon eft le ferran de Provence ; fon corps parait effilé, ou, comme difent les deffinateurs ,fvelte : la tête eft alfez longue ; le mufeau fe termine en pointe : la mâchoire inférieure eft alfez conlidérablement plus longue que la fupé-rieure ; fes dents font aiguës & recourbées vers le gofier. Il a prefque toujours la gueule ouverte , ce qui l’a fait nommer par quelques-uns, hiatula ou bâilleur ;& auffi en confervant l’idiome grec, fuivant Belon, ferran ou channus. Ses yeux font de médiocre grandeur s l’aileron du dos A, s’étend depuis le derrière de l’opercule des ouies jufqu’à une petite diftance de l’origine de l’aileron de la queue : les rayons de cet aileron, du côté de la tète, font fermes & un peu piquans ; ceux du côté de la queue font plus menus & flexibles j il en eft de même de tous les rayons de l’aileron B qui eft derrière l’anus : l’aileron de la queue eft long & très-fourchu ; les deux nageoires de derrière les ouies font plus grandes que celles de deifous la gorge.
- if 3. On m’a affiné qu’il y avait de ces poiffons de différentes couleurs , néanmoins toujours rembrunis ; celui qu’on a repréfenté tirait au noir, fur - tout vers l’aileron du dos 5 aux endroits où le noir était moins foncé, ilparaiffait rouge-brun tirant au poupre ; alors les pêcheurs le nomment le merle, merula: d’autres tirent au jaune, & font comme tannés, ce qui fait que quelques - uns l’ont appelle tanna ; mais on a donné ce nom à différentes efpeces de poiifons, comme qui dirait de couleur de tan. En y prêtant attention , on découvre confufément fur les côtés plufieurs raies, mais particuliérement une qui prend naiffance derrière l’opercule des ouies , à la nauteur des yeux, & qui fe prolonge, faifant une courbe jufqu’à l’aileron de la queue, où elle divife la largeur du poiffon en deux. Qpelqùes-uns ont des taches plus brunes que le refte, principalement fur l’aileron du dos, & fur celui de la queue. Suivant ces différens accidens, les pêcheurs leur donnent différens noms, les comparant tantôt à un oifeau , tantôt à un autre. On eftime médiocrement ce poiffon, là chair n’étant pas fort délicate.
- 1 f 4. On prétend qu’il fe nourrit d’algues j néanmoins on trouve des telli-nes & de petits poiffons dans fon eftomac. Il fe jette avec avidité fur les appâts qu’on lui préfente. M. Barry me marque qu’on nomme à Toulon
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- fig TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- ferran, un petit poiifon cl’un roux rembruni, qui a de petites écailles, avec une grande gueule ; qu’il eft très - vorace ; que là chair eft blanche, ferme & d’aifez bon goût; & qu’on' l’eftimerait: davantage', s’il .'était, plusigr.ps. Cette petite note eft très d’accord avec ce que nous avons dit ; mais plu-fieurs auteurs prétendent que tous ces poiilons font femelles * & qu’elles ont la faculté de féconder elles-mêmes leurs œufs. Nous avons.fi peu de confiance à cette prétendue obfervation, que nous ne nous arrêterons pas à la difcuter. ! ; ,,
- Article III.
- De la perche de mer.
- i î f. Belon dit que la perche de mer relfemble tellement au ferran ou bailleur dont nous venons de parler, qu’il n’a pas .jugé à propos de le faire^ graver; que néanmoins la perche eft plus groffe quelle ferran, quoiqu’elle n’excede guere un pied de longueur. L’aiieron de la queue de la perche eft coupé quarrément : on n’apperçoit point de langue dans la gueule, & les. dents font petites; mais on trouve près le gofier quatre oifelets chargés de. dents : fa couleur eft brune, avec des reflets tirant .au rouge; il y a des bandes qui s’étendent circulairement depuis le dos jufqu’au ventre ; elles font plus fenfibles qu’au farguet, & l’on n’en voit'point; au ferran. Rondelet ditaufîi que la perche de mer eft d’un rouge-fombre, avec des ban-,3 des brunes qui s’étendent du dos au ventre ; que fes dents font petites ; qu’il n’a point de langue ; que laileron de la queue eft coupé quarrément ; que la forme de fon corps approche affez de celle de la perche de riviere ; mais qu’elle n’a qu’un aileron fur le dos, au lieu que celle de riviere en a deux. Jufques-là nos deux auteurs font aifez d’accord ; mais à la figure que Rondelet en a donnée, le corps de la perche de mer eft très-renflé depuis l’anus jufqu’à la tête : fingularité dont ne parle point Belon. Peut-être que la perche que Rondelet ’a fait defîiner, avait récemment avalé quelque gros poilfon qui formait de renflement ; car fi on le fupprimait, la forme du corps de la perche de Rondelet reffemblerait affez à celle de Belon.. Néanmoins je ne diffimulerai pas, pour la juftification de Rondelet, qu’il dit que ce poif-fon eft ventriculo magno, cum appendicibus. multis, id quod etiam tejlatur Arijloteles , lib. x , de hijl. animal, cap. ij, intejlinis fatis latis , in quibus ver-mes frequemer reperiuntur. Suivant ces auteurs , la perche de mer eft un poifi fon de la Méditerranée ; il n’entre jamais dans les rivières, comme la perche de riviere ne va jamais à la mer : il eft faxatile ; il a rarement plus d’un pied de longueur; fa chair eft délicate, très-faine, & communément on la préféré à celle de la perche de riviere, qui eft néanmoins fort eftimée. Je ne me rappelle pas de l’avoir vu, au moins fous ce nom.
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- Sect. IV. /Des poiffons. du genre des /parus. /. / fij
- îj*(!>.>Ce que nous venons de dire de ee poiifon eft alfez d’accorâ aveà ee qu’en dit Willughby, page ^27. M. Koehlreuter donne dans le tome X des Mémoires de l’académie impériale de Pétersbourg , année 1764:, .page. 529, la defcription & la figure de quelques poiilons. qu’il rapporte au genre des perds , qui, fuivant l’origine du mot grec , revient à perça marina.
- 15-7. Du mérou du Cap- Breton. M. le préfident de Borda m’a envoyé la defcription d’un poiifon qu’on nomme mérou au Cap-Breton, qu’il foup-conne qu’on pourrait regarder comme une perche de mer. Ce poiifon qu’on pèche auprès de Bayonne à la ligne & au filet, a le corps prefque demi-plat; fa tète eh comprimée en - deifus ; fes yeux font grands, ainfi que fà gueule ; la mâchoire inférieure fe releve~vers la fupérieure ; fes dents font petites, terminées en pointes recourbées vers le dedans de la gueule, & placées fins ordre; le palais eft garni de petites dents difcribuées par trois bandes diftiu&es ; il y en a aufli au fond de la gueule : les opercules des ouïes font formés par quatre plaques oifeufes. Sur le dos eft un grand aileron qui a vingt - trois; rayons, dont, onze font pointus. Les nageoires branchiales font placées au bord des opercules, & fort bas ; leurs rayons font -rameux. Les nageoires du ventre ont chacune fix rayons, dont le premier eft gros & pointu. L’aileron de derrière l’anus a treize rayons, dont trois font pointus; l’aileron de la queue eft coupé quarrément, & compofé de feize rayons rameux. La tète & le dos jufqu’à la ligne latérale,, font de couleur brune qui s’éclaircit en approchant du ventre, qui eft blanc & argenté ; au bord des opercules des ouies , on apperqoit des taches blanches & argentées, O11 prend de ces poilfons qui ont plus de vingt-trois pouces de longueur fur fept pouces & demi de largeur verticale; il eft eftimé un des meilleurs poilfons de cette côte.
- if8. Du méru. Je trouve dans mes papiers le defini d’un poiifon pris fur nos côtes , nommé mérii, qui eft alfez dilférent du mérou dont nous venons de parler. J’ai même héfité de le comprendre dans cette quatrième feélion, parce que la partie de l’aileron du dos , où les rayons font piquans, ne paraît point avoir de membrane qui les unilfe. Prévenu de cela, nous dirons que le méru dont nous donnerons la defcription pl. V, fig. y, avait trois pieds de longueur a b : fa plus grande largeur c d , a l’à-plomb des nageoires du Ventre, eft à peu près de neuf pouces. Sa gueule a était grande , les yeux e. très-làillans hors de la tète. Les opercules des ouies f fe terminent en pointe à environ neuf pouces de la mâchoire inférieure. Les nageoires branchiales font larges à leur articulation, qui eft à l’à plomb de l’extrémité des opercules ; mais les rayons ont peu de longueur, le plus long n’excédant prefque pas la largeur de l’articulation. Les nageoires d du ventre ont leur articulation un peu plus éloignée de l’extrémité de lamàchoire inférieure 3 elles
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- S2ù TRAITE' DES PECHES. Partie II
- font plus longues & moins larges que les nageoires branchiales. Ce poi£ fon a fur le dos un grand aileron c h i, formé de huit forts rayons épineux c, h, qui, comme nous venons de le dire, ne parafent pas liés par une membrane : la partie poftérieure h i de cet aileron, eft formée par des rayons longs, fouples & rameux. Sous le ventre, derrière l’anus k, eft un aileron qui a peu d’étendue, & formé comme la partie poftérieure de celui du dos, par des rayons longs, fouples & rameux : celui de la queue b eft médiocrement éehancré, & formé auiîi de rayons fouples & rameux. Les lignes latérales /, m9 commencent à la hauteur de l’œil, & fe prolongent jufqu’à l’articulation de l’aileron de la queue, en divifant le poiffon en deux. A l’égard des parties intérieures, pL VH ,fig. io , A, A, font les deux ovaires , dont l’un eft ouvert pour faite appercevoir les feuillets où les œufs font attachés ; B, une membrane qui tient au côté de l’ovaire ; C C', les reins $ DD, les ureteres ; E, la veffie urinaire ; F, fon ouverture dans l’anus ; G, l’ouverture de Vovi-ducius au même endroit.
- i f9. Quelques-uns prétendent que les poiffons dont nous venons de parler dans l’article & les deux paragraphes précédens, n’ayant qu’un aileron fur le dos, ne devraient point être nommés perches. Je conviens que la vraie perche qui eft celle de riviere , en a deux, & c’eft pour cette raifon que nous ne la comprenons pas dans la quatrième fedion. Je ferai cependant obferver que des différences pareilles entre des poiffons de mer & de riviere, n’ont pas empêché les auteurs de leur donner les mêmes noms : par exemple , on pourrait citer à cette occafion la brème de mer & celle de riviere ,la carpe d’eau douce, & le poiffon de mer auquel on a donné ce nom, &c. Mais pour revenir à la perché, nous allons donner la defcrip-tion d’un poiffon de riviere qu’on nomme perche gardonnée ou goujonnée , quoiqu’elle n ait qu’un aileron fur le dos, formé en partie de rayons pi-quans, & en partie de rayons fouples. (*)
- 160. En faifant attention aux rayons de l’aileron du dos dénué de membrane , j’ai cru appercevoir quelque rapport entre ce poiffon & le glaucus de Rondelet; mais javoue que ces rapports font fort éloignés.
- 161. De La perche gardonnée ou goujonnée. On prend dans les rivières, & notamment dans la Seine, un poiffon qui femble tenir de la perche & du
- ( * ) On pêche dans la riviere des Amazones fur le bord du Maranhon & le grand Para un poiffon nommé mero. C’eft un bon poiffon de mer de cinq àfix pouces de long, qui a des écailles & eft argenté:les Efpa-gnols le mettent au rang des meilleur^ poiffons ; il ne fe corrompt pas aifément. On prend aufti ce poiffon dansl’isle deFayal,
- où on en fale quelquefois pour la confom-mation des habitans. Les Portugais du Bre-fil nomment merùto un excellent poiffon, qui pefe quelquefois quinze à vingt livres. Le mero de Madere eft un poiffon d’affez belle grandeur, & dont la chair eft bonne. En Egypte, fur la côte d’Alexandrie, on eft time beaucoup un poiffon nommé mere.
- gardon,
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- Sect. IV. Des poiffom du genre des /parus• f2i
- gardon , non-feulement par fa forme extérieure, mais encore par la conlif* tance & le goût de fa chair ; ces points d’analogie ont engagé les pécheurs à lui donner le nom de perche gardonnée. Celui que je vais décrire avait de longueur totale AB, pl. 2, quatre pouces neuf lignes : on 11’en
- prend guere qui aient plus de llx pouces. Du bout du mufeau au derrière des ouies, il y avait quatorze lignes ; environ deux lignes plus vers la queue, était l’articulation des nageoires branchiales ; &' encore un peu plus vers la queue , était i’articulation des nageoires de delfous le ventre D, dont le premier rayon était dur, pointu & piquant.
- 162. L’anus E était à deux pouces fix lignes du mufeau, & immédiatement derrière était l’aileron du ventre F qui avait peu d’étendue, & dont le premier rayon était dur & pointu. La nailfance G de l’aileron de la queue, était à trois pouces neuf lignes du bout du mufeau : fou étendue G B était de neuf lignes; il était divifé en deux, & l’extrémité de chaque divifion était arrondie. Il y avait en outre fur le. dos un grand aileron H K I , de deux pouces trois lignes de longueur à fon attache au corps. Cet aileron, qui eft véritablement unique , paraiifait divifé en deux parties au point K ; les rayons de la partie H K, étaient pointus & piquans ; à la partie KI, ils étaient flexibles : tous étaient liés par une membrane mince 8c tranfparente, chargée, ainli que l’aileron de la queue, de petits points noirs qui faifaient un alfez joli effet : fur le corps on appercevait de chaque côté une raie noire qui s’étendait prefqu’en droite ligne depuis l’extrémité des opercules des ouies jufqu’à l’origine de l’aileron de la queue.
- 163. Nous avons repréfenté en M, N, O, une grande écaille vue à la loupe ; la partie M N tenait à la chair , & était recouverte par les écailles fupérieures; la partie NO était à découvert. Les petites dents qu’on voit en O, rendent le delfus de ce poiifon rude quand on pafle la main de la queue vers la tète ; & les écailles , dans leur grandeur naturelle, n’ont pas plus d’une ligne de largeur: la couleur de ce poiifon eft jaune-clair, chargée de points noirs, fur-tout vers^le dos & fur la tète. Le dos & le ventre font des courbes en fens contraire ; l’œil eft alfez grand, la gueule petite. Ce poiifon fait un bon manger.
- 164. M. Bertin, commilfaire de la marine, m’a marqué qu’on pêchait auprès de Rouen un poiifon nommé perche goujonnée. Je foupqonne que c’eft la perche gardonnée dont je viens de parler, quoique M. Bertin me marque que la perche goujonnée a deux ailerons fur le dos ; car j’ai déjà remarqué qu’il eft aifé de fe méprendre à cet égard, non - feulement à caufe de l’inégalité de largeur de l’aileron du dos. à la partie où les rayons font piquans, & à la partie où ils font mou$,..mais encore parce que quand la membrane qui eft déliée fe trouve déchirée au point K, il femble qu’il y
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- TRAI TE9 DES PECHES. Partie IL
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- ait deux ailerons. Mais ce n’eft pas feulement auprès de Rouen qu’on prend: des perches goujonnées ; car M. le baron de Tfchudy, dans un mémoire fur les poilfons de la Mofelle, me marque qu’on y prend de ces perches ». auxquelles il donne pour fynonyme le nom de grémilles.
- Article IV.
- De la bogue de Languedoc x de Gênes, d'Efpagne , boga, box ou boca.
- J’ai dit quelque chofedans la troifîeme feélion de la fécondé partie ». d’un poiflon qu’on nomme à Saint-Jean-de-Luz boga. On m’avait marqué que: ce poiflon reifemblait à une greffe lardinei que néanmoins i l était un peu plus applati : cette circonftance & plufieurs autres qu’on trouve à l’endroit cité», me perfuadent que la comparailbn entre la bogue & la lardine n’eft pas exaéle ». & que le boga des Bafques a plus de rapport avec la bogue dont il va être queftion , qu’avec la fàrdine. Celle que nous avons reprélentée ,/>/. ///,fig. 7» eft prefque ronde *.elle n’a ordinairement guere plus de dix à douze pouces de-longueur » & il eft rare qu’elle pefe une livre: fa tète eft courte & petite » fes yeux lont grands» ce qui, je crois, a fait dire qu’elle a des yeux de Lœu£ Effectivement, ils occupent une grande partie de la tète.
- 166. Ce poilfon a fur le dos un grand aileron en- partie épineux , tnt moins grand derrière l’anus, deux nageoires derrière les ouies , & deux fous la gorge» l’aileron de la queue fourchu: ainfî il doit être compris dans la. quatrième fedion j mais ayant le corps prefque rondon ne doit pas le* confondre avec l’efpece de fparus dont il a été queftion dans le fécond-chapitre. Au fortir de l’eau, on apperçoit confufément fur fon dos des: bandes longitudinales,. les unes dorées, les autres argentées ; le ventre eft Blanc, ayant quelques reflets argentés» l’aileron de la queue eft jaune, tirant un peu à la couleur d’or; il va en troupe, & on le pèche avec fe; faine au bord de la mer : au refte, il eft médiocrement eftimé.
- 167. M. Gautier m’écrit que les bogues qu’on prend aux environs de, Narbonne, n’ont que fix, fept, au plus, huit pouces de longueur, & que-les petites fe vendent comme ravaille, pêle-mêle avec d’autres efpeces de-petits poilfons : ainfî c’eft ce qu’on appelle en Provence bogue ravelle, dont: nous allons dire quelque chofe dans l’article fuivant. Quand la pêche des; bogues eft abondaute en Provence, M. de Lacroix m’écrit qu’on les prend avec le filet dit batude, & alors on en prépare beaucoup en- efcabecher. Nous avous déjà dit que pour cela on leur ôte les écailles 5 on les lave: dans de l’eau de mer , on les fait un peu fécher fur une claie de cannes j, oïl les. arrange bien preifées les unes: contre les autres dans des barrais-»,
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- Sect. IV. Des poiffons du genre des fpctnis.
- «n verfe delfus de bon vinaigre en alfez grande quantité pour qu’il fur-nage le poilfon ; enfin on enfonce les barrils , & ils font en état d’être tranlportés aux endroits où l’on fait en trouver le débit. Nous avons déjà prévenu qu’on prépare de même plufieurs autres elpeces de poilfons.
- 168. De la bogue dite ravelle ou ravaille. Il y a des bogues très - petites qu’on nomme, comme me l’a écrit M. Gautier, ravelle; ils fe vendent en Languedoc avec la menuife, fous le nom de ravaille. Ces poilfons, proportionnellement à leur longueur, parailfent un peu plus langes & plus courts que la vraie bogue ; leur dos eft bleu-changeant, mêlé de rouge ; l’aileron de la queue tire au rouge. Rondelet parle d’une autre bogue qu’il dit être fort rare ; je ne l’ai point vue : elle a, fuivant lui, neuf à dix pouces de longueur , & elle relfemble entièrement, pour la forme du corps, la grandeur des yeux , le nombre & la pofition des ailerons, ainfi que des nageoires , même le goût, à la bogue dont nous avons parlé ; mais il dit qu’elle n’a point d’écailles. N’ayant aucune connailïànce de ce poilfon, je me borne à rapporter ce qu’en dit Rondelet.
- Article V.
- De la mendole ou cagarelle en Languedoc , jufclc à Narbonne, gerle à Toulon : menola.
- 169. Il y en a qui penfent que tous ces différens noms conviennent aux mêmes poilfons ; fuivant d’autres, ils indiquent différens poilfons qui ont entr’eux de la reifemblance. Pour cette raifon, je les comprendrai dans un même article, & je me contenterai de faire remarquer la différence qu’il y a entre les uns & les autres. Je me rappelle bien d’avoir vu des mendo-les à Marfeille, & je trouve à leur fujet des notes que j’ai confervées; mais comme ce poilfon eft peu eftimé, il 11e m’en reliait qu’une idée confufe, ce qui m’a engagé à adrelfer mes notes à M. Guignard à Marfeille, & à M. Gautier à Toulon, priant ces meilleurs de me marquer Ci elles étaient exaéles 5 comme ils m’ont répondu que je pouvais y avoir confiance, je n’héfite pas de les comprendre dans mon ouvrage.
- 170. La mendole, cagarelle à Marfeille , qu’011 regarde à Toulon comme une jeune gerle, eft un petit poilfon à écailles , pl. III,fig. 8, un peu ap-plati, & qui n’a guere que lîx pouces de longueur, fur feize lignes de largeur verticale j fon mufeau eft pointu; fes yeux petits, la prunelle noire, l’iris rouge ; fes dents font Ci petites qu’on peut les regarder comme des afpérités : il a fur le dos un grand aileron en partie épineux & en partie flexible, & en outre un flexible derrière l’anus ; l’aileron de la queue eft
- V y v ij
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- f24 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- fourchu, il a de plus une nageoire derrière chaque ouie, & deux fous la gorge, une de chaque côté: vers le milieu de fa longueur, & immédiatement au-deifous de la ligne latérale, eft une tache noire -, le corps a des1 reflets qui parailfent être des taches azurées : quand on a ôté les écailles T lh peau paraît blanche & argentée , excepté vers le dos, où elle brunit un peu.
- 171. On dit que la mendole eft blanche en hiver j que le printems & Pété elle prend différentes couleurs 5 qu’en automne elle noircit, & qu’alors fa chair a un goût défagréable que Pon compare à Podeur du bouc. En général , ce poiflon eft peu eftimé > néanmoins plufieurs prétendent que quand la femelle eft remplie d’œufs , fa chair eft de bon goût : je n’ai pas pu vérifier ces faits qui font fort finguliers.
- 172. J’ai cru appercevoir quelque rapport entre la mendole & la bogue ce qui m’a engagé à les rapprocher, quoique la mendole, relativement à fe taille, ait une forme moins arrondie que la bogue. La cagarelle eft médiocrement eftimée > on m’a affuré qu’elle fe confervait bien dans le feh
- Gautier de Narbonne, m’a écrit que cet article était exaét ; que l’été
- la mendole devient fort gralfe, & prend une couleur d’azur plus foncée.
- M. Barry me marque de Toulon que la cagarelle eft d’une couleur plus foncée que la mendole ou gerle, & qu’elle tire au noir > que communément elle eft un peu plus grode, & que c’eft un poison qu’on n’eftime pas > que le jufcle eft une efpece de gerle ou mendole qui fe tient alfez éloignée du rivage ; qu’il eft moins large que la gerle i qu’on le prend avec des haims amorcés de limaces ou de vers, mais qu’on n’en fait aucun cas.
- 175. De U picardle ou fevereau de Languedoc y gerre à Marfcille, pitre
- à Antibes , en quelques endroits garum , gerolo à Venifie , fpigaro à Rome.
- Qüelqjjes auteurs, Rondelet entr’autres, prétendent que la picarelle eft une petite mendole blanche, pl. IV, fig. 3 & 4, guere plus longue que le doigt, & qui ne change point de couleur dans les différentes faifons, comme le fait la mendole dont j’ai parlé dans l’article précédent : il foupqonne qu’eu quelques endroits on la nomme garum , parce qu’on prétend qu’après l’avoir fait fondre dans le fel, on en fait une fauce appétiflante , qu’on peut comparer à celle que les anciens fa liaient avec le poilfon garus , & qu’ils nommaient garum. je crois qu’on verra dans la fuite que cette fauce ne fe fait pas avec la picarelle ou pitre : mais j’incline à regarder la mendole & la pi-carelle comme deux efpeces de poiflons , quoiqu’ils fereflemblent à plufieurs égards , particuliérement par une tache brune vers le milieu de la longueur du corps au-deifous des lignes latérales. Plufieurs diftinguent deux efpeces de picarelies , dont l’une qu’on appelle la blanche, pL IVfig. 4, eft moins groife que l’autre qu’on nomme la brune , fig. 3.
- 174. Croyant appercevoir dans tout ceci de la eonfufion3 & lâchant
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- Secf. IV. Des poiffons du genre des /parus. y
- qu’au pèche beaucoup de picarelles à Antibes, j’ai prié M. Chaillan, com-miiraire aux claifes à ce département, de m’aider de fes lumières * ce qu’il a fait avec un zele qui exige ma reconnaiflance & celle du public. Il me confirme dans l’idée que j’avais que la mendole & la picareile font deux e£ peces de poilfons qui fe relfemblent à beaucoup d’égards : il me marque qu’à Antibes la picareile fe nomme pitre ; qu’on en diftingue eifeélivement deux efpeces j la blanche qui eft la plus, petite , pl. IV, fig..4, n’excede pas quatre pouces j que la brune, fig. 3>, qui eft la plus grolfe, pefe quelquefois huiî onces. Pour les avoir de cette taille, il faut les pécher en avril. Rondelet dit, comme j’en ai prévenu, que ce poilfon qu’on nomme garou à Antibes, où l’on en pèche beaucoup, fert, en le faifànt fondre dans le fel, à faire une fauce exquife, qu’on foupçonnait être le garum des anciens. On m’avait de plus aifuré qu’à Antibes, après avoir fait prendre le fel à ce poilfon, on l’expofàit à l’air pour le faire un peu fécher j, qu’alors il fe confervait alfez long-tems ; qu’outre cette préparation on en confervait en faumure. Comme je favais que la picareile eft un poilfon plein d’arètes , & qui a un mauvais goût, j’avais peine à admettre qu’on en fit ainfi lq garum, quoique Rondelet le foupçonnâtj mais M. Chaillan a diflipé mes doutes, en m’alfuraiit qu’on ne fale point de pitre à Antibes, ni même en Provence , où il a fait des perquisitions qui emportent convidion 3 mais qu’on prépare une très-bonne fauce avec un petit poilfon qu’on nomme paraye à Antibes, qui ne relfemble ni à la mendole, ni, à la picareile, mais tellement à une petite fardine, que j’ai cru devoir me difpenfer de la faire-graver. Rlfe&ivement, la paraye n’a fur le dos qu’un petit aileron, au lieu que les pitres en qnt un grand. La paraye qui pefê au plus une once, étant fondue dans le fel, fait une bonne fauce qu’on nomme pijfal, qui , fuivant l’expreifion provençale, fignifie poijjon falè. Il n’y a plus d’apparence que la fauce qu’on nommait garum 9 foit faite avec la picareile ou pitre: aulfi M. Chaillant finit en alfurant qu’on n’a jamais falé à Antibes les pitres ou picarelles, qui font des poilfons pleins d’arètes & de mauvais goût, & pour cette raifon aucunement propres à faire un bon mèts. ( i f )
- I7f. Ce qui me perfuade encore-qu’entre ceux qui ont parlé de la pica-relle, il y en a plufieurs qui ne la connaiifàient pas , c’eft que les uns l’ont comparée à un anchois , d’autres, à une fardine 3 mais l’aileron que la pica-relie a fur le dos étant fort étendu & piquant, il eft de la famille des fpa-rus ; au lieu que la fardine n’a fur le dos qu’un petit aileron flexible comme les alofès & les harengs , ainfi qu’on le voit à la fection où nous avons traité de ces poilfons. L’aileron de la queue de la pitre eft fourchu 3 fon mufeau
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- (15 ) Voyez ma note fur le garum.
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- fz€ TRAIT E' DES REC U E S. Partie IL
- eft affez pointu, & outre'les taches brunes qu’on apperçoit lur les côtés des pitres blanches,.leur dos eft un peu rembruni, & le ventre^tire au blanc:, de plus, en y prêtant attention, on découvre fur les côtés des pitres grifes des traits qui s’étendent fuivant la longueur du poiifon dont, au fortir de l’eau, les uns femblent dorés & les autres argentés ; d’un autre côté, quand elles font nouvellement pêchées, on apperqoit aux pitres blanches, fur les côtés , plulîeurs taches 'très-|>ieu fenfibles qui de-' fuivent. Belon dit qu’on en Vend de falés à Rome/, & qù’on'les nomme fmaris. Il fuit de ce que je viens de dire , que, ceux qüi ont prétendu qu’on faifoit une bonne fauce avec la picarelle, ont confondu1 ce poifloïi avec la'paraye qui eft une jeune ou petite îardine^ &il eft probable qu’on a donné le nom de picarelle au poiifon dont nous parlons , parce qu’il eft rempli d’arêtes très-incommodes.
- 176. Du mouchicoubade la côte de Saint-Jean-de-Lu^. M. de la Courtau-diere m’a envoyé la description d’un poiifon qui fe prend à Saint-Jean-de-r Lùz, qu’il croit être, le même que la petite mendole ou picarelle j c’eft un poif-fon demi-plat de onze pouces de longueur du bout du mufeau au bout de i’ailerbri de la1 queue, qui eft fourchu. Il a quatre pouces de largeur au milieu du corps, dont le deffus eft bleu argenté, & le delfous du ventre blanc argenté j la bouche eft petite, avec des dents mâchelieres fur les côtés, & un peu plus pointues fur le devant, en quoi il différé de la mendole qui n’en a point. Les yeux font de grandeur ordinaire, le deffus du dos eft rond ; il porte un aileron qui va de la tète à la queue, & dont les onze premiers rayons font épineux, les autres mous. Il y aune nageoire longue & étroite près des oüies, & une tache noire affez grande au bord des ouies, à la partie qui'va vers le dos. Il n’a point d’autres taches noires furie corps, comme il parait que la mendole en a. Il a fous la gorge deux petites nageoires dont le premier rayon eft épineux : derrière l’anus, il y a un petit aileron, dont les trois premiers rayons font épineux ; les écailles font petites.
- 177. M. Gautier m’écrit qu’on croit à Narbonne que la picarelle eft le poiifon qu’on nomme Jaurel; mais par la defeription qu’il donne du iàu-rel, il eft clair que ce poiifon 11’eft pas de la famille des fparus, mais de celle des gadus ou a^etlus , dont j’ai traité à la première fecftion de la fécondé partie. Comme je n’en ai point parlé dans cette fe&ion , je vais rapporter ce que M. Gautier me marque de ce poiifon.
- 178. Le faurel eft un poiifon applati, gros comme une fardine; fon corps eft un fond d’azur qui réfléchit différentes couleurs ; fon ventre eft blanc avec des reflets, les uns argentés, les autres dorés : fa tète eft applatie fur les cô-tés, fon mufeau eft alfez pointu, les yeux font grands, l’iris eft blanc, fes dents ne font que des aipéritéss le bout de la langue eft rude, un peu piquant , ce ,qui femble indiquer que le iàurel eft la picarelle -, mais il a trois
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- ailerons fur le dos, deux près de la tète, qui fe fuiveiit prefqu’immédiatement,, & un troifieme vers l’aileron de la queue -, de plus, deux ailerons fous le ventre , un vers le milieu de la longueur du poiflon, l’autre près l’aileron de ia queue j la plupart des rayons qui forment ces ailerons font piquans : ils ont encore deux nageoires derrière les ouies, & deux fous la gorge. Ce poifi fon me paraît avoir quelque reflemblance avec celui qui eft repréfenté, première fedion, fécondé partie, & nommé à Breft officier.
- 179. Du jaret. Voilà encore un petit poiffon qui confine avec la mendole. M. Barry dit qu’on diftingue à Toulon de deux efpeces de jaret, lavoir, le bleu qui eft le mâle, & le brun qui eft la femelle ; le bleu a fur un fond brun vers le dos & blanc au ventre, des raies ou hachures irrégulières, les unes bleues, les autres verd-de-mer, qui s’étendent fuivant fa longueur jufques fur l’aileron de la queue, & en outre une tache noire fur chacun des côtés y vers le milieu de la longueur du corps. La couleur du brun fait que la tache noire eft moins fenfible. Le jaret brun n’a aucune marque de bleu ni de verd > mais à la place de ces couleurs, on apperçoit, ainfi que fur l’aileron de la queue, une légère teinte d’un rouge très-clair fur un fond gris foncé au dos, & blanc en approchant du ventre. Je me fuis contenté de faire graver le brun r pL IF, fig. 5:, qui m’a été envoyé d’Antibes : comme 011 trouve de la laite dans les bleus, & des œufs dans les bruns , on eftime que ceux-ci font femelles & les autres mâles. On fait peu de cas de ces petits poiflbns, quoique leur goût n’ait rien de déplaçant. Je crois qu’en quelques endroits on les appelle/Wj. J’avoue que je n’ai pas fu diftinguer ce poiflon d’avec la picarelle,. & que ce que j’en dis eft d’après MM. Barry & Chaillan ; il m’a feulement paru que le jaret eft moins large & plus alongé que la picarelle, & que fou dos eft moins courbe. Les jarets mâles ne paraiifent un peu abondamment que dans le mois de mai.
- 180. Du canus de Languedoc, canudo à Marfeïile : cynædus. Ce poidon a quelque reflemblance avec la mendole 5 il eft de roche, fàxatile & littoral. On lui donne plufieurs noms diiférens, fouvent feulement celui de rochau qui. équivaut à iaxatilej mais les pêcheurs de Languedoc qui paflent pour être les plus inftruits, le nomment canus. Son dos eft rouge, le refte de fon corps, eft jaune-pâle, tirant à la couleur de la cire : il eft moins large que la daurade la plupart des rayons de l’aileron du dos-font durs & piquans., ceux de l’aileron de derrière l’anus fqnt fouples ; l’aileron de la queue eft coupé quarré-ment j fa gueule eft petite, les mâchoires font garnies de dents qui s’engre* nent les unes dans, les autres. Sa longueur ordinaire eft d’un pied s fa. chair eft: tendre & friable, point vilqueufe, & elle a un. goût.agréable;.
- 181. Ceci eft aflez. d’accord avec ce que Rondelet rapporte du canus : il)
- ajoute qu’Athénée dit qu’en quelques endroits, on qu’ifeft;
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- f23 TRAITE' Æ E S PECHE S. -Partie II.
- de couleur de cire dans la plus grande partie de Ton corps, & de couleur pourpre en quelques endroits ; que , fuivant Belon, il reifemble à pluiieurs égards au poiflon qu’on nomme pic à Marfeille, dont les écailles font variées de diifé-‘rentes couleurs : il ajoute que ces écailles.font arrondies, rudes au toucher, & crenelées par les bords : au contraire ', Gefnerdit qu’on n’y diftingue point d’écailles, tant ëllesTont rapprochées les unes des aiitres. Après les connaiifan-ces que je me fuis procurées fur ce poiifon, j’incline pour le fentiment de Rondelet.
- 182. Du fanut. J’ai dit que M. Chaillan, commilfaire de -la marine à Antibes, m’écrit qu’on connaît dans fon département, fous le nom de fanut, un poiflon qui reifemble à l’aourade, qui eft excellent àmanger. Suivant Belon, le fanut eft le cyncedus des Latins ; il le met au nombre des phycls ou rochaux, termes génériques. Il ajoute que fa couleur eft rouife & foncée, tenant à celle de la cire* que fes dents reflèmblent un peu à celles de quelques quadrupèdes. Les circonftances d’ètre un poiifon de roche, de couleur de cire, devoir des dents un peu reflemblantes à celles de quelques quadrupèdes : toutes ces circonftances, dis-je , rapprochent aflez le fanut du canus; aufli en quelques endroits donne-t-on. le nom de fanut au canus de Languedoc. Mais, quoique Belon difè que le fanut eft fort commun fur les côtes de Marfeille, je ne me rappelleras d’y avoir vu aucun poiifon fous ce nom.
- Arti cle VI.
- f De la tanche de mer,
- 183. Belon prétend que ce poiifon eft un phycis ou un roquau de Provence; mais ce font des noms génériques qu’on peut attribuer à pluiieurs efpeces de poiflons. M. Villehelio, commiflaire de la marine à la Rochelle, me marque qu’on appelle tanche de mer en Poitou, un poiifon aflez épais .& aflez large, néanmoins que fa tête eft applatie fur les côtés ; que fon mufeau eft aflez obtus ; que fa gueule eft garnie de dents pointues, diftribuées irrégulièrement fur les mâchoires ; que les opercules des ouies font ronds & petits ; qu’il a deux nageoires branchiales, & deux autres fous**la gorge ; qu’il a fur le dos un grand aileron formé'de rayons piquans, plus longs vers le milieu qu’aux extrémités. Il a un autre aileron fous le ventre, qui s’étend jufqu’auprès de la naiflance de la queue, qui eft formé par un aileron large & coupé quarrément. Les écailles font bleuâtres vers le dos, & grifes fous le ventre. Il me paraît que le corlafleau du Croiiic reifemble plus à la tanche que le poiifon que vient de décrire M. Villehelio. Je laiife cette queftion k décider à ceux qui fe trouveront à portée* d’examiner le poiflon dont M. Vil-
- leheliô
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- Ssct. IV. Des poiffons du genre des /parusjn?
- lehelio donne la defcription, & le corlalfeau du Croific, dont nous allons parler.
- 184* Du coyau, cor la j/e au ou garde - côte du Croijic, qui me parait être la tanche de mer. M. Desforges - Maillard m’a envoyé du Croilic un poif-fon auquel les pécheurs Bargiers donnent les noms de coyau > corlaj/eau ou garde - côte, qui me paraît être de la famille des /parus, mais pas alfez applati pour être compris dans le fécond chapitre. O11 diftingue aifément le mâle de la femelle, non-feulement parce que la femelle eft moins grolfe, mais encore parce qu’elle eft d’une couleur blanchâtre. Prévenu de cela, je vais donner la defcription d’un mâle, pi. Il 9fig. f , que m’a envoyé M. Desforges - Maillard : la longueur totale A B de ce poiifon était de fept pouces, fur deux pouces & demi ou trois pouces de largeur verticale. Depuis le bout du mufeau À juf. ques derrière les ouies C , il y avait deux pouces ; fa gueule n’était pas grande, les mâchoires étaient hérilfées de petites dents très-pointues, & bordées de levres alfez épailfes & blanchâtres. Les yeux D étaient fort élevés fur la tète i l’orbite avait trois lignes de diamètre, la prunelle noire, l’iris tirant au rouge : je n’y ai point apperçu de langue.
- iSf. A deux pouces du mufeau, vers E, à l’a-plomb de l’opercule des ouies, commence l’aileron du dos, dont la longueur EF, à fon attache au corps, eft de trois pouces deux à trois lignes. Il eft formé à peu près par vingt rayons i ceux depuis E jufqu’à M, au nombre de quatorze ou quinze, font durs & piquans, & ils excédent la membrane qui les unit; ils font d’un beau verd : le refte des rayons eft flexible, & plus longs que ceux qui font durs ; ainli ceux qui font vers F, font plus menus & plus longs que ceux qui font vers E: la membrane qui unit tous ces rayons, eft fort mince. Immédiatement derrière l’anus G, commence l’aileron du ventre qui fe termine vers Hj les rayons du côté de H font plus longs & plus fouples que ceux qui font du côté de G j & il m’a paru que la membrane qui les unit eft plus épailfe que celle qui unit les rayons du dos ; le plus long rayon de cet aileron était de neuf lignes.
- 186. L’aileron de la queue B avait un pouce de longueur; & quand 011 l’étendait en largeur, ce qui n’arrive point dans fon état naturel, il avait un pouce & demi ; mais quand 011 n’écarte point les rayons, l’aileron n’eft prefque pas plus large à fon extrémité B qu’à fon attache au corps ; il eft compofé à peu près de quatorze rayons fouples. Les articulations des nageoires K de derrière les ouies font très-près du bord de fes opercules; elles font formées à peu près de douze rayons, dont le plus long a un pouce trois lignes ; les rayons font rameux, fouples & très-divergens, ce qui donne à ces nageoires une forme arrondie ; elles ont une teinte légèrement rouge, & la mem-
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- f3o TRAITE1 DES PECHES,. Partie IL
- brane qui unit ces rayons, eft fl mince qu’on apperqoit au travers la couleur du poiffon.
- 187. A l’égard des nageoires du ventre L, leurs articulations font fi rapprochées , qu’elles fe touchent prefque ; elles font à deux pouces & demi du mufeau, & formées à peu près de fix rayons : quand ces rayons font rapprochés , ces nageoires parailfent fe terminer en pointe ; le plus long rayon a environ dix lignes de longueur ; leur couleur eft d’un verd foncé.
- 188. Les écailles font fi fines & fi minces qu’on ferait tenté de croire que ce poiffon n’en a point. La couleur générale, du poiifon eft un verd foncé ; elle s’éclaircit en approchant du ventre, qui eft blanc ; une partie des opercules des ouies eft couverte de petites écailles. Je crois qu auprès de l’aileron de la queue il y a une tache brunepeu fenfible.
- 189. Le coyau femelle eft, comme je l’ai dit, moins gros que le mâle; fa couleur tire plus au blanc , avec çà & là des nuages bruns : au refte ces deux poiffons fe reflemblent par la forme de leur corps. M. Desforges-Maillard qui les a vus au fortir de l’eau, dit que les écailles des coyaux mâles ont la même couleur que celles de la tanche, & que la forme de leurs corps ref-fsmble tellement à celle de la tanche de riviere , que quelques-uns l’appellent tanche de mer. Il eft vrai que l’aileron du dos de la tanche d’eau douce a peu d’étendue, qu’il eft flexible, au lieu que celui du coyau eft grand & épineux : mais cette même différence exifte entre la brème de mer & celle de riviere, ainfi qu’entre la carpe de mer & celle de riviere.
- 190. Je ne trouve aucune reflemblance entre le poiffon que Rondelet nomme phico & qu’il dit être le phycis des anciens, & le coyau que nous venons de décrire : nous ne pouvons pas acquiefcer à ce qu’il dit que fon phico reflemble à la tanche, d’autant que le phico a deux ailerons fur le dos, & que la tanche , ainfi que le coyau, n’en a qu’un. Le coyau a plus de rapport avec une efpece de phycis dont parle Belon à l’article des tanches : il dit que ce poiffon reflemble tellement à la tanche , que les pêcheurs le nommaient tanche de mer. Ses écailles, félon lui, font petites, vertes & couvertes d’une vifeofité qui fait croire au premier abord , qu’elle n’en a point; l’aileron de la queue du phycis de Belon, n’eft pas échancré. Tous ces caractères ont tant de rapport avec ce que j’ai dit du coyau du Croific, que j’incline à le regarder comme le phycis de Belon ou la tanche de mer.
- 191. Le coyau eft conftamment tout l’été le long des rochers , caché dans le goefmon, d’où il fort quand on lui préfente des appâts , fur lefquels il fe jette avec avidité, ce qui déplaît beaucoup aux pêcheurs, parce que ce poif-fon qui eft peu eftimé, empêche d’autres plus recherchés de fe prendre aux hameçons (16). C’eft, dit Mf Desforges-Maillard, une partie de plaifir pour
- (16) 11 fraie dans l’algue, ou fes œufs éclofent, & font à l’abri des tempêtes.
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- les femmes du Croific, d’aller à la pêche de ce poiffon , ce qu’elles appellent aller aux courlaffeaux de lune. Pour cela, le foir au clair de la lune , elles vont de baffe mer entre les rochers , & fans autre induftrie que de les prendre à la main. Elles en attrapent beaucoup : c’eft pour elles un plaifîr qu’elles prennent plutôt pour s’amufer dans la belle faifon, que pour l’intérêt. Ce poifi fon étant peu eftimé, on ne le prend point au large. (17)
- tt-.---;---; g — T--r.Tss=aa=saggTas==== 4*
- CHAPITRE IV.
- De plufieurs poiffons du genre des/parus, la plupart petits & prefque ronds,
- Idée générale des poiffons compris dans ce chapitre.
- 192. ]£l y a beaucoup de petits poiffons que les pêcheurs prennent accidentellement , fans avoir le deffein d’en faire expreffément la pèche , foit parce qu’ils ne donnent pas abondamment à la côte, foit parce qu’étant petits & peu agréables au goût , ils ne font pas d’un débit avantageux. Plufieurs effectivement ne font recherchés que par les naturaliftes qui les eftiment d’autant plus qu’ils font plus rares, & que leurs formes font extraordinaires, ou quand, par la variété & l’éclat de leurs couleurs , ils font d’une beauté frappante. Suivant le plan que je me fuis formé, & que j’ai expofé au commencement de mon ouvrage, ces raifons qui font intéreffantes pour les naturalises , ne doivent pas nous engager à fixer notre attention fur ces poif. fous, puifque notre delfein n’eft pas de faire une ichthyologie complété, mais de nous occuper des poiffons qui font un objet de commerce, ou qui font utiles pour les alimens.
- 193. Néanmoins nous ne croyons pas devoir nous difpenfer de dire quelque chofe de ceux qui font venus à notre connaiffance, mais ce fera le plus brièvement qu’il nous fera poflible, nous renfermant à de fimples indications j & en cela je ne m’écarterai pas de la marche qu’ont fuivie les auteurs qui ont rangé ces poiffons par familles, auxquelles ils ont donné dilférens noms. Rondelet qui les a appellés tourdes, en parle de douze, à la vérité
- (17) Puifque notre auteur a entrepris en partie brune, & que ces deux couleurs-de décrire les divers poiffons dont il parle , font. difpofées par bandes alternatives au de maniéré qu’on puiffe les diftinguer tous nombre de cinq ou fix , qui s’étendent de les uns des autres, il me parait néceffaire la tête à la queue. Ses nageoires font par-d’ajouter ici , que le corps de la tanche femées de petits traits rouges, blancs & de mereft en partie d’un rouge jaune, & jaunes, &c.
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- T RAI T Er DES PECHES. Partie IL
- fort en abrégé. A l’égard de Belon, il emploie quelquefois le nom de turdu$r d’autres fois celui de phycis ou de fcares , & auiïi, à l’imitation des Provençaux, celui de roquaux ou rochaux, ce qui équivaut au terme de faxatiles, qui, exactement parlant, délîgne les poilfons qui habitent les roches : ainlî ces différens noms font des termes génériques qui n’indiquent point particuliérement une efpece. Je vais commencer par dire quelque chofe des fcares y je parlerai enfuite des prêtres , des lourdes, des demoifclles, &c. Mais comme tous ces poilfons font peu importans , je me bornerai, comme j’en ai prévenu , à en parler le plus, brièvement qu’il me fera polîible. Il eft bon , avant d’entrer dans les détails des petits poilfons qu’on prend fur nos côtes de l’Océan & de la Méditerranée , d’inviter les lecteurs à fe fouvenir que les tourdes , turdus, les phycis , les fcares, les rochaux ou roquaux, les prêtres, les demoiftlLes , font des noms génériques qui indiquent des familles de poif-fons, la plupart petits. Je vais parler de ces chofes plus en détail, & je commence par les fcares.
- Article premier.
- Des fcares , fearus.
- 194. J’ai décrit dans le chapitre fécond, un poilfon qu’on nomme fia-rus, qui eli commun aux environs de fisle de Candie , & rare dans la mer de Marmora & dans le détroit de Gallipoli, autrefois nommé l’Hellefpont, & prefqu’inconnu fur les côtes de Provence & de Languedoc. J’ai prévenu que je traiterais dans le chapitre IV, de quelques petits poilions auxquels on donne le meme nom, quoique la forme de leur corps foit alfez différente de celle du poilfon dont je m’occupais alors j je vais donc fatisfaire à cet engagement.
- 19 f. Du poiffon nommé feare au département de Cette. Je vais commencer par dire quelque chofe d’un poilfon que M. Poujet m’écrit qu’on prend aux environs de Cette , & qu’on y nomme feare. 11 me paraît qu’il relfemble alfez à la fécondé efpece de Rondelet, qu’il dit que quelques-uns nomment aiole ou aunole ; c’elf, fuivant cet auteur, un poiifon d’une grande beauté par la vivacité de les couleurs ; les environs de fes yeux & de l’anus fout de couleur pourpre ; l’aileron de la queue tire au verd j. le refte du corps eftde couleur changeante , ayant des reflets, les uns verds, les autres noirs, d’autres blancs parfemés de taches brunes. Sa gueule eft petite r les dents de la mâchoire fupéiieure font larges & comme incifives j. celles de la mâchoire inférieure font pointues &. clair-femées ; fes yeux font petits, les cpercules. des ouies font couverts de petites écailles*
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- Sect. IV. Des poiffons du genre des jparus.
- 196. L’aileron du dos occupe les deux tiers de toute la longueur du poiflon; les rayons du côté de la tète font durs, ceux du côté de la queue font fouples, &*prefqu’une fois plus longs que les autres, tous les rayons de l’aileron du ventre font flexibles, excepté quelques-uns les plus près de l’anus ; l’aileron de la queue eft coupé prefque quarrément. Les nageoires de derrière les ouies font courtes & larges , celles de deifous le ventre font moins grandes, & fe terminent en pointes. Les lignes latérales font pref. que droites, & vers le milieu de leur longueur il y a une tache rougeâtre : la chair de ce poiflon eft blanche & délicate s il n’eft pas, proportionnellement à fa longueur , aulli large que le fcare dont nous avons parlé chapitre fécond. (18)
- 197. Nous avons dit qu’en Provence on prenait aux petites pèches plu-fieurs petits poiflons nommés rochaux , & qu’on regardait comme des fca-res. Ils ne reflemblent point du tout au fcarus de Belon, ni à la première efpece de fcare de Rondelet j ils ont plus de reflemblance avec la fécondé dont nous venons de parler : je vais en donner la defcription telle que je la trouve dans mes mémoires. Ils ont tous à peu près neuf à dix pouces de longueur, & ils font allez bons à manger. Les Marfeillois font grand cas de l’aiole, qui réunit la bonté à la beauté.
- 198. Du fcare rouge , ou rochau rouge , fcarus ruber. Ce poiflon , pi. IF 9 fig. 6 , reflemble un peu par la forme de fen corps à la fécondé efpece de fcare de Rondelet, mais point par la couleur5 le haut du dos eft brun, cette couleur s’éclaircit en approchant du ventre , fur lequel on apperqoit quelques taches brunes qui s’éclairciflent d’autant plus qu’elles font plus éloignées du dos: outre cela, depuis le dos jufqu’à la moitié du ventre, on apperqoit d’autres petites taches blanches diftribuées par files , fuivant la longueur du poiflon , & qui s’étendent jufques fur les ouies * l’œil eft petit, la prunelle eft noire , l’iris jaune. Il y a une nageoire derrière chaque ouie , & deux fous le ventre, dont les articulations font à peu près au quart de la longueur du poiflon, à compter de l’extrémité du mufeau. A l’égaid des ailerons, il y en a un grand fur le dos , qui s’étend jufqu’aflez près de la naiflance de l’aileron de la queue, pas néanmoins tout-à-fait autant que celui de derrière l’anus ; l’aileron de la queue eft arrondi en forme de palette , & marqué de taches prefque fembîables à celles du dos i la gueule eft aflez grande ,, & garnie de dents, les unes très-pointues, les autres incifives.
- 199. Du Jcare verd, rochau ou raveau verd, fcarus viridis, Ce petit poif-fon , pi. III, fig. 9, eft un peu plus large que le rouge * fon ventre eft plus renflé : les ailerons. & les nageoires reflemblent aflez à ces mêmes parties
- ( ig ) Ce poiflon fe nouirit d’algue, & Ton dit quefesboyaux ont une odeur de violette. Il eft commun, fur 4les côtes de risle'dejftiodes.
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- TRAITE' Z) 2? S PECHES. Partie II.
- du fcare rouge ; lorfque les écailles font en place, elles forment des lofan-ges i aux angles, où elles fe touchent, on apperçoit une petite tache blanche } mais la couleur générale du poiffon eft verd de mer qui s’éclaircit en approchant du ventre ; à cet endroit il eft prefque blanc, marqué de taches jaunes, tirant un peu au rouge.
- 200. Du rochau brun rayé de jaune, fcarus fufcus lineis flavis circonvo-lutus, &c. Ce poilfon fingulier, pi. IV, fig. 7 , eft gris-blanc, avec des bandes circulaires jaune-brun fort apparentes vers le dos, & très-peu fous le ventre ; il y en a dans toute la longueur du poilfon, depuis le derrière de l’opercule des ouies jufqu’à la nailfance de l’aileron de la queue. En outre , il y a quatre bandes longitudinales fous le ventre i l’anus eft placé à peu près vers le milieu de la longueur du corps ; l’aileron de la queue eft fourchu ; la gueule petite .& garnie de dents très-fines.
- 201. Du lonteque ou lontek du Croific , petit poiffon fax utile, forte de petit fcare. M. Desforges-Maillard dit que ce poilfon 11’a pas plus de quatre pouces de longueur fur huit lignes de largeur verticale ; qu’on en pêche beaucoup au Croific avec de petits haims qu’on attache au nombre de quatre ou cinq à une ligne déliée qui répond à une gaule légère : on les reçoit dans un lac de toile qu’on attache au bout d’une perche. On peut les conferver vivans hors de l’eau pendant quatre jours au moins ; & quand on les a vui-dés, ils donnent encore des lignes de vie au bout de douze heures. On n’en mange point, parce qu’ils font trop remplis d’arêtes > mais on en fait de bons coulis.
- 202. Du tambourinaire de Toulon, qui confine au fcare brun. M. Barry m’écrit qu’on nomme à Toulon tambourinaire, un très-petit poilfon , dont la couleur eft châtain tirant au rouge, qui a autour* du corps plulieurs raies brunes. G’eft un très-mauvais poilfon , auquel on a donné ce nom parce quç les pêcheurs ont imaginé trouver de la relfemblance entre les couleurs de ce poilfon, & le vêtement de ceux qui vont jouer du tambourin dans les foires, & qu’on nomme tambourinaires. Ce poilfon a quelque relfemblance avec le fcare ou rochau brun, pl. IV >figJ 2.
- 20}. Des pefquits de Biarritz , forte de petits fcares. M. le prélident de Borda me marque que les enfans de Biarritz pêchent à la ligne & dans les rochers deux efpeces de petits poilfons qu’ils nomment pefquits; ceux d’une'de ces efpeces ont environ trois pouces de longueur ; leur corps eft de couleur de fouci & de brun, par bandes alternatives dirigées fuivant la longueur du corps. Ceux de l’autre efpece font, pour la forme, fèmblables aux précédons ; mais ils ont à peu près lix pouces de longueur i l’aileron du dos & celui de derrière l’anus font de couleur verd-clair, avec des mouchetures brunes j la partie inférieure de la tête a des reflets verds, & d’autres rouge-pàle, .avec
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- des bandes mordorées ; la couleur du corps eft un mélange de verd & de brun ; les nageoires de la poitrine font couleur de fuccin , celles du ventre d’un bleu-clair ; l’aileron de la queue eft verdâtre , & les rayons mordorés. Les uns & les autres fe tiennent l’été dans les rochers , & s’en éloignent l’hiver. Leur chair eft infipide > il n’y a que le peuple qui en mange.
- 204. De la petite vieille de Biarritz. On prend encore entre les rochers qui bordent la côte entre Biarritz & Saint-Jean-de-Luz, un autre poilfon de même genre , qui eft entièrement verd : les pêcheurs de Bayonne le nomment vieille ; c’eft le verdonne de Salvian. On m’a alluré que les plus petites vieilles font nommées corla^o dans le Morbian, & qu’on les pêche avec le cafter.
- Article II.
- Des poiffons nommés dans differensports prêtre, preftra, moine, capelan.
- 20 f. Il n’y a point de port où l’on ne trouve un poiffon qu’on y nomme prêtre, prefira ou moine; mais , pour l’ordinaire, ils font fort diffé-rens les uns des autres : j’ai déjà eu occafton d’en parler précédemment, comme on peut le voir à la fin du huitième chapitre de la troifieme fedion, Je me bornerai ici à parler de quelques elpeces de la famille des fparus, 8c je remettrai à traiter ailleurs de ceux qui ont des ailerons fur le dos.
- 206. Du prêtre de Biarrit£. M. de Borda a reçu de Bayonne un petit poilfon du genre des tourdes : la plus grande partie de Ion corps était d’un beau jaune - citron, & il avait près les nageoires de la poitrine une grande tache d’un beau bleu-céleftej les nageoires & les ailerons étaient de la même couleur. On les nomme à Biarritz prêtres ou capone. Dans un mémoire de Ragufe , on donne comme fynonyme de caponi, galli marini , & ils font nommés à Antibes capoue. Je foupçonne que c’eft de ce nom que dérive le terme de caponi; mais dans un mémoire de Venife, il eft dit que le capo, capou , caponi, eft ce qu’011 appelle rouget, & doit être renvoyé au genre des mullus, ce qui ne me paraît pas probable. Ils ont au fond de la gueule trois oflelets triangulaires, chargés d’alpérités, un à la mâchoire d’en-bas, les deux autres à celle d’en-haut.-
- 207. Du prêtre ou fpret de Calais. Le prêtre ou [prêt de Calais , pl. IV*,fig. 8, eft un fort petit poilfon de deux pouces de longueur, qu’on nomme blanquet en Normandie, parce qu’il eft blanc. Il y a apparence, vu la proximité qu’il y a entre Calais & l’Angleterre , que fpret eft le mot anglois fprat défiguré. Anderfon penfe que le fpret eft un petit hareng ou une elpece de fardine. On donne fur les côtes le nom de prêtre ou preffra , ou de moine , à quantité d’autres poilfons très - diiférens. Je rapports ceux - ci, parce qu’ils
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- ont le caradere des fparus, & quelques rapports avec les fcares. Il y aurait de quoi faire un volume entier, fi l’on détaillait ce qui regarde les petits poiffons qui font en grand nombre au bord de la mer.
- Article III.
- Des tourdes , turdus, turdo.
- 208. On trouve dans les auteurs des indications de plufieurs poiffons qu’ils ont compris fous la dénomination générique de tourdes : Rondelet en fait mention d’une douzaine; Belon en indique plufîeurs différens de ceux de Rondelet. La plupart de ces poiffons font peu comprimés fur les côtés, & la forme de leur corps approche affez fouvent de celle des harengs : ils n’ont pas la tête fort groffe ; leur mufeau eft plus ou moins pointu, leur gueule affez petite; ils ont un grand aileron fur le dos, dont une partie des rayons font durs & piquans, & les autres flexibles ; un aileron moins grand derrière l’anus, qui s’étend prefque jufqu’à l’origine de celui de la queue, lequel eft fouvent coupé quarrément; une nageoire derrière chaque ouie , & deux fous le ventre ; la plupart ont des écailles de couleurs très-variées & fort brillantes. D’après tous ces cara&eres, ils doivent être placée avec les /parus ; mais comme ils ne font pas demi-plats, & que la plupart font affez petits , nous ne les avons pas compris dans le fécond & troilieme chapitre ; il convient mieux d’en dire un mot dans le quatrième, & nous en formerons, comme prefque tous les auteurs, une famille particulière fous le nom de tourdes, turdus. Il eft bon de prévenir qu’011 11e diftingue la plus grande partie des poiffons de cette famille, que par des noms de fantaifîe que les pêcheurs leur ont donnés à l’occafion de quelques caracfteres qui les ont frappés, & qui leur ont paru avoir du rapport avec des animaux d’autre genre, principalement des oifeaux, tels que grive , merle, paon, perroquet de mer, &c. Je ne parlerai ici que de quelques-uns.
- 209. Du cor, ou durdo corbeau. On donne en Languedoc ces différens noms à un poiffon de mer à écailles, [qui a quelque reffemb^nce avec la daurade ou le nigroil ; il a quelquefois plus d’un pied & demi de longueur, ainli il n’appartient pas exaélement au genre des tourdes ; & fi je l’ai compris ici, c’eft à caufe de la çomparaifon qu’on en a faite avec un oifeau. Son dos eft plus voûté que celui du nigroil & de la plupart des poiffons de la famille des /parus. Sa tête, au fortir de l’eau, eft de couleur changeante noire, avec quelques reflets d’or ; fes écailles font grandes & larges tirant au noir ; fes yeux font grands, les nageoires de derrière les ouies font grandes & larges ; celles de deffous le ventre le font encore plus ; elles font noirçs.. Le grand aileron du dos eft fort large & çompofé de forts rayons;
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- il paraît former deux ailerons j mais en y prêtant attention , on voit que la membrane qui.joint le rayon eft continue: Paileron de derrière l’anu» eft petit, mais formé de rayons longs, forts & piquans. Ces poiffons vont par troupe , & hantent les bords de la mer ; c’eft pourquoi on les prend avec le boulier. Les grands ne font pas un auffi bon manger que ceux de moyenne taille. On trouvera entre les poilfons de la Guadeloupe, une autre efpece de poilfon nommé colas ou corbeau.
- 2i o. Généralités fur Us poiffons quon nomme à Toulon tourdes. M. Barry m’écrit qu’entre ces poilfons qu’on nomme fouvent roquiers ou roquaux en Provence , il y en a principalement trois de couleurs différentes 5 favoir, de noirs, de bruns tachetés de roux ou de gris, & d’autres de verd. Il ajoute que les noirs qui ne quittent pas les rochers pourraient être appellés corbeaux de mer ; ce font les plus gros, car il y en a qui pefent jufqu’à cinq livres } on les appelle à Toulon tourdoureaux. Le brun tiqueté vit dans les fonds pierreuxj & à caufe des mouchetures, on les appelle grives, ou fuivant l’idiome provençal , tourdes ; le verd vit dans le goémon, & eft quelquefois appellé perroquet. Nous avons jugé que ces généralités étaient trop fu~ perficielles, ainfi nous allons entrer dans quelques détails. Mais quoique je ne me propofe pas de parler de toutes les efpeces de tourdes dont les auteurs ont fait mention, je crois devoir prévenir qu’Artédy nomme merle ou merlo, un poilfon faxatile dont les ailerons font épineux. Il dit que la couleur du merle eft violette, & celle de la femelle noirâtre.
- 211. De la grande grive ou petite vieille, peut-être auriole de Languedoc. Ce poilfon que les uns appellent grande grive, & d’autres petite vieille, ne devient jamais auftî gros que la vieille ou la carpe de mer dont j’ai parlé plus haut. Les plus gros n’ont pas un pied de longueur, & le plus fouvent beaucoup moins. Quand ce poilfon, pl. IV, fig. 9, eft en vie, il eft rouge pâle , prefque couleur de chair, parfemé de taches brunes, les unes plus foncées que les autres , avec des reflets verdâtres qui s’étendent fur tout le poilfon; la gueule eft petite, & pour fentir fes dents avec le doigt, il faut écarter les levres avec force. Une teinte verdâtre qui s’appercoit fur ce poilfon, a engagé quelques auteurs à le nommer tanche de mer ; mais je crois que ce nom ne lui convient pas auffi bien qu’aux courlalfeaux du Croific, dont nous avons parlé chapitre III. Ses yeux font petits , la prunelle eft d’un beau bleu quand le poilfon eft en vie ; quand il eft mort, mais encore frais, elle devient d’un verd d’émeraude ; l’iris eft jaune, le ventre blanc, chargé de taches de même couleur que celles du dos ; quelques-unes feulement font plus grandes & plus brunes ; 011 les a comparées aux taches qu’on voit fur le jabot des grives : l’aileron du dos eft chargé des mêmes taches j de plus on apperçoit au bord une teinte rouge.
- Tome XI.
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- 212. Les taches qui font fur l’ailpton du ventre, derrière l’anus, font d’un rouge orangé tirant au jaune ; la membrane des nageoires de derrière les ouies eft fort mince, & a une teinte rouge très-légere y l’aileron de la queue 11’eft pas échancré, & il a à peu près la même couleur que le ventre: il y a fur les côtés une raie latérale qui prend là nailfance derrière les ouies , à la hauteur des yeux ; elieTorme une courbe, & aboutit à l’aileron de la queue, partageant en cet endroit le corps du poiifon en deux parties égales. Les écailles font allez grandes, néanmoins on ne les diftingue aifément que quand le poiifon elf un peu delféché , parce qu’elles font, comme aux tanches , couvertes d’une mucofité qui empêche de les fentir & d’en diftinguer les bords. M. Barry dit qu’il y a à Toulon un poiifon qui reffemble fort à notre grande grive de mer, pL IV, fig. 9 , excepté qu’il eft plus grand, puifqu’il y en a qui pefent lix livres. Sa forme parait un peu plus alongée : il y en a de différentes couleurs, entr’autres, les uns font verds tiquetés de jaune, & d’autres jaunes tiquetés de verd. On le nomme fayre ; mais comme le nom de vieille 11’eft pas connu à Toulon, je foupçonnerais que se poiifon eft une efpece de vieille.
