Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS,,
- FAITES 0 U A P PR 0 U F É E S FAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE Rd.YALÈ JDJES SC usure JS S JOIE! JP^LMXS o
- AVEC FIGURES EN TAILLE-DOUCE.
- NOUVELLE ÉDITION
- Publiée avec des obfervatioïis, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre, en Suilfe, en Italie.
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- Far J. E. Bertrand, Prÿfejjeur en Belles-Lettres à Neuchâtel, Membre de VAcadémie des Sciences^Ae Munich, de la Société des Curieux de ^ la nature de Berlin. ^
- T O My E XIII.
- Çontmant P Art de la Peinture fur verre & de la Vitrerie; & P Art du Plombier
- & Fontainier.
- A NEUCHATEL,
- De l’Impiumekie de la Société T y pogr'aphi q_u t. M. DCC. L X X XL
- BIBLIOTHÈQUE Dü CONSERVATOIRE NATIONAL des AHTS & MÉTIERS
- V» du Catalogue! Prix ou Estimation Entrée, le.
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- ART
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- PEINTURE SUR VERRE
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- DE LA VITRERIE.
- Par feu M. LE VIEIL.
- Tome XIII.
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- PRÉFACE.
- Il u’eft point d’occupation plus flatteufe pour un citoyen que de s’exercer fur là découverte ou fur le maintien des connaiJfances qui peuvent être utiles ou agréables à la fociété. Ce fera toujours bien mériter de la poftérité que lui conferver des notions exactes des arts, en les mettant au jour fous tous les rapports qui leur conviennent, fur-tout lorfqu’il s’agit de quelques - uns de ces arts qui, autrefois très - recommandables , tombent de jour en jour en défuétude, & fe voient menacés d’un abandon général. Deux vérités dont tout homme bien intentionné fe fent naturellement convaincu, & ce font elles qui animent le zele avec lequel Meilleurs de l’académie des fciences s’empreifent depuis quelque années de donner au public des defcriptions très-étendues des arts & métiers, & de répandre fur chacun d’eux des lumières qui, éclairant leur théorie, en redifient la pratique, & tendent à les préferver des révolutions qu’ils pourraient éprouver dans la fuite.
- L’expérience nous apprend que toutes chofes dans la vie font fujettes à vicif. fitude. Les arts fur-tout ont paiîë par des révolutions fingulieres. Ils ont eu des iiecles heureux, où ils ont atteint à une perfection à laquelle ils n’ont pu parvenir dans d’autres , malgré les plus grands eiforts. On les a vus, par un progrès fubit, s’élever au plus haut degré de fplendeur, & en defcendre avec plus de rapidité. On a vu les éleves, formés par les exemples & les préceptes des plus grands maîtres , occuper leur place fans la remplir, remplacés eux-mèmes par des fujets moindres qu’eux. On a vu le talent enfeveli difpa-raître pendant des iiecles entiers, après s’ètre montré pendant quelques an-
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- VA RT DE LA PEINTURE
- nées. Quelquefois ces éclipfes n’ont fervi qu’à le faire briller enfuite avee un nouvel éclat.
- L’hilioire nous fournit un exemple frappant d’une révolution femblable par rapport à la peinture. Supérieurement pratiqué du tems d’Alexandre, cet art fe vit prefque anéanti fous Augufte,'& la caufe de cette révolution fut l’oubli des préceptes & des réglés des anciens peintres Grecs. Rome , dans les derniers tems de la république, & fur tout depuis le tranfport des dépouillés de Syracufe en cette ville par Marcellus, au rang defquelles dépouilles étaient des tableaux rares & précieux de ces grands maîtres, Rome avait pris beaucoup de goût pour la peinture. Ceux qui l’y exercèrent les premiers, étaient "des Grecs efclaves des Romains, ou par leur propre captivité, ou par celle de leurs parens. Confidérés de leurs maîtres à proportion de leurs talens , ils en recevaient, ainfi que ceux qui s’adonnaient aux fciences , les traitemens les plus capables de les encourager. Mais ils étaient déjà beaucoup au-deliousde leurs anciens ( a) : ils ne deflmaient pas à beaucoup près fi bien, & ne traitaient plus les paflîons aulfi bien qu’eux. Comment eulfent-ils pu le faire? Les anciens étaient fi jaloux de leur art, que les feuls nobles & les plus opulens d’entr’eux pouvaient être admis au rang de leurs éleves. Des édits fiords des tribunaux de Sycione & de Corinthe, défendaient de donner des leçons de peinture aux efclaves. Si quelquefois ils les didaient en faveur de quelqu’un de leurs plus riches éleves, les rouleaux qui les contenaient étaient aufli rares par l'immenfité du prix qu’ils y mettaient, que par leur petit nombre.
- Il a été plus aifé à Pline, à Athénée, à Laerce, &c. de nous conferver les noms de ces peintres célébrés, & les infcriptions des fujets de leurs plus beaux tableaux , que de tranfmettre à leurs contemporains & à la poftérité des extraits de leurs préceptes fur la peinture. (bj Avares de leurs enfeigne-mens, même envers leurs compatriotes , ces anciens maîtres craignaient encore plus de les voir palier à l’étranger. De là cette première décadence de la peinture parmi les Grecs eux-mêmes. De là le peu de fuccès qu’elle eut à Rome fous un empereur ami des arts, qui mettait fa gloire dans la pro-tedion qu’il leur accordait, & qui ne confiait fon autorité naiifante qu’à des minières capables d’appliquer cette protedion avec un fage diicernement, ou de prelfier l’encouragement par des récompenfes qui fouvent prévenaient l’attente de ceux qui les avaient méritées. De là enfin cet oubli général que la peinture éprouva fuccellîvement pendant les douze premiers fiecles de l’ere chrétienne, fur-tout en occident. Trilles & déplorables effets du fordide inté-
- (û) Voyez Denys d’HalicarnalTe, in Ifæo.
- ( l) ) Voyez le traité de François Junius, De piflura veterum, lib. II, cap. 3 & cap. 9, |>arag. 7.
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- SUR FERRE.
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- rèt& (Tune jaloufe crainte ! Digne objet de la tendre follicitude de l’académie des fciencespour la confervation des arts.
- -De même la peinture fur verre, qui dans les douzième & treizième iîecles était le genre de peinture le plus ufité, je dirais même le feul uiité dans notre France , dans l’Angleterre & dans les Pays - Bas , celui qui s’y développait le plus au quatorzième & au quinzième , qui fut fi brillant dans lefeizieme& aifez avant dans le dix-feptieme , vit fes artiftes & leurs travaux prefqu’abandonnés fous le régné de Louis le Grand, & fous les yeux d’un miniftre protecteur déclaré des arts & des artiftes. Elle a fubi par-tout la même révolution que la peinture, en général, avait éprouvée fous l’empire d’Augufte. On en eft venu de nos jours , jufqu’à craindre, pour ainfi dire , de la nommer entre les difterens genres de peinture (a). C’eft, dit-on , un
- fecret perdu ; c’eft un art enlèveîi qui n’intéretfe plus. . . . Arrêtez...Il
- n’eft qu’en léthargie : je vais eflayer de l’en tirer. Si je ne puis y réuftir, qu’il me foit au moins permis , en attendant des remed.es plus efficaces, de répandre quelques fleurs ou de verfer quelques larmes fur le tombeau qu’on lui deftine, avant qu’on le ferme !
- En écrivant fur un art dans le fein duquel j’ai pris naiflance, mon but eft que la poftérité ne fe voie pas expofée à regretter la perte des connaif-lances qui nous en relient, comme nous regrettons celles des anciens par rapport à la peinture en général ; & qu’inftruite de fes réglés , elle veille avec d’autant plus d’empreilement à la confervation de fes anciens monu-mens , que, comme dit quelque part M. Rollin , les meilleurs livres fur les arts font les ouvrages des anciens maîtres , qu’on voit encore fur pied , & dont la bonté univerfellement reconnue fait depuis long - tems l’admiration des connaifleurs. Mais, pour embrafler mon objet dans toute fon étendue, j’ai cru devoir diftribuer ce traité en deux parties, employer la première à l’hifi. tofre de cet art, & la fécondé à fa pratique.
- L’hiftoire des arts & leur defcription contribuent également à leur perfection. Si d’un côté la defcription d’un art, bien méditée , dans laquelle l’in-duftrie de fes opérations eft exactement développée, fes befoins annoncés , fes difficultés prévues, & la voie ouverte à là perfection par des inventions nouvelles , fert beaucoup à fon encouragement ; de l’autre , le travail s’ennoblit fous la main d’un artifte qui, connaiifant l’hiftoire de fon art, inftruit de fon origine & de fes progrès , commence par en concevoir une opinion favorable. Alors, excité par l’émulation à furpaifer ou du moins atteindre ceux qur s’y font le plus diftingués, & dont les ouvrages connus peuvent lui fer-
- (a) Voyez l'Art de peindre, poème, avec de peinture font défignés par leur nom, fans des réflexions , Paris, 1760, in-40. Dans les aucune mention de la peinture fur verre, notes au bas de la page 52, tous les genres
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- VART DE LA PEINTURE
- vir de modèle, quels efforts ne fera-t-il pas pour faire paffer à la porté ri té foil goût & fes fuccés, fruits d’une application foutenue par l’exemple!
- Je n’ai épargné ni foins ni recherches pour remplir ces deux objets, en remontant à leur fource. C’eft pourquoi je confidere dans la première partie l’origine du verre, fon antiquité, l’emploi que les anciens en ont fait, l’ufage qu’ils ont fait fur-tout du verre coloré dans les édifices publics , la maniéré dont la peinture fur verre a pris fa place aux fenêtres des églifes , fon état dans les différens fiecles jufqu’à préfent, la vie & les ouvrages de fes plus célébrés artiftes, les caufes de fa décadence & de fon abandon ,& -les moyens poflibîes de la tirer de fa léthargie a&uelle.
- Dans la fécondé partie , je rends compte des différentes recettes autrefois en ufage pour teindre le verre dans toute fa maffe , & pour le colorer fur une de fes furfaces feulement, de la maniéré de faire les émaux colorans aétueî-lement ulités dans la peinture fur verre, des connailïances néceifaîres à fes artiftes, & du méchanifme de cet art. J’y ajoute des morceaux confidérables, traduits de l’anglais , extraits d’un ouvrage moderne qui n’a pas encore paru dans notre langue, & qui peuvent être très-utiles pour la pratique de la peinture fur verre. ( a )
- L’art de peindre fur le verre par la recuiffon, eft celui dont je traite ici. C’eft pourquoi je ne parlerai point de deux autres genres de peinture, afîèz improprement dite furie verre, oùles couleurs qu’on emploie ne font point métalliques ou minérales, & par conféquent ne font point fufceptibles de la vitrification.
- La première de ces deux maniérés , que l’on appellerait mieux la peinture Jous le verre, ou, comme celui qui nous en a donné un petit traité (é), la peinture derrière le verrre, eft fî éloignée de tout autre genre de peinture , que, de l’aveu de l’auteur lui-même, p.oury parvenir, il faut déranger ü ordre général auquel La réglé invariable ajfujettit. Nous nous rendrons avec plaifir à l’invitation de la marquife de fon dialogue, en fourniflant à nos neveux les moyens de remettre notre peinture fur verre en vigueur j mais nous laiderons à M. Vifpré, fon interlocuteur & fon maître, le foin de donner à fes éleves les leçons de fon nouvel-art, avec autant d’élégance que de galanterie.
- La fécondé maniéré (c), quoiqu’elle ,fe rapproche plus de la nôtre, en
- (,a ) Voye/z llavertifTement qui eft à la novembre 17<5ç. Le fieurReutter y annonce tête de cette traduction. qu’il fait & vend toutes fortes de peintures
- ( b ) Voyez le Moyen de devenir peintre fur verre, comme payfages, prairies, chaf en trois heures, brochure en forme de dia- fes, batailles , ports de mer, fleurs, fruits, logue. Paris, rysç, chez les libraires affo- animaux & autres fujets , propres à orner ciés,pag. ç& 10. les cabinets, &c., tels qu’on leslui demande,
- (c ) Voyez l’avis inféré dans la feuille Gr , c’eft de cette fecqpde maniéré qu’il des annonces, affiches, &c. du lundi 18 peint fur verre.
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- S Ü R FERRE.
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- différé en ce que les couleurs qu’on y emploie n’ont point de rapport avec les nôtres ; car elles ne font autres que des vernis colorés , tels que la laque, le verd-de-gris, &c. qui, expofés à l’ardeur du foleil,fe lèvent par écailles , ou coulent à l’humidité. Cette fécondé maniéré rend les objets tranfparens : on s’en fert particuliérement à peindre fur le verre des fujets pour les lanternes magiques : on en fait aufii des tableaux, en les appliquant fur du papier blanc qui en fait reifortir les couleurs.
- Si l’on prend goût pour des maniérés de peindre fur verre fi différentes de la véritable maniéré, pourquoi n’aurions-nous pas Pefpérance de voir renaître de nos jours un art dont les frais , à la vérité , font beaucoup plus grands, maisaulfi dont la composition eft infiniment plus noble , plus brillante & plus durable -, un art, autrefois décoré par nos rois des plus grands privilèges , mais qui, prêt à expirer, attend de Sa Majefté un fouffle vivifiant ? Augurons-le de la protedion que notre monarque bien-aimé fe plaît à accorder à tous les arts. Quelle preuve plus éclatante du zele de Sa Majefté pour leur progrès , que l’établiifement qu’elle vient de faire en leur faveur dans la capitale de fon royaume ! Nous avons une école gratuite de deflîn. Plus de révolutions , plus de viciflitudes à craindre pour les arts. Nos neveux attendris, à la vue de ce monument éternel de fa bienfaifance, comme de tant d’autres, publieront un jour à fa gloire avec tranfport, que c’eft à un fouverain qui n’a voulu d’autre conquête que celle des cœurs de fes fujets, qu’on doit la con-fervation & la fplendeur des arts en France, (a)
- ELOGE HISTORIQUE
- DE PIERRE LE FIElL.(i)
- ^L’Histoire nous offre peu d’artiftes aufli zélés pour fon art & auflî éclairés que Pierre le Vieil. Il naquit à Paris , le 8 février 1708. Sa famille
- (a') C’eft fous les aufpices du magîftrat volontaires. Les nations voifines auront 7elé , chargé de veiller à la fureté de cette bientôt de femblables écoles : il eft même capitale, que S.M. a autorifé par des 1 et- déjà arrivé des lettres d’Efpagne pour dettes-patentes cet établiffement utile, au mander les ftatuts de celle-ci,qu’on]veut foutien duquel les perfonnes les plus diftin- y former. Mercure de France, janvier 1770, guées, les corps & communautés, les par- fécond volume, pag. 160. ticuliers amis du bien public, fe font em- (b) Cet éloge a été fait par M. S *** , prefles de concourir par des contributions avocat au parlement, ami de l’auteur.
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- L'ART DE LA TEINTURE
- originaire de Normandie, s’y diftinguait, depuis plus de deux fiecles, à peindre fur le verre. Son pere délirait fe faire connaître dans la capitale : il s’y rendit à dix - neuf ans. L’habileté avec laquelle il maniait déjà la drague ik le pinceau, fixa l’attention du célébré Jouvenet, fon parent. Il le préfente au furintendant des bâtimens du roi, M. Manfard, qui le charge de peindre les frifes des vitraux de la chapelle de VetTailles, & du dôme des Invalides. Ce fuccès flatteur pour un jeune artifte amateur de la gloire , lui fait préférer Paris au féjour de fes peres. Il y époufe en 1707, Henriette-Anne Favier , fille d’un habile vitrier. Onze enfans font nés de ce mariage, entr’autres Pierre le Vieil, dont nous allons faire l’éloge , & Jean le Vieil qui, comme fon pere, eft peintre fur verre du roi. v
- Du génie , de l’imagination , de la mémoire annonçaient dans Pierre le Vieil d’heureufes difpofitions pour les lettres. Penfionnaire au college de Sainte-Barbe , il fit des progrès rapides. Il acheva fes études au college de la Marche, ou brillait alors l’élite de la jeune noblefle. M. de la Val (a) y profeifait l’éloquence. Frappé de la fupériorité confiante de le Vieil fur des rivaux dignes de lui ,il lui donne des compofitions à part , lui fait traduire en vers les plus beaux morceaux du Lutrin. La palme académique fut le jufte prix de fon travail. Il faifaitles délices de fes maîtres par la fagacité de fon efprit, plus encore par la pureté de fes mœurs.
- Au fortir des clalfes. il alla à l’abbaye de fàint Vandrille, prendre l’habit de faint Benoît. Il avait dix-fept ans.. A cet âge , fon pere avait été pofiu-Jant dans le même ordre ; il admirait fa ferveur. Le jeune le Vieil lôupire après l’heureux moment où il allait rompre la chaîne qui l’attachait au monde, lorfque la veille du jour où il doit prononcer fes vœux , il fe fait dans fon ame le plus violent combat. Un pere hors d’état, par une infirmité habituelle , de vaquer à fes travaux ; une mere obligée d’y veiller & de pourvoir à l’éducation de dix enfans ; des freres trop jeunes encore pour conduire les ouvrages ; un attelier lailfé à la merci de plufieurs ouvriers dont on craignait la négligence : toutes ces conlidérations accablantes pour un fils qui f n’éprouva jamais de fes parens que des marques de tendrelîe, fe préfentenfc à fon efprit ; & la Providence, qui le deftinait à rejjufciter l’art de fes aïeux , permet que l’amour filial triomphe de fes defirs. Il revient dans fa famille, regretté de fes fupérieurs. Connaiflànt ce qu’ils pouvaient en attendre , ils s’étaient promis de l’alfocier à leurs travaux littéraires. Sans doute le Vieil a puifé dans cette maifon Ion goût pour l’étude de l’antiquité, goût fi répandu dans fes ouvrages.
- Le nouvel état qu’il embraflait n’avait plus fon ancien luftre. Les entre-prifes de vitrerie étaient plus confidérables que celles de peinture fur verre.
- («) Mort recteur de l’umverfité. *
- Soi*
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- Son pere ne jugea pas à propos de lui faire apprendre le deffin j & faute de deffin, il n’a jamais peint fur verre. Il fut pourtant à fond les principes de cet art. Il voyait fon pere les enfeigner à Jean le Vieil ; il les voyait peindre. Il favait d’ail-îeur préparer & calciner les émaux pour les couleurs. Son pere, pour fe foulager, l’avait chargé de cette opération , l’une des plus difficiles de la peinture fur verre.
- Il perdit fon pere en 17’r , & fa niere quatre ans après. Comme ainé de la famille , il fut mis à la tête de leurs entreprifes. Dès l’année 1734, le réta-bliflement des belles vitres du charnier de Saint - Etienne-du-Mont, fa pa-roilfe, prouva fon habileté. Lever les panneaux des vitres peintes fans les brifer, les remettre en plomb neuf fans en déranger l’enfemble, rendre les liaifons des pièces de verre imperceptibles par la délicatelfe des plombs, remplacer les parties trop endommagées, par des morceaux de verre peint alfortis au ton des fujets repréfentés, les pofer en place fans rien déparer de leur premier ordre : voilà ce qu’il exécute , avec autant d’intelligence que de goût, fous les yeux d’un marguillier a&if, qui ne lailfe rien échapper à fa critique. Il donne, vingt-quatre ans après, dans cette églife , de nouvelles preuves de fon talent. Il s’agilfait de reftaurer line très-grande forme de vitres peintes. Loin de fupprimer de haut en bas, par leur milieu , des panneaux hif-toriés , ce qu’on a fait à Saint-Merry , il fubftitue, pour les enclaver tous, des barres de fer aux meneaux de pierre ; & le vuide qu’occafionne leur démolition , il le remplit de vitres blanches, ornées d’une lefte frife. Par cet ingénieux moyen , il conferve en leur entier les vitres peintes , & même en re-haulie 1 éclat par l’admirable contra fte que forment autour les vitres blanches.
- Les vitraux de la cathédrale feront tous refaits fur le modèle de Pierre le Vieil. Pour répondre à la majefté de cette augufte bafilique , il a mis, dans le rond du haut du principal vitrail du fanduaire, un JEHOVAH en lettres rouges fur un fond d’or, qu’enferme un cercle de bleu célefte. Les bordures ornées de fleurs-de-lis d’or fui' un champ d’azur, les chiffres MARIE en verre blanc fur un pareil champ , rendent l’exécution de ces vitraux digne de l’attention des connaifleurs. (a)
- Dans l’églifede Saint-Viétor, il eut encore de fréquentes occafions de ma-nilefter fes talens pour réparer les vitres peintes. Il avait annuellement à l’entretien les vitrages de cette abbaye, du chapitre de Notre - Dame , de l’archevêché , de l’Hôtel-Dieu, des Carmes de la place Maubert, de plufieurs colleges de l’univerfité, & un cours journalier de vitrerie fort étendu. Délicat dans le choix de fes ouvriers, il fe conduisit à leur égard plutôt en pere qu’en maître : auffi la plupart d’entr’eux l’ont toujours fécondé dans fes tra-
- (a) Dans le dernier des vitraux de la nef, du côté de l’orgue, eft l’infcription fui* Tome XIII. B
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- V A RT DE LA PEINTURE
- vaux. L’aifance ranimait fon penchant pour les lettres, & l’économie le mit à portée de fe former une riche bibliothèque. Il vivait en philofophe , retiré dans fon cabinet. Le foir, avec un petit nombre d’amis, il fe délalfait de fes travaux littéraires.
- L’art de la peinture fur verre , ce bel art qui fait parler aux yeux le verre par les émaux & le fourneau , le Vieil conçut le projet de le remettre en honneur. Il voyait s’introduire dans nos églifes un goût de luxe, deftruétif de cette peinture ; une clarté peu religieufe, fubftituée jufques dans l’enceinte du fàn&uaire, à cette majeftueufe obfcurité que forment les vitres peintes. Il voyait les vitraux des plus grands maîtres fe dégrader, leur démolition fréquemment ordonnée. Il voyait les amateurs en regretter peu la perte , annoncer fes fecrets comme perdus , craindre même de le nommer parmi les divers genres de peindre. 11 voulut le faire revivre, ou du moins conferver à nos neveux Les connaiiTances qui nous en relient. *
- Quelque florilfant qu’ait été cet art dans l’Europe pendant plus de fix lîecles , perfonne, avant Pierre le Vieil, n’avait entrepris d’en donner la def-cription. On ignorait fon origine, les caufes de fes progrès, de fa perfe&ion , de fa décadence, l’hiftoire de fes monumens, la vie de fes artiftes. On n’avait
- vante de fa compofition, peinte fur verre dans un ovale en lettres d’or fur un fané de marbre brun :
- D. O. M.
- Anno R. S. H. M.DCC.LV.
- Su b Præfectura Yenerabiliura Canonicoruni DD.
- De Corbcron & Guillot de Montjùie „
- Decem feneftras Quæ
- Tùm in cancellis ad orientem Cùm in pronao ad meridiem Spe&ant,
- Novis lapidibus partim Ferro autem folidas,
- Et vitro tam fimplici & Francico,
- Quàrn Bohemio , Regiis Lîliis,
- Et lYfariae infignibus depidto,
- Intégras,
- Reftitui curaverunt Yenerabiles Decanus, Canoniei E t Capitulum Ecclefiæ Parifienfis.
- Facîebant es? jimgçbanè Fetrus es? Joanncs le Vieil, Artis Vitrearia. Parifùs MagiJTri,
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- SUR FERRE.
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- que quelques notions éparfes fur les procédés pour les couleurs, la maniéré de peindre , la recuiflbn du verre peint. Il réfoiut d’approfondir toutes ces parties de fon art, de réunir dans fon traité l’hiftoire & la pratique de la peinture fur verre. Un delfein fi vafte demandait de laborieufes recherches. Hiftoriens , antiquaires, voyageurs, chymiftes, mémoires académiques, fecrets de famille : voilà les fonds où il puifa pendant quinze ans les matériaux de fon ouvrage.
- Tandis qu’il les raifemble, il s’apperqoit que la peinture en mofaïque donna naiifance à la peinture fur verre. Flatté de cette découverte, il cherche dans la plus haute antiquité l’origine & les ufages des diverfes fortes de mofaïque, la voit décorer les premiers temples des chrétiens , paffer de la Grece à Rome, de Rome dans les Gaules ; fulpendre fes progrès dans l’occident ravagé par les barbares ; tomber fous les iconoclalfes en Orient ; fe rétablir , après le dixième fïecle , en Italie j fixer fon féjour à Rome, & y arriver enfin à ce degré d’élévation où nous la voyons aujourd’hui, tel qu’elle peut le difputer au pinceau des plus grands maîtres. Il développe fon méchanifme, & met au jour VE (Jai fur La peinture, en mofaïque.
- L’étude de l’antiquité eft un fonds inépuifabie. C’eft, difoit-il, un champ 35 H beau, fi vafte, qu’on n’en fort pas comme on veut. „ Ses recherches lui apprenaient que, fi les anciens favaient fabriquer toutes fortes de verre , ils n’avaient jamais penfé à en faire des vitres. La pierre fpeculaire leur en tenait lieu. Quelle eft la nature de cette pierre ? C’eft ce que, dans une profonde dilfer-tation nnfe à la fuite de fon Ejfai> il examine d’après le fentiment des plus célébrés lithologiftes.
- L’homme de génie met à profit fes loifirs. Un orateur de nos jours (a) lui lilàit dans un ouvrage moderne un morceau d’une rare beauté fur l’excellence de la religion. Il le traduit en latin, le lui dédie , & fait voir par l’élégance de fon ftyle, que fi plus de trente années s’écoulèrent fans s’exercer dans cette langue , il fe fouvenait encore des auteurs du fiecle d’Augufte. (b)
- Saint Romain martyr, tragédie chrétienne, en trois aétes , en proie, eft un nouveau fruit des loifirs de Pierre le Vieil. Il l’a compofée pour les urfu-lines de Crefpi, où deux de fes nieces étaient penfionnaires. Il fut y répandre tant d’intérêt par l’heureux contrafte des principaux perfonnages, qu’à la repréfentation elle eut le plus grand fuccès. D’un pinceau mâle & fàdele, il peint dans ce drame ces beaux fiecles de l’églife, où la puilfance du Dieu
- (a) Le P. Villars, carme, prédicateur fului indulgentia ; ratus ( quœ tua efl pie-.
- du roi. tas, qiuz tua benignitas ) te religionis fit-
- (b).........Attamen in opéré fufci- diofn & amanticondonaturum,quodfcrip-
- piendo , negleétis plufquam triginta abhinc tori minus pur uni mendofumvc exciderit^ annis,Uf imbellibus in hoc certamînisge~ Epift. dedicat. ad cale. nere viribus meis minus quam tuœ con-.
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- L'A Ii T DE LA PEINTURE
- des chrétiens éclate dans les réponfes & la confiance des faints martyrs.
- Malgré Ton application à fes travaux littéraires, jamais il ne négligea la conduite de fes ouvrages de vitrerie. Il s’en faifait rendre tous les jours un compte exact, drelfait lui-même fes mémoires. La continuelle tenlion de fon efprit, le défaut d’exercice épuiferent fes forces. Il fuccomba dans une troisième attaque d’apoplexie, le 23 février 1772, regretté de fes pareils , de fes amis, de tous ceux qui l’ont connu. Il avait une belle phyfîonomie, un regard doux, un caractère toujours égal, une converfation Lavante, une probité intacte, une piété folide. Il a vécu dans le célibat.
- Il a fignalé par une fête ingénieufe fon amour pour fon prince, dans ce moment où tous les cœurs français manifeftaient leur joie de fa convalefcence. (a) Son zele pour fauver fon art de l’efpece de léthargie où il femble plongé dans toute l’Europe , fon attention à en recueillir les précieux fragmens, doivent lui mériter l’elfime des amateurs & la reconnaiflance des artiftes. Mais ce qui mettra le comble à la gloire de Pierre le Vieil, c’eft l’honneur que reçoit fon grand traité d’entrer dans la defcription des arts. Prêt à le mettre fous prelfe, il en fit hommage à l’académie royale des fciences. Elle a bien voulu l’agréer : elle y joindra même le méchanifme de la vitrerie , qu’il en avait détaché, & qu’il comptait publier fous le titre d'Art du vitrier, (b)
- (a) Le 4 octobre 1744 , jour où fa communauté faifait chanter le Te Deum, il fit élever au milieu de la façade de fa maifon une pyramide ornée ,dans fa partie la plus large , d’un quadre doré. Dans le haut du quadre était la belle eftampe de la thefe de M. l’abbé de Ventadour , d’après M. le Moine, où l’on voit Sa Majefté recevant des mains de la Paix une branche d’olivier. Dans le bas, & à la place des thefes latines, était un tranfparent avec cette infcription:
- Amore mutuo félicitas parta.
- Le contour de la pyramide était éclairé d’une grande quantité de lampions , & fur-monté d’un foleil auffi de lampions, dans le centre duquel, & en tranfparent, on li-fait cette devife allufoire au foleil & à S. M.
- Carior an clarior ?
- Sur le relie de la façade régnait une guirlande de lumières, formée par de petites lanternes de verre. Sur les deux côtés on lifait dans deux tranfparens : à droite , ces deux vers, précédés d’un emblème repré-fentant un champ planté d’un côté de cy-
- près, de l’autre de lauriers, & à quelque diliance un jeune plant d’oliviers qui, venant un jour à croître , effacera les deux autres :
- Ite, cuprejfetis reduces infurgîtc lauri :
- Hec vobis ci ejcens aliquando cedet oliva. A gauche, ce couplet fur l’air : Jardinier , ne vois-tu pas , &c.
- Peuple heureux , réjouis - toi,
- Ton bonheur eft extrême :
- Vis fans crainte, plus d’effroi ;
- Fais tes délices d’un roi Qui t’aime, qui t’aime, qui t’aime. Enfin une derniere infeription , appliquée fur la muraille en gros caractères, & qui couronnait tout l’édifice, exprimait le motif de cette fête par ces mots :
- HÆC ME JUSSIT AMOR.
- ( b ) Outre les divers ouvrages dont il a été parlé , Pierre le Vieil laiffe encore en manuferit, i°. un Ejj'ai fur la peinture. Il efquiffe dans une première partie l’hiftoire de fes révolutions, trace avec ordre & clarté fes réglés générales d’après les grands
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- 2sLU
- »?
- EXTRAIT
- DES REGISTRES DE L’ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES.
- Du 24 mars IJJZ.
- o u s commiflaires nommés par l’académie, avons examiné un manuf-crit intitulé : Traité hijlorique & pratique de la peinture fur verre, par Pierre le Vieil, peintre fur verre, déjà connu avantageufement par fon Traité de la peinture en mofaïque.
- Cet ouvrage deftiné d’abord à être imprimé féparément, eft préfenté au-joud’hui à l’académie royale des fciences, à qui l’on en fait hommage ; afin que, fi cette compagnie en porte un jugement favorable , elle veuille bien le faire imprimer à la fuite des autres arts qu’elle a déjà publiés.
- L’éditeur, qui a communiqué l’art dont il s’agit, l’a pratiqué lui-même d’une maniéré diftinguée, en fuivant les traces, les principes & les intru&ions de plufieurs peintres fur verre fes ancêtres, qui ont mérité d’être comptés parmi les habiles artiftes. L’auteur, animé par un grand zele , ou plutôt par un amour décidé pour fon état, & ayant acquis auparavant par une éducation ioignée, par des études préliminaires & non interrompues , les connailfances capables de cultiver l’elprit , il s’eft trouvé mieux difpofé à profiter de fes travaux. Il n’a épargné ni foins, ni peines, ni dépenfes, ni recherches , pour approfondir toutes les parties de fon art ; d’abord relativement à fon hiftoire, c’eft-à-dire, à fon origine, à fes progrès , à fa perfection , à fa décadence, à fes rapports avec les autres arts , fur-tout avec les autres maniérés de peindre j enfuite relativement à la pratique, c’eft-à-dire, à la préparation des chaux
- maîtres de l’art , & , pour en bannir la fécherefle , les entre - mêle de beaux vers deM. Watelet , tirés de fon poème de l’art de peindre. Dans la fécondé , il traite fuc-cinétement de toutes les fortes de peinture, & de leurs rapports avec la peinture fur verre. 29. D’amples recherches fur l’art de la verrerie. La création de nos groffes verreries , & les privilèges y annexés ; la fabrique aétuelle du verre de France, les différens réglemens faits pour la vente du verre à vitres, fur-tout pour l’approvifion-
- nement de la capitale, en forment la matière. 50. Un mémoire fur la confrairie des peintres-vitriers,le choix qu’elle fit de faint Marc pour patron , fon érection en communauté, avec l’analyfe de fes ftatuts tant anciens que nouveaux , & la création du fyn-dic. Ces derniers fruits de fes veilles font confignés dans l’original de fon grand traité , qu’il a donné à Louis le Vieil, peintre fur verre, fon neveu , fils ainé de Jean le Vieil, peintre fur verre du roi, éditeur de l’ouvrage de fon oncle, qui le traitait en fils*
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- L'ART DE LA PEINTURE
- métalliques & des émaux, aux procédés pour nuancer les couleurs par les mélanges, pour les appliquer, & pour les incorporer en les parfondant par la recuilîon ; car il faut obferver que le véritable art de la peinture fur verre, le feul qui mérite ce nom , eft celui par lequel les couleurs métalliques préparées pénètrent par l’effet de la recuiffon le verre où elles font appliquées , & par-là deviennent inaltérables & indélébiles.
- On voit que les détails de cette fécondé partie tiennent prefque tous à des opérations favantes & délicates de la chymie ; aufîi les artiftes les plus célébrés en ce genre ont-ils cultivé avec foin la partie de la chymie, qui a trait à ces travaux importans ; & par-là cet art de la peinture fur verre eft un de ceux qui rentrent le plus immédiatement dans le domaine de l’académie des fciences. Cet art actuellement très-peu connu, mérite d’autant plus de l’ètre, que pendant plus de fix fiecles il a fleuri en Europe, & qu’après avoir éprouvé jufqu’au dix-feptieme fiecle de la part de nos rois plufieurs marques de diftindion très - flatteufes, il eft tombé de nos jours dans un oubli , dans un anéantiffement capable-, de faire douter qu’il eût jamais exifté, fi parmi le très-grand nombre demonumens qui nous enreftentdans plufieurs temples & grands édifices , les plus précieux de ces monumens , entr’autres la chapelle du château de Vincennes, & celle du château d’Anet, ne démontraient pas à quel point de perfection il a été porté, fur-tout en France.
- La peinture fur verre, qui dans les douzième & treizième fiecles était le genre de peinture le plus ufité, 011 pourrait même dire, le feul pratiqué en France, en Angleterre & dans les Pays-Bas , celui qui s’y développait le plus au quatorzième & quinzième, qui fut fi brillant dans le feizieme, & affez avant dans le dix-feptieme, vit fes artiftes & leurs travaux prefqu’abandonnés fous le régné de Louis-le-Grand, & fous les yeux d’un miniftre protecteur déclaré des arts & des artiftes. Elle a fubi par-tout la même révolution que la peinture en général avait éprouvée fous l’empire d’Augufte. On en eft venu aujourd’hui jufqu’à craindre, pour ainfi dire, de la nommer entre les différens genres de peinture. C’eft, dit - on, un fecret perdu s c’eft un art enfeveli, qui n’intéreife plus. Tel eft le langage de l’ignorance & du préjugé. L’art n’eft pas perdu : tous fes fecrets , fes procédés, l’induftrie de fes opérations font encore connus. Il n’eft, félon l’expreflion de l’auteur, que dans une forte de léthargie. Or, en développant & en expofant au grand jour par la voie de l’imprefîion & de la gravure toutes les recherches de cet art, dont les artiftes ont toujours été trop jaloux , il va effayer de le tirer à jamais de l’oubli auquel il paraiffait condamné, & par-là coopérer, comme il l’annonce lui-même dans fa préface , à l’exécution du vafte & magnifique plan de l’académie des fciences, pour la confervation & la perpétuité des arts ; Afin que la poftérité ne fe voie plus expofée à regretter la perte des connaiL
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- fances acquifes dans ks fîecîes antérieurs, comme nous regrettons celles des anciens, dont à peine on nous a tranfmis quelques notices tronquées & imparfaites.
- M. le Vieil, pour embralfer fon objet dans toute fon étendue, & pour lui donner toute l’utilité dont il peut être fufceptible ,a donc cru devoir dif. tribuer fon ouvrage en deux parties. Dans la première , il n’oublie rien de ee qui eft elfentiel ou même accelfoire à l’hiftoire de l’art, en recherchant les traits les plus curieux & les plus intéreflans de cette hiftoire dans toute la fuite des fiecles. La fécondé préfente les procédés & les détails les plus cir-conftanciés de la pratique. Ces deux parties réunies forment dans le manufçrit deux gros volumes in - 4V.
- Le plan général de ce traité, tel que nous venons de le tracer, fuffirait feul pour en donner une idée favorable : mais nous allons en donner l’analyfe, afin que l’académie pui/fe encore mieux juger du fond & de la forme de l’ouvrage. L’auteur, après une courte préface fur l’objet & les motifs de fon travail, commence l’hiftoire de l’art en recherchant avant tout l’origine du verre dans la plus haute antiquité. Guidé par une érudition , par une critique fage & réfervée , il rapproche, il' compare, il interprète les palfages les plus importans, qui peuvent porter quelque lueur fur ce point fondamental. Mais ne voulant pas pouffer trop loin ces recherches de pure érudition , il y fupplée en renvoyant à deux lettres très-favantes & très-curieufes fur l’origine & fur l’antiquité du verre, qu’il a inférées à la fin de la première partie, & qu’il extrait de la Gazette littéraire de l’Europe.
- Ce premier point difcuté , il examine la connaiifance pratique du verre chez les anciens, ce qui le conduit à déterminer l’ufage que l’on fit du verre dans ces tems reculés, foit pour la décoration des édifices publics & particuliers , foit pour mettre les habitations à l’abri des injures de l’air, lorfque ce verre fuccédaaux autres efpeces de clôtures , fur lefquelles on entre auffidans des détails curieux.
- Soigneux d’éclaircir tout ce qui eft relatif à ces recherches préliminaires , fauteur croit devoir employer un chapitre particulier à faire connaître l’état des fenêtres dans les grands édifices des anciens.
- Allant enfuite plus directement à fon but, il recherche fi le premier verre employé aux fenêtres des églifes était blanc ou coloré 5 & par conféquent, quelle a été la première maniéré d’être de la peinture fur verre : voilà proprement l’époque & l’origine de cet art. Auffi l’auteur s’attache ici à déterminer ce que c’eft que la peinture fur verre proprement dite j & il y traite fort au long du méchanifme de cet art dans fes premiers tems ; méchanifme qu’il développe fur-tout d’après l’étude approfondie qu’il a faite des ouvrages do ces premiers peintres dans les anciens monumens.
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- L’art une fois établi & pratiqué, il a fait des progrès fucceftifs. L’auteur paife donc à l’examen de l’état de la peinture fur verre , d’abord au douzième fiecle. Il la fuit pas à pas dans le trezieme, dans le quartorzieme , & dans le quinzième : c’eft ici où les monumens encore fubfiftans nous démontrent que l’art, par des degrés bien marqués, s’eft approché de fa perfection. En conféquence , l’auteur fait connaître plus particuliérement les peintres fur verre qui fe diftinguerent au quinzième fiecle, & les grands morceaux qu’ils ont exécutés.
- Enfin , dans le feizieme fiecle, la peinture fur verre étant parvenue par de nouveaux progrès à fon meilleur tems, c’eft-à-dire, au degré de perfection dont elle était fufceptible, préfente un vafte champ , où toutes les richelfes de l’art & le mérite des artiftes nationaux & étrangers qui l’ont iiluftré , font déployés & appréciés avec autant d’intelligence & de goût que d’impartialité. Là fontauffi décrits tous les beaux ouvrages du même fiecle, dont les auteurs font inconnus.
- La perfection où cet art était parvenu , ne fut pas de longue durée: vers la fin même de ce feizieme fiecle, on le voit déchoir. Il commence à tomber en défuétude : indépendamment des preuves qu’en donne l’auteur, en parlant des ouvrages de ce tems , il cite en témoignage Bernard Palifly, contemporain, & d’autant plus digne d’être cru fur ce qu’il dit de l’état de la peinture fur verre alors, qu’il fut d’abord lui-même un de ces peintres. Dans l’excellent ouvrage qu’il publia à Paris en if8o, il fe plaint amèrement d’avoir été forcé, par l’abandon & le difcrédit qui commençaient à dégrader la vitrerie en général, & la peinture fur verre , à chercher d’autres reffour-ces dans l’art de la poterie , en fabriquant des vailfeaux de terre émaillés. Car alors l’art des émaux ayant pris faveur, ayant même contribué à la décadence de la peinture fur verre, ainfi que M. le Vieil le démontre, Bernard Palilfy s’y appliqua beaucoup, & fit de grands progrès.
- L’auteur ayant pourfuivi l’hiftoire de la peinture fur verre dans le dix-feptieme & le dix-huitieme fiecles , déduit & rapproche toutes les caufes qui ont concouru à fa décadence. En artifte aufti inftruit que zélé , il plaide ici la caufe de fon art : premièrement, en répondant aux inconvéniens qu’on lui reproche pour exécuter ou pour perpétuer fon abandon; fecondement, en préfentant de la maniéré la plus pathétique les moyens poflibles de le tirer de fa léthargie aétuelle , & de lui rendre fon ancien luftre.
- Pour ne rien négliger de ce qui peut donner une jufte idée du travail que nous analyfons , nous devons ajouter que ces defcriptions des plus beaux ouvrages en peinture fur verre ne font pas des notices feches & des indications fimplement bornées à cara&érifer le mérite de lacompofition, de l’ordonnance & de l’exécution pittorefque : l’auteur fait obferver par-tout les fecours réels
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- que l’hiftoire, notamment la nôtre, peuvent en tirer; en fixant des dates de plufieurs événemens importans , repréfentés par ces tableaux ; en conftatant des titres précieux & effentiels à des familles , à des églifes, à des villes ; en rappellant, en démontrant les habillemens , les ufages, enfin le coftume de ces anciens tems ; & en nous confervant les portraits d’un grand nombre de perfonnes illuftres & célébrés, peints au naturel dans ces grands morceaux de peinture fur verre.
- O11 trouve encore, dans la plupart des articles relatifs à la vie des artiftes, plufieurs anecdotes curieufes. Une feule, que nous allons citer, pourra faire juger des autres.
- M. le Vieil, en parlant du progrès que l’on fit dans le travail des émaux , & qui concourut avec plufieurs autres circonftances à la décadence de la peinture fur verre, nous apprend que cet art des émaux fut le plus perfectionné par Ifaac, Hollandais, l’un des plus fameux alchymiftes. En conftatant ce fait, il parvient à nous inftruire du lieu où réfidait cet artifte, où il exerçait fes talens, & du vrai tems où il vivait. Tous ces points, jufqu’à préfent douteux & vainement difcutés, font ici parfaitement éclaircis 3 & la grande réputation d’Ifaac, Hollandais, déjà bien acquife par les éloges que lui ont donnés Beccker, Kunckel , Stahl, eft encore juftifiée par ce que plufieurs paifages cités par notre auteur, & qui avaient échappé , prouvent, que le fameux Néry, tout habile qu’il fût, & déjà célébré à Florence dans l’art de la verrerie en 1601, avait exprès quitté fa patrie pour fe rapprocher d’Ifaac, Hollandais, & pour fuivre auprès de lui, à Anvers, fes procédés dans l’art d’imiter les pierres précieufes 5 d’où il retourna à Florence pour imprimer fon traité italien fur l’art de la verrerie , en 1612, in-40 , édition que M. Debure le fils regarde comme l’original de cet auteur.
- Tel eft l’ordre & le précis des matières qui font traitées dans cette première partie hiftorique, terminée par l’énumération des privilèges honorables accordés aux peintres fur verre. De là l’auteur palfe à la peinture fur verre, confi-dérée dans fes opérations chymiques & méchaniques, formant le fécond tome, aufil étendu que le premier.
- L’auteur, toujours méthodique, fait d’abord l’énumération & l’examen des matières qui entrent dans la compofition du verre, & principalement dans les différentes couleurs dont on peut le teindre aux fourneaux des verreries: il donne fort en détail les recettes de ces diverfes couleurs. A tous ces procédés , recueillis avec foin des meilleurs traités , & préfentés avec ordre, fauteur ajoute fes remarques & fes obfervations particulières fur le beau verre rouge ancien.Il décrit enfuite la maniéré de colorer au fourneau de recuiffon des tables de verre blanc, avec toutes fortes de couleurs fondantes , aufti tranfpa-rentes , aufli lilfes & aufiï unies que le verre. L’emploi des émaux perfectionnés Tome XIII. C
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- fit changer de face à l’art, ou plutôt lui donna une nouvelle maniéré d’être. L’auteur expofe pareillement, d’après les artiftes les plus expérimentés, toute la fuite bien ordonnée des procédés pour compofer les émaux colorans , dont on fe fert dans la peinture fur verre a&uelle. Il enfeigne la conftru&ion & les proportions des fourneaux propres à calciner les émaux, & la maniéré de les préparer à être portés fur le verre que l’on veut peindre ; mais outre les émaux, il y a d’autres couleurs actuellement utitées, qui font auffi indiquées & décrites, avec les méthodes de les mettre en œuvre.
- Après avoir fait connaître toutes les elpeces de couleurs & leurs compofitions chymiques , l’auteur s’attache, dans un chapitre particulier , à faire fentir aux ,peintres fur verre, jaloux de réuffir dans leur art, les raifons & les motifs qui doivent les déterminer à fe rendre familières plusieurs connaiifances relatives à Phiftoire naturelle & à la phyfique expérimentale, qui leur font néceifaires. Il leur recommande fur-tout de s’inftuire de la partie importante de la chymie, concernant la calcination & la vitrification des fubftances minérales & métalliques, comme étant les bafes eifentielles des recettes précédentes. Car il faut abfolument que ces artiftes fâchent préparer eux-mêmes leurs couleurs, puifqu’à préfent le défaut d’emploi des verres colorés a fait négliger & prefqu’abandonner ces travaux dans toutes les verreries.
- . Pour autorifer les préceptes & les réflexions auffi fages que lumineufes dont ce chapitre eft rempli, l’auteur cite encore Bernard Palitfy, qui, rendant compte de fes recherches & de fes travaux, prouve que c’eft principalement parles expériences affidues & continuelles, & par les études variées & multipliées fur tous les points recommandés par M. le Vieil, qu’il parvint à acquérir l’art de bien émailler la terre, & qu’il mérita le titre dont il fe glorifie , d'inventeur des rujliques figulines du roi & de fa mere.
- Dans ce même chapitre, l’un des plus étendus & des plus inftrluftifs , il eft établi que la connaiflance acquife par des épreuves réitérées du plus ou moins de douceur ou de dureté des émaux à parfondre par l’adion du feu de recuift-jon, étant eflentiellement liée à la connailfance du choix du verre qui doit fervir de fond au travail, tout eft encore fournis fur ce dernier objet à des recherches multipliées par la feule voie des expériences.
- Ceci amene l’examen des différens verres fabriqués en France & chez l’étranger, de leurs qualités , de leurs défauts, des motifs de la préférence qu’il faut donner aux uns fur les autres, pour être employés à la peinture fur verre. L’auteur ajoute ici fes remarques fur la nature du verre dont les anciens peintres fe font fervis dans les meilleurs tems , & fes obfervations particulières fur les divers degrés d’altération que ces anciens verres ont éprouvée par l’im-preffion fucceffive de l’air & des autres élémens auxquels ils ont été depuis û long-tems expofés. Sur tous ces points, & dans les détails des faits & des
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- phénomènes, on reconnaît le phyficien exad, & le chymifte éclairé.
- Enfin, l’auteur ayant ici occafion de parler d’un ouvrage important, publié à Londres en I7f8, dans lequel l’art de la peinture fur verre & en émail eft traité d’une maniéré favante, nous apprend que les Anglais paraitfent s’appliquer actuellement à la peinture fur verre ; puifqu’un peintre fameux dans ce genre , réfidant à Oxford , a peint récemment dans un très-bon goût les vitres de la chapelle de l’univerfité; qu’un autre artifte Anglais, ayant peint aufli depuis peu de tems une grande croifée dans le goût des anciens vitraux sd’églife, on a trouvé les couleurs belles, vives , folides i & que parmi ces couleurs de divers tons & de diverfes nuances, on obfèrve toutes celles que l’on employait autrefois & dans le meilleur tems, le jaune, l’orangé, le rouge, le pourpre, le violet, le bleu , le verd : nouvelles preuves que les fecrets de l’art ne font pas perdus, & que l’on pourrait aifément les faire revivre , fi ce genre de travail reprenait faveur.
- Après avoir développé ces inftrudions, ces préceptes & tous ces procédés elfentiels, l’auteur traite plus particuliérement du méchanifme de la peinture fur verre aduelle; & d’abord de l’attelier & des outils propres à fes artiftes. Cela le conduit à expofer les rapports immédiats de la peinture fur verre, avec la vitrerie & avec la gravure. Il analyfe enfuite les deux maniérés dont on peut traiter la peinture fur verre.
- L’entente du clair - obfcur, que Parti fie doit avoir acquife , lui ayant procuré dans fon travail, exactement tracé par les inftrudions précédentes , ce bel effet d’union de l’obfcurité dans les malfes , par oppofition aux grandes lumières , on pourrait regarder fon ouvrage comme déjà colorié , dans l’état où l’on peut le fuppofer actuellement forti de fes mains ; mais il n’eft pas encore coloré. Ce n’eft encore qu’une forte d’eftampe qu’il faut enluminer. L’auteur enfeigne ici les moyens de le faire avec fuccès.
- Il ne refte donc plus au peintre fur verre, pour mettre la derniere main à l’exécution parfaite de fes tableaux, que d’v imprimer , pour ainfi dire , le fceau de l’indeftrudibilité, en faifant parfondre les couleurs métalliques par l’effet de la recuiffon. Dans cette derniere opération, l’une des plus importantes & des plus difficiles , l’auteur infifte encore plus fur lanéceffité de toutes les com-binaifons préliminaires d’expériences qu’il a déjà recommandées, pour opérer d’une maniéré affurée ce parfait concours de fufibilité des divers émaux dans un même efpace de tems , & par l’adivité d’un même feu. Car, fans ce concours heureux , les uns feraient déjà brûlés , quand les autres ne feraient que commencer à fe parfondre à la recuiffon. C’eft fur le traitement fi effen-tiel de ce feu , que l’auteur, dans le dernier chapitre, donne une fuite de préceptes fûrs, parce qu’à fes propres lumières il joint celles que lui fourniffent les ouvrages des plus grands maîtres.
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- Ici finit la fécondé partie, & par conféqnent l’ouvrage entier de M. le Vieil ; mais comme il n’a rien voulu négliger de ce qui peut contribuer à le perfectionner, il a cru devoir ajouter d’amples extraits de deux ouvrages modernes très - importans, qui lui font parvenus après que le fen a été compofé ; l’un publié en anglais, à Londres, en 175-8 > en deux tomes in-8°. fur la peinture, tant en émail que fur verre, & fur la compofition des différentes fortes de verre blanc & coloré 5 l’autre publié à peu près dans le même tems en Allemagne , très-concis , mais très-exaét & très-clair , ayant pour titre : VArt de peindre fur le verre. Tous deux lui ont paru mériter de fa part une attention particulière, en ce que dans l’ouvrage anglais, qui enfeigne principalement la maniéré de colorer le verre, il a trouvé fur les couleurs plu-fieurs compofitions différentes de celles qu’il a rapportées ", & que l’autre, publié en Allemagne, c’eft - à - dire , chez une nation qui a toujours paffé, à jufte titre, pour être auffi expérimentée dans l’art de la peinture fur verre, que dans celui de la verrerie, a l’avantage de donner d’excellens préceptes fur le méchanifme de cette peinture. Ainlî ces deux morceaux rapprochés l’ua de l’autre, & placés à la fuite du grand traité de M. le Vieil, en augmentent fins doute le mérite & l’utilité, en lui fervant en même tems d’appui & de preuve.
- L’analyfe que nous venons de faire en préfentant fommairement l’ordre & la fuite des matières, nous parait fuffire pour faire apprécier le travail entier de M. le Vieil. Nous ne doutons pas que l’académie n’adopte avec éloge cet ouvrage, & ne le juge digne d’être imprimé à la fuite des arts qu’elle publie.
- Mais nous penfons qu’en livrant ce manuferit à l’imprimeur, l’académie doit impofer la condition, que l’impre/îion faite du même format in-folio que celle des autres arts , foit en deux colonnes, & par conféquent d’un cara&ere plus petit, à caufe de l’étendue confidérable de l’ouvrage, qui fans ce moyen 21e pourrait être réduit en un feul volume. Signée Duhamel du Monceau, Lassone , & Macquer.
- Je certifie le préfent extrait conforme à Jon original & au jugement de l'académie. A Paris , le 31 mars 177%.
- Signé, Grandjean DE F 0 U C H Y } fecretaire perpétuel de l'académie royale des feiemes,
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- PREMIERE PARTIE.
- De la Peinture sur verre, considérée dans sa
- PARTIE HISTORIQUE, (i)
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- CHAPITRE PREMIER.
- De l'origine du verre.
- 1. En examinant dans ce chapitre l’origine du verre, je n’entreprends pas de le faire en naturalise ; je n’établirai ni fa formation , ni fa* première deftination dans l’état primitif de la terre, par des fuppofitions philofophiques. De telles difculïions, Supérieures à la portée de mon génie, font étrangères à l’objet de mes recherches. Je ne l’envifagerai pas comme un de ces minéraux fi Semblables au verre, qui peuvent avoir donné lieu à Son invention, qni ont leurs vraies minières , & qui font proprement des pierres & des fof. Hles. Le nom de verre n’appartient pas à ces produ&ions de la nature , mais celui de pierres & de ctyjlallifations.
- 2. Le verre dont je recherche ici l’origine , eft cette fubftance qui, ne pouvant être produite que par l'activité d’un feu très-violent, doit Son exiftence à Part, & eft une production de la pyrotechnie. Bien différent des métaux, en qui l’aétion du feu fépare les parties hétérogènes pour raffembler celles qui font de même efpece, dans le verre cette même adtion opéré la réunion des particules des matières dont il eft compofé, à l’exception néanmoins des fels qui Surnagent la Surface de fa composition, lorfqu’elle eft dans fon degré de cuiffon defiré, & que le feu le plus violent ne peut diffoudre entièrement. Si l’on ne peut trop admirer l’utilité de l'invention de cette composition artificielle, fon origine n’en devient que plus digne de nos recherches : commençons par fa définition.
- 3. Le verre, ainfi que le définilfent les maîtres les plus cxprimentés dans l’art de la verrerie, eft une concrétion artificielle, formée de fels, de fables
- (1) Comme le texte de ce traité eft nieres feront marquées par des chiffres, pour accompagné d’un nombre confidérable de les diftinguer des autres, qui porteront des notes faites par l’auteur, & que j’aurai oc- lettres de l’alphabeth. cafion d’en ajouter quelques-unes, ces der.
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- VA RT DE LA TEINTURE
- ou de pierres, qui entrent en fufion, à l’aide d’un feu violent, fans être confumés ; tenace & cohérente, lorfqu’elle eft fondue; plus flexible qu’aucune autre matière; fufceptible de toutes fortes de formes ; du&ile dans un jufte degré de chai eur ; fragile lorfqu’elle eft refroidie ; tranfparente ; qui prend le poli & toutes fortes de couleurs métalliques intérieurement & extérieurement ; plus propre à recevoir la peinture qu’aucune autre matière.
- 4. Je lailfe tout ce que Pline , Dion Caflius, Ifidore & les alchymiftes après eux, ont écrit de fa flexibilité même à froid, & de fa malléabilité. Les deux exemples que l’hiftoire ancienne & moderne nous fourniflent de la mauvaife fortune des deux feuls hommes connus qui fe foient avifés de prêter au verre une qualité fi étrangère à fa fubftance , femblent annoncer que cette épreuve eft au moins téméraire, pour ne pas dire de dangereufe conféquence : car il en coûta la vie à celui qui, au rapport de Pline , Hiji. nat. lib. XXXVI, cap. 26, propofa de la faire en préfence de l’empereur Tibere ; & la liberté à celui qui redrefla & remit en fon premier état, fous les yeux du cardinal de Richelieu , les débris d’une figure de verre qu’il avait à deflein lailfé tomber aux pieds de fon éminence, (a) (2)
- f. Je pourrais ici, d’après Néri, (é) prouver l’antiquité du verre par le verf 17 du chap. 28 du livre de Job , où l’Efprit-Saint, comparant la fagefle aux fubftances les plus précieufes, s’exprime ainfi, aurutn vel vitrum non adæquabitur ei. Et quoique la plus grande partie des interprètes ne rendent point par le mot verre en notre langue celui de vitrum, dont les Septante fe font fervis pour traduire le mot hébreu de l’original, mais qu’ils l’expriment par ceux de pierres précieufes tranfparentes , j’aurais pu époufer le fentimenfc de Néri, qui l’entend du verre proprement dit, en prétextant la nouveauté & la rareté de fon invention au tems où Job écrivait (c), & l’admiration que les contemporains de cet écrivain facré donnaient au brillant de l’éclat du verre.
- 6. Je pourrais encore citer, en faveur de l’antiquité du verre , le verfet 5 1 du chapitre 2^ des Proverbes de Salomon, où le Page blâme la fenfualité de ceux qui contemplent avec admiration la brillante couleur du vin au travers de
- (fl) Haudicquer de Blancourt, Art de la verrerie, Paris, 1718, tome I, pag. 2j & 24.
- ( 2 ) 11 fetnble que l’auteur aurait pu fe difpenfer de rapporter ici deux faits qu’on ne peut envifager que comme fabuleux, puisqu’ils font démentis par les principes de la faine phyfique , qui nous apprennent qu’un corps tranfparent & fragile ne faurait être malléable. D’ailleurs, Pline lui-même, en citan t le premier de ces faits, le regarde
- comme douteux, & le fécond ne Veft pas moins ; on n’eft pas même d’accord fur le tems & le lieu, puifque quelques auteurs ont avancé que cette expérience s’était faite en préfence de l’empereur Charles-Quint.
- (b) Préface de fon traité de Y Art de la verrerie, traduit par M. le baron de Hol-back, Paris, 1752.
- ( c ) L’opinion la plus commune eft que Job était contemporain d’Amram, pere de Moyfe.
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- leur verre, & qui fe déleCtant d’avance par l’éclat qu’il lui communique, le boivent enfuite avec plus de délices : Ne intuearis vinum quando jlavefcit : cum J'pUndunit in vitro color ejus, ingreditur blande. Mais il me faudrait encore chercher une réponfe à ceux qui voudraient rendre le mot vitrum par le français cryjlal, & rechercher fi le cryftal ou le verre étaient aflez communs du terns de Salomon, pour qu’il donnât cet avis fi général de fe tenir en garde contre cette efpece de fenfualité.
- 7. Je pourrais adopter aufii, comme plus vraifemblable & plus analogue à l’origine que Pline donne au verre, le fentiment de ceux qui prétendent que l’embrafement fortuit de quelques forêts, qui fit connaître les mines & donna des ruiffeaux de cuivre ou de fer, put aufii en faire couler du verre. Pour cela, je ferais réunir par le feu ces paillettes de verre, dont le fable eft chargé en fi grande quantité (a). Mais en quel tems arriva cet embrafe-ment ‘i Ce fentiment a d’ailleurs, ainfi que le récit de Pline, plus de contradicteurs que d’hiftoriens.
- 8- Quoi qu’il en foit, on 11e peut douter que la connaiflance de la vitrification ne date de la plus haute antiquité. Sa découverte doit être aufii ancienne que celle de la brique & de la poterie, dont il ne fe peut faire qu’il n’y ait quelques parties qui fe vitrifient dans les fours propres à leur fabrique, par la violence & la durée du feu qu’on y entretient fans interruption.
- 9. On pourrait donc faire remonter l’origine du verre jufqu’au tems de la conftruCtion de la tour de Babel : les carreaux de terre cuite, qu’011 y employa , donnèrent nécelfairement l’idée de la vitrification. L’adivité du feu, qui, lorfqu’i} eft trop ardent dans la cuiifon de ces matériaux, les vitrifie , ou au moins répand fur leur furface une couverte luifante comme le verre, produifit un effet qui ne dut point échapper aux enfans de Noé. Difperfés depuis par toute la terre , ils ont pu donner aux peuples qui font defeendus d’eux, une connailfance fuffifànte de la vitrification, fans qu’un de ces peuples fût redevable à l’autre d’une découverte qu’ils tenaient également de leurs ancêtres.
- 10. On pourrait au moins la placer au tems de la fervitude des Ifraélites en Egypte, où l’hiftoire fainte nous apprend qu’ils furent employés à préparer la brique & à la faire cuire. Les arts ne fe montrent que fucceflîvement. Dans l’enfance du monde, une découverte en a produit une autre. Le hafard les faifàit naître î la réflexion & l’expérience les perfectionnaient. Souvent, en ne trouvant pas ce qu’on cherchait, on trouvait ce qu’on ne cherchait pas.
- (a) M. de Buffon, Hifl. nat. in-4.0, d’enveloppe à la terre avant le débroutl-tome I, p. 2^9 , regarde .ces paillettes lement du chaos, & que l’agitation des comme une diffolution de cette matière eaux & de l’air réduifit en poufliere en les vitrée 8c cryftalline qu’il croit avoir fervi brifant.
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- D’où je peux conclure que la vitrification ou la produdlion poffible du verre artificiel fut connue dans les premiers âges du monde, quoique la maniéré de le travailler n’ait été mife en ufage que dans des tems poftérieurs.
- il. Reste à examiner ce que Néri rapporte, dit-il, d’après Pline fur la découverte du verre, (a) “ Le hafard offrit le verre en Syrie, fur les bords „ duBélus , à des marchands que la tempête y avait pouffes. Obligés de s’y „ arrêter quelque tems, ils firent du feu fur le rivage pour cuire leurs ali-„ mens. Il fe trouva dans cet endroit une grande quantité de l’herbe ap-„ pellée kali ( b ), dont les cendres donnent la foude & la rochette : il s’en „ forma du verre, la violence du feu ayant uni le fel & les cendres de la „ plante avec du fable & des pierres propres à fe vitrifier. „ Jofephe, dans fou Hifioire de la guerre des Juifs, liv. II, chap. 9 , Tacite dans fes Annales livre V , fourniffent matière à étayer la crédibilité du récit de Pline. D’un autre côté, Merret (c) traite cette hiftoire de vrai conte ; & en homme des plus exprimentés dans l’art de la verrerie, il affure qu’aucun verrier, de quelque nation qu’on le fuppofe, n’eft parvenu & ne parviendra jamais à faire du verre, en brûlant ainfi au grand air le kali, ou toute autre plante ou matière propre à cet ufage, en telle quantité que ce puiffe être, quand il y emploierait l’a&ivité & l’ardeur du feu le plus violent : celui même d’un four à chaux le plus concentré & le plus ardent n’eft pas propre à produire cet effet. D’ailleurs il répugne que des marchands, qui devaient d’autant mieux connaître la nature de ce nitre mieux défigné fous le nom de natrum , qu’ils en faifaient un commerce ouvert, aient employé des morceaux de cette fubf. tance minérale & inflammable , pour fervir de trépied à leurs marmites, plus propres, en fe fondant au feu qui les avoifinait, à la faire tomber & à la répandre, qu’à la foutenir. Tout ce qu’on pourrait donc inférer des paflages de Pline, de Jofephe & de Tacite, c’eft que la qualité du fable du rivage du fleuve Bélus étant extrêmement blanche & luifante, a pu fervir
- (a) Néri, p. 15 de la trad. de la préf. de fon Art de la verrerie. Il n’a pas rendu fidèlement le paflage de Pline qu’il cite : c’eft ainfi que le naturalifte, lib. 36, cap, 26, raconte cette aventure. Des marchands de nitre, qui traverfaient la Phénicie, ayant pris terre fur les bords du fleuve Bélus, voulurent y faire cuire des alimens ; & ne trouvant pas de pierres affez fortes pour leur fervir de trépied , ils s’aviferent d’y employer des morceaux de nitre. Le feu prit à cette matière, qui alors incorporée par l’a&ion du feu avec le fable, s’étant
- liquéfiée, forma de petits ruifleaux d’une liqueur tranfparente, qui , s’étant figée à quelques pas de là , leur indiqua l’invention du verre & la maniéré de le fabriquer. Pline d’ailleurs ne raconte ce trait que comme un bruit que la renommée avait accrédité. Fama eji, 0?c.
- ( b ) Le kali eft quelquefois confondu mal-à-propos avec l’algue ou le varech.
- ( c ) Préface de Y Art de la verrerie, de Merret, p. 31, trad. de M. le baron d’Hol-back.
- d’appât
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- d’appât à ces marchands Phéniciens pour en faire les premiers effais de la verrerie, dont ils avaient déjà quelques idées par la connaiffance de la vitrification poflible avec le fable & les cendres ; qu’ils chargèrent à cet effet leurs vaiffeaux d’une certaine quantité de ce fable & de la plante kaîi; qu’ils en tirent ufage à leur retour dans leur patrie 5 & que par conféquent on peut les regarder comme lès premiers verriers, & comme ceux qui les premiers ont fait le commerce du verre, en quoi ils ont été imités dans la fuite par beaucoup d’autres nations. Enfin, en rapprochant des paffages cités un endroit du fécond a&e de la comédie des Nuées d’Ariftophane, on peut en conclure que la fabrique du verre & fon ufage étaient déjà répandus plus de mille ans avant l’ere chrétienne.
- 12. Pour moi, peu crédule aux récits fabuleux qui obfcurciffent la con-naiflance des anciens tems, toujours en garde contre des opinions fouvent incertaines , le plus fouvent oppofées entr’elles , je laiffe à nos plus habiles antiquaires le foin de chercher des dates plus fûres de l’origine du verre. Je penfe que l’homme , qui de tout tems s’eft piqué d’étudier & de copier la nature autant qu’il eft en lui , a tendu de tout tems à en imiter les plus rares productions ; qu’ainfi les pierres précieufes qu’il découvrit dans le fein de la terre , telles que l’émeraude , la topaze , la chryfolithe , l’hyacinte , le grenat, le faphir, le béryl, le diamant, le cryltal de roche & autres cryf-tallifations, ayant attiré fa jufte admiration par leur rareté & le brillant plus ou moins attrayant de leur éclat, conduit, comme nous l’avons dit, par la connaiffance qu’il avait de la vitrification poffible, il fe porta de bonne heure à les imiter par l’a&ion du feu & le mélange des matières fablonneufes & métalliques qu’il mit en fufion ; que le premier effai lui donna des pierres factices , d’abord moins conformes au modèle qu’il fe propofait d’imiter , mais qu’il perfectionna dans la fuite par la fréquente réitération de fes opérations (ff). De là l’origine de toutes fortes de verre, même colorées, dont la découverte peut dater de la plus haute antiquité. (b)
- (à) cc Les expériences réitérées, dit le ,3 traducteur de M. Shaw, Difc. prclim. à j, fes leçons fi?e-c/zynue,ontformédes prin-,3 cipes : de là la méthode de les mettre „ en pratique.... La fauffe lueur a précédé ,3 la vraie lumière... Ce n’eft qu’au prix de ,3 beaucoup de peine & de travail que nous „ pouvons efpérer de parvenir à la perfec-„ tion,tant elle nous elt étrangère. „ Voyez le traité de Bernard de Palifly, intitulé :
- Difcours admirable de la nature des eaux' &c. des métaux, &c. des terres, du feu f des e'maux, Paris, 1 s 8° ; livre très-rare, que nous aurons lieu de faire connaître plus particuliérement dans la fuite.
- ( b ) Nous donnerons à la fin de cet art un extrait de deux Pavantes lettres ,fur Vorigine l'antiquité du verre, qui peuvent fervir à confirmer ce que j’ai avancé dans ce chapitre.
- Tome Xlll.
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- L’ART DE LA PEINTURE
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- CHAPITRE II.
- De la conmiffemce pratique du verre chez les anciens, ( <0
- 13. Si l’objet principal de ce traité n’était pas de confidérer le verre dans celle de fes propriétés qui confifte particuliérement à mettre les hommes à couvert des injures de l’air, fans les priver de la clarté du jour, dans les demeures qu’ils fe font conftruites j ce ferait ici le lieu d’en faire l’éloge,, par la confidération de tons les avantages que la fociété en retire. L’ufàge du verre eft fi différencié, fi utile, qu’il eft prefqu’impolfible à l’homme de s’en palfer. Semblable à l’or, le verre fe perfectionne au feu ; il y acquiert le plus brillant éclat. Produit par l’art, il polfede un avantage confidérable fur les métaux même les plus précieux. Ceux-ci ont leurs terroirs dans différentes contrées, d’où l’exportation s’en fait à grands frais "dans celles qui en font privées, ou qui n’en ont pas encore découvert les minières au milieu d’elles : le verre, par un admirable effet de la Providence , peut fe former partout. Les matières d’où l’on tire une compofition fi nécelfaire, font répandues dans toutes les parties de la terre, en telle abondance, qu’en quelque lieu que ce foit on les rencontre aifément. A la vérité, leurs productions font plus ou moins belles dans certains lieux que dans d’autres, foit par la nature des fables, pierres & Tels qui entrent dans la compofition du verre , ou des minéraux qui fervent à colorer ; foit par l’expérience & l’habileté de ceux qui le fabriquent.
- 14. On a toujours regardé les Egyptiens comme ceux qui s’appliquèrent avec le plus de fuccès à imiter le brillant, la couleur & la tranfparence des pierres précieufes. Leurs prêtres s’occupaient beaucoup d’opérations chymiques & phy-fiques : ils en faifaient au peuple un myftere aulli caché que celui de leur théologie. De là cet emprelfement des Grecs à fe faire initier parmi ces fages de l’Egypte , qui, habiles chymiftes , firent leurs délices de la vitrification, dont
- (a) Lorfqu’il s’agit des arts, fur-tout de l’architeCture, de la peinture & de la fculp-ture ; quand on les confidere, ou par rapport à leur découverte, ou par rapport à leurs progrès chez les anciens , on doit entendre parce mot, non-feulement ceux qui en furent les inventeurs, mais encore les beaux génies de la Grèce & de Rome , qui les portèrent à leur perfection, notamment depuis le fiecle d’Alexandre le Grand,
- jufques vers l’an 600 depuis l’incarnation du Verbe, où l’Italie fut ravagée par les Goths , les Vandales & les Lombards. (Encyclopédie , au mot Antiques. ) J’ai cru devoir placer cette obfervation en tête de ce chapitre, avec d’autant plus de raifon que c’efi dans cette époque que fe renferme la partie la plus inftructive des recherches que la matière que je traite m’a donné lieu de faire, entr’autres, par rapport aux Romains»
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- S V R FERRE. Partie I.
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- la comiaiffance, peut-être antérieure à la chymie ( toutes deux étant filles ou fœurs de la (a) métallurgie ), fût reifée imparfaite fans fon fecours. En effet “ toutes les fubftances qui compofent l’univers, en tant qu’elles pou-„ vaient tourner à l’utilité de l’homme , devinrent le but principal de la chy-,, mie. Les moyens les plus fûrs d’y parvenir furent l’objet de fon étude ; „ & diiîipant petit - à - petit les ténèbres de l’ignorance , elle répandit la clarté fur tous les objets dont elle‘s’occupa. Tous les élémens furent de fon refi 3, fort; & s’il n’en eft aucun que les chymiftes n’aient trouvé le moyen d’em-„ ployer pour l’étendue & la perfedion de leur art, le feu fut celui de tous « qui leur devint le plus utile ; & la découverte du verre, qu'il leur procura, 3, fut regardée par eux comme la plus utile & la plus merveilleufe. (b) ,, iy. Ce fut à Coptos, ville de la haute-Egypte, que fe fabriquèrent des vafes fins & tranfparens, qui rendaient une bonne odeur (c). Suétone & Strabon nous apprennent qu’Augufte étant en Egypte, fe fit repréfenter le corps d’Alexandre le Grand dans une châlfe de verre , dans laquelle Seleucus Eubiofades l’avait placé, après l’avoir tiré d’un coffre d’or, où il avait été d’abord dépofé.
- 16. Les verriers d’Alexandrie fur-tout excellaient dans la compofition des vers tranfparens, fémi-tranfparens , opaques & mêlés de différentes couleurs , 8c dans l’imitation des pierres précieufes , fans avoir néanmoins jamais pu atteindre à leur dureté & à la beauté de leur eau. Nous lifons dans Vopif-eus une lettre de l’empereur Adrien au conful Servien fon beau-frere, par laquelle il lui donne avis de l’envoi qu’il lui fait de verres à boire de couleurs variées, dont le prêtre d’un fameux temple d’Egypte lui avait fait pré-fent. Il l’invite à en faire part à fa fœur , & à ne s’en fervir que dans les plus grands feifins & dans les jours de fêtes les plus folemnellcs.
- (a) La métallurgie avait déjà été portée à un certain degré de perfedion avant le déluge; car l’Ecriture - fainte , Genef. ch. 4. v. 22, nous apprend que Tubal-Caïn pof-fédait l’art de travailler avec le marteau , & qu’il fut habile pour faire toutes fortes d’ouvrages d’airain & de fer.
- (b) Difc. prélimin. aux leçons de chym. de M. Shaw , déjà cité.
- (c) C’eft fans doute à l’inftar de ces vafes, qu’Athénée, dans fes Dipnofophijies, ou banquet des favans, dit que les habi-tans de l’isle de Rhodes formaient une pâte d’argillc, de cendres de joncs & de myrrhe avec les fleurs de fafran , de baume & de
- cinnamome, qu’ils pétrifiaient enfemble & faifaient recuire dans un four, jufqu’à ce qu’ils en euffent acquis l’état d’une matière vitrifiée , tranfparente, mais fi délicate que les plats qui en étaient formés ne pouvaient bouillir fur le feu ni contenir des liqueurs chaudes fans fe calfer. Il eft aifé de reconnaître dans ces vaiffeaux ou vafes les apy-rous d’Homere, diftingués par ce poète des agratonpyras aidogas qui fupportaient la chaleur du feu, & qui reffemblant beaucoup à la porcelaine, doivent être mis dans la dalle des murrhins , que Saumaife, après Paufanias, eftime avoir été d’une matière, plus belle que la porcelaine des Chinois,
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- VART DE LA PEINTURE
- 17. Le même auteur racontant la défaite de Firmus , un des principaux officiers de Zénobie, des dépouilles duquel Aurélien s’était emparé après la vi&oire qu’il avait remportée fur cette reine de Palmire, dit que cet officier avait porté le luxe à un fi haut degré, que les murs de fou palais étaient ornés de tables de verre encadrées & cimentées de bitume & autres ingré-diens qui entraient dans la compofition de ce ciment ou malfic.
- 18. Nous avons#déjà parlé de l’antiquité de fa connaiilance pratique du verre chez les Phéniciens. Il y a des auteurs qui prétendent que les premiers vafes de verre & les premiers miroirs de cette matière furent fabriqués à Sidon, l’une des trois principales villes de la Phénicie. Cela peut avoir donné lieu à l’hiftoire vraie ou fauffe que nous donne Pline , de la découverte du verre , faite par hafard auprès de cette ville. Ces peuples , en effet, devinrent très-habiles dans l’art de la verrerie. Il paraît qu’ils polfédaient éminemment le talent de faire prendre au verre toutes fortes de formes des plus étendues, & qu’ils avaient le fecret de le couler en moule, comme 011 coule de nos jours les canons & les cloches. On peut en donner pour preuve cette fameufe colonne du temple d’Hercule à Tyr , qu’Hérodote (a) & Théophrafte (Æ) vantent comme une feule émeraude qui jetait un éclat extraordinaire. Vraifemblablement elle n’était que de verre de couleur d’émeraude, creufe en-dedans & éclairée , par l’indulfrie artificieufe des prêtres de ce temple , d’une grande quantité de lampions qui rendaient cette colonne lu min eu fe pendant la nuit.
- 19. Cette conje&ure eft appuyée fur l’hiftoire des prodigieufes colonnes de l’isle d’Arad , dont parle feint Clément (c), isle dans laquelle était bâtie la Tyr d’Hérodote. Ses habitans ayant invité feint Pierre à fe tranfporter dans leur temple pour les voir, elles furprirent l’admiration du prince des apôtres par leur grandeur & leur grolfeur extraordinaires.
- 20. Les Sidoniens de leur côté étaient fi habiles verriers , qu’au rapport de Pline, liv. 36 , chap. 2, y, ils furent les premiers qui foufflerent le verre, qui le tournèrent & qui gravèrent fur fe furface toutes fortes de figures à plat & de relief, comme il fe pratiquait fur les vafes d’or & d’argent.
- 21. C’est encore Hérodote qui nous apprend que la fabrique du verre était connue & en ufege parmi les Ethiopiens. Ils en faifeient, dit-il, (d) des efpeces de chàlfes ou tours creufes,dans lefquelles ils renfermaient les corps de leurs morts, après les avoir embaumés. Ils les y confervaient foi-
- (ü) Hérodote , trad.de du Ryer, troî. ( c ) Récognitions de Jhint Clément, fieme édit. liv. If, page 240. liv. VIL
- (b) Traité des pierres de Théophrafte, (d) Hérodote, de du Ryer, liv. II,
- trad. du grec, avec les notes de M. Hill, page 3 82. Voyez l’interprétation de ce paf-trad. de l’anglais,Paris, 1754, n. 44 & 45. Page à la derniere page de ce volume.
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- gneufement dans leurs maifens, pendant la première année de' lent décès, ju{qu’à ce que,l’année étant révolue , ils les tranfportaiïent hors de la ville dans un lieu où ils les dépofaient.
- 22. Chez les Perles, avant le régné d’Alexandre le Grand, on fe fervait de vaiifeaux de verre ; & les ambaffadeurs que les Athéniens envoyèrent à ces peuples , firent rapport de cet ufage parmi eux, comme d’une preuve capable de donner à leur nation une grande idée du luxe & de la magniBcence des Perfes. (a) Ils ont confervé jufqu’à ce jour l’art de la verrerie dans les provinces les plus recommandables de cet empire. Actuellement encore, dans Schiras , capitale du Farlîitan, qu’ils regardent comme leur fecofhde ville, on fabrique le plus beau verre de tout l’Orient, & ils favent en réunir les fragmens , comme ceux de la porcelaine, (b )
- 2-,. Dans l’Inde, fi l’on en croit Pline, on fabriquait du verre de toutes couleurs & d’une grande beauté, dans la compofition duquel les verriers Indiens firent entrer les cryftallibations (c). Ce naturalise nous apprend encore que les Gaulois & les Efpagnols tenaient déjà des fabriques de verre, avant qu’elles fuifent établies à Rome. .Mais il eft bon d’pbfèrver que le verre de tant de différentes fabriques n’avait pas la même qualité : car fl les nations qui établirent chez elles des manufactures de-verre, n’eurent pas la même fagacité pour les perfectionner, elles n’avaient pas non plus toutes les mêmes fublfances minérales capables de rendre le verre plus ou moins parfait. Parmi ces differentes nations, celles qui joignaient à la poiîefllon des plus belles matières vitreufes la connaiifance plus étendue de la chymie , atteignirent plus Purement au plus haut degré de perfection dans l’art de la verrerie ; & les expériences réitérées tendant toujours à corriger les premières défeCtuolltés, elles parvinrent à des opérations plus fûres, plus heureules, plus étendues & plus variées.
- 24. Les Grecs, que le commerce attirait fur les côtes de l’Afîe, féjour
- (a) Athénée, liv. II, ch. 2.
- (h) Géograph. mod. par M. Nicole de la Croix, troifieme part. ch. $ , delà Perfe.
- ( c ' Saumaife, dans fes commentaires fur Solin, prétend au contraire que , fi lespier-res factices en verre de couleurs eurent tant de cours dans l’Inde, ce n’eft pas qu’on les y fabriquât; mais que les Egyptiens faifant dans ce pays un affez grand commerce de ces pierres factices d’un plus grand volume que les pierres fines, dont ils pofifédaient la fource, les Indiens les trafiquaient avec les marchands des autres nations, qui ve-
- naient chercher chez eux le diamant, î’hya* cinte & le vrai rubis. Il parait même ac-cufer les Indiens de fraude dans le commerce, en vendant aux étrangers qui s’y connaifiaient le moins, ces pierres factices pour de vraies pierreries. C’eft, fans doute, fuivant la remarque de Saumaife, ce qui fit naître dans Pâme de Pline le fcrupule qui l’empêcha de mettre fous les yeux de fes leéteurs les fecrets qu’il dit avoir trouvés dans des auteurs pour contrefaire l’émeraude & les autres pierres fines.
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- VA R T DE LA PEINTURE
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- coudant de la vanité, du luxe & de la mollefle’, & les colonies qui de cette partie du monde & de l’Afrique vinrent s’établir en Grece, y apportèrent l’ufage du verre & la maniéré de le fabriquer. On trouve dans la comédie des Nuées d’Ariftophane (a), & dans le Traité des pierres de Théophrafte, (£) des paflages qui prouvent que les Grecs de leur tems^pratiquaient l’art de la verrerie, qui depuis s’étendit beaucoup parmi eux. On fait que l’isle de Lesbos fut autrefois célébré par fes verreries.
- 2f. Les Romains connurent tout le prix de cet art, avant de le mettre eux-mêmes en pratique. Au fieclè d’Augufte, l’épithete vitreus était prodiguée dans tousses genres, par les poètes & les orateurs', à tout ce qui tenait du verre par fon éclat ou par fa fragilité (c). Les nouveaux ufages, fur-tout quand ils joignent l’agréable à l’utile , attirent ordinairement les regards des curieux & les réflexions des favans.
- 26. Les Romains tirèrent d’abord leurs ouvrages de verrerie de la Phénicie, de la Syrie & de la Grece, avec autant de choix que de dépenfe ; témoin le fuperbe théâtre que Marcus Scaurus.fit élever dans Rome avec tant de fomptuofité , dont le fécond étage était orné de colonnes & d’incruf-tations de verre (^) : magnificence jufqu’alors inconnue dans Rome, mais qui trouva des imitateurs, lorfque le luxe & la molleife eurent pris la place de l’ancienne fimplicité des tems de la république.
- 27. Déjà fous l’empire d’Augufte, au lieu de tirer des nations étrangères quantité d’ouvrages dont les frais de tranfport augmentaient confidérable-ment le prix, 011 fit venir les artiftes même. Leur nombre devint fi prodigieux fous fes fucceiîeurs, que la ville pouvait à peine les contenir. Les verriers furent de ce nombre ; & au moyen de la découverte qu’on fit des fubftances propres à ces manufactures , on vit s’y établir des verreries qui, en moins d’un fiecle, y furent portées à une haute perfection. el Quand les „ loix n’étaient plus rigidement obfervées ( parmi les Romains) , dit M. de „ Montefquieu, les chofes venaient au point où elles font à préfent parmi ,, nous. L’avarice de quelques particuliers & la prodigalité des autres fai-
- ( a ) Scholies Florentines , fur le 7 66s était ornée de 360 colonnes. Le premier vers. étage était tout de marbre ; le fécond était
- ( b ) Traité des pierres de Théophrafte , orné de colonnes , de revêtemens & de avec les notes de Hiîl, n. 84. lambris de verre; le troifieme était lam-
- (c) Voyez entr’autres les Odes d’Horace, briffé d’une boiferie dorée. Les colonnes liv. I , od. 17 & 18, &c. du premier étage portaient trente-huit pieds
- (cl) Marcus Scaurus, au rapport de Pline, de haut ; & 5000 ftatues de bronze placées fit faire pendant fon édilité l’ouvrage le entre les colonnes, mettaient le comble à plus fuperbe qui foit jamais forti de mains la magnificence de la fcene. Enfin ce théa-d’hommes. Il fit conftruire un théâtre dont tre était fi vafte qu’il pouvait contenir 80000 la fcene avait trois étages en %autèur , & pçrfonnes.
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- >, Paient paffer les fonds de terres dans peu de mains, & d’abord les arts „ s’introduifàient, pour les befoins mutuels des riclies & des pauvres. Cela ,, faifait qu’il n’y avait prefque plus de citoyens ni de foldats : car les fonds de „ terres, deftinés auparavant à l’entretien de ces derniers, étaient employés „ à celui des efclaves & des artifans, inftrumens du luxe des nouveaux ,, poffeffeurs : fans quoi, l’état qui, malgré fon déréglement, doit fubfiiler, ,, aurait péri. Avant la corruption , les revenus primitifs de l’état étaient par-,, tagés entre les foldats, c’eft-à-dire les laboureurs : lorfque la république ,, était corrompue, ils paifaient à des hommes riches qui les rendaient aux
- efclaves & aux artifans, dont on retirait, par le moyen des tributs, une ,, fomme pour l’entretien des foldats.,, (a)
- 28. Mais, pour revenir à Pétabliifement des verreries chez les Romains, quelques auteurs ont prétendu que les vafes que l’on fabriquait dans l’E-trurie y donnèrent lieu. Pour fe ranger de leur fentiment, il faudrait n’avoir aucune connaiffance du genre de travail propre aux Etrufques. Ces vafes, ainfi qu’il eft aifé de le reconnaître par la quantité de toute grandeur qui s’en conferve dans les cabinets des curieux, & entr’autres dans celui d’antiquités de l’abbaye royale de Sainte-Genevieve-du-Mont à Paris , appartiennent plus à la poterie qu’à la verrerie, quoique les couvertes d’émaux, dont ils font enduits , foient réellement du relTort de celle-ci, à caufe de leur vitrification par le feu. Il ferait à fouhaiter qu’il fût poffible de mettre fous les yeux des amateurs quelques monumens antiques de verre de quelqu’étendue, que l’on pût attribuer avec certitude aux Phéniciens, aux Egyptiens, aux Etrufques, ou aux Grecs. Cependant AI. le comte de Caylus, qui n’a épargné ni foins, ni recherches , ni dépenfes, pour acquérir & nous tranfmettre tant & de fi précieux monumens de l’antiquité, avoue qu’il n’en a pu,recouvrer aucun de cette matière, qu’il pût attribuer à aucune de ces nations. Plus heureux par rapport aux ouvrages des verreries des Romains, nous nous ferons un devoir de le fuivre dans ce qu’il en dit dans fes recueils des antiquités romaines.
- 29. Pline croit que ce fut fous l’empire de Néron que les verreries furent établies à Rome. Nous Jifons dans Séneque (b) que de fon tems on y exerçait l’art, inventé par un certain Démocrite , de convertir les cailloux, par le fecours du feu , en pierres de couleur d’émeraudes ; qu’on en faifait même de différentes couleurs avec des pierres qu’on avait découvertes, 8c qui dans la fufion étaient propres à prendre toutes fortes de teintures.
- (a') Conjtdcrations fur les caujes de la „ vobis eumdcm Dcmocritum invenijje grandeur des Romains, £«? de leur deçà- „ quemadmodum decoBus calculusinfma-dence , Paris, 1748 , p. 26. „ ragdum couver ter et.ur,qua hodicque coc-
- (b) Séneque, ep. 90. <c Exciditporro „ turainventi lapides coctiks colorantur.
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- 30. Le verre des verreries romaines était déjà à très-bon compte à Rome, lorfque Pline écrivait fon hiltoire naturelle. (a) C’était d’abord un verre peu tranfparent, chargé de veines de nuances vertes, dont on voit des mo-numens de toutes efpeces dans les cabinets des curieux. Ç’eft pourquoi le verre blanc, dont la tranfparence imitait celle du cryftal, & qui venait de l’étranger, était très - recherché par les grands & les riches. (b) Les plus opulens d’entre les Romains mirent tant de délices à boire dans ces verres que l’Egypte leur fourniflait, qu’ils leur donnèrent ,pour le fervice de la table, la préférence fur les vafes d’or & d’argent. Ces coupes de verre leur coûtaient des fommes exorbitantes, puifque cette petite tallè à deuxanfes, que Néron brifa dans un mouvement décoléré, lui avait coûté fîx mille felterces, ce qui revenait à 75^0 livres de notre monnoie ; & que le vafe que Pétrone fit réduire en poulliere avant de mourir, pour empêcher cet empereur d’en orner fon buffet après fon décès, était d’un plus grand prix. Ces vafes différaient encore de ceux des verreries romaines , en ce que ces derniers fup-portaient les liqueurs chaudes fans fe caifer , ( c) & que les premiers ne pouvaient réfifter à, cette chaleur, à moins qu’on ne prît auparavant la précaution d’y paffer de l’eau froide. Ce verre'blanc étranger, femblable aux cryf. taux fadices de Boheme, était fujet à poulfèr des fels qui en terniffaient l’éclat. ( d)
- 31. Cependant les verreries romaines tendaient à cet état de perfedion qu’elles avaient envié à l’étranger ; & , dans les deux fiecles qui s’écoulèrent depuis Néron jufqu’à Gallien , “l’art de vitrifier, dit M. de Caylus (e), leur ,, était aufli connu qu’à nous. Ils profilaient le verre , le tournaient, le gra-„ vaient & le coupaient avec une adreffe admirable. Le nombre de procédés ,, qu’ils connaiffaient pour employer le verre eft très-étendu , & nous fom-„ mes bien éloignés de favoir toutes leurs opérations... Ils firent en ce „ genre toutes les recherches imaginables : ils pouffèrent jufqu’à la perfec-,, tion toutes les opérations dépendantes du feu. .. Plus on fait de recher-,, ches , plus on les trouve admirables dans l’art de perfedionner tous les
- ,, ouvrages de verre.........Ils préféraient fur - tout le verre bleu, parce
- „ qu’il était plus exempt de bouillons, & ne prenait aucun fel.................
- Ils connaiffaient l’ufage de refouder des fragmens de verre fêlé. Enfin ils en
- (a) Lib. XXXVII, cap. 13.
- (b) Martialis epigranvnatum, lib. XII, epig. 7 y
- Qjium tibi niliacus portet cryftalla ca-tapius,
- Sunt mihi de circo pocula Flaminio.
- (c) Martial, epig. lib. XIV, ep. 94.
- JSfoJlra nec ardenti gemma feritur aqua. ( d ) ld. epig. lib. IX, ep. 60.
- Et turbata levi qaejlus cryftallina nitro.
- (e ) Recueil d'antiquités, Paris , 1753 , tome I, pag. 193 & fuiv. tome III, pag. 93 & fuiv.
- échangeaient
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- échangeaient les groifils (a) contre des allumettes, (Æ)
- 32. Les verriers occupaient à Rome des quartiers féparés. On voit par un vers de Martial, (c) que de fon tems il y avait une verrerie dans le cirque Flaminien ; & Martianus ( d) les place dans le voifinage du Mont Cœ-lius, après les charpentiers. Les ouvrages de verre les plus ordinaires, qui fe faifaient dans ces verreries, confiftaient en uftenfiles de table, c’eft-à-dire en plats, pots , bouteilles, taffes & gobelets : & nous liions dans Paul le jurifconfulte (e), honoré du confulat fous l’empereur Alexandre Sévere, que les plats & les vafes de verre étaient inventoriés au rang des meubles les plus précieux.
- 33. Outre l’ufage où étaient les verriers Romains d’imiter en verre les pierreries de différentes couleurs, ils avaient encore le talent d’imiter de cette façon les perles, & Pavaient leur donner la figure des véritables. Pétroné, ch. 67, parle de ces fauffes perles de la groffeur & de la forme d’une feve i & Trebellius Pollion raconte à ce fujet, que l’impératrice, époufe de Gallien, avait été trompée par un joaillier qui lui avait vendu des perles de verre pour des perles fines & naturelles. Ces fripponneries fouvent répétées donnèrent lieu à Tertullien de fe plaindre de ce qu’on vendait un morceau de verre aulli cher qu’une perle fine. Tantï vïtrmm, quand margaritum.
- 34. C’est encore dans ces verreries, que fe fabriquaient ces urnes de verre , dans lefquelles on dépofait les cendres des morts , & que l’on renfermait dans d’autres urnes de marbre. On y faifait auffi des lacrymatoires, petits vaifléaux de verre de toutes couleurs , reffemblans allez aux petites fioles ufitées dans la pharmacie, un peu plus ouvertes néanmoins par le haut, à long col & panfe ronde , dont les anciens fe fervaient pour recevoir, ou les larmes qu’ils verfaient fur leurs morts, ou les parfums qu’ils enfermaient avec eux dans leurs tombeaux. Ceux de ces vafes qui fervaient au premier de ces ufages , fe nommaient lacrymatoria ; 8c les autres , deltinés au fécond, unguentaria.
- 35-. Les vafes que les premiers chrétiens employèrent dans la célébration des faints myfteres jufqu’au tems de feint Jérome, étaient de verre ; & les fioles dont nous venons de parler , fandifiées par une nouvelle deftina-tion , fervaient à recueillir le fan g des martyrs. Buonarota , fameux antiquaire , (f) parle de plufieurs fragmens de vafes de verre, dont les premiers
- ( a ) On appelle^roz/zZr, de menues par- ( c ) Le fécond des deux que nous avons-ties de verre cafifé. cités à la page 32, note Z».
- (b ) Martial, epigr. lib. I. (cl) Topograph. Rom. lib. IV, cap. 1.
- .........Sulphuraiafratfis (e) Sentcntiarurn lib. XXXIII, tit. 10.
- Permutât vitreis. (f ) Voyez le traité de Buonarota, inti-
- Juvenalis fat. ç. tulé : Objeraationesadquadam fragmenta
- .... Rupto pofcentem fulphura vitro, vaforuni vitreoruni quafucre inventa in Tome XIII. E
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- L'A R T DE LA PEINTURE
- chrétiens fe fervaient dans leurs repas, fur lefquels étaient peintes ou in-cruftées des figures repréfentant quelques fujets de l’hiftoire fainte, afin , dit-il, de conferver, même dans leurs feftins, cet elprit de piété dont ils craignaient toujours de s’écarter. Il rend dans fil préface un compte fort étendu de l’antiquité de ces vafes de verre, & dans le corps de l’ouvrage il examine la manière dont il foupqonne qu’on les peignait , dorait ou incruftait.
- 36. Je ne finirais pas, & je m’écarterais trop de mon objet, fi je voulais rechercher ici tous les diftérens ufages que les Romains, à l’envi des Grecs, firent du verre, & les différens fecours qu’ils tirèrent (a) dans l’agriculture, dans la chymie, dan^ la chirurgie, dans les mathématiques , & fur-tout dans l’optique, & dans leurs jeux même, des inftrumens de verre fabriqués dans leurs verreries. Mais j’obfèrve , avant de finir ce chapitre, que fi l’ufage du verre eut fes partifans à Rome, & la verrerie des amateurs, ils eurent auffi des indifférens. Entre les partifans les plus diltingués du verre parmi les Romains , nous reconnailfons Néron, Adrien & fes fuccelfeurs jufi. qu’à Gallien. Trebellius Pollion, dans la vie de cet empereur, dit qu’il fe dégoûta du verre, comme d’une compofition trop abjede & trop vulgaire, & ne voulut plus boire que dans des vafes d’or. Mais le même auteur qui nous a tranfmis ce trait d’hiftoire , nous apprend auffi que les verreries, qui avaient commencé de tomber fous cet empereur, fe relevèrent de leur chûte fous Tacite , qui honora les verriers d’une eltime finguliere , & mit toute fa complaifance dans la perfection & la variété de leurs ouvrages. Alexandre Sévere (£), ennemi des défordres que le luxe & la débauche avaient occafionnés fous l’empire d’Héliogabale, mit la verrerie au rang des arts fomptueux, fur lefquels il établit des impôts. Dès le fiecle fuivant, 011 vit les empereurs Conftanlin& Confiant exempter des charges & impôts publics. les verriers & tous les ouvriers qui employaient le verre (c) : exemple qui fut depuis fuivi par Théodofe le Grand, par tous fes fucceifeurs, & même par nos rois, qui y ajoutèrent de plus grands-privilèges. Enfin ,fi l’on en croit l’auteur de l’Eflai fur l’hiftoire générale , les (Chinois favent depuis deux mille ans fabriquer le verre, mais moins beau & moins tranfparent que le nôtre.
- cœmetcriis romanis. Florentiæ , 1716. ( /;) Lampride, en la vie de cet empereur,
- (a) Columel. De rerujiica, xiij, 3 - p. 121.
- Martial, cpig. lib. VIII, ep. 68- (c) Cujas, fur le titre 6ç, De excufa-
- Çondita perfpicua vivit Vindemiagemma ; tionibus artificiun, au dixième livre du code
- Et tegitur felix ynec tanien uva latet. % de Juitinien.
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- SUR FERRE. Partie I.
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- CHAPITRE III.
- De tuf âge que les anciens firent du verre, tant pour la décoration des édifices publies & particuliers, que pour mettre leurs habitations à l'abri des injures de Pair ; &fies autres clôtures auxquelles le verre fuccéda.
- 37- 1L.es Grecs , dont nous avons annoncé l’habileté dans l’art de la verrerie & dans l’emploi du verre, qu’ils tenaient des Phéniciens & des Syriens, ornèrent les premiers les pavés de leurs temples & de leurs palais de comparti-mens & de tableaux recommandables par l’imitation de la nature. Ils y firent entrer le verre de couleur, foit à caufede fa dureté & de fon brillant éclat, foità caufe de la facilité qu’ils avaient de lui donner toutes fortes de nuances; facilité qu’ils ne pouvaient trouver dans les marbres ou dans les autres pierres naturelles. Les Romains les imitèrent dans leurs tems de luxe, & en com-polèrent leur mofaïque qu’ils firent fervir aux mêmes ufages. Nous n’entrerons pas ici dans l’examen particulier de ce genre de peinture , célébré encore aujourd’hui dans l’Italie. Les détails qu’il demandait, pour en donner au public une connaiffance fuffifante, nous ont engagés à lui en préfenter un Effai, auquel nous renvoyons le ledteur. (a)
- 38. Les Romains failaient encore ufage , dans leurs appartenons , d’efpeces de glaces & de miroirs, & ils avaient un verre noir, à l’imitation du jayet, qu’ils plaçaient à delfein entre ces miroirs détachés , dont les murs étaient ornés, afin de tromper ceux qui venaient s’y mirer : car au lieu d’y rencontrer leur relfemblance comme dans les autres, ils étaient tout furpris de n’y appercevoir que leur ombre, (Jf)
- (ci) Voyez notre Effaifur la peinture en mofaique, Paris, 1768, chez Vente, libraire , au bas de la montagne Sainte-Gene-vieve. J’y traite de fon origine , de les différentes efpeces, des divers ufages que les anciens en firent, de fes progrès tant en Orient qu’en Occident, de fondelaiffement pendant quelques fiecles, de fa reftaura-tion en Italie, & de fon méchanifme. Voyez encore le Journal d’agriculture, de commerce & de finance , du mois d’août 1768 , où font rapportées deux lettres de M. Pin-geron ,l’une fur la mofaique, l’autre furie
- compofo de Venife. Enfin, voyez un Traite' fur la fabrique des mofaiques , que M. Fougeroux de Bondaroy , de l’académie des fciences , vient de donner au public à la fuite de fes Recherches fur les ruines d’Her-culanum, Paris, 1770, chez Defaint, libraire, rue du Foin-Saint-Jacques.
- ( b ) ct Pauper quis fbi videtur acfor-„ didus, nif parictcs magnis acpretiofs ,5 orbibus refulferunt. .. Nif vitro abfcon-
- „ ditur caméra, ffc...........Qiiantæ nunc
- „ aliqui rujlicitatis damnant Scipionem , „ quod non in caldarium fuum laiisfpe-
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- L'ART DE LA PEINTURE
- ^9. Mais l’emploi du verre aux fenêtres ne date pas d’une haute antiquité. Le fiience des anciens auteurs grecs & latins fur ce point, prouve fuffifàmmenfc
- cuïaribus diem admiferat ? „ Séneque, cp. 86. Voyez auffiStace, dans la defcrip-tion qu’il donne des bains d’un Etrufque. En parlant ici des miroirs de verre, ufités chez les anciens, je penfe que le public me faura gré de lui donner par extrait une lettre lavante fur le miroir de Virgile , dé-pofé dans le tréfor de l’abbaye de Saint-Denis en France. Dom Boucher, bénédiétin delà congrégation de Saint-Maur, ancien prieur de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris, l’a écrite à l’abbéLebreuf, le 20 avril 1749. Je l’ai trouvée dans les ma-nufcrits de ce profond fcrutateur de l’antiquité, confervés à la bibliothèque de MM. de la Dodrine chrétienne de la maifon de Saint-Charles en cette ville. Le P. Serpette, bibliothécaire , m’en a accordé le dépouillement de la maniéré la plus obligeante. cc Ce 3j miroir, dit dom Boucher , avait dans fon 35 entier quatorze pouces de hauteur, & 35 douze de diamètre ; il formait un ovale; 33 fon poids était de 30 livres & plus. Ilfub-33 fifteraitencore en entier, il,par une com-33 pîaifance qui a été fouvent préjudiciable 33 au tréfor , 011 ne l’avait pas laiifé manier 33 à un curieux, qui , voulant l’examiner 33 de près , le lai (Ta échapper de fes mains, 33 & le caiTa. (*) Il relie encore une moitié 3, entière de ce miroir, un morceau confidé-33 rable de l’autre moitié , & plufieurs au-53 très petits morceaux. Je vous envoie, 33 monfieur, un de ces morceaux ; vous ,3 connaîtrez aînfi par vous - même que ce 33 miroir eft tranfparent. Ün y découvre une 33 couleur verte adoucie par le jaune. Dans 33 la partie la plus confidérable qui nous en
- ( * ) On lit dans VHifioire littéraire An régné de Louis XIV, par M. l’abbé Lambert, Paris , 1751 ,in-4°, tome I , page 566 , que dom Mabil-lon ayant été employé en l’année 1663 à montrer le tréfor de Saint-Denys, il fut déchargé de cet emploi , parce qu'il y cajjîi le miroir de Virgile. Il eft furprenant que dom Boucher ait ignoré cette anecdote.
- « relie , on apperqoit les épreuves de ceux ,5 qui l’ont fondé plufieurs fois pour favoir 53 quelle en était la matière. Dom Doublet , „ dans fon Hijloire de l'abbaye de Saint-„ Denis, a avancé qu’il était de jayet. . . „ Un verrier habile & expert a mis devant J, moi dans un creufet un morceau de ce „ miroir pour en faire l’épreuve ; & nous J, avons reconnu que c’était du verre ,dans „ lequel il était entré beaucoup de mine de ,5 plomb, ce qui n’avait pas peu contribué „ à fa pefanteur. „ D. Boucher me permettra d’ajouter, & à fa teinte de jaune. Après quelques courtes obfervations fur l’invention du verre & fur fon ufage dans l’antiquité , dom Boucher palïe ainfi à celui des miroirs chez les anciens: cc Bien avant 33 la découverte du verre, ils n’étaient pas 33 pour cela fans miroir. Les pierres luifan-33 tes, les marbrés, les bois polis, enfui te 3, les métaux , l’or , l’argent, l’étain, l’ai-53 rain, le fer & les mélanges de ces matières 55 en prenaient la place : l’eau bien claire „ même en rendait l’effet. „ Ici ce religieux , amateur de l’antiquité , renvoie AT. l’abbé Lebœuf aux Mémoires de Trévoux, mars 1749 , art. 24, page 47 s, fur la découverte que firent les académiciens des rois de France & d’Efpagne dans leur der» nier voyage de l’Amérique “ de plufieurs „ tombeaux dans lefquels on trouva des mi-„ roirs de pierres brunes & noires. Il y en „ avait des plans, des concaves & des con-,, vexes, aufli bien polis que s’ils l’euffent „ été par nos meilleurs ouvriers. On doute „ cependant, ajoute-t-il, des miroirs ardens „ d’Àrchimede & de leurs violens effets fur „ la flotte de Marcellus. „ De là il paffe aux moyens qui ont mis le tréfor de Saint-Denys en pofièffion du miroir de Virgile. “ Naples,
- „ continue-t-il, a eu l’avantage de polTéder „ Virgile. C’eft dans cette grande ville qu’il ’ ,, étudia les lettres latines & grecques, les „ mathématiques & la médecine, & qu’il
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- qu’on n’en faifàit pas ulage à cette fin chez les peuples de là Grece & de Rome,1 quoique, fachant employer le verre de toutes les maniérés, il leur fût facile d’en faire des vitres. Nous avons établi ailleurs qu’ils fermaient leurs fenêtres avec ces efpeces de treillages que nous nommons jaloujîes, que les Romains nommaient tranfennce , & les Grecs thyris dediclyomene ou thyra diaphane. Iis fe fervaient encore de pierres tranfparentes, connues de ceux-ci fous le nom de diaphanes Lithos, & des Latins fous celui de lapis fpecularis. (a)
- 40. En quel tems commença-t-on à faire ufage du verre aux fenêtres ? C’eft ce qu’il s’agit d’examiner. Jaloux de voir remonter plus haut l’origine d’un art que nous cherchons à tirer, autant qu’il eft en nous , des ténèbres dans lefquelles il fe perd de plus en plus, nous avions cru lui trouver une date du. premier fiecle de l’ere chrétienne. Un paflage de la relation que Philon Juif nous a laiifée de fon ambaifade vers l’empereur Caligula, femblait y autorifer j mais ce paflage même eft fi fufceptible d’incertitude, que nous nous Pommes vu réduits à l’abandonner. En effet, Philon aurait-il regardé les ordres qu’il entendit donner par l’empereur de garnir de vitres les fenêtres de cette grande faite, où il lui donnait audience en courant, ainfi qu’à fes co-députés , comme un ufage allez frappant par fa nouveauté pour le faire entrer dans le corps de fa relation , lui, à qui cet ulage , s’il eûtexifté , eût dû paraître d’autant plus familier , qu’il avait fa réfidence ordinaire à Alexandrie , ville la plus célébré par Part & le commerce de la verrerie ? D’ailleurs les vitres dont il s’agit étaient-elles de verre ? Les favans ici me plongent dans le doute. Elles étaient de verre blanc femblable aux pierres relui]'antes, félon une ancienne traduction françaife du grec de Philon (a) -, de verre auffi blanc que le et y fiai >\ uivant M. Arnaud
- „ compofa plufieurs de fes belles poéfies... „ Il mobrut à Brindes , dans la Calabre , âgé „ de ^ 2 ans. Son corps fut tranfporté âNa-„ pies, & enfeveli à deux milles de la ville. „ Il s’eft répandu plufieurs raretés du ca-,, binet de ce grand homme à Naples , fans „ doute plus qu’ailleurs.Nos feigneurs Fran-„ qais, qui ont porté tant de fois la guerre „ dans ce royaume, en rapportèrent le mi-„ roir en queftion, qui par la fuite entra „ dans le tréfor de l’abbaye de Saint-Denys. „ Cependant il n’eft pas unique. On en „ voit un autre qu’on affine lui avoir ap-„ partenu, dans le cabinet du grand * duc „ de Tofcane. Virgile, auffi bien que plu-,, fieurs grands hommes, il’a pas manqué „ d’être regardé comme un magicien du ,, premier rang, un enchanteur, un forcier,
- ,, un nécromancien, & fur-tout un catop-tromancien T qui eut l’art de deviner par „ les miroirs. C’eft par cet art fur-tout „ qü’on rapporte qu’il exerçait fes plus „ grands fecrets de magie. „ Enfin D. Boucher finit fes obfervations fur ce monument de l’antiquité , en attribuant à un certain rGervais de Tilisbüri, Anglais, qui vivait en 1210, d’avoir donné à Virgile cette nouvelle qualité , que toute l’antiquité avait ignorée pendant onze fiecles.
- ( a ) Voyez notre Dijjcrtation fur la pierre fpéculclire des anciens, à la fuite de notre EJfai fur la peinture en mofaigue, Paris, 1768, chez Vente, libraire. La lecture de ces deux ouvrages doit être jointe à celle de ce traité, dont ils ont été détachés, (à) Pierre Bellier ,dans fa Traducïion
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- L'ART DE LA TEINTURE •
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- d’Andilly (a). Sigifmundus Gelenius & autres interprètes & tradu&eurs latins de cet auteur le difentauffi (b). C était apparemment du talc, ditD. Calmet.
- (c) Enfin un des plus célébrés profeffeurs émérites de l’univerfité de Paris
- (d) a bien voulu me donner la tradudion du palfage de Philon, conque en ces termes : “L’empereur, en courant, entra brufquement dans une grande 3, dalle 3 & en ayant fait le tour , il ordonna qu’on en garnît les fenêtres avec „ une efpece de pierre tranfparente, fort approchante d’un verre blanc. „
- 41. PoaUR fortir d’embarras dans ce.conflit de tradudjons, difons avec Sau-maife (<2)5 iàns rien conclure en faveur du verre , que les Grecs donnèrent allez indifféremment le nom de hydion, comme les Romains celui de fpeculare , à toutes les clôtures faites de matières diaphanes , foit qu’elles fulfent de verre proprement dit, ou de quelque pierre tranfparente qui en approchât par fon éclat ou par fa blancheur. Saumaife appuie ce fentiment de quelques palfages de plufieurs auteurs grecs , qui emploient le terme hydia, en français vitres ^ pour défigner des endroits dont les fenêtres étaient clofes même avec des pierres fpéculaires. N’avons-nous pas parmi nous cet ancien proverbe : Iabbaye efl pauvre. ; les vitres ne font que de papier ?
- 42. M. Bernetonde Perrin ( f) produit, en faveur de l’antiquité de l’emploi du verre aux fenêtres, un palîage de Séneque, qui nous allure que ce fut de fon tems qu’on inventa l’ufage des vitres aux fenêtres, & que ces vitres fontpalfer dans les édifices qu’elles éclairent une lumière brillante qu’elles tirent elles-mêmes d’un corps tranfparent ( g ). Sans employer ici les raifons que M. de Perrin allégué en faveur de fon fentiment , je penfe qu’on pourrait, pour venir à fon fecours, admettre le te/la perlucente de Séné que \ le mot tejla étant employé , par les auteurs des meilleurs tems de la latinité, égale-ment pour exprimer une composition vitreufe cuite au feu, & pour lignifier une coquille. Or Pline , liv. XXXVI, chap. 2f , nous apprend que les anciens faifaient entrer dans la compolîtion du verre, non-feulement le fable , les pierres & les cailloux, mais même les coquilles de certains teftacées. Ne pourrait-on pas eh conjedurer, en faveur de l’antiquité de l’ufage du verre
- françaife des œuvres de Philon, Paris, iç83 , in-8°. fol. 527.
- ( a ) Hiftoire des Juifs, de Jofephé , traduite par.M. Arn. d’Ànd. Amfterd. 1700, in-fol. p. 7s7-
- ( b ) Philon. Opéra grœco - latina, Lut. Parif. 1640. Ex Sigifrnundi Gelenii & alio-rum interpretatione, pag. 1042.
- ( c ) Hiftoire des Juifs, de dom Calmet, in-12, tome IV, page ^72.
- (d) Feu M. Vauvilliers, profeffeur en
- langue grecque au college royal.
- ( e ) Salniaf. in P Uni an. exercit. fup. laud. tom. II, pag. 770 & 771.
- (f) Biffer tation fur l'art de la verrerie, inférée dans le Journal de Trévoux, du mois de novembre 173 y
- (g) Senec. epift. 90. “ Quadam noftra „ demum memoria prodiijfc fcinius , ut „ fpcculariorum ufuni perlucente tejla, ,, dur uni emittentium lumen. „
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- aux fenêtres, qu’ici Séneque a pris la partie pour le tout, & a voulu défigner le verre proprement dit ?
- 49. D’un autre côté, 11e pourrait-on pas prendre le mot tejla dans la fécondé lignification, en rentendant, comme Cicéron, d’une coquille? Nous ne manquons pas d’exemple de coquilles employées aux fenêtres au lieu de carreaux de verre. Les Japonois , dit M. Volgien ( a ) , fe fervent, au lieu de vitres, de grandes coquilles qu’ils tirent des isles Léquios, où il s’en fait un grand commerce. M. l’abbé Prévoit (ù) dit que les Chinois emploient dans la conftruciion de leurs bâtimens l’écaille d’une grolfe huître que l’on prend dans le canal de Chan-to; que les Portugais les travaillent avec tant de fineife , qu’ils les rendent propres à tenir lieu de vitres aux fenêtres.. Qui pourrait empêcher- de croire que cet ufage eft ancien, & que les coquilles auraient été employées au même ufage par les Romains ? Nous favons qu’ils tiraient, avec autant de profulion que de vanité , toutes les productions pof-iibles des pays qu’ils avaient conquis., & qu’ils s’en approprièrent fous les empereurs tous les ufages de luxe inconnus au tems de la république.
- 44. Si l’emploi du verre aux fenêtres ne remonte pas au fiecle de Philou & de Séneque, on peut du moins le dater du tems de LaCtance. Nous lifons en effet dans fon livre de la conduite de Dieu dans fes ouvrages, que notre, ame voit & diflingue les objets par les yeux du corps , comme par des fenêtres garnies de verre ou de pierre fpéculaire. (cj Saint Jérome s’explique plus net-
- ( a } Diêlionnairc géographique portatif, au mot LÉQ.UIOS.
- ( b ) Hijioire des voyages, in-12,1749 , tome XX ,liv. I. M. l’abbé de Marfy , Hif-toiremoderne, Paris, 1794, tome I, p. 96, parle aufii des fermetures des fenêtres des Chinois; page 448 , de celles des Cochin-chinois; & tome IV, page 92 , de l’ufage où font actuellement les Indiens de fefervirà cet effet de carreaux d’écaille ou de nacre, qui temperent l’éclat du foleil fans trop affaiblir fa lumière. M. l’abbé de la Porte, dans le quatrième tome de fon Voyageur Français , ajoute que les écailles de crocodiles , ou de tortues, ou de nacre, employées à la fermeture des fenêtres, en rendent la lumière plus agréable par la variété de leurs couleurs. Il paraît que cette variété de' couleurs fur les vitres a toujours beaucoup flatté ; car l’auteur de YHiJ}. mod t. V, p. 268, rapporte qu’à Batavia, capitale del’islede Java, les fenêtres de la chapelle du gou-
- verneur font fermées par des vitrages de toutes fortes de couleurs, qui y ont été vrai-femblablement importés par les Hollandais, maîtres de cette isle. Le même hulorien, tome VII, page <59, dit que dans la Perfe les fenêtres des grands font fermées de carreaux de verre épais ou oncles de différentes couleurs, qui représentent des Heurs , des vafes & des oifeaux ; page 9 8, que leurs ouvriers réunifient parfaitement dans des carreaux peints en mofaïque ; p. 6 9, que , quoiqu’ils aient le fecret de faire, le verre , ils ne produifent rien de parfait en ce genre ; que leur verre eft grifàtre & rempli de pailles, &c. enfin , page 292 , que leurs bains ne reçoivent le jour que par quelques carreaux de verre placés au haut de la voûte, ainfi que ceux des Turcs , tome IX, par des cloches de verre.
- ( c 1 Lactance , écrivain eccîéfiaftique du commencement du quatrième fiecle, De opificio Dei, cap. VIII, vertus Lî manifef-
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- tement, & nous indique à n’en point douter, la connaiflance pratique de l’emploi du verre aux fenêtres dans deux endroits de fes ouvrages. Les fenêtres, dit-il, étaient en forme de rets, comme des jalvujies qui ri étaient point remplies de verre ou de pierre fpéculaire, mais de bois , avec des efpaces vuides qui étaient peints en rouge. ( a ) Dans l’autre endroit ( b ) il parle de fenêtres fermées avec du verre en lames peu étendues ou très - minces. Des paffages de ces deux grands hommes nous pouvons conclure que l’ufage du verre proprement dit aux fenêtres a pris naiffance vers la fin du troifieme fiecle, & s’eft perpétué de fiecle en fiecle jufqu’à nos jours, fur-tout dans l’Occident.
- 45. Entre les auteurs les plus anciens qui font exprelfément mention de Pillage des vitres aux fenêtres des églifes, Fortunat de Poitiers, contemporain de Grégoire de Tours , s’eft finguliérement appliqué dans fes poéfies latines, à faire honneur aux faints évêques de fon tems, du foin qu’ils prenaient de les éclairer de grandes fenêtres garnies de verre. Leur tranfpa-rence, jointe à l’abondance de la lumière des lampes qu’on y entretenait en tout tems, y maintenait une clarté continuelle. Le brillant éclat de ces lumières, fur-tout aux approches de l’aurore, fe répétait dans les plafonds & fur les murs par celui des tableaux en mofaïque dont ils étaient ornés. La clarté du jour une fois admife dans l’enceinte de ces faints temples Semblait y être captive, & 11e pouvoir plus en fortir. Cette penfée fur l’effet de ces vitres était devenue fi familière à ce poète, qu’il la reproduit continuellement, foit qu’il écrive à faint Vital, évêque de Ravennes, à l’occafion des vitres dont il garnit l’églife qu’il venait d’y faire bâtir en l’honneur de faint André, (c ) foit qu’il complimente l’évêque Léonce fur celle qu’il venait d’élever à Bordeaux fous l’invocation de la fainte Vierge. (</)
- 46. Le même auteur fait-il la defcription de l’églife de Paris, conftruite
- tius efl mentem eff'e, qua per oculos ea qua funt oppofta tranfpiciat, quaf per feneflras lucente vitro crut fppculari lapide obduSlas. M. Nixon a employé ce partage dans fa Differtation fur un morceau de verre trouve à Herculanum : elle fe lit dans les Tranfactions philofophiaues de Londres, tome L,page 601.
- (a) Saint Jérôme, dans fon commentaire fur le ch. 41 d’Ezéchiel, v. 16, s’exprime ainfi : Fenefra quoque erant fabla in mo-dum rctis ad infar cancellorum, ut non fpeculari lapide nec vitro, fed lignis inter-rqflibus éf vermiculatis includerentur.
- ( b ) 11 dit encore dans un endroit rap-
- porté par du Cange, dans fon Gh faire, au mot ViTREiE , fans citation de lieu : fe-nefrœ qua vitro in tenues laminas fufo ob-ducla erant.
- ( c ) Fortunat. Carmin, lib. I.
- Emicat aulapotens folidoperfeSîa métallo, Ouo fineno&e manet continuata dies. Invitât locus ipfe Deurn fub luce perenni, Grefibus utplacidis intret amando lares. ( d ) Ibid. De Leontio epifeopo.
- Ecce beata fiera fundafi templa Maria, Fox ubi vicia fugit femper habendo diem. Lumine plena micans imitataef aula Ma-riam ,
- lUa utero lucem, clauft if a diem.
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- & magnifiquement ornée par les ordres de Childebert, & éclairée de fenêtres garnies de verre ; il releve l’admirable effet que le jour des croifées répand fur fes murs & dans fes voûtes aux premières approches de l’aurore, (a) Il n’oublie pas , dans l’éloge qu’il fait de l’églife que Félix évêque de Nantes y avait élevée en l’honneur des apôtres faint Pierre & faint Paul, après avoir parlé du brillant éclat que jetait au - dehors la couverture d’étain qui couronnait cet édifice, il n’oublie pas , dis - je, celui qu’elle tirait en - dedans des grandes croifées de verre dont elle était percée, (b)
- 47. Enfin Fortunat reproduit fa penfée favorite fur le bel effet du verre dans les fenêtres des églifes, tant dans le compliment qu’il adreffe à Agéric, évêque de Verdun , fur fon zele à rétablir les anciennes églifes de fou diocefe & à en conftruire de nouvelles ( c ) , que dans celui qu’il fait à Grégoire de Tours fur la reconftru&ion que ce prélat avait ordonnée de l’églife de faint Martin7, patron de fon diocefe. (d)
- 48- Nous pourrions tirer des ouvrages de Grégoire de Tours ( e ) & de la vie de iaint Eloi, écrite par faint Ouen , archevêque de Rouen , (/) des paffages auflî décififs que ceux de notre poète : mais je crois avoir prouvé fuffifamment que l’ufage du verre aux fenêtres, fur - tout des grands édifices , a pu commencer vers la fin du troifieme fiecle, & être en vigueur au fixieme , qui devient le terme ordinaire de ce que nous nommons lestems de l’antiquité, & celui que nous nous fommes prefcrit en conféquence, du moins pour l’Occident.
- 49- Je ne puis terminer ce chapitre fans dire un mot des fenêtres innombrables garnies de verre, dont était éclairé le temple de fainte Sophie. Dif-férens auteurs grecs fe font plû à faire la defcription de cette fuperbe bafi-
- ( a ) Fortunat. lib. II, parag. Il , De ecclef Parif
- Prima capit radios vitreisoculata feneftris,
- Artificifque manu claujit in arce diern.
- Curfbus aurorœ vaga lux laqucaria complet,
- Atque fuis radiis & fine foie micat.
- (ô) Idem, lib. III.
- Totû capit radios patulis ocuîata feneftris,
- Et quod mireris hic for is , intus habes.
- Tempore quo redeunt tenebrœ, mihi dicere fasjît.
- Mundus habet noclem, detinet aula diem.
- ( c ) Idem, lib. III, parag. XXV.
- Templa vetujia novas pretiofus & nova condis,
- Cultior ejl Domini, te famulante domus.
- Tome XIII,
- Candida fincero radiat hac aula fereno, Et f fol fugiat, hic manet arte dies.
- ( d) Idem , lib. X.
- Fundamenta igitur rcparans hac prifca fa-cerdos,
- Extulit egregius quam nituere prius. Nunc placet aula decens patulis oculata feneftris ,
- Oua nocïis tenebris clauditur arce dîes. (e) Gregor. Turon. De gloria marty-rum, lib. I, cap. S9 '> lib. VI, cap. 10, & lib. VII, cap. 29.
- (/) Invita fanÜi Eligii, lib. II, cap. 4^ legitur. per niaximam vitriariam.
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- îique, que l’empereur Juftinien fit bâtir à Conftantinople , & qu’il confacra au Verbe incarné. Ils parlent tous de Tes vitres, & admirent la brillante clarté quelles y répandaient au foleil levant, fur-tout dans la croifée. (a) yo. Voilà ce que j’ai pu recueillir fur l’origine de l’emploi du verre aux fenêtres chez les anciens. Peut-être m’accufera-t-on de m’être trop arrêté fur cet objet : moins d’étendue m’aurait coûté moins de recherches & employé moins de tems. Mais l’étude de l’antiquité eft un fonds inépuifable : c’eft un champ fi beau, fi vafte, qu’on n’en fort pas auffi volontiers qu’on y eft entré. Une découverte fouvent nous conduit à une autre. Grâces donc encore pour le chapitre fuivant: j’efpere que le public Je verra avec d’autant plus d’indulgence , que la matière en a été plus rarement traitée. Il n’y a point de vitres fans fenêtres , rien donc de plus dans l’ordre que de dire quelque chofe de ces dernieres , après avoir établi l’ufage des premières dans l’antiquité.
- CHAPITRE IV.
- De l'état des fenêtres des grands édifices chez les anciens.
- Si. Entre les édifices des anciens, les temples ont toujours tenu îe premier rang. Or leur conftruction la plus ancienne n’admettant point de
- fenêtres dans l’intérieur du temple,
- (a) Paul le Silentiaire , dans la defcrip-tion particulière qu’il donne du dôme de cette églife, dit, au rapport de du Cange, qui a traduit & commenté fort au long les œuvres de ce poëte grec, que ce dôme était percé de trois grandes fenêtres, divifées chacune en cinq parties , qui étaient garnies de petits carreaux de verre , & que les approches de l’aurore répandaient dans cette baîiliqueau travers des vitres l’éclat le plus brillant : Quinquefariamfeparata ac divifa lucis rcceptacula \ concha ) aperlt levioribus vitris opcrta ,per quorum medium belle co-Tufcans ingreditur aur or a. Du Cange, ad verf. Paul. Silen. 27^, fie interpretatum. Ailleurs ce favant officier de l’empereur Juftinien , en parlant des. autres fenêtres de cette églife, avait admiré le bel effet que ces vitres
- mais quelquefois une feule ouverture
- y produifaient : Lucentium feneftrarum ar-cusfabricaverunt,per quas auricoma lumen aurorœ cmittitur. îb. poftlacunam verf. 9a, du Cange cite Gillius fur la quantité prodi-gieufe de fenêtres vitrées, dont elle était ornée : Ad arcus duos ,,feptentrionalem fcili-cet & meridionalem, curvatui am Jharn in areu fubjlruêlam habenty te nui pariete fe-neftrellis vitreis pleno. Ib. ex Gillio. Enfin l’auteur inconnu, dont le P. Combefis nous donne la traduétion, parmi celle de différens auteurs grecs qui ont fait l’éloge de ce magnifique temple, parle auffi de ces fenêtres : Dia ton hyeliôn outônta, id eft ,per vi~ treasportions. Manipul. orig. rerumq. Confi-tantinopol. var. aut. à F. Franc. Combefis, ord. prædicat. reddit. & not. illuftr, ex inc* aut. n. 24.
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- au milieu du comble , par laquelle les facrificateurs puflent appereevoir le ciel pour prendre les augures , nous ne pouvons y trouver aucune indication utile à notre fujet. (a) Cherchons-en donc dans la conftrudion des baliliques.
- f2. Les Romains, d’après les Grecs, donnèrent le nom de bafiliques à des bàtimens publics , où les rois d’abord, enfuite les magiftrats ,rendaient la juL tice à couvert. Ces tribunaux étaient ainli diftingués du Forum,oh ils tenaient leur féarice en plein air. Les baliliques étaient compofées de vaftes falles voûtées & de galeries élevées fur de riches colonnes. Des deux côtés étaient des boutiques de marchands, & au milieu une grande place pour la commodité des gens d’affaires. Les tribuns & les centumvirs y rendaient la juftice , & les jurif-confultes ou légiftes gagés par la république y répondaient aux confultations. Il y en avait à Rome plulieurs qui portaient le nom de leurs fondateurs. Les principales étaient les baliliques Julio., Porcia, Siciniana , Cala, Lucia , Sejjo-riana. Elles étaient fort éclairées par de grandes fenêtres percées dans la partie du bâtiment la plus élevée, afin que le jour qui venait d’en - haut caufàt moins d’éblouiffement & communiquât affez de clarté pour lire les mémoires des parties qui venaient y confulter. ( b )
- Quelques-unes de ces baliliques furent accordées aux chrétiens par l’empereur Conftantin, pour leur fervir d’églifes dans les tems de liberté. Ciampini, que je prends ici pour guide, comme l’auteur qui s’eft le plus étendu lur cette matière, qu’il dit lui-même que perfonne n’avait traitée avant lui, fait ainli la defcription du nombre & de l’étendue des fenêtres de ia balilique Sicinienne (c). Cette balilique, dit-iî, dont il eft parlé dans Am-mien Marcellin, lib. 27, hijl. part. 1, qui du tems du pape Simplice, & peut - être avant lui fous Conftantin, ayant été changée en une églife de chrétiens 8c dédiée par ce faint pape fous l’invocation de faint André in Bar-
- (a) Voyez,fur laconftruction des tem- dédié à M. Bontemps, Paris, 1700, p. 403, pies des païens, le Journal de Trévoux, fécondé partie d’octobre 1759, pag. 2979 & fuiv. Joan. Ciampini, Vctera rnonirnenta, part. I, pag. 4 ; D. de Montfaucon, Diarium italicum , page 166. M. l’abbé de la Porte , dans fon Voyageur Français, après avoir reconnu une grande obfcurité dans ceux de leurs temples, qui ont échappé à l’injure des'tems, en attribue la caufe au be-foin qu’ils en avaient pour la célébration de leurs myfteres.
- (b) Ciampini, 1. c. L’auteur du Sant-Evremoniana, ou Dialog. des nouv. dieux,
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- remarque que les Romains ne s accordaient pas dans la maniéré dont le barreau devait être. “ Caton, dit-il, voulait que le plan-„ cher fût tout hériffé de pointes, pour dé-„ chirerles pieds des plaideurs. Marcellus, „ au contraire , voulait qu’il fût toujours „ bien couvert contre les rayons du foleii „ & contre les injures du tems, afin d’in-„ viter plus de monde à y venir multiplier „ les conteftations. „
- ( c) Ciampini, loc.cit. Son ouvrage eft divifé en deux parties, & imprimé à Rome, la première en 1690, la fécondé en 1699.
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- b ara. & qui depuis fut profanée & pillée; cette bafilique était éclairée par dix grandes croifées ou fenêtres, fans y compter la grande fenêtre du portail, dont chacune contenait vingt-deux palmes & demie de hauteur fur quinze palmes de largeur. (<s)
- 5*4. La bafilique Seiforienne était, continue-t-il, éclairée de fenêtres en plus grand nombre & d’une plus grande étendue que la précédente. Chaque fenêtre des murs collatéraux portait cinquante palmes de haut fur vingt de large (£), & celle du portail trente palmes de hauteur fur vingt de largeur (c). Il y avait auffi des bafiliques d’une moindre étendue de bâtiment, & dont par conféquent les fenêtres étaient moins amples. Elles fer-vaient aux écoliers pour s’exercer dans la déclamation ; ce qui donne lieu à M. l’abbé Fleury de dire que les premières églifes des chrétiens reflemblaient beaucoup à des écoles publiques.
- Le nom de bafilique paifa par la fuite aux édifices confacrés au culte du vrai Dieu & à çeux qui furent bâtis fur les tombeaux des martyrs. Les premiers auteurs de ces bafiliques chrétiennes de nouvelle inftitution admirent dans leur conftru&ion à peu près les mêmes proportions que dans celles des païens. Cependant le -goût de Vitruve, qui aimait à donner beaucoup de jour à fes édifices ( d) , ne fut pas toujours la réglé des architectes de ces premiers teins de liberté, comme nous allons le voir.
- 56. La bafilique de faint Paul à Rome, commencée par ordre de l’empereur Valentinien le jeune , & finie aux frais du pape Honorius, avait trois nefs. Elle était percée de cent vingt fenêtres. Celles des nefs avaient chacune vingt-quatre palmes de hauteur fur douze de largeur (e). Celles de la croifée portaient quarante palmes de haut fur vingt de large (/) , & chacune était furmontée par une autre fenêtre ronde, ou en œil-de-bœuf, de douze palmes de diamètre (g). Il eft à préfumer que ces fenêtres, fur-tout du côté de leur plus grande expofition au foleil, étaient fermées par des jaloufies qui en écartaient les rayons les plus nuifibles; & mon auteur m’apprend que dans la bafilique de faint Clément, une des plus anciennes de Rome , il y avait trois fenêtres, entr’autres, dont la furface était en pierre évuidée & percée à jour en forme de jaloufies. (A)
- (a) Quinze pieds fur dix pieds. notes, liv. VI, ch. 6, page 207, cdit. de
- (h) Trente-trois pieds quatre pouces , 167;, à Paris , chez Coignard.
- fur treize pieds quatre pouces. ( e ) Seize pieds fur huit.
- (c) Vingt pieds fur treize pieds quatre (/) Vingt-fix pieds huit pouces fur treize
- pouces. _ ' pieds quatre pouces.
- (d) Vitruve prenait, pour établir la hau- (g) Huit pieds de diamètre.
- teur des fenêtres qu’il faifait ouvrir, une (h) Veter. monim. part. I, pag. 19. La-
- moitié de la largeur convenue, qu’il ajou- pideatres feneftrœ retis ad inftar perforât a, tait à cette largeur entière. Voyez la tra- qua tranjenna dicebantur. dudion de Vitruve, par Perrault, avec des
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- 57. La bafiiique des faints martyrs Jean & Paul, d’une conftrudtion du quatrième flecle j, était éclairée de chaque côté de treize fenêtres & de cinq autres au portail, dont chacune avait quinze palmes de haut fur cinq de large,
- () 8c était furmontée d’une ouverture ronde de cinq palmes de diamètre.
- () Les fenêtres de la bafiiique de fainte Sabine, en même nombre que celles de la.précédente , portaient vingt palmes de haut fur dix de large, (c) Celles de l’églife bâtie en l’honneur des faints Corne & Damien, qui existait encore vers la fin du 17e fiecle, portaient dix-huit palmes de haut fur feize de large (d). Enfin l’ancienne églife du Vatican était percée de quatre-vingt fenêtres, d’une hauteur & d’une largeur Surprenante, Suivant les plans qui en ont été levés avant la démolition. C’efl: fur les plans confervés dans les archives' de ces différentes églifes, dont un grand nombre a été reconfi-truit à neuf, que Ciampini nous a donné, félon qu’il le témoigne, toutes ces différentes mefures. On peut, de tout ce que nous venons d’établir, inférer que toutes les grandes bafiliques, même celles qui ont été conftruites avant Conftantin, étaient fort ouvertes par la multiplicité & l’étendue de leurs fenêtres.
- fg. La première églife des chrétiens, dont nous ayons une defcription exaôte, eft celle que Paulin, évêque de Tyr, y fit bâtir. Le plan de cette ancienne églife fervit de modèle à celles qui furent bâties après par les autres nations. Cette églife, fuivant la defcription qu’en donne M. l’abbé Fleury, d’après Eufebe, ( e ) parait tenir beaucoup plus de la conftrudion des plus fameux temples des païens, que des celle de balifiques dont nous venons de parler. Or, fi l’on en croit M. Perrault dans fes notes fur Vitruve, où ce lavant examine la différence des temples & des bafiliques , (/) dans celles-„ ci les colonnes étaient au-dedans des bâtimens, & dans les temples elles ,, étaient au-dehors & formaient une enceinte autour de la muraille du de-„ dans du temple, appellée ctlla, qui était un lieu obfcur , dans lequel le jour „ n’entrait d’ordinaire que par la porte.,,
- f 9. Le paffage de M. l’abbé Fleury mérite d’autant plus d’attention qu’il nous fournit, d’après un auteur contemporain à ces nouvelles conftru étions des églifes d’Orient , l’idée la plus claire 8c la plus décifive de la maniéré dont les premiers chrétiens Orientaux fe fermèrent dans leurs églifes contre l’intempérie de l’air. Ce que nous en avons déjà dit ne deviendra que plus clair, par ce que nous allons copier de cet exaét hiftorien. Cf La cour d’en-
- ( a) Dix pieds fur trois pieds quatre pieds huit pouces, pouces. ( d ) Douze pieds fur dix pieds huit pouc.
- ( b ) Trois pieds quatre pouces de dia- ( e ) Difcours fur Vhiftoire eccléfiaftique. znetre. (/) Perrault fur Vitruve, 1673, liv. V,
- (c) Treize pieds quatre pouces, fur fix chap. 1, pag. 141.
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- ,, trée de l’églife de Tyr était, dit-il (a), environnée de quatre galeries fbu-„ tenues de colonnes, c’eft-à-dire, d’un périftyie. Entre les colonnes étaient-,, des treillis de bois ; enforte que les galeries étaient fermées, mais à jour. „ Les bas - côtés de la nef étaient éclairés par des fenêtres fermées de treil— „ lis de bois d’un ouvrage délicat, chargés de divers ornemens. „ Eufebe remarque de plus que le jour venait dans l’églife par le grand nombre de fenêtres dont elle était percée par le haut. ( b)
- 60. Le goût de placer ainfi beaucoup de fenêtres dans les églifes pafla dans l’Occident. Nous apprenons de Grégoire de Tours, lib. z, hijî. que celle que faint Perpétue, l’un de fes prédécelfeurs, y avait fait élever, était ouverte par cinquante-deux fenêtres; & nous avons vu Fortunat, contemporain de cet hiftorien, appliquer fouvent, dans fes poélies , l’épithete patulce aux fenêtres des églifes dont il y parle, pour en exprimer la grande étendue, quoiqu’il y en eût auffi de petites, comme en Orient, fuivant la de£ cription de l’églife de fainte Sophie.
- 61. Ici le prélat Ciampini ne diffimule point une difficulté qui naît delà différence des fentimens des favans fur la plus ou moins grande étendue des bâtimens & des fenêtres des églifes que l’on regarde comme les plus anciennes. Les uns prétendent déterminer leur antiquité fur la plus petite étendus de leurs fenêtres. Ils prétextent, pour raifon de leurs fentimens, que les premiers chrétiens, accoutumés dès les tems de perfécution à ne célébrer les faints myfteres que dans des cryptes ou lieux fouterreins ,qui ne tiraient de jour que par de petites fenêtres fort étroites & en petit nombre , n’avaient rien voulu changera un ufage qui d’ailleurs écartant toute diffipation, entretenait le repos qu’une fombre retraite procure à l’ame. L’opinion des autres, au contraire, eft que les plus anciennes bafiliques , conftruites par les premiers empereurs chrétiens, fe reffentirent de la grandeur majeftueufe de leurs auguftes fondateurs; qu’un jour abondant nous entretient dans une certaine lerénité d’ame qui n’eft pas fans édification de la part de ceux que nous voyons dans ces faints lieux, & par qui nous y fommes vus ; que d’ailleurs il eft befoin d’un auffi grand jour pour célébrer les faints myfteres & pour les lectures faintes qui fe failaient dans les églifes , que pour celles des mémoires à confulter des plaideurs dans les bafiliques des gentils; enfin que les vertiges qui nous relient des anciennes églifes prouvent également leur antiquité par le grand nombre & l’amplitude de leurs fenêtres.
- 62. A ces deux différentes opinions, Ciampini répond que dans ce qui
- (a) Fleury , Hift. ecdef. in-12, tom. III, par M. de Valois : Diverfos difpofuit adi-
- pag. 4 & fuiv. tus , quitus copiofum lumen fupcrne in
- (b) Voyez la traduction latine d’Eufebe, œdeni diffunderetur.
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- nous refte des anciens monumens des églifes des premiers chrétiens, il s’en trouve, en eifet, qui ne font point éclairés, ou qui le font très-peu , & d’autres ouverts par de grandes fenêtres 5 que les uns & les autres peuvent également dater d’une haute antiquité. Par rapport aux premiers, il prouve qu’elles avaient appartenu à des monafteres de religieux ; que leur unique occupation dans les églifes étant de méditer & de prier, ils n’avaient pas befoin d’un lî grand jour j que toutes celles, au contraire, qui étaient occupées par l’évêque & fon clergé , ne pouvaient être trop éclairées. Il était intéreifant d’ailleurs , continue notre auteur, à l’évêque & à fes miniftres, de s’aifurer par eux-mêmes de l’aiîiduité des fideles aux iaints offices, aux inftrudions & à la participation aux facremens , & de fe procurer auffi à eux-mêmes les moyens de faire leurs fondions avec plus d’aifance & de fureté. Il ajoute que, s’il fe trouve quelqu’une de ces anciennes églifes moins éclairée que les autres , même celles où les fideles s’aifemblaient, fà conftrudion 11e remonte pas plus haut que l’irruption des Vandales, qui, après le ravage & le trouble qu’ils portèrent dans l’Italie , fe chargèrent de'relever enfuite les églifes qu’ils avaient renver-fées ; que ces peuples fuivirent, dans leurs nouvelles conftrudions , le goût & l’ufage de leur pays ; qu’accoutumés à ne percer que des jours fort étroits dans les édifices des contrées froides d’où ils étaient fortis, ils ne voulurent s’alfujettir qu’à leurs ufages , fans adopter ceux du peuple qu’ils avaient fub-jugué ; & que telle fut l’origine de la perte du goût dans l’architedure.
- 63. Les fenêtres des églifes étaient, ou rondes, ou quarrées , ou ceintrées. Elles étaient la plupart divifées par plufieurs meneaux de pierre ou de marbre & elles gardaient entr’elles une telle analogie qu’il eft aifé de reconnaître par leurs formes celles qui font d’un même tems ou d’un fiecle différent.
- 64. En voilà alfez fur les fenêtres des églifes confidérées jufqu’à la fin du fixieme fiecle. Quant à celles des palais & des maifons des grands, elles n’étaient pas d’une grande étendue. Elles étaient ordinairement quarrées, ou plus, larges que hautes , mais divifées par meneaux de pierre ou de marbre. On en voyait encore d’anciens monumens à Rome au-delà du Tibre, au tems de. Ciampini, c’eft-à-dire, vers la fin du dix-feptieme fiecle , fur-tout dans les ruines d’un ancien palais auprès de l’églife de faint Etienne in Rotundo„ Mais le verre qu’on employa dans ces fenêtres , était-il blanc , ou coloré ï C’eft ce que nous allons examiner.
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- -s,--.,.:..:ü.Æi=^iîia= -=?
- CHAPITRE V.
- A/ le premier verre qu'on employa aux fenêtrey rfej églifes était blanc ou coloré, a <?£<? la première maniéré d'être de la peinture
- fur verre.
- 6^. jL’usage du verre de couleur fut toujours plus familier aux anciens , que celui du verre blanc. Nous avons vu que les Egyptiens & les Grecs efti-maient mieux le verre coloré, quoiqu’ils en fabriquaient de très-blanc & d’une belle tranfparence ; qu’au contraire, celui des verreries des Romains étant peu tranfparent & tachant les objets de nuances vertes, leur verre de préférence était le bleu, comme plus exempt de bouillons & ne prenant aucuns fels ; qu’ils ne s’étaient jamais avifés de faire ulàge , pour leurs fenêtres , de verre blanc ; qu’ils ne l’employaient que dans leurs pavés ou fur leurs murs , où la tranfparence était plus nuifible qu’avantageufe. Lorfque la coutume s’introduifit dans le troifime fiecîe de garnir de verre les fenêtres des églifes , l’hiftoire ne nous dit pas s’il était blanc ou coloré. Le peu de détail qu’elle nous fournit fur cette matière, nous préfente tant d’incertitude, que nous fommes obligés de nous renfermer dans les conjectures qu’elle nous met à portée de tirer.
- 66. Le plus ancien auteur qui nous donne lieu de penfer que les vitres des églifes étaient de verre de couleur, eft Grégoire de Tours. Cethiftorien raconte ( a ) qu’un particulier ayant conçu le fhcrilege deifein de voler une églife fort riche d’un des fauxbourgs de cette ville, & n’ayant pu furpren-dre la vigilance des facriftains ou gardiens de cette églife , s’avifa, faute d’un meilleur butin , d’en détacher les vitres de leurs chajjis, & de les emporter pour faire quelqu’argent du verre qu’il en retirerait. Il fit fi route par le Berry, où ayant mis ce verre en fufion à un feu violent pendant trois jours con-fécutifs, il n’en put former que quelques malfes informes qu’il vendit depuis à des marchands étrangers. D’après ce récit, ne pourrait-on pas conje&urer que le mérite de ces vitres ne confinait que dans leurs couleurs, & que leur éclat féduifant avait fervi d’appât au voleur qui les détacha , & aux marchands qui lui comptèrent le prix des pâtes qu’il en avait formées ? Certainement des malfes informes d’un verre blanc fale, n’auraient pas donné une tentation il violente au premier; & ces malfes brutes, fans couleur, fondues par un homme, peut-être fans expérience dans la verrerie, n’auraient pas été d’un fi grand attrait pour les féconds. Ajoutons encore, pour appuyer cette cou-
- (a) Lib. I, cap. 59. De gloria martyrum : Fenejiras ex more habens ( ecclefia ) qtta vitro tignis indufo daudumur.
- jedlure.
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- je&ure, l’admirable effet que le foleil levant produisit au travers des vitres dans les églifes , effet fi préconifé par Fortunat dans fes poéfies, & par Paul le Silen-tiaire , dans fa magnifique defcription du temple de fainte Sophie. Or cet effet ne peut guere s’entendre que du verre de couleur: le verre blanc ne produit pas ordinairement au lever de l’aurore un effet fi remarquable. D’ailleurs, l’u-(age du verre coloré ne devait point être rare dans nos Gaules, dans un tems où, au rapport de Fortunat & de Grégoire de Tours , on y en employait-une grande quantité pour les tableaux de mofaïque, dont on revérifiait les voûtes & les murs des églifes qu’on y conftruifait de toutes parts : car la pratique des beaux-arts paraiffaitavoir abandonné depuis quelque tems la Grece & l’Italie, pour paffer en France, où ils prirent de nouveaux accroiifemens depuis le commencement du feptieme fiecle jufques vers le milieu du neuvième. Ainfi donc un premier efîai du verre de couleur aux fenêtres en amena la mode , & le bel effet en perpétua l’ulàge.
- 67. Il ne nous refte plus de veftiges de ces anciennes bafiliques qui, la plupart bâties en bois, font devenues la proie des flammes, & dont celles qui avaient le plus long-tems fubfiflé, venant à menacer ruine, furent démolies & rebâties dans l’onzieme fiecle. Il ne nous ferait peut-être pourtant pas fi difficile de retrouver quelques portions des vitres qui en formaient les fenêtres. Ces vitres , formées de verre de plufieurs couleurs, n’étaient-elles pas d’un certain prix? Et celles qui échappèrent aux atteintes du feu, ou qui relièrent des démolitions des anciennes églifes, méritaient bien, vu l’eftime qu’on en faifait dans ce tems, d’être confervées dans des magafins, pour être remployées par la fuite dans les nouveaux édifices. C’eft ce que je crois être en droit d’augurer de plufieurs panneaux de vitres en compartimens de verre de couleur, taillées en forme de cives ( a ), que l’on diftingue encore dans les amortiffemens des hautes formes de vitres de l’églife de Paris. On n’y remarque aucun trait de peinture, quoique les frifes des mêmes formes de vitres (oient affez richement peintes en feuillages & rinceaux qui datent du quatorzième fiecle.
- 68- Cet ufage 11e fe renferma pas dans la France. Les royaumes voifins en fentirent l’utilité & l’agrément. Ils fe i’approprierent, l’Angleterre dès le feptieme fiecle, l’Allemagne & l’Italie dans le huitième, & les pays du Nord dans le neuvième. f
- 69. Les Anglais , vers la fin du feptieme fiecle , ne favaient encore ce que c’était que verrerie ni vitrerie, jufqu’à ce que faint Vilfrid eût fait venir de
- (a) C’eft ainfi que Fëlibien , Principes ment les vitres , encore d’ufage en Alle-d'circhiteBure, Çÿc. Paris, 1690, p. 248 magne, & que les vitriers Allemands ap-& 7 , appelle de petites pièces de verre pellent cibles.
- de forme ronde, dont on faifait anciennc-Tome XIII.
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- France des vitres & des vitriers, pour fermer les fenêtres de fa cathédrale d’Yorck, que faint Paulin avait fait bâtir. “ Chofe nouvelle en ce pays, dît 5, M. l’abbé Fleury, & néceifaire contre la pluie & les oifeaux. (a) ,, C’eft le même hiftorien qui nous apprend (A) , après le vénérable Bede & les aétes des évêques d’Yorck, que faint Benoît Bifcop étant palfé en France, cinq ans après faint Vilfrid, en emmena des maçons pour conftruirc l’églife & les bâtimens de fon monaftere de Viremouth, dans la Grande - Bretagne ; que peu de tems après il en tira des verriers & des vitriers , qui y firent les premières vitres qu’on ait vues dans ce royaume , & en garnirent les fenêtres de l’églife & du monaftere; & que ce fut des Français que les Anglais apprirent l’art de la verrerie (c) & celui de la vitrerie. Ils ne tardèrent pas à s’y rendre habiles ; car les faillis évêques Villehrod, Oiiinfrid & Villehade , Anglais d’origine , en portèrent dans leurs millions la connailîance pratique chez les nations Germaniques.
- 70. Ces faints prélats, en chalfant du milieu de ces peuples les ténèbres du paganifme par le flambeau de l’évangile, ne dédaignèrent pas d’y porter aufli la connaiflance des arts utiles : non par efprit d’avarice ou d’intérêt per-fonnel, mais dans la vue d’y détruire cette oifiveté pernicieufe, fource du brigandage & de la cruauté. Ainfi ces peuples, s’accoutumant au joug de la religion chrétienne, remplacèrent par des travaux utiles à leur patrie & à un bon gouvernement, ces occupations de fang & de carnage, où les conduiraient auparavant leur naturel féroce & la corruption de leurs moeurs.
- 71. Les faints Anfchaire &Rembert, premiers apôtres de la Suede & du Danemarck , civiliferent *de même les mœurs des peuples de ces deux royaumes , par l’enfeignement des arts utiles, en même tems qu’ils travaillaient à les convertir à la foi. On ne faurait donner d’époque plus ancienne de l’ufage des vitres dans le Nord, que la converfion de ces peuples, qui s’opéra dans le courant du neuvième fiecle.
- 72. Quant aux Italiens, qui connurent & pratiquèrent fi bien l’ufage du verre de couleur dans les ouvrages de mofaïque, il ne paraît pas que l’idée d’en garnir les fenêtres des églifes leur foit venue avant le huitième fiecle. C’eft la remarque que fait M. l’abbé Fleury, fur un paflage d’Anaftafe le Bibliothécaire , qui porte que le pape Léon III fit mettre des vitres de couleur aux fenêtres de l’églife de Latran (d). Il dit que “ c’eft la première fois, à
- (a) Hijloire ecclefafique, in-12 , édit. (d) Fenejîras de abfida ex vitro diver-de 1740, tome VIII, ann. 670, p. 527. fs coloribus concluft. Anaftaf. Bibl. in vit.
- (Z>)/dem, tome IX, vers l’an 675,p. 16. Leon. III, fub anno 799. Ex typogr. reg.
- (cj II fait aujourd’hui parmi eux une pag. 139. Fleury, Hifioire ecclefafique, branche de leur commerce dans leurs co- in-12 , tome X,page 158-lonies.
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- „ fa coimailTaiioe , qu’il a etc parlé de cet ufage. „ J’ajoute, en termes (i
- clairs.
- 73* L’emploi du verre coloré aux fenêtres des églifes donna nailfance à ia peinture fur verre. Il eft , fi l’on peut parler ainlï, La première maniéré d'être de ce genre de peinture ; car on a commencé par former avec le verre
- coloré , des compartimens de toutes fortes de couleurs, avant de repré-
- fenter fur le verre même des fujets tirés de l’hiftoire. L’une & l’autre maniéré a fa fource & fon modèle dans la peinture en mofaïque. En effet, cet aiîèmblage de morceaux de verre colorés, tranfparens, agréables à la vue par leur diftribution & la-variété des couleurs, avait beaucoup de rapport avec le travail de ces ouvriers connus chez les Latins, fous le nom de quadratarii. Leur occupation particulière , que les anciens nommaient ars quadrataria , & qui tient à celle de nos marbriers, confiftait à décorer avec goût les planchers des failes des plus beaux édifices en pièces de rapport de marbre ou de verre de différentes couleurs & de diftérens calibres , quarrées, rondes, lozanges, ou à plufieurs pans ( a ). Ce travail différait de celui de ceux qu’ils nommaient mufivarii, en ce que ceux-ci favaient repréfenter des hommes, des animaux, des fleurs & des fruits, par raifem-blage de plufieurs petites pierres de marbres fins, d’émeraudes communes, de morceaux de verre coloré, quelquefois employés enfemble, quelquefois d’une feule efpece. Mais au lieu que les Italiens fe font toujours appliqués à ce genre de travail, les Français l’ont abandonné, & ont inventé fur fon modèle la peinture fur verre proprement dite , qu’on ne voit point s’être accréditée dans l’Italie avant le pontificat de Jules II, ni même fous quelqu’un de fes fuccefleurs. Nous allons nous occuper de cet art dans les chapitres fuivans; mais avant de finir celui-ci, il faut dire quelques mots de ce qui regarde la contexture ou liaifon de ces pièces de verre de couleur, dont les fenêtres étaient ornées au tems dont nous parlons.
- 7.4 La contexture ou liaifon de cet aflemblage de pièces de verre fe fit vraifemblablement d’abord avec le plâtre ou le mortier dans des vuides pratiqués dans la pierre même de la conftrudion des fenêtres , telles que font ces'pierres qui forment le tiffu de nos rofes dans les églifes, ou l’ornement de ces trop délicates baluftrades qui régnent autour de leurs combles. Nous en avons vu.des exemples dans ces fenêtres de pierre, percées à jour en forme de filets , in modum retis>, de la bafilique de faint Clément à Rome ,
- & dans le tenui pariete feneflellis vitreis pleno du temple de fainte Sophie. Elle fe faifàit encore dans des chafïïs de menuiferie évuidés & ornés : témoin le vitro tignis inclufo de cette églife, dont parle Grégoire de Tours. Mais
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- (fl) Voyez notre Fffai fur la peinture en mofaïque.
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- nous voyons dans la fuite l’abbé Didier (<z) faire contrafter les vitraux de de fer remplis de panneaux de verre enchâffé avec le plomb, dont il orna le fantftuaire, la nef & le portail de Péglife de l’abbaye du Mont-Cafîin, avec les fenêtres en plâtre dur, percées à jour & remplies de pièces de verre, dont il décora les galeries qui régnaient à chaque partie latéiale (/>). C’eft cette derniere liaifon que Saumaife nomme, après Philoponus, auteur grec du fixieme au feptieme fiecle , Gypjon plafiken technen, à laquelle ce favant ajoute que fuccéda la jointure des vitres avec le plomb. ( c)
- 7y. Nous trouvons encore l’expreiîion de cet ancien ufage dans l’amor-tilfement de la partie ceintrée des fenêtres qui font d’une forme gothique. Cet amordlfement eft rempli de différens ordres de pierres évuidées & percées, fuivant le goût du tems, que les vitriers connailfent même actuellement fous le nom de remplijfages, & qui fert de couronnement aux pans de vitres de deffous , formés par les meneaux de pierre qui les féparent.
- 76. Si l’on peut mettre au rang des arts utiles, que les befoins naturels firent éclorre dans les différens âges & dans les difïèrens pays, l’invention de fermer les fenêtres avec le verre , fur-tout dans les pays froids; cet art acquit un double mérite, lorfque nos ancêtres ajoutèrent à l’utilité de ces cloifons tranfparentes l’agréable effet de la variété du verre de différentes couleurs. C’eft ce que nous avons appelle La premiers manière d'être de la peinture fur verre ; mais combien cette utilité ne s’accrut-elle pas, lorfqu’en lui confervant ce qu’elle avait d’agréable, on l’employa à repréfenter des fujets d’hiftoire ? Et c’eft ce que nous allons confidérer comme la peinture fur verre proprement dite.
- ( a ) Leonis Oflicnfls opéra , enfuite des ouvrages d’Aimoin , recueillis par dom du Jîreul, bénédi&in de Saint - Germain-des-Prés, Paris, 1603, lib. III, cap. 27 , pag. 6oç , & cap. 31 , pag. 613. Feneflras om-nes navis & tituli phimbo ac vitro compatis tabulis ,ferroque connexis incluft.... Illas quidem ( feneflras ) qua in naviflunt, plumbo fmul ac vitro compatis tabulis ferro ligatis incluft. . . Porro in fron-tifpicio ecclefla ipfus feneflras très, unam-que ïn abflda flmili décoré perfici jujjït.. .
- Qua vero in laterïbus utriujque porticus flunt { feneftræ) gypfleas quidem flfled aque pulchras ejfecit.
- ( b) Ces galeries dans les monafteres étaient des efpeces de parloirs ( locutoria ) où les religieux recevaient les vifites des perfonnes du dehors.
- (c) Plinian. Exercit. tom. Il, p. 771, Trajeéti ad Rhenum , 1 ç89. Lamina vitrea, qua flve flnt tejfera, flve orbes, invicern gypfo committebantur, hodieplumbo com-mittuntur.
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- CHAPITRE VI.
- De la peinture fur verre proprement dite.
- 77. jL,es premiers tems de la peinture fur verre proprement dite, que nous regardons comme la fécondé maniéré d’employer le verre de couleur aux fenêtres des églifes, font incertains : on peut néanmoins en regarder l'invention comme poitérieure d’environ trois fiecles à la première maniéré. Pour répandre ici quelques lumières favorables à ma conjecture, j’examine d’abord quel fut l’état des arts en France depuis l’empire de Charlemagne , c’eft - à-dire , depuis la fin du huitième liecle jufqu’à la mort du roi Robert, décédé vers le tiers de l’onzieme.
- 78. Les arts,ain(î que les fciences & les belles-lettres, acquirent plus de fplendeur fous Charlemagne qu’ils n’en avaient eu fous Pépin fon pere. Cet empereur s’était particuliérement attaché à rendre la France remarquable par la fomptuolité de fes grands édifices , foit en réparant ceux qui avaient-été ruinés par les Sarrafins, foit en en faifant conftruire de nouveaux dans toute les provinces du royaume. Sous fon empire, dont la durée fut de près d’un demi - fiecle , l’architecture fut cultivée principalement dans l’Occident, & fur-tout en France.
- ,79. On ,ne voit pas néanmoins que la peinture, la fculpture & la gravure ou cizelure fur tous métaux aient fait de grands progrès fous fes aufpices. On deilina moins mal fous Louis le Débonnaire j c’eft - à - dire, depuis le commencement du neuvième fiecle jufques dans le dixième, plus mal dans l’onzieme & dans le douzième. Dom Mabillon nous a confervé des dellins de quelques peintures & fculptures des dix & onzième fiecles. Ces monumens, comparés èntr’eux , fervent à prouver combien le goût du deiîin dégénéra en moins d’un fiecle dans notre France. Il ne faut pour cela que jeter les yeux fur la planche, où eft repréfentée la fculpture grofiiere de la voûte de la chapelle de l’églife de l’abbaye de la Trinité à Vendôme, conftruite en I0f2 , dans laquelle on conferve la fainte Larme, 8c la rapprocher du deiîin des peintures qui ornaient le livre de prières de la reine Herame, femme de Lothaire , ou encore de cette table d’autel, découverte vers l’année 948 , fur laquelle font fi élégamment repréfentés les fymboles caradtériftiques des quatre évangéliftes. (a) On peut juger d’ailleurs du goût du deiîin de Pon-zieme fiecle , par ce qui nous refte des bâtimens conftruits fous le régné du
- 1 ( a ) Voyez les tomes III & IV des Annales de l'ordre defaint Benoit, par D. Jean MabiÙon.
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- roi Robert. Les fculptures des chapiteaux des colonnes & des piliers repré-fentent des performages d’un goût très - groffier & d’une exécution^rès - informe.
- 80. Au refte, les arts qui dépendent du deftm ont été fujets à des révolutions étonnantes. On ne peut confidérer {ans admiration un ornement que l’on conferve dans le tréfor de l’églife de Paris , & que l’on y connaît fous le nom de V ornement de La Trinité, parce qu’on s’en fert ce jour-là fèul à la mefle. L’art & la richeffe s’y font également diftinguer. L’année dans laquelle il fut fait, y eft clairement défignée fur des banderoles d’un fond de foie blanche, remplies en foie noire, fur lefquelles on lit en caraéteres du neuvième fiecle : (a ) Hoc opus injigne fecit fieri domnus Henricus Keddekln de Fejjalia, capellce Thojan. Per magijîrum Jacobum anno 888. ( b )
- 81. Cependant, quelles que fuient ces révolutions, les arts ne s’éteignent
- jamais entièrement; dans leurs plus mauvais tems, il s’eft toujours trouvé quelqu’un qui les a pratiqués avec quelqu’étendue , & qui, confervant au milieu de l’ignorance, qui avançait à grands pas, une certaine portion d’intelligence de ces arts, l’a tranfmife à d’autres. Ces derniers, par leur application, les rappellerent à la vie.. Le goût a paru en effet quelquefois fe dépraver, les lumières s’obfcurcir ; mais les principes fondamentaux, les élé-mens de ces arts, même de ceux qui tombaient le plus en défuétude , n’ont pas été anéantis. On s’en eft dégoûté pour un tems ; on y eft revenp dans d’autres , fou vent avec avantage pour ces arts, qui, à raifon de leur importance ou de leur nécefîîté, félon les circonftances , acquirent & perdirent tour-à-tour quelque degré de fplendeur. }
- 82. Quant à la peinture fur verre proprement dite , il eft vraifemblable^
- qu’elle ne commença à fe montrer que vers le commencement, de l’onzieme’ fiecle. C’eft dans ce tems que l’on conftruifit fous les ordres du roi Robert" un grand nombre d’églifes dans plufieurs provinces de France. Il paraît même’ que la première maniéré d’ètre de ce genre de peinture s’y prolongea juC-* ques dans le douzième. :
- (æ) On peut comparer ces caraéteres avec ceux que M. l’abbé Pluche nous fournit dans fa Paléographie, pour exemple de l’é.criture de ce fiecle. Spectacle de la nature , tome VII, entret. 20 , pl. 24.
- (. b ) Ce chronogramme en chiffres arabes du neuvième fiecle, peu connu des Européens avantl’onzieme,d’une part;del’autre la delicateffe de la broderie des figures qui fervent à orner la chafuble fur - tout, ont donné liea de croire à quelques fayans,
- qu’on ne peut attribuer cet ouvrage qu’à quelqu’un des meilleurs artiftes de laPerfe, à qui pour lors la pratique du chiffre arabe pouvait être plus familière, àcaufe du voi-, finage de ces deux peuples. Les archives , de l’églife de Paris , que j’ai confultées , ne font aucune mention de ce dom Henri Ked-} dekin de Veffalie. On n’y connaît rien du nom de la chapelle à laquelle il fut deftiné, ni du tems, ni de la maniéré dont il a patte en propriété à cette églife.
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- 8j. Nous avons déjà témoigné notre furprife de ce que l’ufâge du verre aux fenêtres fût relié pendant plufieurs fiecles inconnu aux anciens , qui l’employaient fi induftrieufement à tant d’autres ulàges. Nous ne fournies pas moins étonnés de ce que l’idée de la peinture fur verre proprement dite, ne foit venue à nos aïeux que trois cents ans, ou environ, après le premier emploi du verre aux fenêtresj & ce, dans des fiecles même de barbarie, dans des tems proprement appelles des tems d’ignorance, devenus tels par l’irruption des peuples du Nord, ennemis & deltrudeurs des arts.
- 84- C’est cependant à cette ignorance & à cette barbarie même , que nous fournies redevables de l’invention de cet art. Nous en trouvons la fource dans la piété des fajnts évêques & des religieux abbés qui étaient à la tète des plus célébrés monafteres du douzième fiecte. Seuls dépofitaires, ainfi que leur clergé & leurs religieux, des fciences & des arts dont ils avaient recueilli les précieux relies ; honorés de la protection des fouverains , ils if épargnèrent, dans la conftru&ion des églifes dont ils fe chargèrent eux-mêmes, rien de ce qui pouvait contribuer alors à étendre le régné de la piété & l’amour de la religion , & regardèrent la multiplication des peintures comme un moyen très-utile de parvenir à ce but. Ils crurent que c’en ferait un très - fur de détruire l’ignorance des fideles confiés à leur follicitude paliorale, dans un tems où lion-feulement le peuple ne lavait pas lire, mais où les fouverains favaient à peine ligner leur nom au bas des a&es qui émanaient de leur autorité ; car, fans connaître la valeur des lettres dont il était formé , ils le delîinaient d’après le modèle qu’on leur mettait fous les yeux. Ces préiats ne fe contentèrent plus des peintures en mofàïque, dont leurs prédécelfeurs avaient orné les abfides de leurs églifes, avec cette dédicace, Sanctœ Plebi Dei, quî invitait les laïcs à les confidérer avec d’autant plus d’attention, qu’elles pa-railfaient leur être finguliérement adrelfées : ( a ) ils les firent palfer dans les fenêtres. Ils s’attachèrent de ces hommes qui ont toujours fait honneur à i’efprit, de ces artilies intelligens, que M. Piuche regarde comme les meilleurs livres après la nature, de ces hommes enfin qui, nés inventeurs, fe-courus par les éleves qu’ils s’appliquent à former, s’étudient à produire des êtres nouveaux, qui, en multipliant les ouvrages de commodité , favent les rendre aufli agréables qu’utiles. Ainfi la peinture fur verre devint un nouveau moyen, plus facile & moins long que celle en mofaïque, d’étendre & de perpétuer la mémoire des faits les plus remarquables, des rapports les plus eâentiels entre l’ancien & le nouveau teliament, & des ades des faints martyrs & confefîeurs, queJ’on propofaitau culte & à la vénération des fideles.
- 85. On fent aifément, par ce que nous avons dit fur le goût de defîïn de
- (fl) Voyez le chap. V de notre Ejfai fur la peinture en mofaique.
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- L'ART DE LA PEINTURE
- l'onzieme fiecle, que la peinture fur verre eut des commencemens très-grof. fiers, ainfi que tous les arts lorfqu’on les effaie. Félibien prétend ( a ) que , lorfqu’on voulut repréfenter en tranfparent fur le verre, des figures fans lesquelles point de peinture d’hiftoire, K on le fit d’abord fur le verre blanc, 3j avec des couleurs détrempées à la colle, comme pour peindre en détrempe. „ Mais parce qu’on reconnut, ajoute-1-il, que ces couleurs ne pouvaient „ réfîfter à l’injure de l’air, on en chercha d’autres qui, après avoir été cou-„ chées fur le verre blanc, même fur celui qui avait été coloré aux verre-„ ries, puifent fe parfondre & s’incorporer avec le verre, en le mettant au 3, feu: en quoi, dit - il, on réuffit très - heureufement, comme on en voit „ des marques par les plus anciennes vitres. „
- 86. Je ne fais dans quelles fources Félibien a puifé ces découvertes. J’ai beaucoup étudié tout ce qui regarde le verre, je ne les ai trouvées nulle part. Je ne puis donc les regarder que comme des conje&ures hafardées, qui pourraient perdre leur vraifemblance, en leur en oppofànt de plus folides. Au commencement de ce traité , ( b ) j’ai donné pour bafe à l’origine de la verrerie, le fentiment d’admiration qu’on eut pour les couleurs des différentes pierres naturellement colorées > j’ai établi les compartimens de marbres ou de verres de différentes couleurs fur le pavé, comme les modèles de la première maniéré d’ètre de la peinture fur verre ; & la peinture en mofaïque des voûtes & des murailles , comme le prototype de la fécondé maniéré ou de la peinture fur verre proprement dite : ( c ) or je penfe qu’il ne fut pas bien difficile à nos premiers peintres fur verre, la plupart experts , comme nous le verrons, dans les opérations chymiques , de trouver une couleur vitrifiable qui, s’incorporant avec les autres, leur fit repréfenter toutes fortes d’objets par des traits ineffaçables. Ce fut, à mon avis, la couleur noire , qui, appliquée dès les commencemens fur un verre d’un rouge pâle, fervit à former les linéamens , les contours des membres; & fur des verres d’autres couleurs , à marquer les plis des draperies. Voilà ce dont on reconnaît des marques dans les plus anciennes vitres peintes. Efîayons d’en développer le mécha-nifme, avant de fuivre cet art dans fes progrès.
- CHAPIT RE VIL
- Du mêchanifme de la peinture fur verre dans fes premiers tems.
- 87. Ce chapitre, comme le précédent, eft fondé fur de fimples conjectures : je les ai puifées dans l’étude que j’ai faite de l’exécution des anciennes
- () Principes d'architecture , liv. I, chap. 21, page 249.
- () Voyez le chapitre premier de ce traité^adcalcem.
- ( c ) Voyez le chapitre précédent. vitres
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- SUR FERRE. Partie I.
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- vitres peintes que j’ai été chargé de réparer, & dans les ulàges que nos peres nous ont tranfmis pour le faire. Je fuppofe d’abord dans nos anciens peintres fur verre une attention finguliere à fe pourvoir fuftifamment de tables de verre tranfparent de toutes fortes de couleurs plus ou moins foncées, néceffaires aux différentes nuances qu’ils devaient employer, & d’environ deux lignes d’é-paiffeur. C’était, avec l’étain & le plomb, le fonds principal de leurs atteliers. Je fens enfuite qu’ils devaient avoir reçu, long-tems avant de vitrer, des mains de l’architedle qui dirigeait la conftru&ion de l’édifice , le plan géométrique de la grandeur & de la forme des fenêtres qu’ils devaient remplir j ainfi que du propriétaire ou fondateur, l’ordre des fujets d’hiftoire ou d’ornement qu’ils devaient y faire entrer. C’était au peintre vitrier à faire, d’après ces plans & ces ordres, la diftribution de la quantité de tableaux qui devaient former chaque fenêtre, & des fonds fur lefquelsil devait les placer. Sur les mefures données par cette diftribution, il devait établir fon deflin, & l’arrêter en couleur fur fes cartons (a). Le trait du contour des figures qu’il avait à peindre, devait y être formé fi exactement, que les pièces prefqu’innombrables, dont chaque panneau devait être compofé, rapprochées l’une de l’autre, en obfervant de laiffer entr’elles la place de l’épaiffeur du cœur du plomb, puffent remplir avec jufteffe tout l’efpace auquel le panneau de vitres était deftiné. Il parait que ces cartons fe confervaient bien foigneufement par les entrepreneurs} car fouvent les mêmes fujets fe trouvaient répétés dans différentes églifes de différentes provinces, quelquefois bien éloignées l’une de l’autre. Telles font des vitres peintes d’un même tems dans l’églife des dominicains de Poiffy, dans la cathédrale de Cambray, dans celles de Clermont en Auvergne & de fàint Etienne de Limoges, qui fe reifemblent, en diftribution , deflin & exécution. Je penfe que ces cartons devaient être triples ; un pour fervir de modèle dans l’exécution, le fécond pour être découpé en autant de parties que les différens contours des membres & des draperies de morceaux de verre de différentes formes & couleurs j le troifieme enfin pour y établir dans leur rang les pièces de verre taillées fuivant les contours du deflin.
- 88. On penfe bien qu’il n’était pas poflible de découvrir le trait de ces contours au travers de ce verre très-épais & fort haut en couleur, comme on le découvre au travers du verre blanc. Or les cartons découpés levaient cet inconvénient. On diftribuait par ce moyen dans l’attelier à différens ouvriers la coupe du verre de chaque couleur différente. On donnait aux uns: une couleur, aux autres une autre. Alors ces ouvriers arrangeaient avec profit to utes les découpures de carton d’une même couleur fur une table de verre de cette couleur. Ils lignaient avec le blanc détrempé à l’eau de gomme & la drague,
- ( a ) Voyez l’Encyclopédie, au mot Carton,, article de M. Watelet.
- Tome XIII.
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- fur cette table de verre, les contours de chacune de ces différentes découpures,' pour les entre-taiiler enfuite. Les peintres vitriers n’avaient pas alors l’uftge du diamant pour couper le verre : il ne commença que vers le feizieme fiecle. Ou fe fervait à cet effet d’une pointe d’acier ou de fer trempé très - dur, qu’on promenait autour du trait, en appuyant affez fort pour qu’elle fît impreffion dans le verre. On hume&ait enfuite légèrement le contour entamé- On appliquait du côté oppofé, une branche de fer rougie au feu , qui ne manquait pas d’y former une langue ou fêlure , qui, par l’adivité de la chaleur du fer, fe continuait autour de la partie entamée. Alors , au fecours d’un petit maillet de buis , ou autre bois dur , dont on frappait les contours de la piece de verre tracée, elle fe détachait du fond fur lequel elle l’avait été (a). S’il reliait dans fes contours quelque partie fuperflue, car on pouvait lui donner quelquefois trop d’étendue, ne fût-ce que par l’épaiffeur du trait, on ajuftait alors furie fécond carton la piece taillée, de maniéré qu’elle fût toujours en-dedans du trait, pour laiffer la place du cœur du plomb dans lequel elle devait être agencée. On employait, pour enlever ce fuperflu une efpece de pince, ou des griffes de fer , ou , comme nous l’appelions à préfent, un grefoire ou égnjoire. Les petites dents, qui biffaient fur le bord des pièces coupées les écailles de verre enlevées par cet outil, entraient elles-mêmes dans la folidé de l’ouvrage î car chaffées avec un petit maillet de buis ou de plomb contre le cœur du plomb avec lequel on les joignait, elles l'effleuraient de très-prèè ; & ainfi retenues des deux côtés, elles confondaient l’enfemble du verre & du plomb fur lequel elles ne pouvaient gliffer.
- 89. Toutes les pièces ainfi coupées & groifées devaient être exa&ement rapportées dans leur rang fur le troifieme carton. Alors le peintre y traçait avec la couleur noire les traits des membres & les hachures des plis des draperies. Lorfque ces traits étaient fecs, on levait toutes les pièces d’un panneau de rang : on les étendait dans le même ordre dans la poêle à recuire fur un? ou plufieurs lits de chaux en poudre ou de plâtre bien recuit & taroifé, pour y parfondre, par la recuiffon , la couleur noire qu’on y avait employée. Après la recuiffon, lorfque ces pièces avaient atteint un jufte degré de refroidiffe-ment, on les retirait de la poêle dans le même ordre qu’elles y avaient été placées, pour les difpofer de nouveau fur le troifieme carton , & les donner à ceux qui étaient chargés de les joindre avec le plomb, pour en faire des panneaux.
- 90. On peut fur ce plan fe figurer que l’attelier d’un peintre fur verre* de ces premiers tems fur-tout, devait être fourni d’un grand nombre de dif-férens ouvriers. Je ne parle ici que des vitriers î car fi le peintre fur verre
- (a) Voyez fur les caiifes & le fuccès de cette opération, les Leçons de phyfique ca’~ jpnimentale de M. fabbé Nollet, tome IV, leçon XIV, page 349.
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- exploitait lui-même une verrerie pour fes verres de couleurs, la quantité d’ouvriers qu’il employait devait être bien plus confidérable. Pour s’en convaincre , il ne faut que confidérer un panneau de peinture fur verre des douze & treizième flecles, où la quantité de pièces qui le compofent eft prefqu’innombrable , & où il s’en trouve d’une fi petite étendue qu’on peut à grande peine la tenir avec les doigts.
- 91. Il fallait dans cetattelier, des defliiiateurs & des peintres pour arrêter & colorier les cartons , des découpeurs de carton & de verre , des groifeurs , des broyeurs de noir, des peintres fur verre pour y peindre les traits, des recuifeurs , des fondeurs de plomb & de foudure, dont il entrait une grande quantité dans ces ouvrages, des raboteurs de plomb pour le refendre des deux côtés & le mettre en état de recevoir les pièces de verre ( a ). Il eft certain que les metteurs en plomb, c’eft-à-dire ceux qui étaient chargés d’agencer & de joindre avec le plomb les pièces qui formaient l’enfemble des panneaux , arrêtaient leur ouvrage avec la foudure à fur & à mefure qu’ils en affemblaient les pièces : mais je penfe que, pour accélérer l’ouvrage, il y avait d’autres ouvriers employés à fouder fur le revers les panneaux que les metteurs en plomb venaient de finir. Ce font ceux que j’appelle des contre-foudeurs. Il fallait encore des pofeurs & des fcelleurs en plâtre ou mortier quand l’ouvrage était en place.
- 92. L’intelligence admirable. que l’œil du maître & des infpeéteurs ou appareilleurs entretenait dans ces atteliers , rendit cet ouvrage moins pénible & plus aifé à fe produire fréquemment. Si c’eft quelque chofe de prodigieux que la quantité d’églifes cathédrales, abbayes, collégiales, paroiffes même de villages, qui, fans fortir de la France, furent vitrées de cette maniéré dans les douzième & treizième flecles , & qui étaient fi percées de fenêtres que fouvent les vitres l’emportaient en étendue fur le corps du bâtiment; combien doit paraître étonnante la célérité avec laquelle ces fortes d’entreprifes s’exécutaient! On ne peut retenir fa furprife, quand on lit que l’églife de la fainte chapelle de Paris, commencée en 1242, fut achevée en 1247 & fe trouva clofe & en état d’être dédiée au mois d’avril 1248..... Entrons dans quelque détail fur les vitres peintes de ces deux flecles, & continuons jufquau nôtre, l’hiftoire des progrès & des révolutions de la peinture fur verre.
- ( a') On n’avait pas alors la connaiiTance du tire-plomb , dont, il fera parlé dans l'Art de la vitrerie. *
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- CHAPITRE VIII.
- Etat de la peinture fur verre au douzième fiecle.
- 93. ne connaît dans notre France de monument plus ancien de peinture fur verre actuellement exiftant, que la plus grande partie des vitres peintes de l’églife de l’abbaye royale de Saint - Denys. Elles paraiffent avoir été réfervées de l’avant - dernier édifice de l’églife de cette abbaye, & placées dans celui qui fubfifte de nos jours.
- 94. Suger , favori de Louis le Gros, & régent du royaume fous Louis VII fon fils , abbé de cette célébré abbaye, 11’avait omis ni foins ni dépendes pour orner & enrichir le fixieme bâtiment de l’églife de fon abbaye qu’il avait fait reconftruire, & dont la dédicace fut faite en 1140. U nous apprend lui-même dans l’hiftoire latine manufcrite qu’il a laiifée de fon gouvernement monachal, depuis traduite en français par D. Doublet, religieux de cette abbaye, dont j’emploie ici la traduction, (a) “qu’il avait recherché avec beaucoup de foins des faifeurs de vitres & des compofiteurs de verre de matières très - exquifes, à favoir, de faphirs en très - grande abondance, qu’ils ont pulvérifés & fondus parmi le verre, pour lui donner la couleur d’azur ; ce qui le raviffait véritablement en admiration : qu’il avait fait venir à cet effet des nations étrangères les plus fubtils & les plus exquis maîtres, pour en faire les vitres peintes depuis la chapelle de la faint Vierge dans le chevet, jufqu’à celles qui font au-deffus de la principale porte à l’entrée de l’églife ... que la dévotion , lorfqu’il faifait faire ces vitres , était fi grande, tant des grands que des petits, qu’il trouvait l’argent en telle abondance dans les troncs , ( b ) qu’il y en avait quafi affez pour payer les ouvriers au bout de chaque femaine. U ajoute qu’il avait établi à la tête de cet ouvrage, un maître de l’art très - expert & des religieux, pour avoir l’œil fur la befogne, prendre garde fur les ouvriers, & leur fournir en tems & faifon tout ce qui leur était néceffaires lefquelles vitres lui ont beaucoup coûté, pour l’exçeL lence & rareté des matières dont elles font compofées. ( c ) M
- (a) Antiquité & recherch. deVabb. de „ opéré fumpt tique profufo, vitri vejliti Denys,par D. Doublet,bénédiftin. Paris, „ Japhirorum materiœ , tuitioni & re^ j62ç, pag. 243 , 246, 247 & 28ç. „ fecîioniearumminijîerialem magijirum,,
- ( b ) L’ufage des troncs dans les églifes „ copftituimus y qui . . . etiam admiran-eft donc très-ancien. ,, durum vitrearum operarios çÿ mate,,
- (c) De adminijirat. Sug. abb. loc. cit. „ riam faphironm locupletem adminij-, “ llnde qu,ia magni confiant magnifico „ trahit, „
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- 9f. Ce Fut dans cette occafion que cet abbé fit préfent à l’églife de Paris , d’un vitrail rempli de vitres peintes, dont quelques parties qui avaient été confervées dans un des vitraux de la galerie du chœur, repréfentaient, très - grofliérement à la vérité, une efpece de triomphe de lafainte Vierge, mais qui ont été démolies depuis peu. On y reconnaiifait la même vivacité de coloris, Fur-tout dans le verre bleu qui en formait le fond, que dans les vitres du même tems, qui fubfiftent encore dans quelques chapelles du chevet de l’églife de Saint - Denys. J’ai dit, dans les vitres du même tems ; car, félon D. Doublet même, toutes les vitres du chevet ne font pas du même fiecle.
- 96. Les vitraux , par exemple, de la chapelle de la lainte Vierge dans, le chevet, dans l’un defquels l’abbé Suger eft repréfenté avec une crolfe, (a) Si cette infcription peinte fur verre, Sugerius abbas ; celui d’une chapelle vers le fond du chevet, où laint Paul eft repréfenté tournant la meule d’un moulin , auquel les prophètes apportent des lacs de bled, fuivant l’inR cription en vers latins , également peinte fur verre , qu’on lit au - delfous , font antérieurs à celui de la chapelle de Paint Maurice dans le même chevet, dans laquelle fut dépofé par les foins de laint Louis, dans une châlfe qu’il fit faire, le corps d’un des martyrs de la légion Thébaine, ainfi qu’on le lit dans les vers latins également peints fur verre, qui font au bas dudit vitrail ( b ) fur lequel font peints quelques ades de la vie de Paint Maurice* On peut dire la même chofe de plufieurs autres vitres peintes de la même églife, qui repréfcntent des ades de la vie de Paint Louis ; car ce prince n’a commencé à régner que quatre - vingts ans après la confécration de cette églife , reconf-truite par Suger , dont une grande partie fut rebâtie à neuf par les foins de la reine Blanche, fuivant le témoignage de Guillaume de Nangis. Sa parfaite conftrudion, telle qu’elle exifte , ne commença que fous l’abbé Eudes, en 12$ 1, & ne fut achevée que cinquante ans après , fous le régné de Philippe le Bel, par l’abbé Matthieu de Vendôme, qui jouilfait d’une grande confi-dération dans le royaume. ( c)
- 97. On doit encore mettre au rang des plus anciennes vitres peintes du douzième fiecle , une partie de celles de l’églife de l’abbaye de l’ordre de Prémontré à Braine - le - Comte, diocefe de Soiifons, fous l’invocation de Paint Yved, archevêque de Rouen. Entre le nombre çonfidérable de vitraux rem-
- (a) Les abbés réguliers n’obtinrent la ( c) Voyez les Antiq. de S. Denys, par mitre que fous Philippe - Augulle. D. Doublet ; Duchefne, tome IV ^la Vie de
- ( b ) Hic Theb&orumJlrenuus milesjacet S. Louis, par Guillaume de Nangis ; VHift. unus , • de Pabbaye de S. Denys , par D. Félibien ;
- Regis Francorum Ludovici nobile mu- enfin VHift. du dioc. de Paris, par M. l’abbé nus. Lebœuf, in -12, tome III.
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- plis de vitres peintes des douze & treizième fiecles, dont les fenêtres de cette églife font fermées, il en eft un au fond du fanduaire derrière le grand autel, dans lequel, au - deffous de deux figures qui paraiffent préfenter de concert à la fainte Vierge , l’élévation de l’églife de ce monaftere, on lit d’un côté , Robertus Cornes , & de l’autre, Agnes Comitiffa. Ce Robert était fils de Louis VI, dit le Gros, comte de Dreux, & avait époufé en troisièmes noces en iif?-, Agnès de Baudemont, héritière de Braine & fondatrice de ce monaftere. Le Cartulaire de l’abbaye & l’Index ccenobiorum ordinis Pmmonflratenjis font mention que cette vitre avait été envoyée à la comteffe de Braine par la reine d’Angleterre fa parente.
- 98. Cette notice qui m’a été adreffée par un amateur de ce canton (M. Jardel ) , m’a paru d’autant plus digne d’attention, qu’elle fert mieux à expliquer le paffage où nous avons vu D. Doublet raconter, d’après Suger même , contemporain de la comtefle de Braine, que ce magnifique abbé avait fait venir des nations étrangères, des faifeurs de vitres & des compofiteurs de verre, & entr’eux les plus exquis maîtres, pour faire les vitraux de fou églife. Ces compofiteurs de verre étrangers étaient, fi je ne me trompe, des Allemands, & ces faifeurs de vitres des Anglais. En effet, nous avons avancé, i°. que les Allemands avaient-fermé les fenêtres de leurs édifices avec le verre contre la rigueur du froid ; 20. que les hommes fe font naturellement appliqués à tirer toute l’utilité pofîible des produdions de la nature, qu’une fage Providence a répandues ou occafionnées dans lesdifférens pays, avec une abondance proportionnée auxbefoins du climat. Or, les deux nations étrangères que je fuppofe ici avoir fourni à l’abbé Suger des maîtres fubtils & exquis , pour les belles vitres de fon églife, avaient & ont encore toutes les propriétés favorables à ma conjedure. Quel pays en effet plus abondant en mines métalliques que l’Allemagne ! Quelle nation a porté & porte encore à un plus haut degré que les Allemands, l’étude & la connaiffance pratique de la chymie ! Quelles découvertes cette fcience ne leur a - t-elle pas décelées dans l’art de la verrerie & dans la coloration du verre, avec ces fubftances métalliques ! N’eft - ce pas encore de la Boheme que nous tirons les plus beaux verres eryftallins ? Ces verreries , imitées à la vérité par nos verriers d’Alface , ne fourniifent - elles pas de très - beau verre de couleur en flacons , en verroterie & en tables? 11 faut en excepter le verre rouge , pour la perfedion duquel on peut affurer que les verriers Allemands craignent plus la dépenfe que l’inutilité des tentatives.
- 99. D’un autre côté, quelle nation plus indufirieufe 8c plus adive que les Anglais! Emules de la nation Françaife pour le talent, comme ils en font le modèle pour l’intelligence 8c l’étendue du commerce , ils tendent aulli à affurer leurs fuccès en tout genre, en prévenant les autres dans l’invention,
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- ou à furpaffer les premiers inventeurs par leur fagacité dans la perfe&ion des arts utiles, ou de pur agrément, dont ils n’avaient été d’abord que les imitateurs. (
- 100. Enfin les Allemands ont pu donner du verre de toutes couleurs aux Français, aux Flamands & aux Anglais. Les Français, dès le feptieme fiecle, avaient donné des verriers & des vitriers aux Anglais. Cinq fiecles après, les Anglais, devenus plus habiles dans la vitrerie, dont la peinture fur verre fai-fait la partie la plus étendue, font appellés à cet effet en France par Suger; & la" reine d’Angleterre emploie par excellence le talent de fes fujets pour fournir à la comteflè de Braine le principal vitrail de Péglife de l’abbaye qu’elle venait de fonder. De nos jours même , un auteur Anglais vient .de nous prévenir , en donnant au public un ouvrage très - utile , entr’autres pour Part de la verrerie , & pour celui de colorer le verre. Il efpere, par les enfeignemens qu’il y prefcrit, faire reviyre en Angleterre l’art de peindre fur verre, (æ) Qui lait li cet art, plus long - tems négligé dans cette isle que par-tout ailleurs, n’y reparaîtra pas avec plus d’éclat ?
- 101. On comptait encore à Paris, il y a quarante ans au'plus, au rang des monumens de la peinture fur verre du douzième fiecle, quelques anciens vitraux dans le haut du chœur de Péglife de Paris, dont j’ai démoli en 1741 les deux derniers, pour les remplir de vitres blanches. Toutes les grandes fenêtres qui régnent autour de ce vafte édifice, dans la partie iu-périeure au - deffus des galeries, quoiqu’il ait été plus de deux cents ans à bâtir, font uniformes dans leur conftruction. Une grande partie circulaire de tout le diamètre de la largeur des fenêtres, furmontée dans fon amortif fement par un panneau de vitres qui la termine en ceintre gothique, & flanquée d’un panneau de chaque côté formant un triangle obtus, fetnbîe couronner les deux pans ou colonnes de vitres du deffous , dont les fommets terminés en pointes, laiffent au milieu fous la partie circulaire un autre triangle ifofcele. Ces deux pans de vitres font féparés par un meneau de pierre qui fert de fupport à la partie circulaire : or, dans les anciennes fenêtres où j’ai mis des vitres neuves, la partie circulaire était, avant la démolition des anciennes vitres, remplie de panneaux de verre, retenus par des traverfes & des montans de fer, d’un verre fort épais, recouvert d’une grofiiere gri-faille dont les lacis ( b ) au fimple trait étaient rehauffés de jaune. Au pourtour de cette partie circulaire régnait une frife de verres de différentes couleurs, coupés en lozanges , dans le goût de la première maniéré delà pein-
- (a) Voyez à la fin de ma fécondé partie de filets ou de rcfeuil, dont les brins font les extraits que je donne de cet ouvrage, entrelacés les uns dans les autres. C’eft de félon que je fai promis dans ma préface, là vraifemblablement qu’ont pris.le nom de
- (b) Lacis eft le nom qu’on., donne à lacisen fait d’architecture , ces ornemens ces ouvrages de fil ou de foie faits en forme compofés de liftels & de fleurons liés les uns
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- ture fur verre, dont nous avons parlé ci -devant, ainfi que les-triangles des remplilfages au - delfus, au-delfous & aux côtés de la partie circulaire. Qn y retrouva, comme il en fubfifte encore dans plufieurs autres fenêtres de cette vafte églife, beaucoup de veftiges des plus anciennes vitres, qui provenaient fans doute de la démolition des anciennes bafiliques dont elle a pris la place. La même frife,de la largeur de onze à douze pouces, qui régnait dans la partie circulaire au - deifus defdits pans ou colonnes, y entourait de grandes figures coloifales qui portaient au moins dix-huit pieds de haut, repréfentant des évêques coëffés de leurs bonnets en pointes, ou mitres, tenant entre leurs mains des bâtons paftoraux terminés par un fimple bouton, au lieu d’une courbe comme les crofles d’à - préfent ; le tout d’une maniéré très - grofiiere & au premier trait. Leurs draperies de verre coloré en blanc, n’étaient relevées que par une efpece de galon ou de frange de couleur d’or. Ces vitres , les plus anciennes de celles qui avaient été faites pour la nouvelle églife, dataient au plus tard de ug2, tems où le chœur fut fini & fon principal autel coniàcré par Henri , légat du pape Alexandre III, vingt-deux ans après le commencement de fa conftruéïion, par Maurice de Sully fon évêque. Enfin, on trouve encore dans un grand nombre d’églifes de notre France , qui datent du douzième fiecle, des vitraux en verre de couleur, qui ne font qu’un tilfu de diiférens compartimens de ce verre, dont le fond eft le plus ordinairement rouge; verre fi commun dans ce tems, & maintenant fi rare, que ce n’eft, à proprement parler , que par le défaut où nous fommes de ce beau verre rouge, qu’on pourrait regarder la peinture fur verre comme un fecret perdu pour notre fiecle.
- CHAPITRE IX.
- Etat de la peinture fur verre au treizième fiecle.
- io2. Ï*e goût des vitres peintes dans les églifes augmenta beaucoup pendant le treizième fiecle. Leur traitement fe développa de plus en plus ; elles
- avec les autres en différens fens , de maniéré que le même liftel paffe quelquefois par-def-fus & quelquefois par-deffous celui qu’il lie. Les vitriers, pour exprimer cette forte d’af-femblage, fe fervent du mot cntrclas\&. l’art de faire exactement circuler ces liftels, fans paffer deux fois du même fens fur ceux qui leur répondent, fait encore à préfent en bien des villes de France le fujetdu chef-d’œuvre qu’ils propofent aux afpirans à la
- maitrife. Ces entrelas entrent aufîi, quoique plus rarement que par le paffé, dans la fcience des jardiniers pour les compartimens des parterres; dans celle des fculpteurs & des ferruriers, pour remplir les appuis évuidés des tribunes ou des balcons. Les ta-pilfiers , ainfi que les tailleurs, les pratiquent auffi quelquefois avec beaucoup d’intelligence pour la conduite du galon qu’ils emploient.
- devinrent
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- devinrent d’un ufage fi fréquent dans les diverfes contrées de l’Europe, & fur - tout dans la France, que M. l’abbé Lebœuf comptait en 1754, dans la feule "étendue du diocefe de Paris, plus de quarante églifes de collégiales, monafteres & parodies , même de villages, où il relie encore des vitres de ce tems, fans y comprendre celles où l’on avait remplacé ces vitres peintes par des vitres blanches. ( a )
- 103. On vit paraître dans ce liecle furies vitres beaucoup de fujets tirés de l’ancien & du nouveau Teftament, ou des ades du faint patron du lieu, d’un goût conforme à la maniéré de delfmer de ce tems-là, d’abord au fimple trait & fans ombre, comme dans le liecle précédent. O11 elfaya enfuite d’y former quelques hachures qui, en épargnant le fond du verre, donnèrent plus de relief aux draperies.
- 104. Ces vitres étaient ordinairement retenues dans des vitraux de fer d’une feule & même forme, ou féparés en plulieurs parties par des meneaux de pierre. Ces tableaux, dont la figure & la fuperficie étaient fouvent différentes dans les mêmes vitraux, rondes ou ovales, pofées en lozanges ou coupées à pans, étaient, quant à la partie hillorique, appliqués fur un fond de vitres compofées de pièces de rapport de toutes couleurs , d’un delîin varié & d’un alfez bel effet, qui par l’ordre & la difpolition des pièces & par le mélange heureux & bien entendu de ces couleurs brillantes, formaient une mofaïque tranfparente très-gracieufe à la vue. L’exa&e lymmétrie qui régné dans cet alfemblage, cette correfpondance & ce jeu des parties donnent au corps de l’ouvrage cet enfemble qui féduit le fpedateur, plus arrêté par le charmant effet de ces fonds que par les tableaux grofîîers qu’ils entourent. Telles font entr’autres la plupart des vitres de l’églife de l’abbaye de S. Denys eu France, poftérieures à celles que l’abbé Suger y fit faire , celles des deux rofes latérales de l’églife de Paris, celles de la chapelle de l’infirmerie de l’abbaye de S. Vi&or de cette ville, & fur-tout les vitres toujours admirables de la fainte chapelle à Paris. Elles font bien dignes de la magnificence de S. Louis, qui mit toute fa complaifance à orner un édifice qu’il avait fait conftruire pour y dépofer les précieux reftes des inftrumens qui avaient fervi à la paillon du Roi des rois ; inftrumens dont le recouvrement avait fait l’objet de fes defirs les plus ardens.
- F lof. Non content de n’avoir rien épargné pour rendre ces vitres d’un magnifique éclat, ce pieux monarque voulut pourvoir encore à leur entretien dans la poftérité la plus reculée. Nous lifons dans fade de fa fécondé fondation du mois d’août 1248 , qu’il voulut que des offrandes que les chapelains recevraient au faint facrifice de l’autel, ferviffent à l’entretien de ces
- (a) Hijloirc du diocefe de Paris, déjà citée. -J
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- vitres, & que dans le cas où elles ne fufliraient pas, le furplus ferait prélevé fur fon tréfor royal, ou fur celui de fes fucceifeurs, dont le dépôt était dans le temple, jufqu’à ce qu’il en fût par lui ou par eux autrement ordonné. (tf)Les intentions de ce faint roi furent exactement fuivies par fes fuccef-feurs. L’un d’eux ayant fait don des régales à la fainte chapelle (b) , Charles VIII ( c ) en deftina une partie notamment à foutenir & entretenir fes voiries (d) >
- & jufqu’au milieu du feptieme fiecle , tien de cette augulte bafilique. Çe)
- ( a ) “ De prœdiftis obventionibus £«? „ oblationibus, quæ fiant in mijfis ad ma-„ tins facerdotum , verrerias ejufdein ca-,, pellæ refici & reparari volumus, quotics „ opas fuerit efi in bàno Jlatu Jervari.. . s, Si quid vero defecerit, volumus & pr<z~ ,, cipimus ut illud quod deerit de prœdic-„ tis obventionibus aut oblationibus ad „ prœdiëla complenda, fcilicet de verra-„ riartim refecîione & reparatione, perci-,, piatur de denariis nofiris fuccejjbrum „ nofiroruni Parifiis apud templum , quo-,, ufque fuper hoc aliter duxerimus ordi-
- nandum. „ Hift. delà ville de Paris, par doni Félibien, Paris, 1725.
- (b) Lettres - patentes de Charles VII, du 19 mars 1452.
- (c) Charles VIII s’exprime ainfidansfa charte du 4 décembre 1485 : “ Pour plu-„ fieurs grandes confidérations & mefine-,, ment que nous Pommes tenus foutenir „ & entretenir le fervice divin & autres „ néceffités & charges de ladite fainte cha-„ pelle, nous avons donné & oétroyé , don-„ nons & odroyons de grâce efpcciale,tous ,, & chacuns les fruits & prouffits, revenus „ & émoluments quelconques, venus &
- „ échus depuis notre avènement à la cou-„ ronne, venants & Hfants,011 qui viendront „ & efehéeront des régales & droits d’icel-,, les , qui nous appartiennent & pourront „ compéter, appartenir & écheoir en quel-„ que maniéré que ce foit, de & en toutes ,, & chacune les églifes, tant métropoli-„ taines que cathédrales de notre royaume,
- ,, & en & par-tout icelui notre royaume ou
- le revenu des régales a fervi à l’entre-
- „ feigneurie où Iefdites régales ont lieu , & à caufe d’icelles & les droits dicelles ; „ & les avoir & prendre dorefnavant notre „ vie durant, à quelque valeur & eftima-,, tion qu’ils fe pourront monter, par les „ mains du receveur général d’icelles , tout ,, ainfi qu’ils ont fait du vivant denotredît „ feigneur & pere , pour les convertir & „ employer la moitié à la confervation & „ entretenement dudit fcrvice divin en la-„ dite fainte chapelle ; l’autre moitié en „ ornements d’églife & en linge pour ledit ,, fervice divin, £«? à foutenir £•? entretenir „ les voiries de ladite fainte chapelle & ,, autres réparations d’icelle; lefquelles ré-„ parafions , néceffités & autres charges „ deffufdites nous convenons autrement de ,, fournir de nos propres deniers. ... Si 5, donnons en mandement par ces préfentes „ à nos amés & féaux gens de nos comp-„ tes & tréforiers à Paris, que Iefdtts tré-„ forier & chanoines de la fainte chapelle „ ils falTent, fouffrent & laiffent jouir & „ ufer pailiblement de notredit don & oc-„ troi , fans leur y faire mettre, ni fouf-„ frir être fait, mis & donné aucun def-„ tourbier ou empefehementau contraire. „ ( d) Nom que l’on donnait pour lors, a ce que faint Louis appellait verraria , à préfent un vitrail o.u forme de vitres.
- ( e) On voit dans le tome XI des Mémoires du cierge, que dès le régné de Ftan-cois I on contefla à la fainte chapelle fon don de régale, & plus vivement encore, fous Henri II & Charles IX. Celui-ci lui en, lit un nouveau don en 15.66* dans lequel
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- 106. L’AMOUR de la fimplicité & de la pauvreté, qui régnait dans les premiers monafteres de l’odre de Cîteaux , avait occafionné dans cette religion des défenfes portées par les ftatuts & réglemens des chapitres généraux , d’employer d’autres vitres que des vitres blanches : Vitrea alba tantum fiant. (V) Or ces vitres blanches ne doivent pas s’entendre à la lettre d’un verre nu fans teinture ni couverte ; car ce dernier ulage n’a pris naiflance que vers le commencement du quatorzième fiecle. La plupart des vitres qu’on appelle ici vitres blanches, étaient teintes ou couvertes d’un blanc un peu opaque; telles que celles qui éclairent encore adueftement beaucoup d’églifes des monafteres de Bernardins , lefquelles font ornées de compartirnens. On avait vu des exemples de ces vitres blanches dès le fiecle précédent : telles étaient celles qui fubfiftaient encore en 1741-, dans les grandes parties circulaires des hauts vitraux du chœur au midi de l’églife cathédrale de Paris.
- 107. D’autres fondateurs , moins détachés ou plus magnifiques dans la décoration des temples dédiés au culte de l’Etre fuprême, introduifirent dans l’aflemblage de ces vitres blanches des fleurons de verre de couleurs. La grande chapelle de la fainte Vierge fous le cloître de l’abbaye de S. Germain-des-Prés à Paris, 8c l’églife du college de Cluni en la même ville, en font ornées : on voit de femblables vitres qui fe font bien confervées , dans la cathédrale, aux fenêtres de quelques chapelles au nord & au levant, dans l’enceinte du chœur ; on en voit aufli dans un grand nombre d’églifes de la France, dont la conftrudion date du treizième fiecle. Ces vitres font ordinairement connues fous le nom de grifailles \ les lacis qui en forment les compartirnens , tout gothiques qu’ils font, les fleurons de verre rouge ou bleu , autour defquels ils ferpentent & fe croifent, préfentent à la vue un afped féduifant, qui frappe & éblouit en quelque façon, & relfemble, fur-tout dans les fleurons de verre rouge, à un grand feu, au milieu du gris, du jaune & du noir qui les entourent. Dans d’autres, ces mêmes lacis ferpentent autour d’autres pièces d’un fond blanc, fur lequel parailfent comme brodés en or toutes fortes d’ornemens au fimple trait , peints en jaune, comme des fleurs , des fruits & des animaux. L’exade circulation de ces lacis eft marquée d’un côté par un trait noir, & recuit fur le verre qu’ils bordent, de l’autre par le plomb qui joint enfemble les pièces de verre. Ces ouvrages d’un grand détail exigeaient de la part du peintre vitrier un foin des mieux entendus & des plus exads, pour en marier & détacher alternativement les couleurs & les ornemens, avec d’autant plus de délicateife &
- elle fut encore dans la fuite tant& fi fou- l’abbaye de Saint-Nicaife.
- vent troublée, que Louis XIII, en 1641 , Ça) Capit. gcncr. Cificrc. diflinfl. r,
- prit le parti de le révoquer. LouisXIV en cap. 30.
- dédommagement unit à la fainte chapelle
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- de patience, que l’artifte cherchait à rendre ces lacis plus fpirituels & plus gracieux. ( a ')
- CHAPITRE X.
- Etat de la peinture fur verre au quatorzième fiecle.
- 108. 3L, E s commenceraens de chaque fiecle fe font toujours repentis , ou de la barbarie de celui qui le précédait, ou du degré de perfection que les arts & les fciences y avaient acquis ; jufqu’à ce que des révolutions plus ou moins heureufes y euffent apporté des changemens en mieux ou en pis. Le treizième fiecle, vers fon milieu , éprouva une de ces révolutions. Florence avait produit un Cimabué-* & ce peintre avait formé quelques éleves. Le goût de la peinture, prefqu’oublié dans l’Italie depuis un très-long tems, parut y reffufciter ; & la peinture fur verre , fi familière aux Français, fit de nouveaux progrès. Les Allemands, à qui fans doute on doit, comme nous l’avons dit, Pexcellence dans la pratique de Part de la verrerie, s’appliquèrent de plus en plus à perfectionner leurs manufactures de verre coloré : les Flamands leurs voifins les imitèrent ; & les Français , qui tiraient des uns & des autres ce qui leur manquait dans Part de colorer le verre , s’efforcèrent de les furpaffer par une correction de deflin & d’exécution plus délicate. Mais combien l’art de peindre était-il encore éloigné de ces prodiges qui lie fe montrèrent qu’après deux fiecles de cultu^ ! On arrangea mieux à la vérité les figures d’un tableau j mais Part de les difpofer fuivant les réglés de la compofition, n’était pas encore retrouvé. Ces deux fiecles, dit M. l’abbé Dubos, donnèrent quelques peintres illuftres , mais n’en formèrent point d’excellens.
- 109. Cependant les détails trop minucieux de la peinture fur verre des deux fiecles précédens fe traitèrent plus en grand dans le quatorzième ; 011 quitta l’ufage des panneaux chargés de petites figuresTur ces fonds brillans de rapport, connus des peintres vitriers fous le nom de mojaïque, à caufe de leur reffemblance avec cette maniéré de peindre des anciens. On leur fubf-titua des figures coloffales de faints, foutenues fur des piédeftaux en forme de baluftre, & couronnées par des efpeces de pyramides du goût de l’archi-teélure gothique de ces tems. Les fonds fur lefquels ces figures paraiffaient appliquées, étaient ordinairement, dans chaque pan ou colonne de vitres qu’elles rempliffaient, de verre d’une feule couleur, qui s’y foutenait depuis le haut jufqu’en bas. Lorfque ces pans ou colonnes fe trouvaient un peu plus
- (a) Voyez les Antiquités de Paris ^ par Sauvai, édit, de 1724, tomel, liv. IV,p. 341.
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- étendus en largeur que n’eut demandé la proportion des figures qu’on fe propofait d’y peindre, on y fuppléait par une frife de verre peint, détachée du corps de l’ouvrage , & qui en formait le contour. Ces frifes fi groffieres. pendant les liecles précédens , devinrent, vers le milieu du quatorzième, plus gracieufes dans leurs ornemens, fans fortir encore du goût gothique : on vit fuccéder à ces lifteaux en forme de bâtons rompus, quoiqu’alfez induftrieu-fement entrelacés, des rinceaux & des fleurons en pièces de rapport. On commença à tâter Part du clair - obfcür, des ombres & du reflet dans ces ornemens , comme dans les membres & les draperies des figures , qui auparavant n’avaient été peintes qu’au premier trait, & enluite relevées par quelques hachures.
- 11 o. On peignit mieux à mefure que Part du defiin fe développa : telles font, quant aux figures , les vitres peintes de l’églife de S. Severin à Paris, & quant aux frifes , celles qui régnent autour des plus hautes fenêtres du chœur de la cathédrale, fur-tout du côté du nord, dans lefquelles 011 distingue des rinceaux avec leurs fleurons; merveilleufement lacés, d’un travail très-aflujetti & d’une belle union, où les ombres & les reflets font déjà employés avec un fuccès qui peut les mettre au rang des plus belles de ce tems-là.
- ni. Les amortiflemens des grandes fenêtres, dans leur partie ceintrée, qui auparavant n’étaient remplis que de verre nu de différentes couleurs, fans autre ordre que celui des vuides que formait l’ordonnance de la pierre , commencèrent à être ornés de tètes de chérubins, ou de corps ailés de fé-raphins , ou de fleurons d’une certaine étendue. On vit s’accroître de jour en jour l’ufage de repréfenter aux pieds de ces figures de faints, dont nous venons de parler , les portraits des fondateurs des églifes ou des donateurs de ces vitraux : on y voit aufli leurs armoiries. Les vitraux du fan&uaire de Pé-glife de S. Severin, font, fuivant la remarque de M. l’abbé Lebœuf (a ), les plus anciennes de cette ville, où l’on apperqoive des armoiries de famille ; elles datent du régné de Charles VI (b). On voit aufli dans la cathédrale
- ' ( a) Hiftoire du dioceje de Paris,
- ( b ) Il y en a cependant de plus anciennes , dont la connaiflance peut avoir échappé à M. l’abbé Lebœuf ; tels font en l’églife cathédrale , dans la chapelle de faint Jean-Baptifte, placée entre celles de Gondi & de Vintimille, des panneaux de petites jointures de vitres peintes du treizième liecle, repréfentant le repas d’Hérode & la décollation du faint précurfeur de J. C. On y diftingue à droite le roi Philippe le Bel à
- genoux, & derrière lui l’écuflon de France femé de fleurs-de-lis fans nombre , de très-petites pièces de rapport jointes en plomb ; & à gauche, Jeanne de Navarre, qu’il époufa en 1284, derrière laquelle eft l’écuflon de Navarre de la même étendue , pareillement fait en petites pièces'de rapport. On voit encore dans l’églife du college & couvent royal des RR. PP. Carmes, deux écuffons au milieu d’un cartouche très-gothique, que l’on a confervés entre un très - grand nom-
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- de Strasbourg, dont l’édifice ne fut fini qu’eu ijof , une grande quantité de vitres peintes du treizième au quatorzième'fiecle , dont une partie entr’autres repréfente au naturel les portraits de Pépin,‘de Charlemagne , de Charles Junior, roi d’Allemagne & de la France occidentale , de Louis le Débonnaire, de Lothaire, de Louis fon fils , fondateur de l’évèché de Bemberg , des deux Henris , dont un qualifié Rex; de Philippe, fils de Frédéric Barberoulfe & frere de Henri VI.
- 112. Si le zele de nos rois pour détruire l’ignorance dans laquelle leurs fujets croupiifaient encore! dans les douzième & treizième fiecles, les porta à étendre jufques fur les laïcs q>:i feraient quelques progrès dans la leélure, les privilèges qu’ils n’avaient précédemment accordés qu’aux clercs , quelle protection ne méritèrent pas de leur part ceux qui s’adonnèrent à l’art de peindre î Or, la peinture fur verre était la maniéré de peindre la plus pratiquée dans le quatorzième fiecle. “ L’attention bienfaifante des fouverains, l’admiration des contemporains pour les arts, dit M. l’abbé Dubos (a), excitent les artiftes à une grande application par l’émulation & l’amour de la récom-penfe. Si ces deux caufes morales deviennent ordinairement pour eux une occa-ïïon de perfectionner leur génie , elles leur rendent auflï le travail plus facile par les nouvelles découvertes, &par le concours des meilleurs maîtres, qui abrègent les études, & en aflurent le fruit. „
- 113. C’est ce qu’on vit arriver en France dans ce qui regarde les arts', & fur-tout par rapport à la peinture fur verre ; les trois monarques qui eii occupèrent le trône depuis le milieu du quartorzieme fiecle jufques fort avant dans le quinzième, fentirent qu’un artifte fans crédit, qui travaille par né-cefiïté, ou qui fe trouve dépourvu des fecours dont il aurait befoin pour le faire avec utilité, n’eft pas propre à devenir un grand homme dans fonart; & qu’au contraire les récompenfes & les grâces diftribuées avec équité, font d’un grand encouragement pour les fciences & pour le arts. C’eft dans ces
- bre d’autres fupprimés lors du renouvellement des vitres de cette églife, en 17^0 & 17^1 : ils font manifeftement antérieurs à ceux de faint Séverin. L’écuffon que l’on a placé dans le dernier vitrail du premier chæur de ces religieux, à droite, eft de France , parfemé de fleurs-de-lis d’or fans nombre ; il peut être attribué à Charles IV, dit le Bel, au pere duquel ces religieux doivent leur établiffement dans la rue de la montagne fainte Genevieve : celui qui eft à gauche, oppofé au précédent, parti de France & de Bourgogne, qui eft femé de
- France, coticé de Bourgogne, compofé d’argent & de gueule, doit être attribué fans crainte d’erreur à Blanche de Bourgogne fa première femme, fi dignement remplacée dans un troifieme mariage par Jeanne d’E-vreux , qui en 1349 combla cette églife des plus magnifiques préfens; fes armoiries pouvaient être également parmi celles qui ont été fupprimées, antérieures d’un demi-fiecle au moins , au commencement du régné de Charles VI.
- (a) Réflexions critiques fur la poéfît 8? la peinture.
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- vues fages & utiles aux états, que Charles V, & Charles VI, par privilèges donnés & oélroyés aux peintres vitriers? les déclarèrent francs, quittes & exempts de toutes tailles , aides , fubfdes ? garde de porte, guet, arriere-guet & autres fub vendons quelconques ; privilèges déjà inférés au greffe de la prévôté de Paris le 12 août 1^90, dans lefquels Charles VII les confirma, à la fupplication de Henri Mellein, peintre vitrier à Bourges , dans fa perfonne & dans celles de tous autres de fa condition , tant dans ladite ville de Bourges qu'autres lieux de fon royaume (a). Les distinctions qui méritèrent à ces artiftes les regards de leurs fouverains & l’eftime de leurs concitoyens , appelèrent les chymiftes les plus expérimentés au fecours des peintres vitriers : les uns & les autres de concert donnèrent une application finguliere à la coloration du verre, & la rendirent plus fimple, moins difpendieufe & d’une plus prompte exécution.
- 114. La Flandre poffédait, vers la fin du quatorzième fiecle , une famille née pour l’accroilfement de l’art de peindre, & qu’elle a toujours regardée comme les premiers maîtres de l’école flamande. Hubert & Jeau Van-Eyck, natifs de Mafeyk fur la Meufe , acquéraient dans le pays de Liege une réputation de fupériorité dans cet art, que leur fœur Marguerite voulut partager avec eux. Le cadet, plus connu fous le nom de Jean de Bruges, à caufe du long féjour qu’il fit dans cette ville, joignait à fart de peindre, un goût décidé pour les fciences , & en particulier pour la chyrnie : inventeur de la peinture à l’huile, il avait fu la fubflituer à l’eau d’œuf ou à la colle, On affure (b) qu’il trouva auffi le fecret de diminuer dans la peinture far verre la dépenfa qu’entraînait l’emploi du verre coloré, fondu tel dans toute fa maife, par l’invention des émaux ou couleurs métalliques vitrifiables. Il les broyait & délayait à l’eau de gomme , & les couchait de l’épaifleur d’une ou deux feuilles de papier fur la face d’une table de verre blanc. Elles étaient propres à (è
- (a) Les lettres patentes que Charles VII accorda dans fa ville de Chinon le 3 janvier 1430, aux peintres vitriers, à la requête de Henri Mellein, peintre fur verre à Bourges,confirmées par autres de Henri II, données à Saînt-Germain-en-Layele 6 juillet 15 ç 3 , & de Charles IX , données à Melun au mois de feptembre 1563 , & les différentes fentences rendues en différentes élections du royaume fur le vidimus d’icelles, pour faire jouir les peintres vitriers des privilèges à eux accordés par nos rois, nous ont été confervées dans la colfeétion des fta-tuts, ordonnances & réglemens de la communauté des maîtres de fart de peinture,
- fculpture & gravure de la ville & fauxbourgs de Paris, imprimée avec permiflîonà Paris chez Bouillerot, 1672. Nous les joindrons à la fuite de cette première partie, pour fervir à la poftérité de monument en l’honneur d’un art qu’elle pourra voir revivre au milieu d’elle, fi l’application des artiftes , les demandes des particuliers, & ce qui elfe au-deflus de tout cela , la proteélion des fouverains, fe rendent par la fuite favorables à cet art, prefque totalement abandonné de nos jours.
- (b ) Voyez le livre intitulé : Remarques fayantes £5? curicufcs de M***. Paris. 1698 , chez Langlois, page gi.
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- parfondre par la recuiflonau fourneau, après laquelle cette furface paraifiait aufiî lice & aufii tranfparente que dans ces verres de toutes couleurs, fondus tels aux verreries dans toute leur mafie. (a)
- iif. Ces tables de verre ainfï colorées fournirent à notre art des moyens inconnus jufqu’alors d’en enrichir & d’en hâter l’exécution. Les draperies des figures devinrent plus riches lorfqu’on s’avifa de graver tous les orne-mens nécefiaires avec l’émeri & l’eau, qui rongeait la couleur & découvrait le fond blanc du verre. On formait une broderie par le moyen d’une nouvelle couverte d’or ou d’argent qu’on y appliquait fuivant le coloris arrêté fur les cartons, compofée elle-même de ces nouveaux émaux. Alors les fleurs-de-lis de Pécu de France, réduites à trois par Charles V , qui étaient inférées & encadrées avec le plomb dans un carreau de verre bleu, fondu tel dans toute fa malfe , percé à l’endroit des fleurs-de-lis, & rempli de ces trois fleurs-de-lis de verre jaune avec autant de foin & de rifque que de perte de tems ; ces trois fleurs-de-lis, dis-je, fe montrèrent fur un champ d’azur d’un feul morceau , fur la furface duquel elles furent creufées & recouvertes d’un émail de couleur d’or , fur"le revers du fond blanc que l’émeri avait découvert. Dans d’autres édifions les plus chargés de pièces de blafon , dont l’aflem-blage avait auparavant employé un tems confidérable à caufe de la multiplicité des pièces de rapport qui entraient dans leur exécution, les différens quartiers fe développèrent fur autant de morceaux de verre de la couleur de leurs champs : on y grava les pièces caraétériftiques du blafon , on les recouvrit des émaux qui leur convenaient,' couchés, comme nous l’avons dit, fur le revers de la gravure, où l’on avait découvert le blanc du verre, de peur qu’à la recuiflon qu’il fallait en faire, les couleurs ne vinifient à fe mêler & à fe confondre. Tel fut entr’autres l’avantage de la découverte de ces émaux, faite par Jean de Bruges, qui par les qualités de fon efprit & l’emploi qu’il en fit, mérita finguliérement l’eftime de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, auprès duquel il parvint à un fi haut degré de confidération, qu’il l’admit au rang de fes confeillers privés.
- il 6. DÉJÀ Charles V avait fignalé fon inclination particulière pour la peinture fur verre par la quantité d’ouvrages de ce genre qu’il avait fait faire. Outre les fix grands vitraux , dont il avait décoré en 1560 fon églife favorite des Céleftins à Paris, & qui furent brifés 178 ans après, lors de l’explofion occafionnée par la chute du tonnerre fur la tour de Billy remplie de poudre à canon, Sauvai nous apprend que toutes les fenêtres des chapelles & appar-
- ( a) On ne doit cependant attribuer à partie, le verre rouge employé dans les Jean de Bruges que l’invention des émaux plus anciennes vitres peintes, était en plus autres que le rouge ; car, comme nous le grande partie enduit d’un émail rouge ,cou-verrons à la fin du çhap. II de notre fécondé ché & parfondu fur un fond de verre blanc.
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- temens de Tes maifons royales an Louvre & en l’hôtel de S. Poî, étaient remplies de vitres peintes , aulfi hautes en couleurs que celles de la uünte chapelle,, pleines d’images de faints 8c faintes , furmontées d’une efpece de dais, & af-iifes dans une efpece de trône, le tout d’après les dellîns de Jean de S. Romain, fameux fculpteur de ce tems, que ce monarque employait par préférence pour la décoration de fes palais. G’eft encore de Sauvai que nous apprenons , qu’outre ces images, quelques-unes des vitres des apparternens du coi, de la reine , des enfans de France & des princes du fang royal, étaient rehauifées des armoiries de la perfonne dillinguée qui les occupait, & que chacun de ces panneaux coûtait vingt-deux fols. (a)
- 117. Ce goût des fouverains & des plus puidans feigneurs de faire peindre leurs armoiries fur les vitres des chapelles de leur palais & des églifes qu’ils failaient conftruire dans l’étendue de leurs domaines,n’était pas une nouveauté de ce liecle. On en voit des monumens dès le treizième (b) i les armoiries, par exemple, de Bernard d’Abbeville, cinquantième évêque d’Amiens, qui veilla fur la 'conftrudion de la magnifique églife cathédrale de cette capitale de la Picardie, fe voient encore dans le principal vitrail au-delfus du maître - autel de cette églife , achevée en 1269 : on les y diftingue blafonnées d’argent aux trois éculfons de gueule. Et M. l’abbé Lebœuf, pour prouver que l’églife actuelle de Saint-Denys n’eft pas celle qui fut finie par l’abbé Suger, mais celle à laquelle l’abbé Matthieu de Vendôme mit la derniere main en izCi, fe fert des armoiries accollées de France & de Caftille, peintes fur les vitraux du chœur 8c de la croifée, qu’il regarde comme des témoignages authentiques des pieufès libéralités du roi faintXouis & de là reine Blanche, qui avaient le plus contribué à la perfe&ion de cette augufte bafilique.
- ri8. 'L’usage de peindre, fur-tout fur les vitres des églifes , les armoiries de leurs fondateurs ou des donateurs de ces vitres, s’étendit pendant le quatorzième liecle,& s’accrut beaucoup pendant les fuivans. De quelque motif qu’il procédé, ce qu’il ne me convient pas d’examiner ici, il fera toujours
- (a) Il eft impoiïible d’apprécier au jufte la valeur du pied de verre peint de 12 pouces de fuperficie, par rapport à ces vitres peintes dont parle Sauvai, qui n’en donne point de mefure fixe ; il dit feulement, tome II, page 20 de fes Antiquités de Paris, édit, de 1724 , que les croifées des appartenons du Louvre, où le roi logeait avec toute la famille royale, étaient très-petites. Quant au prix de chaque panneau, qu’il fait monter à 22 fols ; en réduifant notre livre de 20 fols à dix liv. 7 fols ou environ, 8c Tome XIII.
- le fol à 10 fols 4 deniers , chaque panneau reviendrait à 11 liv. 8 deniers de notre argent. Ainfi ces ouvrages étaient à un très-bon compte dans un tems où l’argent était: très-rare,l’affaibliflènient des monnoies très-commun , leur valeur numéraire fort augmentée , le peuple très - pauvre , & le roi fort économe, fi l’on en croit l’auteur de YEJfai fur l’hiftoirc générale , &c.
- ( b ) Nous avons déjà eu occalion , dans une note de ce chapitre , d’en rapporter des exemples pour Paris.
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- vrai de dire que nous lui Tommes redevables des connaiflances pratiques qui nous retient de la peinture fur verre; car les armoiries font prefque le feul objet fur lequel trois ou quatre peintres vitriers dans toutfe l’étendue de la France peuvent encore de nos jours exercer leur talent. C’eft de là , je penfe , que dans plusieurs villes principales du royaume, fur-tout à Lyon, les vitriers feuls font dans l’ufage , au décès des notables & même des fimples bourgeois , de peindre en détrempe fur le papier ou fur la carte, leurs armoiries ou chiffres, pour être appofées fur des litres de velours noir.
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- CHAPITRE XI.
- Etat de la peinture Jur verre au quinzième Jiecle.
- 119. jfL.ES peintres fur verre de la fin du quatorzième & du commencement du quinzième fiecles, admettaient rarement dans chaque pan de leurs vitraux plus d’une figure, à moins qu’ils ne fulfent dans le cas, fuivant l’ufage de ce tems, d’y introduire quelque fymbole propre à cara&érifer lefaint ou la fainte qu’ils s’étaient propofé de repréfenter : à l’image d’un faint martyr ils joignaient quelquefois la repréfentation de rinftrument qui avait le plus contribué à fon fupplice ; à faint Paul, par exemple, ils donnaient un glaive , pour lignifier qu’il avait eu la tête tranchée; des pierres fur la tète de faint Etienne, ou dans le devant de fa dalmatique ; un gril à S. Laurent. Us ne repréfentaient point fainte Marguerite , S. Marcel ou S. Romain* fans un dragon auprès d’eux ; ils donnaient une biche à S. Leu , un porc à S. Antoine , &c. &c. &c. Mais le principal lavoir des peintres ou delîinateurs de ce tems , confiftait dans la fubtilité ou délicatelfe des traits : leur attention principale était de bien former jufqu’au moindre cheveu. On ne peut voir fans admiration, dans la clalfe de théologie du college royal de Navarre, fur-tout vers 3a gauche, des vitres peintes du quatorze au quinzième fiecle, dont les têtes entr’autres font d’un grand fini : les fonds fur lequels les figures font appliquées, repréfentent des efpeces de tapis gauffrés des couleurs les plus vives, ornés de franges d’or. Les exprelîions des vertus théologales qui y font per-fonnifiées , ne font pas fans mérite.
- 120. Ce n’eft pas qu’on n’ait commencé dès ce fiecle à voir des vitraux hiftoriés ; mais ils fe Tentent de toute la barbarie d’une compofition fans ordre comme fans élégance. Telles font, dans l’églife royale & paroiffiale de feint Paul à Paris, les vitres que Louis duc d’Orléans, frere de Charles VI, fit faire & peindre avec Tes armoiries dans cette églife , “ en laquelle il prit
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- le facrement de baptême auprès des fonts de ladite églife. „ (a)
- 121. Le goût gothique le foutint encore vers le mi!ieu du quinzième fieclc : on peut le remarquer dans les autres vitres de cette églife & dans la conf trudion même de Ion édifice, fini par les foins de Charles VII, après que la ville Paris fut reprife fur les Anglais. Ces vitres ont donné occafiou à M. l’abbé Lebceuf de faire une remarque fi curieufe, que j’ai cru devoir la tranfcrire ici toute entière. te Dans la nef, dit-il (b) , à l’un des vitrages fitué du côté méridional, prefque vis-à-vis le pilier de la chaire du prédicateur , font quatre pans ou panneaux > voici ce qu’ils contiennent. Au premier eft repréfenté Moyfe tenant de la main droite un glaive élevé, & delà gauche les tables de la loi. Au fécond eft peint un jeune homme vêtu de bleu, à cheveux blonds, tenant de la droite un fabre, & de la gauche une tète coupée ; c’eft fans doute la figure du jeune David : dans le haut de ces deux panneaux régné cette infeription : Nous avons défendu la Loi. Au troifieme pan eft figuré un homme de moyen âge, vêtu d’un habit court, fur le devant duquel eft pendue une grande croix potencée comme celle du royaume de Jérufaletu ou du duché de Calabre, laquelle eft attachée à un collier en forme de chaîne : le guerrier , qui paraît être un croifé , tient une épée de la main gauche, & de l’autre le nom de Jéfus, JH S , élevé ; & en lettres d’or gothiques au-delfus de fa tête eft écrit : Et moi la foi. Au quatrième panneau l’on voit une femme dont la coéfture eft en bleu & les habits en verd; elle a la main droite appuyée fur un tapis orné d’une fleur-de-lis , & de cette main elle tient une épée s de fa main gauche appuyée fur fa poitrine, elle tient quelque chofe qu’il n’eft pas facile de diflinguer j au-delfus de la tète eft écrit : Et moi U roi. J’ai penfé , continue notre ferutateur des antiquités francaifes, que ce devait être la pucelle d’Orléans. C’eft peut-être le feul endroit de Paris où foie repréfentée Jeanne d’Arc , qui rendit de fi grands fervices à Charles VII contre les Anglais (c): il y a apparence, ajoute-t-il, que ces vitrages ne furent faits que vers l’an 1456, auquel Paris fut repris fur les mêmes Anglais : car, quoique cette églife ait été dédiée en 1431 ou 1432, par l’évêque de Paris de ce tems, qui tenait pour le roi d’Angle-
- (a) Voyez le teftament de ce prince dans la vie de Charles VI, par Jean Juvenal des Urlins, deuxieme édition, Paris, 1653, page 636, imprimerie royale.
- ( b '1 Hiji. de la ville cîe Paris & de tout le diocefe , Paris, 17^4, tome II, page 923.
- (c) Sans doute MM. les curés & mar-guilliers de cette paroifle s’emprefleront de conferver à la mémoire de Jeanne d’Arc un
- monument fl précieux pour la nation, & dont il eft glorieux pour cette églife de fe trouver feule actuellement en pofTellion. On aurait pu donner au chœur & à la nef un jour fuffifant, fans détruire aucunes vitres peintes, en fe fervant des moyens qui feront rapportés au chap. XVIII de cette première partie.
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- VA R T DE LA PEINTURE
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- terre, on a plufieurs exemples de dédicaces d’églifes faites avant que les édifices en fuifent entièrement achevés.
- 12 z. Ce ne fut que vers la fin du quinzième Gec le qu’on s’apperçut quels goût gothique commençait à céder la place à l’antique; les architectes fur-tort s’appliquaient à faire revivre cet ancien goût, & étaient curieux de le deftmer (a) : on vit même dans ce tems quelques artiftes fe révolter contre les in ftru étions de leurs maîtres , qu’ils n’eftimaient plus que comme une routine fans art, qui ne devait pas relferrer des génies capables de produire d’eux-mêmes des inventions fingulieres. La peripective devint l’étude principale des meilleurs peintres; les fites les plus gracieux & la belle nature, le fujet de leur imitation. Les peintres vitriers, fous la conduite d’Albert Durer l’un d’eux, qui venait de donner un traité de perfpedive, s’appliquèrent à en profiter. On vit alors, à la place de ces fonds comme gauftVés, les figures fortir agréablement de ces niches en architedure délicatement peintes fur verre d’un goût nouveau, quoiqu’encore chargés dans les commence-mens,de quelques ornemens qui fereifentaient delà derniere maniéré. Telles font les vitres peintes du réfedoire de l’abbaye royale de S. Vidor à Paris, qui, quoique du commencement du feizieme fiecle,fe relfentent beaucoup du goût qui dominait fur la fin du quinzième, & celles de quelques églifes de Beauvais, dont la relfemblance parfaite femble annoncer qu’elles fortent de la] même main. On aifure qu’elles ont été exécutées les unes & les autres fur les cartons d’Albert Durer. Un développement d’un meilleur goût de deflin, qui fe rapproche beaucoup de l’antique, fe fait remarquer, particuliérement au bas côté de l’églife des grands Auguftins à Paris , dans les figures peintes fur les vitres à la hauteur de deux panneaux feulement, dans le pan du milieu de chaque vitrail. Ce goût pourrait être propofé comme un modèle à fuivre, fi la peinture fur verre venait à reprendre vigueur parmi nous. Mais'avant de paifer à l’état de la peinture fur verre dans fon meilleur tems, je veux dire dans le feizieme fiecle, nous dirons quelque chofe des artiftes qui fe diftin-guerent le plus pendant le quinzième.
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- CHAPITRE XII.
- F cintres fur verre , qui fe difimguerent au quinzième fiecle.
- 123. Shx eft certain, comme on ne peut en douter, que nos peres cultivèrent l’art de peindre avec plus d’application que les autres nations, il eft
- (a ) Voyez la Préfacé du cours d architecture de Daviler, édit. 1691.
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- aiWîî certain que le verre fut le fond principal fur lequel ils Pexercerent le premier & par préférence. On peut en juger par ces anciens monumens de peinture fur verre ,du douzième & du treizième liecles , en les confidérant comme antérieurs de plus d’un fiecle aux efforts de Cimabué dans Florence. Et fi, d’un autre côté, l’on demande pourquoi les noms des peintres vitriers des premiers fiecîes de cet art ne font pas configués dans nos faites, je répondrai d’abord que les hommes ne font accoutumés à louer que ce qui eft plus rare -, qu’ainli les peintres vitriers de ces tems & leurs ouvrages étant répandus avec une étendue prodigieufe , nos hiftoriens ne s’empreiferent pas à nous conferver les noms de ces anciens artiftes qui, de leur côté, biffaient à leurs defcendans le foin d’étendre leur renommée par une émulation qui les conduirait à les furpalfer en capacité. Quant au peu de foins que ces anciens artiftes prenaient de marquer leurs ouvrages de leurs noms, D. Mont-faucon nous apprend ( a ) que mon - feulement l’ufage de mettre fon nom, fur fes ouvrages n’était pas établi parmi les artiftes de la haute antiquité, mais encore qu’il n’était pas libre aux archite&es de ces premiers tems de mettre le leur à leurs travaux j & que ceux qui les remplacèrent par la fuite , ne parurent pas fort curieux d’interrompre cet ufage.
- I24. Je remarquerai avec Florent le Comte (b) , par rapport aux peintres & graveurs de ces tems , qu’il appelle les vieux maîtres, qu’ils fe contentaient (fi l’on en excepte Albert Durer, qui mettait fon nom , quelquefois même fon portrait, fur fes tableaux & fur fes eftampes ) d’appofer certains caraderes ou certaines marques fur leurs produdions , qu’il explique & qu’il indique fort au long j que d’autres , comme on le voit dans certains ouvrages de peinture fur verre des meilleurs tems, y mettaient feulement le chronogramme de l’année dans laquelle ils avaient été faits, quelquefois & ces marques & ce chiffre. ( c) Enfin la haute réputation d’habileté dans leur art, que les peintres fur verre du quinzième fiecle & du fuivant avaient ac-quife, leur paraiifait fuffifante. Ils ne s’occupaient qu’à la maintenir par de nouveaux progrès, & biffaient à leurs admirateurs le foin de faire paifer leur nom à b poftérité.
- (a) Diarii Jtalici, pag. 98.
- ( b ) Cabinet d'architecture , tome I, pag. 160 & fuiv.
- (c) On en voit un exemple remarquable dans les quatre vitraux du bas côté droit de l’églife paroiffiale de Saint-Hippolyte à Paris , près l’hôtel royal des Gobelins, que le Brun & Mignard ne pouvaient fe laffer d’admirer pour la correction du deffin & b
- beauté du coloris, toutes les fois que leur infpeétion fur les manufactures royales de tapifleries qui y font établies , les y appel-lait. Ces quatre vitraux qui portent le chronogramme iç6i /contiennent aulîi dans les frifes dont ils font ornés, ces lettres initiales, IHLM,MYIH,ATHSI. Va & d’autres qui font mutilées,
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- V ART DE LA PEINTURE
- I2f. Aucun Français avant Félibien n’avait entrepris d’écrire fur la vie & les ouvrages des meilleurs peintres de fa nation ; encore dit - il peu de chofes & comme en palfant, des meilleurs peintres fur verre j en quoi il a été imité par MM. de Piles & d’Argenvilie. Les Flamands, dont la rivalité envers les Français fe foutint long-tems dans Part de la peinture fur verre , & qui, comme nous, font actuellement réduits à la plus grande difette de ces artiftes, ont été plus curieux de nous tcanfmettre les noms de ceux qui s’y font le plus diltingués.
- 126. C’est dans l’efprit d’un grand attachement pour fon art & pour les plus célébrés de les compatriotes, en quelque maniéré de peindre qu’ils fe fiaient exercés , que marchant fur les traces des Carie - Van - Mander, des Fïoubraeken, des 'Weyermans & des Van - Gool, M. Defcamps , Flamand d’origine, peintre du roi, membre de l’académie royale de peinture & de fculpture , &c. profelfeur de l’école de dellin de la capitale de Normandie, a donné à la France un livre qui lui manquait fur la vie des meilleurs peintres Flamands, Allemands & Hollandais, (a) Ainli , dans le deifein où nous lommes , à mefure que nous examinons l’état de la peinture fur verre dans fes différens liecles, de faire connaître ceux qui fe font le plus diftingués dans cet art, tant en France qu’en pays étrangers , nous profiterons avec emprelfement de l’ouvrage de ce ftudieux artille , qui n’a rien lailfé à defirer dans fon livre, de tout ce qu’il a pu acquérir de connailfances fur les noms 8c les ouvrages des plus célébrés peintres fur verre des trois nations qu’il parcourt. Nous y joindrons , relativement à ceux de notre nation, ce que nous en apprennent Sauvai, Florent le Comte, Félibien , des mémoires particuliers , nos propres recherches. Voici ceux qui ont acquis le plus de célébrité dans le quinzième fiecle.
- 127. Le premier & le plus connu dans ce fiecle, finon par fes ouvrages , au moins par fon éminente piété, fut le bienheureux Jacques /’Allemand,, ainfi nommé parce qu’il efl né à Ulm en Allemagne. Après avoir parcouru l’italie, il entra dans l’ordre de faint Dominique , où il fut reçu en qualité de frere convers. Il s’y appliqua fur-tout à la peinture fur verre , dans laquelle il réufiit très - bien. L’obéilfance fut fa vertu principale. L’hiftorien de là vie remarque qu’un jour ayant commencé fa recuiifon ,que,fuivant les réglés de l’art, il ne devait quitter qu’après fa perfection, il abandonna, pour obéir à fon prieur qui l’envoyait à la quête , le gouvernement de fon four, 8c qu’à fon retour il trouva fon ouvrage tel qu’aucune de fes recuif-fons 11’avait eu le même fuccès. Il mourut à Boulogne le 11 oCtobre 1491,
- (a) Cet ouvrage en quatre volumes in-8°. Saillant, Piflaut, &c. En 1769 il y a ajouts a paru en 1753, 1794, 1760 & 1763 , à un voyage pittorefque delà Flandre & du Paris chez Jcmbert, rue Dauphine, Defaint, Brabant.
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- SUR FERRE. Partie 1.
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- âgé de plus de quatre-vingts ans. Sa vie eft écrite par Jean - Antoine Flamand, & fetrouve dans le cinquième tome de Surius. Les fréquens miracles qui Te firent à Ton tombeau , l’ont fait placer au rang des faints de fon ordre j & la communauté des maîtres vitriers, peintres fur verre à Paris, en célébré la fête, comme Je fécond patron, le fécond dimanche d’o&obre.
- 128. Les lettres - patentes que Charles VII accorda en 1430 à Henry Mellein , tant pour lui que pour ceux de fa profeftion, nous apprennent qu’il était peintre vitrier à Bourges. Il eft vraifemblable qu’il eft l’auteur de ces vitres peintes qui font à l’hôtel - de - ville de Bourges , dans lefquelles on admire les portraits au naturel de Charles VII, à genoux, à demi nu , devant Renaud de Chartres , archevêque de Rheirns, en mémoire fans doute de ce que ce monarque avait été facré & couronné à Rheirns par ce prélat environ fix mois auparavant. On y diftingue aufli ceux des douze pairs de France, & celui de Jacques Cœur, fon argentier, (a) qui ont toujours palfé pour originaux. Il y a lieu de croire que ces lettres - patentes furent le témoignage le plus authentique de l’approbation que Charles VII donna à cet ouvrage, ponfacré à la mémoire d’un événement fi glorieux aux armes des Français & fi fatal à celles des Anglais.
- 129. On doit mettre au nombre des peintres fur verre de ce fiecle Albert Durer, regardé généralement comme le réformateur du mauvais goût de la peinture dans l’Allemagne, & par-tout où fes deflins, cartons ou gravures ont annoncé l’étendue de fon génie. Ce peintre naquit en 1470 à Nuremberg, dans le cercle de Franconie.il fit de grands progrès dans la gravure fous Hupfe Martin, peintre & graveur, & de plus grands dans la peinture fous Michel Wolgemut. Il eut par la fuite de grandes relations avec Lucas de Leyde, peintre fur verre & graveur Hollandais (é), auprès duquel il palfa quelque tems pour fe remettre de la mauvaife humeur de la femme , dont il ne pouvait adoucir le caraétere. Ces deux grands hommes s’eftimerent, & une émulation digne d’exemple animait la douceur de leur commerce. Les tableaux d’Albert Durer, ainfi que fes définis, étaient en grande réputation dès le commencement du feizieme fiecle ; & la quantité qui s’en répandit dans l’Allemagne & dans l’Italie, fut très - confidérable. Jamais artifte ne mit au jour tant de productions. Ses gravures qui fe multiplièrent, devinrent d’un grand fecours aux peintres vitriers, au talent defquels, à l’exemple de fon ami Lucas, il voulut s’aifocier. On voit de lui, dans un temple de luthériens dans le comté de Marck en Veftphalie , une forme de vitres repréfentant la cene du Seigneur. Il 11e fe borna pas à la fimple pratique de la peinture 5 il £i\ lailfa auifi des réglés par écrit. On a de lui des traités fur les proportions
- (a) C’eft-à-dire, contrôleur général.
