Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS,
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- FAITES OU APPROUVEES
- PAR MESSIEURS D E L’ACADÉMIE ROYALE
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- AVEC FIGURES EN * T AILLE-DOUCE.
- NOUVELLE ÉDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre , en Suilfe, en Italie.
- Par J. E. Bertrand, Profeffeur en Belles-Lettres à Neuchâtel, Membre de P Académie des Sciences de Munich, & de la Société des Curieux de la nature de Berlin. ' ' ' '
- T O
- E XIV.
- Contenant P Art du Perruquier ; P Art du Tailleur, renfermant le Tailleur d'habits dé hommes , les culottes de peau , le Tailleur de corps de femmes & enfans, la Couturière & la Mirchande de modes ; V Art de la Lingere, P Art du Brodeur s P Art du Cirier, l'Art du Criblier ,PArt du Coutelier en ouvrages communs, l'Art du Bourrelier & du Sellier , & P Art du Mouleur en plâtre.
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- De l’I m p
- 'esmilêh
- NEUCHATEL,
- BIBLIOTHÈQUE
- DU CONSERVATOIRE NATIONAL des ARTS & MÉTIERS
- éNMAf-AL
- tfo du Catalogue, prix ou Estimatif11 Pnfr^
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- E R 1 E DE LA SOCIÉTÉ T Y P O G R A P H I Q_U E.
- M. D C C. L X X X.
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- ART
- DU P E RRUQVIE
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- Contenant la façon de la barbe , la coupe des cheveux, la conftru&ion des perruques d’hommes & de femmes, le Perruquier en vieux, & le Baigneur - Etuvifte.
- Par M. de Garsault.
- Tome XIV%
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- DU PERRUQUIER.
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- AVANT-PROPOS.
- î. Clovis, premier roi des Francs , fes fucceffeurs , & les princes de leur fang, regardaient la longue chevelure comme une marque de dignité lùprème, & ne faifaient jamais couper leurs cheveux. Rafer un prince de la maifon royale était l’exclure de la couronne. La nation portait auffi Tes cheveux, mais plus ou moins courts. D’ailleurs, l’obfcurité qui régné à cet égard, faute de monumens, ne permet pas d’en dire davantage. On a vu dans un fceau royal de Hugues Capet, chef de la troifieme race, qu’il y eft repréfenté avec des cheveux courts & une barbe affez longue. Enfin, en 1521 , François premier ayant été bleffé à la tète par accident, fut obligé de faire couper fes cheveux ; tout fuivit fon exemple , jufqu’aux prêtres qui fe firent tondre. Depuis ce tems il,devint indifférent aux rois de porteries cheveux longs ou courts, & cette marque de dignité fut anéantie.
- 2. En partant de la première époque , c’eft-à-dire, du régné de Clovis, on voit que la barbe fut en recommandation parmi les Francs pendant plufieurs fiecles , jufqu’à ce que Louis VII fe l’étant fait entièrement rafer , tous les fujets fuivirent fon exemple : aufiî il n’y eut plus de barbe en France jufqu’à François premier , qui en if2i, après avoir fait couper fes cheveux, comme 011 vient de le dire, laiffa croitre fa barbe. La voilà donc revenu aux Français.. Les gens de juftice feulement ne voulurent pas la reprendre. Henri IV donnait une forme régulière à la fienne , en l’arron-diffant par en - bas, & tailloit fes mouftaches en éventail ; ce que l’on peut voir à fa ftatue équeftre fur le Pont-Neuf. Tout ceci diminua petit à petit; de façon que, fous Louis XIII, la mouftache était beaucoup amincie, &
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- ART DU PERRUQUIER:
- l’on n’avait confe^vé du refte de la barbe qu’un toupet en pointe au-deffous de la levre inférièure. Le toupet fut retranché, & Louis XIV n’avait plus qu’un filet de barbe à l’endroit de la mouftache, qu’on nommoit une royale, qu’il n’a pas même confervé jufqu’à la fin de fon régné. Maintenant ni le roi, ni aucun de fes fujets ne fe laiffent croître la barbe, & tous les Français, de quelqu’état qu’ils foient, fe font régulièrement rafer. Les foldats, principalement les grenadiers , confervent encore la mouftache, qui n’eft regardée à préfent que comme un ornement militaire du foldat, non de i’ofticier.
- j. Comme depuis François premier les prérogatives qu’on avait attribuées aux cheveux & à la barbe font abolies , ceux qui ont de beaux cheveux en font ce qu’ils veulent, fans tirer à conféquence. Mais la beauté que nous avons aflïgnée à nos cheveux eft une beauté rare; peu de perfonnes, fur-tout les hommes, fe trouvent les avoir avec toutes les qualités néceffaires, dont voici les conditions, qui font d’être raifonnablement épais & forts , d’une belle couleur de châtaigne, plus ou moins foncée, ou d’un beau blond argenté, d’une longueur moyenne, defcendant jufqu’à la moitié du dos: il faut encore que, fans être crêpés, ils frifent naturellement, ou du moins qu’ils tiennent long-tems la frifure ; que les tempes & le deifus du front foient fuffifàmment garnis.
- 4. Les cheveux en générai font fujets à bien des accidens & des défauts qu’il fallait fupporter ou du moins pallier, avant que la perruque eut été imaginée. Plufieurs fe trouvent en avoir très - peu ; il y a des maladies qui 'les font tomber ; ité fe dégarniffent quelquefois fans aucune maladie apparente, de maniéré que non - feulement les perfonnes âgées, mais ceux qui ne le font pas encore, deviennent chauves avant le tems : il fallait donc fe réfoudre à porter des calottes, coëffure trifte & plate , fur - tout quand aucun cheveu ne l’accompagne. Ce fut pour remédier à ce défagrément, qu’011 imagina, au commencement du régné de Louis XIII, d’attacher à la calotte des cheveux poftiches qui parurent être les véritables ; 011 parvint enfuite à lacer des cheveux dans un toilé étroit de tifferand, comme aulîi dans un tiffu de franger qu’on nomme le point de Milan. On coulait par rangées ces entrelacemens fur la calotte même, rendue plus mince & plus légère j pour cet effet 011 fe fervait d’un canepin ( l’épiderme de la peau du mouton) fur lequel on attachait une chevelure qui accompagnait le vifage & tombait fur le col> c’était alors ce qu’on appella une perruque. Enfin, l’on perfectionna cette efpece de modèle qui était déjà un acheminement aux treifes. Les treffes fur trois foies furent trouvées : on les arrangeait en les coufant fur des rubans, ou antres étoffes que l’on tendait & affemblait fur des tètes de bois. On parvint enfin à copier une chevelure entière allez bien pour pouvoir la fuppléer au défaut des cheveux naturels. Cette découverte parut
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- ART DU PERRUQUIER. f
- 15 bonne & fi lècourable, qu’en 165*6, Louis XIV dit le Grand, créa quarante-huit charges de barbiers - perruquiers fuivant la cour , & en même tems il fut aufli créé en faveur du public deux cents autres charges. Cette création refta fans exécution. Enfin, en 1675 j on en fit une autre de deux cents charges ; celle - ci eut lieu.
- L Mais quelque tems après que ces dernieres charges eurent été créées, M. Colbert s’appercevant qu’il fortait des fournies confidérables du royaume pour acheter des cheveux chez l’étranger, il fut délibéré d’abolir les perruques , & de fe fervir de bonnets, tels à peu près que quelques nations en portent : il en fut même eifayé devant le roi pluficurs modèles 5 mais le corps des perruquiers {entant bien qu’il allait être anéanti, préfenta au confeil un mémoire accompagné d’un tarif bien circonftancié, qui faifait voir qu’étant les premiers qui exerçaient cet art nouveau , lequel n’avait point encore paflé dans les états circonvoifins, tels que l’Efpagne, l’Italie, l’Angleterre, &c, les envois de perruques qu’ils faifaient, furpaffaient beaucoup la dépende, & faifaient entrer dans le royaume des fommes bien plus confidérables qu’il n’en fortait pour l’achat des cheveux, ce qui fut caufe que le projet des bonnets fut abandonné. (*)
- 6. De nouvelles charges ont été créées, & ils font actuellement au nombre de 85*0, fous le titre de barbiers-perruquiers-baigneurs-étuvifies. Ils reçoivent leurs lettres en chancellerie, & levant leurs charges aux parties caftielles, elles font héréditaires : leurs officiers font un prévôt, des gardes , des fyndics. Us ont droit & leur eft attribué le commerce des cheveux en gros & en détail, comme aufli leur eft permis de faire & vendre poudre , pommade, opiat pour les dents ; en un mot, tout ce qui peut fervir à la propreté de la tête & du vifage : mais à préfent la plus grande partie des perruquiers 11e s’embarralfent point de ces compofitions qu’ils laidènt aux parfumeurs, dans le diftriét desquels elles tombent naturellement. Us font la barbe, cette opération du perruquier eft la feule qui foit permife aux chirurgiens, le raloir étant regardé comme un infiniment de chirurgie : mais comme le perruquier & le chirurgien ont tous deux le droit de faire la barbe, qui eft une opération journalière' & générale, & que le chirurgien n’a pas celui d’accommoder la perruque, il était nécelfaire de les diftinguer l’un de l’autre par des marques extérieures > c’eft pourquoi, afin que le public puiffe reconnaître auquel des deux il a affaire, le chirurgien doit avoir pour enfeigne des ballms de cuivre jaune, & ne peut peindre le devant de fa boutique qu’eu rouge ou en noir ; au lieu que le perruquier a des baflins blancs d’étain, & peut peindre le devant de fa boutique en toutes autres couleurs.
- (*) On n’a d’autorités pour citer ce coré de la croix de S. Louis, fort vieux, fait, que la tradition : celui qui m’en ainft qui lui dit en avoir été témoin^ truie, l’avait entendu dire à un officier dé-
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- ART DU PERRUQUIER.
- 7. Ce qui conftitue particuliérement l’art du perruquier, eft celui de faire les cheveux, c’eft-à-dire, de les étager pour leur donner un afpeCt agréable, celui de conftruire toutes efpeces de perruques & parties de perruques , comme tours, toupets, chignons, &c. pour hommes & pour femmes, & de tenir des bains & étuves.
- 8- La manufacture des perruques eft un art moderne, il fe perfectionne de jour en jour, & il y a apparence qu’il fera durable par les avantages qu’il acquiert fur les cheveux naturels, dont un des plus grands eft de débarraf. fer des foins journaliers; les femmes même en profitent, quoique plus rarement , attendu que leur tète ne fe dégarnit pas fi communément que celle des hommes : en un mot, la perruque eft de tout fexe & de toutes conditions.
- 9. L’USAGE de la poudre eft encore plus nouveau que celui de la perruque : Louis XIV ne pouvait la fouffrir ; on obtint cependant de lui fur la fin de fon régné, quelqu’adouciffement à cette averfion, & même il endurait qu’on en mît une idée à fes perruques ; maintenant il eft très - commun de mettre de la poudre aux cheveux & aux perruques.
- 10. Les bains & étuves, autre apanage du perruquier, ont une origine bien différente des autres parties dont on vient de parler ; car ils font de toute antiquité, principalement dans les pays chauds, offils font journaliers. Dans le nôtre on n’en ufe que de tems en tems, fur-tout en été ; je ne parle que des bains de propreté : d’ailleurs les bains font d’un grand fecours en médecine, alors ils fe divifent en différentes efpeces, demi-bain, bain froid, bain chaud, bain d'immerjîon, &c. Quelques perruquiers s’adonnent à cette branche de l’art, & on trouve chez eux baignoires, étuves, & tout ce qui y a rapport, comme pâtes dépilatoires, &c.
- 11. L’art du perruquier, c’eft-à-dire, de tous les objets qu’il embraffe, étant celui dont on entreprend de donner ici l’explication détaillée, on va commencer par la barbe, comme fon opération la plus ordinaire; enfuite viendra raccommodage des cheveux naturels, puis la manufacture des perruques ; enfin les bains & étuves.
- iz. On doit la defcription de toutes ces parties de l’art, & principalement de la plus compliquée, c’eft-à-dire, de la conftruCtion de la perruque & de tous fes détails, à M. Antoine Quarré, perruquier appliqué & ingénieux, qui a faitplufieurs recherches pour fa perfection, & dont le but & le projet font d’imiter la belle nature: & pour l’art du baigneur, on a eu le bonheur de s’adreffer à M. Thomas le Clerc, baigneur très-inftruit, & même au-delà de& connaiifances qui lui fuffiraient pour réuffir parfaitement dans fon art.
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- ART D ü PERRUQUIER.
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- CHAPITRE PREMIER.
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- <•&-
- Faire l& barbe.
- ï}. a^uoiqije l’opération de la barbe ioit une de£ moins ignorées, on ne iàurait cependant fe difpenfer d’en faire mention ici, pl. 1, attendu qu’elle entre néceflàirement dans l’art du perruquier : c’eft pourquoi l’on va nommer les inftrumens dont il fe fert particuliérement à cet égard , à chacun defquels on ajoutera ce qu’on croira convenable de remarquer.
- ' Injlrumens,
- 14. a., un baflîn à barbe d’étain ou de faïance, dans lequel eft une ia-vonnette. b, un coquemard de cuivre rouge de perruquier, pour chaulfer ÿ’eau dans la boutique, c, une bouteille à l’eau chaude, de cuivre rouge, pour mettre de l’eau chaude dans la poche, & la tranfporter en ville. d, un cuir préparé : c’eft une lanière de cuir de veau collé fur une petite tringle de bois avec fon manche , & empreint de quelques poudres impalpables , comme émeri, ardoife pilée, brique, poudre de pierre à rafoir, &c. L’eifet du cuir, quand il eft bon, eft de faire couper le rafoir plus doux, e, une pierre à rafoir : elpece de pierre d’un grain très-fin, qui fe tire du pays de Liege, ou de Lorraine, où on la trouve fur les carrières d’ardoife : elle fert avec quelques gouttes d’huile d’olive, à repalfer les rafoirs quand ils viennent à s’émoulfer ; ceux qu’on deftine aux barbes fortes & dures , doivent être repalfés plus gros de taillant. /, un morceau de làvon blanc : le favon blanc eft meilleur pour la barbe que les favonnettes de compofi-tion; il l’attendrit mieux, ce qui fait que le rafoir coupe plus doux, g, un rafoir fermé, & un autre ouvert.
- 15*. On fait fondre du favon blanc dans de l’eau chaude ou froide, on en lave la barbe pour l’attendrir, on la rafe enfuit?, on finit par laver le vifage. Quand on fe fait rafer toute la tête, on finit par la laver avec un peu 4’eau-de-vie.
- CHAPITRE
- IL
- Faire les cheveux , & frifer.
- 16. 1L.A coupe des cheveux eft la fcience qui donne aux cheveux na* turels une forme régulière, en retranchant leurs inégalités & les taillant
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- ART DU F E R R U OU I E R.
- par étages, lefquels doivent s’arranger avec grâce, en accompagnant le vifage. C’eft précifément le rudiment de la perruque, & les principes fur lefquels elle a été perfectionnée. Il eft donc à propos de détailler le mieux qu’on pourra cette opération, attendu qu’elle eft une des plus effentielles du perruquier.
- 17. Les perruquiers appellent faire Les cheveux, les couper fuivant les réglés de l’art; ce qui fe termine ordinairement par frifer Scpoudrer. Commencez par peigner toute la tête à fond , pour bien démêler les cheveux ; en-fuite prenant & engageant dans votre peigne A,/?/./, d’abord fur le haut de la tête, une portion ou rangée de cheveux, vous amènerez doucement le peigne vers vous en droiture ou de biais, fuivant que vous voudrez couper ou droit ou en biais ; avancez aiiili jufques vers la pointe des cheveux, que-vous laifferez en-dehors engagée dans le peigne ; puis coulant vos cifeaux B, à demi fermés, par-delfous le peigne , ils couperont tout ce que voulez retrancher de ce rang ; vous continuerez cette façon fur toute la tête , juf-qu’à ce que les cheveux foient faits , obfervant que les rangs fupérieurs foient plus courts que les inférieurs par toute la tète.
- 18. Nota, qu’il eft nécelfaire que le perruquier en amenant, comme il vient d’être dit, les cheveux à lui, les maintienne toujours d’équerre à la tète; car s’il les ahaiffait avant de couper,il arriverait que ceux de deffus recouvriraient ceux de deffous, ce qui ferait une épaiifeur défagréable. Cette remarque doit fervir aufli pour les perruques ci-après, fur lefquelles le perruquier fait à peu près la même* opération.
- 19. Il femblerait, fur l’expofé qu’on vient de faire de la coupe des che-
- veux , qu’un peu d’habitude fuftirait pour en venir à bout ; cependant il le trouve des perruquiers bien fupérieurs en cela à d’autres. Comme cette opération 11’a point de réglés précifes, c’eft une affaire de génie, dont un certain talent, le goût 8c le coup -d’œil font tous les frais. • '
- 20. Quand les cheveux font faits, on les met ordinairement tout de fuite en papillotes pour les frifer, 011 les palfe au fer, & on les poudre. Or, comme ces opérations ne fe font point au hafard, mais font affiijetties à des procédés & à quelques inftrumens particuliers, c’eft ici le lieu d’expliquer comment on doit s’y prendre pour bien opérer.
- 21. Les papillotes font faites de papier taillé en petits triangles de deux
- pouces ou environ : préférez , pour les faire, le papier gris, le papier jofeph, le papier brouillard, parce qu’ils fe déchirent & fe caftent plus difficilement que tout autre. Ralfemblez avec votre peigne une petite portion de cheveux, fàififfez-les en-deffbus avec les deux premiers doigts d’une main vers le milieu, & les prenant de l’autre par la pointe, roulez-les fur eux-mêmes, & enveloppez-les tout de fuite avec une papillote C, pl.I. 'J
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- ART DU FERRUOUI ER.
- 22. Il fe fait de deux fortes de frifures, ou en crêpé, ou en boucles. Pour le crêpé qui s’exécute odinairement aux cheveux courts du haut de la tête, on prend les cheveux pêle-mêle, & on les tourne court & ferré fans précaution, afin qu’il ne fe faffe point de vuide dans le milieu ; au lieu qu’à lafrifure en boucles on ménage un vuide dans le milieu du roulement. > 2}. Toute la tète étant garnie de papillotes, il s’agit maintenant de la paf. fer au fer. Le perruquier fe fert de deux fortes de fer : l’un eft une pince terminée par deux mâchoires plates en-dedans D,pl.Im, l’ancienne façon d d , était de les faire d’égale épaifTeur : l’autre reffemble à de longs cifeaux. Le premier fe nomme fer à frifer; le fécond,^/* à toupet E, dont une des branches qui eft ronde, entre dans l’autre qui eft creufée. Faites chauffer le fer à frifer, à nu, fur de la braife, jamais fur le charbon. Quand ilj fera au degré de chaleur néceffaire, ce qu’on reconnaît lorfqu’il ne rouflit pas un papier qu’on lui préfente, ou bien en l’approchant de la joue, vous ferrerez chaque papillote uninftant plus ou moins longs mais il vaut mieux l’employer affez chaud pour qu’il refte peu fur chacune : c’eft pourquoi, quand on a toute une tête à paffer, on a plusieurs fers qui chauffent en même tems.
- 24. Quand toutes les papillotes feront refroidies, vous les déferez' & peignerez le tout enfemble, puis vous formerez & arrangerez avec grâce les boucles, le toupet & le crêpé qui fe pratique ordinairement aux cheveux courts vers le front & les tempes.
- 2$. Crêper eft mêler & confondre enfemble les cheveux frifés : cet ac-commodage par la légéreté donne un afpe<ft agréable à la vue. Pour crêper, on pince de haut en bas légèrement avec deux doigts au travers des cheveux qu’on veut crêper; on amene doucement à foi ceux qu’on a faifis, & en même tems on les repouflè avec le peigne fin à mefure qu’ils fe dégagent d’entre les doigts.
- 26. Quant aux boucles , on les forme en peignant enfemble une quantité de cheveux, dont on rabat la frifure fur le premier doigt qui leur fert de moule. Le perruquier a encore d’autres rubriques, foit pour dégarnir les chevelures trop épaiifes, foit pour rendre les cheveux plus fermes, afin qu’ils tiennent la frifure. Pour dégarnir, il fait une opération qu’il appelle effiler : voici comme! il s’y prend. Il releve & fait tenir à la tète avec fon peigne un rang de cheveux, & portant fes cifeaux aux racines de ceux que ce rang relevé a découverts, il les tient entr’ouverts les pointes en-bas, & par le moyen d’un léger pincement, il coupe ce qu’il juge être de trop ; il parvient ainfi à réduire une chevelure quand elle eft trop enflée. Il affermit & donne plus de confiftance aux cheveux mous & qui fe laiffent trop aller, avec ce qu’il appelle de la pommade fofye. Il fait cette pommade fur-
- Tome XIF. . B
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- io ART DU PERRUQUIER.
- le-champ, en mêlant un peu de poudre avec de la pommade qu’il Fait fondre dans fes mains. Il retrouffe les cheveux comme à la précédente opération, met de cette pommade à la racine des cheveux qu’il vient de découvrir, ce qu’il continue d’étages en étages.
- 27. Quand on veut u-irtoupet qui couronne le front, c’eft-à-dire, que le premier rang, au lieu dlêtre frifé, foit relevé à plat & recourbé en arriéré , c’eft l’office du fer-à toupet. Le perruquier le fait chauffer modérément 3 il prend enfuite entre des deux branches le rang qui doit former le toupet, il le dirige en-haut tout droits puis tournant le fer, là branche ronde en-deffous, il le courbe en arriéré, & fait faire aux cheveux par le bout le crochet en-bas.
- Poudrer,
- 28. La frifure étant arrangée, il ne sragît plus; que dé poudrer. La meilleure poudre pour les cheveux eft faite de farine de froment, & la pommade eft dufain-doux : 011 met la poudre dans une large boite de fer-blanc F, ou dans un fac de peau de mouton G.
- 29. Les meilleures houpes à poudrer H, font faites avec les longues foies qui font aux chefs des étoffes de foie. Commencez par enduire de pommade le dedans de vos deux mains,, que vous pafferez enfuite légèrement for toute la frifure ; chargez d’abord votre houpe de peu de poudre pour poudrer à demi - poudre, terme de perruquier. Cette petite quantité de poudre fuffira pour faire appercevoir les cheveux qui fortent de l’arrangement général & les couper, après quoi vous achèverez de poudrer.
- 30. De peur que la poudre ne fe répande for le vifàge & n’ëntre dans les yeux de celui que l’on poudre, les perruquiers lui donnent un cornet I c’eft une feuille de carton tournée comme un cornet de papier : on fo cache le vifage dans le gros bout de ce cornet; il a des yeux de verre & l’air pour la refpiration entre par le petit bout 011 le tient à la main.
- Des differentes façons de porter les cheveux.
- 31. Les cheveux naturels fe portent de différentes façons: fàvoir, de toute leur longueur, ou très-courts,principalement les, eccléfiaftiques, auxquels ils ne doivent pas dépaffer le bas de la nuque du col. On les met en bourfe, en cadenette , en caàogan; cette nouvelle façon eft une nouvelle mode : ©n plie l’un fur l’autre tous les longs cheveux de derrière pris enfomble ; & quand on eft arrivé à la nuque, 011 noue par le milieu tous ces retours avec un ruban. Le toupet à la grecque eft encore une mode nouvelle : on laiffe les cheveux du toupet fort longs, & on les renverfè bien avant fur le fommet de la tète-,
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- II
- ART DU PERRUQUIER.
- 32. Les perruques imitent une partie de ces accommodages ; mais elles en ont de particuliers qui s’en éloignent beaucoup, comme on verra ci-après. - 3 3. Depuis quelque tems il a été imaginé pour les foldats des régimens des
- Gardes Françaifes & Suiffes, afin de foutenir leurs frifures contre toutes forte» de tems, une façon qui n’eft pas tout-à-fait la même pour les uns & pour les autres, mais qui fait à peu près le même effet. La maniéré des Gardes Franqaifes eft de fe fervir d’une lame de plorfib, milice & étroite, d’environ trois pouces de long A, pl. V. Après avoir ôté les papillotes des cheveux des côtés, ils en prennent la maffe dans les doigts, portent fous le milieu de fa largeur une portion de lame de plomb, la plient en revenant par-deffus, roulent les cheveux par-deffus ce premier pli, & font tenir cette boucle en appuyant deffus par un fécond pli le refte de la lame. Le furplus de la maffe des cheveux au-deffus de ce dernier pli, fe dirige en-dehors, retombe & la cache, ce qui forme deux boucles parallèles B. Les Suiffes ne font autre chofe que rouler la boucle autour d’une carte en rond, & l’arrêter à la carte avec une épingle.
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- CHAPITRE III.
- De la perruque en général.
- 34. ]L,e plus grand art du perruquier eft celui par lequel il rend les cheveux à ceux qui s’en font défaits, & en donne à ceux qui en manquent. Faire une perruque, eft conftruire une efpece d’épiderme, au travers duquel on attache & on arrange des cheveux frifés, ou non frifés, affez artiftement pour qu’étant pofés fur la tète ils paraiffent être les véritables. Il ferait ici queftiou d’imiter la belle nature. Cependant parmi les efpeces de perruques qui fe font actuellement, les unes fuivent fes loix, les autres s’en écartent encore, mais bien moins cependant que dans l’enfance de cet art, dont on était tellement épris, que l’on croyait ne pouvoir jamais avoir affez dp cheveux fur la tète. Les perruques étaient immenfes en largeur & en longueur, & repréfeutaient plutôt la face d’un ours ou d’un lion, que la forme .d’une tête humaine.
- 35. Les perruques ufitées actuellement font au nombre de fept ou huit fortes, parmi lefquelles quelques-unes pgfïeqt de mode, fans doute pour y revenir, comme toutes les modes en France.
- 36. Oî? fait des bonnets OU'p'erruques 'courtes, k. Ces bonnets font ronds, s’alongeant cependant plus ou moins derrière le çol. Les perruques enbourfeQ^ fe terminent derrière par des cheveux plats & longs, m rn^pL II, qu’on enferme dans une bourfe de taffetas noir n, qui les prend à la hauteur du col.
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- Î2 A R T D U P E R R U Q U 1 E R.
- Ces deux efpeces font fort à la mode. Les perruques nouées C, font plus garnies de cheveux que les précédentes. Elles fe terminent fur le dos de chaque côté par des cheveux droits & longs, que l’on noue d’un fimple nœud s s \ l’intervalle entre ces deux côtés eft occupé par une groflè boucle de crin roulée en tire-bouchon r. Cette elpece de perruque eft une des plus compoféesj & quoiqu’elle s’éloigne beaucoup du naturel, elle eft cependant très-commune. La perruque d'abbé D , relfemble beaucoup au bonnet : elle eft toute ronde ; elle fe monte différemment des autres, comme on verra par la fuite. Les perruques naturelles E, imitent les longues chevelures: elles font frifées comme toutes les autres le long de la face, mais elles descendent enfuite à plat par - derrière jüfques vers la moitié du dos, où elles finiffent en pointe a, ou bien quar-rément par des boucles b b. Cette perruque eft la coëffure des jeunes-gens de juftice. Les perruques quarrées F, font conftruites en général comme les perruques nouées ; elles ont de même une groffe boucle de crin en tire-bouchon r, mais à la place des nœuds ce font des rangs de cheveux frifés tt, qui defcendent quarrément jufques vers la moitié des épaules. Cette coëffure eft celle des magiftrats & gens graves. La perruque à la brigadiere G, eft conf-truite comme le bonnet, & fe termine par deux groffes boucles de crin en tire-bouchon, accollées d, que l’on noue enfemble avec une rofette de ruban noir ee. C’eft proprement la coëffure des gens de cheval ; elle lied très-bien. La perruque d cadenettes H, imite la perruque naturelle, avec cette di£ férence que les cheveux longs fe partagent en deux côtés, qu’on les enferme dans deux cadenettes rr. On voit a&uellement peu de cette efpece de perruques.
- 37. Toutes ces perruques fe font à montures pleines , ou à oreilles & demi-oreilles ; ce qui fera expliqué ci-après. Le perruquier fait auffi des tours de cheveux pour garnir les chevelures naturelles, dont le défaut eft d’être trop claires. Il fait de même des tempes, des toupets, & autres parties de chevelure 5 principalement aux femmes, auxquelles on fait auffi des devants, des bichons frifés y des chignons relevés, des perruques entières, &c.
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- CHAPITRE IV.
- Des cheveux S? crins qui fervent aux perruques.
- 38. C omme la perruque eft deftinée à procurer des cheveux aux tètes qui en ont befoin, il paraîtrait qu’il 11e devrait entrer que des cheveux dans fa conftruclion 5 cependant, à moins que le cheveu dont on fe fervira 11e foit de première qualité, & par conféquent bien cher, on peut
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- faire une bonne perruque à meilleur marché, en mêlant un peu de crin de cheval pris fur la crinière, avec un cheveu de qualité inférieure : le crin étant plus ferme, aide à foutenir la frifure. D’ailleurs, toutes les groifes boucles des perruques nouées, quarrées & à la brigadiere, doivent être de crin. On fe fert encore du toupet de crin qui fe trouve au bout des queues de genilfes. Il fe fait même des perruques entièrement de crin de cheval » mêlé, fi l’on veut, avec celui de veau & de geniffe, lefquelles font fort bonnes & réufîiffent très-bien. Il eft vrai que\ fuivant les flatuts des perruquiers, elles font faififfables5 mais ils font fort mal s’ils les faillirent, car elles font excellentes & à l’avantage du public. On a employé de tems en tems d’autres matières, comme poil de chevre, laine de moutons de Barbarie „ fil -de-fer. Tout cela eft tombé de foi-même par fon peu de mérite. On a vu aufîl des perruques de verre blanc & de fougere ; mais c’était pure curiolité.
- 39. Les cheveux fe vendent chez quelques perruquiers qui fe font adonnés à ce commerce ; ils les achètent de marchands qui courent le pays, & les débitent à la livre. Il vient des cheveux de beaucoup d’endroits. On en tire de Flandres , de Hollande, de toutes les provinces de France j mais les meilleurs nous viennent de Normandie.
- 40. Pour qu’un cheveu foit de bonne qualité, il doit être rond, élafti-que, lourd : ceux des pays chauds font fecs & creux, par conféquent de moindre qualité. Il fe vend encore une efpece de cheveux qui nous viennent de Suiffe & d’Angleterre : ce font des cheveux originairement roux, qu’on a blanchis fur l’herbe comme on blanchit la toile , & que par cette raifon on nomme de L'herbe, ou des cheveux herbes. Ils ne fe frifent point, ils ne fervent qu’à faire les nuances des plaques, du Me, &c. On ne s doit jamais les mêler dans le corps de la frifure.
- 41. Les cheveux les plus chers font les blancs, les blonds & les noir-jais ; cette derniere couleur s’emploie maintenant très - peu : les couleurs communes font les châtains clairs & bruns.
- 4z. On ne doit jamais employer les cheveux des hommes i ils font trop fecs & caftans, étant toujours à l’air ; ceux des dames & des habitantes des villes ont le même inconvénient : ce font les villageoifes & les femmes de campagne qui feules fournilfent les bons cheveux, parce qu’elles les ont toujours à couvert fous leurs bonnets ; car moins ils prennent l’air, meilleurs ils font.
- 4^. A l’égard du crin, il s’en trouve, comme le cheveu, de toutes couleurs & degrés de finelfe. On ne fe fert jamais du crin de la queue des chevaux. On doit obferver ici que le crin, quoique pris fur,un animal vivant, eft communément mêlé de crin mort : on appelle mort un crin mat & cal-
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- fant : le crin vif eft toujours luftré & luifànt j c’eft pourquoi il eft nécef. .faire d’éplucher le crin, en en ôtant tout le mort, avant de s’en fervir : c’eft ordinairement le marchand qui prépare fon crin avant de le mettre en vente.
- 44. Il eft bon de remarquer ici que quelques perruquiers pourraient fe tromper & leurs pratiques, en employant du poil blanc de bouc à la place du cheveu herbé, attendu que ce poil eft mou , fans conlîftance , jaunâtre , cafte, & en un mot, ne vaut rien.
- CHAPITRE V.
- Le travail de la perruque.
- Prendre la mefure.
- 4f • Ï3 E quelqu’efpece que foit la perruque , la mefure fe prend toujours de la même façon, puifque ce doit être celle de la tête que vous avez à coëifer. Pour cet effet, vous vous fervirez d’une bande de papier, d’un pouce de large, & de longueur fufîifante j vous la porterez : iQ. Du haut du front à la nuque du col, obfervant toujours de 11e pas defcendre trop bas, de peur que le mouvement de la tète en arriéré ne repoufle la perruque lur le front > & même , pour en être plus fur , vous prierez la perfonne dont vous prenez la mefure , de faire ce mouvement. Marquez l’extrémité de cette mefure, ainli que de toutes les autres, par de petites oches ou entailles, que vous ferez au papier avec vos cifeaux. 2P. Mefurez d’une tempe à l’autre, paflant par le milieu du derrière de la tête. 30. D’une oreille à l’autre, paflant fur le fommet de la tète. Si vous devez faire une perruque à oreilles, vous arrêterez cette mefure au-deflus des oreilles : li c’eft à demi-oreilles, vous l’arrêterez à la moitié des oreilles : vous la porterez jufqu’au bas des oreilles, fi la perruque doit être à monture pleine, c’eft-à-dire, fi elle doit couvrir entièrement les oreilles. 4®. Au milieu des deux joues, paflant par - derrière la tête. f0. Du milieu du haut du front, jufqu’à l’une ou l’autre tempe.
- 46. La mefure prife, 011 convient de la nuance, c’eft-à-dire , de la couleur dont fera la perruque.
- Inftrumens & matériaux.
- 47. Une tète à perruque de bois d’orme ou de frêne. Des cifeaux grands
- & petits. Des peignes gros & fins. Des ferrans & cardes de fer. Un métier à trefler. Un étau de perruquier. Une réglé de bois à étager. Des bilboquets de buis. Une étuve ou tambour. Un fer à pafler.-— Un réfeau
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- ou coëffe. Du ruban à monter. Du ruban à couvrir. Des cheveux. Du crin de cheval, veau, vache. Du bougran ou treillis. Du fil gris nommé fil en trois. Du fil de pêne. On mettra les lettres de renvoi de ceux qui font deffinés, à mefure qu’on en parlera.
- Article premier.
- Préparation des cheveux.
- 48. Après avoir acheté vos cheveux en gras ou plats, c’eft-à-dire, tels qu’ils fortent de la tète fur laquelle ils ont été coupés, il s’agit de les préparer , en leur donnant la conliftance, la frifure & l’arrangement requis , afin de pouvoir enfuite être employés à la conftrudion d’une perruque folide & durable. On va voir que ceci eft un travail rempli de quantité de circonfi tances indifpeniables.
- 49. Commencez par détêter, c’en-à-dire, partager vos cheveux en petites portions que vous lierez vers le milieu, mais plus du côté de la tète du cheveu.
- 5" o. Nota. On nomme la tête du cheveu , le bout qui effectivement tenait à la tête: l’autre bout s’appelle la pointe du cheveu.
- f 1. Prenant enfuite chaque portion, mettez-la au dêgras. On a pour cette opération de la farine folle, autrement gruau ou petit fon, qui n’eft autre chofe que la farine qui s’élève en l’air dans les moulins , ou aux halles , quand on la remue, & qui retombe fur la place : on fe fert auifi de fablon fin. Vous faupoudrerez chaque portion de cheveux, que vous agiterez à mefure pour faire entrer celui de ces ingrédiens dont vous vous ferez fervi,&peu après vous le ferez fortir en fecouant -, vos cheveux alors feront fuffilàmment dégraiffés. Enfoncez le plus que vous pourrez de ces portions dégraiffées dans un fèrran ou grande carde K, pL /, la pointe des cheveux L de votre côté, afin de les tirer par la pointe : ce qui fe fait en prenant aAec le pouce & une des lames de vos grands cifeaux entr’ouverts, ceux qui dépaffent les autres, les tirant dehors, & les donnant à mefure à votre main gauche.
- f2. Quand vous en aurez raffemblé une certaine quantité, vous les; ficellerez vers la tête avec du fil de pêne. On nomme ainfî les Longs fils du bout des pièces de toile , qui fervent à tendre les métiers des tijferands. Mettez; chaque paquet à part, & continuant à tirer toujours les cheveux dépaflans, polèz à mefure les paquets que vous en ferez, l’un fur l’autre en croix, pour qu’ils ne fe brouillent pas. Par cette façon les cheveux s’étagent, pour ainfi dire, d’eux-mêmes 5 car les plus longs viennent d’abord, & l’on,
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- arrive enfin par degrés à tirer jufqu’aux plus courts. Quand on a desvcheveux précieux, on les tire, pour n’en point perdre , d’abord par la tète , & une fécondé fois par la pointe. Toutes vos portions ainfi préparées, enfilez-les en plulieurs fuites proportionnées l’une à l’autre ; alors elles feront prêtes à être frifées.
- Le blanc & les couleurs claires demandent quelques attentions de plus que les couleurs communes. Si on ne les trouve pas aifez dégraiflees par l’opération du gruau marquée ci-deifus, on les lave .dans du favon noir ; après quoi, ayant mis une pierre d’indigo brut dans un linge, on trempe ce nouet dans l’eau tiede, on l’y preffe & exprime avec force, jufqu’à ce qu’on voie l’eau chargée d’une teinture bleue très-foncée ; alors on y trempe les cheveux, puis on les laiife fécher : cette préparation leur donne un œil bleu tendre, qui les empêche de rouffir par la fuite.
- 5-4. Nota. C’est une très - mauvaife maxime, de blanchir le cheveu, à la vapeur du foufre, quf' le, delTeche trop & le rend caifant ; on peut y blanchir le crin de cheval, qui eft plus robufte. Ou lave auffi les queues de veau & de jeune vache dans une eau favonenufe, pour les déjaunir.
- Il s’agit maintenant de frifer le cheveu. On commence par placer l’étau M, pl. /, au bord d’une table, à laquelle on le ville. Cette efpece d’étau eft particulier au perruquier, tant pour fa forme, que par fa fitua-tion horifontale : le delfein le fait fuffifimment connaître. La petite branche fupérieure O , qui tient à la vis de la tète, fert à le ferrer 5 & le relfort qui eft entre les deux branches des mâchoires , à l’ouvrir : la ficelle N, qui palfe fur la mâchoire fupérieure , defcend double jufqu’à terre, où elle eft réunie par un nœud. O11 va favoir quel eft fon ufage.
- Vous étant aflis vis-à-vis de l’étau, prenez une portion de cheveux d’une de vos fuites; enveloppez-la par la tète d’un morceau de cuir, que vous prendrez &.ferrerez dans l’étau, les pointes de votre côté ; alors vous en féparerez une partie ; & pour'n’ètre point embarralfé du furplus, vous le rangerez derrière la ficelle N * dont on vient de parler, que vous tiendrez tendue en mettant le pied, dedans. D’autres attachent un bout de ficelle à la mâchoire fupérieure de l’étau ; ils le laiifent pendre, & mettent un plomb à fon extrémité ; ils rangent de même derrière le furplus des cheveux.
- f 7. Ayant donc amené à vous cette partie féparée , que vous tenez ferme par les pointes, vous placerez delfous un petit morceau de papier, & par-deifus un bilboquet : le cheveu entre-deux, que vous roulerez bien ferme fur ce bilboquet : le papier marchera en même tems, & s’y roulera auffi. Mais avant d’aller plus loin, on doit faire connaître le bilboquet ; après quoi on reprendra cette opération où on l’a laiifée.
- f8.
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- f8. Le perruquier doit être muni dhtn bon nombre de bilboquets oooo. Ce font de petits bâtons de buis, d’environ trois pouces de long, ronds plus menus au milieu, çenflés aux deux extrémités : c’eft, comme on vient de dire, fur eux qu’on roule les cheveux par la pointe : on roule auiii le crin fur des bilboquets plus gros. Les bilboquets fur lefquels on roule les frifures des femmes , doivent être fort menus, c’eft-à-dire, gros comme une ficelle ordinaire : on les peut faire auflî de fil de fer, mais cette pratique a le défaut de rouflir les pointes du cheveu.
- f9. En continuant l’opération du bilboquet, vous ne roulerez jamais deflus plus de quatre travers de doigts, quelque longs quefoient les cheveux; cette frifure eft fuiïifante. Vos cheveux roulés, vous les ficellerez au bilboquet par plufieurs tours de ficelle : vous ferez la même manœuvre à toutes les parties dans lefquelles vous diviferez votre portion de cheveux^; ainfi il y en aura telle de laquelle il pendra trois , quatre, &c. bilboquets ficelés. Quand les cheveux font très-courts, on les roule en entier fur le bilboquet; ils fe trouvent entourés du papier, & avoir chacun fon bilboquet à part; on les lie enfuite d’un fil fimple.
- 60. Quand vous voulez qu’il entre du crêpé dans votre ouvrage , vous prenez deux bilboquets 2,2, 2, voifins dans une portion de cheveux longs, vous les cordez & vous les liez enfemble.
- 61. Nota. On roule toujours en entier le cheveu, quelque long qu’il foit, fur les bilboquets pour femme.
- 62. Vous enfilerez chaque portion fortant de l’étau avec fes bilboquets dans une ficelle, jufqu’à ce qu’il y en ait une longueur qu’on nomme une fuite.
- 63. Lorsque vous aurez nombre de fuites étagées, vous les mettrez dans une chaudière avec fufîiPamment d’eau de pluie ou de riviere ( l’eau de puits ne vaut rien), & vous les ferez bouillir pendant trois heures à gros bouillons, après quoi vous les retirerez pour les faire fécher doucement dans l’étuve : fi vous avez du crin, vous l’ôterez de la chaudière quand il aura bouilli une heure & demie.
- 64. L’Étuve PP eft communément ce que les dames nomment un tambour, dont elles fe fervent pour chauffer leurs chemifes & leurs autres hardes, lorfqu’elles s’habillent. C’eft un ouvrage de boiffelier. Il a environ deux pieds huit pouces de haut; ilefttraverfé en-dedans à huit pouces près du haut par un treillage de fil de fer; on le ferme avec un couvercle. Comme il s’agit de fécher les cheveux en fortant de la chaudière, on met à terre une poêle remplie de poufliere de charbon allumé, 011 pofe l’étuve par-delfus ; puis on verfe tout ce qui a bouilli, fur le treillage : 011 étend doucement tous les bilboquets; on couvre l’étuve de fon couvercle, que
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- l’on bouche bien tout autour ; on laiifé fécher doucement, retournant de tems en tems pour que tout feclie également. Les cheveux font à leur point de fé-chereife, quand le bilboquet tourne dans fa boucle ; alors on les tire de l’étuve pour les placer & arranger fur des feuilles de papier gris , ou fur un torchon, en faifant plufieurs lits les uns fur les autres ; on donne ordinairement au total la forme d’un pâté.
- 6f. Liez le tout avec de la ficelle, & vous le livrerez au pain-d’épicier ou à un boulanger, qui l’ayant reçu, l’entoure d’une pâte de feigle,& le mettant au four, le fait cuire avec modération.
- 66. Ce pâté ainfi cuit, vous étant renvoyé tout chaud, vous le calferez pour en ôter toutes vos fuites, que vous reporterez pour peu de tems à l’étuve, finalement pour faire évaporer une petite humidité que la cuiifon a occafiounée.
- 67. Nota. Quelques-uns mettent le crin dans le pâté, d’autres non5 la chofe eft allez indifférente.
- 68. Le tout étant bien refroidi, décorder^, c’eft-à-dire , déficelez & ôte2 tous les bilboquets. Les fuites ayant été décordées, vous vous mettrez à dégager ; ce qui lignifie mettre enfemble deux ou trois des gros paquets que vous venez de décorder, obfervant qu’ils foient de même longueur: vous enfoncerez cet alfemblage par la pointe dans une carde, vous en ferez entrer une autre renverfée Q_dans celle-ci, pour alfujettir les cheveux entre deux; puis vous les tirerez par la tète avec le pouce & les cifeaux, de la façon qui eft expliquée au commencement de cet article, les féparant à mefure en plufieurs petits paquets qu’on nomme des meches. Vous lierez chaque meche d’un fil fimple, & à mefure que vous les ferez, vous les po-ferez en croix Tune fur l’autre , afin que les longueurs fe fuivent. Vous en ferez de nouvelles fuites, que vous ferrerez dans des boites, en un lieu ni humide ,* ni trop fec, en attendant que vous en falliez ufage dans la préparation de la perruque.
- Article II.
- Préparer la perruque.
- 69. Pour préparer la perruque, vous prendrez plufieurs meches de même longueur, commençant par les plus longues ; vous les joindrez & lierez enfemble, ce qui formera un paquet; vous en ferez ainfi tant qu’il vous en faudra de différentes longueurs^en-mefiirant chaque meche fur une réglé de bois, avant de les alfembler eii paquets.
- 70. La réglé de bois eft une trWgle plate, divifée comme il fuit : d’un
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- de fes bouts jufqu’à la première divifion il y a deux pouces marqués par un trait, ainfi que toutes les fuivantes : cette première divifion eft chiffrée 2 ; les intervalles entre la fécondé, troifieme , quatrième & cinquième, ont chacun huit lignes; la fixieme & feptieme , neuf lignes; la huitième, dix lignes ; toutes les autres ont chacune un pouce. Il eft rare qu’on étende les divifions au - delà de dix - neuf pouces : on peut cependant en marquer davantage, en tenant la réglé plus longue, fi l’on avait à mefurer de très-iongs cheveux.
- 71. Mettez donc la réglé devant vous, puis prenant unemeche, éten-dez-la deifus depuis le bout jufqu’à quelque divifion que ce foit; l’ayant remarquée , vous rognerez quarrément d’un coup de cifeau le bout de la tête de la meche: quand vous aurez par ce moyen trois ou quatre meches de même longueur, en un mot, autant que vous voudrez en joindre pour faire un paquet plus ou moins gros, vous leur ôterez leur ligature ; vous les mêlerez enfemble, & tout de fuite vous les mettrez dans la carde couverte d’une autre carde, d’où vous les tirerez par la tête pour égalifer les cheveux ; cela fera un paquet B. Il ne s’agit plus que de le lier & de marquer fa longueur : pour cet effet, prenez une petite bande de papier blanc b, dont vous commencerez par engager un bout dans le milieu de l’épaiffeur du paquet vers la tète du cheveu, que vous entourerez enfuite du refte de la bande ; vous la lierez au milieu d’un fil fimple ; vous finirez votre opération par écrire fur ce papier le chiffre de la divifion fur laquelle le cheveu des meches que vous venez d’employer a refté. Si, par exemple, elles ont fini au chiffre ou divifion cottée 8, vous écrirez 8 ; fi c’eft à 7, vous écrirez 7, &c.
- 72. Ayant donc formé ou étiqueté tous vos paquets, vous connaiffez leurs longueurs réciproques : il s’enfuit alors deux autres opérations : l’une eft de mêler le crin dans chacun de ceux où il convient qu’il y en ait; l’autre , de faire les nuances quand il en eft befoin, ce qui eft néceffaire lorfque la couleur du cheveu qu’on emploie eft trop claire'ou trop brune. Ces mélanges s'exécutent de différentes maniérés : l’une eft de prendre dans un paquet de crin la quantité proportionnelle que vous en voulez mêler, de défaire le paquet de cheveux pour lui accoller le crin qui doit'être de même longueur, & de mêler l’un avec l’autre par un mouvement réitéré des deux mains, qui fait approcher l’un de l’autre les ongles des deux pouces : par ce moyen le crin fe mêlera, & fe diftribuera affez bien; vous referez enfuite le paquet comme il était. O11 peut faire la même chofe pour mêler les cheveux blancs ; cependant ils ne fe diftribueront pas fi également que par la façon fuivante. Mettez dans la même carde deux paquets de même longueur, chacun à part, Tun de cheveux de couleur, l’autre de blancs, & tirant fucceflivement de l’un & de l’autre par la tète, vous en formerez dans vos doigts un feul paquet,
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- dont la nuance fera bien mieux confondue & mélangée.
- 7$. Une troifieme façon, & la meilleure pour le crin, s’exécute dans le tems que l’on treffe ; alors ayant mis le paquet de crin dans une carde près du métier àtreffer, on en tire à chaque paife la quantité qu’on veut ajouter au cheveu , & l’on treffe les deux enfemble. On entendra mieux ceci en lifant l’article des treffes ci-après.
- 74. Nota. Lorsque la qualité du cheveu qu’011 emploie eft parfaite, le crin y eft inutile. On en doit mettre peu, par exemple , un douzième, quand, le cheveu a de la confiftance, & davantage à mefure qu’il eft moins fort.
- 75'. D’autre part vous prendrez un quarré de papier blanc CCC, & l’idée remplie de tout l’arrangement de votre perruque, vous la porterez, pour ainfi dire, fur ce papier, en commençant par tirer nombre de grandes lignes horifontales parallèles à volonté, & alfez éloignées l’une de l’autre, pour pouvoir écrire dans leurs intervalles quelques chiffres, & des tirets ; les grandes lignes marqueront la quantité de rangs que la perruque aura & leurs longueurs i les petits tirets & les chiffres indiqueront les différens étages qui fe fuccéderont dans chaque rang: enfin, vous couperez le papier aux deux bouts , traverfant les grandes lignes en différens biais & oches , qui borneront la longueur de chaque rang de treffes ; ce papier alors a nom les mefures de la perruque. Tout ceci mérite un plus grand détail. On vient de dire que tous les paquets mefurés fur la réglé de bois, doivent être cottés conformément aux chiffres de ladite réglé * donc il y en aura de marqués 2 , d’autres , d’autres , &c. Vous favez d’ailleurs combien de rangs ou treffes de cheveux doivent compofer votre perruque ; vous tirez en conféquence, comme on vient de dire, autant de grandes lignes fur le papier : or , fi vous voulez qu’un ou plufieurs rangs foient faits d’un bout à l’autre avec les cheveux du paquet, par exemple, cotté 2, vous écrivez 2, n’importe à quel endroit, fur le papier au-deffous de la ligne que vous voulez fuivre tout du long avec les cheveux du paquet 2 ; mais quand il s’agit de changer la longueur des cheveux de diftance en diftance, & par conféquent les paquets dans toute la longueur d’un rang quelconque, vous divifez la ligne qui indique ce rang par un petit trait de plume , ou par un point à l’endroit où vous voulez qu’un paquet finiffe & qu’un autre commence, & vous marquerez le numéro du paquet. Par exemple, je veux que le cinquième rang en defeendant commence par 2, & aille jufqu’à une certaine diftance: je fais à cette diftance contre ma grande ligne une petite ligne d’à-plomb, à côté de laquelle j’écris 2; les cheveux feront trelfés & arrangés en conféquence jufqu’à cette petite ligne 5 de là je veux continuer avec les cheveux du paquet ? , qui font plus longs que les précédensv je vais marquer mon tiret & le chiffre 3 à côté: alors, s’il me convient que les cheveux 2 recommencent, je récris 2 au-delà du
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- ^ret, & un paquet 2 eft repris, &c. C’eft ainfi que tous les chiffres des paquets répondent à tous ceux qui font écrits fur les mefures, & doivent être treffés en conféquence.
- 76. On oubliait de dire que, lorfque le perruquier prévoit qu’il aura befoin de faux rangs, c’eft-à-dire, de rangs qui ne fuivent pas toute la longueur, il marque par une petite croix fur le rang même à l’inftar duquel le faux rang doit être fait, l’endroit où il doitfe terminer : les faux rangs fervent à remplir certains vuides qu’on ne fuirait s’empêcher de lailfer dans quelques endroits de la tête, à caufe que les renflemens qui s’y rencontrent, font écarter les vrais rangs l’un de l’autre.
- 77. Les mefures dont on vient de parler , font celles du corps de la perruque ; on fait encore pour chaque perruque la mefure des tournans, c’eft-à-dire , des treffes qui accompagnent le vifige, au nombre de deux de chaque côté. Celle - ci n’eft qu’une bande de papier D , de la largeur d’une réglé ordinaire , fur laquelle fins tirer de grandes lignes, 01111e marque que des divifions & des chiffres de paquets dont on veut fe fervir.
- 78. La planche. III fait voir les mefures de la perruque nouée ou quar-rée CCC, qui font les mêmes : on l’a choifie parmi les autres, comme étant la plus compliquée, & parce qu’il lui faut un fécond papier divifé EE, qui indique le deifus de bouoîe 5 cette partie de rangs ne s’ajoutant qu’à cette elpece de perruques.
- A R T I C L E III.
- Les treffes & leur travail.
- 79. Toutes les manœuvres & préparations de cheveux qui ont été détaillées jufqu’à préfent, n’ont pour objet que celui de les mener par degrés au point de perfedion où l’on peut les conduire avant d’être affemblés par les treffes, pour enfuite les arranger fur la coeffe ( efpece de calotte légère ) & compofer un tout enfemble qui, étant pofé fur la tête, faffe l’effet, ou à peu près, d’une chevelure naturelle frifée. Cette manufacture eft principalement dévolue à certaines femmes qui n’ont d’autre emploi dans l’art que celui de treifer les cheveux, & que par cette raifon on nomme des treffeufes. Les perruquiers treffent auiïi, mais ils ne fe mêlent ordinairement que des treffes de certaine confiftance ; les femmes feules font en polfef-lion , à 'caufe la finefïe & de la légéreté de leurs mains, d’exécuter les treffes courtes 8c fines.
- 80. Aucun cheveu 11e fuirait fervir à la perruque qu’il n’ait été treffé. Treffer eft arranger côte à côte 3 & l’une après l’autre, des pincées de cheveux
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- qu’on nomme des pajjees, parce qu’on les engage au moyen d’une efpece* d’entrelacement dans plufieurs foies tendues fur un inftrument qu’on appelle un métier, dont il eft néceftaire de faire la defcription avant d’expliquer com- * ment cette manœuvre s’y exécute.
- 81. Le métier à trefter A A confifte en une planche épaifte d’environ deux bons pouces, large de trois à quatre pouces, longue de deux pieds, percée fur fon plat vers les deux bouts d’un trou de tarriere , dans chacun defquels on enfonce un bâton G G, arrondi au tour, d’environ un pied & demi de haut, & d’un pouce de diamètre 3 le bâton de la gauche fe fait fouvent de la moitié plus court que le droit. Ces deux bâtons font mobiles , c’eft-à-dire, qu’on peut les ôter de leurs trous quand on veut. Ils font l’eiTentiel du métier 3 c’eft pourquoi on retranche quelquefois la planche dont on vient de parler, quand on peut les adapter à une table, en y faifant tenir par des vis deux quarrés de bois faillans, troués & à la même diftance.
- 82. Pour tendre le métier, c’eft-à-dire, le mettre en état de recevoir lespajfées, on commence par tailler fix petits quarrés longs de papier gggggg » ou bien on coupe trois cartes à jouer en deux fuivant leur longueur, ce qui revient au même : on ôte le bâton droit de fon trou , 011 l’enveloppe vers fon bout fupérieur d’une des bandes de papier, ou d’une demi-carte, on l’entoure à fon milieu de plufieurs tours de foie de Grenade 3 on recommence la même -chofe à trois pouces au-defto us 3 on efpace de cette façon fix foies. On remet le bâton en fa placer on raifemble les bouts des fix foies hhhiii, qu’on va attacher enfemble à un petit crochet plat au milieu du bâton gauche 3 on tourne à la main les deux bâtons dans leurs trous, jufqu’à ce que toutes les foies foient bien tendues 3 alors le métier eft prêt.
- 85. La foie de Grenade, dont on fe fert, eft la meilleure qu’on puilfe trouver 3 elle a trois brins 3- on préféré la violette, qu’on croit la moins caftante.
- 84. C’est tout le long des foies que l’on vient de tendre, que s’entrelacent les cheveux côte à côte, par une maniéré qui les empêche de jamais s’en échapper : on les range pajjee par paffee ; les paftées ne fe prennent jamais dans plus de trois foies 5 il s’en fait quelquefois fur deux foies ; les trois autres foies du métier fervent à leur tour, comme on verra par la fuite. Il fe fait de plufieurs elpeces de paftées 3 011 va les décrire.
- Z’M redoublée, le double tour A a.
- 8^. Ayant pris une pincée de cheveux de la main droite, vous en ferez couler la tête de droite à gauche , à l’aide des deux mains., 1 °. Derrière la foie d’en-bas, devant (*) la foie du milieu & d’en-haut. 2°. Derrière la foie
- ( * ) Devant lignifie de votre côté.
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- (d’en-haut, devant la foie du milieu & d’en-bas. j°. Derrière la foie d’en-bas & du milieu, devant la foie d’en-haut. 40. Derrière la foie d’en-haut, (devant la foie du milieu & d'en-bas. Derrière la foie d’en-bas & du milieu, devant la foie d’en-haut. 6°. Derrière la foie d’en-haut, devant la foie du milieu, derrière la foie d’en bas.
- 86. Cette palfée forme une M qui aurait fix jambages > elle fe fait pour -tous les corps de rang d’une perruque.
- X’M Jîmple , le Jimple tour B b.
- 87. Cette palfée finit au jambage cotté 40 de la précédente ; il fe termine comme le 6° j mais 011 fait deux tours autour de la loie d’en-haut.
- L’xV. C c.
- 88. A cette palfée, au lieu de rabattre le 3* derrière la foie d’en-haut, on lailfe la tète en-haut.
- 89. Cette palfée ne fert qu’au premier rang de la grolfe boucle des perruques nouées & quarrées, comme aulîi aux deux grolfes bouc!es de la briga-diere, de peur que les tètes des palfées ne piquent le col, fi elles étaient rabattues.
- LM Jîmple fur deux foies D d.
- 90. Cette palfée qui eft l’M (impie, à laquelle 011 11e prend que deux foies, ne fe fait que pour les tours de tonfurc.
- La première & la derniere pajje'e d'arrêt Ee £s?F f.
- 91. On commence toutes les trelfes par la première palfée d’arrêt, parce qu’elle empeche toutes les autres de glilfer fur les foies au-delà de leurs places : elle fe fait en M comme les autres, excepté que le 20 palfe derrière la foie du milieu.
- - 92. On finit tous les rangs par la derniere palfée d’arrêt, foit que l’on veuille lailfer un intervalle entre la fin d’un rang 8c le commencement d’un autre, foit pour terminer tout-à-fait; elle fe fait en M, excepté que le 6°, après avoir palïé derrière la foie d’en-bas, eft ramené par-devant, & enfuite par-derriere.
- Le ferre-bien G g.
- 93. Il fe fait encore une efpece d’arrêt qui ne fert que lorfque l’on trelfe la grolfe boucle & les nœuds de la perruque nouée: cet arrêt que l’on peut appeller le ferre-bien , ferre chaque palfe & l’empêche de bourfouffler. Pour cet effet, on prend un fil h h, futfifamment long, on l’engage dans la première
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- paflee d’arrêt, & on le laifle pendre; quand la fécondé paflee eft faite, on reprend ce fil, qu’on fait paifer du derrière en-devant de la foie en-haut, puis derrière la foie du milieu, & en-devant entre ladite foie du milieu & celle d’en-bas, & on le ferre contre cette fécondé palfée. On continue la même chofe à toutes les autres.
- 94. Quelquefois dans le tems que l’on eft à treifer, une des foies tendues fur le métier fe rompt ; cet accident arrive plus fouvent auprès de la 111e-che qu’011 vient de lacer, qu’à.tout autre endroit. Il eft elfentiel de favoir en rejoindre les deux bouts, fans quoi 011 ferait fort embarraifé pour continuer. C’eft pourquoi il a fallu imaginer une efpece de nœud très-folide, lequel faifit le plus petit bout qui peut avoir prife fans faire quafi d’épaiifeur, & 11e le lâche jamais : le voici. Suppofons que ce foit la foie la plus élevée des trois qui fe foit caifée vers la treife, faites vers le bout du grand bout féparé o, un nœud (impie./*; ne le ferrez pas; faites-en rentrer le bouto 2, dans l’anneau qu’il forme, & lui faites faire un ventre p, que je nommerai le fécond anneau, dans lequel vous ferez entrer le petit bout q de la foie caifée ; tirez à droite l’extrémité o 2 du grand bout ; les deux anneaux qu’il forme fe ferreront; & quand vous verrez qu’ils feront prêts à fe fermer, & que la petite foie fera bien engagée, tirez tout de fuite ledit bout o 2 à contre-feus, c’eft-à-dire, de droite à gauche ; & quand vous entendrez un petit clac, le nœud eft fait.
- 9f. Maintenant que vous voilà inftruit du métier , de la façon de le tendre, de le raccommoder, & de toutes les efpeces de paifées qui s’y exécutent, aifeyez-vous vis-à-vis; attachez à votre portée une carde par deux vis fur la table, ayez un peigne & les mefures en papier qui vous feront échues en partage, fi vous êtes plufieurs ; car les treifeufes & treifeurs travaillant en-femble, fe les diftribuent par parties, en coupant le papier le long de la ligne d’un rang quelconque : prenez les paquets de cheveux cottés comme ils le font fur le papier des mefures ; commencez le travail par engager par la pointe frifée celui dont vous allez vous fervir, enfoncez votre peigne par-déifias, tirez avec le bout des doigts de la main droite par la tète, très-peu de cheveux pour les paifées courtes & fines, & davantage à proportion pour les autres, ce qui ne peut guère fe compter, mais on le fent dans fes doigts pour peu qu’on ait d’habitude. Vous ferez d’abord la première paflee d’arrêt, puis toutes les autres, que vous rangerez en les preflant à mefure l’une contre l’autre du côté du petit bâton, qui eft toujours à gauche; continuez jufqu’à ce que vous trouviez fur la mefure une petite ligne ou divifion, accompagnée d’un chiffre différent de celui fur lequel vous avez commencé. Par exemple , il eft écrit fur. la: mefure le chiffre 2, vous ayez tiré vos paifées. du paquet: cotté 2, vous devez d’abord vous aiïurer fi vous avez rempli lanlongueur
- indiquée
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- indiquée jufqu’au petit tiret de divifion; pour cet effet, vous rapporterez le papier le long de votre treffe, pour voir fi fa longueur ell égale à celle de fa ligne jufqu’à fa divifion 2 ; fi elle ne l’eft pas, vous la compléterez de cette divifion, la ligne continuant toujours. Si au bout d’un elpace vous trouvez un autre tiret ou divifion, accompagné d’un autre chiffre, par exemple , vous prendrez le paquet 3 , que vous trelferez jufqu’à cette fécondé divifion , & ainfi du refte. Votre première ligne exécutée, vous pafferez à celle de deifous, & pour votre commodité vous la plierez en arriéré, de façon que le pli du papier rafe cette autre ligne, fur les mefures de laquelle vous opérerez comme à la première, &c.
- 96. Exécutez ainfi toutes vos mefures fur les trois mêmes foies, ob-fervant feulement de laiffer un petit intervalle entre un rang chiffré & un autre j & lorfque vous vous trouverez près du grand bâton, où les foies font trop écartées pour pouvoir ferrer les paffées,vous tournerez les bâtons fur leur axe de droite à gauche, tous deux en même tems ; par ce moyen les treffes faites fe dévideront autour du bâton gauche, & le bâton droit vous fournira de nouveau des foies pour continuer.
- 97. Les mefures en papier ne défignent que les rangs d’un des côtés de la perruque, ordinairement le côté droit ; ainfi obfervez en treffant que la frifure de toutes vos paffées foit relevée de votre côté. Il s’agit maintenant du côté gauchej vous l’exécutez en entier fur les trois autres foies, fans changer de fituation, obfervant feulement que la frifure des paffées foit à l’envers de l’autre, c’eft-à-dire, qu’elle foit relevée du côté du métier : fi vous faites faire à la fin la culbute aux treffes, vous verrez que la frifure fe trouvera dans le fens où elle doit être, c’eft-à-dire, relevée à gauche.
- 98. Les treffes dont on vient de parler , font étagées ; car chaque chiffre indique, fuivant fa valeur, des cheveux plus longs ou plus courts > il s’en fait encore en longueurs indéterminées fur un feul numéro j celles-ci fe nomment des treffes à L'aune^ parce qu’on en fait tant d’aunes que l’on veut, dont le perruquier coupe ce qu’il lui en faut, à mefure qu’il en a befoin. Les treffes à l’aune courtes & fines fe font fur les bas numéros ; celles - ci fervent pour les devants des perruques. O11 treffe aufli à l’aune les cheveux plats & longs pour les plaques des perruques d’abbés , des bonnets , le toupet des perruques nouées, les nœuds, les grolfes boucles de crin & le liffe des perruques en bourfe : toutes ces pièces n’ont pas befoin d’être faites avec du bon cheveu, ce lent des cheveux de toute efpece , pourvu qu’ils aient la longueur & la couleur qu’il faut. On les prépare comme les autres cheveux , mais* on les roule fans aucune précaution , comme ils fe trouvent, tète ou pointe, fur de gros bilboquets, pour avoir une fri-
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- fure lâche à la pointe. On en fait les nuances avec du cheveu herbe ; oîï effile auffi leurs paquets avant de les treffer, ce qui fe fait en prenant le paquet y à fa ligature avec la main gauche, & faifant fortir avec l’autre main, hors de l’épailfeur de la tête, de petites maffes de cheveux de hauteurs inégales ; puis on coupe cette tète quarrément au-deffus de la ligature ; on délie enfuite le paquet qu’on mêle bien fur lui-même avec les deux pouces, de la façon expliquée ci-devant à l’article fécond : quand le tout eft bien confondu, on remet la ligature z vers la tète, qu’on tient bien égale ; e’eft ainfi qu’on fait des paquets de cheveux plats de différentes longueurs & peu frifés.
- 99. Nota. La plaque des perruques naturelles 11’eft pas dans le cas des précédentes ; celle-ci doit être compofée de bons cheveux, finiffant par des boucles & nuancés avec du vrai cheveu blanc, en un mot, d’un cheveu égal au refte de la perruque.
- Article IV.
- Monter la perruque.
- 100. Monter une perruque , e’eft proprement conftruire l’efpece dé calotte mince & légère, fur laquelle on attache & 011 arrange toutes les treffes fuivant l’art, pour que le tout enfemble devienne une perruque parfaite.
- 101. Vous avez donc commencé , après l’achat des cheveux, par les dégraiffer au moyen de plufieurs opérations, enfiiite leur donner la friffire, & féparer par paquets leurs différentes longueurs qui ont été treffées, en luivant les mefures indiquées fur du papier, lefquelles treffes mifes en place, doivent former telle ou telle perruque : il s’agit préfentement des procédés qui doivent la conduire à fa perfedion.
- 102. Vous avez dû, immédiatement après avoir pris la mefure de la tête que vous devez coëffer, en avoir commandé au fculpteur une de bois fur les mêmes proportions : 011 les fait ordinairement d’orme ou de frêne. Prenez cette tète, fig. A, pl. IV, fur vos genoux, ayant préalablement mis à votre portée du ruban à monter, B B , fig. B. Il s’en emploie de deux fortes ; l’un de pure foie ; l’autre, fil & foie ; ils ont un pouce de large. Vous aurez auffi du ruban à couvrir CC; celui-ci a trois pouces & demi de large, il eft toujours de fil & foie; des pointes d’épinglier, un petit marteau, des cifeaux, du fil en trois ; ce fil eft de lin de couleur grife, en trois brins , il vient de Flandre, e’eft le feul que le perruquier emploie pour coudre ; du bougran, de l’eau de gomme arabique, & toutes vos treflès.
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- IOJ. Le milieu de la tête de bois eft toujours marqué par le fculptcur d’un trait, fig. F, D, qui prend du milieu du front jufqu’à la nuque du col. Prenez le ruban à monter, que vous porterez au front'* fur la ligne dont on vient de parler, en d, fig. B, où vous l’arrêterez avec une pointe plus haut, ou plus bas, fuivant que vous aurez à avancer plus ou moins une pointe en cheveux; puis partant de ce milieu vous conduirez votre ruban à droite & à gauche jufqu’à l’endroit des tempes ; vous égaliferez les deux côtés au compas, & vous les arrêterez de même avec des pointes ; vous retournerez le ruban fur lui-même pour le defcendre le long des joues ; l’angle e, que forme le ruban dans ce retour, fe nomme Véchancrure ; tous les plis & les retours qu’on fait faire à ce ruban, fe fixent avec des pointes, auxquelles on donne deux ou trois coups de marteau feulement, attendu qu’on les ôte par la fuite.
- 104. Il fe conftruit de trois fortes de montures, qu’on peut appliquer à quelque perruque que ce foit, pour fuivre en cela l’idée de ceux pour qui elles fe font. Les unes fe nomment montures pleines ; les autres , montures à oreilles ; les troifiemes, à demi - oreilles. La monture pleine eft celle qui doit paffer jufqu’au bas de l’oreille, & la couvrir entièrement : la monture à oreilles lailfe toute l’oreille à découvert, & celle à demi - oreille n’en couvre que la moitié fupérieure.
- iof. Cela étant, fi votre perruque doit être à monture pleine , vous ferez defcendre le ruban à monter le long de la joue, jufqu’au-deffous de la marque de l’oreille, fig. B, où vous le tournerez en le plilfant, & le conduirez jufqu’au milieu du bas de la tète h, par-derriere de chaque côté ; mais fi c’eft une monture à oreilles, vous le détournerez plutôt, c’eft-à-dire, au-delfus du lieu de l’oreille, A, & enfuiteun peu en remontant, puis par un autre retour, vous le defeendrez en-arriere , où vous le couperez vis-à-vis du niveau du bas de l’oreille en C. A l’égard de la demi-oreille, après le retour à la moitié de l’oreille, vous ferez la même chofe. Ces deux montures fe font cependant quelquefois comme les montures pleines, c’eft-à-dire, conduifant le ruban à monter jufqu’à la nuque du col.
- 106. Nota. Comme le ruban à monter eft la bafe de tous les contours & retours de la partie de la perruque qui accompagne le vifage, s’il faut, quand il eft pointé, l’éloigner un peu, l’avancer, ou lui donner de la courbure en quelqu’endroit de la face , on le pouffe avec le doigt pour le ranger ; mais comme on aurait de la peine à le faire couler fur la tète de bois, dont le grain eft rude , le perruquier coupe une carte en triangle, en la fourrant par fa pointe fous le ruban, il vient aifément à bout de le mouvoir fur cette carte, où il peut couler aifément.
- 107. Il s’agit maintenant de fixer folidement ce ruban en fa place, & de le
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- bien tendre d’un bout à l’autre. Pour cet effet, prenez une aiguillée de fil en trois j vous percerez le ruban vers le bord, & vous porterez votre fil à de petits crochets ,fig. A & C, faits avec des pointes fans tète, que vous aurez précédemment enfoncées de diftance en diftance, coudées & applaties, en les enfonçant dans le bois , en-devant, au front, le long des joues , & en-arriere fur le haut de la tête , aux côtés & derrière , fig. E. Tous cés fils , e, e, e , fig. C, qui prennent d’une part le ruban, & qui de l’autre paflent dans ces crochets, le contretirent, & le tendent de toutes parts ,fig. A. A mefure que vous placez vos fils, vous ôtez les premières pointes d> d>fig. B, avec lef. quelles vous l’avez d’abord arrêté à la tête.
- 108. Cette opération achevée, coëffez la tète de fon réfeau D ,fig. B. Le xéfeau eft une elpece de filet très-fin , maillé en rond, qui prend facilement la forme de la tête : il s’en fait de fil & de foie. Les bons nous viennent de Lorraine vers Nancy, & de Normandie du côté du Mont-Saint’-Michel. Vous le couferez au ruban, après quoi vous couperez comme fuperflu tout ce qui dépare la couture.
- 109. Prenez enfùite le ruban à couvrir C C, pofez-le fur le fommet de la tète, où vous le couferez fur fon large au ruban à monter au front en g-, fig- B 9 & le faifant defcendre par le milieu de la tête aux montures pleines jufqu’au bas du derrière , où on retrouve le même ruban à monter, coufez-le en chemin faifant au réfeau , & enfin audit ruban en h ; mais aux montures à oreilles vous le couperez vers le milieu du derrière de la tète , fig. E. Pofez un autre bout du même ruban, fig. B , qui palfant en croix fur le précédent au fommet de la tête, defcende jufqu’au retour du ruban à monter aux oreilles, & le coufez de même : ces deux rubans qui croifent, cachent une grande partie du réfeau, fur-tout en-devant.
- 110. Il arrive aux montures, quand la perruque a été portée quelque tems , qu’elles fe relferrent & s’éloignent du vifage, à moins qu’elles n’aient été d’abord fort profondes : ce qui eft un autre inconvénient, parce qu’étant neuves elles le couvrent trop 5 ce qui a fait chercher comment on pourrait s’oppofer à ce rétrécilfement. Le moyen fuivant réuffit très-bien. Mettez dans l’eau la tête toute montée, '& l’y lailfez quelque tems ; reti-rez-la, lailfez la fécher ; la monture fera devenue lâche, de façon qu’on eft obligé de la retendre 5 mais aufli elle ne fe retire plus , ou du moins très-peu.
- in. Aux montures à oreilles & à demi-oreilles, qui font moins fermes fur la tète que les montures pleines , on ajoute au ruban à monter, à l’endroit où il a été coupé de chaque côté , une demi-jarretiere E E ,/g-. A , pour ferrer la perruque par-derriere ; fouvent aufti on ajoute trois morceaux de bougran, l’un fur le deifus de la tète/, les deux autres depuis l’échancrure jufqu’au-def.
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- fus de l'oreille g; le bougran fert à affermir ces parties & à les faire coller contre le vifage ; mais ce n’eft pas une réglé générale, le perruquier s’en fert fuivant qu’il le juge à propos. On trouvera ceci détaillé dans l’article ci-après, qui a pour titre, Quelques circonjlances.
- Article V.
- Coudre la perruque.
- îi 2. La monture, autrement la coëffe qui doit s’appliquer immédiatement fur la tète, étant achevée, il faut la garnir & la couvrir entièrement de cheveux. C’eft donc maintenant qu’on doit y coudre les treffes , & les arranger fuivant leur deftination ; elles portent alors le nom des endroits où on les place.
- iij. Le bord de front & > fig. D, pl. IV, eft deux rangs de treffes fines & courtes, qui doivent être coufues au bord du front jufqu-’aux échancrures.
- 114. Les tournans bb, font deux rangs de treffes plus longues , qui fè coufentl’un derrière l’autre le long des joues jufqu’à l’oreille 3 ceux-ci fe nomment particuliérement les petits tournans.
- 11 f. Les grands tournans c c c, ou Amplement tournans , prennent au-de£ fous des précédens, & vont jufques derrière la tête. Ils font plus garnis 5 car plus les treffes s’alongent, plus elles font épaiffes.
- 116. Toutes les perruques ont les trois parties des treffes dont on vient de parler ; toutes les autres parties, dont on va faire le détail, s’y joignent ou s’omettent, fuivant les efpeces de perruques 3 caria coque qui fe met également aux perruques nouées & à toutes les perruques à oreilles, fe met rarement aux perruques d’abbé : 1 ''étoile fe met le plus fouvent aux perruques'quarrées, & toujours aux perruques d’abbé: les corps de rangs fe mettent à toutes perruques , excepté aux perruques d’abbé, lefquelles n’ont que des tournans & le tour de tonfure : la plaque fe met aux bonnets, aux perruques d’abbé , & aux perruques naturelles 3 Iffi aux perruques en bourfe : les feules perruques nouées & quarrées ont le toupet, le dejjus de boucle & la grojje boucle : les nouées ont deux nœuds , & les quarrées deux quarrures.
- 117. Toutes ces parties doivent être expliquées plus au long,c’eft ce que l’on va faire.
- 118. On a déjà parlé du bord de front, des petits & grands tournans3 on ajoutera feulement ici que ces trois parties coufues font tout le tour de la perruque.
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- II9« La coque ad, fig. B & H, pl. II, eft compofée de quelques rangs de treâTes courtes, qui s’élèvent fur la pointe du front, & dont la frifure fe repli? en arriéré.
- 120. L’étoile b b, fig. C &D,.eft compofée des plus petites elpeces de trelfes dont on tourne, en coulant, la frifure de façon qu’au milieu du front la droite & la gauche fe regardent & fe courbent vis-à-vis lune de l’autre ; ce qui forme le defîin d’un cœur.
- 121. Le déifias de tète dd,fig.X),pl.IV, eft formé par plulieurs trelfes courtes & claires, qui occupent le milieu du fommet de la tète, immédiatement derrière l’une ou l’autre des deux parties précédentes.
- . 122. Les corps de rangs faut nombre de trelfes étagées qui garnilfent
- la perruque jufqu’au - bas & par - derrière ; on les diftingue en petits & grands corps de rangs 9 ou corps de rangs croifés.
- 125. Les corps de rangs croifés ee , occupent tout le bas de la perruque, 8c fe croifent un peu l’un l’autre vers la nuque : les petits fi, prennent au-delfus 8c montent en pyramide jufqu’au niveau de l’échancrure 8c du devant de la tête.
- 124. La plaque eft compofée de nombre de rangs de cheveux plats effilés , qui garnilfent le derrière de la tète aux bonnets, aux perruques d’abbé &aux perruques naturelles 00 o ,fig. A D E , pi. II.
- I2f. Le toupet, le delfus de boucle , la grolfe boucle, les nœuds & les quarrures font des parties particulières aux perruques nouées & quarrées.
- 126. Le toupet eft compofé de trelfes à l’aune en cheveux plats, effilés, faibles, allez courts , 8c trelfés fans crin , pp , fig. C 8c F.
- 127. Le delfus de boucle eft formé par plusieurs rangs de cheveuxfrifés 8c placés depuis le toupet jufqu’à la grolfe boucle q q, mêmes figures ; ces deux parties occupent l’efpace qui aux autres efpeces de perruques eft rempli par la plaque ou par le lilfe.
- 128. La grolfe boucle rrrr, mêmes figures, occupe le milieu du derrière defdites perruques, & tombe fur la nuque du col : elle eft tout crin. Les nœuds s s s s, fig. C, au nombre de deux, font compofés de grolfes tref-fes de cheveux longs effilés, que l’on noue d’un llmple nœud ; ils fe placent des deux côtés de la grolfe boucle: les quarrures tt 11, fig. F, occupent aux perruques quarrées la place des nœuds; elles font formées par les corps de rangs d’en-bas, en cheveux frifés & étagés.
- 129. Le tour de tonfure uu,fig. D, eft une trelfe fine à deux foies, avec laquelle on entoure les tonfures ou couronues des perruques d’abbé.
- 130. Le lilfe : 011 appelle ainli les cheveux longs 8c plats des perruques en bourfe mm,fig. B, & en cadenettes nn,fig. H.
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- L'ordre des coutures.
- jji. Tous les rangs de treHes fe coufent à la coëffe d’un (impie point devant du bas en haut, & du derrière au devant ; c’eft-à-dire, qu’on commence à coudre le plus bas rang, puis celui d’au-delfus, &c. excepté cependant les tcurnans qu’on coud de haut en bass les trelfes courtes & fines fe coufent près à près ; mais toutes les autres s’eipacent parallèlement à la diftance de trois lignes ou environ l’une de l’autre.
- 132. Par l'ordre des coutures on entend ici celles qui fe font les premières & fucceflivement jufqu’à la fin de chaque perruque.
- 133. A la perruque nouée ou quarrée, i°. les tournans , 20. le bord de front, 3°. la coque ou l’étoile , 40. les nœuds à la nouée, les quarrures à la quarrée, f0. la groffe boucle, 6°. les corps de rang, 70. le delfus de tète, 8°. le deifus de boucle, 90. le toupet.
- 134. Nota. Les treffes du toupet fe placent & fe coufent de bas en hautf & l’intervalle entre les deux rangs de fou milieu fe remplit dans toute la longueur par la trelfe qu’on mene en zigzag 5 c’eft ce qu’on nomme le chama--rage du toupet.
- 155". A la perruque d'abbé, i°. le bord de front, 20. la coque ou l’étoile 30. les tournans, 40. le deifus de tète , fo. la plaque, 6°. le tour de tonfure.
- 136. Nota. Il fe pratique de trois eipeces de tours de tonfure : la tonfure ouverte, qui laiife voir cette partie de la tète à nu , 8c deux fortes de tonfures couvertes. A la tonfure ouverte il faut placer, en montant cette perruque , le réfeau de façon que fon centre, qui eft toujours compofé de grandes mailles en rond, foit pofé à l’endroit où fera la tonfure. On renverfe toutes ces mailles par-deifus le réfeau tout autour, & on les y coud chacune à part, portant des fils de communication d’une maille à l’autre dans tout le pourtour. Il n’eft pas befoin de dire qu’il faut couper le ruban à couvrir avant 8c après le rond : on a foin de tenir ce rond ouvert un peu oval en travers, parce que la perruque étant tendue fur la tète de l’abbé, il deviendra parfaitement rond. Quant aux deux efpeces de tonfures couvertes , il s’en fait une au métier du rubanier j c’eft un petit tilfu fur lequel dépaifent des rangées de cheveux très-courts , imitant les véritables qui auraient été coupés depuis peu 5 on coud ce tiifu autour du rond de la tonfure: l’autre fe fait par le perruquier avec des treifes très-fines, que l’on coud en lpi-raie fur le ruban à couvrir, jufqu’à ce qu’ils rempliifent tout le vuide de la tonfure.
- 137. Au bonnet, i°. les tournans, 20. le bord de front, 30. la coque ou l’étoile, 40. les grands corps de rang , f0, les petits corps de rang , 6*. le deifus de tète, 70. la plaque.
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- 158. A ta brigadier*, Elle fe coud comme le bonnet ; 011 y ajoute feulement par-derriere deux grades boucles en tire-bouchon accollées, qu’on noue avec une rofette de ruban noir.
- 139. A la perruque en bourfe , . les tournans, 2Q. le bord de front, 30.
- la coque, 40. les corps de rangs , f°. le deiïus de tète, 6°. le liife.
- 140. Nota. La perruque en bourfe fe fait le plus fouvent à oreilles, ra* renient à monture pleine 5 alors le liife prend fur l’oreille même au-deifous des corps de rangs. A la perruque naturelle , i°. les tournans j 20. le bord de front, 3°. la coque, 4°. le delfus de tète, f°. les grands corps de rangs , 6°. les petits corps de rangs, 70. la plaque qui doit être trelïée clair, & former des boucles étagées fur les côtés & terminées en pointe par une feule boucle , ou bien ( & c’eft la derniere mode ) fans boucles aux côtés , mais terminée quarrément par une boucle furie doigt, qui en tient toute la largeur. Voyei pl. Il, fig. E.
- 141. A la perruque en cadenettes. Elle fe coud comme la perruque en bourfe j on fépare la plaque, ou plutôt le liife, en deux portions égales, qu’on enferme chacune dans une cadenette : cette perruque eft paflee de mode, cependant quelques-uns la confervent encore.
- Article VI.
- Quelques circonjlances.
- 142. A toutes les montures pleines 011 met un cordon par-derriere, c’eft-à-dire, que l’on attache au ruban à monter vers le delfous de l’oreille de chaque côté, un petit cordon ou une ficelle, qu’on enferme en repliant par-delfus le bord de ce ruban qui lui fert de fourreau, & le fou-tient jufqu’au - derrière de la tète, au-delïus de la nuque du col. C’eft en cet endroit que les deux portions du cordon fe nouent, & fe ferrent plus ou moins, pour affermir la perruque fur la tète, & la faire porter par-tout.
- 14$. Lorsqu’on 11e ferme pas avec le ruban à monter les perruques à demi-oreilles & à oreilles, on ajoute & on coud delfus, à l’endroit où il celfe derrière les oreilles, une jarretière , ou , pour mieux dire , deux moitiés de jarretières E E ,fig. A , pl. IV, une de chaque côté. On les ferre tant qu’on veut avec la boucle ; & comme ces fortes de montures font plus légères que les pleines & n’embraflent pas fi bien toute la tète, 011 les rend plus folides en les garnilfant avec du bougran, dont on met un morceau au-delfus de tète, & deux autres, un de chaque côté, le long de la joue, depuis l’échancrure jufqu’au retour du ruban à monter, & par-delfus ledit ruban, auquel on le coud, excepté fon côté qui regarde le derrière de la perruque,
- qu’on
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- qti’oïl ne coud point alors, afin de pouvoir introduire une forte eau de gomme entre lui & le ruban, au moyen d’un petit bâton plat. L’eau de gomme en place, on achevé de coudre le bougran , & tout de fuite les rangs de trellès qui palfent en ces endroits ; ce qu’il faut faire avant que la gomme fe foit féchée. On obferve le même procédé au delfus de tète.
- 144. Lorsqu’on doit faire une perruque à une perfonne dont les tempes font creufes, il eft difficile de la faire approcher dans cet endroit, à moins de fe fervir d’un petit relfort d’acier , tel qu’011 en met aux montres : on en calfe la longueur d’un pouce & demi à deux pouces, on le place en-travers furie ruban à monter, un peu au-deifous de l’échancrure, la bande en-deiTous, & on le maintient en place par une couture qui l’emmaillotte tout du long. Ce reffort agilfant fur la coéife, la pouffe dans l’enfoncement de la tempe.
- i4f. Il y a des perruquiers qui placent fur le bord de la perruque, entre le bougran & la coéife ,une lame de plomb large d’environ deux doigts, qui prend depuis l'échancrure jufqu’au bas > cette lame ne s’ajufte qu’aux: montures à oreilles ; elle fert à faire mieux coller le bord de la perruque, parce que la lame fe plie aifément, prend & conferve mieux le contour des tempes ; mais cette pratique n’eft pas auffi bonne qu’on le croirait : le plomb eft un métal mol & de peu de reiTort, qu’il perd aifement pour peu qu’011 le tourmente, ou fe calfe bientôt j alors il ne fervira plus de rien.
- 146. Quelquefois, lorfque le perruquier ne juge pas à propos de fe fervir du relfort, il paife une foie le long du bord de la perruque à l’endroit des tempes, & la ferre un peu, ce qui fuifit alors pour coller la perruque en cet endroit.
- Articl e VII.
- Achever la perruque.
- 147. Quand votre perruque eft entièrement eoufue, examinez-Iaj & lî vous la trouve2 trop garnie de cheveux, vous ferez avec vos petits cifeaux l'opération d’effiler, expliquée au chapitre II, de la coupe des cheveux, pour en diminuer la quantité.
- 148. Ensuite ayant mis chauffer fur labraife modérément le fer à paf-fer*, vous prendrez un bout de chandelle que vous frotterez légèrement le long de la racine des rangs, par reprifes *, & à chacune, mouillant votre doigt, vous humederez l’endroit du fuif, & tout de fuite vous appliquerez le fer fur l’endroit humedé ; vous parcourrez ainft toutes les treifes, auxquelles vous trouverez cette opération convenable : elle raffermit la racine des treifes.
- Tome XIV.
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- 149. Le fer à paffer x, eft formé comme 011 le voit dans l’eftampe; le petit quarré 2 eft defliiié à chauffer les endroits étroits. Ce fer eft très-utile 5 il redreffe & alfujettit les cheveux à la coque, aux devants, aux tournans, & fert à égalifer les boucles fuivant leurs contours aux perruques d’abbé : quelques-uns fe fervent à fa place du carreau femblable à celui des tailleurs, mais beaucoup plus petit.
- ifo. Enfin, vous peignerez tous les rangs, vous formerez des bouclesr que vous rafraîchirez fur le doigt, expreftion de perruquier, qui lignifie relever la boucle autour du premier doigt dé la main gauche, & coulant les cifeaux tout le long de ce doigt, couper toutes les pointes qui 'dépaffent, pour mettre la boucle à l’uni.
- if 1. Cela fait, coupez toutes les brides de fil qui attachent la perruque à la tète de bois qui ne vous fert plus de rien, & placez-la fur une tète-à-perruque, ou ailleurs ; mais fuppofànt que vous vouliez l’accommoder tout de fuite,il faut commencer par mettre la première poudre: pour cet effet, prenez-la à pleine main & l’imbibez par-tout avec force pommade mêlée avec un peu d’huile d’olive i peignez-la & poudrez-la à fond, puis formez grofliérement les boucles.
- Article VIII.
- Accommoder la perruque.
- if2. Accommoder une perruque, fignifie la difpofèr à être mile (ur 1# tète de celui pour qui elle eft faite. Cette difpofition confifte à la peigner à fond, l’arranger avec grâce, y mettre l’effence ou pommade, & la poudrer.. Pour venir à bout de toutes ces opérations, vous commencerez par pofer votre perruque fur une tète de, bois montée fur fon pied. Il s’en lait de deux fortes: l’une refte toujours à ta même hauteur j l’autre, qui fe nomme à couliffe, fig. F ,pl. IV, eft la plus commode, parce qu’elle peut defeen-dre & monter à ta hauteur qu’on veut, attendu que fon pied eft de deux pièces ; le bâton fupérieur I s’enfonce dans l’inférieur II, & une vis de bois III l’arrête plus ou moins haut, de façon qu’on peut opérer debout ou affis. Pofez votre perrnque bien précifément fur le milieu de 1a tête j & pour la maintenir en place & l’empêcher de varier, ayez deux crochets de fil de laiton, que vous accrocherez par un bout au ruban à monter vers l’oreille, & par l’autre à un ruban ou cordon, que vous nouerez fous le menton de ta tète. C’eft une mauvaifé maxime pour fixer fa perruque, de l’arrêter fur le milieu du haut de la tète avec une groffe épingle debout» qui traverfe la eoëffe & s’enfonce dans le bois 5 cela ne l’empêche pas de varier quand on la peigne,
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- 15*3- Quand vous avez peigné à fond & mis la pommade forte , vous vous mettez à dijlribuer, c’eft-à-dire, à faire en gros votre arrangement général. Voyez pour le furplus le chapitre II, delà coupe des cheveux.
- if4- Il le pratique aux perruques de trois' fortes d’accommodages ; le peigné, les boucles & le crêpé; ces deux derniers font pris de raccommodage des cheveux naturels. Le crêpé, ou tapé, eft plus généralement en ulàge pour les femmes : quant au peigné, qui eft un entrelacement étudié de la frifure, une efpece de moulfe de cheveux qui, fe mêlant les uns avec les autres, font un effet agréable à la vue: il ne s’exécute guère en général que fur les perruques nouées ou quarrées.
- iff. Après la diftribution, vous finirez par mettre bien également l’e£ fence & la po udre.
- if6. La boîte, fig. G, dont les perruquiers fe fervent pour porter leurs perruques en ville fans qu’elles fe dérangent ,& qui eft faite exprès, a un pied & demi de haut, c’eft un quarré long; elle s’ouvre en-dehors par un côté, & par-delfus: du milieu de fon fond s’élève un bâton 'a, arrondi au tour, qui fe nomme le champignon, parce qu’il fe termine en - haut par un rond qui relfemble à la tète d’un champignon : on pofe la perruque deffus : de cette façon, elle eft en l’air, & ne touche d’aucun côté a la boîte, que l’on ferme enfuite. Oit la porte en la prenant par un anneau b, placé au milieu de Ion couvercle.
- i f 7. On renvoie la façon de mettre une perruque aux fils & en papillotes, au chapitre VII, qui traite des perruquiers en vieux, parce que c’eft leur pratique.
- 1 f 8. M. Quarré, celui dont il a été fait mention dans l’avant-propos, vient d’imaginer une elpeee de perruques qui ne fe défrifent & ne fe dérangent jamais au vent, ni à l’eau, en un mot, indéfrifables; il n’y entre d’autre matière que du cheveu ; on eft exempt de les peigner & arranger, un peu d’eftence & de poudre leur fuftifent, quand on le veut : ces perruques font faites pour mettre le chapeau, qui n’y apporte aucun dérangement. Elles peuvent fe conftruire en bonnet, en bourfe, en eadogan, en eadenettes > elles font excellentes pour les chalfeurs, les gens de cheval, les voyageurs, les couriers, les gens de mer, enfin pour tous ceux qui s’expofent aux intempéries de l’air. Il demeure actuellement rue des FoJJes S. Jacques, en montant de la rue S. Jacques a l'Ejlrapade.
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- CHAPITRE VI.
- Des cheveux & perruques de femmes.
- i S9- 3L»es femmes ont ordinairement la tète fort garnie & les cheveux longs, ce qui donne une grande facilité à varier les accommodages; ces variations font partie du travail d’un ordre d’ouvriers & d’ouvrieres, qu’on nomme coiffeurs & coëffeufes. Ces gens font faifiifables quand ils ne font pas du corps des perruquiers, auxquels feuls appartient le droit d’accommoder les cheveux des deux fexes.
- i Go. Les femmes font obligées , comme les hommes , pour entretenir leurs chevelures en bon état, de faire faire leurs cheveux de tems en tems. Cette façon, quelque mode qui fubfifte, eft toujours la même 5 tout le bord de la face jufqu’à l’oreille fe fait très-court, & s’augmente de longueur par degrés jufqu’à deux pouces & demi, dans l’étendue d’environ deux pouces en arriéré 3 puis les cheveux plus longs & du chignon s’étagent à proportion de leur longueur.
- 161. L’accommodage d’à-préfent pour les cheveux naturels eft de taper plus ou moins de largeur tout autour du front & des joues jufqu’aux oreilles, jig. 1,2,4, a a a. De ce crêpé s’élèvent des boucles fur le doigt rangées côte à côte, jufques derrière les oreilles, fig. 2, 4, b b b. Tout le derrière de la chevelure du haut en bas 11e fe frife point, mais fe releve & s’attache vers le fommet de la tête 3 c’eft ce qu’on nomme le chignon relevé, fig. 5 , c. D’autres , dont les cheveux font courts , fe font frifer généralement toute la tète 3 on tape le devant comme aux précédentes, tout le refte fe forme en boucles qu’on arrange entr’elles de diverfes façons fuivant l’idée ; cet accommo-dage fe nomme un bichon. La tète repréfentée dans la fig. 1, eft un bichon en boucles brifées ou en point d’Hongrie.
- 162. Pour frifer les cheveux les plus courts, on fe fert d’une efpece de papillotes qui le nomment papillotes tortillées. Pour les faire, on tord par le milieu dans fes doigts une petite bande de papier cc, ce qui forme un petit bilboquet très - mince 3 on le place en-travers par le milieu fur la pointe tendue du cheveu, que l’on roule autour tant qu’on peut aller 3 011 approche en-fuite les deux bouts du petit papier d, qu’on tortille enlèmbles on recouvre le tout d’une papillote ordinaire.
- 163. Nota. Comme on frife les femmes à grand nombre de petites pa-
- pillotes , leurs peignes d’accommodage font conftruits différemment de ceux pour homme3 ils ont une queue mince, fur laquelle on tourne les boucles: on en voit de deux fortes, pl. F, uu. -
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- 1^4* On va maintenant parler des perruques & parties de perruque, que quelques dames font néceflitées de commander aux perruquiers.
- i6f. En général, les perruques de femmes font analogues aux perruques en bourfe, ou aux bonnets des hommes-j auffi les nomme-t-on des bonnets : leurs parties à part font des devants, des côtés , des chignons, &c.
- 166. Les perruques de femmes ne fe font .jamais qu’à oreilles i mais la monture en eft différente en ce qu’on n’obferve point d’échancrure,-& que comme elles doivent avoir le tour du vifage plus’découvert que celui des hommes, on recule davantage le ruban à monter ; le relie de la monture eft rarement un réfeau, mais ordinairement du taffetas , de la toile fine, des rubans affemblés, &c. On la ferme par-derriere, où on la ferre avec des cordons de cheveux ou autres: on coud les devants de haut en bas, les corps de rangs fuivantla direction que l’on veut donner aux boucles, & le chignon comme à la perruque en boucles. Les parties de perruque ci-deffus énoncées, qui fe travaillent à part fur la tète de bois , fe coufent fur de la toile de cholet, ou autre, ou du taffetas , que l’on tend bien à leur place fur cette tête : le devant de tète qui doit être tapé, a des treffes courtes & fines : les chignons relevés font des treffes de liffe * les boucles des côtés fe coufent fur du. padou bien tendu.
- 167. Quand une dame n’a pas affez de cheveux pour former un •chignon relevé de l’épaiffeur néceflaire, 011 lui fournit une toupe ; cette toupe n’eft autre chofe qu’un ramaffis de bouts de cheveux, de queîqu’efpece - qu’ils foient, vieux ou neufs, bons ou mauvais ; à force de les pétrir dans les mains, ils fe confondent, s’accrochent, & s’entre-mêlent de maniéré qu’ils deviennent un corps confiftant, auquel on peut cependant donner une forme ; on douiie donc a la toupe de l’épaiffeur dans le milieu, & on l’amincit en gagnant les bords ; on la pofe fous la rendoublure du chignon quand on le releve, ce qui le fait paraître fuftifamment renflé.
- 16%. On fe fert encore , pour les chignons relevés , d’un peigne * , fait exprès, allez gros, tourné en portion de cercle, à greffes & longues dents, éloignées l’une de l’autre environ d’un demi-pouce * on garnit tout le haut de ce peigne de plus ou moins de boucles de cheveux y ; ces boucles font formées par de la treffe, qu’on tourne en vis paiïànt entre fes dents ; 011 fépare la frifure en boucles de différens fensj 011 enfonce ce peigne ainfi garni au haut du chignon, foit des cheveux naturels , foit des perruques, quand on veut être entièrement coëffée en cheveux (voyeç fg. 3 )j car on met rarement une garniture au-deffus.
- 169. Outre les accommodages dont on vient de parler, il y en a encore de pur ornement, qu’il faut que le perruquier ou coëffeur exécute ; ce font des boucles à part.& poftiches, faites pour être placées aux cheveux •natu-
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- rels & aux perruques, en différens endroits de la tête, où les grâces les appellent. Ces boucles ont une manufa&ure particulière, dont il convient de donner ici les procédés généraux, comme' faifant partie de Parts mais attendu qu’il ferait trop long & fuperflu de décrire toutes les formes dont on les varie, ilfuffira de dire comme on s’y prend, en donnant pour exemple deux efpeces de ces boucles les plus communes, favoir, une boucle du côté /, & une boucle à coquille o.
- 170. Prenez du fil-de-fer très-fin mn, faites-le recuire, pliez en double & tordez ce qu’il vous faudra pour faire une queue plus ou moins longue ; repliez encore de ce fil tors jufqu’à la longueur que vous voulez donner à la boucle, & pincez-la en même tems par la tète du cheveu dans le haut de ce fécond repli, que vous ferrerez enfuite tout contre s tournez votre trelfe autour defcendant en tire - bourre, obfervant que la frifure foit du côté l\ vous ceiferez de tourner où le fécond redoublement finit, vous lui ferez faire un petit crochet, vous lierez cet endroit avec une foie, & vous couperez le lurplus de la trelfe : il reliera une queue de fil-de-fer tors *, c’eft par le moyen de cette queue qu’011 enfonce dans les cheveux, que vous placerez la boucle où vous voudrez. La boucle en coquille o, fe commence comme la précédente 5 mais on fait le fécond redoublement plus court ; on approche plus l’un de l’autre les tours de trelfe, & on dirige la frifure en-haut, où l’on évafe la boucle.
- 171. Nota. Les perruques de femmes, une fois achevées, ne s’accommodent plus que fur la poupée ou tête de carton.
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- CHAPITRE VII.
- Des perruquiers en vieux.
- 172. Dans le commencement de l’art du perruquier, le commerce des eheveux n’étant pas encore bien établi, ils étaient rares & chers, joint à ce qu’on garnilfait fi prodigieufement les perruques, qu’il y en avait telle dont le prix était exceflîf : alors quelques perruquiers conçurent qu’ils auraient du débit, & feraient bien leur compte, en achetant à bon marché des perruques plus ou moins ufées. Ils les retravaillaient, pour ainfi dire, à neuf, en triant les meilleurs cheveux, & de deux n’en faifaient qu’une. Ils en mettaient d’autres au fil, d’autres en papillotes , fuivant qu’ils les trouvaient fuf-ceptibles de l’un ou l’autre apprêt. Ils vendaient ces perruques à bien meilleur marché , & il s’en trouvait à tout prix. Il eft vrai qu’elles n’étaient pas de durée : mais comme elles jouaient le neuf, elles devenaient d’un grand
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- fècours aux particuliers auxquels la fortune ne permettait pas une plus forte dépenfe, & enfin aux indigens.
- 173. Cependant le commerce devint plus abondant; l’abus des groifes & longues crinières fe reforma, & les perruques par conféquent baiiferent de prix ; de façon qu’à préfent le plus grand nombre peut y atteindre : auffi celui des perruquiers en vieux eft-il réduit à peu.
- 174. Ils ne peuvent tenir boutique à Paris que fur le quai de_ l’Horloge du palais. Ils ne font point la barbe ; ainfi ils n’ont point de baflïns pour en-feigne : ils peuvent feulement avoir fur le rebord de leurs boutiques ce qu’ils appellent un marmot, qui eft une vieille tête de bois, fur laquelle ils clouent une très-vieille perruque.
- 17?. Ils peuvent, autorifés par une ancienne fentence de police, faire du neuf; mais il leur eft enjoint d’y mêler du crin, & en conféquence d’attacher au fond de la coëffe un écrit contenant ces mots, perruque mêlée. Le crin mêlé dans le corps de la perruque eft défendu à tout autre perruquier ; de façon que, fi celui du quaide l’Horloge allait s’établir par-tout ailleurs dans Paris, il courrait rifque d’être faifi & amendé s’il employait du crin.
- 176. Ils achètent de vieilles perruques de toute efpece, les mettent en papillotes, & les palfent au fer, ou bien ils les mettent aux fils, pour en raffermir la frifure, afin de les vendre enfuite un peu plus cheres qu’ils ne les ont achetées : ce font proprement les perruquiers des pauvres gens.
- 177. On met aux fils du haut en bas, c’eft-à-dire, qu’on commence par la boucle i, pi. la plus haute, qu’on tourne dans fes doigts comme pour mettre une papillote ; puis avec une aiguille & du fil qu’on a arrêté au-defc fus à la perruque par un nœud, on traverfe la boucle de haut en bas 2,, par le milieu, puis on pafle fou fil au travers de l’anneau croifànt le premier fil; enfuite, avant de ferrer, on repaffe en-deflous au travers du retour qu’on vient de faire pour traverfer l’anneau, ce qui forme un point noué avec lequel on ferre la frifure qui ne faurait plus fe défaire. On fait tout de: fuite cette opération aux boucles inférieures 3 , &c. l’une après l’autre ; on continue au rang d’à côté & à tous les autres. Si la frifure refte du tems en cet état, elle fe raffermit, mais elle n’eft plus fi durable. Quant aux papillotes, elles fe conduifent comme aux cheveux naturels. Voy. le chap. 11.
- «»' ------- .... e»
- CHAPITRE VIII.
- Le baigneur - étuvijie.
- 178. IParmi le corps des perruquiers il s’en trouve qui choififfent la partie des bains & étuves, dont l’objet regarde la propreté du corps humain, & fou-vent la fanté,
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- ART JDU P ER RU QUI E R.
- 179. Les inftrumens du baigneur - étuvifte font en petit nombre, snatè d’un bien plus grand prix que ceux de fes confrères perruquiers.
- 180. Il s’agit pour lui d’un appartement bien diftribué pour la commodité des bains ; il lui faut une piece à cheminée pour chauffer l’eau , & dans, laquelle feront les deux réfervoirs , l’un pour l’eau froide, l’autre pour l’eau chaude , qui communiqueront à toutes les baignoires par des tuyaux fermés par des robinets H, qui feront placés deux à deux au-delTus de chacune , vers le milieu d’un de fes côtés. Il doit avoir plufieurs baignoires en diiférentes chambres, quelques petites garde-robes bien fermées, qui fît nomment des étuves, lorfqu’avec des poêles on leur a donné le degré de* chaleur convenable; ces étuves doivent être à portée des bains; quelques: lits ; d’ailleurs le déshabillé complet, comme bonnets, robes de chambre, çhe-mife-s de bain, &c. tout le linge néceffàire, draps, ferviettes, &c.
- 181. Les baignoires ordinaires A, font de cuivre rouge étamé en-dedans; elles ont trois pieds dix pouces de long, environ deux pieds de large &. autant de haut ; elles ont la forme d’un oval alongé, applati par les côtés vers un de leurs bouts; au fond eft une crapaudine percée de plufieurs. trous, de laquelle part un tuyau qui coule fous le fond , fort du pied de la baignoire, & eft terminé par un robinet B, qui, lorfqu’on l’ouvre, fe dégorge dans un entonnoir plat C, pratiqué dans le carreau, & joint à un tuyau qui fort en-dehors, au moyen duquel toute l’eau de la baignoire peut, s’écouler.
- 182. Le refte des inftrumens eft un petit feau à une aille D, de cuivre étamé en-dedans, d’environ fîxpouces de diamètre & de quatre pouces de: profondeur : 011 s’en fert à mêler dans la baignoire les eaux chaudes &: froides, en les y agitant, à ôter de l’eau, aux immerfions, &c. Un tuyau de fer-blanc, terminé en entonnoir par le haut E, avec une anfe de fil-de-fer ; on paffe cette anfe fur le robinet d’eau chaude , le tuyau alors defcend près du fond de la baignoire, & y porte l’eau du robinet pour échauffer le fond , où: l’eau fe refroidit plus aifément que dans le refte. Le baigneur a des fondai es F v à femelle & talon de bois , doublées de futaine & à étriers de futaine piqués ;, ces fandales fervent à palfer du bain dans l’étuve, & à en revenir. Il fe fert de gants pour appliquer le dépilatoire, d’éponges pour l’ôter, & de mitaines de toile ou de futaine G, pour les autres fri&ions : il y a des fonds de bain pour garnir les baignoires. Ce qui s’appelle un fond de bain, eft une piece de toile à drap, taillée fur le contour de la baignoire , & qui la couvre en fcptier en-dedans & en-dehprs.
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- ART DU PERRUQUIER. 4*
- Article premier.
- Le bain de propreté.
- 18?. L’espece de bain qui exerce le plus fouvent le baigneur, eft le bain de propreté: on le prend par délices en pleine fanté > auili tes gens riches & fenfuels ont ordinairement chez eux ce qu’on appelle appartement des bains, qui n’a uniquement que cette deftination.
- • 184. Le baigneur commence par chauffer l’eau du réfervoir d’eau chaude & l’étuve ; il met le fond de bain à la baignoire ; c’eft dans l’étuve où on fe déshabille entièrement ; on met un bonnet, & l’on s’afîied fur une chaife ou un fauteuil totalement de bois, alors le baigneur commence fes fridions.
- 18 f. La première eft, lorfqu’on la demande, celle de la pâte dépilatoire, dont voici la formule.
- 186. Pâte dépilatoire du baigneur. Chaux vive, quatre onces. Orpiment, une once & demie. Eau chaude fuffifamment pour réduire le tout en pâte liquide ; ce qui eft bientôt prêt.
- 187. Comme les dépilatoires font du reffort des pharmacopées , on a extrait & on propofe ici un dépilatoire tiré de celle du célébré Lémery, qui paraît plus raifonné & mieux fait que le précédent, quoiqu’il foit aux mêmes do fes.
- 188. Dépilatoire de Lémery. Chaux vive, quatre onces. Orpiment, une once & demie. Lefîive de tiges de feves , deux livres.
- 189. Faites brûler les tiges dont vous ferez une lefîive avec eau commune : filtrez la lefîive, mettez-la dans un vafe de terre verniffée, jetez-y la chaux entière, laiffez-la macérer pendant quelques heures , ajoutez l’orpiment ; faites cuire à feu médiocre julqu’à confiftance de pâte liquide. Pour éprouver fi le dépilatoire eft à fon point, on trempe dedans une plume avec fès barbes ; fi en retirant la plume, les barbes quittent fans effort, il eft comme il le faut.
- 190. Pour appliquer la pâte aux endroits où il en eft befoin, le baigneur met un gant 5 il laiiîç travailler le dépilatoire pendant fept minutes à la montre , au bout duquel tems prenant une éponge trempée en eau chaude , il le lave & l’ôte entièrement j puis mettant une mitaine de baigneur, il frotte par-tout avec un mélange d’eau & de fon , après quoi il fait une immerfion d’eau chaude : la verfant par la nuque du col, elle le répand fur tout le corps î enfuite avec fa mitaine & de la poudre d’amandes ameres délayées en eau chaude, il frotte par-tout. L’effet de cette derniere pâte eft de rendre la peaii douce, celle qui fuit eft excellente,
- Tome XIV. . F
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- ART DU PERRUQUIER.
- 191. Pdte jaune. Amandes ameres trois quarterons , pignons un quarteron, miel de Narbonne une demi - livre, jaunes d’œufs frais durcis huit.
- 192. Pilez les amandes & pignons en poudre impalpable , puis vous mêlerez le tout enfemble, & la pâte eft faite ; elle eft incorruptible & fe conferve*toujours. Pour s’en fervir, onia délaie avec de l’eau : cette pâte nourrit la peau, & la rend douce & moélleufe. Enfin, on nettoie tout le corps avec du fàvon de Naples, battu dans l’eau 8ç réduit en groife moulfe.
- 193. Toutes ces fri étions & immerlions terminées, on met les fandales pour palfer de l’étuve dans la baignoire, où on demeure plus ou moins de tems : quand on en fort, on réchauffé les fandales, on rentre dans l’étuve , où le baigneur vous reifuie avec des linges chauds, & vous met des eaux de fenteur. Il y a des perfonnes qui fe mettent enfuite dans le lit bien bab finé, d’autres non. O11 ne prend guere ces bains qu’un ou deux jours de fuite, & de tems à autre.
- Article IL
- Le bain de faute,
- 194. Ce qu’on appelle bain de faute, fe prend comme le précédent avec de l’eau tiede , mais plufieurs jours de fuite, & ordinairement comme re-mede par ordre du médecin : c’eft pourquoi on fait abftraélion de toutes les friétions & immerfions délicieufes qui accompagnent le bain de propreté. Il ne s’agit à celui-ci, que de fe mettre dans l’eau, & y relier une heure, plus ou moins, fuivant l’ordonnance i 011 vous elfuie feulement quand vous en fortez, & vous vous mettez au ht quelques momens.
- 195". Il fe pratique encore d’autres bains compofés, dont le but eft purement médicinal ; on ne doit point entrer ici dans le détail des raifonspour lelquelles on les prend, mais feulement les nommer.
- 196. Le bain chaud de lait au lieu d’eau.
- 197. Le bain froid. On ne peut guere y relier que lîx à fept minutes, y On fe met tout de fuite au lit, où l’on fue abondamment.
- 198. Bains artificiels. Le bain avec décoétion d’herbes émollientes. Le bain avec décoction d’herbes aromatiques. Le bain d’eaux minérales artifv cielles. Le bain avec la limaille de fer , &c.
- Article IIL
- Bains locaux.
- 199. Le demi-bain eft celui où il n’y a que la moitié bafte du corps cgâ trempe dans l’eau*
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- ART. BV F ERRUQUIE R. 43
- 200. Le quart de bain eft celui où les feules extrémités, comme Jambes ou bras, trempent dans la liqueur.
- 201. La douche eft de l’eau chaude minérale ou autre, qu’on fait tomber de haut fur quelque partie du corps.
- 202. Le bain d’inceffion eft celui au moyen duquel, étant aflis fur un vafc qui contient quelque liqueur chaude, on en reçoit la fumée.
- 203. Le bain de fuffumigation eft celui qui, au moyen d’un conduit, porte la vapeur de quelque liqueur chaude fur la partie du corps qui lui eft deftinée.
- Article IV.
- Bains feçs.
- 204. Le bain de fablon. On enfonce la partie affe&ée dans du fablon chaud.
- 20j. Le bain de marc de raijin. On enfonce la partie malade dans du marc de raifin nouveau & chaud.
- 206. Tous ces bains peuvent s’exécuter chez le baigneur} il n’eftquef-. tion pour lui que de fuivre exactement l’ordonnance.
- Article V.
- Remarques fur une machine nommée cylindre.
- 207. Le plus grand nombre n’eft pas de ceux qui vont chez le baigneur, beaucoup fe baignent chez eux \ mais comme ils n’ont pas les commodités qui fe trouvent chez lui pour chauffer l’eau & pour la maintenir à fon point de chaleur, on a imaginé depuis quelques années une machine très-commode à cet égard, mais en même tems très-dangereufe fi on s’en fert mai-à-propos. Cette machine fe nomme un cylindre I. Il eft de cuivre rouge, & reffemble à un très-gros coquemard : du bas du cylindre s’élèvent deux tuyaux K K, un de chaque côté, qui le dépaffent de quelques pouces : on remplit toute cette machine de charbon enflammé, & on la pofe au milieu de l’eau de la baignoire ; les évents qui font les deux tuyaux dont on vient de parler, donnent de l’air au charbon, de peur qu’il ne s’éteigne, & fervent en même tems à donner iffue à fa vapeur, Quand le cylindre a échauffé l’eau au degré convenable, on l’ôte & on le met dans le bain : on le range à part, fouvent dans la même chambre, qu’on a ordinairement foin de tenir bien clofe, pour être garanti de l’air extérieur pendant qu’on fe baignera.
- 208. Voila la defcription de la machine,&'la mauvaife maniéré de s’en fervir ; car malheureufement bien des perfonnes peu inftruites, ne fe dou-
- F ij
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- ART DU PERRUQUIER.
- tent pas feulement de les terribles effets, ou plutôt de ceux de la vapeur du charbon renfermée & fans iffue en - dehors. Quoique l’on fâche allez d’ailleurs les malheurs arrivés à plusieurs qui ont mis dans leurs chambres des brafiers de charbon allumé, ou de braife étoiiffée , en fe couchant, pour fe garantir du froid de la nuit, & que ceux qui n’qnt pas été fecou-rus à tems ont été trouvés morts , on lie penfe cependant pas que cette machine puiffe produire le même effet. M. le Vayer , maître des requêtes , s’étant fervi. du cylindre, mourut dans fon bain, aulîi bien que fon chien qui était dans la même chambre. La vapeur du charbon,. qu’on refpire, palfimt dans les poumons , s’y mêle avec le fang, qu’il fixe & arrête petit à petit, & l’on meurt en dormant.
- 209. Après avoir averti du danger éminent de cette machine, il faut dire qu’elle eft cependant fort commode & fins aucun péril , fi on s’en ffert avec toutes les précautions néceffaires : 011 chauffera donc l’eau de la baignoire comme ci-defflis; mais pendant que le cylindre eft dans l’eau, 011 laiffera entrer l’air du dehors par quelqu’ouverture, comme porte ou fenêtre ; t& quand il fera ôté & tranfporté dehors, on fe mettra dans le bain , fans trop fe preffer cependant d’y entrer , & de fermer la communication de l’air extérieur ; de cette façon on 11e court aucun rifque évident.
- 4tî»^g==g=====:=n:',.i --;--r i-:—-ep»
- - CHAPITRE IX.
- Des bains fur h riviere.
- Z JO. Q n n’éntend pas parler ici de ces grands bateaux qui paraiffent en été dans Paris fur la riviere de Seine , couverts de toiles qui defccndent en appentis fur Peau, où elles s’attachent à des pieux enfoncés dans l’eau, & cachent à la vue du peuple ceux ou celles qui fe baignent : ceci ne regarde -qu’imparfaitement l’objet du bain ; mais ce qu’on a deffein de décrire dans ce chapitre, eft un véritable & folide établiifement conftruit dans un bateau fur l’élément effentiel à l’art du baigneur, duquel il peut aifément jouir avec profufion 9 & y joindre toutes les circonftances qui s’y rapportent.
- 211. L’idée de cet heureux établiffement étant venue à un baigneur nommé Poitevin, fucceffeur du fieur Dubuiffon, baigneur du roi , il en entreprit l’exécution s’il pouvait en obtenir la permiflion au confeil. Elle lui fut accordée par lettres-patentes du roi , le 4 avril 1760 ; elles furent enregiftrées en parlement le 13 août 1761 , fur les rapports favo-
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- râbles du lieutenant-général de police , du fubjlitut du procureur - général du roi au châtelet , du prévôt des marchands & échevins , de Cacadémie des fciences , de la faculté de médecine , & du premier chirurgien du roi. En conféquence le (leur Poitevin fit conftruire à fes frais deux bateaux à peu près pareils, fur chacun defquels il a aiïis un bâtiments P un compofé d’un rez-de-chaulfée & d’un étage dans la manfarde, l’autre d’un iimple rez-de-chaulfée: ces deux édifices occupent toute l’étendue de leur bateau : il a placé le plus considérable du côté du fauxbourgjs. Germain, vis-à-vis le bout des Tuileries , où il eft toute l’année fans jamais changer de place. A l’égard de l’autre, il l’envoie tous les ans vers la pointe de l’isle S. Louis, vis - à - vis des céleftins, où il arrive le premier avril, & y refte jufqu’à la fin de fep-tembre.
- 212. On va donner une idée générale de la diftribution du bâtiment le plus confidérable, qui eft le premier dont on a fait mention, auquel le fécond relfemble en grande partie.
- 2\t,. Il a cent quarante-un pieds de longueur, vingt-quatre pieds de largeur, & dix - huit pieds de haut jufqu’à l’arète du toit qui eft couvert d’ardoife ; le rez - de - chauffée eft partagé en deux dans fa longueur par un corridor de cinq pieds de large : ce corridor eft interrompu vers fon milieu par un efpace quarré qui occupe toute la largeur du bâtiment, & dans lequel font placés le fourneau & la chaudière : cet elpace fépare en même tetns les bains des femmes de ceux des hommes ; chaque chambre n’a qu’une baignoire ; elles ont toutes neuf pieds de long fur fix pieds de large, chacune éclairée par une croifée. Du côté des hommes il y a quinze chambres de bain, deux chambres à lit, dont une à deux lits, une étuve & une douche. Les douches de la conftrucftion du fieur Poitevin confiftent en url tonneau doublé de plomb, élevé fur des tréteaux, placé au premier étage : vers les réfervoirs du deifous de ce tonneau part un tuyau de cuir, qui traverfe le plafond d’une chambre de l’étage inférieur , où il eft terminé par un entonnoir ou ajutoir de cuivre, dont l’ouverture en-bas a environ quatre lignes de diamètre; il arrive jufqu’à huit ou dix pouces au-delfus d’une baignoire, dans laquelle on place le malade pour recevoir la douche, c’eft-à-dire , l’eau tiede qui portée par des pompes des réfervoirs dans le tonneau , tombe avec rapidité fur la partie aifecftée, où elle eft conduite par la main du baigneur. Du côté des femmes il y a onze chambres de bain, pareilles chambres à lit, étuve & douche ; les tuyaux des poêles qui font dans les étuves, font difpofés de maniéré qu’ils répandent la chaleur dans tout le bâtiment. L’étage dans la manfarde a cinq bains du côté des hommes, dont quatre font accompagnés d’un lit, & deux du côté des femmes, dont un a un lit: total, trente - trois baignoires. Le refte de l’elpace eft
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- employé en féchoir pour le linge, chambres de domeftiques, &c. Au milieu de l’étage dont on vient de parler, au-defliis de Pefpace quarré du rez - de - chauiTée, font placés trois réfervoirs confidérables, qui reçoivent l’eau de la riviere par deux pompes à bras, qui étant de l’autre côté du bateau, font toujours à cinquante pieds du bord & enfoncées dans l’eau. Le premier réfervoir eft rempli de fable , l’eau après l’avoir pénétré, remonte toute filtrée dans le fécond , d’où elle paife dans le troifieme, duquel partent les tuyaux qui portent l’eau froide à toutes les baignoires , pendant que d’autres partant de la chaudière, leur diftribuent l’eau chaude.
- 214. M. Poitevin exécute dans fes bateaux les bains de toute efpece, bains de propreté, de fanté, médicinaux, &c. comme tout autre baigneur peut faire chez lui, avec l’avantage de plus de prendre l’eau furie lieu même, de la filtrer, & de l’employer à toute heure du jour & de la nuit, dans toutes les faifons , & quand même la riviere feroit glacée > & quoique l’eau ait traverfé tout Paris avant d’arriver jufqu’à lui, il n’en réfulte aucun inconvénient, attendu qu’en la filtrant auffi parfaitement qu’elle peut l’être, il en fépare toutes les parties hétérogènes , & la rend auffi. pure qu’elle l’eft à fa fource.
- EXPLICATION
- Des termes de l'art du Perruquier.
- B
- B AIGNOIRE, efpece de cuve applatie par les côtés, ovale par les deux bouts j il s’en conftruit de cuivre & de tonnellerie ; 011 la remplit d’eau tiede , dans laquelle on s’enfonce jufqu'au col fur fon féant.
- Barbe. Voyez Faire la barbe.
- Bassin a barbe, vafe creux, oval, échancrépar un de fes côtés, cette échancrure entoure le devant du col fous le menton j il s’en fait d’étain, d’argent, de faïance, de porcelaine \ on le remplit à moitié d’eau chaude ou froide, & après y avoir fait fondre du favon ordinaire, ou du favon préparé, qu’on nomme Savonnette,
- on en imbibe la barbe , afin que le rafoir la coupe plus facilement.
- Bichon , nom qu’on donne aux cheveux du derrière de la tète d’une femme, quand ils font courts & fri-fés en entier.
- Bilboquet , petit bâton de buis de deux à trois pouces de long, plus mince au milieu qu’aux deux bouts, deftiné à rouler autour les cheveux de la perruque pour les frifer, en les faifant bouillir enfuite & les mettant dans le pâté.
- Boîte a pommade, ordinairement de fer-blanc, dans laquelle on met la pommade.
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- Boîte a perruque; elle eft dfc bois, capable de contenir une perruque pofée fur un bâton debout dans le milieu, qu’on nomme le champignon i on la tranfporte ainfi au lieu de fa deftination.
- Boîte a poudre; elle eft ronde & de fer-blanc , on y met la poudre, elle refte dans la boutique.
- Bord de front , trelfe de cheveux très-courts que l’on coud fur le bord du front de la perruque.
- Boucle , arrondilfement des pointes des cheveux frifes, quand on leur fait prendre la forme d’un anneau plus ou moins étendu.
- Bouteille a l’eau, vafe de cuivre rouge de la forme d’un gros flacon; il tient environ une chopine d’eau, on le ferme avec un bouchon de liege ; il fert à mettre de l’eau chaude pour la tranfporter dans fa poche aux endroits où on va faire la barbe. C
- Carde, efpece de broife hérilfée de grand nombre de longues pointes de fer debout côte à côte.
- Cheveux plats, ou en gras : on nomme ainfi les cheveux coupés fur une tête, tels qu’ils en fortent, & avant d’avoir fubi aucune préparation.
- Cheveux herbés, ce font des cheveux roux qu’on fait blanchir fur l’herbe en Suilfe & en Angleterre.
- Chignon , nom qu’on donne aux cheveux longs du derrière de la tête d’une femme, quand on les a re-troulfés à plat & arrêtés vers le fommet.
- Coeffe A perruque , efpece de calotte formée par un filet rond & quelques rubans ; c’eft fur cette coéiïe quefe coufent tous les cheveux qui Compofent la perruque.
- Coque , trelfes de cheveux qui forment le milieu du front d’une perruque.
- Coquemard, efpece de pot de cuivre rouge à anfe & à couvercle, quiferc pour chauffer l’eau dans la boutique.
- Corps de rangs , trelfes qui forment les côtés de la perruque ; on les distingue en corps de rangs croifés, ou grands corps de rangs i ceux-ci entourent le bas deda perruque, on en croife les bouts l’un fur l’autre; & en petits corps de rangs , ils garnif. fent les côtés commenqant au-def-fus des précédens, & énilfant vers l’échancrure.
- Côtés , ne fe dit qu’aux femmes; ce font des boucles ou des cheveux qu’on ajoute aux côtés de leurs chevelures pour les garnir.
- Crêpé, le crêpé eft une frifure très-courte , confondue & mêlée enfem-ble de toutes fortes de fens.
- Crin , on ne fe fert que du crin de la crinière des chevaux , jamais de celui de la queue.
- Cuir a rasoir , morceau de cuir de veau préparé, collé fur du bois ; on coule à plufieurs reprifes le ra-foir fur ce cuir, pour le faire couper plus doux.
- D
- Décorder, c’eft ôter les cheveux de deffus les bilboquets.
- Dégager , c’eft aifembler plufieurs portions de cheveux décordés.
- Dessus de tête, plufieurs rangs de trefles courtes & légères, qu’on coud au fommet de la tête.
- Dessus de boucle, plufieurs rangs de treilè qu’on coud au-delfus de ia grolfe boucle aux perruques nouées & quarrées.
- DÉtêter , c’eft féparer pour premier©
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- 48 ART DU P ,
- opération les cheveux qu’on va préparer , en petites portions qu'on lie d’un fil à mefure qu’on les a féparés.
- Devant de tête , une ou deux tref-fes très-courtes, qu’on coud tout autour du front jufqu’aux échancrures.
- Devants, cheveux trelfés fur un ruban ou fur une portion de coëffe, pour garnir le devant de la chevelure des femmes.
- Distribuer, c’eft arranger le tout enfemble d’une perruque, pour donner à la frifure la forme qu’on defire, foit en boucles, ou en peigné, &c.
- Douche, eau chaude qu’on verfe de haut dans un tuyau qu’on dirige fur la partie malade de celui qui la reçoit.
- Échancrure , eft l’endroit où on coud le ruban à monter au haut de la tempe, pour le faire enfuite defcen-dre le long de la joue.
- Effiler , c’eft rendre en coupant avec les cifeaux , les cheveux naturels moins garnis; on coupe de même avec la pointe des cifeaux plufieurs cheveux aux rangs de treiîes quand la perruque parait trop épaiife : c’eft aulîi rendre inégaux de la même façon les cheveux plats des plaques qui garniffent le derrière de plufieurs efpeces de perruques, afin qu’ils ne falfent pas la vergette. Il y a encore une façon de les effiler avant de les mettre en place, expliquée dans le
- , corps de l’ouvrage.
- Étager, c’eft rendre, en fe fervant des cifeaux, les cheveux naturels de deflus plus courts que ceux d’au-defi-fous ; c’eft auiïi faire fuccéder petit à petit en treifant, les cheveux longs
- , aux courts, ou les courts aux longs. Etau , inftrument de fer dont on fe
- 'RR U QU T E R.
- fert pour contenir-les affemblages de cheveux, quand on veut les tirer pour les féparer en plufieurs por-, tions.
- Étoile, trelfes de cheveux au milieu du front d’une perruque, dont on dirige la frifure en deux portions qui fe regardent, & repréfentent le deflin d’un cœur dont le milieu fe-, rait vuide.
- Étuve, ouvrage de boilfelier imitant un tonneau debout fans fond, ayant un couvercle en-haut, & plus bas un treillage de fil-de-fer, fur lequel on étend les bilboquets fortant de la chaudière , pour en fécher les cheveux au moyen d’une poêle de pouf-fiere de charbon allumé qu’on met en-bas.
- F
- Faire la barbe, c’eft la couper avec un rafoir, après l’avoir humedtée avec de l’eau de favon ou une favoa-nette.
- Faire les cheveux, c’eft leur donner une forme régulière & agréable, en retranchant avec les cifeaux leurs inégalités.
- Faire la tète , c’eft la rafer entièrement.
- Fer , efpece de tenailles de fer, avec lequel étant chaud , on preffe les papillotes pour alfurer la frifure & la rendre durable.
- Fer a passer , inftrument de fer qui fert au perruquier, pour qu’étant modérément chaud & appliqué au défaut des trelfes coufues, il rende le cheveu ferme & folide.
- Fer a toupet, efpece de longs cifeaux, auxquels au lieu de lames, font deux longues branches de fer, l’une ronde, l’autre creufée en gouttière, dans laquelle la première fe loge;
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- -loge; on prend entre ces deux branches, le fer étant chaud, le toupet des cheveux naturels, pour le ren-verfer & tourner fa frifure vers le fommet de la tète.
- Fil de pêne, fils longs qui fervent aux tilferànds pour tendre leurs métiers ; les perruquiers les emploient en diverfes occafions.
- Fil en trois , fil de lin en trois brins , avec lequel les perruquiers coufent les rangs de trelfe à la coelfe.
- Fond de bain,,drap de toile blanche dont les baigneurs couvrent les baignoires en entier, tant en-dedans qu’en-dehors.
- Frisure , fe dit des cheveux naturels : quand au moyen de la papillote & du fer, ils reftent tournés fur eux-mèmes, alors ils font frifés. La frifure de la perruque eft la même chofe, excepté qu’ayant préparé fans l’aide du fer les cheveux qui doivent eompofer une perruque , ils reftent frifés beaucoup plus long-tems que les naturels.
- G
- Grosse boucle en tire-bouchon, piece qui ne fe met qu’aux perruques nouées & quarrées ; fa place eft derrière ces perruques au milieu du bas, & pend fur la nuque du col; elle eft toujours de pur crin.
- Gr uau , farine très-légere qui retombe dans l’aire des moulins lorfqu’ils travaillent ; on s’en fert pour dégrailfer les cheveux deftinés à la perruque.
- H
- Houppe , aflèmblagc de nombre de gros brins de foie qui terminent les étoffes de foie ; on les lie enfemble en rond j on enfonce cette houppe dans la poudre dont elle fe remplit ; puis on la fecoue au-deflus des che-Torne XIV.
- veux enduits d’elfence ou de pommade : la poudre qui s’en détache les blanchit.
- L
- Lisse (le),cheveux longs& droits qui fe couf--nt à la coélfe, & occupent tout le derrière de la perruque en bourfe , on les renferme dans la bourfe.
- M
- Marmot, c’eft Penfeigne des perruquiers en vieux; ils appellent ainft une vieille tète de bois fur laquelle ils clouent une très-vieille perruque, & mettent le tout fur le rebord de leurs boutiques pour leur fervir d’enfeigne.
- Meches , petites portions de cheveux que le perruquier fait & lie chacune à part à mefure qu’il dégage. Voyez Dégager.
- Métier, inftrument de bois fur lequel on tend les foies qui fervent à trelfer le cheveu.
- Mettre au dégras, c’eft faupou-drer le gruau fur les portions de cheveux qu’on vient de détèter.
- Mettre au fer , c’eft prelfer avec le fer chaud toutes les papillotes d’une chevelure.
- Mettre aux fils, c’eft rouler les b ucles d’une perruque, & arrêter chacune avec du fil.
- Mettre a l’indigo , c’eft tremper les cheveux blancs dans une forte eau d’indigo pour leur donner un œil bleuâtre.
- Mettre en papillotes, c’eft rouler les cheveux naturels & renfermer chaque boucle dans du papier, de peur qu’elle ne fe déroule.
- METTRELA PREMIERE POUDREàune perruque, c’eft y appliquer le premier enduit d’elfence & de poudre.
- G
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- ART D ü PER R ü QU T E R.
- P
- Mettre en suite, c’eft enfiler ensemble les portions de cheveux, à mefure qu’on les fépare du tas.
- Mesures en papier, nombre de lignes parallèles l’une fous l’autre , qu’on fait à l’encre fur des morceaux de papier, pour indiquer aux trefi-feules les rangs de trelfes qu’elles.’ont à exécuter pour la garniture entière d’une perruque.
- Mitaine de baigneur , efpece de mitaine de toile, dans laquelle tous les doigts font renfermés , & qui fe noue au poignet; le .baigneur s’en Sert pour fes fri étions.
- Monter la perruque, c’eftencom-pofer la monture.
- Monture, eft l’arrangement fur la tête de bois, des rubans, réfeaux,
- '• étoffes., &c. qu’on fait tenir enfem-ble par des coutures, ce qui forme une efpece- de calotte légère,fur laquelle on coud enfuite tous les cheveux d’une perruque. Il s’en fait de piufieurs fortes. La monture pleine eft celle qu’on conduit jufqu’au-def fous des oreilles qu’elle enferme. La monture à oreilles eft celle qui laifïe les oreilles à découvert: celle à demi-oreilles en cache le haut, & lailfe le bas à découvert.
- N
- NcEUDS,pièces particulières àla perruque nouée : ce font deux aifemblages de longs cheveux qui pendent derrière cette efpece de perruque de chaque côté de la grolfe boucle; on re-
- ' ïeve chacun par un nœud (impie.
- P
- .Papillote, petit morceau de papier coupé en triangle, avec lequel on enveloppe & on ferre les portions de cheveux qu’on roule fur eux-mêmes pour les frifer.
- Papillote tortillée eft celle qu’on emploie pour la frifure des cheveux très-courts; on tortille dans les doigts en long une petite laniere de papier, on la tourne avec le cheveu, puis raffemblant les deux bouts du papier, on les tortille enfemble, en-fuite on couvre le tout d’une papillote ordinaire.
- Paquets; on nomme ainfi les portions de cheveux préparés & prêts à treffer.
- Passée, quantité plus ou moins grande de cheveux préparés qu’on tire d’un paquet pour la trelfer tout de fuite.
- Passer au fêr , c’eft faifir avec la tète du fer à frifer tout chaud, chaque papillote l’une après l’autre ^ pour faire tenir la frifure en deffé-chant le cheveu.
- Passer sur le cuir, c’eft couler la lame du rafoir à piufieurs reprifes fur un cuir préparé-, afin de le faire couper doux.
- Pâté, enduit de farine de feigle en forme de croûte de pâté, dont on enveloppe les cheveux attachés aux bilboquets, pour enfuite les mettre au four afin d’en affermir la frifure. Peignes de perruquier ; ces peignes font partagés en deux différentes proportions de dents; d’un bout à la moitié les dents font plus groffes & éloignées, & de là jufqu’à l’autre bout plus fines & ferrées ;.eeux pour femmes n’ont qu’une moitié err dents , l’autre n’eft compofée que d’un manche ou queue.
- Petit Seau, inftrument de baigneur * il eft rond, de cuivre étamé en-dedans, il peut contenir deux pintes „ il a une anfe ; il fert à mêler ensemble dans le bain les eaux chaudes & froides» à ôter de l’eau , &c~
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- ART DU PERRUQUIER. fi
- PiERRE A RASOIR » efpece de pierre polie, dont le grain eft très-fin ; elle fertavec un peu d’huile à affiner le tranchant des rafoirs en les coulant delfus à plufieurs reprifes.
- Plaque , treffes de cheveux longs, plats & ondes par la pointe, dont on garnit tout le derrière de la tète de certaines perruques.
- Pointe , on appelle la pointe du cheveu le bout qui en termine la longueur.
- Pommade forte , on la fait en mêlant un peu de poudre dans la pommade.
- Poudre , préparation de certaines farines qui, répandues fur les cheveux, leur donnent un œil blanc.
- Poupée , tête de carton grande comme nature , fur laquelle on accommode les perruques des femmes.
- Préparer la perruque , c’eft travailler le cheveu jufqu’à ce qu’il foit trelfé.
- a
- Quarrure, c’eft les deux derrières de la perruque quarrée, formés par les derniers corps de rangs croifés, que l’on tient longs, étagés & fri-fés ; ils accompagnent la grolfe boucle, & tombent au-delà quarrément fur J es épaules.
- Queue de veau , de genilfe, &c. On mêle quelquefois parmi le crin de cheval celui du fanon de la queue des geniffes quand il fe trouve affez fort, & on s’eft avifé de nommer perruques de queue de veau celles qui font entièrement de crin.
- R
- Rafraîchir sur le doigt, fe dit lorfque tendant l’index de la main gauche, on amene deffus les boucles, foit des cheveux naturels ou de la
- perruque, & qu’enfuite en coulant les cifeaux le long de ce doigt, on en coupe les pointes qui dépaiient, afin d’égalifer les cheveux par leurs extrémités.
- Rangs , on nomme ainfi les trelfes quand elles font coufues les unes au-deifus des autres.
- Rasoir , inftrument d’acier deftiné à trancher au raz de la peau la barbe», la tête, &c.
- Réglé a étager , réglé de bois marquée par des lignes efpacées qui fervent à melhrer les différentes longueurs de cheveux des paquets avant de les trelïèr.
- Repasser la barbe, c’eft la mouiller une fécondé fois pour y repalfer le rafoir, afin qu’elle foit coupée au plus près qu’il eft polîible.
- Repassér sur la pierre. F. Pierre a rasoir.
- Réseau , on nomme ainfi une elpece de petit filet rond fait exprès, qui fait partie de la monture des perruques.
- Ruban A monter , c’eft du ruban de foie ou de fil & foie, avec lequel on forme le bord de la monture.
- Ruban a couvrir , celui-ci eft toujours fil & foie & bien plus large que le précédent, on l’attache en croix par-deflus le réfeau pour affermir la monture.
- S
- ,Sac A poudre, petit fac de peau de mouton, dans lequel on met de la poudre pour la tranfporter hors de la boutique.
- Sandales de bain, elles font à femelles & talons de bois , doublées en-dedans de futaine, ainfi que leurs étriers; elles fervent à mettre les pieds à nu pour palfer du bain à l’étuve, ' Gij
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- fz A R T D U P E R R U QU 1 ER.
- & réciproquement.
- Serran, groffe carde ; on enfonce en premier Jieu dedans , les cheveux pour commencer à les débrouiller. T
- Taper , c’eft repouffer fur eux-mêmes avec le peigne les petits cheveux fri-fés, pour leur donner l’apparence de cheveux crêpés rcetaccommodagefe fait plus communément aux femmes qu’aux hommes.
- Tête de bois , eft celle que le perruquier fait faire au fculpteur fur la mefure qu’il a prife fur la perfonne qu’il doitcoëffer, afin de conftruire deffus les perruques qu’il lui fera.
- Tête a perruque , elle eft de bois comme la précédente ; on l’enfonce fur le haut d’un bâton rond debout, long de quatre pieds & demi, ou environ, planté fur un pied en croix ; c’eft fur cette tête qu’on pofe la perruque chaque fois qu’on veut l’ac-commoder.On en a imaginé une autre bien plus commode, qu’on nomme à coulijje , parce que le bâton qui la fou tient s’enfonce à volonté dans un trou profond , percé au milieu d’un morceau de bois attaché à un pied en croix pareil au précédent, au haut duquel eft un écrou & une vis de bois qui ferre le bâton de la tête à la hauteur qu’on veut ; ce qui fait qu’on peut à fa volonté accommoder & arranger la perruque aflis ou debout.
- Tête du cheveu, c’eft l’extrémité des cheveux qui tenait immédiatement à la tête de la perfonne à qui on les a coupés.
- Toupe, ramaiïis de bouts de cheveux de rebut, qui, pétris dans les mains, deviennent un maffe folide , à laquelle on donne l'épaiffeur & la forme néceffaire pour être placée fous le retrouftis du chignon des femmes, afin de lui prêter de l’épaiffeur quand il eft trop peu garni.
- Toupet. Il y en a de deux fortes : le toupet des cheveux naturels , on appelle ainfi les cheveux relevés fur le milieu du front : le toupet de la perruque ne fe fait qu’aux perruques nouées & quarrées ; c’eft un efpace affez étendu de cheveux plats, qui occupe à ces perruques le milieu du derrière de la tête.
- Tour , c’eft un ruban fur lequel font coufus des rubans de treffes étagés ; on le ferme , il fait- tout le tour de la tête par les côtés ; on l’ajoute & on le confond avec les cheveux naturels des hommes quand ils font trop peu garnis.
- Tour de tonsure, fe fait uniquement aux perruques d’abbé; c’eft un rond coupé dans la monture, qui imite la couronne des prêtres.
- Tresse, c’eft un entrelacement de cheveux paffés entre trois foies tendues fur le métier ; il s’en fait de deux fortes : les unes font étagées, c’eft - à - dire, de cheveux fucceflive-ment de longueurs différentes ; les autres que l’on nomme trejfes à l'aune , fe font depuis un bout jufqu’à l’autre avec des cheveux toujours de même longueur.
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- ART
- DU TAILLEUR,
- Contenant le Tailleur d’habits d’hommes, les Culottes de peau, le Tailleur de corps de femmes & enfans, la Couturière, & la Marchande de modes.
- Par M. de Garsault.
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- DÛ TAILLEUR.
- «tov. j-a.ij.gj. g '*££&= -•*•=- --- e»
- AVANT-PROPOS.
- il ’art de fê vêtir, dont l’origine eft de toute antiquité, eft certainement un des plus eflentiels au genre humain ; aufîi en eft-on pleinement convaincu : c’eft pourquoi, en eflàyant de le décrire ici, il feraitfuperflu de commencer par s’étendre fur fon utilité & fes avantages j on dira feulement que le but des nations a d’abord été de dérober à la vue l’entiere nudité, & en même tems de garantir le corps des -attaques de l’air ÿ & que de la néceilité de fe couvrir, on eft parvenu, à la grâce des vête mens fous des formes différentes , à la diftinclion des peuples, & parmi chacun, à celle des différens états & conditions i ce qui a donné lieu à la parure & à la magnificence , principalement chez les nations policées.
- 2. Comme ce traité eft entrepris par un Français, fous les aufpices de l’académie des fciences de Paris, il croit devoir donner ici par préférence l’idée des habillemêns de la nation , tant anciens que modernes. Notre goût naturel fur cet article eft connu dans tout le continent ÿ & 11 l’art du tailleur Français, ainli que ceux qu’on y a joints, font bien conduits, on ofe fe flatter que leur defcription acquerra le mérite que lui aura donné la nation même.
- 3. Dans les commencemens de la monarchie, les ouvriers qui faifaient l’habillement, fe nommaient tailleurs de robes, attendu qu’à l’exemple des Romains,‘ nos vètemens étaient des robes plus ou moins longues. Ces ouvriers furent érigés en corps de communauté fous ce titre par Philippe IV , dit le Bel » qui leur donna des ftatuts en 1295. Dans l’intervàlle de ce tems, jufqu’au
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- si ART D U T A T LL EU JR, gfft
- régné de Charles IV, fuccéderent infenfiblement aux robes plufieurs efpeces de veftes, par-deflus lefquelles on mettait des manteaux plus ou moins longs- Ces veftes fe font appellées des pourpoints. En conféquence, fous ce dernier roi, les ci-devant tailleurs de robes reçurent des lettres patentes & de nouveaux ftatuts en 13 23 , fous le titre de maures tailleurs pourpointiers.
- 4. On voit dans les ftatuts des cordonniers , la permiflion à eux accordée dei faire les collets des pourpoints. Apparemment qu’au tems de cette permiflion , les collets étaient de cuir.
- Les maîtres pourpointiers ne vérifiaient que le corps proprement dit; il y avait d’autres ouvriers qui conftruifaient l’habillement de la ceinture en-bas , comme haut & bas de chauffes , caleçons, &c. Ces derniers furent érigés en corps de maîtrife en 1346 par Philippe VI, dit de Valois , fous le titre de maîtres chaujfetiers. Ils fubfiftent encore en partie fous celui de bourfiers culot, tiers j mais ceux-ci ne travaillent qu’en peaux chamoifées.
- 6. Enfin ces différens métiers furent heureufement réunis en un feul corps par Henri III en I f 88, fous la dénomination de maîtres tailleurs d'habits, avec pouvoir de faire tous vètemens d’homme & de femme , fans aucune exception. Ceux-ci fe font volontairement partagés en deux branches, dont L’une s’adonnait entièrement aux habits d’homme & de femme, l’autre à ne faire que les corps & corfets des femmes & enfans, avec quelques vètemens qui s’y joignent. Cette fécondé branche n’a fubi aucun changement; mais Louis XIV, dit le Grand, ayant jugé à propos d’ôter à la première la faculté de faire les habits de femmes, créa en r67f un corps de maîtrife féminin fous le titre de maîtrejjes couturières, auxquelles il donna pouvoir de conftruire tous les vètemens de leur fexe.
- 7. L’ouvrier qui dans l’art dubourfier s’eft reftreint à conftruire des culottes de peau , bas & gants, a tant d’affinité avec celui qui les fait de toutes autres efpeces d’étoffes, qu’il ne doit pas paraître déplacé d’en expliquer la manufa&ure à la fuite de celle du tailleur d’habits pour homme ; d’autant plus encore , que celui-ci concourt avec le premier, étant permis à tous les deux de faire bourfes à cheveux & calottes.
- 8. Depuis plufieurs années quelques femmes de marchands merciers fe font donné le titre de marchandes de modes. Non-feulement comme mercieres elles vendent les rubans, gafes, réfeaux, & autres enjolivemens qui fervent à décorer les habits de femmes , mais elles deviennent les ouvrières de leurs mar-chandifes, les attachent & ajuftent ; de plus, elles font certains vètemens que les femmes mettent par-deflus l’habit ordinaire, raifon de les citer à la fuite de l’art de la couturière, pour expliquer la façon dont elles conf. truifent ces derniers vètemens.
- 9. En conféquence de tout ce qui vient d’être dit on- commencera par
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- une explication fuccinte, mais fufïifante, des habillemens français depuis Clovis jufqu’à notre tems : cette explication fera éclairée par plusieurs figures. Enfuite viendra l’art du tailleur d’habits d’hommes, terminé par la façon de la culotte de peau ; puis le tailleur du corps de femmes & enfans ; enfuite l’art de la couturière, & la marchande de modes pour la partie des vètemens qu’elle conftruit.
- 10. On verra que non-feulement à caufe de l’intime liaifon que ces arts ont naturellement enfemble en qualité de vètemens, mais encore par le peu d’étendue de la plupart, dont la partie la plus coniidérabîe eft celle du tailleur, il convenait mieux de les raifembler en un feul ouvrage , que d’en faire autant de petits traités féparés.
- 11. Pour parvenir à connaître mieux ce qui concerne les anciens habillemens français, on a eu recours à M. Jolly, bibliothécaire du roi, garde des deilins de fa bibliothèque de Paris , qui a eu la bonté d’en communiquer nombre de très-précieux fur cette matière. Pour tout le relie, on a confulté des artilles verfés & confommés dans leurs arts. Le fieur Bertrand, tailleur pour homme , rue Comtelfe d’Artois ; le lieur Carlier, bourfier-culot-tier , rue des Cordeliers, près de la fontaine ; le heur Vacquert , tailleur de corps pour femmes & enfans, rue S. Honoré , vis-à-vis l’opéra, chez un chandelier, à côté de la Tète noire ; madame Luc, ci-devant couturière de madame la princeifc de Carignan , rue Caffette, vis-à-vis la rue Carpentier ; mademoifelle Dubuquoy, marchande de modes , dans l’abbaye S. Germain-des-Prés.
- 12. On a p~eu profité d’ailleurs de quelques ouvrages qu’on a découverts, dont un imprimé en 1671 qui a pour titre : le Tailleur fincere, par Benoît Boulay, maître tailleur, au fauxbourg S. Germain, dédié à fa communauté. Ce livre eft compofé d’un avis très-court, qui renvoie le le&eur à 5-0 planches en taille-douce, qui contiennent 108 coupes d’habits pour tous états & conditions, jufqu’à un habit de pauvre , celui du pape , du grand Turc, &c. le tout fans aucune explication. Les habits de fon tems ne refTemblaieiit pas à ceux du nôtre : ainfî l’on ne peut pas tirer grand profit de ce livre } on citera feulement dans l’article de la coupe une remarque extraite de fon avis, qu’on a cru mériter quelque confidération.
- 13. En 1720, un particulier nommé Decay, préfenta à l’académie des fciences de Paris, une nouvelle maniéré de tailler un juflaucorps qu’il avait imaginé j fon juflaucorps n’était compofé que de fix pièces , au lieu de vingt-deux dont il dit que les habits étaient compofés de fon tems. Cette invention a des inconvéniens qui font caufe qu’elle n’a eu aucune fuite : elle eft inférée avec eftampe dans le quatrième tome des machines de l’académie.
- 14. En 1734 Parut un petit livre fous le titre de Tarif des marchands frip-
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- purs, tailleurs, tapijjîcrs, &c. propre à déterminer la quantité d’étoffe nécef-faire pour en doubler ou en couvrir d’autres; par M. Rollin , expert écrivain juré. C’eft une lifte dilpofée en colonnes , comme le livre des comptes faits de Barème, avant laquelle on voit une table qui peut fervir à mefurer la largeur des étoffes avec le pied de roi, dans le cas où l’on n’aurait point d’aune. Comme cette table eft courte, on la trouvera tranfcrite à Partiels des étoffes.
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- CHAPITRE PREMIER.
- De l'habit français.
- 1 f • C E chapitre eft deftiné à donner une explication abrégée des habits tant d’hommes que de femmes depuis Clovis jufqu’à préfent, relative à trois planches qui repréfentent leurs variétés fucceffives en trente-neuf figures ; mais il eft bon d’avertir que les quatre premières figures de la première planche font tout ce qu’on a pu trouver à cet égard pendant les neuf premiers fiecles de la monarchie, c’eft-à-dire, depuis l’année 480, tems où Clovis commença de régner, jufqu’à 1200 fous Philippe - Augufte. Peut-être n’y a-t-il point eu de variétés de modes dans ces tems éloignés parmi un peuple fauvage qui ne fongeait qu’à étendre ou à maintenir, fes conquêtes, finis fe piquer de tranfmettre à la poftérité les effigies des hommes remarquables parmi eux, & conféquemment leurs vètemens. Il n’eft pas même fùr que la figure A de la première planche, prife fur le tombeau de Clovis, n’ait pas été faite après coup.
- 16. La figure B paraît moins équivoque , parce que fon habillement approche beaucoup de celui du peuple romain. La figure C, qui eft celle d’un ïbldat, paraît encore halardée ; il eft à préfumer que l’habit des foldats Francs tenait beaucoup de celui des troupes romaines. La figure D eft de 1204 : fon vêtement, quoique ce foit celui d’une femme, approche fi fort de celui de Clovis, que l’on ferait tenté de croire que les femmes n’avaient pas changé de mode depuis fon régné jufqu’à celui de Philippe-Augufte.
- 17. Quoi qu’il en foit, on va procéder à l’explication de toutes les figures- des trois premières planches. Parmi les nombreux recueils qu’on a parcourus , 011 n’a exprimé que les variétés qui s’éloignent affez l’une de l’autre pour faire appercevoir des différences dignes d’être remarquées.
- Planche première.
- Premier rang. Fig. A, Clovis vêtu d’une longue robe a, toga, ferrée
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- par une ceinture b, {ona, de laquelle pend une bourfe ou efcarcelle c, crumena fcortea ; par-delfus la robe un manteau d y Lucerna, ouvert & attaché à chaque épaule avec un bouton ou une rofette. Les fouliers ouverts fur le coudepied.
- Fig. B, habillement de la nation imitant ceux des Romains. On apper-çoit la tunique a, tunica, par - deifus laquelle on voit le manteau à la romaine appellé chlamydes b b , dont le derrière & le devant fe joignent fur l’épaule droite c, & lailfent le bras droit libre ; d, efpece de brodequins.
- Fig. C, un foldat. Cette figure eft tirée de la Milice françaife du pere Daniel, auteur de l’hiftoire de France ; elle eftfaétice, étant compofée parties par parties de plufieurs auteurs anciens. qu’il cite.
- Fig. D, une femme- en 1204. a, tunique. £,robes c, manteau imitant celui de Clovis, d, elpece de coeffe ou voile.
- Second rang. Fig. E, un homme en 1285*. aa » robe à manches pleines. b y efcarcelle. cc, chaperon ou cappe. d, bonnet.
- Fig. F, foldat en 1^46, vers le tems de la derniere croifade. a, cafque. b b, cotte de mailles. c,la croix fur la poitrine s d, arme finguliere : elle a échappé aux recherches du pere Daniel.
- Nota. Pour tout le refte des figures, 011 n’indiquera plus que les fiecles dans lefquels les changemens font arrivés.
- Siecle 1500. Fig. G, une femme, a , tunique, b b, robe, c, bonnet haut & pointu s d, voile de gaze prenant de la pointe du bonnet & tombant juf. qu’aux talons, e, gaze accompagnant les côtés du vifage. ff, mitaines. Cet habillement pris à la fuite des croifades, parait avoir été fait à l’imitation de celui des femmes Turques.
- Fig. H, un homme, a a , tunique à larges manches, b , efcarcelle. cc, manipules doubles, ddy chaperon à longue queue.
- Fig. I, une femme, a, robe, b b, furcotte. c c, manipules Amples en-dehors.
- Siecle 1400. Fig. K, un homme, a a, pourpoint plilfé. b, fichu, c, toque. d d , pantalon, e, petits brodequins terminés par des fouliers pointus qu’on nommoit fouliers à la poulaine.
- Fig. L, un homme, aa , pourpoint avec un collet & plilfé. b b, manches pendantes du pourpoint, ouvertes au milieu pour palfer les bras, c, le poignard pendant à la ceinture par - devant. </, bonnet plat, e<?,fabots pointus à la poulaine.
- Fig. M, un homme. aa> pourpoint long,non plilfé,ayant un collet, & à manches ordinaires..b, efcarcelle pliifée. c, toque, d, bande venant de la toque relevée fur l’épaule, e, brodequins.
- Siecle ifoo. Fig. N, un homme, a, bonnet orné d’une plume par-de-
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- vant. b, pourpoint par-deifus une veffe lacée, c, un manteau long & traînant, à manches pendantes & ouvertes par-devant pour y pafler les bras. d, un pantalon ou chaulîes. e, des bottes molles ou brodequins.
- Fig. O , un homme, a a, pourpoint à courtes bafques. bb, petit manteau. cc, manches tailladées, dd, haut-de-chaulfes. ee, fouliers tailladés. f, toque avec une plume, g, petite fraife.
- Planche II.
- Fig. P, François premier, roi de France, ææ, pourpoint, b b, manteau. cc, manches tailladées, dd, chaudes, ce, jarretières, ff, fouliers de chambre tailladés, g, toque avec plumet.
- Fig. Q_, un homme, a, pourpoint boutonné, b b, petites bafques. c, collet fraifé. dd, petit manteau, ce, gregues .ff, bas-de-chauifes. g, toque à plumet. hh, fouliers découpés.
- Fig. R , un homme, a a , pourpoint à petites bafques. b b, manteau, c c, manches tailladées, d d, chauifes. c, fraife. f, toque à forme élevée, ornée de plumes.
- Fig. S , une femme en corps de robe, a, fraife. b b, panier, cc, jupe. dd, parement’, cc, manchettes./’, toque.
- Siecle iéoo. Fig. T, Henri IV, roi de France, aa, pourpoint à petites bafque. £Æ,trouifes. cc, fraife. dd, fouliers à grandes pièces, c, toque.
- Fig. V, un hçmme. a a, pourpoint à grandes bafques & à manches ouvertes. b b, culotte, cc, grand rabat qui couvre les épaules, d, bonnet à forme élevée. ee,rofettes aux fouliers.
- Fig. X,..une femme, aa, corps de robe, bb, manches ouvertes, cc, vertu-gadin. dd, collet monté, e, bonnet ou cornette à pointe rabattue.//, manchettes troulfées.
- * Fig. Y , Louis XIV, roi de France, a a, pourpoint, b b , rabat de dentelle à glands, cc, chemife. d, baudrier, c c, gregues. ff, perruque, g, chapeau orné, de plumes, 'hh, fouliers quarrés à talons hauts & à grandes rofettes. r Fig: Z , une femme, a, corps de robe, b b, bas de robe, c, jupe, d, coëffure en. cheveux, terminée par des rangs de rubans, e c, collerette de dentelle-Cette mode , excepté la coëifure , fubilfte encore chez le roi comme habit de-cérémonie , fous le nom de robe de cour ou grand habit il eft détaillé ci-après dans Partiel e du tailleur de corps.
- Siecle 1700. Fig. AA y une femme, a, manteau trouifé. b, jupon, c, coëf-fure haute à barbes, dd, falbala.
- Fig. BB -, une femme, a , coëifure haute à trois rangs, b b, parémens de Isa robe.. c c, robe traînante, djupon, c., falbala.
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- A R T DU TA I L L E U R, &c. Planche III..
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- Outre les figures entières de femmes , répandues dans ces trois planches, on en a trouvé, en parcourant les fiecles , pîufieurs autres qui méritent d’être remarquées ; & pour ne pas multiplier les figures entières, on en a formé un rang de buftes , dont le haut de cette planche eft décoré : celui qui eft marqué d’une croix eft d’une femme du fiecle 1:500; toutes celles marquées d’un gros point font de 14005 & les deux étoilées, de ifoo.
- Nota. On peut voir la coëffure aéluelle des femmes dans 1 '‘Art du perruquier.
- Fig. CC,un homme en juftaueorps, vefte & culotte, a, écharpe, b, cra-vatte paffée dans la boutonnière, c c, perruque, dd^ chapeau orné d’un plumet. ee, bas roulés avec la culotte, ff, fouliers quarrés par le bout & à talons hauts.
- Fig. D D, une femme en manteau trouffé & avec une coëffe & une écharpe, a, coëffe. b b b , écharpe, c c , jupe garnie de falbalas, d, éventail. Fig. EE, une femme, a a , coëffure en papillon, b b , panier.
- Fig. F F , un homme enveloppé dans un manteau.
- Nota. Le dernier rang de cette planche eft relatif au tailleur de corps, & à la couturière , ci - après.
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- C H A P I T R E IL
- L'art du tailleur d'habits d'hommes.
- Idée générale de cet art.
- 18. IL "OUVRIER qui exerce cet art, lequel confifte particuliérement à préferver le corps des injures de l’air, & par accelfoire à le décorer fuivant fes degrés d’aifànce , de dignité ou d’opulence : cet ouvrier, dis-je , 11e doit s’appliquer qu’à envelopper fon modèle animé, de façon qu’il puiffe fe mouvoir dans fon enveloppe fans gêne & fans contrainte ; & de plus , que fon ouvrage foit accompagné de toute la grâce dont il eft fufceptible ; enfin, qu’il en réfulte un tout enfemble agréable aux yeux, & le plus avantageux qu’il eft poflible à celui pour lequel il eft fait.
- I5L Ce n’eft nullement les vètemens que cet art a exécutés & peut confi truire par la fuite dans le monde habillé, qui font la fcience du tailleur > mais on doit être affuré que celui à qui les principes fondamentaux font familiers, & qui de plus ale çoup-d’œil jufte & gracieux, poffede fans difficulté le moyen fûr de réufîîr ; il devient même un homme rare , fi on y ajoute la probité. Ainfi, que le vêtement foit plus ou moins ferré, ample ,
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- pliffé , &c. s’il connaît la bonne 6c vraie maniéré de tailler, aflembler , coudre & monter toutes les pièces d’un vêtement quelconque, il ne s’agit plus pour lui que de lui donner toute l’élégance dont il eft fufceptible, en perdant préalablement le moins d’étoffe qu’il ferapoflible ; c’eft dans cette derniere circonftance que gît le talent fupérieur. Le tailleur donc qui fait exécuter avec précifion, grâce & épargne l’habit complet français , & on peut dire européen , qui eft le juftaucorps, la vefte & la culotte, comme étant le vêtement le plus compliqué, parviendra fans peine à conftruire toutes autres efpeces d’habillemens.
- CHAPITRE III.
- Des étoffes.
- 20. Il fe trouve tant d’étoffes de largeurs différentes , dont on peut faire des habits, que ce ferait perdre l’objet de vue , fi l’on entreprenait d’en faire ici la recherche & le détail -, il faut fe reftreindre à défigner les plus ufitées & leurs dilférens aunages.
- Pour les deffiis.
- 21. Etoffes de laine. Les draps font d’une aune, de cinq quarts, de quatre tiers de large. Les draps de Siléfle, la calmande,le camelot, le baraean, font de deux tiers de large.
- 22. Etoffes de foie , or & argent. Les velours , les moires, ptufîeurs taffetas & autres étoffes de foie, d’or & d’argent, ont près de demi-aune de large.
- Pour les doublures.
- 2-$. Etoffes de laine. Les toiles de coton ont une demi-aune ou environ de large. Le raz-de-caftor, le voile , la ferge ont une demi-aune de large.
- 24. Etrffes de foie. Les taffetas pour doublure ont deux tiers de large. Les ferges de foie, le raz-de-Saint-Cir ont une demi-aune de large.
- Table des aunages , réduits en pieds & en parties de pieds & pouces, tirés du Tarif du tailleur, pur M. Rollin.
- Une étoffe de 4 tiers fait pouces ou 4 pieds 10 § pouces.
- de f quarts f4
- de 4 quarts 43
- de 3 quarts 32
- de f huitièmes 27
- de demi-aune 21
- de f douzièmes 18
- de 7 feiziemes 19
- 4 6 jl pouces.
- J 7 | pouces.
- 2 8 | pouces.
- 2 3 sJ pouces.
- 1 9 | pouces.
- I 6 pouces.
- 1 7 4 ponces.
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- ' —^ ----L.-=-. „
- CHAPITRE IV.
- Les vêtemens français compris dans ce traité.
- 2f. 3Le juftaucorps, la vefte & la culotte compofent ce qu’on nomme 1 "‘habit complet : on les voit détaillés pi. f & 7, & en place,/?/. 4, fig. E.
- 26. Le fur-tout qui eft une efpece de juftaucorps.
- 27. Le volant, autre efpece, deftiné à mettre par-delfus le juftaucorps ordinaire , ou par-delfus le fur-tout.