- 21Du perroquet de mer, turdus plîttacus. J’ai déjà prévenu que les poilîons dont 011 a lait une famille fous le nom de tour des, ont alfez ordinairement un cara&ere général que j’ai détaillé , & que, fuivant différentes particularités, les pêcheurs leur donnent des noms arbitraires ; de ce genre eft celui dont il s’agit, qu’ils ont nommé perroquet, principalement parce qu’il y a une teinte verte qui s’apperqoit en beaucoup d’endroits de fon corps , & même qui fubfifte quand le poiifon eft delféché ; l’aileron du dos, pi. IV > fig. i o, tire au verd ; le dos eft brun, le ventre eft jaunâtre j & depuis le derrière des ouies jufqu’à la queue, on apperçoit plufieurs traits verds allez régulièrement diftribués : il a de petites taches répandues fur tout fon corps. Il eft rare fur la côte de haute-Normandie. Ce poiifon a en général une forme alongée & conique depuis le derrière de la tète jufqu’à l’articulation de la queue y les rayons qui forment l’aileron du dos font de longueur inégale * il y a fur-tout un petit enfoncement à l’endroit où finiffent les rayons durs. & où commencent les flexibles ; les nageoires branchiales font un peu alon-gées ; & lorfqu’iî a la gueule ouverte, l’extrémité de la mâchoire fupérieure le releve un peu en-haut, ce qu’on a peut-être comparé affez mal-à-propos au bec d’un perroquet. J’ai déjà dit que ces dénominations qu’adoptent les pêcheurs, font fort arbitraires,. & fujettes à varier ; car M. Fou-geroux de Bondaroy m’a rapporté des côtes de Picardie un poiifon, fig. il,, .aifez différent de celui dont je viens de parler, & que les pêcheurs nomment pérot ou cato, & aufti perroquet de mer. Je l’ai fait defliner avec foin & il me. parait affez.femblable pour la forme à la cinquième efpece de tourdes
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- de Rondelet. Le profeffeur Afcanïus a repréfenté dans fon fécond cahier de l’Hiftoire naturelle du nord, pl. XIV, un poiffon de ce genre qui eft d’une grande beauté ; il le nomme roçe ou garoufie de mer. Je m’abftiendrai d’in-fifter fur les formes différentes des poiffons qu’on a nommés perroquets de mer fur différentes côtes.
- 214. Le poiffon qu’on nomme perroquet en Afrique, eft du genre des bourfes ; ainlî il 11e reffemble point aux poiffons du genre des tourdes. En Amérique o'n donne le nom de perroquet de mer a. un poiffon qui a du rapport à la carpe, dont les écailles font très - variées •& fort belles; là chair eft blanche, ferme & agréable au goût. M. Barry dit qu’on prend à Toulon un très-petit poiffon d’un verd-de-mer clair qui reffemble à la fig. 11 de la planche IF, & qu’on nomme faurd, comme 011 dirait fouilleur, parce qu’avec fon mufeau qui eft pointu, il fouille dans le fable. M. Porquet le cadet m’a écrit de Calais qu’on lui avait apporté un très-beau poiffon que quelques-uns nommoient perroquet. Il avait trois pouces de longueur ; fa tète était groffe, fa queue menue, le dos était d’un beau ver-de-mer, le ventre d’un verd pâle, les yeux rouges, les levres jaunâtres, les ailerons & nageoires d’un verd foncé. Je foupçonne que ce poiffon fe nomme à Bordeaux tejlard ou prêtre. M. de Borda dit qu’on lui avait apporté de Bayonne un poiffon totalement verd , que quelques-uns nommaient vieille. Je ne crois pas que ce foit le corlaffeau du Croific, qui effe&ivement eft verdâtre comme la tanche.
- 21 f. On appelle fur les côtes de Flandres, perroquet de met, un petit poiffon qui n’a que trois pouces de longueur ; fa tète eft groffe, fa queue eft menue , le dos eft d’un beau verd-de-mer, le ventre d’un beau verd pâle , les yeux rouges, les levres qui bordent la gueule font jaunâtres, les ailerons & les nageoires font d’un verd plus ou moins foncé. Ce poiffon que je n’ai pas vu, me parait confiner aux petits poiffons qu’on nomme gou-lards ou tejlards. Par ce que nous venons de dire, on voit qu’on a donné le nom de perroquet de mer à quantité de poiffons très-diiférens les uns des autres ; même dans l’Hiftoire des voyages, tome III, 011 donne ce nom à un poiffon qui a deux ailerons fur le dos.
- 216. Du paon de mer, turdus pavo. L’ESPECE de tourdes qu’on nomme paon , pi. IV,fig. 12, eft variée de bien des couleurs différentes : on apperqoit des teintes fort rouges fur les côtés , & du verd ou du bleu changeant comme le cou du paon , ce qui l’a fait nommer le paon de mer ; la gueule eft petite , la tête eft de la même couleur que le corps, étant toute émaillée de bleu, de rouge foncé, de cannelle , de jaune verdâtre ; les couleurs les plus obfcu-res font vers le dos: l’aileron de la queue n’eft pas fendu , & il s’étend comme un éventail, ce*qui fait que fon extrémité eft un peu arrondie; les
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- yeux font aifez grands, la prunelle eft d’un bleu foncé, l’iris eft jaune1 doré. Les petites nageoires de delfous la gorge font d’un bleu pâle avec des mouchetures couleur de cannelle ; il y a de- ces taches répandues fur tout le corps, & même çà & là fur les ailerons.
- 217. M. Barry dit qu’il y a à Toulon un petit rochau qui fe trouve aifez foavent dans les goémons, qu’on a nommé Lucran, & qui relfemble parfaitement à notre paon. Le profeifeur Afcanius a repréfenté dans fou fécond cahier de l’Hiftoire naturelle du nord , pl. XII, un poilfon d’une beauté admirable , qu’il nomme paon rouge. Il ne faut pas être furpris s’il y a quantité de petits poilfons que les pêcheurs nomment^on , perroquet, &c. Auffi-tôt qu’ils prennent des poilfons qui ont de belles couleurs, ils leur donnent ces noms, ou ils les mettent au nombre des demoifelles , dont nous parlerons dans la fuite. Selon Artédy, Von-Linné, Gronovius, &c. les paons , les aurioles , les tourdes, &c. font des labrus. Le doéteur Afcanius va jufqu’à les regarder comme de fimples variétés de ion labrus-bergylta, croyant apper-cevoir dans la forme du mufeau de ces poilTons quelque ehofe qui a du rapport avec un grouin de porc : en expliquant le terme de bergilta , il fa it allulion à l’expreflion danoife berg-ilte, qui lignifie tête de verrat.
- 218. De La canadelle qui a quelque rejjemblance avec Le canus , 6* que quelques-uns ont mis au nombre des tourdes. Je favais bien qu’il y avait en Provence un poilfon connu fous le nom de canadelle, je l’avais delfiné & décrit fur les lieux : néanmoins appréhendant de me tromper, j’ai envoyé ma defcription à Toulon, priant M. Garnier d’en conftater l’exactitude : comme il l’a approuvée, je vais la donner telle que je la trouve dans mes mémoires. On appelle canadelle en Provence , un petit poilfon qui n’a guere que quatre pouces ou quatre pouces & demi de longueur totale A B , pl. IV9fig. 13 ; la largeur verticale du poilfon à l’à-plomb de G G, eft de treize à quatorze lignes.
- 219. Du bout du mufeau au derrière des opercules des ouies, il y a environ douze lignes j au centre des yeux, fix lignes ; il y a derrière chaque ouie une nageoire E, aifez large eu égard à la grolfeur du poison; & fous le ventre , plus près de l’anus que du mufeau, deux autres nageoires G, plus petites que celles des ouies. L’anus L eft à peu près à la moitié de la longueur totale du poilfon.
- 220. Presque immédiatement derrière, il y a fous le ventre un aileron LH, qui s’étend jufqu’à une petite diftance de l’aileron de la queue ; fa longueur à l’attache au corps eft d’environ un pouce, & les nervures de cet aileron, fur-tout du côté L, fe terminent en pointej l’aileron de la queue n’eft point fourchu, il eft coupé prefque quarrément, il a huit à neuf lignes de longueur ; fa couleur tire au blanc. Il y a fur le dos un grand aileron G D K
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- d’environ deux pouces d’étendue à fon attache au corps ; les rayons du côté de C font piquans ou pointus jufques vers D j les autres jufqu’à K font ra-meux & flexibles. Les écailles font brunes vers le dos j cette couleur s’éclaircit fur les côtés, & elles font blanches fous le ventre ; il y a qà & là des taches brunes & diftribuées irrégulièrement, & de chaque côté une raie qui s’étend depuis le derrière des ouies jufqu’à l’origine de l’aileron de la queue. C’eft un mauvais petit poilfon rempli d’arètes, dont néanmoins le peuple fait uftige.
- 221. On le prend dans les étangs avec des.nafles : on voit qu’à la grandeur près il a allez de rapport avec le [argua; néanmoins il eft proportionnellement moins large ; car la longueur du farguet eft environ trois fois la largeur, au lieu qu’il faut quatre fois la largeur de la canadelle, pour faire fa longueur j de plus, l’aileron de la queue du farguet eft fourchu, & celui de la canadelle eft coupé quarrément : Belon dit qu’il y en a de différentes couleurs. M. Barry a approuvé ma defcription, & même la figure, excepté qu’il trouve la tète trop groffe, & que le rnufeau ne fe termine pas allez en pointe : il ajoute qu’il y a des canadelles grifes & d’autres vertes.
- 222. Du goujon de mer. A l’occafion des petits poiflhns dont je viens de parler, il ne fera pas hors de propos de dire qu’on pèche à l’embouchure de la Charente, où l’eau eft toujours faumâtre, des goujons qui ne different de ceux qu’on prend au haut de cette riviere où l’eau eft toujours douce, que par la couleur des ailerons & nageoires qui font beaucoup plus rouges aux goujons qu’on prend dans l’eau falée ou au moins faumâtre, qu’à ceux qui fe tiennent dans l’eau douce : la forme de ces deux poiffons étant la même, j’ai cru pouvoir me difpenfer de faire graver celui-ci, en renvoyant à la fécondé partie, fe&ion troifieme. M. Niou, fous-ingénieur de la marine à Ro-chefort, qui m’en a envoyé un, a approuvé la defcription qui fuit.
- 223. Il avait cinq pouces cinq lignes de longueur totale ; du rnufeau au derrière des ouies, un pouce une demi-ligne. L’aileron du dos commence à deux pouces fept lignes du bout du rnufeau j fon étendue à l’attache au corps eft d’un peu moins d’un pouce, & il eft formé à peu près de dix rayons à un pouce neuf lignes de la fin de l’aileron du dos, commence celui de la queue qui a un pouce de longueur. Les nageoires branchiales ont leurs articulations près du ventre ; elles ont onze lignes de longueur. L’articulation des. nageoires ventrales eft à deux pouces deux lignes du bout du rnufeau, & l’anus à un pouce de leur articulation.
- 224. Immédiatement derrière eft l’aileron du ventre, qui a huit lignes d’étendue à fon attache au corps ; le centre de l’œil eft à cinq pouces du bout du rnufeau ; dans cet efpace & à la partie fupérieure dé la tète, font les narines. La largeur verticale du poiffon, derrière les opercules des ouies,
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- eft de treize lignes ; à l’à-plomb des nageoires ventrales, d’un pouce fix lignes} à l’à-plomb de l’anus, de quatorze lignes 5 à la nailïance de l’aileron de la queue, de iix lignes. La courbure des raies latérales n’eft point parallèle à celle du dos : en confidérant le poiffon en différens fens , on apperqoit quelques bandes qui fuivent la longueur du corps.
- 22f. Le dos eft d’un gris un peu brun, qui néanmoins a des reflets argentés: ces couleurs s’éclairciffent en approchant du ventre, qui eft d’un beau blanc 5 on apperqoit du rouge vif fur les ailerons & nageoires. Ce poif-fon fait un alfez bon manger quand il a dix à douze pouces de longueur. Par ce que nous venons de dire, on voit que le goujon que nous venons de décrire eft fort différent du boulerot de Rondelet qu’il nomme aufti goujon de mer, & qui a deux ailerons fur le dos. M. Gouan eft anffi de ce fentiment ; & effectivement entre les auteurs qui ont parlé du goujon de mer, les uns veulent qu’il n’ait qu’un aileron, & d’autres deux. On prend ce poiffon dans les étangs falcs.
- Article IV.
- ' Des demoifelles ou don^elles a* julis , girella.
- 226. Dans prefque tous les ports où j’ai été, on m’a fait voir des poif-fons qu’on y nommait demoifelles, mais qui étaient très-différens les uns des autres. A Breft, à Saint-Nazaire & ailleurs, on donne ce nom à un poiffon qui a quelque rapport avec le requin, principalement par la forme du corps. Ailleurs, on appelle ainfi la petite vieille ou la groffe grive de mer, pi. IV, fig. 9 , lorfqu’elle a de belles couleurs ; Car on eft difpofé à nommer demoifelles tous les poiffons qui ont des couleurs éclatantes & variées ; c’eft pourquoi on met fouvent au nombre des demoifelles, les fcares ou les lourdes, lorfque leurs écailles font agréablement variées, quoiqu’ils foient de familles entièrement différentes. Je n’ai garde d’entreprendre de faire une énumération de tous les poiffons qui portent ce nom, même de ceux qui font de la famille àesjparus: je me bornerai à donner une notice abrégée de quelques-uns, ce qui fuf-fira pour faire voir que cette dénomination ne défigue point une elpece particulière de poiffon.
- 227. De la demoifelle de Cette. M. PoujET m’écrit qu’on donne à Cette le
- nom de demoifelle à un joli petit poiffon Couleur de rofe', qui lui paraît appartenir à la famille des uenia. {
- 228. De la demoifelle à Antibes. A Antibes, la demoifelle eft un petit poiffon qui n’eft guere plus long que le doigt, & àffez menti: fà tète eft petite, fon mufeau un peu pointu5 fes écailles font de divcrfes couleurs, le dos violet, les côtés bleus, le ventre blanc tirant un peu au jaune', les lignes latérales qui font dorées, ne font pas un trait uniforme, mais de petits zig-
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- fcags ; au refte l’aileron du dos eft très-long & formé en partie de rayons pi-quans, celui de derrière l’anus eft Toupie & moins étendu; l’aileron de la queue eft coupé quarrément: les nageoires font fituées derrière les ouies & fous la gorge comme aux tourdes : les yeux font petits & ronds. L’anus eft iitué à peu près au milieu de la longueur du corps ; l’aileron qui le fuit, s’étend jufques tout près de celui de la queue. On dit qu’ils courent après ceux: qui fe baignent, qu’ils les mordent; & comme ces poiifons vont en grande compagnie , ils les incommodent fort, fe raifemblant autour d’eux comme des guêpes. Rondelet dit qu’en fe baignant à Antibes , il en avait été aifailli & fort incommodé. Ceux qu’on pêche autour des rochers éloignés du rivage, font beaucoup meilleurs que ceux qu’on prend auprès de la côte.
- 229. De la demoifelle de Belon. Belon dit que la don^ella ou demoifelle eft la ilgurella de Gènes ou julis ; que ce petit poilfon a les plus belles couleurs de l’arc-en-ciel ; il eft menu, fa longueur eft au plus de quatre pou-cps. On apperçoit fur fon corps des lignes droites bleues, vertes, jaunes , rouges & noires. Les ailerons du dos & du ventre font de différentes couleurs ; lès yeux font petits, la prunelle noire, l’iris rouge ; fes dents font blanches, menues & crochues ; fes levres font épailfes ; fa chair eft délicate. On le prend communément avec les hameçons ; il eft folitaire. J’ai tant vu de petits poif-fons en Provence & en Languedoc, qui avaient des couleurs admirables, que je 11e puis me former une idée précife de la donzelle que décrit Belon.
- 230. De la demoifdle de Belle-Isle. M. de Montaudouin me marque qu’on nomme demoifelle auprès de Belle-Isle, un poilfon qui peut avoir au plus neuf à dix pouces de longueur totale ; que la tête eft terminée par une grande gueule ; la mâchoire inférieure plus courte que la fupérieure ; l’œil fort petit eft élevé fur la tète, & au-deifus il y a une éminence au crâne ; le corps eft fort large; un grand aileron épineux fur le dos, un moins grand fous le ventre derrière l’anus ; l’aileron de la queue fourchu ; une nageoire derrière l’opercule des ouies, deux moins grandes fous la gorge : là couleur eft
- ; brune. On m’écrit de Nantes que les écailles font rouge pâle: on le prend aux haims près des côtes, & aufli. au large : on le mange frais. Je ne vois que la couleur rouge qui ait pu lui faire donner le nom de demoifelle; s’il était de couleur brune, il me femble que ce poilfon aurait quelque relfemblance avec le tanado, ou le cantheno dont parle Rondelet ; car par la forme de fon corps, il approche du fparaillon.
- 231. Delà demoifelle de Toulon. M. Barry m’écrit que la girelle, ou don-%elU de Toulon , eft un petit poilfon dont le plus gros ne pefe pas quatre* onces; qu’il a le dos brun, une large raie dorée qui commence à' la pointe' du mnfèau , traverfe l’œil & fe prolonge jufqua la queue; le ventre eft blanchâtre, la gueule petite » & terminée par des dents très-fines & aiguës*
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- Elle fe tient dans le goémon, & fe nourrit d’infeCtes: c’eft un manger très-médiocre.
- 232. De la demoifelle, fuivant les voyageurs. On appelle demoifelle aux Indes Orientales, un petit poiflbn armé d’aiguillons , dont les écailles brillent de plufieurs belles couleurs, celle de la rofe, le bleu, le violet : rnalheureu-fement fa bonté ne répond pas à fa beauté, qui lui a fait donner le nom de demoifelle. J’ai prévenu que je 11e parlerais pas des demoifelles , qui ayant deux ailerons fur le dos , ne doivent pas être comprifes dans cette quatrième feCtion j mais 011 trouvera dans un chapitre particulier les poiifons qu’on-nomme demoifelles à la Guadeloupe.
- A R T I C L E V.
- Du pilote.
- 233. On nomme ainfi un poiflbn de mer,pi. FII9 fig. 1, qui a depuis fix jufqu’à dix & onze pouces de longueur A E : comme il fuit volontiers les vaif. féaux, & que fouvent on l’apperqoit vers l’avant, on a imaginé qu’il guidait leur route , & même qu’il les conduifait jufques dans le port. De cette idée, qui n’eft rien moins que vraifemblable, ou a jugé à propos de le nommer pilote ; mais ce nom lui convient mieux quand on conlidere fa manœuvre à l’égard du requin, ce qui paraît avoir été plus attentivement obfervé. Effectivement , on voit de ces poiifons qui nagent un pied & demi ou deux pieds au-deflus du mufeau des requins j quelquefois il s’en raifemble plufieurs autour d’un requin, & en ce cas il y en a toujours un qui occupe le porte que nous venons d’indiquer , & celui-là fuit exactement tous les mouvemens du requin. Si ce poiflbn vorace fe renverfe pour attraper fa proie, le pilote fait un écart i mais aufli-tôt que le requin a repris fa première fituation, le pilote reprend aufli fon porte j & bien des gens fe font fait un plaifir de confidérer la manœuvre réciproque de ces deux poiifons : mais les uns prétendent que c’eft le pilote qui guide le requin, & qui le détermine à faire ces différens mouvemens ; d’autres, au contraire, penfent que les mouvemens du pilote font une fuite de ceux du requin. Suivant moi, ce dernier fentiment doit prévaloir : effectivement, il eft fenfible que le requin n’a aucun avantage à efpérer du voifinage du pilote ; au lieu que ce petit poilfon trouve fon compte à accompagner le requin, qui dévorant tous les poiifons qu’il peut attraper, lailfe toujours échapper quelque chofe, dont le pilote fait fon profit : d’ailleurs ce petit poiflon 11’ayant aucune défenfe , peut fe trouver en fureté dans le voifinage d’un poiflon vorace qui effarouche ceux qui font tous leurs efforts pour l’éviter -, & par ce moyen le pilote eft fous là fauve-garde. Le pilote n’a ainfi à craindre que le requin, & il eft aflez vif pour
- l’éviter,
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- Sect. IV. Des poiffons du genre des /parus.
- f-éviter, s’il tentait de s’en faifir j ce qui eft jûftifié par la manœuvre que fuit le pilote , lorfque le: requin fe renverfe pour faifir quelque poiffon. Si l’on veut regarder ce que nous venons de dire comme.une conjecture , je crois que i’on conviendra qu’elle n’eft pas dénuée de vraifemblance.
- 234. Quelclues-uns ont cru trouver de la reffemblance entre la forme du corps du pilote & celle du maquereau ; mais cette comparaifon me parait fort éloignée : fa tête A B eft à peu près de la même groffèur que la partie du corps qui lui eft contiguë ; le mufeau eft un peu alongé ; fà gueule eft médiocrement grande 5 la mâchoire inférieure eft un peu plus longue que la fupérieure. Ce poiffon a un grand aileron L D fur le dos , un moins grand F G fous le ventre derrière l’anus 5 l’un& l’autre s’étendent prefque jufqu’à la naiffance de l’aileron de la queue E qui eft fourchu : il a une nageoire H derrière chaque ouie, & deux I fous le ventre ; ainfi il a tous les caractères des poiffons que nous comprenons dans cette quatrième fection : mais il eft rond, & il n’a point d’écailles -, fa peau eft comme formée par des bandes alternativement brunes K , & d’autres L tirant au blanc , comme s’il était entouré de rubans de ces différentes couleurs j les bandes blanches font un peu plus étroites vers le dos que fous le .ventre, où elles fe touchent prefque. Enfin 011 dit que ce poiffon fait un manger alfez agréable. A , pl. VII, fig. 2, eft l’œfophage coupé ; B l’eftomac ; C le pylore i D le commencement du boyau ouvert > E quatorze appendices vermiculaires qui aboutiffent au trou qu’on voit dans l’intérieur de l’intef-tin ; F la véficule du fiel ; G le canal coiidoque ; H les canaux hépatiques ; II les deux lobes du foie renverfés; LL,/g. 3 ,1a laite formant deux lobes qui fe joignent vers la, partie inférieure ou cloaque K par un feul mamelon ; MM la partie poftérieure du même lobe de la laite 5 fig. 4, N N, les vaiifeaux déférens qui finiifent vers l’extrémité, & dont l’un eft repréfenté ouvert, pour faire voir par où la femence paffe des véficules M dans le vaiifeau fpe r-matique N.
- Article VI.
- Du fucet ou remore. ; rémora.
- 2$5*. Le poiffon, pl. /, fig. 4, qu’on nomme ainfi., n’a guere que fix à fept & rarement dix pouces de longueur A B ; fon épaiffeur verticale eft .à peu près un fixieme de fa longueur j fa tète eft applatie ; fa gueule eft affez grande , la mâchoire de deffous eft plus longue que la fupérieure, l’extrémité en eft un peu relevée vers le haut ; les mâchoires font garnies d’une infinité de dents très-fines & très-ferrées 5 fes yeux C font petits, leur iris eft d’un jaune-brun -, il a fur le dos un aileron E D , qui commence environ vers la .moitié de fa longueur , & s’étend jùfques tout près de la naiffance de l’aileron de la queue B qui eft fourchu.; il.a fous le ventre un aileron F G qui
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- eft à peu près7femblable , pour l’étendue & la forme, a celui du dos j déplus,’ une nageoire arrondie H derrière chaque ouïe , & deux I fous] le ventre, qui fé terminent en pointe j'ainfi il a les caraéteres qui conviennent aux poiC-fous que nous comprenons dans la quatrième fe&ion : il eft brun tirant au hoir vers le dos , & blanc laie fôus le ventre. On dit que dans l’èau il eft entièrement enduit d’iine fubftance vifqueufe comme l’anguille; mais ce qui lecaradérife, eft une piece plate K, placée en partie fur la tète , & en partie fur le‘commencement du corps , au moyen de laquelle il s’attache à de gros poilfons ou à la caréné des vaifleaüx ; la‘face extérieure de cette efpece d’é-culfohLeft garnie de quinze ou dix-huit lamés'dentées par leurs bords ; ces lamesfpeuventà la volonté du poüTon, s’incliner vers la queue, fe couchant les unes fur les autres : d?où il réfulte que, fi on le tire par la queue, les lames fe redré’ffént, les -pointes entrent dans le corps où elles fe font attachées, •& elles forment une grande réfiftance : au contraire , fi on le tire par la tête , les lames fe couchent les unes fur les autres, les pointes fe détachent du corps où le poilîbn- tient, & il eft aifé dé l’enlever. Il réfulte de là que quand il s’eft attaché à un vaiifeau ou à un poilfon , plus le vaiifeau fille avec vîteife, plus le poilfon nage vite , & plus aufli le rémora tient au vaiifeau ou au 'poilfon. : ‘
- 236. On croyait anciennement'que quand-un rémora s’était attaché à la caréné d’un vaiifeau, il en diminuait confidérablement le fillage. Quelques-uns même ont porté l’exagération jufqu’à dire qu’il arrêtait un vaiifeau en 'pleine mer; mais c’eft une idée fi deftituée de vraifemblance , qu’elle ne mé-'ritc pas qu’on y fàlfe attention. (19) Quelquefois le rémora n’abandonne pas 'volontiers lepoilfon auquel il s’eft attaché ,puifqu’on a vu mettre à terre un re-'quin fur lequel était un rémora qui, quoique tiré de l’éau, ne l’avait pas quitté.
- 2,57. On prétend que ce poilfon fe nourrit des vifcofités qu’il trouve fur les corps auxquels il s’eft attaché : ce qui fait qu’on le nommey^c^; d’autres lui ont donné ce nom, parce qu’ils croyaient que fon adhérence aux dilférens corps fe fallait parmne fuecion, ce qui n’eft point du tout d’accord avec les obfervations que nous avons rapportées plus haut. Comme ce poilfon eft rare fur nos cotés,‘jé n?ên'ai ^point ouvert pour examiner ce qui fe trouvait dans fort eftomac :éiv;m’a alfuré qu’il 'était affezbonà manger. Ce que je viens dé dire du rémora , -eft très^diiférent de ce que rapportent Rondelet & 'Belon ; mais le deffin & la défeription ont été faits fur le poif. fon même.'
- (19) Cependant il eft très -naturel, & divers {coquillages qui s’y attachent, la rqxpérience le confirme,. qu,e quand le,goù- marche doit en être un peu retardée , parce vèrnail & la quille d'un vaiifeau font char- que fa furface inférieure ^deVbnue plus rangés de pMeurs de eesJ^biffons , ou de boteüfe,'-gliffé' rilüâ difficilehrén't fur l’eau.
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- 258»’ On voit àuflî dans les planches de l’Hiftoire générale des voyages ,•» qui font après la page 302 du tome III, la figure d’un rémora ou Tuceurî de la côte d’Afrique, qui ne reifemble nullement à celui que nous avons re-.' préfenté : mais après toutes les notions 'que j’ai acquifes fur ce fingulier poilfon, j’ai peine à me perfuader de l’exadlitude de cette figure. Au tome IV r1 il elt dit que depuis le Cap-Verd jufqu’à l’isle Saint-Thomas, on en trouve-qui ont jufqu’à trois pieds de longueur, & qu’ils fuivcnt en grand hombrep les vaitfèaux, pour fe nourrir de ce i qu’011 jette à la mer, même des,excré-! mens : néanmoins , quand on les a1 écorchés commet les anguilles- ,cla chair: * qui en a un peu le goût ,.n’eft pas défagréable. . :
- Article VII. - -
- Despoijjons dorés de la Chine,que quelques-uns.nommentdorades chinoifes. (2o) 1
- ' J r » I ; J .
- 2,39. Ce poilfon, que les Chinois nomment kinqü, s’efl tellement mul--tiplié en Europe dans les baffins , les réfervoirs , les viviers, même dans' quelques rivières, qu’il peut, en quelque-façon, être regardé comme naturel à notre climat, ce qui m’engage à en parler dans ce chapitre quatrième. 11 ett d’une beauté fi frappante, qu’à la Chine même 011 en éleve avec grand foin dans de petits étangs fort profonds, qu’on cohftruit à ce dedëinj & dans certaines provinces, on en fait un commerce avantageux; •-car les Chinois riches , qui fe plaifent à en faire une décoration dans leurs-maifons, les achètent quelquefois aifez cher. ^Indépendamment*de ceux qui ’ fe multiplient & s’élèvent d’eux-mêmes dans les ballins ou les viviers ,des jardins, on fe fait un plaifir d’en avoir dans des vafes de porcelaine ou de cryltal : en ce cas, il faut que ces vafes foient grands, fur-tout profonds. Dans le mois de mai, qui- elf la faifon du frai, fi l’on eft attentif- à ramaifer. avec un filet très-fin celui qui: flotte à la furface.de Peau pour :1e tranfportera dans un vafe plein-d’eau-qu’on expofe au foleil1,’on: a le .plaifir de voir*’ éclorrefles petits poilfons qui d’abord font hoirs : quand ils font parvenus à la groifeur du doigt, ils font d’un très-beau rouge avec des i reflets-d’or ou>
- (20) On nefeferait pas attendu à trou- à y réulfir,-quelques foins qu’on fé donne’ ver dans un traité delà nature de celui-ci pour cela; mais ils font ornés des plus belles un article fur les poilfons dorés de. la Chine * couleurs, & ce* mérite, le feulqu'on leur qu’on ne péçhe'point,& que lejluxe feul ,connai(Te , fepiblait leur afliirer une place a fait connaître, en Europe, de'mêmq que;, dans jaf^millej &e$fpary.s, qui nepeut,(que les finges & les perroquets. Loin dê cher-“ feJ'glorifier d’avoir fait une aiifli brillante cher à s’en nourrir, otTles Cbnférve pré- àcquifition. “ cieufement V encore a-t»on bien de. la peiné f
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- Î4;8 T R /tP T E' 1) E & P E C H E S.: Partie IL
- d’argent, & même nacré, qu’on apperqoit fur-tout quand on les expofeair foleil ; c’eft alors qu’ils font dans leur plus grande beauté : il y en a:qui de-> viennent gros comme de forts harengs, mais leurs couleurs ne font plus; auffi brillantes que celles des petits. Plufieurs prétendent que ces poilfons ne ' mangent point l’hiver ; d’autres penfent que, fous la glace ,. il fe nourriffent des infe&es qui s’attachent aux plantes aquatiques. Mais il eft certain que ceux qu’on éleve dans des vafes de cryftal, prennent peu d’alimens pendant l’hiver ; il fufïit prefque de les changer d’eau tous les fept à. huit, jours : mais dans cette opération, il ne faut pas ôter toute l’eau, & les laiffer à fec; la: plupart mourraient. Il faut .ôter l’eau peu à peu., & la remplacer par de nouvelle qu’on doit tenir dans un vafe pendant quelques heures, pour lui faire perdre fa crudité, avant de là donner aux poilfons j & quand on veut les changer de vafe, au lieu de les prendre à la main, i! eft mieux de fe fervir d’im petit filet dont les mailles foient affez ferrées pour que l’eau ne s’échappe que peu à peu, afin qu’il y refte de l’eau, jufcju’à ce qu’on les mette dans l’autre vafe. On prétend que ceux qu’on a touchés avec les doigts, ainfi que ceux qui reftent privés d’eau,, même fort peu de tems,, deviennent languiflàns , ce qu’on apperqoit à ce que leurs belles couleurs, s’éteignent peu à peu, & fe dilîipent entièrement quand.ils font morts i mais, j’en ai transporté à la. main d’un vafe dans un autre, fans qu’ils aient paru: en foulfrir. Quelques - uns font dorés, d’autres argentés, & fuivant des auteurs, ce font les femelles j mais d’autres prétendent que les marques dif-tindives des' femelles font d’avoir les nageoires plus petites que les mâles,, & des taches blanches auprès des ouies.
- 240. Assez fou vent, lorfque l’hiver eft palfé , on met dans les viviers les poilfons qu’on a pêchés en automne, & confervés l’hiver dans \ des vafes.. Mais fi l’on veut en conferver l’été dans des vafes, il faut leur donner de la nourriture5,ce fera une pâte faite avec de l’échaudé & du jaune d’œufs,, comme celle qu’on donne aux petits ferins qu’on éleve à la brochette : on. m’a alfuré qu’ils étaient fur-tout friands d’oublies , qui s’attendrilfant dans Feau, forment une mucofité qui: leur eft agréable. On dit auffi qu’ils fu-cent avec, plaifir la bave des limaqons i & en ayant eu pendant plufieurs. années dans un réfervoir de pierre de taille, j’ai remarqué qu’ils étaient prefque continuellement occupés à fucer le long des murailles, la vifcofité qui s’y attachait.
- 241. Ce que je viens de dire fur la faqon de nourrir ces poilfons dans des vafes de cryftal, eft fur le rapport d’autrui, n’en ayant pas élevé de cette faqon. Mais l’été , quand il fait chaud , ceux qui font dans des baliins courent avec emprelfement après les appâts qu’on leur préfente , & même, ils s’apprivoifent aflez pour reconnaître ceux qui ont. coutume de leur en.
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- apporter. Il eft bon, quand on conferve ces poiffons dans des vafes, de mettre au fond un peu de iable fin, & un pot renverfé, percé de trous affez grands pour que les poiffons y puiffent paffer & s’y réfugier dans certaines circonftanees, comme le font dans les trous de rocher, les poiffons làxatiles. Ces poilfons multiplient prodigieufement à la Chine, & même en Europe dans nos viviers3 néanmoins ils font fort délicats : pour peu, Gomme je l’ai dit, qu’ils relient hors de l’eau, ils meurent, ou au moins fouffrent confidérablement.
- 242. Nous avons prévenu qu’il n’y a pas autant de danger qu’on le prétend, de les toucher avec les doigts. Le P. du Halde dit avoir obfervé qu’il en mourait toujours quelques - uns quand on tirait du canon, & auffi quand on faifait fondre du goudron. Il eft bien rare de les voir fe multiplier dans les vafes 3 je dis rare, car une perfonne de ma connaiflance m’a dit en avoir eu deux petits dans un vafe de cryftal, où il en confervait avec beaucoup de foin.
- 243. On prétend qu’à la Chine, ces poilfons varient beaucoup dans leur forme, ou au moins qu’il y a des poilfons dorés de bien des formes différentes : je n’oferais alfurer qu’il en foit de même en Europe 3 mais il eft certain que les poiffons que nous élevons dans nos viviers varient beaucoup dans leurs couleurs: outre que tous les jeunes font noirs , qu’il y en a de dorés & d’autres argentés, que les uns font d’un rouge beaucoup plus foncé que d’autres, on en voit qui font rayés de différentes couleurs, ou comme rubannés. Us bîanchiffent en vieilliffant.
- 244. J’en vais décrire un, pi. VII ,fig. 5*,. que j’ai fait deffiner fur un; poiffon qui, parle nombre, la polition, tant des ailerons qife des nageoires,, eft du genre des fparus. Us avait cinq pouces de longueur totale AB,.^.i ; la largeur verticale était de quinze lignes 3 le dos & le ventre formaient des courbes à peu près femblables, mais en fens contraire. Vers le tiers de la longueur du dos du côté de la tète, commençait le grand aileron.du dos : il était formé de quinze eu dix-huit rayons , dont un ou deux des premiers,, du- côté de la tête, étaient durs & piquans. L’anus était à peu près aux deux tiers de la longueur du poiffon du côté de la tète ; immédiatement derrière était l’aileron du^ventre, moins grand que celui du dos ; il était formé de fept rayons, dont le premier, du côté de l’anus, était dur & piquant j il y avait deux nageoires derrière les ouies, &. deux fous le ventre ; l’aileron de la queue était échancré en arc atfez ouvert 3 à l’égard des yeux ,, la prunelle était noire, l’iris d’une belle couleur d’or, la tête d?un rouge très - brillant ; la: gueule avait quelque reffemblance avec celle de la carpe,, mais elle était moins grande, & point accompagnée de barbillons j,il n’y avait point dé dents dans la gueule 3 les lignes latérales étaient prefque droitesles. écailles,
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- larges, & fouvent leur couleur paraît un rouge orangé qui couvre un fond doré ; mais, comme je P ai dit, la couleur de ces poiffons varie beaucoup. Le poiffon que nous venons de décrire a tous les caraéteres des [parus ; ce; qui m’a déterminé à en parler ici.
- 24 f. J’ai prévenu qu’à la Chine il y avait bien des poiffons dorés qui avaient des formes très-différentes les uns des autres : on obferve quelques-unes de ces variétés dans les poiffons que nous élevons dans les viviers. Mais comme j’ai fixé mon attention à ceux qui étaient de la famille des Jparus, je ne parlerai point de ces bigarrures, & je me bornerai à rapporter celles dont parle Edouard , d’après un grand nombre de poiffons dorés qui arrivaient de la Chine ou de l’islede Sainte-Hélene ; je me rcflrem-.* drai meme à parler de quatre , d’après Edouard.
- 2,46: Celui, pl.Vll\ fig. 6, qu’il dit avoir confervé vivant pendant vingt mois, avait environ quatre pouces & demi de longueur totale AB, & deux pouces de largeur verticale, à la place du grand ailerond du dos, il avait quatre petits appendices triangulaires, bruns, & d’inégale grandeur C,0,E,F; une nageoire oblongue & rougeâtre G derrière les opercules des ouies ; deux autres H un peu plus étroites fous le ventre , à peu près vers la moitié de la longueur du poiffon ; & leurs articulations étaient fi proches l’une de l’autre, qu’elles fe touchaient prefque. Aux deux tiers de la longueur du poiffon, en allant vers la queue, était l’anus avec deux autres nageoires K un peu plus grandes que celles H ; ces fix nageoires, ainfi que l’aileron de la ; queue., étaient d’un rouge clair; l’aileron de la queue B: était affez grand, fort échancré, & il avait un repli L feulement à la partie fupérieure ; les écailles étaient grandes & fermes ; les lignes latérales relevaient par les deux extrémités, & leur courbure était en feus contraire de celle du dos. La tète était affez groffe proportionnellement à la taille du poiffon, d’un rouge vif; la mâchoire fupérieure était un peu plus longue que l’inférieure ; le mufeau était obtus , la prunelle noire , & l’iris rouge, orangé ; le dos était d’un verd brun; cette couleur s’éclairciflàit fur les côtés, où elle devenait jaune couleur d’or. J’ai un peu infifté fur ce poiffon d’Edouard, parce qu’il ne s’écarte pas beaucoup des poiffons du genre des [parus ; mais je traiterai des autres très-fuperffciellement, 11e me propolant que de faire appercevoir qu’il y a bien des poiffons que les Chinois nomment dores ou dorades, qui different beaucoup entr’eux. Prévenu de cela, j’entre en matière.
- 247. Edouard dit que le plus gros poiflon qu?il eût vu entrer ceux qu’on apporte de la Chine, avait huit pouces de langueur fur trois pouces, de hauteur verticale à l’endroit le plus large de Ion corps-; il n’avait point d’aileron fur le dos, ainfi que n°. 6} ce qui s’obferve, dit-il, dans plu-
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- 'fleurs poîflons de eette famille. Il prétend que ,tous ces poiflons ont plu-fleurs points de reffemblance avec la carpe , & il incline à penfer qu’ils en font, des variétés : leurs narines , dit-il, font des de efpeces petits tuyaux. Prefque tous ceux qu’Edouard a examinés, avaient trois paires de nageoires fous le ventre, comme on le voit à la fig. 7. Toutes font arrondies à leur extrémité, mais de longueur inégale ; la polîtion de ces nageoires .varie aufii. Quelquefois elles font à des diftances égales depuis le défi fous de la gorge jufqu’à l’origine de l’aileron de la queue. A d’autres, fig. 7, la troilieme paire eft fort éloignée des deux autres : aux uns, l’aileron du dos aifez long , eft formé de nervures courtes, & qui forment un arrondifi fement; aux autres, fig. 7, les rayons du côté de la queue font moins larges que ceux qui font du côté de la tète ; d’autres ont, plus ou moins loin de la tête, un petit aileron dont les rayons font allez longs. La plupart ont l’aileron de la queue échancré : d’autres, fig. 17, ont cet aileron double '& feftonné par les bords.
- 248. On en voit dont le dos & fon aileron font bleus, le refte étant doré, & ces couleurs fe marient fur les côtés; fouvent la,queue eft d’un brun foncé. D’autres font dorés par-tout, & ont feulement une tache noire fur la joue: il y en a qui ont le dos & fon aileron, ainli que l’aileron de la queue, & les nageoires de deîfous le ventre, dorés, la partie au corps qui .forme le ventre étant argentée jufqu’à-une certaine hauteur ; or l’or s’allie ave#, l’argent, & l’on voit quelques taches noires fur les ailerons & les nageoires: .d’autres encore qui ont le ventre couleur d’argent, & tout le refte, -ainli que l’aileron de la queue & les nageoires, font de couleur brune; enfin on ob-ferve dans ces poilfons une variété infinie dans la diftribution des couleurs. Ce que nous venons de dire fuftit pour le faire appercevoir ; ainli nous n’in-fifterons. pas davantage fur ce point. (21)
- = ' - ='J-grstg- "T , i ,aarr=^üp=- . -------i —==
- C H A P I T R E V.
- De plufieurs poiffuns de la .famille desfparus, qu'on prend à la Guadeloupe.
- Remarques fur ce que nous avons dit dans les quatre chapitres précidens ; & introduction à ceux lqui fuivront pour compléter la qitatri eme fection.
- 249. La famille des /parus eft fi nombreufe, que quoique nous en ayons décrit un grand nombre d’efpeces dans les quatre chapitres qui font le corn-
- ' '(il) Ontrouve dans les .planches de - Ce font les feules que j’aie retranchées de
- l’original cinq jftgures de poilfons de laChiner eëfcte-dectio», m’étant borné 'à ralfembler deüxdefquellesnppréfentant rien d’intqref- toutes les autres dans leptplanches; au lieu ,* ne niéritàtënt pas d’être conférvéésr de'quinze qü’eflesen occupaient.
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- $fz T R A I T E1 DES PECHES. Partie IL
- mencement de la quatrième fedion, je n’y ai pas à beaucoup près compris ; tous les poilfons de cette famille qu’on trouve dans les auteurs j car j’ai cru ne devoir faire aucune mention des ceux dont je n’ai pu , ni par moi, ni par mes çorrefpondans, me procurer des connailfances certaines. Malgré cette omiflîon & les peines que je me fuis données pour mettre le plus d’ordre qu’il m’était poflîble dans les poilfons dont j’ai parlé, je crains, comme j’en ai déjà prévenu, qu’il ne me foit arrivé de donner au même poilion diffé-rens noms, ou d’avoir compris fous une pareille dénomination différentes ef-peces de poiifons : on n’en fera pas furpris quand on faura qu’une légère différence dans la couleur a fouvent déterminé les auteurs à multiplier les ef-' peces ; & l’incertitude qui régné dans la nomenclature adoptée dans les diifé-rens ports, augmente encore beaucoup plus l’embarras.
- 2fo. J’apperçois déjà que les quatre chapitres que je publie, ne comprennent pas tous les poilfons de la famille des /parus qu’il me fera pofiîbîe de connaître, & je prévois que je ferai obligé d’en ajouter plusieurs autres -, mais j’ai cru ne devoir pas différer la publication de ces quatre chapitres, dans l’elpérance que ceux à qui je les enverrai, voudront bien m’aider de leurs lumières , ou en me faifant connaître que j’ai attribué ditférens noms au même poifton,ou en m’indiquant les poilTons que j’aurai omis, lorfqu’ils mériteront une attention particulière ou, par leur forme, ou par leur utilité ; car, je ''le répété, je n’ai jamais eu l’intention de faire une ichthyologie complété. Il eft vrai que je me fuis écarté de ce plan général, en rapportant à la fin de la troifieme fecfion, plulîeurs poilfons de la famille du hareng, que J\l. Bar-'botteau, confeiller au confeil fupérieur de la Guadeloupe, & corrrelpondant de l’académie, m’avait envoyés. Je me trouve encore dans le même cas : cet obligeant & éclairé correfpondant m’ayant envoyé la defcription de plulîeurs poilfons de la Guadeloupe, & plulîeurs très - beaux delïîns que M. Charvet a eu la complaifance d’exécuter avec tout le foin polîîble, je me vois engagé à publier dans ce chapitre qui eft le cinquième, les defcriptions & les définis que M. Barbotteau m’a procurés, me renfermant aux poilfons qui font de la famille des [parus; & j’elfaierai de publier le plus tôt que je pourrai les chapitres qui doivent compléter cette quatrième fedion.
- Article premier.
- De Vouariac.
- . ?
- 2f i. Ce poilfon AB,/>/. III, fig. 6, eft de la famille des [parus;-8c à quelques égards, il relfemble au far de Toulon : néanmoins il n’eft pas aulfî large par rapport à fa longueur j fa tête eft un peu plus alongée, fes narines
- font
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- Sect. IV. Des poijfons du genre des /parus. ff*
- font doubles, fa gueule A eft bordée de groffes levres, & différé peu de celle du far i fes nageoires , fa langue , fon palais * font garnis d’aipérités entre lefquelles il y a des dents affez grandes ; fes yeux C different peu de ceux du fàr, la prunelle eft noire, l’iris eft jaunâtre, la membrane clignotante réfléchit différentes couleurs.
- 2,5*2. Il a fur le dos un grand aileron D EF qui s’étend depuis fa-plomb de l’extrémité de l’opercule des ouies, jufquî’à. quelques, pouces de la naif-fànce de l’aileron de la queue i la partie D E, du côté de la tète, jufqu’aux deux tiers de fà longueur, eft garnie de rayons fort piquans, à peu près au nombre d’onze;, à l’autre tiers EF, les rayons: font ram eux,Couples & beaucoup plus longs que ceux qui font piquans ; les uns: & les autres font liés par une membrane mince & rougeâtre. Cette defeription fait appercevoir que cet aileron reffemble plus à celui de notre vieille qu’au même aileron du fàr.
- 25*j. L’àileron GH de derrière l’anus,qui s’étend depuis cet endroit jufqu’à fà-plomb de l’extrémité de celui du dos j commence par quelques rayons fort durs, & ordinairement détachés ; les. autres font fouples & ra-meux; la membrane qui les unit a une teinte; jaune. Les nageoires bran-chiales IK, fe terminent en pointe; elles font longues, rayonnées, & ref-fèmblent beaucoup^ aux mêmes nageoires du far, ainfi que celles duventre LM, qui font formées à peu près de fix rayons rameux ; les unes & lès autres ont une teinte jaune : l’aileron de la queue B, eft fourchu & rouge; le corps, jufqu’à la naiflànce de cet aileron, ainfi que l’opercule des ouies & une partie de la tète, font couverts d’écaiiles de moyenne grandeur, fort adhérentes à la peau.
- 25*4. La. couleur générale de ce, poiflon eft grife avec des nuances jaunes , rouges & blanches ; outre les lignes latérales N O, qui fuivent la courbure du dos, on apperqoit plufieurs bandes de couleur orangée, qui ont la même forme. On le prend à la faine , à la uaffe & à la ligne. Son goût approche. beaucoup de celui du pagre.
- Article: IL
- Du vlvano franc, & de quelques-unes de fes vanités.
- 2ff. A finfpeflion du defïin . pi. V > fig. 1, on voit que le vivano eft du genre des /parus ; par la forme de. fon corps, ainfi que par fa couleur, il a de la reifemblance avec Perytkrinus de Rondelet. O11 le prend à la ligne dans des fonds qui ont plus de huit brades de profondeur ;,pour cela, cinq negres le mettent dans une:pirogue ; quand ils font rendus auc lieu de là pèche , deux
- Terne XI. A a a a
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- nagent; deux qui font vers l’arriéré > tiennent avec leur rame, lieu de gouvernail', & le cinquième jette a la mer une corde qui porte à fon extrémité plufieurs ; lignes fines garnies d’haims & amorcées de petits poiffons qu’on tire la plupart.'.'dès*coquillages. Le vivano. étant très-vorace, fe jette avec avidité fur ces appâts, & fouvent on trouve des haims qu’on a mis à la mer, garnis de pbiifons de différentes grandeurs.
- 276. Sa tète eft alongée ,'Tes ' mâchoires font garnies de dents aiguës > l’ouverture des narines eft ovale > les yeux font grands , la prunelle fort noire , l’iris: argenté; lorfque le poilfon >eft envie; mais cette couleur change peu après fa mort: les opercules des ouies font écailleux. L’aileron du dos efttformé de vingt-quatre ràyons épineux, joints par une membrane qui tire au jaune, fur-tout aux bords de l’aileron qui eft oppofé au corps ; les premiers rayons font plus courts & plus forts que les autres : à l’attache au corps, il y a quelques écailles qui s’élèvent fur l’aileron , principalement vis-à-vis les rayons. L’aileron de derrière l’anus eft petit ; les trois premiers rayons qui font détachés des autres font très-forts & piquans. La queue eft échancrée & couverte d’écailles à fon infertion au corps : à l’égard de la couleur de cet aileron, le rouge & le jaune y dominent, ainii que le noir à l’extrémité. Le corps du poilfon eft oblong, comprimé fur les côtés ; les écailles font de grandeur médiocre; le dos eft d’un rouge foncé,, il s’éclaircit en approchant du ventre , & le deifous de la tête eft prefque blanc ; les lignes latérales qui font une courbe parallèle au dos, font brillantes. Quand le poilfon fe deffeche , on apperçoit d’autres lignes longitudinales qui tirent au jaune ; elles font enduites d’une mucoftté qui fe corrompt aifé-ment, & répand une odeur défagréable.
- 1277. Leur chair eft blanche & de bon goût , quand le poilfon eft nouvellement pêché. Il y a de ces poiffons qui pefent jufqu’à trente livres. Outre ce vivano qu’on nomme franc, on en pêche plufieurs autres, en-tr’aütres un qu’on nomme mombah2., qui ne différé du précédent que parce que la tète eft plus arrondie, & que le .rouge eft plus foncé,; un autre qu’on nomme variolé, parce que fes écailles font variée s de différentes couleurs le vivano gris, dont les lignes latérales font jaunes; enfin le vivano à oreilles noires, qui a des taches noires à la naiffance des nageoires pedorales.
- Article IIL Du goret.
- 378. Le poilfon qu’on nomme goret, pi. V, fig. 2 , a aflèz de reffomblance pour la forme du corps avec le vivano 5 fes écailles font grandes &. fort, ad-
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- Sect. IV. Des foiffons àu genre des /parus. ïfjf
- herentes à la peau 3 {a tète eft fort bombée au - deflus des yeux, elle diminue beaucoup vers le mufeau qui fe termine en pointe. L’aileron du dos eft formé de rayons, les uns épineux, les autres flexibles 3 celui de derrière l’anus eft précédé d’un rayon dur & très-piquant ; les nageoires ventrales font auffi accompagnées d’un rayon très-piquant, & les branchiales font rayonnées. On en diftingue de deux efpeces i les uns qu’011 nomme barrés, pl. V, fig. 2, font de couleur grife mêlée de bleu, de blanc & de jaune 3 les autres qu’on nomme dorés, ont plufieurs teintes jaunes fur le corps. Les barrés fe diftinguent des dorés par quelques taches rouges très-vifiblesâur le dos, & à peine fenfibles à d’autres parties du corps 5 tandis qu’au goret barré, ces taches font d’un gris foncé, avec des raies bleu-célefte.
- 2 S 9- Les uns & les autres ont de grandes gueules bordées de levres épaif-fes, blanchâtres & charnues 5 leur langue, leur palais font d’un très-beau rouge écarlate 3 ce qui fait que quelques-uns les appellent gueules rouges. Les mâchoires font garnies de petites dents 3 leurs narines font doubles 3 les yeux font bleuâtres & bordés d’un jaune citron aux gorets barrés, & aux dorés d’une couleur d’or bordée de rouge 3 les nageoires de derrière les ouies font d’un blanc fale, celles de delfous la gorge font d’un gris jaunâtre, le ventre eft blanc, ainfl que l’aileron de derrière l’anus : on apperqoit fur l’aileron de la queue, du jaune, du bleu , du gris 3 & aux dorés , quelques traits jaunes. Leur chair eft blanche , mollaffe, & exige beaucoup d’aflaifonnement. Ces poilfons fe nourriffent de menuife , de varech 8c de limon. On les prend communément dans des nalfes ou avec des faines.
- Article IV.
- De la vieille de la Guadeloupe.
- 260. J’ai amplement parlé du poiffon qu’011 nomme vieille fur les côtes de Normandie & de Picardie 3 & à cette occafion j’ai annoncé que je traiterais dans le chapitre cinquième, de la vieille de la Guadeloupe, dont M. Bar-botteau m’a envoyé la defcription, avec un beau deiïin.
- 2,61. Le poiffon qu’on nomme vieille à la Guadeloupe , pl. V->fig. ? , eft du genre des /parus; il a un grand aileron CDE fur le dos, dont une partie des rayons G D font piquans, & les autres D E flexibles 3 un autre G derrière l’anus qui eft moins étendu, 8c dont les rayons, excepté un ou deux, font mous 3 il a une nageoire H derrière chaque ouie, & deux I fous le ventre 3 la couleur générale de ce-poiffon tire au biftre, elle eft chargée de mouchetures 8c de quelques taches, les unes noires, les autres jaunes.
- 262. Sa tête eft courte 8c épaiffe, le mufeau obtus, la gueule grande, * .......' ' A a a a ij
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- Srf T RAI T E' DES PECHES,. Partie IL
- les dents petites, la langue charnue, les narines (impies, les yeux de moyenne-grandeur , dont la prunelle eft noire, l’iris nacré ; les opercules des ouies en partie couverts de petites écailles. Les ailerons & les nageoires font de la même couleur que le corps, & pareillement couverts de mouchetures noires. L’aileron F B de la queue eft arrondi en forme de palette : quelques-uns de ces poiifons font fort grands, puifqu’il y en a qui ont jufqu’à cinq pieds de longueur.
- 26]. On en prend avec de forts haims amorcés de viande, avec le harpon , & quelquefois la fléché. La chair de ce poilfon eft imbue d’une huile qui fent très-mauvais : pour le manger frais, il faut le charger de beaucoup d’épices ; il eft meilleur falé, & pour cela il faut l’ouvrir en deux, comme on fait les cabillaux en Hollande, puis le preifer fortement, & le faire en partie fécher avant de le faler & de l’enfermer dans les barrils. Il y a entre les vieilles plufteurs variétés auxquelles on donne des noms particuliers, quoiqu’elles ne confident que dans la différente couleur des écailles.
- 264. Ces gros poiifons font entendre un petit mugiffement qui indique aux pécheurs le lieu où il faut les aller chercher, principalement dans les mois de janvier, février & mars. Quelques - uns oceafionnent des maladies éréfÿpélateufes très-fâcheufes, & on fe garde fur-tout de manger de ceux qui ont les dents noires. On affine que cette maladie étant devenue épidémique dans un détachement anglais , il en périt beaucoup. Les principaux fymp-tômes de cette maladie font de violentes tranchées, une respiration difficile, des mouvemens convulfifs dans tous les membres & des éruptions à la peau. Pour prévenir cet accident, on commence par débarraffer l’eftomac, en procurant au moyen de l’émétique des vomiffemens abondans ; enfuite on fait avaler de l’huile d’amandes douces, & on fait ufage de lavemens émolliens : quand les grands accidens font calmés, on donne de la thériaque j enfuite 011 raffermit les fibres de l’eftomac avec de la limonade ; il faut de plus ufer d’un grand régime, s’abftenir de liqueurs fortes, de ragoûts fort épicés, & faire ufage des alimens farineux & du laitage. Sans ces précautions, ceux qui ont mangé de ces poiifons mal - faifans, courent rifque de reffentir toute leur vie de violens picotemens dans la chair, de d’avoir la peau périodiquement bourfouftlée, & couverte de taches rouges éréfypélateufes. Si un chien fort affamé en mange , il eft attaqué des mêmes maladies que les hommes ; mais ceux qui n’ont pas faim, les refufent, & alors on évite de s’en nourrir.
- Article V.
- ... , . Du colas ou corbeau*
- 26 f. Il y a plufteurs poiifons qui font noirs ou d’un Bleu foncé, ou (Tautres couleurs très-rembrunjes 3 qu’on nomme pour cette raifon corbeaux ou
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- Sect. IV. Des poiffons du genre des /parus. /yy
- colas : mais je ne crois pas que ce foit cette raifon quit ait engagé à donner le nom de colas au poiffon,/?/. V^fig. 4, que nous allons décrire.
- 266. Il a quelquefois deux pieds de longueur & plus : fa plus grande largeur D eft à peu près le tiers de la longueur ; il eft un peu comprimé fur les côtés & oblong, ayant à peu près la forme des poiffons ronds. Sa gueule elt grande ; la mâchoire inférieure A n’eft pas aufîi grande qu’elle le parait à la figure première, parce qu’on en a forcé l’ouverture de la gueule ; cette mâchoire eft garnie d’un grand nombre de petites dents très-fines ; à la mâchoire d’en-haut B, les dents font en moindre quantité, mais beaucoup plus fortes & recourbées vers l’intérieur de la gueule ; les bords de la mâchoire fupé-rieure ont en avant quelques crocs très - forts auffi recourbés dedans. La langue eft épaiife & charnue ; les narines font limples & alongées, les yeux G font faillans, affez grands5 la prunelle eft noire, & l’iris nacré, les opercules des ouies couverts de quantité de fort petites écailles ; les lignes latérales font alfez près du dos, elles font accompagnées de plufieurs raies dont les plus élevées font blanches, & les plus baffes d’un jaune affez clair ; il y a entr’autres une bande large de couleur citrine. Les écailles font petites, elles font teintes de bleu , de gris & de noir, lür-tout vers le dos, avec quelques taches à peu près rondes, de couleur jaune.
- 267. Ces couleurs s’éclairciffent en approchant du ventre: l’aileron du dos DEF, qui eft unique, s’étend de preîque toute la longueur du poiffon ; il eft formé de rayons piquans depuis D jufqu’à E, & de rayons flexibles depuis E jufqu’à F ; les uns & les autres font unis par une membrane d’un jaune obfcur ou noirâtre. Les trois premiers rayons G de l’aileron de derrière l’anus, font durs & piquans; les autres H font flexibles, ils font d’un jaune orangé. Les nageoires de derrière les ouies L, font de grandeur médiocre , rayonnées 8c d’un jaune pâle ; celles du ventre M font plus petites & d’un blanc-fale : les unes 8c les autres font terminées en pointe. L’aileron de la queue IK eft affez grand, fourchu; il eft jaune & gris vers fou articulation, & noirâtre à fon extrémité. Ces poiffons vivent d’œufs de poiffon, d’infectes marins 8c de petits potifoqs. Ils font affez bons à manger ; & comme ils vont en troupe nombreufe ^ on les prend avec les faines.
- Article VL Du dos de bannette.
- 26%. Le poiffon qu’on nomme ainfî à la Guadeloupe, & que nous avons repréfenté pl. ^ ,fig- f , eftfaxatile ; il fe tient le jour entre les rochers, & la nuit il approche du rivage, où on le prend à la faine & avec des naffes :
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- fs8 TRAITE’ DES PECHES. Partie IL
- fa chair eft très-blanche, fucculente & de bon goût*, il fe nourrit do’ petits cruftacées, d’œufs de crabe & de frai de poiifon ; on dit qu’il fuce les madrépores , les lithophytes, 8c les autres productions de la mer.
- 269. Il y en a qui ont jufqu’à deux pieds de longueur ; le dos & le ventre étant courbés en fens contraire, le corps a la forme d’un œuf, dont le gros bout eft du côté de la tête, qui forme un arrondilfement en approchant du mufeau qui eft un peu pointu. Son corps eft comprimé fur les côtés, fes yeux font alfez grands , la prunelle eft noire, l’iris tire au jaune ; le def. fus des yeux eft gris noirâtre ; entre les yeux & les narines, il y a une petite tubérofité, comme une elpece de corne; l’opercule des ouies eft écaiL leux ; le grand aileron du dos eft formé de rayons épineux, fur-tout ceux du côté de la tète, qui font plus gros que ceux de la queue ; les rayons de l’aileron de derrière l’anus font moins durs.
- 270. L’aileron de la queue eft fourchu & flexible ; les nageoires de derrière les ouies ne font pas'fort grandes, & fe terminent en pointe; celles de deifous le ventre font encore plus petites.' La couleur du poiflfon du côté du dos eft gris noirâtre, avec des reflets jaunes : ces couleurs s eclairciflent en approchant du ventre qui eft d’un gris blanchâtre tacheté de jaune. Le mufeau eft dur & ofleux, la gueule petite & garnie de dents : on apper-çoit au-deflus du mufeau deux éminences ou tubérofités femblables à celles que nous avons dit qui étaient entre les yeux 8c les narines ; entre ces deux protubérances on découvre une gouttière jaune au milieu & rougeâtre fur les bords : on voit à la pl. V, fig. f , que que les raies latérales font un contour lîngulier en approchant des yeux.
- Article VII.
- Du porte-lancette.
- 271. Ce poiflon, pl. V, fig. 6, ayant le dos &,le ventre très-voutés, la forme de fon corps eft prefqu’ovale, 8c un peu approchante de celle des ef-peces de demoifelles repréfentées dans les planchesjfuivantes. On lui donne le nom de porte-lancette, parce qu’il a vers la queue & de chaque côté, une épine mobile A adhérente à une membrane ;F&* comme elle eft en forme de dard , on l’a comparée à la pointe d’une lancette. Les lignes latérales fer-pentent non-feulement du côté de la tête, comme au dos de bannette , mais encore dans toute leur longueur. La queue eft échancrée en arrondilfement, & cet aileron a une couleur de biftre, avec quelques reflets jaunes. Les rayons de l’aileron du dos, qui s’étend de prefque toute la longueur du poiflon font plus piquans du côté de la queue que vers la tête ; cet aileron eft noirâtre
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- Sect. IV. Des poifions du genre des Jparus. f f?
- dù côté qui tient au corps, & couleur de biftre au côté oppofé. L’aileron de derrierre l’anus qui effc noirâtre , eft formé de quelques rayons épineux , & d’un beaucoup plus grand nombre de flexibles. Les nageoires de derrière les ouies font brunes, celles de deflous la gorge font d’un brun plus foncé r les unes & les autres fe terminent en pointe. Sa gueule eft petite, & néanmoins garnie de dents aflez fortes & très-ferrées les unes contre les autres. Les yeux ne font pas grands, l’iris eft comme de l’or bruni, & la prunelle noire. La couleur générale de Ge poiflon eft de biftre qui s’éclaircit en approchant du ventre j les parties qui avoifinent les ouies. font violettes-& olivâtres. Il fournit un mets peu eftimé, car il répand une huile dont l’odeur eft encore plus infupportable que celle de la vieille de la Guadeloupe ; il a plus d?un pied de longueur. Il eft fort commun à la Guadeloupe : on le prend avec la faine & à la nafle. Il fe nourrit de frai de poift-fon „ d’algue-, & de petits cruftacées. On ne croit pas que fa chair foit fort faine.