- (&) Sa vie fera parmi celles des premiers peintres fur verre du feiziemé fiecle.
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- VART DE LA PEINTURE
- élu corps humain , fur la géométrie, & fur l’architeélure civile & militaire. On lui reproche trop de roideur dans le dellîn. Plus de noblelfe & de grâces dans l’exprefïion, moins d’ignorance du coftume, auraient fait un homme unique de ce vafte génie, qui, fans modèle comme fans guide, ne dut qu’à lui feul fon habileté dans la pratique de tous les arts qui font du retfort du deiîin. Il mourut en 15-28 dans la ville où il avait pris nailfance, regretté de l’empereur & des grands , dont il avait mérité l’eftime.
- i $o. La célébrité des belles vitres peintes de ce tems , dans plusieurs églifes de Beauvais nous a engagés, pour en reconnaître les auteurs, à recourir aux lumières d’un amateur de cette ville , aufîî diltingué par les précieufes qualités qui conftituent le bon magiftrat, que par fon érudition. Voici ce qu’il a bien voulu nous en apprendre. ( a ) “ L’art de peindre fur verre a été depuis „ long - tems pofledé en cette ville par les vitriers : ils y excellaient. Nos „ églifes renferment plufieurs chefs - d’œuvres en ce genre; & ce qui fait en-„ core plus d’honneur à notre ville, c’eft qu’elle a produit ces habiles gens. 33 Le plus ancien dont on ait connaiflànce eft Enguerand ou Angrand le Prince, M natif de Beauvais, mort en i^o. Il a fait des plus belles peintures fuf 33 verre, qu’il y ait en aucun lieu. S. E. monfeigneur le cardinal de Janfon , „ évêque de Beauvais , les trouvait plus belles que celles du château d’A-,3 net, qui cependant palfent pour être excellentes. Auffi cette éminence ne M manquait-elle pas défaire conduire à Saint-Etienne, & aux autres égli-,3 fes décorées par ces belles vitres, les étrangers de dilîin&ion qui venaient „ defcendre chez lui. Il y conduifit lui-mêmele cardinal de Furftemberg, „ qui était venu paffer quelques jours à Beauvais, & qui ne fe laifait pas de 33 les admirer. Le Prince, qui ne voulait donner que du parfait s autant qu’il ,3 pouvait, n’épargnait pas la dépenfe pour y atteindre. Il envoyait aux plus 3, habiles peintres d’Italie & d’Allemagne , le deiîin des compartimens & or-„ donnancesde la pierre des. vitraux qu’il voulait peindre, afin qu’ils puifent „ mieux, dans les cartons qu’il leur demandait, en ordonner les figures & 33 les ornemens, dont il refte pluiieurs deifins de la derniere perfe&ion. Les „ curieux qui palfent par Beauvais, vont voir dans l’églife de 'faint Etienne „ les vitres qu’il a peintes en la chapelle de Notre-Dame de Lorette, &dans J, 'celle de faint Jean, d’après les deilins de Raphaël; & encore l’arbre de 3, Jeilé, les vitres de faint Sébaftien, d’après Jules le Romain ; la nativité 33 dans la chapelle de fainte Marguerite ; l’hilîoire de faint Claude, de faint ,3 André & de faint Jean. Au-delfus de l’autel de faint Claude, le jugement 33 dernier ; l’hiftoire de faint Etienne donnée par la famille des la Fontaine ;
- 3, faint Nicolas fecourant un vaiifeau agité par la tempête ; fainte Catherine
- (a) Mémoire manufcrit^à nous adrefle par M. le Maréchal, lieutenant particulier a» préfidial de Beauvais.
- „ au
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- SUR FERRE. Partie I.
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- » au milieu des docteurs. Dans Péglife de Paint Martin, les douze apôtres „ & les douze articles du credo, partagés & infcrits fur le verre au - deflous M de chacune des douze figures; & dans la chapelle de fainte Barbe, en la „ cathédrale, un crucifix. Ces treize morceaux d’après Albert Durer. On „ voit encore dans Péglife de Paint Sauveur de cette ville, Pur une vitre, l’hif-„ toire de fainte Genevieve & la cene dans la facriftie des Cordeliers. Dans „ toutes ces peintures, on eft frappé de la vivacité des couleurs, de la cor-„ redion du deffin & de la beauté des figures. Angrand ou Enguerand le „ Prince eut pour gendre Jean le Pot de Beauvais, très-habile fculpteur, ^ qui devint la tige d’autres peintres fur verre renommés de ce nom. „ Nous aurons occafion d’en parler dans la fuite.
- CHAPITRE XIII.
- Etat de la peinture fur verre au feizieme fiecle, c'eft. à~ dire, dans fon v meilleur tems. '
- iji. 3LiES progrès d’un art font autant de degrés qui le portent vers la perfedion, jufqu’à ce qu’en ayant atteint le fommet , il tombe d’une chute plus rapide vers fa ruine. Traiter des meilleurs tems de la peinture fur verre, c’eft prefqu’annoncer le dépériifement dont elle eft menacée , & eifayer nos regrets fur fes triomphes. Ne lailfons pas néanmoins d’examiner les caufes de la fubite élévation dans le feizieme fîecle : nous ne pouvons arrêter le cours des viciflitudes humaines ; la Providence feule peut conduire toutes chofes à leur perfedion , comme elle en permet la chûte & la ruine. Payons-lui donc le tribut d’hommages que nous lui devons pour nos fuccès, & fai-Ions nos efforts pour fauver notre art du péril qui le menace.
- 132. Avaïjt l’invention des émaux par Jean de Bruges, la peinture fur verre, comme l’arc-en-ciel, dont les couleurs variées ne formant aucun defini particulier , 11e lailfent pas de furprendre l’admiration, ou telle qu’un parterre émaillé de fleurs de toutes couleurs & de toutes efpeces , qui, quoique moins précieufes les unes que les autres , concourent à l’effet de ce tout en-femble dont les yeux ne peuvent fe laffer ; la peinture fur verre, dis-je, avait plus frappé les yeux du corps que ceux de famé, par la beauté des objets repréfentés. Telle eft maintenant encore parmi nous la fenfation qu’éprouve le commun des hommes peu connaiffeurs à la vue d’un tableau bien colorié : le coloris feul les frappe, fans égard aux autres parties de la peinture. Cet attrait féduifant du coloris, accompagné de ce religieux frémiffe-Tome XIII. L
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- ment qu’infpirait le refped dû aux lieux faints que la peinture .fur-verte décorait, d’une part; de l’autre;, l’attention que portaient à ces objets » quoique groffi ère meut r e préfentés fur les .vitres , ceux dont l’ame fi m pie ment chrétienne- y cherchait des fujets d’inftruction ou d’édification , avaient, comme nous l’avons vu , dans les. fiecles précédens , accrédité l’art de peindre fur le yerre. Les églifes de, la ville & de la campagne les palais de nos rois & des fouverains , avaient pendant c.e tems été fermés de vitres rehaufiées de l’éclat du plus, bea/U coloris, mais d’undeffin très - greffier. On vit tout-à - coup au lèizieme fiecle , cet art devenir fufceptible de ces fîtes gracieux, de ces lointains agréables, qui jufqu’alors avaient été impraticables à fes artifles, & que l’étude de la perfpedi.ve leur avait rendu aufïi faciles qu’à ceux qui s’exerçaient dans les autres genres de peinture. Tel arbre, telle plante, qui, dans les fiecles précédens, fe voyaient grofîlérement chargés de leurs fleurs & de leurs fruits, pratiqués comme dans la molaïque, par un lourd affemblage de pièces de rapport prefqu’innombrables, jointes, avec, le plomb, les montrèrent réunies avec leurs troncs, leurs tiges & leurs feuillages, peints fur un ou plusieurs morceaux de verre blanc d’une jufte étendue, apprêté? de dilférens émaux colorans , & de leurs différentes nuances adaptées au tou propre & naturel de l’objet que le peintre fur verre s’était propofé d’imiter. D’où pouvait provenir un fi heureux changement? D’une révolution fubite qu’é-prouverent dans ce fiecle tous les divers genres de peinture.
- 133. DÉJÀ vers la fin du quinzième fiecle, on avait fenti quelques avant-coureurs d’une révolution confidérable dans tous les arts qui dépendent du defiin j elle, devint complété dès le commencement du lèizieme. On vit alors tout- à - coup les fouverains pontifes, les empereurs, les rois & les. grands> fe difputer à l’envi la gloire de faire revivre les arts, & de tirer fur-tout, la peinture du tombeau dans lequel elle avait été comme enfevelie durant dix fiecles, fi l’on en excepte la peinture fur verre, qui, au moins en France, n’avait pas fouffert d’interruption. Jules II, & Léon X, Charles - Quint , François Ier, & Henri VIII, entretenaient entr’eux une efpece de rivalité qui leur fit defirer & rechercher les travaux de ces,hommes vraiment précieux, dignes de la haute confidératjon dont ils les honorèrent, & quiim-mortaliferent ces maîtres du monde, en s’immortalifant eux * mêmes. Cette heureufe révolution fe fit fentir tout - à -coup, non dans quelques royaumes, dans quelques états, dans quelques provinces , mais.tout à la fois dans, tous les dilférens royaumes , états & provinces de l’Europe entière. L’Italie eut prefque dans le même tems fes Raphaël, l’Allemagne fes Albert Durer, l’Angleterre fes Holbein , la Hollande fes Lucas , & la France fes Léonard de Vinci, les Rolfo , & autres. #c Dans ces tems heureux, dit M. le comte 33 de Caylus, tome IV, page 7^ , le génie de la peinture, de la fculpture
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- „ & de l’architeélure, contraint & renfermé fous le bas-empire, s’eft par-„ ticuliérement développé fous le pontificat de Léon X ; & l’on peut dire „ qu’Alexandre le Grand & ce pape feront toujours à la tète des époques les „ plus illuftres & les plus célébrés des beaux-arts. „
- 154. La fcience du deffin devint l’objet principal de l’application des maîtres de l’art. Raphaël, perluadé que, fans cette première & eifentiêlle partie de la peinture, les autres ne font rien, s’en occupa par préférence, & laiflait à fès éleves l’exécution de fes tableaux qu’il fe contentait de deiîiner. C’eft ce qui lui faifait dire au fujet d’un tableau qü’il peignait en concurrence avec Sébaftien del Piombo , dont le coloris était raviifant, que ce ferait pour Lui une foible gloire de vaincre un homme qui ne favait pas deffzner. Ain fi ce prince dés peintres, découvrant à fes difciples les tréfors d’un art dans lequel il n’avait trouvé que Michel - Ange pour modèle, les prellà de s’enrichir de fes découvertes. Le grand nombre des deffinateurs multiplia celui des deffins ; & l’on vit des éleves capables d’ajourer de nouvelles beautés aux cartons de leur maître, qui leur laiffait le foin de les arrêter & de les colorier j mais , quelque grand que fût le nombre de ces habiies deffinateurs, qui, fortis de l’école de Raphaël, fe répandirent dans les différais états de l’Europe ; quelqu’étendu que fût celui des éleves que firent en France les Léonard de Vinci, les Roffo & les Primatice , queles libéralités de François Ier avaient attirés dans fon royaume, leurs deffins multipliés ne pouvaient fuf-fire à l’empreffement général avec lequel 011 s’efforcait de toutes parts de s’en procurer.
- 13 f. Albert Durer , ce vafte génie qui embraifait tous les arts, avait déjà commencé, comme nous avons dit, à faire paraître fon talent pour la gravure dans l’Allemagne. Il Pavait porté beaucoup plus loin qu’aucun de ceux qui s’en étaient occupés depuis la fin du quatorzième fiecle. La célébrité de fes eftampes gravées'fur bois,'qui fe répandirent par-tout, fit recourir à la gravure. On la regarda comme un moyen de multiplier prefqu’à l’infini le même deffin , & de faire parvenir jufques dans les régions éloignées, la penfée d’un artifte, qui auparavant n’était connue que parle feul exemplaire forti de fes mains. Marc-Antoine Raimondi, de Boulogne en Italie , fe rendit l’émule & même le contrefacteur des gravures d’Albert Durer. Raphaël & Lucas de Leyde s’exercèrent à graver ; & comme dans ce tems tout ce qui émanait du deffin îiè^paraiffait pas difficile, l’art de graver s’étendit & fe perfectionna. On vit alors peu 'âe bons peintres qui ne joignirent ce talent à celui de peindre ; la gravure devint même un art particulier ; les artiftes qui s’en occupèrent uniquement, s’emprefferent de s’aiTocier à la gloire des plus grands peintres, en multipliant pat leur talent ces ouvrages des grands maîtres, qu’ils ne pouvaient efpérèr d’attèindre par le mérite de l’invention , & trouvèrent le moyen
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- d’éternifer leur mémoire, en prolongeant celle de leurs excellens originaux» Ainfi l’orfèvrerie, la tapiiferie, la peinture en émail, & tous les arts qui prennent leurfource dans le deflin, marchaient d’un même pas vers la perfedion. Le bon goût fe forma par-tout ; les peintres fur verre fentirent particuliérement l’avantage qu’ils pouvaient attendre de la gravure & du commerce des eftampes. Les plus habiles s’y exercèrent, & crurent devoir au progrès qu’ils y firent, ceux qui fe diftinguerent fi éminemment par la fuite dans leur talent de peintres fur verre. L’entente du clair-obfcur, fi nécelfaire dans la gravure , ne l’était pas moins dans la peinture fur verre, dont il releve tout le mérite; & l’éclat du coloris, qui manque fouvent aux plus grands maîtres, venait s’y joindre: alors les plus habiles defiinateurs ne fe contentèrent pas de fournir aux peintres vitriers comme aux tapifiîers, des cartons arrêtés & çoloriés, que leurs éleves rendaient avec autant de preftejje que d’art : ils ne dédaignèrent pas d’entrer en lice avec ceux-là même qu’ils pouvaient ne regarder que comme leurs copiftes. Ils pratiquèrent ce travail d’un détail & d’un faire tout-à-fait étranger à la maniéré ordinaire de peindre , mais que leur pratique de la gravure leur rendait plus aifé. Bientôt ils firent connaître l’univerlalité de leur génie dans tout ce qui dépend du deflin : ils traitaient avec la même habileté le crayon & le biftre, le marbre & le bois, la détrempe & l’huile, le burin, le verre, les émaux & leur recuilfon. Quelques-uns exercèrent ces différens talens avec la même facilité & la même intelligence : ainfi la peinture fur verre fe vit portée à la plus haute perfedion en France , en Allemagne & dans les Pays-Bas; accompagnée ou .privée du mérite de l’invention , elle y concilia une eftime diftinguée à ceux qui s’y appliquèrent, inventeurs ou copiftes.
- 136. La feule Italie , qui fournilfait aux Français les plus excellens maîtres dans le deflin, n’avait perfonne propre à l’emploi des couleurs métalliques ufitées dans l’art de peindre fur verre ; perfonne qui fût les faire recuire pour les incorporer avec le verre. Jules II 11e put voir la capitale du,.monde chrétien, devenue par fes foins le centre du goût pour le deÏÏin, privée d’un talent qui faifait défi grands progrès par-tout ailleurs; il chargea Bramante de lui en procurer des artiftes. Bientôt, à fa requifition , frere Guillaume , de l’orde de faint Dominique , & maître Claude, tous deux habiles peintres fur verre , quittent Marfeille, arrivant à Rome , & fous les yeux & les cartons de Raphaël, décorent de leurs ouvrages des vitraux de la chapelle du Vatican: mais Claude n’ayant pas furvécu long-tems à fon arrivée,, frere Guillaume achevé feul les travaux commencés ; enfuite Cortone, Arezzo, deviennent le théâtre de fes veilles, & cette derniere ville le lieu de fa fépulture. Mais, fi les états d’Italie furent les derniers qui eurent des peintres fur verre, ils en furent privés les premiers, foit à caufe du peu
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- de goût que les Italiens fe Tentaient pour cette maniéré de peindre, foit par le petit nombre d’éleves que ce religieux y forma. On compte parmi eux George Vafari j mais il nous apprend qu’il s’en dégoûta bientôt, & qu’il s’appliqua par préférence à la peinture à l’huile, à laquelle il travailla fous Michel-Ange ,& fous André'del Sarto.
- 137/ Pendant ce tems, la France qui, comme nous le ferons voir plus amplement, poffédait en concurrence avec les Pays-Bas les meilleurs peintres fur verre, vit croître le nombre de leurs éleves, & leur talent fe fortifier avec une vîteife'incroyable. C’efb quelque chofe de fuprenant que la quantité prodigieufe des ouvrages de peinture fur verre de ce bon tems , dont non - feulement les églifes, les palais de nos rois , les maifons des grands, mais encore les lieux d’aifemblées publiques dans toutes les villes, les oratoires , les cloîtres des monafteres, les fallons des riches, les appartenons des fimples particuliers, les voitures même (a) , furent ornées d’après les deflins & les cartons des François d’Orléans, des Simon & Claude de Paris, des Laurent de Picardie , des Lucas Penni, des Claude Baldouin, des le Roy , des le Rambert, des Dorigny, des Carmoy, des Rondelet, des Mufnier, des Dubreuil, des de Hoey, des Dubois, des Rochetet, des Samfon, des Michel & des Janet, tous éleves du Roffo & du primatice , qui fournirent des deflins en fl grand nombre pour les tapilferies & pour les vitres.
- 138. Entre les parties de la peinture fur verre , dans lefquelles ces artif-tes fe diftinguerent le plus pendant ce fiecle , le portrait ne tint pas le dernier rang : la plupart s’appliquèrent avec mérite à cette portion de leur art, qui en rendra toujours la confervation plus digne de nos foins. Outre l’honneur qu’elle fait au peintre, en qui, pour être exad, elle fuppofe une grande correction de deflin, beaucoup d’intelligence, de juftelfe & de précifion , pour bien rendre les différentes inclinations & les paflions caradérifliques des perlonnes repréfentées , de maniéré qu’au premier coup - d’œil on puilfe y reconnaître celles que l’on a connues ; combien de fatisfadion & d’inftruc-tion même ne nous fournit pas cette fcience !
- 139. Dans un portrait bien rendu, nous retrouvons la figure de ce monarque, qui par fa valeur étendit les limites de fon royaume, ou repoulfa la violence d’un ennemi qui voulait s’en emparer 5 & affurant ainfi le bonheur & le repos de fes fujets , voulut encore leur laiffer fous les yeux de pieux monuméns de reconnaiffance envers l’Auteur de tout fuccès, & les confa-
- ( a) Nous lifons dans les mémoires de „ tait, tant en foie fur la doublure, qu’en la reine Marguerite, édition de Bruxelles, „ peinture fur les vitres, quarante devifes i6<;85 page 97, que “ dans fon voyage de „ toutes différentes, avec des mots en efc
- Flandres, fa libéré étoit toute vitrée, les ,, pagnol ou en italien, fur le foleii $ fur , vitres toutes faites-à devifes ; qu’elle por- „ fes effets. ,,
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- crer à l’embelliifement de fes faints temples. Nous y reconnaiffons ce prélat diftingué par fes enfeignemens comme par fon exemple , qui nous donna les idées les plus relevées du culte dû à l’Etre fuprême. Nous y admirons la reflemblance de ce magiffrat défenfnir des leix, ami de la juftice & de l’équité, qui tira tant de malheureux des dangers que leur avaient Illicite des adverfaires mal intentionnés. Nous y confidérons celle de ce bienfaiteur de tout état, aufli précieux à la poftérité par fes bienfaits, que par la magnificence dans la décoration du temple du Seigneur.
- 140. Cette maniéré d’honorer les hommes qui^fe font rendu utiles à l’églife & à l’état, fut obfervée chez les anciens dans les peintures en mofaï-que qui ornaient les temples des chrétiens dès le troifieme liecle ; elle palfa fur les vitres peintes dès les premiers tems de la peinture fur verre, puifque nous avons remarqué qu’on voit encore aujourd’hui à Saint -Denys le portrait de l’abbé Suger dans des vitres du douzième liecle, & à Saint-Yved ceux du comte & de la comtelfe de Braine , dans des vitres du même tems. On a ordinairement regardé ces monumens comme un témoignage fincere de la reconnaiflance des fideles envers les faints pontifes, les empereurs , les rois , ou autres fondateurs de ces faints temples; ou comme un effet de leur complailance chrétienne dans l’offrande qu’ils faifaient à Dieu de ces faints lieux, lorfqu’ils les faifaient placer eux-mêmes; quelquefois même en ce cas, comme un ade de vanité , ainfi que M. l’abbé Fleury le reproche à Acace, patriarche arien de Conftantinople. Quels que foient ces motifs, on ne peut favoir trop de gré à ceux qui nous ont confervé ces monumens. C’eft dans ces portraits que nous puifons les connaiifances les plus utiles fur le coftume des fiecles antérieurs au nôtre. Ils font des garans plus fûrs des marques diftindives de la dignité des perfonnes qu’ils repréfentent , que les livres même qui en traitent.
- 141. Je n’ai pas de peine à croire que les chanoines ou comtes de Saint-Jean de Lyon portaient des foutanes violettes dès le treizième fiecle , lorfque je les vois ainfi repréfentés fur des vitres de ce tems. Je conçois bien plus aifé-ment que nos evéques fe mettaient à la tète des armées, lorfque je vois dans les anciennes vitres de Saint-Sauveur de Bruges, d’un côté les fix pairs ecclé-fiaftiques revêtus des pièces de leur blafon, portant un long manteau rejeté en arriéré, la mitre en tète & l’épée nue à la main ; de l’autre , les fix pairs féculiers fous le même vêtement, diftingués feulement des premiers par d’autres bonnets que les leurs Ça). J’apprendrai que cet ulage n’était point encore aboli dans le quinzième fiecle , tant que l’on confervera ces vitres peintes de l’hôtel-de-ville de Bourges, où parmi les portraits de Charles VII, de Re-
- ( a) Monumens de la monarchie française, par D. Montfaucon, t. III, p. 7*, pi/20.
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- naud de Chartres, & de Jacques Cœur , paraiflent les fix pairs ecciéfiaftiques vêtus en militaires, (a)
- 141. Si je veux reconnaître les difFérensportraits des ducs d’Orléans, la nature des ornemeiis royaux qui revêtaient la majefté de nos rois, & les marques diltindives des princes du fan g rayai, depuis Charles V jufqu’à François Ier inclufivernent, je trouverai le tout parfaitement rendu dans les vitres peintes de la chapelle d’Orléans, aux Céleftins de Paris (b). Où peut-on encore reconnaître plus fùrenient cette relFemblance dans les vifages, ces marques de dignité dans les habillemens, que dans celles des Cordeliers- de la même ville, de la.fiûnte chapelle-de Vincennes, & de beaucoup d’autres églifes du royaume, fur-tout à Nantes & à Angers (c),.. qui font du même terris ? Ne jouirait-on pas encore des mêmes avantages dans l’églife de l’hôpital des enfans rouges à Paris, où étaient peints fur les vitres les portraits de François Ier , de Marguerite reine de Navarre la-fœur, fondatrice de cet hôpital, & du président Rriçonnet, chargé pendant le fiege. de Paris de veiller à la conftruc-tion de cette églife, fi ces. vitres du feizieme lîecle, dont Sauvai (d) releve la beauté, &. qui avaient déjà beaucoup, fouffert de fon tems, n’avaient été en plus grande partie remplacées par des vitres .blanches ? Ainû la poftérité découvrira la forme des habits des magiftrats du decle- où.j’écris, dans le.s portraits de famille dont a été ornée., au commencement de ce fiecle, la frife peinte: fur verre de la chapelle de fainte Anne en l’églife paroiffiaLe de faint Etienne-du-Montrà Paris.
- CHAPITRE XIV.
- Peintres fur verre qui fe dijiingiierent au feizieme fiecle.
- 143. ^^uoique nous ayons déjà parlé de maître Claude & de frere Guillaume de Marfeiile, peintres fur verre , Français , ne craignons pas de répéter ce que nous en dit Vafari dans la Vie des peintres. Il y avait à Rome, fous le pontificat de Jules II , un Français , peintre en apprêt fur le verre , nommé maître Claude. Cet habile homme était à la tète, des ouvrages de peinture fur verre qui fe fàifaient aux églifes & au palais papal. Le Bramante , qui avait entendu parler de l’habileté dans cet art d’un religieux, dominicain de Mar-feille, nommé frere Guillaume , engagea maître Claude à le mander auprès de lui, avec promelfe d’une forte penlion de la part du pape. Ce religieux,
- ( a ) Manufcrits de M. l’abbé Leboeuf. ( c) Monument de la monarchie fran-
- ( b ) Defcription de Paris, par. Germain çaije , loc. lup. cit.
- Brice, tome IL { d) Ântiq. de Paris, tome I, p. 594.
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- fupérieur en talent à maître Claude , muni de l’obédience de fes fiipérieurs, fe rendit à Rome, où il peignit fur verre, en concurrence avec lui, les grandes vitres de la dalle près la chapelle du pape, qui dans la fuite ont été fort endommagées par des coups d’arquebufade lors du fac de Rome. Guillaume, que Vafari appelle de Marcilly, furvécu à maître Claude j car celui-ci, fuivant Félibien, mourut peu de tems après l’arrivée de frere Guillaume en cette ville.-Guillaume y fit feul plufieurs morceaux de peinture fur verre pour les appar-temens du Vatican & pour leséglifesde fainte Marie delpopulo & del l'anima.
- 144. Le cardinal de Cortone , qui connailfait l’étendue du talent de ce religieux dans l’invention de fes fujets & dans l’admirable variété de fes com-pofitions, le conduifit dans fa ville de Cortone , où il peignit, tant fur le verre qu’à frefque, plufieurs morceaux qui furent fort eftimés. De Cortone il palfa à Arezzo, où vivant doucement des revenus d’un prieuré que le pape lui avait donné, il s’appliqua particuliérement à fe perfectionner dans le deflin. Il fe mit par ce moyen en état de faire de plus belles chofes que celles qu’il avait faites à Rome. Il y peignit pour la cathédrale les vitres des grandes fenêtres de la chapelle des Albergotis. Vafari qui fut fon éleve , ne craint point de dire que ces peintures fur verre étaient fi bien traitées qu’il y avait quelque chofe de divin dans les belles expreflions des figures , & fur-tout dans celle de Jéfus-Chrifi, à la vitre où efl: repréfentée la vocation defaint Matthieu. Il ajoute que l’architeélure & les fites champêtres, qui entraient dans la compofitiou de ce vitrail, étaient d’un goût & d’une exécution admirables. Ce religieux peintre fur verre , mourut à Arezzo en 1537, âgé de foixante-deux ans. (a)
- (a) Le peu de crédit que la peinture fur verre a acquis en Italie lui ferait-il donc fatal même parmi nous ! On voit que toutes les tentatives qui ont été faites pour y en introduire le goût, font toujours reliées fans fuccès. En effet, il n’y avait pas trente ans que le B. Jacques l’Allemand, auffi dominicain , était mort à Boulogne en Italie, après en avoir parcouru les différens états en travaillant de la peinture fur verre, où il avait allez bien réufli, mais fans y faire d’éleves, lorfque Jules II fe vit obligé de faire venir des Français à Rome pour travailler à peindre les vitres du Vatican. Depuis la mort de frere Guillaume de Mar-lèille,c’eft-à-dire ,depuis plus de deux cents ans, on ne lit point dans les Vies des peintres Italiens , qu’aucun d’eux , excellens d’ailleurs dans toute autre maniéré de peindre , fur-tout en mofaïque , fe foit appliqué
- à peindre fur verre, f *3 Quoi donc ! parce
- que les Italiens n’ont pas montré de goût
- C*] L’auteur de ce traité n’a point connu un peintre fur verre Italien , dont parle le grand Vocabulaire français. On y lit au mot Sienne, que “ les vitres de la rofette „ qui eft au-deffùs du portail delà cathé-„ drale de cette ville, furent peintes en „ 1949 par Pajiorino di Giovanni Mi-„ cheli, de Sienne, qui apprit cet art de „ Guillaume Marzilla, Français, l’un des „ plus grands maîtres qu’il y eût alors „ pour ces fortes d’ouvrages. „ Ce Guillaume Marzilla ne ferait-il pas le F. Guillaume de Marfeille, que Vafari appelle de Marcilly? Il aurait pu faire un éleve enTofcane, puifqu’il s’eft fixé à Arezzo, & qu’il y a fini fes jours. Note de l'cdi-teur P arijien. r
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- 145'. Vers le même tems travaillait aux vitres peintes ck la cathédrale de la ville d’Aufch, capitale de Gafcogne , un nommé Arnaud Defmoles, très-habile peintre fur verre, Français, ainfi que fou nom l’indique j car nous ne connaiifons ni le nom de fa patrie, ni celui de fes maîtres, ni le tems de fà mort. François-Guillaume de Lodeve, cardinal, archevêque d’Aufch, que fa magnificence envers fa cathédrale rendra à jamais mémorable à fes diocé-làins, chargea ce peintre fur verre de l’exécution de ces incomparables vitres, qui, depuis deux fiecles & demi, ont fait & feront toujours à bon titre le fujet de l’étonnement & de l’admiration des connaiifeurs. Ces vitraux, dont le deflin fe trouve répété en fculptures d’un très-bon goût fur les doiliers des ftales des chanoines de cette églife, font au nombre de vingt, de quarante-cinq pieds de hauteur fur quinze de largeur. La plupart des figures qui y font peintes, font de grandeur naturelle, & les principaux fujets qui y font traités font pris dans les hiftoires de l’ancien & du nouveau Teftament. La première de ces grandes vitres commence par la création d’Adam , & la derniere finiç à l’apparition de Jéfus-Chrift à fes apôtres, qui le reconnurent à la fraction du pain. La correction du deflin , la vivacité du coloris y font également répandues. Une infcription peinte fur verre dans le dernier de ces vitraux indique l’année dans laquelle ces vitres furent finies. Elle cft en patois gafcon, en ces termes : Acabades font las prefentes Bcyrine a Vaunour de, Diou & de Nojlre-Dame, lou vingt & cïnqjouin 1 f 09 , Arnaud Defmoles : c’eft-à-dire, les pré-fens vitraux, faits en l’honneur de Dieu & de Notre - Dame , furent achevés le juin 1^09 par Arnaud Defmoles. S’il eft furprenant que nous ne trouvions pas dans l’hiftoire d’autres traces de cet habile peintre, il eft très-glorieux pour le chapitre de cette cathédrale d’avoir apporté des précautions infinies pour conferver ce monument à la poftérité.
- 146. David Jori , ou George, naquit à Gand , d’un bateleur , fi l’on en croit Moreri, & à Deift, félon M. Defcamps. Il était* dit celui-ci, bon peintre fur verre , plein d’efprit, d’une figure aimable & d’un langage fédui-fànt, mais enthoufiafte. Moreri rapporte dans un allez grand détail l’hiftoire
- pour ce genre de peinture , faut - il que les Français qui y ont excellé de tout tems, abandonnent aufli cet art fi noble & fi noblement traité par leurs aïeux? N’eft-il pas plutôt de leur honneur de faire de nouveaux efforts pour le faire revivre ? Et feraient-ils affez inconféquens pour creufer eux-mêmes le tombeau d’un art auquel ils donnèrent nailfance , dont leurs différentes provinces , & dont celles de leurs voifins devinrent à l’envi le berceau, fous ce feul Tome Xlll.
- prétexte que dans l’Italie, école fubfiftante des peintres, la peinture fur Verre eft far.s conlidération ? Augurons mieux de leur façon de penfer : & par les exemples des meilleurs peintres fur verre , que nous leur remettons fous les yeux, engageons-les à fe mettre en état d’être rappelles un jour dans ce féjour brillant de la peinture, pour y produire en leur genre des ouvrages qui méritent l’admiration des Italiens , s’ils ne peu* vent encore leur en infpirer le goût.
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- des rêveries de cet héréfiarque qui fe difait le vrai Mellie, le troifieme David , petit-fils de Dieu, non par la chair, mais par Pefprit. La guerre que les catholiques faifaient à fes fe&ateurs, l’obligea â palTer dans la Frife & de là à Bàle, où, pour fe dérober aux pourfuites de la juftice, il prit le nom de Jean Van-Broek. Il y mourut l’an & fut enterré dans la principale
- églife. Il avait promis à fes dilciples, en mourant, qu’il fortirait du tombeau trois jours après ; & l’on pourra remarquer qu’il ne fut pas tout-à-fait un faux devin : car le fénat de Bâle, informé que celui à qui l’on avait donné la fépulture chrétienne,4fous un nom fuppofé , était l’héréfiarque Jorifz , fit exhumer fou corps trois jours après , & livrer fon cadavre aux flammes. M. Defcamps ne dit rien de fes ouvrages de peinture fur verre , mais feulement de quelques deffins allez corre&s, qui fe confervent chez les curieux. 11 tenait beaucoup de la maniéré de Lucas de Leyde.
- 147. Lucas de Leyden , né dans cette ville en 1494, ne s’eft pas tellement adonné à la peinture fur verre, qu’on puiffe le confidérer uniquement fous cet afpeèt. Son pere, habile peintre , plus connu fous le nom à'Hugues Jacobs, lui donna de très-bonne heure les premières leçons de deffin, qui furent perfectionnées par Cornille Enghelbrechtfen. Sa mere craignant pour fa fanté, qu’une trop grande application dans un âge encore tendre pouvait altérer, s’efforçait, tant qu’elle pouvait, à l’en détourner. La gravure lui plailait; il s’y appliqua Il 11e fréquentait que ceux en qui il fentait une même ardeur pour le travail. Dès l’âge de neuf ans, il fe mit en état de graver. A douze il mit au jour fa fameufe planche de faint Hubert. A quinze il peignit toute la vie de ce faint. Travaillant jour & nuit, tous les genres de peinture lui devinrent familiers. On doute encore dans quel genre il excella. Sur le verre, en détrempe, à l’huile, dans le portrait, dans le payfage, il réuffit également. Ses gravures , parfaitement traitées à l’eau - forte , lui acquirent une grande réputation & fe vendirent fort cher , même de fon vivant. Cette réputation attira auprès de lui le célébré Albert Durer. La douceur & les agrémens de leur converfation firent naître entr’eux cette aimable rivalité que produit une noble émulation. L’envie 11’y prit jamais la moindre part. Ils traitaient les mêmes fujets, & s’admiraient l’un l’autre. Ils crurent ne pouvoir fe donner une plus grande preuve de leur parfaite union, qu’en fe peignant tous deux fur un même tableau. S’il amaffa de gros biens, il hit s’en faire honneur. Il rechercha la 'connaiflance des plus grands maîtres. A trente-trois ans il fit équiper un navire à fes dépens, pour rendre vifite à Jean de Mabufe, excellent peintre à Middelbourg, & aux plus célébrés artiftes de Gand , de Malines & d’Anvers, auxquels il donna de belles fêtes. Ce grand homme, h digne de vivre, ne jouit pas d’une vie bien longue. Après en avoir pafle au lit les fix dernieres années, il mourut en 15-33 , âgé de 39 ans, & put à peine finir une Pallas
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- qu’il avait gravée dans ce tombeau anticipé. M. Defcamps nous apprend que le nombre de fes ouvrages en tout genre de peinture fut extraordinaire ; mais il ne nous fait connaître l’emplacement d’aucun de ceux qu’il exécuta fur le verre.
- 148. Dans le même tems vivaient deux artiftes qui, par l’utilité dont ils furent pour les peintres fur verre, méritent d’occuper une place parmi eux. Le premier, nommé Aert ( Arnaud) Claejfoon, mais communément ap-pellé Aertgen, était un grand dellinateur. Né à Leyden en 1498, il entra en içi6 chez CornilleEnghelberchften , & devint habile peintre. Il prenait fes fujets dans l’ancien & le nouveau Teftament, & ne recommandait rien tant que ce choix à fes élevés. Ses comportions étaient fort belles & d’une-facilité étonnante. Ce choix décidé pour des fujets pieux le fit rechercher par les peintres fur verre. Il fit beaucoup de deifins ou de cartons pour eux. Il ne recevait jamais plus de fept fols pour un delîin d’une feuille de papier: aufli n’a-t-on jamais guere vu de dellinateur qui ait mis au jour une 11 grande quantité d’ouvrages. La modicité du gain qu’il en retirait, ne lui permit pas une grande correction de delîin. Il fe noya par une chûte qu’il fit fur les bords d’un canal en 1564. L’autre, originaire de Gand, fe nommait Lievin de Witte. Il était excellent peintre d’hiftoire , d’archite&ure & de perfpedive. Ses ouvrages font rares. On voit dans cette ville, en l’églife de faint Jean , beaucoup de vitres peintes d’après fes cartons. On ne fait point l’année de fa mort.
- 149. Au commencement de celiecle , Charles d’Ypres naquit dans cette ville , dont il porta conftamment le nom jufqu’au jour de fon décès. Il travailla beaucoup en peinture fur verre, tant dans fa patrie que dans fes environs ; mais au retour d’un voyage qu’il fit en Italie, il peignit à frefque & à l’huile. Il a fourni aux peintres vitriers une très-grande quantité de cartons, & eft mort fuicide vers iflL}..
- ifo. Jacques de Vriedt, bon peintre fur verre, Flamand, eut piufieurs freres distingués dans les arts, entr’autres François , plus connu fous le nom de Franc Floris, & furnommé de fon tems le Raphaël des Flamands. M. Défi çamps, dans fon ouvrage pittorefque, nous apprend qu’on voit de lui une nativité de Jéfus-Chrift, peinte fur une vitre de l’une des croiféesde la cathédrale d’Anvers ; & il a repréfenté le jugement dernier fur le vitrage au - def-fus du grand portail de l’églife collégiale de fainte Gudule à Bruxelles.
- ifi. Dans la chapelle du S. Sacrement de cette collégiale , on voit des vitres d’un autre peintre fur verre de ce tems, nomméRogiers. Il fallait qu’il excellât dans fon art ; car elles font autant de préîèns faits par des fouve-rains. La première en entrant, a été donnée par Jean III, roi de Portugal ; la fécondé par Marie, reine de Hongrie \ la troifiemepar François içr, rqi
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- de France; la quatrième, par Ferdinand , frere de l’empereur Charles-Quint j & la cinquième, par cet empereur.
- 152. Dans le même terris vivait un Français, peintre fur verre , nommé Robert Pinaigrier, dont les ouvrages connus feront toujours des modèles pour nos neveux. Mes recherches ne m’apprennent rien du jour & du lieu de fa n ai flan ce , non plus que de fa mort. Ce qui eft certain, c’eft qu’il travaillait en concurrence avec Jean Coufin , peintre fur verre , Français , dont nous parlerons bientôt. On voit à Chartres, dans l’égüfe paroififale de faint Hilaire, des vitres peintes par Pinaigrier en 1^27 & 1^0, d’un bon goût de deffin & d’un bel apprêt de couleurs. Entre ces vitraux on en remarque un plus particuliérement, qui depuis a été copié en différentes églifes de Paris. Il eft la vive expreffion d’une allégorie qui rapporte à Teffufion du fang de Jéfus-Chrift, l’émanation des grâces que les facremens'confèrent ; ouvrage néanmoins dans lequel il eft difficile de difeerner fi les vues du peintre font plus religieufes que politiques, plus pieufes que ridicules. D’ailleurs cette allégorie, dont le premier fens eft admirable , fe trouve plus ou moins chargée d’épifodes dans les différentes copies qui en ont été faites en divers lieux, (a) La defcription que Sauvai donne de cette vitre allégorique, eft très - conforme à une de ces copies , merveilleufëment peinte fur verre, qui était autrefois fous le charnier de l’égüfe paroiffiale de faint Etienne-du-Mont à Paris, & que , de l’ordre des marguilliers de cette églife , j’ai tranfportée au côté droit de la chapelle de la fainte Vierge, qui fert de chapelle de la communion. Voici comme notre auteur s’en explique : ct On voit dans cette vitre, des y> papes , des empereurs , des rois , des évêques , des archevêques , des cardi-naux,tousen habits de cérémonie, occupés à remplir & rouler des ton-neaux , les defcendre dans la cave , les uns montés fur un poulain ('b ) , les „ autres tenant le traîneau à droite & à gauche ; en un mot on leur voit faire tout ce que font les tonneliers. Tous ces. perfonnages , au refte , ne font pas ,, des portraits de caprice. Ce font ceux de Paul III (e) , de Charles- Quint, empereur, de François Ier, roi de France , de Henri VIII, roi d’Angle-„ terre, du cardinal de Chatillon, & autres , prefqu’aufli reffèinblans que fi on ,, les avait peints d’après eux, le tout fur ces paroles de l’Ecriture: Torcular yy calcavi folus, quart ejî rubrum veJHmentum meutn. Les rnuids qu’ils remuent
- (a) Voyez les Antiquités de Paris, par pièces dans les caves.
- Sauvai, p. 3; de l’addition au tome I, fous (c ) Sauvai,ou fon éditeur T a fait ici unie titre cîe vitres ridicules. lourd anachronifme. Cette vitre, félon lui.y
- ( b) C’eft le nom que l’on donne à deux a été peinte en 1 ;o , & Paul III n’a fuc-pieces de bois arrondies, affemblées par des cédé dans le faint ftege à Clément VII qu'eus tçaverfes , autour defquelles les tonneliers 1 ç £4. filent leurs cables pour defcendre de groffes
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- font pleins du fang de J. C.1 étendu fous un preffoir, qui ruiffele de fes £ plaies de tous côtés. Ici les patriarches labourent la vigne, là les prophe-tes font la vendange. ‘Les apatres portent le raifin dans la cuve : fiiint Pierre le foule. Les évangéiiftes dans un lointain, figurés par un aigle, ,, un taureau & un lion , la traînant dans des tonneaux fur un chariot que conduit un ange. Les do&eurs de Péglife la reçoivent au fortir du corps „ de Notre - Seigneur, & Pentonnent. Dans 1 eloignernent & vers le haut ,, 'du vitrail, fous une efpece de charnier ou galerie, on diftingue des prè-très en furplis & emétole , qui adminiftrent aux' fideles les lacremens de pénitence & d’euchariftie.r
- Le même peintre fit auffi à Paris de très - belles vitres pour Péglife paroiffiale de faint Gervais : telles font, dans le chœur de cette églife, Phif-tôire du paralytique de la Pifcine , celle du Lazare ; & , dans la nef, la forme de’vrtres peintes de la chapelle de faint Michel, fur laquelle fontrepréfen-tées les courfes des jeunès pèlerins qui, près d’atteindre la cime du rocher efçarpé fur lequel eft lituée l’abbaye de faint Michel i/z- Tumba, s’exercent à des danfes & à des amufemens champêtres. Ce vitrail a toujours été fort eftimé pour la corre&ion du deffin, le vrai qui régné dans la compofition & la beauté du coloris. II eft formé en partie de verre de couleurs en table y découpé fuivant les contours du deffin , & en partie couché d’émaux. Ce peintre s’appliqua néanmoins finguliérement à perfedionner & à rendre les émaux plus fréquens dans fes ouvrages que n’avaient fait fes prédécelfeurs.* Il fut même regardé en France comme leur inventeiir. Pinaigrier pourrait bien auffi être l’auteur des vitres peintes de la chapelle de la fainte Vierge dans la même églife, quoique l’emploi des émaux y foit plus rare.
- 154. Sauval , aux recherches duquel nous forames redevables delà cou-fervation des noms des plus habiles peintres fur verre Français de ce fiecle, qui ont îaiffé dans Paris des preuves de leur favoir-faire, attribue encore à Pinaigrier les vitres de la chapelle de faint Clair, en l’églife de l’abbaye royale de faint Vidor de cette ville , fur lefquelles les débauches de l’enfant prodigue «St une partie de la vie de faint Léger font repréfentées. Il dit que ces vitres ont étéeftimées comme les plus belles de Paris qui' aient été peintes-d’après les deffins de cet habile maître, fur-tout à caufe de la beauté & du fini des tètes. On peut néanmoins lui faire, fur le deffin des vitres de cette chapelle, le reproche que l’on fit à Albert Durer, du défaut de la pratique du coftume, fi l’on fait attention que l’habillement des figures fe rapproche plus du goût- moderne que de la maniéré de s’habiller des Juifs, à qui le Sauveur adreffait fa parabole. On remarque d’ailleurs dans fes ouvrages un refte du goût gothique dont Jean Coufin, le modèle de nos bons peintres Français, ne fut pas exempt*
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- iff. On pourrait attribuer à Àngrand ou Enguerrand le Prince» les vitres des chapelles de fainte Marguerite, de faint Nicolas, de feint Pierre, de l’arbre de Jefle, de l’adoration des Mages au-déifias de la porte qui conduit au cloitre, & celles de la chapelle de feint Denys, comme ayant beaucoup de reffemblance avec celles de Beauvais, dues à cet excellent peintre fur verre de cette ville, dont nous avons parlé à la fin du fiecle précédent, Au refte , Sauvai ne nomme pas leur auteur. Quant aux chapelles du côté gauche du chœur en allant à celle de feint Jean, ou, comme on dit, du côté de Mon» tholon , on peut alfurer , fans crainte de fe tromper, qu’elles ne font pas des mêmes maîtres que les autres. Les touches en font beaucoup plus larges , & la maniéré d’un goût plus noble & plus frappant, fans le céder aux précédentes par la vivacité pétillante de leur coloris. On pourrait en attribuer le deifin à Lucas Penni, dont le féjour à Paris peut être du tems de Montho-lon, & l’exécution à Robert Pinaigrier. Il parait que Jean de Montholon, chanoine régulier de cette abbaye, n’a pas peu contribué par fes libéralités à la dépenfe des vitres peintes de ces dernieres chapelles. Ce célébré doéleur en droit, de qui nous avons un ouvrage de jurifprudence , intitulé, Brévia-, rum jurïs, imprimé en if20 par Henri Etienne, eft repréfenté fur les vitres d’une de ces chapelles, qui fert à préfent de fecriftie à celle de faint Jean, avec fes armoires fur fon prie-dieu. Enfin Félibien dit que Pinaigrier fixa fon féjour à Tours, où fes éleves fe rendirent très - célébrés dans la peinture •fur verre, & foutinrent, comme nous le verrons en parlant des belles vitres; du charnier de l’églife royale & paroiiïiale de faint Paul à Paris, la haute réputation de leur maître.
- if 6. La ville de Metz polfédait, vers le même tems, Valentin Bouch. Je ne connais ce peintre fur verre que par une copie de fon tettament, qu’un maître vitrier de cette ville vient de me faire palfer. Ce teftament ou devife , comme il eft intitulé, eft daté du 25 mars 15-41 ; il nous apprend que maître Valentin Bouch, peintre & varrier, a fait les vitres peintes de la grande églife de Metz, à laquelle il légué tous fes grands patrons , defquels il a fait les var-rierres de ladite églife , pour s’en fervir & aider à l'avenir à la réparation d’icelles varriérés, toutes & quantes fois néctfjîté fera. Il paraît que Bouch peignait auffi à l’huile ; car il légué à la même églife un lien tableau de Notre-Dame , fait en huile , avec deux ècus d'or au foleil pour faire dorer les lettres qui font à l'entour dicelui tableau, le tout pour prier Dieu pour fon ame. On peut juger par les différentes dilpofitions de fon teftament, qu’il était fort riche, & qu’il avait voyagé en Italie. Après beaucoup de legs pieux en faveur des religieux des quatre ordres dits mendians , de plufieurs monafteres de religieufes de Metz, & des pauvres honteux & quêtans leur pain de ladite ville, il légué au nommé Harman Foliq , qu’il appelle fon vieux ferviteur, outre un bechin d’ar-
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- gent pelant quatré’ onces, douze pièces 'de p'ortrai&ures d’ItalieVu d’Albert à fon choix; autant à Mangin le peintre, fon chirurgien, telles qu’il fem-biera duifant à lui ; en outre , toutes Tes couleurs pour peindre, & une dague ferrée chargent ; à George le varrier, un béchin d’argent pefant environ quatre onces , & douze apôtres fur papier rehaulfés de blanc & de noir, avec un inouïe pour jeter du plomb .... ; à Collin , fon mortier de gray, &c. Ce te£ tament contient de plus , une finguliere difpofition en faveur de fes confrères : s'en donne, y eft - il dit, aux maîtres & Jix dû métier de varrier de Met£ , dix fols de Met^ pour une fois pour eux aller boire enfemble le jour de fon fervice & obit, & pour Dieu prier pour Vame de lui. Elle eft auiïi ridicule que celle de Martin Léemskerck , peintre Hollandais , mais moins impie. Celui - ci avait fait un legs confidérable pour marier quelques jeunes filles, à la charge de danfer fur fa foff'e. (a) Bouch donne encore à Antonin le varrier, une robe à la discrétion de fa main-bourfe ( b ) , avec quatre cents liens de blanc voir ( verre blanc ")pour une fois, pour prier, &c. Enfin il établit Idate, fa femme, fa légataire univerfelle , fa garde , main - bourfe & dêparterejje. Ce peintre fur verre ne Survécut à fon teftament, que l’efpace de cinq mois; car cette de-vife ou teftament fut acceptée & détenue par Idate , le 22 août 1541.
- if 7. Les opinions font partagées fur la patrie de deuxfreres peintres fur verre, qui brillèrent le plus en Hollande vers ce tems - là. Entre les hifto-riens de la ville de Gouda, à qui leur mérite était d’autant plus connu que cette ville poflede leurs plus belles vitres, les uns les font originaires d’Allemagne, les autres les croient Français. Leur propre poftérité les fait naître aux Pays - Bas. Ces deux habiles peintres, nommés Dirck ( Thierri ) & Wouter (Gauthier) Crabeth, réunirent parfaitement dans l’art de peindre fur verre, en grand comme en petit, avec une promptitude extraordinaire, fur-tout de la part de Dirck. Wouter vifita la France & l’Italie ; fa coutume était de lailîer un carreau de vitres ou un panneau peint de fa main dans chaque ville où il paifait. Les connailfeurs difent que Wouter l’emportait fur fon frere dans le coloris comme dans le deflin, mais que Dirck donnait plus de force à fes ouvrages ; ce qui fit dire dans le tems, que Dirck était fupérieur dans les ouvrages où il fallait une peinture mâle, & Wouter dans ceux qui demandaient des lumières plus brillantes. La force de Dirck confiftait dans des coups de pinceau plus hardis ; il formait fes ombres par des hachures larges & bien entendues ; il épargnait ( c ) beaucoup le verre dans les contours des
- (a) Voyez Félibien, Entret. fur la vie (c) Epargner fedit ,en peinture , d’un £4? les ouvrages des peintres, tome I,p. 582; endroit où on ne couche point de lavis, ce & M. Defcamps, tome I, page 66. Ce peintre que nous expliquerons par la fuite relati-snourut en 1574. vement à la peinture fur verre.
- (ù) Son exécutrice teftamentaire.
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- membres & des draperies : cela fuppofé, on a moins lieu d’ètre furpris de fa plus prompte exécution. Wouter,au contraire, s’était approprié une pratique confiante du clair - obfcur , par la dégradation du lavis de la couleur noire, habilement étendu fur le verre, qu’il épargnait moins que fon frere, mais dont il entendait parfaitement les rehauts. Or, cette maniéré de faire ne pouvait manquer de donner plus de brillant dans les ! lumières , mais lui demandait plus de tems & de délicatelfe.
- 158. Nous avons en notre poflellion un livret de 31 pages d’impreflion, intitulé : Explication de ce qui ejl reprifenté dans le magnifique vitrage de la grande & belle églife de faim Jean à Gouda , pour la fatisfaction, tant des habi-tans de cette ville, que des étrangers qui viennent y admirer cette merveille , imprimé à Gouda, che{ André Endenbwg 3 imprimeur de la ville, avec privilège , mais fans date de fon année d’impreflion. Suivant ce livret, qui fe vend à Gouda par l’autorité du confeil de cette ville, cette églife ayant été réduite en cendres par la foudre le 12 janvier iff2, fut promptement relevée par les magnifiques libéralités de Phlippe II, roi d’Efpagne & dernier comte de Hollande, de la duchelfe de Parme fa fœur, gouvernante des Pays-Bas, d’autres feigneurs de ces provinces, tant eccléfiaftiques que féculiers , & des cours fouveraines. Le peuple même y contribua par fes travaux gratuits, comme par fes dons volontaires. Le monument le plus diftingué de cette reftauration brille encore fur fon fuperbe vitrage : Dirck & Wouter Pieterfçe Crabeth s’y diftin-guerent. Les vitraux jde cette églife fout au nombre de quarante-quatre, tous remplis de vitres peintes de la plus grande beauté, tant pour l’ordonnance & la corredion du deflin , que pour leur admirable coloris. Il paraît que les troubles de religion qui répandirent de fi tumultueufes alarmes dans les provinces de Hollande , occafionnerent quelqu’interruption dans la continuation de cette entreprife. La date de ces vitres qui, commencées en ne pa-
- railfent avoir été finies qu’en 1603 ; la différence qu’on y remarque entre les fujets qui y furent traités lorfque les provinces étaient encore catholiques, & ceux qui datent d’après les exploits du prince d’Orange , qui les arracha à la domination Efpagnole , en font une preuve exiftante. Notre livret détaille exadement tous ces vitraux, rapporte les inferiptions peintes au bas de chacun par les dilférens bons peintres fur verre qui les ont faits (a), dont plu-lîeurs font inconnus à M. Defcamps, & diftingué les copiftes des inventeurs qui en ont fait les cartons. Quelques inferiptions latines annoncent les principaux donateurs, & font confacrées à leur mémoire.
- ( a) Le feul dont notre livret ignore le de faint Jean à Harlem , l’an 1*570. Au -def-peintre, repréfente la décollation de faint fous de l’hiftoire eft fon portrait, & derr jean-Baptifte ; il a été donné par le fieur riere lui la figure de ce faint.
- Henri Van-Zwol, commandeur de l’ordre
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- Tf9- Entre ces belles vitres peintes, il y en a quatre de la main de ’Wouter Crabeth , deux de fes éleves, neuf de Dirck & quatorze de fes éleves. Nous parlerons de celles des autres peintres vitriers à leurs articles. Le premier vitrail de Wouter repréfente Salomon dans toute fà pompe, recevant la reine de Séba. On voit au-delfous le portrait de madame Gabrielle Boetzelaer, abbefle de Rynsburg, qui en a fait préfent à l’églife de Gouda : elle eft affiliée de l’ange Gabriel, avec les armoiries & celles des alliances de fa mai-fon ; l’infcription mife au bas 'annonce qui en eft l’invertteur & le peintre : on y lit, Wouter Crabeth fig. & pinx. ( figuravit & pinxit ), Goudce , 15-61. La naiflance de J. C. eft peinte dans le fécond ; ce vitrail a été donné par les chanoines du làint Salvator d’Utrecht, qui y font figurés dans le bas, préfidés par J. C. avec leurs armoiries derrière eux; l’infcription porte, Wouter Crabeth, &c. ifôf. Le troifieme repréfente l’hiftoire d’Héliodore : il a été donné par le prince Eric, duc de Brunfwick , &c. qui eft peint au bas , ayant derrière lui faint Laurent avec fes attributs. Les armoiries de la maifon du duc font au-defïus de finfcription, qui porte, Wouter, &c. I $”66. Le quatrième donné en i f62 par Marguerite d’Autriche, ducheife de Parme & gouvernnate des Pays-Bas , parait n’avoir été peint qu’en 1 $76. O11 y voit le lacrifice d’Elie & le lavement des pieds. La princeife y eft repréfentée au-deffous, & derrière elle, £1 patronne avec un dragon fous fes pieds. On lit dans l’infcription, Wouter, &c. If7<5.
- 160. Deux de fes éleves ont peint, fans doute d’après fes cartons, dans deux vitraux de la même églife, la paflion, la réfurrecftion & l’afcenfion de Jéfus-Chrift. Ces vitraux, qui avaient été deftinés pour le cloître des réguliers d’Emmatis dans le pays de Steyn , furent donnés à l’églife de Gouda, l’un par Théodore Cornelifze , tréforier du roi d’Efpagne pour le reffort de Ter -Goude, & par le bourguemeftre Jean Hey; l’autre, par Nicolas Van-Nieuland , évêque de Harlem. On lit dans leurs infcriptions : Peints par les difciples de Wouter Crabeth , à Gouda , 1 j'So.
- 161. Quant aux vitres peintes par Dirck Crabeth, la première qu’il a faite pour cette églife repréfente le baptême de notre Seigneur : George d’Eg-mont, évêque d’Utrechet & abbé de Saint - Amand, en eft le donateur. On y reconnaît le portrait de ce prélat, fes armoiries & celles des alliances de la maifon d’Egmont. L’infcription porte : Tkeod. ( Theodorlcus, en français Thierry') Crabeth fig. & pinx. Goudæ , 1 y Il a peint dans la fécondé, d’une part faint Jean qui baptife dans le Jourdain , de l’autre Jéfus-Chrift qui donne million à fes apôtres pour inftruire & baptifer les nations. Dans cette vitre donnée par Cor-nille de Mycrop , prévôt, archidiacre & chanoine du chapitre de faint Salvator à Utrecht , on remarque le portrait de ce dignitaire, affilié de la fainte Vierge & de S. Benoît, avec des attributs relatifs à l’hiftoire du patriarche
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- des moines de l’Occident. Oh lit dans l’infcription : Theod. Crabeth, Szc. I)f6. On voit dans la troifleme la prédication de Jéfus-Chrift, & les dilciples de Jean députés vers le Sauveur, qui faitplufieurs miracles devant eux. £n-haut, dans l’éloignement, eft la prifon du précurfeur du Mefiie : en-bas Ibnt les portraits de Gérard Hey Gerritfze , de fa femme & de fa fille, tous trois donateurs de cette vitre. L’infcription porte : Theod. &c. Dans la
- quatrième , on apperçoit vers le haut la dédicace du temple de Salomon à Jérufalem , & les offrandes qui s’y firent : au bas, la derniere cene de Jéfus-Chrift avec fes apôtres. Le roi d’Efpagne Philippe II, donateur de cette vitre , & la reine fou époufe, y font repréfentés avec toutes les marques diftinc-tives de la majefté royale. On y lit plusieurs devifes en leur honneur. L’infcription porte : Theod. &c. i 5 yy. La cinquième , donnée par l’évêque de Liege ,abbé de Bergue, repréfente vers le haut, David à la tête de fon armée , qui envoie des députés à Nabal pour en obtenir des vivres ; vers le bas , la première prédication de faint Jean-Baptifte aux foldats. Toutes les armoiries des différentes alliances de la maifon de ce prince - évêque y font peintes. On lit dans l’infcription : Theod. &c, 1 ^ fj. Dans la fixieme , donnée par le prince Philippe , comte de Zour, &c. font repréfentées trois hiftoires ; lavoir, celle du baptême de l’eunuque de la reine de Candace par le diacre Philippe , celle de la guérifon du boiteux à la porte du temple, & celle du paralytique de trente-huit ans auprès de la pifeine de Béthfaïde. L’infcription porte : Theod. &c. 1 f f 9. La feptieme repréfente le liege de Béthulie & la mort d’Holopherne. Au-def. fous de cette hiftoire font les portraits & les patrons du prince Jean de Bade, duc d’Arfchot, 81c. chevalier de la Toifond’or,& de Catherine, comtelfe de la Marck, fon époufe, avec les armoiries de ces deux maifons & de leurs alliances. L’infcription porte : Theod. &c. 1 ^71. Dans la huitième , donnée par Guillaume de Nalfau, prince d’Orange, on admire la belle ordonnance & l’excellente peinture de l’hiftoire de Jéfus-Chrift chalîànt les marchands du temple. O11 lit dans l’infcription : Theod. &c. 1576. On y a ajouté en 1657 les armoiries des vingt-huit confeillers de Gouda. Enfin une neuvième vitre de Dirck, placée au-delfous des orgues de l’églife, repréfente Jonas fortant du fein de la baleine , avec cette devife, ecceplus quam Jonas hic. Elle a été donnée par le corps des poiifonniers de Gouda. L’infcription porte : Theod. Crabeth fig. & pinx. Goudce, fans chronogramme. Un des éleves de cet habile peintre a peint pour la même églife, fans doute d’après fes cartons, les treize vitraux du haut du chœur, repréfentant dans l’un Jéfus-Chrift, & dans chacun des douze autres la figure de chaque apôtre. Us datent de 1 y y 6 , i$S7 *
- On ne fait Ci c’eft le même éleve qui a peint une vitre près la tour du Midi, donnée fans date d’année par le corps des bouchers de Gouda. Elle repréfente le reproche de l’ânelfe de Balaam au prophète qui la maltraitait.
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- 162. Tels font les magnifiques vitraux dont Dirck & Wouter Crabeth furent les inventeurs & les peintres. Quoique ces deux freres fuiTent amis , ils fe cachaient leur fecret, ou pour mieux dire, leur maniéré de faire. Le frere qui recevait la vifite de fon frere , couvrait fon ouvrage en fa préfence. Il arriva même qu’un des deux ayant demandé à l’autre comment il s’y prenait pour réuflir dans ce qui lui paraiifait fi difficile à trouver, il ne put avoir d’autre réponfe^que celle-ci : mon frere, j’ai trouvé par le travail ; cherchez , & vous trouverez de même. Ils fe contentèrent dès-lors de fe voir peu, & de s’écrire lorfqu’ils avaient quelqu’affaire à fe communiquer. Us firent tant de recherches & tant de frais dans leur art, qu’ils fe virent obligés de travailler comme de fimples vitriers, pour éviter l’indigence. Des deux freres , il n’y eut que Wouter qui fe maria. Il époufa une fille de la famille de Proyen, dont il eut un fils, nommé Pierre, qui depuis a été bourguemeftre5 & une fille qui fut mariée à Reynier Parfyn, graveur, qui a donné au public les portraits de Dirck & de Wouter. Son petit-fils, nommé comme lui Wouter Crabeth, le meilleur des éleves de Cornille Ketel, s’eft diftingué dans l’hif-toire & le portrait, après avoir parcouru toutes les villes de France & avoir féjourné long-tems en Italie, entr’autres à Rome.
- 163. Dirck (Thierry ) Van-Zyl , peintre fur verre,d’Utrecht, fut affez célébré pour être employé dans i’entreprife des vitres de faint Jean de Gouda. Les cinq qu’il a faites pour cette églife, dans le même tems que celles des freres Crabeth, doivent donner une grande idée de fes talens & de la confiance qu’on y mettait. Il paraît cependant qu’il était plus copifte que compo-fiteur; car il a peint fes cinq vitraux d’après les définis ou cartons de Lambert Van-Noord Van-Amersfoort. On a lieu d’être furpris que M. Defcamps n’ait parlé ni de l’un ni de l’autre. Suivant notre livret, la première vitre que Van-Zyl a peinte pour l’églife de Gouda , repréfente faint Jean qui reproche à Hérode fon incefte. On voit au-deiTous le portrait & les armoiries de Wouter Van-Bylaert, bailli de la commanderie de fainte Catherine d’Utrecht, qui en eft le donateur. Sainte Elifabeth eft devant lui , qui tient fon fils entre fes bras. On apperqoit par-derrière faint Jean tenant un agneau, & à côté Hérodias avec une épée nue. On lit dans l’infcription : Lamb. Van-Noord Van - Aimrsfort inv.&fig. Theod. Van- Zyl pinx. Utrecht, Iffô. Dans la fécondé, on voit l’ange Gabriel qui annonce à la fainte Vierge l’incarnation du Verbe : elle a été donnée à l’églife de Gouda en 1^9, par Spiering de Wel, abbé de Berne. La même infcription 11e s’y trouve pas, quoiqu’elle foit due au crayon & au pinceau de ces deux habiles maîtres, parce qu’ayant été maltraitée par un ouragan, mais rétablie en 1f , on y a fubftitué ce diftique :
- I ) ^9. Me dédit antijles Bernardi Wellius olitn ;
- 165 f. Ædites Senoi jam periijfe vêtant.
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- La troifieme repréfente rapparitian de fange à Zacharie faifant fes fondions facerdotales dans le temple, & la prédiétion de la nailfance de Paint Jean. On reconnaît au - défions le portrait de Dirck CorneliPze Van - Oudewater , donateur, celui de Pa femme & ceux de leurs quinze enfans. Deux fils religieux & deux filles religieufes Pont figurés fous leurs habits de religion. L’infcription eft la même que dans la première vitre, avec le chronogramme i f6i. La nativité de Paint Jean-Baptifte eft peinte Pur la quatrième, donnée par les héritiers Hermes Letmatius, natif de Gouda, premier profeffeur en Sorbonne , chanoine & doyen de l’églife de fainte Marie à Utrecht. On voit les portraits de cinq d’entr’eux auprès de S. Jean & de fainte Elilabeth. L’infcription eft la même , avec le chronogramme if6i. Enfin la cinquième repréfente Jéfus-Chrift aflis au milieu des do&eurs. Des lettres hébraïques marquent la loi de Moyfe. L’abbé de Mariawaert en eft le donateur. Il eft repréfenté au-deflbus fie l’hiftoire, affilié de la fainte Vierge & de l’apôtre faint Pierre, avec quatre éculfons. On lit toujours au bas la même infcription j mais il n’y a point de date.
- 163. Il ferait à fouhaiter que tous ceux qui ont été propriétaires ou dé-politaires des beaux morceaux de peinture Pur verre qu’on admire encore dans la France & dans les Pays-Bas , ou qui ont été détruits en entier à caufe de leur délabrement, euflent tenu la même conduite que MM. les régens de l’églife de Gouda, qui ont foigneufement confervé les cartons de leurs vitres peintes. Chriftophe Pierfon, auffi bon poète que peintre célébré, (a) en a bien fenti l’utilité, lorfqu’en 1675" d fe chargea, fuivant notre livret, de deffiner & d’arrêter en grand celui de la troifieme vitre de Dirck Crabeth , qui manquait feul. Il peignit encore en petit fur le parchemin les deffins de toutes les vitres , & on les conferve auffi précieufement dans la chambre des régens, où les curieux qui palPent par Gouda ne manquent pas de les aller voir. De quel avantage ne furent pas les anciens cartons en
- f ,lors du rétablilTement de la fécondé vitre de Van-Zil ! C’eft pour faciliter une femblable réparation , que nous avons vu Valentin Bouch léguer à l’églife cathédrale de Metz les cartons d’après lefquels il en avait peint les vitres.
- 164. J’ai trouvé dans les manufcrits de M. l’abbé Lebœuf, copie d’un aéïe capitulaire du chapitre de la cathédrale d’Auxerre, du 8 mai if28, qui accorde à Germain Michel, peintre vitrier, deux charretées de bois, pour être employées aux échafauds néceifaires pour pofer en place les nouvelles vitres qu’il venait de faire pour le portail neuf de cette égiife. On voit encore, par une copie de compte en date du mois d’avril i )7f, préfenté à ce
- ( a ) M. Defcamps, qui nous a donné la Haye en 1631, & eft mort à Gouda en 1714. vie de cet habile peintre, n’a pas parlé de Ses portraits , fes tableaux d’hiftoire , & furies talens pour la poéfie j Pierfon eft né à la tout fes attributs de chafle font eftimés.
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- chapitre, qu’un autre peintre vitrier, nommé Guillaume Commonafle, avait reçu ja liv. pour avoir rétabli à neuf la verrerie du côté de la cité. Par la comparaiîbn d’un autre article de ce compte, qui porte emploi d’une Pomme de 24 liv. payée au maître maçon , pour réparations faites à la pierre de la rofe au - deifus du grand portail, & pour autres faites aux dalles de pierre au-deflus de la tour,‘avec celle de trente livres, payée à Commonafle, il parait que le prix des ouvrages de peinture fur verre était fupérieur à celui de la groffe maçonnerie , qui, fuivant la remarque de l’abbé Lëbœuf, ne coûtait que deux fols le pied, dans un tems où l’argent était très-rare. Je ne puis omettre la mémoire qu’il nous a confervée dans le même manufcrit, d’une délibération de fon chapitre, en date du 14 juillet 1576. Elle porte défenfes de tirer des coups d’arquebufàde fur les verrieres de la cathédrale , fous prétexté de détruire les pigeons & autres oifeaux avides des fels qui fe trouvent dans lé mortier qui forme le jointoyement des pierres des grands bâtimens d’ancienne conftru&ion : précaution dont l’oubli & la négficence n’ont pas peu contribué jufqu’à préfentau dépériflement des vitres peintes des autres grandes bafiliques.
- 165. Dans un de fes manufcrits , le même hiftorien fait mention des belles vitres peintes en 1^29, dans le réfectoire des Bernadins de l’abbayé de Cerfroy, dans le Soiflonnais, par D. Ivfonori, prieur de cette abbaye, ainfi que le porte l’infcription d’une de ces vitres, où il fe qualifie priorhu-milis. Exemple d’autant plus remarquable, que la peinture fur verre a parü profcrite dans l’ordre de Cîteaux, par les ftatuts d’un chapitre général dont nous avons parlé ailleurs.
- 166. Le mémoire manufcrit des belles vitres peintes de Beauvais, nous apprend que cette ville pofledait vers l’an îf40, un habile peintre vitrier, nommé Nicolas le Pot, qui peignait fur-tout élégamment en grifaille. L’auteur du mémoire dit qu’il a de lui en ce genre une tentation de faint Antoine, qui s’eft très-bien confervée; on y reconnaît, ajoute-t-il, de l’imagination & du talent : un des diables, figuré en oifeau monftrueux, avec un capuchon fur la tète , porte une bande ou rouleau, fur lequel on voit les trois lettres initiales du nom du peintre , N. L. P. 1 $*40. La plupart des vitriers de Beauvais portent encore le nom de U Pot, & font de la famille d’un le Prince , qui maria fa fille à un le Pot, fculpteur de cette ville ; mais aucun d’eux 11’a confervé le talent de fes aïeux. Notre mémoire femarque encore que la ville de Beauvais eft de plus redevable à un autre peintre vitrier, non moins habile, & qu’il 11e nomme pas , d’une vitre de la chapelle de faint Euftache en l’églife de faint Etienne, dans laquelle Charles IX eft peint au naturel,avec des accompagnemens qui ont donné lieu à des critiques hiftoriques. Cette peinture a, dit-il, mérité de trouver place dans le livre des Monumens de la monarchie Françaife, de dom Mont faucon > tome V. Le même mémoire
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- nous apprend aufli qu’il y a peu de maifons dans Beauvais, où l’on ne trouve des vitres peintes d’une bonne maniéré, Toit en portraits, payfages ou armoiries d’un très-bon goût & d’une grande vivacité de coloris; qu’on envoie quelques-unes dans!) les hôtels des compagnies d’arbalétriers & autres de cette ville ; mais que*tous ces morceaux dépériifent tous les jours par le nouveau goût & l’ufage des croifées à la moderne.
- 167. Divers Français peintres fur verre, à peu près des mêmes tems, font nommés dans ces lettres-patentes & autres ades & fentences, dont nous avons annoncé au chapitre X que nous donnerions copie à la fin de ce volume. Tels font les freres Beufelin, qui obtinrent de Charles IX en 15-63 la confirmation des privilèges des peintres vitriers, que Henri II en iffÇ venait de confirmer en faveur de René & Remi le Lagoubaulde pere & fils ; à Anet, éle&ion de Dreux, Laurent Lucas & Robert Herulfe ; à Boulli , PhilippeBacot; à Fécamp , Pierre Eudier; enfin de la feule vicomté de Caen, Simon Meheftre, de la Rue pere & fils, Martin Hubert, Gilles & Michel Dubofc freres , mis en jouilfance de ces privilèges avant le régné de Henri IL Ces mêmes ades & fentences émanés de diftérens fieges, la plupart de la province de Normandie, 11e nomment pas un grand nombre d’autres peintres fur verre, dont ils fe contentent de nous apprendre l’exiftence par des termes colledifs. Mais comme il n’y eft fait aucune mention des ouvrages qui ont le plus accrédité les habiles maîtres dont ils nous ont confervé les noms, renonçons au détail des vitres peintes; une grande partie n’en fub-fifte plus , ou par l’injure des tems qui les a ruinées , ou par l’abandon de ceux qui les ont négligées; comme nous regrettons à Paris la plus grande partie des belles vitres peintes de l’hôpital des Enfans-rouges, & de celles du charnier de l’églife paroiiïîale de iaiut Jacques de la Boucherie, qui, félon Sauvai, étaient de la main de Robert Pinaigrier.
- 168. Un Hollandais, peintre fur verre, nommé Jean Van-Kuyck, fe rendait alors aulîi fameux par fes erreurs fur la religion , que par fon habileté dans fon art. Arrêté à Dort & emprifonné, l’écoutet ou chef de la juftice , en confidération de fes talens, employa toutes fortes de moyens pour obtenir fa grâce. Van-Kuyck, en reconnaiifance, le peignit fous la figure de Salomon quand il prononce fon jugement. Mais le reproche que les ecclé-fiaftiques firent à ce magiftrat, jufques dans leurs fermons, de vouloir le fauver pour s’enrichir de fes ouvrages, fut caufe de fa condamnation. Moins heureux que David Jorifz, il fut brûlé vif le 28 mars 15-72 , laiifant après lui une malheureufe veuve & une fille âgée de fept ans.
- 169. Un jufte fentiment de reconnaiifance nous a portés à embellir la lifte de nos peintres fur verre du nom de ceux qui, par leur habileté dans le deflin, la facilité & l’excellence de leurs compofitions, doivent être regardés comme
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- les auteurs de la célébrité d’une grande partie des meilleurs peintres vitriers du feizierne fiecle : ceux -ci, avec moins de talent dans ri'nvention & une plus grande fécurité, s’eftimerent alièz heureux de bien rendre fur le verre la production du crayon , de la plume & du pinceau de ces grands maîtres» au rang defquels nous mettons, i°. Marc Villems , né à Malines vers l’an j$2y: ce peintre Flamand furpaflait fes contemporains pour le genre & la facilité de cotnpofer. Son inclination bienfaifante, qui le portait naturellement à obliger, le rendit le compofiteur, non -feulement de beaucoup de peintres fur verre , mais encore de nombre de peintres & de tapiffiers. Ses ouvrages lui ont mérité l’eltirne des connailfeurs : aimé pendant fa vie, il mourut en iféi, généralement regretté. 2°. Marc Guerads : ce peintre, un des meilleurs de Bruges, était, dit M. Defcamps, univerfel ; il peignait l’hiftoire, l’architeClure, le payfage. Il était bon delfinateur, & gravait à l’eau-forte. La ville de Bruges & celles des environs ont de lui de bons tableaux : il delfina beaucoup pour les peintres fur verre 5 Ü arrêtait en couleur les cartons qu’il leur fournilfait : c’eft fans doute ce qu’on a voulu exprimer en le qualifiant auffi d’enlumineur. Il paiia de la Flandre en Angleterre, où il mourut on ne fait en quelle année. j°. Lucas de Héere , né de parens qui lui avaient infpiré le goût, le talent & l’exemple, 11e pouvait manquer de devenir un grand peintre. Il fe diftingua fur-tout par fa propreté dans le maniement de la plume & par l’intelligence qu’il donnait à fes defîins. Il y ajouta tant de force & de facilité, que Franc - Floris, ami de ion pere , le lui demanda pouréleve. Il ne tarda pas long-tems à égaler & même à furpalfer fon maître, qui le fit compofer & dediner long- tems pour les peintres fur verre. Franc-Floris adoptait comme fiens les delfins de fon éleve, & les faifait palfer fous fon nom. De Héere le quitta pour palfer en France, où la reine mere l’employa à faire des defîins pour les tapiffiers. Après un long féjour à Fontainebleau , où il étudia les antiques de cette maifon royale, il revint dans fa patrie , & y fixa fon établiffement : il y fut recherché des plus grands feigneurs. La peinture n’était pas fon feul talent ; il fut un des plus beaux génies de fon tems. Savant dans la chronologie , il fut auffi bon poète ; il mit en vers le Jardin de la poéfie , le Temple de Cupidon , & la Vie des peintres Flamands. On a de lui quelques tradudions de Marot. Il mourut honoré de charges diftin-guées , en 1 f84 > âgé de cinquante ans.
- 170. Le tems de la naiflance & de la mort de Jean Coufin , le premier modèle des peintres Français, nous eft abfolument inconnu: on fait feulement qu’il naquit à Souci, près la ville de Sens, & qu’il vivait encore en I5’89, dans un âge fort avancé. Bon géomètre & grand delfinateur, il fit de la peinture fur verre fa première & fa plus fréquente occupation j il y excella comme inventeur & comme copifte j il abonda en belles penfées comme
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- en nobles exprefîions ; les connaiffeurs lui reprochent un refte de ce goût gothique qui l’avait devancé.
- 171. Il ferait prefqu’impofîîble de raconter la grande quantité d’ouvrages qu’il a faits pendant le cours d’une vie longue & laborieufe, principalement fur des vitres qu’il peignit lui - même, ou dont il fournit des cartons dams plufieurs églifes de Paris & delà province, pour les nombreux «éleves qu’il dut faire dans cet art, qui pour lors était dans la plus grande vogue. Les plus belles de fes vitres font dans l’églife paroifliale de faint Gervais à Paris , qu’il parait avoir entreprifes en concurrence avec Robert Pinaigrier, dont nous avons parlé. On lui attribue entf’autres celles du chœur de cette églife ; il y a peint lui - même le martyre de faint Laurent, Phiftoire de la Samaritaine i & dans une chapelle autour du chœur à droite, la réception delà reine de Séba par Salomon, ouvrage digne de l’admiration des connaiifeurs pour fa belle exécution & la brillante vivacité de fon coloris. On diftingue dans le frontifpice de farchitedlure du palais de ce roi, le chronogramme Jffi. On lui attribue aufli les belles grifailles du château d’Anet, dont nous parlerons dans le chapitre fuivant, 8c les vitres de la fainte chapelle de Vin-cennes , d’après les deflins de Lucas Penni & Claude Baldouin. On voit auflî beaucoup de fes ouvrages de peinture fur verre, à Moret & à Sens, en-tr’autres, où il a peint le jugement dernier dans l’églife de faint Romain. Il peignit à l’huile ce même fujet qui l’a fait regarder comme le premier peintre d’hiftoire en France. Cet excellent tableau, qu’il avait fait pour l’églife des Minimes du bois de Vincennes, ayant été arraché des mains d’un voleur, par un religieux qui furvint fort à propos , fe conferve depuis cet accident dans la facriftie de cette églife. Il a été gravé par Pierre de Jodde, graveur Flamand, & excellent deflînateur: il peignit encore dans une vitre des Cordeliers de Sens, Jéfus- Chrift en croix, figuré par le fcrpent d’airain, dont l’hiftoire y eft admirablement repréfentée.
- 172. On voit fous le charnier , orné de vitres peintes , de l’églife paroifliale de faint Etienne-du-Mont à Paris, dans le vitrail quifert de porte au petit cimetierre , le pareil fujet repréfenté d’un goût exquis en deflin , & d’un merveilleux détail. Ce vitrail a été tranfporté fous ce charnier, après avoir décoré pendant long - tetns la chapelle des onze mille Vierges dans la nef de cette églife i il s’y trouve beaucoup de parties effacées par le peu de fufion que la peinture noire a prife au fourneau de recuiflon. La beauté de la com-pofition de ce vitrail donne lieu de croire qu’il pourrait avoir été peint par Jean Coufin, ou par quelqu’un de fes meilleurs éleves d’après fes cartons. On voit encore dans la chapelle du château de Fleurignv, à trois lieues de Sens , un de fes ouvrages, dans lequel il a repréfenté la Sibylle Tiburtine, qui montre à Augufte l’enfant Jéfus porté dans les bras de la fainte Vierge,
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- environne de lumière, & cet empereur qui l’adore > le tout peint d’après les cartons du Roifo.
- 17$. Jean Cousin ne poiféda pas le feul talent de la peinture, il y joignit celui de la fculpture ; le tombeau de l’amiral Chabot, qui eft dans la chapelle d’Orléans, en l’églife du monaftere des RR. P P.Céleftins à Paris eft dû. à l’art avec lequel il maniait le cifeau, comme à la profondeur & à l’élévation de fon génie : enfin on reconnaît dans tous fes ouvrages la bonté de fon goût & l’étendue de fes talens. Il a écrit fur la géométrie & fur la perlpe&ive : fon livre fur les proportions du corps humain, toujours eftimé & toujours eftimable, lui fufcitera toujours de nouveaux éleves. La réputation de ce grand maître s’accrut de jour en jour fous les régnés de Henri If , de François II, de Charles IX & de Henri III, dont il fut fort confidéré. O11 le foupqonna d’avoir été actaché à la prétendue réforme. La figure d’un pape précipité dans l’enfer, & expofé à toute la fureur des démons qui le tourmentent, a donné lieu à ce foupçon. Sa probité & la régularité de fes mœurs lui gagnèrent, pendant une longue fuite d’années , l’eftime de tous ceux qui le connurent.
- 174. Félibien & Florent le Comte mettent au rang des bons peintres fur verre Français Claude & Ifraël Henriet fon fils. Ce que nous favons du pere, c’eft qu’il peignit les vitres de la cathédrale de Châlons en Champagne , qui font de toute beauté pour la correction du deflin & pour le choix & la vivacité des couleurs. Florent le Comte femble donner à entendre qu’il travailla même à l’huile , & qu’il fit heureufement plufieurs copies de la fainte famille d’après André del Sarto : il dit de plus , qu’après avoir rempli avec fuccès plufieurs entreprifes qu’il fit à Nancy, où il s’était établi, il y mourut. Callot, Bellange & de Ruet reçurent de lui les premiers principes du deflin avec fon fils Ifraël Henriet, qui fut l’ami inféparable de Callot, dont il partagea la célébrité de talens & la fortune, en s’attachant par préférence au tableau. Félibien ajoute à cela, que Claude travailla beaucoup de peintures fur verre pour plufieurs églifes de Paris : il n’y a pas lieu de douter qu’on ne doive à fes talens une partie des vitres peintes dans la partie fupérieure de l’églife de faint Etienne - du - Mont en cette ville, parmi lef-quelles il s’en trouve qui ont les cara&eres qu’on admire dans les meilleurs ouvrages de ce peintre vitrier , qui y travailla fans doute en concurrence avec les meilleurs de fon tems. On y en remarque entr’autres plufieurs qui pourraient avoir été faits d’après les deflins d’Angrand ou Enguerrand le Prince, de Beauvais, telles que la nativité de la fainte Vierge , l’hiftoire de faint Etienne & celle de faint Claude. La defcente du Saint-Efprit fur les apôtres , qui eft de la plus grande beauté, 11’eft pas d’après le même peintre, & peut bien être de Claude Henriet, ainfi que celle qui, derrière la chaire adnii-Tome XIII. O
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- rable de cette églife , repréfente Jéfus do&eur de la loi, l’enfeignant dans le temple, dont les touches larges & faciles & la beauté des tètes annoncent un grand-maître.
- I7f. On admirait en France vers le même tems les talens des Monnier de Blois , pere & aïeul de Jean Monnier, dont nous aurons par la fuite occasion de parler s on n’y eftimait pas moins ceux de Héron. Entre les monu-mens de l’habileté de ce peintre fur verre Français , Sauvai en diftingue un qui fubfifte encore de nos jours, & qui mérite bien les regards des connaif-feurs. Ce vitrail fe voit à Paris , dans ia chapelle de M. le curé de la paroilfe de fàint André-des-Arts, attenant le palîàge à la tour du clocher. Ce peintre y a repréfenté la défobéiifance de nos premiers parens ; l’Adam & l’Eve font d’un deiïm des plus élégans. Des paroiflîens plus fcrupuleux que le peintre les ont beaucoup défigurés par des feuillages peints à l’huile, qu’ils ont fait ferpenter autour des corps nus de ces deux figures : la promelfe d’un rédempteur, qui fuivit de près leur défobéiifance , y eft infirmée par cette infcnption latine, en forme de rouleau porté par des anges , Rorau c<zli defüper. On voit aufli à faint Merry des vitres de Héron.
- 176. Les chroniques de Gouda, les defcriptions des villes de Harlem & de Delft, & M. Defcamps nous apprènnent que , dans le tems des freres Cra-beth, parurent deux fort bons peintres fur verre , favoir, Willem ( Guillaume) Thibout & Cornille Isbrantfche Kuffeus. Il paraît que ces deux ar-tiftes, morts, le premier en 15-99 , le fécond en 161 8 » s’alfocierent dans leurs entreprifes , ou travaillèrent en concurrence. L’églife defainte Urfule de Delft a de Thibout une belle vitre faite en 1 y6^. PhilippeII, roi d’Efpagne, & fa femme Elifabeth de Valois, fille ainée de Henri II, roi de France, y font peints revêtus de leurs habits royaux , ayant à leur côté leur ange gardien & les. armoiries de ces deux maifons fouveraines. L’adoration des trois rois accompagnés d’une multitude de peuple eft repréfentée au haut de cette vitre > le tout d’un auffibon goût de deflîn que bien peint.
- 177. Notre livret des magnifiques vitrages de l’églife de Gouda, qui, comme on verra bientôt, écrit différemment le nom de famille de ces deux peintres, dit qu’elle polfede une vitre de chacun d’eux. On voit dans celle de Thibout, donnée par les bourg - meftres de Harlem , la prife de Damiette en Egypte, l’an 1219 , par les feigneurs qui fe croiferent fous l’empire de Frédéric I. On dut le fuccès de cette expédition à Guillaume fils de Florent de Harlem, qui, à la tète des troupes croifées de cette ville, rompit la principale chaîne qui fermait l’entrée du port de Damiette , & y introduifit l’armée des croifés. Cette devife , Vicit vim virtus , annonce le courage du héros. O11 Ht dans l’infcription au bas de cette vitre : Wilhdmus Tibant fig. & pinx. HacrUmi, 1597. Celle de Cornille Kulfeus eft, fui vaut le même livret, un
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- préfent fait à l’églifè de Gouda par les bourg - meftres d’Amfterdam. Les armes de cette ville font peintes au - deffous du fujet hiftorique qui repréfente les fuites différentes de la priere du Pharifien& du Publicain dans le temple. L’infcription parle de celui qui en a fourni les cartons : on y lit, Henri Keyfer, ingénieur d'Amsterdam , inv. Corn. Kujfens fig. &pinx. Amji. 1 f 97. Les mêmes peintres fur verre repréfenterent auffi en pied les portraits de tous les comtes de Flandres. On les voit encore aujourd’hui, ditM. Defcamps , fur les vitres du grand fallon des premières butes de la ville de Leyde. On admire auffi dans la chapelle du confeil privé de Delft un vitrail peint par Laurent Van-Cool, où les confeillers font peints grands comme nature, & cuiraffés depuis la tète jufqu’aux pieds. Je penfe que c’eft de ces deffins dont Florent le Comte dit qu’ils furent gravés en France dans le feizieme lîecle fous le nom de Laurent le vitrier.
- 178- Henri Goltzius , peintre fur verre Allemand, naquit au mois de février if f 8, dans le bourg de Mulbrack, près de Venloo, dans le duché de Juliers. Iifu d’une famille diftinguée dans les arts , il comptait defès aïeux & de fes oncles au rang des plus habiles peintres & fculpteurs , & l’illuftre Hubert Goltzius entr’autres , à qui fon voyage de Rome ouvrit une fi illullre carrière. Henri fit voir par la fuite , qu’il n’était pas indigne de porter le nom de ces grands hommes. Il avait appris le deffin de fon pere qui peignait habilement fur le verre. Dès l’âge de fept à huit ans il avait déjà fait tant de progrès, que fes deffins lui avaient mérité l’eftime des connaiffeurs. Continuellement occupé par fon pere à defiiner fur le verre , c’ell-à-dire, à retirer ou prendre fur le verre le trait du deffin que le peintre s’eftpropofé d’y traiter, ce qui avançait le travail du pere, il 11’était guere poffible au fils d’étudier. Il en témoigna du chagrin , & s’adonna de lui-même à la gravure. Il y avança fi rapidement, que Coornhert, habile graveur , qui l’avait demandé pour éleve à fon pere, l’employa, non comme un de fes écoliers , mais comme un maître. Son burin, auffi facile que fon génie était profond , produifit beaucoup de bons morceaux en gravure. Il féjourna quelque tems à Harlem , où Coornhert l’avait engagé à le fuivre, lui & fa famille; car il s’était marié dès l’âge de vingt & un ans. Il avait conçu une grande envie de voir l’Italie : fon mariage paraifi-lait s’y oppofer ; il s’en chagrina fi fort qu’il en tomba dangereufement malade. Il éprouva pendant trois années un crachement de fang , qui lui eau fa un épui-fement confidérable. Abandonné des médecins , faible & languiffant, il ne put renoncer à fa forte paffion de voir les antiques de Rome. Rélolu , puifqu’il fallait périr , d’en courir tous les rifques , uniquement occupé de la confola-tion qu’il fe procurerait s’il pouvait entrevoir les beautés de Rome, il laide chez lui fa femme, fes éleves & fon imprimerie, part pour Amfterdam , s’y embarque, accompagné d’un feul domeftique, parcourt les villes d’Allemagne
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- fous différens dégiiifemens, & entend ainfijfkns être connu, les jugemens que l’on porte de fes gravures. Le changement d’air, la fatigue améliorent fon tempérament : fa fauté fe rétablit, fon défir de voir Rome augmente avec elle ; il y arrive enfin, & y vit inconnu fous le nom de Henri Bracht. Il s’y occupe avec une a&ivité fans égale à defliner & à rechercher les plus belles antiques, au milieu même de la corruption des cadavres les plus infects, que la famine & la mortalité y avaient alors rendus très-fréquens. En unvan & quelques mois que dura fon voyage, il parcourt toutes les villes d’Italie, en defiïne les plus beaux morceaux , & rentre dans le fein de fa famille. A fon retour, il s’occupa à graver plusieurs de fes dellins. On en conferve de lui en forme de camaïeux laits à la plume fur la toile. Ces defiïns hachés comme la gravure font un grand effet. Habile dans la peinture à l’huile, qu’il n’avait commencé de pratiquer qu’à l’âge de quarante-deux ans, il fit fur-tout des prodiges fur verre. C’eifc en général ce que M. Defcamps nous en apprend , fans dire rien des endroits où ces prodiges furent placés. L’air du pays lui étant vraifemb'ablement contraire, & ne celfant de s’occuper, il retomba dans fes anciennes infirmités, & mourut à Harlem en 1617, âgé de cinquante-neuf ans. Il eut plufieurs bons éleves, tels que Jacques Mathan , de Gheyn, & Pierre de Jode, d’Anvers. »
- 179. Jacques de Gheyn , né à Anvers en r , peignait fur verre & gravait alternativement. Ce double talent, aufii heureufement rempli par dfe Ghèyn que par Goltzius , prouve qu’il y a une efpece de confànguinité-entre la gravure & la peinture fur verre, que nous aurons occafion de faire remarquer plus particuliérement dans la fuite de cet ouvrage. Jean de Gheyn , fon pere, était bon peintre fur verre, en détrempe & à goualfe. Ce ne fut que vers la fin de fa vie, qu’il s’avifa dépeindre fes cartons à l’huile fur des. toiles. Il mourut en 1^82 , âgé de cinquante ans. Jacques fon fils n’en avait alors que dix-fept; mais il était déjà fi habile dans fon art, qu’il fut chargé de finir fes ouvrages. Son pere, qui avait reconnu fa capacité dans la gravure „ lui confeilla en mourant, de quitter le pinceau pour né fe livrer qu’au burin» mais il ne lailfa pas de pratiquer l’un & l’autre. Il éprouva par la fuite corn;-Lien efl: fatale à un jeûne homme la perte d’un bon pere. Les liaifons qu’il eontradta dès lors trop librement avec dès. jeunes gens de fon âge, lui firent négliger fes travaux. Il reconnût enfin fon erreur j &, dans l’intention de fuivre fon talent avec plus (^application , il prit le parti du mariage. Perfuadé que la peinturé conduïfait mieux à Limitation de la nature que la gravure, il abandonna celle-ci, & regretta beaucoup le tems qu’il y avait employé. Or îè coloris a l’huile lui était inconnu. Il ne voulut point de maître pour Pin£ truire dans lès différèns tons de couleurs que le feul lavis ombré & éclairé , Ou le trait haché avec la eouleur noire appliquée fur le verre coloré, opèrent
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- dans îa peinture fur verre. Son génie lui indiqua un moyen qui lui réuflit. Il prépara une planche qu’il divifa en cent petits quarrés peints fous les différentes combinaifons des couleurs. Il donna des ombres & des lumières à chacun de ces petits quarrés :il diftingua les couleurs amies d’avec celles qui ne s’accordent pas. Chaque quarré était numéroté, & il eut foin de tranfcrire fur un petit livre fes obfervations. C’efl de cette maniéré qu’il apprit à peindre à l’huile. Un pot de fleurs fut fon coup d’eflai, & ce tableau fit l’admiration des premiers peintres de fon tems. Du pinceau dont il peignait le cheval du prince Maurice à la tête de fon armée, il traçait Vénus & l’Amour. On ne dit pas le tems de la mort de ce peintre , qui a fait de bons élevés en gravure, entr autres Cornille , qui paifa en France.
- 180. Bernard de Palissy pouvait alors en ce royaume, ce que peut en Dit de fcience un bon génie armé de patience & de perfëverance. Natif d’Agen , peintre fur verre de profeffion, cet homme célébré vivait encore en 1584» où il avait atteint l’àge de foixante ans. Il fut, dit l’hidorien de l’académie des fciences (a), un auffi grand phyficien que la nature feule puifle en former un. U nous apprend lui-même, dans le fécond de fes ouvrages , dont nous allons parler, qu’il ajoutait à la pratique du defiin & de la peinture fur verre celle du génie, de la géométrie & de l’arpentage, & qu’il fut chargé, par ordre des magiftrats , de lever des plans qui fervaient à régler les procédures. Il s’était établi à Xaintes, où il s’employait par préférence à la peinture fur verre & à la vitrerie. Un génie vafte & laborieux , quoique fans culture , le rendait capable de beaucoup d’obfervation9 fur la nature des différens exercices auxquels il s’adonnait. Dès 1563 , cet homme fans lettres avait néanmoins fait imprimer in-40. à la Rochelle fon Traité intitulé : Recette véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à augmenter leurs tréfors, ave-c le dejjîn d'un jardin délectable & utile, & celui d'un forterejje imprenable, que l’on regarde comme le plus curieux de les ouvrages. Dix-fept ans après, il en fit imprimer un autre à Paris , fous le titre de Dif-cours admirable de la nature des eaux & fontaines , des métaux, des fels, des falines, des pierres , des terres , du feu & des émaux ; avec un traité de la marne (f) nécejjaire à l'agriculture. On y voit qu’ayant effayé de paffer de fon premier état, ( cj fans cependant l’abandonner entièrement, à celui de modeler
- ( a) Hifloire de Facadenieedesfciences, cru pouvoir rendre ce terme par celui de ann. 1720, pag. ç & fuiv. Hijio ire naturelle marne.
- de M. de Buffon , in-4.0. tome I, page 267. ( c ) Nous aurons occafion de rapporter
- ( b ) Dans l’édition de Paris de 1580, ailleurs le paiTage où Paliffy dit pourquoi il que j’ai fous les yeux, ainfi que dans Mo- s’était déterminé à quitter la peinture fur reri, édition de 1759, au mot Palijfy, on verre Sc la vitrerie, lit marine ce qui étant inintelligible j j.’aü
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- la terre & de la revêtir de peinture en émail par la recuiffon ; après environ vingt années d’épreuves & d’effais plus ruineux les uns que les autres ; après, comme il le dit lui-même, un millier d’angoifles très-cuifantes , il réuffit enfin, & mérita le titre glorieux d'inventeur des rufiques figulines du roi & de. la reine fa mere. Son fécond ouvrage fut le fruit de différentes obfervations que fes effais divers fur les émaux lui avaient donné occafion de faire. Ce qu’il fera toujours difficile de concevoir , c’eft que l’expérience fuppléa chez lui la fcience à un tel point, que, fans fa voir ni latin ni grec, il fe mit en état de donner dans Paris même , fous les yeux des plus habiles physiciens de fon tems & des hommes les plus expérimentés, des leçons d’hiftoire naturelle. Après un fommeil de plus de cinquante ans , dans le cours defquels fou nom était tombé dans l’oubli & comme mort, les idées qu’il y donna fe font réveillées dans la mémoire de plusieurs favans, & y ont fait une efpece de fortune. Ses ouvrages ont été réprimés à Paris en 1636 en un volume in-89, fous ce titre : Le moyen de devenir riche , ou la maniéré véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à multiplier & à augmenter leurs tréfors & poffefjîons ; avec un difcours de la nature des eaux & fontaines tant naturelles qu artificielles. Nous fommes redevables à Palilfy de la connaif-fance d’un autre peintre fur verre Français, mais par une anecdote que nous ferons valoir ailleurs. “ J’en ai connu un, dit-il, nommé Jean de Connet. 3, Parce qu’il avait l’haleine punaife, toute la peinture qu’il faifait fur le 3, verre ne pouvait tenir aucunement, combien qu’il fût favant en cet art. ,, 181. Plus nous avons avancé dans la leClure des vies des peintres Flamands, &c. plus nous avons trouvé lieu à une réflexion que nous ne devons pas omettre , & qui releve infiniment le mérite & l’habileté des peintres fur verre du feizieme fiecle , & du commencement du fuivant. Il fallait qu’ils fuf-fent bien verfés dans les principes du deffin 3 car ils tenaient le plus ordinairement l’école par laquelle on fait paffer d’abord la jeuneflè que les pareils ou les protecteurs deftinent à l’art de peindre. L’artifte dont nous nous glorifions de n’ètre ici que l’écho dans ce que nous rapportons des peintres fur verre étrangers, & qui, comme nous l’avons dit, eft à la tète de l’école de deffin d’une de plus floriffantes villes du royaume, remarque dans la vie de Guérard Hoët, dont nous parlerons dans la fuite, que ce peintre avait toujours penfé qu’une école de deffin, en formant des éleves dans un pays, perfectionnait le maître lui-même. L’occafion fréquente de corriger les deffins de fes écoliers devient pour lui celle de deffiner fouvent. Les plus habiles maîtres, en quelqu’art que ce foit, ont toujours été"convaincus qu’ils ont encore tous les jours quelque chofe à apprendre. Ce n’était qu’après s’être affurés de la force & de la correction du deffin de leurs éleves , que ces premiers maîtres les exhortaient à palfer fous les grands maîtres qui les ad-
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- mettaient alors au rang des leurs. C’eft ainfi que Jacques Lenards, F:d’Am£ terdam, qui excellait dans l’art de peindre fur verre d’une maniéré facile & qui lui était particulière, avança en très-peu de tems Guérard Pieters, & le mit en état d’entrer chez Cornille Cornelitfen , dont il fut le premier & le meilleur éleve. Qu’il ferait à fouhaiter que tous les éleves, pour fe rendre parfaits dans leur art, eulfent de la peinture une aulli haute idée que Pieters î Cet habile homme conçut de fa profelfion une ellime Ci relevée, qu’on lui entendit fouvent répéter qu’il aimait mieux être peintre que prince. On ignore le tems de la mort de Lenards, & de Pieters qui fut un des plus grands maîtres dans le nu.
- 182. Les fujets des vitres de Paint Jean de Gouda changèrent avec les fentimens fur la religion. On choifit, pour delliner ces nouvelles vitres, Joachim Vytenwael ; & pour les exécuter fur verre Adrien, de Vrije. A^y-tenwël, né à Utrecht, en If66 , était fils d’un peintre fur verre de cette ville, & petit-fils par fa mere de Joachim Van - Schuyck, alfez bon peintre. Il exerça la profefîion de peintre vitrier jufqu’à l’âge de dix-huit ans. Mais entièrement dégoûté de cet art, par les inconvéniens qui l’accompagnent, il le quitta pour la peinture à l’huile. Il s’y appliqua pendant deux ans fous les yeux de Jofeph de Bier , peintre médiocre. Il prit enfuite la route d’Italie, & la parcourut en entier. Le féjour qu’il fit à Padoue, lui procura la connaiflance de l’évëque de Saint-Malo, qui l’employa beaucoup à peindre pour lui. Il lui fut attaché pendant quatre années, dont il palîâ deux en France. Il retourna enfuite à Utrecht, où il a toujours demeuré. Si M. DeR camps ne défigne aucune de fes eiitreprifes de peinture fur verre, nous verrons bientôt d’après notre livret des vitres de Gouda, qui Je nomme Vy-tenwaël, qu’il fut l’inventeur de la compofïtion de deux vitres pour cette églile. M. Defcamps, d’ailleurs , loue fa correction dans le defîin, qui fans doute fut le fruit de l’application qu’il y apporta dans fes premières années , paffées dans la pratique de la peinture fur verre'.
- 185. A l’égard d’Adrien de Vrije, nous ne le connailfons que par notre livret, qui nous apprend qu’il a peint quatre vitres pour l’églife de Gouda-La première repréfente Guillaume II, roi des Romains, dix-huitieme comte de Hollande , avec les emblèmes de la juftice & de la grandeur d’ante. Ses armoiries , jointes à celles de Hollande, y font accompagnées de celles des hauts - heiniraden de Rynland , donateurs de cette vitre , en mémoire des privilèges que Ce prince leur avait accordés à Leydert en 12^ ; 011 lit dans l’infcription Adrian. de Vrijefîg. &pitzx. Goudcé , î f 9 î. La fécondé , donnée par les états de Zud- Hollande , repréfente la liberté de confeiencè, fous la figure d’une reine en triomphe dans un char , fuivié de la foi j la tyrannie eft écrafée fous fes roues y le char eft tiré par cinq femmes, favoir * l’amitié,
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- runioii, la confiance, la juflice & la fidélité. On diflingue dans cette même vitre, les armoiries du prince d’Orange, de la Hollande, & de toutes les villes de Zud-Hollande. Les vers fuivans expliquent les feus de cette allégorie.
- Ces peuples ont fenti la cruauté d’Efpagne : - '
- Un tyran furieux ravagea leur campagne.
- L’ambition , la mort, la difcorde & les feux Se raffemblent ici, & s’unifient contre eux ;
- Mais Dieu,qui fut toujours à ces peuples propice,
- Fait fuccéder l’amour l’union, la juftice :
- La confiance s’y trouve, & la fidélité,
- Traînant un chariot avec la liberté;
- On l’y voit triompher comme une grande reine,
- Et fouler à fes pieds la tyrannie même.
- Peuples de ce pays , que vous êtes heureux ,
- De qui les julies loix répondent à vos vxux!
- On lit dans l’infcription, Joachim Fytenwaël tôt Utrecht, invent. Adrian. de Frije^fig. & pinx. Goudce, 1596. Cette infcription & ce chronogramme répétés dans la troifieme vitre de Vrije, nous font connaître qu’il l’a peinte la même année d’après les cartons de Vytenwaël. Elle a été donnée par les états de Nord - Hollande, & eft connue fous le nom du Chevalier chrétien; elle repréfente la remontrance du prophète Nathan à David après fon péché, & les armoiries des états. De Vrije fut chargé l’année fuivante, par les bourg-meflres de Dordrecht, de peindre une quatrième vitre, dite la Pucelle de Dordrecht. Cette vitre contient en outre les armoiries de quatorze villes ou bourgs de la dépendance de Dordrecht, avec cette infcription : Divce ami-citiæ , cum S. P. Q. Goudano religiofe haclenus cultce Jancteque deinceps colendce, hoc vitrum facrum ejje voluit fenatus populnjque Dordracenus. L’infcription porte : Adrian. de Frije, fig. & pinx. Goudce, 15-97. Notre livret nous apprend encore qu’il a peint en 1593 & 15-94 , les armes de la ville de Gouda dans les vitres de la nef.
- 184. Quelques talens que les enfans apportent en naifiant, leurs progrès dans les fciences & dans les arts dépendent aflez ordinairement de la bonté de leur première inflitution. Le célébré Antoine Van-Dyck, prefi qu’auffi-tôt émule qu’éleve de Rubens, reçut à Bois-le-Duc, où il naquit vers l’an 1*599, les premiers principes du defîin,de Van-Dyck fon pere, habile peintre fur verre de cette ville. Au défaut de connaifiance de l’excellence & de l’emplacement des ouvrages de peinture fur verre de Van-Dyck
- pere,
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- pere, n’eft-ce pas faire fon éloge de dire qu’il fut le premier inftituteur d’um fils que les Pays-Bas, l’Italie, la France & l’Angleterre ont généralement eltimé , & dont on a recherché avec une grande diltinétioii les ouvrages, fur - tout les portraits ?
- i8^. Jean-Baptiste Vander-Véecken , peintre fur verre, Flamand, ne m’eft connu que par ce qu’en dit M. Defcamps dans fon Voyage pitto-refque. Il nous apprend que la grande croifée de la chapelle de la communion de l’églife paroiiîiale de faint Jacques à Anvers, a des vitres peintes par Véecken , mais prefqu’efiacées. Elles font d’après les deflîns de Henri Van-Baclen, qui, après avoir voyagé en Italie , mérita de tenir fa place parmi les meilleurs peintres Flamands, & fut le premier maître où ait été placé Antoine Van - Dyck.
- 186- Il n’eft peut-être pas de canton en France , qui renferme des vitres peintes aufli précieufes & en fi grand nombre que la ville de Troyes en Champagne, & fes environs. Les Gontier, les Linard & les Madrain, qui ont encore des defcendans dans cette ville, y fleuriraient vers la fin du feizieme fiecle dans l’art de peindre fur verre ; ainfi que les ancêtres de M. Cochin, écuyer, chevalier de faint Michel, fecretaire & hiltoriographe de l’académie royale de peinture & de fculpture, garde des definis du cabinet du roi , & cenfeur royal. ( a) Voici ce que m’écrivait en 1759, à l’occafion des freres Gontier , un des notables de cette ville , qui avait lu dans la feuille néceflaire, que je me préparais à donner au public un traité hiftorique & pratique de la peinture fur verre. Je me fais un vrai plaijir, monjieur, de. vous informer quil y a dans notre ville de très - belles vitres du feizieme fiecle, peintes par les célébrés freres Gontier. On les voit à la cathédrale , à la collégiale, à Saint - Martin -es - Vignes , à Moutier - la - Celle , à /’ A rquebufe. Elles méritent l'attention des connaiffeurs, & furprennent même Cadmiration de ceux qui ne le font pas. Le dictionnaire de Morery , édition de 17)9 , parle avec diltin&ion des deux freres Jean & Léonard Gontier. Il dit qu’ils font peut-être originaires de Troyes, célébrés pour la figure & pour Pornement. Il vante entre autres la vitre de la chapelle de la paroiflede S. Etienne, que Léonard peignit à lage de dix-huit ans ; il remarque qu’il en peignit encore d’autres pour la même égliiè, & nous apprend qu’il mourut à l’àge de vingt-huit ans, iaiflant un fils qui travaillait à l’ornement. Les deux bénédictins de la congrégation de faintMaur, auteurs des Voyages littéraires, Paris, 1717 ,tomeI,
- (ci) Que ne nous eft-il parvenu quelque mémoire fur ia réputation que fe firent dans notre art les ancêtres de ce célébré artifte ! Cette découverte eût admirablement fervi à prouver ce que j’ai avancé, qu’à l’école Tome XIII.
- des peintres fur verre fe formèrent en France comme dans le Pays-Bas , les meilleurs défi finateurs ; talent qui s’eft trar.fmis de pere en fils dans cette famille.
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- Pa£e 9f > difent que le cardinal de Richelieu avait offert 1800Ô livres du feul vitrail qui eft dans le fond du fmctuaire 'de faint Pantaléon à «Troyes, & parlent trés-avantageufement des vitres de la bibliothèque des Dominicains de cette ville, & de celles de l’abbaye de Notre - Dame - des - Prés , ordre de Cîteaux, qui eft dans fon voifinage. Mais continuons notre lettre : f ai moi-meme dêajj'ei bons morceaux de ces deux freres. Jepoffede , au furplus , un manuf-irit de ces deux grands artijies , tant pour peindre le verre de toutes couleurs, que pour larecuiffondes verres peints , & empêcher qiiils ne caffent au fourneau.
- 187. On reconnaît ici un de! ces-amateurs de la peinture fur verre, fl rares de nos jours. Qui ne croirait que , citoyen zélé , ce notable ne m’annonçait ce manufcrit, que dans le deifein de me charger d’en enrichir la poftérité ,dans un traité où les fecrets & les préceptes de ces grands maîtres auraient trouvé une place auffi durable qu’utile ! Mais non ; je n’obtins rien : mes follicitations les plus empreffées , les offres de payer les frais du copifte, font reftées fans fuccès. Les leçons que ces peintres célébrés avaient huilées à la poftérité , dans la vue fans doute de l’inftruire fur un art dans lequel ils excellaient , relieront, par la ténacité des polfeffeurs de ces manuf. crits , enfeveîis fous la pouftîere d’un cabinet, pour palfer enfuite à des héritiers qui, n’en connaiffant pas le prix , les mépriferont au point d’en faire, pour ne rien dire de plus,, des facrifices à Vulcain. Pendant ce tems-,, ces vitres tineftimabîes périffent, faute d’en - avoir confervé les cartons, ’& d’avoir formé des artiftes1 capables de >les réparer. Telles font les vitres magnifiques de faint Pantaléon, endommagées par de fréquens orages, auxquelles le talent des peintres fur verre qui fubfiftent encore à Troyes ne peut remédier, à caufe de la difette des verres de couleurs & de la perte des cartons.
- 188- Combien de productions femblables à celles des freres Gontier, faute d’avoir été révélées ou rendues publiques, ont accéléré la ruine de certains arts ! Nous ofons même affiner que celui de la peinture fur verre n’a point éu d’autre caufe phyfique de fon oubli. Ces habiles peintres fur verre, & en émail, qui fe diftinguerent fous le régné de François Ier, contens de mériter les grâces d’un fouverain qui témoignait une finguliere prédilection pour ces deux arts, & de l’emporter fur les autres artiftes par l’excellence de leurs ouvrages, ne donnèrent à leurs élevés que d’un certain genre de couleurs., & fe réferverent les plus belles & les plus précieufes. Encore les leur don-naientftls fouvent toutes prêtes à être mifes en œuvre. A l’égard du fecret, ils le îaiffaient à leurs enfans ou héritiers , en qui ils connaiffaient les qualités requifes pour le faire valoir: finon il refait enfeveli avec ces hommes rares, & fe perdait pour leur propre famille. Alors les éleves de ces grands maîtres, privés de la connaiffancç de la fabrique de leurs belles, couleurs, s’ingérèrent
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- d’en compofer à la lueur d’un génie moins éclairé ; & comme ils ne réuffirene pas aufii bien dans leurs compofitions, ils fe virent obligés de donner à un plus bas prix des ouvrages qui n’avaient pas le mérite des travaux de ces grands hommes , auffi bons chymiftes dans la coloration du verre , que favans dans l’art de peindre fur ce fond. (a)
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- CHAPITRE XV.
- Très-beaux ouvrages de peinture fur verre du feizieme fiecle* dont les auteurs font inconnus.
- - 189. \/uoique mon deffein n’ait jamais été de donner dans ce traité
- un voyage vitro - pittorefque des différons endroits où la peinture fur verre a été le plus en vigueur & le mieux pratiquée , j’ai cru néanmoins qu’il était à propos de faire connaître, autant qu’il eft en moi & le plus fuccindement que je pourrais, les plus beaux ouvrages de peinture fur verre, du feizieme fiecle, tant en France qu’en Flandres , &c. dont les auteurs font inconnus. Quant aux monumens de cet art, dont la connailfance aurait pu facilement ni’éï chapper, je laiife, en quelque lieu qu’ils exiftent, aux amateurs le foin déjuger eux-mêmes de leur beauté & d’y applaudir; & à ceux qui les poifedent, le defir foigneux & efficace de pourvoir à leur confervation.
- 190. On doit mettre au rang des vitres peintes du feizieme fiecle, celles' de la chapelle du faint Nom de Jéfus eu l’églife du grand prieuré du Temple , à Paris. Cette chapelle, conftruite par les libéralités de Philippe de Viliers def lTsle-Adam, grand-maître de l’ordre de faint Jean-de-Jérufalem , & bénite enJ IÏ32 , eft éclairée par plufieurs grandes fenêtres remplies de vitres peintes" de la meilleure maniéré , où font repréfentés plufieurs traits de la vie de Jéfus-Chrift. Le coloris en eft des plus vifs : les têtes font très-belles & d’un grand5 fini. La relfemblance de quelques-uns, de celle fur-tout du premier mage qui eft en adoration devant la crèche du Sauveur, avec celle qui entre dans la' compofition du grand tableau de l’autel, femble annoncer que ces vitres ont été peintes d’après les cartons du maître qui a peint ce tableau. Ces vitres ont été levées hors de place & rétablies en plomb neuf depuis une trentaine d’années, avec autant de foin que d’intelligence , par feu Nicolas Montjoie ,
- (a) Voyez le livre intitulé : Y Art du Jeu, ou de peindre en émail> par Ferrand 4 Paris , 1721 , de l’imprimerie de Colombat, vers la fin. Voyez auffi un Mémoire de M. de
- Vigny, furîn tendant des bâtimens deM. le duc d’Orléans , inféré dans le Journal économique , mars 1757, pag. 13 2 & fuiv.
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- maître vitrier à Paris, & l’un des meilleurs1 de fon tems. Il ne lui manqua, pour les remettre en leur premier état, que le talent de la peinture fur verre ; mais il s’eft efforcé de le fuppléer en remplaçant les pièces qui étaient cafféeS'j par d’autres afforties au mieux poflible.
- 191. On fait affez de cas à Paris des vitres peintes qui rempliflent le haut du vitrail de la chapelle d’Harcourt en l’églilè cathédrale, ainfi que de quelques panneaux au bas du même vitrail, fur lefquels on a confervé les por-r traits des donateurs. Ces vitres font de la fin du feizieme fiecle. Mais il n’elt pas d’églife en cette ville, qui contienne une nufïi grande quantité de vitres peintes de la bonne maniéré & du même tems, que celle des révérends peres Cordeliers, fur-tout dans les vitraux du côté gauche de la nef, qui font d’un affez beau coloris. Cette églife , ayant été incendiée en 1580 & totalement réduite en cendres , fut reconftruite en partie par la munificence de Henri III, & par les foins de Chriftophe de Thou, premier préfident, & de Jacques-Augufte de Thou fon fils, préfident à mortier &^çonfeiller d’état. O11 y distingue leurs portraits , ainfi que ceux des plus grands feigneurs de ce tems, qui, à l’exemple du roi, avaient contribué à la refiauration de cet édifice. Il rte fut fini qu’au commencement du dix-feptieme fiecle, fous le régné de Henri le Grand, dont on y voit le portrait très-bien confervé , dans un des vitraux du chœur, près du fanduaire à gauche.
- 192. L’enceinte de la-capitale ne renferme pas feule de belles vitres peiri-*
- tes du feizieme fiecle. Le goût de la peinture, fur verre était fi accrédité dan9 ce tems , qu’elle fut prodiguée, fi j’ofe m’exprimer ainfi , dans les églifes même de la campagne. Celles de Montmorenci, Groslay, Margency , Domont, Ecouen, Attainviile,Puteau , Limours , Villeneuve-Saint-George , Brie-Conte-Robert, Cofiîgni , Malnoue & Champeaux, confervent encore de très-bonnes vitres peintes de ce fiecle. O11 remarque , entr’autres beautés, à celles de Margency une tète de Chrift ineftimable. . ; .
- 193. A Anet, diocefe de Chartres , éledion de Dreux , toutes les vitres du château étaient autrefois peintes fur verre en grifaille & contenaient divers fujets tirés de la fable. Mais M. de Vendôme les fit ôter, pour y fubftituer des croifées vitrées à la moderne. C’eft une tradition à Anet, que le grand Dauphin, qui connaiffait ces anciennes vitres & en faifait beaucoup de cas, reprocha à M. de Vendôme fou peu-dergoût. Aufurplus, celles de la chapelle de ce magnifique château, que Henri II fit bâtir pour Diane] de Poitiers fa favorite, font très-efiimées. Elles ne font pas rehauffées par l’éclat des couleurs , mais de fimple grifaille. Les fujets y font rendus avec beaucoup d’exprefiion. On dirait que les figures fortent du verre. On distingue fur-tout le premier vitrail à gauche, qui repréfente Moyfe'levant les mains'vers le ciel pendant le combat des Ifraélites : mais 'on ne fait rien du nom des peintres
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- de ces admirables vitres, qui furent feulement ordonnées être faites & peintes de cette maniéré par Philibert de Lorme, qui conduifait la conftruction de ce château , en qualité d’archite&e. 1
- 194. Quoique la grêle en 1766 ait détruit une bonne partie des belles vitres des quinze & feixieme fiecles, dans la partie qui eft expofée au couchant de l’églife paroiffiale de feint Pierre à Dreux, & fur-tout la belle rofe du, portail, il en refte aflez pour contenter les amateurs. Les vitraux de la chapelle de la feinte Vierge, qui paraiifent être du quinzième fiecle, fe font bien confervés, ainfi que le crucifix qui eft au-deffus du grand autel. Un vitrail de la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié, repréfente un miracle arrivé en cette ville du tems de la Ligue, ce que je rapporte fur 1a foi d’un manufcrit du tems. On y voit un âne à genoux devant une feinte Hoftie qu’un prêtre lui préfente. A côté de l’âne eft un homme qui lui offre de l’avoine : l’âne n’en Veut point, & paraît fe détourner. Mais voici une autre ridiculité qui prouve combien peu les peintres s’attachaient au coftume. Dans la chapelle de feint Crefpin & feint Crefpinien , le préfet, qui condamne les deux feints à perdre la tète, eft repréfenté dans le vitrail tenant un bâton dejuftice, terminé par une fleur-de-lis, & porte fur fe tète une couronne fermée, femblable à celle du roi de France. Le bourreau qui décapite les deuxfreres . eft habillé à l’efi pagnole, avec un grand rabat. Dans la chapelle de feint Marin , un des vitraux repréfente une hiftoire fort finguliere. Un jeune homme eft à table au milieu de plufieurs convives; derrière lui eft un vieillard prefque nu, qu’il paraît méprifer; c’eft fon pere. Le jeune homme ouvre un pâté; il en fort un crapaud qui lui faute au vifage & y demeure attaché. Plus bas on voit le jeune homme aux pieds d’un évêque qui tient un livre ouvert: il exorcife le crapaud qui fe détache & tombe à terre. La peinture 8c le coloris de ces vitres font admirables , annoncent par-tout & en tout le fiecle où elles ont été peintes, (a)
- 19 y. L’église paroiffiale de feint Jean, dans un des fauxbourgs de Dreux, poffede.auffi deux vitraux très-renommés, de 1580, dans la chapelle des confrères delà charité. L’un, repréfente un enterrement fait par ces confrères, avec toutes leurs cérémonies ; l’autre, l’hiftoire de Tobie. Ces deux vitraux font d’un goût de deffin exquis : on dirait que les figures vont parler. Dans un panneau où l’on voit les deux époux en prières au pied du lit nuptial, le peintre a -imaginé d’y mettre des draps blancs 8c deux oreillers fur le che-
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- ( cO On admire aufl^au-delTus de la porte le célébré Metezeau , natif de Dreux, & de lafacriftiede cette églife , un vitrail qui architeéte de Louis XIII, qui fit faire ce date de 1640 , & repréfente la chaire de vitrail , en réparant cette partie del'églife, faint Pierre. Le deflin en eft excellent, & dont la voûte plate & le portail lui font la tête du faint a quelque chofe de majeft autant d’honneur que la digue de la Ro-tueux, qui frappe au premier abord. C’eft chelle.
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- vct. J’avais prié un des chanoines de la collégiale (M. Plet) de s’intérdfer pour moi à la recherche des noms des auteurs de ces belles vitres ; mais le fuccès a démenti fon zele. C’eft à lui néanmoins que je dois tout ce que j’en ai dit ainfi que de celles du château d’Anet. ( a)
- 196. S’il n’eft point de province en France où les temples dédiés au culte du Seigneur foient.plus iréquens que dans la Normandie , il en eft peu où la dévotion des fideles ait plus éclaté dans leur décoration. La feule ville de Rouen nous oiîre, dans la quantité & la beauté des' vitres peintes dont les' églifes paroiiîiales fur-tout font ornées-, un témoignage bien certain du goût que fes habitans prirent à la fin du quinzième fiecle & dans le feizieme pour les en enrichir. Ce qui m’a furpris, c’eft que l’auteur dé fhiftoire de cette ville célébré, qui par une continuité de ce goût national eft entré dans des détails aifez étendus fur la beauté des vitres peintes de ces églifes, paraiife avoir autant négligé fes recherches fur les noms de ceux qui les ont peintes, qu’il a apporté d’application à nous tranfimettre ceux des particuliers qui les ont fait peindre. Entre les vitres de ces églifes , celles des paroiffes de faint Etienne-des-Tonneliers, de faint Jean,de faint Martin-fur-Renelle, de faint Vincent, de faint André, de faint Nicolas & de faint Godard , font les plu«‘ eftimées. O11 admire particuliérement la vivacité de coloris de celles de faint André, & encore plus de celles de faint Godard. La beauté éclatante du verrer rouge employé à celles-ci, a donné dieu dans Rouen , à l’afpeét d’un vin rouget velouté , de dire ce proverbe : il efi de ta couleur des vitres de faint Godard.-Les peintures de deux vitraux de cette églife, dont un au-deifus de la chapelle de la fainte Vierge, communément connu fous la dénomination de l'arbre de Jeifé, fur lefquels font peints les rois de Juda, dont elle eft defcendue, & dont Jeifé eft la tige, & l’autre au-deifus de la chapelle faint Nicolas, re-préfentant la vie de faint Romain, font regardées comme des plus belles qui foient en France. Les connaiifeurs croient y reconnaître le crayon de Raphaël, ou plutôt celui de Lucas Penni fon éleve, qui fournit en grande partie les; cartons de celles de la fainte chapelle de Vincennes. Ces vitraux contiennent chacun trente-deux pieds de haut fur douze de large.
- 197. On eftime aulîi, dans cette capitale de Normandie, entre les vitres peintes les plus parfaites de l’Europe, deux formes de vitres de Pégiife de faint Nicolas , qui datent de la fin du feizieme fiecle, & repréfentent dans la chapelle de la fainte Vierge fa vifitation & fon aifomption, que l’on dit avoir été peintes
- ( a ) Nous avons remarqué à l’article de tence contradidloîre rendue en l’élection de Jean Coufn , qu’on lui attribuait les belles Dreux., & rapportée à la fin de cet art parmi grifailles du château d’Anet ; maris Laurent les privilèges des peintres fur verre, pour-Lucas, & Robert HéruJJc , déchargés du raient bien être les auteurs de quelques rôle des tailles d’Anet, en t57o ,parfen- vitres des églifes de Dreux.
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- d’après les cartons de Raphaël Sadeler. Une autre, d’après ceux de Rubens, ou de quelqu’un de Tes meilleurs éleves, repréfente la pèche miraculeufe. Ces églifes de Rouen ne font pas les feules dont on célébré les vitres peintes. On y en trouve encore qui font dignes des curieux , entr’autres les excellentes grifailles de la chapelle du cimetierre de l’Hôtel-Dieu, plus connue fous le nom des Saints-Morts , & conftruite vers la fin du feizieme fiecie, aux frais de Guérard Louf, Allemand , peintre & fculpteur, domicilié en cette ville. Celles fur-tqpt qui donnent fur le cimetierre,ont mérité de tout tems l’eftime des con-naiflèurs & l’admiration des fpe&ateurs. Je place au même rang, comme étant du même fiecie , les belles grifailles du chapitre fous le cloître de l’abbaye royale de faint Vandrille, près Caudebec, dans lefquelîes eft r.epréfentée l’hiR toire des trois chevaliers de la famille des Marchaix & de la princeife Ifmérie, qui fert de fondement à la dévotion qui attire un fi grand concours à Notre-Dame-de-Li elfe , près Laon en Picardie.
- 198. Les vitres peintes de la chapelle de la fainte Vierge de l’églife de Bloiîeville en Caux , fur lefquelîes j’ai prié M. Marye, receveur des décimes du dioeefe de Rouen , à qui cette terre appartient, de me donner quelques détails , font de toute beauté, & il y en a peu qui approchent de leur fineife. Cette chapelle eft éclairée par quatre fenêtres , à chacune defquelles , fuivant le croquis qu’il me donne de leur forme, font deux pans-de vitres peintes , féparés dans le milieu par un meneau de pierre,-& furmontés dans l’amor-tiiTement par un ovale rempli d’armoiries très-belles & très-riches, dont il ns développe point le blafon. Chaque pan de vitres eft compofé de quatre panneaux de hauteur, dont deux représentent des actes particuliers de la vie de faint Lezin, au bas defquels-une infcription indique |ce qui y eft repréfenté. Chacun de ces pans eft furmonté par un petit panneau ceintré , où font af-femblés, comme des trophées,-les ornemens qui ont le plus de relation aux traits hiftoriques qui font le fujet du pan entier. L’art du peintre & la cor-reétion du defiin y brillent beaucoup plus que la connaiflance du coftume. En effet fi , comme l’annonce l’infcription , faint Lefin gagne la bataille, il place avantageufement fes batteries de canons; au feptieme fiecie ! (a) Si, pour complaire au roi & à fa famille , le faint prend le parti de fe marier , fépoufée & les dames qui laccompagnent, font parées dans le goût du fiecie du peintre, qui nous apprend que faint Lefin approchant de fon affidée, la trouve ladre. S’il le fait palier de connétable & de gouverneur d’Angers à la dignité d’évèque de cette ville, il peint une proceftion qui va au-devant de lui, une chapelle
- (a) Cette anticipation eft ici plus dé- poète n’ën caraétérifait que mieux le mau« placée que celle de Milton ; car, errplaqant vais génie des démons, qui feuls ont pu des canons dans fa defcription du combat fuggérer aux hommes l’invention de ces des bons & des mauvais anges,ce.gtand - machines infernales,
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- épifcopale, un évêque entouré "de Tes grands-vicaires , qui lui confèrent les faints ordres avec tout l’appareil du cérémonial ufité dans le fiecle où il peignait, & le faint revêtu de l'habit violet avant qu’il les eût reçus, avec Ces mots : Saint Lefn prend les ordres. Son facre s’y fait en préfence du roi, reconnaiflable par le fceptre & la couronne. Ailleurs il le fait monter en chaire & laver les pieds aux pauvres,’revêtu de fes ornemens pontificaux. Ici il eft repréfenté conférant le facrement de confirmation avec toutes les cérémonies en ufage au tems du peintre. Là fe voit une proceflion''générale , dans laquelle on diitingue au milieu du clergé un aveugle que le faint évêque a guéri. Ailleurs on le remarque écoutant une femme en confeflion. Là, habillé-f>ontifinalement, il eft prêt à partir avec fon clergé pour exorcifer une femme pot fédée , qu’un homme robufte s’efforce de retenir dans l’accès de fa fureur. On lit au bas de ce panneau : Dix-fept péchés mortels pires que fept diables. Dans l’autre moitié de ce pan de vitres, boiteux & aveugles garis par l’impofition des mains du faint prélat, font repréfentés en très-grand nombre avec un ordre admirable. Ici, d’autres s’empreffent pour obtenir leur guérifon.Il prie pour eux. Douçe boiteux & aveugles s en revont garis, remportant comme autant de trophées leurs béquilles fur leurs épaules, & témoignant fur leur vifage la gaieté & la joie qu’ils reflentent de leur guérifon. Là les, prifons font ouvertes : on y diftingue des prifonniers les fers aux pieds & aux mains; ce font des prifonniers délivrés au feul feigne de la croix. Ailleurs il guérit deux ladres, & leur fert lui-même à manger. Jamais il n’eft fans habits pontificaux ; & on remarque, quelque fon dion qu’il exerce , toujours le même prêtre à fes côtés. S’il s’agit de le repréfenter mourant, les anges voltigent autour de fon lit, fur lequel il paraît couché, environné de fes prêtres, à qui il femble donner des inftruétions avant de les quitter. L’infcriptiôn porte : Anges vus par faint Le fin en mourant. Enfin après fa mort, au-devant de fon tombeau , le peintre a repréfenté un crucifix , deux cierges allumés , quatre autres petites croix, fix chandeliers & huit flambeaux, & à côté un aveugle eu prières. On lit au bas : Aveugle né gari en priant au tombeau du faint. Une compofition fi diversifiée dans fes objets, & exécutée fur le verre avec tant d’intelligence, qu’on ne fait ce qu’on doit le plus admirer de la beauté du défini ou de la vivacité du coloris , aurait demandé , pour être parfaite, que fauteur y eût peint les ufages du feptieme fiecle , & non ceux du feizieme ; car on peut d’autant moins s’empêcher d’attribuer à quelqu’habile peintre de ce fiecle ces beaux vitraux, que l’on voit dans la même chapelle une ftatue du même faint, qui date de if77*
- J99. L’élégante églife de fiiin te Foy de Couches, à quatre lieues d’E-vreux, eft éclairée par vingt-trois vitraux de différentes grandeurs, dont quatre inférieurs en mérite & en beauté fervent à relever l’éclat des dix-
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- '•neuf autres. Entre ceux-ci feize fur-tout réunifient la corre&ion du deflin au coloris le plus vif & le plus brillant. Quoique le détail de chacun de ces vitraux foit exactement déduit dans un mémoire que feu M. Sorhouet pere, xonfeiller honoraire au grand- confeil, m’a envoyé de la terre de Bougy près Conches (a) , nous infifterons feulement, crainte de prolixité, fur ceux qui nous ont paru les plus dignes de remarque.
- 200. Dans le chœur, qui eft un heptagone, on compte fept vitraux de quarante pieds de haut fur treize à quatorze de large. Un ceintre établi en ht partie mitoyenne de chaque pan de vitres, forme un cordon qui fépare en deux parties égales les fix fériés d’hiftoire qui y font peintes les unes fur les autres. On ne peut fe lafier d’admirer le vitrail qui repréfente l’hiltoire de fainte Foy, dans fa première divifion. On y voit, en effet, fa naifiance, fa confeffion , les différentes épreuves par lefquelles le préfet la fait paffer, fa proftitution détournée par un miracle qui, en la fauvant du péril dont .elle eft menacée, fait écrouler la maifon & écrafe fous fes ruines les foldats à l’impudence defquels elle devait être livrée. La vue du bûcher auquel elle eft condamnée ranime la fermeté & le courage de faint Caprais, évêque d’Agen, qui , témoin de fa confiance, fe réfout à partager fes fouffrances & fa gloire. Enfin Foy périt par le glaive. Pendant qu’on s’occupe à l’enfe-velir, des boiteux & des malades de tout genre s’empreflent à demander leur guérifon par fon interceflion , & l’obtiennent. Sa pompe funebre termine l’hiftoire ; & la vénération que les fideles rendent à fes reliques, annonce la juftice du culte qu’on lui rend.
- 201. La fécondé divifion repréfente les principales actions de Jéfus-Chrift, fource de toute juftice, fa réfurrecftion , fon afcenfion & la defcente du Saint-Efprit fur les apôtres. On admire fur-tout dans cette .vitre un portique fou-tenu fur un grand nombre de colonnes , «fur le fronton duquel font peints en miniature beaucoup de .perfonnages. C’eft un morceau d’une délicatefie fans exemple. Les ruines de la maifon , fous lefquelles font écrafés les foldats deftinés à corrompre fainte Foy, font fort eftimées. Le coup-d’œil le plus rapide fe trouve fatisfait dans la totalité de Ce vitrail. Dans celui qui repréfente la nativité de Jéfus-Chrift, on admire par-defius tout, un lointain où un grouppe de bergers danfans forme par leurs attitudes naïves un point de vue des plus gracieux.
- 202. Il eft un de ces vitraux dans la chapelle de la fainte Vierge, qui repréfente fur un fond d’azur des plus éclatans fa figure coloflale. Toutes
- (a) Le choix que ce magiftrat a fait les arts, & c’aurait été manquer à l’un & d’un homme à talent, originaire de cette à l’autre de n’en pas inférer ici du moins ville, ( M. GoiTeaume ) pour drelfer ce nié- un extrait, moire, juftifie bien le goût qu’il avait pour Tonu XllL
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- les épithetes allégoriques par lefquelles cette fainte Mere de Dieu eft délignée dans la Sainte-Ecriture, y font peintes avec beaucoup de foin. Telle eft une ville avec cette infcription : Civitas Dei ; un puits avec celle-ci : Peuteus aquarum vivendum, &c. Enfin on y diftingue trois figures d’anges qui déploient, en trois endroits différens , un rouleau fur lequel on lit cette légende finguliere : Seule fans jî dans fa conception. Dans un autre vitrail eft peinte l’annonciation faite à la fainte Vierge par l’ange Gabriel* On y fent toute la force de l’imagination du peintre, qui dans le moment de la falutation angélique fait defeendre le Saint-Efprit fur Marie, & le fait fuivre immédiatement par Jéfus - Chrift portant déjà fâ croix, & annonçant à fa fainte Mere le glaive de douleur que fon humble docilité à la parole de 'fange lui deftinait de toute éternité , & dont le vieillard Simeon la fit reffouvenir lorfqu’clle alla au temple pour fe purifier & le préfenter à Dieu fon pere.
- .20Celui de ces vitraux qui repréfente le triomphe de la fainte Vierge , quoique le plus compliqué de tous par la multiplicité des perfonnages, ne fouifre néanmoins aucune confufion. Trois temples ou palais occupent fa partie fupérieure. Le premier porte fur fon fronton cette infcription , U palais virginal; le fécond , le temple d'honneur ; le troifieme , palais de Jeffé» Une troupe de peuple portant des bannières, des couronnes & des palmes,, fort du palais virginal, & porte fes pas vers le temple d’honneur. Elle eft fuivie de rois, entre lefquels on reconnaît David à fa harpe ou lyre.. Jéfus-Chriffc portant fa croix, les fuit immédiatement à la tète des fept vertus, re-connailfables aux emblèmes qui les cara&érifent. Elles précèdent le char de la fainte Vierge, auquel font enchaînés les fept vices qui leur font oppofés , & le fui vent dans le plus grand abattement. On y voit un flambeau renverfé, & la tète du ferpent écrafée. À «travers les colonnes de fon palais, Jelfé. parait admirer ce fpectacle. Six vers, en ftyle du tems , expliquent ainfi le îens de cette allégorie :
- La noble Vierge va triomphant en bonheur Du palais virginal jufqu’au temple d’honneur*
- Jefle en fon palais a la vue épandue
- Pour voir les douze rois dont elle eft defeendue ,.
- Et leur dit : Nobles rois, voici de Dieu l’Ancelle Qui tous vous ennoblît, & non pas vous icelle*
- 204. Les verfèts 1, 3,4 & 1 f du douzième chapitre de l’Apocalypfe forment le fujet de la fécondé divifion de ce vitrail. La femme couverte du foleil y eft peinte ayant la lune fous fes pieds, de même que le ferpent roux,
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- dont la queue entraîne la troifieme partie des étoiles du ciel, & dont une gueule vomit un fleuve. On voit aufti repréfentée dans un autre vitrail une pâque juive qui en occupe le tiers. Un autre tiers repréfente David recevant un des pains de proposition des mains du grand - prêtre. L’autre repréfente la mane qui tombe dans le défert. Il eft d’un coloris très-vif & d’une composition très-variée. Il en eft un qui repréfente l’allégorie de Jéfus-Chrift dans le preifoir , avec cette légende : Torcular calcavi foLus. Tous les ouvriers qui travaillent à la vigne y font peints d’un côté, & de l’autre les portraits de la famille du donateur. Un des plus beaux a pour fujet la derniere cene de Jéfus-Chrift avec fes apôtres, dont tous les perfonnages font grands & réguliers. Le cadavre du donateur y eft peint avec le portrait de fon époufe à fes pieds. Il y a encore dans cette églife d’autres 'vitraux , dans lefqueîs l’art ne brille pas moins que dans ceux-ci. Toutes ces vitres peintes, fur-tout celles du chœur, fe font confervées dans tout l’éclat de leur origine. Si quelques-unes , entr’autres du côté de l’évangile , font un peu altérées , l’entier des perfonnages n’y laide rien à defirer. De ces beaux vitraux, qui font du meilleur tems de la peinture fur verre, il en eft qui portent des chronogrammes , tels que ceux de l’annonciation & du preifoir, qui datent de ij*f2, & le triomphe de la fainte Vierge, de if >3.
- 20f. L’auteur du mémoire ne s’eft pas borné à nous donner des détails fi circonftanciés : fes foins ont été jufqu’à feuilleter les archives des familles originaires de Conciles , pour nous faire part du nom des donateurs de ces vitraux. Il s’eft dirigé dans fes recherches à cet égard par les armoiries qui y relient empreintes. Il donne pour certain que meffire Jean le VavaC-feur, abbé régulier de l’abbaye de Conciles, fit préfent de ceux du chœur ; que la nativité de Jéfus-Chrift eft un don de M. Baudot, lors lieutenant-général de cette ville ; que M. Ducoudray a donné celle de l’autel de la fainte Vierge , qui eft la plus eftimée ; que l’allégorie du preifoir & l’annonciation ont été données par M. le Tellier des Brieux; que l’on doit à la pieufe libéralité de M. Berthelot, procureur du roi, le vitrail admirable du triomphe de la fainte Vierge; enfin, que celui de la cene a été légué par un fieur Duval Martel, fuivant la légende qu’on y découvre. Quant aux artifles qui les ont fi admirablement inventées ou peintes fur le verre, notre auteur avoue qu’il ne lui a pas été poflîble, quelques recherches qu’il ait pu faire, d’en découvrir les noms. Mais il y a lieu de croire que les vitres de cette églife, celles de Blo/Teville, celles des paroiifes de Rouen, celles de la chapelle de Gaillon, maifon de campagne de fes archevêques, & un très-grand nombre d’autres répandues dans toute l’étendue de la Normandie , auront été faites par ces excellens peintres fur verre y domiciliés , que nous avons vu, dans le chapitre précédent, avoir été maintenus par ces différais
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- tribunaux, dans les privilèges accordés par nos rois, dès le quatorzième fié-cle , à tous ceux de cette profeflîon.
- 206. A Nantes, dans leglife paroifiiale de faint Nicolas , les vitres peintes du grand vitrail du fanciuaire, au-delTus du maître-autel, méritent fin-guliérement l’attention des curieux par la corredion de leur deflin & la vivacité de leur coloris. Dans cette forme de vitres d’une étendue extraordinaire , font repréfentés cinquante -fix miracles émanés de la toute - puif-fance de l’Homme - Dieu , dans l’ordre defquels les cinquante - fix têtes du Sauveur fe reifemblent toutes avec la plus grande vérité , vues fur leurs dif-férens profils.
- 207. On ne peut fe laifer d’admirer à Bourbon - i’Archambâud , les vitres de la fainte chapelle, peintes dans le feizieme fiecle ; car fi elle a été commencée par Jean II du nom , & continuée par fon augufte frere Pierre II, duc de Bourbon, qui lui fuccéda, elle n’a été finie qu’en 1 fo8. Ces vitres, d’une grande beauté, fe font très-bien confervées. Entre les orincipales hiftoires qui y font repréfentées , on remarque celle de la guériion du paralytique fur le bord de la pifcine de Bethfaïde, fans doute par allufion à ce que les eaux de Bourbon ont de lalutaire pour ceux qui. font atteints de cette maladie : le facrifice fanglant de Jéfus, Chrift fur la croix, & la figure de ce facrifice repréfentée par celui d’Ifaac qu’Abraham fon pere efi: prêt à immoler : l’apparition de l’ange à Conftantin, & .le figne miraculeux de la croix que cet empereur vit dans le ciel, avec cette infcription , in hoc figno vinccs : les perquifitions qu’Hélene fa mere fit faire pour découvrir le lieu où la croix du Sauveur avait été dépofée : le fuccès des pieufes follicitudes de cette impératrice paria découverte qu’elle en faite en 32 6 : le recouvrement de ce figne du fai ut par Héraclius , après la défaite de Chofroes par cet empereur: enfin le culte d’adoration qu’il lui rend, en la rapportant les pieds nus en grand triomphe à Jérufalem, après qu’elle eut été pendant quatorze ans entre les mains des infidèles. Morery , dans fon dictionnaire, au mot Bourbon-PArchambaud, rapporte un trait fingulier relativement à ces vitres peintes. On voit, dit-il, dans ces vitres des armoiries qui font de France, avec un bâton péri en bande pour brifure ; ce que je remarque, ajoute- t. il , parce que divers hiftoriens racontent que dans le même tems . que Henri III, le dernier des princes de la maifon de Valois , fut aflaflîné , un coup de tonnerre emporta la brifure de ces armes , fans toucher au refte de l’écu : ce qu’ils regardent comme un préfage que la. branche des Valois allait céder, la couronne.de France à celle des Bourbons.
- 208. On ne peut palfer par Bourg-en-Breffe fans y admirer la magnifique églife qui y fut conftruite entre les années 1^11 & 1^36, fous les ordres de Marguerite d’Autriche, veuve en dernieres noces de Philibert le
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- Bèau -, duc de Savoye. Elle 11e s’occupa plus, depuis ce dernier veuvage, que dés foins d’accomplir en partie le vœu de Marguerite de Bourbon, femme de Philippe- II , duc de Bourgogne, fa belle-mere , de faire bâtir à Brou une églife & un monaftere. Elle ne fit que changer la deftination , mettant fon églife fous l’invocation de faint Nicolas de Tolentin, & donnant à des Au-guftins de la province de Lombardie le monaftere que fa belle-mere avait deftiné pour des Bénédidtins. Elle le commença dès ifoô, malgré toutes les difficultés qu’elle éprouva de la part de la fituation du lieu, & de la part même de fon confeil, qui fit de grands efforts pour l’en détourner. Elle n’en fut que plus a&ive àœn preffer l’exécution j & fa magnificence, dans cette entreprife , fut porté^au plus haut degré. On en eftime, entr’autres, les vitrages, dans lefquels on ne fait ce qu’on doit le plus louer , ou la majefté & là corre&ion du deffin, ou la beauté des peintures & des objets qu’elles repré-fentent. Nous ne nous occuperons pas d’en donner ici la defcription : on peut la voir aifément dans un petit ouvrage que vient de rendre public un P. Auguftin réformé de la congrégation de France. (a) Toutes les figures de ces vitraux font parlantes & parfaitement caradérifées. Elles paraiifent de grandeur naturelle, malgré leur élévation.' A l’extrémité feptentrionale de la croifée , il y avait auffi des vitraux en peinture à grands perfonnages, qui ont été détruits par la grêle dès l’an i f 39. Cet accident a déterminé à couvrir avec des treillis en laiton tous ceux qui refterent entiers. On trouve dans les archives de cetté' maifon les noms des verriers qui en firent le verre à Brou. Us fe nommaient Jean Brochon, Jean Orquois & Antoine Voifin. Comment, s’écrie ici l’auteur de la defcription, ne nous a-t-on pas traufmis les -noms de ceux qui les ont peints? On ne doit pas douter que ces morceaux ne foient des plus excellens maîtres, puifque, comme il le dit lui-même , la France, l’Italie, la Flandre & l’Allemagne y fournirent un grand nombre de leurs'arciftes. Informés du defleinroù était Marguerite d’Autriche, & invité par cette princ ceffe de contribuer par leurs ouvrages à parfaire cette églife magnifique , ils s’.y étaient rendus avec empreffement. •
- 209; A Aix en Provence, les vitres peintes de 1 ’églife des Dominicains font remarquables par la beauté du deffin & par l’éclat du coloris. On y en voit auffi- de très-belles chez les peres Récollets, fur lefquelles on reconnaît par les armoiries du maréchal de Vitry, qu’il en fut le donateur. •
- 210. Nous terminerons cetteuiotice des belles vitres du feizieme fiecle, dont les auteurs font inconnus, par celles que l’on voit en Flandres & dans
- (a) Hifioire & defcription de'ï’cglife phiné. Paris, 1767-, chez Défaint, libraire, royale de Brou g &c. par le révérend pere rue du Foin. Chap. VI. Des vitraux deFé^ Pacifique Rouflelet, Auguftin réformé de la> glife, page 67 jufqu’à la page 107. congrégation de France, province de Dau-
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- les Pays-Bas; & nous célébrerons avec les deux Bénédiditis, auteurs des Voyages littéraires, i°. Celles du grand & magnifique cloître de l’abbaye d’Anchin, fur lefquelles font représentées avec des couleurs très-vives les •douze plaies d’Egypte & le paifage de la mer Rouge, où la tête de Pharaon eft, au dire des connaifleurs , un morceau fi parfait, que, quand on la couvrirait de louis d’or, on n’y mettrait pas fa valeur. 2°. Celles du cloître de l’abbaye de Marchiennes , fur lefquelles la vie de Jéfus-Chrift, admirablement repréfentée , devient le digne objet de la méditation des religieux , dont l’ufage était de palfer la plus grande partie du jour à méditer fous ce cloître. g<?. Celles du cloître de l’abbaye de Grimbergue, ordçe de Prémontré, fur lefquelles on voit tous les jours a^ec une nouvelle Iffisfadion l’hiftoire de la vie de faint Norbert, inftituteur de cet ordre. 4®. Celles du cloître de l’abbaye de Stavelot, fur lefquelles font peints les portraits des abbés fucceffifs de ce monaftere, avec des infcriptions en vers latins, qui ont trait aux ades de jurifdidion que ces abbés exerçaient fous ce cloître fur ceux de leurs religieux qui étaient tombés en faute. 50. Celles du cloître de l’abbaye d’Af-flighen , en Brabant, repréfentant d’un côté la vie de la fainte Vierge, de l’autre celle de faint Benoît, avec des infcriptions peintes après coup eu vers latins, compofés par Haëften, prévôt de cette abbaye , qu’il réforma en 1626- 6Q. Celles du cloître du monaftere des chanoines réguliers de Rouge - Cloître en Flandres, qui font peintes avec la plus grande délicateife , ainfi que celles de leur réfedoire & de leur bibliothèque.
- 211. Nous conduirons encore nos amateurs avec le Guide univerfel des Pays-Bas ou des dix-fept Provinces, par le révérend pere Bouffingault, chanoine régulier de faint Auguftin, de l’ordre de fainte Croix, fous les cloîtres des monafteres de cet ordre à Namur, à Liege & à Tournay, où les ades de la vie de faint Quiriaee & de faint Odille , leurs patrons, font fi merveilleufement peints fur verre ; dans la bibliothèque des Dominicains d’Anvers ; fous le cloître des Chartreux de Louvain, auflî curieux par là longueur extraordinaire que par l’éclat & la beauté des vitres peintes qui le ferment ; & enfin à Saint-Omer, dans l’illuftre abbaye de faint Bertin.
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- CHAPITRE XVI.
- Etat de la peinture fur verre aux dix-feptieme & dix-huitième jîecles.
- 2\2. jST o u s avons avancé ailleurs , que , traiter des meilleurs tems de la peinture fur verre, c’eft annoncer le dépérilfement dont elle eft menacée.
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- Bernard de Paliffy, peintre fur verre, & par conféquent digne d’être cru fur ce qu’il raconte de l’état de ce genre de peinture dès la fin du feizieme fiecle, va juftifier notre alfertion. £t II vaut mieux, dit-il, (a) qu’un homme , où jj un petit nombre d’hommes, faifent leur profit de quelque art en vivant 3j honnêtement, que non pas un grand nombre d’hommes, Iefquels s’en-jj dommageront fi fort les uns les autres, qu’ils n’auront pas moyen de „ vivre, finon en profanant les arts & laiffant les chofes à demi faites, comme 3j l’on voit communément de tous les arts auxquels le nombre des ouvriers „ eft trop grand.... „
- 213. L’art de la verrerie & celui de colorer le verre, Ci célébré depuis quatre fiecles & plus , vers la fin du feizieme tc commençait à tomber, fur-s, tout dans le Périgord, le Limoufin ,1a Xaintonge, l’Angoumois, la Gaf. „ cogne , le Béarn & le Bigorre. Les verres qui en provenaient étaient, con-„ tinuê-1-il, méchanifés en telle forte qu’ils étaient vendus & criés dans „ les villages par ceux même qui crient les vieux drapeaux & la vieille ,, ferraille ; tellement que ceux qui les vendent travaillent beaucoup à vivre. „ L’état de verrier eft noble j mais plufieurs font gentilshommes pour exer-p cer ledit art, qui voudraient être roturiers & avoir de quoi payer les fub-jj fides des princes, & vivent plus méehaniquement que les crocheteurs de
- „ Paris......L’art des émaiîleurs de Limoges eft devenu Ci vil, qu’il leur
- „ eft devenu difficile d’y gagner leur vie au prix qu’ils donnent leurs œu-3, vres fi bien labourés & les émaux fi bien fondus fur le cuivre , qu’il n’y 3, avait peinture fi plaifànte. Les imprimeurs ont endommagé les peintres & 3, les pourtrayeurs. (£) Les hiftoires de Notre-Dame, imprimées de gros „ traits après l’invention d’un nommé Albert (c), vinrent une fois à tel jj mépris à caufe de l’abondance qui en fut faite, qu’on donnait pour deux ,, liards chacune defdites hiftoires , combien que la pourtrai&ure fût d’une v belle invention. „
- 214. La peinture fur verre & la vitrerie éprouvèrent le même fort. Paliffy nous apprend qu’il ne fe détermina à les quitter pour faire des vaiffeaux de terre émaillés & autres chofes de belle ordonnance, que parce que déjà, c’eft-à-dire, vers l’an 1570, elles tombaient en difcrédit dans la Xaintonge. 7 J’entrai, dit-il, (d) en dilpute avec ma propre penfée, en me remémo-
- (a) Difcours admirable de la nature (c) Je ne fais fi Paliffy veut parler d'AÎ-des eaux fontaines. . . du feu, des bert Durer, ou d’un autre Albert Aldegraf, émaux, ÇVfc. Paris, 1980, chez Martin le né en Weflphalie , difciplede Durer, qui jeune, devant le college de Cambray, p. 270. avait faifi la maniéré de graver de fon maître,
- (b) Par les imprimeurs, Palifly entend & s’eftfaitune grande réputation.
- ici les graveurs d’eltampes, comme par le (d) Difcours admirable cité jci-deflus ,
- mot pourtrayeurs il entend les deflinateurs. page 271.
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- rant pluüeurs propos qu’aucuns m’avaient tenus en fe mocquant de moi lorfqueje peiudais des images. Ça) Or, voyant qu’on commençait à les „ délaider au pays de mon habitation, auffi que la vitrerie n’avait pas grande „ requête.... je vais penfer... . parce que Dieu m’avait donné d’entendre quelque chofe de la pourtraiélure .... à chercher les émaux pour faire des „ vailîeaux de terre (entreprife que fon peu de fuccès le mit bientôt dans M la néceffité d’abandonner). En effet, après de grands frais, perte de terns, „ confufion & trillefle, (Æ) il avait vu qu’il ne pouvait rien faire de fon „ intention, & tombant en nonchaloir de plus chercher le fecret des émaux „ & fur-tout de l’émail blanc (car touchant les autres couleurs, dont il connaiffait la préparation pour la peinture fur verre qu’il pratiquait, je ne w m’en mettais , dit-il, aucunement en peine ), il prit relâche pendant quelque „ tems , & fe remit à peindre fur verre. „
- 21 f. On ne fera plus furpris que du tems de Paliffy l’art de la verrerie & celui de la peinture fur verre fuflent déjà fi fort déchus dans la Xain-tonge &dans toutes les autres provinces adjacentes & ultérieures , il l’on con-fidere que le nouvel établiffement des gabelles & les troubles de religion y avaient occafionné dès le milieu du feizieme liecle, & occasionnèrent encore dans la fuite,des mouvemens féditieux 8c turbulens. Les guerres qui s’allumèrent en France & dans la Flandres, préparées fous le régné de François Ier , & continuées fous les régnés fuivans ; ces guerres, d’autant plus défaftreufes que la religion femblait leur fervir de prétexte, ne contribuèrent pas peu, jointes au déchaînement des huguenots contre les images, à la .décadence d’un art, dont Charles IX confirma encore lui-même les privilèges , mais dont il paraît que fes fucceifeurs ne firent pas un grand cas. Les tems de troubles & de divifions dans les états , fur-tout lorfqu’elles font in-teftines , n’ont jamais été favorables aux fciences & aux arts. Il n’y a que celui de la paix, qui puiffe engager les plus grands princes à fomenter l’émulation entre les fivans & les artiftes. C’eft alors que ceux-ci s’empreflent à l’envi d’attirer les regards des fouverains fur les produ&ions de leur génie & de mériter les récompenfes auxquelles il leur eft auffi naturel d’afpirer qu’il eft glorieux & intéreffànt pour les fouverains de les répandre avec magnificence.
- 21 G. La confidération qu’on avait eue pour les peintures fur verre, affaiblie par leur multitude, les grandes entreprifes de peinfure fur verre devenues plus rares par les malheurs des tems, le verre coloré devint inutile ; les verriers fe virent contraints d’éteindre ce grand nombre de fours qui pouvaient à peine fuffire, un fiecle auparavant, à la quantité confidérable d’opvrages dont les
- (a) Ces propos étaient fans doute une verrons bientôt.
- ;fuite des progrès que la religion réformée ( b) Difcours admirable ci-deffuscité, .faifait dans cette province, comme nous le page 277.
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- peintres vitriers étaient chargés. fLes émaux inventés par Jean de Bruges, perfectionnés en France par Pinaigrier, devenus fufceptibles de ces nuances de détail par ces chymilies Hollandais Ça) auxquels Néri, Florentin, s’af-
- ( a ) Il y aurait bien des chofes à favoir fur le compte de ces habiles chymiftes ,je veux dire, fi Ifaac & Jean Ifaac font le même individu? Dans le cas contraire, lequel ferait le pere de l’autre? Si le nom Hollandus eft leur nom de famille, ou un furnointiré de leur pays ? On n’avait encore en l’année 1767 aucune certitude fur le fiecle dans lequel vivait Ifaac. Un célébré bibliographe que j’ai confulté , m’ayant mis en état der éfoudre ce doute, je vais en rendre compte dans cette note , & éclaircir par fon fecours un point de critique, qui parait avoir embarrafle les favans. M. Eloy, médecin confultant de S. A. 11. madame la prin-cefie de Lorraine, & penfionnaire de la ville de Alons , dans fon DiSlionnairc hijlorique de la médecine, imprimé à Liege en 1759, 'tome II , au mot Ifaac, le fait naître à Stolck, village de Hollande : mais il nous laifie dans l’incertitude fur la pluralité ou la fingularité de ces ou de cet alchymifte, dont il célébré beaucoup le mérite & la fin-cérîté dans le traité qu’il a donné fur Y Art démailler & de colorer le verre éf les pierres , qu’il regarde comme un chef-d’œuvre. D’ailleurs, il ne nous apprend rien du tems où il écrivit : il fe contente de dire qu’il vivait, félon toute apparence, dans le treizième fiecle, quoique, dit-il, cela ne fait point abfolument décidé. AI. l’abbé Lenglet du Frefnoy, qui en fait deux auteurs , le pere fous le nom d’Ifaac, & le fils fous celui de Jean Ifaac,nous dit qu’ils écrivirent l’un & l’autre en hollandais. Il célébré la traduélion latine qui fut faite de leur ouvrage vers les premiers tems du dix-fep-tieme fiecle ; mais il s’en tient aux fimples conjectures , en les faifant vivre dans le feizieme. Il fe fonde fur ce que dans leurs traités ils parlent des eaux-fortes & de l’eau-régale , qui ne furent inventées que fur la fin du quatorzième. Hijioire de la philo-Tome XIII.
- fophie hermétique, Paris , 174c, tomel, page 233. Enfin, le traducteur des Leçons de chymie de AI. Shaw , les faifait vivre vers la fin du quinzième fiecle. Il fondait fans doute fa conjecture fur ce que l’hif-toire nous apprend du renouvellement de l’art de peindre en émail dans la France, qui s’opéra au plus tôt au commencement du feizieme. Pour moi, je me rappellais que Néri, dans fon Traité fur l'art de la verrerie, déclarait quelque part avoir fréquenté Ifaac Hollandus, dans fon voyage en Flandres, & avoir reçu de lui des procédés pour imiter les pierres précieufes. Connaître le tems de Néri, difais-je , c’eft connaître le tents d’Ifaac : mais comment connaître le tems de Néri? M. le baron de Holback n’en dit rien dans la préface qu’il a rnife en tête de fa traduétion franqaife, non plus que Mer-ret ,dans fa traduétion latine du Traité original italien de L'art de la verrerie de Néri. Je fis part de mon embarras fur ce point à M. de Bure le jeune : il m’en a tiré de la maniéré la plus prompte, la plus obligeante & la plus fatisfaifante. Néri lui-même, cité par ce favant, va nous apprendre le tems auquel il s’exercait dans l’art de la verrerie , & celui où il exécuta de concert avec Ifaac Hollandus plufieurs opérations de ce genre. Voici ces pafiages extraits de la traduétion latine du traité de Néri, avec les notes de Alerret, qui a paru en 1669 , tels que AI. de Bure a bien voulu me les faire palier. Il paraîtra moins furprenant que ces pafiages m’aient échappé dans laleéture que j’ai faite de l’Art de la verrerie de Néri, ne l’ayant faite que dans la traduction francaife de AI. le baron de Holback, où le premier pallage eft totalement omis , & où le fécond, qui n’y eft employé qu’en partie, fe trouvait dans un chapitre qui n’avait point de rapport avec les notions propres à la peinture fur verre, qui m’intérellaient uniquement.
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- focia au commencement du dix-feptieme fiecle, fuffirent aux peintres fur verre pour colorier en petit les fujets fur lefquels ils s’exercèrent. A peine reconnaît-on , dans les ouvrages de peinture fur verre, des vingt ou trente premiers années de ce fiecle ,1’ufage du verre en table coloré aux verreries. A me-
- Dans le premier de ces pafTages, extrait du chapitre XLII du fécond livre, vers la fin , Néri nous apprend qu’étant à Florence en 1601, il employa les recettes qu’il prefcrit dans ce chapitre pour préparer la calcédoine ; qu’il en fit des foucoupes d’une grande beauté dans un fourneau de verrerie, que fon ami Nicolas de Land, célébré émailleurà la lampe, venait d’y faire conf-truire : Atque hic ille modus eji, quo ego anno cTo Io c I Florentine in catino &for-nace vitraria iifus fum, qua œjlate egre-gius D. Nicolaus Landus , familiaris meus injignis in fmalti ad luccrnam elabo-randi negotio artifcxfornacem illam extnd curahat , quo tempore etiarn praparata ante materia & fcrvatis iifdem regulis, plurcs ex hujus generis cha/cedonio patelins injigniter pulchrasfeci, lib. II, cap. 42, ad calcem. Le fécond paffage eft extrait du même livre , chap. 44. Néri, fur la troifieme maniéré qu’il prefcrit dans ce chapitre , pour bien imiter la calcédoine, dit qu’il en fit l’expérience à Anvers, où il avait établi fa réfidence en janvier 1609, & où il demeurait depuis plufieurs années dans la maifon du feigneur Emmanuel Ximenez, chevalier de l’ordre defaint Etienne, Portugais de nation, & bourgeois d’Anvers, & qu’avec la poudre, dont il donne la recette dans ce chapitre, il fit de très- belle calcédoine dans le fourneau de verrerie du fieur Girdolf : Hune tertium modtun expertus fum Antuerpiœ , anno 1609, menje januario , quo tempore morahar per plures annos habitabam in.œdibus D. Emmanuelis Xirnenii, equi-tisfaneïi Stephani, natione Portugallenfs £5 civis Antuerpiani.. .. Atque hoc pul-vere Antuerpiæ irtfornace vitraria D. Phi-lippi Giridolfi , hominis valde offiaof, chalcedoniumfeci, lib. II , cap. 44 , ad cal-
- cem. Enfin , dans fon livre V, c. 91, il fait mention des expériences qu’il avait faites fous les yeux d’Ifaac le Hollandais ou Hol-landus, pendant fon féjour en Flandres , & qu’il tenait de lui : Hic modus imitandi gemmas, quem ah Ifaaco Hollando, cutn in Flandria ejj'cm , mutuatusfum, lib. V , cap. 9i.Ainfi,par les foins aufïï éclairés, qu’obligeans de M. de Bure le jeune , nous fomnies en état d’établir fur le fondement le plus folide , comme des vérités incon-teftables : 1°. Qu’entre nos chymiftes Hollandais , s’il y en a eu deux, Ifaac eft celui qui s’eft le plus adonné à la connailfance pratique de l’art de la verrerie, fur-tout dans la partie des émaux colorans, par les fubftances métalliques-, fcience fur laquelle nous avons déjà annoncé qu’il avait donné un excellent traité. 20. Qu’Ifaac , établi à Anvers, y avait déjà acquis une grande réputation en 1609. 3°. Qu’il s’y rendit très-utile à tous ceux qui employaient les émaux, & par conféquent aux peintres fur verre Flamands , qui fe diftinguerent le plus dans le commencement du dix-feptieme fiecle , par la beauté de leur coloris. 40. Que Néri déjà célébré à Florence dans l’art de la verrerie en 1601, avait quitté fa patrie pour fe rapprocher d’Ifaac Hollandus, & fuivre auprès de lui , à Anvers, fes procédés dans l’art d’imiter les pierres précieufes, d’où il retourna à Florence pour y faire imprimer fon Traité italien fur P art de la verrerie, chez les Giauti, en 1612, in-4e, édition que M. de Bure regarde comme l’originale de cet auteur, à laquelle néanmoins les favans ont préféré la traduction-latine. ç°. Enfin, que l’art d’émailler à la lampe poftedait d’habiles artiftes dès le feizieme fiecle & dans le dix-feptieme.
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- fure que ce fiecle s’avanqa, ces morceaux de grande exécution , dont il formait ies draperies de différentes couleurs, cédèrent la place aux tableaux de chevalet, s’il eft permis de s’exprimer ainfi en traitant de la peinture far verre. Les artiftes des derniers tems de ce fiecle s’étant fait en conféquence une maniéré de travailler différente de celle des fiecles précédens, c’eft de cette maniéré, qui eft celle des peintres fur verre aétuels, dont nous traitons principalement dans notre fécondé partie. Rentrons ici dans le détail, en parlant , comme nous avons fait relativenent au feizieme fiecle, des noms & des ouvrages des plus habiles peintres vitriers des dix - feptieme & dix-hui-tieme fiecles.
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- CHAPITRE XVII.
- Peintres fur verre, qui fe diflinguerent aux dix - feptieme & dix-huitième fiecles.
- il7. CT’est à notre livret des belles vitres de faint Jean de Gouda que nous fommes redevables du premier peintre fur verre Hollandais de ce fiecle. Nous y apprenons qu’il fut chargé en 1601, par les bourg-meftres de Rotterdam , de peindre une vitre pour cette églife, repréfentant l’hiftoire de la femme adultéré. Il paraît par l’infcription qu’il a peinte au bas du vitrail, qu’il était inventeur & peintre fur verre} on y lit: Claes Janfçe fig. &pinx. Rotterdam, 1601. C était une gloire pour chaque ville de Hollande d’avoir contribué d’un ou de plusieurs vitraux à la clôture de l’églife de Gouda. Les bourg-meftres de Leyden & de Delft en donnèrent en 1601 & 1603', peints d’après les cartons de Swanenburg , par Corneille Cfock, peintre fur verre de Leyden. Celui de cette ville repréfente la levée du fiege de Samarie fortement pref-fée par le roi Benadad ; & celui de Delft, celle du fiege de Leyden : dans le bas de celui-ci, on diftingue la ville de Delft & les villages circonvoifins. On y reconnaît le prince d’Orange , Boifot & les perfonnes les plus recommandables qui eurent part à cette affaire. Tout ce qui y contribua, foldats , bateaux qui les portent, & les magafins de munition, y font admirablement exprimés. On lit au-deffous de l’un & de l’autre vitrail cette infeription qui 11e différé que par le chronogramme : le bourgue-mefire Swanenburg inv. & fig. Leyden. Corneille Clock pinx. Leyden, 1601 & 1603.
- 2ig- Vers le même tems fe diftinguaient à Paris dans la peinture des vitres de S. Médéric , dit vulgairement S. Merry , Héron dont nous avons parlé au rang des peintres fur verre du fiecle précédent, Jacques de Paroy, Charnu
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- & Jean Nogare. Ils repréfenterent en concurrence dans le chœur de cette églife, qui ne fut finie qu’en 1612, à droite, l’hiftoire de faint Pierre tirée des actes des apôtres , avec des citations latines ; à gauche, l’hiftoire de Jofeph dans la même ordonnance. Ils peignirent dans les vitres de la nef, d’un côté la vie de faint Jean-Baptifte, & de l’autre celle de faint François d’Allife. Ils exécutèrent auflî fur le verre d’autres fujets pour des chapelles de la même égli fe.
- 219. Voici d’abord ce qu’Haudicquer de Blancourt (a) nous apprend de Jacques de Paroy. Il le fait naître à Saint - Pourçain - fur - Allier, le donne pour un des plus habiles que nous ayons eu pour la peinture fur verre. Il a écrit fur fon art (E). Son génie le portait naturellement au deflin & à la peinture : il s’y appliqua avec atfedion, & y réuftit. Il crut ne pouvoir mieux fe perfectionner qu’en entreprenant le voyage de Rome , qu’il regardait comme l’école univerfelle de la peinture & de la fculpture. Il y étudia un très-long tems fous le célébré Dominique Zampini, dit le Dominicain. On ne peut douter qu’il n’ait fait de grands progrès fous un maître qui ne ceffait d’inculquer à fes éieves qu’il ne devait fortir de la main d’un peintre aucun trait ou aucune ligne qu’elle n’eût été d’abord formée dans fon efprit; qu’un peintre ne devait confidérer aucun objet comme en paffant, mais avec une longue & férieufe attention, parce que c’eft à l’efprit & non à l’œil à bien juger des chofes. Après avoir acquis beaucoup d’habileté fous un tel maître , de Paroy alla à Venife,où il a fait quantité de très-beaux ouvrages. De retour en France & dans la province d’Auvergne, fon pays natal, il en fît encore de fort beaux dans le château du comte de Catignac , & depuis à Paris dans l’églife de faint Merry , où l’on admire entr’autres dans une chapelle , le jugement de Sufanne exécuté fur le verre d’après fes deflîns par Jean Nogare, ouvrage exquis, auflî bien que les vitraux du chœur , pour lefquels il paraît qu’il s’eft plus occupé d’en fournir les cartons que de les peindre fur le verre. On voit encore de lui à Gannat, près Saint-Pourçain-fur-Allier, dans la grande chapelle de l’églife collégiale & paroiflîale fous le titre de fainte Croix, des vitres peintes où font repréfentés les quatre peres de l’églife latine, S. Ambroife,
- (a) A la fin de la préface de fon Art de la verrerie.
- ( b ) Aucune bibliothèque publique ni particulière n’a pu me communiquer l’ouvrage de ce célébré peintre fur verre. Il faut qu’il n’ait paru que manufcrit. C’eft vrai-femblablement dans cette fource, connue pour lors de peu de favans , que Félibien, dans fes Principes darchitcâure , Florent le Comte , dans fon Cabinet d architecture,
- Haudicquer de Blancourt, dans fon Art de^ la verrerie, & les autres qui les ont copiés, ont puifé ce qu’ils ont donné fur la peinture fur verre & fur la compofition des émaux colorans qui lui font propres, tant leurs enfeignemens ont de refiemblance en-tr’eux. Nous en ferons ufage dans notre fécondé partie, mais fans les admettre comme* notre feule reflourco.
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- S. Jérôme, S. Auguftin & S. Grégoire. Les têtes de S. Ambroife & de S. Ali-guftin y font reconnues pour être les portraits de MM. de Filhol, dont un était archevêque d’Aix. Leurs armoiries peintes fur verre font aufli répandues fur les autres vitraux de cette églife. Cet habile peintre décéda âgé de 102 ans , dans la ville de Moulins en Bourbonnais, où il reçut les honneurs funèbres dans l’églife des Jacobins.
- 220. A l’égard de Charnu, il y a lieu de croire qu’il fut un des meilleurs peintres fur verre du commencement du dix-feptieme fiecle. La quantité d’en-treprifes en ce genre , dont il était chargé, attira dans font attelier plufieurs artiftes, même étrangers, entre lefquels était Jean Van-Bronkorft, Hollandais, bon peintre fur verre, dont nous parlerons dans la fuite. On lui doit l’exécution d’une bonne partie des vitraux de l’églife de faint Merry, d’après les deiîins de Jacques de Paroy ; mais Sauvai n’a point diftingué ceux qui fortirent de fou attelier. II paraît qu’il ne forma dans fa famille aucun éleve de fon art. J’ai connu dans ma jeunelfe un vitrier de ce nom, qui n’avait aucune teinture de la peinture fur verre. Il était entrepreneur de la vitrerie des palais & châteaux de monfeigneur Philippe duc d’Orléans , régent du royaume, de qui il obtint des faveurs diftinguées pour l’avancement de fa famille.
- 221. Sauval ne diftingué pas davantage les vitres peintes par Jean Nogare pour faint Merry , fi l’on en excepte celle qu’il avait peinte d’après les cartons de Jacques de Paroy , repréfentant le jugement de Sufanne. Cet auteur, à l’endroit où il parle des vitres ridicules , (a) cite de ce bon peintre fur verre des vitres peintes, mais qui n’exiftent plus, dans un vitrail qui fe voyait de fon tems dans la croifée de l’églife paroilîiale de faint Euftache à Paris , dn côté de la rue des Prouvaires. Jules III, Charles V , & Henri II, y étaient repréfentés, le premier coëffé de fa tiare, les deux autres couronnés en tète, & revêtus tous trois de leurs habits pontificaux, impériaux & royaux. Ils adoraient l’Enfant Jéfus, que la fainte Vierge tenait entre fes bras, (b)
- 222. Les charniers de l’églife royale & paroilîiale de faint Paul à Paris font fans contredit les plus beaux de cette ville. Ils font ornés de vitres peintes à l’envi par les meilleurs peintres fur verre du commencement du dix-feptieme fiecle > car les plus anciennes datent de 1601, & les plus nouvelles de 163 f. Nous allons extraire ce que Sauvai nous a laififé fur ces vitraux.
- (a) Page 33 de l’addition au tome I de figures de faints, beaucoup plus fortes que fes Antiquités de Paris. nature , à caufe de leur élévation, qui fem-
- ( b ) Les hauts vitraux du chœur de cette blent diriger leurs pas vers le vitrail du fond églife ont été peints vers 1642, & repré- du fanctuaire, comme vers le terme de tout fèntent à droite & à gauche fous une galerie cet édifice, voûtée d’une affez belle perfpedive, des
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- & fur les talens particuliers des artiftes qui en ont été chargés : nous y join-.drons quelques réflexions relatives à cet art, que l’étude particulière que nous en avons faite nous a ditftées.
- 223. Le côté de ces charniers, qui touche à la chapelle de la communion, n’eft pas d’une beauté fupérieure, quoique la plus grande partie en ait été exécutée fur les cartons de Vignon, par Nicolas le Valfeur, peintre fur verre , & par d’autres en concurrence. C’eft ce même peintre qui parait avoir peint fur les cartons du même , les quatre vitraux de la chapelle de la communion à main droite, où la compofition de Vignon fe fait reconnaître. Le côté qui regarde l’arfenal eft moitié exécuté par les mêmes peintres fur verre , & l’autre moitié par un Robert Pinaigrier. Ce qu’il y peint, eft d’une bonté médiocre. On y voyait autrefois fur des ovales qui entrent dans l’ornement des fou-balfemens des vitraux, des payfages d’une bonne maniéré, que l’injure du tems a détruits, ou que quelque main avide, aurait pu s’approprier. La partie des vitraux de ce côté & du précédent, qui dans chaque vitrail eft marquée I. M. eft d’après les deflins & de la main de Jean Monnier. Félibien dit de cet artifte qu’il fut un des meilleurs peintres Français du commencement de ce fiecle. Il avait pour aïeul & pour pere des peintres fur verre dont nous avons fait mention parmi ceux du fiecle précédent. Son aïeul était de Nantes , & s’était établi à Blois. Jean avait appris de fon pere l’art de peindre jufqu’à l’âge de feize ou dix-fept ans. Dès.lors il copia pour Marie de Médicis un tableau d’André Solarion , dit la Vierge à l’oreiller verd. Il lui mérita une penfion de cette reine de France, & fa protection auprès de l’archevêque de Pife, qui s’en retournait à Florence. Ce prélat l’emmena avec lui, & de là à Rome. Monnier revint enfuite en France , où il fit quantité de beaux ouvrages.
- 224. Du même côté, vers le milieu , François Perrier a peint l’hiftoire du premier concile de l’églife, & l’ombre de faint Pierre guérilfant les ma-lades. Félibien & d’Argenville ne difent point que Perrier ait peint fur le verre. Le peu de cours que cet art avait en Italie, où Lanfranc mit le pinceau à la main de Perrier encore jeune, ne donne pas lieu de le penfer ; mais il peut avoir fourni les cartons de ces deux beaux vitraux & de quelques autres de la-mème bonté. Le dernier côté qui eft parallèle à la rue Saint-Antoine , eft fermé par les plus belles vitres de tout le charnier, & peut - être qufti bonnes qu’aucunes de Paris.
- 225. Le fécond vitrail de ce côté , repréfentant l’impofition des mains par faint Paul aux Ephéfiens, ainfi que le troifieme,dans lequel on admire la gué-rifon des malades par l’attouchement des linges & de la ceinture de cet apôtre, font l’un & l’autre de la main de Nicolas Defangives, peintre fur verre, qui avait une liberté de travailler incroyable. On remarque en effet une intelligence admirable dans la diftribution & la coupe des contours des
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- membres & des draperies de fes figures. Leur jointure par le plomb eft fi délicate & fi peu fenfible que, loin d’appefôntir l’enfemble d’un panneau, elle n’y marque que le trait néceflaire pour former les contours. Elle en réunit fi parfaitement les parties, qu’on croirait volontiers que tout le panneau n’eft qu’un même morceau , comme la toile eft au tableau : talent fi elfentiel à un bon peintre vitrier , qu’a&uellement même , lorfque la peinture fur verre paraît totalement oubliée dans plufieurs villes de France, & notamment à Touloufe, les gardes & jurés du corps des maîtres vitriers propofent pour chef-d’œuvre à leurs afpirans à la maîtrife , la diftribution élégante des contours des figures d’une eftampe & la coupe du verre la plus induftrieufe : comme fi ces morceaux , qui par leur jointure doivent former l’enfemble du panneau, devaient être peints fur le verre. -
- 226. Le quatrième, dans lequel font repréfentés les fept fils de Sceva, magicien , chalfés par le diable , eft.de Defangives, ou de Porcher. Nous ne connailfons ce peintre fur verre que par ce qu’en dit ici Sauvai. Il fallait qu’il excellât dans fon art, puifque dans l’alternative que cet écrivain donne fur le véritable auteur de ce vitrail, il ne craint point de le mettre fur une même ligne avec Defangives. Nous favons néanmoins qu’en 1677 un nommé François Porcher, lors juré de la communauté des maîtres vitriers peintres fur verre, fe porta appellant avec elle d’une fentence de M. de la Reynie , lieutenant de police , qui paraiifait favorifer le monopole dans la marchan-dife de verre. Il y a même encore à Paris des maîtres vitriers de ce nom, qui ne font point peintres fur verre , quoiqu’ils en aient le titre en commun avec tous les maîtres de Cette communauté ; mais nous ne lavons pas fi ce François Porcher eft celui dont parle ici Sauvai.
- 227. Les meilleures vitres de ce charnier font la cinquième de ce côté, représentant fàint Paul battu par les orfèvres du temple de Diane à Ephefe 5 la fixieme repréfentant le départ de S. Paul de cette ville, & la feptieme repré-fentant la réfurre&ion d’Eutique dans la même ville. On les doit à l’habileté de Nicolas Pinaigrier , que Sauvai appelle encore l’inventeur des émaux. Cet artifte, & ceux qui fuivent du même nom , font vraifemblablement des fils ou des petits-fils de cet excellent peintre fur verre , émule de Jean Cou-fin , dont nous avons parlé au rang des bons peintres vitriers du feizieme fiecle. Âinfi ce que dit ici Sauvai, que Nicolas fut l’inventeur des émaux, ne doit pas s’entendre finalement de celui-ci : nous avons vu que le premier Pinaigrier fit dans fes ouvrages un emploi plus fréquent & plus détaillé des émaux que fes confrères, ce qui lui réuftit parfaitement. Nicolas , héritier des talens & des couleurs de fon aïeul, fe fera appliqué plus attentivement que les autres de ce nom dont nous allons parler: fes émaux plus tranfpa-rens, plus fondans & plus fûrs pour ce concert de fufion à la recuiifon fi
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- néceffaire pour la beauté & la bonté du coloris de la peinture fur verre j1 auront pu, par comparaifon aux autres, lui mériter le nom d’inventeur des émaux*
- 228. Les 1 , 8 , 9 , 10 & 11* vitraux du même côté font d’une beauté payable , & ont été peints par Jean & Louis Pinaigrier. On remarque dans les vitraux que Sauvai attribue aux Robert, Jean & Louis Pinaigrier, & même dans ceux de Jean Monnier & de Nicolas le Valfeur , beaucoup d’émaux qui, en bouillonnant à la recuiiïon , fe font écaillés ; d’autres qui, trop durs, le font écartés dans la fufion de ce concert au fourneau de recuiflon, dans lequel nous venons de remarquer que Nicolas Pinaigrier excellait, & qui ne s’obtient que par l’expérience foutenue par l’étude de la chymie.
- 229. Les vitraux de la main de Defangives font reconnaiffables par les trois lettres N D F enlacées, qui font l’abréviation de Nicolaus Defangives fecie. Elle eft pratiquée dans de petits ovales qui entrent de chaque côté dans l’ornement qui fert de bafe à ces vitraux. Il parait par un autre ovale refté entier dans un des meilleurs vitraux que Sauvai attribue à Nicolas Pinaigrier , que la marque de ce peintre fur verre était un compas ouvert , pofé fur fes deux pointes , entrelacé d’une branche de laurier. Quant aux autres Pinaigrier, Sauvai donne lieu de croire qu’ils fe faifaient connaître par ces petits ovales repréfentant des payfages, dont nous avons déjà parlé. Ces vitraux, dont quelques-uns ont moins fouffert de l’injure du tems que de l’étourderie des en-fans qu’on inftruit des premiers principes de la religion dans ce charnier, & du voifinage des foifes que l’on creufe dans le vafte cimetierre auquel il fert de cloître , ont été entretenus autant bien que puifle le permettre un iieele qui manque de peintres fur verre, & où ce qui s’en caffe ne peut être remplacé que par des morceaux de verre peints, aifortis au mieux poflible. Cet entretien était confié aux foins de feu Guillaume Brice , maître vitrier à Paris. Son intelligence & fon aéhvité dans toutes les parties de fa profefîion l’auraient fait regarder comme un homme digne de fes meilleurs tems, .s’il y eût joint la pratique de la peinture fur verre, dont il recueillit chez lui de très-bons morceaux avec autant de goût que de choix. Il en avait acheté une belle fuite de la veuve de M. Reftaut, avocat au confeil, & auteur d’une grammaire francaife, le plus grand amateur de peinture fur verre de fon tems. Ses foins auffi vigilans qu’empreifés , aufli heureux qu’inteîligens, pour pofer en place dans leur ordre primitif l’immenfe quantité de panneaux de verre peint remis en plomb neuf que contient la grande rofe de la croifée de l’é-glife de Paris, du côté de l’archevêché ; l’habileté avec laquelle il a cunfervé à la poftérité les magnifiques & anciennes vitres de la fainte chapelle de cette ville , qu’il a remifes aulfi en plomb neuf; le goût avec lequel il vient d’affortir,
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- deux ou trois ans avant fa mort (a) , par forme de continuité , une partie fort étendue d’un des grands vitraux de cette augufte bafilique, qui avait été muré depuis long-tems , fans rien déparer de l’ordre des anciennes vitres , feront pour la poftérité un témoignage certain de la juftice que j’ai cru devoir rendre ici à fes talens dans la profeftion.
- 230. Ce ferait a&uellement le lieu de faire connaître, s’il était poftible, les noms des habiles peintres fur verre qui nous ont lailfé fur les vitres peintes du charnier de Péglife paroiffiale de S. Etienne-du-Mont à Paris , les preuves les plus diftinguées de leur excellence dans leur art, par la délicatefle du travail le plus fini, par la beauté du coloris le plus éclatant, par le concert de fufion. le plus foutenu des émaux dont ces vitres font rehauffées : vitres q-ui, comparées à ces grands vitraux fortis de la main des meilleur-s peintres fur verre du feizieme fiecle, font dans leur proportion ce qu’eft un tableau de chevalet d’un bon maître par rapport à un tableau de grande exécution, & la miniature la plus délicate relativement à un bon tableau de chevalet.
- 231. Le filence que Sauvai, qui s’eft fi foigneufement appliqué à nous conferver les noms des peintres fur verre du charnier de faint Paul, a gardé lur ceux du charnier de faint Etienne, m’avait paru réparable , fi je pouvais obtenir de MM. les marguilliers de cette paroilfe, dont l’entretien ma été confié depuis le décès de mes pere & mere, la permiflion de compulfer leurs registres de délibérations, ainfi que les comptes des anciens marguilliers de cette fabrique, depuis le commencement du dix-feptieme fiecle & même vers la fin du feizieme : ma demande me fut accordée avec autant d’urbanité que de joie de répondre à l’emprelfe.ment que je témoignais à la compagnie de tranfmettre à la poftérité la mémoire d’un dépôt fi précieux en ce genre. J’en feuilletai les regiftres depuis if8oj j’y reconnus qu’en 1604 la conftruclion de ce charnier avait été projetée fur le terrein accordé à cet effet par les abbé & chanoines réguliers de l’abbaye de fainte Genevieve-du-Mont, & j’y appris qu’en 1622 les vitraux dudit charnier avaient été achevés. Mais mes efpérances fur la découverte des noms des habiles maîtres qui en peignirent les vitres , furent trompées , & mes recherches infru&ueufes. Tout ce que j’en ai pu recueillir, c’eft i°. que la fabrique ne s’étant point chargée de la dépenfe de ces vitres, MM. les marguilliers n’ont pu ni dû les porter dans leurs comptes , & par conféquent les noms des peintres vitriers qui les ont faites , n’ont pu ni dû y être employés: 29. que ces vitres peintes depuis l’année 1612, dont on reconnaît la date fur les premiers vitraux, ont été l’effet des libéralités des plus notables patoifîiens, qui en confièrent l’exécution à ceux des meilleurs peintres fur verre de ce tems, qu’ils payèrent de-
- (a) II eftmorten 1768. Tome XUI.
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- leurs deniers, & dont par conféquentles quittances , foufcrites de leurs noms, refterent entre les mains de ceux qui les avaient employés : 30. que le vitrail dans lequel eft repréfenté le banquet du pere de famille, n’a "coûté , y compris fa ferrure & le chaffis de fil-d’archal au-devant, que quatre-vingt-douze livres dix fols : enfin , que l’empreflement des paroiffiens à fermer ce charnier de vitres peintes était fi grand , que la fabrique crut faire une chofe plus utile de prier ceux qui parailTaient dans la difpofition d’y donner un vitrail, de contribuer , pour une fomme de cent livres chacun, aux frais de la conftrudion du portail & de la fonte des cloches.
- . 232. Ce charnier, qui forme autour du petit cimetierre de cette églife un cloître à trois galeries, eft éclairé par vingt-deux vitraux (a) d’environ fix pieds de haut, fur quatre de large , à deux pieds & demi de hauteur d’appui. Ils n’ont pas pour objet une hiftoire fuivie , comme ceux du charnier de faint Paul j mais celle que le goût & la dévotion de chaque donateur lui ont inft-pirée. Les regiftres de la fabrique nous font connaître les noms de quelques-uns, tels que madame lapréfidente de Viole, dame d’Andrefel-, maître François Chau vélin , avocat ; maître Germain, procureur au parlement 5 MM. Boucher , marchands bouchers , & le Juge , marchand de vin , qui ont été alternativement chargés de l’œuvre & fabrique de cette paroilfe pendant les premières années du dix-feptieme fiecle ; M. Renauld, bourgeois de Paris , qui a fait faire le vitrail repréfentant le jugement dernier , devant lequel il a defiré d’ètre inhumé; & enfin une dame Soufflet-Verd , qui a donné de plus une fomme de cent cinquante-cinq livres pour faire garnir de vitres peintes la rofe du grand portail, avec promelfe de payer le furplus , fi furplus y avait.
- 233. Entre les vingt-deux vitraux de ce charnier, celui delà porte du cimetierre eft d’un tems antérieur à fa conftrudion. ( b ) Parmi les vitraux iuivans on ne peut fe lalfer d’admirer celui qui repréfente la cruelle audace de Nabuchodonofor qui, voulant faire adorer par les Ifraélites la ftatue d’or qu’il s’était fait élever , irrité de la courageufe réfiftance des compagnons de Daniel, qu’il avait fait conduire captifs à Babylone, les fit jeter vivans, dans une fournaife ardente , d’où l’Ecriture-fainte nous apprend qu’ils fortirent filins & faufs. Les deux vitraux fuivans , dont l’un repréfente le défi du prophète Elie aux faux prophètes de Baal, l’autre les premiers miniftres de l’é-glife , les empereurs, les rois , tous les peuples de la terre adorant Jéfus-Chrift élevé en croix, figuré dans la partiefupérieure par le ferpentd’airain , font,
- (a) Il y en avait autrefois vingt-quatre, parés dans les vitraux de la chapelle de la y compris l’impofte de la porte du petit ci- Vierge.
- metierre ; mais les changemens occalionnés ( b ) Nous en avons parlé ailleurs, à l’ar-parragrandilfementdelafacriftieduchœur, ticle de Jean Coujïn. ont forcé d’en ôter deux qui ont été inçor-
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- comme le précédent, d’une beauté admirable. Ils paraiflent tous trois dignes de Defangives ou de Nicolas Pinaigrier , qui travaillaient dans le même tems à ceux du charnier de Paint Paul. O11 pourrait encore attribuer aux peintres qui ont travaillé avec moins de fuccès aux vitraux de ce charnier, ceux de celui de Paint Etienne, dans lefquels on remarque, comme à Paint Paul, des émaux bouillonnans qui Pe Pont écaillés par la Puite 5 par exemple, le vitrail qui repréPente l’hiftoire de Paint Denys , & celui où Pont repréPentés la multiplication des pains & des poiiPons, & la fra&ion du pain en préPence des pèlerins d’Emmaus. Ce dernier ne Pe voit pas Pous le charnier , mais dans la chapelle de la Painte Vierge, où il a été tranlporté.
- 234. Rien ne vient Pi bien à l’appui de la conje&ure qui me fait admettre Nicolas Pinaigrier au rang des peintres Pur verre qui ont travaillé aux vitres du charnier de Paint Etienne , que les Pujets repréPentés dans un autre vitrail quia auffî été tranPporté dans la même chapelle. J’ai obPervé ci-devant, (a) en donnant la dePcription de l’allégorie du prelPoir, peinte par Pinaigrier en if 20 pour PégliPe de Paint Hilaire de Chartres , que ce Pujet avait était copié par la Puite pour plufieurs égliPes de Paris. Or le vitrail de Paint Etienne , où il eft repréPenté , doit avoir été peint par les dePcendans de ce célébré artifte, qui, propriétaires des cartons originaux de cette allégorie , en auront fait l’objet de leur complaiPance & de leur application toutes les fois qu’ils auront eu occafion de répéter fur le verre ce morceau chéri de leur auteur. Et comme Sauvai nous apprend que les marchands de vin avaient adopté par choix ce Pujet pour en orner leurs chapelles de confrérie ou de dévotion , j’en augure que le vitrail de Paint Etienne, où l’on a peint cette allégorie, aura été donné pour l’ornement du charnier de cette égliPe par Jean le Juge, marchand de vin, un des plus grands amateurs de peinture Pur verre de fontems. Je crois être Pondé à le croire, par Une fabrication de la fabrique de cette paroilPe en 1610. On y lit que ce marguillier avait perfifté avec fermeté dans la réfolution qu’il avait prife de faire peindre à Pes frais la grande vitre qui eft dans la nef au - deffus de la chapelle fàinte Anne, malgré l’avis de Pa compagnie , qui avait arrêté en Pon abfence , qu’il Perait prié de convertir en valeur, pour être employés à la conflruclion du charnier, les deniers employés à cette varriéré hijloriée , qui itérait beaucoup de jour à cette partie de Céglife, déjà objcurcie par le voijinage de la tour du clocher.
- 23 f. On doit mettre au rang des plus beaux vitraux de ce charnier, celui du jugement dernier, également diftingué par le fini des figures & l’éclat du coloris. Mais la délicatefPe du travail, la beauté des émaux , leur induftrieux emploi & leur réuflite à la recuiffon, brillent fur-tout dans celui qui repré-
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- ((t ) Voyez l’article de Robert Pinaigrier.
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- fente la fin du monde. La variété des objets qu’il renferme, tels que l’obscurité que laiflent les aftres qui tombent du firmament, la confufion des élé> mens, la frayeur de tout ce qui a vie dans i’air, fur la terre & au fein des eaux , qui touche au moment de fa deftru&ion, hommes de tout fexe & de tous états, animaux, poiifons , oifeaux, bâtimens , monumens de toute ef-pece , fruits de la nature & de l’art prêts à rentrer dans le néant; cette furpre-nante variété, dis-je, y eft caradérifée avec une expreffion qui faifit le fpec-tateur d’effroi à la vue de ces fujets de terreur, & d’admiration pour le travail de i’artifte qui a fi bien peint & fi heureufement colorié fur le verre tant & de fi différons objets du plus menu détail. Tel eft encore , malgré fon défaut eflentiel de corredion dans le defiin & de pratique dans le coftume , le vitrail dans lequel le peintre s’eft occupé à rendre la parabole du banquet du pere de famille , rapportée par fàint Luc. Tous les détails en font furprenans& de la plus grande d.élicateffe. La falle du feftin, entr’autres , y paraît éclairée par des vitraux, dont les plus grands portent neuf pouces de haut fur un pouce & demi de large. On y diftingue finis confufion, des frifes ornées de fleurs au pourtour d’un fond de vitres blanches, dont la façon paraît le plus exade-ment conduite , & fert elle-même de cadre à des panneaux de verre hiftoriés & co’oriés dans la précifion de la miniature la plus délicate. Au-bas d’un des ces vitraux, diftribué en quatre panneaux de hauteur , dans lefquels fart du peintre, prefqu’incompréhenfible, repréfente la nativité , la réfurredion & l’afcenfion de Jéfus-Chrift, on reconnaît dans le dernier panneau les armoiries du préfident Viole, feigneur d’Andrefel, dont la veuve fit préfent de ce vitrail en 1618. Les fleurs dont le pavé de cette falle paraît jonché, font du coloris le plus naturel & le plus vif
- 236. Je ne puis omettre, en faifiint mention de ce vitrail, une anecdote qui n’eft pas indifférente à l’éloge du peintre qui la fait. Tous lesv vitraux de ce charnier furent réparés & remis en plomb neuf en 1734 par les ordres du marguillierlors en exercice, homme d’un grandfens & d’une vivacité encore plus grande. Il 11’omettait rien pour rendre à ce lieu refpedable , où le plus, grand nombre des fideles de cette grande paroiffe reçoit la communion au tems pafchal, toute la décence qui lui convient. Il veillait à toute heure fur les ouvriers & fur les travaux. Sa délicateffe & fa fagacité ne lailfaient rien échapper à fes remarques. Les vitres fur-tout, & l’application que demandait de la part de ceux qui y étaient employés le rétabiiffement de plufieurs parties d’entr’elles, par le rapport des pièces les mieux afforties qu’il fallait fournir à la place de celles qui étaient caffées, lui parurent mériter toute fon attention. Nous l’avions , mes freres & moi, continuellement fur les bras.. On venait de remettre en place les panneaux du vitrail du banquet : il arrive , il obferve & crie auffi-tôt à la négligence. Je m’y attendais prefque ; car ce qui pouvait oeca-
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- fionner fon mécontentement ne m’avait pas échappé : Ne font-ce pas là des vitres bien nettes b Que fait là cette mouche ? Elle y fait beaucoup , monfeur, en faveur du peintre, puifque la Jimple imitation de cette mouche a paru pouvoir vous autorifer à me taxer de négligence. Il 11’eii veut rien croire ; il s’emporte, il mouille , il elfuie, il gratte ; mais la mouche relie & reliera fans doute long-tems /pour en tromper d’autres qui s’appliqueraient à y regarder d’aulîi près.
- 237. Je ne m’attacherai point ici à donner la defcription de tous les autres vitraux de ce charnier. Les fujets qui y fontrepréfentés en plus grande partie font des figures de l’ancien Téîtament, accomplies dans le nouveau. Ils font indiqués au-bas par des infcriptions peintes fur verre dans un cartouche tant en profè latine & françaife qu’en vers français du ftyle des poètes du teins. Quoique tous ces vitraux ne foient pas de la même beauté, le plus grand nombre mérite l’admiration des connailfeurs, & pourra fervir un jour de modèle aux peintres fur verre. fi cet art reprend vigueur, fur-tout dans des partiês d’un détail aulfi menu & aulîi délicat que le demandaient, aitifi que je l’in-linuerai ailleurs, des fujets tirés de l’hiftoire fainte ou profane, ou de la fable , peints fur des carreaux de verre , pour orner des chapelles domeftiques ou voiler dans les appartemens des grands ces lieux qui ne demandent que le fecret. Enfin , au défaut d’une connaiflànce certaine des noms des peintres fur verre qui ont peint ces admirables vitres , fi nous conlidérons leur date , ce qu’elles ont d’excellent, ce qu’il y a de médiocre, la relfemblance dans la diftribution & les ornemens des cartouches qui renferment leurs infcriptions, tout femble devoir nous porter à les attribuer en grande partie à ces maîtres habiles qui ont peint celles du charnier de faint Paul. On peut les regarder les uns & les autres , toute proportion gardée, vu l’oubli prefque général de la peinture fur verre, comme ces feux qui, en expirant, jettent une plus brillante clarté & ne font jamais mieux appercevoir leur éclat que lorfqu’ils font prêts de s’éteindre. Ce qui eftbien digne de nos regrets, c’elt que ces belles vitres aient été & foient encore expofées aux plus grands dangers dans un lieu deftiné à faire les catéchifmes des enfans, & dans lequel elles fervent de clôture à un petit cimetierre où l’étourderie d’un folfoyeur, fouvent ivre , malgré les chafi fis de fil-d’archal qui fervent à les défendre , fait voler contre ces vitres pré-cieufes des terres & des cailloutages qui en ont endommagé plulieurs : inconvénient qui, pour être le même fous le charnier de faint Paul, paraît avoir été moins préjudiciable à celles qui le décorent, à caufe de la valle étehdue de fon cimetierre.
- 23 g. Tandis que les meilleurs peintres fur verre Français du commencement du dix-feptieme fiecle fe diftinguaient à Paris aux vitres de faint Merry , de laint Paul, & de faint Etienne, la Hollande pofledait d’habiles artifies en ce genre, que nous allons faire connaître fucceffiveinent fous les aulpicesde
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- M. Defcamps. Cet auteur ne dit qu’un mot de Bylert, peintre fur verre à Utrecht, qui donna les premières leçons de deflin à Jean Bylert fon fils. '-Celui-ci les mita profit, malgré une jeuneffe un peu bruyante & livrée aux plaifirs ; car il devint par la fuite un bon peintre d’hiftoire.
- 2^9. Both, peintre fur verre en la même ville, ne nous eft également connu que par fes deux fils Jean & André , qui toujours inféparabîement unis , palferent de l’école de leur pere à celle d’Abraham Bloëtnart, voyagèrent en France & en Italie à l’aide du produit de leurs ouvrages , & fe diftinguçrent par un beau fini dans tout ce qu’ils ont peint. 1.
- 240. Jean Verburg, Hollandais, peintre fur verre, donna les principes de defîm à Jean Van-Bronkhorft, né à Utrecht en 160$. Dès l’âge d’onze ans ce dernier avait été confié à ce maître, d’où il palfa fous deux autres, ruais médiocres. A dix-fept il quitta fa patrie , & travailla dix-huit mois à Arras , chez Pierre Matthieu qui avait la réputation de bien peindre fur verre. Il en partit pour Paris, où il demeura long-tems chez Charnu, habile dans ce genre, dont nous avons parlé. Peu content d’un talent qu’il n’avait exercé jufqu’alors que comme fubordonné à l’entreprife de fes différens maîtres qui l’employaient pour leur compte, il retourna à Utrecht, & y fit une étroite iiaifon avec Poëlemburg. L’habitude de voir peindre & graver ce maître, habile fur-tout dans l’art du clair-obfcur, le détermina à quitter la peinture fur verre, pour 11e s’appliquer qu’à la peinture à l’huile. Quelques ouvrages de peinture' fur verre , qui lui étaient commandés, & qu’il fallait finir, le détournèrent encore quelque tems de ce projet. Si-tôt qu’ils furent achevés*, il s’y livra par préférence. Poëlemburg était paffé en Angleterre, ainfi Van-Bronkhorft ne dut fon avancement dans la peinture à l’huile qu’à fon propre génie. On eft furpris quand on examine fes ouvrages, dans un genre fi différent de celui qu’il avait pratiqué , du progrès qu’il y fit fans maître. Ses tableaux font recherchés & fes vitres admirées ; fur-tout celles qu’il a peintes pour la nouvelle églife d’Amfterdam.
- 241. Bois - le-Duc donna le jour à un excellent peintre fur verre , Abraham Van-Diépenbeke. On ignore l’année de fa naiffance & le nom de les premiers maîtres dans le deflin & dans la peinture fur verre ; mais on fait qu’il s’y fit de bonne heure une telle réputation, que Rubens l’admit volontiers dans fon école. La force de fon génie le mit bientôt en état de compo-fer lui-même les fujets qu’on le chargeait de peindre fur verre. Ses compo-fitions étaient agréables ; il inventait avec génie , il exécutait avec feu. Mais fa grande facilité à compofer & à defliner, la grande quantité d’ouvrages dont il était furchargé , ne lui donnaient pas le loifir de les finir avec tout le foin dont il eût été capable , s’il eût travaillé moins à la hâte. Notre jeune artilfe , encouragé par fes fuccès, quitta la Flandres pour parcourir l’Italie,
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- où il fut fort employé à deflmer. A fou retour de Rome, il revint à Anvers. Sa grande vivacité & la grande promptitude n’étaient pas des difpofitions bien propres à lui faire fupporter patiemment les inconvéniens attachés à la peinture fur verre. Les accidens de la recuiffon , dans laquelle la trop grande aétivité d’un feu trop hâté détruit fouvent les plus beaux ouvrages en changeant les couleurs, le rebutèrent; & fa fupériorité fur les peintres vitriers de Ion terns ne l’empêcha pas de quitter ce genre de peinture , pour s’appliquer uniquement à la peinture à l’huile. Il rentra à cet effet à l’école de Rubens,, où , fous cet inimitable colorifte, il fit de grands progrès dans cette partie de la,peinture. 11 donnait à fes ouvrages une force foutenue d’une belle entente du clair-obfcur , partie la plus diftinguée de la peinture fur verre. On voit der lui plufieurs vitres à Anvers, à Bruxelles & à Lille : M. Defcamps, qui en rend un compte exad dans fon Voyage pittorefque, en a trouvé la compo-litionfine, fpirituelle, & le deilin ferme & corred.
- 242. Diépenbeke a peint à Anvers les vitres d’une des deux croifées de la cathédrale , dédiée à la fainte Vierge. Dans le haut font repréfentées les œuvres de miféricorde ; au bas font les portraits des adminiftrateurs des pauvres en exercice en 163 f. Quelques tètes font auffi belles que fi elles, étaient de Van-Dick. On conferve à la falle du Saint-Efprit, dans une boite de fer - blanc, le deflin de cette croifée. Les vitres de l’autre croifée font de la main de Jacques de Vriendt, dont nous avons parlé ailleurs. Il a encore peint dans cette ville les belles vitres de la croifée de la chapelle de la fainte Vierge dans 1 eglife paroilfiale de faint Jacques ; les dix vitraux du chœur des: Jacobins, où plufieurs événemens de la vie de faint Paul font bien peints: & bien defiinés ; enfin les vitres du cloître des Minimes, où l’on voit avec: plaifir quarante fujets fur la vie de faint François de Paule. Ce font des petits tableaux tranfparens ; la couleur a l’air d’un lavis , mais dégradée de* façon que l’on y apperçoit les teintes locales , & des malfies qui forment des effets, fans la marqueterie des couleurs éclatantes entières & prefque opa-r ques. On voit à Bruxelles avec la même fatisfadion les vitres de quatrd croifées de leglife collégiale de fainte Gudule. Sur la premièrecet habile: peintre a représenté la préfentation au temple , & l’empereur Ferdinand ; fur im< des côtés de la fécondé, le mariage de la Vierge, & fur l’autre côté l’empereur Léopold; fur la troifieme l’annoi-iciation , & au-bas l’archiduc Albert & l’infante Ifabelle ; fur la quatrième, la vifitation, & an-bas l’archiduc Léo-pold. Enfin Diépenbeke a peint à Lille toutes les vitres du cloître des Minimes. Le ton eft à peu près comme des defiins lavés. Il y a plus d’harmonie: que dans ce que le vulgaire admire dans les vitrages, où le beau rouge,, le jaune & le bleu ne font qu’autant de taches, ou des pièces- de marqueterie, feus intelligence & fans effet. C’elt dommage que celles-ci commen-
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- cent à s’effacer. Il fut nommé en 164T directeur de l’académie d’Anvers, une des plus anciennes de l’Europe. Il mourut dans cette ville en r67)".
- 243. L’Allemagne poffédait dans le même tems Spilberg, affez bon peintre fur verre & à l’huile pour avoir été fuccellivement penfionné par les ducs de Gulic & de Wolfgand. Il donna les premières leçons du defîin à Jean Spilberg fon fils , né à Duffeldorph en 1619 , qui, après voir fini fes études , s’adonna tout entier à un art de famille, pour lequel il femblait né , car il avait un oncle peintre du roid’Efpagne. Mais, quoique le pere pratiquât la peinture fur verre, il paraît que le fils ne s’attacha qu’à la peinture à l’huile, dans laquelle il excella pour Thiftoire & pour le portrait, d’où il devint premier peintre de trois électeurs.
- 244. On 11e fait lequel des deuxtalens , delà peinture à l’huile , ou de la peinture fur verre , acquirent une plus haute réputation à Betrand Fouchier „ peintre Hollandais, né à Berg-op-zoom le 10 février 1609. Il témoigna fort jeune du goût pour la peinture. Son application aux leçons d’Antoine Van-Dyck, à l’école duquel fon pere lavait fait paffer, le rendit en peu de tems capable de bien faire un portrait. Le peu de loifir que les grandes occupations deVan-Dyck lui lailfaient pour veiller fur feséleves, déterminèrent Fouchier à quitter Anvers pour paffer à Utrecht. Il y demeura deux ans chez Jean Billaert, le même fans doute dont nous avons parlé ci - devant fous le nom de Jean Bylert, qui jouiffait de la réputation de bon peintre d’hiftoire. Ces deux années expirées, il retourna chez fon pere pour y exercer fon talent. L’envie de voyager ne lui permet pas de s’y fixer : il part pour Rome. A peine y eft-il arrivé, qu’il s’y fait difiringuer par fon affiduité à étudier les ouvrages des grands maîtres , & à imiter fur - tout ceux du Tintoret. Urbain VIII, fouverain pontife, protecteur des arts 8c des artiftes, femblait déjà lui préparer une grande fortune , lorfqu’une querelle d’un de fes amis, dans laquelle il prit malheureufement parti, l’oblige de quitter Rome avec lui. Tous deux furent à Florence, de là à Paris, & de Paris à Anvers , où ils fe quittèrent. L’un s’en retourna au fort de "Wick près Utrecht, & Fouchier à Berg-op-zoom fa patrie , où il travailla de peinture à l’huile & fur le verre. Il mourut en 1674, & y fut enterré dans la principale églife.
- 24f. Deux ans auparavant, la Hollande avait perdu un fort habile peintre fur verre, nommé Pierre JanfTens , né à Amfterdam en 1612/& placé par fes parens chez Jean Van-Bockorft, autre peintre fur verre< il fuivit la maniéré de fon maître. On voit de lui dans les Pays - Bas plufïeurs vitres qui ne font pas fans mérite. Ses deffins font d’un affez bon goût,
- 246. Le peu que M. Defcamps nous raconte de la célébrité de Gérard Dow dans la peinture fur verre, en venant à l’appui de ce que nous avons
- dit
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- dit du choix fpécial que les Hollandais fur-tout faifaientdes écoles des peintres fur verre pour former la jeunelfe dans le dellin, doit être confédéré comme une leçon raccourcie, mais énergique, fur les qualités plus particuliérement propres à quiconque veut s’avancer dans cet art. En effet, on remarque dans Gérard Douw affez d’intelligence dans l’art de graver; une connailfance bien entendue & fou tenue du clair-obfcur, c’eft-à-dire, de l’effet des ombres & des reflets; une patience infinie, une propreté exquife, & cette grande délicatelfe de pinceau que demande le beau fini : qualités effentielles à un bon peintre fur verre. Gérard Douw naquit à Leyden le 7 avril 1613 ; fon pere, nommé Douw-Janfzoon , était vitrier , originaire de Frife ; il s’apperçut de l’inclination de fon fils pour la peinture, 8c le plaça en 1622, chez Bartholomé Dolendo, graveur, pour y apprendre le défini: fix mois après il le fit entrer chez Pierre Kouvrhoorn, peintre fur verre. En peu de tems le jeune Dounv furpalfa de beaucoup fes camarades ; fon pere enfuite le retira auprès de lui, & le fit travailler fous fes yeux. Satisfait au-delà de fon efpérance du gain que fon fils lui rapportait, il ne voulut plus l’expofer aux croifées élevées des églifes, & le plaça à l’âge de quinze ans chez Rembrand. Trois années d’étude dans cette école lui fuffirent pour n’avoir plus befoin d’étudier que la nature ; il mit en pratique les leçons de Rembrand avec une affiduité fans égale, & devint un grand peintre à l’huile ; il préparait lui-mème tout ce qui lui était néceffaire ; il broyait fes couleurs, & faifait fes pinceaux : fa palette, fes pinceaux, fes couleurs étaient exactement enfermés dans une boite, pour les préferver, autant qu’il était pof. fible, contre la poufîiere ; il tenait les croifées de fon attelier fermées au point que l’air pouvait à peine y palfer ; lorfqu’il y entrait, c’était très-doucement ; il fe plaçait de même fur fà chaife; & après être relié pendant quelque tems immobile jufqu’à ce que le moindre atonie de duvet fût tombé, il ouvrait fa boite, en tirait avec le moins de mouvement qu’il pouvait, fa palette, fes pinceaux 8c fes couleurs, & fe mettait à l’ouvrage. Quelle gène! quel efclavage ! s’écrie ici M. Defcamps. Mais quelle gloire 11e fuit pas ces attentions li minutieufes, ( & fi elfentielles pour le fini de la peinture fur verre ) quand 011 en tire le parti que ce peintre délicieux en a tiré ! L’af-fiduité de Gérard Douw à fon travail, & le prix qu’il vendait fes ouvrages, lui procurèrent de bonne heure une fortune confidérable : dès l’âge de trente-trois ans, il eut befoin de lunettes. Je puis ajouter ici que l’application qu’il apporta à la peinture fur verre depuis l’âge de neuf ans confécutivement jufqu’à quinze, auxquels il palfa chez Rembrand, & les fujets en petit qu’il peignit depuis à l’huile , ne contribuèrent pas peu à lui affaiblir la vue. Il mourut à Leyden , on ne fait en quelle année ; on fait feulement qu’il vivait encore en 1662, lorfque Cornille de Bie écrivait fa vie $ & qu’il eft mort fort âgé. Tome XIJJ. T
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- Scs hiftoriens , au furplus, ne nous apprennent rien de l’emplacement de Tes plus beaux ouvrages de peinture fur verre.
- 247. On admirait alors à Delft Abraham Toornevliet, habile peintre fur verre & le meilleur deflinateur du pays. Mieris , peintre Flamand, qui s’im-mortalifa par fa maniéré de peindre, & furpalfa par unbeau fini ceux même qui ont eu la noble & pénible ambition de bien terminer leurs ouvrages , fut imbu par Toornevliet des premiers élémens du defini : fous un tel infti-tuteur, les premiers eifais de Mieris furent regardés comme des coups de maître; & Gérard Douw, à l’école duquel il paifa , ne craignit pas de l’ap-peller le prince de fes éleves.
- 248. Pierre Tâcheron , peintre fur verre , Français, fe diftinguait à SoiiTons à peu près dans le même tems. C’eft à lui que la compagnie de Parquebufe de cette ville doit la célébrité des vitres de fa fal'le d’affemblée : elles ont toujours piqué la curiofité des voyageurs les plus dillingués par leur rang comme par leurs connailfances. Voici la copie d’un mémoire fur ces vitres, qui nous a été adrelfé par un citoyen de cette ville. La falle de Parquebufe de SoiiTons eft éclairée par dix vitraux, dont les fix plus grands portent environ dix pieds de haut fur trois de large ; ces vitraux font remplis de panneaux de vitres peintes, repréfentans plufieurs fujets tirés des métamorphofes d’Ovide , peints en 1622 par Pierre Tâcheron, maître vitrier , peintre fur verre de cette ville : elles font d’une corredion de defiin & d’un coloris admirables. Autour de ces vitraux hiftoriés régné une frife ornée dejeurs d’une très-belle exécution. Louis le Grand, en paifant par SoiiTons en 1663 pour fe rendre en Flandres, informé de la beauté de ces vitres peintes, voulut les voir : il fe fit accompagner à Parquebufe par M. Pintendant. Sa majefté, après avoir paifé Pefpace d’une heure à en parcourir toutes les beautés, demanda quatre de ces panneaux pour les faire placer dans Ton cabinet : la compagnie lui offrit la totalité : le roi remit à lui faire connaître fa déeifion à fan retour de Flandres , & n’y penfa plus. On attribue à ce même peintre les excellentes vitres peintes en grifaille que l’on admire fous le cloître des Minimes de cette même ville. Soldons compte encore au rang; de fes peintres fur verre Charles Minouflet, qui, entr’autres bons ouvrages de fon art, a peint les vitres de la rofe de Pabbaye Paint Nicaife à Rlieims , dans le courant de ce fiecle.
- 249» Sauval met au rang des bons peintres fur verre de Paris, du même fiecle ,un nommé Perrin, qui exécuta, d’après les cartons de le Sueur, de très-belles grifailles, en l’églife de laint Gervais pour la chapelle de M. le Roux, à prélent à MM. le Camus. Il dit qu’elles ont été très - eftimées de fon tems pour la corredion du defiîn & le naturel des différentes attitudes des figures : le peu qu’on en a confervé efi: très-mutilé j & a été reporté dans la chapelle.de
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- la communion. Perrin pourrak bien avoir peint les armoiries & les chiffres du cardinal de Richelieu, prodiguées fur toutes les vitres de l’églife & des bâtimens de la Sorbonne, conftruits par ordre de ce grand miniftre, qui y a fon fuperbe maufolée dû au cifeau de Girardon.
- 250. On vit à peu près dans le même tems en Hollande un de ces hommes dont on peut dire que c’eft un problème de favoir fi le mérite propre de l’artifle a plus illuftré fon art, ou fi l’art a plus contribué à la gloire de l’artifle. Il naquit à Gorcum vers l’année 1627, & fe nommait Jacques Fander-Ulft. Entre les qualités qui fervireftt à le rendre eftimable , fon application aux fciences 8c fur-tout à celle de la chymie, ne tint pas le dernier rang : c’efl & l’étude particulière qu’il en fit, qu’il dut la vivacité des couleurs qu’il employa dans fes vitres peintes ; en quoi elles approchent beaucoup de celles des freres Crabeth de Gouda. On voit de Valider-Ulft de fort belles vitres dans la ville de Gorcum, & dans le pays de Gueldres. Il 11e s’en tint pas à ce genre de peinture : il excella pareillement dans la peinture à l’huile , & mérita d’être regardé comme un des plus habiles peintres Hollandais. Plus copifte qu’inventeur, il fut, en copiant ,fe rendre original 3 fes figures étaient d’un bon goût de defiin & d’un bon coloris : l’efprit que leur donnait une touche fine & légère, l’avantage qu’il tirait de l’entente du clair-obfcur pour fes grouppes , ca raclé ri fai e nt finguliérement fes ouvrages ; mais ce qui le rendit encore plus recommandable & plus utile à fa patrie, ce fut la beauté de fon efprft, & la douceur de fes mœurs 3 elles lui méritèrent les vœux unanimes qui l’éle-verent à la place de bourg - meltre : le tems qu’il donna avec tant de capacité & d’intelligence au traitement des affaires publiques , ne l’empêchait point d’en trouver encore, qu’il confacrait à la peinture. Excellent peintre , juge intégré, ce font les titres que la poftérité lui accorde. L’année de fa mort eft reliée inconnue.
- 2fi. Holsteyn peignait alors à Harlem ,à gouache & fur le verre. Nous' ne le connaiffons qu’à l’occafion de Cornille Hollteynfon fils, né dans cette1 ville en i£f3- Celui-ci devint un bon peintre d’hiftoire, fans que l’on fâche de qui il fut éleve : on croit qu’il avait reçu de fon pere ies premiers élémens du defiin.
- 25"2. Notre livret des magnifiques vitrages de l’églife de faint Jean à Gouda,' & M. Defcamps , parlent d’un Tomberg ou Tomberge, peintre fur' verre de cette ville, qui fut chargé, a-u»milieu decefiecle, de la reftauration de quelques vitres peintes de cette églife.' M. Defcamps nomme ce peintre Wilhelm Tomberge ; il nous apprend , tome I, page 126, & tome II ^ page 9, qu’il travailla fept ans chez Wefterhout ( fans doute peintre fur verte ) d’U-* trecktj que de là il fut à Bois-le-Duc chez Van-Dyck pere, qui y pratiquait5 cet art avec fuccès 3 que néanmoins il fut toujours peintre médiocre fur Verre : '
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- il ajoute que les belles vitres desfreres Crabeth ayant été prefque détruites par un orage qu’il place en 15-74 , ce Tomberge , mort 104 ans après, eut ordre dans la fuite de les réparer. On reconnaît, dit-il, à leur médiocrité fes ouvrages & fes couleurs parmi les beautés qui relient de nos deux peintres. Il mourut en 1678. L’éditeur de notre livret appelle ce peintre David , & ailleurs Daniel Tomberge j il dit qu’il fut chargé , en 16f 5 , de rétablir une vitre donnée en 1 y y 9 par l’abbé de Berne, & peinte par Dirck Van-Zyl, laquelle avait été endommagée par un orage dont il ne donne pas la date : mais il rapporte l’époque du rétablilfement de oette vitre dans un diiliqueque nous avons inféré à l’article de Van-Zyl. Il ajoute que deux ans après, Tom-berg reçut ordre des confeillers de la ville de Gouda de peindre leurs armoiries dans une vitre qu’ils avaient projeté d’agrandir : vitre donnée en 1 $76 par Guillaume , prince d’Orange, & peinte par Dirck Crabeth. Or, félon M. Def-camps, ce font les vitres peintes par les Crabeth , qui furent prefque détruites par un orage, & rétablies par Tomberge : le livret de fon côté n’en reconnaît qu’une qui ait été endommagée, fàvoir, celle de Dirck Van - Zyl, & ne fait mention d’aucun autre dommage fouffert par les vitres de Gouda. Ainii c’ell ici une difcuffion de faits que je renvoie aux citoyens de cette ville , mais ce qui fait le plus à la matière que j’ai embraifée , c’eft que la peinture fur verre foit aifez déchue en moins d’un fiecle dans les Provinces - Unies * ou cet art s’était accrédité avec autant & plus de célébrité qu’en aucun autre état de l’Europe, pour qu’au moment où Tomberge fut requis pour réparer ou augmenter les vitres peintes de Gouda , ce peintre fur verre ait pu avancer que depuis la mort des frerts Crabeth le fecret de la peinture fur verre était perdu. Regardons plutôt ce dire de Tomberge comme un ade de modeflie r lorfqu’il fe vit chargé d’ajouter à la vitre peinte par Dirck Crabeth les armoiries de vingt-huit confeillers de Gouda : il pouvait bien fentir & annoncer l’inégalité qui fe rencontrerait entre la grande & belle maniéré & le coloris, des freres Crabeth dans une même vitre peinte en partie par un Crabeth, & augmentée en l’autre partie par un peintre dont le talent était aifez connu pour mériter d’y faire une addition, mais qui fe faifait un mérite d’avouer fon infériorité à celui qui l’avait commencée.
- 243. Qu’il me foit permis de repréfenter à M. Defeamps, fur fon obfer-vation à i’occafion ,de ce dire de Tomberge , que beaucoup de perfonnes confondent aifez ordinairement.fart de peindre fur verre avec celui de le colorer. L’Allemagne & l’Angleterre nous fourniilent à la vérité des tables; ou feuilles , & des vafes de verre coloré : je ne fais ii l’Allemagne a eonfervé des peintres fur verre, comme Part de faire du verre de toutes fortes, de-couleurs \ mais je fuis en état d’aifurer d’après cet ouvrage anglais, dont j’ai promis quelques extraits tranduits en français, qu’en j758 % lorfque ce livret
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- parut, fi lës Anglais connaiflaient l’art de colorer des tables de verre, ils n’avaient' pas ou très-peu de peintres qui fulTent le colorier, c’eft-à-dire, en faire des tableaux tran-fparens par le fecours de la recuiflon , qu’ils pourront cependant porter un jour plus loin que nous, (a)
- 2f 4. La ville de Rouen pofledait pour lors un alfez bon peintre fur verre, qui comptait au rang de fes aïeux les plus reculés, des peintres de cet art: il y naquit en 1640 de Guillaume le Vieil & de Marie Marye. Celui dont nous parlons;, nommé aufli Guillaume, donna dans plufieurs endroits de Normandie" des preuves de fes talens. Entre fes différens ouvrages on voyait encore avant la démolition & le tranfport de l’hôtel-Dieu de Rouen, dont l’églife était dédiée fous l’invocation de la Madeleine, un vitrail qui fervait d’impofte à la porte de l’efcalier qui conduifait aux Dalles des malades. Il y avait peint la figure de cette fainte de grandeur naturelle, mais à demi couchée , qui n’était pas fans mérite. Son génie entreprenant le porta en i68î à fe*'rendre adjudicataire des vitres de l’églife cathédrale de fainte Croix d’Orléans. Il y avait des vitres à peindre pour les rofes de la croifée, & des vitres peintes & blanches à fournir pour la nef de cette églife. Cette entreprife diR pendieufe l’obligea de fe féparer de fa famille. Il s’était marié en 1664 avec Catherine Jouvenet, d’une famille originaire d’Italie , & établie dans la capitale de Normandie , où depuis long-tems elle profeffait l’art de peindre (b). Il partit pour Orléans avec le troifieme de fes fils , qu’il initiait déjà dans la peinture fur verre , & laifla à fon époufe la conduite de fes intérêts de Rouen j mais le peu de fecours qu’elle avait de fes enfans , dont l’ainé achevait fes études, & le cadet avait à peine quatorze ans , fit qu’elle ne put les conduire avec toute la capacité pofiible, fur-tout ayant été élevée dans un commerce différent qu’elle avait jufqu’alors foutenu avec fuccès. Rappellé à Rouen par les fol licitations de fon époufe, il fe preffa de finir fou entreprife d’Orléans ; mais la mort la lui ayant enlevée en 1695 , prefqu’aufibtôt qu’il fe fut rapproché d’elle, il difpofa deux ans après en faveur de fon cadet, de fès travaux de Rouen , & ne s’occupa plus que de quelques ouvrages de peintùre fur verre avec fon troifieme fils, le feul qui ait pratiqué cet art , & dont nous parle-
- (a) Voyez au chapitre VI delà fécondé principales parties de la peinture, & Fran-partie une note où je parle de deux peintres cois, peintre de l’académie , habile dans le fur verre actuels de cette nation. portrait. Elle avait pour frere un autre Jean
- ( b) Catherine Jouvenet , petite-fille de Jouvenet, peintre à Rouen, auquel il n’a Noël Jouvenet, dont le Pouffin fut éleve , manqué que la qualité d’inventeur. Enfin, était fille de Jean / peintre à Rouen. Elle elle était tante à la mode de Bretagne de avait pour oncles Laurent, pere de Jean feu M. Reftout,mortreéteurde l’académie Jouvenet, l’un de nos plus grands peintres- royale de peinture & fculpture , à caufe de Français qui ait réuni dans la pratique les .Madeleine Jouvenet fa mere.
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- rons dans la fuite. Après de libelles entreprifes, il mourut néanmoins peu fortuné'vers la fin.de 1708 ; mais il eut la conlolation avant de mourir, de voir l’ainé de/es fils parvenu à la prêtrife dès Tan 1697 ; le cadet établi à Rouen i le troifieme déjà chargé à Paris d’entreprifes de peinture fur verre ; & le quatrième à la veille d’y former un bon établilfement.
- Dans le même tems vivait un artifte que M. Defcamps affurev avoir été fans contredit un des plus précieux peintres de Hollande, né-à Bommel en 1648. Guérard Hoët, peintre fur verre & à l’huile, reçut dès fon enfance les premières leçons du deffin, de fon pere , qui peignait fur le verre. Le goût & les difpofitions de Guérard engagèrent Hoët pere à le mettre, à l’âge de feize ans , auprès de Warnard Van-Ryfen, qui, fort à propos pour lui, vint alors s’établir dans cette ville : il ne put cependant relier qu’un an fous cet habile maître. La perte qu’il fit de fon pere, la tendrelfe qu’il avait pour fa mere,’ le rappellerent auprès d’elle* Le pere avait des entreprifes de peinture fur verre déjà commencées, il crut devoir les finir de concert avec fon frere, aufiî peintre fur verre préférer à fon propre avancement les fervices qu’il rendait à une famille qui n’avait pas d’autres relfources. Il n’abandonna pas pour cela fon goût décidé pour la peinture à l’huile ; depuis qu’il eut quitté Ryfen , jufqu’en 1672 , qu’il Te réfugia à la Haye pour éviter les calamités de la guerre, il s’appliqua également à ces deux maniérés de peindre , fi différentes entr’elles : la nature lui tint lieu de maître , & le goût de préceptes.
- 2 <{6. C’était avec la France que la Hollande était en guerre : un officier général du royaume, M. Salis, lors en quartier à Bommel , vit & acheta tous les ouvrages de Guérard Hoët. Celui-ci alla quelque tems après le joindre à Reez, dans le duché de Cleves , en fut reçu comme Tell un grand peintre par un amateur de peinture, & trouva chez lui trois autres peintres, dont il fut fort confidéré. Demandé en France, il y relia une année fans grande vogue, & même s’y vit réduit à graver des payfages de Francifque Millé. De retour dans fa patrie , il alla à Utrecht, où il était connu, & s’y fixa en fe mariant. Toujours occupé de fon art, il y ouvrit une école de defiîn fur le produit de fes ouvrages i voyant diminuer en cette ville le nombre des acheteurs, & lâchant qu’à la Haye fes produ&ions étaient moins communes , il y alla en 1714, & y fut fort employé. Quoique déjà avancé en âge,r il avait la touche la plus fine & le génie de la jeuneffe. Parvenu à une grande' vieilleffe, épuifé par fes travaux, après un an de faibleffe qui ne paifa pas jufqu’à fon efprit, mais qui le retint dans fa chambre , il rendit les der-’ niers foupirs dans cette ville, le 2 décembre 17^3 , entre les bras d’un fils & d’une fille, héritiers de la tendrelfe que leur pere avait toujours eue pour eux. Ses tableaux de grande exécution dans les églifes des Pays-Bas, les
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- plafonds nies, hôtels qu’il .peignit en Hollande, feront toujours des preuves du feu de fon génie, de la vivacité de Ion imagination, de la profondeur de fon érudition, dans les ufages & coutumes des anciens , qu’il avait beaucoup étudiés , de la belle harmonie de fon coloris, & de fon intelligence parfaite dans l’art de l’oppofition des lumières & des ombres, qui conftitue le grand peintre ; comme le beau terminé de fes tableaux de chevalet annonce le peintre précieux., (.
- 42î7- LE^peres Récollets avaient, à la fin du dix-feptieme fiecle, deux freres de leur ordre peintres fur verre, que le hafard m’a fait connaître ; il m’était tombé entre les mains, comme j’avais fait une bonne partie de ce traité, un manufcric intitulé : l'Art & la manière de peindre fur le verre, tant pour faire les couleurs que pour les coucher ; avec le defjïn du fourneau & la maniéré de faire pénétrer les couleurs ; le tout tiré des vénérables F, F. Maurice & Antoine, religieux Récollets , très - habiles peintres fur verre : à Paris , fans date d’année. Charmé de cette découverte, je m’adrelfai au R. P. Protais, définiteur, pour avoir quelques lumières fur ces deux freres: voici ce qu’il m’en apprend d’après le nécrologe hiftorique & chronologique de fon ordre. Article de Verdun : frere Antoine Goblet, lay , natif de Dînant, prof es en 1687 , mort le 18 avril Y~2.\ , dgé de 5^5 ans, & 3 f de religion, avait le talent de peindre fur le verre. Article de Nevers : frere Maurice Maget, lay , natif de Paris , prof es en 1681? mort à N evers le 17 décembre 1709 , âgé de 49 ans , & 29 de religion ; fans rien de plus. Ces deux religieux étant contemporains , le frere Maurice a pu-travailler avec frere Antoine : il exifte encore aux Récollets à Verfailles, un frere Juvenal, qui a connu le frere Antoine, & a vu plusieurs de.fes ouvrages, entr’autres fon portrait peint fur verre par lui-même & très - reifemblant. Nous ferons ufage dans notre fécondé partie, du ma-nuferit de nus Récollets, qui nous apprend que de leur teins vivait un peintre vitrier , nommé Bernier, fans nous rien dire de fa capacité.
- . 258. Nous ne favons rien fur le lieu de la nahfance de le Clerc,ni finies maîtres fous lefquels ce peintre fur verre s’avança dans cet art ; je 11’eit rapporterai donc ici que ce que j’en ai fouvent entendu dire à mon pere. Le Clerc fut, fuivant cette tradition , chargé de l’entreprife des peintures des grands vitraux du chœur de l’églife neuve de la paroilfe de faint Sul-plice à Paris, & de quelques panneaux hiftoriés du.même genre dans quelques-unes des chapelles qui l’entourent. 5I1 parait avoir montré plus d’art dans ces panneaux que .dans les figures de grande étendue des vitraux du chœur ; il y a tout lieu de croire qu’il fut auflî. chargé des peintures fur verre de la chapelle du college Mazarin, vulgairement dit des Quatre-Na-tiôns, dont l’établilfement eft une fuite des difpofitions teftamentaires du cardinal miniftre de ce nom. Le Clerc a lailfé un éleve en la perfonne de
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- fou fils, aux talens duquel j’ai Touvent entendu mon pere donner fon fuf- ' frage : ce fils ne pouvant élever un*fourneau de reçuilfon dans Paris, parce ‘ que fon pere ne lui avait donné aucune qualité] prit le parti de fe rendre le protégé de Michel Dor, maître vitrier, à la charge d’enfeigner fon art au (leur Dor fils , dont nous parlerons dans la fuite.
- Benoit Michu foutenait alors dans Paris la réputation d’habile peintre fur verre, par le travail le plus aflidu : je n’ai pu découvrir le lieu ni le tems de fa nailfance ; on croit néanmoins qu’il était Parifien, fils & éleve d’un peintre fur verre Flamand : ce que j’en fais de plus certain, c’ell qu’il fut reçu en 1677 maître vitrier peintre fur verre à Paris,'& qu’il eft mort vers l’an 1750, dans un âge fort avancé. Quoiqu’il tînt boutique ouverte de vitrerie, il s’adonna par préférence à la peinture fur verre. On remarque dans tous fes ouvrages un grand fini & beaucoup d’intelligence du clair-obfcur 5 on ne faurait dire dans quel genre il a mieux réulïi , de la figure ou de l’ornement : les frifes, les tableaux & les armoiries peintes fur verre, que nous avons de lui fous le cloître des Feuillans de la rue Saint-Honoré , font un monument public de fon habileté, qui, tant que ce cloître fubliftera, méritera les regards des curieux & i’eftime des connailfeurs. Ce cloître qui forme un quarré-long , eft éclairé par quarante vitraux ceintrés , d’une très-belle forme j favoir, onze au midi, autant au feptentrion, neuf au levant & neuf autres au couchant j ils font remplis chacun de douze panneaux de verre à quatre de haut & trois de large, bordés de frifes peintes fur verre, & ornés, à la troifieme rangée, dans le milieu, d’un panneau hiftorié, & dans les panneaux à côté, des armoiries des donateurs. On voit par Les chronogrammes des plus anciennes frifes & par le goût de travail des peintres fur verre qui ont fait les premiers vitraux, que cet ouvrage a été commencé dès 1624 & continué jufqu’en 1628 : il ne fut repris qu’en 1701, & achevé qu’en 1709. Les acftes les plus mémorables de la vie du bienheureux Jean de la Barrière, abbé des Feuillans, ordre de Cîteaux, qui, ayant mis la réforme dans fon abbaye , fut inftituteur de la congrégation de Notre-Dame des Feuillans, font le lujet des panneaux hiftoriés.
- 260. Nous ne connaiifons point les noms de ceux qui les ont commencés. Michu, & P. A. Sempi, peintre fur verre Flamand, les continuèrent en 1701 , d’après les delîins de Matthieu Elias, Flamand d’origine, éleve du Corbéeii, grand payfagifte & peintre d’hiftoire , né à Dunkerque. Eiias, le meilleur de fes éleves , avait été par lui envoyé à Paris dès l’âge de vingt ans : il s’y était marié , & y avait acquis une aifez grande réputation.
- 261. Des dix-neuf vitraux qui reliaient à remplir, Michu peignit les tableaux de onze, & les frifes & armoiries de neuf. Le relie fut confié à Sempi. Ceux des panneaux hiftoriés qui font faits par Michu, l’emportent
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- beaucoup fur ceux de Sempi par l’intelligence du clair-obfcur , le chaud du coloris , la bonté & 1» tranfparence des émaux & leur concert de fufion à la recuilfon. Rien n’eft plus délicatement traité & fi heureufement colorié que les frites & tes armoiries de Michu. Michu fut aufii employé aux vitraux de la chapelle de Verfailles & à ceux de I’églife de l’hôtel royal des Invalides, concurremment avec Sempi & Guillaume le Vieil , comme nous le verrons à l’article de celui-ci. Il peignit aufii en 1726 les armoiries de mon-feigneur le cardinal deNoailles, qui furent placées au milieu de la grande rote reconftruite aux frais de ce prélat, du côté de l’archevêché, dans l’é-glife de Paris, dont il était archevêque ; & le Chrift en croix du chapitre fous le cloître de l’abbaye de fainte Genevieve-du-Mont. Outre une très-grande quantité d’autres vitres peintes qui firent l’occupation d’une vie longue & laborieufe, on ne peut regarder fans une vraie fatisfa&ion un vitrail fur-monté d’une gloire & entouré d’une frite de bon goût, dans laquelle font peints les portraits & les alliances des familles de MM. Boucher & le Juge, en la chapelle fainte Anne de I’églife de S. Etienne- du - Mont. Michu a formé un éleve en la perfonne d’un de tes neveux, dont nous parlerons dans la fuite.
- 262. Guillaume le Vieil, contemporain de Michu, naquit à Rouen d’un peintre fur verre , dont nous avons parlé dans le cours de ce chapitre. Il reçut de Jean Jouvenet,fon aïeul maternel, oncle du fameux peintre de ce nom, les premières leçons du deflin , & de fon pere les premiers enfeigne-mens de la peinture fur verre. L’entreprife des vitres peintes de fainte Croix d’Orléans devint pour le jeune 1e Vieil, qui y accompagna fon pere à l’âge de dix à onze ans, une occafion d’avancer de plus en plus dans la pratique de cet art. De retour à Rouen avec lui, il s’occupa fous fes yeux , julques vers l’an 1691) , à la peinture fur verre , & à fe perfectionner dans 1e defiin fous le crayon d’un autre Jean Jouvenet, fon oncle maternel (a). Il avait pendant cet intervalle lié connailfance avec un frere convers de l’abbaye de faipt Ouen de Rouen, qui y travaillait de peinture fur verre pour les maifons de fa congrégation, & que tes fupérieurs envoyaient à Paris . pour y peindre les frites des vitres de I’églife des Blancs - Manteaux, qui venait d’être achevée. Ce bon religieux, à l’inftance du jeune artifte, obtint de fon pere la
- (æ) Ii n’a manqué à celui-ci que le Paris avait peint pour ceux de Sotteville. mérite de l’invention. On eftime beaucoup Cet habile peintre étant venu quelques an-d’excellentes copies qu’il a faites de plu- < nées après à Rouen, y fut trompé lui-même; làeurs tableaux des grands maîtres pour plu- il prit la copie pour l’original, qu’il crut fleurs abbayes & églifes de la province de que les Capucins de cette ville avaient en-Normandie. Les Capucins dé) Rouen le char- gagé leurs confrères à leur céder. Ce feul gerent de leur en faire une du tableau de trait fait l’eloge de Jouvenet de Rouen, la mort de faint François, que Jouvenet de Tome XIII.