- 28. La fraque, efpece de juftaucorps léger, nouvellement en ufage.
- 29. Le vefton, efpece de vefte moderne à bafques courtes.
- 30. La redingotte, efpece de manteau pris des Anglais, qui le nomment ridinchood, qui lignifie habit pour monter à cheval, dont nous avons fait le mot redingotte : on le voit détaillé pl. 8 ,fig. F F s & en place, pi. 4,7%. D.
- j 1. Le manteau : il fe met par - delfus l’habit 5 on le voit détaillé pl. 10, fig. I s & en place pl. 3 , fig. F F.
- 32. La roquelaure, efpece de manteau, pl. 8, fig. I.
- 33. La foutanelle qui eft le juftaucorps des eccléfiaftiques.
- 34. Le manteau court, efpece de petit manteau eccléfiaftique que les abbés mettent par-delfus la foutanelle5 on le voit détaillé/»/. 109 fig. Il) & en place, pl. 4,fig. H.
- 3 j”. La foutane , efpece de robe longue & traînante des eccléfiaftiques : on la voit détaillée pl. 8 , fig. III ; & en place, pl. 4, fig. I.
- 36. Le manteau long, efpece de manteau eccléfiaftique à queue traînantes on le voit détaillé pl. 11.
- 37. La robe de palais, robe longue & traînante qui fe met par-delfus le juftaucorps de tous les gens de juftice lors de leurs fondions j on la voit détaillée pl. 9 9fig. I s & en place , pl. \,fig. G.
- 38. La robe-de-chambre, robe longue qu’on met en fe levant & après s’être déshabillé ; on en voit de deux fortes, détaillées pl. 9 9fig. II & III.
- 39. La camifole eft, pour ainfi dire, une vefte de delfous qu’on met fou-vent immédiatement fur la peau : il s’en fait à manches & fans manches j cette derniere fe nomme un gilet.
- CHAPITRE V.
- Inftrumens du tailleur.
- 40. Çomme toute la manufadnre du tailleur ne confifte qu’à tracer, couper & coudre, il 11’aurait befoin que de craie, de cifeaux D, d’un dé à
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- coudre, d’aiguilles, de fil & de foie, fi ce n’était qu’en faifant ces opérations, il ne peut s’empêcher de corrompre & chiffonner un peu les endroits qu’il travaille -, c’eft pourquoi,afin de les remettre à l’uni, d’applatir fes coutures,& de remettre l’étoffe dans Ton premier luftre, il eft obligé de faire une efpece de repaiiage au moyen du petit nombre des inftrumens (divans.
- 41. PL 6, A, le carreau. C’eft, pour ainfi dire ,1e feul infiniment nécef-faire ; les autres ne font qu’auxiliaires : il eft entièrement de fer, plus grand & du double plus épais qu’un fer à repaffer; il eft quarré par un bout, & terminé en pointe par l’autre s il a une poignée qui n’eft point fermée par-devant.
- 42. Le carreau s’emploie toujours chaud ; on 11e doit le chauffer que fur de la braife , prenant bien garde qu’il ne s’y trouve point de fumerons ; il ne faut pas trop le chauffer, on eflaie fon degré de chaleur en l’approchant de la joue, ou bien en le paffant fur un morceau d’étoffe qu’il ne doit pas rouflir lorfqu’il eft au degré convenable.
- 4?. Comme tous les inftrumensfuivans, au nombre de quatre, font défi-tinés à aider le travail du carreau, leur ufage , conjointement avec le lien, va fuivre leurs defcriptions.
- 44. La craquette B eft un infiniment totalement de fer; celui qui eft re-préfenté ici eft quarré, au milieu de chaque face eft une rainure : on fait des craquettes en triangle ; à celles-là les rainures coulent le long de chaque angle : la craquette s’emploie toujours chaude, mais moins que le carreau.
- 4f. Le billot C eft un infiniment de bois plein, de 4 pouces d’épaiffeur , de 6 pouces de haut, & de 9 à 10 pouces de long.
- 46. Le paffe-carreau n’eft différent du billot, que parce qu’il eft.du double plus long.
- 47. Le patira EE eft de laine; c’eft le tailleur même qui le conftruit en coiffant l’un à l’autre de groffes lilieres de drap, dont il forme un morceau quarré d’un pied & demi ou environ : on peut en faire un fur - le - champ d’un morceau d’étoffe ; mais le meilleur eft de lifieres.
- 48. L/fagi des injlrumens. i°. Le grand ufage de la craquette eft pour les boutonnières : on les pofe fur fes rainures, & preffant la pointe du carreau à l’envers de la boutonnière le long de fon milieu, fes côtés s’uniffent & fe relevent. 2°. Le billot fert à applatir les coutures tournantes , & le paffe-carreau à applatir pareillement les coutures droites & longues. On les pofe fur ces inftrumens , & 011 les preffe à l’envers avec le carreau : il fert encore de la même façon à unir toutes les coutures des rabattemens de la doublure avec le deffus. 30. Le patira fert à unir les galons après qu’ils font cou-fus 5 on met deffus l’étoffe galonnée, le galon en-deffous, du papier entre
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- te galon & le patira, 8c on preffe le carreau à l’envers ; mais aux galons de livrée veloutés, on ne met point de papier, de peur de glacer le velours.
- 49. Nota. Aux draps feuls , afin de conferver leur luftre aux endroits des coutures , il faut, auffi-tôt qu’on a levé le carreau , appuyer fon bras à plat for la couture, & l’y laiifer jufqu’à ce qu’elle foit refroidie, parce que la chaleur du carreau pompe une humidité enfermée dans l’apprèt du drap, qu’on empêche par cet expédient de s’évaporer.
- f.o. Le bureau. Les tailleurs nomment ainfi la table quelconque, fur laquelle ils tracent & taillent leurs étoffes.
- S1- L'établi eft la table fur laquelle ils coufeiit & travaillent aflis à plat, les jambes croifées.
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- CHAPITRE IV.
- Des points de couture.
- CI/OMME la connaiffaiice des différens points de couture efi: effentielle aux tailleurs, on va tâcher de les détailler ici le plus intelligiblement qu’il fera poffible , en les accompagnant de figures quipuiffent aider à les faire comprendre. La figure de chacun eft deiïïnée fur trois faces, au bas de la pl. f : l’une repréfente l’épaiffeur des étoffes vues de face & un peu éloignées l’une de l’autre , pour faire appercevoir le chemin que le point parcourt j l’autre fait voir l’apparence des points ferrés du côté où l’on coud i la troifieme montre le, même point vu par-delfous.
- Points Jimples.
- fj. 1. Le point devant. Piquez les deux étoffes du haut en-bas & du bas en-haut toujours également fans vous arrêter , a déifias, b deffous.
- 5-4. %. Le point de côté. Après avoir piqué les deux étoffes de bas en-haut , ramenez par-dehors le fil en-deffous ; continuez toujours de même i quand le deffous dépaffe, on pique au travers, c déifias, d deffous.
- ff. %. V arriere-point ou poinuarriere. Les deux étoffes piquées de bas en-haut , repiquez de haut en-bas, au milieu du point en-arriere, & toujours ainfi d’un feul coup de main, fans changer l’aiguille de fituation & fans vous arrêter , e deffus, f deffous.
- $6. 4. Le point lacé. Il fe travaille comme le point arriéré, excepté qu’il fe fait en deux tems \ quand vous êtes revenu en-haut, vous ferrez le point ; puis retournant l’aiguille la pointe en-bas, vous repiquez en-arriere comme
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- au précédent j celui - ci eft le plus folide des points iîmples, g deffus, h deiîous.
- Points à rabattre & de rentraiture.
- 5*7. On appelle points à rabattre & de rentraiture, ceux dont on fe fert quand,’ après avoir joint deux étoffes enfemble par leurs bords à l’envers avec un point fimple , & les avoir retournées à l’endroit tout le long de ladite couture,, on s’en fert pour ferrer les deux retours l’un contre l’autre 3 ce qui rend la joncftion des pièces extrêmement folide.
- f 8. Le point à rabattre fur la main. Piquez de haut en-bas , puis de bas en-haut, toujours en-avant, les points près à près, & à égale diftance $ i deffus, m deffous.
- f 9. 6. Le point a rabattre fous la main. Il fe fait comme le précédent, excepté qu’ayant percé l’étoffe fupérieure, vous allez par - dehors piquer l’étoffe inférieure au travers 3 puis vous les percez toutes deux en remontant: on fe fert de ce point pour coudre la doublure au-deffus quand il la dépalîe 5 k deffus, n deffous.
- 60. 7. Le point à rentraire. Ce point s’exécute comme le point à rabattre fur la main j mais il fe fait en deux tems comme le point lacé en retournant l’aiguille : avant d’employer celui-ci, on coud , comme il eft dit ci-deffus , les deux envers avec quelqu’un des points fimples 3 puis on retourne la piece à l’endroit, & tirant de chaque main pour découvrir où eft la couture, on ferre avec ce point les deux retours l’un près de l’autre. Les points doivent être très - courts & prendre très-peu d’étoffe, pour s’y confondre de façon qu’à peine puiffe-t-on les appercevoir ; l deffus , 0 deffous.
- 61. Le point perdu. Suivez le même procédé qu’on vient de donner pour rentraire ; vous ferez ici le point arriéré, qu’à peine doit-on appercevoir: c’eft ce qu’on nomme dans ce cas le point perdu.
- 62. Nota. Le point de rentraiture eft celui qu’on fait aux draps, à la ratine & autres étoffes qui ont de la confiftance 3 & aux étoffes de foie légères , comme la luftrine , le camelot de foie , &c. on fe fert du point perdu. Le numéro 8 eft relatif à la couturière 3 on y renverra quand on traitera fon art ei- après.
- 6 j. Les points qui forment les boutonnières. Toute boutonnière n’eft pas conftruite par le tailleur : il s’en fait de diverfes façons, foit en galon, en broderie, &c. qu’il ne fait qu’elpacer & coudre 3 mais quand il les forme lui-même, il fe fert de trois fortes de points : d’abord il trace fa boutonnière avec deux points longs & parallèles r, qu’il nomme points coulés ; ces deux points deffment, pour ainfi dire, la boutonnière, & c'eft leur difpofition qu’il appelle La pajfe ; il enferme la paffe d’un bout à l’autre dans ce qu’il
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- nomme le point de boutonnière, & finit par les deux brides, une à chaque .bout par trois petits points coulés près à près, qu’il enferme enfuite dans une rangée de points noués.
- 64. Le point de boutonnière t fe pique de delfus en deflus le long de la pafle, fe releve enfuite un peu en arriéré & d’équerre à la paife ; l’aiguille ayant repercé en-deffus, on la fait entrer avant de ferrer, dans l’efpece d’anneau que la première piquure a formé le long de la paife, ce qui fait un nœud qui prend la paife en fe ferrant ; on continue ainfi jufqu’à ce que toute une paife foit couverte de nœuds y on les travaille ainfi toutes deux ; il ne s’agit plus que de faire une bride à chaque bout.
- 6f. Pour faire la bride, 011 commence par trois petits points coulés près à près du fens des points de boutonnière j puis on les enveloppe avec le point de bride, qui eft une elpece de point noué tel qu’on peut le comprendre par la figure S. Ce point 11’entre pas dans l’étoffe, il ne prend que les trois points coulés.
- CHAPITRE VII.
- Prendre la mefure.
- ïc 1 commence le travail du tailleur. L’habit complet confinant, comme on a déjà dit, en juftaucorps, vefte & culotte, il eft nécelîaire que ces trois parties foient proportionnées à celles du corps qu’elles doivent couvrir : il faut donc prendre les mefures de chacune fur la perfonne pour laquelle elles doivent être faites ; c’eft la première opération du tailleur ; elle s’exécute avec des bandes de papier larges d’un pouce, & coufues bout à bout jufqu’à la longueur fuffifante, ce qui s’appelle une mefure.
- 67. On porte fucceffivement cette mefure depuis le bout qu’on a déterminé être celui d’en-haut par une hoche qu’011 a faite à fon extrémité aux endroits dont on doit connaître les dimenfions, foit en longueur, foit en largeur ; on marque chacune fur la mefure par un ou deux petits coups de cifeau. Le tailleur doit reconnaître par la fuite toutes ces hoches & entailles ; un peu d’habitude y parvient aifément.
- 68. Dans le tems que le tailleur prend la mefure , il doit encore obferver ce qu’il ne peut marquer fur le papier ; c’eft la ftruéture du corps, comme les épaules hautes ou avalées, la rondeur & la tournure du ventre, la poitrine plate ou élevée , &c. afin de tailler en conféquence. A l’égard des défauts de conformation, fon art eft de les pallier par des garnitures, foit de toile, de laine, de coton, &c, Pour les plus confidérables , on taille an
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- prorata une houette gommée , on l’ouvre en deux, & on la garnit de crin à matelas.
- Mefures en papier.
- 6y. PL 7, fig. VI. a, grofleur du bras. £, quarrure du derrière, c, quar-rure du devant. J, longueur jufqu’au coude, e, longueur du bras./, grof-feurdu milieu du corps, g, grofleur du haut, h, grofleur du bas. i, longueur delà taille. /, hauteur de la poche de la vefte. /7z, hauteur de la poche de l’habit, /z, longueur de la vefte. o, longueur du derrière de l’habit, p, longueur du devant de l’habit, q, grofleur de la culotte au genou, r, grofleur au milieu de la cuifle. 5, grofleur au haut de la cuifle. t, grofleur de la ceinture. u, longueur de la culotte.
- 70. Nota. Quoique toutes ces mefures fe marquent toujours fur la meme bande-de papier, celles de la culotte feulement ont été mifes dans la planche. fur une fécondé bande , pour éviter la confufion.
- 71. Il a paru convenable, pour éclairer davantage cette opération , delà tranlporter lür le fujet même ; c’eft pourquoi l’on a deffiné les trois figures ABC, pi. 4, fur lefquelles les mefures font marquées aux endroits où le tailleur les prend.
- 7 2. PL à^^fig. h, pour le jufiaucorps. a, quarrure de derrière, b b, quarrure de devant, ce, grofleur du haut du corps.g, grofleur du milieu du corps paflant fous les bras, h, grofleur du corps, d, grofleur du bras, t e, longueur du bras jufqu’au coude. ff9 longueur de tout le bras, m m, longueur de la taille, i i, longueur jufqu’à la poche du juftaucorps. /, longueur du devant du juftaucorps. p, longueur du derrière du juftaucorps.
- i 73. Fig. B, pour la vefie. Les mefures fe prennent comme pour le juftaucorps, mais un peu plus jufte pour la vefte dans toutes fes proportions; c’eft-à-dire, qu’au juftaucorps on ne porte la mefure que jufqu’au bout des boutonnières en-devant, & que les mêmes mefures doivent aller jufqu’au bord de la vefte ; il ne refte plus qu’à prendre fa longueur jufqu’à la poche. o, longueur de la vefte. n, longueur jufqu’à la poche.
- 74. Fig. C, pour la culotte. y, le tour de la ceinture, r, le haut de la cuifle. s, le milieu de la cuifle. la grofleur au genou, u, la longueur de la culotte.
- CHAPITRE VIII.
- Tracer fur le bureau.
- 7f. Avant de décrire la maniéré de tracer à la craie, & de tailler tout vêtement, il eft bon d’obferyet préalablement que,parmiles-étoffes qui.fer-
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- Vent à Pîiabillem'ent, plufieurs étant de largeurs' différentes, on pourrait être embarrairé de favoir la quantité d’aunes que l’on doit employer, fi l’on n’avait pas une réglé générale de proportion , de laquelle on puifle partir pour connaître ce qu’il faut d’étoffe de plus ou de moins fur la longueur, relativement à fa largeur. Cette réglé eft tirée du livre de Benoît Boulay, dont il eft parlé dans l’avant-propos. Il dit que “s’il manque deux doigts ou environ, c’eft-à-,, dire, un pouce & demi fur une aune de large, ce fera une diminution d’un „ demi-quart fur trois aunes5 qu’ainfi, fi on a befoin de trois aunes de long fur „ une aune de large, & que l’étoffe ait un pouce & demi moins de l’aune fur „ fa largeur, on fera obligé de rapporter ce pouce & demi fur la longueur , „ & de prendre trois aunes demi-quart de long ; enfin il faut ajouter en Ion-„ gueur cè qui manque en largeur. „
- 76. Le tailleur étant muni de fa mefure & de l’étoffe qu’il va employer, commencera, fi c’eft du drap , par en arracher les lifieres ; enfuite il l’étend fur le bureau, & le plie bien exactement en deux fur fa longueur ; fi c’eft une étoffe étroite, il la plie en deux moitiés fur fa largeur; ainfi il a toujours l’étoffe double ; il trace fur celle de deffus, & coupe toutes les deux du mèmç coup de çifeau.
- 77. Il eft bon qu’il ait plufieurs modèles en papier de différentes tailles & groffeurs, jufqu’à la hauteur delà patte feulement, ce qui l’aide beaucoup pour tracer le corps de l’habit : quand il en a choifi un qui aille à peu près à fa mefure , il l’applique fur l’étoffe , où il le trace légèrement avec de fa craie ; puis portant fa mefure à plat de place en place, & faifant une marque de craie à l’extrémité de chaque mefure, il defime enfuite entièrement le corps , en paifant fa craie par toutes les marques qu’il vient de faire. Il aura auflx des modèles pour les manches , les paremens & les devants de culotte ; mais il doit, avant de faire cette opération, avoir combiné fes places pour toutes les pièces de l’habit, de faqon qu’après qu’il les aura coupées, il fe trouve le moins de déchet que faire fe pourra. Chacun a fa routine; mais ceux qui demandent plus d’étoffe qu’il n’en faut à d’autres, ne font pas les plus habiles à la- taille 5 ou bien, &c.
- ' ’ Remarques.
- 78. Aux étoffes qui ont du poil', le fens de l’étoffe eft du côté où le poil defcend, il n’y a qu’aux velours où il doit être en-haut; comme aufiî à toutes étoffes à figures il né faut pas que le deiîin foit renverfé.
- 79. Celles qu’on a choifies ici pour fervir à la defcription dés vêtemens qui vont fuivre, font en étoffes larges, le drap de quatre tiers de-largeur,-& en étroites , le velours de demi-aune ou environ.
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- 80. Le tailleur auquel on s’eft adrelfé, a difpofé fes traces comme elle* font repréfentées planches 7,8,9,106* II.
- L'habit complet en drap de quatre tiers de large, tracé dans trois aunes & demie de long, planche 7 , fig. I.
- 81. Juflaucorps. A A, les deux devants. B B , les deux derrières. C C, les quatre quartiers de manches. DD, les quatre quartiers de paremens. E, les deux pattes. F, les chanteaux des deux devants ( * ). G, les deux crans. ( * * )
- 82. Vejle. (ZÆ, les deux devants, b b, les deux derrières, cc, les quatre quartiers de manches, d, les deux pattes.
- 8 J. Culotte. 1 , les deux devants. 2, les deux derrières. 3 , les deux pièces de la ceinture. 4, la petite patte de devant.
- 84. On ajoute un bord de col de quatre à cinq lignes de large quand il eft redoublé autour du haut du juftaucorps & de la vefte, pour les border & fortifier; on ajoute aufti à la culotte une petite fous-patte pour border la poche en-travers. Ces morceaux font fi peu de chofe , qu’011 ne les met pas ici en ligne de compte; on les trouvera par-tout dans le déchet.
- 8f. Quand la culotte eft à pont, c’eft-à-dire, fermée par-devant, 011 y ajoute trois pièces, pour l’intelligence defquelles voyez fa defcriptioit à la fin du chapitre neuvième, celle de la culotte de peau, & la pi. 4, fig. F.
- 86. Nota. Pour que la [culotte n’ait ni trop ni trop peu de fond, 011 prend un des devants taillés, on le pofe fur les derrières ; on prend un fil ou une ficelle, dont on met un à Centre-jambe, comme centre; on porte l’autre bout, ayant de la craie à la main, au côté où fera la poche en long ; alors la ficelle tendue, on trace avec la craie fur le derrière , une portion de cercle qui marquera la jufte proportion du fond.
- L'habit complet en velours ou autres étoffes étroites, d'une demi-aune de large, tracé dans neuf aunes de long , pl. 7, fig. II, & deuxieme IL
- 87. Ces deux figures repréfentent une pieee d’étoffe étroite, de demi-aune
- ( * ) Comme les termes de chanteau & de cran ne font guere connus que par les tailleurs, on faura qu’ils appellent chanteau un morceau pris quelque part, comme en F, pour l’ajouter à une piece qui, à caufe de fa longueur ou largeur, n’a pu être prife toute entière dans l’étoffe. Par exemple, comme l’étoffe qui doit faire les plis des devants A A, a ceffé néceffairement au bord
- du drap enoo, fans avoir toutefon étendue, on a tracé'les chanteaux F, qui fe couferont par la fuite le long de o o, & termineront la piece.
- ( ** ) Le cran eft un petit morceau quarré qu’on ajoute au haut du pli de derrière du juftaucorps; mais comme cette manœuvre demande un détail particulier, on la trouvera à l’endroit qui a pour titre, les plis.
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- de large & de neuf auneg'tfe long; on Ta féparée fur fa longueur, ce qui ne doit pas être ; mais on y a été contraint, parce qu’elle n’aurait pas pu tenir dans la planche en un feul morceau : fuppofant donc qu’elle eft de toute fa longueur pliée en deux.
- 88- Juftaucorps. aa ? les deux devants, b b, les deux derrières, cc, les quatre quartiers de manches, d d\, les quatre quartiers de parremens. e, les deux pattes, f, les deux chanteaux de devant./’:, les deux chanteaux de derrière, g, les deux crans.
- . 89. Fefle. AA, les deux devants, i, les deux pattes. / , les deux bafques
- de derrière, mm, les quatre bouts de .manches en amadis.
- 90. Culotte. /z, les deux devants. 0, les deux derrières.
- 91. On ne voit point ici à la vefte ni derrières ni manches, parce qu’on ne fait prefque jamais ces parties de la même étoffe du deffus, non-feulement au velours, mais aux étoffes d’or ou d’argent, & très - rarement à celles de foie : au velours, parce qu’il ferait perpétuellement remonter 1’ha-, bit ; aux étoffes d’or , d’argent & de foie , pour en épargner le prix, & attendu qu’il eft inutile de les employer où elles ne fe voient point ; on met au dos & aux manches de toutes ces veftes quelqu’autre étoffe de moindre valeur, comme toile, futaine, bazin, &c. Ces veftes ont alors ce que les tailleurs appellent les défauts ; on ajoute feulement des bouts de manches en amadis de l’étoffe de deffus, & les bafques de derrière, parce que ces parties font vifibles.
- L'habit complet fêparêPlanche 7, figures III, IV & V.
- 92. Ces trois figures repréfentent en étoffes larges, les traces d’un juf-taucorps feul, d’une vefte feule, & d’une culotte feule, en drap de quatre tiers ; le juftaucorps eft fait en deux aunes, la vefte en une aune, la culotte en une demi - aune.
- 93. Le jufiaucorps feuffig. III. AA, les deux devants. BB, les deux derrières. C C, les quatre quartiers de manches. DD, les quatre quartiers de parement. E, les deux pattes. F , les deux chanteaux de derrière. G, les deux chanteaux de devant. H, les deux crans.
- 94. La vefie feule, fig. IV. a, les deux devants, b, les deux derrières, c, les quatre quartiers de manches, d, les deux pattes.
- 9f. La culotte feule ,fig.Y. 1, les deux devants. 2, les deux derrières. 3 , les deux pièces de la ceinture.
- 96. En velours ou étoffe étroite, pour le juftaucorps, fix aunes; pour la vefte , une aune , à caufe des défauts. Foye{ le titre yefie & culotte, ci-après. Pour la culotte, une aune & demie.
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- 97. Dans la pl. 4, fig. E eft repréfenté un Français en habit complet
- 98. Lefurtout & le volant. Le furtout eft proprement un juftaucorps de cam-' pagne, qui cependant elt devenu très - commun à la ville ; on le met par-deifus la vefte, comme le véritable juftaucorps ; la feule différence entr’eux, eft que le juftaucorps a des boutons & des boutonnières du haut en-bas, le long des devants, au lieu que celui-ci n’en a que jufqu’au niveau des pattes, & trois boutonnières de chaque côté à l’ouverture de derrière ; on lui ajoute quelquefois un collet. Le volant eft de même une efpece de juftaucorps; mais les différences en font plus grandes qu’au précédent: i°. il n’a ni boutons ni boutonnières aux manches, 20. point de pattes ni poches, 30. il croifè par-derriere, 49. 011 lui met un collet avec un bouton & une boutonnière : il fe met communément par-deffus le juftaucorps.
- 99. La fraque & le vefion. La fraque eft une efpece de juftaucorps imaginé depuis peu ; il a peu de plis, & n’a point de pattes.
- 100. Le vefton eft une elpece de vefte de nouvelle date ; il eft à bafques très-courtes , & il a de petites pattes, au haut defquelles eft communément l’ouverture de la poche ; on s’en fert volontiers par- deffous la redingotte ci-après.
- 101. La redingotte. La pl. 8, fig. Il, repréfente la trace des pièces de la redingotte , vêtement qui n’eft pas bien ancien en France ; il tire fon origine d’Angleterre: nous l’avons adopté, & il eft maintenant très-commun parmi nous. L’expreiïion anglaife que nous avons francifée, eft ridinchood, qui lignifie habit ou manteau pour monter à cheval, dont nous avons formé le mot redingotte. Cet habit eft une elpece de manteau à manches, garni de boutons & boutonnières jufqu’à la ceinture. O11 la conftruit de drap ou autre étoffe forte & de réfiftance ; on l’a tracée ici dans deux aunes & demie de drap de quatre tiers de large, a , les deux devants, b, les deux derrières, cc, les quatre quartiers de manches, dd, les quatre quartiers de paremens. ff, le parementage ( *). n, le collet, m , la rotonne (**)•
- Ï02. Le droit fil exprimé dans la note ci-deffous, dont il fera fouvent queftion par la fuite, eft une bande de grolfe toile qu’011 place en certains endroits, entre l’étoffe & la doublure, pour leur donner de la fermeté.
- 109. Dans la pl. 4, fig. D , eft repréfenté un Français en redingotte.
- 104. La fig. I repréfente la trace des pièces de la roquelaure, efpece de manteau imaginé, fui vant l’apparence, par quelqu’un de cette maifon. C’eft
- ( * ) Parementer. Le parementage eft un à border le bas de la redingotte qu’on ne morceau de l’étoffe du deffus, que l’on coud double pas.
- au lieu de doublure , un droit fil entre deux (**) La rotonne eft une efpece de collet
- dans certains endroits pour les fortifier, large tombant fur les épaules au-deffous du quand le refte n’eft point doublé : il fert ici véritable collet.
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- \m- vêtement très-commode pour voyager à cheval ; on y meÇ quelques boutons & boutonnières vers le haut. Elle fe fait ordinairement de drap ; * elle eft ici de même largeur & aunage que la précédente. A, les deux de— vants. B, les deux derrières. C, les deux chanteaux de devant. D, les deux chanteaux de derrière. E, les deux pièces du collet.
- iOf. La fioutanelle. La foutanelle eft proprement le juftaucorps des ec-cîéfiaftiques \ elle fe diftingue du juftaucorps laïque, en ce qu’elle n’eft pas' dégagée du bas, c’eft-à-dire, qu’elle n’ouvre pas par-devant en-bas ni par--derrière, qu’elle n’a aux côtés que quatre plis, point de demi-pli, qu’elle ne croife point & n’a point de pli par-derriere , & qu’elle ida que dix-huit ou vingt boutons plus petits que des boutons de vefte.
- 10G. La foutane. La fig. III repréfente !a trace des pièces de la foutane î c’eft la robe eccléliaftique : elle prend la taille comme un juftaucorps 5 mais’ enfuite elle s’élargit, defcend jufqu’aux pieds & touche à terre : elle fe fait toujours de drap noir ; elle eft prife ici en trois aunes de long d’un drap de quatre tiers de large. AA, les deux devants. B B, les deux derrières. C C, les. quatre quartiers de manches. DD, les quatre quartiers de pare-mens. E, les deux chanteaux de devant. F, les deux chanteaux de derrière. G, bandes pour border le tour du bas.
- 107. La fig. I de la pl. 4 repréfente un prêtre en foutane.
- 108. La robe de palais. La figure I de la pi. 9 repréfente la trace des pièces de la robe de palais. Cette robe eft particulière aux gens de juftice , & 11e leur fert que dans le tenas de leurs fondions. Elle doit traîner à terre par-derriere ; il faut quatorze aunes d’étoffe étroite de demi-aune de large, pliée en double fur fa largeur. N’ayant pu mettre la piece en entier dans la planche, on l’y trouvera en deux parties. A, les deux devants. B , les deux derrières. C, les deux chanteaux de devant. D , les deux chanteaux de derrière. E, les deux quartiers du delfous des manches. FG, les quatre quartiers du delfus des manches. HH, les quatre bandes des plis des manches. Ces fix quartiers font les deux manches entières. On trouvera dans le déchet de quoi faire le bord de col.
- 109. La fig. G de hi.pl. 4 repréfente un homme de juftice en robe de palais.
- 1 fo. La robe de chambre. Elle peut fe conftruire de deux maniérés, ou à manches rapportées ou en chemife : on les a tracées ici toutes deux ; l’une & l’autre fe fait en fix aunes d’étolfe étroite.
- ni. La fig. II repréfente la trace des pièces de la robe de chambre à manches rapportées. <z, les deux devants. les deux derrières, cc, les quatre quartiers de manches, dd, les quatre quartiers de paremens. e, les, deux chanteaux de derrière. /, les deux chanteaux de devant, g, le collet,
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- 112. Laj%. III repréfente la trace des pièces[de la robe de chambre err chemife. AA, les deux devants. B B, les deux derrières. C, les deux chanteaux de devant. D, les deux chanteaux de derrière. E, les deux moitiés de ceinture. F, les deux manches : la ligne- ponétuée marque l’endroit où on les plie. G , le collet. H, les goulfets.
- 11 j. Le manteau. La fig. I, pi. i o,, repréfente la trace des pièces du mark* teau français : il eft affez ancien parmi nous ; c’eft peut-être la raifon pour laquelle il a pafte de mode, & en même tems celle qui l’y fera revenir ; car il eft très-bon pour garantir du froid à pied & à cheval.
- 114. Il fe fait toujours, pour une taille ordinaire, dans quatre aunes de drap, communément de drap écarlate : il dépaftera le jullaucorps de trois à quatre pouces. Pour le tracer, on ne redouble point le drap, on l’étend de toute fa largeur; puis on prend deux centres a a, l’un d’un côté dans la fécondé aune, l’autre de l’autre côté dans la troifieme aune. De chaque centre tracez un demi-cercle : ces deux demi-cercles dont le diamètre fera d’environ une aune un quart, doivent fe rencontrer au milieu de l’étoife en d y coupez autour de chaque centre un petit demi-cercle d’un grand quart de diamètre pour l’ouverture du coi; h h feront les deux moitiés du collet ou rotonne : on prendra dans le déchet deux morceaux luiïifans pour doubler par-devant un efpace vers le haut.
- 1 if. Le déchet, il eft vrai, eft confidérable dans un drap de quatre tiers; mais dans un drap d’une aune on ne pourrait éviter les coutures, attendu qu’il faudrait prendre des chanteaux pour terminer les demi-cercles.
- 116. La fig. P P, pl. 3 , repréfente un Français enveloppé dans fon manteau.
- 117. Le manteau court ddabbè. Le manteau court eft une des marques dif-tinélives des abbés y il fe fait toujours en étoffe légère & étroite , d’environ une demi-amie, comme voile, étamine, &c. Il en faut quatre aunes & demie i il doit dépalfer la foutanelle d’environ deux pouces.
- j 18. La fig. Il repréfente la trace des pièces du manteau court.
- 119. Commencez par prendre un centre A, duquel vous tracerez un demi-cercle avec la craie , dont le diamètre foit une aune plus ou moins, fui-vant les tailles; pofea votre étoffe à un bout du demi-cercle , 8c l’étendez tout le long du diamètre; coupez-la en a 8c en A; portez ce qui vous reftera d’étoffe AA en CC; accoliez ce reliant au premier lez ab, le dernier bout x dépalfera les deux portions de cercle de la fécondé coupe dd, fuffilàmment pour y trouver le chanteau e 8c le contre-chanteau f, qui doivent remplir le relie du demi-cercle marqué par une ligne ponéluée; vous y trouverez aulli le collet g 8c fa doublure A; tracez & coupez le petit demi-cercle d’un quart de diamètre pour l’ouverture du col A. -
- 130. Lkfig. H de hpl. 4 repréfence un abbé en manteau court.
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- llî. Le manteau long ecclijiajüque. Ce manteau qui, comme le précédent, n’occupe que le dos, eft aft'eélé aux feuls eccléfiaftiques dans les ordres; il eft très-long & traîne à terre ; il Te fait toujours en étoffe étroite & légère, de demi-aune de large : il en faut neuf aunes.
- 122. Le bureau du tailleur eft rarement affez grand pour pouvoir y tracer & tailler ce manteau. On commencera à le tracer à la craie fur un plancher balayé & bien propre. La pi. 11 repréfente la trace du manteau long.
- 123. Prenez un centre comme à tous les manteaux ci-deffus, & faites un demi-cercle avec de la craie, dont le diamètre a a foit de trois aunes ( la circonférence de ce demi-cercle eft ponétuée dans la figure ) ; enfuite au-delà, en-dehors , vis-à-vis de fon centre, avancez une ligne droite qui ait un tiers d’aune de long (cette ligne eft auftî ponctuée en o); vous partirez de fon extrémité pour tracer la courbe bbb, qui doit venir joindre en mourant les deux bouts du diamètre aa\ cet alongcment formera la queue traînante; tracez le petit demi-cercle pour l’ouverture du col: cela fait, prenez vos neuf aunes d’étoffe , pofez-en un bout à une extrémité du diamètre a a, & l’étendez tout le long paflànt par le centre ; coupez votre étoffe en fuivant les deux premières courbures ; prenez le furplus A de l’étoffe, portez-le en A2 ; couchez ce fécond lez le long du premier, coupez celui-ci en B ; portez cette fécondé coupe en B 2; coupez en C, portez en C 2 le refte de l’étoffe : il en dé-paffera une portion AI, où vous prendrez aifément de quoi faire un collet pareil au précédent.
- 124. La camifole ou gilet. La camifole , autrement gilet, fe met ou fur la peau ou par-delfus la chemife : fur la peau, elle ne fe fait qu’en flanelle ; fi elle fe met fur la chemife, on la fait en toutes étoffes chaudes & légères. Elle fe conftruit avec ou fans manches, & fe taille à peu près comme une vefte-de laquelle on aurait fupprimé les bafques ; on taille le dos prefque tout droit; on ne la double point, on ajoute aux devants Amplement deux bandes de la même étoffe , à caufe des boutons & boutonnières qui vont du haut en bas : 011 ne doit y mettre que de petits boutons plats.
- CHAPITRE IX.
- Tailler, traiter & monter l'habit complet.
- Jufiaucorps.
- I2f. A p r È s avoir enfeigné & démontré par figures les traces’ des pièces de l’habit complet , fuivies de celles des autres vêtemens français compris dans ce traité, on revient ici à fon entière conftruétion, qui fera
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- fuivie de quelques circonftances particulières , attachées à celle des fufdits habillemens. . f. ,
- 126. Tailler un vêtement quelconque, c’eft en couper toutes les pièces après les avoir tracées fur l’étoffe ; enfuite de quoi il s’agit de les traiter à l’aiguille.
- 127. Traiter, lignifie coudre à tout vêtement ce qui doit nécelfairement
- y être ajouté. '
- 128. Monter l'habit, c’eft coudre en place les devants aux derrières, les manches, la pliffure : cette derniere façon eft la plus difficile à bien exécuter ; c’eft pourquoi lorfque le maître n’y faurait vaquer , il en charge le plus habile de fes garçons.
- 129. Il a été déjà dit au chapitre fécond, qui traite de l’idée générale de fart du tailleur , que l’habit complet, qui eft juftaucorps, vefte & culotte, eft le vêtement le plus compliqué ; c’eft-à-dire, que tous les principes y font renfermés : c’eft pourquoi on le prend ici pour exemple , afin de détailler ces réglés, & de les expliquer le mieux qu’il fera poffible.
- i^o. Après que toutes les pièces du juftaucorps, ainfi que celles de la vefte & de la culotte, ont été tracées, commencez à tailler d’abord les derrières , puis les devants, les manches, les chanteaux i le furplus fera pour la ceinture de la culotte , les pattes, &c.
- 13 1. Les pièces étant taillées, la première chofe que vous devez faire eft de fortifier par des droits-fils (*) le haut des plis de côté, tant des devants que des derrières, pour éviter qu’en travaillant enfuite l’habit, ces endroits, déjà entaillés par le cifeau, ne viennent à être déchirés. Vous y ajouterez donc , & y couferez à chacun un droit-fil que vous tournerez en fer à cheval renverfé * vous engagerez la partie du droit-fil qui s’attache au premier pli des devants dans la couture des pattes, quand on les attache pour couvrir l’ouverture des poches ci-après ; à l’égard du pli du derrière, vous le formerez tout de fuite, & y ajouterez le cran.
- 132. Le cran CC, pi. f , eft un petit morceau quarré , pris dans les recoupes de l’étoffe du deffus (voye^ les traces du juftaucorps ci-devant ), dont la deftination eft de remplir un vuide qui fe fait naturellement entre le pli de derrière & fon ouverture, lorfqu’on forme ce pli. C’eft afin de pouvoir le former, qu’on a donné, en taillant le derrière, un coup de cifeau D entravers de l’étoffe. Lorfqu’on la replie en - deffous de E .en F, ligne pomftuée fig. B, on amene nécelfairement le furplus de l’étoffe E, qu’011 a laiffé exprès pour remplir un intervalle G entre le pli & l’ouverture de derrière-d’environ quatre pouces de large, parallèlement au dos apparent dudit pli H
- ( *) Ce qu’on nomme droit -fil, eft une bande de toile forte, large d’un à deu/X pouces., qu’on attache à l’envers de l’étoffe aux endroits qu’on veut fortifier.
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- jufqu’en - bas ; & afin d’efpacer jufte ces deux parallèles, c’eft-à-dire, celle du dos du pli avec la fente du derrière , on prend la bande de papier qui a fervi de mefure ; on la tend du haut en bas , depuis m , paftànt près de l & finiifant en k, toujours en ligne droite ; alors on enfonce fon pli parallèle à ladite bande, le long de laquelle on coupe enfuite le bord de la fente du derrière: c’eft entre ces deux diftances, que fon fera de chaque côté les boutonnières de derrière , qui ne fervent que d’accompagnement à ladite ouverture.
- 133. En faifant cette opération, c’eft-à-dire, en poulfant en-deffous le pli, le haut de l’étoffe s’eft incliné; ce qui a formé un vuide entre le coup de cifeau fufdit & le haut de l’étoffe. Pour remplir l’intervalle entre le pli & la fente de derrière, il s’agit de boucher ce vuide avec une piece ; car il ferait mal qu’on apperçût en cet endroit apparent une couture en biais : pour y remédier, on augmente le vuide, & on le rend quarré par un coup de cifeau parallèle au premier, obfervant de couper l’étoffe à la diftance qu’on donnera par la fuite d’une boutonnière à l’autre ; car chaque côté de l’ouverture du derrière doit avoir plufieurs boutonnières : on ferme enfuite ce quarré vuide avec le cran C ; & lorfqn’on fait les boutonnières, on travaille la première, autrement la plus haute, fur la couture qui joint le cran avec le premier coup de cifeau, & la fécondé fur celle qu’on a faite au-dei-fous : de cette façon les deux coutures font cachées par les boutonnières ; mais fi l’habit eft bordé, le tailleur n’ayant point de boutonnières à y conf-truire, il doit faire enforte qu’il n’y ait point de vuide quand il forme fon pli. C’eft une adreffe de fa part, au moyen de laquelle, en employant un peu plus d’étoffe , il fupprime le cran, & n’a qu’une couture à faire qui eft indifpenfable.
- 134. Lorsque le cran fera pofé, prenez celui des devants qui doit porter les boutonnières, coupez un morceau de bougran (*) qui puiffe aller du haut en bas; de ce devant, depuis l’épaulette, où vous lui donnerez quatre doigts de large, taillez-le en éîargiffant de façon qu’il fe trouve paffer à deux doigts de l’emmanchure, depuis laquelle vous l’étrécirez en douceur jufques vers le lieu de la fept ou huitième boutonnière , d’ou il doit continuer juf. qu’au-bas, un peu plus large que ne fera la longueur des boutonnières que vous devez faire ; bâtiffez-le en entier à l’envers de l’étoffe.
- 15f. Espacez & marquez les boutonnières. Pour cette opération, prenez une carte à jouer ( elles ont communément deux pouces de large ) ; pofez-la fur fa largeur à un travers de doigt du bord & à deux doigts du haut du devant ; marquez fur letoffe un point de craie au bout de fes deux carnes 5
- ( * ) Le bougran eft fait de vieux draps de lit ou de vieille toile à voile gommés.
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- ôtez la carte, blanchiffez un fil en le frottant de craie, vous l’appuierez fur l’un des points blancs, & par une fecouffe que vous lui donnerez après l’avoir tendu, il marquera fur l’étoffe un trait blanc dont vous fixerez la longueur à l’autre bout par un coup de craie. Cette longueur qui défignera celle de la boutonnière, eft communément entre deux pouces & deux pouces & demi pour le juftaucorps, & un pouce & demi pour la vefte ; continuez cette manœuvre , tranfportant toujours la carte en defcendant jufqu’à environ deux doigts du bas.
- 136. Nota. Il fe fait des boutonnières plus preffées que celles dont 011 vient de donner la mefure ; mais celle - ci eft la plus ufitée pour l’habit complet.
- 137. Quand toutes les boutonnières feront ainfi marquées, vous les travaillerez en faifant d’abord deux points coulés, un de chaque côté de la trace de craie; vous fendrez enfuite celles que vous deftinez à être boutonnées en-devant aux deux tiers de leur longueur : le refte de la conftru&ion eft expliqué chapitre VI, & defîîné au bas de la planche, f.
- 138- Nota. Les boutonnières de fil d’or & d’argent ne fe fendent qu’a-près qu’elles font achevées.
- 139. Une boutonnière, pour être bien faite, doit être un peu relevée, faillante & égale par-tout. Pour la rendre telle, vous commencerez par repouffer avec l’ongle les endroits que l’aiguille en coufant aura trop applatis; vous la releverez encore, s’il le faut, en la prefîànt entre vos dents; mais alors on doit leur interpoler un petit morceau de quelqu’étoffe de foie, de peur que les dents feules y fafîênt trop d’imprefîîon ; enfuite vous ferez chauffer modérément le carreau & la craquette, & pofant la boutonnière à l’endroit le long d’une de fes rainures, vous ferez couler la pointe du carreau à l’envers le long de cette rainure. Cette derniere façon relevera les petites inflexions , & corrigera les défauts des points qui fe feraient dérangés. Enfin, & pour mettre la derniere main à cette opération, étendez le patira, pofez deffus le devant que vous venez de garnir de boutonnières, l’envers de votre côté ; vous y pafferez légèrement le carreau : c’eft une efpeee de repaffage qui déchiffonnera votre étoffe fans applatir les boutonnières.
- 140. Quand tout ceci fera terminé, vous taillerez un fécond morceau de bougran pareil au haut du premier ; car celui-ci ne doit defeendre qu’à la fept ou huitième boutonnière : vous le couferez au premier, vous ajouterez un droit-fil qui aille du haut en-bas ; coufez le tout à furjet, prenant toujours le droit-fil tout le long des bords du bougran, obfervant de froncer le bord antérieur à l’endroit de la poitrine , pour faire prendre à l’habit le contour & arrondiffement qu’il doit avoir en cet endroit.
- 141. Prenez votre autre devant, qui eft le côté droit, auquel les boutons doivent être attachés ; placez les bougrans & le droit-fil comme à celui
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- des boutonnières ci-deÆus, puis joignez par un bâtis les deux devants en-femble, obfervant que chaque point du bâtis perce le devant du côté des boutons vis-à-vis de chaque boutonnière, afin que, quand vous le couperez enfuite de place en place, il relie des bouts de fil qui vous indiquent le lieu des boutons.
- 142. Fendez l’ouverture des poches, dont vous avez ci-devant marqué la place avec de la craie fuivant votre mefure ; marquez au-deffous de cette ouverture une ligne courbe B B, pi. f , fig. A ; puis doublez les pattes , c’eft-à-dire, coufez leur doublure. O11 fuppofe que vous y avez fait les boutonnières au nombre de cinq à chacune E, pi. p ; attachez-les le long de leur ouverture, les y coufant d’abord à l’envers avec du fil à point devant , puis par l’endroit avec le point de rentraiture s pofez la couture fur le palfe-carreau, & prelfez au carreau à l’envers. Ancifeç, c’eft le terme de l’art, c’eft-à-dire, tailladez l’étoffe du deffus en petites lanières parallèles , que vous arrêterez toutes à la ligne courbe dont 011 vient de parier& n^ la paflànt point ; pliez toutes ces lanières en-dedans fur l’envers.
- 143. Prenez la poche ; elle fe fait d’un morceau de toile forte, coupée en quarré long , qui redoublé & coufu par les deux côtés , devient un petit iàc quarré ; prenez donc la toile qui doit faire la poche, tailladez un de fes bouts en lanières pareilles à celles que vous venez de faire à l’étoffe du deffus en portion de cercle ; prenez enfuite un morceau de doublure que vous conférez à l’autre bout de la poche d’une part, & d’autre part à la couture même de la patte, avec le point à rabattre. Les tailleurs nomment ce morceau de doublure le parement de la poche ; il ne s’agit plus que de coudre les deux côtés de votre poche pour la fermer ; enfuite vous ferez une bride aux deux côtés de chaque patte vers le haut.
- 144. Après que les boutonnières ont été prelîées au carreau , & l’ouverture des derrières ayant eu fes plis, affemblez les deux derrières, d’abord à l’envers avec du fil, à arriere-point, puis à l’endroit par-deffus l’arriere-point avec le point de rentraiture, c’eft ce qui fait la couture du dos. On la commence par le bas, c’eft-à-dire, au haut de l’ouverture de derrière, & on met un droit-fil en-travers pour fortifier.
- 145". Il s’agit maintenant de la doublure qui a du être taillée piece à piece 5 elle doit toujours être un peu plus ample que l’étoftê du deffus 5 mettez-la en place, & bâtilîez-la à grands points j mais avant de doubler les devants, attachez au bougran vis-à-vis le haut de la poitrine & vers les clavicules , un petit plaftron d’ouate. Il fe trouve prefque toujours un enfoncement en cet endroit, ce plaftron eft deftiné à le remplir. On fe fert aufti de cet expédient aux endroits où les défauts de conformation l’exigent 5 c’eft ce que les tailleurs nomment la garniture. On y ajoute quelquefois du crin :
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- voyei le chap. FIL On ne travaille à pofer la doublure que lorfque les poches ont été attachées & les derrières affemblés ; vous la replierez en-dedans de deux doigts le long de l’ouverture de derrière ; faites un pareil repli au devant qui porte les boutonnières , depuis la patte jufqu’en-bas, & à celui des boutons du haut en-bas; vous ferez à tous ces replis un fécond bâtis qui prenne le bougran & la doublure ; après quoi vous renverferez la doublure pour coudre, & la rabattrez fur le bord de l’étoffe avec de la foie.
- 146. Nota. On a mis pendant quelque tems de la toile de crin entre la doublure & la bafque du juftaucorps , pour la maintenir bien tendue , ce qu’011 nommait un panier : quelques-uns veulent encore un demi-panier qui 11e defcend que jufqu’à la moitié de la bafque. Comme la doublure aux-manches & paremens 11e s’y met que quand ils font prêts à la recevoir, 011 l’expliquera ci-deffous en parlant de ces pièces.
- 147. Avant de coudre les derrières aux devants, commencez par les attacher lun à l’autre avec trois épingles que vous placerez aux endroits où vous avez pris ci-devant la mefure ; puis préfentant votre mefure au droit de chaque épingle, vous examinerez fi elle s’y trouve jufte pour replier le déifias de l’étoffe en cas de befoin ; car il eft à fuppofer que vous en avez plutôt laiffé de furplus que de l’avoir taillé trop jufte. Toutes ces précautions prifes, coufez depuis l’aiffelle , autrement l’emmanchure , jufqu’à l’endroit où commencent les plis de côté ; coufez enfuite l’épaulettepuis le bord de col : ces coutures fe travaillent comme celles du dos ; preifez - les au carreau.
- 148. On a déjà dit que le bord de col eft une bande étroite d’un pouce < ou environ, que l’on prend dans les recoupes de l’étoffe; il faut la tailler alfez longue pour qu’elle falfe le tour du haut du juftaucorps , & en di-*, rninuant un peu par les deux bouts ; coufez un côté de ce bord de col au juftaucorps avec le point lacé ; ployez-le enfuite par la moitié fur fa longueur, pour y renfermer un droit-fil; coufez le tout avec le point-devant.
- 149. Formez tous vos plis de côté, tant des devants A, que des derrières B , pl. ?, quatre plis devant, deux plis 8c demi-pli derrière ; pour le devant, pliez d’abord 1 , relevez 2, pliez ^ , relevez 4; pour le derrière, pliez 1 , relevez 2, pliez 4; ce dernier fe trouvera recouvert par le 4 du devant ; arrêtez enfemble les dos des plis en-haut & en-bas, en-bas avec un ou deux points , en-haut avec plusieurs points d’un gros fil en double.
- if o. Formez vos manches en joignant enfemble les deux quartiers de chacune par différens points de couture, la couture de devant à arriere-point, par-deffus lequel fera fait lç point de rentraiture, & celle de defïous le bras à point lacé ; coufez de la même maniéré les deux quartiers de parement ; joignez le parement à la manche par un furjet ; preffes lçs coutures au carreau à
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- l’envers fur le palTe - carreau que vous ferez entrer dans la manche.
- ifi. Pour mettre la doublure aux manches après l’avoir coufue à part, elle a la figure d’un long lac ouvert par les deux bouts ; la manche & le parement , comme il vient d’être dit, font à l’envers ; on pofe la doublure à plat fur la manche, aux coutures de laquelle on la faufile , ce qui forme alors comme deux tuyaux l’un fur l’autre ; alors palfant fa main les doigts étendus dans le conduit de la doublure, on les fort à l’autre bout; & en faifilfant le delfus de la manche & le tirant à foi dans le même tems qu’on le pouffe de l’autre main, il s’étend par-deffus la doublure & la renferme.
- if 2. Faites les boutonnières au parement au nombre de cinq; attachez-y autant de boutons ; bâtiiïez enfuite à grands points la doublure à l’étoffe du deffus ; coufez chaque manche à fon emmanchure à arriere-point, & par-deffus le point de rentraiture ; preffez au carreau toutes ces coutures.
- I f$. Il faut quatre douzaines de boutons pour un juftaucorps.
- Vefte & culotte.
- ' If4. La vefte, Pour la vefte, on fuit entièrement le procédé qui vient d’être expliqué pour le juftaucorps ; avec cette différence, qu’011 ne met point aux devants de double bougran, que le feul qu’on met ne monte pas juft. qu’à l’épaulette, & qu’il ne fe fait pas de renflement fur la poitrine ; d’ailleurs on a de moins les paremens & les plis, & en étoffe étroite les manches & le dos, qu’on nomme les défauts, qu’011 remplit par une étoffe de moindre valeur. Voyeç le chapitre VIII, au titre de l’habit complet en velours, &c. Ces défauts fe taillent & s’achèvent comme au juftaucorps.
- 1 f 5. La culotte. Pour faire la culotte, commencez par parementer ( voye£ l’article de la redingotte ci - devant ) les ouvertures d’en - bas, côté des boutonnières u , c’eft-à-dire , du côté des genoux, ainfi que le haut des poches en travers 1 , pi. d, dont l’ouverture doit couler tout le, long de la
- ceinture ; faites tout de fuite les boutonnières x , au nombre de cinq.
- 1 f 6. Assemblez & coufez les deux devants aux deux derrières , tant en-dedans’, c’eft-à-dire entre les cuiffes, qu’en - dehors aux côtés : la couture des côtés commencera âu-deffus de l’ouverture du bas des cuiffes, & ceffera pour celle de la poche en long y, qui doit avoir fept pouces. La couture fe fait, fi c’eft du drap , à point lacé ; mais aux étoffes de foie vous ferez d’abord à l’envers un arriéré - point, que vous rabattrez qn - dehors à point perdu. Faites de même la couture de l’entre-jambe, qui joint les deux derrières : elle doit aufli laiffer en - haut par - derrière une ouverture de trois pouces , à laquelle les deux bouts de la ceinture doivent le terminer, & une autre par - devant, dont on -parlera ci-deffous , attendu qu’011 ne la ré-ferve pas toujours. , . ; . . .
- Tome XIV. ' L
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- i f7. Ajoutez un droit-fil à’ chaque portion de'* la ceinture , par-defïûé lequel vous en- remploierez le bord Supérieur ; coufez la ceinture à la culotte à point lacé & à< rabattre par-deffus, & à mefure que vous en coudrez chaque moitié, vous ferez faire quelques plis au? haut de1 la»culotte , qui* feront rabattus fur la ceinture ; fi elle eft de drap, vous prelferez les; coutures au carreau; mais aux étoffes de foie, vous rabattrez la. couture fur la- ceinture1 à point devant , & vous n’y pafferez pas le' carreau.
- If8. L’ouverture du devant d?une culotte a deux maniérés de fe fermer , l’Une par une petite patte qu’omajoute à gauühe de l’ouverture ; on lui fait deux boutonnières, & elle fe: ferme par deux boutons ; l’autre maniéré qui fe nomme un pont ou une bavaroifetient lieu de fermeture fans y ajouter de patte. Lai voici.
- i f.9. En< taillant la culotte, vous donnerez à* chaque devant un coup de^ cifeau fur le devant de la cuiifè du haut en bas, pour fendre cet endroit d’environ quatre pouces de long, & éloigné de trois pouces du milieu de la culotte, autrement de l’eritre-jambe. Montez votre culotte à l’ordinaire: mais en faifant la couture qui afïemble les deux derrières* palfant entre les cuifïés, ne ménagez point d’ouverture par-devant , & coufez jufqu’en-haut, ce qui» vous donneramne pièce de fix pouces, de large‘terminée par les deux coups de' cifeau fufdits, ayant la couture dont on vient de parler, à- fon milieu : cette piece tient toujours à la culotte par le bas des incifions , & c’eft elle qui fe nomme le pont :, l’efpace qu’elle abandonne forme un vuide qufil faudra remplir* par deux morceaux de votre étoffe, qui laifferont entr’eux une ouverture comme à la culotte ordinaire, à laquelle cependant vous n’ajouterez point de patte; vous* couferez; ces deux morceaux à arriere-point, au côté de chaque devant que la piece du pont vient de quitter ; coufez à l’envers à-chaque côté de cette piece du pont;, depuis l’endroit où elle tient à la culotte jufqu?au haut, une petite patte pour fortifier ces côtés, & une petite ceinture en-haut, qui aille d’une patte ài l’autre: on la-nomme la troifieme ceinture. Cette troifieme ceinture doit avoir une boutonnière eu biais à chaque bout, & un bouton* attaché à: la vraie ceinture de; part & d’autre, pour former le pont. Attachez la vraie ceinture à la culotte, comme ci-defîus, &c.
- 160. LES-poches d’une culotte font au nombre de quatre, & deux autres petites, qu’011-nommegoiiffus.-On peut faire ces poches & gouffets de telle étoffé qu’on voudra; mais elles-'fe font plus communément de peau blanche de mouton: alors c’eft les peauffiers qui les vendent aux tailleurs, en morceaux tout taillés fans être coufus & formés en poches. Les poches s’attachent avant les boutons & la* doublure.
- 161. On double les culottes de peau de moutom chamoifée, de futaine', de toile, &c. On taille la doublure piece à piece, & pn la traite comme toutes
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- ks autres doublures ci-delfus, c’eft-à-dire, qu’on fuit le meme procédé qu’à celle de l’habit.
- 162. Attachez les jarretières & boudes au bas de la culotte en Z, attachez aulïï un bout de jarretière d’une part & une boude de l’autre par - derrière , aux deux moitiés de ceinture, pour ferrer plus ou moins la culotte.
- 16$. La culotte ordinaire a feize boutonnières & autant de boutons ; fa-voir., deux boutons de juftaucorps, & deux boutonnières à la ceinture par-devant , dix petits boutons de vefte, cinq à chaque bas de culotte, deux à la patte de devant, deux aux poches en travers, un à chacune; la culotte à pont a deux boutons & boutonnières de plus , les boutonnières font à la troi-iieme ceinture, & les boutons à la vraie ceinture.
- 164. Quand les culottes font taillées , on les donne communément à coudre & à achever à des femmes, que pour cette raifon on appelle ouvrières en culotte ou culottieres.
- i6f. Il faut quatre douzaines de boutons de vefte pour vefte & culotte : ces boutons font ordinairement de moitié plus petits que ceux du juftaucorps.
- -m>*=r-L=-- 1 I =Tür;=Æ-.-J ' .,.:....'===<S|r
- CHAPITRE X.
- Des ornemens & modes de l'habit complet français.
- 166. On eft auiîi bien couvert & préfervé de l’air avec un habit limple & uni, qu’avec celui qui fera chamarré d’or & d’argent ; cependant plus oa moins d’ornemens n’y font pas inutiles lorfqu’ils fervent à diftinguer les états & conditions. Le galon d’or & d’argent eft celui qu’011 emploie le plus communément : on le diftribue de diverfes maniérés ; les plus ordinaires font un limple bordé , ou bien un bordé & un galon, ce qu’011 appelle à la Bourgogne.
- 167. Pour galonner un juftaucorps, taille ordinaire, d’un (impie bord plus ou moins large , mettant deux galons aux pare mens, il entre neuf aunes de galon ; pour la vefte, cinq aunes: on ne met pas de galon à la culotte.
- 168- Pour galonner un juftaucorps à la Bourgogne, c’eft- à - dire , avec bordé & galon, il faut fix aunes 8c demie de bordé & onze aunes de grand galon ; pour la vefte, trois aunes & demie de bordé., & quatre aunes de grand galon ; 8c fi on voulait du galon fur toutes les coutures ou tailles du juf. taucorps , il faudra quatre aunes & demie de grand galon de plus. On met alors trois galons aux plis, favoir un fe long du dos du dernier pli du devant, un au dernier pli du derrière ; c’eft ce qui s’appelle les quilles ; le teoifieme eft toujours un morceau du bordé qui fe met au milieu le long.
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- du demi - pli, auquel on donne la forme d’une patte chantournée en long?
- 169. On ne parlera point ici de l’aunage des galons de livrée s il n’y a aucune réglé à cet égard, il fe trouve des livrées toutes chargées de galon, d’autres qui n’ont qu’un fimple bordé, &c.
- 170. Les autres ornemens inférieurs à ces premiers, font les boutons d’argent, d’or, feuls ou avec les boutonnières de rrçême, du galon en boutonnières , brandebourgs, boutonnières de treife avec ou fans franges, boutons en olive, ganfes, &c. Les beaux habits font les habits brodés, d’étoffe de foie, à fleurs d’or, d’argent, d’étoffe d’or, &c.
- " 171. Il y a déjà loiig-tems qu’on n’a rien changé à l’effentiel de l’habit
- complet français 5 les modes s’exercent feulement fur les accefloires, comme furies boutons, les paremens, les pattes, la taille, les plis, &c. Les boutons gros, petits, plats, élevés ; les paremens ouverts, fermés, en bottes, en amadis, hauts , bas, amples, étroits ; les pattes en long, en travers , en biais , droites , contournées ; la taille haute, balfe ; les balques longues, courtes; plus ou moins de plis, &c. La mode d’attacher des jarretières à la culotte pour la ferrer fous le genou, n’eft pas ancienne, précédemment on roulait les bas avec la culotte fur le genou.
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- CHAPITRE XI.
- Quelqties détails dans la monture $es vêtemens décrits au chapitre
- huitième.
- 172. Ce dernier chapitre eft deftiné à donner quelques particularités qui fe rencontrent dans la monture des vêtemens, dont on a donné la coupe ci-devant au chapitre huitième, à la fuite de celle de l’habit complet, attendu qu’il s’y rencontre diverfes pratiques qui peuvent devenir utiles pour l’éclair-ciffement de cet art, dans les cas où l’on an aurait befoin.
- 173. On n’a rien de particulier à obferver à l’égard du furtout, du vo-1 lant, de la foutanelle, de la fraque & du vefton ; ce font des efpeces de juftaii corps.
- 174. La redingotte a un collet comme le furtout; on plifle tout le derrière au bas dé ce collet, en commençant les plis à un pouce du haut de l’épaulette de chaque côté ; & pour cacher ces plis, on coud par-delfus une rotonne, elpece de collet large qui tombe fur le dos. Les manches fe font toujours en botte, chacune garnie de trois boutons & boutonnières ; on les double de toile. Les devants, jufqu’à la ceinture, fe doublent avec une bande de la même étoffe ou autre plus ou moins large. Ou ouvre des pattes
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- %n long aux côtés, prifes dans les devants, avec trois boutons s on y ajoute quelquefois des poches. L’ouverture de derrière ne doit monter qu’à la moitié de celle du juftaucorps. ,
- I7f. Le manteau fe monte en çoufant les deux moitiés d’un côté feulement; cette couture fera celle du dos; on la ceffe pour laiffer par-derriere une ouverture pareille à celle du précédent. On pliffe le tour du col, & par-deflus on met comme à la redingotte le collet ou rotonne. On ne met point de doublure au manteau , mais. on ajoute f en-dedans, tout le long du devant , une bande de la même étoffe. On n’y met point de boutons, mais feulement une groffe agraffe pour le fermer en-haut. ,
- 17G. La roquelaure. Elle fe monte comme le manteau ; mais on y met quelques boutons en-haut.
- 177. Le manteau court d'abbé« On le coud à l’envers à fon collet fans le pliffer jufqu’à ce qu’on foit arrivé à l’échancrure dudit collet ; alors on le pliffe autour de cette - échancrure ; on borde les deux côtés par-dehors avec un large ruban de foie noire qu’on retourne d’équerre par le bas, jufqu’à la pliffure fans aller plus loin. On 11e double point ce manteau. Pour le faire tenir dans fa place, on coud tout le long de l’échancrure du collet en delfous, une jarretière qu’on boucle par-devant ; ou bien on coupe deux jarretières pour fe fervir de la boutonnière de chacune ; on en, coud les bouts coupés à l’échancrure de part & d’autre, on place un bouton fur le haut de chaque épaulette de l’habit, auquel on boutonne les demi-jarretieres. Ce manteau & le fuivant ne couvrent que le dos.
- 178. Le manteau long cTeccléfiajîlque fe monte en tout comme le manteau court.
- 179. La foutane fe monte comme le juftaucorps , excepté qu’aux endroits où on met du bougran au juftaucorps , on ne fe fert que de treillis noir d’Allemagne, ou de toile noire. On laiffe, en coulant les derrières aux devants, une ouverture de chaque côté , vers les hanches, de lix pouces de long, au-deffus de laquelle on attache une ganfe dont le bout fupérieur s?arrète fous le bras vers l’aiffelle; cette ganfe eft deftinée à foutenir un ruban de foie noire, large de quatre doigts, qui fert de ceinture , & dont les deux bouts tombent de côté jufqu’au-bas de la foutane. On la boutonne du haut en-bas avec fix douzaines de très-petits boutons.
- 180. La robe de palais fe monte en commençant par joindre les devants aux derrières ; & afin qu’à l’épaulette le derrière fe trouve égal au devant, on le pliffe jufqu’à ce qu’il foit deyenu de même largeur ; on attache en-fuite une laniere de l’étoffe à l’envers du devant; on retourne cette bande fous les plis coufus auxquels on la coud, & on la rabat; on pourfuit enfuite la jonction jufqu’en-bas, laiifant en chemin une ouverture vers la hanche
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- À R T DU TAILLEUR* &c.
- pour puiict la main ; on rabat cette couture. La manche fe traite à part î elle eft formée par trois largeurs de lez coufus enfemble } on pliffe les deux qui font le dehors ; le troifîeme qui eft le delfous , ne fe plifle pas. Pour faire cette efpece de pliffure, dont les plis doivent être égaux, proprement arrangés côte à côte, & profonds de deux lignes, on commence par coudre à l’envers , -tout le long de ce qui fera -plifle, une bande de gros drap noir, ou des lanières de l’étoffe même} puis prenant trois fortes aiguilles, chacune enfilée d’un gros El noir, on les enfoncera à diftance égale l’une de l’autre au travers des plis à mefure qu’on les forme, faifànt de tems en tems un nœud à chaque aiguillée. On pourfuit de cette maniéré jufqu’au dernier pli, les accollant toujours l’un contre l’autre, ce qui fait une efpece d’ornement à l’épaule ; on coud enfuite par l’envers cette manche à l’emmanchure j puis on la rabat, on attache le bord de col. Au bas de la robe , on fait un remplis en-dedans, que l’on bâtit à point tiré} puis on rabat cette bordure par-deffus} on ôte le bâtis. On coud dans la quarrure du derrière deux lifieres en travers, à quatre pouces l’une de l’autre} chaque bout de celle d’en-haut s’attache fur la couture des manches près de celle des épaulettes } & celle de delfous, où les plis des manches finiffent.il faut à la robe de palais fix douzaines de boutons très-petits, comme à la foutane ci-deffus.
- 181. La robe de chambre, celle qui eft à manches rapportées , fe traite & fe monté comme la foutane} on lui met un collet avec un bouton & une boutonnière} & lorfqu’on met des boutons par-devant, ils 11e vont que ju£ qu’à la ceinture ; on ajoute aux manches un petit parement. Celle qui eft en chemife fe monte comme la précédente. Quant aux manches, on y ajoute ce qu’il faut d’étoffe pour terminer leurs longueurs} on la coud à point arriéré > on place les gouffets.
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- LES CULOTTES DE PEAU.
- 182- On a dit dans l’avant-propos les raifons qui ont déterminé à ajou-ter ici la façon des culottes de peau } on y renvoie le 'leéleur.
- 185. Le tailleur de culottes de peau, qui eft du corps des bourfiers , s’y prend à peu près de la même maniéré pour la taille que celui d’habits d’hommes. Les différences fe'trouvent, 10. fur la matière qu’il emploie } car il ne travaille que fur des peaux chamoifées de bouc , de chamois , de daim , d’ânon, de mouton, de cerf, d’élan, de renne, &c. z°. A l’égard des coutures , dont il fait piufieurs à la façon du cordonnier avec la foie de fan-
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- gïïer, Palène & le tirepiedj tous les inftrumens, outre ceux qu’on vient de nommer , confident en fil, aiguilles, de à coudre , une buifle A , un petit maillet & un lifîbir B , pl. 12. Il prend la mefure comme le tailleur ci-deflus.
- 134. Quand la peau eft aflez grande, il' fait la culotte d’une feule peau, & de deux quand elles* font trop petites : on a prils iei pour exemple une peau entière ; les meilleures font de daim.
- i8f. Prenez une peau entière, pliez-la du fens de fà longueur, non par h. moitié, mais au tiers de fa largeur, la fleur en-dehors j pliez-la encore en deux de l’autre fens, e’eft-à-dire, fur là largeur, pour vous en indiquer fe milieu j dépliez ce fécond pli fur là ligne, duquel vous fendrez le deifus jufqu’au premier pli en long, ce qui vous donnera une coupure d’environ fix pouces ; prenez les deux bouts de toute la peau , & les amenez de votre" côté, jufqu’à ce que le commencement de la fente fufdite fe foit ouvert de trois pouces, ce qui formera un vuide à angle aigu.
- 186. Taillez fuivant votre mefure une des cuifles par-dehors I, c’eft-à-dire, du côté où la peau eft féparée en deux, obfervant de laifler au bas de ladite cuilfe une avance ou faufle patte II, longue de lix pouces, pour Pufage quiTera expliqué ci-après ; on 11e coupe lien au côté rendoublé III, qui fait le dedans des cuilfes : vous plierez enfuite une fécondé fois par le milieu, rapportant la cuifle taillée fur l’autre, afin de les couper égales ; remettez votre peau toute étenduei enfuite, pour fixer la hauteur du fond de la> culotte, vous prendrez votre mefure en papier, fur laquelle ayant trouvé celle qui marque la ceinture , vous plierez le papier en deux depuis cette marque ,- & vous le porterez ainfi plié d’une part à la pointe de la fente du milieu, de l’autre fur la peau qui doit faire'votre fond de culotte , où vous ferez une marque, par laquelle vous paflerez en taillant & arron-diiîant ledit fond.
- 137. Cela fait, mettez-vous à couper toutes les pièces dans ce qui vous refte de peau , favoir, la ceinture de la culotte en deux morceaux bb^fig. C; les deux pattes des poches en travers de devant dd; les deux petites pattes e-e defdites poches ; les deux pattes des poches en long des côtés ff, & le fouf-flet a, comme aufli la patte de la fente du devant.
- 188. Les pièces qu’on vient de nommer font celles qui entrent dans mie culotte fimplement ouverte du devant, qui fe fermera avec une patte à deux ou trois boutonnières, comme la plupart des culottes ordinaires ; mais comme le grand mérite de celle-ci eft de fervir principalement aux per-fonnes qui montent à cheval, à quoi elles font très-commodes, il s’en fait beaucoup à pont ou à la bavaroife, ce qui en augmente encore la commodité & même futilité?'
- 189. Cette efpece de culotte exige quelques pièces de plus que la pré*.
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- 88 A R'T DU TAILLEUR, &c.
- cédente : ü s’agit de celles qui doivent faire le pont mm; il fe taille à la peau même de la culotte en-devant, & y refte attaché. Pour cet eifet, faites avec les cifeaux deux coupures defcendantes, en fendant* la peau par-devant, depuis le haut de chaque cuifle jufqu’à trois pouces de long, chaque fente éloignée du milieu de trois pouces ou environ, ce qui fera un morceau pendant en-dehors de fix à fept pouces de large, qui découvre un vuide qu’il faudra remplir par la fuite. Les autres pièces qui doivent accompagner ce morceau font, une ceinture p, deux pattes nn au bout de* fentes ; le triangle l, qu’on nomme le coeur du pont, qui remplit au-delfous du pont la première fente de la culotte qu’on a faite en la taillant ; les deux pièces h h qui remplirent le vuide que le pont a lai fie, qui fe nomment les pièces du pont : ainfi, pour une culotte de peau à pont, il faut tailler feize pièces. '
- 190. Toutes ces pièces étant coupées, il s’agit d'apiecer^ c’eft - à - dire, de coller avec de l’empois blanc des droits-fils ( voyelle Tailleur, çhap. IX ) fous le lieu des boutons & boutonnières des cuifles, & fous les ceintures de la culotte & du pont; comme aufli de coller de la même façon des morceaux dç peau aux endroits foibles & minces, pour les raffermir, le tout en-dedans : ces peaux feront coufues par la fuite..
- 191. Faites les boutonnières; enfuite vous prouvez enjoliver fi vous voulez, c’eft-à-dire, fi on vous le demande. Enjoliver n’eft qu’uii ornement de mode, qu’on ajoutait ci-devant à ces culottes, plus qu’on ne fait à pré-fent : voici ce que c’eft ; 011 marque principalement fuç les côtés extérieurs des cuiifes, vers le bas, quelques.deflins de fleurs, ou autres ornemens,, dont enfuite on remplit les traces par des rangées de points plats en fil blanc, coufues à fleur de peau.
- 192. Il ne vous refte plus qu’à monter, c’eft-à-dire, à alfembler toutes
- les pièces avec des coutures tant fimples que piquées : les coutures fimples font le point plat & l’arriere - point, qui fe font à l’aiguille avec le fil de Bretagne; les coutures piquées font doubles, & s’exécutent à la façon du cordonnier, avec l’alêne & foie de fanglier attachée aux deux bouts.de chaque aiguillée , qui eft de fil de Cologne, ciré-, avec cire blanche ; elles fe travaillent fur la buiiTe A, arrêtée lur la cuifle gauche de l’ouvrier avec le tire-pied : la différence entre cette façon de coudre & celle du cordonnier, eft qu’à celle-ci, après que le trou de l’alêne eft fait, 011 pafle la foie droite la première , la gauche enfuite. en -delà, & on tire droit fans obferver aucun détour. ....
- 193. Voyez pour un plus grand éclairciflement, VArt du cordonnier, où ces coutures font décrites & très-détaillées ; vous y connaîtrez aifément les différences de celles - ci aux tiennes.
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- 194. La buffle A, eft un morceau de bois d’un pied de lpng,d’uu pouce de haut par un bout, & de deux pouces par l’autre, arrondi d’un bout à l’autre fur la face fupérieure. L’ouvrier la place le long de fa cuilfe gauche, le bout le plus bas de fon côté, & l’arrête en place avec fou tire-pied, ainfi que la peau qu’il veut coudre deifus. Quand il a fait quelques coutures Amples, la buiife lui fert à les applatir deifus à coups de fon petit maillet.
- 19 f. Les coutures piquées forment un petit rebord relevé des deux peaux qu’elles joignent enfemble ; pour unir ce rebord & le rendre bien égal par-tout, faites couler aplomb par - deifus , le lilfoir B, petit inftru-ment de bois dur de quatre à cinq pouces de long, dans l’épailfeur d’un bout duquel eft une petite fente ou rainure qui ferre & égalife le haut du rebord.
- 196. Il y a des endroits dans la culotte, où la couture piquée ne fe faifr qu’à fleur de peau 3 entourez de coutures à point plat, en effleurant le cuir, tous les morceaux que vous avez ci-devant collés en-dedans de la culotte; joignez les côtés de cuilfe par - dehors, avec une couture piquée, prenant avec la couture le bas de la patte des poches en long ; doublez avec de la peau toutes les ceintures & pattes ; montez la ceinture de la culotte avec une couture piquée en-dehors, plilfant en même tems le haut du derrière de la culotte, & prenant dans la même couture le bas de la patte des poches en travers 3 même couture piquée pour la ceinture du pont, ces deux pattes & le cœur du pont 1. Les deux pièces du pont nn, font les feule*» dont la couture piquée, qui les joint à la culotte par leurs côtés, fe fait en-dedans.
- 197. Les coutures piquées à fleur de peau , font celles qui bordent le contour des pattes; c’eft une efpece d’ornement. Les pièces du pont h h, s’arrêtent en-bas, au pont même en-dedans, par une couture (impie à fleur de peau : mêmes coutures pour les doublures & les droits - fils. La faufle patte II, que vous avez réfervée au bas des cuilfes en taillant la culotte , fera garnie de cinq boutons 3 vous en arrêterez le haut en-dedans avec une fimple couture ,& vous borderez de peau le côté des boutonnières.
- 198. Les boutons de ces culottes font de bois recouverts de peau. Attachez tous les boutons, poches & goulfets, fa voir, deux gros boutons au-devant de la ceinture 3 deux autres moindres plus reculés , l’un à droite, l’autre à gauche, pour boutonner le pont 3 cinq à chaque bas de cuilfe, deux aux poches en long, deux aux poches en quarré, & deux goulfets , le tout de peau 3 faites quatre œillets à la ceinture par - derrière, pour y palfer une bande de peau , afin de ferrer plus ou moins la culotte.
- 199. Aux peaux faibles, on ne pique que les côtés des cuilfes; & fi la oulotte eft faite de deux peaux, on ne pique pareillement que la couture dir
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- Ê R T D U TAILLE U'R, &c.
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- fond qui joint les deux derrières enfem-bie ; toutes les autres fe foiitiimples par-dedans à point arriéré.
- 200. Le channoifeur fournit les peaux -en jaune de chamois. Lorfqu’on veut qu’elles aient -d’autres couleurs., c’eft ,au peauffier à qui fl faut s’adreffer. La couleur adu elle ment la plus ufitée, .principalement pour les culottes bour-geoifes, c’eft-à-dire pour imiter les culottes -de drap , et! le noir. Cette couleur fe fait avec une difoludon de bois d'hode , & par- dcf'us de l'eau de rouille de fer. Comme ces culottes, quand elles dont neuves, copient parfaitement le drap, on ne leur fait aucune couture piquée, de peur qu’elles ne paraif-lent être de peau.
- 201. En général, la culotte de peau eft d’un excellent ufer.; & quand la peau eft bien choifie & bien conditionnée, on n’en voit, pour ainfi dire , pas la finj niais aucune n’eft exempte, lorfqU’elle a été portée quelque fems, dp s’engraifler & devenir glacée & luiiante , ce qui lui donne un œil mal - propre qui n’eft pas fupportable ; il s’agirait de trouver le moyen de remédier à cet inconvénient, ce ferait un fervice à rendre au public, & peut - être à foi-mèrne.
- LE TAILLEUR DE CORPS
- DE FEMMES ET E N F A N S,
- 202. C3n nomme corps, un vêtement qui fe pôle immédiatement par-def-fus la chemife, & qui embraife feulement le tronc depuis les épaules jufi-qu aux hanches: c’eft, pour ainfi dire, une cuiralfe civile; car il ne doit pas plier, mais cependant avoir alfez de liant pour fe prêter aux mouvemens du corps qu’il renferme, ians altérer fa forme , & en même teros le fou tenir & l’empêcher de contracter de mauvaifes iituations, principalement dans l’enfance , âge faible & délicat, dans lequel les reiforts ne font pas encore parvenus au degré de force qu’ils auront par la fuite. Il s’applique encore à un objet aulïi intéreifant, celui de confcrver la beauté de la taille des femmes , agrément qu’il joint à tous ceux qu’elles ont en partage.
- 203. Le maître tailleur qui a choifi cette branche de fon art, le nomme tailleur de corps de robes & corjets ; & quoique.fa fcience foit moins étendue pour le travail, que celle du tailleur pour homme, il a cependant plus d’inftru-mens, & une manutention plus détaillée & plus favante, attendu que cet art exige beaucoup de précaution, d’adrefte & de précifiotn
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- ART DU TAILLEUR, &c.
- Matériaux.
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- 204. Baleine. Ce qui fe nomme ainfi, prenant le tout pour la partie, provient du plus énorme de tous les poilfons connus, appelle la grande baleine. Ce poiiTon fe tient dans les mers du Nord, où 011 va le pécher : les parties dont on fe fert ici font des lames dures, & cependant flexibles, attachées par des pellicules, l’une à côté de l’autre, le long des côtés de la mâchoirefupérieure, qui pendent vers l’inférieure iorfque la baleine ouvre fa bouche, & qui fe replient comme un éventail dans un canal creufé vers les bords de la mâchoire inférieure lorfqu’elle la ferme.
- 20<ç. Bougran ou treillis, toile de chanvre gommée & calendrée. On prend communément, pour faire le bougran, de vieille toile de draps ou voiles: quelquefois on en emploie de neuve ; c’eft pourquoi il n’a aucune largeur déterminée , & il eft plus gros ou plus fin, fuivant les toiles dont on s’eft fervi.
- 206. Canevas, eft une toile forte, écrue, de trois quarts de large.
- 207. Toile jaune de Cholet en Anjou. Elle efl: de lin & de deux tiers de large.
- 208. Toile de Lyon blanche. Elle fé fabrique à Laval dans le Maine ; elle a trois quarts de large.
- 209. Lacet de trefje de foie.
- 210. Lacet à la duchejfe, elpece de galon fil & foie d’un demi - pouce de large.
- Inflrumens.
- 211. Ciseaux de tailleur. Dé à coudre. Aiguilles. Couteau à baleine 3% fl. 6. Poinçon h. Réglé de bois. Poulfoir f. Marquoir e. Carreau de tailleur.
- 212. Le couteau à baleine eft deftiné à fendre la baleine , & à la réduire à la longueur & épaifleur néceflaires. Le poinçon perce les trous pour le£ œillets. La réglé de bois fert à conduire le marquoir pour tirer les lignes droites qui indiquent les coutures. Le poulfoir fert à faire entrer la baleine entre deux coutures.
- 21}. Nota. Le pouflbir & le marquoir font fouvent pris dans le même corps d’outil ; il ne s’agit que de fendre le haut du marquoir en deux pointes , pour en faire un poulfoir.
- Des dijfêrem ouvrages du Tailleur de corps.
- 214. Indépendamment de toutes les efpeces de corps & corfets, dont on va faire l’énumérationle tailleur de corps fait aullî plufieurs vètemens qui y ont rapport ; il conftruit donc tous corps couverts, pleins & à demi-
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- ART DU TAILLEUR,
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- baleine, corps & corfets de toile ou de bazin {ans baleine, des camifoles de nuit, des bas de robe de cour, de fauffes robes pour les filles, des jaquettes pour les garçons , enfin tous les habillemens d’enfans de fantaifie, comme habits de huffard, de matelot, &c.
- Du corps en général.
- 2,1 J*. Il paraît par les anciens vitraux & autres figures, que l’on n’a commencé à porter des corps en France, que vers le quatorzième fiecle , ce qui pourrait bien être l’époque de leur invention.
- 216. On faisait ci - devant les corps de dix pièces, en comptant les épaulettes pour deux pièces ; mais maintenant toute efpece de corps ne fe compofe que de fix pièces, en comptant de même les épaulettes ; ces fix pièces font deux devants AA, n<>. 4, pl. 12, deux derrières B B, & les deux épaulettes C C, & h, n°. 1, où l’on voit leurs coupes de h en e.
- 217. Il faut,pour un corps taille ordinaire, une aune de canevas , trois quarts de toile jaune , demi-aune de bougran, autant de doublure qui eft toile de Lyon ou futaine , demi-livre de baleine , une aune & demie de petit lacet, & neuf à dix aunes de lacet à la ducheffe, quand le corps eft ouvert. Un corps eft donc compofé de canevas ou de toile jaune, qui font le deifus, du bougran défions, de la baleine entre deux, & enfin de la toile de Lyon ou futaine : on recouvre le deifus de telle étoffe qu’on veut j il s’en fait auxquels la toile jaune , dont on fe fert alors, ne fe recouvre point.
- 218. Il fe fait de deux efpeces de corps, le corps fermé & le corps ouvert : le corps fermé eft celui dont les deux devants tiennent enfemble ; aux corps ouverts , ils font féparés 5 aux corps fermés, on ne met qu’un bufc en-dedans •> on met aux corps ouverts deux bufcs, un à chaque devant.
- 219. Le corps couvert, c’eft-à-dire, celui qu’on recouvre de quelque étoffé, peut être fermé ou ouvert, plein ou à demi - baleine j il en eft de même du corps piqué, qui eft celui qu’on ne recouvre d’aucune étoffe, & dont la toile jaune fait le deffus : alors toutes les piquures ou coutures qui enferment les baleines, font apparentes, au lieu qu’elles font cachées au corps couvert. Les bafques d’un corps font de grandes enjcailles que l’on fait aux bas des derrières, pour la liberté des hanches.
- 220. N°. 2>eee, pi. 12. les différentes directions des baleines, qui s’ob-fervent dans un corps. Le n°. 3 eft un-corps à demi - baleine, autrement, corfet baleine. Le n°. 4 eft un corps vu en entier par l’envers.
- 221. La defeription qu’on va donner d’un corps couvert & enfuite d’un corps piqué, convient à tous les autres, de quelqu’elpece qu’ils fbient, quoique de formes différentes.
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- ART D V TA I L L E U R, &c.
- Le travail.
- 222. Prendre la mefure. La mefure fe prend avec une bande de papier à laquelle on fait des oches, comme il eft dit du tailleur d’habits ci-devant: on a marqué ici chaque mefure par des lignes doubles , pl. 12 , n°. 1. a a, mefure depuis le milieu du dos jufqu’au coin de l’emmanchure, b, la quar-rure du devant, depuis le haut du corps par-devant jufques contre le bras. cc, la largeur depuis le milieu du haut du devant , jufqu’au milieu du haut du dos. d d, la largeur du bas de la taille, e e , la longueur de la taille depuis le haut du dos jufques fur la hanche, ff, la longueur du devant.
- 223. Le corps couvert. Le tailleur doit avoir nombre de modèles ou patrons de papier, pris fur différentes grolfeurs & grandeurs,pour le guider dans fon travail.
- 224. Choisissez dans vos patrons celui qui approche le plus de votre mefure 3 prenez fuiïifamment de bougran pour les pièces que vous allez conftruire ; mouillez-le légèrement en fecouant delfus vos doigts, que vous aurez trempés dans l’eau ; pliez-le en double ; paifez-y le carreau chaud , dont l’effet fera d’unir & de coller les doubles enfemble ; pofez votre patron delfus ; paflez encore légèrement le carreau, & le papier fe collera de même fur le bougran -, portez votre mefure fur le tout, comme fi vous la preniez une fécondé fois, & tracez en la fuivant par-tout avec de la craie.
- 22 f. Vous taillerez enfuite le corps, obfervant de le couper de deux doigts plus étroit par en-bas que la mefure, parce que vous mettrez par la fuite un gouflet c, nq. 2, ou élargilfure aux hanches, afin de leur donner du jeu, & empêcher que le corps ne bleife en cet endroit. Cette élargilfure regagnera ce que vous avez retranché fur la mefure , & elle eft d’autant plus nécelfaire , que les hanches des femmes font prefque toujours plus grolfes que celles des hommes.
- 226. Toutes les pièces de votre corps préparées .comme il vient d’être dit, décollez-Ies, ce qui fe fait facilement, & faufilez chacune fur fon canevas ; après quoi vous prendrez votre réglé & le marquoir, pour tracer à toutes les pièces fur le bougran, des lignes en long, diftantes l’une de l’autre, pour un corps plein de baleines, d’environ un quart de pouce, fuivant les différentes direétions que vous voyez, a a, n°. 3 , & e e, n°. 2.
- 227. Il s’agit maintenant de piquer toutes ces pièces, c’eft - à - dire, de faire une couture, traverfant aifez dru le long de chaque trace; c’eft ordinairement l’ouvrage des femmes, qui les coulent à arriéré - point. Par cette maniéré tous les intervalles entre chaque deux coutures, deviennent les gaines des baleines dont on garnira le corps.
- 228. Ces baleines doivent être travaillées, ajuftées & prêtes à embalei-
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- ner le corps : pour cet effet, prenez le couteau à baleines, avec lequel vous les taillerez en long & en large, & les amincirez plus ou moins, félon qu’il conviendra pour les places que vous leur deftinez, obfervant qu’elles foient bien égales de force dans les pièces correfpondantes, foit du devant ou du derrière, de peur que le corps ne fe laiife aller de travers ; que vos baleines foient beaucoup plus fortes & épaiffes fur les reins que fur les côtés, comme aufïi plus fortes au milieu du devant, en aminciffant dans le haut devant & derrière.
- 229. Toutes vos baleines préparées, vous ernbaleinerez votre corps, fai-fant entrer chacune entre deux rangs de piquage, la pouffant d’abord avec votre main tant qu’il vous fera poflible, & enfuite vous fervant du pouffoir, pour achever de renfoncer jufqu’au bout ; vous commencerez par les fortes & épaiffes , enfuite les minces 8c faibles j infenfiblement vous parviendrez à remplir chaque piece.
- 230. Lorsque toutes les pièces du corps feront embaleinées, vous rem-ployerez à chacune le canevas fur le bougran, & vous l’y coulerez bien ferme, gliffant pour cet effet votre aiguille entre le bougran & les baleines ; après quoi vous couferez les deux devants enfemble ; vous les retournerez tout de fuite à l’envers, n°. 4, pour placer & coudre en-haut une baleine en travers, plus forte au bout qu’au milieu, a, n°. f, & n°. 4, a a, depuis le devant d’un bras jufqu’au-devant de l’autre. Pofez la bande d’œillets à chaque derrière B, n°. 2, ( cette bande d’œillets eft une baleine plus forte que les autres ) obfervant de laiffer entre cette baleine & les autres, un efpace fufhfant pour y percer les œillets g avec le poinçon. Affemblez le corps en joignant les derrières B aux devants A, n°. 2; attachez les épaulettes <z, & les gouffetsc; percez les œillets g. Repaffez par l’envers, avec le carreau chaud, tout le corps, tant pour le rendre uni, que pour parvenir , les baleines étant chaudes, à lui donner la forme & la rondeur qu’il doit avoir.
- 231. Ejfayer U corps. Le corps étant dans l’état où on vient de le laider, le tailleur doit l’effayer fur la perfonne pour laquelle il le conftruit 5 car de cet eifai dépend la réufîite de l’ouvrage : en conféquence il le met en place ; alors il doit examiner avec une attention fcrupuleufe toutes les parties de fon corps, & voir l’effet qu’elles font, pour fe mettre en état de remédier aux défauts dont il s’appercevra ; il doit de plus interroger, 8c demander fî on ne fe fent pas gênée, faire bien expliquer en quel endroit, marquer avec de la craie où il y a quelque chofe à faire, marquer aufïi le lieu des palerons ou épaules, fe trouvant des perlonnes qui les ont placés plus haut que d’autres : il fait cetté obfervation de la hauteur des épaules, pour pouvoir après l’eifai y remédier, c’eft-à-dire, renforcer cet endroit s’il le juge nécelfaire ; il doit encore obier-ver fur - tout fî fon corps eft affez large, & enfin s’il a toute la grâce qu’il peut avoir.
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- 2$ 2. Ajujler le corps. Lorsque le corps eft effayé, marquez les épaulettes, avant de les détacher du devant, pour pouvoir, lorfqu’il fera fini, les rattacher aux mêmes places. Défalfemblez le corps par les côtés, pour vous mettre tout de fuite à corriger les défauts que vous avez remarqués.
- 2]]. Comme les gouifets c , n°. 2 ,n’avaient point de baleines lors de l’ef-fai, vous y en mettrez ; fi le deffous des bras b, pi. 12, eft trop haut, vous le rognerez j vous en ferez autant, s’il le faut, par-devant ou par-derrière. Cette opération eft ce que les tailleurs appellent donner le coup de cifeau. Coupez un peu de la longueur des baleines par en-haut, pour pouvoir les arrêter , afin qu’elles ne percent pas ; vous mettrez aufîi des bouts de baleines dans toutes les bafques ,/& n°. 3 b.
- 2^4. Drejjer le corps. Dressez le corps, il0. 4, par l’envers; c’eft-à-dire j coulez à demeure à point croifé ( ce point eft expliqué dans 1 '‘Art de la couturière ci-après ) la baleine que vous avez attachée avant l’e fiai ; mettez-en une fécondé <z, n°. f, au même endroit, fi vous le jugez à propos ; mettez-en encore une ou deux b b, qui aillent jufques fous les bras, & au-delfous une ou deux c, qui foient courtes , pour foutenir le milieu ; on les voit toutes en entier n°. 4 ; mettez des droits-fils aux endroits qui fatiguent davantage , comme en d, n°. f , afin que le corps ne fe déforme pas ; bordez le haut du devant avec une petite bande de bougran fin.
- 2^f. Coupez en biais une bande de toiîeeee, n°. f , que vous couferez tout autour des hanches, au-deffus des bafques marquées h , pour marquer ce qui s’appelle le défaut du corps, & le fortifier. Cette toile doit être taillée dé façon que fon fil ne foit en biais que fur le haut des hanches, à l’endroit où fe trouve chaque gouffet c, no. 2 , afin de pouvoir prêter & leur laiifer du jeu ; mais fur le devant, elle doit être à droit-fil, pour empêcher que le corps ne fe lâche en cette partie.
- 236. Remplissez de papier l’efpace en long, où les œillets étaient percés lors de l’elfai, pour la rendre ferme ; vous percerez enfuite les œillets au travers du papier ; coufez une ou deux baleines de travers//’, n°. y , qui aillent de l’épaulette aux palerons ; vous les placerez de maniéré qu’elles puiifent fervir à les contenir & les applatir le plus qu’il fera pofïible ; égalifez les creux entre toutes les baleines de travers, dont on a parlé, avec du papier, ou pour plus de foii-dité, avec du bougran, obfervant de le bien étager, afin que l’épailfeur fe perde infenfiblement ; garniffez de même un efpaceggggs n°. f, le long de la bande d’œillets, & vous couvrirez cette garniture d’un morceau de bougran que vous couferez bien ferme , palfant dans toutes les lignes entre les baleines ; paffez enfuite des points de fil autour du haut des derrières, pour eu ferrer & affermir tous les bords.
- 237. Mouillez l’envers de vos pièces, pour les repaffer avec le carreau
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- bien chaud , afin de bien égalifer tout l’ouvrage, prenant garde de brûler la baleine. Cette manœuvre, li elle eft bien conduite, donnera à chaque pièce la forme & la tournure qu’elle doit avoir.
- 238. Jffembler & terminer le corps. Taillez l’étoffe qui'doit faire la couverture du corps, foit de toile ou autre étoffe ; affemblez & coufez. à demeure toutes les pièces ; achevez les œillets du derrière ; coufez à l’envers au milieu du devant une bande dç toile du haut en-bas, pour y placer le bufe -, elle fe nomme la poche du bufe; & par la même couture. Vous pincerez le bas du corps pour lui donner de la grâce. Quand vous couferez les devants aux derrières , prenez les bouts des droits-fils des hanches dans la couture j pofez & coufez la couverture du deffus 5 .coupez & mettez la doublure, attachez les épaulettes. .
- 2?9. Mettez deux agraffes par-devant, & autant par-derriere, qui fer-viront à bufquer les jupons, c’eft-à-dire, à les tenir plus bas par-devant & par-derriere que fur les côtés t afin de bien marquer la taille -, mettez auiîï des aiguillettes ou cordons fur les côtés, pour y attacher le jupon j pofez le bufe en la place , & le corps eft achevé.
- 240. Le corps ouvert. La defeription qu’on vient de donner , eft celle d’un corps fermé par-devant, foit plein, foit à demi-baleine. Le corps ouvert par le devant fe conftruit de la même maniéré, excepté qu’au lieu de coudre les deux devants enfemble, on met à chacun fa bande d’œillets, 110. 3 , un rang d’œillets & un bufe: les deux rangs d’œillets fervent à lacer les deux_ devants enfemble avec une ganfe ou avec un lacet à la duceffe, pl. 14, <z<z,n°. 12.
- 241. Le corps piqué. Le corps piqué plein, n°. 2, ou à demi - baleine , n°. 3 , comme tous les autres ci-deffus, fe travaille à peu près comme le corps couvert. Ces deux fortes de corps fe piquent, il eft vrai, de la même façon j mais au corps couvert les piquures ne font pas vifibles, attendu que le canevas les couvre en premier , & l’étoffe de la couverture enfuite ; au lieu qu’au corps piqué la piquure 11’eft pas recouverte , ce qui exige quelque différence dans la façon ; car à la place du canevas, qui au corps couvert fert/de première couverture, on ne taille à celui-ci que la toile jaune qui doit feule le couvrir, & 011 la bâtit fur le bougran, obfervant de mettre un fort papier blanc entre deux, pour empêcher que la baleine qui eft noire, ne paraiffe & ne fe diftingue au travers de l’étoffe du deffus , fur laquelle, après avoir marqué les lignes des coutures, 011 les pique à point - arriéré, comme à l’ordinaire, mais cependant le plus proprement & également qu’on peut. Il faut auffi, avant d’embaleiner , ratiffer les baleines plus rondes , afin que leurs carnes ne coupent pas le.deffus , & en même tems que tout l’ouvrage paraiffe plus propre & plus fini.
- 242. On borde avec un ruban de foie tout le haut & le bas du corps j
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- à l’égard du procédé , on fuit exactement pour le refte, celui qui eft détaillé ci-déifias pour le corps couvert > 011 l’eifaie, ^on l’ajufte, &c.
- 243. Les differens corps en ufiage. Après avoir expliqué ci-deffus la fabrique des corps &corfets, ou à demi - baleines , il ne refte plus à cet égard qu’à expofer toutes les èlpeces qui font aduellement ulitées. La fimple infpe&ion, jointe à l’explication des petites différences qui s’y trouvent, fuffira pour les faire connaître i c’eft pourquoi l’on renvoie le ledteur à la/?/. 13 ; tous les corps qui y font tracés, font vus de profil, c’eft-à-dire, par le côté.
- N. VI eft un corps ouvert par les côtés, pour les femmes enceintes : ce corps n’a de différence , qu’en ce que le devant n’eft joint au derrière que par un lacet qui paiïe dans deux rangs d’œillets a b \ la femme peut, par ce moyen, lâcher fon corps par les .côtés lorfqu’elle s’y trouve trop ferrée : on 11e coud qu’un petit efpâee c, fous Taiifelle, de peur que le corps ne fe dérange & ne fe mette de travers.
- N. VII eft un corps pour les dames qui montent à cheval, foit pour chaifer ou autrement : il différé des autres en ce que le bas du devant eft fans grandes bafques, & arrondi depuis les petites bafques jufqu’à la pointe en A, de peur que le bas du corps ne les gêne, attendu qu’elles font naturellement pliées en avant fur leur felle j de plus, le devant eft ordinairement lacé B, jufques vers le tiers C : on le fait très - mince de baleines.
- N. VIII eft un corps de cour ou de grand habit, qui ne fert qu’aux dames de la cour lorfqu’elles vont chez le roi, chez la reine, &c. On y remarquera que l’épaulette eft couchée & dirigée en avant, parce que ce corps découvre les épaules j il eft toujours accompagné d’un bas de robe particulier, dont il fera fait mention ci-deffous. Cet habillement qui eft aifez ancien, s’eft toujours confervé à la cour. On voit pi. z, fig. Z, une dame vêtue avec cet habit.
- N. IX eft un corps de fille : il eft pointu & fans grandes bafques par-devant.
- N. X eft un corps de garçon : il eft arrondi par le bas du devant, & n’a point de bafques de côté.
- N. XI eft un corps de garçon à la première culotte : il fe lace par-devant. L’épaulette eft au devant, au contraire de toutes les autres ; il y a à line hanche une petite bafque a, avec une boutonnière qui va rendre à un bouton attaché à la ceinture de la culotte pour la foutenir.
- Dans la pi. 3 , fig. A, eft repréfentée une femme vue par-devant , avec un corps lacé d’un lacet à la duchelfe ; & fig. B, une femme vue par-derriere ayant fon corps lacé du lacet ordinaire.
- Le corps à l’anglaife eft fermé du bas à cinq pouces, puis ouvert jufqu’en-haut, & lacé d’un petit lacet ou cordon infenfiblement jufqu’à un poype d’ou-T&me XIV, ' N
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- verture en-haut, arrêté par une mince baleine en-travers, recouverte derfi riere la fin du petit lacet.
- 244. Autres parties d'habillement. On a dit au commencement, en parlant des divers ouvrages du tailleur de corps , qu’il lui était attribué de faire encore quelques pièces de vêtemens qu’on a nommées dans la lifte qu’on en a donnée : on va les détailler ici, avec les éclaircifTemens néceffaires à leur conftruétion; ils font repréfentés pl. 14.
- 24f. N®. 17 , bas de robe de cour. Elle fe fait en étoffe étroite; fa longueur, taille ordinaire, eft de deux aunes & demie, & fà largeur de fix lez, d’une étoffe de fept fixiemes : on commence par coudre tous les lez enfern» ble ; 011 plie enfuite le tout en deux fur fa longueur, & 011 coupe en biais, comme on voit depuis 1 jufqu’à 3. O11 11e double point le bas de robe, à moins qu’il ne foit en étoffe brochée, parce qu’alors on en eft obligé dé cacher l’envers. O11 pliffe tout le haut depuis 1 jufqu’à 2 : tous ces plis raifemblés forment une portion de cercle ; fur chaque moitié , 011 borde tous les plis, & on y coud quatre ou cinq agraffes de diftance en diftance de chaque côté, ce qui fait une dixaine d’agraffes qui doivent s’accrocher à de la ganfe qu’011 aura coufue au bas du corps -, on place deux boutons au fécond lez de chaque côté, à quelque diftance l’un de l’autre, & une ganfe derrière chacun, à l’envers de l’étoffe; on accompagne le bout de cette ganfe d’un gland ; & lorfqu’on la boutonne, elle releve la portion d’étoffe qu’elle embrafïè : la queue eft traînante. Voye^ pl. 2 ,fig. Z.
- 24 6. N°. 13. Corfet blanc fans baleine, & à deux bufcs. Il fe fait communément de bazin ou de toile; on le double toujours: M, les devants; N, les derrières ; O, les manches.
- 247. Pour le faire, après avoir coupé un modèle en papier, jufte aux mefares prifes fur la perfonne, coupez la toile ou futaine qui doit fervir de doublure, appliquez votre modèle deffus, & l’y bâtiffez, & remployez exactement ladite doublure jufte à votre modèle ; bâtiffez auffi les remplis, de peur qu’ils ne fe défaffent ; enfuite vous affemblerez toutes les pièces de votre corfet, & vous irez l’eifayer fur la perfonne, comme on fait pour les *orps, afin de rectifier enfuite les défauts, s’il y en a : cela fait, coupez des bandes de toile à droit-fil, que vous bâtirez fur la doublure en-travers, après quoi vous les coulerez très -drus ; ces droits-fils empêchent que le corfet ne fe déforme : enfuite, taillez le bazin ou la toile qui doit faire le deffus; vous la bâtirez le plus uniment qu’il fera poflible, fur la doublure; vous en remployerez les bords exactement à l’égal de la doublure; vous les couferez enfembîe; puis vous pafferez un fécond point tout autour, pour affermir l’ouvrage.
- 248. " lu fe fait des eorfets fermés par - derrière ; à d’autres on y fait des
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- œillets, & par-devant on y fait des boutonnières ou des œillet», ou bien on y coud des rubans. Quant aux manches, ou on" les coud, ou bien on y fait des œillets , tant aux manches qu’à l’épaulette ; tous ces œillets , tant du devant que du derrière, font marqués a cia a a: on palfe fur les côtés une aiguillette c, qui fert à attacher les jupons, & en b une agraffe de chaque côté pour le même ufage ; on met un bufc à chaque devant ; pour cet effet, on coud au bord des devants du corfct en-dedans un ruban de fil par fes deux bords 5 c’eft ce qu’on nomme la poche du bufc, au bas de laquelle on lailfe une petite ouverture, par laquelle 011 le fait entrer.
- 249- N°. 14. Camifole. Elle fe fait des mêmes étoffes que le corfet ci-deffus , & fe double de même. P, les devants. Q_, les derrières. R , les manches.
- 2fô. Les camifoles fe font comme les corfets *, toute la différence con-fifte en ce que, ne fervant ordinairement que pour la nuit, elles doivent être plus larges & plus aifées ; 011 les ferme communément par-derriere , & elles fe nouent par-devant avec des rubans de fil ou de foie.
- 25" 1. Pour un corfet ou une camifole, taille moyenne, il faut une aune & demie de bazin étroit, ou la moitié de bazin d’Orléans, c’ell-à-dire trois quarts, les manches comprifes.
- 2f 2. N°. if. Faujfe robe pour les filles. Elle fe fait dans la largeur de fept lez, étoffe étroite ; on la fend par le milieu du derrière, au haut jufi qu’en a, & par le côté pour fouiller dans les poches jufqu’en b ; 011 la pliffe comme le bas de la robe de cour, n°. 17, & 011 la coud autour du bas du corps.
- 25?. N°. 16. Jaquette ou fourreau pour les garçons. Il faut dix lez d’étoff; étroite pour faire une jaquette ou fourreau d’enfant ; on les affemble à part, deux pour chaque devant, & trois pour chaque derrière ; chacune de ces pièces fe taille comme on voit dans les figures dudit n°. a eft un devaut ; b , un derrière 5 les lignes pon&uées font les lez. Il ne s’agit plus que de plifi fer & monter la jaquette fur le corps exprimé pi. 12, n°. 10. Pour cet effet, coufez le premier pli du devant, qui doit occuper en-haut toute la largeur du haut de la gorge, & être conduit en biais jufqu’à un pouce & demi de la pointe du corps ; continuez à coudre trois autres plis égaux & parallèles entr’eux. Vous cefferez de coudre tous ces plis où le bas du corps ceffe, & vous les laifferez vagues de là au bas de la jaquette ; vous arrêterez en-feinble fur la hanche deux plis, que vous laifferez également vagues juf qu’en-bas 5 vous ferez de même un large pli au derrière ; là plus grande largeur fera à l’épaulette ; vous cefferez de le coudre au haut de la bafque de derrière : puis vous ferez trois autres plis fur le corps , pareils aux précédens, ofifervant les mêmes circonftances ; plus deux plis vagues de la hanches en-bas à
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- le large pli de derrière couvrira par fon bord poftérieur les œillets du corps du haut en-bas.
- 2,5-4. Vous couvrirez l’épaulette d’un morceau d’étoffe ; vous couferez les derrières aux devants de chaque côté, laiflant aux hanches une ouverture pour la poche, entre les quatre plis d’en-bas; vous couferez aufïi le bas des deux derrières enfemble.
- Pour ornement on galonné le grand pli du devant du haut en-bas, tant fur le pli même que fur tout le devant, à compartimens de galons ; on borde le grand pli du dos tout autour jufqu’en-bas ; on galonné de même les coutures des côtés, tout le bas de la jaquette, & tout le tour de la gorge ; on coud les jnanches c aux épaulettes.
- L’ART DE LA COUTURIERE*
- 2,^6. .Â.VANT l’année 1675-, comme il a été dit dans l’avant-propos, les tailleurs faifaient généralement tous habits d’hommes & de femmes ; mais dans cette année Louis XIV jugea à propos de donner à des femmes le droit d’habiller leur fexe; & depuis ce tems, les tailleurs ne s’en mêlent plus. Il créa donc un corps de maîtrife, fous le titre de maîtrejjis couturières ; il leur donna des ftatuts qui font en petit nombre. Par ces ftatuts, elles peuvent faire robes de chambres de femmes, jupes, juftaucorps ( c’eft ce qu’011 nomme à préfent jufie ), hongrelines ( 011 n’en fait plus }, camifoles , corps de jupes & autres ouvrages pour femmes, filles & enfans de l’un & de l’autre fexe, jufqu’à l’âge de huit ans : & ne pourront faire aucun habit d’homme, ni bas de robe & corps de robe.
- 257. Nota.Les tailleurs de corps, ci-devant, ont fèuîs le droit de faire les corps & bas de robe, & ils partagent avec les couturières celui d’habiller les enfans jufqu’à huit ans.
- 25-8. La couturière n’a aucun infirument particulier. Un dez, des aiguilles , du fil, de la foie, des cifeaux, & un fer à repaifer, leur fuffifent pour opérer.
- La mefure.
- 257. La mefure fe prend avec des bandes de papier, comme par les tailleurs, en y faifant des oches ; la fuivante efi; celle de la robe & du, |upon, qui eft l’effentiel de la couturière, comme l’habit complet l’eft du tailleur d’habits*
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- 2,60. Pt. 4. a, largeur d’une agraffe à l’autre, b, collet, c, plis, d, remonture & entournure ( * ). e , devant./, taille, g, compere ( lî on en veut un ). A, manche, i, dos. I, grofleur du bas. m, devant du jupon, n, derrière du jupon, o , côté du jupon, p , biais de la robe (**). q, derrière fans la queue (***). r, devant jufqu’à terre.
- Aunage de la robe & jupon taille ordinaire.
- 261. La couturière n’emploie ordinairement que de l’étoffe étroite, c’eft-à-dire, de demi-aune ou environ.
- 262. Pour la robe. Longueur, une aune un tiers. Largeur du derrière, deux aunes ou quatre lez alfemblés. Largeur des deux devants, une aune ou deux lez. Largeur des, deu\ pointes, un quart qui efl demi-quart pour chacune. Pour chacune des deux manches, un tiers en quarré. Pour les deux, rangs de chaque manchette, trois quarts d’étoffe fur fa longueur.
- 263. Pour le jupon. Longueur, deux tiers. Largeur, deux aunes & demie , en cinq lez aifemblés.
- Le travail de la couturière.
- 264. Commé la robe & le jupon, dont on vient de donner la mefure & Paunage, font les principaux objets du travail de la couturière, on eftime que cet art fera fufïifamment éclairci par le détail de leur conftrudion, & en y ajoutant encore celle du manteau-de-lit, & du jufte, à l’ufage des femmes de la campagne.
- 26f. La robe. Coupez de longueur, fuivant votre mefure, tous les lez qui doivent compofer votre robe, favoir, les quatre lez AA du derrière, fig. 1, pl. 1 f , & les deux lez, un pour chaque devant, B fig. 2 ; ceux-ci doivent être coupés un peu plus longs de quelques pouces, pour la remonture & entournure, expliquées ci-deffus ; taillez les manches 0 3 fig. 6, & les manchettes pp->fig• S '> taillez de même toute la doublure.
- 266. Assemblez les lez du derrière, en lès caufantl’un à l’autre j tout le
- ( * ) Par la remonture & entournure, on entend que les devants doivent être de quelques pouces plus longs que le derrière, afin que la remonture, c’eft-à-dire, ce que les tailleurs appellent Vepauîette, puiffe en enveloppant le deflus de l’épaule, fe joindre à Femmanchure ; ce qui fe nomme alors Ven. tournure, laquelle étant en place, c’eft-fr.
- dire, jointe aux deux bouts du collet, le maintient au bas de la nuque du col.
- ( ** ) Le biais de la robe eft l’endroit où on place les pointes. . •
- ( *** ) Sans la queue. A l’égard de la queue, on la fait plus longue ou plus courte^ fuivant la volçnté,
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- derrière AA étant affemblé, pliez-le par la moitié fur fà largeur, & le dépliez tout de fuite ; il réitéra fur l’étoffe une légère imprefîion de ce pli, qui vous indiquera où vous devez commencer à couper les pointes cd9 qui fe prennent à chaque dernier lez ; vous taillerez ces pointes en montant & en biais, afin qu’elles aient au bout d, un demi-quart de large.
- 267. Les pointes étant levées, vous taillerez les emmanchures e, & les tailles/, jufqu’aux hanches en fuivant votre mefurej vous bifferez le furplus g' en fou entier, pour les plis & lç tour de la robe -, vous taillerez de même les deux devants B.
- 268. On vient de voir que les pointes n’ont en longueur que la moitié de celle de la robe ; il faut ajouter que l’on n’entend parler ici que d’une robe ronde & fans panier : car fi c’en était une deftinée à être mife par - deffus un panier, ces pointes ne fe trouveraient pas affez longues pour aller jufqu’aux hanches ; c’eft pourquoi il faudrait les tailler à part dans un lez de furplus.
- 269. Glacez la doublure au-doffus. Glacer, eft faire un bâtis générai à points longs , qui foient environ à deux pouces les uns des autres, pour attacher bien uniment la doublure au-deffus ; ce bâtis eft à demeure.
- 270. Faites un rang de bâtis, par l’endroit, au haut & au bas du derrière de la robe, pour les fixer j vous ôterez ce bâtis, quand le collet & le bas feront achevés.
- 271. Formez les fix plis du dos, efpacés comme il eft marqué fig. 3, c’eft-à-dire, un large au milieu de deux étroits : on voit en h la moitié de la pliffure du dos; coufez les pointes cdcd9 le long du dernier des plis de côté jufqu’en-bas ; formez enfiiite ces pris, au nombre de trois ou quatre, & les arrêtez aux hanches en mm9 avec quelques points croifés. Voye1 cette ef-pece de point,/?/, f , n°. 8.
- 272. Formez le pli de chaque devant qq9 fig. 4, jufqu’au haut de la remonture, & les plis de.côté nn9fig. 3, au nombre de deux ou trois, que vous arrêterez comme les précédens ; coufez le collet x 9 fig. 3 , qui doit avoir en-dehors un doigt de large : il fe fait toujours de l’étoffe du deffus ; redou-blez-le & le coufez à l’envers.
- 273. Faites un arrêté,/^. 3 , ligne pon&uée, au travers des plis du dos, pour les maintenir en leurs places ; car on ne coud jamais ces plis l’un à l’autre : cet arrêté fe fait à l’envers , à points croifés, à la diftance d’un douze au-deffous du collet. Placez l’entournure, c’eft-à-dire, coufez la remonture 3 , fig. 4, à l’emmanchure /,/g. 3 ^joignant le collet par-derriere.
- 274. Attachez la quarrure, qui eft un morceau de toile ou de taffetas quarré long, que l’on coud à l’envers par - deffus la doublure : cette quarrure occupe tout l’efpace des plis du dos, depuis le collet jufqu’à la taille j on la fend enfuite, fi l’on veut, par le milieu, depuis le bas vers le haut, & ou
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- attache des rubans de fil ou des cordons , qui fe nouent lorfqu’on veut fe ferrer.
- 27j*. Montez la robe, c’eft-à-dire, coufez les deux devants au derrière, depuis l’emmanchure /,/#. 3 , jufqu’aux hanches mm, à. point-arriere & devant, ce qui s’appelle coudre les tailles ; laiffez une ouverture de huit pouces entre les plis de côté nn, pour la poche; puis vous reprendrez la couture, pour coudre les pointe^ au biais, c’eft-à-dire, aux devants jufqu’cn-bas.
- 276. Nota. Les plis de côté des robes rondes doivent être réunis au bas de l’ouverture de la poche, où commence la pointe en c ; au contraire des plis du juftaucorps d’homme , qui vont jufqu’au - bas : mais aux robes faites pour être fur un panier, il ne fe fait point de plis de côté ; les pointes doivent monter jufqu’aux hanches, & l’ouverture de la poche eft formée par le côté de la pointe & du devant.
- 277. Doublez les manches oo>jig. 6, formez-les & les pliifez à point devant, pour les coudre enfuite à l’emmanchure & à l’entournure, à ar-riere-point; coufez les manchettespp, fig. f , la plus étroite en-deifus; faites un rempli autour du bas de la robe, ainft qu’à chaque côté de l’ouverture des poches ; coufez ces remplis ; bordez tout le bas d’un padou de la couleur du deflus.
- 278. Nota. La plus grande difficulté qui fe rencontre quand 011 a des étoffes à fleurs ou à compartimens , eft de les bien appareiller 8c aflortir régulièrement, en ménageant fur l’étolfe le plus qu’il eftpoffible : c’eft une affaire de génie &'de talent.
- 279. Comme on porte à préfent les robes ouvertes par-devant, on couvre la poitrine par une piece ou échelle de rubans, ou par un compere. Le com-pere eft du diftriét de la couturière ; la piece de rubans étant regardée comme garniture & ornement, eft de celui de la marchande de modes.
- 280. Le compere, pi. 1 f, eft compofé de deux devants, coupés l’un fur l’autre dans un quarré d’étoffe d’environ un tiers en tous fens, dont 011 taille un côté en biais ; on le double ; on fait le long du biais gauche un rang de boutonnières, & un rang de petits boutons à la piece droite ; 011 coud chaque devant du compere fous chacun des devants de la robe, de façon que les côtés biais puiffent fe boutonner fur la poitrine, depuis la gorge jufqu’à la taille.
- 281. On appelle pet-en-l'air, le haut d’une robe ordinaire, dont la longueur ne defcend qu’à un pied plus ou moins au-deffous de la taille, devant & derrière.
- 282. Le jupon. Après avoir coupé quarrément & de longueur les cinq lez du jupon, les avoir affemblés , doublés, & glacé la doublure, vous plif. ferez tout le haut, 8c vous le fermerez du haut en-bas. Il y a des jupons-
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- auxquels on ne laiffe que l’ouverture dès poches de chaque côté * à d’au^ très , on en laide une troifîeme par-derriere. Aux premiers , on attache des bouts de cordons ou de rubans de fil à une des ouvertures de côté , pour ferrer le jupon j aux derniers, on met communément les cordons à la fente de derrière : toutes, ces ouvertures fe bordent; on borde auflitout le haut & le bas du jupon, avec un padou de la couleur de l’étoffe.
- 28?. Le manteau-de-lit. Pour un manteau-de-lit taille ordinaire, longueur une demi-aune. Largeur, fuivant la mefüre. Longueur de la manche depuis le gouffet, un tiers. Largeur de la manche, un quart, venant à un pouce & demi de plus , en élargiffant depuis le coude.
- 284* Le manteau - de - lit fe taille en un feul lez d’étoffe, quand elle efl affez large ; linon , on le fait en deux lez. Il eft compofé de deux devants rry fig. 7, & d’un derrière mkme figure ( lignes pon&uées) ; on le décrit ici d’un feul lez. Il fe fait ordinairement en chemife, c’eft-à-dire , avec le* commencement des manches, qu’on termine enfuite par deux- pièces qui s’y ajoutent.
- 28 f. Etendez votre étoffe, & tout de fuite pliez - la en deuxdur fa largeur, non pas exactement, mais qu’un des doubles dépaffe l’autre de trois pouces ou environ ; fendez en deux par le milieu rr, le double le plus long , en montant jufqu’au pli, où étant arrivé , vous fendrez ledit pli à droite & à gauche , de quatre à cinq pouces ; puis retournant les cifeaux d’équerre, vous en donnerez un coup a a , dans l’étoffe de cette plus longue moitié, fans entamer l’autre ; celle-ci ainfî fendue, vous donnera la remonture des deux devants, comme il va être expliqué.
- 286. Faites un autre pli parallèle au premier, qui égalife de longueur vos deux doubles d’étoffe; alors les parties que vous venez d’entailler au double qui était le plus long, formeront deux petits quarrés a à faillans , qui auront trois pouces de haut fur quatre à cinq pouces de large ; ce fera les entournures des épaules, & ce fécond pli qui a détruit le premier, deviendra le deffus des manches. Voye^ la fig. 10 qui repréfente un des - devants avec là remonture.
- 287. Formez à chaque devant, à l’endroit, un pli a,fig. r 1 , qui le borde du haut en - bas ; dégagez la gorge par un pli en-dedans c ; faites une fente ail bas de l’origine des manches, pour y placer le gouffet m; taillez les côtés a a, fig. 9 s fuivant la mefure ; lailTez le refte d, fig. 10, pour le pli h h, fig. 86-9. O11 coupe en évafant jufqu’en-bas , quand 'on ne veut pas de pli; faites aufli un pli g, fig. 8, à l’envers, au milieu du derrière, que vous ne couferez que jufqu’au-bas de la taille ; la couture doit en être au milieu du dos : 011 voit fig. 9 l’effet que ce pli rentrant fait par-dehors.
- 288. Taillez la doublure > pofez-la , & la glacez à l’étoffe.
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- ' 289* Cousez tous les plis, favoir, ceux qui vont de la taille jufqu’en-bas ;
- coufez les deux devants au derrière, les goulfets , le deffous des manches , le collet, les entournures aux deux bouts du collet 3 ajoutez & coufez les deux pièces qui terminent la longueur des manches 3 fi elles fe font en pagode a a, fig. 12, ces deux pièces auront plus de longueur : les plis de la pagode doivent être difpofés de maniéré qu’ils foient plus étroits deffus le bras, ce qui leur donne la tournure que l’on voit dans la fig. 12, qui repréfente le manteau de lit entièrement terminé.
- 290. On finit par border le tour du bas, & 011 attache en-haut, des ru* bans pour le fermer.
- 291. Le jufte. Le jufte eft proprement l’habit des femmes de la campagne 3 aufli eft41 le plus fimple de tous.
- 292. Il faut deux aunes d’une étoffe de deux tiers de large pour un jufte.
- 293. Il fe taille à peu près comme une vefte d’homme. Les figures 17, qui montrent les deux devants, & 14 les deux derrières, le démontrent fuf-fifamment. Le jufte 11’a aucun pli 3 fes bafques ne s’affemblent point3 on 11e coud les derrières & les côtés que jufqu’aux tailles : les bafques ,tant par-devant que par-derriere, finiffent en pointe plus alongée par les côtés.
- 294. On alfemble, on.pofe la doublure, on la glace, &c. comme à tous les autres vêtemens dont 011 vient de faire la defcription 3 on borde tout le tour du jufte haut & bas, & toutes les bafques , d’un ruban de foie, & on attache des cordons ou des rubans de fil par-devant pour le nouer.
- 29f. On coud les manches au jufte: il s’en fait de deux fortes3 celles qui font marquées * font toutes fimples, & vont jufqu’au coude 3 les autres marquées y font plus courtes, mais 011 y ajoute un parement pliffé
- 296. On voit. pi. 3 , trois figures qui regardent la couturière : la figure G repréfente une femme en robe & en jupon, vue par-devant3 la figure D, la même vue par-derriere 3 & la figure E, une fervante en jufte, vue par le côté : fes bafques font toutes égales, .pour faire voir que cette façon s’exécute auflï bien que celle de terminer le jufte comme un manteau de lit, principalement dans les villes.
- ZtLU.
- DE LA MARCHANDE DE MODES*
- 297. On ne.,placerait pas ici parmi les arts qui travaillent aux vète-mens , la marchande de modes , fi ces femmes ne s’étaient mifes en poffefltoii d’en conftruire quelques - uns qui auraient dû naturellement être du diftricl Tome XIF. O
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- soc A R T D ü TA IL LEU R, &c:
- de la couturière : elles ne font d’aucun corps de métier, & ne travaillent qu’à l’ombre de leurs maris , qui, pour leur donner cette faculté » doivent être du corps des marchands merciers: elles appellent elles-mêmes ce qu’elles font un talent, & ce talent confifte principalement à monter & garnir les coëftures, les robes, les jupons, &c. c’eft-à-dire, à y coudre <Sç, arranger fuivant la mode journalière les agrémens que les dames & elles imaginent perpétuellement, dont la plupart confident en gazes, rubans, rézeaux, étoffes découpées, fourrures , &c. Mais elles conftruifent encore de véritables vêtemens, comme le mantelet, la pliffe, la mantille de cour. Ces pièces ont tant d’affinité avec l’art de la couturière, qu’on n’a pas cru devoir en omettre la defcription à fa fuite.
- 298. Le mantelet & fon coqueluchon. Le mantelet eft un petit manteau de femmes, qu’elles mettent par-deffus la robe , principalement quand elles vont dehors : on y ajoute toujours un coqueluchon ; ce coqueluchon fe taille à part, & s’attache enfuite au mantelet : le tout le fait de taffetas qui a deux tiers de large , ou de fatin qui a une demi-aune ; on double de la même étoffe.
- 299. Il faut pour un mantelet ordinaire avec fon coqueluchon, pour le corps du mantelet, une aune & demie, qui'étant rendoublée fera trois quarts de long pour chaque côté, depuis le haut du col b ,fig. 11, pl. 16, jufqu’au bas de chaque pan c; & pour le capuchon,^. I, un tiers redoublé, ce qui fait deux tiers, & en tout deux aunes un tiers d’étoffe.
- 300. On commence par couper les deux tiers pour le coqueluchon ,fig. I, qu’on plie en deux fur la largeur de l’étoffe: on plie de même en deux le relie pour le mantelet ,Jîg. II5 on taille le collet du mantelet comme on voit en b n, & enfuite l’échancrure des bras m , c’eft-à-dire, ce qui doit paffer en-devant par-delfus les bras , qu’on nomme les pans du mantelet : quant au coqueluchon, fig. I, qu’on aura plié de même en deux fur la largeur, on en echancre un coin gh du côté du rendoublement, de quatre à cinq pouces en mourant; le bout pointu h de cette fente fera le centre des plis en rond iy qu’on fera au furplus dudit rendoublement; après quoi on la fermera par une couture : ce centre plilfé fe trouve placé au milieu du derrière de la tête.
- 301. Pour joindre le coqueluchon au mantelet , on commence par pliffer le milieu du collet du mantelet o o,fig. II, pour le réduire à la proportion du côté du coqueluchon au bout duquel on a fait l’échancrure ; enfuite on coud cccôté à îa pliffure du collet 00 ; & continuant à coudre les deux derrières, celui du mantelet & celui du coqueluchon, l’un à l’autre, on fronce à mefure celui du mantelet ; & afin que l’on puiflè ferrer plus ou moins ces deux pièces fur le col ,‘on coud par l’envers tout autour une couliffe qui eft un ruban qui forme un conduit, dans lequel on paffe un cordon pour ferrer plus ou moins le col du mantelet. Qn borde le tout d’une dentelle noire.
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- ART DU TA I L L E U R,®c.
- i°7
- $01 II fe fait des mantelets en mouffeline ; mais c’eft l’affaire de la lingere.
- 3 ©3. La pliffe & fon coqueluchon. La pliffe eft une autre efpece de manA teau, beaucoup plus ample que le mantelet » elle fe fait auflren taffetas ou en fatin. '*
- 304. Il faut pour une pliffe trois aunes & demie, diftribuées en quatre lez égaux, mnop, fig. III, chacun de trois quarts de long : on commencé m n enfemble fur leurs longueurs, ce qui joint les deux derrières ; puis on les plie l’un fur l’autre pour lever à leurs extrémités deux pointes d’un coup de cifeau, comme à la couturière pour la robe ; on en fait autant des devants pôles l’un fur l’autre ; les quatre pointes levées, on les coud enfemble deux à deux : enfuite joignant par une couture les devants aux derrières, il fe trouve néceffairement le long de la coupe des pointes un vuide en triangle , qu’011 remplit de chaque côté par les pointes qq ci-devant, affemblées deux à deux, en les y coulant. Ces opérations font faire au tout enfemble un arrondiffement plus étroit en-haut, plus étendu en-bas von les unit tous les deux avec les cifeaux, donnant en même tems au haut dé chaque devant la courbure rr-> on fendra vers le milieu des' devants une ouverture s s de fix à fept pouces , pour y paffer les bras : on double la pliife de la même étoffe, ou d’une fourrure pour l’hiver.
- 305". Le coqueluchon fe fabrique à parc, fur un tiers en tout feus , taillé double comme le précédent 5 & pour le' joindre à- la pliffe , on la plilfera en - haut à un feize près des extrémités des devants , continuant jufqua un leize de la couture des derrières, Ge qui la rétrécira a la mesure du bas du coqueluchon que l’on doit enfuite 7 coudre : le refte comme au- mantelet.
- 306. La mantille de cour ou de grand habit.- Le grand habit de. cour cort-
- ftfte en un corps:fermé, plein de baleines,.& un bas db robe : le corps
- fe couvre d’étoffe i le bas de robe fe fait des mêmes étoffes, ainfï que le jupon: le tailleur de corps conftruit le corps & le bas- de robe ; la couturière ,1e jupon l& la marchande de modes ajoute à tout l’habillement les pompons & agrémens.
- 307. Le jour qu’une dame eft préfentée au roi, à la reine, &c. le corps,
- le bas de robe & le jupon doivent être noirs 5 mais tous les agrémens
- font en dentelle, en rézeau, &c. Tout l’avant-bras, excepté le haut vers la pointe de l’épaule, où le noir de la manche du corps parait, eft entouré de deux manchettes de dentelle'blanche , l’une au-deffus de l’autre, jufqu’au coude. Voye^ pl. 2 , fig. Z ,/g. Plus , au- deffous de la manchette d’en - bas » on place un bracelet noir formé de pompons h : plus , tout le tour du haut du corps fe borde d’un tour de gorge de dentelle blanche e e, & par-
- O ij
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- ïo8 A R T B U T A l L L E U R,&c.
- deffus une palatine (*) noire, étroite, ornée de pompons, qui defcend dii goI & accompagne le devant du corps jufqu’à la ceinture : le jupon & le corps s’ornent de .pompons ; tous les pompons font de rézeau, de dentelle, &c. d’or.
- 508. Le jour de la préfèntation pafle, tout ce qui était noir fe change en étoffes de couleurs ou d’or. Cet habit eft ancien ; & n’a pas changé jufqu’à préfent pour les cérémonies de la cour.
- 309. Si la dame qui doit être préfentée fe trouve hors d’état d’endurer le corps plein, alors il lui eft permis de mettre un corfet, & par-deffus une mantille... le bas de robe & le jupon ; & comme la mantille couvre l’avant-bras , on fupprime la manchette d’en-haut/, qui ne ferait pas vilible. -<
- 310. C’est de cette mantille dont on va parler, attendu qu’elle eft l’ouvrage de la marchande de modes. Ce vêtement eft proprement une efpece de mantelet, mais moins large, plus court par le dos, les pans un peu plus longs, & auquel on ne met jamais de coqueluchon : il s’en fait de toutes fortes d’étoffes légères, comme gazes, rézeaux, dentelles, &c. Il faut de ces étoffes une aune & demie. La coupe en eft repréfentée en lignes pon&uées dans celle du mantelet, pl. i6,fig. II ; a, le dos ; d, le collet ; e, quelques plis vers l’épaule ; /, l’échancrure ; g, le bas : 011 attache au bas du dos dans *le milieu en h, un ruban qui fe noue par - devant.
- 311. La quatrième figure de la pl. 16 n’eft faite que pour indiquer comment les bonnets piqués s’arrêtent fermement fur la tête A, pour couftruirc deffus l’édifice journalier de la coëffure, ce qui fe fait par deux rubans quelconques, attachés avec une épingle à chaque oreille du bonnet; on les fait croifer fous le menton de la tète en a3 & on les noue derrière fon col : la coëffure qui eft repréfentée fe nomme en papillon.
- 312. Comme la mantille n’eft actuellement en ufàge que dans les cérémo^ nies de la cour, les dames ont préféré quelques marchandes de modes adroites & intelligentes, parmi lefquelles Mlle Alexandre, rue de la Monnoie* une des plus employées dans fon talent, a bien voulu m’en expliquer toutes les circonftances que je viens de décrire.
- ( *) Elle n’eft pas dans la figure ; elle a été ajoutée depuis ce teins. '
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- ART DU TA lit E U R, &c. i q?
- «3SP”-’— —-----
- EXPLICATION DES FIGURES-
- On ne parlera point des deux premières planches, parce que le premier chapitre en contient l’explication telle qu’on pourrait la mettre ici -, & comme ce ferait une répétition fuperflue, on commencera cette explication par la rangée du bas de la troifieme planche., attendu qu’elle n’eft pas comprife dans ledit chapitre.
- Planche III.
- A, une femme en corps, vue par-devant.
- B , une femme en corps , vue par - derrière.
- E, une femme en jufte.
- C, une femme en robe, vue par - devant.
- D, une femme en robe, vue par - derrière.
- Planche I V.
- A, un homme fur lequel la mefure du juftaucorps eft tracée en lignes ponduées. Cette figure & les deux luivantes font relatives au chapitre VII de l’Art du tailleur pour hommes.
- B, la mefure de la vefte.
- C, la mefure de la culotte.
- D , un homme en redingotte.
- E, un homme en babit complet.
- F, un homme en culotte à pont, ou à labavarojfe, relatif à l’article du-culottier.
- G, un homme en robe de palais.
- H, un abbé en manteau court.
- I, un eccléfiaftique en foutane.
- Planche V.
- A, profil d’un devant de juftaucorps.
- C, manche.
- D, parement.
- E, patte.
- B, profil d’un derrière de juftaucorps C C, le cran,
- a, profil d’un devant de vefte. h, profil d’un derrière de vefte.
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- lto
- AR T Ô U TA I LIEU R\ &ç.
- c, manche de vefte.
- d9 profil du dehors d’une culotte.
- 1, le point devant.
- 2, le point de côté.
- 3 , l’arriere - point.
- 4 y le point lacé.
- f, le point à rabattre fur la main.
- 6, le point à rabattre fous la main.
- 7, le point à rentraire.
- 8, le point croifé.
- r, le point coulé. . '
- t, le point de boutonnière.
- /, le point de bride.
- Planche VI.
- La vignette repréfente un tailleur d’habits qui prend latnefure, un autre qui coupe un habit (ur le bureau, quatre garçons qui coufent fur l’établi s & un bourlier - culottier qui frappe avec fon maillet fur les coutures d’une culotte de peau, pofée fur fa buiffe.
- A , le carreau.
- B, la craquette. ^
- C, le billot.
- EE, le patira. e, le marquoir.
- g, le couteau à baleine,
- A, le poinçon.
- /, le pouffoir.
- Planche VII.
- Fig. I, juftaucorps, vefte & culotte tracés fur le drap.
- Fig, II & deuxieme II, habit, vefte & culotte fur le velours.
- Fig. III, juftaucorps feul fur le drap.
- Fig. IV, vefte feule, idem.
- Fig. V, culotte feule, idem.
- Fig. VI, la mefure de l’habit complet.
- Planche VIII.
- Fig. I, traces de la roquelaure fur le drap.
- Fig. II, traces de la redingotte , idem»
- Fig. III, traces de la foutane, idem.
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- ART DU TAILLEUR, &c»
- ni
- Planche IX.
- Fig. I, traces de la robe de palais fur étoffe étroite.
- Fig. II, traces de la robe de chambre à manches rapportées, idem»
- Fig. III, traces de la robe de chambre en chemife, idem.
- Planche X.
- Fig. I, traces du manteau laïque fur le drap.
- Fig. II, traces du manteau court d’abbé fur étoffe étroite.
- Planche XI.
- Traces du manteau long eccléfiaftique fur étoffé étroite.
- Planche XII.
- Inftrumens- du culottier. A,buiffe. B, liffoir.
- C, culotte de peau.
- NQ. i, la mefure prife par le tailleur de corps, marquée par des lignes doubles fur un corps vu de profil.
- N°. 2, profil d’un corps plein de baleines.
- N°. ^ , profil d’un corps à demi - baleine, ou corfet baleiné.
- No. 4, corps vu de face en-dedans pour montrer la difpofition des baleines de drelfage.
- N°. f, profil d’un corps vu en - dedans , pour voir la difpofition des garnitures.
- Planche XIII.
- La vignette repréfente un tailleur de corps qui prend la mefure, un autre qui taille un corps de robe ; une couturière qui déploie une étoffe, des filles qui affemblent & coufent diverfes pièces.
- N°. VI, profil d’un corps ouvert par les côtés, pour les femmes enceintes. N°. VII, profil d’un corps pour les dames qui montent à cheval.
- N°. VIII, profil d’un corps de cour, ou de grand habit.
- N°. IX, profil d’un corps de fille.
- N°. X, profil d’un corps de garçon.
- NG. XI, profil d’un corps de garçon à fa première culotte. Planche XIV.
- Nv. 12, corps vu de face, ouvert par - devant, lacé d’un lacet à la ducheife. N°. 13 , corfet fans baleine a deux bufcs par - devant,
- N°. 14, camifolle de nuit fans bufc.
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- iiz ART D ü TAILLE WRÏ'&c*
- N.® if 3 jaquette ou fourreau pour les garçons. .
- N°. 16 , faillie - robe pour les biles.
- N?. 17 > bas de robe de cour ou de grand habit.
- Planche -XV.
- Fig. 1, derrière de robe de femme coupé.
- Fig. 2, devant de robe de femme coupé.
- Fig. 2 3 derrière plilfé.
- Fig. 4, devant plilfé.
- Fig. f , manchettes d’étoffe à deux rangs,
- Fig. 6, manches.
- Compère.
- Fig. 7, manteau de lit coupé.
- Fig. 8 , manteau de lit vu par - dehors.
- Fig. 9 , manteau de lit vu par - dedans.
- Fig. 10 , manche d’un derrière de manteau de lit avec fa rômonture. Fig. 11, un devant de manteau de lit avec fes plis.
- Fig. 12, manteau de lit monté avec les manches en pagode.
- Mefure.
- Fig. 13 , devant d’un jufte.
- Fig. 14, derrière d’1111 jufte.
- Planch e XVI.
- La vignette repréfente la boutique de la marchande de modes, la maitrefïb à fon comptoir i plulieurs filles travaillent à divers ouvrages de modes'. Fig. I, coqueluchon de mantelet coupé.
- Fig. II, mantelet coupé. Dans cette même figure eft la coupe de la mantille de cour en lignes ponduées.
- Fig. III, peliffe coupée.
- Fig. IV, coéffure en papillon fur une tète de carton.
- TABLÉ
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- U3
- ART DD T A I L L E U R, &c.
- ==*==^====
- 3? JL. M X JET
- DES CHAPITRES, &c.
- JL VA N T - P R O P OS. page J- f CHAPITRE I. De Vhabit français.
- f 8
- CHAP. II. L'art du tailleur d'habits d'hommes.
- Idée générale de cet art. 61 CHAP. III. Des étoffes. / 6z ' Table des aunages , réduits en pieds & en parties de pieds & pouces, tirés du Tarif du tailleur, par M. Rollin. ibid.
- CHAP. IV. Les vétemens français compris dans ce traité. 63 CHAP. V. lnftrumens du tailleur.
- ibid.
- Ufage des inftrumens. 64
- CHAP. VI. Des points de couture.
- Points fimples. ibid.
- Points à rabattre & de rentraiture.
- 66
- CHAP. VII. Prendre la mefure. 67
- Mefures en papier. 68
- CHAP. VIII. Tracer fur le bureau.
- ibid.
- Remarques. 69
- L’habit complet en drap de quatre tiers de large, tracé dans trois aunes & demie de long. 70
- L’habit complet en velours ou autres étoiles étroites , d’une demi-aune de large, tracé dans neuf aunes de long. ibid.
- L’habit complet féparé. 71 Tome XIV.
- Le juftaucorps feul. page 71 La vefte feule. ibid.
- La culotte feule. ibib.
- Le furtout & le volant. 72
- La fraque & le vefton. ibid.
- La redingotte. ibid.
- La fontanelle. 73
- La foutane. ibid.
- La robe de palais. ibid.
- La robe de chambre. ibid.
- Le manteau. 74
- Le manteau court d’abbé, ibid.
- Le manteau long eccléfiaftique.
- La camifole ou gilet. ibid.
- CHAP. IX. Tailler, traiter & monter l'habit complet. ibid.
- Juftaucorps. ibid.
- Vefte & culotte. gi
- CHAP. X. Des ornemens 65? modes de l'habit complet français. 83 CHAP. XI. Quelques détails dans la monture des vetemens décrits au chapitre huitième. 84
- Les Culottes de peau.
- 86
- Le Ta i l leu r de corps
- DE FEMMES ET EN FA NS.
- 90
- Matériaux. 91
- Inftrumens. ibid.
- Des difterens ouvrages du tailleur de corps. ibid.
- Du corps en général. 92
- P
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- *«ï
- ART DU TAILLEUR* &e.
- H
- Prendre la mefure. page 9^ Le corps couvert. ibid.
- Eifayer le corps. 94
- Ajufter le corps. 9)
- Drelfer le corps. ibid.
- Aflembler & terminer le corps. 96 Le corps ouvert. ibid.
- Le corps piqué. ibid.
- Les différons corps en ufage. 97 Autres parties d’habillement. 98 Va RT DE LA COUTURIERE.
- IOO
- La mefure. ibid.
- Aunage de la robe & jupon, taille
- ordinaire. page IOI
- Le travail de la couturière, ibid. Le jupon. 10$
- Le manteau-de-lit. 104
- Le jufte. 10 5"
- La Ma rc ha n d e démodés.
- ibid.
- Le mantelet & fon coqueluchon.
- 106
- La pliife & fon coqueluchon.
- 107
- La mantille de cour ou de grand habit. ibid.
- Explication des figures. 109
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- ART
- DELA L I N G E R E.
- Par AI. DE GARSAUL T.
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- V
- DE LA L I N G E R E.
- >4|&=
- =33ë==
- INTRODUCTION.
- I.X-ES lingeres font un corps de communauté des plus néceflaires, attendu qu’elles ont non-feulement le droit de vendre toutes efpeces de linge, toiles de lin, de chanvre, de coton & dentelles, mais encore celui détailler, coudre & achever tous les vètemens de lingerie qui s’exécutent tant pour la néceiîité que pour h propreté, & même pour le luxe. C’eft la lingere qui couvre l’homme dès l’inftant de là nailfance, pendant là vie & même après; c’eft elle qui garnit les tables, les lits, les autels, &c.
- z. Il n’eft pas douteux que ce corps de maîtrife ne foit très - ancien, & qu’il n’ait été confirmé fucceffivement par plufieurs de nos rois ; mais comme on n’à trouvé à leur bureau que leurs derniers ftatuts , il fufïira de dire qu’elles y font énoncées par les titres de maîtrefles toilieres, lingeres, eanevaffie-res en fil; qu’ils font datés du g mai 164;, fous le régné de Louis XIV, & qu’ils contiennent, outre les réglemens de police de la communauté, ce qui vient d’être dit ci-deffus en général.
- 3. Comme il eft impoflible que les feules maîtreifes lingeres puiflent travailler tout le linge qui s’emploie, ni raifembler chez elles la quantité d’ou-vrieres qu’il ferait nécelfaire d’entretenir pour la fourniture du public, elles ont nombre de femmes qu’elles autorifent à ce travail ; on les nomme ouvrières en linge: mais ces femmes 11e finiraient en fournir pour leur compte, ni en vendre, fans rifquer d’être faifies par la communauté des lingeres.
- 4. On doit entièrement la connaiifance de cet art, à mademoifeile Merlu,
- ci-devant ancienne première fille de boutique de madame du Liege, une des
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- ART DE LA L I N G E R E.
- iiS
- plus célébrés lingeres de Paris, & à préfent maîtreffe lingere, rue Taranne. Le zele avec lequel cette demoifelle a pris à cet égard l’intérêt du public, mérite qu’elle en foit connue, & que fon nom paraifle à la tête de fon ouvrage.
- f. La matière de cet ouvrage, outre les chapitres qui le divifent, efl: encore partagé en quatre grands objets, lefquels donnent tous les ouvrages des lingeres. Ils font intitulés : premiers , fécondé , troijieme & quatrième partie des ouvrages de la lingere.
- 6. La première eft la defcription des pièces d’un trouffeau, chap. IV. Entre la première & la fécondé divifion, on trouve deux chapitres, le V& le VI; le cinquième contient les termes de l’art, employés dans l’ouvrage, & leur explication ; le fixieme traite des points de couture , de la marque, &c.
- 7. La fécondé grande divifion, chap. VII9 eft la defcription des pièces d’une layette.
- 8. La troifîeme eft la defcription de plufieurs pièces de lingerie qui n’entrent ni dans le trouffeau ni dans la layette, chap. VIIL
- 9. La quatrième eft la defcription du linge d’églife, chap. IX.
- so. On croit qu’il n’y a guère de linge en ufage qüi ait échappé à nos recherches, fi ce 11’eft les différences des coëffures & la variation des modes, qui changent parmi les femmes de jour en jour ; encore en trouvera-t-on la bafe dans les coeffures & bonnets décrits dans ce traité.
- i l. A l’égard des coutures, les unes fefervent d’une efpece, quand d’autres en emploient une différente ; ainfi ce qu’on en dit ici dans le détail des divers ouvrages qu’011 y explique, ne faurait être un principe abfolu.
- CHAPITRE PREMIER.
- L'aune & fis fraftions réduites en pieds, pouces & lignes,
- 12. IL/aune, les cifeaux, l’aiguille & le dez, font les feuls inftrumens de la lingere. L’aune eft la mefure dont ellefe fert uniquement pour fixer la quantité du linge qu’on lui demande , ou qu’elle juge néceffaire pour tel ou tel vêtement qui entre dans fon diftrid; elle ne s’exprime donc que par aune ou par parties de l’aune (*) , langage myftérieux pour quantité de perfonnes ; au lieu que le pied de roi, contenant 12 pouces, lui & fes divifions en pouces & lignes, auxquels toute mefure peut être réduite, font familiers à prefque tout le monde : c’eft pourquoi, afin d’interpréter le langage obfcur de l’aune, on la partage ici en pieds, pouces & lignes, «St même en parties de la ligne.
- ( * ) On fe fert ici de l’aune de Paris.
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- ART DE LA L I N G E R F.
- * i&
- 13. L’aune de Paris eft fixée à 3 pieds 7 pouces 8 lignes; elle s’exprime communément par une réglé de bois large d!un pouce, epaiife d’un demi-pouce : elle eft divifée fur les deux côtés de fa largeur, d’un côté en 4 quarts , le dernier quart en 2 huitièmes , le dernier huitième en 2 feiziemes ; du côté oppofé elle eft divifée en 3 tiers, le dernier tiers en2 fixiemes, le dernier fixieme en 2 douzièmes.
- 14. On marque ordinairement chaque.divifiou par des.clous dorés, & on garnit les deux bouts de fer ou de cuivre, afin qu’elle confierve toujours fia même longueur.
- L'aune de Paris en pouces pour pied.
- Divifion en quarts.
- Divifion en tiers.
- La réglé d’en-haut eft divifée en quarts ; celle de deHous en tiers ; celle de delfius finit par le feizieme ; celle de delfious par le douzième.
- Divifion de l'aune en pieds, pouces & lignes.
- L'aune pieds. -> 0 pouces. • • 7 * lignes. • • 8
- La demi - aune . . . . I . • • 9 • . . 10
- Le tiers .... . . ' I . . . 2 . . . 6
- Les deux tiers . . . . 2 . • • f • . . 1
- Le quart .... . . . 10 . . . 11
- Les trois quarts . . . 2 . . . 8 . . . 9
- Les cinq quarts . . . . 4 . . . 6 . • • 7
- Le, Jixieme .... . . . 7 . • • 3
- Les trois fixiemes . . 1 . • • 9 • . . 10
- Les cinq fixiemes . . 3 . . . 4
- Les fiept fixiemes . . 4 . . . 2 . . . 11
- Le huitième . • • i • • • î
- Les trois huitièmes . . 1 . . . 4 . . . 4
- Les cinq huitièmes . . . 2 . . . 3 . . . 3
- Les fiept huitièmes . . . 3 . . . 2 . . . 2
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- 12a ART D E LA L I N G ERE.
- pieds. pouces. lignes.
- Les neuf huitièmes : • 4 1 . . . i . : 1 * 2
- Le douzième . z . . . 7 . . 1 • 3
- Les cinq douzièmes . . 1 6 . . . 2 . • 1 * 3
- Les fept douzièmes . . 2 1 . . S • • 2 • 3
- Les onze douzièmes . • Z 4 • • . . T • 3
- Le feiçieme . 2 . . • 8 . . 3 ’ 4
- Les trois feiziemes . . 8 . . 2 . . X * 4
- Les cinq feiziemes . . 1 1 . . . 7 . . 3 * 4
- Les fept feiziemes . 1 7 • • . 1 . . I * 4
- Les neuf feiziemes . . z * • . . G . . 3 * 4
- Les quinze feiziemes • Z 4 . . . 11 . . I • 4
- Le vingtième ., . . 2 . . . 2 . . r • S
- Le trente-deuxieme 1 . . • 4 • - 3 • 8
- »#€> J c H A P I T R E II.
- Toiles de lin, chanvre, coton, & dentelles•
- if- 1L<e linge en général étant le meuble, principal des nations , Tes manufactures fe lont multipliées à proportion des befoins & même du luxe ; Le tableau qu’on en va donner contient les toiles & autres linges qui fe débitent en France, leur largeur , & les pays & provinces où ils fe frabriquent.
- Toiles.
- 16. Hollande. Les frifes ou toiles de Hollande font de lin , blanches: elles ont ordinairement de large trois quarts & deux doigts.
- 17. Sdijie. Les hollandilles fe font en Siléfîe : elles font de lin, blanches: elles ont de large trois quarts.
- 18. Flandres. Les toiles de Gand & de Courtray , qu’on nomme aufîî toiles de Hollande, font de lin , blanches & fines : elles ont de large trois quarts. Les rolletes de Flandre fe font à Gand , Bruges, Courtray, Ypresj elles font de lin : elles ont de large trois quarts.
- 19. Picardie. Les truffe te s demi - Hollande de Beauvais : elles ont de large
- une
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- une demi - aune demi - quart, ou une demi - aune un douze : elles font de lin. Les toiles d’ortie de Saint-Quentin font de lin & grifâtres ; elles ont de large deux tiers. Les demi-hollandes de Beauvais , Compiegne, Bulles, font de lin, blanches & fines : elles ont de large trois quarts. Les cambraifines ou cambrais de Péronne, font de lin , blanches , fines & claires: elles ont de large deux tiers.
- 20. Hainaut, Artois & Cambrejîs. Les batiftes font de lin , très - blanches & très-fines ; les plus fortes fe difent hollandées : elles ont toutes de large deux tiers. Les linons font de lin, blancs, très- fins & clairs ; il y en a d’unis, de rayés & de mouchetés : les uns ont de large depuis deux tiers jufqu’à trois quarts -, les rayés & mouchetés ont de large trois quarts.
- 2î. Anjou. Les toiles de Beaufort font de chanvre j il y en a de fines, de moyennes, de grolfes : elles ont de large une aune. Les toiles de Choletfont de lin, écrues ; il y en a de fines, de moyennes , de grolfes : elles ont de large deux tiers. Les toiles de Château-Gontier font de lin , écrues -, il y en a de fines , de moyennes, de grolfes: elles ont de large, ou une demi-aune, ou deux tiers, ou trois quarts.
- 22. Bretagne. Les toiles de Clilfon font de lin, blanches : elles ont de large, oujept huitièmes, ou une demi-aune demi-quart. Les toiles de Quintin font de1 lin , blanches -, il y en a de fines , de moyennes, de grolfes : elles ont de large, ou trois quarts, ou cinq huitièmes. Les toiles de Pontivi font de lin, blanches ; il y en a de fines, de moyennes, de grolfes : elles ont de large, ou une demi-aune , ou deux tiers , ou trois quarts, le tout mefure de Bretagne , où l’aune a un lîxieme de plus que celle de Paris. Les toiles de Morlaix & environs font de Un, blanches : il y en a de quatre fortes principales, qui fe nomment crés. Les crés larges fines : elles ont de large deux tiers. Les crés communes : elles ont de large une demi - aune. Les crés rofconnes fines : elles ont de large une demi-aune. Les crés gratiennes grolfes : elles ont de large une demi-aune. Autres toiles de Morlaix blanches > il y en a de fines , de moyennes , de gro£ fes : elles ont de large, ou une demi-aune, ou deux tiers, ou trois quarts , ou une aune, ou cinq quarts.
- 23. Normandie. Les toiles d’Alençon font de chanvre j il y en a de fines, de moyennes, de grolfes ; celles qu’on nomme boulvardées , font mi-blanches : elles ont de large, ou une demi-aune & demi-quart, ou trois quarts , ou trois quarts & demi - quart, ou une aune , ou cinq quarts, ou une aune un tiers, ou une aune & demie.
- 24. Celles qu’on nomme jaunes font écrues : elles ont de large, ou une «une, ou une aune & demi - quart, ou trois quarts, ou trois quarts & demi-quart , ou deux tiers, ou deux tiers & demi - tiers. Celles qu’on nomme kjjivéts Jcrues, ont de large trois quarts & demi-quart, ou une demi - aune demi - quart.
- Tome XIV. Q_
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- 2<). Les toiles de Louviers, nommées guibert, font de lin, blanches ; il yen a de fines , de moyennes, de greffes : elles ont de large, ou trois quarts, ou deux tiers.
- 26. Les toiles de coffre à Louviers & à Evreux font de lin, blanches, fines : elles ont de large trois quarts & demi-quart.
- 27. Les toiles brionnes-bernay font de lin , blanches ; il y en a de fines , de moyennes, de g rodes : elles ont de large trois quarts & demi-quart, ou deux tiers.
- 28. Les toiles de Lifieux nommées cretonnes, font de lin , blanches 5 elles ont la chaîne de lin du pays , & la trame de lin de Flandre : il y en a de fines , de moyennes & de grolfes : elles ont de large depuis deux tiers, trois quarts, fept huitièmes , une aune, neuf huitièmes, cinq quarts , une aune & demie jufqu’à deux aunes.
- 29. Les toiles nommées royales fe font à Laval, fe blanchiifent à Beauvais , à Troyes & à Senlis : elles ont en écru trois quarts , & un peu moins quand elles font blanches.
- 30. A l’égard des cretonnes filées à Vimoutier, la chaîne & la trame font
- de lin de Flandre ; il y en a de fines , de moyennes & de greffes : elles ont de large, ou deux tiers, ou trois quarts & demi - quart, ou cinq quarts, ou une aune & demie. 1
- 31. Les blancards, vers Lifieux, Bernay, &c. font de lin, blancs : ils ont de large trois quarts & demi-quart.
- 32. Les toiles de Saint-Georges font de lin, blanches, greffes : elles ont de large trois quarts & demi-quart.
- 33. Les toiles de Tillers boulvardées, font de chanvre , mi-blanches : elles ont de large trois quarts & demi-quart.
- 34. Les toiles de Mamers font de chanvre , écrues -, il y en a de fines , de moyennes , de greffes : elles ont de large, ou demi-aune , ou demi - quart, •ou trois quarts, ou trois quarts & demfquart, ou une aune.
- 3f. Les toiles de Laigle font de chanvre, mi - blanches : on les nomme quelquefois boulvardées : elles ont de large trois quarts & demi-quart.
- 36. Les polizeaux ont de large, ou une demi-aune un douzième, ou deux tiers , ou deux tiers & demi-tiers , ou trois quarts.
- 37. Perche. Les toiles de Mortagne font de chanvre, écrues : elles ont de large, ou trois quarts , ou trois quarts & demi-quart, ou une aune.
- 3$. Maine. Les toiles de Laval font de lin , écrues ; elles ont de large trois quarts : on les blanchit à Troyes en Champagne : elles fe nomment alors toiles de Troy s ; il y en a de fines , de moyennes 8c de greffes.
- 39. Champagne. Les toiles Regni font de chanvre : elles ont de large une demi-aune. Les toiles Saint-Jean font de chanvre : elles ont de large, ou cinq
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- huitièmes, ou trois quarts, ou fept huitièmes. Les Auflones jaunes , mêmes largeurs. Les toiles de Tarare & rouleaux de Beaujeu, ont de large fept douzièmes.
- 1 40. Toiles à ferviettes. La toile à ferviette fe vend en pièces, dans lefquelles chaque ferviette eft marquée de deux liteaux bleus, c’eft-à-dire , de deux raies de fil bleu d’une ligne de large, travaillées avec la toile. On coupe les ferviettes entre les deux liteaux les plus proches l’un de l’autre, ce qui fait environ la longueur d’un demi-quart entre le liteau & le bout de chacune.
- 41. Aux ferviettes de Caen, la ferviette a trois quarts de large fur une aune de long : elles font de lin, blanches.
- 42. Aux ferviettes d’Alençon, la ferviette a, ou trois quarts de large fur une aune de long, ou une demi-aune un feizieme de large fur trois quarts & demi de long : elles font de lin, mi-b’anches.
- < 43. Aux ferviettes de Mamers , la ferviette a une demi-aune un douzième de large, fur trois quarts de long : elles font écrues.
- 44. Aux ferviettes de Mortagne & deBelefme, la ferviette a, ou deux tiers de large fur trois quarts à trois quarts & demi de long, ou une demi-aune un feizieme de large fur trois quarts de long.
- 45*. Toiles à. torchon, ou canevas. A Alençon & à Mortagne , elles ont une dèmi-aune un douzième de large. A Vimoutier, elles ont une aune moins un douze de large. Au Perche, où on les nomme canevas du Perche, elles ont deux tiers & demi de large.
- 46. Toiles à matelas. De Montbelliard : elles ont de large un quart ou deux tiers. De Flandre : elles ont de large trois quarts ou une aune. De Rouen: elles ont de large, fuivant le réglement de 170X , deux tiers ou trois quarts.
- 47. Treillis. Les treillis font de grolfes toiles de chanvre, écrues ; il s’en fabrique en Normandie, au Perche, au Maine, en Forez, en Bourbonnais : leurs largeurs les plus ordinaires font, ou de trois quarts, ou de deux tiers & demi.
- 48. Linge-ouvré. Les linges ouvrés font de lin ou de chanvre ; on les emploie uniquement en linge de table, nappes & ferviettes. Les endroits où il s’en fait le plus, font la Flandre Françaife & Elpagnole, la Picardie, la balfe-Norman-die & le Beaujolois,
- Toile de Coton.
- 49. Futaine. La futaine eft de fil de coton en entier; il s’en fait de large, d’étroite, de fine, de moyenne, de grolfe, à grain d’orge, à poil ou fans . poil,'La plus grande quantité fe fabrique à Tioyesj il s’en fait auffi à Vi-,
- Q-ij
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- ART DE L'A' l I N GE'R £
- moutiers, dans le Beaujolios, & à Saint - Syphorien dans le Lyonnais. La large à poil a une demi-aune un trente-deuxieme de large: L’étroite de poil a cinq douzièmes de large. Celle à grain d’orge a deux tiers de large.
- fo. Bajîn. Le bafin doit être de fil de coton en entier j il s’en fait en France, & il en vient des pays étrangers : il y en a de large, d’étroit, de fin, de moyen, de gros, d’uni à poil d’un côté, fans poil à petites & grandes raies , à raies imperceptibles. Le meilleur de France fe fait à Troyes en Champagne.
- f i. Le large a une demi-aune & un pouce. L’étroit uni ou à petites raies, autrement à vingt-cinq barres , a de large une demi-aune ; à trente-fix barres de trois raies chacune, il a de large une demi-aune moins un pouce.
- fz. Il s’en fait encore en d’autres endroits, dont les uns ont une demi-aune & un pouce de large , les autres une demi-aune & un vingtième.
- 57. Les bafins étrangers nous viennent de Hollande, de Bruges , des Indes orientales ; ceux de Hollande rayés ont de large cinq huitièmes ; ceux de Bruges unis & à poil ont de large cinq douzièmes ; les rayés ou barrés ont près d’un pouce de moins ; ceux des Indes orientales, faits à Pondichéry » à Bengale, à Bellafor , ont trois, quatre, cinq , fix quarts.
- 5“4. Moujjèline. Toutes les mouflelines nous viennent des Indes orientales, fur-tout de Pondichéry, Bengale, Surate. Bétille un peu grofliere, a de large cinq quarts. Bétille organdi très - fine , a de large , ou trois quarts, ou cinq fixiemes. Bétille tarnatane fort claire, a de large Tept huitièmes. Tarnatane chavonis très - claire, a de large trois quarts. Mallemole claire & très-fine, a de large quinze feiziemes. Mallemole tarnatane , idem. Ma-motbani fine & rayée, a de large de trois quarts à cinq fixiemes. Hamedis claire fine, idem. Doublefais très-claire & très-fine, a de large trois quarts. Cafle très - fine , a de large fept huitièmes. Abrohani fine & claire, a de large cinq huitièmes. Chabnan ou rofée très-claire & très-fine : elle a de large deux tiers ou trois quarts. Doreas 5 il y en a de grolfe & de fine, rayée & à carreaux : elle a de large fept huitièmes. Tangebs double un peu claire : les unes ont fept hutiemes de large> les brodées ont trois quarts. Térindanne fine, a de large trois quarts ou fept huitièmes. Toques fine, a de large fept feiziemes ou une demi-aune. Garas, toile de coton grolfe, a de large fept huitièmes. Baftas grolfe, a de large trois quarts. Haquenaux fine , moyenne, groflè , a de large de neuf huitièmes à cinq quarts. Guinée , toile de coton, a de large fept huitièmes ou cinq fixiemes. Daka très-fine , rayée & à carreaux, a de large quinze feiziemes. Manzouque fine , moyenne, grolfe, unie, rayée, à carreaux, a de large de onze douzièmes à quinze feiziemes. Jaquenotte unie & rayée, a de large trois quarts ou cinq fixiemes. Jaquenotte cachiora grande, rayée, idem. Gondetour, bafin
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- ART DE LA L I N G E R E i2'r
- •uni, fergé à œil de perdrix, a de large deux tiers, ou trois quarts, ou fept huitièmes; celui de trois quarts eft le plus parfait. Percales & forcroton, toiles de coton propres pour chemifes d’homme, ont de large trois quarts.
- ff. Dentelles & points. Les dentelles fe font avec des fufeaux, & les points fe travaillent à l’aiguille. On fabrique des dentelles ou palfemens d’or, d’argent, de foie , dentelles & points de fil de lin blanc : les lingeres ne font commerce que de ces dernieres.
- f 6. Les hauteurs ordinaires des dentelles de lin, vont depuis quatre lignes jufqu’à quatre pouces, & les pièces font longues depuis trois aunes & demie jufqu’à huit aunes ; il s’en fait encore pour les toilettes depuis un quart de haut jufqu’à deux tiers.
- 57. Les plus belles dentelles fe font dans la Flandre Efpagnole, à Anvers , Bruxelles, Malines, &c. Viennent enfuite celles de la Flandre Fran-qaife , Valencienne, Lille , &c. puis celles de la Normandie , Dieppe , le Havre, Honfleur. On en fabrique en bien d’autres lieux, mais inférieures & communes. Parmi les points, celui d’Angleterre, & en France celui d’Ale^i-çon, paflent pour les plus parfaits.
- CHAPITRE I IL
- De la mefure.