- A R T I C L e VIIL De tacarauna du B refit x ou veuve coquette de V Amérique*
- 272. Le poilfon qu’Edouard nomme acarauna, & qui m’a été envoyé de la Guadeloupe fous le nom de veuve coquette, n’a aucune reflemblance avec Pacarne de Rondelet, non plus qu’avec les pagres j mais par la defcription que je vais donner de ce poiflon, pi. Vl^fig. 1, on appercevra qu’il eft de la famille des [parus ; car il eft applati fur les côtés, principalement vers la queue B. Sa gueule A eft petite , garnie de dents fines & aflez longues ; il eft comme emmufelé d’un anneau brun K ; l’ouverture des narines L eft près des yeux qui font ronds , leur prunelle eft noire, & l’iris rouge orangé. L’opercule des ouies eft formé de plufieurs plaques dures , & accompagné de deux forts aiguillons C.
- 272. Les nageoires branchiales F, à un poiflon de fix pouces & demi de largeur totale AB, ont environ quinze lignes. Ce poiflon a prés de quatre pouces de largeur vers la tête ; la gorge eft pensante & forme avec la poitrine comme le jabot des oifeaux ; le front fait un plan fort incliné 5 les nageoires pe&orales G font petites : l’aileron du dos D E commence immédiatement derrière la tète , & s’étend prefque jufqu’à l’origine de l’aileron de la queue : à. cet endroit les rayons font une fois longs que du côté de la tète. L’aileron de derrière l’anus HI, eft précédé de trois aiguillons, & fe termine comme celui du dos ; celui de la queue eft de médiocre grandeur , peu arrondi, & prefque coupé quarrément à fon extrémité. Les nageoires branchiales & la partie du corps qui eft du côté de la tète, fout d’un blanc plus ou moins
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- j*o T RAI T Er DES PECHES. Partie IL
- fale ; les nageoires pe (florales font brunes auprès de leur articulation ; l’aileron du dos eft blanchâtre du côté de la tete, & brun en approchant de la queue.: le corps du poilfon à cet endroit eft pourpre foncé, les écailles font dures, & avec la loupe on apperqoit des traits qui partent de la partie des écailles recouverte par les autres., & aboutirent, au bord de la partie apparente. Aux endroits où. le corps eft brun , on ne voit point de lignes latérales. Cette defcription prouve que ce poilfon eft de la famille des fparus, quoique la forme de ion corps, foit très-différente de la plupart de ceux qui la compofeut.
- Article IX.
- Des demoifelles de Ut Guadeloupe.
- 274. Voila encore deux poilfons qui ont des, formes bien différentes des autres, & qu’on nomme en Amérique demoifelles, parce que leur vêtement très-brillant, eft orné de bandes qui fetnblent des galons ou des rubans très - artiftement difpofés. C’eft M. Barbotteau qui m’en a envoyé la defcription avec, de très-beaux deffins que j’ai fait graver. Mais entre cinq efpeces de demoifelles qu’il m’a envoyées, je me contente d’en décrire deux ; ce qui fora fuftifant pour donner une idée de ces poilfons qui ne font pas de nos mers , d’autant que.ees, cinq eipeces fo reffomblent beaucoup par leur forme extérieure. La demoifelle d’Amérique, qu’on nomme onagre ou vebre, pl. VII> fig. 8 , a le corps bigarré de gris, de blanc & de noir; outre les raies courbes qui: font en quelque forte, lé fond de ion vêtement, le corps du poilfon eft entouré de trois ou quatre grandes bandes circulaires de couleur gris-de-fouris, qui ont de petits reflets; comme nacrés ; la tète eft petite & couverte d’écailles ; le mufoau A, qui eft tirant au noir, eft un peu recourbé vers le haut ; la gueule eft petite, les mâchoires font hérilfées de petites dents , les yeux I font alfez grands, vifs & bordés de cercles de différentes couleurs ; les narines font doubles & arrondies, les opercules des ouies font argentés. Les rayons de l’aileron du dos du côté de la tète font, durs & piquans ; ceux du côté de la queue font flexibles, menus & fort rapprochés les uns des autres ; du côté de l’attache au corps, ils font gris foncé, tirant au noir, & s’éclair-ciifent vers les extrémités.
- 27f. L’aileron de derrière l’anus, allez femblabîe à celui du dos,, eft formé de rayons fouples, excepté les trois premiers du côté de l’anus, qui font piquans. L’aileron de la queuequi n’eft pas fourchu,.eft traverfé: par des bandes plus ou moins brunes,.& à.foninfortion au. corps il a des; mouchetures très-fenfibles. Les nageoires font formées de rayons fouples ; celles de derrière les ouïes font blanchâtres, &. celles de deifous la. gorge tirent au noir. 276.
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- Sect. IV. Des poiffons du gèwe des fparuf,
- 276. La demoifelle nommée grifette, pl. VI, fîg. 2, tire Ton nom de la couleur dominante de fes écailles ; mais fou corps eft omé de quantité de bandes ou de rubans fort artiftement diiperfés ; en outre, il y a une bande noire qui entoure la tète, & qui pafle fur les yeux. O11 apperçoit de chaque côté, près la naiifance de l’aileron de la queue, une tache ronde , noire, & entourée d’un cercle blanc C. Sa tète, fes yeux L, fa gueule A, fes écailles, fes ouies, l’aileron DE du dos, celui HI de derrière l’anus , celui E de la queue, les nageoires de derrière les ouies F, & celles G de la poitrine, font, comme on l’apperçoit à la figure, aifez femblabiés à ces mêmes parties du çebre-> excepté que les teintes grifes font plus claires à la grifette, & que le noir dégénéré en olivâtre.
- Article X.
- Du poijfion raye ou à rubans de la Caroline ; en anglais, ribbatîd-fish.
- 277. Les poilfons galonnés dont je viens de parler, m’ont engagé à dire quelque chofe du poilfon rayé ou à rubans de la Caroline , dont 011 trouve la defcription dans Edouard , quoiqu’exadement parlant, il ne dût pas être compris dans la quatrième fedion, attendu qu’il paraît avoir deux ailerons fur le dos. Cet auteur dit que ce poilfon que nous avons repréfenté fur la pl. VII, fig. 9, n’a guere plus de fept pouces de longueur AB, & environ deux pouces & demi dans fa plus grande hauteur verticale C D : il a le delfous de fou corps fur un même plan ou tout droit, depuis le bout du mufeau jufques aifez près de la queue ; le dos au contraire forme un arc conlidérable : la mâchoire fupérieure A eft plus longue que l’autre E ; la gueule eft bien fendue ; elle ne paraît pas garnie de dents. Le dos très-voûté, comme nous l’avons dit, eft brun, garni d’un grand aileron C P : les côtés font très-applatis & d’une couleur moins foncée que le dos ; le ventre eft d’une couleur encore plus claire ; derrière les opercules des ouies eft une nageoire ovale F ; il y en a deux pareilles à la poitrine D G, & vers la moitié inférieure du ventre près de l’anus , un petit aileron qui eft à peu près de même forme & grandeur que les nageoires ; les mâchoires font bordées de levres : fur le nez eft une tache noire , oblongue, K , entre laquelle & les yeux on apperqoit de chaque côté une narine à peu près ronde. L’œil eft rond , la prunelle noire , l’iris orangé : une bande noire L M entoure toute la tête en paifant par-delfus les yeux, dont elle n’égale pas tout-à-fait le diamètre; vers le commencement du dos, s’élève une efpece de crête N O, qui a la forme de la larne d’une faux ; elle eft brune, haute d’environ trois pouces , large de huit lignes à fa bafe, & frangée fur fa longueur du côté du dos; auprès de cette crête*
- Tome XI. B b b b
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- ffea TRAITE' P E C H E S. Partie IL
- ©n apperqoit une bande N O , auffi large que la bafe de la crête, qui defcend obliquement fur les côtés, & fe prolonge jufqu’au bout de l’aileron de la queue, diminuant infenfiblement de largeur; elle eft noire, liférée de blanc. Entre la bande L M & celle NB, on voit une troifienne bande*qui pafle fur les articulations des nageoires branchiales, & aboutit aux nageoires GD de delfous la gorge. Ces nageoires font brunes, ainil que l’aileron de la queue qui eft à peu près ovale. (22)
- 278. Du poiffon lune. M. Lemoyne m’écrivit de Dieppe qu’on avait pris dans un parc à deux lieues de cette ville, un gros & très-beau poilfon qui avait été acheté par le pourvoyeur de la cour. Cet avis m’a mis à portée d’en faire la defcription fuivante. Il y en a un au cabinet du Jardin du roi., qui a trois pieds cinq pouces de longueur totale ; celle de celui dont il s’a-r git, était de deux pieds onze pouces, & la plus grande largeur verticale' de dix-fept pouces: fon épaifteur horifontale étant peu confidérable, on le peut regarder comme un poilfon demi-plat. Voici les dimenfions de quelques-unes de fes parties : du bout du mufeau au derrière des ouies , dix pouces-deux lignes ; du même endroit au centre de l’œil, quatre pouces huit lignes ; l’œil fort grand avait vingt-une lignes de diamètre. L’aileron du dos avait fept pouces fix lignes d’étendue ; la longueur des nageoires branchiales était de huit pouces; celles du ventre ,huit pouces deux lignes. Ses écailles étaient petites , minces, à peine fenlîbles à la vue ; elles font peu adhérentes à la peau qui eft blanchâtre, tirant au gris; elles font d’un rouge clair, & parfemées de taches blanches : mais au fortir de l’eau, l’or, l’argent , l’azur y brillent en différens endroits. La tête eft courte & arrondie d’un beau rouge, & en quelques endroits d’un jaune couleur d’or; les nageoires & les ailerons font d’un beau rouge, excepté celui de la queue qui eft’ prefque blanc; la gueule eft grande, fes dents prefqu’infenlibles. Il vit allez' long -tems hors de l’eau. La figure qui a été faite avec foin fur le poilfon même, fuppléera à la brièveté de cette defcription. Voye^pl. W,fig- S-
- 279. Du charax. Quelques-uns difent que ce poilfon qui eft de nos mers & excellent, doit être mis dans la famille des daurades; qu’il fe tient dans-des endroits pierreux & fàblonneux; que fa gueule eft grande, garnie de dents folidement alfujetties dans les mâchoires. J’ai cru le reconnaître entre-les poilfons qui confinent au denté;. mais je me fuis abftenu d’en parler, em voyant que Belon range le charax avec les grondins, & que Gefner qui dit
- (22) On trouve dans l’original: quel- dans le texte de cette feétion, & ajouté: ques additons & corrélions à cette fec- à la fin les trois qui en concernent de nou-tion quatrième, & aux deux précédentes, veaux, tels qpe le poiffon lune,1echarax-J’ai placé, chacune en fon lieu , celles qui & Vérin.. le rapportent à des poiffons dont il eft parlé
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- Sect. IV. Des ipoijfom du genre des fparus ' $6;
- que ce poiifon eft commun dans la mer Rouge, prétend que fes nageoires, ainfi que les ailerons & une grande partie du corps, font couleur d’or, avec feulement à la partie inférieure du corps des bandes violettes. Ces indications abrégées lie conviennent point au poiflon que je foupçonnais être le charax : ainfi je remets à parler de ce poiflbn, quand j’aurai pu me procurer des connailfances plus certaines.
- 280. Ve Perla. M. de la Courtaudiere m’a envoyé un petit poiflon que les Bafques nomment erla lorfqu’il eft petit, & bouchougna lorfqu’il a quinze à dix-huit pouces de longueur. Il me marque que ce petit poiifon a beaucoup de rapport avec le tablarigna dont j’ai donné la defcription ; mais comme l’erla qu’il m’a envoyé, m’eft parvenu très-bien conditionné, j’ai été à portée de reconnaître qu’il reflembîe beaucoup au farguet qui eft gravé fur la pl. f^tfig. 2, par la forme de fon corps & de fes nageoires ; l’un & l’autre ont une tache noire près l’aileron de la queue, & des bandes circulaires brunes qui s’étendent du dos vers le ventre : mais je crois que l’erla a de plus des marques noires de forme irrégulière entre l’extrémité des ouies & l’articulation des nageoires branchiales. Je ne me rappelle pas d’en avoir vu de pareilles au farguet. L’erla .eft un poiifon de mer , mais qui remonte volontiers dans les rivières.
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- CINQUIEME SECTION.
- D'une famille de poissons qu’on nomme zeus.(i)
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- INTRODUCTION.
- s.
- r. Ïl y a des poiflons qui ont les rayons de l’aileron du dos les uns piquans, les autres flexibles 3 nous en avons décrit un nombre dans la famille des fpctrus : mais il y en a dont les rayons durs font beaucoup plus longs que les flexibles, ou le contraire : les uns & les autres font féparés. par un intervalle plus ou moins confidérable, ce qui lailîe dans l’incertitude de favoir Ci ces poiflons ont fur le dos un feul aileron ou deux ; car il y en a qui, au premier coup-d’œil, paraiffent en former deux, quoique, iî on les examine avec attention, on voie qu’il n’y eu a qu’un, puifque la membrane qui unit les rayons eft continue dans toute la longueur de l’aileron, étant feulement fort étroite entre les rayons durs & les flexibles. J’en ai vu où la membrane en queftion ayant été déchirée par accident, il paraiflait y avoir deux ailerons fur le dos , quoiqu’il n’y en eût qu’un 3 car ayant examiné avec foin au fortir de l’eau quelques-uns de ces poift fons qui paraiflaient avoir deux ailerons, j’ai reconnu que la membrane était continue fans aucune interruption. Ces incertitudes m’ont déterminé à ne point comprendre ces poiflons avec, les fparus, dont le nombre eft déjà très-confidérable, & à en faire une famille particulière fous la dénomination générique de {eus. Je choilis cette dénomination, parce que la dorée que Rondelet nomme {eus, a l’aileron du dos difpofé comme nous venons de le dire, lailfant dans l’incertitude s’il y a un ou deux ailerons fur le dos : car je ne prétends pas que tous les poiflons compris dans cette feétion, n’aient qu’un aileron fur le dos 3 je compte y en comprendre qui ont incontef tablement deux ailerons , lorfqu’ils fe trouveront avoir les caraéleres principaux des 2eus, qui confiftent à avoir la tête linguliérement armée de pi-
- (1) Comme Fauteur ne fe propofe d’autre marque entr’eux, cette partie de fon tra-but dans cette cinquième feêtion que de vail appartient à l’ichtyologie plutôt qu’à donner la defcription de certains poiflons l’art des pêches, & par conféquent ne fau-que l’on pêche furies côtes de France, en rait me fournir matière à bien des remar-. les rangeant tous dans une même famille, à ques utiles. Je dois d’ailleurs fupprimer caufe de quelques refleniblances qu’on re- celles qui feraient de pure curioflté*
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- Sect. V. D'une famille de poijfons qu'on nomme zeus.
- quans, fur-tout au bord des opercules des ouies, & de grands yeux fort élevés fur la tête. Le leéteur étant prévenu de ce qui fait le cara&ere des zeus, j’entre en matière.
- = ---------------------------8===^===*.
- CHAPITRE PREMIER.
- De la dorée qu'on nomme anffi poule de mer , ou poiffon de Saint-
- Pierre. ( 2 )
- 2. C3 N donne bien des noms différens à ce poiffon , puifqu’outre ceux qui font au titre, on l’appelle à Antibes , en Efpagne & en Languedoc, gai ; à Bayonne, jau; en quelques endroits, coq de, mer. Je vois dans mes mémoires qu’on l’appelle quelquefois à Marfeille truette; au Cap-Breton, oville ou rofe ; Salvien le nomme faber. Je foupçonne que c’eft celui qu’on nomme arrouffeu à Biarritz ; mais il ne faut pas , comme on fait quelquefois , le confondre avec la daurade. Ces deux poiffons font très - différens l’un de l’autre 3 on s’en convaincra en comparant ce que nous avons dit de la daurade, fe&ion IV, avec la defcription que nous allons faire de la dorée.
- Article premier.
- Defcription de la dorée.
- 3. Ce poiffon eft demi-plat; il a, comme les fparus, une nageoire E derrière chaque ouie, deux longues & étroites F fous la gorge 3 011 penfe affez communément qu’il a deux ailerons fur le dosl, K&ff, L 9pl. I ,fig. 1 , & deux fous le ventre M , N & N, O. C’eft le fentiment de gouan : je l’ai cru de même, parce que la membrane qui unit ces rayons étant fort mince, fou-vent elle fe déchire en K & en N. Ayant cru appercevoir dans quelques-uns que ces membranes n’étaient point interrompues, mais feulement très-étroites en ces endroits, le grand aileron du dos m’a paru unique; & j’ai été confirmé dans ce fentiment par les obfervations de M. de Borda, qui ayant pris dès-précautions convenables fur des poiffons fortant de l’eau pour que ces membranes ne fuiTent point déchirées, s’eft affuré qu’elles étaient continues dep uis I
- (2) Le nom de dorce , qu’ on donne à peuple croit que ce fut un poiffon de cette ce poiffon, vient de la couleur de fes côtes 3 efpece que l’apôtre pêcha pour payer le tri-& celui d e poijfon de 'Sàint- Pierre, qu’il btitr, & que l’empreinte de fes doigts forma •reçoit à Rome,^ eff fondé fur ce que le , la tache qu’on yoit fur le eor^s de-dé.poiffon..
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- jufqu’à L, & depuis M jufqu’à O : ce-qui nous autorife à ailurer qu’il n’y a qu’un aileron fur le dos, & un moins grand derrière l’anus. Néanmoins, comme les apparences font contraires à ce fentiment, nous avons pris le parti de mettre ce poiifon au nombre des {eus, famille où il relie de l’incertitude fur le nombre des ailerons, & qui eft en quelque façon intermédiaire entre les poilfons qui ont deux ailerons & ceux qui n’en ont qu’un.
- 4. On alfure qu’il y a des dorées qui ont près d’un pied & demi de longueur i mais le poiifon que je décris, qui était d’une taille commune, avait un peu plus de quinze pouces de longueur totale A, B; fa largeur verticale à l’à-plomb de M, non compris les ailerons, était de cinq pouces & demi ; fon épaiifeur horifontale au dos, d’un pouce iix à huit lignes. Quand on le coniidere dans une pofition verticale , comme lorfqu’il nage, la forme de fon corps approche alfez d’un ovale qui s’appointit un peu par les deux extrémités de fon grand diamètre. En examinant ce poiifon , abftra&ion faite des ailerons, on voit qu’à pluiieurs égards il reifemble aifez à la daurade de nos côtes ; néanmoins c’eft fort mal-à-propos que dans pluiieurs de nos ports on l’appelle daurade : ainii nous allons faire appercevoir qu’il ne faut pas confondre ces deux efpeces de poilfons : la tète de la dorée eft beaucoup plus groife que celle de la daurade j fa longueur depuis le bout du mufeau ju£ ques derrière les ouies eft prefque de cinq pouces j la largeur verticale à l’à-plomb des yeux C, de quatre pouces : elle eft formée de pluiieurs cartilages durs & oifeux iinguliérement diipofés , qui étant feulement recouverts par une peau aifez mince, offrent une forme bizarre. Rondelet prétend qu’en examinant féparément tous les cartilages qui compofent cette tète, on y trouve la forme des outils d’unferrurier. Les yeux C, font grands, placés au haut de la tète 5 ils font prefque ronds ; le grand diamètre des foifes orbitaires eft d’environ dix lignes, & le petit diamètre de huit j la prunelle eft groife & d’un bleu foncé j l’iris eft nacré, avec quelques reflets tirant à for ; il eft entouré d’un anneau faillant, en partie formé par la membrane clignotante : comme la tète eft applatie, & que les yeux font placés fort haut, il s’enfuit qu’il y a fuir le crâne peu de diftance d’un œil à l’autre, & cet elpace eft occupé par un fillon.
- 5*. La gueule eft aifez grande, les deux mâchoires font à peu près de même longueur i à la pointe & au-deifous de la mâchoire inférieure, il y a un ou deux crochets aifez durs j les deux mâchoires font bordées de dents qui ne font bien fenfibles que quand les gencives fe font un peu deiféchées j la langue eft mobile & fe termine en pointe i pluiieurs parties de la tête, & particuliérement le bord des opercules des ouies, font garnies de pointes plus ou moins fenfibles.
- 6. Le grand aileron du dos eft unique, fî, comme nous croyons l’avoir apperçu, la membrane qui unit les rayons s’étend fans interruption del ju£
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- qu’à Lj néanmoins cet aileron peut être diftingué en deux parties, favoir I, K & K, L : la portion K eft formée par neuf ou dix rayons longs , gros, durs & piquans , qui parailfent pofés fur la membrane qui les unit. Cette membrane eft feftonnée., & entre les rayons durs qui font alfez écartés les uns des autres elle fe prolonge en forme de digitations molles P , beaucoup plus longues que les rayons durs, & fe terminent par des filets femblables à des crins de cheval,, & au moins une fois plus longs que les rayons durs. La fécondé partie K , L, que nous croyons être une continuation de la première I, K, s’étend jufques tout près de l’origine de l’aileron de la queue ; elle eft formée d’environ douze rayons alfez fermes, mais beaucoup moins que ceux de la partiel, K; la membrane qui les unit forme entr’eux des efpeces de feftons qui n’ont pas, comme à la portion I, K, les digitations & les filamens P. Sous le ventre derrière l’anus, à l’à-plomb de la partie K, L de l’aileron du dos, il y en a un M, N, O plus petit, mais alfez femblable à celui du dos : la portion M , N eft formée par quatre forts rayons $ le refte N, O peut être comparé à la portion K, L de l’aileron du dos. La membrane qui unit les rayons à l’une ou à l’autre portion 11e forme point les digitations ni les filets P, mais feulement des feftons tout le long du dos & du ventre, principalement à l’infertion des rayons piquans. Au corps du poiflbn il y a des éminences dures & courtes , alTez femblables à ces efpeces de clous qu’on apperqoit fur le corps de certaines raies qu’on nomme bouclées ; la plupart ont la pointe inclinée vers la queue, d’autres font droites ou inclinées vers la. tète ; ces olfelets font rangés des deux côtés par files parallèles, formant entr’elles un fillon dans lequel font implantés les rayons des ailerons , & dans lequel ces rayons fe couchent à la volonté du poilfon,.au point de ne plus paraître 5 de maniéré qu’on ne voit alors que les olfelets qui bordent le fillon. L’aileron de la queue B n’eft point échancré, il forme à fon extrémité un petit arron-dilfement comme une efpece d’éventail, & il eft compofé de rayons alfez forts, mais point piquans.
- 7. Il y a derrière chaque ouie une petite nagedire E , dont l’extrémité eft arrondie 3 leur articulation eft large , les rayons ne font pas durs : on voit fous la gorge deux autres nageoires F, dont les rayons font beaucoup plus longs & plus fermes qu’à celles de derrière les ouies.
- 8. Tout le corps eft couvert d’écailles fi petites, qu’il faut gratter avec F ongle pour les détacher. Quelques-uns fe font perfuadés que ce poilfon n’en avait point : effedivement leur peau relfemble alfez aux papilles nerveufes de la langue des animaux : le dos eft brun, tirant au rouge ; cette couleur s’éclaircit fur les côtés & encore plus fous le ventre. Au fortir de l’eau, on apperçoit fur toutes ces couleurs' des reflets bronzés tirant à l’or, avec des taches blanches diftribuées fans ordre 3 car il eft bon d’être'prévenu que les couleurs varient beaucoup dans les poiifons de cette efpece 5 mais en général elles font.
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- un bel effet au fortir de l’eau. Il y a de chaque côté une ligne latérale qui part de derrière les ouies, à la hauteur de l’œil en G, forme une courbure conlidé-rable, & fe rend en H, où elle divife la largeur du poiffon en deux: de chaque côté, entre cette raie & l’extrémité de la nageoire branchiale, on apperqoit une tache brune, plus ou moins apparente , qui fouvent eft entourée d’une zone plus claire que le refte du poiffon, ce qui l’a fait nommer poiffon de Saint-Pierre. Mais Vânon , Yigrefin , le fparaillon, & quantité d’autres poiffons ont des taches à peu près pareilles, n "'
- 9. Les dorées font des poiffons de haute-mer ; on n’en fait point de pèche expreffe ; on en prend fouvent de groffes à la pèche aux cordes , confondues avec les merlans. Quelques-uns fe prennent à la fouane , quand il s’en trouve à la furface de l’eau > on en trouve de moins groffes dans les parcs, ainfi que dans le filet de la dreige ou les folles : les groffes font devenues fort rares fur la côte de Normandie. Ce poiffon eft affez commun en Bretagne, depuis la pointe de Pennemarc jufqu’à la baie de Breft.
- 10. La dorée eft un excellent poiffon j fa chair fe leve par écailles , elle eft délicate & de bon goût ; de forte que dans les mois de janvier.,, février & mars , on la préféré aux turbots. Je ne me rappelle pas où j’ai vu qu’elle était encore meilleure quand on l’avait fait dégorger dans l’eau douce.
- 11. Il y en a qui ont imaginé que les appendices que la dorée a fur le dos , attiraient autour ,d’elle des petits poiffons qui les prenaient pour des vers, & que ces petits poiffons deviennent la proie des dorées. Au refte j’ai déjà prévenu qu’on donne ce nom à plufieurs poiffons fort diiférens de celui qui nous occupe. Par exemple, à l’entrée de la Loire , on nomme, dit-on ,
- /dorée un poiffon qui a le mufeau jaune & recourbé, ce qui ne convient pas à notre poule de mer. Le poiffon qu’on nomme pefce-pedra , à l’entrée du fleuve des Amazones, & que quelques-uns ont comparé à la dorée, eft, dit-011, excellent ; mais fuivant la notice qu’on en donne, il n’y a que cette cir-conftanee qui convienne à notre dorée.
- CHAPITRE IL
- Des dijfêreus poiffons de la famille des zeus, qiCon nomme fcorpionsde mer, fcorpeno, fcorpene, fcorpena, en quelques endroits de Provence fcorpeun, en Languedoc crapaud, diable de mer, ou rafcalfe , &c.
- 12. conféquence des raflons que j’ai rapportées dans le chapitre précédent , il refte quelqu’incertitude pour décider fi les poiffons dont nous
- allons
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- Sect.'V. Dune famille de poiffons qu'on nomme zeusi ^9
- allons parler, ont deux ailerons fur le dos, ou n’en ont qu’un feul ; car le grand aileron du dos eft en partie formé par des rayons durs & piquans, & en partie par des rayons rameux & fouples : de plus, ces deux parties font de grandeurs inégales, & plus ou moins diftindes l’une de l’autre, ce qui a engagé plufieurs auteurs à les regarder comme ayant deux ailerons, quoique la membrane qui unit les rayons, tant ceux qui font piquans que les fouples, foit certainement continue dans plulieurs elpeces. C’eft cette incertitude qui nous a engagés à mettre les poiifons dont nous allons parler au nombre des geus, qui, comme je l’ai dit, ont pour caradere général d’avoir les yeux grands, fort élevés fur la tète qui eft grolfe, plus ou moins hérilfée d’épines, & le dos tantôt garni d’un feul aileron qui, au premier afped, paraît en former deux, & d’autres fois en forme réellement deux très-diftincfts l’un de l’autre. Je vais commencer ce chapitre par des confidérations générales fur les poiifons de la famille des fcorpions, auxquels on a fouvent donné diffé* rens noms.
- Article premier.
- Confidérations générales fur les fcorpions de mer. ( 3 )
- 13. Je dois prévenir ici que, li l’on a appellé ces poiifons fcorpions de mer, ce n’eft point parce qu’ils aient aucune reifemblance avec le feorpion de terre ; mais probablement parce qu’étant fort épineux, on eft expofé à éprouver des piquures très-douloureufes quand on les touche. Il y a bien des variétés entre les poiifons qu’on nomme fcorpions, comme 011 en peut juger par l’infpedion tant des figures de la planche //, que de toutes celles qui font fur les fuivan-tes, auxquelles on peut ajouter beaucoup d’autres: car outre les différences qu’on apperçoit dans leur grolïeur & la forme de leur corps, il y en a beaucoup dans leur couleur j de plus, les uns font un allez bon manger, pendant que d’autres font méprifés : c’eft probablement ce qui a engagé à leur donner diiférens noms, comme rofeaffe, diable de met, crapaud, chaboiffeau, &c. & fouvent dans les diiférens ports on donne indiftindement. un de ces noms à un poiifon ou à un autre, & l’on peut ajouter au même poiifon. Il paraît par quelques-uns des mémoires que j’ai rapportés des côtes maritimes, qu’aux environs de Marfeille on nomme feorpeno ceux qui font noirs, & feorpene les rouges : ceux-ci fe pechent au large, & font eftimés beaucoup meilleurs que les noirs ou les bruns qui fe tiennent habituellement dans les endroits fangeux. On verra dans la fuite que cette diftindion a lieu à Toulon, pour les poiifons qu’on y nomme rajeaffe. Je me contenterai de parler de quels*
- ( % ) En allemand Pktçrmann,
- Tome XI. C C C C
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- 570 T RA 1 T E' DES PECHES. Partie IL
- ques variétés que j’ai rapportées des côtes maritimes ; prévenant que je me bornerai pour leur defcription, à des généralités telles qu’on peut les attendre d’un voyageur qui avait d’autres objets à remplir. Il y a apparence que les noms particuliers que les pêcheurs donnent aux différentes efpeces de fcor-pions, & qui occafionnent beaucoup d’incertitudes, ont été imaginés fur quelques fingularités qui les ont frappés : car fi-tôt qu’un poiffon leur parait avoir une figure hideufe, & fur-tout méchante, ils le nomment diable; fi d’autres ont une grande gueule & une peau dénuée d’écailles, fur-tout fi elle tire au jaune, avec des taches diftribuées çà & là, ils les appellent crapauds àe mer. Ces noms arbitraires ont été adoptés par des auteurs célébrés : Gefner, par exemple, nomme crape ou crapaud de mer le rana pifcatrix. On voit aufii que Willughby donne au rana pifcatrix le nom de diable de mer. On m’a envoyé de Morlaix & de la Guadeloupe différens poiffons fous la dénomination de diable ou de crapaud de mer. Il y a encore une efpece de raie ou d’ange , qu’on nomme dans l’Hiftoire des voyages, diable de mer; & je pourrais établir par les mémoires que j’ai rapportés de mes tournées fur les côtes maritimes , que l’on confond prefque toujours dans les différens ports lies dénominations de fcourpi, fcorpena, crabe, rafcafje , diable , crapaud de mer, &c. Néanmoins le nom de fcorpion eft affez généralement adopté, fur-tout par les auteurs ; je vais donc effayer de difliper la confufion qui exifte dans cette famille, & qui eft occafionnée par la multitude de noms qu’on a donnés à ces poiffons.
- 14. D'un fcorpion que fai rapporte des côtes maritimes. J’AI rapporté de Provence le deflin, pl.II,fig.G, d’un poiffon qu’on m’avait nommé fcorpion ou rafcajfe : c’eft tout ce que j’en puis dire, ne me rappellant pas en quel endroit il avait été pêché, & ne trouvant pas dans mes papiers la defcription que j’en avais faite fur les lieux , mais en joignant ce que je dirai dans la fuite, à l’infpe&ion de la figure qui eft: joliment exécutée, on reconnaîtra les cara&eres des poiffons qu’on nomme en Provence fcor-pions ou rafcajfes. Je ne dois pas oublier de prévenir qu’il ne faut pas confondre la rafcaffe dont il s’agit ici, qui eft un vrai poiffon, avec un crufi tacée du genre des ourfins, qu’on a auffi nommé rafcajfe, & dont j’aurai dans la fuite occafion de parler fort en détail.
- If. D'un autre fcopion de la Méditerranée. Voici , pL IIy fig. I & 2 , d’autres efpeces ou variétés de fcorpions que j’ai aulli rapportées de Provence. Leur tête eft groffe proportionnellement à leur corps , elle eft hériffée de quantité d’aiguillons, principalement au bord des opercules. Rondelet penfe que ces aiguillons font venimeux comme les dents de la vipere » ce que je ne crois pas , car on n’apperçoit point à l’attache de ces aiguillons le réfervoir du venin qui eft à la gencive des viperes > néanmoins ces piquures occafion-
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- Sect. V. Dune famille de poijfons qu'on nomme zens. fft
- nent de vives douleurs, fur-tout quand elles attaquent un tendon, une apo-névrofe, ou un gros rameau de nerfs. Les pécheurs, pour éviter ces accidens , iaifilfent ces poilfons par la queue ou par le milieu du corps avec le pouce & le doigt index. Malgré ces précautions, ils éprouvent quelquefois des piquu-res très - douloureufes : on prétend que le meilleur remede qu’on puilfe employer, eft d’ouvrir en deux un poiifon frais pêché, & de l’appliquer fur la piquure. Quand ces poilfons écartent les mâchoires, leur gueule eft (I grande qu’ils peuvent failir un poiifon prefqu’aufli gros qu’eux : leurs dent* iont courtes , mais fortes ; on apperqoit dans la gueule un petit appendice charnu qui forme, à ce qu’on croit, la langue, & vers le gofier des oflelets garnis de crochets qui favorifent la déglutition.
- 16. L’aileron de delfus le dos E, F, G, s’étend de prefque toute la longueur du poiifon 3 les neuf ou dix premiers rayons E, F, font durs, piquans & alfez éloignés les uns des autres, mais pas aufli longs que les rayons flexibles & rameux F, G, qui terminent cet aileron. Cette différente longueur des rayons fait croire que ces poilfons ont deux ailerons fur le dos j mais en examinant avec attention l’aileron à des poilfons qui venaient d’être tirés de l’eau, il nous a paru que la membrane qui unit les rayons mous, fe prolongeait dans toute la longueur de l’aileron fans interruption, ce qui établit que cet aileron eft unique : néanmoins je m’abftiendrai d’alfu-rer qu’il eruibit de même à toutes les variétés de cette efpece de poiifon. L’aileron H, derrière l’anus , était formé de rayons fouples & longs, excepté les premiers du côté de l’anus, qui étaient moins longs que les autres, mais gros , durs & très - piquans. L’aileron de la queue B n’eft point éçhan-cré 3 il eft formé par des rayons allez gros , mais point piquans. Les na*-geoires de derrière les ouies D, étaient larges 3 elles formaient un arrondif-fement, & couvraient une partie du corps de l’animal 3 celles de delfous le ventre K, L, n’étaient pas tout-à-fait aulîi grandes.
- 17. Nous avons déjà prévenu qu’on obferve beaucoup de variétés dans les couleurs des différens individus de cette famille. Néanmoins , alfez ordinairement, les uns tirent au roux & les autres au noir ou au brun foncé : leurs écailles font petites, minces , & li exa&ement appliquées les unes fur les autres, qu’011 eft tenté de croire qu’ils n’en ont point. Aulïï des auteurs ont prétendu que leur peau était comme celle de quelques e{pe-ces de ferpens. Ce poiifon eft plus rare dans la Méditerranée, & 011 le dit fort commun dans le Levant.
- 18. Celui, fig. 1, dont nous venons de parler, eft de ceux qui fe tiennent ordinairement dans la vafe au bord de l’eau 3 il y en a 9fig. 2, qu’on pêche au large, dont la couleur tire au rouge3 ceux-là font plus gros & beaucoup meilleurs que les autres qui font bruns tirant au noir. Les rouges
- C c c c ij
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- TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- font donc plus eftimés, cependant leur chair eft un peu coriace, il faut lès conferver plusieurs jours pour qu’elle foit mangeable ; cette raifon fait qu’elle eft plus agréable quand on apprête ces poiiTons à l’étuvé, que quand on les fait cuire fur le gril. Belon dit que dans le Levant on ne fait pas un bon repas où l’on ne ferve un fcorpion de mer i il refte à favoir fi c’eft le même poiifon que le nôtre.
- 19 Ces poilfons ont la vie très-dure, ils fubfiftent long-tems hors de l’eau, & ils donnent encore des lignes de vie après qu’on les a vuidés. Il y a furement bien des variétés dans les poilfons de cette efpece j aulîî outre les deux dont nous venons de parler, Klein en compte quatre, ce qui ne me furprend pas* car je crois qu’il y en a un beaucoup plus grand nombre : on en pourra prendre une idée par ceux que nous allons décrire.
- 20. Du fcorpion d'après Edouard. Nous avons repréfenté , pl.Il -,fig. 3 , lin poiifon qu’Edouard nomme fcorpion de mer : celui fig. 1 , relfemble alfez à ceux qu’on trouve dans Rondelet & dans Belon} & celui d’Edouard, fig- 3 , a les caradteres qui conviennent aux poilfons de cette famille ou aux %eus, ce qui m’engage à en abréger la defcription le plus qu’il me fera pof-fible. Sa gueule A eft grande, fes dents courtes ; fes yeux C, de médiocre grandeur, font fort élevés fur la tète ; les fofles orbitaires & olfeufes font bordées d’une membrane qui, en quelques endroits, a des pointes alfez dures > l’iris eft rouge j entre les yeux & le bout du mufeau eft l’ouverture des narines ; au - delfus de la tête, entre les yeux, font çà & là des productions faillantes alfez dures j les bords des opercules des ouies font terminés par des pointes fort piquantes, le corps de ce poiifon eft prefque rond j le ventre eft d’un blanc argenté, nuancé d’un peu de rouge > le dos eft brun-obfcur, porfemé de taches noires avec des efpeces de nuages d’un noir moins foncé j la teinte noirâtre fe prolonge fur le blanc du ventre par des digitations de forme irrégulière ; les lignes latérales font blanchâtres.
- 21. Edouard penfe qu’il a deux ailerons fur le dos. Je ne puis pas alfu-rer le contraire, n’ayant pas vu ce poiifon j mais entre plufieurs poilfons de même genre, que j’ai examinés , j’en ai trouvé quelques-uns où la membrane qui unit tant les rayons durs que ceux qui font mous, était d’une feule piece dans toute la longueur de l’aileron : je me crois donc autorifé a affiner que plufieurs de ces poilfons n’ont qu’un aileron fur le dos ; les rayons qui forment cet aileron font d’une couleur brune, leur extrémité excede la membrane qui les unit j cette membrane eft d’une couleur orangée : il y a derrière l’anus un petit aileron de même couleur, & dont les fayons 11e fontpoiht piquans : les nageoires de derrière les ouies, qui font allez larges , font de la même cquleur, & pareillement mouchetées de noir i celles de delfous la gorge font étroites frétant formées que par trois rayons.
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- Sect. V. Dune famille de poiffons qu'on nomme zeus. fji
- À l’infpedion de la figure, on voit que ce defiin a été fait fur un poiifon qui jetait fes œufs. Edouard dit qu’ils font fort rouges, & gros comme des grains de navette.
- 22. Du chaboijjeau du Conquête crapaud de mtr a Dieppe, Je trouve dans un mémoire que j’ai rapporté des côtes maritimes, un poiifon, pl. nommé au Conquet chaboijjeau. M. Fougeroux de Bondaroy m’a rapporté des côtes de haute-Normandie ce même poiifon confervé dans l’eau-de-vie ; on l’y connaît fous les noms de crapaud ou diable de mer. Ce poiifon m’a encore été envoyé de Dieppe par M. le Teftu, fousfeeS mêmes noms, quoiqu’il ne reifemble au crapaud de terre que par la grandeur de la gueule A, par la pofition de fes yeux & un peu par la peau de deifous le ventre. On dit que quand il eft effrayé, il gonfle fon corps comme le crapaud de terre j il reifemble encore moins au poiifon qu’on nomme rana pifeatrix , ou grenouille pêcheufe ; & effectivement, les dénominations de chaboijjeau ou de crapaud de mer, qui lui font données par les pêcheurs , ont été adoptées par plufieurs auteurs. Quoi qu’il en foit, ce poiifon eft de la famille des feorpions. A l’aide de la figure & de la defeription que j’ai faite, ayant le poiifon fous les yeux, j’efpere que ceux qui font au bord de la mer, reconnaîtrontc.epoif fon, quelque nom qu’on lui donne.
- 23. La longueur totale A, B, du poiifon jig. 4, était de quatre pouces
- neuf lignes ; fa plus grande largeur verticale , prife à l’à-plomb des articulations des nageoires branchiales D , un pouce quatre lignes. Ces dimenfions varient beaucoup , car à fà volonté il augmente confidérablementfa groifeur. Les opercules des ouies font compofées de plufieurs lames dont la forme eft irrégulière ; leur contour fait des angles rentrans & d’autres faillans qui fe terminent par des pointes ; la lame fupérieure eft beaucoup plus épineufe que le cartilage qu’elle recouvre ; la tète eft groife , fort large, applatie par-deifusj les yeux fort élevés fur la tête , fonttrès-rapprochés-l’un de l’autre, de forte qu’en cet endroit il n’y a entre les deux yeux qu’une efpece de gouttière qui 11’a que quelques lignes de largeur j & les éminences qui forment les bords de cette gouttière, fè terminent du côté du dos, chacune par une pointe aifez longue : outre • cela , il y a1 dej chaque côté entre l’œil & la nageoire latérale un fort aiguillon durj& tranfparent comme de la corne ÿ de plus, à côté de chaque nageoire branchiale D, il y a un rayon détaché des autres, qui eft dur & piquant: ceux qui fuivent, excédent par leur extrémité la membrane qui les unit ; mais ils ne font pas fort piquans : ces nageoires ont une forme ovale , elles font minces & chargées de mouchetures brunes 5 il y a Tous ia^gorge deux fort petites nageoires qu’onai’apper-qoit point dans la figure.
- 24. Il femble qu’il y ait1 deux aileronsTur lejdos,-parce^que les rayons
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- E F de la patrie du côté de la tète font plus forts & plus piquans que ceux F G de la partie qui eft du côté de la queue; cependant il n’y en a qu’un, puif-que la membrane qui unit les rayons, foit piquans, foit fouples , fe prolonge dans toute la longueur de l’aileron, fans interruption; elle eft chargée de mouchetures, ainfi que l’aileron K L de derrière l’anus , qui n’a que deux ou trois rayons de piquans ; l’aileron de la queue B eft figuré en palette ; au refte, il eft entièrement femblable à la partie molle F G de l’aileron du dos, & eft pareillement chargé de mouchetures. Les couleurs font fujettes à varier dans les différens individus ; néanmoins le dos eft ordinairement brun, ayant dans quelques-uns un œil verdâtre, dans d’autres tirant au jaune , avec quelques reflets pourpres ; aflez fouvent les côtés tirent au jaune, & le ventre au blanc, mais on remarque fur les côtés des bandes circulaires plus brunes que le refte, & approchant de la couleur des mouchetures qu’on voit fur les ailerons & les nageoires ; au refte, point d’écailles fenfibles ; le deffous de la mâchoire inférieure eft pointillé de-noir, ce qu’on ne peut appercevoir dans la figure. Ce poiifon vit de petits poiflons & de cruftacées : il a la chair molle, & fait un manger très-médiocre ; ceux néanmoins qui en veulent faire ufage, commencent par retrancher la partie la plus confidérable qui eft la tète, & à force d’aflaifonnement ils font du refte un mets paflable. Ce qus je viens de dire au fujet du poiifon qu’on nomme chaboijfeau au Conqüet, a été tiré des mémoires que j’ai raflemblés dans mes tournées ; mais les dénominations de diable & de crapaud, qu’il me paraiflait qu’on donnait auifi au chaboiifeau, me faifaient craindre d’avoir fait quelques confufions. Heu-reufement j’ai reçu de M. Celoron, commiifaire des claifes au Conquet, un mémoire fur ce poiifon, qui s’accorde aifez avec ce que je viens de dire. Voicifommairement ce que contient le mémoire de M. Celoron, qui a été à portée de voir beaucoup de ces poiflons. Il n’a point d’écailles ; fa couleur dominante eft verdâtre, chargée de taches brunes; le péritoine qui enveloppe les inteftins, femble être teint de verd-de-gris ; les ouies ne paraiflent point détachées comme à la plupart des poiflons ; mais M. Celoron a apperçu auprès & au-deflous des ouies, de petites ouvertures qu’il foupçonne pouvoir en tenir lieu ; il a fur les côtés 8c fur la tète de vigoureufes épines qui* quand on tire le poiffon hors de l’eau, fe couchent & ne paraiflent plus.
- zf. Ce poiifon étant très-fucculent, il eft difficile de le deflecher; &à mefure qu’il perd de fa fubftance, la forme de fon corps fe défigure beaucoup. En ouvrant, M. Celoron lui a trouvé dans le corps beaucoup de gros œufs. En général, on fait très-peu de cas du chaboiifeau, dont la chair eft molle & de mauvais goût ; mais en outre il y a peu de poiflons qui fe corrompent auffi promptement.
- 26. D'un autre crapaud de mer qu'on prend fur les^ççtes de haute-Normandie.
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- J’ai prévenu qu’on donnait dans les différens ports le nom de diable ou crapaud de mer à des poiffons qui fouvent n’ont entr’eux que de petites différences 5 pourvu qu’ils aient une figure hideufe, ce font des diables \ s’ils ont une grande gueule, on les nomme crapauds. Comme ces poiffons font affez communs aux environs de Dieppe, je vais joindre à la defcription que j’ai faite du poiffon , pi. Il, fig. 4 , celle d’un autre poiffon femblable , que j’ai reçu de M. le Teftu. Ce poiffon, dont on ne fait aucun cas , fe prend dans les parcs ou entre les rochers au bord de la mer j il a la tête groffe & plate, le regard fier & méchant, ce qui l’a fait appeller diable. Il gonfle tellement les membranes qui réunifient fes mâchoires, que dans certaines circonftances il fait paraître une gueule d’une grandeur énorme par com-paraifon à fa taille. La couleur de fon corps eft olivâtre avec quelques nuages un peu plus bruns, qui ne font fenfibles que quand le poiffon eft nouvellement tiré de l’eau ; les raies latérales font formées par de petits traits qui fe fuivent ; en paflant le doigt deffus, on fent qu’ils font un peu piquans, fur-tout vers la tête, car ils. font à peine fenfibles du côté de la queue i au for-tir de l’eau le ventre eft argenté avec des reflets de différentes couleurs i la .tête eft large & applatie en-deffus , le crâne eft fort dur, les mâchoires font garnies de dents fines & courtes, les yeux font grands, fort élevés fur la tète j la prunelle eft d’un beau noir , l’iris verdâtre : entre le mufeau & les yeux il y a deux petites cornes pointues, & deux autres de grandeur inégale entre les yeux & le bord des opercules , qui forment des angles faillans & piquans.
- 27. La partie de l’aileron du dos , qui eft du côté de la tête, eft formée par neuf ou dix rayons piquans 5 la partie du côté de la queue eft formée par quatorze rayons, plus longs que les piquans, fouples & fort rapprochés les uns des autres s l’aileron de derrière l’anus eft formé par dix rayons fouples.
- 28. L’aileron de la queue n’eft pas échancré, mais un peu arrondi comme les bâtons d’un éventail ; le plus long rayon était d’un pouce trois lignes ; les nageoires branchiales D, qui étaient arrondies , avaient un pouce huit à neuf lignes de longueur j celles de deffous la gorge K, L, étaient: moins grandes. Le poiffon que nous décrivons, avait fix pouces neuf lignes, de longueur A, B, & deux pouces quelques lignes de largeur verticale à l’à-plomb des articulations des nageoires K, L, de deffous la gorge ; les ailerons & les nageoires font marqués affez régulièrement par des taches couleur de marron. A la grandeur près , ce poiffon différé peu de celui fig. 1 „ dont nous allons parler.
- 29. Du diable ou crapaud de mer du Croijïc, qui paraît être le faillot de Torbay , fur les côtes d'Angleterre. Il n’y a point de port où il n’y ait un ou plufieurs poiffons qu’011 nomme diable de mer 1 ce qui n’eft pas furprenant *
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- puifque, comme je l’ai dit, les pêcheurs donnent ce nom à tous les poi£ fons qui ont une figure hideufe. On pêche au Croific un poiiïon , pi. III% fig. i , plus gros que le précédent, qui a une tète monftrueufe & prodigieusement armée d’aiguillons : j’en ai confervé un fec bien entier, que je vais décrire. M. le Teftu me marque que les pêcheurs de Dieppe difent en avoir pris à Torbay où ils vont quelquefois faire la pèche avec les folles ,& ils le nomment fadlot, ou, comme au Croific, diable de mer. M. le Teftu trouve beaucoup de reffemblance entre ce poiffon & le crapaud de mer , qu’on prend fur' les côtes dé haute-Normandie : néanmoins il me marque que les pêcheurs de fon département penfent que le laillot de Torbay & le diable •de Dieppe font deux efpeces différentes de poiffons. Quoi qu’il en foit,je vais décrire le poiifon fig. i, que je Crois avoir rapporté du Croific, & que je foupqonne être le laillot de Torbay. La longueur totale A B de celui que je décris, était de fept pouces quelques lignes ; là gueule était fort grande: quand les mâchoires font rapprochées, la fente qui s’étend depuis le bout du mufèau jufqu’à leur réunion , eft d’un pouce , ce qui ne fait que la moitié de f ouverture ontiWp de In gueul*».; la mâchoire fupérieure était un' peu plus courte que l’inferieure , à l’extrémité- de laquelle on apperqoit à quelques-uns de ces poiffons des barbillons très-courts ; les mâchoires tant inférieure que fupérieure font garnies de plufieurs rangées de dents courtes, très-pointues, & qui fe recourbent un peu vers l’intérieur de la gueule ; -elles font en outre bordées de levres épaiifes ; immédiatement au-deffus de la levre fupérieure eft une efpece de bourrelet de forme très-irréguliere, qui fe divife à Ion milieu en deux branches , dont chacune forme les bords d’une gouttière qui fe prolonge fur la tète entre les deux y eux,dont le centre eft à neuf lignes du bout de la mâchoire fupérieure; ces yeux font fi élevés fur la tète , que les bords des orbites qui font garnis de quelques aiguillons, font une éminence au bord de la gouttière dont nous avons parlé, &il n’y a fur le crâne que quelques lignes du bord d’un orbite à l’autre. Cet efpace 'qui eft entre les yeux, forme la gouttière qui s’étend prefque jufqu’à l’origine de l’aileron du dos; les bords de cette gouttière Ibnt formés par des éminences dures, dont quelques-unes reffemblent aux dents d’une crémaillère, & font entre-mêlées > de quelques aiguillons : les opercules ont des contours fort bizarres, ils paraiffent en plufieurs endroits compofés de deux lames dures brillantes & de couleur bronzée ; la lame fupérieure fait beaucoup d’angles faillans , qui font tous terminés par des pointes plus ou moins grandes : la lame de deifous,fur laquelle s’appuie lalame fupéri©u're,.ena beaucoup moins; mais on voit fortii* d’entre ces lames des. aiguillons longs, forts & piquans, dont l’extrémité eft blonde & demi - traniparente comme de la corne. L’irrégularité de la forme de ces opercules fait1 qu’on ne peut
- pas
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- pas dire précifément à quelle diftance les bords font du mufeau ; néanmoins au milieu ils m’ont paru s’étendre jufqu’à un pouce neuf lignes de la mâchoire fupérieure.
- 30. A l’égard du grand aileron du dos E F G, il eft compofé de dix rayons EF fort durs, piquans, coniîdérablement écartés les uns des autres , & de dix rayons fouples, F G , plus longs que les piquans, & fort rapprochés les uns des autres : ils s’inclinent vers l’arriere; tous ces rayons font joints par une membrane qui s’étend d’uil bout à l’autre de ce grand aileron, fans interruption : ainfi il eft unique. Le premier rayon dur , qui eft à deux pouces trois lignes du bord de la mâchoire fupérieure, eft beaucoup plus court que les autres > il eft litué à l’endroit où le poilfon a le plus d’épaiifeur horifontale , qui eft au moins d’un pouce & demi ; la longueur totale de cet aileron eft de trois pouces. L’aileron de derrière l’anus I H eft formé de deux rayons durs & piquans , & de plufïeurs rayons fouples & plus longs que les deux qui font durs; fon étendue à l’attache au corps eft de dix lignes.
- 31. La largeur verticale du corps du poilfon à l’articulation N de la queue eft de huit lignes ; cet aileron B eft arrondi par le bout en forme d’éventail ; la longueur du plus long rayon eft d’un pouce & demi.
- 32. Il y a derrière chaque ouie une nageoire D, large, arrondie & point piquante ; elles ont treize lignes à leur attcahe au corps, & s’épanouilfent en forme d’éventail, ce qui leur donne une étendue confidérable. On apperçoit fous la gorge deux autres nageoires qui fe touchent par leur articulation, où elles ont trois lignes d’étendue ; elles font formées de lîx rayons, dont le plus long eft de dix-huit lignes ; les écailles du corps font un peu arrondies.
- 33. Les lignes latérales M, N partent de la hauteur des yeux,& s’étendent jufqu’à l’aileron de la queue N, où elles divifent la largeur du poilfon en deux ; elles font formées d’une fuite de traits alongés & un peu piquans , on s’en apperçoit quand on palfe le doigt de la queue vers la tète : tout le long de cette raie, il y a de diftance en diftance, comme de quatre en quatre lignes, des efpeces de poils durs lans être piquans, d’environ trois lignes de longueur : il y a encore de ces elpeces de poils qui font diftribués irrégulièrement fur le corps ; principalement auprès du dos. Il n’y a point de ces poils fur le crapaud de mer de Dieppe.
- 34. Cette defeription que j’ai faite fur le poilfon même, établit que c’eft une efpece de {eus ou de feorpion ; mais un peu différente du crapaud ou diable de mer, qu’on pèche fur les côtes de haute-Normandie.
- 2 {. Du diable eu crapaud de mer d?Amérique. A l’égard de la fig. f , pi. II, je l’ai fait graver d’après un beau deflin qui m’avait été envoyé d’Amérique fous le nom de diable ou crapaud de mer. Il a plufieurs cara&eres qui cou-
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- viennent aux poilfons dont nous venons de parler; c’eft tout ce que je puis dire de ce poilfon que je n’ai point vu , & dont je ne peux trouver la description dans mes papiers.
- 3 6. Du teftard ou petit diable de mer. J’ai prévenu qu’il y avait bien des variétés dans les poilfons qui forment la famille des %eus, & particuliérement dans les différentes efpeces de Scorpions. Je n’efpere pas les rapporter toutes ; mais il eft bon de dire quelque chofe de celles qui me font parvenues : tel eft le poilfon, pi. JII, fig. 2, qu’on m’a envoyé fous le nom de tejlard ou petit diable de mer ; il reflemble à quelques-uns des Scorpions dont nous avons parlé, par fa tête qui eft d’une longueur confidérable, par fa gifeule qui eft grande, par une efpece de production qu’il a auprès- des narines, par fes yeux qui font grands 8c fort élevés fur la tète, un peu par les opercules des ouies, dont les bords ont des pointes très-piquantes, par l’aileron du dos qui eft divifé en deux, mais dont la partie du côté de la tète eft moins grande qu’à la plupart des fcorpions, au lieu que la partie du côté de la queue eft plus confidérable; au refte, cet aileron, comme aux autres fcorpions, fe prolonge jufques fort près de la rïailfance de l’aileron de la queue qui eft auffi coupé quarrément ; l’aileron de derrière l’anus eft proportionnellement plus grand au teftard qu’à la plupart des fcorpions.
- 57. A l’égard des nageoires, celles de derrière les ouies font fort larges à leur articulation ; mais il s’en faut beaucoup que les rayons s’étendent autant qu’à la figure 1 : ainfi ils 11e forment point une efpece de fraife comme au fcorpion fig. 1 ; & les nageoires de deifous le ventre font très - différentes , puifqu’au teftard, fig. 3, elles font très - étroites, n’étant formées que de quelques nervures: au refte, les ailerons & les nageoires de derrière lés ouies, font chargés de mouchetures; mais une différence très - frappante, eft l’énorme groffeur du ventre de ce teftard, ce qui ne s’obferve point dû tout aux fcorpions, à moins que cette groifeur du ventre du teftard ne dépendît de ce que ce poilfon aurait avalé quelque gros poilfon peu de tems avant qu’on l’eùt pris. C’eft fur quoi je m’abftiendrai de prononcer; ce qui me ferait incliner à le croire, c’eft que j’ai trouvé dans mes mémoires un joli dellin, fous la dénomination de teftard ou petit diable de mer, qui n’avait pas le gros ventre de la fig. 3 , ni les nageoires de deifous la gorge auffi étroites ; peut-être auffi eft-ce une variété de ce poilfon. On donne encore le nom de teftard à une efpece de rouget fort différent du poilfon dont il s’agit ; il en fera queftion dans la fuite.
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- Sect. V. D'une famille de poiffom qu'on nomme zeus.
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- CHAPITRE III.
- De plujieurs poijfons qui ont encore les car aller es des zeus; /avoir, la crabe de Biarritz , ou le faccarailla des Bafques, la crabe des Acbottards , & de quelques poiffom qui leur reffemblent.
- J’Ai reçu en mèmetems deux poiflons qui m’ont été envoyés des côtes de Gafcognes lavoir, un de M. de Borda, qu’on nomme à Biarritz la crabe de mer, & l’autre de M. de la Courtaudiere, qu’on nomme à Saint-Jean-de-Luz le faccarailla. Comme ces deux poiflons me font parvenus très-bien conditionnés, j’ai été à portée de les comparer & de reconnaître que c’était le même poiflon auquel on donne diftérens noms à Biarritz & à Saint-Jean-de-Luz. Je foupçonne encore que ce poiflon eft une des rafeafles de Toulon ; ce qui s’éclaircira par la fuite. J’ai de plus reçu de M. de la Courtaudiere un autre poiflon qu’on nomme à Saint-Jean-de-Luz la crabe des Achottards, qui reflemble peu à la crabe de Biarritz. Enfin, je trouve dans mes mémoires un beau deftin & une defeription d’un poiflon qui reflemble à beaucoup d’égards à cette crabe ; mais je n’ai point la note des parages où on me l’a remis. Ce font ces trois poiflons qui feront principalement le fujet de ce chapitre ; & on verra qu’ils ont les cara&eres que nous avons attribués aux çeus.
- Article premier.
- De la crabe de Biarrit£, faccarailla de Saint-Jtan-de-Lu7^ ; en Provence Icor-pone ou feorpi ou rafeafle rouge.
- 59. Nous avons prévenu qu’il n’y avait aucune reflemblance entre le Icorpion de mer qui eft un poiflon, & le feorpiou de terre qui eft un gros infede : nous avons dit aufli qu’il y avait peu de reflemblance entre le crapaud de terre ou le fluviatile, & le poilfon qu’on nomme en beaucoup d’endroits crapaud de mer. Il en eft de même du poiflon nommé la crabe ; il n’y a aucun rapport entre ce poiflon 8c les cruftacées connus fous ce nom : nous ferons feulement remarquer que, quand 011 parle d’un de ces poif. fous, 011 dit la crabe , au lieu qu’on dit le crabe lorfqu’il s’agit des cruftacées.
- 40. La crabe de Biarritz, dont nous allons donner la defeription, avait quinze pouces de longueur totale A, B, pl. 1, & pefait environ trente-fix
- onces i fa largeur verticaleprife àl’à-plomb de la naiflance de l’aileron du dos
- ' D d d d ij
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- ÿSo TRAITE1 DES PECHE S. Partie IL
- en Y, était à peu près de quatre pouces ; en M, à l’à-plomb de .l’anus* de deux pouces dix lignes ; en O, à la nailfance de l’aileron de la queue , d’un pouce quatre lignes ; fonépaifleur horifontale prife vers l’articulation des nageoires branchiales était d’un peu plus de deux pouces.
- 41. ÜN voit que le corps de ce poiffon eft beaucoup plus gros du côté de la tète par proportion à la partie vers la queue, que ne l’eft celui de beaucoup d’autres poiffons : le dos ne fait pas une courbe auflï confidérable qu’au diable ou crapaud de mer du Croific , pl. III, fig. 1 ; mais à notre crabe, le ventre eft renflé, fur-tout depuis P jufqu’à Ms la tète eft aflez grofle & alongée , cependant le mufeau 11e fe termine pas fort en pointe ; les yeux font un peu ovales, grands , laillans <& fort élevés fur la tète s de forte que du centre d’un œil jufqu’au centre de l’autre,fig. 2 , il n’y a qu’un pouce & quelque chofe de plus s la prunelle eft noire , & l’iris couleur d’or 5 ils font recouverts d’une membrane clignotante, les orbites oifeux font fuç le haut de la tète une éminence confidérable, de forte qu’entr’eux il y a fur le crâne un fillon large & profond s le grand diamètre des folfes orbitaires, pris horifontalement, eft de près d’un pouces le petit diamètre pris dans le fens vertical, eft d’environ huit lignes s la diftance du centre des yeux au bout du mufeau, eft de deux pouces'fix lignes.
- 42. Quand le poiflon eft examiné au fortir de l’eau , on apperçoit entre les yeux & le bout du mufeau un appendice charnu, & tout auprès les ouvertures des narines s la gueule eft grande, puifque depuis A jufqu’à D, ce qui ne fait que la moitié de fon ouverture, il y a un peu plus d’un pouce trois lignes s la mâchoire inférieure fe releve un peu vers le haut, & elle eft plus longue que la fupérieure qui eft mobile. O11 apperçoit aux bords des mâchoires comme deux levres, & aux côtés une lame cartilagineufe E : ce qui a fait dire que quand la mâchoire fupérieure s’élève comme à la figure 2, les bords des mâchoires ont un mouvement que l’on compare à celui des bâtons d’un éventail. Les bords des mâchoires, tant fupérieure qu’inférieure, font hérilfés d’un grand nombre de petites dents i il y a de plus au fond de la gueule, des oflelets chargés d’alpérités. Enfin, on voit à la mâchoire inférieure une mafle charnue S, fig. 2, qui tient lieu de la langue.
- 45. Les opercules des ouies font comme formés par trois lames pofées l’une fur l’autre i celle F, dont les pointes s’étendent jufqu’à trois pouces fix lignes du mufeau, étant fort échancrée, fes bords forment des angles ren-trans & d’autres faillans, terminés par des pointes aigues & fort piquantes : fi l’on veut regarder les feuillets G, H, comme n’en faiiànt qu’un, on apperce-vra que cet opercule eft dur en quelques endroits, & hériflfé de pointes dont plufieursfont fort piquantes, & qu’en d’autres endroits il eft fouple & comme cartilagineux, ainfi que quelques parties iàjllantes qui font molles & flexibles 5
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- Sect. V. D'uns famille de poijjbns qu'on nomme zeus. y g*
- néanmoins on peut dire que toute la tète eft fort hériüee de pointes & de crochets diftribués irrégulièrement de côté & d’autre. Le grand aileron du dos I K L, commence à quatre pouces huit lignes de l’extrémité du rouleau, & finit à environ deux pouces de l’articulation de l’aileron de la queue. Les dix ou douze premiers rayons IK font longs, durs , piquans , & fort éloignés les uns des autres ; le premier du côté de I eft moins long que le luivant, mais il eft très-dur & fort piquant ; les deux ,ou trois qui le fuivent font les plus longs, les autres diminuent peu à. peu de-longueur jufqufà. K y les rayons de la partie K L font confidérablement plus longs & plus, rapprochés les uns des autres , mais ils font fouples & rameux : pour cette raifon on ferait tenté de croire que ce poiifon aurait furie dos deux ailerons IK & KL 5 mais la membrane qui unit les rayons durs & les flexibles étant continue depuis I jufqu’à L, il s’enfuit que cet aileron quia environ huit pouces de longueur eft unique.