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- permiflîon de l’emmener à Paris, pour l’aider à cet ouvrage. Comme il coiî-iiailfait la fupériorité des talens de le Vieil fur les fiens propres, il lui fit confier pour fon coup d’elfaidans cette ville la peinture du Chrift en croix, qui eft dans le haut vitrail du fan&uaire de cette églife. Le bon exemple excita en lui quelques mouvemens de ferveur , qui dans un jeune homme de dix-neuf ans ne font pas fouvent de longue durée. Il demanda a poftuler dans cette maifon pour y être admis au rang des freres convers ; mais il changea de deffein, &, de l’avis même des fupérieurs , palfa au mois de janvier 1696 unbreuvet d’apprentilfage de vitrerie avec François Gaillard, chargé de l’entreprife des vitres blanches de cette églife. Il employa à la pratique de la peinture fur verre la majeure partie des quatre années que dure l’apprentiflage. Ayant été appellé par M. Manfart, furintendant des bâti mens royaux , pour travailler à Verfailles aux frifes des vitraux de la chapelle du roi > ce fut vers ce tems que, concurremnent avec Michu & Sempi,il fit fur des glaces d’une grande étendue les tentatives infrudueufes d’y peindre fur un feul morceau les armoiries & les chiffres de S. M. La glace étant d’une compofition trop tendre , ne pouvait fervir de fond à la peinture fur verre. Il fut en-fuite chargé feul de peindre les armoiries de monfeigneur le Dauphin fur les vitres de l’efcalier de la tribune du château de Meudon. Revenu à Paris chez fon maître , & fon tems expiré, il entra chez Pierre Favier, où il fut traité comme un homme à talent. En effet, ce nouveau maître lui offrit là maifon pour travailler fans trouble en cette ville à fes entreprifes de peinture fur verre. Alors , par les foins du célébré Jouvenet fon parent, il fut pré-fenté de nouveau à M. Manfart pour peindre une partie des frifes du dôme de l’hôtel royal des Invalides , d’après les définis de MM. les Moyne & de Fontenay. Les ouvrages des Invalides ne l’occuperent pas feuls ; il peignit aufli des panneaux de verre hiftoriés, des armoiries, des frifes & des chiffres pour les vitraux du dôme de la grande chapelle de la fainte Vierge de Pégüfe paroiffiale de faint Roch (a). M. le comte d’Armenonville voyait tous les jours avec une nouvelle fatisfa&ion , à l’extrémité d’une galerie de fon hôtel, un vitrail percé fur la rue, qui paraiffait couvert d’un rideau de damas blanc, artiftement imité fur le verre, avec une bordure en façon d’une large broderie d’or, aux quatre coins de laquelle fes armoiries paraiHàient relevées en broderie. Le Vieil peignit aufli par reconnaiffance plufieurs bons morceaux tant coloriés qu’en grifailles, d’après les eftampes des meilleurs maîtres , pour décorer les huit panneaux des deux croifées de la chambre de celui
- (a) Tous les vitraux de ce dôme, or- de Boheme, dont le jour plus étendu fert nés de frifes & tableaux hiftoriés, ont été à rehaufler l’éclat des peintures du plafond fupprimes depuis quelques années. On y a de la calotte du dôme, faites par M. Pierres, fubftitué de grands carreaux de verre blanc
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- dont il n était alors que le protégé , & dont il devint le gendre par la fuite. En effet, en 1707, fon maître lui donna en mariage Henriette-Anne Favier là fécondé fille. Une entreprife allez coniidérable fuivit de près cet établilfe-ment. La nef de Péglife paroiffiale de Paint Nicolas - du - Chardonnet & fes chapelles venaient d’être finies. Le Vieil fut chargé d’en fournir les vitres tant peintes que blanches , & même de réparer toutes les anciennes. Les pièces neuves qu’il a peintes pour remplacer les morceaux cartes des anciennes frifes, furent calquées fur l’ancien deffin ,ainfi que l’épaule gauche & le pied droit du Ch ri fl; en croix qui efl; dans le principal vitrail du chœur. Les frifes des vitraux neufs font d’après les deffins de M. Jouvenet. Celles de la chapelle de la communion repréfentent divers attributs d’ornemens qui fervent au culte des faints autels. Une gloire rayonnante les couronne à travers de nuages fur lefquels on diftingue des tètes de chérubins. Le Vieil fe fit aider dans cette entreprife par un jeune peintre fur verre , de Nantes, nommé Simon, qui, fe trouvant alors fortuitement à Paris , ne le quitta que pour retourner en fa patrie, où il continua de travailler de peinture fur verre, fans qu’il paraiife néanmoins qu’il ait formé aucun éleve dans fa propre famiile. La chapelle royale du château de Verfailles n’ayant été finie qu’en 1709 , le Vieil fut appelle de nouveau pour en compléter les frifes peintes fur verre fous les ordres de M. Audran, peintre du roi. Il fit fcul la frite du vitrail de la tribune la plus proche de la chapelle de la fainte Vierge , celles des deux vitraux de ladite chapelle, & celles des quatre vitraux au rez-de-chautfée au-deffous de cette chapelle. M. Jouvenet, lors directeur de l’académie royale de peinture & fculpture , loin de méprifer le talent de notre peintre fur verre, comme on le méprife de nos jours , ne lui refufa jamais fes deflins , fes regards & fes avis fur fes entreprifes. Il deflina lui-même un Chrifl: en croix, que le Vieil exécuta fur le verre pour le chapitre, dans le cloître des Céleftins , & 11e celfa jufqu’à fa mort de lui donner des preuves de fon eftime. M. Reftout, digne éleve d’un fi grand maître , & qui, comme fon oncle , a mérité le grade de directeur de l’académie , fuivit fon exemple. C’ert en effet d’après fes défi, fins que le Vieil a peint fur verre deux tableaux ronds repréfentans à mi-corps, l’un un faint Pierre, l’autre un faint Jean-Baptirte, pour être placés au - deflus des deux portes collatérales de fiéglife paroiffiale de faint Sulpice. Mais ayant changé leur deftination , il fit préfent du faint Jean à Péglife de Ph-ôtel-Dieu,
- & du faint Pierre à la chapelle de la Vierge de Péglife de faint Etienne-du-Mont fa paroiffe. On voit encore dans cette chapelle un panneau peint par lui ,qui repréfente la fainte Vierge recevant des inflrudions de fa fainte mere , pendant que fon pere contemple avec admiration la docilité avec laquelle la plus humble de toutes les vierges paraît les écouter.
- 265. L’église paroiffiale de faint Roch, outre les vitres peintes par le
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- Vieil, dont j’ai déjà parlé, renfermait encore dans deux chapelles, Pune à droite au-delfus de la croifée, un ange gardien & un faint Auguftin méditant au bord de la mer fur le myftere de la fainte Trinité ; l’autre à gauche , dans la nef, un panneau repréfentant Jéfus-Chri(l: qui confie l’autorité des clefs à faint Pierre , dont le pendant eft de Benoit Michu. Autour du vitrail qui contenait les deux premiers panneaux, régnait une frife fort élégante, ornée de heurs & de fruits d’un beau coloris, à laquelle le Vieil avait apporté beaucoup de ioins.
- 264. J’interromprai ici la fuite de fes ouvrages, pour faire remarquer que Michu & lui étant d’égale force dans leur art, vécurent & travaillèrent en-femble comme de bons émules, fans rien montrer de part ni d’autre de cette odieufe rivalité qu’une fombre jaloufie nourrit trop ordinairement entre des artilfes. Ils s’appîaudilfaient mutuellement fur leurs fuccès. Ils fe communiquaient même dans le befoin les émaux qui leur manquaient, lorfque , trop pref-fés de fournir leurs ouvrages, ils n’avaient pas eu le tems d’en préparer.
- 26). Le Vieil préparait & calcinait lui-même fes émaux colorans. Il avait fur cette importante partie de fon art l’expérience que donne une longue habitude. La grande quantité qu’il en avait vu préparer par fon pere pendant fa grande entreprile d’Orléans , quoiqu’il y eût encore dans ce tems. des verreries où l’on fabriquait du verre en tables coloré, le rendait comme certain de leur fuccès. Nos fecrets , lui écrivait fon pere en 1705 , lorfqu’il apprit que fon fils était chargé de l’entreprife des peintures fur verre du dôme de l’églife des Invalides, ne reu[jîjjent que par une Longue habitude : on ri*en vient pas à bout du premier coup. Il a peint plusieurs têtes d’après les dellins qui lui étaient envoyés, pour mettre à la place de celles que la grêle avait bri-fées dans les beaux vitraux de la fainte chapelle de Bourges, & des Cordeliers d’Etampes. On a encore de lui un très-grand nombre d’armoiries d’une ou de plusieurs pièces pour différens feigneurs, entr’autres un allez bon nombre pour les dames Bernardines de l’Abbaye-aux-Rois.
- 266. Entre tous fes ouvrages, celui qu’il finit avec le plus d’exa&itude efi: un panneau repréfentant faint Pie V, fur l’eftampe gravée par Déplacés y d’après le grand tableau du frere André, Dominicain, expofé dans l’églife des religieux de cet ordre, au fauxbourg Saint-Germain. Le faint pontife yeft repréfenté à genoux au moment où il invoque le fecours du ciel pour en obtenir la vi&oire fur les Turcs , dans le tems que fes gaîeres , jointes à celles du roi d’Efpagne & des Vénitiens, font aux prifes avec les forces navales du grand-feigneur, fur lefquelles elles remportèrent, le 5 o&obre 1571 , une viétoire fignaîée. Ce panneau admirable, ainfi que celui de la famille de la fainte Vierge, dont il a été parlé, avait été peint avec la frife qui devait entourer le vitrail, pour être placé à faint Roch dans la chapelle d’un riche
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- financier. Mais les révolutionsxque celui - ci éprouva dans fa fortune, Payant fait changer d’avis, il refta,ainfi que la frife & l’autre panneau, à le Vieil, qui aima mieux le garder que de le vendre au frere André , qui lui en avait offert jufqu’à cent cinquante livres. Il mettait toute fa complaifance dans ce panneau , qui raflemblait plus qu’aucun de ceux qu’il avait peints jufqu alors , tous les degrés de perfe&ion defirables dans la peinture fur verre. Le bonheur fingulier , avec lequel il avait échappé au danger le plus certain, fein-blait lui promettre une fin plus heureufe que celle qu’il éprouva. Voici le fait : le Vieil, près définir la recuilfon dans laquelle était compris ce panneau, s’apperqut que le pan de bois, contre lequel il avait appuyé fon four , après y avoir fait néanmoins un contre-mur allez épais, s’incendiait. Il fait admi-niftrer promptement le fecours de l’eau , au rifque de perdre toute fa recuifi. fon. On ne la ménage pas. Le feu ne fait point heureufement de progrès ; il s’éteint, & la recuilfon qui devait être perdue & brifée par le refroidilfe-ment le plus précipité, fe trouve Ja plus belle & la plus entière que le Vieil eût jamais fait. Ce fuccès inefpéré pouvait - il avoir une fin plus malheureufe ? Ce panneau , qui avait été préfervé comme par miracle avant fa perfedion , périt en un inftant par le coup le plus imprévu : il fut la vidime d’une do-meftique par Pimpulfion d’une chaife dont elle le heurta aflez rudement pour le brifer.
- 267. Pendant les dernieres années de fa vie, le Vieil fut accablé d’infirmités. Il lui furvint, douze ans avant fa mort, un tremblenient prefque con-
- • tinuel dans les bras & dans les jambes, qui le mirent hors d’état de pratiquer fon art, pour lequel l’indifférence augmentait de jour en jour. Il fe fit une* fradure à l’une de fes jambes ; elle fut accompagnée d’une grolfe fievre ; il mourut le 21 odobre 17^1, âgé de cinquante-cinq ans ou environ. On me pardonnera fans doute de m’être un peu étendu fur cet article: c’efl un jufte tribut que je dois à la mémoire d’un bon pere qui 11’épargna aucuns foins pour procurer à tous fes enfans une bonne éducation , & à moi en particulier des études que fa mort & les fecours dus à la plus tendre des meres' m’ont fait interrompre, pour partager avec le plus jeune de mes freres , décédé en 17^ , le foin de fes entreprifes , qui l’ont fait‘reconnaître pour un des meilleurs vitriers de fon tems , & auquel il ne manquait, pour en faire un vitrier accompli, que la pratique de la peinture fur verre, dont je m’efforce ici de communiquer la théorie au public.
- 268. Jean le Vieil , mon frere cadet, filleul du fameux Jouvenet, s’exercait, lors de la mort de mon pere, au deffin , pour la figure, chez François Jouvenet, peintre de l’académie, dont on a de fort bons portraits, & frere du précédent ; & pour l’ornement, fous M. Varin , fondeur & cifeleur du roi. Mon pere n’avait pu lui donner qu’en paffant quelques leçons de font art 5
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- & la rareté des ouvrages qui étaient demandés, ne lui permit pas d’atteindre fous fes yeux à ce degré de favoir que la grande habitude du travail peut feule procurer. Ce n’eft donc pas tant aux leçons de fou pere qu’à fou application & aux vues naturelles de perpétuer fous fon nom un art dont il était inftruit feul entre lès freres, qu’il doit le progrès qu’il y aurait fait depuis. Après la mort de Jean-François Dor, dont nous parlerons dans la fuite , il eft refté feul initié dans cet art à Paris. Il a donné des preuves de fon talent dans l’entretien des frifes des vitraux de la chapelle du roi à Ver-failles, dont il a été chargé, dans plufieurs armoiries & chiffres pour différais feigneurs du royaume, entr’autres pour M. le comte de Rugles dans fes terres en Normandie , & pour feue madame la marquife de Pompa-dour en fon château de Crecy ; enfin dans Paris, à la cathédrale, dans les chapelles de Noaiiles & de Beaumont; dans le fanétuaire du college des Bernardins; à l’hôtel de Touloufe fur le grand efcalier, &c. &c. Plus heureux que fon pere, Louis le Vieil, formé de bonne heure fous fes yeux à la pratique journalière de la peinture fur verre, eft à portée d’atteindre à cette perfection à laquelle l’expérience, fou tenue par fon application au deflin , fous le crayon de M. Demachy, de l’académie royale de peinture & fculpture, donne lieu d’efpérer de le voir un jour parvenir , fi cet art abandonné reprend vigueur parmi nous.
- 269. Paris renfermait encore dans fon enceinte, vers le commencement du dix-huitieme fiecle, un peintre fur verre , mais affez médiocre. Il était fils d’un maître vitrier, nommé Langlois, principalement occupé de l’entretien des vitres de l’abbaye royale de fainte Genevieve. Le fils avait paffé la plus grande partie de fa jeuneffe au fervice de la lacriftie de cette abbaye. On ne fait fi c’eft de Michu , ou de le Clerc fils, que les chanoines réguliers lui firent prendre des leçons de peinture fur verre. On ne s’eft jamais apperçu qu’il y ait fait de grands progrès. Les deux panneaux qu’il fit pour être placés au-deffus des tambours des portes collatérales de la parodie de faint Sulpice , repréfentant l’un faint Pierre, l’autre faint Jean,& qui devaient être remplacés par ceux de mon pere, font un monument qui attefte fa médiocrité dans cet art. L’abbaye de fainte Genevieve a de lui quelques frifes & des armoiries d’un fuccès auffi médiocre dans quelques vitraux autour de la châife. Ce qu’elle a de mieux , eft un camaïeu , ou carreau en grifailtes , dans une des chapelles de l’églife fouterreine, affez bon pour faire douter s’il n’eft pas plutôt de la main de fon maître. Il repréfente une proceffion de la châife de la fainte patronne de Paris. Langlois mourut marchand faïancier de çette ville vers l’an 17
- 270. M. Defcamps 11e dit qu’un mot en palfant de Jean Antiquus , HoL landais, né à Groningue le ii feptembre 1702, relativement au talent d<?
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- peintre fur verre, qu’il y’exerça jufqua l’âge de vingt ans chez Guérard Van-der-Veen. Prévenu en faveur de la peinture à l’huile , il quitta le premier genre pour donner à l’autre toute fon application. A la faveur de fes heu-reufes difpofitions & de dilférens ouvrages qu’il entreprit dans fes voyages, fur-tout en Italie, il mérita d’être diftingué dans les faftes de la peinture. Il mourut de retour à Groningue en iyfo, âgé de quarante-fix ans, avec la réputation de bon defiinateur, de peintre facile, & de bon colorifte.
- 271. HuvÉ , neveu & éleve de Michu , vivait à Paris dans le même tems, mais ne porta pas le talent de la peinture fur verre à un aufli haut degré de perfection que fon oncle. Le fieur Demontigny , maître vitrier , chargé de l’entretien des vitres de l’hôtel des Invalides, fe l’était attaché particuliérement pour peindre des frifes pour les vitraux de l’églife de l’hôtel, à mefure qu’il s’en caifait. Ce fut fous les leçons d’Huvé que Mlle. Demontigny fit fes premiers elfais dans la peinture fur verre ; art dans lequel elle eût beaucoup furpafle fon maître, fi la mort ne l’eût enlevée à la fleur de fon âge. Il fut pareillement chargé de peindre des frifes-d’attente pour les vitraux de la chapelle de Verfailles, qu’il eft d’ufage d’emmagafiner pour remplacer celles qui fe calfent. Comme il n’était pas maître , la crainte d’être inquiété parles jurés de fa profeflion, à caufe de fes autres entreprifes ,1e détermina à fe retirer au Heu dit la Croix - Saint - Leufroy, où il eft mort vers l’an 175-2. Il a été depuis remplacé par mon frere dans cet entretien pour fa majefté.,
- 271. Le petit cloître des RR. PP. Carmes déchaufles eft fermé de vitraux ornés de peinture fur verre , attribués, félon les infcriptions qu’on y lit, à Jean-François Dor, éleve de le Clerc. Tous ces vitraux ne font pas de la même bonté. Les panneaux qui rempliifent les parties circulaires vers le haut, 31e font pas ce qu’il y a de meilleur. Les frifes qui entourent quelques-uns de ces vitraux, qui datent de 1717 & 1718 5 font mieux terminées : on y remarque entr’autres quelques camaïeux repréfentant des aétes delà vie de la fainte Vierge, de fainte Thérefe,&c. qui ne font pas fans mérite. Les autres frifes , dont les plus nouvelles datent de 17$ 8 , quoiqu’elles paraiflent foufcrites du même nom, font de beaucoup inférieures pour la corredion du delîin & le traitement de la peinture. Les armoiries des alliances de la famille de Bec-de-Lievre, originaire de Normandie, font le fujet de la plus grande partie des panneaux circulaires qui ornent la partie fupérieure de ces vitraux. Les armoiries de cette famille,font de fable à deux croix tréflées au pied, fiché d’argent, accompagnées en pointe d’une coquille de même, avec cette devife : Hoc tegmine tutus cris. Au bas de deux ou trois de ces vitraux on lit, ab anno 136$ ad annum 1748 : ce qui a trait à l’ordre des alliances de cette famille, jufqu’au tems où elles furent peintes fur les vitres de ce cloître.
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- 273. Nos plus célébrés villes de France manquaient de peintres fur verre, lorfque la congrégation de faint Maur en poifédait un qui vient de. mourir au mois d’avril 1766. Nous ignorons en quel tems il était entré dans cette congrégation , & quels ont été fes premiers maîtres. Ce que nous favons du frere Pierre Regnier, c’eft que le défintéreflement de ce bon religieux, fou-tenu par un grand amour de la réglé, & par la plus profonde humilité , ne lui permit point d’exercer fon talent pour d’autres que pour les maifons de fon ordre , & fur-tout dans l’églife de l’abbaye de S. Denys. Il y trouva une abondante matière à fon amour pour le travail, dans le rétablilfement auquel il s’y occupa des vitres peintes innombrables de cette églife , tronquées & mutilées par l’injure des tems, fans rien cependant omettre des vertus reli-gieufes, qui femblent lui promettre le rang dont l’églife a honoré celles du bienheureux Jacques l’Allemand,, frere convers de. l’ordre de faint Dominique, peintre fur verre , dont nous avons parlé , au commencement du quinzième iiecle.
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- CHAPITRE XVIII.
- Caufes de la décadence de la peinture fur verre ; £s? réponfes aux mconvêniens qu'on lui reproche pour excufer ou perpétuer fon abandon.
- 274. i^fous avons déjà infinué comme caufe de la décadence de la peinture fur verre, cette viciiîitude deschofes humaines, qui fait que les arts & les fciences 11e font jamais plus près de leur chute que iorfqu’ils font parvenus à un plus haut degré de perfection. Nous avons dit que les tems de troubles & de divilions inteftines, & fur-tout ceux que fefprit de la religion réformée excita parmi nous , furent très-préjudiciables aux arts. Les calamités qui accompagnent ces tems malheureux , & celles qui les fuivent, font peu propres à leur culture. On préféré alors les chofes qui font de première nécelîité à celles qui font d’une moindre utilité, ou qui ne font que de pur agrément. Quelqu’effimé que foit alors un art ou une fcience , fes productions ne caufent plus que du dégoût par la difficulté de fe les procurer, ou le prix exorbitant qu’il faut y mettre. L’abandon fuit de près le défaut d’émulation entre des arciftes Tans occupation ; & de l’abandon à l’oubli général il 11’y a qu’un pas.
- 27f. Tel ell le fort aduel de la peinture fur verre. On aura peine à croire que dans la capitale du royaume, au tems où j’écris , 1768 , il ne fe trouve -qu’un artifte de ce talent, dans lequel il éleve un fils âgé de dix-neuf à vingt
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- ans, & que ce feul artifte foit aflez peu occupé autour de quelques armoiries ou de quelques frifes, que fou art ne pourrait fuffire à fes befoins, s’il ne joignait un commeree de vitrerie plus étendu à Tes entreprifes de peinture fur verre. f,a Flandre Franqaife & Autrichienne , les Pays-Bas Hollandais & quelques contrées de l’Allemagne , qui donnèrent naiifance aux plus habiles peintres fur verre des derniers fiecles, pourraient à peine en montrer deux au rang, de leurs habitans, qui s’exercent actuellement à la pratique de cet art. Que dis-je ! ceux qui le regrettent le plus, font les premiers à fournir des prétextes pour en excufer ou même perpétuer l’abandon.
- 276. Comment, dit-on, porter amitié à une chofeii fragile & de fi peu de vie que le verre ? (a) C’eft bien un bon exemple à fe remettre devant les yeux pour fe rappeller le peu de durée de la vie de l’homme & de toutes les chofes humaines, de quelque beauté qu’elles foient accompagnées. L’art de peindre fur verre eft très-beau , dit-on ailleurs ( b ). C’eft néanmoins un grand dommage d’employer beaucoup de tems & l’induftrie de très-habiles ouvriers à travailler fur un corps aufli fragile que le verre, qui doit être ex-pofé à pluiieurs accidens , (ans parler de celui du plomb, qui fait l’affem-blage de tout l’ouvrage, qui fe pourrit aflez facilement dans la fuite des tems ; enforte que, lorfqu’on eft obligé de réparer ou de remettre ces vitres en plomb neuf, on nepuifle le faire fans les endommager. Plus inftruits que nos peres, difent quelques-uns , nous favons lire, & nous avons des livres d’églife. Corn* ment nous en fervir, pour nous entretenir dans l’attention due aux fainttf myfteres & aux faints offices , dans des temples obfcurcis par tant de vitres peintes ? Il eft des églifes où, pendant l’hiver fur-tout, ou dans des jours fombres, il faut allumer de la bougie, quelquefois ayant trois heures après-midi. D’autres nous difent encore : il y avait dans beaucoup de vitres peintes de nos églifes, des images fi ridicules , même fi indécentes , que nous avons cm ne pouvoir mieux couvrir l’ignorance & la fuperftition des peintres fur verre même du meilleur tems, ou la corruption de leur cœur, que par la fouftrac-tion de ces peintures fabuleufes, ou fcandaleufes, dans lefquelles les meilleurs artiftes dans ce genre s’étaient montrés plus exa&s imitateurs de la nature, qu’obfervateurs fideles du refpeét dû à la fainteté de nos églifes & du Dieu qu’on y adore. Enfin, nous dit-on pour dernier retranchement, la plus grande partie de ces vitres peintes que nous avons démolies, expofées depuis long-tems aux injures de l’air & du tems, étaient eftropiées. Elles étaient reliées fans réparation , faute de pouvoir trouver des peintres fur verre pour les réparer. Et où ceux-ci euflent-ils trouvé des matériaux pour le faire? Il n’y a plus de
- (a) Voyez Vanuccio Beringuccio , dans (6) Mémoires de Vacadémie desinfcrip-fon Traité de la pyrotechnie, traduit par tions> tome IX, pag. 725 & fuir.
- Jacques Vincent, Francfort, 1627.
- Tome XII1.
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- verre de couleur ; c’eft un fecret perdu! Tels font'les principaux prétextes dont on effaie de couvrir l’oubli général dans lequel la peinture fur verre parait enfevelie. Tâchons d’y répondre , & de faire voir leur infuffifance pour l’anéantir.
- 277. D’abord nous demanderons aux premiers, fi ces précieufes porcelaines qui ornent avec profufion les appartemens & les buffets des grands , font moins fufceptibles de fragilité que le verre ? Cependant jufqu’où le luxe adluel ne porte-t-il pas la prodigalité dans l’acquifition difpendieufe de ces vafes & de ces bijoux fi fragiles ? La France, la Saxe , l’Angleterre & la Pruffe n’entrent-elles pas en concurrence avec la Chine& le Japon pour les progrès de leurs manufactures en ce genre , fources de dépenfes exorbitantes ? A quelle cherté ne monte pas le prix des glaces d’une certaine étendue ?Un feul carreau de verre blanc de Boheme, ou de la verrerie de Saint-Quirin dans le pays de Vofges, n’abforbe-t-il pas lui feul fouvent prefque le double du prix de la totalité des carreaux dont on garniffait une croifée entière du verre de France le mieux élité ? Cependant toutes ces compofitions fi cheres , ou font du verre elles-mêmes , ou n’en font que des modifications : ce qui nous prouve bien que les hommes ont toujours été ce qu’ils font, & qu’ils feront toujours les mêmes au fond, malgré les variations des modes auxquelles la légéreté les affujettit. S’ils ont apprécié l’or & les pierreries comme les chefs - d’œuvres de la nature, ils ont toujours confidéré le verre comme celui de l’art. Il 11’eft pas d’épreuve par laquelle ils n’aient effayé de le faire paffer depuis fon origine. Ils en ont regardé la teinture & le coloris comme un fujet digne de leurs recherches & de la confidération la plus diftinguée pour ceux qui s’y appliquaient. Ils connaiffaient comme nous fa fragilité : en ont-ils pour cela proferit Biffage ? Non ; mais ils ont oppofé à cette fragilité des précautions dans le traitement des vafes & des ornemens qu’ils en ont tirés. N’y en a-t-il donc plus contre la fragilité des vitres peintes ? Et ferait-elle, par rapport à cet emploi du verre , une raifon plus preffante de l’anéantir que dans les autres ufages auxquels on-l’emploie ? La vie de l’homme eft plus fragile que le verre j mais les précautions d’un bon régime peuvent lui promettre une longue durée. Les belles vitres de la cathédrale d’Aufch , & tant d’autres dont la conftru&ion date de fiecles plus reculés > par les précautions que l’on a prifes pour les conferver, font encore , & peuvent faire long-tems dans la fuite le digne fujet de l’admiration des fpedateurs. Je fais qu’il n’en eft pas contre les corrofions auxquelles certain verre eft fujet par une furabondance de fels moins épurés par une cuite infuffffante ; mais c’eft un vice de l’ouvrier , que toute forte de verre n’éprouvé point.
- 278. Quant à la pourriture du plomb qui fait la contexture, l’affem-blage & la jointure des vitres peintes , on peut obvier aifémentàcet incon-
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- vénient, en les remettant en plomb neuf, fans rien déranger de leur en-femble. Il faut feulement les lever hors de place avec la précaution qui convient à une matière 11 fragile:, & d’ailleurs 11 précieufe par la beauté du travail qui y eft appliqué. Cette précaution, dont j’ai fouvent fait une heu-reufe expérience, confiffe à lever les verges de fer qui foutiennent le panneau , à en arracher tous les liens de plomb , à coller fur le panneau en place , après l’avoir bien broile pour en enlever la poulîîere, des bandes de papier gris bien appliquées fur-tout fur les bords, &à les lailfer fécher avant d’ô-ter le plâtre ou ciment de la feuillure. Alors fi, malgré les foins de l’ouvrier , il fe forme quelque rupture fous les coups de la befaigue qui fert à cet effet, les morceaux confervés & retenus par les bandes de papier, réunis lorfqu’on les remet en plomb , par un plomb plus étroit, ne laiffentpoint, ou prefque point, de traces fenfibles de cet accident.
- 279. Nous répéterons à ceux qui fe plaignent de l’obfcurité des vitres
- peintes, que dès leur commencement elle entrait, par cette frayeur religieufe qu’elle infpirait, dans la préparation au recueillement que demandent la priere & la méditation. Nous les inviterons avec Milton (a) à conjidérerles temples augufles, dont les vitrages précieux n admettent quune lumière fombre, qui parla infpirent une religieufe horreur : vitrages dont les peintures font comme autant de fajles des Jiecles paffês, & le précis des annales du vieux tems. Nous leur dirons que, fi l’ufage où font à préfent les fideles de fuivre dans les livres que l’églife leur met entre les mains, la récitation des faints offices , & de fe joindre au chœur dans la pfalmodie, fouffre quelque difficulté de la part de cette obfcurité, fur-tout dans les égliies paroifliales, il y a déjà quelques-unes de ces églifes où l’on a trouvé le moyen de procurer aux fideles aifem-blés un jour fuffifant: non qu’on ait détruit entièrement les vitres peintes; mais par des retranchemens de parties qui pouvaient être fupprimées fans rienn^étruire des objets principaux, on les a confervés fur des fonds de vitres- blanches neuves , qui, en les environnant, leur donnent un nouveau relief. '
- 280. Je me garderais bien néanmoins de confeiller de fuivre en cela l’exemple de ce qui s’eft pratiqué depuis quelques années dans l’églife paroifiiale de S. Merry. C’eft un des dommages occafionnés par le goût de ce fiecle, ennemi de la peinture fur verre, que le retranchement qu’on a fait dans cette églife, d’une partie confidérable de fes belles vitres peintes: vitres dans lef-quelles, comme nous l’avons dit, les plus habiles peintres fur verre du feizieme au dix-feptieme fiecle, les Deparoy, les Charnu, les Héron & les Nogare avaient concurremment représenté , avec autant d’ordre que de
- (a) Voyez à la fuite du Paradis perdu de Milton, fon II penfero , traduit par le P. de Mareuil,
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- beauté, des morceaux d’hiftoire de là plus lieureufe exécution. Au lieu de leur fubftituer ,.en les eftropiant, un pan de vitres blanches toutes nues entre des pans de vitres peintes, on aurait pu donner à cette églife un jour aufîi étendu que celui qu’on s’y eft procuré , & conferver néanmoins ces belles vitres. En détruifant peu à peu la pierre des meneaux & des amor-tiffemens des croifées, on y aurait élevé à leur place des vitraux de fer , dans le milieu defquels on aurait renfermé, comme dans un tableau, les fujets entiers d’hiftoire qu’elles contenaient. Dans le pourtour , & pour remplir le vuide que la démolition de la pierre aurait laiffé, on eût pratiqué des vitres blanches , bordées, fi l’on eût voulu , d’une frife très - lefte, ornée fur un fond blanc de filets de verre jaune , qui n’eft pas fans effet dans les vitres où elle a été employée. Feu le fleur Denis, un des bons vitriers de fon tems, avait donné l’exemple de ces tableaux de vitres peintes, encadrés dans des vitres blanches dans l’églife paroifliale de S. Jean - en - Greve ; & je l’ai fuivi avec fuccès fous les ordres de M. Payen, architede juré expert, dans celle de S. Etienne-du-Mont. D’ailleurs l’épargne de quelques bougies, prodiguées tous les jours avec plus de vanité, eft-elle donc ici d’une affez grande importance pour fervir de prétexte à la deftrudion & à l’abandon d’un art qui renfermait l’utile & l’agréable, & qui fuppofait dans fes bons artiftes, des connaiffances fi étendues ? Combien de nos fabriques fuppléent à cette dépenfe, en plaçant par intervalle dans les églifes, des candélabres entretenus de lumières fuffifantes, fur-tout dans la croifée de ces bàtimens j car c’eft là que fe raffemblent plus ordinairement les paroif. fiens les moins aifés , & qui n’auraient pas , comme ceux qui en occupent la nef, le moyen de s’éclairer à leurs dépens!
- 281. Si tant de chrétiens ont oublié que le feu des cierges & des bougies eft une partie du culte dû à l’Etre fuprême, M. l’abbé Fleury (a) leur apprendra qu’il n’y fut point primitivement employé à raifon de l’obfcurité & pour la chaifer des églifes ; que, quoique ce qui pouvait y donner lieu & en prefcrire l’ufage comme de néceflité dans les tems de perfécution, où les premiers chrétiens s’affemblaient pour afîifter à la célébration des faints myfteres dans des cryptes fouterreines, eût ceffé, on brûlait dès le quatrième fiecle, dans les tems de liberté, beaucoup de cierges dans les bafi-liques des chrétiens, outre la grande quantité de lampes qu’on y entretenait. C’était depuis long - tems, dit cet exad hiftorien , une marque de ref-ped & de joie ; témoins ces flambeaux allumés que Jafon fit porter devant Antiochus à fon entrée dans Jérufalem. ( Machab. liv. 2, ch. 4, v. 21. ) De là ces deux chandeliers allumés, pofés fur une table aux côtés d?un
- (a) Mœurs des chrétiens, n. 36, fur l’ornement des églifes.
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- livre ouvert, mais voilé, qui fervaient de marques de diftin&ion aux grands officiers de l’empire romain : de là les cierges & les bougeoirs qu’on porte, même en plein jour, devant nos prélats : de là les offrandes & les redevances en cire, fi anciennes dans les cathédrales & dans les paroiffes : de là enfin ces luftres garnis de bougies & ces grandes illuminations qui brillent dans 110s temples, au milieu de la plus éclatante clarté du jour, dans les grandes folemnités , fur-tout dans ceux où le rit romain prévaut; ce qui fai-fait dire à un Italien peu éclairé d’ailleurs fur le véritable efprit de la religion , qu’elle périffait en France , parce que, dans une feule églife de Rome , on brûlait en un feul jour plus de cierges en plein midi, qu’on n’en brûlait en un mois dans les églifes de Paris aux faluts les plus folemnels.
- 282. Si l’on m’oppofe ici que les archite&es n’ont introduit que peu de jour dans les églifes d’Italie, je répondrai avec M. Dumont, profeffeur d’architecture à Paris, que le caraétere propre à une églife eft mieux exprimé en Italie qu’en France (a) ; que l’air de recueillement y eft mieux rendu qu’en la plupart de nos églifes , où, tous les jours étant indifféremment répandus de toutes parts , la trop grande clarté les rend indécis , pefans à la vue , & en ôte cet air tranquille, fi propre à infpirer le refpedt dû aux lieux faints ; qu’on n’a befoin de jour dans les églifes, que dans les bas , pour lire plus aifément; & que les féconds jours, tels que ceux que je viens de pro-pofer comme un moyen de conferver les vitres peintes dans nos églifes, luffifent dans les chevets & au-deffous des voûtes; qu’enfin les grands jours ne font-propres que dans des belveders ou autres édifices deftinés à infpirer la gaieté. En voilà, je crois, affez pour réfuter le fentiment de ceux qui voudraient que l’on facrifiât à l’elprit d’une épargne aufii déplacée que mince, un art dont les productions ont fait depuis plusieurs fiecles, & feraient encore long-tems le fujet de l’admiration, de l’édification & du recueillement des fideles.
- 283. Quant à ces vitres peintes ridicules, fabuleufes, ou même indécentes , c’eft entrer dans le véritable efprit de l’églife, que de les enlever de nos faints temples. Le concile de Trente, ( Self. 2f. Decr. 2. ad cale.') les ordonnances de nos évêques veulent qu’on écarte des lieux faints toutes décorations profanes, licencieufes, & même celles où, fous prétexte de religion, on entretiendrait les fideles dans des idées fuperftitieufes qu’elle n’adopta jamais, & qui appartiennent plus à l’ignorance & à la corruption des mœurs de quelques peintres du feizieme fiecle , fort fufpeds en matière de catholicité , qu’au véritable culte du fuprême Auteur de notre fainte religion. Il n’y a pas même lieu de douter que les defeeudans des donateurs
- ( a ) Voyez dans le Mercure de janvier 1762 , deuxieme volume , les observations de M. Dumont, fur le ménagement des jours dans les édifices publics.
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- de femblables vitres ne confentiffent à en ordonner eux-mêmes l’abolition; confentement d’ailleurs Ci néceffiiire en pareil cas , que , faute de cette précaution , les curés & les fabriques ont eu des procès considérables à fou-tenir, dans lefqueîs ils ont Succombé. L’églife de RR. PP. Cordeliers de Paris leur avait paru trop fombre , à caufe de la grande quantité de vitres peintes dont elle était remplie : ils s’étaient avifés, il y a plus de foixante ans , d’en fupprimer quelques panneaux à une certaine hauteur dans le bas des vitraux, pour fe procurer plus de jour dans leur chœur, & de les remplacer de vitres blanches ; ils fe trouvèrent bien d’avoir confervé les vitres peintes, lorfque les defcendans des donateurs parurent difpofés à les contraindre de remettre en place ces anciennes vitres , ou de les renouveller dans leur premier état. Nous trouvons dans Denifart un arrêt de la cour, du 14 de juillet 1705", rendu entre les marguilliers de la fabrique de faint Etienne de Bar-fur-Seine & le chapitre de l’églife de Langres, dans Je cas d’une fupprefïîon de vitres peintes, bien plus digne d’indulgence. Cet arrêt a condamné ce chapitre, gros décimateur de cette paroi (Te, à faire rétablir les vitrages des croifées du chœur de cette églife , abattus par les vents & orages, dans le même état & le même defïin où étaient lefdites croifées en verre peint, quoique le chapitre offrît de les faire rétablir en verre blanc, (a) 284. Enfin l’on allégué pour dernier prétexte , que la plupart des vitres peintes, tombées en dégradation faute d’un entretien convenable, ne font plus qu’un affemblage informe de verre de toute couleur; qu’il 11’exifte plus parmi nous de manufactures de ces verres colorés fi éclatans à la vue, ni de ces ouvriers qui en entendaient Ci bien l’emploi, & qui lavaient y appliquer les tons de la peinture. Mais de ce que la négligence de quelques indifférens pour toute autre chofe que pour l’accroiffement des revenus attachés à leurs bénéfices, ou gens fans goût pour la confervation des arts , a laide périr de très-bons morceaux de vitres peintes, eff - ce une raifort pour laiffer également tomber en ruine , ou pour détruire ceux que des hommes plus foigneux nous ont confervés jufqu’à ce jour avec tant de précaution ? Doit-on prendre parti contre un art autrefois fi eftimé, parce que le grand nombre paraît l’avoir négligé & 11e tendre à le profcrire que par avarice, ou peut-être par l’empreffement, aufîi nuifible que déplacé, de voir ou d’être vus dans des lieux particuliérement confacrés au recueillement? Pendant combien de fiecles l’art de peindre n’a-1-il pas paru en-feveli dans le plus profond oubli ! Cimabué méritait-il donc les dédains de fes contemporains, parce qu’il s’efforçait de le reftaurer ? La peinture fur verre a été négligée vers la fin du dernier fiecle par ceux même qui pom-
- ( a) Collection de decijîons nouvelles £«? de notions relatives à lajur if prudence ce-tuclle, par Me Denifart, procureur au châtelet de Paris , au mot Décimateur.
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- Vaient, encore mieux qu’à préfent, en conferver les bons morceaux, lorsque le nombre des artiftes capables de les entretenir & d’en réparer les dégâts , était plus grand : fous ce prétexte faut-il détruire ce qui nous eu refte ? Penfons mieux : fi la ceifation des grands travaux de peinture fur verre , dès les commeucemens du dix-feptieme fiecle, a donné lieu parmi nous à l’extindion des fours des verreries où l’on compofait les verres de couleurs, le fecret n’en eft point perdu. La fécondé partie de cet ouvrage fera toute remplie de leurs recettes, & de la maniéré de peindre fur verre. Il n’y a que l’efprit d’épargne fur cette matière, plus que fur toute autre, qui empêche de la remettre en vigueur. Nous l’avons déjà dit, nous ne nous îaiferons point de le répéter : dans quelque défuétude qu’un art ait pu tomber , il s’eft toujours trouvé quelqu’un qui le pratiquait dans une certaine étendue, & pouvait, en excitant l’émulation de ces hommes qui font de tous les tems , faire naître avec Poccafîon , la bonne volonté , les moyens & les fecours néceftàires pour lui rendre fon premier luftre. Le nombre de nos peintres fur verre ne peut être plus petit : mais eft-ce ainfi, en le lailfant fans occupation & fans demande, qu’on le verra s’accroître ? Ce n’eft pas ainfi qu’ont penfé & agi MM. les grand-prieur & religieux de l’abbaye de Saint-Denys, qui pendant vingt-cinq ans ou environ, avec l’approbation du régime de leur vénérable & lavante congrégation , ont appliqué à la con-fervation & à la reftauration des anciennes vitres peintes prefqu’innombra-bles de leur augufte bafilique, les talens de cet excellent religieux dont nous avons parlé à la fin du chapitre précédent. Au défaut du verre coloré, qu’on lie fabrique plus dans nos verreries, n’employait-il pas ces tables de verre teint de différentes couleurs dans toute leur maffe, que la Boheme , & à préfent l’Alface , nous fourniffent, pour rétablir , au mieux poffi'ole , les draperies des figures de ces vitres que les injures du tems & de l’air avaient détruites ou altérées; pendant que , fans de grands efforts, il pouvait faire revivre des tètes ou autres membres dont la peinture n’était qu’au premier trait? Il eft encore dans Paris un artifte de ce genre : il forme , avons-nous dit, un éleve dans la perfonne d’un fils dont l’application au deflîn donne lieu de concevoir une bonne efpérance. Des travaux plus abondans fourniraient au maître & à l’éleve des moyens plus fréquens & plus fûrs de faire du progrès dans leur art, & les mettraient dans le cas déformer eux-mêmes de nouveaux élevés , dont le talent & le nombre venant à croître, pourraient rendre à la peinture fur verre fon ancien éclat, ou du moins conferve-raient fes meilleurs'monumens.
- 285. Après avoir détruit tous les différens prétextes que nous oppofent les ennemis de la peinture fur iverre ou ceux qui la regardent d’un œil indifférent, réduifons en derniere analyfe tous ces prétextes à celui-ci, comme
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- L'ART DE LA PEINTURE
- à celui qui leur tient le plus au cœur. La peinture fur verre, fuivant le cri public , eft trop difpendieufe , & dans fa première fourniture & dans fon entretien. Il eft vrai que cet art a féduit long - tems les fouverains & les riches. C’eft le propre de tous les arts féduifans , d’être portés à un certain excès de faveur pendant un tems, & de finir par devenir défagréables, parce qu’ils deviennent trop à charge.... Mais ici, la fédu&ion que l’on fuppofe peut-elle donc être regardée comme un pur effet du caprice? L’art dont il s’agit, était-il fans utilité & finis agrément? Ces fortes de fédudions ne font pas, dans le vrai, de longue durée. Cependant nous avons fait voir que la peinture fur verre a mérité, pendant le cours non interrompu de plus de cinq fiecles, de la part de nos rois & des grands, la protedion la plus difi tinguée & les privilèges les plus étendus -, que laint Louis prévit même la néceflité d’alfurer l’entretien des vitres de là fainte chapelle, en quoi il fut imité par tous fes fuccelfeurs.
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- CHAPITRE XIX.
- Moyens poffîbles de tirer la peinture fur verre de fa léthargie aftuelle s & de lui rendre fon ancien luftré.
- 286. S l les morceaux de peinture fur verre de grande exécution, ufités dans les fiecles précédens , effraient, ne peut-on pas, pour les églifes , s’en tenir à ces frifes & à ces tableaux dont nous avons parlé, qui, délicatement peints furie verre , orneraient, fans ôter le jour, les bords & le milieu de nos vitraux? N’eft-il donc plus de riches parmi nous? notre fiecle eft-il tellement celui de l’indigence, qu’on n’y puilfe plus compter de ces amateurs que l’abondance de leurs revenus rend fupérieurs à ces craintes infpirées par l’efprit d’avarice, & dont l’effet ferait d’étoulfer les arts même les plus utiles ? Rendons plus de juftice à notre fieclej l’encouragement eft offert par des fociétés qui, protégeant les arts de première utilité, ne négligent pas ceux qui ne font que de pur agrément, & fe propofent de les porter tous au plus haut degré de perfe&ion. C’eft ainfi qu’un royaume voifin , qui a déjà fait connaître fes vues fur le renouvellement de l’art pour lequel je m’in-téreffe, excite tous les jours une noble émulation entre fes fujets pour l’ac-croiffement des arts. Le dirai-je? eh! pourquoi ne le dirois-je pas, s’il n’eft que ce moyen de reffufciter notre art ? Qu’un de ces riches citoyens qui s’efforcent continuellement à repouffer les traits que l’envie ne celfe de lancer contre l’immenfité de leurs richelfes par leur amour foutenu pour
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- les arts, dont les lavantes produ&ions décorent à l’envi les pins petits recoins de leurs fplendides & commodes demeures : qu’un de ces hommes qui fe font un mérite propre de répandre leur munificence fur les artiftes qu’ils emploient avec choix à la décoration de leurs bâtimens fomptueux, & d’en former leur cour : qu’un de ces hommes fi utiles aux arts , fi chéris des artiftes , daigne marquer au coin de l’amabilité l’art que je loue : qu’un grand effaie d’orner là chapelle domeftique de quelques carreaux ou de gri-faille ou colorés, repréfentant quelques fujets de l’hiftoire facrée : qu’il in-troduife quelques autres fujets peints fur le verre, tirés de l’hiftoire profane ou de la fable, repréfentant des fîtes gracieux, des animaux, des fleurs & des fruits, dans les cabinets de toilette, ou dans ces endroits écartés, pour la folitude defquels il s’en rapporte à la gaze : il aura bientôt des imitateurs. Cet ufage une fois adopté dans la capitale, s’y foutiendra par la multiplication journalière des moyens de leur^ exécution, à laquelle les héritiers des talens chymiques d’un autre Montami ( a ) fe feront honneur de fe prêter par de nouvelles découvertes. L’artifte alors faifira avec empreffement l’oc-cafion d’acquérir de la célébrité dans fon art. Encouragé par l’appas d’une récompenfe honnête, il tendra de jour en jour vers la perfedion, & fe trouvera en état de fupporter les difficultés &' les rifques prefqu’inféparables de fon art.
- 287. Ils étaient bien moins confidérables qu’à préfent pendant le quinzième fiecle, où, comme pendant les précédens, on n’employait que des tables de verre coloré aux verreries. Cependant ce fut fur l’humble fuppli-cation de Henri Mellein, peintre vitrier de ce fiecle, à Bourges, expofuive de pli fleur s grandes peines, pertes, dommages , quil e(l convenu à fupporter, <$* ce au moyen de fondit art, que Charles VII lui accorda par fes lettres patentes la confirmation des privilèges donnés & o Broyé s aux peintres vitriers par les rois fes prédéceffeurs. Aujourd’hui, que cet art eft devenu plus rifquable dans la préparation, l’emploi & la recuiffon des émaux colorans qui s’appliquent fur le verre colorié par le travail de blanc & de noir du peintre fur verre ; aujourd’hui que cet art fe trouve dépouillé de ces auguftes privilèges transférés à l’académie royale de peinture & de fculpture , on ne peut, pour l’encourager , trop généreufement le récompenfer. Tout en effet y dépend de la plus ou moins grande a&ivité du feu, qui elle - même eft dépendante de tant de caufes, que la plus heureufe induftrie ne peut pas toujours les prévoir &
- (a) Habile chymifte, aulfi cher à la fo- parlerons dans le chap. VI de notre fécondé ciété par fes vertus que par fon application partie, pourront fervir d’exemple à d’autres, à lui rendre utiles fes connaiflances. Les pour aider la peinture fur verre à fe repro-fecours que ce favant a rendus à la pein- duire fous de plus belles couleurs, ture en émail par un ouvrage dont nous Tome XIII,
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- les empêcher. Quel préjudice ne peut pas porter à la recuiflon, qui éft le complément de l’ouvrage du peintre fur verre & fa derniere opération , fim-preffon fubite d’un air plus fec ou plus humide, plus froid ou plus chaud, foit dans le tems même de la recuilfon, foit dans fou refroidilfement lori-qu’elïe eft terminée ? Un changement inopiné du vent portera quelquefois toute l’a&ivité du feu vers le fond ou fur un des côtés du four qui renferme l’ouvrage : les émaux y brûleront, pendant que le devant, ou le côté, moins chauffé, n’aura pu procurer la parfufion de ceux qui font expofés à une moindre adion du feu , ni même donner à l’artilie par fes eifais une notion fûre de l’état de fa fournée. Enfin, un refroidilfement précipité par un air trop vif fera calfer tout l’ouvrage. Il eft extrêmement difficile de trouver le point fixe qui rendrait une matière vitrifiée toujours égale. Ce font ces rebutantes difficultés, difent les maîtres de verrerie dans un mémoire qu’ils préfenterent au confeiî en 17^1 , qui ont fouvent culbuté la fortune de plu-fieurs d’entr’eux. E11 inférera -1-on qu’il faut abandonner le travail des verreries ? Au contraire, les repréfentations de leurs entrepreneurs ont toujours prévalu au confeil de fa inajefté contre les plaintes des vitriers, moins inftruits des malheurs attachés à l’art de la'verrerie ; malheurs qui arrivent & ceifent fouvent fans que les entrepreneurs puilfent en connaître les cau-fes. Les augmentations de prix , que le confeil leur a accordées dans la vente de leur verre, les ont mis èn état, fi non de réparer les pertes qu’ils ont fouffertes, au moins de fupporter celles qu’ils pourraient craindre par la fuite. Ce fera par ces moyens généreux, que les grands & les riches , qui aiment à fe diftinguer par l’amour qu’ils portent aux arts & aux artiftes, donneront une nouvelle vie à la peinture fur verre, & la rapprocheront de l’éclat où l’avaient portée ces célébrés artiftes du feizieme fiecle. Ce fera par leurs libéralités; car le nombre même des peintres fur verre des meilleurs tems, qui ont trouvé dans leur art les moyens d’une fortune honnête, eft très-petit, en comparaifon de ceux qui, comme nous l’avons vu, 11’ont abandonné cet art que parce qu’ils n’y trouvaient ni leurs foins récom-pcnfés, ni leurs pertes réparées.
- 288- JE finis Par mie obfervation qui pourra ne ‘pas déplaire aux amateurs. Nous avons détaillé dans cette première partie les plus beaux ouvrages de peinture fur verre connus , tant en France que dans les pays étrangers. Or‘, pour confirmer ce que nous avons avancé fur les progrès fucceffifs de cet art par des exemples raflemblés dans un même lieu , j’engage les amateurs à fe tranlporter dans la célébré & ancienne abbaye royale de faint Vidor à Paris: ils y trouveront, peut-être uniquement, les moyens les plus fùrs d’afteoir leur jugement fur l’état de ce genre de peinture en France dans les difFérens fiecles. Les vitraux de la chapelle de^ l’infirmerie leur
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- remettront fous les yeux des vitres peintes des premiers tems, c’eft-à-dire, du douzième Hecle, ou au plus tôt du treizième j ils en verront du quatorzième au quinzième , dans la chapelle dite des apôtres , qui fert de palfage du noviciat à l’églife. La chapelle de S. Denys derrière le chœur , & le réfeéloire fur-tout leur en montreront du quinzième; ils ne pourront retenir leur admiration pour celles du feizieme , dont les chapelles des bas côtés du chœur & de la nef, 8c la chapelle de faint Thomas , fous le cloître , font fi richement ornées. Enfin, ils en trouveront du dix-feptieme dans les deux grands vitraux de l’églife, en forme de rofes , & dans les trois petits vitraux de la chapelle fouterreine de la iàinte Vierge. C’eft dans ce notable rendez-vous que fe font rangés fous mes yeux tous ces précieux monumens des dilférens âges de la peinture fur verre, qui m’ont mis à portée de juger plus fainement des progrès de l’art fur lequel je me proposais d’écrire ; & j’en ai fait mon étude particulière dans l’entretien qui en a palfé fuccefiivement de mon pere à moi depuis plus de foi-xante ans. Je regarde d’ailleurs comme un jufte tribut de reconnaiffance, de déclarer ici que c’eft dans la riche bibliothèque de cette abbaye fur-tout, qu’encouragé par l’accueil bienfaifant des dignes chanoines qui depuis neuf ou dix ans en ont la direction , j’ai puiféla meilleure part des recherches qui font entrées dans la compofition de ce traité. ( 5 )
- «=rr.-r:r---
- EXTRAIT
- De deux lettres inférées dans la Gazette littéraire de l’Europe, du premier décembre 1765, n. XXIV,
- Sur l'origine & Vantiquité du verre.
- J’ai promis (a) de donner ici un extrait de deux lettres manuferites, inférées dans cette gazette, fous le titre de Lettre d'un Javant de France à un /avant de Danematck, fur t origine & l'antiquité du verre , avec la réponfe de
- ce dernier, jemy luis porte
- ( O On trouve à la fuite de cette première partie les lettres-patentes accordées par Charles Vil, & confirmées par fes fuc-ceffeurs, portant exemption des tailles & autres fubventions, en faveur des peintres vitriers, de même qu’une fentence contra-
- s volontiers , que cette repome con-
- dictoire rendue à leur profit, relativement au privilège en queftion. J’ai cru qu’il ferait très-inutile pour l’art de rapporter ces deux longues pièces en entier.
- (æ) Dans la derniere note du chap. I de cette première partie.
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- tri b u e beaucoup à juftifier & à étendre le lyftêrne que j’ai embrafté’ fur ces deux objets. L’auteur Danois y établit cette thefe :
- Vinvention du verre e{l au(Ji ancienne que celle des métaux ; ces deux marchent d un pas égal, & remojitent dune & dautre aux premiers âges du monde.
- Voici comme il le prouve :
- “ Le mot propre du verre en hébreu eft ^ekoukit, a puritate fie diclum, „ radice çahak, purus ,nitibus fuit : tout comme le mot latin vitrutn vient de ,, videre, quia efl vifui pervium. Ce mot £ekoukit ne fe trouve qu’en un leul „ endroit dans la Bible j favoir, dans Job, chap. XXVIII, verf 17. Non jj adæquabitur ei, Iciiicet làpientiæ, aurum vel vitnim. Ainli vous voyez déjà j5 que fiint Jérôme a mieux entendu ce paffage que les interprètes modernes , „ qui fe font avifés de critiquer ce lavant homme.
- ,, Perfonne 11e doit mieux connaître la lignification & la propriété des ter-,, mes hébreux , que les Hébreux même. Or, tous les interprétés juifs & les „ rabbins qui ont précédé Jéfus - Chrift, conviennent généralement que leur „ langue n’a jamais eu , & n’a encore d’autre terme pour déligner le verre , j, que celui de ^ekoukit ; & que ce mot ne lignifie autre chofe que le verre. „ Ils appellent des vafes de verre maafie çekoukita. L’ufage du verre pour les „ fenêtres eft , à la vérité, moderne.. . Mais l’ufage des coupes de verre re-„ monte aux premiers âges du monde. C’était une cérémonie ellentielle des >, noces chez les anciens Hébreux, de faire boire l’époux & l’époufe dans un „ vafe de verre, & de le cafter enfuite.
- ,, L’étymologie que je viens de vous préfenter prouve déjà l’antiquité du ,, verre ; car li Job, qu’on croit avec beaucoup de fondement avoir été contem-„ porain d’Amram , a connu le verre avec fon nom propre , 011 ne peut guere „ remonter plus haut, fans toucher au premier âge du monde.
- „ Il eft vrai que quelques interprètes modernes, voyant que , dans ce „ texte de Job, le verre eft mis à côté de l’or, ont traduit le mot £ekoukit 5, par celui de diamant. Mais ils auraient dû conlidérer que,li le verre a „ perdu de fon prix, aujourd’hui qu’il eft devenu li commun, il n’en était „ pas de même dans ces anciens tems, où la fabrique du verre était encore 3, peu connue. Les vafes de verre & de cryftaux blancs étaient alors recher-„ chés, eftimés autant que les vafes d’or. Le plus célébré des interprètes qui „ aient fleuri avant Jéfus-Chrift, dit fur un texte du Deutéronome, ( a ) que j, nous expliquerons bientôt : U verre blanc ne le céderait point à dor , Ji la 3, matière n en était pas firagile.
- „ Les Grecs appellent le verre hualos & huelos : ce mot ;vient de huelis, „ qui lignifie le fable dont on fait le verre j 8c huelis vient du mot hébreu
- (a) Jonathan 53, v. 19.
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- SUR FERRE. Partie I.
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- „ hol, qui fignifie le beau fable en général, & en particulier celui dont on „ fait le verre. , (
- ,, Cette fécondé étymologie montre que c’eft des Hébreux que les Grecs „ ont appris la fabrication du verre, & que les premiers l’ont connue de „ touttems , puifque la matière dont 011 le fait, & par conféquent fa fabri-,, que, fe trouvent dans les premières racines de leur langue.
- ,, Un peu de réflexion fuffit pour faire comprendre que l’invention de la ,, fufion des métaux & celle du verre ont une même origine.
- „ La première, ou rinvention des métaux, eft généralement attribuée à Tu, ,, balcaïn, d’après ce palfage de la Genefe, chap. IV, verf. 22 : Tubalcain qui „ fuit malleator & faber in cuncla opéra ceris & ferri. Mais comme l’original „ peut autli lignifier, & même plus proprement, que Tubalcain enfeigna à 5, graver en cuivre & en fer 9 il y a des favans qui prétendent que l’invention „ des métaux eft antérieure à Tubalcain. Reimmanus dit dans fon Hiftoire „ antédiluvienne, feét. I, §. 41, p. 3 9 : Avant Tubalcain on ne gravait les manu-„ mens que fur des pierres ; il enfeigna la méthode de les graver fur le cuivre ,fur ,, le fer & autres métaux , pour les mieux préferver des injures du tems. Auili „ ne paraît-il pas probable qu’on ait pu entièrement fe palier de métaux juft „ qu’à Tubalcain j & puifque Caïn était laboureur, il eft naturel de pen-„ fer qu’il connut l’ufage du fer. %
- ,, Mais quel qu’ait été l’inventeur de la-fufion des métaux , que ce foit Tu-,, balcaïn ou un autre , toujours paraît-il certain qu’on n’a pu voir la fufion des „ métaux, fans voir en même tems celle du verre.
- „ Celui qui, d’une malfe aufli informe, auffi grofliere, aufli peu reifem-„ blante à un métal que l’eft un bloc do minéral fartant de la mine, obtint le „ premier, par le moyen du feu , un métal fufible, dudtile & malléable, 11e „ put pas ne point comprendre la fufion 8c la fabrique du verre , puifqu’en ,, fondant fon minéral il voyait non-feulement le métal dégagé des pierres ,, qui le tenaient emprifonné, couler au fond de fou fourneau j mais auffi „ les pierres & les fcories du minéral, fondues en même tems , nager fur „ le métal en fonte, & fe vitrifier enfuite par le refroidilfement lorfqu’il avait „ fait couler_fon métal hors du fourneau. De là il lui était aifé de conclure „ qu’en employant des matières plus nettes, il obtiendrait une vitrification „ plus pure & plus belle, & qu’en prenant ces matières dans le tems même „ de leur fufion , il pourrait les mouler & les figurer comme il le jugerait à „ propos. (4)
- ( 4 ) Un autre art, dont la découverte l’on a trouvé le moyen de conftruire un & la pratique ont dû conduire à la connaif- four à briques, il a dû fe préfenter des fancedu verre,eft celui de la poterie qui, matières vitrifiées qui auront donné l’idée comme on le fait, eft très-ancien. Dès que du verre lui - même, & indiqué la maniéré
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- VA RT DE LA PEINTURE
- „ La fuilon des métaux & celle du verre paraiflent donc deux arts infé-„ parables, & dépenjdans l’un de l’autre ; la découverte de l’un eft donc „ l’époque de l’origine de l’autre. Cette induCtion eft autorifée par les éty-„ mologies précédentes : il s’agit maintenant de la confirmer par des faits s, qui montrent que la fabrique du verre remonte à la plus haute antiquité.
- „ Le premier eft tiré de la bénédiction que Moyfe donna aux enfans de „ Zabulon , Deut. 3 3 , v. 19 5 où il dit : Qui ( fcilicet Zabulonitæ ) inundadonem ,, maris quaji lac pigent, & thefauros abfconditos arenarum^ félon la Vulgate ; ,, mais il y a proprement dans l’original : Abundantiam maris & thefauros con-,, ditijjîmos arence.
- 3, On doit plutôt regarder ces bénédictions que Moyfe donne aux tribus, „ comme des inftruCtions fur les qualités du' pays qu’elles allaient occuper „ & fur les avantages qu’elles pouvaient en retirer, que comme des béné-„(§diCtions proprement dites.
- „ La tribu de Zabulon confinait , du côté de l’orient, à la mer de Galilée, „ & du côté de l’occident à la mer Méditerranée. Elle pouvait donc jouir „ de l’abondance de la mer. Le patriarche Jacob lui avait promis le même 3, avantage ( Gen. 49, verf. 13 ). Zabulon in littore maris habitabit, & in *, Jlatione navium pertingens ufque ad Sidonem.
- „ Par les tréfors les plus cachés du fable, tous les interprètes juifs, tant „ anciens que modernes , entendent le verre. Ils regardent la fabrique du „ verre, comme une des trois bénédictions que Moyfe promet aux Zabu-„ lonites. Cette tradition univerfelle des juifs fur le fens de ce texte, ne „ peut guere s’expliquer que par l’effet que produisit l’avertilfement de Moyfe „ fur les habitans de ce pays-là , & les verreries qui y étaient établies de tems „ immémorial.
- „ Il paraît en effet, par tous les auteurs anciens qui ont écrit fur cette „ contrée , que le fable -de la riviere Bélus , qui traverfait le pays de Zabu-„ Ion , était le plus propre à faire de beau verre; que les Zabulonites com-„ prirent très-bien le fens de cet avertiifement de Moyfe, puifqu’ils établi-,, rent des verreries dans leur pays, qui ont été les premières qu’il y ait eu „ au monde; que cet art fe communiqua de là en Phénicie & en Egypte; ,, que les verres & les cryftaux qu’on y fabriquait, étaient les plus beaux „ qu’on connût dans ces tems-là, & qu’ils conferverent leur réputation & „ leur prix pendant plusieurs fiecles, & même jufques fous les empereurs „ F^omains. ( a )
- de s’en procurer , laquelle fe fera, de même pas fe plier , prouvent qu’il était très-connu que toutes les autres,perfectionnée par l’ex- de fon tems.
- périence. Les deux problèmes qu’a propofé (a) Voyez Tacite, livre V, chapitre y; Ariftote, favoir, pourquoi nous voyons au Pline, liv. V , chap. 19 ; & Jofephe, liv. Il, travers du verre , & pourquoi il ne peut De bello judaïco.
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- SUR FERRE. Partie L
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- Ce verre était fi eftimé , que fous l’empire dé Néron , on paya fix mille ,, fefterces pour deux feules coupes.'Nous lifons dans Martial,que les vafcs „ de ce verre étaient d’un très-grand prix , en comparaifon de ceux qui fe „ fabriquaient à Rome , & qu’il n’v avait que les grands feigneurs qui pu lient „ s’en procurer. L’art & le travail devaient être portés à un beaucoup plus „ haut degré de perfection dans ces anciennes fabriques-, ce qui ne contri-5, buait pas peu à augmenter le prix de la matière. ' -
- ,, Ces faits, fi je ne me trompe J expliquent infiniment mieux ce texte du „ Deutéronome, que toutes les imaginations des commentateurs modernes. -Je „ crois maintenant être en droit de conclure : i°. que l’invention du verre ,, eft auffi ancienne que la fufion des métaux ; 20. que Moyfe en connaif. ,, fait la fabrique , puifqu’il donna fur ce fujet des inftruCtions aux Zabulo-„ lûtesï 50.-que ceux-ci la connailfaient aufii, puifqu’ils comprirent tout „ ce que Moyfe voulait leur dire, & fe conduifirent en conféquence ; 40. „ que ces verreries du fleuve Bélus font les premières verreries confidérables „ qui aient été établies ; f°. que cet art s’eft répandu de là dans les pays „ voifins, & qu’il a été connu en Orient long-tems avant qu’on en eût la „ moindre connaiflance en Grece.
- ,, Au témoignage de Moyfe , j’ajoute celui de Salomon lorfqu’il dit,Prov. „ 23, verf. 11 : Ne intuearis vinum quando jlavefcit, cum fplenduerit in vitro „ color ejus , félon la Vulgate ; mais il y a dans l’original : Ne intuearis vinum „ quando rubefeit, cum fplenduerit in poculo color ejus. J’ai déjà remarqué que „ l’ufage du verre pour les coupes remontait à la plus haute antiquité. On ,, en voit une nouvelle preuve dans ce paflage. On fe fervait, au tems de ,, Salomon ,de coupes de verre pourboire, & même de beau cryltalblanc , „ au travers duquel on fe plaifàit à voir pétiller le vin.
- ,, En fe donnant la peine de fouiller plus exactement dans les anciens „ monumens, il ferait peut-être facile d’y .trouver d’autres preuves de l’an-„ tiquité du verre. Mais celles que je viens d’expofer fuffifent, je penfe, „ pour confirmer ma thefe. „
- La réponfe du favant Danois, que je me fuis attaché plus particuliérement à extraire, remplit parfaitement l’objet delà demande. Elle dilfingue, au defir du favant Français, les différens fens dont le mot verre eft fufceptible dans les langues orientales, & fur-tout celui dans lequel les auteurs Hébreux l’ont employé, lequel a donné matière à leurs commentateurs d’élever bien des doutes fans les réfoudre. Les Grecs fur-tout, en appellant hualos non-feulement le verre proprement dit, mais en général tout ce qui eft de couleur cryftalline, ont donné lieu à leurs traducteurs, entr’autres à ceux d’Hérodote, de faire croire que dans l’Ethiopie il y avait des verres foffiles, dont les habitans
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- I7é
- L'A R T .D E L A PEINTURE
- fe fervaient ;pour enchâlfei\ les;-corps de leurs, morts. Nos deux lavans font ici parfaitement d’accord ,(a), & foutiennent qu’on ne doit entendre tpar le mot verre qu’une compofition faite par le fecours du feu & de l’art; que par conféquent on ne doit point donner le nom de verre à aucun fofîile; que Vhua-los d’Hérodote n’était autre chofe qu’un vernis bitumineux foflile & tranfpa-rent, dont, on enduifait le plâtre qui renfermait les momies, pour les garantir des injures de l’air, & non du verre proprement dit ; que s’il arrive quelquefois que l’on découvre^ dans la terre des matières vitrifiées , elles ne peuvent être produites que par des feux fouterreins : ce qui ne ferait pas rare près des volcans. Ceci fèrt à redreifer ce que j’avais avancé d’après la tradu&ion d’Hérodote par du Ryer, dans le chap. II de cette première partie.
- (a) Lettre du favant Français, ad calctm,• réponfedu„favant Danois, initio.
- SECONDE
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- SUR FERRE. Partie II.
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- SECONDE PARTIE.
- De la Peinture sur verre , considérée dans sa partie
- CHYMIQUE ET MÉCHANIQUE.
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- CHAPITRE PREMIER.
- Des matières qui entrent dans la compojition du verre, & fur-tout dans les différentes couleurs dont on peut le teindre aux fourneaux des verreries. ' .
- 1. N'ous n’avons épargné ni foins ni recherches pour mettre fous les yeux du ieéteur, dans la première partie de ce traité , tout ce qui appartient à l’hiftoire de la peinture fur verre , depuis les premiers raomens connus de l’invention du verre blanc ou coloré : nous n’apporterons pas moins d’attention à- celle-ci, dans laquelle nous rendrons compte de ce qui regarde la pratique , fur-tout dans l’art de le colorer , & la maniéré a&uelle de traiter ce genre de peipture.
- 2. Le coloris a toujours été regardé comme une des plus importantes parties de la peinture. Donner à chaque objet cette couleur naturelle qui le diftingue d’un autre , & qui en défigne le caraétere, c’eft à quoi les peintres , à quelque genre de peinture qu’ils s’exercent, ne peuvent apporter trop d’application. Dans la peinture fur verre, la beauté du coloris, par leclat de la tranfparence , fait une illufion fi forte fur les fens , qu’elle y répand une et pece d’enchantement qui arrête & furprend les yeux du fpedateur, très-fouvent indépendamment du fujet même traité dans le tableau. Nous 11e pouvons donc être trop exa&s à bien faire connaître la nature fubffantielle des couleurs métalliques vitrefcibles dont on teignait le verre aux fourneaux des verreries & des émaux colorans qu’011 y a depuis appliqués.
- 3. Mon delfein n’eft,pas de traiter ici de l’art de la verrerie dans toute fon étendue, mais feulement des différentes matières qui entrent dans la compofition du verre & des différentes couleurs dont on peut le teindre. Je ne rapporterai pas ce qu’Agricola, De re metallica, Libavius dans fon Commentaire alchymique, part. I, chap. 20, Ferrant Imperatus, liv. XII, ch. 14 & if , & Porta , liv. VI, chap. 3 , nous ont appris fur la eonftrudion, la
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- L'ART DE LA PEINTURE
- t'arme , la matière & le nombre Jfes fourneaux des verreries , fur la matière & la forme des creufets ou pots deftinés à cette fabrique, fur les noms des inftrumeiïs dont les verriers fe fervent, & fur la maniéré dont ils travaillent leur matière lorfqu’elle eft fufHfimment cuite. On peut fur toutes ces chofes confulter ces auteurs, ainfi qu’en ont écrit après eux Chriftophe Merret, Anglais, dans fes Obfervations fur Part de la verrerie de Nérr, Florentin (a) , & Haudicquer de Liancourt. .. . j
- 4. Je ne peux néanmoins paffer fous filetice ce que Pline , liv. XXXVI, chap. 25“ .rïious apprend fur la maniéré dont les anciens préparaient le verre. D’abord, dit ce naturalifte, les Phéniciens s’en tinrent au mélange du nitre avec le fable qu’ils trouvaient en abondance fur la plage du fleuve Bélus. Ils y ajoutèrent en fuite la magnéfie , qu’il paraît avoir confondue avec l’aimant, & que nos verriers ont appellée le favon du verre / à caufe de la propriété de cette fubflance pour le purifier. Oireffaya. paria fuite de fubftituer au fable les pierres & les cailloux tranfparens , même les coquilles de certains poif-fons. Enfin les fables des carrières y furent employés. On y mêla le cuivre. On mettait ces matières en première fufion dans un fourneau'. Lorfqu’elles étaient refroidies, elles donnaient une mafle dérouleur de verd noirâtre. Ou brifait cette malfe pour la mettre une fécondé fois en fufion. On la teignait; pour lors de différentes couleurs par le mélange des différentes fubftances colorantes. Enfin Pline, pour rendre compte de la maniéré dont„qn>compo-fait le verre de fon tems en Italie, dans les Gaules & dans l’Efpagne, dit qu’on y employa le fable le plus blanc & le plus mol ; qu’on le réduilait en poudre par la preffion des moulins & des mortiers } que, pour la mettre en fufion, on y mêlait trois portions de nitre ; & que de cette compofition,. après avoir paffé par plufieurs fufions différentes dans différens fourneaux * on en faifait des maffes de verre d’une grande netteté-& tranfparence.
- f. Les matières qui entrent actuellement dans, la compofition du verre , 8t qui fe réunifient à l’aide de l’art & du feu , font toutes fortes de pierres fof-files ou de fables, mêlés dans une certaine proportion avec des fucs concrets ou des fels tirés d’autres fubfiances qui ont une affinité naturelle avec ces fables, ou ces pierres. Parmi ces dernieres, les plus claires & les plus tranfparentes, ont toujours! mérité la préférence ; & entre les fables, les plus mois , les plus, blancs & les plus fins ont toujours rendu un plus bel effet. Les, pierres tachées de noir ou de jaune, un fable dans lequel on trouve des veines, quelquefois jaunes ou chargées de fer , tachent ordinairement le verre des couleurs qu’elles ont contractées. Généralement parlant, toutes pierres blanches & tranfparentes, que le feu ne réduit point en chaux, font plus ou moins.
- (a) Voyez la traduction que M. fe baron d’Hoîback a donnée de ces auteurs fiur çette traduction la première note du chapitre fuivant.
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- SUR FERRE. Partie II.
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- . propres à donner du verre. .Mais, comme elles demandent plus de tems & -plus de^dépenfe dans leur apprêt, on leur préféré le fable qui en demande beaucoup moins, & qui eft plus fufible. 1 >
- 6. Quant à la préparation & la qualité des Tels propres à mettre ces pierres ou fables en fufion , on peut ,confulter l’Art de la verrerie de Néri, avec les obfervations de Merret, & les remarques de Kunckel. ( a) C’effc de la calcination-faite dans un,four particulier de ces matières mélangées dans une jufte proportion que l’expérience feule peut di&er , que fe fait la fritte , pour cen. féparer toutêSjlqs matières igratfes, huileufes ou autres , qui pourraient tacher le verre, Chrla met enfuite fondre & fe purifier dans les pots ou
- ..creufèts dont on tire le verre , lorfqu’il eft dans fon degré de fufion né ce fi. faire pour le travailler. C’eft de cette fufion bien digérée, beaucoup plus que de la matière , que dépend la bouté du verre. On compte parmi les fubfi. tances propres à la plus.grande perfection du verre ,la magnéfie ou manga-nefe. C’eft une. mine de fer d’un gris .tirant fur le noir, fuligineufe & ftriée ‘comme l’antimoine. Elle relfemble beaucoup àilaimant par fa couleur & par fon poids. Lorfqu’elle eft employée avec choix & difcernement, elle contribue à rendre le verre plus blanc & plus tranfparent. Cette même fubftance .mêlée avec la fritte dans des dofes différentes, connues des verriers, fert aufli à teindre le verre en rouge, en noir & en pourpre. *
- 7. Nous entrerons dans le détail des,recettes propres à le teindre,en.différentes couleurs dans les chapitres fuivans : expofons fuccinclement 'dans celui - ci.les ingrédiens métalliques , propres à ces teintures différentes. 1 °. Le faffre. C’eft une préparation fort connue des Allemands, d’un minéral nommé cobalt. Il s’en trouve en très-grande quantité dans les mines de Schnéeberg en Mifnie, & dans d’autres lieux de la Saxe. On en fait un gros négoce en Hollande, où 011 l’envoie tout préparé. Ce minéral fert à teindre le verre en bleu foncé. a°. Le ferret d’Efpagne. Il s’enftrouve de naturel dans les minières ; mais celui qui eft connu fous le nom dlœsuftum, „eft une préparation du cuivre feul, ou du fer & du cuivre * qui, dofée «fuii
- vant les réglés de l’art, conduites par l’expérience , entre dans un grand nombre des différentes couleurs dont on veut teindre le verre. 30. Le crocus martis, ou fafran de mars. C’eft une calcination du fer, qui donne au verre une couleur très-rouge & qui contribue à y faire paraître & à y développer toutes les autres couleurs métalliques , qui, fans une jufte mixtion du fafran de mars, relieraient cachées & obfcurcies. 40. L’oripeau ou clinquant, qui n’eft autre chofe qu’une préparation du laiton très-propre à teindre le verre en bleu célefte ou couleur d’aigue-marine.
- ( æ ) Art de la verrerie , Paris , chapitre II & fuiv.
- 171S , deux volumes in-12, première partie ^
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- L'ART DE LA PEINTURE
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- 8. Il paraît qu’entre ces matières le cuivre eft le métal qui, relative-
- ment à fes différentes préparations, entre le plus dans la teinture du verre en diverlés couleurs. Les préparations variées de ces fubftances colorantes étant exactement enfeignées par Néri & fes commentateurs , je me*contente d’y renvoyer le lecteur. (a') Il paraît encore, comme je le juftifierai par les recettes inférées dans le chapitre fuivant, que pour teindre le verre en noir, ou en blanc opaque ou blanc de lait, le plomb & l’étain entrent auffi dans l’ordre des fubftances métalliques & colorantes propres à cet effet. Enfin , fuivant Néri, il eft des verres de plomb qui reçoivent admirablement toutes fortes de couleurs & qui font une des plus belles & 'des plus'délicates com-pofitions qui puiffent fe préparer aux fourneaux des verriers. Mais cette ef-pece de verre très-fragile, fupérieur néanmoins par la tranfparence des couleurs , n’ayant pas affez de folidité, ne peut entrer dans l’ordre des verres teints propres aux peintres vitriers, mais beaucoup mieux dans celui des émaux dont on le colore , ou des pâtes dont on fait les pierres fadices. - ;
- 9. Les fubftances métalliques colorantes pour verre une fois connues,’ il eft à propos d’obferver ce qui peut le mieux contribuer à porter avec plus de perfedion dans le verre les couleurs dont elles font le principe. D’abord les creufets ou pots, dans lefquels on met la compofition en fufion , pour quelque couleur que ce foit, ayant toujours quelque chofe de groflier & de ter-reftre qui peut fe communiquer au verre la première fois qu’on s’en fert, & en ternir l’éclat, Néri recommande de les vernir au feu>en-dedans avec du verre bleu avant que l’on s’en ferve. 20. Il demande un creufet ou pot en particulier pour chaque couleur. Celui qui a fervi à préparer une couleur, ne doit jamais fervir à la compofition d’une autre. Il requiert en troïfienie lieu une grande attention à la calcination des poudres métalliques & colorantes qui doivent entrer en mixtion avec la fritte. Le trop ou le trop peu de calcination cauferaient de l’altération dans leurs mélanges. Il en eft qui'doivent être jointes à la fritte lorfqu’on la met dans le pot où elle doit entrer en fufion j & d’autres ne doivent être incorporées qu’avec le verre fondu; lorf-qu’il eft bien purifié , comme nous verrons au chapitre fuivant. Enfin Néri recommande comme un foin effentiel, de bien chauffer un four de verrerie avec uii bois fec & dur ; le bois verd ou trop tendre, outre qu’il ne communique point une chaleur fuffifante, court le rifque de gâter par la fumée la matière qui eft en fufion.
- (a) Néri, de la traduction du baron d’Holback-, chap. XXIV, XXV, XXVIII, & XXXI.
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- SUR FERRE. Partie IL
- i Si
- CHAPITRE IL
- Recettes, des différentes couleurs propres à teindre des maffes de verre; avec des obfervations fur le verre rouge ancien.
- 10. C 'Er chapitre, dans lequel je ne fuis que le copifte de 'Neri & de fes commentateurs , n’a de moi que l’abréviation de quelques endroits qui m’ont paru trop diffus.-fa) J’ai tâché néanmoins de n’en rien retrancher d’eflentiel : la citation que je donne des différens chapitres d’où j’ai extrait ces recettes , facilitera le recours à l’original. J’y ai joint quelques obfervations fur le verre rouge, qui pourront faire plaifir aux curieux & avoir leur utilité.
- n: Belle couleur de bleu célejle ou dé aigue marine. Sur foixante livres de fritte1, mêlez petit à petit 8c à différentes reprifes, une livre & demie ,d’é-cailles 'de cuivre’préparées , auxquelles vous aurez ajouté quatre onces de faffre préparé, le tout mis en poudre très-fine & bien unie. Remuez fou-vent cette mixtion. Si là fritte eft d’un cryftal bien purifié, la couleur fera plus brillante. Si la fritte eft moitié cryftal 8c moitié roquette (b) ou foude
- (a) Antoine Néri, Florentin, a écrit en italien fon Art de la verrerie. Il éft diffus & peù! correct dans le ftyle ; mais il embrafle fon objet dans toute fon étendue avec une exactitude qui va,même jufqu’au fcrupule. Chriftophe Merret, médecin Anglais',^ membre de la fociété royale de Londres, à donné une traduction latine de; l’ouvrage dé Néri, avec des notes Remplies de traits curieux,les uns relatifs à-la botanique, ‘les autres à l’hiftoire naturelle & à la chymie. Le célébré J. Kunckel deLowenf-tern, plus renommé chez les chymiftes par l’opiniâtreté de fon travail, l’exaditude de fes procédés, & l’importance de fes découvertes, que par la profondeur de fa fcience & la correction de fon-ftyle,-après avoir répété, dans les verreries des différens princes qui Remployèrent fuccellivement, toutes les opérations prefcrites par Neri, nous a laiffc une traduction de fon ouvrage en allemand. Il y a joint aux notes de Merret des
- " remarques d’un très-grand poids. Avant fa traduCtion il en avait déjà paru deux autres ’ienla même langue, dont une de Geifsler, avec des notes, qui lui attira des injures & de mauvaifes plaifanteries de la part de Kunckel. M. le baron d’Holback , qui a fenti en bon connaiffeur toute l’importance du traité de Néri, des notes & des remarques de fes deux commentateurs , a fu mériter les applaudiffemens du public par la tra-c duCtion franqaife qu’il en a donnée Jous le titre d'Art de la verrerie, vol. in - 4P, Paris, 17152 , chez Durand,rue Saint-Jacques, & Piffot, quai des Auguftins. Il y a joint celle de quelques autres traités chymiques fur la compofition du‘verre rouge , la vitrification des végétaux , la maniéré de faire le faffre, &c. &-il promet 'de nous donner la traduction'des meilleurs ouvrages allemands fur l’hiftoire naturelle ,1a minéralogie, la métallurgie & la chymie.
- ( b ) On appelle ainfi ce que nous nom-
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- L'ART DE LA PEINTURE
- I&3
- d’Efpagne-, la couleur fera très - admiiïible pour fa beauté , quoiqu’inférieure à la première, (a) Porta, liv. VI, chap. ne prefcrit, pour faire de cette couleur un fort beau bleu célefte,,'qu’une dragme «de cuivre calciné fur une livre de verre, (b) Cette couleur n’admet la magnéfie ou manganefe en aucuneldofe.
- 12. Couleur de faphir,ou beau bleu plus foncé que le précédent. Sur cent livres
- de fritte de roquette, mettez une livre dlfaifre .préparé, mis en pôudre impalpable, & mêlé avec une once de magnéfie de Piémont préparée & bien tamifée. Expofez enfuite votre ;ppt peu à .peu au feu du fourneau avant, de le mettre en fufion; & lorfqu’il commence'à y entrer, remuez fiquvent le tout & laiffez bièn,purifier la matière, (c) Porta,'fur chaque liv^de fritte , ne prefcrit que deux/clragmes de.faifre préparé., Plus on laide long-tems la matière en fufion, plus elle devient belle. ( d~) Kunçkel prétend que trop agiter la matière lorfqn’elle eft en fufion, c’eft y occafionner des bulles qui s’y forment par l’agitation. (e ) r
- 13. Belle couleur verte, qui imite l'émeraude. Le verre.deftiné^ recevoir une couleur verte doit être moins chargé de fels quejoute autre :.trop de fiels l’altere & la fait dégénérer en bleu. La magnéfie 11e doit, point entrer dans fia com-pofition. Pouf y réuffir , fur cent livres de fverre bien entré en fiufion & bien purifié , mettez trois onces de fafran de mars , ou crocus martis , préparé & calciné félon les réglés de l’art: remuez, la mixtion ; laiifez - la, repofer pendant une heure; ajoutez enfuite à cette première mixtion deux livres de cuivre calciné à trois fois, fuivant l’indication des. chapitres 24,2& 28 de Néri, non tout à là fois, mais à fix reprifês, par portions' égales. Mêlez,bien letout,'& le remuez pendant quelque tems. Laiifez?repofer cette( nouvelle mixtion pendant deux heures, & la tenez en fufion pendant vingt-quatre , en remuant fouvent, parce que la couleur, eft plus claire à la furface qu’au fond. (/) Porta dit que , pour faire cette couleur qui fera d’un verd de poireau, il faut fur une couleur d’aigue-marine déjà donnée au verre., ajouter au quart de cuivre préparé ,, qui eft déjà, entré dans, la première ' couleur , un huitième de fafran de mars, & un autre huitième de cui.vre^préparé ,1e tout bien réuni, mis en poudre impalpable.,(g) Néri, chapitre 34, fubftitue au fafran de mars des écailles de fer qui tombent de l’enclume des forgerons, bien nettoyées, édulcorées avec dp d’eau, broyées, féchées & tamifèes , eri.
- ... - 1
- nions ordinairement cendres du Levant. Il (a) Néri, chap. XXIX. , . en vient auili de Tripoli & de Syrie, gui (b) Merret fur ce chapitre. «O r a ne contient pas tant de fels que celle qui ( c,>, Néri, chap. XLIX. , 0 •;
- vient de Saint-Jean-d’/lcre, à dix lieues de ( d) Merret-fur ce chapitre. ; ;
- Jérufalem. Dicïionnaircd'hijîoire naturelle (e) Kunckel fur ce chap. & le fuivant
- de M. Yalmont de Bomare, où, au lieu de (/) Néri, chap. XXXII. »
- Jcnifalenij il faut lire 2]//-. (g) Merret fur ce chapitre.
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- SUR FERRE\ Partie IL 1S3
- même dolè qu’au chapitre 32 5 ce qui donnera un verd tirant un peu plus fur le jaune. • t ‘ ' ? •
- 14. Belle couleur de jaune d'or. Sur cinquante livres de fritte de cryftal faite avec le tarfé (a) & cinquante autres livres d’autre fritte faite avec la roquette & le tarfe, bien pulvérifées & réduites en poudre impalpable, mêlez fix livres de tartre^rouge ren moineaux,'une livre & demie de bois de hêtre ou de bouleau , ou de cette poudre jaune que l’on trouve dans les vieux chênes, le tout bien' pulvérifé & tamifé. Mettez la fritte & les poudres en-femble en fufion, fans les remuer. Cette compofition étant fort fujette à fe gonfler dans les pots , veut être travaillée telle qu’elle s’y trouve , fans être agitée , 8c demande en même tems d’être fouvent écumée 8c purifiée de fes fels. (B) :
- if. Bernard de Palissy , dans fon chapitre des pierres, (c) après avoir démontré que les -pierres jaunes qui fe trouvent en terre ont pris leur teinture du fer ,r du plomb, de l’argent, ou de l’antimoine , par l’écoulement & la congélation d’eaux qui paffent par des terres contenant de la femence de ces minéraux, prétend que la dilfolution & putréfa&ion , jointe à la faculté falfitive de certains bois pourris en terre détrempée en tems de pluie, amenant avec foi fa teinture, donnera une couleur jaune à une pierre encore tendre, 8c en opérera la congélation par les fels qui s’y rencontrent, comme dans les minéraux. cc Et de ce ne faut douter , ajoute-t-il ; car je fais que le „ verre jaune qui fe fait en Lorraine pour les vitriers n’eft fait d’autre chofe „ que d’un bois pourri, qui eft un témoignage de ce que je dis que le bois ,, peut teindre la pierre en jaune. ,, Cette maniéré de teindre le verre en jaune eft encore a&uellement en ufage dans la Boheme, où le verre jaune que nous en.tirons, qui eft d’une très:-belle couleur d’or, eft fait de la fciure d’un certain .bois qui y croit abondamment. Je tiens ce fait de feu M. Heller 8c compagnie4, marchands de cryftaux 8c de verre en tables de toutes couleurs, de Boheme, qui en tiennent un fort beau magafin au village de S. Cloud près Paris.
- 16. Belle couleur de grenat, ou rouge couleur de feu. Sur cent livres de verre de'cryftal &?fur cent autres livres de fritte de roquette , enfemble deux cents livres , qu’on mêlera avec foin , bien pulvérifées 8c tamifées, ajoutez
- r -J VH ''.
- {a') Voyez 'fur la compofition de cette fritte les chapitres II, III, IV, V, VI & VII de Néri, avec les notes de Merret, & les remarques de Kunckel. Néri dit au ch. II, que le tarfe eft une efpece de ïparbre très-dur & très-blanc, que l’on trouve dans la Tofcane au-defifus & au-delTous de Florence.
- Voyez l’obfervation de M. le^ baron d’Hol-back, à ce fujet.
- ( b ) Voyez le chapitre XLVI de Néri 7 corrigé par Kunckel.
- ( c ) Di (cours admirable de la nature des eaux & fontaines > Paris , içgo, page 252.
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- L'ART DE LA PEINTURE
- une livre de magnéfie ou manganefe de Piémont, préparée xomme il eft prefcrit au chapitre 13 de Néri, & une once de fafïre préparé, pulvérifé, tamifé & réuni à la manganefe. Mêlez le tout bien exactement : remplirez votre pot petit à petit, parce que la manganefe fait gonfler le verre. Quatre jours après, lorfque le verre fera bien purifié & qu’il aura pris couleur à un feu continuel, vous pourrez Remployer. ; Cette couleur eft une de celles qui demandent de la part du verrier toute' l’intelligence pofîîble , pour augmenter ou diminuer la dofe des poudres colorantes, félon qu’il veut faire-la couleur plus au moins foncée. ( a )
- 17. Kunckel contredit ici formellement Néri, & dit qu’il s’en faut de beaucoup que les dofes de fafïre & de magnéfie ci - deflus indiquées donnent une couleur de grenat 5 que pour réullir dans cette compofition , il faut quelque chofe de plus (que Kunckel ne dit pas) , & qu’après les expériences réitérées qu’il a faites de ce que Néri prefcrit ici, il n’a pu avoir qu’une couleur de rubis fpinel. (£) Haudicquer de Blancourt, au lieu de deux cents livres de fritte pour fupporter la mixtion colorante dofée par Néri , n’en prefcrit que cent livres. ( c )
- 18. Bdlc couleur violette, ou £améthyjle. Sur chaque livre de fritte de cryf-tal faite avec le tarfe (^), mais avant qu’il entre en fufion, prenez une once de la poudre qui fuit, & la mêlez. Compofez cette poudre d’une livre de magnéfie de Piémont & d’une once & demie de laffre. Mêlez avec foin ces deux matières, après les avoir réduites en poudre. Joignez-les à la fritte de cryftal. N’expofez votre pot que petit à petit au fourneau. Faites fondre & travaillez ce verre aufii - tôt qu’il eft purifié & qu’il a pris la couleur defirée : on peut, en augmentant ou diminuant la dofe de la poudre , tenir la couleur plus foncée ou plus claire, ce qui. dépend de l’expérience ou de l’intelligence du verrier, (e) Porta, liv. VI, chap. f , n’admet qu’une dragme de magnéfie, pour mieux imiter i’améthyfte. (/) Kunckel fe réglé, pour la beauté de cette couleur, fur la meilleure ou la moins bonne qualité du faffre qui la charge à proportion de ce qu’il eft plus foncé. II enfeigne que c’eft de l’habileté à trouver la dofe convenable, que dépend le plus ou le moins de reflemblance de cette couleur avec I’améthyfte. (g)
- 19. Couleur noire. Prenez des fragmens ou groifils de verre de plufieurs couleurs : joignez-y de la magnéfie & du faflfre, mai^-moitié moins de la première fubftance que de la fécondé. Lorfque le 7erre fera bien purgé , vous
- (a) Néri, chap. XLVII. (d) Voyez fur la compofition de cette
- ( b ) Remarques de Kunckel fur ce cha- fritte la note a de la page précédente, pitre. ( e ) Néri, chap. XLVIII.
- ( c ) flrt de la verrerie d’Haudicquer de (/) Merret fur ce chapitre.
- Blancourt, chap. LXIII. (g) Kunckel , fur ce chapitre.
- pourrez
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- pourrez le travailler : fi prendra une couleur de noir luifant & fera propre a toutes fortes d’ufages.
- 20. Autre* Sur vingt livres de fritte de cryftal & autant de fritte de roquette, ajoutez quatre livres de chaux de plomb & d’étain, le tout bien pulvérifé & tamifé. Jetez ces mélanges dans un creufet ou pot déjà chaud, avant de le mettre dans le fourneau. Lorfque le verre fera bien purifié, ajoutez-y fix onces de la poudre fuivailte. Prenez ,pour faire cette poudre, égales parties d’acier bien calciné & pulvérifé, & de ces écailles de fer qui tombent fous renclume des forgerons, égalementpulvérifées & tamifées, réunies avec l’acier. Lorfque vous auréz mêlé fix onces de cette poudre à votre verre en fufion, comme elle eft fujette à faire gonfler le verre, remuez bien le tout, & le lailfez pendant douze heures au feu avant de travailler votre verre, (a) Kunckel, après avoir fait l’éloge des deux compofitions précédentes, prétend qu’en laiflant le mélange de la derniere plus de douze heures au feu , la couleur en deviendra plus tranfparente & fera plus brune que noire. ( b)
- 21. J’ai omis quelques recettes prefcrites par Néri pour faire du verre
- de plufieurs couleurs , comme de blanc de lait, de fleurs de pécher & de marbres., parce que ces couleurs n’étant point tranfparentes & n’étant utiles qu’à faire des vafes de verre de ces.différentes couleurs, elles ne peuvent entrer dans l’ordre de celles qui font propres aux peintres fur verre : ainfl Je-pafle aux différentes recettes pour teindre des maffes de verre de couleur rouge. . ,
- 22. Couleur rouge foncé. Cette couleur demande des foins fi vigilans 8c mérite tant d’attention à caufe des altérations qu’elle prend au feu & de l’opa • cité qu’elle peut y contracter, que Kunckel femble avoir abandonné Néri fur cet article. Il ferait à fouhaiter que l’on pût découvrir quelque jour la recette de la compofition qu’il y a fubftituée, & de laquelle il a obtenu , dit-il, un rouge qui imite le rubis. Cejle de Néri opéré , fuivantfa remarque, une couleur rouge fi foncée, qu’à moins qu’on.ibuffiàtde verre très-mince, ou ne pourrait en diftinguer la couleur, (c)
- 2). Voici néanmoins l’indication de la compofition de cette couleur fur la recette qu’en donne Néri. Prenez vingt livres de fritte de cryftal, une livre de groifils ou morceaux de verre blanc, deux livres detain calciné. Mêlez le tout enfemble : faites-le fondre & purifier. Lorfque tout ce mélange fera fondu, prenez parties égales de limaille d’acier pulvérifée & calcinée & d’écailles de fer bien broyées. Mêlez ces deux fubftances, & réuniffez - les
- (a) Néri, chap. LT & LII.
- (b) Kunckel, fur ces chapitres.
- ( c ) Remarques de Kunckel, fur le cinquante-huitieme chapitre de Nerf.
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- enfenible en poudreimpalpable. Mettez-ëii'deux onces fur le verre fondu & purifié. Ce mélange le fera gonfler confidérablement. Laiffez le tout en fufioii pendant cinq ou fix heures de tems, afin qu’il s’incorpore parfaitement. Prenez garde de ne pas mettre une trop grande quantité de la poudre indiquée; elle rendrait le verre noir; au lieu de lui donner cette couleur d’un rouge foncé qui doit néanmoins être très-tranfparente. Lorfque vous ferez parvenu à lui donner la couleur defirée, prenez environ fix dragmes duflum prépare & calciné à trois'fois. Mêlez cette poudre dans le Verre en’Tufion, & la remuez plusieurs fois. Dès la troifieme ou quatrième fois^votre matière paraîtra avoir pris un rouge de fang. Enfin, après de fréquentes épreuves de votre couleur, fi-tôt que vous la trouverez telle que. vous la demandez , mettez-vous promptement à la travailler; autrement le rouge difparaîtrait, & le verre deviendrait noir. Pour obvier à cet inconvénient, il faut que le pot foit toujours découvert. Quand le verre aura pris une couleur de jaune obfcur , c’efl le moment qu’il faut failir pour y ajouter la dofe 'prefcrite à'œs ujlum. Pour lors votre verre deviendra d’une belle couleur. Il faut encore que la matière ne s’échauffe pas trop dans le pot, & qu’elle ne demeure pas plus de dix heures dans le fourneau. Si dans cet intervalle la couleur venait à difparaître, on la rétablirait en y ajoutant de nouveau de la poudre d’é-cailles de fer. ( a ) 1 ;
- 1 24. Rouge plus clair & plus tranfparent. Prenez de la magnéfie de-Pié-morft réduite en poudre impalpable : mèlez-la à une quantité égale de nitre purifié. Mettez calciner ce mélange au feu de réverbere pendant vingt-quatre heures; ôtez-le enfuite ; édulcorez-le dans l’eau chaude; faites - le fécher; féparez-en le fel par des lotions répétées : la matière qui reftera, fera de couleur rouge. Ajoutez-y un poids égal de fel ammoniac : humectez le tout avec un peu de vinaigre diftillé ; broyez-le fur le porphyre, &laiiîez-le fécher. Mettez enfuite ce mélange dans une cornue à long col à gros ventre. Donnez pendant douze heures un feu de fable & de fublimatio'n : rompez alors la cornue ; mêlez ce qui fera fublimé avec ce qui fera refté au fond de la cornue : pefez la matière; ajoutez-y en fel ammoniac , ce qui en eft parti par la fublimation. Broyez le tout , comme auparavant, après l’avoir imbibé de vinaigre'diftillé ; remettez-le à fublimer dans une cornue de même efpece ; répétez la même chofe jufqu’à ce que la magnéfie refte fondue au fond de la cornue. Cette compofition plus propre aux pâtes & aux émaux qu’au grand verre, donne au cryflal & aux pâtes un rouge tranfparent fem-blabie à celui du rubis. On en met vingt onces fur une once de cryflal ou de verre. On peut augmenter ou diminuer la dofe félon que la couleur femblera
- ( a ) Néri, chap. LVIII.
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- l’exiger. Ii faut fur-tout que la magnéfie foit de Piémont, & bien choifie. (a)
- 2 f. Kunckel trouve ici une faute confidérable dans la traduction latine de ritaiien deNéri , en ce qu’elle prefcrit vingt onces de magnéfie préparée, fur une once de cryftal ou de verre. Après avoir confronté avec cette traduction latine deux autres traductions allemandes de fon Art de. la verrerie, dont une prefcrit une once de magnéfie préparée fur une once de cryftal ou de verre , & l’autre une once de magnéfie fur vingt livres de cryftal ou de verre, il donne la préférence à cette derniere recette, comme au vrai fentiment de Néri. Il trouve même cette derniere dofe trop forte. Il croit, qu’une demi-once de manganefe fuffit j qu’en fuppofant le fuccès de l’opération , on aura une couleur très-agréable* Il ne s’agit que de la bonne préparation de la magnéfie, conformément à l’enfeignement de Néri, pour en obtenir une belle couleur de grenat. Il aifure même qu’il eft en état d’en montrer qu’il a obtenue de cette maniéré, (b) Haudicquer de Blancourt prefcrit vingt onces de cette magnéfie fufible fur une livre de matière en bonne fonte , ajoutant plus ou moins de magnéfie jufqu’à ce que la matière foit au degré de perfection de la couleur du rubis, (c)
- 26- Je mets à l’écart les préparations des couleurs de rouge fanguin & de rofe, dont ôn peut teindre des malles de verre. Elles font plus dans l’ordre des émaux & des pâtes que dans celui des verres à vitres. On peut voir fur ces préparations les chapitres 121 , 122, 124, I2f , 127 & 128 de Néri. Je me contente de rapporter la recette qu’il donne au chapitre 129, à caufe de ce qu’elle a de plus précieux , quoique le fuccès, comme l’alfure Kunckel, en foit très-difficile & rare. ( d )
- 27. Rouge tranfparent plus beau. On dilfout de l’or dans de l’eau régale que l’on fait évaporer enfuite. O11 réitéré cette opération cinq ou fix fois, en remettant toujours de nouvelle eau régale après chaque opération , ce qui donne une poudre que l’on fait calciner au creufet jufqu’à ce qu’elle devienne rouge. Cela arrive au bout de quelques jours. Cette poudre mêlée peu à peu dans un cryftal ou verre en fufion & purifiée par de fréquentes extindions dans l’eau, donne une fort belle couleur de rubis tranfparente au verre. Merret remarque que Libavius, livre II de fon premier traité, chapitre 5 5 , femble avoir rencontré jufte en conjedurant que cette couleur pourrait fe faire avec de l’or. Voici les termes de Libavius , rapportés par Merret ( e) : “ Je penfe qu’on pourrait bien imiter la couleur du rubis, en mêlant avec ,, le cryftal une teinture rouge d’or réduit en liqueur ou en huile par la
- (a) Néri, chap. CXX. (d) Kunckel, furie chap. CXXIX de
- (b) Kunckel, fur ce chapitre. Néri.
- ( c) 4rt de la verrerie d’Haudicquer (e) Merret,fur ce chapitre, de Blancourt, chap. CLXX.
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- „ diifolution. „ La raifon qu’il en donne, c’eft que les rubis fe trouvent le plus fouventdans les éndroits où il y a de l’or j'ce qui rend probable , félon lui, que l’or s’y change en pierres précieufes. Le fa vaut, mais trop myfté-rieux Kunckel n’ofe pas ici démentir Néri. Mais , fans fe mettre à découvert, il fe contente de dire qu’il faut quelque chofe de plus que ce qu’indique Néri, pour que l’or puilfe donner au cryllal ou au verre une couleur qui tienne de celle du rubis.
- 28. Rouge couleur de rubis ou pourpre de Caffîus. FAITES dilfoudre de l’or dans de l’eau régale, étendez la diifolution jaune qui en proviendra dans-une grande quantité d’eau claire & pure : ajoutez enfuite à ce mélange une quantité fuffifante d’une diifolution d’étain , faite aufli par l’eau régale & fa-turée (a) par pluiieurs fois. Il tombera quelque tems après au fond du vaif-feau une très - belle poudre rouge & colorée en pourpre. Décantez alors la liqueur, faites fécher cette poudre. Lorfqu’elie fera feche , faites-en fondre quelques grains avec du verre blanc , & elle lui communiquera une couleur de pourpre extrêmement belle, ou une couleur de rubis. Par le moyen de cette expérience, l’art des anciens pour colorer le verre en rouge, qu’on a regardé long-tems comme perdu, parait entièrement retrouvé. M. Shaw (b) la rapporte comme de Caiïius, & renvoie à la page iof de fon traité de auro. ( c )
- 29. On fent bien que la maniéré de produire du verre d’un beau rouge de rubis, par la diifolution de l’or, convient beaucoup mieux pour de petites maifes de verre , dont 011 voudrait faire des rubis fadices, que pour ces tables de verre que les peintres vitriers découpaient pour leurs panneaux. Mais les chymiftes, auteurs des diiférens traités dontM. le baron d’Holback adonné la tradudion à la fin de fon Art de Ici verrerie , paraiifent oppofés entr’eux fur la néceflité d’employer l’or par la diifolution , pour donner au verre cette belle couleur rouge, approchante de celle du rubis.
- 20. Orschall ,infpedeur des mines du prince de Hefle, après avoir annoncé avec la plus ferme confiance dans fon traité intitulé, SolJîne vejle , (d) qu’il poifede le fecret de la diifolution radicale de l’or, par le moyen de laquelle il fait des rubis qu’on ne pourrait lui difputer, foutient que fans l’or
- (a') Voyez le DiHionnaire de chymic, par M. Macquer, Paris, 1766, au mot Saturation.
- ( b ) Leçons de chymie , de M. Shaw , traduites de l’anglais.
- ( c ) Voyez aufli le Dictionnaire de chymie ci-deflus cité, au mot Précipité d or par ïètainj & le n. 5 delafeétion III du
- chapitre de la peinture en émail, dans le premier extrait de l’ouvrage d’un auteur Anglais , dont nous donnons des morceaux à la fin de cet art.
- ( d ) Page ç 16 de Y Art de la verrerie de JYt. le baron d’Holback, qui nous a donné une tradudion franqaife de ce traité.
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- il eft impofiible de les faire ou de donner au verre la vraie couleur de pourpre ; que ceux qui font dans le cas de peindre le verre, ou de forcer des couleurs dans les émaux, n’ont point d’autre pourpre que celui qu’ils tirent de l’or ; ,enfin qu’on ne réuflit dans ces talens qu’en fachant bien la maniéré de le travailler. Il héfite à croire Kunckel fur la découverte du verre rouge couleur de rubis fans or, & prétend qu’il y entre au moins un foufre doré. Il n’ofe cependant pas le contredire ; car il nous apprend lui-mème, en parlant de Kunckel, que ce favant artifte en verre... cet homme qui fait parfaitement diftinguer les couleurs. .. très-verfé dans l’art de faire des verres... qui entend fi bien la maniéré de préparer des verres & des rubis, alfure qu’il a la méthode de faire un beau verre rouge de cette couleur, fans y employer l’or.
- 2 I. Grummer dans fon traité, Sol non fine vefie, (a) s’efforce, pour réfuter le fentiment d’Orfchall, à prouver par des expériences que la couleur pourpre ne vient pas de l’or feul 5 qu’on peut la tirer de tous les autres métaux, & que G’eft à la magnéfie revivifiée par l’acide nitreux qu’on en eft redevable. Nous allons extraire de cet ouvrage ce qui me paraît faire le plus à mon fujet, fauf à l’expérience qui eft le plus fur guide en matière de chymie, à s’aifurer de la'vérité des faits que Grummer rapporte, & à lui appliquer à lui-mème la réglé qu’il propofe en tête de fes opérations : Fide ; fed cni, vide.
- 32. Il convient d’abord que la grande beauté des émaux que les orfèvres 8c les émailleurs tirent de leur poudre d’or brune, avait excité là curiofité, & que , voulant fe mettre au fait de la préparation de cette couleur, il y avait procédé de la maniéré fuivante. '
- i°. Il avait fait diffoudre de l’or dans de l’eau régale, il en avait précipité la folution avec l’huile de tartre ; il avait mêlé la matière précipitée dans une grande quantité de verre blanc de Venife; il avait mis le toutenfufion; 8c en fuivant ce procédé, il alfure qu’il eut un fort beau verre pourpre ou couleur de rubis. Le fuccès le détermina à une fécondé expérience.
- 20. Il prit de petits morceaux de verre blanc ou cryftallin, exactement pilés, auxquels il joignit un peu de borax (b)j il mit le tout dans un creu-fet ; il y ajouta un peu de folution d’or dans l’eau régale 3 il fit fondre doucement cette compofition , & obtint par ce procédé un verre pourpre ou couleur de rubis.
- 3 Encourage par ce nouveau fuccès, il entreprit la vitrification de l’argent, qu’il fit dilfoudre dans l’eau-forte jufqu’à faturation ; il y verfa del’ef-prit d’urine jufqu’à la celfation de l’effervefcence 3 i y fit bouillir ce mélange 3
- (a) Voyez ce traité au rang de ceux micum. que ce favant a traduits : il eft à la page <343, ( b ) Voyez fur le borax & fes propriétés,
- & eft précédé d’un autre, qui a pour titre : les Dicïionnaires de Trévoux , d’hijioire Heliojcopium videndifine vejlefolem c/iy- naturelle, & de chymie.
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- il en obtint une fécondé diffolutioti de la plus grande partie qui avait été précipitée ; il hume&a, des morceaux de verre pilés, mêlés d’un quart de borax calciné avec la folution ; il fit fondre ce mélange à un feu modéré, & obtint un beau verre pourpre ou couleur de rubis. L’opération devenait moins coûteufe ; il voulut l’edayer fur d’autres métaux.
- 4q. Il fit diifoudre du plomb dans de l’efprit de nitre; il précipita la folution avec une quantité fuffifante d’efprit de fel ammoniac , fans qu’il fût befoin d’une fécondé folution dans le diiTolvant, comme à l’argent; il prit l’eau claire d’où le plomb avait été précipité i il en hume&a du verre blanc pilé, mêlé avec un quart de borax calciné i il fit fondre ce mélange, & en obtint un verre de couleur de rubis.
- f°. Surpris du fuccès de cette opération, qu’il attribuait à l’ame ou teinture d’or cachée dans tous les métaux, il prit une fécondé fois du plomb ; il le fit diifoudre dans de l’eau - forte ordinaire , mêlée d’une bonne partie d’eau de pluie qui le fit entrer plus vite en dilfolution ; il précipita la folution avec de l’efprit de fel marin, la fit bouillir pendant un quart-d’heure au bain de fable; le plomb tomba fur-le-champ en chaux blanche comme la neige : il fe fervit de ce diiTolvant fort clair, qui était au - delfus, pour mouiller le verre blanc pilé , mêlé avec un quart de borax calciné ; il fit fondre ce mélange, & en obtint un verre pourpre ou couleur de rubis , aulli beau que les précédens. Il n’ofe pourtant pas garantir le même fuccès pour cette expérience. Il en voulut aulli faire une fur le fer,
- 6°. Il fit diifoudre du fer dans de l’eau - forte, il précipita la folution ayec l’efprit de fel ammoniac j le fer tomba au fond fous la forme d’un très-beau crocus, fans qu’il reliât de fa fubllance dans le dilfolvant; il décanta l’eau toute claire qui furnageait au crocus; il s’en fervit pour hume&er du verre blanc pilé , mêlé d’un quart de borax calciné ; il fin fondre le tout i & le fer, qui donne ordinairement du jaune dans la vitrification, lui produilit un beau verre rouge tranfparent, de couleur de rubis. Cette expérience le conduilit à celle du cuivre.
- 7°. Il fit diifoudre du cuivre dans de l’eau-forte; il précipita la folution avec de l’huile de tartre; tout le métal tomba au fond : il fe fervit du dilfol-vant qui était demeuré tout clair, pour en hume&er du verre blanc pilé & mêlé d’un quart de borax calciné ; il fit fondre le tout, & obtint pareillement un verre pourpre & couleur de rubis.
- 8°. Il obtint le même effet de l’étain di(fous dans l’efprit de nitre affaibli par de l’eau. Il hume&a fon verre pilé & mêlé d’un quart de borax calciné avec le dilfolvant clair qui furnageait ; & après la fufion il en eut un verre pourpre. A toutes ces expériences, par lefquelles Grummer dit s’être convaincu que l’on peut tirer une couleur pourpre, femblable à celle qui efl tirée de
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- l’or j même des métaux les moins précieux, il. ajoute qu’il eft encore d’autres métaux & minéraux * qui, traités avec le nitre, produifent le même effet ; mais réfer van t de s’en expliquer à un autre terns, il s’efforce de prouver par les deux expériences qui fuivent, que cette belle couleur & teinture ne doit fon origine ni à l’or, ni à l’argent, ni aux autres métaux 5 qu’elle vient plutôt d’une ;autre fubftance riche en couleur. Nous allons le voir dans le procédé fuivant, où il enfeigne à préparer, une belle couleur de pourpre & de rubis par le moyen du nitre.e * «. ~ , .
- 9Ç. Prenez, dit-il, des^morceaux de verre blanc ou de verretendre de Venife, qui produit-le même effet, à volonté ; réduifez-les en poudre ; mêlez-y un quart, un huitième, ou encore moins de nitre purifié ; vous pourrez aufli y joindre un peu de borax calciné, pour en rendre la fufion plus ailée. Faites fondre ce mélange d’une maniéré convenable 5 vous obtiendrez un;.verre pourpre de la couleur des plus,beaux rubis, qui ne le cédera en rien à tous ceux qu’on aurait (faits fuivant les procédés ci-deffus. Grummer s’attache ici à répondre aux.différentes difficultés que peuvent lui propofer ceux qui fe font imaginé jufqu’à préfent que c’ell de l’or que procédé la couleur pourpre. Il garantit le fuccès de fes expériences contraires à ceux qui paraîtraient en douter, en leur répliquant que ces mêmes expériences cent.fois réitérées en un jour ne manqueraient jamais. Ç’eft^ prétend - il, à la magnéfie , qui eft contenue & cachée dans le verre blanc ou le verre tendre; de Venife, reffufcftée-& ranimée par un fel magnétique qui contient une teinture analogue , que cette couleur pourpre elf donnée. Après s’être étendu fur les propriétés de la magnéfie dans la vitrification, il palfe à-d’autres objections fondées fur les expériences dans lefqueîles il n’eft point entré de,nitre. On peut confulter fa réponfe dans fon ouvrage même, (a) en-fuite de laquelle il pafTe à la. dixième expérience. :
- ’ ioP.-lL.démontre que la précipitation ou la folution de l’or, quand on la joint à,du verre dans lequel on n’aurait pas fait entrer originairement .la magnéfie, ne donne point de couleur pourpre. Faites, dit-il, du verre fans magnéfie : on peut fe fervir pour cela de pierres à fufil pilées & mêlées avec une partie égale de fel de tartre ou de potaffe : on fait fondre fuffifamment ce mélange j on le, tirp enfuite du pot, & on le verfe pour en former des pains tels que ceux de verre tendre de Venife. On le pile dans un mortier de fer bien net', on le tamife avec foin. Ce verre préparé de la maniéré qu’on vient de . décrire! porte à ^extérieur la j même, .apparence que celui dans lequel la magnéfie eft entrée : mais fi l’on vient à l’employer de l’une des manier.es qui ont été indiquées, foit avec or ,.foit, fans ,or, jamais il ne fera pofîible
- (u) Voyez les-'pages 553 &'554 del’^rf delaverrerie, par M. le baron d’Holback,
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- d’obtenir une couleur pourpre ou de rubis. Pour prouver aux curieux que dans les compofitions de cette couleur avec l’or, ce même or ne fe vit rie point, mais ne fait que fe mêler au verre, il prétextera difîipation qui fe fait peu à peu de la couleur dans un mélange de cette efpece à un degré de feu trop aéïif ou de trop de durée. L’or , dit-il, commence d’abord à former une pellicule à la furface de la matière fondue , & enfin tombe au fond du creufet. Il ajoute que la même chofe arrivera à la compofition du verre qu’il- vient d’indiquer ; avec cette différence, qu’étant dépouillé de la magnéfie, il ne fe colorera point du tout. De ces procédés clairs & circonftanciés qu’il vient de donner, il fe flatte que chacun pourra conclure que la couleur pourpre du verre lie doit point fou origine à la réduction de l’or qu’on y aurait mêlé au commencement de l’opération, mais à la magnéfiequi était entrée dans la compofition du verre.
- 33. J’ajoute ici quelques obfervations fur le verre rouge, que'je dois à l’expérience que j’ai acquife par les réparations dans différentes églifes de plufieurs vitraux de vitres peintes anciennes & modernes j-& après avoir remarqué avec les plus habiles maîtres dans Part de la verrerie que- j’ai con-fultés, que , pour donner au verre différentes couleurs & les nuances que l’on déliré, il faut fou vent effayer fa matière, augmenter ou diminuer les dofes des ingrédiens colorans', hâter ou arrêter l’adivité du feu ; après avoir fur-tout fait obferver que la couleur rouge demande plus de foins, d’intelligence & d’expérience qu’aucun autre , comme plus fujette à noircir & à prendre une opacité qui lui été fa tranfparence , ou enfin à perdre la couleur qui s’efface totalement à un trop grand feu ; je dis i°. qu’entre les verres rouges des plus anciens vitraux il s’en trouve peu de celui que les peintres fur verre nomment improprement verre naturel ; terme qu’ils ont adopté pour diftinguer un verre teint dans toute fa maife; de celui qui n’eft coloré que fur une furface / & dont nous traiterons dansée chapitre fuivant : 2?. que pour peu qu’il s’en trouve, il eft plus mince dé plus dé moitié; que le verre des autres couleurs : 30. que deux morceaux de ce vwre rouge'naturel, appliqués l’un fur l’autre, préfentent à la vue une couleur plus noire que rouge. J’en augure que la difficulté du fuccès dans la teinture dès maffes de verre en rouge porta les peintres vitriers à faire, ou par eux-mêmes, ou par les verriers, l’éifai d’un émail rouge fondant qui, réduit en .poudre impalpable & détrempé à l’eau , était étendu & couché avec art fur le verre deflitué de couleurs par le fecours du pinceau ou de la broife, en autant de couches que la nuance defirée le demandait ; que ces tables, ainfî'enduites de ce vernis, rouge, étaient portées dans un fourneau pour y faire cuire & parfoudæ la* couleur qui y avait été couchée ; que delà ils obtinrent ces différentes nuances de verre rouge plus clair ou. plus foncé fui vaut le befoin , fans lui rien ôter de fa tranfparence. 34.
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- 34. Ma conjecture paraît d’autant mieux fondée qu’entre tous îes verres de couleur employés dans les plus anciennes vitres peintes, il n’y a guere que le verre rouge qui foit ainfi coloré, les autres étant plus ordinairement fondus tels dans toute leur malfe. J’ai entre les mains & fous les yeux des morceaux de verre rouge du treizième au quatorzième fiecle , fur lefqueîs on dit tingue aifément la trace de la broife dont on fe fervait pour étendre & coucher fur un verre nu ce vernis rouge , ainfi que Kunckel l’appelle. Enfin, foit à caufe du précieux de l’or qui pouvait y entrer, foit à caufe de ce double apprêt, le verre rouge, quoique coloré fur une fuperficie feulement, a toujours été plus cher que le verre de toutes autres couleurs teint au fourneau des verriers dans toute fa malfe. J’ai voulu faire faire du verre rouge dans les verreries de Boheme , d’où j’ai tiré une allez grande quantité de verre en tables de toutes les autres couleurs de parfaite beauté , fi l’on excepte le verd ; & quoique j’eulfe confient! à une augmentation de deux tiers en fus du prix des autres couleurs, je n’ai pu obtenir des verriers de ce royaume de m’en faire un envoi. Je finis ces obfervations fur le verre rouge, par la copie que j’ai trouvée dans les papiers de feu mon pere, d’un compte arrêté en 1689 > entre le fieur Perrot, maître d’une verrerie près Orléans , & Guillaume le Vieil mon aïeul , entrepreneur des vitres des rofes & des vitraux de la nef de l’églife de fainte Croix de la même ville. Elle fervira entr’autres chofes à prouver que le prix du verre rouge était, à la fin du dix-feptieme fiecle, du tiers en fus de celui du verre des autres couleurs. “ Du 3 feptembre 1689*, ( porte ce compte) M. le Vieil , „ entrepreneur des vitres de Sainte-Croix, doit au fieur Perrot de la ver-„ rerie d’Orléans , pour les vitres de couleur qu’il lui a livrées cejourd’hui, „ favoir : cent trente-fept pieds & demi de couleur bleue , à 2 f fois le pied , „ valent 171 liv. 15 fols.
- „ Plus foixante & quinze pieds de verre audit prix. ... 93
- „ Plus foixante & quinze pieds de rouge,à 35 fols le pied , 13 1 f
- Au bas eft l’acceptation & reconnaiifance de cette fourniture par le Vieil, puis la quittance du fieur Perrot, de la fomme de trois cents quatre-vingt-feize livres quinze fols pour le total. Cette copie de compte peut encore fer-vir à prouvér qu’on faifait du verre de couleur dans nos verreries de France , même à la fin du dernier fiecle. J’ai confervé deux tables de ce verre d’environ un pied de fuperficie chacune, l’une bleue , l’autre verte , que mon pere fit venir de Rouen après le décès du fien. Elles montrent allez par leur contexture d’un verre dur & épais, & leur furface ondée & raboteufe, combien l’art de la verrerie dans ce genre était déchu de l’état où il était dans le feizieme fiecle.
- Tome XIII.
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- CHAPITRE III.
- Maniéré de colorer au fourneau de recuiffon des tables de verre blanc » avec toutes fortes de couleurs fondantes ,f anjji tranfparentes, aujji îiffes (a) & auffi unies, que le verre fondu tel dans toute fa majfe aux verreries.
- 31- II n’y a nul fujet de douter que la maniéré de colorer le verre en Biafle n’ait été dans le commencement très-difpendieufe , & qu’on n’ait cherché dans la fuite des moyens d’en diminuer la dépenfe. Nous avons vu, dans l’hiftoire des plus anciens monumens de la peinture fur verre, Suger, abbé de S. Denys , enchérir même fur celle en ufâge de fon tems, en fai-fant entrer dans la composition de fon verre de couleur , les matières les plus exquifes, pour en embellir l’éclat. Mais fi ce magnifique abbé prodigua dans fes vitres tout ce que la nature & l’art pouvaient ajouter à leur beauté , on peut dire que les vitriers qu’il y employa étaient très-ménagers , qu’ils {avaient y faire entrer les plus petits morceaux. Leur patience dans ce traitement fe fen-tait encore des tems de la peinture en mofaïque. On était relferré dans des bornes très-étroites pour l’emploi d’une compofition fi précieufe : on elfaya par la fuite de fe mettre plus au large, en diminuant la dépenfe ; & les chy-miftes, comme nous l’avons vu dans notre première partie, vinrent au fe-cours des peintres vitriers. C’eft ce changement qui fera fucceffivement la matière des chapitres fuivans.
- 36. Et d’abord celui-ci mérite d’autant plus d’attention que la pratique qui en eft l’objet eft celle qui, dans l’art de la peinture fur verre, a été le plus négligée, & dont l’abandon a donné lieu au bruit qui s’eft répandu de toutes parts que le fecret de peindre fur verre eft perdu. Les préparations que je me fuis appliqué à en retracer ici d’après Kunckel , peuvent raffiner les amateurs fur la fauffeté de ce bruit. Non , le fecret de la peinture fur Verre, c’eft-à-dire, de faire valoir fur des vitres l’art de peindre fur un verre ^n tables coloré fur une furface feulement, découpé fui vaut fes contours, ombré & éclairé félon le befoin, & recuit enfuite au fourneau , n’eft pas perdu : il q’eft que mis à l’écart pour un tems. S’il prenait envie de le faire revivre , les indications fuivantes fuffiraient pour rendre à la peinture fur verre fon premier éclat & fon ancienne perfedion ; indications enfeignées,
- (c) On entend ici par lijje l’égalité d’éclat & de fuperfiçie du verre.
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- expérimentées & garanties par un célébré chymifte, qui a pafle parmi ceux de fon art pour le plus célébré artifte en verre , & qui poffédait éminemment cette partie d’une fcience Ci étendue.
- 37. Ce que j’ai obfervé dans le chapitre précédent fur le verre rouge qui en plus grande partie , même dans les premiers tems où il a été en ufage pour les vitres, n’était rouge que fur une de.fes furfaces & non dans toute fa malfe , fe pratiqua aulfi par la fuite pour les autres couleurs. Il n’en devint que plus aile aux verriers d’inventer dans chaque couleur une couverte fondante dont ils pulfent enduire des tables d’un verre nu, qui pût fe parfondre fur le verre qui lui fervait de fond aufîi parfaitement que dans la couleur rouge j puifque la maniéré d’appliquer ou de faire recuire cette couverte ou vernis , comme l’appelle Kunckel, était déjà ulitée pour le verre rouge. Ce qui put occafionner cette nouvelle recherche fut fans doute la confîdéra-tion du tems qu’on employait à compofer d’un nombre prefqu’infini de petits morceaux de verre réunis par le fecours du plomb, certains tons d’un grand détail, comme je l’ai fait remarquerlorfque j’ai traité des premiers tems de la peinture fur verre.
- 38- Je penfe que cette invention put avoir lieu lorfque les puiffans feigneurs qui s’emprelfaient à décorer nos églifes de vitres peintes , voulurent que les éculfons de leurs armoiries , bîafontiées fur les vitres , ferviffent de monument durable à leur pieufe générofîté. Quelle différence , en effet, entre le travail d’un écuffon de France d’azur aux fleurs-de-lis d’or fans nombre, de la mefure de 12a 13 pouces de haut fur 10 à 11 de large , fait & compofé de pièces de verre de rapport jointes avec le plomb, & celui du même écuffon formé d’un feul morceau de verre coloré en bleu d’un feul côté fur une table de verre blanc , ule . comme nous avons vu dans notre première partie, avec l’émeri & l’eau, du côté des fleurs - de - lis, & recouvert, fur chacune d’elles, d’une couche de couleur d’or ! La même obfervation peut fe faire par rapport à d’autres armoiries écartelées & chargées de pièces de diffé-rens émaux.
- . 39. Suivons donc ici toutes les différentes opérations que Kunckel lui-même nous déclare avoir effayées , & dont aucune ne lui a manqué. 11 af-fure qu’elles venaient d’un excellent peintre fur verre , dont il ne fait pas le nom , & qu’ils les a fait examiner par un autre artifte fort verfé dans ce genre de peinture. Il nous apprend de plus qu’il ne s’eft déterminé à les rendre publiques, que pour rendre fon ouvrage plus intéreifant & plus complet, & parce que le plus fîmple de ces fecrets, contenant un fait vrai, mérite , par cet endroit, de la confldération. (a) Je tâcherai de donner à ces recettes
- (a) Préface de Kunckel, en tête de la fécondé partie qu’il a ajoutée à 1 ’Jrt de la verrerie de Nëri. , *
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- un ordre plus fuivi que ne femble le comporter une fuite d’expériences recueillies pèle-mèle par un artifte plus expérimenté dans l’art d’en faire ufage pour lui-même , que dans la maniéré de l’enfeigner à d’autres. Ainfi, avant d’entrer dans l’examen de la préparation des différentes couleurs que l’on peut employer fur le verre, je commencerai par établir, d’après Néri & les remarques de Kunckel, la préparation des fubftances qui fervent de bafe & de fondant à ces mêmes couleurs, beaucoup moins opaques que les émaux qui font ufités dans la peinture fur verre a&uelle : tels font l’émail & le verre de fonte ou la rocaille.
- i°. L'email. Recette pour faire un bon fondant. Prenez trente livres de plomb & trente-trois livres d’étain bien purs ; faites calciner ces métaux de la maniéré prefcrite par Néri (a) : paifez-en la chaux au tamis ; faites-la bouillir dans un vafe de terre neuf vernilfé, rempli d’eau bien claire. Lorfqu’elle aura un peu bouilli, retirez-la du feu. Otez l’eau par inclinaifon : elle entraînera avec elle la partie la plus fubtile de la chaux. Reverfez de nouvelle eau fur la chaux qui réitéra dans la terrine ; faites-la bouillir comme auparavant , & décantez - la comme on vient de le dire. Réitérez cette opération jufqu’à ce que l’eau n’entraîne plus de chaux. Recalcinez de nouveau les parties les plus groffieres qui font reftées dans le fond de la terrine, pui? retirez-en la partie la plus déliée de la maniéré que l’on vient d’enfeigner. Faites en-fuite évaporer toute cette eau , qui aura emporté la partie la plus fubtile de la chaux, en obfervant toujours de donner un feu lent vers la fin de l’évaporation : autrement la chaux qui fe trouve au fond du vafe , courrait rifque d’être gâtée. Prenez de cette chaux fî déliée & de la fritte faite avec le tarfe (b) ou le caillou blanc, bien broyé & tamifé avec foin, de chacune cinquante livres ; de fel de tartre bien blanc huit onces : mêlez ces matières, & mettez- les au feu pendant dix heures dans un pot neuf de terre cuite. Au bout du tems vous les retirerez ; & après les avoir pulvérifées , vous les mettrez dans un lieu fec, mais à couvert de toute poufliere. Cette poudre mife en dofe convenable, ainfi qu’on le prefcrira dans la fuite, devient la matière principale & la bafe de tous les émaux fondans. ( c ) Kunckel, après avoir fait l’éloge du fixieme livre de Néri, comme de la partie de fon ouvrage la plus recommandable , fubftitue aux huit onces de fel de tartre huit onces de potalfe purifiée de toutes faletés. (d)
- 2°. Le verre de fonte ou rocaille. Quant au verre de fonte ou rocaille, il y en a de plufieurs efpeces. Le meilleur eft celui qui vient de Venife en forme de gâteaux : il n’a point de couleur particulière ; fon épailfeur le fait feule-
- ( a ) Au chapitre LXII. ( c) Néri, chap. XCIII, qui eft le pre-
- ( b ; Voyez fur cette fritte la note a de mier de fon lixieme livre, la page j83, (d) Kunckel, fur ce chapitre.
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- ment paraître un peu jaunâtre, à peu près de la couleur de la cire la plus pure. Les grains de chapelets ou de rocaille verds, jaunes-, &c. l’ancien verre des églifes, & celui dont fe fervent les potiers ,font fort propres à cet ufage*
- ( a) Avant de mêler ce verre de fonte avec les émaux colorans pour les mettre en fufion, il faut le réduire en poudre très-fine, après l’avoir broyé pendant vingt-quatre heures avec le vinaigre diftillé. (b) Haudicquer de Blan-court ( c) donne la mainere de faire la rocaille ainfi qu’il fuit. , 1
- Rocaille jaune. Prenez une livre de fable très-blanc & très-fin , avec trois livres de mine de plomb } pilez le tout enfemble au mortier, mettez-le tout dans un bon & fort creufet bien luté 3 & le lut étant fec, mettez-le dans un -fourneau de verrier ,ou dans un fourneau à vent, dont le feu foit violent pour réduire cette matière en verre, & votre rocaille fera faite. Le même auteur donne la compofition d’une autre efpece de rocaille , mais blâme beaucoup l’emploi qu’en font les peintres fur verre & les peintres en émail, comme ayant de méchantes qualités , & étant pleine d’un plomb impur ; la voici.
- Rocaille verte. Prenez trois livres de fable fin, contre une livre de mine de plomb : elle fera plus dure. Cette matière changera de couleur en la refondant} car elle deviendra d’un rouge pâle.
- . Telle eft la préparation desfubftances qui fervent de bafe aux différentes couleurs propres à peindre fur verre. Ces couleurs fe font par les opérations fuivantes. (d) - ,
- Recettes de toutes fortes de couleurs fondantes pour colorer fur une furface des tables de verre au fourneau de recuiffon. Couleur noire. Prenez une partie d’é-cailles de fer, une partie d’écailles de cuivre, & deux parties de l’émail ci-deifus indiqué. •
- Ou des grains de rocaille, des écailles de fer & de l’antimoine, par parties égales.
- Ou des écailles de cuivre, de l’antimoine & des grains de rocaille, par parties égales.
- , Ou des écailles de fer & des grains de rocaille , par parties égales.
- Ou une livre d’émail, trois quarterons d’écailles de cuivre, & un quarteron d’écailles de fer.
- Ou une livre d’émail, trois quarterons d’écailles de cuivre, & deux onces d’antimoine. . . - ' : . ' , . ,
- Ou deux onces de verre blanc d’Allemagne, deux onces d’écailles de fer, & une once d’écailles de cuivre.
- (a) Kunckel, à la page ? 37 de Y Art CCXI de fon Art de la verrerie, de la verrerie du baron d’Holback. (d) Seconde par de, ajoutée par Kunckel
- (Z> ! Kunckel, à la page 36 7, . à Y Art de la verrerie de Néri, pag. h?
- ( c ) Haudicquer de Blancourt, chapitre & fuiv. de la traduction du baron d’Holback,
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- Ou trois parties de verre de plomb, deux parties d’écailles de cuivre, une partie d’écailles de fer, & une partie d’antimoine. M f
- Ou deux parties de plomb, une partie d’antimoine, & mêlez-y un peu de blanc de cérufe.
- Ou des grains de rocaille & d’écailles de cuivre en quantité égale; une demi* partie d’écailles de fer : ajoutez-y des cendres de plomb; lavez les écailles de cuivre & les cendres de plomb jufqti’à ce que vous en ayez emporté toute la faleté. Quelque recette que vous ayez adoptée filtre les dix ci-delïus prefcrites, broyez les matières y défigiiées pendant trois jours fur une plaque de fer, en les humeétant avec de l’eau claire. Vous jugerez de ]a perfe&ion de votre couleur lorfqu’elle prendra fur la plaque un œil jaunâtre, & qu’elle deviendra alfezépailfe pour s’y attacher. Relevez enfuite votre compofition ; faites - la féclver & la paflez par un tamis très-fin ; puis délayez-3a avec de l’eau gommée , & portez - la fur le verre , fuivant l’art que j’indiquerai, en la couchant plus ou moins épailfe à proportion que vous defirerez qu’elle foit plus ou moins noire. Kunckel obferve ici que dans cette compofition , au lieu de grains de rocaille, on peut prendre du verre de plomb tel que les potiers remploient, & qu’il produit le même effet.
- Autre noir plus beau. Prenez deux parties de cendres de cuivrd^& une partie d’émail; broyez bien ces deux matières avec de l’elprit de vin. Cette couleur efl très - pénétrante.
- Autre noir encore plus beau. Prenez une once de verre blanc , fix gros d’écailles de fer, une demi-once d’antimoine , un gros de magnéfie ou man-ganefe ; broyez toutes ces matières avec de fort vinaigre au lieu d’eau. Le refte comme à la première compofition.
- Couleur brune. Prenez une once de verre blanc ou d’émail; joignez-y une demi-ôncë de bonne magnéfie : broyez le tout pendant trois jours, comme à la couleur noire, en les hume&ant d’abord avec du vinaigre , enfuite avec de l’efprit de vin, ou même avec de l’eau claire : faites fécher, &c. comme au noir.
- Couleur rouge. Prenez une demi-once de bon crayon rouge, une once d’émail bien broyé & pulvérifé : joignez-y un peu d’écailles de cuivre, afin que le mélange ne fe confùrae pas fi facilement au feu : broyez bien le tout; faites - eii d’abord un efiai en petit fur un morceau de verre : s’il perdait fa couleur ail feu, ajoutez-y un peu d’écailles de cuivre : mêlez & broyez avec lé relfe de la compofition.
- Autre. Prenez du crayon rouge qui foit dur, c’eft-à-dire, qui ne marque pas trop aiféraent fur le papier, femblable partie d’émail, & un quart d’orpiment.
- Ou une demi - once d’écailles de fer, une once d’émail & autant d’écailles de cuivre.
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- Ou une partie de?couperofe', une égale partie de grains de rocaille, un quart de crayon rouge, & mêlez en broyant.
- Ou une partie de crayon rouge fort dur , deux parties d’émail, & un quart de partie de grains de rocaille.
- Quelque recette que vous choifiiîiez parmi les quatre prefcrites ci-deflus, broyez les matières y défignées avec de l’eau claire, à l’exception de la première , qu’il faut broyer avec du vinaigre : faites fécher, &c. comme à la couleur noire.
- Autre, rouge plus beau. Prenez du fafran de mars , ou de la rouille de fer, du verre d’antimoine, qui elf d’un rouge jaunâtre, ou de la rocaille jaune, de chacune de ces fuhftances égale quantité : ajoutez-y un peu de vieille monnoie que vous aurez calcinée avec le foufre ; broyez toutes ces matières jufqu a ce qu’elles puilfent être réduites en poudre impalpable , après qu’elles auront été féchées : le reftetcomme à la couleur noire.
- Couleur de chair. Prenez une demi-once de minium (<z) , une once de l’émail rouge dont la préparation eft indiquée dans le chapitre précédent. (b) Après avoir ajouté à cet émail pareille quantité de verre de fonte ou rocaille pour le rendre fondant, broyez le tout avec de l’efprit de vin fur un marbre très-dur : faites fécher , &c. comme à la couleur noire. Cette couleur demande au fourneau de recuiflon une calcination très-modérée, & eft du nombre de celles qu’il eft bon de mettre dans le milieu de la poêle à recuire , dont nous parlerons dans la fuite.
- Couleur bleue. Prenez du bleu de montagne (c) & de grains de rocaille parties égales 5 broyez * faites fécher \ réduirez en poudre impalpable, comme dans les couleurs fondantes ci-delïus.
- Bleu d'émail. On peut fubftituer le bleu d’émail au bleu de montagne , avec égale quantité de verre de rocaille. Voici, fuivantNéri, chap. XCVI, la maniéré de préparer le Jbleu d’émail. Prenez quatre livres de la fritte dont 011 fait l’émail, qui fert de bafe aux couleurs , quatre onces de faffre,ou moins, à proportion.que le faffre eft plus foncé en couleur, ou fuivant la nuance
- ( a ^ Le minium eft une chaux de plomb Minium & Plomb. d’un rouge jaune afTezvif. Qn prétend que ( Z>) Voyez la recette indiquée fous le c’eft par une calcination lente ,& par la ré- nom dq couleur rouge foncée. verbération , qu’on parvient à faire prendre ( c) En latin lapis armenus ou Cdtruleum cette couleur à la chaux de plomb. Cette montanum. C’eft un minéral ou pierre fof. calcination ne fe fait qu’en grand dans les file bleue, plus tendre, plus légère & plus .manufaétures de Hollande, & rarement dans caftante que le lapis lazuli. Cette pierre fe les laboratoires. Son propre ,ainfi que celui trouve en France , en Italie , en Allemagne, des autres chaux de plomb, eft de hâter la & fur-tout dans le Tirol. On la contrefait fufion des matières vitrifiables.jDzc7/o/mnz>e en Hollande , en faifant fondre du foufre, de chymie, par M. Macquer , aux mots auquel on ajoute du verd-de-gris pulvérifé.
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- VART DE LA PE VN TV R E
- bleue que'vous defirezr 'ajoiitez-ÿ’qoarante-hùit grains ci"ces uftum. Le tout bien pulvérifé doit être mis au fourneau des verreries dans un pot bien ver-mflfé en blanc. Lorfque ce mélange effbien eiLfufionfilfaut le tirer du pot, le verfer dans de l’eau claire pour le bien purifier, le mettre fondre de nouveau , réitérer la Mon & l’extindion dans l’eau par deux ou trois fois : on obtient par ce moyen un très-beau bleu d’émail. J
- Couleur verte. Prenez de rocaille verte deux parties ,'de limaille de laiton une partie, de minium deux parties : broyez bien le tout fur une plaque de cuivre en hume&antavec de l’eau claire, faites Lécher : pulvérifez, &c. comme aux autres couleurs fondantes. - ' - ?-
- Couleur jaune. Il eft conftaté par l’expérience, que c’eft de l’argent que Le tire le plus beau jaune propre à la peinture fur verre : ( a) or , pour le préparer, on procédé de l’une dés maniérés fuivantes. Prenez de l’argent en lames ; faites - le diffoudre dansée l’éau-forte : lorfqu’il fera entièrement dif-Lous , en ajoutant dans l’eau-forte des lames'de cuivre, l’eau-forte-agit fur le cuivre, & lâche l’argent qui tombe au fond. On peut fe contenter , au lieu de cuivre, d’y verfer du fel commun diflous dans Peau. Lorfque l’argent fera précipité au fond, décantez - en Peau - forte : mêlez l’argent à de l’argille bien calcinée, de maniéré qu’il y en ait trois fois plus que d’argent: broyez, faites fécher, &c. comme dans les couleurs précédentes.
- Autre jaune très-beau. Prenez de l’argent en lames à volonté : faités-îe fondre dans un creufet ; lorfqu’il fera entré en Mon , jetez-y peu- à peu aflez de foufre pour le rendre friable ; broyez-le fur une écaille de mer, aflez pour le réduire en poudre très-fine : joignez-y enfuite autant d’antimoine que vous aurez employé d’argent : broyez & mêlez bien ces deux matières ; prenez de l’ochre jaune: faites-la bien rougir au feu ; elle deviendra d’un rouge brun. , Faites-en l’extinélion dans de l’urine; prenez de cette ochre deux fois autant que de l’antimoine & de l’argent : mêlez bien ces matières en les broyant avec foin : faites fécher , &c. - -i ....
- Autre jaune très-beau. Prenez une demi-once d’argent, une demi-once de foufre, une demi - once d’ochre ; commencez par faire calciner l’argent
- (a) C’eft une tradition aflez ancienne chez les peintres vitriers, que la découverte de cette maniéré de colorer le verre en jaune, eft due à un accident furvenu au B. Jacques l’Allemand. Ce religieux, dont nous avons parlé parmi les peintres fur verre du quinzième fiecle, étant occupé à empoëler l’ouvrage qu’il avait peint,poulie faire recuire, laifla tomber dans fa poêle un bouton d’argent d’une de Tes manches,
- fans s’en appercevoîr. Ce bouton fe perdit dans la chaux tamifée, dont on fe fert à cet effet. La poêle couverte, les émaux fe parfondirent. Le bouton , ou partie de ce bouton, entra aufli en fufion ; il teignit de couleur jaune l’efpace du verre au - deflus duquel il fe répandit, & cette couleur jaune pénétra la piece fur laquelle celle-ci avait été ftratifiée.
- avec
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- avec le foufre, jufqu’à ce qu’il devienne aftez friable pour être broyé. Faites auffi bien calciner l’ochre j faites-en l’extin&ion dans de l’urine. Broyez l’argent & l’ochre pendant une journée : faites fécher, pulvérifez, &c.
- Autre. Prenez de la vieille monnoie d’argent, calcinez-la avec le foufre ; prenez auffi de la terre jaune de Cologne, telle que celle dont fe fervent les peauffiers ; calcinez cette terre comme on a dit de l’ochre ; dofez de même : broyez le tout en l’humedant avec de l’elprit de vin j faites fécher, pulvérifez , &c.
- Autre jaune à préférer fur un verre dur & raboteux. Prenez une partie d’ochre fans être calcinée, & une partie d’argent calcinée avec le foufre : broyez, faites fécher, &c. Vous pourrez vous fervir de ce jaune fur un verre dur & raboteux.
- Autre Prenez une drachme de limaille d’argent, & deux drachmes de foufre pilé ; mettez-les dans un creufet, en obfervant de placer l’argent entre deux lits de foufre. Faites-le calciner jufqu’à ce qu’il devienne alfez friable. Prenez enfuite une partie de cet argent calciné, deux parties d’ochre, une partie de verre d’antimoine ; réduifez ces matières en poudre impalpable, pour vous en fervir dans le befoin.
- Autre jaune fort beau. Prenez de la vieille monnoie d’argent, faites-en de la limaille fine : mettez cette limaille dans un creufet j faites - la rougir au feu; jetez par - deflus, lorfqu’elle fera bien rouge, du foufre de la groifeur de deux ou trois pois ; remuez ce mélange avec une baguette de fer, afin qu’il ne s’attache point au creufet : de cette façon le foufre confumer^ l’alliage, & l’argent fe changera en une poudre grife : mêlez-y deux ou trois fois autant d’ochre calcinée : broyez le tout au moins pendant deux tiers dé jour ; faites fécher, pulvérifez, &c. Kunckel remarque que le jaune qu’il vient d’indiquer paraît fort beau , & prend mieux fur le verre de Boheme & de Venife, pourvu néanmoins qu’avant de l’appliquer, on frotte la table de verre qui en doit être enduite, avec un morceau de drap trempé dans de l’eau bien claire , & du verre en poudre qu’on y étendra en frottant, pour nettoyer parfaitement cette table de verre. ( a )
- (fit) Je crois devoir faire ici mention d’une de ces découvertes que l’expérience feule peut montrer. Il eft certain que le jaune eft dans la peinture fur verre la couleur la plus tendre à fe parfondre au fourneau de recuifl'on. Cependant il eft un verre ordinaire d’une de nos nouvelles verreries de Franche-Comté , fur lequel le jaune ne marque prefque pas à la recuifl’on , dans le tems que les émaux y font fondus plus liftes Tome XIII,
- St plus unis que fur aucun autre verre. Je penfe qu’en pareil cas le moyen indiqué par Kunckel dans cette recette, ne ferait pas à méprifer. D’ailleurs *, il parait par la cinquième de ces recettes, que le jaune prend plus difficilement fur un verre dur St raboteux. Alors il ne fera pas mal-à-propos d’employer la compofition de la poudre qui fuit, propre à ufer le verre avant de s’en fervir pour peindre. Prenez deux parties C c
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- Autre jaune clair. Prenez des lames de laiton fort minces, mettez - les dans un creufet : broyez du foufre & de l’antimoine fur la pierre ; répandez de cette poudre fur vos lames de laiton ; mettez d’autres lames par-deiTus ; couvrez-les de votre poudre, & continuez cette {^ratification jufqu’à ce que vous préfumiez en avoir affez. Faites calciner le tout jufqu’à ce que le feu s’éteigne de lui-mème : jetez enfuite ce mélange tout rouge dans de l’eau froide ; il deviendra friable & propre à être broyé. Prenez enfuite cette calcination de laiton & fix parties d’ochve jaune calcinée & éteinte dans le vinaigre ; broyez le tout bien exactement au moins pendant deux tiers de jour fur la pierre ou écaille de mer; faites fécher, pulvérifez, &c. Kunckel obferve très-prudemment que cette couleur efl très-tendre , & qu’elle entre très-aifément en fufion dans le fourneau de recuiffon ; mais qu’on peut, en variant les dofes de l’ochre, la rendre plus ou moins dure. Par exemple , pour donner au verre une couleur de bois ou d’un jaune très-clair, il faut augmenter la- dofe de l’ochre jufqu’à ce que la couleur foit au point defiré. On peut en juger par des eflàis en petit, calcinés dans la cheminée comme pour la couleur de chair.
- Couleur violette. Cet habile chymifte n’ayant pas donné dans l’ordre de fes recettes une compofition propre à colorer les tables de verre en violet & en pourpre, il femble que , pour le copier fidèlement, j’aurais dû pafler comme lui fur ces compofitions , & me contenter de renvoyer au chapitre fuivant y où je traiterai de la préparation des émaux colorans qui fervent dans la peinture fur verre actuelle. Cependant, en fuivant avec attention ce grand maître dans fes remarques fur les chapitres 84 & 107 de Néri, j’ai penfé qu’on pouvait tirer un violet fondant propre à notre objet, en ajoutant aux recettes pour le bleu un peu de magncfic , à proportion de la nuance defirée : broyez * féchez, pulvérifez comme à la couleur bleue, (a)
- Couleur pourpre. Prenez une demi-once de minium, une once de l’émail pourpre preferit aux chapitres 103 & 104 de Néri, auquel, pour le rendre fondant, vous ajouterez une pareille quantité de verre de fonte ou de rocaille: broyez, féchez, pulvérifez, &c. comme à la couleur de chair. Voici la compofition de cet émail que Néri, dans le chapitre 103, donne fous le titre d’émail pourpre ou couleur de lie de vin > propre aux bijoutiers pour l’appliquer fur l’or.
- d’écailles de fer, une partie d’écailles de cuivre trois parties d’émail ; broyez le tout lur le marbre ou fur une plaque de cuivre ou de fer ; réduifez ce mélange en une poudre aulïî fine que faire fe pourra : détrempez de cette poudre avec de l’eau claire : frottez -en la table de verre avec un morceau d'étoffe; le polidu verre difparaîtra, & il en
- deviendra plus propre à recevoir la couleur,, qui y prendra beaucoup mieux , & n’en for-tira après la calcination que plus tranfpa-rente.
- ( a ) Voyez au fur plu s dans le chapitre fuivant à l’article de la couleur bleue la maniéré dont Félibien dit qu’on peut faire le violet & le pourpre.
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- Email pourpre ou couleur de lie de vin. Sur quatre livres de fritte d’émail, prenez deux onces de magnéfie : ayez foin de mettre ce mélange dans un pot vernifle aflez grand pour qu’il y refte du vuide, parce que cette matière ne manquera pas de fe gonfler. Faites fondre le tout à un fourneau de verrier; lorfque la matière fera bien fondue, jetez-la dans de l’eau bien claire pour en faire l’extin&ion & la purification. Faites trois fois la même chofe. Quand la matière aura été mife en fonte pour la quatrième fois, examinez fi elle eft de la couleur defirée : fi vous voyez qu’elle foit d’un pourpre pâle, ajou-tez-y un peu de magnéfie. Merret (a) préféré le fafran de mars à la magnéfie. Kunckel (,b) , qui trouve la dofe de magnéfie trop forte, remarque qu’il eft difficile de rien prefcrire ici fur les dofes; que fi c’eft aux yeux à décider, c’eftà la direction du feu qu’il faut principalement s’appliquer ; que les émaux demandent un feu tempéré pour être mis en fonte j que fans cette application, établie fur l’expérience, la couleur defirée difparaît à un feu violent, & qu’011 en trouve fouvent une qu’on 11e cherchait pas. Quant à l’émail pourpre du chapitre 104 deNéri, il fe fait ainfi qu’il fuit.
- Autre émail pourpre. Prenez fix livres delà matière dont on fait l’émail, trois onces de magnéfie, fix onces d’écailles de cuivre calciné par trois fois ; mêlez bien ces matières après les avoir réduites en poudre ; au furplus procédez comme dans la compofition précédente. Kunckel remarque que celle-ci lui ayant manqué deux fois, fans favoir s’il devait s’en prendre aux fubftances colorantes ou à la direction du feu, il réuffit la troifieme fois, non fans y apporter beaucoup de foins ; qu’il obferva que le fuccès dépendait de la bonté de la magnéfie , jointe à l’attention à bien ménager l’aétivité du feu. Il ajoute que , dans l’art de la verrerie, 011 ne peut trop pefer les eirconftances , par exemple , d’un tems plus lourd , plus vif ou plus âcre, ainfi que les qualités du bois ou du charbon plus dur ou plus tendre. Ne pas retirer à propos la matière du feu, l’y lailfer trop ou trop peu de tems, c’en eft aflez pour manquer les compofitions les mieux dofées & les mieux entendues, (c)
- 40. Toutes les couleurs dont nous avons donné la préparation dans ce chapitre, après avoir été broyées, féchées 8c réduites en poudre très-fine, étaient foigneufement enfermées dans des boîtes bien clofes contre les approches de la pouffiere. On les y gardait, jufqu’à ce qu’on s’en fervît, dans des lieux bien fecs & impénétrables à l’humidité. Lorfqu’on voulait en faire ufage , on les délayait avec plus ou moins d’eau, dans laquelle on avait fait dif. foudre du borax , comme il fe pratique parmi les orfèvres. On fe réglait en cela par le plus ou moins de force qu’on voulait 'donner à fes couleurs.
- ( a) Merret, furie chapitre CIII deNéri, (c) Kunckel, furie chapitre CIV de
- d’après Libavius. Néri. Les peintres fur verre ne peuvent
- ( b ) Kunckel, fur ce chapitre. faire trop d’attention à cette remarque.
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- 41. Avant de les coucher fur les tables de verre, on en ufait la furface la plus raboteufe i car le verre en table a toujours un côté plus uni & plus lilfe : on fe fervait à cet effet de la poudre dont nous avons donné ci-devant la préparation, (a) Le verre ainfi préparé , l’on couchait fur la furface ufée les couleurs dont on voulait le colorer. On fe fervait, pour les premières couches, d’une broffe de foie de porc, puis d’une autre de cheveux bien flexibles , de la forme des larges pinceaux dont les doreurs font ufage. Ces pinceaux étaient ordinairement emboîtés dans des tuyaux de plume. On couchait ces couleurs plus ou moins épaiffes, à proportion des tons qu’on en jattendait. Un foin bien recommandé dans cette opération , était d’agiter continuellement la matière délayée , la poudre ayant par fa pefanteur beaucoup d’inclination à fe précipiter vers le fond du vafe.
- 42. La méthode d’ufer le verre fur une de fes furfaces avant de le colorer, & d’en ôter ainfi le poli, a pu donner lieu à D. Pernetti d’écrire qu’o/z n emploie point de blanc fur le verre, tant parce que le verre coloré en blanc paraîtrait opaque , que parce que le verre parait blanc quand il fe trouve entre la lumière & le Jpéclateur. (<b) Il eft néanmoins des occafions indifpenfables de peindre le verre en blanc, par exemple, dans des armoiries , des couleurs de linge, &c. Je donnerai la recette de la compofition de cette couleur blanche au rang des émaux qui font actuellement en ufage dans la peinture fur verre, & qui ont pris la place des anciens verres de couleur teints ou colorés. Les meilleurs peintres vitriers du feizieme fiecle ont connu cette couleur blanche, & l’ont utilement employée. On voit encore de très-belles grifailles anciennes, glacées d’un lavis de cette couleur.
- 42» Avant de paffer à la calcination & recuiffon des tables de verre enduites de différentes couleurs fondantes, il eft à propos d’obferver i°. qu’il eft très-important que le verre qu’on fe propofe de colorer foit tout de même fabrique, c’eft-à-dire, s’il eft poflible, du même pot, d’une même journée, ou au moins d’une même verrerie ; car il y a différentes efpeces de verre, dont la matière eft plus dure ou plus tendre (c) , plus blanche ou plus bife, c’eft-à-dire , plus jaunâtre , ou tirant plus ou moins fur le verd ou fur le bleu. Or, dans le cas où des tables de verre feraient plus ou moins blanches l’une que l’autre, elles prendraient à la calcination du fourneau de recuiffon, des tons de couleurs diiférens à proportion , quoiqu’enduites des mêmes couleurs.
- ( a) Voyez la note de la page 201. entre plus vite en fufion, & foutient moins
- ( b ) Ditfionnaire portatif de peinture, l’adivitc du feu que celui des verreries d’Al-fculpture & gravure , Paris, 1757 , p. 109, lemagne, de Heffe & de Saint - Quirin en du traité pratique des différentes maniérés Vofges ; & ces derniers font plus tendres de peindre, qui eft à la tête. que le verre de France, qui eft bien moins
- {c) Le verre de Yenife, par exemple, chargé defels.
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- 2°. Toutes les fubftances qu’on emploie pour colorer le verre , produifant autant de différentes nuances, & ayant autant de différentes qualités que la chy-mie emploie d’opérations différentes pour y porter les couleurs, celles donc on fe fert ici doivent être mifes toutes , autant que faire fe peut, dans un égal degré de fufibilité, n’ètre pas plus dures les unes que les autres, mais également aifées à fondre, de façon qu’elles puiffent toutes s’attendre dans un parfait concert pour entrer en même tems en fufion. Si cette attention eft néceffaire pour toutes les couleurs en général, parce qu’elles courent rifque de perdre leur éclat & leur vivacité à un feu trop violent, elle l’eft fur-tout par rapport au jaune, qui eft de toutes les couleurs la plus tendre & la plus facile à fe parfondre. Trop de feu lui ôte la couleur defîrée & lui donne un rouge fanguin plus opaque que tranfparent, ce qu’on appelle Jaune brûlé : c’eft pourquoi, comme nous l’avons déjà fait entendre, cette couleur de jaune doré, dans fa préparation, eftfufceptible d’un mélange d’ochre plus ou moins dofé, à proportion que les autres couleurs font plus ou moins dures. Cette opération dépend de l’expérience que le peintre fur verre, ou le chy-mifte qu’il emploiera à la préparation de fes couleurs, doit avoiracquifepar les calcinations & recuiffons précédentes. C’eft de cette calcination & de cette recuiffon que je vais traiter, en fuivant entre les enfeignemens de Kunckel (a) ceux qui m’ont paru les plus clairs. Je tâcherai d’éviter les répétitions dans lefquels il eft tombé , en copiant lui - même le manufcrit de cet habile peintre fur verre , dont il fait mention fans le nommer, (b)
- 44. Les tables de verre étant enduites des différentes couleurs & bien feches, il faut que la poêle dans laquelle on doit les calciner & parfondre parla recuiffon, foitproportionnée, dans fon étenduefa capacité du four dans lequel elle doit être placée. Si donc le four -ou fourneau, & c’eft ici la mefure la plus étendue qu’on puilfe lui donner, contient depuis le foyer jufqu’à la calotte un pied dix pouces de profondeur dans œuvre « autant de largeur, & deux pieds & demi de longueur, une forme oblongue étant toujours plus convenable qu’un quarré parfait, la poêle, qui doit toujours laif-fer un efpace de trois pouces entr’elle & chacun des quatre parois du fourneau , & donner ainfi lieu à la flamme de circuler également autour & de l’envelopper, doit avoir un pied quatre pouces de large , dix pouces de profondeur , fur deux pieds de longueur. Ainfî, en gardant les proportions fuf-dites, moins le foyer a d’étendue ,- moins la poêle doit être grande, en ob-fervant toujours, quelque dimenfion qu’oli lui donne, une diftance de fix pouces depuis le foyer jufqu’au - deffous de la poêle, & une égale diftance du deflus de la poêle au deffus de la calotte ou couvercle du four. La poêle
- () Dans la fécondé partie ajoutée à Y Art de la verrerie de Néri.
- () Préface de cette fécondé partie.
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- efl; ordinairement de terre à faire les creufets, fans être verniflee , parce qu’elle ne doit contenir aucun efprit fubtil. Kunckel préféré néanmoins à cette el-pece de poêle, celles qui font faites de forte tôle ou de lames de fer.
- 4f. Lorsqu’on veut recuire les pièces de verre ou tables enduites de leurs couleurs , on prend de la chaux vive qu’on a fait rougir dans un creu-fet ou pot. Quand elle eft totalement refroidie, on la paife au travers d’un tamis bien ferré ; enfuite on met au fond de la poêle deux couches de morceaux de verre inutiles. On répand par - deflus une couche de cette chaux tamifée, de l’épaiifeur du doigt; on égalife bien cette couche avec les barbes d’une plume. Sur cette couche, on place une ou deux tables de verre coloré ; on remet enfuite fur le verre, en la paffant au tamis, une nouvelle couche de chaux, & ainfi fucceffivement, jufqu’à ce que la poêle fe trouve prefque remplie ; de maniéré que fur la derniere couche de verre enduit de couleurs , il fe trouve alfez de place pour y mettre une couche de chaux de l’épaiifeur d’un doigt comme la première. Enfuite on pofe la poêle fur les barres de fer adaptées aux parois du four pour la fupporter. Je donnerai une defcription exaéte de ce four à recuire , lorfque je traiterai de la maniéré a&uelle de peindre fur verre.
- 46. La poêle ainfi pofée fur les barrés de fer qui lui fervent de fupport, de façon qu’il fe trouve un vuide égal à chacun des quatre bords de la poêle, & un de fix pouces au-delfous & au-deflus jufqu’à la calotte, ce que nous répétons comme elfentiel au fuccès de la recuiflon, on place perpendiculairement des morceaux de verre dans la chaux qui couvre le haut de la poêle, enforte qu’ils la débordent de deux pouces. On appelle ces morceaux de verre des gardes, parce qu’ils fervent à faire connaître quand l’opération eft achevée; car lorfqu’ils commencent à plier & à fe fondre par la chaleur, il ne faut plus pouffer le feu.
- 47. Avant de mettre le feu au four, on le couvre avec des tuiles ou carreaux de terre cuite, fupportés par des barres de fer qui portent fur chaque côté des parois de droite & de gauche, bien jointes & enduites de terre gralfe, afin que la chaleur du feu fe concentre, & ne fe porte point au-dehors. On obferve néanmoins de pratiquer aux quatre coins de la calotte, pour la fortie de la fumée, quatre trous d’environ deux pouces de diamètre chacun. On prend, pour commencer cette opération, du charbon bien fec, qu’on allume à l’entrée du foyer du four. O11 y en fubftitue de nouveau à mefure que le premier commence à s’éteindre. On continue ce feu doux pendant deux heures. On l’augmente peu à peu avec de petits morceaux de bois de hêtre bien fecs, afin que la flamme en foit claire & donne contre le fond de la poêle , & fans occasionner de fumée. On continue le feu en employant de plus gros morceaux de ce même bois, que
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- Ton place au-deflous de la poêle de chaque côté. On obferve de les mettre les uns après les autres ; c’eft-à-dire, on met un nouveau morceau de bois lorfque le premier commence à tomber en braife.
- 48. Il y a des peintres fur verre qui ne calcinent qu’à vue d’œil ; d’autres comptent les heures : mais le moyen le plus fur, c’eft de porter fou attention aux gardes & aux barres de la grille, fur lefquelles la poêle effc pofée ; fi les gardes plient, fi les barres deviennent d’un rouge clair, & la poêle d’un rouge foncé ; fi vous remarquez par les ouvertures du fourneau, qui font placées fur le devant, qu’il part des étincelles de la partie fupé-rieure de la poêle ; fi le dernier lit de chaux vous parait liquide comme de l’eau , ce qui eft l’effet d’une grande chaleur, lailfez le feu s’éteindre, vous en aurez donné fuffifamment. Po.ur appercevoir ces traces de feu ou ces étincelles plus diftincftement, tirez le bois du four, de maniéré qu’il ne cir-CLile plus de flamme fur la poêle , & remuez la braife avec une baguette de fer : cette manœuvre vous fera remarquer les étincelles, s’il y en a à la partie fupérieure de la poêle. Quant aux gardes, fi vous vous appercevez qu’elles ont fléchi, vous aurez des lignes certains que votre verre a pris une belle couleur. Si après fix heures de feu au moins, vous ne remarquez.aucune des indications ci-deffus , vous donnerez un plus grand feu jufqu’à ce que les étincelles fe forment, & que la vapeur qui fort de la chaux vous la falfô paraître coulante ; car alors , comme je l’ai déjà dit, il faudrait ceffer le feu, fermer l’entrée du four, & laiffer le tout fe refroidir lentement, de peur qu’un trop grand air ne faififfe le verre, & ne le caffe.
- 49. On doit encore obferver que, fi dans une recuiffon on était obligé de mettre dans la même poêle du verre plus dur & d’autre plus tendre & plus fufibîe, il eft bon de placer ce dernier dans le milieu de la poêle, afin qu’il ne fente pas fi vivement l’atteinte du feu qui pourrait le gâter. Ainfi le verre le plus dur occupant le deffus & le deffous de la poêle , ces verres de différentes qualités fe recuiront dans le même efpace de tems avec le même fuccès. On ne'peut d’ailleurs prefcrire aucun tems limité pour cette opération. Quelques artiftes y emploient fix à fe'pt heures, d’autres jufqu’à neuf. La conduite la plus exacte confifte à ne point trop preffer le feu dans le commencement,. à ne fe fervir que de charbon de bonne qualité, & de bois fec & bien dur, coupé par éclats à proportion de la grandeur du four, & à bien fuivre les indications qui annoncent une parfaite calcination & une bonne recuiffon. Lorfque le four eft bien refroidi, l’on en retire la poêle avec foin; 011 ôte la chaux avec précaution, afin qu’elle puilfe fervir plusieurs fois , n’en devenant que meilleure ; on nettoie le verre des deux côtés avec un linge doux , & l’on voit le fuccès de cette opération fl effentielle à la peinture fur verre, & qui en fait tout le prix; car fon plus grand éclat confifte dans la beauté & la vivacité du coloris.
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- fo. Pour fuivre l’ordre que je me fuis prefcrit, après avoir traité dans le chapitre précédent & dans celui-ci des différentes compofitions employées par les anciens peintres vitriers, tant pour teindre le verre dans toute fa maffe, que pour le colorer fur une furface feulement, en lui confervant tout fon liffe & la tranfparence , je traiterai dans les chapitres fuivans de la com-pofition des émaux plus opaques & moins liffes , dont on fe fert dans la peinture fur verre aduelle. Ces émaux ont fuccédés aux anciennes couleurs vives & tranfparentes, lorfqu’on a ceffé de fe fervir des verres en tables pour les draperies , & lorfque les tableaux de peinture fur verre ont été réduits, fuivant l’ufage aduel, à des morceaux de plus petite étendue. Entre tant de différentes recettes, qui ont pour objet la coloration du verre, ne s’en retrouvera-t-il pas quelqu’une de celles qui étaient employées par ces ex-cellens coloriftes, qui nous ait été tranfmife par quelqu’artifte en ce genres plus ami de la poftérité? L’expérience que nous avons du furprenant effet que produifent parmi nous ces pièces fadices de toutes couleurs, dont le brillant éclat & la dureté même furprennent quelquefois le lapidaire & le metteur-en-œuvre, ne femble-t- elle pas nous affurer que nous fommes en poffeffion d’un grand nombre de fecrets dans l’art de colorer le verre, que les meilleurs peintres vitriers du fezieme fiecle ne connaiifaient même pas ? Il ne ferait peut-être pas fi difficile qu’on le penfe, fi le goût de la peinture fur verre venait à fe renouveller, fir.1011 de furpaffer les meilleurs coloriftes en verre, au moins de les égaler.
- f 1. On ne peut nier que Néri, Merret, & fur-tout Kunckel, ont porté très-loin leurs connaiffances pratiques dans cette partie de la chymie. Toutes les recettes que nous avons données fur cette matière, quelques-unes même de celles que nous allons y joindre, font extraites de leurs ouvrages. Ce dépôt nous eft devenu plus familier par la tradudion de M. le baron d’Holback. Nous ne manquons ni dans notre France, ni parmi les autres nations, fur-tout en Allemagne , d’excellens chymiftes. Que le goût de la peinture fur verre fe reproduife, que l’ufage encourage fes artiftes, ne pourront-ils pas, ou en fuivant les compofitions indiquées par ces grands maîtres, ou par des découvertes nouvelles dues à la force de leur génie, quelquefois même au hafard, nous donner des couleurs fur le verre auffi fondantes & d’un auffi grand effet que celles que nous admirons dans les anciens vitrages ?
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- CHAPITRE IV.
- Recettes des émaux colorans dont on fe fert dans la peinture fur verre actuelle ; avec la ?naniere de les calciner, & de les préparer à être portés fur le verre que l'on veut peindre.
- f2. J* mets au rang des émaux propres à peindre fur verre, ceux dont Kunckel dit (a) que les fecrets lui ont coûté beaucoup de peines & d,e dé-penfes dans fes voyages en Hollande, & lui ont été communiqués par ceux qui travaillaient à la faïance , & qui jufques-là en avaient fait des myfteres. Car, en même tems qu’il déclare qu’entre ces différens fecrets il y en a de communs aux peintres fur verre & aux ouvriers en faïance, il ajoute que les uns & les autres peuvent compter fur ces fecrets avec d’autant plus de fureté', qu’il les a vu pratiquer tous de fes propres yeux , & qu’il en a eflayé un très-grand nombre avec fuccès. J’ai d’ailleuts appris démon pere que, travaillant de peinture fur verre au commencement de ce fiecle pour les frifes & armoiries des vitraux de l’hôtel royal des Invalides, il fit con-naiiTance avec M. Trou, alors entrepreneur de la manufacture de faïance & porcelaine de faint-Cloud ; qu’ils firent fur les différens fecrets de leurs entreprifes, des eflais réciproques de leurs émaux particuliers avant de s’en communiquer les recettes, & que le fuccès fut auffi prompt & auffi heureux fur l’une & l’autre matière. Mais aux recettes de Kunckel, je joindrai celles enfeignées par Félibien, Haudicquer de Blaticourt & autres, celles qui m’ont été tranfmifes en héritage, que je nommerai mes fecrets de famille , enfin celles que ces Récollets peintres fur verre,'dont j’ai parlé dans ma première partie (£), rapportent dans leur manufcrit, précieux fur - tout pour la manipulation qui y eft déduite avec étendue & clarté.
- f 3. Il elt bon d’obferver d’abord que les matières néceifaires pour la com-pofition des émaux colorans, dont 011 fe fert aduellement dans la peinture fur verre, font très - analogues & même quelquefois fèmblables à celles que nous avons indiquées dans les chapitres précédens. On y emploie les pailles ou écailles de fer quFtombent fous les enclumes des forgerons; mais on préféré celles qui tombent fous le marteau des maréchaux ; le fablon blanc dit
- (<z) Livre II delà fécondé partie ajou- {b ) Voyez au chapitre XVII de la prêtée par Kunckel à Y Art de la verrerie de miere partie de ce traité , à'4'article des Néri, page 407 de la traduction de M. le frétés Maurice & Antoine. baron d’Holback.
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- d’Etampes, ou les petits cailloux de riviere les plus tranfparens, tels que ceux de la Loire; la pierre à fufil la plus mûre, c’eft-à-dire, la plus noire» la mine de plomb ; le falpètre; la rocaille dont nous avons donné la préparation ( a ), mais qui nous vient de Hollande toute préparée. Cette com-pofition n’entre dans les matières néceffaires pour nos émaux , qu’en qualité de fondant. On peut ranger dans la même claife la glace de Venife, les liras & les cryftaux de Boheme. Entre les fubftances minérales qui fervent à colorer ces émaux, on compte l’argent, le harderic ou ferret. d’Efpagne, le périgueux où la magnéfie ou manganefe , l’ochre calcinée au feu , le gypfe ou plâtre tranfparent, les litharges d’or & d’argent, qui font les Tcories ou écumes provenant de la purification de ces métaux^par le plomb. Entrons à' préfent dans le détail de nos recettes, & commençons par la couleur noire.
- Maniéré de faire la couleur noire. Les recettes de Kunckel pour la compofmon de cette couleur, étant les mêmes que celles qu’il a enfeignées pour colorer une table de verre en noir, je paife à celle qui a été prefcrite par Félibien. Prenez des écailles de fer, broyez-les bien pendantdeux ou trois heures au plus fur une platine de cuivre avec un tiers de rocaille ; puis mettez la couleur dans quelque vailfeau de terre verniifée ou de finance , pour la garder au befoin. Ce noir eft fujet à rougir au feu. Il eft bon d’y mettre un peu de noir de fumée en le broyant avec de l’eau claire, ou plutôt un peu de cuivre brûlé ou à'œs ufium, avec la paille de fer; car le noir de fumée n’a pas de corps. ( b )
- Sï- La recette donnée par M. de Blancourt, ne différé de celle-cî que dans la didion. Mais en voici une autre peu différente, prefcrite par mes-fecrets de-Famille. Prenez quatre portions de rocaille jaune, & deux de pailles de fer ; broyez le tout fur une plaque de cuivre un peu convexe pendant quatre heures au moins , puis mêlez-y en broyant, quelques grains de gomme d’Arabie, à proportion de la quantité de cette couleur que vous voudrez préparer.
- 56. Nos religieux artiftes étendent davantage la manipulation de ces recettes , dont ils admettent les fubftances & les dofes. Ils veulent d’abord que » parmi les écailles que l’on ramafï'e fous l’enclume du ferrurier ou du coutelier, on choifilfe les plus lui fan tes & les plus minces, eu prenant foin de ne les pas écraîer : les plus grolîes n’étant point allez brûlées, feraient trop dures à piler &à broyer. Nettoyez-les , difent-ils, bien foîgneuiement fur une afhette, pour en féparer toutes fortes d’ordures & de faletés ; pilez-les enfuite dans un mortier de laiton bien net 8c qui n’ait contracté aucune graillé. Pour maintenir le mortier dans cet état, ils confeilîent, avant de
- (s) Ci-devant, chapitre III.
- (û) Félibien, Principes d!architecture, &c. Paris, 1690, page 254.
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- s’en fervir, d’y piler, tant pour cette couleur que pour d’autres, des morceaux de vieux verre que l’on y réduit en poudre, de frotter l’intérieur du mortier de cette poudre, & de l’etfuyer promptement avec un linge blanc. Les écailles étant réduites en poudre , on les paife au travers d’un tamis de gaze de foie. On pile de nouveau le réfidu que l’on pafle de même. Plus les écailles font réduites en poudre fine, moins elles font dures à 'broyer. Quant à la rocaille, après avoir obfervé que c’eft elle qui , comme fondant, fait pénétrer & attire à foi les couleurs , ils veulent qu’on la pile comme les écailles de fer, & qu’on la réduife en poudre aulli fine.
- 57. Après avoir mêle ces poudres, il faut les broyer avec de l’eau bien claire & bien nette fur un baflin ou platine de cuivre rouge. Ils fe fervaient pour broyer, d’une molette faite d’un gros caillou plus dur que. le marbre, qui s’ufe trop vite fur le cuivre ; ou ils avaient une molette de bois dont le delfus était garni d’une plaque d’acier ou de fer, d’un demi-pouce au moins d’épaiifeur. Pour que la couleur ne put gagner le bois en broyant, cette plaque l’excédait de quatre à cinq lignes, & elle était retenue dans cette emmanchure par une vis qui paflait à travers de l’une & de l’autre, & était bien rivée & limée au niveau de la plaque. Pour raifembler la couleur, à mefure qu’ils la broyaient, ils avaient une amaifette de cuir fort & maniable. La corne, difent-ils, ne vaut rien à cet effet, parce qu’elle fait tourner la couleur. Ils n’en broyaient jamais beaucoup à la fois , parce qu’elle fe broie mieux en petite quantité. Pour connaître fi elle était affez broyée, ce qui demande au moins trois grandes heures, ils en mettaient un peu fous la dent ; s’ils la trouvaient douce , c’était figne qu’elle était affez broyée : mais lorfqu’elle criait encore fous la dent, ils continuaient de broyer jufqu’à ce qu’elle fût devenue très - douce. Sur une quatrième partie du poids de ces poudree bien mêlées enfemble & broyées fur la platine , ils prefcrivent, en broyant fur la fin , l’addition comme d’un pois à manger, de gomme d’Arabie bienfeche & très-blanche, & moitié autant de fel marin que de gomme, ce qui la tient féchement, & la rend plus aifée à broyer. On ne doit broyer cette addition de fel & de gomme que jufqu’à ce qu’elle ne crie plus fur la platine.
- fg. Si vous voulez, ajoutent-ils, avoir toujours de la couleur noire prête à employer , broyez - la fans gomme, puis mettez-la fécher fur un morceau de craie blanche qui en retirera l’eau. Serrez - la promptement ; & lorfque vous voudrez l’employer, vous la repilerez & la rebroyerez avec de l’eau claire pendant peu de tems,y ajoutant à la fin la gomme & le fel comme deffus. Vous la lèverez enfuite de deffus la platine avec l’amaffette, & la ferez tomber avec un liteau de verre, qui l’en détachera dans le plaque-fein de cuivre ou de plomb, plus fur fon bord que dans le fond; puis vous ver-
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- ferez fur cette couleur du lavis ou eau de gomme, dont voici la préparation. Prenez fix ou fept grains de gomme d’Arabie bien feche ; mèlez-y fix ou fept gouttes d’urine, & de votre couleur noire autant qu’il en fera befoin pour rendre ce lavis fort clair. Pour bien faire , il faut que la couleur noire foit dans un petit baftin de plomb , toujours couverte de ce lavis , afin qu’elle ne fe detfeche pas fi-tôt. Ce lavis fert pour la première ombre & la demi-teinte. Ça)
- f9. Mes fecrets de famille fubftituent, à la place de fix ou fept gouttes d’urine , fix ou fept grains de fel : ce qui eft plus convenable & plus propre, dans le cas où font les peintres fur verre d’appointer ou preifer leurs pinceaux fur le bord de leurs levres, pour les tenir pointus.
- 6o. Nos Récollets, fans donner la dofe de la gomme , difent d’en piler & de la broyer tant foit peu, de la mettre dans une bouteille où l’on fera entrer telle quantité d’eau que l’on voudra , plutôt moins que trop. Pour la garder toujours, ajoutent-ils, il faut l’entretenir d’eau ; finon elle fe Pécherait & deviendrait comme du favon , quand il faudrait s’en fervir pour brover, & dès-lors fe trouverait hors de fèrvice. Il ne faut employer au furplus la gomme dans aucune couleur , que lorfque la couleur eft fuffifamment broyée. Quand vous voudrez travailler , continuent-ils, penchez le plaque-fein , afin que l’eau gommée s’incline toujours vers le bas ; mouillez enfuite votre pinceau dans l’eau ; trempez-le dans la couleur épaiffe ; effayez-en fur un morceau de verre , adouciflez-la avec le balai. Lorîque vous voudrez reconnaître ii votre couleur eft feche , vous paiferez la langue delfus. Si à la troifieme fois la couleur ne s’efface pas , travaillez-en ; fi elle s’efface, remettez-y de Peau de gomme. Si elle ne tenait pas encore, il faudrait y faire diffoudre gros comme un pois de borax de roche. Enfin ils terminent cet article par répéter qu’il ne faut jamais tant broyer de noir à la fois, & qu’il vaufrmieux recommencer plufieurs fois, parce que cette couleur, qui eft la principale de toutes parle deiïîn qu’elle exprime feule, & qui fert de fond à toutes les autres, s’emploie mieux lorfqu’elle eft fraîchement broyée.
- 6r. Couleur blanche. Les recettes enfeignées par Kunckel Çb) pour faire les couvertes blanches, quoique tnifes au rang des émaux communs aux peintres fur verre & aux financiers, ayant finguliérement trait à la finance & à la peinture en «émail, je les pafle ici fous filence, & me contente de celles qui fuivent. Prenez du fablon blanc ou d’Etampes , ou de petits cailloux blancs tranfparensj mettez-les rougir au feu dans une cuiller de fer : jetez-les enfuite dans une terrine d’eau froide pour les bien calciner, & réitérez plufieurs fois s faites-les fécher : pilez-les bien dans un mortier de marbre avec
- (£t) pélibien, Principes d'architeflure, page 258.
- {b ) &t (je la verrerie du baron d’Holback, page 410,
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- un pilon de même matière ou de verre ; broyez-les fur le caillou ou fur le marbre , pour les réduire en poudre impalpable. Mêlez à cette poudre une quatrième partie de falpêtre ; mettez le tout dans un creufet : faites bien calciner. Pilez de nouveau 5 faites calciner pour une troifieme fois à un feu plus vif que celui des calcinations précédentes. Retirez le tout du creufet, & gar-dez-le pour le befoin. Pour vous en fervir à peindre , vous en prendrez une once; vous y ajouterez autant de gypfe, après l’avoir bien cuit fur les charbons , de maniéré qu’il foit très - blanc & qu’il fe mette en poudre, & autant de rocaille. Vous broyerez bien le tout enfcmble fur une platine de cuivre un peu creufe, avec une eau gommée, & cela jufqu’à ce qu’elle foit en bonne confiftance pour être employée dans la peinture ; & votre blanc fera préparé. ( a ) Cette recette de M. Haudicquer de Blancourt eft conforme à celle donnée par Félibien. (h) M. l’abbé de Marfy (c) ne demande que deux calcinations. Mes fecrets de famille difent de prendre, pour faire cette couleur, deux portions de cailloux blancs, que Ion aura fait calciner au creufet & éteindre dans l’eau froide ; deux portions de petits os de pieds de moutons brûlés & éteints de même, & deux portions de rocaille jaune, de broyer le tout comme le noir, & d’y mêler de la gomme d’Arabie.
- 62. Dans un cas preffant, où le tems néceifaire pour la préparation de
- ces compofitions manquerait, on peut employer pour le blanc , en peinture fur verre , la rocaille jaune feule, en la broyant finement, & la lavant à plusieurs reprifes après l’avoir broyée. Ce blanc, à la vérité , 11e fera pas d’une fi grande blancheur ; mais il ne fera pas fans effet. Je l’ai vu pratiquer ainfi par mon pere , lorfque le blanc plus compofé lui manquait, ainfi que le loifir d’en préparer. Quelquefois, pour donner à la rocaille plus de blancheur, il y ajoutait moitié de fou poids de gypfe brûlé & blanchi comme on a dit, c’eft-à-dire, fur deux onces de rocaille une once de gypfe , qu’il broyait en-femble fur l’écaille de mer aufîi long-tems que le noir & de la même maniéré. Nos artiftes religieux 11’emploient pour faire le blanc que la rocaille toute pure , pilée & broyée, non fur un baffin de cuivre , ce qui changerait Je ton de la couleur , mais fur une table de glace ou de gros verre de Lorraine, d’environ un demi - pouce d’épaiffeur, montée à-plomb fur un chaffisde bois, & cimentée avec le plâtre. Leur molette était de verre, telle que les liffoi res dont les blanchiffeufes fe fervent pour repaffer certaines pièces de linge. Cette couleur, difent-ils, eft fujette à noircir au feu, à moins qu’elle ne foit couchée fort déliée. ,
- 63. Quant à leur maniéré de préparer la rocaille, ils ne font qu’ajouter
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- (a) Haudicquer de Blancourt , chapitre CCÏII de fon Art de la verrerie.
- ( b ) Felibien ^Principes d'architecture^ page 294.
- ( ç ) Dictionnaire abrégé de peinture & d’architecture, Paris, 1746 , page z 3 3,
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- au fable blanc ou aux cailloux luifans & tranfparens trois fois autant de mine de plomb rouge, & une demi-fois de falpètre raffiné ; & ils ne font patfer le tout qu’à une calcination à un feu vif de cinq quarts d’heure feulement, à catfie de la quantité de mine de plomb qui y entre pour en hâter la fufion. Ils connaiîfent qu’elle eft fuffifamment liquéfiée , lorfque le filet de matière qu’ils tirent du creufet avec le bout d’une verge de fer , quand il eft refroidi, paraît glacial & uni. Ils ajoutent une obfervation qui eft plus de pratique pour les émailleurs que pour les peintres fur verre , afin de donner à la rocaille toutes fortes de couleurs. Pour la rendre blanche, ils y mettent, lorfqu’elle eft calcinée, un peu de cryftal pulvérifé. Pour lui donner une couleur verte, ils vuident le creufet fur du cuivre jaune. Pour la rendre rouge, fur du cuivre rouge. Noir, fur du marbre noir. Pour la rendre entièrement verte, ils jettent en fondant dans le creufet une pincée de paille ou du cuivre rouge. Pour la rendre d’un violet foncé, un peu de périgueux. Plus noire , un peu de paille de fer. Bleue, un peu d’azur en poudre. Enfin ils recommandent les cailloux blancs préparés & calcinés par préférence au fable blanc, uon-feulement parce que ce dernier ne fe trouve pas par-tout comme eux, mais encore^pauce que ceux-ci lui donnent une furface plus glaciale &plus lilfej& parmi ces cailloux, ils veulent qu’on choifilfe les plus luifans & les plus tranf. parens, qu’il ne s’y trouve pas de veines rouges & noires, & qu’ils ne tiennent pas de la nature des pierres à fufil.
- 64. Couleur verte. Pour faire le verd, prenez , fuivant Kunckel, une partie de verd de montagne ( a ), une partie de limaille de cuivre, une partie de minium, une partie de verre de Venife; faites fondre le tout enfemble au creufet, vous aurez un très-beau verd : vous ferez même le maître de vous en fervir fans l’avoir fait fondre. Ou prenez deux parties de minium , deux parties de verre de Venife, une partie de limaille de cuivre ; faites fondre ce mélange , broyez & vous en fervez. Ou prenez une partie de verre blanc d’Allemagne , une partie de minium , une partie de limaille de cuivre ; faites fondre ce mélange ; broyez enfuite la malfe : prenez deux parties de cette couleur, & ajoutez - y une partie de verd de montagne ; broyez de nouveau , vous aurez un très-beau verd. (b)
- 6f. Suivant Félibien, le verd fe fait en prenant de Mcesujlum ou cuivre brûlé une once, de fable blanc quatre onces , de mine de plomb une once :
- ( a) Le verd de montagne eft la même ftere ou en morceaux. Il yen a beaucoup fubftance que M. Valmont de Bomare, dans les montagnes de Kernaufen en Hon-Diflionnaire (Thijloire naturelle, défigne grie. On s’en fert particuliérement pour fous le nom d’ochre de cuivre , qu’il dit peindre en verd d’herbe, être un cuivre diflous & précipité dans l’in- (b) Art de la verr&ijg du baron d’fiol-térieurde la terre 3 où on la trouve en pouf- back, page 420,
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- on pile le tout enfemble dans un mortier de bronze ; on le met pendant environ une heure au feu de charbon vif dans un creufet couvert : on le retire ; lorfqu’il eft refroidi, on le pile, dans le même mortier ; puis y ajoutant une quatrième partie de falpêtre, on le remet au feu jufqu’à trois fois , & on l’y laiife pendant deux heures & demie ou environ. On tire enfuite la couleur toute chaude hors du creufet ; car elle eft fort gluante & mal - aifée à avoir. Il eft bon , avant l’opération, de lutter les creufets avec le blanc d’Ef-pagne, parce qu’il s’en trouve peu qui aient la force néceflaire pour réfifter au grand feu qu’il faut pour ces calcinations. ( a )
- 66. La recette donnée par M. de Blancourt , admet les mêmes matières, mais à des dofes différentes. Prenez , dit-il, deux onces d’œs ufium, deux onces de mine de plomb , & huit onces de fable blanc très-fin ; pilez & broyez bien le tout dans le mortier de bronze; ajoutez-y une quatrième partie de Ion poids de falpêtre, les broyant & les mêlant bien enfemble. Mettez le tout dans le creufet couvert & lutté , au même feu , pendant près de trois heures ; ôtez enfuite votre creufêtdu fourneau ; tirez-en tout aufli-tôtla matière avec une fpatule de fer rouge, parce qu’elle eft fort gluante. Tout le fecret, remarque-t-il, pour bien faire cette couleur, dépend de la calcination des matières, & d’avoir des creufets lu tés d’un très-bon lut, (b) parce qu’ils ref-tent pendant long-tems expofés à un feu vif. (c)
- 67. Selon mes fecrets de famille, on doit, pour faire cette couleur, prendre un poids de mine de plomb, un poids de pailles de cuivre , & quatre poids de cailloux blancs; faire d’abord calciner le tout fans falpêtre , îaiiîer refroidir, piler au mortier de bronze, calciner une fécondé fois en ajoutant une quatrième partie de falpêtre, laiflèr refroidir de nouveau, piler encore, recalciner une troifieme fois en mettant de nouveau falpêtre, le broyer pour s’en fervir. Ou prenez un poids de mine de plomb rouge ou minium , un poids de limaille de cuivre jaune, que vous ferez premièrement calciner dans un.four de verrerie ou de faïancerie. Vous pilerez enfuite & paierez par un tamis bien fin; puis vous prendrez quatre fois autant de cailloux calcinés & pilés très-fin. Vous mettrez le tout enfemble dans un creufet de terre bien net, & le ferez calciner pendant deux heures à un pareil fourneau, après l’avoir tamifé par un tamis fort fin : vous pilerez & tamiferez de nouveau ; vous y mêlerez une troifieme partie de falpêtre ; vous ferez recalciner le tout encore deux heures : vous pilerez & tamiferez de nouveau ; puis y ajoutant une huitième partie de falpêtre , vous calcinerez votre composition pour la quatrième fois , & vous verrez merveille. Cette recette fort ufitée par mes
- ( a ) Fétëbîen, Principes darch. p. 2s 7. ( c ) Art de la verrerie. d’Haudicquer de
- {b) V. le Lici. de chymie, au mot Lut Blancourt, chapitre CCTX.
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- aïeux , très-voifins de la faïancerie de Rouen , & par mon pere dans celle de Saint-Cloud , eft très-fondante.
- 68- L’expérience qui nous apprend que le mélange du jaune & du bleu donne une couleur verte, a fourni aux peintres fur verre l’idée d’employer quelquefois ces deux couleurs pour en faire des verds de difFérens tons, & fur-tout du verd de terraife : voici comment ils s’y prennent. Après avoir couché du côté du travail , c’eft-à-dire, du côté oùle deftîn , fes ombres & fes clairs font tracés fur le verre avec la couleur noire ; après avoir couché, dis-je, la couleur bleue qu’ils veulent rendre verte, ils couchent de jaune fur le revers de la piece de verre, c’eft-à-dire, fur le côté où elle n’eft point travaillée , l’endroit qu’ils veulent faire paraître verd. Cet ufage donne, après la recuilfon, de différentes nuances de couleur verte, à proportion que l’une ou l’autre de ces deux couleurs ont été couchées plus ou moins épaiffes. Nos Récoîlets fuivaient exactement pour la couleur verte le premier des procédés que je viens d’indiquer d’après mes fecrets de famille : voici ce qu’ils y ajoutent. Pour donner le verd à vos feuillages & le rendre un peu plus g;n & plus tranfparent, couchez de jaune faible derrière le travail, c’eft-à-dire, fur le côté oppofé à la peinture : pour avoir un verd foncé, couchez de jaune plus fort.
- 69. Couleur bleue. Kunckel s’étant beaucoup étendu dans fes différentes recettes fur la compofition d’une couleur bleue, dont l’ufage fût commun aux peintres fur verre comme en faïance, je me contente d’extraire ici celles qui m’ont paru plus fondantes, & par conféquent plus propres à la peinture fur verre. J’ai excepté de ce nombre celles dans lefquelles il prefcrit l’ufage du tartre, parla raifon qu’il en donne lui-même, c’eft-à-dire, à caufe de l’obfcurité que peut y porter l’abondance des fels que le tartre contient. Prenez une partie de litharge, trois parties de fable, une partie de faffre , ou, à fon défaut, de bleu d’émail, (a) Ou prenez deux livres de litharge, un quarteron de cailloux & un quarteron de faffre. Ou quatre livres de litharge, deux livres de cailloux"& une livre de faffre. Ou quatre onces de litharge , trois onces de cailloux pulvérifés, une once de faffre & une once de verre'blanc. Quelque recette que vous choifillîez, faites fondre ce mélange ; faites - en l’extin&ion dans l’eau ; remettez - le enfuite en fufion i répétez cette opération au moins trois fois. Il ferait bon de faire calciner ce mélange, la laiffant jour & nuit, pendant quarante - huit heures à chaque calcination, dans un fourneau de verrerie. (£)
- 70. Pour faire la même couleur, félon Haudicquer de Blancourt, prenez deux onces de faffre , autant de mine de plomb , & huit once*s de fable
- {a) Voyez ci-dedus la maniéré de le préparer.
- (/>) Art delà verrerie du baron d’Holback, page 422.
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- blanc très-fin. Mettez ces matières dans un mortier de bronze pour les ÿ piler le plus que vous pourrez. Mettez - les enfuite dans un bon creufet couvert & luté ,au fourneau à vent, auquel vous donnerez un fou vif pendant une heure. Retirez votre creufet du fou ; 8c lorfqu’il fera refroidi, verfez la matière dans le même mortier; pilez-la bien ; ajoutez - y la quatrième partie de fon poids de falpètre en poudre ; mêlez bien le tout enfemble ; rem-pliflez-en le creufet, que vous couvrirez & que vous mettrez au même fourneau pendant deux heures , donnant le feu comme ci - devant. La matière étant refroidie , vous la rebroyerez, & y ajoutant une fixieme partie de fal-pêtre, vous ferez recalciner de nouveau au même feu pendant trois heures. Vous retirerez enfuite la matière du creufet avec la fpatule de fer rougie au feu, comme pour le verd. ( a )
- 7r* Félibien,/en parlant de la ^préparation de la couleur bleue propre à peindre fur verre, fe contente de dire (I) que l’azur ou le bleu, le pour-rpré 8c le violet fe font de même que le verd, en changeant feulement la paille de cuivre en d’autres matières ; favoir , pour l’azur ou le bleu en falfre\ pour le pourpre en périgueux, (c) & pour le violet en ladre & périgueux, ’à mêmes dofes, autant de l’un que de l’autre. ( d)
- 72. Mes feerets de famille en difent davantage, & donnent fur cette couleur les trois recettes fuivantes. Prenez trois onces de bleu d’émail, du meilleur qu’on tire de la Saxe par la Hollande ; ajoutez-y une once & demie de foude de Gènes ou d’Angleterre, qui néanmoins nous vient meilleure d’Alicante en Efpagne : mettez le tout calciner à un fourneau de verrier, de faïan-cier, ou d?un potier de terre. Les calcinations réitérées rendront cet émail
- (g) Haudicquer de Blancourt, chapitre CCVI.
- (6) Félibien, Principes <farchitecture y page 2Ç7*
- ( c ) Le périgueux, ou pierre de Périgord, en latin lapis petracorius, eft une fubf-tance métallique ou pierre pefante, compare, noire comme du charbon, difficile à mettre en poudre, qui reffemble beauqpup à l’aimant, tant par fa couleur que par fa pefanteur. Elle a été ainfi nommée parmi nous, parce que la première a été trouvée en terre perdue à deux lieues de Péroufe dans le Périgord. Elle eft à tous égards une forte de manganefe, & la même que les anciens nommaient magnéfie, qu’ils confondaient même avec l’aimant, à caufe de leur reffemblance. La manganefe fe trouve dans Tome XIIh
- plufieurs mines en. Angleterre & dans le Dauphiné. On en apporte auflx d’Allemagne. La meilleure vient de Piémont, quoiqu’il y en ait auffi du côté de Viterbe, qui eft parfaitement bonne. Il eft encore une forte de périgueux, qui eft la plus ordinaire, mais poreufe, d’un noir jaunâtre , facile à caffer, & difficile à mettre en poudre, qui n’eft qu’une efpece de fcorie de fer ou de mâchefer. Cette derniere n’eft nullement propre à notre préparation. Dictionnaire de Trévoux & d’hijioire naturelle.
- ( d) Cette obfervation de Félibien peut fervir de fupplément à l’omiffion que nous avons remarqué dans le chapitre précédent avoir été faite par Kunckel, des recettes. propres à colorer des tables de verre nu en violet & en pourpre fondant.
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- plus fondant. On peut en ufer comme au verd, quoique deux calcinations puiffent fuffire pour rendre cette couleur fondante. Autre. Prenez du fel gemme ( a), trois onces de;bleu d’émail de Hollande, environ la quatrième partie de falpêtre & autant de borax. Mettez le tout bien pilé & mêlé ensemble calciner dans un ereufet : vous le bifferez refroidir : vous pilerez de nouveau dans le mortier de bronze î vous y ajouterez une quatrième partie de falpêtre , autant de borax, & ferez calciner une; fécondé fois ; ce qui fuffira. Autre. Prenez une livre d’azur ou bleu de cobalt (£), une quatrième partie <le cryftal de Venife , auquel on peut fubftituer celui de Boheme , une fixieme partie de mercure ( c ), autant d’étain de glace ou bifmuth , (d') & autant de bon borax de Venife. Faites calciner le tout à un feu très-vif pendant deux ou trois heures, & vous aurez un très - beau bleu & très - fondant. J’ai vu mon pere tirer, des effets merveilleux de ce bleu, dont il tenait le fecret de fes aïeux. ; :
- 7^. Nos artiftes religieux ont des recettes pour cette couleur, qui leur font propres. Prenez, difent-ils , une once de mine de plomb rouge, fix onces d’azur en poudre groffiere & foncée (e), & deux onces de falpêtre raffiné, ou quatre onces d’azur d’émail (/) , & une once d’aigue-marine (g) , ou
- (a) Voyez furie fel gemme,qui eft un foffile, M. Valmont de Bomare , au mot Sel, dans fon Dictionnaire dhifioire naturelle.
- (b) Le cobalt ou faffre font une même ehofe. Voyez la maniéré de le préparer dans VArt de la verrerie de M. le baron d’Hol-back, pag. ç89 & fuiv.
- ( c ) Le mercure s'amalgame ( s’allie ) très-bien avec le bifmuth.'Voyez furies propriétés du mercure le Dictionnaire de chimie de M. Macquer , aux mots Mercure, Amalgame, Alliage.
- ( d ) Le bifmuth ou l’étain de glace eft
- un demi-métal ou un métal imparfait. On en trouve beaucoup en Saxe, dans les mines de Sçhnéeberg & de Freyberg , ainfi que dans toutes les mines d’où l’on tire le cobalt. La vraie mine de bifmuth contient 3?. beaucoup d’arfénic ; 2° .unepartie femi-métallique ou réguline ; $°. une terre pier-reufe & vitrifiable , qui donne une couleur bleue au verre. Le bifmuth facilite confi-dérablement la fonte des métaux qu’il divife & pénétré. Lorfqu’ila été fondu avec eux,
- ces métaux deviennent plus propres à s’amalgamer avec le mercure ou vif-argent. Quand le bifmuth eft en fonte, il produit, ainfi que le cobalt, qui, comme lui, a pour bafe une terre bleue propre à faire le bleu d’émail, des vapeurs d’une odeur arfénicale, très - fenfible & très-dangereufe dans fa préparation. Voyez fur ce motlesDictionnaires dhiftoire naturelle & de cfiymie, & VEncyclopédie.
- ( e ) Cet azur eft le même que le fmalt, exactement vitrifié, éteint dans l’eau & pul-vérifé, plus connu fous le nom d'azur à poudrer.
- (/) C’eft ce même azur en poudre plus fine, qu’on nomme aufli azur fin.
- (g) Cette recette ne paraît pas bien claire dans l’emploi qu’elle prefcrit de l’aigue-marine. Si par ce terme nos Récollets entendent la pierre précieufe que nous con-naiffons fous ce nom & fous celui de bérily on ne retrouvera pas dans ce procédé l’efpnd de pauvreté des enfans de faint François ; car ils auraient pu fe procurer une couleur' bleue par des moyens auffi fûrs & infiniment
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- fix onces d’azur de mer (a) , deux onces de falpêtre raffiné, & demi-once de borax de Venife ; ou deux onces d’azur d’émail (A), autant d aigue-marine, & une once de falpêtre. Quelque recette que vous choififfiez, pilez, tami-fèz, calcinez une bonne fois à feu vif, & broyez fur la table de verre avec la molette de verre, comme au blanc.
- 74. Couleur violette. Pour faire le violet, prenez une once defaffie, une once de périgueux bien pur & bien net, deux onces de mine de plomb, & huit onces de fable fin. Broyez ces matières dans un mortier de bronze, pour les réduire en poudre la plus fine que vous pourrez; mettez ces poudres dans un bon çreufet couvert 8c luté, au fourneau à vent, & leur donnez bon feu pendant une heure ; puis retirez votre creufet. Lorfqu’il fera refroidi, vous en broyerez la matière dans le même mortier; vous y ajouterez la quatrième partie de falpêtre en poudre: procédant au furplus , comme il a été indiqué ci-devant par M. de Blancourt pour le verd. (c)
- Selon mes fecrets de famille, prenez un poids de pierre de périgueux avec autant de fatfre, que vous mettrez dans un creufet : faites fondre ; pilez enfuite la matière ; ajoutez-y un tiers pefant de falpêtre; calcinez le tout quatre ou cinq fois à un feu vif, en ajoutant à chaque calcination le même poids de falpêtre.
- 76. Suivant nos Récollets, prenez une once de périgueux le plus clair & le plus luifant, car le noir vaut moins ; autant de mine de plomb rouge, & fix onces de fable ou de cailloux calcinés. Suivez au refte tout ce qu’ils ont dit ci-devant pour la couleur verte. Ajoutez-y feulement une quatrième calcination avec une fixieme partie de falpêtre. Quand vous emploierez,
- moins difpendieux. II n’appartenait qu’à un abbé Bénédictin , tel que Suger , de faire broyer les faphirs dans la préparation du verre bleu, dont il enrichit les vitraux de l’églife qu’il fit reconftruireen l’honneur du faint patron de fon abbaye , la plus augufte du royaume, comme peut-être la plus riche. Il parait que nos religieux peintres fur verre ont employé ici métaphoriquement ce terme , en l’entendant, non de la pierre précieufe dite aigue-marine on béril, mais de ces verres, émaux ou pâtes de couleur d’aigue-marine , dont il eft parlé àznsYArt delà verrerie de Néri, pages 79 ,8s, 90 , 162, 200 & 207, de la traduction de M. le baron d’Holback. D’ailleurs, par l’indication que nos deux artiftes donnent à la fin de leur manuferit de la demeure des émail*-
- leurs les plus accrédités de leur tems à Paris pour la vente de ces couleurs toutes faites , on peut foupçonner-que, peu verfés dans la chymie , ils en achetaient toutes préparées plus qu’ils n’en apprêtaient eux-mêmes.
- ( a ) L’azur de mer doit être pris ici pour ce qu’ils ont nommé plus haut aigue-marine ; car cette couleur tire fur celle de l’eau de la mer, lorfqu’elle eft calme & appercuc dans l’éloignement.
- (b ) L’azur d’émail fe diftingue de l’azur de mer, en ce que Kunckel dit du ren-verfement des dofes des fubftances du premier de ces azurs au fécond. Voyez Y En. cyclopédie, au mot Bleu d'émail.
- (c) Haudicquer de Blancourt, Art de la verrerie , chap. CCVIII.
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- diTent - ils, le violet, fi vous le voulez un peu couvert, couchez - le fort épais î il n’eft pas alors fi fujet à noircir. Si vous voulez, ajoutent - ils, avoir du violet très - haut en couleur , quand vous en ferez à la derniere calcination, partagez toute la couleur vitrifiée par les trois premières calcinations en deux parties égales; calcinez-en une pour la quatrième fois avec la dofe ordinaire de falpëtre : partagez cette moitié en quatre autres parties , ajoutez-y une quatrième partie d’azur déjà calciné ; recalcinez de nouveau avec une huitième partie de falpëtre; mêlez, pilez, tamifez & broyez comme à la couleur bleue. Enfin , continuent-ils , fuppofé que vous manquiez de violet, & de tems pour en préparer, couchez fur votre travail de l’azur un peu clair, & par-derriere le travail couchez de la carnation toute pure, ce qui vous donnera un violet foncé.
- 77. Couleur pourpre. Pour faire la coulëür pourpre, prenez, fuivant mes fecrets de famille, une portion de périgueux, 'deux portions de fable blanc, quatre de falpëtre & quatre de mine de plomb. Pilez, mêlez, calcinez juf. qu’à cinq fois, & mêlez à chaque calcination de nouveau falpëtre.
- 78. Selon le manuferit de nos Réeollets , prenez une once de la couleur bleue, & une once de la couleur violette, calcinées comme detïus ; pilez, mêlez, recalcinez , en y ajoutant une quatrième partie de falpëtre , & broyez comme à l’azur : vous aurez une très-belle couleur de pourpre. Lorfque vous n’en avez pas de préparé , prenez, ajoutent - ils, de l’azur & du violet calcinés ; mêlez le tout enfemble , en broyant fur la table de verre avec la molette de même matière. Si vous couchez clair ce pourpre, il vous donnera une fort belle couleur de vinaigre.
- 79. Les émaux ou couleurs propres à peindre fur verre, dont je viens de donner les recettes, fur-tout le blanc, le verd, le bleu, le violet & le pourpre, étant produits par des calcinations & vitrifications des différentes fubftances dont ils font compofés , j’ai cru, à l’exemple des grands maîtres, dont j’ai fuivi les enfeignemens, ne devoir pas conclure ce chapitre, fans parler de la nature & du choix des creufets & des fourneaux propres à cet elfet; & comme les cinq émaux fufdits s’emploient tous de la même façon, }e finirai par la maniéré de les préparer avant de s’en fervir pour peindre.
- 80. Les curieux, dit M. de Blancourt, pourront éviter les inconvéniens de voir les creufets fe rompre avant que la matière foit cuite & purifiée, & de courir rifque de la gâter, en la verfànt dans un autre creufet, fi, au lieu des creufets ordinaires , ils en font faire de la même terre dont les verriers font leurs pots , qui réfifient plus de tems qu’il n’en faut pour notre cuilfon , & même à feu plus violent que celui qui doit nous fervir. Ceux d’Allemagne peuvent être encore d’un bon fecours pour cette opération, parce qu’ils endurent mieux le feu que les creufets ordinaires. Mais
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- je veux , continue-1-il, abréger tous ces foins par une maniéré aifée de préparer le creufet ordinaire, que jai vu éprouver & réfiftèr un très-long tems au feu.
- 81. Il faut, pour cet effet, prendre un creufet ordinaire, encore mieux un d’Allemagne ; le faire un peu chauffer ; le tremper dans de l’huile d’olive i le laiffer un peu emboire & s’égoutter j enfuite avoir du verre pilé & broyé impalpablement; y joindre du borax en poudre, qui aide à la fufion. du verre j en faupoudrer le creufet dehors & dedans autant qu’il pourra en retenir, puis le mettre dans un fourneau, d’abord à petit feu, & le pour-fuivre de la meme force que fi on voulait fondre. Alors le verre fe fondra & fe corporifiera fi bien avec le creufet, qu’il fera capable de réfiftèr au feu beaucoup plus de tems qu’il n’en faut pour la cuiffon de la matière. Mais tout dépend de faire cuire les creufets à un feu très - violent qui refferre les pores de la terre, & la rend compacte comme le verre ; encore mieux fi, au fortir de ce grand feu , on jette du fel commun en abondance fur les creufets, qui les rend polis comme le verre, & capables de retenir les efprits dans le feu. ( a )
- 82. M. Rouelle , dont les cours de chymie qu’il fait à Paris depuis plu-fieurs années font, de l’aveu même des étrangers, ce qu’il y a jamais eu de mieux en ce genre, a éprouvé que les petits pots de grès dans lefquels 011 porte à Paris le beurre de Bretagne, & qu’on trouve chez tous les potiers, fous le nom de pots à beurre, étaient les plus excellens creufets qu’011 pût employer i qu’ils pouvaient remplir les defirs de plufieurs chymiftes qui, ayant des prétentions fur le verre de plomb, fe font plaints de 11’avoir point de vaiifeaux qui puifent le tenir long-tems en fonte. (h) C’eft aufîî le fen-timent de M. Macquer qui, examinant la difficulté de fe procurer pour les différentes opérations de chymie des creufets plus durables, dit que des creufets ou pots de terre cuits en grès réfiftent mieux aux matières vitrefcentes & d’un flux pénétrant, comme le verre de plomb. (c)
- 83. D’autres chymilles ont encore employé des creufets doubles, c’eft-à-dire, un creufet juftemcnt emboîté dans un autre creufet, pour expofer à un feu long-tems continué des mélanges difficiles à contenir. M. Pott, qui a traité expreffément de la bonté des creufets , a eu recours avec fuccès à cet expédient. Au relie, les qualités effentielles d’un bon creufet font: i<>. De réfiftèr au feu le plus violent fans fe fendre ou fans fe calfer. 20. Il ne doit rien fournir du lien aux matières qu’on a à y mettre. 30. Il ne doit pas être pénétré par ces matières, ni les laiffer échapper à travers de fes pores, ou
- (a) Haudicquer de Blancourt, Art de la verrerie, chap. CIX,
- (b) Encyclopédie , aux mots Chymie & Creufets.
- (c) Dictionnaire de chymie, au mot Poterie.
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- à travers des trous fenfibles que ces matières fe pratiquent dans Ton paroi ou dans fon fond. C’eft un excellent ulage de luter les creufets en-dedans & en - dehors avec un lit de craie délayée dans l’eau, d’une confiftance un peu épaifle.
- 8f. A l’égard des fourneaux, la plupart des auteurs que nous avons cités renvoient à ceux de verrerie & faïancerie pour la vitrification de nos émaux: mais tous les peintres fur verre n’étant pas à portée de s’en fervir, à ’caufe de leur éloignement, voici la defcription d’un fourneau à vent, d’après M. de Blancourt, avec lequel ils pourront faire telle vitrification qu’il leur plaira, ayant foin d’ailleurs de bien luter & couvrir les creufets. ( a ) Ce fourneau doit être fait de bonne terre à creufet. Plus il fera épais, plus il fera en état de réfifter à un très-grand feu & d’en entretenir la chaleur. M. de Blancourt dit qu’on peut donner à ce fourneau , par le feu de charbon , tel degré de chaleur qu’on voudra , pourvu qu’il ait cinq à fix pouces depaiffeur. Mais comme il veut qu’il ait une grandeur raifonnable, comme d’ailleurs il ne prefcrit rien de fixe fur cette grandeur, voici la proportion la plus exaéle que j’ai cru pouvoir lui donner.
- 86. Je fuppofe le fourneau à vent de forme ronde : je lui donne trois pieds & demi de hauteur fur feize à dix-fept pouces de diamètre dans œuvre. Il faudra qu’il y ait un pied d’intervalle depuis le cendrier , qui doit être élevé pour attirer plus d’air, jufques & compris la grille , & deux pieds & demi du deffus de la grille jufqu’au deifous de l’extrémité du couvercle. La grille doit être de la même terre que le fourneau , parce que le fer, Ci groifes que fuifent les barres qui la compoferaient, eft fujet à fe fondre à la grande chaleur. Le couvercle auffi de même terre & en voûte bien clofe. Vouvroir, c’eft-à-dire, l’efpace qui fe trouve depuis le bas du couvercle jufqu’à la grille, contiendra un pied neuf pouces de haut. Vers le milieu de l’ouvroir, on pratiquera une porte de forte tôle, par laquelle on puiffe mettre & ôter les creufets & introduire le charbon dans l’ouvroir. Par conféquent le couvercle , en forme de dôme, aura dans fon milieu dans œuvre neuf pouces *de haut, non compris la cheminée qui lui fert de couronnement, & qui doit être pratiquée’cle façon qu’on puiffe y ajufter des tuyaux de tôle plus ou moins , à p-roportion qu’on voudra tirer plus ou moins d’air. Si l’on veut avoir beaucoup d’air par le bas du fourneau , M. de Blancourt veut qu’on ajufte avec de bon lut de terre graife, à la porte du cendrier, un tuyau de pareille tôle , qui fe termine par une efpece de trompe. Ce fourneau ne peut faire qu’un bon effet, lorfqu’on veut calciner & vitrifier une portion un peu confidérable de couleurs : mais dans le cas où il s’agirait d’en préparer une moindre quantité, on peut y fubftituer un fourneau portatif, tel que je vais décrire.
- ( a ) Haudicquer de Blancourt, chap. CXLVI.
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- 86. Il y a quarante ans au moins, que mon pere ayant pris avec un Milanais des èngagemens pour lui montrer l’art de peindre fur verre & l’apprèt des couleurs qui y font propres , je fus chargé de procéder en leur préfence aux différentes opérations pour la calcination des émaux colorans ; je me fervis d’un petit fourneau de fufion, fait en terre à creufet par un fourna-lifte de Paris , de forme ronde, d’environ quinze à feize pouces de hauteur , onze pouces de diamètre & deux pouces d’épaiifeur hors d’œuvre. Ce fourneau avait deux anfes, pour la facilité du tranfport. Il avait une forte grille de même matière , élevée à trois pouces du cendrier. Il était percé de quelques trous dans fon contour, furmonté de fon couvercle en dôme, dans lequel, était pratiquée une porte de même terre, amovible, par où l’on introduirait le charbon pour l’entretien du feu, & pour retirer,'quand la fufion était faite, le creufet du fourneau avec des tenailles ou pinces de fer qu’on faifait rougir par le bout. Le tout réuflit à fouhait, en fuivant les indications de mes fecrets de famille, les feules qui étaient connues de mon pere, pour les avoir expérimentées plu (leurs fois. J’obfervera néanmoins qu’à la vitrification des fubf-tances colorantes pour le verd, il fe fendit deux creufets par l’effervefcence de la compofition qui fe répandit dans l’ouvroir & coula dans le cendrier, cette couleur s’élevant plus que le blanc, le bleu, le violet & le pourpre. Je me fouviens aufli d’avoir vu mon pere vitrifier ces mêmes émaux en intro-duifant le creufet qui contenait la compofition dans la café d’une forge de -fondeur. («)
- . 87. Nos artiftes Récollets, après avoir remarqué qu’il eft plus avantageux ,
- pour ceux qui en ont la commodité, de calciner les couleurs à la verrerie qu’au feu de charbon, parce qu’elles en fortentplus belles & plus glaciales , lijjes, ajoutent : Ce ferait encore mieux faire d’imiter les anciens peintres fur verre. Ils avaient à cet effet des creufets d’un grand pied de hauteur: ils mettaient leurs compofitions dans ces creufets fans y mêler de falpêtre; il les introduis faient dans un four à, chaux , d’environ trois toifes dé haut, rempli de pierres calcaires j ils les plaçaient vers le milieu du four, à diftance d’un pied l’un de l’autre ; ils les couvraient d’un fort carreau de terre cuite ; ils les flanquaient , dans le vuide qui fe trouvait entre chacun d’eux & tout autour , de pierres à chaux bien ferrées les unes contre les autres. Ils ne mettaient guere que deux rangs de ces pierres au-deffus des creufets, de peur que la pefanteur des pierres ne les fit calfer. Le feu ayant été comme il doit être pendant vingt-quatre heures à la fournaife, leurs couleurs devenaient parfaitement belles & glaciales. Lorfque le four était refroidi & les premiers
- (a) On appelle café cette boite ou four bons allumés font arrangés autour du creu-rond ou quarré , d’un pied de diamètre, fet du fondeur, & reçoivent le vent d’un & profond à peu près d’autant, où les char- foufhet double, qui y porte l’air en-deffous.
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- rangs de pierres retirés, ils en ôtaient les creufets & les caftaient pour en avoir la couleur qui était extrêmement belle*, fi l’on en excepte le deflus , qui reliait couvert de l’écume dont on n’avait pu la purger. Cette maniéré eft des plus commodes, parce qu’en une feule fois on calcine plus de couleurs que l’on n’en pourrait employer en lix mois quand on en travaillerait tous les jours. On avait foin de lailfer dans chaque creufet au moins un pouce & demi de vuide, de peur que la couleur venant à fe gonfler, ne fe répandit dans le feu. On ne connaiflait pas encore vraifemblablement, au tems où nos Récollets travaillaient, les fourneaux de nos fournaliftes de Paris , pour faire calciner les couleurs > car ils enfeignent dans leur manufcrit la maniéré d’en conftruire un dans la cheminée, que nous ne rapporterons point, puifque nous avons plus qu’eux lafacilité d’ufer de ces fourneaux de chymie, qui fe trouvent par-tout où cette fcience eft cultivée.
- 88. [ A tous ces fourneaux, l’éditeur fe fait un devoir d’ajouter la def. cription de celui dont fon pere & lui-même fe fervent pour vitrifier leurs émaux. Ils en doivent l’idée à l’efprifc d’économie dans la main-d’œuvre , qui doit entrer dans le plan de tout artifte intelligent, tant qu’elle n’altere pas la bonté de fes réfuîtats, C’eft un fourneau quarré , bâti en briques, portant deux pieds de largeur fur chaque face, & ayant deux pieds & demi de hauteur ; les murs ont fept pouces d’épaiifeur. On obfervera que la bafe de ce fourneau eft voûtée jufqu’à la hauteur de dix pouces , & que le mur qui fé-pare cette voûte du relie du fourneau a fept pouces d’épaiifeur : ce qui fait depuis le fol du laboratoire, où eft conftruit le fourneau , jufqu’au fol intérieur du fourneau, une hauteur de treize pouces. Ainfi l’intérieur ou capacité du fourneau a en dedans œuvre dix-fept pouces de hauteur, dix pouces de largeur dans toutes les faces. Cette capacité du fourneau fe divife en deux parties, dont l’inférieure, que dans tout autre fourneau l’on appellerait le cendrier, porte trois pouces de hauteur ; là eft une grille qui a onze pouces de diamètre en tout fens, afin qu’ayant un pouce de .fcellement à chaque face, il relie dix pouces qui font le diamètre jufte du fourneau. Cette grille différé des autres pièces de fourneau du même nom , i°. en ce qu’elle eft formée de barreaux d’un pouce d’équarriflage, croifés à la diftance d’un pouce par d’autres barreaux de même volume, ce qui rend cette grille alfez femblable à'celles qui bouchent les parloirs dans les monafteres de filles religieufes ; en ce qu’en fon centre eft un vuide rond de quatre pouces & demi de diamètre , formé par un cercle de fer, fur le bord extérieur duquel viennent fe perdre les barreaux formant la grille. La capacité inférieure, dont nous avons parlé, a de plus fur la face intérieure du fourneau , une porte de trois ponces en quarré, qu’on ferme à volonté, foit avec un bouchon de terre cuite, foit avec un cadre de fer garni de fa porte eu tôle , & loquet. La capacité fupé-
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- rieure occupe le refte de la hauteur du fourneau. On fait faire chez le potier de terre un dôme quarré, portant huit à neuf pouces dans fa plus grande hauteur, & dix pouces de largeur intérieure. On lui fait donner une bonne épaifTeur ; fa cheminée a trois pouces d’ouverture, & eft difpofée à collet pour recevoir au befoin des tuyaux de poêle de pareil diamètre. Ce dôme a en outre, fur une de fes faces, une ouverture de cinq pouces de largeur fur trois pouces & demi de hauteur, qui fe bouche avec une porte de terre modelée deifus & pareillement cuite. Ce dôme doit fe pofer fur le fourneau ouvert, ainfi que nous l’avons dit, de maniéré cependant qu’au lieu de dix pouces qu’il a dans fon intérieur, il 11e porte que fixpouces en quarré vers cette ouverture ou orifice de ce que l’on nomme ouvroir.
- 89. Voici l’ufage de ce fourneau : fur fon fol on place une brique pour appuyer & foutenir le creufet qu’on pofe dans le rond de la grille, de maniéré à y être plongé à moitié de fa hauteur : le creufet pofé , chargé des matières à vitrifier & couvert félon l’ufage ,011 pofe le dôme, &on allume du charbon fur le fol du fourneau par fa porte, & fur la grille par l’ouvroir; 011 entretient convenablement le feu, & on l’augmente en tenant au befoin les deux efpaces féparés par la grille pleins de charbons, tenant la porte inférieure toujours ouverte, & plaçant le tuyau de poêle au-deffus du dôme. Il eft rare qu’après cinq heures de ce feu , une vitrification ne foit achevée. Ce fourneau épargne donc, & du côté de fefpace , & du côté de la matière com-buftible , & du côté du tems ; toutes épargnes qu’un artifte ne doit pas né-ghger. ]
- 90. Les cinq couleurs, ou émaux vitrifiés par les calcinations répétées, forment, lorfqu’elles font tirées du creufet & refroidies, des malfes de verre tranfparent, quand on les divife en écailles minces. Lorfqu’on veut les préparer à être portées fur le verre, on brife la malfe avec un marteau ; on en prend la quantité que l’on juge à propos, à proportion de l’ouvrage que l’on a entrepris *, on la pile dans un mortier de fonte ; on la palfe au tamis de foie * & onia broie fur une pierre dure comme le porphyre, ou l’écaille de mer, dont la dureté ne fournit aucun mélange de leurs fubftances aux matières broyées. En broyant chaque couleur , on la détrempe avec de l’eau fimple bien nette , jufqu a ce qu’elle foit en bonne confiftance pour être employée , c’eft-à-dire ni fi molle qu’elle coule , ni fi dure qu’on 11e puilfe la détremper avec le doigt. Tous ces émaux 11e doivent pas être broyés trop fins : il faut qu’ils le foient à un tel degré, que fi 011 les lailfait fécher, ils tinlfent plus de la confiftance d’un fable très-fin que d’une poudre impalpable. Quand chaque couleur eft broyée, on la leve de deifus la pierre avec l’amalfette pour la mettre dans un godet degrés bien net. Il eft bon d’en avoir plusieurs pour chaque couleur.
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- 91. Avant d’indiquer la raifon & la maniéré de procéder au trempis de? ces couleurs, je prie le lecteur de fe rappeller que je n’ai point admis au rang des émaux propres à la peinture fur verre ceux dans lefquels Kuuckel fait entrer le tartre qui dbnne beaucoup d’obfcurité aux comportions où il entre, par l’abondance de fes fels. On peut dire la même chofe des cinq émaux colo-rans fujets à des calcinations précipitées par le falpètre. L’abondance de fou fel, que la violence du feu le plus ardent ne peut confumer entièrement, venant à fe mêler à la couleur, lui ôterait aulîi beaucoup de fa tranfparence , & la mettrait même dans le cas de noircir au feu. C’elt pourquoi li-tôt qu’on a mis la couleur broyée dans le godet, on commence par la détremper avec le bout du doigt dans l’eau claire, affez long-tems pour bien mêler le tout. On la lailfe un peu repofer ; on la décante en verfant la partie la plus claire par incünaifon dans un autre godet, & ainfi fucceflivement jufqu’à ce qu’ayant ralfemblé dans un feul & même godet tout ce qui s’elt précipité vers le fond des premiers , la derniere eau dans laquelle on l’aura lavé refte claire & fans aucun mélange apparent de fel crud. C’eft ce que j’ai appellé le trempis. On peut alors lailfer furnager cette derniere eau fur la couleur qui eft reliée dans le fond du godet , jufqu’au moment où l’on voudra l’employer à colorer les différentes places auxquelles elle eft deftinée, de la maniéré que je l’indiquerai dans le chapitre du coloris. Chacune de ces couleurs s’emploie à l’eau gommée. On met de cette eau dans le godet avec la couleur qu’on veut en détremper, & on la délaye exa&ement avec cette eau du bout du doigt bien net. On ne peut recommander avec trop de foin aux peintres fur verre de tenir toutes ces couleurs foigneufement renfermées contre les approches de la pouf-fiere. C’eft fouvent d’où dépend une grande partie de la beauté de leur travail. Chaque peintre fur verre devrait en cette partie être un Gérard Dow. (a) 92. Dans le manufcrit de nos Récollets, la préparation des émaux co-lorans par le broiement & les lotions répétées eft la même que nous venons de décrire , à ce qui fuit près. On ne doit point, y eft-il dit, broyer les émaux trop clairs. Il faut, après qu’ils ont été broyés, les couvrir d’eau bien nette & les laiffer repofer en cet état un jour & une nuit. Le lendemain, après avoir renverfé doucement l’eau qui furnageait, on y en remet d’autre , que l’on fait tourner à l’entour & par-deffus la couleur, pour la mieux lavêr , & enlever les ordures blanchâtres qui font deffus. On doit répéter ces lotions jufqu’à quatre ou cinq fois pour chaque couleur, en confervant à part dans des godets féparés ce qui fe ferait précipité de la couleur après ce s différentes lotions, pour fe fervir de ces réftdus de couleur, après de nouvelles lotions , faites comme les précédentes. La couleur étant bien égouttée , on verfe de l’eau de
- (a) Voyez au chap. XVII de notre première partie.
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- gomme par-deflus, fans la détremper ni mêler. On fe contente d’en détremper un peu au bout du pinceau avec l’eau gommée , pour faire ce que nous nommons ailleurs eau de blanc , de bleu, &c. qui doit faire fur le travail la première alliette de chacune de ces couleurs, avant d’y en coucher de plus épailfe, fuivant le befoin.
- ^n>-=v.-.;j ... .===^S^=r—- T-t,t------------------r=<5»>
- CHAPITRE' V.
- Des couleurs actuellement ufitées dans la peintttre fur verre , autres que les émaux contenus dans le chapitre précédent.
- 93. Couleur jaune. Outre les émaux colorans dont il a été parlé dans le chapitre précédent, il en eft encore plufieurs autres, enfeignés par les mêmes auteurs, dont nous allons nous occuper. Je ne répéterai pas ici les recettes que j’ai données ailleurs (<z) d’après Kunckel pour la composition du jaune ; je paflerai tout de fuite à celle de M. Haudicquer de Blancourt. Prenez de l’argent de coupel (b)} réduifez-le en lames très-minces : ftratifiez (c) ces lames dans un creufet avec le foufre en poudre , ou même avec le falpètre , en commençant & finiflant par les poudres. Mettez ce creufet couvert au fourneau , pour bien calciner la matière. Le foufre étant confumé , jetez la matière dans une terrine pleine d’eau ; faites-la fécher; pilez-la bien dans le mortier de marbre, jufqu’à ce qu’elle foit en état d’être bien broyée fur le caillou , ce que vous ferez pendant Six bonnes heures j détrempez la matière , en la broyant avec la même eau dans laquelle vous l’aurez éteinte, Votre argent étant bien broyé, ajoutez-y neuf fois fon poids d’ochre rouge; broyez bien le tout enfemble encore une bonne heure : alors votre couleur jaune fera faite & en état de vous fervir à peindre, (d) La recette que Félibien ( e) , l’abbé de Marfy (/) & autres prefcri'vent pour faire cette couleur , ne différé de la précédente qu’en ce que M. de Blancourt fe contente de ne faire broyer
- ( a ) Voyez les recettes pour le jaune , emploie cette opération dans la chymie, données au chap. III. lorfqu’on veut calciner un minéral ou un
- (b) C’eft ainfi qu’on nomme l’argent le 'métal avec des fels ou quelques autres ma-plus fin, qui a paffé par la coupelle, ou tieres. Dictionnaire hermétique. l’examen du feu, & qui eft ordinairement' ,. ( d ) Haudicquer de Blancourt, Art de la en grenaille. verrerie , chap. CCV.
- ' ( c ) Terme de chymie, qui fignifie mettre ( e ) Félibien, Principes d'architecture ? différentes matières alternativement les unes page 255.
- fur les autres, ou lit fur lit, ce qu’on ap- (/) Diclionnaire abrégé de peinture& pelle en latin Jlratum fuper Jiratum., On d’architecture, page 332. >
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- L'ART DE LA FEINT Ü RE
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- 1 argent que pendant l’efpace de fix heures, & que les autres en demandent fept ou huit; le premier femble exiger qu’on y emploie l’argent de coupelle, les autres femblent y admettre toute eipece d’argent.
- 94. J’observerai ici en palfant, que l’ochre jaune, rougie au feu, mérite d’être préférée à l’ochre rouge naturelle , comme plus chargée des parties métalliques dont elle approche davantage. Car , quoiqu’à proprement parler , elle ne paraifle fervir que de véhicule aux parties déliées de l’argent auquel elle eft mêlée ; quoique ce qu’elle, a de grolîier & de terreftre refie après la recuiffon fur la furface du verre, d’où on l’ôte avec une brolfe, 011 peut néanmoins inférer , par la couleur rouge dont elle tache le verre lorf. qu’elle eft trop recuite, qu’elle lui communique quelqu’une des parties mé-. talliques dont elle eft chargée.
- 9). .Selon mes fecrets de famille , prenez une once de brûlé (a) , & par préférence celui des galons d’or, parce qu’il foifonne davantage : prenez de plus une once de foufre & autant d’antimoine crud. Pulvérifez grolEérement les deux dernieres matières dans un mortier de fer; ftratifiez le tout dans un creufet;, de forte que le premier & le dernier lit foient formés de ces deux poudres, entre lefquelles vous mettrez un lit de cet argent brûlé , & ainfi de lit en lit jufqu’au dernier. Vous luterez le creufet avec le blanc d’Efpagne à fec , avant que d’y rien mettre. Lorfque vous aurez ftratifié les poudres & le brûlé, vous couvrirez le creufet d’un carreau de terre cuite , & lé mettrez au fourneau de fufion avec le charbon. Quand vous vous appercevrez que la flamme ne donnera plus une couleur bleuâtre & empourprée, mais fa couleur ordinaire, tirez votre creufet du fourneau ; verfez promptement la matière toute rouge dans une terrine neuve, verniffée, pleine d’eau nette, & laiifez refroidir. Verfez l’eau par inclinaifon dans un autre vailfeau flaiffez deifécher l’argent qui fe fera précipité au' fond de la terrine ; broyezde enfuite lui* la platine de cuivre , ou fur l’écaille de mer pendant Ex à fept heures fans interruption ; ajoutez-y douze fois autant d’ochre jaune que voüs aurez fait rougir & calciner au feu , & réduite en poudre. Continuez de broyer le tout enfemble pendant une bonne heure au moins avec la même eau quedelfus : levez votre couleur de defTus la platine ou écaille de mer, & mettez-la dans un pot de faïance bien net. Lorfque vous voudrez vous fervir de cette couleur, vous Ja détremperez avec de l’eau claire , en la réduifant à la confiftance d’un jaune d’œuf délayé, & obferverez très -exactement de remuer continuellement la couleur, avant de la coucher fur le verre.
- (a') Terme d’orfèvrerie, dont on fefert qu’il nerefte plus que l’argent,le refte étant pour défigner l'argent qu’on retire des étof- converti en cendres , qu’on en lepare avec fes ou galons d’or & d’argent. On les jette art ,par le fecours du marteau dont on le dans le feu pour y faire brûler la foie ou frappe. ...J
- le fil auquel l’argent était uni, de faqon
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- 96. Àü lieu du creufet pour calciner l’argent par le foufre & l’antimoine mêlés enfomble, nos Récollets fe fervaient d’une cuiller de fer qu’ils faifaient d’abord rougir au feu pour en emporter la rouille & les ordures qu’elle aurait pu contrader. Us {^ratifiaient dans cette cuiller refroidie un lit d’antimoine , un lit de foufre & un lit d’argent, qu’ils avaient réduit fur l’enclume à coups de marteau en lames bien minces & coupées de la grandeur d’un fou marqué. Us mettaient le tout fur le feu, jufqu’à ce que l’argent fût fondu. Ils le reconnaiflaient pour tel , lorfque la compofition bien rouge ne donnait plus de fumée. Alors ils la verfaient dans une écuelle d’eau bien nette, qu’ils tenaient auprès d’eux. Us l’en retiraient enfuite pour la faite fécher fur un morceau de craie blanche , qui en épuife l’humidité dont il s’imbibe, ou fur une tuile feche, bien nette, échauffée fur un réchaud de cendres rouges. Enfuite ils la broyaient avec'la même eau qui avait fervi à l’éteindre à la rendre friable, ou fur une écaille de mer, ou fur de la';platiue de cuivre avec la molette d’acier.
- 97. Pour faire une belle couleur d’or, ils broyaient huit fois autant d’ochre jaune, ou de terre glaife, ou de vieille argille provenant de la démolition d’un four , pourvu qu’elle fût bien douce & point fablonneufe. Us mettaient l’ochre ou la terre glaife au feu, l’éteignaient dans l’eau claire lorf. qu’elle était rouge, la laiffaient fécher, la broyaient enfuite à fec & féparé-ment, puis la mêlaient avec l’argent qu’ils avaient broyé à part pendant fix gu fept heures : ils broyaient enfin le tout enfemble pendant une bonne heure» Quand le tout avait été ainfi broyé, ils le détrempaient dans un pot ou gobelet de plomb, où ils l’avaient dépofé , peu à peu avec la même eau qui avait fervi à éteindre l’argent en fufion, jufqu’à la confifïance d’une bouillie claire , & couvraient enfuite le pot avec un couvercle de même métal.
- ^ 9g. Pour avoir un jaune plus couvert, au lieu de huit onces d’ochre ou
- de terre glaife rougie au feu , ils n’en ajoutaient au poids de l’argent que fix onces. U n’y a point de danger de la trop détremper, en prenant foin,avant de s’en fervir &lorfqu’elle eft raflife, de retirer par inclinaifon le trop d’eau qui y fumage, pour la réduire à l’épailfeur defirée > & après en avoir employé ce qui était nécelfaire , d’y remettre cette même eau, pour l’empêcher de fécher, ce qui néceffiterait à la rebroyer de nouveau.
- 99. Le jaune faible, qui.fe couche derrière la couleur verte pour lui donner dans les feuillages un ton plus gai, fe fait avec la terre de l’ochre qui a déjà palfé par larecuiiîon. Oirla brode pour l’enlever de delfus le verre recuit, & 011 la ramaife à cet effet fur une feuille de papier. On la détrempe avec de l’eau claire , en prenant la précaution d’y ajouter un peu de jaune lorfqu’il paraît trop faible ; ce dont on peut juger par les effais qu’on en fait au feu de la cheminée. Us obfervent encore fort à propos , comme une chofe conflatée par l’expérience, que le jaune qui paraît encore faible en retirant
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- les effais du feu, fe fortifie en refroidiffant, & que la qualité d’un verre trop fec & trop chargé de fable prend plus difficilement le jaune à la recuif-fon. Ils n’aimaient point à employer pour fond dans leurs ouvrages le verre qui fe fabriquait à Nevers de leur tems, comme étant trop caifant au fourneau : ils donnaient auffi la préférence au verre de Lorraine fur le verre de France.
- ioo. La couleur jaune peut fe tranfporter facilement à la campagne dans une boîte bien couverte. On l’y enferme après l’avoir fait fécher, pour l’y rebroyer enfuite & l’y détremper pour le befoin avec un petit bâton garni d’un linge à l’extrémité , comme l’appuie-main d’un peintre. Nous verrons ces religieux faire ufage de ce petit bâton dans la préparation de leur couleur rouge ou carnation.
- ior. Couleur rouge dite carnation. Cette couleur qui a fait à fi jufte titre l’objet des recherches, de nos aïeux, & dont la vivacité nous furprend tous les jours dans les belles vitres peintes qui décorent nos anciennes églifes, foit qu’elle foit incorporée dans toute la maife du verre, foit qu’elle foit par-fondue fur une de fes furfaces feulement, eft, dans le fiecle où nous vivons, celle dont le défaut a pu donner lieu de croire & de crier fi haut que le •fecret de la peinture fur verre eft perdu.
- 102. L’habile mais trop myftérieux Kunckel, je ne {aurais trop le répéter, s’elt contenté d’écrire qu’il avait le fecret de ce beau vernis rouge pour/ le verre, (a') Puifque, pour augmenter notre jufte dépit, après nous avoir donné trois recettes propres à faire une couverte rouge commune à la faïance & à la peinture fur verre, il obferve que déjà de fon tems la couleur rouge n’était plus guere connue, & qu’il s’interdit d’en dire davantage ; (b) n’aurais-je pas auffi bien fait de palier fous filence ce qu’il preferit dans ces recettes , & de m’en tenir aux autres maniérés de préparer cette couleur , ufitées dans le fiecle précédent & celui - ci ? Mais comme les enfeignemens de Kunckel ont tenu le premier rang dans l’ordre que je me fuis preferit, je ne m’en écarterai pas encore ici. J’obferverai néanmoins que les trois fortes de couvertes ou émaux tranfparens rouges que ce chymifte indique, étant deffinées pour être appliquées fur d’autres couvertes opaques, comme le blanc , produiraient difficilement fur le verre nu l’effet defiré. Etant d’ailleurs très-fondantes, elles ne feraient pas propres à ce concert que nous devons attendre au fourneau de recuiffon de la part de tous les émaux qui s’emploient dans la peinture fur verre : concert duquel dépend toute la perfection de l’ouvrage. Mon frere ayant fait effai de l’émail rouge tranfparent, dont fe fert M. Liotard dans fes peintures fur l’émail, ne trouva au con-
- ( a ) Art de la verrerie , traduit du baron d’Holback , pag. 148 & 149.
- (ù) Ibid, page 426.
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- cours de fu/Ion de fes autres couleurs qu’une teinte très - légère de ce rouge fort difficile à diftinguer. L’a&ivité du feu avait dévoré la fubftance colorante de ce rouge qui promettait merveille avant d’y paifer.
- 103. Prenez, dit Kunckel, dans la première de fis trois recettes ci-deffiis annoncées., trois livres d’antimoine, trois livres;de litharge & une livre de rouille de fer: broyez ces matières avec toute l’èxa&itude poffible, & fervez-vous - en pour peindre. Autre. Prenez deux livres d’antimoine, trois livres de litharge, une livre de fafran de mars calciné, & procédez comme delfus. Autre. Prenez des morceaux de verre blanc d’Allemagne, xé-duifez-les en poudre impalpables prenez enfuite du vitriol calciné jufqu’à devenir rouge, ou plutôt du caput mortuum, qui refte après la diftillation du vitriol verds édulcorez-le avec de l’eau chaude pour ei> enlever les fels; mêlez avec le verre broyé de ce caput mortuum autant que vous jugerez en avoir befoin. Vous aurez, par ce moyen, un rouge encore plus beau que les précédens, dont vous pourrez vous fervir à peindre. Vous ferez en-fuite recuire votre ouvrage.
- 104. Suivant Haudicquer de Blancourt, il faut, pour faire cette couleur, prendre un gros d’écaille de fer , un gros de litharge d’argent, un demi-gros de harderic ou ferret d’Efpagne, & trois gros & demi de rocaille. Broyez bien le tout enfemble fur la platine de cuivre durant une bonne demi-heure, pendant laquelle vous aurez foin de faire piler dans un mortier de fer trois gros de fanguine. (a) Mettez - les fur les autres matières. Ayez enfuite un gros de gomme arabique très-feches pilez-la dans le même mortier, en poudre fubtile , afin qu’elle attire ce qu’il peut y être relié de fanguine. Ajoutez - la aux autres matières qui font fur la platine de cuivre, mêlant bien le tout enfemble & le broyant promptement, crainte que la fanguine ne fe gâte.
- 105. Pour broyer toutes ces matières, prenez un peu d’eau, & n’en verfez peu à peu qu’autant qu’il en faut pour leur donner une bonne con-fiftance ; de maniéré qu’elles ne deviennent ni trop dures ni trop molles , mais comme toutes autres couleurs propres à peindre. Etant en cet état, vous mettrez le tout dans un^erg à boire , dont le bas foit eu pointe, &
- (a) La pierre hématite, le ferret d’Ef- geonsici, vient d’Efpagne, dans la Galice, pagne, la fanguine à brunir, ou le crayon Elle eft d’un rouge pourpre. Ces différentes rouge, font des efpeces de mines de fer, qui fortes different par le plus ou moins de du-fournifTent le plus de ce métal. Le fer, dans retê. La plus tendre eft bonne pour faire l’état déminés, eft fufceptible des différen- des crayons, & c’eft celle qu’il faut préfètes formes & couleurs fous la dénomination rer. Difiionnaire d’hiftoire naturelle de defquelles nous le connaîtrons. La meilleure, M. Valmont de Bomare, au mot Fer. fous les dénominations que nous envifa-
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- verferez au-deflus un peu d’eau claire, pour le détremper avec un petit bâton bien net, ou avec le bout du doigt, ajoutant à mefure de l’eau jufqu’à ce que le tout l'oit de la conliftance d’un jaune d’œuf délayé, ou même un peu plus clair. Couvrez enfuite le verre d’un papier, crainte qu’il 11e tombe dedans de la poulîiere. LailTez-le repofer pendant trois jours & trois nuits , fans y toucher. Verfez le quatrième jour, par inclinaifon, dans un autre vaiifeau de verre bien net, le plus pur de la couleur qui fumage, & prenez garde d’en rien troubler. Laiflez repofer la liqueur extraite pendant deux autres jours, après lefquels continuez de verfer ce qui en fumage, comme la première fois. Mettez-le dans le fond d’un matras calfé qui foit un peu creux, puis le faites delfécher lentement fur un feu de fable doux,pour le garder. Pour s’en fervir, 011 prend un peu d’eau claire fur un morceau de verre, avec laquelle on détrempe de cette couleur la quantité dont on a befoin, & on l’emploie dans les carnations, à quoi elle eft très-bonne. A l’égard de la couleur reliée au foild du verre, & qui eft fort épailîe, on la fait aulïi delfé-cher, & on s’en fert pour les draperies , pour les couleurs de bois, & autres auxquelles elle peut être nécelfaire, en la détrempant de même avec de l’eau. (a) Félibien (b) & l’abbé de Marfy(c) enfeignent pour la compolition de cette couleur les mêmes fubftances, dofes & manipulations que M. de Blancourt.
- 106. Selon mes fecrets de famille, prenez deux gros de rocaille jaune, un gros de pailles ou écailles de fer, un gros de litliarge d’or, un gros de gomme arabique, & autant pefant de fanguine que le tout. Pilez toutes ces matières dans un mortier de bronze, & les broyez enfuite fur une platine de cuivre. Quand le tout fera fuftifamment broyé, c’eft-à-dire, réduit à une conliftance plus dure que molle, levez votre couleur de delfus la platine, & la mettez dans un verre de fougere. Délayez-y le tout avec de l’eau bien claire, puis lailfez repofer la liqueur pendant trois jours confécutifs. Vous verferez enfuite lentement ce qui en furnagera fur une boudiné creufe, (d) & vous le mettrez fécher au foleil, en le couvrant de maniéré que la poulîiere 11e puilfe le gâter. Autre. Prenez ug gros de pailles de fer , autant de litharge d’argent, autant de gomme ^Arabie, un demi - gros de harderic ou ferret d’Efpagne , trois gros & demi de rocaille jaune, & autant de fanguine que le tout. Pilez les pailles de fer, le harderic , la rocaille & la
- () Haudicquer de Blancourt, Art de {d) On appelle de ce nom cet endroit
- la verrerie , chapitre CCVII. plus épais du plat de verre qui en occupe
- () Félibien, Principes dy architecture, le milieu, par lequel on le finit ,& donc
- page 25 ç. , les contours font ordinairement plus creux
- ( c ) DiBionnaire abrégé de peinture que le refte de fon étendue. tïarchiteBurc, page 332.