- f8. ]£l n’eft pas queftion dans cet art de prendre la mefure exaélément, attendu que les pièces qui s’y conftruifent doivent être extrêmement aifees & alfez amples pour ne gêner en aucune façon les mouvemens du corps; & comme on ne peut guere fe difpenfer de mouiller les toiles avant de les employer, afin que par ce moyen qui les relferre d’abord, on puilfe être allure qu’elles relieront dans l’état où cette précaution les a miles, il eft néceifaire de les prendre à bonne mefure. Ainfi, lorfqu’on va lever de la toile pour quelque vêtement que ce foit, la feule chofe que la lingere ait à faire , eft de voir ou de s’informer fi la perfonne eft gralfe ou maigre, grande ou petite. Cette enquête lui eft fuffilante pour décider de la quantité qu’il faut pour faire le nombre des vètemens qu’on lui demande ; car il eft très-rare qu’on n’en prenne qu’un de la même efpece à la fois, attendu qu’indé-pendamment du déchet qui ferait plus grand à la coupe , le linge appliqué fur la peau fe falit promptement, ce qui fait qu’on eft obligé d’en changer : ainfi il eft plus ordinaire de parler ici par paires, demi - douzaines & douzaines , que par un.
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- i*6 ART DE LA LINGERE
- wK>*' —-"^-'i , <49
- CHAPITRE IV.
- PREMIERE P ART IE DES OUVRAGES DE LA Ll N G E RE,
- Le trouffeau.
- ÎS* 10 eux grands événement dans la vie exercent Part de la lingere plus qu’aucun autre, le mariage & la, nailfance ; il n’eft pas douteux que le mariage ne précédé la naiiîànce légitime. Quand le mariage eft arrêté * les peres & meres, lin proche parent, &c. préparent ordinairement le trouffeau de la mariée. Ce terme lignifie tout ce qui lui eft néceflaire en entrant en ménage, excepté les draps de lit & le linge de table, que le mari doit fournir. Les riches & les grands le compofent de ce qu’il y a de plus beau & de plus recherché ; on le prend ici pour exemple, parce que fa defcription fera connaître en même tems la plus grande partie des pièce? qui font à Pufage des femmes. On va donc commencer par l’état d’un troulfeau des plus opulens : on détaillera enfuite l’aunage des pièces , ainii que leur coupe, & la façon de celles qui en ont befoin ; on fera de même pour une layette d’enfant, qui fera fuivie par plusieurs pièces de lingerie qui n’entrent ni dans le troulfeau ni dans la layette, & on finira par le linge d’églife.
- 6o. Quoique dans ces états il y ait quelques pièces qui dépendent de la couturière , on ne lailfera pas de les nommer, parce que la lingere fe charge ordinairement de la fourniture entière, commandant aux couturières ce qui eft de leur relfort : ces pièces font marquées d’une étoile.
- État d’un Trousseau.
- 6i . P ourla tête. Une toilette de ville en mouifeline ou en dentelle. Une toilette de campagne en mouifeline. Six troulfes ou étuis à peigne, de beau bafin de Troyes. Six delfus de pelotes, idem. Quarante - huit ferviettes de toilette. Vingt-quatre tabliers de toilette. Six peignoirs, dont quatre garnis en belle mouifeline & deux en dentelle. Trente-fix frottoirs pour ôter le rouge, en bafin à poil. Trente-fix frottoirs pour ôter la poudre , en mouifeline double. Une coëlfure, le tour de gorge & le fichu plilfé, de point d’Alençon. Une coëffure, le tour de gorge & le fichu plilfé, de point d’Angleterre. Une coëlfure, le tour de gorge & le fichu plilfé, de vraie Valencienne. Une cpëlfure dite battant-l'œil de maline brodée , pour le négligé. Six fichus (impies en mouifeline mille-fleurs, garnis de dentelle, pour le négligé. Douze
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- fichus de moulTeline. Douze grands bonnets piqués garnis d’une petite dentelle, pour la nuit. Douze grands bonnets à deux rangs en moulTeline & dentelle, pour la nuit. Douze grands bonnets à deux rangs plus beaux pour le jour, en cas d’indifpofition. Douze ferre-tètes ou bandeaux garnis d’une petite dentelle, pour la nuit.. Douze grandes coéffes en moulîeline, polir la nuit. Six grandes coëlfes en entoilage, pour le jour. Douze taies d’oreillers, dont dix garnies en moulTeline, & deux en dentelle. Six bonnets piqués d’une moyenne grandeur.
- 62. Pour k corps. SoiXANTE-douze chemifes. Soixante-douze mouchoirst en demi-hollande. Quarante-huit mouchoirs en batifte. Soixante-douze paires de chaulions. * Six corfets en beau bafin. Douze pièces d’ellomac garnies en-haut d’une petite dentelle. * Six camifoles à cordons, en belle toile de coton ou en beau bafin des Indes, doublées de bafin à poil, pour la nuit. * Six jupons piqués en moulîeline. * Six jupons de delïous pour l’été, de belle toile de coton ou de bafin des Indes. * Six manteaux-de-lit, * fix jupons , en belle moulTeline brodée, garnis de même , ce qui s’appelle un beau défi-habillé. Six garnitures de corfet, fix tours de gorge, douze paires de manchettes , en moulîeline feftonnée. Six garnitures de corfet, douze tours de gorge , douze paires de manchettes, en dentelle entoilée de moulTeline brodée. Six paires de manches de toile pour laver les mains. Quarante-huit linges de toile à laver les bras. Soixante - douze linges de toile pour la gar-derobe.
- Aunctge, coupe & façon des pièces d'un troujfeau.
- 6\. Les toilettes. La toilette de ville eft compofée de deux parties, le delïus & les volans , qui, pris enfemble, en font le tour.
- 64. 1e faut pour le corps de deffus , une toile de trois quarts de large fur une aune de long ; celui de deifous même toile & aunage , ce qui fait deux aunes. Les volans au nombre de deux, fe font en moulTeline ou dentelle ; le grand volant qui s’attache au corps de delïous aura deux tiers de haut.
- 6f. Si la moulTeline n’a que trois quarts de large, il en faudra fept lez pour le grand volant, & fix pour le petit ; ce qui fait en tout cinq aunes trois quarts ; fi elle a quinze feiziemes de large, il 11’en faudra que cinq aunes.
- 66. La toilette de campagne ne fe fait qu’à un corps & un volant ; il faut pour le corps fept huitièmes d’une toile de trois quarts de large ; le valant aura une demi-aune de haut; fi la moulTeline n’a que trois quarts, il en faudra fix lez; fi elle a quinze feiziemes, cinq lez fuffiront.
- 67. Pour monter la toilette, on commence par arrondir les quatre
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- coins du corps ; on coud en pliflant à points devant le grand volant autour du corps de deifous : on attache de même le petit volant au corps de deflus, & on lui laide une petite tète pliflee & applatie. Voyez garniture ci-delfous.
- 68. Les toilettes de dentelle fe trouvent toutes prêtes à monter : elles ont cinq aunes de tour.
- 69. Trouffe, ou étui à peigne. On fait deux trouflès dans la largeur du bafin de Troyesj il en faut pour les deux une demi-aune un vingt - quatrième. Chaque' trouife aura deux compartimens, chacun d’un feizieme & demi de haut, qu’on coud au corps de la troulfe à points de côté ou à furjet. Quand le fécond compartiment effc pofé, il faut échancrer le haut de la troulfe en pointe, & y faire un ourlet ou un point noué: au milieu du haut de cette pointe, on fait une boutonnière, & à la troulfe un bouton pour la fermer ; on la garnit tout autour d’un grand pouce de haut en moulfeline feftonnée des deux côtés & froncée, qui s’y coud par le milieu à point devant. Il en entre une aune & un quart de. bande.
- 70. Deffiis de pelote. Il fe fait en toile ou bafin, lur un huitième de large en quarré : on le garnit en moulfeline feftonnée d’un demi-pouce de haut, ou en dentelle j comme il eft plié en double, on le ferme de trois côtés à fur-jet ; on lailfe le quatrième ouvert pour lailfer entrer la pelote : on ourle cette ouverture, & on la bâtit quand la pelote eft dedans.
- 71. Serviettes de toilette. Elles fe font en une toile de deux tiers ou de trois quarts de large j elles auront une aune de long : on les ourle par les deux bouts.
- 72. Tabliers de toilette. On les fait en toile ou en moulfeline. En toile d’une aune de large, il en faut un lez de fept huitièmes de long; ainfi en moulîeline brodée, de quinze feiziemes de large , il en faut pareille longueur.
- 73. Comme pour la largeur de ces tabliers il faut ordinairement plus d’un lez, mais que deux feraient trop , il faut en couper le furplus néceliàire dans un autre lez 5 alors comme les lifieres terminent les côtés du premier lez, les côtés coupés du fécond fe joindront aux deux lifieres , & s’y aflem-bieront d’abord avec le point arriéré, & enfuite on rabattra la lifiere par-def. fus. On ourle tout le bas : on pliife tout le haut à grands plis d’un pouce ou environ, qu’on enjambe de moitié l’un fur l’autre, & qu’on alfemble à mefure avec le point de furjet un peu éloigné. On pofe un ruban de fil, large d’un pouce ou environ, au fommet des plis, où on les coud en-dehors en arriere-point, & à l’envers en couture rabattue à point de côté.
- 74. Peignoirs. Il fe fait de deux fortes de peignoirs, peignoir à manches rapportées, & peignoir en pagode.
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- 7ï- POUR le premier, 011 prendra une toile de trois quarts de large, 011 en fera trois lez chacun de trois quarts de long; 011 coupera du haut en bas en deux le lez deftiné à faire le devant du peignoir qui doit être ouvert. Il faudra une aune de long pour les deux manches, à côté defquelles ou lèvera le col : en tout trois aunes & un quart par peignoir.
- 76. Pour la façon, on coud toutes les lifieres enfemble aveG un furjet; on ourle tout le bas & le devant des deux demi - lez ; 011 plilfe tout le haut à point devant, puis on monte un col de la même toile à point de côté, fai-fant un point à chaque pli par-dehors ; puis le pliant en deux fur fa longueur, on coud ce redoublement de même en-dedans pli à pli, ou bien de deux en deux plis. ( Voye£ à l’article des poignets d’une chèmife d’homme, ci-après.) Si on voulait une coulilfe, on ourlera les bords des extrémités du col pour palfer un ruban au travers ( voye^ le mantelet ), linon on les furjetera pour çoudre enfuite à chacune un ruban de fil.
- 77. A l’égard des manches, 011 les alfemble aux ouvertures des épaules qu’on a laiifées au corps du peignoir ; 011 les alfemble donc, fi c’eft lifiere contre lifiere, fimplement à furjet ; s’il n’y a point de lifiere, on ourle, puis oh furjette; s’il y a lifiere d’un côté & point de l’autre , on fait la couture rabattue : on plilfe la manche à mefure qu’on la coud à l’ouverture ; chaque pli d’environ un doigt de large, enjambé fur celui d’enfuite d’un demi-doigt. CVoye^ la chemife d’homme, ci-après.)
- 78. Pour le peignoir en pagode, 011 fuit le même procédé & aunage du précédent, excepté qu’on 11’y ajoute point de manches à >part. Ainfi, pour former la manche de chaque côté, commencez par alfembler le bas, coufant le demi-lez du devant avec le lez entier du derrière ; arrêtez cette couture à un tiers de long ou environ en montant, ce qui va ordinairement au niveau du coude ; ayant enfuite lailfé environ un tiers fans coudre, reprenez la couture; mais à celle-ci, au lieu de coudre le lez entier fur fa longueur avec le demi - lez , rapportez & alfemblez une portion du haut de la largeur dudit îez entier, avec ce qui doit relier de la longueur du demi-lez, l’ouverture de la manche épargnée. Vous concevez que, 1®. le lez entier & le demi-lez pris en-bas tous deux fur leurs longueurs, & que, 20. la couture d’en-haut prenant une portion du lez entier fur fa largeur avec le haut de la longueur du demi-lez, cette manœuvre doit occafionner néceifairement une poche ou portion lâche de la toile du lez entier , à l’endroit du tiers non coufu , ce qui formera la pagode, autrement l’efpece de manche au travers de laquelle pafi. fera le bras tout habillé; 011 finira par pliifer le col, &c. comme au précédent. La figure 1 , pi. Il, aidera à comprendre cette façon qui effc un peu compliquée. A, les deux lez de derrière. B, les deux demi-lez de devant. E, ou-* verture de la manche.
- Tome XIT, B.
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- 79. Si 011 garnit les peignoirs en entier, il faudra une demi-aune en mou£ félin e de trois quarts de large, qu’on partagera en huit bandes, ou bien fix aunes de dentelle ; mais Ci on ne garnit pas le bas , il ne faudra que cinq fixiemes de moulfeline , ou de la dentelle à proportion.
- 80. Pour garnir, on commence fi 011 veut une petite tète, par prendre la bande telle qu’elle foit, froncer à furjet, entre la grande & la petite tête ; ou Ci 011 ne veut qu’une fimple garniture, on la froncera de même au bord de la moulfeline. Ces deux elpeces fe montent à la toile à furjet; la petite tète, s’il y en a une, fe couche fur la toile, & s’y arrête près de fon ourlet ou fefton à point devant. Quant à la dentelle, fi on s’en fert pour garniture, 011 la fronce à furjet par le pied de la dentelle, & on la monte à la toile avec le même point.
- g 1. Frottoir pour ôter le rouge. Ils fe feront de bafin à poil d’une demi - aune de large ; 011 en prendra deux dans la largeur fur un quart de long : ils s’ourlent tout autour, excepté les lifieres, ou bien 011 leur fait le point de boutonnière.
- ga. Frottoirs pour ôter la poudre. On en fera deux dans la largeur d’une mouf. feline double de trois quarts de large , fur trois huitièmes de long : coutures comme le précédent.
- 8 3. Coiffures de dentelles, & tour de gorge. Il fe fait en général des coeffures de deux façons, ou à un rang, ou de deux pièces, c’eft-à-dire, avec un bavolet par-deffus.
- 84. Si on fait la coëffure de dentelle fans bavolet, il faut pour le fond une aune un quart de grand entoilage ; un tiers de mouffeline pour la bande ou papillon ; cinq huitièmes de dentelle de long , & une aune de moyen entoilage pour y coudre la dentelle; & pour les barbes, une demi-aune de dentelle de long*: en tout deux aunes cinq huitièmes de dentelle. Si on met un bavolet, il faudra toujours même longueur de dentelle aux barbes , trois quarts pour le papillon, & trois quarts pour le bavolet ou piece de delfus. Il faudra une aune & demie de moyen entoilage pour coudre la dentelle du papillon & du bavolet, & une aune d’engrêlure pour mettre autour du fond : en tout trois aunes & demie de dentelle.
- 8f. Toute coëffure fe monte fur un bonnetpiqué F, pl. Il, (il eft décrit ci-deffous ) pofé fur une tête de carton & arrêté en place par un ruban qu’on pafîè fous le menton de la tète, & qu’011 attache aux côtés du bonnet avec une épingle à chacun ; on allure les plis de la bande ou du papillon, autour du devant du bonnet, par plufieurs camions ; les plis de cette piece fe tiennent en leur place & bien tendus avec la carcaffe. Cette carcaife eft faite de fil de, fer très-fin, recuit, entouré & couvert entièrement de foie blanche, plate ; chaque pli eft foutenu tout du long par une branche de ladite carcaffe ; & poux
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- la joindre intimement avec le papillon, on l’y coud le long de fon tour antérieur ; on pofe & attache enfuite le bavolet par-deffus , fi on en met un, mais fans carcaffe : on attache le fond avec des épingles qui attachent les deux rangs fufdits.
- 86. Les coutures qu’on emploie aux coëffures de dentelle, de mouffeline, & toutes autres, font le furjet pour monter le fond , l’ourlet pour coudre la dentelle aux paffes, & le point de côté pour la coulilfe au bas du fond, dans laquelle on croife les deux rubans de fil, le droit fortant à gauche , & le gauche à droite.
- 87. La figure D repréfente une coëffure de dentelle toute montée.- a, le fond orné & bouillonné d’entoilage & même de dentelle, b, le papillon, c, rubans qui accompagnent le fond & le papillon.
- 88. Les figures E repréfentent les pièces d’une coëffure féparées ; le fond c ; a eft la paffe 5 d la barbe b eft la palfe & la dentelle du bavolet.
- 89. Le tour de gorge en dentelle fe fait en trois quarts de long, & même en une aune, plus ou moins , félonies quarrures ; il s’attache aux échancrures de la chemife tout autour 5 pour cet effet on le monte fur un ruban de fil à furjet, qu’on coud enfuite auxdites échancrures à point de furjet, ou que l’on y bâtit à point devant.
- 90. Coëffure dite battant-l’œil, en dentelle. CETTE coëffure fe fait à deux pièces ; il faut, en grande dentelle, pour la piece de deffous avec la barbe , une aune trois quarts, & pour la piece de deffus trois quarts , ce qui fait pour les deux pièces deux aunes & demie ; 011 ajoute au derrière des barbes une aune de petit pied, c’eft-à-dire, de dentelle étroite pour les élargir: elles doivent fe terminer quarrément par en-bas, & avoir trois pouces de large , y compris le petit pied. Le fond fera en entoilage : coutures ci-deffus.
- 91. Fichu plijje en entoilage & dentelle. Ce fichu 11e fe fait ordinairement qu’à un rang : il faut une aune de grand entoilage pour chacun, une aune & demie de grande dentelle, & une aune & demie de petite dentelle pour faire la tête ; on le pliffe & on le bouillonne de diftance en diftancele tout à furjet.
- 92,. Fichu doublé. Il fe fait dans une mouffeline de trois quarts de large ; on le taille quarrément : on le garnit de dentelle tout autour, ou bien on le porte fans garniture quand 011 le fait en batifte. Il en] faut quatre aunes pour fix fichus à ourlet.
- 95. Bonnets piqués. Le bonnet piqué eft la bafe de toutes les pièces qui s’attachent fur la tête. Il eft compofé de trois morceaux, le milieu & les deux côtés ; le deffus eft de toile , la doublure de futaille, & du coton entre deuxj on pique le tout à point-devant: pour que le coton ne fe dérange pas, on le borde d’un petit ruban de fil à point de côté. Il s’en fait de
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- grands, de moyens & de petits. La fig. F, pl. //, où il eft plié en double ^ en démontre affez la ftrudture.
- 94. Bonnets à deux rangs. Il faut pour fond & palfe de deux bonnets , un tiers de mouffeline double , de trois quarts de large ; un quart de mouf-feline claire pour les deux bandes ou rangs, & trois aunes un fixieme de dentelle. On monte les bonnets tout différemment des coëffures ci-devant: toutes les pièces tiennent enfemble par des coutures à furjet ; le fond fe plifîe fur la paffe à furjet, & l’on coud les deux rangs à la paffe par-devant à furet : 011 ferre le fond en-bas par une coulilfe. ( Voyeç la coëffure de.dentelle ci - devant. )
- 9f. Serres-tête ou bandeaux. On les fait ordinairement en royale ou en demi-hollande ; on les garnit d’une petite dentelle qu’on coud à furjet : on leur donne des formes & des dimenlions différentes , fuivant l’idée ; de façon qu’on ne peut pas déterminer ici le plus ou moins de toile & de dentelle. Le ferre-tète fe met pour contenir les cheveux avant de fe coëffer de nuit.
- 96. Grande coeffe en mouffeline. Si 011 prend la mouffeline de quinze feizie-mer de large, il en faudra un tiers de long par coëffe ; il on la prend de trois quarts de large , il en faut trois huitièmes de long.
- 97. Ayant plié la mouffeline en deux du fens de fa largeur, on fait une échancrure comme on la voit en a, pl. //, fig. G ; les morceaux échancrés d> fe retournent & fe coufent en b à furjet ; on en coupe la pointe : on plifîe à coulilfe depuis le pli du redoublement de la mouffeline ,juîqu’où commence l’échancrure, ce qui fait le derrière de la tête.
- 98- Grande coëffe en entoilage & dentelle. Il faut trois aunes & demie de grand entoilage , & deux aunes & demie de petite dentelle : même façon de la précédentes couture à furjet. La petite dentelle fert à garnir devant & derrière.
- 99. Taies dë oreiller. On prend de la demi-hollande de neuf feiziemes de large ; il en faut une aune trois feiziemes de long ; & pour la garniture en mouffeline , il faut une mouffeline de cinq fixiemes de large & de trois huitièmes de long qu’on partagera en quatre bandes : le tout fe coud [à fur-jet. Si 011 garnit en dentelle, il faut trois aunes de grande dentelle & trois aunes de petite dentelle ; on fronce la dentelle à point devant pour y faire une tète; on coud à demeure à furjet trois côtés, le quatrième refte ouvert pour y faire entrer l’oreiller; après quoi on le bâtit.
- 100. Tablier-de-femme de chambre. Il faut prendre dans une toile de trois quarts de large , deux lez de fept huitièmes de long, plus un quart pour la bavette & la poche. On coud à furjet ou à couture rabattue les deux lez enfemble fur la longueur ; 011 pliffe tout le haut fur un ruban de fil affez long pour faire le tour de la ceinture & revenir fe nouer par-devant. On attache la bavette à furjet au milieu du haut du tablier ; cette bavette eft quarrée, plus haute que large ; elle doit fe relever fur la poitrine, & s’y atta-
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- cher avec des épingles j la poche, dont la fente fera ourlée, fe coud vers le côté droit du tablier.
- roi. Chemifes de femme. Il s’en conftruit de trois façons, l’une dite à la françaife, les deux autres dites à Vanglaife.
- 102. A la françaife ,fg. B, pi. IL II faut une toile d’une aune de large. On fera deux corps dans la largeur ; on prendra deux aunes un fixieme de long pour deux corps, & cinq fixiemes pour deux paires -de pointes ; on pliera chaque corps en deux du haut en bas , c’eft-à-dire , du fens de la largeur , ce qui fera neuf aunes pour fix chemifes.
- 103. Les pointes doivent monter en étroit à un quart de diftance du haut du corps, & fe coudre à coutures rabattues, ainfi que toutes les coutures du corps & épaules. Si les manches doivent être pliifées, on prendra pour les faire une toile de fept huitièmes de large, 8c on donnera à chacune un quart de long: 011 les plilfera comme aux chemifes des hommes, & on y ajoutera un petit poignet fans piquure ni boutonnières. Si on les veut plates 8c longues, on prendra une toile de deux tiers de large, & 011 leur donnera cinq douzièmes de long*, on les ourlera par le bas: il elles font plates & garnies, la garniture fe coudra à furjet. On prendra le même aunage qu’aux plilfées ci - delfus.
- 104. Les chemifes de femme, telles qu’ellesfoient, ont toutes une échancrure au-haut du devant de la chemife plus ou moins profonde ; l’ordinaire eft de fix pouces de profondeur, fur un pied à treize pouces de longueur d’une épaule à l’autre, comme on voit pl. II * * *. Il y a des nourrices qui font fendre le milieu de l’échancrure comme le jabot des hommes, de fix pouces, plus ou moins.
- iof. Première chemife à l'anglaife , fig. A. Il faut une toile de deux tiers ou de trois quarts de large. On prendra pour le corps deux aunes un fixieme de longueur de toile, qu’on pliera enfuite en deux du haut en-bas , c’eft-à-dire en largeur, ce qui réduira le corps de la chemife à une aune un douzième de long} on leve en-haut deux petites pointes pour les mettre en-bas , obfervant que le haut de la chemife ait toujours une demi-aune de large : ce fera le fur-plus de cette demi-aune qui fera de chaque côté la largeur des pointes.
- 106. Pour les manches, on fe fert de la même toile : fi elles font plilfées, il en faudra deux aunes pour fix paires, en prenant dans la largeur de la toile une manche & demie : en tout quinze aunes pour fix chemifes, dont treize aunes pour les fix corps.
- 107. Deuxieme chemife à l'angloife ,fig. C. Cette façon ne convient qu’aux perfonnes menues 5 on fe fert des mêmes toiles que pour la précédente, même longueur au corps, même largeur en-haut ; mais il ne faut lever qu’une pointe d’un fixieme de large ; pour cet eüet on coupera d’un côté la longueur
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- d’un quart, ce qui fera pour l’entournure de l’épaule ; puis partant de ce quart coupé , on coupera tout de fuite la pointe l’étroit en-bas, pour la rapporter l’étroit en-haut de l’autre côté, où l’on n’a rien coupé.
- 108. Il entre , comme à celles ci-delfus, treize aunes pour fix corps ; il ne faut plus qu’une aune pour trois paires de manches , les trois autres fe faifant du quart levé au-haut des fix chemifes, avant de lever la pointe de chacune, comme il vient d’ètre dit. Cette façon épargne une aune fur fix: chemifes ; car il ne faut en tout que quatorze aunes.
- Moyen économique dalonger de fix pouces une chemife de femme fans
- qu'il y paraijfe.
- ' 109. Il peut arriver que les chemifes d une adolefcente qui a pris la moitié
- de fa croilfance, ne foient pas ufées & ne puiifent cependant plus lui fervir ni à d’autres, parce qu’elles leur feraient trop courtes : voici un moyen économique de les alonger de fix pouces finis qu’il y parailfe, avec un feul morceau de toile de fix pouces de haut, & de la largeur du haut du devant de la chemife. Découfez les manches , coupez les épaulettes en travers au rez de l’échancrure du devant ; elles ne tiendront plus qu’au derrière. Taillez un morceau de toile pareille à celle de la chemife , qui ait fix pouces de haut du feus de fa longueur, & de la largeur du haut du devant de la chemife à l’endroit coupé, le long duquel vous le couferez. Coufez la coupure des épaulettes audit morceau ou alonge , au milieu de laquelle vous ferez la petite échancrure du derrière entre les deux épaulettes. Le réfultat de cette opération elt, que la chemife fera alongée de fix pouces , & que ce qui faifait le derrière fera maintenant le devant; il y aura une couture à chaque épaulette & une au dos ; le commencement des pointes fe trouvera de fix pouces plus bas : vous recouferez les manches.
- 110. Mouchoirs. En royale ou demi-hollande, il faut quatre aunes & demie pour fix, ourlés tout autour; en courtray, quatre aunes trois quarts; enbatifire, quatre aunes.
- in. Chaujjons. Il faut une toile de fept huitièmes de large, & pour douze paires une aune neuf feiziemes de long : on en fait deux paires dans la largeur.
- 112. Partagez la longueur de la toile en fix morceaux égaux coupés chacun en deux du fens de la largeur ; pliez chacun de ces douze morceaux en quatre, puis coupez deux par deux la lifiere dans la longueur du chaulfon.
- 1 ij. Pour tailler le chaulfon, prenez un des morceaux doubles , taillez-le en demi-rond pour le bout du pied ; dépliez-le , échancrez-en un des doubles , comme vous voyez en a ,pL. III ,fig. FF, ce qui fera le delfus du coude-pied; taillez l’autre double b pour le talon : repliez les doubles comme ci-
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- devant, bordez l’échancrure du coudepied. Le tout fe coud à point de boutonnière, chaque fimple à part, qu’on joint enfuite en laçant àfurjet ; ou bien on remploie les deux pièces à joindre, les deux remplis en-dehors ; on alfemble à furjet, puis on arrête chaque rempli à point de côté; joignez enfemble par une couture , les deux côtés de l’échancrure du talon : fermez le bout du pied.
- 114. Pièces d'efiomac pour femme. Elles fe font en toile, doublées de bailli à poil, ou bien de deux mouifelines , entre lefquelles on met du coton, & 011 les pique. Elles auront un quart & un pouce de haut, & autant dg large par le haut, réduit à un feizieme de large par le bas ; on garnit ordinairement le haut d’une petite dentelle.
- 11 f. La piece d’eftomac fe coud tout autour à point de côté, après avoir piqué le coton à petits carreaux à point devant ; & la garniture de dentelle , foit plilTée ou non , s’aifemble à furjet.
- 116. Mantelet de moujfeline. Il faut une aune & demie de moulfeline par mantelet, h la moulfeline a quinze feiziemes de large ; & en cas qu’elle 11’ait que trois quarts de large, il en faudra une aune trois quarts.
- 117. Pliez la largeur de la mouifeline, & taillez le mantelet comme vous voyez, fig. L,pl. IL Le coqueluchonM, taillé en double comme le mantelet , doit avoir cinq feiziemes de profondeur de tête, & cinq huitièmes de hauteur.
- 118. Les bandes en moulfeline qui garniront tout le tour du mantelet & le devant du coqueluchon, auront un bon feizieme de large & lix aunes de long. Ces bandes froncées avec une petite tête, fe coufent à point devant.
- 119. Avant de joindre le coqueluchon au mantelet, il faut commencer par abattre, c’eft-à-dire, couper au bas du derrière du coqueluchon la hauteur d’un feizieme, fig. M, en mourant. La petite échancrure a du coqueluchon , fe coud à couture rabattue en-dedans,; au haut de cette couture en b » on pliife à point devant en rond, c’eft-à-dire, tous les plis fe rendant à un même centre, au haut de la petite échancrure, les plis égaux, & d’un pouce de profondeur; puis 011 les arrête àplulieurs points de furjet. O11 ourle le collet cc du coqueluchon; le coqueluchon étant prêt, pliffez à plis couchés le collet du mantelet, c’eft-à-dire, lailfez fans plider deux pouces par-derriere, puis lailfez encore deux pouces fans plilfer à chaque devant, ce qui fe fait à arriere-point ou à point devant.
- 120. Pliez la couliife en deux fens de fa longueur; coufezl’un des doubles au collet du mantelet à arriere-point, & l’autre double au même colleta point de côté, ce qui l’attachera au collet ; puis vous plifferez à furjet le coqueluchon à la couliife, obfervant les efpaces non pîilfés du collet.
- 121. On paife un ruban dans la couliife, qu’on y arrête au milieu ; il fert à nouer le mantelet par-devant.
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- 122. Poches de bafin. Il faut pour chaque paire trois quarts de bafîn de Troyes.
- •i 2 Garniture de corfet. Les corfets font du diftrid de la couturière; mais ce font les lingeres qui les garnilfent. Ainfi la garniture de corfet en moulfe-line, fié fait d’une aune trois quarts de long fur un douzième de haut ; il faut échancrer la bande pliée en deux au quart de fa largeur : le bas de la garniture aura un feizieme de haut, & le collet un vingt-quatrieme. Les garnitures en dentelle fe font de même longueur, fur un feizieme de haut : on ne les échan-cre point. Le tout fe fronce & fe coud à furjet.
- 124. Tour de gorge en mouffeline fejlonnee. Il fe fait d’une aune de long fur un feizieme de large. Pour la monture, voye^ ci-devant la coëffure de dentelle.
- 12f. Manchettes de moujjeline à trois rangs,fejionnies en dentelle. Il faut une aune de mouffeline de fept huitièmes de large par paires, & fept aunes de dentelle de demi-pouce de haut ou environ: ii la mouffeline eft brodée , il en faut prendre pour deux paires à la fois, & les entrecouper ; par ce moyen il 11’y a point de perte. Voye^ la façon des fuivantes.
- 126. Manchettes de dentelle à trois rangs, avec un entoilage. Il faut huit aunes de grand entoilage, & cinq aunes un quart de dentelle par paire ; & fi la dentelle eft d’une grande hauteur, il ne faudra que fept aunes d’entoilage : on fronce chaque rang en le roulant, & on monte les manchettes fimples ou celles à trois rangs fur un ruban de fil, le grand rang de ces dernieres à un. des bords , le moyen au milieu, le petit à l’autre bord. Voye%_ lafig. K, pl. II. Ils s’étagent ainfi l’un fur l’autre : 011 coud ou on bâtit le ruban à la manche.
- 127. Manches de toile à laver les mains. On aura une toile de trois quarts de large ; il en faut une demi - aune pour deux paires ; & comme elles vont en élargiffant, on les entre-taille : on fronce le bas connue un poignet, & on y joint quelquefois une petite dentelle ; on affemble les côtés par une couture à furjet, jufqu’à trois ou quatre pouces de haut, ou on fait un faux ourlet, auquel on attache des cordons. Pour s’en fervir, on retroulfe fes manchettes, puis on fait entrer cette manche le long du bras, & 011 noue les cordons du haut.
- 128. Linges à laverie dejjous des bras. On prend une demi - hollande , on fait deux linges dans fa largeur ; chacun aura trois huitièmes de long, ourlé tout autour.
- 129. Linges de garde robe. On prend une royale, ôn en fait deux linges dans la largeur ; la longueur fera comme les précédons : on les ourle de même.
- 130. Comme on fuit ici la lifte des pièces du trouifeau, en ce qui concerne la lingere feulement, 8c que parmi ces pièces plufieurs autres font du diftrict de la couturière, comme corfets, camijoies,jupons, manteaux-de-lit, on renvoie le le&eur à fon art, qui eft imprimé dans ce volume.
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- CHAP ITRE V.
- Explication des termes de l'art, répandus dans l'article précédent & dans les fuivans.
- ij i. On a penfé qu’il ferait plus convenable & plus commode au letfteur de trouver ici l’explication des termes de l’art, employés dans les articles précédera & fuivans, que de les aller chercher à la fin.
- 132. Le terme de rang s’applique non-feulement aux bandes d’un bonnet, mais encore aux manchettes, quand il y a plulieurs étages de toile ou de dentelle l’une au-dediis de l’autre} c’eft pourquoi l’on dit bonnet à deux rangs, manchettes à trois ta; gs , &C.
- 133. Le terme.de bande s’applique non-feulement aux coëftures & bonnets, mais encore a toutes longueurs de toiles, mouifelines, &c. de peu de largeur, dont 011 borde plulieurs pièces de lingerie.
- 134. La garniture confifte en bandes que l’on met le long des bords de certaines pièces de lingerie.
- 13 L La lifiere en-bas, fur le devant, &c. expreftions de la lingere, qui lignifient que comme les lilîeres d’une toile font toujours des deux côtés de là longueur, il faut couper la piece, de maniéré que la liliere ou le fens de la toile terminé par la liliere, fe trouve fur le devant, en-bas, &c. car il n’eft pas néceflàire que la liliere même s’y rencontre.
- 136. entoilage eft une dentelle qui fe borde toujours par une dentelle plus fine. Le grand entoilage eft ordinairement de quatre pouces de large, 8c le moyen de deux pouces ou environ.
- 137. Une levée eft une portion de toile qu’on- retranche en taillant une piece où elle ferait fuperflue i quelquefois cette levée trouve fa place ailleurs.
- 138. Une échancrure eft un retranchement de toile aux endroits où il eft né-celfaire de donner une forme à la piece.
- 139. Une couliffe eft une efpece de conduit formé d’un ruban que l’on coud par lès deux bords à la piece , & aux deux bouts duquel on attache un cordon : on faitpaffer enfuite les deux cordons fous le ruban, pour reifor-tir du côté oppofé à leur attache : ils fervent à ferrer la coulilfe lorfqu’on les tire.
- 140. Un petit pied eft une dentelle étroite, dont 011 borde un entoilage.
- 141. Une engrêlure eft une très-petite dentelle, ou plutôt un petite bordé de dentelle.
- Tome XIV.
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- * 142. Une tête eft une dentelle étroite, quand elle borde une grande dentelle.
- 145. En pagode ne fe dit que des manches , quand on les prend à la toile même qui fait le corps fans les rapporter.
- 144. Les fournitures font toutes les petites pièces qu’on ajoute aux che-mifes d’homme quand on les monte, comme les gouflets, le col, les pièces d’épaule , &c. ( Foyet^ la chemife d’homme. )
- 145*. En étroit, fe dit de la façon de couper la toile en biais , finilfant en pointe.
- 146. Tête à pointe, expreflion qui lignifie que , lorfqu’on taille dans une toile plufieurs pièces pour le même ufage , on lets retourne le haut de i’iine contre le haut de l’autre. ( Foye^ lafig. H , pi. 1ÎI. )
- 147. Entrecouper ou entretailler, expreflion qui lignifie qu’aux pièces taillées convexes & concaves, 011 profite de la convexité de l’une pour former la concavité de l’autre.
- 148. Feflonner, c’eft tailler le bord d’une piece en ondes, c’eft-à-dire, en portions de cercle fuccellivement convexes & concaves.
- 149. Bouillonner, c’eft ralfembler de diftance en diftance par des nœuds, ou en coulant, plufieurs pliflures le long d’une piece.
- 150. Bâtir deux pièces l’une à l’autre, fe fait de peur qu’elles ne fe dé-
- rangent, quand on viendra enfuite à les coudre à demeure. Le bâtis fe fait à grands points devant, ou,fuivant le cas, à grands points de furjeti 011 bâtit auift avec des épingles : quand les coutures font faites, on ôte les bâtis. j
- 151. Glacer, fe dit quand on double deux toiles pour les alfurer en place ; on glace en plufieurs rangées à grands points devant avant de les coudre ; le glacé refte & ne s’ôte point.
- if2. Plijjer fe fait de deux maniérés ; lavoir, en plis debout & de même hauteur entr’eux côte à côte, tels font les plis des poignets, &c. & en plis couchés & applatis fur la toile à plus ou moins de diftance, ou enjambés l’un fur l’autre.
- 155. Froncer eft une efpece de plilfure qui fe fait en palfant à mefure le fil au travers de petits plis qu’on fait le plus égaux qu’on peut, pour enfuite les ferrer en les tirant avec ledit fil pour les rapprocher plus ou moins.
- 154. Rouler fe fait en mettant le bord d’une toile entre le premier doigt 8c le pouce qu’on avance en ferrant un peu, ce qui occafionne un petit bord imitant un petit ourlet ; feifentiel eft de faire ce roulement petit & bien égal d’un bout à l’autre.
- j 5 5. Piquer, c’eft faire au travers de deux toiles qui renferment du coton,
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- des coutures à point devant, en fuivant des deffins qui font communément de petits carreaux, ce qui fe fait pour contenir le coton de peur qu’il ne fe dérange.
- 1^6. Faux ourlet fe dit quand on redouble une feule fois le bord d’une toile fur elle-même, pour le coudre enfuite ; au lieu que le vrai ourlet ne fe> coud que quand il a été redoublé deux fois, comme on verra ci-après, en parlant des points de couture.
- CHAPITR E VI.
- Des points de couture en ufage dans la lingerie ; de la marque du linge & de la couture des dentelles.
- i $7. 3L, E s lingeres non - feulement vendent & coupent les toiles , dentelles, &c. mais comme on les charge le plus fouvent de rendre les pièces achevées & prêtes à fervir, elles les envoient pour les coudre, affem-bler, monter & marquer à leurs ouvrières en linge. Quelquefois auiîi il fe rencontre dans les ménages , des femmes ou filles de fervice qui ont quelque icience à cet égard, ou même des dames économes qui en font leur amu-lèment; c’eft pourquoi on va expliquer le plus clairement qu’il fera poffible les points de couture qui fervent à la lingerie, ainfi que la façon de tracer fur le linge les marques différentes deftinées à faire reconnoître par les bian-chilfeufes, ou dans toute autre leffive, à qui il appartient.
- 15*8. Les différais points font : Le furjet, qui affemble les toiles par les bords. Le point de côté, qui fixe les remplis des bords. L’arriere - point, qui affemble les toiles à plat. Le point-devant, idem à plat. La couture rabattue affemble & fixe les bords. Le point noué ou de boutonnière, empêche les bords de s’effiler. Le point de chaînette , efpeee de broderie.
- ïf 9. À, le furjet elt un point qui fert à affembler deux morceaux de toile, de dentelle, &c. Voici comme il fe fait.
- 160. Après avoir fait un nœud'au bout de l’aiguillée pour l’arrêter à la toile, comme c’eft l’ordinaire, oit commence par faire un rempli à chacune des deux pièces qu’on veut joindre .enfemble ; ces remplis fe font pour les empêcher de s’effiler en-deffus, ce qui n’arrive point aux lifieres; auffi n’eft-il pas néceffaire d’y prendre cette précaution en les furjetant.
- 161. Les remplis faits, quand il en eft queftion , comme 011 vient de dire , on paffe l’aiguille au travers des deux jufqu’au nœud qui l’arrête ( les remplis en-dedans ) ; le fil étant forti, on le pâlie par-deffus lefdits remplis $
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- on le fait rentrer à côté du nœud, & relfortir à l’oppofite. On fuit ainfi tous les autres points, le tout fur la même ligne à chaque envers & près à près, approchant du haut des bords le plus que l’on peut. Comme les bouts de ces remplis pourraient s’effiler à l’envers, on les rabat ordinairement. ( Foye^ ci - deffous la couture rabattue. )
- 162. Figure A, de <z, premier point, paffant par-deffus les bords dd> relîort en b ; de b, idem, reffort en c, &c.
- 163. C. Le point de côté fert ordinairement à coudre les ourlets qui le font au bord des pièces, comme auffi à tenir fon rang dans les coutures rabattues ci-deffous.
- 164. Pour former un ourlet, on plide deux fois l’un fur l’autre le bord de la toile ; & afin que ce double pli ne fe r’ouvre pas, on le plilfe, ou plu-tôt on le corrompt fur fa largeur en plis volans ; ce qui l’applatiffant, l’empêche de s’ouvrir, ce qui donne plus de facilité pour la coudre.
- 16f. Pour coudre l’ourlet, on fe fert du point de côté : après avoir arrêté le fil & forti immédiatement au-delfous de l’ourlet, 011 le fait rentrer en-avant, traverfant les trois toiles, & relfortir un peu au-delfous du bord inférieur dudit ourlet, d’où on repart pour recommencer la même manœuvre jufqu’au bout.
- 166. Figure C, a a a, eft ce qui parait de la couture à l’endroit, quand on a pafîe le fil fous l’ourlet pour le point d’enfuite.
- 167. F. L’arriere point dont on fe fert comme d’une couture très-folide, fe fait ainfi : après avoir arrêté le nœud & piqué l’aiguille entre deux fils, on la fait rentrer en-arriere au-delà du nœud, pour relfortir en avant à la pareille diftance dudit nœud au premier point; de là on la repique en arriéré fur ou près du nœud, & on la relfort toujours en avant, à la diftance de chaque point précédent. Tous les points qui parailfent à l’endroit de cette couture, dont les premiers font cotés b, a, c, font ceux qu’on a faits en reculant, ce qui lui a donné le nom de point-arriéré ou d’arriéré-point.
- 168. Nota. A cette coupure il faut toujours fuivre le même fil de Iatoilej & pour la rendre régulière & agréable à la vue, on doit compter la même quantité de fils à chaque point.
- 169. Figure F, a eft la première fortie du fil ; b la rentrée du fil, ce qui fait le premier point ; c la fécondé fortie du fil, & le fécond arriéré - point de c en a, ainfi de tous les autres.
- 170. D. Le point devant eft tout fimple ; on fait tous les points en avant fur la même ligne à diftance égale l’un de l’autre, en plongeant & relevant l’aiguille de deifous en defîus. Ce point fert à froncer & à bâtir i c’eft ce qu’011 appelle couture légère.
- 171. Figure D , a b c9 points devant parojjfant en-dehors.
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- 172,» G M H. La couture rabattue fe fait de plufieurs maniérés ; il s’en fait à furjet, d’autres à points devant mêlés d’arriere - points, le tout pour joindre deux pièces dont l’une & l’autre font fans lifiere, ou bien quand il n’y a qu’une lifîere à l’une des deux pièces : car deux lifieres fe joignent lune à l’autre fans avoir befoin de couture rabattue à l’envers, qui ne fert qu’à empêcher les toiles de s’effiler : en voici la manœuvre. Remployez le bord de chaque toile , mais l’une plus que l’autre ; approchez - les de leurs remplis , de faqon que le rempli de l’une dépalfe celui de l’autre de quelques lignes 3 furjetez-les près du haut de chaque rempli ; puis retournant les pièces à l’envers & déployant les deux toiles , vous retrouverez l’extrémité de chaque ploiementj vous verferez le plus long fur l’autre, & les appla-tilfant fur la toile, vous les y arrêterez à point de côté ; ou bien approchez l’un de l’autre les bords de chaque piece pliés comme ci-deifus, mais de faqon que^fig. IG, le bord a dépalfe de quelques lignes le bord b b de l’autre ; puis le long dudit bord b b , le plus bas, faites une couture à points devant & arriéré-points d ; par exemple , fuccellîvement deux points devant & deux arriéré - points. Vous rabattrez enfuite,j£g. M, le bord dépalfant a a , fig. I G , de l’autre morceau par - deifus cette couture , & vous l’arrêterez à points de côté.
- *73. Les figures GM N, font voir une couture rabattue à points devant mêlés d’arriere-points au lieu de furjet.
- 174. La figure H, montre les deux pièces ouvertes, l’envers en-delfous : la couture paroit à peine en d d 3 car il le tout efl bien exécuté, à peine doit - 011 voir la couture à l’endroit.
- 177. B. Le point noué ou de boutonnière, eft celui qui fè fait autour de toute boutonnière, de crainte que leurs bords ne viennent à s’effiler. On s’en fert encore en d’autres occalions qui feront exprimées à leur place-, ce n’eftpour ainfi dire qu’un furjet, dont, avant de ferrer chaque point, on palfe le fl au travers de l’anneau qu’il forme naturellement, en s’approchant pour terminer les points.
- 176. La boutonnière étant entourée de cette efpece de points, on ajoute à un ou à fes deux bouts , une bride deffinée à l’empêcher de s’agrandir ; cette bride fe commence par trois ou quatre points longs qui fe nomment poinfs coulés , en travers , au bout de la boutonnière, & près à près à côté l’un de l’autre j on les fortifie en les prenant enfemble avec le même point noué ci-deiius près à près fans percer dans la toile.
- 177» Fig. B, le point de boutonnière 5 a repréfente l’efpece d’anneau que fait le fil du point précédent quand il eft près d’être ferré; b, le fil pour le point fuivant, paifant au travers dudit anneau. Fig. K, repréfente une boutonnière achevée3 aa^ le point de boutonnière qui l’entoure ; b , la bride.
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- fig. H , le commencement de la bride > a a, les trois points longs ; b, le point noué.
- 178. E, le point de chaînette. Ce point ne fe pratique guere par les linge-res: il eft regardé en lingerie comme point de broderie, attendu qu’il fert le plus fouvent à cet art ; cependant comme il peut être employé ici , quoique rarement, on va, par furabondance , en faire la defcription.
- 179. Après avoir arrêté le fil à la toile, couchez-y une longueur dudit fil, laquelle vous fixerez avec le bout du pouce de l’autre main ; cette longueur ainfi arrêtée fera la longueur qu’011 voudra donner aux petites mailles que cette couture aura ; alors repayez le fil en-arriere & en-delfous près du nœud, & reifortez-ie tout de fuite près du bout du pouce, c’eft-à-dire , près de la longueur du premier fil , déterminée par le pouce 5 puis rentrez-le à côté ou un peu derrière cette iortie , & faites-le reparaître en-avant, au prorata de la longueur du premier ; repiquez l’aiguille , &c.
- 180. Fig. H ; a, lieu du nœud arrêté en-deifus ; d, lieu du nœud arrêté en-delfous; d, lieu du bout du pouce; a d, le fil rentrant en b, relfortrant eno9 rentrant en p , relfortrant en q, rentrant en s , relfortrant en t ; la ligne ponctuée indique le chemin qu’il fait par-delfous la maille qui va être faite, & qu’on a repréfentée dans la figure à moitié fermée.
- De la marque du linge.
- 181. Les lettres ou les chiffres qui fe coufent furie linge, & qu’on nomme marques , pour les raifons qu’on a dites au commencement de ce chapitre, 11e fe font qu’au moyen d’une feule efpece de point nommé le point croifé; & la feule réglé pour faire chaque point régulier, eft de compter les fils : or, comme la toile eft compofée de fils qui fe croifent quarrément, on doit compter pour chaque point deux fils d’un feus & autant de l’autre, c’eft-à-dire, deux fils de droite à gauche, & deux de haut en-bas ; alors après avoir arrêté le nœud , on mene l’aiguille en diagonale traverfant les quatre fils de haut en-bas];on remonte fous les deux fils du bas en-haut, & 011 croife la fecondejdiagonale par-deifus la première, ce qui forme une croix de Saint-André, qu’on appelle le point croifé. Exemple ,7%. K , fuppofant le nœud en a par-deffous , on va de a en d ; puis paifant en-deftous de d en b, on va en-delfus de b en c, &c.
- 182. Les figures remplilfent la moitié inférieure de la pl. VI, font voir toutes les différentes difpolitions des points de marque, pour former les lettres & chiifres qui y font exprimés.
- 18^. Nota. Dans les quarrés qui repréfentent la toile dans l’eftampe, on ne l’a exprimée avec tous les fils qju’au premier qui forme une croix , afin
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- d’éviter la confufion, & de mieux diftinguer chaque marque; c’eft pourquoi il eft à propos d’avertir que chaque petit quarré en vaut deux en tous fens.
- Couture des dentelles.
- 184. Les dentelles fe coufent,foit enfemble, foit aux entoilages, ou aux toiles, prefque toujours à point de furjet ; mais il faut favoir où on pique l’aiguille à la dentelle.
- 185*. Toutes dentelles & points font terminés dans le fens de leur longueur, par deux efpeces de petites lilîeres, l’une qui ell celle dont on fe fert pour aifembler fe nomme le pied de La dentelle j l’autre s’appelle la tête : elle eft bordée par un rang de petits ronds qui fe nomme Le picot. O11 ne coud jamais la dentelle par la tète ; le pied de la dentelle qui elt à l’oppolite de la tète , eft terminé par une petite liliere limple, fous laquelle font rangés de petits picots ou ronds ; fous ces ronds , du côté du corps de la dentelle , eft une autre petite lifiere plus épailfe que la première. Ces trois parties compoiènt ce qu’on nomme/^/W; quand on veut joindre deux dentelles , comme pour élargir des barbes de coëffure , on les approche par les deux pieds, palfant le point d’un pied à l’autre, obfervant dans ce cas , comme dans tous les autres, de faire entrer l’aiguille au travers des petits ronds qui font entre les deux petites lifieres.
- 186. La fi g. M, repréfente un morceau de dentelle; ce c, le pied de la dentelle ; b bfi 3 la dentelle ; a a a, la tète & le picot.
- '= ------------- - ----------------------------
- CHAPITRE VII.
- Seconde Partie des ouvrages de la Li n gere.
- La layette.
- ïgy. À la fuite du mariage, qui, dans la première partie, a exigé le travail de la lingere pour faire & fournir un troulfeau convenable ; maintenant que la mariée eft enceinte, il faut encore y avoir recours : elle doit fonger qu’elle va devenir mere, & que par conféquent il eft tems de préparer la layette d’elle & de l’enfant qu’elle doit mettre au monde.
- igg. Ce terme, la layette, qui lignifiait dans Ton origine une caflette, fe prend aujourd’hui, dans le cas préfent, pour l’alfemblage de tous les vète-mens & uftenliles néceifaires, tant à l’enfant qui vient de naître, qu’à la mere,
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- pendant le tems de fes couches. A 1 egard du nouveau-né , foit qu’il foit garçon ou fille , on ne diftingue point alors Ton fexe par des habits ditferens, juf-qu’à l’àge où il celfera d’être enfant. La layette peut être magnifique comme le troufleau, & par les mêmes raifons c’en eft une de cette efpece qu’on va décrire. Pour ne rien omettre de ce qui peut la compofer , on. y ajoutera fa diltri-bution fur l’enfant, & ce qi^’on appelle le maillot : cet épifode approche trop du fujet de la piece , pour ne la pas accompagner.
- Etat d’une layette.
- 189. Pour la mere. Six linges de fein. Douze goulfets pour le lait. Deux ehemifes de couche. Six paires de manches en amadis, dont quatre en mouL feline, & deux en dentelle. Douze alaifes plates. Douze alailès pliifées. Six bandes de ventre. Deux déshabillés de mouifeline. Soixante-douze chauffoirs.
- * Six camifoles en amadis , avec oudans coqueluchon. * Un grand couvre-pied pour le lit. * Un plus petit pour la chaife longue.
- 190. Peur l'enfant. Tête. Quarante - huit béguins. Deux têtieres. Vingt-quatre tours de bonnets de laine , de trois longueurs. Vingt-quatre cornettes pour la nuit, de trois âges. Vingt-quatre bonnets ronds , de trois âges, en mouifeline ou en dentelle. Vingt-quatre mouchoirs de col en batifte, garnis en mouifeline. Six ferviettes de col garnies en mouifeline, * Six bonnets de laine.
- 191. Corps. Soixante & douze couches. Douze bandes de maillot ou couche. Dix-huit langes de futaine. Six ferviettes unies pour mettre la nuit autour des langes de laine. Deux langes piqués en mouifeline. Deux tours de langes, pour les langes piqués en mouifeline. Un beau tour de lange , pour le lange piqué en fatin blanc ci-delfous. Vingt-quatre ehemifes de braf. liere, de trois âges. Douze bavoirs de deux âges, garnis ou en mouifeline ou en dentelle. Trente-fix mouchoirs à elfuyer l’enfant. * Six langes de drap de Dreux ; ( gros draps blancs dont on fait les chauffes pour palfer les ratafias ). * Quatre langes d’efpagnolette. * Un lange piqué en fatin blanc.
- * Six braflieres d’efpagnolette. Deux parures, confiftant en deux béguins, deux bonnets ronds, quatre bavoirs, deux grandes coêfifes, deux biais,
- * fix paires de mitaines de fil. '
- 192. Pour le berceau. * Un berceau. * Un delfus de berceau d’étoffe. Un dedans de berceau, autrement delfus d’archet en toile. * Un matelas. * Deux paillalfes de berceau, * fix paillalfons remplis de paille d’avoine.' Six paires de draps de berceau. * Deux couvertures de laine. * Deux oreillers de plume ; favoir , un quarré pour le berceau, & un long, que la nourrice met fur fes genoux quand elle emmaillotte l’enfant. Douze taies d’oreiller ; favoir, fix pour l’oreiller quarré, & fix pour l’oreiller long.
- Le
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- ART D Ê L A L I N GERE, 14*
- Le maillot ou la diftribution de la layette fur P enfant.
- 193. Le terme de maillot lignifie la diftribution des pièces de la layette ‘dont 011 vient de donner l’état, & leur arrangement fur l’enfant jufqu’à l’âge de trois ans, qu’on les lui ôte entièrement * mettant les filles en chemife & en jaquette, & les garçons en fourreau jufqu’à quatre ou cinq ans, qu’on leur donne leur première culotte 5 pour les filles, elles confervent la jaquette jufqu’à cinq ans.
- 194. On a cru, à la fuite de la layette, éclaircir fon objet par le détail du maillot, dont l’utilité principale fera de fervir de guide aux meres qui nourrit* fent elles-mêmes leurs enfans.
- On mu 1e jour de la naiffance, On ôte
- Le béguin........................... : . à trois ans.
- Le bonnet de laine avec fon tour. ... à trois ans.
- Le bonnet rond k jour.................à trois ans ? fî ,c’cl* Vn.® fille ; â
- x , : , . > mois, fi c eft un garçon, S
- La cornette la nuit...................a trois ans ^ 0n lui met uu to^uet.
- La tètiere.......................à quinze jours.
- La couche.............................à trois ans.
- Le lange piqué ou le lange de futaine... à trois ans.
- Le lange de drap de Dreux (*), avec fon
- tour de toile garni en moulfeline ... à trois ans.
- La bande de maillot............... . . . à fîx mois.
- Une fécondé bande de maillot..........à fix mois.
- Le Jauge de deffus d’efpagnolette ... à trois ans.
- Le lange de latin piqué......? , . , r
- -r.j, ^ > pour k jour a lix mois.
- Le tour de lange , ou tavaiole S
- La couverture de laine pour la nuit ... à fix mois.
- Les ferviettes de col garnies en mouffe-
- line , pour la nuit................à trois ans.
- Au bout de quinze jours.
- La chemife de braffiere..............à fix mois.
- i La braffiere de laine.................à fix mois.
- Les fichus de col en batifte.........à trois ans £ parteSrtoxijoursS le*
- Au bout de fix femaines.
- Les manches de parure, ou petits bras.. à lix mois.
- Au bout de trois mois.
- Le bavoir.............................à deux ans.
- Au bout de fix mois, les pièces ci-deffous ne fe mettent pas dans la layette,
- ( * ) Ce lange fe nomme lange d'entre - deux.
- Tome XIV. T
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- ART DE LA LINGE R-F.
- La jaquette. ôte
- La chemife du premier âge ...... à deux ans.
- r Les premières chauiTettes..............à trois ans.
- c Au bout dfin an. ï>
- Le bourrelet...........................à trois ans.
- Les chauiTettes du deuxieme âge .... à trois ans.
- . 19 f. Remarques fur la têtiere. La tètiere eft deftinée à tenir la tête de l’enfant ferme & droite dans Ton tems de faibleffe depuis le jour de la nai(Tance, jufqifà ce qu’il ait acquis aiTez de fermeté pour foutenir ia tète droite, ce qui va au plus tard à quinze jours; pour cet effet, après avoir mis la tètiere, on attache le bas de Pefpece de barbe qui la termine avec deux épingles de chaque côté fur les épaules, Tune devant, l’autre derrière.
- 196. Sur les mouchoirs & le maillot. La nourrice porte de petits .mouchoirs dont elle Te Tert pour moucher l’enfant jufqu’à fix mois, qu’on le met, comme il vient d’ètre dit, en chemife & en jaquette, mais feulement pendant le jour j car la nuit on lui remet le maillot j & ce procédé continue jufqu’à trois ans, qu’011 Ten débarraffe entièrement. Au bout de fix mois on attache à fa jaquette d’autres mouchoirs d’un quart de long fur un tiers de large, froncés & à CQulide, qu’il peut prendre lui-même pour fe moucher.
- Aunage, coupe & façon des pièces de la layette.
- 197. Pour la Mere. Linges de fùn. On prend une toile de Cour-tray de trois quarts de large ; il en faut quatre aunes & demie de long pour fix linges. On prend les bandes en long dans une levée de trois feiziemes de large qu’on fait fur ladite toile. Cela fait, pliez la toile en fix du fens de fa largeur, & vous couperez & échancrerez, comme on le voit dans la figure /, pl. 7, toutes les fix enfemble ; vous couferez à chaque bout une des quatre bandes aaaa, dans la direction repréfentée par la même figure.
- 198. On pofe le linge fur la poitrine, les échancrures des deux bouts pa£ fent fous les aiffelles; les bandes du haut font faites pour couler en croix de Saint-André le long du dos, d’où elles viennent fe joindre aux bandes d’en-bas où elles s’attachent..
- 199. Les linges de fein font deftinés à le foutenir pendant le tems du lait.
- 200. G ouffet s pour le lait. Ils fe font en une batifte de deux tiers de large; on les taille quarrément, deux dans la largeur: on les coud de trois côtés, on laiffe le quatrième ouvert pour y faire entrer du coton , après quoi 011 le bâtit. Voye^Xz titre oreillers. Ils fervent • à la mere pour étancher le lait à niefure qu’il s’épanche.
- 201. Chemife de couche. On prend une toile de trois quarts de large ; il
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- tn faut pour un corps une aune un quart de long , que l’on pliera en double du fens Ae fa longueur. On prend une paire de manches en amadis dans la largeur, & un quart pour toutes les fournitures qui s’y ajoutent, comme à yne chemife d’homme, voyeç ci-après ; en tout trois aunes cinq huitièmes pour deux chemifes complétés. Cette efpece de chemife eft ouverte par-devant comme un peignoir, & pliflee en-haut comme une chemife d’homme : on la garnit de dentelle. Ces chemifes fervent à la mere neuf Jojurs ou environ.
- 202. Manches en amadis pour femme, & leurs manchettes. Le S manches en amadis pour femme fe font de toile de Courtray de trois quarts de large fur un tiers de long pour une paire. On les taille comme on voit pl.IIî 9fig. C GÆ, où on voit en-dedans de la coupe pour homme, celle des femmes plus courte & moins ample ; la levée qu’on fait en les taillant fért à les doubler en-dedans depuis le poignet jufqu’à fix pouces ou environ : on coud cette doublure à la manche à point de côté.
- 205. Il faut, pour chaque paire de manchettes à deuxrangs, qui s’ajoutent au bas des amadis ci-deifus, un quart de mouifeline de fept huitièmes de large ; on met au premier rang un peu moins d’un huitième, qu’on partage en deux fur fa largeur, ce qui fait un feizieme fort jufte , attendu qu’il faut pour le deifus des bras un fort huitième, qu’on partage en deux fur fa largeur -, on feftonnera les côtés qui forment les fécondés fourchettes.
- 204. Si l’on fait ces manchettes en entoilage avec une petite dentelle, il faudra une aune & demie d’entoilage d’un pouce de hauts & fi l’on garnit par-delfus le bas de la manche, il faudra trois quarts d’entoilage par paire, large de quatre bons doigts, & trois aunes de dentelle tant pour le haut que pour le bas.
- L 20^. Alaifes plates. On prend de la toile d’une aune s il en faut trois aunes pour chacune, ce qui fait une piece quarrée s on en ourle les bouts : elles fervent à garnir le lit de l’accouchée.
- 206. Alaifes plijfèes. On prend une cretonne de trois quarts de large ; il en faut deux lez, chacun d’une aune un quart de haut; on les coud enfem-ble & on les monte en fronçant fur une ceinture d’un douzième de haut & de trôis quarts de large. On lailfe ces alaifes ouvertes par-devant, 8c l’on y coud des rubans pour nouer de dilfance en diftance. Elles fervent à envelopper la mere depuis la ceinture.
- 207. Bandes de ventre. Il faut une cretonne de fept huitièmes de large} on en fait deux d’une aune de long dans la largeur, la lifiereien-bas. Les bandes de ventre font quarré-long, avec quelques plis par le haut.
- 208- Déshabillé de moujfdine. Le déshabillé confifte en un manteau-de-lit, coqueluchon, jupon, amadis & manchettes 5 il n’y a que les amadis
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- & manchettes décrites ci-deffus , qui regardent la lingere ; le refte eft du re£ fort de la couturière.
- 209. Chauffoirs. Ils fe font en royale , fur trois quarts de long ; il en faut neuf aunes pour douze chauftoirs. On expliquera la maniéré de s’en fervir à la fin fous le titre de renvoi.
- .210. Comme le chauffoir eft quarré parfait, pour s’en fervir on commence par le plier comme une enveloppe de lettre, c’eft - à - dire, par les deux carnes oppofées, dont les pointes s’enjamberont l’une fur l’autre ; on redoublera un fécond pli du même fens à chaque côté ; le premier de ces féconds plis qu’on fera vis-à-vis l’un de l’autre, n’ira pas au-delà defdites pointes; le fécond, fait au côté oppofé, pailera par-delfus ledit premier, & s’achèvera fur fou bord extérieur fans le déborder ; on faufilera ces deux bords l’un fur l’autre enfemble avec quelques points devant.
- 211. Le chaufîbir en cet état, on formera à un bout une efpece de cou-liife de quatre à cinq pouces de large, ce qui s’exécutera en pliant d’autant la largeur de ce bout fur la toile, & l’y fixant par quelques points devant qui prendront tous les doubles en travers; alors on paile un ruban dans cette coulilfe , .011 la place par-derriere ; on fait faire au ruban le tour de la ceinture, où on l’arrête de deux nœuds; puis prenant le bout du chauf-foir oppofé à 1r coulilfe, on le rapporte par-devant à ladite ceinture, autour de laquelle 011 le palfe plusieurs fois.
- 212. M. Astruc , fameux médecin, donne la préférence à ceux-ci fur les chaulfoirs piqués, qu’il eftime très-mal-fains, & fur tous autres.
- 213. Comme le béguin eft la première coéifure de l’enfant, & qu’on ns le lui ôte qu’à trois ans, il faut, à mefure que la tète grollit, lui faire des béguins plus amples*: on les a proportionnés ici en quatre âges. Pour les béguins en général , il faut de la demi - hollande , ou de la royale, de trois quarts de large.
- 214. Béguins du premier âge. On en prend cinq dans la largeur, & 011 en fait dix dans la longueur de neuf feiziemes ; on garnit chacun d’une bande de moulfeline de neuf feiziemes de long & d’un pouce de large. O11 taille tous les dix enfemble l’un fur l’autre ; pour cet eftèt on plie la largeur en cinq & la longueur en quatre, on coupe en rond ce qui doit faire le haut du derrière de la tête, de maniéré que la îiliere fe trouve toujours fur le devant du béguin. Foye^lafig. II, pi. I, où le béguin eft déployé pour faire voir la double échancrure du haut de la tète.
- 21 f. Pour le.monter, on fait autour du» devant en-dedans un repli ou faux ourlet; on fait un feul pli de chaque côté vers les joues,& on garnit tout le devant avec la moulfeline (voye% la Jig. III, qui montre un béguin achevé ) ; on attache en-bas d’un côté une petite bande de toile qu’on fait
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- paffer fous le menton de l’enfant, & qu’on arrête de l’autre côté avec une épingle , ce qui s’appelle une bride b , faite pour aifurer le béguin en fa place.
- il6. Deuxieme âge. On en prend quatre dans la largeur, on en fait douze dans la longueur de quinze feiziemes & demi ; il refte une levée qui pourra faire de petits tours pour les bonnets de laine ci-après: les bandes auront cinq huitièmes de tour , & toujours un pouce de large.
- 217. Troijieme âge. On en prend quatre dans la largeur ; on en fait douze dans la longueur d’une aune un trente deuxieme ; il relie une petite levée pour les brides : les bandes auront deux tiers de tour , & un pouce de large.
- 21 Quatrième âge. On en fait quatre tout jufte dans la largeur, & douze dans la longueur d’une aune un huitième : les bandes auront trois quarts de tour, & un pouce de large comme aux précédens.
- 219. Tour de bonnets de laine. On prend de la batifte ; trois huitièmes de long pour le premier âge , fept feiziemes pour le fécond , deux tiers pour le troilieme 5 le tout fur un douze de haut. Ils fervent à border le devant des bonnets de laine, afin que la laine ne frotte pas contre le vifage ; ou les garnit d’une petite dentelle,/ig. IV.
- 220. Têtieres. On prend latofie des tètieres fur une levée de trois feiziemes on environ , qui fe fait au tour de lange ci-après. Lafig. Ven fait voir la coupe.
- 221. Corn ttes pour la nuit. On fe fert de toile pareille à celle des béguins ci-deifus , ou d’une moulfeüne de trois quarts de large ; on fait quatre fonds dans la largeur: les fonds auront de haut & de large trois feiziemes. O11 prendra trois barbes , autrement une cornette & demie dans la même largeur ; il faut que la cornette ait fur le deilus de la tète trois pouces de large ; ledit deifus & les deux barbes qui ne font qu’un , auront une demi-aune de long : fin tout une aune cinq iixiemes pour douze cornettes , fig. F'I.
- 222. Si la garniture eft en mouifeiine .il en faudra trois quarts de long par chaque cornette ; pour le devant & le derrière des deux barbes, un tiers de long, & d’un pouce de haut, le fefton pris fur la hauteur ; il elle elt en dentelle, il la faudra d’un pouce de haut & le même aunage.
- 223. Il n’eft pas nécedaire de frire de ces cornettes pour tous les âges, eela n’eft plus en ufage ; mais comme il fe peut trouver des perfonnes qui eii voudront de plus grandes , on peut faire le même aunage en une toile de quinze feiziemes de large pour douze cornettes : on les fait auiîi en demi-hollande.
- 224. En tout une aune cinq fixiemes de long pour douze cornettes.
- 22Bonnets ronds ou à deux rangs. On prendra dans une toile ou dans une mouifeiine double de quinze feiziemes jufte de large, cinq fixiemes de long pour douze bonnets ; on fera quatre fonds dans la largeur , même proportion de ceux de la cornette ci-deiius 5 & pour fonds & parles defdits douze
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- bonnets, une aune un douzime de long : les palTes auront de haut deux pouces un quart, & de long cinq huitièmes. On fera une bande & demie dans la même largeur, d’une moufleline claire; les bandes de deifous auront trois pouces de large & cinq feziemes de long ; celles de deflus deux pouces de large, & un pied demi-pouce de long.
- 226. Si on vouloit des bonnets ronds plus grands que les précédens, on peut faire de même quatre fonds dans la largeur d’une moufleline double pareille à la prédédente , pour fonds & pafles de douze bonnets, une aune & un huitième; & pour les bandes, une aune un quart, en une moufleline claire, de trois quarts de large. (Voyez pour la forme lafig. VII.)
- 227. Nota. A l’égard des béguins , tètieres , cornettes, bonnets ronds, voyez pour les coutures, &c. le titre coiffures de dentelle & tour de gorge.
- 228. Mouchoirs de col, & fichus d'enfant. Ils fe font en royale ou en demi-hollande , ou bien en batifte. En royale, il en faut pour douze , deux aunes 8c un quart de long, 8c pour la garniture un douze partagé en deux bandes pour chacun ; en moufleline de trois quarts de large , il en faudra une aune ; ou fi la moufleline 11’était que de quinze feiziemes, il n’en faudrait que onze douzièmes. Si on les fait en batifte , on en fait deux dans la largeur de la batifte , c’eft-à-dire , chacun d’un tiers en quarré , & la garniture à proportion.
- 229. Quand les enfans font plus grands ,& qu’011 veut qu’ils portent des fichus en moufleline, ce qui 11e fe fait guère, on en prend deux dans la largeur d’une moufleline de quinze feiziemes de large : il en faut pour douze, deux aunes cinq fixiemes : on n’y ajoute point de garniture.
- 230. Serviettes de col d'enfant. On prend de la royale de trois quarts; on donnera à chacune une aune de long ; on les garnit en" moufleline de trois quarts de large; on donne à la garniture un fixieme de haut & deux aunes un quart de tour ; on garnit tout le bas : 011 plifle les deux coins du bas , & les côtés jufqu’à un quart près du haut. L’ulàge de ces ferviettes eft de les mettre au col de l’enfant quand on le leve.
- 251. Pour le corps de l’enfant. Couches. Il faut une toile de trois quarts de large ; chaque couche aura trois quarts de long, ce qui fait un quarré parfait : il en faudra neuf aunes pour douze couches.
- 232. Bandes de maillot. Il faut une cretonne: elles auront trois aunes de long fur un huitième de haut ; on leur fait faire plufieurs tours autour du maillot pour le contenir. Il vaudrait mieux ne s’en pas fervir.
- 235. Langes piqués en mouffeline. Il faut une moufleline de quinze feiziemes de large & d’une aune de long pour chacun ; 011 le doublera d’un beau garas de même largeur, ou avec une grofle moufleline : on mettra entre deux du coton, & 011 le piquera. ( Voye^ pour la forme la fig. VIII. )
- 234. Langes en futaine. Ceux-çi ne fe piquent point: prenez une aune &
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- hernie de futaine d’une demi-aune de large; vous la couperez en deux fur fa longueur; appliquez chaque moitié l’une fur l’autre, oblérvant que le pluché foit en-dehors; Taillez un feizieme fans être doublé de chacun des côtés du lange, pour pouvoir attacher les épingles. C’ell en tout dix-huit aunes de long pour douze langes.
- 23 Servîmes unies. Il faut une toile de Laval ou une demi-hollande de trois quarts de large ; chaque ferviette aura une aune de long. Ces ferviettes fe mettent la nuit autour des langes de laine, afin que la laine ne touche point à l’enfant.
- 236. Mouchoirs à ejjuyer l'enfant. On en fait deux dans un tiers de ba» tilde ; ils fervent à nettoyer le vifage de l’enfant : ils font quarrés.
- 237. Biais, efpece de fichu. On taille une bande de toile de deux pouces huit lignes de large, & d’une demi-aune moins un douze de long; on la plie en deux, & on la coupe fur fa largeur; on fait un goulfet d’un feizieme en quarré, auquel on coud les bandes dans la lîtuation d’un compas à demi ouvert : on garnit & on couvre ces deux portions de bandes & le goulfet, aveG trois quarts de moulfeline ou de grande dentelle, & une aune un tiers de mouf-feline ou de petite dentelle d’un petit doigt de haut: celle-ci fertà garnir tout le tour. On plilfe la moulfeline ou la grande dentelle feulement autour du col. Cette efpece de fichu fert à parer l’enfant.
- 238* Grande coiffe. Quand on veut parer l’enfant, il fufïit de lui mettre une coéffe ordinaire de femme en mouileline ; car on n’en fait point de particulières pour lui.
- 239. Petits bras. Les petits bras font encore une parure de l’enfant; ils fe prennent dans une levée qu’on fait à la toile du tour de lange. ( Voye{ ci-def. fous. ) Ils fe mettent par-deifus les manches de la braffiere. On les garnit en plein avec de la moulfeline plilîée & feifonnée : ils s’attachent en-haut avec des épingles, &. au milieu de leur longueur avec un ruban couleur de rofe ou d’autres couleurs , qui entourre le bras. ( Voye^ la figure XII. )
- 240. Chemifes de braffiere. Elles fe font en royale ou demi-hollande; le corps aura un bon quart de long ; on 11e fait qu’un corps & une manche à côté dans la largeur, la liliere par-derriere : il entre trois aunes fept huitièmes pour douze. La garniture pour douze fe fait en deux tiers de moulfeline de trois quarts de large.
- 241. Si on voulait ces chemifes plus grandes de deux doigts, 8c plus larges d’autant, 011 prendrait une toile de Courtrai, qui a trois quarts de large; il en faut quatre aunes 8c demie pour douze, & la même quantité de mouilè-line que ci-delfus pour garniture, dans une moulfeline de cinq lixiemes de large.
- 243. La figure X repréfente une chetnife de bralfiere, a, l’échancrure au-
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- bas de laquelle on lailfe le morceau coupé : on retroulfe les manches. La figure XI repréfente la coupe de la chemife vue par le côté, rf, la fente pour y coudre la manche; b, la fente en biais de l’échancrure du devant. Cette e£ pece de chemife doit être ouverte en entier par-derriere, comme on voit en c, figure X; on la ferme fur l’enfant, en redoublant un côté fur l’autre avec des épingles.
- 2,45. Tour de large, ou tavaiole. On prend une toile de Courtrai; il en faut une aune de long. Il faut pour la garniture, en moulfeline de trois quarts , ou fept huitièmes , ou quinze feiziemes de large, couper deux lez à deux tiers de long, ce qui fait une aune un tiers ; il reliera un tiers que vous couperez eu deux fur fa hauteur pour faire le volant de delfus. On fera fur la largeur de la toile une levée de trois feiziemes ou environ , de laquelle on fera la tètiere & les petits bras ci-devant. La fig. XII repréfente la difpolition de la garniture aaa fur le tour de lange.
- 244. Bavoirs. Ils fe font en demi - hollande d’une demi - aune de large : on en fait trois dans la largeur. Ceux du premier âge auront trois feiziemes de long; les autres, d’âge en âge, feront plus longs d’un pouce : on les plie l’un fur l’autre, & 011 les taille tous enfemble, leur donnant la forme qui fe voit fig. XIII. La garniture fera d’un pouce de haut, le fellon pris fur la hauteur ; (i on prend de la moulfeline de trois quarts de large , il en faut un tiers de long pour douze ; & en moulfeline de quinze feiziemes , il n’en faudra qu’un quart.
- 24f. POUR LE BERCEAU. Dedans de berceau nommé défiais d*archet. Ce qui fe nomme ! archet du berceau, conlifte en trois demi-cercles de bois qui s’élèvent à la tête du berceau , & lui fervent d’impériale : 011 couvre cet archet de toile,
- 246. Il faut une toile de trois quarts de large & d’une aune & demie de long pour le delfus defdits cercles, cette longueur pliée en deux ; & pour le fond qui ferme l’archet par-derriere, & fe coud au double delfus , il faut une demi-aune de large fur un tiers de haut.
- 247. Pour ajuller ce dedans de berceau fur l’archet, taillez en arrondif-fant le haut du fond que vous coudrez enfuite au delfus qui doit dépalfer ledit fond d’un quart en-bas de chaque côté ; vous couperez le pli du rendouble-ment jufqu’où le fond s’y termine , ce qui fera deux parties, dont Pintérieur entrera dans le berceau, & l’extérieur s’attachera en-dehors.
- 245. Vous coudrez de diftance en diftance plusieurs rubans le long du fond, & autant à la partie du delfus qui y tient, & vous nouerez ces rubans aux bois du berceau.
- 249. La fig. AA,/?/. ///, repréfente un delfus d’archet alfemblé.
- 2 j"o. Drap de berceau. Ils fe font en un lez d’une cretonne d’une amie de large: chaque drap aura deux aunes de long.
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- 2. f I. Taies d'oreillers. Voyez le même titre dans les pièces du trouffeau. 1 2. Nota. Toutes les pièces qui font de laine ou d’étoffe dans la layette, comme bonnets de laine, langes de drap de Dreux, d’efpagnolette, braffiere d’ef-pagnolette , mitaines de fil, langes piqués en latin blanc, couvre-pieds, deffus de berceau, matelas, paillaffes , paillalfons , couvertures de laine , oreillers, lie font point de l’art de la lingere, raifon pour laquelle elles ne font que nommées & point décrites ici -, on les trouve marquées toutes d’une étoile dans l’état ci-deffus.
- CHAPITRE VIII.
- Troisième Partie des ourrages de la Lingere,
- Tant pour homme que pour femme, qui n'entrent ni dam la layette, ni dans le troujfeau.
- Etat pour homme. Chaussettes d’enfant. Chemifes d’âge en âge • jufqu’à quatorze ans. Chemife d’homme. Manchettes & jabot. Le fer-à-chevai. Cols. Coéffes de bonnet. Peignoir d’homme. Tablier de valet - de - chambre. Manchettes de bottes.
- j 2f4- Pour femme. Petite coëffure nommée baigneufe ou haïtienne. Coëf-fure de deuil. Petite coëffure à la reine. Fichu à deux rangs. Manchettes de femme à un & à deux rangs. Manchettes de deuil. Draps de lit. Les pièces fui-.» vantes , jufqu’au titre de la chemife d’homme , ne regardent que les enfans ; mais comme elles n’entrent point dans celle de la layette , on n’a pu les ajou-, ter à fon article.
- _2ff. Chauffettes d'enfant. Premier âge. Elles fe font en royale. Il faut , une aune cinq lixiemes de long pour douze paires ; on en fait deux paires •.dans la largeur -, pliez la longueur en lîx; coupez enfuite aux plis : à chaque -coupe pliez la largeur en huit* taillez comme on voit fig. XIV, vous aurez deux paires ; continuez jufqu’au bout, ce qui vous donnera vos douze paires, chaque paire aura lix pouces & demi de long : on coud à couture rabattue. A ces chauffettes du premier âge, on fait une petite fente, telle qu’on la voit dans ladite figure, qu’on ourle, ou à laquelle on fait le point noué, afin de donner plus d’aifance aux pieds de l’enfant, ce qui ne fe fait point .aux fuivantes.
- 2fi5. Seconde âge. Il faut deux aunes un feizieme de long pour douze paires. Ces chauffette.s auront quatorze pouces de long pour les plus longues. Tome XIV. V
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- 257. Nom. Afin que les chauflettes en général falfent bien, il faut les couper un peu en biais fur leur longueur ; il n’y faut pas plus de toile que ii elles étaient coupées droites, parce que ce qui refte du biais fe rapporte.
- Chemifes d’âge en âge, depuis l’enfance jufqiïà quatorze ans pour les filles, & jufqu’à cinq ans pour les garçons, & depuis jufqu’d quatorze ans.
- 25:3. Ce qu’on appelle âges, fignifie croilfance. Quand les cbemifes deviennent trop courtes & étroites à l’enfant, il lui en faut de plus amples, & toujours ainfi à mefure qu’il croît, ce qui arrive plus tôt ou plus tard, fuivant la force de fon tempérament : c’eft pourquoi on ne fauroit déterminer précifément les âges5 mais pour donner un à-peu-près, on les fixe ici comme il fuit.
- 9. Premier âge jufqu à dix-huit mois. On prend une toile de trois quarts de large 5 011 fait trois corps dans la largeur, chacun aura une demi-aune de long. On fait trois paires de pointes dans la même largeur : elles auront un tiers de long, & doivent monter en étroit jufqu’au goülfet : on fait trois manches dans la largeur. Il faudra un quart de long pour trois paires de manches. En tout trois aunes deux tiers pour lix chemifes. La figure XV repréfente une chemife du premier âge.
- 260. Nota. Aux chemifes du premier âge feulement, on fend le haut du derrière de la chemife, d’un demi - quart par le milieu ; <zeftla fente de derrière.
- 261. Second âge à trois ans. Il faut une toile de deux tiers jufte de large ; on fera deux corps dans la largeur, & trois paires de pointes dans la même largeur j chaque corps aura cinq huitièmes de long : les pointes ne doivent monter qu’à un huitième du goulfet. Les manches feront pliiïées, & auront un quart pour deux paires. En tout cinq aunes pour fix chemifes.
- 262. Troijîeme âge à cinq ans. Il faut une toile de deux tiers de large > on fera deux corps dans la largeur, & deux paires de pointes dans la même largeur. Les corps auront deux tiers aifés de long, & les pointes une demi-aune. Les manches pliiïées un tiers pour deux paires. En tout fix aunes & demie pour fix chemifes.
- 26]. Nota. Jusqu’ici Ton ne diftingue point les filles des garçons,mais à cet âge de cinq ans , 011 donne aux garçons leur première culotte, & 011 fait leurs chemifes comme celles d’homme. A l’égard des filles, 011 continue la même façon des précédentes. C’ett celles-ci qu’on va pourfuivres celles des garçons pour les mêmes âges, viendront après.
- 264. Quatrième âge de fiept à huit ans, pour les filles. MÊME toile, de deux
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- tiers de large ; on fera deux corps dans la largeur, 8e deux paires de pointes dans la même largeur. Les corps auront trois quarts de long, & les pointes neuf feiziemes 3 les manches pliifées, trois huitièmes pour deux paires. En tout fept aunes un tiers pour fix chemifes.
- 26 f. Cinquième âge de huit a dix ans. Il faut une toile de trois quarts de large 3 on fera deux corps dans la largeur, & deux paires de pointes dans la même largeur. Les corps auront fept huitièmes de long, & les pointes cinq huitièmes forts : les manches pliflfées, cinq douzièmes pour deux paires. En tout huit aunes un quart pour fix chemifes.
- 266. Sixième âge de dix à dou^e ans. Il faudra une toile de fept huitièmes de large 3 on fera deux corps dans la largeur, Se deux paires de pointes dans la même largeur. Les corps auront une aune de long, & les pointes deux tiers 3 les manches plilfées, une aune fort jufte pour deux paires. Eu tout neuf aunes & demie pour fix chemifes.
- 267. Septième âge de dou^e â quatorze ans. MÊME toile que delfus : on fera deux corps dans la largeur , & une paire de manches dans la même largeur. Les corps auront une aune un douzième de long, & les pointes cinq fixiemes ; les manches plilfées , une aune & demie pour deux paires. E11 tout dix aunes 8e demie pour fix chemifes.
- 268. Troijîeme âge à cinq ans pour les garçons. Il faut une toile de trois quarts de large : on fera deux corps dans la largeur, & une paire de manches dans la même largeur 3 les fournitures fe prendront à côté de la manche. ( Voyee pour les fournitures la chemife d’homme ci-après). Comme la moitié de la longueur du corps fait la longueur de la manche, ainfi le corps ayant ici neuf feiziemes de long, les manches auront un quart un trente-deuxieme de long. En tout cinq aunes jufte pour fix chemifes.
- 269. Quatrième âge , même date des filles. MÊME toile: 011 fera deux corps dans la largeur, & une paire de manches dans ladite largeur. Les corps auront deux tiers de long, & les manches une demi-aune 3 les fournitures fe prennent à côté de la manche. En tout fix aunes & demie pour fix chemifes.
- 270. Cinquième âge. Il faut une toile de fept huitièmes de large : on fera deux corps dans la largeur, & une paire de manches dans ladite largeur. Les corps auront trois quarts de long , & les manches la moitié 3 les fournitures fe prennent à côté de la manche. En tout fix aunes trois quarts pour fix chemifes.
- 271. Sixième âge. Même toile : on fera deux corps dans la largeur , Se une paire de manches dans la même largeur. Les corps auront fix fixiemes de long,
- 8e les manches la moitié : les fournitures fe prennent à côté de la manche. En tout fept aunes 8e demie pour fix chemifes.
- 272. Nota. A mefure que les enfans épaiffilfent, on prend une toile plus
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- large , comme de neuf huitièmes ou de cinq quarts ; mais il faut toujours la même longueur , c’eft-à-dire , que fept aunes & demie ou huit aunes font des chemifes alfez grandes pour ïeize à dix-fept ans, après lequel âge on prendra une toile de deux tiers de large : il en faudra feize aunes & demie pour lîx chemifes , les distribuant comme il eft dit ci-delfus , aux autres âges.
- 273: Chemife d’homme ,fg. B B, pl.lil. Il faut pour une taille ordinaire, une toile de deux tiers, & pour un plus gros homme une toile qui aura trois quarts de large ; d’ailleurs , l’aunage , la coupe & la façon feront la même chofe pour les deux. Les manches de la chemife d’homme fe fixent communément à une demi-aune , & pour la largeur à celle de la toile ; les corps à ce qui en refte , après les manches levées : ce qui va à environ une aune de long, la toile pliée en double du fens de fa largeur.
- 274. Les fournitures, fa voir , le col, deux pièces d’épaule a a, 8c leurs gouffets , deux gouffets d’aiifelle b b , deux gouffets d’en-bas c c, & le cœur du jobot^, fe prennent fur la toile en deux maniérés , comme il va être expliqué. Pour fix chemifes , il faudra dix-fept ou dix-huit aunes ; dix-fept fi on prend les fournitures à côté de la manche , dix-huit fi elles fe prennent à part.
- 275. Prendre les fournitures à côté de la manche , fe fait ainfi : ayant pris vos dix-fept aunes de toile , commencez par en couper fix aunes de long pour vos fix paires de manches ; puis le long des fix aunes coupées, & à cinq pouces de la lifiere d’un côté feulement, levez jufqu’au bout une bande de cinq pouces de large, ce qui fuffira pour les fournitures des fix chemifes } le relie de la toile partagé en fix parties , fera les fix corps.
- 27 6. Pour prendre les fournitures à part fur dix-huit aunes , commencez par enlever une aune de long à un bout ; cette aune mife à part fera pour les fournitures. Le refte de la diftribution fe fera comme à la précédente. La feule différence entre ces deux coupes, eft que les manches de la première ont cinq pouces de large de moins par manche que celles de la fécondé , auxquelles un n’ôte rien.
- 277. Façon. Pour faire un chemife, on commence par préparer les manches de façon qu’il n’y ait plus qu’à les attacher en leur place ; & pour cela on fait d’abord la couture de deffous, qui alfemble les deux côtés : elle fe fait à furjet & couture rabattue en-dedans ; on épargne fans coudre deux pouces à un bout & trois pouces à l’autre: les deux pouces auront legoujjet d’aifelle, & les trois pouces refteront ouverts pour la fourchette e e. Il s’agit maintenant de pofer le gouflèt d’aiifelle ; 011 le préfente en lofange, & on le coud de carne en carne aux côtés de l’ouverture ; l’autre moitié du lofange feracoufu au corps quand on y montera la manche.
- 27b. La fourchette qui eft terminée par le poignet, & refte ouverte, s’ourlera des deux bords.
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- 279. Le gouffet d'airelle b b , dont on vient de parler , eft lin petit carré de deux pouces de toile , qu’on remploie tout autour , & qu’on coud en-dedans à furjet.
- 280* Les pièces d'épaule a a, fe taillent ordinairement de fix pouces de long, & de deux pouces de large ; on fend la piece d’épaule à un bout par le milieu de trois pouces, pour remplir cette fente avec un gouftet quarré de même longueur, qu’on y coud dans la même fituation & de la même façon que le goulfet d’aiiîèlle ; il en relie aulîi la moitié, qui fera par la fuite coufue à la chemife. Ayant pris le milieu du corps par la marque d’un pli ou autrement, fendez le long du pli en defcendant, la longueur de dix pouces : cette ouverture fe nomme la fente du jabot/, & tout de fuite vous fendrez à droite & à gauche le long du redoublement de la toile, partant de la fente du haut du jabot, jufqu’à lîx pouces des deux bouts, efpace fur lequel fe placent les pièces d’épaules aa, que vous y coudrez (après leur avoir fait un petit rempli tout autour) à points arriéré, très-près-à-près.
- 281. Le petit cœur de la fente du jabot d, eft un petit morceau quarré de deux pouces, qu’on découpe en forme de coeur -, on lui fait un petit rempli tout autour -, on le place en-dedans précifément au bas de la fente du jabot, le rempli du côté de la toile à laquelle on le bâtit, puis on le coud tout autour à points de côté.
- 282. Revenant aux manches, vous y monterez les poignets. On ne peut donner de réglé précife pour la quantité de toile qu’il faut pour le tour des poignets qui terminent les manches des chemifes, ni pour leur largeur, les uns les demandant plus larges que les autres ; cependant l’ordinaire eft d’un demi-doigt ; à l’égard du tour, on dit que mefurant le tour du cou, & pliant enfuite la mefure en trois, le tiers en eft communément la longueur du poignet ; mais le mieux eft de prendre réellement la mefure. La première chofè qu’011 fait alors, eft de plier la toile par la moitié du feus de fa longueur, & fur la moitié qu’on deftine à faire le deiTus, y tracer & coudre ou broder tel deftin qu’on voudra ; alors les poignets font prêts à être montés aux manches de la chemife; pour cet effet, le bout des manches ayant été précédemment plilfé à petits plis avec le point devant, on en fait entrer l’extrémité entre le redoublement de la toile du poignet, où on les coud à l’endroit à point de côté, palfant l’aiguille à chaque point dans un pli de la manche; 011 monte enfuite la toile du redoublement du poignet prenant dans les mêmes plis ; il fuffira ici de pafler un pli, c’eft-à-dire, de fauter de deux en deux plis : enfin, on fait à chaque bout une boutonnière.
- 383. Nota. Les définis qui fe font fur les poignets 11e font point limités ; ils s’exécutent avec l’arriere-point très - preifé, le point de chaînette, &c. La planche IV, figure L, a des rangs d’arrieie-point près des bords, & un deflin courant à point de chaînette à fou milieu.
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- 284. La façon des boutonnières eft expliquée ci-devant, chap. VI, & de£ finée pi. IV.
- 285". Le col de la chemife eft un morceau de toile qui aura aux environs de quatorze pouces de long fur cinq pouces de large ; 011 le plie en deux du fens de fa longueur ,-cela lui donne deux pouces & demi de haut. On le monte au haut de la chemife, comme il eft dit ci-deiïiis du poignet.
- 286. Nota. On tient les chemifes d’homme en-bas d’un feizieme plus courtes par-devant que par-derriere.
- 287. Les manches étant achevées , on partage le corps de la chemife en le pliant en trois du fens de fa largeur ; on coud les deux côtés du tiers du milieu à furjet ; le tiers du haut recevra les manches, & le tiers du bas reftera ouvert ; c’eft au haut de ce dernier qu’011 pofera les petits goujfets d'en-bas , ce. Chacun eft fait d’un petit morceau de toile de deux pouces en quarré. Après avoir ourlé tout le bas du corps & lefdites ouvertures d’en - bas, on prélènte le petit gouffet remployé, ou plutôt la moitié en lofange, le rempli en-dedans, & 011 la coud au haut de la fente, comme il eft dit aux gouflets de la piece d’épaule ci-deflus ; puis pliant l’autre moitié en la relevant derrière la première coufue, comme on plie les mouchoirs, on la coud à point de côté aux mêmes endroits : ainfi ces petits gouüets font doubles.
- 288. Il 11e s’agit plus maintenant que de monter les manches au corps de la chemife, ce qui fe fait en plilfant à plis plats le tour du haut de la manche , le coufant en même tems à l’ouverture, autrement l’entournure du corps de la chemife, à points de furjet, prenant en chemin faiiant ce qui dépafle aux manches du gouifet de la piece d’épaule & de celui de l’aiffelle.
- 289. Des manchettes d'homme & du jabot. Les manchettes d’homme fe font en mouffeline ou en dentelle ; elles ont ordinairement de quinze feiziemes à une aune de longueur, fur un feizieme de hauteur.
- 290. Le jabot fera un peu moins haut, de façon que, fuivant le goût, il entrera pour manchettes & jabot d’un feizieme à trois feiziemes de mouifeline par paire : on peut fe régler fur cette mefure pour la dentelle.
- 291. Les manchettes & leurs fourchettes fe montent aux poignets de la chemife de deux maniérés, ou elles s’y coufent à demeure; dans ce cas elles vont au blanchiflage avec la chemife, ou bien on 11e fait que les y bâtir. Dans le premier cas on commence par rouler le bas de la manchette, puis on la pliffe à point delfus, qui eft une efpece de furjet plus alongé, & on la monte enfuite à point de furjet, en prenant les plis comme on les a pris de la manche.
- A l’égard de la fourchette, qui eft une fuite de la manchette, deftinée à garnir la fente du delfous de la manche de la chemife, on 11e la plilfe en la coufant que de quelques plis au tournant de ladite fente. Dans le fécond cas , c’eft-à-dire, à l’égard des manchettes de prix, comme points ou dentelles, qu’011
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- fie rené pas livrer au blanchiifage, on les coud à part fur un ruban de fil qu’on bâtit au poignet à point devant.
- 292. Quant au jabot, il fe coud à l’ouverture de devant à furjet ; on le fronce en roulant aux trois extrémités ; lavoir, d’1111 pouce & demi au commencement de la fente , & de deux pouces au bas.
- ‘ 29?. Manches d'homme en amadis , pi. 111 ^fig. C C a. Les manches en
- amadis fe forment de toile de Courtrai de trois quarts de large fur un tiers de long pour une paire. Les manches pour homme feront d’une demi-aune de long} la levée qu’on en fait en les taillant fert à les doubler en-dedans depuis le poignet jufqu’à lix pouces ou environ ; 011 coud cette doublure à la manche à point de côté ; on lailfe au-bas une ouverture de lix pouces ou environ, qu’011 garnit de boutons & de boutonnières.
- 294. Voici une coupe pour les manches en amadis , qui influe fur la chemife alfez économiquement pour mériter d’ètre expliquée ici. Coupez un patron de vos manches ; prenez quatre aunes de toile, pliez-la en deux du feus de fa largeur > partagez ces quatre aunes en trois coupes ; appliquez le patron fur votre toile : coupez tète à pointe ; par ce moyen les manches feront d’une demi-aune de long & d’autant de large , comme à l’ordinaire ; mais dans les lix paires il y en aura trois paires , au bout defquelles il faudra faire une couture vers le poignet j on ne verra pas ces coutures 11 l’on garnit le tour du bas des manches avec un douzième de moulfeline de haut, qui fuffira pour les cacher} par ce moyen il reliera des morceaux qui feront toutes les fournitures : de cette façon il n’entrera pour lix chemifes que lèize aunes, au lieu de dix-huit ou de dix-fept. Les corps auront une aune de long ; les manches une demi-aune, ce qui pourra fervir aux plus grands hommes.
- 29 f. Le fer-d-cheval, efpece de fourniture. Il 11e faut pas compter parmi les fournitures ordinaires de la chemife, ce que les lingeres nomment le fer-à-cheval : rarement y en a-t-il le relie pour le faire 5 c’ell pourquoi alors on prend un morceau de toile pareille à celle de la chemife. Ce fer-à-cheval ne fe met guere qu’aux épaules des chemifes d’ouvriers, gens de peine 3 écoliers , &c. où cette partie a beaucoup à foufïrir, afin de la fortifier contre les travaux, la fueur, &c. Pour donc ajouter à la chemife les fers-à-cheval , ainlî nommés à caufe de leur coupe, il faut commencer par favoir qu’il s’en fait un à chaque épaule , ou féparés , ou joints par-derriere. Le morceau de toile fera large de trois bons pouces ; à l’égard défia longueur, vous allez en juger.
- 296.. Pour les faire féparés, coupez en demi-rond un des bouts de votre -toile ;-fendez en deux à l’autre bout jufqu’à un pouce ou davantage du demi-rond, pofez à l’envers de la chemife la fin de cette fente au bout de la fente
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- du col; faites couler la moitié de devant du fer-à-cheval le long de ladite fente du col, jufqu’à l’endroit que vous jugerez à propos de couper, avant d’arriver à la fente du jabot; coupez à la même hauteur la moitié qui doit aller par-der-riere ; alors bâtilfez en place votre fer-à-cheval, que vous coudrez enfuite à point de côté ; puis retournant la chemife à l’endroit, vous coudrez les fournitures comme à l’ordinaire : mettez-en un pareil à l’autre épaule, les voilà féparés. Mais fi vous voulez qu’ils fe joignent par-derriere, la toile doit être plus longue ; vous ne couperez que les devants , & vous coudrez tout le deiv riere , ce qui fera la continuité de l’un à l’autre fer-à-cheval, que vous aurez taillé comme il vient d’être dit.
- 297. Cols. Si l’on prend une moulfeline claire, de trois quarts de large, on lait deux cols dans la largeur ; ou trois cois dans la largeur, fi l’on prend une moulfeüne double de quinze feiziemes de large. Les cols ordinaires auront un quart de long : on les plilfe par les deux bouts.
- 298. Pour faire les bouts de col, prenez une bande de toile d’un pouce & demi de haut & d’un quart de long ; pliez-la en deux du iêns de fa hauteur ; coupez à un bout un morceau quarré d’un pouce, vous aurez deux bouts de col ; coulez chaque double pour les joindre , excepté les côtés de la largeur , dans lefquels vbus ferez entrer les pliffures du col pour les y coudre ; vous ferez une boutonnière au bout le plus court,pour y palfer une boucle à plufieurs ardillons, dans laquelle l’autre bout fe bouclera. Voye^ fig. D D. Les côtés fe coufent à furjet, & les bouts à la pliifure , comme au poignet ci-deifus.
- 299. Coiffes de bonnet. Il y a des toiles propres à cet ufage, qui ont neuf feiziemes de large ; on fait une coëife dans la largeur, 011 lui donne ordinairement fept feiziemes de long : il faut deux aunes cinq huitièmes'pour fix coëf-fes. Pliez votre toile en huit du fens de la lifiere ; taillez chaque coëife comme il eft exprimé fig. HH; mais comme à cette façon les échancrures font en pure perte, en voici une autre, avec laquelle non-feulement il n’y a pas plus de coutures qu’à la précédente, mais on épargne fur l’aunage, attendu qu’il 11e faudra que deux aunes trois huitièmes pour les fix coëlfes en employant les échancrures. Cette façon eft de prendre ( comme aux manches d’homme en amadis ) un patron d’.utie coëife bien faite , de plier toujours chaque coëife en huit, & de couper les coëffes tète à pointe. Voyez pour cette façon ladite fig. HH. Toutes les coutures fe font à furjet & couture rabattue en-dedans ; la coulilfe du haut fe coud à point de côté en-dedans. Les deux bouts s’ourlent pour palfer le ruban qu’on arrête au milieu.
- 300. Peignoir d'homme. Il faut une toile de fept huitièmes de large : il fe fait en deux lez d’une aime de long : il faut une aune pour la paire de manches; on y ajoute un col , autour duquel on le plilfe : il eft entièrement ouvert par-devant. Voye1 le peignoir de femme.
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- 301. Tablier de valet-de-chambre^fig. GG,pl. III. On en coupe ordinairement deux enfemble. On prendra une toile d’une aune de large ; les deux tabliers pour un grand homme feront pris en deux aunes un quart de long: il 11e faudra pour une taille ordinaire que deux aunes. Suppoiant qu’on ne prenne qu’un aune en longueur pour chaque tablier, pliez la toile en deux fur fa longueur, puis en deux fur fa largeur ; la toile pliée ainfi préfentera une furface d’une aune en longueur, fur une demi-aune en largeur ; alors faites fur la largeur , à un fîxieme du redoublement, une levée d’abord d’un fixieme a , après lequel continuez de couper en étroit jufqu’au bout de la largeur: cette levée fervira à faire la poche b, qui doit avoit un quart de profondeur j ce quart coupé, il ' réitéra une pointe qui fervira à doubler à point de côté celle que vous avez faite c au tablier, en coupant la levée'ci-delfus. Cette doublure fortifiera une boutonnière d, qu’on fait au haut de ladite pointe ou bavette , dans laquelle le valet-de-chambre fait entrer un de fes boutons. O11 coud la poche au tablier par-devant, vers le milieu de fa longueur, en ourlant le haut i le refte s’attache à point de côté : 011 ourle tout le haut & le bas du tablier.
- 302. Tablier de cuijinier. Il faut une toile de fept huitièmes de large ; on en mefure douze aunes de long pour douze tabliers, y compris une aune qu’on, leve fur le tout pour la poche des douze tabliers. Ces tabliers n’ont point de bavette ; on les plilfe fur un ruban de fil qui fe noue enfuite autour de la ceinture : ils font ouverts par-derriere j on met la poche vers le milieu du devant.
- 303. Manchettes de bottes. Dans une toile de trois quarts de large , on prend une aune un quart pour fix paires. Pliez la longueur en quatre & la largeur en fix , coupez l’un fur l’autre de la forme que vous voyez fig. E E ; on ourle tout le tour haut & bas , & les côtés ; on fait à un côté fix boutonnières', & on met autant de boutons au côté oppofé. Ces manchettes fervent, lorfqu’on met des bottes , à entourer le genou, de peur que le cuir de la botte ne graiffe la culotte en cet endroit.
- 304. Petite coiffure nommée baigneufe ou baftienne. Il faut une mouffeline double de trois quarts de large, pour fond & paffe de deux ; un tiers de long pour les bandes_& les barbes. Si l’on ne met pas de dentelle autour , il faudra fept feiziemes d’une moulfeline claire de trois quarts de large 5 mais fi l’on met de la dentelle, il ne faudra que trois huitièmes de mouffeline, & deux aunes un quart de dentelle. Voye1 le titre de la coëffure de dentelle, pour la façon.
- 30p. Coëffure de deuil en batijle ou linon. On prendra pour fond, paffe & barbes-de deux , une aune & demie de long de batifle ou linon ; fi on n’en vouloit qu’une, il n’en faudrait que cinq fixiemes. Voye1 la coéffure de dentelle , pour la façon.
- 306. Petite coëffe d la reine. Il faut une toile de fept huitièmes de large & de fept douzièmes de long pour trais ; pour les garnir, on prend une petite
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- dentelle, dont il faut trois quarts par coëfFe ; fi on les garnit en moulfeline, il en faut un feizieme de plus, qu’on partagera en trois. Pliez la longueur de la moulfeline en trois, puis la largeur en deux ; enfuite vous poferez votre patron pour couper comme on voit pl. II,fig. H ; il s’en trouvera une des trois à laquelle il faudra une couture fur la tête. Quant à la façon, on fait un faux-ourlet le long du côté échancré , & on plilfe la pointe auTdelfus ; on garnit le long du faux-ourlet d’une petite dentelle : le devant fe roule.
- 3 07. Fichu à deux rangspliffié, efpece de, palatine. Pour faire ce fichu, il faut avoir un ruban d’un pouce de large & d’une aune de long 3 011 prend la longueur d’un quart de moulfeline de trois quarts de large 3 on le partage du fens de fa largeur en quatre lez égaux: on en coud deux l’un au bout de l’autre; ainfi les quatre lez feront les deux rangs 3 on les monte fur le ruban en les pliifant 5 on lailfe dépalfer une petite tête : on les feftonne fi on vent.
- 308. Manchettes de femme à un & à deux rangs. Pour, un feul rang, il faut un tiers de long d’une moulfeline de trois quarts de large par paire 3 & à deux rangs, il en faut deux tiers. Voye^ pour la coupe & façon, le chapitre VI, au titre manchettes de dentelle à trois rangs avec un entoilage.
- 309. Manchettes de deuil. Les manchettes de deuil d’homme fe font en batifte : il en faut trois huitièmes de long par paire. Voyeç les manphettes d'homme , ci - delfus.
- 310. Chemifes de bain. Il faut une toile de fept huitièmes de large; on en prendra deux aunes un tiers , qu’on pliera en deux du fens de fa largeur, ce qui réduira la longueur à une aune un fixieme; les manches auront une demi-aune de long : on fait une paire de manches dans la largeur. Pour la façon , on fend le haut de la chemife d’une demi-aune en travers; le long du pli, on y coud quatre rubans de laine, deux de chaque côté, pour nouer fur les épaules : cette chemife n’eft pliifée nulle part.
- 3 11. Il fe fait encore une autre efpece de chemifes de bain, imitant le peignoir, plilfées tout autour d’un col à manches plates, ouvertes en entier par - devant, fermées au col avec des rubans de fil,
- 312. Draps de Ut de maître. Pour un lit de fix pieds de large, il faut
- une toile de cinq quarts de large : feize aunes par paire. Pour un lit de quatre pieds & demi de large, il faut une toile d’une aune un huitième: feize aunes par paire. Pour un lit de quatre pieds de large, il faut une toile d’une aune : quatorze aunes par paires. Pour un lit de trois pieds & demi & de trois pieds, il faut une toile de fept huitièmes de large : quatorze aunes par paire. ,
- 313. D'officiers. Il faut une toile de fept huitièmes de large : douze aunes par paire.
- 314. De livrée. Il faut une toile de trois quarts de large : onze aunes par
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- paire. Pour faire une paire de draps, 011 coupe la longueur de la toile en quatre parties égales, qu’on aifemble deux à deux du fens des lilieres.
- CHAPITRE IX.
- Quat ri f m e Partie des ouvrages de la Lin g e re»
- Du linge ctéglife.
- I if. ]L»e linge d’églife eft de peu d’étendue; il coniifte dans les pièces fuivantes.
- Pour Üautel.
- Les trois nappes d'autel.
- Les deux nappes de crédence.
- La toile de la pâlie.
- Le corporal.
- Uejfui - doigts ou lavabo.
- Le purificatoire.
- La nappe de communion.
- Pour l'eccléjiajlique.
- Le rabat»
- U aube.
- \Jami cl.
- Le Jurplis.
- Le tour d'étole.
- Le rocket.
- Les manchettes de foutane.
- $ 16. Les nappes d'autel. Les nappes d’autel fervent à couvrir entièrement. toute la table ou deifus d’autel : elles fe font de toile depuis la royale juf-qu’à la cretonne : elles font au nombre de trois, deux grandes & une petite. La plus grande a ordinairement de trois aunes à trois aunes & demie de long, fur deux tiers de large. Voici comme 011 les diipofe quarrément fur l’autel. La petite , qu’on place la première, couvre la pierre bénite ; la plus grande, qui fe met par - deifus , couvre toute la table ; elle doit déborder par - devant & pendre par les côtés ; la troiiîeme fe met fur la grande, & occupe tout le deifus d’autel fans déborder : toutes n’ont befoin que d’être ourlées.
- 317. Les nappes de crédence. Elles font au nombre de deux : elles font deftinées à couvrir les deux crédences, petites tables ou confoles pofées à chaque côté de l’autel ; elles fe font en royale : elles auront cinq quarts de large , fur une demi-aune un demi-quart de large. Il n’y a d’autre faço4 que l’ourlet.
- 318. .Vejfui - doigts ou lavabo. Il fert à eifuyer les doigts du prêtre après le lavabo de la meife ; il fert auiîi, plié en long, à couvrir les deux burettes : il fe fait en royale ; il aura un demi-tiers de large & une demi - aune de long.
- Il n’y a d’autre façon que l’ourlet. * ' '
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- 319. Le co rp or al. Le corporal eft un linge qui s’étend à plat fur le milieu de l’autel pour pofer le calice deifus : il fe fait en batifte. Il aura une demi-aune en quatre.
- 320. La pâlie. La pâlie eft en total un carton quarré, recouvert & renfermé dans de la toile. La pâlie fert à couvrir la patene quand elle eft fur le calice: elle fe fait en batifte d’un tiers de long, fur un demi-tiers de large; on la coud en double, ce qui fait un demi-tiers en quarré : on en laide tout un côté ouvert pour y faire entrer le carton.
- 521. Le purificatoire. Le purificatoire eft précifément la même cbofe que le lavabo ci-deifus : mais fon ufage eft différent; car il fert, plié en long, à nettoyer le dedans du calice.
- 322. Nappes de communion. Ces nappes fe font pour les églifes où l’autel de la communion eft entouré d’une baluftrade, parce qu’on les y accroche avec des rubans.de fil qui fe coufent pour cet eifet de diftance en diftance dans l’étendue de la nappe : on les fait plus ou moins longues , d’une toile de demi-aune de large, telle que celle dont 011 fait les coëlfes de bonnets de nuit. Il n’y a d’autre façon que de les ourler aux deux bouts, & d’y attacher & coudre les rubans de fil. Il s’en fait aulli fans attaches : ce font des enfans de chœur, ou des clercs, qui les foutiennent aux deux bouts. Quand il n’y a rien pour accrocher la nappe, on fe fert d’une petite ferviette ordinaire, d’un mouchoir blanc ou du voile de calice, que chaque communiant fe donne de l’un à l’autre.
- 523. Pour l’Ecclésiastique. Vaube. L’aube eft une efpece de che-rnife qui fe met immédiatement fur la foutane du prêtre : elle fe fait en quatre lez de batifte ou linon; elle a pour l’ordinaire cinq quarts de long; les manches fe font toujours en amadis de demi-aune de long; le haut des deux lez de devant doit s’échancrer jufqu’à l’épaulette de deux doigts en mourant: on la pliffe. autour du col comme une chemife, on couvre les plis avec un collet large d’un demi-pouce, & l’on fut un grand ourlet en-bas. Le prêtre la met toujours la première en s’habillant pour la meife.
- 324. Le furplis. Les chanoines, dans leur origine, portaient une foutane de yeau qu’ils nommaient pelliceum ; & lorfqu’ils mettaient par-deifus le vêtement de toile qu’on va décrire, ils l’appellaient fuperpelliceum , d’où eft venu en français furpelis ou furplis.
- 32f. Le furplis fe met donc immédiatement par-deifus la foutane dans plu-fieurs cérémonies de Péglife. Le corps du furplis fe fait en quatre lez de batifte ou linon de trois quarts & demi de long ; chaque manche aura un lez en largeur, & une aune un quart de long, ce qui fait en tout iix lez. Il doit être échancré fur le haut du devant, comme l’aube ci-deifus; il faut aufii, avant d’attacher les manches, les plier du feus de leur longueur, non pas précifé-
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- ART DE LA LIN GERE i6f
- ment en deux, mais qu’une des moitiés dépafle l’autre d’un pouce: celle-ci fera le dedans de la manche improprement dite, puifque les deux doubles doivent relier ouverts du haut'en bas. Les manches étant pliées comme il vient d’être dit, on les échancre de quatre doigts par le haut en mourant, & de deux doigts par le bas* les deux lez du devant & du derrière de chaque côté, doivent relier ouverts depuis le deflbus des bras jufqu’aux deux tiers du relie de leur longueur, pour pouvoir y palier les bras: c’eft ce qui s’appelle la poche. L’ouverture de cette poche ne commencera qu’à huit pouces au-def. fous de l’épaulette. En plilfant les lez de devant & de derrière pour faire le tour du col, il doit relier cinq ou lix pouces de chacun fans être plilfés : on joindra ce relie en y coufant une épaulette de la même longueur i les huit pouces ci-deifus laides au haut des côtés de devant & de derrière, ferviront à y plilfer & attacher les deux doubles de la manche, le plus étroit devant, le plus large derrière ; on couvrira tous ces plis & ceux du col, d’une toile façonnée en poignet d’un demi - pouce de large : on fera un grand ourlet d’un bon pouce de large autour du bas du corps du furplis & des manches.
- 526. Le rocket. Le rochet appartient principalement aux évêques : il fe fait en batilie ou linon. C’eft un corps de furplis qui 11’a point de manches : lp rochet à la romaine a des manches en amadis comme l’aube ci-delfus.
- 527. L'amicl. L’amict eft une elpece de mouchoir quarré, que le prêtre met fur fon col en s’habillant pour la melfe , & dont il fe couvre la tête en hiver. Il fe fait en royale: il doic avoir deux tiers en quarré j on attache aux deux coins d’un des côtés, deux cordons que le prêtre croife fur.ia poitrine, & noue enfuite fur fes reins.
- 328. Le tour d'etoU.\j£ tourd’étole eft un linge qu’011 bâtit à l’endroit où l’étole tourne autour du col. Il fe fait en royale : il aura un douzième de large & une demi-aune de long.
- 329. Le rabat. Le rabat eccléfiaftique, qu’on nomme aufîî le petit collet, eft une marque diftinétive de tout abbé , non-feulement à l’églife, mais il ne doit mettre aucune autre efpece de col, fur-tout dans les villes. On rappelle petit collet, pour le diftinguer du grand rabat que les nvagiftratSjiie doivent porter qu’avec leurs robes de palais.
- 303. Le petit rabat fe fait de; gaze noire i les deux devants avec leurs ourlets ont communément deux pouces & demi de large ; les deux tours du rabat font bordés en-dedans d’un pouce de toile qu’on replie fur le porte-collet, (fourni par le bourfier) & qu’on y attache avec cinq épingles , une devant & deux de chaque côté. Tous les ourlets blancs font rapportés & coufus à la gaze : ils ont une ligne & demie de large ; ü l’on faifait le rabat en toile , on prendrait les ourlets fur la toile , ce qu’on fait aux rabats de palais, parce qu’ils fe font en batifte ou linon : ceux-ci ont un demi-pied de long fur trois pouces de large.
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- A R T D É LA L I N G ER K
- jji. On peut faire dans une aune de gaze quatre à cinq douzaines de petits rabats : on fera vingt à vingt-deux grands rabats de palais dans une aune de'linon ou batifte.
- 2 3 2 , Manchettes de foutane. Ces petites manchettes fe mettent par - delfus le bout des manches de la foutane : elles fe font en batifte ; on en fait deux paires dans la largeur de la batifte , & on leur donne un demi-tiers de haut : elles fe taillent comme de petits amadis -, on fait un grand ourlet au haut & un au bas ; on les faufile à la manche : elles n’ont aucun pli.
- = ..... ni -- .. j-------------gy
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche I.
- Ï*A vignette repréfente la boutique d’une lingere ; la maîtrefle apporte fous fon bras un rouleau de toile pour le faire voir à une dame, devant laquelle deux filles de boutique aunent une piece de toile j plufieurs autres filles font occupées au fervice de la boutique.
- I. Linge de fein.
- II. Coupe de béguin.
- III. Béguin monté. *
- IV. Tour de bonnet de laine.
- V. Têtiere.
- VI. Cornette pour la nuit
- VII. Bonnet rond.
- VIII. Lange piqué.
- IX. Petits bras.
- X. Chemife de brafliere.
- XI. Coupe de la chemife de brafliere.
- XII. Tour de lange.
- XIII. Bavoir.
- XIV. Chauflettes du premier âge.
- XV. Chemife du premier âge.
- XVI. Biais.
- Planche II.
- A, chemife de femme à l’anglaife.
- B, chemife de femme à la françaifè.
- C, autre chemife de femme à l’anglaife.
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- ART DE LA L1N G ERE
- te?
- D, coeffure de dentelle.
- E, coeffure à deux rangs ou à bavolet.
- F, bonnet piqué.
- G, grande coëffe en mouffeline.
- H, petite coëffe à la reine.
- I, peignoir en pagode.
- K, manchettes à trois rangs.
- L, mantelet en mouffeline.
- M, coqueluchon du mantelet.
- Planche III.
- AA, dedans de berceau, autrement deffus d’archet. BB, chemife d’homme.
- CC, manches en amadis.
- DD, col d’homme.
- EE, manchettes de bottes.
- FF, chauffons.
- GG, tablier de valet - de - chambre.
- HH, coëffes de bonnet.
- Planche IV,
- A, le far jet.
- B, le point noué ou de boutonnière. *
- C, le point de côté.
- D, le point devant.
- E, le point de chaînette,
- F, l’arrier.e-point.
- GMH, trois figures pour la couture rabattue.
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- A R T D E l A 'il N G ER £
- 3t JB X M
- DES CHAPI fl E S, &c.
- Introduction. page 117
- CHAPITRE I. L'aune & fes fractions réduites en pieds, pouces £*? lignes. 118
- L’aune de Paris en pouces pour pied. ' 119
- Divifion de l’aune en pieds, pou-* ces & lignes. ' ibid.
- CH AP. II. Toiles de Un, chanvre, coton , dentelles. 120
- Toiles à ferviettes. 123
- Toiles à torchons, ou canevas.
- ibid.
- Toiles à matelas. ibid.
- Treillis. ibid.
- Linge ouvré. ' ( ibid.
- Toiles de coton. Futaine. ibid. Bafin. 124
- Moufleline. ibid.
- Dentelles & points. I2f
- CHAP. III. De la mefure. ibid. CHAP. IV. Première partie des
- ouvrages de la lingere. Le trauf-feau. 127
- Etat d’un trouflfeau. ibid.
- Aunage, coupe & façon des pièces d’un troufleau. 127
- Les toilettes. ibid.
- Trouflfe ou étui à peignes. 128 DeiTus de pelote. ibid.
- Serviettes de toilette. ibid. Tabliers de toilette. ibid.
- Peignoirs. ibid.
- Frottoirs pour ôter le rouge. 130 Frottoirs pour ôter la poudre, ib.
- Coëflfures de dentelles , & tour de gorge. page 130
- Coëffure dite battant P œil, en dentelle. 131
- Fichu plilfé en entoilage & dentelle. ibid.
- Fichu double.' ^ . ib-id.
- Bonnet^ piqués. ibid.
- Bonnets à deux rangs. 132
- Serres-tète ou bandeaux, ibid. Grande coëffe en mouflelinè. ibid. Grande coëflfé en entoilage & den-
- r. telle. - ibid.
- Taies d’oreilles. - ibid.
- Tablier de femme - de - chambre.
- ibid.
- Chemifès de femme. 133
- —------r à la françaife. 1 ibid.
- ‘ ^Vr.u.vJA. -Pfémiëfd1 à l’anglaife.
- V v ; ibid.
- Deuxieme à l’anglaife.
- ibid.
- Moyen économique d’alonger de ' fis pouces une ehemife de femme fans qu’il y paraifle. 134
- Mouchoirs. ibid.
- ChauflTons. ibid.
- ' Pièces d’eftomacpour femme. 13 3 t Mantelet en mouflfeline. ibid.
- .'Poches de bafin. 136
- Garniture de corfet. ibid.
- Tour de gorge en uroufleline fef-tonnée. ibid.
- Manchettes de mouflTeline à trois rangs, feftonnées en dentelle, ib.
- Manchettes
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- ART DE LA LINGERE.
- Manchettes de dentelle à trois rangs avec un entoilage, pag. Manches.de toile à laver les mains.
- ibid.
- Linges à laver le deflbus des bras.
- ibid.
- Linges de garde-robe. ibid. CHAP. V. Explication des termes de l'art, répandus dans Varticle précédent dans les, fuivans. 137
- CHAP. VI. Des points de couture en ufage dans la lingerie ; de la marque du linge & de la couture des dentelles. 139
- CHAP. VII. Seconde partie des ouvrages de la lingere. La layette.
- i43
- Etat d’une layette. 144
- Le maillot, ou la diftribution de de la layette fur l’enfant. 145* Aunage, coupe & façon des pièces de la layette. 146
- Linges de fein. ibid.
- Goulfets pour le lait. ibid. Chemife de couche. ibid.
- Manches en amadis , & manchettes pour femme. 147
- Alaifes plates. ibid.
- Alaifes pliflees. ibid.
- Bandes de ventre. ibid.
- Déshabillé de mouflèline. ibid. ChautFoirs. 148
- Béguins du premier âge. ibid.
- --------Deuxieme âge. 149
- --------Troifieme âge. ibid.
- --------Quatrième âge. ibid.
- Tours de bonnets de laine, ibid. Tètieres. ibid.
- Cornettes pour la nuit. ibid. Bonnets ronds ou à deux rangs, ib. Tome XIF.
- 16*
- Mouchoirs de col, & fichus d’enfant. page.ifo
- Serviettes de col d’enfant, ibid. Couches. ibid.
- Bandes de maillot. ibid.
- Langes piqués en mouiTeline. ibid. Langes en futaine. ibid.
- Serviettes unies. * 1 f 1
- Mouchoirs àefluyer l’enfant, ibid. Biais, efpece de^fiehu. ibid. Grande jcoëiFe. libid.
- petits bras. ibid.
- Chemifes de brafliere. «ibid. Tour-de lange ou tavaïole. Bavoirs. ibid.
- Dedans de berceau nopimé diffus d'archet. ibid.
- Drap de berceau. ibid.
- Taies d’oreillers. 1 f 3
- CHAP. VIII. Troifieme partie des ouvrages de la lingere, tant pour homme que pour femme ^qui Centrent ni dans la layette, ni dam le trouffeau. ibid.
- Chauffettes d’enfant du premier âge. ibid,
- ---------Du fécond âge. ibid.
- Chemifes d’âge en âge, depuis l’enfance jufqu’à quatorze ans pour les filles, & jufqu’à cinq ans pour les garçons , & depuis juf-
- qu’à quatorze ans. 15-4
- Chemifes d’homme. ifé
- Manchettes & jabots d’homme.
- Cols. 160
- Coëffes de bonnet. ibid.
- Peignoir d’homme. ibid.
- Tablier de valet-de-chambre. 161 Tablier de cuilinier. ibid.
- Y
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- J R T DÉ L A ZI N GE R E
- jryo
- Manchettes débottés, page 161
- Petite coëiFure nommée baigneufe ou bajlienne. ibid.
- CoëiFure de deuil en batifte ou linon. ibid.
- Petite coëfFe à la reine. ibid.
- Fichu à deux rangs pliiTé, eipece de palatine. 162
- Manchettes de-femme à un & à deux rangs. ibid.
- Manchettes de deuil. ibid.
- Chemifes de bain. ibid.
- Draps de Ht. ibid.
- ’CHAP. IX. Quatrième partie des ouvrages de la lingere. Du linge d’églife* 163
- Les nappes d’autel. page I Les nappes de crédence. ibid.
- L’eiTui - doigts ou lavabo, ibid.
- Le corporal. 164
- La pâlie. ibid.
- Le purificatoire. ibid.
- Nappes de communion. ibid.
- L’aube. ibid.
- Le furplis. ib id.
- Lerochet. 16 f
- L’amid. ibid.
- Le tour d’étole. ibid.
- Le rabat. ibid.
- Les manchettes de foutane. 166 Explication des figures* ibid.
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- ART
- DU BRODEUR.
- Par M. de Saint-Aubin, DeJJÎnatetir da Roi.
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- ART
- DU BRODEUR»
- -*>^=»=^- . '-^r=3ft£=====3=n'.ii.-.r-=rg».
- INTRODUCTION.
- 1. ÇJe ferait une partie d’hiftoire longue & curieufe, que celle des progrès & des variations du luxe chez les différentes nations ; il fuffit, je penfe, pour l’objet prélent, de rechercher l’origine de la broderie: les livres faints & l’hiftoire me la préfentent plus ancienne que la peinture, avec laquelle elle a plufieurs rapports. Il paraît que c’eft en Afie, où la broderie a pris nail-fance. Attalus, roi de Pergame, fut un des premiers , qui ajouta l’or aux étoffes.
- 2. La broderie s?eft long-tems appellée du nom des Phrygiens ( Phrygks"), apparemment parce qu’ils excellaient dans cet art.
- 3. Les Grecs l’ont beaucoup cultivées quelques-unes de leurs loix fomp-tuaires en font foi. (a)
- 4. Des Grecs, la broderie, comme les autres arts , eft paffée aux Romains (’h), & des Romains elle nous eft parvenue.
- y. Cet art a fans doute reçu de grands fecours de la fculpture pour les formes , & de la peinture pour la dégradation des couleurs.
- 6. Chez les premiers Romains, la brqderie confiftait en des bandes de-toffe découpée, dont on chamarrait la broderie des habits (c) j enfuite vint
- (a) Diodore de Sicile nous dit que Za- l’ancien comme le premier qui parut dans leuque, législateur des Locriens, ne per- Rome vêtu d’une robe brodée d’or, mit la broderie qu’aux femmes qui voulaient ( c ) Les premières broderies chez les faire commerce de leurs charmes. Romains n’étaient que des bandes d’étoffe,
- 4b) Denys d’Halicarnalfe cite Tarquin découpées & cordonnées, dont on chamar-
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- ART DU BRODEUR.
- l’imitation de la feuille d’acanthe, dont on forma des rinceaux; puis petit à petit on a cherché à imiter tous les objets que préfentent l’art & la nature.
- 7. Cet art, par là magnificence & parfon prix, fut long-tems réfervé pour les temples, les rois & les pontifes : on en enrichiiîàit la brodure des manteaux de Byffus, & de cette précieufe pourpre dont il ne nous refte guere que la defcription.
- 8- En vain les loix fomptuaires dans différentes circonftances , en défendirent-elles l’ufage ; le luxe & l’induftrie font toujours étendue & fait reparaître fous mille formes différentes, (a)
- Définition de la broderie.
- 9. Broder eft l’art d’ajouter à la furface d’une étoffe déjà fabriquée & finie ; la repréfentation de tel objet qu’on le defire , à plat ou de relief, en or, argent ou nuances.
- 10. Il n’eff guere de nations qui ne brodent avec les différentes matières que produit leur climat.
- 11. Les Chinois (b) patiens & laborieux , brodent en foie plate, foie torfe, & l’écorce d’arbre filée, d’une régularité qui n’a point d’égale ; les diffé-rens fens dont ils conduifent leur foie, l’extrême propreté & le foin avec lequel ils travaillent, confervent tout le luifant & la fraîcheur de leurs nuances. Us liferent fouvent leur broderie d’un papier doré & filé fur foie, qu’eux feuls fàvent faire. Il n’y a point de pays où l’on travaille fi proprement, fi abondamment, ni à fi bon marché. Je 11e lais fi l’on peut placer au rang de leur broderie des bouquets, vafes & figures de cordonnets, artiftement collés près les uns des autres, en toutes nuances fur du papier très-fin; mais j’ai l’expérience qu’on en peut tirer un bon parti, en rabattant ou attachant ces fujets fur étoffe avec une foie très-fine, après avoir arraché le iuperflu du papier. Ces fleurs, dont les nuances font très-vives, font fur-tout propres à orner des écrans , tapifferies ou petits meubles ; en robes , les cordonnets font fujets à le décoller au brouillard & à tout air humide.
- rait les habits ; les plus modeftes n’en mettaient qu’une bande, d’autres deux, trois, quatre ,& jufqu’àfept, dont ces habits prenaient leurs noms, toujours tirés de la langue grecque; molores, dilores , trilores, tctralores , pentalorcs , exlores , eptalo-res. Sous Conftantin toutes les robes étaient eptalores, c’eft-à-dire, à fept bandes, comme les falbalas de nos dames.
- ( a ) En France la broderie fuccede aux fourrures fous Philippe le Bel. Loi de 1 $ 1 ç, qui défend la broderie, excepté pour les princes du fang royal. Henri II permet feulement les bordures d’habits brodées en foie.
- Louis XIII & Louis XIV ont rendu nom-bred’édits pour arrêter le luxe, & nommément la broderie.
- ( b ) Voyez le pere du Halde.
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- ART DU BRODEUR.
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- 12. Les Chinois nous envoient encore des fleurs de moufleline en relief, gaudronnées au fer, très-bien colorées, qu’on emploie avec le même fuccès que les fleurs d’Italie pour les jupes de cour.
- 13. Les Indiens excellent à broder avec le coton filé, fur moufleline ; ils emploient fur gaze, des joncs , cuirafles d’infe&es, ongles & grilfes d’animaux , des noyaux & fruits fecs, & fur-tout des plumes d’oifeaux : ils entre-mè-lent les couleurs fans harmonie comme fans goût; ce 11’eft qu’une efpece de mofaïque bifarre, qui n’annonce aucune intention, & ne repréfente aucun objet.
- 14. Quelques femmes du Canada brodent avec leurs cheveux & autres poils d’animaux; elles repréfententallez bien les ramifications des agates her-borifées & de plusieurs plantes : elles infirment dans leurs ouvrages des peaux de ferpens coupées par lanières, des morceaux de fourrure patiemment raccordés. Si leur broderie 11’eft pas fi éclatante que celle des Chinois , elle n’eft pas moins induftrieufe.
- if. Les filles negres du Sénégal, avant de fe marier, fe font broder la peau de dilférentes figures de fleurs & d’animaux de toutes couleurs Ça).
- 16. Les Géorgiennes & les femmes Turques réuffiflent merveilleufement à broder fur la gaze la plus légère , fur le crêpe & fur les étoffes les plus déliées : elles emploient l’or filé avec une délicatefle prefque inconcevable; elles repréfentent les objets les plus mignons fur marroquin, fans altérer les formes ni écorcher l’or le plus fin , par un procédé qui nous eft abfolument inconnu. Elles ornent quelquefois leurs broderies de pièces de monnoies des dilférentes nations, & les voyageurs inftruits ont fouvent trouvé dans leurs vieilles nippes, des médailles précieufês & intéreflàntes. ( b )
- 17. Les Saxonnes imitent aflez bien les deffins des plus belles dentelles; leur broderie en fil plat fur moufleline, eft la plus délicate & la plus correéte que nous connaiffions dans ce genre.
- 18. Les broderies de Venife & de Milan, ont long-tems été célébrés par leur nuance & leur propreté ; leur excefllve cherté en a plufieurs fois fait défendre l’ulage. (c)
- 19. Les Allemands ( & fur-tout à Vienne ) font à préfent les feuls qui le clifputent à la France, pour la légéreté & l’intelligence du coloris.
- 20. Depuis environ deux ans, les fabriquais d’étoffes de Lyon enrichif-fent leurs belles nuances de compartimens de paillettes & paillons, qu’ils font broder dans leurs fabriques; ils marient avec beaucoup d’intelligence les
- (a) Voyez Bomarre , article Pierre à article Compagnie de Gênes, fard.} & M. de Buffon, tome V, page 151. ( c) Voyez le commifîaire Lamarre, au;
- {b ) Voyez le Dictionnaire du commerce, Traité de la police.
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- ART DU BRODEUR.
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- chefs-d’œuvres de la navette à ceux de l’aiguille : ils viennent de faire des étoffes à fix cents francs l’aune pour habits d’homme; & l’onn’eft plus effrayé de ce prix exceffif.
- 21. Presque toutes les matières peuvent être employées en broderie ; l’or, les fourrures, les perles, le burgos, la marcaffite taillée, les pierres précieu-fes, le diamant même : l’induffrie & la vanité des hommes mettent toute la nature à contribution ; mais ces chofes, toutes précieufes qu’elles font, n’ont d’agrément qu autant qu’elles font bien mifes en place : diftribuées avec goût, leur effet augmente. De la cadence dans les formes, de juftes oppofitions du grand au petit, du fort au faible, du doux au coloré, fur-tout des vuides & des repos ; en un mot, une imitation choifie de la nature, & les principes généraux à tous les arts.
- 22. Je ne ferais pas deffinateur, que je foutiendrais (8c il ne me ferait pas difficile de le prouver ) que le deffin eft la bafe 8c le fondement de la broderie. Il détermine les formes 8c la belle diftribution ; il donne de l’harmonie , réglé les proportions, ajoute un nouveau mérite à l’ouvrage , par l’économie des différentes matières, & l’oppolition ou le mélange des différens procédés.
- 23. Il faut donc que le deffinateur joigne à fon talent la connaiffance des détails & des difficultés de la broderie, pour fe conformer aux poffibilités de l’exécution ; comme il ferait à defirer que les ouvriers euffent au moins les premiers élémens du deffin, pour ne pas corrompre les formes & les emman-chemens, ainfi qu’il arrive trop fréquemment. Je le répété, le deffin eft l’ame de la broderie, & c’eft par le deffin que pechent les ouvrages de la plupart des nations dont je viens de parler.
- 24. Nous autres Français , qui portons l’attention la plus réfléchie fur ce qui a quelque rapport au luxe, il eft étonnant le parti que nous tirons des découvertes faites par les autres nations, en les variant, les améliorant & les adaptant de la maniéré la plus agréable à de nouveaux ufages: ilfuffit,pour s’en convaincre , de voir les chefs-d’œuvres que renferme le garde - meuble du roi, 8c le concours des étrangers pour avoir de nos broderies, féduits apparemment par la nouveauté des matières, la variété des deffins & la beauté de l’exécution; ils préfèrent dans les occasions de magnificence, nos productions à l’éclat ou la délicateffe des leurs.
- Etat des brodeurs à Paris.
- 2f. Le corps des brodeurs, qui n’était d’abord qu’une cuirfrairie fous l’invocation de Saint-Clair, fut réuni en communauté en l’an 1272 , par Etienne Boileau , prévôt de Paris, fous les noms de brodeurs,'découpeurs, égratïgneurs,
- chafublUrs.
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- ART DU BRODEUR.
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- chafubllers. Leurs ftatuts ont varié fuivant les modes & les circonftances ; les derniers font de l’an 1719. Une particularité de ces ftatuts eft, qu’ü n’eft permis aux brodeurs de fe faire aider que par des fils ou filles de maîtres. Cette réglé imaginée pour qu’ils fuifent tous employés de préférence, n’empêche plus qu’on 11e fe ferve très - fouvent d’ouvriers fans qualité, ou de ceux qui logent dans les lieux privilégiés ; alors les entrepreneurs font obligés d’aller eux-mêmes retirer leur ouvrage quand il eft fini: autrement les jurés pourraient le faifir en route. Il eft encore défendu, d’employer dans un même morceau de broderie, partie d’or ou d’argent fin, & partie d’or ou d’argent faux; il faut tout un ou tout autre. Plufieurs autres bons réglemens n’empèchent pas que de tems en tems il 11e fe gîifïe quelque fraude qu’on n’a pas fu prévoir.
- 26. Il y a en outre huit privilèges de brodeurs, indépendans de la communauté , & feulement du reflort de la prévôté de l’hôtel, avec titre de brodeurs du roi fuivant la cour; plus, deux brodeurs du roi, en.charges particulières, pour les ouvrages de la couronne. Ces brodeurs du roi ont droit, quand leurs entreprifes font très-preifées, de faire enlever par des hoquetons les ouvriers qui leur conviennent, chez les maîtres.
- Préparation pour broder.
- 27. Quand un brodeur eft appellé pour broder un meuble quelconque, ilfe fait donner les mefures ou patrons de ce qu’on projette, par î’architeéte, le tapilîier, le fellier, &c. Il fait faire fe s deiîins au fimple trait ou colorés, fuivant les cas. Quand ces deiîins ont été agréés , il les calque (a) au papier huilé (b), double ce papier d’un autre qu’011 nomme grand - raijin, & les fait piquer enfemble. Si c’eft un habit d’homme qu’il ait à broder, après avoir fait choifir à celui qui l’emploie , un bout de dellin coloré , qu’on appelle bord, il fait faire la taille, la fait piquer en plein ou par retraites. Quand le dellin eft tout piqué , même les lignes qui tracent les largeurs ou contours extérieurs des patrons, on le pofe fur l’étoife qu’on veut broder , en obfervant de bien faire rencontrer l’un fur l’autre les angles du dellin & ceux de l’étoffe ; puis avec une poncette , on frotte toute la furface du dellin aux endroits où il eft piqué, fans lui donner de fécondés, pour que la plus fine pouffiere, en palfant an travers des trous piqués, trace le dellin fur l’étoffe. Il faut obferver de bien fixer le dellin avant de poncer, avec plufieurs épingles, ou des poids un peu lourds, pour l’empêcher de
- ( a ) Voyez à la fin le vocabulaire pour ce mot Sç pour les autres qui font propres à cet art
- ( b ) Efpece de papier de fçrpente préparé.
- Tome XIV. Z
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- vaciller : autrement les objets pourraient être poncés cfbubles ; il faudrait les effacer en broffant légèrement avec une vergette, ou battre par l’envers aveG une baguette, au rifque de ternir l’étoffe.
- 2,8. Quand le defîin eft fuffifamment poncé, on enleve bien légèrement le papier, pour recommencer la même opération fur d’autres morceaux d’étoffe, fi le cas l’exige ; puis avec une plume de dinde ou de corbeau, ou même un pinceau trempé dans de l’encre, du bleu d’inde, ou du blanc de cérufe préparé, on repaife fur tous les traits de la ponçure le plus exactement qu’il eft pofîîble ; il faut que tous les traits foient bien lifibles fans être gros : la correction de l’ouvrage dépend eu partie de cette opération. Il faut bien prendre garde de ne rien oublier : la ponçure fait fouvent il-luflonj fl elle était un peu brouillée , ou trop chargée de charbon, il faudrait fouiller légèrement deffus à mefiire qu’on defflne, pour en chaffer le fuperflu : ce procédé s’appelle ordonner. Quand le morceau d’étoffe eft entièrement ordonné, il faut le broffer, ou paffer delfus une mie de pain rafïis bien émiettée, pour emporter le refte de la ponçure qui ternirait l’étoffe ou les foies en travaillant.
- 29. Si l’étoffe eft d’or en lame, de quelques couleurs qui fatiguent trop la vue , ou bariolée de nuances brunes & claires, on pourra poncer & ordonner le defîîn fur du papier ferpente verd, qu’011 fixera fur l’étoffe par de petits points de foie perdus dans les fleurs ; quand on travaille, ces points fe trouvent cachés & recouverts par la broderie : ce qui refte de papier fans ouvrage, fe trouve à peu près découpé par le coup d’aiguille, & s’enleve facilement. Ce procédé garantit les étoffes délicates de la chaleur des mains & de la poufîiere qui vole dans l’attelier.
- 30. On peut encore, quand ce finit des étoffes riches en lames, & par confisquent difficiles à recevoir l’encre , les poncer & les defliner par l’envers, en faifànt le trait plus nourri ; il perce affez au travers de l’étoffe pour conduire le brodeur, & l’on évite les éclaboulfures' qui arrivent trop fouvent * quand il faut gratter la lame de l’étoffe pour la defliner.
- 31. Il eft adez d’ufagé d’ordonner les fonds clairs en encre ou en bleu 5 cependant lorfqu’on veut broder en blanc fur blanc, fur-tout fur fatin, il eft bien plus propre d’ordonner en blanc : on y voit affez ; & quelques traits qui relient autour des fleurs, quand elles font brodées, n’apportent aucun dommage à l’ouvrage.
- 32. Il y a des morceaux qu’il eft indifférent d’ordonner fur la table avant de les tendre, comme robes de femme, tapis, & en général toute étoffe qui refte quarrée; mais les chofes contournées, comme houlfes,( voye£ pl. 7, fig. 2) habits d’homme, ornemens d’églife, &c. il eft plus fur de les tendre fur le métier, après en avoir pris la taille & avant de les ordonner. Pour défi.
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- finer les gazes, canevas, marly & autres étoffes claires, il fuffit de les pofer fur le deffin fans le piquer ; les traits paraiffent au travers , & l’on peut facilement les tracer à la plume ou au pinceau.
- 33. Avant de tendre l’étoffe, il eft utile d’en border les parties qui n’ont point de lifiere, avec un bon ruban de fil bien coufu , ce qui s’appelle galonner ; ce ruban ou galon fert à réfifter à l’effort des ficelles qui doivent bander l’étoffe. Quelques brodeurs fe contentent d’un point noué d’un pouce d’ouverture en bonne ficelle, ce qui s’appelle trelijjer-, d’autres enfin ne mettent rien, quand ils ontaffez de marge pour placer leurs ficelles fans rifquer d’endommager l’étoffe, ou qu’elle rompe en bandant le métier.
- .Tente du métier.
- 34. Ce n’eft pas une chofe à négliger que la tente d’un métiers il faut, ou une grande habitude, ou une grande attention , pour conferver quarré-ment l’étoffe dans fon droit fil j les maîtres laiffent trop fouvent cette be-fogne à leurs apprentifss leur peu de foin ou leur mal-adreffe en coulant*' l’étoffe à la coutiffe trop lâche ou trop ferrée, ou les deux côtés inégaux, dégauchit l’étoffe ou l’alonge inégalement *, ce qui ne peut guere fe réparer quand la broderie eft faite, qu’en lui donnant une eftrapade qui la gâte & la corrompt.
- ?f. Pour bien tendre un métier, il faut premièrement pofer les deux en-fubles ,/?/. 1 ,fîg. 1, bien parallèlement d’un bout fur la chanlatte , pl. 2, d' d , & de l’autre bout fur un tréteau a, même planche, en obfervant que les clous qui attachent la fangle à l’enfuble, foient tournés vers celui qui va coudre à l’enfuble qui eft la plus près de lui, & cependant en regard avec l’autre en-fuble,de façon que la fangle recouvre les clous & garantiffe l’étoffe, fi l’on a befoin de la rouler autour de l’enfuble après qu’elle aura été coufue. (Les brodeurs roulent toujours l’enfuble en-deffus de l’étoffe , & les tapilliers au contraire.) Enfuite on attache avec deux épingles les deux extrémités d’une même lifiere de l’étoffe qu’on veut tendre, aux deux extrémités de la fangle ou coutiffe d’une enfuble s puis 011 coud avec de gros fil en deux bien ciré , la fangle & l’étoffe, en menant l’étoffe ferme de la main qui ne coud pas : il faut arrêter fa couture aux deux extrémités par trois ou quatre points bien lâches j ils romproient en bandant le métier , s’il ne l’étoient pas. Quand la première longueur fera coufue & les épingles ôtées, il faut arrêter de même les deux extrémités de la fécondé lifiere aux deux extrémités de la fangle de la fécondé enfuble, & commencer à coudre par le bout pareil à celui par où l’on a commencé ; c’eft là l’inftant de bien faire attention que les mortaifps des deux enfubles étant bien parallèles, le droit fil de l’étoffe foit
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- bien vis-à-vis Pun de l’autre, & à une diftance bien égale de la mortailè.
- 16. Ensuite , fi l’étofFe a plus de largeur que la double étendue des bras , de celles qui doivent broder, & qu’elle foit delEnée, on la roule de part &. d’autre autour des enfubles , jufqu’à ce qu’il ne refte entr’elles que la double étendue de la main bien écartée, ce qui fe nomme empan. Il faut mettre entre les roules de, l’étoffe , du papier fin , des linges élimés ou du » coton ; c’eft même ce qui convient le mieux fi le fond eft de velours , ou s’il y a de la broderie de faite 5" car il arrive de rouler & dérouler plufieurs fois le métier dans le cours de l’ouvrage, foit pour en parcourir l’étendue , foit pour le ferrer quand on en fufpend la fin, foit enfin pour en montrer l’effet aux perfonnes qui ont commandé l’ouvrage, ou y ajouter quelques ornemens. On infirme enfuiteune latte, fig. \->pl. 1 rdans chaque mortaife parallèle, qu’on éloigne d’abord l’une de l’autre le plus qu’il eft poflible, & qu’011 fixe ainfi éloignées , avec quatre clous, fig. 14, pi. 1, que l’on fiche dans les trous de la latte les plus voifins de l’enfuble > on peut même s’aider , pour bander l’étoffe , du recours des clous à tendre, fig. 1^ , mais modérément ; enfuite on enfile dans une très-groffe aiguille une pelote de ficelle , dont on fait paffer un bout deux fois de fuite à un pouce de diftance dans le galon ou le treliffage qui borde l’étoffe vis-à-vis des lattes ee ,fig. 11. On amené enfuite cette ficelle embraf-fer la latte ; on retourne faire deux points pareils, embraffer la latte , & ainfi de même jufqu’à ce qu’on ait parcouru toute la largeur de l’étoffe ; on arrête enfuite le bout de ficelle qu’on coupe , pour le féparer de la pelote , dans un trou de la latte, voifin du clou cou d,fig. 11, pi. 1 i puis on reprend l’une après l’autre chaque boucle de ficelle qui embraife la latte , en tirant à foi d’une main , & foulageant l’étofFe de l’autre, ce qui doit raccourcir chaque boucle, bander l’étoffe .& la ficelle. ( Il 11e faut pas ferrer ce premier côté aulfi fort qu’011 le pourrait.) On arrête le dernier bout de ficelle dans un trou de la latte, voifin de l’enfuble ; cette maniéré d’arrêter doit fe faire fans nœuds ni autour des clous, mais en embraffant la partie extérieure de la latte avec la ficelle, après l’avoir fichée dans un trou , puis tortillant cinq ou fix fois le bout de ficelle autour du brin qui eft bandé, & ramenant le bout lâche à foi, comme c oud,fig. 11 ,pL 1. ^ *
- 57. On va (aire exactement la même opération à l’autre latte*, on peut, cette fois-là, bander les ficelles tant qu’on veut ; enfuite avec les clous à tendre qu’011 fiche fuccefiivement dans les trous les plus voifins de la mortaife, en amenant vers loi la tète de chaque grand clou , & en appuyant la partie inférieure contre l’enfuble, on parvient, par un effort de levier, à bander l’étoffe fur fa largeur à peu près comme un tambour ; il faut proportionner l’effort à la délicateffe de l’étoffe. Des gens mal-adroits ont quelquefois crevé leur étoffe en voulant trop la tendre. Quand 011 la juge affez tendue, on fubf-
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- titue un petît clou à l’un des grands, on maintient de l’autre laréfiftance de l’enfuble ; le petit clou en place, on en va faire autant à l’autre bout, & le métier eft tendu. Il faut bien le garder de s’aider du genou pour pouffer la •latte en bandant le métier, comme il eft reptéfènté dans la vignette,fig. i, pl. 2 ; on s’expofe à s’eftropier , fi le clou à tendre vient à s’échapper de la, latte, ce qui eft plufieurs fois arrivé aux brodeurs. La routine l’emporte fou vent fur le danger.
- 58. Quand les enfubles font fort longues ou trop minces, & que l’on tend beaucoup l’étoffe , elles fe cambrent en-dedans & rendent l’étoffe lâche par le milieu ; 011 la retend par le fecours d’un garrot à vis ou à levier, qui redreffe & contient les enfubles. Voye^pL 1 ,fig. 8,96* 11.
- 59. Quand l’étoffe eft échancrée ou contournée , ou qu’elle eft molle, comme draps légers, étoffes tricotées, &c. il faut d’abord tendre le métier en toile cholette, ièrpilliere ou canevas, bien quarrément & peu bandée, puis appliquer l’étoffe bien étalée & fixée d’abord avec plusieurs épingles , puis coufue à petits points dans tout fon pourtour ; enfuite on retourne le métier pour couper par l’envers & remployer vers les bords tout ce qui pourrait fe trouver fous la broderie. On voit bien que cette toile ou canevas ne fert qu’à remplir les échancrures & conferver le métier quarré & bien également tendu. Quand l’étoffe eft faible ou point tranfparente, on peut laiffer la toile toute en plein : cela foutient le point du brodeur, & donne plus de confiftance à l’ouvrage.
- 40. Il faut couvrir toute l’étoffe, même l’envers de ce qui eft roulé autour de l’enfuble, avec des papiers, des linges ou de la ferge, excepté la place où
- * chaque ouvrière travaille : encore faut-il qu’elle ait fous fa main un petit papier mobile, pour garantir l’étoffe du contaél de la main. Plufieurs perfonnes peuvent travailler enfembleaü même métier, à proportion qu’il eft plus ou moins long, toutes les gaucheres du côté d’un enfuble , la main gauche deffus & l’autre deifous , & toutes les droitières de l’autre côté , la main droite deffus ' & l’autre deffous , pour avoir les unes & les autres le jour en - dedans la main ; plufieurs ouvriers ne peuvent pas changer la fituation de leur main en changeant de côté, & cela eft fort incommode. Dans les cas preffés , il fe place des ouvriers le long de la latte, en mettant un tréteau fous chaque enfuble. Si l’on a oublié quelques bagatelles dans le milieu du métier , ou que ce foit de la dorure dure & embarraffmte , un ouvrier fe tient à terre fous le métier, pour tirer & pouffer l’aiguille à fon camarade qui travaille en - deffus.
- 41. Il faut que les chaifes des ouvriers foient proportionnées à leur grandeur. Les ouvrières ne fe fourniffent que d’aiguilles , dés & cifeaux. Les entrepreneurs fourniffent les broches c, bobines d, pâtés e, talignons h ,pl. 1, le feu & l’eau, & toutes les matières qu’ils veulent qu’on, emploie. C’eft un des mé-
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- tiers où les femmes gagnent les meilleures journées : on leur donfie ordinairement vingt-cinq fols par jour, ou quatre francs pour l’emploi d’une once de paffé j cela augmente à proportion qu’il y a plus abondamment d’ouvrage ou , que les matières font plus fines ou plus délicates. Les hommes font payés davantage , à proportion de leur talent ou de leur habileté. La journée doit commencer à fix heures du matin & finir à huit heures du foir i la veillée par-delà, fe paie double,
- Difiribution des étoffes.
- 42. Si ce qii’011 veut broder eft en dorure, le maître diftribue aux ouvriers plufieurs broches s, s, pl. 1, chargées, les unes de ligneul, d’autres de fil de Bretagne, d’or, de cordon, de trait, &c. Il leur donne encore du fil de Bretagne blanc ou jaune, en écheveaux coupés par un bout & nattés ; une pelote de cire ou de la bougie, des pâtés, un bouriquetg,pl. 1 , des morceaux de feutre ou de ferge d’Aumale : tout cela trotte fur le métier pour le fervice des ouvriers.
- 43. Si la broderie doit fe faire en paffé , le maître diftribue, ou des bobines chargées d’or à paifer, ou de cordon , ou plus communément en torches r, pl. 1. Le maître ploie chaque once d’or en un écheveau de la longueur que doit avoir chaque aiguillée ; il donne un coup de cifeau à chaque bout de cet écheveau , puis effile avec les doigts la lame d’or qui recouvre la foie, de la longueur de deux pouces à chaque extrémité des aiguillées ; il caife cette effilure & la met au déchet, ce qui donne nécelïàirement un gros de déchet par once. La partie de l’aiguillée qui refte en foie découverte d’or, fert d’un bout à être enfilée & arrêtée vers la tète de l’aiguille , & de l’autre bout à faire le nœud ou les points perdus dans i étoffé en commençant à travailler. Si dans le cours de l’aiguillée elle s’écorche en paifant au travers de l’étoffe, il faut défiler fon aiguille, couper la partie écorchée, la mettre au bouriquet, & renfiler le bout d’or qui refte, pour achever de l’employer. Le maître enveloppe enfuite chaque écheveau dans un papier ou parchemin roulé, qu’on nomme torche, voyez fig. r,pl. 1, plus court que les aiguillées, afin qu’on puiffe les tirer à mefure qu’on en a befoin.
- 44. Si l’on doit broder en foie ou laine, le maître délivre aux ouvriers les foies convenables dévidées fur des bobines s affez ordinairement ces bobines font enfilées en chapelet, comme fig. x, pl. 1.
- 4<>. Si le maître donne à travailler en ville, il doit pefer toutes les étoffes & les matières qu’il donne à employer, en charger bien exactement un petit livre que chaque ouvrier rapportera toutes les fois qu’il viendra chercher des différentes matières & quand il rendra fou morceau fini, pour fervir
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- de contrôle à là fidélité. Toutes ces précautions ne font de la peine qu’aux coquins.
- Des différentes maniérés de broder.
- 46. On brode en ronde - boffe, en bas-relief, en or nué, en pafle, en paffe-épargné, en guipure, en broderie de rapport, en couchure, en gau-frure, enfariné, en paillettes, en taillure, en jais, en foie, en chenille, en laine, en tapiiferie, en chaînette, en broderie de Marfeille, en nœuds & en blanc. Nous allons expliquer féparément toutes ces différentes maniérés de broder , dont plufieurs fe trouvent fouvent réunies dans un même morceau d’ouvrage.
- Comment on brode en ronde -bojffe.
- 47. On brode des figures & animaux de ronde-boffe, grandes comme nature i c’eft un ouvrage fort rare & de la grande magnificence, qui demande beaucoup d’intelligence & de talent. Pour réuilîr, il faut d’abord faire modeler le fujet par un habile fculpteur, puis le copier par parties détachées avec des morceaux de drap blanc, neufs, appliqués les uns fur les autres fuivant les différentes faillies du modèle ; ce drap quia dû être d’abord bien imbibé d’eau pour lui donner plus de foupleife à être modelé, prendra, à l’aide de l’ébauchoir ou menne-lourd , ( voye^fig. ff, pl. 1 ) & de plufieurs points de foie, toutes les formes qu’on voudra lui donner. On recouvre enfuite toutes les fuperficies de morceaux de cartes à jouer , bien imbibés de colle claire ; il faut que chaque mufcle ou chaque pli foit un peu outré -, les fils d’or qui doivent recouvrir , engorgent toujours un peu les formes. On recouvre enfuite chaque partie, de morceaux de taffetas blanc ou jaune bien collés & bien étalés dans tous les creux & les recoins de chaque piece : quand tout eft bien fec , on defiine fur ce taffetas le détail des parties & le fens de les coucher 3 puis avec de la foie bien cirée, on coud les fils d’or ou de trait les uns bien près des autres , en fuivant le fens des mufeles ou des draperies, & donnant aux points de foie une marche régulière & alterne dans leur rencontre : chaque point de foie qu’on ferre beau-. coup en travaillant, fe trouve caché par les fils d’or qui les avoifinent, & donnent à l’or la forme d’un travail d’ofier. Cet ouvrage s’appelle du relief fatiné.
- 48. Quelquefois, au lieu de faire l’enlevure en drap, on modèle en carton les parties de l’objet qu’on veut exécuter j on applique ces parties fur de petits métiers tendus de toile forte ; 011 couvre les fuperficies de ce carton avec des morceaux de taffetas collés j on coupe la toile fous le creux de chaque morceau qu’on veut broder ; puis, quand tout eft bien fec, on coud les fils d’or de la même maniéré que nous l’avons indiqué plus haut. Quand chaque partie eft dorée & liferée , s’il en eft befoin, le brodeur colle l’envers de fon ouvrage avec de la gomme pour en arrêter les points de foie.
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- Quand ces morceaux font bien fecs, il en découpe des bords & les rejoint les uns aux autres fuivant fou modèle , avec des points de foie perdus, ou des fils d’or couchés de façon qu’ils cachent les raccords : il doit préférer de fe raccorder dans les endroits où les parties fe croifent ou fe recouvrent. On conçoit aifément qu’une tète, un bras, un fruit, ne peuvent fe broder qu’en deux parties au moins, & fouvent en cinq ou fix. S’il y a dans le fujet quelques parties faillantes & qui doivent badiner, comme plumes de cafques , branches de fleurs, graines ou piftils, le brodeur les fait en lame, frifure ou paillettes , & les foutient par des fils de fer cachés dans l’intérieur de chaque piece. On ne peut donner que les moyens généraux pour les dilférens casj c’eft à l’ouvrier induftrieux à chercher les méthodes les plus fïires & les plus agréables , fuivant que fon deflin & les circonftances l’exigent. Les caryatides de quinze pieds de haut, qui font à Verfailles dans l’appartement du roi, & les ornemens qui couronnent fon trône, font des modèles & des chefs - d’œuvres au - delfus des détails que j’en pourrais faire.
- De la broderie en bas - relief.
- 49. Pour broder en bas-relief des tableaux , rinceaux d’ornement, mafcarons, fruits ou fleurs, comme le caparaçon ou la houlfe de la pl. 7, le brodeur, après avoir deffiné fur un petit métier les différentes parties de fon objet, détachées les unes des autres, comme pl. z, commence par exprimer les plus grandes faillies, fig. j , 3 2 , avec de gros fils écrus
- & cirés, qu’il conduit avec une broche, & qu’il coud les uns fur les autres à plusieurs reprifes, fuivant le plus ou le moins de relief qu’il veut donner à fes fleurs ; enfuite il recouvre ces premiers ligneuls en fens contraire , d’une furface de fils de Bretagne bien cirés & paffés à l’aiguille ou couchés à points de foie. Voye^fig. 4, 4, 4,/?/. 2. Il affujettit à mefure qu’il travaille, fes fils & les modèles avec le menne-lourd, pour exprimer toutes les feintes, revers, nervures & ondulations. Quand chaque objet a toutes fes rondeurs & formes différentes bien fenfibles & même un peu outrées , ( ce qui eft l’ouvrage des plus intelligens ouvriers , & fouvent d’après un modèle en cire ou en plâtre) les brodeufes couvrent le tout en fens contraire aux derniers fils , avec de l’or en broche coufu à petits points alternes, d’une foie bien cirée, (voye{ pl. 2^fig. f, f f ) les points fe trouvent perdus dans les fils 5 on ne voit plus que l’or faifant l’ofier. O11 caife beaucoup d’aiguilles dans cette opération, à caufe de la fréquente rencontre des fils qui font l’enlevure, & de leur dureté. Les graines 6 , nervures de feuilles 6, & revers 6, fe font affez communément de clinquant guipé, ou d’or trait, pour varier les effets. Si quelque objet qui a de l’é-paifleur, fe termine en vive - arête par le bord, on cache l’épaiffeur des fils
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- par un cordonnet de foie coufu , qu’on appelle faveur ou vernis ; puis' on lifere avec la milanefe ou le cordon coulu dans le retors, pour exprimer plus purement les formes que les différens travaux avaient confondus, fig. 7 > 7 » 7 » 7- I1 &ut bien fe garder de liferer tout ce qui fait horifon, comme dos de revers, horifons de fruits, rondeur de plis d’étolfe, &c, c’eft une faute très-commune aux ouvriers qui manquent de goût. La lifiere doit être faite parles meilleurs ouvriers. Quand plufieurs objets fe jouent, ou doivent dominer les uns fur les autres, on les rend plus fenfibles en les brodant d’abord féparément comme fig. 7,7,7,73 011 les rapporte en-fuite les uns fur les autres, comme fig. 8 , 8, 8 > 8 3 & chaque bout de cordon o, fig. 7, qui a liferé ces parties, & qu’on a laide trop long en apparence , 011 le paffe au travers de l’étoffe en raccordant. Quelques points perdus & cachés fuffifent pour fixer ces différens fleurons : 011 peut augmenter le relief des grandes parties^, en cou faut à la place qu’elles doivent occuper, un ou plufieurs morceaux de chapeau plus étroits que la broderie qui doit les recouvrir : c’eft ce qu’on appelle emboutir. Voye1 fig. 2, be.
- fo. Quand on a exécuté les différens fujets d’un grand morceau, com-pofés chacun de plufieurs petites parties , on les découpe, on les rapporte fur leur vrai fond, fuivant que le deffin qu’on y a tracé l’exige, comme le caparaçon de la pl. 7. Les queues & chofes mignonnes fe brodent fur le fond même : 011 le nettoie, on le met en taille, 011 le colle, & l’ouvrageeftfini.
- De la broderie en or nue.
- fi. Pour faire un tableau en or nue, comme pL 3 ,fig. 1, il faut d’abord que le fujet foit defliné de traits un peu gros, & par une main habile , fur un taffetas doublé d’une toile un peu forte. Le brodeur commence par couvrir toute la furface de fon tableau avec des brins de gros or lancés & arrêtés feulement aux deux extrémités, comme B, fig. 1. Quelques brodeurs eftiment qu’il vaut mieux faire les carnations de rapport, & par conféquenfc éviter de lancer l’or fous ces parties 3 mais la première méthode eft plus générale & plus magnifique. Les brins d’or fe touchent, & l’ouvrier 11’apper-çoit les contours qu’à chaque fois qu’il fiche fon aiguille pour recouvrir l’or en embraflant deux brins à la fois, fuivant les nuances d’un modèle peint qu’il doit avoir devant lui ; les points de foie fe touchent de tous lès côtés dans les endroits fombres, & cachent abfoluinent l’or. Pour les demi-teintes , on laiflè voir l’or de i’épaiffeur d’une foie entre chaque point, & ainfi en dégradant les nuances, & laiffant appercevoir plus d’or à proportion qu’on veut augmenter les lumières , jufqu’à ce qu’enfin l’or ne foit plus
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- arrêté que de loin en foin par des foies très-fines & très-claires, comme c, fig. i. Les carnations fe font tontes en foie plate dulefts contraire à for à points latines très-fins , corfime D, fig. i, ce qui s’appela point 'de bmy tilre. Les cheveux & îa barbe fe brodent en tournant aulîî à points 'fendus du feus que (CS bondes ou lès ondulations l’indiquent. Il ny a point d’ouvrage où il faille Un aiTottiment aufïi Commet de nuances &e tontes les couleurs ; le brode'tir doit toujours avoir une vingtaine d’aiguilles'errfifées, pour moins s’impatienter, & ne pas perdre l’idée des dégradations ‘de ton qu’il veut donner à foii objet : I’ôr "hué eft faits doute l’ouvrage le plus long, & celui où il faut réunir le plus de patience à l’ilitélligence la mieux foutenue.
- j'a. On ne voit plus guère de cette pré'cietife broderie, que fur les ot-frois des anciens ônterrteiîs d’ëgfife fia 'ctépenfeen eft eonfidérable, & ïes ouvriers en ont à peu de chofes près perthrfthabitude & le talent.
- ' f$. L’or nue bâtard "eft moitié moins couvert de fils d?or; les intervalles font faits en foies nuées avant de lancer les fils d’or j on recouvre ces !fifs ‘parle mente procédé de l’autre or iiué, en fe raccordant'aux nuances des intervalles., ce qtii donne à’peu près le même ëlFet, quoique 'moitié moins “riche & moins brillant/11’eft ridicule de liferer ou'border les moulures d’ar-chitêéliire, qtiand fl s’én trouve dans ces tableaux, on les bords des vète-mens, avec de gros cordonsfd’or; 'c’éft abfdlument fortir du genre. lPIu-fieurs brodeurs de l’autre fiecle font tombés dans ce défaut par une magnificence mal entendue. C’èftàpeü près comme quelques peintres Allemands, qui, pour mieux représenter la lumière d’une lampe, l’ont faite en relief dans leurs tableaux.