- 44. L’aileron M, N de derrière l’anus, eft formé de dix à onze rayons, dont deux ou trois du côté de M font piquans,. les autres fouples comme ceux de la partie K » L du grand, aileron du dos. L’aileron O , B de la queue n’eft point fendu y la plupart des rayons, qui le forment font allez larges, mais point piquans ; ils ont à peu près trois pouces de longueur y & enies examinant avec une loupe, ils parailfent comme guillochés par les bords.
- 4y. LES.nageoires de derrière les ouies font fort larges & formées de dix-fept à dix-huit rayons applatis & fouples comme ceux de la queue ; leur attache au corps commence en P fous la gorge, & faifant une ligne un peu circulaire, elles fe terminent auprès de Q. Les rayons étant très-divergens , cette nageoire forme autour du col du poiflon une efpece de fraifey les plus longs rayons ont trois pouces de longueur. Il a en outre deux nageoires T, fig. 1 & 3 , dont les articulations font fous la gorge ; elles ont une forme ovale, & font compofées de fix ou huit rayons, dont trois font alfez durs. Les lignes latérales commencent près le dos vers Y, & fe terminent à la naiflance de l’aileron de la queue ; on fent des afpérités quand on palTe le doigt deflus ; les écailles font de médiocre grandeur, arrondies par les bords, où elles font fine-ment dentelées ; ce qui fait qu’en paifant la main de la queue vers la tète, le poiifon paraît rude.
- 46. La tète & le dos font d’un rouge vif, dont Pintenfité diminue fur les côtés, & eft prefqu’anéantie fous le ventre. Le deflous de la gorge tire au blancj mais entre ces poilfons, les uns font plus ronges que les autres. Les pécheurs difent même qu’ils en prennent quelques-uns qui font prefque blancs y au refte, les plus rouges font préférés aux autres. On apperçoit fur la teinte rouge des ailerons & des nageoires, des mouchetures, les unes rouges, les autres noires,qui font un bel ejfet, & particuliérement une grande
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- tache noire fur la membrane qui unit les rayons piquans de l’aileron du dos. Cette tache eft placée à peu près vers la fin des rayons piquans ; il y a auiîi fur le corps quelques marques, les unes noires, les autres d’un rouge plus foncé que le refte.
- 47. Les pêcheurs de Biarritz vont avec des haims chercher ces poilfons jufqu’à fix lieues au large, tirant au nord-oueft, où ils en prennent avec d’autres poifîons. Quoique ces poilfons ne foient pas de palfage, le tems de leur pèche eft depuis le mois de juillet jufqu’au commencement de l’hiver, foit parce que dans cette faifon ils fe rendent avec d’autres poilfons fur les isles, où ils trouvent de petits poilfons qui les y attirent, foit principalement parce que dans les autres faifons les pêcheurs font occupés à faire d’autres pèches qui leur font plus avantageufes. Les crabes que nous venons de décrire étant pris fur de bons fonds & en bonne faifon, font alfez eftimés j leur chair eft un peu feche, mais point coriace ; on en fait du bouillon pour les malades. Il y a dans Willugby, pi. X,~fig. 1 î , un poilfon qu’il nomme fcorpio virginianus, qui différé à plulieurs égards de notre crabe, mais à plulieurs autres il lui relfemble j néanmoins, je crois que ce 11’eft pas le même poif. fon; j’avoue que je ne connais celui dont parle Willugby, que parce qui en eft dit dans fon ouvrage. Outre le faccarailla que m’a envoyé M. de la Courtaudiere, j’ai reçu de ce même correfpondant un autre poilfon alfez différent, qu’il nomme la crabe des Achottards. Il en fera queftion à l’article fuivant.
- 48. M. de la Courtaudiere foupçonne qu’on a nommé à Quiberon ce poifi fon gourlajfeau. Il eft très-différent du corlaifeau du Croific, dont j’ai parlé , fedion IV. Il me marque qu’on en prend de deux couleurs, un rouge & un gris-blanc.
- Article IL
- De la crabe des Achottards.
- 49. M..de;la Courtaudiere, après m’avoir envoyé le faccarailla qui eft la crabe de Ëiairitz, me fit parvenir le poilfon représenté fig. 1 , pL V, fous la dénomination de la crabe des Achottards ou de Canton. Ce poilfon a elfedi-vement quélques points de reflemblance avec la crabe de Biarritz, mais il en dilfere à plulieurs égards 5 on en jugera en confrontant les figures & la def-cription; que je vais donner de la crabe des Achottards , avec ce que j’ai dit de la crabe de Biarritz. L’œil C eft grand, fort élevé fur la tète * il y a du centre de l’œil au bout du mufeau A un pouce, 8c feulement cinq lignes de diftance d’un œil à l’autre au-delfus du crâne ; le bord de l’opercule des ouies D , eft à dix-neuf lignes de l’extrémité du mufeau A ; vers E , un peu plus
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- à Barrière, on voit une efpece de petit fillon bordé d’afpérités fines 3 la partie F de l’opercule fe termine par de longues pointes qui s’étendent jufqu’à deux pouces & demi du mufeau.
- fo. Le grand aileron du dos G H I commence à deux pouces fix à fept lignes du mufeau ; le premier rayon qui eft prefque détaché des autres eft le moins long & fort piquant 3 ceux qui fuivent jufqu’à H , au nombre de neuf, le font un peu moins j les autres jufques en I, font rameux & flexibles ; la longueur totale G I de cet aileron eft de deux pouces trois lignes ; l’anus K eft à quatre pouces quelques lignes du mufeau 3 derrière eft l’aileron KL, qui a quatorze lignes d’étendue à fon attache au corps 3 il n’y a que les premiers rayons dii côté de K qui foient piquans 3 l’articulation M des nageoires de derrière les ouies eft à trois pouces fix lignes du mufeau 3 les rayons forment un arrondilfement, & le plus long rayon O eft d’un pouce fix lignes 3 ces nageoires font d’un rouge vif. Les nageoires de deffous la gorge P 11e font pas fi grandes, elles ont une forme plus alongée 3 leur plus long rayon a quinze lignes : elles ne font pas d’un rouge aufti vif que les nageoires branchiales.
- fi. Le dos eft brun: au-deffous des lignes latérales N N, on découvre/ des nuages les uns rouges & d’autres noirs, qui deviennent plus confidéra-bles à mefure qu’on approche du ventre, & leurs couleurs font plus fenfibles. Ce que nous venons de rapporter convient alfez à la crabe de Biarritz ou au faecarailla : voici maintenant en quoi confifte principalement la différence de ces deux poiifons.
- f2. Suivant les obfervations tant de M. de Borda que deM. delà Cour-taudiere & les miennes, les mâchoires de la crabe de Biarritz ou du facca-railla font bien fournies de petites dents 3 mais on 11’y en apperçoit point de canines, au lieu qu’à la crabe des Achottards il y en a fur le devant des mâchoires, qui font affez grandes , favoir , quatre à la mâchoire d’en-bas , deux de chaque côté, & deux à la mâchoire fupérieure : de plus, entre les petites dents dont nous avons dit que les mâchoires étaient fournies , il y en a d’une grandeur moyenne, diftribuées çà & là. La circonftance de ces dents canines femblerait indiquer qu’il conviendrait de mettre cette crabe avec les dentés 3 aufli je foupçonne que ce pourrait être le poiffon dont M. de Borda m’a envoyé de Dax la defcription que j’ai rapportée dans la quatrième fec-tion 3 d’autant que AL de Borda me marqua qu’on en ignorait le nom. Une circonftance qui ne convient pas à la crabe de Biarritz, eft que fur le rouge qui fait la couleur principale de la crabe des Achottards, il y a des bandes d’autres couleurs, qui s’étendent de toute la longueur du poiffon.
- fj. Les opercules des ouies à la partie D, font couverts de petites écailles dont l’extrémité fe releve, ce qui rend cette partie rude au toucher. La
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- partie E eft aufli recouverte d’écailles, mais plus grandes & moins rudes au toucher que celles de la partie D : à la crabe de Biarritz, les opercules ne font point écailleux. A la crabe des Achottards, l’extrémité du mufeau fe termine en pointe ; la mâchoire inférieure eft un peu plus longue que la fupérieure, fon extrémité fe relevant un peu en-haut. Enfin à cette crabe l’aileron de la queue eft médiocrement fourchu ; il eft brun avec des nuances d’un rouge très-vif, & le plus long rayon a quinze lignes de longueur. Les nageoires branchiales ne forment point au col du poiifon une efpece de fraife comme à la crabe de Biarritz. Ajoutons enfin, que la crabe des Achottards palfe pour être un manger beaucoup meilleur que la crabe de Biarritz ou le faocarailla.
- Article III.
- D'une forte de %eus qui paraît avoir quelque rapport avec la crabe des Achottards.
- f4. Je trouve dans les mémoires que j’ai rapportés de mes tournées fur les côtes maritimes , un deftin très-proprement exécuté , & une courte def-cription d’un poiifon,pi. V^fig. 2, qui a quelquerelfemblance avec la crabe des Achottards ; mais je ne puis me rapeller fur quelle côte on me la remis , ni le nom qu’on lui donnait : c’eft donc feulement d’après le deftin & la defcription qu’on verra ci-après , qu’il me parait avoir, à plufieurs égards, quelques rapports avec la crabe des Achottards.
- Il avait de longueur totale A, B, neuf pouces j fa gueule était grande, 8c les mâchoires étaient garnies de petites dents, ou, pour ainfi dire , d’afpérités ; je n’ai point apperçu de dents canines ; les yeux C étaient grands, alfez élevés fur la tète ; entre l’œil & le mufeau vers D, était l’ouverture des narines ; on appercevait fur le front, entre les deux yeux, comme une gouttière, & à chaque côté une épine fort dure, qui femblait être de la corne polie. Ces épines étaient adhérentes au crâne dans prefque toute leur longueur, feulement l’extrémité D en était détachée & formait Une pointe Baillante moins confidérable qu’011 ne la voit dans la figure. Les fofles orbitaires étaient bordées d’os tranchans, fur lefquels on fentait avec le doigt des afpérités, excepté en quelques endroits ; une partie C E F de l’opercule était couverte d’écailles, & fe terminait en F par une pointe très-forte j depuis l’extrémité de la pointe F jufqu’au bout Au muièau, il y avait prefque dix - neuf lignes. ’
- f 6. L’autre portion d’opercule 11’était pas couverte -d’écailles, tôtrs fes bords étaient garnis de petites pointes , & elle fe terminait par une vigou-reufe pointe G. Il y avait deux pouces & demi de- l’extrémité de cette
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- pointe au bout du mufeau. Le dos était garni d’un grand aileron H I Li la partie H I qui avait deux pouces dix lignes d’étendue à fou attache au corps, était formée par onze à douze rayons gros, piquans & écartés !.es uns des autres; ils excédaient la membrane qui les unifiait ; la partie I, L, dont les rayons étaient fouples & rameux, avait dix lignes d’étendue à fon attache au corps, & fe terminait à un pouce de la naiflànce de l’aileron de la queue, qui était un peu échancré ; les plus longs rayons n’avaient que dix lignes de longueur.
- f 7. L’anus était litué à quatre pouces neuf lignes du bout du mufeau ; quelques lignes plus vers la queue commençait l’aileron du ventre M N , qui avait un pouce d’étendue à fon attache au corps ; les rayons qui le formaient , étaient d’abord un petit rayon R, court, dur & piquant; enfuite un très-gros rayon S , fort dur , qui avait plus d’un pouce & demi de longueur ; tous deux étaient détachés des autres. Il y avait enfuite un rayon afiez gros T, moins cependant que le précédent S; les autres étaient beaucoup plus menus, moins durs & liés par une membrane. Tous ces rayons étaient recouverts à leurs bafes par des écailles afiez femblables à celles du corps : ces circonftances, & particuliérement l’énorme rayon S, caraélérifent bien ce poiflon. Il y avait derrière chaque ouie une nageoire O, afiez large , dont les rayons qui 11’étaient pas durs avaient environ un pouce de longueur , & l’articulation était recouverte d’écailles ; les nageoires de deflous le ventre P étaient un peu plus grandes ; leurs articulations fe touchaient prefqu’au-defious du ventre.
- f8. La largeur verticale du poifion à l’à-plomb des yeux était de deux pouces : à l’à-plomb de O, deux pouces & demi ; à l’à-plomb de JV1 vers l’anus, deux pouces ; à l’à-plomb de N, huit lignes : la forme générale de ce poiflon approche afiez d’ètre quarrée, ayant beaucoup de largeur jufqu’à LN; les écailles étaient grandes , brillantes , très-régulièrement rangées; de forte que leurs bords étant fur une même ligne qui s’étendait depuis le derrière des ouies jufqu’à la naiflànce de l’aileron de la queue, formaient des raies très-fenhbles : lorfqu’on pafia.it le doigt de la tête vers la queue, on ne fentait rien qui l’arrêtât ; mais on éprouvait beaucoup de réfiftance , quand on le paflàit de la queue vers la tète, ce qui s’obfervait encore plus à toutes les parties 4c la tête.
- Article IV.
- De la perche de riviere ; perça fiuviatilis. ( 4 )
- ^9. J’ai parlé, dans .la quatrième fection, du poiflon que les auteurs
- ( 4 ) En allemand Barfch ou Borfîng.
- Tome XI.
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- nomment perche de mer : j’ai dit que ces poiflons ont fou vent un pied de longueur, & qu’ils ont quelque reflemblance avec un petit poiflon appelle en Provence ferran : on le voit gravé dans la même feétion ; obfervant néanmoins que l’aileron de la queue du ferran eft fourchu, & que celui de la perche de mer eft coupé quarrément.
- 60. J’ai encore parlé, même fe&ion IV, d’un poiflon d’eau douce qu’on nomme perche goujonnée ou gardonnée ; & je n’ai pas hé fi té de le mettre a l’endroit cité, parce qu’il n’eft pas douteux qu’il n’a qu’un aileron fur le dos ; mais j’ai remis à parler ici de la vraie perche de riviere, parce que, comme à prefque tous les poiflons de cette famille, il eft en quelque faqon incertain fi l’aileron du dos eft unique, ou s’il y en a deux ; cette circonftance m’a donc déterminé à mettre ce poiflon au nombre des çeus. La perche que je décris maintenant, pL V, fig. y , avait dix pouces de longueur totale; la longueur de la tète jufqu’à l’extrémité C de l’opercule qui le termine en pointe, était de deux pouces huit lignes; du bout de la mâchoire fuperieure au centre de l’œil D, il y avait un pouce ; la prunelle était noire, bordee d’un anneau jaune qui la fépare du cryftallin. (f)
- 61. La mâchoire inférieure eft un peu plus longue que la fuperieure; quand ces deux mâchoires font rapprochées, la fente de la gueule , qui remonte un peu par en-haut, a à peu près neuf lignes; elle entre un peu fous le cartilage E ; comme les deux mâchoires font mobiles, la gueule eft fort grande quand elles s’écartent l’une de l’autre; les levres font un peu épaifl'es & hériflees de dents très-fines, ou plutôt d’afpérités ; le palais eft garni de petites dents. L’œil, de médiocre grandeur, eft aflez élevé : entre l’œil & l’extrémité de la mâchoire fupérieure on apperqoit l’ouverture des narines. Les opercules font formés de plusieurs pièces cartilagineufes, qui font deux feuillets F C en partie recouverts d’écailles qui les font paraître guillochés, & en partie d’une peau lifle & aflez brillante, qui a qà & là des reflets dorés ou argentés ; la lame C fe termine en pointe.
- 62. Le grand aileron du dos commence en G à deux pouces fix lignes du mufeau qui fe termine un peu en pointe. En cet endroit le dos prend une courbure aflez confidérable ; depuis G jufqu’à H l’aileron eft formé de douze forts rayons très - piquans, unis par une membrane fort mince & tranfparente ; vers H il y a à cette membrane une ou deux taches noires,
- (O De tous les poiflons que l’auteur Voyez ce que j’ai dit de ce poiffon & de décrit dans cette feétion, la perche eft le fa pernicieufe voracité dans mes additions feul qui puifle întéreffer d’autres peuples au tome X. J’ajouterai feulement que la que ceux qui habitent le long des côtes du perche a le corps large & plus applati que royaume de France, parce qu’on le trouve les autres poiflons de riviere. ailleurs, & qu’il eft aflez commun par-tout.
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- dont la forme varie ; ordinairement la pointe des rayons eft noire. Il parait y avoir en I une interruption entre la partie G H & la partie K L de ce grand aileron; auffi Belon & Rondelet difent-ils qu’il a deux ailerons fur le dos : mais en y prenant attention, on apperçoit qu’il y a en I quelques rayons très-courts & piquans, unis par une membrane qui ira qu’une demi-ligne ou une ligne de largeur, ce qu’on 11e voit qu’en relevant les rayons qui fe cachent dans une rainure qui eft fur le dos du poilfon ; & en regardant au travers du jour la partie I qui eft entre G H & K L, 011 fe convaincra que le grand aileron G, L eft continu, qu’ainll la perche n’a qu’un aileron fur le dos.
- 63. La, partie K L eft formée d’abord par un rayon court & piquant, enfuite par treize ou quatorze rayons fouples & rameux ; fa couleur eft comme enfumée, il fe termine en L par une partie qui n’eft prefque qu’une membrane, & s’étend jufqu’à fix ou fept lignes de la nailfance N de l’aileron de la queue : cette portion membraneufe a une teinte rouge très-légere. L’aileron de la queue eft formé par des rayons larges, mais minces & fouples ; Tes bords, ainfi que fon extrémité, font d’un rouge très-vif; la partie NB eft un peu plus longue que celle N O : l’origine N N de cet aileron eft couverte de petites écailles.
- 64. L’aileron de derrière l’anus, PQ_, eft fort rouge & formé de dix rayons dont les deux premiers du côté de P font piquans, les autres rameux & fouples ; il a à fon attache au corps douze à quinze lignes d’étendue, & il fe termine à treize lignes de la nailfance de l’aileron de la queue. Les articulations R des nageoires de derrière les ouies , font à deux pouces huit lignes du bout du mufeau ; le plus long rayon S a un pouce fix lignes de longueur ; ils font rouges & point piquans. Les nageoires de delfous le ventre font très-rouges , leurs articulations font à trois pouces du mufeau, elles fe terminent prefque en pointe: le premier rayon du côté de T eft piquant, les autres fouples.
- 6f. La largeur verticale de ce poilfon à l’à-plomb des yeux D, eft d’un pouce huit lignes, à l’à-plomb de G de deux pouces fix lignes, à l’à-plomb de P de deux pouces deux lignes, à l’à-plomb de NN de douze lignes. La couleur du poilfon eft blanche fous le ventre, il tire au jaune très-pâle fur les côtés , il eft brun vers le dos, & au fortir de l’eau on entrevoit fur le corps des bandes circulaires un peu plus brunes que le refte; les écailles font dures', néanmoins brillantes; elles font très - glilfantes fi l’on palfe le doigt de la tète à la queue, elles font rudes quand on le paffe en fens contraire. M. le baron de Tfchoudy m’a écrit que dans la Mofelle on en diftinguait de deux efpeces : l’une plus groffe que l’autre, qu’on nomme gravelée, & qu’on regarde comme la vraie perche y il y en a qui pefbnt trois quarterons : l’autre,
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- qu’on nomme gremille, qui eft petite, a fur la tète, ou auprès, des arcfiî-lons qu’elle releve à la volonté, & qu’on a comparés à une couronne. On trouve de ces poiiTons dans les étangs ; mais ils fe plaifent principalement dans les petites rivières d’eau très-vive : on les prend en traverfant les cours d’eau d’untrémail, & traînant delfus un épervier; quelques-uns s’enfoncent dans Pépervier, d’autres effarouchés par ce filet, donnent dans le trémail. Cette pèche eft repréfentée, fécondé fe&ion de la première partie. On prend aufîi des perches avec les verveux & les filets à manche. C’eft un poilfon très-vorace: quand il eft petit, fes arêtes font incommodes j mais quand il eft un peu gros, comme de treize à quatorze pouces de longueur, il eft fort ef-timé, & pour cette raifon les pécheurs l’appellent la perdrix d'eau douce. A l’égard des figures 4 & ç qui repréfentent la tète d’une perche vue de deux' côtés, on en parlera dans l’explication des planches.
- 66. Pour ce qui eft de la façon de les apprêter dans les cuifines, on fait frire les petites, & on fait rôtir les groifes fur le gril, puis on les fert fur une fauce blanche.
- 67. Nous avons déjà prévenu qu’il y a un poilfon de mer que les auteurs nomment perche. Rondelet, Belon & d’autres en font mention: mais les poilfons qu’indiquent ces auteurs, ne fe relfemblent point ; à tous les deux l’aileron de la queue eft coupé quarrément. Belon repréfente ce poilfon menu, au lieu que celui de Rondelet a un fort gros ventre ; à celui de Belon tous les rayons du dos font épineux j à celui de Rondelet, une partie eft épineufe & l’autre flexible. Belon dit qu’on ne prend point ce poilfon dans l’Océan, & tous deux affurent que la perche de mer furpaffe en bonté celle de riviere ; cependant, parle peu qu’ils difent de la perche de mer, il paraît qu’ils n’en avaient pas une parfaite connailfance. G’eft tout ce que j’en puis dire, ne l’ayant jamais vue.
- Article V.
- IXe la rafcafife blanche, rafcalfa bianca ; par les pêcheurs Italiens & Provençaux , rappecon ou rafpecon.
- 68. Voilà un poilfon qui a encore les cara&eres des fcorpions nu de la rafcalfe, ayant deux ailerons fur le dos, un fous le ventre, derrière l’anus, celui de la queue coupé quarrément j deux nageoires alfez grandes derrière les opercules des ouies, & deux moins grandes fous la gorge, avec quelques épines près les articulations des nageoires tant de derrière les ouies que de celles de delfous la gorge. Sa tête eft finguliere, fur-tout par la forme de fà gueule : comme la tète fe retourne vers le ciel, & comme les yeux font fur le
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- iiaut de la tête, on a jugé qu’il contemplait les aftres, & pour cette raifon ©n l’avait nommé cœli fpeculator, ou en confervant l’idiome grec, uranofi-copvs. On prétend qu’il dort le jour, & que la nuit il cherche fa nourriture : la langue eft courte, les mâchoires font bordées de dents piquantes.
- 69. La longueur totale AB,/»/. V fi fig. 1, du poiifon que je vais décrire, était de huit pouces neuf lignes 5 de l’extrémité de la mâchoire inférieure A au centre des yeux C, un pouce; du centre d’un œil au centre de l’autre, lix lignes ; en cet endroit il y a une cavité conlidérable ; de A au derrière des opercules D des ouies, deux pouces ; de A à l’articulation des nageoires branchiales E, deux pouces trois lignes; près l’articulation des nageoires, on voit de chaque côté du dos deux pointes dures, olfeufes, courtes & piquantes; la longueur de ces nageoires eft d’environ un pouce & demi, & fa longueur d’un pouce; fous la gorge font deux nageoires F moins grandes que celles E, & découpées par les bords; leur articulation eft à un pouce quatre lignes de la mâchoire A; fous la gorge, au-delîous de ces articulations vis-à-vis de F, font trois pointes dures & olfeufes N , fig. 2.
- 70. Sur le dos, à deux pouces neuf lignes de la -mâchoire inférieure A, eft le commencement d’un petit aileron brun H ,fig. 2, qui a à fon attache au corps huit lignes de longueur, & eft formé de cinq ou fix rayons piquans ; immédiatement derrière, eft te grand aileron IK,J^. 2, qui a deux pouces trois lignes d’étendue à fon attache au corps ; les rayons excédent la membrane qui les unit, & 11e font point piquans; la couleur de cet aileron eft à peu près femblable à celle du dos. L’anus L eft à très - peu de chofe près à la moitié de la longueur totale A B du poiifon ; immédiatement derrière eft l’aileron LM, qui eft prefque femblable à celui du dos IK. L’aileron MB de la queue s’épanouit en éventail, les rayons ont à peu près un pouce & demi de longueur..
- 71. La largeur verticale du poiifon à l’à-plomb des yeux C, fig. -2, eft d’un pouce & demi, à l’à-plomb de E d’un pouce fept lignes, à l’à-plomb de î’arius L d’un pouce trois lignes, près l’origine de l’aileron de la queue fix lignes : le corps de ce poiifon eft à peu près rond, c’eft-à-dire, que fon épaif-feur horifontale eft prefqu’égale à la verticale, elle eft même plus conlidérable au ventre L, fig. 2.
- 72. On voit à la fig. 1, aux deux côtés des ailerons du dos, & alfez près de ces ailerons, les raies latérales formées par une fuite d’écailles; le refte du corps n’eft point écailleux, mais couvert d’une peau alfez ferme pour qu’on puilfe écorcher ces poiiTons ; cette peau eft brune du côté du dos, alfez femblable à celle du fcorpion ; elle s’éclaircit peu à peu fur les côtés, & elle eft blanche fous le ventre. Sa chair eft blanche, mais dure & de mauvais goût, ce qu’011 attribue à ce qu’il s’enfouit dans la vafe, & qu’il fe nourrit des infectes & des petits poiiTons qui s’y retirent.
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- 7$. Rondelet prétend que, pour attraper les infedes & petits poiifons’ qui font fa nourriture, il fait fortir de fa gueule une membrane qui eft large à fon origine, & fe termine en pointe. Il dit qu’il étend cette membrane, que des infecftes & de très-petits poiifons attirés par ce leurre, s’y attachent, & que le poilfon la retirant dans fa gueule, mange les infedles qui s’y font attachés. Je préviens que je rapporte ceci d’après Rondelet, car je n’ai point vu cette membrane à aucun des uranofcopus que j’ai eus en ma polfeflion.
- Dijjertation fur la dénomination de rafcalfes , qu'on a donnée à différens
- p0iffû7îS.
- 74. Plusieurs auteurs & particuliérement Rondelet ont donné le nom de rafcajje à un gros échinite , & aufii à une efpece de raie , poiifons dont nous ne nous occupons point dans cette fe&ion ; mais je vois dans les mémoires que j’ai rapportés de mes tournées fur les côtes maritimes, qu’on donne en Provence & en Languedoc la dénomination de rafcajfe à différens poif-fous de la famille des fcorpions, défignés dans les ports par les noms vulgaires de diable, de crapaud, de crabe de mer, &c. Pour avoir des connaif-lances plus précifes fur l’ufage quvon fait de la dénomination de rafcajfe , j’avais prié M. Barry, ancien commiflàire de la marine, établi en Provence, de me faire favoir il le nom de rafcajfe eft particuliérement affedté à une forte de poiifons, exclufivement à tout autre j & fi cela était, de me faire connaître ce poiflon. Je vois par la réponfe de M. Barry, que,'"comme je l’avais penfé, la dénomination de rafcajfe eft donnée à bien des e^eces différentes de poiifons de la famille des fcorpions : ainfi l’on peut la, regarder comme un furnom. Néanmoins M. Barry dit qu’on diftingue à Toulon quatre fortes de rafcajfes ; favoir , la noire ou la brune qu’on regarde comme la vraie rafcajfe ; elle fe tient dans les algues ; là couleur obfcure peut être comparée à celle que prend cette plante marine , quand ayant été quelque tems hors de l’eau, elle a perdu la teinte verte qu’elle avait au fortir de la mer. Cette couleur eft chargée de veines noires, le ventre eft gris blanc avec quelques veines rouge clair ; mais , je le répété, ces couleurs ne font point abfolument uniformes dans tous les poiifons d’un même genre.
- 7f. Quant au poiflon que M. Barry a fait defliner, il approche beaucoup de celui qu’on voit pi. Il, fig. 2 , excepté que celui, de M, Barry eft fur une plus grande échelle, ce qui m’engage à mettre ici les principales dimenfions de fa rafcajfe.
- 76. Sa longueur totale eft dix pouces neuf lignes ; du bout du mufeau au centre des yeux, il y a un pouce quatre lignes j du bout du mufeau à l’articulation des nageoires branchiales, trois pouces ; l’étendue du grand
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- aileron du dos à fon attache au corps, quatre pouces ; les dix premiers rayons étaient gros, durs, piquans & fort écartés les uns des autres ; le refte de cet aileron était formé d’environ huit rayons flexibles , & plus rapprochés les uns des autres.
- 77. L’aileron de derrierre l’anus, qui n’avait qu’un pouce d’étendue à fon attache au corps , était formé de rayons fouples ; l’aileron de la queue était coupé quarrément ; la longueur du plus long rayon était d’un pouce & demi. Les nageoires branchiales avaient une forme arrondie, la longueur du plus long rayon était de huit à dix lignes ; les articulations des nageoires de deilous le ventre étaient un peu plus vers l’anus que celle des branchiales. La largeur verticale du poiflon à Pà-plomb du commencement de l’aileron du dos vers E était de deux pouces neuf lignes ; à l’à-plomb de F d’un pouce onze lignes, à l’à-plomb de G un pouce. M. Barry remarque qu’il y a des raf-caffes plus grandes que celles que nous venons de décrire, puifqu’on en prend qui pefent plus de vingt onces.
- 78. Ces poiflons occafionnent des piquures très-douloureufes ; quelques-unes même ont été fuivies d’accidens fâcheux, ce qui a fait penftfr qu’elles étaient venimeufes : néanmoins M. Barry penfe, comme moi, qu’elles ne le font pars, & il s’autorife du fentimeut de plufieurs célébrés médecins & chirurgiens, qui ont examiné ces piquures avec toute l’attention poiïible. Il y a tant d’épines à la tète de ces rafcaffes , qu’il eft bien difficile d’éviter d’en être piqué , fur-tout lorfqu’on veut arracher les guignes, & lorfque le poiflon n’eft pas entièrement mort; car dans ce cas, il entre dans des mouvemens convulfifs qui rendent les piquures prefqu’inévitables.
- 79. Pour ce qui eft de la rafcaffe rouge , c’eft un poiflon de haute mer qui fréquente les grands fonds. M. Barry en dit peu de chofe ; je crois que c’eft la crabe de Biarritz qu’on trouve repréfentée fur la pl. 1V9 fig. 1. On prétend que, quand les chaleurs fe font fentir , elles quittent les grands fonds , & gagnent les rochers du bord de la mer, où elles dépofent leurs œufs , & qu’elles retournent dans les grands fonds aufli-tôt qu’elles fentent le froid.
- 80. A l’égard de la rafcaffe blanche , M. Barry n’en dit prefque rien ; mais je crois que c’eft le poiflon que quelques auteurs ont nommé rafcajja. bianca ou uranofcopus, qu’011 voit repréfenté fur la planche VI, & dont nous avons amplement parlé à l’article précédent. Enfin, M. Barry dit qu’on met en Provence au nombre des rafcaffes les poiflons qu’on y nomme fcorpeno ou fcorpene ; ainfi tout ce que je viens de dire juftifie ce que j’ai avancé au commencement de cet article, favoir, que la dénomination de rafcaffe eft un furnom qu’on donne en Provence & en Languedoc à différens poiflons de la famille des fcorpions.
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- TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- CHAPITRE IV.
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- Des rougets & de leurs differentes ejpeces; rubelliones. (6) Introduction.
- 8i. C^OMME on a fouvent donné le nom de rouge ou rouget à des poiffons d’efpeces fort différentes, parce qu’on rangeait dans cette famille les poiffons où le rouge était la couleur dominante , il en a réfulté beaucoup de confufion. Par exemple, on y a compris Vorphus ou Verythrinus , parce qu’ils font rouges ; mais ce font des pagres, dont nous avons parié dans la quatrième fec-tion. On nomme en beaucoup d’endroits rouget barbet ou Simplement rouget, le furmulet dont nous remettons à parler ailleurs , parce qu’il ne reilembîe point du tout aux rougets-grondins, dont nous nous occuperons^dans ce chapitre. Mais en fe reftreignant aux poiffons qui paraiffent convenir à la famille des rougets-grondins proprement dits, il reliera encore un nombre allez con-lidérable de variétés. Quelques-uns comptent dix à douze fortes de ces rougets-grondins , & nous appercevrons que, li l’on a fcrupuleufement égard à de petites variétés dans la couleur, lefquelles dépendent fouvent de l’âge des poiffons, de la nature des eaux où ils ont .vécu, & de la nourriture dont ils ont fait ulàge, on pourrait en augmenter beaucoup le nombres mais comme nous nous propofons de lie parler que de ceux que nous avons été à portée de connaître, ou par nous-mêmes, ou par nos correlpondans, nous restreindrons à un plus petit nombre les efpeces ou variétés dont nous traiterons dans ce chapitre. Celles que nous venons d’annoncer, ont engagé les auteurs & encore plus les pêcheurs , à leur donner des noms particuliers. Par exemple, comme quelques-uns ont au bout du mufeau deux prolongations offeufes affez confidérables, des auteurs croyant y trouver quelques reffemblauces avec la lyre des anciens, les ont nommés lyre, lyra, ou citharus , quoique ce nom de citharus ait encore été donné à un poiffon plat du genre des turbots & des foies , très - différent du rouget - grondin, qui eft rond.
- 82. Comme il y en a qui en nageant, ou même quelques minutes après qu’ils font tirés de l’eau, font un bourdonnement ou un bruit affez fenfîble, on les a nommés en beaucoup d’endroits grondins, groneau, grogneau, gour-neaut ou organeau. Ce bourdonnement n’eft cependant point particulier à cette efpece de poiffons exclusivement à tous autres j car j’en rapporterai de très-
- ( 6 ) En allemand Rothfedcr.
- dÜférëns
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- différens qui font entendre un bruit à peu près pareil. Quelques auteurs entr’autres Rondelet & Gefner les ont nommés cuculus, parce qu’il leur a paru que ce bruit reffemblait au chant de l’oifeau nommé coucou ; mais j’avoue que cette comparaifon me paraît bien peu exa&e. Plufieurs de ces poiC-fons ont la tête plus groffe que d’autres de même elpece, ce qui a engagé des auteurs à les nommer cabotte, capito ou capon ; mais ce nom convient auffi à quantité de poilîons très-dilférens des rougets-grondins, particuliérement au muge.
- 8^. Je crois me rappeller qu’à Oleron on nomme le grondin pyrelong ou per Lan. Ce n’eft pas tout, fouvent on donne différens noms à une même ef-pece de poiffon ; nous avons déjà dit qu’on donnait en Bretagne le nom de grondin au poiffon appellé fur les côtes de haute Normandie rouget: cette dénomination de grondineh; adoptée au Croific, à Calais, à S. Jean-de-Luz, & en plufieurs autres endroits. A Breft & en d’autres ports on en diftingue de deux efpeces; un rouge qui fe tient au large & dans les grands fonds, c’eft le meilleur, & l’on prétend qu’il ne fait point entendre de grognement comme le petit qui eft gris & qui fe tient au bord de l’eau près de la furface i c’elb peut-être pour ces raifons qu’on entend fon grognement, qui ne ferait pas fenfible s’il était plus éloigné. Quoi qu’il en foit, il n’eft pas à beaucoup près aufli eftimé que le rouge ; mais ces variétés dans les couleurs peuvent dépendre de différentes circonftances : il y a des différences plus frappantes, & qui méritent plus d’attention; par exemple, en plufieurs endroits, particuliérement à Antibes, il y a un grand rouget qu’on nomme gallinette ( *_). En quelques endroits de la Bretagne , il y a un petit poiffon feulement de trois ou quatre pouces de longueur, qui paraît être de la famille des grondins : on le nomme mort-fec.
- 84. On m’a envoyé des côtes de haute-Normandie un petit rouget qu’on nomme au Havre baflard; de plus, un affez gros qu’011 nommait bellicant; d’autres plus petits, mais peu différens du bellicant, qu’on nomme l’un fivz-briaque, & l’autre bricotte. Je ne finirais point, fi j’entreprenais de détailler toutes les variétés qu’on peut remarquer dans cette famille de poiffons. Par exemple , ceux qui prétendent que la mer répand des étincelles aux endroits où ils nagent en troupe , les ont nommés lucerna\ en Provence belugo, parce qu’en patois belucques jfignifie une étincelle, de feu : mais cela n’eft pas particulier aux rougets-grondins.
- SS- On leur a encore donné beaucoup d’autres noms, comme corvus à ceux qui tirent au noir, milan, milvus, milvago, à ceux qui ont le mufeau un peu plus alongé que les corvus, &c. &c.
- (*) M. de la Courtaudierç m’en a envoyé un très-gros, que les Bafques nomment bourreau.
- Tome XL Y f f f
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- • 85. A mon égard, ne faifant point attention à ces petites différences, comme les rougets-grondins ont la tète affez groffe & longue, garnie d’aiguillons qu’on apperçoit principalement aux bords des opercules des ouies ; comme leurs yeux fort grands font élevés fur la tête, accompagnés de quelques pointes , & féparés l’un de l’autre au crâne par un fillon ; comme leur gueule eft affez grande, garnie de petites dents, & les opercules terminés par des angles faillans plus ou moins pointus ; toutes ces particularités qui conviennent affez aux poiffons dont j’ai parlé au commencement de cette feétion, m’ont engagé à les comprendre dans la famille de ceux que j’ai nommés ^eus, quoiqu’à la plupart l’aileron du dos foit fenfiblement divifé en deux parties formant deux ailerons-; mais je prie qu’on fe rappelle que j’ai dit au commencement de cette feétion, que la famille des %eus devait faire un paffage des poiffons qui n’ont qu’un aileron fur le dos, à ceux qui en ont deux : prévenu de cela, j’entre dans les détails.
- 87. Néanmoins, je crois qu’il n’eftpas fùperfîu de le répéter: les dénominations de rouget qu’on donne aux poiffons qui ont les écailles rouges, celle de barbarin qu’on donne à ceux qui ont des barbillons à la tète, celle de grondin qu’011 attribue à ceux qui font entendre une forte de mugiflement, toutes ces dénominations ne caraétérifent point une efpece de poiffon, puif qu’elles conviennent à nombre de poiffons de différentes efpeces ; néanmoins, pour 11e point aller contre l’ufage, nous ferons obligés d’en donner quelques-unes.
- Article premier.
- Du rouget - grondin. ( 7 )
- 88. J’appelle ce poiffon, pi. I,fig. 6, rouget, parce que c’eft ainfi qu’on a coutume de le nommer fur les côtes de haute - Normandie & ailleurs, ainfi que dans les marchés de Paris, où il s’en trouve affez communément dans la faifon. J’y ajoute l’épithete de grondin, pour le mieux caraélérifer, d’autant qu’il eft connu fous cette dénomination en Bretagne, ainfi qu’en beaucoup d’autres endroits ; d’ailleurs cela me paraît convenable , pour qu’on ne le confonde pas avec le furmulet qu’on nomme fouvent rouge ou rouget.
- 89. Le poiffon que nous nommons rouget - grondin eft à peu près rond, à petites écailles & à arêtes. Celui que je vais décrire, qui était d’une taille commune, avait du bout du mufeau A à l’extrémité de l’aileron de la queue B, onze pouces ; leur grolfeur ordinaire eft celle des harengs ; il y en a de plus
- ( 7 ) Ce poiffon a quelque reffemblance avec le poiffon volant ; mais il en différé par la bouche , les nageoires & les écailles.
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- petits, & auflî de plus gros : la tête de A en E, avait deux pouces neuf lignes de longueur ; les opercules étaient formés de deux feuillets qui fe recouvraient ; le feuillet de délions était adhérent au corps du poiifon, celui de delïus pouvait s’élever pour lailfer échapper l’eau qu’il avait afpirée : il y avait à la partie fupérieure des opercules ou vers le dos auprès de E une pointe , & auiîi une ou deux plus bas ; car toute la partie balle de l’opercule vers P était dure , anguleufe & plus ou moins garnie de piquans ; à un pouce neuf lignes du mufeau était le centre de l’œil C; il était grand , vif & fort élevé fur la tète 5 la prunelle était noire & bordée d’un difque rouge clair, ayant des reflets couleur d’or; au-deiTus des orbites C était fur le crâne une éminence un peu circulaire , faillante & olfeufe , fur laquelle il y avait quelques pointes ; & entre ces éminences que je nomme orbitaires, 011 appercevait fur le crâne un enfoncement en forme de gouttière, qu’011 ne peut découvrir dans la figure.
- 90. Depuis C jufqu’à l’extrémité A du mufeau, la tête forme une efpece de ces moulures que les menuiliers nomment doucim , fur laquelle en O eft l’ouverture des narines. La gorge de cette doucine, ou la partie O qui eft vers les narines , eft tantôt plus, tantôt moins profonde ; & fuivant cette circonftance, le mufeau eft plus ou moins pointu ; la gueule était grande , les mâchoires garnies de petites dents ou afpérités, on en fentait même avec le doigt des paquets dans l’intérieur de la gueule , ainfi que fur ce qu’on regarde comme la langue , qui eft courte , dure , prefqu’olfeufe, & n’eft ful-ceptible que de peu de mouvement. Les mâchoires étaient bordées extérieurement par une levre molle qui ne paraît point quand la gueule eft fermée, mais qui fe dilate beaucoup quand elle s’ouvre. L’extrémité A de la mâchoire fupérieure eft coupée prefque quarrément, quelquefois un peu échancrée en cet endroit ; la mâchoire inférieure eft la feule mobile, elle eft mince & un peu plus courte qu'e la fupérieure.
- 91. Les os ou cartilages durs qui forment le delfus de la tête, ne font couverts que par une peau dure & chagrinée ; il y a fur le dos, au défaut de la tète , un aileron triangulaire E F , compofé de fept à huit nervures terminées en pointes fort piquantes ; la plus grande de ces nervures a un pouce fix lignes de longueur, & la bafe de cet aileron, à fon attache au corps, a à peu près la même étendue ; la membrane qui les unit eft de couleur rouge : environ quatre lignes plus vers l’arriere il y a un autre aileron F G, formé de dix-fept nervures qui ne font ni aufti longues, ni aufli dures , ni auflî piquantes que les autres; les plus longues n’ont guere que neuf lignes, & elles diminuent graduellement de longueur , en approchant de la queue : l’étendue de cet aileron de F en G eft de trois pouces quelques lignes ; à environ neuf à dix lignes de l’extrémité G de cet aileron, commence celui
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- de la queue, dont les rayons des côtés font un peu plus longs que ceux du milieu , ainfi cet aileron n’eft pas exactement coupé quarrément : néanmoins, quand au fortir de l’eau on l’étend , il eft prefque quarré. Les rayons des ailerons du dos font implantés dans une rainure qui s’étend depuis E juf qu’à G: elle elL bordée des deux côtés par une file de petites terbercules dures.
- 92. L’anus A H eft un peu plus du côté A de la tète que du côté B de la queue. Depuis H jufqu’à I, il y a un aileron formé de treize rà quatorze rayons, dont les plus grands ont au plus neuf lignes de longueur. Sur la partie blanche de deffous le ventre, on appercoit à l’infertion de chacun, de ces- rayons un petit point brun : derrière chaque ouie, il y a une grande nageoire D , formée à peu près de douze rayons : l’articulation de la nageoire D eft affez large, & les rayons s’écartent vers leur extrémité D , où cet aileron prend une forme arrondie : fous la gorge eft une autre nageoire K, longue d’un pouce neuf lignes, formée d’environ fix nervures larges & ratneufes. Toutes les nervures, tant des ailerons que des nageoires, font jointes par des membranes fort minces qui ont une teinte rouge plus ou moins foncée : les nageoires font rouges en - deifus & blanches en-deifous : fous la gorge auprès de L, il y a de chaque côté trois gros barbillons fou-pies , dont le plus long a environ deux pouces de longueur ; ces barbillons ont fait nomrtier en quelques endroits ce poiffon barbarin; mais cette dénomination convient mieux au furmuht qui les a au menton. Ils font rouges à leur attache au corps, blancs à leur extrémité: ils parailfent à travers le jour comme formés d’articulations. Les pécheurs prétendent qu’ils leur fervent à s’attacher aux corps folides qui font à leur portée, ce qui 11e me paraît pas probable. M. Fougeroux de Bondarov a trouvé fur les côtes de Picardie un de ces poiffons qui avait d’un côté trois barbillons, & de l’autre feulement deux : ce peut être une variété , ou cela peut venir de ce que ce poiffon, dans fa jeuneffe, en aurait perdu un par quelqu’accident : quoi qu’il en foit, en plufieurs endroits, comme je. l’ai dit, ces barbillons font nommer aifez mal-à-propos ce rouget barbarin. Depuis le bout du rnufeau jufqu’à H, le poiffon conferve à peu près la même groffeur ; mais enfuite il va en diminuant graduellement & beaucoup jufqu’à la queue, où il eft fort mince : fon diamètre vertical vers l’extrémité des ouies , eft d’un pouce dix à onze lignes j à l’endroit du corps où il eft le plus gros, vers H, il eft d’un pouce fix lignes, & vers N au plus de fix lignes.
- 93. Les raies latérales M, N font fort fenfibles, & garnies de petites dents comme celles d’une fcie. Ce poiffon a des écailles fi petites , fi minces, fi fines & fi ferrées les unes contre les autres, qu’on ne les appercoit qu’a-près avoir gratté fortement. La couleur des rougets-grondins varie beau-
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- coup? les jeunes, au fortir de l’eau , font fouventd’un rouge vif couleur de rofe ; il y en a qui font d’un rouge foncé avec des taches aurores tant fur la tête que fur le corps. En approchant du ventre, ces couleurs s’éclaircif-fent, & le blanc domine, de forte que le deffous du ventre eft d’un très-beau blanc : les ailerons & les nageoires participent des mêmes couleurs. La membrane qui unit les rayons de la queue eft plus épaiffe & plus forte que celle des nageoires branchiales ; la plus mince eft à l’aileron du dos.
- 94. L’aileron de derrière l’anus & celui de la queue font blancs du côté du ventre, excepté à leur extrémité, où il y a un peu de rouge très-vif. Comme la grolfeur de ces poiifons diminue beaucoup du côté de la queue, & comme leur tête eft fort groife, il y a peu à manger, à moins qu’ils 11e foient gros.
- 9f. Quoique les rougets - grondins 11e foient pas de paflàge, la faifon où ils font les meilleurs, eft le printems & l’été, dans les mois de juin & de juillet: alors leur chair eft blanche, ferme fans être coriace, & fe leve par écailles. Ce poilfon a encore l’avantage de n’avoir prefque pas d’arêtes : e’eft donc un fort bon poilfon, qu’on fert fur les meilleures tables quand il eft gros. Il faut remarquer que, quand il eft cuit, fes couleurs fe diftinguent encore, quoiqu’elles foient plus ternes : au refte, il faut prévenir que ce que nous venons de dire des couleurs, eft fujet à beaucoup de variations j car j’en ai vu de nouvellement pêchés, qui n’avaient prefque point de rouge ; néanmoins la plupart, au fortir de l’eau , ont de très-belles couleurs.
- 96. Sur les côtes du Havre, on en prend à la dreige : 011 en trouve dans les parcs & les filets tournans, & auffi aux cordes, pêle-mêle avec d’autres poiifons, tels que les maquereaux; les merlans, &c. Ils font fort communs en Provence & en Bretagne, auprès de Breft, où l’on en prend beaucoup avec des tramaux : on s’établit pour cette pêche principalement depuis la pointe de Penmarck jufqu’à celle de Toulinguet, au-dehors de Camaret.
- 97. Suivant ce que nous venons de dire d’après nos obfervations, qui fe trouvent d’aocord avec ce que m’a écrit M. Viger, lieutenant général de l’amirauté à Caen, & M. le Teftu, tréfdrier des invalides de la marine à Dieppe, le grondin eft de toute beauté dans l’eau : lors même qu’il eft tiré de l’eau, & que le foleil donne deifus, on apperçoit des reflets de couleurs variées qui font le plus bel effet: il conferve ces couleurs affez long-tems, fur-tout lorfqu’il a été pêché à la ligne & au large. Comme tous les rougets n’ont pas ces belles couleurs, on en a voulu faire différentes efpeces: mais MM. Viger&le Teftu ont remarqué très-judicieufement que les mêmes poiifons qu’on a pêchés avec le filet de la dreige ou celui du chalut, ayant été froilfés, fatigsés & même meurtris , ont prefque perdu leurs belles couleurs. Ce n’eft pas tout ; ceux qu’on prend au bord de la mer dans les bas
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- parcs, quoique meilleurs que ceux qui ont été fatigués dans les filets traî-nans, n’ont pas à beaucoup près des couleurs aulli vives & aufli. fédui-fautes que ceux qu’on prend au large, fur - tout avec des haims ; ceux-ci font, fans contredit, les plus recherchés ; ils ont de plus l’avantage de pouvoir être transportés affez loin. Les remarques de MM." Viger & le Teftu me font foupçonner que les pêcheurs n’ayant pas fait attention aux circonf-tances qui ont frappé ces meffieurs , ont regardé comme des différentes ef-pèces de rougets des poiflons qui avaient été pêchés, les uns au large, les autres près la côte , les uns avec des filets traînans , & les autres avec des haims & des tramaux. Il y en a qui veulent diftinguer les grondins des vrais rougets; mais j’avoue que je n’ai pas pu appercevoir entre les poiffons qu’on, me préfentait, des différences bien marquées , & il m’a paru que le grondin de Bretagne eft le vrai rouget de haute-Normandie : les petites différences qu’on croit appercevoir n’étaient que des variétés accidentelles, dont j’ai parlé plus haut.
- 98. Quoique je me fois affez étendu fur la description du vrai rouget-grondin, on trouvera à l’explication des figures quelques détails anatomiques qui ferviront à donner une idée des vifceres des poiffons de cette famille. J’effaierai d’être beaucoup plus abrégé à l’égard des autres efpeces de rougets ; & pour éviter de trop multiplier les gravures, je me bornerai à en repréfenter quelques - uns en petit.
- 99. Après avoir amplement parlé du vrai rouget - grondin, je vais dire quelque chofe de plufîeurs variétés de ce poiffon qu’on a coutume de regarder comme étant des efpeces différentes ; mais avant de terminer cette matière, je vais faire une petite digrefîion pour difcuter ce qui ©ccafionne le grognement des grondins, & aufli la lumière que quelques-uns produi-fent en nageant, ce qui leur a fait donner par quelques-uns le nom de luccrna.
- 100. Tous les auteurs & les pêcheurs parlent d’une efpece de ronflement ou de mugiffement que font les poiflons qu’on a nommés pour cette raifon grondins. Les uns prétendent qu’ils font entendre ce bruit lorfqu’ils font dans l’eau raflemblés par bande, & même quelques inftans après qu’ils font fortis de l’eau ; d’autres foutiennent que ce mugiffement 11’eft fenfible que quand 011 les tire de l’eau ; c’eft, difent-ils, un cri plaintif qu’on peut comparer à celui que font certains animaux terreftres qui mugiifent, comme l’on dit, entre leurs dents : quelques-uns comparant ce bruit à celui des porcs, ont pour cette raifon nommé ces poiflons grogneux ou grognauds. Je ne vois pas quelle reflemblance il peut y avoir de ce mugiffement avec le chant de l’oifeau nommé coucou ; néanmoins comme ce bruit fait quelquefois cou qui étant répété fait coucou, quelques-uns ont nommé le grondin cuculus. Quoi qu’il en
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- Foit,. c’eft ce renflement, ce grognement, enfin ce bruit, qui a fait nommer alfez généralement ces poiilons grondins : mais ce qui eft embarralfant, & ce que j’aurais defiré connaître, c’eft d’où vient ce bruit. Quelques-uns ont cru que c’était de l’air qui était renfermé dans leur corps, qui s’échappait quand ils faifaient de grands mouvemens. On objede que, par ladilïèdion, on 11e découvre rien qui annonce un organe vocal 3 mais comme cette efpece de grognement 11 offre rien d’articulé ni d’harmonieux, il ne paraît pas exiger une-complication d’organes , telle qu’on l’apperqoit dans la dilfedion de quantité d’animaux : néanmoins, comme ce bruit n’eft fenfible que quand les poif. fons font très - agités, par exemple, lorfqu’ils font pourfuivis par des poilfons voraces , on a imaginé qu’il pouvait être produit par le mouvement rapide de leurs nageoires, comparant ce bourdonnement à celui que font certains fcarabées en volant, ou ces mouches qu’on nomme bourdons ; mais cette caufe phyfique 11e peut pas avoir lieu quand les poilfons font dans la corbeille des pêcheurs ; & plufieurs alfurent qu’il n’eft jamais plus fenfible qu’au moment où on les tire de l’eau : car dans cette circonftance, le mouvement des nageoires eft interroupu, & 11e peut produire aucun bruit. D’autres veulent que le bourdonnement à la mer ne fe falfe entendre que quand les bandes font confidérables, & près de la fuperficie de l’eau ; & ils alfurent que ceux qu’011 prend au large & dans les grands fonds , qui font les plus rouges & les meilleurs , ne font entendre aucun bruit ; de forte qu’il n’y a que ceux qui fréquentent les bords de la mer près la fuperficie de l’eau , qui falfent entendre leur mugilfement.
- 101. Je me borne à expofer les faits qui font venus à ma connailfance > car, j’en ai déjà fait l’aveu , je n’ai point été à portée de faire les obfervations & les expériences qui auraient pu me conduire à découvrir la caufe du bourdonnement dont il s’agit : mais je fuis bien certain que cette propriété n’eft pas réfervée aux grondins ; je connais plufieurs poilfons très-diftérens, qui fe font entendre d’une façon bien plus fenfible: ai nfi, je le répète, ce ronflement n’eft pas un caractère diftindif des grondins ; néanmoins il eft alfez fenfible pour que la dénomination de grondin foit admife en Bretagne , en Flandre, à Saint-Jean-de-Luz , & même dans plufieurs ports de la Méditerranée. Ce nom ne convient point au furmulet; dont nous parlerons dans une autre fedion. J’ajoute que , fi en quelques endroits on donne le nom de barbarin au grondin, c’eft mal-à-propos, cette dénomination convenant bien mieux au furmukt ; nous le ferons voir à l’endroit où nous parlerons de ce poilfon.
- 102. Sur la lumière qiion a prétendu que répandent les grondins. J’ai dit qu’on prétendait qu’il y avait des rougets qui répandaient de la lumière en nageant, & que pour cette raifon 011 les avait nommés lucerna. Je n’ai point . été à portée de faire des obfervations expreifes fur ce phénomène 3 mais je
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- fais qu’il n’eft pas particulier aux rougets ; & j’ai dit dans le cours de cet ouvrage, qu’il y a des poiflons qui rendent la mer fi lumineufe qu’elle indique aux pêcheurs le lieu où il faut les aller chercher.
- 105. M. le Teftu dit qu’on 11’apperçoit point cette lumière des rougets auprès de Dieppe, & il en donne pour raifon que, dans ces parages, ces poifi ions ne fe raflemblent point par bancs, & que prefque tous fe tiennent dans les grands fonds, où on va les chercher, foit avec les haims, foit avec le filet de la dreige. Néanmoins après tout ce que difent les auteurs, & ce que j’ai appris de mes correfpondans , je ne puis douter de l’exiftence de cette lumière ; mais il me paraît probable qu’elle n’eft pas produite par les grondins qui communément ne vont pas par bancs, mais 1 par les rougets-barbets ou fùrmulets, dont je parlerai dans une autre fe&ion. Quoi qu’il en foit, je crois que cette lumière ne vient point des poiflons qui étincelent, comme plufieurs le prétendent, mais de l’eau de la mer qu’on fait qui devient lumineufe, fur-tout dans certains tems, pourvu qu’on l’agite: car fi dans ces circonftances, & lorfque la mer eft tranquille , on porte dans un lieu obfcur un feau où il ÿ ait de l’eau de la mer, & qu’on l’agite, ne fùt-ce qu’avec la main, ou encore mieux en verlant dedans & de haut de la même eau qu’on aura confervée dans une cruche, toute l’eau devient lumineufe. M’étant trouvé la nuit dans une galere qui voguait à la rame, l’eau ainfi agitée répandait une telle quantité de lumière qu’il femblait voir des flots enflammés : ainfi je crois que la lumière qu’on apperçoit aux endroits où il y a des bancs de poiflons, réfulte de l’agitation que les poiflons en nageant occafionnent à l’eau de la mer, & ne provient point d’étincelles qui fortent du corps des poiflons. Ayant communiqué ces idées àM. le Teftu, non-feulement elles lui ont paru très-probables ; mais cet obligeant correfpondant m’a fait part de plufieurs obfer-vations qui confirment celles que je viens de rapporter. Quelques-uns aflùrent avoir obfervé fur les bancs de grondins une fubftance aflez femblable à de l’huile qui flottait fur l’eau, & ils ont cru que c’était cette vifcofité qui pro-duifait la lumière ; mais on apperçoit dans les tems calmes & dans la faifon du frai des harengs une pareille fubftance qui flotte fur l’eau , iàns qu’on découvre aucune lumière. Comme ces poiflons ont des écailles très-brillantes, 011 a foupçonné qu’elles réfléchiflaient la lumière que d’autres croient être produite par les poiflons ; mais cette lumière eft d’autant plus fenfible que les nuits font plus obfcures : ainfi je perfifte à croire qu’il en faut revenir à l’agitation de l’eau de la mer.
- 104. Des phyficiens attribuent la lumière qui fort de l’eau de la mer, à un nombre prodigieux d’infe&es lumineux qui vivent dans cet élément, & il y a des expériences qui ne permettent pas de révoquer en doute l’exif. tence de ces animaux. D’autres foutiennent qu’il y a dans l’eau de la mer
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- une fubftance phofphorique qui produit cette lumière, & leur fentiment eft appuyé d’obfervations qui méritent bien qu’on y ait confiance. Enfin, il y en a qui penfent, & je fuis difpofé à adopter leur fentiment, que ces deux caufes fe réunifient pour produire le phénomène dont on cherche l’explication. Comme beaucoup de physiciens ont jugé cet objet digne de leur attention , il y aurait matière à faire ici une diifertation étendue & intéreffante ; mais j’éviterai de m’en occuper, pour ne point perdre de vue mon objet; (8) & je vais parler des différentes efpeces de rougets-grondins qui font venus à à ma connailfance. Quoiqu’exactement parlant, la plupart ne foient que des variétés, nous avons jugé à propos de les faire connaître, & d’indiquer les noms qu’on leur donne dans les endroits où l’on en fait la pêche.
- Article II.
- Des rouges - tutnbes.
- icy. Ce poiiTon ,/>/. VII ,fig. 2, qu’on nomme fur les côtes de haute-Normandie, ainfi qu’en plufieurs autres endroits, rouge-tumbe, reffemble au rouget-grondin par le nombre, la forme & la polîtion tant des ailerons que des nageoires, & par les barbillons qui font au nombre de trois de chaque côté. A l’égard de l’aileron du dos, la partie voifîne de la tète eft formée de rayons très-piquans, ceux de la partie poftérieure le font beaucoup moins ; cependant ils paraiffent proportionnellement un peu plus forts que ceux de la plupart des rougets - grondins. On prend fur les côtes de haute-Normandie des rouges -tumbes qui ont huit ou dix pouces de longueur. La figure 2 repréfente la tète d’un de ces poilfons. C’eft vers le carême qu’on prend les plus grands , principalement fur les côtes d’Angleterre, près de Torbay. Je n’ai point vu de ces gros, mais je foupqonne qu’ils relfemblent au poiifon fig. 1 , qui m’a été envoyé de Saint-Jean-de-Luz. Je préviens que tous les poiifons de la famille des grondins n’ont pas au bout du mufean l’enfourchement A, fig. 1. Le marlarmat, dont nous parlerons dans la fuite , en a de très - longs. Au tumbe de Saint-Jean-de-Luze, fig. 1, cet enfourchement eft beaucoup plus court ; d’autres grondins n’en ont point du tout : mais nous ferons
- ( 8 ) En effet on ne pourrait qu’être un apour’caufe, non des infectes lumineux, peu furpris de trouver dans ce traité une mais une matière’phofphorique quifecon-differtation qui ferait fi étrangère à l’art fume & fe reproduit continuellement, & de prendre des poiffons, & par cette rai- dont le principe n’eft autre chofe que le fon je me bornerai à dire que les obfer- bitume dont on fait que l'eau de la mer vations les plus exa&es concourent à faire eft imprégnée, penfer que le phénomène dont il s’agit '
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- remarquer dans la fuite plusieurs circonftances qui empêchent de confondre le malarmat avec le tumbe de Saint-Jean-de-Luz.
- 106. En général, le tumbe différé principalement du grondin par fa taille > il eft communément plus grand , & fur - tout plus renflé : à l’égard de la couleur, la plupart font d'un très-beau rouge ; mais il y en a où le dos tire au verd -, quelques-uns même n’ont point du tout de rouge > ce qui s’ob-ferve quelquefois, comme nous l’avons dit, au rouget-grondin. Le ventre des tumbes eft blanchâtre, & fouvent fur cette couleur on apperqoir du verd.
- 107. Nous avons dit que les lignes latérales qui fe voient fur les grondins, ont des dents piquantes comme celles d’une fcie ; au tumbe , en paf-fant le doigt fur ces lignes, on fent quelque chofe de rude, mais rien de piquant; elles femblent feulement un petit cordonnet ; la peau eft fort douce au toucher, on a de la peine à y fentir des écailles. Au tumbe, l’aileron du dos & celui du ventre ont la même couleur qu’à la partie du corps où ils font attachés.
- 108. L’aileron de la queue ,fig. 1, eft en grande partie rouge, & échancré inégalement: comme la couleur des jeunes poilfons eft un rouge clair & vif, les tumbes qu’on pèche fur les côtes de haute-Normandie, fur-tout ceux qui ont beaucuop de rouge, paflent pour avoir la chair plus délicate & de meilleur goût que les gros dont nous avons parlé. Quelques-uns même prétendent qu’elle eft plus délicate que celle de ta vive : mais il s’en faut beaucoup que ce fentiment foit généralement adopté. Au reftc, on vend dans les marchés les tumbes indiftin&ement avec les grondins : fi l’on trouve leur chair moins agréable , leur groffeur fait qu’on les préféré. Ils fe prennent fréquemment à la ligne ; & je foupçonne que ce poilfon eft le même que celui qu’on nomme en quelques endroits de Provence gourneau.
- Article III.
- D'un gros grondin qu'on nomme a Saim-Jean.de-Lu{ bourreau ; en termes de pêcheurs, burraü.
- 109. M. de la Courtaudiere m’a envoyé un poilfon qu’on prend dans lès parages, où on le nomme bourreau, probablement parce qu’étant très-hé-rilfé de vigoureufes épines, il eft dangereux de le manier fans précaution : il a cela de commun avec tous les grondins, n’ayant de différence que du plus au moins , principalement à l’égard des épines, entre lefquelles il y en a d’extrêmement longues ; mais à caufe de fa grolfeur, je crois qu’on peut le regarder comme une elpece de rouge-tumbe. Effectivement, en comparant la defcription que nous en allons donner avec celle du rouge - tumbe , on
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- verra que ces deux poiffons different peu l’un de l’autre. Le bourreau eft un poiffon à arêtes, à écailles , & dont le corps approche de la forme des poiffons ronds , au moins depuis la tête jufqu’à i’anus i car le refie jufqu’à la queue , diminue graduellement de groffeur , & eft un peu applati fur les côtés ; il a, comme les autres grondins , une groffe tête chargée de plufieurs aiguillons , entre lefquels il y en a de très-forts.
- il o. M. de Borda m’en a envoyé un de Biarritz, qui avait dix-fept pouces de longueur totale : celui que m’a envoyé M. de la Courtaudiere avait feize pouces fix lignes AB , y7. J'Y/, fîg. i, en y comprenant les deux cornes ou-l’en-fourchement offeux A qui termine le mufeau. Cet enfourchement, qui eft une prolongation des os du crâne ou de la mâchoire fupérieure, eft dur, tranf-parent & ftrié en-deffus de traits qui, fe prolongeant jufqu’au bout des cornes, en font paraître les bords comme hériifés de pointes fines. Plufieurs efpeces de grondins ont aufîi un petit enfourchement au bout du mufeau , mais moins confidérable que celui du bourreau, quoique celui-ci l’ait encore moins grand que le malarmat, dont je parlerai dans la fuite.