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- Jitharge enfemble , & les broyez fur la platine de cuivre pendant une bonne demi - heure. Faites piler & réduire en poudre très - fine la fànguine avec la gomme. Mêlez - les aux matières déjà broyées, & rebroyez de nouveau le tout enfemble, prefqu’auffi long-teins que la première fois. Levez enfuite la couleur de deflus la platine la plus dure que faire fe pourra : mettez-la dans un verre de fougere, dans lequel vous la délayerez avec eau nette & bien claire du bout du doigt, jufqu a ce que toute votre couleur ait pris la con-fiftance d’un jaune d’œuf délayée Vous la lailferez repofer trois jours au fo-leil, en la couvrant foigneufement d’un morceau de verre que vous aurez chargé d’un poids affez lourd pour empêcher que le vent ne les renverfe. Enfin le quatrième jour, vous épancherez *fur un ou plufieurs morceaux de verre creux * c’eft-à-dire, pris à la boudiné, la liqueur la plus claire qui aura furnagé, en prenant la précaution de n’en rien troubler. Vous expo-ferez enfuite cette liqueur au foleil, de maniéré que la poufïïere 11e puifle s’y attacher. Cette liqueur, en féchant, fe réduit par écailles d’une couleur de rouge brun. Elle retfemble aifez, dans cet état, à la gommç-gutte, qui ne montre une couleur jaune que lorfqu’on la détrempe à l’eau avec la pointe du pinceau. Lorfque vous voulez vous fervir de cette couleur rouge, vous laiflez tomber une goutte d’eau bien claire fur un morceau de verre bien net, en l’étendant de la largeur d’un fol marqué. Vous détrempez avec cette eau de la pointe du pinceau autant de cette couleur defféchée que vous favez devoir en employer, & à proportion de la teinte plus ou moins foncée que vous defirez.
- 107. Cette couleur eft, de toutes celles qu’on emploie actuellement à peindre fur verre, quoique la moins épaiffe, la moins tranfparente & la plus difficile à s’incorporer dans le verre à la recuiffon. Il eft aflez d’ufage, lorf. qu’on l’emploie dans des parties un peu étendues, de coucher une teinte un peu forte de jaune fur le côté du verre oppofé au travaille rouge en emprunte plus de corps & plus d’éclat. Ce qui vraifemblablement a donné lieu aux peintres fur verre de nommer cette couleur carnation, c’eft qu’on s’en fert d’une légère teinte pour les couleurs de chair, comme pour donner à certaines fleurs & à certains fruits les demi-teintes & les reflets néceflaires d’après les plus fortes ombres. On garde les fondrilles qui font reftées dans le verre qui a fervi à détremper la mafle de cette couleur broyée. On les fait fécher & on les emploie à faire des couleurs de bois, de cheveux, d’oifeaux ou d’autres animaux, de grolfes draperies de couleur rougeâtre , & des cartouches d’armoiries qui en renferment les écuflons.
- iog. Les fubftances ainfi que les dofes que nos Récollets peintres fur verre font entrer dans la compofition de la couleur rouge dite carnation, different des recettes que nous venons de donner, & la manipulation en eft détaillée Tome XIII. G g
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- dans leur manufcrit d’une maniéré beaucoup plus étendue. C’eft pourquoi j’ai cru devoir le copier exactement, & en faire un article féparé. Prenez une once de pailles ou écailles de fer , deux onces de rocaille, une demi-once de litharge d’or, autant d’étain déglacé ou bifmuth, & le quart d’une once de gomme d’Arabie très-feche que l’on fait fondre à part. Pefez enfuite autant de fanguine que le tout ; mettez la fanguine à part; commencez par piler toutes les autres fubftances féparées l’une de l’autre, & la fanguine enfuite, que vous aurez choilîe entre la plus douce & la plus hautS*en couleur ; pilez-la bien menue. Il fera bon que vous ayez fait provifion d’eau de pluie, comme étant la plus légère, quoiqu’à fon défaut celle de riviere pût fervir. Vous recevrez cette eau de pluie dans un pot de terre. Lorfqu’elle aura depofé fa faleté vers le fond, & qu’elle vous paraîtra bien nette & bien claire, vous la verferez par inclinaifon dans une bouteille que vous aurez foin de bien boucher, pour qu’elle fe garde long-tems. Faites fondre votre gomme dans une jufte quantité de cette eau, moins que plus , parce qu’il faudra qu’après avoir broyé le tout, comme nous dirons, la dofe de gomme fondue entre toute entière dans la compofi-tion. Pendant que la gomme fondra, mêlez votre première compofition : prenez-en lorfqu’elle fera mêlée, peu à chaque fois, & la broyez fur la platine de cuivre rouge avec la molette d’acier. C’eft alfez de broyer alors à moitié cette première compofition avec l’eau de pluie: après quoi vous prendrez autant de fanguine à vue d’œil que vous avez pris de la première compofition , & vous broierez bien le tout enfemble le plus féchement qu’il vous fera pollible. Mettez chaque broyée dans une écuelle ou taife de faïance. Tâchez de ne point toucher cette couleur, en la ramalîant de delfus la platine avec les doigts, parce que la grailfe qu’ils contractent pourrait la faire tourner.
- 109. Quand le tout fera bien broyé, ayez un verre de cryftal le plus grand que vous pourrez : verfez enfuite un peu de votre eau de gomme dans le vaiifeau où eft votre couleur. Détrempez-la peu à peu avec une cuiller. Ayez un petit bâton au bout duquel il y ait un petit linge lié avec du fil, pour aider à mieux détremper la couleur jufqu’à ce qu’elle foit réduite à la con-filtance d’une bouillie cuite, mais un peu claire. S’il arrivait que vous n’eufi-fiez point alfez d’eau de gomme pour détremper votre couleur, ajoutez-y de l’eau claire de votre bouteille , & prenez garde que votre carnation ne foit trop claire ou trop épaifle. Lorfqu’elle fera ainfi bien détrempée, vous la verferez dans le verre, & vous l’y remuerez encore quelque peu avec le petit bâton ci-delfus. Vous l’expoferez enfuite dans un endroit où le foleil donne depuis le matin jufqu’au foir, & vous la couvrirez d’un morceau de verre commun, ayant foin tous les matins & foirs d’elfuyer avec un linge l’humidité qui aurait pu s’y attacher, & évitant d’ébranler le verre. Pour obvier à cet inconvénient, faites un couvercle en forme de chapiteau, com-
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- pofé de quatre pièces de verre collées enfemble ou jointes avec plomb, de façon que ce couvercle foit plus large de trois ou quatre lignes que le verre dans lequel eft la carnation. Ce couvercle fera foutenu à deux pouces au-delfus de la hauteur du verre , par trois fourchettes de bois , fur lefquelles il pofera, qui feront plantées fur un fond de terre glaife, ainfi que la patte du verre, afin que le vent ne puiffe rien renverfer, ni brouiller, obfervanü toujours de le couvrir avec un morceau de verre. Vous laifferez ce verre, qui contient la couleur, expofé au foleil, fans y toucher, pendant trois jours & trois nuits, ou même pendant quatre ou cinq jours , fuppofé qu’il n’eût pas fait un beau foleil. Mais ne l’y laiflèz pas plus long - tems ; car les drogues qui doivent donner la carnation , tomberaient entièrement au fond du verre ,*parce- que c’eft le propre de la fanguine & de la rocaille, de faire ternir la couleur qui en fait la fubftance, la litharge & l’étain de glace ne pouvant tout au plus fervir qu’à lui donner de l’éclat.
- 110. Au bout de deux jours, vous prendrez garde fi la couleur s’attache autour du verre en forme de cercle rouge. Si cela eft ainfi, vous pourrez préfumer que votre couleur fera bonne. Après les trois ou cinq jours expirés , vous retirerez votre verre doucement fans l’ébranler, puis verferez doucement par inclinaifon la fubftance , c’eft-à-dire, le deffus de la couleur qui eft le plus vif, dans une taffe de faïance. Lorfqu’après avoir décanté la partie la plus claire de la couleur, ce qui en refte commence à paraître noirâtre & moins vif que le deffus, vous cefferez de le verfer dans la première taffe , mais dans une autre qui fera préparée pour fécher au foleil. Vous la bifferez néanmoins pencher un peu de côté, afin que s’il vous parait encore quelque peu de la fubftance rouge qui foit bien vif, vous publiez la verfer doucement fur la première taffe, après l’avoir laiffé repofer pendant fix ou fept heures. Vous en mettrez fécher au foleil le réfidu, & cette couleur vous fervira à faire de la couleur de chair, en l’employant toute pure, & de la couleur de bois, en y alliant tant foit peu de noir. Quant à votre fubftance de carnation , vous la mettrez à l’ombre , couverte d’un morceau de verre.
- 111. Ayez enfuite un petit gobelet de verre ou de faïance d’un pouce & demi de hauteur ou environ , que vous mettrez au même endroit qu’était votre verre au foleil. Prenez alors de la fubftance de carnation avec une cuiller bien nette ; verfez - la dans le petit gobelet; faites - la fécher au foleil. Quand elle fêTa feche, vous en verferez d’autre par-deffus, & ainfi jufqu’à la fin. Il faut toujours prendre avec la cuiller le deffus de la couleur. Quand vous approcherez de la fin, fi le fond eft noir, ne le mêlez pas avec la bonne. Toute la couleur étant féchée , vous mettrez le verre qui la contient, féche-raent & proprement à l’abri de la pouflïere, pour vous en fervir dans le befoin. Si après avoir vuidé dans la taffe la fubftance de carnation, vous apperceviez
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- encore de la couleur vive dans le verre où elle s’était faite, reverfez bien doucement dans ce verre un peu de la fubftance de carnation, puis la remuez légèrement, en tournant, pour faire détremper ce qui ferait refté de couleur vive & qui fe ferait radis. Lorfque vous vous appercevrez qu’il fera détrempé, vous cefferez de remuer, & vous le verferez fur la bonne carnation. Vous vuiderez enfuite le fond du verre pour le faire fécher tel qu’il eft ; c’eft ce qu’on appelle fondrilUs de carnation. Suppofé que vous manquaffiez de foleil pour fécher votre carnation , vous pourrez la faire fécher au feu fur une tuile pofée fur un réchaud de cendres rouges, & en mettant votre petit verre par - deifus , & tenant la même conduite que nous avons enfeignée plus haut.
- il 2. Vous pouvez audi faire la carnation en hiver. Préparez-la d’abord, comme nous avons dit; enfuite mettez le verre, dans lequel vous aurez détrempé votre compodtion, dans un poêle ou dans une armoire pratiquée dans la cheminée, en y entretenant une chaleur douce avec un feu de cendres rouges, dans un réchaud que vous y introduirez, ou en failant bon feu dans la cheminée, autant de jours & de nuits que vous l’eudiez lailfée expo-fée au foleil. Au furplus procédez, pour l’épurer & la faire fécher, comme il eft dit plus haut. La carnation aind faite fe décharge davantage , & n’eft pas d haute en couleur que celle qui fe fait au foleil. Mais le vrai tems pour faire la carnation au foleil doit être celui des grandes chaleurs, c’eft-à-dire, les mois de juin, juillet & août.
- 113. Si vous aviez détrempé de la carnation plus qu’il n’en faut pour remplir votre verre, vous en verferez dans deux ; mais elle eft meilleure lorlqu’elle fe fait dans un feul. Si cependant la grande quantité d’ouvrages & l’occadon de lafaifon vous déterminaient à en faire deux verres , pefez les drogues pour chaque verre , broyez - les les unes après les autres, & procédez au furplus pour chaque verre comme pour un feul. L’effet de chacun de ces verres au foleil fera plus certain que li vous faifiez le tout dans un verre trop grand. Cette carnation , où il n’entre point de ferret d’Efpagne , très - difficile à trouver dans les provinces éloignées de la capitale, (a) eft auffi belle qu’un velours de couleur rouge, & tient très - bien fur le verre à la recuiffon.
- 114. En voici une autre auffi bonne, & qui tient encore mieux, quoiqu’il 11’y entre pas tant de drogues. Prenez une once de fanguine, deux onces de rocaille, & le quart d’une once de gomme fondue à part. Au furplus procédez comme dans la précédente. Cette carnation ne couvre pas tarît; c’eft pourquoi on la couche des deux côtés de la piece, plus épaiffe du côté de l’ouvrage, & plus claire fur le revers. Notez que la carnation, dans laquelle
- (a) Le ferret d’Efpagne, à caufe de tention de la part de ceux qui le pilent: fa conformation par petites aiguilles pyra- lespiquures qu’il fait, difent nos Récoliets, 'midales, demande d’ailleurs beaucoup d’at- font fort difficiles à guérir.
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- on fait entrer la paille de fer, ne doit fe coucher que du côté du travail, d’autant qu’elle a plus de corps que celle où il n’y en entre point. Autre. Prenez une once de litharge d’or, une once de rocaille,une once de gomme mife à part, une demi - once de ferret d’Efpagne , & une demi - once de paille de fer : mêlez le tout comme ci-devant, excepté toujours la gomme, & pefez fur le total autant de fanguine fans la mêler d’abord: enfuite pilez & préparez le tout, commet.dans le premier procédé. Cette carnation tient encore mieux que les deux précédentes. Vous pouvez au relie elfayer les trois, & vous en tenir à celle que vous jugerez la meilleure. Autre. Prenez une once de pailles de fer, une once de mine de plomb, une once d’étain de glace, & une demi - once d’antimoine. Pilez toutes ces drogues avec deux onces de rocaille & une once de ferret d’Efpagne : mêlez bien le tout, & pefez fur le total deux onces de fanguine & une demi - once de gomme. Procédez au fur-plus comme dans la première recette. Autre. Prenez une once de fanguine, le quart d’une once de rocaille, autant de ferret d’Efpagne que de rocaille; mettez toutes ces parties féparémcnt, puis prenez la huitième partie de votre fanguine. Pefez fur cette huitième partie autant de bifmuth ou étain de glace ; mêlez enfuite le tout; pilez & broyez ; ajoutez vers la fin, en broyant, une feizieme partie de gomme détrempée, & féchez comme dans la première recette. Autre. Prenez une once de rocaille, une once de litharge, une demi-, once d’étain de glace, & le quart d’une once de gomme que vous mettrez à part. Mêlez le tout en le pilant , hormis la gomme. Pefez autant de fanguine que le tout. Pilez fans la mêler d’abord avec votre première compofition que vous broyerez féparément, en y ajoutant la fanguine lorfque tout fera broyé à peu près à la moitié, puis la gomme fur la fin en broyant ; procédez au furplus comme dans la première recette. Enfin, félon la derniere recette de nos religieux artiftes, prenez une once de pailles de fer, une once de litharge, une once de gomme mife à part, une once d’étain de glace, une once de ferret d’Efpagne , & trois onces de rocaille. Pefez & mêlez autant de fanguine que le tout > au furplus comme à la première recette.
- irf. Couleur de chair. Il eft une compofition propre à faire les teintes, pour les carnations ou couleurs de chair, également prefcrite par MM. Fé-libien, de Blancourt, &c. (*z) Prenez une partie de harderic ou ferret d’Ef. pagne, naturel ou compofé , & une égale partie de rocaille : broyez bien ces deux matières enfemble , après les avoir pilées & palfées au tamis de foie, les détrempant avec l’eau gommée pendant l’efpace de trois ou quatre heures, tant que cette compofition foit en bonne confiftance, comme le noir, pour pouvoir être employée fur le verre.
- (a) Félibien, Principes <P archit'efture, page 258* Haudicquer de Blancourt, Art de la verrerie, chapitre CCX.
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- 116. Couleur de cheveux , de troncs d'arbre , &c, A la compofîtion derniere,’ qui émane de la couleur rouge , les auteurs fufdits en ajoutent une propre à peindre fur verre des cheveux, des troncs d’arbres, des briques & autres tons rouflatres. Prenez une once de harderic ou ferret d’Efpagne, une once de fcories ou écailles de fer, & deux onces de rocaille : au furplus procédez comme dans la précédente compofition. Celle-ci vous donnera un rouge jaunâtre, dont vous ferez ufage fuivant le befoin.
- 117. Grifaille roujj'e & blanche des freres Maurice 6- Antoine. Nos artiftes religieux, qui parailfent avoir travaillé beaucoup en grifaille (a) , roulfe ou blanche , prefcrivent la maniéré de préparer ces couleurs , que nous n’avons point trouvées ailleurs fous cette dénomination. Pour la grifaille, rouffe : prenez une once de pailles de cuivre rouge , & une once & demie de pailles de fer, faites-en quatre parts égales : pelez autant de rocaille & de rouillure de fer que le poids d’une de ces quatre parties, c’elf-à-dire, autant de l’une que de l’autre. Pilez, tamifez & broyez fur la platine de cuivre rouge avec la molette d’acier. Le refte comme à la couleur noire. Ou prenez une once de pailles de cuivre rouge, une once & demie de pailles de fer; mêlez le tout, & le partagez en quatre parties : prenez autant de rocaille qu’une de ces quatre parties, en réfervant les trois autres pour le befoin ; pilez & broyez comme à la couleur noire. Pour la grifaille blanche : prenez de l’eau gommée du godet à la couleur blanche, ou même à la couleur bleue , & la couchez derrière le travail, d’une maniéré fort déliée & fort mince.
- 118- Couleurs mixtes. On a pu remarquer dans le cours de ce chapitre & 'du précédent, que le mélange ou alfemblage de différentes couleurs maî-trelfes ou principales formait des couleurs mixtes. Or, comme il eft aifé de fe procurer par-là les difFérens tons de couleur dont 011 peut avoir befoin, j’omets les recettes enfeignées par Kutickel pour avoir des couleurs brunes, ou des couleurs de fer de toutes fortes de nuances : recettes plus convenables d’ailleurs à un fond opaque comme la faïance. qu’à un fond tranfparent comme le verre. Ce que j’appellerai dans les recettes liiivantes eau de blanc, de bleu, de verd, de violet & de pourpre, fe fait en détrempant à la pointe du pinceau , avec de l’eau gommée, une partie du plus épais de chacun de ces émaux colorans qui, par fa pefanteur, fe précipite ordinairement au fond du godet; ce trempis formant une nuance plus claire que celle de la couleur dans fa première préparation. On obtient une couleur brune, en détrempant dans un godet de grès neuf & bien net, de la couleur noire avec de l’eau de blanc, plus ou moins, à proportion de la teinte qu’on defire. On obtient une cou-
- (a) On appelle^ gr//ai//cr en peinture on les nomme grifailles cirages lorfqu’ils fur verre ce qu’on nomme en peinture font jaunes , &c. ordinaire camaïeux : lorfqu’ils font gris ,
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- leur grife , en mêlant dans un godet plus d’eau de blanc que de couleur noire. Ou en mêlant de cette eau de blanc avec du bleu, fuivant les nuances que vous defîrez. Pour faire une couleur de fer, couchez une eau de bleu fur un lavis de noir. Pour faire un jaune mat, couchez un lavis de blanc , plus ou moins délié , du côté de l’ouvrage, & du jaune fur le revers. Les dégradations de jaune fe font en le couchant plus ou moins épais. On fait une couleur de rofe pâle , en couchant un lavis d’eau de blanc du côté oppofé à l’ouvrage, fur lequel la couleur rouge aura été couchée alfez claire. On obtient un rouge tirant fur la couleur de rofe foncée ,fi, au lieu du rouge, on a couché l’ouvrage d’une eau de pourpre, plus ou moins chargée de cette couleur, en procédant comme delfus par rapport au lavis de blanc. Le marbre s’imite en lailfant tomber goutte à goutte fur un lavis frais d’eau de blanc , des taches de violet, de pourpre, de verd & de rouge, qui doivent être promptement étendues avec la pointe du pinceau, fuivant le goût du peintre, & conformément au marbre qu’il veut imiter. La pratique au furplus apprend mieux que les préceptes dans quelle proportion fe doivent faire ces dilférens mélanges ou affemblages. Un peintre fur verre intelligent ne doit ici cpnfulter que le goût & l’expérience. Le moyen de s’alfurer de l’effet de ces mélanges eft d’en faire des elfais en petit à la cheminée.
- 119. Mais, quoique dans toutes les recettes que nous avons recueillies d’après les meilleurs maîtres, il n’y en ait aucune dont le fuccès ne foit certain , il n’eft pourtant rien de plus elfentiel, fuivant Kunckel, que d’employer dans la composition de fes couleurs , de bons matériaux dont le choix & l’exacfte manipulation puilfent bien établir ce parfait concert de fufibilité à un feuv de même durée , qui doit fe trouver entre les différentes couleurs que le peintre fur verre emploie dans un même ouvrage. Sans ce concert d’où dépend tout le fuccès dudit ouvrage, & que la feule expérience peut établir, certaines couleurs brûleraient, & fur-tout le jaune, avant que les autres fulfent attachées au verre. C’eft fans doute la connaiifance pratique de ce concert polTible entre toutes les différentes couleurs employées par mes aïeux, qui les portait à admettre, relativement à ce degré de fufibilité qu’ils avaient expérimenté dans leurs autres couleurs à la recuilfon, trois fois plus d’ochre dans la préparation de leur jaune que les autres n’en prefcrivaient.
- 120. Nous obferverons encore comme une pratique elfentielle à la peinture fur verre, que le noir ne peut jamais être trop fondant : c’eft en eifet cette couleur qui fait tout le corps de l’ouvrage; c’eft en elle que réfide effen-tiellement l’œuvre du peintre. On ne peut pratiquer cet art, pas même le concevoir , fans le fecours de la couleur noire. Sans elle point de moyen durable de prendre le trait des formes que le peintre fur verre fe propofe d’exécuter. La couleur noire eft à cet artifte ce que le crayon eft au deffinateur ,
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- & le burin ou la pointe au graveur. Point d’imitation des objets de la nature fans lignes , fans jours & fans ombres : dans la peinture fur verre cette feule couleur, ou fon lavis, fournit des lignes, des jours & des ombres. Avec bette feule couleur, on peut, fans employer les verres teints aux verreries ou colorés par nos émaux traniparens, mériter le titre de bon peintre fur verre. On connaît d’excellens ouvrages de cette maniéré, fous le nom de gri-failles j c’eft , à proprement parler, le monochromate des anciens. Cela fup-pofé , la couleur noire qui n’eft pas affez fondante à la recuiffon , 11e s’attachant point fur le verre, tout le fond de l’ouvrage difparaît, fur-tout dans les carnations, & le tableau n’eft plus qu’un amas informe de verre de couleurs fans trait, fans ombres & fans demi-teintes , lorfqu’on vient à le nettoyer.
- 121. Nous avons remarqué dans notre première partie qu’on voyait parmi les vitres peintes de l’églife de faint Etienne-du-Mont à Paris, de très-bons vitraux, tant pour le d’eflîn que pour le coloris, qui ont éprouvé cette fâ-cheufe altération, faute par le peintre fur verre qui' les a entrepris , d’avoir rendu fa couleur noire affez fondante, ou de lui avoir donné unerecuiffon fuffifante. Ce font ces inconvéniens qui ont dégoûté de cet art les Henri Goltzius, les Joachim Vytenwaël, les Abraham Diépenbeke, & tant d’autres , qui ayant commencé pir la peinture fur verre, font quittée pour s’appliquer à d’autres genres de peinture, ou à la gravure, qu’ils ont pratiqués avec tant d’honneur & de gloire pour eux, & pour ceux dont ils ont été les dignes éleves.
- CHAPITRE VI.
- Des connaiffances néceffaires aux peintres fur verre pour réujjir dans
- leur art.
- 122. Entre les connaiffances principales dont les peintres fur verre ont befoin pour réufîir dans leur art, celle de la chymie, fur-tout en ce qui concerne la vitrification des métaux, doit tenir le premier rang. Cette fcience , d’où dépend le coloris de leurs ouvrages , par la jufte préparation des émaux qui y font propres, ne leur fut jamais plus néceffaire que lorfque les verreries , faute d’emploi de leurs verres colorés, cefferent de s’en occuper avec la même affiduité.
- 123. Les manufactures de Venife, de Geneve & de Londres nous four-niifent à la vérité des émaux de toutes couleurs. Celle d’Angleterre, excitée par les récompenfes de la fociété pour l’encouragement des arts, eft déjà
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- même.^parvenue à un tel degré de- perfedion que, loin de les tirer des Vénitiens &,des Genevois, comme par le paffé, les Anglais en font à préfent de fréquentes exportations. Cependant je me crois en droit d’affurer que jamais un peintre fur-verre,.qui aime fon art, n’atteindra à cette parfaite pratique du concert de fufibflitéjie fes émaux par la même recuiiTon, que par les eifais réitérés» de leurs différentes préparations. Ceux que nous tirons de l’étranger, font la plupart^plus particuliérement deftinés à la peinture fur verre, & par conféquent applicabl.es fur.un fond bien différent. Ceux-ci ne doivent fe parfondre qu’une fois «à un même feu & tous enfemble} ceux-là font dans le cas de fouffrir le feu plufieurs fois & à différentes reprifes.
- 124. Ce n’eft donc pas trop pour rendre un peintre fur verre fur de fon fuccès dans les opérations fl incertaines de fon art, qu’une étude un peu étendue de l’hiftoire naturelle , de la phyfique expérimentale & de la chymie. Je voudrais que cette étude fût.le premier objet de fon application , & comme le fondement de fes progrès futurs. Le tems que lui demandera la correct tion du deflîn , & les autres parties qui font l’habile peintre ,, lui en bifferaient trop peu pour s’appliquer à la fois à ces connaiftances & à celle des fubftances propres à la compofition de fes couleurs. C’eft cette vue qui’ m’a dirigé^ dans l’ordre de cette partie, en donnant aux recettes propres à colorer les verre , envifagées par rapport au peintre fur verre, le pas fur les autres connaiffances qui font.partie de fon art. J’ai voulu le mettre en état de préparer lui - même fes couleurs avant de lui enfeigner l’art de les employer. Si le fuccès n’eft pas fans difficulté pour ceux-là même qui s’en occupent avec le plus d’attention, que fera-ce pour des^rtiftes qui, peu inftruits des propriétés des émaux qu’ils emploient à tout rifque fous le Ample diredoire d’une recette telle quelle , ignorant les principes qui ont dirigé ceux qui les ont préparés , & les différentes vues qu’ils s’y étaient propofées, travaillent aveuglément & fans aucune certitude de réuflir ?
- 12$. Que notre peintre fur verre ne fe décourage pas par les pénibles opérations qui doivent précéder fon fuccès. Qu’il apprenne d’un très-habila homme dans l’art de préparer & d’employer des émaux également propres à fe parfondre fur un fond de verre & d’émail, & à endurer l’adiondufeu làns fe ternir & s’éteindre, que cet art n’eft pas encore pour lui fans difficulté i qu'il ri a peint que parce qu'il avait des couleurs, & qu'il rien a eu que parce que fon pere, três-verfé dans la chymie, qui cherchait peut-être qudqu autre chofe, a trouvé ces couleurs qu il lui a laiffèes avec le fecret d'en préparer d'autres. ( a )
- (a) Mémoire de M. Taunaifur les qua- l’hiftoire naturelle & les beaux arts ,à Paris, lités ejjentielles aux émaux, inféré dans les chez Cailleau , libraire, quai des àuguf-Obfervations périodiques fur la phyfique, tins, cahier de fepterabre 17?$, p. 172 & Tome XIII. H h
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- izQ Pour le mieux fortifier St encourager dans la patience, je pourrais encore le renvoyer au colloque que Bernard de-PalilIy fait tenir entre théorie & pratique ,fur les ennuis & miferes qui accompagnèrent fou labeur en l’arc d’émailler la terre.. Tu te dois ajfurer , y eft-il dit, que, quelque bon efprit que tu ayes, il t'avicndra encore un millier de fautes , ief'quelles ne fi peuvent apprendre par lettres, & que quand tu les aurais même par écrit, tu n'en croiras rien ,jufqu à ce que la pratique ten eût donne un millier d'afflictions. . .. Tu verras quon ne peut pourfuivre ni mettre en exécution aucune chofe pour la rendre m beauté & perfection , que ce ne fait avec grand & extrême labeur, lequel nefl jamais feul, ains efl toujours accompagné d'un millier cCangoiffes j ( a ) mais an-goiffes qu’il n’eut pas toujours lieu de regretter , puifque nous avons vu que par fes expériences affîdues & continuelles, if parvint à l’art d’émailler la terre, & mérita le' titre à'inventeur des rufliques figulines du roi & de fa mere.
- 1127. Enfin, fuppofons que notre peintre fur verre n’ait ni le tems ni la patience que demandent ces expériences ; cherchons-lui un homme verfé dans la théorie & la pratique de l’art pittorefque par les émaux , qui puilfe ie mettre en état de juger avec certitude de la bonté ou de la mauvaife qualité de ceux qu’il voudrait fe procurer tout faits, foit qu’il les tire de Venife par la Hollande, foit qu’il veuille donner la préférence à ceux d’Angleterre. Qu’il écoute fur cela M. de Tannai* que nous avons déjà*présenté comme un guide d’autant plus fur qu’il éft plus expérimenté ,& moins myftédeux que Paliliy. Celui-ci, par une difpofition bien humiliante pour la nature humaine , a paru trop piqué de jaloufie d’ètre feul dans fon art : celui-là lui fera part de fes lumières avec autant de modeftie que de bienveillance, quoique cependant avec quelque réferve.
- r 128. “ Comme,dit cet habile artifte (b), dans la grande quantité des émaux qui nous viennent de Venife .... ( c) tous ne peuvent fe trouver
- fuiv. On peut confulter fur les émaux, outre culanum , Paris , 1770, chez Defaint, liée mémoire, les notions élémentaires que braire, rue du Foin, pag. 19$ & fuiv. les éditeurs de l’Encyclopédie donnent fur ( a ) Difcours admirable des eaux £<? leurs compofitions au mot Email * le Secret fontaines , Paris, 1 ç8o , page 275. des vraies porcelaines de la Chine & de ( b ) Mémoire fur les émaux, cité plus Sàxe, traduit de l’allemand par M. le baron haut.
- d’Holback, & inféré à la page 60$ de fon ( c) Les émaux colorés de Venife nous Art de la verrerie , deux mémoires du viennent en petits pains ou gâteaux, de P. d’Entrecolles, dans les Lettres édijiantes, forme plate, de différentes grandeurs. Ils toVne XII, pag. 292 & fuiv. ou dans la Def- ont ordinairement quatre pouces de dia-cription de la Chine, du P. Duhalde ,qui métré,]& quatre à cinq pouces d’épai(Peur, les a copiés ; enfin, le Traité de la fabrique Chaque pain porte empreinte la marque de des mofàiques de M. de Fougeroux, à la l’ouvrier, qui fe donne avec un gros poin-&ite de fes Recherches fur les ruines dHer- con fur l’émail encore chaud. C’eft ou un
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- „ d’une égalé perfection, il faut en avoir fait ufage pour connaître à peu „ près à l’œil leurs défauts & leurs bonnes qualités. „ Or, voici les marques qu’il nous donne pour reconnaître leur plus ou moins de bonté. cc Ou „ peut connaître la qualité des différeus émaux de Venife par les cachets que „ les Vénitiens appliquent deffus. Le plus tendre n’eft marqué que de deux cachets, & le dur de trois ou même de quatre, félon le degré de dureté „ qu’ils lui connaiffent. Celui qui eft marqué aux trois cachets, eft le plus „ ufité pour les fonds blancs de peinture en émail, qui fervent de toile au „ tableau. „ Suivons cet auteur dans ce qu’il nous enfeigne pour bien juger des émaux clairs, tranfparens, colorés de différentes couleurs. ct L’émail „ bleu tranfparent eft facile à connaître. Il faut cafTer le pain, ( a ) en prendre ,, un morceau de médiocre épaiffeur, en regarder le tranfparent au grand „ jour. Pour qu’il rende un bel effet, il doit donner un bleu comme celui „ des anciens vitrages, tel qu’on en voit encore à la fainte chapelle de Paris , „ pur, fans ondes. Sur le bord, dans l’endroit mince, il doit être blanc „ comme du cryftal. S’il confèrvait fa teinte dans fa moindre épaiffeur , il », ferait trop dur à la faqon, & par conféquent mauvais à l’effet. „
- 129. J’omets ici ce que notre auteur prefcrit fur le choix de l’émail jaune, qui n’a pas lieu entre les couleurs propres à la peinture fur verre. 1C L’émail verd, dit verd gai ,< montre fouventà fon feul afpeCt s’il fera d’un „ emploi favorable. Si l’on remarque deffus Ou deifous un ton de couleur ,, d’or changeant, c’eft-à-dire,imitant la gorge de pigeon, il eft rare qu’il 9, foit défectueux j & l’on peut, après l’épreuve de lacaflè , comme je l’ai dit ,j au bleu, s’en fervir avec avantage. Si au contraire il n’offre à l’œil qu’un „ noir bien luifant, on eft bien certain qu’il eft dur, & qu’il brûle plutôt „ qu’il ne fond. Quant à l’aigue‘-marine ou verd d’eau, comme les pierres „ fines qui portent ce nom font aifez connues, on pourra fe rendre certain „ de la perfection de l’émail qui les imite, s’il fe trouve d’une couleur aufîî „ pure : il eft ordinairement le plus tendre de tous les verds.... Il y a dans ,, les verds plufieurs teintes : le verd jaune eft le plus difficile à rencontrer.... „ (6) On ne peut fe fervir du verd gai dur qu’en le mêlant avec moitié „ d’aigue-marine, ce qui fe fait facilement en broyant enfemble ces deux „ émaux. La facilité que l’aigue-marine ou le verd d’eau a pour fe fondre, ,, aide au premier à couler plus aifément, & du mélange des deux naît une ,, plus belle couleur d’émeraude. „
- nom de Jéfus, ou un foléil, ou une firene, oj un fphinx, ou unfinge. Encyclopédie, au mot Email.
- ( a ) On cafle le pain en le foutenant de l’extrémité du doigt , pendant qu’on le frappe à petits coups de marteau, & en re-
- cueillant les petits éclats dans une ferviette qu’on étend fur foi.
- ( b ) Les peintres fur verre peuvent y fuppléer , en couchant de jaune plus ou moins fort le revers de la piece de verre qu’ils défirent de cette couleur.
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- 130. Quoique les émaux opaques n’entrent point dans l’ordre de la peinture fur verre, qui n’admet que les émaux clairs & tranfparens, j’ai cru néanmoins ne devoir pas paffer fpus filence ce que M. Taunai prefcrit par rapport à l’émail blanc, qui peut y être employé utilement dans les draperies, dans les linges & dans la grifaille couverte d’un émail blanc, teL qu’on en voit dans plufieurs églifes, & fur-tout dans la chapelle du château d’Anet, aux vitres que Philibert de Lorme, le plus grand architecte de fon tems, y fit faire; vitres qui, comme il le dit lui-même , Ça) font des premières peintes de cette maniéré qu’on ait vues en France. “ Il y a de l’émail blanc de plu-„ fieurs qualités, & fur-tout de deux, qu’on diftingue entr’elles par les ,, noms de dur & de tendre. Le tendre, en le caffant, n’a point de brillant, „ la mie en eft terne : il eft ordinairement grifàtre & fort aifé à couler à la „ fufion. Le dur au contraire eft d’un beau blanc, d’un œil aufli vif dans ,, la mie que fur le deifus du pain. Il eft lent à la fufion, & fujet à beaucoup „ d’inconvétiiens, quand 011 ne le lait pas préparer comme il l’exige. Il y a, „ continue notre artifte, beaucoup de choix dans les émaux. On doit encore ?, remarquer en caffant le pain, s’il n’eft pas fujet à bouillonner, ce qu’on „ reconnaît aifément lorfque l’émail fe trouve criblé de trous ou de vents „ qui fe forment lorfqu’on le coule. Il eft rare que l’émail dans lequel ce ,, défaut fe rencontre foit d’un bon fervice. Il conferve cette imperfection à 3, l’emploi qu’on en fait. Il s’élève alors fur l’ouvrage , à la fufion ,de petits „ bouillons que les émailleurs appellent des œillets, dont il eft très-difficile „ de guérir fon morceau, quelque précaution qu’on prenne ; ce qui fouvent „ chagrine l’artifte, quand il 11’a pas la connailfance du choix. „
- 1 j 1. Le peintre fur verre ne peut être trop attentif fur ce choix, attendu que ces émaux imparfaits s’attachent difficilement fur le verre , & que ces bouillons, à la recuiffon, fe détachant de deffus leur fond, fe lèvent par écailles, de façon que le trait s’enleve même avec la couleur. Le défaut de cuiffon des émaux qu’il peut fe procurer tout faits à prix d’argent, n’eft pas la feule caufe de ce bouillonnement : les meilleurs émaux peuvent bouillonner lorfqu’ils font mal employés. Le trop de gomme avec laquelle on les délaie, les fait fouvent écailler & bouillonner au feu, & les fait brûler ou noircir à la recuiffon. Les inégalités d’épaiffeur des émaux en les couchant peuvent aufli eau fer ces inconvéniens.
- j j 2. Mais, ô fatalité des plus beaux émaux rouges tranfparens! ceux qui ont effayé votre découverte avec tant de foins, qui vous ont enfin trouvés, font 1111 fecret de la connaiffance qu’ils en ont. Kunckel,& long-tems après lui M. Taunai, vous annoncent comme des découvertes précieufes qui leur
- (a) Traité T architecture de Philibert de Lorme, chapitre XIX.
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- font propres, fai, dit M. Taunai, {a') un carmin foncé qui a un feu très-vif, approchant de £ écarlate, & dont U mérite particulier ejl que plus il retourne au feu ,plus il acquiert de vivacité’& de beauté. Cependant aucun d’eux ne nous indique votre préparation.
- 133. M. de Montami , cet homme ennemi du myftere, élevé au-deifus de toute confidération d’intérêt , que l’éditeur de l’Encyclopédie, au mot Email, nous annonce fur ce ton , a laide un Traité des couleurs pour la peinture en émail & fur la porcelaine , ( b ) où je croyais trouver des découvertes très-utiles fur-tout à la peinture fur verre. Je n’eus rien ea conféquence de plus preifé, dès que cet ouvrage parut, que de me le procurer, me propofant d’enrichir celui-ci de ce que j’y remarquerais de plus analogue à mon objet. Mais comme les procédés de l’auteur, fondés à la vérité fur une étude profonde de la chymie , font tous nouveaux, tant par rapport à la compofition du fond qui doit recevoir les couleurs, qu’à celle de ces couleurs elles-mêmes , & du ^fondant feul propre à les parfondre & à les lier avec le fond fans vitrification antérieure defdites couleurs; comme d’ailleurs, ainii que je l’ai déjà remarqué plufieurs fois, le fond eft bien différent dans la peinture en émail, de celui de la peinture fur verre , jufqu’à ce qu’une fréquente expérience en ait alluré le fuccés pour ces deux genres de peinture, je me contente de renvoyer à ce traité, qui par lui-même n’eft pas fufceptible d’analyfe. f 134. C’est dans la vue , fi digne de l’humanité , de venir au fecours des hommes à talens, que j’ai preffé un de mes amis, avant fon départ pour la Ruffie, de me faire, la traduction d’une partie du livre anglais intitulé, The handmaid to the Arts, dont j’ai promis de donner des extraits à la fuite de mon traité. Son auteur, fondé fur les expériences réitérées qu’il dit avoir faites des fubftances colorantes propres à la peinture en émail & fur le verre, entre avec un très-grand détail dans toutes les préparations des émaux tranf-parens & opaques. Il parait qu’un de fes buts principaux eft de faire revivre par l’encouragement l’art de peindre fur verre, qu’011 regarde, dit-il avec nous, comme un fecret perdu. Il allure que par la recherche pratique des plus belles couleurs, les Anglais donneraient des ouvrages d’autant plus beaux dans cette maniéré de peindre, qu’ils polfedent, dans un degré plus parfait que dans les fiecles précédens, la connaiffance & la préparation des fubftances colorantes vitrifiables, parles foins qu’ils ont pris de tirer des Chinois s des lumières en ce genre,Supérieures à celles,, de leurs devanciers. (c)
- (a) Mémoire fur les émaux, cité plus par l’auteur dans les derniers inftans de fa haut, article des- couleurs pour peindre en vie , de le donner au public II fe vend chez émail. G. CaveKer, libraire à Paris, rue Saint-Jac-
- ( b) Cet ouvrage pofthume de M. d’Ar- ques , au Lis d'or, claisde Montami, aparu au mois d’octobre ( c) Déjà même les Anglais paraiffent 3765 , par les foins de M. Diderot, chargé s'appliquer à la peinture fur verre. M. Pin-
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- ijf. Au refte nous ne pouvons trop recommander aux peintres fur verre ce que les éditeurs de l’Encyclopédie recommandent aux peintres en émail : N'épargne^ pas les expériences , afin de confiater la jufie valeur de vos couleurs , 6* n employé^ que celles dont vous fere^parfalternent fur s par C action du feu. Je voudrais que mon peintre fur verre en fît une étude phyfique ; il obtiendrait par-là à la recuilfon de fes émaux ce concert de fufibilité, l’ame de fonart, qui le tient dans une 11 violente inquiétude, & le metlouvent dans le cas de perdre en neuf ou dix heures de tems le travail de plusieurs femaines.
- 136. De la connailfance que cet artifte doit avoir acquife par l’expérience du plus ou moins de douceur ou de dureté de fes émaux colorans à fe par-fondre à l’adion du feu de recuilfon, dépend elfentiellement la connailfance du choix du verre qui doit fervir de fond à fou travail. Tout eft encore ici matière d’expérience & de génie. C’eft un principe certain en peinture fur verre comme en peinture en émail, que le fond doit être plus dur au feu que les fubftances colorantes qu’on y applique. Trop dur, le verre refufe aux émaux colorans l’union & l’incorporation qui s’en doit faire par la recuilfon avec le fond qu’il leur fournit. Au lieu de s’y attacher, ces émaux bouillonnent fur fa furface ,où fe levant après par écailles , il ne lailferont dans une figure que des membres ifolés, dont les draperies effacées feront perdre à l’artifte tout le fruit de fon travail. Il faudra qu’il recommence de nouveau fur un fond plus doux, à moins de vouloir courir les mêmes rifques. Trop eendref il n’attendra pas la fulion des émaux, & coulera lui-mèmè au four de recuilfon, avant qu’ils aient commencé à fe parfondre..
- geron,dans une lettre écrite de Londres fur l’état aétuel des arts libéraux & méchani-ques en Angleterre, inférée en grande partie dans le Journal d’agriculture , du commerce & des finances , vol. d’avril 1768 , nous apprend que le peintre le plus fameux dans ce genre de peinture, demeure à Oxford, & fe nomme William Peckitt d’Yorck,& qu’il vient d’y peindre tout récemment dans un très-bon goût les vitres de la chapelle d’un college de l’univerlité. On lit auffi dans le premier volume du Mercure de juillet 1769, page 18 Ç, qu’un peintre fur verre Anglais, nommé Robert Scolt Godfrey , demeurant à Paris, chez AL de Samaifon, à la haute-Borne, barrière du Pont-au-Choux, fait voir une grande croifée, peinte dans le goût des anciens vitraux d’églife ; que les couleurs en font belles, très-vives & très-
- folides ; qu’on y trouve toutes celles qu’on employait autrefois , les jaunes , orangées, rouges, pourpres, violettes, bleues, vertes , de différentes nuances; qu’enfin cette peinture que Von croyait perdue & qui plairait encore, en fachant remployer â propos, y.eft mieux faite pour ledeffin& le coloris que dans les anciens ouvrages de ce genre. Je doute néanmoins qu’elle puiffe être fupérieure à celle de tant de beaux vitrages dont nous avons parlé dans notre première partie. J’ajouterai ici en paffant, comme une remarque utile à mon objet, que M. Pingeron, dans la lettre ci-defî'us, annonce que les procédés de cette maniéré de peindre font dans le Dictionnaire d’O* wen, à l’article de Peinture fur le verre : di&ionnaire dont les Anglais font, dit-il, un cas fingulier, fur-tout pour la partie des arts.
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- 137-. Les peintres fur verre de l’avant - dernier liecle, qui ont porté leur art à la plus haute perfection, employaient un verre beaucoup moins fec,<% moins fixe que notre verre de France a&ueî. Il entrait dans fa composition beaucoup plus d’alkali fixe par proportion à la quantité des fables. Il atteignait plus difficilement dans fa première forme à cette vitrification parfaite que donne l’atteinte d’un feu vif & prolongé, qui décharge le verre de cette furabondance de fels & qui feul en affure l’indeftrudibilité. * {a) Ce verre , d’abord blanc, puis chargé de nouveaux fels effentiejs aux émaux dont on le colorait fur une fuperficie, prenait d’autant moins de recuite au fourneau de recuiffon' que les émaux colorans étaient plus fondans. 11 n’en devenait que plus fufçeptible de folubilité, parce que les fels furabondans n’étaient point fuffifamment épurés & fubtilifés, & que les parties qui en reliaient n’étaient pas fuffifamment refferrées. Enfin ce verre expofé aux injures de l’air eft devenu fujet à des altérations que l’adion des fels & des acides que ce même air y chariait continuellement , pouvaient occafionner.
- 138. Il ell très-ordinaire de remarquer ces altérations dans les vitres peintes du feizieme fiecle. Comme on n’a jamais été dans l’ufage de les net» toyer fouvent, elles fe terniiîent, fe tayent, fe dépolilfent & fe percent comme de petits trous de ver. Elles fe couvrent d’une craie blanche très-inhérente &.âpre au goût, qui les rend opaques de tranfparentes qu’elles étaient, & en décompofe tellement la fubllance, que ce verre, ainfi dépouillé defesfels qui ont paflé fur fa furface, nleft plus au fond qu’un amas de grains de fable cohérens. qui fe réduit en pouffiere, après s’ètre brifé fous la pointe du diamant, ou fous la pince du gréfoir. Telles font, entre beaucoup de vitres de ce fiecle, même non colorées, les admirables vitres peintes des chapelles fituées au midi dans l’églife de l’abbaye royale de faint Victor à Paris, corrodées en partie par les fels furabondans qui en réfultent, & qui, abreuvés d’une part par l’humidité de la pluie & delféchés de l’autre par l’ardeur extrême du foleil, ont rendu ce verre tellement opaque en certains endroits, qu’il reffemble plus à des ardoifes ou à des tuiles qu’à du verre : effet qui ne fe remarque pas dans des vitres beaucoup plus anciennes, mais qui étaient d’un verre plus fixe & moins chargé de fels. Dans le fiecle dernier , les peintres fur verre donnaient avec fuccès la préférence au verre des manufadtures de Lorraine ou de Nevers. Mais ces verres, quoiqu’ils fe prêtaient aflèz bien à ce concert de fufibilité des émaux fi defirable, étaient fujets à fe gauchir & même à fe calfer dans le four de recuilfon.
- 139. Fixé par une expérience journalière, déterminons enfin notre ar» tifte fur le choix du verre qui fe fabrique a&uellemnt dans les verreries foit
- ( a ) Voyez les Obfervations théoriques & pratiques de M. Julliot, apothicaire, Paris, 1756, chez J. T. Hériiant, rue Saint-Jacques.
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- nationales foit étrangères. Sera-ce aflez pour cela de lui dire qu’il doit préférer un verre d’une dureté médiocre , tel qu’eft le' verre à vitres d’Angleterre, qu’on y connaît fous le nom de verre de couronne ? Lesloix du commerce n’admettent point parmi nous les exportations du verre d’Angleterre: Lui confeiljerons-nous l’ufage du verre à vitres de France, connu dans nos verreries fous'le nom dq verre de couleur ou verre à la rofe ? Nous pourrions , comme les Hollandais qui le préfèrent par curiofité, en faire venir chez nous en y mettant le prix comme eux j mais malgré les foins plus particuliers que 110s verriers apportentlà fa confection , malgré la meilleure qualité des matières qu’ils y emploient, il y aura toujours du rifque pour un peintre fur verre à confier toutes fes efpérances à un verre auffi mince que*le verre de France. Le fuccès du verre double de la même efpece , qu’on a quelquefois demandé à nos maîtres de verrerie à cet effet, n’a jamais été fuffifamment aifuré , par le peu d’ulàgeque nos gentilshommes verriers ont acquis de faire de ce verre. Peut-être le verre blanc de Boheme y ferait propre?Non : ilefl:trop doux & trop tendre à l’aClion du feu ; il eft de plus fi chargé de fels, qu’il les pouife continuellement au dehors & gâte les eftampes qu'il couvre , fur - tout fi-elles font expofées dans des endroits humides. Il y perd fon poli & fa tranfparence par la»taye qu’il y contracte. >
- 140. Le verre ordinaire de nos verreries !de France peut ici entrer en comparaifon avec le verre commun de la verrerie de Saint - Quirin en Vofges j plus connu fous le nom de verre d’Jlface. Ils ne font guere propres* ni l’ün ni l’autre à fervir de fond à la peinture fur verre. Le premier, toute proportion gardée, étant beaucoup plus chargé de fable que de fels, dont la charrée de lefîives y fait la fonction principale , donne un verre trop fec : le fécond,-étant compofé des calcins de verre blanc qui n’ont pu parvenir à l’aflinage pour en faire, ou de fonds de pots qui y ont fervi, mêlés avec une mince portion de fritte neuve, ne donne qu’un verre aigre qui craint beaucoup plus que le verre blanc la preffion de la pointe du diamant, & trompe fouvent par fa frangibilité le vitrier qui aurait un moins bon diamant, ou la main moins fure qu’un autre. Les bulles & les points auxquels ces deux fortes de verres font plus fujets deviennent très-dangereux au peintre fur verre au moment de la recuiifon ; car ces deux fortes de verres, trop fecs ou trop aigres, ne fouftrent ni l’un ni l’autre avec allez de docilité l’aCtion du feu, qui, pour peu qu’il les atteigne vivement , les fait calfer dans la poêle à recuire, comme l’émail blanc trop dur fe fond dans la moufle de l’émailliile. C’efl: l’expérience qui me diCte ces principes. J’ai vu plufîeurs fois des armoiries peintes fur verre, fur une feule piece de l’une & de l’autre forte de verre, du volume de douze pouces fur neuf, forties entières du fourneau de recuiifon, fe calfer d’elles-mèmes, après un julte refroidilfement, trois ou quatre jours
- après,
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- après , à l’endroit des émaux dont ces pièces étaient chargées, tels que le bleu, le verd & le finople. Ils avaient occafionné en fe calcinant par la re-cuiffon , ce qu’on appelle en termes de l’art, de petites langues ou des étoiles i femblables à celles que forme le choc de deux bouteille^, ou fur un carreau de verre Pimpulfion d’un grêlon ou d’un noyau. Ces langues ou étoiles venant à s’éteindre par l’impreffion de Pair, firent jufqu’à cinq ou fix morceaux d’une piecê entière. Quel verre choifira donc notre artifte pour ne pas perdre le fruit de fou travail? Je penfe que le verre blanc d’Alface, mieux dofé dansfà compofition , beaucoup plus cuit que les autres verres, eft le feul qui de nos jours, fi les foins, Padivité , la vigilance & la probité de M. Drolanveaux , auteur de cette verrerie, paflent dans fes fuccelfeurs, puiffe rendre à la peinture fur-verre un fervice qui, mettant beaucoup de dangers à couvert, lui deviendra très-utile. J’en attelle les obfervations de M. Julliot déjà citées, & les palfages de Juncker , qu’il rapporte pour étayer fou fentiment. (a)
- 141. Je ne demanderais fans cloute rien de trop à un peintre fur verre, qui veut atteindre à un certain degré de perfe&ion, en lui fuppofant, outre les connailfances précédentes, relatives à la chymie, toutes celles qui conf-tituent le bon peintre en général : & d’abord je voudrais qu’il fe famiharifât avec Phiftoire facrée & profane, la fable, le blafoiv& l’architedure , dont la géométrie, Poptique ou laperfpedive font des -parties elfentielles. J^voudrais encore qu’il eût fouvent entre les mains fes excellens ouvrages fur la peinture des de Piles , des Dufrefnoy, des de Marfy , des ;W'atelet, des Dandré Bardon , des Lacombe & des D. Pernetty (£). On a beau dire que les peintres fur verre, n’étant que des copiftes, n’ont pas un befoiri réel d’être inftruits des principales qualités-de la peinture; je réponds qüe: la pérfedion eft dé tous les états , qu’elle eft le'but auqueMes'artiftes doivent tendre , & que tout-ce qui peut les y conduire n’èft jamais'a négliger.' ' • 1, -;1 ” ' o :
- ( a)cc Admirandus eft durabilis eft ferme incorruptibilis vitri ftatus , hift ni mi uni falis inftt ,• ab hoc enim prœcipue ejus folu-bilitas najcitur. . . . Longo ac vehetnenti igné in officinis vitrariisfal fuperfluitm in . auras disjicitur.Quanto major longior- * que ignis adhibetur , volatiliores falim partes fuperflua majorem molitiem alias, eft folubilitatcm inferentes , extra liane unionem ejiciuntur ,• unde ad cryftallupi limpidijftmam 'eft duramparandarn, fritta fubindeper oUriduum excoquitur. „ Junck.^ confp. chymic. 1
- ( b ) Voyez le Cours de peinture parprin- . Tome XIII.
- cipes de M. de Piles& autres ouvrages relatifs à cet art. Le Poëme fur lapeinture, par Dufrefnoy, traduit du latin en français, par M. l’abbé de Marfy. Le DicUonnairc. abrégé de peinture éft dardiiteHuie, de M. l’abbé de Marfy. L’Art de peindre] de lM.; Watelet, poëme avec dés 'réflexions.
- ' Le' Traité de peinture , de M. Dandré Bar-don , & autres ouvrages. Le Dictionnaire portatif des beaux arts , de M. de Lacombe. .Celui de peinture de D. Pernetti , avec un Traité pratique des différentes 'maniérés de peindre, &c. &c. ^
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- < 142. Le deffin eft la bafe fur laquelle doit être appuyé le travail du peintre fur verre. On ne peut trop lui recommander, comme au graveur, qu’il doit fur-tout s’appliquer long-tems à deffiner des têtes , des mains & des pieds d’après la nature , ou d’après les delïins des artiftes qui ont le mieux deiîiné ces parties , tels qu’Auguftin Carrache 8c Villamene, qui ont fourni les meilleurs exemples de ces études, que la gravure nous a confervés. Le peintre fur verre qui les aura fous les .yeux, & qui s’appliquera à les copier fidèlement, fe mettra dans l’heureufe facilité de corriger les cartons peu corre&s qu’il eft d’ufàge de lui fournir, 8c de faire remarquer plus d’exaditud.e, de fini & deprécifion dans certains détails que certains peintres fe font cru mal-à-propos en droit quelquefois de négliger. Autrement il court rifque d’ajouter de nouveaux défauts à la négligence du deffin d’après lequel il travaille , ou de-tomber dans des erreurs eifentielles , faute de pouvoir lire ce que le deffinateur n’aura qu’indiqué. f
- 143. La partie du deffin la moins à négliger, pour le peintreTfu,r verre comme pour le graveur, eft l’entente parfaite du clair-obfcur. Elle eft cette vraie magie de la peinture , qui, répandant fur les objets qu’elle traite les jours & les ombres que la lumière elle-même doit y répandre, fait aux yeux du fpeétateur une li douce illufion. Un continuel & facile traitement du crayon ne pourra manquer de procurer à notre artifte cette- touche libre, favante & pittorefqifé, qui fera feu tir l’efprit, la finelfe & la légéreté de, la pointe de fon pinceau , qui deffine la forme en retirant le trait, j ou de celle de la liampe du pinceau ou d’une plume très-dure , qui, en emportant le lavis dont la piece eft chargée, donnent les rehauts & les éclats de jour; ou de la broffe rude qui fert-à former des demi-teintes fur le lavis, (a) Les anciens peintres fur verre, excellaient tellement dans le deffin , qu’on a; vu , dans la première partie de ce traité, que c’était à leur école , chez les Hollandais fur-tout, qu’on envoyait d’abord la jeunelTe qui fe deftinait à l’art de peindre.
- 144. Enfin tous les détails de la peinture fur verre, ainft qu’on en pourra juger par ce que je vais enfeigner de fon méchanifme dans les chapitres fuivans , exigent de la part de l’artifte une propreté extrême de travail. Il doit écarter foigneufement de fon ouvrage & de fes couleurs , non '- feulement tout ce qui aurait approché de quelque corps gras ou huileux qui pourrait s’attacher au verre qui lui fert de fond , ou aux couleurs qu’il y emploie , mais encore jufqu’aux atonies de la poufliere.
- 14p. La peinture fur verre demande même , plus que tout autre genre de peinture, fi l’on excepte celle en émail , un corps fain , non-feulement de la part de l’artifte , mais encore de la part de ceux qui l’approchent : car fi la mauvaife température de l’air nuit fi fort à la vitrification des émaux, de
- (a) Voyez au chapitre fuivant l’explication de ces termes de fart.
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- mèmeThaleine moins pure des perfonnes qui approchent d’une piece de verre qiu eft entre les mains du peintre , peut occafionner des accidens de feu très-préjudiciables à l’ouvrage. Dès-lors avec quel foin le peintre fur verre ne doit-il pas écarter de fon attelier ceux fur-tout qu’il faurait attaqués de quelqu’incommodité déshonnête , ou même ceux qui font dans l’habitude de mangerSrde l’ail ou des oignons ï “ J’ai vu , dit Bernard de Paliflÿ , cet homme y, de l’art fi attentif à tout ce qui git en expérience, que , du tems que les >9 vitriers avaient grande vogue , à caufe qu’ils faifaient des figures ès vitraux s, des temples , que ceux qui peignaient lefdites figures n’eulfent ofé ; manger }3 aulx ni oignons j car s’ils en eulfent mangé, la peinture n’eût pas tenu jj fur le verre. J’en ai connu un , nommé Jean de Connet, parce qu’il avait sj l’haleine punaife, toute la peinture qu’il faifait fur le verre ne pouvait „ tenir aucunement, combien qu’il fût favant en cet art. „ ( a )
- .. - -, , , - -,.^.r . , g.
- CHAPITRE VII.
- Du mêchanifme de la peinture fur verre aiïuelle ; â abord de P attelier
- & des outils propres aux peintres fur verre.
- 146. !Fe mes fuis affez étendu dans les chapitres précédons fur la com-pofition & vitrification des émaux colorans actuellement en ufage dans la peinture fur verre, fur le choix des creufets & la forme des fourneaux propres à cette vitrification ; & à l’occafion de la préparation & de l’emploi ces émaux, j’ai parlé des différens mortiers & pilons de fonte , de marbre ou de verre, des tamis de foie , des platines de cuivre rouge ou pierres dures à broyer, comme porphyre, écaille de mer ; des molettes de caillou dur, ou de bois garni d’une plaque d’acier ou de fer j des amaifettes de cuir, de fapin ou d’ivoire*, des godets de grès pour chaque couleur , &c. Je paife maintenant à ce qu’on peut regarder plus particuliérement comme les outils Au peintre fur verre, après néanmoins que nous lui aurons trouvé une place convenable pour fon attelier.
- 147. Cet attelier doit être placé en beau jour , dans un lieu qui ne foit ni humide*, ni expofé à un air trop vif, ou à la grande ardeur du foleil. Trop d’humidité empêcherait les pièces de parvenir au degré de ficcité néceflaire pour les charger dans le befoin'de nouveau lavis ou des émaux colorans, & conduire fou-
- (a) Dfcours admirable des taux & fontaines 9 fe. édition de'iç8o, page 115.
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- vrage à fa perfeâion. La trop grande ardeur du foleil, comme le trop grand hâle , nuirait à tout le travail de l’artifte. Lors de la recuiffon, dont nous parlerons à là place , fi le fbu.rneau était conftruit en.un lieu humide , les émaux noirciraient à la calcination. A un trop grand air, le feu prendrait'dans le commencement & dans fa .continuité un degré de vivacité trop prompt, qui ferait caifer les pièces dans le fourneau avant qu’elles eulfent pu parvenir à la fufion des émaux. Enfin le voifinage des aifances, ou de quelque lieu infeét ou mal-lain , peut, comme l’humidité , tenir le brillant des couleurs, ou empêcher .même qu’elles 11e fe lient ou incorporent avec le verre qui leur fert de fond. L’attelier du peintre fur verre étant placé avec les précautions fufdites, donnons-lui des outils.
- 148. Le premier eh une table de fapin, emboîtée de chêne à chaque bout, folidement établie fur quatre pieds entretenus fur la largeur , à chacun des bouts, par une traverfe, & par une autre dans le milieu fur la longueur, aflêmblée dans celles des bouts , qui ferve d’appui aux pieds de l’artifte ; le tout de bois de chêne. Je voudrais encore que le deifus de cette table fût le même que celui des tables dont fe fervent les deffinateurs dans l’archite&ure civile & militaire; c’eft-à-dire, que lemenuifier, au lieu d’aifembler les deux planches de devant , dont la derniere ne doit pas porter plus de trois à quatre pouces de large, lailfât entr’elles un. vuide de demi-pouce depuis une era-boîture jufqu’à l’autre. Ce vuide fervirait à y glilfer & tenir fufpendue fous la table la partie d’un grand deffin dont'le peintre ne . doit prendre le trait & le retirer fur le verre que fucceffivement, & à le remontera furàmefure fur la table , à chaque rangée de pièces qu’il veut retirer. C’eft le vrai moyen de confq|ver un deffin propre & fans rifque de contraéler de faux plis , ou de s’effacer par le frottement du ventre ou de la manche du peintre. Cette table 11e peut être trop étendue en longueur , à caufe des différens fervices que l’artifte doit en tirer. Quant à fa largeur, on doit la reftreindre à deux pieds & demi au plus. Sa longueur eft propre à étendre l’ouvrage pour le faire fécher , foit qu’il s’agiffe du premier'trait avec la couleur noire dans les morceaux les plus hors de vue, foit qu’il s’agiffe des différentes couches de lavis dans les morceaux les plus délicats , foit qu’il faille enfin lailfer fécher les couleurs qui ont été couchées fur l’ouvrage, avant de les empoëler. La hauteur de cette table, où le peintre travaille le plus ordinairement affisrdoit être de deux pieds un quart du deffus de la table au fol, & le fiege de dix-huit pouces de hauteur; c’eft-à-dire, qu’elle doit être une fois & demie plus haute que le fiegè. Cette table doit être pofée au niveau des fenêtres. Le jour*le plus favorable eft celui qui vient à la gauche du peintre. Il doit la couvrir, vers l’endroit où il travaille , d’un carton d’une bonne épaiffeur & d’une jufte étendue , tel que celui que les deffinateurs & les gens de plume nomment pancarte.
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- 149. Avant de commencer un ouvrage, la table doit être garnie , i1?, d’un plaque-fein. C’eft ainft qu’on nomme un petit baftin de plomb ou de cuivre, un peu'ovale , dans lequel on dépofe la couleur noire lorfqu’elle a été broyée, de façon qu’elle foit plus ramaffée vers le bord que dans le fond, & que, quand le plaque-fein eft un peu incliné*felon l’ufage, la couleur paraiife fé-parée du lavis, qui doit y furnager lorfqu’ayant celle l’ouvrage on le pofe à plat ; car li on lailfait fécher cette couleur, elle ne ferait plus de lêrvice, à moins qu’on ne la rebroyât de nouveau. Le plaque-fein de nos Récollets peintres fur verre avait, dans l’endroit où l’on dépo.fe la couleur noire, une bafe concave pour la retenir & l’empêcher de couler lorfqu’ils en travaillaient, & pour lailfer place à l’eau gommée. Il y avait en outre fur les bords dudit plaque-fein, en largeur, de petites entailles pour y loger leur pinceau lorfqu’ils celfaient de s’en fervir.
- 15"-o. La table de notre artifte doit en fécond lieu être garnie d’une drague pour retirer avec la couleur noire, dont on l’imbibe , lé trait du defiin qui eft fous le verre. Cet outil eft compofé d’un ou deux poils de chevre, longs d’un doigt au moins, attachés & liés au bout d’un manche comme un pinceau. La main qui en fait ufage doit être fufpendue, fans aucun appui, au-delfus du verre , pour prendre le trait du deftrn dès la nailfance jufques dans fes contours , avec la précifion du crayon le plus facile & le plus léger. La drague était autrefois bien plus en ufage qu’à préfent, &ne fervait pas peu à éprouver la jufteffe & la légéreté de la main d’un éleve, dont les premiers exercices étaient de retirer avec cet outil les contours des figures au premier trait, avant de leur donner les ombres avec le pinceau. On y a fubftitué le bec d’une plume ni trop dure ni trop molle , ou la pointe du pinceau.
- ifi. Les pinceaux d’un peintre fur verre doivent être compofes de plu-fieurs poils de gris étroitement liés enfemble du côté de leurs racines & ajuftés dans le bout du tuyau d’une plume remplie’vers le haut par un manche de bois dur, auquel ce tuyau fert comme de virole. 11 y a beaucoup de choix dans ces pinceaux. Ceux dont tous les poils réunis forment mieux la pointe, font les meilleurs. Pour les éprouver, on les paife fur les levres , on en hu-inede un peu le poil avec la falive. Ceux qui à cette épreuve s’écartent plutôt que de faire la pointe, ne font pas bons. Un pinceau ne doit fervir que pour une couleur. On ne peut apporter trop de foins à les tenir bien nets avant de s’en fervir. On les trempe à cet effet dans un verre plein d’eau bien claire, qui n’ait pas contradé la moindre graiffe. On les y dégorge en les preffant avec le bout du doigt fur le bord du verre ou gobelet qu’on change d’eau, jufqu’à ce qu’elle ne montre plus la moindre teinte de couleur. On laiffe le pinceau qui ne fert qu’à la couleur noire tremper dans le lavis , tant que le peintre a occafion de s’en fervir, de peur qu’en féchant il
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- ne durcitfe. Ces pinceaux doivent avoir le poil auiïi long que ceux dont les deflinateurs Te fervent pour laver leurs deftins. Le manche ou la hampe en eft quelquefois pointu. En ce cas un pinceau peutfervir à deux fins, puifqii’il fert d’un bout à retirer le trait ou à changer d’ombre , & de l’autre à éclaircir.
- if2. Entre ces pinceaux, celui qui fert à coucher de jaune eft ordinairement beaucoup plus fort & plus long de poil & de manche, parce que cette couleur claire étant renfermée dans impôt de faïance ou de plomb de fept à huit pouces de profondeur, où on la tient toujours liquide, & voulant être toujours agitée lorfqu’on l’emploie , il faut que ce pinceau puiife aifément en atteindre le fond & mélanger continuellement l’argent broyé qui en fait le corps avec l’ochre détrempée qui lui fert de véhicule. D’ailleurs ce pinceau veut être plus plein de cette couleur qui fe couche plus épaiife que les émaux, & que la pointe du pinceau fert à étendre avec d’autant plus de fécurité qu’elle fe couche du côté oppofé au travail.
- if 3. La brode dure eft un outil corapofé d’une trentaine de poils de fàn-glier, étroitement liés & ferrés autour de fon manche, qu’ils excédent de la longueur de deux ou trois lignes au plus. Il fert à enlever légèrement le lavis de delfus la piece dans les endroits où le peintre aurait à former des demi -teintes, ou même des clairs dans les endroits plus fpacieux où l’on eût épargné le verre , dans le cas où la piece n’aurait pas été couchée de lavis dans fon. entier. La hampe ou manche de cet outil peut aufli être poin--tue & fervir à éclairer de petits elpaces s comme les mufcles , la barbe, les cheveux, &c.
- 154. Le balai eft le même outil que les graveurs nomment le pinceau, & dont ils fe fervent pour ôter de delfus leurs planches les parties ou raclures de vernis qu’ils enlevent avec la pointe ou l’échoppe. Cet outil fert dans la peinture fur verre à enlever de delfus l’ouvrage les parties feches du lavis qui ont été enlevées avec la hampe du pinceau ou la brolfe pour les clairs.
- Il fert encore à adoucir le lavis dans les charges de demi - teintes, ou même lorfqu’on couche une piece entière de lavis , à en étendre uniformément la furface. On en a de plus longs & de plus courts. Les plus longs fervent à ce dernier ufage, & les plus courts à former en tappant ces points que le graveur tire de fa pointe. On doit avoir bien foin de fécher légèrement le balai, en le frottant fur la paume de la main fi-tôt que l’on s’en eftfervi, de peur que le lavis venant à s’y fécher * le balai ne s’endurciife ; car alors, en le paflant fur le lavis frais, il gâterait l’ouvrage en l’écorchant. Il en eft de ces balais comme des pinceaux ; ils ne doivent fervir que pour une couleur. On peut en avoir de différentes groifeurs, fuivant les différens ufages qu’on veut en faire dans les ouvrages plus ou moins fpacieux.
- iff. On appelle brojfe a découcher l'ochre une broffe de poil de fanglier.
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- telle que font celles dont on fe fert pour nettoyer des peignes. On en fait ufage pour broder & enlever de deffus le verre recuit ce qui y eft refté de la terre de l’ochre qui a fervi de véhicule à l’argent pour faire la couleur jaune. Comme cette terre pourrait n’être pas entièrement dépouillée de toutes les particules d’argent auxquelles elle a été mêlée, on la conferve après qu’elle eft enlevée, pour la mêler & rebroyer avec de nouvel argent lorfqu’on fait de nouveau jaune : auquel cas , fi la quantité de l’ochre déjà recuite était un peu étendue, on pourrait mettre la dofe d’ochre un peu plus ftftte dans la composition d’un nouveau jaune, en y mêlant de la nouvelle.
- ifé. Le peintre fur verre doit encore avoir fur fit table quelques feuilles de papier courantes , toujours prêtes fous fa main, pour couvrir fon ouvrage contre la poufliere,& même pour pofer fur la pîece lorfqu’il travaille, de peur que l’humidité ou la fécherelfe de la main n’efface ou n’écorche l’ouvrage déjà fait. Il fe fert aufli d’un poids de plomb pefant environ trois livres , pour arrêter à propos la piece de verre fur le defiin d’après lequel il peint, & l’empêcher de fe déranger lorfqu’il en retire le trait. Nos Récoliets avaient deux embralfures ou pinces dgbois faites d’un même morceau , avec une chaînette à couliffe, plus grofle par un bout que par l’autre. Cet outil, dont je n’ai jamais vu de modelgpl'eur fervait à tenir deux pièces enfemble lorfqu’ils, retiraient le trait diaprés le defiin, pour n’en point déranger les contours.
- I $7. La grande propreté qu’exige lapeinture fur verre, fèmble encore prefcrire à l’artifte qui s’en occupe , de meubler fon attelier d’armoires , dans lefquelles les pièces déjà finies au noir ,foient foigneufement préfervées delà poufiiere. Elle nuirait à la propreté qui leur convient pour recevoir avec fuccès les différentes couleurs qu’on doit y coucher pour terminer l’ouvrage, & les empoeler lorfqu’elles feront feches. Ces armoires ferviront encore à renfermer d’une part les émaux en pains ou eu poudres , dans des caffetins féparés & marqués fuivant leurs différentes couleurs ; de l’autre les différens godets où elles ont été détrempées , fans jamais les lailfer découverts. Il peut fe fervir à cet effet de couvercles de carton qui emboîtent bien juftement fes godets & fon plaque-fein. Il fera bien auflî de tenir proprement renfermés dans une de ces armoires fes deftîns & fes cartons , afin que, fi par la fuite des tenls il venait à fe caffer quelques pièces , il retrouvât les deflins ou cartons qui ont fervi à l’ouvrage, pour les renouveller dans un parfait accord. Il pourrait y raffernbler & conferver de même quelques bons morceaux de peinture fur verre , comme des tètes, des mains, des pieds, des fleurs, des fruits de petits payfages, qui fe trouvent facilement dans un teras où l’on démolit plus de vitres peintes qu’on n’en conferve. Ces morceaux, s’ils font de bons maîtres , feront pour lui d’excellens modèles qu’il ne peut trop avoir fous les» yeux pour en imiter la bonne maniéré.
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- i 8. Enfin, pour ne rien omettre de ce qui peut ici contribuer à l’extrême propreté, que notre art demande, le peintre fur verre pourrait tenir dans une de ces armoires une petite fontaine de faïance pleine d’eau bien nette, une cuvette, un efluie-main, quelques linges blancs pour efluyer les gouttes d’eau ou de couleurs qui pourraient tomber fur fa table. Au moyen de ces armoires drelfées avec goût, répétées, avec fymmétrie par des morceaux de lambris amovibles, qui ferviraient. à mafquer fes fourneaux, s’il en avait deu£, le peintre fur verre, ainfi pourvu dans fon attelier de tout le néceflaire pour fon travail, pourrait s’en faire un lieu très-propre, où l’ordre & la netteté donnant le ton, il travaillerait avec ce parfait contentement qui fait que la main , d’accord avec le génie & le bon goût, conduit toutes choies à la perfection.
- CHAPITRE VIII.
- De la vitrerie relativement à la peinture fur ferre ; & des rapports de cet art avec la gravure.
- jM'ous avons jufqu’à préfent fuppofé notre peintre fur verre allez verfédans la chymie pour préparer lui-même fes couleurs ; aflez inftruit pour bien difcerner les bonnes ou mauvaifes qualités des émaux colorans , qu’il fe verrait quelquefois preifé d’acheter tout faits, & pour faire un bon choix du verre qui doit lui fervir de fond j aflez bon deiîinateur pour rendre exactement, & même corriger les dedans qu’on lui adminiftrerait pour les copier fur le verre : nous lui avons fourni une bibliothèque des meilleurs livres fur la peinture , pour les confulter ; nous lui avons apprêté un attelier d’un bon goût & d’une grande propreté j nous l’avons outillé de tous les inftru-mens néceflaires à fon art: avant de lui mettre la drague ou le pinceau à la main, confidérons-le dans ce chapitre comme vitrier , car les premiers peintres fur le verre étaient peintres vitriers, & apprenons-lui les rapports particuliers que ce genre de peinture a avec la gravure : rapports que nous avons vus dans notre première partie avoir fait, entr’autres, des Goltzius & des de Ghein, d’auiïi bons graveurs que d’habiles peintres fur verre.
- 160. Les deffins ou cartons que le peintre vitrier doit exécuter fur le verre étant faits , agréés, arrêtés par les parties, & même arrhés fuivant l’u-fage le plus ancien , fon premier travail eft de tracer fur ces delfms avec un crayon aflez diftinCl les contours de la coupe des pièces de verre & des plombs qui doivent les joindre. Il fera des différentes parties dont ils font compor
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- {es , un tout dans leqtiel le plomb' & les: verges de fer , qui doivent maintenir les panneaux, ne coupent aucun des membres , en palfant au traversa ce qui ferait infupportable , fur - tout dans les tètes. Gette attention ne doit pas être moins férieufe dans les frifes. La diftribution des pièces de verre qui les compofent fur la hauteur , doit, même en les deflinant, être faite de manière qu’elles fe coupent toutes uniformément à la hauteur de la place o& la verge de fer doit paflfer fur la façon des vitres1, (ans en déranger les accords , & fans rien altérer de leur folidité, Il eft aifé de fentir qu’une fleur, ou ui* fruit, ne doit pas être coupé de forte qu’une moitié fe trouve dans une piece ÿ & l’autre moitié dans celle qui la fuit. Enfin, il faut que le deflin de ceÿ‘ frifes foit aflujetti à la diftribution donnée par le calibre de vitres blanches pour la place des attaches de plomb qui foutiendront les verges de fer, fur l’alignement des crochets de fer qui doivent les porter. Cette diftribution exactement faite félon les réglés de la vitrerie, Je peintre vitrier s’occupera de la coupe de fon verre , prudemment choifipour fervir de fond à fa peinture. Il fuivra. l’ordonnance des contours des membres & des draperies dans les tableaux & des ornemens des cartouches ou des fupports dans les armoiries. Il diminuera fur la grandeur du panneau un jufte efpace pour l’é-paifleur du cœur du plomb , qui, fans cette attention, le rejeterait & tiendrait le panneau trop fort pour la place qu’il doit remplir.
- 161. Les pièces ainfi détaillées & coupées, il eft important pour la grande propreté que l’ouvrage requiert, ce que nous ne pouvons trop répéter, qu’elles îoient exactement purgées de la crafle ou de la poufliere qu’elles auraient pu contrarier. Les plus fales le feront, non en les palfant au fable, car la ïàleté graifleufe des carreaux de verre qu’on y aurait déjà nettoyés , ou l’humidité de l’eau dans laquelle on les aurait trempés, s’attachant au fable , le rendrait peu propre à cet ufage j mais en les nettoyant avec une eau de leflive bien épurée , dans laquelle 011 aurait fait détremper un peu de blanc d’Ef-pagne, que l’on elfuiera avec des linges doux, & blancs de leflive. Si ces pièces n’étaient couvertes que d’une légère poulïiere , on fe contentera de l’enlever en \halénant deflus & la relfuyant avec des linges femblables. Trop d’humidité ferait couler la couleur dont on fe fert pour former le trait, & la graifle empêcherait qu’elle ne s’y attachât. Les pièces ainfi- nettoyées feront repréfentées dans l’ordre où elles ont été coupées fur le carton , & numérotées imperceptiblement tant fur lui que fur le verre. Par-là chacune trouvera plus facilement fa place, lorfqu’après la recuitfon il s’agira de les joindre enfetnble avec le plomb pour en faire des panneaux.
- 162. S’agit-il d’armoiries, car à préfent c’eft prefque le feul objet de la peinture fur verre, le titré les .voudra ou plus étendues, c’eft-à-dire, d’un panneau compofé de plufieurs pièces j ou d’une feule piece quarrée,
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- ronde ou ovale, qui eft la forme la plus ordinaire. Le degré d’élévation auquel elles doivenc être placées-, & ceci a lieu pour tout autre fujet, prefcrira au peintre fur verre la maniéré de peindre qu’il doit y employer ; car nous allons lui faire voir qu’il y a deux maniérés de repréfenter les objets fur le verre, après lui avoir montré Teipece de confanguinéité qu’a fon art avec la gravure.
- 16Le travail du peintre fur verre avant l’application des émaux colo-rans & leur recuilfon au fourneau, fe borne à une grifaille de blanc & de noir, c’eft-à-dire de lumières & d’ombres, comme celui du graveur après Uimprefîion. L’application des couleurs eft au premier ce que l’enluminure eft au fécond. Entre les trois maniérés de graver, foit au vernis à l’eau-forte , foit au burin, foit en maniéré noire , quoique la gravure au vernis ait avec la peinture fur verre, dans la maniéré d’opérer, quelques reifemblances qui s’écartent dans l’effet, ce que le graveur emporte du vernis avec la pointe ou l’échoppe donnant les ombres par l’opération de l’eau - forte , comme ce qu’il en épargne donne les clairs; le rapport que je dis exifter entre la gravure & la peinture fur verre fera parfaitement établi, fi nous l’appliquons finguîiérement à la manière noire.
- 164. Pour prouver ce que nous avançons, analyfons ce que nous en apprennent Abraham Boffe, (a) le célébré artifte M. Cochin, auquel nous fommes redevables de la nouvelle édition & du fupplément de l’ouvrage de Bolfe, & d’après eux l’Encyclopédie & le didionnaire portatif de peinture de Don Pernetti, au mot Gravure. Le cuivre étant préparé pour cette maniéré de graver, c’eft-à-dire étant rempli de traits fans nombre qui fe croifent les uns fur les autres en tous fens avêc un outil que les graveurs nomment berceau, ou, comme ils difent, la planche étant grainée, il faut que l’épreuve qu’on en fait tirer à l’impreflion rende un noir égal d’un beau velouté bien moelleux; car c’eft de l’égalité & de la finelfe de ce grain que dépend toute la beauté de cette gravure. C’eft enfuite au graveur à defîiner ou à calquer fon fujet fur le cuivre avec la craie blanche , fur les traits de laquelle il peut repaffer la mine de plomb ou l’encre de la Chine pour le mieux fentir. On efface avec le gratoir de ces traits ou tailles autant qu’il en faut ppur faire paraître les jours ou les clairs du defiîn qu’on y a tracé, en ménageant néanmoins ces traits de façon qu’on en attendrilfe feulement quelques-uns, ce qui fert dans des demi-te,intes; qu’on en efface entièrement d’autres pour les clairs ; & qu’on ne touche pas du tout aux autres quand il s’agit des maffes & du fond. Cette maniéré eft la même chofe que fi on défi-finait avec du crayon blanc fur du papier noir. On commence d’abord par
- (a) Bêla maniéré de graver à l'eau-forte au burin, de la gravure en maniéré noire, par Abraham Boffe, nouvelle édition, Paris, 1745 ’, chez C. A. Jombert.
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- îes ma/Tes de lumière & par les parties qui fe détachent généralement en clair de deflus un fond brun ; on va petit à petit dans les reflets; enfin on prépare, généralement le tout par grandes parties: on le reprend enfuite , en commençant par les plus grandes lumières. Il faut prendre garde fur-tout de ne point trop fe preflés d’ufer le grain ; car il n’ell pas facile d’en remettre quand on en a trop ôté, fur-tout dans les lumières. Mais il doit refter par-tout une légère vapeur de grain, excepté fur les luifans. C’eft ici, à proprement parler, je veux dire dans l’expreflion du méchanifme de la gravure en maniéré noire que nous venons de donner, que fe trouve celle de la fécondé maniéré de peindre fur verre, par oppofition aux deux autres gravures , au vernis & au burin, où la pointe, l’échoppe & le burin dans la première font la fon&ion du pinceau du peintre fur verre chargé de la couleur noire. L’éleve en peinture fur verre , avec le fecours de ces notions, fentira bien mieux le méchanifme a&uel de fon art, que je vais confidérer fous ces deux traitemens.
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- CHAPITRE IX.
- Des deux maniérés dont on peut traiter la peinture fur verre.
- ï6s- Cette maniéré de traiter la peinture fur verre, que j’appelle ici la première, eft celle des peintres des deux derniers fiecles & d’une partie du quinzième, où cet art quitta le détail minutieux’ des fiecles précédens, pour fe développer fur des pièces de verre d’une plus grande étendue. Elle aurait lieu encore dans les morceaux de grande exécution, s’il s’en faifait, ou dans ceux qui font moins expofés à la vue. Voici donc comme on y procédé.
- 166. Le peintre fur verre pofe devant lui à plat fur la pancarte qui couvre la table le deflin qu’il veut peindre. Il y applique la piece de verre qui doit lui fervir de fond, & l’y retient avec ce poids de-plomb, que nous avons mis au rang de fes outils, qui, rond dans fon contour, plat dans fon afliette, empêche que la piece ne fe dérange, lorfqu’il veut retirer fur le verre le trait du deflin qu’il apperçoit au travers. Cette première opération fe fait ou avec la drague, ou avec la pointe du pinceau, ou avec une plume ni trop dure ni trop molle, imbibée de la couleur noire, tenue dans le plaque-fein incliné à découvert pendant qu’il l’emploie ; car alors le lavis n’y .doit plus furnager. Le trait en retirant doit être plus nourri du côté des ombres les plus fortes, & plus délié du côté des clairs. On doit déjà fentir dans cette opération la légéreté de la main de l’éleve, & la facilité de la touche
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- qu’il doit avoir acquife par le traitement fréquent & bien entendu du crayon. Si, faute d’avoir fuffifamment couvert la couleur* noire de lavis pendant la celfation de l’ouvrage , elle venait à fécher en tout ou en partie, il faut nécef-fairement la relever du plaque -fein, la rebroyer pendant une bonne heure fur la platine de cuivre avec de l’eau bien claire * y mêler promptement vers la fin un peu de gomme arabique bien feche, fans difcontinuer de broyer le •tout jufqu’à ce que la gomme foit bien fondue & incorporée avec la couleur qui, lorfqu’on la releve de deffus la platine, ne doit être ni trop molle ni trop épaifle. La dofe de la gomme doit être de la groffeur d’une noifette, s’il y a gros comme une noix de couleur. #
- 167. Quand tous les traits d’un deflin font retirés, il faut laifler fécher l’ouvrage pendant deux jours , de maniéré que s’il y avait pour trois jours d’ouvrage à retirer , le peintre fur verre pût commencer le quatrième jour à coucher de lavis, ou à croifer les premières hachures faites en retirant, ce que les graveurs diffinguent par premières & fécondés tailles, dont les premières font faites pour former & les fécondés pour peindre. Cette première maniéré, qui demande à la fois une touche ferme & libre, ne s’exerce guere que dans les ouvrages plus hors de portée de la vue. On y épargne le verre dans les endroits qui doivent fervir de clairs & de rehauts, comme on épargne le vélin & le papier dans la peinture de miniature.
- 168. Ces hachures dans les ombres fortes des draperies, & même dans les contours des membres & le gros des chairs, fe font à la pointe du pinceau garni de couleur noire. En ce cas leurs extrémités doivent toujours être pins déliées dans les chairs. Celles qui conduifent naturellement aux plus grandes lumières, & qui doivent fervir à fixer la rondeur & le relief des chairs, fe terminent, comme dans la gravure, par des points imperceptiblement liés les uns aux autres , de maniéré que ces hachures & ces points* amenés en tapant & en adoucilfant vers les chairs avec le balai, fuivant la touche du crayon du deffinateur & le moelleux du pinceau du peintre que l’artifte fe propofe de copier fur le verre , ou que le tout produife fur lui l’effet de l’eftampe. fur le papier. O11 emploie auffi dans cette première maniéré la pointe de la hampe du pinceau ou de la broffe dure , pour découvrir d’après le lavis le fond du verre, dans les endroits où il convient de le faire; & ces hachures doivent toujours fe terminer, comme celles qui font faites en chargeant la pointe du pinceau de couleur noire, en adoucilfant yers les grandes lumières. Cette maniéré, qui paraît plus appartenir au fécond traitement de la peinture fur verre, fert beaucoup auffi, dans le premier , pour les rehauts de la barbe & des cheveux, que les traits noirs , adoucis par le lavis, peuvent également rendre , mais d’une manière plus dure.
- 169. Dans le premier , comme dans le fécond traitement de la peinture
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- fur verre, il eft d’ufage de coucher d’un lavis très-léger de rouge ou carnation le revers des pièces fur lefquelles l’artifte aura peint des têtes ou d’autres membres. Cette couche doit être égale par-tout. Elle fe fait en tapant fur ce lavis encore frais avec le balai de poil de gris. Lorfque le lavis de carnation eft fec, fi le peintre fur verre veut mieux faire fentir le ton naturel des chairs , dans les têtes fur-tout, où la jufteffe ou l’irrégularité des proportions doivent exprimer la beauté, la laideur & les caraéteres des pallions ; le goût du deflin le conduira ou à charger fur le revers de quelques traits noirs , ou à emporter , avec la pointe de la hampe du pinceau, la partie de lavis de carnation, qui lui paraîtra devoir mieux faire fortir ces effets dans les clairs & dans les luifans. Il faut aulîi qu’il premîe garde de donner à ce lavis de carnation un ton trop rouge. Pour éviter cet inconvénient , il eft bon qu’il en faffe des effais fur de petits morceaux de verre. Il les introduira petit à petit dans le feu domeftique pour les faire recuire & en fentir l’effet après la recuilfon , qui eft cenfée faite lorfqu’ils font devenus bien rouges au feu.
- 170. Le fécond traitement de la peinture fur verre ayant quelque chofe de plus délicat que le premier, on s’en fert par préférence*dans les morceaux les plus expofés à la vue, comme dans les payfages , les grifailles, & même dans les lointains des grands vitraux. Ses effets pour le tendre font les mêmes que ceux de la gravure en maniéré noire. En effet, le peintre fur verre , après avoir bien purgé , comme nous avons dit ailleurs, fa piece de verre de toute graiffe, humidité & pouffiere , la couvre en entier d’une teinte de lavis plus ou moins foncée, félon que le fujet qu’il fe propofe de peindre doit être plus ou moins chargé d’ombres. En ce cas il doit eflàyer fa teinte, ou fur un morceau de papier, ou fur un morceau de verre, pour en fentir l’effet. Lorfqu’il fera fec, il doit coucher de, lavis le'plus proprement qu’il lui eft poflible , 8c fe fervir des plus gros princeaux ufités pour laver fur le papier à l’encre de la Chine. On étend ce lavis fur toute la fuperficie du carreau de verre avec un des plus longs balais de poil de gris, avec beaucoup d’égalité, & en halènant continuellement deffus , fur-tout dans les grandes chaleurs, ou lorfque l’air eft plus vif. Ce carreau de verre eft la planche grainée du graveur. On ne pourra mieux comprendre la reffemblance des autres opérations qu’en fuivant exactement ce que j’ai rapporté dans le chapitre précédent du méchanifme de la gravure en maniéré noire, que je ne fais ici que copier par attribution au fécond traitement de la peinture fur verre.
- 171. Quand le lavis eft bien fec, c’eft-à-dire au bout de deux jours, le peintre fur verre ayant pofé devant lui à plat, fur la pancarte , le deffin d’après lequel il veut peindre , y applique la piece ou carreau couché de lavisj avec les précautions que nous avons indiquées, crainte qu’il ne fe
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- dérange. Enfuite il eftaôe de'cedavis avec la brofle dure , ou la pointe de la hampe du pinceau 1 autant qu’il en faut pour faire paraître les jours & les clairs du deifm qu’il apperçoit à travers le verre, en ménageant le lavis de façon qu’il ne falfe que l’adoucir avec la brolfe dans les demi-teintes, qu’il l’efïàce entièrement pour les plus clairs & les luifans, & qu’il le laide en entier quand; il s’agit des mafles d’ombres.
- 172. Cette première opération finie-, on-couche pour la fécondé fois toute la piece d’un lavis plus fort, fi la première teinte eft faible;!ou plus faible , fi la première teinte eft forte. On la îailfe fécher pendant deux autres jours. On recommence les opérations comme la première fois, c’eft-à-dire en commençant par les lumières & les parties qui fe détachent généralement en clair de deflus un fond plus brun : on Va petit à petit dans les reflets: enfin on prépare légèrement le tout par grandes parties jufqu’à ce que l’effet de ce tout fe fafle fentir. C’eft alors que le peintre fur verre cedant d’être alfujetti à fuivre & copier rfridement le deflin qu’il n’a pris jufqu’à pi4fent qu’au travers du verre, peut rendre fa touche plus ferme & plus favante, en y appliquant ce goût de defîîn dont il aura contracté l’heureufe facilité par une ancienne & continuelle application à cette -partie de fon art. C’eft alors que tenant fà piece un peu élevée devant lui fur une feuille de papier blanc qui fait refléter tout l’ouvrage, les yeux portés de tems à autre fur fon deflin qu’il tient à côté de‘iui,f il peut, en commençant toujours par les plus grandes lumières , conduire fon ouvrage à fa fin. Mais le defir d’avancer ne doit jamais lui permettre de s’emprefler à ôter du lavis dans les clairs , de façon qu’il en emporte trop ; car outre qu’il lui ferait trop difficile d’en remettre , celui ^u’il y remettrait après coup pourrait n’avoir pas la teinte néce(faire.
- 173. La pointe de la hampe du pinceau, ou celle d’une aiguille inférée au bout du manche de la brofle dure, lui fervira pour éclairer les plus petites parties, fur lefquelles il ne doit point refter. de lavis. Dans les parties les plus larges, elle fervira à attendrir & adoucir, & la pointe du pinceau chargée de la couleur noire fournira les maflès d’ombres qui demanderont plus de force , de la même maniéré que le graveur au vernis abandonne la pointe & l’échoppe pour recourir au burin & entamer le cuivre dans les coups de force que l’impreflïon de l’eau-forte aurait pu ne pas rendre à fon gré. Enfin le peintre fur verre doit toujours conferver dans les chairs une légère vapeur de ce lavis de carnation, qui, comme nous l’avons dit dans le premier traitement , fert avec les rehauts à en exprimer là rondeur & les reliefs.
- 174. Nos artiftes Récollets deffinaient le fujet qu’ils devaient peindre fur verre fur un papier bleu clair avec un crayon blanc ou charbon fin. Ils fui-vaient dans les ouvrages les plus élevés & les moins en vue notre premier©
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- maniéré de traiter la peinture fur verre. Leur verre étant coupé & bien net * ils l’appliquaient fur le defîm, ils en retiraient les principaux* traits fur le verre & ombraient par hachures & demi-teintes fondues à la pointe 'du pinceau au lavis de noir , plus clair & plus adouci vers les extrémités dans les draperies, &c. & dans les chairs ,avec ce même lavis mêlé d’un peu des fondrilles de leur carnation , qu’ils rebroyaient enfemble, en y ajoutant deux ou trois grains de fel & peu de gomme , ces couleurs étant déjà gommées. Quant aux ouvrages; plus délicats & plus expofés à la vue , ils retiraient d’abord les traits fur-le’verre appliqué fur le deflin. Lorfque ces traits étaient fecs, ils couchaient le revers de la-piece d’un fond de lavis de la couleur noire, fort délié , le plus promptement & le plus uniment qu’ils pouvaient, en l’étendant avec le balai. Ce fond étant fec, ils y traçaient, en l’enlevant, avec la hampe du pinceau, ou une plume de corbeau non fendue, le trait qu’ils avaient tracé en noir de l’autre côté ; puis effaçaient ce premier trait, en nettoyant la place, & continuaient leur ouvrage fur ce fond, de la maniéré que nous avons dit, en enlevant le lavis dans les clairs pour donner les* rehauts , & en portant dans les ombres un lavis plus fort pour donner du relief à la peinture. Dans ces mêmes ouvrages, ils travaillaient les chairs à la carnation toute pure, couchée fort claire & bien adoucie avec le balai, & couchaient le revers de la prece d’un lavis de blanc. Lorfque ce travail était fini', ils le laiffaient fécher pour y appliquer enfuite le coloris. Si ces ouvrages étaient de pure grifaille ; c’eft-à-dire, s’ils ne devaient pas être colorés de différens émaux, fis couchaient fur le revers de la pièce un lavis de leur couleur rouffe, fi la grifaille devait être de cette teinte, ou de leur couleur blanche, fi la grifaille devait être blanche, en l’étendant & adoucifi faut avec le balai, comme le lavis de noir. Ils ne couchaient jamais de lavis le derrière des pièces qui devaient être coloréesce qui aurait terni l’éclat du coloris. • > ;> -i: ’ •
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- CHAPITRE X.
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- Du coloris, ou de l'art de coucher fur le verre les différentes couleurs,
- L’E N T E N T E du clair- obfcur, que le peintre fur verre doit avoir acquife , lui ayant procuré dans fi5n travail, dont nous venons de lui tracer les différens traitemens , ce bel effet d’union & d’obfcurité dans les maffes par oppofition aux grandes lumières, on pourrait regarder fon ouvrage comme déjà colorié , dans l’état où nous le fuppofons forti de fes mains^mais il
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- n’eft pas en dore coloré ; ee n’eft encore qu-’une manière d’eftampe' qu’il faut-enluminer îr.eii'feigôort9-'lui les moyens de le faire -avec fueeès. - : . !f
- 176V Nous-nous fommes fuffifàmment étendus fur la eonlpofition & l’ap-r prêt des différentes couleurs propres à la'peinture fur verre âcftùelle.- Nous-avons particuliérement indiqué la maniéré d’apprêter les émaux blanc , verd ,> bleu, violet & pourpré après leur vitrification parfaite, & de les mettrU en l’état où ils doivent être pour les coucher fur- le verre atant la reeuiffon. -Nôüs nous contentons- ici d?y renvoyer, (a) Nous fuppofons donc- finie dé"? blanc & de noir, ou pour parler fuivanfeleS termesde l’art, éclairée & ombrée, une fuite d’ouvrages de peinture fur verre fuffifante pour remplit la’eapaeité de1 la poêle à recuire. L’ouvrage aféché pendant quelques jours. L’artifte a apporté tous fes foins pour enlever avec le' balai de poil de gris tous les arômes dé pouflîere , qui, malgré fes précautions, auraient pu féjourner fur fort ouvrage. Il doit commencer par coucher de rouge ou carnation toutes les parties où cette couleur doit entrer-, de la même maniéré & avec les mêmes foins que nous avons vus dans le chapitre précédent pour le lavis de couleur noire. Elle eft, ainfi que lui, de toutês les couleurs propres à peindre' fur verre celle qui porte le moins d’épaiffeur & celle qui eft le moins fujette à s’effacer avant la reeuiffon i e’eft pourquoi nous la mettons la première dans l’emploi des couleurs.
- 177. Les couleurs de bois, de cheveux, d’animaux, qui tirent fur le' roux , s’employant comme la carnation dans la maniéré de les coucher, tiennent le fécond rarig dans leur emploi. Le lavis de blanc peut aufli s’employer de la même maniéré.
- 178. Quant aux émaux verd, bleu, violet & pourpre, détrempés, comme nous l’avons prefcrit (h) , voici la maniéré de les coucher. On place la pièce* que l’on doit coucher d’un ou de plufieurs de ces différens émaux „ félon l’ordre du coloris du tableau ou du blafon des armoiries , dans un jufte équilibre & dans un exad nivellement fur les bords d’un verre à boire à patte, porté fur la pancarte qui couvre le deffus de la table, couverte elle-même d’une feuille de papier blanc. Alors le peintre debout prend avec le pinceau, qui 11e doit fervir que pour la couleur dont il a été imbibé la première fois , . autant de l’eau gommée de cetté couleur qu’il en faut pour emboire légèrement & promptement, du côté du travail, la partie qui doit être colorée. On prend enfuite avec le pinceau de la couleur defirée, de façon qu’elle ne foit ni trop claire, ni trop épaiffe. Trop claire, outre qu’elle 11e donnerait pas la teinte que l’on defire , elle courrait rifque d’effacer le travail fur lequel on l’applique. Trop épaiffe, elle ne s’étendrait pas uniment fur la fur-
- ( a ) Voyez les chapitres IV & V de cette fécondé partie.
- \h~) A1§k fin du chapitre IV.
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- face qu’elle doit couvrir. Alors on promene légèrement, prompteîUent & également cette couleur avec le pinceau, plus incliné fur fa malfe que porté fur la pointe. La tràilfparence , fentie au travers du verre par le reflet de lafeuille de papier blanc qui eft au-delfous, en annonce le plus ou moins d’égalité. Enfin on agite doucement la pièce en tout fens, en la tenant des deux mains , de façon que l’extrémité des doigts ne porte pas deifus, mais qu’ils ne faflent que la maintenir par fon épaifleur, afin que toutes les parties de l’émail colorant fe réunifient dans 'une parfaite égalité. On lailfe alors fécher les pièces pofées à plat & de niveau fur la table pendant deux jours*
- 179. On peut traiter ’de la même maniéré l’émail blanc, fur-tout lorfqu’on veut lui donner une certaine opacité au-deifus de la demi-tranfparence, comme il en eft quelquefois befoin dans les draperies blanches, &e. Dans les gri-failles qu’on veut‘émailler de blanc , on n’emploie qu’une teinte plus ou moins forte du lavis-de cé même blanc , qui'fe couche comme le lavis de couleur noire fur le revers du travail. On ne peut, en couchant le verre de ces couleurs , apporter trop de foin pour bien border tous le contours des draperies & des membres qu’elles couvrent, de maniéré qu’elles n’en débordent pas le trait ,"ou qu’elles le couvrent aifez pour n’y laiifer aucun vuide en s’en écartant.
- igo- Les couches de ces émaux colorans étant bien feches, c’eft-à-dire, deux jours au moins après qu’elles ont été appliquées fur l’ouvrage , on couche de jaune fur le côté qui lui eft oppofé. On couche cette couleur plus ou moins épaiife félon la nuance qu’on en défirej On peut en faire des effais fur de petits morceaux de verre au feu domeftique. Il faut fur-tout prendre garde de coucher le jaune trop épais , lorfqu’il avoifine quelqu’un des cinq émaux vitrifiés , parce que cette couleur étant très - fondante & la première qui fe fait au fourneau de recuiifon , elle elt fujette à s’extravafer, & s’étendant fous ces émaux , elle les tacherait. Lorfque cette couleur eft couchée fur le revers de la piece, on l’étend en l’agitant légèrement entre les deux mains , comme nous avons dit pour les émaux. On prend garde fur-tout qu’en la remuant dans le pot avant de la coucher, il ne s’élève, en la couchant, quelques bulles fur fa furface, qui, venant à fécher avant la recuiifon , y îaifl feraient des points vuides de couleurs. Si l’on y eii appercevait, il faudrait les crever, en y appliquant la pointe de l’aiguille. Comme l’eau gommée n’entre point dans Pextenfion'de cette couleur, 011 ne peut la toucher avec trop de précaution , lorfqu’elle eft feche. Sans cela , l’on rifquerait de l’emporter par les frottemens, ou de l’égratigner par la rencontre de quelque corps dur.
- 181. La couleur jaune demande encore une autre précaution en empoë-îant, c’eft-à-dire , en introduifuit l’ouvrage dans la poêle de recuiifon. Comme Tome X1IL L î
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- dans la fufion elle traverfe toute l’épailfeur du verrece que lie font pas les autres couleurs, 5 qui;, parce ,qu’elles ont un corps plus folide, ne pénètrent pas iî avant dans le verres & ne font que s’attacher à fa fuperficie , il faut bien fe donner de garde d’étendre dans la poêle une piece couchée de .jaune au-delfus d’une autre couchée de bleu. La couleur jaune en fe par-fondant, venant à s’infinuer dans la couleur bleue, la dénaturerait, & donnerait une couleur verte, au lieu de celle que le peintre en attendait.
- 182-. Nos artiftes Récollets fuïvaient l’ordre & la maniéré que nous venons "de prefcrire pour coucher le coloris. Ils couchaient leur ' carnation allez épailfe pour qu’on 11e pût prefque point appercevoir le jour au travers, après qu’elle était couchée & adoucie avec le balai. Ils en agilfaient de même par rapport aux couleurs de bois & d’animaux , faites avec le mélange de la couleur noire & des fondrilles de carnation. Pour mieux reconnaître fi les couleurs étaient couchées bien uniment & également, ils fe cachaient le jour avec la main portée au-devant de la piece, qui leur faifait une ombre que le papier blanc fur lequel était placé le verre à patte qui fupportait la piece, leur reflétait. Ils couchaient l’azur plus épais, le violet de même. Ils veulent néanmoins que l’azur foit couché defaqoi^que , quand il a féché fur la piece, on puiife lui fentir quelque tranfparence, parce que, couché trop épais , il pourrait noircir à la recuilfon. , . ; : . ,
- .. 1.1 I - I 1-1. I 1 '' igyi
- C H A P I T R E X I.
- De la recuiffon.
- 18$. La recuiflon, fource de nouvelles inquiétudes pour le peintre fur verre par l’incertitude du fuccès, efl; la derniere opération qui alfure ou qui détruit tout le fruit qu’il doit attendre de fon travail. Nous ne lui répéterons pas ce que nous lui avons tant de fois inculqué fur l’exaditude avec laquelle il doit faire valoir, dans la compofition ,1a préparation où le choix de fes émaux colorans , toutes les combinaifons d’expérience qui doivent opérer entr’eux ce parfait concert de fufibilité, dans un même elpace de tems, à l'adivité d’un même feu. Sans ce concèrt heureux les uns feraient déjà brûlés, quand les autres ne feraient que commencer à fe parfondre à la recuiflon. C’eft fur le traitement de ce feu , c’eft-à-dire, fur ce qui le précédé, ce qui l’accompagne & ce qui le fuit, que nous nous propofons de l’iriftruire, avec le fecours des maîtres qui nous ont fervi de guides dans ce que nous avons dit de la compofition de fes émaux, (æ)
- ( a ) Aux chapitres IV & Y de cette fécondé partie.
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- 184. Notre artifte , avant toutes chofes, doit fe rappeller ici ce que nous lui avons prefcrit fur le choix d’un bon emplacement pour fon attelier, dont le fourneau fait une des parties principales, (d) Il y a vu les inconvéniens dangereux à la recuiifon , qui réfuteraient d’un mauvais emplacement. Lorf. que les couleurs font appliquées & bien feches fur les morceaux de verre, on fait recuire toutes les pièces dans un petit fourneau fait exprès avec des briques , qui n’ait en quarré qu’ènviron dix-huit pouces , à moins que la grandeur des pièces n’en demandé un plus grand. Dans le bas, & à fix pouces du fond , on pratique une ouverture pour mettre le feu & l’y entretenir. A quelques pouces au-delfus de1 cette ouverture on fixe en travers deux ou trois verges quarrées de fer, qui par leur fituation puilfent partager le fourneau en deux parties. On pratique encore une petite ouverture d’environ deux pouces au-delfus de ces barres', polir faire palfer les elfais quand on recuit l’ouvrage. Le fourneau ainfi drelfé, l’on pofe fur les barres de fer une poëlfr de terre, quarrée comme le fourneau ; mais de telle grandeur qu’elle lailfe trois bons pouces de vuide entr’elle & les parois. Cette poêle doit être épailfe d’environ deux doigts, & fes bords élevés d’environ fix pouces. Il faut qu’elle loit faite de terre de creufet, & bien cuite. Le côté qui doit répondre au devant du fourneau , a un trou pour les elfais. Ayant placé cette poêle fur les barres de fer deftinées à la porter * on répand fur tout fon fond de la chaux vive bien tamifée, de l’épailfeur d’un demi-doigt, ou de la poudre de plâtre cuite trois fois dans un fourneau à potier ; par-delfus cette poudre des morceaux de verre calfé, & par-deflus le verre de la poudre ; enforte qu’il y ait trois lits de poudre & deux de vieux verre. Sur le troifieme lit de poudre, 011 étend les morceaux de verre peints, & on les diftribue aufli par lits avec de la poudre , jufqu’à ce que la poêle foit pleine, fi l’on a allez d’ouvrage pour cela, ayant foin que le lit de1 delfus foit de la poudre. Tout étant ainfi difi pofé, on met quelques barres de fer en-travers fur les parois du fourneau , & l’on, couvre la poêlé d’une grande tuile qui puilfe s’y ajulter en façon de couvercle , de maniéré' qu’il ne relie au fourneau qu’une ouverture d’environ deux pouces de diamètre à chaque coin, & une en-haut pour fervir de cheminée & lailfer échapper la fumée. Telle ell la conltrudion du fourneau à recuire, enfeignée par D. Pernetti (b ), d’après Félibien. Nous avons préféré’de copier lé premier* ", parce Jqu’il a porté dans lés préceptes de celui-ci pluside netteté, & qu’il ell plüsJpur-dans'fon flyle. Nous obferverons néanmoins'que Félibien avait'dit, au fujet du''couvercle du fourneau, que fi l’on ne' poüvait s’eh procurer un d’une grande tuile, on pouvait en former un
- ( a ) Voyez le chapitre VII, initio.
- (b) Difiionnaire portatif de peinture, &c. page 110 du traité pratique des différentes maniérés de peindre, qui eft à‘ la tête. -J ; 1 1 ;
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- de-^plufieurs, autres ^ en les ; arrangeant & les? lutant lehplus jufteraent que faire Je peut:îaveç de- la terre graife;;ou de la terre franche ; enforte qu’il n’y, ait aucune, ouverture, excepté aux quatre coins; du fourneau. Ecoutons.à pré-fent Haudicquer ,de Blancourü. (a) k'M i
- 18^. Le Fourneau pour la peinture du verre , & pour en recuire les couleurs, doit êtrequarré, fait de bonnes briques de vingt- quatre pouces de hauteur , autant de largeur .& de profondeur 3jdivifé.en trois parties. .Celle du bas-,-qui eft le cendrier, doit avoir fix pouces} de hauteur. [Celle du.milieui où fe feu doit s’entretenir -,par le moy e njd’une puverture ( ou porte de .cinq àj.fix pouces de large & quatre de .hauteur, doit avoir une bonne grille.de fer, & fix pouces de haut, où feront pofées trois barres de fer quarrées, qui traverferont le fourneau, pour foutenirda poêle, de terre dont nous [allons parler. ,La partie fupérieure de ce fourneau doit. âvoiÇpn pieçÇde hauteur}* & une petite ouverture, par-dêyant „ dans leupilieit, d’environ, .quatre doigts, de [hauteur fur deux bons; doigts de [largeur,, pour] mettre 8c retirer le$ eiîàis ^ iorfqu’on rècuit l’ouvrage, pour,connaître.,s’ils-font bien condîtionnés/Dans cette partie fupérieure de votre fourneau futrles barres de fer, il fauty-mettre la poêle dont nous venons de parler , *qui foit^ faite.de bonne terrer de creufet réfiftant au feu , épaiife dans le-,fond.d’un pouce & depii, & haute-par les bords de'idix bons) pouces. Cette, poêle, jdojit .être quarrée .cqiimiefiy; fourneau , & avoir deux pouces de jeu de tous^côtés;, ppur donner jlieu, ail-feu de circuler tout autour de la poêleJk de requise L’puy;rage , Payant bien placée dans le milieu du fourneau également. Par le.devant de cettcpoële, il doit y avoir une ouverture pareille, 8c vis-àyvis celle du fourneau ,._c’e.ft-à-jdirë ,dans le milieu, auflî haute & aufli large > enforte que l’o.u pui/Te,,v mettre & retirer facilement les eifaisqui doivent.[ entrer ylans l.a poêle , ppur; y,être recuits comme les ouvrages peints qu’pii/a mis/dedans.,:?. j
- 18*>- Vous aurez alors de bonne chaux vive bien; c,uite ^réduite en pondre, fubtile, pailee parle, tamis fin -, ou à fou, défaut, de^. bon, plâtre recuit à* trois.fois au four à potier 3 aulli,réduit en poudre & palf^ par je tamis t fin., De, l’une defdites poudres vous ferez.undit au jfqnd deyotterpoële, de PépaiiTeur d’un' demi-doigt, le plus égal.que vous pourrez,; enfuite vous couvrirez ce lit de, poudre, de, .morceaux de vieux^verrejÇaffé, fpr, iefqqels.vous, ferez enepre-un.lit de ? votre poudre;, puis,un pareil, lit^de^niorqeaux,de vjeux. ve.rrejçaifé., & par - deflus un.troifieme lit de ppudre.jjde^lâ, mèmeyepaideurque le.pyqT, niier. La précaution de faire ces prerpiers Jits^da.p.pudrp $jde vieux yerfre,s fert pour empêcher que. l’ardeur -du feu ,qui ijdpnne.fur la po,ele ,-ne.recuife pas trop ceux qui font peints, cette ardeur étant tempérée par le moyen de
- ^ ÿj ''V y- r - ** ' • y;,.; » , î \ . '
- (a) Haudicquer de* Blancourt, Art de la ûerrerzçr.'.n:
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- • . SUR FERRE. Partie II.
- ces lits. Après cela, vous commencerez de mettre fur ce troifieme lit de poudre les pièces de verre que vous aurez peintes, que vous difpoferez de même que le verre caffé, lits fur lits, & toujours un demi-doigt de poudre de chaux ou de plâtre entre chaque piece de verre peint, très-uniment étendu ; ce que vous continuerez de faire jufqu’à ce que la poêle foit remplie des pièces que^ous aurez à recuire. Enfuite vous remettrez fur les dernieres pièces de verre un lit de,, pareille, poudre un peu plus épais, puis vous couvrirez le fourneau avec fon couvercle de terre de deux pièces que vous joindrez bien, & que vous luterez ,de, même tout autour avec de bon lut & de la terre franche, de maniéré qu’il ne puilfe y avoir aucune tranfpiration que par des trous ménagés aux quatre coins & au milieu du couvercle, & par l’ouverture qui eft au - devant du fourneau , par laquelle on doit mettre & retirer, les pièces de verre. Il fera- aifé de remarquer par la comparaifon de ces deux extraits,»tque leursi auteurs ne different guere entr’eux que dans la dimenfion qu’ils donnent au fourneau : le fécond qui lui donne'vingt-quatre po'uces en quarré, tandis, que le premier ne lui en donne que dix - huit, me parait préférable , parce qu’il peut contenir déplus grandes pièces. D’ailleurs fes détails plus étendus laiifent moins à defirer.
- - i8?; CEjque mes fecrets de famille.prefcrivent fur cette matière, eft contenu dans' une. lettre du mois de mars 170$”, écrite par Guillaume le Vieil, mon aïeul, à feu mon pere ,Jorfqu’il fe difpofaità travailler aux, vitres peintes du dôme de l’églife des Invalides. “ Vous aurez fuis doute , mon fils, des ,*.recuiffons tort abondantes à faire pour votre entreprife de l’hôtel royal „ des Invalides. Vous 11e pouvez mieux faire que de marcher fur mes traces , „ en donnant à votre fourneau la même dimenfion que j’avais donnée à ceux dans lefquels j’ai recuit tous mes ouvrages de Sainte-Croix d’Orléans. Ma ^rpoë!e était, oblongue, à.caufe de la hauteur de,mes pièces de frife : elle „ avait dix-j-neuf pouces de longueur , & quatorze pouces de large hors-d'œuvre , un bon pouce & demi d’épaiffeur dans le fond , & un pouce fur 5,t les bords, & douze pouces de profondeur. Cette mefure de la poêle, comme „ vous favez, doit vous diriger dans la conftruciion de votre fourneau, Par-,, tant il doit avoir dans œuvre deux pieds trois pouces de long ( pied de „ douze pouces ) , un pied dix pouces de large , à caufe des quatre pouces de vpide ,, que je fuis dans l’ufage de laiffer entre les quatre faces de la poêle „ & les parois du fourneau. Enfin votre fourneau aura deux pieds dix pouces „ d’élévation j favoir, dix pouces depuis le carreau de la chambrejufqu’au „ foyer, fix pouces depuis le foyer jufqu’aux barres qui doivent fupporter „ votre poêle un pied pour la profondeur de la poêle, & fix pouces depuis „ lejhaut des bords de la poêle jufqu’à la calotte du fourneau. Je donne or-„ dinairement/à l’ouverture du foyer fix pouces de haut fur fept de large ,
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- L'ART DE LA PEINTURE
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- & au pa(Tage des eifais fur le devant du fourneau, & à la hauteur de celui ,, qui eft pratiqué dans la poêle, environ cinq'pouces fur quatre, que je „ fermais avec une brique taillée de cette épailfeur & de cette hauteur, „ jointe aux autres avec l’argille , ainfi que les carreaux de terre cuite dont 3, je le couvre , comme vous m’avez vu faire. Ce fourneau m’a toujours très-s, bien réuiïi , & je crois qu’avec un pareil vous ferez merveille. Il eft encore 3, une chofe à laquelle vous devez porter foigneufèment attention j c’eft que 3, n’étant pas toujours maître de l’emplacement de votre fourneau, au cas 3, que vous foyez alfujetti à appliquer quelqu’un des parois fur quelque mur „ fufpeét d’humidité, vous ayez foin de le garnir hors-d’œuvre d’une double 3, brique de ce même côté. „
- 188. Mon pere employa toujours cette dimenfîon dans la conftrutftion de
- fes fourneaux à recuire, d’où il a retiré de très-beaux ouvrages. Il fuivâit d’ailleurs ce qui eft prefcritdans Félibien & de Blancourt, pour l’agencement & ftratification des pièces dans la poêle, pour laquelle il employait la poudre de plâtre bien fine & bien recuite. Mais je ne dois pas palier fous filence la précaution qu’il prenait de ne pas couvrir en entier fes émaux de la poudre de plâtre, fur-tout le bleu, leverd, le violet & le pourpre: il fe contentait de répandre du creux de la main, qu’il tenait entr’ouverte, de petits monticules de cette poudre, qu’il appliquait fur les autres couleurs à égale épaif-feur , fur lefquels il ftratifiait un fécond lit ; par ce moyen fes émaux à la fufion , ne fe mêlant à aucune des parties de cette poudre , fortaient du fourneau beaucoup plus purs &plus tranfparens. L’ouverture qu’il pratiquait pour le paffage des eifais, était ordinairement à trois pouces du fond de la poêle, & autant au - deifous de ces bords. Ces eifais font de petites bandes de verre de huit à neuf lignes de large, fur fept à huit pouces de long, colorées fur chacune des différentes couleurs qui font employées dans l’ouvrage , que l’on agence à un pouce de diftance d’élévation l’un de l’autre dans la poêle, en empoëlant l’ouvrage de maniéré qu’il en déborde fur la longueur un ou deux pouces pour pouvoir les retirer de la poêle lorfqu’il eft tems. J’ai vu quelquefois mon pere, lorfqu’il n’avait qu’une piece ou deux à recuire, bâtir à la hâte dans une cheminée avec la brique un petit fourneau, dans lequel il avait introduit une poêle à frire, qui contenait fon ouvrage, & l’en retirer avec fuccès. Je ne voudrais cependant pas propofer cette conduite pour exemple. /
- 189. [ Sous une cheminée dont la hotte foit haute & avancée, 011 établit une première bâtilfe de feize pouces de hauteur,fur trois pieds de large, & deux pieds & demi de profondeur. Pour épargner le maflif, on conftruit cette bâtitfe avec une voûte qui a neuf pouces dans fa plus grande hauteur. Les murs latéraux qu’011 éleve dans les proportions données de largeur &
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- profondeur, ont neuf pouces d’épailfeur, & 011 les éleve jufqu’à la hauteur de deux pieds dix pouces , ce qui forme une capacité qui a en dedans - œuvre deux pieds dix pouces de haut, fur quatorze & dix-fept pouces de large : on comprendra inceflàmment ces deux dernieres dimenfions. L’efpace vuide du fourneau fe divife en cinq parties ou chambres , que nous décrirons fépa-rément.
- 190. La portion la plus inférieure ou première chambre, qui dans i’ufage fert d’abord de foyer, & enfuite n’eft plus que le cendrier, a fix pouces de hauteur fur quatorze de large ; fur la face antérieure eft une porte de pareilles dimenfions. Sur ce cendrier eft pofée une grille femblable, au trou ou rond du milieu près, à celle que nous avons décrite en parlant du fourneau de vitrification. Sur cette grille commence une fécondé capacité ou chambre de mêmes dimenfions , & clofe pareillement, dans toute fa face antérieure, par une porte de tôle : elle eft couronnée par trois barres de fer d’un pouce , fcélées dans la bâtiffe à trois pouces & demi de diftance l’une de l’autre. La troifieme chambre a fept pouces de hauteur, fur dix-fept de largeur j fa face antérieure eft toute ouverte & garnie par un chaftis de tôle, compofé de trois parties ou portes j l’une , celle à droite, & l’autre à gauche, ayant chacune fept pouces de largeur i enfin la porte du milieu , qui a onze pouces, & eft d’une part attachée par les gonds à la pièce à gauche, dont les gonds tiennent au fourneau, & de l’autre fe ferme par fou loquet dans une mentonnière placée fur la piece à droite. Cette porte du milieu eft en outre percée dans fon centre d’un trou quarré de quatre pouces de haut fur cinq de large , fermé par une petite porte de tôle de même dimenfion, qu’on appelle porte des efjais. Si les deux portes de la première & fécondé chambres ne font pas aufli compliquées ni auflî larges, c’eft qu’elles ne fervent qu’à placer du bois fur ou fous la grille qui les fépare , tandis que celle de la troifieme chambre eft deftinée à placer la poêle, à la retirer, & à fournir moyen d’extraire & examiner les elfais ; elle ne peut par conféquent pas être trop facile à ouvrir dans toute la largeur du fourneau, pour rendre l’enfournement & le défournement de la poêle commodes à l’artifte. La quatrième chambre eft faite en voûte : elle a la même largeur que la troifieme, porte fix pouces de haut, eft féparée de la troifieme chambre par une grille pareille à celle qui fépare la première & la fécondé chambre , & elle a une feule porte de tôle de mêmes proportions que celles de ces deux chambres. Sa voûte eft ouverte par un trou rond de cinq pouces de diamètre à fa bafe, continué dans toute lepailfeur de la bâtilfe fupérieure, où il aboutit au dehors par un diamètre de trois pouces & demi, ayant dans toute fa longueur neuf pouces, & c’eft la cinquième partie de l’intérieur du fourneau que nous nous propofions de décrire.
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- 191. La maniéré de Te fervir de ce fourneau eft la même que celle qu’on va décrire pour les autres; nous obferverons feulement, comme particularités de celui-ci, que pour couferver plus de chaleur fur la face antérieure prefque toute garnie en tôle peu épaiffe, quand le fourneau eft chargé, on revêt cette face de briques liées enfemble par de la terre à four, en ne biffant à découvert que lés portes nécelfaires pour le fervice du bois; que lorfL que la recuidbn eft achevée, on met au-devant de ces portes une large & épaiife plaque de tôle, qui en ralentit le refroidiifement ; enfin, que pour juger de la force du feu par la flamme qui fort par le trou du haut du fourneau, l’on ménage au manteau de la cheminée, fous lequel il eft conftruit , une porte qu’on ouvre & ferme à volonté', pour voir jufqu’à quelle hauteur cette flamme s’élève en fortant.
- 192. Nos religieux peintres fur verre, fujets à être tranfportés par obédience d’une ville ou d’une province à une autre , ne trouvant pas par-tout tout le néceflaire pour la conftrudion de leurs poêles & de leurs fourneaux à calciner les couleurs & à recuire , étaient fouvent aflujettis à recourir à leur induftrie, pour s’en fabriquer eux-mêmes qui pulfent remplir leur objet. S’ils ne pouvaient fe procurer une poêle de terre de creufet, ils s’en coiiftrui-faient une d’une grandeur proportionnée à l’ouvrage qu’ils avaient à recuire ; ils fe fervaient à cet effet de carreaux de terre cuite d’un pouce d’épaiffeur, qu’ils affemblaient & arrêtaient avec de la terre-glaife. Quand ils ne pouvaient fe procurer des carreaux de cette épaifleur, ils en appliquaient deux l’un contre l’autre, dont ils faifaient la liaifon avec la même terre. S’ils étaient trop grands, ils en friaient ce qu’ils avaient de furbondant. Ils ob-fervaient, en conftruifant cette poêle , de le faire dans le milieu du fourneau , fur les barres qui devaient la porter, de façon qu’ils euffent toujours une diftance de quatre pouces entre leur poêle fariice & les quatre murs du fourneau , qu’ils continuaient d’élever dans les proportions & diftributions pref. crites par mes aïeux, dont ils fe rapprochaient beaucoup dans leurs différentes opérations.
- 195. Enfin,pour ne rien biffer àdefirerd’exacft fur cette matière, nous allons rendre compte de b defcription qu’ils nous ont tranfmife dans leur’ manufcrit du fourneau du fieur Bernier, maître vitrier, peintre fur verre , leur contemporain , fur 1a capacité duquel nos mémoires ne nous ont rien appris.1 La poêle du fieur Bernier, car c’eft toujours 1a dimenfion de la poêle qui réglé celle du fourneau, était de terre de creufet: elle avait dix-huit pouces de longueur, un pied de largeur, & fept pouces de hauteur, le tout hors-' cfœuvre ; elle avait un pouce & demi au moins d’épailfeur dans le fond, & un pouce fur les bords. Elle était ouverte fur le devant à un pouce du fond, & dans fon jufte milieu à la hauteur de fon bord , fur quatre pouces de largeur,
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- geur , pour foire ce que notre manufcrit appelle la vijiere ou-le paffage des eflais. Dans cette vifiere, à demi-pouce d’épaiifètir, était pratiquée, du haut en bas, une hrainure dans laquelle on glidait les morceaux de verre qui fer-vaient à retenir la chaux ou le plâtre fin dans la poêle , dans les efpaces qui fe trouvaient entre chaque rangée d’effois. C’eft fur ce moulé de fo poêle, ainfi que le manufcrit le nomme, que le fleur hernier bâtiflàit fon fourneau de la maniéré fui vante.
- 194. Il élevait fes murs de face, des côtés & du fond à la hauteur de feize pouces au-deffus du fol, avec des briques, dont il formait fur le devant un ceintre qu’il appellait le cendrier : c’était où il plaçait fes bâtons de cotteret pour féeher-, à la hauteur fufdite, fur des verges à vitres : il en conftruifàit l’âtre avec des tuileaux à un pouce d epailfeur. Au - delfùs de Pâtre, & deux pouces plus haut, il plaçait deux barres de fer de carillon, qui traverfaient, à quelque diftance des murs, chaque extrémité du fourneau. Ces deux barres de fer fervafent à fupporter les extrémités des bâtons de cotteret que l’on pofait deffus, afin qu’ayant plus d’air, ils brûlaffent plus elair. Au défaut defdites barres, il fe contentait de mettre quatre bouts de brique à même élévation de deux pouces au-deffus de Pâtre, aux quatre eoins du fourneau: ils produiraient le même effet, & embarraffàient moins pour le traitement du feu. Les barres de fer difpofees , il continuait à élever les murs j-ufquJ'à la hauteur de onze pouces ,& pratiquait dans le milieu du fourneau, fur le devant, une ouverture de huit pouces en quarré du niveau de Pâtre , qui fervait à y introduire le charbon & le bois. A la hauteur fufdite de onze pouces , il pofait en-travers trois barres de fer quarrées , qui portaient fur les murs de côté, qui avaient, ainfî que les autres, quatre pouces d’épaiffeur c’eft-à-dire, toute la largeur de la brique pofée à plat : ces barres étaient pour ftipporter.la poêle qui était difpofée de façon qu’il y eût entre Pâtre & le fond de la poêle douze pouces de vuide, & quatte pouces entre ladite poêle & chacun des quatre" murs. Pour affurer la poêle, il gliflait à chacun de fes angles une brique debout entr’elle & le mur qui la contenait, de façon qu’elle ne pût être ébranlée fur le devant & au- deffus de la bouche du four. Dans le milieu & vis-à-vis la vifiere de la poêle, il pratiquait une autre ouverture d’environ fix pouces de haut & de Pépaiffeur d&me brique , qui fer-va’it à retirer les effois. Pour rendre cette brique plus ailée à retirer & à remettre, il y pratiquait une ouverture, dans laquelle il introduirait une verge de fer qui fervait à cet effet j & lorfque les murs du fourneau étaient élevés à quatre pouces plus”haut'que les bords de la poêle, il était eenfé fini. Le fourneau fe trouvait alors élevé du fol jufqu’à fa fermeture, de trois pieds trois pouces, long de deux pieds dix pouces, y compris Pépaiffeur des murs, & large de deux pieds quatre pouces, y compris la même épaiflêur.
- Tome XI11. Mm
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- L’ A R T DE L A F ET N T V R E
- I9f. Lorsqu’il voulait rendre Ton fourneau amovible. & tranfportable d’uu lieu à un autre, il faifait faire un bâtis de fer à quatre pieds garnis de roulettes ; il en garniflait les faces de brique, ce qui lui donnait beaucoup de-folidi.té,& le rendait plus durable. Lorfqu’un fourneau était neuf, s’il n’a^ vait pas de chaux en poudre qui eût déjà fervi pour empoëler, il prenait de: la chaux vive, qu’il avait auparavant éteinte en jetant de l’eau deflus. Il en mettait dans la poêle, lorsqu’elle était en poudre, environ les trois quarts, de ce que la poêle pouvait en contenir , & par-deifus un morceau de craie tendre qu’il caifait en plufieurs morceaux. 11 couvrait alors le fourneau comme s’il eût voulu s’en fervir pour recuire de l’ouvrage ; c’eft-à-dire, il pofait fur les-murs quelques barres de fer, fur lefquelles il agençait des briques, ou,de forts-carreaux de terre qu’il joignait enfemble & enduifait de terre g.ralfe ,.en lailfant: dans le milieu un trou d’un demi-pouce au moins, & un autre de la même dL~ raenfion à chaque angle du fourneau, pour fervir de paifage à la fumée. Alors.iLi allumait le feu dans le fourneau, en y brûlant pendant fix heures au moins, toutes fortes de médians bouts.de bois : ce quifuffifait pour faire fécher le fourneau ,ainfi que la chaux & la craie qu’il avait mifes dans la poêle , & pour empêcher que l’humidité d’un four neuf ne s’attachât à l’ouvrage, dont elle ferait noircir les couleurs, & ainfî perdrait toute une recuilfon. Le tout étant froid-.»/ c’eft-à-dire, le four neuf & la chaux, palfez, dit notre, manufcrit que, nous, allons fuivre le plus fuccindement que nous pourrons, fur. la. maniéré d’em-poëler & de recuire le verre peint, palfez cette chaux par l’étamine au-delfus; d’une boîte. Pour ce qui eft de la craie,, mettez-la à. part. La-chaux fe fec.he: encore bien mieux pour la première fois , en l’introduifant dans, un four de.4 boulanger. On peut aulfi., en pareil cas , fe fervir de plâtre bien- recuit &. palfé au tamis. Il eft encore bon, à chaque recuilfon ,. d’augmenter fa. provi-lion de chaux, en couvrant, le dernier lit.de verre-du deiïîis de la paéle.,de; chaux nouvelle.. . -, ,. , t .
- 196. Quel q,ue foit le fourneau qu’on:aura choifi entre ceux dont la defo criptiôn précédé, ce fourneau une fois cpnftruit & mis en état de.fervir,,. voici comme on doit procéder à empoëler le verre pour fa recuilfon. Quand, vous voulez empoëler,. ayez une planche de la mefure du fond de votre; poele à, un demi-pouce près de tout feus , pour y étendre vos pièces-, afin» de voir la maniéré de ménager leur place fur chaque lit que.,vous.en devez» faire dans la poêle ; glilfez dans la rainure de la vifie.re un morçeau,de verre, d’environ un pouce de hauteur. : fur le. fond de la. poêle ^environ un.
- demi-pouce de chaux j étendez-la bien uniment pan-tout avec, la barbe dfona plume : couchez par-delfus un lit de vieux verre , fur lequel vous, la {ferez de.-nouvelle chaux jufqu’à la hauteur du liteau que vous avez glilfé le long de la; vifiere : unilfez la, chaux, de même ,, en fondant avec le doigt fi votre, premier lit de vieux verre eft bien à-plomb.
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- 197. Vous devez avoir vos effais, couchés des couleurs qui entrent dans Votre ouvrage , dans cet ordre : d’abord du jaune dans l’étendue d’un demi-pouce , enfuite de l’azur, du verd & du violet dans les mêmes diftances. Il faut que ces elfais foient bien fecs. Prenez-en quatre , mettez-les à côté l’un de l’autre & à plat, de façon néanmoins qu’ils ne fe touchent point, & que tout ce qui eft couché de couleur entre dans la poêle. Vos effais ainfi placés, faffez de la chaux par-deffus; couvrez-les enfuite d’un morceau 'de vieux verre tout à plat, pour les tenir fermes ; puis gliffez dans la rainure de la vilîere un autre morceau de verre , que vous aurez coupé alfez haut pour venir à fon extrémité, à la moitié de la hauteur de la poêle : fouvenez-vous que c’eft l’azur qui réglé tout. Cette couleur une fois bien fondue, les autres le feront de même, (a)
- 198. Avant de procéder à empoêler l’ouvrage, il eft bon d’obferver que les émaux fur-tout, même la carnation , demandant plus de chaleur pour fe parfondre que le jaune, le noir & les grifailles, ils doivent occuper par préférence la place du delfous, & les autres le milieu; que le delfus eft* à proprement parler, la place des pièces de conféquence, parce que , quoique plus chauffées que le milieu , elles le font moins que le deflous, plus fujet à brûler 5 que c’eft aufîi la place des plus grandes, parce qu’étant moins chargées elle ne feront pas fi expofées à être caffées ; qu’il faut fe donner de garde que les pièces touchent aux bords delà poêle , mais leur donner au moins un demi-pouce de jeu tout autour d’icelle ; qu’il eft bon de ne pas les faire toucher entr’elles 5 enfin qu’il eft très-avantageux de ranger toujours les plus fortes ombres vers les bords , parce que , fi elles chauffaient trop , le dégât ferait moins fenfible.
- 199. Vos effais placés, comme il a été dit, au premier rang du fond de la poêle, commencez à prendre une piece fur votre planche , fur laquelle vous en avez étendu deux rangs, en les mettant couleurs contre couleurs. Levez - les les unes après les autres , dans l’ordre où elles y font arrangées, en mettant le premier lit la couleur en - deffus & bien à-plomb. Si vous vous appercevez , en frappant deffus légèrement du revers du doigt, que quelque piece porte à faux, relevez-la ; remettez de la chaux à la place qui la tenait en défaut, pour la tenir plus ferme ; bordez aufîi de chaux toutes les pièces , en les affermiffant avec le doigt : ce qui eft à obferver dans chaque lit de pièces que l’on étend dans la poêle.
- ( a) Si les émaux n’étaient pas d’une ne calcinaient qu’une fois, il y aurait lieu compofition bien fondante , telle que celles de craindre que le jaune ne brûlât, en at-de nos auteurs , qui, à caufe de la dofe de tendant la fufion du bleu , &c. car, comme mine de plomb qu’ils y emploient, évitaient le remarque fort judicieufement M. Féli* la répétition des calcinations par le falpétre, bien , le jaune eft toujours la première cou* for-tout dans l’cmail couleur d’azur , qu’ils leur qui commence à fe parfondre,
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- 200. Votre premier lit étant étendu & bien affermi avec la chaux vers les bords de la poele, iaffez de nouvelle chaux & l’étendez avec la barbe de la plume iur tous les endroits qui ne font point couverts d’émaux ou de carnation. Prenez alors de ces morceaux de craie , dont nous avons parlé , concaffés à la grodeur d’un pois & paffés au travers d’un crible de fer-blanc d’environ huit pouces en quarré , dont les bords foient relevés d’un pouce & le fond percé de trous de même groffeur. Difpofez lefdits morceaux fur les endroits couchés des couleurs fufdites de diftances en diftances à égale épaitl'eur, de maniéré qu’ils puident fupporter, avec la chaux qui eft répandue fur le reliant des pièces , le fécond lit de verre que vous arrangerez à feus contraire au premier lit, c’eft-à-dire, la peinture en-deffous. (a) Cette précaution , de ne point couvrir les émaux avec la chaux, leur conferve plus d’éclat, en empêchant qu’elle ne les terniffe au moment qu’ils fe parfondent. Si cependant toutes vos pièces n’étaient pas de grande conféquence, ftratifiez tous vos lits de verre de même fens , c’eft-à-dire , la peinture en-deffus & de la chaux par-tout, étendue bien uniment avec la barbe de la plume à l’épaiffeur d’une ligne, & continuez de ftratifier jufqua ce que vous foyez à la hauteur du liteau de verre pofé au-deffus des effais dans les rainures de la vifiere.
- 201. Etendez alors les effais du fécond rang, & faites comme au premier. Saffez & répandez un lit de chaux ; & avant d’y étendre un nouveau lit de verre peint ( c’eft ici la place de la partie de votre ouvrage qui eft le plus colorié en jaune ) faites un . lit de Veux verre; répandez peu de chaux par-deffus ; ftratifiez fur cette chaux un lit des pièces dans lefquelles il eft entré plus de jaune : avec cette précaution, le jaune ne gâtera point vos lits de deffous couchés d’autres couleurs, qu’autrement il eût pu atteindre , après avoir pénétré la piece fur laquelle il eft couché. Stratifiez enfuite vos lits de pièces de grilailles , en répandant fur chaque lit une ligne.au plus de chaux jufqi/à ce qu’elles aient atteint le bord du liteau de verre que vous aurez glitfé dans la rainure au-deffus de votre fécond étage d’effais. Placez enfuite votre troifieme rangée d’effais : faites comme à la première & à la fécondé, glilfez de nouveau un liteau de verre dans la rainure de la vifiere, qui atteigne le bord de la poêle. Répandez de la chaux en faffant ; ftratifiez les pièces que vous aurez réfervées pour le deffus, dans le même ordre & de la même maniéré que vous avez fait pour celles de deffous.
- 202. S’il n’y avait pas allez de pièces pour remplir la capacité de la poêle ( qui dans la dimenfion que le fieur Bernier lui donnait de dix-huit pouces de longueur , douze de largeur & fept de hauteur, peut contenir trente-
- ( a ) L’ufage de ces petits morceaux de craie eft fuppléé dans nos fecrets de famille , par ces petits monticules de chaux eu de plâtre fin diftribués par petits efpaces hors des émaux’.
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- cinq pieds fuperficiels de verre peint ) rempliffez-la de lits de vieux verre & de lits de chaux, afin que la fumée qui pourrait circuler dans le vuide qui refierait làns cela, ne gâte point l’ouvrage. Si au contraire il vous reftait deux ou trois lits de votre ouvrage à ftratifier , vous pouvez augmenter la capacité de la poêle, & la rehaufi’er avec des morceaux de verre le plus épais que vous pourrez trouver , qui feront doucement enfoncés tout autour de la poêle dans la chaux qui la borde ; de maniéré que les dernieres pièces de verre peint ayant atteint le niveau des bords de la poêle , vous rempliffiez l’excédant en hauteur que vous donneront ces liteaux, avec deux lits de vieux verre & de chaux ftratifiés, & que votre dernier lit de chaux foit plus épai&-que les autres. Pour lors vous auriez foin d’élever davantage le couvercle du fourneau, enforte qu’il fe trouve toujours quatre pouces du deffous du couvercle au niveau du dernier lit de chaux. Prenez garde fur-tout en empoë-lant,quepar quelqu’accident imprévu fine foit-tombé du fel dans la chaux ou dans la poêle en l’empliflant , parce qu’il ferait calfer les pièces qui fe trouveraient dans fon voifinage. Tout étant difpofé avec les précautions fufi-dites, couvrez votre fourneau comme il eft dit ci-delTus, lorfqu’il s’agit de le faire fécher étant neuf, & qu’on n’a point encore commencé à recuire d’ouvrage dedans. Refte à examiner le traitement du feu dans la recuiifon, ce que nous allons faire dans l’ordre que nous avons fuivi.
- 203. Les préceptes de Félibien & d’Haudicquer de Blancourt à cet égard ayant beaucoup de reflemblance , nous nous contenterons de rapporter ce qu’en dit d’après eux D. Pernetti. Pour échauffer le fourneau , l’on met d’abord à la porte feulement un peu de charbons allumés qu’on y entretient pendant près de. deux heures, pour échauffer le verre peu à peu , afin qu’il ne caffe pas. On pouffe enfuite le charbon plus avant, & on l’y laiffe encore une bonne heure ; après cela on le fait entrer peu à peu fous la poêle. Quand il y a été ainii deux heures, on l’augmente par degrés , remplüfant infenfiblement le fourneau avec du charbon de jeune bois bien fec, enforte que le feu foit très-vif & que la flamme forte par les quatre trous des angles du fourneau. Il faut entretenir le feu le plus vif pendant trois ou quatre heures. De-tems en tems on tire de la poêle, par le trou qui répond à celui du fourneau , les épreuves ou eflais , pour voir fi les couleurs font fondues & incorporées. Félibien & M. de Blancourt ajoutent ,pour voir Ji U jaune, tji fait : ce que D. Pernetti n’aurait pas dû omettre , cette couleur fe parfon-dant toujours la prerpiere. Quand on voit que les couleurs font prefque faites, on met du bois très-fec, coupé par petits morceaux, & l’on ferme enfuite la porte, qui doit être fermée depuis qu’on a commencé à pouffer le feu fous la poêle. Lorfqu’on voit que les barreaux qui la foutiennent font d’un rouge étincelant & de couleur de cerife, c’cft une marque que la recuiffon
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- s’avance. Mais pour fa pèrfeélion-, i! faut un feu de dix ou douze heures. •"Si on voulait la précipiter ,/en donnant dès le commencement un feu plus •âpre, on risquerait de faire enfler le verre & de brûler les couleurs.
- 204. C’est ici une affaire qui git plus en expériences qu’en préceptes: voici néanmoins le traitement du feu preferit par mes fecrets de famille. Le fourneau étant exactement fermé par le haut avec plulieurs carreaux de terre cuite, tels que nos carreaux d’âtre , aflemblés l’un contre l’autre & lûtes avec l’argille, en obfervant de pratiquer dans le fourneau un trou du volume d’un œuf, on y met le feu de cette maniéré. On met à l’entrée des charbons allumés qu’on y entretient continuellement de nouveau charbon , à mefure que le premier femble difpofé à tomber eu cendres. Le charbon *e meilleur pour cette opération doit être léger, fonore, eu gros morceaux brillans qui fe rompent aifément. On eftime par préférence celui qui eft en rondins, & qui ne refte pas chargé d’une écorce. Le charbon trop menu, ne laiflant pas alfez d’air entre fes differens morceaux, s’allume difficilement, produit de la fumée & répand une odeur pernicieufe. Celui qui , étant trop cuit, cft réduit comme en braife, donne peu de chaleur. Il faut encore prendre •garde que le charbon n’ait été mouillé : on reconnaît celui-ci en ce qu’il eft plus lourd, qu’il s’allume avec peine , ne brûle pas avec vivacité, & fe confume fans produire la chaleur qu’on en attendait. On continue ce feu de charbon pendant deux heures au moins , toujours à l’entrée du fourneau, pour accoutumer peu à peu le verre à fentir la chaleur, & empêcher qu’il ne fe calfe par une trop prompte & trop vive atteinte du feu. On l’introduit enfuite un peu plus avant dans le fourneau & par degrés, en le portant également fur chaque côté des parois. Alors 011 bouche l’entrée du foyer , ce qui empêche le fourneau de tirer trop d’air, & le charbon de fe confumer trop vite. On le lailfe ainfi pendant une bonne heure au moins. On range enfuite tout le charbon allumé de chaque côté'de la poêle à égale diffance jufques vers ie fond du fourneau. On fe fert à cet effet d’un inftrument lèmblable à celui que les boulangers nomment rabU, & dont ils fe fervent à remuer les tifons & à manier la braife dans le four. Cet inftrument, emmanché dans le bois, confifte en une branche de fer de trois à quatre lignes en quarré, un peu recourbée vers l’extrémité oppofée au manche. Mon pere le nommait rabjat, 20Après trois heures & plus de ce feu de charbon , le peintre fur verre introduit dans fon fourneau deux bâtons de cotteret d’égale grolfeur , de bois de hêtre déjà fec, & qu’il a fait fécher fous le foyer ou fur lacalotte du fourneau. Il les porte avec le rabiot fur les braifes reliantes du charbon , l’un d’un côté, l’autre de l’autre, où ils ne tardent pas à s’aiflammer. On préféré le bois de hêtre au bois de chêne , parce qu’il eft moins fujet à pétiller & à fumer. On choifit ordinairement les plus gros bâtons pour le commencement,parce
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- qu’ils ne donnent pas d’abord une flamme fl vive, & qu’ils produifent, en tombant en braifq, une chaleur plus douce & de plus de durée. Si ces deux bâtons tombent en braife prefque dans le même moment à chaque côté du fourneau , c’eft un figne que la chaleur eft égale par-tout. Alors il faut veiller pendant flx heures au moins à entretenir fcrupuleufement ce feu de cotte-rets, de façon qu’aufîi-tôt qu’un bâton tombe en braife, on en fubftitue un autre en fa place. Ainfl la flamme non interrompue circulera continuellement autour de la poêle , en lui donnant ce qu’on appelle un feu de réverbere. Si la braife vers la fin s’a ma (fait en trop grande quantité dans le fourneau , ce qui pourrait fulfoquer l’activité du feu , ainfi qu’on le reconnaît lorfquc la flamme celfe de jouer par les quatre coins du fourneau , & chaufferait trop le fond delà poêler on retire de cette braife peu à peu & par intervalles, en la ramenant fur le devant du foyer avec le rabiot, d’où on la fait tomber dans un réchaud ou un autre vailfeau propre à la recevoir & à la répandre enfuite fur la calotte du fourneau.
- 206. Après fix heures de ce feu de bois foigneufement & artiftement conduit, on commence à déboucher le paffage des effais fur le devant du fourneau. Pendant qu’011 le débouche , on doit avoir eu foin d’introduire dans le foyer du fourneau les pincettes dont on doit fe fervir pour retirer les effais de la poêle , afin de donner à ces pincettes un degré de chaleur convenable à celle dont les- effais font atteints, & que , faifis par le froid de l’inftrument qui fervirait à les tirer, ils ne fe caffent, pas par l’extrémité qui déborde la poêle , ce qui empêcherait de les retirer. On retire ordinairement trois effais; à la fois, un du bas, un du milieu,. & un du haut, pour être également: fûr de l’atteinte du feu, que^ la poêle aurait reçue par-tout avec le même concert. On les lailfe refroidir petit à petit, en les poflrnt de rang fur le devant du four. Si les émaux commencent à s’attacher , fi le jaune fe fait, 011 augmente fadivité du feu , en introduilant dans le fourneau de petits bâtons ou éclats, de cotterets bien fecs que l’on aura réfervés pour la fin. Une demi-heure après on tire de nouveaux effais. Si les émaux , quoique plus adhé-rens au verre, ne paraiffaient pas encore clairs, fondus & liflès 5 fi le jaune-paraît encore faible par comparaifon au premier effai qui en a été fait au feu domeftique „ vous continuerez encore ce feu d’atteinte une demi - heure ou un peu plus , félon l’indication des trois derniers effais que vous retirerez, de la poêle. Au refte,on peutfuivre les indications des étincelles qui fortent des barreaux, & de leur couleur de cerife.
- 207. Les émaux font cenfés fuffifamment recuits, lorfqu’après Te refroi-diffement des. effais, vous appercevrez fur le revers de l’endroit où ils ont été couchés, qu’ils commencent à fe divifèr par petites lames, fans cepen-dantfe féparer. C’eft ce que Les peintres fur verre appelleut dés émaux cal-
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- cinés. Il faut alors ceflfer le feu, boucher exa&ement toutes les iifues du fourneau, par lefquelîes l’air pourrait s’introduire, & laifler»le tout fe refroidir ainfi de foi-mèm.e avec la plus grande patience. Ce refroidilfement, fui-vant les faîfons, dure quarante-huit ou foixante heures. Lorfque la calotte du fourneau ainfi que fes parois font froids , vous levez la calotte piece par piece ; & fi la poêle n’a plus confervé de chaleur , vous en retirerez vos pièces lit par lit, comme vous les y avez introduites , en confervant fbigneufement la poudre de chaux ou de plâtre , qui vous aura fervi à les ftratifier, pour la garder & la faire reifervir, après l’avoir tamifée , aux recuilfoijis fuivantes.
- 208. Toutes les pièces étant retirées delà poêle, vous découcherez de jaune toutes celles qui en avaient été couvertes. ( a ) C’eft alors que vous reconnaîtrez le bon ou mauvais fuccès de votre recuiffon , dont un trop prompt & trop impatient empreifement à dépoëler peut en un inftant vous faire perdre tout le fruit, en faifant caffer tout l’ouvrage. Le traitement du feu pour la recuilfon que nous venons d’enfeigner, eft, à la vérité, plus fatigant que le précédent, à caufe de l’attitude toujours baiffée , dans laquelle le peintre fur verre doit fe tenir pendant fix ou fept heures au moins , pour s’affurer du moment auquel fes bâtons tombent en braife, & y en fubfti-tuer de nouveaux; mais combien de perfonnes préféreraient cette fatigue à la vapeur nuifible d’un feu de charbon qu’il faut foutenir pendant huit ou neuf heures dans le premier traitement ! D’ailleurs je fuis à portée d’affurer que mon pere en a retiré les plus grands avantages.
- 209. Je n’oferais garantir de même celui de nos Récollets, tant la différence eft grande entre l’un & l’autre traitement. C’eft au furplus à l’artifte à comparer entr’eux les différens traitemens que nous lui donnons, & à fuivre de préférence celui que l’expérience lui indiquera comme le plus fur. Leur manufcrit pour le traitement du feu recommande le tems de la nuit, comme le plus calme. En commençant, dit - il , à chauffer le fourneau vers les dix heures du foir, la recuiflon peut durer jufques vers les dix heures du matin du jour fuivant. C’eft de l’étendue du fourneau , de la qualité des couleurs qui font à recuire, & du plus ou moins de dureté connue du verre qu’on y a employé, qu’il en fait dépendre le plus ou le moins de durée, y ayant du verre qui ne demande à la recuiffon que neuf ou dix heures de feu, d’autre jufqu’à douze ou treize.
- 210. Il prefcrit trois heures de feu de charbon déjà allumé, avant qu’011 l’introduife dans le fourneau. Il faut le ranger également le long des murs de côté du fourneau , en y en fubftituant de nouveau à mefure que le premier fe confume, parce que la flamme fe porte toujours aflez vers le milieu.
- (a) Voyez au chapitre^II, au rang des outils, la brojfc à Poch<re,
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- Après un feu de trois heures1 de charbon, il veut que l’on commence à chauffer avec les plus petits bâtons des cotterets de bois de chêne, que l’ou ralfemble pour cet ufage. On les range de chaque côté des bords de la poêle, en les ‘faifant porter de chaque bout fur les barres pofées à cet effet en-travers du fourneau, ou fur les briques plus élevées que l’âtre de deux pouces , qui {aillent des quatre angles du fourneau. A mefure que ces bâtons tombent en braife , on y en fubftitue continuellement de nouveaux. Il réferve les plus gros bâtons pour la fin. Si au bout de quatre ou cinq heures le fourneau fe trouvait trop plein de braife allumée , il ordonne de la retirer & de la porter fur la couverture du fourneau , en prenant garde de boucher les trous du milieu & des quatre coins dudit fourneau, qui fervent au paifage de la fumée. Après huit heures de ce feu , fl vous vous appercevez , continue-t-il, que la poêle commence à rougir, s’il fort par les trous des angles & du milieu , & même du deffous de la poêle , des étincelles comme des étoiles , vous pourrez , en ôtant la brique qui bouche le paffage de la vifiere , retirer un eifai avec des pincettes, que vous aurez fait rougir auparavant, en commençant par la rangée des effais d’en - bas. Mettez-le refroidir dans L'eau ( a) : ratif-fez la couleur avec le couteau , pour voir fi elle commence à fe fondre ,ou fi elle eft entièrement fondue. Si elle 11e tient pas, n’en tirez pas davantage i continuez de chauffer , & brûlez quatre des gros bâtons de cotteret de chêne. Si elle tient, n’en tirez plus du bas ; mais tirez-en promptement du fécond rang ; le milieu 11e pouvant pas être fi-tôt fondu que le bas & le haut, à caufe de l'èloignement du feu. ( b ) Ne lailfez pas que de ratiffer votre eifai : fi la couleur ne tenait pas, que cela ne vous inquiété pas. Retirez-en un auflî du troifieme rang ; fi ce dernier eifai eft fondu , retirez toute la braife qui eft fur la couverture : n’y en remettez plus , d’autant que vous feriez brûler les pièces qui font déifias. Si au contraire ce dernier eifai n’était pas entièrement fondu, il faut examiner avec foin quelle continuité de feu peut être abfolument néceifaire pour achever la recuiifon.
- 211. Lorsqu’il y aura un demi-quart-d’heure que les quatre bâtons feront confumés , retirez de nouveaux eifais, en commençant par le bas. Si l’elfai d’en-bas eft bien fondu, fi la couleur menace de fe brûler, tirez-en un du fécond rang , pour voir s’il eft aufti bien fondu ; celui du milieu l’étant, les autres le feront auifi. Si vos eifais ne s’accordent pas avec ces épreuves, brûlez de nouveau quatre bâtons , d’autant que le verre qui eft dans le milieu de la poêle ne chauffe pas tant que les eifais qui font expofés à la
- (à) Chaude, ou froide ? Pour moi, je penfe ( b ) Il eft en effet à fix pouces plus bas que l’eau froide les réduirait fur-le-champ que dans notre fourneau de famille , qui en pouffiere. Je n’en ai jamais vu refroidir n’a que fix pouces de Pâtre au-defiTous de à l’eau chaude. la poêle.
- Tome XIII. N n
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- plus grande chaleur vers Tes bords. Si tous vos effais fe trouvaient fondus dans le même tems, ce qui dénote la meilleure recuifibn, alors il faudrait ce fier le feu.
- 2iz. Le bois étant confumé , retirez tout le charbons rebouchez toutes les ouvertures du fourneau ; lutez - les avec la terre-glaife , à la réferve des trous des angles & du milieu. Vous lailferez refroidir le fourneau deux jours entiers s au troifieme jour , lorfque le tout eft bien refroidi, vous pouvez retirer vos pièces, en déchargeant doucement la chaux avec la plume. Il ne faut jamais lever une piece par un coin, mais toujours par le milieu. S’il eft beaucoup plus commode que toutes les couleurs fe parfondent enfemble , dit le manufcrit, c’eft une chofe très-difficile. ( a) Quand toutes les pièces , ajoute-t-il, feront hors du fourneau, brodez le jaune & l’eftuyez avec un linge, pour vous en fervir dans le befoin à faire un jaune faible.
- 21 ^. Notre manufcrit finit, & nous finirons avec liii, par la recette d’un onguent contre les brûlures , auxquelles les peintres fur verre font expofés en recuifant.
- Onguent contre les brûlures auxquelles on ejl fujet en recuifant.
- 214. Prenez une partie de mine de plomb rouge, & autant d’huile d’o-
- live : mêlez le tout dans une écuelle de remuez bien le tout jufqu’à ce qu’il Verrez alfez épais , ôtez-le de defifus le d’olive : faites - en de petits rouleaux fur un linge , & de là fur le mal.
- (a) Il paraît que nos Récollets,moins heureux dans le traitement du feu que dans les autres parties de leur art, avaient fait quelquefois de fàcheufes expériences de cette difficulté ; car ils donnent fur le même ton que leurs autres enfeignemens, celui par lequel ils confeillent, fi un émail colorant était forti du feu fans être fuffifamment fondu , de paffer légèrement par-deffus avec
- terre : mettez-la fur la cendre rouge: commence à s’épaiffir. Quand vous le feu : frottez enfuite vos mains d’huile pour vous en fervir, en l’appliquant
- une plume un peu d’huile de noix, pour rendre plus tranfparente la couleur qui n’eft pas alfez fondue. Ils ne veulent pourtant pas qu’on en mette fur le rouge. Ils recollaient auiïi à la colle de poilfon les pièces qui fe caftaient dans la poêle. Moyens peu lûrs de fe tirer d’affaire , & qui n’échappent pas toujours à tous les regards.
- 2^ üiit. '
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- EX- TRAITS
- Sur la peinture tant, en émail que fur verre , & fur la compofition des différentes fortes de verre blanc & coloré ; traduits d’un livre anglais, hnen deux tomes in - 40. intitulé , The handmaid to the arts, 17*8. A Londres , chez Jean Nourfe ; & à Paris , chez Cavellier, rue Saint-Jacques.
- Avertissement.
- 3L, A fécondé partie de mon traité était bien avancée, lorfqu’un ami me demanda Ci j avais confulté un livre anglais , annoncé dans le Journal de Trévoux '( novembre 175-9), qui avait embraffé une partie de la matière fur laquelle je travaillais. Je n’entends point la langue anglaife, lui répondis-je; mais je confulterai le Journal. J’y trouvai, à la page 28 fi , l’annonce de cet ouvrage, dont le titre y eft traduit par celui de la Servante des arts, (a) Je connus par l’analyfe qu’en fait le journalifte, que, dans le premier volume, l’auteur” donnait des détails pratiques fur la nature , la préparation , la com-pofition & l’ufage des différentes fubftances colorantes employées par les peintres, entr’autres dans la peinture en émail & dans la peinture fur verre ; qu’il s’étendait, dans le fécond tome, fur la nature, la préparation & la compofition des différentes fortes de verre, & fur l’art de contrefaire les pierres précieufes par des verres colorés, par des pâtes, &c. Ma difficulté fubfiftait toujours.
- ü, M. Hernandez, (A) connu par les différens morceaux qu’il a traduits de l’anglais pour Je Journal étranger, vint à mon fecours ; & c’eft à lui que je fuis redevable de la traduction des deux extraits que je vais donner de cet ouvrage. L’un fera fur la peinture tant en émail que fur verre, dont les
- (a) Mon traducteur , à l’infpection du .dans fon Journal, livre anglais, prétendit que le mot Hand- (/>) M. Hernandez, nouvellement de maid ferait rendu‘plus fûrement par le retour de Saint-Pétersbourg, où il réfidait français la guide,1 en latin mamiducîrix, depuis plufieurs années en qualité de fecre-que par celui de la fervantè des arts j mais taire du prince Repnin , grand- écuyer de par refpect pour les talens du journalifte, l’impératrice de Ruffie, eft actuellement dont il reconnaît l’habileté dans l’intelli- interprète du roi au bureau des affaires gençe de la langue anglaife , il a voulu que étrangères, je confervaffe le titre que porte cet ouvrage
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- fubftances colorantes lont les mêmes; l’autre fur la.compofition des différentes fortes de verre.
- J’aurais pu me borner à donner îe premier extrait, puifque je me fuis moins propofé pour objet dans le cours de mon ouvrage de traiter de l’art de ia verrerie que de l’art de peindre fur verre ; mais comme les Anglais ont la réputation d’être doués d’une grande fagacité dans la pratique des arts qu’ils tiennent des autres nations, & de les perfectionner autant qu’il eft en eux; comme d’ailleurs ce que l’auteur Anglais dit de la compofition du verre de couleur entre parfaitement dans mon plan , j’ai’ cru que le public verrait ces deux extraits avec la même fatisfa&ion ; & j’ai profité de la bonne volonté de mon traducteur pour le fécond , avec autant'd’ardeur & de reconnaiffance que pour le premier. Les entrepreneurs de nos verreries pourront peut-être tirer quelqu’avantage des procédés dont les Anglais fe fervent dans la com-pofition & préparation tant du verre blanc que du verre plein de différentes couleurs, quoique cette entreprife ne foit pas fi étendue & autant accréditée dans l’Angleterre qu’elle devrait l’être, à caufe des droits qui s’y lèvent fur les productions des manufactures de verre. * .
- Je 11e m’aftreindrai pas dans ces deux extraits à fuivre mon auteur de point en point : j’omettrai, dans le premier, ce qui 11’aura pas trait ^affez immédiatement à la peinture fur verre , & je ne ferai ufage, dans l’un ni dans l’autre, de ce qui pourrait n’être propre qu’aux Anglais. Cet ouvrage}eft dédié aux membres de la Société de l’encouragement des arts, manufactures & commerce de Londres.
- PREMIER EXTRAIT,
- Tiré du premier tome, fur la peinture tant en émail que fur verre. Extrait de la préface , relativement à ces deux genres de peinturé. V {L
- IL’atjteur , après avoir remarqué que les peintres les plus habiles en huile ou en détrempe fe trouvent fouvent trompés par l’avarice & l’ignorance des juifs & des bas artifans de qui ils achètent les couleurs préparées, parce qu’ils négligent l’étude des fubftances qui entrent dans leurs cornpo-fitions pour s’appliquer à des objets qu’ils regardent comme principaux & immédiatement néceiîaires à leur art; après avoir annoncé que le but delà première partie , employée à la matière pittorefque, eft de les mettre en état de préparer eux-mêmes les couleurs, ou de juger avec certitude de la bonté de celles qu’on leur prépare ; enfin après avoir auguré de fon travail un fuc-
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- cès d’autant plus affûté qu’il a, dit - il, une connaiifance parfaite des différentes branches de la chymie fondée fur des expériences réitérées , il pafFe à la peinture en émail & à la peinture fur verre.
- Ce qu’il donne fur la peinture en émail eh, dit-il, un fvftème complet de théorie & de pratique. Ceux pour qui il eft écrit, en comprendront mieux le mérite & l’utilité. Cet art eft tout nouveau pour l’Angleterre. Ceux qui le poifedent de plus vieille date dans les autres parties du monde , ont foi-gneufement gardé leur fecret fur la maniéré de le travailler, comme fur la préparation & la fufion tant des matières qui lui fervent de fond que de celles qui produifent les couleurs. 11 n’eft donc pas furprenant que les.Anglais n’aient que très-peu de connaiifance fur ces objets. Ils font obligés d’em-, ployer un émail blanc préparé à Venife pour faire les fonds fur lefquels ils doivent peindre , & à fe procurer, en tâtonnant, des couleurs plus ou moins parfaites. Il en faut cependant excepter quelques-uns qui préparent eux-mêmes leurs couleurs fur des recettes, mais avec les qualités précaires qui réfultent de leur aveugle exécution 5 c’eft-à-dire, fans ,rien comprendre des propriétés générales des ingrédiens, ni des principes des opérations. De là l’incertitude du fuccès & l’embarras en opérant.
- ct Un de nos principaux objets, ajoute l’auteur, a été de venir au fe-„ cours des peintres en émail, art très-intéreftant pour nous au moment „ préfent, puifqu’il eft devenu le fondement d’une manufacture dont nous „ pouvons efpérer un grand avantage. Déjà même nous la voyons tendre „ à une telle perfection, par la facilité du travail, qu’on nous en fait des ,, demandes dans les foires étrangères, quoique le long ufage & le bon mar-„ ché des ouvrages de Geneve, où l’on eft en poffeffion depuis long-tems „ de cette branche de commerce, aient originairement procuré aux Gene-„ vois beaucoup d’avantages fur nous.
- „ La peinture fur verre avec des couleurs vitrefcibles 11’eft pas, continue
- notre auteur, une matière moins importante que la peinture en émail.
- „ Elle eft regardée en Angleterre, comme un art dont le fecret eft perdu. (a) ,, Cet art cependant n’eft dans le fait autre chofe qu’une peinture avec des „ couleurs d’émail tranfparent fur un fond de verre par la même méthode. „ Les connaiffances que nous avons acquifes récemment dans l’art d’émail-,, 1er, peuvent nous donner la même fupériorité dans l’art de peindre fur „ verre. Audi ai-je regardé cet objet comme une portion néceflaire de mon „ ouvrage, & fuis-je entré dans un certain détail fur cet art y je me référé „ néanmoins en grande partie à ce que j’ai donné fur la peintutê en émail,
- (a) Voyez ci-devant, chapitre VI, la note où je parle de deux Anglais peintres fur verre, vivans.
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- „ à caufe de l’affinité que la peinture fur verre a avec elle, & je n’appuie 3) que'fur la vraie différence qui fe trouve entre l’une & l’autre; mais je me „ .flatte que, malgré le peu d’étendue que j’ai donné à cette'matière-, quel-qu’un qui y portera fou attention deviendra un bon maître dans Part de peindre fur verre. „ ( a )
- L’auteur, parlant enfuite de la préparation des couleurs qui y font propres, dit que Néri femble avoir établi la bafe de toutes les recettes qu’on en a, par fon art de la verrerie; que Béraiius , Mathiolle , "Wormius , Çé-' fàlpin & autres ont auffi donné quelques enfeignemens fur ce( point ; que Canéparius, dans fon livre de atramentis a été le copifte de Néri, fans le citer, & l’avait beaucoup étendu , mais que les additions n’étaient pas exemptes de défauts; que Merret, médecin Anglais , avait, par fi tradudion latine de l’ouvrage de Néri, fait connaître cet auteur en Angleterre, mais que ne parailfant pas avoir eu d’autres lumières pour le diriger dans fes fentimens que celles qu’il avait puifées chez d’autres écrivains les notes dont il l’avait orné n’avaient ni éclairci ni augmenté beaucoup le texte ; que Kunckei avait publié en Allemand le livre de Néri, avec les notes de Merret, & fes propres obfervations fur l’un & fur l’autre ; qu’il y avait ajouté différens procédés beaucoup plus fûrs que ceux de Néri & de fes prédécelfeurs ; qu’enfin il était le feul qui, guidé par l’expérience, eût donné plus de détails fur cet art.
- Maniéré de préparer tochre écarlate.
- ( Avant de palfer à ce que notre auteur enfeigne, tant fur la peinture en émail que fur la peinture fur verre , il eft à propos de rapporter ce qu’il dit ailleurs de la préparation de l’ochre écarlate , parce qu’il en fera fait mention dans la compofition des couleurs propres à"ces deux genres de peinture.)
- <c L’ocre écarlate , dit-il, eft la terre d’ochre, ou plutôt le fer, qui eft la „ bafe du vitriol verd , féparé par la calcination de l’acide du vitriol. La j, couleur qu’elle produit eft une écarlate orangée. On ne s’en fert point „ pour les fonds & dans les ombres de carnations, à caufe de la ténacité, „ & de là trop grande force ou chaleur qui égale celle de l’ochre naturelle :
- mais on l’emploie, comme couleur fondue & mixtionnée , dans toutes forai tes de peintures, excepté dans celle en émail, où elle devient d’un jaune ,, tranfparent brun lorfque le fond eft trop fort. Comme couleur on la pré-„ pare de la( maniéré fui vante.
- „ Prenez telle quantité que vous voudrez de vitriol verd, copperas, en
- (a) Il paraît cependant que l’auteur a confondu l’art de peindre fur verre avec celui de le colorer. Voyez la remarque que nous avons faite à ce fujet dans le chapitre où il traite de ce genre de peinture.
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- „ français couperofe. Empliffez - en un creufet jufqu’aux deux tiers feule-„ menti faites-le bouillir à un feu ordinaire jufqu’à ce que la matière tire „ vers la ficcité , ce qui en diminuera beaucoup la fubftance. Rempliffez alors „ le creufet à la même hauteur que la première fois, & répétez cette opé-„ ration jufqu’à ce que le creufet foit rempli d’une matière réduite à ficcité. ,, Otez alors le creufet du feu i mettez - le à un fourneau à vent j ou fi vous „ n’en préparez qu’une petite quantité, continuez votre opération au pre-mier fourneau, en raflemblant le charbon autour du creufet, & faites 3, calciner le tout jufqu’à ce qu’en refroidiflànt il parvienne à parfaite rou-3, geur. Pour vous affurer de ce degré de calcination , prenez au bout 3, d’une baguette de fer un peu de la matière dans le milieu du creufet, & ,, laiflez-la refroidir ; car, tant qu’elle fera chaude, vous n’aurez aucun in-„ dice apparent de couleur rouge, quand même la calcination aurait été „ fuffifante. Otez enfuite l’ochre du creufet pendant qu’il eft chaud, & la 3, verfez dans de l’eau; caffez le creufet, & mettez-en les fragmens dans ,, la même eau pour en extraire l’ochre qui y eft adhérente. Remuez bien 3, le tout dans l’eau , jufqu’à ce que le vitriol qui aurait pu refter foit fondu. „ Lailfez enfuite repofer le tout ; quand l’eau fera claire, verfez - la par in-3, clinaifon dans un autre vafe ; ajoutez-y autant d’eau fraîche que la pre-„ miere fois. Retirez les morceaux du creufet; répétez la même lotion que 3, delfus. Remettez de l’eau fraîche pour la troifieme fois , afin de purifier „ l’ochre de toute faleté. Paffez enfuite le tout au tamis couvert d’un papier 3, Jofeph, & faites-le fécher fur une planche jufqu’à parfaite ficcité. „
- EXTRAIT DU CHAPITRE IX DE LA PARTIE I.
- De la nature, préparation & ufage des différentes matières employées dans la peinture en émail.
- Section première.
- De la nature en general de la peinture en émail.
- Cette mairiere dépeindre différé des autres en ce qu’elle emploie le verre, ou quelque corps vitrefcible , comme un véhicule qui fert à lier toutes les parties des couleurs & à les réunir au fond fur lequel elles doivent être appliquées. Devenues fluides par l’a dion du feu, elles fe mêlent à cette fubftance, qui par leur incorporation forme, lorfqu’elle eft refroidie, une maffe dure. Ce véhicule eft à la peinture en émail ce que l’huile, l’çai* gommée & le vernis font aux autres genres de peinture.
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- On appelle ce corps vitrefcible du nom de flux ou fondant. Il faut une clafle principale entre les matières dont on fe fert dans la peinture en émail* Quand il entre en fufion à un feu moins vif, les émailleurs le nomment un fondant doux. Lorfqu’il faut un plus grand degré de chaleur pour le faire fondre , ils difent/qu’il eft dur.
- On applique ces termes à la matière qui en fait la bafe , & aux autres fubftances vitreufes aufli bien qu’aux fondans. Mais c’eft en général une perfection pour les flux ou fondans, d’être doux. Le grand point eft d’accorder les fubftanceâ des couleurs avec celles des fondans, de façon que les unes ne foient pas plus fufibles que les autres. Il arriverait fans cet accord, que quelques-unes couleraient à la fufion, ou fe brûleraient, avant que les autres plus dures en euifent atteint le premier degré. L’émail qui fert de fond doit toujours être plus dur que les couleurs; car s’il devenait fufible au même degré de feu que les émaux colorans , le tout venant à fe parfondre en même tems, fe mélangerait & confondrait les couleurs avec le fond.
- Le corps que l’on veut émailler , doit être capable de fupporter la chaleur néceflaire pour la fufion des émaux. Ainfi ce corps ne peut être que de l’or, de l’argent, du cuivre, delà porcelaine ou marchandée de Chine, du verre dur , ou de la terre à potier. Lorfqu’on veut peindre en émail fur quelqu’un des métaux fufdits, & qu’il doit entrer plufieurs couleurs diflé-rentes dans le fujet qu’on fe propofe d’exécuter, il faut pour lors couvrir le métal d’un émail blanc vitrefcible, mais , comme nous l’avons dit, plus pur que les émaux colorans qui doivent s’y appliquer; c’eft-à-dire, tel qu’il puiffe foutenir un degré de chaleur plus fort que les couleurs qui doivent s’incorporer & fe lier avec lui, & allez fort pour s’attacher lui - même au métal qui lui fert de bafe. Aufli ce fond obtient la fécondé place entre les matières qui entrent dans l’ordre de la peinture en émail.
- La troifieme clalfe fe tire des couleurs ou émaux colorans, qui doivent être également vitrefcibles & fufibles par l’adlion du feu. Les métaux, les corps terreux & les minéraux font feuls propres à la compofition de ces couleurs. Les végétaux 8c les animaux ne peuvent foutenir le moindre des degrés de chaleur qu’exige ce genre de peinture.
- La quatrième forte de matières, qui forme le fécond véhicule, eft quelque corps fluide , par le fecours duquel on applique avec le pinceau fur le métal, ou autre corps qui fert de baie , tant l’émail du fond que les autres émaux colorans que celui-ci doit recevoir. Il fert de medium pour coucher & étendre ces émaux, qui dans leur préparation n’étant qu’une poudre feche , ont befoin de quelque fubftance humide qui les délaie & puifle s’évaporer & fe fécher fans déppfer aucune partie hétérogène à l’émail, ou capable de l’altérer. On doit fe fervirà cet effet de l’eflence de ces huiles qui ont l’avantage
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- tage de fe fécher à la première approche du feu, & ont de plus une onc-tuofité légère qui les rend propres à être employées avec le pinceau.
- La préparation de ces dilférens émaux a été jufqu’à préfent beaucoup fai-fïfieé par les Vénitiens. Celle qui s’en faitàDrefde , depuis l’établiffement de la manufacture de porcelaines de Saxe, eft d’une qualité bien fupérieure ; mais elle n’eft connue que de ceux qui s’exercent habituellement à en préparer. Peut-être même n’eft-il actuellement perfonne en Angleterre, qui, verfé dans la connaiffance de quelque-unes de ces compofitions, n’en ignore beaucoup d’autres connues par tels qui ignorent les premières.
- Les praticiens dans l’art d’émailler n’ayant eu jufqu’à préfent aucun moyen d’apprendre par fyftême toutes les particularités d’un art où il faut plus de connaiffance de la chymie que n’en ont ordinairement les peintres & autres artiftes , j’entrerai, dit l’auteur, dans le plus grand détail fur la compofition des différentes fortes d émaux de fonds & colorans. Il efpere par-là fe rendre très-utile à la manufacture confidérable de peinture en émail qui s’eft formée en Angleterre.
- La maniéré de chauffer à propos les fonds, c’eft-à-dire, de donner telle chaleur à la matière, en la couchant fur le corps qui doit être peint ou émaillé s qu’il puiffe en fupporter la fonte , & conféquemment de donner à la fritte ou à la partie vitrefcible de cette compofition les vraies qualités d’un véhicule qui puiffe les unir & lier enfemble, eft encore néceffaire à connaître, ainfi que la fufion des couleurs après qu’elles ont été couchées fur le fond. L’auteur s’engage à en faciliter l’opération par une méthode aifée, ou du, moins à donner des principes affez fûrs pour corriger les défauts des premières épreuves qui, vu la délicatefîe de ce genre d’ouvrage, ne font pas fans difficulté.
- Il faut aufli un jugement fondé fur l’expérience , pour préparer avec certitude les couleurs : car les différentes parties des mêmes fubftances variant fréquemment dans leurs qualités , on 11e peut bien connaître ces variations & la proportion exacte des différentes dofes que leur mélange exige, fans beaucoup d’expérience. Cette expérience au refte n’eft pas difficile à acquérir j car les fubftances qui entrent dans la compofition des émaux, font la plupart à bon marché. Ces épreuves d’ailleurs peuvent être faites au même feu qui fert à l’opération principale.
- Section II.
- Des matières qui entrent dans la compofition des fondans & dans celle de
- Hmail blanc.
- Les matières dont on fe fert pour l’émail des fonds & le fondant des cou-7orne XIII. O o
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- leurs font : r°. La mine de plomb rouge, ou minium ; il faut choifir la plus pure. Elle rend l’émail doux-; mais la couleur jauiie dont elle eft fufceptible, empêche de la faire entrer indiftintlement dans toutes fortes d’émaux. 2°. Le fel alkali fixe des fubftances végétales. Il donne aux émaux une qualité moins douce; mais il n’eft pas fufcepdble de ce jaune. 30. Le borax. Il opéré la vitrification des émaux & leur fufion plus qu’aucune autre fubftance. A vant de le mêler avec les' autres ingrédiens, il faut le calciner & le pulvérifer. Il eft très-utile, parce qu’il rend les couleurs plus douces à la fufion. 40. Le fel marin eft aufti très-utile pour les fondans. Il eft extrêmement fluide & peu tenace, mais plus fujet à pétiller que les autres corps vitreux, f0. Le nitre & l’arfenic font encore des fondans ; mais la méthode de les employer eft plus difficile & plus compliquée. Les matières qui forment le corps d’un émail fondant font : i°. Le labié blanc. Pulvérifë , il fe mêle mieux avec les autres ingrédiens, & rend le verre plus parfait. 20. Le caillou calciné au feu jufqu’à ce que toute fa fubftance devienne blanche. Pour lors il faut le retirer du feu, le jeter dans l’eau froide, & l’y laifler quelque tems, pour le mettre en état d’être pulvérifé. Quand on n’a qu’une petite quantité d’émail à préparer , il faut préférer les cailloux au fable, comme plus faciles à réduire en poudre impalpable. 3 °. Le moiîon calciné fe tourne plus promptement en vitrification que le caillou & le fable, & donne un fondant plus doux.
- Les matières qui entrent dans la compofition de l’émail blanc , dont 011 fait les fonds des ouvrages de peinture en émail, font : i°. L’étain calciné. Celui que les lapidaires préparent & expofent en vente eft à meilleur compte. Il eft connu fous le nom de putty , en français potée. Il faut prendre garde qu’il ne foit falfifié, ce qui fe fait avec la chaux ou quelque terre blanche. Le moyen de reconnaître cette falfification eft de mettre le putty dans un creufet avec du fuif ou de la grailfe & de le faire fondre, en y ajoutant toujours de la graiife jufqu’à ce que l’étain calciné ait repris fon état métallique ; car après que la graiffe eft brûlée , la terre ou la chaux qui aurait été mêlée avec l’étain refte & fumage la furface du métal. Si la falfification en était faite avec le -blanc de plomb, il ne ferait pas fi aile de la découvrir, parce qu’il fe mêle avec l’étain à la fufion. Mais fi l’on couvre le creufet dans lequel le putty fera fondu , avec un autre creufet, le blanc de plomb , s’il y en a , jetera une couleur de jaune brun abhérente au couvercle. Pour faire un émail blanc pur & parfait, la maniéré eft de calciner foi-même l’étain avec le nitre ou falpêtre, ainfi qu’il fuit : Prenez une demi - livre de falpêtre : faites - le fondre dans un creufet. Lorfqu’il fera fondu , jetez-y de tems en tems une demi-livre de limaille d’étain le plus fin, & dans les intervalles laiffez faire ion explofion à la partie d’étain que vous aurez jetée dans le creufet. Remuez le tout avec un tuyau de pipe. Lorfque vous aurez projeté tout votre étain ,
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- remuez encore le tout pendant un peu detems. Otez le creufet du feu. Trem-pez-le dans l’eau froide jufqu’à ce que le tout foit refroidi & puiife être enlevé du creufet, fans rien prendre de la fubftance dudit creufet. Quand votre étain calciné fera bien fec, mettez-le dans une bouteille , & bouchez-la foigneu-fement. S’il reftait quelque partie de fel, il 11’eft pas befoin de le féparc-r d’avec l’étain calciné ; il ne peut lui porter aucun préjudice.
- 20. L’antimoine calciné : mais il coûte plus de dépenfes & de foins pour le réduire en chaux. Merret, dans fes notes fur Néri, ordonne autant d’antimoine que de îiitre. Mais comme cette proportion ne calcine pas l’antimoine jufqu’à la blancheur, & comme il ne produit que le crocus metallorum, qui eft d’un rouge fale tirant fur le jaune, l’antimoine ne peut remplir notre objet. Merret fe trompe encore en difant que le régule d’antimoine efb bon pour cette opération ,. puifqu’étant un corps métallique malléable, il ne peut le pulvérifer, ou du moins donner une couleur blanche, s’il était réduit en poudre. Quand on ventre fervir d’antimoine pour l’émail blanc, il faut le calciner avec le nitre comme il fuit : Prenez une part d’antimoine & trois de falpètre. Pulvérifez le tout enfemble. Jetez ce mélange par cuillerées dans un creufét déjà rougi au feu. Laiifez agir l’explofion à chaque cuillerée , & la matière fe repofer pendant quelque tems. Otez - la du feu, & pour le refte opérez comme pour l’étain. La chaux d’antimoine ainii formée fera plus fine que la chaux d’étain ,& par conféquent plus parfaite ; mais celle detain dépenfe moins de nitre & produit plus de chaux.
- - 5 S. L’arfenic : mais c’eft une matière très - délicate à traiter. L’adion du feu transforme l’arfenic en un corps tranfparent. O11 l’emploie auiïi comme fondant; mais il faut bien connaître fes qualités, & prendre beaucoup de précautions dans l’ufage qu’on en fait.
- / - Section III.
- Des matières qui entrent dans la compojition des émaux de couleurs.
- l#. L’outremer fert pour le bleu clair d’émail. Ceux qui ne connaiiTent pas l’ufage du faifre & du bleu d’émail, s’en fervent encore dans d’autres cas. Au refte , il y a peu d’occalions où le bon faifre mêlé avec le borax & le caillou calciné , ou le verre de Venife qui ôte la trop facile folubilité du borax , ne pro-duife un meilleur effet que l’outremer.
- 20. Le faifre peut donner des couleurs bleues, vertes, pourpres & noires. On le tire d’une eipece de minéral nommé cobalt. Mêlé avec des fubftances vitrefcibles , il fe parfond avec elles , & devient d’un bleu pourpre ou violet. On n’en peut connaître la bonté que par l’expérience aduelle.
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- 2*. La magnéfie ou manganefe eft une terre qui, fondue avec des matières vitreufes, produit une couleur de rofe fale. On l’emploie non - feulement pour le rouge, mais pour le noir, le poupre & le brun. On ne peut s’aflurer de fa bonne qualité qu’en l’éprouvant.
- 40. Le bleu d’émail eft un îaffre vitrifié par le mélange des Tels alkalis fixes avec le fable ou le caillou calciné. On l’emploie avec un fondant } mais comme il donne trop d’opacité au verre, le faflfre lui eft préférable. Le bleu d’émail broyé fin & mêlé avec un quart de fon poids de borax réuflit très-bien lorfqu’on ne veut pas un bleu trop foncé. On juge de fa bonté par fon brillant & par fépailfeur de la couleur. Le meilleur eft celui qui tire le moins fur le pourpre. Il n’eftpas fujet à fabrication , & on le trouve aifément chez tous les marchands de couleurs.
- f°. L’or produit une couleur cramoifie ou de rubis, qui par une méprife fur la lignification du mot latin purpureus , a fouvent été nommée couleur de pourpre par des auteurs Anglais ou Français. Il faut à cet effet réduire l’or en poudre précipitée, en le failant diffoudre dans l’eau régale, & en le précipitant par le moyen de l’étain, du fel alkali fixe, ou des corps métalliques & alkalins, de la maniéré qui fuit.
- Prenez huit onces de pur efprit de nitre : ajoutez-y deux onces de fel ammoniac bien clair, qui convertira l’efprit de nitre en eau régale. Mettez quatre onces de cette eau régale dans une fiole convenable. Faites-y dilfoudre une demi-once d’or purifié que vous trouverez chez les raffineurs fous le nom d’or de grain ou de départ. Pour hâter la folution, tenez la fiole dans un degré de chaleur modéré jufqu’à ce que l’or difparaiffe entièrement. Prenez pareille quantité d’eau régale dans une autre fiole : mettez - y de1 petits morceaux d’étain fin ou de la limaille d’étain. Ajoutez - en par degrés tant que l’efFervefcence dure, fans quoi le mélange échaufferait la fiole jufqu’au point de la faire caffer. Verfez en fuite trente ou quarante gouttes de la folution d’or dans une chopine d’eau. Immédiatement après verfez fur cette eau quinze ou vingt gouttes de la folution d’étain. La dilfolution de l’or faite par l’eau régale fe précipitera en forme de poudre au fond de cette eau claire. Vous répéterez cette opération jufqu’à ce que toute votre dilfolution d’or foit employée.
- Lorfque toute la poudre d’or a été précipitée, verfez le fluide clair, & rempliflez votre fiole avec de l’eau de fource. Quand la poudre rouge fe fera précipitée au fond, verfez encore l’eau , mettez en fuite une éponge humide fur la furface du fluide qui refte avec la poudre. Lorfque vous aurez extrait toute l’eau , faites fécher la poudre fur une pierre de marbre ou de porphyre, & prenez bien garde qu’il ne s’y mêle ni pouffiere ni faleté.
- On emploie quelquefois, au lieu de folution d’étain, l’étain crud pour
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- précipiter l’or : mais l’attention que demande cette méthode contrebalance la peine qu’exige cette diffolution. Car Ci la di Ablution n’eft pas bien lavée» elle forme un corps glutineux, de forte que l’étain- ne peut fe féparer de l’or précipité que par des moyens deftru&ifs des qualités de l’émail : & lorf-qu’on fe fert d’étain crud, il faut laver la dilfolution avec le triple d’eau, & n’y laiffer l’étain q.u’autant que l’or parait en forme de poudre rouge fur là furface. Il vaut mieux au relie fe fervir des deux folutions, étant plus aifé de conferver par ce moyen la couleur écarlate : & Ci l’étain relie trop long-tenis dans ce mélange, la couleur tire fur le pourpre.
- Si l’on veut fe procurer un rouge empourpré, il faut précipiter l’or par le moyen du fel alkali fixe, comme il fuit: Prenez la folution d’or par l’eau régale ci - delfus enfeignéej faites une folution de fel de tartre, en en faifant fondre une demi-once dans un demi-feptier d’eau. Verfez cette folution dans celle d’eau régale auffi long-tems qu’il y aura de l’ébullition. Laiifez alors repofer la poudre précipitée, & procédez comme à la précipitation par la folution d’étain. Cette poudre eft l’orfulminant. Evitez-en foigneufement l’explolion, en écartant toute chaleur du lieu où vous la préparez, jufqu’à ce que vous la mêliez avec le fondant.
- On peut précipiter de même l’or avec le fel volatil j & alors ce fel, dans la proportion de la moitié du poids de l’eau régale, peut être dilfous en quatre portions d’eau du même poids : mais cette méthode ne produit pas une fl belle écarlate. La meilleure de toutes ces précipitations de l’or, eif celle du mercure dilfous dans l’eau régale. De même, fi l’or fulminant elt fondu avec du foufre commun , la couleur en fera beaucoup plus brillante, pourvu que le foufre foit totalement évaporé au feu. Toutes ces méthodes néanmoins font plus hafardeufes que la première.
- 6Q. L’argent fert à produire la couleur jaune. On le pulvérife préalablement par la précipitation de l’efprit de nitre ou par la calcination avec le foufre.;
- La précipitation de l’argent fe fait en diifolvant une once d’argent dans trois ou quatre onces d’efprit de nitre, procédant au furplus comme h la précipitation de l’or dans l’eau régale. On la fait auffi en verfant de la fau-mure fur la folution d’argent dans l’efprit de nitre ; mais je crois la première de ces deux méthodes meilleure que la fécondé.
- La calcination de l’argent fe fait en mettant des lames d’argent bien minces dans un creufet. Il faut les arranger par lits, couvrir chaque lit d’argent d’un lit de fleur de foufre, & faire fondre au fourneau. L’argent étant calciné deviendra friable. Pulvérifez - le dans un mortier de verre , d’agate, de porphyre, ou de caillou de mer.
- On peut encore calciner l’argent en mêlant de la limaille d’argent avec la fleur de foufre, dans la proportion d’une once d’argent à une demi - once
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- de foufre, & faites fondre. On peut auffi jeter le loufre dans le creufet lorff que l’argent y devient rouge.
- 7«. Le cuivre forme les couleurs vertes, bleues & rouges : mais il faut auparavant le ealciner, ou le réduire en poudre par la précipitation. O11 calcine le cuivre avec le foufre comme l’argent : mais il faut un feu de deux heures, & qu’il prenne une couleur de rouge noir que l’on réduit enfuite en une poudre très-fine. Le cuivre ainfi préparé s’appelle chez les Anglais ferret cTEfpagne.
- On peut encore le calciner, en le ftratifiant avec le vitriol romain : mais il faut plus de feu, &, félon Néri, il faut répéter jufqu’à fix fois cette opé-ration. On juge de la bonté de ce ferret par fa couleur. Si fon rouge tire-fur le noir ou fur le pourpre , c’eft qu’on l’a trop calciné, ou qu’on y a mis trop de foufre.
- Au lieu de cuivre crud, on fe fert d’une efpece de laiton, nommé par les ouvriers ajfîdué, clinquant en français. Mais comme les feuilles en font très-minces, & qu’il faudrait trop de foufre pour les ftratifier, il vaut mieux le couper par parcelles & le mêler à mefure avec des fleurs de foufre. L’extrême minceur des feuilles accélérera la calcination.
- Le cuivre & le laiton peuvent fe calciner fans foufre , en les laiffant long-tems à un grand feu. Si - tôt que ces métaux font devenus friables, il faut; les réduire en poudre & les mettre fécher au feu, après les avoir éparpillés fur une tuile, en remuant, afin que le tout fe reffente également de l’atteinte du feu; ce qui hâtera la calcination.
- Quoiqu’il fuffife de calciner le cuivre jufqu’à ce qu’il devienne rouge, il convient quelquefois d’en préparer d’autre quantité dans un état de calcination plus forte ; de forte que fa couleur foit d’un rouge pourpre , d’un gris obfcur, ou d’un noir léger. Il faut néanmoins qu’il retienne une teinte de rouge, finis quoi l’on ne réunirait pas dans la compofition de l’émail.
- L’autre méthode de réduire le cuivre en poudre impalpable eft la précipitation. A cet effet on diffoudra le cuivre dans tel acide que ce foit, & ou le précipitera en y ajoutant une folution de cendres gravelées (a) , faite avec l’eau commune. Cette calcination eft préférable pour l’émail verd.
- Pour éviter la peine de diffoudre le cuivre , on peut fe fervir du vitriol romain, qui eft une combinaifon du cuivre avec l’huile de vitriol ; mais il faut préalablement le diffoudre en verfant de l’eau chaude par-deffus, lou-qu’il eft réduit en poudre, & après l’avoir mêlé avec la cendre gravelée, le réduire de nouveau en poudre.
- ( a ) Les Anglais les appellent cendres de purifier, au chapitre I, fection II ; chap. III ' perles , pearl ashes. Voyez ce que dit l’au- fedion III ; & chapitre VI, fedion III, du teur de leur nature & de la maniéré de les fécond extrait.
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- 8°. Le.fer s’emploie pour avoir un rouge orangé, fale écarlate, ou jaune tranfparent, & pour aider à la compofition du verd.
- , On prépare le fer par la corrofion & la précipitation. Le fuccès de ces deux maniérés différé en ce que par la calcination le fer étant délivré de fes acides & de fon foufre, fa chaux crue fe convertira en une couleur de rouge pourpre , lorfqu’elle n’aura pas affez de fondant pour la vitrifier j & en jaune tranfparent tirant fur le rouge, lorfqu’on y aura employé une plus grande quantité de fondant : au lieu que fi le fer n’eft que peu ou point calciné, & s’il n’eft point dépouillé de fon foufre, fa couleur fera plus jaune. Il vaut mieux fe fervir du vitriol verd , qui ne confifte que dans la fubftance du fer & dans l’acide de vitriol, que d’employer le fer crud. Cela évite de la dépenfe ; mais la préparation de la rouille par le vinaigre demande le fer même.
- La première préparation du fer eft donc la rouille par corrofion avec le vinaigre , ainfi qu’il fuit. Prenez de la limaille de fer la plus belle : arrofez-la avec le vinaigre, de forte que le tout foit bien imbibé. Etendez-la enfuite dans un lieu frais proprement fur du papier ou fur une planche, jufqu’à ce qu’elle-s’y deifeche. Effayez alors de la pulvérifer dans un mortier de porphyre , de pierre ou d’agate, avec un pilon de même matière. Si la totalité n’eft pas parvenue à une entière corrofion , imbibez de nouveau avec du vinaigre & faites reffécher. Paffez au tamis de foie ce qui s’eft réduit en pouifiere. Imbibez le réfidu de nouveau vinaigre. Séchez comme deffus,& réduifez le tout en poudre impalpable. Le fer ainfi corrodé par le vinaigre, donne un jaune tranfparent, qui fert beaucoup à faire le verd avec le fecours du bleu. Mais il eft beaucoup plus pénible & moins profitable, à moins qu’on ne veuille faire un jaune plus rouge ; à quoi il réuflira mieux.
- On fe fert de la rouille pour faire le crocus martis, mais mal-à-propos, puifqu’à la calcination le vitriol & le fer corrodé font également bons, & qu’on s’épargne beaucoup de peines en employant le premier.
- Le fer fe calcine de lui-même fans avoir befoin d’aucun mélange. On ex-pofe à cet effet fa limaille fur une grande furface à faction du feu pendant un long tems : ce qui convertit le fer en cocus marùs.M'àis cette préparation eft incommode, parce qu’elle demande un feu long & violent, fans produire plus davantage. On calcine aufli le fer par le foufre ; on y procédé comme à la calcination du cuivre : mais il ne produit pas un meilleur effet que le vitriol calciné.
- La précipitation & la calcination du vitriol verd font les meilleures préparations du fer, & fe font ainfi.
- Prenez du vitriol verd telle quantité que vous voudrez ; faites-Ie diffoudre dans l’eau : ajoutez-y par degrés une folution de cendres gravelées faite dans
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- l’eau, fans qu’il foit befoin qu’elle foit purifiée , jufqu’à ce qu’il n’y ait plus d’efFervefcence. Quand la poudre eft précipitée , décantez-en le fluide : filtrez le réfidu : féchez la poudre. Les Tels qui peuvent s’y rencontrer , ne peuvent nuire à l’émail. Cette odhre ou fer précipité fait le même effet que la ro.uille, & donne un jaune tranfparent, qui peut fervir à faire une couleur verte , en la mêlant avec le bleu.
- Le vitriol calciné fe prépare avec le vitriol crud pour faire la couleur rouge, comme on la dit ci-devant pour lochre écarlate. Avec moins de fondant, il donne un rouge tirant fur l’orangé ;& avec plus de fondant, un jaune tranfparent plus vif.
- Si l’on defire des teintes tirant plus fur un rouge pourpre , l’ochre précipitée réuftît fort bien, en la calcinant à un grand feu, qui en accélérera la calcination, (a)
- 9q. L’antimoine eft propre à produire une couleur jaune , & même un fond d’émail blanc, comme nous l’avons déjà dit. Cette matière eft fort utile & d’un grand ufage. C’eft un demi - métal qui par fa-texture fe prépare en le broyant. ( Lcvigated )
- En calcinant l’antimoine avec fon pareil poids de nitre , ou même moins , on obtient une couleur orangée. Toutes les parties d’antimoine ne fe reflem-blent pas. Il en eft de viciées par un foufre minéral : d’autres en font moins chargées. Mais l’antimoine eft à fi bon marché, qu’on peut établiraifément un choix entre le bon & le meilleur. Le verre d’antimoine eft lui-même un beau tranfparent orangé : mais comme il n’a pas de corps, 011 ne peut s’en fervir qu’en le mêlant avec d’autres fubftances plus corporées. Ce verre eft à très - bon compte. On en tire beaucoup deVenife. Il faut cependant être très-attentif à la falfification qui peut s’en faire par des mélanges d’autre verre. Une couleur trop foncée eft un indice affez fur de la falfification.
- io°. Le mercure ou vif-argent fert quelquefois dans la peinture en émail; mais avant de l’y employer , il faut le préparer par quelqu’opération chy-mique. Les deux opérations qu’on en fait pour s’en fervir en médecine , font également propres ici. Le produit d’une de ces opérations fe nomme le tur-bith minéral. Il fe fait par le mélange du mercure avec l’huile de vitriol, ainfi qu’il fuit : Prenez vif argent pur & l’huile de vitriol, de chacun fix livres , diftillez le tout à grand feu, jufqu’à ce que le récipient ne donne plus de fumée. Pouffez le feu auffi vivement que le fourneau peut lefupporter. Quand la retorte eft froide , ôtez-la du bain de fable, & rompez-la. Prenez la maffe blanche qui fe trouve au fond: réduifez-la en poudre grofîiere dans un mortier de verre : verfez-y de l’eau : votre poudre deviendra de couleur jaune.
- (û) Note de téditeur Parijien. Je crois effentiel d’obferver que les préparations de fer nous donnent toujours des rouges bruns par la recuiffon , & jamais de jaune, quand il eft feul. Piiez
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- Pilez le tout dans le mortier : rédüifez-rle en poudre plavez votre compofitioti à mefure, & laiffez fécher le tout, qui Te réduit en maffe.
- L’autre préparation du mercure fournit un rouge, en fe précipitant, qui donne une belle écarlate, mais fujette à perdre fa couleur au feu : comme on peut fe procurer cette préparation à affez bon compte, en l’achetant comme remede utile en médecine, fon opération étant d’ailleurs très - délicate, je n’en donnerai pas, dit notre auteur , le procédé. Mais il eft bon d’obferver fur cette fécondé préparation, qu’employée dans la peinture en émail, la couleur qu’elle donne ne peut paffer deux fois au feu fans perdre toute fa fubftance. Elle eft à cet égard d’un moindre avantage que la première préparation.
- ii°. L’orpiment produit encore un beau jaune ; mais il eft aufti très-délicat au feu, & demande un fondant trop doux. L’antimoine y fupplée entièrement.
- ia°. La brique pulvérifée donne aufti ce même jaune; mais comme elle n’agit qu’en conféquence de l’ochre qu’elle contient, elle eft certainement inférieure aux ochres dont nous avons parlé, d’autant plus qu’elle eft fujette à de grandes impuretés. Elle exige d’ailleurs plus de fondans que l’ochre pur ou le fer calciné. Si l’on fe fert de la brique, il faut choilir la plus rouge, & celle dont le fcUfu eft le plus doux & le plus égal. C’eft pourquoi on préféré celle de Windfor.
- 130. Le tartre s’emploie encore, non qu’il ait des qualités propres à la teinture, mais à caufe de fa propriété à modifier la manganefe. On choifit à cet effet le tartre rouge crud, auquel il ne faut d’autre préparation que de le purger de fes impuretés, en le broyant.
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- De la compofition & préparation, des fondans propres à la peinture en email.
- On connaîtra beaucoup mieux l’efficacité des différens ingrédiens qui entrent dans les compofitions propres à ce genre de peinture, en faifant une recherche attentive &foutenue de leur nature & de leurs effets, que par les recettes particulières. Je vais néanmoins, dit notre auteur, en donner une fuite complété, en commençant par les fondans.
- Deux fortes de matières s’emploient dans la compofition des fondans. Les unes ont un grand penchant à vitrifier & à fondre. Elles n’ont pas feulement une capacité paflive de devenir verre , elles ont encore celle de rallier & vitrifier tous les corps fufceptibles de vitrification.
- Les fels, le plomb & l’arfenic font de cette efpece; mais comme les fels Tome XUI. P p
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- vitrifiés feuîs font très-diffolubles par leur humidité, le verre qu’ils produi-fent, fie corrode à l’air, devient obficur & perd fionluître; de forte qu’il faut combiner ces fubftances avec d’autres corps qui en rendent la compofition plus durable.
- Ces corre&ifs qui font l’autre efipece de fubftances plus folides que les précédentes, font les pierres , le fiable, & toute matière calcaire. Etant parfaitement blanches & réfiftant à la corrofion , elles donnent de la fermeté à la compofition , fans altérer les ingrédiens colorans', à moins que leur faculté vitrifiante ne vînt à s’affaiblir avec le teins, & qu’en leur qualité de fon-dans, elles n’euifient pas contradé la folidité de quelqu’un de ces -ingrédiens qui ne les auraient pas pris en fociété.
- Le fondant le plus acftif entre les fiels eft le borax. Après lui le plomb, qui, fie vitrifiant à un feu modéré , communique^cette propriété non-feulement à toutes les terres, mais aufiî à tous les métaux & demi-métaux, excepté l’or & l’argent. L'arfenic tient le troifieme rang j mais il faut le fixer en y joignant quelqu’autre corps déjà vitrifié , fans quoi il fie fublime avant d’arriver au degré de chaleur nécelfiaire à la vitrification. Les autres fiels ontaufli la qualité de fondans , & fur-tout le fiel marin, qui néanmoins ne Luffit pas pour former un fondant aflei doux; Mais comme tous ces fiels ne font point colorans , ils font d’un fort bon üfiage réunis avec le plomb, ou du moins avec le borax.
- La maniéré de préparer tous les fondans efi: la'-mème. Il faut les broyer enlemble fur une pierre de porphyre ou fur une écaille de mer, avec une molette de même matierè, ou bien avec un pilon d’agate dans un mortier de même fubftance. S’il fallait en préparer une forte quantité, on pourrait fie fervir d’un mortier & d’un pilon de gros verre commun.
- La matière bien broyée & pilée fie met dans des pots ou creufets qui demandent un grand choix. Ceux de Sturbridge font préférés par les Anglais. Ôn met le creufet au fourneau à feu de charbon ordinaire , parce que, quoiqu’un grand feu accéléré la vitrification, il la rend plus dure en altérant la qualité du fondant. Quand la vitrification parait faite , c’eft-à-dire , lorfique la matière en fiufion ne produit plus d’ébullition au dehors , il faut l’ôter du feu , la verfier fur une plaque ou dans un mortier de fer fans rouille, la pulvé-rifier lorfqu’ellc eft refroidie & la garder pour s’en fervir. S’il paraît quelque faletéfur la furface, il faut avoir grand foin de l’enlever, avant de réduire la matière en poudre.
- Le verre de plomb , quoiqu’il fioit un fondant très-doux, ne veut point être employé feu!. L’air venant à le corroder , l’émail fe ternirait. Il eft néanmoins utile d’en connaître la préparation ; & quoique fies ingrédiens puiifent le lier avec ceux des matières colorantes & des autres fondans, il vaut mieux
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- les vitrifier, féparément. Cela fervira beaucoup à les purifier des ordures qui fe forment dans ta première fufion. Voici la maniéré de préparer le verre de plomba ' ,
- Prenez deux livres de mine de plomb rouge, une livre de cailloux calcinés & broyés', ou, à leur défaut, une livre de fable blanc pulvérifé très-fin. Vitrifiez le tout, & le préparez à l’ordinaire. Notre auteur donne enfuite le compofition de plufieurs fondans.
- Fondant ordinaire modérément doux. N°. I. Prenez une livre de verre de plomb, fix onces de cendres gravelées & deux onces de fel marin. Procédez comme aux autres fondans. Ce fondant eft à très-bon marché, & fera d’un fort bon ufage par-tout où une teinte de jaune ne peut nuire , comme auffi dans les compofitions qui ne demandent pas un fondant très-doux.
- Fondant doux ordinaire. 2._Prenez une livre de verre de plomb, fix onces de cendres gravelées, quatre onces de borax & une once d’arfenic. Préparez le tout à l’ordinaire.Ce fondant eft très-doux & très-propre à vitrifier beaucoup de faifre, de poudre précipitée & de chaux de métaux : d’où il eft très-bon pour former des couleurs très-lifles. On peut s’en fervir par-tout où l’émail ne doit paifer qu’à un feu modéré.
- Fondant tranfparentparfaitement blanc & modérément doux. N°. 3. Prenez une livre de cailloux vitrifiés & bien puivérifés, fix onces de cendres gravelées , deux onces de fel marin & une once de borax. Préparez comme dit eft. Ce fondant eft propre pour les pourpres, cramoifis «St autres couleurs où il ne faut point de jaune , comme auffi pour le blanc le plus pur. Il eft plus dur que le fondant enfeigné au N°. 1 î mais 011 peut le corriger par une proportion de borax intermédiaire entre ta préfente recette & ta fuivante.
- Fondant tranfparent extrêmement blanc & très-doux. N°. 4. Prenez de ta fritte faite avec les cailloux puivérifés , ou de verre commun une livre, de cendres gravelées &.de borax chacun quatre onces, de fel commun & d’arfenic de chacun deux once.s : fondez & préparez comme dit eft. Obfervez feulement de tailler plus long-tems en fufion ce fondant que îesprécédens , c’eft-à-dire , jufqu’à ce que 1a fumée , caufée par l’arfenic fur ta furface de cette compofition , difpa-raiffe. Cet ingrédient ne fe vitrifie jamais auffi promptement que les autres, & donne au verre une furface laiteufe jufqu’à ce que fa vitrification foit parfaite. On peut varier , ici comme plus haut, ta dofe de borax^& celle d’arfenic : on peut même fe paffer d’arfenic & de fel marin ; mais il faut toujours obfer-ver les dofesv des autres ingrédiens.
- Du verre de Venife blanc comme fondant. On a fort peu entendu jufqu’à préfent les principes des fondans & connu ta nature des fubftances qu’on y emploie. La compofition de ceux de Venife & de Drefde eft reftée fous le fecret de ceux qui la pratiquent. On n’apporte pas en Angleterre de verre de Venife , connu chez
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- nous tout au plus par l’ufàge des verres à boire qui en viennent. Je doute fi les Vénitiens en continuent la fabrique. Peut-être ce qui nous en eft parvenu effc-il un refte de ce qui s’en eft répandu en Europe, tandis que les Vénitiens en avaient feuls la pratique.
- Ce verre eft d’un doux tempéré. Il fe lie & s’incorpore aifément avec toutes les fubftaiices colorantes. Mais la nuance laiteufe , qui en couvre la fur-face , eft moins avantageufe qu’un fondant parfaitement tranfparent, pour donner aux couleurs ce lifte qui fait leur plus bel effet.
- On n’en connaît pas abfolument la compofition j & toutes les recettes qu’en donne Néri, font beaucoup plus dures. Il eft furprenant qu’ayant fait paffer à la poftérité, dans fon Art de la verrerie , toutes les compofitions qui étaient de pratique dans l’Italie, & connaiffant très-bien celles de Venife , il ne nous ait pas donné la recette de ce fondant. On le reconnaîtra toujours à fon trouble laiteux.
- Section V.
- De la compojition & préparation de t émail blanc , qui fert de fond dans la peinture en émail, &c.
- Email blanc d'une dureté médiocre. N°. I. Prenez une livre de verre de plomb, demi-livre de cendres gravelées, & autant de chaux d’étain. Mêlez bien ces ingrédiens en les broyant fur le porphyre ; ou en - les pilant dans un mortier de verre. Mettez le tout dans un creufet à un feu modéré , juf-qu’à ce qu’ils s’incorporent. Il ne faut pas que la fufion en foit trop violente ou de trop de durée ; autrement la chaux d’étain, moins prompte à entrer en fufion que le refte de la matière, furnagera fur la furface , & fe mêlera dans la maffe, en fe refroidiffant. Quand le degré de chaleuiNfuffifant aura produit fon effet, ôtez le pot du feu, & verfez la matière fur une plaque de fer, ou dans des moules, pour en faire des gâteaux comme les Vénitiens. Cet émail eft le plus doux des émaux blancs ordinaires, & approchera de l’émail commun de Venife. Il n’eft pas fort blanc, & par conféquent n’eft pas bien propre aux cadrans de montres, ni à tout ce qui requiert un beau blanc ; mais par-tout où la peinture le couvrira , il réuflira très-bien.
- Email blanc commun très-doux. N°. 2. Prenez une livre de verre de plomb , demi-livre de cendres gravelées, autant de chaux d’étain, deux onces de borax, autant de fel commun, & une once d’arfenic. Faites comme au précédent. Modérez l’a&ivité du feu, & ôtez-en le creufet, lorfque votre compofition fera convertie en une maife homogène, fans attendre qu’elle devienne parfaitement fluide. Cet émail fera très-doux, & ne peut par confé-
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- quent fervir de fond aflez folide pour recevoir les couleurs ; mais fi 011 le deftine à n’bn recevoir aucune, fi on fe contente de l’employer dans fa propre couleur, en le mêlant avec d’autres, & particuliérement avec le noir, il eft préférable à l’émail dur, pouvant être travaillé avec moins de chaleur, 8c étant moins fujet, en paflant au feu, d’altérer la fubftance du métal fur lequel on l’emploiera.
- Email modérément dur , mais parfaitement blanc. N°. 3. Prenez une livre de fritte de verre commun , une demi-livre de chaux d’étain de la première blancheur, quatre onces de cendres gravelées, autant de fel commun, & une once de borax ; fondez comme deifus , mais à plus grand feu. Si la chaux d’étain eft parfaitement bonne, cet émail fera parfaitement blanc & propre aux cadrans démontrés; il portera auffi très-bien les couleurs. S’il eft trop doux, on le rendra plus dur en fupprimant le borax.
- Email beaucoup plus doux , & beaucoup plus blanc. N°. 4. Prenez une livre de fritte de verre commun , quatre onces de cendres gravelées, autant de fel commun, deux onces de borax & une once d’arfenic. Fondez comme au précédent, mais épargnez le feu comme au N °. 2. Cet émail eft trop doux pour fervir de fond aux autres émaux colorans ; mais jl eft excellent quand on veut un émail de la plus parfaite blancheur.
- Email ires-doux, du premier degré de blancheur & propre à la peinture. N°. f. Prenez une livre de fritte de verre ,une demi-livre d’antimoine calciné, ou autant d’étain calciné avec le nitre félon les recettes que nous en avons données ci-devant ; trois onces de cendres gravelées , autant de fel commun, trois onces de borax, & une once d’arfenic.Fondez, &c. mais évitez foigneufèment trop de fu-ïion , qui tendrait la matière trop fluide. Cet émail fera très-propre pour rendre le blanc du linge, & par-tout où il faut de fortes touches de blanc. S’il fe trouvait trop doux, on pourrait fupprimer l’arfenic & employer moins de borax.
- On fe fert fôuvent pour les cadrans & autres ouvrages de peinture en émail, du verre blanc de la verrerie de M. Bowlès en Southwork. C’eft un verre rendu blanc opaque par un grand mélange d’arfenic. On emploie pour ce mélange une fufion aflez légère. On évite par ce moyen une trop fluide vitrification , & ce verre retient fon opacité. S’il reftait trop long-tems en fu-fion , toute fa malfe deviendrait tranfparente. Ce penchant à perdre fon opacité en rend l’ufage plus borné & plus difficile, parce que , dans tous les cas où il faudra beaucoup de feu, cette blancheur opaque dégénérera en tranfparence Cet émail eft plus dur que le verre commun de Venife; mais il eft plus cafi. fant & plus facile à s’écailler. Son bon marché & fa parfaite blancheur qui l’emporte fur l’émail blanc de Venife, le rendent utile aux émailleurs qui travaillent à un vil prix.
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- Section VI.
- De la composition & mixtion de tous les émaux colorans , propres à la peinture en émail, avec leurs fondans particuliers.
- COULEUR ROUGE. Rouge écarlate ou cramoiji, nommé impropremnt pourT pre d’or. N°. i. Prenez des fondans ci-deflus enfeignés fous les num. i ou 2, ou du verre de Venife, fix portions ; de la chaux de Caflîus ou d’or précipité par l’étain , comme nous l’avons dit ci-devant, une portion ; mêlez* les enfemble, & vous en fervez pour peindre. Cette mixtion vous donnera une très-belle couleur d’écarlate ou cramoifi , fuivant la teinte de l’or précipité. J’ai expérimenté plus d’une fois, continue notre auteur , que cette recette peut produire un véritable écarlate, quoiqu’ordinairement fa prépaT ration ne donne qu’un cramoifi tirant fur le pourpre. Si la couleur rouge n’eft pas allez forte, fi elle efi: trop traulparente , on l’augmentera en ajoutant plus d’or précipité.
- Rouge écarlate tranfparent, ou rouge cramoiji. N°. 2. Prenez fix portions du fondant enfeigné fous le N°. 2, & une d’or précipité par l’étain ; fondez-les enlèmble à un feu violent, jufqu’à ce que le tout parailfe d’un -verre rouge tranfparent : verfez enfuite la matière fur une plaque de fer, & la broyez bien jufqu’à ce qu’elle foit propre à peindre. Cette préparation fera dans la peinture en émail l’effet de la laque dans la peinture à l’huile. Pour avoir un rouge plus foncé , augmentez la dofe de l’or précipité & lailfez la compofi-tion plus long-tems en fufion ; fi , après l’avoir broyée , vous la mêlez avec un fixieme de plus d’or précipité , vous pourrez vous en fervir fans autre fondant, & elle vous donnera un beau cramoifi foncé.
- Rouge orangé brillant. N°. 3. Prenez des fondans fous les num. 2 ou 4, deux parts > de rouge précipité de mercure, ci-devant enfeigné, une part; mêlez & peignez. Cette couleur eft très-délicate ; il ne lui faut qu’un jufte degré de chaleur : auffi eft-il difficile de s’en fervir avec des compofitions plus dures.
- Rouge écarlate à meilleur marché, mais moins brillant. N°. 3 ( bis ). Prenez du fondant fous le N°. 1 deux parts ; d’ochre écarlate , ci - devant en-feignée, une part ; mêlez & fondez, mais évitez une fufion trop longue & un feu trop violent. C’eft ainfi que fe fait le rouge commun de la Chine. On peut le rendre plus vif, en mêlant une partie de verre d’antimoine avec une partie de fondant , au lieu de fe fervir du fondant feul.
- Rouge cramoiji à bon marché. N°. 4. Prenez du fondant fous le N°. 1, quatre parties, & un quart de part de mauganefe : fondez enfemble jufqu’à ce que le tout foit tranfparent. Mêlez-y alors une partie de cuivre calcine
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- jufqu’à h rougeur , & peignez. Pour donner plus de tranfparence à cette com-pofition, il faut vitrifier le cuivre calciné avec les autres ingrédiens, & prendre foin d’ôter la composition du feu, fi-tôt que la vitrification eft faite. Pour, donner du corps à cette couleur , on peut y ajouter un peu d’émail blanc, où , ce qui vaut mieux, un peu d’étain calciné avec le nitre , comme ci-devant -, mais la couleur en eft nécelfairement affaiblie.
- . Ce rouge eft très-tendre, & craint un trop grand feu. Si on le trouve trop doux, il faut y ajouter de la fritte de verre dur avec une petite partie de fondant, & les mêler à la manganefe. Cette couleur eft trop délicate pour être employée dans les ouvrages à touche légère : les compositions par l’or précipité leur conviennent mieux 5 mais elle eft fort utile dans les ouvrages fufceptibles de fortes couches ou teintes de couleurs. Les recettes ordinaires pour former la couleur rouge par le cuivre calciné prefcrivent une égale proportion de tartre rouge ; mais il faut, fi l’on s’en fert, former le fondant de verre de fiels. Si on mélangeait le verre de plomb avec le tartre, l’auteur penfe que le corps du fondant en ferait décompofé.
- . Rouge couleur de rofe ou d'œillet. N°. f. Prenez celle que vous voudrez des compofitions ci-deffius , ajoutez-y de l’émail blanc , ou de la chaux d’étain préparée avec le nitre, ou de la chaux d’antimoine , jufqu’à ce qu’il y en ait aifiez pour donner à la couleur le ton defiré.
- Couleur bleue. Bleu le plus brillant. N°. 6. Prenez fix parts des fon-dans fous les num. 1 ou 2, ou autant de verre de Venife, & une part du plus bel outremer: mëlez-les bien pour peindre. Si vous voulez obtenir de l’outremer un bleu tranfparent, ajoutez au mélange ci-deffius, une fixierae ou huitième partie du fondant fous le N°. 2 ; gardez ce mélange en fufion jufqua ce que l’outremer (oit parfaitement vitrifié, & que le toutfoit devenu tranfparent. Si votre bleu n’avait pasaffez de corps, augmentez la dofie d’outremer , ou , pour épargner la dépenfe , ajoutez à ce mélange une petite quantité de bleu d’émail fondu avec quatre ou fix fois fia pefianteur de borax; fi le bleu d’émail eft de la meilleure qualité, il fera paraître l’outremer plus foncé , fans lui rien ôter de fon luifant.
- Bleu plus léger. N °. 7. Prenez quatre parts des fondans fous les num. 3 ou 4 , & une part de cendres d’outremer : mêlez-les pour peindre. Cette compofition n’eft pratiquée que par ceux qui 11e connaiifient pas la propriété du bleu d’émail ; mais comme .les cendres pures d’outremer ont une forte teinte de rouge & peu de luifant , les compofitions fiuivantes font préférables à •celle-ci. Si les cendres d’outremer font fafifiées avec le cuivre, comme cela arrive fouvent „ elles vous donneront du verd au lieu du bleu que vous en attendiez.
- Bleu tranfparent. N°. 8* Prenez quatre parts de tel fondant que vous
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- voudrez , & une de bleu d’émail. Fondez - les enfemble à un feu violent , jufqu’à ce que toute la mafle foit parfaitement vitrifiée & tranfparente. Si la petite quantité de bleu d email paraiflait retarder la vitrification, ajoutez au mélange un peu de borax, & elle fera parfaite. Tirez alors la compofition du feu i laiffez-la refroidir, & la broyez pour vous en fervir : vous aurez un très-beau bleu tranfparent. Plus il fera couché épais, plus il fe foncera. On peut mettre moins de bleu d’émail lorfqu’on veut une couleur plus légère.
- Bleu célefte. N °. 9. Prenez celle que vous voudrez des recettes ci-deflus prefcrites pour le bleu i ajoutez-y de l’émail blanc ou de la chaux d’étain ou d’antimoine, jufqu’à ce que vous obteniez la teinte que vous defirez. Si vous choififfez le N°. 6, les cendres d’outremer produiront tout leur effet.
- Bleu d'azur par le cuivre. N°. 10. Prenez cinq parts des fondans fous les num. 5 ou 4, une part de cuivre calciné tirant fur le pourpre, & autant de bleu d’émail. Mêlez-les bien enfemble j ajoutez, en broyant, une part de chaux d’antimoine ou d’étain calciné par le nitre , & gardez le tout pour peindre. Le fuccès de cette compofition eft fi douteux qu’on la prépare rarement. S’il arrive qu’elle réufïiife, le bleu qu’elle produit eft meilleur , mais plus froid que tous les autres.
- Couleur jaune. Jaune luifant opaque plein. N°. il. Prenez quatre parts des fondans fous les num. 1 ou 2, une part d’argent calciné avec le foufre, comme il a été prefcrit, & une part d’antimoine. Mêlez & fondez enfemble, jufqu’à parfaite vitrification. Broyez avec une part d’antimoine ou d’étain calcinés avec le nitre, & gardez pour peindre. Ce jaune eft le plus parfait & le plus brillant que l’on puiffe employer. On peut le rendre plus foncé en diminuant les proportions d’antimoine ou d’étain calcinés.
- Jaune brillant tranfparent. N°. 12. Prenez fix parts des fondans fous les num. 1 ou 2, deux parts d’argent calciné avec le foufre, & demi-part d’antimoine calciné. Mêlez & fondez jufqu’à parfaite tranfparence, broyez pour vous en fervir. Quand on veut une tranfparence plus grande , on peut omettre l’antimoine. Ce jaune eft très-foncé , propre pour les fortes ombres , & d’une couleur parfaitement nette. On fe fert plus ordinairement d’un jaune tranfparent à meilleur marché, qui fait le même effet.
- Jaune clair tranfparent, avec l'argent & le fer. N$. ij. Procédez comme ci-deifus; feulement au lieu d’antimoine, prenez du fer précipité tiré du vitriol, comme on l’a enfeigné ci-devant. Cette couleur fera plus tranfparente que fi vous eufliez employé l’antimoine qui, variant à proportion du foufre crud qu’il contient, n’eft pas toujours fufceptible d’une grande tranfparence à la vitrification. Au refte ce jaune fera vrai & très - froid, par conféqueut propre à former toutes fortes de couleurs vertes ( mêlé avec du bleu).
- Jaune opaque plein, à meilleur marche. N°. 14. Prenez fix parts de fondant
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- 4dalis fous les tiura. 1 ou 2, ou de verre de Venife; une part d’antimoine, & une demi-part de fer précipité avec le vitriol. Mèlez-les jufqu’à parfaite vitrification , & les broyez avec une part d’étain calciné jufqu’à la blancheur. Ce jaune différé de celui du N°. 11 , en ce qu’il n’eft pas auflî luifant & au fil plein ; mais il rendra toujours un jaune foncé très-pur, par-tout où l’on 11’a pas befoin d’un émail fi brillant.
- Jaune, opaque plus chaud, ou moins fenjîble au feu. N°. 15. Procédez comme ci-deffus; feulement au lieu de fer précipité, fervez-vous de l’ochre écarlate ci-devant enfeignée.
- Jaune tranfparent , à meilleur marché. N°. 16. Prenez fix parts des'fondans •dans les nutn. 1 ou 2 , & une part de fer précipité. Mêlez & fondez le tout à un feu violent, jufqu’à ce que la maffe foit vitrifiée & tranfparente.
- Jaune tranfparent plus chaud. N°. 17. Prenez fix parts des fondans fous les num. 1 ou 2, une part d’ochre écarlate , & une demi-part de verre d’antimoine. Mêlez & fondez jufqu’à parfaite tranfparence.
- Jaune tranfparent par torpiment. N°. 18. Prenez trois parts du fondant fous le N°. 2, & une part d’orpiment raffiné ou jaune de roi. Mêlez & broyez pour vous en fervir. Cette compofition eft très-délicate, & ne veut de feu qu’autant qu’il en faut pour lier les parties du fondant. Si vous voulez ce jaune plus chaud, ajoutez-y un peu de verre d’antimoine.
- Jaunes légers en couleur. N<?. 19. A telle des compofitions jaunes ci-deffus que vous voudrez, ajoutez la chaux commune d’étain , fi vous defirez des jaunes légers. S’il vous faut beaucoup de luifant * ajoutez de la chaux d’étain ou d’antimoine calcinés avec le nitre.
- Couleur verte. Ferd opaque luifant. N°. 20. Prenez de l’outremer & du jaune enfeigné fous le N°. 11 ci-deffus, de chacun une part ; des fondans fous les num. 1 ou 2 , deux parts. Mêlez-les enfemble pour peindre.
- Ferd tranfparent luifant. N°. 21. Prenez fix parts des fondans fous les ïium. 1 ou 2 , & une part de cuivre précipité par les fels alkalins ; mêlez & fondez jufqu’à ce que la maffe foit tranfparente. Vous aurez un beau verd épais, mais tirant fur le bleu : ce qui eft facile à corriger, en y ajoutant une quantité fuffifante des jaunes tranfparens, enfeigtiés ci-deffus fous les num. ï2 ou iy.
- Ferd tranfparent luifant, par mélanges. N°. 22. Prenez du jaune fous le num. 13 , & du bleu fous le num. g s parties égales, & les broyez enfemble pour vous en fervir.
- Ferd opaque a meilleur marché. N°. 23. Prenez fix parts des fondans fous les num. 1 ou 2, une part de cuivre calciné jufqu’à couleur pourpre, autant du jaune opaque fous le num. 14; mêlez, fondez & broyez avec une part de chaux d’étain,,
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- Verd opaque par mélanges , à meilleur marché. N°. 24. Prenez du jaune fous Je N°. 14, & du bleu fous le N°. 8 , égales parties. En variant la proportion de ces mélanges, on produira du verd de mer, du verd de gazon & toutes fortes de teintes vertes.
- Verd plus léger. N°. 2f. Prenez telle des composions ci-deifus qu’il vous plairai ajoutez-y de la chaux d’étain ou d’antimoine , à proportion de la légèreté que vous requérez dans votre couleur.
- Couleur orangée, Orangé luifant. N°. 26. Prenez deux parts du jaune fous leN°. 12, une part du rouge fous le N°. 1 ,& demi-part du jaune fous le N°. 11 ; broyez-les enfemble pour Pufage. Les compofitions qui ne font pas indiquées pour être fondues , quand on s’en fert feules, ne doivent pas entrer dans les comportions mélangées. Il faut feulement, pour s’eu fervir , les broyer avec les ingrédiens colorans dont elles ont befoin, & peindre en l’état où elles font.
- Orangé tranfparent luifant. N°. 27. Prenez du jaune fous le Na. 12, & du rouge fous le N°. 2, parties égales, & les mêlez enfemble.
- Orangé tranjparent plus léger & très - luifant. N°. 28. Prenez parties g gai es. des compofitions précédentes & de verre d’antimoine i broyez & mêlez pour votre ufage..
- Orangé tranfpar-ent à meilleur marché. N°. 2% Prenez fix parts des fondans fous les num. 1 ou 2, une part de cuivre calciné tirant fur le rouge ,& une part de tartre rouge. Fondez jufqu’à ce que la matière devienne tranfparente î mais évitez-, s’il eit poïïible, de continuer le feu un feul moment de plus. Broyez jufqu’à ce que le tout paraiife rouge, en y mêlant une partie égale d’anti-moine.
- Couleur pourpre. Pourpre opaque luifant. N°. 3 c. ,Prenez du rouge fous le N°. 1, & des bleus fous les num., 6 ou 8 , de chacun demi-part : mêlez* îes pour l’ufage.
- Pourpre tranjparent luifant. N°. 51. Prenez du rouge fous le N°. 2, & du bleu fous le N°. 8- Mêlez-les pour vous en fervir.
- Pourpre opaque , a meilleur marché. N°. 3,2.. Prenez fix parts des fondans; fous les num. 3 ou.4 , une part de bleu d’émail & une demi-part de manganefe. Fondez-les à un feu violent, jufqu’à ce que le tout foit vitrifié & tranfpa-rent. Ajoutez-y alors une part du rouge fous le N°. 4, & une demi-part de chaux d’étain -, mêlez. & broyez pour l’ufage.
- Pourpre tranfparent, a meilleur marché. N°. 33. Prenez fix parts des fondans fous les num. 3 ou 4, une demi-part de manganefe, 8c un fixieme de b'eu d’émail. Si vous defirezun pourpre rouge, omettez le bleu d’émail. Ces deux dernieres compofitions peuvent varier, & faire un pourpre plus rouge ou plus bleu, en diminuant ou augmentant la proportion du bleu d’émaiL
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- Si on la veut plus rouge, il faut la mêler avec du verre d’antimoine.
- Couleur brune. Brun rouge opaque. N°. 34. Prenez quatre parts de rouge fous le N°. 3 , & une part du bleu fous le N°. 8 ; mêlez-lez pour vous en fervir.
- Brun rouge tranfparent. N°. 35*. Prenez du pourpre fous le N°. 33 , & du verre d’antimoine parties égales, & un cinquième du jaune ibus le N°. 17; broyez-ies enfemble pour votre ufage.
- Brun olive, opaque. N°. 3 6. Prenez deux parts du jaune fous le N°. 14 , & demi-part du bleu fous le N°. g , avec un quart du rouge fous le N°. 3 ; broyez pour l’ufage.
- Brun olive tranfparent. N°. 37. Prenez une part du jaune fous le N°. 16, une demi-part du bleu fous le N°. 8 » & autant de verre d’antimoine ; broyez le tout. Ces couleurs peuvent fe varier en changeant la proportion des ingré-diens. On peut auffi leur donner différentes teintes de brun léger, en y ajoutant des quantités fuffifantes de chaux d’étain, qui peut fe mêler avec les autres ingrédiens, ou être mife après leur mélange.
- Couleur noire. Noir modérément dur. N°. 38. Prenez fix parts du fondant N°. 1 ,une part de bleu d’émail, demi-part de verre d’antimoine, 1111 quart d’ochre écarlate, & autant de manganefe : mêlez & fondez enfemble jufqu’à ce que le tout forme un noir épais.
- Noir très-doux. N°. 39. Subftituez le fondant fous le N°. 2 , à celui fous le N°. 1 ; & opérez comme dans la précédente recette. Cette compofltion eft très - bonne pour les cadrans en émail ou pour peindre fur des fonds d’émail ou de porcelaine de Chine, en maniéré d’eftampes ou de clair-obfcur , parce que, fe parfondant à un feu doux, les plus légères touches^ fe montreront parfaitement, fans rifque d’altérer le fond.
- Les compofitions fufdites peuvent fe varier. En les recompofant enfeiru ble, elles donnent différentes nuances. On peut les rendre plus ou moins douces par le choix des fondans qu’on y mêlera. Il n’y a point de réglé ab-folue pour les dofes des ingrédiens colorans qui entrent dans chaque com-pofi^ion, à caufe des différentes qualités des diverfes parties de leurs fubftan-ces. D’autres cireonftances imprévues changent auffi quelquefois l’effet qu’on en attendait. J’ai néanmoins toujours donné les dofes, dit notre auteur ; car, faute de cette connaiffance, plufieurs artiftes ont manqué des épreuves qui leur auraient réuffi, en faifant à propos quelques légers changemens à la forme Itride des recettes dont ils fe font fervis.
- NB. ( Je 11e rapporterai pas ici la traduction des fedions VII & VIII de cë chapitre, qui n’ont trait qu’au travail des peintres en émail & à la cuiffon de leurs ouvrages. Le mémoire de M. Taunai ,dont j’ai parlé ailleurs , (a)
- (a) Au chapitre YI de notre fécondé partie.
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- fournit fur ces objets des connaiffances auffi fûres que lumineufes : mais, comme l’auteur Anglais renvoie, dans la feélion IV du chapitre fuivant, à. ce qu’il a enfeigné dans ces deux fections, j’en extrairai pour lors ce qui ferai uécelfaire pour l’intelligence de celle-là.)
- EXTRAIT DU CHAPITRE X DE LA PARTIE I.
- De l'art, de peindre fur verre par la recuiffon avec des couleurs., vitrifies-;
- tranfpar entes.
- Section première,.
- De la nature en general de ce genre de peinture„
- L’art de peindre fur verre avec des couleurs vitrifiées, quant à leur com~-pofition & leur cuiflon , elt regardé comme un fecret parfaitement connu? dans les fiecles antérieurs, mais perdu pour le tems préfent. Cependant c’eft; une erreur dont il eft facile de fe convaincre , pour peu qu’on examine cette queftion. Faute d’artiftes qui cultivent cette maniéré de peindre , parce qu’ils, ne trouvent plus de patrons qui les y encouragent , la pratique bien entendue des couleurs manque , & l’on a cefTé de faire de bons ouvrages dans, ce goût. Nous poiTédons néanmoins la connailfanee de la préparation des, couleurs, & la méthode de les cuire dans un degré plus parfait que celui des, fiecles paflés, d’après les nouvelles lumières que nous avons tirées de la Chine.. Si d’habiles peintres s’appliquaient à ce genre de peinture, ils pourraient donc-nous donner des.ouvrages fupérieurs à ceux que nous regardons comme les relies de cet art.jauffi en faveur de ceux qui par des vues d’intérêt ou pourr leur propre fatisfadtion voudraient faire revivre cette peinture, je vais, cou-, tinue notre auteur , répandre dans ce chapitre des. lumières fur fa nature &: fur fa pratique. Elles mettront ceux qui peignent en huile , détrempe ou aytres; véhicules , en état de poiïéder les détails particuliers de cet art. ( a )
- La peinture fur verre avec, des couleurs vitrifiées roule précifément fur-
- ( a ) Nous avons déjà obfervé que Pau-, für la nature des fübftances colorantes , &-teur Anglais , dans ce chapitre, traite plutôt àprefcrireles dofes qui doivent entrer dans; de l’art de colorer le verre fur une fuperficie, la compofition des différentes couleurs,, que de Part de 1 epeindre, c’eft-à-dire, de qu’à donner des préceptes fur la maniéré tracer fur le verre tel tableau que l’on puiffe de peindre. Aufli dans tout ce chapitre pa-.. lêpropofer, & de le rehauffer de couleurs rait-il feulement s’en tenir à ce qui a fait convenables. Plus chymifte que peintre, l’objet du chapitre III de notre fécondé il s’eft plus appliqués donner des principes partie.
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- les mêmes principes que la peinture en émail. L’opération eft la même, fi ee n’eft que dans la peinture fur verre, la tranfparence des couleurs étant iiidifpenfable, il n’y peut entrer que des ingrédiens parfaitement vitrefcibles. Sans cette vitrification parfaite , il 11e peut y avoir de parfaite tranfparence.
- Trouver une fuite de couleurs qui foient compofées de fubftances telles que, mélangées avec d’autres corps, elles puiifent paifer de la fufion à la vitrification parfaite, & fe parfondre à un feu plus doux qu’il 11e le faut pour fondre les différentes fortes de verre qui doivent fervir de fond ; mettre ces couleurs en état d’ètre employées avec le pinceau, & de foutfrir dans la re-cuiifon une atteinte de feu telle que le verre qui leur fert de fond n’eu puiffe fouffrir aucune altération : voilà tout le myftere de ia peinture fur verre. Pour ne pas me répéter, je n’entrerai pas ici, dit notre auteur, dans un grand détail fur la préparation des couleurs , ni fur leur ufage ; je prouverai feulement que les méthodes indiquées pour la peinture en émail font applicables à la peinture fur verre.
- S E C T r O N II.
- Du choix du verre fur lequel on veut peindre avec des couleurs vitrefcibles par
- la recuiffon.
- Le premier objet auquel il faut faire attention , c’eft le choix du verre quf fert de fond. Il doit être du premier degré de dureté , mais en même tems-fins couleur propre, fans taches ni ondes. Le verre exempt de ces défauts, en perfe&ion, c’eft le meilleur de ceux qu’on emploie aux fenêtres : le verre-de glace, quoique clair & fans couleur, eft trop doux, à caufe du borax & autres matières qui entrent dans fa compofition. Or le meilleur verre à vitres fe nomme, en Angleterre , verre de couronne : c’eft un verre de fels dur &. tranfparent, qui étant en plats ou tables , eft tout prêt pour cet ufage. Quand, il eft queftion de peintures d’une certaine conféquence, il faut fe fervir d’uit verre en tables comme les glaces , mais d’une compofttion particulière, c’eft--à-dire fans doute plus dur qu’à l’ordinaire..
- Lorfqu’on a. à peindre de plus grands objets que le volume d’une feule* table de verre , il en faut joindre plusieurs de cette maniéré : on prend une planche bien unie, de la grandeur de l’objet que l’on veut peindre, on la: faupoudre d’un mélange de réftne & de poix; on l’emboit de ce ciment, en; le faifant fondre avec une efpece de fer à repaliêr : 011 y pofe les tables de* verre deftiné.es; à l’ouvrage , on les ferre le plus qu’il eft polfthle l’une contre Lautre , & elles fe fixent d’elles-mèmes à mefure que la réfine & Ja poix fe-refroidiifent. Apres le refroidilîement., il faut nettoyer ce verre, & enlever
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- tout îe ciment qui peut déborder les joints des tables î d’abord eii lè grat»’ tant, erifuite en le frottant avec l’efprit de térébenthine. Il fera alors en état d’ètre peint avec les couleurs premières. Cela fait, on ôtera les tables de verre de deflus la planche , en repayant le fer chaud à un certain éloignement, qui, fondant le ciment, les en détachera, & alors ou les fera recuire féparément fans aucun inconvénient.
- Section III.
- Des fondans & des colorans dont on fe fert dans la peinture fur verre par la
- recuijfon.
- Les fondans & les colorans qu’on emploie dans la peinture en émail, fervent également dans la peinture fur verre, & fe préparent de même ; mais, comme on l’a déjà dit, il ne faut ufer ici que des corps fufceptibles d’une vitrification & d’une tranfparence parfaite. Il fuiïira donc de renvoyer aux com-pofitions données pour la peinture en émail, fous leurs différetis numéros, en joignant des indications pour leurs traitemens particuliers dans la peinture lur verre.
- On fefervira des mêmes fondans , en préférant avec difeernement les plus fores, ou les plus faibles, félon les cas. Si le plus dur fe trouvait trop doux, on pourrait, après quelques elfais, y remédier par l’addition d’une dofe proportionnée de groifils du verre qui fert de fond, broyés jufqu’à une finelfe parfaite.
- Pour produire le blanc, il faut, au lieu d’un corps chargé de cette couleur, n’employer que le fond fans être coloré. S’il faut une teinte plus fale , on l’obfcurcira légèrement, la lumière modifiée fuppléant à la lumière réfléchie.
- Les teintes légères des autres couleurs, telles que la couleur de rofe , l’écarlate & le cramoifi , la carnation orangée, le jaune couleur de paille & le bleu célefte, fe produifent comme le blanc, en les couchant d’un corps de couleurs plus légèrement détrempé. Il laiife plus aifément palfer la lumière au travers du verre , au lieu que les corps plus chargés de couleurs rendent une lumière réfléchie.
- Pour y parvenir, il faut étendre les couleurs fur le fond. Si les comportions femblent avoir déjà trop de corps, on les fimplifie en les détrempant & y mêlant plus de fondans. Si elles deviennent trop douces ( trop tendres au feu ), ou y mêle du verre broyé.
- On obtient de cette façon des teintes plus ou moins légères avec autant de certitude que par l’addition du blanc d’émail & des autres matières pour peindre. L’avantage de ce procédé eft d’autant plus grand que fi les couleurs
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- manquent de luifant, elles ont plus de force que fi elles étaient plus chargées par l’autre méthode.
- Pour un rouge luifant fervez-vous de la compofition enfeignée fous len. 2 de la fection VI du chapitre précédent. Elle vous donnera un rouge cramoifi ou écarlate , félon la couleur de l’or que vous y aurez employé.
- Pour un rouge plus fale, fervez-vous de celle fous le n. 4 ; ce rouge étant extrêmement tendre , il ne faut pas le lailfer trop au feu, ni le lailfer venir à parfaite fufion.
- Pour un vrai rouge écarlate, fervez-vous de celle fous le 11. 2, avec un mélange de verre d’antimoine.
- Pour un bleu très-luifant, fervez-vous de la compofition enfeignée fous le n. 6, après lavoir rendue très-tranfparente par une parfaite fufion. Comme elle eft formée d’outremer qui, lorfqu’il eft bon, eft fort cher, 011 peut y fubftituer les compositions fuivantes.
- Pour un bleu plein où il ne faut pas beaucoup de luifant, mais de la dureté à la fufion, fervez-vous de la compofition enfeignée fous le n. 8.
- Pour un bleu froid ou fufceptible d’une chaleur moins forte, fervez-vous de celle fous le n. 10 , fins y employer la chaux d’antimoine ou d’étain.
- Pour un bleu plus fort en couleur, mêlez les compofitions enfeignées fous les n. 8 & 10, jufqu’à ce qu’elles produifent la teinte que vous defirez; Prenez garde néanmoins que la dureté du bleu du n. 8, par proportion au tendre du n. 10 , ne donne à la couleur par la fufion un ton trop verd.