- De 4a broderie en pajjé.
- 54. Pour la broderie en palfé, comme pl. 4, fig. 3, & pl. 9 , fig- 1, il fout que chaque objet n’ait tout au plus que fix lignes de largeur, afin que chaque point n’ait-pas trop d’étendue & foit folide; li l’objet a plus de largeur, comme le galon de la figure $ ,011 le divife en plufieurs parties f, c, c,, r, le refend de maniéré qu’eft puilfe y.revenir à plufieurs fois pour l’exé-* enter en totalité.
- ff. Pour que le paifé foit folide, chaque point doit embraifer en-deifus eOnanne en*deflous tonte la .largeur de. la partie qu’on brode; il faut prendre TOhaque tnomlure 181 peu* de biais.pour leur conferver mieux leur forme, ferrer r& rapprocher imperceptiblement chaquopointdans l’intérieur des contours, fc les- écartant auffi. impeteeptihlement à l’extérieur , du contour parallèle ride «amiere que les points tournent; petit à péri tien décrivant les courber & refteut cependant toujours à peu près de la même longueur. Foye^ dd ^fig.^:^ oui
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- les ornemens d’églife à deux endroits (*'), & haa choies qui ned(âslv®pï a±*tu être doublées, l’ouvrier,. avec ua peu d’attention: & flyis faire- de noeuds but cacher le premier & le dernier point qui a»r.ète fon aiguillée, comme j k il y en a même qui n’arrêtent jamais autrement ils évitent les paâàgos dhios fleur à l’autre, & font leur pâlie avec alfea. d’adrelfe pour qu’on puü£b If fèrvir indiftinétement d’un ou de l’autre côté de ces vëtemea&: tels fout les habits de drap rouge d’un côté- & bleu-de loutre , qui nous viennent d’AngW terre, & qu’on brode de cette maniéré : c’eftce qu’on appelle pafjé à deux droits. On a ni-ème trouvé l’art df orner un des côtés do cette broderie avec cfof paillettes & de la frifure, fans que les-points paraiIfent de l’autre côté ; ço qiu fe fait en fichant fon aiguille en biais & la repalfant de mémo* fans embraâeac aucun fil d’or du palfé, le point fe trouve caché deftbus. Quelques ouvriers dreifent leur métier tout debout pour pouvoir regarder à i’envers & à l’endroit, en travaillant ces petits agrémens. Pour les queues de fleurs, petites palmes & delfous de compartiment, comme la partie du galon uniforme de MM. les lieutenans-généraux, /, /, fig. $, 4, & # , a 9a, pl, g, fig, i,
- il fe fait un palfé très-étroit, dont le point eft plus alongé que l’autre palfé; il faut les mêmes égards, quand on a des courbes à décrire ; ce palfé s’ap.r pelle en bazbickes: il eft moins brillant que l’autre, & fait-une- variété fouvetpc nécelfaire.
- fé. On a long-tems brodé les fonds de galons & autres parties fourdes oq cordon paie, ce qui fallait très - bien, jouer les cflfférens objets , & mettait des repos, comme pl. 8y fig* i é 2; mais aujourd’hui l’on veut tout-brilr Luit, & le cordon eft relégué aux frangers.
- 5“7. Qua,nd on-a du. palfé à faire fur velours ou fur quelqu’étoffe heq*. chée,.il eft aflèz d’ufage de faire découper le deUin en véliu, ou toutau moins en papier, qu’on bâtit à petits points fur l’étoffe, pour foutenir la pafle, hii donner de l’égalité & l’empêcher de s’enterrer ; 011 conçoit aifément que cek dépenfe un peu plus d'or.
- f 8. Le bâton de maréchal de France eft revêtu de velours bleu, brodé en palfé de trente-fix fleurs-de-lis d’or; il a dix-huit pouces de long. Le iuom de chaque maréchal, avec la date de là promotion, eft grava far la vindq d’or qui termine le bâton.
- Du paffé épargné.
- f 9. Le palfé épargné fe fait avec de Uor beaucoup plus fin, en fichant flriU guillc en-delfons , tout à côté du trou par où elle vient de pafler, For u’eni-?
- (*) Qn brode enferphle pnç moire cra- deux chapes ou chafubles, avec lés frais mrifie & une moire blanche ou verte, en d’une fepfê broderie, les appliquant Pane fur-PaufcreJ, eelft donne
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- brafle que la furface extérieure de l’objet qu’il brode ; il faut, de même qu’à l’autre paffé, prendre chaque moulure en biais, & tourner les courbes & rouleaux avec la même attention. Ce procédé dépenfe plus de moitié moins d’or, auffi eft-il moins cher & moins folide que l’autre palfé : on n’en fait guere que des jarretières ou des faes à ouvrage.
- 60. La plus grande difficulté de l’un & l’autre palfé, eft de bien confer-ver les formes, & que les points qui expriment les contours courbes , ne falfent point la fcie ou dent de chien. Les dames qui brodent prefque toutes pour leur plaifir, & qui réuffilfent alfez bien par les autres procédés, échouent quand elles entreprennent de broder en palfé : les nuances & les paillettes leur conviennent mieux.
- De la broderie en guipure.
- 61. Pour broder en guipure , voye^pl. 4 ,fig. 1, il faut premièrement poncer & deffiner fur le vélin , le coupon Kde l’objet qu’on veut exécuter; quand ce coupon doit être répété plufieurs fois , on attache l’un fur l’autre quatre ou cinq morceaux de vélin , avec de petits tenons de la même matière, qu’on palfé de part en part. On fait ainlî cinq ou fix petits livrets pour un habit d’homme , fans compter les pattes, foupattes, coins & collets ; ce livret étant poféfur une table de tilleul, 011 découpe tous les contours & refentes avec un fer tranchant upl. 1, en lailîànt de tems en tems de petites brides pour contenir .les objets dans leurs éloignemens refpeétifs , vnyeç pl. 4 , quand on les placera ffir l’étoife. Quand tout le deffin eft découpé & évuidé , on arrache les tenons , & cela donne nécelfairement quatre ou cinq coupons bien exactement pareils. Quand 011 en a le nombre fuffifant ( ce que la taille indique) , en obfervant que les objets tournés à droite ne peuvent guere fervir pour les objets tournés à gauche en retournant le vélin , à caufe d’une petite rondeur que le fer lui donne fur les bords en le découpant, fi ce vélin eft deftiné pour broderie en or, il a fallu le peindre en fafran , & le laiffer bien fécher avant de le découper : il y a du vélin de plufieurs épailfeurs. Un bon découpeur fe contente ordinairement de ce talent ; il faut qu’il fâche un peu deffiner.
- 62. Quand le brodeur a tous fes coupons prêts , il ponce le deffin gé-
- néral fur l’étoife, en deffinefeulement les retraites ou points de rencontre de ces coupons de vélin ; il deffine auffi les queues , graines , fleurs , & tout ce qui. ne doit pas être exécuté en vélin; enfuite il place fes coupons fur la pon-çure, fuivant que le deffin le lui indique, voyei pl. 1, <z, lym ,8c
- il les fixera avec des points de foie fine , m, m. Il ne collera pas fbn vélin , comme font quelques mauvais ouvriers ; l’humidité le déformerait & le ferait raccoucir. Quand tout fera bâti 8c arrêté, il coupera toutes les brides avec des
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- cifeaux, & les fupprimera. Les ouvrières recouvrent enfuite ce vélin en travers, d’un ou de deux brins d’or,/z,/z, roulé fur une broche qu’elles con-duifent alternativement de droite à gauche du vélin, en fixant l’or à chaque retour avec un point de foie ciré, le plus près du vélin qu’il eft poffible, fans pourtant le gêner ; de façon que l’épailfeur du vélin & les retours de l’or cachent abfolument le point de foie. Si la partie que l’on guipe eft trop large pour être faite d’un feul point , & qu’elle foit divifée en plufieurs refentes comme o, o, l’ouvriere conduit fon or point à point fur toute la largeur de l’objet, en exprimant chaque refente par le point de foie qui coud l’or ; puis elle ramene fa broche en fens contraire, les points très-enfoncés & très-près de ceux de la rangée précédente , & ainfi jufqu’à ce que l’objet foit couvert d’or d’un bout à l’autre. On liferela groife guipure en cordon ou en milanefe , pour defliner & exprimer davantage les contours, fur-tout quand plufieurs compartimens fe jouènt les uns fur les autres , ce qui ne fe fait cependant que pour les gros ouvrages , comme équipages , ornemens d’églife, &c. On fait de la guipure fans vélin , fur fil ou fur ligneul ; quand on veut faire des morceaux détachés & badinans , on les guipe fur des lames de plomb, pour empêcher que l’humidité ne les raccornifle , fi elles doivent être expofées à l’air. On guipe en frifure & bouillon à points enfilés & employés l’un après l’autre du même fens du paifé , comme g, g, g , fig• 3,pl. 4; ce qui donne plus de relief que le paifé , fait variété, & eftaufli folide. Quelquefois 011 guipe les tiges, petits tronçons d’arbre, & moulures de compartimens, de quatre ou cinq points de frifure , puis quatre ou cinq points de bouillon alternativement 5 le fombre de la frifure & le luifant du bouillon font un mélange agréable : il faut pourtant être fobre de ce procédé. Voye^fig. 7.
- 63. On guipe en trait & clinquant : cette derniere guipure différé dans fon arrangement, en ce que les brins d’or filé & la frifure doivent être bien exa&ement rangés à côté les uns des autres fans jamais fe croifer ni fe recouvrir. Le clinquant, en le guipant, doit à chaque retour recouvrir le tiers ou même la moitié de la lame. Voyc^pl.2, fig. 4, une des grandes flammes qui font le plein du manteau de l’ordre du Saint-Efprit. On lifere quelquefois cette guipure de milanefe ou de cordon. Le clinquant 11e s’emploie guere à d’autres ufages ; il faut des deflins affortis à ce procédé, la lame étant fujette à fe caf-fer quand elle a trop fie portée, ou qu’elle tourne trop court. Les graines, revers de feuilles & petites moulures faites en clinquant, comme 5,5 , pl. 4 , fig. 1, font valoir le refte de l’ouvrage , «St lui donnent du mouvement «St de la légéreté.
- De la broderie en rapport.
- 64. Tout ce qui fe brode par parties détachées fur de petits métiers, pour
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- être enfuiee raffemh& L’un fur l’autre, &. prendre-pLus ou moins d’élection, s’app elle: du rapport ; mais on entend communément par broderie de. rapport, les brodures d’iïabits d’homme , compartimens da jupes , brandebourgs &. autres morceaux que les brodeurs tiennent en magalin ,• prêts à être appliqués fur tel fond qu’on voudra. On commence» après.que le deiîin eft ordonné fixe, taffetas-, toile au papier jaune, par profiler tous les contours extérieurs aveu une uhaiiiette. d’or, nommée pratique, & coufue à petits points de foie, comme &,b ,h ,pl ; enfutte s?il y a,quelques fleurs ou compartiment qjii’oii
- veuille traite* légèrementon applique des bandes de réfeau faitau.boifleau, Gomme g,que l’on fixe par des., points de foie dans les fleurs qui lnbordeut, ébqui cacheront & recouvriront ces points quand elles feront brodée ^Quelquefois les ouvriers font eux-mêmes leur réfeau fur la place même, par des points lancés^ & recroifés, quim’entrent dans l’étoffe qu’aux endroits qui doivent être recouverts de broderie, comme dyd.; ce procédé eft bien plus long, mais-suffi il eft plus délicat & plus exadt Enfuite on brode le paffé fi le deffin L’exige j on applique les- fleurs de paillons pyp ,p ; on les guipe avec la frifure ou le bouillon, en laiffant toujours déborder un peu de la pratique q , q ; on fait les feuilles hyh, en paillettes comptées ; les tiges i, i, en frifure guipée, toujours en laiffant déborder à peu.près la moitié de la pratique. Quand le morcoau eft tout brodé, bien nettoyé , collé,, féché , on le découpe avec des cifeauxpowr 6ter tout le fend qui parait , même celui qui eft fous le réfeau, à moins qu’on niait mis fous ce réfeau”en commençant à travailler, un ruban d’argent ou de nuances : an peut même ajouter ce ruban après que la hroderie eft découpée. Quand elle eft ainfi dégagée de tout fon fond, on lapefe pour en lavoir au jufte la valeur j puis on,la bâtit communément fur du papier bleu, pour la ferrer en attendant qu’on la vende. Gette broderie fe vend depuis i 8. jufqu’à livres l’once, liiivant le prix des matières dont elle eft compofée. La pratique dont l’ouvrier a d’abord profilé fon ouvrage, fert à ficher le point fans gâter la broderie , quand on veut l’appliquer fur telle ou telle étoffe. Les Lyonnais , au beu d’une pratique , ne liferent leur'broderie en rapport , que d’un frifé en deux, ce qui eft moins folide. Il fe fait des broderies de rapport en guipure latine, clinquant ou nuances, même en chaînette, tant on a trouvé commode dt pouvoir avoir en vingt-quatre heures ce qui ne peut fe broder qu’en un mois. Les broderies de rapport ont encore l’avantage de pouvoir être tranlpor-tées fucceffivement fur des fonds différens.
- De la broderie en conchurt.
- 6 f. La couchure fe fait avec de gros or filé, roulé fur une broche, un , deux, 4 juiqu’à-trois brins epfemble, qu’oq coqd àpl#lt>u»s bie** à def autres,
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- d’un meme point de foie{voyt^pl. 4, 1,//). On en met à côté les unes
- des autres autant dérangées qu’il en faut pour couvrir telle ou telle furface, comme les fleurs a, e, ou la moulure/,/La plus grande difficulté de la couchure, eft de rendre les retours des rangées d’or imperceptibles comme u, u, u, fi la fécondé rangée d’or eft plus longue que la première, & ainfi des autres. Pour exécuter en couchure un objet qui s’alonge en s’élargiflant, il faut échapper un feul des trois brins d’or qui font fur la broche; onTarrète de quelques points de Foie Vers le retour, & l’on conferve ainfi le coulant du contour u ,7/, que les trois brins corrompraient. Comme les points de foie de la couchure parailfent beaucoup, on lui donne le nom de la figure que ces points expriment par leur rencontre ; ainfi on dit couchure de deux points a ^a^en cher vronb, h, en écaille , en lof ange , en ferptrueau , &c. On peut varier à l’infini ces rencontres dépeints dont je donne ici les figures les plus en ufàge.-Quei-quéfois'la couchure fe fait à contre-fens de plufieurs points de fil comme é, h, pouriui donner quelques ondulations & varier les luilàns de l’or ; d’autres fois on recouvre las points de foie/,/, avec de la frifure ce qui s’appelle couéhme à la barre. Quelque foin que l’on prenne en foifant la couchure , les formes -& contours font toujours corrompus ; on leur rend leur pureté enles'Uferant-d’un frifé en deux, commet,./, conduit à la broche & coufu de petits points de fore. On peut divifer la trop grande largeur d’un galon ou compartiment avec du clinquant pliifé coufu de foie comme g, g, ou des mofatques de *clinquant plat de différentes formes , ornées de points de frifure, comme /,V. Les queues fe'font ordinairement en or frifé & couché. Quelquefois on ajoute-fur les retours de'la couchure des ombres en foie, comme‘la fleur « ,_«•} ce^quifert on même rems à cacher les retours, &'faire jouer les dilférens objets. D’autres fois on repréfente en foie plate une ombreportéefurle fond de deux eu trois lignes de largeur, ce qui fait un fort bon-effet fur le gros-de-Tours & ftir le ve-krurs:,cette orrlbre portée doit ètse de même-couleur que le fond. En général, la couchure eft'la plus commune & la moins fôlide des broderies ; elle fè dégauchit & s’aitere facilement: on n’en fait guere que les petits ouvrages-pour lesfoires.
- L’oic frife ne peut être que couché ,‘il s’écorcherait en.paflànfrau travers de'l’étoffe.
- 'jè'j. Qïï fait' en coufchure de deux brins, des foi\ds entiers de gratis*ronds tournés en fpirale,, comme/g. 2, en Les commençant chacun par-bnr-centre. Ces ronds, en fe nlêlanties uns dans les autres, reçoivent différens-rayons de lumière, dont le mélange êflf fort agréàble, fur-tout s’ils fervent de fond à de grands courans de gros objets bradés es* unàttçe$40« fait de pareils fonds en jais blancs ouïmes.
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- De la broderie en ganfrure.
- 6g. Pour broder en gaufrure, il faut, après que Pobjet eft deftiné fur l’étoffe , lancer tout en travers de cet objet, de gros fils bien cirés, à deux lignes les uns des autres, comme a, a ,fig. 2, pi. 3. On arrête ces fils bien droits & bien parallèles de diftance en diftance, avec de petits points de foie cirée , comme a, 4, de maniéré que les fils ne puiffentplus être dérangés ; enfuite en commençant par une extrémité de l’objet, commet, b, on recouvre ces fils en fens contraire , avec de l’or en deux brins roulé fur une broche, qu’on coud ferme de deux en deux brins de fil, d’un bout à l’autre de l’objet, comme c, c; 011 revient enfuite, & l’on fait quatre rangées en fuivant le même calcul, ce qui donne à chaque rencontre quatre points de foie parallèles ; enfuite on continue quatre rangées d’or en rétrogradant d’un fil, chaque point de foie de chaque rangée, toujours d’un bout à l’autre, comme d, d ; puis on reprend le premier calcul de quatre rangées, toujours alternativement, jufqu’à ce que la furface qu’011 fe propofe foit abfolument couverte d’or, ce qui imite affez bien l’ofier. Les points de foie doivent fe trouver cachés par le relief du fil; il faut, comme à la couchure, lâcher & coudre un brin d’or de la longueur d’un point aux retours, quand la forme arrondie de l’objet s’alonge en s’élargif-finit, comme e, e. En général , il faut, pour tout l’or que l’on coud fur les étoffes, tant en gaufrure, couchure, guipure, que latiné, bien tirer la broche, & mener l’or ferme à chaque point avant de tirer tout-à-fait le point en-deffous 5 il faut encore avoir grand foin que les brins d’or ne fe croifent jamais & foient toujours rangés bien à plat les uns auprès des autres, fi ce n’eft aux extrémités, où cela eft indifférent. O11 îaiffe ordinairement pafler hors l’objet en commençant , huit à dix lignes du fil. d’or ; oh eii laiilè autant en coupant l’or pour fé-parer la broche quand on finit, comme f,f. On paffe enfuite ces bouts d'or au travers de l’étoffe avec le fecours d’une aiguille à paifer les bouts, ou même avec celle qu’on tient. Pour rendre à la gaufrure fes formes & cacher les retours, on la lifere d’une milanefe ou d’un cordon g, g, qui fe coud, non pas en l’embraffant par le point de foie, comme pour la milanefe ; mais en fichant l’aiguille dans les retors du cordon, & donnant un petit tour de broche en-dehors , puis en-dedans la main, ce qui cache abfolument le point. Cette lifiere doit un peu mordre fur la gaufrure. Quand les morceaux gaufrés doivent être découpés & rapportés ailleurs, on les profile de fix ou huit brins de foie brune coufue à très - petits points : c’eft de ce travail que font faites les fleurs-de-lis des tapis de la couronne. Il eft plus folide que brillant.
- De la broderie en fatiné.
- 69. Le fatiné reffemble à la gaufrure dans fa marche ; il en différé en ce
- qu’on
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- qu’on change la révolution des points à chaque retour ; que Couvent on fatine l’or en un feul brin, & que les fils de l’enlevure font.très-près les uns des autres, & Couvent d’épaiffeur différente. -Pour les tètes, les gros fruits ou les grands rinceaux, le brodeur femble oublier,quelques points de foie fur les grandes faillies, pour les .lafifer liffes-, & augmenter le luiCant de l’or en cet endroit. Tous les détails du fatiné Cont à l’article du bas-relief. '.
- De la broderie en’ paillettes.
- 70. Pour broder en paillettes, commepl. 4., fig. 3 & fig. 6, il faut en avoir près de Coi de différentes grandeurs, par petits tas, fur un ou deux pâtés, comme pi. T ,fig. e, ainfi que du bouillon & déjà frifure; l’ouvrier enfile .une très-fine aiguille de Coie cirée ( la couleur n’y fait rien); après avoir arrêté un premier point dans l’étoffe, il enfile dans cette aiguille, un grain de frifure , puis une paillette , qu’il fait couler le long de fon aiguillée jufques fur l’étoffe ; il fiche fon aiguille dans l’étoffe, la.tire de l’autre main, & la^ramene tout de fuite en-deffus, à la diftance d’une demi-paillette; il en enfile une fécondé, puis un grain de frifure qu’il fait couler comme la première fois : il fiche fon aiguille dans le trou de la première paillette, retire l’aiguille en-deffous, ce qui fait recouvrir la moitié de cette première paillette par la moitié de la fécondé. Le fécond point de frifure doit paraître fe rejoindre au premier, & 11e faire qu’une ligne ; on l’aide quelquefois avec la pointe des cifeaux, ou celle d’une groffe épingle 5 le brodeur ramene fon aiguille en-deffus , enfile une paillette & un grain de frifure, & continue ainfi tant que l’objet l’exige, en changeant de grandeurs de paillettes , fuivant les places & la forme de l’objet qu’if exécute, comme a, fig. 6, & finilfant toujours comme il a commencé, par un point de.frifure pour arrêter la derniere paillette. Ce qui fe fait en frifure peut fe faire en bouillon, cela eft arbitraire. Les grains de frifure ou de bouillon doivent être coupés un peu plus longs que l’efpace qui eft entre les deux paillettes, afin qu’en ferrant le point, ils ne paraiffent. faire qu’un feul fil d’or qui attache & barre les paillettes. On varie l’arrangement de ces points de frifure, comme on en peut voir quelqü’exemple, pl. 5-, fig. ? , 4 6- y. Quelques perfonnes attachent d’abord leurs paillettes avec de la foie , puis la recouvrent de frifure ; cette double opération affine beaucoup l’ouvrage, & le rend plus folide. Excepté la derniere paillette de chaque rangée, o'n 11e voit dans tout le cours de l’ouvrage que la moitié de chaque paillette ; elles fe trouvent arrangées comme des écus quand on les compte. Les. perfonnes qui vifent à l’économie , efpàcent un, peu plus chaque paillette.en travaillant, ;ce qui devient confidérableffur la quantité ; .mais l’ouvrage eft-moins folide, & les formes moins exades cette idiffére.nce va quelquefois à plufienrâ onces entre deux ouvriers qui brodent chacun un morceau pareil.
- Tome XIV. B b
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- 71. On brode en paillettes à deux endroits ; c’eft-à-dire, que cette façon de broder n’a pas d’envers ,& qu’il y a des paillettes deifous comme deifus l’étoffe. Pour opérer, il faut que le métier foit debout entre les jambes de la personne qui travaille ; elle a deux aiguilles enfilées : quand la première aiguille que fiche la main droite, a palfé par le trou d’une paillette que préfente la main gauche, l’étoffe entre deux, la main gauche fiche fon aiguille dans le trou de la paillette qui eft de fon côté , & tout de fuite dans le trou d’une paillette que préfente la main droite , l’étoffe entre deux ; alors on tire les deux aiguillées en même tems, & le point de frifure de chaque côté fe met à fa place comme à l’autre procédé ; on continue ainfi tant que le fujet l’exige : cette broderie eft fort longue & très-rare.
- 72. Quelquefois , après avoir coufu les paillettes en foie, on recouvre cette foie de trois ou quatre brins de trait, comme fig. & , pi. f , ce qui laiffe bien mieux briller les paillettes. D’autres fois 011 les attache avec de la foie rouge ou verte, pour leur donner une teinte d’avanturine ; on en recouvre quelques-unes de points de foie courts & longs. Ces variations donnent moyen de faire joqer les objets qui s’avoifinent, quoique d’une même matière.
- 7?. On emploie des paillettes comptées fur de l’enlevure, pourvu que les formes foient fini pies.
- 74. On vient tout nouvellement de faire des paillettes colorées une à une, & de la frifure de couleur.
- 7f. On emploie aufii les paillettes féparément pour former des graines de fruits ou des agrémens dans les mofaïques; on en feme des fonds entiers, puis on les attache chacune de deux points d’or en croix. *
- 76. Depuis qu’on a imaginé de colorer & vernir des lames d’argent, les brodeurs en font des bouquets & des guirlandes, imitant en quelque forte les pierres précieufes : ils ont même depuis peu de tems trouvé l’art de nuer & dégrader le ton de ces lames, en les recouvrant plus ou moins avec des points de foie de nuances afforties. Voye^fig. 11, pi. 5.
- 77. En I7fé, on a imaginé des paillettes d’acier noir-d’èau, & des paillettes de verre noir, pour les broderies de deuil; il ne fe paffe guere d’années qu’on n’invente quelques petites nouveautés que la mode adopte & réforme tour-à-tour.
- 78. OIn appelle paillettes percées, celles qui ie font de plufieurs trous; on en varie les formes à l’infini. Celles qui font le plus en ufage, font delïï-nées pl. f , fig. 8,f, g, h, i, L, m , n, o, p, q, r, & l’on en trouve de toutes prêtes chez plufieurs tireurs d’or. Celles de la figure 9, & autres à volonté, doivent être découpées fuivant le deflîn qu’on en fournit. On voit fig, 8 bis, 8c fig. 9 bis, la maniéré de les attacher avec la frifure ou le bouillon.
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- ART DU BRODEUR
- De la broderie en taillure.
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- 79. Nous avons dit dans l’introducftion, que la broderie en taillure était la première & la plus ancienne des broderies : en voici les procédés.
- 80. Soit qu’on la falfe en étoffe d’or, de foie ou de laine, on ponce d’abord fans ordre & le plus rapproché qu’il eft pofîîble , fur l’étoffe qu’011 veut découper , les fleurs ou compartimens dont 011 a befoin , comme Jig. 11 , pi. f j.'on les defîine avec toutes leurs nervures ; 011 découpe enfuite toutes ces pièces avec des cifeaux, en les laiffant de trois ou quatre lignes plus longues aux endroits qui doivent être recouverts par d’autres. O11 les numérote par l’envers de numéros pareils à ceux qui doivent être fur chaque partie du poncif, & qui ferviront à les reconnaître quand elles feront découpées, & qu’on voudra les mettre en place. Cette première opération s’appelle faire Cépargne. Si l’étoffe à tailler eft trop mince, on lui donne cfè la confiftance en collant du papier à l’envers avant de la deffiner; cela empêche les pièces découpées de s’effiler.
- 81. Si l’étoffe qu’on veut découper eft précieufè, ou qu’on ait beaucoup de morceaux pareils, voici une autre maniéré de préparer l’épargne. On pique deux papiers enfemble du deffin qu’on veut exécuter ; on découpe un de ces deffins en autant de petites parties que le deffin le permet ; on réunit toutes ces parties fins ordre & le plus rapprochées qu’il eft pofîîble, fur un papier blanc de la largeur de l’étoffe à découper : on trace tous ces contours en crayon bien exactement ; on les pique , & l’épargne eft faite.
- 82. On ponce enfuite le deffin général fur l’étoffe qu’on veut broder ; on deffine légèrement & un peu en - dedans, les principaux contours ; on deffine encore les queues, graines, &c. qui ne font point de taillure, comme K, K, fig. 12 i puis on enduit de colle ou d’empois l’envers de chaque morceau de taillure, fur-tout les bords ; on place chaque morceau fur les contours tracés fur l’étoffe fuivant les numéros du poncif ; on l’étale & on l’appuie bien proprement au travers d’un papier bien fec, ayant attention que les emmanche-mens des compartimens interrompus r, r, r, r, fe fuivent bien, & 11e paraif-fent point caffés.
- 83. Quand tout eft bien fec, les ouvriers profilent tous les contours extérieurs , en mordant un peu les points dans la taillure : puis ils liferent tous les contours, nervures , revers, &c. avec du cordon ou de la milanefe, comme 1,1; quelquefois on exprime les ombres par de longs points de foie ou de laine, comme mm, ce qui s’appelle harpe ou hachebaché. Quelquefois on en-leve le deffous des feuilles ou compartimens , avec des morceaux de drap ou de ferge, ce qui s’appelle emboutir. Les caparaçons, tapis d’étalage, couvertures de chariots, fe font ordinairement en laine, de ce genre de broderie. Les
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- A R TB U B R'O D E V R.
- figures de bannières pour la campagne , fe' font en Patin ; & pour les carrof-fes & meubles riches, la taillure fe fait de glacé ou de tiffu d’or: on y mêle quelquefois des feuilles ou'des moulures de guipure ou de fiitiné , & de petits enjolivemens en paillettes. '
- 84. Il fe fuit aufti de la taillure en peaux d’agneau d’Aftracan, ou hermines teintes, puis rebordées & ornées de chenille ou de paillettes : cette in-vèntioiïn’eft pas ancienne, & peut encore fe perfectionner.
- 8f. Comme il ferait prefqu’impoflible d’exécuter en fabrique des étoffes brochées, fuivant les différentes formes des pentes, chantournés , impériales, & autres parties d’un meuble complet, on y fupplée en découpant les fleurs & feuilles de ces étoffes, pour en former, en les réunifiant fur un fond uni, les bordures & encadremens convenables, fuivant les contours donnés par le ta-piffier. Il a d’abord fallu faire un.defîin , où ces fleurs & les queues qui doivent les emmancher , fufl'ent tracées 5 on bâtit à petits points tout autour, chaque fleur, fuivant la place que le.deffin indique ; on la profile de foie alfortiflante au fond ou à fa nuance 5 on brode à points, les queues, feuilles & autres liai fous, néceifaires : on colle l’envers, & l’ouvrage eft fait. Il y a beaucoup d’apprêt à cette forte de taillure. Il y aurait beaucoup d’économie à faire brocher par la fabrique, toutes les fleurs & feuilles pareilles, fur une même ligne & le plus rapprochées poffiblê. ;
- De la broderie en jais..
- 8(<. La broderie en jais fe fait en enfilant chaque grain de jais , ou d’une foie bien cirée ,ou d’un laiton très-fin, qu’on emploie enfuite comme la foie paifée , fur la fuperficie des objets, voye^pL 5- , jig. 14, a, a, en choififlant les grains plus ou moins longs, fuivant la largeur de l’objet b , b. Il faut que le delfiu foit compofé exprès pour ce genre de travail, qui ne peut guère exprimer les chofes grouppées ou fuyantes. Comme le tuyau du jais eft ordinairement fort étroit, quand on le coud avec de la foie, au lieu d’aiguille , on pafle la foie dans la bouche que forme un crin ployé etr deux ; cela coule plus librement; il eft vrai qu’il faut faire le trou dans l’étoffe avec une aiguille , chaque fois qu’on veut employer un grain. Il eft à propos que le point de foie foit un rien plus long que le grain de jais: autrement, ou le jais caffe-roit , ou il couperoit la foie qui le coud. On lifere ordinairement le jais avec. de1!# chenille, pour garantir les mains de ceux qui en veulent dansfleuks habits ;> cette”matière égratigne facilement : elle eft en général d’un rpaüvaïs'' uiage pour'les hardes. M j .'H
- 87. On couvre-des fonds entiers de jais jaune ou blanc, coufu en pîu-'> fleurs- fpirales qui fe confondent les unes dans les autres, & qui imitent afféz
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- bien l’or & l’argent Les Heurs & fruits brodés en chenille reflbrteiit très-bien fur ces fortes de fonds.
- 88. On entre-miêlë quelquefois lès fleurs brodées en jais , de paillettes de verre , margueritàins, & petits* grains de différentes formes, comme c ,c ,c] fig. 14. Le meilleur j'ais'vient de Milan ; il faut qu’il foit court, bien égal dé groffeur & coupé bien net : à Paris, ce font les émailleurs qui le font & qui lè vendent.
- De la broderie en nuances.
- 89. La. broderie nuée , foit en foie , en laine ou chenille , exige beaucoup
- de goût & d’-intelligence ; non-feulement elle exprime la forme des objets, comme celle d’or ou d’argent, il faut encore qu’elle peigne leur couleur & leur dégradation : l’art de fondre les nuances pour faire fentir la lumière ou la rondeur , n’eft pas un art facile. Combien de gens s’applaudiffent de leur ouvrage, qui n’en ont pas les premiers élémensf Non-feulement les points doivent fe courber fuivant les nervures ou les artérioles des feuilles , pour eh exprimer le mouvement-, voyei pi. 3 y fig. a \ a ; il faut encore placer
- les teintes à propos, éviter les épaifféivrs-y elles ôtent là, grâce'& la légèreté, de l’ouvrage : il faut encore , & fur-tout pour les fleurs , éviter la multiplicité des nuances ; les ouvriers médiocres croient n’en jamais mettre aflez;i!s 11’ofent à propos fauter une ou deux nuances pour heurter les effets : il faut, tant qu’011 le peut, faire de grands points Jdans les grandes parties , la multiplicité des- petits points ôte le luftré ?de la foie. Il efi encore à prôpos d’éviter de toucher la foie en . travaillant, encore moins paffer le !dèz defftis ; que‘toutes les fleurs d’une même efpece ne foient pas toutes du meme ton, comme il arrive trop fouvent. La nature en préfente de claires de‘brunes, il faut l’imiter , c’eft une maitreffe fûre.
- 90. ON brode en foie des tableaux d’hiftoirerde toutes grandeurs , despay- / fages', & quelquefois même des portraits (#) ; mais ce font des chefs-d’œuvres/J très-rares, & ceux qui les mnt faits; ont’toujours eu la dolicité de ife laiifer j conduire par d’habiles peintres. La foie plate & la trême d’Aîais1, font’les ma-/ tieres préférables pour ce genre' d’ouvrage ; oit l’emploie à points fèiidus & J rentrans les uns dans les autres,fort en fùivant le fèns des mufcîes, foittout d’un fens , cela eft arbitraire. Il ne faut point d’enlevure fous la broderie en foie nuée ; cela eft d’aufli mauvais goût.que les lumières en relief, dont quelques Allemands ont cru erpbellir leurs tableaux. Gomme la foie plate eft fort;
- ( a) On petit voir un beau> portrait dé droyésy & Jupiter confié aux Corÿbantes. Louis XIV au .garde-meuble du roi, lesta- ' AL. R-ivet, habile brodeur y quf vient de bleaux de quelques ornemens d’églifc,.& finir ces morceaux d’après lés tableaux de fur-tout les tableaux brodés du trône du roi le Brun, a bien voulu m’aider de fies lumie-à Verfailles , repréfentant les Titans fou- res pour differens articles de ce mémoire.
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- grofTe quand on l’achete, on la refend facilement avec les doigts par aiguillées auflî fines qu’on le defire.
- 91. Les fleurs & compartimens pour meubles ou vètemens, fe brodent ordinairement avec la foie de Grenade, fur-tout fi c’eft en pafle. Quoique les ombres ne foieot dans la nature qu’une privation de lumière qui préfente les nuances des objets plus fombres & plus .éteints il eft d’ulage' de les exprimer (fur-tout pour les fleurs brodées) par des teintes de plus en plus' vives ; on n’ofe pas, même pour les chofes qui font fenfées plus éloignées de l’œil , ha-làrder les demi-teintes ni ces couleurs fales & équivoques qui donneraient tant de fraîcheur aux fleurs dominantes , & les rendraient plus vives &.plus (aillantes : l’habitude fait qu’on n’eft point choqué de ces contre-fens, qui démentent chaque jour les meilleurs, tableaux., Depuis quelque tems on préféré à la foie de Grenade, un cordonnet fin & égal, dont le grain eft plus agréable ; nous devons cet exemple aux Chinois, chez qui plufieurs curieux ont fait broder des habits de la plus grande régularité. Les marchands en tiennent des aflortimens.
- 92. Un autre procédé beaucoup plus expéditif, c’eft de lancer une ou plu-
- fieurs nuances d’un bout à l’autre de chaque objet , en les fondant l’une dans l’autre ; & quand la furface eft toute couverte de foie, on la croife d’autres foies fines alforties aux premières nuances , & lancées à la diftance de deux ou trois lignes les unes des autres, comme la rofe ,fig-. 6, pl. 3 , ou la feuille de vigne, fig. 4, pl. 75 puis 011 arrête ces dernieres foies de petis points imperceptibles, ce ,qui s’appelle/#^/-, comme le préfente la figure. Ce procédé eft bon pour les grandes, parties, & les ouvrages qui ne doivent être vus que de loin. La foie, en eft fort luifante : les queues & nervures fe font à points fendus à l’ordinaire. -
- 93. Quelques communautés religieufes brodent fur de gros papier, des corbeilles & bouquets de fleurs en foie plate, nues à deux endroits ; la levée de point ou jondion d’une feuille à l’autre, fe trouve à peu près coupée par le coup d’aiguille répété à côté l’un de l’autre ; ce qui nuit à la folidité, & fait que, malgré la propreté du travail, ce genre de broderie n’a guere d’autre ulage que d’être mis fous verre ou dans des livres.
- De la broderie en chenille.
- 94. Il y a deux maniérés de broder' en chenille, l’une en la coulant fur l’étoffe avec une foie cirée de la même couleur ; les points fe trouvent cachés par les poils de la chenille, quand on a foin de faire le point un peu de biais,,du fens que la chenille eft torfe. Cette chenille a d’abord été roulée fur une broche qui fert à la mener ferme en la coulant, & la garantir de la froidure de la mainî on coupe la chenille, quand la nuance ou l’objet font
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- finis, à uil pouce de diftance du dernier point; & ce bout qui déborde, on le paffe au travers de l’étoffe tout auprès du dernier point de foie, avec une aiguille à paffer les bouts. Voye{ pl. $ , fig. y.
- 95. On peutnuer les grands objets par ce procédé, en faifant les rangées plus ou moins longues, & les continuant de la nuance fuivante, félon que les ombres de l’objet l’exigent. Il eft rare de coucher la chenille deux brins à la fois; cela peut pourtant arriver pour de grands compartimens d’une feule couleur.
- 96. L’autre maniéré de broder en chenille , eft de l’enfiler par aiguillées courtes dans une aiguille à longue tète, & la paffer au travers de l’étoffe , foit en palfé, foit en la nuant à points courts & longs, comme on fait en foie pour fondre les teintes ; on ne doit pas employer la chenille double comme on fait la foie; ce procédé fond mieux les nuances, il fait plus velouté que la chenille couchée. La broderie en chenille à l’aiguille, confomme un peu plus de marchandife, tant à caufe des pailages qu’on fait à l’envers de l’étoffe, que parce que la chenille eft fujette à s’écorcher, fi l’ouvrier n’a pas [attention de la fou-îager en tirant fon point.
- 97. Si la chenille s’écorche en travaillant, il faut arrêter le dernier point, défiler fon aiguille , couper ce qui eft écorché , & renfiler le refte s’il eu vaut la peine. On 11e doit pas faire de nœud au commencement de l’aiguillée, mais l’arrêter de deux ou trois petits points perdus, comme le palfé d’or, voye^ pl. 4, /%. j , b, b. Il ne faut pas non plus matelaffer l’ouvrage en mettant les points trop près les uns des autres, mais feulement lailfer allez peu d’efpace pour qu’on n’apperqoive pas le fond de l’étoffe entre chaque point.
- 98. Quelques perfonnes emploient la chenille en chaînette au crochet, & elle fait un bon effet. Il s’en fait de trois groffeurs différentes : on fent bien que. la plus fine fe nue mieux, eft plus longue à travailler, & plus ehere enelle-même. En général, la broderie en chenille n’eft pas d’un excellent ufage; êliefe flétrit facilement, prend & conferve la pouffiere.
- De la broderie en laine.
- 99. On brode en laine fine d’Angleterre à points fendus & en pafle comme an fait en foie; il n’y a de différence que dans la maniéré d’enfiler fon aiguille : il faut ployer le bout de l’aiguillée en deux, & faire entrer la boude que forme cette laine dans le trou de l’aiguille ; il feroit très - difficile d’en venir à bout autrement, à caufe 'du reffort des poils dont la laine eft formée. On brbde en laine fine les armes de bandoulières , fupports de bla-fons , ornemens. d’églife, robes de femmes, &c. On s’en fert encore en cliar-
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- nette j; cette matière a l’avantage de donner des couleurs plus vives& de plus de réfiftance que la foie. Il y en a de toutes les)nuances. .... . .
- ioo. Pour les équipages dlarmées , & autres gros ouvrages., on fe fert de «grqlTe.laine ^ainû. que^pour faire-des cordons à liferer la taillure de laine ; ces’équipages font moins lourds., prennent moins d’eau font d’un meilleur aifajge qu^ en tapjlferiq. L’expérience l’-aiprouvé. ,, j
- De la broderie en tapifferie.
- loi. Quoique la broderie en tapiflerie ne foit pas ;du refait d,es-brodeurs, j’ai cru-devoir dpnner une idée des procédés de ce travail.
- 102. On r brode en tapifferie gros & petit point des meubles de toute efpece jje deiïîn étant tracé à l’encre fur du canevas gros à volonté, on le fait retracer par de petits points de filofelle fur tous les contours, pour indiquer les différentes nuances. Foyei pi. 3 , Jig. 2. Les fils du canevas fervent à régler les points de foie ou de laine avec lefqueis on brode. Le gros point fe fait en embraflant quarrément deux fils du canevas , maille à maille , comme fig. y. a a, tout le long de l’objet, ou du fond qu’on brode s puis on reprend la même marche en feus contraire, comme ,b , ce qui recroife chaque point & bouche abfoiument les trous du canevason fent bien qu’il faut proportionner la grolTeur de la laine à la groffeur du canevas. O11 plaque d’une ou deux couleurs pour imiter le damas, comme fig. 10, ou l’on nue en toutes nuances en fe réglant par les fils.
- 103. Le petit point fe prend d’angle en angle du canevas, voye^fig, 8i, puis revenant en fens contraire auffi d’angle en angle pour recouvrir : il donne à peu -près, de même effet-, avec cette différence , . que,le petit point exprime mieux les-formes. Le gros .point fe fait fur du canevas fin, & le petit point fur de gros canevas. Ce travail a dans fon méchanifme quelque rapport avec la mofaïque. Quelques marchands tiennent en magafin des fauteuils & .fophas, dont les nuances-font faites > il. ne refte que les fonds à faire pour amufer les perfonnes qui ne veulent pas fe donner beaucoup de peine. O11 brode beaucoup en tapifferie dans iss communautés religieu-fes : c’eft un travail facile.
- « 104. Quelquefois avant de broder, ;on applique je canevas toutdefïîné fuqun fond d’or ou de foie ; quand les fleurs ou fruits font brodés enja maniéré fufdite , & en embraflant à chaque point l’étoffe qui, eft; deflous, on coupe la.lifiere du pane vas puis on tire adroitement les, fils fl’uiiqprès l’autre,, jut qu’à ce qu’il, 11’en refie ,pas un feu h l’étoffe qui était deffo us qui fe trouve à découvert.,. devientlei^rai- fond -de .llouyrage s le ça$evas, n/g, fprv^ .qu’à,-régler le point. J j ... . ...;! .. .
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- XOf. Le marly rend le même fervice, & eft bien plus commode j il fuffit de le découper autour des objets quand la broderie eft faite, & rien ne paraît. Comme la laine a des couleurs plus vives & qui fe confervent mieux que celles de la foie, on fait volontiers les nuances brunes en laine, & les claires en foie.
- De la broderie en chaînette 6? au tambour.
- 106. La broderie en chaînette, dont beaucoup de dames s’occupent, s’eft long-tems faite ou fur le doigt ou fur un métier ordinaire avec une aiguille à eoudre. La ville de Vendôme était renommée pour ce genre de travail. Depuis à peu près dix ans qu’on nous a apporté de Chine un procédé aufli correct & iix fois plus expéditif, on a abandonné l’autre maniéré d’opérer.
- 107. Quand l’étoffe a été tendue fur un cercle d ecliffe appellé tambour, voye^pl. 1,fig. 7 & 8 , & arrêtée avec la fangle bouclée qui l’entoure b,
- la perfonne qui veut broder prend l’outil ,7%. 12, dont la pointe a forme un crochet ou hameçon imperceptible ; la vis b arrête l’aiguille dans un manche c de buis ou d’ivoire. La brodeufe après s’être affife, avoir pris fur fes genoux le métier ou tambour, & tourné devant elle la furface extérieure de fon tambour, qui eft mobile, ou fur des vis c, c , ou fur un genouil d, fiche la pointe de fon outil dans l’étoffe à l’endroit que le deflin lui indique j elle accroche avec l’hameçon de fon outil, une première boucle d’or ou de foie que lui préfente la main de deffous j elle ramene cette boucle en-delfus avec l’outil & l’autre main, en appuyant un peu le dos de l’outil pour ouvrir le trou de l’étoffe ; elle fiche enfuite fon aiguille une ligne plus loin fur le trait défi, finé, fans la fortir de la première boucle j accroche le brin d’or que lui préfente la main de deffous, le ramene en-deffus, le fort de la première boucle en contenant l’or un peu ferme avec la main de deffous, & ainfi de fuite 5 l’habitude fait le refte. Pour arrêter un dernier point, ou former la pointe d’une feuille, on laiffe le dernier point en l’air; on en fort l’outil à vuide, & une ligne plus loin 011 ramene l’or de deffous ; on lui fait embraffer le point qui reftait en l’air, on tire doucement en-deffous, & tout eft arrêté. L’or qu’on emploie doit être fouple & fin ; il faut de l’expérience pour ne le pas écorcher.
- 108. Quand la chaînette eft faite d’or ou d’argent, on la fait cylindrer pour lui donner plus de luifant; l’or en s’écrafant fous le cylindre devient une efpece de lame brillante : mais l’étoffe y perd quelque chofe de là fraîcheur. On lifere au tambour de petits damas, des toiles peintes , des linons brochés,
- De la broderie du blafon.
- 109. Les émaux du blafon fe brodent ordinairement en cordonnet cou*
- Tome XIV. Ce
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- ché du même feus que l’on exprime leur couleur fur les deftins & gravures ; c’eft-à-dire * que l’azur ou bleu le couche en travers de l’éculfon parallèlement , comme fig. f , pi. 7; gueule ou rouge, fe couche perpendiculairement, comme fig. 6 > finople ou verd, fe couche en biais de gauche à droite de l’é-cuflbn, comme fig. 7 ; pourpre ou cramoili , fe couche de droite à gauche, comme8 - fable ou noir fe lance à volonté, rabattu en petits carreaux, comme fig. 9 : ces rayures font confacrées par les principes du blafon. Les métaux qui font ou or ou argent, fe repréfentent par le jaune ou le blanc, pour les ouvrages communs , couché à volonté. Dans les blafons précieux , 011 emploie l’or ou l’argent couché ou fariné ; quelquefois même on exprime le champ d’or ou autres pièces qui compofent le blafon ,par des paillons découpés à volonté ; fi ce font de très-petits objets, on peut les faire en fri-fure ou bouillon : rarement trouve-t-011 métal fur métal, ou émail fur émail ; cela n’eft cependant pas fans exemple. Il faut être exact à fuivre les émaux ou couleurs annoncées par les cachets ou defiins, plufieurs familles portant les mêmes pièces, variées feulement par les couleurs.
- ïio. Il ferait à defirer que tout brodeur eut au moins les premiers élé-mens du blafon. Il eft aifez d’ufage de féparer les quartiers qui compofent le blafon , ainfi que les furtouts, par une formation ou profil noir. Les couronnes, cartouches , fupports,&c. doivent être brodés de rapport, afin de pouvoir être emboutis à volonté ; les colliers d’ordres & leurs croix demandent de l’exaéritude & de la délicateife : on peut les faire valoir par des formations de foies aiforties aux objets.
- ni. Les yeux des animaux qui fervent de foupport aux blafons , fe font fouventavec un gros grain de jais noir, rond ou ovale, percé & rattaché de quelques points de foie , ce qui exprime très-bien la prunelle.
- 112,. Le cri des armes , les devifes & légendes fe brodent communément fur des banderolles de laine ou d’argent couché; les lettres fe font en foie ou laine noire palfëe. Pour bien exprimer les angles & les déliés de chaque lettre , il eft à propos d’en tracer d’abord les contours par des foies lancées d’un bout à l’autre de chaque jambage, puis recouvrir ces jambages & les foies qui les tracent ( fans les déranger ) en paifé pris un peu de biais. Je fuppofe que l’orthographe a bien été obfervée par celui qui a fait le deffin.
- De la broderie en fourrure.
- 113. Depuis qu’on a réufil à teindre l’hermine en toutes couleurs, les brodeurs en ont fait des compartimens & des fleurs découpées, collées & ornées de graine & lifiere de paillettes ; on y mêle de la peau d’agneau d’Aftracan, fur laquelle on brode des compartimens de paillettes. Quand on 11e veut qu’imiter la fourrure, on lance le compartiment qu’on projette,
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- en foie plate , affortie à la peau qu’on veut imiter ; puis on fait les poils à claire - voie , en fen's contraire à la foie, avec de la chenille aufli aflortie. Ces nouveautés ont aflez le caraétere de l’hiver, & réufliflent très -bien. Il fe fait aufli des broderies en plumes de geai & de perdrix, râchées de foies aflorties, & bordées de paillettes ; on fait encore des compartimens d’ailes de mouches cantharides & autres fcarabées colorés, rabattus de fils d’or, & mille autres inventions qui éclofent de tems en tems.
- De la broderie de Marfeitte.
- il4. La broderie de Marfeille fe fait en piquant de petits points de fil blanc, tous les contours des compartimens ou fleurs deflinées en blanc fur de la batifte ou moufleline doublée d’une autre toile plus forte & tendue fur un métier ordinaire. Quand tous les objets font ainfi piqués , on retourne le métier ; puis avec un poinçon ou la tète d’une grofle épingle, 011 inlinue plus ou moins de coton filé entre les deux étoffes, par un petit trou fait à l’envers de chaque fleur, pour leur donner du relief. Quand on a ainfi rembourré tous les objets, en prenant bien garde de crever la batifte ou mouflelline, on retourne le métier, puis on feme tous les fonds du deiïin de nœuds de fil, faits à l’aiguille l’un après l’autre & très - preflés, ce qui produit un fond fablé & les fleurs lifles aflez agréables, fur-tout pour des meubles de bains.
- iif. Les couvre-pieds & vêtemens piqués, fe font un peu différemment. Après qu’on a tendu fur un métier l’étoffe qui doit fervir de doublure, on la couvre en plein d’une légère couche de coton cardé ; on recouvre le tout de la belle étoffe que l’on fixe bien étendue, par des points ou des épingles tout autour ; on trace légèrement avec de la craie, les écailles, carreaux ou mofaïques que l’on veut repréfenter ; puis on piqué tous les contours de petits points de foie ou de fil afforti à l’étoffe. Les tapifliers fe font arrogé le droit de broder des lits fuivant ce procédé, ce qui a donné matière à quelques procès.
- De la broderie en nœuds.
- 116. On brode des robes, des meubles, en coulant à petits points les nœuds que font les dames en s’amufant avec leur navette , voye^pl. f , fig, 10. Il n’eft pas befoin, comme à la broderie en chenille, de pafler les bouts chaque fois qu’011 eft obligé de couper > il fuffit d’arrêter le dernier nœud de deux points de foie : il y a peu d’ouvrages aufli folides. Quand les objets font un peu gros, on peut les nuer comme avec la foie 5 on recouvre quel-.
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- quefois par de gros & grands points de foie, pour exprimer des maffes de lumière, ou des formations d’ombre : tout cela dépend du goût. Il y a des nœuds de différentes groffeurs ; il s’en fait en laine, en fil, en foie ; ceux à deux côtés, pl. f , fig. i j , font très - propres à liferer les grands coin-partimens.
- De la broderie en blanc.
- H7. On brode fur moufleline en coton, fil plat, ou fil de Maline, à points piqués, en chaînette, ou en une infinité de petits jours, ou mofaï-ques, imitant les points de dentelle ; ce qui fe fait par différentes combinations des fils de la moufleline, qu’on reflerre les uns près des autres avec des points de fil très - fin comptés régulièrement. Si cette broderie eft deftinée à faire des manchettes, on y fabrique une dent, ou en points noués, ou en petits œillets : quelquefois on brode deux mouflelines enfetftble, fait en brodant les contours du deflin qu’on met deffous, d’un cordonnet qu’on coud à petits points & qui embrafle les deux mouflelines; foit en liferant les objets d’un point noué ou d’une chaînette-, puis on découpe l’une de ces deux mouflelines autour des fleurs & des feuillages. On ne defline point la broderie de moufleline fur l’étoffe ; mais on bâtit à petits points larnouf-feline fur le deflin, qui doit être en papier ou parchemin jaune ou verd.
- il8- On peut avoir chez foi nombre d’ouvrieres de cette elpece,fans craindre les jurés-brodeurs.
- 119. Tout ce qu’on brode en or, fe peut exécuter en argent; la différence eft à peu prés du tiers pour le prix des matières ; le prix de la main-d’œuvre eft le même : tout l’or que l’on emploie en broderie, n’eft que de l’argent doré. Le mémoire du tireur d’or eft utile à confulter ; il a beaucoup de rapport avec celui - ci.
- 120. Les odeurs fortes noirciflent facilement la broderie, fur-tout celle qui eft faite en argent ; on la nettoie avec la mie de pain raffis, qu’on fait chauffer dans un poêlon bien net ; on répand cette mie toute chaude fur la broderie, 011 la frotte avec la paume de la main , on l’étend de façon qu’il y en ait par-tout fur l’ouvrage, on couvre le tout de plufieurs linges ; quand tout eft refroidi, on retourne le métier, on le bat par l’envers avec une baguette ; on vergette la broderie, puis on colle avec de la gomme ou de l’empois bien étalé fur l’envers de la broderie.
- 121. On la nettoie encore avec du talc calciné & tamifé très - fin, ou de l’os de feche pulvérifé. Quelques perfonnes ont l’art de rendre à l’or noirci & très-paffé, fa couleur.& fon éclat, fans altérer le fond de la broderie ; mais c’eft un fecret de pere en fils, dont une famille à Paris fait dépendre là fubfiftance.
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- 122. On rend encore à l’or blanchi fa couleur pour quelques inftans, en l’expofant à la fumée de plumes ou cheveux brûlés.
- 125. Il y a quelques autres procédés dérivés de ceux-ci, qu’on peut étendre à l’infini, fuivant les matériaux qu’on emploie, & le génie de ceux qui opèrent : j’ai tâché d’indiquer dans ce mémoire ceux qui font les plus familiers.
- 124. Pour montrer la variété des goûts dans l’efpace d’environ un fiecle, j’ai joint à la fin de ce mémoire plufieurs delfins exécutés à vingt ou trente ans lqs uns des autres, pour des bordures d’habits d’hommes.
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- 3Ë X F L I €
- DE QU E L QU
- A.iguilles; il en faut de plufieurs
- fortes.
- Aiguille de trois pouces de long, grofle à proportion, propre à enfiler la ficelle.
- Aiguilles moyennes pour l’enlevure en fil.
- Aiguilles à foie & à cul rond.
- Aiguilles de la plus grande finelfe pour employer la frifure.
- Aiguilles à chenille, d’un bon pouce de long , la tête fort ouverte.
- Aiguille fans pointe pour la tapilferie fur canevas.
- On acheté ces différentes aiguilles à la Coupe & à Y T grec , rue Saint-Honoré.
- Aiguille a passer les bouts j c’eft une gro/fe aiguille enfilée deux fois d’un même fil ou cordonnet, formant une boucle dans laquelle le brodeur fait paifer chaque bout d’or ou de chenille qu’il veut faire palier au travers de i’étoffe pour l’arrêter. Voyez pL 3 ,fg. y.
- A T ï O N
- ES TERMES.
- Aiguilles a chaînette pour broder au tambour, doit être très-polie, la pointe ou hameçon bien dégagé : il y a beaucoup de choix ; les meilleures fe prennent chez les couteliers.
- Les brodeufes caifent beaucoup d’aiguilles. O11 donne pour les aiguilles quand on veut hâter les ouvriers, ou qu’on va les voir travailler. Les bons ouvriers enfilent leur aiguille à tâtons en-deifous le métier.
- Aiguillée , bout d’or ou de foie proportionné à l’étendue du bras de celui qui l’emploie ; quand on l’a enfilée, il faut larder deux ou trois fois la foie avec la pointe de l’aiguille, & la faire paifer tout au travers pour former vers la tête une boucle imperceptible qui l’empêche de fe défiler : en commençant à travailler, • il faut arrêter le bout de l’aiguillée dans l’étoffe, par deux ou trois petits points perdus j cela elt plus propre que de faire un nœud. On en fait de même en finiifant l’aiguillée avant
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- de la couper en-deflous ; ce qui refte dans l’aiguille , fe met au bouri-quet.
- Argent. L’argent de Lyon eft d’un meilleur ufage pour pafler que l’argent de Paris : on le vend y6 liv. le marc.
- Battre. Il eft à propos de battre le métier avec une baguette avant de ' travailler, pour faire tomber ce qui pourrait refter de ponçure i il faut encore le battre bien fort fur l’envers de la broderie quand elle eft faite , pour faire fortir toutes les ordures & mie de pain qui ont fervi à la nettoyer.
- Battu , trait d’or très-fin , palfé au cylindre & rendu en lame polie.
- Bille, partie de la châpe qui fert à réunir les deux devants, & les fixer fur les épaules de celui qui la porte , avec le fecours de deux agraffes. Voyezpl. 6, fig. 4, a.
- Blanc a dessiner. Il faut broyer le blanc de cérufe avec de l’eau -, puis quand il eft bien fin, y mettre un peu de gomme d’Arabie , un fiel de carpe , ou un peu d’eau - de - vie , pour le rendre coulant ; il en faut faire un bon pot à la fois , le blanc devient meilleur en vieillilfant : il faut le remuer fouvent avec un petit bâton. On l’emploie indiftindlement au pinceau ou à la plume.
- Bleu d’Inde , fe prépare de même, & fert aufli pour ordonner fur les fonds.
- Bobine , petit cylindre de bois blanc percé, fur lequel on dévidé l’or ou la foie ; il y en a de différentes longueurs & groifeurs. Les tireurs d’or vendent l’or à pafler & le cordon fur des bobines par onces leparées ; la tare de la bobine & la grofleur de
- l’or font marquées fur la patte de chaque bobine. Voyez pi i, d, d. 1
- Dans les grands atteliers, on enfile les bobines de foie en chapelets de différentes nuances , de peur qu’elles ne s’égarent, comme pl. i, fig. u.
- Bords , coupons de delïin, d’environ dix pouces , lavé & marqué des différentes matières qui doivent l’exécuter ; il faut en avoir fouvent de nouveaux, pour donner à choifir aux feigneurs , qui ne veulent pref-que jamais du deiïin qui a été exécuté pour £un autre. Voyez pi 4»
- fii-1 ’ ? & r-
- Boucles , fe font en enfilant un point de frifure ou bouillon dans une aiguillée déjà arrêtée dans l’étoffe ; puis fichant fon aiguille tout à côté du trou par où elle a pafle , en tirant la foie en-deflous , le grain de frifure forme une petite arcade qu’on nomme boucle, voyez pl. ? , fig. g , bis f. On en entoure fouvent les grandes paillettes, & quelquefois des compartimens entiers.
- Bouillon , petite lame qui a été roulée en tire - bourre fur une longue aiguille, & qui forme un tuyau d’environ douze pouces. On le coupe par grains de deux ou trois lignes de long, pour l’employer, ainfi que la frifure, en l’enfilant de foie.
- Bouriquet, petite boîte de carton qui court fur le métier, dans laquelle les ouvriers amaffent les bouts d’or écorché , les nœuds, les paillettes mal faites, & tout ce qui doit aller au déchet.
- Boutique. On nomme ainfi le lieu où travaillent les ouvriers, quoique ce foit alfez ordinairement une chambre haute. Il doit y avoir au haut de chaque mur, de longues fiches de
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- fer bien fcélées, comme/?/. 2,jtg.?> pour accrocher les métiers quand ils embarralTcnt ou quand ils fechent.
- Bouts , mot qui fert à exprimer les différentes gi oifeurs de l’or de Paris 3 ainlî deux bouts, trois bouts, quatre bouts, désignent le nombre de foies fur lefquelles for eft filé. La grofleur de l’or de Lyon fe défigne par une S marquée fur la patte des bobines.
- Voyez
- diî, pi. I.
- Branche , fe dit de la frifure & du bouillon, dans l’état qu’on l’achete avant de la couper par petits grains. Il faut tirer chaque branche de frifure fur fa longueur, pour que la fpirale en foit un peu moins ferrée s fi on l’aiongeait trop, chaque tour d’or laiflerait voir la foie qui l’enfile, ce qui eft contraire aux ordonnances. On coupe avec des cifeaux cinq, ou fix branches de frifure en même tems.
- Broche, eft un outil de buis, voyez pl. i ,fig. r, ayant fix pouces de long, avec une patte trian gulaire pour l’em-pècher de rouler quand on s’en fert 3 c’eft fur la partie évuidée de la broche qu’on dévidé l’or à coucher ou la chenille 3 on en paife les bouts dans la fente -x, en travaillant 3 on ne touche que la broche & jamais l’or, de peur der le flétrir 3 on le dépafle du bec ou de la fente, à mefure qu’on l’emploie; on en déroule quelques tours, on les repafle dans la fente, ce qui le contient & fert à le mener ferme en travaillant.
- Brochette, pl 1 ,fig- w, outil qui fert à tenir une bobine d’or ou de foie qu’on veut furvuider fur une autre à faide du rouet,/?/, \ ,fg. 5.
- Brodeur on Bordeur, ouvrier qui emploie l’or ou la foie fur une étoffe déjà fabriquée : la communauté des brodeurs eft fous l’invocation de S. Clair. On nomme grenouilles les faufîes ouvrières , à caufe que, gagnant moins que les maîtres, elles ne boivent que de l’eau.
- Brodoir, petit métier qui fert à fabriquer un petit galon fur Pépaiffeur de deux étoffes brodées féparément, puis réunies. Cet outil appartient aux bourfiers 5 on envoie au brodoir chez eux , les paremens d’habits d’homme, mitres, &c.
- Brulé. On brûle le déchet & les vieilles broderies pour en extraire la foie & les corps étrangers. Si les orfèvres n’ont pas eux-mêmes brûlé l’or filé, ils 11e l’achetenc que comme de l’argent, n’en pouvant faire la différence qu’au creufet3 ils paient Ponce d’or fept livres, & Ponce d’argent fix liv. cinq fols.
- Calle , petite cheville de bois qu’on fait quelquefois entrer à force dans la mortaife extérieure du métier , pour contenir les lattes quarrément, quand elles font beaucoup plus étroites que les mortaifes.
- Calquer, lé fait en deffinant fur du papier huilé tous les traits d’un def-fin qui eft deflous, & qu’on voit au travers. On calque fur le papier verni avec une pointe. On calque encore un deifin à pointe ou à milieu, quand après avoir deftîné une moitié un peu ferme, on ploie le papier en deux, & qu’on gratte par l’envers avec l’ongle ou quelques corps durs & polis, ce qui répété l’objet tout entier.
- Canetille. On nomme ainfi dans la fociété, la frifure & le bouillon.
- La canetille eft auffi un gros trait d’or
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- %\é
- ondulé ou bouclé» puis applati au cylindre , dont on borde quelques fleurons & des croix d’ordres. Les bou-tonniers en emploient plus que les brodeurs.
- Canevas , c’eft une toile dont les fils plus ou moins gros font toujours à une ligne de diftance les uns des autres en tous fens : il s’en fait de différentes largeurs.il faut lilfer le canevas avant de le deffiner. Le canevas fert pour la tapiflerie de gros & petit point. On s’en fert auffi pour remplir les vuides des morceaux échancrés, quand on veut les tendre fur le métier.
- Cerceaux: ce font des anneaux de trait de cinq ou fix lignes de diamètre, écrafés & polis comme le clinquant : on ne s’en fert que dans les ouvrages communs.
- Chanlatte : c’eft une piece de bois de cinq à fix pouces d’épaiffeur, & de toute la largeur de la boutique, que l’on a attachée ou fcélée le long du mur des fenêtres, à la même hauteur des tréteaux, & qui en tient lieu pour porter un des bouts des enfu-bles. Voyez pl. 2, jig. dd, de la vignette.
- Chapelet , bobines chargées d’une nuance fuivie & enfilée, pour les trouver plus facilement. Voyez pl. i, fig• u.
- Chasubliers. Des brodeurs ont em-bralfé cette branche de commerce, qui n’a guere de rapport à leur art : ils taillent, doublent & montent les ornemens d’églife. J’ai cru qu’il fuffi-rait de la planche 6, pour donner une idée de l’économie avec laquelle on taille les ornemens d’églife.
- Chenille. Le paquet de chenille de quatre brins, chacun de quatre au-
- nes , pefe ordinairement un gros trois quarts: en couleurs ordinaires, comme gris, jaune, verd, bleu , ou le vend vingt fols ; en rouge & cra-moifi, vingt-cinq fols. Ce font les rubaniers qui font & vendent la chenille. Il faut, pour être bonne, qu’elle foit bien fournie de poils & coupée bien également: on en fait de plu-fieurs grolfeurs ; celle filée fur fil eft moins chere & moins bonne. On emploie la chenille ou paflee à l’aiguille , ou coufue fur l’étoffe, ou en chaînette au erochet.
- Clinquant. C’eft un gros trait d’or paffé plusieurs fois au cylindre luifant & poli. Les tireurs d’or eii tiennent deplufieurs largeurs & épailfeurs; ils en ont aufli de pliffé. Le clinquant s’emploie ou coufu à plat avec de la foie, ou recouvert de bouillon, ou guipé fuivant le goût.
- Clous a tendre: ce font deux chevilles de fer, de dix à douze pouces de longueur, qui fervent à bander l’étoffe en chaflànt la latte de la mor-, taife jufqu’à ce que le métier foit a£ fez tendu.
- Clous : il en faut quatre d’environ trois pouces de long} ils fervent à contenir les enfubles dans le plus grand éloignement poftible, quand le clou à tendre a fait fon office.
- Coller. Quand la broderie eft finie, mife en taille, nettoyée, battue & broffée, 011 la colle avec de l’empois blanc, de la gomme d’Arabie, & même de la colle de Gand pour le gros ouvrage; on l’étale beaucoup par l’envers en frottant avec la paume de la main. Cette opération rend à l’éroffe fa fermeté, & fert à arrêter les bouts d’or ou de foie qui font en-deffous. Comme fouvent la broderie
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- fè Tait poids, les ouvriers chargent i’etivers-de beaucoup de gomme pour en impofer ; fi la broderie eft de grofle enlevure, on fe fert de colle de Flandre. Il faut bien laiffer fécher la colle avant de détendre le métier, autrement 1’étoffe fe griperait, & ferait des grimaces. Si l’on eft fort •preffé, on peut avoir recours à quelques réchauds de feu pour faire, fécher plus vite, en prenant garde de les approcher trop près de l’étoffe.
- Cordon. Les tireurs d’or en tiennent de tout fait en deux brins d’or, qu’on palfe à l’aiguille comme lepalfé; cette matière étant plus terne que le filé, convient pour faire des fonds de com-partimens ou revers de fleurs.
- Le.s tordeurs font des cordons de trois, fix, dix, & feize brins d’or tors au rouet pour liferer les compartimens. L’or rebours eft deftiné à faire les cordons. J’ai dû dire quelque part qu’on n’embraife pas le cordon avec la foie qui le coud; mais on la fiche dans le retors, & le point fe trouve caché.
- Cordonnets. Les marchands de foie en botte tiennent des cordonnets de toutes-couleurs, pour la chaînette & la broderie, imitant les Indes. Le bon cordonnet doit être de trème d’Alais, bien égal & point bouraffeux : on le vend quatre livres l’once.
- Couchure. On nomme ainfi l’or cou-fu à plat en deux ou trois brins à côté les uns des autres, qu’on conduit avec une broche. La rencontre des points de foie qui coufent l’or, forme à volonté des lofanges, écailles, chevrons , dont la couchure emprunte fes différens noms.
- Coupon, c’eft l’étendue d’un bout de deffin ordinairement de fept à huit Tome XIV.
- zi-7
- pouces, qui fe raccorde paf fes extrémités , & que l’on répété autant de fois qu’on en a befoin pour faire une bordure.
- Coutisse : c’eft une fangle de trois pouces de large, que l’on ploie en double fur fa largeur, & dont on cloue les deux lifieres enfemble le long de chaque enfuble , entre les deux mortaifes parallèles ; voy. pl. i, jig. 2, a, a. C’eft à la coutiffe' qu’on coud l’étoffe en commençant à tendre; voyez Jig. 6, b, b. Quand les coutiifes font ufées ou arrachées, on rifque de mal tendre fon métier. Le maître doit les renouveller.
- Crochet , outil pour broder au tambour, voyez fl. i, Jig. 12, compofé d’une aiguille a, dont la pointe fe
- • termine en un très-petit hameçon. Cette aiguille.eft arrêtée par une vis b, dans un manche c, de buis ou d’ivoire. Ce manche eft creux, fon couvercle d eft à vis, & peut contenir plusieurs aiguilles, pour en changer fuivant les différens fonds, ou quand on les caffe.
- Cul-de-poule, lame épaiffe & re-ployée en zigzag, dont les bouton-niers font plus d’ufage que les brodeurs. Les Allemands en emploient beaucoup dans leurs ouvrages.
- Découpeurs brodeurs, font ceux qui découpent avec un fer les compartimens de vélin ou de papier qu’on met fous la guipure & quelquefois fous le palfé. Ils travaillent fur une table de tilleul pour foulager la pointe de leur fer; ils le tiennent à pleine main, & parcourent fuccefîivement tous les traits tracés fur le vélin , en appuyant à chaque coup de fer fur le manche avec la paume de la main droite; le doigt index de la main D d
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- gaucfce fuit de près la pointe du fer, pour contenir le vélin qui relèverait chaque-fois qu’on releve l’outil. Le découpeur doit favoir un peu defti-11er pour conferver les formes en traçant fon deffin fur le vélin; il doit éviter de faire des hoches à chaque coup de fer, & conferver purs tous les contours.
- Quand tout le defîîn eft évuidé, il tire avec une pince les brides qui liaient plufieurs vélins enfemble; car j’oubliais de dire qu’il en découpe quatre ou cinq en même tems. Les rognures fervent à faire de la colle.
- Le brodeur découpeur découpe aulîî des lames d’or ou d’argent, liées plufieurs enfemble avec des brides , de telle forme qu’on l’exige; il a fallu qu’il couvrît la première lame d’un papier fin, fur lequel il a tracé fon épargne. Les rognures vont au déchet, & font confidérables: elles ren-chériffent beaucoup ces fortes de paillons.
- Il les perce enfuite tout autour avec un poinçon & un petit marteau, pour qu’on puiffe les coudre. Les paillons vernis fe découpent de même.
- Ils découpent auffi des lames de bois , de carton & d’étain, pour garnir les ouies des guittares & tympa-nons.
- Dégauchir. Quand le métier eft mal tendu, qu’il tombe ou qu’il reçoit quelque coup confidérable, la broderie, & fur-tout la couchure, fe relâche & fe dérange , ce qu’on nomme dégauchir. On prévient ces acci-dens en calant les laites , ou les attachant au milieu du tréteau avec une corde.
- Dessin marqué. Pour les bordures d’habits d’homme & autres, dont le
- même coupon fe répété pîufieufS fois , l’entrepreneur marque fur un coupon piqué , les matières différentes dont il veut que chaque fujet foit traité, afin que les parties qui fe brodent dans différentes maifons, fe trouvent conformes quand on les réunit. Les figues de ces matières font de convention ; affez communément un o fignifie paillettes, un x le paffé; les points : : ;le cordon, la frifure s’exprime par des hachures en biais ; le bouillon fe marque en crayon rouge, & aiufi des autres matières. On donne un pareil coupon dans chaque attelier. Il eft bon de veiller de tems en tems à ce qu’on s’entende bien.
- Détendre. Il ne faut détendre le métier que quand la colle eft bien feche. On commence par ôter le gareau , s’il y en a un ; on tire les ficelles qu’on dévidé tout de fuite fur les doigts écartés en écheveau , pour s’en fervir une autre fois ; à l’aide des clous à tendre , on ôte les quatre petits clous, on retire les cales & les lattes des mortaifes , puis avec des cifeaux on coupe les fils qui coufaient l’étoffe à la coutiffe , on découd le galon , on épluche tous les points : toutes ces opérations doivent fe faire avec des rnouve-mens doux, en prenant garde de chiffonner l’étoffe ; enfuite on la ploie en mettant des linges ou du papier fin dedans, pour la ferrer ou pour la livrer.
- Si c’eft de la broderie de rapport, on découpe par l’envers avec des cifeaux , tout ce qui n’eft pas compris fous la broderie, puis on la pafl’e à la balance pour lavoir à combien elle revient.
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- Dez. Le dez fert à pouffer l’aiguille dans l’étoffe, & garantit les doigts de l’ouvrier ; il ew faut néceffaire-ment deux pour travailler à l’enle-vure: il en faut de piqués à gros & petits trous, fuivant la groffeur des aiguilles dont on fe fert. On fait des dez d’or, d’argent, de cuivre & d’ivoire; ceux de cuivre font d’un ufage plus commun.
- Il faut bien fe garder de liffer les fleurs de foie avec le dez : cette opération que font à chaque point les ouvriers médiocres , ternit la foie & lui ôte fon îuffre.
- Diligent , machine pour mettre également & promptement plufieurs brins d’or fur une broche fans le manier, voyez pl. i, fig. i. Il fuffit de tourner la manivelle a , après avoir ferré la broche b, entre le pignon c & un petit verrouil d, jufqu’à ce que la broche foitpleine; on coupe avec des ciftaux le fil d’or qui tient aux bobines, on lâche le verrouil, puis on paffe les bouts d’or de la broche dans une fente qui eft vers la tète x,fig. r, & l’or eft mis plus promptement & plus ferme. Cette machine , que plufieurs brodeurs ont adoptée dans les tems où la couchure était beaucoup d’ufage, a été inventée en 1753 parM.de Saint-Aubin, mon pere.
- Doigtier , c’eft un petit anneau de cuir ou de fer-bianc, qu’011 met fur la fécondé phalange du petit doigt pour le garantir d’être écorçhé eu tirant le point.
- Il y a un autre doigtier dont on arme l’index de la main droite, pour conduire la grande aiguille en brodant au tambour ; ce doigtier a une petite hoche dans (impartie fnpérieure , fur
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- laquelle repofe l’aiguille en travaillant.
- Dorure. On appelle dorure, la broderie enlevée, foit d’or , foit d’argent. Ce terme n’eft guere d’ufage qu’entre les gens du métier.
- Doux. Poncer fur le doux, c’eft frotter la poncette fur le côté du deftin par où le perçoir eft entré en piquant : les erreurs qu’on fait en fe trompant de côté, font fouvent de conféquence pour les choies qui font regard , comme devants d’habits, houifes, bordures, &c. Il faut poncer un côté fur le doux, & l’autre fur le rude , en retournant le deftin ; il faut, avant de poncer pour la fécondé fois , fecouer ou effuyer le deftin pour qu’il ne poêle point l’étoffe.
- Effiler. Il faut effiler les aiguillées d’or avant de les enfiler , environ de la longueur d’un pouce à chaque bout, pour pouvoir larder & arrêter l’or à la tête de l’aiguille, & l’arrêter dans l’étoffe en commençant à travailler. Cet effilage donne iiécef-fairement un gros par once de déchet.
- Eqratigneurs brodeurs. Il a été de mode ( & l’ufage & le talçnt en font à peu près perdus ) qu’après avoir tracé fur fatin avec une pointe un lu jet quelconque, le brodeur égra* tignait l’étoffe avec un fer à décou* per,fuivant les contours tracés.Cette efpeçe de gravure, qui loin d’ajouter à la furfaçe de l’étoffe, l’altérait beaucoup , était du reflort des brodeurs : ils découpaient auffi les boucles du velours bouclé, fuivant les deffins qu’op leur demandait : cettç mode a fait place à d’autres.
- Emboutir 9 c’eft élever des. fleurs q\i D d ij
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- A R T DU' B R O Ü E ü R.
- conipartimens de broderie avec des morceaux de drap ou de feutre, qu’on coud fur l’étoffe avant d’y rap-„ porter les morceaüx'de broderie qui ont'été laits féparémènt. Oh en coud quelquefois plufïeurs les uns fur les autres, en en diminuant la grandeur pour varier le relief de la broderie. Les bîafons de couvertures de chariots fbntfouvent emboutis de crin . ou de laine.
- Emporte-piece , outil de fer long de quatre pouces , & gros de fix à huit lignes , terminé à un bout par une petite hotte évuidée & tranchante en fon extrémité, de forme ou d’ovale , ou d’étoile ou de rofecte, voy. pl. i,jig. i, i , L Pour s’en fervir, on pofe la lame d’or ou d’argent fur une table de plomb ; puis avec un maillet /, dont on frappe fur le haut de l’emporte - piece en le tenant bien perpendiculaire , on taille d’un feul coup' des paillettes de la forme de l’outil : elles Portent à mefure par le haut de la petite hotte k, k, k.
- Enfiler. Comme chaque aiguillée de foie ou de laine form‘e à fon extrémité une petite houppe ou plulieurs filets imperceptibles & de différentes longueurs, voyezpl. i, Jtg. s , on a quelquefois bien de la peine à les faire entrer tous enfemble dans la tête de l’aiguille; pour y réufïir , ou il faut mouiller le petit bout de l’aiguillée pour en réunir les brins, ou il faut en former une boucle x, qu’on rend aiguë, foit en la pinçant avec ' les dents, foit eh paflant ferme l’aiguille dans cette boucle, comme fi on voulait la couper en fon extrémité x i puis on enfile cette boucle dans la tête de l’aiguille, puis on paiîe l’aiguille & l’aiguillée dans
- cette boucle, pour arrêter.
- Enlevure , fe fait quelquefois fur du carton modelé, & plus communément fur du fil : lésions enleveurs font plus chers que ceux qui couchent l’or. On enleve le deffous de la couchure par quelques points de gros fil de différens fens‘& de loin en loin, ou fous les extrémités des-conipartimens , en chevrons, barres , écailles, pour donner quelque ondulation de lumière à l’or couché.
- Ensubles ou Ensouples : ce font deux morceaux de cœur de chêne d’égale dimenfion & longs a volonté , equarris ou arrondis, de quatre à cinq pouces de diamètre; à lix pouces de chaque bout, doit erre une mortaife de part en part fur les quatre faces , voyez f g. 2., pl. 1. Cette partie du métier ou enfuble, doit être plus renflée que le refte ; c’eft dans une de ces mortaifes a, a, a, a, Jtg. 6, que doit entrer la latte b,b J,b. Depuis cette mortaife jufqu’à fa parallèle, doit être une fangle ou cou-tiffe clouée de petits clous très-près les uns des autres & très-enfoncés : c’eft à cette coutiffe qu’on coud l’étoffe , en commençant à tendre le métier. Les brodeurs ont par paires des enfubles de différentes longueurs. Quoique les enfubles de fer foient peu en ufage, elles font d’une bien plus grande commodité , tant à caufe de leur plus grande réfiftan-ce , que parce qu’étant plus migno-nes , les ouvriers les embraflent mieux, & peuvent atteindre plus avant au milieu de l’étoffe. Voyez pl. i,Jtg. 10 , une enfuble de fer revêtue de groiïè toile pour y pouvoir coudre la fangle; 8c f g. 11* les vis de
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- ART DU BRODEUR,.
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- ' fer tenant lieu de lattes. J’ai 'eu à
- " moi un métier de cette façon , &
- • malgré là pefanteur,je la trouvais
- • plus commode.
- Epargne. Faire l’épargne , c’eft deffi-
- • ner fans ordre & le plus rapproché
- ' qu’il eft poffible , fur du vélin , du
- papier ou de l’étoffe, les objets qu’on doit découper enfuite pour les placer fuivant le deffin général : on rapproche ainlî les objets pour écono-rnifer la matière ; ainfi la fig. n de la pl. 5 , eft l’épargne de la fig. 12, même planche.
- Etoffes. Les ouvriers nomment ainli les différentes matières que leurdif-tribuent les entrepreneurs.
- Faveurs , vernis, avanturines, font plufieurs brins d’or & de foie tors enfemble au rouet, dont les brodeurs cachent les épaiffeurs del’en-levure en vive -arête ; ils couchent ces matières à points de foie; quelquefois ils en font des fonds de com-partimens & des troncs d’arbres.
- Fers, outils pour découper le vélin ou les lames ; voyez pl. 1 ,fig. t, t. Les brodeurs en ont de différentes longueurs : ce font des lames bien trempées , montées dans des manches de bois ; quand elles font neuves , le détrempeur les garnit de bandes de peau , crainte de fe couper en travaillant; il fuffit que la pointe de la lame foit découverte de trois à quatre lignes.
- Ficelles. On aclieve de tendre le métier avec des ficelles qu’on paffe deux fois dans chaque boucle du trelif-fage, comme fig. 6, pi 1 5 puis autour des lattes alternativement. La ficelle en pelote eft moins commode que le fil d’emballage en trois. Les ficelles s’alongent & fe relâchent pen-
- dant le cours de l’ouvrage : il faut les tirer plufieurs fois.
- Fond. On appellefond, l’étoffe fur laquelle 011 brode, & celle fur laquelle on applique les morceaux de rapport : on dit, ordonner les fonds, délivrer les fonds.*
- Frison , trait bouclé & applati au cylindre, dont on q^ne quelquefois la broderie : il eft peu d’ufage en ce pays-ci.
- Frisure, eft un trait d’or mat, roulé en tire-bourre fur une grande aiguille , formant un tuyau que les brodeurs coupent par petits bouts de deux ou trois lignes. Pour les employer , il faut les enfiler de foie grains à grains, comme le bouillon. La frifure eft un peu plus folide. 11 s’en fabrique de plufieurs groifeurs : on en fait des graines de fleurs en boucles & en poires; on la guipe pour faire des nervures & de petits ofiers fort agréables.
- Galon n er, c’eft border les parties des étoiles qui n’ont point de lifiere, & qui font taillées jufte, pour les empêcher de s’effiler, & pour réfifter à l’effort des ficelles. On prend pour galonner, de bon ruban de fil à trois ou quatre fous l’aune: il peut fervir plufieurs fois.
- Garde - main : c’eft un papier ou un parchemin percé d’un trou grand comme un écu , pour ne laifler rien à découvert, que la place où l’ouvrier travaille : peu de brodeufes veulent s’en fervir.
- Gareau: c’eft un outil compofé de deux bandes de fer de fix à huit lignes d’épaiflêur, chacune moins longue que la largeur du métier qu’on veut redreffer; voyez pl. 1 ,Jîg. 4 çcf y. Ces deux bandes font percées de
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- trous fur une partie de leur longueur, pour pouvoir les alonger ou raccourcir en changeant déplacé l’écrou a qui leur fert d’axe : elles font terminées à leurs extrémités par deux pattes courbes b, qui doivent em-bralfer l’enfuble quand le gareau fera bandé, comme d d,Jig. 6. On ajufte ces deux bandes de deux ou trois pouces plus lon|bes que la largeur du métier; puis par un elfort de levier qu’on fait faire à ces deux bandes, après avoir pofé les pattes contre les deux enfubles, on rapproche ces bandes parallèles; on les fixe avec une boude de fer coulante, comme e, jtg. 5, ce qui néceflàirement doit redreffer les enfubles qui cambraient en-dedans, & fait tendre le fond dans fou milieu. Il eft à propos, avant de bander le gareau, de mettre entre fa patte & l’enfuble , un papier ployé en plufieurs doubles, fur-tout s’il y a de l’étoffe roulée.
- Il y a un autre gareau 9Jtg. 4, compofé de deux tringles qui engrenent à vis l’une dans l’autre, & qu’on fait alonger en tournant avec une main de fer ou un clou, qu’on fourre fuccef. fivement dans les trous pratiqués fur les quatre faces d’un noyau adhérent à la tringle viffée ; ce gareau efl (impie & d’un fort bon ufage.
- Gauchere , brodeufe habituée à avoir la main gauche fur le métier, pour avoir le jour en-dedans la main, comme pi. 2, fig. i.
- Les droitières fe placent vis-à-vis de l’autre côté du métier. Il ferait à de-firer que les brodeufes s’accoutumaf-fent à broder indifféremment des deux mains.
- Guipure , forte de broderie qui fe fait avec de l’or fin fur vélin ou fur fil,
- les brins d’or bien lifles & bien rangés à côté les uns des autres, & cou-fus de foie aux deux côtés du vélin. On guipe en clinquant fur fil, les objets les plus délicats ; on guipe en fri-fure & bouillon à points enfilés l’un après l’autre, comme pi. 4, fig. 7. Tous ces procédés laiffent tout l’or en-deifus, 011 ne voit à l’envers que les points de foie qui l’attachent.
- Hachebaché , fe dit des longs points de foie que les ouvriers fout fur la tailîure, pour exprimer quelques plis ou quelques ombres: on dit indif-tin&ement barpé ou hachebaché.
- Jais, verre fondu & filé en petits tubes de toutes couleurs. Les émail-leurs le vendent 4 livres l’once tout coupé par petits bouts de deux ou trois lignes. Pour l’employer en broderie , on l’enfile de laiton ou de foie bien cirée pour le coudre fur l’étoffe.
- Le jais de Milan eft plus égal de grof-feur & mieux coupé.
- Jaseron , très-gros bouillon qu’on emploie fans le couper, pour faire de riches nervures, ou les filets de différentes bordures.
- Jonc , gros trait d’or tourné en fpirale, dont on borde les blafons & croix d’ordres : il s’en fait de différentes grolfeurs.
- Lames, font des feuilles d’or ou d’argent battu & poli, de trois à quatre pouces quarrés, qu’on découpe avec le fer ou l’emporte-piece de la forme qu’on veut, pour les employer en-fuite en broderie. L’ufage des lames eft nouveau.
- On nomme aulîi lame, les clinquans de différentes largeurs.
- On emploie depuis quelque tems des lames d’argent vernies de différentes couleurs 3 comme le brillant eft fott
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- à la mode, elles font très-recherchées, quoique fort peu folides : on les nomme communément paillons. On les vend vingt - huit & jufqu’à trente livres l’once toutes découpées.
- Lancé : on dit que les points ne font que lancés, quand ils font trop longs.
- Lancée. On fait de la broderie lancée en foie tout en travers de l’objet, de telle largeur qu’il foit, d’une ou plu-fieurs nuances , puis rabattues en fens contraire par des foies très-fines. Voyez pi ^,fg. 6, 8c pl. 7 * fié- 4*
- Lattes , voyezpl. 1 ,fig 3, bandes de chêne de fix lignes d’épaifleur, de trois pouces de large, & longues à volonté : elles doivent être percées fur toute leur longueur, de trous rangés fur deux lignes alternes. La latte fert à tendre le métier en l’infinuant dans la mortaife de l’enfuble, & la fixant avec deux clous les plus diftans qu’il eft poffible, comme 6; il en faut deux pour chaque métier.Quand les lattes font trop minces, & qu’on tend beaucoup le métier, elles font fujettes à* fe cambrer ou à caifer ; on remédie au premier cas, en les arrêtant au tréteau avec une corde ; & pour le fécond cas, on a des lattes plusépaiifes vers le milieu, comme, fig. % , bis, fur - tout pour les grands ouvrages. Quand on n’a pas de lattes auflî longues que tout le développement de l’étoffe, 011 peut alonger celles que l’on a avec d’autres petites du même diamètre, en arrêtant l’une fur l’autre vers la moitié de leur longueur, avec des clous fichés dans les trous qui fe rencontrent, & quelques liens de ficelle, comme/, f,jtg. 6.
- Ligneul : ce font plusieurs fils écrus, cirés & dévidés fur une broche, qu’on coud à petits points de foie pour faire
- la première carcaffe de l’enlevure ; on en coud plulieurs les uns fur les autres , fuivant qu’on veut donner à l’objet plus ou moins de relief.
- Menne-lourd. O11 appelle ainfi de petits ébauchoirs de buis ou d’ivoire de différentes formes, comme/,/, pl. 1, dont les brodeurs fe fervent pour modeler leurs fils, à mefure qu’ils les emploient en broderie.
- Métier. On appelle métier, le chaffis auquel on attache l’étoffe avant de la broder, de telle grandeur qu’il foit. Tl. 1 ,fig. 6, repréfente le métier tout monté , compofé de deux enfubles gg,gg~, deux lattes c, c, quatre clous a, a , a, a, les ficelles /;,&,& le ga-reau dd. Les tourneurs vendent d’autres petits métiers tenant à des pieds mobiles, ou pour broder fur les genoux ; on ne s’en fert guere que pour des ouvrages d’amufement. Us en font de peints & vernis, armés de crochets & reflbrts à vis, dorés d’or moulu.
- Milanese : c’eft un cordon compofé de deux cordons de foie tors en fens contraire, enfuite réunis, tors & recouverts à volonté, plus ou moins riche, d’un ou de deux brins d’or ou de battu, que le tordeur fait courir delfus, pendant qu’un petit garçon fait tourner la roue qui tord la mi-lanefe.
- Les tordeurs travaillent dans de longues allées aux environs de la porte Saint-Denis. La milanefe fert à life-rer la broderie, quand on ne veut pas employer le cordon qui eft quatre fois plus cher. Il s’en fait de differentes formes & grofleurs : fon nom dit alfez fon origine.
- Nœuds. On en diftingue de trois ef-peces; 1°. les nœuds de fil ou de
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- foie, que les dames font en s’amu-fant avec la navette; ces nœuds fuc-ceffivement arrangés très - près les uns des autres, forment une efpece de cordonnet agréable, qu’on coud avec de la foie fur la furface de l’étoffe. On les dévidé par pelotes, & on les emploie à la broche.
- 2q. Les nœuds qu’on fait au bout de l’aiguillée, pour l’arrêter en-deffous de l’étoffe. Les brodeufes délicates évitent de faire des nœuds en travaillant; elles arrêtent leur aiguillée par deux ou trois petits points perdus dans les fleurs.
- 3°. Les nœuds qu’on met par ornement dans le cœur des fleurs ou aif-felles des plantes, pour exprimer les graines, font plus faciles à faire qu’à décrire. Voici à peu près comme on s’y prend :
- L’aiguillée étant arrêtée dans l’étoffe, on lui fait former une grande boucle fur l’étoffe , en tournant la main ; on pafie l’aiguille dans cette boucle, on la fiche tout auprès du premier point ; & pendant que la main de deflous tire l’aiguille, celle de deffus tient la boucle , & la fait couler à mefure qu’elle diminue, jufqu’à la partie de l’aiguillée qui touche immédiatement à la furface de l’étoffe, ce qui doit former un nœud. Pour qu’il foit plus fenlible, il a fallu enfiler plufieurs brins de foie d’une ou de plufieurs couleurs dans la même aiguille; on recommence autant de fois que le fu-jet l'exige; quelquefois même on fait des fonds entiers fablés de nœuds.
- Or. Tout l’or qu’on emploie en broderie n’étant que de l’argent doré, il y a beaucoup de degrés de dorure, qui augmentent ou diminuent le prix & la folidité.
- Prix en 1769.*
- L’or double furdoré, .. 96 liv. le marc.
- L’orfurdoré, ..... 88
- L’oràpaffer,...........82
- L’or pâle ou veiné . . 72 L’or verd, rouge & bleu, 82
- L’or frifé.............80
- L’or cordon, ..... 84 L’or de Lyon, . . . . 72 L’or de Milan, .... 68 L’or rebours,..........7f
- Tous les détails de ces matières appartiennent à l’art du tireur d’or.
- Po u r fai re 1 es gros cordons, il faut prendre de l’or filé à gauche qu’on appelle rebours, pour que le trait 11e caffe point en le tordant à droite.
- L’or de Milan n’a fa lame dorée que du côté apparent, ce qui le rend plus pâle. '
- L’or de Lyon eft d’un titre à dix livres par marc au-deffous de l’or de Paris.
- L’or trait eft un trait fin d’argent doré, qui n’eft filé fur aucune foie il cafle aifément.
- Or faux, c’eft du cuivre filé & doré plus ou moins : par les ordonnances, il ne doit être filé que fur fil ; il y a quelques cas où l’on déroge à l’ordonnance. Le prix en varie depuis 10 jufqu’à 24 livres le marc. On fait en faux les mêmes matières qu’en fin.
- Ordonner, c’eft deftiner fur le fond en repaffant avec une plume & de l’encre fur toutes les traces de la pon-qure. On ordonne fur les fonds bruns avec du blanc de cérufe, du maftico & autres couleurs claires & bien broyées. Il faut battre l’étoffe & la broffer quand elle eft ordonnée, pour nettoyer les reftes de la ponqure.
- Orfroi. Les bandes & le chaperon d’une chappe, les bandes d’une tunique , la croix d’une chafuble, les bandes
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- à R T D U B
- bandes riches d’un parement d’autel, s’appellent orfroi i on les fait très-fouvent d’une étoffe plus riche que le refte de l’ornement. Voyez pl. 6, jig. i, 2, 4, la diftribution des
- orfrois brodés.
- Paillettes : ce font de petits anneaux d’or applatis au marteau poli, au centre defquels il refte un petit trou propre à palTer l’aiguille pour les coudre.
- Il y a des paillettes de différentes grandeurs j elles ont chacune leur nom qui fert à les diftinguer. V. pi. ï,fig.j.
- j la très - grande, 2 la ronde, 3 la comptée, 4 la quatrième, y la troi-fieme, 6 la balzac, 7 la grande fe-mence, 8 la femence, 9 & 10 la
- ' quarantaine j après cela on a les paillettes qui fe font à l’emporte-pie-ce, en ovale/, cœur g, amande h, lofange i, quarré / , treffle »*, ro-fette n 9 étoile 0, ronde p, belle-vue q & r de la fig. g. Ou vend les paillettes ordinaires de quatre-vingt-dix à quatre-vingt- douze livres le marc, & les autres à proportion. Il fe fait aufîi des paillettes colorées une à une , qui fe vendent jufqu’à cent quatre-vingt livres le marc.
- Il fe fait aufîi des paillettes d’acier noir d’eau, pour les broderies de deuil. Les émailleurs tiennent aufîi des paillettes de verre noir fondu & percé à l’outil, mais trop épaiffes pour être employées en paillettes comptées comme les autres : tous ces menus ornemens fe varient à l’infini.
- Paillons , morceaux de lames d’argent vernis de différentes couleurs i il y a des ouvriers qui ne les colorent que quand ils font brodés Tome XIK
- R O D E ü B. *aj\
- en place. On les attache, ou en guipant de la frifure dans les trous qui les bordent, comme pi. p ,fig. 9 , bis, ou par de petits points de bouillon de l’un à l’autre trou, ou en les recouvrant à claire-voie , de foie de la même couleur, lancée en travers comme Jig. ij , ee qui les nue & fait un bon effet. On peut mettre des coups d’ombre en formation fur le fond. Pour ce dernier procédé, il ne faut pas que les paillons foient percés par le9 bords.
- Pâté ; c’eft un morceau de chapeau taillé en rond, de trois pouces de diamètre , quelquefois divifé par d’autres-.petites bandes de chapeau , comme pi. 1, fig. e. C’eft fur ce pâté que les ouvriers mettent par petits tas les différentes paillettes , frifure & bouillon, dont ils ont befoin pour travailler ; c’eft en quelque façon la palette du brodeur. Les pâtés font fiajets à être renverfés , fi l’aiguillée les accroche , ou fi le métier reçoit quelques fecouffes violentes. Il fe fait des ouvrages fi recherchés, qu’il faut plufieurs pâtés à un feul ouvrier.
- Perçoir , petit bâton de canne ou de bouleau, dans lequel eft emmanchée une aiguille bien pointue ; on s’en fert à piquer les defîins. Il faut tenir le perçoir très - perpendiculaire en piquant, pour que la ponçure puif-fe paffer librement au travers du papier. On fait des perçoirs très-commodes avec le manche des outils à broder au tambour.
- Piquer. Il faut piquer régulièrement à petits trous très-près les uns des autres, tous les contours, nervures, graines du deflin, même les traits E e
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- qui en annoncent les angles & retraites, en contenant le papier tout près du perqoir avec le doigt de la main gauche. Ce papier doit être pofé fur une ièrgeou une table garnie de drap. On pique fouvent quatre ou cinq papiers enfemble ; ces percés fervent à faire les deiïins marqués qu’on donne dans les différens atte-liers. Ce font ordinairement les en-fans. ou apprentifs qui piquent les deiiins : il ne faut que de la patience & de la routine.
- Pinces, outil d’acier qui fert à tirer l’aiguille en faifimt Penlèvure épailfe & dure.
- Point, on nomme ainfi la partie d’or ou de foie qui relie fur la furface de l’étoffe, chaque fois qu’on tire l’aiguillée en delfous ; ainfi on dit > point courte point long , point alterne , point jatiné, point fendu, c’eft celui dans lequel rentre le fécond point 5 point pajfe, c’eft celui qui embraftè en-deifus comme en-delfous la largeur de l’objet ; point perdu, c’eft ' celui qui fert à arrêter l’aiguillée en • commençant & en finiffant de l’employer. On appelle en cure, points perdus ^ ceux qui réuniffent plufieurs pièces de rapport enfemble ,2 parce qu’ils ne doivent pas paroître. Point, fe dit aufli du rapport qu’ont entre eux les petits points de foie dont on coud l’or couché, & qui forment par leur rencontre le point fatiné , point de chevron , point de ' lofange ou d’écaille , ou point de 2, 3,4, y ou 6 à côté les uns des autres ; ce qu’il ne faut pas confondre quand on fait travailler plufieurs morceaux pareils dans différens at-teliers.
- Point, fe dit encore du grain de fri-fure que l’ouvrier a fur fon pâté, & qu’il emploie un à un en l’enfilant ; ainfi on dit hachebachure de deux, trois ou quatre points.
- Poncettë , petit fac de groffe toile, contenant de la chaux vive bien pul-vérifée, quand on veut poncer en blanc fur des fonds bruns. Sur les ^étoffîs blanches ou de couleur claire, on fe fert de poncette de charbon de bois blanc, râpé & bien tamifé. jQuelques- uns font ieur poncette avec de la lie de vin bien brûlée : je l’eftime la meilleuie.
- On ponce encore les petits morceaux avec un tampon de feutre roulé & trempé detems en tems dans la pon-qure qu’on a dans un valè plat Ce procédé eftplus propre, mais moins expéditif.
- Pratique, eftmne chaînette d’or de fix ou neuf brins , fabriquée au boif-feau , que l’on coud par fa moitié intérieure furies contours extérieurs de la broderie de rapport, avant ou après l’avoir faite. Voy. pl.^^jig. y, b, b, b La pratique fert à recevoir le point d’aiguille qui coud la broderie quand elle eft faite, fur tel fond que l’on veut ; elle cache l’é-paiffeur du fond fut lequel on a brodé le rapport, & garantit l’ouvrage du coup de cifeau qui la découpe 5 allez ordinairement elle engage un peu les formes & les contours.
- Racher , c’eft alfurer & finir une broderie lancée ou1 cordonnets collés , par de petits points fymmétrique-ment arrangés.
- Rapport. U fe fait des broderies en rapport brodées fur toile6'- taffetas ou papier, que les brodeurs tiennent en
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- magafin prêtes à être appliquées fur tel fond qu’on voudra. Ordinairement ce font des bordures d’habits d’homme, quife vendent depuis dix-huit jufqu’à trente livres l’once, fui-vant les efpeces de paillettes qui l’en-richiffent.
- Rapport , eft auffi la maniéré de broder fur toile par parties détachées, les feuilles, fleurs ou galons d’un 'compartiment , ou les différentes parties d’un trophée, qu’on réunit enfuite les unes fur les autres après les avoir découpées chacune féparé-ment. Ce procédé donne un relief plus net & plusdiftincft à chaque objet , & coûte moins de peines à l’ouvrier.
- Rehaussé , fe dit quand on exprime les lumières ou les clairs d’un fruit ou d’une draperie brodée, par des points d’or ou d’argent mis après coup. La rehauffure fait en vieil-liflant l’effet contraire de ce à quoi on l’a deftinée : elle noircit & fait tache.
- Retraite , ce font des croix piquées fur les angles du deffin poncif, qui indiquent les points de renfeigne-ment du deffin à l’étoffe*, ou du def-lin à lui-même. La retraite fert auffi de guide quand on eft obligé de poncer plufieurs fois le même deffin à côté l’un de l’autre : ujie feuille , une graine, fervent de retraite.
- 11 fe fait des tailles d’habits ou de meubles par retraite ; c’eft-à-dire , qu’on ne deffine fur la taille, que les retraites du coupon, & les parties alongées ou raccourcies dans les endroits qui tournent j le coupon ponce le refte fur l’étoffe.
- On ne faurait être trop fcrupuleux fur l’exade rencontre des retraites.
- 2*7
- Réseau. On en emploie de différentes richeffes , pour fervir de fond à des compartimens ; quelquefois on l’a-chete tout fabriqué au boiffeau par les ouvriers de Saint-Denis, ou de Villiers- le-Bel ; celui que les brodeurs font à flaiguille eft beaucoup meilleur & plus correét. On s’en fert
- * beaucoup pour les grands habits de cour j on en fait des mantilles : on brode deflus en foie ou en paillettes ; on en recouvre quelquefois les paillons : on en emploie dans les bordures d’habits d’homme, commepl. 4,
- fig- f •
- Rouet a main : c’eft une machine de fer dont les brodeurs fe fervent pour faire des bouts de milanefe ou de cordon , pour échantillonner, ou dans des momens preflés. V. pi 1 , fig- 7-
- Rouet. Il faut au maître brodeur un rouet pour tracaner & devider les foies, & les mettre en bobines. On trouve ces rouets tout faits chez les tourneurs. Voyez pl. 3 , jtg. 3.
- Roule , Rouler. On roule l’éteffe autour de l’enfuble, plus ou moins de tours fuivant fa largeur, pour que les ouvrières puiflènt atteindre, fans trop fe gêner, jufqu’au milieu.de l’étoffe tendue ; c’eft même par le milieu du métier qu’il faut commencer les morceaux riches & la broderie en chenille, pour 11e la pas froiffer : on déroule à mefure que l’ouvrage avance. Chaque tour d’en-fuble s’appelle un roule ; le demi-tour, un demi-roule, &c.
- S, marque que l’on voit fur les bobines d’or de Lyon, & qui indique la groffeur de l’or. Voyez l’article Bouts.
- Satiner , c’eft coudre un ou deux E e ij
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- brins d’or à côté les uns des autres fur enlevure, de maniéré qu’on ne voie point de foie.
- On farine en foie les plumes, cheveux, crinières -y & dans les tableaux nués, Ces chofes fe brodent en fui van t le fens des ondulations.
- Soies. On emploie en broderie de tentes fortes de foies.
- La foie de Grenade de toutes couleurs ; le prix en varie foi van t le plus ou te moins d’abondance : la livre de foie eft de quinze onces.
- La trème d’A lais ou trëme de Perfe, pour les belles fleurs.
- L’organfin Mefone noir pour le deuil; c’eft une foie fine & torfe.
- La foie plate que les ouvriers refendent avec les doigts en brins auffi fins qu’ils le défirent. On s’en fert pour broder les tableaux.
- Le capiton , pour les fonds d’ouvrages communs, & la tapiiferie.
- SûRBfcC : c’eft une foie de couleur quelconque , fur laquelle le tordeur a fait courir un trait d’or battu. Il faut coudre le forbec; il caiferoit en le paflant dans l’étoffe.
- Supports, animaux & figures brodés en laine ou en foie , pour les armes de caparaçons & couvertures de mulets & chariots d’armée. Quelques brodeurs- tiennent en magafin des fupports tout brodés en rapport de différentes grandeurs.
- Taille. Prendre la taille, c’eft pofer un devant d’habit, une houife, v le morceau qu’on veut broder ) fur un papier blanc de la même grandeur , & piquer avec un pe’ qoir tous les contours qui font tracés fur l’é-tofle, ou qu’elle indique par fa coupe. Faire la taille, c’eft répéter ie coupon du defon clioifi & piqué, en le
- défoliant foiyant les contours; Fart eft d’alonger ou raccourcir les parties du coupon fans le corrompre, fuivant qu’il fè trouve plus ou moins gêné dans les parties tournantes. Les brodeurs font communément faire leurs tailles par les deffinateurs ; ils les piquentr & elles leur fervent à poncer également les deux devants d’un habit, les deux côtés d’une houflè, plufieutrs pentes ou morceaux pareils , en retournant le defo fin ou poncif quand il en eft befoin> ce qui s’explique ainfi : poncer fur le doux & fur le rude.
- La taille fert auffi à juger fi l’étoffe ne s’eft pas étendue ou alongée en tendant le métier ou'en brodant: on préfente la taille for l’étoffe,. & l’on voit fi les contours fe rencontrent bien jufte les uns fur les autres; s’il y a quelque différence, il faut bander les lattes ou lâcher les ficelles jufqu’à ce que les contours foient bien pareils. Cette opération s’appelle mettre en taille : il' fout la faire avant de coller l’ouvrage.
- Tambour, eft une efpece de métier à pied ou à mettre fur les genoux^ il ne fert guère que pour broder en chaînette. Il y en ,a de plufieurs formes. Voyez pl i, fi g. 8 & 9-
- Tatignon , meuble de cuivre ou de fer-blanc, dans lequel l’ouvrier a fa chande) le. Chaque ouvrier a fes mou-chettes dans fon tatignon pofé fur le métier, bien garni de papier. Quelques-uns y ajoutent un garde-vue.
- Teste : ce font des paillettes très-minces & un peu embouties par le fa-briqu'-nt.
- Torcha * écheveau d’or ou de foi©
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- c«upé par aiguillées , & renfermé dans un papier ou parchemin roulé, un peu moins long que les aiguillées, & relié d’un petit cordon. Voy. pl. i, fig. 9. On tire les aiguillées une à une avec la pointe de l’aiguille à mefure qu’on en a befoin.
- TournettEs : ce font deux cylindres d’ofier à claire-voie, mobiles fur un arbre perpendiculaire, dont l’un eft fixé dans un banc, & l’autre dans une couliflè mobile, qu’on fixe à la dfftance convenable à l’étendue de l’écheveau de foie qu’on veut dévider , avec une vis de bois qui en-grene dans le banc. Voyez pl. 2, B , de la vignette.
- Les tournettes portent la foie, & en facilitent le devidage par leur mouvement.
- Tracaner , c’eft furvuider l’or ou la foie d’une bobine fur une autre à l’aide d’un rouet & de la brochette.
- Trait , fil d’or ou d’argent rond & très-fin, fans foie deffous ; on l’emploie plus finement couché que pafle : la fineife le rend facile à caffer. Ne pourrait-on pas, pour les ouvrages précieux, en filer d’or pur ?
- Trelissër, c’eft faire de larges points noués avec de la ficelle, le long des deux extrémités qui regardent les lattes. Ces points noués, qu’ôn appelle trelijfage, fervent à recevoir les ficelles qui doivent tendre le métier Ce procédé fupplée au galon dont on pourrait border l’étoffe pour
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- la conferver : il eft plus expéditif. Voyez pl. 1, fig. 6, ii i i.
- Tréteau , efpece de banc de trois pieds de haut, dont la tablette peut avoir cinq pouces de large. C’eft fur cette tablette que rcpofent les bouts de l’enfuble oppofés à la chan-latte. Voyez pl. 2, fig. c, c. La tablette doit être percée de quelques trous vers fes extrémités, pou recevoir au befoin une cheville de fer qui fert à arrêter le métier, & empêcher que les brodeufes ne le pouf, fent à terre en s’appuyant contre.
- Velin , peau de veau préparée par un parcheminier; on le découpe avec un fer, après l’avoir teint en fa-fran & l’avoir deffiné : ces découpures donnent un petit relief à la broderie en guipure, quelquefois même au paffé. La peau de vélin coûte 24 à 50 fols : on peut au befoin lui fubftituer le parchemin fort, mais il eft moins convenable. Les rognures fervent à faire de la colle.
- Vernis : c’eft un cordonnet d’or & de foie couleur maron, qu’on couche à petits points fur l’épaiffeur des morceaux d’enlevure. Pour les broderies communes, on fe contente de noircir fes épaiffeurs avec un pinceau trempé dans l’encre.
- On emploie d’autre vernis en toutes couleurs) c’eft un fil d’or fur lequel le tordeur fait courir une foie fine, pour imiter l’aventurine : on peut le paffer à l’aiguille.
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- ... JJWffr»-.,. ====-?.-=* =T*gjfë=sss—±J! iUm —-—i
- EXPLICATION DES FIGURES.
- P L A N C HE I.
- Elle reprêfente les outils du brodeur.
- JFigure a , perçoir de canne ou de bouleau.
- Figure b, perçoir à manche à vis de bois ou d’ivoire.
- Figure c 9 poncettes noires ou blanches : elles font faites de même.
- Figure ddd9 bobines de différentes formes 9 la troifieme fait voir fur l’extérieur de la patte la marque du poids de la bobine, & celle de la grof-feur de l’or.
- Figure e , pâté chargé de petits tas de différentes paillettes & de frifure.
- Figure ff, menue-lourd ou ébauchoir de buis ou d’ivoire.
- Figure g, bouriquet de carton qui refte fur le métier, & dans lequel ,les
- ouvriers amaffent les bouts d’or écorché, les paillettes mai faites, & tout
- ce qui n’eft bon qu’au déchet. Ce déchet appartient au maître.
- Figure h, tatignon. de cuivre qui porte la lumière de l’ouvtier.
- Figure i i i i, emportes - pièces d’acier, tranchantes par le bas , de différentes formes , fervant à tailler les paillettes dans un morceau de lame î ces paillettes fortent d’elles-mêmes par le haut de la petite hotte k k kr à mefure que l’on frappe fur la tète de l’outil avec un maillet pour en fabriquer d’autres. Plufieurs brodeurs font leurs paillettes eux-mèmes.
- Figure l9 maillet de buis pour frapper fur l’emporte-piece quand on veut faire des paillettes.
- Figure m9 petit marteau de fer pour frapper fur le poinçon qui fait les trous des grandes paillettes & paillons.
- Figure n , brochette de fer, emmanchée de bois, enfilant une bobine prête à être devidée.
- Figure o9 hirondelle de carte ,.fur laquelle on dévidé la foie plate & les noeuds. '
- Figure p p, dés piqués de trous de différentes groffeurs.
- Figure r, diligent compofé d’un tablette q, fur laquelle eft élevé un chaffis r,r,r; ce chafïis'porte trois brochettes de fer s, s ,s9 dans lefquelles on enfile les bobines chargées d’or qu’on vçut mettre en broche. Ces brochettes font contenues par un petit tourniquet t tt 9 qui bouche le trou par où elles ont forti pour enfiler les bobines.
- Sur le devant de la tablette q, eft élevée à gauche une roue de fer engrenant dans un pignon c9 le tout porté par un chaffis de fer fixé fur la tablette avec deux vis.
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- A droite de la tablette q, eft un petit montant de bois u, traverfé d’un verrouil de bois, garni d’un point de fer parallèle à l’axe du pignon; c’eft entre ce verrouil & le pignon qu’on ferre la broche b, fur laquelle on veut dévider l’or. Un autre petit verrouil oblique , placé dans l’épailfeur du montant k, en le pouffant un peu, contient le premier & l’empêche de reculer, quand on tourne la manivelle a, pour mettre l’or en broche. La tablette q eft bordée ^d’une petite tringle de bois pour contenir les cifeaux & le déchet.
- Figure q, torche de parchemin contenant l’or à palfer.
- Figure r, la broche chargée d’un refte d’or en deux brins , dont les bouts doivent toujours être paflés dans la fente de la tète a, en travaillant.
- Figure s , aiguille préfentant la boucle pointue x, qu’il a fallu faire pour réuffir à enfiler de la laine.
- Figure 11, fers à découper ; l’un des deux eft garni de bandes de peau vers le bas de fa lame , pour empêcher l’ouvrier de fe couper.
- Figure u y chapelet de plulieurs bobines chargées de foie ,'enfilées ainfi de peur qu’elles ne s’égarent.
- Figure 2 , enfuble de bois garni de fa fangle : il en faut deux pour chaque métier.
- Figure 3 , latte de chêne, fervant de traverfe aux enfubles ; il en faut deux : les trous /, z, i, z, fervent à recevoir les clous qui arrêtent les enfubles.
- Figure $ , bis, autre latte épailfe pour les gros ouvrages.
- Figure4, gareau de fer à levier, pour bander le milieu du métier.
- Figure f , autre gareau de fer à vis.
- Figure 6 , métier tout tendu b g g, les enfubles i b b b, les lattes ; d d, le gareau en place ; a a , les clous ; i i i, le treîilfage ; h h, les ficelles ; k, l’étoife re-préfentant le deffin d’un léger lez de jupe , prêt à être brodé.
- Figure 7, rouet à main , compofé d’une double croix de fer 0000, formant un chaflis à la roue k ; & aux quatre pignons dans lefquels elle engrene, l’axe de ces pignons préfente un crochet r r r: c’eft à ces crochets qu’on attache les foies qu’on veut tordre; l’autre bout des foies eft attaché à un clou ou anneau, dans quelque coin de la boutique. Le brodeur tient de la main gauche le manche de fon rouet; de la droite, il fait tourner la manivelle & la roue , les pignons & la foie attachés à leur axe. Quand il juge que fes foies font alfez torfes, il les détache & les réunit à un feul crochet ; puis tournant à rebours, il fait un cordon gros à volonté/S’il veut le faire très-gros , il multiplie le nombre des foies de chaque crochet.
- Le brodeur ne fe fert de cette machine que pour des échantillons ou chofes prelïées : il y a des tordeurs en titre pour tous les cordons & milanefes.
- Figure >8 , tambour à pied , garni de fon taffetas a , fervant d’enveloppe à l’excédent de l’étoife b. c, petit cylindre creux, contenant la bobine d’or.
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- d,genouil de cuivre pour tourner le tambour à volonté. e, tige verticaleqtii s’embdite dans le pied du métier, & s’élève à volonté à l’aide de la vis fi g, petite boite pour ferrer l’or & les cifeaux.
- Figure, 9 , autre tambour à mettre fur les genoux. Il eft compole d’un® édifie a a, fur laquelle on étend l’étoffe qu’on tend avec la ceinture & la boucle b b. L’écliffe eft arrêtée par deux vis à deux jambes verticales, qui n’em-pèchent point fa mobilité. Aux deux bouts de la tablette d, font deux boites à coulifles pour ferrer l’or , l’outil & les cifeaux ; & fur la tablette eft un petit axe e, pour porter la bobine d’or quand on travaille. Ces deux tambours fervent à faire la chainette au crochet.
- Figure 10, enfuble de fer garnie de fa iàngle : il en faut deux pour chaque métier.
- Figure 11, tringle de fer viffée , tenant lieu de latte pour le métier de fer. On fait entrer les bouts de cette tringle dans le trou des enfubles ; puis on en fait agir le pas de vis à l’aide de la petite clef h.
- Figure 12, outil pour broder au tambour, a , l’aiguille terminée en hameçon , arrêtée par la vis b, dans le manche c , de bois, d’os, ou d’ivoire. Ce manche eft creux , & peut fervir d’étui pour contenir plufieurs aiguilles.
- Figure 13 , clou à tendre : il en faut deux.
- Figure 14, clou ou cheville pour fixer les enfubles dans l’écart que leur a donné le clou à tendre : il en faut quatre.
- Planche II.
- La vignette A repréfente la boutique ou attelier d’un brodeur.
- 1Figure 1, un brodeur finiffant de bander le métier avec le clou à tendre j il tient dans la main droite le petit clou qu’il doit fubftituer au grand , quand le métier fera affez bandé. J’ai dit qu’il failait mai de pouffer la latte avec fan genou.
- Figure B, les tournettes pour devider la foie.
- Figure c, le tréteau qui porte le métier d’un bout.
- Figure d d, h chanlatte qui porte l’autre bout du métier.
- Figure c, métier qui finit d’être tendu > & fur lequel eft tracé un derrière de chafuble.
- Fugure fi, métier accroché au mur en attendant qu’on le deffine.
- Figure g, autre métier fur lequel eft tendue une vefte appliquée fur canevas.
- Figure h, métier où travaillent une droitiere l, & une gauchere i, une main deffus & l’autre deffous.
- Figure m, le gareau qui bande le métier par le milieu.
- Figure n, maniéré dont font placés les clous à tendre, maillets} emportes-pieces 5 &c. dans les boucles d’un cuir cloué au mur.
- Figure
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- 'Figure o 9 pallier plein de bobines vuides, prêtes à recevoir la foie.
- Figure z, fleuron deiîîné fur l’étoffe, prêt à recevoir les pièces de rapport expliquées à côté, a, a, a, les traits d’encre qui deffinent le fleuron. b, première emboutiflure de chapeau, coufue de points de foie, c, autre emboutit ïure plus petite, pour augmenter le relief. Figures j , ? , 3 , ? , les parties du fleuron deffinées féparément : les traits perpendiculaires montrent les premiers fils de l’enlevure.
- Figure 4, 4, 4, 4, montrent les mêmes parties du fleuron, avec les fe* tonds fils qui.recouvrent les premiers en travers.
- Figure ç , f, f, f , les mêmes parties du fleuron, dont tous les fils font couverts d’or fatiné, en fens contraire aux derniers fils. Les graines a, a, dont fatinées en or trait.
- Figure 6, 6,. 6, 6, les mêmes parties du fleuron, liferées de cordon, dont les bouts o9o,o, 0, font reftés plus longs, pour être paffés dans l’étoffe quand on les rapportera l’une fur l’autre.
- Les revers a, a, a, a, féparés, brodés en clinquant guipé ; b, b,b, b, les mêmes revers mis en place, fig. 7. On colle ces différentes parties, on les découpe, puis on les rapporte comme à la figure 8 , en commençant par c , puis d, puis e, puis fi
- Si ce fleuron eft deftiné à faire partie d’un deffin plus confidérable, on le colle, on le découpe, puis on le fixe par quelques points perdus, dans 1* place qui lui eft deftiné e.
- Planche III.
- Figure 1, repréfente une partie de tableau d’ornué. A, partie du tableau qui n’eft que deffinée au trait. B, partie du tableau où les fils d’or ne font que lancés. C, partie du tableau dont les fils d’or font recouverts plus ou moins de points de foie d’un même fens, pour exprimer les nuances & les ombres. D, partie d’une figure qui eft fatinée en foie nuée tout d’un fens & {ans or deffous j l’autre moitié n’eft que tracée.
- Les cheveux fe font en foie, fuivant les différens fens que les boucles indiquent.
- Figure z , fleur - de - lis commencée à être gaufrée , avec les progrès des différens travaux, a, a, a, les fils lancés à deux lignes les uns des autres, après que la fleur - de - lis a été deffinée. b, b, l’or coufu de deux en deux fils, c, c , les points plus courts, pour décrire exactement la forme, g, g, le cordon qui lifere la fleur - de - lis quand elle eft tout-à-fait gaufrée. /,/, le bout du cordon qu’on paffe au travers de l’étoffe en commençant & en finiffant.
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- Figure % repréfente le rouet à devider & à tracaner la foie : tout le monde en connaît l’ufage.
- Figure 4, flamme du manteau de Pordre du Saint-Efprit, avec la marche du clinquant dont on la guipe.
- Figure f, maniéré dont le bout de cordon eft pris dans la boucle de l’aiguille à pafler les bouts , quand on veut le faire paffer en - deflbus.
- Figure 6, repréfente une rofe en broderie lancée tout d’un feus, de plusieurs nuances, & cariotée ou rabattue de foies fines. Les points qui font indiqués fur la rencontre de chaque carreau e9 e, e, marquent ceux qu’on doit faire pour aifurer & fixer ces carreaux.
- Figure 7, repréfente une rofe nuée à points, & le fèns de tourner les points de foie a, a9 pour donner du mouvement & de la grâce à chaque feuille.
- Figure 8, repréfente de gros canevas, & la marche du petit point en tapif-ferie, d’angle en angle des fils du canevas, & fe recouvrant de même.
- Figure 9, canevas fin, fur lequel eft repréfenté, a, a, la première marche du gros point en tapiiferie. b, b, repréfente la fécondé marche , le point croife & recouvre le premier, le nourrit & cache abfolument les fils & les jours du canevas.
- Figure 10, autre morceau de canevas fur lequel eft à peu près repréfenté une partie de compartiment plaquée en deux nuances de gros point.
- Figure 11, préfente un morceau de canevas, fur lequel on a fàittracer le deflin avec du filozelle, pour indiquer les nuances.
- Planche IV.
- Figure 1, repréfente une bordure d’habit brodé , partie en couchure 8c partie en guipure , avec les ornemens qui y font propres, a, a, le trait du deflin. b, b , feuilles couchées en chevron, c , couchure de deux points, d , d9 paillettes attachées d’une croix d’or, e, e, rond couché en tournant, g, g, clinquant pliflé, dont la moulure eft ornée, h, h, fils placés d’efpace en efpace pour varier l’effet de la couchure qui doit les recouvrir. les queues des fleurs qui fe font ordinairement en frifé couché. k,k,\e raccord du coupon de broderie. /, /•', mofàïque de clinquant plat & de boucles ’de frifure. m, m, repréfente le vélin coufu à petits points pour être recouvert en guipure. n, n9 n, repréfente la guipure qui recouvre le vélin ; & la maniéré de la conduire avec la broche CL o, o, <?, repréfentent les refentes du vélin, & les points de foie qui attachent l’or dans ces refentes, quand l’objet eft trop large pour être fait d’un feul point, p > graines de fteurs faites d’un point de bouillon & d’une boucle de frifure. <i, <px
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- fond d’un galoit en couchure, orné de quelques paillettes. r,r, paillettes nommées belle-vue, attachées par un bout de deux points de frifure i la queue de frifé attache l’autre bout, s, s, revers de clinquant guipé, t, t, le frifé dont on lifere la couchure pour lui rendre fa forme, u, u, u, montre les ombres & les formations foie dont, on peut orner la couchure.
- Figure $, repréfente la bordure des habits de MM. les lieutenans généraux , & les différentes maniérés de l’exécuter. maniéré dont le delîin eft tracé en blanc fur le drap bleu. b9b9 maniéré d’arrêter le premier point d’or en commençant à travailler. c9c9c9c, fens dont on prend le palfé un peu en biais de chaque moulure, & écartant inlènfiblement chaque point pour tourner en d, d , fans faire la fcie ou dent de chien. /,/, le delfous du ruban exprimé par un palfé très-étroit qu’on appelle barbiche. g ,g, les moulures dentelées qui fe font quelquefois en frifure guipée, & le milieu du ruban A, A, k, en paillettes comptées.
- Figure f , repréfente une bordure d’habit en rapport, a a, le trait du defltn. b, b, la pratique qui borde tous les contours extérieurs, d, d9 les premiers fils du rézeau à l’aiguille, e, e, les féconds fils du rézeau à l’aiguille./,/, les points fur la rencontre de chaque fil ou carreau du rézeau. g g? le rézeau au boilfeau, qu’on a couTu tout autour fous les fleurs avant de faire les paillettes. h , h, repréfente des feuilles de laurier, brodées en paillettes comptées ; la nervure i9i 9 en frifure guipée j les rofes q, q , en paillons attachés de frifure.
- Quand tout eft brodé, on ne voit plus que la moitié n , n , n , de la pratique ; ce qui foliit pour recevoir le point d’aiguille qui coudra cette broderie fur l’habit.
- Figure 6, maniéré d’enfiler la paillette & la frifure , pour broder en paillettes comptées.
- Figure 7, bois exprimé par trois points de frifure & trois points de bouillon guipés alternativement.
- Figure 8, la pratique.
- Planche V.
- Figure i, repréfente le clinquant plifle.
- Figure 2 , le cordon à liferer les compartimens : on en fait de plufieurs groffeurs.
- Figure % bis, repréfente la milanefe : on en varie la grofleur.
- Figure z. A repréfente un gros cordon de foie couvert d’un battu, & re* couvert à claire-voie de deux autres petites milanefes.
- Figure % , paillettes comptées , attachées chacune d’un grain de, frifure formant ui\ feul trait. -
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- Figure 4, paillettes comptées , attachées alternativement d’un & de deu3C points de frifure.
- Figure , paillettes comptées, armées de barbes de frifure en épi, ce qui s’appelle paillettes griffées. »
- Figure 6, paillettes comptées , coufues de foie, & recouvertes de trois brint d’or trait.
- Figure 7, repréfente les différentes paillettes à compter, i, la très-grande. 2 , la ronde. 3 , la comptée. 4, la quatrième, f, la balzac. 6, la troifîeme. 7, la grandefemenee. 8, la femence. 9 & 10, la quarantaine.
- Figure 8 ,/, ovale ; g, cœur ; h, amande ; i, lofange ; /, quarré ; m, trefle > n , rofètte ; o, étoile ;p , ronde ; q, r, belle-vue de deux grandeurs.
- Hgure 9, paillons percés, & la maniéré de les border en frifure guipée.
- Figure io, nœuds que font les dames en s’amufant.
- Figure 11 , épargne des morceaux qui compofent la figure 12.
- Figure ig, branche de feuilles, de paillons , recouvertes de foie de différentes nuances plus ou moins ferrées.
- Figures 14, a, a, jais coufu de différentes longueurs, formant une aigrette, le nœud c , c , en margueritains & autres petits grains.
- Figure 1 f, nœuds à deux cotés , faits à la navette.
- Planche VI.
- Figure 1, repréfente deux lez de latin de deux aunes chaque, lefquels étant affemblés, fufKfent pour faire toutes les parties d’une chafuble, étole , manipule & bourfe j ainfi qu’elles font tracées.
- Figure 2, une demi-aune de fàtin pour le voile de calice, a , la maniéré de placer la croix, b , b j le galon qui fait l’encadrement.
- Figure 3 , plan d’une tunique , & la proportion des orfrois. a , le devant;' b ,\q derrière; c, c, les manches; d, trou pour paffer la tète-,e,e,c, les galons ; fi, fi, les orfrois de broderie.
- Figure 4 , plan d’une chape./,/1,/, les lez effemblés, & le feus de les mettre ; g, g, les ofrois ; h, le chaperon ; /, frange ; a , la bille ; 1,1, les galons.
- Figure f , mitre d’evèque , à laquelle eft attaché le fanon m. Le fanon n, vu dans fi forme exadte. La mitre fe fait ordinairement de glacé 0 r tilfu d’or & d’argent, brodé plus ou moins riche dans le goût du delîin.
- Planche VII.
- Figure 1-, réf réfente - un caparaçon en petit, qui a été exécuté en dorure pour le roi de Portugal, ainfi qu’on peut en juger par le blafon. Les ombres
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- annoncent à peu près les reliefs 8c élévations qu’on peut donner aux différentes parties qui compofent tout Penfemble. Ces différentes parties ont été d’abord brodées féparément , puis réunies comme nous l’avons dit ailleurs. Les hachures du blafon en indiquent les couleurs.
- Figure 2, repréfente la moitié d’une houffe de cheval, brodée dans le dernier goût en dorure & paillettes. Les lignes ponctuées a,a, montrent ce qu’il a fallu remplir en toile pour tendre le métier, ainfi que nous l’avons dit ailleurs.
- Figure 3, repréfente les pinces d’acier dont on fe fert pour tirer l’aiguille, quand on travaille à de l’enlevure très-épaiffe & fort dure.
- Figure 4, feuille de vigne en foies lancées & rabattues de différeus feus.
- Planche VIII.
- La figure 1 repréfente le deffin1 d’habit de brevet. Pour diftinguer feS principaux courtifans, Louis XIV avait inventé en l’an 1664, des cafaques bleues brodées fur ce deffin en or & argent. La permiffion de les porter était une grande grâce pour des hommes que la vanité mene; on les demandait comme le collier de l’ordre. Cet empreffement a diminué ; mais quoique la forme des habits ait changé, ce deffin fait encore jouir des mêmes privilèges, a, a ,a , fleurs brodées en barbiches d’or, b, b ,b, broderie en paifé d’or. c,c, effeuilles en paffé d’argent. d3d,d, fond en paffé de cordon.
- La figure 2 repréfente une bordure d’habit brodée en 1717, avec des enjolivemens de frifure & bouillon, a, a, a, a, feuillages brodés en paffé d’or, b ,b ,b, fond de cordon, c, c, c, petits agrémens de poires & de boucles en frifure & bouillon. Obfervez qu’il n’y a pas encore de paillettes dans ces habits, les plus magnifiques du tems j elles 11’étaient pas encore inventées.
- Planche IX.
- La figure 1 repréfente une bordure d’habit faite en 1744, pour le premier mariage de monfieur le Dauphin: elle eft toute en paffé j on y voit feulement quelques paillettes a>a,a, entourées de boucles.
- Figure 2 , autre bordure d’habit exécutée pour le fécond mariage de monfieur le Dauphin, en 1747. Tout y eft en paillettes comptées û,d3a, & en graines de lin b, b 9b, que peu de tems après on a nommées belle-vue9 à caufe qu’elles fervaient au deffin d’uniforme pour les entrées de Belle-vue.
- Figure 3 , bordure brodée en chaînette d’argent, en 1768.
- Plan che X.
- La figure 1 repréfente une bordure d’habit brodée fur fond d’or en 1770, pour monfieur le Dauphin, a} a 3 fleurs préparées par quelques points de fil
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- pour donner du relief aux paillettes & paillons, b, le rézeau fait par-deffus un paillon rouge, c, c, rofettes entourées de frifure. d9d9d9 elfes de paillons rouges. e9 e 9 e 9 fond de frifure guipée./,/, autres fleurs de paillons fans rézeau deflus. g>g,g9 des diamans attachés par leur chaton, pour exprimer des graines de fleurs. h9h9h9 autres paillons recouverts en foie. On aurait pu choifir un deflin plus ingénieux.
- La figure 2 repréfente une autre bordure d’habit, aufli pour le mariage de monfieur le Dauphin, a 9 a, a, montre les points de fil pour donner un peu d’élévation aux paillons, b, b, b, les paillons d’or, ornés de petites graines de frifure. c,c9c9 les autres parties du deflin exécutées enpaiîettes comptées. d9d, d9d, fleurs d’opales, montées exprès fuivant le deflin, & attachées par leur chaton. Toute cette broderie, faite fur un fond glacé bleu & argent, a parfaitement réufli.
- La figure $ repréfente une autre bordure d’habit, exécutée pour le mariage de monfieur le Dauphin. a9 a,at paillons bleus, attachés par les bords avec quelques points de foie, b, b, les ;mèmes paillons recouverts fle rézeau d’argent. c, c, c, le rézeau orné de fleurettes en petits paillons lilas, &• les queues en frifure guipée. d9d9d, bordure de marcaflite, montée à charnière & coufue fur l’étoffe. e9e, deflous du ruban en paillons bleus, recouverts à plomb en foie brune, Le fond de l’habit argent glacé de lilas.
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- ART
- U CIR IER
- Par M* Duhamel du Monceau.
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- ART
- DU C I R ï E R.
- Augmenté de plujîeurs réflexions qui ont été fournies à M. Duhamel .. du Monceau par M. Trudon , propriétaire de la mantifaiïure royale des cires> établie à Antony près Paris. (*)
- .. --.rr.T-e» - • •
- I. Ïl n’eft pas queftion préfentement de parler de la façon d’élever les abeilles , ni de détailler les précautions qu’on doit prendre pour, augmenter leur population, pour ramalfer les elïàimss comment on rogne les gâteaux, pour s’approprier une partie du travail des abeilles fans leur faire un tort confidérable ; comme on les tranfporte d’une ruche dans une autre pour enlever leur cire & leur miel fans les faire périr, comme il arrive quand
- ( * ) Je n’ai trouvé dans le dépôt de l’académie que quelques deflfms, avec une def-cription fort abrégée des pratiques de Caen & d’Angers, où il ne s’agifl’ait que des principales opérations ; il n’y avait aucune planche gravée , & point de mémoires de M. de Réaumur. Comme j’avais étudié le blan-chifiage & le travail de la cire dans la manufacture de feu M. Prouteau, qui était dans le voifinage de nos terres , je m’étais chargé de cet art; mais j’avais befoin de me rappeller des idées fur un art dont j’avais interrompu l’examen depuis vingt ou vingt-cinq ans. J’ai trouvé ce que je defi-rais dans plufieurs petites fabriques dçs Tome XIV.
- environs de Paris, d’Angoulême, &c. ce qui m’a mis en état de faire la defcription de cet art. Mais depuis la leéture que j’en ai faite dans une aifemblée de l’académie , M, Trudon , qui tient à Antony une des plus belles fabriques du royaume, & qui s’eft beaucoup occupé de la perfection de fon art, m’a communiqué avec franchife des mémoires qu’il avait faits fur le travail de la cire, & il m’a donné tous les éclaircif-femens que je pouvais puifer dans fa ma-nufaéture. Je me fais un plaifir.de déclarer que j’ai profité de tous ces avantages pour rendre mon ouvrage plus parfait.
- Gg
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- ART DU C 1 RI ER.
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- on les étouffe avec la vapeur du foufre ; enfin quels font les moyens de les exciter au travail. Je renvoie, pour ces détails infiniment curieux, à ce qu’en ont dit M. Maraldi dans les Mémoires de l’académie , M. de Réaumur dans fon Hiftoire des infeéles , M. Bazin dans fou Hiftoire naturelle des abeilles j au même Recueil des mémoires, où j’ai donné quelques obfervations fur cette matière ; enfin ,aux ouvrages de Swammerdam & de plusieurs auteurs qui ont traité expreffément de l’éducation de ces mouches & de leur produit. La maniéré de travailler la cire eft le feul objet qui doive nous occuper. Je fuppofe donc qu’on a une bonne provision de ruches ,/?/./, fig. 3 , remplies de gâteaux bien fournis de miel; ii faut commencer i9.\par retirer les différentes efpeces de miel qu’ils contiennent ; z°. purifier là* cire & la fondre pour en faire des pains. Ce travail qui regarde ordinairement ceux qui élevent les abeilles , formera le premier chapitre, dans lequel nous lait ferons la cire jaune en l’état de gros pains, & telle qu’on la trouve chez les épiciers.
- 2. Dans le fécond chapitre il fera queftion de blanchir cette cire : en conféquence nous aurons à détailler le travail des blanchifferies ; i°. tout ce qui regarde rétablitfement d’une blanchiiferie ; z°. comme on purifie la cire; 30. comment on la gresle ; 4®, comment on l’étend fur les toiles; fo. enfin, comment on la moule en petits pains pour la vendre aux ciriers, qui la travaillent alors de différentes façons pour leur commerce.
- Le troifieme chapitre traitera de l’emploi de la cire , pour en faire, io. des bougies filées & roulées ; z°. des cierges; 30. des flambeaux de poing, des torches, &c. & d’autres ouvrages où la cire entre comme acceffoire , ou comme matière principale.
- CH.A PITRE PREMIER.
- Manière de retirer le miel des rayons, & de donner à la cire la» première préparation.
- 4. ï^ous avons averti que ce qui doit faire l’objet de ce premier chapitre, n’appartient pas tant au travail du cirier , qu’à celui des propriétaires des mouches à miel. Ce font eux qui fondent la cire pour la réduire en gros pains jaunes ; & c’eft en cet état que les blanchiffeurs l’achetent pour l’étendre & la blanchir fur leurs toiles, en un mot, pour la mettre en état d’être façonnée par les ciriers.
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- ART DU C I R I ER. in
- Article premier.’
- Maniéré de retirer le miel des rayons ou gâteaux vuides des mouches.
- La plupart de ceux qui élevent des abeilles , dans la crainte de leurs aiguillons, étouffent avec la vapeur du foufre ces précieufes ouvrières, pour s’approprier leur travail. D’autres, pour conferver leurs abeilles, les font paffer dans une ruche vuide , & ceux-là regardent comme très-important qu’il ne refie point de mouches dans les ruches dont ils veulent retirer les gâteaux : ils ont foin, quand ils\nt fait paffer les moudies de cette première ruche dans une vuide, de brûler du foufre fous la ruche qu’on vient de vuider, afin d’en tirer toutes celles qui pourraient y être reliées malgré les précautions qu’ils auraient prifes pour leur faire abandonner leur ouvrage. Ainfi, aufli-tôt que les mouches font forties d’un panier, on le tranfporte promptement dans un lieu éloigné pour le foufrerj & pour cet effet on met la ruche fur un trou fait en terre, & dans lequel on brûle du foufre , C, fig. 2. Enfuite on porte les ruches dans une falle fraîche , dont les croifées foient exadlement fermées avec des chaffis garnis d’une toile de canevas, quipuiffe, en donnant paffage à la lumière du jour, interdire l’entrée aux mouches qui font dans le voifinage ; car lorfque quelques-unes du dehors trouvent moyen d’y pénétrer, elles font fi friandes de miel, que bientôt tout le lieu s’en trouve rempli, & il n’ell pas aifé d’y pouvoir travailler en liberté ; on fera même bien, s’il s’y en était introduit quelques - unes, d’enfumer ce lieu avec du chiffon ou du foin mouillé, pour en éloigner celles qui voudraient y pénétrer, ou étourdir celles qui y feraient déjà, afin qu’elles ne puiffent pas piquer les ouvriers.
- 6. Dans le Gâtinois , nous fommes encore plus attentifs £ conferver les abeilles. Si-tôt qu’une ruche eft à peu près vuide d’abeilles, on la tranfporte dans une falle baffe, ou dans une cave : les mouches qui relient dans la ruche, n’ayant plus leur reine, fe retirent vers le haut de la ruche, où on les trouve raffemblées en un peloton , comme un petit effaim. On porte la ruche vuide de gâteaux auprès d’une fenêtre vitrée j là, avec un plumeau, on détermine les mouches à fortir de cette ruche. Elles en fortent en effet affez volontiers ; car étant privées de leur couvain , de leurs provifions , & n’ayant plus de reine, il femble que le courage leur manque ; elles montent le long des vitres , & elles fe raffemblent au haut des croifées en forme d’efïaim. Ce qu’il y a de fort fingulier, c’efl qu’aucune de ces mouches ne s’avife de s’attacher au miel qui efl à leur portée ; au lieu que celles du dehors s’y jettent avidité *
- & en ramaffent le plus qu’elles peuvent, non pas tant pour s’en nourrir, que pour le porter à leur ruche. Quand le propriétaire des mouches voit les
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- pelotons attachés aux croifées fuftîfamment groflis, après les avoir un peu. enfumés, il les fait tomber dans un pot qu’il a foin de recouvrir ; & il le porte* fans perdre de tems, auprès de fes ruches , où retrouvant leurs camarades, elles fe mettentauffi-tôt à travailler avec ardeur. Si en mettant les mouches dans le pot, on apperçoitune mere , on la met à part , & on l’enferme dans un cornet de papier. Celle-ci fert à ranimer l’activité du travail dans les ruches qui manquent de reine. S’il arrivait que le paquet de mouches fût trop gros , on le mettrait feul dans une ruche avec une mere, & par ce moyen on fe procurerait un bon elfaim.
- 7. Sans m’arrêter plus long-tems fur ces détails , Je vais paler de la façon de retirer le miel. A mefure que l’on ôte les rayons des ruches, on met à part les gâteaux qui 11e font point noirs, ainfi que ceux qui ne contiennent point de cire brute, ni de couvain. C’eft ordinairement fur les côtés des ruches que fe trouve le plus beau miel; celui des rayons du centre de la ruche eft moins parfait. On pafle légèrement un couteau fur les gâteaux pleins de beau miel, pour rompre les couvertures des alvéoles , & emporter le miel épais , qui fe trouvant immédiatement fous ces couvertures de cire, empêcherait le miel liquide de s’écouler : on rompt enfuite les gâteaux en plulieurs morceaux ; 011 les arrange dans des vafes de terre percés par en-bas , f,fig> 4, ou dans des corbeilles , ou bien fur des claies d’olier, ou fur une toile de canevas tendue fur un chaffis. Le plus beau miel, celui qu’on nomme miel vierge, celui qui eft le plus blanc, qui fort des gâteaux les plus parfaits, coule peu à peu de lui-même, comme de l’huile, dans les vafes de terre vernilfés qu’ort a foin de pofer pour le recevoir. Comme lorfqu’il fait froid le miel eft figé, & qu’il faut un certain degré de chaleur pour qu’il foit plus coulant, il ferait à propos , lorfqu’il fait froid, de tenir les corbeilles dans un air tempéré > mais ordinairement ces opérations fe font dans l’été, & alors l’air eft fuffifamment chaud : s’il arrivait qu’il le fût trop, le miel deviendrait trop liquide , & l’on en perdrait une partie. Il eft bon de remarquer que dans le mois de juillet, lorfque les mouches travaillent à force à ramalfer du miel, auffi-tôt qu’elles arrivent des champs , elles dépofent dans les rayons qui font au-bas de la ruche , celui qui eft le plus coulant, & qu’elles le tranfportent vers le foir dans les rayons du haut de la ruche , où il acquiert plus de foli-dité. Si dès la pointe du jour 011 change les paniers , on trouve les rayons d’en-bas vuides ; il on les change vers les onze heures , ils fe trouvent remplis d’un miel très - coulant, & qui s’échappe par gouttes avant qu’on ait eu le tems de les mettre fur le canevas : ce qui caufe une perte , parce que ce miel qui eft très - coulant , eft fort bon, & qu’il fe cryftallife dans les pots.
- 8- Quand on a retiré le premier miel, on brife les gâteaux avec les mains, fans lespêtjir ; on y joint ceux qui font moins parfaits j tout cela produit du
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- miel d’une moindre qualité, dont la couleur jaune eft caufée par une petite partie de cire brute, produite par la poufliere des étamines des fleurs, mêlée d’un peu de miel, & dont plusieurs alvéoles fe trouvent remplies.
- 9. Quelques-uns , pour retirer ce fécond miel , patient légèrement les gâteaux à la prefle ; mais ce miel eft moins pur, & il contracte un goût de cire que n’a pas le miel blanc, qui a été retiré par inftillation. Ôn met ces diiférens miels dans des pots que l’on tient dans un lieu frais ; ils y fermentent & jettent une écume mêlée de la poufliere des étamines, qui par fa légèreté , fe porte à la furface ; on a foin d’enlever ces fubftances étrangères avec une cuiller : lorfque l’on a l’attention de bien trier les gâteaux , ce fécond miel eft encore aflez bon.
- 10. Enfin , on pétrit entre les mains les gâteaux vieux & nouveaux, même ceux qui contiennent de la cire brute , ayant feulement grande attention de n’y point mettre les rayons qui contiennent du couvain. Si par négligence il s’en trouvait dans le miel, il le ferait fermenter, il s’aigrirait, & perdrait toute fa valeur. On forme avec les rayons une efpecede pâte qu’on met fous la prefle, pour en retirer le miel le plus groflier , & qui eft allié avec beaucoup de cire brute qui fe trouve dans plufieurs alvéoles : c’eft ce qu’on appelle miel commun, ou miel à lavement. Pour déterminer ce miel à couler , il y en a qui humedeiit cette pâte avec une petite quantité d’eau chaude , car il faut prendre garde de noyer le miel. Si cette eau était bouillante , elle pourrait tellement attendrir la cire, qu’une partie fe mêlerait avec le miel commun , & cauferait.une perte confidérable, parce que ce miel ne vaut que trois ou quatre fols la livre , au lieu que la cire la plus commune, & qui n’eft pas propre à être mife au blanc, fe vend depuis 30 jufqu’à 3 f fols.
- 11. Il y a une grande différence entre la qualité de ces miels : fi le miel blanc vaut douze fols , le miel de la fécondé qualité ne fe vend que huit, & le miel le plus commun ne vaut, comme nous l’avons dit, que trois ou quatre fols.
- 12. On dépofe ces différentes efpeces de miel dans de petits barrils, ou dans des pots de grès, pour les vendre aux épiciers. On préféré le miel nouveau au vieux, parce que celui-ci tombe en firop , & que fouvent il devient âcre. On veut de plus, qu’il foit blanc , grené, & qu’il ait une odeur aromatique. Le plus beau miel peut fervir à faire des confitures plus communes que celles que l’on fait avec le fucre. On en fait aufli quantité de firops , des liqueurs, & du pain-d’épice.
- 13. Le miel de la fécondé qualité s’emploie aux mêmes ufages, & aufli à faire du nouga, du miel rofat, de l’hydromel, & plufieurs autres préparations à peu près femblables.
- 14. Enfin , le miel commun eft deftiné à des ufages beaucoup plus grofliers,
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- & principalement à mettre dans les lavemens anodins, & dans les médicamens qu’on applique extérieurement. Le miel pris intérieurement, eft peétoral & laxatif 5 appliqué à l’extérieur , il eft réfolutif.
- i f. On fait la récolte du miel en différentes faifons. Dans plusieurs provinces du royaume , cette récolte s’exécute depuis la fin de juin jufqu’au commencement de feptembre : ce qui fert de réglé pour le tems, c’eft d’attendre à vuider les paniers, que les eflaims foient fortis, & de ne les pas vuider non plus affez tard pour que les mouches ne puiffent pas faire, avant les fraîcheurs de l’automne , des récoltes de miel fuffifantes pour les faire fubfifter pendant l’hiver ; c’eft pour cela que nous vuidons nos ruches après la récolte des fainfoins , afin que les mouches puiffent réparer dans le tems de la fleur des bruyères , des chenevieres bâtardes (*), du mélilot, des farrafins, &c. le tort qu’on leur a fait. On court plus de rifque d’affamer les abeilles, quand on les fait changer de panier, que quand on fe contente de les rogner. C’eft pourquoi on peut rogner les forts paniers, lorfque la faifon eft plus avancée ; & au printems l’on ôte une partie des gâteaux que les abeilles ont vuidés pendant l’hiver.
- 16. On apperçoit déjà que le miel eft tout fait par les abeilles; que nous n’avons aucune préparation à lui donner ; qu’il nous fuffit de lavoir le retirer des.alvéoles ; & l’on voit en gros ce qui conftitue les différentes elpeces de
- -miel : mais nous omettrions bien des chofes intéreflàntes, fi nous nous bornions à ces généralités ; il convient donc d’entrer dans quelques détails fur la nature du miel.
- 17. On a cru long-tems que le miel, en latin met, était une rofée qui tombait du ciel ; on fait maintenant que la matière qui forme le miel, eft une fécrétion de la feve qui doit s’opérer principalement dans les fleurs : c’eft ce que les botaniftes appellent le nectar. On croit qu’il en fuinte aufll des feuilles de quelques arbres, principalement dans le mois de juillet ; car on voit dans ce tems-là, les mouches attachées à recueillir une fiibftance fucrée qui recouvre quelquefois les feuilles des tilleuls, des frênes , des érables, ' des aulnes , des chênes, &c. Dans les fleurs, cette humeur eft féparée du refte de la feve, par des efpeces de glandes qui fe trouvent dans les fleurs même : ce ne&ar déjà préparé par les organes des végétaux, fe ramaffe au fond des fleurs. O11 convient affez généralement, que le nedtar que les abeilles tirent des fleurs, a befoin d’éprouver quelques préparations dans leur efto-mac. Cette queftion au refte n’eft pas totalement éclaircie : on fait que le miel très-liquide que les mouches dépofent dans les rayons du bas de la ruche, eft plus épais lorfqu’il a été tranfporté dans ceux du haut; mais 011 ignore ce qui s’eft pu paffer dans l’intervalle de ce tranfport.
- ( *) Virga. aurea Virginiana, Zanoni.
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- l8 Quoi qu’il en foit, la rofée ou l’Humidité, loin d’être favorable à la formation de ce ne&ar fi recherché par les abeilles, le diffout & l’altere au point de rendre cette même liqueur pernicieufe aux abeilles qui s’en'nourrirent. Les perfonnes qui s’occupent à élever des abeilles , favent que les récoltes de miel font mauvaifes dans le tems des pluies, & que ces laborieux infe&es font alors attaqués d’un-dévoiement qui en fait périr un grand nombre , principalement quand l’air eh froid. Dans la fuppofition que la faifon ne foit ni trop pluyieufe, ni trop froide, le ne&ar ou le fuc mielleux qui eft la matière qui doit devenir un vrai miel, s’épafîit dans les -fleurs; l’abeille fait ramaffer cette liqueur, lorfqu’elîe eft épanchée, ou même la tirer des réfervoirs où la nature la tient en dépôt : ces réfervoirs font certains corps glanduleux, différemment placés, & diverfement figurés , fuivant les diifé-rens genres de plantes. Les abeilles avalent ce neétar, dont une portion fert fans doute à leur nourriture ; mais celle qui doit être dépofée dans les alvéoles , reçoit, par le miniftere de leurs inteftins, une préparation qui change la fiibftance mielleufe en véritable miel.
- 19. On a vu plus haut, que le miel le plus parfait eft celui qui coule de lui-même des alvéoles : mais il faut comprendre que nous entendons feulement que c’eft le plus parfait de la ruche ; car la qualité des miels varie beaucoup fuivant les plantes qui l’ont fourni aux abeilles. O11 donne la préférence à celui qui eft le plus blanc : celui qui fe grene le mieux & qui s’endurcit au fond des pots , eft préférable à celui qui devient en firop, & qui fumage. Il faut aufli que le miel ait une odeur aromatique, & que cette odeur lui foit naturelle} car il y a des marchands qui favent l’aro-matifer avec des plantes odorantes, telles que les fleurs de romarin, &c. Le miel vaut beaucoup mieux dans les provinces où il croit beaucoup de' plantes aromatiques , que dans celles où les fleurs des plantes îl’ent point d’odeur : celui que les mouches ramaffent fur le genêt, a une odeur de: pois verds.
- 20. Quelques-uns, pour rendre le miel plus blanc, le mettent dans des terrines, & le battent avec des palettes, comme les pâtifïiers battent lés blancs-d’œufs qu’ils emploient} mais ce miel qui prend un œil blanc n’eft point grené. D’autres y mêlent de Padmidon ou de la fleur de farine. Il eft facile de reconnaître cette fraude , en mettant fondre le miel dans de Peau claire : alors la farine qui 11e fe diflout pas dans l’eau , la rend laiteufe. Plus le miel eft blanc, plus il eft eftimé } mais il faut fur-tout rebuter celui qui a une odeur aigre. On fait cas aufli des miels qui, en bouillant, jettent peu d’écume.
- 21. Ce qu’on nomme cite brute , eft un mélangé d’une fubftance raieil-leufe , avec la pouftiere des étamines des fleurs } & ceux qui élevent des
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- mouches , eflaient , quand iîs font dans le cas de nourrir leurs mouches , d’imiter ce mélange , en joignant au miel une purée épaifle de feves de marais (*). . . t
- 2.2. Comme l’extradion du miel fe fait par ceux qui donnent la première ? préparation à la cire, j’ai cru qu’il convenait d’en dire quelque chofe.smais je ne m’étendrai pas davantage fur cet objet qui peut être regardé comme étranger à l’art du cirier. —
- Article I &
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- Di la cm jaune, de fa pnmiin purification, & di la manieri de la mettre ’ en pains.
- 23. La cire jaune eft une fubftance huileufe , jaunâtre, aflez dure, qui fe trouve dans les ruches des abeilles. Ces mouches la forment avec les étamines des fleurs, qui reçoivent peut-être, comme nous l’avons dit, une préparation importante dans leur eftomac, ou toute autre forte de digeftion : ce qui eft certain, c’eft que les petits grains des étamines ne peuvent.fer réunir quand 011 les pétrit ; ils ne font point dudiles entre les doigs , ni fufi- r blés à la chaleur. Si on les expofe au feu, ils brûlent, & ne laiffent que du -charbon : fi l’on jette cette pouflîere dans l’eau, elle fe précipite au fond : au contraire, la cire eft pêtriffable, fufible , Ipécifiquement plus légère que l’eau : il faut donc que la pouflîere des étamines acquière, de la part des abeilles, quelque chofe de la propriété des grailfes.
- 24. Il ferait déplacé de s’étendre ici fur l’analyfe chymique de la cire > mais il 11’eft pas hors de propos d’avertir que, quoique la cire ait une certaine dureté quand elle eft froide, elle fe réduit prefqu’entiérement en liqueur lorfqu’on la diftille. Dans cette opération, il paffe beaucoup d’une eau légèrement acide ; & fi l’on interrompt la diftillation, au lieu de trouver dans la cornue une matière plus feche que la cire, on n’y voit qu’une fubftance plusmiolle , ou une elpece de beurre qui, étant diftille 9 fournit de l’huile : feize onces de cire fourniffent plus de neuf onces de flegme acidulé, & trois onces d’huile il eft fingulier qu’il y ait autant d’eau dans une fubftance aufli inflammable.
- 25". La cire s’attendrit & même fe fond à la chaleur ; & au contraire elle fe durcit au froid, & devient prefque friable : en brûlant, elle fournit une flamme claire, fans prefque donner de fumée, & ne fait point fentir de mauvaife odeur.
- (*) On nourrit très-bien les mouches à miel avec la compofition fuivante : miel,fix livres ; purée de lentilles , un quart de litron ; vin blanc, un poiffon.
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- 26. J’ai dit que, quand on diftille la cire fans intermede >ilpafle dans le récipient une huile épailfe & une liqueur légèrement acide ; j’ajoute que, li la cire qu’011 diftille eft blanche, il ne refte prefque point de réfidu : la cire jaune en laide davantage, ce qui eft fingulier ; car la fubftance grade & colorante que le foleil & la rofée emportent, rélifte plus ici à l’action du feu , que la vraie cire que le foleil ne peut attaquer.
- 27. Par les rectifications chymiques, l’huile épailTe perd de fa confiftance & de fà mauvailè odeur.
- 28. Ces opérations de chymie font foupqonner que la cire eft formée, ainfi que les fubftances réfineufes , d’un acide & d’une fubftance huileufei néanmoins la cire ne fe diiiout point auffi parfaitement dans l’efprit-de-vin , que les rétines.
- 29. Si l’on diftille la cire avec diiférens intermèdes , les produits font différens les uns des autres, fui van t les fubftances intermédiaires qu’on aura employées, & qui agillent différemment fur les parties intégrantes de la cire.
- 30. Ces remarques pourront aider à faire comprendre ce qui doitréfulter des pratiques des ciriers 5 il eft bon néanmoins d’ètre encore prévenu qu’à l’aide des alkalis , on peut faire avec la cire, comme avec la graiffe , un favon qui fe diifout dans l’eau.
- 3 1. On fait que les mouches conftruifent, avec leur cire , de petites loges hexagones , dont les parois font fort minces , 8c qu’on nomme alvéoles, fig. i) : comme ces alvéoles fe touchent immédiatement , elles forment, par leur réunion, ce que l’on appelle des gâteaux ou rayons, fig. 16. Une partie de ces alvéoles eft deftinée à contenir le couvain, c’eft-à-dire, les vers & les nimphes qui doivent devenir par la fuite des mouches ; d’autres alvéoles ne font remplies que de cire brute, qui eft la nourriture particulière & foiide dont les mouches font ulage. Enfin, d’autres alvéoles'font remplies de beau miel : celles-ci font exactement fermées d’un petit couvercle de cire.
- 52. Les gâteaux nouvellement faits , font les uns d’un jaune clair & ambré, & les autres très-blancs : tous jauniifent avec le tems, & même ceux qui fe trouvent placés au haut des ruches , deviennent d’une couleur brune, tirant fur le noir ; c’eft ce qu’on appelle de la cire, maurine (*). Comme ces cires de différentes couleurs peuvent blanchir fur les toiles, on Les pétrit enfemble, comme nous l’avons dit, pour en retirer par la prelfe le miel commun.
- 33. On 11e retiro que feize ou dix-huit onces de cire, d’une ruche où l’on avait mis, un an auparavant, un bel eftairn , 8c qui fe trouve bien remplie de rayons. Si l’on ne retire cette cire qu’au bout de deux ou trois
- ( * ) Maurine ou rnaurefque, à caufe de fa couleur noire.
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- ans, quoique le nombre des rayons ne foit pas augmenté, on en retirera deux livres, ou deux livres un quart. Cela prouve que les mouches augmentent , dans cet intervalle, l’épaideur de leurs alvéoles. Au refte, ce que je dis fur le produit des cires par panier, ne doit pas être regardé comme ïme réglé générale ; car fur un nombre de ruches, on ne doit guère compter l’une dans l’autre , que fur douze onces par ruche.
- 14. La cire jaune, ou la cire telle que la font les abeilles, eft formée par la vraie cire, je veux dire, par la cire blanche, & une fubftance colorante qui parait être une huile grade , moins fixe que la vraie cire. Le féjour de >a cire brute & du couvain dans les alvéoles, contribue à altérer la couleur de la cire que font les abeilles ; & en la fondant, cette cire brute contribue encore à augmenter cette couleur jaune (*). Je dis que la fublfance colorante eft grade, parce que la cire jaune eft plus onctueufe que la blanche ; & je dis qu’elle eft moins fixe que la cire blanche, parce que la ro-fée & principalement le foleil Penlevent : c’eft même une queftion de (avoir fi la rofée contribue à blanchir la cire. Quelques-uns penfent que le foleil feul la blanchit. Et en eifet, fi l’on met de la cire fur les toiles en mars ou en avril, elle y blanchit ; mais au bout de quatre mois elle redevient jaune ; ce qui n’arrive pas aux cires qu’on a mifes fur Tes toiles dans les moison il y a peu de rofée, & où le foleil a beaucoup d’aétion.
- 3 y. D’ailleurs on fait que la rofée emporte peu à peu les huiles par ex-preffion, qu’on emploie pour les peintures, aiufi que la couleur naturelle du chanvre & du lin.
- 36. La première préparation de la cire confifte à la purger de tout le miel que la preffe n’a pu enlever. Pour cet effet, on met la pâte qui fort de la preffe, tremper pendant quelques jours dans de l’eau claire ,. & l’on a foin de la remuer ‘de tems en tems, pour laver la cire, & didoudre le miel,, ou, comme on dit, pour la dèmulkr. Cette opération fe fait dans des baquets m, pi. I, fig. $ , établis en chantier fur des tréteaux, ou fur un bâtis de charpente affez élevé pour qu’on puiffe mettre des fceaux n, au-deifous des robinets, pour pouvoir retirer l’eau fur laquelle la cire nage. La légéreté de la cire fait qu’il n’y a point à craindre que. les robinets s’engorgent; d’ailleurs il n’eft point nécedaire que la cire foit bien égouttée , puifqu’on eft obligé de mettre de l’eau dans les chaudières où. on la* fait fondre.
- 37. Quelques-uns prétendent que la cire qui a ainfi trempé dans l’eau, refte toujours plus grade que celle qu’on tient bien féchement & ceux-là,
- (*) Dans les fabriques on appelle cire des étamines des fleurs, & d’une fubftance: luute la cire jaune; mais ceux qui elevent mielleufe, dont plulieurs alvéoles fe trou~ les abeilles, nomment cire brute le mélange vent remplies..
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- four démieller leur cire , l’étendent au fortir de la prelfe fur des draps, près des ruches : alors un nombre prodigieux d’abeilles fe raifemblent fur cette cire, qu’on a rompue en petits morceaux; elles en fuceilt le miel qui eft à la furfàce ; elles féparent cette cire en petites parties ; & au bout de quelques jours, elle fe trouve réduite en parcelles aufti petites que du fon, & eft parfaitement démiellée, fans qu’il y ait la moindre diminution de fon poids;car les abeilles qui font très-friandes de miel, 11e font aucun cas de la cire.
- 38. La fécondé & la plus importante préparation de la cire, s’exécute en la faifant fondre pour la paffer dans un linge qui retient les corps étran* gers. Et pour cela, on met dans une grande chaudière de cuivre, pl.I, fig. 6, afl'ez d’eau pour la remplir au tiers. Quand cette eau eft prête à bouillir, on y met peu à peu autant de pâte de cire, qu’il en faut pour que cette chaudière foit remplie aux deux tiers, en entretenant au-delfous un feu modéré. L’eau en bouillant fait fondre cette cire, que l’on a foin de remuer avec une fpatule de bois, afin d’empêcher qu’elle ne s’attache aux bords de la chaudière, où elle pourrait fe brûler. J’ai dit qu’il fallait que la chaudière ne fût pleine qu’aux deux tiers , parce que , comme la pâte de cire fe gonfle beaucoup, elle fe répandrait fi le vailfeau était trop plein, quelque attention que l’on ait de la bralfer pour diminuer ce gonflement, en donnant une iffue à l’air & aux vapeurs.