- m. De l’extrémité du mufeau A au premier rayon D du petit aileron du dos, ce qui forme la tète, il y a près de cinq pouces ; la gueule qu’on apperqoit fous l’enfourchement A, eft affez grande i les mâchoires, tant fupérieure E qu’inférieure F , font bordées de levres épaiffes , garnies de nombre de petites dents ou d’afpéritési de l’extrémité des appendices offeux A au centre des yeux C, il y a deux pouces quelques lignes ; l’épaiffeur verticale de la tête prife à Pà-plomb des yeux était deux pouces fix lignes ; la largeur horifontale, prife un peu au-deffus des orbites, vers G, était d’un pouce cinq lignes ; au refte , à la groffeur près , la forme de fa tète était affez femblable à celle des grondins, dont nous avons amplement parlé au commencement de ce chapitre, elle eft feulement un peu défigurée par les prolongemens offeux A dont nous venons de parler. Les yeux font prefque ronds, grands , fort élevés fur la tète i les foffes orbitaires du crâne ont onze lignes de diamètre i il y a fur le bord de chacun des yeux vers C , une petite pointe d’une ou deux lignes de longueur.
- 112. A l’égard des opercules, la partie de deffus, qui forme véritablement l’opercule , eft mobile > fes bords H, y compris la pointe qui termine cette partie, font à peu près à cinq pouces de l’extrémité des appendices offeux A du mufeau j prefqu’à la hauteur de l’œil, il y un aiguillon di r & piquant d’environ fept lignes de longueur, & un peu plus vers H; il y a un autre aiguillon encore plus gros & plus long. Cet opercule s’appuie fur un anneau cartilagineux qui forme le bord des ouies , d’où il part un peu au-deffus de l’articulation des nageoires branchiales, un aiguillon K fort & piquant, qui a au moins ^pux pouces trois lignes de longueur ; ces
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- aiguillons font hérifles de rugofîtés, fur-tout vers leur baie > le grand aiguillon eft recouvert par la nageoire branchiale quand elle s’épanouit. Sous la gorge, à deux pouces huit lignes du bord de la mâchoire inférieure F , eft la naiflance de trois barbillons mous L; le plus long avait environ trois, pouces de longueur, un autre deux pouces, le troifieme dix-huit lignes..
- 11?. La nageoire M de derrière les ouies avait cinq pouces de longueur > & était formée de onze rayons; les nageoires N de deflous la gorge, dont les articulations étaient fort près de celles des nageoires branchiales, n’étaient formées que de lix rayons, dont le plus long était de trois pouces quelques lignes. Le dos était garni de deux ailerons DO & OP, tellement rapprochés l’un de l’autre, qu’on pourrait croire qu’il n’v en avait qu’un ; quoi qu’il en foit, celui DO qui était formé de neuf rayons très-piquans, avait trois pouces d’étendue à fôn attache au corps : immédiatement derrière & prefque fans interruption commençait le fécond aileron O P, qui était compofe de feize rayons flexibles ; il avait quatre pouces d’étendue à fon attache au corps , & fe terminait en P à un pouce deux lignes de la naif fance de l’aileron de la queue. Il eft bon de faire remarquer que tout le long du dos , il y a une rainure alfez profonde, bordée des deux côtés d’oflelets durs, pointus & aifez longs, excepté ceux du côté de la tète, qui étant plus enfoncés dans la chair, font pour cette raifon moins appareils ; de forte que, quand le poiflon couche fes ailerons vers l’arriere , ils fe logent-dans cette rainure , & ne paraiflent point du tout : alors on n’apperçoit que les oflelets dont je viens de parler, qui font à peu près au nombre de vingt-fix.
- ii4. L’anus R était d’environ deux pouces plus près de la tète que de la queue. Immédiatement derrière l’anus commençait l’aileron de ventre R S= qui avait quatre pouces & demi de longueur à fon attache au corps , étant formé de feize rayons fouples. L’aileron de la queue était fourchu en B , & coupé inégalement ; le plus long rayon de la partie Q_T qui répondait au dos, avait deux pouces neuf lignes de longueur 5 le plus long rayon de la partie S Y qui répondait au ventre, avait feulement deux pouces quatre lignes*
- 11 f. J’ai dit que le bourreau, que je regarde comme un tumbe, eft proportionnellement plus gros que les autres grondins ; la grofleur de fon corps eft à peu près la même depuis l’articulation des nageoires jufqu’au-près de l’anus. Sa largeur verticale à l’à-plomb de D, au commencement de l’aileron du dos , était de trois pouces ; la largeur horifontale, à peu près de deux pouces fix lignes j la largeur verticale à l’à-plomb de l’anus en R, de deux pouces quatre lignes ; la largeur horifontale d’un pouce dix lignes : i’épailfeur verticale à la naiflance de l’aileron de la queue était de fepfc lignes. Ce poiflon pefait à peu près une liyre & demie.
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- né. A l’égard de la couleur de fes différentes parties, le corps était d’un rouge vif, le delfous du ventre blanc ; & aux endroits où l’on apper-cevait du blanc, on voyait des reflets argentés : l’aileron de la queue était rouge, mais cette couleur était plus vive au milieu qu’aux bords. L’aileron du dos était de couleur rouge, celui du ventre blanc, mêlé de rouge ; les opercules étaient rouges avec des reflets d’or, d’azur & d’argent. La chair de ce poiifon eft délicate & de bon goût. On le pèche en grande eau & de la même maniéré que les grondins.
- 117. M. de Borda m’écrit qu’on prend aflez fouvent au Cap-Breton une variété du bourreau qu’on nomme fur ces côtes gourlin. Le delfous des nageoires peétorales de ce poiifon eft bleu : fa couleur n’eft pas d’un beau rouge , comme celle du bourreau , car elle eft mêlée de rouge & de brun : fon mufeau eft plus court j les dents en font moins fenfibles. Il parait être exactement le corvus de Salvieil.
- Article IV.
- De la cabotte.
- 118. Dans mes tournées en Provence, on me fervit un poiifon du genre des grondins , qu’on nommait cabotte. Il avait onze pouces neuf lignes de longueur totale, de l’extrémité de la mâchoire fupérieure au centre des yeux un pouce fix lignes, & au-derrière des opercules à peu près trois pouces. La largeur verticale du poiifon, à l’à- plomb de l’articulation des nageoires de derrière les ouies, était de deux pouces ; à l’à-plomb de l’anus, d’un pouce neuf lignes j à la nailfance de l’aileron de la queue , de lîx à fept lignes. Au refte il avait, ainli que les autres poiifons de cette famille , deux ailerons fur le dos: le premier du côté de la tète était triangulaire & formé de rayons très-piquans ; au grand aileron qui s’étendait depuis la fin de ce premier jufqu’auprès de celui de la queue, les rayons étaient moins forts & point piquans ; il en était de même de l’aileron de: derrière l’anus -, celui de la queue était coupé prefque quarrément : fur les côtés, derrière les opercules, il y avait deux nageoires aflez larges, & deux autres plus étroites fous la gorge : de plus il avait de chaque côté, comme tous les grondins , trois barbillons mous. A une petite diftance du dos étaient les raies latérales qui étaient un peu rudes au toucher, mais point piquantes la tète & le dos étaient d’un brun rougeâtre qui s’étendait aflez confidérable-mentau-deflus des raies latérales j le refte du corps, jufques delfous le ventre,, tirait au blanc.
- 119. On voit par cette courte defeription, qu’à la grandeur près, la cabotte:
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- reflemble au rouget-grondin que nous avons décrit, article premier, & je crois que ce qui la fait nommer cabotte, eft que le crâne eft aflez conli-dérablement élevé au-deifus des yeux. Je 11e l’ai point fait graver, parce qu’à certaines circonftances près, dont nous venons de parler, il reflemble fort au grondin-bellicant dont nous allons dire un mot. (*)
- Article V. ^
- Du bellicant.
- 120. J’ai encore rapporté de Provence un poiflon qui reiTemble beaucoup à celui que je viens de décrire, excepté qu’il eft un peu plus effilé, & que fes nageoires branchiales ne font pas tout-à-fait aufli étendues î mais fou dos, comme on le voit pl. VI, fig. 3 , était bleu, & Ion ventre blanc. Je crois que c’eft cette circonftance du bleu & du blanc qui a paru un habillement militaire, & lui a fait donner le nom de bellicant. J’ai un poiflon moins gros, qui reflemble beaucoup au bellicant, tant par la forme du corps que par les couleurs j on me l’a nommé en Provence bricotte ; c’eft peut-être un jeune bellicant.
- Article VI.
- De la callinette.
- lll. On m’a nommé en Provence galline ou gallinette, un poiflon du genre des rougets - grondins j il avait près de quinze pouces de longueur totale, deux pouces de largeur verticale à l’à-plomb de l’articulation des nageoires branchiales ; deux pouces à l’à-plomb de l’anus, & neuf lignes près l’articulation de l’aileron de la queue, qui eft coupé quarrément, & formé par douze rayons rameux.
- 122. Les ailerons du dos & celui de derrière l’anus, reflemblent aflez aux mêmes parties du rouge-tumbe, pl. VII^ jig. 1 : les nageoires de derrière les-ouies font fort grandes dans toutes leurs dimenfions ; les rayons font rameux, & le plus long a quatre pouces de longueur j il y en a douze qui s’épanouiflerit comme les bâtons d’un éventail : quand ils font ainfi ouverts, les nageoires ont trois pouces de largeur -, & je crois que, comparant ces grandes nageoires qui font un bel effet, aux ailes d’une poule, on a donné à ce poiflon le nom de galline ou gallinette, poiflon qu’il ne faut pas confondre avec la dorée, qu’on appelle poule ou coq de mer.
- 123. Les nageoires de deflous la gorge font beaucoup plus étroites que
- ( * ) On trouvera dans le chapitre des additions & eorrections la figure d’un très-petit poiflon qu’on nomme chabot.
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- les branchiales, n’étant formées que de cinq à fix rayons rameuxj leur longueur eft de neuf lignes ; à l’égard des barbillons, le plus long était d’un peu plus de trois pouces. Comme la gueule de ce poiflon eft fort grande, on apper-çoit bien diftinélement à la mâchoire fupérieure & à l’inférieure, la forme-& la diftribution tant des dents que de quelques offelets chargés d’afpérités. J’ai confervé ce poilfon, mais je ne l’ai point fait graver, pour éviter de multiplier les figures, d’autant que c’eft la grandeur des nageoires branchiales, qui le cara&érifent principalement.
- Article VII.
- De plufieurs autres poiffons du genre des grondins.
- 124. Je vais parler dans cet article de plufieurs autres poiffons du genre des grondins, qui m’ont été préfentés fur les côtes maritimes en différentes provinces, fous des noms que leur ont afligné les pêcheurs : la plupart étaient petits, mais je ne garantis pas qu’on ne pèche point de ces efpeces qui foient plus gros.
- I2f. Du grondin-tefiard ou becard. Le teftard, dont je vais donner la def-cription, pl. Vil, fig. 5-, différé des autres par la tète : la fienne eft courte & arrondie, au lieu que celle de la plupart des poiffons de cette famille eft plus ou moins alongée & terminée par un mufeau aflèz menu. On apperqoit fur le crâne au-deffus des yeux, un petit applatiffement que n’ont point les autres rougets ; les nageoires branchiales font fort longues ; elles font d’un rouge orangé, chargé de mouchetures d’un rouge plus foncé ; les petites nageoires dedeffous la gorge, ainfi que les barbillons, font aulfî marquées d’un rouge vif. Pour ce qui eft du corps, il différé peu de celui des vrais rougets-grom dinsj feulement à l’aileron du dos, la partie qui eft du côté de Ta tête eft grande proportionnellement à celle qui s’étend du côté de la queue. Je n’en ai point vu de gros, & je ne me rappelle pas d’en avoir mangé ; je trouve feulement dans mes mémoires, que fa chair approche affez de celle des vrais rougets-grondins, & qu’on les pêche de même. J’ai encore rapporté de Provence un poiflon qui reffemblait affez au teftard s la feule différence qui s’y faifait remarquer, était que le fillon de deflus le crâne entre les deux yeux, était étroit & plus profond que celui du teftard. On nomme en Provence ce poiffon imbriaque.
- 126. Du rouget - grumet. Quelques pêcheurs de haute-Normandie ( je crois me rappeller que ce font ceux du Pollet) appellent grumet ± pl. VII, fig. y , des rougets qui font affez gros proportionnellement à ïeur longueur j & comme leur chair eft très - délicate, il y aurait lieu de foupqonner que la
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- grofleur de leur corps viendrait de ce qu’ils font fort gras. Leur dos eft brun ; cette couleur s’éclaircit fur les côtés qui font d’un jaune clair, avec des reflets verdâtres ; le deffous du ventre eft blanc. On peut regarder toutes ces circonftances comme des variétés qui ne caradtérifent pas une efpece particulière de rouget, feulement leur tète efl: plus alongée que celle des vrais rougets-grondins, & l’aileron de la queue efl: un peu fourchu.
- » 127. Du petit rouget - grumelet. Il y a une autre efpece de petit rouget, pi. /, fi'g. 7, qu’on nomme grumelet ; il n’a guere que flx , fept, au plus huit pouces de longueur 5 il a toujours l’air maigre ; fon corps menu fait fouvent des inflexions. La mâchoire fupérieure efl: plus longue que l’inférieure, & fon extrémité fe releve en - haut. Le crâne fait une boffe confidérable au-deffus des orbites ; l’aileron de la queue eft fort échancré, mais la divifîon qui répond au dos, eft plus grande que celle qui eft la prolongée du ventre.
- 128. Du rouget-bâtard ou calumet. Je ne connaiffais qu’imparfaitement le rouget-bâtard, mais M. le Teftu m’en a envoyé un que les pêcheurs de la côte de Normandie nomment calumet. Il a quelque reffemblance avec le tef-tard, fig. 5-, par fa tête qui eft arrondie, & par fon mufeau qui eft camus ; il eft très-rouge, & cette couleur fe fait appercevoir même dans la gueule, fur-tout au palais. Les raies latérales font dentées finement; & quoiqu’il ait de petites écailles, fa peau eft rude au toucher. On n’en prend guere à la ligne, mais il fe maille volontiers.
- CHAPITRE' V.
- De plujieurs poiffons qui ont encore quelques rapports avec les rougets-
- grondins.
- r 129. ]Ces poiffons que je comprends dans ce chapitre, ne font proprement pas des rougets - grondins ; mais ils en approchent tellement, que beaucoup d’auteurs les ont compris dans la même famille : je crois donc d’autant plus convenable d’en faire un chapitre particulier, que les variétés de rougets-grondins qui font dans le précédent, font déjà en grand nombre.
- Article premier»
- ,. . Du malarmat.
- 13 G. Belon a cru appercevoir dans la forme du malarmat celle du poif-fon que les anciens ont nommé lyra, parce qu’on avait cru lui trouver quelque
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- Sêct. V. D'une famille de poijfons qu'on nomme zêus.
- que rapport avec la lyre, infiniment de muftque. Rondelet n’admet pas ce fèntiment en entier, & foupçonne que notre malarmat eft le cormeta dont parle Pline. Ce poiifon, pi. VI, fig. 4, eft prefque blanc fous le ventre ; fon corps eft d’un beau rouge, mais cette couleur fe diffipe peu de tems après qu’il a été tiré de l’eau. Quoi qu’il en foit, cette couleur rouge, fa grandeur , la pofition de fes yeux, celle des nageoires de derrière les ouies & de deflous la gorge D E, ont engagé les auteurs à le mettre au nombre des rougets-grondins ; il a de plus, ainfi que les poilfons de cette famille, des barbillons F à l’articulation des nageoires branchiales ; mais au lieu que tous les rougets - grondins dont nous avons parlé en ont conftamment trois de chaque côté, le malarmat n’en a que deux.
- 131. Il a fous le ventre, derrière l’anus, un aileron IK, & un grand GH fur le dos; mais au lieu qu’à tous les rougets-grondins le grand aileron du dos eft divifé dans la longueur en deux parties aifez diftinctes au moins par la forme des rayons, qui fuffifent pour indiquer deux ailerons, comme on le voit au bourreau, pt. VII, fig. 2 s au contraire, l’aileron GH du malarmat fe prolonge dans toute fa longueur fans interruption feniible.
- 132. Le corps du malarmat va aifez régulièrement en diminuant depuis les ouies jufqu’à la queue ; mais au lieu d’ètre rond comme aux grondins, fon corps eft à huit pans ; chaque face eft bordée de raies faillantes formées par des crochets piquans qui font partie des écailles : aux grondins les écailles font il petites & ii minces, qu’on ferait tenté de croire qu’ils n’en ont point; bien différentes de celles du malarmat, qui font fortes, épaiffes, dures & grandes, fur-tout du côté de la tète, car leur grandeur diminue un peu en approchant de la queue. L’épaiifeur 8c la dureté de ces écailles rendent la fu-perficie de ce poiifon il ferme qu’elle approche de celle des cruftacées : aulîî il fe delfeche fans perdre la forme qu’il avait étant frais. Cette circonftance établit donc encore une grande différence entre le malarmat, le bourreau 8c d’autres grondins. Outre les particularités que nous venons de faire remarquer , on voit ce poiifon bien caradlérifé par la conf guration de fa mâchoire fupérieure A, pi. VI, fig. 4 & qui s’étend jufqu’à C, étant terminé par un en-fourchement très-long, offeux & garni d’aipérités: entre l’œil 8c l’enfour-chement dont nous venons de parler, qui eft plus grand qu’au bourreau, il y a vers M, fig. 4, deux aiguillons courts 8c fort piquans comme au bourreau. Ce font ces appendices offeux, ou cet enfourchement, qui ont fait nommer en Italie ce poiifon pefche forcha ou forchato : la mâchoire inférieure B a une forme ronde & elle eft bien plus courte que la fupérieure; toutes les deux font dépourvues de dents, elles font jointes l’une à l’autre par une membrane N ,fig. 4 , qui s’étend depuis l’extrémité de la mâchoire inférieure jufqu’à la naiffance de la bifurcation offeufe de la fupérieure.
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- 133. La forme des écailles qui couvrent tout le corps du poiflon, lèuf union exa&e, les huit cordons épineux qui s’étendent de toute la longueur du poiflon, les pointes dont la tête eft hériflee depuis G jufqu’à M, joints à l’enfourchement offeux A, auraient dû le faire appeller bien-arme, & je ne vois pas pourquoi à Gênes & en Languedoc on l’a appellé malarmat : la dénomination latine de cataphraclus , que quelques-uns lui ont donnée, aurait été plus convenable, puifqu’il eft bien cuirafle. Ce poiflon eft fort rare & prefqu’inconnu fur les côtes de l’Océan & dans le canal de la Manche ; mais il eft commun aux côtes d’Efpagne & de Provence, où l’on en prend dans les grands fonds, principalement avec le filet de la tartane. Comme ce poif-fon eft fort vif, & fe meut avec beaucoup de facilité, il lui arrive fouvent d’endommager fon enveloppe écailleufe, & particuliérement fes cornes. On en pêche toute l’année5 mais, de même que pour la pêche du rouget-grondin dans la Manche, la faifon la plus favorable, tant pour la quantité que pour la qualité, eft le carême. Il y a peu à manger fur ce poiflon quand il eft petits & pour cette raifon on 11e l’eftime que quand il eft gros.
- 134. Pour l’apprêter en ragoût, 011 commence par le mettre tremper dans de l’eau chaude, afin d’enlever la peau & les écailles, ce qui fe fait aifément fur-tout quand on commence par la queue : li l’on fe propofe de le faire cuire fur le gril, on commence par l’ouvrir, mettant dans le corps du beurre frais, de fines herbes & différens aflaifonnemens , pour relever le goût de la chair, qui d’ailleurs eft blanche & délicate : lorfqu’il eft cuit, on en ôte aifément les écailles.
- 15 ç, J’ai trouvé dans les mémoires que j’ai rapportés de Provence, un beau deffin , pl. VI ,fig. 6, d’un malarmat qu’on m’a dit avoir été pêché dans la Méditerranée , fur les côtes d’Efpagne : il différé de celui, fig. 4, & HI, par l’aileron du dos qui paraît formé de deux pièces G H, & par les barbillons F qui font fous la gorge à l’à-plomb des yeux, au lieu d’être placés à l’articulation des nageoires branchiales. Le defïîn, fig. 4, a été fait fur le poiflon même que j’avais fous les yeux quand je l’ai décrit : ainfi 011 peut le regarder comme exad. Celui, fig. 6, étant très-bien exécuté, j’ai peine à me perfuader que les. différences que nous venons de faire remarquer, foient des fautes commifes par le deffinateur ; j’incline d’autant plus à les regarder comme des variétés a que les auteurs difent qu’il y a plufieurs efpeces de malarmat»
- Article IL
- Du d'oucet ou de ta fouris de mer, lacert de Rondelet lavandière de Fefcamp*
- 136,. Le doucet confidéré en gros paraît avoir quelque rapport avec le. grondin * mais, en comparant ces poiflons, on découvre, des différences très*
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- fenfibles : effectivement, le doucet, pl. VIII, fig. i, 2 & $ , a, comme le grondin , de grands yeux fort élevés fur la tête, deux nageoires derrière les ouies , deux fous la gorge, deux ailerons fur le dos, & un fous le ventre derrière l’anus; mais toutes ces parties Ont des formes très - différentes dans chacun des poiffons que nous venons de nommer.
- 137. Il eft probable que le nom de douut a été donné au poiffon qui nous occupe dans cet article, à caufe qu’il 11’a point d’écailles, & que fa peau eft très-douce, mouchetée de taches incarnates. Quelques-uns l’ont nommé fou-ris de mer, apparemment parce qu’ils ont cru trouver dans la forme de fa tète F, quelque reffemblance avec celle de la fouris ; & ce nom a été particuliérement adopté fur les côtes de haute-Normandie. En général le doucet a le corps effilé ; il eft bien rare d’en prendre qui aient un pied de long : celui que je vais décrire, qui m’avait été envoyé à Paris vers le mois de mars, avait huit pouces de longueur totale AB, fig. 1. Sa peau dénuée d’écailles, peut être comparée à celle de l’anguille ou des loches ; elle eft ornée des cou. leurs les plus brillantes & les mieux diftribuées ; il y en a qui font d’une grande beauté : cette peau n’eft prefque point vifqueufe : foit quion deffeche ce poiffon, foit qu’on le mette dans l’eau-de-vie, les couleurs difparaiffent, & elles varient beaucoup dans les différens individus ; car M. le Teftu m’a marqué qu’il y en a dont le dos eft brun, le ventre blanc, & que ces deux couleurs font tranchées alfez nettement fur les côtés par la raie latérale. Sa tète , quoique d’une forme affez finguliere, a quelque rapport avec celle du grondin j elle eft peu bombée au-deffus, elle eft fort large, car un peu au-deffus des yeux, fig. 2, elle avait de L en L un pouce & demi de largeur hori-fontale : elle diminue peu à peu de largeur & d’épaiifeur, depuis l’extrémité du crâne jufqu’au bout du mufeau, ce qui fait une étendue de vingt-une lignes. Le deifous de la tête, ainii que du corps, jufqu’au commencement de l’aileron du ventre ou à l’anus, n’a prefque point de convexité & forme un plan affez régulier ; mais à l’endroit où commence l’aileron du ventre juf-qu’à la naiifance de celui de la queue, le corps eft prefque rond & diminue graduellement de groffeur, de forte qu’à cet endroit il reffemble affez à la partie correfpondante du corps des grondins.
- 138. On apperçoit fur les côtés de quelques doucets des bandes longitudinales , ordinairement au nombre de trois, une argentée, l’autre jaune, & plus près du ventre une noirâtre ; celle-ci eft formée de traits qui du côté de la tète font affez gros & éloignés les uns des autres : en approchant de la queue ils font plus menus & plus près à près -, de forte qu’ils forment une ligne continue. Je reviens à ce qui regarde la tète de notre poiffon. Le crâne eft un peu élevé; mais depuis le deffus des yeux C^ fig. 1, qui en eft le fourni et, jufqu’au bout du mufeau, il diminue par une pente douce ;
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- la charpente de cette tête eft formée par des os tendres & comme cartilagineux , recouverts d’une peau affez ferme, variée de diverfes couleurs brillantes fur un fond gris. La partie A, fig. 3, eft une efpece d’étui dans lequel eft renfermé le cartilage D qui forme dans l’intérieur de la gueule la voûte du palais, & qui s’étend prefque jufqu’à la perpendiculaire des yeux C ; ce cartilage, qui fait comme un fécond mufeau, peut à la volonté du poilfon s’avancer d’environ huit lignes, comme on le voit en D, fe rabattant fur la mâchoire inférieure ; d’où il réfulte que la mâchoire fupérieure paraît excéder l’inférieure de quelques lignes. Ce cartilage eft divifé en deux à fa partie fupérieure par un petit fillon D ; il eft communément d’un beau violet foncé, avec des nuances jaunes : quand il eft rentré dans fon étui, il forme entre les yeux & l’extrémité du mufeau vers À, fig. 3 , une bolfe fenfible.
- 139. L’intérieur de la mâchoire d’en-bas eft garni, fur-tout par-devant, de nombre de petites dents fines; il y en a aulîi à la mâchoire fupérieure, mais en moindre quantité. Ces mâchoires étant écartées, fig. 4, on apper-çoit la langue B, dans L’intérieur de la gueule ; elle eft épaifle, blanche & comme tranfparente ; fa longueur eft d’environ cinq lignes, & fa largeur d’un peu plus de deux lignes ; elle eft arrondie par le bout.
- 140. Les yeux C, fig. 2', font très-rapprochés l’un de l’autre fur le fom-met du crâne ; l’orbite eft ovale, fon grand diamètre étant de fix lignes, & le petit de cinq ; les bords font une petite éminence qui occupe les trois quarts de leur circonférence; le globe de l’œil contenu dans cette cavité orbitaire, eft en partie recouvert par une membrane .jaunâtre alfez épaitfe, qui paraît defeendre de la partie fupérieure de l’œil formant une efpece de paupière, ainfi qu’on voit à la fig. 3. La prunelle eft aufli noire que du jayet poli ; elle eft à peu près grolfe comme un grain de vefee, & forme une petite éminence ; l’iris eft nacré, ayant des reflets tirant à l’or ou à l’argent.
- 141. Les opercule des ouies font formés de plufieurs feuillets cartilagineux, couverts d’une membrane : il paraît que les branchies n’ont guere de communication avec l’extérieur ; néanmoins ce poiiïon fubfifte aifez long-tems hors de l’eau, & même on aflure en avoir trouvé d’endormis fur le rivage. Comme on n’apperçoit point d’ouverture aux ouies , Willughby penfe que les trous qu’on voit en K ,fig. 3 & 6 , qui répondent à l’intérieur des ouies, fervent à donner une iflue à l’eau que le poiflon a afpirée : mais je n’ai pas été à portée de m’aifurer de ce fait. Nous avons dit que le dou-cet a fur le dos deux ailerons: l’un D ,fig. 1 & 2, qui eft fort près du derrière de la tète, eft très-étroit, n’étant formé que de quatre ou cinq rayons de grandeur inégale ; le premier du côté de la tète, eft plus fort que les autres & prodigieufement long, puifqu’il eft à peu près de la moitié de la
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- longueur totale du poiifon ; car à celui que je décris il avait trois pouces & demi de longueur. Le fécond rayon , qui était plus mince , n’avait qu’un pouce & demi ; le troifieme n’avait qu’un pouce, & le quatrième un demi-pouce ; en outre, on apperqoit quelquefois un cinquième rayon qui n’a que deux lignes de longueur : ces rayons font liés par une membrane très-déliée, fur laquelle on remarque des traits , les uns bruns, les autres bleus , dont la direction eft fuivant la longueur de l’aileron , & à peu près parallèle aux rayons.
- 142. A l’égard du fécond aileron E, fig. 1 & 2 , il eft formé d’environ douze rayons, & il a à fon attache au corps plus de deux pouces de longueur ; la plupart des rayons, fur-tout ceux qui font du côté de la tète, n’ont qu’un pouce de longueur; ceux du côté de la queue font plus longs, de forte que le dernier a fept à huit lignes de plus que les autres; la membrane qui unit ces rayons eft déliée ; 011 apperqoit delfus quatre traits blancs avec des taches bleues qui coupent à peu près perpendiculairement les rayons, 8c s’étendent de toute la longueur de l’aileron.
- 145. Il y a derrière l’anus un aileron Q_alfez femblable à la portion E de l’aileron du dos, étant formé à peu près de neuf rayons dont l’extrémité excede un peu la membrane qui les unit ; cette membrane eft de couleur d’ardoife claire, & n’eft point traverfée comme l’aileron E par des raies blanches ; la longueur de cet aileron à fon attache au corps eft d’environ un pouce neuf lignes ; l’aileron de la queue, qui eft formé de dix à douze rayons, & qui a un pouce de longueur, fe termine par un arrondiifements il eft bleuâtre rayé de gris.
- 144. A la partie inférieure des opercules, on apperqoit de chaque côté un os L, fig. 1 6* 2, à peu près triangulaire, terminé par des dents qui imitent une molette d’éperon; fous chaque opercule des ouies & fous la gorge eft une nageoire M N, marbrée de jaune , de blanc & de violet plus ou moins foncé. Quand ces nageoires font pliées, elles ont une forme allez femblable à celle d’un croilfant dont les pointes fe rapprochent auprès de l’anus ; elles forment en fe développant, une aile d’environ un pouce & demi de largeur ; on y apperqoit cinq principales nervures , d’où il s’en détache de latérales dont l’extrémité déborde la membrane qui les unit', ce qui fait paraître les bords comme frangés. Il fernble que les cinq nervures principales qui font grolfes, équivalent aux barbillons que les grondins ont auprès des articulations des nageoires gutturales : mais ces barbillons des grondins n’ont point de ramifications, au lieu qu’au doucet ils en font tellement garnis qu’ils forment comme des plumes. Il y a en outre de chaque côté une nageoire branchiale O P, fig. 1 & 2, formée de douze à quatorze rayons aflez déliés ; les articulations de ces nageoires font fort près de l’opercule des
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- ouies > la membrane qui unit les rayons eft plus forte que celle des nageoires gutturales M, N; on y compte environ dix-huit rayons; elles font ovales, ayant quinze lignes de largeur ; leur blanc eft relevé d’un rouge écarlate.
- i4f. On prétend que, dans le genre des doucets, il y a des individus mâles & d’autres femelles, qu’il eft aifé de diftinguer les uns des autres. Les pêcheurs confervent aux femelles la dénomination de doucets, & ils nomment les mâles chiqueux : mais comme j’ai fouvent pris les pêcheurs en défaut fur de pareilles affertions, leur faifant voir des œufs dans le corps des poif-fons qu’ils difaient être des mâles, & des laites dans les prétendues femelles, j’ai de la peine à acquiefcer à ce qu’ils affinent avoir bien obfervé. Il ne m’a pas été pofîîbîe de me décider par mes propres obfervations , parce qu’il faut pour cela être en état de mettre en comparaifon un nombre de poif-fons, les uns réputés mâles & les autres crus femelles; j’avoue donc que je refte indécis, n’ayant point de preuves fuftifantes, ni pour adopter ni pour infirmer les alfertions des pêcheurs ; & je me bornerai à rapporter quels font , fuivant eux , les cara&eres diftin&ifs des deux fexes. Néanmoins j’ai repréfen’té , fig. 6 , un doucet qu’on m’a donné pour femelle: elles ont ordinairement le corps bleuâtre, chargé de marques rouges ; au lieu que les mâles, comme je l’ai dit, ont le corps varié de très-belles couleurs. J’ai déjà fait obferver que les couleurs des mâles font fujettes à varier ; il en eft de même des femelles, puifqu’il y en a qui ont le deffus de la tête & du dos , ainfi que le petit aileron , d’un brun noirâtre, le refte du corps d’un blanc jaunâtre chargé de nuages de différentes couleurs ; l’aileron du dos, celui de la queue , les nageoires gutturales, d’un jaune prefque citron; les nageoires de derrière les ouies & l’aileron du ventre, de couleur ardoi-line. Au lieu du long aileron que les mâles ont furie dos,fig. i & 2, les femelles n’en ont qu’un petit E, fig. 6 , qu’on a comparé mal-à-propos à celui de la vive, & dont la membrane tire au noir. La chair de la femelle paffe pour être bien meilleure que celle du mâle : mais fi ces poiffons en général ne font pas fort recherchés, c’eft que , comme on eft obligé de leur retrancher la tête, & que le corps eft fort menu, il refte très-peu de chofe à manger ; c’eft pour cette raifon qu’011 n’en fait point de pêches expref-fes, & qu’on 11’a que ceux qui fe trouvent dans le filet de la dreige, ou attachés aux hameçons, dans la faifon du carême.
- 146. La defcription que Willughby donne de ce poiffon qu’il appelle dracunculus, & que Rondelet appelle lacert, a beaucoup de rapport avec ce que nous venons de dire de notre doucet; mais il eft fort fingulier que les figures que Willughby & Rondelet donnent de leur dracunculus ou lacert, n’aient aucune refièmblance avec la nôtre qui a été e^aétement deffinée
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- für le poiflon même, & qu’après que Willughby ainfi que Rondelet ont dit que leur dracunculus ou lacert ont deux ailerons fur le dos , il n’y en ait qu’un, même fort petit, qui foit repréfenté fur leurs figures. On trouve dans leur eftomac de petits coquillages & différentes efpeces de cruftacées. On pèche à Fefcamp un petit poiifon qui a tout au plus fept à huit pouces dp longueur, auquel on donne le nom de lavandière, & qui reflèmble beaucoup à notre doucet, ce qui me difpenfe d’en donner la figure ni la défi cription, d’autant que c’eft un poiifon peu eftimé, dont il n’y a que les pauvres qui falfent ufage. On voit dans la Zoologie Danoife de Frédéric Muller, que le poiflon dont nous venons de parler, fe prend aufil dans les mers de Danemarck & dans la Norvège.
- Article III.
- Du poififon appelle cataphra&us , Schonfieldü ; fiuivant les Anglais, pogge.
- 147. Voici un poiifon que je fuis engagé à mettre à la fuite du doucet, lion-feulement parce que fa forme a quelque rapport avec celle du doucet, mais encore parce que quelques-uns ont donné à ces deux poiifons des noms femblables. Effectivement, Rondelet donne le nom dç cataphracius au doucet dont nous venons de parler dans l’article précédent, & Willugby donne ce même nom au petit poiflon qui nous occupe ici ; d’autres ont appellé ces deux poiifons lacert ou lézard de mer. M. le Teftu m’écrit que, fur les côtes de Normandie, 011 donne à notre petit poiifon & au doucet le nom de fouris de mer. Je conviens que cette confulion de noms indique que ceux qui ont parlé de ces poiifons ne les connaiifaient pas parfaitement. Car il notre cataphracius relfemble aux poiifons dont nous avons parlé dans cette fection, par la grandeur & la polition des yeux tout près du fommet de la tète, par les nageoires de deifous la gorge qui font grandes & ovales , par l’aileron de la queue qui eft arrondi & qui a la forme d’une palette, par fa tète qui elf: groife j par les opercules des ouies,dont les bords ont des angles faillans qui fe terminent en pointes 5 par la forme de fon corps qui , depuis les opercules jufqu’à la naidance de l’aileron de la queue, diminue uniformément de grolfeur} enfin, par l’aileron de derrière l’anus : il en différé à beaucoup d’égards, comme 011 l’appercevra par la courte defcription que nous en allons donneiy-
- 148. Sa longueur totale AB,/?/. III ,fig. 3 & 4 , était de quatre pouces fix lignes ; il avait au bout du mufeau plufieurs cfpeces de crochets depuis le centre des yeux C, jufqu’à l’extrémité À du mufeau, il avait fix lignes 5 depuis A jufqu’à la pointe la plus alongée F des opercules des ouïes, treize à
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- quatorze lignes ; la mâchoire fupérieure était beaucoup plus longue que l’iiï-férieure 3 la gueule qui était grande relativement à la taille du poiffon , formait une portion de cercle G 3 la largeur verticale de la tète à l’à-plomb des yeux C, était de fept lignes , & de dix lignes à l’à-plomb de l’articulation des nageoires branchiales D qui, comme nous l’avons dit, font ovales, ayant onze lignes de longueur for fix lignes de largeur. Les nageoires de deffous le ventre H, fig. 4, ont leur articulation à quinze lignes du mufeau 3 elles ont huit lignes de longueur for deux de largeur j il y a for le dos deux ailerons I, K, fig. 3 , qui fe relfemblent beaucoup : ils font contigus & fi rapprochés l’un de l’autre, qu’il faut prêter beaucoup d’attention pour s’alforer qu’il y en a deux 3 le premier rayon E de l’aileron I qui eft du côté de la tète eft à dix-huit lignes du mufeau 3 chaque aileron eft formé de fept bu huit rayons 3 le preniier de chaque aileron, qui eft le plus long, a environ fept lignes de longueur : ils font unis par une membrane déliée, for laquelle on apperçoit quelques taches 3 la largeur de chacun de ces ailerons à leur attache au corps, eft à peu près de huit lignes 3 le fécond aileron Kfe termine à neuf lignes de l’articulation de l’aileron de la queue B.
- 149. Le corps de ce poiffon eft hexagone 3 entre chaque face il y a une raie en relief 3 mais il y en a entr’autres quatre qui font formées de boutons très-gros 5 favoir, deux qui avoifinentde dos, & deux près du ventre 3 aux autres raies ces boutons font beaucoup plus petits. L aileron de derrière l’anus L commence à deux pouces trois lignes du mufeau 3 fa largeur à l’attache au corps eft de cinq à fix lignes. Ce poiffon eft de nulle valeur j à peine les pauvres gens daignent-ils en manger 3 aufii n’en fait-on point de pêche exprefie, mais on en trouve dans les parcs.
- ifo. Après la defcription que nous venons de donner de ce petit poift fon , on voit qu’il eft très-bien cuiraffé3 quainfi la dénomination de cata* phractus , que lui a donnée Willugby, lui convient au moins aufii bien qu’au malarmat que Rondelet a jugé à propos de nommer aufii cataphraàus.
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- CHAPITRE VI.
- Additions & corrections relatives à ce qui eft imprimé jufqu’à prêfent du Traité général des pêches.
- Additions à la première fiction de la première partie, dans laquelle il s’agit de la pêche aux haims.
- ifi. I^ous avons expliqué fort en détail dans cette fection , tout ce qui regarde les différentes façons de pêcher avec les haims, foit à la perche, ou
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- à la canne fédentaire ou volante ; aux lignes dormantes, aux grofles & aux petites cordes , foit tenues fixes, foit remorquées par une barque : nous avons fait appercevoir les avantages & les inconvéniens particuliers à chacune de ces façons de pêcher. Dans la pêche à la canne, ainlî que dans la plupart des pèches aux haims, l’appât eft continuellement dans un mouvement qui engage les poilfons à le faifîr, de crainte qu’il ne leur échappe : celles à la canne ont de plus le grand avantage qu’on peut tirer hors de l’eau le poiiTon aufîi-tôt qu’il a mordu à l’appât ; on évite par-là que le poif. fon qu’011 a pris 11e devienne la proie d’un poiifon vorace qui, à la pêche aux cordes , s’approprie atfez fouvent tous les poiifons qui ont mordu aux haims. U11 grand inconvénient des pèches à la canne , c’eft qu’elles occupent beaucoup de pêcheurs, au lieu qu’un petit nombre fuffit pour conduire un grand nombre d’haims attachés à une même corde. Mais nous avons omis de parler d’une pêche qu’011 nomme en Languedoc aven , & qui tient en quelque forte le milieu entre toutes les différentes façons de pêcher dont nous avons traité dans la première fèdion de la première partie. Voici comme M. Poujet a vu pratiquer cette pêche dans les étangs falés des environs de Cette. U11 pêcheur fe met pendant la nuit dans un très - petit bateau qu’il conduit avec deux avirons; il prend avec lui plusieurs rofeaux, auxquels font attachées des lignes faites d’un fil de chanvre délié, c’eft ce qu’ils nomment aven. A l’extrémité de ces lignes font empilés de petits haims qu’ils amorcent de chevrettes ou de pattes de crülfacées : le pêcheur, afîis da’ns le bateau, paffe fous chacune de fes cuilfes une ou deux des cannes ajuftées comme nous venons de le dire, & il conduit tout doucement fon bateau, en ramant de façon qu’il n’agite l’eau que le moins qu’il eft pofïible : c’eft en cela que confifte principalement l’adreffe des pêcheurs. Il a encore l’habitude de s’appercevoir lorfqu’un poiffona faifi un appât, à l’imprefîion que le rofeau fait à la cuilfe qui porte deffus ; & afin d’éviter que quelque poiffon 11e lui dérobe fa proie, il le retire promptement dans fon bateau cette pèche qui, fuivant l’expofé que nous venons de faire, paraît n’être qu’un amufement, nu lailfe pas d’être avantageufe. (9)
- Additions à la première fection de la fécondé partie, dans laquelle il s'agit des poijfons du genre des morues. ifz. On pêche dans le fleuve Saint-Laurent, depuis la pointe aux Ecu-
- ( 9 ) L’inconvénient dont parle l’auteur, & fe prennent quelquefois en voulant ava-relativement à la pêche aux haims, à la 1er ceux qui ont mordu. On ne parle point corde, eft réel; mais il peut être compenfé ici de l’avantage qu’ont les amorces vivan-en ce que les poiflons voraces font aufti tes fur les mortes. Voyez ce que j’ai dit avides que les autres démordre à l’appât, là-deffiis dans mes additions au tome X.
- Tome XI. I j. i i
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- reuiîs , jufqu’à neuf lieues au-deffus de Québec, principalement au chenal des Trois-Rivieres , des poiflons qu’on nomme petites morues , qui entrent en quantité dans les rapides pour y dépofer leurs œufs. Cette pèche commence à noël & dure jufqu’en février. Ces poiffons ont effectivement les principaux caradteres, & même affez le goût des morues 5 & je foupçonne que ce font des tacauds, que j’ai décrits & repréfentés dans la fécondé feCtion.
- if^. Quoique j’aie déjà parlé des pèches qu’on fait fous la glace, je ne crois pas devoir me difpenfer de rapporter comment les Canadiens prennent les petits poiffons dont je viens de parler. Ils percent dans la glace un trou d’environ deux pieds en quarré : les pécheurs fe pourvoient de lignes fines de quatre à cinq pieds de longueur, qui fe divifent à leur extrémité en trois ou quatre branches. On pourrait y mettre des haims amorcés ; mais la plupart fe contentent d’y attacher , au moyen d’un nœud coulant, un petit morceau d’étoffe rouge ou de viande , choififlànt par préférence le foie de porc, parce qu’il eft plus dur, ce qui eft avantageux pour cette pêche. A peine ces lignes font-elles entrées de deux pieds dans l’eau, que les poiffons faififfent l’appât, & ne l’abandonnent que quand on les a tirés fur la glace 1 & fouvent chaque branche de la ligne eft garnie d’un poilfon. On continue cette manœuvre jufqu’à ce qu’on foit fatigué ; de forte qu’un homme du cap de la Madeleine a affuré avoir pris à cette pêche dans une journée plus d’un millier de ces poiffons. On fait encore fous la glace une pèche abondante avec le filet à poche qu’on nomme truble, qui eft repréfenté partie première, fécondé fe&ion ; mais pour cela il faut faire à la glace une ouverture de lîx pieds en quarré.
- if4- J* ne m’étendrai pas davantage fur cette façon de pêcher, ayant eu précédemment occalion d’en traiter. J’ajouterai à ce que je viens de dire, que les habitans de Québec, qui depuis le mois de mai jufqu’en août font la pêche de la morue feche dans le golfe de Saint-Laurent, en remontant le fleuve , vers les côtes de Mont - Louis , manquant quelquefois d’appât , ont recours aux truites pour amorcer leurs haims ; & après avoir attiré ces poiffons dans les petites rivières avec des flambeaux d’écorce de bouleau, ils les dardent de dedans leurs petits bateaux avec les mêmes harpons qui fervent pour prendre les anguilles, comme nous l’avons dit dans la fécondé fedion, à l’occafion de la pèche des faumons.
- Suite des additions à la première feffion de la fécondé partie > dans la-quelle il s'agit de la morue.
- ïff, J’ai dit, dans la première fedion, que fur les côtes de Flandres, on donnait aux jeunes morues le nom de morutttes, guelk , doguets ou god-lingue. M. Porquet 5 ingénieur des arfenaux de la marine, m’a écrit depuis
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- Timpreffioii de cet article, qu’on prend ordinairement fur le banc des Que-noes & des Gardes, vers le Blanc-nez, à trois lieues ou trois lieues & demie de Calais, un poiflon appelle moruette, que les pêcheurs regardent comme une efpece différente de la vraie morue. Je vais elfayer d’en donner une idée, d’après la defcription que m’en a faite M. Porquet.
- if6. Ce poiffon a depuis dix & douze pouces jufqu’à un pied & demi de long : ils ne s’en prend guère de plus grands. Il a trois ailerons fur le dos & deux fous le ventre, ainfi il eft inconteftablement de la famille des morues î la queue n’eft point échancrée ; il eft d’un brun affez foncé fur le -dos & le long des nageoires , & eft parfemé de petites taches brunes mêlées de jaune, qui s’éclairciffent vers le milieu du corps. Depuis les reins jufques près de la queue, il régné une raie noire fort fine, qui fait une finuofité au milieu du corps, & femble être éclairée de chaque côté par un reflet blanc. Le ventre eft blanc, ondé de raies bleuâtres. Il a la tête fort groffe , le nez rond, les yeux làillans ; les mâchoires font bien ouvertes ; la membrane qui les unit forme quelquefois une efpece de bourfe qui s’enfle de vent quand on lui ferme la gueule ; il a un petit barbillon fous la mâchoire inférieure, deux nageoires fous le ventre près de la tète , & deux autres aux côtés des ouies. On voit par cette courte defcription, que la moruette de Calais approche beaucoup de celle du tacaud, dont nous avons parlé ailleurs.
- if7. A cette occafion, je crois devoir dire quelque chofe d’un poiflbn que les matelots d’Olonne qui vont à la pêche de la morue , rencontrent quelquefois en pleine mer attaché à de vieux morceaux de bois. Ces poifi fous qu’on m’a nommés peromelos, ont environ un pied de long, dix pouces de largeur, & quatre pouces d’épaiifeur ; les écailles font les unes blanches & les autres noires, mais toujours très - luifantes. C’eft un excellent poifi. fon , fort gras, dans le ventre duquel on trouve des morceaux de graiffe de la groifeur d’un œuf > fa tète a quelque reifemblance avec celle du rouget.
- Additions à la fécondé feêlion de la fécondé partie, dans laquelle il s'agit des faumons.
- I f 8. On pêche les faumons dans la Dordogne avec une efpece de harpon de fer qu’on nomme faumonniere. Dans la Rulfie, les Lappons prennent ces mêmes poiifons avec des dards auxquels ils ajuftent une ficelle qui fert à tirer au bord de l’eau les poiifons qu’on a dardés. Je paife légèrement fur cette pêche, parce qu’elle fera exa&ement décrite en parlant de diiférens poiifons qu’on pêche de la même maniéré.
- Additions à la quatrième fe&ion ,fur les dorades.
- If9. M. Cleron, profeifeur d’hydrographie au Havre, me marque qu’c-
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- I R/I 1 T E’ DES F E C II E S. Partie IL
- tant à bord d’un vaifieau, & profitant de la circonftance où l’on voyait de vraies dorades d’Amérique s’approcher de la fuperficie de l’eau, il en prit avec des fouannes emmanchées d’une longue perche. M. le Teftu m’a envoyé de Dieppe un poiflon qui avait le dos voûté, garni d’un grand aileron qui s’étendait prefque jufqu’à celui de la queue ; à ce grand aileron les rayons excédaient la membrane qui les unifiait ; & ceux du côté de la tète étaient fort piquans ; à l’aileron de derrière l’anus, il n’y avait de piquans que les premiers rayons, les autres étaient fouples. On voyait une tache noire immédiatement derrière les opercules des ouies; on dit que,' que quand les poiflons font nouvellement tirés de l’eau , on apperçoit une tache rouge auprès de cet endroit. Les nageoires de derrière les ouies étaient longues , étroites , & fe terminaient en pointe.Quand les mâchoires étaient rapprochées l’une de l’autre , le mufeau paraifiait obtus, l’intérieur de la gueule était pavé d’oflelets arrondis en-deflus. Si l’on compare cette courte defcription avec celle que j’ai donnée de la daurade de nos côtes, à la quatrième feétion, je crois qu’on penfera , comme moi, qu’il y a des dorades fur les côtes de haute-Normandie.
- 160. Dans la faifon où les daurades veulent fortir des étangs pour gagner la mer, les pécheurs du Languedoc tendent dans les chenaux qui communiquent des étangs à la mer, des efpeces de palangres ou cordes garnies d’haims amorcés d’anguilles, & par ce moyen iis prennent des daurades pèle-mèle avec plusieurs autres poiflons.
- Réflexions relatives à la quatrième fettion,. dans laquelle'il s'agit de
- la mendole.
- iôr. Nous avons fait remarquer en parlant de la mendole , qu’il y a bien-des poifions qui ont beaucoup de rapport avec la mendole, auxquels on a donné différens noms, d’où il a réfulté beaucoup de confufion. J’ai fait mon poifible pour difliper ces incertitudes , mais je ne me flatte pas d’y avoir complètement réuiîi ; néanmoins je vois avec plaifir que ce que j’ai dit dans la quatrième fection , je trouve aflez d’accord avec ce que M. Pou-jet, lieutenant-général de l’amirauté de Cette, m’a écrit dans une lettre qui ne m’eft parvenue qu’après l’imprefïion de ce que j’ai publié à ce fujet. Get*éclairé correfpondant me marque qu’il connaît quatre efpeces de men-doles , favoir , celle qu’on nomme verriere, qui eft aifez femblable à la bogue ; c’eft,fuivant M. Poujet,la mendole proprement dite: elle eft feulement un peu plus renflée, & de couleur brune, avec des reflets argentés ; elle a une tache grife ou brune vers le milieu de la longueur de fou corps, & quelques autres taches irrégulières près l’articulation de l’aileron de la queue. J’ai donné fa defcription.
- 162. M. Poujet ajoute qu’il y a une autre mendole nommée verrier&
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- Sect. V. Dune famîüe de poiffons qiCon nomme zeus.
- blanche, qui eft un peu plus effilée que celle dont nous venons de parler ; elle en différé principalement par fa couleur argentée, qui la fait nommer blanquette. Il me parait que ce poiffon fe rapproche de celui que nous avons décrit, & de la picarelle blanche. Si notre poiffon paraît petit, nous avons averti qu’il y a des faifons où les picarelles font plus groffes que dans d’autres.
- 163. M. Poujet dit que les deux verrieres dont nous venons de parler d’après lui, font un bon manger quand on les prend fur des fonds de gravier, & qu’on a coutume de les pécher avec une'fonde à laquelle on attache nombre de petits haims. Il met de plus au nombre des mendoles deux elpeces de jarets qui me paraiffent peu différens de ceux que j’ai décrits fous ce même nom. Enfin je penfe comme M. Poujet, & je l’ai dit aux endroits cités, qu’il y a plusieurs poiilons du genre des mendoles, qui 11e different les uns des autres que par la couleur ou quelques autres circonftances peu fenfibles : ce qui, pour cette raifon , occasionne de la confulîon. Heureufement, comme ces poiffons 11e forment pas un objet de commerce, & ne font pas très - recherchés comme aliment, on peut fe contenter des efpeces que nous avons fait connaître.
- Additions à ce qui eft dit fur les poiffons nommés demoifelles, fe&ion IV.
- 164. J’ai dit à cet endroit de la quatrième feétion, qu’on donne le nom. de demoifelle à des poiffons d’efpeces fort différentes : il fuffit, pour mériter cr(nom, que leurs écailles aient de belles couleurs agréablement diffiibuées. Ce que j’ai fait imprimer de la demoifelle de Cette, eft en partie d’après les mém'oires de M. Poujet, lieutenant-général de cette amirauté 3 mais depuis il m’a écrit que quelques-uns de ces poiffons ont une large raie qui s’étend de toute leur longueur , étant dentée comme une feie ; qu’à quelques-uns les trois premiers rayons de l’aileron du dos font très-piquans & une fois plus longs que les autres ; enfin qu’il y aurait de quoi faire un petit volume, lî l’on entreprenait de décrire toutes les variétés que préfentent ces jolis poiffons qui, pour la plupart, ont très-peu de mérite. Ce que dit ici M. Poujet s’accorde à merveille, au moins pour la taille, avec ce que j’ai rapporté dans la quatrième fe&ion.
- 16f. Depuis l’impreffîon de cette fe&ion, M. de la Courtaudiere, qui fe fait un pîaifir de me faire part des connaiffances qu’il acquiert fur les poiffons, m’en a envoyé deux demi-plats qui ont beaucoup de rapport avec les pagres, ainlî qu’avec le tablarigna des Bafques, Vhepatus ou jecorinus, &c. Les Baff ques appellent un de ces poiffons mouchogna , & l’autre moucharra.
- 166. Le moucharra,/’/. III, fig. f, reffemble à plusieurs égards au largue t décrit dans la quatrième fe&ion ; mais comme la reffemblance n’eft pas. entière, & comme le moucharra fait un bon manger, je vais en donner une defeription abrégée.
- 167. Sa plus grande largeur à l’à-plomb de D était de deux pouces deux
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- (,%! R A 1 T E' D E S PECHES. Partie IL
- à trois lignes ; fa gueule était petite, fes yeux C fort élevés fur la tète, même un peu plus que dans la figure. Du bout du mufeau A au derrière de l’opercule des ouies E, il y avait un pouce deux lignes; les opercules étaient en partie chargés d’écailles ; l’aileron de la queue était fourchu ; mais la partie F qui répondait au dos, était plus longue que celle G qui répondait au ventre.
- 168. Le grand aileron du dos DH commençait à deux pouces de l’extrémité A du mufeau, & à fon attache au corps il avait deux pouces & demi de longueur, s’étendant jufqu’aflez près du commencement de l’aileron de la queue ; les rayons du côté de la tète étaient plus durs que ceux du côté de la queue. L’aileron IK de derrière l’anus n’avait qu’un pouce deux lignes d’étendue à fon attache au corps ; le premier rayon I était plus court que les autres & fort piquant, les deux ou trois fuivans étaient plus longs & un peu piquans ; les autres jufqu’à K étaient aifez flexibles, les nageoires L de derrière les ouies fe terminaient en pointe comme celle de la daurade : la longueur du plus long rayon était d’un pouce ; les nageoires M de deflbus le ventre étaient un peu arrondies, & moins grandes que les branchiales ; chacune était précédée d’un rayon détaché des autres, qui était fort & piquant. La couleur du poiflfon entre les bandes brunes était d’un blanc fale tirant un peu au jaune ; les bandes circulaires brunes étaient plus larges & beaucoup plus apparentes que celles du farguet.
- 169. Le fécond poiifon que M. de la Courtaudiere* m’a envoyé avec celui que je viens de décrire, fe voit pl. III, fig. 6, & c’eft celui que les Bafques nomment mouchogna : il différé peu du moucharra , il eft feulement un peu moins large ; fes nageoires font moins grandes & plus arrondies ; il en différé davantage par les couleurs ; le deflus de la tète tire aii brun, ainfi que le deflus du dos ; mais à cette partie le brun eft moins foncé : en le regardant de profil, les côtés paraiflent bleuâtres avec des reflets d’argent; le deflbus du ventre était blanc fale ; de plus, on découvre confufément fur les côtés quelques traits longitudinaux d’un brun clair, & très-peu fen-libles , ainfi que des indices prefqu’imperceptibles des bandes circulaires qui font très-apparentes au moucharra : il y a feulement à l’articulation de la queue, des marques plus brunes , de forme irrégulière, & un barbouillage noir derrière les ouies, qui a quelque reflemblance avec celui qu’on apper-çoit derrière les ouies de la daurade. Au refte, la reflendflance entre le mouchogna & le moucharra eft telle, que plufieurs pécheurs prétendent que ce font des variétés du même poiflon ; & à l’égard de la couleur, ils difent avoir remarqué que les poiflons qui fe retirent dans les rochers, ont des couleurs plus brunes que ceux qui fe tiennent au large & dans la grande eau.
- 170. L’aileron de la queue du mouchogna,fig. 2, eft fourchu, mais
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- Ssct. V. D'unè famille de poiffons qiCon nomme zens. 623
- les deux branches font égales ; au lieu qu’au moucharra, fig. 1 , comme je l’ai fait remarquer , la prolongation du dos eft un peu plus longue que celle qui eft la prolongation du ventre. J’ai dit à la quatrième fedion, d’après les notes que m’avait envoyées M. de la Courtaudierc , quelque choie duta-blaringa desBafques; mais ce même obligeant correfpondant m’ayant envoyé depuis l’impreftion de cet article un petit tablarigna ou tablarina, un peu différent de celui que j’ai décrit, je crois devoir en dire quelque chofe. Le petit poilfon que j’ai reçu en dernier lieu , eft plus blanc que celui que j’ai décrit précédemment 3 il n’a pas de taches noires près l’aileron de la queue, mais une tache rouge fur l’opercule des ouies à l’endroit où j’ai marqué une tache noire près A, pi. III ,fig. 4. Cette figure indique allez bien la forme du mouchogna , qui cependant n’avait point la tache rouge dont nous parlons. Il eft à propos de faire remarquer que le tablarigna que M. delà Cour-taudiere m’a envoyé en dernier lieu, le mouchogna, ainfi que les pagres & ferla, dont j’ai parlé aux additions qui font à la fin de la quatrième fec-tion , tous ces poilfons dont j’ai parlé, & dont je 11’ai point fait graver la figure, fe relfemblent tellement, que lafig. \,pl. III, fervira à donner une jufte idée de la forme de leur corps, pourvu qu’on ait égard aux deferip-tions que j’en ai données.
- Additions à ce qui eft dit dans la quatrième feiïion fur les poiffons dorés de la Chine.
- 171. J’ai dit que ces poilfons fe multipliaient beaucoup dans les rivières d’eau vive, & qu’ils fourniraient une grande quantité de variétés. J’en ai rapporté plufieurs d’après Edouard, & quelques-unes d’après mes propres obfervations 3 mais depuis l’impreftion de la quatrième fedion, M. Defays, confeiller honoraire à la cour des aides, ayant fait mettre à fec un vivier où il y en avait beaucoup, on y a trouvé plufieurs variétés qui m’étaient inconnues , & qui méritent quelqu’attention. Je vais commencer par donner la defeription d’un de ces poilfons , qui approche alfez de la forme de ceux de la quatrième fedion, & je rapporterai enfuite les variétés les plus frappantes de plufieurs que j’ai examinés.
- Defeription d'un poijfon doré de la Chine, d'une taille médiocre.
- 172. LongueWr totale fept pouces fix lignes 3 du mufeau au centre de l’œil cinq lignes ; du mufeau à l’extrémité des opercules des ouies un pouce huit lignes 3 du mufeau au commencement de l’aileron du dos deux pouces fept lignes ; la largeur de l’aileron à l’attache au corps un pouce une ligne 3 la longueur du plus long rayon un pouce fix lignes 3 du bout du mufeau à l’anus quatre pouces 3 la largeur de l’aileron de derrière l’anus à fou attache au corps neuf lignes 5 la longueur du plus Isiïg rayon un pouce 3 de
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- 624. TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- l’anus à l’articulation de l’aileron de la queue un pouce fept lignes : l’aileron de la queue eft fourchu j la longueur du plus long rayon eft d’un pouce neuf lignes ; du mufeau à l’articulation de la nageoire branchiale un pouce fept lignes. Cette nageoire étant étendue, eft ovale ; elle eft formée de douze rayons , dont le premier du côté du dos eft gros & dur. Le plus long rayon de cette nageoire eft-d’un pouce quatre lignes.
- 173. La diftance du mufeau à l’articulation des nageoires du ventre eft de deux pouces dix lignes. Cette nageoire eft formée de fept rayons, dont le plus long a un pouce trois lignes : la courbure du ventre eft plus con-(îdérable que celle du dos ; la largeur verticale à l’à-plomb des yeux eft d’un pouce i à l’à-plomb de l’articulation des nageoires du ventre deux pouces une ligne ; à l’à-plomb de l’anus un pouce fix lignes ; à la naiifance de l’aileron de la queue onze lignes. Les yeux font de médiocre grandeur, la prunelle eft noire, l’iris eft couleur d’or : les écailles fout: arrondies 8c allez grandes i la couleur générale du poilfon eft d’un beau rouge avec des reflets couleur d’or ; le rouge paraît un peu plus fort aux ailerons & aux nageoires, fur lefquelles on n’apperqoit point les reflets couleur d’or.
- 174. Les écailles font ftriées dans leur longueur j les ftries forment des traits divergens. Celles qui font traverfées par les raies latérales, ont une éminence longuette d’un rouge foncé ; ces traits qui fe fuivent les uns les autres forment les raies latérales. Nous n’avons point apperqu des dents dans la gueule : un de ces poiflfons avait fur le dos, au lieu du grand aileron, deux petits ailerons triangulaires, l’un vers le milieu de là longueur, l’autre plus petit, aifez près de la naiflance de l’aileron de la queue. De plus , entre le mufeau & la naiflance de l’aile ion du dos , on apperqoit une bofle aflez confîdérable ; à l’aileron de derrière l’anus , le premier rayon était dur, piquant & garni de petites épines dans prefque tout fa longueur. Un autre n’avait qu’un aileron fur le dos, auprès de la queue ; celui du côté de la tête manquait abfolument, mais à fa place il y avait une grofle bofle : le premier rayon de derrière l’anus était piquant, comme à celui dont nous venons de parler.
- Additions à ce que nous avons dit dans cette cinquième fe&ion > fur le doucet reprêfenté planche VIII.
- I7f. Aux environs de Caen, à l’entrée de la riviere d’Orne, 011 prend dans les bas parcs un poiflon qu’on y nomme favary : comme je ne me fuis point trouvé fur cette côte dans lafaifon où l’on pèche ce poilfon, je n’en avais pas une idée exa&e j je foupqonnais feulement, d’après ce que m’avait écrit M. Viger, lieutenant-général de l’amirauté de Caen, qu’il était du genre d’un poiflon qu’on nomme doucet ou fouris de mer, & même je
- crois
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- Sect. V. D'une famille de pùiffans qu'on nômme %eus, 62s
- crois lavandière fur les côtes de haute-Normandie & de Picardie ; mais pour en être plus certain, j’en ai envoyé un delîin à M. Viger ; & fuivant la critique qu’il en a faite, j’ai lieu de regarder le favary de Caen comme le dou-cet, les remarques de M. Viger ne tombant que fur des points qui font fujets à varier dans les différens individus, comme , par exemple , fur les rayons D , fig. i & 2 de la pi. VIII, qu’il dit être trop long.