- Pour un jaune très-luifant, fervez-vous de la compofition fous le n. 12 , fans la chaux d’antimoine ou d’étain.
- Ou fervez-vous de celle fous le n. 1^.
- Pour un jaune à meilleur marché, fervez-vous de celle fous len. 16.
- Pour un jaune chaud à bon marché, fervez-vous de celle fous le 11. 17.
- Pour un verd très-luifant, prenez les compofitions indiquées fous le n. 16, conduit à une parfaite tranfparence, & fous le n. 12 fans antimoine. Mèlez-les dans une proportion qui rende le verre plus tirant fur le bleu ou le jaune , félon la teinte que vous defirez. Cette compofition étant très-chere, à caufe de l’outremer qui entre dans l’apprêt du n. 10, & le grand brillant étant rarement effentiel, ou peut lui fubftituer la compofition fuivante.
- Pour un verd luifant à meilleur marché, fervez - vous de celle indiquée fous le n. 21 , en y ajoutant une quantité fuffifante de fels , fur-tout fi vous voulez un verd tirant fur le jaune.
- Pour un verd à bon marché , mais moins luifant, mêlez enfemble les compofitions enfeignées fous les n. 8 & 16.
- Pour un orangé luifant, prenez celle du n. 2, & celle du n. 12 , fans antimoine.
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- Pour un orangé à meilleur marché, mais plus léger, mêlez du verre d’antl* moine à la précédente recette.
- Pour un orangé détrempé, appellé carnation , prenez dix parts de verre d’antimoine , une part de pourpre fous le n. 33 en omettant le bleu d’émail » & mêlez-les avec les fondans enfeignés fous les n. 1 ou 2 de la quatrième fecfion , fuivant la couleur que vous delirez.
- Pour le noir, prenez les compositions données fous les n. 38 011 39*
- Pour un brun rouge, fervez-vous de celle fous le n. 3f.
- Pour un brun olive, fervez-vous de celle fous le n. 37. Ou mêlez une fuhiiànte quantité de noir avec les recettes ci-delfus prefcrites pour le rouge ou pour le jaune.
- Des différentes combinaifons des compofitions indiquées dans la préfente fe&ion, réfuiteront des couleurs plus ou moins légères ; & fi les objets à peindre demandent moins de tranfparence, on parviendra à la diminuer par l’addition d’une petite quantité des compofitions d’émail blanc , dans la proportion de la nuance que l’on defire.
- Section IV.
- De la maniéré de coucher les couleurs fur un fond de verre , & de leur recuijfon„
- L’affinité qui fe trouve entre la peinture en émail & la peinture fur verre, par rapport à la préparation des couleurs, s’étend fur la maniéré de les coucher & de les faire recuire.
- ( L’auteur , fur la maniéré de les coucher, renvoie à ce qu’il en a dit dans le chapitre de la peinture en émail j les huiles d’afpic , de lavande & de térébenthine étant, dit - il, également convenables pour l’un & l’autre genre de peinture. Ainfi je vais rapporter ici ce qu’il a enfeigné fur cet objet dans l’une des fedions dont je n’ai point donné la tradudion. )
- Il faut d’abord broyer très-fin chaque matière d’émail, & bien nettoyer le corps qui doit être émaillé. On couchera enfuite l’émail, le plus uniment que faire fe pourra, avec la broffe ou pinceau, après l’avoir détrempé avec l’huile d’afpic ; & on ne biffera guere de diftance entre la couche & la recuilfon , de peur qu’en féchant trop, l’émail ne coure rifque d’être enlevé parle moindre frottement. Au lieu de détremper les couleurs avec l’huile d’afpic, & de les coucher avec le pinceau, on peut fe contenter de frotter avec cette huile la furface de la piece qu’on veut émailler, d’entourer cette piece de papier ou de plomb ( fans doute de peur que l’émail fuperflu ne fe perde) & de répandre fur fa furface , par le moyen d’un tamis de foie très-fin, l’émail dont on veut la peindre, jufqu’à l’épaiffeur defîrée. On fe donnera bien de garde d’agiter
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- les pièces ainfi faupoudrées, pour n’en pas déranger l’émail, jufqu’à ce qu’il fe Toit attaché.
- On ajoute communément J’huile de térébenthine aux huiles d’afpîc & de lavande. Les plus ménagers y ajoutent un peu d’huile d’olive ou de lin : dautres même fe ferventMe la. térébenthine crue. (Il eft aifé de faire fapplication à la peinture fur verre, de ce que l’auteur vient de dire fur la maniéré de coucher les couleurs dans la peinture en émail. ) Quant à leur recuiifon, quoique la méthode en général foit la même, il faut cependant, dit-il dans la précédente fe&ion, la changer ici à certains égards.
- On peut fe fervir de moufles fixes pour recuire des tables de verre peint, ou de poêles en forme de cercueil, coffi?ig, pour les plus grandes tables ; mais Comme la forme des tables , convexe dans la peinture en émail, eft plate dans la peinture fur verre , on peut en mettre plusieurs l’une fur l’autre dans chaque poêle, parce qu’il n’importe ici que la furface des tables s’approche plus ou moins , pourvu qu’elles 11e fe touchent pas. Pour les y placer à leur avantage , il faut adapter à la poêle des tables de fer , garnies à chaque coin d’un petit fupportde même matière à angle droit. Ces fupports , comme autant de piliers, tiendront lefdites tables à telle diftance l’une de l’autre, qu’une table de Verre pourra être pofée entre chaque table de fer , fans toucher à aucun autre corps dans fa furface fupérieure, fur laquelle les couleurs font couchées. Quant à celle du fond , n’ayant rien au - delfous que la matière de la poêle , elle eft fuffifamment foutenue. Ces tables de fer feront plus étendues que celles de verre, afin que celles-ci, placées déifias, 11’éprouvent aucun frottement contre les foutiens qui poferont fur les tables de fer -, & non fur celles de verre* On commencera par le bas , & toujours fucceftivement jufqu’au couvercle de la poêle ; elle doit être bien lutée avant d’être introduite dans le fourneau , pour que la fumée ne puilfe y pénétrer, ce qui ternirait les couleurs.
- ( Je ne rapporterai point ici la defcription des fourneaux, que l’auteur a donnée dans le chapitre précédent ; Car outre qu’elle eft très - longue , les matières dont ils font formés, ainft que celles des creufets , moufles &.poêles, font propres à l’Angleterre. Je terminerai feulement cette fe&ion avec l’auteur, par remarquer que , quelque dimenfion qu’on donne au fourneau, il faut toujours obferver la même diftance entre l’âtre & le delfous de la poêle. L’atteinte du feu, en obfervant cette diftance, qu’il dit être de huit pouces de haut, fera toujours fuffifante , quelque longueur & quelque largeur qu’on donne au fourneau. On le fert en Angleterre, comme chez nous, de charbon de bois pour chauffer les foüneaux à recuire. )
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- Tome XIIL
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- 3 ? 4 L'A R T DE LA TEINTURE
- EXTRAIT DU CHAPITRE XI DE LA PARTIE I.
- De la dorure de t'èn\ail & du verre par la recuijjcn.
- Il y a deux maniérés de dorer l’émail & le verre parla recuilfon : l’une produit la cohéfion de l’or par le moyen d’un fondant, l’autre fans ce fecours. Ces deux méthodes ont néanmoins un principe commun ; car elles n’ont l’une & l’autre d’autre objet que de faire adhérer l’or à l’émail ou au verre , qui fe prêtent à la cémentation de l’or par fa fufion & fa liaifon intime avec leurs propres corps. Si l’on fe fert de quelques fondans, on doit employer le verre de borax, ou les autres fondans défignés pour les émaux.
- La qualité de l’or met aulîi quelque différence dans cette maniéré de dorerm, car on peut y faire ufage d’or en feuilles ou d’or en poudre. Quand on fe fert d’or en feuilles, il faut humeéter l’émail ou le verre avec une légère couche de gomme arabique , & la lailfer fécher. Le fond ainfi préparé, on y couchera la feuille d’or 5 & jufqu’à ce qu’elle s’y attache , on hallera deffus. Si elle ne fuffit par pour couvrir tout l’ouvrage , on en ajoutera d’autres ; & tandis que l’or s’appliquera , on hallera encore delfus, jufqu’à ce que toute la furface foit dorée. L’or ainfi étendu fur ce fond par le cément de la gomme arabique, eft en état d’être recuit. Si, pour employer l’or en feuilles, on a recours à un fondant, on broiera ce fondant le plus fin qu’il eft pofîible on le détrempera avec une légère folution de gomme arabique , & on l’étendra fur l’ouvrage qui doit être doré , procédant au furplus comme delfus.
- L’avantage que l’on trouve à ne point fe fervir de fondant, c’eft que l’or eft toujours plus également étendu, ce qui eft très-important ; mais à moins que le fond, fur lequel l’or eft couché, ne foit très-doux, il faut, s’il n’y a pas de fondant, une forte chaleur pour attacher l’orj auquel cas, fi le fond eft d’émail, l’émail court rifque de s’endommager. Quand le degré de feu 11’eft pas proportionné, le verre , ou l’émail qui fert de fond, coule fans happer lor.
- Quant à la méthode d’employer l’or en poudre au même ufage , il eft à propos, avant de l’enfeigner, de donner la maniéré de préparer cette poudre. Prenez telle quantité d’or que vous voudrez ; faites - en la dilfolution dans l’eau régale , ainfi qu’il a été dit chapitre IX, feétion III, dans le procédé de la chaux de Cafiius. Précipitez - le en mettant dans votre dilfolution des paillettes de cuivre, & continuez jufqu’à ce que rébullition foit ceiîée. Otez-les enfuite; & l’or qui s’y était attaché, étant enlevé , verfez le fluide hors du précipité. Subftituez-y de l’eau fraîche , ce que vous répéterez à plufieurs reprifes jufqu’à ce que le fel, formé par le cuivre & l’eau régale, foit entièrement fëparé de l’or. Après l’évaporation , l’or fera dans l’état convenable à votre opération.
- Si l’on ne veut pas fe donner la peine de préparer cette poudre, 011 fera
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- uîàge à fa place de celle de feuilles d’or ; mais ce précipite effc la poudre la plus impalpable qu’on puilfe obtenir par aucune autre méthode , & elle prend une plus belle cuiffbn que toute autre.
- Pour dorer le verre ou l’émail avec cette poudre , on fe fert, ou non, dé fondant, comme à la dorure avec les feuilles. Les avantages qui réfultent d’employer la poudre d’or avec des fondans font les mêmes, & l’on a de plus celui d’avoir une dorure capable de réfifter aux efforts de ceux qui la gratteraient ; mais cet avantage fe trouve contrebalancé par un inconvénient très-grand ; car li le fondant vient à fe mêler avec l’or, il détruit fon extérieur métallique, &, ce qui eft pire encore, lui ôte à la recuiffbn fon véritable éclat.
- Qu’on emploie cette poudre fans fondant, ou avec fondant, il faut la détremper avec l’huile d’afpic, & la travailler comme les couleurs en émail. La quantité du fondant doit être un tiers du poids de l’or; quand l’or eft ainlî pofé, l’ouvrage eft prêt à palfer au feu ; & cette opération , fi l’on excepte le degré de chaleur, fe fait de la même forte dans les differentes méthodes de dorer.
- La maniéré de recuire l’or eff la même que pour les autres couleurs ; mais les pièces dorées peuvent être mifes dans des moufles ou poêles. Dans le Gas du verre, s’il n’y a pas de peinture, l’opération peut fe faire à feu découvert. Lorf-qu’après la recuiffbn l’on veut brunir l’or, on lui donne le luftre convenable en le frottant avec une dent de chien , un brunifloir d’agate, ou un fer poli.
- ( Cette faqon de dorer le verre ou l’émail au feu, eft la même que celle dont les Chinois fe fervent pour dorer la porcelaine. L’auteur en parle au chapitre I de la quatrième partie de fon ouvrage. )
- SECOND EXTRAIT,
- Tiré du fécond tome, fur la nature & la compofition du verre, & fur Part de contrefaire toutes fortes de pierres précieufes.
- Chapitre I de la Partie III.
- Du verre en general.
- Oh entend ici fous le no n de verre toute vitrification artificielle qui a trait à quelqu’objet utile dans les befoins domeftiques ou dans le commerce. L’art de préparer avec plus de perfe&ion les matières qui entrent dans fa compofition , eft l’objet des obfervations & des enfeignemens que nous allons donner : nous éviterons d'ailleurs toute recherche fpéculative ou philofophique ; nous omettrons même la méthode d’en modeler ou former toutes fortes de vaufeaux. R r ij
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- On peut divifer le'verre - manufacture en trois claffes; favoir, le verrej blanc tranfparentle verre coloré, & le verre commun ou à bouteilles. Il y a une grande variété dans les procédés de la première efpece parce qu’on, n’en fait pas feulement des vitres, mais encore nombre d’uftenfiles domef-tiques : il y en a aufli beaucoup dans la fécondéà caufe de la différence-des couleurs & de leurs, différentes, propriétés ; mais il n’y en a aucune dans la troifieme clafle. Commençons par donner des notions diftindes fur la vitrification,, quoiqu’avec moins d’étendue que Becker, Stahl & autres.
- La vitrification eft le changement qui-s’opère dans des corps fixes par le moyen du feu pouffé plus ou moins violemment, félon la différente nature de ces corps, qui. les.rend plus ou moins fluides. Cette aélion du feu leur donne, après le refroidilfement, la tranfparence, la. fragilité , un certain degré d'inflexibilité , une privation.entière de malléabilité. & de folubilité dans l’eau.
- Quelques-uns de ces effets peuvent manquer dans certains cas, fur-tout par le. défaut d’une vitrification complété., ou par le. mélange de certains corps : par exemple, dans le verre blanc opaque, où la matière qui donne la couleur laïteufe empêche la tranfparence ; & dans les compositions où il entre trop de fels qui pourraient rendre, le verre foluble. à l’humidité.,, quoique parfait d’ailleurs
- Il paraît par la nature de la vitrification ,, que tous corps fixes peuvent être des matériaux de. verre parfaits. Tous néanmoins ne font pas également coin-venables au verre-nmnufadure., dont il eft ici queftion. On ne peut regarder comme tels que ceux qu’on peut fe procurer en qualité fuffifante & quife. vitrifient par un feul fourneau, ou par leur mélange avec d’autres. Dans, ce cas, les plus parfaits fourniifent à ceux qui le font moins les propriétés qui leur manquent.
- Les principales matières qyii entrent dans la compofition du verremianu-faefture font les pierres , le fable, les foffiles , les textures pierreufes & ter-reufes , les métaux & demi-métaux préparés.par la calcination ou autres opé*-rations ,, l’arfenic., le faffre & tous lesTels..
- Entre ces matières, celles qui font les plus dures à la fufion communiquent au verre une plus grande ténacité j.d’autres beaucoup plus tendres fe vitrifient à un feu moins vif, &, .mêlées avec d’autres corps , en accélèrent la. vitrification. Cette propriété s’appelle fiuxihg ou fondant.. L’habileté du verrier confifte. dans le choix de celle-ci. Par cette connailfanc.e il peut épargner, beaucoup fur la dépenfe des ingrédiens ,.& même beaucoup de têtus & de feu. C’eft encore un grand talent dans un verrier , de favoir ôter la couleur, première du verre pour le charger d’autres couleurs de toute efpece; car, par le mélange qui fe fait de ces matières, il en eft, qui opèrent cet effet.
- Les matières dont on fait le verre, font donc.,de trois fortes: i.°, celles qui'
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- «fonftrtuent le corps du verre ; 20. celles connues fous le nom de flux ou fondant ; 3°. celles qui font propres à la coloration.
- Dans la première claife font le fable blanc, le caillou-, le talc , le verre de Mofcovie & les foffiles pierreux. Si ces matières, trop dures à la fuGoir pour produire feules du verre parfait, ont befoin d’un mélange d’autres in-grédiens qui la. facilitent, elles ont l’avantage d’être à très-bon compte , en très-grande quantité , & de donner au verre la dureté , la confiftance & l’iiv-dilfolubilité qu’on chercherait en vain à fe procurer fans elles.
- Dans la fécondé claife., c’eft-à-dire, celle des fondai!s, entrent la mine, de plomb rouge, les cendres gravelées , le nitre ou falpêtre , le fel marin , le borax , l’arfenic & les cendres de bois , qui forment une malfe terreufe remplie de fels lixivieîs produits par l’incinération. L’ufage de ces fondans-efb très-varié pour le choix & pour les dofes des ingrédiens , même dans, une même forte de verre. Les maîtres de verrerie n’ont fur cela aucune réglé-fûre 5 ils s’attachent aux. recettes qui leur paraiffent les meilleures, & cachent foigneufement à leurs confrères les découvertes. heureufes qu’ils acquièrent par l’expérience,. & qui leur donnent quelqu’avantage fur eux.
- Les. matières colorantes qui- forment la troifieme claife , font en grand nombre & de différentes efpeces : tels font les métaux , les demi-métaux , les corps minéraux & les foffiles. De quelqu’utiiité quepuiife être dans le commerce l’art de. donner au verre toutes fortes de couleurs,-celui de favoir en bannir celles qui naiffent, contre le gré du verrier, dans la composition du verre tranfparent, efb d’un, plus grand avantage. Le falpêtre ou nitre & ia manganefe font les matières que les verriers Anglais emploient par préférence pour ce dernier effet. La première augmente la dé.penfe j la fécondé-préjudicie à la tranfparence..
- Il y a une maniéré générale de combiner ces trois claffes de matières pour parvenir à les vitrifier. On réduit en poudre les corps qui font en trop grolfes-malfes , on en fait la mixtion , on la met dans des pots convenables , ou place les pots dans les fours jufqu’à ce qu’un Julie degré de chaleur amene la matière à une parfaite fufion & vitrification. Le vrai & parfait degré s’eu connaît, par l’égalité de tranfparence dans la matière vitrifiée ; on en fait l’eifai. fur une petite partie qu’on laifîè refroidir. Plus les ingrédiens font réduits en poudre, fine &. intimement mélangés , plus la vitrification, devient prompte & parfaite-
- S E C T L O N I.
- De la nature particulière des differentes fuhffances qui entrent dans la compoftiow
- du verte.
- Le fable efb prefque la feule matière dont 011 fe fert dans les verreries
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- d’Angleterre, parce qu’il ne demande pas la préparation préliminaire de la calcination, nécelfaire quand on emploie les cailloux & les pierres. Le meilleur eft celui de Lynn, dans le comté de Norfolk. Il y en a une autre ef-pece inférieure qui vient de Maydftone , dans le comté de Kendt. Il eft blanc 8l brillant. Dans le microfcope, il reîfembie à de petits morceaux de cryftal de roche , & il en a les qualités. On préféré ce fable à tous les cailloux , quoiqu’étant plus lent à fe vitrifier, il exige plus de fondant & de feu. En récompenfe il eft plus clair & plus dégagé des corps hétérogènes colorifi-ques qui font dans les cailloux , & qui nuifent à la franche netteté du verre.
- Le fable ne demande aucune préparation , fur-tout lorfqu’on l’emploie avec le faipètre qui, purgeant toujours la matière fulfureufe des fubftances animale & végétale, conféquemment les calcine ; mais comme on ne fait point ufage de faipètre dans les ouvrages délicats, il faut purifier le fable en verfant de l’eau deiTus , le bien agiter dans l’eau, & tenir le vaiffeau dans lequel on le lave alfez incliné pour que l’eau en s’écoulant puiffe en emporter la faleté.
- Pour du verre groffier & commun , on fe fert d’un fable plus doux. Outre qu’il eft à meilleur marché, il eft plus vitrifiable & épargne les fondans.
- Dans les elfais qui ne produifent qu’une petite quantité de verre, les cailloux calcinés font préférables au fable. La dépenfe de leur calcination ne fait pas monter le verre au-delfus du prix courant de celui qu’on aurait eu par le fable. Les meilleurs cailloux font ceux d’une couleur claire , tranfparente , tirant fur le noir. Il faut rejeter ceux qui font tachés de brun ou de jaune, à caufe des parties ferrugineufes qu’ils contiennent, lefquelles ôtent au verre beaucoup de fa blancheur
- On doit toujours les calciner, non-feulement pour pouvoir les mettre en poudré , mais encore pour les purger , par l’action du feu, d’une portion hui-leufe qui nuit à leur vitrification.
- On calcine les cailloux en les mettant dans un fourneau, à une chaleur modérée, jufqu’à ce qu’ils foient devenus parfaitement blancs: ce qui demande plus ou moins de tems, fuivant leur volume & le degré de feu. On les ôte enfuite du feu pour les plonger incontinent dans l’eau froide t jufqu’à ce qu’ils foient entièrement refroidis. S’ils font bien calcinés, ils le réduiront par menues parcelles friables & faciles à pulvérifer ; s’il s’en trouve quelque partie qui ne foit pas totalement calcinée, on les recalcinera ,pour, lorfqu’ils le feront fuffifamment, les broyer au moulin.
- On fe fert aufîi de talc, mais rarement ,dans de grands ouvrages. II faut quelquefois le calciner, mais à plus petit feu que les cailloux , & fans l’éteindre dans l’eau froide. Il y a des efpeces de talcs plus ou moins vitrifiables ; on les fait entrer en fufion avec le fel de tartre ou la mine de plomb. Dans les
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- grandes verreries on lui préféré les cailloux , comme moins rares & exigeant moins de fondans & de feu pour leur vitrification.
- Les foffiles terreux ou pierreux, toute matière qui fait feu avec l’acier, peuvent entrer dans la cornpofition du verre. Je n’en ferai néanmoins rénumération que de deux fortes, dit notre auteur, parce que le peu d’avantage qu’on en retire en a fait abandonner l’ufage en Angleterre. L’une eft le moi Ion de France qu’on trouve en grande quantité à l’ouverture des carrières : il eft fufceptible d’une prompte vitrification. L’autre effc une efpece de cailloux de riviere blancs, ronds & fémi-tranfparens, qui fe vitrifient aulli vite. Plus on les choifit nets & exempts de couleurs, plus le verre qu’ils produifent eft blanc ; mais pour les réduire en poudre, il faut les calciner à feu vif juf-qu’à ce qu’ils ioient rouges, & les éteindre dans l’eau froide.
- Kunckel confond fous le nom de fable les cailloux & autres matières pier-reufes, quoiqu’il mette lui-mème une grande différence dans leur vitrification. Il faut, dit-il, cent quarante livres defels pour fondre cent cinquante livres de pierres calcinées, tandis qu’il n’en faut que cent trente livres pour fondre deux cents livres de fable.
- “Secti on II.
- Des matières quon emploie comme fondans dans la compoftion du verre.
- On a annoncé plus haut que ces matières font le plomb , les cendres gra-velées, le nitre, le fel marin, le borax, l’arfenic & les cendres de bois.
- Le plomb eft dans les manufactures anglaifes le fondant le plus important de ce qu’on nomme verre à cailloux ; il faut auparavant le réduire par la calcination à l’état de ce qu’on appelle minium ou plomb rouge. Il donne un verre plus folide que celui qu’on obtient des lels feuls ; ce verre eft à bon marché. Foncièrement taché de jaune, il demande dans fa préparation une addition de nitre qui brûle & détruife la matière fuifureufè & phlogif. tique qu’il contient , & lui ôte cette couleur hétérogène. Ce nitre, à la vérité , augmenté la dépenfe qui, fans lui, ferait peu considérable -, mais il remédie de plus à un autre inconvénient, fans être obligé d’en ufer au-delà d’une certaine proportion. Car lorfque le plomb entre en grande quantité dans la cornpofition du verre , il reçoit de l’air une impreffion corrodante qui lui eft pernicieufe.
- Il eft inutile de donner ici la maniéré de calciner le plomb. Outre qu’elle a été enfeignée dans le premier tome , il en coûterait plus de le calciner foi-mème que de l’acheter tout calciné. Sa perfection confifte dans une parfaite calcination : on la reconnaît a fon brillant & à fa couleur qui tire fur le cra~
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- moifi. Il n’y a pas d’ailleurs de matériaux rouges à affezbon compte pour qu’il Toit fujet à lalfification, fi l’on en excepte la brique pulvérifée ,& (’ochre rouge. On s’appercevrait aifément dans la vitrification qu’il ferait falfifié, par la teinte de jaune qui s’y montrerait.
- L es cendres de perles ou gravelées (peari ashes ) fuppléent aujourd’hui à celles du Levant, aux bariüajjes d’Efpagne & aux autres incinérations dont on fe fervait en Angleterre pour la compofition tant du verre que du favon. Par - tout où il faut de la tranfparence , comme dans les glaces de miroirs & les verres à vitres, les fels font préférables au plomb comme fondans : conféquemment les cendres gravelées deviennent la matière principale , étant les plus purs des fels lixiviels ou alkalis fixes, qu’on peut fe procurer à bon marché.
- Les cendres gravelées fe préparent en Allemagne, en Ruilie & en Pologne. On extrait, à cet effet, les fels des cendres de bois 5 on réduit la lefiîve à ficcité par évaporation & par une longue calcination dans un fourneau à un feu doux. Comme on ne les prépare pas en Angleterre avec avantage, quoiqu’on pût le faire dans nos polfeiîîons en Amérique , je n’entrerai pas, dit notre auteur, dans le détail de leur procédé, d’autant plus qu’elles ne font pas clieres. On connaît leur bonne qualité à leur extérieur égal & blanc, & à leur pureté. Lorfqu’il s’y rencontre quelques parcelles tachées de bleu par la calcination, ce n’efi: point un mauvais ligne ; mais lorfqu’elles font brunes en partie , ou grifes en leur entier, c’elt une preuve de mauvaife qualité. Ceci ne doit s’entendre que de celles qui fe trouvent telles à l’ouverture des cailfes , quoique parfaitement feches; car fi l’air y entre, elles prennent aufiî-tôt cette couleur brune ou grife , par la demi-tranfparence qu’elles acquièrent.
- Une autre falfification , fréquente & non apparente, c’efi: l’addition qu’on y fait de lel marin : quoiqu’il ne puiife nuire au verre, il en naît néanmoins un vrai préjudice, en ce qu’on acheté une chofe pour une autre fix fois plus qu’elle 11e vaut. Voici le moyen de la reconnaître. Prenez une petite quantité des cendres fufpeélées; mettez-la fur une pèle à feu fur un feu ardent. Si elles font mêlées de fel commun, on verra une légère explofion & un pétillement fenfible à mefure qu’elles s’échaufferont. Les cendres gravelées ne demandent de préparation que lorfqu’on les fait entrer dans la compofition des glaces ou des verres à vitres ; alors il faut les purifier.
- On fe fert de nitre raffiné , vulgairement nommé falpêtre , plutôt comme décolorant que comme fondant, à caufe de fon habileté à ôter la couleur hétérogène au verre , & à détruire le phlogiftique du plomb. Comme fondant, il a moins de pouvoir que le fel alkali fixe des végétaux. Etant beaucoup plus cher, on doit lui préférer les cendres gravelées.
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- Le falpëtre qu’on emploie en Angleterre "vient des Indes Orientales , dans îa forme de ce qu’on appelle nitre crud, & en langage de commerce gros-petre ou rough-petre. Dans cet état il eft mêlé de fel commun. Il y a des gens qui le font un métier de le raffiner, & de qui les verriers l’achetent pour s’en iervir dans les compofitions où il doit entrer. Plus il relfemble à des morceaux de cryftal par fa forme, par fon luifant & par une pureté exempte de couleurs, plus on eft fur qu’il eft bon & qu’il n’a contracté aucun mélange étranger.
- 1 Le fol marin s’emploieauffi comme fondant, &a beaucoup de force pour exciter la vitrification des corps les plus durs y mais il en fout une grande quantité. Il produit néanmoins un verre moins folide que le plomb ou le fel. alkali des végétaux : c’eft pourquoi il faut le mêler avec d’autres fels , & le deifécher par décrépitation , c’eft-à-dire, le foire palier par un feu doux, jufqu’à ce qu’il celte de pétiller ; autrement fa force exploiive pouflerait les fubftances vitrefcibles hors du pot. Il faut bien fe garder après cette opération de l’expofer à l’air ; car il y reprendait fa qualité pétillante.
- Le borax eft le plus puiifont des fondans ; mais à caufe de fa cherté, l’on ne s’en fort que dans la composition des glaces ou autres ouvrages de prix , où il n’en faudrait pas une trop grande quantité. On le tire des Indes Orientales, fous le nom de tintai. La maniéré de le raffiner n’eft connue en Europe que de très-peu de perfonnes qui gardent fcrupuleufement ce fecret ; mais on s’en palfe aifément, parce qu’il eft facile de s’en procurer de raffiné. On juge de fa bonté par la groflèur & le brillant de fes maifes en forme de pierres. On le prépare en le calcinant à un feu doux qui le convertit en un état fembîable à celui de l’alun calciné. La calcination doit s’en faire dans un vaif. feau capable d’en contenir une bien plus grande quantité que celle qu’on veut calciner, parce qu’il eft fujet àfe gonfler & qu’il occupe, en fc dilatant, beaucoup d’efpace.
- L’arfenic eft auffi un très-bon fondant j mais lorfqu’on l’emploie en trop grande quantité, il rend le verre laiteux & opaque ; & par cette qualité, il retarde la vitrification, & dépenfe beaucoup de tems & de feu. Ainil il n’eft utile que pour donner au verre cette couleur laiteufe & opaque.
- Les cendres de bois , tant celles de genêt de bruyères que celles de tout autre végétal, font un bon fondant pour le verre à bouteilles ou le verre verd. Il fout les employer dans leur état naturel, c’eft-à-dire, dans leur mélange de terre calcinée & de fel lixiviel ou alkali fixe. En cet état elles fe vitrifient facilement & agiifent fur les autres fubftances comme un puiifant fondant. C’eft une circonftànce extraordinaire qui leur eft propre : car lorfqu’on fépare leurs fols de leur partie terreufe par une folution dans l’eau , leur partie terreufe répugne à la vitrification. Si même on y remettait ces fels, ou Ci on y en Tome XIII, S s
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- ajoutait d’autres, cette terre prendrait une nature toute différente de celle qu’elle avait avant la réparation de Tes fels.
- Ces cendres ne demandent d’autre préparation que de les cribler pour en féparer les fragemens de charbons de terre ou autres parties de végétaux qui ne feraient pas parvenues à une parfaite incinération. 11 faut auffi les préfet ver de toute humidité qui réparerait les fels de la partie terreufe. La bonté de ces cendres fe reconnaît par leur blancheur & leur exemption de toute impureté. Leur abondance en fels eft encore une preuve de leur bonté ; on peut l’éprouver en faifant une leffive d’une petite portion defdites cendres, & jugeant de fa; force par fon poids.
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- Section III.
- Des matières dont on fe fert, comme colorifiques , dans la compoftion du verre.
- Comme les matières propres à produire du verre de différentes couleurs viendront naturellement quand: je traiterai de cet art , je ne parlerai ici, dit notre auteur, que du nitre & de la manganefe qui fervent à dégager le verre de toute couleur hétérogène qui pourrait en altérer la beauté. Ces, deux ingrédiens font les plus employés , & prefque les feuls dont on fait ufage à cet effet dans les groffes verreries.
- On a fait mention ci-deffus de la nature générale du nitre ou falpêtre, en, lg confidérant comme fondant. Ici on ne l’examine que relativement à la çouleur. Sous cet afpeét, il a la faculté d’échauffer & foutenir en un état combuftibîe tous les corps qui contiennent une matière phlogiftique & ful-fureufe par leur rencontre avec lui à un certain degré de chaleur. Par fon ipoyen la matière fulfureufe eft détruite , & les corps font réduits en calcination. Aufli fait-on entrer le falpêtre comme ingrédient dans la compofi-tion du verre, où l’on emploie le plomb comme fondant, parce que le plomb chargeant toujours ce verre d’une teinte de jaune, le falpêtre en procure la deftrudtion. On voit cet effet en jetant un morceau de falpêtre dans du verre de plomb en fufion : il s’enfuit une explofion qui dure jufqu’à ce que l’acide du falpêtre foit confumé.
- D’après ce principe, on fent dans quel verre le falpêtre eft néceffaire, 8c quelle doit en être la dofe. Plus cher du double que les cendres gravelées , il n’a d’autre avantage fur elles que d’être moins chargé de couleurs. Il n’a-» git puiffamment que lorfque , purgé de fes acides, il fe rencontre avec les matières phlogiftiques : il va pour lors de pair en nature avec les cendres gravelées, mais dans la proportion d’un tiers de fa pefanteur originaire. Le nitre ou falpêtre doit donc entrer dans les verres formés de plomb & dans les verres
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- de Tels , où il faut beaucoup de trarifparence ; mais ceux-ci en exigent moins que les verres de plomb.
- La manganefe eft aufli fort utile pour ôter au verre toute couleur défa-gréable. Ce foftile partage la nature du fer fans en contenir beaucoup. Ou le trouve par-tout où il y a des mines de fer , & fouvent fur des couches de mines de plomb. Ce dernier eft meilleur que le premier, comme moins chargé de fer. Les montagnes près de Mondip, dans le comté de Dorfet, en fournifient de très-bonne qualité.
- La manganefe relfemble aflez à l’antimoine par fâ texture. Elle doit être d’une couleur de brun noir. On juge de fa bonté par l’obfcurité de fa couleur , & par fou exemption de figues extérieurs métalliques. Celle qui eft tâchée de brun rouge ou de jaune, & de toute autre marque qui annonce la préfence du fer , doit être rejetée.
- Son mélange avec toute elpece de verres les fait entrer facilement en fü-fion. Elle donne par elle-même au verre une couleur d’un rouge fort & empourpré. On s’^n fert à détruire toute teinte de jaune dont le verre pourrait être taché, parce que les trois couleurs primitives, qui font le jaune , le rouge & le bleu, mêlées enfemble , s’entre-détruifent & ne donnent plus qu’une couleur grife dans les corps opaques, & une couleur noire dans les corps tranfparens.-
- La teinture de la manganefe dans le verre lui communiquant fa couleur de pourpre, qui eft un compofé de bleu & de rouge, fe confond avec la couleur jaune ou verte du verre, & en détruit toute apparence, fur-tout par rapport au verd, parce qu’elle contient plus de rouge que de bleu. Alors le verre en reçoit une teinte noire & obfcure proportionnée aux couleurs détruites , & qui n’eft fenfible aux yeux qu’autant qu’on le comparerait à d’autre verre moins tranfparent.
- On doit donc éviter l’ufage de la manganefe dans les compofitions de verres qui demandent beaucoup de tranfparence. O11 n’y doit faire entrer que les fubftances les moins chargées de couleurs par leur nature, ou rendues telles par l’ufage du nitre.
- O11 calcine la manganefe dans un fourneau à feu violent, & on la réduit en poudre impalpable, avant de la mêler avec les autres fubftances. On était autrefois dans l’ufage de l’éteindre à plufieurs reprifes dans le vinaigre après fa calcination, pour la purger de toute partie ferrugineufe ; mais on a abandonné cette pratique comme inutile. O11 parlera ailleurs de l’application de la manganefe pour colorer le verre.
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- CHAPITRE IL
- Des inftrumens 6? uftenfiles dont on fe fert pour la compojîtion & la , préparation du verre.
- ( La plupart des enfeignemens que notre auteur donne dans ce chapitre, ne pouvant être utiles qu’aux Anglais , je vais légèrement le parcourir.
- Pour la pulvérifation & le mélange des ingrédiens, on fe fert, dit-il, de moulins qui fe mènent à bras ou à l’aide de chevaux ; de pierres à broyer & de molettes très-dures , afin que le verre ne contra&e que le moins qu’il fe pourra de la fubftance defdites pierres.
- Au défaut de moulins, on fe fert de grands mortiers de fonte de fer avec les pilons de même nature, qu’on a grand foin de préferver de la rouille. Dans les préparations les plus délicates, où l’on n’emploie que peu de matière , il faudrait que les mortiers fuffent de gros verre à bouteilles, ou d’agate , & la pierre à broyer, ainfi que la molette , de porphyre ou d’agate.
- Les tamis doivent être d’un bon linon très-fin, & avoir, comme ceux des apothicaires, un couvercle en-deffus & une boîte en-deifous, pour éviter l’évaporation de la poudre la plus déliée.
- Pour la fufion & la vitrification, l’on fe fert, dans les grands travaux, de grands fourneaux dont la conftru&ion , dit l’auteur, eft fi connue, qu’il eft inutile d’en donner la defeription. Mais quand on ne veut fondre qu’une petite quantité de verre, comme dans le cas de la teinture du verre en différentes couleurs ou de la compofition des pâtes qui imitent les pierres fines , on fe fert du fourneau ordinaire à vent, ou de l’athanor des chymiftes, ou enfin d’un fourneau fait exprès. L’auteur donne la conftrudion de ce fourneau ; mais je l’omets, ainfi que ce qu’il enfeigne fur le choix & la préparation des terres propres à faire les pots ou creufets, pour la raifon fufdite.)
- CHAPITRE III.
- De la préparation & compofition des différentes fortes de verre blanc tranfparent, actuellement en ufage en Angleterre.
- * Section première.
- Des différentes fortes de verre blanc & de leur compofition en finirai.
- Il y a différentes fortes de verre blanc , lavoir, le verre à cailloux & le verre de cryftal d’Allemagne, qui fervent tous deux au même ufage \ la glace à
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- SV
- miroirs , le verre à vitres, & le verre pour les fioles ou petits vaiffeaux.
- Le verre des quatre premières fortes exige non-feulement un fondant pur qui le décharge de toutes couleurs hétérogènes, mais encore le mélange du fable blanc, ou des cailloux calcinés, ou des cailloux blancs. Le verre à fioles, & même certaines efpeces de verre à vitres, ne demandent pas tant de délicateffe dans le choix des fubftances ; mais ces verres font moins nets , lorfqu’on y emploie un fable trop brun ou des fels impurs.
- Avec nos fables, plomb & charbon, dit l’auteur qui regrette ici le peu d’encouragement des verreries d’Angleterre & l’importation qu’on y fait du verre des manufactures étrangères, nous ferions du verre à meilleur marché que par-tout ailleurs: & cependant nous achetons à grand prix des glaces des manufactures de France ; du verre à vitres des Hollandais; des verres à boire, à bord doré, des verreries d’Allemagne, lefquels deviennent fort à la mode. La taxe qu’on a impofée fur le verre, contre tout principe de bonne politique, nous contraint à recourir à l’étranger, & nuit, au grand détriment de notre commerce, à l’exportation que nous commencions à faire de quelques fortes de cette marchandife.
- Section IL
- De la nature & compojîtion des verres à cailloux & de cryjlal dl Allemagne.
- Le verre qu’on appelle ici verre à cailloux, parce qu’avant l’ufage du fable blanc on le préparait avec des cailloux calcinés, eft de la même nature que celui qu’on nomme communément verre de cryjlal. Il en différé néanmoins par la compofition; car au lieu de n’y employer que les fels ou l’arfenic, on le forme en partie de plomb. D’ailleurs le corps de ce verre, au lieu d’être de cailloux calcinés ou de cailloux blancs de riviere , eft d’un fable blanc qu’on ne trouve point de la même bonté hors de l’Angleterre.
- Ce verre eft donc principalement compofé de fable blanc & de plomb, avec un peu de nitre^de manganefe & quelquefois d’arfenic, pour produire les effets dont nous avons parlé. Indépendamment du nitre on y ajoute d’autres fels, en diminuant le plomb à proportion; diminution qui parait parle peu de pefanteur & de tranfparence qu’on y trouve aujourd’hui, outre que les vaifleaux qu’on en fait font fouftiés à moindre épaiffeur. Le plomb rend , à la vérité, le verre moins dur & moins tranfparent que les fels; mais aufîi le verre dans la compofition duquel il entre, a l’avantage de réfléchir la lumière comme le diamant & la topaze. Les vaiffeaux ronds reçoivent du plomb un luftre que les fels ne leur donnent pas.
- En effet, la trop grande tranfparence & le défaut de jeu des verres de fels
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- donnent aux vaiiTeaux qui en font faits un certain air de maigreur qui influe fur la beauté de la couleur des liqueurs qu’ils contiennent. Mais ce verre eft préférable pour les vaiiTeaux polygones ou à pans, ainii que pour ceux qui font relevés en figures incruftées ou dorées. On peut en juger par ceux qui nous viennent d’Allemagne.
- Il n’en eft pas de même pour les pierres taillées à facettes, dont 011 fe fert pour les luftres : le verre de plomb y produit un bien plus bel effet pour les raifons ci-deifus défignées. Par ces différentes combinaifons, on peut épargner de la dépenfe & rendre Ton verre plus ou moins doux. Plus on augmentera la dofe du nitre & des fels, en diminuant celle du plomb, plus la texture du verre fera forte, & ainii vice verfa. Je vais donc donner, dit notre auteur , les compofitions de ces verres, relativement à toutes ces différences.
- Ferre à cailloux le plus parfait. N°. 1. Prenez cent vingt livres de fable blanc, cinquante de plomb rouge ou minium, quarante des meilleures cendres gravelées, vingt de nitre ou falpètre & cinq onces de manganefe. Fondez à un feu fort avec le tems nécelfaire. Cette compoiition eft plus chere que celle ci-delfous , mais approche davantage de la perfedion, qui confifte à réunir le luftre & la dureté. Si l’on veut en accélérer la vitrification & la laiflér moins long-tems au feu , on peut y ajouter une livre ou deux d’arfenic.
- Même verre avec plus de fels. N°. 2. Prenez cent vingt livres de fable blanc , cinquante - quatre des meilleures cendres gravelées, trente-fix de plomb rouge , douze de nitre & fix onces de manganefe. Fondez au même feu. Cette compofition fera plus dure que la précédente, mais réfléchira moins la lumière. On pourra y ajouter i’arfenic pour lesh^ifons ci-devant prefcrites. Si l’on diminue la quantité de fable, le verre fera plus doux & plus faible.
- Même verre à meilleur marché, avec de Carfenic. N°. Prenez cent vingt livres de fable blanc, trente-cinq des meilleures cendres gravelées, quarante de plomb rouge, treize de nitre, fix d’arfenic & quarante onces de manganefe. Lailfez pendant un long tems le tout en fufion, fans trop la hâter dans le commencement: I’arfenic fefublimeà un feu trop violent. Il eft bon d’ajouter à cette compofition une forte dofè de fragmens de verre imparfait : ces groifils ( ou calcins) fe fondant avant les autres ingrédiens , fixe-' ront I’arfenic. Il faut les lailfer au feu jufqu’à ce que I’arfenic ait entièrement difparu; car, malgré fa réfiftancp, il devient toujours un verre très-tranfparent, & communique cette qualité aux autres ingrédiens. Ce verre fera moins dur que les autres, mais plus clair & plus propre à former de grands vaiiTeaux.
- Même verre à plus bas prix, avec du fel commun. N°. 4. Prenez mêmes dofes des fubftances de la précédente recette ; mais omettez I’arfenic & fubftituez-
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- y quinze livres de fel commun. Le verre eft moins caflant, mais n’eft bon que pour les vaiffeaux de moindre force.
- Même verre le moins cher de tous, avec de t arfenic & du fel commun. N °. f. Prenez cent vingt livres de fable blanc , trente de plomb rouge, vingt des meilleures cendres gravelées, dix de nitre , quinze de fel commun , & fix d’arfenic. Mettez le tout en fufion à un feu modéré , mais allez long-tems pour ôter l’extérieur laiteux de l’arfenic. Ce verre fera plus doux que le dernier, & en conféquence le pire de tous, à l’apparence près qu’il aura aufïï bonne qu’aucun autre.
- Verre de cryjlal d'Allemagne le plus parfait. N°. 6. Prenez cent vingt livres de cailloux calcinés ou de fable blanc, foixante & dix des meilleures cendres gravelées, dix de falpêtre, demi-livre darfenic, & cinq onces de man-ganefe. Cette compofition donnera du meilleur verre. On y mêlait autrefois le borax ; mais fon prix excefîif en a dégoûté,, d’autant qu’on ne fe fert de ce verre que pour des ouvrages à très-bon compte.
- Même verre à meilleur marché, N°. 7. Prenez cent vingt livres de cailloux calcinés ou de fable blanc, quarante-fix de cendres gravelées, fept de nitre, fix darfenic, & cinq onces de manganefe. Laiifez long-tems en fufion à caufe de l’arfenic. Ce verre fera autant ou plus tranfparent que le précédent , mais un peu plus caifant. Au refte, l’arfenic eft un ingrédient fi défa-gréable & fi pernicieux à caufe de la fumée qu’il exhale jufqu’à fa parfaite vitrification, qu’il vaut autant fe fervir de l’autre compofition.
- Section III.
- De la nature & compofition du verre de glaces ou à miroirs.
- Ce verre eft le plus difficile à préparer & celui qui demande le plus de délicateife dans fa compofition. On ne peut lui donner autant de qualités différentes qu’au verre à cailloux , fans altérer fa bonté.
- Les qualités qui lui font propres font d’être fouverainement tranfparent & de n’admettre aucune couleur étrangère, de réfléchir la lumière le moins qu’il eft polfible, d’être entièrement exempt de bouillons & de fe fondre à un feu doux, La dureté de confiftance eft moins importante dans ce verre que dans le verre à cailloux : mais c’eft un avantage de plus quand cette qualité peut fe réunir aux précédentesncar alors les glaces peuvent être travaillées plus minces, & avoir le même degré de force, qualité fort utile pour la perfection des miroirs.
- Le fable blanc eft la vraie bafe de ce verre comme du verre à cailloux. Son fondant principal eft le fel alkali des végétaux, que les cendres fourniffent plus
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- V ART DE LA PEINTURE
- que tous les autres. Mais il doit être aidé dans lafufion par le borax, ou le fel commun, qui empêche d’ailleurs la matière vitrifiée de fe figer , en la eoiïfer-vant dans le degré de chaleur néceflaire pour en former des glaces. Le plomb & l’arfenic ne dévoient point entrer dans fa compofition : ils réfléchiflcnt trop de lumières. On ne peut purger trop foigneufement de toute fileté le fable qu’on y emploie. Nous avons indiqué dans la première fe&ion du chapitre premier la maniéré de le purifier. Il faut auffi calciner & pulvérifer le borax, avant d’en faire ufage.
- Quant aux cendres gravelées , dont on ne doit fe fervir qu’après les avoir purifiées exa&ernent, en voici la maniéré. Prenez telle quantité que vous voudrez de cendres gravelées : faites-les dilToudre dans le quadruple de leur poids' d’eau bouillante dans une marmite de fonte de fer. Quand elles font dilfoutes, ôtez-les, & les verfez dans une cuvette bien nette. LailTez-les y repofer pendant vingt-quatre heures, ou même plus long-tems. Séparez enfuite la dif. folution de fa lie ou fédiment, en les verfant par inclinaifon dans la marmite , & lailfez évaporer l’eau, jufqu’à ce que les fels foient parvenus à entière ficcité. Lorfqu’on ne s’en fert pas fur-le-champ, il faut les conferver dans des jarres de pierre à l’abri de l’air & de l’humidité. Il faut fur-tout avoir foin que la marmite de fer ne foit point touillée ; car la rouille donnerait à la glace une teinture jaune très-nuifible.
- Ferre de glaces le plus parfait. N°. I. Prenez foixante livres de fable blanc bien purifié, vingt-cinq de cendres gravelées auffi bien purifiées, quinze de falpètre & fept de borax. Lailfez le tout long-tems au feu , qui dans le commencement doit être très-fort, & plus modéré enfuite par degrés, afin que le verre fut exempt de bouillons. Si malheureufement ce verre était un peu taché de jaune , il n’y aurait d’autre remede que d’y ajouter, avant de le travailler, un peu de manganefe mêlée avec autant d’arfenic , & après avoir doublé le feu, l’y lailfer fe débarralfer de toutes les caufes qui peuvent oeêa-fionner fes bouillons.
- Si la teinte de jaune eft légère, on elfaiera d’une feule once de manganefe ; ou de deux , fi elle n’eft pas fuffifante. Mais il eft à remarquer que plus il y en entrera, plus le verre fera obfcur. Cette obfcurité au furplus ne fera pas alfez grande pour être trop fenfible au premier coup-d’œil. Le borax rend cette compofition un peu chere; mais le prix des glaces qui eft çonfidérable peut bien en faire fupporter la dépenfe.
- Même verre à meilleur marché. N°. 2. Prenez foixante livres de fable blanc, vingt de cendres gravelées , dix de fel marin , fept de nitre , deux d’arfenic & une de borax. Ce verre ne demande pas à la fufion un feu plus violent que le premier j mais il fera plus fragile & réfléchira plus de lumières. Etant par confisquent moins bon que le précédent, il vaut mieux rifquer plus de dépenfe
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- pour s’en procurer par l’autre procédé. C’eft plutôt d’ailleurs l’înduftrie & la façon nécelfaires pour la perfe&ion des glaces, qui les renchériflent, que le prix des ingrédiens qui entrent dans leur compoiition.
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- De la nature. & compojition du verre à vitres.
- Le verre à vitres le plus parfait demande les mêmes qualités & traitemens que les précédens. On peut fe fervir des mêmes compositions pour ceux qui veulent y mettre le prix* Mais comme ils font rares , on fe fert pour l’ordinaire d’une cortipoiitiori moins ehere , & l’on s’épargnë la dépenfe de la préparation qui confifte à moudre ou broyer les ingrédiens.
- Le meilleur verre à vitres d’Angleterre fè nomme crown-glafs ou verre de couronne. En voici la composition.
- N°. i. Prenez foixante livres de fable’blanc , trente de cendres gravelées purifiées, quinze de falpêtre, une de borax & une demi-livre d’arfenic. Ce verre, lorfque les ingrédiens font bons, eft très-clair fans être cher. Il entre en fufion à un feu modéré. Quand on veut le rendre plus fufible & plus doux, on ajoute une demi-livre ou une livre d’arfenic. S’il prend du jaune, on peut l’éclaircir avec la manganefe comme ci-devant.
- Verre à vitres a meilleur compte. N°. 2. Prenez foixante livres de fable blanc , vingt-cinq de cendres gravelées, purifiées , dix de fel commun , cinq de nitre , deux d’arfenic & une once & demie de manganefe. Ce verre fera inférieur au précédent; mais en purifiant les cendres gravelées au point de les dégager de toutes leurs parties terreufes qui lui donnent quelqu’opacité & l’empêchent de fe vitrifier , 011 peut le rendre plus parfait & moins Sujet en même tems à fe charger de jaune. Lorfqu’on s’efi: adiiré de la bontéMe ces cendres par une épreuve fulfifaiite ,011 peut s’épargner une once de manganefe , & peut - être plus.
- Verre à vitre commun, tirant fur le verd. N°. Prenez foixante livres de fable blanc , trente de cendres gravelées non purifiées , dix de fel commun, deux d’arfenic & deux onces de manganefe. Ce verre, fans trop tirer fur le verd, ne manquera pas de tranfparence & fera à bon marché.
- Même verre à plus bas prix. N°. 4. Prenez cent vingt livres de fable blanc au plus bas prix, trente de cendres gravelées fans être purifiées, foixante de cendres de bois bien brûlées & tamifées , vingt de fel commun & cinq d’arfenic. Ce verre fera un peu plus verd de couleur, mais au meilleur compte.
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- • . • ' ' ’ S E G T ' l , O- N V.. ! ‘ ""
- De la nature & compofition duverr-e peur- les fioles d'apothicaire&c.
- Ce verre tient le milieu entre le verre à cailloux & le verre à bouteilles, commun.
- Verre de fioles , le plus parfait. Na. I-. Prenez, cent vingt livres de fable blanc, cinquante de cendres gravelées làns les purifier, dix de fel commun * cinq d’arfenic & cinq onces de manganefe. Fondez à un feu modéré , & écuraez de tems en tems pendant la fufion à caufe de. l’arfenic.. Quand c.e verre réuflit,. il approche du verre de cryftal.
- Même_verre à meilleur marché., N°. 2. Prenez cent vingt livres, de fable blanc au plus bas prix, quatre-vingt de cendres de bois bien brûlées & criblées vingt de,cendres gravelées,,, quinze,de fel commun & line d’arfenic. Fondez à un feu modéré : iî le feu eft fort, la vitrification eft plus prompte. Ce verra; tire fur la couleur verte,. & elF paffablem.ent tranfparent,
- C H A P I. T R E - IV.
- ' ; . • M;.
- Du jmélange des ingrédiens qui entrent dans la compofition du verre-blanc tranfparent, & de P art d'en mettreerr fufwn- les différentes-corn-pojîtions , pour les bien incorporer & les conduire à une parfaite: vitrification.
- Section p r e m i e r e..
- Dû mélange.. des ingrédiens qui entrent dans la compofition du verre hlana
- tranfparent..
- On procédé à. ce mélange par différentes méthodes fuivant la différence’ des ingrédiens. Quand’ on. ufe enfemble des fables & des fels. alkalis fixes,, foit en forme de cendres gravelées , foit qu’on emploie, en- nature les cendres de tous les végétaux dont.les premières font extraites„ il faut les bien mêler. & broyer dans un lieu fec, lès mettre calciner à un feu. modéré pendant cinq ou fix heures,. en les remuant fouvent avec une efpece de rateau , puis, lès ôter du fourneau y St li on veut les garder , les mettre à, l’abri de l’humidité. La matière en cet état fe nomme la fritte. Elle peut être convertie en verre fans autre préparation que d’être réduite en poudre grofiîefè avant d’être mife dans le pot,, à moins qu’il ne fallût y ajouter d’autres ingrédiens. qu’on y mêlera par les méthodes fuivantes.
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- Si c’eft du nitre, le mélange s’eu fait après la calcination : quand il eft bien pulvérrfé, on peut le mêler avec la fritte fans les broyer enfemble.
- Si c’efl: de l’arfenic-, après l’avoir bien broyé , on peut le mêler avec le nitre avant de pulvérifer ce dernier, & les ajouter enfemble à la fritte. Lorfqu’on n’emploie pas de nitre, il faut broyer l’arfenic avec quelques livres de la Fritte, ou mieux encore avec les fels qui entrent dans la compofition
- Quand on fe fert pour le verre à cailloux de beaucoup de plomb & de nitre, & dans tous les cas de compofition d’un verre doux où 1 *011 fait ufagé de puiffans fondans , on ne calcine pas la fritte : 011 fe contente de bien mêler & broyer tous les ingrédiens enfemble, Mais fl l’on emploie la Fritte calcinée & grofïiérement pulvérifée, on la met dans le pot avec, les autres ingrédiens.
- Lorfque le borax eft le feul fondant qui doit être joint à la fritte , il faut le broyer avec une petite partie de fritte , puis le mêler avec le refte. Si l’on y ajoute d’autres ingrédiens , on peut le broyer avec eux. Avant d’employer le borax, on doit toujours le calciner, c’eft-à-dire, le mettre à un feu modéré , jufqu’à ce que de fon ébullition il paffe à fîccité.
- Quand on ufe de fel commun , on l’ajoute aux fels alkalins de au fable. On le broie avec eux, ce qui abrégé fa décrépitation , & on le met dans un vaiffeau net à un feu doux , jufqu’à ce qu’il celfe de pétiller. Si la fritte eft préparée de forte que le fel doive fç calciner avec elle, 011 peut le mêler avec les autres ingrédiens. Mais il faut le préferver foigneufement de toute humidité , qui perdrait la matière, en la diftipant par des explofions.
- La manganefe employée feule doit d’abord être bien broyée en particulier, puis avec quelques livres de la fritte. Mais fi l’on ajoute le plomb , le falpètre ou d’autres ingrédiens, on les mêle enfemble pour les broyer. Quand fa fritte ne ferait pas préparée, on pourrait la mêler avec chacun des ingrédiens fondans, & enfuite avec toute la maffe.
- Section II.
- De la manière de mettre en fufion Les différentes compositions pour les convertir en Verre , & des moyens de juger Ji La vitrification efi parfaite.
- Les matériaux étant bien préparés & mélangés , on met la compofition dans les pots de verrerie, pour être fondue à un feu proportionné à la qualité du fondant. On continue le feu jufqu’à ce que toute la maife devienne un fluide uniforme, & qu’elle ait acquis les qualités néceffaires à l’efpece de verre qu’on s’eft propofé de fabriquer. Un foin de la plus grande importance c’eft d’écumer exactement avec une cuiller les faletés que produifent les dilférens ingrédiens pendant la cuiffon avant de travailler le verre , fans
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- quoi les taches qii'il contradèrait lui Fêtaient perdre tonte lit valeur. Cette écume fe'nommt fiïim de verre. Les^'verriers la vendent aux marchands de couleurs , qui la“ revendent aux potiers , pour s’en fervir dans la composition de leur couverte ou vernis.1
- On ne peut établir de réglés certaines pour le terns que les compofitions de verre doivent relier au feu. La variété qui fe rencontre dans les différentes parties des matériaux, augmente l’incertitude fur les différens degrés de chaleur dans laquelle il faut maintenir le fourneau. La durée du feu dépend de fon plus ou moins d’adivité , ou de la force plus ou moins grande des fondans dont on peut juger par la nature & les dofes des ingrédiens. Au refteV en laiffant plus long-tems le verre en fufion, on ne rifque que le tems & le charbon ; car une longue cuiffon donne toujours au verre plus de confiftance & de netteté.
- Lorfqu’on veut s’affurer du véritable état de vitrification , on prend une-canne de fer dont le'bout foit poli ou au moins exempt de rouille , & onia plonge dans la matière en fcffion. Plus cette matière eft dudile & facile"» filer, plus la Vitrification eft certaine. Au furplus, la matière extraite du pot étant feifoidie, on juge de fa qualité par fa couleur & fa clarté. Si elle eft tranfparente, fans couleur, lans tache ni bouillons, elle eft dans fon état de perfedion, & on peut la travailler. Si ces qualités lui manquent, on la laide plus long-tems en fufion, en l’effayant jufqu’à ce qu’on foit content de fa couleur & de fes autres qualités.
- Comme il pourrait arriver que la matière, après avoir été très-loiig-tems au feu, n’eut pu parvenir à l’état de perfedion defiré , on trouvera dans la fedion fuivante les moyens d’y remédier, foit que la défeduofité vienne de la part des matériaux, foit quelle vienne de la compofition même.
- S E C T I O N II I.
- Des moyens d'accélérer & procurer la parfaite vitrification des ingrédiens, lorf-que ‘la compojîtiôn ejl défeclueufe , & de remédier à La teinte de jaune ou de verd dont elle aurait pu fe charger
- Si malgré tous les 'foins le verre ne fe réduit pas à la fufion en' un tout fluide,/uniforme ,e’il paraît trouble & laiteux, s’il abonde en bouillons après quelque diminution dü feu , ilffaut en conclure que le fondant eft trop faible, & y Cn ajouter dans la même proportion qu’avant la cuiffon, mais par degrés v de façon qu’une ébullition fubite ne fade pas gonfler & extravafer la matière. On fe réglera pour ia dofe fur ce qui paraîtra avoir occafionné le retard de la vitrification. On mettra d’abord cette dofe moins forte, fauf à
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- augmenter par la fuite, fi elle ne devenait pas fuffifante. Le trop de fond ans-nuifant à la qualité du verre & les fels ne pouvant être rectifiés que par la durée de la fulion , la plus petite quantité, ainli ajoutée après coup , fait fou-vent un effet qu’on ne femblait pas devoir attendre.
- On ufe quelquefois de l’expédient fuivant pour accélérer la vitrification». On prend quatre ou fix onces d’arfenic,. que l’on mêle avec une once de manganefe. Le tout étant bien entortillé dans un morceau de papier en double, on l’attache au bout de la canne, & on le plonge au fond du pot. Alors le verre commence à s’éclaircir vers le fond, & ainli fucceflïvement jufqu’en-haut.
- Je n’approuve pas , dit l’auteur, l’ufage de la manganefe..Car fi le verre n’a point pris une teinte de jaune, elle lui donne une couleur tirant fur le pourpre, qui, quoique peu fenfible, eft toujours une imperfection dont on s’apperçoit, fi on le compare avec d’autre parfaitement blanc. Je crois donc qu’il vaudrait mieux mêler à l’arfenic deux ou trois onces de borax calciné : cet expédient ne nuit point au verre, & n’augmente pas la dépenfe, vu la quantité de marchandise que rend un pot de verre travaillé.
- Lorfque le verre, parfait d’ailleurs, peche par une teinte jaune ou verte , on la diminuera en ajoutant une ou deux livres de nitre, fi l’on en a peu employé auparavant dans la compofition. En ce cas on fera fondre le nitre avec de la fritte, ou avec quelqu’autre verre de même nature que celui qui eft dans le pot, avant de le mêler avec les ingrédiens qui font en fufion actuelle. C’en le moyeivdc le faire incorporer plus facilement avec toute la matière & d’empêcher qu’il ne s’extravafe par l’ébullition qu’occafionnerait l’humidité contenue dans le morceau de nitre.
- Si cet expédient ne fuffitpas, on aura recours à la manganefe mêlée avec deux ou trois onces d’arfenic , que l’on introduira dans le pot comme delfus , pour empêcher la cralfe du verre de flotter fur la furface de la matière fondue , tandis que l’arfenic fe fublimerait & ne ferait aucun effet.
- CHAPITRE V.
- De la compofition & du traitement dit verre verd comnun ou à bouteilles;
- Ce verre , fi on excepte la beauté en couleur & en tranfparence , eft le plus parfait de ceux qu’on manufacture. Eu égard à fou utilité , fa compofition eft d’auffi grande importance que celle de tout autre verre.
- On le forme de fables de- toute efpece , mis en fufion avec des cendres de bois ou autres végétaux. Quoiqu’elles ne foient pas dégagées de leurs feis qui feuls peuvent communiquer au verre fa tranlparence ; chargées de la partie terrenfe calcinée des fubftances végétales dont elles font produites, elles donnent au verre fa confiftance.
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- l'ART DE LA PEINTURE
- Cette partie terreufe acquiert la réfra&ion , étant féparée de fes Tels, & réfifte lion - feulement à ces mêmes Tels, mais même aux fondans les plus actifs j tandis qu’unie à fes fels par l’incinération, non - feulement elle fe vitrifie parfaitement elle - même , mais encore devient fondant : car, en mêlant l.e fable avec les cendres en nature , il s’en convertit une plus grande quantité en verre qu’on ne pourrait en obtenir par la proportion des fels contenus dans ces cendres, fi on les employait fins leur partie terreufe.
- Le verre à bouteilles en général eft compofé des deux ingrédiens fufdits : mais fi l’on pouvait avoir une quantité fuffifante de fcories ou mâchefer ( Clinkert) , on en tirerait un grand avantage ; car il faudrait moins de cendres de bois, & le verre fe trouverait d’une plus parfaite qualité. Les fcories des grandes fonderies & des grands atteliers où l’on emploie un plus grand feu font les meilleures.
- Voici la compolition particulière de cette forte de verre; mais les proportions qu’on donne fuppofènt le fable le plus doux. Le bon choix de ce faible procure une épargne confidérable fur les cendres de bois.
- Verre à bouteilles fans fcories, N°. i. Prenez deux cents livres de cendres de bois & cent de fable. Mêlez bien le tout en broyant. Voilà la proportion convenable lorfque le fable eft bon, & qu’on emploie les cendres fans autre addition. Mais il eft des veines de fable fl propres à la vitrification, qu’on peut en forcer la dofe.
- Verre à bouteilles avec des fcories. N°. 2. Prenez cent foixante & dix livres de cendres de bois, cent de fable & cinquante de fcories. Mêlez bien le tout en broyant. Les fcories doivent être bien moulues avant de s’en fervir. Mais comme fou vent elles font trop dures, on les caife feulement par petits morceaux, & on les mêle fans les broyer. Plus elles font dures, moins il eft important de les réduire en poudre; car dès-lors elles entrent d’elles-mêmes plus facilement en fufion. On procédé d’ailleurs comme on a dit précédemment. Si l’on n’a pu fe procurer des fcories en quantité fuffifante , il faut du moins en avoir un peu, pour en faire ufage lorfque la vitrification eft défec-tueufe : car alors il vaut mieux ajouter à la compofition une partie égaie de fcories & de cendres de bois que des cendres deJbois feules, qui, à caufe de leur variété , peuvent être fouvent un fondant trop faible.
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- SUR FERRE. Partis ïl.
- CHAPITRE VL
- Du verre colore ou teint dans totite fa majfe.
- Section, première.
- De la nature en general du verre de couleurs , & de différentes comportions propres à les recevoir , relativement au verre qui en efl empreint , & aux pâtes qui imitent les pierres précieufes , avec leurs qualités particulières.
- Le verre qu’on veut colorer peut être rangé en trois claÆes ; lavoir, le verre blanc opaque & fémi-tranfparent, le verre coloré tranfparent, & le verre coloré opaque & fémi-tranfparent.
- ^ Le premier s’emploie, comme certains verres tranfparensà faire de petits vafes, des joujoux d’enfans, & quelques vaiffeaux utiles dans le ménage, tels que des pots à crème , &c. à l’imitation delà porcelaine de la Chine. On l’emploie aufti, comme l’émail blanc, aux cadrans , tabatières & autres pièces qui ne font pas dans le cas de paffer plusieurs fois au .feu. La composition de ce* verre eft très-variée. Aucun verre fans couleur ne peut lui fervir de bafe. Sa teinte fe forme d’étain calciné,, d’antimoine ou d’arfenic, ainfl que de cornes de cerf & d’os calcinés.-
- Le fécond eft également varié. Il fe diftingue communément en verre de couleur & en pâtes, & voici le motif de cette diftinction., L’objet de ce verre eft l’imitation des pierres précieufes : ainfi 5pour être parfait, il doit être clair & tranfparent, exempt de-toutes couleurs hétérogènes , dur & tenace. Or ces qualités demandent un verre très-difficile à fondre, & conféquemment un feu confidérable. Mais comme ceux qui n’en préparent qu’en petite quantité, ne pourraient Soutenir un fi grand feu, l’on a cherché à parer cet inconvénient par des comportions plus tendres, quipulfent entrer en fufion à la chaleur d’un petit fourneau ordinaire & acquérir en moins de tems leur perfection ; c’eft c:e qu’on appelle pâtes.
- La- d'ureté , qualité eirentielle pour les bijoux d’un Service journalier , étant exigée dans la contrefaçon- des pierres précieufes , il n’eft point de verre plus propre pour les imiter que le verre parfait de fels, où il neutre pas plus de fon-dans qu’il n’en faut pour la vitrification complété du verre & pour l’incorporation des matières colorantes. Il faut feulement qu’il ne contrarie aucune teinte étrangère à celle que le verrier veut lui donner.
- Quant aux pâtes , le meilleur verre pour les former eft un verre mêlé de plomb- & de fels ; car, entrant aifément en fufion , il vitrifie en peu de tems les corps métalliques employés à fa teinte.. Pour rendre ce verre plus fuu'oie.
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- L'ART DE LA PEINTURE
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- & épargner du plomb qui, mis en trop grande quantité, en rend le tiflutrop tendre & trop frangible, il faut y faire entrer l’arfenic & le borax.
- Cette compofition a encore cet avantage, qu’aucune autre n’eft plus propre à contrefaire le diamant & la topaze, parce que le plomb lui donne une ré-fraclion extraordinaire. Ce genre de verre devrait appartenir à la clafle des verres blancs tranfparens ; mais l’ufage qu’on en fait pour imiter les pierres précieufes , autorife à le placer au rang des pâtes.
- La derniere forte de verre coloré fe forme indifféremment des comportions de verre dur ou de celles des pâtes. On s’en fert pour contrefaire les pierres fémi-tranfparentes, telles que le lapis lazuli, la calcédoine ,le jafpe, l’agate, l’opale, &c. On fait ce verre comme le précédent , à l’exception qu’on y ajoute un corps opaque blanc qui puiife fouffrir la fufion fans fe vitrifier. Sa compofition eft d’autant plus difficile qu’elle effc fufceptible d’une variation de couleurs dans une même piece : aufii en fait-on peu.
- Section II.
- De la nature & préparation des matières dont on fe fert pour teindre le verre.
- Les matières dont on fait ufage pour teindre le verre font, à l’exception du tartre , métalliques & foiîiles.
- Les métaux en font la partie principale. Ils produifent toutes les couleurs, excepté le bleu parfait; mais pour éviter les frais, on préféré les fémi-métaux 6c les préparations des corps fofliles, fur-tout pour le jaune , où l’antimoine remplace l’argent.
- Les matières pour produire le blanc opaque font l’étain calciné ou le putty, l’antimoine calciné, l’arfenic , la corne de cerf ou les os calcinés & le fel commun. Pour le* rouge, l’or, le fer , le cuivre, la manganefe & l’antimoine. Pour le bleu , le faffre & le cuivre. Pour le jaune , l’argent, le fer , l’antimoine 6c la manganefe avec le tartre. Pour le verd, le cuivre ,1e grenat de Boheme 6c tout ce qui donne le jaune & le bleu. Pour le pourpre , tout ce qui produit le rouge 8c le bleu. Pour l’orangé, l’antimoine & tout ce qui donne le rouge 8c le jaune. Pour le noir, le faffre, la manganefe, le cuivre & le fer. Les préparations de tous les métaux, fémi-métaux & autres ingrédiens propres à teindre le verre, ont été , dit notre auteur, déjà indiqués dans le premier tome fur la maniéré de peindre fur verre , ou plutôt de le colorer fur une furface, comme j’en ai fait la remarque dans l’extrait que j’en ai donné. Le grcnat.de Boheme 11e demande autre préparation que d’être bien pulvérifé.
- Section
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- SUR FERRE. Partie IL Section III.
- Frittes de verre dur <S* de pâtes propres à recevoir des couleurs.
- Quoique tout verre fans couleur puifle être teint, il ya cependant, comme on l’a déjà obfervé , quelques compofitions plus adaptées aux objets pour lefquels on fait le verre coloré , foit par leur dureté & ténacité , (oit par plus de facilité à être travaillées par ceux qui les 'manufacturent, eii ee qu’elies' demandent moins de feu pour leur fufion, & vitrifient plus rapidement la matière colorifique. La tranfparence du verre & la privation de couleurs hétérogènes font au refte également néceffaires dans les verres durs & les pâtes. Pour s’en procurer de parfaits , on pourrait donc préparer un verre de chaque efpece où Poil fe fervirait de méthodes plus exades que ce que permettent l’intérêt & la main-d’œuvre des grolfes manufactures ou verreries. Mais avant de pafler aux meilleures compofitions pour le verre dur, comme l’extrême pureté des fels alkalis fixes eft d’une grande conféquence, il ne fera pas inutile dé donner la méthode de les porter au plus haut degré de perfection.
- Prenez trois livres des meilleures cendres gravelées & fix onces de falpètre ; mèlez-les enfemblë dans un mortier de marbre ou de verre. Mettez-en une partie dans un grand creufetà un feu violent. Si-tôt qu’elle eft devenue rouge,-jetez-y le refte par degrés. S’il ne pouvait contenir le tout, verfez une partie de la matière fondue fur une pierre mouillée ou fur du marbre ; & votre creufet vous donnant afl'ez de place, mettez-y le refte , & lailfez-le jufqu’àce qu’il foit rouge. Verfez enfuite le tout dans un pot de terre ou de fer avec dix pintes d’eau, que vous ferez chauffer jufqu’à ce que les fels foient fuffi-fàmment fondus. Laiffez refroidir. Filtrez la totalité à travers du-papier Jofeph. Remettez enfuite le fluide dans le pot. Evaporez l’humide jufqu’à ficcité,de forte qu’il devienne aufîi blanc que la neige , le nitre ayant brûlé toute la matière phlogiftique qui reftait dans les cendres gravelées après leur première calcination.
- Fritte du meilleur verre dur. N°. i. Prenez douze livres du meilleur fable blanc, bien lavé , fept de cendres gravelées ou fels alkalis fixes purifiés avec le nitre , une de falpètre & demi-livre de borax. Le fable ayant été bien pul-vérifé dans un mortier de pierre dure ou de verre, mettez - y les autres in-grédiens & mèlez-les bien avec lui.
- Autre du meilleur verre un peu moins dur. N°. 2. Prenez douze livres de fable blanc, bien lavé, fept de cendres gravelées purifiées avec le falpètre, une de nitre ,demi-livre de borax, & quatre onces d’arfenic. Procédez comme deffus. Si on veut fondre le verre avec un moindre feu, on mettra une livre de borax au lieu d’une demflivre, & on y ajoutera une livre de fel commun.
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- L’A RT DE LA PEINTURE
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- Mais il eft bon d’obferver- que- ce bel rend le verre plus frangibîe ; ce qui nuit beaucoup aux ouvriers qui le détaillent en petits morceaux pour en faire des bijoux,.
- Fritte de pâte, ou verre doux. N°. 3. Prenez lix livres de fable blanc, bien lavé , trois de mine de plomb rouge , deux de cendres gravelées purifiées avec le falpètre & une de nitre : procédez comme deifus.
- Autre beaucoup plus douce. N°. 4. Prenez, fix livres de labié blanc , bien lavé, trois de. mine de plomb, rouge, trois de cendres gravelées purifiées,, line de nitre , demi-livre de borax, & trois onces d’arfenic : procédez comme deifus. Cette c.ompofïtion trèsrdouce fondra à une chaleur modérée ; mais elle demande du tems pour s’éclaircir à caufe de l’arfenic. On peut la préparer ou la teindre à un feu ordinaire fans fourneau de fujétion , pourvu que les. pots qui la contiennent, foient environnés de charbons allutnés,,&qu’on ait foin qu’il n’en tombe pas dans le creufet.
- Comme le borax eft cher, 011 peut l’omettre en augmentant le. feu, ou y fubftituer une livre de fel commun ; mais ii l’on préféré le borax, le verre fera plus parfait, plus clair & plus exempt de bouillons. Ce verre, étant très--doux , ne fera pas d’un bon fervice pour les bagues , boucles & autres bijoux expofés au frottement ; mais pour boucles d’oreilles.& ornemens de col, il peut, îtvoir lieu.
- Il arrive fouvent qu’il refte au fond du pot une partie de fable non vitrifiée ; mais il faut bien prendre garde de n’en lailfer aucune , car alors le verre étant trop chargé de feîs & de plomb., ne peut fouftfir l’injure de l’air qui le corrode & lui donne une obfc.unté qui en ternit tout le luftre. (a). De. pauvres lapidaires Anglais en firent, il y a quelques années., une facheufe expérience. Il y avait alors, une fourniture confidérable à faire de toutes, fortes d’ornemens décorés, de fauifes pierreries pour le commerce des Indes, occidentales Eipagnoles. Ils y avaient employé beaucoup de pâtes colorées la plupart tirées de Venife ,. qu’ils avaient achetées d’un particulier qui avait, trouvé l’occafion dé fe les procurer à grand marché ; mais en peu de tems, ces1 pâtes fe couvrirent fur la furface d’une efpece d’écume & de taches qui en. dévorèrent la fubftance & en effacèrent le luftre, au grand détriment des entrepreneurs.
- . Il réfulte delà qu’il eft eftentiel dans les c.ompofitions d’ajouter plus de fel & de plomb que la dofe ci-deifus prefcrite , & de veiller à ce que le fable, qui fait le corps du verre, entre totalement, en fulion avec les.ingrédiens colorans : ou li l’on acheté ces pâtes toutes préparées , il faut s’alfu.rer de leur bonté, fans quoi l’on court rifque. de perdre l’argent.qu’elles ont coûté, le.
- (a.) Nous exprimons cette circonlocution par le verbe Je tayer. >
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- SUR F E R R E. Vnüit Iï.
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- 'tettis de les tailler, & fo'ri propre ‘crédit, en vendant une marchandée fi dé» feChieüfe.
- On peut parer l’inconvénient de la réparation dès fels, eh les calcinant d’avance avec le fable, comme dans la maniéré de préparer la fritte. Mettez à cet effet le fable & le fel pulvérifés & mêlés, fur une tuile à un feu modéré, en les remuant avec une pipe à tabac ou une verge de fer. Placez cette tuile à l’entrée du fourneau ; lorfque la matière paraît en refroidiifant former un corps dur, ôtez-la , gardez-la à l’abri de l’humidité, & la pulvérifez pour la mêler avec les autres matériaux, fuivant la proportion que vous aurez ^bfervée à l’égard des ingrédièns de cette fritte , fans autre préparation*
- Sect ion IV.
- Comportions de verres durs & de pâtes de couleur rouge.
- Verre coloré tràhfparérit. Couleur rouge. Verre dur fin, couleur de rubis. N°. i„’ Prenez une livre de la fritte de verre dür, enfeignée dans la précédente fèc» tion , fous les num. ï ou 2, & trois dragmes de chaux de Caflius ou d’or , précipitée par l’étain, comme il a été prefcrit au chapitre de la peinture en émail, fectionlll. Pulvérifez ce verre avec de la chaux d’or , dans un mortier de verre , de pierre ou d’agate ,**& les mettez en fufion. On peut rendre ce verre rouge plus ou moins foncé, en augmentant ou diminuant la dofe de l’or félon la deftination de la compofition ; car fi on l’emploie à faire des bagues, des bracelets Ou tous les autres ouvrages tranfparens fous lefquels on fe fert de feuilles, 011 peut épargner beaucoup fur la couleur du verre fans l’altérer j mais pour les boucles-d’oreilles ou autres tranfparens , il faut une couleur pleine telle que celle indiquée fous le préfent numéro.
- Pâte couleur de riibis. N°. 2. Prenez de la fritte des pâtes fous les nutn . 2 ou'4 , une livre ; deux dragmes'de'chaux de Caflius, & procédez comme deffus.' Cette compofition, auffibelle que la précédente , aura feulement moins 'de dureté ; mais comme ce défaut en diminue la valeur pour certains objets , on peut recourir à la fui vante qui eft à meilleur marché.
- Autre pâte'rouge à meilleur marché. N°. 3. Prenez demi-livre de là Fritté des pâtes fous les num. 3 ou 4, autant de verre d’antimoine , & une dragmè & demie de. chaux de Caflius. Cette compofition, quoiqu’à meilleur compte, fait le même eifet que la précédente 3 mais elle tire plus Fur l’otangé quê fur le cramoifi. ' , A
- Verre dur couleur dt grenat. N°. 4. Prenez deux livres de la fritte de verre dur-, fous les num. 1 ou 2 , une de verre d’antimoine , une dragme de ma 11-gauefe , & autant de chaux de Caflius. Cette compofition, qui eft très-belle s étant chere à caufe de l’or, ou peut lui fubftituer celle qui fuir.
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- Z’ A R T DE LA T El N TU R E
- Le .même à,meilleur marché. N°* f. 'Prenez deux-livres , de la,fritte de,verre dur, fous les num. i ou 2, autant de verre d’antimoine ,& "deux dragmes de manganele. Si'la couleur .eft trop,-foncée.ou trop empourprée dans cette compofition & la précédente, on diminuera la dofe de manganefe.
- Pâte couleur de grenat. N°. 6. Prenez de la fritte des pâtes fous les num. I ou 2, ou plutôt ( a ) fous les num. 3 ou 4 ; le refte comme deflus.
- Verre dur couleur de grenat vinaigre. N°. 7. Prenez deux livres de la fritte de verre dur , fous les num. i ou 2, une de verre d’antimoine , demi-once de fer bien calciné. Mêlez le fer avec la fritte ï fondez - les jufqu’à pleine tranC-parence; ajoutez-y le verre d’antimoine pulvérifé. Remuez le tout avec une pipe à tabac , ou avec la canne de fer , 8c continuez au même feu jufqu’à ce que la totalité foit incorporée parfaitement.
- Pâte, couleur de grenat vinaigre. N°. 8» Prenez de la fritte des pâtes fous les num. 3 ou 4, & faites comme delTus.
- Dans toutes les compofitions qui précèdent 8c qui fuivent, il faut obfer-ver, relativement aux dofes des calorifiques ou matières propres à teindre le verre, que, les frittes des pâtes ont plus de pefanteur que celles de verre dur, à caufe du plomb qui y entre y qu’ainli le volume étant moindre dans .une livre de pâte que dans pareil poids de verre dur , il faut proportionnelle-,ment moins d’ingrédiens colorans pour donner à la première la même force . de couleur qu’au fécond.
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- Section V.
- Compoftion de verres durs & de pâtes de couleur bleue.
- Couleur- bleue. < Verre dur couleur de bleu fort. N°. ï.. Prenez dix livres de la fritte de verre dur, fous Jes. num. 1 ou 2, lîx dragmes de. faffre, & deux de-manganefemêlez & fondez comme deifus. Si ce verre donne un bleu trop foncé, .diminuez, les dofes de faifre & de manganefe. S’il tourne trop fur le pourpre, fupprimez la manganefe. Si vous voulez une couleur .de bleu pur, fubftituez à la manganefe demi-once de cuivre calciné , & mettez moitié moins de faire.
- (a) Il paraît qu’il y. a dans cette com- fritte ne peut être indiquée fous les num.*! pofition, & quelques-unes des fuivantes, ou 2 , puifq.ue ces numéros font ceux de une faute d’inattention de la parc de fauteur. la fritte de verre, dur% C’eft pourquoi par-ou du traducteur, touchant l’indication des tout où, comme ici, la fritte des pâtes fera numéros delufr-itte des pâtes, qui- jufqu’ici indiquée fous les num. 1 ou 2 , j’ajouterai si été indiquée fous les num. } ou 4. Car on cette parenthefe ( ou plutôt fous.les num. 3 voit par la .fedion, précédente que cette -ou 4 j. .
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- SUR V R R R E. Partie II. 541
- Pâte couleur de bleu fort. N°. 2. Prenez dix livres de la fritte des pâtes ious les, num. i ou 2, ou plutôt fous les mum. 3 ou 4, le refte .comme à la précédente recette.
- Verre dur couleur de faphir. N°. 3. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les num. 1 ou 2, trois dragmes & un fcrupule de falfre , & une dragme de chaux de Caflius ou d’or, précipitée par l’étain : au furplus procédez comme delfus.
- Le même, à meilleur marche. N°. 4. Servez-vous des fubftances & des dofes de la précédente recette : feulement au lieu d’or précipité, mettez deux dragmes Si deux fcrupules de manganefe
- Si le mélange eft bien fait, la couleur fera fort bonne, & le verre employé & taillé relfemblera parfaitement au vrai faphir ; mais comme la manganefe porte toujours avec elle quelque chofe d’impur qui diminue l’éclat du verre, la recette précédente donne une couleur encore plus belle.
- Pâte couleur de faphir. N°. f. Prenez de la fritte des pâtes fous les num. 3 ou 4; le refte comme delfus. , O11 peut fort bien ne point employer for précipité pour colorer les pâtes : alors 011 fe fervira de la méthode fuivaute.
- Verre dur ou pâte couleur de faphir, par le moyen du bleu d'émail. N°. 6. .Prenez telle quantité que ce foit des frittes de verre dur, ou de pâtes, mèlez-les avec un huitième de leur poids du bleu d’émail le plus tranfparent & le ..plus tirant fur le pourpre que vous pourrez trouver.
- Verre dur couleur daigue - marine. N°. 7. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les num. 1 ou 2 ; trois onces de cuivre calciné avec le loufre, comme il a été dit dans la fedion III du chapitre de la peinture en émail j & un fcrupule de falfre : mêlez-& fondez comme delfus.
- Pâte couleur d'aigue-marine. N°. 8. Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les num. 1 ou 2 9 ou pkitôt fous les num. 3 ou 43 opérez comme à la Recette prefcrite fous le n°. 6 de la préfente fedion.
- Secti on VI.
- Compofilions de verres durs & de pâtes de couleur jaune.
- Couleur-JAUNE. Verre dur couleur d'or ou jaune plein. N°. i. Prenez dix livres de laf ritte de verre dur fous les num. 1 ou 2 ; mais fupprimez le falpètre. Ajoutez pour chaque livre une once de borax calciné, même deux, ftf le verre n’apasalfez de fondant ; djx opces de tartre rouge le plus épais, deux onces de manganefe, deux dragmes de charbon de faule , ou autres genres doux , & opérez comme -delfus. On peut préparer cette couleur avec de l’argent ; maig comme l’avantage n’en contrebalance pas la dépenfe, je n’en donnerai pas, dit nptre auteur ,1e procédé.
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- L'A R T DE LA PEINTURE
- T ai 2 couleur d’or, ou jaune plein. N°. 2 Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les num. 3 ou 4, préparées fans falpêtre, & une oiice & demie de fer fortement calciné. Opérez comme deifus. Lorfqu’il entre du plomb dans la compofition du verre, on ne fe fervira pas de tartre crud ou de charbon de faule. On pourra même fe paflêr de nitre , parce que la teinture jaune que le plomb donne au verre ne peut lui nuire & 11e fait qu’ajouter à la couleur. On peut auffi la préparer par l’antimoine crud, auffi bien que par le fer calciné; mais ce verre eft difficile à manœuvrer, & ne vaut pas mieux.
- Verre dur couleur de topaze. N°. 3. Prenez dix livres de la fritte de verre dur de couleur d’or. Réduifez le tout en poudre , & fondez enfemble. Comme il y a'des topazes d’un jaune plus ou moins foncé, l’on peut, pour les contrefaire, varier les dofes du jaune eu égard à la fritte; car le jaune ici préférât eft très-fort en couleur.
- Pâte couleur de topaze. N°. 4. Cette compofition peut fe faire comme la précédente, mais on peut omettre le falpêtre ; & pour imiter les topazes légères en couleur , il ne faut ajouter ni pâte couleur d’or , ni autre matière colorante ; le plomb fuffit, lorfqu’il n’eft pas détruit par le nitre
- Verre dur couleur de chryfolithe. N°. f. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les num. 1 ou 2, & fix dragmes de fer calciné. Mêlez & fondez comme deflus.
- Pâte couleur de chryfolithe. N°. 6. Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les num. 3 ou 4, préparées fans falpêtre, & cinq dragmes de fer calciné : opérez comme delfus.
- Section VIL Comportions de verre dur & de pâte de couleur verte.
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- Couleur verte. Verre dur couleur démeraude. N°. 1. Prenez neuf livres de fritte de verre fous les num. 1 ou 2 , trois onces de cuivre précipité à l’eau-forte , & deux dragmes de fer précipité.
- Pâte couleur d émeraude. N°. 2. Prenez pareil poids de la fritte des pâtes fous les num. 1 ou 2, ou plutôt fous les num. 3 ou 4. Si l’on omet le falpêtre, on emploiera ici moins de fer que dans la précédente recette.
- Section VIII.
- Compofition de verres durs & de pâtes de couleur pourpre. -- -
- Couleur pourpre. Verre dur couleurpourpre & luifan t. ;N°. 1. Prenez dix
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- SUR FERRE. Partie IL
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- livres de la fritte de verre dur fous les num.. i ou 2 x fix dragmes de faffre , & une dragme d’or précipité par l’étain; mêlez & fondez , &c.
- Verre dur couleur de pourpre , à meilleur marchéN°. 2. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les num. 1 ou 1, une once de manganefe , & demi-once de faifre ; mêlez , &e.
- Pâte couleur de pourpre foncé. NG. 3. Prenez dix livres de la fritte des pâtes, fous les num. 3 ou 4, ajoutez-y les ingrédiens colorans prefcrits-ci-deifus , &c..
- Verre dur couleur d'améthyfe. NJ. 4. Prenez dix livres de la fritte.de verre dur fous les num-. 1 ou 2, une once & demie de manganefe, & une dragme de faifre: mêlez,&c.
- Pâte coideur d'améthyjle. N°. ç. Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les num. 1 ou 2, ou plutôt fous les num. 3. ou 4 : au furpius comme à. la précédente recette.
- Section IX.
- Compojition d'une pâte qui imite le diamant.
- COULEUR DE DIAMANT. Pâte qui imite le diamant. Prenez fix livres de fable' Blanc , quatre de mine de plomb rougetrois de cendres gravelées purifiées,, deux de nitre, cinq onces d’arfenic, & un fcrupule de manganefe. Mêlez; mais lailTez long-tems la matière en fuiion, à caufe de la quantité d’arfenic-Lorfque cette compofition elf parfaitement vitrifiée & exempte de bouillons,, elle elf très-blanche & d’un grand brillant. Si à l’eflai elle tire trop fur le rouge, ajoutez-y un fcrupule, ou-plus, de manganefe. On peut lui donner, plus de dureté , en y faifimt entrer moins de plomb & plus de fels, ou en la. fondant à un feu violent ; mais la diminution du plomb lui. ôte un peu. dir laftre de diamant.
- S E G T I O N X.
- Compojitions' de verre dur & de pâte de couleur noire parfaite..
- COULEUR NOIRE. Verre dur parfaitement noir. N<?. 1. Prenez dix livres de la’ fritte de verre dur fous les num. 1 ou 2, une once de faffre, fix dragmes de: manganefe-, «St autant de fer fortement calciné : mêlez, &c.
- Pâte parfaitement noire. N°. 2. Prenez dix livres de la fritte des. pâtes fous, les num. 1 ou 2 , ou plutôt-fous les num. 3.ou 4, préparées avec lefalpêtre,. une once de faifre , fix dragmes de manganefe, «St cinq dragmes de fer fortement calciné : mêlez, &c.
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- L'ART DE LA PEINTURE
- Secti on XI.
- Comportions de verres durs & de pâtes, blancs, opaques & fémi - tranfparens.
- Verre blanc opaque & fémi-tranfparent. N°. i. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les nura. i ouz, une de corne de cerf, d’ivoire ou d’os calcinés à parfaite blancheur : mêlez , &c.
- Verre dur cCun blanc opaque &f emi - tranfparent. N°. 2. Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous le nura. ^ ou 4 j le refte comme deifus. y
- Pâte d'un blanc opaque & fémi-tranfparent. N°. Prenez dix livres ah verre à cailloux, & une d’arfenic très-blanc: pulvérifez le tout, & le mêlez en le faifant paifer au moulin. Faites fondre à un feu modéré, jufqu’à ce que ces matières foient bien incorporées \ mais évitez de les vitrifier au - delà de la parfaite >réunion de leur mélange. Ce verre, fondu à un feu trop durable & trop violent * court rifque de paifer de l’opacité à la tranlparence entière. Il eft très-frangible, & bien moins folide que l’émail blanc qu’il imite alfez bien ; mais il ne peut paifer au feu à plufieurs reprifes. On en fabrique beaucoup dans une verrerie confidérable, près de Londres. On en fait des vaif-feaux, des cadrans, des tabatières & autres ouvrages qui n’ont pas befoin de repalfer au feu; mais en certains cas, l’émail blanc lui eft préférable.
- Verre dur ou pâte d'un blanc opaque par la chaux déétain ou d'antimoine. N°. 4. Prenez dix livrés de la fritté dé verre dur ou de pâtes, telle que vous voudrez, une livre & demie de putty ou d’étain, calcinés par le nitre, comme il a été enfeigné dans le chapitre de la peinture en émail, fe&ion II5 mêlez bien le tout, en le faifant palier au moulin, & fondez à une chaleur modérée. Le verre de cette efpece, préparé avec la fritte des pâtes, ne différé de la préparation de l’émail blanc que par la dofe de chaux d’étain ou d’antimoine; mais Ci on prépare ces chaux avec le nitre, fans lequel elles ne peuvent donner un blanc parfait, céfte compofition demande plus de foins, & d’une plus grande dépenfe que les autres , fans avoir fur elles d’autre avantage que de fupporter un feu plus vif & plus durable qui ne lui fait pas perdre fort opacité.
- Verre dur ou pâte d'un blanc opaque & fémi - tranfparent de couleur d'opale. N°. Prenez dix livres de là" fritte de verre dur ou de pâtes, & demi-livre de corne de cerf, os ou ivoire calcinés à parfaite blancheur. Ce verre blanc eft le même que celui qu’on emploie en Allemagne, pour faire des écuelles, des pots à crème des vinaigriers, &c.
- Section XII.
- Composions de verres durs & de pâtes, colorés, opaques & fémi - iranfparens.
- Verre coloré opaque & fémi-tranfparent. Vme dur ou pâte, couleur de lapis, larpuli.
- N°. 1.
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- SUR FERRE Partie IL
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- N°. r. Prenez dix livres de la fritte de verre dur au de pâtes, trois quarterons d’os calcinés, corne de cerf ou ivoire, une once & demie de fatfre , & demi-once de manganefe. Fondez la fritte avec le fatfre & la manganefe. avant d’y mêler les os ou autres matières calcinées, jufqu’à ce qu’il en réfulte un verre bleu d’un foncé tranfparent. Cette première vitrification étant refroidie, pul-vérifez-la & la mêlez avec les os ou autres matières calcinées, en faifant paffer le tout au moulin. Fondez le tout à un feu modéré, jufqu’à parfaite incorporation , & le verfez fur une table polie de cuivre ou de fer, pour en former des gâteaux.
- Si vous voulez y faire paraître des veines d’or, mêlez à votre compofL tion de la poudre d’or, préparée comme il a été dit au chapitre de la dorure de l’émail & du verre, avec fon poids égal de borax calciné détrempé à l’huile d’afpic. Ces gâteaux ainfi veinés étant recuits à un feu modéré, l’or s’attachera au verre aufîi étroitement que fi les veines y étaient naturellement empreintes. Pour rendre ce lapis plus léger en couleur , on diminue la dofe dufaffre & de la manganefe : pour le rendre plus tranfparent, on diminue celle des os calcinés.
- Ferre dur, couleur de cornaline rouge. N®. 2. Prenez deux livres de la fritte de verre dur fous les num. r ou 2 î une livre de verre d’antimoine ; deux onces de vitriol calciné, connu fous le nom à'ochre écarlate , dont'nous avons donné la préparation avant le chapitre de la peinture en émail j & une dragme de manganefe. Fondez d’abord enfemble la fritte, la manganefe & l’antimoine. Réduifez le tout en poudre après qu’il fera refroidi, & le mêlez avec l’ochre écarlate , en faifant paffer le tout au moulin. Fondez enfuite ce mélange à un feu modéré, jufqu’à parfaite incorporation de tous les ingrédiens, fans les biffer au feu plus long-tems qu’il ne faut pour les vitrifier.
- Pâte, couleur de.cornalme rouge. N°. 3. Prenez deux livres de la fritte des pâtes fous les num. I ou 2 ( ou plutôt fous les num. 3 ou 4 ; ) le refte comme deffus.
- Verre dur, couleur de cornaline faune. N°. 4. Prenez deux livres de la fritte de verre dur fous les num. 1 ou 2 , une once d’ochre jaune bien lavée, & autant d’os calcinés. Mêlez - les & fondez jufqu’à parfaite incorporation réduite en maffe de verre.
- Pâte, couleur de cornaline jaune. N®, f. Prenez deux livres de la fritte des pâtes fous les num. 1 ou 2 ( ou plutôt fous les num. 3 ou 4 ) le refte comme deffus.
- Verre dur ou pâte couleur de turquoife. N°. 6. Prenez dix livres des compofi-tions de verre bleu ou pâte bleue, enfeignées fous les num. 7 ou 8 ; de la fe&ion V, comme imitant l’aigue-marine ; & demi-livre d’os calcinés, corne de cerf ou ivoire. Pulvérifez, mêlez & fondez jufqu’à parfaite incorporation.
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- Verre brun de Venlfi, avec des paillettes d'or , communément appelle la pierre philofophale. N°. 7. Prenez cinq livres de la fritte de verre dur fous le n°. 2, autant de celle fous le n°. 1, & une once de fer bien calciné. Mêlez - les & fondez jufqu’à ce que le fer foit parfaitement vitrifié, & d’une couleur d’un brun jaune foncé & tranfparent. Ge verre étant refroidi, réduifez-le en poudre ; ajoutez-y deux livres de verre d’antimoine pul vérifié. Mêlez le tout en le faifànt paffer au moulin. Prenez une partie de ce mélange : concaffez-y, en les froilfant enfemble, quatre-vingt ou cent feuilles de faux or, connu fous le nom d'or de Hollande ou d'Allemagne. Lorfqu’elles feront divifées en menues parcelles, mêlez le tout avec la partie de verre que vous aviez ré-fervée. Fondez enfuite la totalité à un feu modéré, jufqu’à ce qu’elle foit réduite en maffe de verre, propre à former des figures ou vaifleaux d’ufage ordinaire. Evitez néanmoins une parfaite vitrification: elle détruirait en peu de tems l’écartement des paillettes d’or, qui, venant à fe vitrifier elles-mêmes avec toute la ma (fie , donneraient un verre de couleur d’olive tranfparent.
- On emploie cette efpece de verre pour des joujoux & ornemens. Jufqu’ici, dit l’auteur Anglais, nous les avons tirés de Venii'e, & 011 nous en a demandé , depuis quelques années , une Ci grande quantité pour la Chine, qu’on en a haulfé le prix; mais on en à tant fait venir de Venife qu’on en regorge à préfent en Angleterre. On pourrait également les préparer ici à moins de frais ; il fuffirait d’en faire quelques effais.
- CHAPITRE VII."
- De la fufion & vitrification des différentes compofitions de verre ( plein ) de couleurs , avec les réglés particulières & les précautions que chacune d'elles demande dans leur détail.
- Les différentes compofitions ci - deffus étant préparées fuivant les méthodes qu’on en a données, on met ces matières dans des pots de fabrique 8c grandeur convenables, pour qu’ils en puiflent contenir un tiers déplus. De quelque façon que le fourneau foit conftruit, il faut y placer ces pots, de maniéré que la matière puilfe recevoir une chaleur fuffifante, & qu’il n’y entre ni charbon, ni faleté. Pour prévenir cet effet, il eft bon que chaque pot ait fon couvercle, avec un trou, par lequel on puilfe y plonger une verge ou canne de fer, pour en tirer des effais & s’affurer du degré de vitrification.
- Quoique les pots foient bien cuits, il eft utile de leur donner une fe-«onde cuiffon, lorfqu’il s’agit de verre de grand prix, où il faut beaucoup
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- de brillant. On peut encore les faupoudrer de verre commun, mais exempt de toutes couleurs hétérogènes. Voici comme on y procédé : on réduit ce verre en poudre : on humecte le dedans du pot avec de l’eau : on y verfe cette poudre tandis qu’il eft humide : on l’agite jufqu’à ce que l’humidité en recouvre fuffifamment l’intérieur du pot: on jette ce qui n’a pu s’y attacher de ladite poudre. Le pot étant fec, on le met dans un fourneau allez chaud pour vitrifier cette couverte : il y relie quelque tems, puis on le lailfe refroidir'par degrés.
- - Quand on veut fe fervir de ces pots, on y met fa compolition,& on les introduit dans le fourneau , fur les bancs qui doivent les porter entre chaque ouvreau, par le moyen d’une forte pèle de fer, telle que celle des boulangers. Les pots ainfi placés, on leur donne pour la première heure, & même plus long-tems , un degré de feu capable de les faire rougir, à moins qu’il n’y ait une forte dofe d’arfenic dans la compolition ; auquel cas il faut chercher à le fixer & à l’empêcher de fe fublimer.
- Lorfque dès le commencement on a bien conduit fon feu, l’on peut parfaire la vitrification en une heure & demie ou deux; mais il ne faut pas mettre la matière dans un grand degré de fluidité : elle occasionnerait la fépa-rarion de quelques ingrédiens, & retarderait, ou même préviendrait l’incorporation vitrifique du tout.
- On ne peut établir de réglé certaine fur le degré de chaleur néceflairc pour vitrifier les matières contenues dans les pots : il y a de la variation par rapport à leur quantité & à leur nature ; mais fi les pots en contiennent dix ou onze livres, on peut employer vingt ou vingt-quatre heures de feu pour le verre dur, & quatorze ou feize pour les pâtes. S’il entre beaucoup d’arfenic dans la compolition, quoiqu’il foit nécedàire d’accélérer la vitrification, cependant il faut la lailfer plus long-tems au feu, pour la purger des nuages (laiteux) dont cette matière rend le verre fufceptible.
- Dans la fulion du verre de couleurs, plein , tranfparent, il faut nécelfai-rement & par préférence à tout autre foin , éviter d’agiter la matière ou d’ébranler les pots dans le fourneau. Autrement on court rifque de charger le verre de bouillons, qui font très - préjudiciables, fur-tout dans les comportions deftinées à contrefaire les pierreries. S’apperçoit-on que, malgré cette précaution , les ingrédiens produifent des bouillons par leur a&ion mutuelle ? on laiflera le verre au feu jufqu’à ce qu’ils difparaiiîênt. Sont-ils trop difficiles à détruire ? on augmentera le feu par degrés , jufqu’à ce que le verre devenu plus fluide perde fa qualité vifqueufe.
- Après l’expiration du tems fuffifant pour amener fa compolition à une vitrification parfaite, on s’aifurera de fon état, en plongeant dans le pot, par le trou du couvercle, le bout d’une pipe ou d’une canne de fer. Si la matière
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- qu’on en a tirée, peche par le défaut de vitrification, on la biffera plus long-temsau feu. Si la vitrification eft faite, on le diminuera par degrés, on le.laiffera s’éteindre; & les pots étant refroidis, on les caifera, pour en fépar,er la mafTe de verre & la tailler.
- Dans le cas où, de plufieurs pots qui feraient dans le fourneau, il n’y en aurait qu’un ou deux qui euffent atteint le degré de vitrification requis, il ne faudrait pas interrompre la chaleur du four ; mais fi le verre qu’ils contiennent n’elt pas de grand prix, & deftiné à des ouvrages de grande finefTe , on peut les tirer du pot, en former des gâteaux, & les mettre à un feu modéré, jufqu’à ce qu’ils refroidiflént & qu’ils foient en état d’être travaillés.
- Le verre coloré, plein , tranfparent acquiert un degré de perfection de plus en reliant au feu, même après avoir atteint fa vitrification parfaite : il en devient plus dur & plus exempt de taches & de bouillons; mais les verres colorés opaques fémi - tranfparens, & les verres blancs opaques formés d’ar-fènic, doivent être tirés du feu précifément lorfque les ingrédiens font bien incorporés ; car une vitrification plus complété convertirait en tranfparence l’opacité qu’on y demande.
- —.......—— .sffia.... -... ..—— . ». g»
- £xtrai t du Journal economique , août, 175-4, page 149 , fous ce titre: Avis économiques d’Allemagne.
- Avertissement.
- L E but que je me fuis propofé de ne rien laifler échapper des différentes connaiflànces que je pourrais adminiflrer fur la pratique de l’art de peindre iur verre, m’a porté à inférer dans ce traité ce que le Journal économique nous en apprend.
- Mon ouvrage, dira-t-on , devient une compilation; mais cette compilation peut-elle déplaire au public, lorfqu’il s’y agit de remettre fous fes yeux une fuite de préceptes qu’on regardait comme perdus, & qui tous tendent au même objet, je veux dire à faire revivre , au moins dans la théorie , un art prefqu’oublié ?
- Cet extrait nous vient d’une nation qui a toujours palfé pour être aufîi expérimentée dans l’art de la peinture fur verre, que dans l’art de la verrerie. Il a fur l’ouvrage anglais, où nous n’avons trouvé que la maniéré de colo-jrer le verre , l’avantage de donner quelques préceptes fur la maniéré de peindre fur ce fond. Ainfi ces deux morceaux rapprochés l’un de l’autre, entrant dans l’ordre de mon traité, femblent lui fervir d’appui & de preuve :
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- le premier, en ce qu’il nous a fait connaître fur les couleurs nombre de com-pofitions différentes de celles que j’ai rapportées j le dernier, en ce qu’il s’accorde en partie avec les enfeignemens que j’ai prefcrits fur la pratique de la peinture fur verre. Il eût été à defirer que fon auteur lui eût donné un peu plus de détails ; mais on peut y fuppléer, & cela fera facile à ceux qui ont acquis déjà quelques lumières fur cet art.
- Suite des fecrets & expériences curieufes fur Vart de raffiner, calciner, fondre , effayer , couler , allier les métaux , les rendre malléables , &c.
- Le noble art de peindre fur le verre, fàifant l’admiration de tous ceux qui ont quelque goût pour le deflin oü pour la peinture, il ne fera pas hors de propos de donner ici quelques inftru&ions aux perfonnes ingénieufes, non-feulement pour fatisfaire leur curiofité, en leur apprenant la nature de ce travail, mais encore pour leur en enfeigner la pratique. C’eft ce que nous allons faire le plus fuccindlement & le plus clairement que nous pourrons.
- 1°. Choififfez avant toute chofe des verres qui foient clairs, unis & doux.
- 2°. Frottez-en un côté avec une éponge nette ou une broffe molle & flexible, trempée dans de l’eau de gomme.
- 3°. Quand il eft féché, appliquez fur le côté clair du verre le deflin que vous voulez copier, & avec un petit pinceau garni de couleur noire 8c préparé pour cela, comme on le dira ci-après, deflinez les traits principaux -, & aux endroits où les ombres paraiffent tendres, travaillez-les par des coups de pinceau aifés qui enjambent les uns dans les autres, (a)
- 4°. Quand vos ombres & vos traits font terminés du mieux qu’il vous eft poflible, prenez un pinceau plus gros, & appliquez vos couleurs, chacune dans le lieu qui lui convient, comme la couleur de chair fur le vifage,. le verd, le bleu & toutes les autres couleurs fur les draperies.
- f0. Quand vous aurez fini, faites fortir avec foin les jours de votre ouvrage avec une plume groflè & non fendue, dont vous vous fervez pour ôter la couleur dans les endroits où les jours doivent être les plus forts , ainfi qu’à ceux où l’on doit donner à la barbe & aux cheveux un tour fingulier.
- 6°. Vous pouvez coucher toutes fortes de couleurs fur le même côté du verre où vous tracez votre deflin : il n’y a que le jaune qu’il faut appliquer de l’autre côté , pour empêcher qu’il ne fe fonde & ne fe mêle avec les autres couleurs , ce qui gâterait tout l’ouvrage.
- Recuifjbn du verre apres quil a été peint. Le fourneau pour recuire le verre peint doit être conftruit à quatre pans, & divifé dans fa hauteur en trois
- (a) Cet enfeignement eft celui que nous avons appellé dans le chapitre IX de notre fécondé partie la première maniéré de traiter la peinture fur verre.
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- parties. La divifion la plus baffe eft deftinée à recevoir les cendres, & à attirer l’air pour allumer le feu. La fécondé divifion eft deftinée pour le feu; elle a au-deffous d’elle une grille de fer, & trois barres auffi de fer fur le haut, pour foutenir le vafe de terre qui contient le verre peint. La troifieme divifion eft formée par les barres dont on vient de parler, & par un couvercle au fommet, où il y a cinq trous pour paffer la flamme & la fumée.
- Le vaiffeau de terre , dans lequel le verre à recuire eft couché à .plat, eft fait de bonne argille de potier , & moulé fur la forme & les dimenfions du fourneau. Il eft plat par le fond, &a cinqoufix pouces de hauteur. Il doit être à l’épreuve du feu , & il ne doit pas y avoir moins de deux pouces d’efpace entre lui & les côtés du fourneau, (a)
- Quand vous êtes fur le point de faire recuire votre verre, prenez de la chaux vive que l’on a eu foin d’abord de faire bien recuire & rougir fur un grand feu de charbon. Quand elle eft froide, paflez-la par un petit tamis le plus également que vous pourrez ; couvrez - en le fond du pot d’environ demi-pouce d’épaiffeur ; enfuite , avec une plume unie , étalez-la d’une maniéré égale & de niveau ; après quoi couchez-y autant de vos verres peints que la place vous le permettra , & continuez jufqu’à ce que le potfoit plein, en mettant fur chaque lit de verre un lit de mélange en poudre (h) d’environ l’épaiflèur d’un écu ; mais par-deffus le dernier lit de verre peint, il faut mettre une couche de poudre de la même épaiffeur que celle du fond. Quand le pot eft ainfi rempli jufqu’au bord, placez-le fur les barres de fer qui font au milieu du fourneau , & couvrez ce fourneau avec un couvercle fait de terre à potier, 8c lutez-le exactement tout autour pour empêcher l’effet de tout autre vent que de celui qui vient par les trous du couvercle. Après avoir difpofé votre fourneau de cette maniéré, & que le lut eft fec, faites un feu lent de charbon ou de bois fec à l’entrée du fourneau. Augmentez la chaleur par degrés , de crainte qu’un feu trop vif d’abord ne faffe fêler le verre. Continuez ainfi à augmenter le feu , jufqu’à ce que le fourneau foit rempli de charbon , & qu^ la flamme forte d’elle-mème par les trous du couvercle. Entretenez ainfi un feu vif pendant trois ou quatre heures ; enfuite retirez-en vos effais, qui font des morceaux de verre fur lefquels vous avez peint une couleur jaune, 8c placez-les vis-à-vis du pot. Quand vous voyez
- (a) Nous avons vu quelques variations deur de la poêle. Plus elle eft petite, moins, dans tous les endroits où je parle de la elle en exige, le feu ayant moins de peine recuiffon , furl’efpace que l’on doit donner à atteindre le milieu d’une petite poêle que entre la poêle & les parois du fourneau ; le? d’une grande.
- uns demandant deux pouces au moins, les (b ) Il y a ici erreur, en ce que l’auteur autres trois , & d’autres quntm. Ces varia- ne prefcrit., que la chaux , fans aucun mê-tions viennent du plus ou moins de gran- lange.
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- le verre courbé ,1a couleur fondue & d’un.jaune tel qu’il vous le faut, vous pouvez en conclure que votre ouvrage eft prefque fait. On connaît auffi par l’augmentation des étincelles fur les barres de fer, ou par la lumière qui frappe fur les pots, quel eft le progrès de l’opération. Quand vous voyez vos couleurs prefque faites, augmentez votre feu avec du bois fec, & placez-le de maniéré que la flamme puiife réfléchir & fe recourber tout autour du pot. Pour lors abandonnez le feu, & laiffez-le s’éteindre , l’ouvrage refroidira de lui-même. Otez du fourneau votre verre, & avec une brofle nette chaffez-en la poudre qui pourrait être tombée deffus. Votre ouvrage eft tout-à-fait fini.
- Nous allons traiter des couleurs dont on fefiert pour peindre fur le verre.
- Maniéré de faire la couleur de chair. Prenez une once de menning ( a ) & deux onces d’émail rouge ; broyez - les en poudre fine , & détrempez-les avec de bonne eau-de-vie fur une pierre dure. En faifant cuire légèrement ce mélange, il produira une belle couleur de chair.
- Couleur noire. Prenez quatorze onces & demie d’écailles de fer ramaflees autour de l’enclume; mêlez - y deux onces de verre blanc , une once d’antimoine , & une demi-once de manganefe : broyez le tout avec de bon vinaigre, & le réduifez en une poudre impalpable
- Ou prenez une partie d’écailles de fer & une partie de rocailles : broyez-îes enfemble fur une plaque de fer pendant un ou deux jours. Quand le mélange commence à durcir, paraît jaunâtre , & s’attache à la molette, c’eft une marque que la couleur eft aifez fine.
- Ou prenez une livre d’émail, trois quarterons d’écailles de cuivre, & deux onces d’antimoine : broyez-les comme on vient de le dire.
- Ou Prenez trois parties de verre de plomb , deux parties d’écailles de cuivre, 8c une partie d’antimoine ; puis opérez comme ci-deffus.
- Couleur brune. Prenez une once de verre ou d’émail blanc, & une demi-once de bonne manganefe ; broyez-les d’abord avec du vinaigre bien fin, & enfuite avec de l’eau - de - vie.
- Couleur rouge. Prenez une once de craie rouge , broyée, & mêlée avec deux onces d email blanc de fond , & un peu d’écailles de cuivre : elles vous donneront un fort bon rouge. Vous pouvez en eifayer un peu , pour voir s’il peutfupporter le feu; finon ajoutez -y un peu plus d’écailles de cuivre.
- Ou prenez une partie de craie rouge dure, & avec laquelle on ne peut
- ( a ) Je crois que c’eft le minium ou la encore actuellement en Allemagne des en-mine de plomb rouge ; car cette recette, feignemens de ce grand maître , qui n’a pas & la plupart des fuivantes, a beaucoup de craint, comme nous avons vu, de publier rapport avec celles que j’ai données dans le qu’il les tenait d’un excellent peintre fur .chapitre III de ma fécondé partie, d’après verre.
- Kunckel : ce qui prouve le cas qu’on fait
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- pas écrire , une partie d’émail blanc, & quatrième partie d’orpiment: brovez-les bien enfemble avec du vinaigre ; & lorfque vous vous en Servirez, évitez-en la fumée ; car c’eft un poifon dangereux.
- Ou Prenez du fafran de mars ou de la rouille de fer, du verre d’antimoine & du verre de plomb jaune, tel que les potiers s’en fervent, de chacun une égale quantité, avec un peu d’argent calciné avec le foufre. Broyez le tout enfemble, & réduifez-le en une poudre bien fine. Ce mélange produira un beau rouge, avec lequel vous pourriez peindre fur verre.
- Ou prenez une demi-partie d’écailles de fer , une demi-partie de cendres de cuivre , une demi-partie de bifmuth, un peu de limaille d’argent, trois ou quatre petits grains de rocail rouge , fix parties de matière rouge tirée de verrerie, une demi-partie de litharge, une demi-partie dégommé , & treize parties de craie rouge. Mêlez & broyez.
- Couleur bleue. Prenez du bleu de Bourgogne ou du verd de terre bleue , & du verre de plomb, par égales quantités : broyez-les avec de l’eau , & faites-en une poudre fine. Quand vous vous en fervirez, couchez les fleurs qui doivent être d’une couleur bleue avec ce mélange j enfuite faites relfortir les parties jaunes avec une plume, & couvrez-les d’une couleur de verre jaune. Remarquez que le bleu fur le jaune, ainfi que le jaune fur le bleu, font toujours une couleur verte.
- Le verd de terre bleue, ou l’azur mêlé avec l’émail, donne une belle teinture bleue.
- Couleur verte. Prenez de la rocaille verte ou de petits grains de la même couleur deux parties, une partie de limaille d’airain, & deux parties de men-ning : broyez le tout enfemble , & le réduifez en poudre, vous aurez une belle couleur verte.
- Ou prenez deux onces d’airain brûlé, deux onces de menning, huit onces de beau fable blanc ; réduifez-les en poudre fine, & mettez-les dans un creu-fet. Lutez-en bien le couvercle, & donnez-lui pendant une heure un feu vif dans un fourneau à vent i enfuite retirez le mélange du feu j & quand il eft refroidi, broyez-le dans un mortier d’airain.
- Belle couleur jaune. L’expérience a démontré que le plus beau jaune pour peindre fur verre fe prépare avec l’argent: c’eft pourquoi fi vous voulez avoir une excellente couleur jaune, prenez de l’argent fin, & après l’avoir battu & réduit en plaques fort minces, faites-le diifoudre & précipiter dans l’eau-forte , comme on l’a dit précédemment. Quand il a formé Ion dépôt, verfez-en l’eau-forte, & broyez l’argent avec trois fois autant d’argille bien brûlée, tirée d’un four & réduite enpoufliere fine, puis avec un pinceau doux & flexible, couchez ce mélange fur le côté uni du verre, & vous aurez un beau jaune.
- Ou fondez autant d’argent que vous voudrez dans un creufet -, quand il
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- eft en fufion, poudrez-y petit à petit la même pefanteur de foufre, jufqu’à ce qu’il foit calciné ; enfuite broyez-le bien fin fur une pierre. Mèlez-y autant d’antimoine qu’il y a d’argent; & après avoir bien broyé le tout, prenez de l’oclire jaune , faites-le recuire , il fe changera en un rouge brun ; détrem-pez-les avec de l’urine ; puis en prenant le double de la quantité d’argent, mêlez le tout enfemble , & après l’avoir broyé de nouveau & réduit en une pouffiere très-déliée, appliquez-le fur le côté uni du verre.
- Ou faites recuire quelques plaques minces d’argent, enfuite coupez-les par petits morceaux : mettez-les dans un creufet avec du foufre & de l’antimoine. Quand elles feront dilfoutes, verfez - les dans de l’eau claire ; & après les avoir mêlées, pulvérifezle tout.
- Jaune.-pâle. Mettez dans un pot de terre alternativement des plaques minces d’airain, & des couches de foufre & d’antimoine en poudre : brûlez votre airain jufqu’à ce qu’il ne s’enflamme plus, enfuite jetez le tout rouge dans de l’eau froide : retirez - le de l’eau , & le pulvérifez : prenez une partie de cette poudre, & cinq ou fix parties d’ochre jaune recuite & détrempée dans le vinaigre ; & après avoir fait fécher le tout, broyez-le fur une pierre. Votre couleur fera en état d’être employée.
- Maniéré d'amortir le verre, & de le mettre en état de recevoir la peinture. Prenez deux parties d’écailles de fer, une partie d’écailles de cuivre, & trois parties d’émail blanc : broyez le tout enfemble avec de l’eau claire fur un marbre ou fur une plaque d’airain ou^e fer pendant deux ou trois jours, jufqu’à ce qu’il ne faire plus qu’une poudre très-fine. Frottez-en votre verre partout, fur-tout du côté que vous voulez peindre; les couleurs s’y applique-.ront beaucoup mieux & plus facilement.
- i°.' Quand vous mettez votre-verre recuire, placez le côté peint en-défi fous, & le côté du jaune en-deflus.
- 2®. Delayez toutes vos couleurs avec de l’eau de gomme.
- 3°. Broyez le rouge & le noir fur une plaque de cuivre. A l’égard des autres couleurs, vous pouvez les broyer fur un morceau de verre ou fur une pierre. ' ^
- '4°. Les couleurs de verre qui fe préparent promhtement, font l’émail de verre qui vient de Venife, en pains de différentes efpeces , ainfi que les petits chapelets de verre que l’on tire d’Allemagne, & fur-.tout de Francfort fur le Mein. Les vieux morceaux de verre peint brifé font bons pour cela, aufli bien que le verre verd des potiers, & les gouttes de verre qui coulent de la poterie dans le four.
- Les mêmes couleurs dont les potiers fe fervent pour peindre fur la vaiflelie de terre, peuvent auffi fervir pour peindre fur le verre.
- Prenez une petite quantité de graine de lin, écrafez-la, mettez-la quatre Tome XIII. Y y
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- ou cinq jours dans un petit fac de toile, tremper dans de l’eau de pluie que vous changerez tous les jours ; enfuite, tordant le fac, vous en tirerez une fubftance collante, femblabie à de la glu. Servez - vous - en pour broyer vos couleurs comme à l’ordinaire ; enfuite peignez ou deiftnez avec un pinceau tout ce que vous voudrez furie verre, & donnez-lui un grand degré de chaleur.. Vous pouvez aulli avec la même glu dorer le verre avant de le mettre au feu.
- Prenez de la gomme ammoniaque, faites-la di (Tondre toute la nuit dans de bon vinaigre de vin blanc, & broyez de la gomme ammoniaque & un peu de gomme arabique avec de l’eau claire. Quand le tout eft bien incorporé & broyé bien fin , écrivez ou deliinez fur votre verre ce que vous jugerez à propos. Quand cette gomme fera prefque feche, vous y appliquerez votre or, en le preflant avec un peu de coton. Le lendemain frottez doucement le verre avec un peu de coton pour en ôter l’or qui n’ell point attaché : vous verrez alors les ornemens > les figures , ou l’écriture que vous y avez mis, très-bien appliqués. Faites Pécher votre verre petit à petit à une chaleur douce , que vous augmenterez par degrés jufqu’au point de le faire rougir: laiifez -le refroidir de lui- même ; l’or fera un très-bel effet ,.& fera à l’épreuve de l’eau.
- Prenez deux parties de plomb, une partie d’émail, & une petite quantité de blanc de plomb : broyez-les bien fin avec de l’eau claire, & détrempez-les avec de l’eau de gomme, & avec un fhiceau doux couvrez-en tout l’extérieur de votre verre. Quand il fera fec.., vous pourrez avec un pinceau y écrire ou tracer ce que vous voudrez ; enfuite-augmentez le feu jufqu’au point de faire rougir le verre ; laiffez-le refroidir, & vous verrez votre deffin ou votre écriture paraître fur le verre, fuis que l’eau froide ni la chaude puiifent l’etFacer.
- Manière de peindre far verre qui imite L'email, tirée Lun ouvrage manuferit de M. Pingeron far Les arts utiles & agréables., & inférée dans la Galette d'agriculture de commerce & de finance, du mardi 6 février j.770, il0. XI.
- jlN o u s avons détruit au chapitre XVIII de notre première partie les in-convéniens que l’on reproche à la peinture fur verre ; nous avons indiqué dans le chapitre fui vaut les. moyens poffibles de la tirer de fa léthargie actuelle & de lui rendre fon ancien luftre : en attendant qu’on en fade triage-, ne négligeons pas: ceux que nous fournit ici M. Pingeron, pour la rendre utile meme dans les objets de notre frivolités
- Après quelques préliminaires, cet amateur des arts obferve que l’émail ne
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- réuffit parfaitement que fur l’or : cette matière précieufe eft en effet la feule qui n’altere point la vivacité des couleurs dont on la couvre. Pour e(Paver de produire le même effet à l’œil, en évitant l’énormité de la dépenl'e, on a mis des glaces fur de belles miniatures. Mais fi la miniature efl dans l’intérieur d’une tabatière, l’humidité & l’odeur du tabac la font jaunir: fi elle ell extérieure, le contaét de la glace fur la peinture n’efl: point aifez intime pour que l’illufion foit abfolument complété. Nos artifies, toujours inventifs , ont elfayé d’y remédier , en peignant fur la glace même, & ont approché de plus près de leur but. Mais il refte encore à delirer que la glace qui couvre la miniature foit en même tems pénétrée par les couleurs } & ne faffe qu’rai tout qu’on ne faurait détruire par partie. Le moyen de parvenir à ce but, dit M. Pingeron , ell très-limple, en fe fervant de la peinture fur verre par tranfparence.
- Ou choifit un morceau de glace bien polie, auquel on donne la forme de la partie fupérieure de la tabatière qu’il doit embellir ; on ie place fur le, revers d’une eftampe ou d’un défini verni qui le rend tranfparent ; on peint cette glace avec les émaux ordinaires. Il faut avoir foin de lailfer le fond de la glace pour les grands clairs, & de fuivre à peu près les mêmes réglés 'que pour le lavis des plans. On répand fur cette peinture du beau cryfial de Boheme réduit en poudre impalpable , & l’on fe fert d’un petit tamis très-fin pour cette opération. Lorfqu’on a une certaine quantité de glaces peintes, de cette maniéré , on les paffe au feu, après les avoir mifes du côté qui n’efl; pas peint fur un lit de chaux éteinte , répandu fur une plaque de fer; on peut encore les paffer au feu de la même maniéré que l’émail ordinaire : la peinture fe trouve pour lors comme renfermée entre deux verres , & ne faurait plus s’effacer. Nous avons confeillé de fe fervir du revers des eftampes vernies; i?. pour faciliter ce genre de peinture à ceux qui ne favent point defiiner; 2p. afin que la peinture étant peinte à gauche, revienne à droite, quand on la place fur la tabatière : on y met un papier blanc deffous & un cercle plus ou moins riche tout autour. Les eflàis qui ont été faits , ont en le fuccès le plus complet; & telle tabatière dont la valeur était très-médiocre, a été eftimée un prix confidérable. On remarquera que la fufion des émaux s’opère plus également dans les grands fourneaux, que fous les petites moufles. Il ferait à defirer, continue M. Pingeron, que cette nouvelle branche d’induftrie fournît une reifource de plus au goût & à l’habilité des jeunes perfonnes qui peignent ces élégantes tabatières de carton, dont le peu de îolidité a fait palfer la mode : leurs talens ne leur feraient plus inutiles, & l’art y gagnerait du côté de l’agrément des nouveaux bijoux & du côté de leur foiiditg.
- X y v
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- 3S6 L’ART D U Fl TRI ER. Partie III.
- TROISIEME PARTI E*
- ' L*A r t d v Vitrier.
- «K> ....--- --==J=e 1--' !
- A V A N T-P R O P O S.
- 1. Qüokiue les maîtres vitriers portent encore aujourd’hui le titre de peintres fur verre , ils ne s’adonnent plus à ce genre de peinture, qui im-mortalifait leurs peres & anobliifait leur, état j ils font prefque tous reftreints a pratiquer la vitrerie. Regardons-la donc ici comme indépendante de la peinture fur verre, & examinons ce qu’on peut appeller l’art du vitrier.
- 2. Ce ne fera donc plus dans la décoration de ces anciennes bafiliques, confacrées au culte du Seigneur, ni dans cette antique magnificence des palais des grands , que nous en admirerons l’excellence i nous allons expofer. les ufages plus modernes auxquels notre art fut employé, depuis que, les architectes, aufïi curieux d’introduire la clarté du jour que leurs prédé-, ceifeurs s’étaient efforcés de l’écarter, jugèrent plus convenable de fiibfiiw tuer les vitres blanches aux vitres peintes , à la toile ou au papier ,J dans les grands édifices comme dans les maifons particulières. En donnant à nos! habitations un agrément qui leur manquait, ils procurèrent à celui pour qui elles font deftinées le double avantage d’être moins expofé à l’intempérie de l’air, & de jouir du libre afped de la nature & de fes poffelîîoils.
- 3. C’est de cette vitrerie familière & domeftique, pour ainfi dire, que nous allons nous occuper. Nous avons traité de celle relative à la peinture fur verre, dans nos deux parties précédentes, & nous y avons prouvé que cet art ne pouvait exifter fans le fecours de la vitrerie, dont il fait la principale branche , puifqu’il en eft le complément. Recherchons d’abord les tems où l’ulàge des vitres blanches paifa aux fenêtres, foit dans les grands édifices , foit dans les fimples maifons : puis nous entrerons dans les détails mé-chaniques de la vitrerie moderne ; art qui, à force d’être fimplifié, eft prêt que tombé dans l’aviliffement, en defcendant du plus haut degré auquel un art pût fe voir élevé, à l’état du métier le plus pénible & le moins eftimé, le plus fragile & le moins récompenfé, le plus ruineux & le moins dédommagé.
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- IfA R T DD VlT RIE R. Partie IIL
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- CHAPITRE PREMIER.
- Des tems auxquels Vufage des vitres blanches paffa aux fenêtres, fait-dans les grands édifices, fait dans les maifons particulières de la France » &? y devint plus fréquent. { * .
- 4. Ïl eft très - difficile de fixer au jufte le tems où'l’ufage des vitres blanches aux fenêtres, s'établit parmi nous : je veux dire le tems où , à l’imitation des Allemands, nos aïeux s’en fervirent dans leurs rfiàifions, pour lès tenir clofes dans tous les tems de l’année contre les vents froids , la gelée & les-brouillards, en y confier vant'la lumière. Félibien (\a) établit pou’r exemple' des vitres blanches lès'plus anciennes, ce qu’il appelle des cives , telles qu’il s’en voit en Allemagne, (b) c’eft-à-dice de petites pièces rondes de vétrÿ qu’on y aflemblait avec des morceaux de plomb refendus des deux côtés , pour empêcher que le veut & l’eau ne puifient palier, mais fans indiquer le tems où l’on ufiait de cette forte de vitres. Le livret intitulé : Origine de Van de la peinture fur verre, autrefois imprimé à la tète d’une lifte des maître^ vitriers, contient auffi des notions fur. l’établiifeme.nt* des verrerie's : il prétend que cette forte de verre fe fabriquait à Gatfines - fur - Loire dans une verrerie appartenante à M. de Tourville, (c) mais fans en'marquer le tems , non plus que Félibien. Enfin M. Berneton de Perin , dans fa diifertation fu£ l’art de la verrerie, (d) avance, cependant comme une fimple conjecture, que les Français employèrent le verre à vitres pour fie mettre à couvert de l’intempérie de l’air dans leurs maifons dès le treizième lieclé , & que cet ufiage était allez fréquent. Voyons s’il eft d’accord avec les hiftoriens,& avec les plus anciens mônuméns.
- f i°. L’auteur de l’Eflaifur l’hiftoiregénérale de toutes les nations, &c. j allure que, quoiqu’au treizième fiecle on connût depuis long-tems l’u-
- (d) Principes d architecture, chap.XXÏ, de maftic. Sicut noftra tempcfate vitrcis de la vitrerie. ' orbibus conglatinatis frigus & ventos ar-
- {b) C’eft de ces cives, cibes ou cibles cernus. ; dont Jean-Marie Catanée, dans ksCommen- : (c) La maifon de Tourville eft une des^
- taires fur Pline le jeune, dit que de fon plus anciennes de la baffe-Normandie, tems, c’eft-à-dire, vers la fin du quinzième ( d ) Journal de Trévoux , au mois de fiecle, on fe fervit, pour chaifer des mai- novembre 17??.
- fons en Italie l’âpreté des venfc froids, d’un. (e) Geneve, 1756., chez les freresCra-afl’emblage de plateaux de verre , ronds, mer, in-8?j chapitre LXIX,page 170, réunis & joints enfemble avec une eipece
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- VA R T D Ü VITRIER. Partie III.-
- Psge des vitres, il était néanmoins'fort rare au quatorzième, & que'c’était un luxe que de s’en fervir : & quoique ce que ce célébré auteur ajoute immédiatement que cet art, porté par les ^Français en 'Angleterre en ngo, y fut regardé comme une grande magnificence, paraiife contraire à ce que j’ai établi ( a ) fur l’excellence-avec laquelle les Anglais pratiquaient dés le douzième, (iecîe le d/>ubie,artde la verrerie^ de la peinture fur verre , par préférence aux Français, de qui ils le tenaient dès le feptieme fiecle ; ce qu’il en dit n’eft pas favorable à l’opinion de M. de Perin fur laTréquehce'-de cet
- ufage au trezieme fieple,. puifqu’il le regarde comme une fuite du luxe des treizième & quatorzième fiecles, auxquels il était félon lui très - rare.
- 6. 2°.. Selon Sauvai (A) d’après l’hiftoire de Charles VI écrite par Jeaù
- Juvenel des Urfins , ce ne fut guere que vers la fin du quatorzième fiecle. que jean., duc de Berry, après avoir fait rebâtir magnifiquement fit. maifoiv de plailance de„,Bicètre, (c) r&,l’avoir enrichié de quantité de peintures, pour dernier embellijjement il y ^ajouta des chajjîs de-verre qui ne faifaient, dans le 'tems que commencer à orner Carchitecture. Or cette diftindlion entre la quantité de peintures & l'embelliffement des chajjîs à verre eft trop fenfiblement amenée par cet auteur contemporain du prince dont il écrivit l’hiftoire, pour que nous n y reconnaiilions, pas fous le nom de peintures même les peintures fur verre , & fous celui de phaflis de .verre les vitres blanches dont l’ulage lie Faifait que commencer à orner /’architecture. ‘ / A .
- 7. .Passons aux moniimens. Je crois être autorifé à mettre au rang desy monumens les plus .anciens de vitres blanches appliquées aux fenêtres même des églifes, les fix vitraux qui étaient encore en 1761 dans la galerie autour du chœur de l’églife de Paris au-deifus de la ceinture du fanctuaire,
- & que de 1 ordre du chapitre 1 ai remplacemar des vitres neuves. Ces fix vi-, ' / •- - - . im ; 1 p r > r •' , .11.. n -. ,’rnctrul
- traux étaient .en, vitres planches iansjuicune couverte de peinture blanche,
- niais d’ürie ordonnance qui annonçait le peu d’ufage où Pria pétait pour lors*
- de faire des vitres de cette forte. Le verre., qui eii était Ttrès-blanc*,gavait
- fes fùrfaces ondées & raboteufes ; leurs çompartimens étaient en ' pièces’ quar-,
- rées , pofées en pointes, comme la lozange, d’un très-mâuvais goût. Dans'uir
- de ces vitraux, était un feul panneau de verre peint, dans lequel on diftin-
- guait un eccléfiaftique revêtu d’une dalmatique qui, tenant debout entreTes,
- mains le plan en élévation d’un de ces vitraux rempli de vitres blanches ,
- dans le même compartiment que deflus, femblait en faire l’inauguratiori. Au
- ( a ) Voyez le chapitre VIII de la première partie.
- (b) Antiquités de Paris , livre VII, chapitre VII, page 72.
- (c) C’eft par corruption qu’on nomme
- ainfi ce château ; on devrait plutôt le nommer Vincejbe, du nom de Jean, évêque de Vincefter en Angleterre, à qui il avait
- appartenu dès l’année 1204.
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- L’A R T DU F I T RI E R. Partie HL
- bas de ce panneau était en lettres noires , Pur un fond: du même verre que le reliant-du vitrail, une infcription très T!dérangé, dans l'on contenu, dans laquelle je trouvai néanmoins en caraéleres du quatorzième fiecle , ( a )
- Michael de Darenaaco cap .... us lias [ex vitrarias.. ,. amio.... Curieux de
- recouvrer, s’il était polfibie, la date de ces - vitraux remarquables par le mauvais goût de leur ordonnance , j’eus recours à M. l’abbéjGuillot de Mon-joie, chanoine de Paris, l’un des deux intendans de la fabrique, dont les. foins infatigables , la vigilance & le bon goût pour les réparations & l’embel-lilfement de la cathédrale font au - deifus des éloges qu’une plume aufli faible que la mienne entreprendrait. Audi - tôt M. l’archivifle du chapitre fut chargé de rechercher ce qu’on pourrait découvrir fur le nom français de ce donateur , fur le rang qu’il tenait dans le chapitre, & fur le .tems auquel il pouvait avoir- fait le' don de ces fix vitraux. Les recherches nous apprirent qu’il y avait eu un chapelain de Saint-Ferréol dans l’églife de Paris du nom de Michel? Darancy » très-riche; & qu’il avait fait en faveur de cette églife unteftament en date de l’an 1558. On peut donc inférer de ce monument que l’ufagedes. vitres blanches » même dans les églifes, n’était pas encore fréquent dans les premières années du quatorzième fiecle. Si l’on examine fur-tout la nature dut verre qui fut employé dans ces fix vitraux, la grofliéreté de leurs compartimens, & le mérite que ce chapelain parut s^.en faire comme .d’une choie rare, dont il voulut que la mémoire fût confervée, dans le panneau où il s’était fait repré-fenter, & dans l’iufcriptkm qu’il y avait fait inférer, je ferais prefque tenté de croire que les peintres vitriers qui embraifaient alors les deux arts, préfa,-g.eant dès - lors la ruine que les vitres blanches pourraient caufer à la peinture fur. verre, ne fe prêtèrent pas volontiers à les employer; tant il répugne de fe figurer que des mains fi habiles dès le treizième fiecle à traiter les conipar-timens de toutes fortes de grifailles en lacis, dont nqus avons parlé en traitant de la peinture fur verre de ce tems- là , dont la plupart des églifes de l’oxr-dre defaintBenoit & de faint Bernard, & dont l’églife de Paris conferve elle-même des vitraux dans quelques chapelles au pourtour du chœur, aient U groffiérement traité les vitres blanches dont nous venons de parler.
- 8. Les hiltoriens & les monumens même ne nous montrant rien de favorable à l’opinion de M. de Perrin , recourons maintenant .au tems de Pétablif-fement de nos groffes verreries de verre à vitres. Or, les premières 11e datent que du quatorzième fiecle, fous Philippe VT & le roi Jean. Et fi en moins d’un demi-lie.de ils en établirent julqu’à neuf,. .on n.e. doit pas s’imaginer, que l’ufage des vitres blanches fût déjà affez accrédité pour en être la feule caufe : car , quoiqu’il paraiffe qu’on n’y fabriquait que du verre en plats » il
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- (a) Ce qm effc ici pondueavait été brife. „ . .. f
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- #0 VA RT DU P I T R I E R. Partie IIl.
- èft certain que tous lés plats de Verre qu’on y ouvrait n’étaient pas de vitres blanches. Les vitriers; dans les démolitions qu’ils font journellement des vitres peintes de ce téms-là , trouvent fouvent des boudinés de verre de couleur qui avait été ouvert en plat, (a)
- 9. L’utilité & l’agrément qui provenaient de ces manufactures encouragées par ces monarques , donnèrent lieu dans le quinzième fiecle à l’ufage plus commun des vitrés blanches dans les maifons, & fous Louis XI à la création de la communauté des maîtres vitriers. Dès le feizieme fiecle, 011 perça les bâtimens de fenêtres plus grandes que par le paifé. François Ier en donna l’exemple, en faifant agrandir celles du Louvre pour la réception de l’empereur Charles - Quint. La confommation du verre, ou peint, ou blanc, fut beaucoup plus grande. L’art de la peinture fur verre s’était, comme nous avons vu , ( b ) beaucoup étendu pour la décoration des églifes. Ce qu’on en plaça dans les maifons , ne confifta plus qu’en quelques tableaux fouvent d’une feule piece , pofés fur un fond de vitres blanches, dont l’ufage prévalut feul au fiecle de Louis le Grand.
- CHAPITRE IL
- Du mêcbanifme de la vitrerie, ou l’Art du vitrier.
- 10. C^omme je me fuis déjà fort étendu (c) ailleurs, en entrant dans des détails pratiques & important qu’il ferait ennuyeux de répéter ici, d’ailleurs communs à la verrerie & à la peinture fur verre , comme arts co-relatifs j je ne traiterai dans toute la fuite de ce chapitre que de ce qui regarde les vitres blanches & la façon de les traiter.
- 11. L’usage dés vitres blanches s’étant beaucoup accrédité vers la fin du feizieme fiecle, alors ie Vitrier laborieux & intelligent chercha tout à la fois à faire entrer la variété des compartimens & la folidité dans les ouvrages dont il fut chargé. On vit les Vitres blanches prendre plus fréquemment dans les églifes même la place des vitres peintes. Leur plus grand éclat féduifit plus’
- (a) Philippe de Caquerây, écuyer, fietir de Saint-Iinmes, en faveur de qui Philippe VI créa en n 30 la première de nos grofles verreries , eft inventeur des plats de verre en boudiné , fous le nom de verre de France.
- ( b ) Voyez les chapitres de la première partie , où je traite des peintures fur verte
- du dix-feptieme fiecle.
- ( c ) Voyez les cinq derniers chapitres de la fécondé partie de mon traité, où je traite du méchanifme de la peinture fur verre, & en particulier le chapitre VIII, où je traite de la vitrerie relativement à la peinturé fur verre.
- facilement
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- Z ’ ART DU VITRIER, Partie III.
- 36*
- facilement ceux qui, moins recuillis que leurs peres, voulurent un jour plus gai, jufques dans les faints lieux, dans lefquels une {ombre lumière édifiait leurs aïeux, & leur infpirait ce goût pour la priere, auquel les neveux ont fubftitué fi légèrement une dangereufe démangeaifon de voir ou d’être vus. C’eft par une fuite de ce nouveau goût que les plus grands carreaux prennent à préfent aufli dans nos églifes la place des panneaux de verre en plomb , comme ils l’ont prife dans les maifons, où l’on ne peut avoir trop de jour: mais comme cet ufage, fruit de la vicifiitude & de la légéreté , pourrait à fou tour voir revivre celui defdits panneaux î comme l’efprit d’épargne pourrait un jour fuccéder au luxe prefqu’inconcevable qui s’étend fur cette portion des batimens , j’ai cru devoir à la poftérité la defcription que je vais lui donner dans ce chapitre de la pratique de cet art relativement aux panneaux de verre en plomb, qui eft plus particuliérement l’art du vitrier.
- 12. Nos aïeux, accoutumés à trouver dans l’ufage des vitres non-feulement l’utilité de l’abri contre les injures de l’air, mais encore ce qui pourrait récréer hq vue , trouvèrent, l’un. & l’autre dans l’application des vitriers à donner différentes figures de compartimens aux vitres blanches qu’ils façonnèrent, & quir parurent fucceffivement fous différentes dénominations. Les plus anciennes furent la piece quarrée & la Losange. Il y en eut d’autres par la fuite, qu’on, appel ja bornes en pièces couchées , bornes en pièces quarrées, doubles bornes , triples bornes , foit en pièces quarrées, {oit en bornes couchées mu tranchoir pointu , bornes longues au tranchoir pointu, tranchoir en losanges , ou miramondes , tranchoirs pointus en tringlette double , tringlettes en tranchoirs , chaînons debout, & chaînons renverfés , moulinets en tranchoirs jimples , moulinets à tranchoirs évuidés , moulinets doubles, moulinets au tranchoir pointu à la table cC attente , croix de Lorraine _, mollettes d'éperon , feuilles de la urier, bâtons rompus, du déjimple, du dé à la table^ d'attente , de la façon de la reine , de la croix de Malthe ,delà rofe de Lyon , de ,la façon du Val-de-Grace ; & encore bien d’autres dont les compartimens différens fe font arrangés fous le compas des inventeurs.
- ij., De toutes les façons de vitres, les plus folides font celles où il y a plus de croix de plomb , foit en fautoir , foit debout ; parce que les quatre branches de plomb, qui forment cette croix , aboutiffant l’une à l’autre , arrêtées & réunies par une foudure bien fondue & bien liante , ont toujours plus de force pour le maintien des vitres & pour leur plus grande fiabilité, que les autres, jointures de plomb qui lie font compofées que de la réunion de . deux où trois bouts de plomb foudés enfemble. On n’emploie plus, fur-tout à Paris, dans les vitraux des églifes que là'lozange, ou la‘borne couchée : ce qui dépend de l’architede , à qui l’on s’en rapporte ordinairement fur le choix. La grande régularité dans les différentes façons de vitres confifte en ce que chaque panneau commence.& fîniffe en quatre coins égaux j c’efi-à-dire, en Tome XIII. ‘ Z z
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- ?é2 VA R T DU V / T R I E R. Partie IÏL
- ‘ce que les pièces de l’extrémité de chaque panneau foientles mêmes en figure & en grandeur à chaque coin du panneau ; & dans le cas où la mefure donnée des panneaux ne le permettrait pas, cette‘égalité-doit fe: trouver dans: la hauteur de deux panneaux, où la fin du premier devienne la réglé du commencement du fécond. ” -
- 14. Os* procéda d’abord à cette diftribution de la maniéré fuivante. Les vitriers-' avaient une ou plulîeurs tables dé bois de chêne , ni trop dur, ni trop tendre. On imprimait ces'tables d’un blanc de légère détrempe à la colle j on traçait en pierre noire la- hauteur & la largeur de'chaque pannbaù qu’il fallait exécuter; 011 déduifait fur chacune de ces parties la fuperficie de la verge de plomb qui devait fervir à encadrer les pièces de verre defti-nées à en former l’enfemble : fans cette précaution que le vitrier appelle la diminution du plomb, le1 panneau deviendrait & trop haut & trop large. On d'iftribuait en faite1 à l’aide du compas cette hauteur & cétte largeur , en autant de quarrés parfaits ou ôblongs, fuivant la façon de vitres acceptée pair le devis , en nombres pairs, fi la façon de vitres le demandait, comme dans 1a lozange & la borne couchée , &c. en nombres impairs, comme dans la borne en pièces quarrées, &c. Ces échiquiers ( car c’eft ainfi qu’ils nommaient cette difiribution tracée dans le quatre du panneau par des lignes très-légéremerrt décrites perpendiculairement & horizontalement de-chaque point1 de diftri-bution parallèle ) fervaient de guides, lorfqu’il s’agiifait d’y figurer d’une maniéré' plus fenfible les pièces qui devaient compofer l’enfemble du panneau, par leur rapport éntr’elles , fuivant les fe&ions que demandait la'façon de vitres. Ainfi le delîin entier de leur panneau de vitres tracé fur la table leur fervaitde patron pour la coupe & la jointure des pièces qui devaient le compofer.
- if.. Cet ufage'eft eiic-orè fuivi par les Allemands & les Flamands, même daiisles façons de vitres qui ne font ârfiijetties à aucune figure circulaire ; mais les Français ont trouvé un moyen plus fur & plus expéditif dans l’ufage des calibres”. Ils fe contententhie tracer avec la pierre blanche fur leurs tables, qui 11’ont d’autre couleur que celle qui efi: naturelle au bois, la hauteur & la largeur de leur panneau ; eilfuite ils s’alfurent par le compas du nombre de quarrés qui entrerait dans leur échiquier, s’ils le traçaient en entier, fuivant la façon dé vitres qu’ils doivent y exécuter.; en 'obfervant néanmoins de diminuer la tracé blanche de'toute la hauteur & belle çlè toute la largeur dé‘deux oiftrois lignes, pour Tépaiifeür des coeurs du plomb qui'doit les joindre , afin qu’il 11’y ait rien à couper fur les bords , lorlqu’on en mettra l’enfemble en plomb. Ils portent enfuite fur une carte ou carton mince & bien uni autant de ces quarrés qu’il en faut pour figurer la pîus grande piece qui bntre dans ladite façon de vitres. Dans le quarré que les diffère ns petits
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- V A RT D Ü VITRIER. Partie III.
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- quarrés réunis leur donnent, ils arrêtent au trait noir par forme d’analyfe toutes les différentes pièces dont l’afforti'ment entre dans l’harmonie proportionnelle de ees vitres, foit pour les pièces entières, foit pour les demi-pieces, foit enfin pour les quarts de pièces qui doivent former le contour de chaque panneau, le commencer & le terminer.
- 16. C’est fur ce quarré analytique, qu’ils appellent calibre, qu’ils coupent avee le plus de jufteffe qu’il leur eft poflible toutes les pièces de leurs panneaux qui, pour être réguliers, doivent former perpendiculairement & horizontalement un accord exaél dans l’harmonie’ qui doit régner entre toutes les pièces du panneau & tous les plombs qui les joignent. C’eft de ce calibre que fort comme de fa fource dans nos plus grands vitraux une multitude de vitres toutes égales entr’elles, d’autant plus régulières que, fuppofant dans chacun des panneaux une hauteur & une largeur égale , un feu! panneau de vitres devient la réglé de tous les autres, comme le calibre eft devenu celle du panneau entier. L'ancien ufage de blanchir les tables eft encore ufité parmi nous dans l’exécution de nos chefs d’œuvres, qui font com-pofés d’entrelacs , dont les dilférens contours , dans les paflages d’une piece à l’autre , forment des pièces de verre fi différentes entr’elles, qu’on ne peut les bien couper & les joindre en plomb qu’après les avoir fignées fur la table fur laquelle elles ont été tracées.
- 17. Nous nous fervons encore de tables blanchies dans ce qu’on appelle des vitres en diminution. On donne ce nom aux panneaux de vitres qui rem-plilfant en partie un vitrail circulaire dans fon entier, ou feulement dans la partie ceintrée d’un vitrail quarré vers le bas, font rayonner la façon de vitres en fe raccoureiffant & fe rétréciffant par gradation vers le point de centre. Cette diminution , dont l’effet eft très-agréable à la vue, a été particuliérement & favammenù ordonnée dans quelques vitraux de la nef de l’églife paroifliale de Saint-Jacques-du-haut-Pas à Paris vers le milieu du dix-feptieme fiecle ,par le fieur Dulac, l’un des plus habiles vitriers de fon tems.
- T 8. Or il y a en vitrerie de deux fortes de diminutions j l’une plus compliquée, & l’autre plus fimple. La diminution plus compliquée dont nous allons donner les réglés , ne fe pratique que dans des vitraux totalement circulaires. Pour le faire d’une maniéré plus intelligible, prenons pour exemple un vitrail parfaitement circulaire à remplir de panneaux de vitres en pièces quarrées en diminution. Suppofons encore que nous voulions partager ce vitrail en huit fe&ions ou panneaux : ces feétions arrêtées, nous diviferons chacune d’elles, en commençant par la grande ligne circulaire, en douze parties ou points parfaitement égaux entr’eux ; de chaque point donné par cette diftribution , nous tirerons des lignes ou rayons dont chacun aboutira au point de centre : puis étant convenus de la hauteur que nous voulons
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- donnerai! premier rang de pièces, nous en désignerons l’efpace par un point marqué à la tète de chaque fedion au-deffous'de la grande circulaire^;-eh* fuite nous tirerons du point de centre au point d.éfigné ci-deifus une fécondé circulaire qui paifant à travers des rayons donnera la largeur du bas de chacune des pièces qui doivent former le premier rang. C’eft cette largeur donnée par la, fécondé circulaire, qui déterminera la hauteur des pièces du fécond rang, après en avoir tracé i’efpace au-deffous de la fécondé circulaire par un point auquel amenant du centre une troiiieme circulaire qui, paifant comme la fécondé à travers des rayons, fixera à fon tour la hauteur dès ,pièces du troiiieme rang. On continue ainfi de rang en rang en faifant fervir la largeur du bas de chaque piece du rang de de(Tus de hauteur aux pièces du rang de deifous jufqu’au douzième rang; nous trouverons par ce moyen la mefure donnée d’un vuide circulaire que cette diminution entoure, & que l’on remplit ordinairement par un panneau de vitres en entrelacs ,,ou par un panneau de vitres peintes fur mon té par ujne frife ou de pièces entrelacées, ou de pièces peintes qui les encadre. Cette diminution qui n’eft pas fans effet récrée beaucoup la vue , fur-tout fi le grand cercle eft lui-même fur monté par un pareil cadre.
- 19. Ce que nous venons d’établir par rapport à la piece quarrée, peqt fervir de réglé en l’appliquant à chaque façon de vitres , en obfervant d’en distribuer les échiquiers >en nombre pair ou impair, fuivant que la façon de vitres le demande : 011 obfervera néanmoins de n’en tracer les traits que.bien légèrement fur la table , à la mine de plomb;; parce que, comme nous l’avons déjà dit, ils ne doivent fervir que de guides, pour defliner les traits principaux qui figurent & caradérifent les pièces de la façon de vitres qu’onVeftpropofé d’exécuter. Or, tous les rangs de pièces qui.doivent être dans la diminution d?un vitrail parfaitement circulaire * pour en faire un tout régulier, dans quelque façon de vitres qu’il s’exécute , fe raccourcilfant & fe rétréciffant en-tr’elles, & étant par conféquent fort inégales,, on ne peut mieux faire que d’en defliner une ou plusieurs fedions ou panneaux-fur la table blanchie à cet effet. Alors on coupe, toutes les pièces fur la table, en obfervant de le faire avec le plus de juftelfe &. en-dedans du trait pour retrouver les épaifi. feurs des cœurs du plomb; de façon qu’en finiffant la jointure de chaque panneau , il ne fe trouve rien de fuperflu à retrancher fur les pieces-de -la ligne qui le termine.
- 20. Il efl: encore une diminution plus Simple, qui peut s’exécuter dans les parties ceintrées qui couronnent la partie quarrée d’un vitrail : prenons encore la piece quarrée pour modèle de cette diminution. Diftribuons la partie ceintrée du vitrail en quatre fedions ou panneaux égaux ; divifons la plus grande demi-circulaire de chaque fedionen autant d’échiquiers ou efpaces
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- qtfen comporte chaque panneau quarré dans fa largeur en nombre pair ou impair, ainfi que la fufdite largeur fe comporte ; puis partageons chaque ligne droite ou diagonale de chaque fedion en autant .d’efpaces égaux : tirons en-fuite du point du centre , à commencer par la rangée d’en-haut, des demi-circulaires qui commencent & aboutirent à chacun des points marqués fur les lignes droites ou. diagonales de. chaque fe&ion, & ainfi de point en point nous arriverons^ la derniere circulaire, que nous diviferons enfuite en autant d’efpaces que la première ; de dà nous ferons paifer fur les points marqués dans la grande circulaire d’en-haut, & dans la plus petite vers le bas *. qui fe répondent , des lignes ou rayons qui fixeront l’étendue de chaque piece,
- confervant la même hauteur à chaque rangée de pièces, fe rétréciront feulement à fur & à mefure qu’elles avanceront vers le centre , dont le vuide pourra; être rempli comme la précédente diminution. Cette maniéré d’opérer la diminution, plus fimple, mais moins favante que la précédente , doit être également deflinée fur la table pour y couper les pièces & les joindre avec le plomb,, en faifant les mêmes obfervations pour la coupe des pièces que dansf’article précédent. Elle eft d’un plus grand jour, étant moins reiferrée par les plombs qui la joignent.
- 21. On n’emploie guere la diminution que dans les vitraux qui ont trois panneaux de large. Le vuide que laiiferait dans le milieu un vitrail qui dans fa partie quarrée aurait quatre panneaux de large, devenant trop grand, on ne.ppurrait qu’y continuer la façon de vitres pleines dans les deux panneaux: du milieu: ce qui ferait fans grâce , la diminution n’étant gracieufe qu’au, tant qu’elle forme une efpece de cadre autour d’un autre objet que celui que la façon de vitres, répandrait dans tout le vitrail.
- 22. On peut inférer de ce que nous venons d’établir , que les premiers outils de néceffité tpour le fvitrier font une. ou plufieurs tables, de grandes réglés, pour relever la mefure des panneaux d’après les chaflis ou vitraux,; d’autres pour en tracer les lignes de hauteur & de largeur fur la table, & d’autres plus petites , dites réglés à main, avec un tenon y attaché avec clous vers le milieu , qui la maintienne fermement &J l’empêche de varier fur de verre ,'qui foit aifez mince pour entrer'fans réfiftance dans, les finuofités du, verre, lequel n’eft jamais droit; des compas, dont un grand , qu’on appelle ordinairement fauffe équerre , pour tracer fur la table les plus grands com-partimens d’unvpanneau , cej.que.les vitriers appellent équarrir ; & des petits pour y marquer les différens compartimcns des différentes façons de vitres, ou pour en faire le calibre ; une ou plufieurs grandes équerres de fer p.oli, percées d’efpaces en efpaces pour les clouer & arrêter fur la table, & àbifeaux en dehors pour mettre Jes panneaux à Péquerre, & y introduire* un côté de la verge de plomb qui doit les encadrer. Cette équerre peut être d’une feule
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- pièce ; elle vaut mieux cependant coupée en deux parties en angle exad dans le coin où elles doivent fe rapprocher : cette derniere eft néceffaire lorf. que la mefure fur laquelle on doit faire les panneaux ne forme pas un quarré régulier.'
- 2 Nos anciens joignaient à ces outils le plaquefin &‘la drague. Le plaque-fin était un petit baflin.de plomb grand comme la main, & le plus fbuvent de forme ronde ou elliptique,, dans lequel ils détrempaient le blanc dont ils lignaient le verre, félon la figure qu’ils voulaient lui donner d’après les com-partimens qu’ils en avaient tracés fur la table. Ils fe fervaient à cet effet de la drague, qui était compofée d’un ou deux poils de barbe de chevre, longs d’un doigt, attachés dans un tuyau de plume, avec fon manche comme un pinceau j on trempait ces poils dans le blanc liquide & broyé à cet effet, en y ajoutant très - peu de gomme, afin qu’il s’attachât fur le verre. Cet ufàge fe conferve encore dans les pièces de chef - d’œuvre, dont on releve avec le blanc le deflin entier de deffus la table fur un feul carreau ou table de verre, ce qu’on appelle le contre - fing, qui refte au juré de chambre, chez qui le chef - d’œuvre a été fait.
- 24. Dans les autres façons de vitre*, les vitriers ne fe fervent que du calibre dont nous avons parlé ci-devant. Ce calibre demande tant de jufteffe & de precifion , que pour conferver la régularité dans des vitraux fujets à l’entretien , 8c n’en pas défanger l’enfemble, les anciens vitriers faifaient établir en fer ces calibres armés de pointes à tous les points donnés. Ils appliquaient ces pointes fur le carton i & d’apres ces points effentiels , ils tiraient fur la carte au crayon les lignes néceffaires pour former les pièces entières, demies , ou quarts de pièces , qui commençaient & terminaient les bords de chaque panneau.
- 2f. On voit, d’après ce que nous venons de dire, qu’il 11e s’agit à préfent que de couper le verre pour le mettre enfuite en œuvre, en joignant toutes fes différentes parties avec le plomb. Comme nous nous fommes affez étendus fur la maniéré dont les anciens coupaient le verre le plus épais, foit avec l’émeril, foit avec la pointe dlacier le plus dur, & celle du fer rouge, qui fer-vait à conduire la première langue ou fêlure qu’elle y avait formée à l’endroit qui avait été mouillé du bout du doigt humedé de falive, en faifaut prendre au verre telle figure que l’on defirait fuivant la ligne tracée ; nous nous contenterons , avant que de paifer à l’ufage de la pointe de diamant, dont les vitriers fe fervent avec plus de diligence, de remarquer que cet ancien ufàge de couper le verre n’eft pas fans utilité de nos jours , & que c’eft par une fuite de cette ancienne maniéré qu’un varier écouome & adroit qui apperçoic dans un*.plat de verre, entier d’ailleurs, quelque langue qui pourrait préjudiciera la totalité du plat, fait la conduire où il veut avec un fer chaud ou un petit bout de bois allumé.
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- 26. Ce qc fut que vers le commencement du feizieme fiecle, que I’ufàge du diamant pour couper le verre s’introduifit parmi les vitriers. Il parait que cette découverte, comme tant d’autres , fut l’effet du hafard. Il avait fallu bien des (îecles pour apprendre aux hommes que le diamant, cette efpece de caillou dont l’extérieur annonce fi peu l’excellence, qui reffemble allez ordinairement à un grain de fel ou à un limple caillou d’un gris blanchâtre, terne & {aie, était la plus éclatante, la plus riche & la plus dure production de la nature. On ne connut bien le mérite de cette,pierre précieufe, qu’a-près qu’on eut découvert l’art de la tailler ; art qui ne date pas même de trois cents ans , & qui eft dû à Louis de Befquen , natif de Bruges. Ce jeune homme de famille noble, qui n’était pas deftiné au travail des pierreries , & qui forfait à peine des claffes, avait éprouvé par hafard que deux diamans s’entamaient li on les frottait un peu fortement l’un contre l’autre. C’en fut affez pour faire naître dans une tête induftrieufe & capable de méditation, des idées plus étendues. Il prit deux diamans, les monta fur du ciment, les égrifa l’un contre l’autre, & ranralfa foigneufement la poudre qui en provint; en-fuite à l’aide de certaines roues de fer qu’il inventa, il parvint par le moyen de cette poudre à polir parfaitement le diamant, & à le tailler de la maniéré qu’il le jugeait à propos; il en fit fortir par les facettes ces jeux de feu qui, •éblouiffant les yeux , jettent un éclat fî brillant. Une fi belle découverte piqua .vivement la magnificence des grands, qui ne connaiffaient dans le diamant que des bruts ingénus , des pointes naïves, à angles & facettes tranfparentes., tirant fur le noir, fans beaucoup de jeu ni de vivacité, n’ayant prefque d’autre effet que des morceaux d’acier uni , tels que l’agraffe du manteau qui fert au facre de nos rois ( qu’on croit être du tems de faint Louis ) & ceux de plufieurs reliquaires ornés de pointes naïves, noires & fans agrément pour la vue , que l’on voit dans les tréfors de nos plus riches églifes.
- 27. Cette découverte était encore dans fa primeur, lorfque François Ier, qurieux d’hiftoire naturelle, & fur - tout appliqué à la connaiffance des métaux & des pierres , occupé des foupçons d’infidélité qu’il craignait d’éprouver de la part d’Anne de Piffeleu , fa favorite, & ducheffe d’Ellampes, effaya de graver fur le verre avec le diamant de fa bague, la rime qui fuit, & qui fe voit peut-être encore dans un cabinet de fon château de Chlambord , à côté de la chapelle :
- Souvent femme varie,
- Mal habil qui s’y fie.
- L’effet de l’imprefîion d’une des pointes de ce diamant fur le verre, fe fit remarquer non-feulement par la gravure des caractères qui y relterent tracés, mais encore par le jour qui s étant fait- fous les traits, laifferent apper-
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- cevoir que les parties en étaient défunies & coupées j ainfi un nouvel hafard prouva que le diamant était très-propre à couper le verre, & donna lieu fans doute à l’ufage qu’on en fit par la fuite à cet effet. Les recoupes qui refi. taient de la taille des diamans, devenus plus à la mode, & les plus petits de ces diamans qui ne purent fouffrir Yégrifageà la taille, furent appliqués 'à cet ufage. (a) Ils devinrent d’autant plus utiles que le verre devenant plus mince de jour en jour, avait befoin, pour être coupé fans dommage, d’un outil plus léger, & qui par-là convenait d’autant mieux à cette légéreté de main, fi héceffaire à un vitrier. )
- 28. Entre les différentes couleurs de diamans (car il y en a de blancs, qui-font les plus eftimés dans la joaillerie, d’incarnants, de bleus couleur de faphir, de*jaunes , de verds de mer ou feuille morte) l’expérience fait préférer par les vitriers ceux qui font de couleur incarnate , ou qui en approchent le plus, & qui' comme ils difent, font de couleur de vinaigre. Us fe vendent chez les lapidaires au poids de grain., Les plus eftimables font ceux dans lef-quetéune bonne vue peut découvrir plus de pointes Ou de coupes, parce que ces pointes étant plus ou moins fujettés à s’adoucir par un long ufage , un diamant qui a plus de pointes , peut fournir plus de coupes. . ..c.,
- 2$. Autrefois les vitriers plu^ jaloux de leur induftrie, montaient eux-mêmes-leurs diamans dans des viroles de fer rondes , qui venant en,diminution vers leur pointe, fe terminaient vers le haut par un manche de, buis, ou’ d’ébehe , ou d’ivoire, à leur choix. Us fe fervaient, pour inférer le diamant dans le 1 creux de la virole1, de cire d’Efpagne qui fe contenantidans une :con-fiftance mollalfe dans la! virole qui avait été chauffée , leur donnait le tems de lés tourner & retourner fur'les pointes ou coupes qu’ils croyaient les plus avantageufes, jufqu’à ce qu’ils eulfent'bien rencontré pour la pofition de leur main. Lés1 uns , en effets découpant le verre, ont le poignet plus ou moins renverfé}, ou en-devant, ce quûdénote une main pefante ; ou env arriéré , ce qüf procure !plus 'de légéreté 5 ou! fur Je côté, hors de la> regLe , ce qui fait varier la coupe & eft- bien moins fur ; ou en penchant fur la réglé, ce qui donne à la main plus d’appui, par conféquent plus de fureté ,& à la coupe' une direction plus égale. De-là vient qu’un, vitrier peut rarement & difficilement ffeffèrvir du diamant d’un autre.
- 30. Depuis quarante ans au plus, quelques vitriers qui éprouvaient à leurs dépens que leur main était moins fûre , crurent fe procurer un expédient plus utile en faifant enchâllêr cette virole dans uiié autre, fur laquelle du côté de la coupe était brafée unepetite plaque d’acier qui leur'fervait'de conduite ; & c’elt le « nom qu’ils donnèrent à cette nouvelle monture , qu’ils traînaient au long de la réglé. ’ , .. ..
- (a) On appelle diamans de bord ces petis diamans qui font ordinairement bruns;'1
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- 2 ï. Enfin , depuis une vingtaine d’années ils ont confié le foin de monter -Heurs diamans à des hommes qui , adroits à faifir la pente naturelle de la main de ceux qui les employaient, fe font fait une profe/Iion de l’art de monter les diamans, à l’ufage tant des vitriers que des miroitiers. Ges hommes , la plupart vitriers eux-mêmes , inventerentdes montures d’une nouvelle forme, dont la virole de cuivre , dans laquelle ils enchâlfent le diamant avec de la foudure d’étain fondu , eft enfermée dans un fût d’acier , au travers duquel elle palfe. Ils donnèrent à cette monture le nom de rabot. Le côté plat qui frotte le long de la réglé , fe trouve parallèle à la coupe ou pointe du diamant, fuivant la flexion habituelle du poignet de celui qui doit s’enfervir, & pour lequel on a eu intention de le monter. On tient le diamant comme la plume pour écrire ; avec cette différence néanmoins, qu’au lieu que la plume palfe entre le pouce & le fécond doigt , le manche du diamant doit palfer entre le fécond & le troifieme doigt qui lui fert de conducteur, pendant que le pouce lui fert d’appui, le fécond doigt qui tombe négligemment fur le manche, fervant uniquement à l’entretenir-dans fa jufte polîtion.
- 32. On juge de la bonté d’une coupc, lorfque filant avec un cri ni trop aigre ni trop doux fur le verre qu’elle prefle, elle y forme une trace noire * fine, qui s’ouvre lentement, & devient, lorfqu’elle eft ouverte, aulîî claire qu’un fil d’argent, làns lailfer fur la furface du verre aucune pouffiere blanche: •car alors le verre ne ferait que rayé fans être coupé. Il ne faut pas non plus que la coupe ouvre trop : pour lors l’air s’introduifant trop vite dans la première ouverture que la pointe du diamant aurait faite dans le verre, il y aurait danger que venant à fe cafter, il ne prît en fe fradurant toute autfig route que celle qu’on voulait lui tracer avec la pointe du diamant. Enfin lé* meilleur indice de la bonté d’une coupe , e’eft lorfqu’après la défunion des deux morceaux qui ont été coupés , on fentau long de la tranche qui formé leur féparation, que les deux furfaces de chaque divifion font unies j toute coupe raboteufe étant fujette à former des langues qui peuvent devenir rui-neufes au vitrier. Au relie, les mêmes diamans ne mordent pas également fur toutes fortes de verres. Tel diamant eft propre à couper le verre commun , qui ne preffe point le verre blanc, celui-ci étant ordinairement plus dur. Il y a même dans le verre commun du verre fec comme le grès , fur lequel la coupe la plus vive ne fait que blanchir, (a) Cet outil, depuis fa découverte -,
- { a ) C’eft à la coupe que l’on reconnaît La main qui foutient le plat de verre en l’air la bonté de la recuiflon du verre en plats, pour en diriger la coupe & la faire ouvrir, Un plat de verre mal recuit fe coupe diffi- en le frappant fe trouve alors repou(îéepar cilement. Le diamant y prend mal; Je trait les morceaux qui fe détachent du plat, à s’ouvre avec peine ; fou vent il fe cafie &fe peu près comme elle le ferait par un reflorfc snet en pièces avant que le trait foit ouvert, qui fè débanderait. La raifon de cephéno-4 Tome, XIII, A a a
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- eft devenu le premier terme de l’induftrie du vitrier; il eft de l’état conftitutif -de ce métier. Son ufage, comme de droit, femble ne devoir être autorifé en . d’autres mains que dans celle des ouvriers dont l’état eft de tailler le diamant, comme les lapidaires, ou dont la profeffion fert en détaillant fur des matières vitreufes , comme la glace, le cryftal, le verre , &c.
- 3^. On peut mettre le gréfoir entre les outils propres à couper le verre, ou au moins à le difpofer à la jointure qui doit s’en faire avec lé plomb. Nous avons déjà parlé de cet outil, que les Italiens nomment grifatoio ou topo, parce qu’il ronge & mord le verre. Il y en a de plusieurs fortes , qui ne different l’un de l’autre que par la grolfeur. Les plus petits que l’on nomme ca-voirs, fervent à ronger les contours circulaires & les angles des pièces percées & évuidées de toutes figures qui entrent dans la composition des pièces de verre en entrelacs ou dans les rempliffages ou fonds de ces mêmes pièces dans les chefs - d’œuvres.
- 34. Félieien mettait encore au rang des outils du vitrier une pointe d’acier propre à percer des pièces de verre d’unfeul morceau, dont on remplit enfuite le vuide, en les joignant avec le plomb par un autre morceau de verre de la même configuration que le vuide. O11 a trouvé pour cet effet un expédient plus aifé & plus fur, en fè fervantd’une pointe de diamant monté en foret fut un archet ; ouvrage de fantaifie, qui fuppofe dans le vitrier beaucoup de loifir & de patience, de légéreté de main & d’adreffe , dont la pratique était néanmoins très-fréquente & plus néceffaire dans les vitres peintes des quinzième & feiziemefiecles , & fe foutient encore dans plufieurs villes de France, où l’on donne aux afpirans, des chef- d’œuvres dans lefquels il fe trouve de ces pièces très-difficiles dans leur exécution. C’eft une réglé indifpenfable en matière de chef-d’œuvre de vitrerie, que toutes les pièces en foient terminées par la groifure.
- 3 5". Le plomb que le vitrier deftine à joindre fes pièces de verre taillées dans l’ordre que demandent les différentes façons de vitres , ne doit être ni trop aigre ni trop doux. Trop aigre , il eft plus fujet à avancer la ruine des rouets ou tire-plombs ; à fe caffer , non-feulement lorfqu’on le tire pour l’employer, mais même après l’emploi, au collet de la foudure. Trop doux, ou
- mene eft le refroidiffemçnt trop fubit du verre, dont les parties ont fouffert un degré de contra&ion qui en a fait comme de petits reftbrts bandés, qui, venant à fe débander par la preftion de la pointe du diamant , ou par les efforts que l’on fait pour l’ouvrir, font un effet différent; car quelquefois le plat éclate par morceaux ; quel-
- quefois le trait que la pointe du diamant y a empreint, s’ouvre dans toute fa longueur avec une rapidité incroyable. Que de rifque en coupant de tel verre! car outre la perte de la marchandife, combien y a-t-il de vitriers eftropiés , ou du moins bleffés, par de tels accidens !
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- il fe plifle en s’alongeant dans le tire-plomb , ou il fe coupe en palfant entre les couffinets, qu’il engorge, à moins qu’on n’ait foin d’en retirer de tems en tems les bavures qui s’y amaifent, ce qui fe fait en faifant mouvoir les pignons à rebours , ou bien il fe chiffonne en l’employant.
- ? 6. C’est pour cela que les vitriers ont foin , lorfqu’ils font prêts de fondre leur vieux plomb, de l’énouer, c’eft-à-dire, d’en féparer tous les nœuds de foudure, qui retenaient les différentes branches de plomb dans la jointure des vieux panneaux qui leur font rentrés, ou pour les remettre en plomb neuf , ou pour en faire des neufs. Ils coupent, à cet effet, avec des ci-féaux tous les nœuds de foudure , & les mettent à part. Si on les fondait avec le plomb pèle-mèle , ils le rendroienttrop aigre. Ces nœuds ainfi mis à part, entrent dans la compofition de la foudure , comme nous lé dirons en fon tems. Le plomb étant ainfi énoué, l’on y ajoute, en le faifant fondre, telle partie de plomb neuf que l’on juge à propos pour rendre le plomb moins aigre. On fe fert à cet effet d’une marmite de fonte de fer plus ou moins grande, fuivant les fontes-que le vitrier eft dans l’habitude de faire. Les plus grandes marmites ne contiennent guere que lix à fept cents livres pe-fant de plomb fondu. On pofe cette marmite le plus de niveau qu’il eft pofîible fur un trépied plus ou moins fort, à proportion que la capacité de la marmite eft plus ou moins grande, de maniéré que la marmite ne penche pas plus fur un côté que fur l’autre, & qu’on puiife la remplir également. On entoure ordinairement le trépied de gros pavés de grès , qui maintiennent la chaleur, & qui tiennent toujours le bois élevé de maniéré que la flamme entoure & chauffe le haut de la marmite, pendant que la braife en échauffe le fond. Quelques-uns élevent autour de la marmite &jufques vers le bord un mur de brique , en lai fiant un efpace de trois pouces entre l’un & l’autre pour mettre le bois. Ils pratiquent vers le bas, fur le devant, une ouverture d’environ huit pouces en quarré , pour laiffer écouler le plomb qui peut tomber dans le foyer en rempliifant la marmite , & pour donner au feu plus d’activité. Le bois qu’on emploie pour fondre, doit être fec, & de nature à donner plus de flamme que de braife. On remplit continuellement la marmite à fur & à mefure que le premier plomb qu’on y a mis eft fondu. Lorfque la marmite eft pleine , c’eft-à-dire , à deux ou trois doigts au-deffous du bord , on agite avec une bûche de moyenne groffeur les cendrées & le fable qui fur-monte le plomb fondu. Alors on jette fur ces cendrées petit à petit des morceaux de vieux fuif qui venant à fe fondre avec elles , prennent aifément feu, & les brûlant, en détachent vers le fond de la marmite le plomb qui s’y trouvait encore mélangé, & fervent à l’adoucir. Lorfque les cendres commencent à rougir, on en diminue peu à peu le volume, en les retirant delà marmite avec une petite poêle percée en forme d’écumoire à manche de bois
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- arrondi, qu’on agite au - delfus de la marmite, afin que le plomb fondu , qui pourrait s’y trouver mêlé, y retombe. Le plus gros de ces cendrées» qu’on jette à part dans un des coins de la cheminée , ou dans quelque vaiifeau qu’on y difpofe à cet effet, afin que la fumée qui- s’y évapore incommode moins les fondeurs, étant a-infi enlevé, on continue-de remplir la marmite jufqu’à ce qu’elle fe trouve pleine de plomb fondu j. on recommence à écumeren détachant du fond de la marmite la cendrée qui aurait pu s’y attacher. Alors le plomb paraiflant bien net fur fa furface, & feulement couvert d’une efpece de crème qui s’y forme lorfqu’il bouillonne, on fe met en devoir de le verfer dans les moules deftinés à cette opération.
- 37. Ces moules qui fe nomment lingotieres , font eompofés de deux bandes de fer plat, de dix-huit à vingt lignes de large, environ fixlignes d’épaifl’eur fur feize à dix-huit pouces de longueur, avant d’ètre façonnées. Ces deux' bandes de fer s’enclavant vers le bas , entrent l’une dans l’autre ;. percées vis-à-vis lune de l’autre, elles fe joignent enfemble par une rivure qui les tra-verfe,. & en fait une charnière qui les fait mouvoir en rond fins fëféparer, & tourner fur un- même centre. Chacune de ces bandes de fer- oppofées en-tr’elles doit être, eftampée fur la largeur en trois creux de la. forme des trois lingots, dont chaque bande doit former la moitié, fuivant fépaiffeur que l’on veut donner aux ailerons de chaque côté du lingot y l’efpace qui dans le milieu de chaque creux fëpare les ailerons , reftant plein fur environ une ligne de face. Ces deux bandes de fer, ainfi creufées & refouillées par la lime, ferrées l’une contre l’autre, forment en remplilfaut leurs creux de plomb fondu , les trois lingots entiers , dont les ailerons font pleins & le milieu creux fur Fun &. l’autre fens, en y confervant néanmoins une certaine épaiifeur qui refte folide , pour en former , lorfque- le lingot palfe.ra au rouet ou tire-, plomb , ce qu’on appelle le cœur de la verge de plomb.tirée , comme le vuide avec fes ailerons de chaque côté delfus & delfous doit y former la chambrée de ladite verge de plomb , dans, laquelle feront logées les épailfeurs du verre qu’elle doit fervir à joindre.
- 38. Le haut de ces bandes de fer ainfi jointes & creufées fe replie fur elles-mêmes en-dehors. La partie à laquelle le manche doit être adapté-, forme un rond dont le milieu vuide eft traverfé par une rivure moins forte que celle de la charnière. Ce manche eft une tige de fer quar-rée, terminée par le bas par une poignée de bois arrondie , & vers le- haut par une embrafure formée de la tige de ce manche, refendue quarrément en deux branches- percées à chaque bout, au travers, delquelles paft'e la rivure qui joint le tout enfemble. Cette embrafure qui fe nomme la bride de. la lingcüere , doit être allez ouverte pour pouvoir embralfer fans gêne deux fois au moins l’épailfeur des deux bandes de fer enfemble.. Dans la; partie., oppoféela bande de fer reployée aulfi
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- fur elle-même en-dehors à même hauteur que la précédente, forme une efpece de coin renverfé ou menton net plus fortement ferré & preiî'é par la bride, lorfqu’on appuie plus fort fur le manche , en remplrflant la lingonere de plomb fondu.
- 39. On emplit la lingotiere de plomb fondu avec une cuiller de fer, à manche de bois arrondi, au bord de laquelle on a pratiqué un bec, pour , après avoir puilé le plomb dans la marmite, en écartant toujours la cendrée qui s’élève fur la fur face, y verfer le plomb. On le verfe lentement & de plus haut, fi le plomb ou la lingotiere fe trouvent trop chauds ; plus vite, fi l’on s’apperçoit qu’il refroidit. Dans le premier cas, le plomb fuyant, au lieu de féjoumer dans la lingotiere , les creux du moule ne fe rempliront pas. Dans le fécond , le plomb venant à fe figer ne defcend pas jufqu’au bas du moule , .& ne le remplit pas. Il eft très-avantageux de remédier de bonne heure à ce dernier inconvénient, en ranimant l’aclivité du feu > autrement , il ferait à craindre que le plomb , fe figeant dans la marmite , ne fe convertit en une malfe qu’il ferait difpendieux de liquéfier de nouveau.
- 40. C’est auffi de la fermeté du poignet de celui qui remplit fou moule, que dépend la perfection des lingots. Plus la lingotiere eft jufte & fermée vers fa charnière , plus la partie d’en-haut s’ouvre facilement, comme par une efpece de relfort, lorfque cefiant d’appuyer fur le manche on lâche la bride, & féparant les deux parties, on gliife le couteau d’un des côtés du manche pour détacher les lingots de leurs creux, & les en retirer.
- 41. Une. lingotiere donne trois lingots, dont l’un eft féparé de l’autre par un plein d’une ligne & demie de face ou environ entre chaque creux j mais ils fe réunifient vers le haut dans toute la largeur du moule par une tète qui s’y forme lorfq.mil eft rempli. On coupe cette tète ou avec des cifailles folidement retenues fur kbanc du tire-plomb, ou fur un billot avec un maillet, & un fermoir quand on veut feparer les trois lingots l’un de l’autre;.
- 42. Si les deux parties de la lingotiere n’ont pas été allez ferrées l’une contre l’autre', le plomb qui s’extravafe du creux des lingots, lorfqu’on emplit la lingotiere ,. formera de fortes bavures que l’on eft obligé d’enlever avant que d’en faire palfer les lingots au rouet ou tire-plomb, & qui s’enlevent avec d’autant plus de peine qu’elles font plus épaiifes. Ce n’eft pas que,quelque précaution que l’on prenne ; il ne refte toujours quelque fuperfluité à enlever fur les côtés du lingot. Cette opération s’appelle doler le plomb, & fe fait en paifant un bout de latte dans la ceinture du tab icr qui, a fier mi contre les bords de la table , reçoit le bout de la verge de p’omb à laquelle il fert d’appui, pendant que, tenue par l’autre extrémité , de la main gauche , la droite enleve cette fuperfluité avec un couteau. Le moins tranchant y eft: le plus propre^
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- VAUT DU VITRIER. Parme III.
- 45. Les vitriers qui font le plus de vitres en plomb, ne fondent guere qu’une fois l’année. Ce travail, qu’il eft à propos de ne pas quitter lorfau’il eft entrain, eft un des plus pénibles du métier, les ouvriers reliant quelquefois vingt - quatre heures & plus expofés à l’ardeur d’un grand feu & à la vapeur nuilible du plomb. Dans les boutiques où il y a un plus grand nombre d’ouvriers, ce travail fe partage de maniéré que , quand le plomb eft prêta être jeté dans les moules ou lingotieres . pendant que trois ou quatre atlis autour de la marmite s’occupent à la vuider dans les moules , les autres Coupent les tètes des lingots, en attendant qu’à la fécondé marmite ils reprennent la place des premiers qui les remplacent à étèter. Le plomb étant étèté , on le dole & on le ferre dans un coffre, le plus à l’abri de la pouiïiere qu’il eft poffible.
- 44. La provision de plomb fondu & lingoté étant faite , les vitriers qui ont le plus d’ouvrage de vitres en plomb, font dans l’ufage auffi de faire celle de la foudure. Ils prennent à cet effet une certaine quantité de livres pefànt de ces nœuds dont nous avons parlé plus haut ; ils y ajoutent un poids égal de meilleur étain fin qu’ils mettent fur le feu dans une petite marmite de fonte , jufqu’à ce que le tout (oit fondu & mélangé j ils ont foin alors de faire brûler avec un peu de poix-réfine qu’ils jettent dans la marmite, & qui y prend aifément feu , les cendrées que les nœuds y occasionnent, afin que la vieille foudure s’en détache & refte fondue dans la marmite : alors ils enlevent ces cendrées avec la cuiller ou poêle percée, dont ils fe fervent pour la même opération par rapport au plomb, jufqu’à ce qu’ils voient la furface de la foudure fondue nette & dégagée de toute faleté , pour la couler enfuite dans l’inttrument qu’ils appellent Vais à la foudure.
- 4f. L’ais à la foudure eft une planche de trois pieds au moins de long, fur neuf à dix pouces de large. On choifit, par préférence , une planche de bois de poirier ou de hêtre , comme moins fujet à fe gercer à la chaleur. Cet ais eftfeuillé en huit efpaces de cinq lignes de face chacun fur trois lignes de profondeur, ayant en tète un demi-cercle plus large que le refte du feuillet, dans lequel on verfe la foudure fondue. On le tient pofé de niveau fur fes genoux. O11 verfe la foudure que l’on a prife dans la marmite, avec une cuiller de fer à bec ., dans les enfonqures arrondies qui font à la tète de chaque feuillet. On en remplit trois au plus à la fois de foudure ; puis élevant un peu fais du genou gauche, on porte promptement la cuiller vers l’extrémité des trois feuillets, pour y recevoir ce qui fe trouve de trop de foudure fondue , après ce qui a fuffi pour en former trois branches, en s’arrêtant dans le feuillet, où elle fe refroidit3 ainfi de feuillet en feuillet jufqu’à la fin. Plus la foudure eft chaude, moins elle s’étale dans le feuillet, & moins la branche eft large ou épailfe. Une branche de foudure bien jetée, 11e doit avoir au plus que trois lignes de large, & l’épaiifeur d’un fol marqué. Cette opération eft longue 3 car dans le cas où
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- LA RT DU VITRIER. Partie III.
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- elle ferait de cent livres de foudure , elle ferait capable d’employer au moins deux tiers de jour de deux ouvriers, dont au moyen de deux ais l’un jete-rait les branches, & l’autre les détacherait du premier ais, pour les dreifer & en faire des paquets, pendant que fon camarade emplirait le fécond ais, & ainfi fucceffivement. Il efi intérelfant d’entretenir toujours la foudure dans la marmite dans un même degré de chaleur. Trop froide, elle fe fige à l’entrée du feuillet, ne coule pas, ou donne des branches trop épaiifes, ce qui empêche l’ouvrier de fouder proprement ; trop chaude, elle donne des branches trop menues, qui donneraient au plomb le tems de fe fondre lui - même fous le fer, avant qu’il eût reçu la quantité de foudure qui doit le joindre fans le diffoudre.
- 4G. La lingotiere , dont nous avons donné la defcription & la maniéré de s’en fervir, peut à bon droit être confidérée comme un refie de l’ufage le plus ancien pour employer le plomb dans la jointure des vitres. Rien en effet ne reffemble tant au plomb que les anciens vitriers y employaient , & qu’ils appelaient plomb à rabot, que les lingots qui fortent de ces moules, à la vérité beaucoup plus gros , mais dont nous avons trouvé le moyen de diminuer le volume en les alongeant & les preffant par l’ufage du rouet ou tire-plomb.
- 47. Quoiqu’on ne puiffe pas établir précifément le tems où les tire-plombs paflêrent en ufage dans la vitrerie, on peut néanmoins avancer que leur invention ne remonte pas plus haut que les dernieres années du feizieme fiecle. Ce n’eft en effet que de ce tems qu’on voit des panneaux de vitres joints avec un plomb plus faible, c’efi-à-dire, moins épais dans le cœur & dans les ailes que celui des fiecles précédens : ce qui femble annoncer l’invention d’un outil plus expéditif que le rabot, & qui, ménageant plus de tems ou de matière, donna plus de foupleffe au plomb, & au vitrier plus de facilité pour l’employer.
- 48. Une tradition confervée dans une famille de Lorraine, qui eft encore de nos jours très-induftrieufe dans le méchanifme du tire-plomb , nous apprend que la connaiffance de cette machine lui était venue des Suiifes vitriers qui s’en fervaienten courant, comme on dit, la lor^ange, dans l’Alface , la Lorraine & la Franche-Comté ; ce qu’ils font encore de nos jours. Un des aïeux de cette famille , nommé Haroux, célébré armurier , établi à Saint-Michel, ayant examiné de près cette machine , en connut l’utile, en corrigea le défectueux , en polit le grofîîer, & la porta à un degré de perfe&ion où depuis ce tems 011 a bien pu l’imiter, fans le furpaifer.
- 49. Cette machine, telle quelle fort des mains des defcendans de Haroux, fe nomme tire-plomb d’Allemagne. Avant de rendre compte delà maniéré dont nos Français cherchèrent à la fimplifier, nous allons en donner la defcription ; & les détails que nous donnerons fur fa confiruèfion , ne fervu
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- rom pas peu à faire connaître la manière de le gouvernerTTis caufes dç'fès dérangemens, & les moyens d’y remédier. C’eft ce que nous allons tâcher de faire , non en philofophe, pour qui il eft intéreffant de faire des recherches fur la vraie méthode de déduire des loix du mouvement des principes pratiques delà méchanique , mais en fimple vitrier, qui connailïàntpar l’expérience & les obfervations qu’elle lui fait faire ,'Ia portée de ces mêmes principes en ce qui concerne fon art, s’eft mis en état de combiner & de prévoir les effets des inftrumens qui lui font propres, avec une certitude convenable à fon état, laiffant aux premiers ces recherches qui ne font pas toujours nécef-faites aux progrès des arts.
- 50. Le tire-plomb d’Allemagne eft compofé de deux jumelles ou plaques de fer trempé, de cinq à fix pouces de hauteur , de dix-huit à vingt lignes de face, & de fept à huit lignes d’épaiffeur. La jumelle de devant eft terminée par le bas par une efpece de patte prife dans le même morceau, mais amincie pour lui donner plus de face : cette patte eft aufli haute que l’épaiffeur du banc fur lequel 011 doit monter le tire-pied. Ce banc qui doit être d’un bon cœur de chêne, ne peut être trop folidement arrêté. La patte de la jumelle de devant doit être percée de trois trous ( 2 & 1 ) ,pour recevoir les trois vis en bois'qui affujettiffent le tire-plomb fur le banc, & l’y retiennent dans lin jufte niveau. Cette jumelle n’eft point fujette à être démontée fréquemment de deffus fon banc auquel fa patte la tient appliquée ; mais bien la jumelle de derrière, qui porte Amplement fur le nu du banc fans y être retenue par aucun empattement.
- fi. Ces deux jumelles fe joignent enfemble par deux entre-toifes à vis & à écrous fur la jumelle de derrière, & rivée fur celle de devant, ce qui donne la facilité de féparer la jumelle de derrière toutes les fois qu’il s’agit de changer les pièces qui garnirent l’intérieur du tire-plomb. Nous rendrons compte fuccefïivement de ces différentes pièces.
- f2. Chaque jumelle eft percée à égale diftance des entre-toifes de deux trous garnis chacun dans fon épailfeur d’un dé d’acier calibré en rond fur le diamètre des arbres qui doivent y rouler. Entre ces deux trous de chacune defdites jumelles eft ajufté 8c folidement rivé fon poru-coufjîmt entaillé dans le milieu, de la largeur du couftïnet qui doit y être inféré ; de maniéré que, quoiqu’amovible à volonté, ce couflinet 11e foit fufceptible d’aucune variation , lorfque la machine eft en mouvement.
- 5-3. Chaque couflinet doit être de fer de Ja trempe la plus dure, qu’on nomme trempe, au paquet. La hauteur de chacun des deux coulîinets doit être de l’efpace qui fe trouve entre les trous des jumelles dans lefquels les arbres doivent rouler, échancré en rondeur vers le milieu pour le jeu defdits arbres. Un couflinet doit avoir deux engorgeures 9 une plus évafée & plus enfoncée
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- vers l’entrée du lingot qui diminue de face & augmente d’épailfeur dans Peu* droit où la verge de plomb acquiert la face qu’on veut lui donner en largeur, c’eft - à - dire , où pendant que les roues le fendent, les couflinets en predent les ailes entre les deux ourlets ( ce qu’on appelle lacôtt des ccujjimts ) & diligent la verge vers fa fortie par l’autre engorgeure moins haute, moins évalée & moins enfoncée que la précédente.
- 54. Il eft d’ufage de donner aux couflinets une certaine épauleur qui empêche que les jumelles ne joignent les entre-toifes qui doivent laiifer un vuide d’une ligne & demie au moins entr’elles & la jumelle par laquelle palfent les vis. Ce font les couflinets qui donnent à la verge de plomb tirée la largeur & la force defirées. Ainfi l’on peut avoir fur un même tire - plomb autant de paires de couflinets y ajuftées que l’on veut fe procurer de differentes fortes de plombs plus ou moins larges de face, ou plus ou moins épais aux ailes, ou avec un plus ou moins fort ourlet. Il y a aufîi des couflinets deftinés à former ces petites branches de plomb nommées communément des attaches ou liens, qui foudées fur le panneau aux endroits convenables, embraient les targettes ou verges de fer qui fervent à fupporter le panneau. Cette invention a été habilement fubftituée à ces moules femblables à un gofrier, dans lefquels les anciens coulaient plufieurs de ces liens ou attaches à la fois.
- ff. Ces couflinets façonnés comme les précédens, ont plus qu’eux vers le milieu un avant-corps d’environ une ligne d’épailfeur pris dans le couflinet même. Cet avant-corps reflemble allez à un grain d’orge, dont il a pris le nom. Sa pointe regarde le milieu du couflinet du côté de fa plus grande engorgeure. Cette pointe aiguë & tranchante , ainfi que fes côtés, fert à prendre fur les ailerons du lingot, ce qui dans les autres couflinets formerait les ailes de la verge de plomb , pour en faire à droite & à gauche deux branches de liens de chaque côté ; pendant que l’entaille faite & pratiquée dans le milieu du grain d’orge aufli tranchante que fes côtés, fert à divifer le cœur du lingot d’avec le lien. Chaque lingot par ce moyen forme quatre branches qui s’alongent jufqu’à deux pieds & demi & plus fur une ligne & demie de face ,8c une demi-ligne au moins d’épailfeur. Quelques vitriers le fervent du cœur lorfqu’il eft détaché des quatre autres branches, comme d’une cinquième branche} ils coupent enfuite ces branches avec de petites cifaiîles, à la longueur de trois ou quatre pouces, fuivant la grolfeur des verges qu’elles doivent entourer.
- Les couflinets étant les pièces du tire-plomb qui s’ufent les premières , à caufe de la fréquence des frottemens, font plus fujets à fupporter des rafraîchilfemens. C’eft ainfi que les ouvriers en tire-plomb nomment le ré-tablilfement en neuf qu’ils font, foitaux couflinets, foit aux roues, qu’ils font obligés de détremper à cet eftet, pour les refouler , les relimer * & les mettre Tome XIII. B b h
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- dans leur premier état, en les trempant de nouveau. Or cette opération emportant toujours quelque chofe fur l’épailfeur du couflinet, empêcherait à la fin j fans la précaution fufdite, l’aCtion des écrous qui fervent à preifer les parties du tire - plomb , en les tenant toujours dans un point jufte entr’elles. La jufteife de ce point eft eflentielle pour mettre le lingot à tirer dans un état où les ailes ne fe coupent ou ne fe pliffent point : ce qui arrive quand elles font trop preffées entre les roues par les couflinets , ou qu’elles ne prennent trop d’épaiffeur, ou qu’elles ne forment des bavures ou dentelles fur Yourlet ; ce qui arrive lorfque le tire-plomb eft trop lâche.
- 57. Le tire-plomb d’Allemagne eft en outre compofé de deux arbres ou eflieux de fer trempé aufli dur que les couflinets. Celui d’en-haut fe termine du côté de la jumelle poftérieure en une forme ronde juftement calibrée fur le dé d’acier qui garnit le trou de la jumelle, que cet arbre doit traverfer. Quarré dans fou milieu, 011 y introduit une roue dite aufti la bague, trempée comme les couflinets, percée quarrément dans fon milieu à la mefure jufte du quarré de l’arbre qui la reçoit, hachée fur fes deux faces de quelques coups de lime, & taillée fur fon épaiifeur de demi-ligne en demi-ligne pour lui donner plus de prife fur l’épailfeur du milieu du lingot qui doit former le cœur de la verge de plomb. Cette roue ou bague placée dans fon lieu y eft retenue par un chaperon pris du même morceau de l’arbre qui l’empêche de s’échapper. C’eft d’après ce chaperon que cet arbre fe termine fur la jumelle de devant par une partie ronde qui la traverfe , comme dans celle de derrière ; & enfin d’après l’épailfeur de ladite jumelle , par une partie quarrée dans laquelle pâlie un pignon retenu en fon lieu par un écrou.
- $8. L’arbre d’en-bas eft en tout femblable au précédent, pour fa faculté de rouler dans les jumelles, de recevoir dans fon quarré une roue ou bague Jèmblable à celle de l’arbre d’en-haut, à la réferve qu’il doit être plus long fur le devant, parce qu’il doit porter plus que lui la manivelle qui s’y ajiifte au devant du pignon, & doit être retenue par une vis à écrou.
- 59. Ces roues ou bagues qui doivent occuper le milieu du corps du tire-plomb, doivent être exactement rondes & palfées au tour , ainfi que la partie ronde des arbres. On donne à ces roues ou bagues l’épailfeur que l’on deflre de donner à la chambrée de la verge de plomb tirée, pour y loger un verre plus ou moins épais 5 comme la diftance qui refte entr’elles perpendiculairement fert à former ce que l’on nomme le cœur de ladite verge ; plus fort, fl elles font plus éloignées l’une de l’autre ; plus mince, lorfqu’elles fe rapprochent davantage. Au refte, un des principaux foins d’un ouvrier en tire-plomb eft de difpofer toutes chofes de maniéré que le cœur du plomb foit exactement placé dans le milieu de la verge, & que chaque côté des ailes ne foit ni plus haut ni plus bas que l’autre.
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- Go. Enfin les pignons à qui la manivelle donne, le mouvement néceflaire pour l’effet qu’on en attend, doivent être , comme les couflinets & les autres pièces, d’une bonne trempe. Ils font ordinairement à douze dents qui doivent être exactement taillées à diftances & formes égales, & s’engrener très-jufte, fans former aucun fautillement ou cahot, très - nuifibles à la machine & à la verge de plomb qu’elle produit. Ces fautillemens ou cahots qui fe font fentir en abattant ou en relevant la manivelle, peuvent être encore occasionnés par le défaut de rondeur des arbres, ou des trous par lefqu.els ils paflent : de là vient Souvent, comme du même défaut, lorfqu’il fe trouve dans les roues ou bagues, cette inégalité qu’on remarque dans l’épaitTeur du cœur de la verge de plomb, qui la rend lujette à fe calfer lorfqu’on la tire pour Palonger, ou à fe percer quand on l’ouvre avec la tringlette, ou à re-jeter un bon ouvrier dans la conduite de fon ouvrage.
- G1. Quant à la manivelle, elle eft ordinairement de fer, formée en S, de dix-huit pouces de longueur, fe termine en faillie par un manche de fer de fept à huit pouces de long, recouvert par une poignée de bois arrondie < & tournant autour de fa tige, rivée au bout par une petite plaque de fer ou de cuivre, que les deux mains puiffent embrafler, une delfus , l’autre delfous, pour la faire mouvoir. C’efl cette manivelle qui fait tourner l’arbre d’en-bas , par le moyen de fon pignon qui, s’engrenant dans celui de delfus, fait aufïï tourner l’arbre d’en - haut : alors le lingot de plomb fendu dans le milieu par les roues qui en forment le cœur , palfe entre les couflinets qui en profilent les ailes & les applatilfent des deux côtés, & à proportion que les engor-geures des couflinets font plus ou moins enfoncées, donnent à la verge de plomb des ailes plus ou moins épailfes.
- G2. Outre les pièces que nous venons de décrire comme appartenantes au tire-plomb d’Allemagne, il eft encore des pièces doubles, qui doivent commencer l’opération , & que , par allufion à la reflèmblance qu’elles ont avec l’ancien plomb à rabot, on nomme encore parmi nous pièces de rabot ou d’embauche. Ces pièces, dont l’agencement & la forme font les mêmes que dans celles que nous venons de décrire, confiftent en deux roues de l’épailfeur d’une ligne & demie ou environ, deftinées comme les précédentes à fendre le plomb par le milieu, & en deux couflinets dont les en-gorgeures plus enfoncées forment des ailes plus épailfes que dans la verge de plomb qu’on fe propofe d’employer pour joindre les vitres. Ainft un lingot de plomb de douze à treize pouces, que les pignons mus par la manivelle font filer fous ces roues entre les couflinets d’embauche, s’alouge par cette première opération jufqu’à deux pieds & plus, fuivant la grolfeur & la longueur du lingot : fur quoi j’obferve en palfant, que les ailerons d’un lingot ne doivent point être trop hauts} ce qui occafionnerait aux couflinets des frottemens
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- trop rudes ; ni trop applatis ou trop épais, ce qui fatiguerait trop & les roues qui le fendent & les couflinets qui le prelîènt.
- 63. Cette première opération qui n’eft pasja plus pénible, s’appelle tirer des embauches. On peut en tirer une certaine quantité par provifion, lorf-que l’ouvrage prelfant moins d’ailleurs, donne au vitrier plus de loifir. On les garde, ainfi que les lingots, enfermés dans un coffre où ils 11e foient point expofés à la poufîiere, pour les faire paffer dans le befoin fous les roues, & entre les couflinets propres à finir la verge de plomb «.[qui s’a-longe quelquefois du triple de ce qu’elle portait lorfqu’eîï^ n’avait encore paffé que par l’embauche. Cette première opération eft inféparable du tire-plomb d’Allemagne : fans elle , le plomb ferait trop rude à tourner, & 11e venant jamais bien au degré de perfection qu’il doit acquérir, fatiguerait en vain les pièces du tire-plomb, & les forces de celui qui le fait mouvoir; au lieu que les verges d’embauche étant déjà préparées par la première opération , qui a diminué le volume du lingot en le preJfant & l’alongeant,
- • fileront bien plus doux dans la fécondé opération. C’eft fans doute cette double opération qui détermina le Français , qui aime la diligence dans l’exécution , à tenter les moyens de fimplifier cette machine, en obtenant par une feule opération ce que le tire-plomb d’Allemagne ne donnait qu’en deux, comme nous allons bientôt le développer.
- 64. Les Franqais qui fimplifierent le tire-plomb, lui donnèrent deux jumelles terminées par le bas de chaque côté, par deux empattemens d’environ deux pouces de faillie, pofés à plat fur le banc du tire - plomb. Chaque jumelle eft percée à diftance égale de quatre trous. Celui d’en-haut & celui d’en-bas fervent à faire paffer dans la jumelle de devant les vis des deux entre-toifes deftinées , comme dans le tire-plomb d’Allemagne, àaffembler les deux jumelles avec les mêmes précautions relatives au rnfraîchilfement des couffinets. Les deux trous parallèles de la jumelle de derrière fervent à introduire les talons qui doivent former fur cette partie les rivures de chaque entre-toife. Les deux trous du milieu de chaque jumelle font ouverts en un rond calibré , fur la groffeur des arbres qui doivent y tourner. Chaque arbre porte dans fon milieu une roue {aillante prife dans le même morceau que l’arbre, polie & arrondie au tour, & taillée fur fon épailfeur de demi-ligne en demi-ligne , comme dans le tire - plomb d’Allemagne.
- Ces arbres fe terminent enfuite de la partie ronde qui doit rouler dans la jumelle de derrière,par un quarré plus petit que cette partie ronde, Taillant hors des jumelles , dans chacun defquels paffe un des pignons calibrés dans leur ouverture du milieu fur le même quarré; ils y font retenus par un écrou avis. L’arbre d’en-haut, qui paffe dans la jumelle de devant, n’excede point en faillie l’arrafement de la furface de ladite jumelle. Celui d’en-bas eft
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- VA R T D ü VITRIER. Partie III.
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- femblable au précédent fur le derrière j mais il eft beaucoup plus long, & fe termine fur le devant en une tige quarrée qui doit recevoir la manivelle, qui n’y eft point retenue , comme dans le tire-plomb d’Allemagne, parmi écrou à vis.
- 66. Il n’eft pas néceflaire de répéter ici ce que nous avons dit fur la fon&ion des roues de ces arbres : elle eft la même que dans le tire - plomb d’Allemagne , ainfi que celle des couflinets, beaucoup plus étoffés dans les tire-plombs français; ils font retenus fur chacune des jumelles, où ils font appliqués par des tenons ou queues faillantes qui entrent jufte dans des entailles pratiquées dans l’épaiffeur des jumelles. On voit par ce que nous avons dit plus haut , que les pignons, au lieu d’être fur la jumelle de devant, comme dans les tire-plombs d’Allemagne, {aillent fur la jumelle de derrière. Mis en mouvement par la manivelle, ils produifent par une feule opération le même effet que le tire-plomb d’Allemagne produit en deux; enforte qu’un lingot de plomb de douze à treize pouces, paffé une feule fois par le tire-plomb de France, fournit une verge de plomb finie de cinq pieds & plus de longueur, félon que le lingot eft plus ou moins fort , ou que la verge de plomb aura plus ou moins de face ou de force.
- 67. On fent aifément, par la comparaifon de ces deux machines, que la main-d’œuvre du tire plomb français doit être bien plus pénible pour celui qui le fait mouvoir ; que par conféquent toutes fes pièces , bien plus fujettes à s’échauffer dans l’adion, doivent être d’un volume plus fort, pour, avec la dureté de la trempe qui leur eft il néceffaire , être plus en état de réfifter à la plus forte preflion qu’exige cette unique opération, &aux frottemens qu’elle leur fait éprouver avec plus d’inftance. Il n’y a que les pignons & les roues qui, n’ayant pas plus de dimenfion & de force que ceux & celles du tire-plomb d’Allemagne , font aulli plus fujets à fe calfer & à s’égrener. Ces accidens à la vérité feraient plus rares , fi l’on ne paffait dans un tire-plomb quelconque que des lingots moulés dans une lingotiere faite exprès pour le tire-plomb.
- 68. Les tire-plombs français s’arrêtent fur le banc avec quatre vis en bois, qui paifent au travers des trous percés dans chaque empattement des deux jumelles ; ou bien, ce qui eft beaucoup plus folide, ils y font retenus par des montures qui fe terminent en-haut par un T, & qui ferrant de chaque côté les deux empattemens , & paffant a travers l’épailleur du banc , font arrêtées par de forts écrous à vis contre ce banc, que l’on garnit en-delfus d’une forte femelle de fer, contre laquelle l’écrou.ferre la vis plus étroitement qu’elle 11e ferait contre le bois nu.
- 69. On pratique en-devant du tire - plomb de France , comme du tire-plomb d’Allemagne, du côté de la plus grande engorgeure des couflinets *
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- 38s L'ART DU V / T R I E R. Partie IIî,
- line plaque ordinairement de cuivre ou de tôle polie , qui s’y applique ou en couliife fur le bord des deux jumelles , ou par une eljDece de reffort ajufté fur l’entre-toife d’en-haut. Au milieu de cette plaque eft percé un trou quarré directement oppofé à la fufdite engorgeure. On nomme cette plaque le conducteur , parce que le lingot de plomb paffant au travers de ce quarré , fe trouve dans un point de direction qui l’empêche de vaciller adroite ou à gauche, lorfqu’ilfile dans le tire-plomb. Ce conducteur facilite auffi aux roues le moyen de prelfer également le cœur du lingot ou de l’embauche. Enfin, fur le côté oppofé & vis-à-vis la plus petite engorgeure des couffinets, à fa hauteur, on ajufte une eouliife de bois de cinq à lix pieds de longueur, qui reçoit la verge de plomb au fortir du tire - plomb.
- 70. On 11e peut ufer de trop de propreté pour conferver le plomb fondu en lingot, ou tiré en embauches, avant que de le faire palfer au rouet ou tire-plomb ; un grain de fable qui s y rencontrerait, étant capable de faire caifer une roue, d’écorcher un couffinet, ou de faire égrener les dents d’un pignon. Il eft bon auffi de nettoyer de tems en tems avec un linge doux , les pièces d’un tire-plomb pour en enlever une efpece de cambouis qui fe forme autour des pignons des arbres*, & quelquefois même des couffinets. Ce cambouis eft occafionné par le peu d’huile que l’on introduit autour de ces pièces, & dont on frotte même les' lingots de plomb , avant que de les introduire, & par le mélange qui fe fait de cette huile avec les particules de fer qui fe détachent par les frottemens, & la pouffiere qui vole fans celfe , quelque foin que l’on prenne de couvrir le tire-plomb, fi-tôt que l’on celfe de s’en fervir. Une légère goutte d’huile fuffit pour oindre chacune de ces pièces î & le plus léger frottement d’un lingot de plomb palfé par l’extrémité des doigts que l’huile n’a fait qu’effleurer, eft plus que fuffifant pour le faire glilfer, & diminuer la force des frottemens réitérés des furfaces des pièces du tire-plomb , qui s’échaufferaient trop tôt, li on négligeait de mettre de l’huile.
- 71. Mais pourquoi les pièces d’un tire-plomb d’Allemagne, bien moins étoffées que celles d’un tire-plomb français , à l’exception des pignons & des roues qui font les mêmes, font-elles moins promptes à s’échauffer? Pourquoi les tire-plombs d’Allemagne fouffrent-ils plus d’huile fans rebuter le plomb, que les tire-plombs de France? (<z) C’eft que les roues ou bagues d’un tire-plomb d’Allemagne étant hachées fur leurs furfaces par des coups de lime en tout fens, l’huile qui en remplit les inégalités les plus groffieres les rend plus liffes & plus propres à glilfer fur les ailerons du lingot, pour •accélérer faction des couffinets qui les preffent , pour en former les ailes
- (a) Voyez les Leçons de phyjique de M. l’abbé Nollet ,tome I, page 217 , & tom e IV, page 238.
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- de la verge de plomb tirée; & que le trop d’huile la retarde dans les tiré-plombs de France , dont, comme nous l’avons dit ailleurs, les roues font déjà trop liffes au fortir de la main de l’ouvrier.
- 7z. Le tire-plomb d’Allemagne a encore cet avantage fur le tire-plomb français, que la même carcaffe & les mêmes arbres peuvent fervir pour y tirer des verges de plomb de toute forte de calibres , en changeant feulement les couflinets fuivant le befoin, & pour donner à la verge de plomb telle chambrée que l’on veut, en changeant de roues plus ou moins épaiifes.
- 73. Il y a des tire-plombs d’Alleniagne qui peuvent donner des verges de plomb depuis deux lignes de face , 8c depuis moins qu’une ligne jufqu’à deux lignes de chambrée.
- 74. Dans le tire-plomb français, le changement de couflinets y ajuftés peut bien opérer des plombs de faces différentes ; mais les roues notant pas amovibles, & 11e faifant qu’un avec l’arbre , lorfque Ion a befoin d’une chambrée plus ou moins large , d’un cœur plus ou moins fort, il faut fur un tire-plomb autant de paires d’arbres qu’on en defire de différentes chambrées, ou cœurs, qui augmentent le prix du tire-plomb, chaque arbre coûtant trois livres , & plus , félon leur force.
- 75. Ces avantages du tire-plomb d’Allemagne fur le tire-plomb français, 8c fur-tout la douceur du premier, bien moins fatigant que le fécond, confirmés par l’expérience, ont attiré les regards des vitriers les plus verfés dans l’emploi du plomb dans les vitres , fur le fuccès avec lequel le fleur Lamotte, éleve d’un des defcendans de ce Haroux de Saint-Mihel en Lorraine, dont nous avons parlé, fe diftingue dans la fabrique des tire-plombs d’Allemagne , même des tire-plombs français, & de tous les outils qui concernent la vitrerie. Domicilié à Paris depuis près de quarante ans , il en fournit des premiers plus que jamais dans la capitale, 8c même pour les contrées les plus éloignées. Les vitriers ne font pas les feuls qui connaiifent fon habileté en ee genre ; les favans dans la méchanique l’ont honoré de leur eftime en employant fon talent; & feu M. d’Ons-en-Bray a fait placer un tire-plomb de fa façon , entre les machines que l’académie des fciences conferve dans fes cabinets.
- ' 76. Nous finirons ces defcriptions en difant que toutes les différentes
- pièces dont un tire-plomb d’Allemagne ou de France effc compofé, doivent être exactement établies & repairées entr’elies par des points ou des lettres alphabétiques , tant furies jumelles que fur lefdites pièces refpe&ivement, afin que quand 011 les a démontées, on puiife les remettre toutes à leur place, fuivant les repaires établis. Ceci demande une attention fcrupuleufe de la part du vitrier. Une piece dérangée de fa place arrêterait l’effet de la machine, & en avancerait la deftrudion.
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- 77. On appelle tourner U plomb l’opération qui fe fait par les machines que nous venons de décrire. Les compagnons vitriers étaient autrefois dans l’ufage de tourner le plomb qu’ils devaient employer ; mais l’utilité que les maîtres, fur - tout ceux qui font le plus employés à faire des vitres en plomb, ont trouvée à faire cet ouvrage rude & pénible par d’autres que leurs compagnons, les a portés à y employer des hommes forts & roburtes , qui quelquefois dans une journée en tournent cinq à fix cents lingots qu’on leur paie au cent.
- 78. Nous avons dit qu’on pouvait tourner fur un même tire-plomb.de France ou d’Allemagne des verges de plomb de diîférentes faces, depuis deux jufqu’à fix lignes. Le plomb de deux lignes ne s’emploie guere que pour les chefs - d’œuvres dont il prend le nom. Un plomb trop large mafquerait la dé-licateffe .des entrelacs, & la jufte précifion de la groifure. Il peut aufli fervir à joindre dans les vitres peintes, lorfqu’on les rétablit en plomb neuf, certaines pièces fêlées qui ne font pas trop de remarque. Dans des têtes, par exemple, il ferait plus à propos & moins diifonnant d’en réunir les morceaux à la colle de poiifon fondue dans l’eau-de-vie, & chaudement appliquée fur l’épaiifeur des morceaux défunis.
- 79. Le plomb de trois lignes de face s’employait autrefois très-fréquemment , lorfque l’ufage des carreaux entourés de plomb était plus ufité. Ceux qui l’avaient accrédité vers la fin du dernier fiecle , fur-tout dans les maifons royales, prétendaient que des carreaux de verre entourés de plomb T dont les ailes bien relevées par-dehors , enfuite rabattues autour de la feuillure, étaient retenues dans fes angles avec quatre pointes , & contre-collées en-dedans avec des bandes de papier étroites , tenaient les appartemens bien plus plos , que ceux qui n’étaient que collés & contre - collés : mais les dépenfes plus fréquentes qu’occafionnait non-feulement le renouvellement de ce plomb, mais encore le dépériffement des eroifées dans lefquelles l’eau de la pluie fé-journant dans la chambrée du plomb, & fe répandant dans les feuillures , y croupilfait & les pourriifait ; la découverte du maftic, qui rempliifait le même objet d’une maniéré plus fûre & moins difpendieufe, parce qu’elle était moins fujette à l’entretien, firent proferire cet ufage. Il eft vrai que cet ulàge était alfez agréable à la vue par-dehors lorfque le plomb était neuf ; mais fon afpedt devenait aufli difforme lorfque les eroifées fe trouvaient remplies en partie de carreaux anciennement entourés, dont le plomb était devenu terne & fale, & en partie de carreaux nouvellement fournis & entourés de plomb neuf, à la place de ce qui s’en était cafîé.
- 80. Au refte, ce même ufage tenait encore les vitriers affujettis à des prêchions géométriques, dans les carreaux ceintrés de différentes mefures de certaines eroifées, dont les importes fe terminaient en éventail, & dont il leur
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- Fallait rapporter & équarrir'exa&ement les mefures Fur la table avant que de les couper & de les entourer de plomb neuf, en obfefvant, comme dans les panneaux, d’y diminuer l’épailFeur du plomb qui devait les entourer. On ne donne pas à prélènt beaucoup plus de face au plomb qu’on emploie dans certaines façons de vitres, autrefois il communes dans les croifées des appartenons , auxquelles on fubftitue tous les jours des croifées à grands carreaux: ulage qui, en répandant plus de jour, a déchargé les propriétaires de la dé-penfe que leur occafionnait l’entretien de ces mêmes panneaux , qu’ils étaient tenus de faire rétablir en plomb neuf, lorfque le plomb était dégradé par vétufté.
- 81. Le plomb de quatre à cinq lignes de face s’employait plus ordinairement dans les façons de vitres dites losanges ou bornes couchées, peu ulitées ailleurs que dans les églifes ou dans les falles des hôpitaux , ou autres lieux publics , où les grands carreaux, par la quantité qui pourrait s’en caiîêr , deviendraient d’une trop grande dépenfe. On appelle aufli ce plomb plomb à pièces quarrées , parce qu’on l’emploie par préférence dans cette façon de vitres, où. les pièces devenant tous les jours plus étendues, & par conféquent moins planes ou plus gauches, elles ont befoin d’uneenchâlfure plus large. On ne fe fert guere du plomb de fix lignes que pour les lanternes de verre en plomb , ou pour les cloches fur les couches des jardins.
- 82. Ce 11’eft pas toujours de la largeur de la face cfune verge de plomb que dépend la folidité des vitres. Un bon plomb eft celui qui ayant une bonne ligne de cœur, eft fortifié vers le milieu dans fes ailes en s’aminciifant vers leur bord, pour donner la facilité convenable pour les relever lorfqu’il s’a-' git d’y inférer de nouvelles pièces à la place de celles qui fe calfent. Cette el-pece de plomb, fur-tout lorfqu’il eft un peu arrondi fur le milieu de fa fur-face , eft d’un très-bon ulage pour la jointure des vitres peintes, où le verre plus épais a aufli befoin d’une plus haute chambrée , ainli que d’une plus forte épailFeur dans le cœur de la verge, à caufe de fa pefanteur. On lui donne cette rondeur en enfonçant u<n peu en creux le milieu de la côte des couftinets. Un plomb trop large dans la jointure des vitres peintes en rend les contours moins gracieux & plus pelans.
- 85. Le plomb de jointure 11e doit prefque point avoir d’ourlet fur le bord des ailes ; car alors n’étant pas fujet à fe pliifer , il prend mieux la forme des contours qu’il enchâlTe,j& leur donne plus de folidité parfon adhéfion. Un plomb plus étroit aifujettit le vitrier à maintenir un panneau de jointure de vitres peintes dans fa première forme, lorfqu’il le remet en plomb neuf5 car pour peu qu’il altéré avec le gréfoir la première ordonnance des pièces, lorfque le tout a été bien mis enfemble dès la première fois ,1111 plomb étroit décéléra bientôt fa faute., en laiifant appercevoir du jour en certains endroits.
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- LA RT BU KIT RXI E R. Partie HL
- , 84. Nous 11e devons pas négliger de faire ici mention d’un autre 'tire-plomb, ainfi que des plombs qu’on «y tire * qui n’eft pas encore connu en! Ejranee , & qui eft fort en ufage en Allemagne. Noua n’avons décrit jufqu’ài préfent que des plombs de lix lignes de largeur tout ou plus» maisiiî s?agit prifentement de faire voir qu’on peut tirer,d’autres plombs, qui ont ju£ qu’à dix ligues de largeur, & qui contiennent le long de leur axe un gros; fil de fer.
- 8J\ Le plomb dont il s’agit, fe fait en deux pinces- femblabîes-, elles portent une chambrée, quarrée; d’un côté , une .demi - ronde.de l’autre. On. fent bien que, lorfqu’on tire ce plomb , il eft néceflaire qu’une roue dü tire-plomb ait fa circonférence quarrée & l’autre- plusrépaifle.,, demi-ronde » rune de ces chambres-eft pour recevoir le verre ,& l’autre le gros fil de fer» Lorfqu’on a ainfi tiré la quantité de verges de plomb dont on peut avoir be-foin , 011 en alfembledeux fur une table, le demi-rond contre l’autre demi-rond, avec le gros fil de fer entre deux, que les^deux demi-ronds embraflent * & l’on foude ces deux pièces enfemble avec un fer dont le bout foit plat & aflez large pour cela, ou bien avec les fers ordinaires. Il faut mettre à cette foudure bien moins de plomb qu’à l’ordinaire, afin que la verge de plomb en foit plus blanche. Quand on aainfiétamé & foudé une face de cette verge, on,la retourne, & l’on en fait autant fur l’autre face. La verge de plomb en cet état n’a encore rien de gracieux à la vue, elle n’eft pas mëmefolide, parce que le fil de fer n’eft pas aflez ferré y mais 011 remédiera à ce double inconvénient;, par une,autre &; derniereopération, qui.confifteà repafler cette verge dans le tire - plomb,: mais il-faut auparavant en changer les deux roues & les deux arbres, ou-, fimplement les deux roues fi elles font mobiles fur l’arbre. Les. deux roues doivent être plus petites de diamètre de toute la quantité que l’é-paifleur du gros fil de fer jointe avec les cœurs des deux moitiés de la verge peut exiger. Les coufimets doivent porter des moulures convenables. Lorf-i qu’on a ainfi repaflé la | verge de plomb dans le tire - plomb monté comme nous venons d’en donner l’idée,-elle, eft alors fort belle,, biemunie, bien blanche & très-folide, attendu que cette derniere opération l’a façonnée & a bien ferré le gros fil de fer. On fuppofe qu’on a bien drefle auparavant le gros fil de fer , qui doit être tiré exprès pour cela , afin qu’il fe trouve de la grofleur convenable à la largeur de la verge qu’011 fe propofe de faire.
- 86. On doit avoir plufieurs lingotieres pour fondre les verges de plomb de la dimenfion proportionnée, à la force & à la largeur des verges que l’on doit paflèr dans le tire-plomb ; il faut en dire de meme des eouflinets & des roues. Il eft néceflaire d’en avoir de toutes les formes & dimenfioiis convenables à l’ouvrage qu’on veut faire. On fait de ces verges depuis fix lignes jufqu’àdix de largeur. Dans celles-ci le fil de fer eft bien plus gros que dans les premières.
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- L\A R T T) U J'f I T\R\l E R. Partie lit j87
- 87. Lorsqju’on doit .alfembler ,de ce,s verges ale plomb pour monter une vitre , on coupte d’abord le plomb avec.le c^ute^m,propre,à cet ulage & l’on le fert d' une lime pour cou,per,le fil de fer. On ménage fi bien les choTes, qu’on ne .cpupe le fil de fer que des verges d’en - haut & d’en-bas , qui abou-tiifent coutre.uue„yerge(horizontale, dont on fe garde bien ,de cpuper le fil de fer. Quelquefois la folldité de la jVÎtre demande qu’on coupe la verge horizontale au lieu de la verticale,^eela.dépend .clte Ja^direçlifen & du jugement du vitrier. Lorfqu’on .a ainfi alfemblé les quatre parties , qu’on les a fou-dees, 011 les recouvre des deux côtés d’une piece de cuivre qu’on a coupée & même cifelée avec un étampe fur une malfe de plomb ;,pn l’étame fur le delfous, 011 la perce par la face étamée fur l’aifemblage , & par la feule application du fer à fouder fuffilamment chaud , on foude ces, deux lames de cuivre minces, qui non-feulement couvrent la difformité de l’aifemblage, mais encore fervent d’ornement. Bien fouvent 011 n’efi: obligé de faire^aucun aifem-blage: 011 met tout en une piece les verges de plomb, lorfque les croifées 11e font pas bien larges. On voit des vitres ainfi conftruites . qu’on pofe dans une feuillure de la croilée ,& l’on recouvre cette feuillure d’un chalfisalfez mince, de fer, qu’011 fait tenir avec des .vis & des écrous. Chacun peut fuivre fes idées là - deffus.
- 88- On 11e peut rien voir de plus avantageux , dé plus fplide , ni de plus propre , que des vitres,montées avec ces fortes de,verges.de plomb.-Elles donnent plus de jour, 11e pourrilfent ni ne fe gâtent jamais. Les croifées coûtent beaucoup moins, attendu que ce qu’on appelle petit bois efl: bien plus cher & ne dure pas long- tjerns. Comme la mode préfente elf de faire toutes les vitres à grands carreaux , ces verges de plomb y feront très-propres. Lorfqu’on regarde ces .vitres en-dehors , la blancheur r& la propreté de ces verges font plaifir à ypiryelles décorent beaucoup les fenêtres. Dju.refte, on peut les ajuller dans les croifées foit de bois ou de fer.
- 89. Les outils propres à employer les verges de plomb tourné pour en faire des vitres , outre la table & l’équerre de fer à bifeau , dont nous avons parle, font la tringlette , le couteau à mettre en plomb , la boîte à la refîne & Vaamoirle fer à fouder , & les mouflettes.
- 90. Les vitriers nomment tringlette un morceau d’ivoire ou d’os ,de cinq
- à fix pouces de long, & environ vingt lignes de face, dont les extrémités un peu arrondies fe terminent par une pointe obtufe, amincie vers les bords de chaque côté. On préféré ordinairement les tringlettes d’os à celles d’ivoire, parce que les premières étant un peu cambrées vers le milieu ,,elles tiennent la main de l’ouvrier plus au-delfus de foii ouvrage, & l’empêchent de ternir le plomb tourné (par le .frottement du revers delà main.^quien ôte tout le luftre , & nuit beaucoup aulîî pour la foudure. Nous .verrons l’utilité de cet outil dans la fuite. 1 C c c ij
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- ?88 VA R T D U fl T R 'I E R. Partie III.
- 91. LÉ couteau à 'remettre en plomb doit'être tranchant des'deiîx côtés» mince fur les bords, plus élevé & à côtes dans le milieu. Il doit être en forme de fer dépiqué , large dans fon milieu d’environ deux pouces & demi,
- , ayaut dans cette partie en-dehors de chaque côté un dos uni de l’épaiffeur d’une bonne ligne, fur lequel le fécond doigt puiife fe repofer fans danger , en appuyant delfus pour couper le plomb. On l'emmanche àffez ordinairement d’un morceau de buis de trois à quatre pouces de longueur, & d’autant de circonférence, à pans, afin qu’il ait .plus d’afliette fur la table. Ce manche eft ordinairement garni par le bas , à la hauteur d’un pouce & demi ou environ, d’une maffe de nœuds de plomb fondu. Les vitriers fe chargent ordinairement du foin de cette garniture ; ils pratiquent à cet effet à une certaine hauteur à l’extrémité .du manche, des entailles & des'trous qui fe "répandant de tous les côtés également, fe rempliffent de cet alliage de plomb fondu, fe traver-iènt & finiifent par une maife de la groffeur du'manche ; car ils ontetiPat-tention de pratiquer avec des cartes qu’ils ficelent le plus ferré qu’ils peuvent autour du manche , une efpece de moule de même diamètre que le manche» qu’ils empliifent débout le plus promptement qu’ils peuvent de cet alliage de plomb fondu, & le laiffent ainft refroidir. Outre que cette garniture par fon poids donne plus de coup au couteau, elle fert encore à chaffer les pièces de verre vers le cœur de la verge de plomb avec moins defifquede les'cafter qu’avec le bois ; ou encore à enfoncer légèrement dans la tablé les pointes de fer dont on fe fert pour y arrêter l’ouvrage à fur &’à' mefure qu’il s’avance » afin qu’il ne fe dérange pas de'fon enfemble.
- 92. Le couteau à raccoutrer eft de la forme d’un couteau de table , dont la lame ferait courte; fa pointe'obtufe reffemble âffez à celle de la tringlette, quoiqu’un peu plus étroite : il ne doit point être tranchant. Ce couteau fert à relever les ailes du plomb, lorfque l’ouvrier veut fournir quelques pièces a la place de celles qui fe feraient caftées. Alors , avant de contre-fouder les panneaux, il fe fert de ce couteau pour relever les ailes du plomb qui entoure la piece'caftée, & pour y inférer la piece neuve; puis à rabattre fur la piece qu’il a fournie ces mêmes ailes, en les renverfant fur le verre. On s’en fert aufti pour rabattre les bords du plomb qui entoure^un panneau qu’011 leve hors de fon chaffis pour'le réparer, &(pour en! gratter les foudures caffées qui font à refaire , & fur-tout à la*place des liens ou attaches de plomb caf-fées , au lieu defquelles il ‘en faut fournir de neuves.
- 95. La boite à réjîne eft une efpece de poivrière fermée par le haut par un bouton amovible percé d’un petit trou. C’eft par ce trou que l’on répand un peu de cette poix-réfine en poudre , que l’on a mife dans la boîte , par petites élévations fur chacun des endroits du panneau, où les bouts de plomb fe joignent enfernble pour y être foudés. A cet effet on frappe avec le manche
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- L'A R T1 D U VITRIER. Partie III.
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- du couteau à raccoutrer , ou avec la tringlette , à petits coups fur cette boîte , eu tenant du bout du doigt à demi-bouché le trou par lequel la réfiiie doit fortir, de peur qu’il ne s’en répande trop, ce qu’on appelle battre, la refîne , qu’on y écrafe enfuite avec l’extrémité du fécond doigt, pour l’attacher plus fortement au plomb, où (elle fert de fondant à la foudure. -
- 94. Le fer à fouder'eft formé par une tige de fer menue par le haut, ou elle fe termine par une efpece d’anneau qui fert à le tenir fufpendu lorfqu’on 11e s’en fert pas . un peu plus grolfe vers le bas, mais groflîe & recouverte par une maffe de fer bien réunie & pétrie au feu avec cette tige, de la grolfeur d’un œuf de poule d’inde , en pointe par le bout. Toute défunion, paille ou gerçure, qui pourraient s’y former, fi le tout n’était pas bien refoulé, eft nui-fible, parce qu’elle ôte la chaleur du fer..
- 9f. On fe fert, pour tenir le fer quand il eft chaud , de mouffettes ; c’eft ainfi que l’on nomme deux morceaux de bois arrondis, creufés l’un & l’autre par un demi-canal qui en embraffe le manche au-delfus de fa plus forte extrémité que l’on appelle la pomme. Cette pomme doit être limée avec le demi - carreau , fur-tout vers la pointe.
- 96. j{L’Étamoir eft un petit ais avec un manche pris du même morceau de bois, recouvert d’une tôle mince ou de fer-blanc, relevée fur les bords. On y fait fondre avec le fer à fouder, quand on eft prêt à s’en fervir, un peu de poix-réfine & de foudure; on y promene en tous feus , & à différentes reprifes, la pointe du fer qui, lorfqu’il eft à un degré de chaleur convenable , s’y étame, en fe couvrant d’une lame de foudure fondue qui en rend la pointe blanche & luifante, & fait que cette foudure fe liant avec celle de la branche qu’il fera fondre fur le plomb, fert à l’y attacher.
- 97. Nous avons expliqué ci-devant la maniéré de rapporter fur la table la mefure du panneau que le vitrier fe propofe d’exécuter en plomb neuf. Nous fuppofons, comme nous l’avons dit ,fes pièces de verre taillées fur ion calibre, & même, ce que nous n’avions pas dit, levées de rang de delfus la table où elles avaient été difpofées, fui van t l’ordre qu’elles dévoient tenir entr’elles, en les joignant avec le plomb tourné quelques jours auparavant. Alors le vitrier formant au bout de chaque verge de plomb qu’il doit employer un anneau qu’il paffe & arrête dans un gros clou à crochet, ou dans un petit gond placé à cet effet dans le voifinage de fa table , il la tire put l’autre extrémité dont il fe fait un autre anneau entre les doigts. Ce plomb ainfi détiré s’alonge d’autant plus qu’il eft plus vieux tourné, & fe met dans le point où il doit être pour être employé , c’eft-à - dire , fans rides & fins plis. Moins flexible qu’auparavant, il acquiert par-là une certaine roideur qui donne la facilité de le manier fans le chiffonner : alors l’ouvrier coupe les anneaux des extrémités, & il dilpofe les verges fur fa table qu’il aura eu
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- VA RT D VP’ I T RI ER. Pa*tïe IH.
- grand foin de brolfer, pour en ch a {Ter toutes les ordures & la poufliere qui y auraient féjournë,;& fur-tout fous l’équerre à bifeau, par (laquelle il va commencer Ton panneau.
- Il prend alors une-de'ces verges de plomb qui font devant lui, dont il deftine une partie >pour la largeur du ;pan*ieau., d’autre 'pour,la hauteur: •il l’entaille avec ! la pointe du couteau à ;remettre * en aplomb, fans la féparer •à Pendroit de l’aile dans laquelleT’éqüerre doit éntrer.-î puis ouvrant cette aile avec la tringlette dan s’la longueur de la verge ideplomb, où il la glifle légèrement, il la poulfe d’abord vers i’angle de l’équerre, & tout de fuite •fur la hauteur & la largeur du panneau tracé fur la table; puis ouvrant avec ie même outiM’aile qui regarde Pou-vrage, il preffe le cœur de la verge contre l’équerre, & arrête les deux extrémités, de crainte qu’elles ne s’écartent. pAlors il inféré dans ladite verge de piomb , en commençant du côté de l’angle, la piece de verre par laquelle Ue panneau doit (commencer, & -continue à agencer avec une autre verge de plomb qu’il coupe en autant de parties •que le demandent les diftances convenable* , toutes les pièces qui font defti-nées à le parfaire , en continuant d’en ouvrir les ailes -avec la tringlette, & •d’en entailler certaines parties où* il-convient, fans .qu’ellestfe quittent, ou en les coupant tout-à-fait où il convient. , - • -
- 99. Il n’eft pas poffible de décrire ici toutes lesi différentes coupes de plomb que'demandent les différentes façons de vitres. C’eft une de ces chofes que Pexpérience feule peut indiquer, & que l’intelligence de l’ouvrier doit fentir en s’affujettilfant à ne point s’enfermer, c’eft-à-dire, en prenant la coupe qu’il aura fuivie dans de commencement de fon panneau, pour réglé de celle qu’il doit fuivre, &-en combinant le tour qu’il aura fait prendre à fes premières coupes ,»en conduire la fuite jufqu’à la fin ; de forte que toutes les pièces puilfentfans fe nuire être jointes entr’elles dans l’ordre qu’elles ont été levées de deffus la table.
- 100. Lorsqu’on joint les pièces de verre avec le plomb, on les chalfe •pour les lerrer également contre le cœur du plomb, foit avec l’extrémité du manche du couteau à remettre en plomb, foit avec un bout de réglé un peu épailfe, de maniéré que toutes les-croix de plomb , lorfque la façon de vitres en comporte, foient régulières ,& que chacune des branches de la croix fe rapporte vis-a-vis-celle qui lui-répond.
- 101. Dans la jointure des vitres peintes que l’on remet-en plomb neuf, les coupes de plomb pratiquées dans l’ancien panneau qui eft fur la table de celui qui doit le remettre en plomb, fervent à le diriger pour celles -qui doivent joindre les pièces du panneau que Poiivrier doit remettre eu plomb neuf. Cet.uiage pour ce qui eft des vitres blanches à remettre en plomba neuf, ne peut qu’être fort utile-aux commençans ., en fe conformant pour la coupe ><Je
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- leur plomba^ celle qu’ils Tentent avoir été pratiquée dans le" vieux-panneau qu’ils remettent en plomb neuf.
- roi. Lorsque toutes les pièces qui doivent compofer un panneau font bien jointes entr’èllos par le plomb & affleurent le trait dtr dehors du pan-iieau qui en preferit fur la table la hauteur & la largeur , on entoure Te-querre avec une verge de plomb , qu?il était autrefois plus qu’à préfênt'd’u-làge de ferrer avec des tringles à’bifeau, comme celles de la premiere'équerre., arrêtées par-dehors avec des pointes de fer fur ïes bords. Cette' opération fervait & bien refferrer l’enfemble d’un panneau ; alors ou rabat lés'ailes, dii plomb, en les couchant fur le verre avec l’extr émité de la tringlette , de forte qu’un-ne s’élève pas- plus que l’autre, & que toutes les jonctions foientpref. fées lî uniment, que la pointe de fer qui va les fouder ne trouve rien qui’ l’arrête.
- 105. Avant de fouder , on a foin de battre la réfine fur tous les points de réunion des différentes coupes de plomb , de l’écrafer comme nous avons dit, & de fouffler avec la bouche ce qu’il y en aurait de trop. Ce fuperflu échauffé par la chaleur du fer s’appliquant fur le plomb , le gâte, foit que l’ouvrier foit affez négligent pour l’y laiffer, foit qu’il le gratte avec le bout de la tringlette pour l’enlever, ce qui raie le plomb autour de la foudure,, & lui ôte fon poli & l’ornement d’un panneau qui ne peut être fini, trop proprement.
- 104. L’art de fouder proprement & folidement demande de la part du-vitrier beaucoup d’attention , comme étant ce qui donne la force à rouvrage-. & ce qui le conduit à fa perfe&ion. Pour bien fouder, il ne faut point que le plomb ait été gâté par des mains graffes & fales , ni qu’il ait1 contraxSé aucune humidité. Ces inconvéniens empêcheraient la foudure, en fe fondant, de s’infinuer avec le plomb, dont nous avons déjà dit qu’elle doit lier & réunir les affemblages, fans les diffoudre, en mettant le plomb lui-même en fufion ; ceiqui arriverait encore, fi le fer était trop chaud , ou s’il n’était pas bien étamé. ( Æi)xCeux qui fondent le mieux , font ceux qui tenant lé fer à fouder de la main droite avec les mouffiéttes qui embraflènt le bas de fon manche, après en avoir effuyé légèrement la pointe avec un chiffon, i’élèvent perpendiculairement fur le lieu de la foudurp que cette pointe laiffe à découvert 3 alors le corps un peu incliné fur la droite, les yeux appliqués vers la pointe du fer dont le manche doit être comme collé au coude, ils gliffent adroite-
- (à) Voyez ce que nous avons dit en par- peu de réfine & de foudure avec la pointe lant de l’étamoir. Tl y a encore une autre du fer, l’y agiterjrn tournant de tout' fens, maniéré beaucoup meilleure d’étamer un afin de la conferver & de la blanchir égale-fer à fonder , c’eft de faire un petit creux ' ment, dans une brique , & après y avoir fondu un
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- ment fous cette pointe la branche de foudure qu’ils tiennent de la main gauche, n’en laiffant fondre que ce qu’il faut pour faire une foudure ronde, qui bien fondue lie également tous les cœurs de plomb en diminuant d’épaitfcur vers l’extrémité des ailes, qui ne foit pas trop élevée au - deifus du plomb, qui,' comme on dit, foit ronde & plate, un peu plus forte à l’endroit des croix, & de la largeur] d’une lentille aux autres jonctions.
- lof. Une des principales attentions qu’un bon foudeur apporte, c’elide bien connaître le jufte degré de chaleur d’un fer à fouder ; trop chaud, il ne. s’étame pas bien, & courtrifque de faire fondre le plomb, ce qu’on appelle brûler la foudure trop froid , il donne une foudure épailfe & mal fondue qui ne lie point les parties qu’elle devait réunir, parce qu’elle ne fent point allez de chaleur pour s’y étendre. C’eft ce qui arrive ordinairement à ceux qui font pareffeux à changer de fer lorfqu’ils s’apperçoivent que celui dont ils fe fervent commence à fe refroidir. On ne doit omettre aucune jonction dans le corps du panneau , ou fur fes bords , fans la fouder.
- ioé. Ce côté du panneau par lequel on a commencé & fini l’ouvrage, 8c que l’on appelle du foudé, étant achevé, on le tire de l’équerre à bifeau. On en rabat les bords avec la tringlette, on le broffe pour en enlever la poulîiere ou la poudre de réfine qui aurait pu y féjourner, & on le retourne de l’autre côté. On rabat les ailes du plomb avec la tringlette que l’on pafle auffi fur toutes les jonctions des plombs. On bat la réfine , on l’écrafe , on la fouffle , & on foude comme de l’autre côté, à la réferve qu’on n’en foude pas les bords ( au moins à Paris ; car il elt des villes où il eft d’ulage , comme à Rouen , &c. de les fouder des deux côtés ). Quoiqu’on ne les foude pas des deux côtés à Paris, les vitres n’en font pas moins folides ; mais on obvie par là à un inconvénient qui , lorfque les bords font foudés des deux côtés , empêche qu’on n’en rabatte les ailes fi facilement dans la feuillure , ce qui occafionne la rupture des pièces du bord. On appelle ce côté d’un panneau le contre - foude» C’elt le plus ordinairement de ce côté que fe foudent lés croix , fi la diltribu-tion du panneau le permet, les attaches ou liens de plomb qui doivent em-bralfer les verges de fer deftinces à les retenir en place.