- 39. Quand la cire commence à fondre , alors on diminue le feu ; & lorsqu'elle eft entièrement fondue, on la verfe avec l’eau fur laquelle elle nage, dans des fies de toile forte & claire, & on la met auffi-tôt en prelfe,/?/. /, fig. y ou 8, pour exprimer la cire qui eft en fufion ; ou bien on verfe tout de fuite la cire fondue dans la preife faite en forme de coffre, dont je don* lierai ci-après la defcription.
- 40. La cire qui coule hors de la preife, eft reçue des vafes I,fig. 7, &E»
- fig. 8, où il eft boii de mettre de l’eau chaude, pour que les cralfes fe précipitent. c
- 41. Je remarquerai, en palfant, qu’il faut éviter de ne pas beauconp cuire la cire, parce qu’elle deviendrait trop feche, catfante & brune : cette couleur eft d’autant plus fàcheufe qu’elle 11e peut être enlevée ni par le foleil, ni par la rofee. Il ne faut pas s’inquiéter lî l’on ne retire pas toute la cire par la première fonte : celle qui refte dans le marc 11’eft pas perdue ; 011 la retire par une fécondé fonte & une fécondé expreflion ; pour cela on jette dans des baquets avec de nouvelle eau, le marc qui refte dans les facs, où il fe démielle ainfi pendant quelques jours; enfuite on le met avec de l’eau dans la chaudière, pour le traiter comme on a fait la première cire ; & enfin , par le fecours delà prefle, on obtient encore un peu de cire. On peut encore
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- verfer de l’eau bouillante fur les fies pendant qu’ils font fous la preffe, pour entretenir la cire en fufion, & la déterminer à couler plus aifément. Il paraîtrait peut-être fuperflu de mettre ce marc dans les baquets pour y relier quelques jours, puifque le miel qui eft beaucoup plus aifé à fondre que la cire, a dû être emporté dès la première fonte : il femblerait même plus à propos de le mettre tout de fuite dans la chaudière ; mais on a éprouvé qu’on en retirerait moins de cire ; & à cette occalion je dois faire obferver que , fi l’on prend un rayon récemment formé par les abeilles, & dans lequeldl n’y a point encore eu de miel, on en peut retirer par l’eau , & encore mieux par i’efprit-de-vin , une lubftance fucrée & mielleufe. Quand cette fubftance a été retirée de la cire , elle en devient plus maniable : il eft probable qu’en mettant la cire dans l’eau , comme nous l’avons dit, on, enleve cette partie étrangère à la cire.
- 42. A mefure que ce qui eft forti du prelToir fe refroidit, la cire fe fige , & elle fe fépare de l’eau , d’où on la retire par morceaux, & Ton enleve avec une lame de couteau les fàletés qui relient adhérentes au-deifous de ces morceaux : ces craifes font rejetées dans les autres fontes. Enfuite , pour en former des pains , on remet la cire fondre dans la chaudière avec de l’eau ; & quand elle eft fondue qu’elle a été écumée , on la verfe dans des terrines, ou autres vailfeaux verniifés p, fig. 6, dans lefquels il y a un peu d’eau ou qu’on a frottés d’huile : ces vailfeaux doivent être plus larges par le haut que par le fond : la cire fe fige en fe refroidiiiànt , & elle fè moule en gros pains q, fig. 6 , tels qu’on voit la cire jaune expofée en vente chez les épiciers. On doit préférer , pour cette opération , de mettre de l’eau dans ces vailfeaux, plutôt que de les enduire d’huile, i°. parce que l’eau-ne coûte rien, 20. parce que l’huile communique toujours un peu de gras à la cire.
- 4$. On eftime plus la cire en gros pains qu’en petits , qui font ordinairement trop cuits: quand les uns & les autres font tirés des moules, on emporte encore avec la lame d’un couteau les faletés qui fe trouvent attachées à la cire, & on les réferve pour les remettre dans les premières fontes.
- 44. On doit, dans cette fécondé fonte, encore plus ménager le feu que clans les précédentes, & mouler la cire auflî-tôt qu’elle eft fondue ; car c’eft une réglé générale, que la cire brunit à chaque fonte ; & fi on la lailfait trop long-tems expofée à l’aeftion du feu, au lieu d’être onclueufe , elle deviendrait feche & caifante ,-.ce qui eft réputé être au moins.un grand défaut dans les bonnes manufaétures , quoique dans quelques blanchilferies, où l’on- fait de la cire commune , 011 préféré cette cire feche à l’autre, par la raifon qu’elle eft à meilleur marché, & qu’elle peut admettre plus de graiffe : nous en parlerons dans la fuite.
- 45. Ceux qui, dans les provinces, achètent les ruches des payfans pour
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- fondre la cire en gros pains , fopIndiquent quelquefois cette cire jaune avec des graiifes & de la térébenthine ; mais les ciriers connaiifeurs favent bien la diftinguer de celle qui eft pure , en la t mâchant, foit par le goût de graiife, foit à quelques autres lignes qui leur font familiers par la grande habitude qu’ils ont contractée. Par exemple, après l’avoir mordue, fi en féparant les dents , on entend un petit bruit, c’eft ligne que la cire n’eft point,alliée de graiife -, & le contraire fait juger qu’on y a introduit de la grailfe.
- 46. La cire en pain non iophiftiquée doit avoir uiie odeur mielleufe, qui
- ne foit point défagréable ; elle doit être onétueufe, fans être grade ni gluante, & elle doit avoir une couleur plus ou moins jaune , fuivant les. plantes du pays quifren ont fourni les matières aux abeilles. L’odeur des cires varie encore alfez fenfiblement pour que les connailfeurs puilfent diftinguer de quelles provinces elles font apportées. < '
- 47. Néanmoins dans une même ruche , & dans la même faifou, on trouve
- des gâteaux fort blancs, & d’autres qui font de couleur ambrée. Ordinairement les unes & les autres blanchiment également bien. Nous parlerons dans la fuite de certaines cires qui ne blanchiifèlit jamais parfaitement y ce défaut vient probablement de la qualité des pouflieres des étamines que les abeiiics ont travaillées. - ’
- 48 Quand on a mis fous la preife des rayons très-chargés de cire brute , cette fubftance donne à la cire une couleur jaune & foncée. Pour lui cner -cette couleur, on jette la cire fondue dans de l’eau , on la lave , & on l’y laide féjourner quelque tems, En la refondant enfuiteon obtient une cire dont la couleur eft plus fatisfaifante.
- 49. Si l’on conferve long-tems à l’air k cire en pain, la fuperficie perd fa couleur jaune, & elle devient d’un blanc fale, ce qui ne 'diminue cependant point de fon prix.
- fo. Les menuifiers & les ébéniftes emploient de la cire jaune pour donner du luftre à leurs ouvrages, auftibien que les frotteurs des planchers des appartenons. On en fait aulli des bougies pour la marine, parce que dans les pays chauds, le fuif devient trop coulant. Suivant les diftérens rits, l’églife emploie dès cierges de.cette cire, & dans quelques chapitres l’on en diftribue des bougies-pour les afiiftances. Enfin on en fait uiûge pour les fceaux de chancellerie. C’eft aulfi cette cire jaune qu’on emploie pour faire dftférens onguens, des cérats & des maftics: les fculpteurs en font une compofition mêlée de graiife, pour faire, leurs modèles. Nous reviendrons dans la fuite fur tous "ces,, u page s 5 maisj compléta plus-grande partie de la cire ne s’emploie qu après avoir, .été .blanchie 'nous allons entrer maintenant dans le détail de qette opération, mî;;- ib .• ... : > î ? - -
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- Maniéré de blanchir la cire.
- fi. Ï^ES pratiques employées pour blanchir la cire jaune, font à peu près les mêmes dans toutes les blanchifferies du royaume. S’il y a des cires plus feches les unes que les autres, c’eft parce que ceux qui les blanchiffent, les ailient avec moins de fuif, ou qu’ils n’y en mettent point du tout: s’il y en a de plus blanches & de plus tran{pareiltes les unes que les auttes^c’eft que les blanchiflfeurs entendent mieux leur art, & qu’ils apportent plus d’attention à leur travail, & encore parce qu’il fe trouve des cires jaunes de différentes qualités: les unes fe blanchiifent aifément} d’autres demandent à refter plus long-tems fur les toiles ; enfin d’autres ne peuvent jamais acquérir un beau blanc. Nous reviendrons encore fur cet objet après que nous aurons parlé de l’établiffement général d’une blandhifferie.
- Article premier.
- Choix de Remplacement pour t etabliffement d'une manufacture.
- y 2. Toutes les fabriques ne font pas aufli confidérables que celle de M. Tru-don, parce que chacun proportionne l’étendue d’un pareil établiffement au travail qu’il peut faire ; mais dans l’un ou l’autre cas, il eft néceffaire, autant qu’il eft poflible, de choifir un emplacement éloigné de toute montagne , des forêts & des grandes rivières, pour n’ètre point expofé aux grands vents qui troublent les opérations, & qui occasionnent des pertes confidérables aux ma-nufa&uriers. Il faut encore fe tenir éloigné des grands chemins trop fréquentés, d’où il s’élève pendant l’été beaucoup de pouflîere. Le voiftnage des verreries, des faïanceries, des fours à chaux, des forges & fourneaux, eft encore à éviter, à caufe des fuliginofités que le vent peut porter fur les cires.
- 57. Comme le travail de la cire exige beaucoup d’eau, il eft bien avantageux d’avoir à portée d’une blanchifferie, une fource de belle eau qu’on puiffe conduire, par fa propre pente, dans les différens ouvroirs, & principalement dans la fonderie. Il eft vrai qu’on peut fe procurer de l’eau par le moyen des pompes ; mais il eft bon d’éviter cette augmentation de frais.
- f4. Les bâtimens doivent être proportionnés à l’étendue du travail qu’on veut faire. Dans les petites fabriques, ainfi que dans les grandes , il faut avoir néceffairement dans le rez-de-chauÆee une fonderie & un magafin pour les
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- cires jaunes. Dans celles où, comme à Antony, on travaille les cires qui y ont été blanchies, on y pratique d’autres atteliers pour la fabrication des bougies, des cierges , des flambeaux & de toutes fortes d’autres ouvrages de cire. A l’étage fupérieur, on fe ménagera des magafins carrelés & plafonnés , pour y conferver les cires rubanées. A mefure que l’occafion s’en préfentera » je m’étendrai fur ce qui concerne particuliérement chacun de ces objets.
- Article IL
- Defcription abrégée des ujlenjiles nécejjaires pour le blanchijfage de la cire.
- 5” f. 1 °. Une chaudière de cuivre A, planche I, fîg. 9, étamée en coquille, afin que l’étamage dure plus long-tems. Cette chaudière eft évafée par en-haut; elle a un bord de 4 ou f pouces de largeur qui s’incline vers le dedans, pour que la cire qui tombe deflus fe rende dans le bain. La forme du fond de la chaudière eft aflez femblable à une coquille d’œuf ; à 4 ou f pouces de ce fond, eft foudé un tuyau de cuivre C d’environ 1 g pouces de longueur , à l’extrémité duquel eft un fort robinet de cuivre.
- f6. Cette chaudière qui doit fervir à fondre les cires jaunes & blanches, eft montée fur un fourneau de briques O, dont la bouche K qui fert à mettre le bois dans la fournaife, eft ouverte de l’autre côté d’un mur, contre lequel eft appuyé le fourneau : cette bouche qui doit être fortifiée par un chaflis de fer, eft'au fond d’une cheminée en hotte , qui conduit la fumée au-deifus du toit, & de cette façon la fumée ne peut pénétrer dans l’endroit où eft placée la chaudière ; ce qui eft très - important, foit pour conferver la blancheur de la cire , foit pour garantir les ouvriers d’en être incommodés.
- 57. 20. ÜNEfpatule de fer mince, ou de cuivre, fig. 10, qui eft formée d’une plaque de quatre pouces de largeur fur cinq de longueur, avec une queue de même matière, d’environ fix pouces de longueur, dont le bout fe termine en crochet comme la queue d’une poêle, pour la fulpendre à un clou.
- 5-B. Cette fpatule fert à faire retomber dans la chaudière la cire qui pourrait être reftée fur les bords, & à gratter la cire figée par - tout où il s’enr trouve.
- 5-9. L’entonnoir ,/g. n , qui eft auffi de cuivre étamé, & en forme de bouleau. Il a environ huit pouces de diamètre , fur quatre ou cinq pouces de hauteur ; au bas eft foudé horifontalement un tuyau de cuivre étamé d’environ dix pouces de longueur.
- 60. Cet entonnoir fert à achever de vuider la chaudière, après qu’on en & tiré tout ce qui peut s’échapper par le robinet. Pour cet effet ou place;
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- le tuyau de l’entonnoir dans celui de la chaudière qui répond au robinet ; & avec un pot dont nous allons parler, on verfe dans cet entonnoir la cire fondue, & l’eau qui ell reliée au fond de la chaudière , afin qu’elle s’échappe par le robinet j ce qui difpenfe de l’élever au-deflus de la chaudière pour là verfer dans d’autres yailfeaux. Tout ce qui accéléré le travail, eft important dans* une grande manufacture.
- 61. 4°. Le pot, fig. iz , ell de la même forme que le corps de fentonnoir: il ell également de cuivre étamé, & il ell garni d’une anfe femblable à celle d’un arrofoir, pour en rendre l’ufage plus commode.
- 62. -. Ce potfert à puifer ce qui ell relié dans la chaudière, pour le verfer dans l’entonnoir.
- 63. Les féaux des blanchilferies, fig. 14, relfemblent aux féaux ordinaires:'ils fervent à transporter l’eau dont 011 remplit la chaudière ; car il ell rare que la fource qui fournit à la fonderie, fe trouve allez élevée pour que l’eau foit portée directement dans la chaudière.
- 64. 6°. La Ipatule de bois, qu’011 nomme aulîi palop, pl. JI >fig. 7 , ell
- line elpece de longue pelle arrondie par le bout, dont le manche a environ quatre pieds & demi de longueur. .
- 6f. Cette fpatulefert à remuer la cire dans la chaudière.
- 66. La cuve D , pl. I fifig. 9, ell une gueulebée ou futaille foncée feulement par le bout d’en-bas : elle ell cerclée de fer, & formée de douves épaifi-fies : elle ell en forme de tinette , plus large par le haut que par le bas : fa capacité doit être un peu plus grande que celle de la chaudière. On y pratique à fix pouces du fond un trou rond pour recevoir la canelle G, qui ell de bois: quelques-uns en ajoutent une fécondé plus haut, &vers le milieu de la cuve , pour éculer. Le cercle qui fe trouve un peu au-delfus du milieu de la cuve , porte trois forts crochets de fer qui fervent à l’enlever & à la defcendre commodément.
- 67. 70. La canelle, pl. //, fig. 9, ell une piece de bois, dont la forme extérieure .approche de celle d’un cône tronqué de huit ou dix pouces de longueur : le gros bout ou la bafe de ce cône f f ell fortifié par une frette de fer ; à deux pouces près du petit bout, ell ajullée folidement une plaque de tôle forte. Ce cône ell percé dans fon axe & dans toute fa longueur d’un trou d, e , d’environ neuf à dix lignes de diamètre.
- 68. Le petit bout entre à force dans le trou fait à l’une des douves, jufqu’à la plaque de tôle qui fert à l’arrêter avec des clous, & qui i’aiîu-jëttit très-folidement : on ferme le bout intérieur e de ce tuyau avec un bouchon de liege b ; & quand la cire a dépofé , on chalfe ce bouchon avec une cheville ou broche de bois c, longue de quinze pouces, que l’on nomme lancette, & qu’on enfonce dans la canelle. Comme cette cheville ell un peu.
- conique,
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- conique, on peut foire couler plus ou moins de dre, félon qu’on la retire ou qu’on l’enfonce j 011 l’arrête enfuite au point qu’on juge convenable avec une ficelle attachée à*la corde qui aifujettit la couverture de la tonne.
- 69. L’usage de cette cuve eft de recevoir la cire fondue, où elle doit féjourner quelque tems, afin que les impuretés fe précipitent au fond. On met par-delfus un couvercle de bois , pl. 1 >fig. 14, pour conferver la chaleur de la cire fondue , & empêcher qu’il 11’y tombe quelques ordures.
- 70. g0. La couverture dont on enveloppe la cuve, eît faite avec deux grodes toiles piquées, garnies de laine ou de bourre. Comme elle eft défi-tinée à envelopper la cuve ; pour que la cire s’entretienne plus long-tems chaude, fon étendue eft déterminée par la grandeur de cette cuve, & on la retient avec plusieurs révolutions de corde.
- 71. 90. Un moulinet ou treuil X, pl. III ,fig. 2. On verra dans la fuite que la cuve D, placée plus bas que le fond de la chaudière A , fur un plateau de bois, fouvent arrondi en-deflus, & foutenu par des potences de fer fcellées dans le mur ; 011 verra, dis-je, qu’il eft à propos de defcendre fréquemment, & de remettre en place cette cuve. Ce moulinet deftiné à faire commodément cette opération, eft un cylindre ajufté par des tourillons & des collets dans un lieu commode de la fonderie. Ce cylindre eft enveloppé par un cable qui palfe dans une poulie T, attachée au plancher fupérieur de la fonderie : ce cable fe divife par le bout en trois cordons, garnis chacun d’un anneau que l’on accroche aux crampons de la cuve: il eft fenlible qu’en tournant le moulinet on peut enlever commodément la cuve, quelque pefante qu’elle foit.
- 72. io°. Les baignoires M, pl. I, fig. 9, font des vaiifeaux de forme ovale ou quarrée , allez femblables à ceux qui fervent à prendre les bains : elles ont dix à douze pieds de longueur, fur trois pieds, quatre, fix ou huit pouces de largeur : leur profondeur eft de deux pieds quatre ou lix pouces. Il y en a de pierre, d’autres font de bois cerclées de fer, & d’autres font doublées de plomb. Ordinairement on foit régner tout autour du bord fupé-rieur de ces baignoires une bande de fer ; & au bout qui eft vers le côté de la cuve , on foit aboutir un robinet L, pour fournir de nouvelle eau, à mefure que celle qui eft dans la baignoire s’échauffe par la cire fondue qui tombe dedans.
- 73. Au bout oppofé, on place un autre robinet pour décharger l’eau qui s’eft échauffée : on fera bien de mettre ce fécond robinet près de la fupeij!-£cie P,/?/./, parce que c’eft là que fe trouve l’eau la plus chaude j enfin, à.çe même bout & tout au bas, on met un troifieme robinet R, qui fertà vuider entièrement la baignoire.
- Tome XIF. I i
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- 74. On change la dilpofition de ces robinets, fuivant que les circonftances l’exigent : nous en parlerons dans la fuite.
- 7f. Du côré de la cuve , & à deux pieds & demi ou'trois pieds du bout de la baignoire, on pratique de chaque côté une entaille T pour recevoir les tourillons du tour ou cylindre ; & à trois ou quatre pouces de ces entailles , on y fait des trous pour recevoir les pieds de la chevrette, comme nous allons l’expliquer.
- 76. L’usage de la baignoire eft de refroidir fubitement la cire fondue qui tombe fur le tour, & de raifembler celle qui eft rubanée.
- 77. ii°. Le tour I,/?/. /, fig. 9 , eft un cylindre fait ordinairement de bois de noyer ( les plus gros cylindres font les meilleurs ). Il doit être un peu plus court que la largeur de la baignoire , à l’endroit où on le place.
- 78. Ce cylindre eft traverfé dans toute fa longueur, & fuivant fon axe, par une barre de fer quarrée, dont les deux bouts qui excédent les entailles ou couffinets d’environ quatre pouces, font arrondis pour former les axes qui doivent être reçus dans les entailles qui font au bord de la baignoire. On ajufte à un des bouts une manivelle Q_, qui fert à faire tourner le cylindre qui reçoit la cire fondue, & qui la porte à l’inftant dans l’eau fraîche de la baignoire; ce qui forme les rubans.
- 79. 12°. Le grêloir. Pour que la cire fondue tombe dans toute la longueur ' du tour par petits filets , 011 la fait couler de la cuve dans un vaiifeau de cuivre, dont le fond eft percé d’un rang de petits trous , & qu’on nomme grêloir, parce qu’il giêle ou rubané la cire.
- 80. Le grêloir eft donc une efpece de coffre fait de cuivre étamé a a , pi. /, fig. 9 , qui eft à peu près de la même longueur que le cylindre ou tour; il a huit pouces de hauteur, trois pouces de largeur par le fond , & iix pouces de largeur par le haut : le fond eft bombé, & le milieu s’élève, dans toute la longueur du grêloir, de trois ou quatre lignes feulement, & dans la largeur d’un pouce ; de forte qu’en regardant le fond de ce vaiifeau par le dedans, on voit que le milieu s’élève comme un quart de rond, accompagné fur les côtés de deux gouttières.
- 81. Sur la partie la plus élevée du quart de rond, font percés une file ‘de petits trous à un demi-pouce les uns des autres, & qui font de calibre à laiifer palîèr un grain de froment. C’eft par ces trous que la cire coule par filets , pour fe rendre fur le tour. L’éminence du fond du grêloir, faite en quart de rond, & les gouttières qui l’accompagnent, font faites pour que les corps étrangers, en tombant dans les gouttières , n’empêchent pas la cire de couler, & qu’elle en foit plus pure. C’eft encore pour que la cire foit exempte de toutes faletés , qu’on la fait paifer de la cuve dans le grêloir,1 par une pafioire B, qui pofe fur les bords de la plaque , laquelle eft fou-
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- tenue au moyen d’une petite feuillure de deux lignes de profondeur, dans laquelle cette plaque entre : cette feuillure eft pratiquée au bord fupérieur du grêloir, & elle eft formée par une petite lame de cuivre, qui y eft foudée intérieurement. Aux deux bouts du grêloir font rapportées deux cavités a a, formées .en maniéré de hottes, dans lefquelles on met de la cendre chaude pour entretenir la cire en fufion vers les bouts du grêloir, où elle pourroit fe refroidir plus tôt qu’au milieu.
- 82. Le grêloir que nous venons de décrire, eft repréfenté HH,/?/. III, fig. 1. On en voit un autre d’une forme différente A B, dans la pl. II, fig. r.
- 83. i$°. La chevrette. Chaque manufacture emploie un moyen different pour placer le grêloir au - deifus du tour, & fous la cannelle de la cuve. Dans la manufacture de M. Trudon , 011 voit un chaffis de fer h, pl. III, fig. 1, aufli long que la baignoire eft large , à l’endroit où eft établi le tour; & fa largeur eft fixée par celle du grêloir, prife au milieu de fa hauteur. Aux quatre angles de ce chaffis font rivés quatre montans ou pieds de fer, qui entrent dans des trous pratiqués fur les bords de la baignoire : des deux bouts de ce chaffis s’élèvent deux pièces de fer qui forment comme un V : c’eft dans ce triangle ouvert que l’on pofe le grêloir , comme 011 le voit en H, pl. III, fig. 1. On pourroit donner à ce fupport des formes differentes, & qui feraient à peu près aufli bonnes les unes que les autres.
- 84. 140. La plaque C , pl. VIII, fig. 1 , que nous avons dit qu’on pofe dans la feuillure du grêloir, eft de cuivre étamé , ou de fer-blanc : elle a environ quinze pouces de longueur fur la largeur du grêloir; elle a fur trois de fes côtés , un rebord d’un demi-pouce de hauteur ; le quatrième eft dentelé : l’ufage de cette plaque eft de lailfer tomber la cire dans le grêloir, en forme de nappe , & d’empêcher qu’elle ne tombe en flot, ce qui l’empêcherait de couler uniformément par les trous.
- 8f. 1 f p. La paffbire B ,pl. VIII,fig. 1 , eft de cuivre étamé en-dedans & en-dehors : eft elle ordinairement de forme ovale ; elle a des rebords , & fon fond eft percé de quantité de petits trous. On la pofe fur la plaque , pour empêcher qu’aucune ordure ne puiife paffer dans le grêloir.
- 86. 16°. La fourche eft faite d’un bois fort léger & très-uni : elle a quatre pieds de longueur, & elle le divife en trois branches ou fourchons, pl. II, fig. 2 , qui par leurs bouts font écartés de fix pouces les uns des autres : elle fert à retirer des baignoires la cire rubanée. On la-garnit d’ofier dans les manufadures où l’on travaille des cires fort alliées.
- 87. 17°. On fe fert d’un tamis ordinaire , pl. II, fig. 11, garni d’une toile de crin, pour retirer de deflus l’eau des baignoires les parcelles de cire que la fourche n’a pu enlever. On fe fert encore d’autres tamis qui, en place de toile
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- de crin, font garnis d’un filet de ficelle : ceux-ci fervent à retirer delà ba£* gnoire les pains quife trouvent éculis,pi. FIII, fig. 8.
- , 88. 18°. Ce qu’on nomme le coffre à éculer, eft véritablement un coffre de
- cuivre en forme de quarré long, étamé en-dedans & en-dehors ,/>/. FUT fig* i. Il a à peu près deux pieds & demi de longueur fur quinze pouces de largeur : fon couvercle eft compofé de trois pièces : celle du milieu a eft une paffoire > & les deux autres b qui ne font point percées , s’ouvrent à charnières. A l’un des bouts , & tout près du fond de ce coffre , eft placé un robinet c \ & des deux côtés régné en-dehors , & dans toute la longueur , unebraifiere de tôle a a, dans laquelle on met de la cendre chaude, pour empêcher la cire de fe refroidir.
- 89. Quand on fe difpofe à éculer, on fubftitue ce coffre à la place du grêloir , fous le robinet de la cuve , & on le foutient par un chaffis de fer, dont les pieds e e font reçus dans des trous faits à une planche de deux pieds de largeur, fur quatre de longueur, qui eft pofée fur les bords de la baignoire.
- 90. Ce coffre forme une efpece de réfervoir pour fournir de la cire aux ouvriers qui viennent remplir leurs êculons. Dans plufieurs fabriques, où l’on ne fe fert point de ce coffre, on remplit les éculons fous le robinet même de la cuve.
- 91. 190. L’eculqn eft un vaiffeau de cuivre étamé en-dedans, d’une forme ronde par le derrière , & plate fur le devant, avec une anfe de chaque côté. La hauteur de fes bords eft d’environ quatre à cinq pouces , & fa largeur d’un pied. Vers la partie plate qui forme le devant, il y a deux ou trois trous, à chacun defquels eft foudée une gouttière , ou tuyau de cuivre étamé, au moyen duquel on peut remplir à la fois deux moules , & former plus promptement les pains. Il y a des éculons qui n’ont qu’un feul bec ; d’autres deux, pi. III g. 4; d’autres en ont trois , & d’autres éculons portent encore une braifiere. Dans la manufacture de M. Trudon, 011 fe iert d’éculons à deux becs > dans les petites manufactures, 011 fe fert d’une burette Y, qui a un bec Z ,uneanfe6\,
- 92. 20^. Les chaffis pour éculer S,pl. IIIl9 fig. 1 & 2 ,&/>/. IFy fig. 1, font comme les pieds d’une table de douze à quinze pieds de longueur, formés par un afîemblage de forte menuiferie ou de charpente. La traverfe d’un des bouts excede les autres en hauteur d’un bon pouce, pour arrêter les planches à pains que l’on arrange deffus.
- 95. 21 Les planches à pains X ,pL III & IFffg. 1, font tout fimplement des planches de chêne, ou de noyer , de quatre pieds de longueur fur un pied de largeur , affemblées à leurs extrémités par des emboitures, pour empêcher qu’elles ne fe voilent ; & fur une de leur face, font creufés des moules ronds qui ont environ quatre pouces de diamètre fur trois lignes de profondeur.
- 94. Ces moules font percés deux à deux à côté les uns des autres dans la largeur de chaque planche, & dans toute fa longueur > & on les elpace de façon
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- que deux répondent à la diftance qu’il y a entre les deux becs de l’éculon. C’eft dans ces moules qu’on verfe la cire fondue, pour en former de petits pains. On creufe trois moules dans la largeur des planches, quand onfe fert d’éculons à trois becs.
- 9f. 22'*. On fe fert de mannes d’ofier, dont la forme eft en quarré long de 2 pieds & demi de longueur fur 18 pouces de largeur, & un pied de profondeur : elles ofiit une anfe à chaque bout. On les garnit de toile en-dedans. Leur ulàge eft de fervir à tranlporter la cire rubanée & les pains éculés de la baignoire fur les toiles.
- 96. Les brouettes fervent à tranfporter ces mannes aux toiles, elles font de grandeur proportionnée à celle des mannes. On voit,/?/.II,fig.4, une de ces brouettes , & deifus une manne garnie de toile.
- 97. 23 Les bâtis ou quarrés de charpente pour tendre les toiles, ont autant de longueur que le terrein le permet, telle que 60 ou go pieds -, mais il ne faut pas qu’ils aient plus de huit à dix pieds de largeur, pl. IV, fig. 2 & 3. Les pieds a a qui doivent fupporter ces quarrés à deux pieds au-delfus du terrein, font des pieux pointus qu’on enfonce en terre d’environ un pied & demij mais il faut avoir foin que les tètes de tous ces pieux foient à une même hauteur. On met dans la largeur de ce quarré, trois files de pieux qui s’étendent de toute la longueur du quarré : ainfi, fi l’on donne huit pieds de largeur à ces quarrés , il doit fe trouver quatre pieds de diftance entre les files de ces pieux } & l’on a foin que les pieux qui forment les trois files foient exactement vis-à-vis les uns des autres, & à quarré pieds de diftance en tout fens les uns des autres.
- 98. On cloue fur la tête des pieux qui forment la file du milieu, des tringles taillées en tiers-point d d, dont on applique la face plate fur la tète des pieux : on cloue enfuite de pareilles tringles cc qui croifent les premières à angles droits, & qui lient ainfi les trois pieux qui font la largeur des quarrés : enfin on cloue fur la tête des pieux a a qui forment le pourtour des quarrés, d’autres tringles b b , de quatre pouces de largeur fur quatorze à quinze lignes d’épaiffeur. Les tringles du pourtour font percées de trous de fix pouces en fix pouces, dans lefquels on place des chevilles e e de fix pouces de longueur > & de diftance en diftance on met des piquets//’, longs de deux pieds , au haut defquels 011 fixe un clou à crochet. Quelques-uns y ajoutent des cordes en diagonale, pour foutenir les toiles plus plates 5 mais on n’y en met pas ordinairement.
- 99. Les quarrés dont nous avons donné la defcription, fervent à tendre les toiles fur lesquelles on doit étendre la cire rubanée : les chevilles des tringles du pourtour fervent à tendre horifontalement le fond des toiles, & les piquets en foutiennent les bords relevés verticalement i i,pl, IV, fig. 3.
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- 100. 240. Il eft bon que l’étendue des toiles foit proportionnée à la grandeur de la chaudière , afin que la cire d’une fonte puifle entièrement s’arranger fur line ou deux de ces toiles. On doit lailfer au moins trois pieds d’intervalle entre chaque quarré, pour qu’on puifle pafler commodément les brouettes , & que les ouvriers qui arrangent les cires , ne s’incommodent point les uns les autres.
- 101. Comme le fond de ces toiles doit garnir toute la fuperfice des quarrés, elles font ordinairement compofées de trois lez coufus enfemble : on coud encore tout autour un demi-lez , pour former la bordure i i, C9fig. 5 , à laquelle on fait un ourlet ; tout le tour du fond de la toile eft garni d’anneaux de ficelle, dans lefquels 011 pafle une corde.
- 102. Pour tendre les toiles & les mettre en état de recevoir la cire, 011 les étend fur les quarrés de charpente, & on pafle de diftance en diftance la corde qui traverfe les anneaux du fond, derrière les chevilles e e du pourtour j enfuite on releve la bordure pour l’attacher aux crochets qui font au haut des piquets ff. Ces toiles s’alongent par le fervice ; mais pour qu’elles demeurent toujours bien tendues après avoir fervi quelque tems, on pafle la corde derrière un plus grand nombre de chevilles « e; & comme le vent qui prend les toiles par-deflus pourrait faire fortir la corde des chevilles , on l’arrête de diftance en diftance aux traverfes du pourtour par des liens h h.
- 103. 2$°. La pelle à rejeter, qui fert àrepouflerla cire deflus les toiles, eft une longue pelle à four, pl. II ,fig. 8.
- 104. 26°. Les lacs font faits de grofle toile, & lèmblables à ceux où l’on met du grain : ils fervent à tranlporter dans les greniers la cire qui a été fur les toiles.
- 10 f. 270. Les mains de bois , pi. Il ,fig. 6, font faites avec des planches minces de fapin ; elles ont environ quatre pieds de long fur huit à dix pouces de largeur : elles font arrondies à un bout ; & à l’autre, il y a deux ouvertures pour pafler les doigts. Elles fervent à retourner la cire fur les toiles. Il y en a de plus petites pour la lever & la mettre dans les facs.
- 106. 2 g0. Le rabot,/?/. H->fig. 12, eft un chanteau de futaille, au milieu duquel on fixe un manche de quatre à fix pieds de longueur ; il fert à rapprocher vers les bords de la toile la cire qui eft au milieu , pour la lever plus commodément lorfqu’on doit la mettre dans les lacs.
- 107. 290. La fourche à égaler , pl. Il 3fig. <; , eft à deux fourchons, & faite de bois léger : elle n’a que deux pieds & demi de longueur ; fes deux fourchons ne font éloignés l’un de l’autre que de quatre pouces i elle fert à égaler la cire fur les toiles.
- 108. 30°. On fe fert auffi, pour étendre la cire fur les toiles, d’un fauchet ou rateau de bois, pl. II>jig. 13, femblable à ceux que l’on emploie pour ra-
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- mafler l’avoine & le foin. On ne fait guere ufage de ce fauchet pour éteii'». dre la cire , que quand les toiles ont été doublées
- De l'achat & du choix des cires jaunes.
- 109. La confommation de la cire eft trop confidérable en France pour que celle que les abeilles y font , puiife y fuffire : on tire beaucoup de cire jaune du Levant. Conftantinople, Alexandrie, plufieurs isles de l’Archipel, Candie, Chio, Samos, &c. en fournilTent abondamment. Il en vient encore du Nord , & fur-tout de Barbarie. Les propriétaires des blanchiiferies les achètent directement des commerçaiis qui les font paifer en France , à moins qu’ils n’aient des correfpondans fur les lieux même.
- 110. Il y a dans les isles Antilles de l’Amérique, de petites abeilles fauvages qui font dans le creux des arbres une cire noire qui reffemble à de l’onguent:, comme on n’a pas pu parvenir -à en blanchir la cire, 011 en a négligé le commerce.
- ni. On ne doit pas mettre au rang des vraies cires, celles de la Louifiane * quoiqu’on en faife des chandelles dans le pays même ; c’eft une fubftance réfineufe qui couvre les fruits ou baies d’un arbriifeau nommé gale. J’ai détaillé dans le Traité des arbres & arbujles le moyen d’extraire cette réfine.
- 112. Les voyageurs parlent aufii d’une fauffe cire blanche de la Chine, qui ne jaunit pas aufii aifément que notre cire : ils difent qu’elle eft corn-pofée de petites écailles, ainfi que le blanc de baleine, & qu’on la retire de certains petits vers que l’on fait bouillir dans l’eau. Je n’ai point vu de cette cire. Au refte , on fait que l’on peut faire de belles chandelles avec du blanc de baleine, comme on en peut faire de très-communes avec différentes fubftances réfineufes.
- 113. Les blanchiffeurs ne travaillent dans leurs manufactures que la cire que font les abeilles. Outre celle que l’on tire de l’étranger , plufieurs provinces du royaume nous en foiirniffent abondamment, favoir, la Champagne , l’Auvergne , l’Anjou , le Bourdelais, la Normandie, la Bretagne, la Sologne, &c. & comme ce font les habitans de la campagne qui foignent les ruches & qui en tirent eux-mêmes la cire , c’eft aufii à eux à qui l’on s’adréffe directement pour l’avoir de la première main ; mais comme un entrepreneur des manufactures ne peut pas ordinairement parcourir lui-même ces provinces , il doit avoir des correfpondans qui fe chargent de ce foin.
- 114. Si les gens de la campagne élevaient une plus grande quantité d’abeilles , ils fe procureraient un profit qu’on eft forcé de porter à l’étranger ; & cet avantage qui leur ferait perfonnel, tournerait au bien de l’état : voici quelques obfervations qui pourront être utiles à ceux qui font des levées de cire dans les campagnes, & qui veulent en faire un bon choix.
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- 11 f. La couleur brune ou noirâtre, que les anciens rayons acquièrent dans les ruches par le féjour du miel & du couvain dans les alvéoles, fe diliipe ai-fément, & ne doit faire aucune diminution fur le prix de la cire. Il n’en ferait pas de même, fi cette couleur brune venait de ce que la cire aurait été' trop chauffée dans la première fonte.
- n 6. Je ne dirai rien des alliages & fophiftications qui peuvent altérer kl qualité des cires, parce que j’en ai parlé ci-devant ; mais il y a certaines cires qui ont une couleur Exe qu’on ne peut jamais emporter entièrement
- 117. De ce que les mouches, comme nous l’avons dit, ramaflent la cire fur différentes efpeces de plantes, il en réfulte que leur cire en comraffe différentes qualités ; & comme certaines plantes viennent très-abondamment dans quelques cantons, & que d’autres plantes fe plaifent davantage dans d’autres endroits, c’eft probablement ce qui fait que les cires de certaines provinces blanchiffeut ailément, d’autres plus difficilement, & que d’autres enfin 11e font point fufceptibles de jamais acquérir une blancheur même médiocre.
- 118* Par exemple, les cires de la Sologne blanchiffent mieux que celles du Gatinois. Il eft encore confiant, dans les hlanchiiferi.es , que les cires qui viennent des montagnes du Limoufm, celles de la baffe-Bretagne & d’une partie de la baffe-Normandie, bJanchiiiënt dans la plus grande perfe&ion ; que. celles de quelques endroits du Poitou ne leur cedent guère; & en général « on eftime les cires qui viennent des pays où il croît du farrafn, où il y a beaucoup de landes remplies de genêts, de bruyères, de genévriers, &c. On n’eftime point celles qui viennent des pays de grands vignobles., Les cires du Levantblanchiiîènt beaucoup plus aifément que celles qu’on tire des pays froids j mais le plus fur eft de conftater par des épreuves faciles à exécuter, la dif-pofition que les cires ont à blanchir , & celles qui peuvent acquérir le plus beau blanç,
- 119, Une de ces épreuves fe fait en raclant avec un couteau des pains de cire jaune, pour eu détacher des feuillets fort minces, qu’011 expofe à l’air en forme de petits floccons: les perfonnes expérimentées jugent bientôt par le changement de couleur, quelle peut etre la qualité de ces cires.
- 120. Il eft d’expérience que la rofée , & particuliérement Paélion du fo-leil, ont la propriété d’enlever une grande quantité de teintures: plufieursde celles qui réfiftent aux différens débouillis, font détruites par l’atftion du (oleil 1 il n’y a prefqu’aucune peinture à l’huile qui puiffe réfifter à cet.agent. Le blanc en reçoit, à la vérité, plus d’éclat; mais lorfque l’huile eft détruite, il 11e refte plus qu’une impreifion feche, femblable à de la craie. Quelques teintures fupportent cette épreuve ; mais la plupart font entièrement détruites, & au point que certaines étoffés redeviennent blanches. Le lin & le chanvre perdent fur le pré leur couleur naturelle, & les toiles qui en font faites deviennent
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- lient abfolument blanches. Les ouvrages faits d’os & d’ivoire, après être devenus fort jaunes, reprennent fur le pré leur première blancheur. La couleur jaune de la cire peut être emportée par le même moyen ; mais pour cet effet, il faut, i°. que-la cire foit encore plus épurée de corps étrangers 5 qu’elle ne l’a été par la première filtration qu’on lui â donnée en la fondant pour la mouler en gros pains. 2y. Il faut qu’elle foit réduite en lames très-minces, afin qu’elle puiffe préfenter plus de furfaces au foleil : c’eft cette opération que l’on appelle rabane} ou grêler', comme fi l’on difait, qu'on la rend grêle, ou qu'on en forme des rubans.
- 121. Le terme de rubaner, qu’on emploie dans la manufadure de M. Tru-don, eft un terme propre, parce que, par l’opération dont nous allons donner le détail, on en forme des efpeces de rubansj & on y nomme aufli grêner l’opération de réduire la cire en petits grains, que nous expliquerons dans la fuite. 3°. Il faut placer la cire fur des toiles pour l’expofer au foleil & à la rofée. 4°. Enfin on la moule en petits pains, & c’eft alors qu’elle eft en état d’être vendue à ceux qui font la bougie & les cierges. C’eft là que fe termine le -travail des blanchifferies , où les cires font fondues trois fois, comme nous le
- dirons après avoir parlé de la réception des cires dans les manufadures.
- De la réception des cires jaunes dans les manufactures.
- 122. Lorsque la cire eft arrivée dans une manufadure , on doitlapefer pour connaître fi le poids fe rapporte à celui de la fadure qu’on a reçue du correfpondant ; il eft encore à propos de vifiter chaque pain l’un après l’autre, & les caffer par morceaux, afin de voir fi la cire que l’on reçoit eft de bonne qualité, & fi les pains ne renferment aucuns corps étrangers, tels que du fer, du plomb, des cailloux, de la réfine & autres drogues ; car, félon les endroits d’où elles viennent, elles font plus ou moins fujettes à être fophiftiquées : ceci regarde principalement les cires qui viennent des pays étrangers. Mais ces fraudeurs font fouvent dupes de leur friponnerie ; car les ciriers connailfeurs en refufent la réception , ou ils exigent une forte diminution fur le prix.
- 123. L’opération de rompre les cires en plufieurs morceaux , eft encore néceffaire pour qu’elles puiffent être plus aifément fondues, & que n’ayant pas befoin d’un grand feu , elles foient moins expofées à rouflir dans la chaudière.
- Détail de la fonderie des cires.
- 124. On appelle fonderie ,pl. III, une grande fille baffe, où font placés les fourneaux , les chaudières A, les cuves D, les baignoires M , & tout ce
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- qui eft néceflaire à la fonte des cires, & à leur fabrication en pains. Tl eft bon qu’il y ait des rigoles b c, pi. III , fig. i , pour l’écoulement des eaux qui fortent des baignoires, & que l’endroit foit vafte, afin que les ouvriers qui y travaillent, ne s’embarralfent point les uns les autres , & puiffent exécuter aifément leurs différentes opérations.
- Fonte de la cire jaune : façon de former le ruban : fin tranfport fur les toiles, & des toiles au magafin.
- ' I2f. Vers la mi-mai, lorfque la belle faifon eft arrivée , on commence les travaux de la blanchilferie ; & pour cet effet , on met dans une des chaudières A, pi. III, une quantité de morceaux de cire jaune fuffifante pour couvrir une des toiles deftinées à recevoir la fonte. On met dans la même chaudière quatre ou cinq pintes d’eau par cent pelant de cire ; après quoi on allume le feu fous cette chaudière, & on y laiffe fondre la cire doucement. Lorfque tout eft prefque fondu, un ouvrier remue & braffe la.cire avec une fpatule de bois, jufqu’à ce qu’elle foit bien en fufîon ; enfuite le chef aux travaux prend la fpatule des mains de l’ouvrier , & continue à remuer jufqu’à ce que la cire ait acquis un degré de chaleur fuffifànt, 8c affez de fluidité pour bien dépofer. Mais comme ce degré de chaleur doit varier , félon les divers pays ou provinces d’où l’on a tiré les cires, il n’y a que la grande habitude qui puiife le faire connaître , d’autant plus que l’ouvrier s’en apperçoit plutôt à la réfiftance que la cire fait à la main, qu’au coup-d’œil.
- 126. Pendant que la cire fond dans la chaudière, d’autres ouvriers montent une des cuves D , dont la cannelle eft bouchée en-dedans avec un motceau de liege. Ils la placent fur le plateau qui eftau-deifus de la baignoire & au-deifous de la chaudière. Lorfque la cire a acquis fon degré de chaleur, le chef avertit un ouvrier d’ouvrir le robinet de la chaudière , pour laiffer couler dans la cuve la cire en fufîon, dans laquelle l’eau eft mêlée.
- 127. Lorsque toute la cire eft tombée, on met le couvercle deffus la cuve, & on l’enveloppe de fa couverture, qu’on retient avec une corde.
- 128. Comme la cire fe purifie par la précipitation des corps étrangers qui s’y trouvent mêlés , il eft à propos qu’elle refte un certain tems en fufîon dans la cuve ; & c’eft pour cette raifon qu’on l’enveloppe d’une épailfe couverture.
- 129. La cire refte ainfl en fufîon pendant l’efpace de deux ou trois heures, plus ou moins , fuivant la capacité de la cuve. Pendant ce tems, l’eau qui était mêlée avec la cire, tombe toute au fond par fon propre poids, & elle entraîne avec elle les crades qui fe raifemblent au-deffous de la canelle 5 c’eft là ce qu’on appelle faire dépofer la cire.
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- ' 130. Pendant que la cire dépofe ainfi, on ouvre le robinet pour rem-
- plir d’eau fraîche une des baignoires M. Lorfque la cire a fuffifamment dé-pofé , 011 place les deux tourillons du cylindre dans les deux entailles de la baignoire; on pofe la chevrette dans les trous qui la doivent recevoir, & on met deiïiis le grèloir que l’on a fait chauffer. On place au milieu de ce grèloir , & deffous la cannelle de la cuve , la plaque & la paffoire ; on couvre les deux bouts du grèloir avec deux petites planches , pour empêcher que les mouches ou quelques ordures ne tombent dans la cire fondue 5 & l’on met de la cendre chaude dans les deux entonnoirs du grèloir.
- 13 1. Tout étant ainfi difpofé, une femme s’afiied près de la baignoire: elle prend la manivelle , & fait tourner le cylindre. Comme la moitié du cylindre trempe dans l’eau de la baignoire, en le tournant, il fe trouve mouillé dans toute fa circonférence. Le chef aux travaux perce la fonte, ce qu’il effectue en pouffant avec force la broche ou lancette dans la cannelle, pour jeter en - dedans de la cuve le morceau de liege qui bouchoit la cannelle ; puis attachant à la corde qui entoure la couverture de la cuve. la ficelle attachée à la broche , il laiffe couler de la cuve la cire , qui tombe dans la paffoire , de la paffoire fur la plaque , de la plaque dans le grèloir ; d’où coulant fur un des côtés de ce grèloir, les deux rigoles qui font au fond s’empliffent de cire qui s’écoule par les trous du fond, & tombe en forme de filets fur le cylindre, que la femme tourne continuellement.
- Ij2. Ces filets de cire liquide s’applatiffent fur la partie du cylindre où ils tombent, & la cire entrant dans l’eau fe congele , de forte que chaque filet forme un ruban femblable, pour la forme, à celui qu’on nomme favmr. La fraîcheur de l’eau fait que le ruban de cire fe détache du cylindre, dont le mouvement circulaire imprime un courant à l’eau, qui fe porte vers le bout de la baignoire, où il entraîne les rubans de cire.
- 133. Afin que l’eau foit toujours fraîche, le robinet qui en fournit relie ouvert pendant tout le terne que dure la fonte, de même que celui qui fert à décharger celle qui s’eft échauffée. Par ce moyen , l’eau fe renouvelle continuellement, & elle conferve fa fraîcheur: ce qui eft important ; car fi l’eau s’échauffait par la chaleur de la cire, les rubans relieraient attachés au cylindre , ou ils fe colleraient les uns aux autres , & cette cire ferait mal rubanée.
- 134. Pendant l’opération que nous venons de décrire, celui qui était à la gauche de la baignoire pour y percer la fonte, revient au côté droit ; & prenant la fourche de fes deux mains, il en retire la cire en ruban qui fumage; ce qu’il fait en mettant dans l’eau de la baignoire auprès du tour, les branches de la fourche, & en les conduilànt jufqu’au bout de la baignoire oppofé à la cuve , où il enleve les rubans, & les met dans une manne
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- qui eft à côté de lui. Il eft néceifaire que les branches de cette fourche foient bien unies, afin de ne point cafter les rubans lorfqu’ils tombent en gliftant dans la manne.
- Quand la manne eft pleine de rubans, celui qui l’a emplie & le brouettier l’enlevent par les anfes , & la mettent fur une brouette i puis le brouettier conduit cette manne pleine auprès des quarrés, où étant arrivé près de la toile deftinée à recevoir la cire f cette toile eft tendue , & les bordures font rabattues ) , le brouettier & une femme qui l’aide, enlèvent la manne de deftus la brouette, & renverfent la cire fur la toile. Pour lors cette femme étend avec fes mains la cire fur la toile , & une autre femme fe fervant d’une petite fourche, l’étend au milieu de la toile où la première n’a pu atteindre ; & elle égalife cette cire fur toute la fuper-ficie de la toile, en ôtant avec la fourche des rubans dans les endroits où ils fe trouvent trop épais, pour les remettre dans d’autres où il n’y en a pas alfez.
- i}6. Pendant cette opération, deux autres femmes poftées de l’autre côté du quarré, font la même manœuvre que les deux premières , parce que l’ouvrier qui eft à côté de la baignoire, tire continuellement des rubans de cire, dont il remplit une autre manne qu’un brouettier conduit aux toiles , aufli-tôt qu’elle fe trouve pleine, afin que le travail ne foit point interrompu pendant que la fonte coule. Les brouettiers font donc occupés à conduire les mannes, à les verfer fur les toiles, & à revenir près de la baignoire, pour fournir des mannes à celui qui retire la cire.' Pour que les brouettiers ne s’embarraifent point dans les petits chemins qui font entre les quarrés, ils vont tantôt par la droite & tantôt par la gauche de la toile s enforte qu’ils fourniflent inceflamment de la cire aux femmes qui font des deux côtés des quarrés, & qui doivent l’arranger. Ce travail continue ainfi tant que la fonte coule. Quand la cuve eft prefque vuide, on l’éieve par-derriere en s’aidant d’un levier, afin que tout ce qui eft fondu pafte par la cannelle, & l’on ceife lorfque l’eau de la cuve commence à couler. Il faut environ une heure & demie pour tirer un millier de cire.
- 157. La fonte étant finie, on découvre la cuve, & 011 la defcend pour en remettre une autre à la même place ; parce que dans les grandes manufactures , comme celle de M. Trudon, on fond jufqu’à fix milliers de cire par jour, ce qui forme fix fontes. Pour avoir tout le teins qu’exige cette opération, on allume dès minuit le feü fous une chaudière ; fur les deux à trois heures, on allume encore le feu fous une autre ; & lorfque la cire de la première fonte a acquis fon degré de chaleur, elle tombe dans la cuve pour s’y dépofer : pendant ce tems, pour faire une troifieme fonte,
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- on remet de la cire en morceaux dans la chaudière qu’on vient de vui-der, & ainfi alternativement jufqu’à la fin, en changeant de cuve à chaque fonte.
- 138. Pour bien entendre cette fucceflion d’opérations qui procure l’ac-célération du travail, chofe toujours très-importante dans une grande manufacture , il eft bon de favoir qu’il faut trois heures de tems pour fondre un millier de cire, & trois autres heures pour le lailfer dépofer: ce qui fait que la première fonte qui a été commencée à minuit, fe trouve en état d’ètre tirée à fix heures du matin ; & comme les brouettiers arrivent au travail à cinq heures ; on commence par les occuper à nettoyer les cuves qui ont iervi la veille. Comme j’ai dit qu’à la fin de chaque fonte on découvrait & que l’on defcendait la cuve, le peu de cire qui refte au fond , & qui fumage, ainfi que les cralfes qui fe font refroidies pendant la nuit, forment un pain d’environ fept à huit lignes d’épaiifeur, qu’on peut retirer aifément de la cuve , & qu’on ratilfe par-delfous avec une Ipatule de cuivre , pour ôter les cralfes qui y font attachées ; après quoi on retire l’eau de la cuve avec des féaux, ainfi que les cralfes qu’on appelle le déchet : on jette le tout dans des baquets percés de toutes parts de trous de vrille, afin que l’eau s’écoule, & qu’il n’y refte que les déchets.
- 139. Lorsque la cire en rubans a été arrangée fur la toile comme nous l’avons dit, on releve les bords de la toile , & 011 les accroche aux clous des piquets : la cire refte en cet état, expofée à l’air plus ou moins de jours , fui-vant le tems qu’il fait, & félon la qualité de la cire.
- 140. M. Trudon penfe que la cire ne tire fa blancheur que de faction du foleil, & non de la rofée , comme on le croit communément. La preuve qu’il en donne, eft que dans les mois de juin ou juillet, faifon où les rofées font moins fortes, les cires blanchiifent mieux, & confervent leur beau blanc pendant plus d’un an ; au lieu que celles qui font blanchies dans les mois d’avril & de feptembre, tems où les rofées font plus abondantes, ne prennent pas un fi beau blanc j & dans l’efpace de trois ou quatre mois, elles commencent à jaunir, & ne tarderaient pas à reprendre leur première couleur jaune.
- 141. Nous avons dit que la couleur jaune de la cire qu’011 tire des ruches, dépendait probablement d’une huile gralfe qui fe trouve mêlée avec les parties vraiment cireufes. M. Trudon penfe, comme fnous venons de le dire , qu’il n’y a que le foleil qui, en pompant une partie de cette huile , puilfe faire devenir la cire blanche. Ce qui, félon lui, rend ce fentiment encore plus probable , c’eft que le foleil ne pouvant agir avec atfez de force fur la cire jaune, à caufe de la quantité d’huile dont elle eft chargée, elle ne perd que fa couleur naturelle par la première fonte ; au lieu que, quand l’on
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- remet fur la toile cette même cire pour la fécondé fois, ce qui s’appelle regrêler, cette cire fe trouvant débarraffée d’une partie de fon huile, le foleil agit deffus avec plus d’activité , & lui donne en peu de jours un degré de blancheur infiniment fupérieur à celui qu’elle avait acquis à la première fonte. On peut ajouter que les cires 11e blanchi fient point par les tems couverts & pluvieux. Néanmoins, comme il eft d’expérience que , dans les bîanchilferies de toiles, il faut les arrofer pour les blanchir; & comme les chymiftes favent que l’eau e£t un véhicule qui concourt avec la chaleur à emporter les fubfiances huileufes , nous nous abftiendrons, malgré les bonnes raifons dont M. Trudon appuie fon fentiment, de regarder la rofée comme inutile.
- 142. Les rubans étant reftés fur la toile pendant douze, quinze ou vingt jours, & même plus long-tems, fuivant que le foleil a paru, & félon que la cire a plus ou moins de dilpolition à blanchir , alors on les retourne; & pour cet effet, 011 fe fert des grandes mains de bois, dont nous avons parlé, que l’on gliffe entre la toile & les rubans; puis en levant ces mains, & en les retournant, on place en-deffus les rubans qui étaient en - deflous , de façon que le peu de couleur jaune qui n’avait pu être frappé du foleil, fe trouve expofé à l’ardeur de fes rayons ; & ces parties blanchifient comme le refte.
- 14$. Quelques jours après que les cires ont été retournées, on les régale, c’eft-à-dire, qu’on les remue avec les mêmes petites fourches qui Ont fervi à les étendre. On examine avec foin s’il 11e refte pas quelques parcelles de rubans qui foient encore jaunes ; & fi l’on en trouve , on les met en-deffus, afin que le foleil puiffe les blanchir. Après que les cires on été régalées, on les laiffe encore trois ou quatre jours à l’air ; & comme il arrive que dans les plus grandes chaleurs les rayons du foleil font tellement ardens que la cire s’échauffe & s’appîatit (ce qu’011 appelle ga^er ou êguayer) , il convient, dans ces circonftances, de régaler les cires plufieurs fois.
- 144. Il n’y a que les ouvriers expérimentés qui puiflent connaître le tems convenable pour faire fur les toiles les diverfes opérations que nous venons de décrire, parce qu’elles varient félon quantité de circonftances ; mais en général, il faut retourner & régaler plus tôt ou plus tard, fuivant le degré de blanc que les cires acquièrent.
- 14)". Lorsque la cire a acquis le premier degré de blancheur, on la releve de deffus les toiles pour la porter dans le magafin : pour cet effet l’on fait ufage du rabot, pour tirer la cire du milieu de la toile & la rapprocher vers les bords ; après quoi un ouvrier la ramalle avec une petite main de bois, & la met dans des facs que des femmes tiennent ouverts & tendus près de la toile. Lorfque ces facs font remplis de cire, des hommes les. tranfportent
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- dans le magafin, où ils les vuident avec des pelles dont 011 mouille un peu le bout; ils mettent cette cire en gros tas, comme 011 amoncelé du fable. On lailfe la cire en cet état pendant un mois ou fix femaines, pour lui donner le tems de fermenter : elle forme alors une malfe alfez faible pour être obligé de fe fervir d’une pioche lorfqu’on veut la retirer. Il ne ferait pas à propos de la mettre tout de fuite à la fécondé fonte, elle n’acquerrait pas un aulli beau blanc.
- De la fécondé fonte de la cire qui a perdu fon jaune , & que Von
- appelle regrêlage.
- 146. Pour Faire cette fécondé fonte, on met dans la chaudière la même quantité d’eau que dans la première fonte; enfùite 011 allume le feu, & 011 jette dans cette chaudière trente ou quarante livres de cire blanche tirée de celle qui était en malle dans le magafin. ; mais on ne la met pas toute à la fois. Lorfque l’eau eft chaude, & que fa couleur commence à attendrir la cire, un ouvrier la bralfe continuellement avec la fpatule de bois, pendant qu’un autre ouvrier répand avec fa main de la cire dans la chaudière ; de forte que l’un eft occupé à bralfer & l’autre à répandre la cire jufqu’à ce que la chaudière foit pleine.
- 147. Voici exactement comment on met la cire dans la chaudière. Un ouvrier porte fur le bord de la chaudière une corbeille remplie de la cire tirée du magalm; & pendant qu’un autre bralfe la cire qui fond, l’ouvrier qui eft à la corbeille, jette peu à peu avec la main, comme en faupoudrant, cette cire grêlée fur celle qui eft en fonte , pendant que l’autre ouvrier agite continuellement avec une fpatule ou un palon la cire & l’eau qui eft dans la chaudière; & comme cette cire attendrie oppofe une réliftance au palon, l’ouvrier l’enfonce dans la cire en plongeant perpendiculairement ; & en tirant à lui le • manche qui s’appuie fur le bord de la chaudière, il oblige la partie évafée du palon à fortir de la cire , en imprimant à cette partie du palon un mouvement circulaire. O11 continue ce travail jufqu’à ce que la chaudière foit pleine, & alors la cire à demi fondue forme une efpece de bouillie. Quand elle eft en cet état, on augmente un peu le feu , pour donner plus de liquidité ; & l’on ne difcontinue point de bralfer juf. qu’à ce que cette cire foit entièrement fondue , & en état de palfer dans la cuve.
- 148. En bradant ainfi la cire, elle eft moins fujette à rouftir que fi on la laufait fondre (ans la remuer ; mais quelque chofe que l’on fade , il 11’eft pas polhble d’empêcher qu’en fondant la cire, elle ne prenne un peu de roux, qu’on appelle coup de feu. Pour lui faire perdre ce petit reil roux, il faut, chaque fois qu’elle eft fondue, l’expofer à l’air fur les toiles.
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- 149. Nous avons dit que l’on remuait la cire jufqu’à ce qu’elle ait ao~ quis un degré de chaleur & de fluidité fuffifant pour dépofer; & lorfqu’elle eft-en cet état, om ouvre le robinet de la chaudière pour laifler couler la cire dans la cuve, qu’on enveloppe de fa couverture. Quand elle y a relié une heure & demie ou deux heures, pour.lui donner le tems de dépofer, on recommence les mêmes opérations que l’on a faites à la première fonte en jaune, foit pour la mettre en ruban, foit pour la porter & l’arranger fur les toiles, où elle relie huit, douze ou quinze jours, fuivant le tems qu’il fait, & félon la qualité dé la cire.
- 1 fo. On retourne & 011 régale le regrêlage comme on a fait au jaune ; & quand cette cire a acquis fon blanc, 011 la releve de la même maniéré de deflus la toile, pour la porter au magafin & en former un tas particulier.
- De la troijieme & derniere fonte pour êculer.
- 1 f 1. Cette troifieme fonte fe fait comme celle du regrêlage, fi ce n’eft qu’il y a quelques blanchifleurs qui ajoutent trois à quatre pintes de lait fur un millier de cire ; mais ce lait occalionne un dépôt ou déchet au fond de la cuve d’environ deux livres par cent de cire de plus que lorfqu’on n’en met pas i il parait que ce dépôt, quoique conlidérable, rend la cire plus purifiée. Cette troifieme fonte eft pour èculer ou mouler la cire en petits pains.
- 1 f2. Pendant que cette troifieme fonte dépofe dans la cuve , on met dans les baignoires remplies d’eau , la quantité néceflaire de planches à pains ou à mouler, pour tirer la fonte & la mettre en petits pains ; & l’on difpofe dans la fonderie les chaffis, ou les pieds de table, propres à recevoir ces planches.
- 155. Lorsque la cire a dépofé pendant une heure & demie ou deux heures, 011 arrange les planches à moule fur les pieds de table, & à côté les unes des autres X,^/. IIl,fig. 1 & 2, à mefure qu’on les retire toutes mouillées des baignoires ; & l’on place fous la cannelle de la cuve, la planche qui porte le coffre aux pains, pi. VIII, dont les braifieres font garnies de cendre chaude; après quoi 011 débouche la cannelle, ou, en terme de l’art, on perce, la fonte : la cire fondue tombe dans le coffre , en paflant au travers des trous de la paffoire.
- 1^4. Lorsqu’il y a une certaine quantité de cire dans le coffre, des femmes avec un éculon à la main, s’approchent, & en ouvrant le robinet du coffre, elles empliffent de cire ces éculons ; enfuite revenant aux chaflis fur lefquels font les planches à pains, elles empliffent à la fois , au moyen des deux becs de l’éculon, deux moules dont chacun forme un pain; & elles
- continuent
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- continuent ainfi le même travail tant que la fonte coule. Pendant cette opération , des hommes ^>nt occupés à retirer les planches des baignoires & â les arranger fur les chaffis.
- i f f. Lorsque la cire qui a été verfée dans les moules du premier chaffis eft congelée, un ouvrier releve ces moules , & les met dans une baignoire.
- if G. Comme les planches ont trempé quelque tems dans l’eau, les painr fe détachent d’eux-mêmes, & furnage^t dans cette baignoire : un *• autre ouvrier retire de cette baignoire les planches où il ne refte plus de pains » & les arrange les unes fur les autres au bout de la baignoire, d’où celui qui les avait mifes dans l’eau, les retire pour les arranger de nouveau fur le même chaffis où elles avaient été pofées d’abord.
- if7- Par cet arrangement, les femmes peuvent emplir continuellement les moules des planches} un ouvrier peut les mettre dans la baignoire, un fécond les en retirer j enfuite le premier a le tems de les reporter fur les chaffis ; au moyen de quoi quatre femmes & deux hommes ne ceifent d’être occupés pendant une heure , qui eft précifément le tems néceffaire pour tirer & éculer une fonte d’un millier pefant de cire.
- i f 8. Pendant- cette opération, un troifieme ouvrier eft occupé à enlever les pains qui fùrnagent dans la baignoire ; il fe fert pour cela d’une efpece de tamis, dont le fond eft garni d’un filet fait avec de la ficelle , pl. VIII,fig. g : il met ces pains dans une manne qui eft fur une brouette > & quand cette manne eft remplie, il va la vuider fur les toiles qui font difpofées fur les quarrés. Lorfque la fonte eft finie, les femmes vont arranger ces pains les uns à côté des autres. On les lailfe ordinairement trois ou quatre jours ex-pofés à Pair, & même quelques jours de plus, félon que le tems eft ferein ou couvert.
- if9. Lorsque ces pains de cire ont refté un tems fuffifant fur les toiles , & qu’ils font bien fecs, 011 les releve avec les mains de bois ; on les met dans des mannes chargées fur des brouettes.j puis on les conduit dans un magafin, où 011 les enferme dans de grandes armoires f ou dans des tonneaux garnis de papier, afin d’empêcher les ordures de s’attachera la cire, & la garantir du contaCt de l’air qui la jaunit. Ce font ces mêmes pains que les ciriers refondent pour les employer à diiférens ouvrages.
- i5o. Toutes les opérations que nous avons détaillées jufqu’à préfent, étant faites, la cire eft parvenue à fon degré de perfection, tant pour là clarification , que pour fa blancheur.
- Remarques fur pîujîeurs articles des opérations ci - devant décrites.
- 161. Pour ne point interrompre le fil des procédés qu’exigent les différée XIV. ’ L 1
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- rentes préparations de la cire, nous avons cru devoir faire un article particulier de quelques remarques qui y font relatives.
- 162. i°. Nous avons dit que dans la fonte de la cire, il fe précipitait au fond de la cuve des craifes qu’on nommé le déchet : or, comme il fe trouve de la cire mêlée avec ces craifes, nous devons parler des opérations qu’on fait fur les déch‘ets. On les jette, comme nous l’avons dit, dans des baquets percés , pour laiifer écouler l’eau, & on les en retire lorfqu’il y en a une certaine quantité; on les met dans une chaudière, & on y ajoute environ dix à vdouze pintes d’eau par cent pefant ; on allume le feu fous cette chaudière. Lorfque la cire mêlée avec les déchets efi: fondue, on retire le feu, & on lailfe dépofer le tout dans la même chaudière pendant quatre ou cinq heures ; après quoi l’on retire avec un pot la cire qui nage fur les corps étrangers, & on la met dans de grhnds poêlons de cuivre. Cette cire étant refroidie, forme des pains que l’on refond encore pour la mettre fur les toiles comme la cire jaune. On retire enfuite i’.eau & les déchets reliés au fond de la chaudière , & 011 les met dans un panier d’ofier pour les laiifer égoutter. Quand ils le font fuffifamment, on les met avec beaucoup d’eau dans un chauderon , fous lequel on allume le feu ; & lorfque le tour efl bien chaud, on le met dans un fac ou dans une auge de bois, ou dans un feau de fer, fous la preife, pour en faire fo*tir toute la cire ; mais cette cire ne peut être employée que dans la composition des flambeaux de poing. On dit qu’on en peut nourrir quelques animaux.
- 163. 2°. Selon les procédés que nous avons ci-devant décrits , & qui font les mêmes que l’on pratique dans la manufacture de M. Trûdon , la cire ne fe clarifie que par la précipitation des corps étrangers. Mais il y a d’autres manufactures où , pour clarifier les cires , on met dans la chaudière lors de la fécondé fonte, & avant de couler, ou de l’alun , ou du cryltal minéral, ou de la crème de tartre ( ce dernier fel nous a paru le meilleur). Quatre onces de crème de tartre fuffifent fur un quintal de matière. Au refte , quoique je fois très-perfuadé que l’on peut faire de très-belle cire fans aucun mélange , je penfe aufli que les fubftances falines ou le lait ne peuvent pas être regardées comme des fophiftications.
- 164. 30. La defeription que nous venons de faire de la façon de blanchir les cires, eit celle qui fe pratique dans les grandes manufactures, telles qu’efc celle de M. Trudon, où le travail eft coniidérable, & où les entrepreneurs blanchiflent les cires fans aucun alliage, les travaillant comme elles fortent des ruches à miel, & n’employant que des cires de la qualité fnpérieure, & propres à devenir du plus beau blanc. Mais comme il s’en faut de beaucoup que ces premières qualités de cires puiifent fufïire à la confommation qui s’en fait préfentement en France , il y a des manufacturiers qui n’emploient
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- que des cires de qualité inférieure , c’eft-à-dire, des cires qui font difficiles à blanchir , telles que font celles qui proviennent des pays de vignobles, iefquelles ne blanchiraient pas, fi elles n’étaient alliées avec du fuif, qui par fa blancheur fait difparaître le jaune. Les entrepreneurs qui travaillent ces fortes de cires, les achètent à plus bas prix ; ils y mêlent, en les travaillant, jufqu’à vingt-cinq & trente livres pelant de fuif fur un quintal, de cire. Comme il y a aux environs de Rouen quelques manufactures où l’on ne travaille que des cires de cette efpece, on connaît à Paris ces cires communes & mélangées fous le nom de cires de Rouen.
- 16 f. J’ai lieu de croire que l’on met plus de foixante pefant de cet alliage dans la cire que l’on deffine à faire des cierges ; cela dépend de la qualité des cires jaunes que l’on y emploie. Ce n’eft pas cependant que dans plulieurs manufactures où l’on fait ces alliages , on n’y blanchiife auffi quelques cires pures.
- 166. On croira peut-être qu’il ferait de la bonne police d’interdire l’emploi de ces cires alliées, & qu’il ferâit plus avantageux aux manufacturiers qui ne travaillent qu’en cires pures , que ces alliages fulient profcrits ; mais nous penfons qu’il y aurait un grand inconvénient à faire une pareille dé-fenfe, parce que les cires propres par leur nature à faire du beau blanc, ne fe trouvant pas en affez grande abondance, on ne pourrait fuffire à la con-fommation, & que ces cires devenant fort rares , leur prix monterait né-celfairement très-haut ; au lieu qu’en tolérant les cires alliées de fuif, il en réfulte deux avantages pour le public: premièrement, on trouve des bon-* gie's à toutes fortes de prix ; fecondement, quoique diverfes provinces du royaume produifent beaucoup de cires qui ne font point fufceptibies de prendre un beau blanc fans alliage, cependant elles fourniffent à la confom-mation, & font vivre un grand nombre de cultivateurs qui ne trouveraient plus à vendre leurs cires, & qui abandonneraient le foin des ruches. Ces fabriques font encore fubhfter quantité d’ouvriers qui font employés à les blanchir.
- t67.. Le travail dans ces manufactures, quant aux:trois fontes de la cire, eft le même que celui des autres où l’on ne fait que de belle cire; mais celui de la baignoire & des toiles eft différent.
- 168. Comme tes cires chargées de fuif n’ont point de corps, & qu’elles 11e peuvent former des rubans dans la baignoire, en fe détachant de deffus le cylindre, elles furnagent & reffemblent à du gros fon que l’on jeterait fur l’eau; & cela empêche que l’on puiffe les retirer avec la fourche , dont les branches font unies’: il faut donc, pour cette opération, fe fervir d’une pelle de bois percée de plusieurs trous, ou. .d’une fourche dont les branches font garnies d’ofier ; & quelquefois même l’on eft obligé de fe fervir d’un tamis.
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- 169. Lorsque ces cires font fur les toiles , comme elles fondent aife-ment à caufe de l’alliage, on eft obligé de les arrofer fouvent pour les rafraîchir j & pour empêcher qu’elles ne fe gazent & qu’elles ne s'iguaymt , 01* les retourne & on les régale à la fraîcheur du matin , avant que la roiee foit diliipée ; au lieu qu’on manie les belles cires pendant le jour, pour que les rubans 11e fe rompent point.
- 170. Les ouvrages fabriqués de cires alliées 11e peuvent être d’un bon ufàge ; car quoiqu’on les acheté à meilleur marché que le bougies faites dei bonne cire, elles ne font pas le même profit, parce qu’elles fe confument plus promptement. On les diftingue aifément en ce que la çire eft d’un blanc mat, & n’eft jamais fi claire ni fi tranfparente que les belles bougies,
- 171. Il n’y a que quelques célébrés blanchiiferies où l’on travaille la cire fans aucun alliage 5 mais dans la plupart des petites fabriques , on mêle avec la cire jaune , quand on en fait la première fonte , une petite quantité de grailfe. On varie la quantité de cet alliage, fuivant la qualité des cires, & même félon le degré de cupidité du fabriquant» Les cires fort feches, qui ont été tenues trop long-terns fur le feu par les payfans , peuvent admettre plus de graiife que celles qui font plus onétueufes i mais, comme nous l’avons dit, on met beaucoup de grailfe dans les cires communes qui font incapables de pouvoir jamais acquérir un blanc parfait, comme font, par exemple, plufieurs efpeces de cires venant du Nord, & prefque toutes celles qu’on tire des pays de grands vignobles \ & quoique les graiifes qui acquièrent aifément un beau blanc, re&ifient en quelque façon le défaut naturel de ces cires, il n’en ré-* fuite néanmoins que des cires d’une qualité très-commune ; mais il en faut de telles pour ceux qui tirent au bon marché.
- 172. A l’égard de la cupidité des marchands, elle n’a point de bornes. Les
- uns ne mêlent avec leur cire que deux livres de grailfe par quintal, d’autres trois, d’autres cinq, & d’autres, comme nous l’avons dit, y incorporent une fi grande quantité de graille, que la fraude s’apperçoit à l’odeur, au toucher, à la tranfparence & à la promptitude avec laquelle les bougies fe confument, outre qu’elles ne répandent pas une lumière vive & claire. Il eft rare que la fraude foit portée aufii loin dans les blanchiiferies i mais il y,a des ciriers qui, non contens d’avoir acheté des cires à bon compte , forcent encore l’alliage pour augmenter leur gain. 4
- 17 j. Dans certaines blanchiiferies , on a l’attention de choifir, pour mêler avec la cire, les graiifes les plus fermes, telles que font celles qui fe trouvent autour des rognons de mouton ou de bouc ; d’autres emploient indifféremment tout fuif de mouton ? & d’autres font encore moins fcrupuleux fur le choix des graiifes.
- 374* Quoi en fuit 3 ces alliages altèrent beaucoup les ciresj & c’eft
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- pour cette raifon que les cires d’Antony, celles du Mans, d’Orléans, de Limoges , &c. ont là préférence fur la plupart de celles qu’on tire des autres blanchifferies. C’eft aulii à caufe de l’alliage, que l’on fait peu de cas des cires blanches de plusieurs manufactures de Rouen , & des cires jaunes de Barbaries car ces cires jaunes, qui font bonnes de leur nature , font fouvent alliées avec des graiifes ou du beurre.
- 175. 40. Nous avons/dit qu’il était d’une très-grande conféquence d’établir les manufactures dans les endroits les moins expofés aux vents, parce qu’un feul coup de vent peut enlever une partie des cires expofées fur les toiles. En effet, il arrive trop fouvent pour les blanchifîeurs , que quand le vent eft violent, il paffe fous les toiles, les déchire & en enleve les cires quelquefois à plus de 60 pieds de haut : alors les rubans font répandus dans les campagnes j 011 en a même vu qui avaient été portés à une demi - lieue de la manufacture.
- 176. Pour prévenir ces accidens autant qu’il eft poflible , il convient, lorfque le vent eft violent, que l’entrepreneur d’une manufacture ait foin de vifiter les toiles, & qu’il raifemble tous fes ouvriers, pour vérifier fi les bords des toiles font tous bien accrochés, & veiller à ce que le vent n’enleve-point les cires. Lorfqu’il furvient de la pluie, il n’y a plus rien à craindre,' parce que les toiles s’imbibent, & la cire fe charge d’eau ; mais fi au contraire le vent augmente fans pluie, comme cela arrive ordinairement avant les orages , alors il faut promptement doubler les toiles j ce qui s’exécute en ôtant d’un feul côté d’un quarré la corde de la toile qui eft paffée derrière les chevilles j puis après avoir décroché du même côté ,ie bord attaché aux piquets , en prenant les deux bouts & le milieu de cette toile, 011 la pouffe avec la cire de l’autre côté du quarré ; puis on paffe la corde décrochée derrière les piquets , de façon que la cire fe trouve portée d’un feul côté du quarré , & enfermée entre deux toiles j mais fi le vent était affez confidérable pour déranger la toile , il faudrait alors l’attacher avec des cordes à la plate-bande du quarré D, pl. IV, fig. 2. Cette opération de doubler les toiles empêche le vent d’emporter la cire, mais il occafionne des frais à l’entrepreneur: car fi les cires qui font deffus y ont été mifes en jaune, il faut les refondre, parce que cette cire étant plus tendre que celles du regrèlage , elle fe met par pelotes ; & le foleil ne pouvant les pénétrer, elles ne peuvent plus blanchir.
- 177. Lorsque le vent a ceffé, & que le tems eft remis au beau , on découvre les cires , & l’on étend les toiles j fi c’eft de la cire jaune qui fe foit pelotée, on la releve pour la fondre j fi au contraire c’eft du regrèlage, on jette la cire de l’autre côté de la toile, en fe fervant pour cela d’une pelle j puis avec les fauchets>on la répand fur toute l’étendue delà toile. O11 conçoit maintenant qu’il eft avantageux que les toiles foient abritées des vents du fud & dç l’oueft, par quelque bâtiment élevé ou par des arbres.
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- 178. f0. Comme les toiles pourriffent affez promptement; pour éviter
- cette dépenfe qui elf confidérable , feu M. Prouteau qui avait une belle blan-chilferie en Gâtinois , eifaya d’y fubftituer des tables de pierre de taille ; mais ces pierres qui s’échauffaient beaucoup , faifaient éguayer la cire ; c’eft-à-dire, que les rubans fe raffemblaient par mottes : il a donc été obligé de revenir aux toiles. •*
- 179. Néanmoins en Provence , & fur-tout à Marfeille, on 11e blanchit pas la cire fur des toiles , mais fur des banquettes de briques, qui ont la même forme que les quarrés de charpente. Comme la chaleur échauffe confidéra-biement ces briques, & qu’elle ferait fondre la cire ; pour éviter cet inconvénient , 011 l’arrofe fouvent ; & pour qu’elle ne foit pas fubmergée, mais feulement rafraîchie, ces banquettes font en pente douce, & trouées par un bout pour donner de l’écoulement à l’eau. Quelques-uns même «établit fent un petit filet d’eau qui, en entrant continuellement par un des bouts de la banquette, & fortant par l’autre , forment une nappe fort mince qui rafraîchit contiiluellement les cires. Pour mettre ce travail à l’abri des coups de vent, on couvre les cires avec des filets.
- 180. 6». On n’eft point, en Provence, dans l’ufage de mettre les cires en
- pains, mais bien en petites dragées ou petits grains. Cette opération fe fait en plaçant les trous du grèloir devant la partie du cylindre qui plonge dans l’eau : on tourne ce cylindre avec vivacité, pour agiter l’eau, & former de petits bouillons. Les filets de cire, qui ont paffé par les trous du grèloir , tombant fur ces petits bouillons, fe congèlent en forme de petits grains,' ce qui les fait nommer^ires grenus. >
- igi. 70. En Italie, 011 ne fond la cire que deux fois, parce qu’on 11e la moule point, & qu’on la vend comme on la retire des toiles pour là dernière fois. Cette méthode a quelqu’avantage : car la dre perd quelque chofe de fa beauté chaque fois qu’on la refond; & les cires qui ne font pas parfaitement blanches, ont un œil féduifant, quand elles font en petites parcelles. Mais ces cires ainfi préparées, occupent beaucoup plus de place que quand elles font en pains; & elles font expofées aufii à recevoir plus de pouffiere & d’ordure.
- 182. .8°. Il y a de l’art à bien mouler la dre. Il faut, quand on la verfe dans les moules, qu’elle 11e foit ni trop chaude ni trop froide, afin que le delTus des pains foit bien uni, point ridé ni gerfé. A la vérité , tout cela n’iuflue point fur la qualité de la cire, mais beaucoup fur l’achat.
- 18}- 9°- Quand on chauffe un peu trop la cire dans la chaudière avant de la couler , elle, prend un œil roux qu’on a quelquefois peine à faire paffer en rétendant fur les toiles. Quelques blanchiffeurs prétendent même qu’elle ell expofée à y rouflir, fi le foleil eft trop ardent. Néanmoins il faut que la
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- ©ire foit très - liquide quand 011 la coule dans la cuve, afin qu’elle puiffe y refter long-tems en état'de fufion, & y dépofer tout fon déchet. C’eft pour -laiffer long-tems dépofer la cire, & pouvoir la jeter en moule aifez chaude, que M. Trudon la fait paifer de la cuve dans un coffre échauffé par des cendres chaudes, afin qu’elle conferve la liquidité qu’elle aurait perdue *, & il y a des blanchiffeurs qui, pour cette raifon, emploient des écriions montés fur une braifiere, dans lefquels ils mettent de la cendre chaude ou un bain-marie. Mais, comme cet inftrument elt pelant & embarraffant, la plupart des blanchiffeurs rempliffent leurs éculons de la cire qui coule immédiatement de la cuve ; & pour donner à cette cire un tems fliffilant pour qu’elle fe repofe, comme ils font obligés de la tirer un peu chaude, ils mettent deux cannelles à leur cuve, une en-bas à l’ordinaire, & une autre vers le milieu 5 ils commencent par tirer toute la cire qui peut couler par la cannelle fupérieure ; & pendant ce tems, celle qui eft plus bas continue à précipiter ; enfuite ils ouvrent la cannelle d’en-bas 5 & quand elle ne coule plus, ils inclinent la cuve en-avant, pour retirer toute celle qui nage fur l’eau. C’eft pour incliner aifément cette cuve, qu’on la fait pofer fur un plateau arrondi en-deffus , & qu’on calle la cuve par-derriere avec un gros /coin de bois : fi les derniers pains qui en proviennent fe trouvent fales , 011 les rejette dans les fécondés fontes.
- 184. io°. Il y a des blanchifferies où l’on établit fur la chaudière un moulinet pour agiter la cire pendant tout le tems que dure la fon.te 3 mais il paraît que l’opération de la fpatule eft préférable : on agite plus ou moins la cire fuivant que le feu eft plus ou moins vif} & de plus, on agite cette cire jufqu’au fond de la chaudière, ce qui eft bien important.
- i8f. ii°. Dans les petites fabriques, on fe contente de faire étamer les chaudières comme le font toutes les batteries de cuifine3 mais comme cet étamage n’eft pas de longue durée, on fait, dans les grandes fabriques , doubler les chaudières avec des plaques d’étain taillées en coquilles 5 car comme la cire produit aifément du verd-de-gris, il eft néceffaire que tous les vaiffeaux qui font employés à ces travaux, foient bien étamés.
- 186. 12°. Dans les blanchifferies où l’on peut jouir d’une fource, 011 fait continuellement couler de l’eau fraîche pendant qu’on coule la cire pour rubaner ; & un autre robinet décharge une pareille quantité d’eaù échauffée} mais quand on eft obligé d’élever l’eau avec une pompe , on la ménage davantage } & dans ces cas, les uns fe contentent de verfer de tems en tems quelques. féaux d’eau dans la baignoire du côté du tour ; d’autres établirent une tonne fçgiplie d’eau à la hauteur de la cuve, & ils conduifent un tuyau L T ,/>/./ j parallèle au tour fermé au bout T , & percé de quantité de petits trous dans toute fa longueur du côté du tour 3 de forte qu’en ouvrant le
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- robinet L, Ü part de ce tuyau un nombre de jets qui arrofent d’eau fraîche le tour, & qui empêchent que la cire ne s’y attache , comme elle fait quand l’eau de la baignoire s’échauffe trop. Si l’on n’avait pas attention de bien mouiller le tour avant de couler la cire, les rubans y relieraient attachés ; mais quand cela arrive, il faut les détacher avec la main, jeter de l’eau fur le tour, & même le frotter avec la main.
- 187. 13°. Il y a des blanchilfeurs qui prétendent que les rubans ne peuvent pas être trop minces, afin que la cire préfente plus de furface au îoleil ; d’autres au contraire difent que quand les rubans font trop minces, le foleil les attendrit, qu’ils s’affkiflent & fe mottent j au lieu que quand ils font plus épais , ils fe foutiennent mieux. Quant à nous, nous croyons qu’il faut grêler ou rubane-r plus épais les cires alliées que celles qui font bien pures ; & que pour former ces rubans plus épais ou plus minces, il fuffiü de faire tourner le cylindre ou tour plus ou moins vite ; car plus il tourne vite, plus les rubans deviennent minces.
- 188- 140* Les blanchilfeurs ne conviennent pas non plus fur le tems où il faut retirer les cires de delfus les toiles après la première fonte : les uns veulent qu’elles aient pris le plus de blanc qu’il eft poflible .dans l’elpace de quinze ou vingt jours ; & d’autres foutiennent qu’il eft mieux de les retirer avant ce terme , auflî-tôt qu’elles ont perdu leur jaune. Ils alfurent même qu’après la fécondé fonte, il faut que les cires aient acquis un petit œil verdâtre , & qu’alors elles font moins fujettes à jaunir. Il eft certain qu’on ne peut pas faire prendre à la cire tout fon blanc en une feule fonte. Il faut néceifairement la rubaner deux fois, pour que cette cire, qui à la première fonte était renfermée dans l’intérieur des rubans , fe trouve à l’extérieur à la féconde fonte ; mais nous penfons qu’il ne peut être que bien avantageux de lui faire perdre le plus de jaune qu’il eft poflible dès fa première fonte.
- 189. 150. Nous avons dit que les mouches font fi friandes de miel, qu’elles le dérobent par-tout où elles en trouvent, au rifque de périr en le noyant dedans. Il 11’en eft pas de même de la cire : elles n’en font aucun cas. Nous avons placé plufieurs fois des. rayons auprès des ruches remplies d’abeilles ; elles en ont enlevé tout le miel, mais elles n’ont jamais touché à la cire.
- 190. 16°. On creufè les moules dans les planches avec une efpece de trépan qui relfemble alfez au perçoir dont les tonneliers fe fervent lorsqu’ils veulent mettre une cannelle à une futaille.
- 191. 170. Je ne doute pas que quelques épiciers 11e fophiftiquent la cire jaune qu’ils vendent aux frotteurs. J’ai, cru le reconnaître à la couleur, à l’odeur & au toucher > & il m’a paru qu’ils y avaient introduit des grailles & des réfines..
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- 192. î8°. La cire qui a été employée à différens ouvrages peut être refondue & employée de nouveau par les ciriers : les bougies d’appartement, les cierges , les flambeaux, &c. qui n’ont été brûlés qu’en partie, font mis en fonte pour fervir à en faire d’autres. Mais pour tirer tout le parti pollible de ces cires refondues, il faut prendre certaines précautions dont nous allons parler.
- 19^. D’abord il faut bien examiner la nature de ces cires & leur qualité, pour les ranger par lots, & 11e point confondre les bonnes avec les mauvaifes î par exemple, il ne faut point confondre les bougies qui viennent des bonnes fabriques, avec celles qui font alliées de graille. La cire des cierges eft ordinairement moins bonne que celle des bougies d’appartement. Les bougies de veille font communément faites avec la meilleure cire ; & la cire des flambeaux eft ordinairement la plus mauvaife de toutes. Quand ce triage eft fait avec foin, on commence, à l’égard des cires de‘bonne qualité, par les rompre pour en retirer les meches : on donne une fonte à cette cire, & on la rubané ; on la met enfuite fur les toiles comme la cire regrèlée ; enfin on forme des pains que l’on peut employer pour les premières couches des cierges & des bougies. On emploie à ce même ufage les bougies refondues , quand la cire eft d’ailleurs de bonne qualité ; car elle perd fur les toiles le peu de roux que lui occafionne la fonte.
- 194. On traite de même les cires alliées ; mais on ne les emploie qu’à des ouvrages plus communs.
- 19f. Quelquefois on retire une légère couche de la cire qui eft à la fuperficie des flambeaux ; mais on en laifle la plus grande partie avec la réfine des meches : on la fond fans la grêler ni la mettre fur les toiles , parce qu’elle ne peut fervir que dans la compofition des flambeaux.
- 196. Nous avons dit qu’on mettait à part les meches; ce ferait dommage de perdre la cire qui y refte encore attachée, quoiqu’elle ne puilfe être employée que dans la fabrique des( flambeaux , parce qu’elle eft toujours très-roulfe. On met toutes ces meches dans un chauderon fur le feu avec de l’eau; & quand la cire eft fondue, on verfe le tout dans un faç de forte toile, à travers laquelle une partie de cette cire paffe ; les meches font mifes enfuite dans le feau d’une preflTe, pour en retirer, par une forte exprefiion, foit la cire des cierges & des bougies, foit la partie réfineufe qui fe trouve dans les meches des flambeaux. Ces meches ainfi exprimées, reftent très-feches, & 11e peuvent plus fervir qu’à allumer le feu. A l’égard de la cire & de la fubftance réfineufe qui fe figent fur l’eau , on les emploie à imbiber les cordons des flambeaux, comme nous le dirons dans le chapitre fuivant.
- 197- 19Ç* JE fuis perfuadé qu’il faut de la cire très-pure pour faire de belles bougies ; néanmoins quelques ciriers m’ont foutenu que , pour avoir une cire bien blanche, il fallait y mêler cinq pour cent de fuif de mouton pris Tome. XIV, M ni
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- auprès des rognons „ fondu & battu avec du vinaigre. Je foupqonne que l’on ne pratique cela que .pour redlifier la cire qui n’eft pas naturellement fufcep-•tible de prendre un beau blanc.
- CHAPITRE III.
- Des diffêrens ufages auxquels on a coutume Remployer la cire.
- 198. emploie la cire à faire des bougies, des chandelles, des
- cierges, des torches, des flambeaux 3 & c’eft en cela que confîfte principalement le travail des ciriers & chrgiers, que nous allons décrire. Nous dirons aufli quelque chofe des différentes préparations de cire qui entrent dans l’ufage de quelques autres arts.
- Des meehes*
- 199. Les meehes font faites de fil de coton, de fil de Cologne, ou de fil de Guibray ; celles des flambeaux font faites d’étoupes (*). On choifit le .coton d’autant plus beau & filé plus fin, que les bougies doivent être plus parfaites j enforte que , pour les petites bougies de veille, & ‘celles qu’on fait pour les lampes, on compofe leurs meehes de quatre ou fix brins de coton, quoiqu’elles ne foient pas plus groflês qu’une fine chanterelle de violon. On tire ces cotons fins de la Chine^ ou des Indes.
- 200. Il faut que le coton foit bien net, fort blanc, peu tors, & filé d’une égale groffeur ; fans cette derniere condition, il fe trouverait des meehes plus grofles les unes que les autres, ou qui feraient d’inégale groffeur dans leur longueur. Si Ton .exige que le coton foit bien net & fort blanc, c’eft parce que les moindres ordures font couler & fumer les lumières.
- 201. Les ciriers achètent ordinairement le coton en écheveau; & ils le font devider & doubler par des femmes, fans le mouliner : quelques-uns le font filer eux - mêmes. A l’égard des différentes maniérés de devider les écheveaux, ce point eft trop peu important pour nous croire obligés de nous y arrêter.
- 202. Quand on veut faire des meehes, on met dans un crible foncé
- C) Nous avons dit dans l’art du-chan- d’une corbeille, afin que les ordures qui fe delier, que les fubftances animales, telles détachent du coton, paflent par les trous; •que la foie, le crin, les cheveux ,1a laine, & encore parce que la peau du vélin étant me dont point propres à faire des meehes. fort unie , elle n’égratigne point le coton.
- f**) tOn fe fert ,d’un crible plutôt que
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- de vélin, percé de plufieurs trous F s fig. i, un nombre de pelotons proportionné à la quantité de fils qu’on veut employer dans les meches ; c’eft-à-dire, que fi une meche doit être formée de 32 brins, on met 8 pelotons dans le crible, parce que dans ces pelotons les fils font aifemblés deux à deux, & qu’on double enfuite le coton pour faire les meches des bougies d’appartemens;' & les cierges. Les meches des bougies filées n’étant point doublées, il faut mettre un nombre de pelotes égal à la moitié du nombre des fils qu’on veut employer pour la meche. Pour alfembler plus promptement ces brins, & couper toutes les meches à une même longueur, on fe fert d’un coupoir ou taille-meche.
- Eefcription du coupoir ou taille -meche.
- 203. Cet infiniment confifte en une table affez forte, pi. F & FI ,fig. 1 „ formée de deux pièces de bois, qui laiffent entr’elles une ouverture en forme de rainure, dans laquelle entre le fort tenon d’un plateau de bois , qui peut couler dans toute l’étendue de la rainure , ainfi que la poupée d’un tour, & qu’on fixe où l’on veut, au moyen d’une vis placée au - deffous de cette table.
- 204. Comme la longueur de la meche des bougies de table ne varie pas autant que celle des cierges, le taille - meche n’eft pas 11 long, & il y a feulement à un des bouts une piece mobile qui entre à rainure dans la membrure qui forme le deffus de la table : on fixe cette piece mobile air point que l’on veut, au moyen d’une vis qui eft fur le côté de cette table* On a de ces tailles-meches allez petits pour pouvoir être pofés furies genoux , ou fur une table placée devant les ouvrières qui travaillent affiles. Sur l’extrémité de la table ou de la pierre mobile , s’élève une tige de fer D ; & fur l’autre partie eft une lame de couteau E, placée verticalement. C’eft la diftance qui fe trouve entre la*tige fixe D & la lame mobile E, qui établit la longueur des meches j ainfi, quand 011 fe propofe de faire des meches de 1, 2,4 ou 6 pieds de longueur, on établit cette diftance entre la broche fixe & la lame mobile, que l’on arrête en cet endroit au moyen des vis dont j’ai parlé.
- 2ôf. Il y a des tailles-meches de différentes formes: celui dont on fe fert pour les bougies à la manufaéture royale d’Antony, eft une table de bois quarrée, foutenue par quatre pieds, fur les bords de laquelle eft incruftée une bande de fer plat, percée de trous éloignés les uns des autres de pouce en pouce ; aux quatre angles de cette table font attachées par des vis quatre lames tranchantes, & l’on met quatre broches dans différens trous, fuivant la longueur qu’on veut donner aux meches. Quatre femmes peuvent travailler à la fois autour de cette table.
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- 206. Dans le même attelier d’Antony, le taille-meche pour les cierges, pl. FUI, fig. 9 , eft une planche de fix pouces de largeur fur 10 à 12 pieds de long. Dans cette planche eft incruftée une bande de fer plat, garnie dans toute fa longueur de trous taraudés en écrou, éloignés les uns des autres d’un demi-pouce, pour recevoir une broche qu’on peut éloigner ou rapprocher de la lame, fuivant qu’on peut faire les meches plus ou moins longues : cette broche eft terminée par une vis qui entre dans les écrous de la réglé.
- 207. Quand Finftrument que je viens de décrire ne fe trouve pas affez long pour tailler des meches de très-grands cierges, un piton en forme de clou à crochet attaché à la muraille , fait en ce cas l'office de la broche verticale : on en éloigne la lame du coupoir, à la diftance qu’exige la longueur qu’on doit donner aux meches * & l’on affujettit le coupoir au lieu fixé avec quelque poids dont on le charge: on a, par ce moyen , un coupoir auffi long qu’on ie veut.
- 20g. Cet infiniment , pl. V, fig. 1 , qu’on nomme indifféremment taille-meche ou coupoir, étant ajufté comme nous venons de l’expliquer , une ouvrière prend dans le crible où font les pelotons , un nombre de fils doublés égal à la moitié de ce qu’il en faut pour former la groffeur de la meche ; elle tient de la main gauche le bout de ce faifceau auprès du couteau, & paffant de la même main le faifceau qu’elle foutient de fa main droite , derrière la broche fixe , elle le ramene à la lame, fur laquelle elle l’appuie pour (*) le couper : elle doit examiner foigneufement toute la longueur des meches, pour en ôter tous les petits nœuds , les reprifes & les ordures qui pourraient y être reliées attachées > puis mettant fur-le-champ les deux faifceaux réunis entre le plat de fes deux mains , elle les tortille l’un fur l’autre, en faifant couler fes deux mains en fens contraire ; enfuite elle jette la meche au côté de la table oppofé à celui où elle eft placée. En répétant cette même manœuvre , elle remplit de meches la broche fixe D.
- 20'j. On apperçoit maintenant que toutes les meches doivent être d’une même groffeur , fi le coton eft filé également, parce qu’elles font formées d’un égal nombre de fils* & qu’elles font toutes d’une même longueur , puif-que la diftance du couteau à la broche 11e varie point.
- 2io- Quand la broche eft entièrement remplie de meches, on les paiîe dans des baguettes de bois fort unies, pour qu’elles ne rompent point les
- ( * ) Les chandeliers ont le tranchant de leur corps , foit en la pouffant. Au refie de la lame oppofé à eux, & ils coupent comme les mêmes coupoirs des chandeliers en tirant fur eux ; au lieu que le tranchant peuvent fervir aux ciriers, on peut conful-du couteau des ciriers eft pofé de leur côté, ter les planches de l’art du chandelier, & qu’ils coupent, foit en écartant la meche pour en voir de differentes formes.
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- fils, & on les accroche dans des armoires qui puiffent les garantir de la pouffiere.
- 211. Je remarquerai, en palTant, que la plupart des ciriers mettent dans les meches des bougies-quelques brins de fil de Cologne, pour donner , à ce qu’ils difent, du ioutien & de la force à la meche , & pour qu’elle ne fe courbe pas trop en brûlant ; mais je crois qu’il ferait mieux de faire ces meches de pur coton : car le fil de lin ne fe confirmant pas auffi vite que le coton , occasionne en partie que la meche fe recourbe trop, & c’eft ce qui fait qu’on eft obligé de la redrelfer ou de la moucher auffi fouvent que les chandelles. Quoi qu’il en foit, dans une bougie des huit, où il y a environ trente - deux brins, tant fil que coton , quelques ciriers mettent un quart de fil de Cologne , & le refte en coton ; & pour une bougie des cinq , ils y font entrer quelquefois quarante-quatre fils de coton : ainfi l’on voit que la pratique des ciriers varie beaucoup fur ce point. J’ai fait faire avec de la même cire, des bougies, dont les unes avaient leurs meches faites avec du plus beau fil de Cologne , les autres avec du très - beau coton , & d’autres moitié fil de Cologne & moitié coton. Les meches de pur fil ne pompaient pas affez la cire ; elles faifaient un champignon * elles n’éclairaient pas bien ; & le baffin de la bougie était toujours rempli de cire fondue , ce qui les faifait couler.
- 212. Les bougies de pur coton répandaient une belle lumière ; le baffin de la bougie était prefque vuide de cire fondue, & je n’ai point été obligé de les moucher -, mais elles fe font confirmées plus promptement que celle de pur fil : auffi la meche était-elle un peu plus greffe. Les bougies, moitié fil 8c moitié coton , fe font alfez bien foutenues -, mais j’ai été obligé de les moucher de tems en tems. Je crois que le mieux ferait de faire les meches avec du pur coton 5 c’eft la pratique de M. Trudon.
- De la groffeur des meches.
- 21 J. La groffeur des meches , proportionnellement à celle des bougies , eft un article très-important, & néanmoins fort difficile à établir. D’abord, du ne peut pas fixer le nombre des fils de coton pour chaque forte de bougie ; 1 °. parce^ que les fix à la livre qu’on tient courtes , doivent avoir des meches plus grolfes que les bougies de même poids qu’on tiendrait longues j 2°. la groffeur des fils varie trop pour qu’on puiffe rien fixer de certain. Il n’y a donc que des épreuves faites exprès, qui puiffent guider là - delfus les ciriers. Pour cette expérience, on fait faire des meches pour une groffeur quelconque de bougie , avec un nombre de fils connu ; fi, en brûlant, il refte de la cire fondue dans le baffin de la bougie ï, on juge que la meche eft trop menue, & alors on augmente le nombre des fils de la meche5 fi la bougie
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- fe confiime trop vite, fi la meche refte longue, fi elle forme lin champignon, enfin s’il ne fe forme point de baiîin à cette bougie, on conclut que la meche eft trop groffe, & on en retranche quelques fils. C’eft ainfi qu’en employant de beau coton , & en faifant des épreuves , on peut parvenir à avoir des meches fans défaut * & qui n’exigent point d’être mouchées. M. Trudon apporte une attention toute particulière aux meches de bougies de fa fabrique: il facrifié une grande quantité de bougies pour faire fes épreuves :*il choifit le plus beau coton s & les ouvrières qui taillent les meches ne font point à leur tâche, afin qu’elles aient plus d’attention à éplucher le coton.
- 214. Je 11e dois point négliger de faire remarquer qu’il faut tenir les meches d’autant plus groifes que lès cires font moins parfaites ; car la cire jauile , les cires blanches alliées de fuif, & le fuif pur fondant à une moindre chaleur que la belle cire blanche.il faut de groifes meches pour con-fumer le- fuif fondu, fuis quoi il coulerait beaucoup : ainfi l’on peut pofer Comme un principe général, qu’il faut faire les meches d’autant plus groifes , que la fubftance dont font faites les chandelles ou bougies, eft plus aifée à fondre.
- 214. Comme les bougies filées exigent des meches fort longues, on réunie fe nombre de1 fils de coton ou de Cologne qu’011 juge néceifaire ; & en les faifant couler entre les doigts de la main gauche, pl. VIII, fig. 2, on les dévidé fur une bobine qu’on fait tourner de la main droite : de cette façon 011 a des meches dont les fils font exactement aifemblés, & de telle longueur que l’on veut. Les bougies dites de Saint-Côme, celles pour les lampes, & les autres petites bougies à lanternes, ont des meches de pur coton: toutes les autres bougies filées & communes ont des meches de fil de Guibray, ou de fil de Cologne, fi 011 les veut plus parfaites.
- 216. Il eft bon, avant d’employer les meches, de les mettre dans une étuve, pour que le cotonToit bien fec ; elles en prennent mieux la cire , & l’on évite par cette attention, que les bougies ne pétillent en brûlant. Je conviens que beaucoup de ciriers méprifent cette attention ; mais on ne la néglige pas dans la fabrique de M. Trudon. L’étuve dont il fe fert eft un coffre de bois de chêne, exactement affemblé & doublé de tôle, pi. VIII, fig. 4; on met les meches paffées dans des baguettes très-près-à-près dans le haut de cette étuve, & au-deffoüs eft une brailiere remplie de cendres chaudes.
- Meches pour les flambeaux.
- 217. Les ciriers ne fe donnent pas la peine de faire les meches des flambeaux5 comme elles font d’étoupes de chanvre ou de lin, ils les achètent des cordiers toutes faites. Voici comment elles- fe fabriquent : les
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- cordiers font des fils d’étoupe qu’ils tordent peus ils -coupent ces fils par bouts de fix pieds de longueur pour les grands flambeaux , ils plient chacun de ces fils en deux, & la meche fe trouve formée de huit brins 3 qu’ils tordent légèrement les uns fur les autres, pi. VI9 fig. jg. Quand ces fils font un peu gros , huit fils font un feifçeau de dix ,à douze lignes de circonférence, un peu plus ou un peu moins , fuivant la grofleur -qu’on veut donner aux flambeaux. .Comme ces fils font pliés en (deux,, les bouts de chacun de ces fils fe rencontrent à une des extrémités de la meche, & les anfes à l’autre.
- 2,18. On prend fept à huit fils blancs d’étoupe de lin de Guibray, dont on fait un petit écheveau que l’on patte dans les anfes des fils de la meche ; en doublant ce petit écheveau, l’extrémité de chaque meche fe trouve réunie & terminée par une anfe de feize fils blancs d’environ trois pouces de longueur ; c’eft ce qu’on appelle le collet du flambeau,. Ils les liem par paquets., pl. VI, fig. 19 j mais tout cela eft du diftriét du eordier , car les ekisfs fe donnent rarement la peine de faire de ces fortes de meches.
- 219. Nous rapporterons .encore plufieurs p.artipularhgs fur fes meches,en parlant de différens ouvrages du cirier.
- Maniéré de faire les cierges à la cuiller.
- 220. Cette opération confifte en général à verfer avec une grande cuiller de la cire fondue fur les meches qui font aloxs fulpendues verticalement, fteur exécuter cette .opération, que j.e ne préfeute ici qu’en gros, il faut établir un inftrument qu’on nomme romaine.
- Defcription de la romaine aux cierges.
- 22ï. Pour fe former une idée de cet inftrument que l’on voit gravé p.L V9 fig. 2, il faut s’imaginer un cerceau de fer ou de bois C, qui a ordinairement trois pieds de diamètre, & qui eft traverfé en-dedans par une çroifée qui forme quatre ou fix rayons qui, partant du cerceau., vont aboutir à une douille, au moyen de laquelle cette croifée .eft percée au centre d’une ouverture d’environ trois pouces de diamètre., .qui eft deftinée à recevoir le petit arbre tournant A, de pareille grotte ur, qui eft reçu par en - bas dans -une crapaudine b , j& dans un collet par le haut. Ce petit arbre eft percé dans toute fa longueur, de petits trous, dans .fefquels on place la cheville pour foutenir le cerceau à différentes hauteurs , fuivant ta longueur des cierges qu’on veut fabriquer.
- 222. Le cerceau de fer eft ordinairement garni à la circonférence de quarante-
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- huit crochets de fer g, dans lefquels on palTe l’anfe ou le collet des meches : ainli il faut fe repréfenter un pareil nombre de meches qui pendent tout autour de ce cerceau, & fur lefquels on verfe de la cire fondue. Cette feule ex-politioii doit faire comprendre qu’il faut avoir, à la portée de cette romaine , de la cire en fonte dans un vailfeau qui puilfe en même tems recevoir celle qui découle le long des meches, fans s’y être attachée. Tout cela s’exécute au moyen d’un fourneau dont nous allons parler. ; .
- Description de la caque, de la plaque & de la poêle à cire.
- 223. Ce fourneau conlïfte en un grand* boilfeau fait de'douves, cerclées
- de fer B , pl. V, fig. 2, &„doublé de tôle. On en fait aulîi de fer ou de cuivre qui font moins expofés aux accidens du feu. Ce boilfeau A, pl. FII, fig. 9, qui eft de forme cylindrique, & qui n’a point de fond, préfente à un de fes côtés une ouverture C, fig. 9, fgite comme la porte d’un poêle. Aux grandes caques qui fervent pour les cierges, cette ouverture a près de dix-huit pouces en quarré ; mais l’ouverture de celles qui font deftiriées à d’autres ouvrages eft plus élevée , & la porte eft par conféquent plus haute que large. On fe fert de cette ouverture pour faire entrer dans le fourneau une poêle B, fig. 9 , ou une brailiere de fonte d’un'pied de diamètre fur quatre à cinq pouces de profondeur, remplie de charbon allumé; on l’introduit dans la caque en la foulevant avec des pincettes. Dans quelques petits attéliers, j’ai vu dé’ ces poêles à feu qui étaient de, fer battu , & qui avaient une queue comme celle d’une poêle de cuifine, & qui fervait à les porter dans la caque. ... >
- 224. On a encore une plaque de fer battu ronde B, pl. VIII, fig. 6 , un
- peu plus grande que la brailiere, & qui porte un manche de fer ; elle fert à couvrir en partie la brailiere quand le feu eft trop -ardent : c’eft une efpece de regiftre. . „
- 22f. Sur les bords de la caque repofe une grande poêle de cuivre, rouge D, plj VII, fig. 9 & 10, de quatre à cinq pieds de diamètre par le haut, & de huit pouces dans le fond; elle a la forme d’un œuf, & eft étamée par écaille £,/?/. VIII, fig. 6, ou avec des lames d’étain; elle.a des bords relevés de 1 f à 16 pouces de hauteur. Les bords des poêles fervant à faire les,cierges, s’élèvent prefque perpendiculairement, afin que lafcire qui tombe de haut ne puilfe rejaillir hors de la poêle, & afin que les cierges qui pendent de la romaine, puilfent fe trouver fuecelîivement au centre.de la poêle ; il y a aux bords deux échancrures, fous-lefquelles 011 place deux plaques, de cuivre pour recevoir les gouttes de cire qui pourraient dégoutter des cierges nouvellement tos. i •. .... r -,z’
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- iz€. A la fabrique des bougies, comme la cire ne tombe pas d’auffi haut » les bords de la poêle forment une efpece d’entonnoir ; de forte que cette poêle, avec lès bords, repréfente aifez bien un chapeau rabattu, car fes bords fort larges forment un plan incliné vers le fond de cette poêle. Pour recevoir la cire qui rejaillit du fond de la poêle, quelques-uns font Amplement Penton-noir, comme le repréfente D, pl. VII ,fig. 9.
- 227. Afin qu’il tombe moins de cire hors de la poêle, il y a au bord une échancrure qui embrafle l’arbre tournant de la romaine: quelquefois ce rebord prend plus d’étendue, & devient plus perpendiculaire du côté du cirier qui tient la cuiller, pour qu’il puiife approcher de la romaine. Il eft bon qu’il y ait des crochets fixés au-deifous de fa poêle, & que ces crochets puillbnt entrer dans des pitons attachés à la caque e, pL VIII, fig. 6, pour empêcher que quelqu’açcident ne la fafle gtiflcr, & que la cire fondue 11e foit répandue*
- Maniéré de jeter la cire.
- 228. On place cette poêle au-deifous du cerceau de la romaine, de forte qu’elle n’embrafle pas plus qu’un quart ou un cinquième de la circonférence, de ce cerceau où pendent les meches. Cependant cette poêle refte toujours à la même place on ne la tranlporte point > mais en faifant tourner peu à peu le cerceau de la romaine, on fait enforte que fucceiîîvement toutes les meches répondent à la perpendiculaire du centre de la poêle qui doit recevoir la cire qui en découle.
- 229. Tout étant ainii difpofé, on met des pains de cire dans la poêle * on, palfe dans la caque & fous la poêle, un brader rempli de Gharbons ardens , fa cire fe fond peu à peu, & l’on a grande attention quelle 11e bouille point, & même qu’il y ait toujours dans la poêle de la cire qui ne foit pas fondue. On réglé la chaleur, foit en couvrant le feu avec une plaque, foit en mettant de nouvelle cire dans la poêle pour refroidir celle qui eft déjà fondue} car il elle bouillait, elle fe deflecherait, fe rouflîrait, & il fe formerait une écume qut rendrait le travail défectueux. If eft même important de ne donner à la cir© qu’une chaleur convenable j parce que il elle était trop chaude & trop coulante , elle ne s’attacherait pas allez aux meches & à la cire déjà figée} il au contraire elle était trop près de fe figer, elle s’amalferak par grumeaux, & grof-firait trop le bas des cierges. Il faut donc obferver un certain milieu qui eft connu par l’ufage* & qui eoniifte* comme je l’ai déjà dit, à faire enforte qu’il y aittoujpurs dans la poêle un peu de cire qui ne foit pas fondue*
- Defcription de la cuiller.
- OJ©‘. La cailler dés ciritrs eft une* eipecc de gouttière de fer-blanc. Tome XIV. N n
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- pl. F^fig. 4, emmanchée par le côté & fermée par le derrière : elle fe rétrécit par le devant, & elle porte à fon manche un petit crochet qui fert-à l’arrêter fur le bord de la poêle. Les grandes cuillers ont un pied de long,. & leur manche huit pouces ;. elles peuvent contenir depuis deux jufqu’à quatre-livres de cire; elles fervent à prendre dans la poêle la cire. en. fuflon, pour la. jeter fur les meches. r
- Des coffres à cire,
- 23.1. Quahd. on fait un travail considérable, il effc bon de porter auprès de la romaine un coifre , pi. FI, fig. 16, dont raifemblage foit exa&ement, joint.: on y met la cire en pains , parce que le jeteur en doit mettre de tems en terns de nouvelle dans la poele; & toutes les fois qu’il quitte le tra.vail, il met le couvercle fur le coifre pour qu’il ne tombe aucune ordure fur la cire.
- Maniéré de faire les jetées..
- 2^2. Pour expliquer comment 011 fait les différentes jetées, fuppofolis que le cerceau de la romaine foit garni de meches de trois pieds de Ion--' gueur. Le eirier place ce cerceau , pi. F,fig. 2, à une hauteur convenable, pour que le bas des meches foit aifez près de la-poêle où eft la cire1 fondue enfuite il monte fur un gradin, s’il 11’effc pas affez grand, & fe place de façon que fon épaule foit à peu près à la hauteur du cerceau ; puis prenant de la main gauche la meche du cierge qu’il veut travailler, 8c la pinçant entre fes deux doigts tout auprès du crochet où elle eft attachée il puife avec la cuiller qu’il tient de la main droite, de la cire fondue qu’il' verfe fur les meches, en commençant à trois doigts du collet , pour que cette partie qui forme le lumignon , ne foit point garnie de cire. Le eirier fait tomber la cire fondue le plus perpendiculairement qu’il lui eft poffible ; & en même tems il tourne doucement la meche qu’il a faille de la main gauche, afin qu’elle fe charge de cire également de tous côtés, & que le cierge fe forme à peu près rond : il palfe fucceffivement d’une meche à•’ une autre, en faifant tourner la romaine, de forte qiie toutes- les- meches éprouvent l’une après l’autre cette opération. Pendant que l’on conduit le’ jet fur toutes les meches qui garniifent la circonférence de la- romaine ,-celles qui ont été les premières enduites de cire, fe refroidilfent, 8é elles fe trouvent plus en état de fe charger de nouvelle cire. C’eft ainli que les-cierges prennent peu- à peu de la grolFeury mais toujours plus par- en-bas que par le haut, parce, que la cire , en coulant du haut en bas du cierge, fe refroidit un peu, qu’elle devient plus gluante, & par conféquent qu’elle s’arrête en_plus grande quantité fur la cire déjà figée. D’ailleurs, oublie
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- peut faire un jet au haut d’un cierge, qu’il ne coule de la cire en-bas; au lieu que les jets qu’on fait par le bas & qu’on nomme des quarts, des tierces '& dès demi -jetées, ne-fourniiTent point de cire au haut du cierge: cela fait que tout naturellement les cierges prennent la forme conique qu’ils doivent avoir, & qu’ils font toujours beaucoup plus gros par le bas que par le haut. Cette forme néanmoins ferait peu régulière , fi le ciriet :11e favait -pas porter le jet à différens points de la circonférence , tantôt plus haut & tantôt plus bas, fuivant la forme que prend fon cierge. On commence ordinairement par donner trois jets dans toute la longueur ; le quatrième jet fe donne plus bas, & le cinquième ainfi que le fixieme encore plus bas. . ; ; :j r
- 233. Quand les cierges ont acquis à peu près la moitié du poids qu’ils doivent avoir, on les décroche de la romaine ; 011 palfe une ficelle dans les collets, & on les accroche au plancher pour les lailfer refroidir ; car fi l’on continuait d’y jeter de la cire pour les mettre tout d’un coup à leur grolfeur, principalement en été , la cire s’échaufferait au point qu’elle fe détacherait de la meche, & qu’elle tomberait dans la poêle.
- 234. Pendant que les cierges fe refroidiffent, on en commence d’autres. Si l’on n’était point pretfé d’ouvrage, il ne ferait que mieux de les conferver long-tems en cet état avant de les finir.
- Maniéré de finir les cierges.
- : 235*. Lorsqu’on veut finir les cierges, on les remet à la romaine , & on
- les couvre de nouvelle cire : on jette les dernieres couches comme on a fait pour les premières , ayant foin de donner deux demi-jets par le bas, afin de groflir le pied : à'l’égard du dernier jet, il doit s’étendre de toute la longueur du cierge. Les ciriers font mettre dans la cire qui fert à finir , dix pour cent de cire corrompue (nous expliquerons ce que c’elt). Leur deffein eft d’empêcher que le deffus des cierges ne fe jalpe, c’eft-à-dire, qu’il ne foit marqué de taches blanches moins tranfparentes que le refte ; ce qui arrive quand l’étuve dont nous allons parler eif trop chaude.
- - 236. C’est encore une adreffe des ciriers, de fa voir faire les cierges pré-
- cifément du poids qu’on. les demande. .Ordinairement, quand ils jugent qu’ils font arrivés à ce poids, ils en décrochent quatre ou fix de la romaine pour les pefer un à un ; & lorfqu’ils font latis faits du poids , ils les décrochent tous pour les mettre étuver.
- : 23 frPlusieurs’ciriérs emploient , pour 'finir leurs cierges, de plus belle
- cire que pour commencermais, c^eft une fraude, dont ils 11e'peuvent fe juftifier qu’en di&nt qu’ils diminuentiproportionnellement le prix de leur cire.
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- Ce que c’ejl qu'êtuver les cierges.
- &• Quand , par toutes le jetées dont nous venons de parler, les cierges font parvenus à leur groffeur, lafuperficie n’en eft pas unie, & elle eft matte, au lieu qu’elle doit être htifante. C’eft en roulant ces cierges, qu’on peut leur procurer ce poli. Mais, pour bien rouler les cierges, il faut que la cire fe foit raffermie, ou, comme l’on dit, qu’elle ait pris corps : c’eft ce qu’on lui procure en tenant les cierges dans ce qu’on appelle Vétuve ou le lit.
- 239. Les ciriers arrangent les cierges qu’ils veulent étuver, foit fur un lit de plume, foit fur un matelats, entre deux linges blancs , & on recouvre le tout d’une couverture en double, pi. V, fig. if. L’intention eft, que la cire fe raffermiife allez pour pouvoir être roulée} car fi on la roulait auffi-tôt après le dernier jet, elle ferait trop molle : fi on la laiflait fe refroidir à l’air, le delfus prendrait trop de dureté en comparaifon des parties intérieures qui relieraient trop molles ; mais par le refroidilfement lent qui fe fait fous les couvertures, la cire fe raffermit également dans la totalité du cierge. En hiver , lorfqu’il fait bien froid, on eft quelquefois obligé de baf-finer le lit, pour prévenir un trop prompt refroidilfement j d’ailleurs, comme il faut du tems pour rouler une certaine quantité de cierges , ils confervent leur chaleur dans l’étuve j & pendant un tems confidérable , ils iont en état d’être roulés.
- 240. Il eft bon , quand on met les cierges dans le lit, de les y arranger les uns fur les autres, de maniéré que le bas d’une moitié de ces cierges foit d’un côté du lit, & que le bas de l’autre moitié foit tourné de l’autre fens, de façon que la pointe de cette fécondé moitié foit couchée fur le pied des cierges qu’on a pôles les premiers ; car la chaleur fe confervant plus long-tems vers la partie des cierges qui eft plus épaifle, elle entretient la chaleur des pointes qui font au-deflus.
- 241. On peut arranger ainfi. dans un lit douze à quinze douzaines de cierges.
- 242. A mefure qu’on déchage la romaine, on met les cierges dans le lit j mais 011 a l’attention de les placer derrière ceux qu’on y a arrangés en premier lieu, pour être en état de retirer du. lit ceux qu’on, y a placés la première fois.
- Maniéré de rouler les cierges.
- 244. Cette opération fe fait fur une grande table de noyer exactement dreffée & bien polie , pl. Vx fig. f ; & l’on fe fert d’un inftrumentA, qu’on nom me. platine, ou touloir. Les tables les plus longues lent les meilleures:
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- elfes doivent avoir trois ou quatre pieds de largeur ; & comme il eft difficile de trouver des planches de cette largeur, on conftruit ces tables de deux planches : mais il faut que celle de devant porte au moins dix-huit pouces de large. On place cette table dans le laboratoire , vis-à-vis une fenêtre. Chez M. Trudon, plusieurs de ces tables font recouvertes de bois de gayac rapporté par un ébénifte i comme ce bois eft plain, & qu’il fe polit parfaitement, la cire en devient plus brillante.
- 244. On met fur cette table une petite cuvette de cuivre étamée remplie d’eau, pour mouiller de tems en tems l’endroit de la table où l’on travaille.
- 245. Le rouloir ,fig. 14, n’eft autre chofe qu’une planche de noyer bien polie & épaiffe de trois pouces vers le milieu : il porte en-deffus deux poignées pour le manier commodément. Ceux dont on fe fert le plus communément , ont environ un pied ou quinze pouces de longueur, fix , fèpt, ou huit pouces de largeur, & cinq lignes d’épaiffeur vers les bords qui forment un bizeau.
- 246. Lorsque les ciriers veulent rouler les cierges, ils en tirent deux ou quatre de deifous h couverture > ils en prennent un qu’ils couchent fur la table devant eux , fig. y , & pofant le rouloir deifus, ils le pouffent & le rappellent à eux pour faire prendre au cierge une forme bien ronde & bien régulière. Ce travail ne paraît pas difficile 5 néanmoins il faut de l’ufage pour connaître quand la cije a pris la confiftance convenable pour être bien roulée, & pour que dans les différentes reprifes du rouloir, il ne fe faffe point de rehaut. Celui qui fait bien manier le rouloir connaît, à la feule pofition de fon instrument » les défauts des cierges qu’il roule ; & il lait y remédier fans qu’on s’en apperqoive, en appuyant plus d’un côté que d’un autre i au lieu qu’un ouvrier moins expérimenté en augmenterait le défaut , & gâterait tout. Pour peu qu’il y ait de faletés fur la table ou fous le rouloir, la cire s’y attache ; ainfi il faut tenir l’un & l’autre bien nettoyés. On mouille de tems en tems la table & le rouloir, pour prévenir l’adhérence de la cire j ç’eft pour cela que le cirier tient près de lui le petit vaiffeau d rempli d’eau, qu’il jette avec la main fu» la table & fur le rouloir. Par cette opération les bougies ainfi que les cierges prennent une forme régulière, & acquièrent tout le brillant qu’on peut defirer.
- Comment on coupe les cierges de longueur.
- 247. Quand les deux ou quatre cierges qu’011 a tirés de l’étuve font exactement ronds, on les pofe à côté les uns des autres fur la table, de forte que tous les collets fe répondent, & on les rogne tous à la fois avec un couteau de bois , pi. F9 fig. 106-11, pour qu’ils foient d’une égale. Ion-
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- gueur, & que leur bafe foit plate. Ce couteau, qu’on nomme couteau à rogner, eft d’environ dix à douze pouces de longueur, de trois à quatre pouces de largeur, & d’un pouce d’épaiifeur vers le dos : il fe termine par un tranchant ; on le fait d’un bois plain & dur ; il a un manche de quatre à cinq pouces de longueur : fur le dos de ce couteau eft gravé le cachet de la manufacture. On coupe les cierges en les faifant rouler fur la table fur le tranchant du couteau.
- Maniéré de percer les cierges.
- 248- Après avoir roulé & coupé les cierges de longueur , il ne refte plus pour les finir , qu’à faire le trou ou douille dans laquelle doit entrer la broche du chandelier. On fait ce trou avec des broches de bois bien pointues, pi. V, fig. 12, dont la longueur & la groifeur font proportionnées à la grandeur des cierges. Ces broches font faites fur le tour, & ont un manche ou une poignée. Un cirier doit être aiforti de ces broches , & en avoir depuis quatre pouces jufqu’à deux pieds de longueur , & depuis quatre lignes de diamètre par le gros bout juîqu’à deux pouces. O11 commence le trou avec le bout du doigt j puis prenant la broche de la main droite par fon manche , & le cierge étant couché fur la table & alfujetti fous le plat de la main gauche, on enfonce cette broche bien droite, tournant un peu le cierge, & en allant & revenant avec la main gauche qui doit appuyer deifus , pL fig. 6. Les ouvriers mal-adroits crevent quelquefois la cire ; mais les bons ouvriers fentent avec leur main gauche , fi la broche fe porte trop d’un côté ou d’un autre, & iis y remédient. Quand la broche eft entrée de cinq à fix pouces ou plus , fuivant la groifeur du cierge , on la retire, à moins qu’on ne voulût faire des empreintes fur le gros bout du cierge, comme nous le dirons ailleurs ; mais ordinairement l’ouvrier laiife la broche dans le cierge , & retournant le couteau à rogner, fur le dos duquel eft gravée la marque de la ma-nufa&ure ; il le mouille & l’appuie fur le cierge vers la partie où eft la broche , & il y imprime cette marque en le failant tourner ; pour lors le cierge eft réputé fini, & l’ouvrier le pofe au fond de la table. Ordinairement un ouvrier eft chargé de tirer les cierges de l’étuve, & de les rouler pendant qu’un autre s’occupe aies rogner , les percer, & à y imprimer la marque du cirier, & à les mettre en paquets. > ‘
- Comment on met les cierges en paquets.
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- 249. Quand fix ou huit ou douze cierges font finis, fi ce font des cierges d’un quart, un les réunit avec une ficelle qu’on paife dans leur collet, &
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- on les pend par cette ficelle à des crochets au plancher , pour que la cire fè refroidiffe & qu’elle raffermiffe : lorfqu’ils font froids, on les paffe dans une balance dont un des plateaux eft fait en gouttière, pour vérifier fi les douze pefent trois livres : fi le poids eft faible , on retire du paquet le cierge le plus menu* pour y en fubftituer un plus fort.
- 2*0. On pefe les cierges dans un plateau fait en gouttière , afin qu’ils* ne fe plient pas ; & on ne les pend pas au crochet de la balance, parce qu’il eft bien plus aifé de tirer un cierge de la gouttière & d’y en fubftituer un autre, que de les décrocher & les raccrocher plufieurs fois.
- 2^i. Quand les douze cierges font à leur poids , on les expofe à l’air en les attachant par le collet à des clous à crochet, le long des barrés de bois ou de fer: fi on les couchait fur les toiles, comme les bougies, ils fe courberaient, vu leur longueur, & qu’ils font menus. Dans cette pofition, ils prennent un peu de blanc, à peu près comme s’ils étaient fur les toiles j quand ils font refroidis, on les frotte avec un linge, & on les enveloppe dans des feuilles de papier qu’on affujettit avec de la ficelle. Si l’on ne doit pas les tranfporter bien loin , on les met dans des boites de bois en forme de gouttières , qu’on nomme, étuis à cierges , auxquels on ajufte des bretelles pour les charger fur le dos. Si les cierges doivent être livrés au loin , on les emballe dans des caiffes que l’on garnie de papier gris.
- Remarques fur îa façon de jeter les cierges fort longsv
- 2f2. Lorsque, les cierges font fort longs, quelque taille avantageufe qu’eût le cirier, il lui ferait impoflible de les jeter feui. Comme il doit s’élever plus^ haut que le cerceau de la romaine, il ne lui ferait pas poflible de puifer la cire fondue dans la poêle y il eft donc obligé de s’élever fur un gradin pl. V^fig. 2, qui eft ordinairement formé de deux fortes planches alfem-blée.s à angles droits; & dans l’angle rentrant de ces deux planches , il y a une tablette triangulaire qui repofe fur les taffeaux qu’on peut poler à telle hauteur que l’on veut. Le cirier s’étant alfez élevé' pour pincer la meche au collet, & pour faire fon jet, il fe lait aider par un garçon qui puife la cire dans la poêle , & la verfe dans la cuiller que le cirier tient à la main. On a quelquefois jeté à la cüillër des cierges affez longs pour qu’on ait été obligé de placer trois ou quatre ouvriers à différentes hauteurs j mais ces grands cierges fe font ordinairement à la main, comme nous allons. h dire.
- Maniéré de faire les cierges à la main.
- La plus grande partie des cierges fe fait à la cuiller » comme noua.*
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- venons de l’expliquer j il n’y a que dès cierges fort grands, que l’on ne peut {aire qu’en enveloppant la' meche avec de la cire attendrie : c’eft ce qu’on appelle faire des cierges à la main ; & comme de cette façon on en peut faire de toutes efpeces , & que la cire a meme un œil plus blanc, quoiqu’un peu plus mat, qu’à ceux qui font jetés, je vais expliquer comment le fait ce travail. J’obferverai, en finiflant, que les cierges à la main fe rompent bien plus aifément que ceux qui font jetés.
- De la difpofition des meches des cierges à la main.
- Quand on veut fabriquer des cierges de moyenne groifeur, on fait les meches avec moitié fil de Cologne & moitié coton \ parce que, comme on le verra dans la fuite, les meches des cierges qu’on fait à la main fatiguent plus que celles qu’on fait à la euiller j & c’eft pour cette raifon que, quand on fài$ à la main de fort grands cierges, les meches font' entièrement de fil de Cologne. On attache un bout de ces meches à un crochet féellé dans la muraille, à deux pieds & demi ou trois pieds au-deifus du terrein i c’eft cette extrémité qui doit répondre au gros bout du cierge. On palfe le collet ou l’autre bout de la meche qui doit former le lumignon, dans un autre crochet-attaché à un corps pefant, afin qu’on puiife aifément tendre plus ou moins la meche, en éloignant ou en approchant de la muraille le poids auquel la meche répond i on a aufîi attention que cette extrémité de la meche qui doit répondre au même bout du cierge, foit plus baife que l’autre : quelquefois on. fait tenir ce bout par un ouvrier.
- Comment on attendrit la cire pour la difpofer à être appliquée fur
- la. meche.
- aff. Pendant que le çirier ajufte la meche comme nous venons de le dire, il fait tiédir une certaine quantité d’eau dans une poêle cylindrique & couverte : en entretenant l’eau à ce degré de chaleur, il y met de la cire qui s’y attendrit fans fe fondre. Cette cire s’attendrit en effet peu à peu, mais inégalement, la fuperficie étant fouvent trop tendre pour pouvoir être employée commodément, & la cire intérieure trop ferme: fi cependant on voulait attendrir fuffifamment cette cire intérieure , celle du delfus qui eft déjà trop tendre, tomberait en fufion. C’eft pour cette raifon que les ciriers emploient un autre moyen pour donner à la maffe de leur cire une fouplelfe uniforme. Ils tirent de la poète couverte environ deux livres de cire j ils la pëtrifTent entre leurs mains feulement, pour réunir les pains, qu’ils remettent dans l’eau pour les attendrir encore avant de les pafler fur la broie dont nous allons parler.
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- De la broie & de fon ufage pour êcacher h cire.
- 2f6. On ajufte fur une table un étrier quarré de fer plat, terminé par deux anneaux qui entrent dans deux crochets fermement attachés au-dedus de la table, au moyen de deux écrous qui fe vident par-dedous la même table. Ces boulons qui portent à un de leurs bouts une vis, & à l’autre un crochet, ont environ cinq pouces de longueur -, l’étrier qui s’accroche dans les boulons, reqoit l’extrémité d’un bout de membrure de trois pouces de largeur fur deux pouces & demi d’épaideur, & qui conferve les mêmes dimenlîons jufqu’au bord de la table, où la membrure diminue de largeur ainfi que d’épaideur , & où elle eft arrondie pour pouvoir être facilement empoignée. Cette membrure qu’on nomme la piece à broyer, a , par le moyen de l’étrier, un mouvement de charnière qui permet de l’éloigner ou de la rapprocher de la table j toute cette machine fe nomme la broie , pl. VI,fig. 3 : en voici l’ufage.
- 2$7. Au fortir delà chaudière, on met la cire attendrie fous la broie, on la pétrit à force de bras jufqu’à ce que toute cette madè ait une fou-plede uniforme, & qu’on n’y fente, en la maniant entre les doigts , aucune portion de matière plus dure que le relie , ou quelques durillons. La cire ainli préparée fè nomme cire écachée, qui fert à faire les cierges à la main.
- 2f8. Nous avons dit plus haut qu’on met dans la cire qui eft defiinée à finir les cierges, environ dix pour cent d’une cire préparée, qu’on nomme cire corrompue. Il eft tems d’expliquer comment fe fait cette elpece de cire.
- De la cire corrompue.
- 2^9. POUR corrompre la cire, on met des pains de cire écachée dans l’eau & dans la même chaudière qui a fervi pour faire la cire écachée : 011 couvre cette chaudière de fon couvercle, & on lailfe cette cire dans l’eau chaude jufqu’à ce qu’elle foit prête à fondre ou réduite à l’état d’une bouillie fort épailfe ; alors , comme elle eft trop molle pour pouvoir être prife avec les mains, & que d’ailleurs les ouvriers rifqueraient de fe brûler, 011 en retire environ dix ou douze livres avec une écumoire , & on la verfe 'fur une table dont le delfus eft percé d’un nombre de trous, 8c recouverte d’une toile claire, tendue & attachée autour de cette table avec des clous. Les trous de la table fervent à égoutter l’eau qui tombe à bas : on pétrit avec les mains cette cire pour lui faire rendre le refte de fon eau, & l’on finit par en former des pains d’environ deux livres, qui, en fe refroidilfant, prennent de la dureté. - .. 1. .....
- Tome XIV, O 0
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- 260. La cire corrompue reflemble, quand elle eft molle,' à du fromage blanc : elle a perdu fa ductilité, ou, comme l’on dit, fon corps : il eft im-poflible,en la manipulant, d’en pouvoir faire aucun ouvrage; mais elle eft d’une blancheur à éblouir. Cette cire n’eft plus du&ile , parce que , par l’opération que nous venons de décrire, elle renferme entre fes parties une petite quantité d’eau; ce qui fe prouve, parce qu’elle augmente un peu de poids : quand on la fait fondre avec d’autre cire , le bain femble du lait , & l’on trouve toujours un peu d’eau au fond de la poêle. Lorfque ces pains de cire corrompue font refroidis ils reffemblent à de la craie; & c’eft dans cet état qu’on les conferve à l’abri de la poufliere , jufqu’à ce qu’on en ait befoin pour les mêler avec la cire qu’on fait fondre pour jeter des cierges.
- 261. Je reviens à la cire écachée,pour décrire la maniéré d’en faire des cierges à la main.
- 262. Il faut être prévenu qu’au fortir de la broie, on remet la cire dans de l’eau tiede, pour qu’elle ne fe durciife pas, & qu’elle s’entretienne très-dudile ; mais il ne faut pas que cette cire foit trop chaude, de peur qu’elle ne devienne dans l’état des cires corrompues.
- Maniéré d'employer la cire attendrie.
- 263. Pour faire ulàge de cette cire préparée , 011 en tire un morceau de l’eau tiede ; on la manie encore dans les mains , jufqu’à ce qu’elle foit bien dudile ; on la pétrit enfuite dans un linge blanc, pi. Fl, fig. f, pour la relfuyer & en tirer les gouttes d’eau qui y font reftées enfermées ; & en continuant de la manier entre les mains , fî l’on doit faire de petits cierges , on en forme une efpece de gouttière de fix ou huit pouces de longueur, dont on enveloppe la meche qui eft tendue, comme nous l’avons dit, pi. VI, fig. 6 ; & commençant par garnir le bout le plus élevé qui doit faire le pied du cierge, on pétrit cette cire avec les deux mains ; on l’étend fur la meche qu’on décroche pour rouler la cire entre les deux mains; & lor£ que le cierge a acquis fa forme & fa groffeur, & que la meche eft fuffifam-ment chargée de cire , on met les cierges fur la table , & 011 les roule comme ceux qui font jetés à la cuiller; on les perce de même avec une broche, dont la grandeur eft proportionnée à celle du cierge : les plus groftes broches n’excedent guere un pouce de diamètre ; elles n’entrent dans le cierge que de huit à dix pouces.
- 264. Pour les cierges de moyenne grolfeur, les ciriers prennent à la fois la quantité de cire qu’il faut pour les former ; mais comme il ferait bien difficile de fabriquer les gros cierges, tel qu’un cierge pafcal, en appli-
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- quant la cire fur la meche tendue, parce que le poids de la cire ferait rompre la meche , on prend la totalité de la cire qu’il faut pour faire un pareil cierge ; on la pétrit, & 011 l’étend fur une table comme une pâte ; on lui donne à peu près la forme du cierge ; on place la meche dans une rainure qu’011 fait dans cette cire ; on la recouvre ; on forme enfuite le cierge ; on le roule, & on fait les pans comme nous dirons lorfque nous parlerons de ces fortes dé cierges.
- 2Il eft à propos de remarquer que , pour que la cire ne s’attache pas aux mains, il faut les frotter de tems en tems avec de l’huile ou du fàin-doux, quoique cela diminue un peu de l’éclat de la cire qui, fans cela, ferait plus blanche que celle qu’on aurait jetée à la cuiller.
- 266. On appelle ce travail tirer ou filer un cierge ; parce qu’effeftivement, quand les cierges font petits , on roule la cire entre les mains pour l’alonger & faire la pointe plus menue.
- 267. On peut faire des cierges à la main depuis le poids de quatre onces jufqh’à trente 6c quarante livres.
- Cierges des pàques.
- 26g. Le cierge pafcal fe fait à la main, comme on vient de le dire; 6c lorfqu’il a été roulé & percé, un ouvrier prend un couteau dont le tranchant eft un peu arrondi ; & l’appuyant fur toute la longueur du cierge, il forme dans le contour fîx pans , fur chacun defquels il tire des filets, & y imprime divers ornemens, en obfervant que, fuivant le rituel du diocefe de Paris, il doit y avoir une croix fur un de ces pans.
- 169. L’ouvrier fe fert d’un petit gravoir pour tracer deux filets fur chaque pan, dans toute la longueur du cierge.
- 270. Pour imprimer les ornemens, l’ouvrier fe fert de cachets de buis , fur lefquels font gravés différens ornemens , &^1 fait choix de ceux qui conviennent le mieux à la grolfeur du cierge : après tes avoir un peu mouillés , il les applique avec la main fur le cierge.
- 271. Pour faire la croix , on fe fert d’un gravoir un peu plus gros que celui qui a fervi pour les filets ; on forme avec le gravoir une profonde cannelure fur le milieu d’un des pans du cierge ; enfuite avec un gravoir plus petit on trace une cannelure plus étroite aux deux côtés de la première ; puis appuyant le gravoir de côté fur la cire qui eft entre la grande & la petite cannelure, il forme un gaudronnage tout du long. Au lieu de gaudron-ner les deux côtés de la croix, 011 peut pincer la cire qui eft entre la grande & la petite cannelure , pour y former une efpece de feuillage avec des pinces de bois dont les bouts font arrondis & concaves ; enfuite avec le même gravoir,
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- l’ouvrier fait un trou au haut & au bas de la cannelure ; à cinq ou fix pouces au-delfous du trou d’en-haut,il en forme un troilieme fur les deux pans ; & à côté du trou du milieu , il en fait deux autres , pour former la croix : e’eft dans ces cinq trous que l’on met les clous d’encens.
- Maniéré de faire les clous d’encens.
- 272. Les clous d’encens font des morceaux de cire figurés à quatre faces pointues ou en pyramide par le devant, & dont la bafe quarrée de la pyramide doit être tournée du côté du cierge : au - déifions eft une pointe pour entrer dans les trous de la croix. On les appelle clous ou grains d encens r parce qu’on mêle avec cette cire de l’oîiban ou encens. Comme cet alliage? noircit la cire, on eft dans l’ufage d’y appliquer extérieurement des feuilles d’or.
- 27^. Avant d’ôter la broche qui perce le pied du cierge, on imprime, fi l’on veut, des ornemens , ou l’on forme des moulures fur les faces plates * enfin on lie au gros bout un ruban de fil, après quoi l’on coupe avec le couteau de bois le bas de ce cierge tout auprès du ruban ; on retire en-fuite la broche, & le cierge eft fini. Le ruban de fil ou de padou, dont 011 vient de parler , fortifie beaucoup le pied du cierge , & empêche que la cire ne s’éclate quand 011 place le cierge fur le chandelier.
- 274. Nous avons dit que, pour travailler les cierges à la main , l’ouvrier fe frottait les mains avec un peu d’huile bien nette, ou avec du fain-doux $ on graiffe pareillement la table , le rouloir, la broche & les cachets ou moules qui fervent pour les ornemens , afin que la cire ne s’attache point aux corps qui la touchent.
- 275". On fufpend par le collet les cierges qui font finis , afin qu’ils fe refroidiifent, & que la cire fe raffermifle ; enfin on les enveloppe dans du papiercomme ceux qu’on a jetés à la cuiller.
- 4:IJes cierges tortillés.
- 276. Ces cierges font plus chargés d’ornemens que les autres ;& il n’y a que quelques confrairiers qui en faffent ufage.
- 277. Pour faire un cierge tortillé, on prend un cierge ordinaire j & lorfqu’il eft roulé & percé, l’ouvrier le retourne & porte le gros bout vers: fa main gauche 5 puis prenant de la droite le gravoir, il en appuie le bout à quatre ou cinq pouces de diftance du bout percé, & pouffe une cannelure jufqn’à la pointe du cierge 5 ce qu’il exécute en appuyant le gravoir, & en le eonduïfant de gauche à droite aveefes deux doigts qu’il fait glitfer le long du cierge. 'Il trace de cette façon fix cannelures autour du cierge ; & lorfqu’elles: font tracées, il repalfe le gravoir plufieurs fois dans chacune d’elles, jufqu’à ce que la largeur & la profondeur foient proportionnées à
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- la groffeur du cierge ; enfuite prenant des deux mains ce cierge cannelé, il divife en trois la portion où font les cannelures ; il tourne enfuite de gauche à droite le premier tiers cannelé ; puis de droite à gauche le fécond tiers ; enfin de gauche à droite le troifieme tiers ; il remet le cierge fur la table , & le roule avedfes deux mains feulement pour leredrefler, après quoi il Pexpofe à Pair pour le fécher & l’empaqueter comme les autres, pl. FllI^fig. n.
- Cierges à plufieurs branches.
- 278. Il y a des cierges à plufieurs branches Portant d’une même tige percée, pour être placés fur un chandelier; & d’autres qui ne font point percées, mais qui portent un pied fur lequel on peut les pofer.
- * 279/ Pour faire ces fortes de cierges,/?/. V,fîg. 9, on prend trois cierges
- de même longueur, après qu’ils ont été roulés & rognés, mais avant qu’ils foient percés ; oh les arrange à côté les uns des autres ; 011 en met deux fur la table, & un troifieme par - deffus ; on les lie avec un ruban de padou blanc vers le point b, c’eft-à-dire, à quatre ou cinq pouces du bas <z, où l’on attache pareillement un ruban. . ~ •—*
- 2S0. Les cierges ainfi liés, 011 les applatit un peu entre les deux ligatures a; b ; on les foude les uns aux autres, & l’on perce le tout comme les cierges ordinaires ; enfuite on les courbe au-deifus de la ligature d’en-haut b, pour les ranger en forme d’éventail ou en triangle.
- 281. On fait de ces cierges pour les églifes'qui fuivent le rit romain, où
- l’on emploie un cierge triangulaire pour la bénédiction de l’encens, qui le feit le famedi faint. .
- 282. Comme la partie a b eft formée de trois cierges, elle eft .cannelée,
- ik ordinairement on tortille cette portion du cierge; outre qu’elle en devient plus agréable, les cierges fe trouvent plus fortement réunis. On peut faire ces fortes de cierges en éventail, à trois, cinq & fept branches, & même à un plus grand nombre, fi l’on veut, en leur donnant une courbure fufîifante pour qu’ils foient étagés. , '
- Cierges à * branches & à pieds.
- 283. Le nombre de branches de ces cierges eft à volonté; car 011 en met depuis trois jufqu’à vingt-cinq ou trente. Pour les façonner, on prend le nombre de cierges que l’on veut»& quand ils ont été roulés & rognés, on les arrange à côté les uns des autres , foit en triangle, foit en rond;, on les lie enfuite avec* un ruban à.la hauteur d’environ fix pouces du bas., & l’ommet une feconçle ligature à quatre ou cinq pouces au-d^us de la premières puis
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- reéourbânt un certain nombre de cierges au-deffous de la première ligature* on en forme un pied qui, pour l’ordinaire, eft rond. Lorfque le nombre dés cierges liés enfemble excede celui de huit ou dix, qui fuffit pour former le pied, on coupe le furplus. Le pied ainfi arrangé, on courbe les mêmes cierges au - deffus de la ligature d’en-haut, & on leur donne telle forme que l’on veut. Cette efpece de cierge ne fe fait que de commande, &. pour quelque dévotion particulière.
- Des pointes.
- 284. La pointe eft un cierge autour duquel on n’imprime point la marque de la manufacture, parce que fon ufage eft d’être placé au haut d’une Louche , telle que l’on en voit communément fur les autels de plufieurs églifes.
- 28|. On ne met point de marques à ces pointes , parce que, comme elles doivent être placées au haut d’une fouche, pour repréfenter un gros & grand cierge, il ferait défagréable à la vue d’y appercevoir les impreflions qu’on met ordinairement au pied des cierges.
- 286. Lorsque ces pointes font bien faites & percées fur la groffeur de la douille de la fouche, lés deux enfemble paraiffent ne faire qu’une feule piece & un grand cierge.
- 287. Je parlerai, à la fin de l’article luivant, de la façon de faire des Louches de différentes efpeces.
- Maniéré de faire les bougies d'appartement.
- 288. Les bougies d’appartement, ou chandelles de cire, fefontà la cuiller à peu près comme les cierges j ainfi nous nous bornerons à faire appercevoir la différence qu’il y a entre ces deux opérations.
- Defcription des cerceaux pour jeter les bougies.
- 289. En place de la grande romaine,/»/. 2, dont nous avons donné
- la defcription, on fe fert de cerceaux de bois, fig. j , femblables aux cercles des futailles. On leur donne environ fix pieds de circonférence pour leur faire porter quarante-huit bougies : ces cerceaux font fufpendus alfez près de terre, par une croifée de cordes qui fe réunit à une feule, laquelle eft attachée au crochet de la romaine.
- 290. Dans les atteliers où il y a des cordes attachées aux folives au-def fus de la poêle, & aujjpout defquels il y a des anneaux, on y accroche les
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- cerceaux; mais il eft plus commode de fe fervir d’une romaine, pl. VIII,
- fig- f-
- : 2,91. Cette romaine eft compofée d’une piece de bois qui defcend du plancher, au bout de laquelle eft aflfemblée une autre piece en forme de X ren-verfé, qui porte des anneaux, dans lefquels on pafle les crochets attachés au bout de la corde qui fupporte les cerceaux. Au moyen de cet ajuftement, les cerceaux ont moins de branle que s’ils pendaient à une longue corde attachée à un.plancher trop élevé. Pour rendre ce T renverfé, qu’011 nomme romaine à bougies, plus commode, il faut que la traverfe qui reflemble au fléau d’une balance, puifle tourner horifontalement,pL VIII, fig. f.
- 292. Quelques-uns de ces cerceaux /, pl. V, fig. % , font garnis à leur circonférence , de crochets plus petits que ceux qui font à la romaine pl. V, fig. 2 , pour les cierges; d’autres e,pl. V, fig. 3 , qui ne font point garnis de crochets, font percés à leur circonférence de quarante-huit petits trous éloignés les uns des autres d’environ un pouce & demi : on palfe dans chacun de ces trous un bout de ficelle d’environ quatre pouces de longueur, retenu par un nœud dans le trou du cerceau : on verra dans la fuite que dans certaines circonftances ces ficelles tiennent lieu de crochets ; dans ce cas on aflujetjtit les meches aux ficelles avec un peu de cire.
- 2,95. Au moyen des cordes b b, pl. V,fig. 5 , qui fulpendent les cerceaux a a, on les établit immédiatement au-deflus d’une poêle g qui eft à peu près femblable à celles qui fervent pour jeter les cierges ; mais 011 a l’attention qu’il n’y ait que quatre à cinq pouces de diftance depuis le bas des meches jufqu’aux bords de la poêle, qui doit être aflez grande pour que la cire qui découle ne puifle tomber dehors : c’eft pour cela qu’il eft bon que le boçcL foit relevé du côté du jeteur, afin qu’il puifle atteindre plus commodément aux bougies.
- 2,94. Quand la caque fur laquelle la poêle eft placée , eft de tôle, il eft bon de mettre quelques planches du côté du jeteur, pour garantir fes jambes d’être brûlées c, pl. VIII9 fig. 6.
- 29 f. Dans la vignette de la planche V, le jeteur de bougies eft repré-fenté aifis ; mais la plupart travaillent debout , St^ayec raifon ; car il eft bien difficile qu’un homme affis, & qui eft oblige^He tenir le collet des bougies de fa main gauche, puifle manier commodément la cuiller avec la main droite.
- 296. Quand on jette debout, il faut que la poêle & par conféquent la caque foient plus élevées que lorfqu’on jette les cierges ; & comme la poêle eft pofée fur une caque haute, le charbon fe trouverait trop éloigné du fond de là poêle, & il n’agirait pas aflez fur la cire, fi l’on n’élevait pas la braifiere parle moyen de la roulette.
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- Defcription de la roulette.
- 597. La roulette eft une grande plaque de tôle d’environ trois pieds de long fur un pied de large : elle eft garnie d’un rebord fur les deux côtés qui forment fa longueur, & encore au bout qui entre au Fond de la caque: le bout de devant eft fans rebord; mais il y a une main & deux pieds de fer , de même hauteur que deux barreaux de fer horifontaux, placés dans la caque, en forme de chevrettes, & fur lefquels coule la plaque de tôle. Il faut donc fe repréfenter qu’on tire la plaque de la roulette hors de la caque qu’on pofe deflus la braifiere, & qu’en pouffant la plaque de tôle, comme elle gliffe fur les barres qui fupportent la roulette, elle entre aifément dans la caque, où les pieds de la plaque la foutiennent par-devant. Je crois qu’on nomme cet inftrument roulette, parce que cette plaque était autrefois foutenue fur des roulettes, comme les poêles roulans ; mais on a trouvé plus commode dans la fuite de fupprimer ces roulettes, & de faire couler la plaque f,pl. VIII9
- fis- 6.
- Maniéré de tremper les meches.
- 298. Un ouvrier met la braifiere dans la cheminée du laboratoire j il la remplit de charbon, & pendant que ce charbon s’allume, il place la caque à portée de la romaine, & emboîte la poêle à cire fur cette caque, au bas de laquelle eft la roulette qui s’appuie d’un bout fur les tringles de fer, & de l’autre fur les deux montans qui fervent de pieds.
- 299. Lorsque le charbon eft allumé, l’ouvrier prend une pincette, la paffe fous la poêle à feu pour l’enlever & la porter fur la roulette qu’il pouffe, dans la caque ; pour lors le feu fe trouve fous la poêle à cire , dans laquelle il met dés pains. Pendant ce travail, & en attendant que la cire foit fondue, un âùtfif ouvrier retire de l’étuve une baguette garnie de meches, & après les avoir arrangées fur une feuille de papier, il les accroche dans le pourtour des cerceaux à crochets.
- 300. Lorsqu’il y ar allez de cire fondue dans la poêle, un ouvrier pafle le crochet du cerceau dâns^ri des anneaux attachés à la romaine qui eft au* defTus de la poêle ; puistf&ehant avec la cuiller de la cire en fufion, il donne im jet fur chaque meche , en la tournant avec deux doigts de la main gauche ; puis faifant tourner le cerceau avec le troifieme doigt de la même main il fàiflt une autre meche ; & celle qu’il couvre a&uellement de cire, eft toujours fufpendue au milieu de la poêle: par ce moyen, il 11e perd point de cire. Lorfque la derniere meche d’un cerceau eft couverte, il le Ipiffe un inftant pour donner le tems aux dernieres de s’égoutter ; après cfiidi, en tournant le fléau de la romaine bout pour bout, le cerceau dont les meches
- ont
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- ont été trempées, ( c’eft-à-dire, couvertes de cire ) fe trouve hors de deffus la poêlé, un autre vient prendre la place du premier au-dellus de cette poêle. Comme il y a autour de ce cerceau des meches accrochées, l’ouvrier qui tient la cuiller recommence à jeter de la cire fur ces nouvelles meches ; & pendant ce tems , un autre ouvrier enleve de la romaine le cerceau dont des meches ont été trempées , & il en fubftitue un autre garni de meches qui fortent de l’étuve. Ces deux ouvriers continuent ainlî leur travail, tant qu’il y a des meches à imbiber de cire.
- JOI. C’EST cette opération qu’on appelle tremper des meches ; & afin que les ouvriers ne perdent point de tems, il eft bon L qu’ils foient au nombre de trois :1e premier accroche les meches aux cerceaux ; le fécond jette la cire deifus ; & lorfqu’il a retourné la romaine, le troifieme décroche le cerceau , en remet un autre à la place, garni de meches ; enfuite il décroche celles qui ont été trempées, & les arrange fur une table.
- 302. On trempe les meches afin de contenir les brins qui les compofent, & pour empêcher qu’ils ne fe dérangent lorfqu on les manie : quelques ciriers, avant d’accrocher les meches, prennent foin de les frotter avec de la cire fort attendrie : d’autres fe contentent, quand elles font accrochées , de les prelfer, les unes après les autres, entre deux doigts qu’ils font couler dans toute la longueur de la meche ; mais la plupart donnent le premier jet dont nous venons de parler, avec de la cire fort chaude , pour qu’elle pénétré mieux les meches.
- 303. On doit laiflèrau haut des meches un pouce & demi de coton net de cire, pour placer le ferret 8c ménager le lumignon.
- 304. Quand les meches trempées font refroidies fur la table, où on les a mifes au fortir des. cerceaux, 011 les enveloppe dans du papier pour en former des paquets qui contiennent jufqu’à cent livres de bougies, & l’on enferme ces paquets dans des armoires pour les garantir de la pouffiere.
- Mettre les meches en ferret.
- 30f. Quand les meches ont reçûtes premiers 'jets, ou quelles ont été trempées, il faut garnir la partie qui doit former le lumignon avec de petits tuyaux coniques de fer-blanc b, pl. V,fig. 7, qu’011 nomme fer rets. Leur ufage eft d’empêcher qu’il 11e tombe de la cire fur cette partie de la meche qu’on nomme 1e collet.
- 306. Pour ferrerdes meches, on.pafle dansd’anfe'ou 1e collet un fil de laiton qui porte un crochet; cet inftrument fe nomme aiguille. D’autres, au lieu de cette aiguille, fefcontentent de palfer dans l’anfe.du çoltet;un,fil re-torsjouîune ficelle .menue 'quf,-étant.palfée dans,le.ferret,:fcrt à y introduire Tome XIK ‘ P P
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- le collet de la meche : de forte qu’après cette opération, on croirait que les meches font ferrées, ainfi que le bout d’un lacet. Il elt à propos d’expliquer plus en détail à quoi fert ce ferret, & pourquoi l’on n’en met-point aux mèches des cierges.
- 307. Il eft convenable que les bougies foient terminées par un lumignon de coton qui excede la cire j fans cette précaution, 011 aurait la même peine à allumer les bougies, qu’on éprouve quand on veut allumer une bougie dont la meche eft confumée jufqu’au raz de la cire: le ferret eft deftiné à empêcher la cire de couler fur cette partie de la meche qu’on veut laiifer à découvert. Quand on a jeté les cierges, on n’a éprouvé aucune difficulté à conferver le bout des meches net, parce qu’on jette les cierges en entier, le petit bout en - haut > mais cette façon de jeter, qui convient pour les cierges auxquels on veut donner une forme conique, ne vaut rien pour les bougies qui doivent être cylindriques. Si on les jetait en entier d’un même fens, il ferait bien difficile, pour ne pas dire impoffible, de ne les pas faire beaucoup plus grolfes par le bas que par le haut. Nous en avons donné la raffini en parlant de la façon de jeter les cierges, où nous avons dit que la cire qui fe refroidit aulli-tôt qu’elle eft jetée, s’accumule en plus grande quantité au bas du cierge qu’au haut; cette même raifon oblige de jeter les bougies d’appartement, qui doivent être cylindriques, moitié du bas de la bougie au collet, & moitié du collet au bas de la bougie: or, dans le premier cas, toute la longueurde la meche fe couvrirait de cire, fi on ne l’empêchait pas de s’attacher fur ce qui doit faire le lumignon. Autrefois on fe contentait d’envelopper ce bout de meche avec du papier, & cela fuffifàit > mais comme on perdait un peu de cire qui reliait adhérente au papier, & qu’il reliait auffi quelquefois un peu de papier attaché à la meche, les ciriers préfèrent maintenant d’employer ces petits tuyaux de fer - blanc ou ferrets.
- Maniéré de commencer les bougies.
- 308. Quand les meches font ferrées, on les attache au cerceau par le bas, en les collant aux ficelles du cerceau avec de la cire : 011 les jette en cette fituation 5 & quand elles ont acquis la moitié de leur poids, comme elles font alors plus grolfes du côté du èolletque de l’autre bout, on les finit en les jetant de haut en bas, & alors on n’a plus befoin du ferret, puifqu’elles fie trouvent dans le même cas que les cierges. Ceci deviendra encore plus -clair par les détails où nous allons entrer.
- $09. C’est ordinairement une femme qui eft chargée de mettre les mel chcs en ferret: elle fe tient affife devant une petite table j elle a à fes côtés
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- une boite qui contient les ferrets; puis.pofant fur fes genoux un paquet de meches trempées , & prenant de la main droite un morceau de fil de laiton recourbé par un bout, elle pafle cette elpece d’aiguille au travers du ferret,& accroche la bouche de la meche quelle tient de la main gauche ; puis tirant fon aiguille de la main droite & le ferret de la main gauche , elle y fait entrer tous les brins de coton de la meche, en obfer-vant que le coton 11e déborde pas le bout du ferret oppofé à celui par lequel il eft entré : car li la meche, en paifant au travers du ferret, en excédait la longueur, on aurait beaucoup de peine à la retirer lorfqu’il ferait recouvert de cire ; d'ailleurs le bout de cette meche ferait enduit de cire, ce qu’on veut éviter.
- 510. Les meches étant taillées, trempées & mifes en ferret, on peut commencer la bougie. Pour cela un ouvrier fait fondre de la cire dans une poêle > & pendant qu’elle fond, il prend des meches ferrées , il les trempe par le bas dans la cire qui fond ; & lorsqu'elles font un peu attendries par la chaleur de la cire, il les applique les unes après les autres au bout de chaque collet ou ficelle qui pend autour du cerceau, en appuyant un peu avec le pouce de la main droite pour les attacher au collet. De cette façon les meches fe trouvent fufpendues perpendiculairement autour du cerceau, & les ferrets font tournés vers le bas.
- 311. Comme la bougie , pour être bien faite , doit être de la même grof-feur par le haut que par le bas, & qu’en verfant la cire en fufion fur les meches , elles groffilfent beaucoup plus par le bas ; pour parvenir à leur donner l’égalité de grofleur requife , lorfqu’on commence les bougies , on attache autour du cerceau le bas des meches ; & par les différentes jetées, les tètes de ces bougies deviennent plus grolfes que leur pied. Pour remédier à ce défaut, en les finilfant, on les retourne , & l’on accroche au cerceau le collet de la bougie qui était enfermé dans le ferret, afin que le bas devienne aufiî gros que le haut.
- 312. Ainsi, pour commencer les bougies, les meches trempées & ferrées étant attachées aux ficelles du cerceau, l’ouvrier accroche le cerceau à un des bras de la romaine , & le place au-deffus de la poêle ; puis avec la cuiller il prend de la cire en fufion , & en verfe du haut en bas des meches, pour les couvrir les unes après les autres, ainfi que les ferrets 5 il les tourne en-fuite en laififlant avec les deux doigts de la main gauche chacune des ficelles , afin que les meches foient également chargées de cire dans toute la circonférence, & que ces meches foient bien exa&ement placées dans le milieu de la bougie ; puis faifant tourner le cerceau avec le troifieme doigt de la même main, il fait enforte que la meche fur laquelle il verfe de la cire, le trouve au-deffus du milieu de la poêle. Il continue cette même opération
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- jufqu’à ee que toutes les meehes d’un cerceau foient alfez recouvertes de cire pour que le bout qui eft en-bas foit prefque parvenu à la groifeur que doit avoir la bougie qu’on fe propofe de faire 5 c’eft-à-dire, que fi l’on veut faire de la bougie des quatre à la livreil faut jeter une alfez grande quantité de cire pour que fept ou huit de ees bougies , à moitié faites, pefent ensemble une livre. C’eft au coup-d’œil que l’ouvrier connaît s’il approche du poids convenable y. car comme il y a beaucoup de cire à- ôter au haut & au bas des meehes , il ne ferait pas poflible de connaître, en les pefant, fi elles font plus ou moins chargées de cire qu’il ne convient
- Bu travail fur la table.
- j.ij. Lorsque l’ouvrier qui jette , préfume que la bougie efî pervenue à îa moitié de fon poids, il détache le cerceau de la romaine pour l’accrocher à côté de la table, où un autre ouvrier tire les bougies, & les met dans un-drap plié en plufieurs doubles, ou dans le lit, afin qu’elles 11e fe refroidiirentr pas y en fuite il en retire une qu’il met devant lui fur la table qu’il a eu foin de mouiller y il roule cette bougie , & il l’arrondit Lorfqu’il en a roulé cinq ou fix , un troüieme ouvrier qui a pareillement mouillé la table devant lui * prend ces memes bougies y & prenant de fa main droite le couteau à ferrets * qui a environ un pied de long fur quatre pouces de largeur, & qui a deux bifeaux, il coupe environ un pouce de cire pour découvrir les ferrets y puis quittant le couteau, il retire les ferrets avec la même main, & tient de la main gauche le corps de la bougie : pour lors, le coton du haut des meehes ,, qu’on appelle le collet de la bougie, paraît, & fe trouve auffi propre que s’il n’avoit point approché de la cire.
- 314. Les ferrets étant retirés, le même ouvrier prend de la main droite le couteau à tête qui n’a qu’un feul bifeau y puis après avoir égalé les lumignons ou anfes de ces cinq ou fix bougies, il les tourne fur la table avec le plat de la main gauche y il appuie le couteau de la main droite, & en l’inclinant peu à peu fur la gauche, il coupe environ un demi-pouce de cire , pour former la tête en cône, de découvrir le collet de la bougie.
- 31 s. Lorsque l’ouvrier a fini de rouler les bougies d’un cerceau, il prend celles dont on a fait les tètes y & après avoir arrangé dans la main gauche cinq de ces bougies, il met à côté la mefure qui eit faite; d’un morceau de bois garni aux deux bouts d’une virole d’argent, & non de cuivre, qui ver-diroit les bougies y 8t prenant de la main droite des cifeaux femblabîes à ceux des tailleurs, if Goupe par le bas la cire & la meche qui excede cette mefure y, c’eft ee qu’on appelle rogner. Enfuite le même ouvrier pefe les bougies „ & avertit celui qui jette fi elles font de poids ou non.