- 176. J’ai oublié de parler d’un fort petit poilfon qui n’a que trois pouces de longueur, qu’on trouve caché fous les pierres, dans les ruiifeaux d’eau douce,/»/. III, fig. 7. Comme il a la tête prodigieufement grolfe, relativement à fa petiteife, 011 le nomme chabot ou cabot tefiu , en latin cottus ou cortus, en Italie capito : fa tète eft fort large , fa gueule grande , toujours proportionnellement à fa petitelfe ; je crois qu’il n’a point de dents ; les yeux allez grands, font placés très-près l’un de l’autre fur le fommet de la tète ; il a derrière chaque ouie une nageoire a/fez grande, proportionnellement à la taille, deux beaucoup plus petites fous le ventre ; l’aileron de la queue eft coupé quarrément. La groifeur de fa tête, la grandeur de fa gueule , la portion de fes yeux me font incliner à le mettre auprès de la rafcalfe blanche, uranofeopus ; mais il 11’a qu’un aileron qui s’étend depuis le derrière de la tète jufqu’à la naiiTance de l’aileron de la queue , ce qui convient plutôt aux poilfons de la quatrième fe&ion , qu’à ceux de la cinquième. Quoique fa chair ibit molie, elle eft d’aifez bon goût : mais ce poilfon eft il petit qu’on n’en fait point de cas.
- Addition à ce que nous avons dit de la rafeaffe blanche.
- 177. Nous avons dit en parlant de ce poilfon, qu’il s’en prend qui ont huit pouces neuf lignes de longueur. Depuis l’impreifion de cet article, M. Barry me marque que leur groifeur varie beaucoup, & qu’on en prend depuis le poids de neuf onces jufqu’à vingt-fept onces poids de marc. Nous avons fait obferver que ce qu’il y avait de plus fingulier dans ce poilfon était la tète. M. Barry ajoute une chofe bien remarquable : le haut de la gueule, dit-il, eft bordé d’une levre comme dans les autres poilfons j mais à la partie inférieure, il n’y a qu’une demi-levre placée au côté gauche, qui s’élève & vient s’appliquer contre la levre fupérieure : l’une & l’autre font bordées d’un rang de petites dents prefqu’imperceptibles , mais qui fe fen-tent très-bien au taéh Le fcôté droit eft fans levre, tout comme li la moitié deftinée i garnir ce côté avoit été enlevée par hafard ou involontairement, au point que plulieurs perfonnes s’y font méprifes ; mais il a voulu vérifier par lui-même, & s’alfurer par le témoignage des pêcheurs , que cette breche était naturelle à ce poilfon. Ce défaut de la demi-levre lailfe à découvert la mâchoire inférieure droite, où il n’y a point de dents , & l’orifice de la gueule.
- Tome XL Kkkk
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- 626 T RA I T E' DES PECHES. Partie IL
- SIXIEME SECTION,
- Dans laquelle nous parlerons des poiffons qui ont fur le dos deux ailerons
- bien difliniïs.
- Introduction.
- 1. A P R è s avoir traité dans la quatrième fedtion, des poiffons qui n’ont qu’un aileron fur le dos, nous avons raffemblé dans la cinquième ceux où il eft difficile de décider s’ils en ont un ou deux. Nous allons nous occuper dans cette fixieme, de ceux qui ont inconteftablement deux ailerons fur le dos. Nous aurions pu placer dans cette fedtion les merlus & les lingues, puifque ces poiffons ont fenfiblement deux ailerons ; mais comme affez fréquemment on les pêche avec les morues, qu’il arrive qu’on les fale , qu’on les prépare, & qu’on les vend pêle-mêle avec les morues, quoiqu’ils foient moins bons, toutes ces raifons nous ont engagés à comprendre ces poiffons à la fin de la première fedtion de la fécondé partie, quoiqu’ils n’aient pas les caradteres des morues, qui confident à avoir trois ailerons fur le dos & deux fous le ventre. Comme nous avons très-amplement parlé des merlus & des lingues à l’endroit cité, où nous les avons décrits, tant par leurs parties extérieures , que par leurs intérieures , & où nous avons détaillé les façons de les pêcher & les préparations qu’on leur donne, fait pour les confommer frais, foit pour les fàler ou les fécher, à quoi nous avons ajouté des définis inftrudtifs fur les planches de la première fedtion i nous avons cru pouvoir nous difpenfer de revenir à en traiter encore dans cette fixieme fedtion, où ils auraient pu être placés plus convenablement. Ainfi, pour éviter les répétitions, nous nous bornerons à placer ici quelques réflexions fur ces poiffons, renvoyant pour les détails aux endroits cités de la première partie.
- 2. Il fuit de ce que nous venons de dire des caradteres qui conviennent aux poiflons de cette fixieme fedtion , qu’elle pourrait être regardée comme une continuation de la cinquième, dans laquelle nous avons déjà parlé de quelques poiflons qui s’annoncent pour avoir deux ailerons fur le dos ; mais comme cette famille eft très-nombreufe, il nous a paru convenable de faire une fedtion particulière des poiffons qui ont inconteftablement deux ailerons j même pour les préfenter avec plus d’ordre a nous les diftinguerons en plufieurs
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- Sect. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos. 627
- ehapitres, elfayant d’indiquer des caractères particuliers qui empêcheront qu’on ne les confonde. Il s’agira dans le premier chapitre, des poiifons qui ont fur le dos un petit aileron derrière la tète, & un grand qui s’étend vers la queue ; & nous comprendrons dans le fécond chapitre, ceux qui ont fur le dos deux petits ailerons égaux.
- CHAPITRE PREMIER.
- Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos, dont un petit, autre
- fort grand.
- 3. C^ES poiifons ont, comme ceux dont nous avons parlé dans la fec-tion précédente , une nageoire derrière chaque ouie, 8c deux fous la gorge , un aileron derrière l’anus , & celui de la queue point ou fort peu échancré ; niais ce qui caraCtérife principalement les poiifons de cette famille , eft d’avoir fur le dos deux ailerons, un petit du côté de la tête, & un grand qui s’étend vers la queue.
- Article premier.
- Du merlu. ( i )
- 4. Nous avons détaillé les raifons qui nous ont déterminés à parler de c& poiffon à la première feCtion de la fécondé partie, quoiqu’il n’ait point les caraCteres des morues. Peut-être que ce font ces mêmes raifons qui ont engagé 'Willughby à le nommer a^ellus five merlutius , & Artedi gadus dorfo dypterigio. Effectivement, les morues & les poiifons qui font exactement de leur genre, comme les lieux, les ânons, les tacauds & les merlans do l’Océan, ont tous trois ailerons fur le dos j au lieu que les merlus, comme on le voit dans la première feCtion de la fécondé partie, ayant fur le dos , immédiatement derrière la tête, un petit aileron, 8c enfuite un beaucoup plus long qui s’étend jufques fort près de l’articulation de la queue, doivent être compris dans la fixieme feCtion qui nous occupe ; mais nous renvoyons, comme nous l’avons déjà dit, à la première feCtion de la fécondé partie. O11 prend en Bretagne de ces poiifons avec les lieux, & il n’eft pas rare d’en rencontrer qui ont vingt pouces & plus de longueur.
- C 1 ) En allemand Stockfifch.
- K k k k ij
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- 6z$ T R A J T E> D B S PECHES. Partie -II.
- Article II.
- Du grand lingue.
- 5*. Voici encore un poiffon dont avons amplement parlé à la première fe&ion de la fécondé partie , pour les mêmes raifons que nous avons rapportées à l’occafion du merlu ; & quoiqu’il reffemble encore moins aux morues que le merlu, comme on peut le voir à l’infpedion de la planche qui le rê-préfente, Artedi l’a néanmoins nommé gadus dorfo dypterigio , ore cirrato , & Willughby açellus longus. Qpelques-uns ont cru appercevoir qu’il avait plus de rapport aux lottes qu’aux morues ; & effectivement, il y a de petits lingues qui font de vraies lottes , ce qui pourra nous fournir l’occafion de dire encore quelque chofe du grand lingue qui, ayant fur le dos deux ailerons, un grand & un petit, peut être placé dans cette fixieme fecftion. Quoi qu’il en foit, nous invitons les lecteurs à confulter ce que nous en avons dit dans l’article qui concerne ce poiffon, première fection, fécondé partie.
- Article III.
- De la vive. ( % )
- 6. On a donné à ce poiffon , comme à beaucoup d’autres, bien des noms différens ; à Gènes, à Marfeille, en Languedoc on l’appelle araignée, en latin araneus, probablement parce que, regardant l’araignée comme veni-meufe, on en a jugé de même des piquures de la vive, qui occafionnent de grandes douleurs. Et comme ce poillon a le regard vif & farouche, on l’a auffi appellé draco marinus ou trachinus draco ; & la dénomination de vive, que nous adoptons, vient probablement de ce que ce poiffon vit affez long-tems hors de l’eau , & qu’il donne encore des lignes de vie après avoir été vuidé, ou même lorfqu’on lui a retranché la tète. Dans les mois de juin & de juillet il s’approche du rivage , & on en prend dans les manets qu’on tend pour la pêche des maquereaux. Quand il fait chaud, quelques-uns mordent aux haims ; mais l’hiver ils fe retirent dans les grands fonds, où ils s’enfablent, & il faut les y aller chercher avec des filets de la dreige. Voye^ première partie , fécondé feclion.
- 7. Les plus grandes vives n’ont guere que feize à dix-huit pouces de longueur totale, les communes onze à douze pouces ; celle que je vais décrire , pL /, fig. 1, n’avait qu’onze pouces de A en B : le fommet de la tète fe joint avec le dos par une feule & même ligne, fans faire aucun reffaut. De l’extrémité du muleau A au bord des opercules des ouies qui fe ter-
- ( 2 ) En allemand Me,er-Drach.
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- Se ct. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos. 62$
- minent par line pointe C, il y avait deux pouces cinq lignes ; la fente de la gueule qui remonte un peu par fon extrémité, avait huit lignes d’étendue de A en D. La mâchoire inférieure était uu peu plus longue que la fu-périeure ; du bout de cette mâchoire au centre de l’œil E, il y avait fept lignes. Les bords des mâchoires étaient garnis de dents fort piquantes ; la langue était grolfe à fon origine , elle fe terminait en pointe, & était, ainlî que le palais, chargée d’afpérités.
- 8. Les yeux étaient grands, fort élevés fur la tête, ce qui fait que quelques-uns ont cru qu’il convenait de ranger ce poilfon avec les uranofcopus. Les folfes orbitaires étaient ovales, leur grand diamètre était de cinq lignes , & le petit à peu près de quatre ; la prunelle était noire, l’iris nacré tirant au verd ; plus près des yeux que du mufeau, étaient les ouvertures des narines, ordinairement accompagnées d’une petite pointe ou d’une éminence; l’anus étant au-delfus de G , une partie des vifceres devait être comprife vers cet endroit, auiîi en était-il rempli; & à peu près à deux pouces neuf lignes de l’extrémité du mufeau, l’épailfeur verticale du poilfon était d’environ deux pouces.
- 9. Les nageoires H de derrière les ouies étaient alfez larges ; la longueur du plus long rayon était de 15 lignes , elles étaient formées de feize rayons ; un peu plus vers le mufeau fous la gorge , étaient deux petites nageoires I formées de fix rayons, dont le plus long avait neuf à dix lignes ; les écailles étaient très-minces, & fi exa&ement pofées les unes fur les autres, que pour les appercevoir, même fur le dos & auprès de la tète, il fallait les îoulever avec la pointe d’une fine aiguille. E11 général, quand ce poilfon fort de l’eau , fon dos eft d’un brun noirâtre , qui, en approchant des raies latérales, dégénéré en jaune clair mêlé de bleu & de verd de mer. Toutes ces couleurs qui font fujettes à varier dans les différens individus, s’éclatr-ciflent fur les côtés, & le ventre eft blanc, légèrement teint de bleu ; mais en approchant du dos , on découvre des traits bruns alfez régulièrement diftribués, dont plufieurs s’étendent du dos vers le ventre, & qui, en s’éclaircilfant, deviennent de couleur d’ardoife claire avec de légères taches jaunes & des reflets argentés; communément les couleurs de la tète font alfez claires.
- 10. Immédiatement derrière la tète, il y a fur le dos un fort petit aileron K formé de quatre à cinq rayons durs & piquans; ils excédent une membrane mince qui les unit; cet aileron repréfente une mollette d’éperon. Un peu plus vers l’arriere, eft le grand aileron L F d’environ cinq pouces fix lignes de longueur à fon attache au corps ; il eft formé de trente-un rayons ; il s’étend jufques fort près de l’articulation de l’aileron de la queue , & eft formé par des rayons fouples qui excédent une membrane mince
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- éjo TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- qui les unit; l’aileron MN de la queue eft coupé quarrément, & formé de dix-huit rayons. Les plus longs rayons qui le compofent ont deux pouces de longueur ; la membrane qui unit ces rayons, ainlî que ceux de l’aileron du dos , eft d’un bleu foncé, chargée de mouchetures qui font un etfet aifez agréable. Sous le ventre , derrière l’anus G, eft un grand aileron O P, formé de trente-deux rayons entièrement femblables à la partie LF de l’aileron du dos ; mais l’extrémité P de l’aileron de derrière l’anus, approche un peu plus de la naiflance de l’aileron de la queue * que l’extrémité F de l’aileron du dos ; enfin la couleur de l’aileron O P eft plus claire que celle de l’aileron L F. Ce poiifon a la chair ferme , fans être coriace ; fon goût eft très - agréable ; il fait l’honneur des bonnes tables les jours maigres; là peau eft dure & feche ; il a l’avantage de pouvoir être tranlporté aifez loin, car il fe conferve long-tems fans fe gâter.
- 11. J’ai déjà dit que quand on eft piqué par les aiguillons de la vive, on reffent de fortes douleurs qui occasionnent quelquefois la fievre : il y a des charlatans qui fe vantent d’avoir des fecrets pour calmer ces douleurs. Les pécheurs , pour prévenir ces accidens, qui ne font que trop 'fréqueiis, rompent ou arrachent ces aiguillons aux poiifons qu’ils tirent de l’eau; mais l’expédient qui pafle pour le meilleur, eft de mettre fur la piquure le foie nouvellement tiré de l’animal. ( 3 ) Lémery confeille d’appliquer fur la piquure de l’efprit-de-vin ou un mélange d’oignon ou d’ail & de fel pilés enfemble ; ou bien on ouvre en deux une de ces grolfes feves qu’011 nomme à Paris de marais , on l’aifujettit-fur la piquure avec un ruban qu’on ferre fortement, & 011 laiife cet appareil pendant quelques jours fans y toucher; car on aifure que, il l’on ôtait la feve avant deux fois vingt-quatre heures , les douleurs & les autres accidens fe renouvelleraient. Au refte, je ne rapporte ceci que fur ce qu’on m’en a dit, car je n’ai pas été à portée de conf. tater l’efficacité de ce dernier remede. Toutes les piquures ne font pas fui-vies d’auffi grands accidens; ce qu’on attribue au tempérament de celui qui a été piqué ; mais je crois que la vivacité de la douleur vient de la partie piquée , charnue, ou nerveufe , 'ou tendineufe.
- 12. J’ai dit que la peau de la vive eft très-dure : auffi il y a des cuifî-niers qui écorchent ce poiifon comme on fait les anguilles. On pèche des vives dans l’Océan & dans la Méditerranée ; mais celles-ci font aifez fouvent fort petites , ce qui me fait foupçonner qu’elles pourraient être le petit poi£ fon dont nous allons parler dans le paragraphe iuivant.
- 13 . D'une petite efpece de vive ou araignée de mer, araneola, qucn nomme
- ( 3 ) On applique auffi de la chair ou aiguillons eft dangereufe, même après 1& le cerveau de la vive fur la plaie, ou des mort du poiifon.
- feuilles de lentifque. La piquure de ces *
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- Sect. Vl! Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos. 631
- bodereau ou bois de roc, qui me paraît confiner à la famille des poiffons que Rondelet nomme boulerot. Le bois de roc,/»/./, fig. f , eft un petit poif. fon de trois à quatre pouces de longueur, qu'on trouve alfez fréquemment dans les ports de la Manche, fur-tout pendant les mois de juin & de juillet; il eft abfolument femblable à la vive, là tête paraît feulement un peu plus grofle par comparaifon à la petiteffe de fon corps : la reifemblance parfaite qu’il y a entre la vive dont nous avons donné la defeription, 8c le petit poilfon dont il s’agit, me faifaient penfer que le bois de roc était une jeune vive ; mais on trouve dans ces petits poiifons des œufs & des laites bien formés , au lieu que les pécheurs m’ont alfuré qu’ils ne trouvaient ni laites ni œufs dans les jeunes vives qu’ils prenaient fréquemment : ce qui paraît établir que les bois de roc font des poiifons qui doivent toujours relier petits, & qu’il ne faut pas confondre avec les jeunes vives, d’autant que leur corps 11’eft point marqué de traits qui s’étendent du dos au ventre , comme on en apperçoit fur les vives. Ils font un très-bon manger 3 & la piquure de leurs aiguillons occalionne, comme celle de la vive, de grandes douleurs.
- 14. De la vive du Levant, draco five dracæna , araignée de mer ; aranea Græcorum recentiorum. J’ai trouvé dans mes papiers un beau dellin, /?/./, fig. 3 , d’un poilfon qui m’a été envojœ fous le nom de vive du Levant ou araignée de mer, d’un pied de longueur. Il reifemble à beaucoup d’égards à notre vive, il a feulement la tète un peu plus alongée & l’aileron de la queue un peu fourchu 3 mais la principale différence confifte en ce qu’il n’a fur le dos qu’un grand aileron qui s’étend depuis le derrière delà têtejuf. ques tout auprès de l’origine de la queue.
- If. D'un poifioji très - approchant de la vive, quon nomme à Saint- Jean-de-Lui faccarailla blanc. La longueur totale du poilfon que je décris était de dix-huit pouces & demi : la gueule était allez grande relativement à la taille du poilfon, les mâchoires étaient hérilTées de dents fines 3 ce qu’on nomme la langue était une madè ronde & cartilagineufe. La mâchoire fupérieure fe terminait par une portion de cercle 3 les folfes orbitaires étaient alfez grandes, & les bords fort hériifés de pointes 3 les opercules fe terminaient en pointes dures, ils étaient écailleux 3 les nageoires de delfous la gorge étaient petites , celles de derrière les opercules plus grandes & arrondies, étant composes d’environ quinze rayons rameux. L’aileron du dos commençait très-près de la tète, & finirait à environ un pouce de la nailfance de l’aileron de la queue 3 il commençait par fix rayons durs& piquans 3 la longueur du premier était d’environ fept lignes, le fécond en avait neuf, le troifieme huit, le quatrième cinq, le cinquième trois, & le fixieme une ligne & demie 3 le refte de l’aileron c'ait formé de vingt-huit ou trente rayons branchus & fouples ; & en prêtant beaucoup d’attention , on voyait que la membrane qui
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- T R A 1 T E' DES PECHES. Partie IL
- les unifiait n’avait qu’une ligne de largeur entre les rayons durs & les fou-pies : elle était néanmoins continue; d’où il fuit que, quoiqu’il parai fiait qu’il y avait deux ailerons fur le dos, il n’y en avait cependant qu’un. La mem-bane qui unifiait les rayons était mince & tranfparente, & l’on appercevait çà & là des taches jaunes ou couleur d’or. Cet aileron était logé dans une gouttière dans laquelle les rayons fe replient à la volonté du poifion. L’aileron du ventre commençait prefqu’à l’à-plomb des rayous mous du dos; il était formé d’une trentaine de rayons aflez fermes, mais point piquans ; le corps était traverfé, comme à la vive , de lignes obliques aflez ferrées les unes contre les autres, elles paraiflàient réfulter de la difpofition des écailles , qui font minces, & très exactement pofées les unes fiir les autres ; la largeur du poifion vers l’extrémité des ouies était d’un pouce neuf lignes, à l’à-plomb de la nageoire branchiale deux pouces, aux deux tiers de la longueur du poifion un pouce quatre lignes, à la naifiance de l’aileron de la queue dix lignes. Le dos tire au brun, le ventre au blanc, & eft parfemé çà & là de taches, les unes brunes, les autres jaunes. Ainfi le faccarailla blanc des Bafques, dont j’ai dit quelque chofe fedion V & fiiivantes, ne dilfere prefque de la vive que parce que les deux ailerons qu’il a fur le dos font moins diftinds qu’à la vive.,
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- Suite des poijjons qui ont fur Le dos deux ailerons, un grand & un petit ; de ce nombre font le maigre ou poifion royal, les umbres, les daines, &c. ( 4 )
- 16. On trouve dans les auteurs beaucoup de confufion à l’égard de ces poiflons, foit à caufe des noms particuliers qu’on leur donne en différentes provinces , foit parce qu’011 donne quelquefois différens noms aux mêmes poiflons, fuivant qu’ils font jeunes & petits ou de moyenne grandeur, ou lorfqu’ils font parvenus à tout leur accroiflement. Toutes ces diftindions occafionnent de la confufion que j’eflaierai d’éviter le plus qu’il me fera poflible ; pour cela je demande qu’on fafle attention que le poiflon. qu’on nomme en Languedoc peis-rey ou poijfon royal, eft de grande taille. Outre cet avantage, il a celui de fournir un manger excellent, digne d’ètre pré-fenté à un roi ; aufli voit - 011 dans l’Hiftoire générale des voyages, édition in-40 , tome IV, page 61 f , qu’il y a un pays où il eft ordonné aux pécheurs , fous peine de mort, de porter ce poifion au roi : or, il parait que ces excellentes qualités conviennent au poifion qu’on nomme maigre dans plufieurs
- ( 4 ) L’ombre fe nomme en allemand Afdit.
- ports
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- Sect. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos. 633
- ports de l’Océan. E11 effet, les Anglais du Cap-Corfe regardent le maigre comme le poiffon le plus délicat de la Côte d’Or, & on dit qu’ils donnent le nom de feffer aux petits, réfcrvant pour les gros le nom de maigre. Il me parait donc que notre maigre eft le peis-rey ou le poiifon royal de Languedoc. Les pêcheurs de l’embouchure de la Loire nomment maigre un poiflon qu’ils m’ont marqué reflembler au bar ; & comme, à la grandeur près, il y a de la reflèmblance entr’eux, le peu qu’on m’a écrit de ce poif-fon, me Jaiiîe dans l’incertitude de favoir II le maigre de l’embouchure de la Loire ne feriat pas un bar, poiflTon dont nous parlerons dans fuite.
- 17. On pèche à Narbonne un gros poiflTon qu’on nomme daine, & qui , d’après les notices que j’ai pu me procurer, eft notre maigre, non-feulement à caufe de fa grolfe taille, mais encore parce qu’on le regarde comme un fort bon poiifon. Je 11e penfe pas qu’il convienne de confondre notre maigre avec le poiflTon que plufieurs auteurs nomment timbre de mer, & qui, fui-vaut Rondelet , eft connu depuis Marfeille jufqu’à Naples , & dans une grande partie de l’Italie , fous la dénomination d'‘umbrino, que je foupcoune être le borruga des Bayonnais. \J umbrino a, à la vérité, beaucoup de ref-femblanse avec notre maigre ; mais il en différé à quelques égards affez fenfibles pour qu’011 ne le confonde pas : on en jugera par ce que nous dirons dans la fuite; mais je crois qu’il faut, avant que d’aller plus loin, dire ce qui nous a déterminés à parler du maigre immédiatement après la vive.
- ig. Je conviens que ces deux poiffons different prodigieufement l’un de l’autre par la grandeur, puifque les belles vives n’ont que dix-huit à vingt pouces de longueur, au lieu qu’on prend quelquefois des maigres qui ont plus de cinq pieds; mais ces deux efpeces de poiffons font de mer à écailles & arêtes : les uns & les autres ont deux ailerons fur le dos, fiivoir, un petit près de la tète , dont les nervures font épineufes, enfuite un plus grand qui s’étend vers la queue, dontdes nervures font fouples ; les uns & les autres ont l’aileron de la queue coupé quarrément; ils ont encore un aileron fous le ventre derrière l’anus, une nageoire de chaque côté derrière les ouies, & deux fous la gorge. En comparant la defcription du maigre, que nous allons donner, avec celle de la vive, 011 appercevra encore d’autres points de reffemblance.
- 19. Du maigre, daine ; en Languedoc, peis-rey ou poiflTon royal. Les con-naiffances que j’ai été à portée de prendre fur le poiffon qu’on nomme maigre fur les côtes du Poitou & d’Aunis, & daine au Martigues, ainli qu’en Languedoc , conviennent affez à ce que Rondelet & Belon difent du poiffon auquel ils donnent ce même nom. Quelques - uns trouvent qu’il reffemble par la forme du corps à la carpe ; fa tète eft affez groffe, fa gueule de médiocre grandeur, fes dents font fines, plufieurs font cachées dans l’épaiffeur des
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- gencives, & tant à la mâchoire fiipérieure qu’à l’inférieure, il y en a de plus fenfibles & de plus apparentes que les autres ; le palais eft garni d’afpérités, la langue eft adhérente à la mâchoire inférieure : les levres font épailfes & elles paraiifent comme doubles, fur-tout à la mâchoire inférieure. Ce poi£ fon, comme nous l’avons déjà dit, eft fort gros, puifqu’on en prend qui ont plus de cinq pieds de longueur, & qui, dit-on, pefènt près de trois quintaux: je n’en ai point vu de cette taille, mais bien dont trois paraîlfaient 5iire la charge d’un petit cheval. Proportionnellement à la grolfeur de la tête, les yeux ne paraiifent pas grands ; ils font vifs, la prunelle eft noire, l’iris jaune approchant de la couleur d’or.
- 20. Le corps & même la tête de ce poilfon font recouverts de grandes écailles; comme elles font fort adhérentes à la peau, on ne fent rien de rude en palfant le doigt delfus ; elles augmentent graduellement de grandeur depuis le derrière de la tête jufqu’à l’anus Q_> puis elles diminuent peu à peu ju£ qu’à la nailfance de l’aileron de la queue R.
- 21. Aux maigres que j’ai vus en Aunis, les écailles du dos étaient grifes' & celles du ventre blanches ; mais on m’a alfuré qu’il y en avait dont les écailles étaient variées de différentes couleurs, & que quelquefois fur un fond blanchâtre avec des reflets d’argent, on appercevait des raies brunes qui s’é-clairciffaient fur les côtés , de forte que le deflous du ventre était prefque blanc : peut-être ceci convient-il mieux aux umbres qu’aux maigres; on en jugera par ce que nous dirons dans la fuite.
- 22. Le maigre, pL. 4, a fur le dos deux ailerons, favoir, derrière la tète un petit triangulaire D , formé de huit à neuf rayons durs & piquans; & plus loin, en allant vers la queue, un grand GP formé de trente rayons flexibles. Les rayons du milieu font plus longs que ceux des extrémités G 8c P , tous font aflujettis par une membrane affez forte. Un peu derrière l’anus Q_eft l’aileron dix ventre O, qui n’eft formé que de huit à dix rayons ra-meux. L’aileron de la queue M eft coupé prefque quarrément ; il y a de chaque côté, derrière les ouies, une nageoire F, & fous la gorge deux autres plus petites E, formées feulement de cinq à fix rayons affez forts.
- 23. Ce poiffon eft d’une force extraordinaire: car fouvent quand il eft en vie dans une barque, il renverfe d’un coup de queue un matelot. Pour prévenir cet accident & éviter qu’il ne déchire les filets, les pêcheurs les affom-ment avant de les tirer à bord. Ils peuvent à leur volonté coucher tous les rayons des ailerons vers l’arriere, où ils fe logent dans une gouttière, de forte qu’on ne les apperçoit prefque plus : il faut, pour reconnaître leur forme, les relever avec une pointe ; & je foupçonne que c’eft pour cette raifon que quelques-uns de mes correfpondans m’ont écrit qu’ils n’avaient qu’un aileron fur le dos. La chair du maigre eft blanche, tendre, délicate : quelques - uns la
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- Sect. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos. 65
- comparent à celle de l’anguille; mais en ayant mangé à Rochefort & à la Rochelle , cette çomparaifon ne m’a pas paru exacfte : néanmoins, comme elle 11’a pas un goût fort relevé, il convient de fervir le maigre avec une fauce de haut goût. Ce poiifon eft eftimé, la hure eft fur-tout regardée comme un excellent manger. Comme il eft fort gros, on a coutume de le vendre dans les marchés coupé par tranches, à moins que des communautés qui font abf-tinence toute l’année, 11e les achètent tout entiers. Malgré ce que nous venons de dire de la bonté de ce poiifon, il eft rare qu’on en chalfe pour la cour, probablement parce que fa chair étant délicate, elle fe corromprait dans le tranfport. Les maigres font de paflage ; & de plus, il eft rare qu’ils reftent un tems un peu confidérable dans un même parage.
- 2,4. On en prend peu dans le mois d’avril; c’eft dans les mois de mai, )uin & juillet, qu’ils viennent par bandes, & c’eft dans cette faifon que j’en ai vu faire la pèche dans le Pertuis entre l’isle de Rhé & la riviere de Saint-Benoît, où on va les chercher fous l’eau jufqu’à dix & douze brades. On alfure qu’il refte de ces pondons jufqu’à la fin d’août ; mais qu’alors on y en prend peu, parce qu’étant effarouchés , à ce qu’on prétend, par les pêcheurs, ils fe féparent,'& n’étant plus raifemblés, il eft fort difficile de les rencontrer ; car quand ces poilfons font raifemblés en troupe, ils avcrtilfent du lieu où il faut les aller chercher, par un mugiifement plus fort que celui des grondins , & qui fe fait entendre d’alfez loin. Il eft arris^é que trois, pêcheurs dans une barque, étant guidés par ce bruit, ont pris vingt maigres d’un feul coup de filet; mais cela eft fort rare, fur-tout depuis plufieurs années que ces poiffons ont abandonné les côtes d’Aunis pour aller peupler la mer de Bifcaye, éloignée d’une centaine de lieues des côtes du Poitou.
- 2f. M. Baudry m’a écrit qu’on ignorait ce qui a pu engager les maigres à faire ce changement de domicile. Quoi qu’il en foit, pour faire cette pèche dans les Pertuis, les pêcheurs fe fervaient de barques plates qu’on nomme filadieres ; & quand ils avaient gagné le milieu du Pertuis , ils tendaient un trémail à grandes mailles , qui avait environ quatre-vingt bralfes de longueur, fur quatre de chûte : la tète du filet était garnie de flottes & le pied de left : on regardait les tems chauds & difpofés à l’orage , comme les plus favorables pour cette pêche , qu’on commençait à trois ou quatre heures après midi, & qui fe continuait jufqu’au coucher du foleil. A la côte de Buch on pèche ces poiffons avec les tartanes ( première partie, fecftion fécondé ) & on les porte à Bordeaux, où la vente en eft affinée.
- 26. Je vois dans un mémoire de Barcelone, & dans un de Catalogne, qu’on en prend d’affez gros avec l’efpece de trémail qui fert pour les baftu-des. On dit qu’on ne prend à Marennes que de petits maigres qu’on y nomme maigrcaux ; & que les pêcheurs de Saint-Palais, amirauté de Marennes , fe fer-
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- vent, pour les prendre, d’une chaloupe & d’une efpece de folle ou de mânes dont les mailles ont une ouverture proportionnée à la groifeur du poiffon, pour qu’une partie fe maillent. Ces filets ont trente ou quarante brades de longueur fur trois de chiite, & font leftés & flottés ; ils font faits de bons & gros fils retors. Les pêcheurs prennent des bordées fous voile ou à la rame, prêtant la plus grande attention pour entendre le bruit que font les poiffons qui, fuivant eux, eft affez confidérable pour être entendu lors même que les poiffons font à vingt brades fous l’eau ; guidés par ce bruit, ils tendent leurs filets, faifant enforte de croifer la marée. Le bout forain du filet, auquel eft attaché une bouée, eft entraîné par le courant de l’eau, & ils dirigent fur Cette bouée la marche du bateau, dans lequel ils confervent une manœuvre attachée au bout du filet oppofé à la bouée. Auflî-tôt qu’ils s’apperçoivent qu’un poiffon a donné dans le filet, ils le relevênt, & affomment le poiffonau fortir de l’eau.
- 27. Je vois dans un mémoire de Royan, que les pêcheurs s’étant portés au large dans leur chaloupe, mettent de tems en tems l’oreille fur les bords de la chaloupe pour elfayer d’entendre le chant des maigres, & ils prétendent que l’arrivée de ce poiffon annonce celle des fardines. Les maigres font rares fur les côtes de Normandie & de Picardie; il n’arrive guere qu’on y en voie raffemblés en troupe.
- 28. Comme il ne m’eft pas pofîible de détailler toutes les différentes méthodes que fuivent les pêcheurs pour prendre ce poiffon dans les différens parages, je me bornerai à rapporter ce que pratiquent ceux d’Olonne ; ils prennent des maigres depuis le mois de mai jufqu’en odobre, avec des filets dont les mailles ont quatre pouces d’ouverture en quarré. Une chaloupe du port de quatre tonneaux, armée de huit hommes d’équipage, fe porte à deux lieues au large, avec environ fix cents quarante braffes de ces filets; ils les tendent fédentaires fur vingt-deux braffes d’eau, & ils les relevent tous les deux jours. Ils n’emploient aucun appât pour attirer le poiffon ; mais ils comptent produire cet effet avec un fiffiet qui, fuivant eux, fait à l’égard de ces poiifons, le même effet que les appaux pour les cailles ( y Les nuits obfcures & calmes font les plus avantageufes pour cette pêche. En plufieurs endroits on pèche les maigres avec les faines à la traîne ; les uns & les autres portent leurs poiffons aux marchés les plus voifins.
- (O Si le fait dont parle ici notre ail- pourraient être employés pour chaque e£ teur, était bien prouvé, pourrait - on eon- pece. Mais il y a bien de l’apparence que tefter aux poiffons la faculté auditive ? Il cette anecdote eft peu fondée. D’ailleurs n’y aurait pas d’apparence qu’elle fût par- on vient de voir que les maigres raffemblés-ticuliere à ceux de l’efpece qui fait la ma- en troupe, mugiffent trop fort pour pou-ticre de cet article. Dans ce cas, & pour voir entendre un fiffiet dans l’éloignement; épargner les. amorces, il conviendrait de & ce bruit fuffitpour diriger les pêcheurs, chercher quels inftrumens ou quels tons
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- Sect. VI. Des poijfons qui ont deux ailerms furie dos. 657
- 29. Je vais terminer ce paragraphe par rapporter les principales dimenfions d’un maigre qui avait près de cinq pieds de longueur totale B M : il avait été péché dans les mois d’août ou de feptembre. Les yeux A étaient entourés d’un cercle couleur d’or, la gueule B avait environ trois pouces d’ouverture , il y avait 16 à 17 pouces du bout du mufeau B jufqu’au derrière des opercules des ouies C 3 à cet endroit l’épailTeur verticale du poiflon D E était de quinze pouces ; les nageoires branchiales F avaient neuf pouces de longueur 3 à dix pouces derrière les opercules des ouies, la largeur verticale du poiflon était de treize pouces 3 les nageoires E de deffous le ventre , dont les articulations étaient au-delfous de celles des nageoires branchiales F, avaient fix pouces fix lignes de longueur 3 depuis le derrière des opercules C jufqu’à l’articulation de l’aileron de la queue I, il y avait trois pieds trois pouces 3 depuis K jufqu’à l’extrémité de l’aileron de la queue N il y avait neuf pouces : la queue n’était point échancrée 3 mais comme la partie charnue du corps s’étendait jufques fur le milieu de l’aileron, les rayons IM n’avaient que cinq pouces de longueur. & il y avait dix pouces depuis K jufqu’à N.
- ?o. Sur le dos, à environ feize pouces du mufeau B, étoit le petit aileron triangulaire D G, formé de fix ou fept nervures dures & piquantes : fou étendue à fon attache au corps était de onze pouces 3 à une petite diftance vers l’arriere était le grand aileron G P, qui s’étendait jufques fort près de l’aileron de la queue. Il était formé de trente nervures fouples. Sous le ventre , vers le milieu de la longueur du grand aileron, était l’anus CL> & un peu derrière le commencement de l’aileron O de delfous le ventre , qui avait cinq à fix pouces d’étendue à fon attache au corps. La largeur verticale du poif-fou en O était de onze pouces , & en K de quatre pouces. On ne prend guere de ces poilfons avec les haims 3 011 en trouve peu dans les parcs 3 la plupart fe prennent comme nous venons de l’expliquer.
- 3i- Sij ’ai été embarralfé pour décider d’où provenait le bruit que font les grondins , je le fuis encore plus à l’égard de celui des maigres. Je fais qu’on penfe aifez généralement qu’il eft produit par de l’air qui fort du corps par l’anus 3 nrais comme je ne trouve aucune preuve fatisfaifante de cette allégation, & comme il 11e m’a pas été pofiible de rien conftater par mes propres obfervations, je refte indécis. Je ne dois pas négliger de dire que M. Baudry m’a écrit de Rochefort que plufieurs pécheurs prétendent qu’il n’y a que les mâles qui font ce bruit, & feulement dans le tems du frai. Les uns difent que ce bourdonnement eft fourd, & d’autres qu’il eft plus aigu & plus perçant que celui d’un fiffiet : comment peut-il fubfifter des avis fi oppofés fur un fait qui parait bien aifé à décider ? Aux environs de la Rochelle , on appelle ce bruit feillcr, terme qui lui eft aflfedé , comme braire , hennir, aboyer mugir, a l’égard d’autres animaux,.
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- TRAITE' DES PECHES. Partie II.
- 3 z. On dit qu’un des meilleurs apprêts qu’on puifle donner à ce poifîbn pour le manger frais , eft ce que les cuifiniers appellent au bleu, ou de le faire cuire fur le gril, en l’arrofant avec de l’huile, ou du beurre frais, & diiférens aflaifonnemens. Je trouve dans mes papiers un mémoire dans lequel il eft dit que, pour les conferver quelque tems bons à manger, il faut, après leur avoir fait prendre un peu de fel, les arranger dans une barrique avec de la farine , foulant bien le tout avant d’enfoncer la barrique ; d’autres les mettent lits par lits dans un vafe avec de bonne huile ; enfin, on en prépare comme nous avons dit qu’on faifait les faumons , foit en daube, foit falés, {bit fumés j & quand en Poitou & eu Aunis on en a abondamment, on les prépare comme le thon.
- Article V.
- Du poiffon nommé negre, timbre , umbrine ou daine.
- 3}. Nous avons déjà prévenu qu’il y a des poiiTons quon nomme negre timbre , umbrine , daine , corvulus , &c. Il me parait , comme à "Willughby, que le latus de Rondelet eft le maigre que nous venons de décrire très-amplement, parce que nous avons été à portée de l’examiner dans les tournées que nous avons faites à Rochefort, à la Rochelle, à l’isle de Ré, & en d’autres endroits du Poitou & du pays d’Aunis. Nous ne parlerons pas aullî affirmativement des poiifons qu’on nomme negre, umbre de mer , corvulus, &c. parce que, n’ayant pas pu les examiner auffi en détail que le maigre, je fuis forcé de me réduire à rapporter ce que j’ai pu apprendre dans les auteurs, ou des réponfes que m’ont faites les pêcheurs.
- 34. Gesner dit, à ce qu’il m’a paru d’après Rondelet, que Vumbra marina refîemble au maigre, à cela près qu’il eft moins grand, & fur-tout moins large ; que fes écailles font d’une couleur plus rembrunie ; qu’il a le dos d’un bleu foncé, tirant au noir , & que la dénomination d'umbre lui a principalement été donnée à caufe des raies, les unes jaunes tirant à l’or, & les autres fombres qui font diftribuées alternativement fur tout fon corps, & de plus , parce que les bords des opercules font noirâtres.
- 2Suivant Rondelet, il paraît que l’umbre n’a qu’un aileron fur le dos ; néanmoins il ajoute que le commencement de cet aileron du côté de la tète eft compofé de plufieurs rayons durs & piquans, confidérablement plus longs que les autres qui forment la plus grande partie de cet aileron : cette reftridion femble indiquer quelque chofe qui approche beaucoup de deux ailerons ; mais, ajoute notre auteur, les deux ailerons font beaucoup plus diftinds jiu maigre qu’à l’umbre j & de plus, Belon n’héfite pas de décider que l’umbre a deux ailerons.
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- / Sect. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos.
- 3 6. Suivant plufieurs auteurs, ce qui diftingue inconteftablement l’umbre du maigre, eft une excroilfance charnue ou une efpece de verrue que l’umbre a fous l’extrémité de la mâchoire inférieure, & au bout du mufeau des trous alfez fenfibîes, que Rondelet dit être fort rudes au toucher. Je n’ai rien ap-perçu de tout cela aux maigres que j’ai examinés: au relie, ces poilfons fe relfemblent par le nombre & la pofition tant des ailerons que des nageoires. Mais il ne faut pas confondre l’umbre de mer, dont je viens de parler, avec un umbre d’eau douce, qui eft de la famille des truites, que j’ai décrit dans la fécondé partie.
- 27- On voit dans l’Hiftoire générale des voyages, tome IV de l’édition i/z-40 , un poiifon que l’on nomme negre ou poijjon royal, defliné d’après Barbot ; mais il ne relfemble ni à notre maigre qui eft le poiifon royal, ni à l’umbre.
- 38. Nota. Je m’apperçois que j’ai omis d’avertir, en parlant de la vive, que j’ai dit à la première partie , troifîeme fedion , que , quand les vives font très-abondantes dans un parage, les pécheurs en prennent avec la fouanne, après les avoir d’abord attirés par un leurre : pour cela leur bateau étant fous voile, ils mettent à l’arriere une ligne à laquelle eft attachée une petite anguille d’étain, dont l’éclat attire les vives. Quand les pécheurs voient qu’il s’en eft raflèmblé un nombre, ils lancent defliis leur fouanne , & fou-vent ils en prennent plufieurs d’un feul coup. Pour la pèche de la dreige, il faut lire ce qui eft dit dans la première partie, fécondé fection.
- LC H A P I T R E IL
- Des muges ou mugils. ( 6 )
- Idée générale de ce qui cjl compris dans ce chapitre.
- 39. ÏjE S poilfons de cette famille, auxquels les auteurs ont donné la dénomination générique de muge, ont fur le dos deux ailerons plus ou moins éloignés l’un de l’autre, de forme à peu près pareille, les uns formés de rayons fouples & rameux, les autres de durs & piquans, mais toujours alfez diftinds pour qu’on ne puilfe pas foupqonner qu’ils 11’en forment qu’un. Les auteurs ont compris beaucoup d’eipeces ou variétés dans cette famille. O11 en pêche dans la nier, dans les étangs, même je crois dans les rivières. Rondelet eu diftingue de fix efpeces, favoir, le vrai mulet, le cahot, le famé, le chaluc s le maxon ? le muge noir & le muge volant, D’autres au-
- ( 6 ) En allemand Harder,
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- é4o TRAITE' B E S PECHES. Partie II.
- teurs augmentent le nombre des poilTons de cette famille , & je crois quon peut y ajouter le bar, loup ou lubine. Je préviens que je ne parlerai que des poiffons que j’ai été à portée d’examiner.
- Article premier.
- Du bar, loup ou lubine. (y)
- 40. Comme , fuivant l’ordre général de la nature, ce qui fixe les différentes efpeces d’tin même genre fe montre par des nuances peu fenfibles qui donnent quelques embarras pour établir les points de partage, nous avons cru devoir placer au commencement de cet article les poiffons qui s’éloignent le moins de quelques-uns de ceux que nous avons compris dans les articles précédens > de ce genre eft le poiffon qu’011 nomme bar aux Sables d’Olonne , loubine à Noirmoutier , loup à Tréguier, à Lannion & en, beaucoup d’autres endroits ; en Provence dréiigny , & dans la Gironde brigne. Quoi qu’il en foit de ces différentes dénominations, c’eft un poiffon très-eftimé quand il eft un peu gros & qu’il a été pêché fur un bon fond : malheufeufement, à caufe de la délicateffe de fa chair , il fe corrompt promptement; néanmoins on en chaffe quelquefois pour la cour. Il eft bon de prévenir qu’il ne faut pas confondre ce poiffon qu’on nomme loup marin en plufieurs endroits, parce qu’il eft vorace, avec un amphibie auquel on donne le même nom. M. Jacob, qui demeurait à Noirmoutier, où il était fort confidéré, m’a dit que , pour la forme du corps, ce poiffon pouvait être comparé aux fàumons ; que quelquefois on en avait pris qui pefaient plus de trente livres ; & l’on m’a affiné que fur les côtes de Picardie & de Caux, on en prenait qu’on nommait hauts-bars, qui avaient deux pu trois pieds de longueur fur huit à dix pouces de circonférence. Je n’en ai point vu qui approchaffent de cette taille , quelques-uns ont peut-être confondu le maigre avec le bar ; ceux que j’ai été à portée d’examiner, n’avaient guere plus d’un pied & demi de longueur. On en trouve aflez abondamment fur les Sables de Concarneau, d’Audierne, de Dournenez, du Conquet, de Châteaulain, &c.
- 41. Le bar que je vais décrire, & qui eft repréfenté pL I, fi g. 6, n’avait que dix pouces de longueur AB. C’eft un poiffon prefque rond, qui avait deux ailerons M, N, fur le dos; les rayons de l’aileron M étaient forts, durs & piquans ; ceux de l’aileron N étaient fouples & ram eux. Il eft bon de faire remarquer que le premier rayon O & P de chacun de ces ailerons, eft plus court que les autres, & qu’il eft très-fort & piquant.
- 42*
- (y) En allemand Barbç.
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- Sect. VI. De)s poiffons qui ont deux ailerons fur le dos. 641
- 42. Il y a deux pouces quelques lignes depuis le bout du mufeau A jufqu’à Ci mais au-delà de cette partie de l’opercule, il y en avait une autre D d’un pouce d’étendue, qui était comme cartilagiueufe j fous le prolongement de cette partie D , on Tentait avec le doigt deux pointes dures & un peu piquantes. Les nageoires derrière les ouies E, avaient à peu près un pouce & demi de longueur i elles étaient formées de rayons fouples, la plupart rarneux.
- 4.J. A l’à-plomb des nageoires dont nous venons de parler, étaient les articulations de deux autres F qui fe terminaient prefque fous le ventre ; elles étaient moins grandes que celles de derrière les ouies. Il y avait quelques rayons de piquans 3 le plus long avait à peu près un pouce huit à neuf lignes de longueur. L’anus H était à environ neuf pouces du mufeau ; immédiatement derrière , était un petit aileron G, dont les rayons étaient rarneux & fouples , excepté le premier du côté de H qui était court, dur & piquant. L’articulation I de l’aileron de la queue était à un peu moins de quatre pouces de l’anus, vers l’arriere ; cet aileron était fourchu , & les plus longs rayons I, L avaient à peu près deux pouces de longueur. Les ailerons du dos , M, N, étaient formés chacun de huit à neuf rayons.
- 44. Le corps de ce poilfon forme par le dos & par le ventre deux courbes en fens contraires FHI, O NI, qui different peu l’une de l’autre. Les écailles étaient rondes, minces , pas grandes , & fort adhérentes à la peau 3 elles couvraient tout le corps, & une partie des ouies ont une teinte rouge : celles de deifus le dos font brunes tirant au bleu ; cette couleur s’éclaircit peu à peu, & le deffous du ventre eft blanc 5 mais en général les couleurs font fort fujettes à varier. Les raies latérales D, R font plus fenfibles dans les jeunes poilfons que dans les gros ; elles s’étendent de derrière les ouies D , jufqu’à l’aileron de la queue R , où elles divifent la largeur du poiifoii en deux i on apperçoit avec une loupe qu’elles font formées d’une fuite de points noirs.
- 4f. Lâ tète O A, F A, forme une courbure qui eft à peu près la continuation de celle du corps fans relfaut ; le mufeau finit en pointe môuife. Quelques-uns trouvent qu’il a quelque reifemblance avec celui du hareng ; la gueule eft alfez grande. 11 y a au-deflus de A un feuillet cartilagineux S, qui borde les mâchoires & fe termine quarrément par - derrière 3 l’ouverture des narines eft double. Quand la gueule eft ouverte , on apperçoit la langue qui eft mobile & hériffée d’afpérités 3 la mâchoire inférieure eft un peu plus longue que la fupérieure 3 toutes les deux font garnies de plulieurs rangées de dents courtes & pointues : les yeux font alfez grands, les prunelles noires, bordées d’un cercle jaune qui tire à l’or. On alfure que ces
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- 642 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- poifTons nagent volontiers à la furface de l’eau, & qu’ils fe plaifent à l’embouchure des rivières, dans lefquelles même il y en a qui remontent.
- 46. Le bar n’eft pas un poiffon de paflage, néanmoins la vraie faifon de le pêcher eft dans les mois d’août, feptembre & octobre, quand ils fe raffemblent par troupes dans les anfes où il fe rend quelque ruiffeau d’eau douce; en ce cas on en enveloppe quelquefois un nombre avec des filets d’enceinte. On en trouve dans les parcs, les filets tournans, & l’on en prend entre les roches avec des filets traverlans ou avec la faine à la traîne : pour cela on fixe un bout du filet à terre , & on traîne l’autre avec un bateau : les mailles de ces filets ont deux pouces d’ouverture en quarré ; la tête eft garnie de flottes de liege, & il n’y a point ou peu de left au pied, le poids
- du filet fufïîfant pour le faire caler ; & comme on ne fe propofe que de
- prendre des poifTons qui nagent entre deux eaux, on ne cherche point que le filet porte fur le fond. On tend ces filets d’enceinte ou étentes, lorfque la mer commence à perdre; & quand l’eau eft tout-à-fait baffe, on trouve le filet à fec avec les poifTons qui fe font maillés , & ceux qui fe font
- embarraffés dans les replis des filets. On difpofe ces filets de bien des fa-
- çons différentes , comme nous l’avons détaillé fécondé fedtion, première partie. On dit que le bar ne mord point aux haims ; néanmoins on m’a affuré que cela n’eft pas exadt, & qu’on en prend avec les haims quand on les amorce avec des vers de mer ou de terre, même avec les crabes qu’on nomme poltrons. Ce poiffon a beaucoup d’arêtes ; fa chair paffe pour être plus délicate même que celle du mulet : ai-nfi il eft fort bon quand on l’a pêchd fur un bon fond de fable.
- 47. Du tkyourn de Bayénne. Je trouve dans mes mémoires, qu’011 prend à Bayonne un fort bon poiffon qu’on y nomme thyourre , qui ne différé de la lubine que parce que le thyourre a de petites écailles : 011 en pèche depuis le mois de juillet jufqu’en octobre, & en haute mer. Il eft moins grand que celui qui n’eft pas moucheté ; je foupçonne que c’eft le poiffon qu’on appelle loubine mouchetée, ou , fuivant Rondelet, loup tacheté. C’eft tout ce que j’ai pu apprendre de ce poiffon que je n’ai point vu.
- Article IL
- Des mulets, ( 8 )
- 48. Outre qu’on donne bien des noms différens à ce poifîon , fuivant les parages où il a été pêché, il y a beaucoup de variétés dans cette elpece , qui font toutes comprifes dans la famille des muges. Nous, allons commencer
- (8) En allemand Meer-Barbe.
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- Sect. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos. 64$
- par décrire le vrai mulet, mullus, qui eft le meuille de Poitou, le mufti de Rondelet.
- 49. Du mulet ou meuille de Poitou. Les poiiTons que j’ai vus en Poitou & en Aunis, auxquels on donne, outre la dénomination de mulet, celle de meuille, font à peu près ronds ; ils vont communément par troupe ; on en prend de petits qui n’ont que fix pouces de longueur, & aufli. de gros qui ont quelquefois plus de deux pieds: ceux-là font les plus eftimés. On en pèche peu en grande eau ; c’eft un poilfon littoral qui paife dans les étangs, & même remonte les rivières: c’eft pourquoi on en trouve fréquemment dans les parcs, pêcheries & étentes à la baffe eau, fur-tout dans les mois de mai, juin & juillet. Neanmoins il s’en rencontre accidentellement quelques-uns toute l’année, même l’hiver ; «St quand les pêcheurs en apperqoivent un banc qui donne dans une anfe , ce qui arrive rarement dans cette faifon, ils les enveloppent avec des filets d’enceinte, & en prennent une grande quantité. On les confond quelquefois avec le bar ; néanmoins nous avons dit qu’au bar, le dos «& le ventre font des courbes en fens contraires, mais à peu près femblables; au lieu qu’au mulet, la courbe que forme le ventre a beaucoup plus d’amplitude que celle du dos, qui néanmoins eft affez épais & charnu.
- fo. La tète du mulet eft fort alongée, un peu applatie en-deffus ; la gueule n’eft pas grande, 011 n’apperqoit point de dents aux mâchoires, mais la langue 8c l’intérieur de la gueule font chargés d’afpérités. Ses yeux, dont la prunelle eft noire 8c l’iris argenté , font entourés d’un cercle blanc ; ils different de ceux des bars, en ce qu’ils ne font recouverts d’aucune autre membrane que de la tunique propre, mais ils font affez enfoncés dans les foffes orbitaires; entre les yeux & l’extrémité du mufeau, on apperqoit les ouvertures des narines.
- fi. Tout le corps du mulet eft couvert d’écailles, il en a même fur la tète jufqu’aux narines ; celles du dos & des côtés font affez grandes ; elles le font moins fous le ventre : la tète eft brune avec quelques reflets dorés ; le dos eft bleu foncé ou gris de fer : cette couleur s’éclaircit fur les côtés ; le ventre eft d’un blanc argenté ; mais on voit fur les côtés, pi. 1, fig. 7, des lignes parallèles alternativement tirant au noir & au blanc, qui s’étendent de la tète jufqu’à la queue.
- y 2,. Entre les yeux & les angles des mâchoires, il y a un petit offelet garni d’afpérités. A la pointe de la mâchoire inférieure, il s’élève une petite éminence qui fe loge dans une cavité lituée à l’extrémité de la mâchoire fupé^ rieure. Dans l’intérieur de la gueule, il y a à la pointe de la mâchofre inférieure une membrane cartilagineufe affez forte qui s’étend jufqu’au bout de la langue. Le mulet a deux ailerons D E fur le dos, bien diftinéts l’un de l’autre , & à peu près de même forme & grandeur ; celui D qui eft le plus près de la
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- £44 TRAITE' DES PECHES. Partie JL
- tête, a cinq rayons durs & piquans j précifément entre l’aileron D dont nous venons de parler , & l’aileron K de la queue, eft le fécond aileron E formé de onze rayons fouples, ainfi que l’aileron de la queue K qui eft large & un peu fourchu.
- 5'3. L’aileron H de derrière l’anus eftauffi formé de onze rayons, dont les trois premiers ou les plus près de l’anus font courts, durs & épineux, les autres font fouples, fl y a derrière chaque ouie, vers C, une nageoire formée de dix-huit rayons flexibles; on apperçoit encore deux nageoires G fous le ventre, compofées de fix ou fept rayons, dont le premier du côté de la tête eft dur & piquant, les autres fouples. Les rayons qui forment les ailerons & nageoires, dont nous venons de parler, font liés par des membranés fines , d’un gris-dc-fer plus on moins foncé aux unes qu’aux autres, & dont les bords font un peu plus, bruns que le refte.
- 54.. J?e vais rapporter les principales dimenfions d’un petit mulet d’un pied de longueur totale AB., qui m’avait été envoyé à Paris. La tête, depuis le bout du mufeau A jufqu’au bord des opercules des ouies C, avait deux pouces quatre lignes ; du centre de l’œil au bout du mufeau, dix lignes ; la largeur verticale du poiflon à l’à-plomb de C, était d’un pouce huit lignes > à l’à-plomb de D, un peu plus de deux pouces j à l’à-plomb de E, dix-neuf lignes.
- ff. Le plus long & le plus fort rayon de la nageoire de derrière les opercules des ouies, avait un pouce quatre à cinq lignes ; les autres étaient plus courts & plus déliés. Les articulations des deux nageoires. G de deflous le ventre étaient fort rapprochées l’une de l’autre ; leur plus long rayon avait un pouce trois lignes de longueur 5 les autres étaient plus courts ; le premier du côté de la tète était moins long, mais il était piquant. L’aileron H de derrière l’anus commençait par quelques rayons durs & piquans ; le plus long des autres qui étaient flexibles, avait un pouce fept à huit lignes de longueur.
- $6. L’aileron. K B de la queue était fourchu ; les plus longs rayons qui formaient les pointes, avaient un pouce dix lignes de. longueur; la largeur de cet aileron médiocrement étendu, était d’environ un pouce fix lignes. Le plus long rayon des ailerons du. dos DE, avait à peu près un pouce deux lignes de longueur. J’ai dit que ces poiflons n’avaient point de dents ; néanmoins à celui que je décris, il m’a paru fentir avec le doigt des afpérités à l’extrémité de la mâchoire inférieure ; l’éminence que j’ai dit qui eft à l’extrémité, de cette mâchoire, & qui fe loge dans une cavité de la fupérieure, m’a oarui être des dents incifives; néanmoins comme ce poilfon. était<fec, ikrefte-fit cela,quelques incertitudes.
- , ;7. Nous avons dit que les mulets fe pîaifaient à l’embouchure des ri-v .vi'vs à la mer j qu’ils remontaient dans les rivières 5 qu’on en prenait dan*
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- le Rhône, dans la Garonne, dans la Seine, dans la Loire, &c. & que ce poiflon eft plus gras & meilleur quand on le prend dans les eaux douces, pourvu qu’elles ne foient point vafeuiès, que quand on le pèche à la mer; néanmoins on prétend que ceux-ci ont plus de goût.
- 5” 8. Avant d’aller plus loin, il eft bon de prévenir qu’011 diftingue à l’entrée de la Loire , deux elpeces de mulets, lavoir, le brun qui_ n’entre jamais dans la Loire, & le gros dont les couleurs font plus claires, qui y remonte fort haut: on le nomme fauteur, parce qu’il s’élève quelquefois de plusieurs pieds au - delfus de l’eau. Ses écailles font couvertes d’une mucolité , ainii ce pourrait être le poilfon du Poitou qu’on y nomme limou. A l’égard de la propriété qui l’a fait nommer fauteur, j’aurai occalion d’en parler dans la fuite. Pour prouver que les mulets remontent fort haut dans les rivières, indépendamment de ce que j’ai mangé de ces poilïons qui avaient été pêchés dans des eaux douces, j’ajouterai que feu M. l’abbé Gotelle , doyen du chapitre d’Angers, que je regrette parce que je perds par fa mort un correfpondant éclairé & très-obligeant ; M. l’abbé Cotelle, dis-je, m’a écrit que le mulet qu’il nomme àufli cahot , & qu’il'regarde avec raifon comme un muge, ou une variété du mulet, remontait dans la Loire au commencement du printems; de forte qu’on en prend dans cette faifon au Pont-de-Cé, même au-delfus de Sau-mur : d’où il fuit que ce poiflon remonte ce fleuve plus de quarante lieues au-deflus de fon embouchure. Il ajoutait que, quand il s’en raflemblait dans des endroits en nombre, on en prenait avec l’épervier, le carrelet & la faine ; il foupqonnait, comme bien d’autres, que le mulet dépofe, ainii que les alofes & les faumons, fes œufs dans la Loire. On voit que M. Cotelle confondait, comme bien d’autres, le mulet avec le cabot: ce quin’eftpas étonnant, parce que ces deux efpeces de muges fe reflemblent à beaucoup d’égards. Nous ferons appercevoir dans la fuite les petites différences qui fe trouvent entre ces deux poiflons.
- 5”9. Joignons à ce que nous venons de dire, que M. Poivre ayant mis des mulets pris à la mer dans une riviere d’eau douce & courante qui tra-verfait fon jardin, non-feulement les poiflons y ont vécu, mais ils s’y font multipliés, & y font devenus plus gros & meilleurs qu’ils n’étaient au fortir de la mer. Les mulets & les bars ayant beaucoup de difpolition à remonter •les rivières & à pafler dans les étangs, on en prend dans les bourdigues, dans les parcs fermés & ouverts , ainii que dans les filets tournans qu’011 voit repréfentés à la fécondé feélion de la première partie. Ils donnent aufïi dans les étentes limples ou trémailîées qu’on oppofe à leur paflage. On en voit quelques exemples où la tète du filet eft garnie de flottes de liege, mais il n’y a point de left au pied : on tend ces filets quand la mer commence à fe retirer ; & quand elle eft entièrement baffe, 011 trouve les poiffons emmaillés ou em>
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- 6+6 TRAITE' DES PECHES. Partie IL
- barralfés dans les plis du filet ; fur quoi on peut confulter ce qui eft dit première partie, quatrième fe&ion. Le mulet ne mange prefque point de poif-fon ; on allure qu’il ne fe nourrit que d’herbe & de vafie : c’eft pourquoi on en prend rarement avec les haims. Ce qui me fait douter que le mulet fe nourrilfe de vafe, eft que fa chair eft blanche & d’alfez bon goût pour être fervie fur les bonnes tables j on la trouve un peu moins délicate que celle du bar: aufli'a-t-elle l’avantage de fe mieux conferver fans fe gâter, ce qui fait qu’on peut tranfporter ces poilfons alfez loin. La chair du mulet eft fort graflè,&l’on prétend qu’elle tient le milieu entre celle du hareng & celle de l’alofe. Ce n’eft pas le feul avantage qu’on retire des mulets i lorfqu’on en fait de grandes pèches, on en conferve foigneufement les œufs pour en faire un mets qu’on appelle la poutargue ou boutargue ; il eft appétilfant, & on le trouve très-bon lorfqu’on en a contracté l’habitude. Pour préparer ainfi les œufs, on ouvre les mulets, on en tire les œufs avec la membrane générale qui les enveloppe, on les couvre de fel, & après les y avoir lailfés quatre ou cinq heures, on les en retire, on les met en prelfe entre deux planches pour leur faire rendre leur eau > enfuite on les lave dans une faible faumure, puis on les étend fur des claies pour les faire fécher au foleil pendant une quinzaine de jours, ce qui fe fait dans les mois de juin & de juillet, faifon où le foleil a beaucoup de force ; mais pendant qu’on les tient au foleil, il faut avoir foin de les retirer tous les foirs pour les tenir à couvert pendant les nuits > quelquefois on les fait fécher à la fumée. Ce lont ces œufs falés & féchés qu’on nomme la boutargue ou poutargue, qu’il ne faut pas confondre avec le caviar dont nous parlerons à l’article de Pefturgeon. On prépare de cette même façon des œufs de différens poilfons du genre des muges j mais ceux des mulets palfent pour être les meilleurs. On fait beaucoup de cas de ce mets en Italie & en Provence ; & pour en faire ufage, on l’aflkifonne avec de l’huile & du citron.
- 60. Nous avons dit que les mulets remontaient dans la Loire, & que quelquefois ils fe ralfemblaient en grand nombre , & y formaient des bancs confidérables : ce que les pêcheurs reconnailfent à la couleur de l’eau qui parait brune, à caufe que les poilfons fe tiennent près de la fuperficie. Dans ce cas un nombre de pêcheurs fe ralfemblent avec leurs bateaux, ayant chacun un filet 5 puis joignant les filets les uns aux autres, ils forment une, enceinte & font leur poflible pour envelopper en entier les bancs de poif. fon j quand ils y iont parvenus, ils elfaient de diminuer peu à peu l’étendue de l’enceinte qu’ils ont formée : quelques pêcheurs qui font reftés dans l’enceinte avec de très-petits bateaux, en prennent quelques - uns ; mais quelquefois ils parviennent à renfermer dans le filet quatre ou cinq cents poilfons, qui néanmoins ne font point encore en la poifeffion des pêcheurs 5
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- Se ct. VI. Des poiffons qtii ont deux ailerons fur le dos. 647
- ear comme les mulets font très-vifs, & qu’ils nagent avec beaucoup de vîtelfe quand ils font effarouchés, ils s’élèvent de plulieurs pieds au-deflus de la furface de l’eau , & beaucoup parviennent à franchir le filet ; de forte que fur le grand nombre qu’on avait renfermé , fouvent il n’en refte qu’une douzaine dans le filet.