- 107. Les vitriers fe fervaienü autrefois , pour porter l’ouvrage en ville, d’uu fléau. Cette machine ne différait des crochets dont on fe fert pour porter des fardeaux, qu’en ce que les montans du fléau étaient traverfés par deux longues tringles de bois applaties, qu’011 nommait les ailes du fléau. Elles fervaient à foutenir la longueur des panneaux que l’on tranfportait en ville. La partie inférieure de ce fléau , au lieu de fe terminer, comme dans les crochets , en deux elpeces de V, l’était par deux confoles affemblées dans chaque montant, recouvertes d’une planche unie retenue en rainure fur les montons, 8c en mortaife fur le devant. Deux bouts de fangles paflé à la hauteur convenable
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- Venable dans une travetfe affemblée avec les deux niontans, recevaient pat une boucle formée à leur extrémité les deux pieds du fléau ,_ & formaient les braffieres qui le fixaient fur le dos du vitrier après qü’il y avait fixé l’oüvtage par des cordes qui s’entrelaçaient dans les ailés pour le retenir.
- 108. On a fubftitué à Paris, depuis que l’üfage des vitres en plomb y eft moins fréquent, à ce fléau, un chaflis d’aflemblage de menuiferie , que le vitrier porte fur l’épaule , & auquel la tête fert d’appui. La planche qui porte les vitres eft fôutenue par de bonnes équerres de fer attachées avec clous fur les montâiis des chaflis, & qui retiennent ladite planche qu’elles traverfent en-deffoüs, & qu’elles débordent fur le devant par un talon. Les vitriers ont donné à ce chaflis le 110m de porte - vitres. On fe fert encore néanmoins du fléau dans les provinces , lorfqu’il faut tranfporter l’ouvrage dans les villages & châteaux voifins des villes, où rien n’eft fi commun que de voir un vitrier à cheval avec le fléau garni de vitres fur le dos.
- 109. Les panneaux de vitres fe placent ordinairement, ou dans des chaf-fis de bois dormans ou ouvrans , que les menuifiers nomment croifées à U françaife , dans les bâtimens ordinaires, ou dans des vitraux de fer, ou dans des formes de vitres divifées par des meneaux de pierre, comme dans nos égiifes.
- 11 o. Avant de placer un panneau de vitres dans un chaflis de bois, fi c’eft un vieux chaflis, on a grand foin de ranger du fond des feuillures toutes les petites pointes rompues qui pourraient s’v loger : enfuite l’ouvrier tenant fon panneau de façon que le côté des attaches ou des liens foit vis-à-vis de lui, ouvre avec la tringlette les ailes du plomb qui borde le panneau , pour les rabattre enfuite avec le même outil fur le devant du panneau, enforte qu’il n’y ait que le cœur du plomb qui pofe fur le fond de la feuillure , pendant que l’aile rabattue la borde fur le devant; puis en commençant par les angles de la traverfe d’en-bas du chaflis,on l’attache fur le fond de la fPlillure avec les pointes de fer quifortentde l’extrémité des clous dont les maréchaux fe fervent pour ferrer les chevaux, & qu’ils rompent avec leur tenaille. Redrelfer les pointes qui font ordinairement courbes & tortues vers le haut, eft la première befogne qu’on donne aux apprentifs vitriers. O11 enfonce ces pointes avec le marteau vers le milieu de la face des plombs , à]une certaine diftance , pour les rabattre enfuite fur le plomb même, afin de tenir le panneau plus ferme en place & d’empêcher de vaciller au gré du vent, ou que l’air ne pafle entre la feuillure & le panenau. On place alors les verges de fer ou targettes vis-à-vis des liens ou attaches qui font foudés à cet effet fur le panneau. Ces verges de fer, qui portent ordinairement deux lignes de face fur trois à quatre lignes d’é-paifleur, font terminées à chaque extrémité par de petites pattes arrondies & percées, qui débordent la feuillure d’un pouce ou environ, que l’on at-Tome XIII. ' D d d
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- tache fur, les chafiis ou avec’une pointe , en la rabattant fur ledit chaflîs* «ou avec du clou à tète ronde. f ^ y -rr
- in. On fent par-là que le marteau fait partie des outils du vitrier. Ce marteau , tel que Félibien l’a fait graver fur une de fes planches expofitives des outils du vitrier, portait autrefois une tète à pans coupés , fans doute pour gliffer plus légèrement fur le plomb fans rifque de l’écorcher en enfonçant les pointes, avec une panne de l’autre bout , refendue en deux parties, qui ffervait à relever la tète des pointes avant de les arracher du fond de la feuillure avec des tenailles, lorfqu’il s’agilTait de lever les panneaux hors de place pour les réparer. De l’extrémité de la tète à celle de la panne, il pouvait avoir quatre à cinq onces : fon manche était de fer rivé fur la tète en goutte de fuif, creux en - dedans pour y recevoir une poignée de buis, qu’on y introduisit, & qui y était retenue par de petits boutons de fer qui la traverafaient de diltance en diftance ,. & qui y étaient rivés comme delîus. A préfent le marteau de vitrier a fa tète ronde^x fa panne plus ouverte, & propre à arracher de plus gros clous, en pefant fur le manche. Ce manche , tout de fer, fe termine en efpece de eifeau qui fert de pince , pour attirer à foi les croifées & chafiis à couliifes qui font trop ferrés dans les tableaux, ou à enlever les fiches à tète des croifées à deux ventaux.
- I la. Quant aux tenailles, telles qu’elles font defiinées dans lefdites planches de Félibien, elles paraiifent plus convenables aux vitriers de fon tems, qui travaillaient plus en panneaux qu’en carreaux. Chaque branche en était plate , en quarré vers le haut : ainfi appliquées contre la feuillure d’un challis , elles parafaient en s’ouvrant donner plus de prife , pour arracher la pointe qu’elles ferraient par l’angle de ce quarré. On leur a îubftitué depuis des tenailles femblables à celles des menuifiers , mais de moindre groifeur, à ferres rondes ; elles font fi connues qu’il efi inutile d’en donner une defcrip-tion particulière , n y ayant^Jpint de ménage , pour peu qu’il foit uftenfilé, qui ne foit fourni de ces fortes de tenailles.
- 119. La pofe des vitres en plomb dans des vitraux de fer eft, à proprement parler, la partie de l’art du vitrier qui doit lui fuppofer un efprit de réflexion & de jufteife capable de combinaifons & de rapports. Ici le vitrier fert de guide au ferrurierj c’elf, en effet, au premier à prefcrire au fécond les détails de fon ouvrage, & à veiller fur la conduite qu’il y tient, pour en former de concert un tout régulier.
- 1 14. Je fuppofe donc qu’un vitrier foit chargé de remplir une grande fenêtre de panneaux de vitres en plomb dans un vitrail de fer ; c’elf à lui de prendre exa&ement la mefure de l’ouverture de la baye : ou c’eft un chafiis de fer qui doit régner autour d’elle, fur lequel les montans & les traver-fes ou les gonds des portes ou guichets ouvrans dudit vitrail, leurs verroux &
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- leurs mentonnets doivent être rivés ; ou ce vitrail ne doit être compofé que de montans & de traverfes'de fer fcellées à l’arrafement de la feuillure. S’il s^agit d’un chaflis de fer au pourtour du vitrail, le vitrier obfervera de prendre exactement la mefure des contours du ceintre, ou plein rond ou furbaiiié , ovale ou anfe de panier, & de la partie quarrée dudit vitrail, s’il n’y a point de chaliis de fer.
- 11 S- Il n’a befoin que de la hauteur du milieu du ceintre & des deux hauteurs de la naiffànce du ceintre de chaque côté & de la partie quarrée. Ces mefures exaétement prifes , il en rapporte le plan fur le papier, en les réduifant du grand au petit. L’ufage le plus ordinaire eft de réduire l’échelle qu’il doit luivre à un pouce pour un pied. Ainfi il combinera le nombre de panneaux qu’il peut donner au vitrail , de maniéré qu’ils foient égaux en-tr’eux Üi largeur & en hauteur dans la partie quarrée, ou qu’ils aient tous la même mefure, ou quarrée ou oblongue, toute forme plus large que haute n’étant point gracieufe à la vue. Sa partition ainfi faite fur le papier & tracée par des lignes au crayon , il peut y tracer à l’encre la largeur du fer, moitié de chaque côté du. milieu de ces lignes; ce qu’il obferve dans la partie cein-trée, lorfqu’il .y en a une, en la diftribuant en autant de rayons que la mefure,i&• le bon feus peuvent lui en indiquer. Le nombre & la mefure de fes panneaux étant arrêtés , il .partage, à l’aide du compas , comme nous l’avons dit-ci-devant, en parlant de l’ordonnaitce des différentes faqons.de vitres planches , (a) en partant de la ligne du milieu, la hauteur & la largeur de chaque panneau en autant de petits quarrés égaux ou prolongés qu’en demande la faqon de vitres prefcrite ou acceptée par l’architecte. C’eft au moyen de. ces échiquiers , ainfi que les vitriers les nomment, qu’ils tracent fur le papier les différentes figures & .compartimens de pièces qui doivent compofèr l’enfembje de chaque panneau du vitrail , par leur rapport entr’elles & qui par conféquent doivent leimen donner lejcalibre/Le vitrier fent alors la quantité de verges de fer qu’il peut donnera chaque panneau , pour le^foutenir en force , la place qu’elles doivent y occuper , celles des çrochets,de fer qui doivent porter les-verges , celles des nilîes propres à recevoir, le panneau & à lui former, pour ainfi dire., une encadrure qui l’affure en place ;,Jpar le moyen des clavettes de fer qui, paffant au travers deces nilles, retiennent les,bords du panneau.
- ’ ii6. Un Serrurier expérimenté dans:i cette forte-d’ouvrage qui n’eft pas 'fort fréquent, pourrait fur lejiimple plan exécuternle vitrail, & le vitrier
- v jçt- : r
- ('a ) Voyez au commencement de cecha- obfervations auxquelles je nie contente de pitre & le chapitre VIII de la fécondé par- renvoyer le leéteur, afin de ne pas trop me tie , offje traite de la vitrerie relativement 'répéter. r -,
- > à la peinture fur verre. Il contient plufieurs " u • :o: a. : ;) •
- D d d ij
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- Tes panneaux, pendant que le premier ferait fa ferrure. Celui-ci regardant toujours la tige du milieu du defini comme le milieu de fon fer, ne peut fe tromper , quand il n’aurait que le modèle en petit. Cependant le vitrail doit être entouré d’un chafiis de fer , pour éviter la mal-propreté qu’occafioiment par la fuite les graviers du fcellement, qu’il faut démolir toutes les fois que l’on veut lever les panneaux pour les nettoyer ou les réparer. Il eft expédient, fur-toüt lôrfqu’il eft cèintfé, d’en tracer le plan en grand dans un lieu aflez fpacieux , & d’y marquer exactement avec la largeur du fer la diftri-bution des panneaux qui doivent le compofer 5 la place desnilles, & celle des crochets pour les verges de fer , afin que le ferrurier s’y rapporte.
- 117. Un vitrail de fer eft quelquefois compofé de fimples barres de fer de feize à dix- huit lignes de fiice, fur cinq à fix lignes d’épailfeur garnies » comme nous avons dit, de nilles & de crochets; & quelquefois ces barres, 'de fer font recouvertes de plates-bandes de forte tôle ou de fer battu, entaillées & percées à l’endroit des nillcs qui les traverfent, où elles font retenues par des clavettes. Quant aux crochets , on les rive fur ces plates-bandes > quelquefois aufti ce font des boulons à vis & à écrous rivés fur les montans & les traverfes, qui paflant au travers des. plates-bandes & mèmè au travers des verges de fer applaties & perçées par les bouts, tiennent là-place des nilles & des crochets ,& les écrous'ferrent le tout enfemble ; mais cet ufage doit être regardé'comme le moins à fuivre , .à caufé' de la facilité avec laquelle ces écrous fe rouillent, & de la difficulté qu’il y a 'à'lès dévider lorfqu’ils font rouillés, ou à caufe du rifque de calfer une vis en la forçant', ou de perdre les écrous qui peuvent échapper de la main de l’ouvrier, & dont le tarreau ferait difficile h retrouver ou à refaire ; au lieu qu’un léger coup de marteau chade aifément la clavette de fà nille, & que Pouvrier ne craint point d’être renverfé du haut d’une échelle, ou d’un échafaud, pâr la faute ou de la vis qui lui manque en fe ealfant, ou de la clef qui g lifte Pur l'écrou ,au lieu de l’embralfer: ce qui n’eft malheureufement pas fans exemple;1
- 118- Comme je ne me propofe point ici de prefcrire au ferrurier ce qui eft particuliérement de fon induftrie, je veux dire l’aflemblage des montans & des traverfes d’un vitrail, je dirai feulement que le -plus ordinairement après avoir coupé la quantité de montans nécelfajrés pour la hauteur du travail, après avoir laide au premier & au dernier un peu plus de longueur qu’aux autres pour le fcellementlorfqu’il’ n’y a pasjde chafiis de fer jil les joint enfenvble par des croifillons appliqués de l’autre côté dès vitrèsTur chaque montant, en laillant entre chacun d’eux un vuide capable de loger la tra-verfe qui eft arrêtée entre les deux mofitans par un boulon à tète du même.' côté que les croifillons, & à vis du côté des vitres, laquelleipaffant à- travers d’une rondelle de forte tôle ferrée ,?qu’on. y place lorfque les vitres foin
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- pofées, eft ferrée par un écrou contre les coins de quatre panneaux qu’elle empêche de s’entr’ouvrir. C’eft ainfi que font aifemblési les vitraux de fer neuf que j’ai remplis de vitres neuves dans Péglife de Paris , & qui iont d’une grande folidité.
- il 9. Rien de fi ordinaire que de voir dans nos anciennes églifcs de grandes formes de vitres qu’on diftingue par ce nom , des vitraux de fer. Elles font divifées fur leur largeur en un ou plufieursîmorceaux de pierre mon-tans , qui foutiennent les amortiifemens de la partie ceiutrée, conflruite de pierres de différentes ordonnances * ou contours, qu’011 appelle autrement les. remplifj'ages.
- 120. Or je fuppofe qu’au lieu des anciennes-vitres peintes, dont les formes de vitres étaient remplies, & qui tombaient tous les jours en ruine, ou par vétufté y ou par un défaut d’entretien , quelquefois occafionné par le goût de notre-ficelé antipathique avec la> peinturé fur verre, -an-'1 charge un vitrier de les garnir de vitres blanches','de-la façon-qui aura été choifie ou acceptée par l’architeéle ; alors le vitrier doit obfèrver fi les morceaux ne font pas contre-tenus par plufieurs fortes bandes de fer dormantes qui, les traverfant, font bcellées par les extrémités dans l’épaiffeur des murs, telle qu’eft ordinairement celle qui porteJa partie ceintrée d’aune defdites formes de.!-vitres-J-'‘S’il n’y a-que celle-là , il doit prendre la uiiéfure de l’efpace qui fe trouve'-dans la .{hauteur de chaque pan ou ébldniie'de; vitres1, par un1 meneau -de pierre,'du delïbus deda nille de ladite traverfe dormante , jufqu’au fond della'feuillure d’en-basb & s’atîurer-de même de la largeur Jde chacun deidits-pans i puis, confidérant chaque pan comme un vitrail partieulier, il fuivra’, pour-la difbribution-des -panneaux & ;du calibre , la -meme route que' nous avons dit plus ha-UtJ“'qu’il ?devait: tenir-, (pour 'donner à ehadui de -fes/panneaux une diftrihutiOn qui finilfe , autant qu’il fe- podira ppar 'quatre cdihs égaux , pour fefdits cpaaineaux-'4tre féparési êntr-euX par • une -trëverib de fer ; -gârnie‘dé fés miles dansllês efpaoes'cohven&ble§y amovible1,' & qui •fera fceilée d’un bout dans la feuillure*ou fur la'rainure du' menëau:, ded’autre dans la feuillu rê-&< fur la rainure-duP mur fa-utant !de fois’'répétée que l’étendue'dudit pafti ou^dolobne peut comporter“de panneaux. 1
- 121. Les vitriers nomment barlotieres, ces traverses de fer, moins - fortes ‘ordinairement dr'épailfeur''& dë fôcé que- la traverfe dotmahte, parce quelles n’ont pas uiVpbids bHoùrd à fuppdrter.-Leèmilles dont elles1 font garnies , y 'font la mèmè -fohâaoit-qtië' ditûs îles -vitraux de fer. Quant aux 'verges qui doivent maint énir le panneau’en forcé belles font retenues dans la rainure «ri> dans! là'feuillure1 dë^menea-ux & des nVùrSj creufées a cet effet avec la befàiguë, dans lefquelles on les inféré par forme de revêtiilernent. Lorfqtie les vitres, neuves dont pofées en plaaeyies>verg.es- é£ant arrêtées par les atta-
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- elles, dont on les entortille avec les doigts, (comme cela fe pratique dans toutes les vitres en plomb ) on les Icelle fur chaque rainure ou feuillure en-dehors fi elles font pofées par - dehors, ou en-dedans fi ellesde font en-dedans , en plâtre ou en mortier, fuivant I’ufage des lieux, avec une petite truelle de fonte de cuivre ou de fer , formée comme une feuille de laurier.
- r22. Au furplus-, les vitriers fe fervent, pour préparer le plâtre ou le mortier propre à fceller les panneaux de vitres des églifes, d’une petite auge de bois, moins étendue que celle des couvreurs,, percée vers le haut de chaque côté, fur fa longueur, de deux trous, dans lefquels ils font paifer une corde qui fert d’anfe , & retenue par un crochet de fer en S, qui ia tient fufpendue fur la main de l’ouvrier dans un des bâtons de l’échelle, dont il fe fert pour pofer fes vitres en place. S’il fe trouve dans ladite forme de vitres une fécondé ou même une troifieme traverfe dormante, femblable à celle qui fupporte la partie ceintrée, le vitrier doit tenir, par rapport aux efpaces qui lé trouvent entre chacune defdites: traverfes dormantes,.le même ordre que deifus, en alongeant ou raccou refilant, fuivant le befoin,fes échiquiers fur leur hauteur feulement.
- 123. Quant à la partie ceintrée des amortiifemens., il en le.ve exa&ement
- le plan , en y obfervant fidèlement la largeur de la pierre du fond de: fes feuillures ou rainures, & tous les compartimens qui en règlent l’ordonnance, qu’il trace fur le papier à pouce pour pied; puis prenant pour réglé les échiquiers qui ont donné le calibre qu’il a fuivi dans la partie quarrée* en obfervant de mettre toujours dans le milieu la piece-principale de la façon de vitre qu’il y a fuivie , il les' ,trace fur toute la hauteur & fur toute la largeur de ladite partie ceintrée , comme fi,toute cette, .partie ne devait, faire qu’un feul ;panneau ; &,;lafifant nus les .contours de la* pierre fur ,laquelle fes traits ont paifé,Al fe ,contente de defliijer ]a;façon,de, vitres dans les^ui-des qui doivent être,remplis de vitres , dont la pierre eft-cenfée,,occuper la place dans,toute fon ordonnance.! Il répété enfuite la,même opération en grand , d’après ce, modèle en petit fur fa table, ou par moitié, ou par tiers-, ou par quart, fuivant l’étendue dudit remplilfage , pour y couper toutes fes pièces, comme à la diminution,, (a) & les .joindre avec le,plomb lorfqu’elles font coupées. .. ii rvv oj a irm*; ?;.]
- 124. Il eft des. églifes où les. vitres fe pofeiit-èn*, dehors,, qui, comme la cathédrale de‘Paris , ont- des i plates;- formes-, fuç iefquellçs le. • vitrier fe fait échafauder ou s’échafaude lui- même;, fuivant, l’ufage ou le devis & marché qui en a été fait ; & de deifus fon échafaud folidement fait, il pofer fes, yitres de plancher en plancher, en obfervant que les boulins,<&,autres pièces de
- f ..rm ' i-*; • •' r ' ^‘>1 r 5
- (a) Voyez au commencement de' ce. chapitre, où jetiaite de h .diminution.: :: -o.-
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- bois ne lui nuifent point en paffant au travers des lieux qui doivent être remplis de .vitres; c’eft de toutes les maniérés de pofer les vitres d’églife la moins rifquable pour le vitrier. Il eft d’autres églifes fans plates - formes, dont on ne peut pofer les vitres ,foit par-dedans, foit par-dehors, comme dans l’églife de l’abbaye de S. Denys en France , qu’en fe fervant de la cage ou corbeille , dans lefquelles le vitrier, fufpen.du vis-à-vis la partie de la forme des vitres à laquelle il doit travailler , eft monté & delcendu par des cordages qui filent dans un ou deux mouilles garnis de leurs poulies, avec un autre cordage attaché à ladite cage ou corbeille, qui fert au vitrier à tirer vers lui tout ce dont il a befoin, & que celui qui le fert pour le monter ou le defeendre félon le be-foin , attache audit cordage, (a) Il s’en faut de beaucoup que cette façon de pofer les vitres foit aufti prompte & aufti facile que la première ; elle eft auiïi plus rifquable, à caufe de la fureté qu’elle demande de la part de la foli-dité des mouilles & des cordages.
- I2f. Les panneaux de vitres neuves en plomb fe paient au vitrier au pied fuperficiel de 144 pouces en quarré , mefure de roi; car le pied de verre eft fujet à différentes mefures dans différentes provinces. Il y en a telle où il 11’a que dix pouces en quarré, & telle autre où il n’en a que huit, fui-vant la plus ou moins forte qualité du plomb & leur exposition plus ou moins facile pour les mettre en place. Le prix n’étant pas le même pour les panneaux attachés fur chaffis de bois , pour les panneaux ou vitraux de fer à chaffis de fer, & pour les panneaux de formes d’églifes, fcellés en plâtre, 011 n’en paie que moitié du prix, lorfqu’o’n les remet en plomb neuf.
- 126. Dans les maifons particulières, lorfqu’on les loue à un locataire , il eft d’ufage de lui donner les vitres nettes par la main du vitrier; Ci ce font des panneaux, on doit les lui donner fans pièces caffées ni fêlées, & il eft tenu de les lui rendre en même état, à moins que le propriétaire ne jugeât à propos d’en excepter les pièces fêlées: alors il en conftate le nombre avec le locataire , qui les lui rend en même nombre. Quand il s’agit de renou-veller les panneaux en plomb neuf, ce qui eft toujours à la charge du propriétaire , lorfqu’il eft hors d’état de prouver que c’eft par violence que le plomb en a été altéré, les pièces felées regardent le propriétaire feui; & lorf-que les panneaux s’étant taffés par le mauvais état des chaffis, ils font devenus trop courts ou trop étroits , les pièces du bord qu’il faut réformer , pour en fournir de plus longues , regardent également le propriétaire.
- 127. Lorsque le locataire veut nettoyer fes vitres en panneaux , ou pour
- (a) Nous ne nous fommes point appli- la vue que furie papier. 11 eft d’ailleurs peu qués à donner ici la defeription de ces d’églifes qui n’en foient fournies pour le cages ou corbeilles. Ce font des machines houffagequi s’en fait de teins à autres, ou dont le méchanifme fe développe mieux à pour l'ervir au vitrier.
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- L'ART DU VITRIER. ~ Partie'III.
- entretenir îa clarté & la propreté dans*fa maifon , ou^our les tendre nettes & en‘bon état en la quittant-, on ndmfne cette réparation racoâtfdgeiLile Coii-fifte d'abord, en les Ôtaiit -’de place poiïr la première fots^, à: marquer fur-!le plomb des panneaux vers le haut, avec lé bout du couteau ou dë la tringlette , dans le milieu l’ordre des croifées en chiffres romains ;• & dans le coin du côté du mur, à chaque panneau l’ordre qu’il tient dans chaque ctoifée. Cette précaution, prife la .première- fois, fert pour les réparations fuivantes‘à les remettre en placé dans le mèrrte ordre & fans rien déranger ; on lève les verges de fer, & on arrache avec lës tenailles les pointes qui lesJretienrtént. Les panneaux étant apportés à la1 boutique, on pafle le couteau à racoûtrer fur toutes les ailes du plomb & fur les bords du panneau. On redrelfe avec l’extrémité des doigts les liens ou attaches qui font encore bons* on arrache celles qui' font rompues ; on gratte avec le même couteau le nœud de celles qu’on a arrachées 5 on en fait autant à la place des foudures qui pourraient être rompues fur les bords ou dans le corps du panneau, lorfqu’elies ne font pas en trop grand nombre ( car en ce cas on les remet en plomb neuf). On refait les foudures , & on relToude d’autres attaches neuves de la maniéré que nous l’avons dit en parlant des vitres neuves ; puis on mouille les panneaux à la brolfe , pour enfuite les fécher au fable avec une autre brolfe , & les remettre en place avec les mêmes précautions dont nous avons parlé pour les vitres neuves.
- 128. Qüand il s’agit de rendre les panneaux de vitres en état, comme réparation locative, le locataire eft tenu des pièces de verre calfées , des verges de fer qui retiennent les panneaux de verre en plomb , lorfqu’elies manquent ou qu’elles font calfées, à moins qu’on ne reconnût que des pailles qui étaient dans les verges de fer eulfent contribué à les faire calfer j car pour lors elles feraient au compte du propriétaire. On fuit cette même méthode pour la réparation des panneaux de vitres en vitraux , ou en forme de vitres ; on les refcelle en plâtre ou en mortier aux endroits où ils l’étaient, après avoir préalablement bien nettoyé les feuillures & rainures de tout l’ancien plâtre & ciment : ce qui fe fait avec la befaiguë, dont nous avons déjà parlé. Cet outil eft line efpece de marteau dont la tète eft d’un côté en forme de cifeau, qui fert à enlever le plâtre & la pierre qui pourraient nuire dans le£ feuillures ou rainures : vers la panne il fe termine en une efpece de coin pointu, qui fert à démolir le vieux plâtre , & à faire dans le mur ou dans la pierre des meneaux, les trous de revètilfement nécelfaires pour y placer les verges de fer qui fe mettent au-devant des panneaux.
- 129. Il eft alfez d’ufage de donner les vitres d’une églife à l’entretien au vitrier, moyennant un prix fixe chaque année, par un bail de fix ou neuf années. Le vitrier^ qui reconnaît par le marché avoir reçu les vitres en bon
- état,
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- L A RT DU V I T R 1 E R. Partis III. 401
- état, s’oblige de les rendre telles. Cet nfage eft bon , lorfque les vitres faites depuis peu ne demandent qu’un entretien qui les maintienne en bon état, en y exceptant le cas de grêle, ouragans ou vents impétueux , ou autres cas imprévus. Mais à la fuite des tems cette maniéré d’entretien peut devenir rui-neufe aux fabriciens & aux vitriers. Fera-t-on fupporter aux héritiers de celui-ci les frais d’une réparation quifurviendrait par caufe de la vétufté des plombs , qui, auffi anciens dans tous les panneaux enfenible, pourraient périr en même tems? La fortune la plus forte pourrait à peine parer de la part du vitrier une pareille révolution ; alors (ce qui a toujours été plus conforme à la loi qui charge le propriétaire de réparer les plombs dégradés par vétufté ) la réparation tombera toute entière fur le compte des fabriciens. Il eh; donc mîeux de conftater de part & d’autre l’état des vitres , & d’après cet état fixer au vitrier par un bail de fix ou neuf années la quantité de panneaux qu’il fera tenu de lever dans l’églife pour les nettoyer, & celle qu’il conviendra d’en remettre en plomb neuf : l’ordre qu’il doit tenir dans cette réparation annuelle, eft d’y mettre un prix raifonnabie , au moyen duquel le fabricien fera fût* de la quantité d’ouvrage que le vitrier aura fait, comme le vitrier de lajufte valeur de fou paiement. Mais ce qui eft encore le plus à propos & moins à charge ait fabricien & au vitrier, il vaudrait mieux payer au vitrier les réparations à l’eftimation, lorfqu’on les fait faire , ou , comme on dit, à la pièce.
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- CHAPITRE III.
- Des lanternes publiques tant de verre en plomb qu'à rêverbere, pour éclairer pendant la nuit les rues des grandes villes ; & des petites lanternes en nfage dans les réjouiffances publiques.
- 130. Si Ton en croit plufieurs auteurs tant anciens que modernes, à la tête defquels un favant prélat Italien (a) place faintClément d’Alexandrie , (Æ) l’uiage d’éclairer les grandes villes pendant la nuit pafla des Egyptiens aux autres nations. Nous voyons Tertullien ( c) fe plaindre de ce que les portes des maifons des chrétiens étaient alors plus éclairées que celles des
- (a) Ciampini, Veter. monim. part. I, core Cazalius, De veteribus Ægyptiorum cap. XXI, pag. 190. manumentis. Fortun. Liceti, de lucenÿs
- {b ) Stromat. lib.I. antiquis.
- (c) De idololatria, n®. io. Voyez en-Tome XIII,
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- païens même. Rien de plus probant fur cet ufage que ce que nous en apprend M. de Valois , dans fes notes fur divers auteurs de l’antiquité. Il y cite avec éloge les dépenfes que foi fait Conftantin pour éclairer les rues de Conftan-tinople les veilles de noël & de pâque, avec plus de profufion qu’on n’avait coutume de le faire les autres jours, & qui effaçait celle des illuminations des Egyptiens à la fête de Minerve. (^)M. de Valois nous apprend encore (b) que ces illuminations étaient journalières dans plulïeurs grandes villes , & l’une de leurs principales décorations; que le foin d’allumer ces lampes & de les entretenir d’huile était confié par les magilfrats à de pauvres gagnes-deniers; que la folie impétueufe de ceux qui, dans un excès de débauche, auraient coupé à coups de fabre ou d’épée les cordes auxquelles on les fufpendaity était regardée comme un attentat puniffable; que l’interruption de partie de ces lumières publiques était d’ufage dans les jours de triftefe & de deuil. Nous voyons dans faint Badie ( c ) qu’il en regarde la ceffation comme une des calamités la plus dure que fa ville épifcopale eût fupportée de la part de l’empereur. Il la fait aller de pair avec l’interdiélion des lieux de public exercice. Nous entendons aulli Procope (dj blâmer Jufinien de s’ètre emparé de tous les revenus des villes , qui par-là fe voyaient hors d’état d’entretenir les lumières publiques ; il dit que ce prince les a privés de leur plus douce confolation. Enfin faint Jérôme ( e) rapporte qu’un jour dans la chaleur d’une violente difpute quelques lucifériens ayant brifé les lampes publiques, s’étaient retirés li échauffés, qu’à la faveur des ténèbres ils fe crachaient au vifage^ 111. Qui ne croirait à la feule infpedtion de ce que nous venons de rapporter en faveur de l’ancienneté de l’ufage des lumières publiques pendant la nuit, que nous ne foyons en état de le faire remonter très-haut dans la France , au moins dans la capitale ? car, comme remarque fort bien le com miliaire la Marre (/) , Ci toutes les nations difciplinées ont pris des précautions extraordinaires contre les périls nocturnes, dans quelle ville plus que dans Paris, où pendant que tout elt calme pour les gens de bien une foule de fcélérats fovorifés par les ténèbres qui les cachent, s’efforcent d’exécuter leurs pernicieux dcffeins : dans quelle ville, dis-je, fut-il plus néceffaire d’étendre ces foins qui doivent veiller à la fureté de feshabitans ? Cependant l’établiffement qui y fut fait des lanternes publiques, qu’aurait pu indiquer l’ufage,très^.
- (a) Henri de Valois, Notes fur la vie ( Antiochia) ubi perno&antium luminum de Confiantin , par Eufebe de Céfarée. claritudo dierum folet imitari fulgorem.
- ( b Notes fur Anjmien Marcellin & fur ( c) Voyez la 74e ( alias 379e) lettre plufieurs harangues de Libanius. Amm. Mar- de faint Bafile le Grand à Martinien. tasll. dit au iiv. 14 circa initium : ( Gallus-) (d) Anecdote de la vie de Juftinien.
- vejperi per tabernas palabatur fe? com- ( e ) Dialogue contre les lucifériens,
- pila.... Et lific coufidçnt cr agebat in urbe (/) Traité de la police.
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- connu des anciens, des lanternes portatives ( a ) , 11e date que du mois de feptembre 1657»
- ' 132,. C’est aux foins infatigables de M. delà Reynie, décoré le premier par Louis XIV de la charge de lieutenant général de police, que les Parifiens doivent, outre l’étabMement du guet, le nettoiement des rues, & plulieurs autres beaux réglemens qui s’obfervent encore de nos jours, celui des lanternes publiques : établiifement auquel les fucceifeurs de ce grand magiftrat fe font efforcés de donner la perfection.
- 133. Ces premières lanternes étaient à huit pans, & avaient la figure d’un feau. Elles portaient environ dix-huit à dix-neuf pouces de haut, y compris l’épailfeur des plombs. Elles étaient compofées de vingt - quatre pièces. Les liteaux pofés fur le fond pouvaient avoir quatre pouces trois quarts de large ; la piece du milieu fept pouces un quart de haut fur même largeur ; la piece de cheminée fix pouces trois quarts fur ladite largeur par le bas, & trois pouces trois quarts par en-haut , à l’endroit de la fermeture.
- 134. Le fond de chaque lanterne était un panneau octogone de fept pièces de verre plein & d’une vuide. Deux des pièces pleines étaient échancrées en rondeur pour que l’allumeur palfât plus aifément la main dans le vuide de la huitième piece. La chandelle était retenue au milieu par une platine de fer noir qui portait deux bobèches , l’une pour la grolfe chandelle, l’autre pour la plus petite , félon les tems. Les deux bobèches étaient d’un feul morceau de fer noir ou menue tète, rivé fur la platine avec clous. Ces lanternes étaient montées de quatre fils de fer d’environ une ligne & demie de grof-feur, retenus fur quatre de huit pans , & en-deifous du fond par des liens ou attaches de plomb foudées. Les quatre fils de fer venaient aboutir vers le milieu de la platine, 8c la foutenaient. Enfin ces lanternes étaient fur-montées d’un couvercle élevé d’un bon pouce au-deiius du corps de la lanterne , dont il débordait le diamètre d’un pouce & demi au plus.
- 135. L’agrandissement de la capitale, les malheureux événemens noéturnes devenus plus fréquens , les rapports des commiifaires des quartiers, les obfervations de l’infpe&eur linguliérement prepofé à cette fonction de police, donnèrent lieu à M. Hérault de changer la forme des lanternes, & d’en multiplier le nombre. Elles prirent alors la forme d’un cid-de-lampe fermé à une diftance égale vers le bas comme en - haut. Leur hauteur fut portée à vingt-un pouces un quart au moins , non compris l’épailfeur des plombs. Les pièces qui forment le corps de chaque lanterne refierent fixées
- (à) Voyez fur cet ufage chez les anciens, vait à cet effet. Plaute parle de ces lanternes Pline, liv. VIII, chapitre XV. La corne du de corne dans le prologue de fon Amphi-bœuf fauvage, nommé unis, qui fe coupait tryon , ainfi que Martial, livre XIV, épi-par lames très-minces & tranfparentes*, fer- gramme 61. ~~
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- au nombre de vingt-quatre d’un verre choifi fans boutons. Mais chacune des huit qui en compofent le milieu , devait avoir huit pouces une ligne de hauteur fur cinq pouces dix lignes de largeur ; & chacune de celles formant le cul-de-lampe & la cheminée, fix pouces fept lignes de haut, fur cinq pouces dix lignes de large par le bout qui touche à la piece du milieu , & fur quatre pouces fept lignes par ceux qui avoiilnent le couvercle ou forment le cul - de - lampe.
- 135. LEjfond de la lanterne était, comme aux premières, de lèpt pièces de verre plein & d’une vuide ; mais on ordonna que la platine occupant le milieu du fond ferait de fer-blanc très-fort, percé de plulieurs trous, fur-tout au droit des deux bobèches; qu’entr’elles ferait placé un fil d’archai de deux lignes de gros , & fept pouces de hauteur, formant par le haut un ovale de deux pouces dans œuvre pour maintenir droite la chandelle ; & par le bas, pour s’affermir contre la main de l’allumeur & lui donner pafi fàge , un double coude inhérent aux bobèches : qu’elles feraient de tôle neuve & forte d’un pouce & demi de hauteur, d’un feul morceau fe joignant, & leur diamètre d’un pouce à la grande & de neuf lignes, à la petite.
- 137. Pour contretenir les pièces du cul-de-lampe, on aflujettit le vitrier à tenir plus fort que faible le panneau du fond. Les plombs & la platine qu’ils entourent devaient être étamés par-dedans, & blanchis de fou dure. Le tour du vuide laiffé pour l’allumeur, fut bordé par un plomb, dans la chambrée duquel & auprès du cœur était encadré un brin de fil de fer d’une feule piece , qui en fait le tour. Sur ce fil de fer étaient relevés les ourlets du plomb pour les étamer , en coulant la foudure au devant des ourlets.
- 138. Au-dessus du vuide, au-dedans de la lanterne, on ajufta d’abord une trappe de fer noir , percée de plufieurs trous , comme la platine. Le bord de cette trappe, creux & arrondi du côté du pan du cul-de-lampe , était traverfé par un fil de fer moyennement gros, dont les bouts paflant au travers des plombs montans y étaient retenus par un crochet qu’on y formait avec une pince. On y a depuis fubftituq , pour effacer l’ombrage formé fur le pavé par la platine & par cette trappe , un chaffis de fer-blanc à coulilfe, dans lequel, par le côté le plus large, qui était de quatre pouces fept lignes & qui par conféquent 11’excédait pas la largeur du plomb , 011 inférait une piece de verre qui le remplirait, en prenant la précaution de faire fouder par le ferblantier en - dedans un renvoi aufïî de fer-blanc, d’un pouce de faillie , pour le faire retomber fur le fond lorfque l’allumeur retire fa main. La jointure des pièces qui compofent le corps de la lanterne était, ainfi que le panneau du fond , faite avec un plomb de lix lignes de face tout tiré.
- 139. Chaque lanterne était montée de quatre fils de fer de deux lignes
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- de diamètre. Les deux fils qui fe trouvent vis à-vis l’un de l’autre traversent en-delîbus le fond de la lanterne, pour y être arrêtés & fondés d’une extrémité à l’autre, de la largeur du fond, fans boucher le trou de la bobèche. Les deux autres étaient coupés de longueur à joindre les deux premiers , en palfant par-delfous eux. Tous devaient être attachés avec des liens forts & larges , réunis delfous & deiTus par une foudure Ces fils de fer devaient encore être de longueur à maintenir un couvercle de tôle légère , du diamètre de la fermeture, percé de trous pour lailfer palfage à la fumée , & empêcher le vent, en fe rabattant fur la chandelle, delà pouffer trop vite. Par-delfus était un premier couvercle de tôle plus forte. Les quatre fils y pa£ làient comme dans le précédent , par quatre trous juftement efpacés à l’endroit des liens de plomb. Entre ce premier couvercle & le bord de la fermeture ou cheminée, était un efpace d’environ un pouce & demi. Ce. couvercle était de quinze à feize pouces de diamètre , peint par-delfus de deux couches de couleur à l’huile , & rafraîchi de couleur tous les deux ans.
- 140. Malgré tant de précautions pour faciliter la clarté , malgré le nombre de lanternes porté à plus de fept mille, Paris ne fe trouvait encore que faiblement éclairé. Les chandelles , ne pouvant être mouchées , entretenaient un jour louche , & les plombs formaient fur le pavé, de grandes ombres d’autant plus multipliées qu’il y avait plus de lanternes. Loin d’en tirer les avantages qu’on avait lieu de s’en promettre tant pour la commodité que pour la fureté publique , elles ne compenfàient pas même les frais qu’ocçalionnait leur entretien. Depuis le premier quartier de la lune de mai, jufqu’au lendemain de la pleine lune d’août, elles n’étaient point allumées. Il était ré-fervé au magiftrat aduel de la police, dont le défin téreffem eut égale la profondeur de fes vues , de remédier efficacement à ces inconvéniens. Un prix de deux mille livres, puifé dans fes propres fonds, fut propofé pour quiconque, au jugement de l’académie des fciences , découvrirait la meilleure maniéré d'e-clcùrer pendant la nuit les rues d’une grande ville, en combinant la plus grande clarté, la facilité du fervice & l’économie. Après diverfes tentatives, fruits de l’application la plus confiante & du zele le plus pur pour le bien public, on trouva ce qu’on cherchait dans les lanternes à réverbere, auifi agréables à la vue qu’utiles par la clarté qu’elles produifent, ( a )
- (ai Le premier que M. de S art i ne crut devoir récompenfer , fut le nommé Goujon , alors compagnon , maintenant maître vitrier à Paris. 11 en reçut une gratification de deux cents livres pour avoir au jugement de l’académie corrigé plufieurs défauts dans les lanternes alors en ufagc , tant en di-
- minuant leurs ombres , qn’en garantiffant mieux les chandelles de l’aétion du vent. De concert avec ce magiftrat, la même académie délivra en trais gratifications le prix de deux mille livres aux fïeurs Bailly, Bourgeois & le Ray, pour avoir, par des tentatives variées & des epreuves allez long-tems
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- 141. La forme de ces nouvelles lanternes eft hexagone. Elles font garnies de carreaux de verre, & ont deux, trois, quatre, cinq becs de lumière, {liivant leur deftination. La cage eft en fer brafé fans folklores, & montée avis & écrous. Celles à cinq becs de lumière ont deux pieds trois pouces de hauteur, vingt pouces de diamètre par le haut, & dix par le bas. Celles à trois & quatre becs, deux pieds de hauteur , dix-huit pouces de diamètre par le haut, & neuf par le bas. Celles à deux becs , vingt - deux pouces de hauteur, leize pouces de diamètre en-haut, & huit en-bas. Leur chapiteau eft compris, dans la hauteur.
- 142. Chaque lanterne a trois lampes de différentes grandeurs, félon la-durée du tems qu’elles doivent éclairer, & chaque bec de lampes un petit réverbere. Un grand réverbere , placé horizontalement au-deifus des lumières, entreprend toute la grandeur de la lanterne pour diiïiper les ombres. Tous les réverbères font de cuivre argenté mat, de fix feuilles d’argent ,& ont un-tiers de ligne d epailfeur. Une feule tige avec fes agralfes fert pour monter les réverbères néceifaires & les lampes de chaque lanterne. Les porte-meches font en fer , & vont dans toutes les lampes.
- 143. Les chapiteaux extérieurs de chaque lanterne & leurs chaperons font de cuivre. Ils ont,comme les réverbères, un tiers de ligne d’épaiifeur. Pour donner plus de foliditéaux chapiteaux, ainCi qu’aux grands réverbères , ils font réunis avec des plates-bandes de fer par des vis & des écrous. Le def-fous de chaque lanterne s’ouvre & ferme avec des crochets & des charnières de fer, montés à vis & écrous. Par-là, ni la chaleur de la lampe ni l’injure du tems ne peuvent rien endommager. Chaque chapiteau a un crochet. Enfin il y a par lanterne trois poulies de cuivre montées de leurs chapes, avec des vis & des crochets. Il y a aufti des pommelles pour celles qu’il faut fceller dans le nlur , lorfque le cas l’exige.
- 144. Le bail de ces nouvelles lanternes a commencé le premier août 1769. Les entrepreneurs qui ne font plus du corps des vitriers, font chargés pour vingt années des fourniture & entretien de la quantité néceflaire de lanternes pour éclairer toute la ville. Elles doivent être allumées l’année entière, depuis la fin du jour jufqu’à trois heures du matin , même les jours de lune , dans l’intervalle qu’elle n’éclaire point, (a) Pour que le fervice fe fade avec
- continuées, mis le public en état de com- même magiftrat lui fit accorder par le roi parer divers moyens d’éclaiier. Enfin entre une médaille d’or, que le préfident de l’aies pièces remplies de difcuffions phyfiques cadémie lui remit publiquement. Gazette de & mathématiques, qui conduiraient à diffé- France,article de Paris, du 14 avril 1766. rens moyens utiles,dont elles expofaient les ( a ) S’il n’y a pas de lune la nuit de noël avantages & les défavantages , 'l’académie & celles du jeudi, dimanche, lundi & mardi ayant diftingué celle du fieur Lavoifier, le. gras, elles doivent éclairer jufqu’au jour.
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- grande exaditude, vingt lanternes au plus font confiées à chaque allumeur. Tous font furveillés par quatre infpedeurs & dix ou douze commis charges également de veiller fur l’illumination.
- 145'. Les entrepreneurs font tenus en outre de fournir & renouveîîer tous les ans, fuivant l’ufage, les poulies, cordages & autres chofes nécelfaires à la fufpenfion des lanternes; d’entretenir les boîtes & potences de^fer; de faire réargenter les réverbères au befoin ; de remplacer les verres caffés par quel-qu accident que ce foit; de fournir cinq lanternes par cent avec tous leurs accelfoires pour fuppléer à celles hors d’état de fervir; & de payer les allumeurs. Ils doivent encore avoir deux entrepôts généraux de chaque côté de la riviere , & huit ou dix entrepôts particuliers dans le centre de chaque département. Leurs magallns doivent toujours être pourvus fuffifamment pour une année entière d’huile d’olive de bonne qualité, feule dont les lampes doivent être remplies. Tous les uftenfiles nécelfaires dans les entrepôts, comme baquets, paniers pour les allumeurs, linge & bois pour épurer les huiles, font à leur compte , & généralement tout ce qui eft relatif à l’illumination. Ça) Ces lanternes à réverbères s’introduifent de jour en jour pour oclairer les cours, palfages & elcaliers. On ne fe fert plus guere à cet effet des anciennes lanternes , branche de yitrerie qui n’a plus lieu que pour les ré-jouiffances publiques.
- 146. C’est l’ufage en France, dans fes jours de fêtes, d’illuminer de petites lanternes de verre en plomb les palais des grands , les hôtels de ville & les monumens qu’on éleve pour la décoration. Ceux qui ont écrit fur les moeurs des Chinois , nous apprennent qu’ils en font un grand ufage le jour qu’ils appellent finguliérement dans leur premier mois la fête des lanternes, trop connue pour la répéter ici. Çb)
- 147. Cet ufage s accrédita parmi nous, principalement aux fêtes publiques pour le mariage de madame Louife - Elifabeth de France avec l’infant Don Philippe, duc de Parme. Plus féconds en verre que les Chinois qui nous font infiniment fupérieurs dans les émaux colorans & dans les couleurs végétales ,nous nous en fommes tenus à la feule tranfparence du verre blanc , qui 11’eft pas ians effet. En défendant la lumière renfermée dans nos petites lanternes contre la violence du vent , elles fe prêtent mutuellement un éclat qui, fans être aufti varié que la foie tranfparente & peinte des Chinois , eft tres-ra dieux «St très - frappant par la réfradion des lumières d’une lanterne aux autres. Tel eft l’admirable effet de ces luftres de fer, garnis de trente,qua-
- ( a ) Arrêt du confeil du 30 juin 1769, ( /; ) Voyez la Defcription de Vdvpire de
- qui reçoit la fourmilion des entrepreneurs la Chine, par le P. du Halde, tome II, .de la nouvelle illumination de la ville de page 96, ou le Didionnaire de Trévoux, paria. au mot Lanterne.,
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- rante & plus de ces petites lanternes , qui y font fufpendues.
- 148. On fe fouvient encore avec étonnement de l’effet merveilleux que produifit le nombre confidérable de ces petits bateaux qui, garnis de ces lanternes aux mâts , aux cordages, à la pouppe, à la proue & fur leurs bords à fleur d’eau, vinrent avec ordre fè ranger dans le baltin de la Seine , entre le jardin de l’infante & le college des Quatre-Nations , fous les yeux du roi, de la reine, de toute la famille royale & d’une multitude de fpeclateurs. L’éclat furpre-nant de cette fête, donnée par la ville fous les ordres de M. Turgot, lors prévôt des marchands , & par les foins de M. Roufiet, ingénieur célébré ,oc-cafionné par la prodigieufe quantité de lumières qui fe répétaient dans l’eau, femblait le difputer pendant la nuit à la plus brillante clarté du plus beau jour.
- 149, Ces lanternes, toujours prêtes à tout événement joyeux, fe confer-vent dans les magafins de la ville , pourfervir dans les fêtes qui furviennent. Elles font à quatre pans , à cul-de-lampe. Chaque pan eftde dix à onze pouces de haut, compofé de trois pièces, dont une quarrée dans le milieu d’environ quatre pouces de hauteur fur trois pouces un quart de largeur ; & les deux de la cheminée & du cul-de-lampe, de trois pouces un quart de haut ou environ fur la même largeur par un bout, & fur deux pouces & demi de larga par l’autre. Dans le plomb qui borde ie cul-de-lampe, eft encadré un fond quarré de fer-blanc, fur lequel eft attaché avec clous rivés unebobechede huit à neuf lignes de hauteur, fur fept à huit lignes de diamètre, pour porter la bougie.
- 1^0. La fermeture eft furmontée par un couvercle quarré de fer-blanc, qui déborde tant foit peu le corps de la lanterne. Il y eft attaché par quatre branches de fil de fer, arrêtées au-deffus de la piece quarrée par quatre crochets retenus par les liens de plomb foudés fur chaque montant. Un de ces quatre pans s’ouvre & fe ferme dans le milieu par une pieee entourée de plomb de la mefure des autres du milieu, retenue vers le haut par ces mêmes fils de fer qui fupportent le couvercle, & s’accrochent avec un brin de fil de fer encadré dans le plomb & foudé par - deffus. Cette porte s’élève & s’abat par ce moyen fur le cul-de-lampe, & procure un fervice très-prompt pour l’illumination, en introduifant par cette porte les bougies déjà allumées. Ces lanternes s’accrochent par des anneaux inhérens au couvercle dans les branches des luftres de fer, que l’on defcend à la commodité des allumeurs , pour les remonter lorfqu’ils font allumés. Les petites lanternes portatives font fur le même modèle.
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- CHAPITRE IV.
- De la maniéré de garnir les croifées de chajfis à verre, à préfent la
- plus ufitée.
- ifi. 3L*’art du vitrier 11e s’exerce plus guere que dans l’emploi qui fe fait du verre en grands carreaux coupés, ou dans des plats qui fortent des verreries de Normandie en paniers, ou dans des tables de verre qui viennent de l’Alface, de la Franche-Comté, ou d’autres verreries tant nationales qu’é-trangeres. Or, des maniérés d’empiover le verre en grands carreaux , la première & la plus ancienne, à préfent tombée en défuétude , confiftait à les entourer de plomb neuf en les contre-collant par-derrière avec des bandes de papier étroites. Celles qui font à préfent les plus ufitées, fe réduifént i°. à coller les carreaux attachés en feuillure avec pointes, ou par-dehors feulement , ou par-dehors & par-dedans, ce qu’on appelle contre-coller; 20. à les recouvrir de bandes de maftic. Ce font les deux maniérés d’employer les grands carreaux de verre qui vont faire le fujet de ce chapitre , ainfl que les réparations locatives de vitrerie en carreaux collés ou maftiqués.
- if2. Comme en coupant les carreaux de verre d’une croifée quelconque fur le carton où l’on en a tracé la mefure , parce que, plus fouple que la table , il fe prête plus aifément aux finuofités de la furface du verre , l’inégalité des mefures des carreaux dans une même croifée exige du vitrier de laiifer à chaque carreau une bonne ligne d’équerre à recouper, en les plaçant en feuillure. C’eft par - là qu’il doit commencer, en dilpolànt fes carreaux avec a/Tez d’attention pour que les plus défe&ueux foient hors de vue. Il les releva enfuite du chaflis dans lequel ils ont été coupés, dans le même ordre où ils ont été placés , & trace avec la pierre blanche fur le chaflis & fur le premier ou fur le dernier carreau ( ce qui eft arbitraire ) le même chiffre qui en déflgne la place, pour après les avoir mouillés à moitié dans le baquet, dans lequel il a foin d’entretenir toujours de l’eau , les porter égoutter dans une auge de plomb placée près de la table au labié. Cette table eft ordinairement de bois de chêne, bordée fur le derrière & fur le côté de planches y attachées foli-dement, pour porter les tas des carreaux lorfqu’on les nettoie. On fe ferfc pour cela d’un fable doux que l’on promene légèrement fur le carreau des deux côtés l’un après l’autre, pour enrelfuyer l’humidité & la cralfe avec un torchon de vieux linge , jufqu’à ce qu’il foit bien net. C’eft aflez ordinairement l’occupation des femmes ou des apprentifs, qui doivent apporter une attention flnguliere à refaire les mêmes marques qui ont été empreintes fur un Terne XIII. F f f
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- des carreaux de chaque tas. L’ouvrier qui a levé les carreaux de rang, les replace, lorfqu’ils font nets, dans le même ordre dans la feuillure , où il les attache avec quatre pointes de clous de maréchal , ou de clous de fil d’ar-chai, vulgairement dits clous cTépingle fans tête, pour paifer enfuite entre les mains de celui qui doit les coller.
- 157. Le papier dont les vitriers fe fervent le plus ordinairement pour coller les carreaux, eft du quarré moyen entier, beau, plus communément dit bon trié, de quinze pouces trois quarts de haut, fur vingt pouces de large, ou du papier bulle de Thiers en-Auvergne, dit à la main, haut de douze pouces, & large de vingt. Le premier par fa hauteur & fa blancheur, lorL qu’il eft bien collé & fins grandes caifures , eft préférable au fécond ; mais le fécond étant toujours beaucoup plus collé, eft moins fujet à fe détremper fur fais & fe cafter lorfqu’on leve les bandes de delfus ledit ais pour s’en fervir. Celui-ci fert plus ordinairement à contre-coller.
- 154. Il eft avantageux aux vitriers d’avoir toujours plusieurs mains de papier coupées en bandes ; plus le papier eft anciennement coupé, ce que l’on fait dans certains momens où l’on n’eft pas fi preifé , plus il eft foigneute-ment enveloppé ; plus il fe feche , moins il fe détrempe en le collant fur fais. On prend à cet effet une demi-main de papier qui, ployée en deux par le milieu, forme l’épailfeur d’une main, fur laquelle on coupe des levées de bandes, & ainfi fucceffivement fuivant la quantité de mains que l’on veut couper. On fe fert à cet ufage d’un couteau qui coupe bien , dont on palfe d’abord le dos en appuyant fur la levée que l’on veut faire. Le pli qu’il y forme fert de guide au tranchant du couteau, que l’on conduit de la main droite pendant que la gauche appuyée fur la levée, tenant le papier ferme , empêche qu’il ne fe dérange. Ainfi toutes les levées feront coupées nettes fur leurs bords & fans dentelure.
- iff. Le papier fe coupe fur deux fens : ou fur fa hauteur , pour former ce que les vitriers appellent des bandes de hauteur , qu’ils emploient aufli fur la largeur des feuillures, lorfqu’elle excede dix pouces ; ou fur toute fa largeur, pour en faire ce qu’ils appellent des bandes d'équerre, c’eft-à-dire, qui entourent féquerre d’un carreau dans les mefures qui le comportent; ou pour border deux largeurs, lorfque les carreaux ne paifent pas dix pouces de large. Ces bandes font ordinairement de onze à douze lignes de face. Le papier à contre-coller fe coupe aufti par bandes, mais plus étroites; car elles ne doivent pas porter plus de quatre à cinq lignes de face. On les coupe ordinairement de mefure jufte, pour entourer le carreau à quatre reprifes * c’eft pourquoi l’on n’en coupe que pour le befoin.
- i)6. Pour coller , il eft bon que la colle foit prête un jour avant que d’être employée. Trop chaude elle formerait trop d’épaideur fur le papier*
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- outre qu’il ferait plus difficile de l’étendre, elle ferait plus long-tems à fécher. Dans les boutiques où l’on en emploie le plus, on a une chaudière de fonte de fer qui contienne dix-huit pintes d’eau ; on y mefure d’abord quatre litrons & demi de la meilleure farine de froment, qu’on délaie petit à petit avec cette eau, en fe fervant d’une cuiller ou fpatule de bois, & la battant comme on fait pour la bouillie. O11 y ajoute peu à peu, & en l’agitant toujours, l’eau nécelfaire pour remplir la marmite , que l’on pofe cnfuite fur le trépied qui doit la recevoir. Ceux qui veulent la colle meilleure , jettent fur le tout deux onces d’alun. Ce fel aftringent, outre qu’il fert à donner à la colle plus d’adhérence du papier collé fur le verre, le tient plus ferme & moins fujet à fe détremper fur lais, & empêche la colle de tourner & de s’aigrir fi-tôt pendant les grandes chaleurs de l’été. Alors on ne celle d’agiter la colle fur le feu, & toujours vers le fond de la chaudière , de crainte que la farine ne fe pelote par grumeleaux, ou ne brûle dans le fond. Dès qu’on s’apperçoit qu’elle s’épaiffit, alors 011 celfe de l’agiter, jufqu’à ce qu’elle commence à s’élever par bouillons; car fi on la lailfait bouiliir, elle s’étoufferait & tournerait en eau. On juge que la colle eft bien cuite, lorlqu’elle donne à l’odorat cette odeur qui fixe le degré fuffilant de cuilfon pour la bouillie. Enfuite on la verfe toute chaude dans un feau, ou dans une terrine vernilfée , dans laquelle on la laiffe refroidir, & non dans la chaudière , où le gratin venant à fe mêler avec la colle la noircirait, tacherait le papier, ou au moins en ternirait la blancheur.
- 157. Dans les tems de difette de farine, on ne prend pour femblabîe quantité d’eau que deux litrons de farine & deux livres d’amidon , qu’on prend un grand foin de bien détremper; mais le papier imbibé de cette colle n’eft pas fi adhérent au bois , & fe leve bien plus vite dans les tems de pluie. En revanche cette colle eft inhérente au verre, dont on a beaucoup de peine à la détacher.
- ifg. Lorsque la colle eft un peu trop épaiffe , on peut la détremper avec un peu d’eau froide, ou chaude, en mêlant bien le tout, jufqu’à ce qu’il foit réduit en une confiftance égale , de façon qu’elle ne perce pas trop à travers du papier.
- if 9. Les vitriers, pour étendre la colle fur le papier, fe fervent d’un ais ou planche de bois de chêne de deux pieds de long au moins, de douze à quinze pouces de large , peinte en huile du côté où ils doivent appliquer les bandes de papier. Ils doivent avoir grand foin de laver cet ais & de le frotter avec une brode, fi-tôt qu’ils cellent de s’en fervir, pour en détacher la colle qui aurait pu s’y arrêter. Ces précautions empêchent le papier de tenir à l’ais , lorfque l’on recommence à s’en fervir. Ils ont une brodé qu’ils nomment le pinceau à la colle, parce qu’elle en a la forme. Son manche eft ordinairement de neuf à dix pouces de longueur -, le volume par le bas d’environ
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- flx pouces de circonférence formé de poils de fanglier de cinq pouces de longueur , bien ficelés & arrêtés autour du manche. C’eft avec le bout de ce pinceau qu'ils prennent de la colle qu’ils ont à cet effet verfée dans un petit feau dit feau à la colle, du volume d’un barril à anchois, auquel ils ajustent une anfe de gros fil de fer qui leur fert pour le tranfporter d’un lieu à un autre. Ils étendent de cette colle fur fais affez pour retenir les bandes de papier lorfqu’ils les y arrangent l’une contre l’autre. Alors ils prennent de nouveau de la colle au bout du pinceau , & en même tems qu’ils l’étendent de la main droite vers l’extrémité des bandes, ils en retiennent l’autre extrémité avec la paume de la main gauche, jufqu’a ce qu’ils y aient auflî palié le pinceau, pour -enfuite le ramener vers le milieu, & le promener au long des bandes , jufqu’à ce qu’elles foient fufïifamment & également imbibées de colle, obfervant de palier moins fouvent le pinceau fur le papier lorfqu’il eft plus tendre.
- 160. Les bandes de papier étant ainfi collées fur Fais, le vitrier les en-îeve l’une après l’autre, en les prenant par l’extrémité qui eft à fa gauche, il en lailfe couler la plus grande partie dans le creux de la main gauche, & commençant par le bas du chaffis qu’il a difpofé à cet effet fur la table, tenant de la main droite l’autre extrémité de la bande, après l’avoir appliquée fur l’angle de la feuillure, il la conduit en droite ligne au long du carreau avec le bout des doigts , de maniéré que le bord de la bande appliquée ne paraiife pas excéder par-dedans le bord de la feuillure ; enfuite rompant la bande vis-à-vis ce qui lui en refte dans la main gauche , il s’en fert pour continuer la largeur du carreau qui eft fur la même ligne, ou pour la première hauteur, fî elle fe trouve allez longue pour en faire l’équerre : ainfi continue-t-il de bandes en bandes, de maniéré que le haut recouvre le bas , ce qu’on appelle coller en mile. Il doit encore obfèrver de bien appliquer la bande dans les angles des feuillures autour des pointes pour l’empêcher de fe lever , ce qui occafionnerait des fifflets infupportables à l’oreille , lorfque le vent viendrait s’y loger.
- 161. Comme il refte alfez ordinairement quelques bouts de bandes, ou les réferve pour réunir fur la plinthe les quatre extrémités des bandes, en les y appliquant en lozanges. Un des foins particuliers du vitrier , eft de ne point tacher les carreaux de colle , foit en la faifànt baver au long de la bande, ce qui arrive lorfqu’on en met trop fur le papier ; foit en lailfant échapper fur le carreau le bout de cette même bande. Enfin, les bandes de papier qui font collées fur les bords du chaffis en-dehors, doivent être appliquées fur une même ligne, & les quatre coins bien quarrés , fans qu’aucun bout de bande excede l’autre.
- i6z. A Lyon, qui après Paris, eft la ville où l’ufage de coller les car-
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- éreaux eft îe plus frequent, quand le papier collé eft bien fec, il eft d’ulàge de palfer par - deiïiis une ou deux couches de blanc à l’huile.
- 16Les fournitures de carreaux] de verre en croifées neuves font ordinairement au compte du propriétaire. Ces carreaux fe paient félon leur grandeur, & fe mefurent au pied de roi , fuperficiel de 144 pouces. Et quoiqu’il n y ait guere de profeffion plus fufceptible que la vitrerie de quelques concédions d’ufage , à caufe des rifques occasionnés par la fragilité de la matière fur laquelle elle s’exerce , il n’y en a pas dont le toifé foit plus, fcrupuleufement réduit. Ses plus petites fractions y font multipliées l’une par l’autre auifi ftriétement que dans la dorure. C’eft un caiTe-tète pour un architecte que le toifé d’un mémoire d’ouvrages neufs de vitrerie au pied » & je ne crois pas qu’il en foit un qui ne préférât le réglement d’un mémoire en toifé, foit de maçonnerie, foit de charpente, montant à 10000 liv. & plus , à un mémoire de foo liv. de fournitures neuves de vitrerie en carreaux de différentes mefures.
- 164. On connaît cependant trois ufages de conceifion que la plupart des archite&es (<z) qui ont écrit fur cette partie de leur art, accordent au vitrier. Tel eft i°. celui de porter à un plus haut prix que le prix courant tout carreau de verre dont la fuperficie excédé un pied en quarré. 20. De toifer un carreau circulaire, comme quarré dans (a fuperficie, en multipliant fa plus grande hauteur par fa plus grande largeur. 30. Dans les importes en éventail, qui dominent fur des croifées neuves , ils prennent le dans-œuvre de toute l’importe c’eft-à-dire, fon diamètre & fon demi - diamètre, & multiplient l’un par l’autre ; & le produit eftle nombre de pouces quarrés que doit être comptée l’importe entière que l’on réduit enfuite en pieds quarrés , finis-rien rabattre,ni pour l’étendue du vuide du circulaire,ni pour les petits bois, & à caufe des pertes , déchet, caife & fujétion de la coupe du verre. Autrefois le prix des carreaux fe faifaitàla piece, & ils étaient plus ou moins chers, à proportion de leur grandeur plus ou moins étendue, & des accefi-foires qui les accompagnaient, comme d’ètre entourés de plomb, ou collés feulement d’un côté , ou contre-collés, ou enfin maftiqués.
- i6f. Le nom de majlic, en fait d’arts, eft appliqué à différentes fortes de colles ou compofitions qui fervent à joindre un corps avec un autre. Celui don£ nous avons occafion de parler ici, qui fert à retenir les carreaux de verre en feuillure & à défendre les appartenons des injures de l’air d’une maniéré plus folide, plus clofe & plus fourde que les bandes de papier collé , nous vient des Anglais , dont le pays infulaire eft bien plus fujet à cet inconvénient. Les premières compofitions qu’ils en firent, étaient un
- ( c ) Voyez le Cours cTarchitcflure de Daviler, 1691, édit. in-4?. & YArchite&urepratique de Bullet, nouvelle édition avec des additions, Paris, 1755 , chez J. T. HériiTant.
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- mélange aflorti de gros 1)13110 écrafé & tamifé , de blanc dexérufe, de mine de plomb rouge, & de litharge, qu’ils pècriiTaient avec de l’huile de noix ou de lin , fur laquelle ils ajoutaient une petite quantité d’huile grade. Oïl fent aifément combien ce maftic était prompt à durcir à l’air ; ce qui fans doute avait rendu l’ufage du maftic problématique , par rapport à l’avantage ou au dommage que fon emploi pouvait procurer au propriétaire, dans le bois comme dans le verre.
- 166. Nous avons remédié à cet inconvénient, en compofant un maftic moins dur,& par conféquent moins difficile à lever, lorfqu’il s’agit de fournir des carreaux à la place de ceux qui font caifés, ou de les lever de place lorf. qu’il faut faire réparer les challis par le menuifier. Nous préparons ce maftic avec le blanc qui fe fait aux environs de Marly, vulgairement connu par le nom de blanc d’Efpagne, écrafé & paifé au tamis de toile de crin ordinaire. On le délaie avec l’huile de lin, apres avoir mêlé un peu de blanc de céruls à proportion de la quantité que l’on veut en faire5 c’eft-à-dire, environ deux onces par livre d’huile. On pétrit le tout enfemble, en l’agitant & le battant jufqu’à ce qu’il ait acquis la confiftance de la pâte à faire du pain. Si l’on veut le tenir moins ferme & empêcher qu’il ne durciife fi-tôt, on peut y employer par préférence l’huile dVfeillet ou femence de pavot, comme plus ondueufe. L’avantage de l’ufage qui devient plus fréquent parmi nous tous les jours, de maftiquer les croifées au lieu de les coller, confifte en ce que les carreaux mieux enfermés ne font pas fi fujets à le caiier que ceux qui
- "ne font que collés, que le vent agite bien plus facilement, lorfque les pluies ont ôté au papier la glutinofité de la colle : s’ii s’en fêle, reliant folidement joints , ils ne donnent point au locataire l’occafion fi fréquente dans le collage, de les joindre avec des bandes de plomb en écharpe, jufqu’a ce que, prelfé de rendre les lieux en bon état à la fin de fon bail, il foit obligé d’en faire remettre d’entiers.
- 167. Pour maftiquer les croifées, il faut que les challis foient peints juf. qu’au fond des feuillures, au moins en première couche , ou encore qu’011 les ait frottés avec de l’huile, afin que le maftic y foit plus adhérent & qu’il foit moins fujet à s’écaler. Alors l’ouvrier tenant dans fa main gauche une certaine quantité de maftic qu’il a alfez manié afin qu’il s’y amollilfe , en prend de la droite , au bout du couteau à raccoutrer, dont nous avons parlé ailleurs, pour former une bande, en commençant par parties , depuis un angle de la feuillure jufqu’à l’autre, & en ramenant la pointe obtufe de ce couteau à fens & à contre-fens, pour la prelfer contre la feuillure, & ainfî de bandes en bandes, en obfèrvant de former dans chaque angle une efpece de pan incliné, qui leur donne de la grâce, & fur-tout de tenir la bande alfez étroite pour qu’elle ne paraiife pas déborder la feuillure par-dedans.
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- Quand un chaflîs eft maftiqué en entier, ce qui ne peut fe faire fans tacher un peu les carreaux, 011 répand légèrement fur charque carreau un peu de blanc en poudre, que l’on relfuie auffi légèrement avec une brolfe, dont les foies ou poils foient longs & plus doux que ceux des brolîes ordinaires, & par ce moyen on enleve les taches. Il y a des ouvriers qui maftiquent Ci habilement, qu’ils égalent quelquefois en viteife ceux qui collent le mieux j mais ils font très-rares.
- 168. Il eft d’ulage, & avantageux même pour le maftic, de ne palfer la fécondé couche en huile fur le chaffis du côté des feuillures , qu’après que les carreaux en ont été maftiqués, cette couche formant fur le maftic une croûte qui le conferve.
- 169. Le pied de verre maftiqué fe paie ordinairement deux fols par pied plus cher que le verre collé, à caufe de l’emploi du tems & de la plus forte dé-penfe‘ que le maftic emporte ; 8c encore parce que le verre, pour être maftiqué, demande plus de choix. Les carreaux de verre , trop gauches ou bombés, tels fur-tout que ceux qui approchent le plus de ce nœud qui fe trouve au milieu d’un plat de verre, que l’on nomme la boudiné, 8c qui s’élèvent au-delfus delà feuillure, ne font pas propres à être maftiqués.
- 170. Le lavage des vitres, foit collées, foit maftiquées, eft mis au rang des réparations locatives. Le propriétaire doit les vitres nettes au locataire qui entre dans la maifon , & le principal locataire doit les donner telles au fous - locataire qui vient y occuper une chambre ou un appartement. Il eft donc jufte que l’un & l’autre les rendent telles en fortant. Le principal locataire eft tenu de rendre toutes les vitres faines & entières, iàns boudinés ni plombs qui joignent celles qui font fêlées , lorfqu’il s’agit de grands carreaux.* à moins qu’on n’eût conftaté par un état ligné double parles parties, que les vitres n’ont pas été données nettes par la main du vitrier, ou qu’il y avait un tel nombre de carreaux fêlés, joints avec des plombs en écharpe., ou des boudinés. Sans cette précaution, il eft préfumé que le principal locataire les a reçus fains & entiers , & en bon état de toutes réparations ; il eft en tel cas obligé de les rendre tels.
- 17r. Il y a ici une obfervation à faire par rapport aux carreaux de verre des croifées des efcaliers. (æ) Si c’eft un principal locataire qui tient la totalité de la maifon à bail, l’entretien de l’efcalier devient fujet aux réparations locatives , lorfque les vitres en font fales , ou qu’il y en a de caftees ou hors de places : s’il n’y a point de principal locataire , ou que ce foient différent locataires qui tiennent les lieux qu’ils occupent-, du propriétaire immédiatement, les réparations des vitres de l’efcalier font à la charge du propriétaire,
- ( a ) Voyez les Loix des bâtimens par M. Defgodets, avec les notes de M. Gotipy , architecte expert,bourgeois, fécondé partie , pag. 9 & 11.
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- à moins qu’il n’ait eu foiii dans fes baux particuliers de charger chacun de les locataires des vitres de letage de l’efcalier qui a rapport à fon appartement; claufe également réciproque entre le principal locataire & le fous - locataire , vis-à-vis de qui il peut prendre de femblables précautions, à moins qu’il ne foit manifefte que les vitres auraient été calfées par quelque fardeau qu’on aurait laide tomber delfus, & non par le taifement & fléchilfement des murs ; car, dans ce dernier cas, les réparations regardent le propriétaire feulement quant aux vitres calfées ou fêlées, & le ravage relie à la charge du principal locataire , s’il les a reçues nettes.
- 172. La réparation des vitres collées en papier confifte à lever l’ancien papier en les lavant, à les nettoyer au fable , après les avoir levées de rang hors des chaffis, les replacer, lorfqu’elles font nettes, dans le même ordre, à les attacher en feuillures avec pointes, & à les recoller en papier neuf, comme nous l’avons dit à foccafion des vitres neuves collées. La réparation des carreaux de verre maftiqués ,* confifte à nettoyer les carreaux avec le blanc dit d’Efpagne, détrempé avec l’eau, & des morceaux de vieux linge , & à en brolfer les chaffis avec des broflès de poil de fanglier, un peu plus fortes, mais de la même forme que celles qui fervent à brolfer les habits, pour enlever la pouffiere qui pourrait relier fur les carreaux, ou celle qui ferait autour des chaffis. Enfin cette réparation confifte encore à fournir des carreaux neufs où il y en a de calfés , à les remaftiquer, & à fournir du maftic neuf aux endroits où il s’en eft levé ou écaillé, à moins que cet accident ne fût occafionné par le taifement des tableaux des croifées, ce qui regarderait alors le propriétaire : en ce cas , le nraftic fe paie féparément à la livre, y compris la peine de l’employer.
- 173. On regarde encore comme une fuite des réparations de vitrerie, le foin de calfeutrer avec des bandes de papier gris plus ou moins larges le pourtour des chaffis à coulijje, en une ou deux parties. Ces croifées ne font plus guere en ufage ; on leur a fubftitué les croifées dites à La manfarde , ou à deux vanteaux à noix, ou à gueule de loup, dont le dormant arrêté dans les tableaux avec pattes & fcellé avec plâtre mêlé de pouffiere, relie toujours en place: par ce moyen les tableaux des croifées 11e font plus fi fujets à être déchirés par la quantité de clous qu’on était obligé d’y enfoncer pour tenir les croifées à coulilfe en place, d’où le calfeutrage n’elt plus fi ufité que par le paiïé.
- CHAP.
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- chapitre V.
- De l'encadrement des eftampes fous verre blanc.
- 174. Jamais l’ufage d’encadrer les eftampes, & fur-totit les plus grandes, fous le verre blanc, qui fait partie de l’art du vitrier, e'xclulivement à tous autres, ne fut tant accrédité que depuis une vingtaine d’années. Avant ce tems, il eft vrai que l’on faifait du verre blanc en plats dans nos grolfes verreries. Celle de .Cherbourg, avant d’être érigée par M. Colbert en ma. nufaéture de glaces, fabriquait de ce verre, (a) M. de Saint - Vincent, tnaitrc de verrerie , en fit le dernier dans la verrerie des Routieux ; cependant les plus grands plats de verre blanc de France pouvaient à peine fournir des carreaux de 18 à 19 pouces d’un feus, fur 14 à if de l’autre, fans approcher du gauche de la boudiné,
- I75". Si l’on voulait monter fous verre des eftampes d’une plus grande étendue, on était obligé d’y faire entrer la beudine. On l’ufait à cet effet, pour la diminuer d’épaiffeur , comme on ufe les bifeaux d’une glace & du gros verre de Lorraine dont on'fermait les voitures publiques. Peu de vitriers poffédaient ce talent qui était particuliérement propre au feu fleur Morillon. Quelquefois on employait, pour éviter l’inconvénient de la boudiné, la plus grande partie circulaire d’un plat de verre blanc , & l’on fuppléait aux vuides qu’elle biffait dans les angles du cadre par des coins du même verre artifte-ment raprochés de la partie circulaire, ou en emportant l’ourlet avec le diamant, ou en le laiifant. Ces maniérés de monter l’eftampe non - feulement étaient défagréables à la vue, mais encore elles en ôtaient le mérite, malgré les attentions que cet appareil demandait. Quels foins en effet ne fallait-il pas apporter pour éviter de placer cette boudiné , toute ufée & repolie qu’elle était, vis-à-vis de quelque tète, ou de quelqu’autre partie du corps d’une figure , dont elle aurait dérangé l’enfemble ? Quel rifque ne courait point de l’autre côté l’eftampe de fe tacher à l’endroit de la réunion de ces coins rapportés? Pour peu qu’une piece approchât de la boudiné, fon gauche ou
- (a) François de Néhou , en faveur de qui Louis XIV créa la verrerie de Cherbourg en Normandie, eft l’inventeur de ce verre , qui prit dans la fuite le nom de verre blanc par excellence. Les premiers paniers en furent employés à vitrer l’éqlife du monaftere du Val-de-Grace , qu’Anne d’Autriche, mere Tome XIII.
- de ce monarque, venait de faire bâtir. C’eft après la mort de M. de Néhou, que M. Co’-bert en a fait une fabrique de glaces, actuellement fous la direction de MM. les intéreftes dans les manufadures de glaces du royaume.
- G g g
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- 4i 8 V ART D U V 1 TR 1ER. Partie ÏII.
- fort épaiffeur formait, par rapport au reftant de fa furface plus plane, un vuide qui, empêchant l’eftampe de fe rapprocher du verre, y laifîait des ombres qui la défiguraient. Enfin notre verre blanc en plats , d’ailleurs fi favorable à Peftampe par fa couleur bleue, ne produifait d’effets heureux que fur celles dont le verre ne tenait rien de la boudiné. Le haut prix de la glace ne permettait pas à tout le monde de l’y employer pour les grandes eftampes ; d’ailleurs fon ton de couleur ne favorifait pas Peftampe, à laquelle elle donnait un œil tirant fur le jaune ,qui paraiffait la rouflir.
- 176. Le verre de Boheme en tables capables de couvrir des eftampes de trente-fept fur vingt-fept pouces, de trente-huit fur vingt-fix , de trente-trois fur vingt-neuf pouces , qui étaient les plus grandes mefure's , devint connu. Il effaça les difficultés ; mais il en occafionna d’autres. Ses ondulations défiguraient Peftampe, & la dérobaient aux yeux dans certaines positions fans qu’on pût l’appercevoir. Placé dans des falles un peu humides , il était fujet à pouffer des fels qui, en tayant le verre , gâtaient auffi Peftampe.
- 177. Enfin , M. Drolanveaux obtint du roi la permiffion d’établir une verrerie à Saint - Quirin en Vofges, près Sarbourg. H annonça fon verre blanc en tables fupérieur à tons égards à celui qui venait de Boheme , commentant plus beau, c’eft-àdire, d’une furface plus unie., moins onduleufe ; plus dur, c’eft-à-dire, comme il l’explique lui - même dans le tarif qu’il a rendu public , nullement fujet à fe tayer & à fe calciner à l’humidité & au foleil, & du double plus épais. L’effet juftifie fes engagemens ; & depuis qu’il en fabrique,il eft peu de perfonnes tant foit peu aifées qui ne placent dans leurs appartenons ou dans leurs chambres des eftampes montées fous verre.
- 178- C’est un talent de favoir bien monter une eftampe. Cet ouvrage demande de la part du vitrier qui s’en occupe, beaucoup de goût, d’atten-tion & de propreté; de goût, pour favoir placer à propos ces points, ces petites bulles ; ces inégalités caufées par les ondulations qui fe rencontrent dans toutes fortes de verre, même de Saint-Quirin, quoiqu’il en foit plus exempt, de façon qu’elles 11e manquent pas trop fur les têtes & les principaux fujets d’une eftampe ; d’attention , pour effacer les plis d’une eftampe ployée mal-à-propos par des perfonnes peu intelligentes, pour en coller avec égalité les bords feulement fur le revers du carton , en ne laiifant ni trop ni trop peù de blanc en marge; en laifiant à l’eftampe affez de jeu pour qu’elle ne foit pas trop refferrée dans fa feuillure , ce qui y occafionne des plis & des rides qui la défigurent ; de la propreté, afin de ne pas appliquer des doigts fales fur l’eftampe , & de ne pas gâter ou écorcher l’or des cadres dans lefquels jl faut la monter. Auffi voyons-nous que ceux d’entre les vitriers qui font de cet ouvrage leur plus familière occupation, ne cultivent pas beaucoup les autres parties de la vitrerie, qui ne quadrent pas avec celle-ci. Ils ont foin,
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- fi-tôt que le verre blanc eft placé en feuillure & retenu avec de petits clous d’épingle qui fe rangent dans fes angles fans la déborder, de le coller très-étroitement dedans , afin d’empècher la pouffiere & la fumée de pénétrer & de s’attacher à l’eftampe. On ne l’applique fur le verre avec le carton qu’après que le papier efl bien fec; on arrête le tout en feuillure avec des mêmes clous, & on le colle par-dehors fur le carton avec des bandes de papier plus larges, après néanmoins qu’on y a cloué fur le cadre les anneaux ou l’anneau qui doit le tenir fulpendu , en obfervant que l’inégalité du poids du verre ne porte le quadre , lorfqu’il s’agira de le pofer en place, plus d’un côté que de l’autre.
- 179. Le verre blanc de la verrerie de Saint-Quirin s’emploie par préférence pour couvrir les paftels. M. de Bernieres , contrôleur des ponts & chauffées, dans une lettre à M. de la Tour , peintre en paftel le plus célébré, en date du 12 mai 1764(0), ne craint point de le préférer pour cetufage aux glaces même les plus minces , parce que, malgré les foins & les dépenfes que les chefs de la manufacture s’fempreflënt d’apporter pour les rendre parfaites , ayant toujours un peu de couleur, elles peuvent altérer celles que ce peintre célébré fait f bien employer, & qui, par leur minceur* plus fùjettes à être fracaffées au moindre choc , pourraient par leurs éclats détruire en un infant un chef.? œuvre dont la perte- ef d'autant plus fenfble qu'elle ef irréparable ; mais M. de Bernieres voudrait que le verre, pour acquérir une plus grande perfection , paffàt dans les fours de fa manufacture, ou fur un moule convenable. Il affure qu’il lui fait perdre fon gauche & fes ondulations , fans rien perdre de fa tranfparence & de fon éclat ; comme il entreprend de lui faire prendre régulièrement toutes fortes de coudes , ainfi qu’à la glace. Ces verres courbés, dont M. de Bernieres n’eft pas à Paris le feul entrepreneur, font fort utiles à vitrer des retours de chalîis ceintrés de comptoir, de montres de marchands , de bibliothèques , &c. ( b )
- 180. Les vitriers qui s’occupent le plus de ce talent, font auffi en particulier un commerce de verre blanc de Saint-Quirin , pour en garnir des voitures , & fur-tout des croifées , où il s’emploie avec le maftic. L’ufage de garnir les croifées des appartenons de grands carreaux de verre blanc cli tellement accrédité dans Paris depuis l’établiffement de la verrerie de Saint-Quirin, qu’il eft étonnant que cette verrerie qui fournit feule de ce verre depuis'que les marchands forains de cryftaux de Boheme ont ceffé d’en faire venir de ce royaume, puilfe fuffire à la quantité qui s’en emploie non-feulement dans Paris, mais encore dans les provinces où ce verre ell: importé.
- (a) Voyez cette lettre inférée dans le (b) Voyez fur cette maniéré de courber Mercure de juin de la même année. le verre Y Architecture pratique de Bullet.
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- VA R T D ü VITRIER. Partie III.
- 181. lu s’en faut de beaucoup que celui qu’elle nous envoie ait autant de qualités que (es premières montres , fur-tout par rapport à fon épaiiîeur. Si cette verrerie en fournit encore d épais, il en vient à préfent beaucoup plus de mince. S’il y a encore de ces pièces d’une netteté admirable , il en vient aufïï beaucoup de défe&ueufes. Les plus belles font ordinairement dans les plus grandes mefures, foit que les verriers commencent leurs journées par les plus petites , & que la matière plus affinée par la continuité du feu îoit employée pour les plus grandes, foit qu’ils débitent en petites pièces ce qu’ils trouvent de trop défectueux dans les grandes.
- 182. Ces tables de verre de différentes mefures fe vendent au paquet. 11 y en a depuis une piece pour deux paquets, une piece pour un paquet & demi, & ainfi de N°. en N°. jufqu’à )6 pour un paquet.
- 183. Nous fuivrons ici pour tarif celui que M. Drolanveaux communiqua au public au commencement de letabliifement de fa verrerie, quoiqu’elle 11e s’en tienne pas iiri&ement à ces premières mefures. Elle fe réglé a préfent fur les commandes des différentes mefures de carreaux qu’on lui envoie, en les réduifant fuivant leur fuperficie, dans le même ordre de paquets : voici le tarif.
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- 1 Feuille de
- 1 Feuille de
- N°. 1. 1 Feuille de
- N°. 2. 2 Feuilles de
- N°. 3- 7 y Feuilles de
- N°. 4. 4 Feuilles de
- N°. 5- s Feuilles de
- N°. 6. 6 Feuilles de
- N°. 7- 7 Feuilles de
- N°. 8. 8 Feuilles de
- Np. 10. 10 Feuilles de
- NJ'. 12. 12 Feuilles de
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- N°. lé. 16 Feuilles de
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- Nous omettons les autres numéros inférieurs, attendu qu’on n’en tire point au - deifous des mefures que nous venons de défigner, & dont le prix était fixé par le tarif à raifon de dix-huit livres le paquet à prix marchand.
- 184. Cette verrerie a toujours eu, avec la permiffion de M. le lieutenant général de police , tin magafin établi à Paris, où le commiffionnaire du maître de cette verrerie le vend aux vitriers par paquets, & non en feuilles. Ce débit en feuilles ne fe fait que parles vitriers qui en font le mieux affortis.
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- D ART DU V I T RI ER. Partie III.
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- CHAPITRE VI.
- De Fvtfage de garnir des cbajjîs en papier au lieu de verre.
- 18?. ISi ous avons dit ailleurs que l’ufage de fermer les fenêtres contre les injures de Pair avec le verre était beaucoup poftérieur à celui de le faire avec la corne bouillie, le parchemin huilé , la pierre fpécuiaire ou le papier d’Egypte, (a) C’eft pourquoi nous ne nous étendrons point dans ce chapitre fur l’antiquité de cet ufage , mais fur l’art de le faire tel qu’il eft ufité parmi nous, & ce afin de ne rien laifler à defirer fur ce qui concerne l’art de la vitrerie ; ce n’eft pas que nous ignorions que l’ufage de garnir des chaffis de fenêtres de carreaux de papier huilé n’a pas toujours été propre aux vitriers exclufivement. A Lyon, par exemple , cette occupation fait encore de nos jours une partie du métier des charpentiers qui façonnent les bois des croifées , & les garnirent de papier , concurremment avec les vitriers. A Paris même , vers la fin du dernier fiecle , ceux qui les garniraient ainfi, étaient connus fous le nom de chaffiffiers ; & le vitrier qui réparait ou nettoyait les vitres des croifées des dedans des falles du palais & dépendances , îailfait au chaffiffier le foin de renouveller les doubles croifées en papier.
- 186. Les chaffis garnis de papier étaient autrefois fort en ufage dans Paris, où il eft très-rare d’en trouver encore , fi ce n’eft dans les atteliers des peintres ou des graveurs. Ces chaffis tenaient les appartenons plus clos & plus fourds contre le bruit du dehors. Le jour qu’ils rendaient était plus uniforme , & fatiguait moins la vue. Le foleil ne paffant point au travers des pores du papier, comme il perce Geux du verre-, ne dardait pas fi vivement fes rayons dès le matin , & le jour que le papier paraillàit renfermer dans les appartenons femblait s’y perpétuer le foir avec plus de durée. Il n’y avait point de lieu d’étude ou de communauté religieufe, qui n’eût de doubles chaffis garnis de carreaux de papier. Ces chaffis y tenaient lieu de rideaux contre Pindifcrétion de la curiofité de dehors ou de dedans. L’ufàgc d’y inférer un rang de carreaux de verre parut l’approprier par la fuite à la pro-felfion de vitrier ; ils demandaient de la part de ceux qui les garnifïàient beaucoup de foins & de précautions. O11 en jugera par leur appareil que nous allons décrire.
- 187. On employait alors du papier d’Auvergne, bon, c’eft-à-dire, dont les feuilles fuffent entières, fans tache d’eau & fans trous de grattoircs. Ces
- (a) Voyez le chapitre III de la troifieme partie.
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- L'A RT D Ü F I T R I E R. Partie III.
- défauts qui fe rencontrent dans le papier retrié, le rendent impropre à cet ufage. Le papier d’iinpreflion eft préférable , comme moins collé : trop de colle empêcherait les matières grades & ondtueufes, dont nous verrons qu’on fe fert pour donner au papier plus de tranfparence , de le pénétrer également. A Lyon, où l’ufage des chaflis à papier s’eft perpétué dans les fabriques d’étoifes de foie , où il fournit aux ouvriers un jour plus égal que le verre ne peut faire, on n’emploie guere que du papier de Franche - Comté
- 188- Lorsqu’on veut garnir de doubles chaiîis en papier, avant de le couper, on y rapporte la mefure des carreaux , en obfervant de lai (Ter autour du vuide du carreau environ fept à huit lignes d’excédant, pour ce qui s’en doit appliquer fur le petit bois. Il n’y a guere qu’à Lyon où les carreaux des croifées font aifez petits pour qu’une feule feuille puilfe en couvrir quatre à la fois. Les mefures les plus ordinaires à Paris étaient celles qui, après avoir ébarbé les bords d’une feuille de quinze à feize pouces de haut fur vingt pouces de large , pour l’empècher de goder , (a) pouvaient couvrir le vuide de deux carreaux de douze à treize pouces de haut fur huit à neuf pouces de large chacun. Quant aux carreaux qui excédaient cette mefure en largeur, on n’en prenait qu’un dans une feuille. Le furplus fe coupait en bandes qui fervaient pour le collage : ce qui, je crois, plus que toute autre caufe , a introduit dans Lyon l’ufage de coller les carreaux de verre , comme à Paris, pour appliquer plus utilement l’emploi de ces bandes.
- 189. Le papier étant coupé, le chafliflier étendait fur la table un morceau de grolfe toile d’une grandeur convenable , fur lequel on arrangeait les carreaux de papier coupé deux à deux , & toujours fur le même fens. A chaque tas de deux en deux carreaux, en fuppofant le papier de la qualité que nous avons prefcrite, 011 le mouillait avec un chiffon bien doux, imbibé d’eau claire , que l’on paffait légèrement deffus , pour ne pas l’écorcher. On fuivait pour cela l’ordre des croifées & des différens chaflis qui étaient à garnir ; on les arrangeait l’un fur l’autre de maniéré que quand tout le papier était mouillé, en retournant le tas entier fens-deifus-deffous, les premiers carreaux mouillés fervaient à garnir le premier chaflis de derrière du tas de chaflis qui était à recouvrir en papier. On mettait enfuite le papier en preffe , après l’avoir couvert d’un linge, & par-deffus le linge d’un ais que l’on chargeait d’un poids plus ou moins lourd à proportion que le tas de papier mouillé était plus ou moins épais.
- i$o. Toute laifon n’eft pas également propre à garnir des chaflis de carreaux de papier. La féchereffe pendant l’été , l’âpreté de l’air pendant l’hiver , refferrant trop vite le milieu du carreau, le fait féparef & calfer fur les bords,
- ( a ) Terme ufité dans la papeterie.
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- qui reftent plus long-tems humides ; & alors tout l’ouvrage eft perdu. La faifon la plus favorable eft l’automne. De même trop d’humidité dans un tems de pluies continuelles empêchant le papier de fe tendre, en fe reifer-rant , retarde l’opération, qui confifte à le frotter avec les matières graif-feufes dont nous parlerons bientôt.
- 191. Pendant que le chaffiffier coupe & mouille fon papier, un autre a foin d’enlever le vieux papier, fi ce font d’anciens chaffis à renouveller en papier, en grattant au vif les petits bois qui eu font couverts, afin] que l’huile ou la fubftance grailfeufe dont il a été oint n’empêche pas la colle de s’y appliquer. Il les broffe, pour en enlever lapouftiere, & en fait un tas dans le même ordre que le papier a été coupé, afin d’éviter la confufion qui pourrait y être occafionnée par la quantité des mefures différentes.
- 192. La colle qu’on employait, devait être préparée pour s’en fervir dans le befoin. C’était allez ordinairement le foin de la ménagère. Cette colle fe fait avec la colle de Flandres la plus claire; on la rompt par petits éclats, que l’on laiffe tremper à l’eau froide. Lorfque l’on s’apperçoit qu’elle s’eft beaucoup renflée & amollie, 011 la fait fondre fur un feu doux , en la remuant fréquemment , de crainte qu’elle ne s’attache au fond & qu’elle ne s’y brûle. La colle étant bien fondue , de façon qu’on n’y diftingue plus aucun corps épais , on lui lailfe prendre un ou deux bouillons , en veillant à ce qu’elle ne monte pas par-deffus le vafe dans lequel on la fait cuire, juf-qu’à ce que l’on reconnaiife qu’elle tient au bout du doigt en refroidilfant. On s’en fert alors, en la tenant toujours chaude fur un réchaud, dans lequel on entretient du feu éloigné du chaffis fur lequel on va l’employer.
- 193. A cet effet un ouvrier, qui eft allez ordinairement l’apprentif, s’il y en a un dans la boutique , trempant un pinceau, ou petite broffe ronde à long manche, garnie de poils, & de grofleur d’un pouce ou environ de diamètre , dans un vailfeau où il a verfé de cette colle chaude, l’étend également fur toutes les parties du bois que le papier doit couvrir, en commençant par le carreau d’en-bas & fucceffivement comme nous avons dit par rapport au collage des carreaux de verre. Alors le chaffiffier , levant avec l’ex-trêmité des doigts de chaque main une feuille ou carreau de papier de deifus le tas mouillé , & la portant au - deifus de fa bouche, en pince légèrement l’autre extrémité entre les levres, où il la retient plus élevée, pendant qu’en s’inclinant vers le chaffis, il l’applique quarrément avec les deux mains fur la furface des petits bois, où il l’étend uniformément, lâchant d’entre fes levres l’autre extrémité qu’il y tenait renfermée : enfuite il paffe légèrement le bout des doigts par - deifus , fur - tout dans les coins, pour mieux Rappliquer, fans la trop gêner en l’étendant.
- 194. Les chaffis, à mefure qu’ils font garnis, doivent être mis à l’abri
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- 424 V ART DU VITRIER. Parrie IÏL
- contre la trop grande fécherelfe, comme nous avons déjà dit, ou contre une trop grande humidité, de maniéré que la colle & le papier fechent enfemble avec plus de lenteur que de précipitation.
- I9<f. Si - tôt que le chatiîlîicr connaiiîait que Ton ouvrage était bien fec , il prenait ordinairement de l’huile d’œillet, qu’il préférait comme la plus blanche & de meilleure odeur; puis la verfant dans un godet, il y trempait un linge bien doux, qu’il promenait légèrement fur toute la furface du carreau , & même fur le papier qui recouvre les petits bois. Cette huile donne aux carreaux de papier une tranfparence plus claire que celle qui lui eft propre , en même tems qu’elle lui communique plus de force & de rélîftance contre l’intempérie de l’air.
- 196. On fe fervait encore à cet effet de fuif de mouton le plus blanc, que l’on faifait fondre à un feu modéré dans une terrine, dans laquelle on trempait un linge doux que l’on promenait de la main droite fur le papier, pendant que la gauche tenait au-deifous du carreau, à une diftatice fuffi.-lante pour échauffer le papier fans le brûler, un réchaud de feu qui fervait à faire fondre ce fuif & l’étendre également.
- 197. Quelques perfonnes, à qui l’odeur de l’huile ou du fuif devenait incommode, voulaient que leurs chafîis fuffent cirés. Au lieu de fuif, le chaf-fîfïier fe fervait de fain-doux fondu avec de la cire vierge mêlés par moitié , qu’il étendait fur le papier de la même maniéré qu’il faifait pour le fuif de mouton.
- 198. Il eft encore une autre façon de garnir des chafîis de carreaux de papier huilé, laquelle , en la pratiquant en fàifon convenable , eft beaucoup plus prompte. Ceux qui pratiquaient cette méthode, commençaient par frotter d’huile fur une toile cirée étendue fur la table, les carreaux de papier , en épargnant les bords qui devaient s’appliquer fur le bois : ils les mouillaient enfuite par le côté oppofé à celui qu’ils avaient frotté d’huile ; ils les appliquaient fur le chafîis, après les avoir biffés pendant quelques heures en prelfe. Si-tôt qu’ils étaient fecs , il n’y avait plus à y retoucher , & l’on en pofait les chafîis en place.
- 199. Les perfonnes les plus économes, lorfque les carreaux de papier de leurs doubles chafîis étaient d’une dimenfion plus étendue que l’ordinaire , faifaient attacher dans les angles de petits bois, avec de petits clous d’épingle à tête , de menues ficelles, fouvent des cordes à boyau, qui traverfant l’étendue du carreau en fautoir, étaient en outre retenues fur le carreau de papier par des bouts de bandes de papier appliqués en lozange fur le carreau par une légère imprefîion de colle-forte. Cette mince garniture de chafîis, qui expofée à la pluie, au foleil & au vent, ne pouvait réfifter à l:urs attaques plus d’une année, & par conféquent devait être renouvellée
- tous
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- L'ART D ü VITRIER, Partie III.
- 4*Ç
- tans les ans, occafionnait plus de dépenfe que le lavage ordinaire des carreaux de verre collés"ou maftiqués ; & c’eft, je crois, ce qui n’a pas peu contribué à en profcrire l’ufage de la part des plus ménagers. Par rapport à d’autres moins Pages Sc fe&ateurs des modes, le recueillement que l’ufage des carreaux de papier femblait perpétuer, n’entrant point dans le goût de frivolité, de diftîpation, ou de luxe , qui les animait, ils les ont fait difparaître, comme ils ont fait à l’égard des vitres peintes & des vitres en plomb, objets principaux de ce traité hiftorique & pratique de la peinture fur verre & de la vitrerie, (a),
- EXPLICATION DES FIGURES.
- P L*A N G H E PREMIERE.
- Uflenjiles pour le defjin , & la préparation des couleurs du peintre fur verte.
- Fig. t. Plaque -fein, efpece de petit baffin de plomb ou de cuivre , qui fert pour mettre les émaux & métaux broyés s A eft le plaque -fein j B, le pinceau.
- Fig. %, platine de cuivre rouge, qui lèrt à, broyer les métaux, comme l’or, l’argent & le fer ; A eft la platine, B eft la mollette d’acier.
- Fig. 3, autre pierre à .broyer j A eft une glace enchâlfée dans un cadre de bois B j la mollette C eft toute de cryftal.
- Fig. 4, eft une plume qui fert à éclairer la première teinte de couleur noire, appliquée fur le verre.
- Fig. f , .brolfe dure, formée en A par plu fleurs poils de fangüer qui font liés & ferrés autour d’une hampe de bois B, terminée en pointe obtufe C.
- Fig. 6, pinceau formé; en A, de poils de petit gris, &'ajufté dans un
- (a) Extrait dufupplcrnent à la gazette d’ Utreeht du 14 décembre 177;. De,Madrid le 20 novembre. Ce fiecle offrira à la pof-térité plufieurs découvertes utiles à l’humanité & aux beaux-arts. L’Efpagne y brillera ainfi que les’ autres contrées de l’Europe. Depuis long-temsona perdu le fecret de donner aux peintures fur le verre ce feu, ce coloris & cette durée que Ton admire encore fur les vitres de plufieurs anciens bâtimens. Ce fecret ,s’il eft perdu, vient Tome X1H.,
- d’être remplacé par un autre non moins admirable ; celui de peindre le verre au feu , avec toutes fortes de couleurs, <$: avec autant, fi ce n’eft pas plus, de perfection qu’anciennement. Un peintre nomme don Manuel Morero Aparido, des environs dé Tolede , a découvert ce fecret ; & les. expériences que l’on a faites prouvent que cette peinture réfiftera; également à l’eau & aux intempéries de l’air.
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- LA R T DE LA PEINTURE
- tuyau de plume B, lequel s’emmanche dans une hampe de bois C. m
- Fig. 7 , Balai, efpece de pinceau très-gros, en forme de brode, com-pofé de poils de gris A , aiîujettis à des tuyaux de plume B, lefquelsfont eux-mèmes aiîujettis à un manche de bois C.
- Fig. 8 ,. pot de faïance A , avec fon anfe B ; il eft plus haut que large ; fon ufage eft pour contenir l’argent broyé avec l’ochre , qui fort de véhicule à l’argent qu’il faut mouvoir continuellement avec une fpatule de bois C, lorfqu’on l’emploie.
- Fig. 9, broife qu’on appelle brojfe à découcher foehn, compofée de poils de fanglier, pour enlever de delfus. le verre l’ochre après la recuiifon du verre peint. La fig. io repréfènte un petit tamis., dont la toile eft de foie, pour palfer les émaux pilés dans le mortier de cuivre A, avec le pilon de même métal B de la fig. ïi..
- Fig. 12, fourneau pour la vitrification des émaux, tel qu’il eft employé par la famille U Vieil.. A , A , défign.e les murs de ce fourneau : B, eft la porte du cendrier;, elle eft de niveau avec fon fol : C, voûte inférieure qui ménage-la raade du fourneau , & fert en même tems, à ferrer les: gros uftenfiles. D , chapiteau ou dôme portatif, dont l’ouverture fe bouche avec la porte de terre F-.
- Fig.. i.3 , plan du fourneau : on y voit en A, A, Tépaiiïeur de fes murs.. Sa grille B eft remarquable en ce qu’elle eft faite en treillage , & qu’elle a dans; fon centre un trou rondC, dans lequel doit entrer jufqu’à moitié le creufet D* fig.. i f ; ou celui E., qui eft foutenu par le bas fur un culot de terre F.
- Fig. i'4, coupe du. fourneau précédent, garni de fon creufet. A, A , A, A » font les murs; B , la voûte inférieure;. G, la porte du cendrier; D , la grille de la fig. 13 , pofee de maniéré à leparer e.n deux parties le vuide intérieur du fourneau: on voit en E le creufet pofé tel qu’il doit être pendant l’opération & en F» l’orifice fupérieur du fourneau, qui doit être d’un diamètre moindre que fa capacité : G eft le dôme de terre, dont FI dé figue l’ouverture; F ,I,; la cheminée.. On néglige d’indiquer par des lettres des bandes de fer qui en*, tourent extérieurement ce fourneau pour lui donner plus de folidite.,
- P E A N n C H E I I.
- Fourneau d cuire, le verre peint, de la famille le Vieil.
- Fîg. 1 , vue de face du fourneau à cuire. A, A, A, A, murs du fourneau % B., voûte inférieure ; C , première porte de tôle , qui eft de niveau avec le fol du cendrier ; D, fécondé porte de tôle , qui eft de niveau avec la grille inférieure ;• E j autre porte de tôle, qui d’un côté tient par des couplets à une-
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- SUR FERRE.
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- fécondé G, & de l’autre côté par des loquets à une troifieme porte F ; en-forte que l’artifte puilfe à volonté n’ouvrir la porte du milieu , ou n’ouvrir les trois portes, que quand il s’agit d’enfourner fa poêle, & de la retirer quand le tems qu’il faut la lailfer eft expiré : cette porte E a dans fon centre une petite ouverture H, qu’on appelle la porte aux ejfais. L eft une derniere porte fupé-rieure, dont la bafe eft de niveau avec la grille ; car ce fourneau a trois grilles ; une entre D & C; une entre F &D , & une troifieme I, E. K eft le manteau de la cheminée, où eft établi le fourneau : L eft une efpece de foupape qui fert à voir la hauteur de la flamme , & la couleur : M eft le tuyau de la cheminée ; N eft une plaque de tôle , aflez grande & large pour recouvrir les portes C, D , E , H, I. On a marqué dans cette fig. par a & b les bandes de fer qui foutiennent la maçonnerie.
- Fig. 2, coupe du fourneau. A, A , A, A , font les murs ; B » là voûte inférieure *» C, ce que nous avons appellé la première chambre ; elle a pour plancher fupérieur une grille en treillage D , voye^fig. 3, où elle eft repréfenté» fcellée en B, B, ayant la face A du côté de la porte : E eft la fécondé chambre ; elle a pour plancher fupérieur une grille F , compofée feulement de trois fcarreaux, voye^fig. 4, où A, A montre l’épaifleur des murs; b}b ,b, les trois barreaux en queftion; c, la place des portes ; & d, une bande de fer. H repréfente la troifieme chambre, dans laquelle eft pofée la poêle G fur la grille F. I eft une grille femblable à celle de la fig. 3 , qui fert de plancher à la quatrième chambre K, formée en voûte, dont le milieu eft percé par le trou L qui fe perd dans la cheminée , fous laquelle eft établi le fourneau : M dé~ ligne cette cheminée; N, la foupape; O, le tuyau.
- Fig. f, expofe le chaflis de fer fur lequel doivent être montées toutes les portes de la fig. 1 ; il eft divifé en quatre parties. A,B, C, D , a, c, /, font les mentonnières de ces portes ; bb, dd,ee, gg, font les gonds. On a défigné dans la partie C, par des chiffres 1,3, 3, les trois portes qui doivent être dans cette partie du chaflis.
- Fig. 6 , poêle de tôle battue., dans laquelle font placées les pièces de verre peint pour recuire. A eft cette poêle : on y diftingue les bandes de fer qui en foutiennent l’aflemblage a, a, a; & b, b, b, font les ouvertures des eflais; C eft le couvercle de la poêle , & l’on voit en d, d, d,d,àfe s quatre coins, cette elpece de talon qui emboîte le cfouvercle avec la poêle.
- Planche III.
- Grande forme de peinture fur verre , qui repréfente VEternel dans fa gloire.
- Fig. 1, On a marqué par a , b> /, m9 les montans ; & par c, e,f,gy
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- 42g L* J R T DE LA P E I N T U R E
- h, i, k , les traverfes du chaiïis de fer deftinées à recevoir lés quinze panneaux numérotés^ depuis i jufqu’à i f , 'dont l’enfemble doit former le tableau ; on diftingue dans le panneau N°. I , les traits qui entourant la tête du chérubin & le nuage, défignent les plombs par lefquels font réunies les pièces de verre peint. Dans le troifieme panneau Ton a marqué les cinq tringles de fer aifujetties à leur extrémité par des crochets, & de l’autre fcellées dans l’épailTeur de 1# pierre de cette forme ; ce qui fert d’exemple pour l'exécution de ce vitrail, projeté par la fabrique de Saint-Germain-PAuxerrois à Paris, pour être placé dans l’églifè , derrière le maître - autel, qui n’eft pas encore .exécuté,
- Planche IV,
- VIGNETTE. Attelierdu peintre fur verre & du vitrier» -, . .
- À, fourneau de recuiifon d’ffaudiquer de Blancour; B ^marmite de fer pour la fonte du plomb : Ci, porte-vitre moderne i les ouvriers le portent fur l’épaule : C 2 , ancien porté-yitre ; il fe porte fur le dos comme des crochets : D, pot à colle ; E, cailfe de verre en table 5-F, plat de verrez G, établi du vitrier.
- 1, vitrier occupé à peindre fur verre , 2 , ouvrier faifant mouvoir le tire-plomb ; 3 , autre qui reçoit le plomb fortant du tire-plomb ; 4, ouvrier faifant des lingots de plomb ; f , autre qui redreife une verge de plomb pour fe difpofer à commencer un panneau ; 6, vitrier coupant du verre.
- Fig. 1 , fourneau d’Haudiquer de Blancour, fait en terre à potier, pour la recuilfon des émaux. A eft le cendrier; B, le foyer , dont C eft la porte de tôle ; D , dôme du fourneau ; E , cheminée ; F, tuyau pour alonger cette cheminée. Celui marqué G, qui eft fait en entonnoir , eft deftiné pour être placé à la porte du cendrier À : on voit en H le creufet qui doit être dans le foyer B.
- Fig. 2, diamant pour couper le verre. A eft la pointe de ce diamant; B eft fon. rabot, efpece de châife légèrement arrondie pour donner plus de faillie à la pointe; C , petit manche très-court, fur lequel eft monté le rabot.
- Fig. 3 , grefoir. A eft une tige de fer plate équarrie& arrondie par fes deux extrémités échanciées1, comme on voit en B & C. j. .s , _ >
- Fig. 4, drague, efpece de pinceau qui fert à tracer fur le verre les contours que le diamant'doit parcourir : il eft compofé depetits poils légers A, raftemblés dans un petit manche de bois B. Fig. 5 déligue le plaque-fein dans lequel eft le blanc délayé qui fert à draguer.
- Fig. 6 , fer à fbuder. A eft l’extrémité que l’on tient chaude ; elle eft pour les vitriers de forme & groiTeur d’un œuf de poule-d’inde , en pointe ; dans le
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- SUR FERRE.
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- bout'B eft la tige qui fe termine en C par un crochet ou anneau, pour le fufpendre quand 011 ne s’en fert point. D, mouflette ou morceau de bois demi* cylindrique & creux, quilert pour empoigner la tige du fer à^fouder lorfqu’il eft chaud*
- Fig. 7 , boite à réfine de fer-blanc ; A eft fon corps ; B eft fon bec dentelé ; C eft fon couvercle.
- Fig. g, étamoir. C’eft un petit ais de bois, ayant un manche B, pareillement de bois, garni d’une feuille de fer-blanc A. ' -, ,r
- Fig. 9, iingotiere. A eft une des tiges de la lingotiere ; B , autre tige ; elles font réunies en charnière par leur extrémité G; l’extrémité C de la tige A eft arrondie de maniéré à faillirait dehors. La tige B eft au contraire terminée par une efpece d’anneau quarré D , emmanché en E & en F , de maniéré à être renverfé fur la faillie C, d’où il réfulte que, l’ouvrier appuyantfur fon manche F , réunit exactement les deux tiges de la lingotiere. ;
- Fig. 10 , ais. C’eft unefplanche de bois de chêne épaifTe A, dans lequel ,fonÇ huit cannelures creufes B, B , B, B^|k>ur couler l’étain.
- Fig. 11, grande équerre de fer, compofée de deux pièces féparées ; elle -iert à drelfer les plombs pour les panneaux, en l’aflùjettiflant fur la table par léserons 1, 2 , 3.. A eft la brauphe courte * B , la branche longue, brifée en C pour former l’équerre. / .. ^
- , Fig. 12, autre équerre de bois ,-rdontrles deux.ailesien A &. B font aflem-blées .en-C. 2 n. ; .es- ; . ' ui . , ; . *'i
- Fig, 13 V'tenaille de_fer. A, A, font les pinces s -B font les branches, & C, le tranchant. .
- Fig. 14, hachette à peu près femblable à. celle des maçons* A en eft la tête* B ,.la pointe* C, l’œil*,D., la tige .emmanchée dans leananche de bois E.
- „. i.Fig» 15 » marteau» defer.;;A, la panne; B,,1a tète.* G;, fœiU.D,, le manche, dont l’extrémité E forme le cifeau. . u , r . : .0 / nob ,',o ir. .> J.
- , Fig., 16 , poulfeifiche. Cet outil.eft compofé d’uneLtige ronde B, & d’une autre tige , dont l’extrémité A forme le cifeau ; elles forment eufembîe un
- angle droit. .............
- Fig. 17 , brofle de poils, de fanglier, pour nettoyer les panneaux de verre en plomb dans le fable.
- - Fig. 18 > une,pointe d’acier Je plus1 dur f^pour percer des pièces de verre j-d’un feul morceau , terminée en pointe aiguë parles d'eux extrémités A ,B, échancrée vers le milieu du ananche en. demi-cercle C. Cet outil fe monte fur .un archet lorfqu’on veut s’en fervir. '
- ' Fig. 19 , deux couteaux i A eft la lame étroite , & l’autre lame B a la figure d’une feuille de myrte : l’une rabat les ailes;du plomb , & l’autre fert à le ..couper. .. f ‘ . ,.v - , . ,t;
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- L'ART DE LA P El N TV RE
- Fig. 20, tringletté. C’eft un morceau d’ivoire rond, & aminci par le? deux extrémités. Il Tèrt pour ouvrir la chambre des verges de plomb pour y loger le verre. ' '
- Planche V.
- , Tire - plomb français.
- Fig. i, tire-plomb français tout monté. A, A'font les deux jumelles; B , B, les deux entre - toifes, dont on voit les vis en C, C, avec leurs écrous ;
- D, D, couflinets; E, arbre fupérieur; F, F, roue ou bague ; G, arbre inférieur; H, tige quarrée de cet arbre; K, K, les deux extrémités des arbres , fur lefquelles s’ajuftent les deux pignons retenus, comme l’on voit, par deux écrous; L, bout arrondi de l’arbre fupérieur.
- Fig. z , jumelle de derrière. A eft cette jumelle; B, C, font les deux entrer toifes qui < tiennent à ladite jumelle ; E, E, vis, ou l’extrémité #de ces deux entre - toifes , dont la partit quarrée doit entrer dans la jumelle de devant; D, D, trous ronds, dans lefquels doivent rouler les arbres;
- E, E, les deux petits trous deftinés à recevoir les deux chevilles du couflînet.
- Fig. 3 , jumelle de devant. A eft cette jumelle ; B, B, font les trous quarrés
- qui doivent recevoir la partie quarrée des deux entre-toifes de la première jumelle; C , C, font les trous ronds‘/dans lefquels doivent rouler lesarbres ; D, les deux petits trous deftinés à recevoir deux chevilles du couflmet.
- Fig. 4, monture, piece de fer fur laquelle s’arrête le tire-plomb. Elle eft compofée d’une tige A, équarrie vers la partie £, & formée en vis vers le boiit B ; C eft la femelle quarrée, entrant dans la tige, qu’on ferre fur le trou quarré D ; elle eft maintenue par l’écrou E ; cette femelle fe pofe en traverfant les empattemens des jumelles du tire-plomb, & le maintient dans l’endroit où l’on veut l’alfujettir. \ i , <
- Fig. y éft l’écrou des vis des entre-toifes du tire-plomb. A eft la vis intérieure ; B, la partie quarrée de l’écrou, & C, fa partie ronde.
- Fig. 6, arbre fupérieur. A eft la tige ; B eft la roue ou bague ; C eft la partie quarrée de la tige, deftinée à recevoir un pignon; D eft la vis; E eft l’écrou. '
- Fig. 7, arbre inférieur. A eft la tiga ronde ; B, la roue ; C, la partie quarrée qui reçoit le pignon F par fon trou quarré G ; D eft la vis ; E eft l’extrémité plus longue & équarrie, qui ièrt à recevoir la manivelle.
- Fig. 8 , coulfmet vu par - derrière. A, couflmet; B , l’échancrure fupé-rieure & inférieure pour le jeu des arbres ; b, £, cheville* qui aifujettit les couflinets dans les jumelles.
- Fig. 9, le même vu de face. A eft le couffinet; C, C, les deux échan*
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- SUR FERRE.
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- crures ; B, engorgeure par laquelle pafle le plomb, dont on voit I’efquiife en D, & une coupe en E.
- Fig. io, autre couffinet à grain d’orge, pour former des attaches de plomb en petites lames minces. A eft le couffinet ; D, D, les deux échancrures ; B, engorgeurej C, grain d’orge qui coupe le plomb, comme ion voit en E.
- Fig. ii, couffinet allemand. A, corps du couffinet ; B , B, échancrure du couffinet; C, engorgeure; D, D,~vue des roues ou,bagues, dans la même iîtuation qu’elles doivent être montées fur le tire-plomb; E, cheville quarrée, par laquelle les couffinets s’aifujettilfent dans la jumelle. Ce couffinet ne fait que la moitié de ce qui doit former un plomb ; d’un côté il forme une chambre quarrée ,& de l’autre un demi-cercle, la première pour recevoir le verre, & l’autre la tige de fer.
- Fig. ii bis, couffinet dans lequel paffent les deux verges de plomb alfem-blées fur une,tige de fer, comme on voit en E & F; A eft le corps du couffinet.; B, C, les deux échancrures; D, D, engorgeure, dont fort le plomb E, montée fur la tige de fer F.
- Fig. 12, donne l’idée de ce plomb plus en grand. A eft la ehambre fupérieure qui reçoit le verre; B, la chambre inférieure; C, tige de fer, iur laquelle fe réunilfent les deux verges en palfant par le grand couffinet; on voit leur coupe en D.
- On a repréfenté/dans ^figure , ces deux plombs prêts à être réunis fur la tige de fer; À, F, eft la chambre qui doit recevoir le verre; B, E, font les demi-cylindres creux qui doivent emboîter la tige D ; on voit une de leurs coupes en C.
- Fig. 14., eifais de réunion de ces plombs qui forment la croix, difpofés à être dans un chaffis. A & B font deux pièces coupées, deftinées à rentrer dans les échancrures de la piece C, D, ainfi que l’on voit dans la figure 15 , où cette réunion eft cachée par la piece quarrée E, qui peut avoir la figure d’une rofette, comme l’on voit fig. 16.
- Planche VI.
- Tire -plomb F Allemagne»
- Fig. 1. A eft le tire-plomb; B, B, le bout de bois épais , fur lequel il eft alfujetti ; C , C, montant ou pied de ce bout; D, D, bande de fer qui le rend plus folide ; E, manivelle du tire - plomb.
- Fig. 2, tire-plomb entier. A, A, jumelles;, B, B, entre - toifes ; C, Cy vis & écrous defdites entre - toifes ; D, D, arbres qui ne font arrondis que
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- 4? 2 IJ A RT DE L*A PEINTURE
- dans la partie qui pa(Ierdans-Jes trous des jumelles; Er, roue ou bague; b , couffin et ; F, porte - couffinet; G, G , pignon ; H, H, Vis & écrous des arbres; I, partie Taillante de l’arbre inférieur, pour recevoir la manivelle; K, patte inférieure d’une des jumelles , percée de trois trous i, 2 & j» pour recevoir chacun une vis M & l’écrou N; O, P, déligne le porte-couffinet, dont O eft le talon; P, Q_, la mentonnière, dont i’efpace reçoit le*'couffinet.
- Fig. 3 , première jumelle de devant, à patte. A eft la jumelle; B eft! la patte1, avec Tes trous i ,-^2, 3 ; C, C, font les deux entre-toifes, avee leurs vis D,D, qui tiennent à ladite jumelle, & leur écrou L; E, E, font les deux trous ronds, deftinés à recevoir la partie ronde des arbres qui doivent y rouler; F, trou quarré, dans lequel entre le talon du porte-coulfinet. - 1 ‘
- Fig. 4, Tecoiide jumelle A; B, porte-couffinet; C, C, trous quarrés, qui doivent recevoir la partie quarrée des entretoiles de la1 première jumelle; 1,2, trous ronds par où paffe la portion arrondie des arbres qui doivent y rouler.
- Fig. 5*, couffinet vu de deux faces. A, derrière du couffinet; B, B, échancrures pour le jeu des arbres; G, C, échancrures par leiquelles le couf-lînet entre dans les porte-couffinets ; D ; engorgeure du couffinet, par lequel paffe le plomb. ;i-: °'i ’
- Fig. 6, arbre Supérieur. A , B, partie arrondie dé l’arbre i C, partie quarrée , St vis deftinée à recevoir le pignon G par Ton trou quarré H ; D, centre de l’arbre ; il eft quarré , & a un talon Taillant qui reçoit la roue ou bague E par Ton trou quarré F.
- Fig. 7, arbre inférieur. Il 11e différé du précédent qu’en ce que là partie quarrée A eft plus longue, devant recevoir, outre un pignon femblable, l’œil de la manivelle toute aflujettie par un écrou G.
- Fig. 8, roue ou bague, vue defface ; A eft le corps de la bague ;B , Ton trou quarré.
- Fig. 9 , clef de fer pour monter & démonter le tire - plomb ; A eft Ton œil ; B, Ta tige de fer ; C, Ton manche de bois.
- P L A N C If E VIE < Panneaux en oeuvres.
- On trouve dans les trois figures de cette planche , les divers panneaux de vitres en diminution, que les vitriers Tout accoutumés d’employer. Ils font tous dans des chaffis de fer, & numérotés. 1
- TABLE
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- 3l 3B X jEL
- DES CHAPITRES.ET SECTIONS.
- 3?r éface. page 3
- Eloge hiftorique de Pierre le Vieil. 7 Extrait des regiftres de l’académie royale des fciences. Du 24 mars 1772. ij
- PREMIERE PARTIE. De la Peinture SUR VERRE , CONSIDÉRÉE DANS SA PARTIE HISTORIQUE.
- CH API ERE I. De Vorigine du verre.
- 21
- CH AP. II. De la cornaiffance pratique du verre chez les anciens.
- 26
- CHAP. III. De l'ufage que les anciens firent du verre, tant pour la décoration des édifices publics & particuliers, que pour mettre leurs habitations à l'abri des injures de l'air, £5? des autres clôtures auxquelles le verre fuccêda.
- CHAP. IV. De l'état des fenêtres des grands édifices chez les anciens. 42
- CHAP. V. Si le premier verre qu'on employa aux fenêtres des églifes était blanc ou coloré, & quelle a été la maniéré d'être de ta peinture fur verre. 48
- CHAP. VI. De la peinture fur verre proprement dite. f j
- CHAP. VII. Du mêchanifme delà peinture fur verre dans fes premiers tems. 5 6
- Tme XIII,
- CHAP. VIII. Etat de la peinture fur verre au douzième Jiecle. p. 60 CHAP. IX. Etat de la peinture fur verre au treizième Jiecle. 64 CHAP. X. Etat de la peinture fur verre au quatorzième jiecle. '68 CHAP. XI. Etat de la peinture fur verre au quinzième jiecle. 74 CHAP. XII. Peintres fur verre, qui fe difiinguerent au quinzième jiecle. 76
- CHAP. XIII. Etat de la peinture fur verre au feizieme Jiecle, c'ejl-à-dire, dansjon meilleur tems. 81 CHAP. XIV. Peintres fur verre qui fe difiinguerent au feizieme jiecle. S7
- CHAP. XV. Très - beaux ouvrages de peinture fur verre du feizieme Jiecle , dont les auteurs font inconnus. 11 f
- CHAP. XVI. Etat de la peinture fur verre aux dix - feptieme & dix-huitième fiecles. 126
- CHAP. XVII. Peintres fur verre, qui fe difiinguerent aux dix-fep-tieme 8? dix-huitieme fiecles. 1 $ 1 CHAP. XVIII. Caufes de la décadence de la peinture fur verre , & réponfes aux inconvéniens qu'on lui reproche pour excufer ou perpétuer fon abandon. 160 CHAP. XIX. Moyens pojfibles de tirer la peinture fur verre de fa léthargie aftuelle, & de lui ren-l i i
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- TABLE DES CHAPITRES
- dre fin ancien lujlre. page 168 Extrait de deux lettres inférées dans la Gazette littéraire de l’Europe , du premier décem'bi% 176)*, n. XXIV, fur l’origine & l’antiquité du verre. 171
- SECONDE PARTIE. De la pein.
- TV RE SUR VERRE , CONSIDEREE DANS SA PARTIE CHYMIQUE ET MÈCHANIQUE.
- CH AP. I. Des matières qui entrent dans la compofition du verre, & fur-tout dans les différentes couleurs dont on peut le teindre aux fourneaux des verreries. 177
- CHAP. IL lie cette s des différentes couleurs propres à teindre des maffes de verre ; avec des obfer-vations fur te verre rouge ancien.
- 181
- CHAP. III. Maniéré de colorer au fourneau de recuijjon des tables de verre blanc , avec toutes Jor tes de couleurs fondantes, aufji tranf-parentes , aujfi liffes & aujji unies que le verre fondu tel dans toute fa maffe aux verreries. 194 CHAP. ÎV. Recettes des émaux co-lorans dont on fe fert dans la peinture fur verre aêhtelle ; avec la maniéré de les calciner, £5? de les préparer à être portés fur le verre que Von veut peindre. 209 CHAP. V. Des couleurs actuellement ujitées dans la peinture fur verre , autres que les émaux contenus dans le chap. précédent. 227 CHAP. VI. Des connaiffances nécef-fair es aux peintres fur verre pour réuffir dans leur art. 240
- CHAP. VII. Du méchanifme de la
- peinture fur verre actuelle ; dé abord de l'attelier & des outils propres aux peintres fur verre.
- page 2^1
- CHAP. VIII. De la vitrerie relativement à la peinture fur verre ; & des rapports de cet art avec la gravure. 2j6
- CHAP. IX. Des deux maniérés dont on peut traiter la peinture fur verre. 259
- CHAP. X. Du coloris, ou de Part de coucher fur le verre les différentes couleurs. 263
- CHAP. XI. De la recuffon. 266 Extraits d’un livre anglais fur la peinture tant en émail que fur verre, & fur la compofition des différentes fortes de verre blanc & coloré. 283
- Extrait I, tiré du premier tome, fur la peinture tant en émail que fur verre. Extrait de la préface , relativement à ces deux genres de peinture. 284
- Maniéré de préparer l’ochre écarlate. 286.
- Extrait du chap. IX delà partiel. De la nature, préparation & ufage des différentes matières employées dans la peinture en émail.
- Se CT. I. De la nature en général de la peinture en émail. 287
- Se CT. II. Des matières qui entrent dans la compofition des fondans & dans celle de Cémail blanc. 289
- SECT. III. Des matières qui entrent dans la compofition des émaux de couleurs. 291
- SECT. IV. De la compofition & préparation des fondans propres à la
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- ET SECTIONS.
- peinture en émail. page 297
- S£CT. V. De la compoftion & préparation de rémail blanc , qui fert de fond dans la peinture en émail, &c.
- 500
- SECT. VI. De la compojîtion & mixtion de tous les émaux colorans , propres à la peinture en émail, avec leurs fondans particuliers. 302
- Extrait du chap. X de la partiel. De l’art de peindre fur ver par la recuilfon avec des couleurs vitrifiées tranfparentes.
- Se CT. I. De la nature en général de ce genre de peinture. 308
- SECT. II. Du choix du verre fur lequel on veut peindre avec des couleurs vitref-cibles par la recuiffon. 309
- Se CT. III. Des fondans & des colorans dont on fe fert dans la peinture fur verre par la recuiffon. 310 SECT. IV. De la maniéré de coucher Us couleurs fur un fond de verre, & de leur recuiffon. 312
- Extrait du chap. XI de la partie I. De la dorure de l'émail & du verre par la recuiffon. 314
- Extrait II, tiré du fécond tome, fur la nature & la compofition du verre, & fur l’art de contrefaire toutes fortes de pierres précieufès. CHAP. I delà partie III. Du verre en général. 31S
- SECT. I. De la nature particulière des différentes fiubfances qui entrent dans la compofition du verre. 3 17
- Se CT. II. Des matières quon emploie comme fondans dans la compofition du verre. 319
- Se CT. III. Des matières dont on fe
- 45 ?
- fert comme calorifiques dans la compofition du verre. page 322
- CHAP. II. Des inflrumens & uficn-files dont on fe fert pour la compofition & la préparation du verre. 324
- CHAP. III. De la préparation £5? compofition des différentes fortes de verre blanc tranfparent, actuellement en ufage en Angleterre.
- Sect. I. Des différentes fortes de verre blanc & de leur compoftion en général. ibid.
- SECT. II. De la nature & compoftion des verres à cailloux & de cryfal dé Allemagne. 2
- Sect. III. De la nature & compofition du verre de glaces ou à miroirs. 3 27 Sect. IV. De la nature & compoftion du verre à vitres. 329
- Sect. V. De la nature & compoftion du verre pour les fioles d'apothicaire , &c. 330
- CHAP. IV. Du mélange des ingré-diens qui entrent dans la compofition du verre blanc tranfparent , de b art d'en fnettre en fufion les différentes compofitions, pour les bien incorporer £5? les conduire. à une parfaite vitrification.
- SECT. I. Du mélange des ingrédiens qui entrent dans la compoftion du verre blanc tranfparent. ibid.
- SECT. II. De la maniéré de mettre en fufon les différentes compoftions pour les convertir en verre , & des moyens de juger f la vitrification ef parfaite. .331
- I i i ij
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- 436 TABLE DES CHAPITRES ET SECTIONS.
- Se CT. III. Des moyens (Taccélérer & procurer la parfaite vitrification des ingrédiens , lorfque la compofitlon efi difeclueufe , & de remédier à la teinte de jaune ou de vcrd dont elle aurait pu fe charger. page 332
- CHAP. V. De la compofition & dü traitement du verre verd commun 011 à bouteilles. 333
- CHAP. VI. Du verre coloré ou teint dans toute fa majfe.
- Sect. I. De la nature en général du verre de couleurs , & de differentes comportions propres à les recevoir, relativement au verre qui en efl empreint , & aux pâtes qui imitent les pierres pricieufes , avec leurs qualités particulières. 33^
- Sect. II. De la nature & préparation des matières dont on fe fertpour teindre le verre. 33 6
- SECT. III. Frittes de verre dur & des pâtes propres à recevoir des couleurs.
- 337
- SECT. IV. Compoftions de verres durs & de pâtes de couleur rouge. 339 SECT. V. Compofitlon de verres durs & de pâtes de couleur bleue. 340 SECT. VI. Compofitions de verres durs & de pâtes de couleur jaune. 341 SECT. VII. Compofitions de verre dur & de pâtes de couleur verte. 342 Sect. VIII. Compofitlon de verres durs & de pâtes de couleur pourpre. 342
- SECT. IX. Compofitlon d’une pâte qui imite le diamant. 343
- Sect. X. Compofitions de verre dur & de pâte de couleur noire parfaite, ibid. SECT. XI. Compofitions de verres durs & de pâtes 3 blancs , opaques & fémi-
- tranfparens. page 344
- Sect. XII. Compofitions de verres durs & de pâtes , colorés, opaques & fimi-tranfparens. 3 44
- CHAP. VII. De la fufion & vitrification des différentes compofi-fions de verre {plein) de couleurs , avec les réglés particulières & les précautions que chacune demande dans leur détail. 346 Extrait du Journal économique. 348 Suite des fecrets & expériences curieufes fur l'art de raffiner , &c. 249
- Maniéré de peindre fur verre qui imite l'émail, &c. 3 5” 4
- TROISIEME PARTIE. L'Art du Vitrier. 356
- CHAP. I. Des tems auxquels l'ufage des vitres blanches paffa aux fenêtres, f oit dans les grands édifices, foit dans les maifons particulières de la France, & y devint plus fréquent. 317
- CHAP. II. Du mêchanifme de la vitrerie , ou l'Art du vitrier. 3 60 CHAP. III. Des lanternes publiques tant de verre en plomb qu'à réverbère , pour éclairer pendant Ict nuit les rues des grandes villes ; des petites lanternes enufage dans les réjouiffances publiques. 401 CHAP. IV. De la maniéré de garnir les croifées des chaffis à verre, à prêfent la plus ufitée. 409 CHAP. V. De Vencadrement des ef-t amp es fous verre blanc. 417 CHAP. VI. De l'ufage de garnir des chaffis en papier au lieu de verre.
- 421
- Explication des figures. 421
- Fin de l'Art d'adoucir le fer fondu.
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- ART
- DU PLOMBIER
- F O N T A ï N I E R.
- Par M. * * *
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- ART
- DU PLOMBIER'ET FONTAINIER«
- —: r-£$g=z- . -—- —— ç».
- P R É F A C E.
- X. x^NlMÉE de l’amour du bien public^, l’académie des fcieilces a fait eil J761 de preflantes invitations aux citoyens de s’unir à elle pour la defcription des arts , afin qu’en réunifiant fous un même point de vue les connailfances ac-quifes par fucceffion de tems, on pût les conduire à leur perfection , ou du moins les mettre à l’abri des révolutions qu’ils ont éprouvées fi louvent. Le publie a pris à cœur ces invitations. L’académie a eu la fatisfaCiion*de voir paraître bientôt une infinité d’arts décrits de la maniéré la plus fàtisfailante & qui l’emportent à jufte titre fur tous les ouvrages qui ont paru fur ce fujet. Ils ont d’ailleurs un très-grand avantage, à mon avis , c’eft qu’ils font imprimés par cahiers, & d’un prix qui n’eft point afiez considérable pour ôter aux ouvriers la facilité de fe procurer l’art dont ils font leur profellion. En fécond lieu , comme ils font tous imprimés dans le même format, ou peut les acheter l’un après l’autre, félon que les facultés des particuliers le leur permettent, les faire relier à mefure, & fe former un corps d’ouvrage parfait en ce genre. On ne faurait trop favoir bon,gré à l’académie d’avoir faifi avec tant de jufteife les différens rapports de l’intérêt public, parce qu’elle a marqué par-là fon zele à le lui procurer, & le lui a afiuré par fes lumières. -
- 2. En mon particulier, j’ai voulu également concourir avec elle au bien général. Pour lui donner une preuve du defir que j’ai de lui plaire & de marcher fur fes traces, j’ai entrepris l’art que profeffent les ouvriers qu’on nomme pLomhws-fontaini&rs, & de mettre au jour les différentes connaifiances
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- 440 L'ART BV PLOMBIER
- que j’ai aequifes en difFérens tems, pour me mettre à portée d’exécuter mon deffein.
- 3. Cet art me paraiflait d’abord être peu de chofe, dont la defcription me coûterait peu de travail. Mais je le voyais alors de loin ; j’ai penfé différemment quand une fois je l’ai connu davantage: femblable à un homme qui apperçoit une tour à quelques milles, & la croit peu de chofe , mais qui, lorfqu’il en approche, la trouve immenfe. L’efprit eft fujet à fe tromper auffi bien que les yeux. L’art que je traite eft confidérable : il ernbraffe unfr infinité de parties; car il n’eft prefque point d’endroit, depuis le pied juf-qu’à l’extrémité des bâtimens , où il ne foit néceîfaire. On peut le confidérer fous deux rapports, l’un d’utilité, & l’autre d’agrément.
- 4. Aussi - tôt que l’induftrie & le.travail ont ouvert à l’homme le fein des mines de plomb , il en a bientôt connu les propriétés : elles l’ont dirigé dans l’emploi qu’il a cherché à en faire. Le plomb, parmi toutes les autres matières, a paru de peu de valeur, cependant propre à être mis en ufàge en beaucoup d’endroits : on en a coulé en tables : bientôt on a vu des chai-neaux de plomb fur les toits ; des couvertures entières en plomb ont été fubf. tituées à des couvertures de tuiles , parce qu’on a reconnu autant de folidité dans les premières, que de fragilité"dans les autres. C’eft l’époque où a pris nailfance l’art du plombier, qui fait aujourd’hui dans Paris, ainfi que dans les principales villes du royaume, un corps de maîtrife confidérable. Il s’eft perfedionné, & par-là même eft devenu de plus en plus utile à la fociété. Il s’eft prêté à une infinité de commodités inconnues jufqu’alors. On a trouvé le moyen de faire pafler l’eau *du ciel qui tombait du haut des toits en ruif-féaux dans la rue, & déracinait le pavé en incommodant les palfans, dans des tuyaux de plomb qui la conduifent jufqu’au pied des bâtimens fans incommoder perfonne.
- f. On a imaginé quantité de cuvettes dont on furcharge ces tuyaux, qui reçoivent les eaux de tous les étages, & évitent la peine de les defeendre.
- 6. On trouve, par le fecours de tables de plomb jointes & foudées en-femble, le moyen de fufpendre des volumes d’eau dans les maifons pour la diftribuer aux endroits où cela eft néceffaire.
- 7. La facilité qu’on a de donner la forme qu’on veut aux tuyaux de plomb, a donné lieu aux cabinets d’aifances : par leur moyen 011 fait monter l’eau où l’on veut.
- g. Les conduites autrefois étaient prefque toutes en terre ; aujourd’hui elles font prefque toutes en plomb. Les premières étaient fragiles, fujettes à fuir .& à s’engorger. Ces dernieres le font moins & de plus de durée. L’art du plombier s’eft auffi prêté à l’inhumation des corps. On a vu les cercueils de plomb devenir en ufage, & tenir les corps qu’on y a mis, dans une fraîcheur qui
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- éloigne long-tems la corruption.. Par j là on voit que l’art du plombier efl; infiniment utile. J’omets quantité de'chofes qu’il ferait trop long de rapporter, & qui parleraient en fa faveur j mais le public en efl; allez perfuadé.
- 9. L’agréable auquel fe prête l’art que je traite, n’efl pas moins inté-reiTant & digne de notre attention ; il fait le principal ornement des couvertures, par quantité d’amortiflemens de toute efpece quife font en plomb, & dont 011 voit les combles de nos églifes , nos clochers, nos dômes & nos pavillons enrichis. Il ne fert pas moins à la décoration des villes , des jardins , des cours, par cette multiplicité de palfages.fouterreins qu’il ouvre aux eaux, par les xfontaines , les jets-d’eau, les nappes d’eau , les cafcades qu’il met en jeu, comme 011 le voit à Saint-Cloud, à Marly, & fur-tout à Verfailles , où Louis le Grand a étalé toute la pompe & la magnificence hydrauliques.
- 10. On compte dans ces trois endroits une quantité confidérable de différentes pièces d’eau, qui font, à la vérité, ornées de plusieurs ftatues, où le cifeau des plus grands maîtres a épuifé fa délicatelîe ; mais il faut avouer’ que le coup-d’œil en ferait moins frappant, fi le jeu des eaux n’animait & 11e relevait l’expreflion de leflr cifeau. Il faut donc conclure que l’art du plombier ne fournit pas moins à l’agréable qu’à l’utile j & que parmi les arts qui embelliilént la fociété, il doit occuper une des principales places.
- 11. L’ordre que je me fuis prefcrit dans mon ouvrage efl: celui qui m’a paru le plus naturel. Je commence d’abord par parler des mines d’où les plombiers tirent leur plomb, & de la façon dont il leur arrive. Je donne enfuite la maniéré de le faire fondre & de le couler en tables ; je fpécifie deux maniérés de le faire, l’une fur fable, & l’autre fur toile. Je défigue les outils & uftenfiles qui regardent cette double opération. De làjepaifeau laminage, où j’ai eu occafion de décrire une nouvelle maniéré de fondre des tables, différente des deux précédentes. On y voit 1 <?. le détail du laminoir ; 20. les principales armures qui le compofent ,lavoir , le régulateur & le verrouil; 30. de quelle maniéré bette belle machine efl: mife en mouvement ; 40. enfin comment les tables fe laminent, & prennent le degré d’applatilfement qu’011 veut leur donner.
- 12. Il efl: bon d’obferver à ce fujet, que j’aurais pu me difpenfer d’en parler ^attendu que le laminage efl: tout-à-fait étranger aux plombiers : aucun d’eux n’a tenu de laminoir chez lui jufqu’à ce jour ; ils fondent toutes leurs tables. Mais comme cette defcription efl; par elle-même très - intérelfante , & qu’elle venait très à propos, j’ai cru lui voir de trop.grands rapports avec le travail des plombiers, pour la rejeter. Je me croirai bien payé de ma peine, fi j’ai réuffi à la rendre claire.
- 13. J’entre dans une nouvelle fonte, qui efl: celle des tuyaux5.je fais îa defcription du moule & du madrier qu’il faut pour cette main-d’œuvre.
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- V ART DU PLOMBIER
- Je donne une nouvelle façon de faire des tuyaux, c’eft-à-dire, la maniéré de les arrondir & de les former fous la batte. On a recourir à cet expédient, quand on n’a point de moule d’un allez gros diamètre pour fondre les tuyaux dont on a befoin : cela arrive lorfque les tuyaux qu’on veut employer paf-fent fix pouces de diamètre, parce qu’en France on ne connaît prefque pas de moule qui pafle cette grolfeur. Il n’en eft pas de même en Angleterre ; leurs moules y font plus gros ; ils font pôles fur une table ou madrier, comme celui que nous avons décrit au chapitre IV. Ils font compofés également de deux parties qui s’écarteut & fe rapprochent pour donner là facilité de les fermer ou de les ouvrir quand on veut; mais il n’y a point de chappes ni clavettes , comme il y en a à ceux dont on fe fert en France : il y a en place quatre étaux, deux de chaque côté. Ces étaux font fixés fur la table , & vuidés en écrous, dans lefquels entrent quatre vis qui ferment entr’eux le moule autant qu’il eft nécelîaire pour fermer tout paflàge au plomb qu’on y jette.
- 14. Le cric qui eft propre au fervice de ces moules , eft à peu près le meme que celui dont nous nous fervons ; avec cette différence, qu’au lieu d’un volant, ce font deux manivelles qu’on tourne pour le mettre en mouvement.
- 15. Le boulon ou le noyau de l’intérieur du moule, qui forme le diamètre des tuyaux, eft partagé par une lame qui tient au cric, & qui eft faite en forme de coin. Par le moyen de cette lame, le noyau ne fort jamais du moule. La crémaillère , qui chez nos plombiers tient d’un côté au cric, & de l’autre au boulon qui eft dans l’intérieur du moule, pour l’y faire entrer ou l’en faire fortir quand il en eft befoin , ne retire que la lame qui eft au milieu du boulon de ceux-ci. Ces moules ne me paraiffent pas auffi exads que ceux dont nous nous fervons , parce qu’il eft néceifaire, pour que les tuyaux foient bien faits , qu’ils foient par-tout d’une égale épailfeur, & que celafemble ici très-difficile , vu l’attention qu’il faut prendre pour que le noyau fe trouve parfaitement au centre du moule : au lieu qu’en France on n’a pas befoin d’avoir ce foin pour les moules dont on fe fert, attendu que le boulon ne peut pas vaciller ; 011 n’a befoin que de tourner le volant pour le faire entrer dans le moule ; on eft certain qu’il eft toujours où il doit être, c’eft-à-dire, de tous côtés également diftant des parois inférieures du moule.
- 16. Mais les moules d’Angleterre l’emportent d’un autre côté fur les nôtres, parce qu’on peut y fondre des tuyaux de plus d’un pied de diamètre; on na befoin que de changer le noyau, & d’en prendre qui foient proportionnés à cette grolfeur. C’eft fans doute de cette maniéré qu’on a fondu les conduites de Verfailles, dont les tuyaux font au moins de cette groifeur, & ont été cependant jetés en moule. Mais comme on en fait très-rarement ufage , je n’en ai point fait graver ; ceux qui ièront curieux d’en voir,
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- pourront fe fatisfaire en mettant fous leurs yeux le Recueil Sdes machines ap+ prouvées par Vacadémie royale des fciences, de Tannée 1727» pages 5^ & 5*4 pl. I & IL •*
- 17. Après avoir parlé des différens tuyanx qui fortent de Tattelier des plombiers » je traite des différentes efpeces de cuvettes qu’on a pu imaginer, de la façon de les couper fur la table àç plomb , & de l’art de les arrondir avec propreté, &'des les placer, ainfi que les tuyaux qui doivent leur être joints. Enfuite vient la couverture des maifons, des dômes, des pavillons, des.clochers, des églifes, ainfi que la maniéré de couper les tables, de les plier & de les attacher pour que les eaux ne tranfpirent point ; enfin la forme qu’on donne aux chaîneaux qui doivent les recevoir & les tranfinetcre dans les tuyaux de defcente. Je parle en même tems des tourelles & des terraffes. Il y a quelque chofe à re&ifier fur ce que j’en ai dit. J’ai remarqué qu’011 n’employait point de foudure dans la couverture des terraffes ; cependant cela fe fait quelquefois, ainfi que je m’en fuis alluré plus particuliérement par des informations que j’ai faites depuis. Quand on les travaille de la façon que je l’ai dit en fon lieu , c’eft-à-dire, qu’011 en cloue les tables , il faut avoir le foin de couvrir les tètes des clous qu’on y emploie , d’une couche de fou-dure , afin que l’eau ne pénétré pas ; mais il vaut mieux les travailler comme en travaille le fond des réfervoirs.
- ig. Je décris enfuite le blanchiment des tables, ainfi que des amortiife-mens,.&;la maniéré de jeter dans le moule ceux qui font fondus, de for* mer les autres fous la batte, & de les fonder; enfin je donne une idée de tous les ornemens dont 011 fait ufage dans l’architeéture. On voit enfuite comment on'doit s’y prendre pour retirer la croûte d’étain qu’on a mife fur les tables ou ardoifes qu’on a blanchies, ainfi que les foudures des vieux plombs, ( préparatifs néceffaires avant de les faire refondre) i°. pour que l’étain n’ai-griffe pasde plomb, ce.qu’il fait lorfqu’ils font fondus enfemble; 2°. pour ufer d’économie , comme l’étain eft plus cher que le plomb.
- 19. De là je viens aux réfervoirs ; je décris ceux qui font fur charpente, & ceux qui font fur maçonnerie. Je donne la maniéré de les fouder & d’en diviler les eaux avec économie. J’enfeigne comment on doit s’y prendre pour en faire des jets-d’eau, des fontaines , des nappes d’eau , cafcades , &c, Je décris la façon de joindre les tuyaux les uns aux autres. On y voit deux différentes maniérés de le,faire 1 i.°. par des nœuds de foudure; en fécond lieu par le fecours des brides, qu’011 elt obligé d’employer pour les tuyaux de defcente des pompes, & pour les fortes conduites, afin de les fortifier. Je 11’ai pas omis la façon de réparer un tuyau qui perd , ou de le dégorger parle fecours de la foude & autres moyens.
- 2,0. Je paffe enfuite à une ample defcription du raffinage. Je ramaflc toute
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- l’écume du plomb qui eft’provenué des différentes fontes dont j’ai parlé, ainiî que les écaillures provenues‘.des foudures r je jette ces parties de plomb dé-compofée6, que les plombiers appellent crajfes, d’abord dans des tonneaux, pour les laver; enfuite dans le creufet, pour les revivifier. J’obferve qu’il faut faire la même chofe à legard des cendrées qui proviennent de l’écumage des foudures. . ; ; i
- l2r. Cet article eftdans le même cas que celui du:laminage. Le raffinage eft tout-à-fait étranger aux plombiers. Ce n’elf point eux qui 'revivifient leurs cendrées , ce font des ouvriers qu’on nomme plombiers - raffineursqui en font leur unique profeilion. Mais je dirai à cela qu’on ne peut que me favoir bon gré d’avoir indiqué , fans m’écarter de mon fujet, de quelle façon cela fe fait, pour en donner une idée à ceux qui ne le lavent pas, & qui pourront en faire ufage dans la fuite , ou qui du .moins ne feront pas fâchés d’en avoir une connaiffance. ,
- 22. J’entre enfuite dans la maniéré de faire les cercueils , dont les plombiers font auffi commerce. Je me borne à eeux qui fe font en plomb ; car on fait qu’on en peut faire de plulieurs matières , & de celles qui font les plus précieufes , en argent, même en or. C’elt de cette maniéré que i’empereur Conllantin , furnommé le Grand, a été inhumé. (*) ;
- 2$. Je termine mon art par la maniéré de contourner fous la batte les cœurs deftinés à l’inhumation, parce qu’ils ont en cela rapport aux cercueils ; & par la façon de faire quantité d’autres petits cœurs fondus , aiiffi que plulieurs autres petits ouvrages également fondus. -
- 24. J’ai fuivi, autant qu’ii m’a été poffible , la marche du travail du plombier ; j’ai rapproché les ouvrages qui m’ont paru avoir quelque rapport en-tr’eux, pour donner plus de fuite à la defcription que j’en ai faites, & que j’ai rendues auffi exade que je l’ai pu. Mais malgré tous mes foins , je fuis perfuadé que j’ai laide échapper beaucoup de fautes involontaires, que le ledeur éclairé en ce genre ne manquera pas d’appercevoir. Je 'me fou mets avec docilité aux jugemens qu’il portera contre moi. ‘Si mon art ne mérite pas de marcher à côté de ceux qu’ont décrits tant de fameux auteurs, tels que M. Duhamel, célébré académicien, qui a vieilli dans la recherche de toutes fortes de connaiffances utiles & agréables, & à qui je dois beaucoup en mon particulier, & tant d’autres li connus par leurs ouvrages, j’efpere au moins que le public fe contentera du dedr que j’ai eu de lui confacrer ces petits fruits de mes amufemens.
- (*) Hijloire ecdejïajîique.
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- CHAPITRE PREMIER.
- , Z)*? la fonte.
- 2f. On peut divifer tout l’art des plombiers en quatorze principaux: corps d’ouvrages qui renferment tous les autres ; nous les traiterons fépa-rément. Pour cet effet, nous diviferons cet ouvaage en autant de chapitres : dans le premier, nous traiterons de la fonte ; dans le fécond , des tables ; dans le troifieme, du laminage ; dans le quatrième , des tuyaux ; dans le cinquième , des cuvettes j dans le fixieme, de la pofe des chainaux , godets, gouttières, tuyaux & cuvettes j dans le feptieme, des couvertures j dans le huitième , du blanchiment des couvertures & amortiifemens ; dans le neuvième , de la maniéré de déblanchir le plomb étamé, & d’en tirer parti; dans le dixième, des réfervoirs ; dans le onzième , de la distribution des eaux ; dans le douzième , du dégorgement des tuyaux de conduites ; dans le treizième , du raffinage ; dans le quatorzième enfin , des cercueils.
- 26. jL<E travail des plombiers commence où finit celui des mineurs v ces derniers, après avoir tiré le plomb tout brut des mines qui .le produifent, en féparent les matières étrangères , & finiffent par le couler dans ues lingo-tieres, pour lui donner une forme propre à pouvoir être tranfporté d’un royaume à un autre : c’eft là où fe termine leur ouvrage. Le plomb ainfi travaillé fort de leurs mains, & il eft vendu aux marchands qui en font commerce. Les plombiers l’achetent en cet état, & l’emploient aux différens ouvrages qui concernent leur art : ainfi l’art du plombier peut être regardé comme une fuite de celui des mineurs.
- 27. Avant de traiter de la façon dont on s’y prend pour le faire fondre, nous parlerons du plomb dont fe fervent ordinairement les plombiers. Ce chapitre fera donc divifé en deux articles : dans le premier nous verrons ce que c’eft que le plomb en général ; & dans le fécond, la maniéré de le faire fondre.
- Article premier.
- Du plomb en général.
- 2ff Ce que j# me propofe de dire fur le plomb regarde i«. fes différentes
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- propriétés;1 20. les différentes fortes de plomb que nous connaiffons; 3°. les endroits d’où 011 le tire; 40. la façon dont il arrive en France.
- 29. §. I. Des propriétés générales du plomb. Le plomb eft un métal très-pefant, ailé à fondre, mou , du&ile , d’une couleur blanche plus fombre que celle de 1 etain : il n’eft ni fonore ni élaftique; il prend affez promptement fou brillant, & fe ternit de même. Il fe conferve affez blanc dans l’eau ; il brunit dans la terre , mais cette couleur n’eft que fuperficielle : il ne fe conferve pas fi bien lorlqu’il eft expofé à l’adlion des acides ; il fe couvre bientôt d’une petite rouille blanche qui ne pénétré pas avant dans le métal, à moins que les acides ne foient très-forts. Cette rouille-eft bien différente de celle qui s’attache au fer , qui fe pénétré fort avant. ( 1 )
- 50. §. II. Des différentes faites de plomb. Il y a deux fortes de plomb : 011 nomme l’un plomb blanc, & l’autre plomb noir. Le plomb blanc fe trouve dans, les mines d’or & d’argent : il eft fec, aride & très -fujet à fe cafter; on ne peut s’en fervir qu’en l’alliant. Le plomb noir, au contraire , fort de la mine qui lui eft propre : c’eft celui qu’emploient les plombiers. Je pourrais dire quelque chofe de plus particulier fur le plomb ; mais je m’écarterais de mon fujet, fur-tout fi j’entreprenais de parler de l’exploitation des mines de plomb. Ce travail , qui tient à la chymie , eft tout-à - fait étranger au plombier qui doit mettre le plomb en œuvre ; mais il ne fera pas hors de propos d’indiquer les pays d’où les marchands ou les plombiers tirent le plomb qu’ils travaillent de différentes façons. ( 2 )
- ( O Le blanc de plomb &lacérufe,en ufage dans la peinture &dans divers arts, fe forment de cette rouille, par le moyen du vinaigre & de la chaleur du fumier , & par des procédés qu’on peut voir dans l’Encyclopédie. On en prépare à Venife, en Hollande , en Angleterre : on pourrait en faire de même en France. Ceux qui broyent les préparations du plomb, ceux qui le fondent & travaillent long-tems fur ce métal, font fujets, s’ils ne fe garantirent pas de fa pouf-fiere ou de fa fumée, à une maladie connue fous le nom de colique de plqmb ou des peintres. *
- ( 2 ) Voyez fur les mines de, plomb & leur exploitation, furie minéral & fes di-verfès efpeces , le Dictionnaire des fojjîles de Al. Bertrand , le Dictionnaire de chymie de Al. Alacquer, & Y Encyclopédie , art. Plomb , Jlines de plomb, éfc. On conful-
- teraaufti le Traité de la fonte des mines par le feu du charbon de terre, par M. de Genf-fane, Paris, 177;, in-40. & le Traité de l'exploitation des mines, de Al. Alonnet, Paris, 177;, in-4® ; Schlutter, Traité de la fonderie , £ffc. Il n’eft pas abfolument inutile de donner à un plombier intelligent une idée plus étendue & plus diftincte des qualités & propriétés du plomb. C’eft de tous les métaux le plus mou , le moins élaftique-, le moins fonore, plus ductile que l’étain. Dans fa fraéture il eft d’une figure cubique ou prifmatique. Sa pefanteur fpécifique, excepté celle du mercure , approche le plus de celle de l’or. Il entre plus vite en fufiôn qu’un volume égal de cire ou de beurre. A fa furface , étant fondu, il forme les couleurs les plus vives : bientôt il répand une fumée dangereufe fi on la refpire : s’il refte expofé à l’action du feu fil ne tarde pas à fe
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- 31. §. III. Des endroits d?oii L'on tire le plomb. Ces endroits font: Ulme , en Angleterre ; Hambourg , en Allemagne ; Namur, en Flandres ; Pompéan & Poulaoin , en Bretagne, & quantité d’autres endroits qu’il ferait trop long de rapporter. Mais les plombiers ne font point ufage indifféremment du plomb qui provient de ces différentes mines, parce qu’il n’eft pas tout de la même qualité. Le plomb que les mines de Bretagne fourniflent, ne s’emploie ordinairement qu’à faire des balles pour l’artillerie, ou à giboyer : ainll les plombiers n’en font prefque jamais ufage j les plombiers de Paris ont coutume de tirer celui qu’ils travaillent, d’Ulme ou de Hambourg indifféremment : il en réfulteun métal plus beau , plus coulant, & plus propre à toutes fortes d’ouvrages ; c’eft pourquoi on lui donne la préférence, ainfi qu’à celui de Namur , qui eft employé utilement à beaucoup d’ouvrages. Il eft bon d’obfer-ver qu’on prétend que de l’alliage du plomb des deux premières mines , il réfulte un métal fupérieur en qualité à tout autre plomb ; c’eft pourquoi les plombiers font dans la coutume de les mêler, quand ils peuvent s’en procurer.
- 32. §. IV. De la façon dont arrive le plomb en France. COMME le plomb eft un métal très-pelant, les mineurs le coulent dans des lingotieres, pour en former ce qu’on nomme des fgumons , qui ont un pied & demi de long fur huit pouces de large , 8c qui pefent environ 140 livres , félon les différens endroits d’où on les tire : c’eft fous cette forme qu’il paffe dans le commerce. Ce métal eft dudile & aifé à fondre : 011 peut le jeter en moule & le travailler fous le marteau ; mais comme pour la plupart des ouvrages il faut le fondre, nous devons commencer par expliquer comment les plombiers s’y prennent pour faire fondre leur plomb. ( 3 )
- calciner, puis à fe vitrifier. Plus on le calcine, plus il fume , plus il fe colore, & cependant il augmente en poids. Il accéléré la fufion des terres & des pierres réfraétaires : il vo-latilife, vitrifie ou fcorifie les métaux , excepté l’or, l’argent & le fer. Il s’allie avec tous les métaux, excepté le fer. Il s’amalgame plus aifément avec le mercure qu’avec l’étain. C’eft le mélange des matières étrangères qui rend le plomb moins doux , moins dudile , moins fufible; quelquefois du foufre , ou de l’arfenic, ou de la pyrite, ( 3 ) Il y a des mines de plomb dans nombre d’autres lieux que l’auteur ne nomme pas, à Schneeberg, à Vilach , à Malfel en Saxe , à Saalberg en Suede, à Baudy près de Château - Lambert en Franche-Comté, à
- Saint. Jufien en Vivarais, à Sainte - Marie-aux-mines en Alface, près de Moulins en Bourbonnais : la mine de Pompéan contient beaucoup d’argent, comme celle de Hallen-forfen en Suede, & celle de Clauftal. Près de Moulins en Bourbonnais il y a une mine à galenesen grandes facettes. Il eft furpre-nant qu’il y ait fi peu de mines de plomb exploitées en France. L’exploitation des mines en général eft trop négligée dans ce royaume. La mine de Kornberg en Suede elt à petites facettes, comme celle de Blu-tenburg. Il y a auffi une galene chatoyante à Servade en Auvergne, Près du Pont - Gi-bault, à Barbaqo , on trouve une galene mi-néralifée dans du grès blanc, & une mine fpathique à Roya en Auvergne. A Freyberg
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- Article II.
- De la maniéré de faire fondre le plomb.
- 33. La. préparation de cette fonte confifte i°. à fe procurer tout ce qui eft néceflaire pour cette opération ; à favoir conduire la fonte ; 3^. à écumer le plomb fondu ; 4?. à revivifier les parties qui s’en décompofent ; à avoir attention qu’il n’y ait point d’eau dans le plomb qu’on met dans celui qui eft déjà en fufion.
- 34. §. I. Des ufenfiles nécejfaires pour la fonte. Les plombiers fondent leur plomb dans une chaudière A , fig. 2, pl. /, de fonte de fer , montée fur un fourneau B de maçonnerie, qui eft établi fous un tuyau C de cheminée, pour la décharge de la fumée. On met dans le fourneau une chevrette de fer qui reflemble à un chenet ordinaire de cheminée , pour foutenir le bois afin qu’il brûle mieux i & l’on a un fourgon D , fig. 2, pour attifer le feu & retirer les cendres ; c’eft un barreau de fer qui a quatre ou cinq pieds de longueur, dont un bout eft en crochet. On peut encore regarder comme une dépendance du fourneau, une poêle percée E v ou.une écumoire ,fig. 2 & 4, qui fert à retirer de deifusle métal ce que les plombiers appellent les craffes ou écumes. Cette écumoire a environ un pied de diamètre , & fa queue trois pieds de longueur. Nous en parlerons dans la fuite.
- 3f. La chaudière eft ronde & concave, ayant en grand la forme que la moitié d’une coque d’œuf a en petit. En fondant cette chaudière dans les forges , on forme de diftance en diftance des tenons ou crampons qui ont environ cinq à fix pouces de longueur : on les noie dans la maçonnerie , pour que la chaudière foit établie folidement ; car elle fera néceifairement chargée d’un poids confidérable ; & quelque précaution que l’on prenne, il eftimpoiïï-ble qu’elle ne reçoive des fecouifes quand on met dedans les faumons. Elle a environ deux pieds & demi de diamètre , fur un pied & demi de profondeur ; & au moyen de ces dimenfions, elle peut contenir environ trois milliers de plomb.
- 36. Le fourneau B , fig. 2 , conftruit en briques ou en tuileaux ajointoyés avec du mortier de chaux & de ciment, eft rond comme la chaudière. Les
- en Saxe & dans le duché de Deux-Ponts Qn mines de ce métal foient fi fouvent aban-trouve cette belle mine de plomb verte; . données. Les entreprifes pour l’exploitation j’en ai vu de beaux morceaux pareils venus font trop fouvent formées par des gens mal-de Pompéan. L’Angleterre a fes mines dans habiles dans cet art ; & d’ordinaire on la province de Derby, à Péach & ailleurs. Le charge l’entreprife de frais trop confidéra-plomb & toutes fes préparations fervent à blés, qui caufent des pertes & les font aban-tant d’ufages, qu’il eft furprenant que les donner.
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- murs qui le forment ont huit à neuf pouces d’épaiffeur ; ce fourneau a quatre pieds de diamètre fur trois de hauteur. La bouche F du fourneau , qui eft au niveau du plancher , a un pied d’ouverture en quatre : elle fert à l’entrée de l’air dans le fourneau pour faire brûler le bois, & aiiifi à fournir du bois à mefure qu’il s’en confume. Le fourneau eft garni, tant en-dedans qu’en dehors , de bandes & de cercles de fer , pour le fortifier & le mettre en état de réfifter à l’action du feu ; en outre, comme les crampons ou tenons qui font au pourtour de la chaudière ne feraient pas fuffifans pour foutenir le poids du plomb ,en élevant le fourneau, on l’a traverfé à environ un pied & demi de terre, par de forts barreaux de fer , fur îefquels pofe le fond de la chaudière. J’ai dit qu’il fallait pofer ces barreaux à un pied & demi du foyer , parce que fi la chaudière était établie trop bas , le feu s’étoufferait; au lieu qu’il faut que la flamme leche & enveloppe tout le fond de la chaudière , pour lui communiquer plus de chaleur & précipiter la fonte du plomb. Il ne faudrait pas également qu’ils fuflent pofés plus haut, parce qu’alors il entrerait dans le foyer une trop grande quantité d’air qui ferait confommer beaucoup plus de bois qu’il n’eft néceifaire,& jeterait par confequent dans des frais qui feraient purement fuperflus & à pure perte : ce que l’on doit, par cette feule raifon , éviter. Les oreillons ou crampons du pourtour de la chaudière font fix polices au-delfous de fes bords : ils font noyés , comme je l’ai dit, dans la maçonnerie , dont les bords ne font pas plus hauts que ceux de la chaudière ; par ce moyen ils contribuent à empêcher que la maçonnerie de la chaudière ne fe dégrade : il y a de plus un cercle de fer d’environ deux pouces de large, qui régné tout autour de la chaudière & couvre fon pourtour, enforte qu’il garantit parfaitement l’endroit où la chaudière & la maçonnerie font ajointées enfemble, du choc du plomb qu’on jette dans la chaudière d’un peu loin, quand l’ardeur du feu empêche les ouvriers de s’en approcher d’aufii près que cela ferait nécelfaire , afin d’éviter ce choc.
- 37. Pour donner ilfue à la fumée , on pratique au derrière du fourneau , du côté delà muraille où ileftadofié, deux ouvertures obliques qui prennent du fourneau & vont aboutira des tuyaux de fer G ,/g. 2, qui aboutiifent eux-mêmes à un tuyau de cheminée ; la flamme qui tourne autour de l’intérieur du four & enveloppe le fond de la chaudière, fe rend dans les tuyaux G , qui deviennent rouges comme des charbons allumés, c, au-delfus de la jig. 2 , eft un manteau de cheminée de forme circulaire , qui eft établi quatre pieds au-delfus du fourneau, pour empêcher la fumée de fe répandre dans l’atteîier ; ce manteau eft ordinairement fait en plâtre, & retenu, foit à la muraille , foit au plancher, avec des barres de fer.
- 38. Voila la defcription du fourneau tel que je l’ai vu dans l’atteîier des plombiers : il faut maintenant parler de la fonte,
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- 39. I. Maniéré de garnir ou charger de plomb la chaudière. La première chofe qu’on doit faire quand on veut travailler à quelqu’ouvrage de la plomberie qui exige une fonte , c’eft de garnir la chaudière du plomb qu’on veut mettre en fonte. Voici comme il convient de le faire : il faut d’abord prendre parmi le vieux plomb, fi on en a , de petits morceaux pour en garnir le fond de la chaudière , fur lefquels on pofe des faumons dont on fait une fécondé couche : on en fait enfuite une troifieme, ce que l’on continue jufqu’à ce qu’on ait rempli ia chaudière jufqu’aux bords ; & fl l’on a de petits morceaux de plomb , on les mettra dans les vuides que laiffent les faumons à mefure qu’on les place dans la chaudière. Il faut avoir grande attention de ne pas jeter les faumons dans la chaudière , de les y placer , au contraire, de façon qu’ils ne la heurtent pas , de peur de la caller & de perdre en même tems & fa chaudière & fon plomb , qui, trouvant un paffage , coulerait dans le foyer , & fe répandrait. de là dans tout l’attelier.
- 40. §. II. De la maniéré de conduire la fonte. Lorsque la chaudière fera remplie du plomb qu’011 deftine à la fonte , on garnira le foyer de bois Botté ou neuf, cela eft indifférent , qu’on aifoiera fur la chevrette , & on y mettra le feu , en fe fervant d’éclats de bois de cotrets ,.en un mot de ce qui fera le plus propre à allumer le gros bois. Quand le feu fera bien allumé, 011 en retirera plufieurs bûches embrafées, que l’on mettra en travers fur la chaudière , où l’on formera un fécond feu , afin que le plomb qui ell dans la chaudière fe trouvant entre deux feux, fonde plus vite. On ne fe contentera pas de cela; on mettra encore fur le brader fupérieur plufieurs faumons de plomb qui, fondant & tombant dans la chaudière, communiqueront au plomb qu’on y a mis , une nouvelle chaleur, & en accéléreront la fonte ; cependant on ne doit point laifîer éteindre le feu de delfous la chaudière : ainfi il faudra avoir attention de remplacer les bûches qu’on en aura retirées , afin de donner au plomb le degré de chaleur qui eft nécelfaire dans ce premier moment de la fonte.
- 41. §. III. De la maniéré ddecumer le plomb fondu de le revivifier, LORSQUE le plomb fera une fois fondu, on n’entretiendra plus le feu fupérieur; mais on le lailfera fe confumer de lui-même : il produira plufieurs charbons qui tomberont dans la chaudière , & nageront fur la furface du plomb :bien loin de lui être préjudiciables , ils revivifieront les parties quife feront décom-pofées en fondant ; mais comme ce n’eft que tant qu’ils font vifs & encore ardens qu’il peuvent produire cet effet, & que le plomb fondu les éteint auffi vite que s’ils tombaient dans l’eau, ils deviendront bientôt inutiles ; il faudra avoir l’attention de les enlever avec lecumoire , pour les mettre dans un coin de l’attelier avec ce que les plombiers nomment les crajjes, qui font du plomb dccompofé dont on faura bien tirer parti. Comme la braife eft très - propre à revivifier le plomb , lorfqu’011 aura enlevé les charbons provenus du feu fupé-
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- rieur , il faudra en prendre de pleines pellées dans le foyer , que l’on jetera fur le plomb : ce que l’on continuera tout le tems que durera la fonte.
- 42. §. IV. D'une autre maniéré de revivifier Le plomb en fujion. QUELQUES perfonnes y jettent de la graille préférablement à la cendrée ou braife : ils prétendent que le plomb en devient plus doux & plus coulant; mais il me femble que la fumée qui en provient doit être une raifon pour en dégoûter le plus grand nombre des ouvriers, joint à la mauvaife odeur que la grailfp répand dans l’attelier. Il eft vrai qu’on ne doit pas chercher cependant à éviter des incommodités qui, quoique grandes, procurent un plus grand bien. Comme il eft probable que la graiife revivifie mieux le plomb que la brade mêlée de charbon, nous confeillerons aux ouvriers qui pourront fupporter ces incommodités, de faire ufage de la graiife préférablement au charbon. Soit que l’on y mette du charbon ou de la graillé , il faudra avoir l’attention d’amonceler enfemble tout ce qu’on enieve de deifus le plomb avec l’écumoire , pour en tirer parti quand on en aura une alfez grande quantité ; car on a trouvé le moyen de. revivifier & de faire revenir en plomb coulant cette cendrée qui dans le fait eft du plomb décompofé , & qui a perdu fon phlogif-tique; Je décrirai cette opération dans le treizième chapitre de cet ouvrage.
- 4?* §• V- Précautions quil faut prendre avant de mettre de nouveaux fau~ mons ou plomb froid , dans le plomb qui ejl une fois en fufïon. COMME le plomb , en fondant, s’affaiffe & occupe moins de place qu’il n’en occupait lorfqu’il était encore en faumons , parce que dans cette première forme il reliait entre les faumons quantité de vuides qui ne fubfi lient plus quand le plomb eft fondu ; alors la chaudière ne fe trouvera fouvent qu’à moitié pleine , & demandera de nouveau plomb pour être remplie toute entière ; on aura le foin d’y en mettre; mais avant il eft bon d’avertir qu’il y a de grandes précautions à prendre.
- 44. Comme les plombiers ont coutume de placer leur plomb dans une cour de décharge , où il eft ordinairement expofé à la pluie, il faut, avant de le mettre dans la chaudière, examiner s’il eft bien fec, & s’il ne relie pas d’eau dans les petites concavités qui fè rencontrent, fur-tout dans le plomb qui eft encore en faumons ; car s’il fe trouvait de l’eau renfermée dans le plomb qui fond , fut-elle même en petite quantité , elle fe réduirait en vapeur,
- & ferait rejaillir le métal dans -l’attelier avec une grande explollon dange-reufe pour les aftiftans. L’eau réduite en vapeur produit des effets qu’011 peut comparer à ceux de la poudre à canon. •
- 4f. C’est ce qui arrive aulîi lorfqu’on jette dans le feu ces petits globules de verre qu’on nomme pétards ; ils difperfent avec bruit ies charbons du foyer, & tout ce qui fe rencontre devant eux , lorfque l’ardeur du feu les a une fois brifés ; avec cette différence, que cette explolion eft moins dangereufe
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- que l’autre, parce qu’il eft plus aile d’évite* des charbons; ou du- moins, en les recevant, ils ne font point tant de mal que des gouttes de plomb qui s’appliquent fur la chair, & qu’on ne peut pas fecouer auiïi aifément qu’un charbon. L’un & l’autre font très-dangereux : il eh imprudent de s’y ex~ pofer. Four écarter tous ces rifques, foit qu’on emploie du vieux plomb ou du neuf, il faudra avoir grande attention de le vifiter, & s’aifurer parfaitement qu’il ne contient point d’eau.
- 46. J’ai dit tout ce qu’il y avait à dire fur la fonte du plomb. Comme à préfent une partie des ouvrages du plombier fe fait avec des tables coulées , je vais donner la façon de les faire , ou autrement, de les jeter fur le moule.
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- C H A P I T R E I I.
- Des tables.
- 47- ^Lorsque le plomb eh fondu &'purifîé, il eh en état de prendre toutes fortes de formes dans des moules. Les plombiers en ont à cet effet plufieurs différais les uns des autres : les uns font des moules à tables, les autres à tuyaux, les autres en forme de cœurs , & quantité d’autres dont nous parlerons dans la fuite. Leur premier foin elf donc, après avoir préparé le plomb à être coulé , d’apprêter les moules dont on a befoin. Mon detfein eft de les détailler tous ; mais comme une grande partie des ouvrages de la plomberie fe fait avec des tables de plomb , je commencerai', dans ce chapitre, par décrire cette première opération.
- 48. On entend par table, une furface de plomb d’une certaine longueur, largeur & profondeur. On en diilingue de deux fortes : les unes font coulées fur fable , les autres fur toile ou étoffe. Nous traiterons dans ce chapitre des unes & des autres : nous le diviferons pour cet effet en deux articles : dans le premier , nous parlerons des tables coulées fur fable ; dans le fécond, des tables coulées fur toile.
- Article premier.
- Des tables coulées fur fable.
- 49. Il faut i°. commencer par fe procurer les uftenfiles qui fontnécelfaires à cette opération ; 20. préparer le moule 53°. difpolèr le plomb à être coulé -, 40. le couler; 50. l’enlever de delfusle moule.
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- fO. §. I. Des uflenjïles nicejfaires pour couler le plomb fur le moule à fable. Il faut premièrement'avoir ce qu’on nomme le moule À A , fig. $ ,pl. I, avec fa poele B , qu’on voit auiii au bas de la planche l, fig. 6 8c 7 ; 2?. un ai> rofoir D ,jig. f & 8 , pl. I b ]°. un labour E, fig. $ & 9 ; 40. un rable F, fg. f , 10 & 14 » f°. une plane G, fig. f & 11 ; 6°. une truelle, fig, 12 ; 70. plufieurs cuillers H , fig. 2 8c 13; 8a. une ferpette , fig. 15; 90. enfin un levier D >fig. 16. Nous allons les détailler plus particuliérement, afin de marquer leurs diiîérens ufages. Le moule AA, fig. 5 & 14, dont fe fervent les plombiers pour couler des tables de plomb, forme une caiife de lèize à dix-huit pieds de long, fur quatre à cinq pieds de large : elle a ordinairement environ huit pouces de profondeur ; elle eft aftife fur plufieurs tréteaux de charpente, qui l’élevent de terre environ de trois pieds, pour la commodité des ouvriers; le tout elt de chêne, comme étant le bois le plus folide. On met dans cette caiife une couche de fable d’environ fix pouces d’épailfeur , fur laquelle on doit couler le plomb pour le réduire" en tables.
- 51. Le fable qu’on emploie à Paris , & le plus propre à cette opération, eft celui que l’on trouve dans les lablonnieres deBelleville , vers le Pré-Saint-G'ervais : il eft d’une belle couleur ; il n’eft pas feulement propre à couler le plomb, les fondeurs en cuivre en font ufage ; il fert aux potiers de terre pour allier avec la glaife. Les plombiers s’en fervent un an entier fans le changer; après ce tems-là ils fout dans l’ufage de le renouveîler, parce qu’aîors il eft trop calciné, 8c n’eft plus bon à aucun ufàge. Les plombiers qui ne feront point à portée de s’en procurer , doivent s’étudier à découvrir dans leur voi-finage le fable qui peut le plus leur convenir. En général, il faut fe fervir du fable le plus doux & le plus fin qu’on puiife trouver.
- - f2. La caiife de ce moule qui contient la couche de fable eft fermée, îorfqu’on 11e s’en fert pas, d’une grande couverture de charpente , diviiee en plufieurs pièces portatives , afin d’avoir la facilité de l’enlever quand on veut y couler quelques tables. Cette couverture eft faite pour empêcher la poulfiere d’y entrer. Ce moule ne laifle pas que d’être utile îorfqu’on n’y coule pas: étant fermé avec fa couverture, il forme un long 8c large établi qui peut fervir à plufieurs chofes. Les plombiers en font un endroit de décharge où ils mettent tantôt des rouleaux de tables qui peuvent embarralfer l’attelier, tantôt quantité d’autres uftenfiles qui ne les empêchent pas d’y rouler en même tems leurs tuyaux & de les y fouder , d’y tracer leurs cuvettes , de les couper, &c. comme on le verra dans les chapitres qui concernent ces fortes d’ouvrages, où nous en avons fait la defeription.
- f3. La poêle B, qui eft au bout de ce moule, & dans laquelle on tranfi porte 1e plomb de la chaudière pour le couler fur le fable , ,eft de cuivre ; elle eft évafée par-devant comme un éventail ouvert : fou fond eft rond ainfi
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- que Tes côtés ; par-devant elle a un pied quatre pouces de large ; Ton talon n’a qu’un pied; le pourtour de fes côtés eft fait en forme de bourrelet, & vient fe terminer en mourant vers le devant de la poêle : elle reflemble aflez exactement à un van à vanner le bled, excepté qu’elle eft moins large : voilà toute la différence, comme on peut le voir pl. I , Jig. 7. Elle eft enfermée dans un chaftis de fer qui a une queue de deux pieds de long, pour aider les compagnons à la lever plus aifément, fig. 6. Cette poêle avec fou chaftis, fe place toujours au haut du moule : elle eft foutenue fur un tréteau I, fig. 5 & 14, fait de bois de charpente dreifé à cet effet, que la plupart des plombiers couvrent d’une plaque de plomb, pour la garantir de la^chaleur que communique à la poêle & à fon chaftis le plomb qu’on y met.
- 5-4. Ce qu’on nomme Varrofoir eft véritablement un entonnoir de fer-blanc , femblable à celui dont on fe fert pour remplir les bouteilles ; toute la différence qu’il y a, e’eft qu’il eft un peu plus grand, comme on l’a déjà vu , fig. 8-
- Le labour E, fig. f & 9 , eft un outil fait comme les beches dont les jardiniers fe fervent pour labourer la terre.
- 5'6. Le rablQ, fig. f , 10 & 14, eft une réglé de bois d’un pouce depaifleur, & de toute la largeur du moule : il a aux deux bouts deux petites entailles , dans lefquelles entrent les deux bords du moule, fur lequel on l’appuie dans le milieu : il a un manche d’environ trois pieds de long, pour donner la facilité de le faire couler d’un bout du moule à l’autre.
- f 7. La plane G ,fig. f & 1 ï , eft une plaque de cuivre qui a environ un pied en quarré ; l’une de fes furfaces eft polie, & l’autre porte une poignée qui lui eft attachée.
- f8. La truelle, 12, eft femblable à celles dont les maçons fe fervent pour leurs ouvrages, comme 011 l’apperçoit par la figure.
- 5‘9- La cuiller H, fig. 2 & , eft un vafe rond qui a huit pouces de dia-
- mètre fur deux de profondeur : elle a une queue k de neuf pouces de longueur , & elle reflemble à une caflerole de cuifine : elle contient environ vingt-cinq ou trente livres de plomb; c’eft de cette cuiller dont fe fervent les ouvriers pour tranfporter le plomb fondu & purifié de la chaudière dans la poêle.
- 60. La ferpette ,fig. if , eft femblable à celle des vignerons; le manche A a environ quatre pouces de long fur un pouce de diamètre ; fa lame B eft recourbée & tranchante : il y a une petite élévation C fur le dos de <;ette ferpette, fur laquelle on frappe pour la faire entrer plus aifément dans les corps que l’on veut divifer. Les plombiers s’en fervent pour féparer la table coulée fur le fable, de fes rejets, comme nous le dirons dans la fuite.
- 61. Enfin le levier , fig. 16 , eft un morceau de bois rond , d’environ fix
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- pieds de long : on s’en fert à enlever chaque table de deffus le moule , afin d’avoir la commodité d’en couler une nouvelle : le milieu A eft plus gros que fes extrémitésj Tes deux bouts C , D, forment une petite poignée qui empêche la main de gibier.
- 62. §. IL De la préparation du moule. CetTE préparation demande quatre différentes opérations: i°. il faut en arrofèr le fable ; 2° le labourer; 30. le rabler; 40. enfin le planer. Pour l’arrofer , il faut commencer par enlever la table qui couvre le moule ; en fui te on prend l’arrofoir qu’on remplit d’eau , après en avoir bouché l’orifice avec le pouce ; on le porte de cette maniéré fur le moule : on retire le doigt qui retenait l’eau, on la laiffe couler furie fable, dont on arrofe toute la furface en allez grande quantité pour que l’eau puitfe pénétrer & détremper toute la profondeur de fa couche : il faut enfuite la labourer.
- 63. §. III. De la maniéré de labourer le fable apres l'avoir arrofê. On entend par labourer le fable qui eft dans le moule , le bêcher : on prend à cet effet foutil qui eft propre à cette opération ; on l’enfonce dans le fable comme un jardinier enfonce fa beche dans une terre qu’il veut préparer à quelque plantation ; toute la différence qu’il y a , c’eft que l’un fait fon ouvrage avec le pied, au lieu que l’autre ne le fait qu’avec la main : du refte, il s’enfuit le même effet. Toute la furface du fable eft couverte de mottes qu’on amoncelé les unes contre les autres pour les faire fécher.
- 64. §. IV. Delà maniéré d'écrafer les mottes. Après avoir retourné ainlî fà couche de fable, 011 la nivelle : on fe fert pour cet effet du rable, qu’on fait couler d’un bout du moule à l’autre; par fon moyen on pulvérifedes mottes & on rend la couche de fable unie autant qu’elle peut l’être après cette première opération. Cela ne fufïit pas ; il faut encore la planer.
- 65. §. V. De la maniéré de préparer la plane. i°. ÜN la fait chauffer. Il eft une façon de l’avoir chaude dans le moment ; au lieu de la laiifer une demi-heure devant le feu , & de perdre fon tems à attendre , on ne fait que la pofer légèrement fur la furface du plomb qui eft en fonte dans la chaudière , & dans l’inftant elle eft brillante. Il eft pourtant bon d’obferver que cette façon de faire chauffer la plane , qui eft la plus prompte, n’eft pas la meilleure , & qu’il vaudrait mieux qu’elle fût préfentée à la chaleur immédiate du feu : les ouvriers en conviennent; mais comme ils préfèrent le moyen le plus expéditif, ils choisirent ordinairement le premier expédient. Soit qu’on la faffe chauffer en la préfentant au feu , ou en la pofant fur la furface du plomb qui eft dans la chaudière , il eft aifé de fentir qu’il faut avoir la précaution de fe garnir les mains avant de la prendre; pour cet effet les ouvriers ont coutume de fe faire une poignée de vieux chapeau , ou de prendre quelqu’autre chofe lembîable , capable de les empêcher de fe brûler. z°. Avant d’ap-
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- puyer cette plane fur le fable , il faut avoir l’attention de frotter le côte qu’on y doit appliquer , avec de la graille, pour la rendre plus douce. Les plombiers font en ulage d’en faire un petit fachet qui fert à plusieurs fois ; c’eft-àydire , ils en renferment dans un linge un morceau de la grofleur environ d’une noix, qu’ils palfent de tems en tems fur la plane.
- 66. VI. De La maniéré de paffer la plane Jiir le fable. Il faudra faire attention à deux chofes : 18. qu’elle ne foit pas trop chaude , parce qu’elle fé-cherait le fable, qui rendrait le plomb qu’on doitjy couler , graveleux. z°. Il ne faut pas non plus qu’elle foit trop froide, parce qu’alors le fable n’ayant pas perdu aifez de fon humidité, bourerait le plomb , ( c’eft le terme de l’art) & l’empêcherait de couler. Etant prévenu de ces inconvéniens, on palfe la plane fur la couche de fable qui eft dans le moule, d’un bout à l’autre avec la même légéreté qu’une repafleufe conduit fon fer fur fon linge. Par cette quatrième & derniere opération , le iable devient uni comme une glace, & eft déjà prêta recevoir le plomb qu’on doit y couler ; mais avant d’en venir là, il faut avoir l’attention d’ouvrir des folles au bout de la couche du fable, c’eft-à-dire , des/récipiendaires pour recevoir la quantité de plomb qui excédera celle qu’il faut pour chaque table : fans cette précaution , le plomb reviendrait fur lui-même , 8c ferait que la table ferait plus épaifle à un endroit qu’à l’autre, 8c par conféquent ne ferait point unie.
- 67. §. VII .{Delà maniéré d'ouvrir les foffes du bout du moule. Lf.S plombiers entendent par fojfés, deux trous qu’ils font pour .l’ufage que nous avons dit plus haut. On ouvre ces folles avec la truelle ; 011 en fait toujours deux , pour diviler en deux le plomb qui doit y tomber , afin de l’enlever plus aifément.
- 68. Les foliés dont nous venons de parler deviendraient inutiles ou pref-qu’inutiles, fi le plomb qu’on coule fur la couche de labié qui eft dans le moule n’y parvenait pas aifément -, il vaudrait autant ne les avoir pas faits, parce que le plomb reviendrait également fur lui - mèmè. Il faut donc faire en-forte que la couche où il doit être coulé foit faite de telle maniéré qu’elle aille en pente , pour que le furplus du plomb qui excédera ce qu’il faut de matière pour chaque table , puille couler dans ces foliés : 011 doit faire cette pente avec la plane. Quand les foliés feront ouverts, on la repaiera fur la couche, 8c on la preifera par degrés & à mefure qu’on s’approchera de fes extrémités qui font du côté des foliés, en telle façon que cette couche de fable ait au moins deux pouces de pente. Comme il eft un moyen de rétrécir cette couche autant qu’on veut, & que nous n’aurions plus occalion d’en parler dans le oours de cet ouvrage , j’en dirai un mot ici.
- 69. §. VIII. De la maniéré de rétrécir le moule. J’ai entendu expliquer ici la façon de travailler la couche entière du fable qui eft dans le moule , parce que j’ai fuppofé qu’on voulait des tables de cette largeur. Si on en voulait de moins
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- larges ,on fe(fervirait de ce qu’on nomme Véponge \ c’eft une planche qui eft portative : elle a la hauteur des côtés du moule , & elle eft de toute fa longueur intérieure ; on la fait entrer dans le fable par le moyen d’un folfé qu’on y fait & que l’on recomble tout autour pour l’affermir , après l’y avoir fait entrer. Pour la rendre plus folide , on a coutume de mettre entre les côtés du moule & cette éponge, des morceaux de bois : par-là on viendra à bout de rapprocher les côtés du moule autant qu’on voudra, & Ion fera des tables de toutes les largeurs ; du refte le travail eft le même.
- 70. Revenons à la maniéré de difpofer fon plomb à être coulé. Cette opération confifte, 1?. à le tranfporter de la chaudière dans la poêle; i°. à favoir connaître de degré de chaleur qu’il doit avoir pour pouvoir être verfé fur le moule.
- 71. IX. De la maniéré de tranfporter dans la poêle le plomb qui doit être coulé. Lorsque le plomb fera bien purifié , & que le moule fera tout prêt à le recevoir , on le tranfportera dans le vafe que nous venons de nommer, c’eft-à-dire, dans la poêle que nous avons décrite plus haut, & qui eft toujours établie au bout du moule pour recevoir en premier lieu le plomb qui doit être coulé fur le fable, afin de s’y réduire en tables. Pour cet effet il faudra avoir des bottines aux jambes , pour éviter les gouttes de plomb qui peuvent tomber en le tranfportant d’un lieu à l’autre. Ôn prendra enfuite la cuiller H, que nous avons également décrite plus haut, avec une poignée de vieux chapeau , pour ne pas fe brûler : on la plongera dans la chaudière , comme on le voit fig. 2 de la vignette, pi. I; onia portera aufli pleine qu’on pourra au lieu qui lui eft deftiné , & on l’y verfera. On y reviendra un aufli grand nombre de fois qu’011 verra que cela fera néceffaire, félon la grandeur des tables que l’on voudra faire. On 11’en faurait marquer le nombre , parce que, comme il n’eft pas d’une néceflité abfolue que toutes les cuillers foient de la grandeur de celle dont j’ai parlé , il pourra fe faire qu’on en ait de plus grandes ou de plus petites ; mais tout ce qu’il faudra remarquer, c’eft qu’il fera néceffaire de compter la première fois le nombre des cuillerées qu’on mettra dans la poêle. §i ce nombre fe trouve fufïifant pour les tables dont on aura befoin , 011 continuera toujours de même : s’il n’eft pas fuffifant, on en mettra jufqu’à ce qu’on ait trouvé à peu près Ja quantité qui convient. En générai, il faut en mettre plus que moins, parce que dans ce dernier cas on ferait forcé de recommencer la table ; au lieu que dans le premier cas le furplus du plomb tombera dans les foffés que j’ai prelcrit d’ouvrir à l’extrémité de la couche du fable; & le travail & la peine , de cette maniéré , ne feront point perdus.
- 72. §. X. De la maniéré de connaître le degré de chaleur que le plomb doit avoir pour être coulé. Il eft néceffaire que le plomb ait un degré de chaleur convenable pour être coulé, & pour que les tables réuiîiffent ; il faut qu’il ne foit ni trop chaud ni trop froid, parce que dans le premier cas il creuferait Tome XI11. ' M m m
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- le fable & s’éraillerait, & que dans le fécond cas il fe coagulerait, s’amonce-lerait fous le rable, & ne coulerait pas jufqu’au bout du moule ; par confé-quent les tables feraient manquées, & on ferait forcé de les recommencer ou en entier ou en partie. Pour y obvier, il faut avoir une grande attention à obferver l’inftant où il aura acquis le degré de chaleur qu’il doit avoir pour être coulé; cela eft très - facile à connaître. Lorfqu’on verraqu’il commencera à s’attacher aux bords de la poêle, c’eft une marque qu’il eft au point où il doit être ; s’il ne s’y attache pas, c’eft une preuve qu’il ne l’a pas encore acquis, par çonféquent, qu’il eft trop chaud: il faudra attendre; ou, Il l’on veut, il eft un moyen de le lui donner dans l’inftant : on y mettra des morceaux de plomb froid, de fîx livres , de dix, &c. jufqu’à ce qia’ils opèrent l’effet que nous avons dit ci- deffus ; & lorfqu’il fera enfin au degré qu’il doit avoir pour être coulé, il faudra s’y difpofer au mèmeinftant, en obfervant ce qu’on va dire à ce fujet.
- 72. XL De la maniéré de couler 1e plomb fondu & purifié, & de le rabler. Il faut commencer par prendre le rable F, comme on le voit à la vignette , fig. f4 , le pofer fur les bords du moule qui font du côté de la poêle, & le tenir un peu ferme ; il formera un petit pont, par l’efpace qu’il y aura entre le rable & le fable, qui a été fait par la plane qu’on a appliquée fur la couche après l’avoir râblé, & qui a aifaiffé lafurface de cette même couche d’environ deux lignes. Deux ouvriers prendront enfuite la queue de la poêle G, comme on le voit dans la même vignette, la lèveront & en répandront le plomb fur le moule , fans fe -précipiter ; le plomb D s’étendra fur la couche du fable E , & paffera à travers l’efpace F, qui eft entre le rable & le fable, & s’étendra également fur toutes les parties du moule. Lorfque l’ouvrier qui tient le rable verra que le plomb eft déjà parvenu aux trois quarts du moule, qu’il commence à perdre de la force, qu’il ne coule plus atfez vite & voudrait chercher à s’amonceler , il le rejetera avec le rable du côté des folies G H ; il fera quelques pas en arriéré enfuite, & repafferafon rable fur toute fa table , pour faire couler dans les foffés le plomb fùrabondant, comme on fait tomber avec une râpe le grain qui furpade les bords du vafe où on le mefure. Les tables auront plus ou moins d’épaiifeur, félon la capacité & Padreffe de l’ouvrier ; cela vient encore du,plus ou du moins de chaleur que le plomb aura.
- 74. Il eft pourtant en général un moyen de les rendre plus ou moins epaiffes ft l’on veut ; c’eft d’appuyer plus ou moins la plane fur le fable : moins on la prelfera , & moins il y aura de vuide entre le fable & le rable, par confé-quent les tables en feront plus minces. Ce n’eft pas un petit talent que de couler & rabler proprement fes tables 8c de les rendre bien minces : c’eft à cette adreffe qu’on reconnaitles bons ouvriers ; comme c’eft de là d’où dépend en partie la propreté de prefque tous les autres ouvrages , on ne faurait y apporter trop d'attention.
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- ; 7f. XII. Des Joins qu'il faut avoir apres que le plomb ejl coulé. COMME le plomb eii refroidiffantjfe retire ^toujours environ un pouce fur quatorze pieds, & .que la pefonteur.de celui qui eft entré dans les folfés lui oppoferaife un obftaclè qui ferait capable de- faire rompre le milieu de la table & da forcer Pouvrierlà la recommencer , auffi-tôt que le plomb fera tombé dans les folfés G H, il faudra prendre la ferpette A , fig. i f , avec laquelle on coupera chaque table aux bords des foliés G H, en la frappant avec la batte ronde A, fig. 17, afin de la féparer du plomb qui y eft entré ; on les détachera en outre à l’autre bout du moule, fi par hafard elles y prenaient ; on en fera de même tout autour du moule , fi l’on voit quelqu’endroit où il foit befoin de le faire.
- 76. 5* XIII. De la maniéré de faire des anneaux aux rejets qui font tombés dans les fojjés , afin de les en retirer plus aifément. COMME le plomb qui tombe dans les folfés, & qu’011 nomme rejet , ne lailfe pas que d’être confidérable , quoiqu’il foit divifé en deux parties par le moyen de la féparation qu’on pratique entre les deux foliés, il ferait prefqu’impoffible de l’en retirer avec les mains ; c’eft pourquoi il faut fe fervir d’un moyen qu’on a imaginé, de faire aux rejets de chaque table des anneaux ou anfes , afin d’avoir plus de facilité de les enlever des folfés où ils font entrés. On aura donc foin , dans le même tems que les tables feront coulées, de jeter des gâches dans le plomb qui eft entré dans les folfés G H, pendant qu’il eft encore chaud , afin qu’elles fervent de poignées pour l’en retirer commodément, quand le plomb y aura pris &' s’y fera attaché en refroidilfant. Ces gâches font de fer & forment un demi-cercle , dont les deux bouts font, à crochets. A proprement parler, elles ne font point faites pour cet ufage; les plombiers n’en tiennent chez eux que pour fervir d’attaches aux tuyaux des defcentes, comme nous le dirons dans la fuite. Mais comme les ouvriers en ont toujours fous leurs mains, ils peuvent s’en fervir préférablement à toute autre chofe , & même nous le leur confeil-lons. En effet, elles font très - propres à cet ufage , parce qu’elles forment un anneau , comme nous l’avons dit, auquel le plomb s’attache , & qu’il eft fort aifé de prendre avec la main.
- 77. §. XIV. De la maniéré déenlever les tables de deffus le moule. APRÈS que le plomb coulé aura couvert, comme on le voit dans la vignette ,fig. 14, toute la couche du moule, & que la table A, fig. 1 , aura refté quelques inf-tans fur le fable, c’eft - à - dire, le tems de prendre & de durcir, il faudra l’enlever de deflùs de moule B , pour y en couler de nouvelles ; 011 ne doit pas at< tendre qu’elle foit froide, parce qu’il ferait trop difficile de la rouler ; il faut donc au même inftant commencer à la plier par fes deux bouts C D, qui font du côté de la poêle E, prenant des morceaux de chapeau ou des vieux linges, pour 11e pas fe brûler : pn taillera un vuide dans le milieu, pour que le
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- levier y puiffe entrer. On fe met ordinairement deux pour cette operation ; un la roule avec la main d’un bout, l’autre à l’autre bout l’aide avec fon pied o , monté fur le moule & marchant fur fes bords en s’appuyant à la muraille ; l’ouvrier qui eft à terre tient un bourfeau dans la main droite, & la frappe à mefure qu’ils la roulent, pour empêcher qu’elle ne fe boffele, ainfi qu’on le voit dans la vignette, fig. i. On doit avoir l’attention de ne pas marcher fur le fable ni pied nus ni chauffés, par la raifon que lion y marchait pieds nus, on fe brûlerait, & de l’autre maniéré on gâterait le fable > mais les rebords du moule étant affez larges pour y marcher , on doit s’y tenir. Il n’eft pas bèfoin de recommander que le pied qui appuie fur la table A, & qui aide à rouler, foit chauffé ; cela parle de foi-même. Cette maniéré de rouler les tables devient néceffaire pour rouler même les moins larges ; mais elle eft encore bien plus importante lorfque les tables font de toute la largeur du moule, & qu’elles n’ont pas été rétrécies par le fecours de l’éponge , parce qu’alors il ferait plus pénible , pour l’ouvrier qui eft à terre , d’alonger fî loin fes bras : au refte, on continuera d’opérer ainfi jufqu’aux foffés.
- 78* Quand toute la table A fera repliée fur elle-même en forme de rouleau , on l’enlevra de deffus le fable} pour cela il faudra prendre le levier, qu’on fera paffer dans l’efpace A B, fig. % , que j’ai dit de laiffer dans le milieu de chaque rouleau, en commençant à les rouler ; enfuite deux ouvriers prendront le levier par fes deux extrémités C D , 6c avec lui enlèveront chaque table de deffus le moule &' la placeront dans l’endroit le plus convenable de l’attelier ; s’ils veulent la mettre fur le bout, un d’eux le courbera & appuiera par terre le bout du levier qu’il tient, l’autre la fera couler & la mettra droite ; s’ils veulent au contraire la coucher , ils fe courberont tous deux , la poferont à terre & en retireront le levier pour l’avoir tout prêt à s’en fervir à retirer les autres tables de deffus le moule , à mefure qu’elles feront en état de l’être.
- 79. §. XV. D& ce qu^iL faut faire des tables manquées. Comme il eft extrêmement rare & même impoflible de réuflir à toutes les tables qu’on coule, fans en manquer quelques-unes, & qu’au contraire il s’en trouve plufieurs qui ne font bonnes qu’à refondre, il faudra alors les brifer à l’endroit ou fera le défaut, en autant de morceaux que cela fe pourra, afin que le fardeau foit moins lourd, & on les rapportera dans la chaudière afin de les y faire refondre : il faudra fe mettre plufieurs ouvriers fi ces morceaux font pefans.
- 80. XVI. De ce qiiil faut faire quand le défaut fe trouve au milieu de la table. Il, eft bon de faire remarquer ici qu’il arrive fouvent que les tables manquées 11e font pourtant pas toujours toutes mauvaifes & toutes à jeter ; qu’il peut arriver qu’il n’y ait qu’un feul défaut dans ces fortes de tables ,
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- tel, par exemple, que pourrait être un>narron qui a été occafionné par un iàble trop humide, & qui s’élève au milieu d’une table : ou du moins une partie peut être bonne fi l’autre moitié eft mauvaife j il ne faut pas alors tout fàcrifier. On ne fera refondre toute la table que dans le cas où 011 n’en pourra pas tirer parti : fi elle eft bonne jufqu au milieu, on confervera cette partie $ il 11e faudra fimplement couper que ce qui ne peut pas fervir s cela fera fort aifé à faire avec la réglé , le couteau & le marteau j il peut fe trouver des ouvrages auxquels on pourra l’employer > on peut s’en fervir, par exemple , pour faire des cuvettes, des godets, des gouttières, &c. Il ferait donc inutile de recommencer ce qui pourra fervir. Les défauts de cette table retranchés , on la roulera de la même maniéré que fi elle était entière, en rapportant dans la chaudière les morceaux qui ne pourront pas fervir , ainfi que nous l’avons expliqué plus haut.
- gl. XVII. De ce quilfaut faire des rejets. On enlevera de même chaque rejet des foifés G H, en palfant le levier dans l’anneau de la gâche ; 011 portera le tout dans la chaudière ; le plomb fondra, & alors on verra les gâches , détachées du plomb, flotter fur fa furface, & on les en retirera facilement. Quand on aura enlevé les tables de deifus le moule , on retravaillera le Cible comme fi l’on n’y avait coulé aucune table j c’eft-à-dire, on l’arrofèra, on le labourera , on le rablera & on le planera > on en fera autant à chaque fois qu’011 voudra y couler de nouvelles tables ; toute la différence qu’il y a, c’eft que comme le plomb échauffe beaucoup le fable, il faudra avoir attention qu’il 11e conferve pas trop de fa chaleur lorfqu’on y coulera de nouvelles tables, par les rifques & les inconvéniens qu’il y a à craindre d’un plomb trop chaud. O11 vient de voir une maniéré de couler le plomb ; comme l’une parait être une fuite de l’autre, nous allons en donner une autre dans l’article fuivant, différente de celle - ci.
- Article II.
- Des tables coulées fur toile.
- ga. Nous venons d’expliquer la façon de couler les tables de plomb fur le fable , il eft encore une autre maniéré de jeter le plomb lorfqu’on veut qu’il foit par tables fort minces & fort égales , c’eft fur l’étoffe ou drap de laine qu’on met à la place du fable. Comme cette opération différé en quelques chofes de la première, il eft bon de la détailler dans cet article, afin de la mieux faire fentirf 11 faut d’abord avoir de ces fortes de moules , qu’on nomme moules à toiles ; il eft une certaine maniéré d’apprêter ces moules & d’y vorfer le plomb, qui eft différente de la façon de le verfer fur les autres moules j cela demande par conféquent des détails dans lefquels nous fommes forcés d’entrer.
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- 83. §. I. Des moules à toile. Il y a deux fortes de moules en fait de coulage fur toile : l’un eft bordé par un chaffis A , B , fig. 1 ,/?/./!, des deux côtés, & n’exige pas un rable dilférent de celui des moules à fable : l’autre n’eft bordé que d’un côté feulement, fig. 2 & 3 ; l’autre côté B eft égal à la table ; il faut par conféquent pour ce dernier un rable différent de ceux dont nous avons parlé jufqu’ici, comme nous le dirons en fon lieu : du refte , ils font conftruits de la même maniéré que nous l’avons fpécifié plus haut. On les fait de telle longueur qu’on veut ; mais ordinairement ils font moins longs que les autres moules, du moins le dernier, parce qu’on ne s’en fertque pour y fabriquer tout ce qu’il y a de plus mince en tables. Pour le premier, comtne^on peut y fondre des tables de l’épaiffeur de celles qu’on coule fur les moules à fable, il a ordinairement leur longueur. On fufpend au bout de chaque moule une lingotiere pour former une elpece de folle & recevoir le furplus du plomb, fig. 4.
- 84. §• II. De la façon d'apprêter (un & Vautre de ces deux moules avant 'd’y couler le plomb. Ces deux moules s’apprêtent de la même faqon. Comme il 11e fuffirait pas que le moule fur lequel on veut couler le plomb ne fût couvert que d’une fimple toile, parce qu’il faut que le plomb foit jeté fur une couche un peu molle & qui prête #dl faudra mettre une étoffe ou drap entre la table du moule & la toile où le plomb doit être coulé , qui fera le même effet que le fable. Comme le plomb ne pourrait pas couler fur une étoffe qui ne ferait point unie, ou que s’il n’était point arrêté par fes rcpl s il fe bolfelerait „ il faut avoir l’attention de tendre fon drap ou fon étoffe le plus qu’il fera'poffible , en la clouant aux rebords de la table du moule ; enfuite on mettra par-deflus cette étoffe ou drap , une toile ou treillis fin , qu’on aura également le foin de bien tendre , par la même raifon que celle que nous venons de dire. Cette toile eft ordinairement du coutil, parce que c’eft celle qui eft la plus propre à cette opération; les autres toiles s’enflamment trop aifément.
- 8S- Il ne fuflfit pas que cette toile foit bien tendue ; il faut encore qu’elle foit graiffée , afin qu’elle adouciffe & rafraîchiffe le plomb qu’on y coule, & que les tables aient moins dacreté & foient moins fujettes à fe calfer. Voici comme on s’y prend pour graiffer la toile. On enferme de la grailfe dans un linge ; c’eft ordinairement du fuif de chandelle, parce qu’une graille plus cliere ne ferait pas plus d’effet, & occafionnerait une dépenfe inutile. On la préfente devant un réchaud de braife qu’on tient à côté de foi ; on en frotte à plusieurs fois la toile où le plomb doit être coulé d’un bout à l’autre. On peut egalement faire fondre de la poix-réfine gralfe, & avec un pinceau en frotter cette même toile; cela reviendrait au même.
- §6. §. III. De la pente que doivent avoir ces efpeces de moules. COMME on ne fe fert de ces moules que quand on veut faire des tables extrême-
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- ment minces , ainfi qu’on l’a déjà dit, il faut que le plomb qu’on veut y employer n’ait pas le tems d’y féjourner autant que fur les autres moules, c’eft-à-dire les moules à fable , où il ne coule pas extrêmement vite, n’ayant environ que deux pouces de pente dans le trajet qu’il parcourt depuis la poêle d’où on le verfe jufqu’aux folfés que l’on ouvre au bout de chaque moule. Pour cet effet, il faudra donner à ces fortes de moules une pente d’environ douze ou quatorze pouces,au lieu de deux. Le rable le conduira plus aifément; le plomb même fe précipitera plus promptement au fond du moule, & par-là les tables en.feront moins épaiffes. Ileftqueftion maintenant de donner l’explication de la maniéré dont il faut s’y prendre pour couler le plomb fur ces efpeces de moules.
- 87. §. IV. De la façon de connaître le degré de chaleur que le plomb doit avoir pouï être coidê. Il n’ell pas ici moins nécelfaire que dans le chapitre précédent, de connaître le degré de chaleur que le plomb doit avoir pour qu’il puiife être coulé, pour deux raifons : la première, afin que le plomb s’étende aifément ; la fécondé , pour qu’il ne brûle pas la toile ou l’étoffe fur laquelle on le coule. On peut fe fervir , pour cet effet, des moyens que nous avons donnés plus haut; mais il y a une autre façon de le faire, qui quoique différente de la première, n’eft pas moins aifée. Il faut prendre un morceau de papier & le jeter dans le plomb qui eft deftiné pour être coulé; s’il brûle & s’enflamme , c’eft une preuve que le plomb eft encore trop chaud , & qu’il enflammerait également la toile ou le drap fur lequel ou le coulerait; il faut en ce cas lui donner le tems de fe refroidir. Si au contraire le papier 11e rouf, filfait qu’un peu , c’eft une marque qu’il n’aurait pas allez de chaleur ; alors il. faudrait le réchauffer au point où le papier tienne le milieu^ entre s’enflammer & ne jaunir qu’un peu.
- g g. V. De la maniéré de ver fer le plomb fur le moule à deux bords. Il faut d’abord avoir le foin de prendre un rable C, tel que celui dont on fe fert pour les moules à fable ; 011 le pofe de même fur les bords du moule , à quelque diftanGe de l’endroit où doit fe faire le coulage du plomb , d’où on l’atteint, comme on le voit fig. 1 ; enfuite on prend une cuiller, fig. f , un peu grande , qui contient environ trente à trente-cinq livres; on l’emplit de plomb qu’on veffe fur la toile le plus promptement qu’on peut, afin qu’elle ne s’enflamme pas, ce qui arriverait fi on ne précipitait le coulage. Quand le plomb aura paffé au-delà du rable & fera environ au milieu du moule, oa relèvera le rable en fe jetant en-arriere ; 011 le repofera fur-le-champ à deux pieds plus haut pour reprendre toute la table , & l’on repoulfera le plomb par fon moyen dans la lingotiere fufpendue au bout du moule pour le recevoir de la même maniéré que nous l’avons dit dans le chapitre précédent. Comme la faqon de couler le plomb fur le fécond moule eft différente en quelque chofe , il eft nécedaire d’en parler.
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- 89. §. VI. De la maniéré de verfer le plomb fur le moule à un feul bord. Comme ce moule n’a qu’un bord, il lui faut un rable différent de celui dont j’ai parlé ; on en a un fait de trois morceaux de bois A, B, C, affembles quarrément & d’égale hauteur, comme on le voit fig. 6 > ceux des deux côtes ont environ douze ou quatorze pouces de long ; ils vont en diminuant fur'le devant en forme de deux angles aigus, & ne confervent leur hauteur qu a l’endroit où ils font affem blés avec la piece A du milieu, qui a fept ou huit pouces de haut fur une longueur égale à la largeur que l’on veut donner à la table de plomb qu’on doit couler : il a de plus un double manche D , E, pour le prendre , & une traverfe F, pour foutenir fes côtés. Après que la toile eft graiiféc , 011 pofe ce rable au haut du moule en le tournant comme on le voit fig. 3 ; avant d’y verfer le plomb on y met une carte pour lui fervir de fond , & empêcher que la toile ne brûle pendant qu’on y verfe le plomb pour faire la table , & qu’il y féjourne. Le plomb eft arrêté d’un côte par le chaftis du moule, de l’autre côté par les rebords du rable ; on eft le moins de tems qu’il eft poilible à le couler. Aulli - tôt que cette opération eft faite, deux ouvriers qui doivent tenir déjà les manches de ce rable, le font gliffer dans un inftant d’un bout du moule và l’autre, jufqu’à la lîngo-tiere qui eft au bout du moule, dans laquelle ils font tomber le fur plus du plomb néceflàire à faire ces fortes de tables. Ils doivent avoir l’attention de le conduire fur une même ligne , pour que la table ne foit pas plus large d’un côté que d’un autre ; cela eftaifé à faire en tenant le rable toujours contre le rebord du moule. Il faut aufti faire enforteque la carte ou carton qui eft au fond du rable ne fuive pas, parce qu’elie ferait manquer la table ; dans ces rifques il vaut mieux l’attacher : moins on eft de tems à faire glilfer le rable, moins épaiffe eft la table. Les ouvriers doivent donc avoir foin de ralentir ou de précipiter cette opération à proportion de l’épaiffeur qu’ils veulent donner à leurs tables.
- 90. §. Vil. De la maniéré de relever ces tables de dejfus le moule. Il faut avoir un couteau; on paffe fa lame entre la table & la toile, afin de la détacher & de pouvoir la prendre; enfuite on la roule toute entière : comme elle eft pour l’ordinaire extrêmement mince, ainfi qu’on le voit fig. 7, 011 prend garde de ne pas la caffer ; 011 l’enleve enfuite de deffus'le moule, afin qu’il foit tout prêt à en recevoir d’autres ; on la met à un coin de l’atteîier , on détache enfuite la lingotiere qui eft au bout du moule, & qui n’eft fufpendue qu’avec des crochets , pour ey ôter les rejets, ou autrement dit , les excé-dens de la table qui vient d’être coulée , les rapporter dans la chaudière & les faire fondre de nouveau.
- 91. §. VIII. De l'ufâge de ces tables. Ces tables fervent à toutes fortes de petits ouvrages. On les emploie fur les toits à couvrir des chevrons de
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- bois, de petites lucarnes, & à plufieurs amortiffemens : on le^ emploie fur-tout dans les bâtimens ; on les met entre les joints des pierre^ fondamentales pour les alfeoir plus folidement : il en eft entré une grande quantité dans les bâtimens du Louvre. On s’en fert auffi pour les clochers , en leur donnant toutes fortes de formes , en les coupant tantôt en quarré , en cœur , &c. Mais cette maniéré de couler le plomb eft devenue peu en ufage depuis qu’on a inventé le laminage. Les tables de la manufacture ont fait tomber les anciennes, parce qu’il eft plus aifé de les faire de l’épailïeur qu’on veut. On ne trouve plus de moule à toile ; & s’il en exifte quelques-uns , ce n’eft plus que dans les provinces qui ne peuvent fe procurer que très - difficilement des tables de la manufacture. Pour les plombiers qui ont un laminoir, ou qui font à portée d’en faire venir des tables, ils ne fondent plus de ces tables fi minces : cela me donne occafion de parler du laminage dans le chapitre fuivant.
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- CHAPITRE III.
- Bu laminage. < ''
- 92. PRÈS avoir décrit comment les plombiers coulent leur plomb fur le fable & fur la toile pour l’y réduire en tables, il me paraît à propos de parler du laminage , & d’expliquer comment, en profitant de la duCtilité du plomb, on eft parvenu par le moyen de deux cylindres de fer à fournir des tables de différentes largeurs , & précifément de l’épaiffeur qu’on defire , beaucoup plus régulièrement qu’on ne le peut faire par les méthodes que nous avons expliquées. C’eft ce que nous nous propofons de faire dans ce troifieme chapitre , que nous diviferons en quatre articles : dans le premier nous donnerons une courte differtation fur le laminage , avec le plan de l’attelier ; dans le fécond , nous parlerons de la manière de fondre & de couler les tables propres à être laminées ; dans le troifieme , nous détaillerons toute la mécanique du laminoir , afin de donner la plus exaCte connaiffance qu’il nous ferapoffib’e de cette belle machine qu’on 11e iaurait trop admirer, & d’en faire mieux fentir les différentes opérations : dans le quatrième enfin , nous traiterons de la façon de s’en fervir.
- Article premier.
- • Differtation fur le laminage, avec un plan de tout l’attelier. '
- 93. On fait que dans les monnoies on paffe l’argent’, l?or & le cuivre par des laminoirs, pour réduire ces métaux à une ;épaiffeùr üïiiforme & conve-' Tome XIII. J 1.......... " ' * r”N n n ‘ “ -
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- nable pour les monnoies qu’on fe propofe de fabriquer. Les orfèvres laminent aulfi leurs métaux pour les réduire promptement à l’épailfeur qui convient pour leurs ouvrages. Les laminoirs pour le plomb font, à la force & à la grandeur près , prefque femblables aux laminoirs des orfèvres & des monnoyeurs.
- 94. Il y a environ quarante ans qu’une compagnie fe propofa d’établir en France des laminoirs pour le plomb , qui étaient depuis long-tems employés en Angleterre avec fuccès. Les lamineurs commencent, à la vérité, par couler leur plomb en tables à peu près comme les plombiers ; mais ils les tiennent épaiifes de quinze à dix-huit lignes, & enfuite les réduifent à Tépaifleur précife qui convient aux ouvrages qu’on fe propofe de faire, en les pallant, comme nous l’avons dit, entre deux cylindres ; ce qui réduit les tables à une épailfeur uniforme dans toutes leurs parties.
- 9^. Outre que la perfection de ces tables laminées était fenfible, leur avantage était conffaté par le grand ufage qu’en font les Anglais. Cependant l’établiïfement du laminoir a éprouvé des oppofitions ; quelques - uns s’étaient periuadés que le plomb , en palfant & repayant fous les rouleaux du laminoir, ferait feuilleté comme un gâteau ; mais l’examen qui en a été fait par l’académie d’archite&ure, & les expériences que l’académie des fciences fit faire, ayant détruit tous ces préjugés, Pétabliifement des laminoirs a été autorifé par le gouvernement. Je ne m’arrêterai point à réfuter une pièce d’écriture qu’011 s’eft avifé de faire imprimer dans un journal vingt ans après l’établilfement du laminoir, lorfque quantité de perfonnes étaient par leur propre expérience en état de détruire les allégations vagues qui étaient raifemblées dans cet écrit. Je me bornerai à faire appercevoir d’une maniéré générale la fupériorité des tables de plomb laminées fur celles qui font coulées , finon en tout , du moins en quelque chofe. (4)
- 96. §. I. Quelques-uns des avantages que les tables de plomb laminées ont fur celles qui font fimplement coulées. Quelque habileté qu’aient pu acquérir les plombiers à manier le rable , ils ne fauraient imiter l’égalité du plomb laminé dans leurs tables coulées. Ils en peuvent bien faire de plus ou moins épaifi fes; mais il leur ferait impofiible d’en faire précifément d’une telle ou telle épailfeur : au lieu que par le moyen du laminoir , 011 y réuflit parfaitement & fûrement; c’eft déjà Un premier avantage du plomb laminé, d’où il en réfulte un autre. Le plomb fimplement coulé ne pouvant être parfaitement d’une égale épailfeur dans .toutes fes parties, il s’enfuit quelquefois, & prefque tou-
- (4) C’eft en vertu d’un réglement de maîtrifes & les réglemens établis pour la 1648 pour la maîtrifedes plombiers, qu’on perfedion des arts, s’y oppofent trop fou-s’oppofait à l’établilTejment,des laminoirs, vent. Les laminoirs étaient conftruits en connus depuis long-te^is 'en. France en Hollande pour les plombiers, bien long-ufage pour les monnoiès. C’eft ainli que les tems avant qu’on s’en fervît en France.
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- jours, que les particuliers qui s’en fervent font obligés d’aclieter beaucoup plus de matière qu’il n’eft néceffaire. Pour le prouver par un exemple, je fuppofe qu’on demande aux plombiers cent pieds quarrés de plomb d’une ligne d’épaiffeur : fi tes tables qu’ils livrent n’avaient précifément qu’une ligne dans toutes leurs parties , cent pieds ne peferaient qu’environ cinq cents cinquante livres ; mais comme les tables coulées ont toujours en quelques endroits une demi-ligne & en d’autres une ligne & demie ou deux lignes, & fouvent davantage , il s’enfuit que les cent pieds pefent quelquefois huit à neuf cents livres, au lieu que le plomb laminé étant toujours & par-tout d’une epailfeur parfaitement égale, les différens morceaux d’une table, coupés à tel endroit que ce puilfe être , feront toujours de même poids , s’ils font de même grandeur : aihfi point de matière fuperflue ; par confisquent point de dépenfe inutile. Si l’on compare fur ce principe la dépenfe d’un ouvrage fait de plomb laminé avec celle d’un ouvrage de même étendue fait en plomb coulé* on trouvera que la différence fera d’un tiers de matière pour certains ouvrages, & de moitié pour d’autres. On eft donc fort heureux d’avoir trouvé un moyen pour empêcher qu’il n’entre dans les différens ouvrages de plomberie plus de matière qu’il n’en faut, & qu’on ne multiplie pas des frais déjà alfezonéreux par eux-mêmes. D’ailleurs , comme le plomb augmente de volume à la chaleur & en diminue au froid , il eft probable que les parties minces feront déchirées par celles qui font plus épailfes, ce qui n’arrivera pas dans les tables qui feront par -tout exactement d’une égale épaiffeur.
- 97. On peut dire encore , qu’en fe fervant du plomb laminé , on épargne (ur la foudure aulli bien que fur le plomb, parce qu’il fort du laminage des tables de vingt-cinq à trente pieds de longueur fur quatre pieds & demi de largeur , ce qui fait à peu près le double de la longueur & delalargeur des tables coulées ; il fuit de cette différence qu’il faudra fia moitié moins de fou-dure; dans la plupart des ouvrages de grands traits. Il faut cependant avertir qu’on n’entend pas parler de. certains ouvrages où; l’on eft obligé de multiplier les foudures pour augmenter leur falidité , ainfi que le demandent les réfer-voirs, les ecercueils, & quelques autres ouvrages; il lie slagif ici que des fimples fouduresU S , -r.r • -r;:' •.ndfrmr.- '
- 98- Une .'confidération qui n’eft pas à négliger , & dohtcnous avons.déjà parlé , eft que le plomb’commun furcharge Jar charpente' par un poids inutile. Le nouveau plomb ne Je charge que d’un poidsméceffaire : ce qui difpenfe les charpentiers de!donner un fi gros équarriifage à leurs pièces de bois ; c’eft encore mne épargne qui'*tourne à l’avantage des particuliers , puifqu’il en réfulte une économie fur la fouriiitüre du plomb.!, fur celle de la foudure & fur la' charpente ; ajoutons encore que le :plomb laminé roulé en tuyau n’-offrant p oint d e. ..prifel au limon..que l’eau entraîne toujours avec elle.,
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- il doit s’y former moins d’engorgemens que lorfqu’ils font faits de tables' coulées.
- 99. La bonté du plomb laminé a été conftatée par les certificats des/mvriers qui eu ont employé , &par les atteftations de la ville de Londres , envoyées à M. le duc d’Antin, par M. le comte de Broglie, alors amba.ffadeur en Angleterre j enfin par le certificat de l’académie des fciences , qui feule eft capable d’écarter tous les doutes qu’011 pourrait avoir à ce fujet. O11 peut même rapporter une quatrième preuve qui emporte une pleine conviction : c’eft ce que m’en ont dit plufieurs plombiers , & nommément M. Belon, l'un d’eux, homme judicieux, rempli de droiture , qui a eu la bonté de me communiquer les connaiffances qui m’étaient nécelfaires pour décrire un art dont il remplit fi noblement la profeffion : juftice que le public lui rend. Cet habile plombier m’a affuré qu’il forfait de très - bonnes tables du laminoir , qu’il s’en fer-vait fouvent, & qu’il les trouvait d’un très - bon ufage lorfque les ouvriers ne s’étaient pas négligés , ce qui arrive quelquefois. J’en ai eu moi-même la preuve dans une table de la manufacture d’Angleterre, qu’on a déroulée fous mes yeux. Elle fe feuilletait dans plufieurs endroits : mais ce font des défauts entièrement étrangers au laminoir. Il ferait injufte d’attribuer à cette belle machine des défauts" qui ne proviennent que de la négligence de quelques ouvriers. Je crois, au contraire, que quelque difficulté qu’ait effuyé cet éta-blilfement en France, on ne peut s’empêcher de favoir bon gré aux entrepreneurs. d’avoir employé toutes fortes de moyens pour les furmonter. Il eft pourtant à propos d’avertir que mon intention n’eft pas de rejeter entièrement les tables coulées j je peufe qu’il y a des cas où l’on fera bien d’en faire ufage : iles unes & les autres ont leur prix.
- < 100. Pour donner une plus grande clarté à ce chapitre, nousmllons
- commencer par tracer ici un plan de l’attelier deda manufacture du laminage, & nous n’auro.ns plus qu-à en décrire les différentes parties, cè que nous ferons aveefie plus d’ordre qu’il nous fera poffible.
- - IOI. §• IL Defcripùom de fattelier du laminage, & dijlribution des différentes ujïnes qui en dépendent:! kKS cet attelier qui eft'fpacieux, eft établi à peu près comme chez les plombiers une chaudière A , pl. Il y fig. 8 ; elle eft de fonte de fer, entourée de maçonnerie ; fon ufage eft, comme chez les plombiers , deftiné à faire fondre le plomb,,Cette chaudière eft un peu élevée , & pour la fervir, il faut monter quatre ou cinq marches ; plus bas eft un vafe H, qu’on nomme auge ; il eft deftiné à recevoir le plomb fondu qui fort de la chaudière par un robinet vz', & coule fur la bavette A pour le verfer fur le moule I. Le plomb fondu , coulé fur le moulç , forme-une table moins longue que celles que font les plombiers , mais plus large & beaucoup plus épaiffes. A l’endroit affg. a, eft placée une grue qui fert à tranfporter les tables
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- de plomb de la fonderie au laminoir : on la verra ailleurs en élévation.
- 102. On voit , fig. 10, remplacement du manege ; H font les leviers qui ont treize pieds de longueurs à leurs extrémités on attele les chevaux qui font tourner un arbre vertical A qui eft mobile fur fon axe , & il porte une roue horizontale ou de champ B, laquelle engrene dans une lanterne E , qui étant fermement affujettiè à l’arbre horizontal C C, lui communique fou mouvement, & cet arbre C C le tranfmet à un hériflon D & à une autre lanterne Æ, d’autant qu’ils font fermement alfujettis à l’arbre C C. Comme je ne me propofe ici que de donner une idée de la place que les différentes mines occupent dans l’attelier, je remets à expliquer dans la fuite quel eft l’ufage de ces roues s il fuffit de dire qu’elles tranfmettent leur mouvement à deux lanternes qui font portées par un petit arbre qu’on ne voit point dans cette figure. Ce petit arbre fait mouvoir deux cylindres K L de fonte, entre lefquels doit paffer la table de plomb qu’on lamine; & comme il faut la foutenir dans toute fa longueur & faire enforte qu’elle éprouve le moins de frottement qu’il eft poflible, il y a un grand chafïis V V de cinquante pieds de long , qui porte des rouleaux T T mobiles fur leurs axes, qui fou-tiennent les tables de plomb , & font qu elles peuvent parcourir la longueur du chafïis V V., ïans prefque éprouver de frottement.
- 103. Avant d’aller plus loin , je ferai remarquer qu’il y a des laminoirs qui, au lieu d’ètremus par des chevaux, le font par un courant d’eau ; alors une roue à aube verticale , & femblable à celle des moulins à farine , eft jointe à l’arbre C C, & le fait tourner fans qu’il foit befoin du rouet B ni de la lanterne E , fig. 10; à cela près les deux machines font entièrement fem-blables.
- Article II.
- De la fonte des tables defilnées à être laminées.
- 104. Les entrepreneurs de la manufacture du laminage commencent , comme les plombiers, par faire fondre leur plomb , ainfi que nous l’avons dit dans le chapitre premier de cet ouvrage. Nous nous difpenferions de le répéter ici ; mais comme le fourneau dont fe fervent les entrepreneurs du laminage eft différent de celui des plombiers , il nous devient indifpenfable de le décrire.
- 105. §. I. Defcription du fourneau. Ce fourneau A ,fig. 1 & 2 , pl. III, dans lequel on fait fondre le plomb, eft élevé d’environ quatre ou cinq pieds au - deffus du terrein. Il eft accompagné d’un côté & d’autre d’un petit efca-lier B, qui n’a que quatre à cinq marches , par lefcjuelles on peut monter fur le palier C, d’où les ouvriers peuvent voir & travailler dans la chau-
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- diere , qui n’eft élevée que de trois pieds ou environ au - deiïiis du palier. C’eft là où les ouvriers fe placent pour charger ou écumer la chaudière. Au fond de la chaudière il y a un robinet D qui fert à la vuider lorfque le plomb eft fondu. Il eft fermé par un robinet de fer E, ce qui eft bien plus expéditif que de le tranlporter par cuillerées, comme le font les plombiers. La bouche de fon foyer F eft par le côté dans un pan coupé qu’on a pratiqué entre le petit eïcalier B & le robinet D, qui fert à décharger la chaudière ; car il n’aurait pas été pofïible de le mettre au - devant du fourneau , comme on le voit chez les plombiers.
- 106. Comme ce fourneau fe trouve élevé d’environ deux pieds de terre , on a pratiqué un cendrier où tombe la braife du bois qu’on met fur la grille pour la fonte ; l’ouverture de ce cendrier G , fig. i, fe trouve à rafe terre & dans le pourtour des marches qu’on monte pour aller à la chaudière. Les bûches , au lieu d’être pofees par terre, le font fur une forte grille de fer qui occupe toute la capacité du delfous du foyer.
- 107. Il n’y a qu’un tuyau pour l’évacuation de la fumée qui fort du foyer de ce fourneau , au lieu que les plombiers en ont deux ; mais il eft auifî plus gros que celui des plombiers. Du relie , la cheminée & fon parement font faits comme ceux que nous avons décrits dans le fécond chapitre de cet ouvrage.
- 108. §. II. De Vauge & du moule. L’auge H , fig. 1,2,? ,4, f, qui eft: au pied de ce fourneau, comme nous l’avons dit, dans laquelle 011 fait palfer par un robinet le plomb de la chaudière lorfqu’il eft prêt à couler, eft de fonte de fer , & elle eft alfife fur un foc de maçonnerie à un bout du moule I, dans lequel fe fait le coulage ; car ce moule eft vis-à-vis du fourneau , & placé fur le même alignement. Cette auge occupe toute la largeur du moule , & contient environ trois mille cinq cents livres de métal ; le moule auquel elle eft adoflee eft aflis fur plufieurs pieds de charpente , & eft d’une conftrudtion extrêmement folide , pour n’ètre point endommagé par le poids de l’auge & du plomb qu’elle contient , dont il fupporte en partie le fardeau , jufqu’à ce que les ouvriers l’aient vuidée. Il a quatre pieds & quelques pouces de large fur llx de long; il contient une couche de fable d’environ iix pouces d’épaiifeur ; fes bords font épais ; on peut l’ouvrir par le bout , afin de pouvoir en retirer plus commodément les tables qu’on y coule.
- I05> §• la faǰn de mettre le plomb dans la chaudière , & de ce
- que don doit faire avant de le couler. Lorsqu’on veut faire des tables qui font deftinées à être laminées , on doit commencer par faire foudre le plomb qu’on veut y employer.il faut donc en garnir d’abord la chaudière; ce tra; yail eft un peu .plus s^difticile .dans la manufacture que dans l’attelier des
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- plombiers, parce qu’ici il y a trois marches à monter, au lieu que chez les plombiers tout eh plain-pied. Pour faire cette opération avec plus d’ai-fance , il,faut employer deux ouvriers: un doit monter fur le palier, pour être à portée de mettre le plomb dans la chaudière j & l’autre doit relier en-bas , pour le lui faire palier à inefure.
- I I O. §. IV. De la manière d'allumer le fourneau , faire fondre le plomb , & l'ècumer. Quand la chaudière eft garnie de plomby félon fa capacité, il finit allumer du feu dans le foyer: ce qui eft un peu plus difficile que dans les fourneaux des plombiers , parce que le fond qui doit foutenir les bûches étant à jour, il faut ou avoir le foin de tenir des bûches embrafées , pour n’avoir plus qu’à les y mettre & les Ibuffler , ou faire enforte que les bûches & les coupeaux & autres* matières combuftibles qu’on y peut mettre foient bien près les unes des autres , pour que la braife , avec laquelle 011 les allumera, ne tombe pas dans le cendrier. On fera également deux: feux , comme nous l’avons dit ailleurs , afin de mettre le plomb plus tôt eu fufion ; on l’écumera de même. Il ferait inutile de répéter ce qui a été déjà expliqué à ce fujet.
- 111. §. V. De la maniéré de préparer le moule. On commence par arrofer la couche de fable qui eft dans le moule, avec un arrofoir comme à l’ordinaire ; enfuite on la laboure, & on l’émiette avec une pelle & un rateau, fig. 6 & 7 ; & tout cela fe fait à la manufa&ure .comme chez les plombiers r il n’y a de différence que dans les outils dont ils fe fervent ; car le rable qui fert à unir les couches de fable ainfi que la plane, font différens, comme on le voit fig. 8 & 9. Il faut néceffairement être deux ouvriers pour prendre les quatre manches A, B , C, D , de leurs râbles, au lieu qu’il n’en faut qu’un pour conduire celui des plombiers. Comme les tables qu’on deftine à être laminées font trop épaijfes pour être roulées, & que d’ailleurs elles font trop pefantes pour que les ouvriers puilfent les retirer du moule ; il faut avoir l’attention de faire au bout des tables le plus éloigné du fourneau , une anfe C, fig. 16 8c 17 , pour pouvoir la faifir avec un crochet, & l’enlever au moyen de la grue dont nous parlerons dans là fuite. Il faut donc ne pas oublier de faire un arrondiffement dans le fable du côté oppofé au fourneau, au centre duquel on placera une'cheville de fer un peu conique : ce qui formera le moule de l’anfe que chaque table doit avoir pour être tirée commodément de delTus fon moule'.' Nous expliquerons en fon lieu ce qu’il faudra faire de cette anfe, lorfque la table fera fur le laminoir.
- 112. §. VI. De la façon de faire pafjer le plomb fondu de la chaudière dans l'auge, & d'y éprouver fa chaleur. Quand on a fondu & écumé une fuffifante quantité de plomb pour faire une table, & qu’il eft prêt à être coulé, pour tranfmettre le plomb de la chaudière dans l’auge, on a une feuille de tôle,
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- fig. 11 , roulée eii gouttière i on en place un bout dans l’auge, & on appuie l’autre fur le chevalet K, fig. 2 & 12 , qui répond au robinet D de la chaudière, & qui lui-même eh foutenu par quatre crampons de fer l>m, n , o. O11 retire enfuite le robinet E , fig. 2 & 15 , & pour cela on retire les deux vis p, q , des écrous r, s, qui ferrent la queue du robinet, afin d’empêcher qu’il ne forte de lui-même de fa place & ne fafle perdre le plomb. Le plomb trouvant une ouverture, coule à travers le canal portatif de tôle dans l’auge, ce qui épargne aux ouvriers la peine de l’y porter à cuillerées , comme le font les plombiers : par ce moyen il n’en refte point ou très-peu dans la chaudière. On doit dans cet inftant, ou éteindre le feu qui eft fous la chaudière, ou y mettre du plomb nouveau, fi l’on veut encore y couler des tables, afin que celui qui refte dans la chaudière ne fe brûle pas. Mais avant de changer la chaudière, il faut ôter la gouttière de tôle, remettre le robinet à faplace, & avoir l’attention de L’aflujettir par les vis r , s , fig. 12, pour que le plomb ne coule pas. Mais foit qu’on veuille couler une nouvelle table ou non, il faut toujours ôter la gouttière de tôle, pour qu’elle n’empèche pas de levec-l’auge pour en verfer le plomb dans le moule.
- Il §. VII. De la'façon de verfer le plomb fondu de t auge dans le moule. L’auge fort pefante par elle-même, & qui contient de plus près de trois milliers de plomb, ne pourrait être levée commodément, même par un grand nombre d’ouvriers, pour verfer le plomb qu’elle contient fur le moule déjà difpofé pour le recevoir. De plus, étant remplie de plomb fondu , elle eft fi chaude qu’il ne ferait pas pofîible d’y porter les mains. Ces difficultés ont fait imaginer les deux leviers V U, dont nous avons déjà parlé , qu’on a établis dix ou douze pieds au-deffus de l’auge , comme on le voit fig. 1, & qui font mobiles fur leur axe T ; 011 abailfe, par le moyen d’une double baf-cule e e, ces leviers qui ayant chacun à leur extrémité une demi-poulie X Y, enlevent l’auge qui eft attachée par deux crochets a b ^ fig. 4 , à des chaînes c c qui paffent fur ces demi-poulies , & qui s’y roulent à mefure qu’011 abaiffe les îeviers. Par cette manœuvre, deux hommes qui agilfent de concert , fuffifent pour renverfer l’auge & le plomb qu’elle contient fur le moule. Lors, donc qu’on fe fera affiné que le plomb a le degré qui lui eft nécef. faire pour être coulé, d’après ce que nous avons dit dans le fécond chapitre fur cette matière , deux ouvriers feront defeendre les leviers par le moyen des bafcules qui y font attachées ; ils forceront l’auge de remonter fur. la charnière /g h, fig. 5 , qui l’attache au bord du moule , & le plomb coulera en< nappe dans le moule d’un mouvement toujours également prompt. On rendra enfuite la liberté aux bafcules , & 'on laiffera l’auge defeendre & reprendre fa place. »
- 114. §. VIII. De la façon de rabler la table dans le moule. On a deux
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- differens râbles pour rabler chaque table de plomb dans fon moule j l’un a deux manches, comme on le voit fig. 141 l’autre n’en a point, fig. if , & du refte il eft fait comme le premier 5 ils font tous deux échancrés de la largeur du moule 3 ni l’un ni l’autre, comme 011 le voit, 11e reffemble à ceux des plombiers 3 aufli 11e doivent-ils pas produire un effet femblable à celui dés premiers. Dans la manufacture on paffe le rable fur le plomb qui eft encore en fonte , le conduifant lentement pour emporter les craffes qui fe font portées à la furface. Les plombiers ne fe propofent que d’unir la fur-face de leurs tables, afin qu’elles n’aient pas plus d’épailîeur dans un endroit que dans un autre : c’eft pour cette raifon que les lamineurs le mettent ordinairement deux à rabler leurs tables 3 l’un tient le rable par un bout, ou par nn de fes manches, quand ils prennent celui qui a deux manches, fig. 14; & l’autre par fon autre bout, ou par fon autre manche. Ils commencent par pofer teurs râbles fur le bout du moule qui eft à côté de l’auge 3 ils le con-duifent ainfi jufqu’à l’autre bord. L’adreffe qu’on doit avoir dans cette opération , eft de ramaffer toute la couche de feu des tables, & toutes les parties de plomb décompofées, pour les faire tomber dans les rejets de chaque table , c’eft - à - dire , dans le foifé ouvert pour former l’anneau , qui eft fait pour avoir la facilité de lui accrocher un cable , & d’enlever plus aifément » par le moyen de la grue , chaque table de fon moule. Comme cet anneau n’eft. fait qu’à cette fin, il eft regardé comme une portion étrangère de la table dont on le retranche, comme nous le dirons dans la fuite.
- Ilf. §. IX. Delà façon de retirer la table du moule. COMME les tables deftinées à être laminées doivent être épaiffes , & qu’il ferait pour cette raifon impoflible de les rouler , on ne peut pas fe fervir ici du levier dont les plombiers font ufage pour enlever leurs tables de deffus leur moule; c’eft à raifon du poids de ces tables qu’on a imaginé une grue tournante, fig. 16. C’eft par fon fecours qu’on tire du moule la table A , fig. 3 & 16, O11 commence par accrocher le cable B de la-grue à l’anneau C que nous avons dit qu’on formait à chaque table qu’on fondait au milieu du côté qui eft op-pofé à l’auge. On emploie pour cèla le crochet D ,fig. 3, 16 ou f7 3 & quoique chaque table pefe environ 2600 livres, deux hommes , au moyen de la grue, fig. 16, fuffifent pour les enlever aifément du moule. Le cable de la grue fe roule fur uii treuil, aux deux extrémités duquel font fixées deux roues de fer dentées, dans lefquelles engrenent deux petites lanternes ou pignons qui tiennent à un axe de fer , aux extrémités duquel font les manivelles que ces hommes font tourner. Il eft évident qu’au moyen de cet engrenage qui multiplie beaucoup la force, deux hommes appliqués aux manivelles pourront tirer du moule cette pefante table. Il y a ,fig. 3 , un rouleau E qui eft établi au bout du moule , & deux pièces de bois que l’on Tome XIIL O o 0
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- incline F G, qui donnent beaucoup deLacilité pour retirer du moule les. tables de plomb. Il faut les abailfer l’une fur l’autre, comme on le voitfig. 16 -, on les redrefle enfuite à grands coups de malfe. Quand cette table fera tirée du moule, on la couchera à terre, comme on le voit en A , fig. 16 , jufqu’à ce qu’eiie foit,refroidie & qu’on veuille la mettre fur le chaffis pour la laminer. Comme la méchanique du laminage eft confidérable, & que c’eft une opération qu’il convient de traiter en détail, nous en parlerons à part, & nous en formerons la matière de l’article fui van t. Nous allons finir celui-ci par quelques réflexions qui regardent le fondage.
- Il G. §. X. De. l'épaijjeur que doivent avoir ces tables. Pour que le laminage foit parfait, il conviendrait que les tables fulfent par-tout d’une égale épailfeur. Les ouvriers de la manufacture font leur poffible pour approcher de cette précifion ; ils ne peuvent cependant y parvenir rigoureufement, foit à caufe de la difficulté qu’il y a à conduire le rable pour écumer le métal, foit parce qu’il y a des parties qui refroidiffent plus promptement que d’autres. Mais on s’eft apperqu que ces petits défauts ,*qui font très - nuifibles quand les tables font minces, ne font fujets prefqu’à aucun inconvénient quand les tables font épaiffes. De plus , on fait que les parties du métal qui fe font réduites en chaux, & que les ouvriers appellent des craffes , fe portent à la fuperficie. C’eff pour cette raifon que les plombiers appellent la furface fupé-xieurede leur table le feu, & ils favent que cette furface eft moins parfaite que celle du deffous. C’eft pour emporter ces prétendues cralfes , qui feraient contraires au laminage , que les ouvriers du plomb laminé qui font à la fonderie , écument leur plomb avec le rable, ce qui ne ferait pas praticable fur des tables minces ; & fi, malgré cette opération , la fuperficie des tables a encore quelques cralfes, elles font d’autant moins nuifibles que les tables font plus épailfes ; car on eft dans l’ufage de leur donner feize à dix-huit lignes d’épaifleur : & quand les opérations font bien faites , on obtient, au moyen du laminage , des tables qui font homogènes dans toutes leurs parties, & dont les deux furfaces font parfaitement unies. Mais il ne conviendrait pas d’augmenter l’épaiifeur que nous venons d’indiquer, non-feulement parce que les tables, devenant beaucoup plus pefantes , feraient trop difficiles à remuer , mais principalement parce qu’elles'feraient bien plus long - tems à être réduites par le laminoir à 1 epaiffeur qu’elles doivent avoir : car il y aurait de grands inconvéniens à vouloir précipiter l’opération ,< en rapprochant davantage les cylindres ; on ferait obligé de multiplier le nombre des chevaux , &on courrait rifque d’écailler les tables, en refoulant le métal avec plus de précipitation ; au Heu qu’en ne donnant qu’une preffion modérée, le plomb qui eft un métal très - dudile, s’alonge peu à peu en perdant de fon épailfeur ,fans fe rompre & fans que fes parties fe.défunilfent : ainfi, en donnant aux tables
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- feize & dix-huit lignes cPëpaiffeur, on peut dans une journée les réduire a i’épaiffeur qu’on a coutume de demander , & on parvient à avoir des tables qui font parfaites dans toute leur étendue. ! i
- Arti cle III.