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- 316. Lorsque toutes les bougies d’un même cerceau ont été rognées , l’ouvrier les met fur une feuille de papier qu’il étend fur une planche, afin de les fecher ; parce que,pour rouler & faire les tètes des bougies, il faut que la table foit mouillée, fans quoi la cire s’y attacherait. Il faut que toutes les opérations dont je viens de parler fe faflent fucceflïvement & prom-ptememt , afin que les bougies conlèrvent aifez de chaleur pour pouvoir être travaillées ; car fi la cire était froide, elle s’éclaterait, & l’on ne pourrait plus la travailler.
- 317. Ainsi , pendant qu’un ouvrier jette la cire fur le fécond cerceau , un autre roule les bougies du premier, & un troifieme fait les têtes ; puis celui qui a roulé coupe les bougies de longueur, & celui qui a fait les tètes accroche de nouvelles meches à un autre cerceau ; par ce moyen ces trois ouvriers travaillent fans interruption: chacun eft occupé à une opération différente, & ils fe fournilfent mutuellement de l’ouvrage.
- 3 18- Il faut que l’ouvrier qui jette les bougies, ait une grande attention à ce que fon feu ne fonde pas trop de cire à la fois ; car s’il y en avait une trop grande quantité de fondue, elle rouffirait, & en employant de belle cire, il ferait de la bougie qui ne ferait pas d’un beau blanc.
- 319. Il eft donc nécelfaire, comme nous l’avons déjà dit en parlant des cierges, qu’il y ait au fond de la poêle des pains de cire qui ne foient pas fondus ; & c’eft pour cela que l’ouvrier en jette de tems en tems une poignée dans la po$e, fuivant que fon feu eft plus ou moins ardent. Le travail que nous venons de détailler eft ce que l’on appelle commencer las bougies.
- 320. Trois ouvriers peuvent commencer quatre cents livres de bougie par jour 5 & cinq en commencer fix cents, en jetant à deux poêles , & en travaillant trois fur la table.
- Comment on finit les bougies.
- 321. Pour finir les bougies ,011 fait ufage de cerceaux garnis de petits crochets de fer, dans lefquels on pafle les collets des bougies commencées ; & pendant qu’on exécute ce travail, on fait fondre de la cire dans la poêle. Lorfqu’il y en a une certaine quantité de fondue , un ouvrier jette les bougies ainfî accrochées, jufqu’à ce qu elles foient parvenues à la grolfeur convenable ; pour lors il en décroche quatre, s’il fait des bougies des quatre à la livre ; il les met dans une balance , & juge fi elles font de poids ; li= elles-font trop légères , il leur donne un demi ou un quart de jet j. c’eft-à-dire, qu’au lieu de jeter la cire fur la tète de la bougie, il ne la jette qu’à la moitié ou au quart. Il peut d’autant mieux fe régler fur le; poids, qu’il n’y a ordinairement à ôter pour la rogne, que quatre ou fix gros de cire par livre , ainfî que nous l’expliquerons dans la fuite.
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- 3 22. La bougie étant parvenue à fa grolfeur, & par conféquent d’uiî poids au - delfus de celui qu’elle doit avoir, le jeteur décroche le cerceau de la romaine pour le mettre à côté de la table : un autre ouvrier en ôte les bougies, & les met dans une efpece dé lit fait avec un drap plié en plu-fieurs doubles ; puis en retirant une, & la mettant devant lui fur la table qu’il a eu foin de mouiller , il i’égalife du haut, du bas & du milieu avec le rouloir qu’il appuie plus ou moins , fuivant qu’il fent que la bougie eft plus ou moins groife d’un bout que d’un autre, & il la finit par un feul coup de rouloir qui la lilfe. Lijfer une bougie , c’eft la rendre bien unie dans toute la longueur.
- 323. Lorsqu’il a litfé cinq ou fix bougies , un autre ouvrier les prend & les arrange fur la même table ; puis mettant à côté la mefure , & prenant., de la main droite le couteau à rogner (*) , il pofe fa main gauche fur les cinq ou lix bougies pour les faire tourner fur la table ; & appuyant le tran-, chant du couteau fur la partie des bougies qui excede la mefure , il retranche toute la cire qui excede cette mefure ; c’eft ce qu’on appelle rogner Les bougies , & l’on nomme rogne les petits bouts de cire qui ont été coupés. En-fuite en appuyant le plat du couteau contre le cul des bougies, c’eft-à-dire, le delfous du bout qui entre dans la bobeche , il les tourne de la main gauche pour les unir & couvrir le bout de la meche qui pourrait fe trouver à découvert.
- 324. La bougie ainlî faite , le même ouvrier imprime au cul de ces bou-
- gies la marque de la manufacture j il met aullî-tôt cette bougie dans une-grande auge remplie d’eau , afin qu’elle fe refroiditfe fans perdre la rondeur : ce qui arriverait, fi on la lailfait deflus la table , parce que la bougie fortant des mains de l’ouvrier, eft encore chaude. *
- 32$. La bougie étant bien refroidie dans l’eau, on la retire pour la mettre dans une cailfe de bois dont le fond eft percé de plufieurs trous pour lailfer écouler l’eau qui refte attachée aux bougies. On met cette caille fur une efpece dé civière qui fertà la porter aux quarrés ou aux, toiles.
- ‘326. Les ouvriers qui ont porté? les bougies aux quarrés , les retirent, de la cailfe pour les poferfur les toiles , où ils les arrangent à côté les unes des autres. Suivant la faifon & le tems qu’il fait, on les y lailfe trois » quatre , fix, ou huit jours , expofées à l’air, quelque tems qu’il falfe : ce- , pendant dans les grandes chaleurs de l’été, on a foin de les arrofer deux ou trois fois pendant la grande ardeur du foleil, afin de les rafraîchir, empêcher qu’elles 11e fe collent les unes-.contre les autres , & conferver ' le liffé qui fait leur éclat. .1 ; v. (!
- ' > ' * - .• • • ' • ; • l,H
- ( * ) Les ouvriers difent à rogne, parce qu’ils appellent rogne ce qu’on appelle rognures,,
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- • 327. Les quarrés & les toiles où l’on arrange les bougies , font de la même forme que ceux qui fervent à blanchir la cire, fi ce n’eft que les quarrés font plus étroits , & que les toiles n’ont point de rebords, parce que les vents 11e peuvent être aflez violens pour enlever la bougie. Les quarrés pour les bougies n’ont ordinairement que trois pieds & demi de largeur, & leur longueur eftproportionnée au terrein dont on peut difpofer.
- 328. Lorsque les bougies ont été expofées à l’air un tems convenable, on les releve de deffus les toiles , bn les met dans une cailfe pofée fur une civiere, & on les porte dans le laboratoire, pour y être empaquetées. On doit obferver qu’il ne faut jamais lever des bougies de delfus les toiles, qu’elles n’aient été mouillées ; car Ci elles ne l’étaient pas par la rofée ou par la pluie, il faudrait les arrofer, fans quoi elles s’écorcheraient en fe frottant les unes contre les autres.
- Comment on plie les bougies.
- 329. On étend une nappe fur une longue table, devant laquelle cinq ouvriers fe placent aiîis ; 011 garnit de bougies un des bouts de cette table ; & l’ouvrier qui eft à côté, ayant à la main une ferviette de toile élimée, prend les bougies une à une, les frotte dans toute leur longueur pour en ôter l’humidité, & les pofe enfuite fur la même table à fa gauche. Lorfqu’il en a effuyé quatre (Ci ce font des quatre à la livre qu’on plie}, le fécond ouvrier les prend, il les met dans la balance pour les alivrer, c’eft-à-dire, pour que les quatre bougies pefent une livre. Si elles font trop fortes, il retire de la balance celle de ces bougies qui lui parait plus groife, & en cherche une autre plus menue parmi celles qui ont été eifuyées j il la met daus la balance, & apres avoir trouvé le poids jufte, il retire de la balance les quatre bougies pour les mettre fur la table à fa gauche, où un troifieme ouvrier qui tient une ferviette élimée, prend l’une après l’autre les quatre bougies, les frotte pour ôter les moindres petites ordures qui pourraient s’y trouver attachées ; & à mefure qu’elles fontfrottées, il les pofe comme les autres, à fa gauche : !or£ qu’il y a quatre bougies eifuyées une fécondé fois, un quatrième ouvrier les met en bandes ; un cinquième les enveloppe dans une feuille de papier, & lie le paquet avec une ficelle.
- 3?’0. On appelle mettre en bandes, réunir le nombre des bougies qui doit faire une livre, avec des bandes de papier, larges de deux doigts. On met iur les bougies une bande de papier blanc, pour qu’elles ne foient point tachées par le duvet du papier de couleur ; on recouvre la bande de papier blanc d’une autre de papier bleu qui fert à faire valoir la blancheur de la cire, & l’on arrête cette féconde bande .avec quelques tours de fil retors, ou plus ordinairement avec un fil de coton.
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- 331. Ces deux bandes de papier fervent à les contenir & à les empêcher de frotter les unes contre les autres : ce qui arriverait dans le tranfport, ïi l’on fe contentait de les envelopper d’une feuille de papier.
- 332. ÎL faut avoir attention que le papier dont on fe fert pour former les paquets, foit bien collé ; fans cette précaution, le petit velu du papier qui s’attacherait à la bougie, ferait capable de la faire couler lorfqu’elle brûle. Il éft bon aufli que le papier d’enveloppe .ne foit pas trop blanc; car la blancheur de la plus belle cire n’eft jamais comparable à celle du papier. Il effc fu-perflu d’avertir que ce que nous avons dit fur le nombre & la distribution des ouvriers 11e peut avoir lieu que dans les grandes fabriques, comme celle de M. Trudon. Dans les petites manufactures, un ou deux ouvriers peuvent exécuter fuccefîîvement ces différentes opérations.
- 333. Ce que nous avons dit fur la fabrication des bougies ire concerne que celles dont on fait ufage dans les appartemens j celles que l’on appelle bougies cThuiJJiers, fe font différemment. Ces bougies fe nomment ainfi, parce que ce font les huifliers des appartemens du roi, qui les portent lorfque là majefté paffe d’un appartement dans un autre.
- Des bougies iïhuiffiers.
- 334. Ces fortes de bougies font quarrées, pointues par le haut, & grolfes par en-bas.
- 335-. Pour les fabriquer, 011 jette la cire fur les meches de haut en bas, jufqu’à ce qu’elles foient à leur groffeur. Et comme ces bougies doivent être coniques, ainfi que les cierges, on ne les retourne pas; on ne les met point en ferret comme les bougies cylindriques , mais on les jette comme les cierges. Quand elles font parvenues à leur groffeur, on les met fur le lit,.& on les roule comme les autres bougies.
- 336. Lorsqu’un ouvrier en a roulé une, un autre ouvrier la tire de-
- vant lui, & forme deffus, de haut en bas, quatre cannelures avec le même gravoir dont nous avons donné la defctiption en parlant des cierges de pâ-ques. Ces bougies ainfi cannelées reffemblent à quatre cierges foudés enfem-ble : elles n’ont qu’une meche. 0
- 337. Pour former les cannelures, un ouvrier tient le gravoir de la main droite ; puis l’appuyant & le tirant de gauche à droite b long de la bougie couchée fur la table, & qu’il tient ferme de la main gauche, il trace une cannelure dans la cire, après quoi il tourne la bougie, pour en former une fécondé , & ainfi des quatre côtés.
- 338. Lorsque ces quatre cannelures font tracées, il repafle fon gravoir dans chacune, jufqu’à ce qu’elles foient égales de largeur & de profondeur;
- puis
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- puis il rogne la bougie pour la mettre à la longueur qu’elle doit avoir enfin on porte ces bougies fur les toiles pour leur faire prendre le plus beau blanc poffible.
- Obfervalions fur les bougies\
- 339. i°. Nous avons dit qu’il n eft pas poffible de faire fondre de la cire iàns qu’elle ne prenne un peu de roux, que les ciriers appellent coup de feu ; que c’eft pour cette raifon que chaque fois que l’on fait des ouvrages en cire blanche, il faut les expofer au grand air, pour diffiper la couleur rouifâtre que la cire prend inévitablement en fondant. C’eft pourquoi ceux qui font travailler dans les villes, & qui n’ont point de grands jardins pour y mettre fur des toiles & expoier à l’air leurs ouvrages, ne peuvent les faire auffi beaux que ceux qui les font travailler à la campagne.
- 340. Ceux qui travaillent dans les villes , n’ayant pas d’emplacement pour mettre les bougies fur les toiles, ils les pendent à des cerceaux d’étalage i ils en placent plufieurs les unes au-deffus des autres, enforte que ceux d’en - bas étant plus petits , le tout enfemble forme comme un cul-de-lampe: mais les bougies reqoivent fur les toiles plus de foleilqu’à ces étalages , outre que l’air de la campagne eft toujours plus pur que celui des villes.
- 341. 20. Quoique nous ayons aifez amplement parlé des mcches, comme cet article eft très-important, nous croyons devoir en parier encore.
- 342. S’il était poffible de trouver des cotons filés d’égale groflèur, il ferait aifé de déterminer le nombre de brins qu’il faudrait pour former la meche de chaque efpece de bougie ; mais comme 01111e peut en trouver d’auffi parfaits, il faut qu’un entrepreneur de manufadure, qui tend à perfectionner fou art, brûle quantité de bougies pour parvenir à connaître fi la meche eft proportionnée à la groffeur requife; & comme c’eft delà qualité du coton 8c de la proportion de la meche que dépend en partie la bonté de la bougie, nous croyons qu’on ne peut pas employer de trop beau coton, & qu’il 11e faut rien épargner , foit pour l’achat & le devidage du coton, foit pour éplucher les meches. C’eft dans cette vue queM. Trudon fait tailler fes mèches par des ouvrières qu’il paie en confidence, & qui ne font employées qu’à ôter avec tout le loin poffible les ordures & les fils où il fie trouve des nœuds, ou les fils de coton qui font plus gros en certains endroits qu’en d’autres.
- 343. Il ferait à defirer que l’on pût trouver le moyen de faire filer le coton
- très-également > c’eft-à-dire, que les brins filés par un même ouvrier .fuffent d’une même groffeur dans toute leur longueur 5 pour lors les meches feraient bien égales, & l’on pourrait les proportionner plus aifément à la groffeur des bougies. t .
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- 344* 3 °* Poür connaître fi la meche d’une bougie eft bien proportionnée .• il faut en allumer une ; & lorfqu’il y a environ un demLpouqe de confumé au-deflous de la tète, elle doit former un godet un peu creux & rond. Ce godet 11e fe forme pas d’abord, parce que la tète de la bougie étant en pointe, & la cire en petite quantité, on ne peut juger de la bonté de la meche qu’après que cette partie a été confumée.
- 24f. 4^. Quand on allume une bougie avec une chandelle, il faut avoir attention que la bougie ne touche pas au fuif ; car s’il en tombait une feule goutte dans le godet, la bougie fentirait l’adeur du fuif jufqu’à la fin : ainft le mieux eft de préfenter la bougie à la chandelle. Bien des gens qui ne feraient pas prévenus qu’une feule goutte de fuif fuilit pour donner une mauvaife odeur à la totalité d’une bougie , pourraient accufer les ciriers d’avoir mis. du fiif dans leur cire, pendant que le défaut ne dépendrait que du peu d’attention de celui qui l’aurait allumée.
- $46/ Les obfervations ci-deflùs ne peuvent avoir lieu que pour les; bougies faites avec de la cire pure , & dont les mcches font faites avec la plus grande attention : elles ne peuvent regarder les bougies faites avec des ciies, eu il entrerait de l’alliage, & dont les mecheslèraient à peine bonnes pour être employées à des chandelles. , ,
- 347. 6*. La cire la plus, blanche & fa plus belle ne doit pas être gardée plus d’un an : au bout de ce tems fa blancheur fe ternit, & plus on la garde* plus elle devient jaune & farineufe , quelque bien empaquetée qu’elle foit.. Pour conferver la bougie , il eft bon de la tenir dans une armoire placée dans un endroit qui ne foit ni trop fec ni trop humide , mais fur-tout où il n’y ait point de poele, ni de fumée ni près d’un tuyau de cheminée où l’on fait du feu; car dans de pareils^ endroits elle ne çonferverait pas fon beau, blanc* même pendant une aimée.
- 348. 7Ü. La bougie n’eft bonne à brûler que fix fèmaines ou deux mois après qu’elle a été fabriquée , parce que chaque fois que l’on fond de la cire » & qu’on la met en œuvre , elle jette une efpece de petite farine que l’on appelle Jkur, qui ternit la fuperficie de la cire ; mais en frottant la bougie avec une ferviette élimée-, avant de la mettre dans les flambeaux , on enleve cette fleur, & on lui rend fon brillant.
- 349. 8°. Quoique la bougie anciennement faite ait perdu un peu de fon blanc, elle brûle aulii bien, que celle qui eft plus nouvelle.
- 3fo. 9p. Le le&eur a , fans, doute, remarqué que depuis le travail du blanchifl'age , jufques & compris celui de lu fabrication des bougies, la cire refte prefque toujours dans l’eau. Cependant je crois qu’il eft bon de l’in£ truire qu’il ne faut pas qu’il y refte , je ne dis-pas une feule goutte d’eau, mais même la. moindre humidité 3 car pour peu qu’il y eu eut, elle s’attacherait à
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- la meche, la ferait pétiller, & même l’éteindrait s’il y en reliait trop.
- 3 f i. ig°. Comme la bougie , pour bien brûler, doit former un godet, il en réfulte que, quand on porte une bougie allumée d’un endroit dans un autre , elle doit nécellàirement couler. La raifon eft , que l’on ne peut la ttanfporter , fans que l’air n’en agite la flamme , laquelle frappant fur les bords du godet qui font très - minces, elle fait fondre plus de cire que la meche n’en peut confumer, & par conféquent cette cire fondue fort du godet & s’écoule.
- 3 $"2. ii°. Quelques-uns prétendent qu’on doit tremper les meches dans l’efprit-de-vin, avant de les mettre à l’étuve : quant à moi, je crois que cette opération fait aux meches plus de mal que de bien ; parce que, comme il y a peu d’efprit-de-vin fans flegme, le coton qui eft Ipongieux s’en imbibe ; & lorfqu’on en fait ufage, il faut chauffer davantage l’étuve pour fécher les meches, ce qui détruit le velouté du coton, le durcit & le fait mal brûler. Peut être dira-1-on qu’il ne faudrait pas paffer ces meches à l’étuve, & les imbiber d’un efprit-de-vin reélifié à plufieurs fois. A cela je réponds , que il l’on faifait ufage d’un efprit-de-vin re&ifié au point qu’il n’y reliât plus de flegme , il s’évaporerait entièrement avant que la meche fût recouverte de cire. M. Trudon a éprouvé qu’une meche de coton étant imbibée d’efprit-de-vin très-re&ifié , & recouverte fur-le-ehamp de cire, cette meche s’altérait.d’elle-même dans la cire, au point qu’au bout de trois ou quatre mois on voyait, dans l’intérieur de la bougie, les £ls de la meche fans liaifon entr’eux, & fans adhérence les uns aux autres ; d’où l’on doit conclure que c’eft une mauvaife pratique de plonger les meches dans l’ef-prit-de-vin.
- 3 f 3. 12°. Comme le cerceau qui tient lieu de la romaine eft établi fort bas, il y a des ciriers qui s’afleyent pour jeter les bougies ; mais la plupart fe tiennent debout, comme quand il eft queftion de jeter les cierges, ce qui permet de faire les poêles plus grandes ; & nous avons remarqué plus haut, que le travail s’en faifait mieux.
- 3 5*4- 13°. Il y. a peu de bougies dont la cire intérieure loit de même qualité que la cire extérieure. Beaucoup de petits fabriquans font les premiers jets avec de la cire commmune , & ils finiflent avec de belle cire. Les couches intérieures de cire font même quelquefois alliées de fuif, ce qui oblige de moucher les bougies auffi fouvent que les chandelles de fuif ; & cet alliage leur fait répandre une très - mauvaife odeur quand on les éteint. Il ne faut pas qu’il y ait beaucoup d’alliage dans la cire intérieure, lorfqu’on veut la recouvrir de cire pure : ces deux efpeces de cire ne fe réuniraient pas, & elles pourraient fe féparer fous le rouloir. Dans les bonnes fabriques , où l’on m’emploie point de cire alliée pour les bougies, on réferve toujours la cire
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- la plus parfaite & la plus blanche pour les derniers jets. Dans ce cas celle qui touche immédiatement la meche, quoiqu’un peu moins parfaite pour la vivacité du blanc, eft néanmoins une cire pure & bonne pour l’ulàge. D’autres fabriquans emploient les cires moins blanches pour l’intérieur des cierges leurs bougies font commencées & finies avec la même cire, comme je l’ai vu pratiquer à Antony.
- 149. Oïffait des bougies de table ou d’appartement de différentes grof-feurs & longueurs : il y en a des 4, des f , des 6, des 8 , des 10, des 12 & des 16 à la livre.
- Des marques qui font connaître la bonne qualité de la cire en pains » & celle des bougies , ainfi que des cierges.
- 3f6. Il eft jufte de mettre en état ceux qui achètent de la cire en pains» ou celle qui a été déjà employée à différens ouvrages, de connaître leurs bonnes ou mauvaifes qualités. Mais il convient aufli, pour la juftification des propriétaires des bonnes manufactures, de ies mettre à couvert des reproches qu’on pourrait leur faire fur quelques défauts qui ne dépendent point d’eux, mais du peu de foin de ceux qui font ufage des bougieè.
- 3>‘7. Nous avons recommandé aux ciriers de choifir de très-beau coton pour faire la meche de leurs bougies 5. noüs avons dit qu’une meche trop menue ne confumant pas affez de cire, il s’en amaffe beaucoup de fondue dans le baflîn, ce qui les expofe à couler 5 & que fi les meches font trop grof-fes, le baflîn ne fe formant pas, la cire fondue regorge, & la bougie coule. Le principal défaut des meches eft, qu’il s’y forme un champignon, & qu’on eft obligé de les moucher comme la chandelle. La perfection de la bougie eft donc qu’il fe forme autour de la meche un godet, au fond duquel il doit fe trouver très-peu de cire fondue 5 & l’intérieur du godet doit être prefque fec. Cette proportion entre la groffeur de la meche & celle de la bougie ne fe peut connaître que par l’ufage j & comme nous avons dit que les cotons mal filés, qui font d’inégale groffeur, & qui contiennent des faletés, font de mauvaifes meches, il faut que celui qui acheté des bougies s’attachent à examiner, par l’infpeCtion du lumignon, quelle eft la qualité de leur meche. Mais aufli il ne faut pas toujours attribuer à la mauvaife qualité du coton, ni à la difproportion de groffeur des meches , le défaut de couler ; puifque nous allons faire voir qu’il eft inévitable dans certaines cir-conftanees.
- 3f8. Le coton $ en brûlant, fait néceffairement de la cendre : fi la bougie brûle dans un lieu vafte où l’air foit tant foit peu agité, une partie de cette cendre fe diflîpe , & 011 eft dilpenfé de moucher j mais fi l’on brûle une
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- pareille bougie dans une chambre refferrée , bien clofe, & où il y a un grand feu ; comme l’air qui y eft tranquille, ne peut emporter cette cendre, elle relie au bout du lumignon, elle s’y amaffe ; & lorfqu’il y en a une certaine quantité, elle tombe dans le godet de la bougie, elle s’attache à la meche ; & après s’ètre imbibée de cire, elle fe joint à la flamme, prend feu, & fait alors couler la bougie.
- 359. Il y aurait de Pinjuftice à attribuer aux ciriers ce défaut, puifqu’il ferait facile de l’éviter fi on voulait fe donner la peine de jeter cette cendre avec une épingle, une ou deux fois feulement dans une foirée.
- 360. La bonne bougie, qui n’eft cependant point à l’abri du défaut dont nous venons de parler , ne doit jamais être mouchée j elle coule même infailliblement fi on la mouche trop court : s’il fe forme au haut de la meche un petit champignon qui peut venir de quelques brins de coton qui fe trouvant un peu plus gros dans un endroit que dans un autre, foutiennent le lumignon droit au milieu de la flamme , ou de quelqu’ordure qui fe fera attachée à la meche, on verra ce champignon fe dilfiper à l’inftant, fi l’on incline un peu la bougie ; ou fi on préféré de la moucher , il ne faut couper que la pointe de la meche, afin de ne retrancher que le champignon qu’01111e doit regarder que comme accidentel.
- 36 r. On éviterait encore que les bougies ne coulaffent, fi on 11e fe fer-vait pas d’éteignoirs qui font tomber la cendre dans le godet de la bougie 5 quelquefois en retirant l’éteignoir, on le caffe lumignon : dans ces deux cas , les bougies coulent infailliblement lorfqu’on les rallume. B eft donc plus convenable de les fouffler, afin que le vent emporte la cendre hors du badin ; & quand le coton eft de bonne qualité, le lumignon qui s’éteint promptement, fe conferve dans fa longueur ; alors la bougie ne coule point lor£ qu’011 la rallume. Il y a des cotons dont le lumignon s’éteint totalement aufli-tôt que la flamme eft foufflée j mais quand il arrive que le feu fe conferve dans un lumignon, il fe confume jufqu’au niveau de la cire, & cela empêche de le rallumer. Il y a des perfonnes attentives, qui éteignent ce charbon en pofant deffus un peu de cire qui l’éteint fur-le-champ 5 mais fouvent en rallumant ces bougies , il fe forme un champignon au bout de la meche.
- 362. Il eft encore bon d’obferver, pour la juftification des ciriers, qu’une bougie pofée fur une table, dans un courant d’air ou vis-à-vis d’une* cheminée , ne peut manquer de couler ; parce que le feu attirant l’air de l’appartement, la lumière de la bougie qui refte toujours inclinée d’un côté, dérange l’uniformité du baflin, & cela fait couler la bougie. D’ailleurs la chaleur du feu attendrit la cire du côté qui y eft expofé,& la bougie, fe confume inégalement. Quand les bougies coulent par quelques-unes des cau-fes que je yiens de rapporter, il ne faut pas alors s’en prendre au cirier.
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- De plus, toute elpece de bougie doit couler quand on la tranfporte d’un lieu à un autre, parce que la cire fondue qui eft contenue dans le baflin, fe répand dans le tranfport, & la forme du baflin fe trouve dérangée par 'la flamme qui fe porte plus d’un côté que d’un autre.
- 363. La bonne cire doit être d’un blanc clair, un peu bleuâtre, & fur-tout tranlparente : les cires alliées de graifle peuvent être fort blanches, mais d’un blanc mat & farineux ; on 11’y trouve point, quand 011 les touche, la fécherefle de la cire pure ; elles ne font point tranfparentes, elles ont une mauvaife odeur qui fe fait fentir, fur-tout lorfqu’on éteint les bougies dont elles font faites.
- 364. Quand on mâche un morceau de cire pure, il ne doit avoir aucun mauvais goût, ni s’attacher aux dents. Dans les cires alliées de fuif, on y trouve un goût de grailfe, & celles qui font mêlées de quelques réfines tiennent aux dents.
- 36*). Un moyen fûr pour connaître fi la cire eft alliée de graifle, eft d’en faire tomber une goutte fondue fur un monceau de drap : lorfqu’elle eft bien refroidie & figée , on verfe deflus un peu d’efprit - de - vin ; puis en frottant l’étoffe, la cire doit fe détacher entièrement ; & quand l’humidité de l’efprit - de - vin eft difiipée, il ne doityrefter aucune tache. Il faut aufli rompre les bougies, pour connaître fi la cire intérieure eft de même qualité que celle de deflus.
- 366. Nous allons reprendre la fuite du détail des différens ouvrages que font les ciriers.
- Maniéré de faire les petites bougiez d'un denier.
- 3 67. A voir les petites bougies que l’on vend aux portes des églifes, on croirait volontiers qu’elles font des portions d’un pain de bougie filée, dont nous parlerons dans peu; mais comme il faut qu’elles aient chacune une partie de leur meche qui ne foit point recouverte de cire, on les jette de la même maniéré que les bougies d’appartement; & pour cela on accroche à la circonférence des cerceaux à crochets, de petites meches formées de deux feuls brins de gros coton, pliés en deux & tortillés les uns fur les autres , & on les charge de cire par un feul jet. C’eft pourquoi on prépare un nombre de cerceaux garnis de meches, afin d’en jeter tout de fuite un grand nombre pendant que la cire eft en fufion. O11 fe doute bieii que ces bougies font faites avec la cire commune refondue & fort alliée ; & leurs meches , avec du gros coton ou du fil de Guibray.
- Des bougies de veille ou de nuit.
- 368. Sous cette dénomination ou comprend deux efpeces de bougies5
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- Tune connue fous le nom de mortier , & l’autre fous celui de bougie de nuit•
- De la bougie en mortier.
- 369. Pour faire des mortiers , 011 commence par former une pelote çompofée de plusieurs brins de fl, dont l’ouvrier détermine la quantité fui-vant la grotfeur du £1 qu’il emploie, & le nombre de mortiets qu’une livre de cire peut fournir. Lorfque la pelote eft a la grolieur que l’on defire, l’ouvrier paife la meche à la Eliere, pour l’imbiber de cire ( on trouvera l’explication de ce travail, dans l’article où il fera queftion delà bougie filée). Il coupe cette meche par bouts d’une longueur proportionée à la hauteur des mortiers qu'il fe propofe de faire. Lorfque !es meches font coupées» on fait fondre de la cire dans une poele ; & pendant qu’elle fond, 011 arrange fur une tab'e les moules, pl. VI, fig. 17, qui font ordinairement de fer-blanc; puis après avoir trempé dans l’hui'e un morceau de linge attaché au bout d’un petit bâton, l’ouvrier en frotte intérieurement les moules les uns après les autres; afin que les mortiers , lorfqu’ils font froids, fe détachent plus aifément du moule. La bougie moulée n’a jamais le luifant de celle qui eft roulée : l’huile lui donne une impreffion de gras qui eft défa-giéable à la vue.
- 270. Il 11’y a donc que cette efpece de bougie qui foit moulée; & parce que la cire pourrait s’attacher aux moules, on les fait beaucoup plus larges par le haut que par le bas; comme elles font fort courtes, cela leur donne la forme d’un petit mortier a, fig. 17.
- 371. Les moules étant ainfi frottés d’huile , 8c arrangés fur une table, l’ouvrier prend avec une cuiller, de la cire enfufion, & les remplit ; après quoi il prend une meche qu’il place dans Je milieu de la cire; mais il doit la pofer de façon qu’elle touche au fond du moule, qu’elle refte droite, & qu’elle excede par le haut d’environ un demi-pouce, pour donner la facilité de l’allumer. Lorfque la cire eft aifez figée, 011 retire le mortier de dedans fon moule, & on l’arrange fur la table pour le laiifer refroidir tout-à-fa.it. Lorfque tous les moules font vyidés, on les frotte de nouveau d’huile, & on les remplit de cire. Après que tous les mortiers qu’011 s’était propofé de faire, ont été tirés des moules, on les porte fur les toijes pour les ex-pofer à l’air.
- 572. On fait ces mortiers de différentes grandeurs. J’en ai vu de quatre pouces de hauteur fur trois pouces de diamètre par le haut, & deux & demi par en-bas.
- 37}. Pour faire ufàge de ces mortiers , il faut avoir un autre moule d’argent ou de fer-blanc, dans lequel on place le mortier de cire , & on Jfô met eufuite dans un vafe avec de i’eau fraîche ; .ces mortiers dur eut
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- plus ou moins de tems, fuivant leur greffeut & celle de la meche.'
- 374. On fait des mortiers qui ont de greffes meches , & qu’on met dans des lanternes pour éclairerles antichambres : ce qui dépenfe beaucoup moins que les luftres garnis de bougies ; mais auffi le fort de la lumière de ces mortiers fe porte au plancher, & le lieu n’eft éclairé que par réflexion.
- Des bougies de nuit quon met dans l'eau.
- 37f. On fait les meches de ces bougies à la filiere, comme celles qu’on emploie pour les mortier^ ; mais on choifit le plus- beau fil de Cologne, & le plus fin. Quand les meches ont été chargées de cire , on les coupe par bouts d’environ quatre pieds.
- 376. Ces meches s’accrochent autour du cerceau en tournant le bout de la meche deux fois fur le crochet. Lorfqu’il y a de la cire fondue dans la poêle , l’ouvrier en jette fur les meches, comme s’il faifait des bougies d’appartement ; & quand elles font à la moitié de leur groffeur, il coupe avec un couteau ordinaire le bout de la meche qui tient au crochet, & il met les bougies fur une table. Alors, avec un petit couteau de bois , il coupe par le bas environ trois pouces de cire pour découvrir la meche ; il retourne ces bougies , il les accroche de nouveau au cerceau par le plus gros bout, & il recommence à jeter de la cire fur ces bougies, jufqu’à ce qu’elles aient acquis la groffeur qu’elles doivent avoir : le jeteur s’affure de leur poids en les mettant dans une balance.
- 377. Les bougies étant parvenues à leur groffeur , l’ouvrier coupe avec un couteau de fer le. haut des meches qui font accrochées au cerceau ; & à mefure qu’il détache les bougies , il les met dans un lit pour en raffermir la cire, afin de pouvoir les travailler enfuite fur la table.
- 378. Ces bougies étant à un degré convenable de chaleur pour être travaillées, un ouvrier en pofe fix fur la table qu’il a eu foin de mouiller ; il les roule ainfi que les bougies d’appartement, un autre ouvrier les reprend enfuite , & les coupe de la longueur convenable & proportionnée à la quantité qu’il en faut pour former le poids d’une livre. Car quoique les bougies de veille foient de différentes grofleurs , il faut de plus qu’elles foient de différentes longueurs.
- 379. Comme nous avons dit que les meches avaient environ quatre pieds
- de longueur, & qu’elles ne formaient qu’une feule bougie, il faut les couper à la longueur que les bougies de veille doivent avoir. Ainfi l’ouvrier qui a mis devant lui les fix bougies roulées , prend de la main droite le couteau de bois à rogner ,/>/. 11 , & il l’appuie fur ces bougies , à la diftance de
- trois à quatre lingues du bord ; il fait'tourner les bougies avec fa main
- gauche,
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- gauche, & coupe la cire jufqu’à la meche. Pour lors, en pouffant fon cou* teau de gauche à droite, il découvre le bout des meches , & ne laille deffus que la cire qu’elles ont prife en paffant à la filiere, ce qui n’empêche pas qu’on ne puiffe les allumer allez aifément.
- 380. La bougie ainfi coupée par un bout, l’ouvrier préfente la mefure; puis prenant de la main droite un couteau dont la lame eft de fer, pL V, fig. 13 , après l’avoir frotté de fàvon mouillé, il appuie le tranchant fur les Ijx bougies, & les failànt rouler fur la table avec la main gauche, il coupe la cire & les meches , après quoi les bougies font faites. On répété cette opération , qui confite à enlever d’abord un petit anneau de cire pour former la meche, & enfuite à couper les bougies de longueur, jufqu’à ce que toute la longueur des bougies roulées foit réduite en d’autres petites bougies. Trois ouvriers font employés à cette opération ; lavoir, celui qui eft à la poele & qui jette fans celfe ; le fécond qui roule fur la table j le troifieme qui forme les lumignons ou collets , & qui coupe les bougies de longueur.
- 38 t. Le couteau de fer,pl. V^fig. 13 , eft d’une forme ordinaire. Sa lame a environ huit pouces de long, dont les deux bouts du côté du tranchant font garnis d’un petit bouton de fer qui excede d’environ deux lignes ; ces boutons empêchent que le tranchant 11e porte fur la table, 8c 11e la gâte.
- 382. On frotte le tranchant de la lame fur un morceau de fàvon mouillé, afin que la cire 11e s’attache pas à la lame, 8c que les bougies foient coupées plus nettement.
- 383- Aussi tôt que l’ouvrier a coupé ces petites bougies , il les met dans une manne j & lorfque le travail eft fini, il les porte fur les toiles.
- 384. Tout le monde connaît l’ulàge de cette efpece de bougies , & fait qu’on les plonge perpendiculairement dans l’eau avant de les allumer ; ce qui prolonge leur durée ; & comme elles font à peu près de même pefan-teur fpécifique que l’eau dans laquelle elles font plongées , elles s’élèvent à mefure que la cire fe confume 8c que leur poids diminue. Ces bougies étant deftinées à brûler pendant toute la nuit , on proportionne leur longueur à la durée des nuits d’été ou d’hiver. Les ciriers ont des mefures pour faire ces fortes de bougies, depuis 20 jufqu’à fo 8c 60 à la livre. Les 20 à la livre durent dix à onze heures ; les 32 , neuf heures ; les 40 , huit heures; les 60, quatre à cinq heures.
- Des lampions nommés bifcuits,
- 385*. On appelle bifcuits, des efpeces de lampions dont 011 fait uiage dans les falles de fpedacles, pour éclairer le devant des théâtres. Dans les fpedacles publics, les bifcuits font faits-de fuit5 mais chez le roi, 8c dans les falles par-
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- ticulieres, les bifcuits font en cire. On donne le nom de bifcuits à ces lampions, parce que la cire ou le fuif font fondus dans des moules de fer-blanc qui relfemblent aux moules dans lefquels on fait les bifcuits.
- 386. On en fait de deux efpeces; les uns fe nomment Amplement bifcuits , & les autres bifcuits à L'eau.
- 387. Ceux qu’on nomme Amplement bifcuits , s’exécutent en fondant de la cire dans des coffres de fer-b'anc de huit à neuf pouces de longueur fur quatre de largeur, & un pouce feulement de profondeur. Sur le fond de ce coffret font fondées huit petites douilles de fer-blanc, d’environ quatre lignes de hauteur, dans chacune defquelles on met une meche à lampion avant de remplir le bifcuit.
- 3^8- Il eft bon, quand ces bifcuits font refroidis, ou lorfqu’on veut en faire ufàge, d’écarter un peu le bout de la meche & de l’éfilocher, afin qu’elle puilfe s’allumer plus aifément.
- 389. L’usage de ces bifcuits entraine de la dépenfe, quoiqu’ordinaire-ment on ne les remphiib que de cire commune, parce que les meches ne confirment pas toute la cire. & que celle qui relie étant noircie, eft prefque perdues outre cela les douilles font fujettes à fe deifouder, & il faut perpétuellement avoir recours au ferblantier pour les rétablir, ce qui fait préférer les bifcuits à l’eau dont nous allons parler.
- 390. Les bifcuits à l'eau font plus économiques > ils confument moins de cire, & les coffrets font moins fujets à fe deifouder.
- 391. On les fait dans de petits coffrets de fer-blanc remplis d’eau j le deffus de ces coffrets eft percé de trois ouvertures pour recevoir trois petits godets de fer - blanc qui plongent dans l’eau : on aifujettit avec de la glaife deux meches dans chaque godet, & on les emplit de cire.
- Des bougies fiées.
- 392. J’ai dit ci-devant que les meches de ces fortes de bougies pouvaient être faites avec du coton ; on emploie même le coton le plus fin pour les bougies des lampes de veille: mais pour les autres efpeces de bougfes, les meches font communément faites de fil de Cologne ou de Guibray, pourlqu’elles puifi fent réfifter à la tenfion qu’elles doivent éprouver en les dévidant d’une bobine ou d’un tour fur un autre, & auffi en paffant dans le petit crochet de la poele, & par les trous de la filiere. Tout ceci deviendra plus clair dans la fuite.
- 393. Le tour pour filer la bougie, confifte en un tambour cylindrique fait de douves écartées les unes des autres d’environ quatre pouces j aux deux bouts de ce tambour font affemblés deux plateaux de bois mince, qui forment
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- un rebord de cinq pouces de hauteur: fon axe eft traverfé par un barreau de fer, dont les deux bouts qui forment les tourillons, font arrondis , & reçus dans deux montans de menuiferie qui s’élèvent verticalement, & qui font aifemblés par en-bas dans un patin folide.
- 394. A'un des tourillons s’ajufte une manivelle qui fert à faire tourner la bobine quand on la charge de la meche couverte de cire ou non. On voit par cette defcription que le tour des ciriers n’eft autre chofe qu’une grofle bobine que l’on fait tourner avec une manivelle. ( Voye^pl. VII 9fig. 1,36-2, & B ,pl. VIII, fig. 7.
- 39 f. Il y a des ciriers qui atfemblent le nombre des fils qui doit former une meche, en les dévidant en un gros peloton du poids d’une ou deux livres, & qui tranfportent enfuite cette meche fur la grande bobine que les ciriers appellent tour. D’autres aifemblent d’un feul coup le nombre de fils qui doit former leur meche, en les mettant fur le tour. L’attention qu’on doit avoir, eft que tous ces fils foient également tendus , & qu’ils forment un feul faifceau, fans qu’aucun fil fe fépare des autres ; pour cet effet, on tourne lentement la bobine, & l’on fait couler entre les doigts les fils qui doivent former la meche. Suppofons donc un tour ou une bobine chargée d’une longue meche & montée fur fon pied : 011 le place à un des bouts de Pattelier, & 011 met à l’autre extrémité un autre tour femblable, mais vuide, AB,/?/. VII,
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- 396. On établit entre ces deux tours, ce qu’011 appelle le travail, DD, pi. VII, fig. 3 , qui eft une table que les ciriers nomment chaife. Cette table eft foutenue fur des pieds qui ont un peu plus d’un pied de hauteur; le deifus de cette table a deux pieds & demi de largeur, & trois pieds de longueur; il eft percé d’un trou ovale pour recevoir une bafTme ou poêle également ovale, qui, à cette figure près, eft faite comme la poêle qui fert à jeter les cierges & les bougies d’appartement. A huit ou dix pouces au-deifous du fond de cette poele, eft établie entre les pieds de la chaife, une table E de même grandeur que le deffus FF de la chaife , & qui lui eft parallèle : cette table eft defti-née à porter une poêle ou braifiere, dans laquelle on met du charbon ardent, pour tenir en fufion la cire qu’on met dans la baiîine. Ordinairement les côtés de cette chaife font fermés avec des planches, ce qui forme une efpece de coffre qu’on double de tôle, pour éviter les accidens du feu. On place la chaife entre les deux tours , de façon que le grand diamètre de la bafline ovale réponde aux deux tours; & c’eft dans cette bafline ou poêle, fous laquelle il y a du feu, qu’on fait fondre la cire. Au fond intérieur de cette baffine, il y a un crochet de cuivre étamé, dans lequel 011 pafle la meche pour la faire plonger dans la cire fondue.
- 397. Il eft encore néceflaire de placer fucceflïyement fur les deux bords
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- de la longueur de la baffine, une filiere qui y faiTe retomber l’excès de cire dont la meche s’eft chargée : cette filiere eft une plaque de fer ou de cuivre , tantôt ronde D, pl. VIII, fig. 8, tantôt en quarré long D, pi. VII, fig. G , percée de trous coniques de différentes grandeurs : ils font tous numérotés , parce que la différence des calibres eft fi petite, qu’on aurait peine à la reconnaître à la vue fimple : le plus petit porte le numéro premier. La perfection des filières confifte en ce que les trous foient exactement ronds, bien polis, & que leur dégradation foit uniforme. Pour établir cette filiere fur la badine, de Juçon que la cire qu’elle décharge de la meche retombe dedans, on a difpofé les bords de cette baffine en forme d’octogone alongé, pi. VI/, fig. G ; & aux angles des grandes faces ou côtés, on a établi quatre pinces de fer qui forment par en-bas des chevilles qui entrent dans des trous, fig. 4, pratiqués au-deifus de la table pour les recevoir ; l’autre bout de ces pinces, fait en forme de bec de cane , s’incline fur la baffine : c’eft dans ces becs de cane , qu’on met la filiere, de façon qu’elle eft faifie par deux de ces pinces ; & on la place fucceffivements foit à l’un des bouts, foit à l’autre de la baffine, & on la met toujours du côté du tour que l’on charge de façon que la partie évafée des trous regarde le tour que l’on décharge AD,/’/. VII, fig. 6.
- 398. Pour former la bougie filée, quand la cire eft en fnfion dans la poêle,
- on y trempe l’extrémité de la meche, & 011 l’appointit entre les deux doigts pour paifer ce bout de la meche qui eft roulée fur l’un des deux tours, ou qui eft en'peloton, d’abcrrd par le crochet du fond de la poêle, puis dans un des trous de la filiere, un peu plus gros que la meche ; puis 011 l’attache à l’autre tour qui eft vuide ; enfuite , faifant tourner le tour vuide, toutes les parties de la meche font fucceffivement plongées dans la cire en fufion fielles s’en chargentj & en traverfant la filiere, elles fe déchargent de ce qu’elles en ont pris de trop , pl. VII, fig. 3 , & pi. VIII, fig. 7. *
- 399. Quand toute la meche fe trouve devidée fur l’autre tour, 011 change la filiere de place; 011 la retourne, & 011 la met au côté oppofé à celui où elle était en premier lieu ; 011 paife la meche dans le crochet de la poêle, de là dans un des trous de la filiere, plus grand que le premier par où elle avait palTé d’abord ; & après l’avoir attachée au tour qui fe trouve vuide , on en tourne la manivelle , & on le charge comme on avait fait l’autre à la première opération ; en continuant alternativement cette opération, on charge & on décharge fucceffivement les deux tours 9 & l’on fait paifer & repaifer dans la cire fondue & par la filiere cette bougie qui fe forme peu à peu , par l’attention que l’on a de changer les trous à chaque répétition , jufqu’à ce qu’elle ait acquis la groifeur qu’elle doit avoir : de cette façon , il y a telle bougie qui paife par vingt-cinq ou trente ou quarante trous différens. Si, pour vouloir précipiter l’ouvrage, on faifait paifer fubitement cette bougie
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- du plus petit trou dans le plus grand, la cire fe romprait, & le travail ferait très-défeâueux.
- 400. Quand on veut faire de belle bougie , on n’emploie qu’une même efpece de cire ; mais pour les bougies communes, aux trois ou quatre derniers tours on couvre de plus belle cire que celle qu’on avait employée aux autres tours.
- 401. En finiffant, quand la bougie eft parvenue à fa groffeur, on la fait paifer deux fois dans le même trou de la filiere ; & au dernier tour l’ouvrier tient de la main gauche une ferviette mouillée , dont il entoure la bougie , & un autre ouvrier jette de tems en tems de l’eau fur cette ferviette. Cette eau rafraîchit la cire , & empêche qu’elle ne s’écorche en fe dévidant fur le tour.
- 402. Il faut mettre une certaine diftance entre les tours & le travail, pour donner le tems à la cire de fe refroidir un peu, & afin que les différentes révolutions de cette bougie ne s’attachent point les unes aux autres. Le cirier a encore l’attention de leur faire parcourir toute la longueur de la bobine , en conduifant la bougie de la main gauche pendant qu’il tourne la manivelle de la main droite.
- ' Maniéré de couper & de plier la bougie filée.
- 403. La bougie étant finie & paffée dans la ferviette mouillée, on la coupe de longueur pour la plier & la mettre en pains. O11 fe fert pour cela d’une planche percée dans le milieu de fa largeur & dans toute la longueur d’une rangée de trous diftans les uns des autres d’environ un demi-pouce ; 011 met dans deux de ces trous, des broches de fer de deux pieds de hauteur -, on les place à la diftance néceffaire , pour que la longueur qu’on laiffe entr’elles, puiffe former le poids que doit avoir chaque pain de bougie ; enfuite 011 dévidé la bougie de deifus le tour, & on la tourne derrière les deux broches de fer, comme fi l’on en voulait former un écheveau g/, pl. FUI, fig. y.
- 404. Lorsque les broches font garnies de haut en-bas, 011 coupe avec un couteau ordinaire la bougie le long d’une des broches, & l’on met ces brins dans une manne. Lorfque toute la bougie qui était fur le tour a été ainfi devidée & coupée, on en met une partie à l’étuve ; & lorfqu’elle a été fuffi-famment attendrie par la chaleur de l’étuve , un ouvrier,/?/. FII, fig. 8 , la retire brin à brin : il prend un petit rouleau de bois E ,fig. 7, fur lequel il tourne le bout de bougie 5 il retire enfuite le rouleau de bois : il pofe fur la table le même bout ; & tenant de la main gauche le petit rond commencé# il le retourne, & conduit de la main droite le reftant pour former un pain rond. Lorfque le bout eft entièrement tourné , il en appuie l’extrémité avec un doigt contre le dernier rang pour ly attacher.
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- 40^. Ces pains de bougie que l’on emploie dans les lanternes de papier , fe nomment bougie 7le religieufe. Il y en a d’un peu plus grofles, qu’on nomme bougie de faim Côme, parce que les chirurgiens s’en fervent pour s’éclairer dans leurs opérations, fans craindre que la cire ne fe répande & ne brûle le malade, comme cela pourrait arriver , (I l’on fe fervait de bougies d'appartement.
- 406. On plie encore les bougies filées en long, en forme de barril, de livre,' enfin de telle forme que l’on veut.
- 407. Quand la bougie a été pliée, on l’enveloppe dans du papier pour la conferver proprement.
- 408- On donne telle couleur que l’on veut à cette forte de bougie, & pour cela on la file d’abord en cire blanche, de la même maniéré que les autres *, puis avant qu’elle foit parvenue à la groffeur qu’on veut lui donner, & quand il 11e refte plus qu’à la palier dans quatre, cinq ou fix trous , on retire la cire blanche de la poêle, & on y fait fondre de la cire colorée, comme nous le dirons dans la fuite ; on paife la bougie quatre ouïix fois dans cette cire, fui-vaut fa groffeur, & à chaque tour par différens trous de la filiere, & on la finit en la taillant dans une ferviette mouillée.
- 409. Il y a .des ciriers qui ne coupent pas leur bougie d’abord qu’elle eft faite , mais qui mettent à l’étuve le tour ou la bobine chargée de bougie. Quand ils veulent la plier, ils en coupent des bouts d’un certain poids à chaque fois qu’ils ont formé un pain , comme on le voit pi. Vil, fig. 8. Il parait que cette façon eft plus embarraffante que celle que nous avons indiquée plus haut.
- 410. Il eft bon de faire pendant l’été fa provifion de bougie filée, parce qu’en hiver la cire fe refroidit trop vite fur le tour, & la bougie fe cafTe.
- Des bougies à lampions.
- * •
- 411. Cette bougie fe fait comme la bougie filée, Ci ce n’eft que la me-che eft toute de fil, groffe, & extrêmement ferrée dans les trous de la filiere, pour qu’elle foit plus ferme, & qu’elle puiffe fe foutenir en brûlant: on charge ces meches de peu de cire 5 dans une livre de ces bougies, il y entre au plus une demi-livre de cire. Les chandeliers en font ufage pour former les meches des lampions d’illuminations -, elles fervent aufli pour les bifcuits.
- Des bougies de rat-de-cave.
- 41 Z. Les groffes bougies, qu’on nomme bougie de rat -de- cave, ont la meehe très-groilé, faite de fil de Guibray} & pour qu’elles ne puiffent pas
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- s’éteindre facilement, on les paiTe en premier lieu dans de la térébenthine commune, fondue avec de la cire, & l’on couvre cette mixtion avec de la cire jaune ou blanche : 011 les pâlie à la filiere comme les bougies de Saint-Gôme.
- Des bougies à lampe.
- 41La meche des petites bougies , qu’on emploie pour les lampes de veille , eft faite du plus beau coton; on la couvre de la plus belle cire. Comme cette meche eft très - fine , elle eft fuiette à fe rompre ; mais il n’en réfulte aucun inconvénient, parce qu’on les débite ordinairement en très-petits bouts.
- Des flambeaux.
- 414. On fait des flambeaux de plufieurs elpeces, qui font connues des ouvriers fous ditférens noms: favoir, i°. flambeaux à une meche pour le fervice des églifes, ou flambeaux Salivation; 2°. flambeaux d’appartement ou dt F^nife; }°. flambeaux à meche de Guibray; 40. flambeaux ordinaire ce carrolles, ou de poing; f°. flambeaux de Bruxelles; 6°. torches. Nous allons détailler la façon de faire diiférens flambeaux.
- Flambeaux à une meche oïi d'élévation pour le fervice des églifes.
- 41 f. Ces flambeaux fervent dans les églifes à l’élévation, & on les porte aüx procelfions autour du Saint-Sacrement. Ils font entièrement faits de cire blanche , ils n’ont qu’une feule meche ; & comme ils font d’égale groifeur par-tout, ils fe jettent comme les bougies d’appartement; ils fe roulent de la même maniéré, & on les équarrit enfuite comme les bougies d’huifliers. On fait ces flambeaux du poids de deux, de trois, de quatre & de fîx livres. Le bas de ces flambeaux eft quarré : pour que la cire ne tombe pas fur les mains & fur les habits, on les garnit fouvent d’un entonnoir de carton que nous allons décrire.
- Maniéré de faire les entonnoirs pour les flambeaux & torches.
- 416. On prend un carton lilfé & bien ferme : on le choifit plus ou moins grand, félon la hauteur & la groifeur du flambeau ; on taille ce carton d’un côté pour en former la moitié de l’aire d’un cercle : ainfi il faut imaginer un cercle qu’on couperait par une ligne droite qui paiîerait à peu près par le centre. O11 peint ordinairement ces cartons, pl. FUI,flg. 14 , d’un fond bleu , que l’on charge d’armoiries, ou de quelques autres fymboles. On réunit & l’on coud
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- les deux portions circulaires, qui forment un cornet, dont la pointe divifee en quatre levres, laiife un paflage au flambeau, auquel on le fixe avec des clous dorés , pl. VIII ffig. 13. O11 fait aulïi ces fortes d’entonnoirs avec du fer-blanc ; & alors on les peint à l’huile.
- Flambeaux d'appartemens ou de Venife.
- 417. Ces flambeaux font ainfi nommés , parce qu’on en fait ufage à Venife. On s’en fert aufli dans plufieurs cours d’Allemagne & dans celles du Nord, pour éclairer les feigneurs lorfqu’ils traverfent les appartemens ou qu’ils defcendent les efcaliers.
- 41g. Ces flambeaux 11e font autre cho'lè que quatre bougies cylindriques d’égale grofleur & longueur, qui font foudées enfemble, & qui par cet af-fembîage forment un flambeau quarré à quatre meches.
- 419. Pour réunir & fouder ces quatre bougies, on fe fert d’un Joudoir de fer épais vers le milieu, & qui va en diminuant vers les deux bouts, qui n’ont environ qu’une demi-ligne d’épaifleur , /?/. VPfig. 13 : l’un de ces bouts eft taillé en pointe, l’autre eft plat: au milieu eft une tringle ronde de fer, qui fert de manche. Ce foudoira environ dix- huit pouces de long.
- 420. On fait chauffer cet inftrument > & Iorfqu’il eft allez chaud, on le retire du feu , & on l’effuie fur un torchon mouillé , pour qu’il ny refte ni cendre ni ordures ; après quoi l’on approche deux bougies à côté l’une de l’autre j on paffe légèrement le foudoir entré ces deux bougies, en le con-duifant de gauche à droite fur toute la longueur.
- 421. Là chaleur du foudoir fait fondre la fuperficie delà cire de chaque bougie î & en fe frôidilfant, les deux bougies , qu’on a foin de pteifer avec les doigts, fe trouvent attachées & réunies enfemble.
- 422. Lorsque quatre de ces bougies ont été foudées ainfi deux à deux, on lès rapproche l’une contre l’autre, en mettant defliis & deflous les deux côtés qui ne font pas encore fou dés ; puis en paflàut le foudoir des deux côtés, & le long de ces même bougies, elles le trouvent foudées fur les quatre faces, ce qui forme un flambeau quarré ; enfuite on prend le couteau à rogner, & on les coupe de la longueur qu’on y veut donner. On termine à la main le bas du flambeau, & on lui donne la figure d’un œuf. Ces flambeaux, font ordinairement du poids d’une livre & demie.
- Flambeaux xi mecbe de 'Guibrcty.
- 423. La meche de ces flambeaux eft faite de gros fil de Guibray. Lorfque ces meches ont été taillées de ia longueur «(pfolles doivent avoir, onpalfe
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- dans le haut un bout de fil blanc plié en plufieurs doubles, pour former le collet j on les trempe dans de la cire chaude mêlée avec de la térébenthine, & on les pafle enfuite à la filiere. Lorfqu’il y a une certaine quantité de meches ainfi paiTées, on les accroche au cerceau de la romaine, & on jette deflus de la cire en fufion, jufqu’à ce qu’elles foient parvenues à la moitié de leur grofleur ; après quoi on les roule & on foude les branches comme pour les flambeaux d’appartemens : on emploie ordinairement à ce travail des cires retirées de flambeaux qui ont déjà fervi, & qui fe trouvent le plus fouvent mêlées de réfine : on en fait aufli de pure cire blanche ; mais on n’y emploie pas la plus belle.
- 424. Lorsque les meches font foudées quatre à quatre, & qu’elles forment le flambeau, on coupe avec un couteau à lame de fer le bas des quatre meches , & 011 le forme en pointe ; après quoi on accroche le flambeau au cerceau, & on jette par - deflus de la cire blanche, jufqu’à ce qu’il foit à fon poids; enfin on le pôle fur. la table, pour former les cannelures, en appuyant l’équarrifloir fur le haut du flambeau, & le tirant de gauche à droite fur toute la longueur.
- 425“. L’éqjjarrissoir eft un morceau de bois cambre & creufé de deux gorges , pi. VIifig. 9 £, & fig. if a: il a environ quatre pouces de long ; il eft plat fur une face, & l’autre porte deux cannelures ou gorges larges d’environ un doigt, féparées par une languette arrondie. O11 mouille l’é-quarrifloir , & on le traîne comme un gravoir. Il y a encore d’autres équar-riflbirs c,pi. V,fig. 8 , qu’011 traîne prefque comme les calibres dont fe fervent les maçons pour former des moulures en plâtre.
- 426. On met de la térébenthine dans la cire qui fert à tremper les meches ; parce que , comme ces flambeaux fervent à éclairer dans les chemins , il eft néceflaire d’en rendre la matière plus combuftible , pour qu’ils puiflent réfifter à l’agitation du vent & à la pluie ; car fi on les faifait de cire pure, la flamme n’y pourrait réfifter. Ceux-ci font fans contredit les meilleurs dont on puiife fe fervir pour cet ufage ; mais comme ils coûtent le double, des autres , 011 n’en emploie guere que pour le fervice du roi : ils font ordinairement du poids de deux livres.
- Flambeaux ordinaires de carrojje ou de poing.
- 427. Ces flambeaux fervent pour éclairer pendant la nuit & pour les convois. Nous avons dit ci-devant, que c’étaient les cordiers qui faifuent les meches de ces flambeaux avec des étoupes de chanvre ou de lin, & que l’on y ajuftait feulement des collets de fil blanc de Guibray.
- 428. Comme ces flambeaux doivent réfifter fans s’éteindre ni par le vent,
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- ni par la pluie, & comme on doit les vendre à un prix médiocre, ils font fabriqués en grande partie avec une compofition de réfiiie que Tou nomme galipot, & quieffc la réfine du pin , avec de la térébenthine, de la poix & de la cire qu’on a retirée des anciennes meches de flambeaux à demi-brûlés ; en un mot, de toutes autres fubftances inflammables qu’on peut fe procurer à bas prix : ainfi la compofition de ces flambeaux varie beaucoup. Pour les fabriquer, on prend quatre meches grofles comme le doigt, & telles que les cordiers les fourniffent ; on les trempe dans la compofition fondue, & très-chaude ; on les remue avec un bâton pour qu’elles s’imbibent bien, & on évite de barbouiller le collet qui elf de fil blanc : on retire enfuite ces meches , & on les pend au cerceau de la romaine , où on les laifle fe redrefler & s’égoutter. Il y a des ciriers qui donnent quelques jets avec la même compofition qui a fervi à imbiber les meches, que l’on nomme alors des cordons ou branches de flambeaux. Quand elles fe font fuffifammeiit raffermies , on les roule les unes après les autres fur la table mouillée; & pendant qu’elles font encore chaudes, on les rapproche quatre à quatre fur une planche mouillée pour les réunir ; & afin qu’elles s’attachent mieux les unes aux autres , on pafle entr’elles le foudoir dont nous avons parlé plus haut; enfuite on coupe avec un couteau ordinaire & mouillé le bout des quatre meches pour mettre le flambeau à la longueur qu’il doit avoir ; puis en maniant le bout des quatre meches , on forme le bas de ce flambeau , & on lui donne la figure d’un œuf de poule; enfin on arrange les collets, & on laifle ces flambeaux fe refroidir.
- 429. Comme il n’y a point à craindre que ces flambeaux fe noirciflent à l’air, on les confère fans les envelopper, jufqu’à ce qu’on foit dans l’oc-cafion de les vendre. Alors on les remet au cerceau de la romaine, & 011 les recouvre de deux ou trois jets de cire blanche ; puis on les couche fur la table, & on les finit avec l’équarrifloir ; ou bien, au lieu de cet outil, on forme les cannelures avec un autre outil de buis, dont le bout eft arrondi, & que*Ton nomme gravoir c, pl. FI, fig. 9.
- 430. On fait ces flambeaux du poids d’une livre, d’une livre & demie, de deux & de trois livres.
- Flambeaux de Bruxelles.
- 431. Ces flambeaux n’ont qu’une feule meche de corde. La façon de les faire confifte à tremper cette corde dans de la réfine bien chaude, & à la pafîer à la filiere ; après quoi 011 colle autour du papier pour les blanchir.
- 432. Ces flambeaux, après avoir été pafles à la filiere, font ronds : on les nomme flambeaux de Bruxelles, parce que l’on croit que c’eft de cette
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- ville que l’ufage en eft venu : leim poids eft de deux, trois, & quatre livres. On en fait une grande confommation, quoiqu’ils répandent beaucoup de fumée, & que la réfine qui en découle, gâte les voitures.
- Des torches.
- 433. Quoique les torches ne foient plus en ufage à Paris, il n’eft pas
- hors de propos de donner la façon de les travailler, d’autant plus qu’on en fait encore ufage dans quelques provinces. *
- 434. Pour faire ces torches, on prend un bâton de bois de fapin d’environ fix pieds de longueur , Ç*) autour duquel on applique fix meches de corde, qui ont été trempées dans une compolition femblable à celle des flambeaux.
- 4}Lorsque ces fix meches font ainfî arrangées, on fait chauffer de la cire jufqu’à ce qu’elle foit réduite en bouillie épailfe ; après quoi on en prend avec la main ; & après en avoir appliqué fur les meches vers le bout du bâton , on pouffe la main de gauche à droite jufqu’au bout des meches, afin de les recouvrir de cette cire dans toute leur longueur. C’eft de cette opération qu’eft venue l’expreffion. de torcher un cierge, quand, pour le finir, on le couvre avec la main dune couche de cire très-chaude, de la même maniéré que les torches. Cela fait, l’ouvrier prenant dans fa main droite un morceau de cire attendrie, il en frotte la torche pour unir la cire précédemment appliquée.
- 43 6. Lorsque ces torches font allumées , les meches, le bâton & la cire brûlent à la fois : elles donnent beaucoup de fumée, & il relie au milieu un gros charbon. On ne s’en fert à Paris que pour les criminels qui font amende honorable.
- Etat des diverfes bougies en ufage, & que P on trouve dans les magafins ajfortis.
- 437. Bougies <£ appartemens.
- Des 3.
- 4 ordinaire.
- 4 courte.
- 4 pour les lanternes des voiture. <3 longue.
- 5* ordinaire.
- Des f courte.
- 3 pour les lanternes de voitures. 6 longue.
- 6 ordinaire.
- 6 courte.
- 8 ordinaire.
- (*) Il fe trouve de veines de bois de pin fi réfineufes, qu’elles brûlent toutes feules comme une chandelle : celles - là font excellentes pour faire des torches.
- S s ij
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- Des 8 courte. Des 12 ordinaire.
- 10 ordinaire. 12 courte.
- 10 courte. 16 ordinaire.
- 10 à tapiiferie , pour travailler 16 courte,
- fur les métiers.
- 438- Indépendamment de ces bougies, on en fait à lanternes & cTasI très pour la nuit, des 56,40, f o, 60 , 72 , & de toutes autres efpeces que le public peut defirer, eu défîgnant une longueur & grofleur.
- 459. Mortiers. ON.en fait des 12, 16,20& 50.
- 440. Bougies filées. On comprend fous le nom de bougie filée, toute celle-qui a été paffée à là filiere.
- 441. Il y en à de pliée par pains de quatre onces, ou rat-de-cave ; deux onces, ou petit rat-de-cave 5 d’une once rond j une demi-once rond j reli-gieufe ; petite religieufe.
- 442. On tient ordinairement de ces fortes de bougies de trois couleurs , qui font le jaune , le blanc & le citron.
- 443. On comprend auifi fous le nom de bougie filée, les me elles pour les lampes & les lampions de différentes groffeurs, qui ne font point mifes en pains i mais celles pour les lampes fe vendent par bouts ; & celles pour les-lampions font pliées fimplement en gros ronds du poids d’environ douze oiï quinze livres.
- 444. Cierges. Les plus ordinaires font de deux livres ; une livre & demie , une livre, trois quarts, huit onces, iîx onces, quatre onces, trois onces, deux onces.
- 44f. Nous n’avons point parlé des cierges de cire jaune, parce qu’ils fe fabriquent comme les autres , avec la cire telle que les abeilles la foürniffent, fans y ajouter aucune couleur. On ehoifit feulement celle dont la couleur naturelle eft agréable.
- Des ornement.
- 446. Nous avons déjà parlé de la maniéré dont on forme des filets & des pans fur les cierges 5 & nous avons dit que l’on fe fervait de cachets pour y faire telles figures, ou y imprimer telles marques que l’on voulait.. Les ornemens s’appliquent avec des cachets de bois dur gravés en creux. Les marques des manufacturiers ou des marchands font gravées en cuivre fur le côté d’une petite réglé , ou même fur le manche du couteau à rogner.
- 447. Quand on veut faire ces fortes crempreintes, fi la cire eft trop refroidie & trop dure , on l’attendrit avec un fer chaud qu’on tient aifez élevé au-deft fus de la cire pour qu’elle ne puiffe pas fondre ; & par ce moyen on la rend aifez molle pour qu’elle reçoive fimpreflion du cachet : on marque encore
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- le poids des cierges par des trous que l’on fait avec un poinçon»
- 448. On dore auffi les cierges avec des feuilles d’or d’Allemagne, que l’on applique avant que la cire foit refroidie & lorfqu’elle eft encore gluante j & l’on appuie fur ces feuilles avec un petit bouchon de coton. Quand on veut rendre la dre plus gluante , on fait une compofition avec parties égales de cire jaune & de poix dé Bourgogne, ou de poix gralfe : en été l’on met moins de poix qu’en hiver»
- 449. On fait auffi des ornemëns en couleur. Ces couleurs s’appliquent avec un pinceau trempé dans des cires colorées, avec du verdet pour le Verd; du terra mérita., pour le jaune foncé ; de la gomme-gutte, pour le citron 5 du vermillon ou de l’orcanette, pour le rouge i de l’indigo , pour le bleu i du blanc de plomb, pour augmenter la blancheur de la cire. Pour faire la cire de commilfaire, on emploie du vermillon : entrons à ce fujet dans quelques détails.
- Maniéré d'appliquer Vor fur les cierges pour faire des ornèrnens bien
- terminés.
- 45'o. On fait fondre dans un poêlon trois livres de dre avec une livre de poix grade. Quand le tout eft fondu, 011 retire le feu, & on làifîe dépo-fer la liqueur dans le poêlon : lorfqu’elle a fuffifamment dépofé , On la tiré à clair, & on la tranfvafe dans un autre poêlon, que l’on remet fur un petit feu i & lorfque cette liqueur eft chaude , on plonge dedans une planche mince & bien imbibée d’eau.
- 451. Cette planche s’étant chargée de cire, 011 la retire, & on la met dans de l’eau fraîche qui fait durcir la cire. Lorfqu’elle eft froide , elle fe détache aifément de la planche ; & avec un couteau ordinaire on leve deux feuillets de cire de la longueur & largeur de la planche j on met enfuite ces feuillets dans de l’eau tiede, d’où l’on en retire un que l’on place fur une table mouillée j puis avec un rouleau de bois femblable à celui des pâtiffiers, On l’applatit jufqü’à ce qu’il foit devenu extrêmement mince j après quoi on le coupe par bandes félon fa longueur , & d’environ trois à quatre pouces de large.
- 452. On appelle cette opération applatir la cire. Quand 011 a plufieurs bandes de cire ainfi applaties & taillées, on les arrange fur une table > on couvre chacune de ces-bandes avec des feuilles d’or battu ; elles s’y attachent en appuyant la main fur ces feuilles, & elles s’incorporent fur la fuperficie de la cire , de façon qu’il ne ferait plus poffible de les en détacher.
- 4S1 • Si l’on met un quart de poix gralfe dans la cire dont on fait ces bandes, c*eftpour la rendre plus du&iîe & qu’elle puilfe s’étendre mieux fous le rouleau,
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- car il faut que les feuillets foient Ci minces , qu’on ne pourrait les faire avee-. de la cire pure : d’ailleurs comme cet alliage la rend plus gluante, elle en faifit mieux les feuilles d’or.
- 4^4. Pour employer ces bandes dorées, 011 prend une des marques ou cachets dont on s’eft fervi pour imprimer lé cierge ; 011 la mouille ; & en l’appuyant fur la bande de cire, du côté de l’or, on en enleve un morceau de la grandeur de la marque ; puis 011 met le côté qui n’eft pas doré fur la fleur déjà imprimée fur le cierge ; on appuie la marque deflus , & alors le morceau de çire doré s’incr lifte fur la fleur du cierge : on répété, cette opération autant de fois qu’il y a de fleurs fur le cierge i fouvent on emploie pour ces ornemens de l’or d’Allemagne.
- Des! différens ufages qu’on fait de la cire.
- 4; f. Nous avons dit, en parlant des premières préparations de la cire, que les frotteurs des appartenons , les menuifiers , les ébéniftes, fe fervaient de cire jaune pour donner du luftre à leurs ouvrages.
- 4y6. Les parfumeurs font ufage de la plus belle cire qu’ils grenent pour l’employer dans leur pommade, en la battant avec des verges , & y ajoutant de tems'en tems un peu d’èau fraîche qui en augmente la blancheur.
- 4f7- Les anciens faifaient des tablettes pour écrire, compofées de planches minces, enduites d’une légère couche de cire, fur laquelle ils gravaient leurs cara&eres avec des poinçons ou ftyles.
- Des cires colorées & préparées pour différens ufages.
- 4f8. On peut attendrir la cire avec de l’eflence de térébenthine 5 & ens broyant des couleurs avec cette pâte, on peut peindre des tableaux auffi facilement qu’avec les couleurs broyées à l’huile. On peut voir le procédé de cette peinture que l’on nomme encauftique, dans les mémoires dontM. le comte de Gaylus enrichit continuellement les arts.
- ^45*9. La cire blanche étant fufceptîble de prendre toutes fortes de couleurs , il n’eft queftion, pour la teindre, que de faire broyer à l’huile la couleur que l’on déliré ; enfuite on fait fondre de la cire blanche en pains, & lorf-qu’elle eft en fufion, 011 délaie dedans la couleur broyée à l’huile, après quoi on la remet en petits pains, comme à la troilleme fonte du blanchif, fage , pour la conferver ; & lorfqu’on a befoin de l’employer a 011 la fait fondre de nouveau.
- Cire pour les fceaux. '
- 460. On fait ordinairement ulàge, pour le fceau de la grande & de la
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- IV ^
- petite chancellerie, de cire jaune, rouge ou verte. La cire jaune que l’on emploie-, ~eft .telle qu’elle provient des ruches ; la rouge & la verte font teintes.'-'
- 461. Pour préparer ces cires, 011 eft dans l’ufage de les écacher, & de les mettre en tablettes.du poids d’environ une once. Le chauffe-cire met ces tablettes dans de l’eau chaude, pour en amollir la cire ; enfuite retirant de l’eau deux de ces tablettes, & plaçant entr’elles la bande de parchemin qui tient aux provisions, le fcelleur y met le cachet, & y imprime le fceau c’eft ce qu’on appelle fcelLer. On ne met aucun alliage dans ces cires ; on les colore feulement, favoir, la rouge avec du vermillon, & la verte avec du verd-de-gris.
- Cire rouge de commiffaire.
- 462. On appelle ainfi cette cire, parce que les commiflaires l’emploient lorfqu’ils appofent leurs Scellés.
- 463. Pour préparer cette cire, on fait fondre dans un poêlon trois livres
- de cire blanche, & une livre de poix grade; lorfque le tout eft en fufion, 011 y met une quantité fufïifante de vermillon ou cinabre broyé très -fin, pour la rendre d’un beau rouge; puis on la remue jufqu’à ce qu’elle Soit refroidie ; autrement le vermillon qui eSt fort pefant, fe précipiterait au fond du poêlon : 011 retire cette cire qui Se trouve en malfe ; on la met fur une table mouillée, & 011 la partage en petits morceaux du poids d’une once, que l’on roule en-iuite un à un, comme on roule la bougie, & l’on en forme de petits bâtons de trois ou quatre pouces de longueur. < ,
- 464. Comme cette cire eft alliée avec de la poix graffe, elle refte toujours molle ; de forte que , pour l’employer, il eft inutile de la faire chaufter , ni dü, la mettre dans de l’eau chaude comme la cire du Sceau.
- Cire verte pour les offices & pour les jardiniers.
- 465". Cette cire fe prépare de même que la cire rouge de commiffaire, fi ce 11’eft que, pour la colorer, on y emploie du verd-de-gris en poudre, au lieu de vermillon. Les officiers de bouche en font ufage pour attacher fur les cryftaux & fur les plateaux, les fleurs dont on orne le Service du fruit.
- 466. Lorsque les jardiniers taillent les orangers, ils fe fervent de la même cire verte pour l’appliquer fur le bois nouvellement coupé, afin d’em-pêcher l’eàu des pluies d’y pénétrer.
- Cire â modeler.
- I ‘Si . ï
- 467. La cire dont on s’eft fervi pour fondre la ftatue équeftre de Louis XV,
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- était compofée de cire jaune en pain, fondue à un feu modéré, & fans bouillir : on a ajouté fur chaque livre de cire un quarteron de réfine & une once de fuif.
- 468. On peut voir dans les mémoires 43e M. de Boiffrand, comment on procédé pour employer cette cire dans les moules des grandes pièces que Ton jette en bronze ; mais on verra ces détails décrits avec la derniere exactitude dans l’ouvrage que M. Mariette prépare actuellement, & où il rendra compte de tout ce qui a été pratiqué pour la fonte de la belle lïatue équeftre du roi, exécutée par le fameux Bouchardon.
- : 469. La cire dont les fculpteurs fe fervent pour faire leurs modèles, eft un compofé de cire jaune, de poix graife & de fuif. Les artiftes font ordinairement eux-mèmes ce mélange ; ils y mettent plus ou moins de chacune de ces drogues, félon l’emploi qu’ils en veulent faire. Par exemple, on met feize parties de cire, deux parties de poix de Bourgogne, & une partie de fain-douxj ou bien fur dix parties de cire jaune, une onzième partie de térébenthine , autant de poix graife, & autant de làin - doux ; on fait fondre le tout à petit feuj on mêle ces différentes fubftances avec une fpatule, & on coule le tout avant qu’il ait bouilli, afin que la matière fait plus compade & fans huile d’air. *
- ' !. : -
- Compofition de cire pour tirer les empreintes des pierres gravées,
- 470. Sur une once de cire vierge, qu’on fait fondre lentement dans un vaifleau de terre vernilfée ou de cuivre, on met un gros de fucre candi broyé très-fin ; la cire devient alors tout-à-fait liquide ; on y joint une demi-once de noir de fumée qu’on a fait recuire pour le dégrailfer : on ajoute deux» ou trois gouttes de térébenthine ; Qn remue ce mélange avec une fpatule de bois, & on le retire du feu pour le laiffer un peu refroidir 5 après quoi on en forme de petits pains, ou bien on en remplit de petites boîtes dont le couvercle efl; à vis. Qpand on veut tirer une empreinte, on pétrit cette cire entre les doigts pour l’attendrir \ on mouille un peu la pierre gravée, en y appliquant la langue* & on l’appuie fur la cire pour en tirer l’empreinte qui fe trouve faite avec beaucoup de précifion. C’eft de cette compofition dont fe fert M. Gay, célébré graveur en pierres fines.
- Cire dont on enduit les toiles de coutil des lits de plume, des oreillers, & les peaux des mufettes,
- 471. Sur cent livres de cire jaune, on met quinze à dix-huit livres de térébenthine, quelque peu de poix graife : on fait fondre le tout à petit feu}
- &
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- & après avoir bien mêlé le tout avec une fpatule, on coule la matière, avant qu’elle bouille , dans des moules de fer-blanc, frottés d’huile , & femblables aux moules des mortiers.
- 472. On frotte avec cette cire l’envers des toiles de coutil, pour empêcher le duvet de fortir : on enduit de même les peaux des mufettes , afin qu’elles ne laiflent pas échapper l’air. Il y a des tapiiïiers qui, pour épargner l’incommodité de la mauvaife odeur de cette cire compofée, fe fervent de cire blanche pure, qu’ils étendent fur le coutil à force de bras j mais pour les peaux des mufettes, il faut employer une cire fort tendre.
- Figures & fruits en cire.
- 473. Pour former des figures ou des fruits, il faut avoir des moules de plâtre, compofés de plusieurs pièces , pareils à ceux dont fe fervent les fculpteurs, & obferver d’y lailfer une ouverture pour y introduire la cire en fufion.
- 474. Lorsqu’on veut jeter en moule , on fait fondre de la cire blanche ; & pendant qu’elle fond, l’ouvrier fépare toutes les pièces qui compofent le moule j il prend un pinceau qu’il trempe dans de l’huile ; il en frotte le dedans du moule > après quoi il en rapproche toutes les pièces, qu’il adu-jettit avec une laniere aifez fortement pour que Ig cire ne puiife couler par les joints.
- 47f. Le moule ainfi préparé, & la cire étant à un degré de chaleur douce, c’eft-à-dire , qu’il faut qu’elle ne foit ni chaude ni froide , l’ouvrier en prend avec une cuiller, & en remplit le moule. Lorfque le moule eft plein, il le laide repofer pour donner le tems à la cire de fe congeler 5 après quoi il détache la laniere , & il enleve avec précaution toutes les pièces qui compofent ce moule ; enfuite il retire la figure ou le fruit, & laide raffermir la matière au moins vingt-quatre heures, pour pouvoir réparer fa figure.
- 476. L’ouvrier , pour réparer fes figures, fe fert d’un ébauchoir qui eft un morceau de bois d’environ quatre à cinq pouces de long, dont un bout redemble à la lame d’un petit couteau, & l’autre à celle d’un grattoir. Avec cet ébauchoir il gratte, & il enleve avec attention les bavures de cire qui proviennent des joints des pièces du moule. Lorfque ces bavures font toutes enlevées , l’ouvrier frotte légèrement la figure dans tous les endroits qui ont été grattés , & il unit la cire de façon qu’on n’apperçoit aucunes traces des bavures.
- 477. Quand ces fortes de figures font faites pour refter en blanc , 011 mêle un peu de blanc de plomb avec la cire : fi l’on veut au contraire qu’elles foient colorées, on les peint avec des couleurs à l’huile , ou l’on fe fert de cires colorées & attendries avec de l’edence de térébenthine.
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- 47g. On fait à la chartreufe de Paris , de petites images de la.Vierge en cire , qui font bien moulées ; le moule qu’on emploie eft un cylindre de cuivre de cinq à fix pouces de haut, fur environ trois pouces de diamètre, & fe divife en deux parties fuivant fa longueur : une moitié repréfente en creux la figure de la Vierge avec l’Enfant, vue par-devant i l’autre moitié le creux des mêmes figures vues par le dos.
- 479. Quand 011 veut jeter une figure , on fait fondre de très-belle cire blanche, dans laquelle 011 mêle du blanc de plomb. Après avoir réuni les deux parties du moule qu’on tient bien ferrées dans la main gauche, la tête de la figure en - bas, on remplit entièrement le moule de cire fondue par une ouverture pratiquée aux pieds, & un inftant après on verfe dans un vafe le furpîus de la cire qui n’effc point encore figée j de forte qu’il ne refte dans le moule que celle qui, en fe refroidiffant la première, eft reftée attachée au moule. On peut faire cette couche plus épaiffe, en 11e fe prenant pas de renverfer la cire. On plonge enfuite le moule dans de l’eau froide,afin que la cire s’en détache plus aifément ; enfin on ouvre le moule, & on en retire la figure que l’on répare avec un ébauchoir pour en ôter les bavures.
- 4go. On fond à part le piédeftal, dont le moule eft de quatre pièces , & on foude la figure de la Vierge fur ce piédeftal. On peut faire avec une livre de cire deux douzaines dg ces petites images qui ont quatre à cinq pouces de haut: le moule, qui eft affez bien fait, a coûté 1^0 livres.
- Des fouches.
- 481. Ces fortes de cierges s’emploient principalement iur les autels des églifes, fur-tout quand ils font grands & ifolés : la partie fupérieure de ces cierges, & qui eft la plus menue, porte une pointe qui eft un petit cierge ordinaire, & le refte eft une addition à demeure, d’une compofitio.n différente ; c’eft cette partie poftiche qu’011 appelle une fouche , elle eft d’une grande économie. En effet, quand un cierge ordinaire a été brûlé au tiers de fa longueur, il devient trop court , trop gros du haut, & ne peut plus garnir décemment un autel ; fon pied, qui fait un poids d’autant plus con-fidérable que le corps du cierge-a été gros, eft rejeté à la fonte.
- 482. On fait principalement deux efpeces de ces fortes de fouches: les unes fe nomment Jonches à pointes ; les autres , fouches à rejfort.
- Souches à pointes.
- 483. Les fouches à pointes fe terminent en - haut par aune broche qui reçoit un cierge qui termine le .haut de la fouche. Ces fouches font faites
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- de bois ou de fer - blanc ; cette derniere conftruétion eft fans contredit la plus folide , en ce qu’elle n’eft point fujette à fe déjeter comme le bois qui fe reflerre & fe gonfle fuivant les variations de l’air i ce qui fait éclater la cire qui recouvre la Touche, & que l’on eft obligé par cette raifon de recouvrir fouvent.
- . 484. Les Touches en bois Tont faites d’un bois léger & très-fec, auquel
- on donne la figure d’un cierge : il y a vers le haut une retraite de TépailTeur de la cire, qui forme le pied du bout de cierge qui doit terminer cette douche. Cette pointe eft reçue dans une cheville : la précifion confifte à faire enforte que la pointe Te joigne avec la Touche Tans faire de relfauts.
- 48f. L’autre efpece de Touche eft un tuyau de fer-blanc en forme de cierge : on fait ces fouches de longueur convenable à l’ulage pour lequel on. les deftine: au haut du tuyau, on foude une cheville conique de fer-blanc d’environ cinq à fix pouces de long, pour recevoir & retenir un bout de cierge de cire pure fur la Touche ou la pointe.
- 486. Ce Tont les ferblantiers qui fabriquent ces Touches, & qui les livrent aux ciriers. Ceux-ci collent du papier blanc fur le fer-blanc ; & quand le papier eft bien fec, ils accrochent les fouches autour du cerceau , & les jettent en cire , comme les meches des cierges ordinaires.
- 487. Les Touchés ainfi couvertes de cire, ou les met fur le lit i & lorf. qu’elles y ont refté aflez de tems pour que la cire ait pris corps , on les retire les unes après les autres pour les mettre fur la table & les rouler j enfuite, avec un couteau ordinaire, on coupe toute la cire qui excede le fer - blanc par le haut & par-le bas de la Touche ; 8c pour empêcher la cire d’en - bas •de Te caler , 011 Paflujettit avec un ruban de padou blanc.
- 488* Les pointes de ces fouches font des cierges courts, dont la grofleur du pied doit être proportionnée à celle de l’extrémité du haut de la Touche, afin que la réunion ne s’apperçoive point. Dans quelques églifes, on eft dans Tufage, pour mieux cacher cette réunion, d’y attacher quelques orne-mens dorés en forme d’anneau, &c.
- 489. Souvent , au lieu de cire, on recouvre ces Touches, Toit en bois, Toit en fer-blanc, de plusieurs couches de blanc de plomb broyé à l’huile, 8c attendri avec de l’eflence de térébenthine, & enfuite de vernis très-blanc, fait avec du beau fandaraque diflous dans l’efprit - de - vin : deux couches de ce vernis fuffifent ordinairement.
- Souches à. reffort.
- 490. Les Touches à relTort font compofées de trois pièces/, la première, qui eft extérieure, eft un tuyau de fer-blanc ou de cuivre, plus gros par en-
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- Las que par en-draut 5 ce tuyau repréfente le corps du cierge ; c’eft lui qu’ort couvre de cire de la même maniéré que les Touches à pointes : on peut aufli le mettre en couleur à l’huile.
- 491. La fécondé piece'eft un autre tuyau plus menu & beaucoup plus court que le premier. Il eft d’égale grofleur dans toute fa longueur, & fermé par le bout d’en-bas d’un petit couvercle qui ferme comme celui d’un fucrier ; à la diftance d’un demi-pouce ou environ du bord fupérieur de ce tuyau, eft placé un petit cercle qui fert à retenir une calotte percée dans le milieu d’un trou par où palfe la meche, & qui découvre une partie de la cire de la bougie que l’on met dans ce tuyau. A cette piece qui forme en - delfus un petit entonnoir, eft foudée une douille d’environ un pouce & demi de longueur , qui recouvre le bout fupérieur du tuyau, & qui y eft retenue de la même maniéré qu’une baïonnette eft aflujettie fur le canon d’un fufil.
- 492. La troifieme piece de ‘cette fouche eft un reffort à boudin , fait de gros fil de laiton ou de fil de fer, qui porte une petite plaque ronde de cuivre, à laquelle eft attachée une chaîne qui traverfe l’axe du tuyau, & qui paffe par le milieu du fond qui en bouche le bas. Ce reffort eft femblable à celui des lanternes de voiture. Il fe loge dans le tuyau intérieur, & fert à faire monter la bougie à mefure qu’elle fe confume.
- 49}. Ces Touches font très-commodes: on peut facilement les allumer & les éteindre , & remplacer avec la même facilité les bougies toutes les fois qu’il eft néceflaire. Leur défaut eft, que le bout de ces Touches eft indifpen-làblément plus gros que celui des cierges ordinaires : d’ailleurs, comme ils font plus pefàns vers la partie fupérieure que vers le bas qui eft fort léger , on eft obligé de les mettre fur des chandeliers très-pefans, ou doilt les pieds foiènt larges pour des tenir en équilibre. > <. ! • .
- • 394. On fait de la-mème maniéré des louches pour les flambeaux, que l’on porte aux procédons du faint-facrement. f .?.
- 49 f. On fait encore d’autres Touches, pour pouvoir brûler les bouts de flambeaux de poing : on nomme celles - ci porte -flambeaux : elles confiftent çnun tnorceau de bois cannelé , comme l’eft un flambeau peint à l’huile. Cette piece eft terminée par une douille de fer-blanc pareillement cannelée, qui reçoit le bout de flambeau devenu trop court pour pouvoir être porté à la main. ‘
- Maniéré de retirer la cire des vieux cierges & flambeaux.
- 496. On brife les bougies & les cierges qui n’ont été brûlés qu’en partie : on en retire la cire par morceaux, & on la fait fondre avec de l’eau y on la rubané > on l’expofe fur les toiles, & l’on en forme des-pains dont on
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- fait des cierges & des bougies ; mais il faut avoir grande attention de ne point mêler enfemble les cires de différentes qualités, comme les cires alliées avec celles qui font pures.
- 497. Comme il refte toujours beaucoup de cire attachée aux meches, on. les met dans de l’eau fur le feu i & quand la cire eft fondue, 011 paffe les meches à la preffe, pour en retirer toute la cire.
- 498* Quoique les cires alliées prennent fur les toiles plus ou moins de blancheur, on 11e peut guere s’en fervir que pour donner les premiers jets ou pour couvrir les flambeaux de poing.
- 499. Quand on retire la cire des meches, on doit mettre à part la cire des flambeaux, qui étant alliée de réfine, ne doit pas être mêlée avec celle qui eft plus pure : cette cire alliée ne peut être employée que pour la corn-pofition des flambeaux, & en la mêlant avec du galipot ou de la réfine.
- ....-.......g»
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche première.
- jpj gu hé 1. On apperçoit dans le lointain un effaim qui s’eft attaché à une branche d’arbre, & deflous une ruche a qui eft placée pour le recevoir.
- Fig. 2 eft un enclos, autour duquel font des ruches b, pofées fur des gradins 5 & à l’endroit c, qu’on fuppofe fort éloigné, eft un trou en terre, au - deflus duquel on pofe une ruche nouvellement vuidée : on brûle dans ce trou du foufre pour faire mourir les abeilles qui feraient reftées dans la ruche.
- Fig. 3 repréfente des ruches vuides d> qui font pofées la poignée en-bas, & dont le bout le plus large eft en-haut. Près de ces ruches eft un baquet e, qu’on tranfporte auprès de la table h , fig.. 4, pour y mettre les rayons dont la cire eft brune, & ceux qui ne contiennent que du couvain.
- Fig. 4. On y voit la table Æ, fur laquelle on pofe horifontalement les ruches pour en tirer les rayons : ceux qui font noirs & ceux qui font remplis de couvain, font jetés dans le baquet ; les beaux rayons font mis dans le vaiffeau/, après qu’on a paffé légèrement une lame de couteau fur les alvéoles , pour en rompre les couvercles. Le miel le plus beau découle du vaiffeau f dans celui g. r font des ruches vuides. K eft un barril en chantier, avec un entonnoir pour y verfer le miel : i, font des barrils remplis de miel commun j /,des barrils remplis de beau miel.
- ! Fig. f. m, baquets à démiéler la cire. Us font fupportés par un afiemblage
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- de charpente, dont la hauteur eft fuffifante pour que l’eau qui fort par les cannelles, puiife être reçue dans les féaux n 5 à côté eft un baquet dans lequel 011 met la cire démiélée , pour la porter à la chaudière, où elle doit être fondue.
- Fig. 6. Cheminée fous laquelle font placées lés chaudières o,pofées for des trépieds. On met de l’eau dans les chaudières, & par - delfus la cire démiélée : quand elle eft fondue, 011 la verfe for une toile claire qui eft pofée fur la chaudière v, ce qui paife eft refondu, & verfé dans les moulesp pour former les gros pains de cire q : le marc qui refte fur la toile eft pafle eiifoite à là preife.
- Fig. 7. Preife. A A, les jumelles ; D D, la mai qui eft ereufée pour recevoir le marc j BB, forte pîanche^qui appuie for le marc ; H, quârré de la tète de la vis où font les mprtaifes, dans lefquelles entrent les leviers L i E É , l’écrou y F, la vis; I, vailfeau qui reçoit la cire qui coule.
- Fig, 8- Autre preife formée de deux forts madriers A A , B B, fopportés par des chantiers FF. Le madrier B eft percé de deux écrous qui reçoivent les vis C C. La tête I de ces vis eft quarree & ereufée de mortaifes pour recevoir les leviers D D. On met le marc de cire dans unfac de toile forte S ; & la cire découle dans le vailfeau E.
- Fig. 9. Elle repréfente tout lattirail d’une fonderie fervant àrubaner la cire : A, coupe d’une chaudière montée fur fon fourneau : O O, la maçonnerie. Il eft bon de favoir qu’une chaudière deftinée à fondre un millier pelant de cire, doit avoir à peu près 3 pieds 7 pouces de hauteur fur 2 pieds 7 pouces de diamètre vers fon embouchure, & qu’elle doit fe réduire vers le robinet à 2 pieds quelques pouces : c, tuyau pour la décharge de la chaudière , & le robinet par où coule la cire : B, la fournaife : K, la bouche de la fournaife, qui répond au fond d’une cheminée placée de l’autre côté de la muraille : N, venfôufe qu’on pratique quelquefois pour animer le feu : D, cuve de bois, cerclée de fer, dans laquelle la cire fe ralfeoit & fe purifie : G, cannelle pour grêler & pour éculer : o cannelle pour éculer : F, robinet pour écouler l’eau, après que la cûve eft vuidée : cette eau tombe dans la futaille E , pour fervir à retirer la cire qui fornage quand_ l’eau eft froide. Dans beaucoup de blanchilferies, on ne fe fert ni de la cannelle o, ni du robinet F, ni de la futaille E î on defeend la cuve D pour la nettoyer à toutes les fontes, & fur-le-champ on en remonte une autre en la place, Au-deifous de la cannelle G, on voit la grèloire a a ; au-deffùs, la palfoire H 5 & au-deflous, le tour ou cylindre T T, avec la manivelle Q_: 011 voit auffi le tuyau I. Quand on ouvre le robinet L, l’eau qui vient d’un réfervoie fupérieur paffe avec force dans le tuyau LI i & comme ce tuyau eft fermé au bout I, l’eau fort avec force par de petits trous qui font dans toute la
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- longueur du tuyau L I, dont les petits jets dardent fur le tour qui en eft rafraîchi. Cette manœuvre eft fort bonne ; mais elle eft inutile quand l’eau de la baignoire fe renouvelle continuellement ; car en ce cas Peau fraîche entre dans la baignoire M par le robinet L, & elle fort en même quantité par un robinet placé près de P. Il y a encore à la face R tout au bas un autre robinet qui fert à vuider la baignoire quand on la veut nettoyer.
- Fig. io. Spatule de cuivre mince, dont le manche eft terminé par un anneau ou un crochet pour la fulpendre ; elle fert à gratter la cire par-tout où il en refte de figée.
- ' Fig. il & 12. Entonnoir de cuivre étamé , dont la douille ou le tuyau eft foudé fur le côté, après que l’entonnoir a été placé dans la chaudière A , fig. 9, de maniéré que le tuyau puiffe entrer dans le canal C ^ fig. 9. On verfe dans l’entonnoir l’eau qui eft au fond de la chaudière avec le pot ^fig. 12, & l’eau fort par le robinet c.
- Fig. ij. Seau pour tranfporter l’eau dans la chaudière, la baignoire, &c.
- Fig. 14. Couvercle de bois qu’on met fur la cuve, pour empêcher que la cire fondue ne fe refroidiffe, & pour prévenir qu’il n’y tombe quelques ordures.
- Fig. if. Alvéole, ou loge de cire, faite par les abeilles.
- Fig. 16. Gâteau ou rayon formé par la réunion d’un nombre d’alvéoles.
- Planche IL
- Figure 1. La grèloire de la pi. I,Jig. 9, eft repréfentée ici ifolée plus en grand, & vue de différentes faces. On apperçoit que le fond eft figuré en dourine , & que les trous ne font pas percés à la partie baffe, afin que les filetés qui pourraient fe rencontrer dans la cire puiffent tomber au fond fans boucher les trous. Cette grèloire eft attachée fur la baignoire par des anfes a a , qui s’accrochent dans des barreaux de fer cloués fur le bord de la baignoire, & qui portent des crochets à leur extrémité. O11 voit en A le dedans de la grèloire j & en B, le dehors & le fond.
- Fig. 2. Fourche de bois à trois fourchons, qui fert à retirer de la baignoire la cire rubanée : on ne la garnit d’ofier que quand on grêle des cires fort alliées, qui fe rompent en petites parcelles : ces obiers feraient incommodes quand on retire des rubans de cire pure.
- Fig. j. Quelquefois on fait ces fourches avec du bois léger ; mais la fourche de la;figure 2 paraît plus commode.
- Fig. 4 repréfente la brouette des blanchilîeries, qui porte la corbeille doublée de toile, dans laquelle on met les cires rubanées, pour les porter aux
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- toiles. Cette brouette a des ranchés; il y en a qui n’en ont point > au refte cela eft fort indifférent.
- Fig. f. Petite fourche très-légere, dont on fe fert pour régaler fur les toiles les cires rubanées.
- Fig, 6. Main de bois faite d’une planche minee de bois léger : oh y voit deux ouvertures pour l’empoigner : cette main fert à lever la cire de deflus les toiles.
- Fig. 7. Palon ou fpatule de bois pour remuer la cire qui eft en fufion dans la chaudière : il y en a de différentes formes.
- Fig. 8. Pelle de boulanger pour lever les cires de deflus les toiles.
- Fig. 9. La cannelle G de la pl. I ,fig. 9. a eft le corps de cette cannelle. d e, le trou qui eft dans l’axe, b, bouchon de liege qui fert à boucher le trou e. C, la lancette : c’eft une cheville quon introduit dans l’ouverture d pour chafler le bouchon b quand 011 veut couler.
- Fig. 10. Moules percés dans une planche, & repréfentés en grand.
- Fig. 11. Tamis de crin qui fert à ramafler les parcelles de cire qui flottent fur l’eau de la baignoire.
- Fig. 12. Rabot fait d’un acoinqon de futaille, emmanché au bout d’un bâton : il fert à retirer la cire du milieu des toiles vers les bords quand on veut la lever.
- Fig. 13. Fauchet ou rateau à deux rangs de dents faites de bois : cet inf-trument eft femblable à celui qui fert pour ramafler les avoines & les foins.
- Planche III.
- Figure 1. Plan d’une grande fonderie, telle qu’eft celle de la manufacture royale d’Antoni. A A A, chaudières pour fondre la cire, aaa, ouvertures pour mettre le feu aux fourneaux. DD, cuves. MM, baignoires, bc, b c, rigoles qui conduifent l’eau qu’on vuide des baignoires dans le touard c. SS, le deflus des tables àéculer. XX, planches à moules. I, un tour avec fa manivelle e. H H, grêloire d’une autre forme que celle de la planche II. h , chevrette pour porter cette grêloire. M2, baignoire vue en perfpedive , 8c coupée par le côté M, pour faire voir en place le tour I, la chevrette h 8c la grêloire H. R, brouette.
- Fig. 2. Coupe de la fonderie, fig. 1, fuivant la ligne ponétuée de. A , coupe d’une chaudière. coupe de la fournaife. b, embouchure de la four-naife, par laquelle on met le feu. C, cheminée qui reçoit la fumée. B, degré pour monter au fourneau. O, cuve fupportée fur des potences de fer en forme de confole. D, cercles de fer de cette cuve. M, baignoire. R, brouette. SS » tàbles à moules. X, treuil pour mettre la cuve en place & la defeendre.
- T,
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- T, pouhe de renvoi par où pafle la corde qui fert à enlever la cuve. V, cire* rubanée mile en magafin. ;
- Fig. 3. Elle repréfente la même fonderie vue de face, en fuppofant le fpectateur placé fur le touard c, fig. 1. AAA, chaudières : D D , cuves : MM, baignoires : B B , degrés pour monter aux fourneaux: C C , portes qui font encre les chaudières.
- Fig. 4. X, éculon à deux becs : d, le derrière de l’éculon qui eft arrondi : a b, le devant qui eft quarré >e, les becs: la plupart en ont deux, d’autres trois: ce, les anfes : Y, burette dont 011 fe fert pour éculer dans les petites manufactures : Z, gouleau & anfe.
- Planche IV. '
- Fig. 1. Fonderie repréfentée dans la pl. III, & vue ici en perfpeétive : AAA, chaudiers : DD , cuves : MM, baignoires fur l’une defquelles le tour & la grèloire font placés : G , la* cannelle des cuves : H , la grèloire , I, le tour : BBB , efcaliers pour monter derrière les cuves , & aux magafins où l’on met les cires V : CC, portes pour arriver aux cuves : SS , XX, tables à moules : R, brouette : V , cires rubanées mifes en magafin.
- Fig. 2. Jardin où font établis les quarrés & les toiles : A, quarré fans toiles : a a a, pieux qui foutiennent les challis formés par les tringles dd9 faites en tiers-point, ainfi que les traverfes c c faites aufli en tiers-point.
- Sur la tète des pieux du pourtour font clouées des tringles plus larges d d, & percées de trous pour recevoir les chevilles e eee, &c. & les piquets//, &c.
- B, fig. z& 3 , eft un quarré garni de piquets & de chevilles: C,Jig. 2 6* 3 , le même quarré garni de toile avec les rebords i i, relevés & attachés aux piquets : on voit en h des liens de corde qui alfujettiflent la corde qui tient au fond des toiles fur les traverfes b , pour empêcher que le vent 11e les enleve. D, fait voir la maniéré dont la toile doit être doublée quand il fait de grands vents : E , cire étendue fur les toiles : F mur , & G un bofquet, qui mettent les toiles à l’abri du vent.
- Planche V.
- Cette planche repréfente la maniéré de jeter les cierges & les bougies d’appartement.
- Fig. 1. Taille - meche : A , le deifus de la table: B , rainure dans laquelle coule le tenon de la poupée C, qu’on rapproche ou qu’on éloigne du point B, fuivant la longueur qu’on veut donner aux meches : D , broche ou montant de fer, autour duquel on roule les meches : E, lame de couteau, pofée ver-
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- tiçalemçnt fur la tête de la poupée : F, crible où font les pelotons de fil ou de coton, dont on doit faire les meches. On augmente ou l’on diminue le nombre det ces pelotons, fuivant qu’on veut faire les meches plus ou moins greffes, fk encore fuivant la groffeur. du fil : G, ouvrier en attitude pour tailler les meches : H, meches coupées de longueur, qu’on jette à côté de la table, jufqu’à ce que la broche D en foit remplie. Ou voit fur la pl. FI, fig. i, un taille-nieche moins grand, mais defîîné fur une plus grande échelle : la lame de celui-ci eft fixe , & la broche eft établie fur la piece à couliffe.
- Fig. 2. Ciriers qui jettent un cierge à la cuiller : quand ce font des cierges courts, un ouvrier fuffit pour les jeter j mais quand les cierges font longs, comme celui de la figure, il faut un ouvrier pour préfenter la cuiller au
- cirier, qui fe tient élevé fur un gradin. Communément le cirier qui eft en-
- haut, tient une cuiller, dans laquelle celui qui eft en-bas verfe de la cire qu’il a puifée avec une autre cuiller. A,romaine compofée d’un arbre tournant
- Ab: cet arbre du côté de A, eft reçu dans un collet ; & du côté de il fc
- termine en pointe qui répond aune crapaudine d. C, cercle de fer garni de crochets , auxquels on attache l’extrémité des meches , qui eft faite en boucle ou anfe : d d, traverfes de fer qui répondent d’un bout au cercle , & de l’autre à une douille e de fer qui embrafle l’arbre tournant Ab : f, cheville ou broche de fer, qu’on paife dans les diiférens trous qu’on voit fur l’arbre A b, pour élever'ou abailfer le cerceau C, fuivant qu’on veut faire des cierges plus ou moins longs.
- Nota. Il faut que la douille e ait une certaine longueur, pour que le cerceau ne penche ni d’un côté ni d’un autre : il y a des romaines dont l’extrémité g des traverfes d, porte des verges de fer qui vont aboutir à un anneau qui entoure l’arbre vers h, ce qui rend le cerceau C beaucoup plus ferme : a, poêle avec fon fourneau qu’on nomme caque, où l’on tient la cire en fulîon : a, indique les grands rebords de la poêle , qui forment un entonnoir pour recevoir la cire qui dégoutte des cierges qu’on jette : b, échancrure qui eft à ce rebord, pour embralfer l’arbre tournant: c, cavité de la poêle : d, caque ou fourneau : e , ouverture ou porte, par laquelle on met dans la caque une poêle avec du feu.
- Nota. On verra tout ceci mieux détaillé dans la pl. FII.
- C, cirier qui jette des cierges à la cuiller : il pince des doigts de la main gauche la meche ou le collet d’un cierge, pour le faire tourner à mefure qu’il jetera la cire de la main droite ; il reçoit une cuiller pleine de cire que lui préfente un aide. Comme ces cierges font longs, le cirier eft monté fur un gradin qu’on nomme chaife, formé de trois planches bien aflemblées en forme de cailfe , dans laquelle il y a des taffeaux fur lefquels on met à différentes hauteurs une tablette pour élever le cirier. On verra mieux la repréfeiK
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- tation d’un de ces gradins dans la pl VI. D , cierges qui pendent à la romaine.
- Nota. Les cierges qu’on jette actuellement devraient répondre à la perpendiculaire du milieu C de la poêle : ainfî dans cette figure la poêle eft trop éloignée de la romaine.
- Fig. ?. Cirierqui jette à la cuiller des bougies d’appartement. En placé de la romaine, on fe fert d’un cerceau de bois a, qui eft foutenu par quatre cordes b, qui fe réunifient à une C, & l’on place le cerceau à différentes hauteurs, en l’attachant plus ou moins haut à la corde d qui pend du plancher, & pour le mieux, de la romaine faite en fléau de balance, telle qu’elle eft repréfentée pl. VIII ,fig. f.
- Quand on commence les bougies, les meches font ferrées & attachées de haut en-bas à des bouts de ficelle e, fig. j. Quand on les remet au cerceau pour les derniers jets, on les attache aux crochets /, fig. j , par le collet. g, la poêle & fon fourneau ou caque.
- Nota. Les bords de la porte doivent être grands & fort relevés , afin que la cire retombe dans le fond de la poêle. Ordinairement le bord eft plus relevé du côté du*cirier, afin qu’il puiflè atteindre plus aifément au cerceau, h, le cirier afîis : il tient de ta main droite la cuiller, & il pince avec les doigts de la main gauche les meches, pour faire tourner les bougies à mefure qu’elles fe chargent de cire : la plupart des ciriers font debout quand ils jettent les bougies.
- Fig. 4. Elle repréfente la cuiller en grand : c’eft une efpece de gouttière de fer-blanc a b, dont un des bouts b eft fermé par le bord; l’autre a eft ouvert, & c’eft par cette extrémité que fort la Gire. Cette cuiller eftjemmanchée par le côté, & le manche c porte un petit crochet d qui fert à l’accrocher aux bords de la poêle, afin que la cire qui aurait pu refter dedans, coule dans la poêle. Il y a des cuillers dont l’extrémité par laquelle la cire doit couler, eft plus ou moins étroite.
- Fig. f. Cirier qui roule un cierge, a, grande table de noyer bien dreffée, bien polie & folidement établie, b, rouloir fait d’une planche de noyer, & garni de poignées figurées fuivant le goût des ciriers. c, cierge qu’011 roule, d, petite cuvette dans laquelle il y a de l’eau pour mouiller la table, le rouloir & tout ce qui touche la cire, pour empêcher qu’elle ne s’y attache. e, cirier en attitude pour rouler un cierge.
- Nota. On roule les bougies d’appartement & les branches des flambeaux de la même maniéré que les cierges : la table eft mal placée dans cette figure; le vifage du cirier doit être tourné vers la croifée.
- Fig. 6. Comme c’eft fur la table à rouler qu’on forme le pied des cierges, il efthon d’expofer tout de fuite les inftrumens qui fervent à cette opération. a a, cierge qui vient d’être roulé. On coupe avec un couteau de bois b ,
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- fig. il, l’extrémité c du pied, par la ligne d; puis ayant commencé un petit trou au pied du cierge avec le bout du doigt, on enfonce dans le cierge les broches e, dont on proportionne le volume à celui des cierges: après que les broches ont été enfoncées, comme on le voit en /, le cierge eft réputé fini: il doit refter rond. On pend les cierges par paquets, comme on le voit pi. VI,fig. 8. Si l’on veut que le pied foit à pans comme en g , avant de retirer la broche , on forme les pans en appuyant le rouloir ou le couteau de bois. On pend les grands cierges un à un, pour les laitier refroidir.
- Fig. 7. Bougies d’appartement, a, la meche trempée, b, petit tuyau de fer-blanc ou ferret, dont on garnit le bout c de la meche, pour empêcher qu’il ne fe charge de dre quand on fait les premiers jets, c, bougie qui a reçu les premiers jets, qui a été roulée, & à laquelle 011 a découvert le ferret b, en enlevant avec le couteau de bois b, fig. 1 1 , la cire qui le recouvrait. d9 la meme bougie où le ferret b a été ôté. Après avoir coupé les culots g, on forme ordinairement les collets , & les ferrets s’emportent avec la cire k* Quand on a donné les derniers jets , & roulé pour la fécondé fois , la bougie eft comme en i. On en forme le pied, après quoi elle eft comme en /. m repréfente une bougie finie.
- Fig. 8- Les flambeaux de pure cire pour le Ferviee des églifes, & pour celui des grands appartenons, ont une feule meche de pur coton, avec quelques fils de Cologne. On les fabrique de la même maniéré que les bougies d’appartement, a, les flambeaux font roulés pour la fécondé fois, on les équarrit fur la table à rouler, comme on le voit en b j enfin on forme les cannelures avec l’équarrifloir c, qu’on promene comme un rabot le long du cierge: on forme le collet, on coupe le pied, & le flambeau d èft fini.
- Fig. 9. Cierge à trois branches, dont on fe fert à l’office de la veille de pâques dans les églifes où l’on fuit le rit romain. Ce cierge eft compofé de trois petits cierges qui n’ont point été percés avec la broche. On les roule l’un fur l’autre depuis a jufqu’en b, & l’on forme un coude à chacune des trois branches c d e, pour les écarter les unes des autres.
- Fig. 11. Couteaux de bois : il y en a de différentes grandeurs & figures ; les uns n’ont qu’un bifeau, d’autres en ont deux.
- Fig. 13. Couteau de fer tranchant, dont 011 fe fert lorfqu’il faut couper la cire & la meche : il y a au bout de la lame un bouton, pour ne point endommager la table 5 il eft auffi repréfenté pl. VIII,Jîg. g.
- Fig. 12.. Broches pour-percer les cierges.
- Fig. 14. Rouloir.
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- Planche VI.
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- Cette planche repréfente la maniéré de faire les cierges à la main & les flambeaux»
- Figure i. Taille-meche plus petit, mais fait fur une plus grande échelle que celui qui eft repréfenté fur la planche V. A A, forte membrure qui fait la bafe du taille-meche; B, piece à coulilfe qui tient lieu de la poupée; elle porte la verge de fer verticale D , qui eft fixée par la vis C, au point qu’on defire : E, couteau vertical : F, pelotes qu’on doit mettre dans un crible : H, meches coupées de longueur & tortillées.
- Nota. Pour fe fervir de ce taille-meche , on peut le pofer fur une table, ou le tenir fur les genoux.
- Fig 2, & fig- il. Poele couverte où l’on met la cire avec de l’eau tiede pour l’attendrir.
- Fig. 3. Table ou broie à écacher : a, forte table folidement établie étrier de fer qui reçoit l’extrémité de la piece à écacher : b c, piece à écacher, ou main; <3^, cire attendrie dans l’eau tiede qu’on broie , pétrit ou écache avec le levier b c: e, ouvrier en attitude pour écacher la cire. Quand la cire eft d’une mollefle uniforme , elle eft en état d’ètre employée pour faire les cierges à la main : fi on en veut faire de la cire corrompue , on la remet dans la poêle, jufqu’à ce qu’elle lbit prefque fondue, & on l’apporte fur la table à corrompre.
- Fig. 4. Table à corrompre , fur laquelle on pétrit la cire avec les mains.
- Fig. f. Ouvrier qui pétrit dans un linge la cire écachée, pour la reifuyer avant de l’employer à faire les cierges.
- Fig. 6. Cirier qui applique fur une meche la cire attendrie , pétrie & reifuyée : A, bout d’une meche qui tient à un crochet fcellé dans la muraille : B , chaife ou gradin de cirier , dont nous avons parlé, pl. V; 011 y attache l’autre bout de la meche que l’on peut cependant attacher à tout autre corps folide : C, ouvrier en attitude pour appliquer la cire fur la meche.
- Fig. 7. Cirier qui roule un cierge fait à la main. Comme cette opération eft la même que celle que nous avons expliquée pLV\ fig. j , nous ne nous y arrêterons pas davantage : on coupe le pied du cierge, & on le perce avec la broche de la meme maniéré qu’aux cierges jetés à la cuiller.
- Fig. 8. Paquets de cierges faits à la main, ou jetés , & qui font pendus pour qu’ils fe refroidirent.
- Fig. 9. Petit infiniment de bois b , qui fert à former les cannelures fur les cierges & les flambeaux: on le nomme gravoir ou lauterelle : autre gravoir c.
- Fig. 10. Romaine garnie de branches ou cordons de flambeaux, chargés â Ja cuiller d’un mélange de cire & de réfine.
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- Fig. 11. Deux branchés de flambeaux foudées l’une avec l’autre.
- Fig. 12. Quatre branches de flambeaux foudées enfemble. 1
- Fig. 13. Soudoir- ou fer à fouder.
- Fig. 14. Romaine chargée de flambeaux auxquels on va donner les derniers jets de cire.
- Fig. if. Maniéré de former les cannelures, foit avèc l’équarrifloir a, foit avec la fauterelle b, foit avec le gravoir c,fig. 9.
- Fig. 16. Caiife ou coffre rempli de pains de cire blanche j on porte ce coffre auprès des romaines quand on jette.
- Fig. 17. Moule de fer-blanc pour faire des mortiers : b, mortier tiré du moule avec la meche.
- Fig. 18. a b, une meche de flambeau.
- Fig. 19. c d, paquets de meches, telles que les cordiers les livrent aux ciriers.
- Planche VII.
- Cette planche repréfente la maniéré de faire les bougies filées, & de retirer les cires des vieux cierges.
- Fig. 1. Bobine garnie de fon effieu.
- Fig. 2. Bobine montée fur fon pied, ou ce qu’on appelle le tour. A, les joues du tour : B, le milieu qui fe charge de la meche : C, les pelotons qui font dans un crible : D, le pied du tour ; en tournant la manivelle qui répond à la bobine , il fe dévidé deffus un faifceau de fil qui forme la meche des bougies.
- La fig. 3 fait voir les deux tours A B dans leur pofition i & au milieu, la poêle avec la filiere 5 en un mot, ce qu’on nomme le travail : A, le tour fur lequel on a ourdi la meche: B, un autre tour tout femblable, fur lequel on dévidé la meche qui a paffé dans la cire : C, cirier qui tourne de la main gauche la manivelle du tour B, & qui tient avec fa main droite la bougie ou la meche chargée de cire qui fe dévidé fur ce tour : D , chaife ou table qui porte la poêle : E, enfonqure de la table qui porte la poêle où eft le feu : F, deffus de la table percé d’une ouverture ovale pour recevoir la poêle G, qui a cette même forme. Le deffus de la table eft encore percé en H, de quatre mortaifes pour recevoir les pinces en bec-de-cane, qui doivent porter la filiere D. On voit au fond de la poêle un crochet qui oblige la meche de plonger dans la cire fondue.
- Fig. 4. F, le deffus de la table : G, la poêle qui eft ovale, & dont les bords font à pans, pour ne point couvrir les mortaifes H qui font deftinées à recevoir les pinces en bec-de-cane qui doivent porter la filiere.
- Fig. f. AB, pinces en bec-de-cane, qui doivent porter la filiere D : la
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- partie B de ces pinces doit entrer dans les mortaifes H de la table.
- Fig. 6. La poêle deflînée en grand: on y voit fon fond A, fes rebords $ pans B, & le crochet C qui eft au fond.
- Fig. 7. Petit morceau de bois tourné E, qui fert à commencer à rouler les petits pains de cire : on voit en B C, des pains roulés en rond : D, indique comment on commence les pains ovales.
- Fig. g* Ouvrier en attitude pour rouler des pains de bougie : il tient de main droite le morceau de bois A , & de la main gauche il roule la bougie : on voit encore devant lui des bouts de bougie coupés de longueur pour être roulés : fur là droite , un tour chargé de bougies filées i & à fa gauche, des pains de bougie.
- Fig. 9. Elle repréfente le détail du fourneau des ciriers pour fondre la cire lorfqu’on fait des cierges à la cuiller : A, la caque ou le fourneau : B , poêle de tôle ou de cuivre, dans laquelle on met le charbon pour faire fondre la cire, & que l’on introduit dans la caque A , par la porte C : D, bord de la poêle où l’on met la cire : cette poêle fe pofe fur la caque A.
- Fig. 10. La caque A, la poêle à feu B, & la poêle à cire D, mifes en place comme elles font fous la romaine.
- Fig. 11. C , filiere vue de face : D, filiere placée entre les pinces.
- Fig. 12. Grand chauderon monté fur un trépied , & dans lequel il y a des bouts de cierges rompus , dont on veut retirer la cire : A, le chauderon : B, le trépied : C, les bouts de cierge : D , grande cuiller pour tranlporter la cire dans la paifoire E ,/fg. 13.
- Fig. 13. F, vailfeaux deftinés à recevoir la cire qui coule par la paifoire E. On met à la preife les meches qui reftent dans cette paifoire.
- Fig. 14. Preife formée de deux jumelles A,aifemblées fiir un patin de charpente B , fur lequel repofe la mai C: l’écrou D embraife les jumelles par fes extrémités : E, eft la vis : I, le quarré- de la vis : G, l’arbre qui monte & qui defcend avec la vis : F, ouvrier en attitude pour ferrer la preife 5 on peut augmenter considérablement, & félon le befoin, la force de Get ouvrier, en mettant au bout du levier une corde qui réponde à un treuil vertical : H, pièces de bois quarrées qui fervent de hauife : 011 en met plus ou moins, fuivant qu’il y a plus ou moins de meches dans le feau dont nous allons détailler les parties.
- Fig. 1 f. A, le feau tout monté : il eft formé d’une boite de fer battu B , qui eft divifée par bandes, dont les unes C font percées de trous, & les autres D font pleines : cette cage de fer ne pourrait pas réiifter à Peftort de la preife, fi elle n’était pas fortifiée par les brides de fer E. On voit en F ces brides de fer ajuftées fur la caiife de fer battu 5 & l’on peut remarquer que ces brides de fer E recouvrent les parties D s où il n’y a point de trous. O11 voit de plus
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- que les deux parties F font jointes l’une à l’autre par les charnières G, dans lefquelles entre la broche H : quand ces meches ont été preiTées , on releve la vis, on ôte la broche H, on ouvre le feau j & après avoir enlevé les hauffes, on tire les meches. Comme la cire & la réfine ne peuvent couler que quand -ces fubftances font en fufion, il faut fe hâter de les faire paifer à la preffe ; & pour entretenir la chaleur , on jette de l’eau bouillante dans le feau.
- Les meches qui ont été preffées ne font plus bonnes qu’à brûler : K eft un vailfeau deftiné à recevoir la cire ou la réfine qui fort de la preife : on met de l’eau dans le fond pour que ces fubftances ne s’y attachent pas.
- Planche VIII.
- *
- ' Fig. i. A, coffre pour éculer: a, gouttière qui conduit la cire de la cuve fur la paffoire: b b, deux couvercles pour empêcher qu’il 11e tombe des ordures fur la cire : c, plaque de cuivre qui empêche qu’il 11e tombe de la cire fur la cendre chaude de la braifîere : d d , vaiffeau de cuivre dans lequel entre un autre qu’on remplit de cendre chaude : e, pieds du coffre à éculer: on pofe ces pieds fur une planche qu’011 a mife fur la baignoire : /, robinet fous lequel on préfente les éculons : B, paffoire quarrée ou ovale, qu’on met fur le coffre à éculer, ou fur le grèloir : C, plaque de cuivre cotée c dans la fig. A : D , gouttière cotée a dans la fig. A : F, braifiere qu’on met dans la cavité d d delà fig. A.
- Fig. 2. A, le grèloir avec la plaque , la paffoire & les braifieres : C, la plaque : E, les braifieres qu’on met aux deux extrémités du grèloir.
- Fig. 3. A, cannelle de la cuve pour grêler ou éculer : elle a déjà été repré-fentée pi. Il, fig. 9. a , plaque de fer clouée fur la cuve , & qui fert à affujettir fermement la partie A de la cannelle : B, lancette dont on fe fert pour chaffer le bouchon & percer la cuve.
- Fig. 4. Etuve pour deffécher les meches : elle confifte en un coffre de me-nuiferie, doublé de tôle : a, l^s meches paffées dans des baguettes : b , porte par laquelle on met la braifiere au bas de l’étuve.
- Fig. f. Romaine qui porte les cerceaux lorfqu’on jette des bougies.
- Fig. 6. Poêle où l’on fait fondre la cire pour jeter les bougies ; a , bord de cette poêle : b, fon fond où l’on met la cire : c , planche que l’ouvrier met devant lui pour fe garantir de la chaleur de la caque : d, la caque : e., barres de fer qui joignent la poêle à la caque :/, roulette pour mettre le feu dans la caque : B, plaque de fer percée qui fe met fur la poêlé à feu ou fur la braifiere, pour diminuer l’adion du feu quand elle eft trop vive.
- Fig. 7. Travail pour faire les bougies filées : a , la poêle, qui eft d’une forme différente de oelle qui eft repréfentée dans la pl. VII. On l’a deffinée
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- en grand en C, où l’on voit en b les griffes qui doivent recevoir la fllierc D, qui eft ronde : c, la poêle à feu : B B, les tours : ceux-oi font à jour, ce qui eft avantageux quand il fait chaud, parce que la bougie fe rafraîchit pins promptement. J’ai cru devoir repréfenter ce travail, parce qu’il eft différemment ajufté que celui qui eft déjà repréfenté fur la pl. FIL
- Fig. 8. A B , tamis qui, au lieu d’une toile de crin , n’a qu’un filet de cordes: il fert à retirer les-pains éculés de'-la baignoire.
- Fig. 9. Ajuftement pour couper d’une certaine longueur les bougies filées, afin d’en faire des pains :-a a, planche percée de trous : c c , chevilles de fer femblables àG, qui portent en-bas une vis dans laquelle, entre, un écrou e : btraverfede bois femblable à B , qui empêche' la tète des chevilles de fe rapprocher quand on dévidé la cire autour des chevilles bougie devidée en écheveaux furies chevilles :'g, couteau qui fert fà coupé'r toutes les révolutions de bougie. Cette figure peut fervir à faire comprendre commeiit eft fait le coupe-meche pour les cierges , dont on* fe fert à Antoni.
- Fig. 10. Couteau de fer pour couper les cierges : il doit y avoir en aat deux boutons, pour qu’il n’endommage, pas la table.
- Fig. 11. Gravoir.
- Fig. 12. EquarriiToir.
- Fig. 14. Segment de carton ou de fer-blanc, pour former les entonnoirs dont 011 garnit les torches & les flambeaux.
- Fig. 15. Le même entonnoir ajufté à un flambeau.
- Fig. ij*. Cierge tortillé.
- X x
- Terne XJF.
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- 346 ART Dü- CI RIE &
- EXPLICATION
- DES TERMES,
- A
- A.beilles , forte de' mouches qui font la cire & le miel. Il n’y a dans une ruche qu’une mere qu’on nomme/a reine, & un nombre de males qui ne travaillent point; tout l’ouvrage fe fait par les abeilles ouvrières qui ne font point propres à la multiplication de l’efpece.
- AlîVREr, réunir le nombre de bougies qu’il faut pour'faire exactement le poids d’une livre.
- Alvéoles, petites loges de cire qui forment, par leur aifemblage, les gâteaux ou rayons, & dans lefquels les mouches pondent leurs œufs , élevent leur couvain, & depofent le beau miel, aiiili que la cire brute.
- B
- Baignoires. Ce font des vailfeaux ovales, faits de mérain, & femblables à ceux qui fervent pour prendre le bain. Il y en a de doublées de plomb, & d’autres entièrement faites de pierre.
- Bande s , mettre en bandes, c’efi réunir la quantité de bougies qu’il faut pour faire le poids d’une livre, au moyen d’une bande de papier.
- Bassine, bajfîn, vaiifeau de cuivre étamé quieft de moyenne grandeur.
- Bâtis, alfemblage de charpente pour tendre les toiles, lynonyme de quartés.
- Biscuits, forte de lampions de forme quartée, qui fervent pour l’illumi-
- nation des théâtres.
- Blanchisserie , manufacture où l’on fait perdre à la cire la couleur jaune qu’elle a naturellement, pour la rendre blanche & propre à faire dilfé-rens ouvrages.
- Bougies d’appartement, chandelles de cire; dhuifiier pour éclairer le roi dans les appartenons ; d’un denier; de veille ;de nuit;en mortier; fileés; à lampions de rats - de - cave ; de religieufes ; de S. Côme; à lampe.
- Bkaisiere, poêle de fer battu ou de fer fondu , dans laquelle on met du charbon pour faire fondre la cire.
- Broie , infiniment qui fert à pétrir la cire attendrie.
- Brouette, petite voiture à une roue-qui fert à tranfporter les cires fur les. toiles.
- C
- Cannelle, tuyau de Bois qu’on forme d’une cheville qui joint exactement l’intérieur du tuyau : la cannelle de la euve efi fermée intérieurement par un bouchon de liege, que l’on ehafie en-dedans avec une cheville qu’on nomme lancette , lorfqu’on veut percer la fonte.
- Caque, fourneau, cylindrique fait de bois ou de cuivre,fur lequel on met la poêle où doit fondre la cire; & dans l’intérieur, une braifiere remplie de charbons ardéns.
- Cerceaux. Ce font effectivement des
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- ART DU C I RI ER.
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- cerceaux de bois, les uns garnis de crochets, les autres de ficelles, qui fervent à jeter les bougies.
- Chaise. Les ciriers appellent ainfi la table qui fupporte la poele, lorfqu’oti fait des bougies filées. Voy. Gradin.
- Châssis. On appelle ainfi de forts pieds de table, fur lefquels on pofe les planches à moules.
- Chevrette , petit bâtis de fer qu’on établit fur la baignoire pour porter le grêloir.
- Cierge, longue chandelle de cire de figure conique : outre les cierges qu’on dilfingue par leur poids , il y a encore les cierges de pâques ; les cierges à plulieurs branches; les cierges tortillés; les cierges à la main.
- Ciiàe, fubltance grade, inflammable, fulible & duéüle, que font les abeilles , & donc elles forment leurs rayons : il y en a d’un brun obfcur qu’on nomme cire morine; les autres font plus ou moins jaunes : on les appelle cire jaune ou cire brute, qu’il ne faut pas confondre avec une fubftance mielleufe qui fe trouve dans les alvéoles, & qu’on nomme auiîî cire brute. Quand les ciriers ont fait perdre la couleur jaune à la cire, on la nomme cire blanche ; celle qui n’a jamais fervi à aucun ouvrage , fe nomme cire vierge : les autres font des cires refondues.
- Cire brute. Voyez Miel.
- Clous d’encens pour le cierge pafchal ; c’eft une compofition de cire & d’o-Jiban, qu’on recouvre d’une feuille d’or.
- Coffre. Les ciriers donnent ce nom à deux uftenliles fort différens l’un de l’autre: le coffre à pains eft une caiffe de bois exactement jointe ,
- dans laquelle on porte les pains de cire blanche auprès de la romaine ou du travail ; le coffre à éculer eft une caiffe de cuivre environnée de cendres chaudes, dans laquelle on reçoit la cire,qui découle de la cuve, afin de lui donner de la chaleur, avant de la verfer dans les moules.
- Collet de la meche, c’eft proprement ce qu’on appelle le lumignon ; & le collet, foit d’un cierge , foit d’une bougie, eft la partie qui répond au lumigno n.
- Commencer un cierge ou une bougie, c’eft leur donner les premiers jets.
- Corrompue. La cire corrompue eft celle à qui l’on a fait perdre toute fa ductilité en la faifant londre dans l’eau, & la pêtriffant enfuite.
- Coup de feu. C’eft une petite teinte rouflè que la cire prend toutes les fois qu’on la fait fondre.
- Coupoir ou Taille-meche, inftru-ment qui fert à couper un nombre de meches de même longueur.
- Couteau. Les ciriers fe fervent de couteaux de bois & de couteaux de fer : les couteaux de bois qui doivent entamer la cire fuis endommager la meche, font de deux efpeces ; fayoir, le couteau à-ferrets qui a deux bi-feaux, & le couteau à tète ou à rogner qui n’a qu’un bifeau; le couteau jde fer eft tranchant & fert à couper la Cire & les meches.
- Couvain. On nomme ainfi les vers & les nymphes qui ne font pas encore convertis en mouches.
- Couverture faite de bourre piquée entre deux toiles, & qui fert à couvrir & envelopper la cuve.
- Cuiller, efpece de gouttière de fer-X x ij
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- ART DU CI R 1 E R
- blanc qui fert à puifer la cire fondue, & à la verfer fur les meches.
- Cuve, grand & fort tonneau de bois, cerclé de fer, dans lequel la cire qui a été fondue dans la chaudière, relie quelque tenu; pour dépofer.
- Cylindre ou Tour , gros rouleau de bois établi fur la baignoire, qu’on fait tourner pour rubaner la cire.
- ' D
- Déchets : ce font les cralfes qui fe précipitent au fond de la cuve.
- Démiéler la cire, c’eft lui enlever, le plus qu’il eft pollible, toute im-preflion de miel.
- Déposer. La cire ne fe clarifie qu’en la tenant le plus long-tems qu’il eft pofiible en fufion, pour que. les immondices fe précipitent, ce qu’on appelle dépofer.
- Doubler. Lorfqu’il fait beaucoup de vent, on détache un des bords des toiles, & on le rapproche de l’autre bord qui refte attaché aux chevilles, de forte que la cire rubanée fe trouve entre deux toiles : c’eft là ce qu’on nomme doubler.
- E
- Ëcacher la cire, c’eft la pétrir avec un inftrument qu’on nomme broie , pour la rendre plus, maniable lorf-qu’on veut faire des cierges à la main.
- Éculer la cire, c’eft jeter de l^ire fondue dans de petits moules cre'uîés
- , cians des planches.
- Eculon , vaiflêau de cuivre étamé , dans lequel on reçoit la cire fondue pour la verfer dans les moules: il y
- t en a à un, à deux & à trois becs.
- Egaliser la cire fur les toiles, c’eft j’adion de mettre la cire rubanée à une égale cpailfeur fur les toiles; ce qui fe fait avec de petites fourches
- , de bois.
- Egayer, fynonyme dé Gafer, Entonnoir. On fe fert d’entonnoirs ordinaires pour mettre le miel en barriques ; mais l’entonnoir des fonderies eft un vafe de cuivre étamé , dont la douille eft foudée fur le côté, afin qu elle puiife entrer dans la cannelle de la chaudière. Les entonnoirs pour les flambeaux font de carton, & formés comme le pavillon d’un entonnoir ordinaire : ils fervent à empêcher que la cire ne , coule fur les mains & les habits. Équarrissoib, morceau de bois dont l’extrémité eft cannelée ou creufée d’une gorge pour former les cannelures fur les flambeaux & les cierges. Essaim, colonie d’abeilles qui fortent d’une ruche trop pleine , pour aller , s’établir ailleurs.
- Etui à cierges. C’eft une efpece de boîte dans laquelle on met les cierges debout, & qui eft garnie de bretelles pour les charger fur le dos,
- ; lorfqu’on les ttanfporte dehors.,. Etuve. Quelques-uns nomment ainfi le Ht où Ton étend les cierges nouvellement jetés avant de les rouler r mais la vraie étuve eft un coffre de bois doublé de tôle, dans lequel on fait fécher les me,ches.
- Fauchet, forte de rateau dont les dents font de bois.
- F
- Ferret ,tuyau conique de fer-blanc, qui empêche qu’il ne tombe de la cire fur le collet des bougies, lorfqu’on les jette.
- Ffu. Toutes les fois qu’on fait fondre la cire, elle perd un peu de fa blancheur, ce qu’on appelle un coup dç feu.
- Finlr les bougies.
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- ART D U
- C I R I E îl
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- Flambeau , grolfe bougie: il y en a à une meche qu’on nomme flambeau d'élévation ; d’appartement ou de Ve-nife ; à meche de Guibray ; de poing; de Br use! les.
- Fonderie . attelier dans lequel on fond fa cire pour la iailfer dépofer , & enfuite la rubaner.
- Fourche. On emploie dans les bian-chifleries des fourches à trois fourchons , pour enlever la cire ruba-j/ée d^4>aignoires; on a de plus de ji'e.tit/es fourches légères pour égali-ièrla cire fur les toiles.
- G
- Gaser. On dit que la cire rubanée fe gafe ou s’égaie, quand les rubans fe collant les uns aux -autres', forment des mottes.
- Gateaux. Voyez Alvéoles.
- Gradin, que quelques-uns nomment aulîî cbctife : il eft formé de deux fortes planches aflembléesen équerre; & dails l’angle rentrant il y a des ta£ féaux pour fupporter une planche à différentes hauteurs , fur laquelle monte le cirier quand il a befoin de s’élever pour jeter un cierge.
- Gr AVOIR ,infiniment de buis quifert à tracer des blets fur le cierge.
- Grêlé R ou rubaner, c’eft réduire la cire fondue en forme de rubans fèm-blabies à de la faveur; la cire ayant par ce moyen plus de furfaces, le fo-leil & la rofée h blanchiifent plus facilement.
- GréloiR ou Grêloir, baffin de cuivre étamé , dont le fond eft percé de petits trous pour faire tomber la cire fur le tour, afin de la rubaner.
- Grener , c’eft réduire la cive en petits grains : dans quelques blanchineries on là met en cet état au lieu de la
- mouler en petits pains.
- Gueule-eèe. On nomme ainfi une Futaille qui n’eft enfoncée que par un bout.
- J
- JETÉES, faire les jetées. Jeter un cierge, c’eft jeter avec la cuiller de la cire fondue pour former un cierge ou une bougie. On dit faire des demis & des quarts de jetées, quand on ne verfe pas la cire dans toute la longueur du cierge.
- Jetons. Voyez F.flfaim.
- L
- Lampion. Voyez Uifcuifs.
- Lancette, cheville de bois qu’on enfonce dans la cannelle de la cuve, pour chaffer le bouchon de liege, lorfqu’on perce la fonte.
- Lisser une bougie, c’eft la rendre bien unie dans toute fa longueur , au moyen du rouloir. On liiîé la bougie filée en la pafiant dans une fer-viette mouillée.
- Lit. Ce lit cft formé d’un Ht de plume, d’un matelas, d’une couverture & d’un drap : on y met les cierges nouvellement jetés, pour que la cirefe râffermiffe avant de les rouler.
- M '
- Main. C’eft une planche mince, où il y a une poignée ; elle fert à retourner les cires rubanées fur les toiles; il y en a de diiférentes'grandeurs. On fait un cierge d la main, en enveloppant une meche avec de la cire écaclrée.
- Manne, corbeille• qui ’fert au tranf-port des cires. ,
- MeCKes , cordons ou ‘faifeeaux de fil de lin, de coton ou d’étoupes, qu’on recouvre'de cire ou d’autres matières inflammables, pour* en” former
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- ART DU C I R I E R.
- des bougies, des cierges ou des flambeaux.
- Mesure , baguette garnie d’argent par les deux bouts, qui fert à fixer la longueur des différentes efpeces de bougies.
- Miel , fubftance fucrée que les abeilles ramalfent dans les fleurs : le plus beau miel fe nomme miel vierge j celui de la fécondé qualité eft le miel blanc i celui de la troifieme qualité eft le miel commun ou. à lavemens. Quelques-uns appellent miel brut un mélange d’étamines avec une fubftance mielleufe; mais c’eft ce qu’on appelle plus communément cire brute.
- Mortier, efpece de bougie de nuit fondue dans un moule.
- Mouches à miel. Voyez Abeilles.
- Moulinet, forte de treuil qu’on établit pour ôter & mettre en place la cuve.
- P
- Pains. On fond la cire jaune en gros pains, & la cire blanche en petits pains, ce qu’on appelle éculer.
- Palon , forte de fpatule de bois qui fèrt à remuer la cire que l’on fait fondre dans la chaudière.
- Panier à mouches. Voyez Ruches.
- Passoire, plaque de cuivre percée de petits trous , & qui a des bords relevés i fon ufàge eft de retenir les mouches & les autres impuretés qui fe trouvent dans la cire fondue lorf-qu’on la fait tomber dans le grèloir, ou lorfqu’on en remplit les éculons.
- Pelle à rejeter. C’eft une pelle fem-blable à celle des boulangers : elle fert à rejeter la cire fur les toiles. On fe fert encore des pelles ordinaires pour remuer la cire rubanée
- dans les greniers.
- Percer. On dit percer la fonte, quand on chafle avec la lancette le bouchon de liege qui ferme le robinet de. la cuve.
- Piquets i longues chevilles qu’on met au bord des qnarrés pour foutenir verticalement la bordure des toiles.
- Planche^ à pams : ce font les planches dans lefquelles on a creufé les moules pour couler les petits pains de cire blanche.
- Plaques. Il y en a de deux efpeces i l’une qu’on met fur la braifiere pour diminuer l’aeftion du feu quand il eft trop vif ; l’autre qui eft de cuivre étamé, fe place fur le grèloir pour que la cire y tombe en nape, & plus uniformément.
- Platine. Voyez Rouloir.
- Plier , plier les bougies filées, c’eft en former de petits pains.
- Pointe. C’eft un bout de cierge def-tinéà être placé au haut d’une fou-che.
- Pot. Le pot des ciriers eft de cuivre étamé & de forme cylindrique : il fert à verfer dans l’entonnoir ce qui refte au fond de la chaudière.
- Q_
- Quarres , aflemblage de charpente qui fert à tendre les toiles.
- R
- Rabot , efpece de rateau fait avec un chanteau de futaille auquel on ajoute un long manche : il fert à retirer les cires de deflus les toiles.
- Rayons. Voyez Alvéoles.
- Régaler, régaler la cire, c’eft remuer avec de petites fourches de bois les rubans de cire , pour qu’ils préfen-tent d’autres furfaces au foleil. 1
- Regréler , c’eft refondre la cire & la
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- rubaner une fécondé fois, pour lui faire prendre fur les toiles le plus beau blanc.
- Reine. La reine des abeilles eft la feule mouche femelle qui foit dans une ruche ; tous les travaux fe font pour fa poftérité ; fi la mere meurt, les autres mouches ne travaillent p’us que pour vivre: en rendant une autre mere, le travail recommence avec plus d’a&ivité que jamais. Voyez Abeille.
- Rel£ vfr la cire, c’eft ôter celle qui a fuffifamment reçu de blanc fur les tofes. pour la mettre en magafin, fi elle n’a été grélée qu’une fois; ou la mouler en petits pains, fi elle a été regrélée.
- Retourner. De tems en tems on retourne les cires fur les toiles , pour que tous !es rubans puiifent recevoir l’impreff on du foleil.
- Rogne. Dans les attehers on a coutume de nommer rogne, ce qu’on devrait appeller rognure ; & couteau a rogne, pour dire couteau h rogner.
- Rognek. On peut rogner les gâteaux d’une ruche, & en emporter une partie fans faire un tort confidéra-ble aux abeilles. On dit aufli rogner une bougie ou un cierge, lorfqu’on coupe ce qu’il a de trop long.
- Romaine. Cerceaux qui font de fer pour les cierges , & de bois pour les bougies : ces cerceau»fervent à fiif-pendre les meches au - deiTiis de la poele où eft la cire fondue qu’on puile avec la cuiller pour charger de cire les meches, & former la grof-feur des cierges & des bougies.
- Rouler un cierge ou une bougie, c’eft eftecli' ement faire palier l’un ou l’autre, en roulant entre une table & une planche qu’on nomme
- Cl RI ER. jft
- vouloir, pour leur faire prendre la forme qu’ils doivent avoir.
- Roulette , plaque de fer qui fert à élever la braifiere fous les poêles à bougie , & à l’introduire commode* ment dans la caque.
- Rouloir , planche de bois bien polie qui porte au-delfus deux mains pour la manier commodément, & qui fert à rouler les cierges & jes bougies fur la table.
- Rubaner. Voyez Grêler.
- Ruche, panier où l’on dépofe les eft
- ‘ faims, & dans lequel les mouches font les rayons de cire où elles éle-vent leurs petits & raflèmblent leur miel. L.a ruche eft faite quelquefois d’un aflcmblage de menuiferie, d’autres fois d’un tronc d’arbre creuxj & d’autres fois de paniers de paiile réunis avec de l’ofier, ou entièrement d’olier : dans ce cas on les nomme paniers à mouches.
- S
- Souche, portion de cierge poftiche, faite de bois ou de fer-blanc, & qui étant terminée par une pointe ou par une bougie, repréfente un gros & grand cierge.
- Soudoir , infiniment de fer qui fe termine par fes extrémités en langue de ferpent: on le fait chauffer, & on le paffe entre les cordons des flambeaux pour les fonder les uns aux autres.
- T
- Taille-MECHE. Voyez Coupoir.
- Tamis. Il y en a de deux efpeees ; l’un garni de crin , qui fert à ramallcr les petites portions de cire qui relient dans Ja cuve; & l’autre garni d’un filet de ficelle, fert à rarnaifer les pains qui flottent liirlVau de la cuve.
- Tiers - roiNT , tring’es taillées en forme triangulaire, qui fervent a fou-
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- Vf* ART D U C I RI ER.
- tenir les toiles fur les quarrés.
- Tirer un cierge, c’eft difpofer de la cire attendrie pour former un cierge à la main. , ,
- Toiles, Les toile? qui fervent à blanchir la cire, faut tendues fur de forts quarrés dç charpente & relevées jjar les bords.
- Torche, flambeau dont Taxe eft un morceau de bois fec.
- Tortillé. Cierge tortillé, c’eft une forte d’ornement qu’on donne quelquefois aux cierges de confrairie.
- Tour , cylindre de bois établi à l’ex-trêmité de la baignoire qui eft du côté de la cuve : il plonge delà moitié
- de fon diamètre dans Veau de la baignoire j & à mefure qu’on le fait tourner avec une manivelle, 1 es filets de cire qui tombent diffus, s’appla-; tiflèot & fe rubanent, Le tour eft aufti une bobine qui fert à faire les bougies filées.
- Travail. Voyez Chvife.
- Tremper, tremper les meçhes , c’eft les enduire d’un peu de cire-pour empêcher que les brins de cotonne fe iëparent.
- Treuil. Voyez Moulinet.
- Tringles. Ce font des réglés de bois qui dépendent du quarré. V. Quarréi Tiers-point.
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- Par M. Fougeroux d’Angerville.
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- Tome XIV,
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- DU CRIBLÏER.
- ^.-r,..-. .—,...-,-=^= , —a—-g».
- 1. IL.ES cribles font faits, comme l’on fait, cle peaux d’animaux paflees en parchemin , percées de trous, & tendues fur une cerche de bois. Ceux qui font ces fortes d’ouvrages , & qu’on nomme des cribliers , achètent quelquefois les peaux préparées par les parcheminiers ; mais dans la plupart des villes de province , ce font les cribliers qui préparent eux-mêmes les peaux.
- 2. La façon de convertir les peaux en parchemin , a été fi exactement décrite par M de la Lande, de l’académie des fciences, que je dois me dif* penfer de parler de cette partie de l’art du criblier. Je ferai feulement remarquer que les cribliers emploient pour les grands cribles, qui fervent à nettoyer les grains, des peaux de cheval, d’âne, ou de cochon; & pour les petits qui fervent aux jardiniers à nettoyer leurs graines , des peaux de mouton. Je remarquerai encore que, comme il eft indifférent aux cribliers que leurs peaux foient bien dégraiffées, qu’elles foient par-tout d’une égale épaiffeur , d’une couleur uniforme , & comme il leur fuffit que leurs peaux foient fortes , ils font difpenfés d’un grande partie des précautions que prennent les parcheminiers, & que M. de la Lande a rapportées.
- 3. Les peaux de cochon font de bons cribles; mais elles font rares, parce qu’on n’écorche que les cochons qui meurent de maladie , & dont 011 jette la chair à la voierie ; ou encore dans les pays où l’on fait des élèves, les verrats & les vieilles truies, la peau de ces vieux animaux étant trop dure pour être mife avec la chair dans le faloir. A l’égard des peaux de mouton, les cribliers achètent ordinairement la dépouille des bêtes mortes que les bergers écorchent.
- 4. Une peau de cheval, fortant de deffus l’animal, fe vend ordinairement
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- un écu ; une^peau d’âne, quarante & cinquante fols ; celle de mouton ou de brebis , if à ig fols avec la laine qui vautprefqu’autantque la peau. Voyelle mémoire, de M. de la Lande. Quand la peau fraîchement levée de deffus ranimai eft arrivée chez le criblier, il l’étend fur une grande table , ou fur le plancher; & h c’eft une peau de cheval, il coupe le collet a, pi. I ->fig. I , par la ligne fg ; il divife enfuite le corps par la ligne a b, & il fépare encore en deux chacune de ces moitiés par les lignes e d , ce qui lui fournit de quoi faire cinq cribles. On n’en peut tirer que deux ou trois d’une peau d’âne, y pompris le collet ,& un feul d’une peau de mouton. Comme l’intérêt du criblier eft de ménager la force des peaux , il ne les laide que huit jours au plus dans la chaux : on ne les met point, ou fort peu de tems , dans le plain ; & en ce cas on a foin qu’il foit faible ou mort , comme difent les ouvriers, afin de ne les point attendrir ; mais on les lave à la riviere pour les ôter de chaux, & on les tend fur la herfe fans les écarner. Je me difpenfe d’expliquer ici tous ces termes, parce qu’ils l’ont été par M. de la Lande.
- <>. A Paris, & dans d’autres grandes villes, les cribliers achètent leurs peaux chez les parcheminiers ; elles font coupées en quarré , & non pas arrondies ; les meilleures leur coûtent 15 à 20 fols , & celles de mouton feulement 8 fols.
- 6. Que le criblier ait préparé la peau, ou qu’il l’ait achetée d’un parehe-minier, il l’étend fur une table ;& avec un compas de bois à verge, fem-blable à ceux des menuifiers, il trace un cercle de toute la grandeur que la peau peut porter,/?/. I ,fig. 2 h fauf, quand elle manque de largeur en quelque endroit, ou qu’il fe rencontre quelque trou, à y rapporter une piece , comme nous l’expliquerons dans la fuite. Il trace intérieurement un autre cercle concentrique au premier , qui en foit éloigné d’environ un pouce: celui-ci fert pour marquer la partie de la peau qui doit être .percée, & il fixe la grandeur du crible. Les plus grands ont deux pieds & demi de diamètre ; on en fait de plus petits, jufqu’à un pied ; ceux-là fervent aux jardiniers pour nettoyer leurs graines. Quand ces deux cercles font tracés, on coupe la peau fur le plus grand; & la partie du parchemin qui fe trouve entre les deux cercles, eft deftinée à attacher la peau fur la cerche. La peau étant ainfi arrondie, fe nomme un rondeau : pour percer ce rondeau, on le pofe fur un gros billot, de hauteur à permettre à l’ouvrier de travailler aftis
- 7. Comme les cribles font deftinés à féparer les graines les unes des autres, on fait des trous de différentes grandeurs & de différentes formes, pour féparer les graines longues d’avec les rondes.
- 8. On diftingue deux fortes de perce ; lavoir, les cribles fendus ou qui font percés de trous longs , & d’autres percés de trous ronds ; fouvent les trous des cribles fendus font en partie ronds & en partie longs : 011 les diL
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- ART JD U C R I R L I E R.
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- tribue par zones , comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- 9. Les cribles dont la perce elt ronde, fe diftinguent ordinairement en cinq fortes ; ceux qui ont les plus grands trous, s’appellent les pajfoires, pi. Il,fig. 1 ; les trous des demi-pa (foires font moins grands , fig. 2: enfuite viennent les alêniers, fig, 3, qui fervent à féparer l’alêne , mauvaife graine qui fe trouve mêlée avec les bons grains ; puis les bâtardiers ,fig. 4 ; & enfin les pouffer s sfig. Les plus grands trous ont deux lignes de diamètre , & les plus petits une demi-ligne ; mais comme chaque criblier a en particulier fes emporte-pieces, qui ne font pas exactement d’une même groffeur que ceux des autres ouvriers , il s’enfuit, par exemple, qu’une paifoire qu’on aura achetée chez un criblier, n’aura pas les trous précifément de la même groffeur qu’une paifoire qu’on aura prife chez un autre criblier. Cette différence eft quelquefois aifez confidérable , puifque les cribles , fig. 2, A, & fig. 2, B, paifent pour être de la même perce ; mais les fermiers , fans s’em-barraifer de la dénomination des cribles , choiiiifent ceux qui font percés plus ou moins gros , fuivant leur goût.
- 10. Pour bien diftribuer les trous ronds, le criblier, après avoir placé le rondeau fur le billot, trace une ligne diamétrale ou droite ,/?/. II, fig. 10, qui paife par le centre : c’eft fur cette ligne* qu’il perce le premier rang de trous j mais afin de ne pas changer fi fou vent de place la peau qui eft fur le billot, il ne perce que la partie de cette ligne , b , qui eft proportionnée à la longueur de fon bras fur la fécondé rangée ; & cette ligne , ou cette portion de ligne, le guide pour toutes les autres qui lui doivent être parallèles julqu’au bord du crible. Il a l’attention que le trou qu’il perce à la fécondé rangée, foit toujours entre deux trous de la première, c’eft-à-dire, en échiquier ; de forte qu’en regardant les rangées de trous dans tous les fens, ils préfentent toujours des lignes droites: c’eft à quoi réuftifïent très-bien les cribliers. Quoiqu’ils ne foient guidés que par la première ligne droite, ils diftribuent plus régulièrement les trous à la vue, que tout autre homme qui n’en aurait pas la pratique, ne le pourrait faire en prenant bien des précautions.
- 11. Apres avoir percé la fécondé rangée de trous, il perce la troificme, puis la quatrième, jufqu’à ce qu’il foit parvenu aux bords du cercle intérieur qui limite la grandeur du crible ; il pouffe enfuite le rondeau fur le billot, & il prolonge les rangées de trous jufqu’au bord du crible : quelquefois il excede d’un demi-trou la trace du compas, & il n’y a point d’inconvénient, parce que l’épaiffeur de la cerche ferme les demi-trous.
- 'Nota. Les trous pour chaque perce font gravés de toute leur grandeur à côté de chaque figure, & défignés par le même chiffre.
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- 12. On perce toujours la peau du côté de la fleur; c’eft cette furface qui fait le deflous du crible, quand il eft monté fur la eerche.
- 13. Les trous fe font avec un emporte-piece, pl. I^fig. 6, dont la groffeur eft proportionnée à la grandeur des trous; c’eft pour cela que l’on diftingue les emporte - pièces, & qu’on leur donne le même nom qu’aux cribles; la pajjoire , la bâtarde., le pouffîer, &c.
- 14. Les emporte-pieces font des poinçons creux, de fer acéré, qui forment un cône tronqué : les meilleurs font les plus ouverts par en-haut. Ils pourraient durer très-long-tems, li on ne les ébréchait pas fur les clous qui fe calfent quand on met des pièces aux cribles, & dont la pointe refte dans le billot. Ces poinçons coûtent 40 à f o fols la piece.
- if. Quand l’efpace renfermé par le cercle ou le trait de compas intérieur eft entièrement garni de trous, comme nous venons de le dire, le criblier perce entre les deux cercles dans l’efpace où il n’y a point de trous, une rangée circulaire de trous a, a, a, qui doivent être à un demi-pouce du bord du rondeau : ces trous fervent pour attacher la peau fur la cerche.
- 16. Toutes les perces en rond fe font comme nous l’avons expliqué plus haut ; mais les cribles fendus exigent des attentions particulières. Il y a des cribles fendus de pluiieurs fortes ; favoir, ceux qu’on appelle yvrous, fig. 6 ; pajjoires fendues, pi. II, fig. 7 ; alênier fendu, fig. 8 ; bâtardier fendu, fig. 9 j & poudrier fendu , pl. I, fig. IQ.
- 17. Apres avoir tracé furie rondeau deux cercles concentriques avec le compas à verge, & coupé la peau fur la trace du plus grand cercle, ainfi que nous l’avons dit pour la perce ronde, le criblier met le rondeau fur le billot , & avec un compas de fer il trace le rond du milieu A, pl. II, fig. 8 , qui a environ deux pouces de diamètre : il frotte avec un peu de favon la partie de la peau qu’il va percer, afin que l’emporte-piece fe dégage facilement de la peau ; il fait ordinairement des trous ronds fur ce premier trait de compas ; puis il trace avec le compas un fécond cercle B, & il perce encore fur cette trace des trous ronds placés en échiquier, relativement à ceux qu’il a percés en premier lieu.
- 18- Il trace enfuite un troifieme cercle C, fur lequel il fait aboutir le bas des trous fendus : ces trous fendus fe font comme les ronds, avec un poinçon à emporte-piece, mais qui forme par le bas ou par le bout tranchant un quarré-long, pl. I,fig. 4 & f. Il y a des emporte-pieces de différente grandeur & de différente figure : les uns font quarrés, d’autres forment un ovale très-alongé, d’autres des lofanges, ainfi qu’on le voit fur la pl. II, fig. 6,7,8,9; mais comme il refte peu de champ vers le centre du crible, & beaucoup plus à la partie qui en eft plus éloignée, il nous paraîtrait convenable d’avoir des emporte-pieces pour les trous fendus, qui fuffent plus larges par un côté
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- que par l’autre, & on ferait toujours repondre le côté étroit vers le centre du crible. Quand l’ouvrier a percé cette zone de trous fendus, il trace un autre cercle , fur lequel il perce des trous ronds D, fig. 8; puis il trace un cercle fur lequel il fait aboutir des trous fendus, & il entre-mêle ainfi des trous ronds & des trous fendus dans toute l’étendue du crible, ou jufqu’à ce qu’il ne refte plus qu’un efpace d’un pouce jufqu’au bord de la peau, à un quart de pouce duquel le criblier perce des trous ronds , écartés les uns des autres d’un demi-pouce; ces trous fervent à attacher la peau fur la cerche : il importe peu que les trous foient un peu plus grands ou un peu plus petits.
- 19. Ordinairement les cribles dits à yvroies, ne font point percés de trous ronds; on les refend dans toute leur étendue, allez fouvent avec des emporte-pieces en lolange B CD, fig. 9; feulement, quand 011 eft parvenu au bord de la peau, s’il ne fe trouve pas aifez de place pour un trou fendu, on fait un cercle de trous ronds pour percer des trous longs; 011 trace des cercles C, fig. 8, avec le compas, & 011 fait aboutir les trous fendus fur ces traits. La lettre G repréfente les trous en lolange ; & H, les trous ovales.
- 20. La perce des autres cribles fendus eft entre-mèlée de trous ronds & de trous fendus, fuivant le goût de l’ouvrier. Quand on met de fuite plu-iîeurs rangs de trous fendus, on ne trace le trait du compas que quand les trous font percés, pour les mettre à des diftances convenables a la longueur des fentes. O11 voit par les figures 8,9, 10, pl. /, comment les ouvriers entre-mèlent différemment les trous longs & ronds de leurs cribles fendus. Quelquefois on termine la perce par une campane de trous ronds,/%. 10 : on laiflè toujours au milieu , c’eft-à-dire , au centre de tous les cribles fendus , un efpace plus ou moins grand, qui n’eft point percé: les ouvriers font à cet endroit avec l’emporte - piece rond qui a fervi pour le crible, des étoiles ou des croix'qui ne font que de pur ornement. Voye^pl. I, fig. 11 & 12.
- 21. Quand aux bords d’un rondeau la peau fe trouve dans quelqu’en-droit trop petite pour la cerche, ou quand vers le milieu de la peau il fe trouve un trou, les ouvriers y rapportent des pièces , de la maniéré que nous allons l’expliquer.
- 22. On ne met ces pièces C ,/?/. II, fig. 11 , que quand la peau a été entièrement percée : on choifit les pièces convenables dans les rognures ; 011 pofe la fleur de la peau du crible fur le billot, ce qui la met dans un fens contraire au côté où elle a été percée ; on pafle la piece par-deifous, & 011 l’aflûjettit fur le billot avec des clous qui traverfent le crible & la piece j enfuite avec un emporte - piece rond, plus fin que la perce du crible, 011 perce des trous dans ceux du crible qui font les plus près de l’endroit qu’011 veut réparer.
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- 23. On fait de la même maniéré des trous à la piece qui eft deflous le crible. Si la piece que l’on ajufte eft au bord du crible, 011 fait, avec le même emporte-piece qui a fervi à percer le crible, un rang de trous qui fait la continuation du dernier rang des trous du crible ; & pendant que la piece eft aifujettie fur le billot avec les clous, on y perce les trous qui doivent fuivre le même ordre que ceux du crible, & être de la même grandeur, pl. II, fig. 11.
- 24. Quand les trous font percés fur toute l’étendue de la piece, on retire les clous, & l’on prend garde de n’en point rompre les pointes ; parce que fi elles reliaient dans le billot, elles ébrécheraient les emporte-pieces. On taille enfuite la piece, ou on la coupe tout près des trous ; & pour que le furjet pa-raiiTe moins, on gratte avec un couteau, pour en émincir les bords, ainli que ceux de la peau du crible qui approchent du trou. On coud enfuite la piece fur le crible, avec une laniere de parchemin ramollie dans l’eau, & qui porte à un de fes bouts une forte épingle qui fert à la palfer par les trous : 011 paife cette laniere en zigzag par les trous de la piece qui correlpondent à ceux du crible. Allez' fouvent on fe contente de cette fimple couture ? mais lorfqu’on en veut faire une fécondé, on paife une autre laniere en zigzag dans une rangée de trous différente de la première : cette double couture fe voit en C, pl. II,fig. 11,
- 2f. Si la piece fe trouve être fur le bord du crible, comme fur le billot on a continué les trous jufqu’au bord du rondeau, 011 continue la couture juf. qu’à cet endroit ; & on fait deux rangs de trous à cette partie D, fi l’on fe pro-pofe de faire la couture double: au refte, on fait fur la piece, ainfi que fur le rondeau, des trous E de diftance en diftance, pour attacher le rondeau fur la cerche.
- 26. A l’égard des cribles fendus, on forme fur la piece des trous ronds dans les fentes du crible qui font au bord de la déchirure ; & l’on paife la laniere dans ces trous ronds, 8c autour des bords de la fente dans laquelle on a fait d’autres trous ronds. Au refte, on raccorde la piece comme nous l’avons expliqué ci - deifus à l’égard des trous ronds. Les figures I3,i4&if, pl. I, rendront tout ce que nous venons de dire très-fenfible.
- 27. Quand le rondeau a été percé, & que les trous ont été réparés, il s’agit de monter le crible fur fa cerche ; c’eft ce qui nous refte à expliquer.
- ' 28. Les cribliers achètent les cerches des boiifeliers 40 fols la douzaine. Elles font faites de bois blanc, très-fouvent c’eft du faule ; elles doivent avoir huit pieds de longueur fur quatre pouces de largeur. Quand les cribles font petits, une cerche en fait aifez fouvent deux. On roule la cerche, on la préfente fur la peau 5 & comme les cerches font prefque toujours trop l011" gués, on coupe l’excédent, on diminue l’épaiifeur des bouts qui doivent fe
- recouvrir »
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- recouvrir, & 011 les aflujettit avec des pointes de vitrier, qu’on rive en-dedans & en-dehors du crible. '
- 29. On perce avec une vrille à un demi-pouce du bord inférieur de la cer-che un trou , & ordinairement on en perce un autre à un demi-pouce de distance, puis un troifieme à un pouce d’un de ces deux trous, un quatrième à un demi-pouce du troifieme, un cinquième à un pouce du quatrième, & ainfi alternativement à un pouce & à un demi-pouce tout autour de la cerche.
- 30. On paiîe une laniere de parchemin mouillé dans un des trous de la cerche, puis dans les trous de la peau , jufqu’à ce qu’on fe rencontre vis-à-vis-d’un des trous de la cerche, dans lequel on paife la laniere , qu’on repaüe. dans le trou de la cerche qui eft à un demi-pouce, & dans un trou de la peau qui y répond ; puis on paiTe la laniere dans les trous de la peau, jufqu’à ce qu’on rencontre un autre trou de la cerche, ce qu’on continue dans toute la circonférence du crible. Ordinairement on humecte les bords delà peau, pour qu’ils fe plient plus aifcrUént, & qu’ils s’ajuftent mieux fur la cerche : cette opération s’appelle monter un crible.
- 31. Un bon ouvrier peut dans les longs jours percer quatre ou .cinq grands cribles de grofle perce, ou deux de petite. Les plus beaux 8c les plus grands cribles fe vendent quatre livres dix fols à cinq livres ; & les petits , faits de peau de mouton, dix-huit fols.
- 32. Les rognures & les parties que les emporte-pieces enlevent, fe vendent quinze livres le cent à dilférens ouvriers pour en faire de la colle. Un rondeau de grand crible perd à la perce une livre de fon poids., . •
- 33. J’ai pefé un crible de peau de cheval, qui avait deux pieds & demi de diamètre j il pefaitune livre un quarterons & le rondeau avait perdu une livre de fon poids à la perce.
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche I.