- 61. Pour prévenir ce fâcheux inconvénient, les pêcheurs qui ont tendu leurs filets, & qui font en-dehors de l’enceinte, eifaient avec des avirons d’effaroucher les poiffons & de les écarter des bords du filet, pour empêcher qu’ils ne fautent par-deffus ; mais comme ce moyen eft infuffifant, les pêcheurs des bourdigues ont imaginé une façon de pêcher fort finguliere, & qu’ils nomment fautade ou canat, pi. III, fig. 2. Voici la defcription que m’en a donnée M. Poujet 5 mais j’invite les le&eurs à prendre d’abord con-naiffance de ce qui eft dit fur la fautade. ou la feipche, à la fécondé feétion de la première partie.
- 62. Les pêcheurs de Boufigues, à ce que rapporte M. Poujet, dans le reffort de l’amirauté de Cette, font, pour prendre les muges, une pêche allez finguliere, qu’ils nomment canat ou fautade. Cette pèche 11e peut fe pratiquer que fur les bas-fonds , où on ne trouve que deux ou trois braffes d’eau tout au plus , & dans les tems les plus calmes ; ainfi il eft néceffaire de choifir de beaux jours y parce qu’on ne prend guere d’autre poiffon à cette pêche que celui qui vient jouer vers la furface de l’eau. Les filets qu’on emploie font des nappes de filet A , A, pi. III,fig. 2 , de quarante à cinquante braffes de longueur & de trois ou quatre de large, dont les mailles ont dix à douze lignes d’ouverture en quarré; un des côtés longs, ou la tète de la lanppe eft garnie , fuivant l’ufage, d’un cordeau C C ; 011 en attache un fécond B B fur les filets parallèlement à celui-là ^ à une braffe de diftance on fixe folidement à ces deux cordeaux des rofeaux paffés dans les mailles du filet : ces rofeaux D D, &c. font perpendiculaires aux cordeaux C & B, & vont de l’un à l’autre ; le côté inférieur de la nappe, ou le pied du filet E E, eft fuffifamment lefté par un chapelet de plomb. Lorfqu’on a reconnu un endroit où il fe trouve une quantité fuffifante de muges, on empile deux de ces filets fur l’arriere de deux chaloupes ou bettes FF;: ils y font pliés de maniéré qu’ils puiffent être étendus très-promptement ; les deux bateaux fe rapprochent l’un de l’autre, & on lie ave des cordons les bouts des deux filets ; après quoi les bateaux s’éloignent à force de rames& décrivent,. le plus promptement qu’il leur eft poflible, un cercle en jetant le filet à la mer ; les rofeaux D D qui flottent fur l’eau ,. retiennent fur la furface la partie du filet comprife entre les deux cordeaux B B & CC, ce qui forme fur l’eau une nappe circulaire en forme de zone, tandis que le refte du filet: CE tombe perpendiculairement, & forme une enceinte. On a foin de faire:
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- enforte que l’enoeinte C E foit intérieure à la zone : on conçoit aifément que les rofeaux D D qui foutiennent la nappe doivent fe rapprocher par leur extrémité intérieure, puifqu’ils deviennent les rayons d’un cercle ; & les portions de filet comprimes entr’eux, font alors des efpeces de poches G G. Les poiffons compris dans Fenceinte H, inquiétés par les mouvements qui réfultent de cette manœuvre qu’on fait fort brufquement, cherchent à s’échapper ; 8c comme ils ne trouvent aucune ilfue, ceux qui peuvent fauter fur la furface, & particuliérement les muges , elfaient de franchir l’enceinte & tombent fur les poches G que forme la portion de la nappe qui eft horifontale ; ils parviennent quelquefois à fe dégager en fautant une fécondé fois, mais pour l’ordinaire ils s’embarraffent dans les poches comprifes entre les rofeaux j d’ailleurs on a foin de renfermer dans l’enceinte un ou plusieurs petits bateaux K, fort légers, conduits par un ou deux hommes qui prennent les muges dès qu’ils les voient tomber fur la nappe. On ne laiffe le filet tendu qu’un quart-d’heure tout au plus* & ce court intervalle de tems Suffit quelquefois pour prendre une très - grande quantité de poilfons. Cette pêche qu’on pratique fur-tout dans l’étang de Thau, eft très-amufante & point du tout deftruélive j les noms de fautade & canat lui conviennent fort bien dans l’idiome languedocien ; celui de feinche qu’on lui donne fur les côtes de Provence & d’Italie eft un peu trop générique. Il paraît qu’on pourrait faire cette pèche dans les rivières peu rapides, dans les lacs & les étangs d’eau douce pour les carpes. ( 9 ) Après avoir parlé du bar & du mulet, je vais dire un mot des différentes eipeces de muges que j’ai été à portée de connaître, & je commence par le cabot.
- 63. Du cabot. On donne volontiers le nom de cabot à des poiffons de différentes efpeces, lorfqu’ils ont la tète un peu plus greffe que'les autres du même genre : il s’agit ici du mulet-cabot.
- 64. Quoique ce cabot foit de la famille des mulets, c’eft mal-à-propos
- (9) Il fe fait dans les environs de Bayonne une pêche de mulets, dont la defcription doit trouver ici fa place. On y emploie une efpece de filet qu’on nomme boulante, dérivant à fleur d’eau comme ceux qui fervent à la pêche des maquereaux, harengs & far-dines. C’eft un rets de trente-fix mailles, tramaillé, opérant à la furface, foutenu par des flottes de liege & calant de fa hauteur au moyen de petits plombs dont il eft lefté. Son ufage eft de même que celui des manets pour les maquereaux, dont on a parlé ailleurs. Il n’a qu’une braffe de hauteur, 8c
- ço à 60 de longueur. Il n’eft deftiné qu’à prendre des mulets qui paraiffent en troupes à la côte depuis le mois d’août jufi qu’au mois de mars. L’émail ou hameau des boulantes eft de deux efpeces. Les plus larges mailles ont quatre pouces neuf lignes en quarré, & les plus ferrés quatre pouces fept lignes. Comme ce filet pêche en dérive, il ne peut faire aucun tort à l’empoiffon-nenient, puifqu’il n’arrête dans les toiles que des poiffons au moins de la taille d’un hareng.
- qu’on
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- qu’on confond aflez fouvent ces deux poiflons. EfFe&ivement on voit par la figure qui eft très-bien delîinée, que le mulet a la tète alongée & le mufeau allez menu : le cabot l’a plus groife , plus large & plus courte qu’aucune autre elpece de muge. Le terme de cabot eft principalement en iilage à Narbonne & en Provence. Suivant la defcription que j’en ai rapportée, il a la gueule aflez grande , les levres peu épaiflès, point de dents, les yeux grands, les ailerons & les nageoires aflez conformes à ce que j’ai dit à l’article du mulet ; il y eft dit qu’il fe plaît à l’embouchure des rivières, & qu’il entre dans les étangs falés pour y dépofer fes œufs ; on fait beaucoup plus de cas de ceux qu’on prend au Martigues & à l’étang de Thau , que de ceux qu’on pèche auprès de Marfeille. On prétend que le cabot ne remonte point dans l’eau douce. O11 prépare auflî leurs œufs pour faire de la boutargue -, mais elle 11’eft pas tout-a-fait aulîi eftimée que celle qu’on fait avec les œufs des mulets.
- 6f. Indépendamment des muges qui paflent dans les eaux douces, les auteurs parlent d’un petit muge qui n’a guere plus d’un pied de longueur, qu’ils nomment muge de riviere, & qu’on appelle à Strasbourg fcknotfifch. Ses écailles font d’un verd argenté & fa chair molle, ce qui, comme je l’ai dit, convient aux muges qui ont pafle du tems dans les eaux douces. Ils ont l’avantage d’avoir la chair grafle & délicate, mais elle n’a pas autant de goût que celle de ceux qu’on pèche à la mer.
- 66. Du famé. Il y a en Languedoc une elpece de muge qu’on nomme famé ; il ne différé du cabot que parce que fa tète eft un peu moins grofle & fon mufeau plus pointu ; on trouve fa chair plus molle ; il eft fujet à fauter par-defliis les filets pour s’échapper. A ces indices, le famé paraît être à très-peu de chofe près, le mulet dont nous avont parlé plus haut. On eu prend dans la Garonne , le Rhône, la Loire & les étangs de Languedoc : 011 dit qu’il fe nourrit de vafe.
- 67. Du muge noir, que je crois être le corvulus. RONDELET , livre XX, chapitre V, parle d’un muge de mer qu’il dit être noir chargé de traits plus foncés j il dit que l’ouverture de fa gueule eft grande , que la mâchoire inférieure eft confidérablement plus longue que la fupérieure. Je ne l’ai point vu ï mais je foupçonne que c’eft l’efpece de muge que quelques auteurs ont nommé corvulus. (10) On diftingue en Poitou , de trois efpeces de meuille ; c’eft ainfi qu’on y nomme le mulet : le meuille blanc eft celui dont nous avons amplement parlé en premier lieu ; le meuille noir en différé en ce qu’il a la tète plus courte & un peu plus grofle, comme celle du cabot, mais les écailles du dos font plus noires. La troifieme efpece ,qui eft
- ( 10 ) Il a fur le dos fept à huit aiguillons la queue. Ces traits noirs s’étendent de l’une tous féparés les uns des autres, & une pe- des extrémités de fon corps à l’autre, tke nageoire entre le dernier aiguillon &
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- nommée tienne, eft moins grande & a le mufeau plus pointu que les précédentes ; fes écailles font blanches & chargées d’une mucofité : il a une tache jaune fur le milieu des ouïes ; d’ailleurs il eft fort blanc.
- 68. Du maxon. On nomme à la côte de Gènes maxon un muge, en latin mu go , qui eft peu différent du famé ; fa chair eft plus gluante, fes levres & les bords des ouies font rougeâtres. Rondelet, page 210, dit qu’on nomme maxon en Provence un muge qui relfemble au cabot, excepté que le tour de fes levres & de fes ouies font rougeâtres, & que fa chair eft plus gluante que celle du cabot & du famé : il paraît que le maxon de Provence eft le même poilfon que celui de Gènes.
- 69. Du chaluc. Le poilfon qu’on nomme chaluc en Languedoc , ailleurs labrus , par quelques-uns vergadelle, eft un muge qui a la tète moins grolfe que le cabot, mais de grolfes levres ; il eft eftimé le moins bon de tous les muges. Suivant Belon, le chaluc ou cyncedus eft un poilfon très-différent, qu’il met au nombre des tourdesj fur ce pied, nous en avons parlé en fon lieu.
- 70. Du mulier. On nomme mulierz l’entrée de la Loire un poilfon qui tient du mulet, mais qu’on dit qui a le corps comme une brème, & la gueule comme le merlans c’eft tout ce que j’en puis dire, ne l’ayant point vu.
- 71. Du vaugeron. Suivant Rondelet, le vaugeron du lac de Laufanne relfemble au muge par la forme de fon mufeau, à la carpe par celle de fon corps 8c la qualité de fa chair : il a près des ouies deux nageoires couleur d’or, deux autres jaunes fous le ventre , un aileron derrière l’anus, 8c un fur le dos j celui de la queue eft fourchu. Je ne connais ce poilfon que par ce qu’en dit Rondelet.
- 72. Du mulet du Brejll, mulus Bralîlienlis. On pèche aux isles de l’Amérique des mulets qu’on dit femblables à ceux d’Europe ; on en prend beaucoup au Brefïl vers l’Isle - Grande, dans la baie du canal del Rey. Les habitans les fechent en les ouvrant par le dos , comme on fait les faumons. En écolfe , ils les font fécher fur des vigneaux de clayonnage, qu’ils nomment rances,pi. III, fig. 1 ; on en expofe auflï fur les. rochers 8c fur les fables , fur-tout quand la pêche eft abondante. La préparation de ce poilfon fe fait comme celle des poilfons qu’on feche eu Normandie ; on le trempe dans l’eau de mer, & on le fait fécher, ce qu’on répété à plulieurs fois: on ne lesfait point tremper pour les apprêter lorfqu’on veut les manger. Les mulets ainfî préparés , fe confervent pendant plulieurs mois j les pêcheurs Portugais en vendent aux bâtimens- qui font en armement ; ils endiftribuent lé long de la côte avec leurs canots s de plus, il s’en confomme beaucoup dans les terres.
- 73. Du rouiVon. Gesner dit qu’on nomme ainlî un poilfon qu’on prend, dans le Tibre & dans le lac Albano : c’eft un petit poilfon qui, £ la grandeu*
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- près, reifemble fort au mulet ; comme il eft rouge, il eft aifez joli à voir, mais fa chair eft fade & peu eftimée. On attribue ce même défaut aux mulets qui ont long-tems féjourné dans les eaux douces.
- 74. Du muge volant. J’ai eu occafion, en parlant de la dorade d’Amérique , à la quatrième fe&ion de la fécondé partie, de dire quelque chofe des poilfons volans; j’ai fait graver un de ces poilfons fur la première planche de cette fe&ion. Je me fuis un peu plus étendu fur les poilfons volans dans la troifieme fedion , & j’en ai fait graver deux fur une planche de cette fec-tion ; j’invite les ledeurs à confulter ces différens endroits de mon ouvrage , où il était queftion de poilfons qui n’ont qu’un aileron fur le dos. Mais je 11e puis me difpenfer de dire ici un mot d’un poilfon qu’011 nomme muge volant, & à Agde faucon de mer. Il relfemble beaucoup au famé ; fa gueule n’eft pas grande, fes yeux font ronds, fon dos & ia tète font larges, fes écailles grandes. Les nageoires de derrière les ouies, qui, de même qu’aux autres poiffons volans, lui fervent d’ailes , font larges & longues , puifqu’elles s’étendent prefque jufqu’à l’articulation de la queue, dont l’aileron efl très-fourchu. Les nageoires de delfous le ventre font plus près de la queue que du mufeau : toutes les nervures, tant des ailerons que des nageoires, font fou-pies ; fa chair eft délicate &; de bon goût. On dit qu’il fraie dans les étangs en décembre. On en trouve dans les naifes ; 011 en prend avec les ftaims : mais la plus grande partie fe pèche dans les bourdiguçs.
- Article III.
- Du furmulet, rouget - barbet, mulet - barbet, mulus barbatus ; en Aunis & à Bordeaux , barbeau de mer ou barbarin, &c. (il)
- . 7f. Comme ce poiifon eft en grande partie rouge , on l’a quelquefois nommé vrai rouget. J’avoue que la dénomination de rouget lui conviendrait mieux qu’à tout autre; mais il faut éviter de le confondre, comme plufieurs ont fait, avec le rouget-grondin. Si l’on a égard à la forme de fon corps, ainlî qu’au nombre & à la pofition tant des nageoires que des ailerons , il paraîtra qu’il eft à propos de le rapprocher des mulets; c’eft ce qu’on a fait en le nommant furmulet, & c’eft à tort que quelques-uns ont cru que cette dénomination convenait à de grands mulets, puifque dans l’article des mulets , nous avons dit qu’on en prenait qui avaient plus de deux pieds de longueur ; au lieu que les plus grands furmulets n’excedent pas un pied. Je crois donc que, li on a nommé ce poiifon furmulet, ce n’eft pas à raifon de
- (ii) Les Allemands n’ont point de nom particulier pour défigner le furmulet : ils le nomment Meer ou Sec-Barbe, comme .le mulet.
- N n 11 n ij
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- fa grandeur, mais parce qu’il fait un manger plus délicat que le mulet, & qu’à cet égard il lui eft fupérieur. Le furmulet a, comme les grondins, des barbillons i mais au lieu que ceux des grondins ont leur attache auprès des articulations des nageoires de delfous la gorge , le furmulet les a à l’extrémité de la mâchoire inférieure : c’eft ce qui l’a fait nommer/rouget ou mulet-barbet, mulus barbatus, barbarin, barbeau de mer. La relfemblnnce qu’on a trouvée entre les barbillons que le furmulet a au menton avec ceux des morues, a fait qu’on a nommé en quelques endroits le furmulet morude, par comparaifon à la morue. Il y en a qui veulent faire une diftinétion de ceux qui fe tiennent dans la grande eau , d’avec ceux qui font dans les étangs & les lieux vafeux ; ce qui les a engagés à nommer ceux-ci lutar'ù. Je vois dans quelques auteurs qu’en Italie on le nomme trigla ; mais c’eft trop nous occuper des dif-férens noms qu’on donne à ce poilfon : il faut palfer à quelque chofe de plus intérelfaut.
- 76. Le furmulet eft un poilfon linguliérement eftimé , fur-tout celui qu’on pèche en grande eau depuis le commencement de juillet jufqu’en août ; car dans cette faifon il eft dans fa grandeur qui n’excede guère huit à neuf pouces j fa chair eft blanche , ferme, fe leve par feuillets ; elle eft d’un goût excellent. Ce poilfon eft donc fort recherché pour les grandes tables ; car , quoique le rouget-grondin foit, comme nous l’avons dit, un bon poilfon , le furmulet lui eft bien fupérieur : mais malheureufement il n’eft pas de garde, il faut le manger dans les vingt-quatre heures. Il y a lieu de foupqonner que c’eft ce poilfon que les anciens Romains confervaient dans des vafes. de çryftal pour être en état de les manger plus frais.
- 77. Les écailles du furmulet different peu de celles du mulet ; elles font placées à recouvrement, comme les ardoifes fur un toit ; elles font li transparentes qu’on apperqoit au travers la couleur de la peau qui eft d’un beau rouge , & lorfqu’on les a enlevées , la couleur rouge du poilfon eft plus fenfibte ; le rouge de la peau fubfifte même lorfque le poilfon eft cuit ; feulement quand on a ôté les écailles , on n’apperqoit plus les reflets dorés qu’on voit fur les poilfons nouvellement tirés de l’eau. Les écailles font alfez fortement adhérentes à la peau qui eft mince , mais ferme fans être coriace.
- 78. A l’égard de la forme du corps de ce poilfon , la courbe du côté du ventre AH VN , pi. /, fig. 8, eft très-peu conlidérable : cette partie du poilfon forme prefque une ligne droite depuis N jufqu’à l’extrémité du snufeau. Le dos eft beaucoup plus voûté, & la courbe A C S T eft bien plus conlidérable : la largeur du poilfon commence à diminuer en S, mais pas fort confidérablement jufqu’à C y elle l’eft beaucoup plus depuis C jufqu’à ^extrémité du mufeau qui eft gros & camus. La tète eft grolfe & courte , fa gueule de médiocre grandeur ; il n’a point de dents, la mâchoire d’en-
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- Segt. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos.
- bas eft feulement garnie d’afpérités qu’on fent avec le doigt, & il a deux ©ffelets au palais.
- 79. Tous les furmulets grands, fig. 8 , ou petits ^ fig. 9 , ont les mêmes caradleres ; ils different feulement par les couleursj la tète eft arrondie, le mufeau camus j ils ont deux barbillons à l’extrémité de la mâchoire inférieure „ deux nageoires derrière les ouies, deux autres fous la gorge, deux ailerons fur le dos, bien féparés l’un de l’autre , de forme à peu près fem-blable & de moyenne grandeur. Les rayons de celui K qui eft du côté de la tête , font gros & durs, pas fort piquans ; ceux de l’autre aileron M font rameux & point piquans : l’aileron de la queue OR P CTeft fourchu irrégulièrement ; l’aileron de derrière l’anus N I n’eft pas grand, il eft formé de rayons flexibles ; la portion de l’aileron de la queue qui répond au ventre eft plus courte que celle qui eft la continuation du dos. Les yeux C, qui font un peu élevés vers le crâne, font vifs, leur prunelle eft noire, & l’iris rouge fur-tout vers les bords : entre les yeux & l’extrémité du muleau font les ouvertures des narines.
- So. Les deux ailerons du dos, celui de la queue, ainfi que les nageoires de derrière les ouies, font rouges avec des reflets d’or qu’on n’apper-coit qu’au fortir de l’eau : cette couleur eft fort pâle à l’aileron de derrierè l’anus & aux nageoires de delfous la gorge. En général, la couleur de la tète eft rouge, & l’on apperqoit fur les côtés des plaques nacrées qui font un bel effet. Au fortir de l’eau, le rouge de defliis la tète eft foncé ; cette couleur fe prolonge fur le dos du poiffon, la couleur foncée du dos s’éclaircit fur les côtés , & le ventre eft prefque blanc , un peu argenté & chargé de nuages couleur de rofe. Dans le moment où l’on tire le poiffon de l’eau, on apperqoit que le rouge, plus ou moins foncé, forme des raies peu fenfibles, qui s’étendent fuivant la longueur du poiffon. En y prêtant attention, on découvre des bandes jaunes, tirant à l’or ; mais toutes ces couleurs difparaifTent en peu de tems.
- 81. Je vais donner les dimenfioHSr d’un furmulet qui n’avait que (ept pouces huit lignes de longueur totale A B. De l’extrémité du mufeau au centre de l’œil C, il y avait un pouce. La longueur des deux barbillons F de deffous la mâ-. choire inférieure, était d’un pouce fix lignes. Il y avait un pouce neuf lignes du bout du mufeau A, au bord D des opercules, & deux pouces dix lignes au commencement du premier aileron K. L’étendue de cet aileron, à fon attache au corps, était à peu près d’un pouce i le premier rayon était le plus long. De l’extrémité du mufeau au commencement du fécond aileron M , il y avait trois pouces neuf lignes ; l’étendue de cet aileron à fon attache au corps , était à pen près la même que celle de l’aileron K ; les rayons étaient un peu plus longs que ceux de l’aileron K. De l’extrémité poftérieure de cet aileron à l’articula!-
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- tion de l’aileron de la queue O P, il y avait quatorze lignes ; la longueur des plus longs rayons O R ou P Q_était de dix-neuf lignes. L’anus N était à peu près à la moitié de la longueur totale du poilfon , & à quelques lignes plus vers la queue commençait l’aileron du ventre NI qui était un peu plus petit, mais à peu près de la même forme que l’aileron du dos M. L’articulation D des nageoires branchiales était à vingt-deux lignes de l’extrémité du mufeau A; & alfez précifément au-deifous de D, étaient les articulations G des nageoires gutturales. La largeur verticale du poiifon à l’à-plomb de C, était de quatorze lignes; à l’à-plomb de TV, de dix-huit; en P O, de huit lignes; l’étendue QlR de l’aileron de la queue était à peu près de quinze lignes. (19)
- 82. Comme les furmulets fe tiennent au fond de la mer lorfqu’il fait froid, il faut les y aller chercher avec le filet de la dreige, & l’on en trouve dans les folfes ; mais quand il fait chaud, ils s’approchent de la fu-perficie de l’eau : alors il y en a dans les manets qu’on tend pour les maquereaux. Au refte, on trouve des furmulets dans les parcs, & l’on en prend comme les bars & les mulets, mais ils ne font pas auifi communs ; néanmoins il y en a allez abondamment à la côte de Saint - Marcou, amirauté de la Hogue , à Jonville , amirauté de Barfleur , à la baie d’Ifigny & fur les côtes de Poitou. Il eft dit dans l’Hiftoire générale des voyages, qu’il s’en trouve beaucoup dans le royaume de Juda.
- 85. Pour ce qui eft de l’apprêt dans les cuilines, on ne le vuide point, parce qu’il 11’a point de véficule du fiel, & que fes inteftins qui font gras font réputés un mets fort délicat. On fait aulîi cas de la tête : on la fait cuire fur le gril, l’arrofant avec de bonne huile ou du beurre frais, & on la mange avec une làuce blanche dans laquelle on met de herbes fines hachées menu, ou avec l’huile & le vinaigre ; mais la meilleure fauce fe fait en écrafant le foie dans du vin.
- 84. Je vais maintenant parcourir les côtes , pour dire plufieurs chofes qui font relatives aux mulets, aux bars , &c.
- 8y. Bayeux 6* Port-en-BeJJin. On prend dans cette amirauté des mulets avec des tramaux fédentaires ; les mailles des nappes ont quatre à cinq pouces d’ouverture en quarré ; celles de la flue, huit à neuf lignes. A Port-en-Bef-fin, 011 fe fert communément des filets dits vas-tu viens-tu, dont nous avons parlé à la fécondé fecftion de la première partie. »
- 86. Cherbourg. On y prend ces poilfons avec les rets qu’on nomme liers ; ce font de petites laines ou dranets. En mars & en mai, quand les pêcheurs apperçoivent des bancs de mulets ou de bars, ils amarrent une manœuvre qui répond à un des bouts du filet ; & confervant l’autre bout dans
- ( 12 ) Les ichtyologiftes diftinguent trois efpeces de furmulets, fuivant qu’ils ont deux barbillons aux mâchoires ou derrière les ouïes, ou qu’ils n’en ont point du tout.
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- Sect. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos. f
- un petit bateau , ils effaient d’entourer ce banc ; & quand ils y réunifient, ils prennent quelquefois d’un feul coup de filet une immenfe quantité de poiffons.
- 87. Grand-Camp. On y pratique les mêmes pêches qu’à Cherbourg ; on fe fert en outre de muletiers fédentaires, tendus par fond fur les roches, comme on fait les folles : les mailles de ces filets ont quinze lignes d’ouverture en quarré.
- 88. Carentan. On prend à la côte des mulets & des bars avec de petites faines ou traînes qu’on nomme muliers. Les mailles font comme celles des faines qui fervent pour les harengs. Indépendamment des petites perches, comme il fe raffemble un grand nombre de mulets à l’embouchure de la Sienne, où tombe la riviere de Soûle, principalement au lieu nommé le pont de la Roque, & dans les endroits où l’eau eft tranquille, on forme une enceinte de filets qui ont quatre à cinq pieds de chûte, dont les mailles ont dix-fept lignes en quarré d’ouverture ; la tête eft garnie de flottes j ils n’ont point de left au pied : ainfî l’on 11e prend point de poiffons plats , mais feulement des mulets & des bars , & d’autres poiffons qui nagent entre deux eaux.
- 89. Marennes. Les mulets qu’on nomme meuilk dans ce port, entrent avec la maréa dans les cheneaux, & 011 les arrête avec des filets traverfans appellés faims ou faillans.
- 90. Abbeville. Quand les pêcheurs apperçoivent dans les eaux dormantes des bancs de mulets entre Abbeville & Noyelle, ils effaient de les entourer avec leurs filets qu’on peut regarder comme des muletiers d’enceinte & dormàns.
- 91. Sables dlOlonnne. Les fauniers prennent beaucoup de poiffons, entre autres des mulets dans les étiers ou canaux qui fourniflent l’eau aux marais falans. On prétend que quand ils font une fois entrés dans ces étiers, ils ne retournent plus à la mer.
- 92. Bayonne. On prend des mulets & des bars depuis la Barre de Bayonne jufqu’au Bec de Grave, principalement depuis le mois de feptembre jufqu’en décembre : on en diftingue de plufieurs fortes, les pêcheurs Bayonnais les appellent quelquefois mûrie : la plupart pefent une demi-livre ou une livre ; après la paffée on en prend de plus gros , dont la chair eft moins ferme ; ils reffemblent à ceux qu’on prend dans les lacs de la Méditerranée , & font affez femblables aux poiffons qu’on nomme à Saint-Jean-de-Luz corracoins.
- Article V.
- De plufieurs petits poijfons qui , ayant deux ailerons fur le dos, doivent être compris dans la préfente feciion. ( I 3 ).
- 93. J’ai dit fécondé patrie , troifîeme feétion, qu’il 11’y a guère de. portf
- ( 13 ) Les prêtres ou preftras fe nomment en allemand Meer-Pfaffen.
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- éf6 T RA I TE* DES PECHES. Partie IT.
- où Ion ne donne les noms de capelans ouprejîres à quelques petits poiffons; mais que ceux auxquels on donne ces noms dans les différens ports, quoique toujours petits, different affez considérablement les uns des autres. J’ai parlé à l’endroit cité, des poiffons qu’on nomme prejîres , qui n’ont qu’un ! aileron fur le dos ; j’avais même précédemment dit un mot de quelques-uns qui ont trois ailerons, & qu’en plufieurs endroits on nomme prejîres : j’ai encore piévenu que je parlerais ailleurs de ceux qui en ont deux, & je vais fàtisfaire à cet engagement ; mais comme dans beaucoup de ports on donne alfez indifféremment les noms de grados , prejlre , prejlra, capelan , èperlan bâtard, &c. à des poiffons peu différens les uns des autres, je les comprendrai dans le même article ; j’y joindrai même plufieurs autres petits poiffons qui n’en different pas beaucoup.
- 94. Du prejlre ou prejlra de Brcjl. J’ai prévenu à la troifieme feétion de la fécondé partie, que n’ayant pu conferver des idées bien précifes fur plufieurs petits poiffons qu’on me préfentait dans les ports fous des noms différens , je me fuis cru obligé d’avoir recours aux officiers de ces départe-mens, pour m’affermir dans mes idées fi elles étaient juftes , ou les rectifier fi elles étaient fauffes. C’eft après ces précautions que je donne avec confiance ce qui fuit concernant ces petits poiffons , qui dans le fonds ont pour la plupart peu de mérite. ( 14 )
- 9f. A l’égard du poiffon qu’on nomme prejlre à Breft, M. de Ruis-Embito, intendant de ce département, m’a envoyé le deffin fur lequel j’ai fait graver la figure,/?/. II,jig. 1, & j’ai reçu de M. Blondeau, profelfeur de Mathématiques à Breft, les principales dimenfions de ce poiffon.
- 96. La longueur totale AB eft de cinq pouces neuf lignes & demie; de l’extrémité du mufeau A au centre de l’œil C, il y a cinq lignes & demie ; du bout du mufeau au derrière des opercules des ouies D , un pouce ; du bout du mufeau au •ommencement P du premier aileron du dos, deux pouces quatre lignes ; cet aileron eft formé de fept rayons ;fon étendue à fon attache au corps eft de cinq lignes & demie, & le plus long rayon avait fix lignes. Du mufeau à la naiffance du fécond aileron du dos Q_, il y a trois pouces trois lignes ; du mufeau à l’articulation de l’aileron B de la queue, quatre pouces onze
- (14) J’avoue que j’ai beaucoup héfité fi je na retrancherais pas tout cet article du texte original , ou tout au moins les gravures deftinées à repréfenter des poiffons d’aufli peu de valeur ; mais j’ai cru devoir conferver le tout dans fon entier, & me borner à réduire , fuivant ma coutume, les planches à un moindre nombre, d’autant
- plus que M. Duhamel ajoute à la defcription anatomique de ces petits poiffons quelques détails fur leur pèche & leur ufage. D’ailleurs , cet illuftre académicien voulait compléter le tableau de toutes les efpeces de-poiffons qu’il avait rangés dans une même famille ; & la fuppreffio'n de ces dernières y aurait fait un vuide.
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- lignes ; du mufeau à l’anus E, deux pouces dix lignes ; à cinq lignes plus vers la queue eft le commencement N de l’aileron du ventre 5 l’étendue de cet aileron à fon attache au corps était de cinq lignes, & le plus long rayon en avait neuf. L’aileron de la queue B était fourchu ; du mufeau à l’articulation D des nageoires de derrière les ouies, il y avait un pouce deux lignes, elles étaient formées de onze à douze rayons , dont le plus long avait neuf lignes i du bout du mufeau à l’articulation M des nageoires de deifous le ventre, qui font très-près l’une de l’autre, on comptait deux pouces. Le-paifleur verticale du poiflbn à l’à-plomb de D était de fept lignes , à l’à-plomb de P de dix à onze lignes, à l’à-plomb de Q_N de neuf à dix lignes ; en F , auprès de la nailfance de l’aileron de la queue , de quatre lignes & demie à cinq lignes. Les écailles vers le dos, ont une teinte fauve i celles de def-fous les côtes font brillantes & argentées.
- 97. La pêche des preftres, preftras, grados, éperlans bâtards, fe fait dans l’amirauté de Breft, avec le carreau & les haims, comme on le voit première partie, fécondé fe&ion, & elle fe pratique principalement autour des vailfeaux où fe raifemblent ces petits poiifons. On en prend auffi avec une efpece de truble ou un fac de filets à petites mailles, monté fur un cercle rond : ces petits poilTons , dont on fait peu de cas, fervent d’appât pour amorcer les haims ; ce cercle eft emmanché au bout d’une perche. Entre les pêcheurs qui font dans le bateau, les uns manient le filet, les autres le hiifent avec une manœuvre qui paffe dans une poulie frappée au mât du bateau.
- 98. A l’entrée de la rade de Breft, 011 fait encore la pêche des grados ou Grados avec une faine de vingt-cinq à trente braffes de longueur ; elle eft leftée de pierres diftribuées de braffe en braffe fur la ralingue du pied du filet. U11 homme dans un petit bateau porte le filet au large ; & quatre qui reftent à terre, confervent le hàlin qui eft amarré au canon du filet, comme on le voit première partie , fécondé fe&ion, où ces opérations font détaillées. Quand celui qui eft dans le canot, a mis le filet à l’eau, ceux de terre le hâlent & prennent les grados ou preftres. On trouve dans la même fection , nombre d’exemples de cette façon de pêcher : je dirai encore quelque chofe dans la fuite du preftre de Breft, pour faire appercevoir qu’il diifere beaucoup de l’officier de Bretagne.
- 99. Du prefira ou preftre d’A unis. M. Niou , fous - ingénieur de la marine, m’a envoyé de Rochefort un preftre d’Aunis qui diifere très-peu de celui de Breft : en voici la defcription. La longueur totale de A en B, pL II, ji°. 2, eft de quatre pouces ; de B au centre de l’œil, de quatre lignes & demie ; de B au derrière des ouies, de neuf lignes ; de B au commencement C du premier aileron du dos, feize lignes : la largeur C D de cet aileron à l’attache au corps, eft de fix lignes j de B au commencement E du fécond aile-
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- ron, deux pouces trois lignes ; la largeur E F de cet aileron à fon attache au corps, eft de cinq lignes j du mufeau B à la naiffânce G de l’aileron de derrière l’anus-, il y a deux pouces deux lignes j du mufeau B à l’articulation des nageoires branchiales H, dix lignes j à l’articulation K des nageoires ventrales, un pouce trois ignés. La longueur de l’aileron de la queue L eft de huit lignes. Le ventre & les cotés font très - argentés j mais il y a une bande MN plus brillante que le refte ; le dos eft un peu fauve, & à eette partie le bord des écailles eft pointillé de noir.
- 100. Du grados de Saint-Malo. J’ai dit à la troifieme fedtion de la fécondé partie, que M. Guillot m’avait envoyé de Saint-Malo un grados con-fervé dans l’efprit-de - vin, & que je l’avais fait graver. Le corps eft fort bien > mais j’ai prévenu à l’endroit cité que les ailerons avaient beaucoup fouifert, ce qui me laiffait dans l’incertitude de décider s’il avait fur le dos un ou deux ailerons ; mais M. Guillot m’en ayant depuis fait parvenir un qui a inconteftablement fur le dos deux ailerons, j’ai jugé convenable de le faire graver ici, pi. II,fig. ? , & d’en donner une defcription plus détaillée que celle qui fe trouve à la troifieme fedtion que je viens de citer.
- 101. La longueur totale A B du giados de Saint-Malo, était de cinq pouces neuf lignes ; de A en C, derrière les ouies , il y avait un pouce ; de C en D, à la nailfance de l’aileron de la queue, trois pouces neuf lignes j la longueur de la nageoire de derrière les ouies depuis fon articulation C jufqu’à fon extrémité qui fe termine fort en pointe ,*dix lignes. L’articulation des nageoires E de delfous le ventre était à un pouce neuf lignes du mufeau \ ces nageoires font étroites, pointues, longues de huit lignes : il a deux ailerons fur le dos ; le plus près F de la tète eft à deux pouces deux lignes du mufeau i fon étendue à l’attache au corps, eft de fix lignes ; l’autre aileron G eft à trois pouces deux lignes du mufeau ; fon étendue à l’attache au corps eft de huit lignes. L’aileron H de derrière l’anus commence prefque à l’à-plomb de celui du dos , fon étendue à fon attache au corps eft de huit lignes -, l’aileron de la queue depuis D jufqu’à B, eft d’un pouce i il eft fourchu : l’anus eft à peu près au milieu de la longueur totale du poilfon ; la tète depuis A jufqu’à K eft applatie en-deifus.
- 102. Les yeux font grand, la prunelle d’un bleu foncé, l’iris argenté. On n’apperçoit point de dents aux mâchoires, mais avec le doigt on fent qu’elles lont bordées d’afpérités; les opercules des ouies (ont nacrés & briL laris; l’extrémité des mâchoires fupérieure & infér eare font brunes.Les raies latérales qui s’étendent depuis l’opercule des ouies jufqu’à l’aileron de la queue font formées par deux rangées de points qui fen>blent de petits clous d’argent très-réguliérement arrangés. En général, toutes les écailles font nacrées-, en les regardant dans un certain fens : ces couleurs forment des raies très-brillantes.
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- ioPendant les mois de février , mars & avril, il monte dans la Rance une prodigieufe quantité de grados, de preftres & d’éperlans bâtards, ce qui fait une manne pour le pays, fur-tout pendant le carême, & dont Saint-Malo profite. On pèche ces petits poiiTons avec des faines épailfes.
- 104. Du grados de la Manche , qui parait être le prejlre de Bretagne. M. le Teftu m’ayant envoyé de Dieppe un poilfon fous le nom de grados de la Manche, je l’ai fait graver,/?/. Il ,fig. 4, & je vais en rapporter la deferip-tion. Ce poilfon eft rond & à écailles. M. le Teftu me marque qu’il eft de fort petite taille; néanmoins j’en ai reçu de M. Bertin, commilïaire général de la marine, qui avaient été pris à l’embouchure de la Seine; ils étaient au moins aulîi gros que ceux qui m’avaient été envoyés de Saint-Malo & de Breft. Effectivement, M. le Teftu ajoute qu’ils fe prennent avec quantité de petits poilfons qui fe ralfembîent dans les parcs, & qu’on pourrait bien confondre les uns avec les autres. Celui que j’ai reçu de M. le Teftu avait environ quatre pouces & demi de longueur , & il dit que les grands n’excedent guere cinq pouces ; la mâchoire fupérieure était un peu plus longue que l’inférieure ; il y a une membrane qui s’étend de l’une à l’autre ; on apperçoit dans l’intérieur de la gueule, la langue qui n’a guere qu’une ligne & demie de long ; fes yeux font ronds, la prunelle eft noire & l’iris argenté, très-brillant ; les raies latérales font d’un bleu foncé d’une ligne de largeur , qui prend fa nailîance au-deffus des ouies , & elles s’étendent jufqu’à la naift-fance de l’aileron de la queue, où elles partagent la largeur du poilfon en deux : le corps du poilfon depuis le dos jufqu’à cette ligne, eft de couleur olive-clair; le ventre eft blanc & argenté, fort brillant; l’anus eft placé à peu près à Ta moitié de la longueur du poilfon : on n’apperçoit point de dents aux mâchoires : il a deux ailerons F, G fur le dos ; le premier F éloigné du derrière des opercules des ouies de fept à huit lignes, eft compofé de fix à fept rayons ; le fécond G qui eft plus vers la queue avait dix à douze rayons ; en outre on appercevait fous le ventre, derrière l’anus, un aileron alfez femblable au fécond aileron du dos.
- iof. Ce poilfon avait derrière les ouies deux nageoires de cinq à fix lignes de longueur, & formées de neuf à dix rayons ; celles de delfous la gorge, qui avaient au plus quatre lignes de longueur, étaient aulfi formées de fix à fept rayons ; l’aileron de la queue était un peu échancré , & formé de dix-huit à vingt rayons : les membranes qui unilfent ces rayons, font fi déliées qu’on a bien de la peine à les étendre fans qu’elles fe déchirent. Si l’on divife ce poilfon fuivant la longueur en fix parties égales depuis les ouies jufqu’à l’origine de la queue , le corps en forme les deux tiers : la tète eft d’un fixieme de cette longueur ; la longueur des rayons de la queue eft auftî d’un fixieme ; la plus grande largeur qui eft à l’à-plomb de l’anus eft auiH
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- d’un fixieme de la longeur totale du poiffon ; vis-à vis les yeux, cette largeur eft diminuée d’un tiers, & de deux tiers près l’origine de l’aileron de la ^jueue 5 fon épaiffeur eft à peu près la moitié de fa largeur verticale. On n’en fait pas beaucoup de cas pour la table.
- 106. Du grados de Normandie, éperlan bâtard, eperlanus marinus agreftis. Ce petit poiffon , pi. Il, fig. f , n’a jamais plus de quatre à cinq pouces de longueur. On, le nomme éperlan, parce qu’il reffemble effectivement au vrai éperlan par fa couleur & la forme de fa queue ; mais il eft plus court, moins rond, & il a deux ailerons fur le dos, au lieu que le vrai éperlan n’en a qu’un ; c’eft dans les mois de feptembre & o&obre qu’ils paraiffent en plus grande quantité 5 ils ne s’enfablent point comme le font quantité de petits poiffons : fa tète a quelque reffemblanee à celle du hareng ; fes écailles font très-minces & petites, ce qui fait que fon corps parait demi-tranfparent> les mâchoires font à peu près égales, néanmoins celle d’en-bas eft la plus longue ; l’œil eft affez grand proportionnellement à la groffeur du poiffon ; le deffus de la tète & le haut du dos font marqués de traits bruns, à peine vifibles ; les mâchoires font garnies de très-petites dents, ou plutôt d’afpérités.
- 107. Du faux éperlan de la Loire. Les petits poiffons qu’on nomme malà-propos éperlans à l’embouchure de la Loire, reffemblent un peu à une far-dine de moyenne groffeur : néanmoins ils font plus effilés 8c plus arrondis ; leurs écailles font blanches , argentées , brillantes ; fur le dos font des points noirs régulièrement diftribués ; la tète eft alongée, de même couleur que le dos ; elle eft tellement tranlparente, qu’en l’oppolant au jour on entrevoit la charpente cartilagineufe qui la forme ; les yeux font ronds, l’iris couleur de perle, & la prunelle noire : la gueule eft grande proportionnellement à la taille du poiffon ; la mâchoire inférieure eft un peu plus longue que la fupérieure, l’une & l’autre font armées de dents s le palais jufqu’au gofier eft garni d’alpérités, la langue même eft rude \ 011 apperçoit fur le mufeau les ouvertures des narines qui font doubles. Au refte ,ces faux éperlans ont, eomme les grados dont nous avons parlé , deux ailerons fur le dos, un fous le ventre derrière l’anus, l’aileron de la queue fourchu, deux nageoires derrière les ouies, & deux fous la gorge , toutes formées par des rayons fou-pies , & la plupart rameux. Ces poiffons entrent au printems dans la Loire, & c’eft alors qu’on en prend un peu abondamment.
- 108. M. Barbotteau, correlpondant de l’académie, qui m’en a envoyé de Nantes, m’a marqué que leur cœur eft rouge & anguleux ; que le ventre des femelles contient grand nombre d’œufs blancs ; que la véficule du fiel tient au foie qui eft rouge 5 que le ventricule eft grand proportionnellement à la taille du poiffon j que la chair eft délicate & d’affez bon goût, mais nullement comparable à celle du vrai éperlan qu’on prend à l’embouchure de la Seine, & que j’ai repréfenté fécondé partie, fécondé fection.
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- 109. Difcuffions fur les poiffons qu'on nomme fur les différentes côtes grados. Je viens de donner les définis & les defcriptions de quelques poiffons qui m’ont été envoyés de différens endroits , fous la dénomination de grados. Quoiqu’à confidérer en gros ces poiffons, ils paraiffent d’une même efpece, M. Guillot, d’après un examen plus affidu , prétend que ce- font différens poiffons qu’on nomme , dit-on , grados , parce qu’en les maniant, on feiit une fubftance graffe fur leur corps , principalement du côté de la queue £ mais ce qui femble trancher la difficulté , c’eft que les grados qu’011 pèche dans la Manche & à Breft, font, dit-on, pleins d’arêtes, & ont une chair fade, ce qui fait qu’on ne les emploie que pour amorcer les haims ; au lieu que ceux qu’on prend à Cancalle , dans les pêcheries de la riviere de Rance, à Saint-Jacut, à Saint-Briac, où il en remonte une multitude toute l’année, mais fur-tout en mars & avril, ces poiffons, dis-je, ont la chair ferme & très-blanche, & ont à peu près le goût fin & délicat des éperlans : on ne peut guere foupqonner que des différences auffi marquées dépendent de fa qualité des eaux.
- 110. Voyant qu’il y avait plufîeurs façons de penfer fur le compte des çapelans ou preftres de Breft, j’ai pris le parti de m’adreffer à mes corref-pondans pour avoir de plus grands éclairciffemens ; car les uns ont cru qu’à la grandeur près, les çapelans devaient être rangés avec les montes ; il m’a paru que ceux-là les confondaient avec l’officier que j’ai décrit?fécondé partie, première fedion, & fait.graver avec les morues ; mais il eft évident qu’il ne devait pas y avoir de confufion à cet égard, puifque l’officier dont j’ai parlé à l’endroit cité, a trois ailerons fur le dos, deux fous le ventre; au lieu que tout le monde convient que le capelan de Breft 11’a que deux ailerons fur le dos & un feul derrière l’anus.
- m. De plus, plusieurs de mes correfpondans, fans dire que le capelan de Breft foit un excellent poiffon', ne conviennent pas qu’il foit auffi mépris fable qu’on me l’avait marqué^ mais M. Leroy m’ayant envoyé une defcrip-tion fort détaillée du preftre de Breft, je vais la rapporter, parce qu’elle me paraît propre à jeter .quelques* lumières fur la queftion qui. nous occupe, & qu’elle établit très-bien la différence qu’il y a entre l’officier & le capelan de Breft.
- 112. Defcription d'un petit poiffon que quelques-uns appellent preftra , capelan ou preftre à Breff. Ce petit'poiffqir, dit M. Leroy, qu’il ne faut pas confondre avec l’officier, a cinq ou fix pouces de long , & un peu moins d’un pouce de largeur ; il eft moins large que l’officier qui eft repréfenté fécondé partie, première fe&ion; il eft plus épais & plus rond; il n’a que deux ailerons fur le dos & un fous le ventre derrière l’anus , car cette figure étant exaéte, il m’a paru fuperflu de faire graver un autre preftre de Breft j
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- à l’occafion de ce que m’a marqué M. Leroy. Sa queue eft affez large & fourchue ; il faut ajouter à cela deux nageoires branchiales & deux fous la gorge, point de barbillons. L’anus eft fitué beaucoup plus loin de la tête que dans l’officier; l’œil eft moins faillant, la prunelle eft noire, & l’iris argenté.
- ll3- Quand ce poiffon eft en vie, le dos eft brun & le ventre blanc, de forte que la couleur brune tranche fur le blanc dans toute la longueur du poiiTon ; après la mort le brun s’éclaircit, mais il ne fe confond pas avec le blanc j fon corps étant oppofé à la lumière, paraît tranfparent, à l’exception de la ligne latérale, où l’on n’apperçoit que confufément l’arête du milieu : en général, les rayons des ailerons de la queue & des nageoires ne font pas fi' rapprochés les uns des autres que dans l’officier.
- il4. Le premier aileron du dos eft prefqu’à une diftance égale de la tète & de la queue, comme on le voit pi. II9fig. 1 ; il eft formé de fept rayons. Le fécond aileron eft à fept ou huit lignes du premier vers Parriere, il eft un peu plus étendu & fes rayons font j>lus longs. L’aileron fous le ventre N eft prefqu’à l’à-plomb du fécond aileron Q_du dos. Les nageoires branchiales D ont fix lignes de longueur j celles du ventre M font plus petites, mais elles font un peu plus étendues que les mêmes nageoires de l’officier : la mâchoire inférieure 11e dérobe point la fupérieure : le preftre a, ainfi que l’officier, au fond du palais des éminences hériffées d’afpérités. On remarque que le foie du preftre eft plus pâle que celui de l’officier , & d’une forme différente ; il recouvre l’eftomac, mais il s’étend plus à droite qu’à gauche, ne formant pas deux lobes longs & menus, comme dans le lieu , le merlan, l’officier , &c. La veffie à air eft formée par une membrane tranf parente & fi mince que le moindre effort la déchire ; le péritoine eft noir ; les écailles paraiffent plus grandes que celles de l’officier. Il eft à propos de faire remarquer que ce poiffon, quand il eft en vie, a fur la tète deux petites taches rouges affez’ agréables î fa chair ne fe leve point par écailles comme celle de l’officier, mais par filets, & elle eft d’affez bon goût. Il y a encore d’autres petits poiffons auxquels on donne différens noms dans les ports, & qui y font connus fous celui de grados. M. le Teftu m’écrit de Dieppe que le preftra de Breft eft le même poiffon qu’on nomme crados ou grados à Dieppe, & que ce poiffon n’eft pas recherché, ce qui revient à ce que dit M. Leroy.
- 11 f. On nomme gradeau ou grados à la Hougue, un petit poiffon qu’on prend avec les lançons, fur-tout lorfqu’on les pêche avec le fàvre. On peut conlulter ce que nous avons dit du fàvre, première partie, fécondé fe<ftion ; & à la troifieme fedlion, on donne encore ce nom à une nappe de filet qui a au milieu une manche de toile dont l’ouverture a environ trois braffes de circonférence, & dont la profondeur eft de quinze à vingt pieds. Ce filet eft, à proprement parler
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- ^aiffàugue de la Méditerranée. O11 le traîne comme une faine 5 & quand il ïie gratte point le fond, on ne prend que des lançons & des grados. Quand on tire ce filet à terre, & que les ailes font tendues fur le rivage , on bat l’eau avec des perches pour effaroucher le poiffon & l’engager à entrer dans la manche. Les pécheurs fe fervent de ce poiifon pour amorcer leurs haims, fur-tout lorfqu’ils fe propofent de prendre des raies & des turbots j néanmoins ils aliurent qu’étant frits, ils font aifèz bon à manger.
- 116. Du roferet de Caen. M. Viger m’a envoyé de Caen un petit poif. Ion , pl. //, fig. 7 , qu’on y nomme refera ; on ne peut pas le confondre avec la blanche franche ou bâtarde dont j’ai parlé à la fin de la troifieme fedion de la fécondé partie, puifque je n’ai apperqu qu’un aileron fur le dos des blanches , au lieu que le roferet de Caen en a deux : néanmoins le roferet elt tout blanc , & fa chair eft fi tranfparente qu’on apperqoit la grande arête dans toute fa longueur. Il eft vrai qu’elle eft brune & allez groife , proportionnellement à la taille du poiiion. Au refte, il a, comme ceux dont nous nous occupons, deux ailerons fur le dos, aifez éloignés l’un de l’autre ; un fous le ventre entre l’anus, qui eft placé à peu près à la moitié de la longueur du poiifon, & la nailfance de l’aileron de la queue qui eft fourchu , fur lequel on apperqoit de chaque côté deux petits points noirs. Les écailles de ce poiifon font petites, néanmoins épailfes, ce qui les rend fenfi-bles j les yeux font grands & parfaitement ronds , les mâchoires font garnies de dents extrêmement fines , que l’on fent pourtant avec le doigt ; la mâchoire d’en-bas eft un peu plus longue que la fupérieure; enfui la langue eft pointue. Le goût de ce petit poiiion eft agréable : on le mange frit & en matelotte. Il me parait avoir beaucoup de reifemblance avec le preftre de Breft ; feulement les écailles du preftre font de couleur fauve fur le dos , très - brillantes fur les côtés $ vers le dos, le bord des écailles parait pointillé de noir.
- 117. Dcsfaujjes far dînes d'auprès de S. Jean-de-Lu^ & de S. Malo. J’AI fait dans ma quatrième fe&ion, une atfez ample énumération des petits poi£-fons qui ont quelques rapports aux harengs & aux fardines. J’ai dit d’après M. de la Courtaudiere, que fur la côte d’Ondarroa ou d’Hondara , à dix ou douze lieues de S. Jean-de-Luz , les pêcheurs prennent quelquefois d’un feul coup de filet des milliers de faillies fardines. Je crois devoir rapporter à cette occafion que M. Guillot m’a écrit de Saint-Malo qu’on prend dans les environs une multitude immenfe de petits poidons qui ont aifez la forme de la fardine fans en avoir le goût, & qu’011 nomme fardines bâtardes ou harangues. Je ne rapporte ceci qu’hiftoriquemenc, car je ne puis me rappeller fi ces poillons avaient un ou deux ailerons fur le dos.
- 11-8. Dujolde Langueuoc. On prend en Languedoc un très-petit poiifon,
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- pi. Il ,Jig. 6 , qui a deux ailerons fur le dos : on le nomme jol : je foüp-çonne que c’eft le même qu’on nomme fafre ou fanfre.
- 119. Du fauclet. Le fauclet ou fiego,/»/. II ,fig. 8, eft un petit poiffon menu, alongé, & qui a le raufeau pointu : comme il a deux ailerons fur les dos, je fuis furpris que Rondelet l’ait confondu avec le melet qui n’en a qu’un, & qui, relativement à fa taille, n’a pas la forme aulîî alongée.
- 120. Du huceau, ou lujleau en Poitou & Aunis. On donne ces noms à un poiffon rond, dont les uns n’ont que fix pouces de longueur, & d’autres plus d’un pied & demi: fes écailles font petites, minces, noirâtres fur le dos, & grifes fous le ventre ; fa tète eft aifez greffe , fa gueule grande, garnie de quelques dents *, il a deux nageoires derrière les ouies, deux plus petites fous la gorge, un petit aileron derrière l’anus ; fur le dos, un petit aileron derrière la tête, & enfuite un grand qui s’étend prefque jufqu’à faileron de la queue qui eft un peu fendu.
- 121. De, la buhotte de Caen , ou tout-nu d'Aunis. J’AI dit quelque chofe de ce petit poiffon à la troifieme feétion de la fécondé partie , & j’ai prévenu que j’en parlerais dans la feétion où il s’agirait des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos. M. Viger m’a envoyé un petit poiffon nommé buhotte aux environs de Caen, & j’ai requ ce même petit poiffon d’Aunis , où on le nomme tout-nu. Il avait trois pouces trois lignes de longueur totale A B,/?/.//, fig. 9 ; fa tête proportionnellement à Jk petiteffe , était alfez groffe ; & la longueur de la tète C était de huit^lignes ; les yeux E étaient un peu élevés fur la tète & à trois lignes du mufeau ; la prunelle noire & petite femblait un grain de vefee ; fur le dos étaient deux petits ailerons K, L, un autre derrière l’anus en H; l’aileron de la queue I était très-peu fourchu. Tous ces ailerons font formés par des nervures très - déliées & unies par des membranes fi minces qu’en les étendant il eft bien difficile de prévenir qu’elles ne fe déchirent : alors les nervures femblent des poils. 1
- 122. Les articulations des nageoires de derrière les ouies, font un peu engagées fous les opercules ; en F, fous le ventre, font des nageoires qui paraiffent n’être que des poils, & l’aileron de la queue femble un pinceau 5 cet aileron eft marqué de quelques traits qui ont une dire&ion prefque tranfverfale. Pour appereevoir les ailerons du dos K, L, il faut relever les rayons avec une fine'aiguille. On 11e remarque point d’écailles lur le corps, néanmoins avec une loupe on découvre des raies qui fe croifent & de petits points bruns. L’épaiffeur verticale de ce poiffon eft de fix lignes vers C, de cinq en F, & de trois lignes & demie en I ; fes mâchoires font garnies de dents. On dit qu’il eft très - vorace ; qu’il avale les petites chevrettes qui, ayant la vie très - dure, le font mourir. Au refte , il eft affez
- bon
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- S'Ect. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos.
- bon à manger, & on le prend pêle-mêle avec d’autres petits poUfons de fa taille. Les anguilles & les congres en détruifent beaucoup.
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- CHAPITR E II î.
- Additions & corrections relatives aux fe&ions qui ont été publiées.
- 125. Sur un petit poijfon nommé cahot. O N fait qu’il eft d’ufage dans les hiftoires des poiâons de donner l’épithete de cabot à ceux qui ont la tète plus grolfe que les autres du même genre ; c’eft dans ce feus quon a nommé, comme nous l’avons dit, une efpece de mulet cabot : mais nous avons parl',é dans la cinquième fe&ion de la féconde partie, d’un très - petit poilfon qu’011 a]{pécialement nommé chabot ou cabota en Italie capïto, parce qu’il a, proportionnellement à la petitelfe de fon corps, une fort grolfe tête. Je ne répéterai point ici ce que j’ai dit de ce petit poilfon, mais je conviens que j’ai dit trop généralement qu’il 11’avait qu’un aileron fur le dosj car j’en ai foi-gneufement examiné de pêchés dans la Seine, qui en ont deux exactement comme celui qui eft gravé dans la cinquième fedion.
- 124. Il eft vrai que Rondelet fait mention de deux différens poilfons qui ont une forme très - approchante du cabot que nous avons fait graver, un qui eft d’eau douce qu’on trouve page 147 de la fécondé partie de fon ouvrage, qu’il dit qu’on nomme en France chabot, en Languedoc tête d'âne> en latin, fuivant Gaze, cottus. Rondelet parle en outre, page 179 de la première partie de fon ouvrage, d’un poilfon de forme allez femblabîe, qu’il dit être de haute mer ; il le nomme belenne ; il ajoute qu’on l’appelle gravan à Toulon, & que Gaze le nomme en latin cothus.
- 125. Suivant Rondelet, le chabot d’eau douce qui fe trouve en quantité dans les eaux vives, & quife retire volontiers fous les pierres, eft un fort petit poilfon qui a une grolfe tête & une grande gueule, fuivant lui, dénuée de dents ; mais j’ai bien vérifié à ceux que j’ai examinés, & qui avaient été pêchés dans la Seine, que les levres font garnies de fort petites dents très-pointues. Je conviens avec Rondelet que les yeux font fort élevés fur la tète & tournés vers le ciel, ce qui fait que quelques-uns ont voulu le ranger avec les uranofeopus. Il a deux grandes nageoires derrière les ouies, & deux petites fous la gorge. IL ajoute qu’il n’a qu’un grand aileron fur le dos: ceux que j’ai examinés en avaient deux. Il eft vrai que, comme ces ailerons qui font fort déliés fe logent dans une grande gouttière que ces poilfons ont fur le dos, il n’eft pas polfible de les appercevoir aux poilfons un peu deiféchés i mais on les voit très-diftinc-
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- 666 TRAITE' DES PECHES. Partie H.
- tement à ceux qui nagent dans l’eau, ou qu’on examine fi-tôt après qu’ils en font tirés.
- 12,6. A l’égard du chabot que Rondelet nomme belenne, & qu’il dit être marin, il décide expreffément qu’il a deux ailerons fur le dos ; ainli il ref-femble beaucoup au cabot que j’ai fait graver, & que je crois avoir été def. liné fur un de ces poilfons apporté des bords de la mer : fi cela eft, je fuis d’accord avec Rondelet pour les cabots de la mer, puifque nous penfons l’un & l’autre qu’ils ont deux ailerons ; mais il n’en eft pas de même pour les cabots d’eau douce, puifque Rondelet dit qu’ils n’ont qu’un aileron, & je fuis certain que les cabots que j’ai fait pécher dans la Seine en avaient deux.
- 127. De deux petits poiffons nommés en Provence la melette & le rnelet. J’ai parlé alfez amplement de la melette à la troilieme feétion de la fécondé partie, je l’ai fait graver & j’ai détaillé la maniéré de la pécher. On peut aufîi confulter ce que j’ai dit aux additions, à la fin de cette troilieme fec-tion. J’ai été déterminé à parler à cet endroit de la melette, parce qu’elle fait un fort bon manger, bien fupérieur au melet : ainfi je n’ai préfentement qu’à ajouter quelques circonftances à ce que j’ai dit de la melette aux endroits cités ; mais j'aurai à parler amplement du mulet. Une des principales additions à l’égard de la melette, c’eft qu’au bout du mufeau, l’extrémité des mâchoires tant fupérieure qu’inférieure, eft marquée d’une tache noire, & qu’à la fu-périeure qui eft moins longue que l’inférieure, outre cette tache, il y a une marque noire qui, quand 011 regarde ce poilfon de face, repréfente allez bien une fleur-de-lis, à laquelle on attribue le privilège qu’a ce poilfon de 11e point payer de droits ; mais probablement cette exemption vient plutôt de ce qu’il eft très-petit & qu’il ne fait point une branche de commerce. Le delfus de la tète vers C, eft applati & forme comme une efpece d’éculfon ovale , bordé d’un petit filet : au milieu de cet éculfon, on apperçoit une petite éminence longuette, figurée en navette, 8c en dilférens endroits quelques taches noires: à celui que j’ai fous les yeux, on voit çà & là quelques grandes écailles très-brillantes qui femblent de l’argent bruni. Je foupçonne que tout le corps en était couvert au fortir de l’eau, & qu’il n’en était refté que quelques-unes , d’autant qu’en ayant détaché avec la pointe d’une épingle, j’ai remarqué que la peau que je découvrais était précifément femblable à celle du refte du poilfon.
- 128. J’ai dit à l’endroit cité de la troilieme fedion, que je ne parlais point d’un autre petit poilfon beaucoup moins eftimé-pour la table, qu’on nomme le melet, parce qu’on m’avait marqué qu’il avait deux ailerons fur le dos, ce qui ne convenait point aux poilfons dont je traitais dans cette fediofi $. mais M. de Pradine, ancien intendant de Corfe, m’en ayant envoyé un bien confervé dans de l’eau-de-vie, je me fuis alfuré que le melet n’a, ainfi que fô
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- Sect. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos. 667
- melette, qu’un feul aileron fur le dos : ce qui m’engage, pour rectifier l’erreur qu’011 trouve à l’endroit cité, à donner ici la defcription de ce poiflon, & à le faire graver fur la pi. II, fig. 11.
- 129. Le melet que je décris a quatre pouces une ligne de longueur totale, ou de A en B, depuis l’extrémité de la mâchoire fupérieure A, jufqu’au centre C de l’œil, il y a quatre lignes, & dix lignes jufqu’au derrière des ouies D. L’ouverture de la gueule qui eft fort grande, eft de huit lignes : 011 fent avec le doigt quelques afpérités au bord des mâchoires : 011 voit dans l’intérieur de la gueule, la langue AI qui eft grande & d’une forme très-fingu-liere ; car le milieu eft formé par une efpece de cartilage qui prend fa nailfance au golier, & s’étend jufqu’à la pointe de la langue : les bords de ce cartilage font garnis de deux rangs de filets détachés les uns des autres, & comme on le voit dans la figure, très - ferrés les uns contre les autres : les filets du rang le plus près du fond de la mâchoire inférieure font une fois plus longs que ceux du rang plus élevé: cette ftrudure de la langue me femble particulière à cette efpece de poiflon, du moins je n’en connais point d’autre qui lui ref-femble. A l’extrémité des mâchoires fupérieure & inférieure, on apperçoit, comme à la melette, des taches noires & une petite éminence, fur-tout au bout de la mâchoire fupérieure, laquelle forme comme une fleur-de-lis. Le delfus de la tète vers C eft applati, & forme, aitifi qu’à la melette, une efpece d’écuffon, au milieu duquel il y a une petite éminence de forme longue.