- Détail du laminoir.
- il7. Quoique nous ayons dit au commencement de ce mémoire qu’on fait ufage dnlaminoir dans plusieurs arts , celui qui nous occupe préfentement offrait des difficultés qu’il fallait furmonter par des moyens affez fimples , pour diminuer plutôt les frais que de les augmenter. Le grand poids du plomb rendait les tables difficiles à manier, & exigeait qu’on rendît la machine affez folide pour n’ètre pas fujette à de fréquentes réparations. Le laminoir que nous allons décrire , qui nous vient d’Angleterre , où il a été connu en 1700, & qui occupe toute l’année , tant en Angleterre qu’en Irlande, plus de vingt-deux mille ouvriers, fatisfait complètement à tout ce qu’on a légitimement lieu d’attendre d’une pareille machine ; il eft à peu près pareil à celui qu’on emploie à Hambourg pour laminer le cuivre. Il y a de ces laminoirs qui font mus par un courant d’eau. Comme nous l’avons dit, il n’eft pas befoin de le répéter ici. Celui qui elt établi à Paris, & dont nous allons nous occuper , eft mis en mouvement par quatre chevaux qui tournent dans un manege, étant attelés à l’extrémité des leviers H,/?/. IL II eft fenfible que les chevaux tournant dans le manege , doivent imprimer un mouvement circulaire à l’arbre vertical A , & par conféquent à la roue de champ ou au rouet horizontal B, puifqu’il eft fermement attaché à l’arbre A, pL V,
- fis-1-
- 11 g. Ce rouet horizontal B , qui a foixante & dix - huit dents, engrene dans une lanterne verticale E , qui a trente-neuf fufeaux* & cette lanterne étant fermement affujettie à l’abre horizontal CC, lui imprime fon mouvement, qui lui - même le communique à la lanterne E & à l’hériffonD i qui lui font fermement affujettis à l’autre bout : ainli Phériffon D & la lanterne Æ étant emportés par l’arbfe CC, tournent dans le même fens que lui; cet hériffon D, qui a trente - une dents , engrene-dans la lanterne F'i qui a vingt-fept fufeaux. On conçoit que cette lanterne doit tourner en fens contrairede;Phériffon D ; mais la lanterne F peut tourner fans communiquer àdcun1 mouvement au petit arbre e, qui lui fert d’axe * parce que Pouver-tùre a\fig.>i , qui eftàù'centre des plateaux delâ'lanterne F, eft un canon de fer rond, & que le petit arbre- e, fig. 1 , eft auffi rond à l’endroit où eft placéeHa lanterne F. Ainfi -les ’chofes étant en cet état, la lanterne F peut
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- tournée fans imprimer aucun mouvement à l’arbre réciproquement aulH cet arbre e fait fes révolutions lans imprimer aucun mouvement à la lanterne F. Examinons maintenant quel eft le mouvement des lanternes Æ & F , ainlî que de la petite roue G, qui eft entre deux. D’abord la lanterne Æ, qui tient à l’arbre CC, tourne dans le même fens que cet arbre &quel’hé* riflon D ; mais cette lanterne Æ engrene dans une petite roue de renvoi G , qui tourne dans un fens contraire à celui de cette lanterne : or cette petite roue G, engrenant dans la lanterne /, lui fait prendre un mouvement pareil à celui de la lanterné Æ j & cette lanterne/'n’ayant aucune adhérence avec le petit arbre e, qui eft fon axe, elle peut, comme la lanterne F, tourner librement & indépendamment de l’arbre qui lui fert d’axe ; de forte que ces deux lanternes peuvent tourner Tune dans un fens, l’autre dans l’autre, pendant que l’arbre e refte en repos , parce que l’une & l’autre lanternes ont au centre de leur plateau, au lieu de tourillons, un canon de fer , comme nous l’avons déjà dit, qui roule librement fur la partie de l’arbre e , où elles répondent, qui eft arrondi en cet endroit. Pour que les lanternes F ouf puilTent agir fur l’arbre a qui les porte, il faut donc attacher l’une ou l’autre de ces lanternes à cet arbre , fuivant qu’on veut qu’il tourne dans un fens ou dans un autre j car on verra dans la fuite , qu’il faut que l’arbre e change de téms en tems le fens de fes révolutions, pour en prendre une contraire j c’eft-à-dire , qu’après avoir pendant un tems fuivi les révolutions de la lanterne F , il faut enfuite qu’il tourne dans le fens de la lanterne f Or cela s’exécute au moyen d’un verrouil qui eft placé entre ces deux lanternes & qui à volonté lie l’une ou l’autre de ces lanternes avec l’arbre e ; & comme cet arbre doit fuivre les révolutions de la lanterne à laquelle on l’attache , il s’enfuit que l’arbre e doit tourner tantôt dans un fens & tantôt dans un autre. Nous nous propo* fous bien d’expliquer la méchanique de ce verrouil ; mais il eft bon auparavant de faire connaître comment eft fait l’arbre e, pL VI, fig. 4. Il eft de fer fondu. M , N , fout les tourillons ou les axes fur lefquels tourne l’arbre ej les parties' K K font arrondies ; & c’eft en ces endroits que font placées les lanternes f'&c F, pi. IV, fig. 2 8c $ , qui ont, comme on l’a dit, au centre de leurs plateaux un canon de fer qui lailfe une ouverture ronde j de forte que l’arbre qüi n’a aucune adhérence avec les lanternes, peut relier en repos, quoiqu’elles tournent l’une d’un fens , l’autre de l’autre : le milieu LL du petit arbre e eft quarré & deftiné à. recevoir la piece qui porte les verrouils , dont l’ouverture étant quarrée , ce porte - verrouil,eft tenu adhérent, à la partie quarrée L L de l’arbre e j de forte que quand il s’en dtjtacherg^ un verrouil vers l’une ou l’autre lanterne , cette lanterne liée par ce moyen a’Vfcç l’arbre e , le forcera de fuivre fes révolutions j & comme cet arbre e eft destiné à faire tourner le cylindre K, il a à un de fes bouts une boîte quarrée U/.9
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- qui reçoit l’extrémité Q_de ce cylindre, qu’il fait tourner tantôt dans un fens, tantôt dans un autre, félon que les lanternes F ou / le font tourner lui-même.
- 119. Il eft bon de remarquer que la partie arrondie de l’arbre e, qui doit recevoir la lanterne/, eft plus groife que le quarré du porte - verrouil, & que la partie arrondie qui doit recevoir la lanterne F, eft plus menue que la partie quarrée, afin ^ue quand on veut mettre en place ces différentes pièces, on puiffe commencer par placer la lanterne /, enfuite le porte -verrouil, & enfin la lanterne F. Je vais maintenant expliquer la mé-chanique du verrouil.
- 120. §. I. Duverrouil. Je commence par le porte-verrouil. A , B , fig. 4, pl. IV, eft une boîte de fer qui eft repréfentée en plan, fig. j, pour faire voir fon ouverture, quarrée E, dans laquelle entre la partie quarrée LL de l’arbre e, pl. VI, fig. 4. Cette boîte qui eft de fer fondu, porte deux pièces méplates , dont on voit l’épaiffeur fig. $,pl. IV, & la largeur fig. f. Ces deux pièces , pofées parallèlement aux deux faces oppofées de la boite A, B , comme on le voit fig. 4, forment comme des rayons qui font entaillés à leur extrémité H, fig. 5 , & ces entailles H fervent de conducteurs aux verrouils II, K K, fig. 6, comme on le voit à la fig. 8, où les mêmes objets font indiqués par les mêmes lettres : il faut donc concevoir que les verrouils II, KK, peuvent gliffer dans les entailles H, & fe porter vers la droite ou vers la gauche , pour attacher l’une ou l’autre lanterne F ou/, à l’arbre e, ainfi que nous lavons expliqué. Les extrémités de ces verrouils entrent dans des rainures garnies de fer, qu’on voit en b b, fig. 2 & 3 -, pl. IV, & elles y gîiifent jufqu’^ce qu’elles rencontrent les barres de fer cc, même figure, qui font un peu faillie fur le plan des plateaux des lanternes, & alors ils emportent l’une ou l’autre lanterne ju£ qu’à ce qu’on porte le verrouil vers le côté oppofé. Il refte à expliquer comment on le porte d’un côté ou d’un autre. Les deux verrouils II, K K, font de fer forgé, & foudés à un anneau auiïi de fer forgé /, dont on voit l’épailfeur fig. é, & la largeur fig. 7; il faut que les verrouils foient fermement attachés à cet anneau, puifque ce font eux qui le foutien-nentj il fuit de là que fi l’on poulie l’anneau vers la gauche ou vers la droite , il oblige les verrouils de couler dans les fourchettes HH, fig. f, vers un de ces côtés ; ainfi toute l’opération confifte à pouffer cet anneau vers un des-côtés, ce qui s’exécute d’une façon bien fimple. Cet anneau, fur lequel portent les verrouils, eft creufé fur fon champ d’une gouttière qu’on apperçoit à la fig. 8 j il y a fous cet anneau un efîieu A, B, fig. 9 & 10,/?/. VI, qui porte deux montans C , D, qui font affermis par une entre-toife E 3 F ; or ces deux montans portent à leur extrémité deux pan-
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- jetons G , H, qui entrent dans la gorge qui eft creufée dans l’épaifleut de l’anneau qui eft'pondue à la figure 10; à l’effieu A, B, eft alfemblé un levier I, K, qui fait tourner i’effieu quand on le juge, à propos : or il eft évident qu’en appuyant for ce levier, on porte les montans C, D, vers la gauche , & les pannetons G, H entraînent le cercle L vers ce même côté , ainfi que les verrouils qui y font attachés.
- i2i. Maintenant il eft fenfible que quand on a poulie le verrouil du côté de la lanterne F , cette lanterne étant fermement attachée par le ver-rouil à l’arbre e, elle lui communique fon mouvement & le fait tourner, ainfi que le cylindre K, dans un fens contraire aux révolutions de l’arbre e\ mais quand 011 porte les verrouils du côté de la lanterne /, en élevant le levier I, K, fig. 9 , la lanterne F étant libre, tourne indépendamment de l’arbre e\ mais le verrouil ayant attaché l’arbre e à la lanterne/, cette lanterne lui communique fon mouvement qui eft dans un fens oppofé au mouvement de la lanterne F : ainfi elle fait tourner l’arbre é, de même que le cylindre K, dans le même fens que l’arbre <? ; de forte que tant que le verrouil eft porté du côté de la lanterne F , le cylindre K tourne dans un fens oppofé aux révolutions de l’arbre e\ & quand ce même verrouil eft porté du côté de la lanterne /, le cylindre K tourne dans le même fens que l’arbre e. Au-deifus de ce cylindre K, eft aflujetti par des collets un autre cylindre L, tout pareil. On engage la table de plomb qu’011 veut laminer entre ces deux cylindres; celui de deifous K étant mu circulairement par la machine, entraîne la table de plomb; & cette table, par fa prelïiou & le frottement, détermine le cylindre de deffus L à tourner, quoiqu’il n’ait aucune liaifon avec la machine ; & c’eft par la violente prefïïon que la table de plomb éprouve entré ces cylindres , qu’elle perd de fon épaiifeur & qu’elle augmente proportionnellement en longueur, en un mot, qu’elle eft laminée. Les tables de plomb reçoivent donc de l’applatiffement en palfant entre les cylindres ; mais il convient de ne leur faire prendre leur extenfion que peu à peu : ainfi il faut que les tables paffent un grand nombre de fois entre les cylindres pour être réduites à l’épaifleur qu’on defire, ainfi que nous l’allons voir dans l’article de la maniéré de laminer. Si les cylindres tournaient toujours du même fens, il faudrait, toutes les fois qu’une table aurait palfé de toute fa longueur entre les cylindres , la tranfporter pour la mettre dans fa première pofition. Ce tranfport ferait pénible , & en quelque façon impraticable : c’eft pour l’éviter qu’on a fort bien imaginé de la faire aller & venir fucceflivement dans des feus oppofés de V en Y, pl. VI, fig. 1 , & enfuite de Y en V; ce qui s’exécute très - facilement en faifant tourner les cylindres dans des fens contraires, ainfi que nous l’avons amplement explique. Les cylindres
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- qui font de fer fondu & tourné, ont , comme nous l’avons dit, un pied de diamètre, afin qu’ils puiflent réfifter à la grande preflîon qu’ils doivent produire fans prendre aucune courbure : il faut pour cette même raifon qu’ils foient fôlidement alfujettis ; car ils ont à fupporter de grands efforts. De plus, comme les tables’de plomb doivent être d’une pareille épailfeui: dans toute leur largeur, il eft nécelfaire que les cylindres foient établis bien parallèlement l’un à l’autre : cela ne luffit pas, puifque les tables de plomb perdent de leur épaiffeur en palfant fous les cylindres ; il faut être maîtres d’approcher ou d’éloigner l’un de l’autre les deux cylindres d’une très-petite quantité , fans leur faire perdre toutefois le parallélifme qu’ils doivent avoir ; cela s’exécute très-bien au moyen d’un ajuftemcnt qu’on nomme le régulateur. Voilà en général les conditions qu’on a à remplir : voyons par quel moyen on y eft parvenu.
- 122.’ §. II. Du régulateur. Les cylindres & toutes les pièces qui en dépendent font établis fur un fort fommier A ,fig. i ,pl. F. A , fig. 2, eft une coupe tranfverfale de Ge fommier. Les lignes ponctuées a a , font pour faire voir les trous a a ,fig. i , qui reçoivent le bas des colonnes de fer B B ,fig. g s car les deux cylindres K , L, & tout ce qui leur appartient, font renfermés entre les quatre fortes colonnes de ferB,/zg. r , & qu’on voit féparément à la fig. g. La partie a , b, de ces colonnes traverfe le fommier par les trous qu’on voit en a a ,fig. 2 ; les repos a a , fig. g , portent fur le fommier ; l’extrémité b, cy qui porte une vis ,excede le fommier en - delfous pour recevoir les écrous s ou/,jîg. 4, dont la tête eft à pans pour pouvoir les ferrer fortement avec une clef ; ces colonnes font encore affermies en - haut par des entre - toifes g 8c des écrous h, fig. f. Les tourillons qui font à l’extrémité des cylindres , font reçus dans des collets qui leur permettent de tourner fur leur axe : or ces collets ont chacun deux oreillons qui font chacun percés d’un trou, dans lesquels paffent les colonnes de fer B B , fig. g , qui les affujettiffent très - fermement. On pofe d’abord les collets qui fupportent le cylindre inférieur, de façon que le delfous de ces collets s’appuie fur le fommier A , comme on le voit entre a 8c a , fig. 1. Je vais eifayer de donner une jufte idée de ces collets avec le fecours des figures qui font fur la pl. V.
- 12g. On voit ,fig. 8 , le collet du cylindre inférieur , & au - delfous en A, fon plan vu par-delfus, étant garni de fon palier de cuivre, qui eft repré-fenté féparément en C. Ce même collet eft repréfenté dans la figure G , vu par la. face qui regarde le dedans du laminoir. On voit en D, que l’endroit Ç eft difpofé pour recevoir le palier de cuivre qui eft au - delfus hors de place, & en E, le palier occupe la place qui lui était deftinée -, i, k, font les trous des oreilles, par lefquels palfent les colonnes de fer B B , fig. g. En A ,/g. 9 , eft repréfenté le collet fupérieur du cylindre L ,fig. 1, vu du côté extérieur*
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- Ton palier de cuivre fe voit au - deflous en B. F,/g. 7, eft le collet de-ce même cylindre vu en perfpeétive & du côté. de la face qui regarde l’intérieur du laminoir j au - deftous eft fon palier de cuivre hors de place. Enfin A, F, B, fig. 12, eft un collet qui peut fe lever & s’abaifler ; il eft deftiné à foutenir îe cylindre L, dont les tourillons font dans la gorge F. A , B , D, eft un étrier de fer qui foutient le collet F par l’extrémité des barres A, B , qui lui font' jointes. Pour faire appercevoir l’utilité de ce collet mobile, il faut entrer dans des détails au fujet de la partie du laminoir qui eft deftinée à.écarter l’un de l’autre ou à rapprocher les cylindres K , L , d’une auffi petite quantité qu’on le juge à propos, & de façon qu’ils foient toujours parallèles. Toutes ces pièces que nous venons d’expliquer , font ce qu’on nomme le régulateur $ il 11’agit que fur le cylindre fupérieur L , le cylindre K refte toujours dans la même pofition. Le régulateur agit fur les deux extrémités du cylindre L ; mais comme ces deux portions font entièrement femblables , il nous fuflira d’expliquer celle qui fe préfente à la vue à la figure 1.
- 123. On fe rappellera que la partie fondamentale du laminoir eft une grolîe pièce de bois A , que nous avons nommée le fommier , dans lequel font implantées quatre colonnes de fer B ^ fig. 1. Ces colonnes traverfent les oreillons i, k,fig. 6 , des collets ee9 fig. 1 , fur lefquels repofent les tourillons du cylindre inférieur K;plus , le collet mobile A , F, B , qui fupporte le cylindre fupérieur L, & enfin le collet b b , fig. 1 , qui recouvre les tourillons du cylindre fupérieur L : ces colonnes font taraudées en vis à leur partie fupérieure d, pour recevoir les écrous/, fig 1 & n , qui font garnis chacun d’une roue de fer horizontale P : deux de ces roues , fig. 14, engrènent à la fois dans un pignon l qui eft porté par un même arbre qu’une roue o qui eft delfus , comme on le voit fig. 3. Cette roue eft mife en mouvement par des vis fans fin , qu’011 voit aux extrémités de l’arbre RR , fig. 13 , & ces vis fans fin font mifes en mouvement par une clef S , même figure. On voit ces pièces en fituation à la figure 14 ;& la figure 15* eft'une piece de fer qui fert à tenir la vis fans fin en état. Il réfulte de cet ajuftement que quand on tourne les vis fans fin , elles communiquent leur mouvement à la roue o , fig. 3 , qui enarbrée avec le pignon qui eft deflous , le fait tourner ; & ce pignon engrenant dans les roues P ,fig. 14, leur communique fon mouvement, & par conféquent aux écrous qui font au centre de ces roues/j & comme ces écrous répondent aux vis d des colonnes ,fig. 3 , il eft fenfible que ces écrous qui appuient fur le collet fupérieur B,fig. 1 , du cylindre L , tendent à le faire approcher du cylindre K , & par conféquent à comprimer davantage la table de plomb qui eft entre les deux cylindres. Mais pour écarter les deux cylindres, il ne fuftit pas de tourner les écrous en fens contraire, le cylindre L ferait déterminé par fon poids à s’appliquer immédiatement
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- fur le cylindre K. On a remédié à cet inconvénient par le collet F,fig. 12, qui embraife par-deifous le tourillon du cylindre L ; aux deux bouts de ce collet A , F,B,eft ajufté ce que nous avons nommé L'étrier Â, B, D, avec ion entre -toife C, E. Les pièces de cet étrier fe réunifient en D , où font attachés des" cables xx, pL IV, fig. 1 » quife roulent fur un treuil Z , qui eft établi au-deifus du laminoir, auquel 011 ajoute au bout d’un levier un poids O ,
- & ce poids doit être fuffifant pour foulever le cylindre L , ainfi que toutes les pièces de l’armure du régulateur. Il faut donc concevoir que ce cylindre L* comme tout ce qui en dépend, eft foutenu iur les collets qui font tirés en-haut par le treuil Z ; & au moyen des rouages dont nous avons donné la defcription, on le rapproche exactement à une diftance convenable du cylindre K, où il eft: retenu fixement , de forte que la prelfion du plomb ne peut le faire relever. Je vais expliquer fommairement, & par forme de récapitulation , la maniéré de fe fervjr de cette belle machine.
- Article IV.
- De la maniéré de laminer,
- Ï2f. La table ayant été ébarbée & nettoyée par le fecours des brofles» fig, ^ , pl. VF du fable qui pourrait y refter attaché , on la leve de terre avec la grue tournante, & on la porte fur les rouleaux T du chaflis du laminoir ,fig. j & 11 i on préfente une de fés extrémités entre les deux cylindres JC, L; onabaiffe au moyen du régulateur le cylindre Lfur la table de plomb autant qu’il convient pour la faire mordre : le verrouil étant attaché à la lanterne F, on fait marcher les chevaux5 la table de plomb convenablement comprimée, paife entre les deux cylindres. Quand toute la longueur de la table a paffé entre les cylindres, on change le verrouil pour l’attacher à la lanterne/*» & fans changer la polltion des cylindres, on la fait revenir d’où elle était partiej alors on reiferre un peu les cylindres, on attache les verrouils à la lanterne F, & la table reçoit une nouvelle preflion : on répété cette opération quelquefois deux cents fois pour réduire la table à l’épaiifeur qu’elle doit avoir, n’augmentant la preffion au moyen du régulateur, que quand la lanterne F travaille ; l'autre / ne fert qu’à rappeller la table en fens contraire de ce qu’elle était lorfqu’elle était menée par la lanterne F, & à perfectionner le laminage qu’a fait cette' lanterne. Six hommes & fix chevaux fuffifent pour faire aller cette machine ainfi difpofée onze heures tous les jours.
- 126. §. I. De la maniéré de réduire les tables en feuilles très-minces, NOUS venons de décrire ici la maniéré de réduire des tables à une épaiffeur ordinaire & autant qu’elles peuvent l’être par le fecours des feuls cylindresj mais il Tome XIII, P p p
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- efl: un moyen Je les comprimer davantage quand on veut en avoir des tabîes très-minces; on les place au laminoir , en les pofant fur une table de plomb' plus épaiffe & déjà laminée , qui fort de fupport à celle qui efl: fort mince ; alors il n’y a que celle de delfus qui fe lamine : on peut par ce moyen, (t l’on veut, la rendre aufli mince qu’une feuille de papier. Je terminerai ce qui regarde le laminage par quelques remarques qui importent à fa perfection. 1?. Il efl: toujours avantageux de donner au manege un grand diamètre ^ îes chevaux en fatiguent beaucoup moins. 20. Quand les tables de plomb font fondues , il faut les lailfer refroidir avant de les palfer au laminoir : cette chaleur jointe à celle que les tables acquièrent en paflant entre les cylindres, diminuerait l’union que les parties du plomb ont entr’elles, &le métal en ferait moins dudile. 30. Il efl: nécelfaire, avant de mettre les tabîes au laminoir , de les bien nettoyer du côté qui touchait au fable, avec des brodes , comme on vient de le dire, puis avec un morceau d’étoffe ou de toile neuve : le fable raierait les cylindres , & celui qui s’incorporerait dans le plomb en rendrait la furface rayée ou piquée, fans cette précaution ; ce qu’il faut éviter. 4°. Il faut que les deux cylindres foient d’un grand diamètre & égale d’un grand diamètre, pour que la preflion fe faife dans une plus grande fur-face de table , & que l’angle curviligne que forment les deux cylindres étant aigu, la preflion commence de loin , & aille en augmentant jufqu’à l’endroit où les cylindres font plus rapprochés, ou jufqu’au grand diamètre des cylindres. Il faut que les cylindres foient d’un pareil diamètre , pour qu’ils-n’aillent pas plus vite l’un que l’autre , & que les deux furfaces des tables foient prelfées également, f?. Il vaut mieux paifer les tables un grand nombre de fois entre les cylindres, que d’augmenter beaucoup la preflion; car le métal qui fe prête à un petit applatilfement, fe déchirerait fi l’on voulait tout, tout d’un coup lui en faire fouffrir un plus confidérable. 6?. Il faut que les chevaux aillent d’un pas égal , & éviter qu’ils tirent par feeouifes ; la machine en fouffrirait, ainfi que la table qu’on lamine. 70. Il efl: bon d’être prévenu que les tables qui s’étendent fi confidérablement en longueur, confer-vent exactement la largeur qu’elles avaient lorfqu’on a commencé de les laminer. 89- U efl: certain que toute 1 epailfeur des tables contribue à leur alon-gement, & que ceux qui ont penfé qu’il n’y avait que les^eux furfaces qui s’alongeaffent , fe font trompés ; puifque quand une table a acquis toute fo-n extenfion, les furfaces fupérieures & inférieures excédent par les bouts: tout au plus de deux ou trois lignes le milieu de 1 epailfeur de la table; & qu’on coupe les tables où l’on voudra, on les trouvera par-tout d’une égale épaiifeur. 9^. Comme les tables qu’on veut rendre fort minces acquièrent plus de longueur que n’en a le chaflis, 011 les coupe par le milieu pour les laminer féparément.
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- » 27; S- If. Comment on retire les tables laminées de deÿus le chajjis. CETTE opération différé peu de ce que pratiquent les plombiers pour enlever leurs tables de delfus le moule où ils les ont coulées ; on aura feulement l’attention de tirer la table hors des cylindres du côté de la grue ; enfuite deux ouvriers la frappant avec la batte , la rouleront, en commençant par le bout qui eft près des cylindres, & ils continueront jufqu a ce qu’ils foient au bout du chaffis qui eft du côté de la grue : ils palferont dans ce rouleau de plomb un levier qui doit déborder par les deux bouts environ de fix pouces, pour y attacher le cable delà grue: en tournant la manivelle on l’enlevera aifément ; & en faifant tourner la grue, on portera cette table dans l’endroit où elle doit relier , jufqu’à ce qu’il fe préfente des acquéreurs.
- 128* §• III. Supprejjion quon a propofé défaire au laminoir. Osra voulu retrancher plusieurs chofes à cette machine, penfant la rendre plus commode qu’elle ne le paraît. Nous venons de la repréfenter dans l’état où elle eft a&uellement ; mais quelqu’un a imaginé qu’on pouvait la Amplifier , & il- a donné un plan dans lequel il a retranché une partie du rouage. Il en a lupprimé la roue de renvoi G, le hérilfon D, l’arbre fupérieur qui le portait, & les lanternes ÆF; oh n’a laiifé que la lanterne du bout, c’eft-à-dire, celle qui engrene dans la roue de champ, qui a été portée à l’extrémité de l’arbre inférieur, qui tient immédiatement au cylindre inférieur. On lui ajoute une lanterne femblable à la lanterne E , qui eft au bout de l’arbre fupérieur, du côté du manege ; toutes deux font mobiles autour de cet arbre , & engrenent dans la grande roue de champ, qui eft renverfée dans ce nouvel arrangement, & renfermée dans une capacité creufée dans le manege. Les leviers font attachés au-delfus de cette roue: un verrouil femblable au premier, mais beaucoup plus long,fert pareillement à fixer les lanternes alternativement fur l’arbre, pour procurer les différentes révolutions néceffaires aux cylindres, pour que la table puiffe repaffer de côté & d’autre ; l’une des lanternes étant fixée fur l’arbre par le moyen du verrouil, elle lui communique le mouvement qu’elle reçoit de la roue de champ. L’arbre fait tourner avec lui le cylindre , auquel, comme nous l’avons dit plus haut, il eft adapté immédiatement, jufqu’à ce que l’on dégage cette lanterne, pour enfuite faire agir la fécondé, en la fixant fur l’arbre par le moyen du même verrouil: alors cette derniere imprime aux cylindres des révolutions contraires à celle de la première lanterne : d’où il fuit que les mêmes effets font produits par des voies plus Amples ; car dans la première machine la roue de renvoi G fe trouve trop petite, & devraitètie agrandie. Il eft vrai qu’on pourrait augmenter fon diamètre, & le rendre égal à celui des lanternes, fans cependant diminuer celle - ci, ce qui ferait fort aifé, en plaçant toutes ces pièces à côté les unes des autres, & par-la donner un nouvel arrangement à la machine.
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- 129. Mais ce plan n’a pas encore été exécuté ; il y a apparence même qu’on a apperqu des raifons qui ont empêché de l’adopter: on s’en tient à Paris , &’ par-tout ailleurs, à l’ancien laminoir; c’eft ce qui a fait que je n’ai point’ voulu en donner le detîtn. La curiolité du public fera fans doute fatisfaite fur ce que j’en ai dit; d’ailleurs 011 le trouvera décrit dans les Mémoires de-l’académie royale des fciences.
- CHAPITRE IV.
- Des tuyaux.
- ïjo.Ï L n’eft perfonne qui ignore ce que c’eft qu’un tuyau ; ainfl nous-, ne nous occuperons pas ici de le définir : nous nous contenterons de dire qu’il y en a de plufieurs fortes : les uns font fondus , les autres font fou-dés. Mais comme cette derniere méthode confomme de la foudure qui eft beaucoup plus chere que le plomb, & qu’elle augmente la main-d’œuvre» les ouvriers ne doivent y avoir recours que lorfque les tuyaux dont ils. auront befbin , feront d’un diamètre trop confidérable pour être fondus > ils feront alors obligés de partager leurs tables de laj longueur & de la largeur convenables pour la grofleur des tuyaux dont ils auront befoin qu’ils arrondiront & fonderont comme nous le dirons dans la fuite. Ces .fortes de tuyaux font ordinairement defîinés pour les pompes * conduites d’eaux de fontaines , réfervoirs. & pièces d’eau , dont les eaux font forcées. Mais lorf qu’il ne leur faudra que des tuyaux qui ne pafferont pas frx pouces de diamètre , on peut fe fervir d’un moule pour les faire : on en trouve depuis' neuf lignes de diamètre, jufqu a fix pouces. Afin de pouvoir parler de ces deux différentes efpeces de tuyaux » nous diviferons ce chapitre en detix articles ; dans le premier, nous traiterons des tuyaux fondus ; dans le. fécond * des tuyaux fondés. r
- Article premier*
- Des tuyaux fondus* ‘
- )
- îgï. §. I. Des ujlenfiles nêceffaires pour la for, te des tuyaux. O N doit avoir un moule & un madrier. Le moule ,/g. 1, pL Vil, tel que les fondeurs • en cuivre le livrent aux plombiers, eft un cylindre creux ouvert par! les deux bouts ; il porte près un de ces bouts un entonnoir A, que l’on, -appelle jet, par lequel on verfe le métal fondu fur chacun de fes côtés ; il y -a 4eux éminences ou deux goujons B C, qui fervent à l’affermir dans
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- les brides à charnière dont nous parlerons dans la fuite, & quelques ouvertures D D, qui forment des évents ou ventoufes , pour laiifer échapper l’air quand on ver fera le métal fondu dans le moule. Ce moule eh formé de deux pièces qu’on nomme côtieres, fig. 2 \ & ces côtieres rapprochées l’une de l’autre & fermement liées comme nous le dirons, forment le.'moule entier, fig. 1. Il eft'fenfible que, fi les deux bouts du moule reliaient ouverts, le métal qu’on verfe par l’entonnoir A s’échapperait; c’elf pourquoi on ferme le bout K ^ fig. 1 & 2, par une piece de cuivre G, fig. 3; on la voit en place en K , fig. 2 : on la nomme portée. Elle doit fermer exactement le bout K du moule, & elle elt percée dans fon milieu pour recevoir un mandrin ou boulon de fer, dont nous parlerons dans un infant. L’autre partie du moule eft fermée par une piece H ou I,j%4,qui eft percée dans fon milieu, ainli que la portée G , fig. 3 , pour recevoir le mandrin ou boulon de fer K L ; mais cette nouvelle piece de cuivre elt taillée en bec de plume, pour faciliter la liaifon du métal lorfqu’on fait plulieurs coulées pour faire une longueur de tuyau : on la voit en place au bout L de la figure 2. Comme il faut qu’elle con-ferve toujours une même fituation , on lui forme un oreillon M ,fig. 2 & 4, qui doit être toujours en - haut, pour que la partie la plus longue du bec de plume N, fig. 2 & 4, foit vers le bas : on la voit dans cette lituation à la figure 2 , en L.
- 132. Il elt évident que pour que le moule loit complet, il faut joindre l’une auprès de l’autre les deux côtieres d’une façon très-folide ; cela fe fait par les brides à charnières , fig. 5 & 6 ; les goujons B C ,fig. 1 , entrent dans les ouvertures a , des brides >fig. f & 6, qui font tenues fermées par les pannetons b9 même figure, qui entrent dans les ouvertures qui reçoivent la clavette, figi 7. ; Cet ajultement fe voit en place en O, fig. 8 5 où l’on voit qu’au moyen des brides à charnières le moule elt auffi folide que s’il était d’une feule piece. Les parois intérieures du moule doivent faire l’extérieur des tuyaux ; mais pour qu’ils foient creux, il faut établir dedans un noyau cylindrique , que. les plombiers appellent le boulon : on le voit fig. 9. Il doit être de fer ; 011 en fait auffi en cuivre pour les gros moules : ceux-ci font creux; les uns &, les autres doivent être plus longs que le moule, bien arrondis depuis Qjuf-, qu’à R & méplats depuis Q_julqu’à S; c’elt la différence qu’il y a entre les diamètre extérieur du boulon & le diamètre intérieur du moule, qui fixe l’épaiifeur du métal qui formera le tuyau 5 il faut en outre le placer bien exaélement dans l’axe du moule, afin que les tuyaux aient une égale épaif., leur dans toute leur circonférence: cela fe fait aifément au moyen des pièces d.e fonte , fig. 3 & 4, qui, comme 011 le'voit en KL, fig. 2, font enfilées par le boulon de fer.
- 133. Nous avons déjà dit que les ventoufes DD,fig. 1 & g , font defti-jiées à donner l’idue à l’air qui augmente de volume, & fe raréfie par la cha-
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- leur du plomb fondu. Comme elles font placées à la partie fupérieure du moule, elles indiquent encore que le moule eft plein, quand on voie le plomb fortir par ces ventoufes. C’eft d’ailleurs pour éviter les foufflures, que la rapidité avec laquelle les ouvriers jettent le plomb pourrait occafionner, fi on n’avait l’attention de donner une ilTue à l’air qui eft dans l’intérieur du moule, par le moyen de ces ventoufes.
- 134. Le moule étant ainfi bien ajufté, on le place fur ce qu’on appelle le madriert c’eft une forte table de chêne, fig. 10 , qui a feize à dix-huit pieds de longueur fur vingt pouces de largeur, & quatre pouces & demi d’épaitfeur : ce madrier eft porté par de forts pieds de charpente : il y a vers T, une grande ouverture en forme de grande mortaife, qui a trois pieds de longueur, & fix pouces de largeur, au droit de laquelle eft pofé le moule. Il y a vers les deux bouts de cette ouverture, deux fortes traverfes qui font arrêtées avec des boulons, & fermement attachées au madrier : elles fond deftinées à foutenir le moule de façon qu’il ne touche point au madrier , qu’il pourrait endommager par la chaleur que le plomb fondu lui communique ; d’ailleurs étant ainfi ifolé , le plomb qui fe répand en le verfant dans l’entonnoir du moule , ainfi que celui qui fort par les ventoufes , tom*be par terre ; & afin qu’en rejailliflant il ne brûle pas les jambes des ouvriers, les deux côtés du madrier font, à cet endroit, fermés par des planches ou des tables de plomb V, qui font clouées au bord du madrier, & qui tombent, jufqu’à terre.
- 13^. On verra dans la fuite, qü’à chaque coulure de tuyau il faut en tirer le boulon, ce qui exige de la force ; c’eft pour cela qu’on établit folide-ment, vers le bout de la table , un cric X,y%. 10 : il eft compofé d’un arbre de fer a b, fig. 1 r ; à l’extrémité b eft un levier en croix ou à moulinet, fig. 12,8c au milieu une lanterne c, qui engrene dans la roue d^fig. if, qui eft enarbrée avec la lanterne g, fur l’eflieu e /, même figure ; la lanterne f engrene dans les dents de la crémaillère X, fig. 10. On voit que cetajufte-ment multiplie beaucoup la force. Ce cric eft ajufté au madrier par quatre » boulons de fer qui reçoivent tout le cric enfemble. Par fon moyen l’on fort le boulon , ou on le remet ën place dans le moule ; car comme le cric agitégale-> ment d’un fens & d’un autre, il s’enfuit qu’en tournant le moulinet d’un fens ou d’un autre, il peut ou tirer le boulon du moule , ou le remettre en place, félon* que cela devient néceifaire.
- 13 6. Quand on fe prépare à couler un tuyau, on tire le boulon du moule, & on ôté les pièces qui font à fes deux bouts : favoir , la partie G , fig. 3 & celle qui eft en bec déplumé; on ouvre les brides à charnières ; on écarte; l’une de l’autre les côtieres; on eifuie bien toutes ces pièces , & on les frotte de graiife ; enfuite on remonte le moule , comme nous l’avons expliqué plus
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- haut, âu moyen du cric : on met dans l’intérieur le boulon , & alors le moule eft en état de recevoir le plomb fondu qui eft dans la chaudière, fig. 14, & dont on a conduit la fonte , comme nous l’avons expliqué plus haut fort en détail.
- ' J37- §• H. Du moulage des tuyaux. On fuppofe que le plomb ell fondu,
- écumé, revivifié, & tout prêt à être coulé ; un ouvrier ira prendre la cuiller» & il la plongera dans la chaudière ,7%. 14, pour la porter pleine à l’endroit où l’on a placé le moule : il en verfera le plomb dans rentounoir A, qui ell fait pour le recevoir , le plus rapidement qu’il fera polîible-, comme on le voit fig. 10 ; le plomb fe difperfera dans toutes les parties intérieures du moule , c’eft-à-dire, depuis la plume jufqu’à la portée : on attendra quelques inllans pour que le plomb ait le teins de prendre ; mais il ne faut pas le laitier refroidir entièrement, pour que le plomb qu’on jetera dans le moule s’allie & fe foude mieux avec la partie de tuyau e , déjà moulée , & qui ed hors du moule.
- î^8. §. III. De la maniéré de retirer chaque morceau de tuyau du moule à mefure qiûon les coule ; & de ce que deviennent la plume & la portée. Quand une fois le plomb aura pris , le compagnon frappera avec fon marteau , fig. ïo, qu’il a toujours devant lui , les clavettes des brides à charnières, & les fera fortir. Il ouvrira le moule, qui ed fort chaud, avec la pointe de fon marteau , qu’il fera entrer dans fes jointures : il féparera ainfi les deux côtieres» qui tomberont des deux côtés fur leurs brides à charnières ; le tuyau enve?-loppera le boulon dont il faut le dévêtir : un ouvrier , pour cet effet, prendra la branche A du moulinet ,7%. 17, enfuite la branche B fucceftiveraent* "& le fera tourner en-dedans ; & afin de tirera lui le boulon, un autre ouvrier prendra ce premier bout de tuyau , & le tirera à lui dans le fens'contraire , par le moyen de fon rejet /> qui s’élève toujours au milieu de chaque bout de tuyau qu’on fond : il eft' formé du trop plein , c’eft-à-dire’, de tout le plomb qui refte dans l’ouverture du moule ou l’entonnoir A ,7%. 10, parce qu’il vaut mieux en mettre plus que moins : il y prend la forme de cet entonnoir , & facilite le moyeii de faifir le tuyau j on fortira de cette maniéré chaque bout de tuyau jufqu’au-délà de l’entonnoir A , mais non pastout entier , parce que c’eft à cette extrémité que doit fefaire l’union du premier plomb qu’on vient de couler 5 avec celui qui doit être jeté de nouveau dans le moule »pour la continuation du tuyau. La porree G, fig. 3 , fuivra ce premier morceau âe tuyau , parce qu’il faudra tirer le tout enfembie : ainfi, quand le premier bout de tuyau eft fait, elle devient inutile , attendu que le tuyau prend la place & arrête le nouveau plo/nb en bouchant l’ouverture inférieure du moule. La plume H ou I, fig. 4, ancontraire, doit toujours relier à fa premier place , parce qu’il faut que chaque bout de tuyau qu’on fond fe forme fur la plume-
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- pour qu’il prenne mieux", comme nous l’avons déjà dit , àu plomb que l’oiï jetera de nouveau dans le moule, jufqu’à ce que le tuyau ait la longueur qu’il convient de lui donner , qui eft ordinairement de douze à treize pieds, l39- §• De ce qu'il faut faire des rejets à mefure que Le tuyau prend de ta longueur. Comme on ne,doit jamais manquer de combler les rejets du moule , afin que le plomb qui y furabondera preife celui qui eft dans le moule, & le force par.fon poids d’en remplir tout le vuide ; ce plomb furabondant formera autant de rejets qu’il faudra couper avec le cifeau, fîg. 13, ainfi qu’on le remarque/^. 16 , avec le marteau , parce qu’ils font inutiles à chaque bout de tuyau que l’on fortiça du moule , excepté le premier rejet ; il ne le faut couper que iorfque le tuyau aura la longueur qu’on'veut lui donner: on doit le lailfer , parce qu’il donnera prife pour retirer plus aifément le tuyau e , fig. 10 , du moule , à mefure qu’il s’alongera par les fontes réitérées. Ou jetera les rejets dans la chaudière, à mefure qu’on les coupera , ainfi que le plomb qui eft tombé autour du moule , & qu’011 aura le foin de détacher, de même que le plomb quia coulé à terre, s’il eft confidérable , afin de le remettre fondre de nouveau avec celui qui eft déjà fondu.
- 140. §. V. De la façon de retirer les tuyaux de defjiis le madrier. On conçoit que les tuyaux s’y font par parties ou par bouts qui ont la longueur du moule , qu’il faut ouvrir à chaque bout de tuyau que l’on forme ; & comme ces bouts de tuyau fe joignent les uns aux autres dans le moule , on pourrait alonger autant qu’on voudrait les tuyaux. Rien n’empêcherait , d’après ce que nous venons de dire, fi on en avait 1’emplacement; mais ils deviendraient trop longs : ainfi il faut une réglé & une mefure dans tout ; on doit borner leur longueur à treize pieds, comme nous l’avons dit plus haut. Quand ils auront çette longueur, il faudra lés retirer de déifias le madrier, afin qu’ils faifent place à d’autres. On commencera par abattre le rejet /, qui était refté : on fe mettra deux; on lé>preudra par les deux bouts , en tenant dans fes mains de quoi s’empêcher de brûler , fur-tout celui qui prendra le morceau qui vient d’être fondu en dernier lieu; 011 le pofera dans l’endroit de l’attelier qui lui fera deftiné. Voilà ce qui regarde la fonte des tuyaux: on commencera la même opération autant de fois qu’on aura befoin de tuyaux. On ne s’y prend pas différemment pour faire'des tuyaux de fix pouces de groffeur, que pour ceux, d’yn pouce^de diamètre : le travail eft le même ; & il 11’y a de différence que parce que le moule, & par conféqueut les tuyaux , augmentent en grofi. feur. Comme l’emplacement du madrier & la préparation du moule 11e laifi. fent pas que de demander du tems, les plombiers ont coutume d’employer tout un jour à la fonte de leurs tuyaux, faus la difeontinuer : ils en font jufqu’à trente, un jour portant l’autre. Ils font de même le jour de la fonte de leurs tables ; ils en fondent toute la journée. Ce jour-là on double la paie
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- des ouvriers. On ne parlera point du poids des tuyaux, parce que c’eft à proportion de leur diamètre qu’ils pefènt plus ou moins , non - feulement parce qu’il y a plus de plomb dans la circonférence des gros tuyaux que dans celle d’un petit, mais encore parce que les gros tuyaux doivent être plus épais que les petits. On obfervera feulement qu’il elt indifpenlàble aux plombiers d’avoir chez eux un fléau & des balances , pour pefer ceux qu’ils délivrent & qu’ils reçoivent, & généralement tous les ouvrages qu’ils font & que je détaillerai par la fuite , félon l’ordre que je me fuis prefcrit : on doit voir par-là que quiconque veut faire fa proféflion de fart qu’on traite ici, doit avoir un lieu fpacieux pour y établir fon attelier.
- Article II.
- Des tuyaux foudés.
- 141. Comme on n’a pas coutume de fondre des tuyaux qui aient plus de fix pouces de diamètre , ainfi que nous l’avons dit plus haut, parce qu’il ne fe fait point de moule qui furpaffe cette groifeur, ou du moins qu’on s’en fert très - rarement, & que dans l’art qu’on traite ici l’on fe trouve fouvent dans le cas d’en avoir befoin de plus gros , foit pour les pompes , foit pour les principales conduites des fontaines , foit pour la décharge des eaux des pavillons ou des grands toits, on a été forcé d’imaginer le moyen de rouler des tables de plomb , que l’on coupe de telle largeur & longueur que l’on veut, proportionnellement à la groifeur des tuyaux dont on a befoin , afin de fup-pléer par-là à l’impollibilité où l’on était de pouvoir les faire fondre moulés. Ce travail ne lailfe pas que de demander de l’adrelfe. On pourrait y joindre la coupe des cuvettes , & n’en faire qu’un chapitre , fi l’on voulait fuivre l’ufage des plombiers, qui paffent un jour entier à difpofer leurs ouvrages à être foudés , afin que toutes les parties étant difpofées , ils n’aient plus le lendemain qu’à les fouder. Mais on les traitera à part & en deux chapitres difle-rens , afin d’expliquer plus clairement ces différentes opérations : on ne parlera ici que des tuyaux. On dilfingue quatre diverfes mains - d’œuvres avant qu’ils puilfent fortir de l’attelier : ils doivent i«. être coupés; 2°. être arrondis ; j°. ils doivent être falis, écaillés , & grattés en la partie qui doit être fou-dée; 40. enfin ils doivent être foudés de long. Il convient d’expliquer fépa-rément chacune de ces opérations.
- 142. §.I. Façon de couper Les tuy aux. Il faut, pour cette première opération, une table, fig, 1 , pl. VJ II, d’environ quatre pieds de large fur feize de long , pour étendre la table de plomb qui doit férvir à faire les tuyaux dont on a befoin. Le moule qui a fervi à couler les tables fur fable , eft très-propre à cette opération ; les ouvriers n’auront befoin que de le couvrir, comme nous Tome XIII. Q_ q q
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- avons !dit qu’on le faifait Lorfqu’on ne s’en fervait pas pour couler j il faut de plus une équerre, une réglé, un compas , un tire-ligne , un couteau & des battes rondes. La réglé doit avoir'environ quatorze à feize pieds de longs le compas eft fait comme ceux des tailleurs de pierre-j le tire-ligne, figs4, eft un inftrument crochu & tranchant, fait comme une ferpette : il fert à tracer fur le plomb i endroit où-il faut le couper ; le couteau ,fig. f, doit être affez fort pour réfifter aux coups de marteau qu’il reçoit quand on coupe les tables ; fon manche eft court, & le tout a environ un pied de long. La batte ronde, fig. 6, eft un rondeau de bois qui a un manche pris dans la même piece : on s’en fert fouvent en place de maxteau , pour frapper fur le treteau , & fur-tout dans cette opération. Etant muni de ces inftrumens, voici comme il faut opérer. Il faudra prendre une table de plomb en rouleau , que l’on étendra fur la table qui fait la couverture du moule à fondre les tables, comme 011 l’a déjà dit. La première chofe que l’on doit faire, c’eft de commencer par en couper les laifes des bandes qui doivent faire les tuyaux. Q11 fupp,ofe qu’on veuille faire un tuyau de trois pouces de diamètre dans toute fa Ion-, gueur ; car il y a des tuyaux qui font plus gros à une extrémité qu’à l’autre, mais qu’on emploie rarement : on prendra dix pouces fur la largeur de la table avec le compas , tant d’un côté que de l’autre : 011 pofera la réglé fur les deux points qu’on aura tracés i enfuite avec le tire-ligne , conduit par 1$ réglé, on fera fur la table de plomb un trait le plus profond qu’on ..pourra : ©n finira de féparer la table par le moyen du couteau & de la batte ronde. Si l’on fe trouvait dans le cas d’avoir-befoin d?un tuyau de trois pouces de diamètre par le haut, & de deux pouces feulement de l’autre , car on leur donne telle forme que l’on veut, félon que les endroits pour lefquels ils font deftinés le requièrent, on 11e prendrait alors que huit pouces de ce côté-là. Du refte la coupe eft la même.
- 143. II. De lafiçon de rouler les tuyaux. Il faut, pour cette opération , avoir des battes plates. Cet outil a trois pouces de large , & un pied de long, le manche compris : le tout eft d’une feule piece ; la différence qu’il y a entre la batte ronde & la batte plate , c’eft que l’une eft un rondin entier, l’autre n’eft que la moitié d’un rondin ,fig. 7. Lorfqu’on aura donc coupé ce qu’il faut pour faire le tuyau , on tirera fur le bord de la table cette bande de plomb qu’on deftine à être roulée : 011 appuiera une main deffus, afin de la tenir plus ferme i de l’autre on prendra la batte plate, & on en frappera les rebords par-delfous de bas en haut , pour en relever les bords : on en fera autant au côté oppofé , en retournant la plaque de plomb que l’on frappera jufqu’à ce qu’elle foit arrondie & que fes côtés foient fi bien appliqués l’un contre l’autre & fi bien joints , qu’on ne puiife point y paffer la lame d’un couteau. Cette opération exige toujours une adreffe qu’il eft difficile de décrire
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- c’eft une fcience qu’on acquiert par l’ufage. Ainfi l’on fe contentera d’indiquer en général la maniéré dont il faut s’y prendre ; tout ce qu’on peut en dire, c’eft qu’on voit de ces tuyaux fi bien travaillés , qu’il ferait irùpoffible de connaître s’ils ont été moulés ou roulés, fi l’on n’appercevait pas l’empreinte de la foudure avant de pafler outre. Il eft bon d’obferver qu’il ne faut pas changer d’opération , que l’on n’ait roulé tous les tuyaux dont on peut avoir befoin, pour mettre plus d’ordre en fon travail.
- 144. §. III. De La maniéré de les falïr, écailler & gratter. Après qu’on aura arrondi fes tuyaux de la façon qu’on le voit, il faut les écailler ou aviver aux endroits où l’on veut que la foudure prenne, parce que la furface du plomb fe ialit aifément, & eit toujours enveloppée, félon le terme des plombiers,'; d’une cralfe qui fait couler la foudure & l’empêche de s’attacher au plonlb-, au contraire, il faut les falir aux endroits où l’on ne veut pas que là foudure s’attache , & où elle feraitinutile. Mais avant tout, comme le tuyau eft rond , il faut, pour l’empêcher de rouler, l’appuyer des deux côtés par des petites cales ou plufieurs petits chevalets qui loutienuent ou embraifent les tuyaux par-deilous : ils font de plomb , & ce font les plombiers qui les font. Ou en voit un dans la vignette en a ,fig. g : on afteoit les tuyaux fur ces chevalets. On aura enfuite de la terre grade que l’on détrempera dans de l’eau;oit en frottera le pourtour de chaque tuyau, comme on le voit à la fig. r r, eu A* afin que la foudure qui coulera fur le tuyau , fe détache aifément des endroits où elle eft inutile. On commence par cette opération , de crainte que quelques éclaboulfures de terre graife ne tombent à l’endroit des jointures du tuyau, où il faut néceifairement que la foudure s’attache ; enfuite on prendra le cifeau & les battes rondes. Lé cifeaU eft fait à peu près comme ceux des maçons» & eft repréfenté à la planche de la fonte des tuyaux : on fe fert encore du grattoir, fig. 9 ou 10 , & avec ces outils 011 avive ou écaille le tuyau d’un bout à l’autre , à l’endroit où il doit être foudé, de la largeur de deux pouces, comme on te voit en C, fig. 11. Qriand on aura donc fali & écaillé les tuyaux qu’on aura roulés , il faudra les fouder comme nous allons l’expliquer.
- 14^. §. IV. De la façon de préparer la foudure. Pendant qu’on difpoferà les tuyaux à être fondés,il faut que d’autres ouvriers préparent la foudure. C’eft un alliage d’étain & de plomb. La quantité qu’il faut de l’un & de l’autre pour faire un bon corps de foudure, eft deux tiers de plomb fur un tiers d’étain. On mettra dans la chaudière de l’un & de l’autre de ces métaux dans la proportion que nous venons d’indiquer ; enfuite on allumera le fourneau,4 Aon ferar foudre la foudure comme nous avons dit au chapitre où il eft traité de la fonte du plomb : on l’écuniera de même ; on aura feulement foin de mettre à part l’écume qui en proviendra , parce qu’elle refervira à faire de la foudure en la revivifiant par. le .raffinage , comme on le dira dans le treizième cha-
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- pitre de cet ouvrage. Outre qu’on y perdrait fi onia mélangeait avec l’écume du plomb, parce qu’on n’en retirerait plus de la foudure, mais du plomb} c’eft que d’ailleurs elle aigrirait le plomb , & lui ôterait fa première bonté.
- 146. §. V. Delà maniéré de fouder les tuyaux. Pour cette opération, il faut avoir un fer à fouder & de la poix - réfine. Le fer à fouder , dont les plombiers fe fervent, eft un barreau de fer A 12, qui en forme le manche, au bout duquel eft un morceau de fer en forme de cône B} mais la pointe du cône doit être moulfe , & formée à peu près comme le petit bout d’un œuf de poule. Comme quand le fer eft chaud on fe brûlerait en le prenant par le manche A , on enveloppe cette partie avec deux morceaux de bois creufés en gouttières C. Les fers à fouder’, fig. 12 & 3, ont environ un pied de longueur } il faut, pour s’en fervir , les Faire rougir dans le feu ; alors pendant que le fer chauffera, on doit faire un nœud ou attache de foudure à chaque bout dû tuyau, afin d’empêcher que la grande quantité de foudure qu’on eft obligé d’y verfer pour la faire prendre, ne lefalfe entr’ouvrir. Quand ces nœuds de foudure auront pris , prenant de la foudure fondue dans une cuiller, on en verfera d’un bout à l’autre, comme on le voit en B , fig. \ 1. Un ouvrier prendra le fer avec la poignée de bois dont nous avons parlé, pour qu’il puiife le tenir & l’employer à fon ufage fans fe brûler, comme on le voit en D,fig. g & 11 jil 1’appliquera.fur la foudure qui fera verfée fur le tuyau après l’avoir frotté de poix - réfine, afin qu’il ne s’étame point & coule mieux fur la foudure qui ne doit refter attachée au tuyau que dans la quantité qu’il en faut pour le fouder. II.faut avoir foin que la foudure, ne faffe pas de grolfeur, mais foit unie , ainfi que le refte de la circonférence du tuyau. Pour que la foudure prenne bien , il faut que le tuyau foit échauffé par le fer ; cependant il le faut palfer légèrement, maison ne doit pas ménager la foudure. De là vient qu’il en faut environ dix livres pour fouder un pied de tuyau. Ce n’eft pas que toute cette foudure, comme 011 vient de le dire , refte au tuyau} il n’en demeure au contraire qu’une couche, dè quelques lignes , qui peut être; évaluée à une livre par chaque petit tuyau , & les autres à proportion î mais c’eft afin qu’elle réchauffe le tuyau , & s’y prenne mieux : celui qui la verfera liir le tuyau , aura donc foin de ne pas la ménager. Il ferait impofîîble qu’une auftî grande quantité de foudure ne fefit pas quelque pafiage à travers le tuyau, fur - tout à l’endroit où l’écaillure l’a le plus aminci : c’eft pourquoi il fe formera quelques épingles en-dedans du tuyau ; mais c’eft peu de chofe , on les laide, parce qu’elles ne font point un obftacle au courant de l’eau.
- 147. VL Maniéré de détacher du tuyau la foudure inutile, & de ce quil en faut faire. Quand le premier tuyau fera une fois foudé, on en arrachera' la foudure inutile: il faudra fe garnir les mains pour pouvoir la prendre fans fe brûler } on la détachera fort aifémentpar le moyen d’une terre graflé qu’on
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- y aura mife tout autour, & qui aura empêché qu’elle fît corps avec le plomb; on la rapportera dans la chaudière, afin qu’elle s’y fonde de nouveau ; enfuite on frottera le tuyau avec un torchon mouillé pour l’approprier: on le retirera de deifus les chevalets en le prenant par les deux bouts , & oa le placera dans un coin de l’attelier , où l’on amoncellera tous ceux que lion aura foudés, comme on le voit dans la vignette , fig. 2. On fera la même opération pour tous les autres tuyaux. On aura le foin., à la fin de cetravarl, de balayer les écaillures de plomb , afin de les mettre en un coin pour en tirer parti, ainfi qu’on le dira en fon lieu.
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- CHAPITRE V.
- Des cuvettes.
- 148. x^PRÈS les tuyaux pour diriger les eaux , ce qu’il y a de plus néceR faire dans les maifons, fur-tout dans celles où il y a pluiieurs locataires , ce font les cuvettes : on les a imaginées pour que ceux qui logent un peu haut, n’aient pas l’incommodité de defcendre pour fe défaire de leurs eaux, & puiflént les jeter fans nuire aux autres locataires. Elles peuvent recevoir jufqu’à un feau d’eau à la fois : elles tranfmettent les eaux qu’on y verfe , dans un tuyau qui leur eft joint, & qui defcend ju(qu’au rez-de-chauflée. Il y a plufieurs fiecles qu’elles ont été inventées ; mais on n’en fait pas précifément l’époque. Il y en a de plufieurs fortes; les unes font faites en forme de hotte, les autres font aufil faites en forme de hotte, mais en même teins angulaires; les autres font rondes ; lesautres font enfin quarrées. On les fait de ces différentes formes , félon l’endroit où on eft obligé de les placer : on met indifféremment les cuvettes à hotte ou rondes fous les fenêtres ; les angulaires font faites pour les encoignures des murs , & ne peuvent fervir ailleurs. Pour parler de toutes ces cuvettes , nous diviferons ce chapitre en trois articles. Dans le premier , nous parlerons des cuvettes à hotte & des cuvettes angulaires; dans le fécond, des cuvettes rondes ; & dans le troifieme enfin , des cuvettes quarrées.
- • A R T I C L E P R E M I E R.
- Des cuvettes à hotte.
- '149. Toute cuvette eft compofée de trois pièces : iLn y a que leurs noms qui changent. Il .fautpour former la cuvette." à hotte , .figurer un dollier
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- L'ART DU PLOMBIER
- pL VIII, khiftg. 13 , un devant B, & une crapaudine défignée par la ligne pondluée C. Le doflier eftla piece de plomb A >fig. 13 & 14, qui ell appliquée Contre la muraille ; le devant elt ce qui forme la hotte B ; enfin la crapaudine ètt une piece de plomb C,fig. 13,14 & 1 f , percée à jour , qui eft placée & fondée dans l’intérieur de la cuvette, pour empêcher que les ordures qui peuvent fe trouver dans les eaux qu’on jette , ne paffent dans les tuyaux!) * fig. 13 & 14 » & ne-les engorgent 5 elle les retient dans la cuvette , d’où il ôTt plus aifé de les enlever que de les arracher du tuyau où elles auraient palfé, fi elles n’avaient pas trouvé un obftacle en leur chemin , & quelles auraient engorgé.
- 1^0. §. I. De la maniéré de les couper. Il faut d’abord mettre le morceau de plomb dont 011 veut fe fervir, fur une table, comme on le voit dans la vignette, j%. 20, & en ôtet les laifes ou bavutës ; enfùite avec le compas A , on commencera par tracer & couper le doflier, comme 011 l’a repréfenté fig. J 6. On tirera donc la ligne A. B , fig. 16 8c 17, qui en marquera la hauteur & le milieu. On fuppofe qu’on ait befoin d’une cuvette à hotte de deux pieds & demi de haut & d’un pied & demi de large ; on prendra avec le compas fa hauteur , qu’on marquera par les lignes CD EF i enfuite on prendra fur cette hau* teur un pied , pour faire ce qu’on appelle Lehaut de la cuvette, & l’on fera les- fec> tions 93,1K, pour avoir une ligne droite , & l’on tirera celle qui ell marquée par L M. Si l’on ignorait comment fe font ces ferions, on fe fervirait Amplement de l’équerre. On prendra fur les lignes C D L M , neuf pouces de chaque côté de la ligne A B, & on tirera les lignes N, O , qui marqueront ia largeur du haut de la cuvette. On prendra enfuite fur la ligne E F , trois poucps de chaque côté de la ligne A B , pour faire le bas du doflier; & on tirera les deux lignes R, S, eu lailfaut aux quatre coins du bas du doflier les petites oreilles u x y ç, de la façon qu’elles font repréfentées fig. 17 & 18. Par cette opération, on aura un doflier avec toutes fes*proportions, & il n’y aura plus qu’à le couper avec le couteau & la batte ronde. en fuivant les lignes tracées pour marquer l’endroit de la coupe , dans la maniéré qu’on le voit fig. 17, où Ton a repréfenté le même doflier détaché de la table, à laquelle il tient encore dans la fig. 16. Le devant de la cuvette ne demande pas une moindre attention , ainfi qu’on le voit à la fig. 18. On commencera par tirer fur la table de plomb, fig. 19, qui doit fournir le devant de la cuvette, la ligne A B , qui la dtvife en deux. Comme.le devant doit avoir la hauteur du bas du doflier, il faudra mefurer la diflance qu’il y a de la ligne L M, fig. 16, à celle EF; on pointera avec le compas cette même hauteur fur le morceau de plomb dont on vient de parler , & d’où l’on veut tirer le devant de la cuvette , & 011 tirera les mêmes lignes E F, LM , fig. 16 8c 19, pour jtqarquer la hauteur qu’iLdoit avoir. Comme ce devant étant joint à fç>n doflier
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- doit faire un demi-rond parfait, fi le dofîier a un .pied & demi de large du pourtour o au pourtour Q_, fig. 17, il faut que le devant ait deux pieds un pouce feulement, parce qu’il faut que le d.oflfer déborde d’un pouce environ de chaque côté , pour recevoir la foudu.re : .autrement ce devrait être trois pouces au lieu d’un , par la raifon que la circonférence a toujours deux tiers de plus que Je diatnetre ; & comme le devant de la cuvette doit faire la moitié de la circonférence, il doit avoir-la moitié en-delfus de ce qu’a fou dofîier : il faudra garder la même proportion dans tous fes points, Ainfi l’on prendra fur la ligne LM , fig. 17, un pied & demi de chaque côté de la ligne A B , pour faire le haut du devant de la cuvette ; 011 prendra enfuite fur la ligne E quatre pouces & demi pour faire le bas, & on tirera les deux lignes R , S, en lailfant aux quatre côtés de ce devant de cuvette les petites, oreilles u x y £ , ainii qu’on les a laidees au dofîier. Comme le haut du devant de chaque cuvette eft toujours en forme de bourrelet, il faudra avoir foin de prendre de quoi le faire ; pour cet effet on pofera le compas fix pouces au-deffus de la ligne L M fur la ligne B, c’eft-à-dire , dans le milieu : on en fera fou point central, où l’on pofera une branche du compas ; & après avoir pris la hauteur du devant de la cuvette, 011 tracera fur la ligne B du milieu de L M la courbe P Q_; enfuite il n’y aura plus qu’à couper fur le tracé la table de plomb, comme on a fait pour le dofîier.
- Ifi. §. IL De la façon de travailler le devant de la cuvette à hotte. Il faut d’aborchobferver que la table de plomb u’eft pas Ci propre du côté du fable que de l’autre côté, & qu’il faut cacher autant qu’on peut cette petite difformité. On aura donc foin de mettre en-dedans de la cuvette le côté du doiïier le plus propre, parce que c’eft à cet endroit qu’il eft le plus vilible. Il faut faire tout le contraire pour le devant de la cu.vette ; fou côté le plus uni doit être en-dehors, & le côté fale en - dedans ; ce n’eft pas une excepr tion pour les cuvettes, la propreté que demande chaque ouvrage qu’on fait: en plomb, exige qu’on ait cette attention pour tous'généralement. Il s’agit à-préfent de donner au devant de la cuvette la forme qu’il doit avoir. Pour cette opération, il faut avoir un bourreau, fig. 21 , & avec cet infiniment commencer par faire le bourrelet du devant de cuvette; pour cet effet, on doit l’appliquer fur une table, & rebroufler fes bords en - dedans ; on formera ainfi ce qu’on appelle le bourrelet B , fig. 18. On arrondit enfuite le corps du devant de cuvette en le frappant en-dedans, puis en-dehors, comme fait dans la vignette l’ouvrier fig. 22, & on le force ainfi à prendre la forme que repréfente la figure 18, le plus régulièrement qu’il eft poffible. A préfent qu’on a apprêté fes morceaux de cuvette , il faut fe dilpofer à les joindre en les boudant, afin de la compléter.
- I fa. III. Préparatifs avant la foudure. Il faudra falir d’abord les rè-
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- bords du devant de chaque cuvette, aux endroits où l’on ne voudra pas qüe la foudure prenne, enfuite l’écailler tout autour environ d’un pouce aux endroits où l’on voudra que prenne la foudure : on en fera autant au dolîier, qu’on falira en-deffous, afin de reprendre aifément la foudure qui s’y attachera. Quand cette première opération fera faite, on joindra le devant de la cuvette B avec fou dolîier kh,fig. 13, & 011 les attachera enfemble avec les oreilles u xy £, qu’on a dit qu’il fallait lailfer aux quatre coins du dolîier A A& de (bn devant B, ainfi qu’elles font repréfentées fig. 17 & ig. On a imaginé ces oreilles ou attaches , afin de maintenir le dolîier & fon devant dans la polîtion qu’ils doivent avoir fur la table , fig. 2,3 de la vignette, pour qu’ils puilfent être foudés facilement.
- 153. S- IV. De la maniéré de fonder le tout enfemble. LORSQUE le devant de la cuvette fera fali, écaillé & attaché à fon dolîier, on la tournera fur le côté} un ouvrier verfera dans leur jointure de la foudure qui coulera d’un bout à l’autre. II faut qu’il commence par le milieu , afin que la chaleur de la foudure 11e fonde pas les oreilles qui les tiennent attachés. Quand la première foudure aura pris , on redoublera la dofe, parce qu’il 11’y aura plus aucun rifque : on la frottera enfuite de poix-réfine , & on y appliquera le fer à fouder , afin qu’il ferve lui-même à réchauffer lè plomb & à faire couler la foudure inutile , pour 11’y en lailfer que ce qu’il faut. On fera la même chofe de l’autre côté, comme on le voit dans la vignette, fig. 23 : alors la cuvette commencera de prendre la forme qu’elle doit avoir.
- 1^4. §. V. Du nœud de foudure qu'il faut faire à chaque cuvette. POUR la plus grande commodité, l’on a coutume de poferà chaque cuvette un bout de tuyau D , fig. 1 3 & 14, pour la rendre complété ; par ce moyen on évite une foudure qui deviendrait fort difficile, s’il fallait la faire furies lieux même, où fouvent c’eft tout ce qu’on peut faire que de la pofer; mais par le moyen de ce tuyau D de jointure , on diminue la peine, parce qu’011 n’a plus qu’à faire entrer les tuyaux les uns dans les autres , c’ell-à-dire, le tuyau D dans les autres qui forment la defcente, ce qui eft plus aifé que de les fouder. Pour cet effet il faut avoir un bout dé tuyau d’environ'deux pieds de long, que l’on fera entrer dans le bas de la cuvette d’environ deux pouces j on falira de nouveau & on écaillera le tout enfemble environ de quatre pouces tout autour: 011 fera ce qu’011 appelle en terme de l’art un nœud de foudure E ,fig. 13 & 14, afin que leur jointure foit plus folide ; ce nœud E doit régner tout autour du haut du tuyau & du bas de la cuvette. Pour cette opération, il faut coucher fa cuvetterecevoir par-deffous avec un* morceau 'de coutil la foudure qu’on y verfe , afin de retenir &'appliquer la foudure contre le plomb ; il faut en même tems frotter cette foudure de poix-réfine, & y paffer le fer à fouder. Ce n’eftpas la feule occafion où les plombiers
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- biers emploient les nœuds de foudure ; ils joignent de la même maniéré tous leurs petits tuyaux de fontaines, c’eft-à-dire, tous ceux qui font fondus 8c non roulés, comme je le dirai dans le chapitre qui traite de ces matières. Quand on aura fait cette opération tout autour de la cuvette, elle aura la «forme qu’on lui voit dans la figure 13.
- I j y. §. VI. De la façon de faire & de pofer la crapaudine. La crapaudine fe met dans le fond de la cuvette, environ trois pouces au - delfus du nœud de foudure, c’eft-à-dire, à l’endroit delà ligne ponctuée C, fig. 13; elle doit être en-dedans, comme on le voit dans la coupe fig. 14, par la ligue c, qui marque la place qui lui eft deftinée. Il faut mefurer la grandeur qu’a â cet endroit la cuvette à laquelle on veut la mettre ; d’après cette connaftfançe, on coupera un morceau de plomb qui doit avoir la forme d’un demi-cercle, comme on le voit fig. 1 f : on tracera un double cercle en - dedans , environ à un pouce de fou bord , parce que ce rebord eft néceifaire pour prendre la foudure. Il faudra enfuite avoir un emporte -piece rfig. 24 : c’eft un inftru-ment d’environ huit pouces de long ; on frappe avec le marteau fur le corps du poinçon A ; fon autre bout B eft comme un tuyau tranchant par fes .bords. Il eft fenfible qu’en pofant la partie B de cet outil fur le plomba fig. 15 > on forme des trous , & que le morceau de plomb qui eft emporté entre dans la partie évafée du tuyau B : étant conduit par les traits de compas ,-on perce aflez régulièrement la quantité de trous qu’on juge convenable, comme fait dans la vignette l’ouvrier fig. 2). Ces crapaudines laiffent un libre paifage à l’eau, & retiennent les ordures qui pourraient engorger les tuyaux. Quand cette crapaudine fera faite , on la pofera dans la cuvette , qu’011 falira& qu’on écaillera tout autour , ainfi qu’on l’a marqué y%. 14, par la ligne C ; enfuite on y coulera de la foudure , .& on obfervera tout ce qui a été dit à l’occafioii des autres foudures ; on retirera enfuite tout le plomb qui s’eft attaché à la cuvette qu’on vient de fouder, pour le faire refondre de nouveau fi on en a befoin ; enfin on lavera la cuvette, & elle fera prête à être pofée. O1111e donnera pas une defeription particulière des cuvettes angulaires, parce qu’elles le font de la même maniéré que celles dont on vient de parler; toute la différence confifte dans leur doflier qui eft angulaire, parce qu’elles font faites pour être placées dans l’encoignure des murs, & que ces endroits demandent qu’elles aient cette forme. On conçoit qu’il faut que les crapaudines aient une forme angulaire ou ronde, pour qu’elles conviennent aux cuvettes où 011 veut les placer.
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- De la maniéré de faire les cuvettes rondes.
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- 15 6.r Les «cuvettes rondes font-faites comme- les cuvcttesd ihottey de troi# Tome XIIf R r r ^
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- pièces rapportées, qui font un fond , un pourtour, & une crapaudine. Il eft vrai que plufieurs n’ont pas de crapaudine : mais alors elles font fujettes à s’engorger , & ce n’eft point un ménage pour les particuliers, que d’épargner une -petite-plaque de plomb & quelques façons. On mefurera d’abord la grandeur du fond A,y%. 26, que l’on veut donner à ces efpeces de cuvettes : on s’y 'prendra, pour- le tracer & pour le couper , comme nous l’avons dit plus haut j ion mèfurera ènfuite de quelle hauteur doit être le pourtour B'B, qu’on veut lui donner. O11 prendra en conféquence la grandeur de la circonférence du fond A: 011 tracera & 011 coupera fon pourtour B B ; d’après ces mefüres , il n’eft pas nécelfaire que leur fond A déborde leur pourtour B B, attendu qu’on les fonde en - dedans , parce qu’on a l’aifance de le faire ; c’eft le contraire des <cuvettes à hotte, qu’on’eft obligé de fouder en - dehors , attendu qu’étant contraint d’appliquer le devant des cuvettes tout entier fur fon doffier avant de les •fonder enfemble, il empêche que l’ouvrier puilfe y appliquer commodément la foudure ; c’eft pourquoi il le fait en-dehors : c’eft ce qui a fait imaginer les petites oreilles avec lefquelles on les attache. On commencera par faire un •bourrelet C à l’extrémité du pourtour B , pendant qu’il n’a aucune forme : on s’ÿ prendra comme pour les devants des cuvettes à hotte ; on en ferà autant à'toutes les cuvettes: on arrondira enfuite le pourtour avec la (batte Tonde, pourjui faire prendre la forme du fond A , auquelil doit être foudé i l’ouvrier l’appliquera enfuite fur fon fond A, le foudera & donnera au tout la forme qu’ont les figures 26 & 27. On peut leur faire un doffier A,Jzg. 27 , pour les. clouer ,c ou bien on les attachera avec des crochets > on y foudera enfuite la crapaudine en D, après l’avoirpercée.avec l’emporte-piece A'& le marteau C, comme on le voit dans la ’vignette j%. 25": On conçoit qu’il faut enlever une plaque-de plomb du fond) A , pour lui .mettre une crapaudine : c’eft cette même plaque de plomb dont.'on fe fert > on ne fait que la percer & la remettre à farplacer, après y avoir-foudé un boutrde tuyau E3 fg. 26 5 en s’y prenant comme je l’ai dit à l’occafton des cuvettes à botte.
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- i.-157.-Les cuvettes.quarrées ne font pas plus difficiles^ faire que les rondes y il n’y a de différence que dans la façon de les couper. Leur fond A, J%. 28 * ainfi que leur pourtour B B , eft quarré >: oirilesifoude en - dedans comme les cuvettes rondes ; il n’.eft donc pas néceifairç que le fond A déborde leur pourtour B B: il faut leur attacher également üiV't üÿau "'pouf que les eaux puif-fent s’évacuêr., Ldur cet 1 effet on. «prend Aàinefure- du tuyau qu’oit veut leur
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- joindre, afin de recevoir les eaux, & leur donner paffage : on coupera, d’après cette groffeur, une plaque de plomb dans le fond de la cuvette, à l’endroit convenable : on leur foudera le tuyau, comme on l’a déjà dit. Oir prendra enfuite le morceau de plomb qu’on a enlevé, on le mettra à jour avec l’emporte-piece, & on le refoudera à l’endroit d’où il a été retiré. C’elt la même opération pour toutes les cuvettes. On n’entrera pas dans les différens détails qu’exigerait la defcription des ouvrages defantaifie; on ne s’eit propofé ici que de donner la façon de travailler ceux qui fonfiles plus ufités dans la fociété. Après les détails où nous fommes entrés , les ouvriers ne feront pas embarralfés pour exécuter plusieurs ouvrages qui fe préfenteront en différentes occafions, & qu’il n’ell guere poilible d’imaginer.
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- CHAPITRE VI.
- De la pofe des chaîne aux, gouttières, godets , noues, faîtages, tuyaux.
- de defcente, cuvettes, &c. . : ;!
- i f 8- xVpkès avoir expliqué la maniéré de faire des tuyaux fondus , ain fi. que des tuyaux foudés ; après avoir donné la façon de faire des cuvettes de différentes efpeces , & avoir profité de ce qui regarde ces différens ouvrages , pour expliquer comment on fait différentes fortes de foudures , nous allons parler de la pofe des plombs fur les bâtimens, dans lefquels nous comprendrons les tuyaux & cuvettes que nous venons de décrire. Nous aurons occafion de parler des gouttières entre deux bâtimensv, & dans les noues ; nous ferons voir de quelle façon l’on difpofe des tuyaux de defcente , & les cuvettes qu’on met à différens étages pour la commodité des locataires , & deftinées à recevoir le» eaux du ciel, afin d’en garantir les bâtimens auxquels on les adoffe ; nous dirons un mot des faîtieres qu’on place au haut des bâtimens & fur les arêtiers. Toutes ces chofes étant du diftriét du plombier , nous ne devons pas négliger d’en parler. Nous diviferons donc ce chapitre en huit articles. Dans le premier , nous traiterons de la çonftrudion & pofe des chaî-neaux ; dans le fécond , de la conftru&ioti & pofe des gouttières ; dans le troi-fieme , de la conftruction & pofe des godets ; dans le quatrième , de la conf. tru&ion& pofe des noues ; dans le cinquième, de la conftru&ion & pofe des faîtages } dans le fixieme , de la pofe des tuyaux de defcente ; dans le feptieme, de la pofe des cuvettes > dans le huitième enfin, de laTaçon de dégorger ces tuyaux.
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- ,, Ds$s chameaux. . .
- if 9'. Si furdes bâtimens un peu cou fid érables on laifïait l’eau s’écouler par les égouts , elle mouillerait les murailles, qui en feraient fort endommagées * fur-tout les crépis. Sur les grands bâtimens , comme font les égliies-', on reçoit l’eau des toits dans de grandes1 gargouilles de pierre ; mais les murs des mai-fous particulières, même dës;ehûteaux, n’étant pas aifez épais pour fupporter cette conftruétion , l’on raifemble Peau des toits dans des conduits de plomb , qu’on appelle, des ckaîneaux: Ces chaineaux ayant une pente, conduifent les eaux à des cuvettes qui font faillie pour porter l’eau loin des murailles , ou dans des tuyaux de defeente , qui la rendent jufqu’au niveau du pavé.
- 160. §* I. ConJlruHiôîi des ckaîneaux. On prend fur le bâtiment la longueur, la largeur & la profondeur qu’ils doivent avoir; car il eft fenfible que ceux qui doivent recevoir l’eau d’un grand toit, doivent être plus larges & plus profonds que ceux qui ne doivent recevoir que peu d’eau. D’après ces mefures, on coupe à la boutique les tables de plomb de largeur , & ôn en prend une longueur proportionnée à 1-'étendue de l’ouvrage. Comme on leur donne la forme qu’elles doivent avoir fur le lieu où on doit les pofer, on les porte au bâtiment. L’aifife des chaineaux doit être d’abord faite , ou en plâtre par le maçon,ou en bois par le charpentier, & avoir une largeur & une pente convenables ; cette alfife doit toujours avoir un peu de pente vers le devant ou la partie du chaîneau, qui's’élève verticalement. Le plombier commence à faire 'un bourrelet à la partie qui eft oppofée au mur: nous avons expliqué comment on fait ce bourrelet en parlant des cuvettes, V > on les plie dans leùriongueur, pour que le fond du chaîneau porte fur fon aflife , que le devant s’élève perpendiculairement, & que l’autre bord de la table de plomb aille, en relevant, recouvrir un peu la fabliere de la charpente. Pour que le plomb , qui eft; flexible & pefant, ne fe déforme pas , on pofe le chaîneau fur des crochets1 de: fer qui ont environ un pied de longueur, qu’on attache à un pierd les uns^des1 autres à la fabliere& qui repofent fur l’affife ; de plus, 011 cloue‘le bord péftér-ieur du chaîneau fur la fabliere. Il eftfenftble qu’on ne peut pas faire-une' longùe fuite de chameaux d’une feule table de plomb ; c’eft pourquoi !qiv en Toude les uns au bout des autres autant qu’il en faut pour faire toute ladongueur. Comme nous avons amplement expliqué la maniéré de faire différentes foudures, nous ne nous y arrêterons pas pour le préfent.
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- Des gouttières,
- 161, Quand deux toits , étant oppofés l’un à l’autre, les deux égouts fe
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- tendent à un meme endroit, il faut placer à cet endroit un canal de plomb qui en reçoive les différentes eaux , pour les porter au bout des toits : c’efi: ce qu’on appelle une gouttière. La table de plomb qui la forme, n’eft point bordée par un bourrelet: elle fe termine par les deux bords* chaque bord eft cloué fur les fablieres de la charpente ; comme elle eft foutenue dans toute fa longueur par le mur fur lequel elle repofe , on n’y met point de crochets , & les ardoifes doivent former un égout qui recouvre les bords de la table de plomb* par le moyen du niveau on lui donne la pente qu’on veut.
- Article III. \
- Des godets.
- 162, Il y a, outre les gouttières dont nous venons de parler, des gouttières {aillantes, que les plombiers nomment godets, qu’011 place à la partie la plus balfe des chaîneaux ou des gouttières dont nous venons de parler, pour que l’eau ne bave point contre les murs. Comme ces godets ou gouttières font pefans & ont beaucoup de porte-à-faux, l’on commence par établir une barre de fer, qui étant deffous, dpit foutenir le poids du plomb; pour lui donner encore plus de confiftance, on met fur cette barre une, deux, ou trois embrafures, qui retiennent le plomb dans la fituation* en-fuite on prend une table de plomb de 4 ou $ pieds de longueur, au bord de laquelle on forme des deux côtés , & dans toute fa longueur, un bourrelet : on courbe cette table dans toute fa longueur, pour former un canal; on la pofe fur les crochets 5 & fi on la met, au bout de la gouttière, on la foude à cette extrémité * mais fi l’on veut ajufter ce godet à un chaineau, on fait dans la partie balfe, où toutes les eaux doivent fe rendre, une ouverture au côté du chaineau qui fe releve verticalement. Quand on a pofé le godet fur la barre de fer qui doit le fupporter , on le foude au chaineau. Depuis quelque tems il eft défendu de mettre de pareils godets ou gouttières fur la rue , aux maifons qu’on bâtit * mais 011 laiife fubfifter & .réparer ceux qui font établis avant le réglement * & il eft toujours permis d’en mettre dans les cours, pour éviter les tuyaux de defcente : car par le réglement il eft ordonné de faire aboutir les eaux des gouttières, ou des chaineaux, à des tuyaux qui rendent l’eau fur le pavé. Nous expliquerons comment on pofe ces tuyaux* mais auparavant il faut dire quelque chofe des noues.
- Article* IV.
- Des noues.
- l6$. Quand deux toits fe jettent l’un fur l’autre, la partie où ils fe .rencontrent, fe nomme une noue. On voit dans l’Art1 du couvreur, qu’on
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- en fait en tuiles; mais elles ne font pas bonnes; celles en ardoifes font meilleures , mais fans contredit celles de plomb font préférables. Pour les faire, on pofe une gouttière de bois pour foutenir celle de plomb , qui s’attache fur la gouttière de bois qui eft creufée dans une petite poutre , .dont elle ne différé que parce qu’elle eft fort en pente , & le couvreur doit faire deux petits égouts qui rendent l’eau des deux toits dans la noue de plomb , d’où l’eau fe rend ou dans un chaîneau, ou dans un godet, comme nous l’avons dit plus haüt.
- Article V.
- Des faîtages.
- 164. Sur les bâtimens couverts ^n tuiles, on couvre le faite avec de grandes tuiles creufes qu’on pofs à mortier, ainfi qu’il eft expliqué dans l’Art du couvreur. Il y a des couvreurs alfez adroits pour former en ardoifes le faîte des bâtimens ; mais cela eft fujet à bien des réparations , & l’on ne peutpofer deffus ni cordes nouées ni deux échelles en chevalement, comme on Pa repréfenté dans l’Art du couvreur tpl. IV9fig. 13. Le mieux eft donc’, pour les couvertures en ardoifes, de couvrir le faîtage en plomb ; & après qu’on a attaché avec des clous au faîte de charpente des crochets doubles , ’on pofe la table de plomb pliée, comme on l’a dit, de telle forte qu’elle recouvre de 4, $ , ou G pouces le rang d’ardoifes le plus élevé. Comme une table de plomb ne peut pas être affez longue pour s’étendre de toute la longueur du toit, on en attache plufieurs les unes au bout des autres. Les 'arêtiers couverts en ardoifes étant plus fujets que le plein toit à être endommagés par le vent, il eft encore bon de les former par une table dè plomb qui recouvre les ardoifes ; & comme ces tables fe pofent comme les faîtages , nous ne nous y arrêterons pas davantage. Aux panes de brifés des toits en maufàrde, on fe contente ordinairement de faire un petit égout en ardoifes > mais il eft beaucoup mieux de mettre fous ce petit égout d’ardoifes une petite table de plomb qu’on cloue fur la pane de brifés, & qui eft recouverte par l’égout d’ardoifes : elle empêchequ’il ne foit emporté parle vent. Comme cette table de plomb eft légère & étroite, on peut fe difpenfer de la retenir par des crochets.
- I6f. §. I. De la corde nouée. Pour éviter de faire des échafaudages qui exigeraient des frais conlîdérables , les couvreurs & les plombiers font grand ufage de ce qu’on appelle la corde nouée ; c’eft effectivement un cabfo où l’on fait de fix en fix pouces un gros nœud : on en pafle un bout dans le bâtiment par une croifée ,une lucarne ou un œil-de-:bœuf, & on l’attache fermement à quejquei chofe de Jbîide. De ce fqjn dépend la vie.de l’ouvrier qui en fait
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- ufàge pour monter ou pour s’établir à un endroit cù il a à travailler. Pour fe ièrvir de cette corde nouée, l’ouvrier ajufte à chacune de fes jambes ml étrier : c’eft une forte courroie , à laquelle eft ajufté à fou extrémité un fort crochet de fer; l’ouvrier paife ion pied dans l’étrier,’il attache la courroie à fes jambes par des jarretières de cuir , avec lefquelles il ferre fes jambes en palPant le bout des jarretières dans les boucles. Quand les étriers font ainlî fermement attachés à fes jambes, il pâlie les crochets dans une ceinture de cuir qu’il a autour du corps , pour pouvoir marcher fans être incommodé par le bout des étriers. Quand il veut monter à la corde nouée, il détache un des crochets de fa ceinture; il paife la corde au-delfus d’un nœud dans lé crochet, & le nœud l’empêchant de defcendre , il porte tout fon corps fur cet étrier ; fi c’eft celui de la jambe droite, il paife le crochet de la jambe gauche au-delfus du nœud plus élevé; & portant tout fon corps fur l’étrier gauche, il détache le crochet de l’étrier droit, pour le placer plus haut; & répétant cette opération, il s’élève , au moyen de la corde nouée, comme s’il montait à une échelle ; cependant il faut qu’il tienne toujours la corde au-delfus des crochets avec une de fes mains, fans quoi il courrait rifque de fe renverfer en-arriere ou vers un des côtés. Il ne fuffit pas de monter; l’ouvrier'a befoin de s’arrêter à un endroit où il doit travailler; & pour le faire commodément, il monte avec lui la felîette , fur laquelle il s’ahied lorf. qu’il eft arrivé à l’endroit où il doit travailler. Cette felîette eft formée d’une planche légère de deux pieds de largeur , & de deux courroies qu’on tienc d’une longueur égale au moyen des boucles. Ces courroies qui au moyen de ces boucles font comme une chaîne fans fin, palfentfous la planchette & par l’œil du crochet qui fert, comme les crochets des étriers, pour attacher cette efpece de fiege à la corde nouée : au moyen de cet ajuftement, il s’établit fur un toit ou le long d’un mur. Cette façon de s’échafauder eft très-ingénieufe & fort commode , & nous n’entrerons pas dans de plus grands détails ; le peu que nous en avons dit étant joint à ce qu’en a dit M. Duhamel dans fon Art du couvreur, en donnera une idée fuffifamment exa&e.
- Article VI.
- De la pofe des îuyanx.
- 166. On commence par pofer un tuyau de fonte en-bas de la maifon, qui doit avoir un empattement ou un coude pour dégorger l’eau dans la rue & hors du pied du mur auquel il eft adjacent. On ne met point de tuyau de plomb à cet endroit-là, parce qu’il ferait fujet à être faufle , percé ou enlevé $ on alfujettit ce premier tuyau de fonte avec plufieurs gâches,, dont
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- les bouts font {celles en plâtre dans le mur. Celui qui pofe les tuyaux porte toujours avec lui une petite auge & une truelle ; on jette enfui te la corde nouée ; l’ouvrier monte au-delfus du tuyau de fonte; il reçoit un tuyau de plomb qu’on lui defcend par le moyen d’une corde ; il l’emboîte dans le premier tuyau de fonte de fer d’environ fix pouces , parce qu’on ne foude pas les tuyaux de defcente , & tâche de le mettre le plus droit qu’il eft poifible ; en-fuite il l’attache avec des gâches comme le premier : il continue ainfi jufqu’au haut du mur , ayant toujours l’attention de faire entrer le tuyau fupérieur dans le tuyau inférieur , pour que l’eau trouve un libre cours. On doit favoir r avant de pofer aucun tuyau, la quantité de pieds qu’il y a du haut du mur à fon pied , afin de n’ètre pas dans le cas de couper les tuyaux fur l’endroit, ce qui doit être fait avant dans la boutique. On ne doit pas conduire ces tuyaux tout-à-fait au haut du mur, il faut laiifer environ quatre pieds ; parce que, comme ces tuyaux répondent ordinairement à des chaîneaux qui ont des bouts de tuyaux d’environ cinq pieds aux endroits qui doivent donner palfage à l’eau, on les emboîte enfemble.
- Article VIL
- De la pofe des cuvettes.
- 167. Comme les cuvettes font faites pour la commodité des locataire? * elles fe pofent d’étage en étage , delfous, ou du moins à la portée de chaque fenêtre. On commence par gâcher, comme nous l’avons dit , un premier tuyau de fonte : quand on a conduit fes tuyaux de defcente au bas de la fenêtre où la cuvette doit être pofée, on la defcend par la fenêtre fupérieure; l’ouvrier qui efi porté fur la corde nouée , la prend & l’emboîte dans le tuyau de deflous ; enfuite il replie le haut du dolfier de la cuvette fur le bois de la fenêtre , auquel il le cloue. On lui defcend enfuite un autre tuyau qu’il reçoit & qu’il attache également avec des gâches : il tâche que la bouche de tous les tuyaux qu’il pofe en - delfous des cuvettes pour y faire le dégorgement des eaux qu’ils recevront, réponde toujours à un des coins de la cuvette, afin qu’ils embarralfent moins. Il continue la même opération autant qu’il y a d’étages & de cuvettes à pofer. On fait de même à l’égard des cuvettes angulaires , excepté qu’on attache leurs dolîiers dans l’angle des murs auxquels elles font deftinées. C’eft de cette maniéré dont on fpofe les cuvettes rondes, & généralement toutes fortes de cuvettes. Il n’eft perfonne qui, après ce que nous ; 'Venons d’en dire, ne les mît lui-même en place. Comme il peut arriver qu’oit ait pofé fes tuyaux de defcente fans y mettre des cuvettes, n’en ayant pas pour lors bcfoin, & que dans la-fuite les propriétaires, veuillent en {aire
- mettre
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- fnettre , il eft bon d’expliquer cette opération qui demande quelqu’attention. Quand donc on eft dans 'ce cas-là, il faut-commencer par dégâcher les tuyaux, & les déboîter à l’endroit où l’on veut pofer fa cuvette ; enfuite on l’ypofe comme nous l’avons dit, 'fans qu’il foit befoin de foudure ;: s’il' n’y âvait pas d’emboîtement près de cet endroit, il faudrait couper le tiiyau. On dreflê enfuite le tuyau fupérieur que l’on a déjointé pour pofer'la cuvette , toujours par le moyen de la corde ; on le met à un coin de la cuvette , en-dedans, de telle maniéré qu’il y rende fes eaux, «Srque de là elles puiifent eouler en-bas fans être interrompues, On voit par-là qu’il eft aifé de mettre des cuvettes à chaque étage, fans qu’elles puiifent fe nuire les unes aux autres : ce qui efl d’une très - grande commodité pour les maifons où il y a pluiîeurs locataires. ,, j
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- Article VIII.
- De la façon de dégorger les tuyaux.
- *'168. Quoiqu’il foit ordinaire de mettre des crapaudines à la plupart des cuvettes, cependant toutes n’en ont point;& il arrive que parmi les eaux qu’on y jette , -il fe trouve .des Ordures :qui-s’arrêtent dans les tuyaux , les engorgent, & mettent les ouvriers dans la néceiîité de les dégorger. D’ailleurs il peut arriver que. par les grandes pluies quelques morceaux de décombres tombent ou dans la gouttière ou dans le chaîneau , aillent ^‘amonceler dans le tuyau , &hle bouchent';v dans ces difîérens cas on eft •obligé d’avoir recours au plombier pour nié réparer.iNous allons indiquée comment on s’y prend. <On commence d’abord par s’aifurer quel eft le tuyau qui eft engorgé, en y jetant de l’eau. Lorfque ce tuyau eft petit, & qu’il n’eft engorgé que par quelques ordures faciles à faire defeendre, on prend un jonc, qui eft une efpece de fonde dont les plombiers fe fervent pour les -petits engorgemens : elle eft tortillée comme un ferpent ; elle a environ douze pieds de long : on nomme* le bois dont elle eft,/é ou rotin : il nous vient de la Chiné , où il croît en forme d’arbrilfeau ç c’eft le même bois que. celui dont on Fait les chaifes de canne.- On a elfayéd’en planter à l’isle de France-s on a tout lieu de’croire qu’iFréuftira. On la fait entrer dans le tuyau en la détordant,* jufqu’à {ce qu’on,*ait rencontré ce qui fait l’engorgement ; c’eft toujours par le bas du tuyau qü’on commence l’opération , parce qu’il eft •plus aifé de- faire Ifortic les ordures par l’endroit où elles font facilement en-* -trées: un ou vrie révolu haut du tuyau recevoir le jonc. Si' leftuyau était gros &- extrêmement engorgé ,- & que cette première fonde ne fût pas fuftifante^ il faudrait en employer une*, plus forte. C’èft un morceau dp plomb .affes Tome XIII, S f f
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- long pour,qu’il foit pelant:,' & menu pour qu’il entre mieux,dans le.tuyau • il eft attaché à une,corde.: jyije fait entrer par-le haut du tuyau ,:&.le laiff iant tourberavec viteffe, fi emporte les ordures qui forment!rengorgement-j pour cela-oalleareleve & on le fait tombèr i plusieurs reprifes.rSfcetté fonde de plomb ne.pouvait-détruire: l’engorgementon pourrait eii employer-une .qui au. bas (du plomb aùraitâih morceau jde; fer quarré, pointu &: acéré, qui déborderait .le 1 plombcde/üx pmiceis* cette- pointe, pourrait brifesr des plâtras que le ptomb ne' ferait qu’entaiferf Si.d’engorgement était-peu éloigné du bout d’eh-faaut du-tuyau, on pourrait le-détruire avec un barreau de fer terminé en pointe quarrée, qu’on.ferait jagir comme un pilon. Enfin fi l’engorgement était formé par uiie pierre, fort . dure , & qu.’aucun des moyens que nous venons de rapporter ne pût réuffir, il faudrait s’affurer précifément du lieu de l’engorgement pour crever le tuyau, retirer ce qui fait l’embarras, & réparer le tuyau*par ;um'nœud de foudure , ourune piece de plomb que l’on fouderait. Voyons à préfent les différentes couvertures (faites uniquement en plomb. 7 v-, ;
- C H > A. j P I *-T JlevEcr* V:l‘l,
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- Des. ^ouvertures* > .
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- 169. \jn entend parccoàvetture^un, eiitabîetnent qu’on pofe fur la partie fupéffeure de quatre murs ,:qtubn recouvre renfuite foit en plomb foit enar-doifes. Le mot de couverture eft ff clair &il intelligible par lui - même, qu’il n’a pasbefoin de plus ample définition. (Nous nous! contenterons feulement* comme ce terme eft un peu général, d’expliquer les différentes dénominations des couvertures. Dans le mot.de couverture'ori'peut comprendre les toits ordinaires desmaifons , les terraffes, les lucarnes , les yeux-de-bœuf, les pavillons , les combles ou les dômes des églifes ,'renfinJesclochers.y.Notre deffein eft de parler de tous ces. objets* em particulier > pour eii détailler, les d'ifférens ouvrages. Nous en excepteroiis-cependantles.toits ordinaires des.maifons, où il n’entre de plomb que quelques chaîneauX*, gouttières, noues ,-&-c. parce que nous en avons déjà parlé dans le chapitre précédent * & qu’il|fer^it inutile de répéter^ ce queciious en:*avons; dit. Si quelquefois;on hvait quelqu’un de ces toits à couvrir .tout entier en .plomb, onn’auraqulà confulter ce que nous fommes forcés de'dare par rapport aux autres* cotwelrùr^jÿ, tantipeurj l’écha-foudage que poür la coupe des ardoifes; qu’il faudrait y.epiployer.i-jD’àprès cet avertiffement , nous. divifecons donc, ce chapitre:,en huit* articles.; Xtëns le pre-
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- mier, nous traiterons des comblesvdansÜé'fëcond, des clochers; dans le troilieme, des pavillons; dans le quatrièmei des dômes; dans le cinquième, des yeux-de-bœuf; dans le fixieme , des lucarnes; dans le feptteme , des ter. rades ; dans.le-huitième, de la maniéré de réparer toutes ces différentes efpeces de couvertures. . 1 ' ; ; ;
- Article p r e m i e r.
- Des combles. 1
- 170. On entend par le mot comble, un toit qui, élevé fur deux faces parallèles , fe termine par un angle aigu , & jette Fcau de deux côtés différens dans des gargouilles qui en 'couronnent le pied, & qui la rendent enfuite dans des tuyaux de defeente ou gouttières faillantes : tel eft celui de Notre-Dame. Ces fortes de couvertures ne font employées ordinairement que d'ans les édifices d’églifes. On en diftingue de deux1 fortes : les uns font tout couverts en plomb, les autres le font feulement eil tuiles ou en ardoifes : nous ne parlerons ici que des premiers. ' :
- 171 I. De l'entablement de la charpente.'Ois fuppofé donc qu’on veut couvrir le comble d’une églife en plomb ; le plombier ne peut le couvrir qu’a-près que la charpente eft finie. Il faut que Ion place d’abord lés chevrons bien de niveau , que l’on attache ordinairement de douze en douze pouces Tiffaut qu’ils foient chevillés fur les panes qui doivent'les porter ; enfuite on cloue fur les chevrons des voliges de quatre à cinq policés dé large, efpacées d’un pouce & demi ou deux pouces. Il eft fenlible que là ch a rp élite d’un clocher doit être pareillement faite avant qu’on y puiffe attacherf aucune table de plomb, comme il paraît dans la meme figure. Pour continuer la defeription de1 notre art, nous fuppofous quéee travail préliminaire ,?qui regarde les charpentiers*, eft fait : le plombier doit alors difpofer fes tables & les ''attacher'.- : ' ‘ ‘ ' r " ’
- 172. §. II. De la coupe des tables de plomb 'defiinéès à la couverture dès combles. La largeur ordinaire de ces tables eft trois pieds fur douze pieds'de longueur. On pourrait en faire de plus longues & de! plus1 larges ; mais comme il en réfuJterait de grands iiiconvéiiiens, comme cela eft arrivé quelquefois, lorf-que par leur pelànteur ayant brifé leurs attache^;* plufîëiirs tables'font tombées* du'haut de la couverture de l’églife en - bas, c’eft ce qui rengagé à les diminuer, pour la fureté des ouvriers.sOn commence pad lés dérouler dàîis l’àt-teliër fur le dos de'la couverture du moule à fable ; on en retranche enfuite les alaifes. 'Après les avoir coupées de la longueur & largeur que nous Pavons dit plus haut , qui* éft ,trois pieds de large fur douze dé long, on les roulera de nouveau Pline après l’autre : 011 en-chargera une charrette, parce quhPIèrait
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- impofiible que les ouvriers pulféut'les porter eux-mêmes., furrtoutdorfque le trajet eft un peu long. On les conduira ainfi au lieu où elles doivent être po-fées. Quand elles feront au bas de l’édifice , pour les monter plus Vite & en plus grand nombre , on pourra fe fervir d’une grue qu’on,établira, fur le toit* & avec laquelle on les enlevera; mais il n’en fera befoin que quand on fera dans Je cas de faire ou de renouveller une couverture toute entière. On fup-poTe donc à préfent qu’elles-foient arrivées au haut de l’édifîce s il ne s’agit plus que de les mettre en place.
- 173. §• III. De la façon de. les attacher. Un ouvrier doit commencer par clouer fur les voliges des crochets au droit de chaque chevron , à un pied de diftance les uns des autres. Ges. crochets doivent avoir une. longueur proportionnée à la largeur des tables; ils font applatispar une de leurs extrémités , où il y a trois trous pour recevoir les clous ; le bas forme un crochet d’environ un pouce, pour retenir chaque table & l’empêcher de tomber. Autrefois on ne faifait que clouer les tables; mais il eft arrivé fouvent que les tables fe font déchirées par leur pefànteur à l’endroit où elles étaient clouées , & font tombées. Le, premier inconvénient fubfiftait toujours, quoiqu’on les eût diminuées dans leur longueur & largeur ; pour leur donner plus de confiftançe & de folidité , on a ifnagine les crochets dont nous venons de parler. On commence toujours par les attacher de bas en haut,& non, de haut en bas; on pofe de même les tables : quand il y aura plufieurs crochets attachés, deujç ouvriers apporteront une table pour l’y placer... Les plombiers & les couvreurs fe fervent , pour cet elfet, d’une échelle, attachée à des couffins pu_fafçines de, paille, pour la foulever un peu * & faire; enforte qu’elle ne- foit pas immédiatement, appliquée à la couverture, qu’il y ait au contraire un vuide de huit pouces aii moins; c’eft afin que les pieds-des ouyriers aient plus d’appui,- & qu’ils montent & défi-tendent plus aifément., .Ils, montent par cette échelle; ils pofent la table fur les crochets qui font deftinés à la recevoir. Cela n’eft pas fuffifant; il faut encore clouer chaque table au droit des chevrons , en telle forte que chaque clou traverfe trois chofes, lavoir, la table, la volige & de chevron ; outré les clous qui Jaf retiennent par en-haut, elle eft retenueencore par les crochets qui débordent-& empêchent qu’elle ne puilfe tomber. Nous avons dit qu’il fallait attacher les crochets à un pied de diftance les uns des autres; comme la table eft longue de douze pieds , & qu’on les pofe en longueur, il s’enfuit que chaque tabje.eft foutenue fur douze crochets environ: on continue ainfî. Quand le premier rang de tables eft placé, pour faire le fécond rang; on pofe les fécondés tables en recouvrement fur les premières, qu’on couvre environ de quatre pouces , pour que la pluie qui fe trouve pouffée fouvent par un vent impétueux, ne puilfe y pénétrer en aucune maniéré, & qu’elle retombe
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- au contraire dans les 'gargouilles qui régnent tout autour de l’édifice ; ce recouvrement fait encore que les tables fe foudennent mutuellement. Les clous dont on fe fert s’appellent des clous du couvreur ; ils font un peu forts ; ils ont deux pouces & demi de long, quelquefois davantage : on les attache très-près l’un de l’autre ; on les enfonce avec le marteau. Ce n’eft point affez que les tables foient en recouvrement les unes fur les autres, pour empêcher que la pluie ne puiife s’introduire jufqu’a la charpente ; car elle pourrait entrer par les côtés. Pour y remédier , on a foin de replier,les rebords de chaque table dans leur hauteur à chaque bout, l’une en-delfous & l’autre en-delfus : pour mieux les joindre , on les fait entrer l’une dans l’autre 5 on ferme par-là tout paifage à l’eau du ciel, & l’on empêche qu’elle ne puiife pénétrer jufqu’à la charpente, quelle .pourrirait. A mefure que l’on monte, on diminue la longueur des tables, conformément à la forme de la charpente, ainlî que cela doit fe fentir par foi-même. Quand le tout eft couvert, on couvre le faite & les arêtiers.
- 174. §. IV. De la façon d’attacher Les faîtages. On entend par faîtage, un cordon de plomb pôle fur l’angle de l’élévation du comble , qui embraife les tables des deux faces du toit. Le même cordon qui régné dans les angles du comble, change de nom, & s’appeiie arêtier. Ils font d’une lî grande îiéceffité, qu’on ell toujours dans l’ulàge d’en mettre même fur les combles couverts Amplement en ardoifes; la feule néceffité peut forcera s’en patfer. On commence d’abord par les coins ; 011 attache des crochets des deux côtés , ou bien on a des crochets doubles qui tombent des deux côtés du faîte: on les met toujours à un pied de diltance les uns des autres ; on plie enfuite chaque table de plomb en forme de gouttière, qu’on renverfe & qu’on pofe fur les crochets : fous cette forme elles embralfent & recouvrent le bord fu-périeur des tables des deux côtés de la couverture, & forment ce qu’011 appelle les arêtiers, dont le nom leur vient des foîives de bois qu’elles recouvrent , & qui fe nomment arêtiers. On fait enfuite le cordon du faîtage; c’eft-à-dire, lorfqu’on a conduit la couverture des coins jufqu’au haut du comble , on y attache de même des crochets des deux côtés, fur lefquels 011 pofe des tables de la même longueur, & l’on fait enforte qu’il y ait au moins un pied de table de refte à chaque bout du faîtage, afin de les replier & de les faire defcendre en recouvrement fur les deux bouts de la couverture des deux faces du comble.
- 17ç. §. V. Façon dé faire les baguettes quonvoit fur l'cglife de Notre-Dame. Pour la propreté de l’ouvrage, on a coutume , lorfque toute l’églife, fon faîtage & fes arêtiers font couverts , d’y revenir de nouveau pour arrondir & mettre en baguette les deux extrémités de chaque table; on leur donne en place cette forme, ce qui fait le coup-d’œil que préfente le comble de
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- Notre - Dame. Pour cet effet on replace l’échelle double qui embrafle' les* deux toits de la couverture de l’églife, & avec la batte plate on les arrondit. On fait cette opération, qui rend la couverture plus foîide, d’un bout de la couverture de l’églife à l’autre ; de cette forte les tables forment entr’elles de petites baguettes rondes qu’on voit fur la couverture de l’églife de Notre-Dame , & que les plombiers ont foin de faire fur toutes les couvertures de cette nature. Ces petites baguettes ne làiffent pas que de faire un bel ornement : l’eau qui coule d’en-haut, ne peut par ce moyen y pénétrer, & elle tombe néceifairement dans les gargouilles, d’où elle coule jufqu’à terre à travers des godets & tuyaux de defcente, quelquefois par des gouttières faillantes.
- Article II.
- Des clochers.
- 1 176. On a la même raifon de couvrir les clochers, que de couvrir les églifes c’eft pourquoi il faut expliquer de quelle façon on s’y prend. Cette opération confifte, 1^. à échafauder le clocher que l’on veut couvrir; 20. à couper les ardoifes de plomb qu’on veut y employer ; 30. à les y attacher. Il eft à propos d’obferver que la couverture des clochers, ainli que celle des églifes, peut être faite en tuiles ou en ardoifes de terre - glaife ; mais nous n’en parlerons pas, parce que cette matière regarde l’art du couvreur , qui a été traité fort au long, par M. Duhamel; je n’entends traiter ici que les couvertures qui regardent l’art que je traite.
- 177. §• I* Delà, maniéré d'échafauder les clochers. Un des premiers foins qu’on doit avoir, eft d’échafauder avec la plus grande folidité les clochers qu’on veut couvrir, fans quoi les ouvriers courraient rifque de périr. On commence par faire paffer par les fenêtres du clocher, ou par les œils-de-bœuf, s’il n’y a pas de fenêtres , les poutres qui doivent porter l’échafaud ; on les lie avec des cordes , pour les rendre plus folides ; enfuite on attache des planches tout autour du clocher, qui forment autour de lui un plancher circulaire, par le moyen duquel on a la facilité de travailler commodément à la couverture. ' • ' • ..»
- 178- §• II. Delà maniéré de couper & de pofer les tables. On attache d’abord des crochets à la même diftance que nous l’avons dit plus haut, tout autour du bas de la charpente du clocher, qui forme un auvent circulaire ou quarré , félon la conftru&ion des clochers ; on pofe fur ces crochets les premières tables qui doivent faire le commencement de la couverture du clocher. Quand cette première opération eft faite , fi l’on ne veut point couvrir k clocher tout entier en plomb, mais feulement ce qui eft le plus néceifaire',
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- comme font les arêtiers, le couvreur en ardoifes en garnira d’abord le milieu j le plombier enfuite attachera des crochets à chaque côté des quatre coins du clocher, & y pofera Tes tables de façon qu’elles recouvrent les ardoifes & les foutiennenti il couvrira le bois des fenêtres en étendant fimplement fès tables dans toute leur largeur , & les clouant à la charpente.
- ' 179* §• III. Maniéré de couvrir le clocher tout entier en plomb. LORSQU’ON
- veut, au contraire, que tout le. clocher foit couvert en plomb, & non pas en ardoifes, alors on prend de petites plaques de plomb de la grandeur à peu près des ardoifes, auxquelles on donne toute efpece de forme : on en fait -de rondes à un bout, & quarrées à l’autre : les unes font quarrées d’un bout , & pointues de l’autre ; les autres font quarrées d’un côté, & coupées en cœur de l’autre ; les autres font quarrées fimplement. On 11e finirait pas, fi l ’on voulait les décrire toutes, parce qu’on en fait d’une infinité de maniérés , fuivant le goût de l’ouvrier j ainfi on fe contente d’indiquer les formes qu’on leur donne le plus ordinairement. On en attache d’abord un rang aux premières voliges, au-deflus des tables de plomb dont nous avons parlé plus hauti on continue ainfi : on fe contente de les attacher avec des clous qui fuffifent, parce qu’ils ne foutiennent pas de grands poids : on les pofe l’une fur l’autre , le fécond rang couvrant toujours une partie du premier ; & l’on a attention que les ornemens du clocher ne fatiguent point la charpente ; pour cela ils doivent être délicats, mais toujours faits de façon qufils empêchent que la pluie ne pénétré. Pour le refte il n’y a pas de différence j on couvre les côtés comme nous l’avons dit plus haut.
- 180. §. IV. De la manière d’échafauder lès fléchés des clochers. On fait un fécond échafaud fur le premier dont nous avons parlé ; pour cela on commence par y pofer des montans foutenus d’un bout par de petites folives faites en forme de.potences renverfées & chevillées dans leurs pieds ou patins j on les attache en-haut à des traverfes par le moyen de plusieurs cordes : on les-arrête ainfi afin qu’elles n’aillent pas de côté & d’autre, & on les planchéie. par le haut. On fait.ee fécond échafaud à côté d’un œil-de-breuf, afin.qu’on puiffe y monter commodément, ou l’on y fait une trape pour ^.pouvoir y placer l’échelle. ? f
- 18 i.| §. V. Façon de couvrir les fleckes des clochers. COMME la partie des cloch.erSi,,q.u’on f nomme fléché, eft plus délicate que le refte, on coupe des plaques de*plomb :plus minces & plus petites que celles qu’on emploie aux pleins.toits 5 d’ailleurs c’eft la même opération. Il y a des fléchés qui font rondes , d’autres qui font quarrées > ou^couvre celles qui font rondes , en atta--chant tout.-autour les lames de .plomb qui réparent tous les accidens, en re-vfcouvrant la moitié du premier rang par le fécond rang; c’eft ce recouvrement -.que les couvreurs nomment le'pureau, & l’on continue de même jufqu’au haut
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- de la fléché; mais aux fléchés rondes » ainfi qu’aux tourelles , dont le toit efl; conique , il eft bon que les plaques de plomb (oient un peu plus larges par en-bas que par en - haut ; pour celles qui font quarrées, on commence par garnir le milieu des quatre faces jufqu’au haut de la fléché; on couvre enfuite les côtés avec des bandes ou cordons de plomb qui font foutenus par des crochets qui embraflent les lames de plomb & ardoifes des deux furfaces : on fait en-forte de conduire cet ouvrage avec propreté jufqu’au haut de la fléché. On peut couvrir les fléchés quarrées ou à pans avec des bandes de plomb qui s’étendent de toute la hauteur de la fléché; mais on les tient plus larges par en - bas , fuivant la diminution de grofleur de la fléché : on les replie environ d’un pouce l’une fur l’autre , & on les cloue enfemble aux quatre coins, quand la fléché efl: quarrée ; quand elle efl: ronde , on les foude en trois ou fix endroits différens , félon le diamètre plus ou moins grand de la fléché. Soit qu’elle foit couverte en ardoifes (impies ou en ardoifes de plomb, il faut lui faire une ca-:lotte de plomb qu’on met au haut de la fléché , pour emboîter & couvrir l’ex-trêmité du dernier rang des ardoifes, & les bandes de plomb ou cordons qui .couvrent les quatre coins de la fléché. Nous parlerons dans un chapitre à part de tous les ornemens en plomb dont on peut décorer les clochers , & le haut de leurs fléchés, ainfi que les aiguilles des croupes & des tourelles.
- Ar ticle III.
- Des pavillons <$* des tourelles. '
- 182. On entend par pavillon, un bâtiment quatre qui accompagne uh corps-de-logis. On nomme encore pavillon*, un corps-de-logis feul & ifblé=, qui a une forme'quarrée, tel qu’on en voit au château de Marly. Les entrepreneurs en placent aufli à l’extrémité des galeries , comme 011 le voit à Ver-failles : ce qui décore beaucoup les bâtimens , & leur donne plus de majefté. O11 en conftruit’également en plufieurs autres endroits des bâtimens , félon que la fymmétrie du plan que les entrepreneurs veulent exécuter le-demandej Ils font diflingués des tourelles, dont nous parlerons dans ce même article, en ce que les tourelles, ainfi que leur couverture", font rondes, au lieu que les pavillons font quarrés. Quand on veut couvrir un pavillon, il faut, ainfi qu’on l’a dit par rapport aux combles & aux clochers , en faire préalablement alfeoir la phar-pente par les ouvriers qui ont coutume de faire ces fortes de conftru&ions ; le plombier doit enfuite y attacher fes ardoifes. ' - , ,f .) f -> j
- 18}. §. I. De la confiruBion de la charpente. QUOIQUE je fois déjà*entré dans quelques détails par rapport à cet objet, je donnerai encore une idée :de la charpente des pavillons, pour faire mieux fentirenquel état elle doit’êçie
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- avant que le plombier puiffe y pofer Tes ardoifes. Comme le plombier finit’ l’ouvrage du charpentier, ces deux arts ont un fi gand rapport entr’eux, qu’oit’ ne peut-parler du plombier, lorfquhl s’agit des couvertures, fans dire quelque chofe de l’ouvrage du charpentier. Ce dernier doit d’abord affeoir fur la maçonnerie quatre]folives A , B, C , D, emmortaiféés l’une dans l’autre ,fig. i, pl. IX. Il doit dreffer aux quatre coins quatre arêtiers E, F, G, H, qu’il faut également emmortaifer aux deux extrémités ; favoir, d’un bout dans les-folives d’entablement, & de l’autre dans les arêtiers qu’on voit en I. On remplit enfuite l’efpace qu’il y a d’un arêtier àl’autre , par des chevrons K, que l’on pôle de pied en pied, & que l’on emmortaife également aux deux extrê*. mités ; favoir, d’un bout dans les folives d’entablement, & de l’autre dans les faitieres 1,1, qui en font le couronnement ; on recouvre ces arêtiers par des voliges Ls comme à l’ordinaire. Comme ces fortes de couvertures font toujours furmontées de quelques amortilfemens, il faut faire pour cet effet une petite charpente dans l’intérieur des pavillons, comme dans l’intérieur des clochers; cela confifte à croifer plusieurs petites folives N, dans le milieu def-quelles on en emmortaife une qu’on creufe pour recevoir le fer d’amortiife-ment qu’on voit en -M: on couvre ônfuite le faîte par de petites folives qu’on emmortaife d’un bout dans les faîtieresll, & de l’autre dans la folivc du milieu , c’eft-à-dire, celle qui doit porter le fer d’amortiffement. Voilà 1 état dans lequel le plombier ou le couvreur en tuiles doivent trouver la charpente avant que l’un ou l’autre puiffe la recouvrir.
- 184. §. II. De la maniéré de couvrir les pavillons. LORSQUE la charpente des pavillons eft faite , affez ordinairement on les fait couvrir en tuiles ou en ardoifes , & il ne refie plus au plombier qu’à revêtir les arêtiers , les faîtières , 8c les noues, s’il y en a. Mais lorfqu’011 veut que la couverture foit toute entière en plomb , les plombiers taillent des feuilles de plomb pour mettre à la place des tuiles ou des ardoifes , & ces feuilles prennent le lieu & le nom des ardoifes de terre. Les plombiers donnent à ces ardoifes de plomb différentes formes fuivant leur goût, à l’imitation de ceux qui cuifent les ardoifes de terre; mais aifez ordinairement ils donnent à leurs ardoifes une forme quarrée par un bout, & arrondie par l’autre , pour que ces lames de plomb étant pofées les unes fur les autres , imitent l’arrangement qu’ont les écailles fur le dos des poiffons : 011 les attache avec les clous ordinaires fur les voliges, en commençant toujours par le bas, & continuant ainfi de rang en rang, en pofant ardoife fur ardoife , jufqu’à ce qu’011 foit parvenu au faîte. On ne peut faire toute la couverture qu’eu tranfportant l’échafaud aux endroits où cela efl néceffaire ; c’efl auflî ce qu’on efl obligé de faire. On n’efl pas dans l’ufage de couvrir les quatre côtés du pavillon en même teins ; on commence par en couvrir un,& les autres tour-à-tour l’un après l’autre; ou du Tome XIII, T t t
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- moins fi l’on veut que cet ouvrage fe fafle en même terns, il faut que l’échafaud couronne tout le pavillon, & qu’on puilfe en faire le tour aifément: quatre ouvriers pourront alors travailler chacun de fon côté fans fe gêner, e Les ardoifes du premier rang qui doivent former l’égout, foit qu’il y ait un.; chaîneau qui régné tout autour de l’entablement, comme on le voit en A2, en quoi les pavillons different fouvent des clochers , ou qu’il n’y en ait pas , & que les ardoifes tombent Amplement-en recouvrement fur le mur, doivent être plus larges que celles du fécond rang, ainfi de fuite , afin que cette partie du toit qui reçoit non -feulement l’eau qui tombe du ciel, maisr encore celle que les ardoifes fupérieures ont reçue, & par conféquent en plus grande quantité , leur réfiftent davantage en recevant plus de recouvrement, & oppofent également plus de réfiftance aux vents & aux orages. On voit par-là qu’il eft néceffaire d’une petite combinaifon pour donner aux ardoifes , à mefure que l’ouvrier monte de rang en rang, autant de pureau & de recouvrement, & par conféquent autant de largeur & de hauteur qu’elles font dans le cas de recevoir d’eau & d’être agitées par les vents. De tems à autre on frappera fur les ardoifes qu’on aura pofées , pour qu’elles portent exa&ement l’une fur l’autre , & que le vent ne puilfe point les relever ni faire remonter les eaux du ciel par - delfous. Quand on aura couvert ainfi les quatre faces du pavillon , comme on le voityfg. 2 , fe conformant à ce qui eft> dit dans l’Art du couvreur pour l’emploi des ardoifes de terre, il ne reftera plus qu’à couvrir les arêtiers. On pourrait les couvrir avec des tables de plomb , qui, débordant chaque arêtier à droite & à gauche , recouvriraient par les deux bords les ardoifes de plomb qui doivent joindre immédiatement chaque côté des quatre arêtiers B, comme on le fait quelquefois pour les couvertures en Amples ardoifes; mais les plombiers préfèrent de les couvrir avec des lames de plomb, auxquelles ils donnent la forme des faîtieres de terre. On les pofe comme les ardoifes , c’eft-à- dire , les unes'fur les autres , commençant par l’égout, & finiiTant à l’aiguille de la charpente : or, pour que ces faîtieres,foient folidement attachées, non - feulement il faut les clouer, mais il faut encore qu’elles foient pofées fur des crochets qu’on cloue fur les chevrons les plus voifins de l’arêtier, comme on le voit dans la couverture des combles : elles donnent plus de confiltance aux ardoifes qu’elles recouvrent; celles-ci font plus en état de retenir celles qu’elles recouvrent ,& ainfi de fuite: par ce-moyen, une couverture conftruite de cette maniéré doit être plus folide. Ces crochets font nécelfaires, parce qu’on doit éviter, autant qu’on le peut, d’employer de la ioudure fur les bâtimens , par la rai-fon que les endroits foudés étant pîus; épais que les tables , & étant formés d’un alliage d’étain 8c de plomb , elles ne changent pas également de volume quand elles éprouvent des alternatives de chaud & de froid : ce qui ne man-
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- que pas d’occafionner des ruptures. Le toit du pavillon étant ainfl couvert,7 il ne refte plus qu’à couvrir les aiguilles qui furmontent toujours le faîte & l’extrémité des arêtiers, comme on le voit fig. 2 : c’eft ce qu’on appelle les amortijjemens , dont nous nous occuperons dans le chapitre fuivant.
- i8ï. §. III. Des tourelles. Les tourelles font des bâtimens ronds, dont la bafe elt quelquefois plus large que le corps de la tourelle : c’eft en quoi elles different des pavillons. On s’en fert comme d’un arcboutant, pour former un point d’appui au refte du bâtiment ; on y fait des cabinets de-décharge , ou des efcaliers dérobés. Ces fortes de bâtimens étaient très - communs dans les forts ou châteaux de garnifon, qu’011 faifait autrefois pour le mettre à l’abri de l’ennemi , pendant que les guerres civiles ( qu’une infinité de petits feigneurs - rois , puiffans & languinaires, ont allumées, jufqu’à ce que , pour le bonheur des peuples, ils ont été fournis fous un même fceptre ) enfaiiglantaient la France, & en faifaient la défolation. Il n’eft pas de vieux: château qui n’en fournilfe un exemple. De ces tourelles, il y en a plulieurs qui font en forme de plate - forme, qu’on couvre de la maniéré qu’on le verra à l’article des terralfes ; les autres font couvertes en chapeau d’ardoife , de plomb ou de terre , comme on le voitfig. 3 , & furmontées de quelqu’amor-tiffement. Par rapporta la charpente , elle eft la même que celle des clochers ou des pavillons ; avec cette différence, que l’aiguille eft plus pointue que celle des pavillons , & l’eft moins que celle des clochers. Le couvrement s’en fait comme celui des pavillons & des clochers, en obfervant ce que nous avons dit à ce fujet } excepté qu’il n’y a point d’arêtiers dans ces fortes de couvertures , qu’on n’a pas la peine découvrir : on tourne tout autour du chapeau pour en attacher les ardoifes à chaque rang qu’on pofe. Il n’eft pas ordi-. naire qu’on faffe des chaîneaux tout autour du chapeau: les ardoifes tombent ordinairement en recouvrement fur la maçonnerie} mais comme il peut y en avoir abfolument, s’il était queftion d’en faire , il faudrait qu’il fût rond; du refte confulter ce que nous avons dit à ce fujet dans l’article des combles & de la pofe des chaîneaux.
- ArticleIV.
- Des dômes.
- igé. Personne n’ignore ce que c’eft qu’un dômej on fait que c’eft un édifice rond , d’un plus ou moins grand diamètre, furmonté d’une calotte ou couverture ronde & ovale , comme 011 le voir par celui de Saint - Pierre de Rome, celui de la Sorbonne de Paris, celui des Invalides, du Val-de-Grace, du college Mazarin, &c. & qui jette les eaux en tous fens, ainfi que les fléchés &
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- les tourelles: c’eft en quoi ils différent des combles. Ces fortes d’édifices font particuliérement propres aux églifes : il eft très-rare d’en voir employer à d’autres ufages. Il y en a de plufieurs façons , tant par rapport à leur grandeur que par rapport à leur couverture; les uns font fimplement couverts en ardoifes; les autres le font en plomb, ians autres ornemens : tel eft celui du Val-de-Grace ; les autres font enardoifes , qui font furmontées de dif-tance en diftance , & avec fymmétrie , de plufieurs côtes ou arêtes couvertes en plomb. Enfin il y en a d’autres qui font tout en plomb, furmontés également des mêmes arêtes , mais qui font peintes comme on le voit au dôme du college Mazarin, ou dorées comme celles du dôme des Invalides. Nous allons parler d’abord des plus riches.
- 187. §. I» Des dômes à côtes ou à arêtes. Les plus riches dômes font ceux où il entre plus de faqon ; or, les dômes à côtes font les plus fufceptibles d’ornemens, parce qu’on peut les peindre ou les dorer comme on veut, & qu’on ne peut pas le faire fur les autres : c’eft aufti ceux qui demandent le plus de travail, comme il eft facile de le voir par celui qui eft repréfenté fig. 4, pi. IX. Pour en décrire les ouvrages qui concernent notre art, nous fup-pofons que la charpente eft faite, ainfi que les échafauds , qui doivent être folides. Les échafauds volans établis à la maniéré des couvreurs fur des chevalets , ne le feraient pas allez pour fupporter la quantité de plomb qu’il faut pour ces fortes d’ouvrages. Le travail du plombier fe réduit donc à couvrir de plomb la charpente couverte elle-même de voliges, & produifant une calotte qui fixe la forme que la couverture du dôme doit avoir. Il faut remarquer que le dôme que nous donnons pour exemple, eft divifé dans toute la circonférence par des côtes ou arêtes B , qui font parfaitement femblables les unes aux autres , & placées à des diftances égales. Pour garnir l’entre-deux de ces arêtes, on commence à l’ordinaire par le pied, & on pofe les feuilles de plomb taillées en ardoife, en les attachant fur la volige avec des clous, comme je l’ai dit en parlant de la couverture des fléchés, des pavillons & des tourelles. Quand tous les entre-deux A des arêtes B font couverts , comme nous venons de l’expliquer, on couvre les côtes ou arêtes & le haut du dôme. -
- 188- §• II- De la couverture des côtes ou arêtes. On pourrait abfolument couvrir les côtes B , comme les entre-deux A , avec des lames de plomb taillées comme des jirdoifes ; mais cette uniformité ne préfenterait rien d’agréable : l’œil eft bien plus fatisfait quand on rompt cette uniformité ; c’eft pourquoi l’on couvre ces côtes avec des tables de plomb, dont on proportionne la largeur & la longueur à celle des côtes : on les replie des deux côtés, de faq01* qu’elles recouvrent un peu les parties qui font couvertes en ardoiles de plomb, &. 011 les arrête avec des clous 5 car il ne faut pas croire qu’une côte ou
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- arête foit couverte par une feule table de plomb prife dans toute fà hauteur, comme on pourrait abfolument le faire avec des tables laminées qui font d’une prodigieufe. longueur. Mais on ne l’a point encore fait : au contraire , on en ajufte plulieurs les unes au - deifus des autres en recouvrement de trois ou^quatre pouces , & chaque morceau eft arrêté par le bas avec des crochets qu’on cloue fur les voliges qui forment les côtes du dôme. Quand les côtes B & les champs A, qui font entre - deux , font garnis de plomb, on termine le haut du dôme par une calotte , à laquelle on donne différentes formes, fuivant le goût de l'architecte 5 mais il faut que le bas" de ces calottes recouvre, tant les côtes ou arêtes, que les parties de couverture qui font entre-deux. Or, les uns font ces parties tout unies, & les autres les forment en feftons, comme on le voit en e, au dôme qui nous fert d’exemple. Ces feftons font formés de beaucoup de pièces qu’on cloue les unes à côté des autres. Ordinairement on fait tomber un fefton fur la crête, & un autre entre - deux, proportionnant leur largeur à la place qu’ils doivent occuper. La forme des feftons eft indifférente, pourvu qu’ils joignent affez exactement les parties qu’ils recouvrent , pour que l’eau ne puifle y pénétrer ,& qu’ils foient affez bien attachés pour que le ventnepuiffe les enlever : il eft vrai que le poids des tables de plomb qu’on emploie, contribue àproduire ces deux effets. Nous dirons ailleurs comment on garnit d’ornemens les feftons. On couvre enfuite la partie feftonnée C, par des bandes de plomb D , qu’on pofe horizontalement, formant un recouvrement furies feftons; & ces bandes horizontales D forment comme un bandeau qu’on arrête avec des clous & des crochets. Ordinairement on remplit les efpaces c avec des feuillets de plomb qu’on taille comme des écailles de poiffon , & l’on décore , fi l’on veut, le champ È , par des coupures qui forment comme des efpeces de guirlandes. Nous en parlerons dans le chapitre fuivant, ainfi que de la façon de former des moulures fur les bandeaux D. On place enfuite le bandeau F comme on a fait celui D , mais de forte qu’il faffe recouvrement fur le champ E. La plate-forme F F, qui forme comme une efpece de terraiTe , doit être en plomb ; mais la ba-luftrade étant de fer, elle eft du reffort des ferruriers: on laiife feulement une ouverture au milieu de cette plate-forme , pour qu’un ouvrier puiffe y paffer quand il faut faire quelques réparations, & arriver aux fenêtres G du dôme, pour en couvrir le dedans avec des bandes de plomb H,que l’on doit aifujet-tir à la charpente par des clous. Pour revêtir de plomb la partie quarrée, ils forment de plusieurs pièces une table de plomb quarrément en-dehors, & évuidée en centre parle dedans; enfuite ils la clouent à la charpente, comme on le voit en i. On peut auffi décorer les efpéces de piîaftres de quelques ornemens ; pour cela-on forme, avec des bandes de plomb contournées, des confoles qu’on attache à diiférens endroits avec des clous a ou bien des
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- feuilles découpées ou fendues ; on pofe au-deffus de ces pilaftres des bandes de plomb i i, à peu près femhlables à celles D D & F F ; & toutes les bandes horizontales doivent former des moulures telles que i i : elles ne font pas, à la vérité, très-régulieres i mais comme on les voit de loin , elles forment un bon effet. C’eft fur cette efpece de corniche i i, que l’on doit pofer une calotte K K , qui doit tomber fur elle en recouvrement : elle eft de plusieurs pièces,«& attachée à la charpente avec des clous dans’toute l’étendue de fa circonférence. Avant de mettre en place cette calotte, on cloue à la charpente de la coupole K, une ferrure d’amortilfement pour porter le globe L, la folive M, & le coq N. Ces parties d’amortilfement peuvent être faites en plomb ; mais communément on les fait en cuivre. Il faut avoir attention que le globe joigne bien exactement la barre d’amortiffement, pour que l’eau ne puifle pas s’introduire par cet endroit, & pourrir la charpente : on met ordinairement pour cela une petite plaque de plomb qui joint^bien exactement la barre, & qüi recouvre le haut du globe, comme on le voit au-deffus de L. On ne fe contente pas de charger de découpures, de feuillages, & de toutes fortes d’ornemens dont l’art eft fufceptible'; on releve encore la ftruCture de ces fortes d’ornemens par une peinture, ou même par une dorure qui leur donne plus d’éclat ; mais comme ces décorations concernent, l’une l’art du peintre , l’autre celui du doreur, nous nous contenterons d’en avoir parlé:, fans indiquer la maniéré dont cela fe fait. Les charpentiers ont coutume de former dans ces grands dômes, à quatre endroits diamétralement oppofés, des yeux-de-bœuf. Quand le dôme eft entièrement couvert, les plombiers en défendent le revètiffement en plomb , comme je vais l’expliquer dans l’article fuivant.
- • 189. §. III. Des dômes dont la couverture ejl moins riche. Par rapport aux
- autres dômes, c’eft-à-dire, ceux qui font tout unis & fans arêtes, il eft facile de concevoir qu’ils demandent moins de travail que les premiers; on ne fait que les couvrir dans toute leur rondeur & de bas en haut, en petites ardoifes de plomb. D’après ce que nous venons de dire des autres, il fera bien aifé de concevoir le travail de ceux-ci. On n’a point coutume de les peindre ou dorer: cependant cela ferait poflîble abfolument; car les ardoifes-qui y entrent, quand elles font en plomb, feraient fufceptibles de ces fortes de décorations. Mais on n’eft point dans cet ufage : car même dans les plus, riches dômes, on n’eft dans l’habitude que de peindre ou dorer les arêtes; ce qui revient encore allez cher. Ceux - ci n’en ayant point, étant d’ailleurs d’une ftrudure commune, il ne conviendrait pas de donner plus de décorations à leurs ardoifes que celles des plus beaux dômes, qui cependant fembleraient l’exiger davantage. Les ardoifes & le plomb ne font pas les feules matières qu’011 peut employer à ces fortes de couvertures; oitpeut les faire
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- en petites latrie de cuivre, comme on le voit au dôme de Saint-Pierre de Rome, que Sixte - Quint fit ainfi couvrir fous fon régné ; mais alors la dé-penfe en devient bien plus confidérable.
- )
- Article V.
- Des yeux - de - bœuf.
- '* 190. On appelle œil -de-bœuf, une ouverture ronde qu’011 forme dans les toits des clochers ; dans celui des dômes, ainfi qu’on l’apperçoit en O, fig. 4, pl. 1X\ en un mot, dans prefque toutes les couvertures, foit pour donner du jour dans l’intérieur de la charpente, foit pour faciliter les réparations que ces différentes couvertures demandent de tems à autre. Il y en a d’ornés de toutes les maniérés.
- 191. §. I. De la maniéré d'en couvrir le devant. QUAND on veut faire un ouvrage propre , la maniéré.dontx>n doit s’y. prendre, comme on le voit en O, fig. 4, pl. IX, où nous en avons reprélenté un pour donner ..une .idée, de la façon dont ils doivent être faits c’eft de^ les revêtir dans cet endroit, après que la charpente en éft conftruite, en petites feuilles de plo'mb taillées en ardoifes , dont la forme reffemble à celle des écailles de poiffon , ainfi que le dôme même que nous avons donné pour exemple eft couvert. On coupe enfuite une plaque ,de plomb de la rondeur de la charpente, que l’on ouvre dans le milieu pour former le jour de l’œil-de-bœuf. Ce morceau de plomb eft ordinairement d’une feule piece , quand l’œil-de - bœuf eft petit; quand îl eft un peu grand, elle eft de deux pièces. Soit qu’elle foit d’une feule piece ou de deux, le contour doit au moins avoir huit pouces de largeur, afin qu’on puiffe la rabattre en-dedans fur la charpente , en - dehors fur les ardoifes , & la clouer aux deux endroits, pour l’y affujettir plus folidement. On garnit le dedans en plâtre , pour égalifer le plomb avec la charpente. Comme le plâtre a befoin d’un fupport pour refter en place, 011 garnit la charpente de pointes de clous, ou en petites voliges, fur lèfquelies on affied fon plâtre.
- 192. §. II. De la maniéré de couvrir le haut & les côtés. Quand le devant de l’œil-de-bœuf eft couvert, 011 garnit le haut & tout le refte de la moulure de la charpente en petites bandes de plomb, comme on le voit en O.' Oü fait enfuite les côtés ce df de l’œil - de - bœuf, fig.fi , qui vont joindre &. recouvrir la partie du dôme qui eft couverte en'écailles. Cette partie étant coupée comme il convient, on l’attache fous le morceau a b c d, qui forme la'face de l’œil-de - bœuf, & du côté def, fur les feuilles de plomb qui font figurées en ardoife. Enfin on couvre le delfus par une table de plomb gkikli
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- qui fait une petite faillie fur les tables de plomb dont nous avons parlé,’ & l’on met au bas de i’œiUde-bœuf une bavette til n, pour rejeter l’eau plus avant fur le toit. Il faut faire de d en l, une petite gouttière ou un fond de noue, pour rejeter l’eau qui découle de deffus l’œil-de-bœuf. On peut décorer le deifus dé ces yeux - de - bœuf de quelques ornemens , comme on voit en O, fig. 5 ; & l’on fait beaucoup valoir les ornemens, quand on les bronze ou qu’on les dore, comme on l’a fait au dôme des Invalides.
- 193. §. III. D'urn maniéré plus flmple de Us couvrir. Il eft une maniéré de les couvrir plus lîmplement, & qui ne donne pas tant de travail. On n’emploie môme la façon que nous venons de décrire, que lorfque le refte de la conftruétion le demande, pour lui fervir d’accompagnement. Les yeux-de - bœuf ordinaires fe couvrent par une ou deux plaques de plomb, que l’on cloue d’un côté dans l’intérieur de la charpente qui forme le jour de l’œil-de-bœuf, & de l’autre fur Je dos de la même charpente, les faifant reborder, c’eft-à-dire, tomber en recouvrement de quatre pouces fur les ardoiles du toit. Nous venons de parler des yeux-de-bœuf j palfons à pré-fent aux lucarnes.
- * Ar ticle VI.
- Des lucarnes.
- 194. On diftingue de trois efpeces de lucarnes ,fig. ?, 7 & 9 ; favoir, celles qu’on nomme flamandes, celles qu’on appelle à la capucine, & d’autres demok felles. Pour prendre une idée des différentes formes qu’on donne aux lucarnes , on peut confulter l’Art du couvreur.
- 195. §. I. De la maniéré de les couvrir. La plupart font couverts en tuiles ou en ardoifes; peu font faites entièrement en plomb : quelquefois cependant, pour conferver le bois, on les couvre de tables de plomb qu’on cloue deflus ; mais à la plupart de celles qui font couvertes en ardoife , on fe contente de mettre en - deifus & fur le devant une bande de plomb pour former un rivet, de couvrir le faîte avec une table de plomb, & de faire fur les côtés des noues en plomb.
- 196. §. II. De quantité d'autres ouvertures qu'on fait dans les toits. Il y a encore fur les toits quantité de petites ouvertures, fig. g , auxquelles on donne différentes formes : ce font, à proprement parler, des diminutifs de lucarnes î celles qui font un peu grandes, font préparées par les charpentiers, & en ce cas le plombier fait prendre à coups de batte aux tables de plomb qu’il a coupées de grandeur égale, la forme qu’a la charpente elle-même. Lorf. qu’elles font fort petites, elles font faites entièrement par le plombier : il
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- leur forme en-devant un gros ourlet, pour .donner du foutien au plomb qu’il attache avec des clous fur les chevrons, ayant foin de mettre deifous une bavette de plomb qui recouvre la charpente. Enfin on appelle proprement des lunettes, de petites couvertures qu’on fait aux toits d’ardofie , pour paifer la corde nouée lorfqu’il faut faire des réparations : on les attache fur une traverfe de bois qui s’étend d’un chevron à un autre. Tous ces petits ouvrages font fi aifés à exécuter , que nous abuferions de la patience du lecteur, fi nous voulions entrer à leur fujet dans des détails. Nous dirons feulement qu’à toutes les lunettes il faut que la partie du plomb qui regarde le haut du toit foit recouverte par les ardoifes ; & qu’à la partie qui regarde le bas du toit le plomb recouvre les ardoifes : fans cette attention , l’eau sqir finuerait entre le plomb & la charpente. ,j
- : : ' J ! i)
- Article VII. h
- De la couverture des terrajjes. . v ;
- * 197. Enfin il y a d’autres couvertures , qui font celles des terraffes, dont
- la façon eft autant différente des premières , que celles des clochers, des dômes, des pavillons & des tourelles ont de rapport entr’elles.^ D’abord , par tetrajje , 011 entend en général un toit plat, plus ou moins élevé au rez-de-chauffée ou à la portée, foit du premier , foit du fécond étage , &c. Il y en a de plufieurs fortes ; les unes font couvertes en pierres de taille, les autres en tables de plomb. Comme il peut entrer du plomb dans les deux ., & qu’il doit y être employé différemment, il faut en parler féparément, pour mieux faire entendre cette double opération.
- 198. §. I. Des terrajjes couvertes en pierres de taille. Quoique nous ayons dit que le toit des terraifes effc plat, cependant les plombiers, quand ils les couvrent en plomb, ou les maçons, quand on veut les faire en pierre , doivent obferver d’en élever le milieu de quelques pouces , afin de donner de la pente aux eaux du ciel 5 en même tems ils doivent rendre cette pente infen-fible àtous ceux qui peuvent aller s’y promener, quand elles font confidé-rables, & qu’elles font faites à cet ufage : c’effici le travail principalement des derniers. Nous obfervons feulement que , comme le plomb qui doit y entrer doit être coulé dans les joints, & qu’on 11’en pourrait faire entrer qu’une très-petite quantité, fi on ne lui ouvrait pas un plus grand efpace que celui qui eft entre deux pierres aflïfes & appliquées l’une contre l’autre >& que d’ailleurs quand il y en,;entrerait, il ferait/facile à.pnleyer, parce qu’il n’aurait point affez de prife ,1& lailferait- filjt,rer^eau pour s’aifurer du contraire & fermer tout paffage, il faut faire avec.Te çifeau ? avant que de les Tome XIII, " ' V v v
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- mettre en place, une entaille'd’un demi - pouce au 'moins, tant en largeur -qu’en profondeur , à chaque côté de chaque pierre qui regarde le ciel ; ce qui formera en tous léns de chaque pierre un lit affez confidérable'pour que le plomb puîiie y féjourner, & les cimenter l’une avec l’autre , comme on le voit en A , fig. io. -
- 199. On fuppofe que ce travail eft fait : le plombier fait d’abord fondre 'Ton plomb'dans une marmite qu’il porte avec lui lorfqu’il en eft néc^flaire, & dont nous parlerons plus amplement dans le chapitre du dégorgement 'des tuyaux de conduite;il en remplit enfuite une cuiller , & le verfe dans les entailles qui font entre les pierres, à proportion de la quantité qui eft néceifairë. La cuiller, c’eft-à-dire , celle dont on fe fert pour couler fur toile , eft très - propre à cet ufage , parce^ qu’elle eft profonde ; & au moyen du bec qu’on lui voit, on eft plus maître de répandre le plomb où l’on veut, de le faire avec mefure, & toujours également. Comme le plomb, ainfi que tous les liquides , s’aftaide & fe retire en refroidiffant, il faudra y revenir plu-fieurs fois avant qu’il foit aifez froid pour empêcher que le nouveau plomb dont il eft encore befoin puiffe faire corps avec lui. Quand toutes ces entailles feront garnies de plomb, comme il ne peut fe faire qu’il n’excede un peu en •quelques endroits, on prendra le grattoir5 & on le mettra de niveau avec ia pierre , pourklonner plus de propreté à ces fortes d’ouvrages.
- 200. Ce que nous venons de dire par rapport à ces fortes de terrades , on peut l’entendre des balcons qui femblent en être un diminutif. Il faut obferver 1°. qu’011 peut cimenter d’une autre maniéré les joints des tétrades en pierre de taille ; qu’on fe fert, pour cet effet, du ciment ordinaire , qui eft fait avec du plâtre & du verre pilé , ou bien avec du mâche-fer: c’eft même ce qu’on emploie le plus ordinairement ; on le met alors aux endroits que nous venons defpécifier par rapport au plomb. 20. Qu’il n’entre jamais de chaîneaux de plomb, quoiqu’abfolumentcela peut fe faire, dans les terrades en pierres de taille; ce n’eft pointl’ufage, ce ferait encore moins un profit pour ceuiç qui -y en feraient mettre. Le canal qui régné tout autour de ces terrades , & qui en reçoit les eaux pour les tranfmettre à des tuyaux de defcente , ou , s’il n’y 'en a point , à des gouttières Taillantes ou godets , eft formé d’un cordon de pierres taillées pour cet effet, & qu’on doit cimenter tout autour avec du plomb, de la même maniéré que le refte du toit.1 Mais cette opération demande un peu plus de travail dans ces endroits, parce qu’on conçoit que le plomb doit trouver une chûte rapide qui l’entraînerait au fond du canal, l’en emplirait , pendant qu’il doit s’arrêter dans les entailles des bords de chaque pierre. Pour les cimenter l’un avec l’autre, il faut donc avoir le foin de prendre un morceau de‘ coutil ,‘commemn le verra plus amplement dans le fou-dage des réfervoirs en plomby l’appliquer contre le côté du canal qu’on veut
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- garnir de plomb , pour l’empêcher de couler infru&ueufemeiit aux endroits où cela n’efi point néceifaire : on doit faire la même chofe aux deux côtés de chaque canal , & dans toute leur longueur. Je crois avoir dit tout ce qu’il y avait à dire par rapport à cet objet : on a vu à peu près tout le plomb qui peut entrer dans les terraifes en pierre de taille ; paifons à celles qui font entièrement couvertes en plomb. ,
- f 201. §. IL Des terraffes couvertes en plomb. Si le plomb eft plus cher que la pierre, il peut arriver que les terraifes en pierre coûtent aufîî plus que celles qui font en plomb, par la raifon que les premières demandent toujours d’être adifes fur une voûte, au lieu qu’on peut faire les fécondés fur de la fimple charpente , aulli bien que fur des voûtes. La maniéré dont il faut s’y prendre confifte à couper d’abord fes tables qu’on aiîied horizontalement l’une, contre l’autre. Comme on ne peut point fe fervir de foudure dans les toits r comme nous l’avons dit plus haut, il faut les replier dans leur longueur d’environ deux pouces de chaque côté, comme nous l’avons dit en parlant des combles. De deux tables qui doivent être jointes enfemble , l’une doit être pliée en-delfous & l’autre en-deiTus : on cloue à la charpente qui les porte , ces rebords qui, comme on doit le concevoir, ont quatre fois l’épailfeur dis chaque table, & on les applatit, le plus qu’on peut, afin, que cette petite? élévation foit prefqu’infeilfible à ceux qui peuvent aller s’y promener. G’efi bien différent des combles , où il faut que ces joints de tables foient battus & arrondisüen baguettes , comme on l’a dit en fon lieu. On ne fait point de replis^ aux tables dans leur largeur ; on ne fait que les mettre les unes fur les autres en recouvrement d’environ deux pouces ; c’eft-a-dire , qu’on commence à pofer d’abord fes tables dans le bas de la pente, & qu’on met en-fuite les fécondés fur les premières, ainfi de fuite, pour que ,l’eau du ciel n’ait point d’obftacle en fon chemin , & coule aifëment jufqu’à la petite élévation qu’on doit faire dans le milieu des terrafï’es en plomb, fi cela eft facile , ou autre part, ainfi que dans les autres terraifes; on les cloue enfuite en plaçant les clous à l’endroit de ce petit recouvrement, de telle maniéré qu’ils mordent l’extrémité des deux tables. Quant aux chaîneaux qui doivent être placés tout autour de ces terraifes, il faut obferver ce que nous avons dit au chapitre de la pofe des chaîneaux. On peut également couvrir les,balcons en plomb; mais d’après ce que nous venons de dire,on concevra aifément de quelle maniéré on doit s’y prendre. Nous pourrons dire ici un mot fur les plates-formes, où le plomb efi: employé d’une maniéré différente de celle que nous venons de fpécifier.
- 202. §. III. Des plates-formes. Rarement elles font couvertes entièrement en plomb, on couvre fimplement en plomb chaque joint des pierres qui y font employées. Nous citerons la plate-forme qui régné tout autour du chœur
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- de Notre-Dame, puifque c’eft là que nous avons vu cette nouvelle maniéré de couvrir les joints des pierres, afin de mieux faire fentir de quelle façon on doit le fairç. Cette plate -forme, jig.‘ iJ2, eft coupée par petits combles, dont chacun eft formé de quatre groffes pierres de taille A, B , C ,'D, qui fe joignent & qui font furmontées d’une petite boule taillée dans là pierre même ; ces combles forment un poids qui charge la voûte qui eh delfous , afin de la rendre plus folide. On commence par faire un chapeau de plomb à la boule E , qu’on modèle à l’endroit même à coups de batte, parce qu’étant formée de quatre parties, elle a par conféquent quatre joints par lefquels Peau pourrait tranfpirer. Ce chapeau en place doit avoir à peu- près la forme d’un chapeau ordinaire, dont les ailes font abattues. On couvre enfuite le joint F; pour cet effet on prend une bande de plomb que l’on arrondit en canal ou tuyau coupé par moitiés on l’applique dans la longueur de la jointure des deux pierres, en maniéré de canal renverfés on Papplatit un peu à l’endroit qui pofe fur l’aile du chapeau son l’attache enfuite avec deux ou trois gâches, que l’on plâtre ou que l’on plombe dans chaque pierre, après en avoir fait la place avec le cifeau. Ces plaques de plomb demi-arrondies ,ainti attachées & appliquées aux joints de ces pierres , il efb impoflible que l’eau y pénétré. On fait de même par rapport aux trois autres joints. Tout autour de ces petits combles régnent des gouttières qui en reçoivent les eaux & les tranf-mettent aux gouttières de là dans les tuyaux qui font deffous, qui les prennent & les rendent dans la rue. Nous ne répéterons pas ici de quelle façon ils fe font, parce que nous nous fommes affez étendus fur cette matière lorf-que nous en avons parlé pour la première fois. Pour ne rien omettre de tout le plomb qui entre dans les couvertures, nous dirons un mot de ces tables de plomb ifolées qu’on voit quelquefois au haut de quelques parties de murs, fig. 13 j c’eft ordinairement pour couvrir une partie de muraille qui eft mince ^qui eft prefque toute faite de charpente. Toute Popération confifte à prendre la mefure de l’endroit où l’on veut la placer j 011 coupe enfuite la table A, que l’on cloue fur la charpente comme on le voit. Enfin il entre du plomb en forme de couverture au haut des murs de féparation ,lorfqu’ils font furmo’ntés par des folives au lieu de pierres de taille. Ce font ces memes folives que l’on couvre en plomb pour empêcher que la pluie ne les pour-riffe. On le fait avec des tables auffi longues qu’il eft poffible, que l’on fait defcendre en recouvrement des deux côtés de la folîve dans fa longueur, & que l’on y cloué. On noie enfuite ces endroits-îà avec du plâtre. ... Je crois avoir fuivi tous les endroits des couvertures où l’on peut mettre du plomb : voyons la maniéré de les réparer.
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- Article VIII,
- De la maniéré de réparer les couvertures.
- 203. Quelques précautions que les plombiers prennent pour rendre leur ouvrage iolide, il arrive qu’avec le tems il dépérit; tantôt ce fera une table, une ardoife , &c. qui fè percera; d’autres fois le vent en enlevera. Il eft mille autres inconvéniens qu’on ne peut pas prévoir, & qui forcent tous les jours les ouvriers à remonter fur les toits pour les réparer. Il eft ici queftion d’expliquer comment ils doivent s’y prendre.
- 204. §. I. De la réparation des combles. On palfe une échelle à travers la fenêtre du clocher; on la coule fur les tables de plomb qui forment la couverture de l’églife, & on l’appuie fur les gargouilles : elle doit être portée, comme nous l’avons dit, fur des couffins de paille, afin qu’elle n’endommage pas la couverture, & que les ouvriers defcendent <Sc montent plus aifément. Un ouvrier palfe enfuite par la fenêtre du clocher , & par le fecours de cette échelle, defcend jufqu’aux gargouilles, qui aux églifes ont ordinairement un parapet d’environ deux ou trois pieds de haut: il a par ce moyen la facilité d’en faire le tour fans craindre aucun rifque. U11 autre ouvrier defcend auffi par la fenêtre du clocher, & fe met à cheval fur l’angle de la couverture de l’églife; ils prennent tous deux l’échelle , l’un par un bout & l’autre par Vautre bout, & la portent à l’endroit où il en eft befoin. Us vifitent enfuite la table qu’il faut réparer ; fi elle eft peu endommagée, on y cloue fimplement une plaque de plomb; fi au contraire ii faut la changer, ou que le vent l’ait enlevée, on en met une autre à fa place de la même grandeur, en la pofant fur des crochets & la clouant comme nous l’avons dit plus haut, après l’avoir repliée des deux côtés, pour la continuation des baguettes ou bourrelets que les tables forment entr’eiles : ils remettront enfuite l’échelle vis-à-vis du clocher, y rentreront, & la retireront à eux. Pour les maifons qui font couvertes en plomb, il n’y a point de clochers ; mais il y a des lucarnes, & le travail eft le même.
- 20$. §• II. De la maniéré de réparer les clochers. COMME les clochers fe trouvent ordinairement au milieu ou au bout de la couverture des églifes, qu’ils font extrêmement rapides, & qu’il eft impoffible d’y dreiTer des échelles , il faut dans ce cas - là faire ufàge de la corde nouée , qu’on fait palier par la fenêtre lupérieure , ainfi que nous l’avons dit dans le chapitre des tuyaux des maifons; il defcend de cette forte jufqu’à l’endroit où la réparation eft nécefi faire : il ôte & attache fes plaques de plomb comme il veut. On répare de même les fléchés des clochers : toute la différence qu’il y a , c’eft que plus la réparation à faire eft prés de la pointe de la fléché , plus eile eft difficile. On ne peut la faire qu’en attachant la corde nouée au haut de la fléché; pour cet effet il faut
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- avoir l’adrelfe de jeter & de palier une petite corde qu’on pend au bout d’une latte, & qu’on defcend ainlî ; ou attache à fon autre bout la corde nouée, qu’elle monte à fon tour & qu’elle fait patfer autour de la boule de la fléché. On rend cette corde nouée aulii folide qu’il eft poilible: on y attache enfuite la fellette par le moyen de fon crochet, & l’on va où le befoin le demande. On fait ce qu’il eft nécelfaire, on en redefeend , enfuite on détache la corde nouée & on la retire. Ces travaux, comme on le fent, font très - périlleux j ils demandent de l’âdreffe & de l’habitude. Nous en avons allez dit fur cet objet i nous n’entrerons point dans un li grand détail par rapport aux pavillons , aux tourelles, aux dômes, aux yeux-de-bœuf, aux lucarnes , &c. Comme toutes les couvertures ont un très-grand rapport entr’elles, les réparations qu’elles demandent font à peu près les mêmes. Il s’agit, dans les unes & dans les autres, de fubfti-tuer ou une ardoife ou une table a d’autres que le vent peut avoir enlevées : il faut les couper fuivant que les endroits que l’on veut recouvrir le demandent, & les y placer avec le plus de propreté qu’il eft polfible. Celui qui peut le faire à un endroit, peut le faire à tous les autres. Nous nous contenterons d’obferver qu’il faut ufer de la corde nouée autant que cela fe pourra, parce que la dépenfe eft alors moins conlidérable i mais quand cela fera impoifible, il faudra avoir recours aux échafauds. Quant à ce qui regarde les terrades , les balcons , les plates-formes, il n’eft befoin ni de l’un ni de l’autre : de là vient que les réparations qui y font néceifaires en font d’autant plus ailées. Nous allons palier au chapitre fuivant, où il eft traité de la maniéré de blanchir le plomb qui entre dans les couvertures. Ce chapitre peut être regardé , par la matière dont il traite, comme une fuite de celui qui concerne les couvertures. Nous y verrons en même tems la maniéré de faire les diiïérens amortiifemens dont les plombiers couronnent leurs ouvrages, & la maniéré également de les blanchir.
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- CHAPITRE VIII.
- Du blanchiment des couvertures & des amortijjernens.
- 206. On entend par blanchir Us couvertures , revêtir d’une croûte d’étain le plomb qui y eft employé. Nous avons donné la façon de couvrir les églifes, les clochers , les dômes, les pavillons , &c. fans parler de cette opération , parce qu’on n’eft prefque plus en ufage de la faire. Ce n’eft pas que les couvertures d’aujourd’hui, qui n’ont pour tout éclat que la couleur brune que prend le plomb après qu’il a fèrvi quelque tems , doivent l’emporter fur celles qui font travaillées avec de l’étain : il s’en faut beaucoup j car d’abord
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- pour 1’ufàge il eft le même des deux côtés : en fécond lieu celles - ci ont en outre un éclat qui approche de celui de l’argent, & qui ne s’efface jamais, ou du moins très-peu ; au lieu que les autres , après un certain tems, vues d’un peu loin , ne paraiifent pas même ce qu’elles font. En fixant les ardoifes de plomb qui couvrent le dôme du Val-de-Grace, on les prendrait plutôt pour des ardoifes de terre que pour du plomb. D’ailleurs les couvertures qui font étamées s’ap-perçoivent de fort loin ; il eft aifé de les diftinguer parmi la confufion des objets que le lointain préfente à notre vue , parce qu’elles jettent une clarté 11 perqante , fur-tout quand le foleil y réfléchit fes rayons, qu’elles ne fauraienfc nous échapper: ainfi il eft facile de fentir l’avantage qu’a une couverture etamée fur une qui ne Teft pas. Je ne vois donc pas ce qui a pu être caufe qu’elles font devenues aujourd’hui fi peu en ulàge parmi nous. Il faut né-ceflàirement conclure, par tout ce que nous venons de dire, que Ton a tort d’avoir rejeté cet ornement des couvertures , ou fi on ne Ta pas entièrement rejeté , de ne pas s’en fervir plus fouvent. Quant à moi, je penfe qu’onrn’ac-euferait d’avoir omis quelque choie d’effentiel à l’art que je traite , fi je n’en faifais pas mention. Je parlerai donc ici de la maniéré de blanchir les tables & les ardoifes fervant aux couvertures , ainfi que les amortiffemens, après que j’aurai donné la maniéré de les faire. Ainfi je diviferai ce chapitre en quatre articles : dans le premier , je traiterai de la préparation de l’étain j dans le fécond, de la maniéré de l’appliquer fur les tables & ardoifes fervant aux couvertures; dans le troifieme, delà façon de faire les différens amortiffemens dont les plombiers couronnent leurs ouvrages; dans le quatrième enfin, de la maniéré de les blanchir.
- Article premier.
- De la préparation de l'étain.
- 207. Avant de fonger à blanchir , foit les tables, foit les ardoifes & amortiffemens qu’on emploie dans les couvertures, il faut préparer l’étain dont on fe fert pour ces fortes d’ouvrages. Cette préparation eft toute fimple; car il n’entre aucun alliage dans l’étain que Ton emploie au blanchiment ou à l’étamage des tables & ardoifes de plomb deftinées à la couverture des églifes, dômes, clochers, pavillons, &c. Tout ce qu’on y fait 3 c’eft de le mettre en fufion , & de le divifer par petites lames ou éclats, afin de n’avoir plus qu’à le jeter fur le plomb qu’on veut étamer. Voilà la façon dont eela fe fait.
- 208- §. I. De la maniéré de faire fondre l'étain ,6* de le jeter en lames. On in remplit d’abord u ne marmite qu’011 met fur le feu j 011 a en outre une table
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- propre, fur laquelle on laiffe tomber quelques gouttes d’étain par éclats, d’une petite cuiller, avec laquelle on le prend dans la marmite où on i’a mis en fufion. Ces petites gouttes d’étain fe caillent & fe figent fur cette table ; pendant les premiers inftans qu’on les y laide , elles reifemblent à de petites écailles. On les enleve auffi-tôt pour les amonceler dans un coin , afin de faire place aux autres. On continue ainfi auffi long-tems qu’on prévoit qu’il en faut pour le plomb qu’on a à blanchir. On a foin, pendant cette première préparation , de garnir la marmite de nouvel étain à mefure que l’on en tire , afin de ne pas le laitier manquer , & de pouvoir continuer fon opération.
- 209. §. II. De la raifort qui empêche quon ne jette P étain jur le plomb qu'on veut blanchir auffi - tôt qu'on le fort de la marmite. La' raifon pour laquelle on ne jette pas î’étain bouillant tel qu’011 le tire de la marmite où on l’a mis en fufion , c’efi: parce que premièrement ce degré de chaleur ferait fondre les tables de plomb à l’endroit où on le jeterait, il les perfiilerait ; au heu de s’y étendre & de les orner, il les défigurerait s on perdrait, en s’y prenant de cette forte, & la table de plomb fur laquelle on le verferait, & l’étain même , qui fuirait à travers les différens trous qu’il s’ouvrirait fur la table où on le verferait. En fécond lieu , c’elt qu’une fi grande chaleur n’eft pas néceffaire pour cette opération ; il fuffit que l’étain ne foit pas en gros volume, & puifle devenir allez liquide pour s’étendre fans endommager le plomb que l’on étame. Or, comme l’étain eft très - dudile par lui-même, cela fe fait très-aifément, comme on va s’en convaincre par la chaleur que l’on communique au plomb fur lequel on le met.
- Article II.
- De la maniéré de blanchir les tables & les ardoifes qui font employées aux
- couvertures.
- 210. Cette opération confifte, j°. à difpofer fes tables à ètreétamées; 2°. à y jeter les lames d’étain dont nous venons de parler, pour les y étendre & en faire une efpece de croûte qui couvre tout le plomb.
- 211. §. I. De la maniéré de difpofer les tables quon veut étamer. Pour difpofer la table à être blanchie, on commence par la dérouler & l’étendre fur deux tréteaux ; enfuite il faut avoir un petit réchaud que l’on remplit de charbons ardens ; on le place fous la table qu’011 veut blanchir, & qui efi: déroulée & foutenue fur les deux tréteaux ; le charbon l’échauffe , mais fans la faire fondre : cependant 011 y jette ces petites lames d’étain que nous avons dit de préparer. Comme l’étain fond beaucoup plus vite que le plomb, on voit bientôt ces lames en fufion fur la fuperficie de la table qu’on blanchit5 mais elles ne s’incorporent pas avec le plomb: elles
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- font feulement changées en globules liquides qui rouleraient d’un bout de la table à l’autre , fans néanmoins s’y attacher, parce qu’il faudrait, pour cet effet, que le plomb fût lui-même en fufion. Il efl: donc eifentiei d’indiquer le moyen dont il faut s’y prendre pour les écrafer, les étendre & les attacher à là table qu’on étame , en telle façon qu’elles faflent une couche qui cache totalement la couleur du plomb.
- 212. §. II. De la maniéré d'étendre l'étain fur le plomb. L’oTJVRIER doit prendre dans fes mains une poignée d’étoupe, qu’il faut tremper dans de la poix-réfine, afin de la grailfer un peu, & avec laquelle il écrafera les petites lames d’étain dont il efl: queftion , & les étendra enfuite fort aifément fur toute la fuperficie de la table qui efl: immédiatement fur le réchaud, & par con-féquent brûlante : l’étain s’y attachera en telle quantité qu’il voudra. On continue de même depuis un bout de la table jufqu’à l’autre, en promenant fur fa fuperficie fon étain & fon étoupe, comme on le ferait d’un torchon fi l’on voulait elfuyer une table mouillée. Il n’eft pas befoin de dire qu’il faut avoir le foin de tranfporter le réchaud & le feu qui efl: dedans , aux endroits où cela efl nécelfaire; cela fe fent de foi-même. On prendra en-fuite chaque table qu’on aura étamée, & on la roulera fur elle-même, le côté étamé étant en-dedans pour qu’il ne fe falilfe pas, afin qu’elle foit toute prête à être tranfportée & employée où il fera nécelfaire. Voyons la façon d’étamer les ardoifes.
- 2 i j. §. III. Du blanchiflage des ardoifes. Par la même raifon qu’on blanchit les tables qui couvrent les églifes , on blanchit auffi les ardoifes qu’on emploie au même ulàge; mais comme elles font d’un trop petit volume pour pouvoir les tenir fur le feu , il faut commencer par blanchir la table d’où on veut les tirer ; enfuite on les découpe de la façon que nous l’avons dit en fon lieu : elles fe trouvent par ce moyen étamées de cette forte, 8c l’on diminue par-là une partie du travail 8c de la peine qu’il faudrait néceifaire-ment apporter fi l’on était obligé de les étamer féparément. Paifons aux amortiflemens.
- Article III.
- De la maniéré de faire les différens amortifjemens dont les plombiers décorent
- leurs ouvrages.
- 214. On entend par amortiffement, un couronnement d’ouvrage, quel qu’il foit. Cette dénomination convient ici proprement à quelques pièces d’ornement que le plombier met au plus haut des toits, pour fervir d’accompagnement à la verge de fer qui fupporte une girouette, une croix, un coq, ou un pigeon. On en faifait autrefois un bien plus grand ufage qu aujourd’hui 5 Tome XIII. X X X
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- car, pour ne point fatiguer la charpente par un poids inutile, ou on lésa entièrement fupprimés, ou on les a beaucoup diminués; de forte qu’on fe contente fou veut de; mettre fur les aiguilles , ou à la partie la plus élevée des lucarnes , des pavillons , &c. une., fleur de lys ou un petit globe ; on ne fe lert pas tant des girouettes qu’on le faifait anciennement. Mais fi l’on veut garnir de quelqu’ornement la tige d’une croix ou d’une girouette, il faut que les tiges , fig. î ,pi. X, qui les portent, foicnt refendues & ouvertes par en-bas en forme de lardoire A, qu’elles foient percées-de trous pour pouvoir les attacher à l’aiguille avec de forts clous ; & comme ces tiges fupportent les pièces qui forment l’amortiflfement, on les nomme des fers ou des ferrures damortiffemens. Ces amortilièmens , comme on le voit par celui que repréfente la figure 2 , qui eftpait de cinq pièces a, b, c , d , e , doivent être creux en-dedans , pour recevoir la tige de fer B, figure 1 , qui doit les foutenir. Ainfi, quand on a cloué fur l’aiguille le fer d’amortifle-ment A, fig. 1 , on pofe la partie d’amortiflement a, fig. 1, qui n’eft ordinairement qu’une lame de plomb roulée, que l’on attache par en - bas à la charpente avec des clous, & qui doit par en - haut embraifer allez exactement le fer d’amortiflement 9fig. 1. Les autres parties b , c9d,e t font ordinairement fondues, & doivent être percées dans le milieu pour recevoir le fer d’amortiflemein qui les enfile & les fondent toutes; il faut encore que le bas de la piece b recouvre un'peu le haut de la piece a, & de même de toutes les autres pièces c ,d,e, afin qué l’eau foit rejetée en-dehors, & ne puifle pas, en coulant le long de la ferrure d’amortiflement, pénétrer juf-qu’à l’aiguille de la charpente qu’elle pourrirait ; enfin on rapporte, fi l’on veut, quelques feuilles découpées qu’on attache avec des clous à celles qui font fondues, comme on le voit en b & en c. Ce ne font pas les feuls amor-tiflemens qu’on emploie; 011 en fait d’autres qui font en forme de globe, & de beaucoup d’autres façons. On peut diflinguer trois fortes d’amortiiîeniens ; les uns font fondus , les autres prennent leur forme fous la batte ; les autres enfin font appelles mixtes , c’ell-à-dire , découpés en partie, & en partie fondus. Comme le détail en ferait trop long , nous nous contenterons d’en décrire quelques-uns de chaque efpece.
- I. Des amortiffemens contournés fus la batte. Les amortiflemens qui font faits de cette maniéré , font principalement les globes que l’on met au-deflus des dômes. Nous commencerons par eux la defcription que nous nous fomipes propoféde faire. J’ai déjàidit qu’on les faifait fouvent en cuivre; niais quand on veut qu’ils foient en plomb, on prend ordinairement du plomb laminé par préférence au plomb fondu, parce qu’il faut qu’ils foient le plus légers qu’il eft poifible , & que par conféquent les feuilles de plomb qui y font employées aient peu d’épaifleur. Ils font faits de deux pièces que l’on coupe
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- de la maniéré que nous allons le dire. On a une table A A >fig. g, fur laquelle on tire une ligne K B ; on prend deux centres fur cette ligne, marqués par E, F, qui fervent à défigner avec le compas deux plateaux ronds C, D , fig. 8 & 9, plus ou moins grands, fuivant la grolfeur que l’on veut donner à la boule. On fait dans le milieu de chaque plateau avec une gouge ,fig. 10 , un trou dont on verra l’ufage dans la fuite. On aboutit ces deux plateaux l’un après l’autre , c’eft-à-dire , 011 les arrondit en les frappant à petits coups' dans le milieu & par les côtés , de la même maniéré qu’on le voit fi g. 11, pour en faire deux hémiipheres ou calottes : on les préfente l’un à l’autre , pour qu’ils s’ajuftentexa&ement, comme le fait l’ouvrier que repréfente la
- fig• 12- . ,
- 216. §. IL De la maniéré de les fonder. Pour les fouder , il faut placer fur la table fig. 13 , deux fupports ou chevalets H I, fur lefquels on aified fon globe , traverfé par une tringle de ferKK, que l’on fait palier dans ces deux trous que nous avons dit d’ouvrir à chaque plateau: c’eft à quoi ils fervent ; ils font aulîi faits pour que ces fortes d’amortilfemens puilfent être enfilés par le fer d’amortilfement qui doit les porter. On loude enfuite ces deux plateaux ou hémiipheres enlèmble 5 pour cet effet on les accotte contre 1, quelque gros poids qui les empêche de changer de place. On les foude ainlî en avivant le plomb où la foudure doit prendre, & falilfant les endroits où il ne faut pas qu’elle s’attache. Cet ouvrage demande de l’adrelfe 5 c’eft pourquoi l’on 11e peut pas fpécifier de réglés à ce fuje.t. Mais je dirai ce que les ouvriers les plus intelligens ont coutume de faire. Comme il ferait impolfible d’empêcher que les deux plateaux ne vacillent un peu iufqu’à ce qu’ils foient entièrement foudés enfemble, c’eft-à-dire ,dans toute leur circonférence, & que cela ne pourrait fe faire exa&ement , ou même ferait impolîible, on a imaginé de jeter quelques gouttes de foudure de diftance en diftance tout autour de l’endroit qui doit être foudé, avant même de l’avoir avivé ; cela forme de petites attaches qui? commencent par alfujettir les deux plateaux l’un contre l’autre d’une maniéré auffi folide que s’ils étaient réellement foudés. Avec un peu d’intelligence on fait toutes les autres opérations très-aifétnent: 011 donne à ce globe par ce moyen la forme qu’on voit repréfentée dans la fig. 14. On le met enfuite en place en failant palfer le fer d’amortilfement dans le dedans de ce globe, comme 011 le voit fig. ij". Nous dirons ailleurs de quelle,façon on les blanchit.
- 217. §. III. Des amordjfemens qui font fondus. Les amortilfemens qui font jetés au moule, font ordinaireme'ïit les coqs dont 011 furmonte les croix qu’on place fur les clochers. On fond encore les pigeons que l’on met fur les colombiers , en outre plulieurs feuillages que l’on cloue en divers endroits des couvertures. Nous dirons un mot fur chacun de ces amortilfemens en particulier.
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- 218. §. IV. Des amortifjemens fiaits en forme de coqs. ASSEZ fouvent cette figure de coq que l’on voit au haut des clochers, eft faite avec des lames de cuivre embouties & fondées; mais ceux qu’on fait en plomb font jetés en moule, comme je vais l’expliquer. Les plombiers ont une table de cuivre A, fig. 16, dans laquelle eft gravé en creux un coq B, coupé par la moitié de fon épailfeur : car on ne fond jamais un coq tout entier. Cet ouvrage fe fait en deux fois : on en fond d’abord une moitié , enfuite l’autre ; on les attache toutes deux enfemble par le moyen de la foudure. Pour jeter en moule un coq , on frotte de graille la partie B du moule quieftcreufe & qui repréfente une moitié de coq coupé par fon épailfeur ; puis ayant mis le moule bien de niveau , on verfe avec une cuiller du plomb fondu dans le creux ; enfuite avec un rabot on emporte tout le plomb qui eft de trop. Quand le plomb a pris corps, on fort la première moitié de coq du moule ; puis on en fond une autre moitié : on creufe dans le plomb de quoi loger la douille de fer C D , fig. 17, qui doit recevoir le fer d’amortilfement E. On foude cette douille à une des moitiés ; puis on réunit les deux moitiés , & on les foude pour former le coq entier , & pour lui donner la forme qu’ont ceux que nous voyons quelquefois au haut des croix qu’on place fur les clochers.
- 219. §> V. Des amordffemens faits en forme de pigeons. On fond aufti en moule des pigeons qu’on a coutume de mettre fur le haut des colombiers ; mais on les fond tout entiers d’un feul jet, parce que 11e devant pas tourner au vent, il n’eft pas-néceflaire d’y mettre une douille. C’eût pour les fondre d’un feul jet, que le moule A eft de deux pièces qui s’appliquent l’une fur l’autre , comme on le voitfig. 19 , & on les retient en cet état par le moyen de quatre fiches à broches B B, C C ,fig. 18. Ce moule , où la forme d’un pigéon eft gravée en creux , étant frotté de graiife, & les deux pièces étant réunies , comme on vient de le dire, on verfe du plomb fondu par l’ouverture E. Quand le plomb eft figé, on ôte les broches, on ouvre le moule , & on tire le pigeon F, fig. 20. Il ne s’agit plus que de l’attacher à l’extrémité du fer d’amor-tilfement; & comme il ne doit point tourner au vent, mais être fixe , il n’eft befoin qued.e percer avec une gouge & à coups de marteau un trou dans lequel entre l’extrémitc du fer d’amortilfemeiit, qu’on y ailujettit avec de la foudure.
- 220. §. VI, Des feuillages. Les plombiers font encore avec des moules difi férens morceaux d’ornement, comme des olives, desrofes, des morceaux de guirlandes, des feuilles d’eau , &c. qu’ils attachent avec des clous ; & comme ils fe font tous Je la même maniéré , je me bornerai,à expliquer comment on jette en moule une feuille d’ornement. Il faut avoir un moule de fonte ,’de fer ou de cuivre , dans lequel foit marquée en creux la feuille , comme on le voit fig 6 ; on graille le moule; on le place exactement de niveau; puis, fig. 7, on verfe deifus du plomb fondu, & avec un rable a oh emporte tout le plomb
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- qui eft de trop, pour qu’il ne refte que celui qui remplit le creux du moule 3 car les ornemens doivent être très - minces, pour qu’ils puiffent s’ajufter ai-fément aux différentes formes des parties où on les attache avec des clous. Il ell vrai qu’on en fait auffi de découpées ; pour cela on trace fur une table de plomb laminé la forme de la feuille, puis on la découpe avec une gouge & à coups de marteau. Qiioiqu’en les attachant on falfe prendre aux différentes parties de ces feuilles des contours qui les font paraître moins roides, elles ne font jamais aulli agréables que celles qui font fondues dans un moule, & elles ne fe font pas aulli promptement.
- 221. §. VII. Des mixtes. Les amortiffemens que j’appelle mixtes, font ceux qui font moitié fondus & moitié travaillés fous la batte , comme on le voit fig. 2, 3 & 22 ; ceux-ci fe découpent & fe font à l’endroit même, quant à ce qui regarde l’ouvrage qui fe fait fous la batte , parce qu’on doit prendre la forme de la charpente fur laquelle on les modèle. Quant aux feuillages dont on les décore enfuite, ils fe font dans l’attelier, parce que cela eft plus commode pour les ouvriers. On commence d’abord par revêtir le bas de la charpente des bandes B ,fig. 3 , que l’on fait tomber en recouvrement en A , & que l’on cloue l’une contre l’autre en les repliant dans leurs jointures, l’une en-deiîous, l’autre en-deffus, de telle forte que les clous mordent quatre fois l’épailfeur de chaque bande 3 & par conféquent on doit obferver ici ce qui a été dit par rapport aux tables de la couverture des terraffesen plomb. On coupe enfuite deux plaques de plomb EE, dans la forme qu’on le voit fig. 4, pour emboîter la charpente qui eff au - deffus 3 cela fe fait en tirant une ligne F G fur la table fur laquelle on veut les prendre , enfuite les lignes H H, 11, & puis les lignes collatérales K L : on les cloue l’une fur l’autre comme les bandes B. Ou prend de nouveau deux autres plaques de plomb M M^fig. 3 & f, pour couvrir l’extrémité de la charpente, & on les aboutit fur le lieu même, comme on le voit en O : on les y cloue également 5 on y applique & on y cloue enfuite des feuillages Q_, fig. 6 , comme on le voit en P, fig. 3 , qu’on fait fondre ainfî que nous l’avons dit plus haut. Pour rendre ces efpeees d’amorciffemens plus fo!i~ des, on cloue de petits collets € C de plomb entre les bandes B & les plaques EE : on en fait autant entre les feuillages, comme'on le voit en D D. Ordinairement on noie dans la maçonnerie les (olives S S , qui forment le pied de ces fortes d’amortiffemens. Mais fi on voulait les couvrir en plomb, il faudrait le faire en ardoifes, & s’y prendre comme nous l’avons dit par rapport aux clochers aux tourelles , &c. ou tout fimplement les revêtir.d’une table de plomb coulée, fi fa longueur fuffit, ou d’une table laminée, qui fupplée au défaut des premières par la longueur qu’on peut lui donner avec le fecours des cylindres. On eft dans l’ufage de placer au haut de ces amortiffemens une ferrure R , que l’on cloue en dehors 3 pour cet effet il faut qu’elle ait la forme qu’a celle qui
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- eft repréfentée fig. t : ou on la fait entrer dans la charpente, comme on le voit en O , & on la liinnonte enfuite d’une girouette T. Comme les deux autres , fig. 2 & 22, font à peu près les mêmes que celui - ci, nous nous contenterons de ce que nous avons dit au fujet du premier. Il fera facile de concevoir comment on les fait, par le détail dans lequel nous venons d’entrer. Ces fortes d’amortiiTemens font tout ce que les plombiers peuvent faire de mieux dans leur art. On peut compter une quatrième efpece d’amortiifement, qui 11e demande pas tant de peine que les premiers.
- 222. VHL De quelques autres amonffetnens. On fait des amortilfemens
- plus fimples de bien des façons différentes ; je me bornerai à en détailler un , fig. 21 , qui eft fans feuillages & fans découpures , qu’on ne laide pas d’employer allez fréquemment, parce qu’il exige peu de façon, & qu’il eft alfez folide. Il eft formé de trois pièces A , B , C. On coupe le morceau A , qui eft de la moitié d’une table de plomb qui porte fept pieds , & on le tient un peu moins large par le bout qui doit être en-haut que par l’autre , afin qu’il prenne une forme un peu conique. On coupe enfuite deux morceaux B C en rond , comme fi l’on voulait faire une fphere, excepté qu’on lailfe à chacun un rebord par le pied pour l’attacher au morceau A : on emboutit chacun de ces morceaux pour en former comme une calotte. On lailfe l’aiguille de la charpente.un peu longue , & on la taille comme il convient pour recevoir l’amor-tilfement; car le plomb doit être modelé fur la charpente même. On coupe le bas du morceau A en trois parties E , F , G, pour les clouer fur le faîte & les arêtiers ; & afin que ces bandes de plomb emboîtent bien les bois fur lef-qvelsonles pofe, on les cloue par les deux bords. Mais avant d’arrêter ces bandes de plomb , on enveloppe avec le morceau A l’aiguille , en le roulant & le frappant avec la batte fur l’aiguille , dont elle doit prendre la forme, & on l’y attache du haut en bas avec des clous , ayant attention que cette ceinture ne foitpas du côté de la face du bâtiment; enfuite on rabat les parties E , F, G, qu’on cloue fur le faîte & les arêtiers, comme nous l’avons dit. Les deux morceaux B C fe pofent fur le premier A ; on les attache d’abord en-femble par un rempli qu’on fait entre ces deux morceaux , Si qu’on cloue à la charpente : on rabat enfuite les rebords fur le morceau A , qui a d’abord été mis en place, & on les attache avec des clous. On peut dire en général, que tous les amortiffemens qu’on modèle fur une piece de charpente font très-aifés à faire. '' >
- ArtigleIV. :
- Du blanchiment des amortiffemens. :
- 223, Les amortilfemens & les plates - bandes qui portent des moulures, fe
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- mettent-ordinairement en couleur qu’on imprime à l’huile: quelquefois on les dore ; mais comme l’un coûte fort cher , & que l’autre eh de peu de durée , il arrive fouverit que les plombiers leur donnent une croûte d’étain pour les blanchir , ainfi que nous l’avons dit par rapport aux tables & ardoifes des couvertures. Nous nous difpenferions de répéter ici ce que nous avons dit par rapport à cet objet ; mais comme ce travail eft différent de l’autre en quelque chofe, quoique la matière qu’on emploie foit la même , nous 11e pouvons éviter d’entrer dans quelques petits détails à ce fujet. Nous parlerons d’abord des globes.
- 224. §. I. Du blanchiment.des globes. On commence par étamer la table de plomb d’où on doit les tirer, comme on fait les tables qu’on étame en entier ; mais on a foin de la couvrir d’une épailfe couche d’étain. On en coupe deux moitiés de globe ; enfui te on les bat au marteau, pour les emboutir, & on ibude l’une à l’autre. Comme les coups de marteau qu’on donne pour les emboutir , & la terre graille dont on les frotte pour les fouder , terniilent & endommagent l’étamage , pour le réparer , après avoir foudé le globe , on le met fur du charbon allumé >& quand on voit que l’étain eft prêt à fondre , on frotte la fuperficie de la boule avec de l’étoupe chargée de poix-réflne. Comme la couche d’étain eft épailfe , on parvient à l’étendre : de lôrte qu’en continuant cette opération fur toute la fuperfide de la boule, on la rend claire comme de l’argent. Si l’on appercevait le plomb en quelques endroits , on pourrait y verfer quelques gouttes d’étain.
- 22^. §. II. Du blanchiment des amortijfemens fondus. Pour faire comprendre comment 011 doit blanchir les pièces d’ornemens fondues & qui font nralfives . je me bornerai à donner pour exemple les coqs qu’on met fur les cloches, & les pigeons qu’on place au haut des colombiers. Il eft fenfible que toutes ces pièces qu’on fond maftives, font trop épailfes pour être blanchies de la même maniéré que les tables : c’eft pourquoi l’on s’y prend différemment i on le.s blanchit aulft-tôt qu’on les a tirées du mouie, en leur jetant de petites écailles d’étain, La chaleur du plomb, qui Tort du moule, & qui eft brûlant , jointe avec la poix-réfine qu’on y mêle , le rend aifez coulant pour qu’il puiife s’étendre fur les parties en relief, comme dans les creux. On frotte le coq dans toutes fes parties avec l’étoupe enduite de poix-réline , pour faire attacher l’étain par-tout également. On en fait autant aux pigeons, ainfi qu’aux feuillages ; mais cette première opération leur fuffit , au lieu qu’il faut y revenir deux fois par rapport aux coqs ; parce que, comme iis font fondus en deux fois & foudés après être blanchis, ainfi que les globes, il faut en retirer la terre gralfe qu’011 emploie toujours dans la foudure, en outre la foudure inutile ; enfuite recouvrir l’endroit de la foudure même d’une nouvelle croûte d’étain que l’on y jette en gouttes j & étant en fufiun,
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- ce nouvel étain fe prend avec l’autre : par ce moyen le coq femble n’avoir jamais été foudé. Il eft utile1, pour les étamages, d’avoir des réchauds en réverbère, où le feu eft contenu dans une grille qui eft au centre d’une plaque. Comme ces fortes de réchauds , quand on les préfente à une furface verticale,' y portent une grande chaleur, cela peut être très-avantageux pour réparer certaines parties qui auraient manqué aux opérations que nous venons de rapporter. C’eft là le plus grand éclat que les plombiers puilfent donner aux amor-tilfemens dont ils couronnent leurs ouvrages, & qu’on voit dans les couvertures , principalement au haut des pavillons. Quand on en veut de plus ma-jeftueux , on a recours aux fculpteurs , comme on le voit dans les dix pavillons que l’on compte dans le château de Verfailles. Les deux premiers qui forment la grande écurie, font couronnés par deux frontons , dans lefquels on voit deux enfans alfis fur des trophées. Les deux autres pavillons qui forment la petite écurie , font dans le même genre , c’eft-à-dire , couronnés par des enfans égalementaffis fur des trophées. Mais ceux, parmi tous les autres, qui font le mieux décorés , font ceux qui flanquent les deux ailes du château : ils offrent deux balcons , dont celui qui eft à main droite préfente fix ftatues ; favoir, Iris avec fon voile, Junon avec fon paon, Zéphire avec de petites ailes, qui figurent l’air ; & trois autres , Vulcain au milieu de deux Cyclopes, qui repréfentent le feu. Le balcon qui eft à gauche offre, de même que celui qui eft à droite, fix ftatues ; favoir , Céres, Pomone & Flore, qui repréfentent la terre ; & trois autres , Neptune , Thétis & Galathée , qui repréfentent l’eau. Ce font des chefs-d’œuvres où le cil eau desArcis, desDrouilly, &c. a épuifé toute la délicateffe de l’art. A proprement parler , ce font ces fortes d’ouvrages qu’on peut appeller de. vrais amortilfemens : ceux que nous venons de décrire à peine en méritent-ils le nom 3 mais j’en ai parlé parce qu’ils entraient dans le plan que je me fuis propofé. Voyons la maniéré- d’enlever la croûte d’étain qu’on peut donner au plomb qui entre dans les couvertures, quand cela eft néceflaire : ce fera la matière du’chapitre fuivant.
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- CHAPITRE IX.
- De la maniéré de déblanchir le plomb étamê, & d'en tirer parti.
- 226. On entend par diblanchirleplomb, comme nous venons de le dire, la maniéré d’en tirer la croûte d’étain qu’il a reque dans le blanchiment. Les plombiers font non feulement différens ouvrages qu’ils mettent en place , ainfi que je viens de l’expliquer, mais encore ils achètent les vieux plombs dè démolition ,
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- Jtioîition, ou bien ils les prennent en diminution de celui qu’ils fouriliflTent. Beaucoup de ces ouvrages ne font bons qu’à mettre en pièces , pour être en-fuite fondus. Parmi ces fortes de plombs , il s’en trouve qui ont été ou éta-més ou foudés , dont il faut retirer i’étain par plufieurs motifs. i9. Parce que Pétain eft plus cher que le plomb. Cette raifon doit engager les plombiers à enlever le plus qu’ils peuvent, celui qui fe trouve dans les vieux plombs avant de les tondre. 2V. Ils doivent faire enforte que les vieux plombs qu’ils mettent en fufion , & qu’ils emploient enfuite -, nefoient pas plus aigres que les plombs neufs; il eft confiant que Pétain, quoique fort du&ile, aigrie le plomb dans lequel il fe trouve : cela eft prouvé par l’expérience ; car la fou-dure, qui eft un alliage de plomb & d’étain , eft plus aigre & plus callante que le plomb ou l’étain pur. Un plomb où il y aurait de l’étain , ferait fujet à rompre fous la batte. La foude dont on fe fert pour dégorger les tuyaux: des fontaines , ou les eaux forcées , ferait aifément crever ceux où il en ferait entré. Tout concourt donc à engager les plombiers à retirer celui qui peut être dans leurs vieux plombs avant de les mettre en fonte, en ufant de la maniéré dont il faut s’y prendre pourréuflir : e’eft ce qui a donné lieu à ce chapitre purement économique. Nous le diviferons en quatre articles ; dans le premier, on verra la maniéré de détamer les tables ; dans le fécond, celle d’enlever la foudure des tuyaux & des cuvettes ; dans le troifieme, celle de retirer l’étain des amortiflemens ;dans le quatrième, celle de tirer parti des vieux: plombs après cette opération faite.
- Article premier.
- De la maniéré de détamer les tables étamées,
- 2,27. Il faut d*abord remarquer que les plombiers ont très-rarement de ées fortes de tables , par la raifon que nous avons rapportée plus haut, qu’011 n’était prefque plus en ufage d’en faire; mais ce n’eft point une raifon pour palfer fous filence ce que j’ai à en dire. Quoiqu’il convienne d’employer diiférens moyens pour féparer l’étain d’avec le plomb , tous font fondés fur ce principe , que, l’étain eft bien plus aifé à fondre que le plomb; de forte qu’un'degré de chaleur qui fait fondre l’étain, n’eft pas fuffifant pour la fufion du plomb : de là vient que la foudure fond plus aifément que le plomb pur ; & quoique ces différens degrés de chaleur ne foient pas confidérablesv, les plombiers favent profiter de cette propriété de l’étain pour le retirer du plomb, en le faifant, comme ils difent, rejfuer. Ces généralités ne fuftifent pas ; entrons dans des-détails. Pour retirer l’étain des tables de plomb qui ont été blanchies avec ce métal , il faut commencer par dérouler une partis Tome XIIL Y y y
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- de ces tables ; on fupporte une portion de la table fur des tréteaux ; on* met fous cette table un fourneau avec de la braife allumée, en ménageant bien la chaleur , pour ne point fondre le plomb : il devient cependant allez chaud pour fondre l’étain dont il eft couvert, au point qu’en fai font à la partie la plus baffe une petite gouttière, l’étain s’y rend, & on le reçoit dans une cuiller. On peut le conduire encore en cet endroit avec un tampon de filafle frotté d’un peu de poix - réfine en poudre. Il faut avoir le foin de changer de place le réchaud où eft la braife, pour que l’étain fonde dans toute l’étendue de la table qui eft foutenue fur les tréteaux. Quand on a retiré tout l’étain d’une partie, on doit rouler cette partie détamée & dérouler la partie qui n’eft point encore détamée , pour la faire refluer comme nous venons de l’expliquer. Il faut également avoir le foin de faire un nouveau bec ou gouttière à chaque partie de table dont on aura fondu l’étain , afin de le faire tomber dans la cuiller. A l’égard de cet étain, on le ramafle & on le conferve pour l’employer à l’ufage que nous dirons dans le quatrième [article de ce chapitre. Il arrive quelquefois que la table fe perce, & que l’étain dégoutte dans la braife qui eft deflous : il faut l’en retirer, s’il y elt en allez grande quantité pour que cela puifle fe faire , ou on le ramafle avec les charbons pour le joindre aux cendrées.
- Article IL
- jVe la façon de mirer la foudure des tuyaux roulés & des cuvettes.
- 228. Comme les cuvettes fuiventles tuyaux, nous parlerons dans cet article des uns & des autres, pour faire voir comment on s’y prend pour en tirer la foudure.
- 229. §. I. De la façon de le faire aux tuyaux. O N peut d’abord emporter avec un couteau & à coups de marteau l’endroit du tuyau où eft la foudure \ par ce moyen l’on aura une bande qui renfermera la foudure & une partie du tuyau de plomb où elle était attachées on mettra cet alliage de plomb & de foudure dans la chaudière, les jours que l’on fait de la foudure, en y ajoutant de l’étain dans la quantité fuffîfaute, afin de faire un alliage convenable pour former un bon corps de foudure. Pour arriver à peu pfès à ce point, on pefe les rognures dont* nous venons de parler ; & fuppofant qu’elles contiennent un fixieme d’étain , on y ajoute un fixieme d’étain neuf, afin que l’alliage foit d’un tiers d’étain fur deux tiers de plomb. Lorfqu’011 a befoiu de faire beaucoup de foudure, on met dans la chaudière, au lieu de plomb neuf, des bouts de tuyaux foudés, ce qui difpenfe d’y ajouter utie auifi grande quantité d’étain.
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- 2 J O. §. II. D'une autre maniéré d'enlever la foudure des tuyaux. Les plombiers s’y prennent encore d’une autre façon pour retirer la foudure de leurs tuyaux j c’eft en les faifant refluer : ils les pofent pour cet effet fur de la cendre chaude, comme nous le dirons des petites pièces d’amortiflement qu’on veut détatner ; ou bien on pofe le tuyau fur des tréteaux, & on préfente def-fous des réchauds remplis de charbons allumés. Dans l’un & l’autre cas la foudure dégofutte dans la cendre ou dans la brail'e, d’où on la retire ; mais il faut tâcher de ne faire fondre que la foudure.
- 251. §. III. De la maniéré de tirer la foudure des cuvettes. A l’égard des cuvettes, il eft plus difficile de les faire reffuer, d’autant qu’il n’eft pas aifé de les foutenir fur le réchaud 5 & fouvent le plus court moyen eft de couper la foudure, comme nous avons dit qu’on le faifait pour les tuyaux. Il eft bon d’avertir que, lorfqu’on fait reffuer * foit des cuvettes , foit des tuyaux , pour que la foudure ne s’attache pas de nouveau au plomb qui devient brûlant par cette opération à mefure qu’011 la fait fondre, il faut les falir de la même maniéré que fi on voulait les fouder -, par ce moyen la foudure 9 qui en fondant coule toujours de côté & d’autre, n’y relie pas attachée.
- Article III.
- De la maniéré d'enlever l'étain & la foudure des amortiffemens.
- 232. Nous avons dit qu’on pouvait en compter de trois efpeces , favoir, ceux qui font travaillés fous la batte, ceux qui font fondus , & ceux qui font compofés des deux premiers. Il faut s’y prendre différemment.
- 25 3. §. I. De la façon de le faire aux globes.Les amortiffemens qui font en forme de globes , comme ils font creux, doivent être coupés tout autour de l’endroit où ils ont été foudés : 011 y enfonce d’abord la pointe de lafer-pette qui perce le plomb ; quand cette première entaille eft faite , on continue tout autour du globe, en le faifant rouler à mefure qu’on le coupe, jufqu’à ce que les deux hémifpheres foient féparés; enfuite il faudra retirer la bande de foudure, avec le plomb fur lequel elle a été mife, de Phémifphere où elle eft encore attachée. Il refte à ôter la croûte d’étain qui eft fur la furface de chaque hémifphere. Pour cet effet 011 prend un réchaud de braife qu’on couvre avec une de ces moitiés de globe, qui étant concave, l’emb rafle ; il faut qu’elle foit fupportée fur quelque"chofe, afin de donner de l’air au feu pour qu’il 11e s’éteigne pas. On en fait autant de la fécondé. L’étain réchauffé par le plomb, s’en fépare & tombe à terre tout autour de chaque hémifphere , d’où enfuite on le ramaffe.
- 234. §. II. De la façon de tirer Vétain des amortiffemens fondus, & de ceux
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- qui font moitié découpés & moitié fondus. Pour les amortiffemeils qui fout coulés dans des moules , comme les moulures qu’ils y prennent font fortépaif. lés en de certains endroits , & très - minces en d’autres ^on ne peut fe fervir du réchaud pour échauffer le plomb ; il faut les mettre fur de la cendre chaude, comme nous l’avons dit par rapport aux tuyaux, & qu’elle le foit atfez pour faire fondre l’étain, fans faire fondre le plomb qui eneft revêtu» l’étain- coulera dans la braife , où on le ramaifera du mieux qu’il fera pot fibie: on portera le refte aux cendrées. Quant aux amortiffemens mixtes il faut en détacher les feuillages & en tirer l’étain , comme nous venons de le dire. Si ce qui e(f découpé forme des tables aifez larges pour être miles commodément fur le réchaud, il faudra s’en fervir;. linon on doit les mettre: fur la braife, ainfl que les feuillages. Ce que nous avons dit au fujet de ces. amortiffemens, doit s’entendre de tous les autres.; l’intelligence de l’ouvrier far-to,ut doit fuppléer à tout ce que nous n’avons pas dit..
- A R T I C L E I V.
- Du parti que ton peut tirer des vieux- plombs apres que lal foudure: ou f étain
- en ont été enlevés..
- 23 f. Il faut obferver qu’après cette opération le plombier fè trouve avoir-deux chofes dont il doit faire ditférens ufages. ; favoir l etain & le plomb? dont il a été tiré. En outre, parmi ces vieux plombs, il fe trouve des tables * des tuyaux, des cuvettes, &udont 011 peut tirer parti de la façon que nous; allons le dire.
- ifo. §. I. De Cufagequon doit faire de fetaïn & des foudures. Les plombiers n’emploient leur étain qu’à un feul ufage : c’elt à faire de la foudure.. Celui qu’ils font venir des minés, ainfî que celui qu’ils tirent des vieux plombs, leur fert à cet ulage ils le mettent indifféremment fondre ; mais; ce dernier eh plus ou moins pur, félon qu’il y e fl; entré plus ou moins de; plomb. Il faut y avoir égard quand on le met dans la chaudière , mais encore davantage par rapport aux foudures qu’on fait reffuer ; car, outre qu’elles; entraînent toujours un peu de plomb , c’efl; qu’elles-mêmes ne font qu’un alliage , enforte qu’elles, ne contiennent qu’une très-petite quantité d étain. Le plomb y dominerait trop., G on n’y ajoutait de l’étain neuf: cela arriva toutes les fois qu’on le met en fufion. II y a encore plus de plomb dans les: foudures que l’on coupe , puifq.u’on enleve celui auquel elle s’était attachée * elles, exigent par conféquent plus d’étain.
- 23 7. §. II. De Vufage des tables qui ont fervi aux couvertures. QU ANT à ca qui regarde les tables,, lorfqu’une fois toutes celles, qu’on peut, avoir font
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- détamées,il faut en retrancher, ainfi que des tables ordinaires , ce qui eft défe&ueux; le relie peut fervir à faire <des dofiiers de cuvettes, des bouts de tuyaux, des ardoifes, &c. On fuppoïe- ici qu’elles ne font pas entièrement mauvaifes : car fi au contraire parmi toutes ces tables il n’y avait rien, qui pût fervir, il faudrait Amplement ics-brifer & les; faire fondre pour en tirer de nouvelles. ' j
- 2,8. §. III. Du parti quon peut tirer des tuyaux. Ou lafoudure en a été enlevée , ou elle y eft encore. Dans le premier cas on peut en faire des fonds de noues, de petits chaineaux, en fuppofant qu’ils foient encore bons dans la plus grande partie de leur longueur ; finon il faudrait les brifer & les faire fondre comme les mauvaifes tables. S’ils ne font pas encore défoudés, on pourra en prendre les meilleurs bouts en les coupant tout autour: il eft quantité d endroits où ils peuvent être employés. Us feront très - bons, par exemple , pour mettre au bas des cuvettes, à l’extrémité des chaineaux, c’eft-à-dire, à l’endroit où ils tranfmettent l’eau aux tuyaux de delèente. On pourra en faire-ufage à quantité d’autres endroits.
- 239. IV. Du, parti que Ven peut tirer des cuvettes & des cimonijfetnens» Comme parmi toutes les cuvettes , ainfi que parmi les amortilfemens que l’on enleve des bâtimens dans ies démolitions, il le trouve quelques pièces qui peuvent encore fervir en entier, il faudra les conferver. Un plombier qui efl un peu occupé, à chaque inftant trouve occafion de s’en défaire, fur-tout des cuvettes ; car elles font fi utiles & fi commodes, qu’on ne peut s’en palfer. Ce que le tems n’aura pas épargné, & qui ne fera plus d'ufage , doit être fondu. On en dit autant par rapport à tous les autres plombs. On a expliqué dans les chapitres précédens, comment il fallait s’y prendre pour mettre les bâtimens à l’abri des eaux du ciel. Voyons dans les chapitres fuivans, ce que l’on doit faire pour y introduire & y conferver celles qui font à notre ufage, & que l’on appelle proprement domefliques. Patlons pout* cet effet aux réfervoirs..
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- C H A PI I T R E X.
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- 2,40.. O N?entend" par rèfervoïrun dépôt d’eaffplus ou moins confid’érabîff.. On en diilingue de plufieurs fortes :i les üiist font fur charpente *, la caiife qui forme aiors.le réfervoireft toujours garnie en; plomb \ ! es au t Des font en pierres,, qui font égalementi* garnies^ eff plomb, 1011: dont des joints Mont Amplement cimentésfoie enplomh 0 u en-ciment ordinaire! Parmi ces réfer voit s il y en. a;
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- qu’on appelle domefiques, parce qu’ils font dans les maifons. Les autres qu’on voit dans les enclos , & qui fervent à garder du poiffon, quelquefois à porter dp petits bateaux pour s’y promener, font connus fous le nom de puces d'eau, ou de poiffonnieres. Nous les nommerons ainfi pour les diftinguer des premiers. Les réfervoirs fur charpente, au contraire, font toujours domeftiques, parce qu’ils lie font placés que dans les maifons. Mais parmi ces réfervoirs on en dif-tihgue également de plufieurs fortes: les uns fe nomment réfervoirs de concef. fion , les autres Jimples réfervoirs. Parmi les réfervoirs de conceffion même, il y en a de plusieurs efpeces ; mais tous fervent à la même fin, c’eft-à-dire, qu’ils font faits pour donner aux propriétaires la facilité de vendre & commercer la quantité d’eau qu’ils ont de trop ; il n’y a que leur forme qui différé l’une de l’autre. Pour avoir occafion de parler des uns & des autres, nous diviferons ce chapitre en quatre articles ; dans le premier, nous parlerons des réfervoirs de conceffion ; dans le fécond , des fimples réfervoirs fur charpente; dans le troifieme, des réfervoirs fur pierre ; dans le quatrième , des pièces d’eau ou poiffonnieres.
- Article premier.
- Des réfervoirs de conceffion.
- 241. Nous commençons par les réfervoirs de concefîion, parce que les autres font ordinairement une fuite de ceux-ci. Les particuliers qui ont de l’eau chez eux, la tirent prefque toujours de là : il eft très - rare même que les plus grands feigneurs, fur - tout dans cette ville, n’en aient une fource propre. On entend par réfervoir de conceffion, ainfi que le terme l’indique affez, des réfervoirs qui paffent la quantité d’eau dont on a befoin ; de maniéré qu’on peut en vendre & aliéner une partie aux différens particuliers qui fe préfentent, jufques & à concurrence de ce volume excédant d’eau. Nous donnerons d’abord une idée de celui de la pompe du pont Notre-Dame , comme étant un des plus grands & des plus curieux qu’il foit poffible de voir.
- 242. §. I. Du réfervoir de conceffion du pont Notre-Dame.^ OICI de quelle maniéré il eft conftruit : il eft d’abord à l’étage le plus élevé, qui eft de niveau aux quartiers les plus hauts de Paris ; il forme une caiffe qui eft adoffée à hauteur d’appui contre trois murs voifins l’un de l’autre. Cette caiffe, qui régné tout autour de ces trois murs , a toute leur longueur , qui peut aller à trente - fix pieds , un pied & demi de profondeur , & environ quarante à quarante-huit pouces de large; enfortc qu’elle s’avance en-deçà de chaque mur de quatre pieds à peu près : de tous les côtés , en'étendant, le bras , on peut toucher le mur; par conféquent le milieu de l’endroit où elle eft , eft vuide. Cela a été fait exprès, afin qu’on pût plus;aifëment;,y faire les réparations qu’un ouvrage fi confidérable doit néceffairement (demander de tems à
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- autre. Cette caifle eft faite de trois bandes foudées l’une à l’autre dans leur jointure , & faites d’un plomb extrêmement épais & le plus fort qu’il foit poffible de couler ; favoir, i°. d’une première bande qui eft adoifée au dos. des trois murs, & qui étant foudée aux deux angles qui font dans les trois murs , en fait elle-même trois; 2**. d’une feeonde plaque de plomb qui forme le fond de la cailfe, & qui étant aufli foudée en deux endroits, en forme par conféquent trois autres i 3 s. d’une troifieme bande qui eft faite, ainfi que les premières, de trois autres plaques de-plomb foudées enfemble , & qui forme le devant de la cailfe. Le tout eft porté fur une forte grille de fer qui prend dans le mur & emboîte toute la cailfe i le haut de la bande du devant de la cailfe eft rabattu fur une barre de fer qui régné tout autour du réfervoir , & qui eft foutenue par des montans qui prennent dans la charpente du plancher. Le delfous de la cailfe eft tout à jour, pour donner paifage aux tuyaux. Dans le dedans de cette cailfe il y a une fécondé bande de plomb qui eft rebroulfée, & qui va d’un bout du réfervoir à l’autre : elle a un pied & demi de haut; elle eft à un pied environ du dos du réfervoir, qui eft appuyé contre chaque mur. Elle eft foudée , ainfi que les premières , en deux endroits dans fa longueur , en outre en - bas & par les deux bouts : c’eft elle qui reçoit la première l’eau que rendent les tuyaux de la pompe. Il y a en outre, dans le dedans de la cailfe du réfervoir, deux autres bandes aulfi longues que celle - ci , mais qui font de cuivre : elles font foudées dans les mêmes endroits que la première i mais il y a moins de diftance entr'elles qu’il n’y en a de la première de plomb au dos du réfervoir. Elles font plus preifées les unes contre les autres : il n’y a qu’un pied de la derniere bande de cuivre à la plaque de plomb, par conféquent il n’y a à peu près que fix pouces entr’elles : elles font également moins hautes à proportion. Les deux bandes qui font en cuivre, font foutenues entr’elles par des clous de fer qui les traversent & qui font rivés aux deux bouts. La plus élevée , qui eft en plomb, eft foutenue par de femblables clous , & par une barre de fer qui fait tout le tour du réfervoir , & qu’elle enveloppe fous un large bourrelet qu’on lui a fait eu la retrouvant. Cette barre de fer, & ces attaches qui foq£, entre les bandes de plomb & ,de cuivre, dont d’intérieur du réfervoir eftj garni ffônt employées pour empêcher que l’eau qui eft introduite entre ces différentes réparations avec force ne les_ abatte..,L’elpace)qu’ijiy a entre les, deux bandes.de cuivre ’& le devant de la cailfe , forme une quatrième café qui eft aufli longue & prefqu’aufiî large que toutes.fes autres enfemble ; c?eft dans cet endroit que font placés de diftance en diftance quatre c.uvettes de conceflion & les tuyaux du trop plein. : tL2 '» . ;r,
- 243. §. II. Dela manière dont monte l’eauAh y a fix tuyaux montans. pour cet effet , qui font établis de diftance en diftance dans, l’épaiiffur .des trois
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- murs auxquels tout le réfervoir eft adofle. De ces fix tuyaux, il y eu a quatre qui vont fans cédé ; les autres ne font faits que pour fuppléer à ceux-ci , quand quelqu’un d’eux a befoin de quelque réparation. Iis ont au moins huit: pouces de diamètre chacun, le bas efr en plomb5 le haut, au contraire, eft en potin fondu dans les forges. Ces tuyaux de potin font courts & ajointés les uns avec les autres par le moyen de quatre vis & d’autant d’écrous l'orifice de ces tuyauxi qui jette l’eau , cil plus large que les tuyaux, & forme une ouverture d’environ treize à quatorze pouces de large , fur dix - huit de haut. Au bas de chaque orifice qui eft en plomb* il y a une bavette également en plomb , & fur laquelle l’eau qui monte de la riviere , coule & fe répand dans le réfervoir. (Ces tuyaux jouent par le moyen de plufieurs corps de-pompes, tant foulantes qu’afpirantes, que le courant de la riviere met en mouvement, & qui élèvent l’eau jufqu’à cent cinq pieds dans le tems des balles eaux. L’équipage de ces pompes , qui occalîonne un grand bruit, comme 011 peut le préfumer, eft fi bien imaginé qu’il ne nique rien dans les eaux les plus fortes. On l’a fait de telle forte qu’on peut l’enlever tout entier ail premier étage , & le mettre à couvert des inondations , en laiilant libre paifage aux eaux. Cette belle machine eft trop connue pour que j’entreprenne de la décrire plus au long. Je mécontenterai de dire qu’en général c’eft une choie’ fortburieufe , & qui mérite bien cui’on faife quelques pas pour l’aller voir.
- 244. §. III. D e la maniéré dont l'eau fe communique d'une café dans Vautre. Nous avons dit que les bandes qui formaient ces cafés , étaient foudées dans le bas, ainfi que par les côtés ; l’eau doit par conféquent s’y trouver enfermée. En effet, elle y eft retenue jufqu’à une certaine hauteur, au - deifus1 de laquelle il y a, favbir: à la première bande qui eft en plomb, des ouvertures’ de'diftance en diftanbe larges de deux!,pouces fur fix de long; &aux deuxj autres qui font en cuivre, un cordon de petits trous qui régné V la mèmej hauteur dans'toute leur longueur : ils ont chacun un pouce de diamètre.'' L’eau étant donc uiontée, s’étant répandue dans la première café, & Payant J remplie jufqu’à la hauteur où l’on'a formé ces ouvertures dont nous avons parlé fi s’échappe ’àtravçrs’ces mêmes ouvertures dans la féconde café, & de là dans'la troifieme , parfe fofoyen de ces’cordons de trous qu’on y a' pratiqués ' cPhn bourà Pàtitfef Elle toihèc enfuité dans quatre cuvettes quffôùt en cldvréy &.qui ont Août!foùtotiï de; fémb'lhhles’trous j &' îde là'dahs les tuyaux" qui leur' répondent en'païïàrït à travers* cPune crapaudine dé cuivre qui eft dans Je * milieu de chaqué cuvc-ttc : elle eft faite comme une forme de chapeau , mais creufe &'toute perfillééftèlle sfoirvre en deux3quaud 011 veut. La communié’ cation de l’eau qui fe fait de la.premiere café à la fécondé , 11’eft pas vifible;* mais les' deitx dùtres foVmenràutaiit de jets dont le coup-d’œil eft très-agr'éa-ble. LaArommunication-qür fè-fait de la quatrième café aux'CuVêtt'csfitieŸëfcpâé'
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- moins; chaque cuvette Forme une corbeille de jets qui récréent autant la vue que les premiers. Toute l’eau du réfervoir du pont Notre - Dame eft partagée en trois parties , qui fournirent les trois principaux quartiers de Paris $ favoir, le quartier du fauxbourg Saint-Germain , celui de Louis-le-Grand , & celui du Marais : c’eft pourquoi il y a trois cuvettes. La première cuvette eft celle du Fauxbourg Saint-Germain, qui diftribue l’eau dans tous le ré-Fervoirs & les Fontaines qui en dépendent. La Fécondé eft celle de Louis-le-Grand , qui diftribue également l’eau dans tous les réFervoirs & les Fontaines de Fa dépendance. La troifieme eft celle du Marais * dont ce quartier» ainfi que le Fauxbourg Saint-Antoine , tire toutes Fes eaux; On peut comptée une quatrième cuvette plus petite que les trois autres, qui eft pour l’Hôtel-Dieu, & qui ne conduit l’eau qu’à ce Feul endroit. Les trois autres premières» au contraire, FourniiFent de l’eau à quarante-quatre endroits diiférens ; Favoir, à la Fontaine de la Croix de l’Apport-Paris, à celle des Innocens, de Saint-Leu , de la Reine , du Ponceau , de la porte Saint - Denis , de la tour Saint-Martin , de Montmartre , des Petits-Peres, de Colbert, de Louis-le-Grand , des Capucins , de Saint-Florentin , des Capucines, de la butte Saint-Roch, de Richelieu, de la Halle , de la Halle-Neuve, Maubué , Sainte-Avoye , des Blancs-Manteaux , du Cimetiere - Saint-Jean , de Sainte - Catherine , des Tournelles * de Trogneux, de l’abbaye Saint - Antoine , de BasFroid , de Saint - Louis , d$ l’Echaudé, Boucherat, de Vendôme, près le Temple, des Audriettes, de Saint-Benoît, de la place Maubert, des folles Saint-Bernard, de Saint - Vicftor, du Palais , de Saint-Séverin, de Saint-Côme, des Cordeliers , de l’abbaye Saint-Germain , de la Charité & de Grenelle. C’eft ainfi que par le moyen de quatre cuvettes, & d’autant'de tuyaux de defcente, l’eau que l’on Fait monter an haut de la pompe Notre-Dame , Fe diftribue dans tous les quartiers de Paris par le moyen de quarante-quatre:tuyaux de'conduite , qui Font embranchés les uns dans les autres , & couverts par Je pavé des rues, t :i 24Ç. §. IV. De Vutilité des crapaudines qui\font dans les cuvettes. QUELQUE grande que Foit la quantité d’eau qui monte dans le réfer voir rdans les crues d’eau qui arrivent pendant la Fonte des meiges ou les Fortes pluies, les trois quartiers dont nous venons de parler n’en reçoivent pas davantage. Les cuvettes, il eft vrai, dans ces cas-là Fe remplirent jufqu’au bord; mais les crapaudines qui Font dans le milieu ne lailfent palier toujours qu’une mefure d’eau ordinaire ; & par coiiFéquent les tuyaux qui la reçoivent, n’en condui-Fent pas une plus grande quantité dans un tems que dans un autre, quoique l’eau s quelquefois furabonde : c’eft en quoi-confifte leur première utilité. Les eaux fuperflues que lés crapaudines refufent, prennent .leur, cours à travers un tuyau qu’on nomme le trop plein ; qui eft à côtéîde chaque cuvette, & dont l’orifice eft en forme d’entonnoir dont le diamètre aiix pouces environ. Ces dilFé-Tome XIII. Z 2 2
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- rens tuyaux les renflent dansfla riviere. La'féconde utilité de ces ctapauflines eft d’empêcher-que -les. feuilles qu’entraîne l’eau qui palfe par les tuyaux mon-tans , pendant la laifon où elles tombent & couvrent la rivierene. fe gliflent .dans les tuyaux de defcente, & ne les engorgent: l’obftacle qu’elles leur présentent les arrête donc dahsla cuvette , d’où ceux qui font chargés d’y veiller ont foin de les retirer. <
- 246 . §. V. Z^e Futilité des différentes féparations qui font faites dans ce re-fervoir. La fin pour laquelle- on a imaginé de faire ces différentes féparations que nous avons nommées cafés, eft de purifier beau de la riviere , qu’on y fait monter, qui en a.un très-grand befbin, fur-tout dans les pluies, où elle devient extrêmement épailfe. En effet, étant tranfmife de l’une dans l’autre, elle fait autant de dépôts qu’il y a de cafés. Ces- dépôts font une matière gluante qui reffemble à de la terre gralfe : ils font fi confidérables, qu’il faut les enlever au moins tous les trois mois. Voici de quelle maniéré cela fe fait..
- 247. §• VI. JDe la maniéré d?enlever les dépôts que F eau laijje dans les dffé~ rentes cafés du réfervoir. Il effÀ propos .d’arrêter les pompes dans ces cas-là, afin que l’eau ne monte pas dans le réfervoir. L’eau étant ainfi arrêtée il eft queftion de retirer celle qui eft dans les cafés , 'qm ne peut plus fortir hors .d’une certaine hauteur, & qui par conféquent eft forcée d’y féjourner. Pour cet effet on lève les foupapes du réfervoir : il y en a une dans le fond de chaque -Café , qui lui eft fondée : nous dirons ailleurs de quelle façon cela fe fait.; mais avant tout on retire d’abord, ou avec, une truelle, ou avec une petite pelle de -fer, une partie de la terre grade qui y eft dépofée , & autant qu’il eft pofftble-de le faire , de peur qu’en lortant eu trop grande quantité ». elle ne s’arrêtât dans .quelqu’endroit des tuyaux, & ne les engorgeât. Quand, on a eu cette première attention , alors on prend la foupape de la première: café par fon anneau , & on donne aux" eaux un libre;'cours ; on fait enforte , avec un balai , qu’il n’y relie rien du dépôt qui s’y était formé: on en fait autant à toutes les autres,'On rebouche en-fuite l’ouverture de chaque café par la foupape q.uf lui veft propre. On fait enfuite aller.les pompes qui-font monter une nouvelle eau tdans le réfervoir : elle coule bientôt d’une ccafe dans l’autre. Ordinairement on -emploie cettenfeconde eau pour les laver entièrement ; c’eft-à-dire , qu’on les balaye bien , & qu’on en releve les foupapes ; après quoi les chofes font rétablies comme auparavant. Il faut que cette opération fe falfe vite, ainli qu’on le conçoit bien , afin que le cours des fontaines ne foit prefqne:point interrompu» Ordinairement, comme elle eft faite parrdès ouvriers qui en -ont l’habitude , l’interruption-, quand il y,.-élu a v nfeft;prefqiie' pas fenfible. Gomme les particuliers 11e font venirileureau qu’ilsacbetent , que des téfervoirs des fontaines • delà ville, parce qu’il ne ferait pas commode de la prendre aurpont Notre-Dame, par les frais de conduite.que,cela occafionnerait L nous pauvons.eia
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- donner une petite defcription , d’autant mieux qu’ils entrent , à proprement .parler, plus particuliérement dans I’efpece des réfervoirs de conceflion dont nous traiterons dans cet article , parce qu’ils font environnés de cuvettes de cônceftion qui n’attendent que des acquéreurs,
- 24g. §. VII.' Des réfervoirs des fontaines de Paris, qui proviennent de la pompe du pont Notre-Dame. Les quarante-quatre fontaines de Paris , que nous avons nommées plus haut, ont chacune un réfervoir K~>fig. 1, pl. XII, d’où l’eau: ne coule que lorfque les porteurs d’eau la font fortir ; cela fe lait en poulfant dans le mur un petit bouton de cuivre qui fait faillie, & qu’on voit en T, au-delfus du jet delà fontaine. Ce petit bouton preffe lui-même la partie de la ferrure V, qui eft en-dedans de la fontaine à laquelle il tient, & qui eft faite en forme de demi-potence ; elle eft attachée à la muraille en X; cette branche de ferrure , par cette preflion, fait haulfer l’autre branche Y qui lui eft op-pofée : elle attire elle - même un pifton qui lui eft attaché, qui bouche dans fa position naturelle le tuyau de la fontaine, & qui alors donne paftage à l’eau qui fe répand dans la rue. On retire enfuite le bouton de cuivre à foi, & l’eau eft aufli-tôt arrêtée. Ces réfervoirs A ,fig. 1 8c z* pl. XI, & fig. 1, pl. XII, forment auftl plufieurs cafés , ainfi que celui du pont Notre - Dame ; mais ils font faits de différentes façons, quelquefois quarrés , d’autres fois angulaires , félon que les endroits où ils font le permettent. Ils ont aux deux bouts en Z ,fg. 3 & 4, pl. XI, des cuvettes de conceflion, (tel eft celui de Notre-Dame) quelquefois tout autour, comme on le voit aulft en Z ,>%. 1 & z, où l’eau ne fe communique pas , & qu’on n’y fait entrer, ainfi que nous le dirons dans l’article fuivant, que lorfqu’elles font vendues. Ces cuvettes Z font différentes de celles du réfervoir de Notre-Dame j les premières font en cuivre , au lieu que celles-ci font en plomb.
- 249. §. VIII. De la çonjlruction de la caiffe de ces fortes de réfervoirs. QUAND on a la facilité de la faire quarrée, telle qu’eft celle du réfervoir de Notre-Dame, on lui donne ordinairement cette forme. On prend une plaque de plomb plus ou moins grande, à laquelle on fonde un pourtour à qui l’on donne là forme. Dans le milieu de la caiffe on foude des bandes de différentes hauteurs, qui doivent être également-percées à différentes hauteurs, pour que v l’eau fe communique d’une café dans l’autre, fig. 3. Celle du milieu du réfervoir doit être en plomb j la fuivante peut être en cuivre ou en plomb, indifféremment. La troifteme doit être toujours en plomb, 8c doit former les petites cuvettes de conceflion Z, par le moyen d’autres petites plaques de plomb que Ton croife & que l’on foude entre cette bande 8c le pourtour du réfervoir. Au milieu de chaque cuvette 011 fait un trou , pour lui fouder un tuyau de trop plein de la mème:groffeur. On foude; également dans le milieu du réfervoir un
- tuyau montant, que,l’on bride de la maniéré qui fuit, quand ils font con-^
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- fidérables & trop gros pour être joints par des nœuds de foudure.
- 2fO. §. IX. De La maniéré de Je fervir des brides. On entend par brides, une double couronne de fer ou de cuivre, qui étant écrouées & taraudées aux quatre coins, peuvent être appliquées l’une contre l’autre , & fermées par des vis, pour comprimer un corps que l’on met eiïtr’elles. On s’en, fert pour les tuyaux .montans, afin .defies joindre les uns avec les autres, foit qu’ils foient en potin ,f foit qu’ils foient en plomb,'parce qu’elles les fortifient beaucoup. La différence qu’il y a, c’elt que les tuyaux de potin les portent avec eux, parce qu’ils font fondus enfemble ; au lieu qu’il faut les adapter aux tuyaux de plomb, à qui elles font tout-à-fait étrangères. Il y en a de différentes formes j les unes B ,fig.. 11 & i 2, pL. XII, font quarrées & écrouies en quatre endroits C,D, E, F, où entrent quatre vis G, H, I, K, fig. 12. Les autres A ,7%. 10, font toutes rondes, & ne font écrouées qu’à deux endroits L, M. Pour s’en fervir , il faut d’abord apprêter fes tuyaux : cela confifte à en retrouffer chaque extrémité en-dehors environ d’un pouce , comme on voit en G, fig. 8 , pour donner prife à la bride , & pour que les tuyaux s’appliquent mieux l’un fur l’autre : on ne doit pas paffer un pouce, parce qu’autrement on boucherait tes écrous de la bride, & les vis ne pourraient pas y mordre. Il faut en faire autant au tuyau H, qui doit lui être joint'* & à tous les tuyaux qui doivent former le tuyau montant, après avoir mefuré l’efpace qu’il y a de l’endroit d’où l’on veut faire venir fon eau, au.réfervoir qui doit la recevoir. On fait cette opération avant que de fortir de l’attelier ; on porte enfuite ces tuyaux ainfi préparés, aux lieux où ils doivent être pofés, afin de n’avoir plus qu’à les ajointer enfemble. On fonde le premier tuyau montant H, fig. 8 & 14, à l’ouverture de la pompe qui doit fournir l’eau ; enfuite on a une- couronne de cuir I, fig. 13 , qu’on coupe fur la rondeur du bout de tuyau replié en F ainfi qu’en H : on met cette couronne de cuirl, entre ces deux tuyaux, ainfi qu’on le voit fig. 8 ; on ajointe le tout enfemble, & on le ferme par le moyen des deux brides qu’on apperçoit en G K , fig. 8, & des quatre vis G, H, 1, K, fig. 12, comme nous l’avons dit plus haut, afin que le tout forme une jointure femblable à celle qui elt repréfentée en L,fig. 14. Cette couronne de cuir I, qu’on met entre les deux tuyaux, efl faite pour fe prêter à la comprellion des-brides, & pour'que les tuyaux , par ce moyen, le joignent fi bien que l’eau ne puiife pas paifer à travers; Outre que ces brides fortifient étonnamment les tuyaux montans, c’eft qu’encore elles les rendent très-aifés à réparer, parce qu’on n’a qu’à les déviffer. On fe fert également de ces brides pour les; tuyaux qui paifent fous terre, lorfqu’ils font gros. On conduira le toutnjufqu’au haut duréfervoir, én fàifant paifer -se tuyai} montant par l’o-uverture qui eft faite dans'le dedans du-réfer voir
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- & qu’on voit en a\fig. 2 , pl. XI. On fera enforte qu’il puifTe verfer l’eau dans le réfervoir fins baver : on le recourbera un peu; fi l’on veut, 011 pourra mettre dans cette partie - là un robinet tel que ceux qu’on a repré-fentés en c, fig. 1 & 3; l’eau fe répandra fur la furface du premier réfer* voir, d’où elle fe communiquera à ceux qui l’environnent, & de là aux cuvettes de concellion, qui (ont ouvertes.
- Article IL
- Des jimples rèfervoirs fur charpente.
- 2?i. Ceux - ci font différens de ceux que nous venons de décrire. Nous les appelions Jimples, parce qu’ils ne forment qu’un feul lit, au lieu que les autres en compofent plusieurs. La confiru&ion de ces fortes de réfer-voirs confifte , i?t à pofer fes tables félon la forme & la mefure d’une cailfe de charpente qui doit être préalablement faite ; 2°. à les y fouder. Il faudra donc , avant que le plombier puilfe pofer aucune table, que le charpentier établiife'dans l’endroit que le particulier qui veut faire le réfervoir lui indi-i quera, la cai/fe qui doit le recevoir & le foutenir. L’art'que je traite n’étant pns'celui du charpentier, je pourrais me difpenfer de'décrire de quelle ma-, niere la charpente deftinée à fupportcr un réfervoir doit être faite. Cependant, pour plus grande clarté, il me parait néceifaire d’en dire au moins quelque chofe.
- - 252. §. I. De la confruclion de la charpente. On fuppofe qu’on ait à faire un réfervoir de particulier, pour y dépofer une eau qu’il a achetée de'la ville. On niefure d’abord la hauteur du réfervoir de la ville A, fig. 1, pi. XII, d’où elle doit venir ; s’il a vingt pieds de haut, on n’en donnera que dix-huit à celui du particulier, repréfenté en B, fig. 2 , parce que l’eau perd toujours^ un peu de fa fource , à raifon de la fri&ion qu’elle éprouve en chemin. La charpente A, fig. 3 , fur laquelle doit être affis le réfervoir en plomb, doit être faite de plufieurs traverfes B, en - haut & en-bas, qui feront foutenues par des montons C, afin de recevoir d’eux la hauteur convenable pour donner au réfervoir la profondeur qu’il doit avoir. Pour rendre cette charpente plus folide, on met des traverfes D en forme de croix de Saint-André, qu’on emmortaife dans les montans ; on attache en outre aux quatre coins de la charpente, des bandes de fer E en - haut & en-bas. Il faut que toute cette charpente foit planchéiée en-dedans avant que d’y mettre les tables de. plomb, qui, fans cet appui, pourraient céder au poids du volume d’eau qui^ entrebhlmairement dans ces efpeces de rèfervoirs* & caufer un grand dommage';-il ne faut iaiifer que trois trous, uiï pour le trop plein , l’autre pour''
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- la diftribution, & le troifieme pour donner paffag-e aux eaux quand on voudra vuider le réfervoir pour le nettoyer , ainfi qu’on le voit par la petite ouverture F, qui fe trouve fous les pieds de l’ouvrier qui releve la foudure, La caifTe du réfervoir doit être portée fur fix,piliers de charpente G, ou d’un plus grand nombre fi le réfervoir le demande : ils doivent être à la hauteur qu’il convient, & affis fur autant de pieds de maçonnerie'H.
- 2f3. §. IL De la pofe des tables. Quand toute la charpente eft dans cet état, l’ouvrier mefure la longueur & la largeur que doivent avoir fes tables. On fuppofe que le réfervoir que l’on veut faire a 12 pieds de large , ig de long, & f pieds 10 pouces de haut; il faut prendre trois tables de 4 pieds de large , & les couper en fix tables de 6 pieds de long, qui feront les deux côtés de la largeur du réfervoir. On doit'donner à chaque table 6 pieds de haut , quoique la cailTe de la charpente 11e porte que 5 pieds 10 pouces, parce qu’il faut que chaque table recouvre en-dehors la charpente d’environ 2 pouces , & qu’elle lui foit clouée. On coupera enfuite fur de nouvelles tables , de quoi faire les deux côtés de la longueur du réfervoir. Comme nous avons ig pieds à couvrir dans la longueur du réfervoir , & que l’on doit, autant qu’il fe peut , rendre les tables égales , on prendra fix tables de 3 pieds de large , au lieu de quatre, qu’011 coupera en douze tables de 6 pieds de haut pour leur donner la même hauteur que les premières, qui porteront, jointes l’une contre l’autre , 36 pieds de large : on en mettra ig pieds d’un côté, c’eft-à-dire, fix tables, & autant de l’autre; on coupera pour le fond qui porte 18 pieds de long fur 12 de large, la même quantité de tables de la même longueur & largeur. O11 pofera d’abord les tables du fond du réfervoir, enfuite celles des coins ; on finira par celles du pourtour. Il 11e faut pas oublier dans cet ouvrage, ainfi que dans tous les autres , de tourner en-dehors chaque table du côté le plus propre, comme 011 l’a déjà dit, & de cacher le côté du fable en l’appliquant au dos de la charpente ; enfuite on les foude de la faqon qui fuit.
- 2^4. §. III. Du foudage des tables. Comme il ferait impoffible de fonder des tables mobiles , on commence par tenir les deux premières tables qu’il faut fouder, en les appuyant contre la charpente avec la batte plate , après les avoir ajointées l’une contre l’autre ; enfuite on les écaille avec le marteau & le cifeau d’un bout à l’autre à l’endroit où elles fe joignent ; en outre on les falit, pour la même raifon que nous l’avons dit plus haut. On commence par fouder les côtés ; cette opération eft fort difficile , parce qu’il faut retenir en l’air la foudure , pour qu’elle ait le tems de prendre. Pour cet effet on a une artelle ou gouttière : c’eft un morceau de bois de chêne rond & concave , à peu près fait comme ces poignées de bois avec lefquelles on prend, le manche du fer à fouder, comme 011 le yoit fig. 4 , & dont on fe lèrt même au
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- defaut d’artëlle. On appliquera cette artellc ou gouttière au haut de la jointure de chaque table ; on y verfera de la foudure: elle fe répandra fur le q)iomb à travers la concavité de l’artelle , qui la dirigera à l’endroit où l’on -veut qu’elle prenne. Pour ralentir fa chiite , & la faire féjourner plus long-tems aux endroits où il faut qu’elle s’attache , on la recevra avec un morceau de coutil. Celui dont fe fervent les plombiers a au moins une demi-aune de long : on le replie en quatre, ainfi qu’on l’a dit dans le chapitre des cuvettes ; quand elle fera écaillée , on la frottera avec de la poix-rélîne, & on y palPera le fer à fouder , après l’avoir fait rougir dans le feu , pour écarter la foudure , l’amincir & la polir.
- 2 )' )". §. IV. De la maniéré de fouder les coins de chaque réferveir. La Façon de fouder les coins de tous les réfervoirs en général, eft un peu différente de celle de les fouder dans leurs autres parties : le travail n’en eft cependant pas plus difficile ; mais il demande un peu plus de tems : voici de quelle maniéré il faut s’y prendre. En foudant les coins de chaque réfervoir , on fera enforte qu’il s’ÿ attache plus de foudure j pour cette raifon on ne l’y ménagera pas, on la verfera également à travers l’artelle ou gouttière , & on la relevera de même par le moyen du coutil, ainfi que nous venons de le dire ; mais on ne fe fervira pas du même fer à fouder ; il faut en avoir un autre dont la tète A foit plus large que le premier, & qui foit faite en cul - de - poire , comme on le voit fig. f : c’eft, à proprement parler, le fer des réfervoirs & des cercueils ; il ne fert que très - rarement à autre chofe. On le fera rougir comme le premier, & on le palfera fur la foudure, après qu’on l’aura verfée & frottée de poix-réfine, pour empêcher que ce fer à fouder ne s’étame. Comme fà tête eft fort large, il laiffera environ trois pouces d’épaiffeur de foudure dans l’angle de chaque coin du réfervoir ; cette quantité de foudure fe trouvant dans les endroits où le réfervoir a le plus de poids à fou-tenir, & où il ferait le plus faible fans elle , le confolidera. On fera la même chofe aux quatre coins & à chaque côté du bas du réfervoir , pour le fortifier également dans ces parties , qui feraient trop faibles pour réfifter au poids de l’eau. Après avoir foudé les côtés & les coins du réfervoir, on foudera le milieu: cette opération n’eft pas Ci difficile que les premières; mais auiïi la fituation des ouvriers eft plus pénible : on falit, on écaille toujours de la même maniéré qu’on l’a dit, & on foude de même. Quand tout le réfervoir en plomb fera foudé, il faudra en détacher la foudure inutile; on balaiera les écaillures & les petites gouttes de foudure qu’on mettra fé-parément pour en tirer-parti de la maniéré que nous l’expliquerons dans le chapitre treizième ; on fera ènfuite à la table de plomb une ouverture fem-blable à celle de la charpente , pour donner paffage aux eaux ; & afin d’empêcher que l’eau-qui coulera dans le réfervoir ne s’échappe, on fermera cette
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- ouverture par une foupape à boucle,'qu’on enlevera par le moyen d’un crochet quand on voudra. La foupape-dont les plombiers fe fervent , eft ordinairement de cuivre : elle eft faite de deux pièces ; l’une eft un cercle 'A, comme on le voit fig. 6, de l’épailfeur d’un pouce & demi, & l’autre un bouchon B , fig. 7, qui entre dans le cercle A ; le cercle A doit être immobile , & le bouchon B mobile , pour que l’on ait lu. facilité d’ouvrir & de fermer le paifage à l’eau î c’eft pourquoi il elt à boucle C : on la prend avec un crochet D ,fig. 8 , pour la lever ; le tout ferme & fe joint lî bien , qu’il n’eft pas poffible qu’une feule goutte d’eau puifle y trouver paifage..
- 256. §. V. Du foudagc des foupapes. Il faut d’abord commencer parles étamer ; pour cet effet il eft nécelfaire d’avoir une lime. Celle qu’ont coutume d’employer les plombiers eft à manche A, fig. 9 : elle a environ un pied de long -, fes dents B font un peu greffes : elle eft femblable à celle dont les fer-ruriers fe fervent pour leurs gros ouvrages. O11 râpe., c’eft le terme de l’art, le cercle A ,fig. 6, de la foupape , pour en ôter la craife qui s’y dépofe 5 on la trempe enfuite dans la foudure , qui y prend Sf s’y attache comme celle qu’on met dans le dedans des caiferoles. Lorfque le cercle A de la foupape fera étamé, on en bouchera le trou qu’on doit avoir laiifé à la table de plomb E,ainiî qu’on le voit dans la coupe , fig. 8, & on la foudera tout autour à cette table de plomb , après l’avoir écaillée : fans cet expédient, il ferait impoffible que la foudure prît au cuivre. Le tout s’attachera enfemble’; par ce moyen le cercle A deviendra immobile, & le bouchon Bfe lèvera & fe rabaiifera ainli qu’on le jugera à propos. Comme il n’eft pas aifé d’accrocher l’anneau C quand le réfer-voir eft plein , il me femble que j’aimerais mieux un gros robinet qui, foudé en-dehors au vuidange F, donnerait la facilité d’ouvrir & de fermer le réfervoir tout de fuite fans prendre tant de peine ; peut-être n’y a-t-011 pas fongé , ou y a-t-on trouvé des inconvéniens.
- 2^7. §. VI. De la pofe des tuyaux. Les premiers tuyaux qu’on pofe après que la caiife du réfervoir eft faite & revêtue de plomb, font le tuyau montant , le trop plein & le vuidange ; enfuite on aftied les tuyaux de conduite dont nous parlerons dans le chapitre fuivant. On commence, Ci l’on veut, à mettre le tuyau montant en place i mais avant de le faire, il faut favoir la quantité d’eau que l’on doit tranfmettre du réfervoir de la ville A ,fig. 1, pl. XII, dans le réfervoir B du particulier ,fig. 2 , & avoir un tuyau proportionné à fon volume. Il eft une réglé invariable pour ne pas fe tromper : un tuyau d’un pouce de diamètre contient, plein', 144 lignes d’eau : d’après ce principe on prendra des tuyaux d’un diamètre convenable à la conceflîon qui a été faite par la ville. Il faudra que le plombier s’informe d’abord quelle eft la cuvette de conceffion, parmi toutes celles qu’on voit fig. 1 & 3 , pl. XI, que la ville a vendue au particulier qui lui a commandé ce réfervoir 5 après s’en être iuftruit, il foudera
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- fou tuyau C, fig. i, pl. XII, à l’extrémité du bout de tuyau qui eft attaché à chaque cuvette, comme on le voit fig. i & z, pl. XI. Cet ajointement doit fe faire par un nœud de foudure D ,fig. i , pl. XII. Il eft d’autant plus difficile, qu’il faut le faire en l’air, & dans une fituation peu commode pour l’ouvrier. On falira d’abord fes tuyaux, & on les grattera ; après avoir appliqué fes tuyaux l’un contre l’autre , on y verfera de la foudure, qu’on retiendra par le porte-foudure ou morceau de coutil: on la fera prendre tout autour du tuyau qu’on attache ; on arrondira enfuite avec le fer à fouder , ce nœud de foudure frotté préalablement de poix-réfine. Comme un tuyau de quatorze pieds, qu’ont ordinairement ceux qu’on fait fondre ou qu’on roule, ne fuffirait pas pour conduire l’eau de conceffion du réfervoir A de la ville , fig. i , pl. XII, au réfer-voir B du particulier, fig. z , il faut joindre plufieurs tuyaux enfemble par des nœuds de foudure E, F, G, H, jufqu’à ce qu’on ait atteint le réfervoir B du particulier : ces nœuds le font comme les premiers. Il fautauffi faire des foliés d’un bout à l’autre de la rue que les tuyaux doivent traverfer, comme on le voit entre la figure i & la figure 2. Il ne faut pas oublier d’avoir l’attention de faire entrer le tuyau fupérieur, c’elt-à-dire, celui qui donne l’eau dans l’inférieur , afin de ne point mettre d’oblfacle à fon cours : c’eft une réglé pour tous les autres tuyaux de conduite, comme pour ceux-ci. On fe trouve dans le cas de courber quelquefois ce tuyau , comme on le voit par le coude qui eft en J, fig. %, fans qu’on puilfe s’en difpenfer. Cela n’eft pas bien difficile à faire ; comme le plomb n’en eft pas bien fort, on ne fait que le prendre par les deux bouts , & on lui donne la forme qu’on veut fans qu’il fe caïfe , fans même qu’il perde rien de fon diamètre eij aucune partie, parce que le plomb prête beaucoup. Quand le tuyau montant fera arrivé au réfervoir B du particulier, on l’attachera à la charpente par un clou L , fait en crochet ; enfuite on en recourbera l’extrémité qui doit verfer l’eau dans le réfervoir, comme on le voit en M , afin qu’il ne bave pas. Comme les cuvettes qui n’ont point encore été achetées font fermées de tous les côtés , & qu’il eft impoffible que l’eau du réfervoir y entre , auffi-tôt que le tuyau montant eft placé, on va la percer avec une vrille. C’eft une opération où affifte toujours l’architede de la ville, comme chargé par ferment de fes intérêts, afin de ne pas laiffer prendre plus d’eau qu’il n’en revient. La ville lui a pour cet effet mis entçe les mains une jauge, fig. f , pl. XI, où les lignes, les demi-pouces & les pouces font marqués ; c’eft avec cet inftrument qu’il me. fure le trou fait à la cuvette qu’on a achetée, en l’enfonçant plus ou moins, félon la quantité d’eau qui a été vendue. L’eau qui leche le derrière de la cuvette fort bientôt, comme le vin d’une piece qu’on met en perce , & fe répand dans la cuvette, de là dans le tuyau qui la conduit au réfervoir du particulier , qu’il faut avoir foin de boucher jufqu a ce que tous les autres tuyaux du réfervoir Tome XIII. A a a a
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- foi eut mis en place, parce que l’eau qui. y entrerait empêcherait de le faire:. On pôle enfuite le trop-plein N yfig. 2 ^pi. XII ; c’eft un tuyau qui eft dans 1er. dedans du réfervoir : il eft nommé ainfi , parce qu’il donne paiiage à l’eau ,, qui devenant fu.rabondant.e, palîerait par-delfiis le réfervoir, & cauferait. beaucoup de dommages en pourritfant la charpente fur laquelle le réfervoir eft aflis , ou les fond.eme.ns des murs où elle tomberait ; c’ell pour cette ration qu’on le met à environ un pouce au-défions des bords du réfervoir,, afin qu’il empêche qu’il ne fe rempliffe tout-à-fait. Comme il ne laide pas. que de palier de tems en tems une allez grande quantité d’eau par ce tuyau, & qu’il ferait dommage de la perdre, on en peut faire un abrevoir O pour les chevaux ; on les conduit pour cet effet dans, une cour P , où l’on fait, un ballin Q_à la hauteur environ de deux pieds, pour la commodité des, chevaux. On le met ordinairement dans un coin; on l’appuie contre les, côtés intérieurs du réfervoir : du refie on le fonde comme le tuyau montant C. Le vuidange R, fig. 2,. efl un tuyau qui eft pour recevoir l’eau qui, pâlie par la foupape. S, quand on la débouche pour nettoyer le réfervoir.. On le fait aulfi gros qu’on veut, afin.que donnant palfage à beaucoup d’eau „ elle relie moins de tems à fe vuider : on le foude de la même maniéré que. les autres. On le conduit ordinairement dans la rue, autant que cela.fe peut.. Quand ils font gros, on les bride , fig. 8..