- Fig. I , peau de cheval étendue fur le plancher : le collet A fournit un crible s les pièces E, E, chacune un crible : une belle peau en fournit cinq.
- Fig. 2 ? ouvrier qui trace un crible avec un compas à verge.
- Fig. 3 , ouvrier qui perce un crible fur le billot. /Qyelquefois , en placé de billot, on le perce fur un bout de madrier épais de quatre ou cinq pouces, foutenu par un pied folide.
- Figures 4 <$* y , emporte-pieces pour les cribles fendus.
- Tome XIF. Z Z
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- ART DU C RIS L I ER:
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- Fig. Ç>, emporte - piece pour les trous ronds.
- Fig. 7, crible monté & fufpendu à la muraille.
- *Fig. 8, alènier fendu.
- Fig. 9, batardier fendu.
- Fig. io, poudrier fendu.
- Figur&s ii & 12, compartiments que l’on perce dans le champ qui fe trouve au centre des cribles fendus.
- Fig. , piece rapportée fur un défaut de la peau d’un crible à perce* ronde.
- Fig. 14, maniéré de rapporter une piece fur un crible fendu. 1»
- Fig. 1 f , autre maniéré de mettre une piece à un crible fendu , où il nÿ a point de trous ronds.
- Fig. 16, marque du fermier, lorfqu’il perçoit fondroit.
- Planche IL
- Fig. 1, pafloire. 1
- Fig. 2, A & B, demi - paffoires. j Fig. 3,alênier. y Tous en perce-ronde*
- Fig. 4, batardier. |
- Fig. f , poudrier. J
- Fig. 6, yvroie à trous fendus.
- Fig. 7, paifoire à trous fendus. ‘ ‘
- La fig. 8 fait voir comment 011 perce les crible* partie fendus , & partie à trous ronds.
- Fig. 9, trous ovales & en lofenge.
- La fig. 10 fait voir eomment on conduit la perce-ronde.
- La fig. 11 fait voir comment on applique une piece vers les bords d’un «rible à perce-ronde.
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- DU COUTELIER
- EN OUVRAGES COMMUNS,'
- Par M. Fougeroux de B o n d a r o y*
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- DU COUTELIER
- EN OUVRAGES COMMUNS.
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- »*t>- g——• - i
- AVERTISSEMENT.
- Fo u R peu que l’on fe Toit donné par goût à l’étude des arts, on 11e peut voir fansdurprife & fans admiration la facilité avec laquelle on travaille le fer & l’acier à Saint - Etienne en Forez. (*) J’ai principalement éprouvé , en 1763 , cette fenfation agréable, en fuivant la fabrique de quantité d’uftenfiles de fer ou d’acier , que l’on tire de Saint-Etienne & de fes environs ; & fur-tout celle de couteaux communs que l’on y livre à un prix on ne peut pas plus médiocre -, j’y ai admiré la fimplicité & le génie daïis l’invention des moyens employés à cette fabrique, & la diligence avec laquelle on exécute ce travail.
- Revenu à Paris, j’ai cru devoir décrire cet art que j’avais étudié dans tous fes détails. Je fournis alors mon travail au jugement de l’académie, qui penfa que le public le verrait avec plaifir ; mais comrïie nous n’avions encore rien de publié fur 19An du coutelier, il était impoffible de juger par comparaifon des différences du travail que je décrivais, d’avec celles des ouvrages plus recherchés. J’ai donc penfé devoir différer l’impreffion de ce mémoire jufqu^à cej moment, où l’académie ayant donné fon fuffrage à VArt du coutelier, que lui a préfenté M. Perret : le public peut y voir les travaux de cet art, décrits avec autant d’ordre que de précifion & de clarté. ( 1 )
- (*) Saint-Etienne en Forez , à 12 lieues cette collection. C’eftpourquoi nous avons fud-oueft de Lyon. cru pouvoir , fans inconvénient, donner
- ( 1 ) Cette defcription très - détaillée , celle-ci féparément. eompofera feule un des volumes fuivans de
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- Je publie aujourd’hui cette partie intéreflante > les moyens dont on fe fert pour fabriquer ces ouvrages communs étant, comme je l’ai dit, ingénieux & fort différens de ceux que les ouvriers emploient ordinairement pour des ouvrages plus recherchés. L’économie eft le mérite de cet art. L’induf-trie fait multiplier dans d’autres arts les dépenfes& les foins pour atteindre à la perfedion : le prix de la façon fait fou vent difparaître celui de la matière première, quand elle fort de la main de l’ouvrier ; ici au contraire fou génie ne s’exerce que pour faire un couteau qui foit d’ufàge. Il s’interdit tout ornement, & même toute commodité fuperflue ; il tend feulement à l’épargne du travail & du tems, il cherche le bon marché qui en réfulte ; & le gain du manufadurier dépend feulement de la modicité du prix, qui mettra ces couteaux dans le cas de convenir à la multitude, au peuple.
- Il m’était aifé de donner un ordre dans la defcriptien de cet art : voici celui que j’ai choifi. J’ai diflribué mon travail en quatre chapitres. Le premier traite de la fabrique des lames ; le fécond, du travail des manches i le troifieme, des moyens employés pour monter les couteaux, c’eft-à-dire , ajuf. ter la lame à fon manche , & lui donner le jeu qui convient pour qu’il ouvre & qu’il fe ferme ; le quatrième traite de la fabrique des rofettes.
- Après avoir fait connaître quels font les couteaux dont je décris la fabrique, je donne dans le premier chapitre le travail des barreaux d’acier, dont on fe propofe de faire des lames.
- On fe fert, pour abréger l’ouvrage.de martinets que je décris §. 23.
- Ensuite dans l’article premier j’explique comment on forge les lames de couteaux à un clou.
- Article fécond, les lames de couteaux à deux clous.
- Dans l’article troifieme., comment on fait les lames des couteaux de table ou à gaines.
- Article quatrième, les lames de ferpettes.
- Je traite, article cinquième, de la trempe des lames.
- Dans l’article fixieme, du recuit des lames.
- Dans l’article feptieme, de la façon de drefler les lames.
- L’article huitième eft deftiné à expliquer l’établilfement des grandes meules ou meulieres dont on fe fert pour aiguifer les lames.
- Au chapitre fécond je donne un détail des travaux des manches de couteaux faits en bois, & j’y explique comment on les ébauche.
- L’article premier fait connaître les moules & la façon de mouler ces manches de bois.
- L’article fécond, comment on façonne & on moule les manches de corne.
- Dans le chapitre troifieme, je décris les moyens employés pour monter les couteaux.
- Sous l’article premier je parle de la façon de monter les couteaux à gaines.
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- Ayant dit que Ton garnirait Taxe des couteaux & des ferpcttes, de ro-fettes, en les montant fur leur manche ; je parle dans le quatrième chapitre, de la fabrique de ces rofettes.
- Je donne les noms fous lefquels on connaît les différentes elpeces de couteaux à Saint-Etienne en Forez, & le prix de la groffe.
- Enfin , j’ai joint à la defcription de la fabrique des couteaux communs celle des baïonnettes, pour que l’on puifïe aifément en faire l’application à différens autres uftenfiles qui fe travaillent auffî dans le Forez, & que l’on ait la fatisfaétion de connaître les moyens aifés & expéditifs que l’on y emploie en général dans tout ouvrage d’acier ou de fer.
- Je termine ma defcription par donner l’explication des figures.
- J’espere que cette defcription fera reçue d’autant plus favorablement qu’elle eft nouvelle, perfonne jufqu’icin’ayant donné la moindre idée de ces travaux flmples & induftrieux.
- Maniéré de faire les couteaux communs, qiCon nomme à la campagne des jambettes. ( *)
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- I. Ï*ES couteaux font d’un ufage fî confidérable, qu’il en faut pour tous les états; de très-recherchés pour les gens opulens, de propres pour les geils aifés , & de très - flmples pour les habitans de la campagne 8c pour le peuple. C’eft de ces derniers feulement dont je me propofe de parler pré-fentement : ils méritent peut-être autant que tout autre ouvrage de coutellerie , l’attention de ceux qui aiment les arts, non-feulement à caufe du grand débit qu’on en fait, ce qui prouve démonftrativement leur utilité & même leur nécefîité, mais encore parce qu’il'a fallu imaginer des pratiques ingénieufes pour parvenir à les faire, très - promptement, & fe mettre en état de les donner à fort bon marché.
- 2 A la campagne on nomme ces couteaux des jambettes ; à Paris ils font affez généralement connus fous le nom de Eujlache Dubois, coutelier de Saint-Etienne en Forez, qui en faifàit une grande quantité & de très-bons, ce qui lui a mérité une efpece de célébrité. Il y a encore à Saint - Etienne des defeendans de ce coutelier, qui portent le même nom , 8c qui font de ces couteaux à la même marque.
- 3. L’ouvrier qui ne s’attache qu’à faire des ouvrages communs, eft or-
- (*) Il y a lieu de foupqonner que ces dont le bois repréfentarit aflez imparfaite-eouteaux ont pris dans le peuple le nom de ment une jambe terminée par un pied, dans jambettes, parce que de tout tems on a fait laquelle fe logeait la lame, dans le Limoufm des couteaux communs,
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- dinairement plus alluré du débit, & fon gain devient confidérable, quoiqu’il ne falFe qu’un profit modique fur chaque couteau , pourvu qu’il puiffe, par une vente fuivie, le voir multiplié.
- 4. Quoique l’on faffe beaucoup de ces couteaux ailleurs que dans le Forez, on eftime que ce commerce monte à Saint-Etienne & àChambon, petite ville éloignée d’une lieue de Saint - Etienne, à cinq ou lix cents mille livres pour les couteaux dits jambettes, dauphines , Euflache Dubois, ou couteaux à la capucine, &c. car on fait encore dans ces deux villes des couteaux de table & d’autres pour les bouchers, qui font auffi un objet de cent mille livres. C’eft à Saint-Etienne où j’ai vu principalement faire les couteaux appellés jambettes , Eujlache Dubois, & ceux à la capucine ; 8c c’eft précilëment le travail des couteliers qui en font commerce, que je me propofe de décrire. ,
- f. Il n’y a perfonne qui ne foit étonné du prix modique de ces couteaux, & qui 11e le devienne encore plus lorfqu’on lui dira qu’on vendait, il y a cinquante ou foixante ans , la grofle ou les douze douzaines de ces couteaux communs, connus à Saint-Etienne fous le nom de dauphines, 25" à 30 fols j aujourd’hui que les marchandées font augmentées de prixla groffe le vend fo à 60 fols à Saint -[Etienne. (*)
- 6. Ainsi , pour deux deniers & demi ou pour fept deniers , on a un couteau dont le manche de bois eft, à la vérité, extrêmement fimple, mais dont la lame eft bonne, & qui, comme on va le voir, outre le prix des matières premières , coûte encore à l’entrepreneur la' façon qu’il, faut payer à plufieurs ouvriers avant que de pouvoir le faire entrer dans le commerce ; & nous venons de voir quej la vente de ces couteaux de quelques deniers piece, étant multiplié', fait un objet de commerce , pour le Forez, de cinq à fix cents mille livres."
- 7. Un ouvrier qui 11e s’occuperait qu’à faire de ces couteaux, ne pourrait pas fubfifter;.mais les maîtres couteliers de Saint-Etienne forment des manufactures où ils emploient trente ou quarante ouvriers ; & comme chaque ouvrier n’y fait qu’une feule opération , l’ouvrage s’expédie davantage. & eft fait plus exactement.
- 8. Les couteaux appellés jambettes, dauphines, ou Eujlache Dubois, fe ferment ; c’eft- à - dire, que la lame fe replie & entre en partie dans le
- (*) On conçoit que je ne veux parler , demi le couteau;-à 9 livres la grofle., c’eft en citant un prix auffi modique, que de cinq deniers chaque couteau ;& à Paris , celui auquel 011 livre à Saint - Etienne les en 1766 que j’écris ceci, au Mortier d’or, couteaux les plus communs, & ceux qui ont rue des Lombards , 011 en trouve àfeptfols exigé le moins de foin dans leur fabrique_: la douzaine, & par conféquent chaque cou-à 30 fols la grofle , c’eft deux deniers & teau ouvrant & fermant à fept deniers piece.
- ’ J . manche :
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- manche : il y a de ces couteaux qui n’ont qu’un feul clou qui, traverfant ïa lame, forme une goupille qui permet à^a lame de fe replier 3 & la lame étant ouverte , eft retenue dans une fituation droite avec le manche par un talon fait à la lame ; ce talon s’appuie fur le manche. On nomme aufE ces couteaux,couteaux a un clou. Ce talon s’appelle à Paris, talon à lentilles.
- 9. D’autres ont deux clous à la partie où la lame tient au manche j un qui forme, comme aux autres, une goupille fur laquelle tourne la lame,& l’autre fait un arrêt fur lequel appuie le talon de la lame lor£ qu’elle eft ouverte. Ces couteaux fe nomment couteaux à la capucine, ou couteaux à deux clous ; & comme ils font plus proprement travaillés, que les autres, on les vend un peu plus cher.
- 10. Malgré la fimplicitc de ces ouvrages communs, il faut beaucoup de travail pour les mettre en état d’entrer dans le commerce; & avant que de les donner à un prix aufli modique, ces couteaux paifent, ainfi que nous l’avons déjà dit, dans les mains de beaucoup d’ouvriers différons, dont chacun 11e fait qu’une feule de ces opérations.
- 11. Le coutelier qui fait des couteaux communs, doit adopter les opérations les moins coûteufes, celles qui abrègent & qui diminuent la main-d’œuvre 3 enfin il doit choifir des mojrens qui en peu de tems procurent un bon ouvragé, fans vifer à ce qui contribuerait à lui ajouter quelqu’or-nement.
- 12. Je vais commencer par rapporter ce qui regarde le travail des lames, & je parlerai enfuite de celui des manches.
- CHAPITRE PREMIER.
- Travail des barreaux d'acier, dont on fe propofe de faire des lames.
- I?. O N comprend déjà, par tout ce que je viens de dire fur le vil prix des couteaux dont il s’agit, qu’on n’en fait point les lames ni en étoffe, ni en acier de damas artificiel, ni en acier fin, ni en bobèches, &c. Toutes ces maniérés de les fabriquer rendraient ces fortes de couteaux d’un trop grand prix.
- 14. On peut cônfulter dans l'Art du coutelier, ce qui y eft dit fur les qualités que doit avoir l’acier, & principalement celles qui conviennent à une bonne lame de couteau, fùivant la deftination qu’on veut lui donner5 & la maniéré de faire les étoffes. Toutes ces façons n’ont point lieu à Saint-Etienne pour les ouvrages dont il s’agit ici.
- Tome XIV\
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- if. Les lames des couteaux du Forez, font faites entièrement d’acier, que l’on tire de Rives en Dauphiné, & dont l’entrepôt eft à Lyon. Cet acier eft formé en petites billes ou barreaux de quatre pouces de longueur, fur un pouce & demi de largeur , & un demi-pouce d’épaiffèur a, pl.I. Plufieurs de ces barreaux font arrangés à côté les uns des autres 5 on les entoure de paille, & on les couvre d’une toile pour en former des paquets qui .pefeiit iaf livres; c’eft ainfi qu’ils arrivent à Lyon , b b.
- 16. Comme les aciers qui fartent d’une même forge, font à peu près d’une même qualité, fouvent les couteliers fe contentent de tirer leur acier d’une forge qui s’eft fait une réputation, fans en faire des examens, & lé mettre à des épreuves pour s’aifurer de fa qualité.
- 17. L’acier de Rives eft généralement eftimé. Les ouvriers de Saint-Etienne le difent aifé à chauffer & à forger. Quand on 11e l’a pas Jurchaùjfé, il a du corps ; il eft facile à redreffer, même quand il a été trempé : il prend un bon tranchant quand on fait le travailler comme il convient à fa nature & à fa qualité ; ce que connaiffent les ouvriers de Saint-Etienne, qui ont coutume de l’employer. Il y a cependant à Saint-Etienne, des ouvriers qui réuiîiffent mieux que d’autres, & qui, avec le même acier, font dë meilleur ouvrage, parce qu’ils travaillent d’après les connaiffances qu’ils ont acquifes par l’habitude à l’employer. O11 convient auiîi que toutes lès billes d’acier ne fe trouvent pas également bonnes.
- 18. Nous renvoyons à Y Art du coutelier, pour connaître les' différens aciers employés dans la coutellerie , ceux qui font le plus généralement efti-mék, enfin les qualités que l’on demande à l’acier, les'défauts de certains, 8c les moyens de s’en affurer avant de les employer.
- 19. A Saint-Etienne on emploie même les mauvaifes billes d’acier; cependant les ouvriers recoilnaiffent bien aifément les défauts d’un barreau, feulement en le rompant. Le bon acier doit fe caffer net ; fi cela n’eft pas, c’eft que le fer y domine.
- 20. Les ouvriers favent que l’acier de Rives eft affez communément pro-
- pre à la fabrique de leurs couteaux, 8c fur-tout ils ont appris la façon de remployer, d’où, comme nous venons de le'dire, dépend en grande partie la bonté de leurs ouvrages. * 'f ' ' '
- 21. L’acier de Rives a du nerf & une certaine du&ilité, même à' froid ; ces qualités font préférables, pour leur fabrique , à la grande fineffe qu’on exigerait pour des ouvrages plus recherchés.
- 22. On réduit l’acier qu’on reçoit de Rives, en billes de la dimenfion que nous avons détaillée ci-deffus , à une épaiffeur beaucoup moindre & plus convenable pour en faire des lames de couteaux. Cette opération fe fait dans la petite ville de Chambon, où il y a des martinets qu’un cours d’eau fait
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- mouvoir, ce qui abrégé infiniment ce travail ; car nous avons prévenu que, dans toutes les occafions où l’on peut fuppléer aux bras des hommes par des machines , 011 en tirait un véritable profit, & que l’on était principalement obligé d’employer le génie de l’invention dans la fabrique des ouvrages communs, & qui doivent fe livrer à un prix modique.
- 23. Des martinets. Les martinets de Chambon reffemblent, à la force près, à ceux dont on fait ufage pour les grofles forges. Un filet d’eau tombe fur une roue à aubes A , pi. /. Cette roue fait tourner un arbre B , qui lui fert d’axe ; cet arbre traverfe le mur d’un bâtiment où eft le marteau E. Le forgeron, ici, de même que dans toutes les ufines, & fans quitter là place, eft le maître de précipiter ou de ralentir le mouvement du marteau, en élevant plus ou moins une vanne H , qui réglé la quantité d’eau qui doit tomber fur les aubes de la roue. Il eft proche du marteau ; & en tirant feulement une corde, il abaiffe le levier C, qui répond à la vanne.
- 24. La roue à aubes peut faire 12 à 16 tours par minute, & l’arbre B porte feize mentonnets D, qui relevent le marteau de fer E, lequel peut pefer environ cent livres. L’ouvrier empêche le marteau d’agir, en mettant -fous fon manche vers E, & lorfqu’ii eft levé, une piece de bois F , qui le maintient dans cette polltionj pour lors le manche du marteau n’eft plus en prife aux mentonnets : il ôte ce morceau de bois lorfqu’ii veut laiifer frapper le marteau, qui alors retombe par fon propre poids. Il frappe fur l’acier G, qu’on veut tirer, & que l’ouvrier, fîg.2., pofe fur l’enclume I. Tanclis que l’ouvrier réglé la vîteife des coups de marteau , il donne en même tems un mouvement convenable au fer qu’il lui préfente.
- 2f. L’ouvrier eft afîis fur un billot K, fort bas, & à une petite diftance de l’enclume qui eft entre fes jambes. Comme ce fiege n’eft pas fixe , le forgeron peut s’éloigner ou s’approcher de l’enclume pour travailler commodément. Il ne quitte point l’enclume pour aller à la forge > c’eft un autre ouvrier qu’on nomme le chauffeur, fig. 1, qui eft chargé d’attifer le feu , & de donner au barreau une chaude convenable.
- 26. Le chauffeur étant continuellement occupé à faire chauffer (on acier , connaît parfaitement bien la chaleur qu’il faut lui donner. Il chauffe fa barre dans la longueur de 7 à 8 pouces, & il l’apporte au forgeron. A l’égard du foufflet M, c’eft encore un filet d’eau qui le fait mouvoir par le moyen des renvois & des manivelles coudées que nous avons repréfentées dans cette planche 1, en P P.
- 27- On emploie, à S. Etienne & dans tout le Forez, du charbon de terre pour chauffer les forges. Ce minéral y eft en grande abondance & d’une excellente qualité 5 il y a fouvent des veines que l’on préférerait au charbon d’Angleterre.
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- 2g. Il faut'aux chauffeurs différentes tenailles , des pèles & fourgons y &c. &c. & tous les uftenfiles qu’on emploie ordinairement dans les forges, pour le fervice du feu. Voyez les figures, g, h ,i, h, l3m , dont nous ne dominerons pas ici de plus amples’defcriptions, parce qu’on en varie la forme dans différentes ufines, & parce qu’on les trouvera représentées dans Y Art du 'coutelier, auquel nous renvoyons.
- 29. Le forgeron, fig. 2, ayant reçu du chauffeur une pièce d’acier ,, la prend avec des tenailles & rétire fous le marteau par une de fes extrémités 5 enfuite il la faifit par le bout étiré, & il forge l’autre partie pour l’approcher à peu près de l’épaiffeur d’une lame de couteau , ce qui ne fe peut faire qu’eu lui donnant plufieurS chaudes.
- 50; Comme le marteau frappe avec beaucoup de vîteffe, il faut que le forgeron tienne fou barreau dans un mouvement continuel, afin que le marteau ne donne jamais deux fois au même endroit; & l’ouvrier - forgeron doit faire gliffer fous le marteau les différentes parties de la lame d’acier. Quel-quéfois, mais rarement, l’ouvrier donne un coup fur le champ de la lame pour la redreffer quand elle s’eft courbée dans" ce làns ; il fuit la lame dans-toute fa longueur, pour la réduire à l’épaiffeur convenable-. Cette manœuvre exige de l’adreffe ; mais un ouvrier qui fait continuellement la même opération-, acquiert ordinairement celle qui lui eft néceffaire pour la bien exécuter.
- 31. Le chauffeur, fig. 1 , vient chercher la lame qui eft refroidie ; il apporte un autre parallélipipede N N, qu’il a fait chauffer, & il remet là lame au feu pour qu’011 la réduife, par une féconde opération, à une épaif-fèur convenable. Il a , près de là forge, une auge remplie d’eau, & mouille ordinairement la partie qui a été fuffifàmment étirée, pour que celle-ci, qui a peu d’épaiffeur & qui a déjà été travaillée, nt fe chauffe-pas. au point de fe brûler.
- 32. Le chauffeur doit mettre tous les foins & fon attention pour ne point faire perdre de tems au forgeron, & pour avoir toujours une barre ou lame œhaudè à lui donner quand celle qu’il tient eft étirée, en prenant garde que fon fer foit1 affez chaud, làns l’être trop ; il lui refte cependant encore ‘du tems qu’il peut employer à battre le fer qui a déjà été étiré fous le martinet par le forgeron.
- 2 j. Cet ouvrier,9%“. 3 , a une enclume près de fa forge ; celle-ci ordinairement n’a point de bigorne : elle doit être forte, parce que l’on peut-avoir à travailler, à l’aide de ces mêmes martinets, des morceaux de fer ©u d’acier de grolfes forges ; & pour lors cette enclume trop forte pour de petites lames, peut fervir aufii à d’autres ouvrages. On ajoute encore fb-uvent à cette enclume une ouverture */, quifert à placer un cijèau ou trancheavec
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- kquel on coupe les barres ou lames lorfqu’elles font trop longues, & qu’on veut les mettre en état d’ètre tranfportées plus aifément.
- 34. L’ouvrier,/g-. 5 , quia chauffé l’acier déjà étiré fous le martinet parla figure première, reélifie avec le marteau à main, ce qui pourrait être refté à cette lame de défe&ueux ; il amincit les parties qui font reliées trop épailfes : il frappe fur l’épailfeur ou fur le champ , vis-à-vis les endroits qui font trop minces, pour refouler l’acier, & faire prendre à cette partie de la lame plus d’épaiffeur; enfin il la rend d’une largeur & d’une épailfeur uniformes dans toute fa longueur. O11 conçoit que le travail du chauffeur eft plus ou moins confidérable, fuivant que le forgeron lui a remis les lames plus ou moins parfaites > & il y en a qui font affez adroits pour que le chauffeur n’ait pref-que rien à faire après eux.
- 3$". Nous lie pouvons trop répéter ici, puifque de là feul dépend le gain du manufadurier, qu’il faut que le chauffeur & le forgeron travaillent de concert, &, pour ainli dire, d’un mouvement égal, pour que l’un ne faffe pas attendre l’autrej car chaque moment augmente le prix de la marchandife pour l’ouvrier qui eft chargé de la travailler, ou diminue le gain de l’entrepreneur qui paie les ouvriers & qui les emploie.
- 36. Le parallélipipede d’acier æouN, qui a, comme nous l’avons dit, 4 pouces de long, lur un pouce & demi de large, & un demi-pouce d’é-paiffeur, prend fous le martinet la forme d’une lame plus ou moins mince, qui a au plus une ligne & demie d’épailfeur, & environ 5 ou 4 pieds de longueur, fur 2 pouces de largeur ff ou L, dans la vignette ; cependant ces dimenfions varient fuivant la grandeur des couteaux qu’on fe propofe de faire (*)
- 37. Le forgeron & le chauffeur ont dû connaître, en travaillant l’acier, lès qualités ou fes défauts. S’il eft pailleux , ou s’il fe dépece fous le marteau , l’ouvrier s’y conforme pour lui donner une chaude convenable, & pour régler, en le forgeant, la quantité de fes coups de marteau ; car le forgeron n’eft pas le maître de changer la force des coups de marteau du martinet ; il ne peut qu’eu régler la vîtelfe , en donnant plus ou moins d’eau, mais il peut le chauffer plus ou moins , & fans cette attention il fe découvrirait une grande quantité de pailles & de défauts en travaillant ou finilîant les lames , ou en les repaffant fur la meule. Lorfque l’ouvrage eft jSoli, on peut diftinguer plus aifément les endroits qui ont été brûlés en le forgeant ”, ou ceux qui font reftés en fer, tandis que d’autres font convertis en acier.
- (*) On fait de la même maniéré, fous le martinet, les lames délabrés & d’épées7 en laiflant feulement plus, de largeur à la lame- datiez
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- 2 g. On ne fait à Chambon que réduire l’ader en lames fous le martinet, ainfî que nous venons de le décrire : on apporte ces longues barres plates à Saint - Etienne, pour y être travaillées par les couteliers.
- Article premier.
- Maniéré dont on forge les lames de couteaux.
- 29- Nous nous bornerons à'décrire les outils particuliers aux couteliers de Saint - Etienne, avec lefquels ils exécutent promptement leurs ouvrages , fans entrer dans aucun détail fur ceux qui fervent aux couteliers qui fabriquent des pièces plus recherchées. Voyez Y Art du coutelier, pour tout ce qui regarde la forge , où l’on a décrit alfez au long tout ce qui. en dépend.
- 40. A Saint-Etienne1, ordinairement c’eft une femme , pi. II, fig. 2, ou un petit garçon , qui eft chargé de fàir agir le foufflet, en terme d’ouvrier, de tirer la vache.
- 41. L’ouvrier,/?/. II,fig. 1 , après avoir fait chauffer l’extrémité d’une des lames qui ont été étirées à Chambon , la porte fur l’enclume, pour la forger 8c lui faire prendre la forme d’une lame de couteau, fig. f. Voyez la defcription de l’enclume du coutelier, dans Y Art du coutelier.
- 42. Quoique la bigorne foit inutile aux enclumes des couteliers de Saint-Etienne pour faire des lames de couteaux, leur enclume en ont toujours une (*) ; l’enclume a aufïi fur fa table une mortaife D , qui fert à mettre une tranche ou tranchet A,pi. II,fig. 1 , vignette, & repréfentée plus en grand dans le bas de la planche, fig. 11 & 11*. Ce tranchet ou cifeau eft deftiné à couper la lame du couteau lorfqu’on en aura déterminé la longueur. On peut auffiôter ce tranchet, & mettre dans cette même mortaife D, différens tas, dont nous parlerons dans un inftant, lorfqu’il s’agira d’expliquer comment on donne la forme aux talons des lames.
- 43. La lame prend fous le marteau la forme qu’elle doit avoir; l’ouvrier frappe plus d’un côté que de l’autre , pour préparer le tranchant & le dos du couteau : 011 nomme ce travail rabattre la lame, le tranchant & le dos du couteau. Lorfqu’on fe fert d’un marteau diiférent de celui à forger, on appelle celui qu’on y emploie marteau à rabattre ; mais à Saint-Etienne on ne change point de marteau ; celui à forger fert aufli à rabattre. Il y a des ouvriers plus adroits , qui donnent cette forme plus promptement & plus régu-
- ('* ) Ou conferve la bigorne aux enclumes des couteliers, parce qu’elle eft nécef-faire pour faire les cifeaux & d’autres ouvrages du reffort de ce corps de métier.
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- liérement que d’autres ; mais on ne peut, par l’explication , donner une idée de cette adrefle que l’ouvrier acquiert par une longue habitude ; il faut que le le&eur fupplée à ce que la plume ne peut apprendre.
- 44. Pour former l’extrémité de la lame qui, dans la plupart de ces fortes de couteaux, eft arrondie & relevée un peu du côté du dos, comme on le voit/?/. //,/%. 16 (*), l’ouvrier pofe de champ fa lame fur le bord de l’enclume; & frappant fur ce qui doit faire le tranchant, il l’oblige de fè relever un peu , comme on le voit fig. 2. Il ne faut plus que travailler de nouveau le tranchant à cette partie de l’extrémité de la lame qu’on a redreffée ; & l’on s’y prend , peur rabattre cette partie, comme 011 l’a fait pour le tranchant du reftant de la lame.
- 45'. Les marteaux dont fe fervent les couteliers pour forger leurs lames, pefent quatre à cinq livres ; ils ont deux têtes à peu près femblables, & un peu arrondies. Nous 11e nous arrêterons pas davantage à décrire ce marteau, parce qu’il en eft queftion dans MArt du coutelier.
- 46. On diftingue dans la lame d’un couteau l’extrémité de la lame, qu’on nomme la pointe ^ le tranchant ou le coupant de la lame, & le dos, ce qu’on nomme le corps de la lame ; enfin la fécondé extrémité de la lame , qui lui fert d’attache dans le manche, & qu’on appelle ordinairement le talon. De la perfection de toutes ces parties dépend la bonté de la lame.
- 47. Lorsque la lame du couteau a pris à peu près la forme qu’elle doit avoir, il faut la détacher de la longue lame d’acier 1 ^ce qui fe fait au moyen du tranchet A, dont nous avons parlé. L’ouvrier pofe fa lame fur le tranchet ; au premier coup de marteau i] l’entame, & fouvent la fépare entièrement ; ou un fécond coup donné fur la face oppofée, fuffit pour la délunir : elle eft alors comme on la voit repréfentée fig. 2, au bas de la planche; & pour que ces lames foient toutes d’une même longueur & proportionnées aux manches, l’ouvrier a des marques fur fon enclume, qui lui tiennent lieu de réglé & de compas : ces marques lui indiquent l’endroit où il doit couper la lame.
- 48. Il s’agit, maintenant de former le talon ou la partie de la lame de cette efpece de couteau, qui s’attache au manche. On fait, d’après ce que nous avons déjà dit, que ces lames font retenues dans le manche, à l’aide d’une 'broche ou goupille de fil de fer qui la traverfe, amfi que le manche , fur lequel elle eîf rivée.
- 49. La lame tourne fur cette goupille qui la retient au manche, 8c fur
- (*) Les couteaux dont nous donnons que l’on vend à un prix fi modique, font ici la fabrique, n’ont pas tous la lame ar- plus pointus &reifemblent davantage à l’ex-rondie , comme dans la figure 16 ; ceux trêmité de la lame de la figure 18*
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- laquelle elle décrit un demi-cercle ,fig. 16 & fig. 17, chaque fois qu’on ferme ou qu’on ouvre le couteau. Dans cette derniere pofition, la lame & le manche font à peu près une ligne droite; mais il ne faut p^s qu’elle fe renverfè quand on appuie _ avec le tranchant. ; • i
- po. Pour faciliter le jeu de la lame,fur le manche, on forme en biais cette extrémité qui doit tenir au manche, & on y fait, pour terminer l’angle du côté du dos, un bouton qui reflemble à une tète de clou. Ce bouton venant à porter fur le manche du couteau, fervira d’arrêt à la lame, & l’empêchera de fe renverfer. C’eft par cette méchanique très-fimple que le couteau refte ouvert,/jg. 16.
- p r. Nous avons quitté le forgeron, après avoir donné à la lame de couteau la forme qu’on lui voit dans la figure 2. Cet ouvrier fait à cette lame l’efpece de talon dont nous avons parlé, & que l’on voit fig. 3. En frappant la lame fur la carne de fon enclume, & frappant tantôt fur le tranchant 8ç tantôt fur le plat de la lame, il alonge enfuite cette partie qu’il a relevée, & la renverfe à l’équerre, comme on le voit fig. 4, a.
- pz. Il ne s’agit plus alors que de faire ce bouton qui doit la terminer. On place le talon de la lame dans la fente d’un tas, fig. 14 ou if ; ce tas eft d’acier trempé, 8c l’ouvrier l’a pofé dans la mortaife D de l’ençlume, à la place de la tranche dont nous avons parlé.
- p$. Lr coutelier fait entrer dans la fente du tas le tranchant du talon de fa lame, qu’il tire de la forge; il faut que pour lors la partie a, fig. 4, de la la lame qui eft deftinée à faire le bouton b b, fig. p & 6, déborde le tas de quelques lignes; & le talon de la lame étant comme dans une efpeçe de clouyere (*), il eft facile de former avec le marteau le petit bouton bb9 fig. p & 6, qui relfemble à la tète d’un petit .clou; & le talon de la lame qui eft chauffée au rouge, fe moule en quelque façon dans la fente du tas qui eft d’acier trempé.
- 74. Il faut percer la lame vers le milieu de la largeur du talon c,fig. 6 : l’habitude des ouvriers fait qu’à l’œil & fans prendre de mefure , ils placent çe trou où il doit être. Ils fe fervent d’un poinçon 8, dont la pointe eft fort moulfe : au premier coup de marteau donné fur le poinçon, pofé à froid fur la lame, il fe forme une boife en-3effous de l’endroit où porte le poinçon ; Iprfqu’on a retourné la lame, un fécond coup de marteau détache le morceau. Allez fouvent on ne donne ce fécond coup, que lorfqu’on monte le couteau ; car la piece peut encore être détachée à froid, en pofaut la lame fur un morceau de bois ou de plomb. Cette façon de percer, que les ferruriers em-
- (*) On appelle clouyere, une efpecç démoulé à peu près femblable à celui-ci, qui fert à former la tête des elous.
- ploient
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- ploient en une infinité d’occafions pour des ouvrages de peu de conféquence, eft plus expéditive que ne ferait le foret, mais pas fi propre, ni fi jufte; auffi les couteliers fe fervent-ils ordinairement du foret pour des ouvrages plus recherchés.
- ff. On conçoit que, quand le talon de la lame fera uni au manche par la goupille, on pourra ouvrir le couteau jufqu’à ce que le bouton b, fig. , rencontre & s’appuie fur le manche; rien n’empêchera aufii que l’on ne ferme le couteau, & que la lame ne fe loge dans l’épaiffeur du manche, comme on le voit fig. 17.
- C’EST encore celui qui forge la lame, & que nous nommons le forgeron , parce qu’il ne fait que cela '& qu’il n’eft point chargé de monter le couteau, qui marque la lame. C’eft lui qui imprime vers le talon le nom de l’ouvrier. Cette>marque eft en relief fur un poinçon d’acier a, b, fig. 7; & ce fera, fi l’on veut, Euflache Dubois.
- 57. L’ouvrier tient ce poinçon d’une main ; il l’appuie à froid fur la lame , en le tenant bien perpendiculaire , & il frappe fur le poinçon affez fort pour que les caractères s’impriment de maniéré qu’ils ne foient point effacés quand 011 pailèra la lame fur la meule, fans cependant qu’ils traverfent la lame. C’eft pour cela qu’on pofe le poinçon un peu du côté du dos de la lame, qui doit être plus épais que la partie du tranchant.
- Ce poinçon,fig. 7, *z & Æ, eft fouvent fait avec plufieurs angles,& rron uni, afin qu’il tienne mieux dans les mains de celui qui l’emploie.
- Article IL
- Du travail des lames des couteaux à deux clous.
- ç-9. Les couteaux à deux clous, fig. 18 & 19, que l’on nomme auffi à la capucine, opt leurs lames d’une autre forme que ceux qui n’ont qu’un clou. On les fait un peu plus longues, & elles fe terminent affez ordinairement en pointe. A cela près, on forge de la même maniéré 8c les unes & les autres ; la principale différence, celle qui exige que l’ouvrier fuive une autre pratique, eft dans l’exécution du talon.
- 60. Les couteaux à un clou font, comme nous venons de t’expliquer, retenus ouverts par un bouton qui s’appuie fur le manche. C’eft, fans contredit , la façon la plus fimple ; mais 011 reproche à ce bouton de déborder le manche quand le couteau eft fermé, & de déchirer ou bleffer la main & de percer les poches. O11 a imaginé, pour éviter ces petits inconvéniens, de retrancher le bouton 8c de former au talon de la lame une efpece de dent ou un prolongement a ,fig. 10, qui s’appuie, quand le couteau eft ouvert, fur une
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- broche ou un fécond clou b, fig. 18, placé un peu en arriéré & au -delfous du clou fur lequel tourne la lame. La partie b, fig. io, eft arrondie pour qu’elle ne rencontre point le fécond clou b, fig. 18, fur lequel s’appuie l’a-îongement a de la figure io, lorfque le couteau eft ouvert. On-conçoit aifé-ment que la lame tourne fur un clou , comme fur un axe, & que l’échancrure faite au talon va fe pofer fur l’autre clou, où .elle s’arrête j au lieu que dans les couteaux à reffort, elle s’appuie fur la tète du relfort.
- 61. Les couteaux à deux clous ne font donc, à proprement parler, dif-férens des couteaux à un clou ,que par le talon de la lame, comme on l’ap-perçoit en comparant la fig. 6 avec la fig. io.
- 62. C’est auffi avec un tas qu’on donne au talon des lames à deux clous la figure qui leur convient. Ce tas, fig. 12 & 13, fe place comme l’autre, dans la mortaife qu’on a pratiquée fur la table de l’enclume. La partie a, fig. 12, fert d’appui à la lame 5 la partie b , creufée en quart de rond, fert à former la partie b ,fig. 10 ; au milieu eft le trou par lequel palfe la, broche qui permet à la lame de s’ouvrir & de fe fermer. Enfin, la partie c du tas, fig. 12, fert à faire le prolongement a, fig. 10, qui doit former un arrêt en s’appuyant fur le clou c , fig. 10, lorfque le couteau eft ouvert. On voit l’accord du talon de la lame avec les parties correfpondantes du tas, fig. 9. Ainfi le tas, fig. 12, eft une ètampe fur laquelle le talon étant chaud fe moule, en le forçant à coups de marteau d’entrer dans les échancrures de cette étampe. Les moyens employés dans la fabrique des couteaux à deux clous, doivent demander un peu plus de foin que pour ceux à un clou, car c’eft une efpece de luxe ou au moins de recherche en ce genre ; auffi fe vendent-ils un peu davantage. Nous renvoyons pour la fabrique des lames de couteaux plus recherchés , à V An du coutelier, où l’on trouvera les détails les plus complets & les plus fatisfaifans.
- Article III.
- Des lames des couteaux de table ou à gaines.
- 63. On fait que ces fortes de couteaux ne fe replient point dans le manche. sSi l’on veut les tranfporter 8c les mettre dans la poche, il faut enfermer la lame dans un étui ou une gaine, pour ne point fe blelfer. Cette lame eft donc toujours ouverte ; elle ne fait qu’une ligne droite avec le manche, & voici comme elle y eft retenue.
- 64. La lame porte une broche alongée,j%. 2G,cb , appellée Joie. Cette partie eft deftinée à entrer dans une ouverture que l’on a pratiquée longitudinalement dans l’épaiiTeur dft manche,/^. 27, & la lame de ce couteau
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- eft enveloppée, ou plutôt couverte & enfermée dans un étui ou gaine 2%.
- Cf. On fait à Saint-Etienne des couteaux de table & des couteaux pour les bouchers, entièrement d’acier i ces couteaux ne font point à mitre. On prend, pour forger ces lames , de l’acier étiré, qiue l’on coupe à une certaine longueur , fuivant celle du couteau. On laiife la lame d’acier plus longue , en la coupant fur la tranche, parce que la foie qui eft deftinée à entrer dans le manche, eft prife fur le même acier que la lame. On forge la lame comme nous l’avons expliqué. On pofe l’extrémité de la lame du côté de la foie fur un tas, pour lui former cette efpece de tète qui la termine, & on fe fert du refte de l’acier , pour travailler fur l’enclume cette broche qui doit entrer dans le manche. Voyez la fig. 26.
- 66. Comme le travail du forgeron eft payé à la groife, il l’expédie le plus qu’il peut, & ce qu’il laiife à faire eft bien plus tôt exécuté fur la meule qu’il ne le pourrait faire avec fon marteau. Nous parlerons dans un moment, de cette derniere perfe&ion qu’on donne aux lames.
- 67. Les lames des couteaux à gaines, qu’on appelles mitres, 11e fe font pas entièrement d’acier. Le forgeron a un morceau de fer quarré, dont l’é-pailTeur & la largeur font réglées fur celles des lames qu’il doit faire. Il coupe ou ouvre ce morceau de fer, en préfentant fur la barre rouge pofée fur l’enclume le cifeau ou la tranche retenu dans un bâton, voyez pL Vl^fig. 10, que tient un ouvrier , tandis que le forgeron frappe fur la tranche avec un marteau à deux mains. Du premier coup, il fend le bout de la barre de fer par le milieu de la longueur d’un pouce au plus. Il met une piece d’acier coupée de grandeur dans l’ouverture faite au fer, & à l’aide d’une feule chaude il foude cet acier entre les deux fers. L’acier fert à former la lame. Il rejette du côté du dos la partie où il eft refté plus de fer j & la foie plate ou quarrée fe trouve formée avec le fer, ainfi que la mitre. L’ouvrier laiife un renflement à l’extrémité c, jig. 26, de la lame, du côté de la foie cb, pour fervir à former la mitre. Cette partie plus épaifle & plus forte, donnera un foutien à la lame fur le manche, en même tems qu’elle fervira d’ornement au couteau.
- 68» L’ouvrier fe fert d’un outil qu’011 nomme châjfe à Saint-Etienne, pour former la mitre du couteau. Il pofe la châife fur cette partie plus renflée , dont nous avons parlé ; & en frappant fur la châfle, il comprime le fer rouge qui fe trouve entre elle & le tas. Elle y prend la forme en relief de la mitre , qui eft en creux dans le tas, auiîi bien que dans le bout de la châfle, & en même tems la lame y reçoit cette moulure ou l’anneau qui fépare la lame de la foie, & qui s’applique fur l’extrémité du manche quand le couteau eft monté.
- 69. Ces couteaux exigent plus de foins que ceux dont les lames font en-
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- tierement d’acier; aufli coûtent-ils, plus cher.. Lorfquxon deftine ces lames à former des couteaux communs , oir ne les retouclie prefque point à la lime, & on les. envoie aux meulières, qui leur dominent tout le fini qui convient à ces fortes d’ouvrages.
- 70. Nous ne parlerons point ici de la fabrique des couteaux à reifort, parce que nous avons averti que nous ne décririons que les ouvrages de Saint-Etienne , qui exigeaient le moins de foins , & qui étaient les plus communs , & que ces couteaux ne peuvent être compris dansr ce nombre ; d’ailleurs, même à Saint-Etienne, les moyens que l’on emploie pour les travailler , font peu différens de ceux qui font décrits dans 1 '‘Art du coutelier ; feulement on dégroffit chaque pieçe fur renclume, & on les envoie aux meulieres. Nous verrons dans un moment, combien on avance Pou--vrage avec cette machine très-fimple, que l’eau fait mouvoir. La plus forte lime, conduite par des bras, n’opérerait jamais avec la même promptitude^ & coûterait davantage; cette machine , en diminuant la main - d’œuvre , fait une vraie riGhelfe pour Saint-Etienne , comme on le verra par les détails où nous entrerons en la décrivant.
- A R T I C L E IV,
- Des lames des fermettes.
- 71. Il y a quelques couteliers à Saint - Etienne, qui s’occupent uniquement du travail des ferpettes. On en fait, ainfi que deS 'couteaux, à un clou ,à deux clous ; & d’autres ont, comme les. couteaux à gaines-, une foie ou meche qui les retient dans leur manche. Enfin d’autres font à reifort mais nous n’en parlerons pas ici.
- 72. Les lames des ferpettes fe font préçifément comme celles des couteaux ; on y emploie le même acier. On donne à ces lames la courbure qui leur convient, en les forgeantfrappant la. lame, ou fur le champ ou fur les bords de l’enclume. Enluite on les frappe fur le plat, pour les mettre d’épaiifeur. Quand la pointe eft formée, on les coupe , pi. Il, fig. 20 ; on fait le talon fur le tas, fig. 21 & 22; enfin on travaille le bouton, fig. 23 î comme nous l’avons décrit pour ceux des couteaux à un clou. On fait auffi les lames des ferpettes à deux clous, comme celles des couteaux à deux clous. Celles-ci font ordinairement travaillées avec plus de foin.
- 73. Il y a plus d’attention à. donner aux lames de ferpettes qu’aux lames de couteaux. Les proportions de la longueur de la lame font réglées fur fa largeur, ainfi que l’arrondilTement delà partie courbe [qui termine la lame de la ferpette. La longueur^ des lames des ferpettes doit être proportionnée à leur courbure.
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- 74* On doit chercher un bon acier ; car , comme ces lames font deftinées à couper du bois verd, & fouvent dur, il. faut que la lame ne fe rebroajfc pas, ne s'égrène pas , ou ne sébrechc pas, ce qui eft la même chofe.
- 7f. L’ouvrier forgeron pourrait fur fon enclume mettre les lames de ferpettes à peu près dans l’état où elles doivent fe trouver pour être emmanchées : il y aurait moins d’ouvrage à faire fur la meule; mais nous avons déjà dit qu’on lui payait fon ouvrage à la grolfe , & qu’il 11e cherchait qu’à le livrer ; d’ailleurs, les meules dont nous parlerons , perfectionnent en trés-peu de tems les lames, qui en exigeraient beaucoup, fi l’ouvrier les travaillait au marteau, & voulait les y finir.
- 7<5. Lorsque les ouvriers donnent la derniere chaudeaux larfies de couteaux & de ferpettes, ils ont coutume , comme c’eft l’ordinaire de tous les forgerons , de mouiller leur marteau. Ce moyen rend plus promptement leur ouvrage uni ; les lames fe dépouillent plus vite de ces écailles, ou de ce fer brûlé qui recouvre ordinairement les pièces en fortant de la forge.
- 77- Les bons ouvriers & les plus habiles font perfuadés qu’il ne faut chauffer l’acier que le moins qu’il eft pofîible, pour ne le point brûler & ne lui laiffer perdre aucune de fes qualités.
- Article V.
- De la trempe des lames.
- 78. Tous les outils acérés & tranchans, comme couteaux, ferpettes, &c. acquièrent leurs qualités de la trempe ; les différens aciers exigent différentes attentions en les trempant, & le même acier doit être trempé différemment, fuivant l’ufage auquel Pinftrument qu’on veut faire eft deftiné ; il ne faut pas qu’un rafoir foit trempé comme un couteau. Nous renvoyons encore ici à ce qui a été dit dans Y Are du coutelier fur cet objet intéreffant, d’où dépendent en grande partie les qualités des ouvrages de coutellerie.
- 79. La façon de tremper les lames à Saint-Etienne eft (impie & uniforme. O11 chauffe les lames un peu plus que couleur de cerife : paffé ce degré de chaleur, elles viennent à la couleur de rofe. Il faut, pour l’acier de Rives, un milieu entre ces deux marques, qui fervent d’indications au coutelier: mais jamais l’ouvrier attentif ne laiffe paffer cette derniere couleur ; car fi la nuance couleur de rofe s’affaibliifait, & fi la lame commençait à blanchir, la trempe ne ferait pas aufîi bonne pour un couteau. Ainfi, dès que l’ouvrier voit que la lame prend la couleur de cerife tirant fur la rofe, il la retire du feu & la trempe dans l’eau froide.
- go. Quelques couteliers de Saint-Etienne font perfuadés que l’eau de
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- puits y eft préférable à celle de riviere ; cependant la plupart font d’un avis contraire, & généralement à Paris on croit que l’eau de Seine réuflit mieux que l’eau de puits.
- gi. Les couteliers doivent favoir que, plus l’acier eft fin, moins il faut lui donner de chaleur pour le tremper ; & quoique cette opération paraifle des plus (impies, elle exige cependant des attentions; il y a des couteliers qui y réuffiflent beaucoup mieux que d’autres. Pour fentir d’où cela dépend , il faut favoir qu’un même acier peut prendre plus ou moins de dureté par la trempe.
- 82. En général, plus l’acier qu’on veut tremper a été chauffé , plus l’eau dont 011 fe fert pour tremper eft froide, plus l’acier durcit par la trempe ; mais aufli plus l’acier eft caffant. Si une lame eft trempée trop dure, elle s'ébreche lorfqu’elle rencontre un corps dur, ou, pour employer le terme vulgaire, elle s'égrène ; fi elle eft trempée trop molle, \e tranchant fe rebrouffe : ainfi l’opération de la trempe, toute (impie qu’elle eft , change la dilpofition des parties de l’acier. De mol & de du&ile qu’il était avant d’avoir été trempé,il devient dur, élaftique & caftant; il prend à la vérité un beau poli. Ces con-lidérations font voir qu’il ne faut pas procurer aux lames toute la dureté dont l’acier eft fufceptible, parce qu’elles s’ébrécheraient trop aifément ; il ne faut pas non plus ne les pas affez tremper, parce qu’elles 11e couperaient pas. Tout ceci deviendra très-clair pour celui qui comparera ce qui eft dit dans l'Art du coutelier, avec le peu que nous avons ajouté ici.
- 83. D’après ce que nous venons de dire, il eft aifé d’imaginer qu’on pourrait faifir ce point convenable, ou en chauffant peu l’acier, ou en le trempant dans une eau plus ou moins froide ; mais il ferait très-difficile d’atteindre par ce moyen le point que l’on defire. C’eft pourquoi les couteliers trempent toujours leurs lames très-dures, & ils diminuent eniuite une partie de la dureté de la trempe, en recuifant les lames, ainfi que nous l’allons dire.
- 84. A mefure que l’ouvrier a forgé & marqué une lame de couteau ou une lame de ferpette, il la trempe. Après lui avoir donné le degré de chaleur qu’il lait être convenable, il la plonge dans l’eau & la retire, ainfi que nous l’avons expliqué ; mais comme l’extrémité de la lame eft mince , elle s’échauffe plus promptement que le refte de la lame ; & comme c’eft la partie qui reçoit ordinairement la première •impreflion de l’eau , lorfqu’on y plonge la lame, c’eft aufli celle qui dans les couteaux prend le plus de dureté. Les couteliers en ouvrages recherchés ont toutes ces attentions, & beaucoup d’autres encore ; ils fe conforment aux différentes épaifleurs des morceaux qu’ils trempent; ils ont égard à la température de l’air, confidé-rant fi leur eau ne s’échauffe pas après avoir reçu plufieurs lames ; ils ont
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- encore l’attention de mettre, autant qu’il eft poflible, l’auge à tremper dans un endroit obfcur, on y voit mieux la couleur de l’acier chauffé que l’on trempe : mais ceux de Saint-Etienne réduifent leurs travaux à la tremju & au recuit; & ces deux opérations y font faites fans beaucoup de foins. Il y-a cependant une réflexion qui fuffira pour expliquer comment ces ouvriers atteignent affez ordinairement ce point fixe , qui fait une bonne lame, & qu’ils ne s’en écartent guere. Les ouvriers qui trempent, travaillent toujours le même acier qu’ils emploient à faire les mêmes efpeces de couteaux, & le forgeur eft toujours celui qui trempe ; c’eft un grand avantage qui contribue finis doute à la bonté de l’ouvrage.
- Article VI.
- Du recuit.
- 85". Si l’on chauffe, & qu’011 faffe rougir au feu un morceau d’acier qui ait été trempé , il perd toute fa dureté ; il redevient comme s’il ne l’avait pas été i & ce qu’il eft important de favoir, c’eft qu’il perd de fa dureté proportionnellement à la chaleur qu’on lui a fait éprouver ,& qu’un degré faible de chaleur ne lui fait perdre que peu de fa dureté.
- 86. L’opération qu’on appelle recuire , confifte à lui faire perdre par un certain degré de chaleur une partie de fa dureté , ou à le détremper un peu ; mais il faut connaître avec précifion ce degré de recuit.
- 87. Voici une propriété de l’acier, qui fournit aux couteliers un moyen de connaître les diiférens degrés de recuit. Les lames d’acier, lorfqu’elles font expofées à un feu doux de charbon , prennent différentes couleurs, ou plutôt patient par différentes nuances à mefure qu’on les expofe à une plus grande chaleur ou plus continue. La première nuance eft couleur de paille ou jaune faible, auquel fuccede la couleur d’or: elles blanchiffentj enfuite paraît la couleur de pourpre , violet, la couleur bleue, & enfin la couleur d’eau y c’eft l’une de ces différentes nuances que l’on doit obferver avec beaucoup de foin pour retirer au moment convenable lacier que l’on recuit fui-vant qu’on le deftine à un ufage ou à un autre. Les refforts de montres ont été pouffés prefque jufqu’à la couleur d’eau. Ils ont éprouvé le plus grand recuit } & après qu’on les a finis & polis, on les expofe encore une autre fois à un recuit, pour leur donner ja couleur violette qu’ils confervent toujours. Mais ce fécond recuit n’eft pas fi fort que le premier ; par conféquent il ne ramollit pas davantage l’acier.
- g8- La lame de couteau qui a été trempée dans l’eau froide, après avoir pris au feu une couleur de cerife, y eft devenue brune en fe refroidiffànt. Lorfque, dans cet état, on l’expofe de nouveau à la chaleur, au premier
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- degré qu’elle fouffre, elle s’éclaircit un peu, elle prend une couleur jaunâtre ou couleur d’or. C’eft à ce ternie que les couteliers de Saint-Etienne font recuire leurs lames de couteaux. S’ils les lailfaient expofées à une chaleur plus continue, ces lames deviendraient bleuâtres, feraient trop tendres , & ne couperaient pas auffi bien. Ils prennent une lame dans une tenaille ou pince ; ils la tiennent au-delfus du feu de la forge & dans la vapeur du charbon, jufqu’à ce qu’elle ait acquis la couleur qu’ils défirent, & ils lait fent la lame fe refroidir doucement auprès de la forge.
- 89. Comme il Faut accélérer la fin de l’ouvrage pour des couteaux qui fe vendent un prix fi modique, le coutelier a l’habitude d’arranger convenablement le charbon de la forge bien allumé. Il le met en dos - d’âne, & pofe la lame fur ce charbon, le dos de la lame appuyé fur la partie la plus haute du charbon, parce qu’étant plus épaiffe & touchant immédiatement le charbon , aufii s’échauffera-t-elle davantage que le tranchant, eu égard à cette polition. Il ne faut plus fouffler lorfqu’on pofe les lames fur le charbon.
- 90. Le coutelier met à la fois jufqu’à deux & trois douzaines de lames de couteaux ou de ferpettes autour du feu. Celles qui font fur le charbon le mieux allumé reçoivent les premières le recuit, & à mefure qu’elles prennent la couleur requife, il les retire & rapproche les lames les unes des autres, ou en ajoute de nouvelles.
- 91. Il ne faut pas croire que les changemens de couleur qu’éprouve l’acier au feu ne lailfent abfolument aucune incertitude. La variété des aciers & la vivacité peu égale de la chaleur où on les expofe, caufent fouvent de très - grandes différences. On voit cependant que les couteliers de Saint-Etienne 11e prêtent pas une grande attention en faifant cette opération. A la vérité, ainfi que nous l’avons déjà dit, comme ils travaillent toujours le même acier, & qu’ils font occupés aux mêmes opérations pour faire la même efpece de couteaux, ils faififfent affez exactement & au premier coup-d’œille degré de la trempe, & celui du recuit convenable.
- 92. L’ouvrier doit donc ici connaître la nature de fon acier plus particuliérement encore que pour les dernieres opérations \ il eft effentiel qu’il fâche fi fon acier s’échauffe aifément ; il faut même qu’il foit inftruit de la bonté & de la vivacité du charbon de terre qu’il • emploie.
- 95. Le forgeron drejje enfuite à froid les lames qui ont été trempées & recuites.
- Article VII.
- De la façon de dreffer les lames.
- 94. L’acier, fur-tout celui qui a été réduit en feuilles minces comme les
- lames
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- lames de couteaux, de ferpettes , Set. eft fujet à s'envoiler, à Te dêje^er^ & à fe courber 4 la trempe ; il faut donc les dreffer, & pour le faire avec plus d’avantage , on dreiîè les lames lorfqu’elles ont été attendries par le recuit,
- 9f. On les porte fur l’enclume & on les y drelfe à froid avec le marteau qu’on nomme à drejjer, qui a un côté taillé en pointe de diamant.
- 96. Ce travail ne demande pas une grande intelligence de la part de l’ouvrier, & il l’exécute très-promptement; ainfinous ne nous y arrêterons pas plus long-tems.
- 97. Les lames font pour lors finies pour ce qui regarde le forgeron; elles recevront leur derniere perfection fur les meules : nous allons les fuivre dans cet attelier.
- 98. Nous avons déjà décrit beaucoup de petites opérations pour faire une lame de couteau, foit à un clou, foit à deux clous, ou pour faire une lame de ferpette ; mais il refte encore bien des travaux avant que le couteau ou la ferpette foient en état d’être vendus. Continuons notre defeription , 8c voyons les moyens expéditifs que i’011 emploie pour les aiguifer fur les meules.
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- Des ujînes où font les vieilles.
- 99. D USINE dont nous allons parler, fe nomme meuliere, parce que toutes les opérations s’y exécutent avec le fecours de grandes meules que l’eau fait tourner. Voyez pi. Il J.
- 100. Chaque coutelier de Saint-Etienne pourrait finir chez lui les lames qu’il a forgées , avec les petites meules que les autres couteliers emploient ordinairement, & dont on a parlé en décrivant les outils du coutelier; mais à Saint-Etienne on profite de petits cours d’eau voifins de la ville, pour faire tourner avec une grande vîteife de très-grofles meules qui font l’ouvrage avec une diligence étonnante. On conçoit aifément qu’il faut fe com duire,pour l’arrangement de toute la machine, fuivant la quantité d’eau que l’on a à fa difpofition quelquefois on elf contraint de former des retenues, d’amener l’eau par des conduits en bois, enfin de profiter de la chute, lorfqu’ou le peut, pour faire agir la première & principale roue qui donne le mouvement à toute la machine.
- 101. Avec l’aide de cette machine qui fait tourner les meules, il n’elf plus befoin que d’un ou de plufieurs ouvriers pour préfenter le morceau de fer ou d’acier fur les meules.
- 102. Les meules dont fe fervent les aiguifeurs de Saint-Etienne, font d’un grès fin; on les tire de la Ricamarie , diftant d’une demi-lieu de cette ville, route du Puy. Des gens qui taillent ces pierres en font commercé,
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- & les vendent aux couteliers. Elles ont cinq pieds trois ou quatre pouces de diamètre, fur feptyhuit à neuf pouces d’épailfeur. Les ouvriers qui tirent ces pierres delà carrière, & qui les taillent, les percent à leur centre, & y font une ouverture qu’on nomme œil, pour donner la facilité de.Us monter en les faifant traverfer par un axe de fer qui les foutient (*). Elles coûtent 40 à 48 livres piece, & font à ce prix livrées à bon marché quand elles ne font pas tarées , c’eft-à-dire, ébranlées dans quelques-unes de leurs, parties Si fêlées\ on en tire aufli, mais qui font d’un grain moins fin, du Coin , , route de Mont-Brifon.
- 103. On verra, lorfqu’on aura décrit la fabrique des différens ouvrages
- qui fortent de Saint-Etienne, quel parti l’on y tire de ces meules. Elles emportent, quand on veut, très-promptement le fer & avec beaucoup plus de facilité qu’on ne pourrait le faire avec les plus groifes limes difficiles à conduire. (**) . -
- 104. Les couteliers de Paris, qui 11’ont point ces meulieres ou grandes meules, en ont de petites dans leurs boutiques mues par une grande roue qu’un homme fait agirj on peut comparer ces deux machines, enlifant, dans Vart du coutelier ce qui y eft dit fur les meules.
- iof. Nous décrirons feulement ici les moyens qu’on emploie à Saint-Etienne pour perfectionner, à l’aide de ces meules, les lames des couteaux & ferpettes que nous avons vu forger.
- 106. On peut faire mouvoir les meules par des roues à aubes ou à pots, fuivant la chûte & la quantité d’eau qu’on peut dépenfer.'A l’ufine que j’ai principalement examinée, l’eau qui eft amenée par la conduite a, pL III, fait mouvoir une roue à aubes c, lorfqu’on leve la vanne b : cette roue c peut être, ainft que nous venons de le dire, à augettes, à cuillers ou à pots ; elle a environ y , 6, 7 ou 9 pieds de diamètre, parce qu’elle doit tourner avec vîteife; & fon arbre, qui traverfe le mur d’un bâtiment où font les meules, imprime un pareil mouvement,à une grande roue dd, qui eft emportée par i’arbre de la roue c. Cette fécondé roue d n’eft point dentée ; mais la circon-
- ( * ) L’ouverture que l’on fait à la meule eft ronde, & l’axe qui doit porter la meule eft quarré ; on le retient à la meule avec de petites calles de bois.
- (**) Les couteliers, taillandiers, arquebusiers & fourbifieurs emploient ces meules pour dreft'er & polir leurs ouvrages. O11 choifit ordinairement celles qui ont les plus grandes dimenfions, aiguifer ou c moudre les outi's & inftrumens qui doivent relier plats, &: qui font tes plus grands S: les plus
- larges ; car plus la meule eft grande, plus la partie fur laquelle l’outil porte, peut être regardée comme formant une ligne droite. Ces meules fervent tantôt à drefter & forer les canons de fufils, tantôt à polir la plupart des ouvrages de ferrurerie & de quin-quailîerie, comme les gonds , pentur». , fiches, &c. les fers à repaffer le linge, à frifer. Ces meules fervent aulfi à polir les lames d’épées & de fabres.
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- férence eft creufée de deux gouttières dd: vo yaz îe bas de la planche b où cette roue A, B eft defïinée plus en grand. Ces deux rainures reçoivent chacune une corde de boyau qui, en fe croiiànt, va fe rouler fur la bobine ou poulie n ou G, H, dont l’axe eft un arbre qui fe prolonge plus ou moins dans l’atte-lier. Cet arbre porte auftl plus ou moins de poulies , fuivant qu’on doit faire mouvoir une plus grande ou une moindre quantité de meules.
- 107. La fécondé bobine 0 de cet arbre porte une corde qui va fe rouler fur une autre poulie/?, dont l’axe entraîne plulîeurs meules qq\ fur la troi-fieme poulie r eft encore roulée une corde qui fait mouvoir un arbre avec une ou plufîeurs meules x. Ce que nous avons dit de ce côté de l’attelier, fe répété à peu près de l’autre, & toutes les meules reçoivent leur mouvement de la grande roue dd; ainfi de l’autre côté la même roue dd fait mouvoir les bobines f, k, qui procurent le mouvement aux meules g,h ,i, l ,m. E11 partant de ce même fyftème, on varie la difpofition des poulies & des meules , fuivant les différentes circonftançes. Par exemple, la corde qui entoure la grande roue dd, peut venir fe rouler fur une poulie/, & de là aller en-, core fe rouler fur une fécondé k, & l’on aurait pu ajouter encore des bobine^ au lieu des meules /, m, qui auraient pu faire mouvoir un troifieme rang de meules. Pour entendre plus aifément cette méchanique, il faut jeter les yeux fur le bas de la planche III: nous y avons fait graver fur une plus grande échelle la première bobine ou la roue principale AB, qui porte les deux cordes CG, & qui communique le mouvement aux autres bobines E, D, H, par les cordes F C G ; une de ces fécondés bobines avec les rainures pour recevoir les cordes, eft repréfèntçe en PS, & poupée dans fon diamètre en QJL
- 108. Nous avons auflx repréfenté, dans le bas de cette planche, plus en grandie mouvement de la petite meule de noyer, fig. j de la vignette. En.
- IK, LM, on voit l’affemblage de la meule L M avec l’arbre IK ; & l’on conçoit aifément comment, par cet affemblage fimple, on peut fubftituer une nouvelle meule à une autre ufée. Les parties dp l’arbre de la meule font af-femblées en NO.
- 109. La grande roue ou la première bobine d d, vignette (ou AB, dans le bas de la planche''), a environ deux pieds & demi de diamètre. Les fécondés bobines D & H, au bas de planche, ou//z dans la vignette, ont environ 1 pied 3 pouces de diamètre ; & les troifiemes npk, dans la vignette, 011E au bas de la planche, ont un peu moins de 10 pouces. Ce font là des à-peu-près ; car la dimenfion de ces pièces eft fujette à beaucoup varier: mais on voit aifément, qu’en fuivant çe principe, les bobines fervent, premièrement à accélérer le mouvement des meules , & ce dans le rapport du diamètre de la roue dd à çelui de la bobine, en fuppofant, comme 011 le fait ici, que la
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- corde qui embrafle l’une & l’autre foit croifée; fecondement, par le moyen de ces bobines, il eft clair que l’on communique le mouvement à plulieurs arbres qui peuvent faire tourner chacun plulieurs meules.
- i io. Il y a des meules qui étant neuves ont, ainfi que nous l’avons dit» jufqu’à f pieds 3 ou 4 pouces de diamètre, fur 7,8 à 9 pouces d’épailfeur, 8c l’on s’en fert encore lorfqu’étant ufées, elles n’ont plus que deux pieds de diamètre ou deux pieds & demi.
- ni. Ces meules ont auflï le grain plus ou moins gros; les plus groflieres fervent pour ébaucher, les autres pour perfectionner. Il faut en avoir aulli de plus ou moins dures : les dures fervent pour des ouvrages grolliers ; 011 choilit les tendres pour les lames de couteaux.
- 112. On fait que les meules ou trop dures ou trop tendres auraient un défaut eflentiel ; trop dure, la meule n’aurait point de prife fur l’acier ; trop tendre, la meule s’uferait la première.
- 113. On pratique à toutes un petit filet d’eau qui humedte continuellement la meule, pour tenir lieu de l’auge remplie d’eau , dans laquelle trempe la petite meule des couteliers. Cette eau empêche que la piece que l’on ai-guife, en s’échauffant par le frottement, ne fe détrempe. On fait aufïi couler un autre filet d’eau fur les axes des arbres tournans, pour diminuer les frot-temens. Au - défi us des grandes meules, par exemple en i & v, on place une longue planche qu’on nomme chevalet. Voyez les figures 1 & 2. Il eft difpofé de façon que l’ouvrier étant couché deifus , puilfe préfenter fur la meule la lame qu’il veut aiguifer ou émoudrey8c être e.11 force pour l’appuyer fur cette meule. Les repajjeurs ou émoulèurs font couchés fur le chevalet , fans avoir de couiïinet , & font éloignés d’environ quinze pouces de la meule fur laquelle ils aiguifent. La tète & leur corps jufqu’à la poitrine, débordent le chevalet fur lequel ils, fe foutiennent, & ayant ainfi les bras libres, ils fuivent des yeux l’ouvrage , & y conforment le mouvement de leurs mains ( * ).
- 114. Comme les lames de couteaux font petites. & minces , les émou-
- (*) Soit qu’on fade ou qu’on ne fafTe pas croifer là corde, la viteffe de la bobine, & par conféquent celle de la.meule» eft toujours à celle de la roue d'd, comme le diamètre de celle-ci eft au diamètre de la b.ob'ne ; mais les motifs qui déterminent à croifer la corde , font i°. que par ce moyen elle emb rafle de plus grands arcs fur la.roue & fur 1a- bobine, ce qui affure d’autant plus h. communication du mouvement de l’une
- à l’autre» par un plus grand frottement de la, corde fur leurs circonférences. 20. Que parce même moyen on fait tourner la meule dans un fens oppofé à celui de la roue , ce qui permet à l’aiguifeur de fe placer au-delà de la meule, par rapport à la roue, comme on le voit figure 1, & non entre deux, comme il y ferait obligé, fi la rouer & la bobine tournaient du même fens ; ce qui ferait gênant. & fujet à inconvéniens-
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- leurs font obligés, pour les préfenter fur la meule, de les tenir dans une efpece de pince de bois T, dont je vais donner la defcription. Cette pince eft formée de deux morceaux de bois attachés l’un contre l’autre par le milieu de leur longueur T, X ou Y, au moyen d’une broche rivée à tète à chaque bout, qui eft reçue affez à l’aife dans les trous, pour permettre aux parties 4, ç , de fe rapprocher quand on écarte les parties 6, 7, par le coin V pouffé entre deux.
- 11f. On place une lame S dans la pince au bout 4, f j on met le coin V dans la pince entre les parties 6,75 comme le coin déborde la pince ,rémouleur ferra fortement la lame en frappant la tête du coin fur une pierre qui eft à portée de fa main j s’il veut ôter la lame de la pince, lorfqu’elle eft finie ou lorfqu’il faut la retourner , il frappe de côté la tête du coin fur la même pierre 5 & ayant retiré le coin , la lame s’enleve aifément de la pince. Les couteliers de Paris fe fervent aufli de cette pince pour retenir les lames de couteaux qu’ils fe propofent de repaffer. Mais ils n’ont pas befoin , comme ceux de Saint-Etienne, du fécond uftenfile dont nous allons parler.
- 116. La lame eft ainfi retenue très-folidement 5 mais les meules de Saint-Etienne étant larges & d’un grand diamètre, d’ailleurs ces meules tournant avec rapidité, les ouvriers ne pourraient pas , fans courir de rifque , appuyer fur la lame pour l’émoudre. Pour y parvenir finis danger , les émou-leurs ont à Saint-Etienne un autre morceau de bois Z, plat d’un côté, ereufé en 1 , 1,2, affez pour recevoir la moitié de l’épaifleur de la pince -, de forte que la lame s’appuie fur la partie 1, 1 de ce morceau de bois, laquelle eft plate & 11’eft point creufée. On conçoit qu’au moyen de ce morceau de bois , 1’émouleur peut appuyer des deux mains & fortement la lame fur ces grandes meules fans rifquer de fe blelfer.
- 117. En emportant ce que le forgeron a laide de trop , l’émouleur forme la lame, en appuyant plus d’un côté que de l’autre , & en retournant la main , il fait le tranchant & le dos de la lame. Il change la lame plufieurs fois de côté, pour en travailler fucceffivement les deux furfaces. L’habitude que les ouvriers ont contracftée, fait qu’ils exécutent très-promptement toutes ees opérations.
- il g. Les couteaux de table ou à gaine s’aiguifent de même, avec la fèu'e différence qu’on a formé dans les morceaux de bois ou poignées Z , une rainure pour recevoir la broche ou la foie de ces couteaux le refte de la pince n’offre aucune différence
- • 119. La pince eft deffinée dans les proportions du porte-pince Z, en ü, x & t, petites lettres ; & pour rendre la pince plus vifible dans toutes fes parties , on l’a deffinée plus en grand , en T, X , Y, grandes lettres-
- • Au fortir de la meule , les lames ont pris la forme qu’elles, doivent;
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- avoir : elles font d’une êpaiffeur convenable, le tranchant eft bien formé 5 elles paffent pour lors à d’autres ouvriers pour les polir.
- 121 Les meules à polir 9fig. 3 , ou lespoliffoires, font de bois de noyer, dont le diamètre eft beaucoup plus petit, & l’êpaiffeur de la meule beaucoup moindre que celle de grès. Celui qui polit eft aflis devant la meule ; il commence par effacer ou emporter les traits qu’a fait fur la lame la meule de grès, avec de l’émeri bien broyé & délayé avec un peu d’huile. On en fait une pâte, & 011 en met un peu fur la lame; 011 dégraiffe la lame en la paffant fur la meule , avec de la poudre de charbon de bois blanc. O11 fe fert aufli, pour, polir de mouline ou d écaillés de fer ou d’acier prifes à la forge. Nous avons repréfenté au - bas de la planche 111, en 1 K, L M, N O , l’arrangement de cette meule deftinée à polir , & la méchanique de fou mouvement ; nous en avons déjà expliqué toutes les parties, & l’on a vu qu’il eft fort aifé de changer de meule lorfqu’on le defire, & d’eu fubftituer une autre à celle-ci. L’ouvrier donne le dernier luftre ou poli avec la pierre ponce, ou mieux encore avec de la potée d’étain, fi c’eft un couteau au-deffus du prix des plus communs. Il balance la lame fur la meule pour rendre les deux furfaces un peu convexes.
- 122 Ordinairement les meulieres appartiennent aux fabriquans, ils entretiennent tout ce qui en dépend ; & pour le travail qui fe fait dans cet attelier, ils donnent aux émouleurs,, depuis 6,9 jufqu’à 18 à 20 fols de la grolfe pour les couteaux communs, quelque chofe de plus pour ceux qui font travaillés avec un peu plus de foin ; & pour les couteaux de table ou à gaine, ils. donnent jufqu’à 8 ou 10 fols de la douzaine.
- 123. Les lames étant ainfi travaillées & polies, on les porte à la fabrique pour leur mettre des manches, les monter
- 124. Nous venons de voir l’utilité de ces meules , & avec quelle promptitude elles finiffent l’ouvrage, étant mues rapidement par l’eau. Les meules qui ont un gros grain , emportent de groffes parties de fer , & fuivant qu’011 les choifit plus ou moins rudes , elles donnent aux ouvrages différens degrés de perfection ; mais malheureufement elles ont un inconvénient. La pofition des émouleurs couchés à peu de/diftance & deffus leurs meules, les expofe à être eftropiés ou même à perdre la vie. Il fe trouve dans les meules des fentes imperceptibles, ou, comme difent les ouvriers, des fils ; & comme ces groffes maffes tournent avec rapidité, la force centrifuge eft affez confidéra-ble pour détacher des morceaux de ces pierres qui s’écartent par la tangente avec tant de force , qu’ils brifent & renverfent tout ce qu’ils rencontrent. L’émouleur ou l’émouleufe ( car les' 6mmes font auffi ce métier ) eft par fa pofition plus expofé aux dangers de cet inconvénient qui renverfe le chevalet, le caffe & le brife, bleffe la perfonne qui emout, & plus fouvettt
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- eneore l’écrafe & le tue, fans que l’on ait trouvé de vrais moyens de la mettre à l’abri de ces malheurs trop fréquens, puifqu’il n’y a prefque pas d’années qu’il 11e périffe ainfi quelques aiguifeurs. Les meules qui font fujettes à produire cet événement funefte, ont eu probablement leurs parties ébranlées en les taillant dans la carrière -, elles y ont été fêlées , fans que le commencement de caffure ait été allez apparent pour que l’on ait pu le reconnaître.
- I2f. Quelquefois la meule fe fépare à l’endroit de l’ouverture que l’on y a pratiquée pour recevoir l’axe de fer qui la foutient; mais le plus fouvent les éclats ne gagnent point le centre de la meule , & il s’en détache feulement des portions ou fragmens confidérables. Une meule neuve , la plus ronde & la mieux taillée, y ell expofée plus qu’une vieille, même celle dont quelques endroits plus tendres que d’autres fe feraient creufés , & l’aurait rendue plus difforme & moins ronde. D’ailleurs, quand 011 fait que le moindre ébranlement dans le grès ou la moindre fêlure qui n’eft point apparente, donne lieu en-fuite à une féparation , on attribuera l’éclat des meules , quand 011 s’en fert, à un ébranlement dans la pierre, & à une première défunion produite par la nature , ou par l’ouvrier qui l’a taillée.
- 126. Ces accidens font fréquens , même aux petites meules des couteliers en ouvrages recherchés , qu’un homme meut pendant que le coutelier re-paffe. La différence dans les diamètres des meules dont on fe fert à Saint-Etienne, avec les meules de nos couteliers, doit aufli multiplier dans cette ville les effets malheureux en raifon de la grandeur dans les meules qui leur donnent lieu. L’académie aurait déliré . d’après les récits qui lui ont été faits de ces événemens triftes &>multipliés, pouvoir par quelques moyens les prévenir & eii garantir des hommes toujours précieux à un état, & dont on doit regretter la perte. Voyez le volume.de cette compagnie, année 1762» Hift, pag. 37.
- 127. Un de fes membres, qui en 1762 a été témoin à Strasbourg d’un accident femblablt, “ propofe de choifir des meules plus épaitfes , & d’y mé-„ nager de part & d’autre deux retraites d’un moindre diamètre, fur cha-„ cune defquelles on ferait entrer une frette de fer qui pourrait fe ferrer „ avec des coins ou avec des vis. Ces frettes plus baffes que la circonfé-3, rence de la meule , n’empêcheraient pas fon ufage , & elles mettraient 3, les couteliers à l’abri d’un accident toujours dangereux , & quelquefois „ funefte. „
- 128. Je n’ai point voulu laiffer ignorer au public ce moyen, les couteliers de Paris pouvant en faire ufage : mais je ne puis difîimnier ici qu’il ne peut remédier qu’imparfaitement aux défauts des meules de Saint-Etienne, & ne peuvent prévenir les accidens qu’elles occafionnent, qu’en employant beaucoup de loin. Il ne ferait peut-être pas aifé d’affujettir cette frette de fer , qui
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- lie peut avoir que peu de largeur, fur une grande meule de grès de fept£ huit, à neuf pouces d’épaiffeur} d’ailleurs, la différence d’une meule neùvé qui a environ fept pieds, avec une ufée d’environ trois , exigerait un certaiii nombre de frettes de différens diamètres , en baiffant les retraites:f Si Ton mettait à une meule neuve les frettes fur des retraites à un pied ou deux de fon centre ', on ne préviendrait pas les rifques des fragmens qui fe détacheraient de la meule, & qui produiraient les mêmes maux. Si ces frettes étaient plus aifées à placer fur une auffi grande meule, je confeillerais de n’en mettre qu’aux meules neuves , dans les premiers tems qu’on s’en fert J car ce font celles-là qui éclatent & qui font d’autant plus de mal} qu’étant neuves elles ont un diamètre plus confidérable ,& tournent avec plus de vîteffe. Cette vîteffe, produite par l’arrangement de toute la machine, eft nécef-faire pour agir avec promptitude fur la lame qu’on leur préfente.
- T 29. Comme les meules neuves font plus fujettes à ces événemens , fans que l’on puiflè abfolument croire que la réfiftance de la lame que l’on aiguife y donne lieu ; je fuis furpris (ayant encore à Saint-Etienne à leur difpofi-tion l’eau qui eft le moteur de ces meules ) que les entrepreneurs ne les faffent pas tourner plufieurs jours avant qu’on s’en ferve, & toutes les nuits quand il n’y a perfonne dans l’üfine. Ne fembîerait-il pas que fi la meule venait à fe rompre, on ne ferait pas expofé à en reffentir les effets , & qu’ayant tourné airifi pendant quelque tems, on pourrait plutôt répondre qu’elle ne fe romprait pas enfuite lorfqu’on s’en fervirait pour émoudre.
- CHAPITRE II.
- v.
- Du travail des manches,
- 130. 33e tous les ouvrages qui fortentdes mains des couteliers de Saint-Etienne , le travail des manches eft fans contredit le plus induftrïeux, & celui qui a exigé le plus d’invention. O11 peut remarquer que l’on trouve ordinairement des traits de génie dans les arts qui fabriquent les uftenfiles communs, & qu’on livre à un plus bas prix. C’eft pour lors qu’il faut avoir recours aux inventions fimples, pour épargner la main-d’œuvre & fuppléer ( fouvent par des machines) à ce que feraient des hommes en y employant beaucoup de force & de tems.
- 131. A Paris, les couteliers finiffent leurs manches de couteaux fur l’étau, en y employant différens outils & y mettant beaucoup de tems ; & c’eft, dans cette même ville, un inconvénient qui s’oppofe à la perfe&ion des ouvrages
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- vrages qui Portent des grandes boutiques. Un ouvrier qui a fait la lame, monte le couteau & le conduit au point de perfection où il doit être pour le vendre j au contraire, à Saint-Etienne chaque ouvrier ne fait qu’une feule opération dans un ouvrage, comme nous lavons dit précédemment.
- i?2. À Saint-Etienne, un ouvrier commence & ébauche les manches, tandis qu’un autre emploie un moule pour lui donner la forme j & c’eft ainfi que le couteau pafle par bien des mains avant d’être en état d’entrer en vente.
- 133. Nous avons averti que les couteaux qui fe fabriquaient à Saint-Etienne n’étaient pas tous du même prix 5 que ce prix différait fuivant la matière plus ou moins chere qu’on a employée pour former les manches, & fuivant les attentions qu’on a ajoutées à quelques-uns , & que l’on a refufées aux autres. Entrons dans des détails.
- 134. Entre les couteaux dont la lame fe replie dans le manche, ceux qui fe livrent à meilleur marché (ont les couteaux à manche de bois; il y en a auiïi à manche de corne, mais ils font plus chers. Commençons à parler du travail des manches de bois; il nous reliera peu de chofe à ajouter, eu décrivant les moyens qu’on emploie pour faire les manches avec d’autres ma-tieres moins communes.
- 13 f. On fait ordinairement les manches de ces couteaux communs de bois de hêtre, quelquefois de bois de buis. On emploie encore d’autres bois, mais plus rarement.
- I]6. Le bois de hêtre eft préféré atout autre, parce qu’il 11’eft pas cher, qu’il fe fond aifément, qu’il prend un alfez beau poli, & fuffilànt pour la perfection qu’on veut qu’aient les manches ; enfin le moule dont on fe fert pour les former, leur donne déjà une couleur alfez agréable, que l’on re-leve quelquefois encore par une fécondé opération, comme nous le dirons dans la fuite.
- 137. Lorsque l’on emploie du bois de hêtre pour former les manches de couteaux, 011 commence par couper la bûche en rondelles, ordinairement de fept pouces de long, plus ou moins, fuivant l’efpece de couteau qu’on travaille , fîg. 1 & g de la planche IV. On refend ce billot en plusieurs chevilles, en fuivant toujours le fens des fibres du bois. On ne prend pas de grandes précautions pour exécuter ce travail. On pofe la bille de bois fur un billot, & on la divife en plufieurs parties avec une hache qu’il ferait inutile de décrire ici. Elle eft alfez forte pour réfifter à l’eifort qu’on en exige,/». 1 ou g ; on partage cette bille de bois en plufieurs parties , la divifant de la circonférence au centre. Le milieu de l’arbre, la partie qui fe trouve au centre, eft ïejetée comme inutile. On lait que dans le hêtre la partie immédiatement placée fous l’écorce, eft la meilleure, & celle que l’on travaille plus aifément.
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- Qn donne à. ces parties de bois, partagées un pouce ou un pouce & demi d’épaiifeur : on les nomme chevilles io & il, qui font en plus grand ou en moindre nombre, & qui ont aufli plus ou moins de longueur, fuivant que la groflçur de l’arbre le permet, & fuivant l’elpece de manche qu’on doit en tirer., .-,1 .. .. ; j , : , * . } '• . i: . i _
- > 15 8* Un ouvrier , jûg. z, prend les chevilles;: il en met une fur un billot, & ayeç’fa -hache il, en abat les angles, & commence à lui donner la figure du manche qu’elle doit former. Il lailfe plus ou moins à travailler aù troifieme ouvrier que nous allons voir en ouvrage.
- 139. Çes ouvriers font ordinairement les uns proche des autres, pour qu’ils puilfent aifément fe faire paffer les chevilles.
- , 140*; Celui-ci, fig-3 ou fig. 12 , eft fur un banc à parer. Le banc à parer eft un chevalet, fig. 12 & 14 , foutenu d’un côté fur. un pied , & de l’autre extrémité fur deux autres: il eft horifontal. Sur une extrémité de la table, qui en,fait la bafe.,.on a ajufté.une petite planche perpendiculaire au banc, pu un tafleau a , attaché fur l’épailfeur ou le champ du banc, & fur fon côté gauche, par rapport à la pofition de l’ouvrier qui doit s’en fervir.
- .: .141. lu y A une ouverture faite à cette planche ; elle eft deftinée à retenir l’extrémité d’une plane,_fig. 13 , qui par fa pofition traverfe la largeur du banc, qui peut fe mouvoir librement, cette extrémité étant toujours Retenue dans cette ouverture. :
- 142. L’ouvrier , fig. 3, eft jambe deçà & jambe delà fur ce banc , & conduit la plane, en la tenant par l’autre extrémité que l’on a garnie d’une .poignée, pour la rendre plus commode à manier.
- .. 143.: L’ouvrier conduit cette plane , comme on voit, d’une feule main,
- -& de l’autre il tient la cheville qu’il préfente du côté convenable .pour la .tailler. Il ébauche ainfi le manche avec cet outil, au quel l’ouvrier donne tel mouvement qu’il lui plaît; & lorfqu’il le conduit avec adreffe, en peu de tems fon manche eft ébauché : il lui a donné une forme qui approche beaucoup de celle qu’il doit avoir avant.de le mettre en moule; cependant on .porte les chevilles ébauchées à un autre ouvrier,^. 4, qui eft devant un étau, fig. if, retenu fur une table à la hauteur convenable .pour que l’ouvrier qui s’en fert, travaille debout. Dans cet étau l’ouvrier met une mor-fiache, fig. 16 ; on a donné ce nom à une pince de bois, dans laquelle on pofe fç manche quon veut tailler. Cette mordache eft formée d’une piece de bois mince, partagée fuivant fa longueur. Pour empêcher la mordache de fe joindre dans toute fa longueur , on met entre les deux parties défunies en ;<r, le petit morceau de bois b; & lorfque la piece que l’on veut maintenir.à .l’aide de la mordache eft entre les deux branches c,on les ferre par l’étau .de fer, fig. 1 f : ainfi la mordache fert feulement à maintenir le manche fans
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- ic gâter , & fans qu’il refte des imprefiions fur le bois, comme en ferait l’étau de fer.
- 144. Le manche étant retenu dans cette ferre par le moyen de l’étau de fer, l’ouvrier achevé le manche avec plusieurs écouenes. L’écouene eft une efpece de râpe, pi. Vll^fig. 23 , dont les ftries tranchantes traverfent la largeur de l’outil. Il y en a qui ont leur lame garnie de dents plus ou moins fortes , & qui font plus ou moifts larges. L’ouvrier emploie l’une ou l’autre de ces écouene, fuivant que l’ouvrage eft plus près ou plus éloigné de fa perfection. Au refte, plufieurs efpeces d’ouvriers le fervent des écouenes. • *
- I4f. L’ouvrier perfectionne fon manche avec cet outil, & lui donne une forme qui approche beaucoup de celle qu’il doit prendre dans le moule. Il ne faut pas qu’il lailfe trop de bois, le moule ne pourrait pas le faire prêter alfez pour ôter cet excédent, s’il fe trouvait trop confidérable ; il convient cependant que le manche foit plus gros qu’il ne le faudrait pour entrer aifément dans le moule, afin qu’il emprunte la forme du moule, & qu’il fe prête dans toutes fes parties pour en prendre exactement l’em-préinte. L’habitude lui apprend à en approcher de très - près , fans avoir rien devant les yeux qui puiife lui indiquer ce qu’il doit faire.
- 146. Si un feul ouvrier conduit l’ouvrage depuis la première opération, celle de féparer les chevilles & les tirer de la bille de bois jufqu’à cette derniere que nous venons de décrire, il peut faire deux groifes par jour: 011 lui donne huit fols de la grolfe ; ainfi il gagne feize fols dans là journée.
- 147. On porte les manches ainfi travaillés à un autre endroit chez le fabriquant, pour leur donner la derniere façon qu’ils reçoivent d’une preife & d’un moule, ainfi que nous allons l’expliquer.
- Article prem ier.
- Des moyens de mouler les manches. ,
- 148. Il ferait trop long de donner la derniere forme aux manches de couteaux, en ne fe fervant que des feuls outils dont nous venons de parler. On préféré un moyen moins coûteux , & qui, étant plus expéditif, réduit leur fabrique à une moindre valeur, & s’accorde mieux au prix modique auquel'il faut livrer ces couteaux. On a imaginé des moules & des prelfes qui répondent parfaitement à ces vues d’économie. Par cette invention très-ingénieulè, on réuiîït en peu de tems à donner la derniere main aux manches dont il s’agit. Voyez planche V.
- 149. Le moule dont on fe fert confifte en deux plaques de fer 9fig. 1,2*
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- ail-bas de la flanche, creufées de façon à donner la forme à deux manches à la fois. Dans l’intérieur de chacun des creux, & fur une feule de ces plaques , on grave fouvent en creux le nom du fabriquant. Le nom doit par conféquent fe trouver répété en relief fur un des côtés du manche quia porté dans le même côté du moule.
- ifo. Au milieu d’une de ces plaques, à deux diftances différentes , l’une plus près & l’autre plus éloignée de la partie qui fert de manche au moule, il y a deux petites éminences a a, hautes d’un pouce environ, & précifé-raént de l’épaiffeur de l’autre plaque du moule ; elle font deftinées à entrer dans deux ouvertures faites à l’autre plaque b b, qui doivent les recevoir, & qui font faites aufli de maniéré à recevoir ces deux éminences ; elles affujettiffent & fixent la pofition réciproque des deux plaques, fig. i & 2 , qui forment par leur réunion le moule entier.
- Ifi. Les deux parties c & edes plaques fervent de poignées ou de manches au moule i elles fe trouvent l’une fur l’autre quand les plaques y font aufli, & que le moule contient les manches , pour leur donner la forme qui leur convient.
- 1f 2. Il ferait inutile de dire qu’un fabriquant doit avoir des moules de différentes grandeurs, pour pouvoir mouler des manches pour de petits couteaux , & pour d’autres beaucoup plus grands ; mais les plaques de tous les moules font de la même largeur, pour pouvoir entrer fous les mêmes preffes.
- i y 3. Quelques-uns de ces moules font plus façonnés. Certains portent des filets qui ajoutent un petit ornement aux manches qu’ils font deftinés à former. Rarement ajoute-t-011 cette petite perfection aux moules deftinés ‘à mouler des manches de bois ; premièrement, parce que le bois eft moins fufceptible de fe prêter à cette perfection ; fecondement , parce que ces manches étant ceux que l’on donne à meilleur marché , il faut éviter ce qui pourrait exiger plus d’attention pour bien placer le bois dans le moule, qui peut être comparé à une efpece de cachet qui doit imprimer les ornemens dont nous venons de parler.
- if4. Les moules fe font à Saint-Etienne; c’eft un ouvrage de forge: ils coûtent 8,9, 10 & 12 livres; ces différens prix font réglés fuivant la perfection qu’on leur donne.
- 1 f y. Passons maintenant à la defeription desprejjes deftinées à recevoir les moules garnis des manches.
- if6. Les preffes néceffaires pour ferrer les moules, fe faiiaient autrefois à Saint-Etienne; mais on prétend qu’on ferait embarraffé pour s’en procurer * de nouvelles, fi on voulait augmenter le nombre de celles qui s’y trouvât aujourd’hui. Une preffe pefe 2fo à 300 livres.
- if7. La preffe, fg. 6 & 7, confifte en deux montans de fer h h, de
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- quatre pouces de largeur fur tous les côtés ; l’extrémité inférieure de chacun de ces montans traverfe une table de bois fort épaiffe, & eft retenue en-delTous de cette tablette par un coin a> que l’on fait entrer dans une mortaife i /, pratiquée à l’extrémité de chacun des montans. Voyez fig. 6 & 7, ou Jig. 12 & 13. Les coins aa, qui'portent le long du deifous de la table, maintiennent folidement toute la prelfe fur la table.
- if8. Les deux montans dont nous parlons font réunis l’un à l’autre par une traverfe b qui porte fur le delfus de la table, & qui fert à les joindre. Il y a encore une traverfe fupérieure r, que l’on nomme la boîte ; celle-ci porte un écrou qui reçoit une vis qui traverfe la boîte i entre la première traverfe b & la fécondé traverfe c, il y a une platine mobile d.
- if9. Lorsque l’on tourne la vis qui traverfe l’écrou, elle appuie fur la platine d, & l’oblige de defcendre jufques fur la traverfe inférieure b. Quand 011 delferre la vis, cette platine remonte d’elle-même, parce qu’elle porte un levier e, fig. 7 ou fig. 8, foutenu par un axe qui le traverfe, & qu’à l’extrémité de ce levier il y a un poids /aflez fort pour l’obliger de faire la bafcule & de remonter la platine d à mefure qu’on delferre la vis.
- 160. Ceci eft fait à deffein feulement d’éviter le foin à l’ouvrier de fou-lever la platine d chaque fois qu’il delferre la vis, & qu’il veut mettre un moule fous la platine.
- 161. Voyons comment on fait ufage du moule & de la prelfe. Il s’agit toujours de la façon de mouler les manches de bois ; nous indiquerons en-fuite les petites différences qui fe rencontrent dans le même travail fait avec la corne.
- 162. On fait chauffer le moule à un feu de forge , excité par un foufflet mu à bras. L’ouvrier, fig. 11 * a foin de le retourner fur Je feu > afin que les plaques s’échauffent également j le moule eft pour lors fermé.
- 163. L’ouvrier reconnaît le degré de chaleur qu’il convient de donner au moule, à la fenfation qu’il excite fur la joue, lorfqu’il l’en approche à une certaine diftance. Il ne faut pas qu’en étant éloigné de quatre à cinq pouces, il en occafionne une qui le brûle. Quand il l’a laiifé trop de tems au feu, il faut en perdre encore à le laiifer refroidir.
- 164. Avant de pofer dans le moule le bois, fig. 4 & f, qui doit y prendre fa forme, 011 frotte l’intérieur du moule avec un peu d’huile d’olive, dont on imbibe un morceau de linge.
- ïéf. Lorsqu’on a preffé plufteurs manches de bois, le moule eft fujet à garder du cambouis, ou plutôt une efpece de graifie noire qui s’y attache. On a une broche de bois; & pour la détacher, 011 frotte chaque partie du moule avec des écailles d’acier ou de fer, qui s’élèvent en les forgeant ; 011 pile ces écailles que l’on nomme de la mouline ^ & avec leur fecours on les repolit aifément.
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- 166. Les cendres de charbon tirées de la forge réunifient très-bien, & on fe doute.bien qu’il n’eftpas difficile de s’en procurer pour cet ufage qui' n’en confomme pas beaucoup. On prend un chiffon G, que l’on mouille affez pour qu’il fe faifîlfe d’une certaine quantité de cette poudre E qui s’y attache, & l’on en frotte chaque partie du moule.
- 167. On pofe dans chaque creux les manches de bois, & on les met >fig. 1, t fur la partie du moule qui porte ies deux petites éminences dont nous avons parlé en décrivant le moule. On les place le plus droit qu’il eft poffible, ayant attention de les pofer fuivant la forme que l’on a donnée à ces manches , qui doit approcher de celle du moule.
- 168. Dessus cette première piece du moule, 011 ajufte la fécondé de façon que les deux petites hauffes ou éminences entrent dans les deux ouvertures faites à la contre - partie du moule : nous avons dit qu’elles doivent fervir de repaire & aider à bien placer l’autre portion du moule. Les deux parties du moule ne fe touchent pas ; l’épaiffeur des manches que l’on a placés dans les creux ne le leur permet pas. On pofe le moule ainfi garni fous la preffe, fig. 12 & 15.
- 169. On defferre la vis. Nous avons dit que la platine d remontait fous cette vis à mefure qu’011 la defferrait, & qu’elle laiffait pofer par conféquent le moule fur la traverfe b qui joint ies deux montans de la preffe, & qui porte fur la table. L’ouvrier, en ferrant la vis, oblige pour lors la platine à defcendre,& elle appuie fur le moule.
- 170. L’ouvrier,^. 14, ferre les deux parties du moule en fe fervant premièrement d’une main, fig. 9 , ou manivelle de fer, qu’on appelle la manette. L’extrémité de cette manivelle, qui eft affez forte pour ne pas prêter ou caffer par l’effort qu’on lui fait fupporter , eft contournée vers cet endroit k. Quand la force des bras ne peut plus la faire mouvoir, on l’augmente & on la multiplie à l’aide d’un levier qui a d’autant plus de force qu’il eft plus long, fig. 10 ; celui que l’on emploie ordinairement, a quatre pieds de long. On le fait entrer dans cette partie recourbée k de la manette, & on fait porter fon extrémité le long de la tête de la vis. L’ouvrier, fig. 1 $ , ferre de nouveau la preffe, & laiffe le moule ainfi quelque tems. Pour n’en point perdre, il emploie le moment de relâche à faire chauffer un autre moule, & pofe auffi “fous la preffe celui qui a été à la forge pendant ces dernieres opérations. On,
- fait chauffer ainfi trois fois le même moule, & on examine chaque fois fi le manche a été bien placé. Ce n’eft qu’à la derniere qu’on le retire comme fini, figui-c J. , ' .
- 171. Le manche prend dans ce moule un poli qu’il ferait difficile de lui donner avec des outils , & que l’on ne pourrait obtenir qu’avec bien du travail. Quand on examine un manche forti du moule, il eftaifé de fe con-
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- vaincre que le bois s’y eft attendri, puilque les parties comprimées qui étaient de trop pouf remplir le moule, fe font portées vers les endroits entre les deux platines du moule, où il reliait quelques intervalles, & que \e bois furabondant s eft étendu entreües deux plaques du moule , & y a formé des elpeces de bavures que les ouvriers connaiffent aufli fous ce nom, ou fous celui de côtes.
- 172. Il faut que le moule foit très-chaud pour produire cet effet, pas affez cependant, comme nous en avons averti, pour brûler le bois ; mais le tems que l’on y lailfe les manches à différentes fois, & le violent effort de la preffe, contribuent,fans contredit, à attendrir le bois. Il fe fait ici un amolliffement pareil à peu près à celui que la marmite de Papin fait éprouver aux os.
- 173. Les manches,/g. 3 & f , fortent brûlans du moule. Cependant les ouvriers fouvent ne fe fervent que de leurs mains nues pour les en retirer ; la peau en eft afïez endurcie pour ne fe point appercevoir de cette excef-live chaleur.
- ' 174. Le travail de ceux qui moulent & qui conduifent la preffe, eft très-rude. Cependant, les ouvriers que l’on paie à la grofle, quand ils font forts & vigoureux , & quand ils travaillent afîiduement, ne peuvent gagner au plus que 20 à 24 fols par jour, en les payant, comme c’eft la coutume, à raifon de 8 » 10 ou 12 fols la grode. U11 ouvrier en moule deux groffes & quelquefois plus.
- 17 ç. Le fabriquant doit avoir des moules de différentes formes. Par exemple, les manches des couteaux à deux clous font ordinairement plus longs & plus droits que ceux des couteaux à un clou. Mais en indiquant les moyens de mouler les manches des uns, nous avons enfeigné ceux dont on fe fert pour mouler les autres. Voici les différences qui fe rencontrent dans le travail des manches de corne.
- Article IL Comment l'on façonne 6* Von moule les manches de corne.
- 176. On fait ces manches en employant Vergotde la vache, du boeuf, la corne de la tète de ces animaux,ou, quand on veut faire un ouvrage plus recherché, on prend des cornes de bélier \ c’eft de toutes les cornes la plus chere , & celle qui fait un plus bel ouvrage en manches de couteaux, principalement à ceux de cuifine , tranche - lards de bouchers, &c. On leur reproche feulement de fe déjeter à la chaleur. On s’en fert aufli pour faire des châffes communes de rafoirs.
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- 177. On conçoit aifément qu’il faut réduire l’une ou l’autre de ces cornes en morceaux propres à former les manches de couteaux , en ménageant le plus qu’il eft poifible la corne que l’on emploie. Je ne parlerai ici que des manches faits avec la corne des tètes de béliers , & avec celle de la tèce de bœuf, fans traiter des moyens employés dans le travail des manches faits avec les ergots de ces animaux, parce que l’on pourra aifément faire l’application de ce que nous aurons dit fur le travail des cornes de la tète de ces animaux, à celui de toutes les autres cornes ; encore parce que les feules différences ne confident que dans la façon de tailler ces cornes & de les ouvrir, & que j’efpere traiter au long ce travail, en décrivant l’Art du tabletier, dans l’emploi qu’il fait de la corne & de l’écaille.
- 178. Décrivons premièrement le travail de la corne des tètes de béliers, nous aurons dit les façons d’employer prefque toutes les autres, à quelques petites variétés p-ès dans les premières opérations. Voyez pi. FI.
- 179. On tire les belles cornes de béliers des côtes de Barbarie, par 1a voie de Marfeille. On m’a alfuré qu’on employait à Saint - Etienne pour plus de cinquante mille livres de corne, de bœuf ou de vache, bélier, & ergots. Les cornes de bœufs valent jufqu’à iy livres le quintal, la vache moins ,& l’ergot encore moins 5 mais celles de béliers font les plus cheres, & principalement encore les cornes noires. Les cornes de bœufs font moins belles ; mais aulîi étant plus dures, elles fe déjettent un peu moins facilement que celles de béliers. Les cornes de bœufs fe tirent de Lyon (*).
- igo* La corne de bélier de Barbarie eft beaucoup plus longue & plus groffe que celle des béliers de nos pays ; elle forme aufli plus de révolutions , & eft plus contournée ,fig. y & G. Il s’agit de redrelfer l’une ou l’autre de ces cornes, & de la mettre en état de recevoir la forme qu’on lui donnera dans le moule. Nous ne traiterons pas du choix des cornes, & nous renvoyons à ce qui en eft dit dans l'Art du coutelier
- 181. L’Ouvrier qui taille la corne de la tète du bélier ou qui la découpe, & qu’on nomme par cette raifon le découpeur, eft placé devant une forge dont il allume le feu avec un foufHet à deux vents, qu’il fait mouvoir lui-mème.
- (*) Les couteliers de Saint - Etienne vendent annuellement pour plus de douze îhille livres de rognures ou rapures de cornes ; celle de bélier fe vend jufqu’à fix livres le quintal ; celle de bœuf ou ergot près de cinq livres. On fefert de ces rognures, que l’on appelle Cornaille, pour fumer les vignes du Lyonnais, le bled, chanvre,&c. & c’eft un des meilleurs fumiers ou engrais
- que l’on puifle trouver. Nous ajoutons encore ici qu’à Saint-Etienne on emploie beaucoup de cendre de charbon de terre pour fumer les terres, qui réufllt très-bien pour les bleds & les prairies , fur - tout mêlée avec le fumier de cheval ou de bœuf ; ce qui peut diminuer le prix de l’engrais produit par les rognures de cornes, puifque ce pays en a de plus d’une efpece.
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- pl. VI ,fig. 2. Il pofe la corne fur les charbons de la forge; il la laide quelque tems, & la retourne pour que le feu agilfe fur toutes les parties de la corne également. Il juge de cet état & de celui qui lui convient, par le degré de mollelfe qu’acquiert la corne fuffifamment chauffée, & par le fon que ces morceaux rendent, en les frappant fur une pierre qui eft placée à ce delfein fur le devant de la forge. Il fait toujours agir fon foufflet; car c’eft une partie effentielle que de favoir bien chauffer la corne que l’on deftine à former des manches; la fuperficie de la corne fe brûle & même s’enflamme, les graiifes fe fondent, la corne s’attendrit par cette feule opération, & devient fouple & aifée à travailler. Elle fe prête pour lors à prendre la forme à laquelle on veut qu’elle fe foumette.
- 182. L’ouvrier retire la corne toute enflammée îorfqu’il la juge affes chauffée ,fig. 1. Il la prend avec la main nue ; fa peau eft devenue, par l’ufage qu’il en fait, peu différente, pour la dureté, de la corne qu’il travaille: ainfi la chaleur de cette corne enflammée ‘fait peu d’effet fur elle. Il pofe la corne dans un étau de fer,fig. 1 & 2 , peu éloigné de fa forge, étant fermentent attaché à un pilier de bois qui s’élève perpendiculairement, & dont le haut eft retenu à une poutre ou paffé entre deux folives. Il ferre l’étau, & retient cette corne dans l’étau devant lequel il eft debout. Il coupe la corne en plu-fieurs parties & en plus grand nombre, quand la corne eft grande ; en moindre , quand elle eft petite ; mais il faut que chaque partie foit de la longueur d’un manche ; il les rejette enfuite fur le feu de la forge.
- I8j- Il coupe de même une fécondé corne, puis il travaille les parties de la première corne qu’il a coupée. Il met dans l’étau une partie de cette corne, de faqon que la preffion des mâchoires de l’étau commence à dreffer ce morceau ; il enleve avec une efpece de couteau, fig. 4, à long manche, fait à peu près comme un tranchet de cordonnier, les parties trop brûlées qui font inutiles; il fend le morceau fuivant fa longueur; il ôte un peu de fon épaif-feur fur les bords de la fente ; il le plie dans l’étau, dans le feus de la longueur du morceau de corne; il l’ôte de l’étau, le redreffe dans fes mains, il le trempe dans l’eau, & il le remet tout de fuite dans l’étau pour lui faire confer-ver cette nouvelle forme, en l’y tenant ferré pendant quelque tems dans la. pofition où fes mains l’ont mis. L’ouvrier le place dans l’étau, comme on le devine aifément, dans un feus oppofé à la courbure que la corne avait naturellement, puifqu’il fe propofe de la lui faire perdre.
- 184. Il coupe les extrémités de la corne, celles qui débordent les deux parties de l’étau, parce que les dimenfions de l’étau font celles qui doivent fervir de réglé à la longueur de la corne, celle de l’étau étant relative à celle du manche que la corne doit former. Cet étau doit avoir des mâchoires de
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- f.y 6, on 8 pouces de longueur ; ces dimenfions étant celles des plus longs manches de couteaux communs.
- 135. Enfin , il remet la corne, qu’il a pliée de façon quelle 11e forme plus qu’une épaiffeur,. & il finit par enlever une lame entre les deux côtés quilh joignent, depuis qu’il les a pliées & ferrées l’une contre l’autre.
- 186. On fait que la corne., par la chaleur, devient fouple; que non-feulement elle fe moule aifément, mais que deux morceaux appliqués l’un fur l’autre & fermement preffés, fe foudent au point de ne plus faire qu’un feul morceau & de ne plus permettre qu’ils fe féparent.
- ig7. L’ouvrier jette cette corne, ou ce manche ébauché, dans un vafe qui eft ordinairement une marmite B pleine d’eau, pofée proche l’établi où il. travaille ce n’eft plus qu’une répétition de ce même travail fur tous les morceaux de corne qu’il doit fucceffivement difpofer pour en faire des manches de couteaux. La corne réfie ainfi dans l’eau pendant quelque tems.
- igg-.. On imagine aifément que ce travail, ainfi que tous ceux qui fe font fur les cornes brûlées, ne communique pas à l’endroit oùii'fe fait, une odeur agréable 5 mais c’eft ce à quoi l’ouvrier prête le moins d’attention : on deflinc ordinairement une chambre à ce premier travail.
- 189. La corne ainfi dégroflle n’a pas plus la forme du manche qu’elle doit faire, que ne l’avait la cheville de bois de hêtre quand on l’a coupée du billot dont elle faifait partie. On porte la corne, quand elle eft feche, à un autre, ouvrier chargé de 1 '‘ébaucher.
- 190. Nous avons dit que l’on faifait aufiî des manches de couteaux avec la corne de la tête des bœufs, vaches, &c. Nous n’entrerons que dans les détails qui différencient ce travail de celui des cornes de béliers.
- 191. Nous avons déjà prévenu que cette efpece de corne était plus dure que celle de bélier, & qu’elle était un peu moins fujette à fe voiler. Il y en a de noires, & d’autres noires & blanches, qui réufiiffent à merveilles en manches de couteaux j mais les couteliers de Saint-Etienne mettent celles-ci à part pour les employer, en ouvrages plus recherchés., ou les vendre à d’autres couteliers qui ne travaillent pas en couteaux communs, une de ces cornes valant au moins le prix de douze des autres.
- 192. Lorsque ces cornes font un peu feelies, le noyau offeuxou le cornichon tombe de lui-même, en frappant la corne fur un corps dur. On porte ces cornes & on en met une dans l’étau pour la couper en travers, & Jafcier de la longueur des manches que l’on en veut faire ; ce que l?on. répété fur toutes* les cornes.
- 19^- On chauffe fur les charbons chaque morceau après les avoir un peu enduits d’huile d’olive ; avec la feule différencequ’au lieu de faire agir le fbufilet comme pour travailler les cornes de béliers, ici après avoir allumé
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- ïe Feu avec le foufflet, dès que l’on a placé les morceaux de cornes , on ne le fait plus mouvoir ; car on ne veut point exciter le feu de façon à produire de la flamme qui brûlerait la corne : il faut ici que la chaleur pénétré la corne, & que cela fe falfe en un tems plus long. L’ouvrier eft obligé de fe fervir d’un chiffon pour manier cette corne „ qui eft plus chaude que celle de bélier. Le relie du travail reffemble entièrement à celui qui eft déjà décrit. On porte pour lors ces morceaux de cornes à ceux qui font chargés de commencer à leur donner la forme de manches.
- 194. Cet ouvrier pofe chaque morceau dans un étau de fer; mais auparavant, pour que l’étau ne falfe point d’impreflion fur la corne , il la fait entrer entre les deux parties d’une ferre de bois, que l’on connaît fous le nom de mordachc, qui ne ferre la corne & ne la retient qu’à l’aide de l’étau de fer , dans lequel elle-même eft retenue. Fig. 1 f & 16 , pL IV\ L’ouvrier donne la forme au manche avec Yéconenne, & exécute fur la corne le même travail •que nous avons décrit avec plus de détails en parlant des manches de bois.
- T9J’. Il faut que cet ouvrier ait l’attention de choifir, pour former l’intérieur du manche , la partie de la corne qui a été ployée ; de forte que le côté où les deux parties de la corne fe font rejointes, doit fervir à recevoir la lame du couteau , lorfqu’il fera monté.
- 196. Enfin on moule les manches , pour leur donner précifément la forme qu’ils doivent avoir ; on fait que la corne fe prête plus facilement à recevoir les imprefîîons du moule , que le bois ; ceux qui moulent des tabatières & d’autres ouvrages de cornes , en fourniflent des preuves convaincantes.
- 197. Les moules & les preffes qui fervent pour la corne, font totalement femblables à ces mêmes inftrumens déjà décrits pour mouler le bois. Ces moules portent fouvent plus de moulures que ceux qui doivent fervir pour le bois.
- 198. Pour travailler lacorne, il faut avoir plus de moules que pour mouler le bois, ainll qu’un plus grand nombre de preifes : nous en dirons la raifon.
- 199. Chaque ouvrier a trois preifes & ftx moules , dont il fe fert ainli : il fait chauffer un moule, il éprouve, comme pour le bois, fon degré de chaleur ; il le nettoie avec la mouline ; mais il 11e le frotte point d’huile. Suivant les ouvriers, l’huile donnerait à la corne une couleur qui la gâterait & lui ôterait fon brillant, fa tranfparence. Certaines cornes prennent une couleur noire, agréable, & recherchée de quelques perfonnes ; mais c’eft la nature feule de la corne qui la produit, & cette couleur devient principalement apparente après avoir été expofée au feu. O11 trouve fur cette corne' des veines blanches, preuve que c’eft une differente qualité dans la corne.
- Il n’eftpas aifé de donner l’explication de ce changement de couleur, puif qu’elle ne paraît aulîi vive qu’au fortir du moule.
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- 200. On pofe la corne dans le moule, on met fur cette première partie du moule le fécond côté j on le pofe fous la preife, & on le ferre avec la manette feulement.
- 201. Le même ouvrier, tandis que ce morceau de corne eft fous la preife, arrange d’autres manches dans un fécond moule, qu’il pofe fous une fécondé preife ; il retourne au premier moule & ferre celui-ci avec le levier , qui donnant de la force à l’ouvrier , peut agir davantage fur la corne qu’il comprime. Il la ferre donc, & arrange enfuite un troifieme moule qu’il pofe encore fous une troifieme preife ; il ferre le fécond moule avec le levier. Enfin, il prend le premier moule , arrangé fous la preife , pour le porter entre les pinces d’un étau de fer A & B, où il le retient en ferrant fortement l’étau. Ce moule fe refroidit tandis qu’il ferre le troilîeme, & il revient pour ôter la corne qui a été placée dans le premier moule , & qui y eftreftée alfez de tems pour en avoir pris la forme & s’y être refroidie. Il eft fans doute d’expérience que la corne reprendrait fa première forme, ou au moins qu’elle perdrait une partie de celle qu’elle n’a due qu’au moule , qu’elle fe déformerait û on ne l’y laiffait pas fe refroidir. La corne prend plus aifément la forme du moule que le bois : mais le bois retiré chaud, ne fe déforme point> il con-ferve la forme qui lui a été donnée.
- 202. Nous avons fait remarquer que les manches de bois font faits chacun d’une cheville de bois, tandis que ceux de corne font d’une lame large, mais ployée pour augmenter Ion épaiffeur, qui, fi on la retirait promptement du moule , fe gonflerait, pourrait reprendre fon premier état, & s’ouvrir de nouveau.
- 203. Si l’ouvrier a mal placé la corne dans le moule -, fi le manche n’a pas pris la forme du moule auffi parfaitement qu’il la lui voulait donner ; quand le défaut eft peu confidérable, il peut fe réparer en le plaçant la fécondé fois dans le moule avec plus de foin ; mais fi ce manche eft mal fait, s’il s’eft dérangé en pofant le deffus du moule, ou que le manche ait été mal préparé avant d’y avoir été placé, il y a encore un autre moyen pour ne le pas perdre entièrement j il cherche un moule un peu plus petit* & y place le manche mal fait, qui y reprend pour lors une autre forme : il devient, à la vérité, plus petit qu’il n’aurait été j mais il fert pour un couteau qui ne fera pas de la même force.
- 204. Les autres cornes des ergots & de la tète de bœuf n’offrent, ainfî qu’il a été dit, quelque différence , que dans les moyens employés pour les redreffer.
- 205". Il ne refte plus qu’à èbarber les manches, c’eft-à-dire , à ôter les bavures ou les côtes, & on les enleve dans la mordache & l’étau , avec les écouennes ou râpes convenables pour ce travail, qui eft aifé à imaginer 8c
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- facile à exécuter. C’eft la partie qui regarde celui qui eft chargé de monter les couteaux.
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- CHAPITRE III.
- Moyens employés pour monter les couteaux.
- 206. On appelle monter des couteaux, les moyens qu’on emploie pour joindre les lames aux manches. Toutes les opérations, dans les couteaux dont nous donnons la fabrique, doivent être exécutées promptement.; leur prix ne permet pas qu’on s’attache à y donner de grandes perfe&ions. Il y a cependant de ces couteaux, les plus communs, qui font mieux faits que d’autres, ce qui dépend de l’adreife de certains ouvriers ; mais on ne fepro-pofe point de leur donner aucun ornement.
- 207. On emploie ordinairement encore dans les grandes fabriques , plusieurs ouvriers à monter les couteaux ; & on leur donne un endroit féparé, & affez fpacieux pour que chacun puiife faire une partie de l’ouvrage ians gèher l'es camarades qui font occupés à d’autres opérations : voyez pl. VII. Un de ces ouvriers apporte une certaine quantité de manches & de lames, à peu près d’une grandeur proportionnée les uns aux autres î il ébarbe les manches ; cet ouvrage n’eft pas long. On fe rappellera qu’aux manches de Gorne le côté où elle a été pliée, & qui a été deftiné à recevoir la lame, eft déjà en partie -ouvert ; à ceux de bois , cette partie ne l’eft point. Voici comme on s’y prend pour former fur les manches cette rainure dans laquelle doit, entrer la lame du couteau.
- 208. Il eft néceifaire, premièrement, que le manche foit ouvert fuivant fa longueur, pour que la partie tranchante de la lame puifle y entrer & qu’elle y repofe ; fecondement, il faut que la tête du manche, le bout où doit être attachée la lame , foit fendu d’outre en outre,pour que le talon do la lame attachée à cette partie, & retenue par une goupille ou une broche qui la traverfe , ait le mouvement & la liberté de tourner fur cet axe, & de pouvoir, comme l’on dit, ouvrir ou fermer le couteau.
- 209. On porte les manches à l’étau ; deux ouvriers , fig. 1 , font employés à ce travail. L’un pofe le manche horifontalement & le ferre dans la mordache qui le maintient ftable. Il prend une fcie à main, fig. 6 , dont les dents font ênes, & conjointement avec un fécond ouvrier ils le fcient tout le long de fa longueur, & enfoncent la fcie jufques dans la partie moyenne de la largeur ; ce trait de fcie doit recevoir la lame. Les ouvriers n’ont pas befoin de modèle pour leur indiquer jufqu’où iis doivent faire mordre, la
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- fcie dans le champ du manche qu’ils travaillent. Puifqu’il s’agit de former une ouverture qui doit recevoir la lame, il faut que le feuillet de la fcie faife feulement un trait un peu plus large que la lame n’a d’épaideur, fans l’enfoncer plus qu’il ne faut, pour ne pas lui faire perdre trop de fa force; *& rarement les ouvriers fe trompent-ils, quoique cette opération fe fade en un court efpace de tems fur un grand nombre de manches de couteaux.
- 210. Les ouvriers forment auiîi avec la fcie, à la tète du manche , l’endroit où doit fe loger le talon de la lame a ,fig. 7 & 10 : il ne s’agit, pour ces deux opérations, que de varier la pofition de la fcie. Dans celle-ci, qu’ils forment la première , ils tiennent leur fcie droite,& fcient ainfi le manche dans fon épaiifeur : en changeant la pofition de la fcie & la plaçant horifonta-lement, ils pratagent le manche, ou plutôt forment le trait fuivant fa longueur , laquelle eft uniquement deftinée à recevoir la lame quand on voudra fermer le couteau. Les ouvriers répètent la même manœuvre fur tous les manches deftinés à être montés.
- 211. Quand les manches ont été refendus, ils paflent à d’autres ouvriers qui font aflis devant un établi ; l’occupation de ceux-ci eft de faire le trou qui doit recevoir la goupille.
- 212. Il leur faut un chevalet garni de fon foret & de fon archet ; la meche de ce foret eft foutenue dans des ouvertures pratiquées à un montant qui forme un des côtés de l’établi. O11 peut confulter la fig. 1 f de la pi. FII, où ce foret & la maniéré de le monter font repréfentés plus en grand. aged un des côtés du rebord de l’établi, plus élevé que les autres parties du rebord de la table ; on a fait des ouvertures b à ce montant qui doit recevoir une des extrémités de la meche du foret. On abaiife la partie a qui a un mouvement de charnière en/, on fait entrer la meche du foret d dans le montant c , on place fon autre extrémité en b , & 011 remet en place la partie a f du montant a g ; on pofe une goupille h pour l’empêcher de s’ouvrir. Cette meche du foret deftiné à percer, porte une bobinée, fur laquelle doit fe rouler la corde de l’archet. On arrange l’archet comme on le voit fig. f, & on fait porter l’extrémité pointue d de la meche, à l’endroit du manche où entrera la goupille qui doit traverfer la lame , la retenir au manche en luifervant d’axe. Ce foret diifere de celui qu’emploient ordinairement les couteliers au mènue ufage. .
- 213. Il eft encore nécelfaire que les ouvriers aient fur cette même table un petit tas d’acier propre à river le clou, ou les extrémités de l’axe qui traverfe la lame, fig. f , e,&fig. 11.
- 214. Ces ouvriers doivent avoir à côté d’eux une certaine quantité de' manches & de lames , dont les grandeurs foient proportionnées les unes aux autres; il s’en alfure en pofant Ta lame dans le manche qu’il croit lui être
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- convenable ; il examine l’endroit où répond le trou qu’on a fait à la lame » deftiné à recevoir la goupille ou l’axe de fil-de-fer ; il appuie fur cette partie du manche l’extrémité du foret ou fa lancette , fig. f , à l’endroit où il veut le percer;il fait agir l’archety& fait fur le manche un trou qui le traverfe entièrement.
- 21 f. Le même ouvrier prend un fil-de-fer qu’il a à côté de lui y & qui eft de la grolfeur qui convient au trou qui a été fait à la lame & au manche ; il le fait traverfer le manche & la lame, & le rompt du côté du manche oppofé à celui où il l’a fait entrer. Pour cela, il ne faut que plier le fil en dilférens fens, en le ferrant dans des pinces ou tenailles de fer.
- 216. Ordinairement on fait entrer le fil-de-fer ou la broche du couteau du côté droit, & on le repoulfe ou on le rive du côté gauche.
- 217. On pofe un œil de cuivre ^ ou petite rofette, ou virole , dont l’ouvrier a une certaine quantité g à côté de lui dans une boîte , & dont nous donnerons la fabrique dans un autre lieu ; il pofe cette rofette fur la partie qui déborde le fil-de-fer de l’un & de l’autre côté du manche. Quand le trou qui forme le milieu de la rofette n’eft pas alfez grand , ou qu’il s’eft refermé, l’ouvrier prend un poinçon d’acier qu’il fait entrer d^ns la rofette pour en élargir l’ouverture > l’ouvrier pofe fur ce tas le manche du couteau avec la lame retenue par le fil - de - fer garni des deux rofettes ou viroles , & avec quelques coups de marteau il rive les deux bouts du fil-de-fer. Il y a fur la table ou le delfus du tas, fig. 11, un petit creux deftiné à recevoir l’œil ou la rofette dont on garnit le manche , tandis qu’on frappe fur le côté oppofé. O11 peut s’alfurer des différences qui fe trouvent nécelfaire-ment dans ce travail greffier, avec ce que font les couteliers dans des ouvrages plus recherchés, en coiifultant Y Art du coutelier.
- 21 S. Le tas e,fig. 5* ou fig. 11 , eft retenu à la table qu’il traverfe, par un coin qui entre fous la table dans une mortaife que porte ce tas ,/g. 11,
- 219. L’ouvrier ouvre la lame, il examine où porte l’efpece de tête de clou, dont nous avons parlé, & qui en termine le talon > il fait une coche à cet endroit fur le dos du manche, afin, comme nous l’avons dit, que la lame, étant retenue par cette efpece de tête, foit droite lorfquele couteau eft; ouvert : voilà ce qui regarde les couteaux à un clou, fig. 7 & 8-
- 220. Les couteaux à deux clous exigent encore une autre petite opération ; il faut examiner où l’on doit placer le fécond clou qui doit fervir d’arrêt à la lame : pour cela on ouvre le couteau , on regarde où il faut arrêter le talon de la lame , pour qu’étant ouverte, elle 11e faife qu’une ligne droite avec fon manche ; on perce aufîi avec le foret cet endroit du manche, & au-deifousdu talon de la lame, un trou qui traverfe le manche ; on y paife une fécondé broche de fil-de-fer, qui eft deftinée feulement à recevoir fextrêv
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- mité de ce talon, lorfque le couteau eft ouvert, pour l’empêcher, en tournant davantage, de faire la bafcule. Cette goupille maintient donc la lame dans une pofîtion convenable pour couper, fans empêcher de pouvoir enfermer le tranchant dans le manche lorfqu’on veut ployer le couteau. La goupille eft, comme nous l’avons dit, une invention pour fuppléer à la tète du bouton qui eft à l’extrémité des lames à un clou, & qui, fans exiger beaucoup plus de travail, eft moins fujette à inconvéniens & à blelfer les mains , &c. C’eft une perfe&ion que l’on a ajoutée à la fimplicité des premiers, mais qui oblige d’augmenter le prix des couteaux à deux clous. Voyez a , h' 9 & io.
- 221. Enfin, il ne refte plus qu’à ébarber le manche du couteau à deux clous : on le pofe dans l’étau qui ferre la mordache de bois , dans laquelle on pofe le manche ; on a des râpes à bois, des écouenes de différentes grandeurs, & on s’en fert pour donner un peu plus de propreté au manche , fans y employer beaucoup de tems \ la célérité que l’on doit mettre à ce travail, empêche que l’on n’ajoute autant de perfection qu’il ferait pofîible, fi l’on y prêtait plus d’attention, & fi l’on voulait y donner plus de foin.
- 222. Nous avons dit que l’on faifait encore à Saint-Etienne une efpece de couteaux à deux clous, que nous appelions couteaux de pièces , dont le manche eft de corne noire de bélier, qui fe vendent jufqu’à 30 & 36 livres la groffe.
- 223. Ces manches 11e font point moulés ; l’ouvrier qui découpe les cornes , leur donne la forme du manche fuivant la grandeur du couteau j ceux enfuite qui montent les couteaux, fmiffent les manches.
- 224. L’ouvrier les ébauche avec la râpe & la lime i il feie le manche , pour que la lame puifle y entrer. Il monte la lame fur les manches qu’il achevé & qu’il polit à la main, avec la pierre - ponce & l’huile d’olive. Comme ces couteaux entrent dans la clalfe de ceux moins communs, les moyens reffemblent entièrement à ceux qui font décrits dans 1''Art du coutelier, & nous y renvoyons pour les détails.
- 225-. Nous renvoyons encore pour la fabrique des manches des couteaux à reffort, & de ceux montés en or, y voire, &c. à la defeription complété de l’^rt de la. coutellerie ; nous ne nous propofons ici, comme nous en avons déjà prévenu, que de faire connaître au public des moyens faciles, ingénieux, la plupart particuliers à la ville de Saint-Etienne, pour y travailler les couteaux communs.
- 226. Nous ne répéterons point ici les moyens qu’emploient les ouvriers pour faire les manches de ferpettes & pour les monter ; car on peut aifément faire l’application de ce que nous avons dit en parlant des couteaux, aux ferpettes , foit à un clou , foit à deux clous.
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- 227. On ne «moule pas ordinairement les manches de ferpetfee's; 011 fait même ceux de corne avec lesr outils convenables & aflez grolîîérement. Comme ûn recherche les ferpettes qui tournent le moins dans la main lorf-qu’on s’en fert, on fait fouvent leurs manches de'bois'de cerf, & par cette raifon ces manches font meilleurs que les romta Voyez ce qui eft dit fur le travail de ces manches dans Y Art du coutelier.
- Article f r e m ï e r.
- Des moyens employés pour monter lés couteaux à gaines.
- 228. Nous avons dit que les couteaux à gaines avaient, au prolongement de leurs lames, une pointe ou-queue, qui était deftinée à entrer dans le manche’ dm couteau', & que c’était elle qui l’y maintenait folidèment. .•
- 229. Qn perce le manche avec une efpece de foret ou à'aléfoir taillé eu quarré, garni d’un manche. Ce foret eft placé horifontalement ; on appuie le manche du couteau fur la meche du foret, à peu près comme le repréfente là fig. 2 de la pl. VIL Voyez Y Art du coutelier.
- 230. Lorsque le manche eft percé, on:faitla Virole ; on eflaie la queue du couteau dans le manche, pour s’aifurer il l’ouverture eft proportionnée à la longueur de la queue; on ajoute la virole fur le manche; on remplit le trou qu’on a fait au manche, de poix-réfine mêlée avec un peu de brique pilée , & le tout réduit en poudre ; on fait affez chauffer- la queue de la lame, pour qu’elle puiife fondre le maftic qu’on a mis dans le manche, & le coutelier monte le couteau en plaçant'la queue dans le nlanche.
- 231. On blanchit la lame fur la meule ; le coutelier donne auffi une petite perfection' au manche avec l’écouetie, & le couteau à gaine eft en état d’être vendu.
- 23 2. Les-couteliers^ de Paris , ou ceux qui travaillent en ouvrages plus recherchés',adonnent'aux couteaux beaucoup d’autres perfections, comme on peut s’en affurer <, - en confultant ce qui eft dit dans Y Art du coutelier ; mais comme le prix modique des ouvrages de Saint-Etienne s’y refuferait, les'Ouvriers remettent les' ouvrages-, dans l’état-où nous venons de les conduire, au -manufacturier , pour les arranger par douzaines , & les livrer aux marchands qïitfrqtfailiers. Nous > n’erTtrerons pas-, par conféquent, dans d’autres détails-, puiftjue nous'avons prévenu que nous rie nous prapofions de parler que^de ftaûfaferique des:-couteaux'communs-qui fe livrent à bas prix, & particuliérement'de ceux faits-à Saint - Efcienrie, d’où on les envoie chez les étrangers, à Paris & dans les campagnes, où-il s’en lait un débit confis, dérable.
- Tome XIV\
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- 233. Nous n’avons rien dit de la fabrique'des cifeaux communs que Pou? fait auiïi à Saint-Etienne, & qui, moyennant les moyens expéditifs que l’on, y emploie, fe livrent aufiî à très-bas prix, puifque l’on trouve à Paris de ces cifeaux à 18 fols la douzaine. Nous 11’avons pas parlé non plus delà fabrique des rafoirs ; mais nous croyons que nous n’aurions ici que des applications à faire des moyens que- nous avons détaillés en parlant des couteaux , à ceux dont on fe fert pour faire , dans le même endroit, les rafoirs, les cifeaux & les canifs 5 if fuffit que l’on foit prévenu que les tas en acier dur fervent à mouler ou étamper, & à ajouter prefque tous les ornemens ou façons qui- fe voient fur ces lames ;, que les meulieres les dégrcfliffent, les-poîiifent, & font prefque tout l’ouvrage eu très-peu de tems, & fans une-grande dépenfe ; qu’avec ce fecours, enfin,. les couteliers de Saint-Etienne parviennent à livrer ces ouvrages de coutellerie, peu recherchés, à la vérité , à un prix fi modique , qu’il furprend encore plus ceux qui font inC-fruits- de- toutes les opérations qu’ils, exigent avant de pouvoir être,mis- eu vente.
- r-apisr^1—1 ----r—!-.=t==^
- C B A P I T R E IV»
- Des rofettes-,
- 234-. j^*ous avons dit qu’on garniifait le fîl-de-fer ou la broche qui retient la lamé au manche & qui lui fert d’axe, de deux yeux ou rofettes ;; qu’elles y étaient affujetties par le fil-de-fer qu’on rivait fur les rofettes d’uu côté & de l’autre du manche.
- 23 f. Les couteliers , à Paris , font celles de cuivre ou d’argent avec des emporte-pieces ou rofettiers d’acier, fig. 18, 19 & 22. Ils frappent fur' cet emporte-piece, qui porte fur la lame- de métal qu’on veut découper en ro~ fette, & delfous eft une table de plomb, fig. 21 : c’eft par ce moyen que les couteliers à Paris font la plupart des rofettes qu’ils emploient., fig, 19.&20.,, ou i 9 * & 20 * rpl. VII.
- 236. Ces couteliers font eux-mêmes , ou achètent chez les orfèvres, les rofettes d’or ou d’argent qu’ils emploient à garnir leurs couteaux.
- 237. A Saint-Etienne, les rofettes dont on fe fert pour garnir les couteaux communs, font de cuivre; elles ne fe font pas chez les ouvriers qui travaillent les lames ; mais comme ce petit art tient beaucoup, par l’ufage qu’on fait des rofettes, à celui de la coutellerie, nous ajouterons ici le peu de 0011-nailfance que nous en avons.
- 23 8- Les ouvriers qui fabriquent ces rofettes, achètent des lames, de lai-
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- *on ^ 9 fis.• 14» qu’ils tirent d’Allemagne. Ces lames ont pafle fous des cylindres d?applatifierie : elles font en rouleau, larges de huit à neuf pouces, & ont plus ou moins de longueur. On les acheté au poids.
- 2,39. On porte les lames chez un ou deux ouvriers qui ont le fecret de les percer. O11 croit qu’ils fe fervent (*) d’une efpece de tour pour percer régulièrement cette lame de laiton avec les conditions fuivantes.
- 240. Premièrement , de 11e point emporter les bavures de l’ou-vcr-ture ; il ne faut que pouffer en- dedans les parties de cuivre à l’endroit du trou.
- 241. Secondement, il faut elpacer plus ou moins les trous, fuivant que l’on a deffein de tirer des rofettes plus ou moins grandes; mais il faut qu’ils foient airez proches pour que l’on n’y laiife prefque point de cuivre entre chacun des trous, quand on aura enlevé les rofettes, dont le trop doit former le centre.
- 242. Ces lames de cuivre ainfi percées régulièrement, & avec les foins que nous venons de décrire, les ouvertures étant faites de façon que d’un côté elles foient unies, de l’autre que les bavures foient relevées, les ouvriers qui les- ont données à cet homme, vont les chercher pour en tirer les rofettes. On donne à ces ouvriers pour ce travail un prix modique, qui fulïit à peine à leur procurer le nécelfaire. On pourrait fans doute, ainfi que je l’ai dit, imaginer d’autres machines qui réufiiraient auffibien; mais je doute, fi elles n’étaient pas très-fimples, que Pon pût retirer l’intérêt de l’argent qu’011 y mettrait : d’ailleurs, s’il y avait plus d’ouvriers à Saint-Etienne qui s’adon-; naffent à ce même travail, ils fe nuiraient les uns aux autres, & il ferait difficile qu’ils y puffent trouver un gain fuffifànt pour les faire vivre. Je crois que c’eft cette raifon qui a détourné d’autres perfonnes de s’occuper de ce . même travail
- 245. On arrange une partie de cette feuille fur une planche placée 8c1 retenue perpendiculairement & folidement à une folive de la chambre. Cette feuille eft •maintenue verticalement le long de la planche, avec une traverfe de bois large de deux pouces environ , qui entre dans des mortaifes, & qui, s'appliquant fur le travers de la planche, retient la feuille de cuivre qui eft ferrée entre la traverfe & la planche. L’ouvrier, fig. 5 , pl. Vil, deftiné à former les rofettes & à les tirer de cette plaque, ell affis fur un fiege élevé ; il a un tablier qui eft fort long, & qui s’attache à la planche fous la plaque de cuivre.
- (*) Il me paraît qu’on peut produire grandeur des rofettes qu’on demanderait, le même effet avec un poinçon à deux poin- Par ce moyen on diviferait très - reguliere-tes, ou même à quatre; on auraitplufieurs ment & très-diligemment les trous , & ces de ces poinçons , dont les pointes feraient poinçons ne feraient que d’une bien petite plus ou moins efpacées entr’eltes, félon la dépenfe.
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- 244. Il lui faut encore des meches, des forets plus ou moins forts, fui-vant la grofleurdes rofettes qu’il veut faire. Chacune de ces meches, fig. 12, a trois pointes//’, dont la première, celle qui occupe le milieu qui eft entre' les deux autres, eft plus longue, & les deux autres font tranchantes & plus courtes.
- 24?. Il u un archet & une petite palette pour appuyer l’autre extrémité de la meche contre fa poitrine. L’ouvrier commence à travailler la partie de la feuille qui déborde le delfus de la traverfe dont nous avons parlé ; quand il a tiré de cette partie de la plaque les rofettes qu’elle peut fournir, il remonte au-delfus de la traverfe une nouvelle partie de la feuille, & la travaille de nouveau, d’où il enleve des rofettes de la partie qui eft immédiatement au-de flou s de la traverfe.
- 246. Lorsqu’il y a une aflez grande partie de la feuille au-deflus de la traverfe, pour le gêner en retombant fur l’endroit qu’il travaille , il la roule ou la coupe avec des cifeaux. Les morceaux qui reftent percés 11e font plus propres qu’à refondre 5 ainli il eft indifférent qu’ils fe trouvent eii longs morceaux.
- 247. Pour enlever les rofettes, l’ouvrier pofe la pointe du milieu de la5 meche dans un des trous que nous avons dit avoir été faits à la feuille de cuivre, & en retenant la meche dans cette polition avec la palette qui eft fur fa poitrine, il fait agir l’archet & fépare ainli une rofette. Il porte la meche du foret dans le trou voifin de celui qui a donné une rofette, & ainli de fuite, ce qui demande beaucoup moins de tems pour être fait, qu’il 11e nous a été né-ceflaire d’en employer à le décrire.
- 248. Les rofettes tombent dans le tablier de l’ouvrier, que nous avons dit être aflez long pour former une poche au bas de la feuille de cuivre.
- 249. On conçoit que la pointe du milieu de la meche fert à donner un
- point d’appui à cet outil. Elle porte fur la planche contre laquelle eft la feuille de cuivre, tandis que les deux autres pointes font deftinées à couper le cuivre. Un tour ou deux de la meche & un feul mouvement de l’archet fufft-lent pour couper la rofette. N
- 250. La feuille de cuivre refte donc toute percée de trous beaucoup plus grands qu’ils 11’étaient auparavant, & maintenant il ne refte plus entre chacun, qu’un petit efpace. L’ouvrier a dû faire fon polîîble pour les arranger à des diftances convenables, de façon qu’il refte peu de cuivre entre chaque ouverture5 car ce cuivre qui refte eft une perte pour l’ouvrier, cette feuille percée étant vendue à très-bas prix aux chauderonniers ou fondeurs.
- 251. Quand les yeux ou rofettes font achevées, un enfant les trie; il examine celles qui fe font fendues, qui ne font pas régulières. Si l’ouvrier a pofé la pointe de la ipeche plus proche d’un côté du trou que de l’autre,
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- qu’il n'ait pas choifi fon centre pour la placer, la rofette fera irrégulière, & pour lors elle deviendra inutilej on met celles-là au nombre des rognures avec les feuilles percées. On compte les rofettes quatre par quatre, & oit les arrange par grofles.
- 2f2. On les vend aux couteliers par groffes de Vingt-quatre douzaines, parce que chaque couteau en a deux. Les ébarbures qu’on a produites en fai-îant les trous à la feuille de cuivre, relient encore après que la rofette eft formée , & l’ouvrier a l’attention de pofer ces ébarbures en-deflus, en les faifant traverfer par le fil-de-fer qui forme l’axe du couteau, de façon qu’en frappant fur le fil-de-fer pour les river, on rabat les ébarbures fur le fil-dé-fer, & la rofette eft ainfï maintenue ftable fur cette goupille, que ces ébarbures recouvrent & cachent en partie.
- 2^3. Quoique les couteaux foient expofés à changer de prix, comme la plupart des autres marchandées , fuivant les circonftances des temsj cependant nous avons cru utile de les faire connaître par les différens noms qui leur font donnés à Saint-Etienne en Forez & à Chambon , d’ajouter aulîi le prix du moment où nous écrivons, en indiquant que ces ouvrages varient depuis un tel prix jufqu’à un autre, félon que l’on donne quelques perfections ou quelques attentions à la fabrique de l’une ou de l’autre de ces efpeces de couteaux.
- 2^4. Ces prix nous ont été donnés par le lîeur Laforge, coutelier de Saint-Etienne en Forez, en 1763.
- Noms de différens couteaux, qui fe fabriquent à Saint - Etienne & aux environs, avec leurs prix.
- Les couteaux les plus communs & petits, à manches de bois moulés , appellés dauphines ffambettes , depuis 30 fols jufqu’à 2 liv. & 2 liv. f fols. Les couteaux à manche picoté, à un clou & de buis, la grolfe 3 liv. à 3 liv. 10 fols. A cachet de buis , à un clou , 4 liv. 10 fols. Pointus , manche jaune auffi de buis , y à 6 livres. Canifs, manches droits de buis , 5 à 6 liv. Les grands couteaux forts , qui font propres à tailler la vigne, & que l’on connaît à Saint-Etienne fous le nom de clapots à manche de buis, la groffe 12 liv. Couteaux à fourchettes en buis jaune, iç à 18 liv. Les couteaux à manche de bois de hêtre , appellés foyards dans ce canton , moulés , à lames quarrées ou façon de clapot, félon les grandeurs & qualités , de 4 à 12 liv. Couteaux façon de Montpellier , dauphine ou France, de hêtre , moulés, à un ou deux clous, depuis 3 jufqu’à 12 livres.
- Manches de corne, fuivant les qualités & grandeurs.
- 2$6. Manches en cornes de moutons moulés blancs, les lames façon
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- ^de Montpellier ou dauphine, 7 à 20 liv. Manches de pieds de bœufs moulés, mêmes lames que les précédentes, 6 à if liv. Couteaux à deux clousmanches de cornes de moutons noirs polis, lames pointues , 1 j à 16 liv. Couteaux de Chambon , manches de cornes de bœufs , ni moulés ni polis , les lames pointues, à deux clous , 7 à -20 liv. Couteaux de table j il s’en fait fans mitres, les lames en font toutes d’acier, les manches en bois teint en rouge , ou noirs , ou blancs, à trois clous, 18 jufqu a 24 liv. Couteaux pour bouchers, dont les manches font de buis, la groife 18 à 24 liv. De matelots à virole de fer , manches de bois moulés , lames à foie, pointe rabattue , la groife 27 à 30 liv. Couteaux de table à mitres, manches en bois ou corne de mouton noir & corne d’Irlande, la douzaine depuis 537 liv. Couteaux à virole d’argent, manches en ébene & autres bois des islçs , lames & manches finis, la douzaine depuis 12 jufqu’à 24 liv,
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- A SAINT-ETIENNE.
- AVERTISSEMENT.
- 257- h joins ici les moyens employés à Saint-Etienne pour y faire les baïonnettes de fufil fervant aux troupes. Je préviens cependant que mon delfein n’eft point de .donner la fabrique des armes blanches , qui doit être décrite inceiTamment de façon à ne rien lailfer à delirer ; mais j’ai cru que les baïonnettes ne tenant qu’indireétement aux armes blanches, pouvaient, à la fuite de la partie de Y An du coutelier , dont j’ai parlé , fervir à donner une application de la facilité avec laquelle on travaille le fer & l’acier dans le Forez, & en même tems du grand ulage & de l’avantage confidérable que l’on y tire des meulieres mues par l’eau.
- 2fg. On prend un morceau de fer en barre, fig. i , pl. VI, fécondé divifion de cette planche, que l’on tire de Lyon; on l’applatit à chaud fur une de fes extrémités a>fig. 2, dont on fait une elpece de palette , dans le delfein, en la contournant, d’en faire enfuite un cylindre qui fera la douille de la baïonnette. On lui donne la figure cylindrique a, fig. 3 , & 011 la contourne en la plaçant dans un tas ,fig. 14 & 1 f ; ce tas eft maintenu folidement dans une ouverture faite à ce delfein à l’enclume. L’ouvrier tient le fer d’une main ; il le pofe fur le tas , & frappe de l’autre main avec fon marteau fur le fer chaud , & oblige cette partie plate 8c amincie à prendre la forme du tas. Un fécond ouvrier pofe un boulon de fer ou un mandrin , fig. 11 & 12 , dans la partie a, fig. 2, qui a commencé de prendre dans le tas, fig. 14 & 15- , une figure cylindrique, au lieu de plate qu’elle était auparavant. Le mandrin étant pofé, il la remet fur le tas, il replie les deux côtés de la partie a de la fig. 2, & fait chevaucher une des levres du cylindre fur l’autre, lef-quelles fe recouvrant parviendront à fe fouder, quand on leur aura donné une chaude convenable voici comme il s’y prend pour la fouder.
- M9* Quand les ouvriers foudent de petites parties, ils les bradent pour les réunir, c’eft-à-dire, qu’ils les laupoudrent de laiton fur ies parties qu’ils veulent fouder ; mais ici il fuffit de donner au fer une chaude convenable, appellée fuante y^Ifez vive pour faire entrer les bords de la partie qu’on veut
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- réunir, en un commencement de fufion. Quand le fer eft fuffifamment-chaud, on le retire; on paffe le mandrin dans le cylindre, on le porte far l’enc'ume, & on frappe delîus les parties qu’on veut réunir ; en une chaude le cylindre a ,fig. 3 , eft foudé.
- 260. Quand les ouvriers forgent le fer,.ils mouillent leurs marteaux de tems à autre pour les empêcher de fe détremper, & plutôt encore parce que le fer devient ainft plus uni, les écailles s’en, détachant plus aifémcnt. Les écailles font des parties de fer brûlées à la forge.
- 261. La barre de fer a été prife affez- longue pour pouvoir faire la même opération fur fon autre extrémité ; ils la font chauffer, l’appiatiffent & l’é-largiffent, b, fig. 4, la portent fur le tas,/g. 14 & iç.,& la contournent pour former la douille de la fécondé baïonnette qui enveloppera , comme doit le faire le cylindre a déjà terminé , l’extrémité du canon du fufil ,8c fera.retenue , par une méchanique connue de tout le mondé , par un crochet qui entrera dans une fente pratiquée à la douille de la baïonnette, comme nous le dirons dans un moment. Il forme donc un cylindre creux à l’extrémité de la barre, comme il a fajt à la première, en pofant la-partie ap-platie fur le tas, en la contournant, & il la foude auffi fur le tas,ÿ%. 5 ,ab.
- 262. Il coupe enfuite cette barre à égale diftance de ces deux douilles & dans fa partie moyenne ,fig. 6 ,ab. Cette extrémité qui déborde les cylindres de chacune de ces parties, eft peu conlîdérable ; mais elle fuffit , comme nous l’allons voir-, pour former les lames de baïonnettes, parce qu’elle n’eft deftinée qu’à férvir cPattache kŸétoffe, car c’eft ainft qu’on nomme l’acier que l’on ajoute pour former la-lame.
- 263. Supposons que l’on fe propofé-de former une baïotmete en couteau , car il y en a, fig. 20, à trois quarres; on-fend avec un coin d’acier emmanché dans un morceau de bois, & qui eft-connu fous-le nom de tranche , fig. io, la partie de fer c,fig. 7, qui dépaffe la douille. L’acier qui doit former la lame eft ordinairement une partie1 de vieilles limes ; on la fait rougir, on la difpofe. un peu en coin, on la pk>ie= en-deux,13 , & on joint les deux côtés for l’enclume en frappant, plus fiir-une de ces épaif-feurs pour l’amincir. C’eft ce côté qu’on difpofe de-façon à-pouvoir placer le morceau de fer ,fig. 7, c, que Pon a auffi fendu. Avant dè placer l’acier, on a fait rougir cette partie de fer dans laquelle on doit pofer Geüe d’acier , & on leur donne une chaude fixante pour les fouder enfemble.
- 264. On lait que Pacier fe foude parfaitement avee-le fér, & bien mieux que né le ferait l’acier avec Pacier. Le mélange du fer 8c de l’acier fe dénote très-bien dans l’alliage que les couteliers de Paris font fur la forge, pour former l’étoffe pour lesdajnes.auxquelles ils .mettent toute leur attention. Nous ne répéterons point ici comment ils forgent'la lame dê la -baïonnette fur l’enclume ;
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- dume î on conçoit ailement que l’on s’y prend , à peu de chofe près, de la même maniéré que pour faire une lame de couteau
- 26 s- La lame étant faite, il s’agit de former à fa bafe fur le rétrécilfement qui la fupporte & la joint au cylindre c,fig. 18, un petit ornement e que l’on apperçoit près de la douille deftinée à recevoir le bout du canon du fufil.
- 266. Les ouvriers ont un tas ou hampe >fig. 9 , fur lequel ils pofent la baïonnette, & qui fe met dans une ouverture de l’enclume,où elle eft retenue folidement, & ils ont une autre étampe femblable ,7%. 8 , qu’ils pofent deifus cette partie de la baïonnette, à laquelle ils veulent former une petite boule. Ce fécond tas ,fig. 8, eft retenu dans un morceau de bois , & l’ouvrier peut le promener fur cette partie de la baïonnette, pour qu’il embralfe celle à laquelle il veut donner la forme d’une boule, tandis qu’un autre ouvrier la lui procure en frappant fur l’étampe.
- 267. C’est ici une façon d’étamper. Le tas eft une efpece d''hampe dont l’ouvrier fe fertpour donner promptement la forme àfon fer en le moulant, pour ainfi dire. Ces tas font d’acier ; la partie que l’on moule eft de fer ; elle eft d’autant plus difpofée à prendre la figure de l’acier fur lequel on la force d’entrer, qu’on l’a amollie au feu confidérablement.
- 26$. Il faut tremper de tems en tems le tas , afin qu’il ne perde pas par la chaleur, la dureté qu’on lui a donnée. On conçoit aifément que cette étampe ccîmpofée de deux parties d’acier, eft creufée de façon que ces deux parties re-préfentent une demi-lphere ou une moitié de bouton,&c. On en a de différentes formes, fuivant celle que l’on veut donner au fer qu’on veut mouler.
- 269. On a le foin de retourner le fer dans tous les fens entre les deux étampes, afin qu’il s’y moule également fur toutes fes parties.
- 270. Il s’agit enfuite de tremper la lame j l’ouvrier la fait rougir & la plonge dans l’eau à l’ordinaire ; il la fait revenir, comme nous l’avons dit pour les lames de couteaux. Souvent l’acier 11e demande pas d’être beaucoup recuit, & c’eft ce qui arrive à celui employé en baïonnettes , parce que la lame des baïonnettes étant toujours plus épailfe que celle d’un couteau , elle 11’eft pas fi fujette à fe cafter, & prend aifément la dureté qui eft convenable à cette efpece d’inftrument tranchant.
- 271. On contourne la lame de la baïonnette,/g: 18 5 à l’endroit de ce renflement*, & on lui donne la forme de la fig. 19.
- 272. La baïonnette pour lors eft faite, & il ne s’agit plus que de l’envoyer aux meulieres, pour l’aiguifer & la polir. Elle revient encore chez l’ouvrier, qui fur l’étau & avec la lime, perfectionne l’ouverture de la douille, qui eft deftinée , avec le bouton du canon , à retenir la baïonnette fur le fufil. Il fait aufli avec la lime ces entailles c, fig. 19 & 20, qui fervent à retenir les baïonnettes au canon du fufil qu’enveloppe la partie cylindrique b, fig. 19,
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- qui y eftaffujettie folidement au moyen de ce petit bouton attaché au canon qui entre dans l’entaille de ce cylindre, & va fe loger dans le retour d de cette entaille pratiquée au cylindre dont nous parlons fig. 19.
- 275. Il la blanchit en la limant, &la polit avec du grès dans les endroits où la meule n’a pu porter, & finit par fe fervir d’émeri, quand il convient de lui donner un poli plus parfait.
- 274. Quand on fe propofe de former une baïonnette à trois quarres , on ajoute le morceau d’acier, en terme d’ouvrier Yacérure, au morceau de fer qui déborde la douille. On le forge comme nous l’avons dit, à la différence qu’au lieu de finir lu lame ,fig. 18, fur l’enclume avec le marteau , on a un tas, fig. 16 & 17, fur lequel on la place quand on lui a donné fa longueur, & fur lequel, en frappant fur la lame , 011 lui fait prendre la forme des trois quarres que l’on veut lui donner. Ce tas eft repréfenté vu de côté , fig. 16 , Sc vu en face, fig. 17.
- 275". Pour ne point entrer ici dans plus de détails fur les proportion» que l’on doit donner aux baïonnettes pour fufils de grenadiers , je vais, joindre à ce que j’ai dit, la partie du réglement envoyé à la manufacture d’armes , concernant cette fabrique.
- 276. La lame à trois quarres ou pans, fera de la même étoffe que les lames cl’épées, c’eft-à-dire d’acier, & aura treize pouces de longueur, nom compris la continuation du coude, qui aura un pouce, jufqu’au retour qui va joindre la douille -, ce qui fera quatorze pouces de longueur.
- 277. Le pan en-dedans de ladite lame, du côté de la douille, fera large de douze lignes par le haut, & les deux autres pans de fept lignes & demie » en diminuant vers la pointe : les trois pans feront évidés.
- 278. Là douille & le coude feront d’un bon fer s obfervant que le coude , qui doit avoir cinq lignes de diamètre , foit foudé à la lame avec une grande attention, parce que c’eft l’endroit où il fe fait le plus d’effort. Le coude s’éloignera de la douille de feize lignes, cette mefure de feize lignes prife du centre de la tige du coude au centre de la douille. Il faut auffi avoir attention que la baïonnette foit parallèle à la prolongation du canon.
- 279. La douille aura trois pouces de longueur 5 elle fera bien foudée & forée en-dedans, & ajuftée fur un mandrin de neuf bonnes lignes de dia-mettre ; la couliffe ouverte de trois lignes, aura feize lignes jufqu’au haut de fon retour ; & le haut de ce retour, qui fera à angle droit fur la couliffe 9 tiendra un quart de circonférence.
- 2go. On obfervera, autant qu’il fera poffible, que l’épaiffeur du fer foit égale autour de la douille. .
- 281, L’empattement que porte le coude fur la douille, fera prolongé Jufqu’à la couliffe par un trait de lime un peu en ovale,
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- 282. Les lames des baïonnettes feront trempées & aiguifées fur la meule, comme les lames d’épées.
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche I.
- ]L<a vignette de la planche I repréfente une ujine deftinée à réduire l’acier en lames minces. C’eft un martinet ou gros marteau , que l’eau fait mouvoir. Nous n’entrerons pas ici dans des détails , nous étant fervis de ces figures , & les ayant expliquées en parlant des différens travaux des ouvriers qui ré-duifent en lames les barreaux d’acier.
- La figure i fait chauffer l’acier à un feu de forge.
- La fig. 2 Vétire fous le marteau de la machine.
- La fig. ^ rabat chaque lame où il eft refté quelques endroits trop épais.
- Le bas de la planche repréfente en a un barreau d’acier.
- b, b, £,/>, un ballot enveloppé de toile & cordé, qui contient des barreaux d’acier, tel qu’il arrive de Rives, en Dauphiné i c’eft à Lyon qu’on s’en fournit pour Saint - Etienne & Saint-Chaumont, à moins qu’on 11e le tire en droiture.
- c, d, <?, l’enclume de celui qui travaille au marteau 8c à la main les lames déjà amincies par le gros marteau. Cette enclume n’a rien de particulier. O11 y ajoute quelquefois une ouverture d qui eft plus rétrécie en o ; elle reqoit une tranche forte , deftinée à couper les lames , quand leur longueur pour-» rait gêner pour le tranfportj elle eft deftinée en plan en de.
- /, f, une lame d’acier.
- g, h, i, kfl, les fourgons , pinces, tenailles, &c. néceffaires poitr attifer le feu de la forge, ou pour tenir l’acier que l’on veut chauffer 5 ou celui qui a fa chaleur convenable, quand on veut le travailler.
- Planche II.
- La vignette offre un ouvrier qui forge une lame de couteau.
- Figure j. Son enclume E aune bigorne, & une ouverture D, deftinée à recevoir différens tas ou cifeaux : on voit en A un cifeau qui, placé en D, fervira à couper la lame de couteau, & à la féparer du refte de l’acier.
- La fig. 2 eft celle qui fait mouvoir le fouffletj fouvent c’eft une femme qui tire la vache C.
- B, un tas de charbon de terre.
- F, une auge qui contient de l’eau, & qui fert à différens ufages à celui qui forge. " G g g ij
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- Dans le bas de la planche, fig. i ,une lame de couteau forgée, mais tenant encore à la lame d’acier.
- Fig. 2, cette lame de couteau coupée.
- Fig. 3 , on a commencé à faire à cette lame le talon.
- Fig. 4, ce talon a eft redrelfé.
- Fig. f , on lui a formé en b une efpece de tête de clou.
- Fig. 6, on l’a percé en c pour recevoir la goupille ou l’axe, à l’aide duquel la lame tournera fur le manche, s’ouvrira & fe fermera. Quand le couteau fera ouvert, la tète b s’arrêtant fur le manche, le maintiendra fiable & ferme.
- • E'lo' 1 > c’eft Ie poinçon c qui fert à imprimer la marque du fabriquant, fî l’on veut, Eujlache Dubois : b eft le plan de ce poinçon.
- Fig. g, le poinçon qui fert à percer la lame, à faire le trou c que l’on voit fig. 6.
- Fig. 9, une lame d’un couteau à deux clous. La lame eft ponétuée comme fl elle était fur le tas, pour voir comment elle y prend la forme qu’il convient de lui donner.
- Fig. i o, cette même lame, avec l’ouverture b qui étant traverfée par l’axe ou la goupille , permettra le mouvement à la lame fur le manche: le prolongement a portant fur le fécond clou, fervira d’arrêt à la lame.
- Fig. 11 , cifeau ou tranche repréfentée plus en grand que dans la vignette où nous en avons parlé en A ,fig. i.
- Fig. i l*, le même cifeau vu d’un autre profil.
- Fig. 12, le tas de la fig. 9, vu dans un autre fens, avec les lettres a,b,c9 correfpondantes à la fig. 10.
- Fig. 13 , le même tas vu en plan.
- Fig. 14 & 15 , le tas deftiné à faire la tête de clou, que l’on voit en b, fig. s & 6.
- Fig. 16, un couteau à un clou, dont la lame eft ouverte, & dont l’extrémité b faite en tête de clou, porte fur le manche, & y eft retenue.
- Fig. 17, le même couteau fermé : on voit en a cette tête de clou qui fou-vent écorche, déchire les habits, & par là offre quelques inconvéniens.
- Fig. ig, un couteau à deux clous ouvert ; on a poncftué l’extrémité de la lame du couteau qui eft dans le manche, pour que l’on vit en a la goupille fur laquelle tourne la lame; en b, fon prolongement qui, appuyant fur le fécond clou, tient cette lame folide.
- Fig. 19, le même couteau à deux clous fermé.
- Fig. 20 3 une lame de ferpette forgée.
- Fig. 21, le talon commencé.
- Fig, 22 j ce talon élevé & prêt à y faire la tête de clou.
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- Fig. 23 j la lame avec la tête de clou, & percée.
- Fig. 24, une ferpette emmanchée & ouverte.
- Fig. 25 , la ferpette dans fon manche, & fermée.
- Fig. 26, une lame de couteau à gaine avec la queue cb qui doit la tenir an manche.
- Fig. 27, ce couteau à gaine avec fon manche.
- Fig. 28, le couteau à gaine, dans fa gaine.
- Planche III.
- La vignette reprélente le lieu où l’on émout les couteaux, ou les meulieres ; car c’eft ainfi qu’on nomme l’endroit où font de grandes meules deftinées à émoudre ou repafjer les couteaux.
- Nous fommes encore ‘entrés dans affez de détails, en décrivant cette utile machine, pour nous difpenfer de répéter ici ce que nous en avons dit.
- La fig. 1 & 2 émout ou repalfe des lames de couteaux.
- La fig. 3 polit les lames fur une meule de bois de noyer. L’ouvrier en a de rechange à côté de lui. • ' 1 ' •
- Dans le bâte de la planche, dn -à repréfeiité plus en grand le mouvement communiqué par la première poulie ou bobine qui tient à l’arbre dé la roue à aube, & comment cette poulie fait agir d’autres poulies qui font mouvoir les meules. ! 1
- A B, la première poulie ; elle porte fur fa circonférence deux entailles qui reçoivent les cordes croifées.' ’ '
- ‘D’un côté & de l’autre font une ou.deux autres poulies D , E, H: fi l’on veut communiquer le mouvementà plus dè poulies fon fait fur la première plufieurs rainures repréfentées en P ou en Q_R, bù une de ces poulies eft deflinée coupée dans un de fes diamètres.
- IK, LM, NO, l’ajuftement de la meule de bois de noyer. Comme on change fouvent ces petites meules, il faut pouvoir lès démonter aifément. IK, L M offre la meule démontée, & N O la repréfente en place.
- On a gravé fur une autre échelle, pour rendre plus intelligible, la pince qui fert à l’ouvrier pour tenir fur la meule la lame de couteau, fans rifquer de fe bleffer. " ' ;
- On voit cette pince en T,X, Y; mais nous l’avons deflinée en plus petites proportions, & conformément à l’autre porte-pince Z en t x.
- La lame 3 eft retenue dans la pince t, x, à l’aide du coin u, qui palfant entre les deux ferres de bois, les contraint de s’approcher de maniéré qu’elles., retiennent la lame.
- truand la lame eft maintenue fans lui permettre de mouvement, comme
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- M.R'T V U \CO\JIT E LtI ER.
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- on le voit en on met cette.pince dans l’entaille^ou la partie creufe i~, 2, du porte-pince Z, de façon que la lame du couteau porte fur la partie 1 de cet outil. Ce porte-pince eft tenu fur la meule par rémouleur , & il appuie avec hprcedeffas, ren faifant, porter la lame fur la meule fans craindre de fe bleifer.
- P L A N i C , H E IV*.
- Cette planche, offre les détails des premiers travaux que l’on fait fur les manches. La fig. 1 coupe un billot de bois de/hêtre, déjà fcié de longueur convenable j elle le partage en chevilles,
- La fig. 2 commence à leur donner avec une hache la forme d’un manche.