- 130. Du mufeau A au commencement de l’aileron- du dos E on compte un pouce neuf lignes : l’étendue de cet aileron à fon attache au corps eft de fix lignesi le plus long rayon qui eft du côté de la tête eft de cinq à fix lignes; du bout du mufeau A à la nailfance F de l’aileron de la queue, il y a trois pouces cinq à fix lignes ; l’aileron de la queue B eft fourchu, le plus long rayon eft de neuf lignes. De l’extrémité L de la mâchoire inférieure à l’anus .G, il y a deux pouces trois lignes ; immédiatement derrière cet anus eft l’aileron du ventre qui a fept lignes d’étendue à fon attache au corps. L’articulation des nageoires de derrière les ouies H, eft à onze lignes de l’extrémité de la mâchoire fupérieure i les articulations des petites nageoires du ventre K, font à un pouce neuf lignes de la mâchoire fupérieure. La largeur verticale du poifi-fon à l’à-plomb des yeux C eft de cinq lignes 5 à l’à-plomb de D de fix lignes ; à l’à-plomb de G, à peu près la même; & à l’à-plomb de F, de trois lignes & demie. Le delfus du dos eft brun, terminé par une ligne très-noire ; tout le refte du corps eft couvert, ainfi que la melette, de très-larges écailles brillantes comme de l’argent bruni, & qu’on a bien de la peine à diftinguer les unes des autres ; il faut pour cela les foulever avec la pointe d’une aiguille, & delfous on apperqoit la peau qui eft argentée. Il n’y a que le peuple qui fafle ufage de ce poiffon.
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- TRAITE' DES PECHES Partie IL
- EXPLICATION DES FIGURES.
- SECTION III.
- Planche première.
- C^n a raffemblé dans cette première planche les figures qui reprérentent l’alofe & quelques autres poiifons de la même famille.
- I. Dalofe.
- Fig. i. Alofe franche. A ,C, la tète ; N , O , une des deux nageoires branchiales ; P, Q_j une des nageoires ventrales; D, E, F, l’aileron du dos; K, l’anus; M, L, l’aileron derrière l’anus; G, G, naiffance de l’aileron de la queue ; H, H, les deux pointes de cet aileron.
- Fig. 2 , tête d’alofe , détachée ; a , feuillet cartilagineux qui augmente la capacité de la gueule.
- Fig. 3, une branchie repréfentée en grand.
- Fig. 4, A, l’éfophage ; B, l’eftomac ; C, le pylore ; D, D , les appendices vermiculaires ; E, la véiicule du fiel ; F, le canal cholidoque ; G, la rate ; H, la veilie pneumatique; I, canal qui communique au fond de l’eftomac.
- Fig. f , pucelle ou feinte. Ses différentes parties font indiquées par les mêmes lettres que celles de Palofe, fig. i. On voit la fuite des taches de ce poiffon.
- Fig. 6, coupe tranfverfale de Palofe, dont le dos eft un peu en forme de toit.
- Fig. 7, coupe pareille fur la feinte, dont le dos eft arrondi.
- Fig. g , arêtes qui forment la fcie que Palofe & la feinte ont fous le ventre.
- Fig. 9, grande pucelle, ou feinte œuvée.
- Fig. io, D,D, écailles près de l’aileron du dos.
- Fig. ii, E, E, gouttière dans laquelle eft implanté cet aileron.
- II. Le hareng.
- Fig. i, hareng plein , dont les nageoires & les ailerons font en même nombre, & dilpofés comme ceux de Palofe.
- Fig. 2, vertebres qui forment la colonne de l’épine.
- Fig. 3 , vertebres qui n’ont que deux apophyfes.
- Fig. 4 * arêtes formant la fcie fous le ventre.
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- Segt. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos," 66$
- Fig. f , vifceres du hareng.
- Fig. 6, branchie du même poilfon.
- Fig. 7, hareng gay, vuide d’œufs & de laite.
- Planche II.
- Fig. i, grand gay.
- Fig. 2, harengue, poilfon peu différent du hareng.
- Fig. j , B, bouées de Hege en demi - cercle ; C, flotte en roulette ; D, plufieurs de ces flottes enfilées par une cordes E, lignaux de forme différente s F , F, corbeilles.
- Fig. 4, A, A , corde qui foutient la tète du filet, B, B, bouées s D , D , balfouinss F, F, corde pour foutenir le filets G? bateau pêcheurs H, manœuvre.
- Fig. f, différentes maniérés de difpofer les filets pour la pèche.
- Fig. 6 , pèche dans la riviere du Luy, au moyen des naffes , des verveux .& d’un clayonnage qui en rétrécit le lit.
- N
- Planche III.
- Fig. i, petite pêcherie du hareng avec un filet fédentaire, dont chaque bout eft retenu par une ancre A & une ancre B, auxquelles font amarrées les bouées C & D. E , bateau deftiné à relever ce filet.
- Fig. 2 , plan & profil d’un bateau pêcheur, & de fès principales parties ;
- N, matote ou grande foute pour mettre les filets s O , petite foute pour le même ufage s Q_, foute où l’on met le poiflon qui ne peut tenir fur le ponts K, foute où couche le maîtres R j lieu où couchent les matelots & où l’on met les cordages.
- Fig. 3 , uftenfiles pour la pèche du hareng s, A & B, barrils fervant de bouées j C;D, manets avec leurs manches s E, ligne avec fon haïras F, croc s
- O, mailles du filets H, P, cables.
- Fig. 4, filets de plulieurs lez, coufus enfemble de K en D ; E, D, ralingue nommée fincelUs ; g, i, cordage nommé baffouin g, hauffiere ou halin y h , h , bandingues ou cordages ; A & B, barril vuide , percé d’un trou.
- P L A N C H , E. I V.
- r Fig. i , bateau qui dérive avec fon bourfet , tandis que l’équipage met fi teffure à la mer.
- Fig. 2 j matelots occupés à abattre leur grand mât.
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- Syo TR A T T E' D E S P E C H E S. Partie II.
- Fig. 3, bateaux pêcheurs dans leurs diverfes positions : les uns A, fe rendent au lieu de la pêche ; d’autres B, fe dégréent ; d’autres C, ayant con-fervé leur bourfet, mettent leur filet à l’eau ; d’autres D, ayant amené tous leurs mâts, dérivent gvec leurs filets ; d'autres E, après avoir fini leurs pèches , fe remâtent j d’autres G, regagnent leur port. On voit des batelets qui tont prendre le pofifon des pêcheurs ; H eft une frégate garde - pêche.
- Fig. 4, tranfport du pofiTon chez les laleurs, & qui fe fait ou dans des paniers à bras A, ou des civières B ; ou de grands paniers C, ou des hottes D, E.
- Fig. f, préparation des harengs ; A, matelots qui les caquent ; B, contremaîtres qui les lalent ; G, garçons & moulfes qui fourniffent le feL
- Planche V.
- Fig. i , grande baignoire s B, cuves pleines d’eau î C, tranlport desilfuec à la mer.
- Fig. 2, A , maître faîenr ; B, garçon de cour.
- Fig. 3 , inftrument qui fert à marquer les barrils.
- Fig. 4 , paniers tréfilés à jour pour mettre égoutter le hareng *, a , a, faux fonds ; b, cerceaux yc, douves j d9e ,-paniers i pelle pour répandre le fel i g} feu à marquer.
- Fig. f , C, matelot qui livre les harengs j D, tonnelier qui les arrange ; E, garçon de bord, qui porte les harengs caqués au faieur.
- Planch e VI.
- Fig. i , grande corelfe ou faurfiferie ; K, lé maître faureur qui entretient le feu j H, faureurs qui mettent égoutter des harengs dans des corbeilles 5 I, femmes qui les enfilent dans des ainettes ; L, faleurs & laveurs j M, hommes qui les pendent j N , hommes qui les dépendent 5 O, ouvrier qui les vifite & les compte j P, tonnelier qui les paque.
- Fig. 2 j coreflè moins grande pour faire des harengs bouffis. Les mêmes opérations que pour les harengs fors s’exécutent par des femmes.
- On a retranché ici les figures des paniers, qui ont été repréfentés tant de fois.
- Fig. 3 , A, auge pour brailler les harengs ; B , B, piliers qui la foutien-nent 5 C, fon extrémité j D ou H, corbeille à claire - voie 5 E , baquet j G, le fond de l’auge.
- P lan che VII.
- On a raiTemblé dans les neuf figures de cette planche divers poilfons de
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- Sect. VI. Des poiffons qui ont deux ailerons?fur le dos. 671
- la famille des harengs, tels que la grofle & la petite fardine , le hareng hul-bourg,\e fprat, le fretin de hareng , la melette, Varache^G pretralk laharen-guette. Ceux dont l’auteur a donné la defcription particulière, portent des lettres qui renvoient à l’ouvrage même.
- Planche VIII.
- Suite des poiflons de la famille des harengs, favoir, Yéprault, le her-tault, la menife , Yefprot, Y anchois, dont il eft principalement queftion ici, la franche - blanche ,1a blanche- bâtarde , & ce qu’on nomme menuife ou aflem-r blage de petits poiflons de diverfes efpeces.
- Planche IX.
- Fig. i, A, bateau qui fait la pêche de la fardine ; C, matelot qui jette de la réfure avec la main 5 B , bateau plus grand qui dérive à voiles & à rames ; b, matelot qui répand la réfure avec une' cuiller.
- Fig. 2 , prefle à fardines avec des tonneliers qui enfoncent & roulent les barrils qui en font remplis.
- Fig. 3 , hommes & femmes qui tranfportent les fardines au magafin A, où des femmes C les falent en piles.
- Fig. 4 , A , bateaux qui arrivent de la pèche *> D, femmes qui portent les Jardines à la mer pour les laver, après qu’elles ont pris le fel.
- Planche X.
- Fig. 1, fauriflage des fardines ; a, femmes qui les mettent aux ainettes ; b, qui les apportent dans des corbeilles ; c , qui portent les ainettes à la co-refle ; d, homme qui les met en place, & jette de la moufle fur le feu.
- Fig. 2, A , B , matelots qui tirent la faine ou le boulier fur le rivage j C,C, matelots qui battent l’eau pour empêcher le poiflon de fauter par-, deflus le filet ; D, bateau léger pour foulever le filet, lorfqu’il eft accroché.
- Fig. 3 , mulette ou bateau Portugais qui pêche la fardine.
- Planche XI.
- o
- Fig. 1, bateau Génois pêchant la fardine.
- Fig. 2 , pèche à la riflole ; A, B, bateaux pêcheurs ; C, C, D , D , nappe de filets dont M eft le milieu 5 E, E , grappins, l’un en mer , l’autre à terre ; F, F, petits bateaux qui attirent les poilfons H avec leurs pharillons qji lantec-
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- C7z T RA I T Er DE S-F E CH ES. Partie II.
- nés G , G j L, bout de la yergue qui foutient le filet ; M, M, halins.
- Fig. 4 & ,4 j muges ou poilfons volans, femblables au hareng.
- Planch e XII.
- Fig. 1, able ordinaire avec fes principales parties extérieures.
- Fig. 2 , grand able.
- Fig. 3 , pèche des ables avec un palis de pieux A , auquel 011 attache un panier B > ou dans un bateau C à la canne, ou en D avec un filet nommé carreau, fur le bord de l’eau’ dans un bateau E , ou avec Pépervier F, ou enfin avec une fainette G. , .
- Fig. 4, canne avec fa ligne empilée de trois ou quatre petits haims; A, B, perche, & à fon extrémité,:un morceau de bois creux C, que l’on plonge dans l’eau pour effaroucher les poilfons. .
- Fig. î, goujon avec fes principales parties.
- Fig. 6 , gardon expliqué de même dans le texte; M, partie découverte de l’une de fes écailles ; N,, rayon rameux , l’un & l’autre vus à la loupe.
- Planche XIII.
- On a repréfenté par les fix figures que comprend cette planche, fix ef-peces de poilfons de la même famille, la rofifie, la vandoife, la chevanm,la brème, la tanche & la platane. Les lettres qui les accompagnent, renvoient à l’explication de leurs parties extérieures.
- Planche XIV.
- Fig. 1, tronçon ou partie fupérieure d’une carpe ordinaire.
- Fig. 2 , carpe appellée à miroir.
- Fig. 3 , écailles de la carpe.
- Fig. 4 , f & 6 , bouvière, ver on , épinoche.
- Fig. 7, épinoche vu par - deifous le ventre.
- Fig. 8 j barbotte gralfe.
- Fig. 9 , franche- barbotte.
- Fig. 1 o, tête de la barbotte repréfentée plus en grand.
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- Planche XV.
- Fig. 1, barbeau avec les lettres de renvoi.
- Fig. brochet de même.
- Fig.
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- TRAITE' DES PECHES.
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- Fig. g , mâchoire inférieure du brochet. ’
- Fig. 4, fa mâchoire fupérieure.
- Fig. 5 , petit cailLeu.
- Fig. 6, Jardine des Antilles.
- Planche XVI.
- Fig. t, O , O , nappe de filet quarrée , que l’on calle au fond de Peau* C , C, D ,D, quatre chaloupes qui dirigent ce filet, étant amarrées par les quatre coins E, E, E, E. B, bouée qui indique le lieu de la pèche.
- Fig. 2., fchut , bateau de pèche Rude.
- Fig. 5 , aviron d’un bateau Ruife ; B , renflement qui met les deux parties en équilibre, lorfque E repofe fur le bâtiment.
- Fig. 4, magafin Ruife portatif, co-mpofé de pièces de bois , alfemblées 8c entaillées à leurs extrémités, comme 011 le voit aux figures )' & 6.
- Fig. 7 , grolfe pierre fervant d’ancre ou de cabliere , pofée fur une croiféc de bois A , & retenue par les monrans B.
- Fig. 8 î bouée repréfentée fur une plus grande échelle. La partie A Aeft de bois ; B , trou pour y amarrer la pierre C , qui fert de left 5 E,E, balai fervant de lignai ; D, l’orin aboutiifant à la cabliere de la fig. 7.
- Planche XVII.
- Fig. 1 , nappe de filet garnie de flottes à la tête AB, & de left au pied D , E.
- Fig. 2, G , G , H , g, filet triangulaire, faifint le fond du gord, ou piege fuivant.
- Fig. 3 , difpofition ùwgord. F, G ; A, B , e, ancres qui tiennent le filet en état; G,H, I, & g, D,C, manœuvres amarrées à la côte pour le même but -,G,g, entrée du piege; Al, pêcheur qui ferme cette entrée en halant fur la corde ; Al, R , G, /, x, y, filet triangulaire ; E , F, bouées ; N , yolle ou petit bateau.
- Fig. 4, A , B, C , entrée du piege ; D, échafaud où fe place le pêcheur qui fermé l’entrée en halant fur la corde B , D.
- Les figures 5 , 6,7, g& 9 indiquent la maniéré dont on tranche, on ouvre & on aifujetit le fiiumon en A, avec de petites lattes 3 C, C,B, eft un anneau d’ofier pour le fufpendre.
- Fig. 10, cailleu - taffart des isles.
- 4 Planche XVIII.
- Siviere & Hérault. G, G, chauffée qui la traverfe 3 H, moulin 3 A , grand Tome ^ XI. Q_ q q q
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- TRAITE' DES PECHES.
- baffin ou èclufe ronde ; B , C, D , les trois niveaux ; a ,a .i,i,m 9m yt, / , portes bufquées j E, E 9 E, E, lieux ou les pêcheurs prennent les alofes avec des trubles.
- QUATRIEME SECTION.
- Planche première.
- Fig. i, dorade d’Amérique.
- Fig. 2, écaille de ce poiiTon.
- Fig. 5 , piton eau ou lagadec.
- Fig. 4, fparaillon.
- Fig. f , fucet ou rémora.
- Fig. 6, le plomb.
- P'lanche IL
- »*•1 , daurade de nos côtes..
- Fig. 2, mâchoire d’une daurade.
- Fig. 3 & 4, la même mâchoire vue de deux différent côtés.
- Fig. <;, coyau ou corlafleau.
- Fig. 6, ouariac de la Guadeloupe.
- Fig. 7, petite brème.
- Fig. 8 ? brème ou carpe de mer.
- Fig. 9, lar de Toulon.
- Fig. io, poilLon volant.
- Planche III.
- Fig. I , grofîe farde grife.
- Fig. 2, petite farde rouge.
- Fig. 3 , mâchoire du denté.
- Fig. 4, caftagnolle.
- Fig. f, vieille ou carpe de mer 5 avec fes parties intérieures.
- Fig. 6, ferran de Provence.
- Fig. 7, la bogue.
- Fig. 8 3 la mendole.
- Fig. 9, feare ou r a veau vert.
- Fig. io 9 faupe ou fopi.
- Plan.c he IV.
- Fig. i j gros yeux du Conquet.
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- TRAITE' DES PECHES.
- S7V
- Fig- 2, perche goujonnée avec une de Ces écailles.
- 3 s pitre ou grolfe picarelle grife.
- 4, pitre ou petite picarelle blanche.
- f, jars ou jaret brun.
- 6, Icare rouge.
- 7, fcare brun.
- g, prêt ou fprat de Calais.
- 5?, grande grive de mer.
- 10, perroquet de mer.
- 11, autre perroquet de mer.
- 12, paon de mer.
- 13 , canadelle.
- 14, farguet, largo.
- Planche V.
- Fig. 1, vivano de la Guadeloupe.
- 2, goret de la Guadeloupe.
- 3 , vieille de la Guadeloupe.
- 4, colas de la Guadeloupe. f, dos de banette.
- 6 , chirurgien ou porte - lancette.
- 7, méru.
- Planche VI.
- Fig. 1, acarauna du Bréfil, ou veuve coquette des islejs,
- 2, grifette, efpece de demoifelle de l’Amérique.
- 3, lavaret, forte de faumon.
- 4, la caunique, petite brème du lac de Bourget, f, poilfon de lune.
- Planche VIL
- Fig. 1 , le pilote.
- 2,3 & 4, parties anatomiques du pilote, y , 6 & 7, poilfons dorés de la Chine, g, onagre ou zebre , efpece de demoifelle de 1*Amérique. 9 , poilfon rayé, ou poilfon à rubans, jo, parties anatomiques du méru.
- q q 0
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- *7* TRAITE' DES PECHES.
- SECTION CINQUIEME.
- Planche première.
- Fig. I, dorée ou poule de mer.
- Fig. 2, parties anatomiques du rouget ; A, l’orifice de Peftomac ; B , Pef-tomac ; C, l’inteftin ouvert; D, le pylore ; E , E, appendice du pylore; F, leur ouverture dans l’inteftin ; H , canal cholydoque ; G, Ton infertion dans l’inteftin j I, I s les vaiifeaux hépatiques ; L, M, la vélicule du fiel; N, la rate.
- Fig. 3 ,0,0, les reins ; P , la réunion des uretres ; CL, un gros vaif-feau qui fe diftribue aux reins ; R , R, les deux ovaires ; S , leur réunion; T , leurs ouvertures près de l’anus ; V, le redum ; X, l’anus ; Y , embouchure de la veille.
- Fig. 4, Z, l’union des reins la veiîie ouverte ; £, les trois ouver-
- tures des uretres dans la veiîie; c, le col de la veiîie; d, le mamelon du col de la veiîie ; e, le rectum;/, l’anus.
- Fig. f , g, g, gt les trois veiîies pneumatiques, vues par - derrière; k\ h » deux mufcles placés aux côtés de la veiîie du milieu»
- Fig. 6, rouget - grondin, vu en entier.
- Fig. 7 , petit rouget.
- Planche II.
- Diverses efpeces de fcorpions.
- Fig. i , petit fcorpion des bords de la mer.
- Fig. 2, fcorpion rouge de haute mer.
- Fig. j, fcorpion de mer, d’après Edouard, & qui jette des œufs.
- Fig. 4, chaboilfeau du Conquet.
- Fig. j , diable ou crapaud de mer d’Amérique.
- Fig. 6 , fcorpion ou racuife de la Méditerranée.
- Planche III.
- Fig. i , diable ou crapaud de mer du Croiiic.
- Fig. 2 , teftard ou petit diable de mer.
- Fig. 3, cataphradust
- Fig. 4, le même poilîon vu par le ventre. •
- Fig. 5, moutharra.
- Fig. 6 y mouchogna.
- Fig. 7, chabot.
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- TRAITE' DES t E C H E S.
- &77
- Planche IV.
- Fig. 1, crabe de Biarritz en entier.
- Fig, 2, tète de ce poùïou, vu de face & la gueule ouverte, Fig. 3 , le même poilfon vu par - deffous le ventre.
- Planche. V.
- Fig. 1, crabe des Achottards.
- Fig. 2, poiifon qui a du rapport avec le précédent.
- Fig. 3 , perche de riviere.
- Fig. 4, tête de la perche, vue de face.
- Fig. f , la même tète , vue par - defTous.
- Planche VI.
- Fig. 1 , rafcaiTe blanche , ou uranofcopus,
- Fig. 2 , le même poiifon vu de côté.
- Fig. 3 , b e 11 ica 11t.
- Fig. 4, malarmat.
- Fig. <; , tête du malarmat.
- Fig. 6, petit malarmat.
- Planche VIL
- Fig. 1, rouget-grondin, appelle bourreau.
- Fig. 2, tète d’un rouge'tumbe.
- Fig. 3 , rouget grumet.
- Fig. 4 , rouget grumelet.
- Fig. 5 , rouget teftard ou bécard.
- Planche VIII.
- Fig. 1 , doucet vu par le côté.
- Fig. 2 , doucet vu par le dos.
- Fig. 3 , la tête du doucet.
- Fig. 4, autre tête du doucet.
- Fig.. 5, doucet vu par-deifous la gorge.
- Fig. 6, doucet femelle.
- SECTION SIXIEME.
- Planche première.
- Fig. ï , vive ou araignée de mer.
- Fig. 3 , vive du Levant»
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- 678 T R A I T Er D E S P E C H E S.
- Fig. 4, maigre ou poiffon royal. '
- Fig. f , bodero ou bois de roc.
- Fig. 6, bar ou lubin.
- Fig. 7, mulet
- Fig. 8 , grand furmulet
- Fig. 9 , petit furmulet.
- Planche IL
- Les deux figures de cette planche repréfentent autant de petits poiffons dont chacun porte Ion nom, & qu’on peut fe difpenfer de répéter ici.
- Planche III.
- Fig. i, defféchement des mulets au Bréfil.
- Fig. 2, pèche des mulets à la fàutade.
- Fig. % , petite feine ou mulier.
- NOTICE GÉOGRAPHIQUE
- Des principaux lieux dont il efi parlé dans les trois dernier es ferions du Traité des pêches.
- SECTION IV.
- A
- *Æntoine ( isle de Saint-). Isle d’Afrique , l’une des isles du Cap-Verd, la plus feptentrionale de toutes.
- Arguin (baie d’). L’isle de ce nom eft une des isles Atlantiques fur la côte d’Afrique, à douze lieues du Cap - Blanc.
- Arles, grande, belle & ancienne ville de la baffe - Provence, fituée fur la rive gauche du Rhône qui la fépare du Languedoc ; elle eft bâtie fur un rocher en pente douce.
- Atlantique ( Océan ) , nom qu’on donne à l’étendue de mer entre
- l’Afrique & l’Amérique : on l’appelle auffi Océan occidental.
- Aunis. Voyez fécondé partie, fécondé fe&ion, Notice géographique.
- B
- Bafques (pays des). Voyez fécondé partie , troifieme fedïion , Notice géographique.
- Bel le-Isle. Voyez fécondé partie, troifieme fetftion , Notice géographique.
- Berre ( étang de ), étang d’eau falée de la baffe-Provence , de quatre lieues de long fur trois de large, qui a dix lieues de tour. Il com-*
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- NOTICE GÉOGRAP'ïfl Q_U E. é79
- irfciniquie à la mer par les canaux cju Martigues & de la tour de Bouc. Il fournit de très-bon fel & beaucoup de poiffon. On le nomme auffi étang du Martigues.
- Biarritz , village du pays desBafques, dans le Labourd, entre Saint-Jean-de-Luz & Bayonne.
- Bifcaye. Voyez fécondé partie , troisième fedion , Notice géograhique.
- Bonne - Efpêrance (Cap de). Voyez féconde partie, troifieme feélion, Notice géographique.
- Bourget ( lac du ). Lac de Savoie , dans la Savoie propre, où il reçoit la petite riviere de Laide qui vient de Chambéry, & fe décharge dans le Rhône , près de Bellai. Il a quatre lieues de longueur, mais il a peu de largeur.
- C
- Camieres (étang de). Etang près de Boulogne-fur-mer, dans la balle-Picardie , célébré par la délicatelfe & la grolfeur des carpes qu’on y pèche.
- Canaries. Voyez fécondé partie, troifieme fedion, Notice géographique.
- Cap Blanc. Voyez fécondé partie, troifieme fedion, Notice géographique.
- Cap-Breton, très-ancien bourg de Gafcogne, au pays de Marennes , dans les Landes fur le bord de la mer, près d’un lac à trois lieues au feptentçion de Bayonne, & à fix au couchant de Dax.
- Chambéry , ville de la Savoie méri-dionale, dite la Savoie propre, dont elle eft la capitale, fur la riviere de Laide.
- Cherbourg , ville de balfe-Normandie, au diocefede Coutances, au nord-oueft de Valognes, avec un port de mer, dans lequel fe viennent
- rendre deux rivières, la Divette & la Trolebec.
- Chine, grand empire d’Afie, fitué entre le vingtième & le quarante-deuxieme degré de latitude fepten-trionale ,& entre le cent dix-hui-tieme & le cent quarante-cinquieme de longitude, borné au nord par la Tartarie Chinoife, à l’occident par le Tibet, par l’Océan à l’orient , au midi par le royaume de Tonquin.
- Chio, voyez Schio.
- Congo , grand pays de l’Afrique méridionale , dans la partie occidentale de l’Ethiopie , aux confins de la Guinée , ce qui l’a fait nommer la baffe-Guinée.
- Çonquet. Voyez fécondé partie, troifieme fection, Notice géographique. D
- Danube. Voyez fécondé partie, fécondé fection, Notice géographique. G
- Guadeloupe ( la ). Xsle de l’Amérique, l’une des Antilles Françoilès, fituée entre le continent de l’Amérique méridionale, & l’isle de Porto-Rico, à l’efl du golfe du Mexique , & au nord de l’Amérique méridionale. Cette isle a dix lieues de tour , & fe trouve à 16 degrés 20 min. de latitude, & à t 16 de longitude.
- H
- Hieres (étang d’). Grand étang falé , fitué dans le territoire de la ville d’Hieres, dans la baffe-Provence , au diocefede Toulon.
- J
- Japon. Royaume d’Afie , compofé de plufieurs isles fituées entre le 146 & le if9 degré de longitude, & entre le 31 & le 41 degré de lati-, tude feptentrionale.
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- 6 8o
- NOTICE GÉOGRAPHI Q_U E.
- Jean-de-Luz (Saint). Voyez fécondé partie , fécondé fe&ion, Notice géographique.
- lllyrie. L’Illyrie comprenoit à peu près la Sclavonie proprement dite, la Dalmatie, la Croatie & la Bofnie.
- Juan 'Fernandès ( Isle de). Isle de la mer du Sud, d’environ deux lieues de tour , à quelque diftance du Chili.
- Juda. Petit royaume d’Afrique dans la Guinée méridionale , à l’occident de celui de Bénin.
- L
- Laufanne (lac de). Lac de Suiflè, à peu de diftance de la ville du même nom , & peu éloigné du lac de Geneve.
- M
- Madere. Voyez fécondé partie, troi-fieme feètion, Notice géographique.
- Maldives. On donne ce nom à un amas de très-petites isles fituées en Afie au fud-oueft de la prefqu’isle occidentale en-deçà du Gange.
- Martigues. Voyez fécondé partie, troi-fieme feétion, Notice géographique.
- May (isle de), une des isles du Cap-Verd , fituée à i’oueft de la Guinée , vis-à-vis la côte occidentale d’Afrique , entre le r y & le i g degré de latitude , & le 3/2 & le degré de longitude.
- Montpellier, grande & belle ville épif-copale du bas-Languedoc, à deux lieues de la mer, proche la riviere de Lez, fur le Merdanfon.
- N
- Narbonne, ancienne & grande ville de France dans le bas - Languedoc, à deux lieues de la mer, fur un canal tiré de la riviere d’Aude.
- O
- Olmne, ville & port du bas-Poitou,
- dans un petit golfe, au commencement de la côte méridionale du Poitou, à l’entrée d’une petite riviere.
- Or (côte d’), contrée d’Afrique dans la Guinée, entre la côte des Dents, à I’oueft, & le royaume de Juda, dont elle eft féparée à l’eft par la riviere de Volte.
- P
- Pékin, grande & belle ville de Chine, capitale de la province de Pe-tche-li, l’une des provinces feptentrionales de la Chine & de tout l’empire.
- Penfacolc, fort bâti fur la baie de ce nom, dans la Floride, fur le golfe du Mexique.
- P ont char train. Voyez fécondé partie , troifieme feélion, Notice géographique.
- Portendic (mer de), nom d’un fort bâti fur la côte de Barbarie, au midi du défert de Zanhaga.
- Porto-Praya, ville d’une des isles du Cap-Verd, fur la côte orientale, au levant feptentrional de la ville de San-Iago.
- Porto-Santo, petite isle de la côte d’Afrique , nu nord-eft & près de Madere.
- R
- Ragufe. Voyez fécondé partie, troi-fieme feétion , Notice géographique. S
- Sel (isle de), isle d’Afrique, entre les isles.du Cap-Verd, plus occidentale que la pointe du Lézard, en Angleterre.
- Sénégal, grand fleuve d’Afrique qui
- fort du lac de Maberia dans laNi-gritie.
- Setuval. Voyez fécondé partie, troifieme partie. Notice géographique.
- Schio ou Chio, une des isles de la Turquie d’Afie, fituée^ans la Méditerranée ,
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- N O T I CIE CÉOGR'APHI Q_Ü E. 6g(
- ranée, au voifinage de la Natolie'. Elle fait partie de celles de l’Archipel qu’on nomme Sporades, & appartient aux Turcs.
- Sierra-Leona, pays d’Afrique, dans la Guinée méridionale, au nord-oueft de la Malaguette.
- T
- Timor (isîe de) , isle de l’Océan oriental , ou mer des Indes. Elle eft au fud des Moluques , & la plus éloignée de celles qui font à l’orient de l’isle de Java.
- Toulon. Voyez fécondé partie, troi-fieme fe&ion, Notice géographique.
- W
- Wang-ho ou Hoang, riviere de Chine qui prend fa fource dans le grand défert, au pays des Sifans,à l’occi-
- dent la Chine, remonte au nord, defcend du nord au midi, coule en-fuite à l’orient, & fe jette dans la mer, au nord de Nankin. On l’appelle aulïî la Riviere jaune.
- Wolga, fleuve de la grande-Ruftie, qui prend fa fource dans la province de Weliki-louki ou de Rzeva, traverfe la Rullie d’Europe d’occident eit orient, arrofe Cafan qui eft de la Ruflie d’Alîe, & fe jette dans la mer Cafpienne au - deflous d’Aftracan , après un cours de cinq cents lieues. Z
- Zirchnitzerfée, lac d’Allemagne, dans la baife-Carniole, au cercle d’Autriche, vers les confins du Windifch-marck, qui a environ fix lieues de long & trois de large.
- TABLE ALPHABETIQUE
- Des noms des poiffons dont il ejl parlé dans les trois dernier es ferions du Traité des pêches.’
- SECTION VI.
- A
- jcVcarâuna du Brefil, $. 272. Acarne,i3f.
- Acarne-Alboro, i^f.
- Aiole, 19 f.
- Alpheftes, 181.
- Anteifa, 46.
- Aourade, 2f.
- Aourade de Provence, 2f. Arrain-Gorria, ioi., Arrouquero, 120.
- Arroufsëu, iay.
- Aurade de Provence ,73.
- Aurata ,28.
- Tome XL
- Auriole, f, 168, 198-Auriole de Languedoc, 241. Ayena, ifi.
- B
- Bailleur, iff.
- Befogo, i2f.
- Befougue de Bifcaye, 87* Befugue de bajfe-Bretague, 87. Blade, 8f-Boca, 16f.
- Boga, 16 f.
- Bogue de Languedoc, 16 f. Bogue-Ravelle » 167.
- Rrrr
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- «s* TABLE ALPHA B- É, T I Q.U E.
- Bouchougna;,2gQ.- Çyn&âus, i|o.
- Bourdonnee, 28-Box, 15f.
- Brama marina ^ 90.
- Brama faxatilis,, 120.
- Brame -de,mer,- 90.
- Brelot ÜAunis, 82.
- Brême <90.
- Brême de mer, 90.
- C
- Çagarelle , 169.
- Çalet, 128*
- Çalpt, 2 if. ,
- Canadelle, 218. Cantharus^io^.
- Canthçnp:,. ro?.
- .Canthera, 103.
- Canudo, 43.
- Camis de Languedoc, 180. Capelan, 2of.
- -Capon,- 206-.-Capone, 206.
- Caponi, 2oé>.
- Carlinoto,-fi.
- Carpe de mer, 145.
- Carroufle de mer, yi. Cafle=Burgos, 82.
- Caftagno, 109.
- Caftagnola de Marfeille, 110. Caftagnole, 110.
- Cato, 2iq.
- Caunique, 72.
- Channus, if2.
- Colas, 209, 26f.
- Cor, 209.
- Coracinus, iyo.
- Corbeau, 209.
- Corbeau de mer, ifo. 210. Corlafleam, 134.
- Coyau, 184.
- Crabe des Bafques ,110. Crahatte, 143.
- Chromis, log.
- 01 eu lus ou rô ugêt.,. j 4f-
- Dauphin, 14.
- Daurade de nos cbtes, 28. Daurade du Languedoc, 294 Demoifelle, 145.
- Dentale, icy.
- Dentatus, ioy.
- Denté, io$%
- Denté de Marfeille, 106. Dentillac, 107.
- Donzelle, 225.
- Dorade d" Amérique, 14. Dorade d'Europe, 29. Dorados, f2.
- Dos de Banette, 258.
- E
- Erla, 280.
- Erythrinus, i2f. Efcabetcher, 127. Efpargouiin, 79.
- F
- Fiaiola, 7g.
- Fouilleur, 177.
- G
- GW/i marini, 205.
- Galot, 147.
- Garde-côte, 184.
- G arum ^ 173.
- Garus, 17?.
- Gerle, 169.
- Gerre, 17?.
- Girella, 225.
- Girelle, 225.
- Girolo, 17}.
- Gomitz ow goujon de pier, , Goret, 2f8-
- Goujon de mer, 222. Goulard, 2iy,
- Goulu, i2i. Grande-Gueule, 55. Gremille, 154.
- Grifètte, 275..
- Grives, 21 o.‘
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-
- TABLE A L P HA B É T I Q_ü E. m
- Grive (grande), ati.-Grive de mer, 210.
- Gros-Yeux du Cokquet -, 128. Gueule-rouge, 279.
- H
- Hepatus, 138.
- Hiatala, if2.
- J
- Jaret, 179.
- Jars, 179-Jecorinus, pg.
- Julis, 229-
- Jufcle, 169. r'
- L
- Labrus Bergylta, 217.
- Labrus marina, 147.
- Lagadec, 86.
- Lepras, iyo.
- Lonteque ou Lontek, 201. Lucran, 217.
- Lune, 278-M
- Marme, 140.
- Marmo,io7.
- Mejane, 28-Melandrin, gr.
- Mslanurus, 86.
- Mendole, 169.
- Menola, 169.
- Merle de mer, ip. Merlo,2io.
- Merou du Cap-Breton , ip. Meru,
- Merula, ip.
- Moine, 2oy.
- Mombain, 2p.
- Morme, 140.
- Mormillo, 140.
- Mormo, 140.
- Mormylus, 140. Mouchicouba, 176. Mouchou, 4f.
- Mourmy, 141. Montchourdina, jp.
- N ; ' . J
- Nigroil de Montpellier, 8f« 1
- O
- Oblada de Marseille, 8f*
- Oblade, 8f-Occhiado, 8f*
- Oculata, gf.
- Oilladiga Ü/e Marfeille, 8f;>
- Onagre, 274. »
- Orata, 28- :'v v /J /'
- Orphe, 159. * ' ;
- Orphus, p9. • - ; { T'1;]
- Ouariac, 2p. - : 'p
- p • .
- Pageau, nf. ;
- Pagel, iif.
- Pagre, nf.
- Pagre blanc, nf.
- Pajeu , iif.
- Pajou , iif.
- Paon de mer, 216.
- Paraye, 174.
- Pargo, iif.
- Favo, 216.
- Perchegardonnée, i6r;
- Perche goujonnée, 161.
- Perche de mer, ïjrf.
- Perot, 2p.
- Perroquet de mer, 210,215.
- Pes Carpa, ifo.
- Pefquits de Biarritz , qf, 203. Phagorio, np Phagros,iif.
- Phicis de Belon, ig2.
- Phragolino, iif.
- Fhycis, 182.
- Picardie, 17?.
- Pilonneau, 86*
- Pilote, 2p.
- Pis-fal, 174.
- Pitre, 175.
- Plomb de Nantes, ior. *<;VV-V PoiiTon qui a rapport avec le denté, 109. Poiflon volant, 22^
- R r r r ij
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-
-
- «84 TABLE
- Porte-lancette, 271»
- Poule de mer, 147. Poumerengues, 28*
- Preftra, 2oy.
- Prêtre, 2oy.
- Prêtre de Biarritz, 206.
- R
- Rafpaillon, 48.
- Ravaille, 167.
- Raveauverd, 199.
- Rémora, 2 3 y.
- Remore, 2qf.
- Rochau brun, 200. Rochaux, 120.
- Roquaux, 210.
- Roquiers, 210.
- Rofe, 21?.
- Rouget, cuculus, 206. Rubellio, 11 y.
- Rutilus, 11 y.
- S
- Salpa > 6f.
- Sanut Je Marfeille, yy, 142. Saphir, fo.
- Sar Je Toulon, y<5.
- Sarde, 60.
- Sarg Jé Provence, 7 y.
- Sargo, 8r.
- Sargo, /hr^o noir, gi« Sargone, 8i«
- Sarguet J<? Provence, gu Sargus, 81.
- Sarofano, iiy„
- Saucanelle, 28*
- Saupe, 67.
- Sauquefne, 2g-Saurel, 177.
- Sayre, 212.
- Scarabeus, 104.
- Scare, y?, 19p.
- Scare, 14.
- Scarus, fq.
- Scarus fufcus, 2©©.
- Scarus ruber, 198»
- A L P H A B É T I Q_U E.
- Scarus viridis, 199.
- Scolette, 28-Sergat d\Olonne, 87*
- Serran, iy2.
- Serratan, if2.
- Severeau, 17?.
- Smaris, îjf.
- Soë-Kapé, qf.
- Sopi, 67.
- Sparaillon, 4g.
- Spargoil, 48-Spargus, 48.
- Sparlo, 48.
- Sparlus, 48.
- Sparulus, 48.
- Sparus, 22.
- Sperlin, 48•
- Spigaro, 17?..
- Sprat, 207.
- Sprat Je C«/a/s, 207. Subre-Daurade, 28»
- Sucet, 2^ y.
- Sucle, 41.
- Synagris, 106.
- Synodon, 106.
- T
- Tablarina des Bafques, iq6» T&nia aureo-cerulea, 19. Tambourinaire, 202. Tanado, 104.
- Tanche de mer, ig?. Tanna, iy2.
- Teftard, 21 y.
- Tomble, 141.
- Torpille, 108.
- Tourde, 208. Tourdoureau, 210»
- Turdo, 208.
- Turdus, 147,208.
- Turdus pavo, 216. Turdus-pfittacus ,215.
- Variolé, 2f7.
- Ver doue, 204..
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-
-
-
- TABLE ALPH
- Vergadelle, 71.
- -Veuve coquette des isles d'Amérique,
- 272.
- Vieille, 143.
- Vieille de la Guadeloupe, 260.
- Vieille (petite), if, 211.
- Vivano, 2ïf.
- ABÊTI Ct UE. «81
- Vivano gris r 2f 7.
- Vivano à oreilles, 2fj.
- Vrac, 143.
- Z
- Zaphir, fo.
- Zebre, 274.
- Zigurella, 229•
- CINQUIEME SECTION.
- A
- J&.RROUSSEU. Voy. Dorée, 2.
- B
- Batard. Voy. Rouget, 84.
- Bellicant, 120.
- Belugo. Voy. Rouget, 34.
- Bourreau, 8?- »
- Bricotte. Voy. Rouget, 34.
- Burrau, 109.
- C
- Cabot-Teftu» 176.
- Cabotte, 118-Calumet. Voy. Rouget, 128*
- Capito, 176.
- Capon. Voy. Rouget, 82-Cataphractus. Voy. Malarmat, 147. Chaboiireau. Voy. Scorpion de mer, 1 3. Chabot. Voy. Doucet, 113.
- Chiqueux. Voy. Doucet, 147. ClTHARUS, 8l-Coq de mer. Voy. Dorée, 2. • Cormeta. Voy. Malarmat, 150. Cortus. Voy. Doucet, 176.
- Corvus, 8f.
- Cottus. Voy. Doucet, 176.
- Crabe. Voy. Scorpion de mer, 13. Crabe des Achottards, 49.
- ----- de Biarritz, 38-
- Crapaud de mer. Voy. Scorpion de mer, 12.
- Crapaud de mer d'Amérique, 37.
- -------------du Croific, 29.
- Crape. Voy. Scorpion de mer, 13/
- Cuculus. Voy. Rouget, 82.
- D
- Diable de mer. Voy. Scorpion de mer,
- 32.
- Diable de mer à?Amérique, 37.
- -------------— du Croific, 29.
- Dorée, 3.
- Doucet,
- Dracunculus. Voy. Doucet, 146.
- F
- Faber. Voy. Dorée, 2.
- Forchato. Voy. Malarmat, 113.
- G
- Gai. V. Dorée ,2.
- Galline, 121.
- Gàllinette. V. Rouget, 8t.
- Gourlin. V. Bourreau, 8?-Gournaut, 82.
- Grogneau, 82*
- Grogneux. V. Grondin, 100. Grondin, 82.
- Grondin-Teftard ou Becard, i2£. Groneau, 82.
- Grumelet. V. Rouget, 127.
- Grumet. V. Rouget, 120.
- Imbriaque. V Rouget, i2f.
- J
- Jau. V. Doree, 2.
- L
- Laeert. F. Doucet, 136.
- Lavandière. V. Doucet, ïbid
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-
-
- T A B L E, A L P H A B É T I Q.U E,
- 6S6
- Lézard de mer. V. Cataphractus, U?-
- Lucerna. V. Rouget, 84*
- Lyra. V. Malarmât, 130.
- Lyre, gi. -
- M
- Malarmat, 130.
- Milan, 8f*
- Milvago. V. Rouget, ibid.
- Milvus. F. Rouget, ibid.
- Mort-fec, 83-Moucharra, 121.
- Mouchogna, ibid.
- O
- Organeau, 82.
- Oville. V. Dorée, 2.
- P
- Perça fluviatilis, f9.
- Perche de riviere, ibid.
- Perdrix d’eau douce, 6f.
- Perlan. V. Rouget, 84-Pefche forcha. V. Malarmat, 130. Pierre ( poiflon de S. ). V. Dorée, 2* Pogge. V. Cataphradus, 147.
- Poule de mer. V. Dorée, 2.
- Pyrelong. F. Rouget, 83-
- R '
- Rana Piscatrix. Fï Scorpion de mer, 13.
- RafcaiTa bianca, 6%.
- Rafcafle. V. Scorpion de mer, 12, Rafcafle blanche, tfg.
- Rappecon, lifez Tapecon^ ibid. Rafpecon. V. Rafcafle blanche >, ibid. Rofe. V. Dorée, 2.
- Rouge, 81. . r
- Rouge-Tumhe$16fi Rouget, 81-1 • _ î? ., , \}
- Rouget bâtard ou Calumet, 112* Rouget-Grondin, 88-
- -----Grumelet, 112.
- ------— Grumet, ibid.
- S,
- Saccarailla des Bafques, 39.
- Saillot., ^. Diable de.mer, 29.
- Savary, 17f*
- Scorpena, 12.
- Scorpene, ibid.
- Scorpeno, ibid. .
- Scorpeun, ibid4 Scorpi ,39.
- Scorpion de mer, 13.
- Scourpi. V. Scorpion de mer ,13. Serran, $9.
- Souris de mer. V. Doucet, 136.
- T
- Tapecon, 6g.
- Teftard ou petit diable de mer, 3^. Truette. F. Dorée, 2.
- U
- Ürangscopus. Voyez. Rafcafle blan che, 80.
- Z
- Zeus, 1.
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-
-
-
- iJd44,
- $87
- T JL JB X JE
- DES CHAPITRE
- <2 U A T R I E M
- Introduction. page 457
- Caraéteres généraux des poilfons compris dans cette quatrième fec-tion, que nous nommons fparus, comme dénomination générique.
- 460
- CH AP. I. De la dorade d'Amérique, tænia aureo - cærulea, que les Anglais nomment quelquefois dauphin. 461
- Du poiffon volant dont la dorade cherche à fe nourrir. 46 f CHAP. II. Despoijfons qui ont rapport à la daurade de nos cotes, daurade de la Méditerranée , & qui font partie d'une famille à laquelle nous avons impoféla dénomination générique de fparus.
- Idée générale de ce qui fera l’objet de ce fécond chapitre. 466 Art. I. De ia daurade ou aourade de nos côtes , orata ou aurata. 467 Du fparaillon ,fparulus ,fpargus , fparlas ; en Efpagne, fpargoil ; en Italie ,fparlo; fuivant Belon, car-iinotus ; à Narbonne, rafpillon ;
- à Antibes 3 fparlin. 475"
- Du fcare, fcarus. 477
- Du far de Toulon. 478
- De la farde. 4g©
- De la grande gueule. 482
- De la iaupe ; en Languedoc ->fopi ;
- S ET ARTICLES.
- E SECTION.
- à Marfeille, falpa. page 48 %
- De la vergadelle. 483
- De la fiatola. ibid.
- Du farguet ou farg de Provence ; fargo en Languedoc & à Venife ; fargone à Rome ; fargus. 484'
- Du mélandrin ou petit fargo noir.
- 486
- Du brelot d’Aunis, vulgairement caffe-burgos. ibid.
- De l’oblade , oblada ou oilladiga de Marfeille ; blade à Toulon ; nigroil à Montpellier ; à Rome oc-chiado, oculata, melanurus. 487 Du pilonneau ou îagadec, & du fergat d’Olonne. 488
- Art. II. De la brème, brune ou brame de mer, brama marina ; & des poif-fons qui y ont rapport. 450
- Considérations générales fur la brème. ibid.
- Du poiffon qu’on appelle brème de mer fur les côtes de Normandie.
- 491
- Du plomb de Nantes. 494
- De Carrain-gorria des Bafques, qui paraît confiner à la brème ou au plomb de Nantes. 49 f
- Du cantheno ou canthera ; fuivant Belon, fcarabeus. ibid.
- Art. III. Du dente & des poijjons qui ont avec lui de la rejjemblance. 497
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-
-
- 688
- TABLE DES CHAPITRES
- Du denté ou dentex de Marfeille & de Languedoc ; dentillac à Narbonne y dentale, en Italie ; denta-tus. ^ page 497
- D’un poiflon pris à Dax, qui me paraît avoir beaucoup de rapport avec le denté. 499
- De la caftagnole. ibid.
- Art. IV. Du pagre. 5*01
- Considérations générales fur les poilfons de ce genre. ibid.
- Du pagre proprement dit. 502 Du pajeau ou pagel ; pageu à Antibes 5 fuivant Gefner, rubellio ou erythrinus. ; fo?
- Du be^ogo des Elpagnols, & à la côte de Bifcaye $ arrouffeu à Biarritz ; roujjeau en français, forte de pajeau, 5 O f
- Du calet ou gros-yeux. f 07 Des gros-yeux du Conquet. f o§ Du mérou de Biarritz. ibid. De l’acarne-alboro des Vénitiens ou pagre-blanc. ibid.
- Du tablarina des Bafques, qui me paraît avoir beaucoup de rapport avec l’elpece de pagre nommé hepatus ou jecorinus. joj
- De l’hepatus ou jecorinus. f 10 De l’orphe, orphus. ibid.
- Du inorme; mormo à Marfeille, ainfi que fur la côte de Gènes & en Efpagne ; marme ou marmo en Languedoc ; mormillo à Rome.
- ibid.
- CHAP. III. Des poijfons du genre des fparns, qui ont le corps moins applati que ceux dont il a été parlé dans le chapitre précédent. 511 Réflexions générales fur les poif-
- fons dont nous allons nous occuper. page fil
- Art. I. De la vieille ou vielle, vrac ou vracq à Grandville ; par quelques-uns carpe de mer ; crabatte a Tréguier & à Lannion. 512
- Remarques relatives à la vieille.
- fïf
- De l’ayena ou montchourdina. fié Art. II. Du ferran y ferrât an ; hiatala, tanna en Languedoc ; channus de Selon: ^17.
- Art. III. De la perche de mer. 518 Du mérou du Cap-Breton. 519 Du méru. ibid.
- De la perche gardonnée ou goujonnée. fzo
- Art. IV. De la bogue de Languedoc , de Gênes, £Efpagne , boga, box ou boca. 2
- De la bogue dite ravelle ou ra-vaille. s 23
- Art. V. De la mendole ou cagarelle en Languedoc, jufcle à Narbonne, gerle à Toulon : menola. ibid.
- De la picarelle ou fevereau de Languedoc , gerre à Marfeille, pitre k Antibes, en quelques endroits garum, gerolo à Venife ,fpigaro à
- Rome. ^24
- Du mouchicouba de la côte de Saint-Jean-de-Luz. 52 6
- Du jaret. ^27
- Du canus de Languedoc, canudo
- k Marfeille : cyncedus. ibid.
- Du fanut. 5-28
- Art. VI. De la tanche de mer. ibid. Du coyau, corlafleau ou garde-côte du Croific, qui me paraît être la tanche de mer. 5*29
- CHAP.
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-
-
- ET ARTICLES.
- 6 89
- CHAP. IV. De phijteurs poi/fons du genre des /partis, la plupart petitv & prefyae ronds. 53i
- Idée générale des poiifons compris dans ce chapitre. ibid.
- Art. I. Des fcares, fcarus. 532 Du poiiîon nommé fcare au département de Cette. ibid.
- Du fcare rouge, ou rochau rouge, fcarus ruber. 533
- Du fcare verd, rochau ou raveau verd, fcarus viridis. ibid.
- Du rochau brun rayé de jaune, fcarus fufcus lineis fiavis circon-volutus, &c. $*34
- Du lonteque ou lontek du Croilic, petit poidon faxatile, forte de petit fcare. ibid.
- Du tambourinaire de Toulon, qui confine au fcare brun. ibid. Des pefquits de Biarritz, forte de petits fcares. ibid.
- De la petite vieille de Biarritz. 5 3 f Art. II. Des poi/fons nommés dans dif-férensports prêtre., prelira, moine, capelan. ibid.
- Du prêtre de Biarritz. ibid.
- Du prêtre 0« lpret de Calais, ibid. Art. IU. Des tourdes, turdus, turdo.
- Du cor, ça.durdo corbeau, ibid. Généralités fur. les poiifons qu’on nomnie/à Toulon tourdes. f 37 De là, grande grive ou petite vieille , peut-être ariole de Languedoc. ibid.
- Du perroquet de mer, turduspfit-tacus. f 3 8
- Du paon de mer, turduspavo. 539 De la canadelle qui a quelque ref-Tome XI,
- femblance avec le canus, 8c que quelques-uns ont n.is au nombre des tourdes.
- Du goujon de mer. 541
- Art. IV. Des demoïfelles ou donqelles, julis, girella. s42
- De la demoifelle de Cette. ibid. De la demoifelle à Antibes, ibid. De la demoifelle de Belon. 5-43 De la demoifelle de Belle-Isle. ibid. .De la demoifelle de Toulon, ibid. De la demoifelle, fuivant les voyageurs. 144
- Art. V. Du pilote. ibid.
- Art. VI. Du Jucet ou remore, rémora.
- Hï
- Art. VII. Des poif/ons dorés de la. Chine, que quelques-uns nomment dorades chinoifes. 147
- CHAP. V. [Je plu fleur s poi/fons de la famille des [parus, qu'on prend à la Guadeloupe. 5 S1
- Remarques fur ce que nous avons dit dans-les quatre chapitres pré-cédens ; & introdu&ion à ceux qui fuivront pour compléter la quatrième feclion. ibid.
- Art. I. De Vouariac. 55®
- Art. II. /Du vivano franc, & de quel-, ques-uhes de fes variétés. 563
- A R T. III. Du goret, 55-4
- Art. IV. De la vieille de la Guade-i loupe. ni
- Art. V. Du colas ou corbeau. 5 56
- Art. VI. Du dos de bonnette, 5)7 ART. VII. Du porte-lancette. 5 s 8
- Art. VIII. J/e/acarauna du Brefil, ou veuve coquette de P Amérique, f 9 Art. IX. Des demoifelles de la Gua*> ddoupe, 5 60
- S 5 S S
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- TABLE DE Sr CHAPITRES
- 090
- Art. X. Du poijjon rayé ou à rubans de la Caroline, ; en anglais, ribband-fish. 561
- C I N <2 U I E M
- Introduction. 564
- CHAP. I. De la dorée, qu'on nom?ne aujfi poule de mer, ou poijjon de Saint-Pierre. <;6ç
- Art. I. Defcùption de la dorée, ibid.
- CHAP. IL Des différens poiffons de la famille des zeus, qu'on nomme fcorpions de mer, Icorpeno, fcor-pene , fcorpena , en quelques endroits de Provence, fcorpeum, & en Languedoc, crapaud, diable de mer, ou rafcalfe, &c. 568
- Art. I. Confédérations générales fur les fcorpions de mer. f6<)
- D’un fcorpion que j’ai rapporté des côtes maritimes. ^70
- D’un autre fcorpion de la Méditerranée. ibid.
- Du fcorpion d’après Edouard. 572 Du chaboiifeau du Conquet, crapaud de mer à Dieppe. J73 D’un autre crapaud de mer qu’on 4 prend fur les côtes de Normandie. 574
- Du diable ou crapaud de mer du Croific, qui paraît être le faillot de Tobay, fur les côtes d’Angleterre. s7S
- Du diable ou crapaud de mer d’Amérique. 5-77
- Du telïard ou petit diable de mer.
- 178
- CHAP. III. De plufieurs poiffons qui ont encore les cciradteres des zeus ; favoir, la crabe de Biarritz,, ou le faccaraiila des Bafqnes, la crabe
- Du poiifon lune. 56%
- Du charax. ibid.
- De ferla.
- SECTION.
- des Achottards, & de quelques poijjon s qui leur rejfemblent. s 79 Art. I. De la crabe de Biarrit1, facca-railla de Saint- Jean-de-Lu^ ; en Provence fcorpene ou fcorpi ou rafcalfe rouge. ibid.
- Art. II. De la crabe des Achottards.
- S 82
- Art. III. D'une forte de yeus qui paraît avoir quelque rapport avec la crabe des Achottards. T 84
- ‘ Art. IV. De la perche de riviere, perça fluviatilis.
- Art. IV. De la rafcajfe blanche, raf-calfa bianca; par les pêcheurs Italiens & Provençaux, rappecon ou rafpecon. f88
- Dilfertation fur la dénomination de rafcaffes, qu’on a donnée • à dilférens poilfons. S9°
- CHAP. IV. Des rougetst & de leurs différentes efpeces ; rubelliones. Introduction. 5-92
- Art. I. Du rouget-grondin. 594 Sur la lumière qu’on a prétendu que répandent les grondins. 599 Art. II. Des rouges-tumbesî 6Ol Art. III. D'un gros grondin qu'on nomme à. Saim-Jean-de-Lu£ bour-• reau ; en termes de pêcheurs, bu r rail.
- 602
- Art. IV. De la cabotte. 60Ç
- Art. V. Du bellicant. 6a6
- Art. VI. De la callinette. ibid.
- . Art. VII. De plujîeurs autres poiffons du genre des grondins. 607
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-
-
- E T À R fri C-LAS. H-
- Du *groiidiii^-^eftard *ô«. .becard. ' " 607,
- Ehi.rouget-grumet. ibid.-. ,i
- ' Du" petit1 rouget-grumelet.^:.6'o8^ B Du rouget-bâtard ou^ calumet, ibid., CHAP. V. De^plufi^r,s,.pq^ppis\qüi^ c‘. ont encore quelques rapports avec c les rougets-grondins. ibid.
- Art. I. Du malarmat. ibid.
- Art. ÎI. Du doucet ou de la fouris de mer -,'Jaçert de Rondelet, lavandière
- t 610
- Art. III.. Duppiffon appelle cataphrac-tus , Schonfeldii ; fuivant les Anglais, pogge. 615
- CHAP. VI. Additions & corrélions relatives à ce qui efimprirné juf-qiCà préfeht du. Tr ait éfgénéral des pêches. . . 616
- Additions à la première feétion de la première partie, dans laquelle il s’agit de la pêche aux haims.
- ibid.
- Additions à la première fedion de la fécondé partie, dans laquelle il s agit des poiifons du genre des morues. 617
- 691 j
- n
- % Suitec^s*additions^.à la première ^fedti’onde.la fecdndemærtiefâans
- feéhon de laTecbndSpartle^cl laqi£%il s agi^de,^^
- Addit^^ à la IqcondeffedËoiTde ’ ^ . la {ècônde partie’", dansjla^u?lle T :<il; s’agit .des TaiïmonsT,Z i6jt& Additions à la.quatrième -fe&ion, fur les dorades. * * ibid. Réflexions, relatives à la quatrième fection , .dans laquelle il s’agit, la mendole.
- Additions à ce qui eft dit furtle^ poiifons nommés demoifellés.,• * feclion IF'. . 621
- Additions à ce qui eft dit dans.la quatrième fe&ion fur les poiflons . v ."do'rés de la* Chine. % . ^
- D e fcr ip tib n * d’un* p oiflon horeAp e
- la Chine, d’une taille niediœre.
- Additions à ce que mous avo^dit - dans cette cinquième lésion Mur " le doucet .répréifenté’
- Additionna ce que nous avons uit" de la rafcaflè blanche.
- 62f
- sixieme.se c t 1 a n.
- Introduction. .
- CHAP. I. Des poiffons qui ont deux ailerons fur le dos, dont un petit ; & l'autre fort grand. 627 Art. I. Du merlu. „ ibid.
- Art. II. Du grand lingue. * ’’ 6'28^
- Art. III. De la vive. ^ibicl.-
- D’une petite efpece de^vive' ou araignée de mer, qraneoïa\qu’on nomme bodereau ou bois de roc, qui me parait confiner à la famille des poiifons que Rondelet
- nomme bourelot. 63o
- Dè*1a vive du Levant, draco ïlve draçcena\araignée de mer i aranea Grœcortim.reçéntiorum. 6gl
- ' ^D’un poilfon très^ approchant de _'rr_ la vije-^qu’on nomme à Saint-d^êii^^fMifPcarailla Blanc, ibid. Art. IVf S une*des poîjjons qui ont fur le dos^deux aîlerdhs\ un grand & un petiu; de ce nombre Jont le maigre ou poilfon royal, les timbres, les daines, 6r. 63 2‘
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- TABLE DES,CHAPÎT'RES ET ARTICLES.
- ,^' -r . . . ,
- ' ' Du maigre, daine ; en Languedoc, peis-rey ou poiffon royal. 6 J 3
- Art. V. ;/>« poiffon nomme negre, . timbre, umbrine ow daines. 638 CHAP. II. Des fnuges ou mugits.
- Tdéë générale "de ce qui elt com-i ;pris dans ce chapitre. , 639
- ART. I. Du bar, loup ou lübine. 6 40 Du thyoure de Bayonne. 642
- Art. II. Des mulets. ibid.
- Du mulet ou meuille de Poitou.
- 643
- •Du cabot. 648
- Du famé. 649
- Du muge noir, que je crois être le corvulus. ibid.
- Du maxon. 6$o
- Du - chaluc. ibid.
- ibid. ibid.
- Du mulet du Brefil, mulus Braji-lienfis. ibid.
- " ^Du rouiilon. ibid.
- ç. ^Du muge volant 6$ 1
- Art. III. Du furmulet, rouget-barbet, ^ 'mulet - barbet, mulus barbatus; en Aunis & à Bordeaux, barbeau de
- vDu mulier. Du vaugeron.
- mer ou barbarin, &c. ibid.
- Bayeux & Port-en-Beflin. 7Ï4
- Cherbourg. ibid.
- Grand-Camp.
- Carentan. ibid.
- Marennes. ibid.
- Abbeville. ibid.
- Sables d’Olonne. ibid.
- Bayonne. ibid.
- IT. V. De plujieurs petits poiffons
- qui, ayant deux ailerons fur le dos, doivent être compris dans la préfente
- fiction. ^
- Du preftre ouprelira de Breft. 6^6 Du preftra ou preftre d’Aunis.
- ^ ^ éf7
- Du grados de Saint-Malo. 6f 8 Du grados de la Manche, qui parait être le preftre de Bretagne.
- 6S9
- Du grados de Normandie, éper-lan bâtard , eperlanus marinus agrejtis. 66 O
- Du faux éperlan de là Loire, ibid. Difcuftions fur les poiffons qu'on nomme fur les différentes côtes grados. 661
- Defcription d’un petit poiffon qua quelques-uns appellent prefira, capelan oufirèftre à Breft. ibid. Du roferetde Caen. 3
- Des fauffes fardines d’auprès de Saint-Jean-de-Luz & de Saint-Malo. ibid.
- Du jol de Languedoc. ibid. Du làuclet. 664
- Du huceau, ou lufteau en Poitou & Aunis. ibid.
- De la buhotte de Caen, ou tout-nu d’Aunis. 664
- CHAP. III. Additions & corrections relatives aux ferions qui ont été publiées.
- Sur un petit poiffon nommé cabot. *66f
- De deux petits poiffons nommés en Provence la melette & le melet.
- 666
- Explication des figures. 663
- Notice géographique. 678
- Table alphabétique. 6$i
- FIN du Tome XL
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- ra/fe 7) a < Zœ/m^ Part <Pd> ///PI Z
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- P'l-VIL.
- Crroj'j-e d'or et me
- Pretra de S^dffalo
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- 2e-Partie 2>e- Jection
- PL VJlZ
- 'Hertaultde Granville
- Æernse de Gi'amnlle
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- 2 V Ihréu? . ^Pcclwn HZ
- Pl.x
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- IX ' /(/ ' jii - -jv-svtf
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- 2 . Partie t>e- Seelion - Pl XII
- Blllû xlculf' L'/’/S '
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- 2 f Paré. 3 ? P’ecf .
- Pl. T.
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- X ? Paré. ^ ? iPecé .
- PL. i.
- P ûrade A 'A mernjue
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- 2 Part. JWt yt
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- Daurade Je noo' coleo-
- F. ï.
- Poid'a'on Fola/il
- F. 20
- F. 0 .
- Drôme ou Carp do- /Jfer,
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- Z ? . u, * Jl'i’é •
- P/. jzt.
- Pille <J*eulf? *
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- 3 * Part j.L’ .
- lJ l .ir.
- Pere/ie t ooitaeen/iee H
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- Pitre ou Petite Piearelle iTane/ie
- autre perroquet de J) 1er
- ^(//e.>¥eiib. an79.
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- P Partie , p. rpottorL PI .V.
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- 2 f Pa/ 't/e , 4 e r h'c/uj n P!.MI
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