- 2, y 8- §• VII. Des avantages que les réfervoir s domefiques , conjlruits fur charpente , ont fur les rèfervoirs de même nature, confruits fur maçonnerie. Je découvre dans les rèfervoirs faits fur charpente différentes, commodités que. je 11’apperçois pas dans ceux qui font aftis fur maçonnerie. Premièrement ,. il' eft plus difficile de conftruire un. réfervoir fur maçonnerie à telle ou, telle: hauteur, pour pouvoir conferver celle de l’eau, que l’on fait venir; au lieu; qu’on peut le faire très-aifé.ment par le moyen d’une charpente folide. De là* vient qu’on ne voit guere , 011 prefque jamais, de rèfervoirs en plomb fur ma,-, çonnerie que dans la terre; J’en conclus qu’il eft en quelque maniéré très-difficile de pou voir en faire, ufage dans les cas dont nous venons de parler.. D’ailleurs, je vois.d’autres avantages dans la nature de la conftruélion des, rèfervoirs fur charpente , qui doivent les faire prévaloir, fur les,autres , autant néanmoins que cela, eft poffible; c’eft qu’ils ne peuvent perdre une feule goutte d’eau finis qu’on ait auffi-tôt la facilité d’appercevoir la quantité de? celle qui s’en va , l’endroit où elle fuit , & par c.onféquent le moyen de-réparer cette perte dans le même moment; au. lieu, qu’il 11’en. eft pas de. même des autres. Si quelques - unes de leurs tables viennent à manquer &. à. fe prêter au filtrage de l’eau , on 11e. l’apperçoit pas dans le moment, & m n’y met pas. plus aifémentremede, Mais,fi les premiers emportent furies;
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- féconds, on n’eft pas toujours dans la poflibilité d’en faire. On en conftruit toujours quelques-uns fur maçonnerie : il faut donc eu parler*
- Article III.
- . Des réfervoirs fur maçonnerie.
- 2^9. Il faut d’abord que toutes les pierres détaillé qu’on emploie dans *ces cas-là , & qui doivent porter le plomb * foient alîifes , & que toute la maçonnerie foit faite avant qu’on puilfe y pofer aucune table : cela fait , 011 s’y prend de la même maniéré que nous l’aVons dit par rapport aux réfervoirs précédens : toute la différence qu’il y a, c’eft qu’au lieu d’appuyer fes tables contre de la charpente, on le fera contre de la maçonnerie 5 d’ailleurs on foudera les tables comme les précédentes. Il faudra y établir un tuyau de trop plein, un vuidange & un tuyau de conduite, s'il en eft nécef. faire ; je dis s’il en eft néceffaire, parce qu’il eft des réfervoirs fur maçonnerie qui n’en ont point. Un des plus beaux 8c des plus grands que nous connaiflions de cette efpece , eft celui de Bicêtre. Puifque cela vient à propos * nous allons le décrire tel qu’il eft.
- §- I. Du rifervoir de la maifoh de Bicêtre. Ce réfervoit qui eft un deâv plus'confidérables qu’il y ait en Europe, a 64 pieds en quarré, & 9 pieds-de profondeur : il contient quatre mille cinq cents muids ; il eft fermé par une voûte conftruite & aflife fur des piliers de maçonnerie. Les pieds de chaque pilier font noyés dans l’eau du réfervoir; mais pour qu’ils n’en foient point endommagés, ils font couverts en plomb à la hauteur de l’eau , ainfî que le pourtour & le fond du réfervoir : le tout eft environné d’un balcon de fer garni de fil - d’archal, par le moyen duquel on peut faire tout le tour du réfervoir. Il donne de l’eau à douze endroits différens ; (avoir, à la cuifine, à Saint-Marc,( *) à Saint-Jofeph , à Saint-Luc, à la Miféric-orde , à Saint-Charles , à Saint-Louis, à la buanderie , à la grande fontaine , & à trois jardins différens. C’eft dç ce dépôt d’eau que la maifon de Bicêtre tire toutes fes eaux ou prefque toutes, fi l’on en excepte^ une petite fource qu’elle a encore, qui en fournit à quelques endroits. Deux robinets & un feul aqueduc fuffifent pour diftribuer cette grande quantité d’eau aux différens endroits que nous venons de nommer.
- 260. §. II. De rendroit d'où cfl tirée Peau qui garnit ce réfervoir. L’fiAU qui eft dans ce réfervoir ne vient d’aucune riviere, en montant par des tuyaux* pour fe répandre en forme de champignon , comme celle des réfervoirs de la
- (*) Saint-Marc, Saint - Jofeph, Saint-Luc , &c. font des dortoirs de Bicêtre4
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- ville ; c’eft d’un puits fameux par fa profondeur , qu’on tire l’eau qu’il contient. Ce puits a été fait par M. de Bosfrand, architedle du roi, & qui a été; adminiftrateur de cet hôpital en 173$, 1734 & 17^^ : lui-même l’a fait conftruire fous fes ordres. Ce puits a 34 toifes & demie de profondeur , 1? pieds de diamètre, & 45* pieds de circonférence; la maçonnerie qui en eft immenfe , a été élevée en onze jours & onze nuits. La façon dont on en tire l’eau eft fort curieufe; c’eft par le fecours de pluiieurs chevaux : il y en a douze uniquement employés à cet ouvrage , dont quatre travaillent continuellement depuis trois heures du matin jufqu’à fept heures du foir, fêtes & dimanches, & qu’on releve tour - à - tour. Les quatre chevaux qui travaillent, font attachés à quatre leviers qui reifemblent à ceux de la machine du laminoir, parle moyen defquels ils font tourner un arbre vertical qui porte lin treuil auquel eft attaché un gros cable , dont on fait palier les deux bouts dans deux poulies qui, placées au-deffus du puits, les dirigent pour y defcendre. Aux deux extrémités de ce cable , font deux leaux garnis de fer, dont chacun pefe vuide , douze cents, & plein 2784 > & tient trois rauids ou environ. Ce font ces féaux qui vont chercher l’eau tour-à-tour au fond du puits, & la verfent dans une coquille malfive de plomb, qui eft devant le puits , en s’accrochant par leur anneau dans un crampon de fer qui fait pencher leur orifice à mefure que le cable auquel ils font attachés les attire en-haut. Il faut obferver 1°. que ces fortes de réfervoirs ne font pas toujours en tables de plomb, qu’on fe .contente fouvent de boucheries joints des pierres de taille qu’on y emploie, avec du ciment qu’on y jette. S’il arrive que ce foit avec du plomb qu’on le faife , il faudra s’y prendre de la façon qu’on l’a fpécifié par rapport aux terraiîes cimentées de cette maniéré. 20. Que foit que ces réfervoirs, qu’011 peut appeller proprement des réfervoirs de diflribution , foient fur maçonnerie ou fur charpente , dès-lors qu’ils font faits pour contenir une eau qui eft deftinée pour boire, ou pour fervir à quelqu’autre ufage de la vie, ils doivent être toujours à couvert , afin que l’eau du ciel n’y tombe pas, & ne trouble pas celle qu’ils contiennent. Pailons aux pièces d’eau des enclos , qui au.contraire font toujours à découvert.
- Article IV.
- Des puces dé eau ou poijfonnieres que l'on voit dans les enclos.
- 261. Ces pièces d’eau confidérables, qui font un des principaux ornemens des enclos , font de véritables réfervoirs, parce qu’ils en ont la forme. Ils. ne different des premiers qu’en ce qu’ils font découverts : auffi ne font-ils pas pour le même objet. Les_uns,fervent à conferverv une eau qui eft pour
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- ftufage’de la vie; celles au contraire,qui elLen dépôt dans ceux-ci, ne fert qu’à tenir du poilfon & le conferver vivant. Ils procurent le plaifir de la pêche ; on peut y jeter le filet pour fe récréer. C’eft ce qui fait qu’on leur donne ordinairement le nom de poiffonnieres ; mais ce nom convient fur-tout aux petites pièces d’eau, d’où l’on peut voir qu’il y en a de plusieurs formes & de plusieurs grandeurs. Celles qui font confidérables, outre qu’elles contiennent prefque toujours une très - grande quantité de poilfon, portent encore, pour l’ordinaire, un bateau pour s’y promener, comme je l’ai vu en plufieurs endrois. Soit qu’ils foient d’un volume d’eau médiocre ou confi-dérable , dès-lors qu’ils font en . plomb , ils font en tout faits comme les précédens , du moins quant à ceux- qui ne contiennent qu’une petite quantité d’eau ; & les autres n’en different que par leurs foupapes, comme on va le voir.
- 262. §. I. Des foupapes des grandes pièces d'eau. Il faut que tout foit- proportionné ; les foupapes dont nous avons parlé par rapport aux réfervoirs domeftiques ordinaires , feraient trop petites1 pour de grandes pièces d’eau. On doit donc en employer qui répondent au volume d’eau que ces pièces d’eau contiennent: c’eft'ce qu’on :eft obligé,'de fairevà chaque fois que l’on fe trouve dans ces cas-là. Celles dont on fe fert ont la forme des p-remieres, à-la vérité-, & oir les fonde de même : mais • le bouchoiireir eft infiniment plus gros; d’ailleurs, au lieu d’èt-re à.anneau, il tient à une forte barre de fer dont le haut eft à vis, & relfemble à une clef de prefioir. Cette clef paffè , à l’endroit, où elle eft taraudée, dans une large barre de fer écrouée & faite pour larrecevoir; cette derniere eft iùpportée fur deux autres qui font ploimc bées dans la muraille.
- z63. II. De Cendroit oit on les place.i.Pour avoir lâ facilité de les fer-* mer & de les ouvrir, afin.de vuider quandion veut les’pièces;d’eau qu’elles’ ferment, on doit chercher l’endroit où cela^puiffe fe trouver fans faire au-i cun embarras; mais il n’eft pas de lieu plus convenable pour les placer, que dans une des encoignures de la maçonnerie qui forme ces pièces d’eau: c’eft aufti là, où on eft dans l’ufage'de les mettre ordinairement. Il faut avoir le* foin d’ouvrir un canal qui leur réponde; car il ne fuffit pas'qu’il y ait des* foupapes, il faut encore des conduits fouterreins qui eiureçoivent l’eau, Scia, tranfmettent'hors des pièces d’eau, afin-de* les écurer & d’en ôter tout le poilfon quand 011 juge* à propos.
- 264. §. III. De la maniéré de fe fervirdeces foupapes. La clef, qui eft la barre de fer pofée dans le milieu, a un anneau, ainli que les clefs des preft. foirs, lequel eft fait pour recevoir une pince de fer , afin qu’on puilfe las faire' tourner comme on le juge à propos. Quand on veut l’ouvrir , 011 y palfe cette pince, & on fait ce que font ceux qui veulent delferrer un prelfoir y
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- par ce moyen la clef monte & attire à elle le bouchon de la foupape qui lui tient : il donne paifage à l’eau , autant qu’il y en a dans la piece d’eau ; on en enleve enfuite le poilfon, & on en cure le fond, où les eaux font toujours un dépôt qui ne fert pas peu à engraiffer le poilfon ; enfuite on l’écure, comme on l’a vu par rapport au réfervoir du pont Notre-Dame. Ces pièces-d’eau tirent quelquefois leurs eaux du ciel, que l’on y laideamalfer ; d’autres fois d’une fource qu’on y conduit, enfin des réfervoirs domeftiques même; & de cette forte ils peuvent être regardés comme une ébauche de la diftribution de l’eau que les premiers contiennent. Mais nous ne nous arrêterons pas là: la matière que cette dillribution préfente effc trop étendue pour que nous ne la traitions pas en grand & dans toutes fes parties ; c’eft ce que nous allons faire dans le chapitre fuivant.
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- CHAPITRE XL
- De la dijlribution des eaux.
- 261). ^“ES particuliers ne font conduire des fources chez eux , ou n’a-chetent de l’eau de la ville, que pour fe procurer la facilité d’avoir de l’eau en plulieurs endroits de leur maifon pour leur commodité ; c’eft en quelque maniéré pour cet unique objet qu’ils font la dépenfe des réfervoirs domef. tiques qu’ils font faire, & qu’ils tiennent chez eux : ils ont coutume même de donner quelque chofe à l’agréable , lorfque leur aifance peut le leur permettre. Les feigneurs, par exémple, qui ont des hôtels dans Paris, ne fe contentent pas d’avoir quelques fontaines utiles, foit pour fournir de l’eau à la cuifine , à l’abreuvoir des chevaux , & quelques robinets pour les bains & les lieux d’aifances ; ils font encore bien aifes de voir leurs jardins décorés de quelques pièces d’eau , non-feulement de celles dont il a été queftion dans le quatrième article du chapitre précédent, mais encore d’un jet-d’eau, d’une nappe d’eau , & autres chofes femblables , félon que le volume d’eau qu’ils ont acheté eft plus ou moins confidérable. Après avoir donc donné la maniéré de faire les réfervoirs, il paraît néceifaire de continuer cette opération , en difant de quelle maniéré on peut faire la diftribution des eaux qu’ils contiennent. Cette diftribution ne laiife pas que de demander de l’intelligence de la part des plombiers; mais elle en exigerait beaucoup plus, s’il fallait qu’ils calculalfent la pefanteur des liquides , la friction des parois des vafes dans lefquels on les faitpalfer, & l’exa&e quantité de pieds, de pouces, de lignes, qu’ils perdent en hauteur à mefure qu’ils s’éloignent de leur fource 5 mais
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- on nrexige point d’eux ces recherches phyfiques. De mon côté je préviens1, que je n’irai pas au-delà de ce que me permet l’art que je traite s je me contenterai de renvoyer ,1e le&eur au Traité d’architedure hydraulique de M-Bélidor,où cette matière eft amplement traitée. Je me bornerai au travail du plombier, que je développerai en fix articles. Dans le premier , je parlerai de l’alïiette des tuyaux de conduite; dans le fécond, des robinets; dans le troifîeme, des fontaines; dans le quatrième, des jets-d’eau; dans- le cinquième, des nappes d’eau; & dans le fxieme, des cafcadesv
- Article premier.
- De P ajjiette des tuyaux de conduite en général.
- 266. Nous avons déjà parlé de quelques tuyaux , mais qui ne regardaient point du tout l’opération que nous traitons dans ce chapitre ; il s’agit ici des tuyaux de conduite. On entend par tuyau de conduite un tuyau principal , auquel plufieurs autres font joints pour distribuer & conduire aux endroits qu’on juge à propos l’eau contenue dans le réfervoir. On commence par pofer le tuyau principal.
- 267. 5- h dde P°fe du premier tuyau de dijlribution. Ce premier tuyau B fig. 1 , pl. XIII, doit entrer dans l’intérieur du réfervoir À , par l’ouverture que nous avons dit défaire pour le recevoir, dans le paragraphe qui traite de la conftru&ion de la charpente; & il doit monter jufqu’au milieu du réfervoir s à peu près jufqu’en A: il faut rattacher en-dedans du réfervoir,, ainfi que le trop plein ; mais on doit avoir le foin de fouder les clous tout autour des trous qu’ils font aux tables dans lefquelles on les enfonce. On fou de à ce premier tuyau d’autres tuyaux du même diamètre , pour le conduire en tel endroit qu’on veut. On peut joindre à celui - ci d’autres tuyaux plus petits ; cela fe fait en les embranchant l’un dans l’autre.
- 268. §• II. Delà maniéré d'embrancher les petits tuyaux de conduite dans les' tuyaux principaux. Lorsqu’on veut embrancher de petits tuyaux aux tuyaux principaux, on fait une ouverture à ces derniers, proportionnée au diamètre-de ceux qu’on veut leur joindre, & 011 les attache enfuite par des nœuds de foudure, ainfi „q,ue cela eft repréfenté en D. O11 afîïed enfuite fes tuyaux fur de la terre ou fur des cardons de pierre qu’on nomme gargouilles. PaiTons maintenant aux robinets, qui entrent pour beaucoup dans les conduites..
- A R T I C L. E. II.
- Des robinets.
- 269. On entend’ par robinet une clef faite pour donner ou fermer le palfage à toutes fortes de. liquides ,; comme on le voit en. G. Tout robinet
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- eft compofé de deux pièces de cuivre A , B, fig, 2,3 ,4 , G & 7 , qui entrent l’une dans l’autre. La partie B eft immobile ; la partie A au contraire , pu autrement le.bouchon , eft mobile : on peut le faire tourner du côté que l’on veut. Ces deux pièces font percées à jour dans un ou plufieurs endroits de leur circonférence , en telle forte que les eaux trouvent un paiTage lorfque les deux trous des deux parties du robinet fe rencontrent ou fe regardent; & au contraire , toute iifue leur eft bouchée lorfqu’ils font tournés d’un fens oppofé. O11 diftingue plufieurs fortes de robinets ; les uns font à une eau, fig. 2, les autres à deux, fig. 3 , les autres enfin à trois, &c. fig. 4. Ceux qui font à deux eaux ont deux branches C D, & le bouchon A n’a qu’un trou qui le traverfe,7%. 2. Ceux qui font à deux eaux ont trois branches E,F, G, fig. 3 , & leur bouchon a trois trous. Ceux qui font à trois eaux ont quatre branches H , I, K , L, & leur bouchon a quatre trous , fig. 4. Outre que ces robinets font extrêmement effentiels pour arrêter les eaux quand on veut dégorger des tuyaux, comme nous le verrons dans le chapitre fui-vant,ils font encore très - néceffaires pour la diftribution des eaux. Il arrive d’ailleurs fouvent qu’on veut faire fervir la même eau à plufieurs chofes différentes ; par exemple , à donner de l’eau, tantôt à une fontaine , tantôt à un jet-d’eau, tantôt aune nappe d’eau , &c. Cela ne peut fe faire que par le moyen des robinets qui bouchent le paffage à l’eau aux endroits où on ne la veut pas , & le lui ouvrent fucceftivement aux endroits où 011 defire qu’elle aille ; pour cet effet il faut qu’ils foient foudés aux tuyaux de conduite. Comme cela demande quelques explications, nous ne le renverrons pas plus loin.
- 270. §. I. De la maniéré de placer ces robinets en gêner al. Avant de fonder un robinet quelconque, il faut d’abord s’affurer de deux chofes : i°. s’il convient ; car on ne pourrait pas mettre un robinet de deux eaux où il en faut un de trois, & pareillement un de trois où il en eft befoin d’un de quatre;
- fi c’eft l’endroit le plus propre pour le placer , & où l’on ait le plus de commodité pour l’ouvrir ou le fermer.
- 271. §. II. Des circonfiances où l’on doit employer les robinets aune eau. On doit employer les robinets à une eau , ou autrement dit à deux branches C,D , fig. 2, lorfqu’on 11e veut faire aller l’eau qu’à un feul endroit, & qu’il n’y a par confisquent qu’un feul tuyau de conduite.
- 272. §. III. Des cas où il faut fie fervir des robinets à deux eaux. On doit fe fervir des robinets à.deux eaux, ou autrement dit à trois branches E, F, G , fig. 3 , lorfqu’on veut que l’eau aille dans deux endroits diftérens , & que par conféquent il y a deux tuyaux de conduite.
- ' 273. §. IV. Des circonfiancesoù il faut faire ufiage des robinets à trois eaux. On doit faire ufage des robinets à trois eaux, ou autrement dit à quatre
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- branches H, I,K,L, JorfqiTon veut que l’eau aille à trois endroits diffé-rens, & que par conféquent il y a trois tuyaux de conduite. Voyons à préfenü de quelle façon on les étame pour les fouder. (
- 274. §. V. De Cétamage des robinets. Tout robinet, avant d’ètre foudé, doit d’abord être étamé , c’eft - à - dire , blanchi avec de l’étain , afin que la foudure puiffe y prendre. Puifque l’étamage eft une chofe elï'entielle dans la foudure des robinets , il faut expliquer comment il fe fait. On a une lime ordinaire de ferrurier, avec laquelle on râpe le bout de chaque branche de la partie B ,fig. 2 , 2 & 4 , pour en enlever la fuperficie ; on y verfe enfuite de l’étain qui s’attache au cuivre , &le met parce moyen en état de prendre à toutes fortes de foudures.
- 27f. §. VI. Du foudage des robinets. Lorsqu’une fois les robinets , qu’on veut mettre dans une conduite , font étamés, on prend la batte ronde, & on amincit le bout du tuyau qui doit donner l’eau au robinet, pour le faire entrer dans une de fes branches; parce qu’il faut, autant qu’on le peut, ne point mettre d’obftacle au cours de l’eau , & que l’on en mettrait un très-grand, fi la branche du robinet entrait dans le tuyau fupérieur. Il faut faire tout le contraire à l’autre bout du robinet, par la même raifon ; il faut que la branche qui donnera l’eau , entre dans le tuyau inférieur. Pour cet .eifet on ouvre le bout de ce tuyau avec le tampon & le marteau ; quand le tout elt dans fà place , on fait un nœud de foudure à chaque côté du robinet que l’on vient de placer ; c’eft- à- dire , fi c’eft un robinet à deux branches G, D, fig. 2 , on en fera deux ; fi c’eft un robinet à trois branches E, F, G ,fig. 3 , on en fera trois ; fi c’eft un robinet à quatre branches H, I, K, L , fig. 4 1 on en fera quatre. Il faut pourtant remarquer ici qu’on fe fert quelquefois des robinets à trois ou quatre branches pour une feule eau : c’eft lorfqu’on veut la faire aller fucceflivement à plusieurs endroits différens ; alors les bouchons différent de ceux dont nous venons de parler ; ils font faits de telle façon que le bouchon du robinet à deux eaux bouche le paffage à l’une en l’ouvrant à l’autre , & que le bouchon du robinet à trois eaux , en donnant iffue à une eau , la bouche à deux autres, ce qui fait qu’on peut compter cinq efpeces de robinets. Nous avons vu la maniéré de faire ufagedes,uns & des autres: paffons aux fontaines.
- Article III.
- Des fontaines.
- 276. Les fontaines font ce qu’il y a déplus néceffaire dans une maifon ; le refte n’eft qu’agrément : c’eft aulli ce qu’011 commence à faire de l’eau qu’on Tome XIII. B b b b
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- a achetée & qu’on fait venir. On en diftingue de plufieurs formes : les unes lont des fontaines communes, les autres font un peu plus recherchées jil y entre des amortilfemens que les fondeurs en cuivre jettent ordinairementy mais dont les plombiers ne lailfent pas que d’en faire quelques - uns. Cela n’arrive pas dans Paris, où l’on eft obligé de diftinguer ce qui dépend de fon art, de ce qui n’en eft pas , quand il s’agit toutefois de quelqu’ouvrage con-lidérable ; & fi on ne le faifait pas , on pourrait y être forcé par juftice : telle eft la loi des maîtrifes. Mais dans les provinces, où l’on n’eft pas menacé de procès j attendu qu’on ne connaît pas toutes ces maîtrifes , les ouvriers étant moins nombreux, les plombiers un peu induftrieux y font fouvent fondeurs, & réunirent dans un leul ouvrage ce qui dépend de plufieurs arts.
- 277. §. I. Des fontaines ordinaires. On entend par fontaines communes ou ordinaires, celles qui font fans ornement. L’ouvrage qui concerne ici les plombiers, fe réduit aux tuyaux de conduite qui viennent en droiture du réfervoirde diftribution, ou qu’ils embranchent à un tuyau principal, comme on le voit en D , fig. 1 , pl. XIII. Ils les boudent comme nous l’avons dit plus haut ; ils les conduifent de cette forte dans une cour ou un jardin , en un mot à l’endroit où doit être la fontaine, en les alongeant par autant de tuyaux & de nœuds de foudure qu’il en faut pour y arriver : là ils redrelfent leur dernier tuyau de conduite, & l’élevent à proportion de la hauteur qu’ils veulent donner à leur fontaine , & que la vivacité de l’eau qui vient du réfer-voir le permet, eu égard à la force que perdent les liquides par la friétion qu’ils éprouvent des parois des vafes qui les contiennent. Au bout de ce tuyau de conduite , ils boudent quelquefois un bout de tuyau de fer ou de cuivre, quelquefois un robinet , quand on ne veut pas que la fontaine aille toujours. On en fait fur-tout beaucoup ufige dans les fontaines des cuifines , où i’011 n’en fait couler l’eau que lorfqu’on en abefoin , & pour la pure niccflité.
- • 278- §• H- Des fontaines un peu plus recherchées. Dans les fontaines un peu plus recherchées, ils ont coutume de jeter en moule (*) des placards qui repréfentent allez ordinairement une tète de lion , dans la gueule duquel ils mettent un petit tuyau de fonte pour former le jet. Ces fontaines fe voient ordinairement dans l’angle d’une cour. Pour celles qui font au milieu des cours, ils conduifent le jet au haut de la pyramide, & le font fortir en gerbe par le moyen d’un ajoutoir, ainfi qu’on le voit en k>fig. g, fem-blable à celui des jets dont il fera queftion dans l’article fuivant ; quelquefois ils enveloppent ce jet d’un globe de plomb ou de pierre de taille, qui eft en deux parties cimentées dans leur joint. Ils l’enferment hermétique-
- ( * ) Ces moules fe font ordinairement fur les lieux avec de la terre & des glaires d’œuf.
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- fument & le rendent invifible : alors ils flanquent quatre petits tuyaux de fonte dans le globe, & en font fortir quatre jets. Ces fontaines font aifez communes çjans les provinces : c’eft un avantage qu’elles ont fur Paris. On en voit fur-tout de très-belles à Clermont-Ferrand, qui font fournies par l’eau admirable qui vient dans un très - gros corps de conduite , d’une montagne voifine qu’on nomme Roy a. Il eft quantité d’autres formes qu’on peut donner aux fontaines, & qu’on ne peut pas rappellcr toutes ; nous nous contenterons de ce que nous en avons dit. Paflons aux jets-d’eau.
- Article IV.
- Dis jets - d'eau.
- 279. Il efi: ordinaire qu’après avoir fongé à l’utile, on donne quelque choie à l’agréable. Les jets-d’eau feront une nouvelle partie de diftribu-tion de l’eau que nous avons dans notre réfervoir; cela nous donnera oc-calion d’expliquer ce qui concerne, dans ces ouvrages, l’art du plombier. On entend par jet-d'eau, un grand balfin de pierre ou de marbre, qui eft horizontal à la terre, & d’où il fort une gerbe d’eau plus ou moins forte, qui retombe dans ce même badin, Elle s’élève à une hauteur plus ou moins grande, félon la hauteur de fa fource. Il y en a une quantité prodigieufe aux environs de Paris , dans les jardins & promenades publiques. Il y en a au Luxembourg, aux Tuileries, au Palais-Royal, &c. mais 011 ne les fait jouer ordinairement que le jour de Saint-Louis.
- 2go. §. I. De la ntaniere de faire Us jets-d'eau. Il faut que le plombier ait avec lui un maçon, & qu’il lui faife fous fes yeux creufer un badin H, fig. 1 , dans la terre, au milieu duquel 011 fait un petit folfé I où l’on pofe la petite boule d’où doit fortir le jet ou la gerbe d’eau, & dans laquelle 011 doit déjà avoir mis un bout de tuyau de conduite: on entend par-là qu’il faut que cette boule , qui eft ordinairement de pierre , foit creufe en-dedans. O11 foude enluite un autre tuyau au premier, pour le fortir hors du badin. On pofe un autre tuyau avec foupape, pour faire fortir les eaux du badin quand on voudra le nettoyer. On pave enfuite le baflin, & on le cimente de telle maniéré que les eaux n’en puilfent point fortir.
- 281. §• II. De la maniéré de fouder V ajoutoir du jet-d’eau. On entend par ajoutolr, ce morceau de cuivre par où la gerbe d’eau palfe, & qui eft à l’extrémité du tuyau de conduite, fig. 1 & 7. On fuppofe qu’011 veuille fouder l’ajoutoir K , fig. 7,8 & 9 > on fait à ce fujet ce qu’on a fait par rapport aux robinets, c’eft-à-dire, on le lime & 011 l’étame de même ; 011 y ver fe en-fuite la foudure, quiy prend ainfi que fur du plomb gratté, & l’attache au tuyau de conduite D, dans la forme qu’on le voit fig. 7 & 8. On remarquera
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- ici que, par rapport aux ajoutoirs, il ne faut pas obferver ce qu’on a dit â l’égard des robinets ; il ne faut pas que le tuyau entre dans l’ajoutoir, comme cela devrait fe faire fi 011 ne voulait pas gêner le cours de l’eau ; il faut au contraire faire entrer le bout de l’ajoutoir dans l’orifice du tuyau , par la raifon que plus l’eau trouve de difficulté à fortir d’un vafe où elle eft vivement prel-fée, plus elle jaillit avec force & rapidité. C’eft pour cette raifon qu’on fait Forifice des. ajoutoirs même fi étroit.
- 282. §. III. De la continuation du foudâge des tuyaux de conduite. On reprend la conduite au bas du baffin, c’eft-à-dire, on foude un tuyau à celui qu’on a déjà pofé , toujours en faifant un nœud de foudure entre les deux, & faifant entrer le tuyau qui doit donner l’eau, dans celui qui la reçoit. On continue ainfi jufqu’à l’endroit où l’on veut prendre l’eau. Cela peut fe faire de deux maniérés, ou en conduifant le tuyau jufqu’au réfervoir, en telle forte qu’il n’ait point de communication avec les autres conduites , 8c qu’il en foit féparé j ou en l’embranchant à la première conduite de la fontaine dont nous avons parlé plus haut: alors il faudra fe fervir d’un robinet à une eau , fig. 7 j l’embranchement des tuyaux en fera plus aifé.
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- Des nappes d'eau.
- 283. On entend par nappe d’eau, un jet ou plufieurs jets de fontaine, dont la chûte eft brifée. Il y en a de plufieurs façons : les unes forment uii éventail, les autres tombent en forme ovale, comme on le voit fig. 8 & 9. On peut en former une troifieme partie de diftribution. Rien n’eft plus commun que les pièces d’eau dans les parcs de Verfdilles & de Marly : on peut prendre là les plus beaux & les plus riches modèles que l’on puilfe imaginer. Le travail eft le même que celui des fontaines ordinaires & des jets - d’eau , quant à ce qui regarde la pofe des tuyaux i toute la différence qu’il y a , c’eft qu’on fait tomber le jet ou la gerbe d’eau fur un baffin peu profond & prefque plat, qu’011 voit en L, fig. 8 & 9 , que les plombiers jettent quelquefois en moulei9 lorfqu’il n’y a perfonne pour les faire dans l’endroit, & qu’ils font en plomb ; ils les font faire quand ils font fimple-meiit en pierre ou en marbre. L’eau brilee par ce baffin , jaillit tout autour dans un baffin inférieur M, qui la rend dans un troifieme baffin N, par deux endroits O , P. Ce troifieme baffin doit avoir un trop plein Q_,qui, toujours ouvert , donne pafiage à une quantité d’eau égale à celle qui tombe dans le
- baffin n. . ; i:
- .,284. §• I. De Vavantage que les bafijins de plomb ont fur les bajjins de marbre.
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- L’avantage que les baftins de plomb ont fur les derniers , c’eft qu’ils peuvent être bronzés & enrichis d’une croûte d’or qui leur donne un éclat infiniment fupérieur à celui du marbre : c’eft de cette façon que font travaillés quantité de baftins & de ftatues qui décorent le fuperbe parc de Verfailles. Mais un mélange de l’un & de l’autre fait un très - bon effet; c’eft pourquoi la magnificence qui régné à Verfailles n’a pas fouffert qu’on le négligeât.
- Article VI.
- Des cafcades.
- 28 f. On peut encore divifer fon eau en d’autres pièces d’eau qu’on nomme cafcades, qui ne [aillent pas que de faire un très-bel effet. Nous en dirons quelque chofe, pour décrire en quoi& de quelle maniéré les plombiers font employés à ces fortes de pièces d’eau pour les faire aller: elles formeront une quatrième partie de diftribution. On entend par cafcade , une grande quantité d’eau qui defcend du haut d’une élévation un peu confidérable avec rapidité, & tombant fur plufieurs petits rochers ou efcaliers de maçonnerie , eft brifée en une infinité d’endroits. Les plus belles étaient à Marly. Il y en avait une fur-tout qui furpalTait toutes les autres, qui était derrière le château: elle formait une riviere entière , qui, en fe précipitant de fort haut fur foixante-trois marches ou degrés de marbre, formait des nappes d’eau d’une beauté que rien n’égalait en ce genre-là. Le tems & le féjour que Louis XV a fait à Paris pendant fa minorité , ayant été caufe du dépériifement de ce fuperbe morceau , & les fommes qu’il aurait fallu pour le rétablir & pour l’entretenir étant trop confidérables , on prit le parti de le détruire : en place de cette cafcade on y a mis, en 1728 , un grand tapis de verdure. Mais il y en refte encore de très - belles , telle que la cafcade ruftique , qu’on nomme ainfi parce qu’elle eft dans un bofquet: elle tombe d’une fontaine rapide , au hauc de laquelle il y a un grand balfin qui en porte un fécond de métal doré, foutenu par trois Tritons. Au haut de la cafcade , il y a un Fleuve & une Naïade de marbre blanc. Les deux tablettes de la rampe de cette cafcade font ornées de fix ftatues de marbre blanc , pofées alternativement entre quatre vafes de métal doré. Il y en a auiîi à Verfailles qui ont leur mérite , telle que celle de l’allée d’eau. Il ferait impoftible d’en faire d’auflï belles de la petite quantité d’eau qui eft contenue dans un réfervoir de particulier ; mais cela n’empêche pas qu’on n’en puifle faire quelques - unes qui aient leur prix , & qui décorent auiîi bien leurs jardins ou leurs cours , que celles dont nous venons de parler accompagnent les beautés de Marly ou de Verfailles, parce qu’ils font moins grands que les parcs de ces fuperbes maifons royales. D’ailleurs, il
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- fés L'ART DU PLOMBIER
- n’eft pas néceffaire qu’elles aillent toujours, & on peut quelquefois leur faire palier une grande quantité d’eau, en leur réunilfant celle de tous les autres endroits.
- 286- §• I. De la maniéré de les faire. Il faut que le plombier monte Tes tuyaux à la hauteur du lieu où la cafcade qu’on veut faire doit être établie ; enfuite il doit les couvrir par un balîin de marbre ou de plomb qu’il pourra jeter dans des moules faits exprès ; ce balîin doit être percé dans le milieu & plat , afin que l’eau fortant par le tuyau, fe répande de côté & d’autre fur des degrés de pierre de tailie ou de marbre, & fuive la chute qu’on lui prefcrit pour opérer l’effet dont nous venons de parler.
- 287. §• If De la maniéré de faire jouer les fontaines , les jets - d'eau , les nappes d'eau & les cafcades. Il faut favoir premièrement fi toutes ces pièces d’eau doivent aller à la fois, ou fi 011 ne veut en faire aller qu’une feule, & les autres tour, à-tour, quand on le juge à propos. Si 011 a une fuffifante quantité d’eau pour qu’elles aillent toujours, il n’y aura rien à faire , finon qu’à lailfer couler l’eau qu’on a deftinée à chacune d’elles. Si, au contraire , on n’a qu’une eau, & qu’on veuille la faire aller tantôt à la fontaine A , fig. 8 & 9 , tantôt aux jets - d’eau E , F , G ,fg. 1 , & tantôt à la cafcade , il faudra avoir recours à des robinets dont le bouchon foit fait de telle façon qu’il ferme le paflage à l'eau d’un côté, & le lui ouvre en même tems de l’autre. Quand on voudra l’eau à la fontaine , on donnera l’eau au tuyau qui l’y conduit, en tournant le bouchon du robinet d’un certain fens, & de même par ra'pport aux jets - d’eau & à la cafcade. On fera cette opération toutes les fois qu’on voudra changer le cours de fon eau : c’elt, fans contredit , le plus grand avantage que puiffent procurer les robinets. A préfent que nous venons de voir de quelle façon fe fait l’aflîette des tuyaux de conduite dans la terre , qu’ils flanquent de différentes maniérés, paifons au dégorgement de ces mêmes tuyaux.
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- CHAPITRE XII.
- De la réparation des tuyaux des rues & autres tuyaux de conduite.
- 288- Quelque attention qu’on apporte à réparer tous les défauts qu’on apperçoit aux tuyaux avant de les mettre en place, il ne laiffe pas d’arriver de tems en tems qu’il fe fait des ouvertures par où l’eau s’échappe ; elles font quelquefois occafionnées par la gelée, d’autres fois parce qu’il fe trouve aux tables dont on fait les tuyaux, ou à ceux qui font jetés dans les moules, des parties
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- minces qui ne peuvent fupporter la charge de l’eau qui fort des refervoirs fort élevés ; enfin il fe rencontre des défauts de foudure & des engorgemens de corps durs qui percent les tuyaux. Dans tous ces cas, on s’appercoit que les jets-d’eau & les fontaines ne fourniifent plus la quantité d’eau qu’ils donnaient auparavant; on eft alors obligé , i°. de vifiter les conduits, pour découvrir où font les fradures & les pertes d’eau , & y remédier ; 20. d’y faire les réparations qui font néceffaires pour les mettre en état. Nous traiterons ces deux opérations en deux articles difFérens, qui partageront tout ce chapitre.
- Article premier.
- Des moyens de découvrir les endroits des pertes d'eau.
- 289. Il y a plufieurs moyens de le faire, foitpar le fecours des gargouilles , foit par les regards, foit par les fouilles.
- 390. §. I. Premier moyen. On nomme proprement gargouilles , des conduites de pierres de taille qu’on met au haut des bâtimens pour recevoir l’eau des grands combles ; mais les plombiers ont encore donné ce nom à un cordon fouterrein de pierre de taille , qui eft creuféen forme de gouttière , & cimenté dans fes joints pour recevoir leurs tuyaux. Tous les tuyaux qui viennent de la pompe du pont Notre - Dame, & qui entrent dans les différentes conduites des fontaines de Paris , font pofés fur ces fortes de gargouilles, pour empêcher l’eau de percer dans les caves 8c la faire jaillir entre les pavés. En effet, ne lui donnant aucun paflage en-deifous, elles l’obligent à monter: ce qui eft très-propre à faire appercevoir les endroits des pertes d’eau , quand il arrive quelques fractures aux tuyaux. Le plombier n’a befoin que de fuivre 8c examiner avec attention le chemin ou les rues fous lefqueîles les conduites paffent ; il trouve bientôt où elles font en défaut; alors il doit s’y arrêter & les réparer , comme nous le dirons dans la fuite. Mais il eft plus difficile de découvrir le lieu de la fra&ure , lorfque l’eau pouvant couler dans l’intérieur de la terre, ne fe manifefte pas à la fuperficie ; alors il faut avoir recours à un fécond expédient.
- 291. §. II. Second moyen. Quand on ne fàurait appercevoir les lieux où les tuyaux fuient, il faut vilîter les regards : c’eft le fécond moyen qu’ont les plombiers de découvrir les endroits du défaut de leurs tuyaux. On commence par les ouvrir. Les plombiers, quand ils vont faire ces fortes d’ouvrages , portent toujours avec eux plufieurs pinces de fer, dont l’une eft ordinairement plus crochue que l’autre ; ils fouîevent avec celle-ci la trape du regard ; enfuite avec les pinces, c’eft-à-dire, avec les deux enfemble, on la fait gliffer fur le pavé pour l’enlever entièrement de deffus le regard. Quand le regard fera tout-à-fait ouvert, on mettra en décharge le robinet, c’eft-à-dire , on en retirera la
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- clef ; & fi le tuyau eft bon jufqu’à cet endroit, l’eau fortira avec force ; alors 011 la remettra ;on fermera ce premier regard , & on palfera à celui qui vient après, qu’on ouvrira comme le premier, pour y faire la même opération.
- 292. §. III. De. ce qu'il faut faire quand il ny a point de robinets dans les regards. Il eft très - facile de mettre un tuyau en décharge lorfqu’il y a des robinets , pour (avoir s’il eft bon jufques - là ; mais comme il n’y en a pas toujours ,il arrive fouvent qu’on ne peut point y avoir recours , & qu’on eft par conféquent forcé de (è fervir d’un autre expédient. Lors donc qu’il 11’y aura pas de robinet, il faudra, pour y fuppléer, faire une ouverture au conduit.
- 293. §• IV-. Ouvertures qu'on fait au défaut de robinets. Elles fe font en enlevant une plaque de plomb de la largeur du diamètre du tuyau & d’environ huit pouces de long, que l’on trace d’abord avec le tire-ligne, qui, prelfé contre le tuyau , lui fait une premier entaille ; on finit enfuite de couper cette plaque de plomb avec le couteau & la batte ; par ce moyen l’on met une partie de dedans du tuyau à découvert. Si le tuyau eft plein d’eau à cet endroit, & qu’elle y ait un libre cours, c’eft une preuve que le tuyau eft bon jufques-là. Il faudra palier au troifieme regard j mais il arrive iou-vent qu’il 11’y en a pas, & que la perte d’eau fe trouve dans cette partie de la conduite. Il faudra encore recourir à un troifieme moyen , qui eft le dernier de tous , & dont on ne doit ufer que dans la derniere nécellité.
- 294. §. V. D'un troifieme moyen de connaître ou efi Vendroit des pertes d'eau, Lorsqu’enfin il fera impoftible , par les expédiens que nous avons donnés plus haut, de découvrir les endroits des pertes d’eau que les conduites éprouvent, il faudra en venir aux fouilles. Ce que les plombiers entendent par fouilles, ce font des foliés qu’ils font à l’endroit à peu près où il eft poffible de préfumer que l’eau fuit. On voit par-là qu’il doit arriver fouvent de leur en voir faire beaucoup au hafard & de très-inutiles, parce qu’il eft im-poffible que cela foit autrement, à moins d’avoir les yeux de l’hydrofcope de nos jours ( f ) , fur - tout quand les conduites font fans regards , comme il y en a plufieurs, ou qu’il y a très-loin d’un regard à l’autre.
- 29 y. §. VI. Des fouilles ou desfoffés qu'on doit ouvrir au défaut des regards. Les fouilles ou les foliés qu’on fait ordinairement dans ces cas-là, font de quatre pieds de long, fur deux pieds de large. On porte avec foi une beclie pareille à celle dont on fe fert pour labourer le fable du moule , comme nous l’avons dit dans le fécond chapitre ; on porte en outre une pince, avec la-
- ( 5 ) On a nommé hydrofcopes ces hor- tout le monde que pour lui, & qui parla loges d’eau en ufage autrefois. Il s’agit ici crédulité de bien des gens a renouvelle en d’un charlatan qui prétendait voir couler France des fcenes pareilles à celles que l’eau au travers de la terre, opaque pour Jacques Aimar y donna autrefois.
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- quelle on enleve les pavés des rues ou les pierres. On creufe le foffé avec Ix pioche & la beche jufqu’à l’endroit où l’on s’imagine qu’cft à peu près le tuyau. Il faut prendre garde de ne pas l’atteindre avec la beche ou la pioche , crainte de le crever ; il faut, pour cet effet, fouiller aux environs pour tâcher de découvrir pofitivement où il eft. Quand on l’a dégagé en entier, on l’ouvre comme nous venons de le dire. Quand on n’a pas, cette première fois, rencontré le défaut de la conduite, pu recommence d’autres foliés de la même maniéré, en aufiî grande quantité qu’il eft néceffaire, jufqu’à ce qu’on ait trouvé l’endroit défectueux. Voyons à préfent les réparations que les plombiers doivent y faire.
- Article II.
- Des operations nécefaires pour mettre les tuyaux en état„
- 29 6. Lorsqu’une fois on a, par les moyens que nous avons indiqués ci-* deffus , trouvé l’endroit de la fraCture des tuyaux où il fe fait des pertes d’eau , il faudra faire les réparations qui font nécelfaires pour les mettre en état de refervir & de reconduire l’eau où il en eft befoin. Ces réparations confident 1°. à tirer l’eau des foliés qu’on a ouverts} 2%. à dégorger les tuyaux} 3 e. à les refouder dans l’endroit de leurs fraCtures } 4°. à recombler les foliés qu’on a faits.
- 297. §. I. De la façon de retirer l'eau des fojfis. Les fraCtures qui fe font faites au tuyau que l’on veut réparer, laiffent échapper beaucoup d’eaux il eft ordinaire que les folfés que l’on faitfe remplirent d’eau à une certaine profondeur : cela arrive fur-tout lorfqu’on eft dans la nécelfité d’ouvrir le conduit, dont il fort prefque toujours une eau allez confidérable. Comme elle nuirait à l’ouvrier, il faut qu’il commence par l’en retirer, afin qu’elle 11’em-pêche pas l’opération qu’on y croit néceffaire : il eft une faqon de le faire. On a ordinairement un feau , avec lequel en puifera l’eau qui s’eft répandue dans le folié qu’on a fait, & onia retirera pour le jeter dans le ruilfeau de la rue. Si alors le tuyau de conduite 11’a befoin que d’être foudé en quelqu’endroit, n’ayant 'qu’une petite fracture, il n’y aura qu’à la boucher limplement avec de la foudure.} fi au contraire, outre cette fraCture, le conduit avait befoin d’être dégorgé, il faudra s’y prendre de la maniéré qui fuit.
- 298. §. II. De la façon de dégorger les tuyaux. Comme ce qui eau fe l’interruption de l’eau n’eft pas toujours une fuite d’eau , & qu’elle provient quelquefois d’un engorgement de tuyau, occafionné ou par des queues de renards, qui eft une longue traînaffe de racines, formée avec le tems dans la conduite, ou par le limon que l’eau y a dépofé, il fera néceffaire d’em-
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- ployer, pour les dégorger, plufieurs inftrumens dont les plombiers ollt coutume de fe fervir. Nous commencerons par le tampon, puifque c’eft le premier dont ils fa fient' ufage.
- 299. §. III. De L'emploi du tâmpon. Ce que les plombiers appellent tampon, eft un bouchon de bois plus ou moins gros , qii’ils adaptent à l’orifice du tuyau qu’ils veulent dégorger , & avec lequel ils le ferment hermétiquement. Il reffemble à peu près à une clef de cuve un peu confidérabîe : ils en ont un certain nombre ; mais ils ne conviennent pas tous à tous les tuyaux : ils prennent celui qui y va le mieux; enfuite ils l’enveloppent de chanvre, & par-là ils ont la facilité d’augmenter ou de retrancher fa groft-leur félon que cela eft nécelfâire , quelquefois même ils l’entourent d’un torchon , quand le tuyau eft d’un fort diamètre. Après qu’ils l’ont ainfi di£ pofé, ils l’enfoncent dans le tuyau avec la batte, pour qu’il le bouche tout-à-fait. L’effet de cet infiniment eft de réunir une grande quantité d’eau dans le tuyau que l’on veut dégorger, en lui fermant toutpaflàge, afin qu’en le retirant après un certain tems , les eaux ainfi accumulées fortent avec force , & entraînent tout ce qui fe rencontre fur leur paffage ; mais ce moyen ne-leur réuffinpas toujours: quand le tuyau eft plein, & que l’eau n’a pas la. facilité de s’y introduire, parce que tous les paifages lui font bouchés , elle n’acquiert jamais atfez de vivacité pour opérer cet effet : de là vient qu’on eft obligé de recourir a un autre infiniment qui pénétré dans le dedans du tuyau, & qu’on nomme la fonde.
- 300. §. 1V\ De Cemplài de la fonde. Noirs avons déjà parlé de deux fondes pour le dégorgement des tuyaux de maifons;mais la fonde des fontaines ne leur reffemble pas : elle eft tout-à-fait différente. Celle-ci eft faite de plufieurs baguettes de fer, groffes environ comme le petit doigt, & unies l’une avec l’autre par deux anneaux qui entrent l’un dans l’autre. Au bout de cette fonde eft un tire-bourre pour arracher tout ce qui fe trouve à fon paffage. Elle n’eft point embarralfante , parce qu’on peut la plier fort aifément : on la met* quand on veut, fous le bras. On voit par-là qu’il eft très - facile de la porter d’un lieu à un autre, & par-tout où l’on peut en avoir befoin.
- 501. §. V. De La façon de s’en fervir. Quand il y a des robinets aù-deffus des regards ou des foffés qu’on a faits, on commence par les mettre en décharge, c’eft-à-dire, par détourner l’eau qui pafîait par le tuyau qu’on veut fonder, en lui donnant un autre chemin ; ou s’il n’y a point de robinet * il faudra boucher avec le tampon ou autre chofe l’entrée du tuyau , afin que l’eau n’y paffe pas , & 11e gène pas l’ouvrier. Quand donc le foifé fera affez vuidé pour que l’on puiffe y travailler, & qu’il n y viendra plus d’eau,, on fera entrer la fonde dans le tuyau par fon tire-bourre. Cette opération demande de l’adrefte : on doit avoir l’attention de la tourner toujours du
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- meme côté quand on renfonce, & du coté contraire quand on la retire. On doit faire cela avec un peu de force, mais eu même tems avoir grande attention de ne pas crever le tuyau avec le tire-bourre de la fonde. Il faut que le poignet fente quand la direction qu’on lui donne eft droite ou faillie ; lorfqu’on s’appercevra qu’elle eft prife à la queue de renard ou au limon qui engorge le conduit, alors on la retirera à foi, pour entraîner avec elle ce qui bouchait le palfage de l’eau : on y reviendra à plufieurs fois , après quoi l’on remettra la clef ou la poignée du robinet qu’on avait enlevée pour le mettre en décharge, & l’on bouchera en outre par le moyen du tampon le dedans du tuyau du côté qu’il a été fondé : on îailfera remplir le tuyau; on retirera enfuite le tampon; le refte du limon, que la fonde n’a pu emporter, étant chargé par l’eau, fortira par l’ouverture qu’cn 3. faite au tuyau en forme de longs boudins ; & le tuyau étant entièrement dégorgé, l’eau reprendra fon cours. Si cela ne fuffit pas , il faudra ufer d’un troifieme inftrument qu’on nomme le Jîphon , que tout le monde connaît, pour précipiter le cours de l’eau, & forcer tous les obftacles qui fe rencontrent en fon chemin.
- 302. §. VI. De l'emploi du Jiphon. Le fiphon s’emploie aulîî pour le dégorgement des tuyaux. Voici comment cela fe fait. On fuppofe, par exemple, qu’on veut dégorger le tuyau d’une cuvette de conceffion ; on plonge dans l’eau du réfer voir les deux branches rdnverfées, c’elf-à-dire, de telle maniéré que l’eau punie y entrer & en remplir la concavité ; 011 les redrelfe enfuite «11 bouchant avec les deux pouces l’orifice de chacune de ces deux branches : on pofe la plus courte, c’eft-à-dire, la branche dans le réfervoir,& l’autre dans le tuyau de la cuvette de conceffion en même tems , en retirant les doigts qui tenaient l’eau qui eft dans le lîphon : l’eau du réfervoir , preifée par le poids de l’air ,chalfe bientôt, en prenant fa place , la première eau qui eft entrée dans le fiphon, qui ne trouvant point d’obftacîe , & vivement pouflee par la colonne d'eau qui la fuit, fè précipite dans le tuyau; ainfî de fuite. Par le moyen de ces fiphons on peut faire monter l’eau à 33 pieds: par-là on voit qu’il doit y avoir des fiphons de plufieurs grandeurs , qu’011 emploie félon qu’on veut forcer une eau plus ou moins. Les plus grands ne peuvent fe plonger dans le réfervoir j il faut les remplir d’eau d’une autre maniéré, parce que cela eft abfolument nécessaire pour les faire jouer. O11 renverfe également une partie dans ceux - ci comme dans les autres ; enfuite on a une cruche pleine d’eau , 011 la verfe dans ces fiphons jufqu’à ce qu’elle les ait remplis d’un orifice à l’autre ; le refte fe fait à la maniéré ordinaire. Quoi qu’il en foit, l’eau ainfi forcée fort bientôt à l’antre bout du tuyau avec tant de précipitation , qu’il eft impoflîble qu’aucun obftacle lui réfifte : elle entraîne tout avec' elle , & le dedans >du tuyau devient net pomme la
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- main. Il s’agît à préfent de reîouder les ouvertures qui y ont été faites, & de "remettre toutes chofes comme elles étaient auparavant.
- 303. §. VII. Des outils nécejffaires au rejoudage des tuyaux. Les plombiers-ont coutume d’apporter avec eux un fac rempli de differetis outils dont ils. peuvent avoir befoin, parmi lefquels if y a un grattoir, un fer à fouder, un porte - foudure , c’eft-à- dire , un quart de coutil qu’ils plient en quatre, & qu’ils attachent au cordon de leur fac. Il leur faut encore un petit fourneau,, une marmite, & un polaftre. Le fourneau eft d’une tôle forte : on y allume du charbon i il eft échancré à trois endroits ; ces échancrures font pour fou-tenir le fer à fouder qu’on y fait chauffer : il a un anneau, par lequel on le prend. La marmite eft de fonte de fer j elle eft à trois jambes : elle a une anfe pour la prendre ; c’eft dans cette marmite qu’on fait chauffer la foudure.
- ^ 04. §. VIII. Dupolaflre, & de fan-utilité. Le polaftre eft: de fer ; ce font deux bandes , attachées avec deux clous , qui s’ouvrent & fe ferment de même* On l’applique fur le tuyau, qu’il embraffe : on le remplit de charbons allumés , pour fécher le dehors des tuyaux, afin que la foudure y prenne mieux* Voilà à quoi il fert.
- 305. §. IX. De la façon de refouder l'ouverture faite aux tuyaux. On commence à remplir de foudure la marmite, & 011 la met fur le fourneau : 011 en allume le charbon avec le foufHet ; un autre ouvrier defcend dans le folfé-avec l'échelle il commence à écailler ou gratter le tuyau tout autour do l’ouverture qu’on lui a faite : il coupe une plaque de plomb de fa longueur & de fà largeur, qu’il écaille également tout autour ; il l’applique en fuite à l’endroit qui lui eft deftiné. Il faut d’abord qu’il ait la précautiou de faire ,fécher le tuyau avec de polaftre, qu’il applique deffus, après l’avoir rempli de braifej il l’enleve enfuite', & Verfe de la foudure fur le tuyau échauffe par le polaftre, tout autour de l’endroit qu’il a écaillé, & de la plaque de-plomb ’qu’il y a Ipofée; il retient, par le moyen de fou outil qu’il a daus une main, de la foudure qu’il y verfe ; de d’autre main il la frotte de poix* réfine, & y paffe enfin le fer à fouder ,pour finir de rendre fou ouvrage plus ‘correèt
- 306. § X. Façon dereoombkr les foffés. LORSQUE l’eau a repris fon cours., & que le tuyau eft fondé , on enleve la foudure qui eft inutile, qu’on remet dans la marmite à refondre* avec-celle qui y eft reliée. On met le-foffé à fec > on place de la terre autoundujtuyau j enfuite on achevé de combler le folié'» & les payeurs réparent la rue. On a foin qu’il ne fe rencontre aucune pierre au-detfous ou autour du tuyau que l’on recouvre, afin de ne point l’endommager en achevant d’êmplirle foffé. On a enfuite le foiii d’ailer remettre la clef ou vla poignée du robinet, afin de redonner le cours à l’eau , & l’on replace la trape du regard. Ce. ferait ici le lieu dé„ dé tailler-en grand la m&»
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- lîicre de nettoyer les différentes efpeces de réfervoirs ou pièces d’eau , dont nous avons fait mention dans le chapitre précédent ; mais nous en avons déjà dit quelque chofe ; nous ne le répéterons pas. Il eft vrai que ce détail aurait; pu être utile, fur-tout pour les fontaines compliquées , les jets - d’eau, &c. Mais on eft obligé d’omettre beaucoup de chofes, pour ne pas faire un ouvrage trop étendu; d’ailleurs il ti’eft pas d’ouvrier, un peu verfé dans fou état, dont l’intelligence ne puifle fuppléer aifémenx à tout le refte. PafToiis maintenant au raffinage.
- «« ...
- CHAPITRE XIII.
- Du raffinage des cendrées de plomb & de foudure.
- ?°7* Comme Ie raffinage a été imaginé pour revivifier toutes les parcelles de plomb que l’on a pu faire dans le courant d’une année, ainfi que tout ce qui s’eft décompofé dans les fontes qu’on en a faites , nous avons cru qu’il était à propos de remettre à parler de cette opération dans les derniers chapitres de cet ouvrage; c’eft pourquoi nous nous hommes contentés d’avertir en plufieurs endroits qu’il fallait ramaffer les balay.eures de l’attelier , ainfi que les cendrées ou écumes qu’on retirerait des fontes de plomb par le moyen de l’écumoire : c’eftici le lieu de décrire cette opération. D’abord par raffinage on entend la façon de revivifier des parties de plomb décompofées, qui ont perdu leur phlogiftique, & font devenues en .forme de chaux , ce que les plombiers -appellentproprement craffis. Ce travail confifte en quatre chofes principales ; -j °. à laver ces fortes de cendrées ; z°. à les jeter'dans le creufet ; f3. à les ^recevoir à mefure quelles fondent ; 40. à les couler dans des lingotieres ; car des plombiers raffineurs s’en fervent , comme nous le verrons à la fin de ce chapitre. Après ces opérations, les cendrées de plomb revivifiées, dégagées de tous corps étrangers, & ayant repris le phlogiftique qu’elles avaient perdu , Torment un nouveau plomb propre à être employé à toutes fortes d’ouvrages. -On en Tait autant des cendrées qui proviennent des fontes de foudures ; mais nous n’en parlerons pas en particulier. Comme ce travail eft lemême‘de part & d’autre, nous nous contenterons de donner la maniéré dé revivifier les premières cendrées. Nous diviferons ce chapitre en quatre articles, pour traiter féparément les 'quatre différentes opérations- que nous venons de défi, gner à ce fujet. r
- Article premier.
- ' ^ " Du lavage des cendrées.
- 308. Nous allons détailler comment cela fe fait; mais avant il convient
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- de commencer par donner la defcription des outils qu’on doit fe procurer pour ce premier travail.
- 305». §. I. Des uflmfiks nêcejjai res pour le lavage des cendrées. Il faut quatre tonneaux, une fébille & une truelle; trois de ces tonneaux ne doivent être défoncés que d’un côté, & le quatrième doit Pètre des deux côtés : il faut qu’ils l'oient tous à peu près delà même grandeur; on acoutume de les prendre de trois pieds & demi de haut, & de deux pieds de diamètre. O11 commence par remplir les trois premiers d’eau qu’on va cherchera la riviere, ou qu’on tire d’un puits ; comme il faut beaucoup d’eau , il eft néceffaire d’avoir ou la riviere ou un puits à la portée de l’attelier. C’eft dans ces tonneaux que les plom-biers-raffmeurs lavent leurs cendrées ; ils fe fervent de ces trois tonneaux pour les paffer par trois eaux différentes; le quatrième qui eft défoncé des deux bouts, eft deftiné à recevoir & à égoutter les cendrées ; c’eft pourquoi l’on doit faire enforte qu’il foit placé à côté d’un petit canal ou ruiifeau , par lequel les eaux que rendent les cendrées lavées , puiifent s’écouler.
- 310. §. II. Delà maniéré de feJervir de ces uflenjiles. Il faut être quatre ouvriers ; le premier amoncelé à côté de lui les cendrées qu’il veut laver, pour les avoir à fa portée ; enfuite prenant la iébilie ou jatte de bois qui a un manche perpendiculaire par lequel on la tient, il la remplit à moitié de cendre, & la plonge dans le premier tonneau , où elle fe remplit d’eau : il remue le tout avec la truelle, qui relfemble à celle des maçons. Les charbons ou la terre qui fe trouvent mélangés avec les miettes de plomb qui relient encore en nature , s’en iéparent, ainfi que de celles qui ont été décompofées dans les fontes , & nagent fur la furface de l’eau qui ell dans la fébille : on les fait tomber dans le tonneau avec la truelle. Quand une fois ils en ont été enlevés, on penche la fébille fur un côté, & 011 en fait tomber l’eau même doucement: 011 trouve au fond le plomb qui s’y eft précipité, étant dégagé des corps étrangers plus légers que lui. Le premier ouvrier fait enfuite palier cette fébille à celui qui eft à côté de lui ; il la prend & la plonge de nouveau dans l’eau du fécond tonneau qu’il a devant lui ; il la remue de même avec la truelle, & en ôte de nouveau les corps étrangers plus menus que les premiers1, qui s’élèvent pareillement fur lalürface de l’eau qui eft dans la fébille, en les faifànt tomber dans fon tonneau. Il donne enfuite fa fébille au troifieme , qui fait la même opération : il finit de laver les cendrées dans une eau nouvelle que contient le troifieme tonneau, & de les purifier de toutes les matières étrangères. Il vuide fa fébille, comme nous l’avons déjà dit, & il trouve au fond une cendre de plomb qui relfemble à du terreau ; il la donne à un quatrième ouvrier, qui fait tomber cette cendrée dans le quatrième tonneau qui eft devant lui, & qui 11’ayant poiut de fond , donne paffage à l’eau que fuent ces cendrées ; cette eau coule dans un ruiffeau qui la conduit dans ia rue. Le premier ouvrier prend
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- de nouvelles cendrées ; & après les avoir lavées, il les pafle aux autres laveurs, ce que l’on continue jufqu’à ce que toutes les cendrées foient lavées. Comme ce lavage eft abfolument nécelfaire avant de les revivifier, on eft dans Pillage d’employer un jour, ou plusieurs lorfqu’un ne fuffit pas,à faire cette opération préliminaire. On vuide les tonneaux quand l’eau eft trop lalej & par cette rai- > Ion le premier tonneau doit être vuidé plus fouvent que les autres, parce que les matières qu’on y lave font plus chargées d’ordures. On 11e fait aucun ufage du charbon qui le trouve au fond de ce premier tonneau ; on jette le tout dans une cour, où l’on en forme un tas pour l’enlever lorfqu’on en a une quantité, & le porter aux lieux où cela eft convenable. Chaque fois qu’on vuide ces tonneaux , on a loin de les remplir d’une eau nouvelle, afin de les avoir tout prêts a recommencer l’opération que nous venons de décrire. Les plombiers -doivent, comme nous Pavons dit, avoir grand foin de ne pas mélanger les écumes des foudures avec celles du plomb, pour ne pas perdre de Pétain en les mêlant avec du plomb, & ne pas aigrir le plomb qu’ils retirent de leurs cendrées, par l'alliage de l’étain. Le plombier - raffineur doit pareillement en fort particulier avoir le foin de ne pas mélanger les cendrées de foudure avec les cendrées qui proviennent du plomb. Lorfque les ouvriers ont lavé toutes leurs cendrées de plomb & qu’elles ont allez fué, ils doivent les retirer du qua- > trieme tonneau , où elles ont été jetées pour rendre leur eau , & en former un tas dans un coin de Pattelier , où ils foient à portée de les prendre pour les verfer dans le creufet & procéder à l’opération du raffinage que nous décrirons dans l’article fuivant. Ils prennent enfuite les cendrées qui proviennent des fontes des foudures, où il y a les deux tiers d’étain , & ils les lavent comme celles de plomb ,ainfi que nous venons de le dire ; ils les font également paffer par 1 trois eaux : ils les mettent égoutter dans le quatrième tonneau & les en enlèvent pour les travailler lorfqu’il en fera tems.
- 5 il. § III. D'une autre, maniéré de laver les cendrées. Nous n’avons décrit qu’un lavage domeftique , fait par le fecours de l’eau d’un puits > on peut s’y prendre d’une autre inaniere lorfqu’on a une riviere à fa portée. Ce lavage eft plus exact, diminue la main-d’œuvre , & par confé-quent retranche une partie des frais. fl n’eft donc pas hors de propos d’en parier. Il n’eft befoin dans ce cas que d’un baquet & d’üne fébille ou panier : alors trois ouvriers peuvent faire plus d’ouvrage à eux feuls, que huit 11’en {auraient faire en s’yprenant comme nous venons de le dire. L’un commence par garnir un panier de cendrées, un autre ouvrier le prend, le plonge dans la riviere, & en fait fortir toutes les matières étrangères avec fa truelle ; il le vuide & le remplit plusieurs fois de l’eau de la riviere, qui emporte dans Ion. courant les parties qui le trouvaient unies à la cendrée de plomb : celajè fait fans qu’on ait befoin d’un tonneau
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- à un autre, parce que l’eau de la riviere, qui fe renouvelle à chaque inftant j entraîne l’eau qui fe falit. L’autre ouvrier écarte les terres lavées fur un grand drap, qu’il étend au bord de la riviere, pour les faire fécher i quand elles le font fuffifamment, on les charge pour les tranfporter à l’attelier. On choifit pour ce travail des jours de foleil, parce qu’on a la facilité de faire fécher fes cendrées promptement : c’eft le plus court expédient quand on le peuti mais il n’eft pas toujours poffible d’en ufer: on eft fouvent forcé de recourir à l’eau de puits, fur-tout lorfqueles eaux de la riviere font groffes ou troubles : de là vient que nous avons donné deux maniérés différentes de laver les cendrées, afin qu’on fe ferve de l’une ou de l’autre , félon que les tems le permettront. Il nous relie à préfent à expliquer la maniéré de revivifier ces parties décompofées de plomb ainfi lavées.
- Article IL De la fonte des cendrées,
- 312. Lorsqu’une fois les cendrées font lavées, & qu’011 les afaitfuer, ©n les palfe au creufet pour les revivifier par la fufion.
- 513. §. I. Defcripdon du creufet. Ce que les plombiers - rafïineurs appellent leur creufet, eft un fourneau A , fig. 1 & 2 > pl. XIV, qu’ils font con£ truire ordinairement , & autant qu’ils le peuvent, en briques de Bourgogne: ils les préfèrent à toutes les autres, parce qu’elles font naturellement fort dures j elles ne font pas fi fujettes à fondre , & réfiftent davantage à l’aéiivité du feu qu’ils font obligés de faire dans leur creufet pour mettre les chaux de plomb ou d’étain en fufion, & les revivifier. La forme de ce creufet eft quarrée , & a environ quatre pieds & demi de haut, & trois pieds de large : il eft tout maffif; il n’y a dans le milieu qu’un petit canal, fig. 2 , qui eft courbé & fait en pointe : il eft large en A ; il eft un peu profond en E, où il fait un petit coude, & étroit par le bas, comme on le voit en B. Sa plus grande ouverture A eft placée fur la furface horizontale de la maçonnerie : elle a envion quatre pouces de long , fur fix pouces de large ; c’eft par cette ouverture qu’on charge le charbon & la cendrée du plomb qu’on veut raffiner *, c’eft auffi par cet endroit que fortent la flamme & la fumée du charbon^ c’eft, à proprement parler, le foyer du creufet. L’autre bout B de ce canal , qui n’a que quatre pouces en quarré, eft l’endroit par lequel le plomb revivifié coule dans une chaudière que l’on a toujours foin de mettre au pied du creufet pour le recevoir j c’eft pour cet effet qu’on a donné à la partie B une pente de quelques pouces. L’ouverture eft à deux pieds de terre , comme pu le voit dans la vignette en B>fig. 1, Il y a en - dedans de ce canal une
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- plaque de Fer D , fig. 2 & 3 , qui étant coudée , revêt le devant du canal, & une entrée E au fond , pour réfifter aux coups de pince qu’on donne pour brifer le mâche - fer & en faire fortir le métal 5 la plaque qui eft en B , a au milieu une ouverture de quatre pouces , par où coule le plomb revivifié qui s’y rend par le canal D. Dans le milieu du côté droit de ce creufet, on fait palfer la tuyere d’un fouffiet, fig. 4, qui eft femblable à ceux des maréchaux ; ce tuyau ou cette tuyere doit répondre au coude que fait le creufet dans la conduite de décharge. O11 fait jouer le fouffiet par le moyen d’une brin-ba'e F G, dont le point d’appui eft attaché au plancher de l’attelier en H. Au-deifus du creufet, fig. 1 , eft une cheminée pouren recevoir'la fumée; fon manteau eft de plâtre , & enveloppe tout le creufet. On doit le faite félon remplacement qu’on a. Celui que j’ai vu eft établi à environ trois pieds au - deifus du creufet : il a par le bas quatre pieds de large , & va en diminuant infenfiblement ; de forte qu’il n’a qu’un pied & demi à l’endroit où il rend dans le tuyau qui conduit la fumée au - deifus du batiment. Ce manteau eft foutenu & attaché au plancher de l’attelier avec des bandes de fer. La confi-tru&ion de ce creufet eft ce qui coûte le plus dans le raffinage, parce qu’il faut le reconftruire plufieurs fois dans une année. Cela n’eft pas étonnant: le feu qu’on eft obligé d’y faire fond , au bout d’un certain tems, la brique , quelque dure qu’elle foit, fur-tout à l’endroit où eft le fouffiet, parce que fon vent fait revenir la flamme avec vivacité fur la brique qui l’environne,& rien ne peut réfifter à fon aétion : une fois que la brique eft fondue en plufieurs endroits, il faut reconftruire le creufet, parce qu’autrement le plomb fe perdrait. Quelques - uns de ces creufets font faits de faqon que la flamme fort par les deux bouts du canal , parce qu’ils font moins refferrés en - dedans que celui dont nous venons de garler, & ils ont de l’avantage fur les autres ; mais la flamme & la fumée fe répandent dans l’attelier, faute d’autre iflùe ; & cette fumée caufe de fi violentes coliques aux ouvriers, qu’on eft forcé de préférer ceux que nous venons de décrire , quoique moins bons à plufieurs égards. Pour que les briques réfilfent plus long-tems fans fe fondre , ôn peut faire , à chaque fois que l’on conftruit un nouveau fourneau , un petit enduit avec le mâche - fer qu’on en tire ; pour cela on-broie cë mâche. fer , & on en mêle une grande quantité avec le mortier qu’011 y emploie : cela forme un ciment qui réfifte plus long - tems au feu que le mortier ordinaire.
- 314. §. IL Du charbon quon emploie pour l'allumer. On fe fert ordinairement du charbon d’Yonne ; c’eft celui de tous ceux qu’on apporte à Paris4 qui brûle le mieux & qui fe confume le moins vite : ft fonne comme du verre. Qùeîques-uns prétendent que le charbon qui provient des châtaigniers d’Auvergné‘'jjlui ferait préférable j mais on ne peut guere s’en procurer dans ces1 pays"-ci.,r:
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- 515. f • III. Delà façon de Callumer. On jette d’abord'une pèllée de braife dans le foyer; elle tombe dans le coude que fait le creufet en - dedans de la maçonnerie , c’eft-à-dire , entre E & D , à l’endroit où répond le tuvau du fouffiet j afin que le vent la tienne bien allumée ; on met enfuite fur cette braife line pellée de charbon , dont on fait une première couche : 011 met enfuite une couche de cendrée . On continue de former ces couches alternativement, juf. qu’à ce qu’on ait rempli le foyer, ce que les raffineurs appellent charger le creu-ft. Pendant cette opération l’on fait toujours agir le fouffiet pour allumer le charbon , qui fait bientôt fondre la cendrée : elle fe revivifie au moyen du phlogiffique que le charbon lui communique. Après que le fourneau ou creu-ïèt ell chargé des premières couches, & lorfqu’il efl bien allumé, il faudra mettre de la cendrée tout autour, comme en A , fi g. 1 , pour qu’elle achevé de fe fécher, afin qu’elle 11e ralentiife pas le feu iorfqu’on en fera couler dans le foyer, ce qu’on fait avec une petite pelle, à mefure que ce qui efl dans le creufet fie confomme. Il faut le remplacer ainfi par de nouvelles matières pour la continuation de l’opération. Le feu confumera une partie des corps étrangers qui environnaient la cendrée, & en calcinera une autre partie qui était mêlée avec le charbon ainfi qu’avec la brique, qui, fondant toujours un peu à chaque raffinage , forme des feories qu’on appelle le mâchefer. Les flammes qui Portent de ce creufet font de toutes couleurs, mais ordinairement blanches : elles font agréables à l’oeil ; l’ouvrier qui les approche de plus près , doit prendre garde de ne pas refpirer la fumée qui fort de ce foyer, pour éviter les coliques qu’elle donne ordinairement, & qui font des plus dangereufes ; l’habitude n’y fait rien : elles n’épargnent pas plus ceux qui ont déjà plufieurs années de travail, que ceux qui entrent dans l’attelier pour la première fois. Pour fe prémunir contre ces coliques, les ouvriers ufent d’eau-de-vie ,& prétendent, peut-être mal-à-propos, qu’ils y font alors moins fujets. Le plus fùr moyen qu’on ait pour s’en préfer ver, eft de faire la hotte de la cheminée large , 8c d’élever le creufet fous cette hotte , afin que la cheminée en pompe toute la fumée.
- A rt,1 c le III.
- De la maniéré de recevoir le plcmb qui coule du creufet.
- 316. Il faut avoir une chaudière C9fg. 1 , de fonte, d’environ un pied de haut fur deux de large j la hauteur ne peut pas être augmentée, parce qu’il faut qu’il y ait quelque diffance du canal par où le plomb coule , à la chaudière. Mais il n’eu eft pas de même de 'la largeur j plus laichaudiere fera grande , plus on aura de facilité à écumer le plomb qui doit y tomber.* Il faudra qu’on lace cette chaudière au pied du creufet & fous l’endroit-B > d’où
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- doit couler le plomb, comme on l’a repréfenté dans la vignette , afin qu’elle reçoive le plomb à mefure qu’il fe revivifiera dans le creulèt. On doit avoir ce foin auffi-tôt qu’on allume le creufet ; car le plomb ne tarde pas à s’ouvrir un paffage , & bientôt on le voit filtrer & tomber dans la chaudière étant rouge comme un charbon ardent. On le laiifera couler tant qu’il voudra , fans toucher au creufet, afin de ne pas boucher le paffage qu’il s’eft ouvert; on ne touchera pas même au foyer: on n’y jetera plus rien; mais quand on verra que le creufet ne rend plus de plomb, on fe difpofera à le vuider, afin d’en tirer le mâche-fer.
- 317. I. Comment on tire le mâche-fer du creufet. Il faut néceffairement avoir des pinces pour le brifer; cela eft difficile, parce que le charbon , la brique & les matières qui étaient mêlées avec le plomb, font un corps 11 foiide, qu’il faut beaucoup de force pour le rompre : cependant on ne peut s'en difpenfer, pour que le creufet foit en état de recevoir de nouvelles cendres. Les pinces dont fe fervent les raffineurs , font de plusieurs grandeurs ; les mies ont cinq pieds & demi, ce font les plus grandes ,fig. f ; les autres quatre pieds,fig. 6 ; d’autres trois pieds feulement,/#. 7 : ce font des barres de fer rondes : d’un côté elles ont un bouton ; c’eft par où on les prend : de l’autre elles font taillantes. O11 emploie les unes ou les autres, félon l’endroit où le mâche-fer fe trouve le plus calciné. Un ouvrier brife d’abord le mâche-fer qui eft au bord du creufet, avec une de ces pinces & la malle, fig. g. Un autre ouvrier tient l’écumoire, fig. 9 , fous le creufet : elle eft faite comme celles dont fe fervent les plombiers pour écumer leur plomb , ce qui nous difpenfe de répéter ce que nous en avons déjà dit; il reçoit ainfi le mâchq-fer que le premier arrache du creufet, car il faut empêcher qu’il re tombe dans la chaudière. On continuera ainfi jufqu’à ce que le creufet foit entièrement dégorgé; enfuite on brifera le mâche-fer qui eft dans le foyer du creufet, avec une pince plus grolfe que les autres ,/#. 10, qu’on frappera également avec la malle. Pour cet effet, on monte fur une chaife , afin d’en être plus à portée. Quand les fcories font brilécs , en les tire du creufet avec un fourgon pareil à celui des plombiers , toujours par l’endroit qui fert à l’écoulement du plomb ; on reçoit ce nouveau miche-fer dans l’écumoire : chaque fois on remuera cette écumoire comme on le fait d’une poêle à marrons qu’on tient fur le feu , afin que les petites parties de plomb qu’il peut y avoir, tombent dans la chaudière : elles y defeendront en petites étincelles de feu auffi abondantes que celles qui s’élèvent d’un brafier qu’on frappe avec la pincette. Après cette opération l’on renverfera tout ce qui eft dans l’écumoire, à un endroit de i’attelier , pour enfuite le faire tranfporter hors de la ville. Si l’on voit que ces matières n’ont pas rendu tout le plomb qu’elles auraient pu rendre, au lieu de les jeter, 011
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- les remet dans le foyer du creufet ; mais avant il faut les piler dans un mortier,./#. 11 , parce qu’autrement elles engorgeraient le creufet; on doit même les mélanger avec delà cendrée , pour qu’elles ne foient pas fi-tôt recalcinées. On a éprouvé qu’il ferait poffible de retirer de ces fcories de l’argent & même de l’or ; mais ce ne ferait qu’une opération de curiofité, & qui nepaierait pas les frais qu’elle coûterait : ainfi je ne confeille pas aux raffineurs de l’entreprendre.
- 3 pS. §• II. De la façon d'écumer le plomb qui fort du creufet. COMME il eft impoffible que dans les différens efforts que fait l’ouvrier avec fa pince ou fon fourgon pour brifer le mâche - fer dans le creufet & l’en arracher, il nctombe quelques corps étrangers dans la chaudière qui efl; immédiatement deffous , & que d’ailleurs le plomb, quoique revivifié , ne laiffe pas que de jeter encore toujours une écume , on eft obligé de l’enlever avant de le couler dans les Iingotieres ; il faut donc prendre l’écumoire & la faire chauffer , pour qu’elle ne s’étame point : elle elt bientôt chaude , en la pofant fur le foyer du creufet. Lorfqu’elle fera brûlante , on la trempera dans le plomb fondu de la chaudière, & on s’en fervira pour enlever l’écume qu’on rejetera dans le creufet, afin de la revivifier de nouveau : c’eft la même opération pour les cendrées d’étain; ainfion feconformera à ce que l’on vient de dire, pour revivifier les cendrées de plomb.
- Article IV.
- De ta maniéré de couler le plomb ou étain raffiné dans les Iingotieres.
- 319. Comme ce n’eft point ordinairement les plombiers eux-mêmes qui raffinent leurs cendrées , ce font des entrepreneurs qui s’occupent uniquement du raffinage ; ils font obligés de rendre le plomb en iaumons : ils le verfent pour cela dans des Iingotieres , où il prend à peu près la forme des faumons qu’on acheté chez les marchands ; alors les plombiers peuvent les pefer , & fa voir ce que les raffineurs leur rendent, lorfque toutefois ils ne leur vendent pas leurs cendrées en gros, comme cela arrive quelquefois.
- 320. §. I. De la forme de ces Iingotieres. Les Iingotieres , fig. 12, dans lef. quelles les raffineurs coulent le plomb qu’ils ont revivifié , font de potin , & ont environ deux pieds de long , fur quatre ou cinq pouces de large : elles ont deux pouces de profondeur. Toutes ne font pas précifément de cette forme 5 car il y en a de plus grandes-, & d’autres plus petites.
- 321. §. II. De la façon d’y couler. On commence d’abord par les frotter en-dedans avec de la graille; enfuite on y verfe le plomb avec une cuiller d’environ fîx pouces de diamètre, fur deux pouces de profondeur ,/#. 9.
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- Quand on a empli la lingotiere , on attend que le plomb foit froid ; en fuite on la renverfe pour en retirer le lingot de plomb. On recommencera la même manœuvre. On fait en particulier la même opération aux cendrées qui proviennent des foudures ; le travail ell le même. Lorfque les cendrées font bonnes, on en retire la moitié de plomb ; les ouvriers font alors dix-huit à dix-neuf lingots par jour. Quand la cendrée n’eft pas bonne, elle rend moins , & on fait moins de lingots.
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- CHAPITRE XIV..
- Des cercueils ; des cœurs découpés & fondus ; & de plufieurs autres
- petits ouvrages.
- 322. KLes plombiers 11e laiifent pas que d’employer une grande quantité de plomb aux cercueils, parce qu’ils font fort en ulage parmi nous ; il n’eft guere de grands, même de riches , qu’on ne mette dans un cercueil de plomb. Nous dirons dans ce chapitre de quelle maniéré ils iê travaillent. On peut y joindre les cœurs , que les plombiers font pour renfermer les cœurs humains , puilqu’ils ont rapport eux-mêmes à l’inhumation ; en outre nous y inférerons quantité d’autres petits ouvrages qui fe font dans des moules , dont nous n’avons point encore parlé. Il eft vrai que les plombiers s’en fervent très-rarement; cependant je crois qu’il convient d’en dire quelque choie. Nous diviferons donc ce chapitre en fix articles. Dans le premier , nous traiterons de la conftruétion des cercueils; dans le fécond, des cœurs foudés, fervant à renfermer les cœurs humains; dans le troifieme, des écritoires ; dans le quatrième, des gardes - papiers ; dans le cinquième, des plombs à niveaux; dans le flxieme, des cœurs fondus.
- Article premier.
- De la conflraction des cercueils.
- 325. Ces fortes d’ouvrages fe découpent, & on ne les fond pas dans des moules. On commence Ie?. par défigner les plaques de plomb qui doivent y entrer; 20. on les fonde; 30. on y pofe les épitaphes que les pareils des morts exigent qu’on y mette, pour avoir occafion de faire connaître leur rang, leur qualité & leur naiffance. Commençons par dire quelque choie fur l’antiquité des cercueils.
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- ÎH- §• I. De Vantiquité des cercueils. L’usagé des cercueils efi: très-ancien ; on ne {aurait dater l’époque du tems où l’on a commencé d’en faire. On a trouvé, il y a plufieurs années, en Auvergne, aux environs d’une petite ville nommée le Pont- du- Château , une mumie, que depuis on a expofée dans le cabinet d’hiftoire naturelle du Jardin-du - roi de Paris : elle était enfermée dans un cercueil de plomb. Le fentiment général a été de croire qu’elle palfiait en ancienneté les mumies d’Egypte. Le cercueil dans lequel on l’a trouvée , que nous avons repréfenté fig. i , pl. XV, efi; une boite ordinaire, qui efi; moins travaillée que les cercueils d’aujourd’hui, comme on peut le voir par la repréfentation : elle efi; prefque brute; c’efi; en quoi nos arts fe font perfectionnés. Mais fi l’art que je traite a gagné quelque chofe, on prétend que celui des embaumernens a beaucoup perdu, & qu’oil ne fait plus aujourd’hui les faire comme les Egyptiens les faifaient ; on ne connaît pas même le baume dont ils fie fiervaient. L’état dans lequel était la mumie d’Auvergne , a du beaucoup fiurprendre ; car on a trouvé fa chair fi vive & ii naturelle , les langes qui l’enveloppaient fi frais, qu’on aurait dit qu’elle ne venait que d’être embaumée; cependant on n’a pu découvrir aucune incifion , au lieu que les mumies d’Egypte en ont une large fur la poitrine. C’efi; ce qui a donné lieu à plufieurs de croire que celle d’Auvergne était plus ancienne. Comme ces embaumernens me jeteraient hors de mon fujet, fi je voulais les décrire, je me contenterai de renvoyer le lecteur aux ouvrages de M. le comte de Caylus, qui le fatisferont fur tout ce que les anciennetés qu’il a traitées pourront avoir d’intérelfant à ce fujet. Tout nous détermine donc à croire que l’invention des cercueils a fiuivi de près la découverte des mines, & que par conféquent elle fie perd dans l’antiquité, & •nous dérobe fion époque certaine. Quoi qu’il en fioit, ils étaient devenus il communs en France, qu’il y fut mis une impofition en 1651^, de 6 liv. par cercueil, qui fut augmentée dans la fuite.
- 32). §. II. De Vutilité des cercueils. Ils font très - propres à conferver les corps, parce qu’ils les tiennent par eux-mêmes dans une fraîcheur qui les garantit jufqu’à un certain point de la putréfadion ; d’ailleurs, fermés hermétiquement, ils empêchent l’air d’y entrer & retiennent les parfums & le baume dont on efi; dans l’ufage de couvrir les corps de ceux qu’on met dans ces cercueils. Leur grandeur ordinaire efi: de fix pieds ; on en fait de moins grands lorfique c’efi: pour des en fan s.
- 326. §. III. De la maniéré de faire les cercueils. Il faut d’abord mettre fur une table le rouleau de plomb fur lequel on veut le prendre, & l’étendre comme on le voit fig, 2. Ou commence par le deflous du cercueil : on tire la ligne A B ; on prend fix pieds fur cette ligne pour la longueur du cercueil : on ouvre le compas de quatre pouces, & on trace le cercle C, pour
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- faire la tète du cercuèil, dont la circonférence doit pafler fur le point qui termine les fix pieds ; enfuite on tire la ligne d’équerre D E, qui pâlie par Je ^centre M : on tire la ligne F G fur la circonférence du cercle G , c’ell-à-dire , à quatre pouces de fon centre , pour former le col du cercueil ; on prendra neuf pouces, à compter du cercle C, & on tracera la ligne H I; on prendra en outre fix pouces fur cette ligne, à chaque côté de la ligne A. B. On tirera deux lignes du centre du cercle C, qui aboutiront à ces deux points , & formeront le triangle KM L; c’eft pour marquer la groffeur que le col du cercueil doit avoir. On ouvrira le compas de quatre pouces ; ou en polera une pointe à l’extrémité de l’mterfe&ion des lignes M K, M L, qu’on voit en H Ii & des points K& L, qui ferviront de centres , on décrira les cercles z/, o, qui dans les parties qui ne font pas ponctuées formeront les épaules du cercueil. On prendra deux pouces, à partir de la circonférence du cercle C, Si on tracera les cercles q , pour former la longueur du col. On tirera enfuite deux lignes du point central du cercle C au centre des cerclesp , q, & des cercles p, q au centre des cercles n , o, pour marquer exactement de chaque côté l’endroit de la coupe du col du cercueil. On fait enfuite ion pied j pour cet effet on prend quatre pouces à l’autre bout de la ligne A B , & l’on trace le cercle R : on tire la ligne ST, qu’on fait paifer par fon centre. On finit par tracer les lignes u x , y £, pour former la longueur du cercueil, qui fe perdent dans la circonférence des trois cercles /2,o, R : les deux lignes cen-, traies HI, S T, marqueront l’endroit de la coupe des épaules & du pied du cercueil.
- 327. §. IV. De la maniéré de couper le de (fus du cercueil. LORSQJj’UNE fois il e!i fini de tracer tout entier, on paffe le tire - ligne fur les endroits où il doit être coupé ; on finit l’opération avec le couteau & la batte ronde. Ce deiibus de cercueil, féparé de la plaque de plomb fur laquelle on l’a pris, aura la forme de la fig. 3. Quand une fois la première opération effc faite, il n’elf pas befoin de recommencer de nouveau pour faire le deifus du cercueil , on le deiline & on le coupe fur la forme du deilous, pour lui donner la forme de la fig. 4.
- 3 28. §• V. De la maniéré de couper les côtés , ou, en terme de Part, le pointeur de chaque cercueil. La largeur des pourtours des cercueils de fix pieds a ordinairement fiuit pouces de haut du côté de la tète, & fix pouces du côté des pieds ; il faut donc prendre d’abord cette largeur fur la table de plomb d’où l’on veut tirer le pourtour : on tracera enfuite une ligne d’un bout de la table à l’autre à la réglé avec de la craie , pour prendre la largeur qu’il doit avoir : il faut au moins quatorze pieds , parce qu’il en entre beaucoup dans les diiférens contours que fait le deffous du cercueil ; on en prendra plutôt plus que moins, attendu qu’il vaut mieux en avoir de refie que d’en
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- manquer. Lorfqu’on aura tracé le pourtour comme on vient de le dire, on le coupera avec le couteau & la maire.
- 329. §. VL De la néceffîté de forger le deffous, le défis & le pourtour des cercueils. Le plomb qu’on emploie aux cercueils, ainfi qu’aux réfervoirs ou aux couvertures des toits, doit être extrêmement comprimé pour être plus folide. Lorfque la table de plomb , fur laquelle on aura coupé les morceaux de plomb dont 011 a befoin, n’aura point été laminée, mais Amplement coulée en table, on fera dans la nécelïité de forger le plomb : & voici de quelle maniéré 011 doit s’y prendre.
- 3 30. §. VII. De la maniéré de forger le plomb non lamine. Il faut avoir une pierre de liais d’environ fix pieds de long fur quatre de large , que l’on tient dans un endroit de l’attelier commode à cette opération : elle doit être maçonnée dans le pavé de l’attelier ; on y étend le morceau de plomb que l’on veut forger : il faut appliquer le côté le plus propre de chaque morceau de plomb , du côté de la pierre de liais. Un ouvrier prend enfuite à la main une maife ou batte plate , /zg. f , avec laquelle il le frappe , comme on le voit dans la vignette , fig. 6. Il commence par battre à froid ou forger le deifous du cercueil, enfuite fon pourtour, & puis fon deilus. Ce plomb ainfi frappé fe durcit & eft plus propre à ces fortes d’ouvrages ; cependant le plomb ne s’écrouit pas comme la plupart des autres métaux. On en fera autant aux tables qui feront employées aux réfervoirs ou aux toits des églifes. Si l’on fe feVt du plomb laminé , il ne fera pas nécelfaire de le forger.
- 331. §. VIII. De la façon de fouder le tout enfemble. La première chofe qu’on puilfe fouder dans un cercueil , c’eft le pourtour qui doit être attaché à fon fond, pour commencer à former la caiife. Il faut d’abord, comme pour toutes les foudures, falir tout le deifous du cercueil , puis en gratter les bords environ dans la largeur d’un pouce tout autour 5 on en fait autant aux côtés du pourtour qui doit lui être joint j enfuite on le roule tout entier , pour qu’il foit moins embarralfant. On foude enfuite le tout enfemble ; pour cet effet 011 applique le pourtour du cercueil à fon deifous , du côté de l’endroit delliné à en faire le pied, comme on le voit fig. 7: c’efi toujours là qu’on doit commencer de le fouder. Le pourtour fe tient d’un côté par lui-même, & l’on appuie de l’autre avec la main , en le déroulant environ de deux pieds , comme on le voit dans la même figure : on y verfe beaucoup de foudure. Rien ne demande tant de foin que le foudage des cercueils, pour empêcher que l’odeur même du cadavre ne tranfpire , ce qu’il n’eft pas agréable de réparer. Aucun ouvrage n’eft aufli plus folidement foudé que les cercueils : on y laiife trois pouces environ de foudure à chaque endroit du pourtouri On ne fe fert pas du fer à fouder ordinaire ; on en emploie un qui eft fait comme une poire : il a environ un pied de long ; il eft d’une feule piece : c’eft le même
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- que celui des réfervoirs. On le fait chauffer comme l’autre , & on le frotte également de poix-réfine avant que de l’y pofer, afin qu’il ne s etame pas: comme fa tête eft extrêmement large, il refte beaucoup de foudure dans lest angles du cercueil. On ne foude pas le pourtour du cercueil d’un feulcoup , on le foude au contraire à plufieurs reprifes : on laiffe prendre la foudure; alors on a bien plus de facilité à faire prendre au pourtour la forme du def. fous du cercueil : on continue ainfi en déroulant le pourtour à mefure qu’on le foude, iufqu’à ce qu’on en ait fait le tour, & qu’on foit arrivé à l’autre extrémité du pourtour déjà foudé : là on joint ces deux extrémités enfemble, en coupant le plomb qu’il peut y avoir de trop : il aura alors la forme que les fig. 8 & 9 repréfentent ; on foudera cet endroit avec le fer ordinaire. On enleve enfuite la foudure inutile & qui a coulé fur la terre grade dont on a fali le delfous du cercueil ; la boite du cercueil fe trouve faite par ce moyen.
- 332. §. IX. De la façon defouderledejfus du cercueil. COMME on ne peut fouder le deffus des cercueils que lorfqu’on y a mis les corps auxquels ils font deftinés, on ne fait fimplement que les difpofer à être foudés fi-tôt qu’il le faudra ; onrebrouffe en-dehors le pourtour A du cercueil, pour réduire la hauteur du pourtour à environ huit pouces, ainfi qu’011 le voit fig. 8. Lorfqu’on y a mis le corps, on pofe le deffus du cercueil, fig. 4, delfus le pourtour, & on en replie les extrémités qui ont été rebrouifées , fur le deffus du cercueil , en telle faqon qu’il l’encadre; on falit & on gratte l’un & l’autre, & on foude ainfi le tout enfemble : il forme alors une caiife plate, ainfi qu’on le voit fig. 10 & 11.
- 333. §. X. De la maniéré d?y attacher des épitaphes. On fe fert d’une plaque de cuivre pour faire ces épitaphes , fur laquelle on fait graver les noms, les qualités, furnoms , &c. qui conviennent à celui à qui le cercueil fur lequel on doit l’attacher eftdelfiné. La famille du mort a coutume de l’envoyer chez les plombiers pour les en inftruire, afin qu’ils la falfent faire, ou de l’avoir toute prête lorfqu’il en eft befoin. On commence par étamer cette plaque de cuivre ; pour cela on la lime , & enfuite 011 y verfe de la foudure : on gratte le deffus du cercueil aux quatre coins de cette plaque, & on fait quatre petits cachets de foudure , comme on le voit mêmes figures.
- 324. §. XL De la maniéré de réparer les cercueils dans les caveaux. CETTE opération n’eft pas des plus agréables ; mais la profefiion l’exige : on ne peut fedifpenfer de fermer les endroits où il y a des ouvertures ; il faut examiner où ils font : fi c’elt par les côtés, on le retourne de faqon à pouvoir y remédier commodément. Il faut gratter l’endroit de la fra&ure, enfuite allumer du feu , apprêter de la foudure dans une petite marmite que les plombiers portent toujours avec eux & que nous avons décrite au chapitre de la réparation des tuyaux : on en verfe la quantité qu’il en faut pour réparer le défaut du cer-Tome XIII. E e e e
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- cueil. S’il y avait une ouverture un peu grande, il faudrait enlever la piece & en mettre une autre, qu’il faudra gratter & fonder, ainfi qu’on l’a déjà dit. Comme les cercueils ne fe font pas auffi promptement qu’on le dcfirerait, & que quelquefois il ferait à propos de les avoir fur l’heure même , aiiffi que les tranfports précipités ,& quantité d’autres cas l’exigent, les plombiers en ont fouvent de tout faits, qui font prêts à livrer quand Toccafion fe préfente. Ils les font à peu près fuivant la mcfure ordinaire des corps, & ils n’attendent pas qu’on les commande. Quelquefois auffi ils fe trouvent trop petits , & l’on eft; obligé de couper la tête des corps qu’on y met, quand on n’a pas le tems d’en faire de nouveaux. Nous avons un trait dans l’hitloire qui nous eu fournira un exemple. On fut obligé de le faire à madame la duchellè de M **, ainli qu’on le voit dans la vie du fameux abbé de Rancé, qui donnait alors dans la vanifts du liecle & l’erreur des femmes. C’eft ce qui a donné occafion à un po^te contemporain de lui tenir le langage qui fuit, dans une lettre que l’abbé de Rancé écrit à fon ami fur fa tragique hiftoire.
- Mon ami , c’en eft fait ; tout eft changé pour moi. . . .
- Ecoute : tu connus cette jeune beauté Qu’embelliflaient l’efprit, les grâces, la gaîté. . . .
- D’une illuftre famille & l’orgueil & l’efpoir,
- Eh bien ! mon cœur charmé brûlait de la revoir. . . .
- J’arrive : il était nuit. Tout palpitant de joie,
- Je retrouve dans l’ombre une fecrete voie.
- J’entre ; tout fe taifait : je la cherche de l’œil,
- Soudain près de fon lit j’appercois un cercueil ! . . .r Je m’arrête, j’y cours; & d’un regard avide,
- Dieu ! je vois un corps pâle , inanimé , livide.
- Ce corps était fans tête ; & mon œil égaré Ne trouve, en la cherchant, qu’un tronc défiguré.
- Tout-à-coup fur un marbre une toile étendue,
- Nouvel objet d’horreur, fe préfente à ma vue.
- Je quitte le cercued , j’approche épouvanté;
- Je fouleve,en tremblant, ce voile enfanglanté;
- C’était fa tête !...............
- C’eft ce qui en effet arriva au fameux abbé de Rancé; mais ce défefpérant & trille fpectacle lui eft devenu une fource éternelle de joie, parce qu’il a fait d’un efclave que les pallions tyrannilaient fous un joug impérieux, i*homme le plus libre, le religieux le plus auftere, qui n’a plus connu que
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- les'douceurs de l’amour divin, du filence & de la retraite. Une telle générofité méritait bien le fadrifice d’une femme, fans doute criminelle. Il faut croire que il tant de victimes infenfées tombent, leurs fers aux pieds, dans la profondeur des abymes, c’eft qu’ils n’en font point capables.
- Article II.
- Des cœurs contournés fous la batte.
- 33 f. Pour faire de ces fortes de cœurs, il faut d’abord les tracer. On a une table A. de plomb, fig. i ,/?/. XFl, fur laquelle on fait les diiférentes opérations qu’on voit fur cette plaque de plomb, afin d’avoir un cœur dans les plus juftes proportions ; c’eft-à-dire , on tire d’abord la ligne B , pour marquer le milieu du cœur; enfuite la ligne C, fur laquelle on tire deux cercles D, E, qu’on partage par les deux lignes F, G ; on en trace un troifieme H, du point où fe joignent ces deux premiers cercles, qui les erabraflent pour faire les côtés du cœur. On en fait enfuite la pointe en traqant les deux lignes I, K. On la féparera enfuite de la table fur laquelle on l’a tracée , comme on le voit fig. 2. On coupera une fécondé plaque de plomb fur le modèle de cette première : il n’y aura plus qu’à les arrondir en cœur. (6)
- 336. I. De la façon dont il faut s'y prendre. Pour pouvoir aifément contourner les plaques de plomb qui doivent former le cœur qu’on veut faire, il faut les prendre l’une après l’autre & les aboutir en les frappant dans le milieu avec l’inftrument qui fert à cet ufage, comme on aboutit une partie de globe ; mais on fait de plus une petite féparation en rentrant le milieu du cœur , comme on le voit fig. 3. On les rend de la forte un peu convexes d’un côté & concaves de l’autre; on prelfe enfuite les bords contre une table , pour les égalilèr, comme on le voit fig. 4 , & pour les faire un peu rentrer en-dedans.
- 3 37. §. II. De la façon dont on s'y prend pour les joindre enfemble. Qu AND une fois les deux plaques de plomb qui doivent fervir à faire un cœur , font bien abouties & fe rapportent parfaitement enfemble , alors on les attache Amplement par un ou deux petits nœuds de foudure; car on ne doit les fouder entièrement que lorfque le cœur humain, pour lequel il eft fait ou vendu , y ell renfermé.
- 338. §. III. De la façon de les fouder. Lorsque ces cas arrivent, on commence par faire partir les petits liens de foudure qu’011 y a faits, ou avec le
- ( 6t") Tous les ouvrages de plomb fondu Hollande, & les ouvriers en font un fecret; dans clés moules , ftatues & autres, peuvent le voici. Pendant que la piece jetée en fonte acquérir la couleur du bronze antique,qui eft encore chaude, on la frotte avec de l’huile eft fi gracieux : c’eft ce qui fe pratique en de lin & du foufre.
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- cifeau, ou bien en les faifant fondre. Après qu’on l’a fali & gratté à l’ordinaire, on y renferme le cœur auquel il eft deftiné, qui eft prefque toujours embaumé ; on l’attache d’abord avec de nouveaux nœuds de foudure , pour avoir plus de facilité de le fouder, & on continue le refte ainfi qu’on a coutume de le faire. Quelquefois on veut qu’ils foient blanchis, afin qu’ils foient plus propres. Il faut d’abord, quand ces cas f^ rencontrent, blanchir tout entier le morceau de table d’où on veut les tirer : car il ferait impofiible de le faire quand ils renferment le cœur humain, du refte il faut fuivre les réglés de la coupe que nous avons données à ce fujet.
- ?39- IV. De la manière d'y attacher des épitaphes. Il eft naturel qu’on fade mettre fur cette efpece d’urne les qualités de celui dont le cœur y eft renfermé i il eft du moins très-rare que cela ne fe fade pas. Comme on ne peut pas graver fur le plomb, qui eft un corps trop mou pour foutenir long-tems l’impreflion des cara&eres, on y attache, ainfi qu’aux cercueils, une petite plaque de cuivre A,fg. f, où on les grave plus aifément. La maniéré de les attacher eft la même que celle dont nous avons parlé plus haut; c’eft-à-dire , qu’on lime aux quatre bouts le cuivre qu’on y applique pour l’étamer, afin que la foudure y prenne, dont on fait enfuite quatre féaux aux quatre coins de cette même plaque de cuivre. On envoie le tout, ainfi apprêté, aux endrois pour lefquels il a été deftiné.
- Ar ticle III.
- Des écritoires.
- 340. Le moule A, qui eft repréfenté fig. 6, dans lequel on coule les écritoires , eft rond & ouvert par le haut: il eft compofé de deux pièces B, C, fig. 6 8c 7, qui roulent fur leur charnière D; ainfi 011 a la facilité de l’ouvrir & de le fermer comme 011 veut, par le moyen d’une double charnière EF, dont l’une eft en-haut du moule, & l’autre en-bas, & qu’on arrête par deux clous G, H; le dedans g, eft vuidé en forme d’écritoire, fig. 6 : il y entre un noyau K, qui eft ce qui forme la boîte de l’écritoire. Le tout eft de fonte de fer, & a une grandeur raifonnable. C’eft dans les moules de cette cfpece que l’on jette ces écritoires de plomb dont on fe fert communément dans les bureaux & chez les maîtres à écrire. Voici comme on les fait.
- 341. §. I. De la façon dont on jette les écritoires en moule. On commence par ouvrir le moule 5 on le graille en-dedans avec du fuif : on le referme enfuite en replaçant dans fes charnons E, F, les deux broches G, H, & les enfonçant avec le marteau pour qu’ils tiennent le 'moule exactement fermé ; alors on prend une cuillerée de plomb , & on la verfe dans l’ouverture K du moule, qui eft faite pour le recevoir. Il faut remarquer que
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- récritoire eft renverfée dans le moule ; la boite qui doit contenir l’encre eft en - delTous : le pied qui doit la foutenir eft en - deflus. Quand le moule eft plein, on donne quelques petits coups de marteau au centre du moule , pour faire couler le plomb dans toutes fes parties, & égalifer fa fuperficie. On attend quelque tems pour que le plomb puiffe prendre.
- 342. §. II. Comment on doit retirer tecritoire du moule. On fait partir avec le marteau les deux broches G, H ,& l’on rejette les deux parties du moule fur leurs charnières ; alors on en retire l’écritoire L, que l’on voit fis,. 8. On la gratte avec le couteau tout autour de fon pied, pour en ôter les bavures qui fe forment du trop plein ou du furplus de la matière qu’on eft obligé de mettre pour charger le plomb qui eft dans le moule. On recommence la même opération autant de fois qu’on en a befoin.
- 343. III. De la commodité de ces fortes d'écritoires. Si ces écritoires ne font pas bien brillantes , elles font très - commodes, & on les adopte communément dans les cabinets ; comme elles font fort pelantes, elles font moins fufceptibles que les autres à verfer l’encre fur les papiers. Elles ont un fécond avantage, c’eft qu’elles tiennent l’encre fraîche, & l’empêchent de fe fécher, même dans les grandes chaleurs.
- Arti cle IV.
- Des gardes - papiers.
- 344. Les plombiers fondent quelquefois ce qu’on appelle des gardes-papiers en plomb : on] les nomme ainfi, parce qu’en effet on les applique fur les papiers de cabinet, & ils empêchent que le vent ne les falfe voler de côté & d’autre. Autrefois ces fortes de meubles en plomb étaient très-communs ; mais depuis que les gardes - papiers de marbre ont été mis en mode, les premiers font devenus plus rares ; cependant on en fait encore aujourd’hui. On ne trouvera pas hors de propos que je dife de quelle maniéré on les fait.
- 345'. §* I- F)u moule des garde-papiers. On a un moule A, fig. 9 , qui eft de la même matière, & fait de la même façon que celui des écritoires dont nous venons de parler. Il eft également ouvert par le haut ; on l’ouvre de même en jetant les deux parties B, C, fig. 9 & 10 » dont il eft compofé, fur fes charnières D, & on le ferme de même par le moyen de deux clous E, F , & de deux chappes G , H, dont l’une eft en-haut, & l’autre au bas du moule : la différence qu’il y a, c’eft qu’au lieu d’être vuidé en forme d’écritoire, il eft creufé en 7, c’eft-à-dire en ^dedans, en forme de petite trompette ren ver-fée ,fig. 9.
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- L’ART DU PLOMBIER
- 246. §. II. De la maniéré d'y verfer le plomb. On apprête d’abord ce moule comme le premier, c’eft-à-dire, qu’on l’ouvre pour le grailler, afin que le plomb coule plus aifément : on le referme enfuite comme nous l’avons dit de l’autre. O11 verfe enfuite le plomb par l’ouverture K; le plomb étant un peu refroidi, on ouvre le moule, & on en retire le garde - papier L, qu’on voie fig. 10. Son pied, ainfi que celui des écritoires, fe trouve environné de bavures qu’il faut ôter avec le couteau , qui proviennent de la même caufe que celles des écritoires, c’eft-à-dire, de la néceffité où l’on effc de charger un peu la quantité de plomb qu’il faut pour chaque fonte , afin qu’il falfe poids & fe répande plus aifément dans toutes les parties du moule : il faut le faire le plus proprement qu’on peut, afin de ne point défigurer les moulures qui fe trouvent à ces endroits.
- Article V.
- Des plombs'propres à faire des niveaux.
- 347. Il y a en outre plufieurs fortes de petits ouvrages qui fortent de chez les plombiers, qu’on nomme des plombs à niveaux ; les uns font ronds comme une petite boule , ainfi qu’on le voitfig. 11 ; les autres font quarrés , comme le repréfente la fig. 12. Les uns & les autres fervent à la même chofe, c’eft-à-dire , à tendre par leur petit poids une corde A ,fig. 11 & 12 , à laquelle on les fufpend, & qui eft elle-même attachée au haut d’une équerre que traverfe une bande de bois marquée d’une ligne droite qui la partage ; la tenfion de la corde A , mobile, en s’éloignant plus ou moins de la ligne D qui eft tracée fur la bande qui traverfe l’équerre, fait connaître combien la partie de gouttière , de toit, de plancher , &c. qui répond à un pied de ce niveau, eft plus haute ou plus baffe que la partie qui répond à l’autre jambe : on fait par ce moyen l’endroit qu’il faut élever ou rabaiffer pour que le tout foit de niveau quand il le faut. De là vient qu’on appelle ces outils même des niveaux.
- 348. §. I. Du moule des plombs à niveau. Les moules où l’on fait fondre les plombs à niveau, font ronds ,fig. 13 ; mais le dedans en eft différent, par la mêmeraifon que les plombs qu’on y coule, & dont nous venons de parler, ne fe relfemblent pas i les uns'font vuidés en quarré,j%. 14, les autres en rond. Dans le milieu de chaque moule il y a un petit boulon ou noyau B, qui le traverfe; c’eft ce noyau qui forme le petit trou des plombs des niveaux où l’on fait paffer la corde A : ils ont un jet C, fig. ] 3 & 14 , par lequel on y verfe le plomb. Après les avoir fermés comme les moules à écritoires & à gardes-papiers , il faut en outre placer dans chaque moule le noyau B. !
- 349. §. II. De la maniéré de retirer les plombs à niveau de leurs moules. Après qu’011 aura jeté le plomb qu’il faut dans chaque moule, & qu’on l’aura
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- laifle refroidir, on prendra de petites tenailles, & l’on arrachera le noyau B de chaque moule, que l’on tiendra avec la main pour qu’il réfifte à ce petit effort. Cela fait, on fera partir les petits clous qui ferment & tiennent les chap-pes des deux moules , qu’on ouvrira avec le marteau pour ne pas fe brûler. On en fortira les petits plombs qu’on y a fondus, dans la forme qu’on le voit fig. ii & 12 ; il n’y aura plus qu’à les attacher quand on voudra s’en fervir. Comme les plombiers ont beaucoup d’autres ouvrages plus considérables à faire, ils ne tiennent de ceux-ci que très-rarement & lorfqu’on leur en commande ; la plupart même n’ont pas de moules : ils’tiennent plus fouvent des cœurs fondus, dont nous allons parler. Il 11’eft aucun tems où iis 11’én aient toujours quelques-uns de faits.
- Article VI.
- Des cœurs fondus.
- 5 5*0. Nous avons déjà parlé des cœurs contournés foiis la batte ; mais il y a d’autres cœurs qu’on fait qui font fondus. On en dilfitigue encore de deux fortes parmi eux ; les uns font à anneau, comme on le voit fig. if; les autres , au contraire, n’ont point d’anneau , mais ils ont en place deux trous qui les traverfent d’un bout à l’autre , & qui tiennent lieu de l’anneau des premiers , fig. 16 & 17. Les uns & les autres fervent de contre-poids à différentes chofes. On fe fert des petits cœurs pour fufpendre des cages d’oi-feaux dans les maifons, & avoir la. facilité de les monter & de les defcendre fans peine & fans aucun rifque. Les cœurs d’un plus gros volume font def. tin es aux luftres & aux lampes d’églifes. Ils font également très-propres pour ces endroits ; on peut avec ces cœurs monter & defcendre les lampes & les luftres auffi doucement qu’on veut, quel que foit leur poids , fans qu’on rifque de les laiifer tomber ou d’en renverfer l’huile. Les féconds cœurs font plus en ufage que les premiers , ils font auffi plus commodes : 011 ne fe fert de ceux-là qu’au défaut des autres.
- 30- §• f Des cœurs à anneau. On a un moule A , fig. 18 & 19, qui eft de fonte de fer : il eft en deux parties , qui fe joignent & s’attachent par le moyen de quatre chappes B, & quatre clous G : le dedans D eft vuidé en forme de cœur -, on y jette le plomb par le moyen d’un jet E, qui eft à un bout du moule.
- 352. §. IL De la maniéré de fondre les cœurs à anneau. On graiife d’abord le moule dans lequel on veut les jeter, comme à l’ordinaire, & 011 le ferme avec fes chappes & clous ou crochets ; on y verfe le plomb autant qu’il en peut contenir. O11 frappe le moule par quelques coups de marteau, pour que
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- le plomb defcende mieux. Après quelques inftans , on fait partir les quatre petits clous qui tiennent les chappes du moule , dont les deux parties fe féparent auiïi - tôt & tombent fur la table : on trouve alors le cœur fondu, qui a la forme qu’on voit fig. i f.
- §. III. Des cœurs percés. Le moule h, fig. 20 & 21 , des cœurs percés , eft différent de l’autre , en ce qu’il y a deux petits boulons ou noyaux B, C, qui le traverfent, comme on le voit dans la coupe du moule, fig. 21 ; du relie il eft femblable à celui des cœurs h anneau : il forme également deux parties qui fe joignent enfemble, & s’attachent par quatre chappes D , à clous ou crochets. Il eft également vuidé en forme de cœur en-dedans E : on y verfe le plomb par un jet F, comme à l’autre.
- 314- §• lv- De la manière de fiondre les cœurs percés. APRÈS que le moule où on coule les cœurs percés eft graille & fermé, on y fait entrer les deux petits boulons B, C ; de même après que le plomb a été jeté dans ces fortes de moules, avant de les ouvrir, on retire avec des tenailles les deux petits noyaux B, C , dont nous venons de parler ; on fait partir enfuite les crochets des chappes j le moule fe fépare en deux comme le premier, & l’on trouve un cœur dans la forme de celui que repréfentent les figures 16 & 17: 011 le retire du moule pour en couler de nouveaux.
- 355-, Je crois avoir rempli le delfein que je me fuis propofé, de parcourir toutes les opérations de l’art du plombier dans tout leur entier, afin de les rendre palpables. Je paffe à l’explication des figures.
- éto---— — - . __ ei».
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche première.
- Jfi'iG. ï , moule de déifias lequel on veut enlever la table A, qui y a été coulée en commençant par l’extrémité B. Ses deux bouts ou la largeur font C, D ; les deux ouvriers O la roulent 5 les deux rejets font marqués par deux petits anneauxi E eft la poêle renverfée dans fa pofition ordinaire; F, le rable.
- Fig. 2 , chaudière dans laquelle les plombiers mettent leur plomb en fufion; A en eft l’ouverture ; B , le fourneau ; E , l’écumoire ; F, la bouche du foyer; G, tuyaux de fer qui vont aboutir à la cheminée , dont C eft le manteau; D , fourgon pour attifer le feu.
- Fig. 3 , morceau de bois rond, que l’on fait palfer dans les tables après les avoir roulées ; A ,B en eft le milieu , & C , D forment les deux poignées.
- Fig. 4, poêle percée , comme une poêle à marrons, qui fert d’écumoire aux plombiers. - Fig.
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- Fig. f , caifle de bois de chêne fur des pieds de charpente, chargée d’une couche de fable d’environ fix pouces ; I eft le treteau fur lequel ils pofent la poêle qui contient le plomb.
- Fig. 6, grille de fer par laquelle les ouvriers foulevent cette poêle.
- Fig. 7 , la même poêle féparée de fon grillage j B marque le bourrelet qui régné tout autour. Foye^ B ,fig. f.
- Fig. 8, arrofoir dont les plombiers fe fervent pour rafraîchir la couche de fable qui eft dans leur moule. Foye^ D , fig. 5.
- Fig. 9, labour des ouvriers pour couper & bêcher leur couche de fable ; E î plaque de fer tranchante. Foye^ E , fig. ç.
- Fig. 10, infiniment qui écrafe les mottes de terre, & que les plombiers appellent râble. ; F, F, font deux entailles qui pofent fur les rebords du moule. Foye^ F , F, fig.
- Fig. 11, plaque de cuivre d’un pied en quarré, que les ouvriers appellent; G eft la poignée avec laquelle on la prend. Foye^fig. f.
- Fig. 12, truelle femblable à celle des maçons , fervanc à ouvrir'des folfés pour recevoir le furplus du plomb.
- Fig. 13 , caiferole de cuifine qui fert à tranfporter le plomb de. la chaudière dans la poêle ; K en eft la queue. Foye{ K, fig. 2 8c
- Fig. 14, moule où il fe fait un nouveau coulage ; C eft la poêle que les ouvriers lèvent ; D , le plomb qui coule fur le moule ; E , le Fable fur lequel il eft jeté j F, le rable qui le pouffe d’un bout du moule à l’autre ; G , H, les deux folfés pour recevoir le furplus du plomb.
- Fig. 15 , ferpette femblable à celle des vignerons, pour féparer les tables du furplus du plomb ; A eft le manche ; B , l’endroit par où on l’enfonce d’abord dans le plomb ; C, élévation fur laquelle on frappe pour le faire entrer plus aifément dans le plomb.
- Fig. 16, morceau de bois rond, pour enlever les tables de delfus le moule ; A en eft le milieu i B, C, forment comme deux poignées.
- Fig. 17, batte ronde pour frapper les tables 8c les plier fur elles-mêmes. Foyeifig. I.
- Planche II.
- Fig. i, moule à toile à deux rebords A,B; C eft un rable qui porte fur fes deux bords pour faire couler le plomb.
- Fig. 2, nouveau moule à table, à un feul rebord A j l’autre côté B eft plat. Il fert principalement pour couler des tables minces.
- Fig. 3 , le même moule pofé fur les tréteaux, & où fe fait un coulage. Un ouvrier tenant une cuiller, y a répandu du plomb. Deiix autres font couler Tome XIII. F f f f
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- un rable avec précipitation. Au bout eft une lingotiere pour recevoir îe fur-plus du plomb.
- Fig. 4, la lingotiere détachée des moules, avec les crochets par lefquels on l’y attache.
- Fig. f , cuiller dont on fe fert pour verfer le plomb fur les moules.
- Fig. 6, nouvelle forme de rable pour les moules à toile à un feul rebord, & qui fe pofe fur un carton ; A eft le côté que l’on préfente à l’extrémité du moule ; B, C, les deux côtés auxquels font attachés les deux manches D, E, pour les prendre ; F , barre de fer qui les tient plus fermes.
- Fig. 7 , table enlevée du moule, & roulée à moitié. O11 s’y prend ici comme pour les tables coulées fur fable.
- Fig. 8 , A, chaudière à i’ulage de la manufa&ure du laminage ; H eft un vafe qu’on nomme auge, deftiné à recevoir le plomb fondu; a, robinet par où il palfe; b , la bavette fur laquelle il coule ; I, moule fur lequel on le verfe.
- Fig. 9, plaque de fer percée d’un écrou.
- Fig. 10, plan du laminoir & du manege qui le fait aller ; H, leviers auxquels 011 attache les chevaux ; A , arbre vertical attaché aux leviers ; B , roue de champ portée par cet arbre ;E, lanterne qui engrene dans la roue de champ; C, C, arbre horizontal auquel eft alfujettie la lanterne E, & de même le hérilfon D ; Æ eft une autre lanterne qui lui eft aufli fortement attachée ; K, L, font deux cylindres de fonte, entre lefquels on fait palfer les tables qu’on veut laminer ; T,T, font des rouleaux mobiles fur leurs axes pour foutenir les tables de plomb ; & V, V, eft un chaffis de $”© pieds, fur lequel ils font portés.
- Flan chs III.
- Fig. 1, tous les uftenfiles qui concernent la fonte du laminage , vus en élévation ; A , la chaudière ; B , degrés pour y monter ; C , palier ; F, porte du foyer du fourneau ; D , robinet de la chaudière ; E, bouchon ; H , auge dans laquelle coule d’abord le plomb ; I, moule où il palfe enfuite ; V , U , les deux leviers ; X, Y, deux poulies à l’extrémité des leviers ; T, axe fur lequel elles tournent; c, c, chaînes qui font attachées aux poulies d’un côté en d, & de l’autre à l’auge H; e,e,bafcules qui fervent à bailfer les leviers.
- Fig. 2, coupe du fourneau, de l’auge & du moule; A eft la chaudière; E, le robinet avec fon bouchon ; K, le chevalet qui tient ce bouchon ferme; m ,0, font fes pieds qui entrent dans la terre ; G eft le foyer d’un fourneau ; H, l’auge ; I, le moule.
- Fig. 3, A, table qu’on tire du mou!e;B, cable qui la tire; C,anneau que l’on fait à chaque table ; D , crochet qu’on y fait entrer ; E, extrémité du moule ; Fa G 5 rouleaux fur lefquels on fait glilfer plus aifément la table.
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- Fig. 4 & s , l’auge H, vue en deux fens oppofés avec Tes crochets a , b, f3g,h, pour la lever.
- Fig. 6, labour avec lequel on remue le fable du moule.
- Fig. 7 , rateau pour émietter les glebes.
- Fig. 8 & 9, deux rabies fervant au laminage ; A, B, C , D, font les endroits par où on les prend.
- Fig. io, le plane qu’on palfe fur le fable avant de couler.
- Fig. il 3 tuyau de tôle qui tranimet le plomb fondu de la chaudière dans l’auge.
- Fig. i2 , chevalet qui eft devant la chaudière ; l, m, n, o, crampons pour
- rendre le chevalet plus folide '> p 3 q > écrous pour ferrer le chevalet ;
- r, s, maniéré dont ils y entrent.
- Fig. 13 , tampon du robinet de la chaudière î E, l’endroit par où on le prend.
- Fig. 14 & ij- , deux rabies différens des autres, faits pourrabler le plomb dans le moule.
- * Fig. 16, la grue vue en élévation ; B, cable qui fe roule fur le treuil;
- C, crochet qui eft à l’extrémité d’une table A s D , crochet qui la tire.
- Fig. 17 , le même crochet en forme d’une S.
- Fig. 18 j cputeau pour couper & ébarber l’excédant du plomb.
- Planche IV.
- Fig. 1, machine du laminoir vue en élévation ; B, roue de champ, portée par l’arbre A , qui engrene dans la lanterne E, ainfi que le hériifon D , & la -lanterne Æ , dans les lanternes F,/; e eft un arbre qui tient au cylindre K , & le fait mouvoir f G , petite roue ou étoile de cuivre, entre la lanterne Æ
- la lanterne f, pour changer leur circonvolution ; u, boîte quarrée à l’extrémité du petit arbre e;x x, cables attachés au cylindre Kj treuil fur lequel ils fe roulent; o , poids pour foulever le cylindre L.
- Fig. 2 & 3, plateaux des lanternes F &/; a, a, petits canons de fer qui reçoivent l’arbre e; b, b , rainures de fer où entrent les verrouiîs; C3C, barres de fer faifantunpeu de faillie.
- Fig. 4, boîte de fer fondu; F, F. deux pièces méplates, pofées parallèlement aux faces oppofées G, G.
- Fig. f, la même boîte en plan pour en voir la largeur; E, ouverture quarrée qui reçoit la partie quarrée du petit arbre ; H, H, rayons avec des entailles.
- Fig. 6 3 verrouiîs qui peuvent glilfer dans les entailles H, & fe porter vers la droite ou vers la gauche j 11, K K, font les verrouiîs eux - mêmes ; /, anneau qui les reçoit.
- F f f f i j
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- Fig. 7, le même anneau l, féparé des verrouils ; I,K, ouvertures par lefquelles il les reçoit.
- Fig. g , encore le même anneau avec fes verrouils I ,K j F, Fs les deux' pièces méplates, &c.
- Planche. V.
- Fig. i , le régulateur & toutes fes pièces réunies; A, fort fommier qui porte tout ; B, B , colonnes de fer qui entrent dans ce fommier ; a , a, repos qui l’appuient deifus; e,/, deux écrous qui reçoivent l’extrémité de chaque colonne ; A , B, D, étriers de fer , placés aux côtés du régulateur ; F, gorge qui en reçoit les tourillons; e, e, collets portant les deux extrémités du cylindre K; b , £} autres collets qui recouvrent les tourillons du cylindre L.
- Fig. 2, coupetranfverfale de ce fommier A ; a, a, font les endroits qui reçoivent les colonnes de fer.
- Fig. j , B,B, ces mêmes colonnes féparées du refte ; a, a., repos qui portent fur le fommier; b fb ,c,c,\ is qui excédent le fommier en-deifous; /, pignon ; o , roue attachée au même arbre.
- Fig. 4 j e,f, les deux écrous féparés des colonnes B, B.
- Fig. $ ,g, entretoife ; h , écrous pour affermir les colonnes par le haut.
- Fig. 6, collet du cylindre inférieur ; D, échancrure pour recevoir le palier de cuivre ; I, K , oreillons qui traverfent les colonnes.
- Fig. 7, collet du cylindre fupérieur, avecfon palier de cuivre qui doit être placé dans l’échancrure F.
- Fig. 8, collet du cylindre inférieur; A, plan de ce collet vu par-delfous ; B, fou palier de cuivre; d, d, trous par lefqueîs palTent les colonnes de fer.
- Fig. 9, collet fupérieur du cylindre L; B, fon palier ; A, partie du collet vuidé pour le recevoir.
- Fig. i o & 11 » b, les écrous ; D , roue de fer horizontale qui leur eft jointe 5 ils furmontent les colonnes de fer.
- Fig. 12, A, B, D, étrier fur lequel portent les cylindres, & féparé du refte; F en eft le collet; C, E, font les entretoifes ; F , lieu où il reçoit les tourillons du cylindre L.
- Fig. 13 , vis fans fin & taraudée à fes deux extrémités; S, clef pour la mettre en mouvement.
- Fig. 14, plan de l’armure au-deifus des colonnes; B, vis fans fin ; S, clef de la vis;/,/, /,/, écrous.
- Fig. 1 ï , piece de fer pour conduire la visfans fin par fes branches c, c 9 & qui y eft attachée en b.
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- ET FONT AIN 1ER. t Planche VI.
- Fig. i & 2, repréfentation de la machine du laminage en entier ; H, H , chevaux qui la mettent en mouvements A, table roulée qu’on'enleve de deffus 1-e laminoir.
- Fig. 3 , les deux cylindres vus féparés de la machine s P s l’extrémité du cylindre iupérieur; L & Q_, celle du cylindre inférieur K.
- Fig. 4 , e, e, petit arbre ; M , N, tourillons fur lefquels il tourne s K, K parties arrondies où fe placent les lanternes s L, L , milieu de l’arbre ; u , boîte quarrée qui reçoit l’extrémité du cylindre inférieur.
- Fig. , brolfe pour ébarber les tables à laminer.
- Fig. 6, leviers fervant à tranfporter le verrouil pour faire changer la direction des tables qu’on lamine.
- Fig. 7, tenailles pour calfer les laifes de ces tables.
- Fig. g , marteaux qui fervent à les couper.
- Fig. 9, repréfentation du verrouil; A, B, effieu qui tient à l’anneau; C, D, montant que cet effieu porte; E,F, entretoife pour les affermir; I, K, levier qui tient à l’effieu.
- Fig. io, ce verrouil vu d’un autre fens avec les mêmes indications pour l’effieu , les montans & l’entretoife ; G, H, pannetons qui portent les deux montans. Les cercles pondués marquent l’épaiffeur de Panneau.*
- Fig. ii , deux rouleaux vus féparément & détachés , de leur chafils. Ils portent fur deux axes, & roulent fur eux-mêmes.
- Fig. 12 , batte ronde pour frapper & plier les tables en rouleaux.
- Fig. 13 , batte plate pour le même ufàge.
- Planc he VII.
- , Fig. 1, moule à fondre les tuyaux de plomb ; A, entonnoir ôu jet; B, C, deux goujons ou éminences; D,D, évents ou ventoufes; K, L, extrémités du moule.
- Fig. 2, coupe de ce moule, faifànt voir de quelle maniéré le noyau ou bou-. Ion y efl: placé.
- Fig. 3 , piece de cuivre, nommée portée , percée dans fon milieu G, pour . recevoir le mandrin ou boulon de fer.
- ! Fig. 4, piece de fonte , nommée plume, également percée au milieu.
- Fig. y 6, brides, à charnières;,^, a, ouvertures par lefquelles entrent les deux goujons \b, c, pannetons qui les tiennent fermes.
- Fig. 7, clavette deftinée pour cet ulàge.
- Fig. 8, repréfente tout cet ajuftement en place»
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- . L'ART DU PLOMBIER
- Fig. 9, boulon ou noyau cylindrique en fer,' arrondi de P à Q_, 5c méplat de Q_à S.
- Fig., jo, longue table de chêne qu’on nomme madrier, portée par de forts pieds de charpente ; T , grande ouverture à l’endroit de laquelle efipoféle moule ; V, planches de chêne clouées au bord du madrier; X, cric pour tirer le boulon du moule ; À, ouvrier qui verfe le plomb ; e., tuyau que l’on fort du moule à mefure qu’on le fond ; f, rejets qui fe font dans l’entonnoir.
- Fig. 11, partie du cric féparé du madrier 3 a ,b, arbre de fer qui tient au moulinet 3 c , lanterne.
- Fig. 12 , eft le moulinet feul.
- Fig. 13 , cifeau avec lequel on coupe les rejets.
- • Fig. 14 , fourneau & chaudière où l’on puife le plomb fondu.
- Fig. if , roue ifolée du cric d, qui engrene dans la lanterne c , enarbrée avec la lanternefur l’efîieu e,f.
- Fig. 16, ouvrier qui coupe les rejets fur le tuyau e.
- Fig. 17, A, B, branche du moulinet, qu’un ouvrier prend pour faire entrer ou fortir le boulon, à l’aide du cric.
- Planche VIII.
- Fig. i , table où les ouvriers frappent & arrondirent les tuyaux pour pouvoir les fouder.
- Fig. 2 , plufieurs tuyaux amoncelés.
- Fig. 3 , table fur laquelle un ouvrier gratte un tuyau , un fécond le foude, & un troifieme porte la foudure 5 D, chevalet portant le tuyau.
- Fig. 4, tire-ligne faifant une première entaille dans le plomb.
- Fig. f, couteau pour couper le plomb.
- Fig. 6 & 7, deux fortes de battes pour frapper les couteaux.
- Fig. g & 12, forme des fers à fouder; A, le manche 3 B, partie qui porte fur la foudure ; C, morceau de bois creux pour tirer les fers du feii. Fig. 9 & 10 , divers grattoirs pour gratter l’endroit qu’on veut fouder. Fig. 11'/, tuyau que Bon foude3 A, maniéré de le falir avec de la terre gralfe3 C, de le gratter ou aviver; B, d’y verfer la foudure enfin de l’y attacher par le moyen du fer à fouder.
- Fig. 13 , cuvette prête à mettre en place ; A , A , le doflier 3 B , le devant avec fon bourrelet; C, lieu où fê met la crapaudine, marqué par la ligne ponduée 3 D , bout du tuyau 3 E nœud de foudure.
- Fig. 14, coupe de la même cuvette avec les mêmes lettres. -*
- Fig. if, crapaudine qui fe met dans la cuvette. ' --''%
- Fig. 16, le devant d’une cuvette avec les lignes-néceffaires. * - - -
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- Fig. 17, la même table de plomb pour le même ufage.
- Fig. r8i le devant de cuvette détaché de la table; B, bourrelet qu’on y fait; «, x,y, oreilles qu’on y lailTe. .
- Fig. 19, doflier féparé de la table de plomb; A eft le haut, B le bas ; P, Q_j endroits où on le cloue au mur avec les mêmes oreilles.
- Fig. 20 j ouvrier qui commence à deffiner la cuvr^e. . s .
- Fig. 21 , batte dont on fe fert principalement pour les cuvettes.
- Fig. 22 3 maniéré de donner à une cuvette la forme nécelfaire.
- Fig. 2$ 3 ouvrier qui travaille à une crapaudine A. 1
- Fig. 24 , outil fervant à cet ufage , nommé emporte - puce ; A, manche fur lequel on frappe; B, fer rond & tranchant. i
- Fig. , ouvrier qui foude le devant d’une cuvette à fon dofïier.
- Fig. 2 6, cuvette ronde; A , le fond ; B, le tour; C, le bourrelet; D , l’endroit où eft la crapaudine ; E , le bout du tuyau.
- Fig. 27, cuvette ronde d’une autre façon ; A, doflier que l’on cloue ordinairement fur une fenêtre.
- Fig. 28-, cuvette quarrée; A , le fond ; B, le tour, &c.
- Pla nche IX.
- Fig. 1 , pavillon dont la charpente eft à découvert ; A, B, C, D, quatre folives emmortaifées l’une dans l’autre, & aftifes fur maçonnerie ; E, F, G,H, quatre arêtiers drelfés aux quatre coins ; I, faîtieres ; K, chevrons aulîi em-mortaifés à leurs extrémités ; L , voligesfur lefquelîes on attache les ardoifes de plomb ;M, fer d’amortilfement ; N , petites folives qui le foutiennent.
- Fig. 2, le même pavillon couvert d’ardoifes de plomb; A, chaîneaude plomb qui régné tout le long de l’entablement.
- Fig. 3, tourelle couverte d’un chapeau d’ardoifes en plomb.
- Fig. 4 , repréfente un dôme ; A , champs ou entre - deux garnis d’ardoifes de plomb; B, côtes ou arêtes couvertes de tables de plomb ; C, fefton de plomb; D, bandes de plomb; C, feuillets coupés en forme d’écailles de poilfons; E, champ ou entre - deux; F, bandeau de plomb qui tombe en recouvrement; G, fenêtres du dôme ; H, bandes de plomb qui recouvrent ces fenêtres *1,1, moulures de plomb en forme de corniche ; K, K, calotte de plomb ; L 'globe du dôme porté fur un fer d’amortilfement attaché à la folive ; M, N, coq ; O , œil de bœuf. '
- Fig. 5, le même œil de bœuf ; b, plaque de plomb qui en forme la face ; autres plaques qui en forment les côtés » g, h, i, k, /,
- table de plomb; faifant une petite faillie ; m>Çn, bavette pour rejeter l’eau fur le toit.
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- Fig. 6 , lucarne flamande.
- Fig. 7 , lucarne demoifelle.
- Fig. 8 , petites ouvertures dans les toits, nommées lunettes.
- Fig. 9, lucarne à la capucine.
- Fig. io, terrifie en pierres de taille; A, entailles entre les joints des pierres pour recevoir le plomb ou le ciment.
- Fig. 11 j, terrafle couverte de plomb.
- Fig. 12, plate-forme coupée par petits combles; A, B ,C,D, quatre pierres de taille fe réunifiant pour en former un avec une petite boule qui recouvre le chapeau de plomb E ; F, F, bandes de plomb couvrant les joints des pierres de taille.
- Fig. 13 , pan de mur de charpente; A, table de plomb qui y eft clouée pour le garantir de l’eau du ciel.
- Planche X.
- Fig. 1 , fer d’amortifiement ; A, endroit par où on le cloue à la charpente ; B, aiguille.
- Fig. 2 , amortiflement; a, plaque de plomb ; b, feuillages fondus & attachés ; c 3 dt e, trois plaques de plomb contournées & modelées fur la charpente.
- Fig. 3, autre amortiflement; A, égout qui tombe fur le mur; B, B, plaques qui recouvrent la charpente; C, bande de plomb pour les fermer ; E j autres plaques clouées à la charpente ; D , guirlandes de plomb ; M , autres plaques arrondies par le haut; O , endroit par où pafle le fer d’amortifiement; P, feuillages ; R, fer d’amortifiement; S * charpente ou muraille de la petite tour qui porte l’amortiflement ; I, girouette.
- Fig. 4, maniéré de couper les plaques; E,F, G, le milieu; H, I, la largeur ; K, L, les côtés. * ,)k.
- Fig. 5 , coupe des deux plaques fupérieures M.
- Fig. 6, moule à couler les feuillages de plomb; Q_, Qj, lieu par où l’on verfe le métal.
- Fig. 7, le même moule ; æ, rable pour enlever le plomb inutile.
- Fig. 8 , plaque de plomb fur laquelle on a laminé deux plateaux pour en faire un globe ; A eft cette plaque; B, la ligne centrale; C, D, les circonférences ; E, F, les centras.
- Fig. 9 , table & plaque de plomb fur laquelle l’ouvrier compafîe ces plateaux. *
- Fig. 10, goujon, fer tranchant pour faire pafler le fer d’amortifiement dans les plateaux qui forment le globe.
- Fig.
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- Fig. 11, table fur laquelle un ouvrier emboutit les plateaux.
- Fig. 12, autre table où un ouvrier les joint enfemble.
- Fig. 13, autre table où on les foude ; G, la table ; H 9 I, chevalets qui portent le globe ; K, fer qui le traverfe & fert d’efîieu.
- Fig. 14, le globe entièrement foudé.
- Fig. 1 f > coupe du même globe traverfe par le fer d’amortifTement.
- Fig. 16, moule à coq A ; B , B, le corps & la queue qui y font graves.
- Fig. 17, moitié du coq fortie du moule jC, entaille pour y fouder la douille D, qu’enfile le fer d’amortilfement E, qui porte le coq.
- Fig. 18, moule à pigeon en deux pièces ; A eft le moule ; B, les quatre fiches fervant à le fermer ; C, les quatre anneaux dans lefquels elles entrent ; E, endroit par où l’on verfe le plomb.
- Fig. 19 , c’eft le même moule fermé avec fes fiches.
- Fig. 20, forme du pigeon en fortant du moule.
- Fig. 21 , plate-forme coupée par petits combles; A, B, C, D, font quatre grolfes pierres de taille taillées en pointe par le haut, qui le joignent enfemble & forment un petit comble furmonté d’une petite boule taillée dans la même pierre ; E , chapeau de plomb qui couvre la petite boule du comble, qu’on modèle à l’endroit même à coups de batte ; F , G , bandes de plomb travaillées en forme de canal renverfé, qui recouvrent les joints des pierres de taille.
- Planche XI.
- Fig. I, réfervoir de concefîion ; A1, réfervoir où l’eau fe raflemble ; C , tuyau montant qui donne l’eau ; Z, cuvette de concefîion.
- Fig. 2 i coupe du même réfervoir ; a , endroit du tuyau montant.
- Fig. 3 , autre réfervoir de concefîion, defîiné d’après celui de Notre-Dame ; C, tuyau montant ; Z, cuvette de concefîion.
- Fig. 4, coupe du même réfervoir.
- Fig. j", jauge pour mefurer l’eau que les particuliers achètent.
- Planche XII.
- Fig. I, forme intérieure des réfervoirs des fontaines de Paris ; A , endroit où l’eau eft contenue ; D , tuyau de concefîion ; T, bouton de cuivre qu’011 preffe contre le mur pour avoir de l’eau ; V, potence ; X , axe de cette potence qui tient au mur ; Y, pifton entrant dans le tuyau qui donne de l’eau.
- Fig. 2, réfervoir de particulier , tirant fon eau du premier; B, endroit où le rend l’eau ; C, tuyau qui l’y tranftnet ; E, F, G, H, nœuds de fou-Temc XllL , G g g g
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- dure joignant un tuyau à l’autre ; L, clou à anneau qui tient le tuyau ; M, endroit par lequel il verfe l’eau ; N, tuyau de trop plein ; P , lieu où il conduit l’eau ; baflin qui la reçoit ; R, tuyau de vuidange; S, endroit où il communique avec le réfervoir.
- Fig. 3, le même réfervoft où l’on travaille ; A, caifle;B, folives qui la forment ; C , montant formant la profondeur du rélervoir ; D , croifillons;
- E, bandes de fer au haut & au bas des folives pour les rendre plus fermes;
- F, ouverture pour recevoir la vuidange ; G, piliers de charpente qui fou-tiennent le réfervoir; H, pieds de maçonnerie ; B , ouvriers , deux qui fou-dent les tables, & un autre qui en cloue l’extrémité.
- Fig. 4, morceau de bois creux, au travers duquel on verfe la foudure. Fig. 5 , fer à Couder , dont la tête A eft fort large.
- Fig. 6, foupape ; A, endroit qui donne palfage à l’eau.
- Fig. 7, bouchon de la foupape; B, partie qui entre dans l’eau ;C, anneau pour retirer ce bouchon.
- Fig. g, même foupape en place ; D, crochet qui entre dans l’anneau du bouchon; E, table de plomb à laquelle la foupape eftfoudée ; F, le tuyau qui lui répond ; G, bride ; I, couronne de cuir qu’on y applique ; K, l’autre bride ; H, autre tuyau qui fe joint au premier par le moyen des brides.
- Fig. 9, lime dont on fe fert pour limer les foupapes de cuivre; A, le manche ; B , les dents.
- Fig. io, bride à deux vis; A5 endroit qui reçoit le tuyau ; L,M,deux anneaux viifés en - dedans.
- Fig. il, bride quarrée ; B, endroit par où palfe le tuyau ; C , D, E , F, quatre trous vides en-dedans.
- Fig. 12 eft la même bride ; G ,/H, I, K, font quatre écrous qui joignent une bride à l’autre.
- Fig. 13, couronne de cuir qu’on met entre-deux.
- Fig. 14, H eft un tuyau bridé ; L eft l’effet que font les brides en place»
- Planche XIII.
- Fig. 1 , diftribution d’eaux ; A, réfervoir d’où elles viennent toutes; B, tuyau principal de conduite ; C, autre tuyau principal ; D ,D , petits tuyaux embranchés & fondés fur les premiers; E, jet d’eau; I, autre jet d’eau;
- G, autre jet d’eau plus fimple ; II, baiîin ; I, coupe de la boule d’où fort le jet; K, ajoutoir foudé qui le forme.
- Fig. 2 , robinet à une eau ; A , bouchon de cuivre ; B , partie dans laquelle entre le bouchon ; C, D, deux bouts de tuyau par où palfe l’eau.
- Dg- 3 ? robinet à deux eaux ; A, bouchon avec fes trous correlpondans
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- aux tuyaux j B, partie inférieure ; E,F, G, trois bouts de tuyaux foudés.
- Fig. 4, robinet à trois eaux, avec les mêmes parties que dans les deux figures précédentes.
- Fig. s » clef avec laquelle on ouvre le robinet de la figure %.
- Fig. 6 , coupe de robinet de la même figure %.
- Fig.^y, coupe de tuyau de conduite & d’un robinet qui y eft foudé en A, B ; D , tuyau auquel il eft foudé î K, ajoutoir, & la même piece féparée du tuyau.
- Fig. 8» coupe d’une fontaine > A, le jet ; D , le tuyau qui y conduit l’eau ; K, l’ajoutoir comme aux jets d’eau > L , L, premier baffin où tombe l’eau & la brife en forme de nappe ; M, fécond baffin qui la reçoit; N, troisième baffin ; O, P, deux gouttières qui y conduifent ; Q_, tuyau de trop plein pour l’écoulement des eaux fous terre.
- Fig. 9, la même fontaine telle qu’elle eft.
- Pl anche XIV.
- Fig. i , creufet où les plombiers raffineurs jettent leurs cendres ; A, ouverture qui fert de foyer au creufet i B, canal par où fort le métal qu’on raffine; C, chaudière qui le reçoit.
- Fig. 2 , coupe du même creufet ; A, canal qu’il forme en - dedans ; B, plaque de fer placée au-devant du canal ; D , autre plaque foudée qui revêt le devant du canal ; E, autre plaque encore qui garnit l’intérieur.
- Fig. j , plan du même creufet, où tout eft déligné par les mêmes lettres.
- Fig. 4, foufflet dont la tuyere répond au coude intérieur du creufet. F, G , brimbale pour la faire jouer; H, point d’appui où elle eft attachée.
- Fig. ^,6, 7, pinces de plulieurs grandeurs & de différentes elpeces.
- Fig. 8, mafTe avec laquelle on frappe les pinces.
- Fig. 9 5 écumoire des plombiers raffineurs.
- Fig. io, pince pour brifer le mâche-fer.
- Fig. 11, mortier dans lequel on le pile.
- Fig. 12 5 lingotieres de potin, pour couler l’étain & le plomb.
- Planche XV.
- Fig. i , boîte quarrée de plomb, fervant de cercueil 9 & garnie de Ton couvercle.
- Fig. 2, table de plomb, portant le deffin d’un cercueil. A, B, ligne du milieu fervant de réglé aux autres ; C, cercle formant la tête du cercueil ; JD,E,ligne droite qui en traverfe le centre;F, G, ligne parallèle à lapre-
- G g g g ij
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- VAUT DU PLOMBIER
- miere & fur laquelle on a formé les deux petits cercles p, q ; H , I, troifieme ligne parallèle aux deux autres ; K, L, M, lignes fur lefquelles on prend un double centre pour former les deux cercles n ,o; R, autre cercle formant le pied du cercueil ; S , T, ligne fur laquelle fën centre eft pris- 3 lignes qui forment le corps du cercueil.
- Fig. 3, partie inférieure du cercueil , qu’on foude au refie.
- Fig. 4, partie fupérieure du même cercueil.
- Fig. f , maillet pour battre & forger le plomb à froid.
- Fig. 6, ouvrier qui forge ainfi fur une pierre de liais.
- Fig. 7 , table où deux ouvriers foudent le pourtour du cercueil.
- Fig. 8, pourtour du cercueil féparé de fon fond.
- Fig. 9, ouvriers qui tiennent un cercueil à moitié fait.
- Fig. io, coupe d’un cercueil achevé.
- Fig. ii, cercueil entier avec fon épitaphe.
- Planche XVI.
- Fig. i , maniéré de defliner les cœurs foudés de plomb ; A , table de plomb ;B, ligne qui marque le milieu du cœurs C, ligne fur laquelle on prend les deux centres ;D,E, deux portions de cercle s F, G, lignes qu’ils traverfent ; H, autre cercle ; I, K, lignes qui forment la pointe du cœur.
- Fig. z, moitié d’un cœur , féparée de la table de plomb.
- Fig. i, ouvrier qui frappe une moitié de cœur pour la rendre convexe.
- Fig. 4 , ouvrier qui ajufte les deux moitiés de cœur pour pouvoir les fouder.
- Fig. s , plaque de cuivre fervant à y graver l’épitaphe. >
- Fig. 6, moule dans lequel on coule les écritoires ;B, C, pièces dontil eft compoféjD, charnière fur’laquelle ces pièces roulent ; E, F, double charnière ;G,Hj clous qui les arrêtent ; I, dedans du moule qui éfl vuidé ; K ? noyau qui forme la boîte de l’écritoire.
- Fig. f, les deux pièces B,C, féparées du refie du moule.
- Fig. 8 s eft l’écritoire fondue & fortie de fon moule.
- Fig. 9, moule à garde-papier; A, le moule entier fermé.
- Fig. io 5 le même moule ouvert; B, C, parties dont il eft compofe ; D , les charnières ;E, F, les clous qui les tiennent; G , H , chappes ; I, dedans du moule creufé ; K, ouverture par où l’on jette le plomb ; L , garde-papier forti du moule.
- Fig. ii , plomb à niveau , ayant la figure d’une boucle.
- Fig. 12, autre plomb à niveau, mais quarré;A, corde à laquelle il|eft attaché ; D, ligne fur laquelle fe marque l’à - plomb.
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- Fig. 13, moule à niveau, vuidé en rond.
- Fig. 14, moule à niveau, vuidé en quarré ;B, boulon ou noyau qui fe place au milieu de chaque moule ; C, jet par où l’on verfe le plomb.
- Fig. iç , cœur à anneau.
- Fig. 16 & 17 a deux cœurs qui ont des trous par où on les attache.
- Fig. 18 & , moules des cœurs à anneaux j A, le moule jB, chappes
- qui l’attachent ; C, clous qui entrent dans les chappes ; D , le dedans du moule vuidé ; E » jet par lequel o;i coule le plomb.
- Fig. 20 21 a moule de cœurs percés ; À, le moule ; B , C, boulons ou
- noyaux qui le traverfent; D , chappes du moule jE, E, dedans du moule j F, jet pour y couler le plomb.
- «Ci-;1 -y11 j—:l_: . -fr
- EXPLICATION
- De quelques termes propres à VArt du plombier.
- A
- +Æjoutoir. C’eft une piece de cuivre ronde & à jour, que l’on foude à l’extrémité des conduites des jets-d’eau , & qui en forme la gerbe. A* Ajuflages , ou petits tuyaux de fonte fervant aux fontaines , qu’on ajufte au bout d’un tuyau de fontaine, pour en faire fortir l’eau en différentes manières. Il y en a qui font à têtes d’arrofoirs, d’autres qui forment des fleurs-de-lys, d’autres des vafes de diverfes façons , comme il s’en trouve à Verfailles.
- Amboutir quelques pièces de plomb ou autre métal, c’eft la rendre convexe d'un côté & concave de l’autre.
- Amortijjement. Par ce mot les plombiers entendent tous les ornemens qu’ils font fur les bâtimens , & qui peuvent concerner leur art.
- Angle ( cuvette à ) ; c’eft une cuvette dont ledofïiereft à angle. On les fait de eètte maniéré pour les placer dans
- l’encoignure des murs.
- A-plomb s mettre un tuyau à- plomb, c’eft le pofer perpendiculairement à l’horifon. On dit qu’un tuyau eft bien à-plomb lorfqu’il eft bien droit. Voyez Niveau.
- Ardoife de plomb ; c’eft uu morceau de plomb mince, taillé de différentes façons en ardoife pour la couverture des dômes ou clochers : les unes font en forme de cœur, les autres quarrées Amplement, les autres ovales, félon le goût de celui qui les emploie.
- Arêtiers de plomb. On nomme arêtiers , les angles d’un pavillon : on donne le même nom au plomb qui les couvre.
- Arrofoir. C’eft un entonnoir, pouf le plus fouvent, avec lequel les plombiers arrofent le fable de leur moule j quelquefois c’eft un arrofoir ordinaire, tel que celui des jardiniers.
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- V ART DU PLOMBIER
- €06
- Atteles. Ce font deux morceaux de bois creux, qui étant mis Pun contre l’autre, font une poignée qui fert aux plombiers à prendre leurs fersàfouder. Les vitriers nomment, au contraire, mouflettes , celles dont ils fe fervent pour le même ufage.
- Attelier. C’eft le lieu où les plombiers s’établiifent & travaillent aux dif-férens ouvrages qui concernent leur art. Tous les artiftes donnent le même nom à leur laboratoire.
- Attifoir.. C’elt une barre de fer crochue par un bout, dont les plombiers, & généralement tous les fondeurs, fe fervent pour attifer leur feu. Voyez Fourgon.
- Auge. C’elï un vafe de potin qui eft au haut du moule où l’on coule les tables avant de les laminer. Il reçoit, par le moyen d’un canal de tôle portatif qui le lui tranfmet, le plomb qui eft dans la chaudière , & le verfe fur le moule par le moyen de deux bafcules que deux ouvriers abailfent, & qui l’en-levent lorfqu’il eft tems de couler le plomb qu’elle contient.
- Auget. Les plombiers appellent ainfî un vafe long qu’ils remplirent de plâtre , & qu’ils portent avec eux lor£ qu’ils vont pofer les tuyaux des mai-fons, ou autres ouvrages qui le demandent : c’eft à peu près le même que celui dont fe fervent les maçons.
- B
- Baguette. Les plombiers entendent par ce terme les remplis qu’ils font à chaque bord des tables dont ils fe fervent dans la couverture des églifes , pour fuppléer à la foudure , qu’on n’y emploie que le moins que l’on peut, attendu que la gelée la hrife, & pour
- que l’eau du ciel ne s’infinue pas ju£ qu’à la charpente, qu’elle pourrirait. Afin de joindre l’agréable à l'utile, ils arrondirent ces remplis avec leurs battes en forme de baguettes, qui prennent depuis l'entablement du mur juft qu’au haut du faîtage. C’eft ainfi qu’eft travaillée la couverture de l’églife de Notre - Dame de Paris.
- Bande de plomb. C’eft, en général , un morceaux de plomb long , qui n’a encore été employé à aucun ouvrage.
- Bafcule. C’eft une chaîne de fer à poignée qui, attirant le levier auquel elle eft attachée, l’oblige à barder d’un bout & à h au (fer de l’autre, & parce moyen à enlever le poids qui lui eft attaché : c’eft de ces bafcules dont fe fervent les ouvriers delà manufa&ure du plomb laminé , pour enlever leur auge & la verfer fur leur moule.
- Bafque ou Lanufure, eft une piece de plomb qu’on met au droit des arêtiers , & fous les épies ou amortifle-mens. On la nomme ainfi, parce qu’elle eft coupée en forme de bafque.
- Bavette. On appelle ainfi une bande de plomb qui couvre les bords & les devants de chaîneaux que l’on met fur les grandes couvertures d’ardoife, au-deifous des bourfeaux.
- Bavures. Voyez Laifes.
- Bomber, c’eft arrondir quelque chofe. Bomber une plaque de plomb , c’eft la rouler en tuyau. Voyez Amboudr,
- Boudin. Les plombiers nomment ainfi la boue qui fort des tuyaux qu’ils dégorgent par le fecours du fiphon ou de la fonde.
- Boulon j c’eft un morceau de fer rond , qui fert de noyau pour foire les tuyaux de plomb fans foudure : il eft de toute la longueur du moule, C’eft de
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- ET F 0 N T A I N I E R.
- oe morceau de fer dont les tuyaux qu’on fond , reçoivent leur diamètre. Il y en a de plus ou moins gros, félon la groifeur du moule.
- Bourrelets. Ce font les bords d’une plaque de plomb roulés. On les appelle ainfi, parce qu’ils reifemblent à de véritables bourrelets. On a coutume d’en fiire au - devant des cuvettes des chai-ïieaux, qu’ils fortifient beaucoup , &c.
- Bourrer. Les plombiers difent que leur plomb bourre, lorfqu’il s’arrête fur le fable, qu’il y forme ce qu’ils appellent des marrons.Voyez Marron.
- Bourfeau ‘ou Bourfault, eft un gros membre rond , fait de plomb , & qui régné dans les grands bâtimens, au haut des toits couverts d’ardoife. Au-delTous du bourfeau il y a une bande de plomb , que l’on nomme bavette. Le petit membre rond qui eft encore fous la bavette, s’appelle membron. La piece de plomh qui eft fous les épies ou amortilîemens , fe nomme la nufure ou bafque, parce qu’elle eft coupée en forme de bafque. Voyez Bavette.
- Bourfeau à battre ; c’eft un morceau de bois léger , dont les plombiers fe fervent pour faire le bourrelet de leurs cuvettes.
- Branches de tuyaux j ce font plu-fieurs tuyaux joints enfemble par des nœuds de foudure. Voyez Nœuds de foudure.
- Brafier. Les plombiers en font deux, l’un deifous & l’autre deifus leur chaudière, quand ils commencent à mettre leur plomb eii fufion, afin d’en accélérer la fonte.
- Bretelles. On appelle ainfi les fangles des hottes que les ouvriers prennent lorfqu’ils ont quelque chofe à porter.
- Brides. Ce font deux plaques de fer quarrées & vuidées en rond dans le
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- milieu : elles font faites pour tenir lieu de foudure. Elles preflent les extrémités des tuyaux par des vis & des écrous qui font aux autres coins de chaque bride. Pour que l’eau 11e tranfpire pas , & pour mieux preifer les tuyaux l’un contre l’autre, 011 met entre les rebords des tuyaux une couronne de cuir. On fe fert de brides pour des tuyaux d’un gros diamètre, & qui ne peuvent être ajointées par des nœuds de foudure.
- Brifés (pannes de) ; ce font plufieurs tables de plomb qui couvrent la partie fupérieure des combles, & qui vont jufi-qu’au faîte |, ou à l’endroit où le toit eft brifé : de là vient qu’on les nomme pannes de brife's.
- Buveau ou Beveau, eft un infiniment fembiahle à une équerre j la différence qu’il y a , c’eft que l’équerre demeure fixe & que les branches en font immobiles ; au lieu que celles du buveau fe ferment & s’ouvrent comme l’on veut, pour prendre & pour tracer toutes fortes d’angles. Outre cela, les branches d’pne équerre font à droite ligne ; celles du buveau ont quelquefois une forme ronde, & font bombées ; quelquefois il n’y en a qu’un© qui le loit, & l’autre eft droite : d’autres fois elles font courbées & creufes en-dedans , ou bien il n’y en a qu’une qui eft de la forte, ou même la moitié d’une. Ainfi on en fait de plufieurs façons , félon le befdin qu’on en a. Les plombiers s’en fervent pour s’éviter la peine de tracer différentes lignes qu’il leur ferait indilpenfable de faire fans cet inftrument. On dit le buveau de deux plans , pour marquer l’inclinaifon qu’il y a.
- Canal ou tuyau de defcente 5 c’eft
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- L'A RT D U
- un tuyau qui fert à conduire les eaux d’un toit jufqu’en bas, que Vitruvé appelle fijtula.
- Canal d'aqueduc ou Gargouille , efi: un cordon de pierre de taille bombé, qui foutient les tuyaux de conduite.
- Cafcade ou Cafcate. On nomme ainfi les endroits où les plombiers condui-fent une chiite d’eau par ie moyen de plulieurs tuyaux, foit qu’elle foit naturelle , foit qu’elle foit faite par artifice, comme celles que l’on fait dans les grottes & dans les jardins, pour faire tomber l’eau de haut en bas par diverses chûtes ou degrés.
- Cendrées. Les plombiers nomment ainfi les écumes qu’ils enlevent de la fuperficie de leur plomb, quand ils le mettent en fution. Voyez Crajfes.
- Cercueil. Les cercueils des plombiers font compofés de trois pièces , d’un pourtour, d’un deffus & d’un delfous. La figure du col eft découpée fur le delfus & fur le deifous : on les foude avec force foudure , afin qu’ils fe con-• fervent plus long-tems.
- Chameau , ( compluvium ) c’eft le canal ou gouttière de plomb , dans lequel toutes les eaux de la couverture d’un logis tombent pour fe décharger dans les cuvettes & tuyaux de plomb. Dans les grands édifices, on ne les fait point en plomb ; on ne fait fimplement qu’une rigole taillée dans la pierre , dont les eaux coulent dans les gargouilles. Il y a des chaîneaux de plomb, qu’on nomme à bords , lorlqu’ils ne font que rebordés par l’extrémité ; & d’autres appelles à bavette , quand ils font recouverts d’une bande de plomb.
- Chappes ; ce font les deux poignées ou tenons qui fervent à fermer ou ouvrir le moule dans lequel les plombiers font fondre leurs tuyaux.
- PLOMBIER
- Charbons. Les plombiers en jettent dans leur plomb ùour le revivifier.
- Charge. On dit que le creufet du raffinage efi: bien chargé, lorfi]u’on y a mis plufieurs couches de charbon & de cendrées.
- Charger le creufet, c’eft le garnir de charbon & de cendrées.
- Charnière, c’eft ce qui joint une partie du moule à tuyau avec l’autre , en-forte qu’elles peuvent fe replier l’une fur l’autre & tourner fur leur centre. Elles font, ainfi que le moule & fes chappes, faites de potin, ou autrement dit, d’un compofé d’arcol, c’eft-à-dire* des excrémens de cuivre jaune & de plomb alliés & fondus enfemble.
- ChaJJis. Les plombiers appellent ainfî une grille de fer qui enveloppe la poêle qui efi au bout de leur moule à tables.
- ChaJJis du laminoir j c’eft l’endroit où les tables fe laminent: il a environ cinquante pieds de long ; il efi couvert de rouleaux mobiles fur leur axe, pour que les tables glilfent plus aifément.
- Chaudière y c’eft le vafe dans lequel les plombiers font fondre ou leur plomb ou leur foudure : elle eft à tenons ou oreillons, qui font noyés dans la maçonnerie du fourneau.
- Chevalet \ les plombiers s’en fervent pour fupporter les tuyaux qu’ils fou-dent.
- Chevrette. Les plombiers appellent ainfi un chenet de fer un peu haut, qu’ils mettent dans le foyer de leur fourneau pour élever le bois & lui donner du jour, afin qu’il brûle mieux.
- Cifeau , infiniment pour gratter le plomb , & en enlever les premières écaillures , afin que la foudure y prenne mieux. Les plombiers s’en fervent pour les tuyaux roulés, pour les cuvettes, & dans les réfervoirs. Voyez Grattoir. ‘ ' Clavette,
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- ET FONTAINIE R.
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- Clavette , eft une efpece de clou que Tou met dans les chappes.du moule à couler les tuyaux, pour le fermer plus folidement , afin qu’il ne s’ouvre pas lorsqu’on y coule le plomb ; comme elle y entre avec un peu de force , & qu’elle y eft gênée, on la fait fortir à petits coups de marteau , lorfqu’on veut rouvrir le moule pour en retirer le tuyau qu’on y a coulé.
- Cœurs de plomb. Il y en a de deux fortes ; les uns font fondus , & fervent pour les lampes des églifes , ou pour fufpendre des cages d’oiféaux. Les autres font fondés & contournés fous la main : c’eft pour renfermer des cœurs humains. -
- Comble. Il y en a de pointus, de plats, de brifés , qu’on appelle à la mari far de, & de plusieurs autres façons. Ôn les couvre ordinairement en plomb.
- Compas. Il y en a de plulîeurs fortes ; celui des plombiers eft fort grand , & il eft de fer. Ils s’en fervent pour prendre la mefure de la coupe des ditférens ouvrages qui concernent leur art.
- Comparer. Les plombiers appellent comparer un doiïier ou devant de cuvette, lorfqu’ils mefurentavec le compas la grandeur.qu’ils doivent avoir.
- Conferve. Réfervoir où l’on garde l’eau pour la diftribuer dans des aqueducs ou canaux. Voyez Réfervoir.
- Coquille de plomb, c’eft un grand vafe de plomb qui eft fait en forme de coquille. Il y en a une au puits de Bi-cètre, pour en recevoir les eaux.
- Corde nouée; c’eft un cable où l’on fait de fix pouces en fix pouces un gros nœud. On l’attache par un bout ; l’ouvrier monte par l’autre , par le moyen de deux étriers & d’une fellette, qui ont chacun un crochet qu’il fait entrer dans les nœuds de la corde: cela Tom e XIII.
- demande beaucoup d’adrefle.
- Comiere ; c’eft le canal de plomb qui eft le long de l’angle de deux grands corps-de-logis. Voyez Gouttière.
- Couteau. Les plombiers s’en fervent lorfqu’ils ont deftiné ce qu’ils ont à prendre de chaque table , afin de le couper. Le tire-ligne commence par faire une petite réparation. Le couteau, frappé par le marteau , finit- le refte.
- Couture , maniéré d’accommoder le "plomb fur les couvertures ; c’eft un repli qu’on fait entre deux tables de plomb. Voyez Bourrelet.
- Couverture. Il y en a de plnfieurs fortes : les unes font des combles , les autres des pavillons, les autres des dômes, &c. On entend par couverture de plomb, plulîeurs tables de plomb réunies & attachées enfemble , qui couvrent le haut des maifons ou des églifes. Dans les premiers fiecles , félon Vitruve , les couvertures des maifons étaient toutes plates; mais commeon vit qu’elles ne garantilfaient point de l’eau & des neiges, on les exhaulfa dans le milieu; c’eft-à - dire, qu’on fit des combles plus ou moins élevés, félon les divers climats & félon les matières dont on les couvrait.
- Craie ;• c’eft ;la matière avec laquelle les plombiers, ainfi que tous les autres artiftes, tracent leurs lignes pour defti-ner leurs ouvrages avant de les couper. Crampons. Voyez Oreillons, Crapaudine ; c’eft une plaque de plomb à jour, qu’on met dans le dedans des cuvettes, afin que les ordures ne pallent pas dans les tuyaux de defcente & ne les engorgent pas.
- Crajjes ou écumes. Les plombiers appellent ainfi des parties de plomb qui ont perdu leur phlogiftiqueen fondant; ils les tirent de leur chaudière par le H h h h
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- L'ART DU PLOMBIER
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- moyen d’une écumoire faite en forme de poele à marrons , pour les revivifier enfui te-au creufet.
- Cremaillere> c’eft une barre de fer dentée , qui tient au cric & au boulon du moule à tuyaux, par le moyen de laquelle on fort ce boulon du moule quand le tuyau eft fondu.
- Creufet ; c’eft un fourneau à forge , dont on fe fert pour raffiner & revivifier les miettes & cendrées de plomb , après les avoir lavées.
- Cric ; c’eft un rouage compofé d’une roue & d’une lanterne, & enfermé dans une boîte de fer, par le moyen duquel on tire le boulon ou noyau des moules à tuyaux..
- Croûte Pétain. Les plombiers nomment ainfi une couche d’étain appliquée fur une table ou ardo-ife de plomb* ou fur quelqu’amortifièment. . .
- Cuiller -, c’eft le vafe avec lequel les plombiers puifent leur plomb mis en fufiou dans la-chaudière, pour le porter dans la poêle qui eft au bout de leur moule : elle reflemble à une caiferole.
- Cuvette, ( Compluvium. Vitruve. ) On nomme ainfi un vafe ou une capacité de plomb qu’on met défions ou à côté des fenêtres à chaque étage des maifons, pour éviter aux locataires la peine de defcendre leurs eaux : elle reçoit l’eau non - feulement des particuliers , mais même du tuyau fupérieur & des toits d’où elle tombe. Il y a des cuvettes de quatre efpeces ; les unes font rondes , les autres quarrées, les autres à hotte & dofiier plat, les. autres font angulaires.
- Cuvettes de concejjion ; ce font celles qui tiennent aux réfervoirs.
- Cylindres ; ce font deux rouleaux de fer fondu, d’un pied de diamètre,, dont les plombiers-rafiineurs font ufage pour
- laminer leurs tables, Si qui les mordent jufqu’à ce qu’elles foientau point où on les veut..
- B
- Déblanchir les tables , ardoifes & amortiifemens, c’eft leur ôter la croûte d’étain dont ils ont été revêtus. Celafe fait par le moyen- d’un réchaud plein de braife que l’on met fous les tables, qui échauffe le plomb & fait fondre l’étain qui eft plus dudile..
- Déborder les tables de plomb, c’eft-à - dire, les couper des deux côtés avec un couteau ou débordoir, pour les rendre unies. Voyez Laifes.
- Débordoir ; c’eft i’inftrument avec lequel on déborde les tables. Voyez Couteau.
- Décharge : mettre un tuyau en décharge, c’eft donner aux eaux qu’il contient, une ilfue en -'[dehors, en interrompant leur cours ordinaire. Cela ne peut fe faire que par le moyen d’un robinet qu’on pofe dans un regard ou autre endroit, & qu’on eft à portée d’ouvrir ou de fermer quand on veut. Lorfque les plombiers veulent dégorger ou réparer quelques tuyaux, ils commencent toujours par - là.
- Defcente. ( Fiflula. Vitruve. ) Oïl nomme ainfi les tuyaux de plomb dans lefquels tombent les eaux des chaî-neaux qui embrafîent les couvertures.
- Dôme, dedomus, ou bien du grec tu tut, qui fignifie un toit ou une couverture : Doma in orientait bus provin-dis ipfum dicitur, quod apud Latïnos tectum. S. Jérôme ad S.imonem. lA'àX^ nous les diftinguons en notre langue.. On entend par dôme , les couvertures rondes qu’on fait ordinairement en. plomb ,.telles que le dôme de Saint-Pierre à Ronie, celui de la Sorbonne d&
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- ET FONT ÀINIETL
- Gît
- Paris, du Val-de-Grace, des Jéfuites, des Invalides , &c. & ce que les Italiens nomment cupola ; car parmi eux le mot domo défigne particuliérement l’églife cathédrale. On eft fort en lifage de les couvrir en plomb : on en fait de petites ardoifes en forme d’écail-les de poitfoii, dont on recouvre les champs du dôme ; les côtés ou arêtes fe garnirent en bandes de plomb.
- DoJJîer. Lesplombiers'appellent ainfi le derrière de leur cuvette.
- E
- Ebarber les tables , c’eft en ôter le fable avec des brolfes; c’eft ce que font les plombiers - lamineurs , avant que de les mettre fur leur laminoir.
- Ecume. Voyez Crajjes.
- Ecailler le plomb , c’eft le mettre en état de recevoir lafoudure. Comme le plomb porte toujours avec lui fur la fuperficie une cralfe qui empêche que la foudure ne puilfe bien s’y attacher , on le gratte jufqu’au vif, c’eft- à-dire, qu’avec un grattoir on en enleve la fuperficie.
- Ecaillures ; ce font les pellicules de plomb qu’on enleve avec le grattoir ou avec le cifeau. Il faut les ramalfer pour les jeter & faire fondre , fi elles font propres, dans la chaudière, ou pour les envoyer au raffinage fi elles font laies, en les mêlant avec des écumes qui proviennent des fontes. On fait plus ordinairement le fécond que le premier, parce qu’on commence par falir le plomb avant de le Couder. Par ce moyen les pellicules qu’on en enleve font pref-que toujours couvertes de terre graife, & par conféquenthors d’état d’être fondues fur-le-champ avant d’avoir pafifé par le raffinage.
- Ecumoire ; c’eft une poêle percée,, avec laquelle les plombiers écument leur plomb.
- Egout de plomb -, c’eft une plaque de plomb arrondie , qui donne'ilfue aux eaux qui découlent du toit, & les verfe dans la rue ou dans une cour. Voyez Godets.
- Emboîter des tuyaux c’eft les faire entrer l’un dans l’autre. On ne fait pas feulement cette opération pour les tuyaux de defcente, mais encore pou? ceux de conduite ; la différence qu’il y a , c’eft qu’on ne fe contente pas d’emboîter les derniers , il faut encore les ajointer & attacher avec des nœuds de foudure. On doit avoir l’attention, dans les emboîtemens , de faire entrer le tuyau qui donne l’eau, dans celui qui la reçoit, pour ne point mettre d’obftacle au courant de l’eau.
- Embranchement des tuyaux. Ce mot fignifie l’a&ion de joindre plufieurs tuyaux enfemble par des nœuds de foudure. On en faitfouvent, mais principalement quand on veut qu’une même eau ferve tour - à- tour à plufieurs cho-fes différentes, par exemple , tantôt à une fontaine, tantôt à un jet-d’eau, &c. Il faut alors qu’il y ait des robinets qui lui ouvrent fon cours où l’on veut qu’elle aille , & qui le lui ferment, au contraire , où l’on ne veut pas qu’elle aille.
- Emporte - pièce \ c’eft un inft-rument fait en croiffant & taillant. Les plombiers s’en fervent pour mettre à jour les crapaudines des cuvettes.
- Enfaîtemens de plomb. On nomme ainfi les tables qu’on met au haut des couvertures des églifes , ou fur des fo-lives qui font au haut des murs, & qui tiennent lieu de pierre de taille, afin de les garantir des eaux du ciel, & îe$
- H h h h ij
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- PLOMBIER
- Cn VA R T I) ü
- empêcher de pourrir. Voyez Faîteaux ou Faîtieres.
- Epingles. Les plombiers appellent ainfi les gouttes de foudure qui outre-percent dans le dedans des tuyaux qu’ils fondent: m'oins il y en a, mieux ils font fondés.
- Epitaphes. Les plombiers en attachent fur les cercueils, ainfl que fur les cœurs qu’ils contournent fous la batte, quand on le leur commande.
- Eponge ; c’eft une grande planche portative , dont on fe fert pour diminuer la largeur des tables qu’on coule. Elle eft de toute la longueur & de toute la profondeur de la caille du moule. Voici de quelle maniéré on l’arrange dans le moule. On fait d’abord une folfe dans le fable , fur la longueur de fa couche, à telle diftance des bords du moule que l’on veut; on l’appuie enfuite par de petits liteaux portatifs, que l’on met entre cette éponge & les rebords du moule, pour la tenir ferme: on remet le fable enfuite à fa place; parce moyen la couche du moule qui fe trouvait avoir trois pieds & demi de largeur , n’en a fouventque trois , ou même deux & demi, félon que les tables dont on a befoin le demandent.
- Equerre. Celle des plombiers, eft faite comme toutes les autres. Ils s’en fervent pour defliner leurs ouvrages avant de les couper.
- Etabli des plombiers ; c’eft une ef-pece de table à pofer leurs outils, ordonner & travailler leurs ouvrages. V. Moule.
- Etain. Les plombiers s’en fervent pour faire leur foudure , qui eft com-pofée de deux tiers de plomb & d’un tiers'd’étain. Ils s’en fervent auffipour blanchir les couvertures des églifes, des clochers 3 des dames ? mais rare-
- ment; alors ils ne le mélangent pas.
- Etamer les couvertures des dômes, des clochers , des églifes , c’eft les blanchir avec de l’étain. On étend chaque table fur des tréteaux ; on en réchauffe le plomb par le moyen d’un réchaud ardent qu’on met deifous ; enfuite on jette des plaques d’étain fur le deifus de chaque table , où elles fondent, & qu’on écarte avec de l’étoupe fur toute fa fuperficie. Il eft une autre foqon de le faire, où le réchaud n’eft pas nécef-faire; c’eft lorfque les tables viennent d’être coulées , & -qu’elles font encore dans le moule & aifez chaudes pour faire foudre f étain , bien plus dudile que le plomb. On fe fert de cette dernière maniéré pour blanchir tous les amortilfemens fondus.
- Etamer les ajoutoirs , les robinets , &c. c’eft les blanchir avec de l’étain, comme on blanchit les cafferoles. Pour cet effet il fout en râper le cuivre juf-qu’au vif avec une lime. On fait cette opération à l’endroit où l’on veut les fouder à quelques tuyaux de plomb * fans cela il ferait irnpoffible que la foudure pût prendre au cuivre.
- Explofion.Les plombiers ont à craindre une explofion dangereiife, quand ils n’ont pas l’attention de vifiter le plomb qu’ils mettent dans celui qui eft déjà fondu, parce qu’il faut qu’il fois bien fec.
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- Faîtage de plomb ; c’eft la couverture en plomb que les plombiers mettent fur les toits des maifons ou des églifes, & qui couvre le haut des toits.
- Faîtieres de plomb ; ce font plufieurs tables courbées & faites en demi-canal,, qu’on met au - haut des couvertures pour en couvrir le faîte*
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- Per à Couder. Les plombiers l’appliquent fur leur foudure après l’avoir frottée avec de la poix - réfine , afin qu’il ne s’y étame pas. Il fert à allier & unir leur foudure. Il y en a de deux fortes y l’un à la tête en forme d’œuf de poule, il eft pour les tuyaux roulés ; l’autre eit en cul de poire : ce dernier eft uniquement employé aux cercueils & aux réfervoirs , parce qu’il faille plus de foudure dans les angles , & que cela eft néceffaire pour ces fortes d’ouvrages.
- Fers d'amorti'{Jemens ; ce font des morceaux de fer qui i'e mettent fur les poinçons qui tiennent lieu d’épies de bois aux bouts des faites & couvertures e.11 pavillon. Ils fervent pour les vafes de plomb que l’on fait paffer dans ces barreaux de fer , pour orner les combles.
- Fers de cuvette > ce font des pièces de fer qui portent & accollent la cuvette de plomb d’une gouttière ou chameau. Voyez Gâche.
- Feuillage de plomb. On appelle ainfi certains amortiffemens jetés en moule, & qui relfemblent en effet à des feuillages.
- Forge des plombiers; c’eft une pierre de liais fur laquelle les plombiers battent leur plomb à froid avec des maillets. Elle eft maçonnée dans le pavé, à.un coin de l’atcelier qui parait le plus propre pour cet effet.
- Forger le plomb y c’eft le frapper avec des muffes pour le condenfer & l’aftor-tiorer. On forge ainfi toutes les tables qu’on emploie aux réfervoirs, aux cercueils & autres ouvrages de cette efpe-ce, parce qu’il faut que le plomb qu’on y emploie ait ,pl\is de co> ps que partout ailleurs. Gomme Je plomb forgé ffeft que pour fuppiéer au plomb lanff-j
- A 1 N J E R.
- né, quand on fe fert du plomb de la, manufacture, il n’eft pas befom de b forger.
- FoJJe. Voyez Fourneau.
- Foffés. Les plombiers appellent ainfi deux creux qu’ils ouvrent au fond de la couche de fable qui eft dans leur moule: ils reifemblent en effet à deux folles. On y fait defcendre , avec le râble , le furplus du plomb qu’il faut pour couler chaque table. Aufii - tôt qu’il y eft tombé, on a grand foin de féparer avec une ferpette ce volume de plomb , quinelaiffe pas d’être pefant, de la table qu’on a coulée, de crainte que le plomb, qui fe retire toujours un peu, trouvant quelque réfiftance de ce côté-là , nefalfe partager la table qu’on vient de couler , & n’oblige les ouvriers à la recommencer, ce qui demanderait une nouvelle peine.
- Fouilles \ ce font des foffés que les plombiers font forcés de faire lorfqu’il n’y a point de regard , pour réparer des" conduites qui fuient.
- Fourgon ; c’eft une barre de fer crochue , avec laquelle les plombiers attifent leur feu.
- Fourneau. Voyez Chaudière.
- Foyer \ c’eft une partie du fourneau des plombiers, dans laquelle on met le bois néceffaire à la fonte , & fur lequel, la chaudière où l’on met le plomb eu fufion eft aiïîfe à plomb. V. Chaudière
- Fronton. ( Faftigia. ) Ce mot lignifie un toit élevé par le milieu : ce qui, cher les-Romains , était particulier aux temples; caries maifons ordinaires étaient couvertes en plate - forme ; & Célàr fut le premier.à qui on permit d’élever le toit de fa maifon en pente, à la maniéré des temples. Couvrir un fronton ou lé haut des,égUfe,s enpiomb, c’eft le r e vêtir^ ff.ardoiièsj ou de, tables de plomb-*
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- que l’on attache aux voliges & au droit des chevrons. Voyez Combles.
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- Gâcher du plâtre ; c’eft le détremper dans l’auge ou auget avec la truelle. Les plombiers en emportent toujours avec eux lorfqu’iîs vont placer leurs tuyaux de defcente. Nicod dit que ce mot vient de l’allemand waffer, qui lignifie eau.
- Gâches ; ce font des crochets de fer qui font faits en croiffant ; la circonférence en eft plate, & les extrémités pointues. On les plâtre dans le mur pour foutenir les tuyaux de defcente des maifons , afin qu’ils donnent paf lageaux eaux qui defcendent des chaî-neaux &' gouttières des toits. Les plombiers s’en fervent encore pour enlever plus aifément le plomb qui tombe dans les foliés de leur moule : jetés dans ce plomb pendant qu’il eft encore en fufion , ils s’y attachent & forment un anneau très - commode pour l’enlever des foffés. On les porte avec le plomb dans la chaudière 5 ils fe détachent du plomb , & nagent bientôt fur fa furface , d’où on les retire.
- Gargouilles ; c’eft un cordon de pierre fur lequel font affis les tuyaux de conduite.
- Girouettes ; ce font de petites en-feignes de fer-blanc, que les plombiers mettent au haut des maifons , aux faîtes des clochers , des pavillons , des colombiers, &c. que le vent a la facilité de faire tourner, afin de faire connaître de quel côté il vient. Les plombiers en couronnent ordinairement leurs amortilfemens.
- Godets. Les plombiers appellent ainlî les gouttièresfaillantes qui jettent l’eau'
- fur les rues ou dans les cours. Ils font peu en ufage ; il n’y a même que ceux qui en ont eu anciennement dans leurs maifons , qui puilfent les entretenir. Les tréforiers de France les ont défendus à tous ceux qui feraient bâtir de nouvelles maifons , par l’incommodité qu’ils occafîonnent.aux paffans dans les tems de pluie. Mais en voulant éviter un mal, on a expofé le public à un autre bien plus grand. Les particuliers qui font bâtir , n’ayant pas toujours le moyen de fournir aux frais que leur coûteraient des tuyaux de defcente, font un avancement de toit, dont la chute eft plus à craindre que quelques gouttes d’eau.
- Gouge, (guvia) mot gaulois; c’eft un outil de fer taillant, fait en croilfant * & à manche de bois. Les plombiers s’en fervent pour percer les globes qu’011 met au haut des dômes , afin d’y faire palfer le fer d’amortilfement qui doit les foutenir : il fert encore aux fculp-teurs.
- Gouttière ; c’eft un canal de plomb qui fe trouve entre deux combles, & qui en reçoit les eaux.
- GraiJJe. Les plombiers en font quelquefois ulage en place de charbon , pour revivifier leur plomb.
- GraiJJer les moules à toile , c’eft y palfer du fuif fondu, afin que le plomb qu’on y jette y coule plus aifément, & qu’il 11e brûle pas la toile.
- Graijfbir ; c’eft un morceau de linge dans lequel 011 renferme de la grailfe. Les plombiers en frottent leur plane avant de la palfer fur leur couche de fable, afin qu’elle la rende plus lilfe.
- Grattoir ,* c’eft un infiniment de fer trempé & taillant , fait en forme de triangle, à manclae. Les plombiers s’en fervent pour aviver le plomb aux en-
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- droits où ils veulent établir leur Tou-dure. Ils en ont de plusieurs fortes , qui fervent tous au même ulage. c Grue. Elle eft compofée d’un rouage, d’une ou deux manivelles , & d’un gruau. On penfe que c’eft la même-chofe que ce que les anciens appelaient corvus. Les plombiers-lamineurs s’en fervent pour retirer leurs tables du moule, les monter & les defcendre du laminoir.
- H
- Haler un tuyau de plomb, c’eft le chabler & l’attacher à une corde pour l’enlever au haut des murs & l’y placer. On en dit autant des cuvettes, lorf-qu’on les monte par une corde, & de tout le refte. Ce mot eft connu des charpentiers, des maçons & des tailleurs de. pierre, dans le même fens.
- Halement ,* c’eft le nœud qui fe fait avec le cable àlapiece de plomb qu’on veut élever.
- Harpe ou Harpon : on dit encore harpin ou croc j c’eft une piece de fer qui tient les pans de bois d’un bâtiment. Quand elle eft expofép à la pluie, il faut, pour empêcher que l’eau du ciel ne coule à travers fur la charpente qu’elle tient, & ne la pourrilfe, la couvrir toujours en plomb. V. Couverture.
- J • : , !
- ' Jarretières $ ce font deux courroies que s’attachent aux jambes les plombiers y. lorfqu’ils fe fervent de la corde nouée & de lafellette , pour aller cou*, vrir le haut d’un clocher-
- Jauge c’eft un morceau de cuivre jaune rond, fur lequel font marquées les lignes, &.les. pouces d’eau. Cet outil fert dans les concédions d’eau * afin de
- mefurer la quantité qui revient aux particuliers qui l’achetent. Les plombiers en ont quelquefois , & ilsjs’en fervent ; mais on ne s’en tient pas à ce qu’ils font: l’architecte de la ville, qui eft aufli chargé de cette partie, eft toujours préfent, afin de s’alfurer pour la ville,.que l’on ne prend pas une plus grande quantité d’eau qu’il n’en a été concédé : on lui dépofe pour cet effet la jauge de la ville.
- Jauger une eau de conceftion ; c’eft examiner fi la quantité d’eau qu’on a prife, n’excede pas celle qu’on a achetée.
- Je ou rotin. Les plombiers s’en fervent pour dégorger les tuyaux des mai-fons.
- Jet des moules à tuyaux ; c’eft l’endroit par où l’on y jette le plomb. On nomme ainfi celui de tous les moules. Ce jet forme un entonnoir qui s’élève au-deffus du moule. On a coutume de verfer du plomb dans le moule jufqu’à ce que le jet même foit rempli, afin que la pefanteur du plomb qui s’y trouve puilfe forcer celui qui eft dans le moule à en remplir toute la capacité , «St à ne point y laiffer de vuide.
- Jeter le plomb dans le moule , c’eft l’y verfer. Les plombiers fe fervent pour cet effet, d’une cuiller femblable à une cafferole, avec laquelle ils puifentleur plomb lorfqu’il eft en fufiom
- L 1 ’ }
- Labour, c’eft un outil dont les plombiers fe fervent pour remuer le fable de leur moule à-tables après l’avoir arroféf Il eft fait à peu près comme une pelle-à bêcher. * , . , ;
- Labourer le fable du moule à tablesv c’eft le foulever par mottes ,.&le mettra deifus deffousv -
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- Laifes on Bavures. Les plombiers appellent aindles bords de chaque table qu’ils coulent : ils ont le foin de les couper pour qu’elles l'oient plus unies avant de les employer à aucun ouvrage.
- Lames d'étain ; ce font plufieurs éclats d’étain que les ouvriers laiifent tomber fur une table, pour difpofer leur étain à fondre plus aifément fur les tables qu’ils veulent blanchir. La même choie «s’entend d’un morceau d’étain laminé.
- Lames de plomb ; cela s’entend des morceaux de plomb extrêmement minces. Voyez Ardoifes.
- Laminer l’étain ou le plomb, c’eft le réduire, d’une certaine épailfeur qu’il avait auparavant, à une moindre , par le fecours d’une forte compreflion. Cela ne s’entend pas feulement de» l’étain ou du plomb, mais encore de tous des autres métaux, comme le cuivre , l’argent, l’or, &c.
- Laminoir ; c’eft la machine fous laquelle on comp ime les tables qu'on-veut laminer. Il efteompofé d’un long! chafîis de yo pieds , qui eft couvert de] rouleaux; en outre de deux cylindres égaux & parallèles , & d’un régulateur.. Ce font quatre chevaux, qui travaillent onze heures par jour, qui le font aller! par le moyen d’un rouage qui, parle fecours d’un verrouil, fait tourner les cvündres endifférensfens ,'fans que les chevaux changent d’allure.
- Lanterne ou pignon-, c’eft une roue du cric qui eft au haut du madrier des plombiers. Voyez Cric.
- Lanujure. Voyez Bourfeau.
- Laver les cendrées1 de plomb , c’eft les prendre dans une fébille & les plonger dans l’eau, en les remuant avec une truelle. c
- Lavoir ; c’eft un tonneau rempli
- d’eau. Voyez Tonneau. {
- Lécher. Les plombiers difent que les flammes lechent bien la ' chaudière, lorfqu’elles l’enveloppent.-
- Levier. Les plombiers s’en fervent pour enlever leurs tables de delfus leur moule, après les y avoir coulées.
- Liaifon. On dit faire une liai/oh d’étain avec du plomb, lorfqu’on fait un alliage de l’un & dé l’autre pour en former de la foudure., r
- Limer les ajoutoirs des jets - d’eau, les robinets des fontaines , c’eft enlever avec la lime la fuperficie de l’endroit où l’on veut que la foudure s’attache. Il ne fuffit pas de les limer ou râper ; il faut encore qu’on les étame avant de pouvoir les fouder. Voyez étamer.
- Limes. Celles dont les plombiers fe fervent, font de groflès limes deferru-riers , emmanchées à l’ordinaire* Voy. Jiappe. ' ' r ç
- Lingotieres ; ce font des vafes ordinairement de fonte de fer , plus longs que larges. Les plombiers les pendent au bout des moules à toile, pour fup-pléer aux folfes qu’ils ouvrent dans leur moule à fable ; & recevoir le furplus du5 plomb néceiTaire à chaque table. Les1 plombiers ~ rafHneürs s’en fervent aufiî pour y couler le plomb qu’ils tirent de* leurs cendrées , après les avoir paflees-au creufet&écumées. Les mineurs s’eu fervent également pour y couler leurs faumons de plomb, après l’avoir purifié.
- Lingots. On donne ce nom au plomb qu’on fort des lingotieres./‘
- Lucarne. Garnir une lucarne eu plomb, c’eft en couvrir les bois,qui pourraient être expofés à la pluie. Les lucarnes font des ouvertures qu’on fait, aü-deâus de l’entablement des maifons, afin de donner jour aux chambres en galetas ou aux greniers: ILy en a de
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- diverfes fortes : les unes fe nomment des lucarnes demoifelles, & fout quar-rées & fimp'es , fans aucun ornement : les autres flamandes ; elles font décorées d’un fronteau : les autre s font rondes, & font ornées d’une corniche.
- Lunette de plomb ; c’eft une petite fenêtre que l’on fait dans les toits, & que l’on couvre en plomb.
- M
- Mâche-fer. Les plombiers-raffineurs appellent mâche-fer les matières qu’ils retirent de leur creufet, & qui font un compofé de charbon , de tuiles fondues, & des matières cralfes des cendrées de plomb. Us le pilent dans un mortier lorfqu’ils y voient beaucoup de plomb, afin de l’en retirer. Us en rechargent leur creufet. Us s’en fervent encore pour aifembler les tuiles de leur creufet, lorf. qu’ils le refonten l’alliant avec de la chaux, penfant que c’eft le meilleur ciment qu’ils puilfent employer.
- Madrier. Les plombiers appellent ainfi une longue table de chêne, fur laquelle ils pofent leurs moules à tuyaux. Ce madrier porte une de fes extrémités un cric ; au deffous eft une ouverture faite en forme de mortaife, où l’on fufpend le moule.
- Maillet ; c’eft une efpece de marteau de bois dont les plombiers fe fervent pour forger leur plomb.
- Manier le rable avec adreffe, c’eft le conduire légèrement d’un bout du moule à l’autre, & ne pas lailïer former des marrons fur les tables; c’eft en quoi on voit fur-tout les maîtres^ plombiers exceller, quand ils font un pèu habiles : ils fe plaifent à fixer les yeux des fpec-tpteurs, & défier leurs ouvriers.
- Manivelle ; c’eft une partie de la Tome XIII.
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- grue, par le moyen de laquelle on lui communique le mouvement ; c’eft ainfi qu’on fait aller la grue du laminoir, quand on veut retirer du moule les tables’qui y ont été coulées, ou les élever fur le chaffis pour les laminer.
- Manfarde ou toit coupé. Garnir une manfirde en plomb, c’eft la couv'ir de plaques de plomb , pour empêcher que la charpente ne foit endommagée par les eaux du ciel. Voyez Combles.
- Marrons. Les plombiers appellent ainfi le plomb de leurs tables coagulé & ramaffé en pelottons. Us proviennent de deux caufes, ou de ce que le plomb qu’on coule eft trop froid, ou de ce qu’il eft trop chaud, parce que dans ces deux cas il s’amoncele fur le fable & arrête le rable : dans le premier cas, parce qu’il ne peut pas couler; dans le fécond cas , parce qu’il creufe le fable & produit le même effet que lorfqu’il eft trop froid. On doit donc s’appliquer à connaître le degré de chaleur qu’il doit avoir.
- Marteau. Les plombiers fe fervent de plufieurs : ils en portent d’abord un devant eux , qu’ils ne quittent jamais , & qui leur fert principalement à les faire connaître & diftinguer des autres ouvriers. Il eft de fer, à manche de bois. Us en ont en bois à tête ronde, pour emboutir les calottes des globes qu’ils pofent au haut des clochers ou des dômes. Voyez Battes.
- Maffe ; c’eft un gros marteau de bois dont fe fervent les plombiers pour forger leur plomb. Voyez Maillet.
- Membron: c’eft un membre rond de plomb , qui eft fous la bavette. Voyez Bavette.
- Mortaife ou Mortoife. Les plombiers appéllent ainfi l’ouverture qu’il y a en tête de leur madrier, & fur la-I i i i
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- quelle ils fufpendent leurs moules à tuyaux. Voyez Madrier.
- Mortier ; c’eft un vafe de fonte de fer dont fe fervent les plombiers - raffi-neurs , pour y broyer leur mâche-fer, lorfqu’ils croient qu’ils en peuvent encore tirer du plomb.
- Moule à cœur ; c’eft un vafe de fonte de fer qui s’ouvre en deux, & qu’on ferme avec de petites chevilles de fer. Il eft vuidé en-dedans en forme de cœur, & a par le pied un jet par lequel on verfe le plomb. Il y en a de plu-fieurs grandeurs, afin de fondre des cœurs de différentes efpeces. Il y en a aufîi de plufieurs fortes ; dans les uns oh enfonce, à côté dë leur jet, un double boulon ou noyau de fer , avant que d’y jeter le plomb : ils tiennent aux cœurs qu’on y coule; on les en fait fortir par le moyen du marteau. De cette maniéré ces efpeces de cœurs fe trouvent avoir deux trous qui les traverfent d’un bout à l’autre, où l’on peut palier une corde & l’y attacher pour faire un contre-poids. Les autres moules font fimples , fans baguette, & l’on en retire des cœurs qui n’ont qu’un fimple anneau par lequel on les attache. L’un & l’autre de ces cœurs fervent à fufpendre des lampes d’eglife, ou des cages d’oifeaux.
- Moule à ecritoires ; c’eft un vafe de fonte de fer qui s’ouvre en deux, & qu’on ferme avec de petites chevilles de fer. Il eft vuidé en-dedënsœn forme d’écritoire. Il eft ouvert par le haut ; c’eft part cet endroit qu’on jette le plomb.
- Moule à garde-papier ; c’eft un vafe de fonte de fer qui s’ouvre en deux, & qu’on ferme avec de petites chevilles de fer. Il eft creufé en forme de cul-d’afllette; & vuidé par le haut
- pour faire une poignée aux gardes-papiers, afin d’avoir la commodité de les tranfporter d’un lieu à un autre.
- Moule à niveau ; c’eft un vafe de fonte de fer, vuidé en-dedansïen forme de petite boule ou de petit cylindre : de là vient qu’on diftingue différentes fortes de plombs à niveaux; les uns font ronds, les autres longs.
- Moule à tables ,* c’eft une longue caiffe portée fur des pieds de charpente, qui eft plus longue que large, fermée d’un couvercle de charpente en trois pièces, pour-avoir plus d’aifaiice de l’enlever & de l’y replacer : le tout eft de bois de chêne. La caiffe de ce moule a huit pouces de profondeur, & contient dans toute fa largeur & longueur une couche de fable de fix pouces d’é-paiffeur : c’eft fur ce fable que les plombiers coulent leurs tables de plomb, après l’avoir arrofé, labouré, râblé & plané. On ouvre dans le fable deux petits folfés pour recevoir le furplus du plomb nécelfaire à chaque table. Ou nomme le plomb qui y entre rejet; on le fait refondre après l’avoir retiré de ces foffés.
- Moule à tuyau ; c’eft un cylindre creux, ouvert par les deux bouts : il porte, près un de ces bouts, un entonnoir qu’on appelle jet, par lequel on verfe le plomb dans le moule.
- Mouler un tuyau, c’eft le jeter en moule. Les plombiers font de deux fortes de tuyaux : les uns font roulés, les autres jetés dans des moules.
- Moulinet ; c’eft une croix de fer à quatre branches, par le moyen de laquelle lesj plombiers mettent leur cric en mouvement quand ils fondent leurs tuyaux, foit pour faire entrer le boulon dans le moule, foit pour l’en retirer. Voyez Cric*
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- 'Niveau qu’emploient les plombiers; c’eft un inftrumentqui leur ièrt à me-furer le degré de pente qu’ils veulent donner aux chaineaux & aux gouttières qu’ils pofent fur les toits; il leur fert auiîî pour marquer l’à-plomb de leurs tuyaux de defeente, & généralement à drelïer & à applanir tout ce qui doit être horizontal. Ii y a plu-fieurs efpeces de niveaux, qui fe font ou par le moyen de l’eau qui donne immédiatement la ligne horizontale, ou à l’aide du plomb, dont la ligne tombe perpendiculairement fur la ligne horizontale que l’on appelle la ligne de niveau. Le niveau dont les plombiers fe fervent, eft à peu près comme celui des maçons. Le plomb en eft rond ou quarré , au lieu que celui des charpentiers eft fort plat & percé à jour, pour donner paftàge à la vue, afin de mieux adrelfer où ils veulent piquer le bois.
- Niveau ( mettre à ). Cela s’entend de deux maniérés ; favoir, lorfqu’on dit mettre une eu plujieurs chofes de niveau fuivant la ligne horizontale , ou les meure à niveau fuivant Leur pente , c’eft-à-dire ,/hr une même ligne inclinée. Les plombiers appellent mettre une gouttière ou chameau de niveau } lorfqu’ils les inclinent fuivant îa ligne des rebords des deux combles ou du toit.
- Nœuds de foudure. Les plombiers nomment ainfi une certaine quantité de foudure ramalfée entre deux tuyaux aboutis l’un contre l’autre, pour les . attacher enfemble & empèchet que l’eau n’en forte. Ils ont coutume dœjofrrclre ainfi tous les tuyaux de conduite, quand leur grolfeur empêche qu’ils ne puiifent être foudés. Pour fuppléer à
- ces nœuds de foudure, on les biide l’un avec l’autre. V oyez Brides.
- Noquet ; c’eft une bande de plomb que l’on met ordinairement dans les angles enfoncés des couvertures d’ar-doifes,le long des jouées des lucarnes & pignons.
- Noue. On nomme ainfi le canal de plomb qui eft entre deux toits, & dont il reçoit les eaux.
- Noyau. Voyez Boulon.
- O
- Œil de bœuf. Garnir en plomb un œil d'e bœuf, c’eft en couvrir la charpente. On entend par œil de bœuf\ une petite lucarne ronde que l’on fait dans la couverture des maifons pour éclairer les galetas & les greniers. Les vitriers appellent ainfi le nœud qui eft au milieu des plats de verre dont on fait les vitres.
- Orillons. Les plombiers nomment ainfi les tenons qui environnent le pourtour de leur chaudière, & qui font placés fîx pouces au-delfous de fes bords , pour la foutenir. On bâtit ces orillons dans la maçonnerie du .fourneau. Ils ont environ fix pouces de long, & un pouce de diamètre.
- Ourlet de plomb ; ce font les rebords de deux morceaux de plomb Repliés l’un dans l’autre. Voyez BourrHet.
- Outil. Les plombiers ont beaucoup d’outils , parce que leur art eft fort étendu. Outre leur fourneau, leurs poêles, leurs moules, leur cuillers, & autres chofes nécelfaires à la fonte des tables & des tuyaux, il leur faut encore un niveau, un compas, un marteau, des maillets plats ou battes plates, des bourfeaux , des ferpes , des ferpettes, desjcquteaux, des planes,, des.gouges j^des râpes, un débordoir , - / I i i i ij
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- V A RT DU PLOMBIER
- rond, un grattoir, des fers ronds à fouder, des fers en cul-de-poire, & des attelles, avec lefquelles ils tirent ces fers du feu , & les tiennent pour s’en fervir. Ceux qui veulent exercer cette profeilion, doivent fe loger au large.
- P
- Palier ou repos. 'Les plombiers-lamineurs appellent ainfi le haut des efcaliers qu’ils montent pour aller à leur chaudière. On nomme ainfi le repos de tous les efcaliers.
- Pavillon , de papilio , dont les Italiens ont aulfi fait celui de padigüone. Garnir un pavillon en plomb, c’eft le couvrir d’ardoifes de plomb. <•
- Pierre de liais. Les plombiers appellent ainfi la pierre fur laquelle ils forgent leur plomb.
- Pignon ; revêtir un pignon en plomb, c’eft le couvrir de tables de plomb qui embralfent les deux couvertures.
- Piliers des réfervoirs. Ce font des piliers de charpente, qui élevent & foutiennent à une certaine hauteur la caiife de charpente où les plombiers aifeient leurs tables de plomb.
- Pilon. Les plombiers - raffineurs fe fervent d’un pilon pour broyer leur mâche - fer.
- Pince ou barre de fer. Les plom-biers-raffmeurs s’en fervent pour brifer le mâche-fer dans leur cteufet, aufli-tôt que le plomb qui provient des cendrées a celfé de couler. Ils en ont de plufieurs grandeurs.
- Plane ; c’eft une plaque de cuivre : elle eft lifte d’un côté comme une-glace, & de l’autre elle a une poignée avec laquelle on la prend. ’Lesi plombiers s’en f ervent pour lifter & polir leur couche de fable avant que d’y couler leur
- plomb. On commence par la faire chauffer. Il eft deux maniérés de le faire, ou en la mettant auprès du feu, ou en la fufpeudant fur le plomb qui eft en fufiou dans la chaudière ; en-fuite on la prend avec une poignée de vieux chapeau ou autre chofe, qu’on porte dans la main, pour ne pas fe brûler : on la frotte avec le graiffoir on la paffe enfuite fur le fable dans toute fa longueur & largeur , comme une repaffeufe paffe fon fer fur le linge.
- Planer le fable du moule à tables , c’eft finir de le mettre en état d’y couler le plomb. Il y a trois opérations ; fa voir , de l’arrofer , de le labourer &de le rabler , que cette derniere opération termine.
- Plâtre. Les plombiers s’en fervent pour attacher dans le mur les gâches qui tiennent les tuyaux de defeente qu’ils pofent aux mailons.
- Plomb. Celui dont les plombiers fe fervent, vient de Namur en Flandres ; d’Ulme, en Angleterre; de Pompéan &ç Poùlaouin , en Bretagne , & de quantité d’autres endroits.
- Plume. Les plombiers nomment ainfi une piece de cuivre qui eft à un bout du moule à tuyau, dans l’intérieur, parce qu’elle eft en effet taillée en bec de plume. Elle eft faite pour la continuation du tuyau qu’on fond.
- Poele. Les plombiers appellent ainfi un vafe de cuivre qui eft au haut de leur moule à tables , dans lequel ils mettent leur plomb pour enfuite le verfer fur le moule. Elle eft évafée par-devant comme un éventail ouvert; fon fond eft rond ainfi que fes côtés: par-devant elle a un pied quatre pouces de large ; fon talon n’a qu’un pied.
- Poignée. Les plombiers en font avec des morceaux de vieux chapeaux, & s’en fervent pour prendre la plane, &
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- à quantité d’autres endroits , pour ne pas fe brûler les mains.
- Poix - réfine. Les plombiers en frottent leur foudure, pour empêcher que leur fer à fouder, qu’ils y appliquent, 11e s’y étame.
- Polafire ; ce font deux bandes de Fer attachées enfembîe avec deux clous, qui s’ouvrent & fe ferment comme l’on veut. On applique cet infiniment fur les fractures du tuyau que l’on veut réparer , pour le fécher, afin que la foudure s’y applique mieux ; pour cet effet on le remplit de charbons allumés.
- Portée 5 c’eft une piece de cuivre qui eft de la groffeur de ce qu’on nomme plume, & qui entre également dans l’intérieur du moule à tuyaux , pour en boucher l’extrémité, & empêcher que le plomb n’en forte. Elle 11e refte qu’une feule fois dans le moule ; c’eft lorf-qu’011 commence le tuyau : une fois qu’il y en a un de fondu , on la tire du moule avec le bout de tuyau : c’eft le tuyau lui-même qui bouche l’extrémité du moule.
- Porte -foudure. Les plombiers appellent ainli un quart de coutil plié en quatre , avec lequel ils relevent leur foudure.
- Pourtour. Les plombiers fe fervent beaucoup de ce terme pour exprimer les côtés ou la rondeur d’une cuvette & de toutes fortes de chofes.
- Pureau. Les plombiers appellent pureau , la diftance qu’il y a des bords d’une ardoife de plomb à celles qui font au-deifus & au-deffous. Ainfi 1 e pureau d’une ardoife de plomb fur la couverture, eft la partie qui eft à découvert, & qui n’eft pas cachée par les autres. Quand on dit qu’il ne faut donner que trois ou quatre pouces de pureau, c’eft-à-dire que le refte doit être couvert.
- Les couvreurs ordinaires fe fervent du même terme pour exprimer la même chofe. Moins les ardoifes des uns & des autres ont de pureau, plus elles font preffées , & plus par conféquent la couverture en eft bonne; la pluie & la neige ont plus de peine à y entrer.
- Q
- Queue de renard. Les plombiers appellent ainfi une longuetraînaffe déracinés qui entrent dans les tuyaux de conduite, & les engorgent. Pour les en arracher, ils ont une fonde à tire-bourre, qu’ils font entrer dans le tuyau ; le tire - bourre s’accroche à la queue de renard : ils la tirent par ce moyen, & dégagent le cours de l’eau.
- R
- Rable ; c’eft une pieee de bois dont les plombiers fe fervent pour faire couler & étendre leur plomb fur leur moule.
- Rafraîchir un tuyau , c’eft le refou-der ou en réparer les défauts. Voyez Réparer.
- Rafraîchir le blanchiffage des couvertures étamées, c’eft les remettre fur le réchaud, & y jeter de nouvelles lames ou pâtés d’étain. O11 a coutume de rafraîchir les amortilfemens qui font en forme de globes, après les avoir fou-dés , & avant de les mettre en place, pour réparer les endroits que la terre graffe, qu’on eft obligé d’employer dans les foudures , doit néceffairement ternir.
- Râpe ou lime. Les plombiers s’en fervent pour aviver les pièces de cuivre qu’ils font quelquefois dans le cas de fouder à leurs tuyaux, comme les ajou-
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- toirs,les robinets. Cette opération efl néceflaire , parce qu’on ne peut les fonder fans les étamcr, ni les étamer fans les aviver.
- Recouvrement!¥d.\vzen plomb le recouvrement d’une partie de toit, c’eft y mettre de nouvelles tables , & en enlever les anciennes.
- Refroidir. Les plombiers doivent ne lailfer refroidir les tables qu’ils coulent fur leur moule, qu’un peu & autant que cela eft néceffaire pour qu’elles prennent.
- Regratter. On dit regratter un ouvrage mal foudé. Pour cet effet il faut qu’on puiffe en ôter la foudure , par conféquent qu’on s’apperqoive de la faute qu’on a faite avant qu’elle fe foit refroidie. Cela ai rive quelquefois en foudant des doffiers de cuvettes.
- Régulateur. On-appelle ainli l’armure du laminoir, qui dirige la preflîon des tables qu’on lamine , afin qu’elles ne foient pas plus preffées d’un côté que de l’autre. Il èft compofé d’un fort fommier, d’un cylindre , de quatre colonnes de fer, de plufieurs collets, d’une vis fans fin, de deux fourchettes de fer qui portent les collets & le cylindre, & d’un poids qu’on abaiffe & qui fait lever toutes les pièces du régulateur à la fois.
- Rejets. Ou appelle ainli le plomb qui entre dans les folfés que les plombiers ouvrent au fond de leur moule.
- Réfervoir. On entend par ce mot, un grand baflm où l’on amaffe un dépôt d’eau , pour la diftribuer eufuite à des fontaines , jets - d’eau, nappes d’eau , cafcades , &c. Prefque tous les réfer-voirs font en plomb. Ces fortes d’ouvrages font une grande partie de l’art du plombier. Il y en a fur charpente, d’autres fur pierre de taille.
- Retourner. Les plombiers doivent avoir foin de retourner , dans tous leurs ouvrages , le côté qui a été coulé fur le fable , à l’endroit où il n’eftpas en vue ; par exemple , quand on fait des cuvettes, il faut mettre ce côté-là du côté de la muraille, ainli des autres.
- Robinet On entend parce mot une clef faite pour donner ou fermer le paffage à toutes fortes de liquides. Les plombiers en font ufage dans la conduite des eaux. Il y en a de plufieurs fortes ; les uns font à une eau , les autres à deux, les autres à crois.
- Rondelles de cuivre. On en connaît deux chez les plombiers ; l’une s’appelle plume , & l’autre portée. Voyez ces deux mots.
- Rotin. Voyez Té.
- Rougir. Les plombiers ont coutume de faire rougir au feu les fers à fouder dont ils fe fervent dans les réfervoirs , ou ceux qu’ils emploient pour le fou-dage^ des tuyaux roulés , afin qu’ils puilfent écarter la foudure & la faire prendre davantage au plomb.
- Rouleau de plomb. On appelle ainli les tables des plombiers, parce qu’ils ont coutume de les rouler fur elles-mêmes pour les enlever du moule. Us les déroulent à mefure qu’ils ont befoin d’en prendre quelques morceaux pour les différens ouvrages qu’on leur commande.
- S
- Sable. Le moule à tables des plombiers elt rempli d'un fable fin & d’une, belle couleur ; c’eft un fable de champ, que les Italiens appellent rena di cavtu Us le tirent des fablonnieres de Belle-ville, vers le pré Saint- Gervais.
- Sac des plombiers. Il eft fait de coutil affez large j c’eft dans quoi iis par-
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- tent leurs outils quand ils vont travailler en ville.
- Sachet de graijje\ c’eft un morceau de linge dans lequel les plombiers renferment de la graille. Ils s’en fervent à frotter leur plane avant de la palfer fur le fable.
- Saillante. On dit gouttière [aillante. Voyez Godet.
- Saumon de plomb. On appelle ainfi le plomb lorfqu’il vient des mines, parce qu’il eff en petites tables d’environ un pied & demi de long fur huit pouces de large , qui pefent environ cent quarante livres , & qui font marquées au poinçon des différentes mines d’où elles viennent.
- Sébille c’eft une capacité de bois, ronde & faite en forme de faladier, qui a un manche perpendiculaire par lequel on la prend. Elle fert au lavage des cendrées.
- Sellette ; c’eft un petit fiege portatif, qui eft formé d’une planche & de quatre bandes de cuir qui la foutiennentj on accroche le tout à une corde nouée, par le moyen d’un crochet, & les ouvriers montent ainfi au plus hautdes clochers. Voyez Corde nouée.
- Serpette. Celle des plombiers eft fem-blabld à celle des vignerons. Ils s’en fervent pour féparer leurs tables des rejets aufff-tôt qu’ils les ont coulées.
- Souder un tuyau ou une cuvette , ou tel autre ouvrage que ce foit. Cette opération en demande trois. Pour fou-der un tuyau, il faut premièrement le falir aux endroits où l’on ne veut pas que la foudure prenne s 2°. l’aviver aux endroits où l’on veut qu’elle prenne ; 3e. y verfer de la foudure & Py appliquer.
- Soudure. Celle dont les plombiers fe fervent, eft un alliage d’étain & de
- 623
- plomb , où il entre deux tiers de plomb fur un tiers d’étain : ils font fondre le tout enfemble dans leur chaudière. On foude auifi le cuivre avec de l’étain, & quelquefois avec de l’étain & de l’argent , félon la délicateffe de l’ouvrage.
- Soufflet. Les plombiers - raffineurs s’en fervent pour allumer & entretenir le feu de leur creufet. Il eft femblable à celui des maréchaux ; fa tuyere communique au dedans du foufliet. On le fût jouer par le moyen d’une brimbale qui eft attachée au plancher.
- Soupape. Les plombiers s’en fervent pour arrêter l’eau des rélèrvoirs qu’ils font en plomb , & pour la lâcher quand 011 veut. Il y en a deplufieurs fortes; les unes font toutes plates comme un ais, St fe nomment clapets ; les autres font rondes^ convexes, ce font celles qui font aujourd’hui le plus en uiage ; les autres enfin font rondes & en pointe, comme un cône ou un foret.
- Syphon. Les plombiers s’en fervent pour le dégorgement des tuyaux de conduite.
- T
- Table de plomb. Les plombiers appellent ainfi une furface de plomb d’une certaine longueur, largeur & profondeur. O11 en diftingue de deux fortes ; les unes font coulées fur fable , les autres fur toile.
- Tampon. Ce que les plombiers appellent tampon ,eft un bouchon de bois plus ou moins gros, qu’ils adaptent à l’orifice du tuyau qu’ils veulent dégorger, & par le moyen duquel ils le ferment hermétiquement. Il reffemble à peu près à une clef de cuve.
- Tenons. (Subfcudes.) Voyez Grillons.
- Tire - ligne ,• c’eft un inftrument à
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- $24
- VA RT DU PLOMBIER
- manche de bois, tranchant par le bout. On s’en fert quand on veut couper quelque table : on le paiTe fur la craie. Il fait une première entaille ; on finit cette opération par le moyen du couteau.
- Toiles. On s’en fervait beaucoup autrefois : on les tendait fur un moule, & on les graillait j on y coulait enTuite comme fur une couche de fable. On en faifait ufage lorfqu’on voulait des tables extrêmement minces. Mais depuis que îa manufacture du laminage eft établie, on n’en fait pas un fi grand ufage.
- Toit couvert en plomb ; c’eft un toit garni tout entier en ardoifes ou en tables de plomb. Il y en a de deux fortes ; l’un eft appelle des Latins difplu-viatum , lorlque le faîtage va d’un pignon à l’autre, & jette les eaux des deux côtés. L’autre, qu’ils nomment tefludinatum, & ce que nous appelions en croupe ou en pavillon , par le moyen duquel l’eau tombe des quatre côtés. Parmi les premiers , c’eft-à-dire, les toits à deux eaux , on diftingue les toits coupés ou combles , que l’on nomme manfardes.
- Tôle de fer, c’eft une efpece de canal ou gouttière, par le moyen de laquelle les ouvriers de la manufa&ure du laminage tranlmettent leur plomb de la chaudière dans l’auge.
- Tonneau. Les plombiers-raffineurs s’en fervent pour laver leurs cendrées, quand ils ne le font pas au bord de la riviere. Il leur en faut quatre, trois pourlaver, & un quatrième pour faire fuer les cendrées après qu’elles font lavées.
- Tracer une plaque de plomb , foit pour faire un devant ou un doflier de cuvette, c’eft la marquer avec la craie.
- Treteau. Les plombiers s’en fervent
- en plufieurs endroits , pour Jfoutenir leurs tables quand ils lesétament ,pour porter leur madrier fur lequel eft aflis leur moule à tuyaux , enfin pour porter la poêle où ils mettent le plomb fondu pour le jeter fur leur moule à fable..
- Triquets > traquets ou chevalets. Les plombiers s’en fervent pour monter aux toits qu’ils vont couvrir ; c’eft une échelle double élevée fur des couffins de paille.
- Truelle. Celle des plombiers eft fem-blable à celle des maçons. Ils s’en fervent à faire des foifés au bout de leur moule , pour recevoir le furplus du plomb néceifaire à chaque table.
- Tuyaux fondus. Ce font des tuyaux d’un petit diamètre , qu’on jette dans des moules, où on les fond de pied en pied. On les retire à mefure. On leur donne ordinairement 14pieds de long. On en recommence enfuite de nouveaux,
- Tuyaux coules. Ce font des tuyaux d’un trop gros diamètre pour être fondus. On commence parles couper , on les roule enfuite fur une table avec la batte, après quoi on les foude.
- Tuyaux de conduite. Ce font des tuyaux qu’011 place dans la terre pour conduire les eaux d’un endroit à l’autre : c’eft ainfi qu’011 nomme les tuyaux de nos fontaines.
- Tuyaux dedefcente. VoyezDefcente.
- Tuyaux bridés. Voyez Brides.
- V
- Ventoufes. Ce font de petites ouvertures qui communiquent dans le dedans du moule à tuyau pour lui donner de l’air & faire couler le plomb qu’on y verfe dans toutes fes parties.
- V’.rrouil.
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- E T F 0 N T A I N I E R.
- Vcrrouil. C’eft ce qu’il y a de mieux inventé dans la méchanique du laminoir. Ilfert à faire changer de direction aux cylindres, fans qu’on ait befoin de l’allure des chevaux. 11 eft formé d’un porte-verrouil, qui eft une boîte de fer dans laquelle entre l’arbre qui fait tourner le cylindre fupérieur du laminoir, & de deux pièces méplates que porte cette boîte, & qui fontpofées parallèlement aux deux faces oppofées de la boîte. Ces deux pièces forment des rayons qui font entaillés à leur extrémité , & qui fervent de condudeurs aux verrouils fur lequels ils peuvent gliifer pour accrocher les lanternes qui font tourner le cylindre, ou l’empêcher.
- 6s;
- Vrille. Les plombiers s’en' fervent pour percer les cuvettes de conceflion, quand les particuliers les achètent de la ville , afin que l’eau du réfervoir y communique. L’archite&e de la ville jauge enfuite ce trou, pour s’alfurer qu’il n’y paflè pas une plus grande quantité d’eau que les particuliers n’en ont achetée.
- Y
- Yeux de perdrix. Les plombiers appellent ainli les petites marques qui fe trouvent dans l’étain , dont les couleurs font changeantes : c’eft à quoi ils recon-naiifenc quand il eft bon.
- 2* Æ 1 £
- DES CHAPITRES ET ARTICLES.
- Préface. Page 439 charger de glomb la chaudière.
- CHAPITRE I. De la fonte. 4^ ' Page 4^0
- Article I. Du plomb en général, ibid. §. II. De la maniéré de conduire la §. I. Des propriétés générales du fonte. ibid.
- plomb. 446 III. De la manière d’écumer le
- II. Des différentes fortes de plomb fondu & de le . revivifier,
- plomb. ibid. e - * - ibid.
- III. Des endroits d’où l’on tire IV. D’une aiftrè maniéré de re-
- le plomb. 447 vivifier lé plomb et) fufion. 45*1
- IV. De la façon dont arrive le V. Précautions qu’il faut pren-
- plomb en France. ibid. dre avant de mettre dé nouveaux
- Art. II. De la maniéré défaire fondre . faumons ou plomb froid, dans le plomb. 448 le plonib quieftunefoisenfu-
- Des uftenfiles néceifaires pour la / fion: , ibid.
- fonte. I ibid. CH AP. II. Des tables.. 41»
- 5.1. bis. Maniéré de ^garnir ou Art. I, Des tables coulées fur fable, ib. Tome XUI. Kkkk
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- TABLE DES CHAPITRES
- 6
- g. I. Des uftenfiles néceffaires pour couler le plomb fur le moule à fable. Page 453
- IL De la préparation du moule.
- 45 S
- III. De la maniéré de labourer le fable après l’avoir arrofé. ibid.
- IV. De la maniéré d’écrafer les
- mottes. ibid.
- V. De la maniéré de préparer
- la plane. , • ibid.
- VI. De la maniéré de palier la
- plane fur le fable 456
- VII. De la maniéré d’ouvrir les foliés du bout du moule, ibid.
- VIII. De la maniéré de rétrécir le moule. ibid.
- «v IXï Do îamraniere de tranfpof-tér dans la poêle le plomb qui doit être coulé. 4^7
- X. De la maniéré de connaître le degré de chaleur que le plomb doit avoir pour êîre coûjé.jbid^
- XI. De la maniéré de couler le
- plomb fondu & purifié, & de le rabler. '1 ' 45 g
- XII. Des foins qu’il fautravoir après que le plomb eft coulé. 4 t 9
- XIII. De la maniéré de faire des anneaux .aqx rejets qui font tombés dans les foliés, afin de les en retirerai us, .ajlement; ibid.
- XIV. De la maniéré d’enlever les tables de delfus le moule, ib.
- XV. De ce qu’il faut faire des
- tables manquées. 460
- XVI. De ce qu’il, faut faire quand Te défaut fe trouve au milieu de la table. 1 -f ibid.
- XV1L De ce qu’il faut faire des
- rejets. Page 461
- Art. II. Des tables coulées fur toile.
- ibid.
- §. I. Des moqles à toile. 462
- IL De la façon d’apprêter l’un & l’autre de ces deux moules avant d’y couler le plomb, ibid.
- III. De la pente que,doivent avoir ces efpeees de moules, ib.
- IV. De la façon de connaître le degré de chaleur que le plomb doit avoir pour être coulé. 463
- V. De la maniéré de verferle plomb fur le moule à deux bords.
- ibid.
- VI. De la maniéré de verfer le
- plomb fur le moule à un feul bord.' 464
- VII. De la maniéré de relever ces tables de delfus le moule, ib.
- VIII. De l’ufage de ces tables.
- ibid.
- CH API HL Du laminage*. 46 f
- Art. I. Differtation fur le laminage ? < avec un plan de tout Vattelier. ibid. §. I Quelques-uns des avantages ;-u que les tables de plomb laminées , ont fur celles qui font fimple-ment coulées. 1 466
- <}, II. Defcription.de Pattelier & T::Gr;- du laminage, & diftribution des c- -• Ailferentes -ulines (quien dépen-r f dent. [ t ; ; 468
- ART.; II. De la fonte des tables défi-; nées à être laminées. ’ 469
- §. I. Defcription du fourneau, ib. II. De l’auge & du moule. ,470 - III. Déjà façon de - mettre le ç plomb dans la chaudière , & de ;jC ; ce que' l’on doit faire avant de
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-
-
- ET ARTICLES.
- 627
- le couler. Page 470
- §. IV. De la maniéré d'allumer le fourneau, faire fondre le plomb, & l’écumer. 471
- V. De la maniéré de préparer
- le moule. ibid.
- VI. De la façon de faire paifer
- le plomb fondu de la chaudière dans l’auge , & d’y éprouver la chaleur. ibid.
- VII. De la façon de verfer le
- plomb fondu de l’auge dans le moule. .472
- VIII. De la façon de rabler la table dans le moule. ibid.
- IX. De la façon de retirer la
- table du moule. 47$
- X. De l’épailfeur que doivent
- avoir ces tables. 474
- Art. III. Détail du laminoir. 47 f §. I. Du verrouil. 477
- II. Du régulateur. 479 ÀRT. IV. De la maniéré de laminer.
- 481
- §. I. De la maniéré de réduire les tables en feuilles très-minces, ib.
- II. Comment on retire les tables laminées de delfus le chaflis. 48$
- ' III. Supprellion qu’on a pro-pofé de faire au laminoir, ibid. CH AP. IV. Des tuyaux. 48 4 Art. I. Des tuyaux fondus. ibid. §. I. Des uftenfiles néceiïaires pour la fonte des tuyaux, ibid.
- II. Du moulage des tuyaux.
- 487
- III. De la maniéré de retirer chaque morceau de tuyau du moule à mefure qu’011 les coule > & de ce que deviennent la plume
- & la portée. Page 4S7
- §. IV. De ce qu’il faut faire des rejets à mefure que le tuyau prend de la longueur. 4,8 $
- V. De la façon de retirer les tuyaux de delfus le madrier, ib.
- Art. II. Des tuyaux foudés. 489
- §. I. Façon de couper les tuyaux.
- ibid.
- II. De la façon de rouler les
- tuyaux. 490
- III. De la maniéré de les falir,
- écailler & gratter. 491
- IV. De la façon de préparer
- la foudure. ib d.
- V. De la maniéré de fouder les
- tuyaux. 49 z
- VI. Maniéré de détacher du tuyau la foudure inutile , & de ce qu’il en faut faire. ibid.
- CH AP. V. Des cuvettes. 493
- Art. I. Des cuvettes à h ;tte. ibid. §. I. De la maniéré de les couper.
- 4 ’4
- II. De la façon de travailler le devant de la cuvette à hotte. 49)'
- III. Préparatifs avant la foudure. ibid.
- IV. De la maniéré de foudér le
- tout enfemble. 496
- V. Du nœud de foudure qu’il faut faire à chaque cuvette, ib.
- VI. De la façon de faire & de
- pofer la crapaudine. .497
- Art. II. De la maniéré de faire les cuvettes rondes. ibid.
- Art. III. Des cuvettes quarrées. 498 CH AP. VI. De la pofe des chai-ne aux, gouttières,godets ^ npues faîtages 3 tuyaux de defeente 0 K k k k ij
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- TABLE DES
- CHAPITRES
- 628
- cuvettes, &c. • ^ Page 499
- ART. I. Des chaîneaux. f 00
- §. I. Conftrü&ion des chaîneaux.
- ' iibid.
- Art. II. Des gouttières. ibid.
- Art. III. Des godets. ! foi
- Art. IV. Des noues. ibid.
- Art. V. Des faîtages. fo2
- §. I. De la corde nouée, ibid. Art. VI. De lapofe des tuyaux. f 03 Art. VII. De la pofe des cuvettes. 504 Art. VIII. De la façon de dégorger les tuyaux. f Of
- CH AP. VII. Des couvertures. s 06 Art. I. Des combles. 507
- §. I. De l’entablement de la charpente. ibid.
- II. De la coupe des tables de
- plomb deftinées à la couverture des combles. ibid.
- III. De la façon de les attacher.
- 508
- IV. De la façon d’attacher les
- faîtages. fo^
- V. Façon de faire les baguettes
- qu’on voit fur l’églife de Notre-Dame. ibid.
- Art. II. Des clochers. fio
- §. I. De la maniéré d’échafauder les clochers. ibid.
- II. De la maniéré de couper &
- de pofer les tables. ibid.
- III. Maniéré de couvrir le clocher tout entier en plomb, f 11
- IV. De la manière d’échafauder les fléchés des clochers. ibid.
- V. Façon de couvrir les fléchés
- des clochers. ibid.
- Art. III. Des pavillons & des tourelles.
- 51 *
- §. I.Dela conftru&ion de la charpente. Page fia
- II. De la maniéré de couvrir
- les pavillons. 513
- III. Des tourelles. fif
- Art. IV. Des dômes. ibid.
- ! §. I. Des dômes à côtes ou à arêtes. fi 6
- II. De la couverture des côtes
- ou arêtes. ibid.
- III. Des dômes dont la couverture eft moins riche. fig
- Art. V. Des y eux-de-bœuf. 519 §. I. De la maniéré d’en couvrir le devant. ibid.
- II. De la maniéré de couvrir le
- haut & les côtés. ibid.
- III. D’une maniéré plus limple
- de les couvrir. f 20
- Art. VI. Des lucarnes. ibid.
- §. I. De la maniéré de les couvrir. ibid.
- II. De quantité d’autres ouvertures qu’on fait dans les toits, ib.
- Art. VIL De la couverture des ter-raffes. f2I
- §. I. Des terrafles couvertes en pierres de taille. ibid.
- II. Des terrafles couvertes en
- plomb. f 23
- III. Des plates-formes, ibid.
- Art. VIII. De la maniéré de réparer
- les couvertures. f2f
- §. I. De la réparation des combles.
- ibid.
- H. De la maniéré de réparer les clochers. ibid.
- CHAP. VIII. Du blanchiment des couvertures 8? des amortijfemens.
- f 26
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-
- ET ARTICLES.
- 629
- Art. I. De ta préparation de l'étain.
- Page 527
- §. I. De la maniéré de faire fondre l’étain & de le jeter en lames, ib.
- IL De la raifon qui empêche que l’on ne jette l’étain fur le plomb qu’on veut blanchir auffi-tôt qu’on le fort de la marmite.
- ps
- Art. II. De la manière de blanchir les tables & les ardoijes qui font employées aux couvertures. ibid.
- §. I. De la maniéré de difpofer les tables qu’on veut étamer. ibid.
- II. De la maniéré d’étendre l’étain fur le plomb. ^29
- III. Du blanchiflage des ardoi-
- les. ibid.
- ART. III. De la maniéré de faire les différens amortiffemens dont les plombiers décorent leurs ouvrages, ibid.
- §. I. Des amortilfemens contournés fous la batte. 530
- II. De la maniéré de les fouder.
- III. Des amortiflemens qui font
- fondus. ibid.
- IV. Des amortiflemens faits en
- forme de coqs. ^32
- V. Des amortiflemens faits en
- forme de pigeons. ibid.
- VI. Des feuillages. ibid.
- VII. Des mixtes. ^33
- VIII. De quelques autres amortiflemens.
- Art. IV. Du blanchiment des amortif femens. ibid.
- §. I. Du blanchiment des globes.
- m
- IL Du blanchiment des amor-
- ‘ tiflemens fondus. ibid.
- CHAP. IX. De la maniéré de déblanchir le plomb étamé, & d'en tirer parti. Page 536
- Art. I. De la manière de détamer les tables étamées. 7-37
- Art. II. Delà façon de retirer la fou. dure des tuyaux roulés & des cuvettes.
- W
- §. I. De la façon de le faire aux tuyaux. ibid.
- II. D’une autre maniéré d’enlever la foudure des tuyaux. $-39
- III. De la maniéré de tirer la foudure des cuvettes. ibid.
- Art. III. Delà maniéré dé enlever Pétain & la foudure des amortifjemens. ibid.
- §. I. De la façon de le faire aux globes. ibid.
- IL De la façon de tirer l’étain des amortilfemens fondus & de ceux qui font moitié découpés & moitié fondus. ibid.
- Art. IV. Du parti que Von peut tirer des vieux plombs après que la foudure ou Pétain en ont été enlevés. 5*40
- §. I. De l’ufage qu’on doit faire de l’étain & des foudures. ibid.
- II. Dè l’ufage des tables qui ont fervi aux couvertures. ibid.
- III. Du parti qu’on peut tirer
- des tuyaux. 5-41
- IV. Du parti que l’on peut ti-
- rer des cuvettes & des amortiflemens. ibid.
- CHAP. X. Des rêjervoirs. ibid.
- Art. I. Des réfervoirs de conceffion.
- 14*
- §. I. Du refervoirde concefïion du pont Notre-Dame. ibid.
- II. De la maniéré dont monte
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-
-
- TABLE DES
- CHAPITRES
- 630
- l’eau. Page 5*4^
- §. III. De la maniéré dont l’eau fe communique d’une café dans l’autre. 544
- IV. De l’utilité des crapaudines qui font dans les cuvettes. f4f
- V. De l’utilité des différentes Ré-
- parations qui font faites dans ce réfervoir. $46
- VI. De la maniéré d’enlever les dépôts que l’eau laiffe dans les différentes cafés du réfervoir.- ib.
- VII. Des réfervoirs des fontaines de Paris, qui proviennent de la pompe du pont Notre-Dame.
- S 47
- VIII. De la conftruétion de la caiffe de ces fortes de réfervoirs.
- ibid.
- IX. De la maniéré de fe fervir
- des brides. f48
- Art. II. Desfmples qjjfervoirs fur charpente. 5-49
- §. I. De la conftru&ion d e la charpente ibid.
- IL De la pofe des tables, f ço
- III. Du foudage des tables, ibid.
- IV. De la maniéré de fouder les coins de chaque réfervoir. f ^ 1
- V. Du foudage des foupapes.
- ïf»
- VI. De la pofe des tuyaux, ibid.
- VII. Des avantages que les ré-
- fervoirs domeftiques, conftruits fur charpente , ont fur les réfervoirs de même nature, conftruits fur maçonnerie. ^4
- Art. III. Des réfervoirs fur maçonnerie.
- %. I. Du réfervoir de la maifon de
- Bicêtre. Page fff
- II. De , l’endroit d’où eft tirée l’eau qui garnit ce réfervoir. ib. Art. IV. Des pièces d'eau ou poijfon-nieres que L'on voit dans les enclos.
- r
- §. I. Des foupapes des grandes pièces d’eau. çfj
- II. De l’endroit où 011 les place.
- ibid.
- III. De la maniéré de fe fervir
- de ces foupapes. ibid.
- CHAP. XI. De la dijlrïbution des eaux.
- Art. I. De l'afjlette des tuyaux de conduite en général. f fcj
- §. I. De la pofe du premier tuyau de diftribution. ibid.
- II. De la manière d’embrancher les petits tuyaux de conduite dans les tuyaux principaux, ib. Art. II. Des robinets. ibid.
- §. I. De la maniéré de placer ces robinets en général.
- II. Des circonftances où l’on
- doit employer les robinets à une eau. ibid.
- III. Des cas où il faut fe fervir des robinets à deux eaUx. ibid.
- IV. Des circonftances où il
- faut faire ufage des robinets à trois eaux. ibid.
- V. De l’étamage des robinets.
- ç6i
- VI. Du foudage des robinets, ib.
- Art. III. Des fontaines. ibid.
- §. I.Des fontaines ordinaires. Ç6z II. Des fontaines un peu plus recherchées. ibid.
- Art. IV. Des jets d'eau.
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-
-
- ET ARTICLES.
- 6 l.i
- §. I. De la maniéré de faire les jets-d’eau. Page 563
- II. De la maniéré de fouder lYjoutoir du jet-d’eau. ibid.
- III. De la continuation du fou-dag'e des tuyaux de conduite.
- S H
- Art. V. Des nappes d'eau. ibid. §. I. De l’avantage que les baf-fins de plomb ont fur les baiïins de marbre. ibid.
- Art. VI. Des cafcades. 567
- §. I. De la maniéré de les faire.
- 5 66
- II. De la maniéré de faire jouer les fontaines, les jets-d’eau , les nappes d’eau & Tes cafcades. ib. CH AP. XII. De la réparation des - tuyaux des rues & autres tuyaux de conduite. ibid.
- Art. I. Des moyens de découvrir les endroits des pertes d'eau. 5Y7
- §. I. Premier moyen. ibid.
- II Second moyen. ibid.
- III. De ce qu’il faut faire quand il n’y a point de robinets dans les regards. 568
- IV. Ouvertures qu’on fait au
- défaut de robinets. ibid.
- V. D’un troilieme moyen de
- connaître où eft l’endroit des pertes d’eau. ibid.
- VI. Des fouilles ou des foifés
- qu’on doit ouvrir au défaut des regards. ibid.
- ART. II. Des opérations necejjaires pour mettre les tuyaux en état. 5A9
- §. I. De la façon de retirer l’eau des foiïes. ibid.
- II. De la façon de dégorger les
- tuyaux. Page ^69
- III. De l’emploi du tampon. 570
- IV. De l’emploi de la fonde, ib.
- V. De la façon de s’en fervir. ib.
- VI. De l’emploi du liphon 5-71
- VII. Des outils néceifaires au relfoudage des tuyaux. $72
- VIII. Du polaftre & de fou utilité. ibid.
- IX. De la façon de relfouder l’ouverture faite aux tuyaux, ib.
- X. Façon de recombler les
- tuyaux. ibid.
- CHAP. XIII. Du raffinage des cendrées de plomb & defoudure. 5*73 Art. I. Du lavage des cendrées, ibid. §. I. Des uftenfiles néceifaires pour le lavage des cendrées. 574
- II. De la maniéré de fe fervir
- de ces uftenfiles. ibid.
- III. D’une autre maniéré de laver les centrées.
- Art. II. De la fonte des cendrées. 576 §.I. Defcriptiou du creufet. ib. II. Du charbon qu’011 emploie pour l’allumer. 5-77
- III. De la façon de l’allumer. f7& Art. III. De La maniéré de recevoir le plomb qui coule du creufet. ibid. §. I. Comment on tire le mâchefer du creufet. ^79
- IL De la façon d’écumer le plomb qui fort du creufet. 5-80
- Art. IV. De la maniéré de couler U plomb , ou étain raffiné, dans les lin-gotieres. ibid.
- §. I. De la forme de ces lingotie-res. ibid.
- "II. De la façon d’y couler, ibid. CHAP. XIV. Des cercueils, des cœurs
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-
-
-
- $32 TABLE DES CHAPITRES ET ARTICLES.
- découpes & fondus, & de plufieurs autres petits ouvrages. Page f8i Art. I. De la confiru'dion des cercueils.
- ibid.
- §. I. De l’antiquité des cercueils.
- 582
- IL De l’utilité des cercueils, ib.
- III. De la maniéré de faire les
- cercueils. ibid.
- IV. De la maniéré de couper le
- deflus des cercueils. 583
- V. De la maniéré de couper les côtés , ou , en terme de l’art, Ig pourtour de chaque cercueil, ib.
- VI. De la nécellité de forger le
- deflous , le delfus & le pourtour des cercueils. f 84
- VII. De la maniéré de forger le
- plomb non laminé. ibid.
- VIII. De la façon de fouder le
- tout enfemble. ibid.
- IX. De la façon de fouder le
- deflus du cercueil. y8f
- X. De la maniéré d’y attacher
- des épitaphes. ibid.
- XI. De la maniéré de réparer les cercueils dans les caveaux, ib.
- Art. II. Des cœurs contournés fous la batte. 5-87
- §. I. De la façon dont il faut s’y prendre. ibid.
- IL De la façon dont on s’y prend pour les joindre enfemble.
- ibid.
- III. De la façon de les fouder.
- Page f87
- IV. De la maniéré d’y attacher
- des épitaphes. çg8
- Art. III. Des écritoires. ibid.
- §. I. De la façon dont 011 jette les écritoires en moule. ibid.
- II. Comment on doit retirer
- l’écritoire du moule. f 89
- III. De la commodité de ces
- fortes d’écritoires. ibid.
- Art. IV. Des gardes ~papiers. ibid.
- §. I. Du moule des gardes-papiers.
- ibid.
- IL De la maniéré d’y verfer le plomb. 5-90
- Art. V. Des plombs propres à faire des niveaux. ibid.
- §. I. Du*moule des plombs à niveau. ibid.
- IL De la maniéré de retirer les plombs àaiiveau de leurs moules.
- ibid.
- Art. VI. Des cœurs fondus. J91 §. I. Des cœurs à anneaux, ibid.
- IL De la maniéré de fondre les cœurs à anneaux. ibid.
- III. Des cœurs percés. 59Z
- IV. De la maniéré de fondre
- les cœurs percés. ibid.
- Explication des figures. ibid.
- Explication de quelques termes propres à l'art du plombier. <50 f
- Fin du Tome XIII.
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- ART DUPEINTBE SUR VERRE; LtSTENCES' POUR LE DES SEIN-ET IMPREPARATION DE S CODXEURS.iY.Z
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