- La fig. 3 , afîis fur un banc ou fellette, donne à ces chevilles, avec .une plane ou pleine, à peu près la figure qu’elles doivent avoir pour former des manches de couteaux.
- La fig. 4 met ces manches dans une mordache, & les tient ainfi,dans un étau de fer, dont il ferre les mâchoires j il les finit, autant qu’il eft convenable, avec des limes à bois & des écouenes. Vi
- On a repréfenté, fig. 8,9,io&n,la façon de féparer le bois de hêtre & de réduire ce bois en chevilles propres à devenir des manches.
- Fig. 12, le banc oufellette k tailler les manches\ on voit en a la palette percée, qui fert à recevoir l’extrémité de la plane.
- Fig. 13 , la plane à une feule maiiii l’autre partie a entre, comme nous l’avons dit, dans l’ouverture de la palette a , fig. 12.
- Fig. 14, ce banc deffiné en plan, avec la plane a mife en place. ,
- Fig. if , l’étau que l’on affujettit, d’une façqn ou d’une autre, à la table, comme 011 le voit dans la vignette, fig.4.^ ^
- Fig. 16, la mordache. pour empêcher les deux branches ou lames de la mordache de fe joindre en' c, 011 met en a le petit taffeau b. Cette mordache porte le manche, & on le ferre dans la mordache à l’aide de l’étau de fer 5 par ce moyen on ne gâte pas le mapche, de bois tendre.
- P L * A KÙ G H 'E ,.Vt. •:
- - ' ' -y t 1 j y f ............. '
- La vignette offre le lieu deftiné à mouler les manches de couteaux.
- Dans le bas delà planchercm a repréfenté ,'fig^i & 2, un moule ouvert.
- On voit en a a deux hauffes ou tenons qui entrent, le moule étant fermé, dans les parties creufes b b de la fig. 2.
- Fig. 3,4 & f , des manches plus ou moins façonnés 9 tels qu’ils fortent fouvent des moules, avec des bavures.
- Fig. 6 5 une preffe vue en face.
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- h h, les deux montans qui traverfent par leurs extrémités inférieures la tabteî & pour les y affujettir, ils portent des ouvertures ii, dans lefquelles on fait entrer les coins a a.
- b , la traverfe qui porte fur l’établi j c, celle qui porte l’écrou ; d^ traverfe qui monte ou haiffe à mefure que la vis monte ou defeend j elle eft repré-fentée Séparément ,fig. 8.
- Lu fig'? eft la même prelfe vue de côté. On y voit la table lll\ & un montant hi de la prelfe, retenu par le coin a5 en-delfus de la table, la traverfe immobile h, celle mobile d, à mefure que la vis monte ou bailfe. On voit la méchanique du mouvement de cette traverfe dans cette même figure 5 elle eft foutenue .par un levier e, qui a fon point d’appui en g. Le poids /tend à faire monter la traverfe d à mefure qu’on deiferre la vis.
- Fig. 8 î cette même traverfe ou platine d eft delîinée féparément ; e, le levier ; g, fon point d’appui î /, le poids qui tend à la faire monter , en lui faifant faire, la bafcule.
- Fig. 9, la manivelle ou manette : k, le coude dans lequel entre le levier, fig 10.
- Fig. io, le levier au moyen duquel on agit avec plus de force pour ferrer la prelfe, & faire tourner la manette, fig. 9.
- La fig. 11 de la vignette fait chauffer les moules à un feu de forge.
- La fig. iz les met en. prelfe, & ferre la vis de la prelfe, premièrement avec la manette.
- La fig. 13 , pour agir avec plus de force, emploie un levier plus long pour ferrer la prelfe. Ce levier fe nommede brutal', ii le palfe dans le crochet de la manette, & .l’appuie fur le quarré de cette manette. On a vu la manivelle, fig. 9 ; & le levier ou brutal, fig. 10.
- On voit en E, G, un chilfon avec lequefon prend de la mouline deftinée à dégrailfer le moule.
- De ce même côté, il y a des étaux A, B, dont on fe. fert pour tenir les moules qui ont donné la forme à... des manches de corne > il faut que .çes manches relient bien plus long-tems ferrés dans le moule, ou ils fe défor* nieraient. ' ’ : .
- : • l ! r-r - 7 •• • ' . : .
- P L * A N Ci H E r VI. ;
- . Là planche Fl repréfente le lieu où l’on taille la corne pour en faire des manches de couteaux. .. . ! . ' . ,
- La fig. 1 taille & coupe de longueur,la< corne ; qu’a fait griller la fig. 2, à un feu de-forge. A méfure que la. figdis a coupé da. corne de la longueur qu’il convient, elle la jette dans la càffeB remplie d’equ. :
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- A RT D U C O U TEZ 1ER.
- La fig. 2 allume le feu de fa forge avec le foufflet D; elle fait griller la corne & la fecoue fur une pierre C, mife fur le devant de la forge.
- Le bas de la planche, dans la premire divifiori, repréfente, fig. 3 , l-étau où l’on rogne la corne; ordinairement les mâchoires de l’étau font de la-largeur d’un manche de couteau. Ainfî on coupe les parties a a qui débordent ces mâchoires.
- Fig. 4, le couteau à rogner la corne ; il reffemble un peu à un tranchet de cordonnier.
- Fig. f & 6, des cornes de bélier ; fig. f , celles de Barbarie plus contournées & plus fortes que celles des béliers de nos provinces.
- La fécondé divifîon du bas de la planche eft relative au travail des baïonnettes.
- Fig. 1 , morceau de fer que l’on emploie à faire deux baïonnettes.
- Fig. 2, on l’applatit fur une de fes extrémités a.
- Fig. 3 , on forme un cylindre de cette partie a.
- Fig. 4, on réduit l’autre extrémité b de la fig. 3 , à une moindre épaifleur.
- Fig. f , elle eft ici mife en cylindre, ainfî qu’on l’a fait fur l’autre partie.
- Fig. 6, on divife la fig. 5, & on la fépare dans l’entre-deux de ces cylindres j comme on le voit ici, & fig. 6, a & b.
- Fig* 7 5 ou fend la partie c du morceau de fer eb, & on y foude la piece d’acier a, qui doit fervir à former la lame de la baïonnette.
- Fig. g , c’eft le tas ou 1 etampe dont on fe fert pour faire promptement la pomme e des fig. 18 5 19 & 20.
- Fig. 9, cette fécondé partie du même tas eft retenue dans la mortaife faite à l’enclume, & on pofe fur celle-ci la contre-partie, fig. 8* En a on voit le plan du tas , fig. 9.
- Fig. 10, a, cifeau ou tranche emmanchée, dont on fe fert pour fendre la partie c de fer de la fig. 7, & y fouder l’acier a de cette même figure.
- Fig. 11, les mandrins fur lefqueîs on contourne le fer, pour lui faire prendre la figure cylindrique, comme nous l’avons expliqué pour les figures 3,4, 7, &c. «
- Fig. 12, autre mandrin.
- Fig. 13 , l’acier pour former Vacêrure de la lame de la baïonnette ; c’eft ordinairement une vieille lima que l’on plie au feu.
- Fig. 14, le tas fur lequel on pofe le fer lorfque l’on veut lui donner la forme cylindrique; on le frappe fur ce tas, & on pofe le mandrin en-dedans pour rabattre les deux levres du cylindre avant de les fouder.
- Fig. 1 y, le même tas ou etampe vue de côté!
- Fig. 16, autre étampe pour mouler, pour ainfî dire, les lames de baïonnettes à trois quarres. !
- Fig. 17, le même tas vu en-dedus. Fig.
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- Fig. ig, la baïonnette ; a, la lame; b, la douille; c, l’échancrure qui la retient au fulil ; e, Pelpece de pomme qui joint la lame.
- Fig. 19, la même baïonnette contournée comme elle doit l’être pour ne point gêner le corps du fufil lorfqu’on tire avec la baïonnette : les mêmes lettres répondent aux mêmes objets delà figure 18.
- Fig. 20, une baïonnette à trois quarres ; les lettres font auffi correfpon-dantes aux fig. ig & 19.
- Planche VII.
- La planche VII explique comment l’on monte les couteaux, c’eft-à-dire, la façon d’ajufter la lame fur fon manche.
- La figure 1 forme fur le manche de bois la place de la lame , où elle fe loge quand elle eft enfermée dans le manche. Deux ouviers fe fervent d’une fcie à main pour cette opération.
- La figure 2 perce fur le manche le trou dans lequel doit entrer l’axe de la lame qui la retient au manche. Cette même table eft repréfentée en plan, fig. -ç. On voit fur cette table le tas à river les rofettes.
- Fig. 3. Ouvrier qui tire du feuillet de cuivre les rofettes dont 011 garnit les manches de couteaux.
- Fig. 4, dans Le bas de La planche. Le feuillet de cuivre b , alfujetti fur une planche & retenu par une traverfe de bois a a.
- Fig. f , le plan de la table qui fert d’établi à l’ouvrier fig. 2 de la vignette. On y voit le plan du foret qui fert à percer le manche de bois : en h, un des montans que traverfe la meche du foret : i, l’autre montant que l’on voit en af, fig. if.
- Fig. C, la fcie à main.
- Fig. 7,8, 9 & 10, des manches de couteaux. Fig. 7, en a on voit l’entaille où doit repofer la tète de clou de la lame. Fig. 8 , cette entaille & le manche percé pour recevoir l’axe.
- Fig. 9 , manche de couteau à deux clous. Fig. 10, ce même manche avec l’ouverture qui doit fervir de retraite à la lame.
- Fig. 11 , tas que l’on place fur l’établi fig. 5 , & que l’on retient en-delfous de l’établi par le coin d, qui entre dans l’ouverture e de ce tas. On voit le plan de ce tas en e ; il fert à river l’axe en retenant les viroles ou rofettes que l’on voit en g ; on appelle auffi VmL cette rofette.
- Fig. 12, meches du foret; la pointe du milieu eft plus longue que les deux autres ; & ce font les deux plus courtes qui détachent la rofette de la feuille de cuivre fig. 3 , tandis que celle du milieu fert feulement de point d’appui au foret.
- Tome XIV\
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- Fig, i $ , des lames de cuivre, d’argent, ou d’autre métal, qu’emploient les couteliers de Paris pour faire leurs rofettes.
- Fig. 14 , le feuillet de cuivre b de la fig. 4.
- Fig. 15 , profil du foret à percer les manches , dont nous avons parla fig. f : a f, \e montant qui s’ouvre en f; b b, différentes hauteurs où l’on peut placer la meche du foret : /z, petite fiche qui empêche ce montant de s’ouvrir : a c, la bobine de la meche : z/, pointe de la meche : e% fécond montant que traverfe auffi la meche du foret.
- Figy 16, la meche de ce foret.
- Fin de l'Art du Coutelier.
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- AVANT-PROPOS.
- j^LVANT de détailler eet art & les fuivans , il paraît indifpenfable de faire mention des objets pour lefquels ils fe font formés.
- L’homme au commencement, contraint de labourer la terre pour en tirer Ion principal aliment, s’étant trouvé d’ailleurs avoir plus de defirs que dè moyens de les exécuter, a lieureufement découvert celui d’apprivoifer cer! tains animaux beaucoup plus forts que lui, & de les alfocier à fes travaux; tels font 1 éléphant, le chameau , le cheval, le bœuf, le buffle, l’âne, la renne. Parmi ces quadrupèdes domeftiques , répandus dans les diverfes parties de la terre, les uns fe font trouvés propres à porter des fardeaux , d’autres à tirer la charrue & les voitures chargées, & enfin plufieurs également capables de porter & de tirer.
- L' éléphant ^ habitant de l’Afie, le plus grand des animaux à quatre pieds \ porte des charges très - pelantes ; le chameau de l’Afrique, & dans l’Afie le dromadaire, autre efpecede chameau, font moins grands & proportionnellement moins forts ; le cheval, animal courageux & de grande reifource, qui fe trouve prefque par-tout, excepté au fond du nord , eft capable non - feulement de porter hommes & fardeaux , comme les précédens, mlais encore de les tirer , pourvu qu’ils foient proportionnés à fa force, qui, à la vérité, eft bien inférieure aux deux premiers, mais bien plus liante.
- : Le bœuf, & en quelques contrées de l’Europe le buffle, autre efpecede bœuf, animaux très-lents, dont la force eft principalement dans le col, ne font propres qu’au tirage. Vâne eft très - fort peur fa petite taille, il perte & tire : on a tenté de réunir par la génération fa'Vigueur avec celle du cheval 4
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- & on y a réuffi ; de forte que de l’accouplement de la jument avec l’âne, du de l’ânelTe avec le cheval, il provient un mulet, animal domeftique plus grade! & plus fort que l’âne, mais incapable d’engendrer. Lejutnart, autre animal métif, provenant du taureau & de l’ânelTe, ne fait que porter > mais quoique pfetit, il eft très-fort : il ne peut, comme le mulet, fe perpétuer. Quant à la renne de Laponie, c’eft une efpece de cerf, habitant le fond du nordtil ne\ l'aurait tirer que des légers fardeaux, ne porte point.
- Pour fe fervir de tous ces animaux fuivant leurs facultés , il a fallu, à l’égard de ceux qui portent, attacher folidement les charges fur leur dos, en obfer-vant en même tems l’équilibre néceflaire au foulagement de l’animal, &pour les bêtes de tirage, lier celles qui y font propres , foit aux inftrumens d’agriculture, foit aux voitures dans lefquelles fe tranfpottent toutes' elpecës de denrées & de marchandifes. Ce détail eft du reifort du bourrelier-bâtièr , & compofe la partie de fon art la plus étendue.
- L’homme a voulu profiter pour lui-même, des avantages que lui offrent ces animaux, & a imaginé, pour fe faire porter fur le dos principalement du cheval, une efpece de fiege au moyen duquel étant commodément aflis, il le conduit pù il veut fans fe fatiguer ; de plus, afin de fe fervir auffi utilement des arn-' maux qui tirent, il a conftruit des voitures à fon ufage particulier, accompagnées de toutes fortes de commodités. C’eft dans ces deux points que confifte l’art du fellier : mais une voiture ne faurait fervir, fi elle n’eft arrêtée & fufpendue dans la place qu’elle doit occuper, & fi les animaux deftinés à la tirer ne font, revêtus des liens qui doivent les y attacher ; ce qui a donné lieu à plufieurs bourreliers de fe livrer uniquement à cette derniere entreprife.
- L’unique voiture des Français des deux fexes, jufqu’au régné de Charles VT, était le dos du cheval ou du mulet ; les rois, reines, princes, fujets, en un mot, tous n’en connaiffaient point d’autre. Sous Charles VI parurent les litières portées par deux chevaux : elles étaient découvertes & ne fervaient qu’aux dames de la cour. Sur la fin du régné de François premier, les coches où chars parurent j l’ufage en venait d’Italie: il n’y en eut alors que deux en France, l’un pour la reine, l’autre pour Diane, fille naturelle de Henri II j &en 15*88 , fous Henri III, il n’y en avait qu’un dans Paris, qui était celui du premier préfident. Ils fe multiplièrent enfuite, mais en petite quantité, jufques vers la fin de la ligue, fous Henri IV , tems auquel les ayant changés de forme en quelques points, ils changèrent auffi de nom, & furent appelles carrojjes. (*) Les premiers étaient fufpendus avec des cordes ou des courroies j on y montait avec une échelle 'de fer. Le refte de leur defeription manque j mais il eft certain qu’ils étaient bien differens de ceux d’à préfent.
- ( * ) 11 y a toute apparence que le terme de carroffe eft dérivé du latin currus ou car» r as, qui lignifient une/uzr, & qu’iUn eft l'augmentatif, ç’eft-à-dire, un grand char.
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- Les bourreliers ont été érigés en corps de maîtrife , fous le régné de Charles VI, en 1403. Ce roi leur donna des ftatuts qui furent renouvelles en 15-78 , fous Henri III ; puis fous Louis XIV, en 166f ; & fous Louis XV, en 1734. Leurs titres font bourrdiers-bâturs-hongruurs. (
- Ils feront doiîieres , avaloires, brides , tètieres , chaînes , mancelles , anneaux de cuir, traits , reculemens, &c. rênes & longes de cuir de Hongrie , chaînettes, courroies, faulfes foupentes de marche-pied, fourreaux de fou-pente, couvertures de cuir, de toile, &c. follettes de limonier, tout le har-nois de tirage, bâts , panneaux, féaux de cuir pour les incendies , enjolivures de toute étoife , licols , filets, caveifons , coutres de charrue , langes.
- Les felliers ont leurs ftatuts fous Henri III, en 1577, confirmés en fous Henri IV, & en 1678 fous Louis XIV ; mais comme la plupart des ouvrages nommés dans leurs anciens ftatuts ne fubfiftent plus, ils ont été auto-rifés à changer leurs liftes, en exprimant à la place des pièces anciennes, les modernes qui leur font dévolues : leurs titres font felliers, lormurs , (**) carrojflîers.
- Us feront Celles de toute efpece pour chevaux, haquenées, mulets, &c. caveflines , caveifons , bridons, filets, maftigadours , lunettes , mors , étriers, banderolles de timbales & leurs couvertures, banderolles de guidons , étendards, porte - moufquets , carabines , harnois de Celle couverts : ils feront litières t leurs Celles & harnois à bras & bricoles ; coches , chars, chariots , carroifes, calèches garnies, bas de fiege de cocher, trouifequins, étuis, chars triom-phans, chariots de pompe funebre, la grande couverture pendante, garniture de cercueil, caparaçons, crinières : ils couvriront tous harnois, foupentes, chaînettes, courroies, coullinets de trouife , malles, porte - manteaux, couifi-nets de pofte & leurs valifons , poches de cheval, couffinets, couvertures pour les chevaux , caparaçons , bats français & leurs courroies, fourreaux de piftolets , chaperons , bourfes , faux fourreaux & garniture d’iceux , bouffes, garnitures de chaifes, placets , fourreaux d’arquebufe & leurs bourfes , fourreaux de rondaehes, cafques, heaumes, épieux d’arbalêtre& enjolivures.
- Dans la defcription de ces arts , ainfi quel de tous ceux où les ouvriers.' peuvent faire tant de chofes., fifodi entreprenait de détailler & d’expliquer jufqu’à la derniere, le ledteur, au lieu d’acquérir de nouvelles connaiflances, fe, trouverait très-fouvent fatigué par la répétition des mêmes manœuvres : c’eft donc de ces manœuvres qu’il eft queftion de l’inftruire, & non de les lui répéter. Ainfi on s’e.ft attaché à décrire les pièces les plus compofées de celles que chaque art exécute aéluellement, & qui mettent l’ouvrier en état , en fuivant les mêmes principes , non - feulement de réuifir fur toutes les autres pièces dont
- (*) Us s’appellent hongrieurs , parce ouvrier en petits ouvrages de fer, comme qu’ils ont le droit'd’apprêter pour- leur clous , anneaux , &c. Il paraît par ce titre, ufage le cuir de Hongrie. que les felliers peuvent les forger pour leur
- (f*) Lormkr eft en vieux mot qui fignifie ufage.
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- il eft fait mention dans les ftatuts, mais encore à l’égard de ce qui pourrait fe préfenter de nouveau à chacun dans fon art.
- On divifera l’art du .bourrelier en deux frétions : la première , qui commencera au fécond chapitre, contiendra le bourrelier-bâtier : la fécondé , ,1e bourrelier- carroffier , qui fera.fuivi de l’art du fellier, précédé de l’arçonnier ; fur quoi il faut favoir que la manufadture des arçons eft abfolument de L’art des felliers, & qu’ainfi s’il y a des arçonniers , c’eft que les ielliers lailfent faire leurs arçons de felles à des ouvriers qui travaillent le bois : ce qu’ils leur ont permis d’autant plus volontiers , que ce travail eft étranger au relie de leur art, qui s’approche beaucoup plus de'celui du tapiffier. _ ^
- On a obligation de la connailfance de ces(arts à plufieurs habiles ouvriers & maitres. On a été inftruit pour le bourrelier-bâtier, chez M. Enfroy, rué. des folfés S. Bernard , par lui-même, & par M. Agron , fon ancien & premier garçon ; par M. Regnier, maître bourrelier - carroffier , rue S. Thomas, près: la place S. Michel, pour tout ce qui regarde fon art. L’art du fellier a été didé par M. B.egly, demeurant rue du Sépulcre ; & pour l’arçonnier, on s’eft adrelféjfur. fa réputation J.àM.,Coulier,rue de Verfailles, près la rue S. Victor.-.
- — „
- __p 4*- — -r- L’ART DU BOURRELIER. * .... ' *
- , 1 ; J - : — | t ^ C M A P I. T R E " si R E M, I E' R. ' rrë-»<8l*
- ; 'Inftr unie fis, outils matériaux 'des bourreliers, en général} ' ; :
- -i. ]Le corps des bourreliers n’était qu’un , avant que les voitures pour là commodité des hommes' eulfent paru en France; mais comme le travail', ࣠raifom de ces voitures, devenait plus:délicat & exigeait une manœuvre-parti-culieiuqui s’éloignaitbeâucoup de là-manière ancienne-, & pouvait oécüpêr uîT homme tout entier , plufieurs-maîtres s’y adonnèrent uniquement:, ce qui les feparàbh deux branches; & c’eft pour les diftingUer-entr’eux ;> que ceux qui continuent'leur travaiLprimitif, confervent le nom de bourreliers -bâtiers; & que les autres font appellés bourrdiers-carroffiers. Tls fe fervent tous , en général, à peu près des mëmes inftrumens, plus forts pour les bourreliers de gros hatndis , plus fins pour ceux de harn'ois de carrolfe. Les premiers en on# cependant quelq ues-uns qui leur font néceifaires , & les derniers quelques autres dont les premiers .né te fervent point; Onies diftinguera tous ici, ^ en cotant éa. lettres romaines, ceux qui font.communs à tous les deux; les lettres italiques,-
- . -i 11, !.. .indiqueront
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- indiqueront ceux des bourreliers-bâtiers ; & les chiffres, ceux des bourreîiers-carroiïiers, Ceux qui font fans chiffres, font communs à plulieurs autres arts. Voici la lifte générale , qui fera fui vie de l’explication.
- À A , le bat-à-bourre. A , la pince de bois. B , le marteau. G , le couteau-à-pied. D , la fèrpette. E, E *, la rênette. F , G, le grand & petit emporte - piece, H, l’alêne à brédir. I, l’alêne à coudre, a, la forme, a a, le coin, b b, le maillet. ce, la fauffe verge, d d, le faux garrot, b, la verge à enverger. c, l’aiguille à réguiller. d, le paffe-corde. e, le ferre-point./*, la broche à piquer, ee, le fer à bâtier. g g, l’aiguille à bâtier. % , le ferre-attache. 3 , le poinqon. 4, le formoir. j,g, le tire-bourre. 6, h, le rembourroir. L’épée. Le tire-pied. La manicle ou gant royal. Le rondin ou rondinet. La malfe de fer. Le billot. L’étau. Plulieurs fortes de clous.
- 3. A, A , le bat-à-bourre eft un inftrument commun aux deux bourreliers, comme aux felliers, &c. Il eft compofé de planches pofées horizontalement, de fix à fîx pieds & demi de long, & large de trois pieds plus ou moins. A un des bouts de ce plancher eft attachée une traverfe^, percée de huit trous pendant deux empans ; on arrête dans ces trous huit petites cordes de fix pieds de long, qu’on attache enfuite par l’autre bout à une fécondé traverfe b, qui 110 tient pas au plancher : au milieu de celle-ci on fait entrer un manche de bois c , de deux pieds de long ou environ. Ces cordes font attachées également dif-tantes l’une de l’autre. Le nom de cette machine défigne fon ulàge ; car elle eft faite pour battre de la bourre. Voici comme on s’en fert. On commence, après avoir mis la bourre fur le plancher, par prendre deux baguettes,avec lefqueiles, fe mettant à genoux, on bat cette bourre pour la dégroftir \ en-fuite prenant le manche du bat-à-bourre, & tendant les cordes , on en frappe la bourre jufqu’à ce qu’elle foit entièrement divifée & légère.
- 4. A, la pince de bois, fert aux deux: elle eft compofée de deux pièces de bois ; la plus longue a a, de trois pieds huit pouces de long & cinq pouces de large par un bout, allant toujours en diminuant jufqu’à l’autre bout qui fera celui d’en-bas; on l’évuide à plat, commençant à un pied neuf pouces du bas , en lui donnant une forme un peu courbée : cette mâchoire eft immobile. L’autre piece eft une pareille mâchoire Æ, qui tient à charnière de boise, où la première commence à fe courber. Ces deux mâchoires fermées 11e fe touchent qu’au haut de leur largeur : celle-ci s’ouvre & fe ferme fur la première. Quand l’ouvrier veut s’en fervir , il la fait paifer par-deifous la cuiife droite en biais jufqu’à terre , appuyant fa mâchoire immobile fur la cuiife gauche ; il place enfuite les peaux qu’il veut coudre enfemble , entre les deux mâchoires, & il les contient en appuyant la cuiife droite fur la mâchoire mobile} alors il fe met à coudre en perçant les deux peaux avec l’alêne : puis pa(Tant dans le trou les deux aiguilles en feus contraire fi c’eft un bourrelier - bâtier,
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- ou les deux foies fi c’eft un bourrelier-carrofiier ou un fellier iltire'l’aiv guillée qui les fuit jufqu’à ce que le point foit ferré. '
- B , eft la fo-rme du marteau des- bourreliers - felfiers , &c. -C, le couteau à pied : il fert aux deux , ainfi qu’aux felliersÿ aux cordonniers, &c. pour couper le cuir.* •' ? 1 • >
- D , la ferpette : les deux bourreliers s’en ' fervent à couper le cuir en long &. en venant à foi, comme le couteau à pied, en avançant.
- E, la rènette fert aux deux à foire des traces fur le courroies , en entamant la. fuperficie du cuir ; celle marquée E eft fimple : elle appartient au bourrelier-bâtier> E * eft à bôuhle branche, c’eft celle du bourrelier-ear-rofiîerJ , ,
- F , le grand, G le petit emporte-pieces. ils fervent aux deux à'foire les. trous aux courroies pour y palier des ardillons des boucles.
- H, l’alène à brédir fort aux deux à percer les- fentes au travers defquelles* ils patfent la laniere de cuir avec laquelle ils brédilfent.
- I, l’alène à coudre fort aux deux à percer les trous pour-les-coutures a
- joindre des bourreliers-bâtiérs ,. & pour les côutures piquées: des bourreliers-carrolliers.- -fo: i .- t. r
- . à, la forme ne fert qu’aux bourreliers - bâtiers : elle eft compofée de-deux gros morceaux de bois d’orme de trois pieds de haut chacun, coupé plat fur fon épaiifour du haut en bas, ainfi qu’à fa furfoce fupérieure, où il a fix pouces de large; ils s’élargiifent enfuiteen tous fon s dans leur longueur jüfqu’en bas, où ils ont treize pouces d’épaiifeur : le dos de chacun eft arrondi* différemment : l’un en fe rétréeilfant par les côtés , fo termine en portion, de cercle; c’eft celui coté u: l’autre, coté x , fe rétréciiiant davantage*, forme une arête un peu arrondie. On fo fort de cet inftrument pour mettre, les colliers en forme, comme il fera expliqué ci-après. Pour cet effet on approche lesfuperfides plates l’une de l’autre ; on foit entrer le collier par-deffur la forme ainfi difpofée ; & à l’aide du coin a a, qu’on foit entrer entre - deux à grands coups du maillet b b , on l’oblige à s’étendre & à fe former : la-fouffe* vergecfoy qui eft de cuir', laquelleffe met à un bouddu collier, & le faux-garrot d d, rde bois , aident encore à cette opération. - i:
- b b, la verge à en-verger fort aux mêmes; c’eft une tringle de fer d’environ quatre pieds & demi de long ayant un bouton à un de fes bouts , & l’autre bout applati & un peu éch-ancré à fon extrémité : elle fort à pouffer la paille dans h verge du collier.
- r c , l’aigulle à réguiller ne fert qu’aux précédens : elle eft un peu re-côurbée , & fort à foire les grands points de ficelle qui rapprochent la tête du collier. - j
- < d, fo palfe-côrde fort aux mêmes à enfiler-la ficelle pour la palier où. on veut qu’elle traverfe.
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- e, le Terre-point fert aux mêmes à prendre & entortiller la ficelle pour avoir plus de force à en ferrer les points : il eft de bois.
- /, la broche à piquer fert aux mêmes pour faire tenir & incorporer, pour ainfi dire, la bourre dans la paille, quand on en met par-deffus un cmpaillement.
- e e, le fer à bâtier fert aux mêmes : il eft pointu par un bout, plat & quarrd par l’autre : il fert à rembourrer les bâts de mulet.
- . g g, l’aiguille à bâtier fert aux mêmes à paffer la ficelle au travers de la rembourrure des bâts de mulet.
- 2 , le ferre-attache ne fert qu’aux bourreliers-carroflîers à ferrer leurs bré« diffures & attaches de cuir : il eft de bois.
- 5 , le poinçon ne fert qu’aux mêmes pour monter & démonter les voitures.
- 4 , le formoir de même : il eft de fer garni au bout d’une petite roulette fur l’épailfeur.
- f, g , le tire-bourre : il fert aux deux j mais quoique fon ufage foit le même pour chacun , le tire - bourre f des carrolfiers & le tire - bourre g des bâtiers font de forme différente ; celui des carrofîiers eft contourné en S , & celui des bâtiers eft plus long , tout droit & recourbé feulement par le bout. Leur ufage eft de retirer la bourre des endroits d’où on veut l’ôter.
- 6, h, le rembourroir fert aux deux: il eft dans le cas du précédent pour la forme & pour la matière ; car celui des carroffiers 6, eft de bois un peu contourné, & celui des bâtiers eft de fer, tout droit, applati, échancré par îe bout, & emmanché : ils fervent tous deux à pouffer & enfoncer la bourre.
- y. On a jugé qu’il était inutile de donner les figures des inftrumens fui-vans , trop connus pour les décrire ici : on renvoie à lA’rt du cordonnier pour ie tire-pied & la manicle :_on dira feulement que le tire-pied ne fert qu’aux bâtiers ; que la manicle, moins large que celle des cordonniers , fert aux deux , & qu’ils l’appellent le gant royal, pour l’ennoblir par le terme. L'épée n’eft autre chofe qu’un bout d’épée d’un pied de long, emmanché dans un manche de bois ordinaire : elle ne fert qu’aux bâtiers , principalement à percer la verge pour y paffer les boutons. Le rondinet eft un bout de manche à balai, long d’un pied , qui fert aux bâtiers à poulfer la bourre daqs le collier 8c à la battre par-deffus pour l’arranger. Le billot fert aux mêmes à battre & corroyer le cuir avec la maffe de fer ; l’étau à tirer le cuir, pour l’aionger. Les mêmes fe fervent de plufieurs fortes de clous , entr’autres de broquettes, de clcus de quatre, d’un pouce & demi de long -, de clous de fix , de deux pouces > de clous à lattes, &c. *
- 1 6. Les deux bourreliers ont toujours au milieu delà boutique une tabî» -quarrée d’environ deux pieds de large, entourée d’uù rebord de quatre doigts de haut : iîsr la nomment le vïilloir, parce qu’elle leur fert toute l’année. Ils
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- fe placent fur des tabourets autour du veilloir pour travailler, & mettent def^ fus les outils dont ils ont befoin » à mefure qu’ils s’en font fervis. On vena dans la fuite des chapitres mettre tous ces. outils en œuvre.
- 7. Matériaux. Les matériaux que les bourreliers.en général emploient font les cuirs, les peaux tannées, les peaux palfées en poil, la toile , la bourre de. bœuf >de veau & celle de mouton qu’ils nomment bourre blanche; le crin , la laine en écheveau de toutes couleurs, le fil gros , la ficelle en deux brins, le fil blanc. Si dé couleur, la paille de feigle.
- g. Le cuir de Hongrie eft du cuir de bœuf préparé en blanc : il s’en fait aufli de cheval, mais bien inférieur en bouté ; il eft même défendu aux bourreliers-carroiliers par leurs ftatuts, de s’en fervir en foûpentes. Le cuir de Hongrie ne fe débite qu’en demi-peaux;, qu’on nomme bandes. , On appelle cuir £ Allemagne j le cuir de. vache préparé .comme le précèdent. Le cuir d’Angleterre eft de bœuf ou de vache, apprêté en couleur fauve : il eft à grain ou lifté. Le euir de bœuf noir lifte. Le cuir marroquiné de vache , veau; mouton, & le marroquin. La peau de mouton tannée ou bafane jaune. La peau de mouton blanche. La peau ou toifon de tnouton... La peau de cochon tannée. La peau de eaftor tannée, La peau de veau de blereau , de.fauglierven.poil. Voyey le Tan-* mur }le Corroyeur, le Mégiffier ,Je Marroqidnkr x & le Ckamoifeur , par M. de ht Landede laça déni ie. des fçie 1,1 ces. • ;
- PRE M I E R É S ECTION.
- V U BOURRELIER - BAT 1ER.
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- C H A P I T R‘ E LI. f f ’ y;
- De là coupe du cttïr; il tes mefures f ies coutures, les nœuds & les ouvrages , - t eu général du bourrelier -bâtier. . • ’ .
- 9. 30an& eet art 5 on ne (aurait donner de réglés certaines pour la coupe du cuir ; on dira feulement que le dos de ranimai eft toujours le plus, fort, quoique le. côté du veutre foit quelquefois plus épais-î du refte. on examinera la peau, & on verra ce qu’on peut en tirer du fort & du faible, fuivant Jes pièces qu’on doit exécuter , afin que le tout puiife fervir, foit à une ciiôfe ?
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- {bit à une autre. Cette connaiflance eft dans le cas de celles qui s’acquierenfc plutôt par la pratique que par la théorie.
- 10. Les bourreliers ne mefurent que par empans pour les longueurs , & par travers de doigt pour les largeurs. Un empan cft huit pouces de long : ils s'accoutument a (aire avec la main étendue la valeur d’un empan , en mettant le pouce eu-arriere & les doigts en-avant, jufqu’à ce que depuis le pouce jufqu’au bout du iécoud doigt ainli étendus , il le trouve huit pouces ou environ s & pour continuer cette marche , ils apportent le pouce où était le fécond doigt, & ainli de fuite en avançant jufqu’à la fin de la mefure. Ils ne s’aifujettident pas , comme on voit, à la précilion géométrique , de laquelle leurs ouvrages n’ont pas un befoin abfolu ; cependant l’habitude fait qu’ils ne s’en éloignent guere.
- 11. Four aifembler toutes les pièces d’un harnois quelconque, afin de le rendre complet & prêt a fervir, il faut d’abord tailler tous les cuirs, pour enfuite les lier l’un à l’autre par diderens points de couture, ou par des nœuds & des attaches de diverfes façons , fuivant les places & l’effet que chaque efpece de Heu doit produire. Or comme toutes ces manœuvres font partie de la conllrudion des harnois , & qu’on répétera plufieurs fois leurs noms dans l’explication qui vafuivre, il vaut mieux, afin de retrouver plus aifé-ment leurs defcriptions & procédés , les tranfporter dans ce chapitre , que de les répandre à mefure dans le courant du difcours.
- 12. Les bourreliers-bâtiers fe fervent d’aiguilles ,& jamais de'foie de fanglier ; ils différent en cela de leurs confrères les bourreliers - carrolïiers , qui n’emploient pour leurs coutures que des foies de fanglier au lieu d’aiguilles , comme on le verra ; on réferve alors la maniéré dont ils s’y prennent pour lier ces foies à leurs aiguillées , quand on les traitera à la fuite de ceux-ci. Tous les deux fe fervent de fil gros i mais les bâtiers l’enfilent dans de véritables aiguilles , ou dans des carrelets. Outre le fil gros , ils emploient encore de la ficelle plus ou moins grolfe , mais toujours cordée en deux brins : ils eoufenc aufli avec de la laniere de vache & de mouton blanc ou rouge ; c’eft ce qu’ils appellent de la couture.
- 13. Ils éfilochent leur fil gros& leurs ficelles par les bouts, & leur font faire la-pointe pour les enfiler dans les aiguilles : ils les poiffent, ou ils s’en fervent fans les poilfer, fuivant les cas.- Lorfqu’ils veulent poiffèr, fi c’eff: du fil gros , après en avoir alfemblé plus ou moins de brins fuivant la groifeur de l’aiguillée qu’ils veulent faire, & en avoir éfiloché & retordu les deux bouts fur le genou, ils prennent de la poix noire , & tendant le fil au crochet, ils l’en frottent d’un bout à l’autre , ajoutant à mefure un peu de fuif qu’ils pren-nenfcau bout du doigt pour rendre cet enduit plus coulant, ils poilfent la ficelle (le la même maniéré. A l’égard des lanières , qu’ils nomment de la couture %\ h-
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- en taillent les bouts en pointe alongée, laquelle leur tient/lieu d’aiguille pouf traverfer les trous qu’ils font avec l’alêne.
- 14. Ils ont plufieurs fortes de coutures, les unes ordinaires i, comme à furjet, à point devant, &c. & d’autres qui leur font plus particulières, comme celle qu’ils nomment couture à joindre , la même que leurs confrères les bourreliers - carrofîiers appellent couture piquée , & femblables , à quelques petites différences près , aux coutures que les cordonniers nomment coutures lacées. L’aiguillée de ceux - ci étant enfilée , comme on a déjà dit, dans une aiguille à chaque bout, ils commencent par s’armer du gant royal, & pofànt les deux cuirs qu’ils veulent joindre fous la pince, ils paffent d’abord la moitié de l’aiguillée au travers le premier trou d’alêne > puis ayant percé un fécond trou plus ou moins près du premier, ils y font palfer toujours l’aiguille à main droite la première , & la gauche en-deçà : ils continuent de même jufqu’à la fin de la couture, en ferrant chaque point. Cette couture leur fert à joindre enfemble deux cuirs le long de leurs bords. Lorfqu’ils veulent joindre1 avec une feule aiguille , la palfant fucceffivement dans les trous de l’alêne,1 ils nomment cette couture une couture à demi - jonction.
- 1 f. La brédiffure eft une autre efpece de couture qui ne fe fait jamais qii’a-' vec de la laniere de cuir ; elle eft deftinée à contenir dans l’efpece d’anneau de cuir qu’elle occafionne , une boucle , un anneau de fer , un cuir traverfant, &c. On commence par plier le bout du cuir autour de ce qu’on veut qu’il contienne ; car la brédiffure ne fe fait jamais qu’aux bouts des cuirs du fens de leur largeur; on les y replie fur eux-mêmes ; le cuir redoublé, on perce les deux doubles avec l’alêne à brédir , puis 011 paffe de la couture dans la fente : on continue toujours ainfi. La laniere ou couture, en allant d’un trou à-l’autre , doit tourner l’épaiffeur des deux cuirs en-dehors. La brédiffure-ne, paffe guere le nombre de quatre points de chaque côté. On finit ordinaire! ment par un point fupérieur dans le milieu des cuirs ; & quand les deux derniers points qui fe regardent font fuffifamment éloignés l’un de l’autre, on met fouvent un point quarré dans l’intervalle. Cette b.rédiffure fe fait de-deux façons. L’une eft la brédiffure ordinaire ; l’autre eft celle par laquelle les fentes' étant moins proches l’une de l’autre, courent moins le rifque de fe communiquer. * . .r
- 16. Le point de billot eft une efpece de brédiffure qui fe fait toujours
- comme la précédente avec de la1 couture ; mais celle-ci s’exécute au milieu de plufieurs cuirs quelle traverfe pour les ferrer plus fort l’un contre l’autre:' 011 la nomme point de billot, parce qu’elle fe fait toujours aux billots du collier : on verra fa difpofition dans les planches. o -
- 17. La rentraiture eft une couture à demi - jonétion , faite par du fil ouf d& la ficelle 5 elle fe fait à points devant, en perçant, avec l’alêne des trous égale-'
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- ment (Mans , dans lefquels on fait palfer fucceflivement l’aiguille: cette couture petit fe ferrer en tirant avec la main tous les points de delfus.
- 18. Appointer eft enfoncer l’aiguille en perqant deux cuirs qu’on veut joindre enfuite par les bords, la redbrtir à côté, nouer le fil & couper: ces appointures fe font de diftauce en diftance, pour joindre des pièces qu’on doit coudre enfuite , afin qu’elles 11e fe dérangent pas en coulant ; on les enleve à-xnefure qu’on les rencontre. Ils font aulfi plufieurs noeuds differens, fuivant que tes places l’exigent; lavoir, le nœud droit, le nœud plat ou de coupliere, le nœud croifé ou patte d’oie, le nœud quarré ; ils fe font tous avec la ianiere de cuir.
- 19. Le nœud droit n’eft autre chofe que le nœud ordinaire redoublé par un fécond nœud ferré fur le premier à contre-fens; la fig. k,pl. Vfi en fait yoir l’apparence.
- 20. Le nœud plat ou de coupliere, fe fait de la Ianiere même, quand on s’en fert pour approcher deux pièces l’une de l’autre ; on l’emploie pour tenir enfemble les attelles d’un collier ; alors la Ianiere ainfi nouée fe nomme une coupliere , pi. VI, fig. 1. Ayant redoublé la Ianiere fur elle-même , faites une fente a ; faites palier dans la fente le double b en c ; remontez par-derriere en d\ ramenez en-devant le bout e par-delîus c: voilà le nœud fimple. Pour le faire double, fig. 2 , faites palfer le bout e par-derriere, de g enfi, d’où vous le ferez revenir par - devant, palfer par - deifous g, & ferrer. La fig. 3 fait voir ce qui paraît à l’envers de ce nœud double.
- 21. Le nœud croifé ou patte Soie, fe fait pour attacher l’un fur l’autre plu-fieurs cuirs larges, pl. VI, fig. 4 ; palfez en a dans la fente de l’alêne la lanière eh, fi laquelle vous aurez fait une fente eue; relevez-la à l’envers ( lignes pon&uées) c’eft - à - dire , derrière les cuirs en b. Son chemin eft marqué par deux lignes ponctuées : palfez- la en-devant dans la fente b , & vous la mènerez par-delfus a, e, dans la fente c; puis vous lareleverez par-derriere ( lignes ponduées ) pour la ramener en - devant au travers de la fente d ,fig. f ; palfez le bout h de d en h, au travers de la fente e , par-def-fous & par-delfus jufqu’en fis puis la faifant palfer entr’elle & les cuirs de f en g, vous en ramènerez le bout h par - deifous fi.
- 22. Le nœud quarré. Ce nœud fe fait pour joindre deux portion^ de courroies ou de lanières enfemble ; on s’en fert principalement aux ha mois des mulets fig. 6 ; pliez le bout a e ni; palfez le bout b par - devant 1 en 2 ,fig. 7 > relevez le boutez par-delfus le bout b 2 en 3. Côtoyant 1 ,fig. g, relevez le bout b par-delfus le bout a e,n 4, le palfantau travers du pli 1.
- 25. La gancede mulet. On ne conftruit guère cette efpece de gance qu’aur harnois de mulet ; elle fe fait en ficelle à peu près comme un des côtés d’une boutonnière d’habit ; on la commence par fis ou fept points coulés a a ,fig. 9 *
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- qu’on croife i’un fur l’autre par le milieu de leurs longueurs. Comme ces points ÎKftiennent à l’étoffe que par les deux bouts , on leur donne plus ou moins de longueur, fuivant celle qu’on veut donner à la gance ; on les renferme enfuite à points noués qu’on fait avec la même ficelle. Ladite fig. 9 en montre l’apparence. . • .
- 24. Le bourrelier-bâtier fait à neuf les harnois des chevaux de charrette » les panneaux pour différens ufages , les bâts des chevaux defomme ordinaires, & pour la guerre, tout l’équipage de guerre du mulet, le collier & bât d ane, l’équipage des chevaux de coches & de fourgons, les torches ou bàtines, les colliers des chevaux de brancards, &c.
- 2f. Parmi les raccommodages , il y en a un entr autres, auquel les bourreliers donnent un nom particulier , peut - être à caufe qu’il arrive fréquemment. Le collier du cheval de charrette eft fujet à s’uferbicn plus tôt à l’endroit du poitrail qu’aïlleurs , parce que l’ufage des charretiers eft de mener leurs chevaux à l’abreuvoir en les dételant, & avant de les déhar-nacher ; & comme le bas du collier trempe chaque fois dans l’eau, il le pourrit : ce qui oblige à y remettre des pièces neuves. C’eft ce que les bourreliers appellent mettre une enfonçure au collier,
- « : g-JLi-ss-T^rrr-—.... r.---gj-j i i ' —P
- CHAPITRE III.
- Le harnois des chevaux de charrette.
- 26. KLes chevaux de charrette font, à proprement parler, les chevaux de force & de peine ; aufli les gros chevaux entiers font préférables à tous autres. Cela étant, leurs harnois doivent être de réliftance & très - folioles. Aux voitures à deux roues, comme charrette , haquet, tombereau , &c. on ne les attele jamais qu’un à un l’un devant l’autre. Celui qui tient immédiatement à. la voiture, placé entre fes limons, a un harnois plus compofé, parce qu’indé-pendamment du tirage, il a à fupporter partie du poids de la voiture ; tous les autres ne faifant que tirer, en ont un bien plus l'impie. Celui qui eft dans les limons, fe nomme le limonnier, pl. IX,fig. A , a ; celui qui le précédé immédiatement, le chevillier b ; le troifieme, le cheval de faute quand il y en a un quatrième avant lui > finon , il s’appelle le cheval de devant c. O11 peut en atteler tant qu’on veut5 mais paffé cinq, il faut un fécond chartier. Il s’agit maintenant d’expliquer la bride & le collier, qui font le harnois de l’avant-main de tout cheval de charrette ; après quoi on détaillera le refte de celui du limonnier, & enfuite des chevaux de devant ; le licol qui eft proprement le harnois de tète du cheval à l’écurie, terminera l’article IV de ce chapitre.
- Article
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- ET SELLIER. Article premier. La bride.
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- 27. La bride eft compofée de latêtiere, du fronteau, des montons, des aboutoires, du cache-nez, de la fous-gorge', du mors & des rênes. Pour conftruire la bride 9pl. lV^fig. 1, on a un mors 2, rond , de buis, de lept pouces un quart de long, large dans fon milieu de deux pouces de circonférence , & renflé aux bouts d’un quart de pouce de plus, au travers defquels eft palfé un anneau de fer. Ces mors viennent de province & fe vendent chez les quincailliers. Pour faire les montans 3 , coupez des bandes de cuir blanc, larges d’un pouce ; appliquez - les en deux l’une fur l’autre, palfez- les dans l’anneau du mors; repliez-les enfuite fur elles-mêmes, ce qui fera quatre cuirs : le montant gauche doit avoir de longueur trois empans & demi, parce qu’après avoir palfé fur la tète, où on le nomme la têtien, il doit fe boucler au montant droit fait également de quatre cuirs, mais qui n’aura qu’un empan & demi de long. Le montant gauche arrivé avec fes quatre cuirs à un empan au-delfus du mors, vers le lieu où feront pofées par la fuite les aboutoires , vous P appointerez avec des clous, & vous commencerez à le diminuer d’épaiifeur avec le couteau à pied, en fupprimant d’abord un des cuirs intérieurs ; vous en ôterez de la même maniéré encore deux en montant de diftance en diftance ; il ne reliera plus que le cuir extérieur feul qui doitpafler fur la tête. Il faut, en exécutant ceci,amener toujours en mourant les cuirs intérieurs à mefure qu’011 les retranche, de façon que la dégradation foit imperceptible. Ce montant gauche, après avoir pafle fur la tète , doit defcendre de l’autre côté pour fè boucler au montant droit fait également de quatre cuirs , qui s’appelle le court montant, lequel fera terminé par la boucle qui recevra ledit montant droit. Quelques-uns veulent des porte-mors de cuirs fimples attachés aux montans , & pointent quelques clous le long des bords defdits montans pour les tenir en place.
- 28* Cousez enfuite les cuirs de chaque montant par deux coutures à joindre le long des bords ; vous ôterez les clous à mefure que votre couture avancera ; continuez au montant gauche, jufqu’à ce que vous foyez arrivé au - def-fus de la tête ou tètiere ; coufez de même le court montant, & attachez fa boucle; battez-les fur le billot avec la malfe pour les corroyer & unir; furtaille£-les enfuite avec les cifeaux, c’eft-à-dire, égalifez- en les bords ; coufez avec de la laniere de cuir le cache-nez 4 à l’un & à l’autre montant à un pouce au-delfus de l’anneau'du mors , & les aboutoires 5 de même fous chacun à huit pouces dudit anneau : chacune de ces trois pièces fera de deux cuirs coufus enfemble. Coufez enfuite le fronteau aiï-deffous de l’oreille ; le fronteau 6 & Tome XIV. K k k
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- la fous-gorge 7 font de la même piece; mais le fronteau aura deux cuirs, 8c la fous - gorge un feul : le bout du fronteau à droite doit dépalfer le montant ; vous le fendrez en forme de boutonnière, pour y boutonner le bout de la fous - gorge, auquel vous ferez un bouton de cuir roulé ; vous attacherez deux petites, lanières ou lacets de cuir du haut de chaque aboutoire, au milieu du fronteau , -pour aifurer les. aboatoires en leurs places.
- 29. Voila la bride toute, firaple; il faut être bien indigent pour fe contenter de cette grofliere (implicite : prefque tous y défirent plus oh moins d’orne-mens. On renvoie pour ce détail à l’article cinquième ci-delfous , où l’on verra tout ce qu’on a coutume d’ajouter aux harnois des chevaux de charrette pour les parer.
- 30. On brédit aux anneaux du mors les deux branches d’une rêne 8» de cinq empans, qui doit être fendue jufqu’au cinquième-empan.
- Article II.
- Le collier.
- 31. Ce 11’eft pas la chofe la plus (impie que la taille du collier d’un cheval de charrette s elle eft au contraire tellement compliquée, & d’un détail fi em-Tbarraflé, qu’il n’a pas été polîible de la traiter ici fans multiplier les figures afin de conduire cette coupe jufqu’à fon dernier terme : en voici la raifon. Il faut que fans aucune bafe folide fur laquelle on puiife fe régler, ayant étendu-fur une table une peau de mouton tannée, on parvienne à compofer une ef-pece de long fac irrégulier dans fa largeur, mais qui ait toutes les proportions requifes. Lorfqu’après l’avoir rempli de paille & de bourre, on l’aura accoîlé par les deux bouts , cette première peau n’étant jamais fuffifante , on y ajoute des moixeaux ; on coud le tout enfemble, excepté les deux bouts qu’on lai(Te ouverts ; on retourne ce fac, on le remplit de paille & de bourre, comme il vient d’être dit ; on attache les deux bouts l’un contre l’autre, ce qui lui donne l’apparence d’un ovale à jour, quand en fuite on l’a mis dans la forme. Ceci n’étant qu’un extrait fuccind de l’opération, on va entrer dans le détail.
- . I. Prenez une peau de mouton tannée, autrement bafane jaune A , trempez-la dans un feau d’eau pour la ramollir & la rendre flexible, tordez & égouttez l’eau , étendez la peau fur la table , la chair en-deffous.
- II; Plie*- la exa&ement fur elle-même par la moitié le long du dos, la fleur en-dedans b b ; pliez le col c le long de l’arête du dos jufqu’à la ligne ponctuée, qui marque ici l’endroit de ce pli ; dépliez fur-le-champ , la marque du pli reftera. Vers le milieu de la trace que ce dernier pli a biffée , eit marqué ici dans b ligne pon&uée un gros point d, qui défigne une marque que vous ferez avec le dos de vos cifeaux.
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- IlL Pliez en biais environ les deux tiers du dos, côté du col par - delfus, la peau jufqu’à la fufdite marque d> & le tiers reliant du côtp de ia queue pareillement , ce qui vous donnera deux triangles a, b. Le petit triangle b, de quelque grandeur que Toit la peau , ne doit jamais avoir plus d’un empan de long: remettez votre peau dans fa première fituation II, b b.
- IV. RenvetTez le col b, par - delfus le commencement du dos depuis la marque^; il emmenera avec lui une partie du poitrail de l’animal, & les jambes de devant, le tout en double ; faites une trace le long de la ligne du col avec le dos des cifeaux de c en d ; coupez le long de la trace une portion defdit.es parties qui eft celle du poitrail.
- V. Coupez de même l’autre portion du poitrail qui eft le double de la precedente , une portion double qui eft celle des jambes de devant étant reliée en-bas ; faites une trace avec le dos des cifeaux en biais depuis d jufqu’enej appuyez ferme pour qu’elle fe marque fur le double qui eft delfous.
- VI. Retournez la partie fur laquelle vous venez de faire la trace , & coupez celle de delfous le long de l’impreflion que la trace de déifias vient de faire juf-qu’en d\ alors toutes les parties’ coupées ci-devant depuis IV, tenant à cette derniere 000, feront totalement féparées du corps du collier, & ôtées comme fuperflues. Pliez en - delfous la petite piece de delfus a , que vous avez tracée fans la couper, jufqu’à ce qu’elle rencontre le bord de celle de delfous j vous les appointerez enfemble en deux endroits , Je col n’ayant pas quitté fa plaçe pendant toutes ces opérations : dédoublez-le fans le déplacer é; appointez-le fur le corps en deux endroits marqués par deux points.
- VIL Refaites vos plis en biais, comme ils étaient 110. III, & avec un fil, une ficelle, &c. vous prendrez en ligne droite, depuis le bout fupérieur du grand triangle, la longueur jufqu’au pareil bout du petit triangle , c’eft-à-dire, de a en b\ pliez enfuite votre mefure en deux , & vous la porterez ainfi du haut des deux plis au bas du ventre de la peau de c en d. Si cette derniere mefure dépalfe la peau, vous y ajouterez des pièces pour remplir les vuides.
- VIII. Coupez le bas du grand triangle en a, ce qui vous défera du col; coupez de la même direction le bord double du ventre jufqu’au bout b des jambes de derrière ; mais vous commencerez cette derniere coupe à un pouce au - delfus de celle du bas du grand triangle en a\ vous couperez aulîi en pointe alongée le bout du petit triangle du côté de la queue en c : puis relevant cette pointe vous marquerez fur le corps une trace circulaire qui ira fe terminer en b , & tout de fuite vous couperez tout le derrière le long de cette trace ; puis vous fendrez toute l’arête du dos , en coupant les plis d’en-bas du grand & du petit triangle *d d , d’un bout à l’autre ; appointez chacun avec le corps à quelque diftance de la rondeur e. (Les bourreliers nomment/æ rondeur, l’inflexion qui fe fait à la pointe des deux triangles. ) Vous plilferez cette petite
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- rondeur avec quelques points d’aiguille : vous ferez une belle rondeur ; c’eft, en terme de bourrelier , arrondir cet endroit en douceur & avec grâce. Comme chaque triangle eft double, & qu’ils font repliés fur le corps qui eft pareillement double , l’elpace qu’occupent les triangles eft quadruple ; & comme il eft néceflaire que tout le refte le foit auffi, vous prendrez deux morceaux de pareille peau qui puiflent, étant l’un fur l’autre, couvrir tout ce qui n’eft que double , & au-delà : on les nomme le fourniment A. Vous les taillerez de façon que non - feulement ils couvrent le corps , mais qu’ils le dépalfent par - derrière de quatorze pouces ou environ, formant un triangle avancé, dont le haut defcende de la pointe alongéecdu petit triangle , & dont le bas fe releve un peu depuis les jambes de derrière b. Le fourniment eft marqué A. Il s’agit maintenant de coudre pour joindre toutes les pièces. On fait quatre coutures à joindre ; fa-voir, une pour coudre chaque piece du fourniment aux deux triangles d d, une au bout large du grand triangle en a , la quatrième pour joindre tout le ventre de l’animal aux fournimens. Toutes ces coutures fe font avec le tire-pied & le gant royal. Les coutures faites , vous replierez le collier comme lorfqu’il a été fini de tailler ; vous égaliferez bien tous les bords faillans de ces coutures avec les cifeaux, c’eft ce qui' s’appelle furtailler; vous coudrez enfuite à grands points une bande de toile de trois pouces de large , à l’endroit qu’occupera la verge dont on parlera ci-après, pour la doubler, & d’autres bandes de quatre pouces de large pour doubler les deux bouts.
- * IX. Retournez votre collier comme on fait un gant, en faifant palier un bout au travers de l’autre; la fleur alors fe trouvera en-dehors, & doit y refter ; puis vous ferez à grands points avec l’alêne & le carrelet une couture à demi-jon&ion a a , à un pouce de diftance du devant du collier ; cette couture formera la verge , efpece de bourrelet qui coule le long des attelles, comme on verra par la fuite. Les bourreliers appellent cette opération rentraire la verge.
- 32. Procédez à l’empaillement, c’eft-à-dire, à remplir d’abord la verge du collier avec de la paille droite defeigle : la nouvelle eft la meilleure. Pour cet eifet, prenez la verge à enverger ; paflez-la par un trou fait dans une planche jufqu’à la tète de cet inftrument, qui ne doit pas pouvoir pafler au travers de ce trou. Cette planche étant à terre, vous debout, mettez les pieds deifus, l’inftrument fe tiendra droit : alors prenez de la paille longue plus'ou moins, portez-la au haut de l’inftrument, pliez-en environ un pied de long fur fon échancrure ; puis vous le ferez entrer par un bout du collier dans la verge, l’y enfonçant d’un bout à l’autre; vous continuerez cette manœuvre jufqu’à ce qu’il y ait aflez de paille pour la rendre dure & bien ronde.
- 33. Nota. Que pendant l’opération du rempliflage, il faut toujours entretenir la peau hume&ée. Quand la verge eft remplie, prenez de la bourre bien fine, celle de veau eft la meilleure ; après vient la bourre de bœuf > celle de
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- cheval eft la moins bonne: prenez le bâton nommé le rondin ou rondimt, pour pouffer la bourre, l’enfoncer & la battre par-deffus le collier, pour la ranger & la rendre égale par-tout: vous en mettrez la valeur de deux pouces d’épaiffeur dans tout le collier.
- 34. Vous procéderez enfuite à le remplir entièrement de paille : en voici la façon. Etant aflis & tenant le collier par un bout, prenez le rembourroir, portez fur fon extrémité échancrée de la paille longue que vous y plierez en deux; pouffez cet infiniment ainfi couvert de paille dans le collier le long du côté oppofé à celui de la verge, qui doit, faire, quand le collier fera monté fur attelles ci-après, le haut du derrière; vous 11e pafferez pas le milieu qui eft l’étroit; continuez toujours cette façon, jufqu’à ce que vous voyiez ce côte tendu & enflé. A mefure que la paille s’accumule, elle range la bourre du côté de la verge : ce côté empaillé, vous en faites autant à l’autre. Il eft à obferver qu’en pouffant la paille, il 11e faut pas continuer à la cacher entièrement fous la peau; on en laiife une portion en-dehors, ce qui en fait un amas le long de la tête du collier, lequel fert à lui donner fa forme , comme on verra ci-après. Tout le collier étant rempli d’un bout à l’autre, marchez defliis en le foulant avec les pieds; cette aclion corrompt, range & égaîife l’épaiffeur de la paille.
- Ensuite vous tenant debout au milieu, vous faififfez des deux mains un des bouts ; vous le tirez à vous avec force , & en même tems frappant du pied par reprifes fur le côté pour le faire obéir, vous parviendrez à amener le bout jufqu’à vous ; vous en ferez autant de l’autre côté. Ayant donc de cette maniéré approché les bouts fun de l’autre, & les ayant accollés, vous prendrez Y aiguille a réguiller, dans laquelle vous enfilerez une ficelle en deux, non poif-fée, longue de quinze pieds ; vous commencerez d’abord à joindre ces deux bouts l’un à l’autre par quatre ou cinq grands points croifés, dont vous les lacez au bas de la tète, où la paille commence à paraître; vous continuerez par-deflus la paille à lacer de grands points parallèles l’un à l’autre jufqu’en-haut ; vous ferrerez enfuite tous ces points avec la main comme 011 ferre un lacet, cette façon approche les cuirs de chaque bout l’un de l’autre, & refferre la paille apparente, que vous ébarbez enfuite avec un couteau. j.
- „y6.. Les deux bouts qui font la tête du collier étant rapprochés & joints comme il vient d’être dit, le total repréfente un ovale alongé, vuide en dedans, mais fans régularité ; c’eft cette régularité qu’il eft néceffaire de lui donner , ce que vous exécuterez au moyen de la forme. ( Voyez la delcription de cet inftrument chapitre premier, & fa figure,/>/./.) Pour cet effet, vous le ferez entrer fur la forme , la verge en - deffous , & à grands coups du plat du maillet vous le battrez tout autour fur fon épaiffeur pour l’applatir, étendre la peau, & corrompre la paille; puis mettant le coin, vous le ferez entrer à
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- force de coups de maillet ; le collier s’étendra^alors, & commencera à prendre fon contour intérieur : retournez-le, la verge en-deffus. J’ai oublié de dire qu’il faut tojours mettre la tête du côté de l’arête de la forme. L’ayant retourné comme il vient d’être dit, vous recommencerez le même procédé ; cette fois vous aurez fait entrer la fauife verge entre le bas du collier & le côté arrondi de la forme, & le faux garrot entre fa tête & l’arête de la forme. Cela Fait 3 qui s’appelle former en premier, reprenez votre collier, & recommencez à y faire entrer de la paille tant qu’il en pourra contenir, ce qui s’appelle refournir; vous reiferrerez une fécondé fois les points de ficelle de la tète, puis vous le reformerez, c’eft-à-dire, vous le remettrez fur la forme, où vous le traiterez comme la premire fois, fans en omettre aucune circonftançe. O11 ufe communément à toutes ces façons une botte de paille entière & davantage. Après l’avoir ôté de la forme, fi vous vous appercevez de quelqu’endroit mal uni, vous y rapportez encore de la paille ; enfin vous revenez à votre ficelle que vous ferrez tant que vous pouvez-Je long de la^ tète 5 & continuant avec la même ficelle , vous en employez le reftant à la larder de tous côtés dans la paille de la tête, perqant de l’embouchure au haut de la tête, revenant à l’embouchure , &c. Ainfi vous traverfez toute cette partie de grands points que vous ferrez à mefure, pour y donner de la fermeté & de la confiftance , & jufqu’à ce qu’elle ait acquis une figure longue, étrécie par degrés juf-qu’en-haut, où elle fe termine quarrément. Le collier eft alors en état d’être appiécé.
- 37. La piece, autrement le chaperon, eft un morceau du même cuir du collier j vous le taillerez en élargilfant par les côtés, & vous en échancrerez les bouts en queue d’hirondelle, le proportionnant de façon que, lorfqu’il fera en place, il recouvre le deifus, le devant & le derrière delà tète, où la paille eft apparente j vous en coudrez tous les bords au cuir du collier à furjet, avec de la couture blanche 5 & avant de fermer la couture, vous paiîerez encore un peu de paille par-deifous, ce qui fe nomme foutenir fous le chaperon. La fig. A, pl. //, repréfente le collier vu par-devant 3 <z, partie du chaperon 3 b b, la verge : la figure B repréfente le collier vu par - derrière 3 b, partie du chaperon 3 c c c , le refte du collier.
- 38. Quand un collier eft deftiné aux chevaux de devant, on y ajoute les deux pièces de côté , qui font deux morceaux du même cuir, qu’on coud* avec de la couture blanche au cuir du collier de chaque côté vis-à-vis de f’endroit où paifent les billots auxquels tiennent les traits de corde, pour le garantir de leur frottement : on voit la pofition de ces pièces , pl. III ,fig* 2 3 a, piece de côté: on ne met point ces pièces au collier du limonnier, parce qu’il n’a point de traits.
- 39. Le haut d 14 collier fe nomme laUte b > fig. 2» pl< III. Elle eft recou-*
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- Verte d’une piece de cuir c c , qui s’appelle la puce ou chaperon. L’embou-ch ure d eft au - bas de la tètes c’eft là que le collier commence à fè féparer en deux parts qui forment le corps du collier s l’endroit où il eft le plus large par - derrière , fe nomme^^ntê e s la verge //' eft l’efpecé de bourrelet qui occupe tout le devant du corps. Quand le collier eft achevé , il eft bon de le frotter d’huile j elle nourrit le cuir. L’huile de poilfon eft la meilleures à foii défout, on peut prendre telle huile que l’on voudra.
- 40. Le collier, tel qu’011 veut le décrire, n’eft en état de fervir que lorsque les attelles, au nombre de deux, y font ajoutées & intimement jointes ; elles font toutes de bois de hêtre: leur forme eft repréfen'cée pl. fl > fig. C. Elles fe fabriquent dans les ventes des bois, d’où on les envoie par paquets de différentes grandeurs, depuis deux pieds de long jufqu’à quatre; elles font ou de feiage ou de fente. L’ouvrier les joint par paires, enpaffantde la ficelle dans un trou qu’il perce exprès au bas de chacune. On donne des noms aux parties de ces planches, pour les diftinguer. Le haut de l’attelle a , qui eft le plus large, fe nomme la patte. Le petit angle Æ, fe nomme La mentonnière d’en - haut ; le refte de la longueur c c, eft le corps de l’attelle ; & l’extrémité d, la mentonnière d'en - bas.
- 41. Monter d’attelles un collier, c’eft y joindre & attacher foiidement fes attelles ; pour cet effet, le bourrelier choilit celles qui lui font Jes mieux proportionnées ; & lorfqu’en les préfentant en place il voit qu’elles n’en prennent pas affez bien le contour, il les charpente, 8c en ôte du bois aux endroits défectueux avec une efpece de petite hache recourbée en - dedans, qui s’appelle effette, & la râpe à bois , jufqu’à ce qu’il les ait réduites au point néceffaire ; enfùite il fait à chacune une mortaife traverfante , pl. II fig. C , e, de deux pouces de long à un empan au -delfus du trou de l’ouvrier dont on vient de parler. Il fe fert, pour faire cette mortaife, d’une eljaece de tarriere qui fe termine en vrille, ce qui lui a donné le nom de queue de cochon, & de la râpe à bois pour l’adoucir : il fait auffi avec la même tarriere un trou en-haut fi au y bas de la patte.
- 42. Les attelles préparées comme il vient d’être expliqué , prenez une courroie , paffez- la au travers du bas de la verge , bien au milieu ; puis par trois fois d’un trou du bas d’une attelle à l’autre, en ferrant; finiffez par la nouer du nœud double de coupliere ; c’eft ce qu’on nomme Az coupliere d’en-bas , pl. III, fig. 1 , a , qui approche les mentonnières d’en - bas des attelles , & les unit au bas du collier. Ce nœud eft décrit chapitre II, & fà figure pl. T719 fig. 2 & 3. Puis approchant les attelles de long des côtés extérieurs de la verge du collier qufqu’aùx mentonnières d’en -haut, autant qu’elles peuvent s’approcher, vous prendrez la courroie deftinée à foire la coupliere d’en-haut, laquelle doit être beaucoup plus longue que celle avec laquelle vous avez
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- fait celle d’en-bas, & vous vous en fervirez comme d’une ceinture qui em-bralfe le b'as des deux pattes pour les maintenir en place pendant que vous attacherez les boutons.
- 4^. Les boutons , au nombre de huit, b b b b, font de petites courroies qui joignent tout le corps "du collier aux attelles ; pour les attacher , vous les enfilerez dans le paife-corde, avec -lequel vous percerez la verge de dehors en dedans, en raîant l’attelle , fur laquelle vous lailferez un bout de la courroie que vous y clouerez avec de la broquette ; le premier bout que vous avez paffé, vous le ramènerez par-déifias la verge fur le bois de l’attelle, à laquelle vous le clouerez avec trois clous de pareille broquette : le premier fe place de chaque côté vers la coupliere d’en-bas , le fécond vers la mortaife ci-devaut faite aux attelles , le troifieme au-deifus du fécond , & le quatrième-vers le haut de la verge à égale diftance ou auprès l’un de l’autre, comme on les voit dans la figure i. Quand on deftine le collier à quelqu’un des chevaux de devant, on prend la courroie de chaque troifieme bouton plus longue que celles des autres, afin qu’il en dépaife un boutcc, qui fervira par la fuite à attacher la couverture de toile qu’on leur met fur le dos : ce quine fe fait point au limonnier, attendu qu’il n’a point de couverture.
- 44. Quand les boutons feront attachés, vous déferez la ceinture ci-deifus, qui tient les attelles en refpeét , & vous en ferez la coupliere d'en-haut, en la paiTànt d’une attelle à l’autre une feule fois dans le trou de chaque patte des attelles dd ^ & vous la nouerez à Ibn milieu fur celui de la tête du collier avec le nœud de coupliere fimple ,/»/.///, fig. 1 ; le bout qui en reliera doit être fort long : on va en voir l’ufage.
- 4 y. Le fommier eft une longue courroie qui embralïe le collier par - derrière , où on l’étend raifonnablement *, fes deux bouts retournent s’attacher fur le devant des attelles en e e , pl. IIfi fig. 4 , où on les cloue au - delfous du troifieme bouton. Palfez le bout du nœud de la coupliere d’en-haut, que l’on a dit devoir être fort long , fous la croifée/, dont on va parler, de là fous le milieu du fommier ; puis tirant ce bout par - deflus ledit fommier gvec force, vous l’obligerez à monter vers le derrière de la tète du collier, où vous l’arrêterez en nouant le bout de la coupliere fur lui - même. Cette manoeuvre tendra la coupliere d’en-haut par - devant, comme le fommier par-derriere. (<z)
- .46.'La croifèefi efl: une efpece de gance dont on garnit le deifus de la tète du collier ; on la fait avec de la laniere qu’on fend en boutonnière par un bout 5 on lapalfeau travers d’un coin du haut de la tète du collier, laif-faut la fente en - dehors ; palfez enfuite la laniere dans la fente, où vous la
- (a) On voit le fommier b en place, pl.-IV, fur les deux chevaux(qui y font repréfentés.
- ferrerez *
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- ferrerez ? de là allez la palier au travers du coin oppofé, puis vous la redoublerez, la cordant fur elle-même jufqu’à ladite fente, où vous l’arrêterez avec un nœud : elle eft deftinée à empêcher la rêne de la bride qui doit palfer delfous de couler à droite ou à gauche ? on pafle auffi en même tems, quand on veut, un morceau de cuir aux deux bouts de la croifée, lequel couvre tout le delfus de la tête , & la garantit du frottement de la rêne.
- 47. Les billots (*)font au nombre de deux ? ils fe conftruifent avec une courroie de cuir de bœuf * large d’un pouce , longue de quatre empans ; pliez la courroie par les deux tiers, c’eft-à - dire , que les deux bouts pliés enjambent Pun fur l’autre, & fe recouvrent vers le milieu de leurs retours ; vous en amincirez les extrémités? les deux retours formeront deux vuides ou anneaux de cuir qu’on nomme les boîtes du billot > dont vous fixerez l’étendue par quelques points de couture de vache, & avec de la même couture vous percerez au travers des trois cuirs dans le milieu du billot, d’une boite à l’autre, quelques points qui les ferreront l’un contre l’autre , & les fortifieront. Cette couture particulière fe nomme le point du billot ; voyez -et! la difpofition ,/?/. VI, fig. B : palfez par i’envers de chaque attelle au travers de la mortaife pi. III, fig. 1 , g g, les boîtes du billot l’une fur l’autre? quand elles feront paffées en - dehors , faites - y entrer le biquet h h, petit bâton encoché par les deux bouts, où il eft plus gros qu’au milieu : le billot ainfi redoublé & arrêté à l’attelle par le biquet, forme à l’envers de ladite attelle uiï gros anneau de cuir, pl. IV, c c , fig. 1 & 2 , qui fer vira à tenir ou la man-celle û le collier eft pour le limonnier, ou l’œil des traits de corde s’il doit; fervir aux chevaux de devant.
- 48. La mancelle du limonnier, pl. IV , d,fig. I , tient d’une part au billot ^ * comme on vient de le dire, & d’autre part aux limons de la voiture E de chaque côté ? elle eft de fer ou de cuir. Celle de fer d , eft une grolfe chaîne compofée de quatre mailles longues de deux pouces & demi chacune, dont la première fe met dans le billot c ? cette chaîne eft terminée par un gros anneau rond de quatre pouces & demi de diamètre de dedans en dedans , qu’on fait entrer par le bout du limon de la voiture , jufqu’à un trou où il eft arrêté par une cheville à tète nommée Vatteloir/, qui s’enfonce dans le trou quand l’anneau a paifé au •> delà , & qui tient à un pendant de cuir attaché au fommier. Les mancelles de cuir fe font ainfi. Prenez une courroie de cuir de bœuf blanc, d’un pouce de large & de huit pieds de long ? redoublez-la quatre fois fur elle - même , ce qui la réduira à deux pieds de long ? fabriquez un anneau rond de même cuir & de cinq pouces de dedans en dedans, que vous travaillerez comme une corde , auquel vous donnerez un demi - pouce
- ( * ) On voit les boîtes des billots g g , pl. III, enfilés dans les biquets h h.
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- ou plus d’épaiffeur, & que vous fermerez avec un nœud plat de mouton blanc , pi. FI, fig. A ; paifez cet anneau au milieu de votre première courroie que vous réduirez à un pied de long en la repliant par- delfiis l’anneau , & dont vous rejoindrez les deux bouts par un pareil nœud plat , ce qui vous donnera un anneau long que vous ferez entrer dans le billot, & l’anneau fera arrêté au limon comme le précédent, quand onattelera le limonnier.
- 49. Nota. Que les mancelles de cuir font meilleures que celles de fer ; elles n’ulent pas le bois des limons, ni le cuir des billots comme le fer ; il e 11 vrai qu’elles font plus cheres, & ne durent pas tant. Il ne s’agit plus, pour que le collier ait tout ce qu’il lui faut, que d’y attacher la bouffe qui e(f une peau entière de mouton avec fa laine ; ou la double en entier de toile blanche, que l’on coud à petits points avec du fil poiilé; on coud de même une bande de cuir par-defîus la doublure le long du devant de la peau, & une piece de peau de caftor dans le milieu ; pour mettre cette houife au collier la laine en-delfus, on fait deux fentes en long à un pouce des bords du devant, fufti-lantes pour y faire entrer les pattes des attelles julques vers la coupliere d’cn-haut, où on la cloue aux attelles de quatre clous par - devant, & de deux par-derriere j on en met aufli au bas de la bande de cuir de chaque côté, qu’on noue contre les attelles ; cette peau de mouton tombe librement derrière le collier, le couvre airifi que le garrot & les épaules , & lui fert en meme tems d’ùne efpece d’ornement. On 11’a point exprimé la houife du collier dans les fig. 1 & 2,pl. IF, parce qu’elle aurait caché toutes les pièces de deifousjil fuffit, pour en voir l'effet, de la voir fur tous les chevaux d’une charrette attelée, pl. IX, fig. A.
- Article III.
- La fielle ou felîette de limon, & U refile du harnois du limonnier.
- fo. La felîette de limons, dont I’ufage eft de foutenir fur le dos du cheval les limons d’une charrette ou autre voiture pareille, cette felîette, dis-je , eft compofée d’un fuft de bois , de quatre pièces , pl. III, fig. $ , deux courbes a a , & deux lobes b b-, ces pièces fe fabriquent dans les forêts , d’où elles viennent en paquets fans être aifemblées -, c'eft au bourrelier à les aifortir & à les monter à fon point, les taillant avec l’eifette & la râpe , c’eft-à-dire , ôtant du bois, les aminciifant, &c. & enfin les montant à demeure, en uniiîànt les lobes aux courbes devant & derrière avec quatre clous ce c c: les courbes le pofent d équerre fur les lobes dans une rainure qui eft à un pouce de l’extrémité de chacun, qui par eonféquent dépaliera les courbes par - devant & par-derriere.
- fi. Le fuft de la felîette alfemblé, tournez-le à l’envers , pour tendre &
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- Clouer dans le vuide que les lobes laifFent entr’eux , un vieux cuir de l’une à l’autre courbe, ce qui fe nomme le pont-, croifez l’une fur l’autre fous le pont deux autres vieilles courroies , que vous clouerez aux bouts des deux lobes en croix de faint André ; on les nomme les traverfes : retournez votre fuflen-deifus , & couvrez tout l’efpace entre les deux courbes & le dellus des lobes avec un morceau de vieille toile; c’eit ce qu’on nomme le faux fiege de La fellette ; vous clouerez ce faux liege le long des courbes & fur les deux aubes ; enfuite prenez, fuivant les ftatuts , une peau de mouton tannée, mais mieux du cuir de bœuf, pour faire le vrai liege ; taillez comme le faux liege , clouez-le de même aux courbes, mais avec des clous à tète ronde; mettez aufîi un feul clou au milieu des lobes, tirant vers le bas , lequel percera dans le bois; ce clou fera ôté par la fuite ; empaillez entre la peau & la toile, c’elï-à-dire , entre le liege & le faux fiege, avec de la paille feulement, juf. qu’à ce que le liege foit fuffifamment tendu & bombé ; vous forcerez de paille davantage le long des courbes , pour qu’il s’y fallè une élévation ou bourrelet qui fe nomme une arête: afin que le milieu du liege foit plus creux , & pour l’abailfer encore davantage, vous le foulerez en le piétinant : cela fait, déchirez & arrachez la paille qui pourrait fe trouver au - delTous du clou dont on vient de parler jufqu’au bas du lobe ; rangez le furplus de côté & d’autre ; ôtez le clou, & mettez-en lix, dont l’arrangement doit imiter les jambages d’un A tronqué par fa pointe ; vous mettrez un petit cuir fous chacun des deux clous d’en-haut; il ne doit fe trouver dans cet intervalle que la peau , la toile &le bois : cette opération fe nomme chambrer le fiege,
- f2. Vous percerez avec une tarriere deux trous à la courbe de derrière , un de chaque côté, lefquels ferviront ci-après à palfer la ceinture de l’ava-loire, & quatre autres aux quatre coins des aubes pour y palier les quatre attaches du panneau ci-après , puis vous clouerez les tajfes. On nomme ainll des bandes de peau,/?/. IV ^ fig. i , h A, de caftor, larges de quatre pouces, & taillées quarrément & en long , qui s’aifembîent en les coufant en équerre au bout l’une de l’autre ; elles font au nombre de quatre, deux devant 6c deux des deux côtés ; les deux de devant fe taillent en demi-pointe. Quand vous les aurez aiTemblées , vous les borderez toutes autour du bas avec delà laniere de mouton blanc , que vous y coudrez avec du fil ciré ; puis vous les clouerez au bas des aubes, & celles de devant le long de la courbe de devant , les pointes en -'dehors au-deifus du garrot de la fellette : on ne met point de talfes derrière la fellette ; mais on y cloue une bande de toile i i, un peu plus large que les talfes ; on la remploie d’un pouce pour la clouer, & on met fous les clous une nervure de mouton blanc ; on la taille en biais, defeen-dant à chaque bout pour qu’elle fe termine en pointe : on la nomme limple-ment la toile quand elle eft toute unie ; mais fi on la brode, ou qu’on la peigne 9
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- alors elle prend le nom de couverture façonnée ; on la coud aux tafles avec du fil ; on en orne les deux pointes avec de petits flots ou bouifettes pendantes.
- 53. Il faut ajouter à la lèllette fon panneau qui doit porter fur le dos du limonnier : vous le ferez à part. Prenez une bafane ; vous la mouillerez & l’étirerez bien ; pliez-la par le milieu fur fa longueur, & la réduifez à deux empans & demi de largeur fur un empan & demi de longueur, la taillant de façon que la partie dont vous voulez'faire le derrière aille en élargiflant de deux pouces plus que devant ; coufez enfemble tout du long les deux côtés du ventre de la peau ; furtaillez la couture , coupez enfuite le pli d’un bout à l’autre , la couture du ventre fera le milieu du panneau ; & le dos de l’animal féparé en deux, comme étant le plus fort de la peau, en fera les côtés. Prenez des bandes de vieille toile de quatre pouces de large, que vous coudrez tout autour de l’envers de la peau ; enfuite ayant étendu fur la table de la toile de Mortagne, vous mettrez votre bafane par-deflus , vous l’appointerez avec ladite toile aux quatre coins, de peur qu’elle ne fe dérange ; puis vous couperez votre toile toutau tour, d’un pouce de plus que la peau; vous y remploierez & coudrez ce furplus ; vous chambrerez enfuite par une couture l’efpace d’un empan en long au haut du devant de cette forme-ci a , la pointe tournée du côté du dos. Cette chambrure fe trouvera au-deflus du garrot du cheval ; & pour conferver le pli, c’eft-à-dire, afin que la rembourrure ne pafle pas d’un côté à l’autre 9 vous en ferez la féparation par une couture à grands points le long de celle que vous avez faite au commencement pour joindre les côrés du ventre de votre peau ; celle-ci doit traverfer la toile & la joindre à fon delïus. Faites en-fuite une fente en travers au milieu de chaque côté de la doublure , par lef-quelles vous les empaillerez ferme & à plat. Cela fait, il vous refte à attacher le panneau à la fellette ; alors vous y mettrez quatre attaches ,\ine à chaque coin du panneau, en perçant d’abord le coin au travers duquel vous ferez palier l’attache, qui traverfant le trou que vous avez ci -devant fait à l’aube , fe nouera en-deflus; vous le joindrez encore au milieu des courbes devant & derrière, au-devant par une petite courroie que vous coudrez fous le milieu du devant du panneau , & que vous clouerez enfuite fur le plat de la courbe de devant; par-derriere vous arrêterez un pareil cuir fous le milieu du panneau, au travers duquel vous le palferez enfuite pour le clouer de même fur le plat de la courbe de derrière.
- 54. Cousez fur le haut de l’arête du devant du fiege de la fellette, une bonde demi - ronde ç, enchappée ; elle fervira par la fuite à boucler la rêne du limonnier 8.
- f y. Clouez la fouventriere dulimonnier K fur le lobe hors la main de la fellette , à l’endroit de la chambrure dont on a parlé ci - deiTus, dans la conffcruc-tion de la fellette , & au même lieu à la main ; clouez pareillement une boucle
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- enchappée. La fouventriere eftune courroie large de deux pouces, & longue de cinq à fix pieds , qui, paffant fous le ventre du cheval, fe boucle du côté oppole , c’eft-à-dire, à la main.
- 5 6. Nota. Lorfque les chevaux , m ulets, &c. marchent feul à feul, l’un devant l’autre, & que le conducteur eft à pied , il eft d’ufage qu’il fe tienne à gauche, ayant fon fouet à la nrain droite, pour avoir plus de facilité à les appuyer, ce qui a faitappeller le côté gauche de l’animal le côté à la main ( fous-entendue du fouet ) , & le droit le côte hors la main. Le cavalier monte à gauche ; il eft à fa main pour monter. Le poftillon monte le cheval qui eft à gauche ; le cheval de brancard eft fous la main , le cocher ayant un cheval à droite & un à gauche ; le gauche eft hors la main , & le droitfous la main du fouet.
- 57. Quoique la fouventriere de limons ne foit point attachée au harnois du limonnier , cependant c’eft ici le lieu delà décrire , puifqu’elle eft faite à fon intention ; il pourrait, dans le cas où la voiture s’en irait à cul, la retenir par fou propre poids: cette fouventriere /eft faite d’un cuir.blanc de trois pouces de large, qui va d’un limon à l’autre, paifant par - deifous le ventre du limonnier quand il eft attelé. A quelques pouces en-avant de fa fouventriere, on redouble ce cuir fur lui-même, & on le brédit, ce qui forme un anneau de cuir qu: ’on nomme la boîte de cette fouventriere : cette boîte doit avoir deux empans de tour , fans compter la brédiifure ; le furplus qui eft le fimple cuir , aura quatre empans & demi, au bout defquels fera coulue une boucle enchappée de la largeur du cuir, au-delà de laquelle le cuir continuera pendant environ quatre empans. Cette continuation fè nomme le contre-janglot de cette fouventriere. Pour la placer, on fait entrer fa boîte fur le limon hors la main , & 011 la boucle à fon contre - fanglot autour du limon à la main ; fa place eft entre les mancelles/, & la doftiere en c, dont on va parler. Le refte du harnois du limonnier confifte dans la doftiere & les pièces qui s’y joignent, & dans l’ava-loire & fes accompagnemens.
- 58. La dofjîere A foutient les limons de la voiture fur le fiege de la fel-lette du limonnier ; elle fe fait de cuir blanc de bœuf, de neuf pouces de large & de neuf empans de long, coupé quarrément ; on plie ce cuir en deux du fens de fa largeur*, la doftiere ainfi redoublée n’a plus que quatre pouces & demi de large. Quand le cuir 11’eft pas affez fort, on y ajoute un blanchet ( voyez le Bourrellier-cai-roftler ci-après ) large de trois pouces & demi, que l’on placera avant de plier le cuir le long du double qu’on deftine à être extérieur; on taillera en pointe le bout à la main du blanchet ; on attachera cette pointe au cuir avec une attache ou nœud croifé , pl. VI, fig. 5 , & à un empan dudit nœud ; on commencera à le coudre à deux rangs de fil jufqu’à l’autre bout; quand après cela la doftiere fera pliée , comme il vient d’être dit, par le milieu de fa largeur , cette couture fera totalement cachée, & le blanchet fe trouvera entre les deux rcdoublemens.
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- ^9. Ayez Jeux rouleaux c ; on nomme rouleau un petit bâton tourné, terminé par une tête à chaque bout, de lîx pouces de long & un pouce de diamètre* vous les renfermerez, excepté leurs têtes qui doivent dépaifçr dans chaque bout de la doiîiere par ijne brédiifure , avec de la couture de vache de quatre points & un point quatre ; enfuite vers le milieu de la longueur de la doiîiere vous coudrez un paifant de cuir de deux pouces de large, qui s'appelle ici une traverse ; cette traverfe doit être coufue à un peu au - delà du milieu hors la mainL: elle elf deltinée à maintenir la ceinture qui fert à alonger & raccourcir la dofi-fiere. Cette ceinture'B fe fait de toute la longueur d’un cuir de bœuf* elle aura un pouce de large. Après l’avoir étirée, vous la battrez & la borderez; vous mettrez à un de fes bouts le moins fort une boucle demi - ronde, & à l’autre bout vous ferez avec l’emporte - piece des trous de deux pouces en deux pouces pendant la longueur de trois pieds. La ceinture ainfi préparée, vous fendrez en quarré la doiîiere à fes brédillures; ces fentes découvriront le milieu des rouleaux ; puis ayant fait entrer la ceinture fous la traverfe ci-deifus , vous la ferez pafler de dedans en dehors dans les fentes des rouleaux , d’où elle doit retourner, repliée fur elle-même, fe boucler proche de ladite traverfe vers le milieu de la doiîiere à la main, d’où en la ferrant plus ou moins, elle alonge ou raccourcit la doiîiere par les rouleaux. On finit par former la. dojjiere, c’eft-à-dire, par la mettre fur- la forme. Pour cette opération , l’on a deux morceaux de bois ronds, de quatre pouces de diamètre & d’un pied à quinze pouces de long, percés chacun de deux trous de tarriere , un en-haut, l’autre en - bas , à deux pouces ou environ de leurs bouts; on les met dans les deux retours des bouts de la doiîiere , où 011 lés approche enfuite l’un de l’autre par une corde qui, paflant de leurs trous hauts dans leurs trous bas, les lie l’un à l’autre, & les maintient en place.’ On porte le tout fur la forme à collier: les bâtons ronds doivent être du côté de fon arête à droite & à gauche; alors on enfonce le coin à coups de maillet, on retourne la doiîiere, & on refrappe le coin : cette façon l’étend, & en même tems fes extrémités fe moulent fur les bois ; on la furtaille enfuite par les bords, & 011 ajoute un pendant de cuir en-haut, qui fervira à la tenir à la fellette, en l’attachant dans le trou de la courbe de derrière hors la main, lorfque le cheval fera attelé.
- 60. La croupe du limonnier eft occupée par Yavaloire D D, compofée de huit pièces.
- 61. Les deux pièces les plus confidérables de Yavaloire fe nomment /w bras cPavaloire , m , n ; ils font de cuir blanc de bœuf, coupés quarrément, & chacun de huit pouces de large. Le bras dlavaloire' d’en-haut m , qui paife fur la croupe, aura cinq empans de long ; celui d’en-bas/z, qui tourne autour de la croupe horizontalement, eu aura fept. Pliez chaque bras fur fa largeur ? non pas précisément en deux, mais à un pouce près, que le
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- deflbus aura déplus; vous les brédirez chacun parles deux bouts dans deux: gros anneaux de fer o , de cinq pouces de diamètre ; chaque brédiifure fera de quatre points gradués & un point quarré. Pliez enfmte en deux le bras d’en-bas fur fa longueur, pour avoir l’on milieu, & vous régler pour pofer les branches d’avaloire.
- 62. Les branches d’avaloire 10 font au nombre de quatre , deux de chaque côté du même cuir des avaloires, chacune d’un pouce & demi de large > elles font inégales en longueur; les deux plus courtes auront quatre empans de long , & les plus longues deux pouces & demi de plus , parce que celles-ci doivent croifer fur les courtes branches & s’attacher plus loin ; la courte branche de chaque côté s’arrêtera au bras d’en-bas , vers le milieu de fa moitié, au cuir de delïus feulement, & la longue branche de même à lix pouces du pli ci-deifus fait au bras; pliez enfuite le bras en - haut pour avoir pareillement Ion milieu ; vous mettrez à celui-ci cinq attaches , une au milieu pour la croupiere 12, les quatre autres pour les quatre branches. Toutes ces attaches doivent être pafiees au travers des deux doubles du cuir de l’a-valoire ; vous fendrez enfuite le cuir de deifus du bras d’avaloire d’en-bas , & celui du bras d’en-haut, tous deux à la didance d’un empan du gros anneau , & vous palîerez dans ces deux fentes une courroie pareille à celles des branches , qu’on nomme le couplet p; vous en joindrez les deux bouts enfemble au milieu en dehors, & vous les y nouerez avec le double nœud de coupliere, pl. FI, Jig. 2.
- 63. De crainte que les attaches ci - deffus , que vous avez mifes au bras d’avaloire d’en-haut qui traverfent fon double cuir, ne bleifent le cheval, vous ferez deux petits coufîinets larges comme la main; le deifus fe fait en bafane ; on le double de toile que l’on coud au-delfus tout autour avec du 61, & on les emplit de paille ou de bourre. On les attache lous le bras proche les branches de chaque côté; vous fendrez le cuir du bras d’en-haut vis-à-vis de chaque coulfinet , pour y attacher une courroie nommée la ceinture de Cavaloire q ; vous la paiferez en premier lieu dans le trou hors lu main de la courbe de derrière de la fellette de limon, & la repaierez enfuite dans l’autre trou à la main , & vous la ramènerez à l’autre fente du bras ,011 vous l’arrêterez : cette ceinture fait tenir l’avaloire à la lèliette.
- 6 4. On forme l’avaloire comme la dotîiere ci-deifus, afin de lui faire prendre la tournure qu’elle doit avoir; pour cet eifet , on lie enfemble les deux gros anneaux auxquels le bras d’en-haut & celui d’en-bas viennent aboutir; on fait entrer fur la forme un de ces bras, on bat le coin, on retourne le bras, on renfonce le coin : on en fait autant à l’autre.
- 6 ç. La croupiere 12 fe fait d’un feul cuir de deux empans & demi de long & de deux pouces de large; on le fend en deux par un bout^ ce qu’on nomme
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- le fourchet. Cette fente a fept à huit pouces de long ; on attache le culeron a fes deux branches. Le culeron eft de mouton tanné ou bafane jaune, de trois pouces & demi de large & de deux empans de long ; on le double d’un tiifu qui eft de la fangle étroite ; on le joint dans fa longueur par une couture à furjet en fil ; on le remplit de bourre, on le tourne en ovale, & on brédit le fourchet à fes deux bouts. La croupiere fe prend au milieu de l’ava.-loire au bras d’en - haut dans une attache qui y eft paiTée.
- 66. Enfin on met une chaîne de fer à chaque gros anneau; elle n’a pas d’autre nom que la chaîne; elle eft fcompofée d’une patte de fer,.efpece de crochet large qu’on ferre à coups] de marteau fur l’anneau, & de cinq gros chaînons , au dernier defquels on ajoute un crochet *. Lorfqu’on attele le limonnier , ce dernier chaînon, ou un des autres , fe prend dans un très-gros clou à crochet enfoncé dans le limon allez près de la dofliere; il fe nomme Le ragot s. Le crochet du bout fert à retrouver la chaîne fur l’avaloire quand on détele.
- 67. Lebafcul t, quand on en met un , eft une courroie aflez longue pour que de la chambrure de la fellette hors la main où elle eft clouée, à côté de la fouventiere , paflànt de deflous en-delfus du gros anneau , coulant fur tout le bras d’avaloire d’en-bas où elle eft foutenue par trois nœuds croifés,pl. FI, fig. f, pris dans ladite avaloire, elle, aille fe'rendre à un anneau enchappé , cloué à côté de la boucle de la fouventriere dans la chambrure à la main de cette fcellette, où elle fera arrêtée.
- 68. Voici l’ufage de toutes les pièces principales du harnois de limonnier. Les attelles fervent à foutenir le collier; les mancelies attachées aux attelles opèrent le tirage de la voiture. La fellette foutient la doiïiere qui embraflfe les limons; la fouventriere aifure la fellette fur le dos du cheval; la fouventriere de limons les retient dans la montagne par le poids du cheval ; l’avaloire lie le train de derrière du cheval aux limons par les chaînes qui fervent aulli de reculemènt ; le bafcul eft utile dans les defcentes pour foutenir la croupe du limonnier, & augmenter fon appui : dans tout autre cas il ne fert à rienj c’eft pourquoi plufieurs n’en ont aucun befoin.
- Article IV.
- Le harnois des chevaux de devant.
- 69. Plus les fardeaux dont on charge une voiture font confidérables, plus il faut atteler de chevaux devant le limonnier. Le cheval qui le précédé immédiatement , fe nomme le chevillier ou le cheval en cheville, parce que fes traits, pi. IF, x x ,fig. z, tiennent aux limons au moyen d’une cheville de
- , bois
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- bois u , fig. t , de chaque côté ; celui d’enfuite, qui eft letroifteme cheval , n’a point de nom particulier quand il termine l’attelage ; mais s’il y en a d’autres devant lui, alors il acquiert le nom de cheval de faute^ & les autres ne fe nomment que par le nombre , comme le quatrième, le cinquième , &c. Les harnois de tous ces chevaux font les mêmes, mais bien moins compulsés que celui du litnonnier.
- 70. Premièrement ,1a bride de tout cheval de charrette eft la même , ainfi que le collier garni de fes attelles. La feule différence en ce qui regarde la bride , eft que la rêne du liinonnier va , comme on a dit, fe boucler à un anneau attaché à fa fellette, & qu’aux autres chevaux elle fe réunit à une courroie de feptà huit empans , terminée par le culeron , laquelle fe nomme
- rêne à culeron , pl. IF^ e c , fig. 2. Les petites différences qui fe trouvent au collier font, i°. que les billots des attelles , au lieu de porter les mancelles , portent les traits de corde ; 2°. qu’on laiffe dépalier au troifieme bouton du collier un bout de leurs courroies pour, ce qui a été dit ci-devant ,y attacher la couverture ; } qu’on attache derriere~iVttelle à la main vers le milieu de fa longueur un anneau de fer enchappé pour y paffer la retraite, ce qu’on expliquera en détail ; d’ailleurs , le relie du harnois conllfte en une couverture, un furdos , un faux furdos , des fourreaux, une fouventriere, & des traits de corde.
- 71. Tout le dos, fig. 2 , eft garni d’une couverture de toile a ; on prend d’une toile écrue de trois quarts de large , une aune de long, ce qui eft fuffi-fant pour couvrir tout le dos du cheval ; on la borde tout autour de lifieres de drap b b, que l’on y coud avec de la couture de mouton blanc; 011 la brode avec du drap ou de la laine», principalement aux coins de derrière c-, ou bien 011 la peint en noir. Les bourreliers ont pour cet effet une feuille mince de cuivre, de deux pieds en quarré, fur laquelle font divers dedans percés à jour: ils appliquent la feuille fur la couverture, & avec une brode & du noir de chapelier qu’ils patient fur le deftin qu’ils jugent à propos de choifir,il fe marque en noir iur la toile.
- 72. Votre couverture en cet état, faites-y une fente au milieu à un empan du derrière , dans laquelle vous palferez une patte de cuir d. Pour faire cette patte , taillez un morceau de cuir en ovale , de quatre à cinq pouces de long, au milieu duquel vous ferez deux fentes parallèles, ce qui formera une petite courroie'qui fera la patte en queftion; vous la ferez paffer de deffous en deffus dans la fente de la toile, fous laquelle vous coudrez le refte du cuir ; ce fera dans cette patte que paffera la demi-rêne à culeron e e qui en même tems empêchera la couverture de varier ; & pour la maintenir d’ailleurs en fa place ,vous l’attacherez au collier en trois endroits, par de longues attaches ou lanières, que vous y coudrez à l’envers ; celle du milieu g Tome XIF. M m m
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- s’arrêtera au fommier, & les deux de côté/iront fe nouer au bout des courroies du troifieme bouton des attelles»/»/. III, fig. i, c c.
- 73. Le furdos 4 , ainfi nommé parce qu’il paiie fur le milieu du dos par-deifus la couverture, eft fait d’un cuir de bœuf de deux pouces de large , & de fix empans de long : il e(t deftiné à foutenir les deux fourreaux auxquels 011 l’attache , comme on va voir.
- 74. Les fourreaux ii, au nombre de deux, font formés en tuyaux ap-platis ; on les fait de cuir blanc de bœuf ou de cuir tanné ; ils auront quatorze pouces de long, & neuf pouces de large , avant d’être pliés du feus de leur longueur, ce qui fait quatre pouces & demi de large fur chaque face.Quand ils l’auront été , fi on ne les juge pas allez de réfiftance , on les doublera en-dedans avec du vieux cuir; enfuite 011 les plie, on les bat fur le billot, on les ferme aux deux tiers par une couture (*) , on lès furtaille ; & pour les faire tenir au furdos, vous commencerez par entourer le fourreau à la main avec un des bouts du furdos, vers le milieu de la longueur dudit fourreau , c’eft-à-dire plus en - devant qu’en - arriéré ; vous brédirez ce bout, puis vous l’attacherez au fourreau en - delfous avec un nœud croifé , pL VI, fig. ) , & par-detfus avec une attache. A l’égard du fourreau hors, la main, vous l’entou-rerezL d’un houcletot, auquel viendra fe boucler l’autre bout du furdos.
- 75. Les traits x x x ^ fig. r &2, de corde, qui'attelent le chevillier à la voiture , & les autres chevaux l’un à l’autre, doivent avoir neuf pieds de long, 3a paire de traits pefant fept livres; ils fe'terminent par deux anneaux par le cordier , faits avec les bouts repliés de la même corde ; on en paife un dans le billot du collier ; celui - ci fe nomme Vœil du trait y , qui enfuite traverfe le fourreau, & finit par Panneau de l’autre bout, qui fe nomme la patte du trait Après avoir attelé le limonnier, on paife la patte des traits du chevillier y, fig. 1, au travers du bout du limon, jufqu’au-delà d’un trou dans lequel on met une groife cheville u, qui l’empêche de fortir. Le troifieme cheval s’attele au fécond avec le billot à b.iller 2, fig. 8 , efpeee de cheville plate à crochet, que l’on paife au travers de la patte du trait du cheval de devant, & de l’œil de celui du cheval de derrière , auquel on la noue avec la petite courroie 3.
- 76. La fouventriere de traité, eft une courroie de deux pouces de large & de quatre empans de long, qui s’attache aux traits de corde dans les fourreaux ; on en tourne un des bouts autour du trait hors la main , & on l’y arrête avec une attache ; on brédit à l’autre bout une boucle : on arrête pareillement au trait à la main , avec une attache , un contre-fa 11 glot d’un empan & demi de long, pour la boucler après d’avoir fait palfer fous le ventre du cheval audit contre -fanglot. Cette fouventriere d’un côté & fon contre - fanglot de l’autre
- ( * ) L’autre tiers en*devant refte ouvert pour donner palfage à la fouventriere , comme on verra ci-après.
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- fortent des fourreaux par l’ouverture du tiers qu’on a laide ouvert à cet effet : lorfqu on les a fermés, on rejoint les deux bouts de cette ouverture par une attache o.
- 77. Le faux furdos s , effc une courroie d’un pouce de large & de trois empans & demi de long , à un bout duquel on brédit un anneau de fer ; fou autre boutfe joint par une attache au boucletot du fourreau hors la main : cette attache prendra le furdos & le faux furdos, que l’on fait paffer de droite à gauche par-deffus la demi-rêne à culeron ; Ion anneau pend librement à la main : cet anneau eft deftiné à foutenir la retraite.
- 7g. Le cordeau eft une médiocre corde qu’on prend de trois braffes & demie quand on n’a que deux chevaux à atteler, de Îîx brafles & demie pour trois chevaux * & de deux braffes pour le quatrième cheval, de deux braffes pour le cinquième , &c.
- 79. On fait paffer le cordeau en double vers un de fes bouts fur la patte de l’attelle gauche du limonnier; le bout court dû redoublement va s’attacher à l’anneau ci - après de la retraite du chevillier ; le long bout paffe dans l’anneau de l’attelle du chevillier, & va s’attacher à l’anneau de la retraite du cheval de faute, &c.
- 80. On fait une poignée au cordeau , c’eft-à dire, qu’on le tourne en rond fur'lui- même nombre de tours , afin que le chartier ait de la prife pour l’empoigner : cette poignée doit fe trouver entre le limonnier & le chevillier. Une retraite eft une courroie d’un cuir fimple, de cinq pieds de long, ayant un anneau de fer à un bout, lequel on attache au cordeau vers le vis-à-vis de la croupe du cheval, d’où elle paffe en premier lieu dans l’anneau du faux furdos, enfuite dans l’anneau enchappé cloué à l’envers de l’attelle du chevillier, d’où elle va s’attacher à l’anneau du mors , le tout à la main.
- 81. Quand le chartier tire à lui le cordeau , toutes les retraites tirent les chevaux à gauche qui l’exprime par le mot dia; & pour les faire porter à droite, il ne peut fe fervir de rien que du cri hue ou huriau , qu’il leur fait entendre,
- 82. Le licol des chevaux de charrette fe fait entièrement de cuir de bœuf, & comme celui des chevaux de carroffe (voyez le Bourrelier- carroflier ci-après ) excepté qu’il n’a point de frontail, & que la fougorge paffe dans un "anneau de cuir attaché au - haut du deffus de tête.
- Article V.
- Vornement du harnois des chevaux de charrette.
- 85. On raffemble ici fous ce titre les noms, la façon & la place des diffé-rens ornemens exécutés par le bourrelier au harnois des chevaux de charj}
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- rette # afin qu’on puiffe voir le tout d’un coup-d’œil. Comme les petites bouffettes font celles qui abondent le plus fur le harnols , on va commencer parleur defcriptionj puis viendront les grandes bouffettes, la peinture, les traces, &c.
- 84. Les petites bouffettes, pl. IV, fig. 3 , fe font toutes de laine filée , & en écheveau d’une ou de plusieurs couleurs -, celles qu’on emploie le plus, font le blanc , le jaune, le rouge, le bleu ; ceux qui en voudraient d’autres, doivent en avertir le bourrelier. Voici la façon d’une petite bouffette , qu’on fuppofe ici être des quatre couleurs fufdites. Ayez un écheveau de chacune ; coupez-le aux deux bouts j paffez un point de fil à l’endroit auquel vous voulez que tienne la bouffette : prenez une moitié d’un des écheveaux ; fi vous voulez * par exemple , que le tour de la bouffette foit rouge, étendez à plat la moitié de l’écheveau rouge, pofez par-delfus une épailfeur moins large d’une des autres couleurs : vous arrangerez ainfi vos quatre couleurs l’une fur l’autre. Vous porterez enfuite toute cette épaiffeur de laine à l’endroit où eft le point de fil ci-delfus, de façon que le toutpaffe au-delà dudit fil d’un pouce ou plus, félon la hauteur que vous voulez donner à la bouffette, dont ceci 11’eft encore que la moitié: puis reprenant votre fil, vous ferrerez vos laines fur le cuir par quelques points qui fe croiferont: cette manœuvre leur fera prendre le demi-rond. Le centre de la bouffette étant ainfi bien arreté, vous couperezen-deçà du fil tout l’écheveau à la même hauteur, ce qui vous donnera l’autre moitié -, que vous releverez contre la première : elles fe joindront très-bien , & formeront la petite bouffette entière ,fig. 3. Vous finirez par la furtailler, en arrondifi finit avec vos cifeaux pour la rendre bien régulière.
- 85. L’aigrette o , pl. IV, fig. 1 , eft une petite bouffette pour la façon : elle fe fait lùr de la laniere de cuir ; enfuite on la coud en-dedans du haut d’un cuir de deux pouces de large, que l’on tourne en tuyau rond ; on place ce tuyau debout fur le milieu du deffus de tête, où on l’arrête avec de la couture de mouton.
- 86. On met au fronteau * pl. IV, fig. 1, trois petites bouffettes, une au milieu, & deux à fa jon&ion avec les montans ; aux aboutoires quatre petites bouffettes, deux à chacune en-devant. Au cache-nez trois petites bouffettes, une au haut du milieu, & deux aux coins. A la croupiere cinq petites bouffettes , une au commencement du fourchet, deux à chaque côté du culeron. A l’a-valoire du cheval de limon huit petites bouffettes , & deux aux couplets, ce qui fait dix j favoir, deux à chaque branche d’avaloire, &une à chaque couplet. K la couverture des chevaux de devant,2, deux, une à chaque coin de derrière. Ce qui fait vingt-huit petites bouffettes, en comptant l’aigrette. On met trois grandes bouffettes au-deffous des trois petites du fronteau, On va expliquer la façon des grandes bouffettes.
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- • 87. La grande bouffette,pl, IV fig. 4, fe fait d’une ou de plufieurs couleurs , comme les petites : coupez, comme aux précédentes , vos écheveaux en deux : prenez un bout de fil d’archai de la grolfeur d’une moyenne ficelle & de quelques pouces de long ; faites-le recuire au feu , pliez-le en æ, & le tordez un tour pour former l’anneau a. Pliez le milieu de chaque bout b b en équerre ; vous en limerez les extrémités en pointes ; arrondirez un morceau de cuir c en. forme de bouton plat, d’environ un pouce de diamètre; faites entrer les deux bouts de votre fil d’archai au travers de ce cuir vers fa circonférence; prenez une moitié d’écheveau, paffez-laen biais jufqu’à fon milieu dans le vuide que vous avez laiffé entre le bouton de cuir c & l’anneau de fer a; croi-fez une pareille épailfeur fur cette première , foit de la même couleur, foit d’une autre ; & fi vous voulez trois couleurs, vous en croiferez encore une autre entre les deux premières. Les lignes pondluées marquent comme il faut croi-fer les laines. Cela fait, pouifez le rond de cuir c jufqu’à ce qu’il vienne à pref-fcr les laines; & pour le tenir en place, recourbez les bouts du fil d’archai contre fon épaiffeur en-dehors; tournez en-haut l’anneau de fer a : les laines fe rabattront alors fur le cuir qu’elles recouvriront, & ledit anneau fc trouvera au centre , au-delfus duquel il paraîtra. Arrangez-les bien en rond autour du cuir .au-defious duquel vous les ferrerez en d, d’abord avec une ficelle que vous couvrirez enfuite par quelques tours de laine de couleur ; il fe formera une boule qui fera la tète de la bouffette: vous ferez encore au-deffous un fécond étranglement en ferrant vos laines un pouce plus bas en e, avec de la laine feulement; le refte de la longueur ff formera une efpece de houppe alongée, dont les couleurs feront également réparties dans tout le tour, à la différence des petites bouffettes, où les couleurs forment des cercles fur leur épailfeur.
- 88. Dans tout le harnois des chevaux de charrette , on ne met que trois de ces grandes boulfettes, qu’on place au fronteau de la bride fous les trois petites bouffettes qu’on y a attachées, qui leur fervent, pour ainfi dire , de couronnement. Pour cet effet, on fe fert d’un fil - de - fer qu’on accroche à l’anneau de la grande bouffette par un bout, & qu’on enfonce par l’autre au travers du centre de la petite bouffette & du fronteau, derrière lequel on le rive.
- 89. La peau de bléreau en poil eft encore une efpece d’ornement; on Pattache à la bride des chevaux de charrette ; on en met auffi une à l’ava-ioire du limonnier. Celle de la bride entoure la ganache fans la ferrer; on coupe une peau'de bléreau en étréciffant par les deux bouts, & on la place le poil en=. dehors. Pour cet effet, en conftruifant la bride, vous aurez mis une attache au montant hors la main un peu au-deffus du fronteau , & une courroie arrêtée au milieu du deffus de tête fous le tuyau de l’aigrette ; maintenant vous pafferezun
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- des bouts du bléreau dans ladite attache hors la main, & ayant coufu une boucle à l’autre bout de la peau, vous la bouclerez à la main à la courroie qui fort de deifous l’aigrette. A l’égard de celle qui fe met fur la croupe du limonnier , vous la ferez tenir à fon milieu à la croupierepar une attache, & pareillement àfes bouts où elle tombe fur l’avaloire.
- 90. On orne les bouts des cuirs , principalement de ceux qui compofent la bride , d’une efpece de bordure qu’on nomme de La trace ; & leurs milieux , de compartimens répétés , auxquels on donne le nom de bâtons rompus. Pour vous préparer à exécuter ces deux efpeces de broderie commencez par couvrir le cuir que vous voulez travailler, avec du drap rouge bleu ,.&c. puis prenez de la couture : c’eft ainfï qu’on nomme des bandes étroites ou lanières de mouton blanc ; vous la taillerez par un bout en pointe alongée : cette pointe vous tiendra lieu d’aiguille ; vous percerez les bords du drap & du cuir avec une alêne fine’près à près 5 & introduifant à mefure cette couture blanche par fa pointe dans les fentes de l’alêne, vous faites un rang de points en biais d’un bout à l’autre, auquel vous joignez un autre rang du fens oppofé fig. f & 6, a a a a. On voit dans le milieu de la fig. f entre les deux traces ce qui fe nomme bâtons rompus, & dans la fig. G , les doubles bâtons rompus. Tout cela Te fait avec de pareille couture. Ce qui conftitue les doubles bâtons rompus , eft des points de laine noire b b, qu’on paife par-deffus, aux endroits où ils fe croifenti quelquefois 011 omet le drap, & on travaille le tout fur le cuir nu.
- 91. On brode ordinairement le milieu du cache-nez & des aboutoirs, la toile de la fellette du limonnier & la couverture des chevaux de devant, ou bien 011 peint, ces deux derniers comme il a été dit à leur article. A l’égard de la broderie , elle fe fait par - delfus le drap dont on couvre les cuirs en laines de toutes couleurs, excepté le blanc qui eft toujours de mouton blanc. Quant à la toile, on brode immédiatement delfus ; il fe fait auffi des broderies toutes en lanières de drap.
- 92. ON trace les delîins avec de la craie , 8c on les remplit en points devant , toutes les rangées parallèles les unes aux autres , foit en largeur ou en longueur du deflin. Ceux qui fe font le plus communément , font ou les armes de France , ou celles du maître de l’équipage, ou bien des delîins de fle,urs. On voit un aboutoire brodé fig. 7 , & la couverture du cheval de devant fig. 2, dont le coin eft brodé. Cette broderie n’eft pas bien fine ; mais elle 11e laiife pas d’avoir de l’éclat par la variété des couleurs, fur-tout quand elle eft neuve.
- 95. Les brédiflures des bras d’avaloire au gros anneau du limonnier, & les fourreaux des chevaux de devant, ont aulîi leurs parures, que les bourreliers appellent des fejtons\ c’eft une bande de drap rouge qu’on taillade en pointes,
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- tant plein que vuide, qu’on attache avec de la couture blanche, tant atî-delfus de ia brédillure qu’au bas des fourreaux, à l’endroit où ils font coufus.
- 94. Enfin un ornement allez médiocre , mais qui s’exécute fur-le-champ , dans l’idée d’interrompre l’uni du cuir fur les courroies qui ont une certaine longueur, ou qui font très - larges, cet ornement ; dis-je, fe fait avec la rènette, inftrument qui, par-tout où il eft conduit, enleve la fuperficie du cuir de la largeur d’une ligne & à la profondeur d’un quart ; on s’en fert pour faire des traits le long des bords .des cuirs & des lofanges fur leurs largeurs , que les bourreliers nomment des quarrés ; par'exemple, on fait des quarrés aux enchapures des bras d’avaloire ; 011 rènette en long à quatre rangs les branches d’avaloire , &g. le tout fuivant l’idée de l’ouvrier.
- 95". Une parure utile, c’eft de peindre les attelles à huile en telle couleur que l’on voudra, plus communément en rouge : cette façon conferve & nourrit le bois. On orne ordinairement leurs pattes des mêmes deffins qu’on exécute en broderie fur le refte du harnois.
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- CHAPITRE IV.
- De l'attelage des coches & des fourgons.
- $6. Le s harnois des chevaux qui s’attelent aux coches, charriots, fourgons d’armée & autres voitures de cette efpece, font les mêmes en général que ceux des chevaux de devant des charrettes *, mais attendu qu’au lieu de deux limons ces voitures n’ont qu’un timon, il faut abfolumcnt les atteler deux à deux , ce qui change la façon du tirage, & qui a fait ajouter aux harnois des limonniers quelques pièces néceflaires : c’eft de ces pièces ajoutées dont on va particuliérement expliquer la difpofition.
- 97. Attelage des coches. Les coches font d’anciennes voitures à quatre roues, à fléché & à timon , dont on ne fe fert plus que pour voyager d’une ville à une autre , & y tranfporter hommes, paquets & marchandifes ; 011 les * attele depuis deux chevaux jufqu’à lix ou huit dans les mauvais chemins : à deux chevaux il n’y a qu’un cocher ; mais au-delà il y a toujours un poftillon. Le cocher ne monte point fur le fiege 5 il monte en Telle fur le cheval attelé
- à gauche du timon. Le cheval à la droite fe nomme /e fouverge ; le poftillon monte fur le dernier cheval à gauche, qui termine l’attelage. La planchelV aidera à comprendre ce qui fuit.
- 98. Aux yeux des deux traits des limonniers, qui font, comme on vient de dire * le porteur du cocher & le fouverge, on pofe un anneau deTer pour
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- mettre à chaque cheval un reculement: ce reculeraient eft fait d’un fort cuir de bœuf, large de trois à quatre pouces. Voici fon chemin : on le paffe dans un des deux anneaux de fer, puis par-devant le poitrail du cheval, qu’il tra-verfe , pour paffer dans l’autre anneau : de là les deux bouts vont fe boucler au gros anneau de l’avaloire, auxquels pour cet effet an a ajouté un ardillon ; & afin qu’il fe communique au bout du timon, l’on met à fon milieu en face du poitrail de Lanimal un crochet de fer qui s’accroche quand on attele à une chaîne de fer qui tient au bout du timon , afin que quand le cheval recule, l’avaloire attire le reculement, la chaîne, & par confëquent le timon en - arriéré.
- 99. On met au fouverge & au porteur un fourchet par-devant, dont les branches & la queue prifes enfembie, doivent avoir deux empans & demi de long; on en cloue les deux branches aux deux attelles de chaque collier du côté du col du cheval, au-deffous de la coupliered’en-haut ; on paffe enfuite la queue qui doit être terminée par une boucle en-arriere, par-deifous la croifée de la tête du collier. Le fouverge feul doit avoir un fécond fourchet de trois empans & demi de long , dont on attachera les branches au bras d’en-haut de fon avaloire ; on en fait enfuite paffer la queue fous la patte de fa couverture, d’où elle ira fe boucler à la boucle de la queue du fourchet de devant. A l’égard du porteur, comme il a une feîle , il fuffit d’y attacher par-devant un contre-fanglot qui fe boucle dans la queue du fourchet de devant, & par-derriere deux courroies qui, partant de l’avaloire, s’arrêtent aux crampons de la Velle. Tous les autres chevaux n’ont rien d’extraordinaire dans leurs harnois ; les quatrièmes s’attelent à une volée au bout du timon; les fixiemes, &c. ont au bout de leurs traits un crochet de fer qui s’accroche dans une maille de fer à l’œil du trait du fuivant : tous les traits font garnis de fourreaux.
- 100. Attelage des fourgons. Le fourgon, duquel on va décrire l’attelage, fert principalement à l’armée : c’eft une voiture de tranfport, ordinairement fermée de planches & couverte d’un toit de même matière : le fourgon n’a que deux roues, quoiqu’il ait un timon, ce qui exige une piece principale dans le harnois des chevaux de derrière. Cette piece fe nomme an colleron ; ce colleron fe paffe fur le col du porteur & du fouverge, & fert à tenir le timon , & par conféquent la voiture en équilibre : on y ajoute un reculement.
- 101. Le colleron eft compofé de deux cuirs de bœuf, feutrés de bafane, c’eft-à-dire, de la bafane entre les deux cuirs, le tout de quatre doigts de large & de quatre empans & demi de long. Le cuir qui fera le deffous doit être plus large d’un pouce de chaque côté que celui de deffus ; on coud le tout enfembie, & on met un anneau de fer à chaque bout; 011 l’attache au milieu de chaque colleron qu’on arrête enfuite à la coupliere d’-en - haut du-collier,
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- pour le fixer à l’endroit'où il doit porter fur le col du cheval au - devant du collier ; 011 arrête dans un des anneaux d’un bout du colleron une plate - longe d’un Simple cuir , qu’on noue enfuite au bout d’un long palonnier , ou volée , arrêtée ferme fous le timon en - travers à deux pieds & demi de fon bout, & dont on va attacher l’autre bout à l’autre anneau du colleron i 011 attache encore dans les anneaux du colleron deux autres plates-longes : ces deux dernières , en partant des anneaux , fuivent en-arriere la même route de celles des coches ci-delfus , & vont fe boucler de même dans les anneaux de l’avaioire pour fervir de reculemens ; ou bien, en fupprimantces plates-longes, on fe fert d’annëaux & de chaînes d’alliance. Les anneaux d’alliance font deux anneaux de fer enfilés l’un dans l’autre ; on en palfe un à chaque attelle avec le billot au travers de la mortaife ; l’autre refte en - arriéré : l’un reçoit un bout de la chaîne j on brédit à l’autre une longe qui va, comme ci - delfus , fe boucler à l’avaioire : le tout, tant la chaîne que la longe qu’on y ajoute, doit avoir cinq pieds & demi de long ; de cette maniéré le reculement, au lieu de prendre an colleron , part du collier. Cette façon eft la plus uiitée.
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- CHAPITRE V.
- Des panneaux. —
- 102. *CTn panneau fimple, en général, eft une efpece de petit matelas* dont le delfus eft de peau , le delfous de toile , le dedans garni de paille & de hourre ; on le met en guife de Telle fur le dos de l’animal, & on s’alîied delfhs. Il s’en fait pour plufieurs ufages , & alfez diiférens entr’eux pour exiger une defcription particulière de chacun -, tels font le panneau de chevillier qui fert aux chartiers & aux gens de la campagne, le panneau de boucher, le panneau à trouflequin, le panneau de-riviere. PL III.
- 103. Le panneau de chevillier. Un chartier qui a une grande route à faire ne pourrait y fuffîre fans monter de tems en tems l’ur quelqu’un de fes chevaux : c’eft ordinairement le chevillier qui a la préférence : ce qui a occasionné le nom de panneau de chevillier à celui que l’on va décrire. Plufieurs gens de la campagne fe fervent de ce panneau pour voyager plus à leur aife qu’à poil fur leurs montures.
- 104. Le delfus du panneau fera de bafane ou bien de peau de veau -, il doit avoir deux empans & demi du devant au derrière, & trois empans d’un côté à l’autre. Si la peau 11’eft pas alfez grande , on y ajoute des pièces. '
- 10f. Pliez la peau par la moitié le long du dos; taillez les côtés un peu Tome XIF. " N n n
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- plus étroits devant que derrière, arrondirez un peu les quatre coins; enfuite dépliant votre peau & rétendant à l’envers , vous le toilerez entièrement d’une vieille toile ; puis vous l'appointerez aux quatre coins fur une toile neuve de Movtagne , laquelle vous tiendrez de deux doigts plus large tout autour que le defl'us , pour donner place à la rembourrure ci - après ; vous fauBlerez cette toile au - delfus avec un fil fimple; vous borderez enfuite votre panneau avec des bandes de la même peau qui fait le delîus : on rie borde point alors les quatre coins ; ce ne fera que lorsqu'il fera prefqiTachevé.
- 106, Pliez-le une fécondé fois comme la première; faites le long du milieu une rentraiture avec de la couture de vache ; vous la commencerez à quatre doigts du devant, & la terminerez à quatre doigts du derrière: cette rentraiture partagera la peau en deux côtés ; faites - en deux autres f ur la pente du panneau de chaque côté. Le bas des côtés d’un panneau fe nomme la pente du panneau , & les intervalles entre deux rentraitures fe nomment des çanons : ils imitent en quelque façon la verge d’un collier. Ces canons font repréfentés a a y pL [Il, pg. i, fur un panneau de ehevillier achevé : ils doivent avoir deux doigts de large. Faites encore un petit canon b , au - deiTus des deux premiers: celui - ci n’aura qu’un pouce de large: empaillez les canons, ainfî que le devant & le derrière, avec de la paille longue que vous ferez entrer de part & d’autre par les coins que vous avez laides ouverts exprès ; fendez enfuite dans fon milieu la toile du panneau de deux doigts de long en-travers , pour empailler le corps qui ne s’emplit que de menue paile. Quand le panneau eft plein , verfez par terre fur fon plat la moitié de la forme à collier qui a une arête x , pl. /, fur laquelle vous plierez votre panneau; vous le battrez avec le dos du maillet, pour lui faire prendre la courbure qu’il doit avoir, & par le même moyen vous lui drefferez deux arêtes g g bien dégagées , l’une le long du devant l’autre derrière. Dreffer une arête, en terme de bourrelier , e’elt pouffer & approcher la paille le long des bords, & la contraindre à fe preffer & à s’amonceler entre le deîfus & la doublure , jufqu’à ce qu’il paraifle le long du deiTus une élévation aiguë comme le dos d’un couteau i vous borderez enfin les quatre coins ou pointes ii ; vous plierez encore le panneau une fécondé fois fur la forme ; il faut que les pointes en foient bien dégagées, c’eft-à-dire, qu’elles ne foient pas trop chargées de paille.
- 107. Vous ferez enfuite les deux couflinures c c , qui s’attachent & fe ferment fous le panneau ; ( une coufïinure peut fe comparer , pour la forme * à un petit traverfin de lit de repos) on les fait de toile de Mortagne ; chacune aura neuf pouces de large fur toute la longueur du panneau ; vous coudrez? les côtés de chaque coufïinure à la doublure du panneau avec un fil en deux , à quatre pouces & demi l’un de l’autre, éloignant chacune d’un pouce de la rentraiture du milieu ; puis vous les remplirez de bourre , & les fermerez aux deux bouts.
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- I0§, Pour arrêter le panneau fur l’animal, vous vous fervirez d’une fan-gle de cuir de bœuf e, à laquelle vous mettrez un anneau de fer/à chaque bout ; vous arrêterez une courroie h dans un des anneaux, laquelle fe terminera en pointe par l’autre bout. Pour maintenir la fangle en fa place, vous aurez précédemment placé une attache d d de chaque côté fur les canons ; & lorsque vous voudrez fangler , vous palferez la courroie deux fois d’un anneau à l’autre en ferrant, puis vous la nouerez fur elle - même.
- 109. Le panneau du boucher. Ce panneau fert aux bouchers à tnnfporter leurs viandes à cheval; & comme leurs panneaux fe conftruilènt d’une peau entière de veau palfée en poil, le poil en-dehors , ils fourniflent ordinairement cette peau toute fraîche fortant de deifus l’anirnal ; mais attendu qu’elle ne faurait s’employer en cet état, le bourrelier la prépare en la faisant tremper dans des eaux d’alun , ce qui dure une huitaine de jours ou environ , pour la travailler enfuite , c’eft - à - dire, en racler la chair & la îaiifer Pécher à demi.
- 11 o. La peau étant dans cet état, commencez par la plier en deux delà tête à la queue ; taillez votre panneau : il doit avoir quatre empans de long , & la largeur de toute la peau par- devant. La figure 11 repréfenfè la moitié de la coupe d’un panneau de boucher; arrondilfez les pointes de devante, pendant l’efpace de cinq pouces , & les échancrez de trois pouces du côté du ventre b b, le long duquel vous irez tout droit jufqu’à un empan du bout, où vous ferez encore une échancrure c, qui aura quatre pouces d’enfoncement; puis vous couperez droit jufqu’au bout d. Cette derniere partie fera le couiîî-net, comme on verra ci - après ; enfuite dépliant le panneau à l’envers , vous le toilerez en entier de vieille toile.
- iii. Fendez le milieu de la peau , à trois doigts du devant, de cinq pouces en long; vous fermerez] cette fente par une piece de même longueur & de quatre doigts de large , pour y loger un pommeau ci - delï'ous ; fendez aulîi la peau à trois doigts du bout du couflinet^, d’un travers de doigt. A cette fente vous coudrez un anneau enchapé ; cet anneau arrafera le bout du def-fus de la peau : fon enchapure fera de cuir de Hongrie d’un empan de long , coufue par - deifous en fil; elle aura à fon bout coufu quatre doigts de large : appointez le panneau en entier fur une toile neuve de Mortagne par les quatre coins avec un fil fimple , en coupant la toile au pourtour ; laiifez - la déborder de huit pouces au - delà du devant, & de deux doigts au-delà du refte du panneau; remployez un quart de pouce de cette toile, que vous faufilerez enfuite au - deifus, excepté le devant; puis vous borderez les côtés & le derrière avec de la pareiHe(peau. '
- n 2. -V'ous ferez une rentraiture le long dû milieu du panneau avec de la couture de vache à grands points, de deux doigts de long, jufqu’au panneau j
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- puis vous formerez, comme au précédent, les canons fur les côtés par de pareilles rentraitures , favoir, une à deux doigts de la bordure des côtés-., depuis les pointes'de devant jufqu’à l’échancrure de derrière, une autre à deux doigts aü-deifus, & une troifieme d’un empan de long au-deifusde la précédente, éloignée de deux pouces. Les deux bouts s’étréciifant en pointe, vous remplirez les deux grands canons avec de la paille droite par les pointes de devant qui ne font pas encore bordées ; & pour empailler le petit d’au-delfus, vous fendrez la doublure; rempMez enfuite le corps du panneau de menue paille par ces mêmes fentes, i -
- 115. Le panneau étant à demi plein , fi le boucher y veut un arqon , vous aurez un arqon de devant d’une Telle ordinaire tout préparé , c’eft-à-dire , nervé, collé & encuiré ; ( cette préparation fera enfeignée dans l’art du fellier ci-après ) vous le ferez entrer par le devant du panneau entre deux pailles, le haut de Parqonbien droit»au milieu du pommeau ; continuez à mettre de la menue paille ; paifez trois points de fil double de chaque côté de l’arqon avec une grande aiguille, pour le retenir en la place.; chambrez le deflbus de l’arqon vis-à-vis le garrot du cheval fur Ja-doublure ; faufilez la doublure du devant avec la peau ; bordez le devant,. (excepté les pointes ; fendez la doublure en - travers de deux doigts 'de long;{achevez de remplir le panneau , & fur-tout le delfus & le delfous de l’arqon bien ferme ; faites une arête bien fine fur l’arqon, du refie comme au précédent ; dégagez bien les pointes, bordez - les, pliez le panneau deux fois fur la forme à collier.
- 114. Garnissez d’un porte-étrier de cuir de deux doigts de large & de
- trois empans de long, ayant un anneau à chaque bout ; vous brédirez ces deux anneaux au porte-étrier avec de la petite couture ; vous l’arrêterez enfuite au panneau avec trois attaches , davoir , au milieu dans la rentraiture près du pommeau ,. & les deux bouts fur les féconds canons ; paifez enfuite une courroie de quatre pieds de long & d’un pouce de large dans chaque anneau du porte-étrier : ces courroies, fe garmlfent par un bout d’une boucle coufue en fil aveb ion palfant taillé en pointe par l’autre bout : on }les paife dans l’œil, de l’étrier, &1-!on les boucle: c’eft ce qu’on nomme des étrivieres. ^
- 115. Cousez fur les.canqns à la main avec de la petite,couture de vache;
- deux contre-ianglots de cuir de bœuf, d’un pied & demi de long , d’unpouce: de large ; celui de devant près l’anneau du porte-étrier , l’autre à un empan plus en-arriéré ; & fur les canons hors la main, à quatre doigts du porte-étrier, vous coudrez avec de la même couture une (angle, def cuir de bœu£ de cinq empans de long, de'qpatre,doigts-de large ; fendez-îa par.l’autre bout d’un pied de long; garnitfez chaque branche d’une.boucle à l’Anglaife , ou demi-boucle, auxquelles vous boucierezies deux conti'e-fanglots pvour fangler le panneau fur le cheval. ; K . . ^ * ..;j u;
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- • 116. La croupiere fera d’un pied de long, fendue d’un empatl par un bout ; vous coudrez le culeron à ces deux branches de fou relief, & deux petites bouifettes fur les coutures ; vous mettrez à l’autre bout de la croupiere une boucle demi-ronde , coufue en fil : coufez avec cette boucle un contre-fanglot que vous paflerez dans-Panneau euchapé au couffinet du panneau , pour enfuite venir le boucler à cette boucle.
- Il 7. Le panneau à trou ([équin. Cette efpece de panneau relfemble autant qu’il le peut à une felle à trouifequin faite par les felliers : on y eftfort com--modément, & le prix en eft moindre , ce qui engage plufieurs à s’en fervir. Pour faire ce panneau , fervez-vous de l’une ou de l’autre des peaux qui s’emploient pour le panneau de chevillier ci-devant ; coupez-le de la même longueur, enfin fuivez pour le corps du panneau prefque en tout fa conftruc-tion ; les différences qui fe trouvent en chemin font fi peu confidérables , que pour éviter les répétitions, on a mieux aimé faire ici un extrait fuccinéfc de cette conltrudion, que de recommencer ce qui eft déjà détaillé dans le panneau de chevillier ci - devant, fe contentant de noter les différences à mefure qu’elles fe rencontreront.
- , 118. Quand on veut un couflinet pour porte-manteau , on taille la peau
- jpar-derriere en échancrant de chaque côté , comme au panneau de boucher.
- Appointer le panneau fur une toile neuve de Montagne, aux quatre coins laiffer déborder la toile de deux doigts.
- Faufiler la toile au panneau , le border de pareille peau excepté les pointes. Faire une rentraiture au milieu. :
- Faire deux canons de chaque côté, les emplir de paille droite. <
- Emplir de pareille paille le devant par les pointes de devant.
- . Fendre la toile pour remplir le corps du panneau de menue paille.
- Plier le panneau fur la forme à collier.
- Border les pointes. ' >
- Plier une fécondé fois fur la forme. ! ,
- T19. Afin de. rendre ce panneau femblable à une felle,011 ajoute une efpece de pommeau taillé en foçme d’un oifeau, des battes & un trôufîequin, fans qu’il y entre aucun bois ; chacune de ces pièces taillée double de la même peau , 011 les coud enfembie, puis on les remplit de paille menue: on les coud au panneau chacune en fa place.
- 120. Pour les conftruire, apres les avoir taillées, coufez par ljenvers les deux morceaux de chaque piece , y joignant une laniere de mouton rouge çntre-deux , que l’on prend dans la couture on la nomme un Jonc ; rètournez-les enfuite fur la fleur-, il paraîtra le long de la couture une ligne rouge. Pofezl’oifeau au milieu du deyant fur le bord, les battes à fes deux côtés, & ie trouifequin a deux pouces du derrière,
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- 121. Pour faire tenir toutes ces pièces, faites une fente à la peau du panneau de la longueur de la pièce ; coufez à l’envers avec le point à joindre les bords ave'é' ceux de la fente ; puis vous l’empaillerez, & vous en rapprocherez la fente à furjet : tout ceci fe fait avant d’empailler le panneau. Mettez au-delfous des battes un anneau enchapé, coufu fur les canons, pour palfer les courroies d’étrier , qu’on nomme etrivieres ; & derrière le troulfequin , ou au bout du couiïinet, s’il y en a un, un anneau enchapé de quatre doigts de long ; que l’anneau feul paraifle en - deifus , comme au panneau de boucher ci-devant. Si vous avez taillé un coufîinet, vous attacherez deux courroies derrière le troulfequin pour y lier le porte-manteau. Vous fuivrez pour la croupiere & le culeron le même procédé indiqué au panneau de boucher ci-devant.
- 122. J’ai oublié de dire que pour aflurer l’oifeàu dont le bec eft en l’air, on met au bout du bec une attache qui va fe rendre au panneau.
- 123. Nota. Que quelquefois on met des couflînures comme au panneau de
- chevillier ; que fi on veut 011 rembourre le panneau avec de la bourre aii lieu de paille ; & que pour les femmes qui montent les deux jambes du même côté, on fait hors la main une efpece de doffier contigu au troulfequin, qui coule le long du côté vers les battes pour leur foutenir les reins. *
- 124. Collier & panneau de riviere. Le collier & le panneau des chevaux
- qui remontent les bateaux fur les rivières , doivent être conftruits de façon à réfifter, autant qu’il eft poflible, aux dommages que l’eau peut leur caufer, lorfque ces chevaux font obligés d’entrer dedans & d’y cheminer, ce qui arrive alfez fréquemment dans leurs routes ; moyennant quoi, les différences de ces pièces aux autres du même genre font alfez confidérables pour en faire ici un article particulier, en parlant d’abord de leur collier, & enfuite de leur panneau ; ce qui terminera leurs harnois en général, & tout ce qu’on a à dire à cet égard. i°. Les chevaux qu’on emploie à ce travail font de médiocre taille ; c’eft pourquoi leur collier eft allez petit; 20. ils font toujours attelés deux à deux , chaque paire à part , qu’on nomme une courbe de chevaux, parce que chacun eft attaché par des traits de corde à un palonnier courbé en - devant, & attaché à une volée courbée de même, laquelle tient à la corde du bateau. A mefure que le bateau eft plus grand ou plus chargé , on augmente le nombre des courbes de chevaux ; & comme le marinier conducteur de fa courbe monte tantôt fur l’un & tantôt fur l’autre de Tes chevaux, chacun doit avoir fon panneau. ^
- I2f. Le collier. Ce collier fe fait de balàne, comme les autres; mais a.Ù tendu qu’il eft communément allez petit, 011 retranche de la peau en la coupant en long, à quatre pouces au-delà de là vraie moitié ; puis on plie en deux ce qui en refte, & en continuant au lieu de faire le pli du col à i'àfe du corps,
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- comme il eft marqué pl.ll, fîg- II , lig;?e ponctuée, on l’avance fur ie corps d’un empan ou environ , au lieu de rabattre le dos en deux triangles, comme on fait aux autres colliers ; on le plie prefque quarrément. Les fournimens fe. coufent aux bouts dudit pli, ce qui éleve cette couture à un empan du bas du collier ; au moyen de quoi, entrant plus rarement dans l’eau, quand les chevaux fe mettent à gué , elle n’elt pas fi fujette à fe pourrir , & l’eau à pénétrer dans l’intérieur du collier (*). On achevé le collier comme à l’ordinaire ; & quand il s’agit de le remplir , on enferme dans la verge une corde au Heu de paille , & on rempaille en entier , fans jamais y mettre de bourre. A l’égard des attelles , en arrondilîant leurs pattes , on les rabaiifè atfez pour donner facilité au marinier qui elt afîis du côté fur fon panneau , de voir fou chemin par-deifus. Les boutons qui attachent le collier aux attelles feront de cuir noir; & au lieu de eoupliere d’en-bas , on mettra deux bandes de fer l’une fous l’autre , qu’on nomme croijfans de fer, crochus par les deux bouts qu’on fera entrer dans le bois ; on y mettra la houlfe de mouton comme à l’ordinaire,
- 126. Le panneau. Le panneau de riviere fera de bafane;il doit avoir un empan & demi de long du devant au derrière, & la même mefure d’un côté à l’autre; que les deux bouts falfent un peu la pointe, & que le panneau foit un peu plus étroit du devant que du derrière ; le toiler de vieille toile ; l’appointer fur une toile de Mortagne ; le border; faire une couture en-travers à fix pouces du devant, & une pareille à fix pouces du derrière, a a , pl III, fig. III ; le rentraire de cinq couture^ en long entre les coutures a a y ce qui formera fix canons ; le rembourrer de paille, mettre deux coufii-nures b b, de toile , de neuf pouces de large ; les remplir de paille ; les fermer aux deux bouts avec deux ronds de balane & de la couture de mouton rouge fous le point de fil ; la fangle fera de cuir noir à deux anneaux c c, dans l’un defquels vous mettrez une courroie pour fangler le cheval comme au panneau de chevillier ci-devant. La fangle doit palfer delfus le panneau dans deux attaches d, fous lefquelles vous mettrez un morceau de vache, afin que la fangle n’ufe pas le panneau. Le relie du harnois fera une couverture peinte fur la croupe, des traits & porte-traits de corde, un cordeau arrêté au polonnier : le mors de la bride doit être de fer, ce qu’011 nomme-un mors creux.
- (*) Pour mieux concevoir ces différences, repaffez la taille du collier ordinaire à l’article II du chapitre III.
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- CHAPITRE VI.
- Les bâts.
- 127. Le bât en général eft une efpece de Telle qui Te met fur le dos des bêtes de Tomme, pour y attacher les fardeaux dont on les charge ; il eft compoTé d’un bâtis de bois, auquel on joint un panneau rembourré. Il s’en fait de di-verTes maniérés pour les chevaux , les ânes & les mulets ; pour les chevaux, 011 en conftruit de deux efpeces, le bât ordinaire & le bat de guerre.; pour les ânes on ne fait que le bât ordinaire. Le bât de guerre pour les mulets en tems de guerre leur efl: particulier. Le bât ordinaire pour les chevaux & les ânes Te nomme à boutonner; celui de guerre pour les chevaux, bât à faujjes gouttières ou bât français ; le bât de guerre des mulets , bât d'Auvergne.
- 128- On va décrire tous ces bâts l’un après l’autre ; quant au bât de mulet, on y joindra tout le refte de Ton harnois, qui ne refl'emble à aucun de ceux qu’on a décrits ci - devant. Tout bât efl; compoTé d’un fuit & d’un panneau. Le fufl: efl: de bois, & toujours de quatre pièces, Tavoir, deux aubes & deux courbes. Il efl: du diftrièt du bourrelier de faire les fufts ; mais comme il lui en vient de tout ébauchés des ventes des forêts , il n’a plus qu’à les perfectionner & les ajufter avec Paillette & la râpe à bois, fuivant l’ufage qu’il en veut faire. La courbe deflmée au devant a,fig. 3 , doit toujours être de deux pouces plus étroite que celle du derrière a *. Pour aiïèmbler le fuft, après avoir fait entrer les courbes dans les engravures des aubes, on cloue les aubes b b , à chaque pointe des courbes , avec cinq clous de quatre, comme il eft dit de la Pellette de limon. Voilà en général le fuft; prêt à recevoir le panneau. Les autres circonf-tances qui s’y joignent, feront détaillées dans la defeription de chaque bât, dont on va donner la conftruction.
- 129. Le bât de cheval à boutonner. Ce bât eft le plus ordinaire ; il eft même le Teul dont Te fervent communément les gens de campagne ; il eft compoTé, comme tous les autres, d’un fuft & d’un panneau. Le fuft étant monté, il s’agit de le mettre en état de recevoir le panneau ; pour cet effet vous percerez deux trous de vrille au travers des courbes, un à celle de devant au - delfus du garrot, l’autre vis-à-vis à la courbe de derrière & deux autres trous , un au milieu du bas de chaque aube fur la pente .proche le bord ; clouez enfuite à un pouce du haut de chaque courbe en - dehors , une bande de fer de deux doigts de large , ayant un crochet à Ton milieu ; il faut, en la clouant, mettre un petit rond de cuir Tous la tête des clous, afin de les bien aifurer.
- • 130. Pour faire le panneau, commencez par prendre la mefure du fuft;
- puis
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- puis ayant mouillé & étiré une peau de mouton tannée entière, telle qu’il vous 3a faut, pliez-la par la moitié fur la chair de la tête à la queue pour la tailler enfuite félon votre mefure.
- 15 i. Afin que le panneau foit aflez grand & ample , il doit déborder le fuit au - delà des courbes de quatre doigts par - devant & de trois doigts par - derrière: cet excédant eft ce qu’on nomme la chajje du panneau ; il faut encore qu’il ait alfez de profondeur pour toucher fous les courbes quand il fera en place, & qu’il ait par les côtés un empan de pente au-delà des aubes. Si la peau n’eltpas alfez ample en ces endroits, ce qui arrive fouvent, prenez-en deux morceaux le long du col de l’animal , que vous avez dû retrancher d’abord pour equarrir votre panneau ; vous les y coudrez à l’envers avec du fil en deux poilfé, mettant un petit jonc dans la couture; vous la furtaillerez, & vous arrondirez en douceur les pointes & la pente pour la grâce ; vous toilerez, c’eft-à-dire, vous doublerez le panneau en entier de vieille toile, puis vous mettrez les façures.
- 132. Ce qu’on nomme les façures, eft des bandes de toile de Mortagne, de cinq pouces de large, qui fe mettent à l’envers le long des bords du panneau tout autour, où vous les appointerez. Les façures des pentes doivent dépafi fer d’un pouce celles du devant & du derrière ;vous mettrez entre ces façures des pentes & le panneau fix morceax de bafane de cinq pouces de long, c’eft-d-dire, trois de chaque côté, favoir , deux aux coins, & une au milieu de la pente ; appointez - les tous du côté de la fleur ; coufeztout autour enfemble la peau du panneau & la vieille toile, repliez un peu en - dedans les façures du devant & du derrière; vous y ferez deux petites rentraitures de toute leur largeur avec de la couture de bafane; puis revenant aux pentes , vous prendrez deux petites baguettes de la longueur des pentes du panneau ; vous •les entourerez de paille droite qui e^cede leur longeur de fix pouces par chaque bout; vous entourerez cette paille avec un fil fimple , le cordant tout le long de la baguette; vous releverez la façure de la pente pour arrêter la baguette au panneau , par une couture qui l’entourera; vous commencerez & finirez cette couture en prenant dedans les fix pouces de paille, dépaflant les baguettes , que vous aurez précédemment dû plier à chaque bout fur les façures de la chafle devant & derrière.
- ij?. Vous emplirez le panneau de paille droite; pour cet effet, commencez par mettre fous les baguettes une petite mife de paille ; puis étendez le panneau par terre, l’envers en-deflus ; mettez-vous à genoux, pofez une réglé de bois lè long du milieu ; puis prenant à pleine main de grofles mifes de paille droîté^vbus les lierez de deux liens de praille ; vous mettrez deux de ces mifes de chaque côté en long jufques dans lesjbàgiïettes de la pente, puis une en-tra-.vers fur les châfles du devant & du-derrière ypour leurdonner de la rondeur ?
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- obfervez, en plaçant les miles, de mettre toujours leurs liures en-delfous; achevez de remplir de cette façon lerefte du panneau bien ferme & uniment de chaque côté par-delfus les deux mifes en - travers ci - deffus.
- 154. IIfl’-vr.z le panneau de terre, & ployez-le par la moitié ; vous rabattrez enfuite les façures des pentes des côtés fur les mifes de paille, & vous les coudrez d’un hl en d-eux non poilfé, avec les façures des châlfes, & vous refournirez de petites mifes de paille fur les pentes pour bien unir le tout.
- 15 f. Pour boutonner ce panneau , c’efl-à-dire , y faire les boutons piqués qui ont donné à ce harnois le nom de bât à boutonner , prenez un gros carrelet que vous enfilerez de ficelle en deux poiifée , avec laquelle vous ferez des boutons en traverfant pour chacun le panneau de delfous en delfus, 5c palfant en delfus fous chaque point avant de le ferrer, un peu de laine de toutes couleurs, vous en ferez deux rangs fur les pentes j éloignez d’un pouce d’un Jbouton à l’autre le fécond rang à trois pouces du premier, puis vous chambrerez le garrot avec la même ficelle d’un empan de long fur quatre pouces de large, faifant les points d’un pouce de long, & vous mettrez aux deux côtés deux boutons pour agrément. On voitpl. V 9fig* 19 aa, un panneau boutonné.
- 136. Il s’agit maintenant d’attacher folidement le panneau à fon fuit ; commencez , en le mettant en fa place , par le pofer de maniéré qu’il déborde un peu plus en-devant que par - derrière ; puis pour l’attacher en - haut au milieu des courbes & l’y joindre en-delfous, vous paiferez devant & derrière dans la rentraiture du milieu du panneau une longue attache de cuir,, de là dans le trou fait ci - devant au-haut de chaque courbe , allant & revenant ; vous finirez par en corder le bout fur elle - même , pl. III, fig. B, a; écartez - le enfuite au moyen de deux bâtons ; placez alors & clouez les dagot-nes : c’eft le nom qu’on donne ici à de petites courroies de vieux cuir de bœuf, au nombre de quatre ; vous les paiferez d’abord aux quatre coins du panneau,, enfuite vous les croiferez dans le trou que vous avez fait aux aubes au-delfous des pointes des courbes: il faut prendre delfous les grolfes mifes de paille du devant & du derrière ; puis croifant l’un fur l’autre les deux bouts de chacune, vous les clouerez de part& d’autre le long de la pointe de la courbe avec trois-broquettes b b de chaque côté ; vous paiferez aulli une attache au travers du milieu de la pente , & dans le trou du milieu du bas de l’aube, où vous l’arrêterez avec un double nœud.
- 147. Otez les bâtons qui écartaient le panneau; corrompez avec une pince les mifes de paille ; puis vous paiferez avec une grande aiguille à réguiller, quatre points de moyenne ficelle des deux côtés du panneau à rafe les bords des aubes du haut & ,çluqbas ; puis vous le rembourrerez bien uniment de bourre de veau, & ferrerez les ficelles à'mefure que vous rembour-
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- ’rêrez deflbus; & afin de bien incorporer la bourre avec la paille, vous la piquerez à mefure avec la broche à piquer.
- ; 158. La garniture de ce bât confifte en une fatrgle , une toile pour couverture , deux crochets de fer & une croupiere. La (angle , pl. V ,fig. 1 , b , & pl. III ; A , dd, fera de cuir de bœuf, de quatre doigts de large , & de cinq empans de long ; vous la fendrez par un bout en fourchet, & vous la clouerez vers le milieu de l’aube hors la main ; vous coudrez à chaque extrémité du fourchet une boucle enchapée 3 vous clouerez vers le milieu de l’aube à la main , plus en - devant qu’en-arriere , deux contre -fanglots de même cuir de deux empans de long, à quelque diftance l’un de l’autre, qui ferviront à boucler les deux branches du fourchet de la fangle.
- 139. La croupiere, pl. III, fig. A , c c , doit être double : fa branche hors la main fera la plus longue 3 elle fera coufue à un des bouts du culeron: elle doit traverfer les arcades des deux courbes, tourner autour de l’attache du panneau a, fig. B , à la courbe de devant, & retourner enfuite fe joindre à la main à la courte branche , pareillement coufue à l’autre bout du culeron , dont on couvre les coutures avec deux petites bouftêttes.
- 140. La toile, pl. Z7,fig. 1, a, pour couvrir la croupe de l’animal, doit avoir jufqu’au culeron, qu’elle ne doit pas déborder, un pied & demi, & deux pieds trois quarts de l’autre fens 5 elle elt ordinairement peinte en noir : on la cloue vers le bas de la courbe de derrière 3 & pour qu’elle prenne bien le rond de la croupe , on plie en biais par- deffous de chaque côté la partie que l’on va clouer 3 obfervez de mettre fous les clous de. la couture de mouton rouge. Si on veut qu’elle foit façonnée à fleurs , c’eft - à - dire, bordée, alors on la borde à plat d’une lifiere de drap , coufue avec du mouton blanc, & deux petites boujfettes pendantes à chaque coin.
- 141. Les crochets , pl. III, fig. B , e , & A , e e , tiennent chacun en - dehors au-haut des courbes à un croilfant de fer qu’on y cloue. On fe pafle aifez fouventà cette efpece de bât du poitrail & du bafcul ou Fefîier j cependant fi on veut les y ajouter, on les trouvera décrits au fuivant.
- 142. Le bât français â faujfes gouttières , ou de guerre. Quoique ce bât fe conftruife enplufiewrs parties, comme le précédent, on ne laiflera pas de le décrire en entier, mais plusfucciudement pour les pièces qui fe reiïembîent î ce fera à cet égard une efpece de récapitulation. Il eft compofé, comme le précédent, d’un fuft& d’un panneau: 011 nomme le fuft dont on fe fert ici, fuft normand, qui, quoiqu’il foit fait comme les autres, eft cependant plus dégagé & plus ouvert. On l’alfemble 6c 011 le garnit comme le précédent 3 mais comme il eft principalement fait pour la guerre, on y ajoute deux vertevelles de fer. La vertevelle, pl. III, fig.C, a, eft ici un anneau de fer de deux pouces en quarré, qu’on arrête en-dedans de chaque-courbe avec deux
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- clavettes à tête de piton. Pour mettre cet anneau en place, on commence par faire quatre trous de vrille deux à deux , au-deflbus ducroilfant du crochet ordinaire; on palferaau travers de ces trous de dedans en dehors les deux pointes de chaque clavette, dont les tètes foutiennent la charnière de l’anneau pour qu’il roule librement ; ainü les courbes font garnies par-dehors d’un crochet avec fou croiflànt, & par-dedans de cet anneau : ces verte-velles font deftinées à foutenir les malles ou coffres fufpendus, comme on verra ci - après.
- 143. Pour faire le panneau de ce bât qui fe nomme à faujjes gouttières, fig. A, gggg, prenez une peau de cochon ou de truie; elles font communément plus grandes : il faut la mouiller, l’étirer , la laider égoutter, la ployer en deux fur fa longueur, & enfuite la tailler. La pente & la châlfe, comme le précédent; on prend la tête & le collet de la peau pour refournir le deifus , parce que les peaux ne font jamais alfez larges pour faire un panneau un peu ample; on appointe ces pièces au ventre de l’animal avec un fil (Impie; 011 les coud enfuite du côté de la chair, un jonc de mouton rouge entre-deux; on retourne le tout; on bat la couture, on la furtaille ; on arrondit la pente, la châlfe, les quatre pointes.
- 144. ün coud une toile à couverture d’un pied de large fur la pente tout du long, ainfî que fur la châlfe; cette toile fe coudra à un pied au delfus du bas de la pente avec un fil en deux poilfé , obfervant que cette toile foit bien égale à la peau le long du bas de la pente : 011 met les faqures de toile neuve deMortagne, même largeur du précédent; on les appointe & les coud au panneau , un jonc de mouton blanc entre la couture ; on coud le derrière du panneau ; on ne coud que la vieille toile avec la faqure fur les pentes des deux côtés, parce que le cuir ne fe recoud qu’après que le panneau eft plein. La couture fe fait à furjet avec un fil en deux poilfé; on partage le panneau en deux par le milieu avec deux rentrattures de la largeur de la faqure, l’une devant, fautre derrière ; on met deux baguettes aux côtés entortillées de paille droite; 011 les coud, on remplit le panneau comme le précédent,on le boutonne à la toile qui eft coufue à la pente ; on le traverfe & on le boutonne fur la faqure : tous ces boutons font en-deffous, il fe font comme les précédens ; on n’y met qu’un brin de laine, on rabat la peau fur la pente; 011 coud fur la baguette avec du mouton blanc à quatre doigts de la pente, en tournant par-devant & par-derriere; on repoufîe bien le panneau, on le chambre fur le garrot proche la rentraiture, comme le précédent ; on le met dans le fuft avec les attaches & dagornes; on y pique la bourre; que la rembourrure foit bien ferme; bien dégager l’arète & les côtés.
- 145. Garnissez ce panneau d’un poitrail, pî. III, fig. k, k,h,âe cuir de bœuf, de bx empans de long & de deux doigts de large ; clouez-en un bout
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- fur l’aube hors la main; mettez à l’autre bout une boucle demi-ronde dans une enchapure de cinq pouces de long , que vous y coudrez avec de la couture; vous clouerez l’enchapure à l’aube à la main en biais,, pour que le poitrail prenne bien le rond de celui du cheval. ,
- 146. Faites une fangle de cuir de boeufs d, de cinq empans & demi d& long, de quatre doigts de large; clouez-la par un bout à l’aube prefque dans le milieu hors la main; taillez - la à l’autre bout en fourchet, d’un empan & demi de long : chaque branche fera garnie d’une boucle enchapée coufue en fil ciré; clouez fur l’aube à la main deux contre-fangîots de cuir de bœuf d’un pouce & demi de large, fur deux empans de long, pour y boucler le fourchet.
- 147. Faites un feflier ou bafcul//Y de fix empans de long, de deux doigts de large, de cuir de bœuf, garni d’une boucle à demi-ronde par chaque bout,,coufue avec mouton rouge; vous le feutrerez, c’eft-à - dire , le doublerez avec de la bafane, entre laquelle & le deflus vous le remplirez de bourre en entier; clouez quatre contre-fànglots de cuir de bœuf de deux empans de long, de deux doigts de large, deux à chaque aube en-arriere, pour boucler les boucles du feffier. La croupiere'^çmme au précédent.
- 14g. La toile qui couvre la croupe, fera façonnée à fleurs, & bordée par-derrière d’une liiîere fur laquelle on fera des bâtons rompus avec de la couture de mouton blanc, une petite boulfette pendante aux deux coins; clouez la toile le long du bas de la courbe de derrière, depuis le défaut dq fon arcade de chaque côté; mettez une petite frange fous les clous v& au milieu de cette toile une attache qui ira rendre à l’attache de derrière, qu; joint le panneau à la courbe.
- 149. Afin de fôutenir le feflîer à la hauteur convenable, on fait une fente dans chaque courroie de la croupiere, vis-à-vis l’une de l’autre, pour y palfer une courroie d’un demi-pouce de large i i, dont on arrête les deux bouts au feiîier, à un empan & demi de fes deux boucles.
- ifo. Point porter les valifes ou ballots, lorfqu’on charge le bât, l’on a quatre courroies , chacune de neuf pieds de long , larges de trois doigfsj.on les nomme courroies de malle,; 011 les garnit par,un de leurs bouts dlune boucle à roulon avec fon padànt, 8c par l’autre bout on les taille un peu en pointe; 011 brédit à chaque courroie à un empan & demi de ladite boucle, avec de la couture de vache , un fort crochet;*,,avec lequel on accroche la vertevelle ; on met auffi deux de ces courroies à chaque vertevelle ; de là elles prennent la malle , d’où elles vont fè boucler à la boucle à roulon. Si on veut placer une troifieme valife au milieu du bât, on fe fert de deux paillettes ; c’eft ainfi qu’on nomme, en cette occafion , deux courroies de cuir de bœuf,
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- de huit pieds de long chacune, & d’un pouce & demi de large, chacune garnie d’une boucle.; oiven palFe une de chaque côté des attaches du panneau <Jui prend la -malle-entre le panneau & les courbes où elle fe boucle.
- 151.. Nota. Que la bride du cheval de bât pour la guerre eft à peu près la même que celle du cheval de charrette : les feules différences font, qu’on y ajoute des porte-mors & un mors lèmblable à celui du cheval de felle, qu’011 ne met que deux grandes bouffettes au fronteau , & que l’on fait à la rêne un bouton qu’on paife dans le crochet du bât.
- ...— «»
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- Du bât et âne. Remarques fur fon collier* >
- 152. E bât d’âne eft abfolument pareil, proportions gardées, pour le fuft comme pour le panneau, à celui ci-devant, qui fe nomme bât à boutonner. Il n’en-eft pas de même de fon collier ; on. eft obligé de le faire de façon qu’il s’ouvre en deux par le bas , attendu que cet animal ayant la tète grolfe proportionnellement à fon col qui eft court & mince, le collier, après avoir palfé la tète, fe trouverait trop large, & tournerait fur fou col : voici comme on évite cet inconvénient. On coupe le bas du collier par le milieu , on ferme les deux côtés coupés par une piece de même peau; & pour rapprocher & rejoindre tant le collier que les attelles , on met au collier d’un côté une boucle & de l’autre un contre-fanglot pour le ferrer quand il eft en place. A l’égard des attelles , on y cloue le long du bord extérieur de chacune au-delfous du bout du fommier, un croilfant qui fuit le contour de l’attelle jufqu’au bout, où un de ces croilfans fait charnière avec l’autre , c’eft-à-dire, qu’il n’a qu’un charnon qui fe place entre les deux; de l’autre une cheville de fer paffée au travers les tient enfemble. Cette cheville a une tète dans laquelle on paife une petite courroie que l’on cloue à une des attelles, moyennant quoi, lorfqu’on veut mettre le collier , on déboucle le contre-fanglot, on ôte la cheville; le collier s’ouvre ; on le pafle par-delfus le col ,/& on le referme. '
- ifNota. Qu’il fe rencontre quelquefois des chevaux de charrette auxquels on eft obligé, par les mêmes raifons * de faire de ces colliers.
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- CHAPITRE VIII,
- Le harnais dit muht d'armée équipé en guerre.
- M4* jC^ES mulets réufîilfant beaucoup mieux à porter qu’à tirer, le cheval leur eit inférieur pour la première 'de ces deux fonctions, autant qu’il leur ett fupérieur pour la fécondé. Lorfqu’on emploie le mulet aux voitures , iî c’eft à la charrette, on lui met les mêmes harnois des chevaux de charrette : fi c’eft au carroife , on fe fert des harnois de carroife. Il s’en trouve aufti qu’on peut monter ; alors on leur met le harnois du cheval de Pelle , ou on les monte à cru. Mais le théâtre de la guerre eft celui où ils fe diftinguent le plus. Ils y font préférés aux chevaux de fomme , dont ils épargnent le nombre, attendu qu’ils portent bien plus pefant, qu’ils ont la jambe plus fûre, qu’ils tiennent long - tems fur pied, & qu’ils font d’une moindre nourriture. Aulîi les y confidere-t-on beaucoup plus qu’ailleurs; Si pour montrer l’eftime qu’on en fait, on les équipe avec diftindion ; ils y font très-fenfibles, fi l’on en croit les muletiers, qui prétendent les affliger quand ils ont fait quelque faute, en leur ôtant leur rang ou quelques-unes de leurs parures. On va voir quelle eft leur magnificence par le détail que l’on va faire de tout ce qui compofe leur harnois & fes ornemens; :
- iff. Le licol. Le licol du mulet eft cornpofé d’un deiTùs de tête, d’une mufeliere, d’un fronteau, d’une fougorge appeliée lyonnaifc ; le tout de cuir de bœuf en blanc , & de chaînes de fer. Le dellus de tète , pl. II1, feiv, a a a a? qui fait le tour de la tète.jufqu’au - deflus de la bouche de chaque côté, aura deux doigts de large & quatre empans ,& demi de long il fera rènetté à quatre raies en longueur. La mufeliere b aura* dix pouces de long & quatre doigts de large à fon milieu,,(< d’où elle ira, en diminuant du haut jufqu’aux deux bouts ; elle fera rènettée en quarré. Le fronteau c aura un .pouce de large & deux empans de long* la lyonnaife d d aura un pouce de large & fix empans de long. La longue chaîne de fer e e doit avoir cinq mailles, & être, ferminée.par un anneau à chaque bout. La; courte chaîne/" n’aura que deux mailles & .un anneauà-.,chaque bout* c’eft-à.dire.,,,que toutes les deux partiront des anneaux du{ deîfus de tête& finiront chacune !par lin anneau. „ .
- 156. Pour faire le licol, arrêtez dans les anneaux qui foutiennent les chaînes, les deux bouts du delfus de tête & ceux de la mufeliere , en les y cou-faut d’abord à demi-jointure avec un fil en deux poilféj puis vous Jes bré.direz enfuite proche l’anneau avec de. la couture de-mouton rouge j.à trois points & un point quarré, <%cavec la rpême couture v.Q.q2 ferez une,.croix,^ trois
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- {forints dé billot, fil. VI, B ; coufez enfuite au-delà defdites enchapures deus! lacets de vache i I, qui iront en biais du deifus de tète à la mufeliere -, tournez vos points dé couture en rond ; mettez au milieu du deifus de tète uil palfantA, d’un pouce de large coufu en fil ; vous paiferez dedansja lyonnaiie, vous le c roi ferez vers la moitié de la ganache du mulet par un nœud- quarré g, expliqué pl. VI, fig. 8 » vous en arrêterez enfuite les bouts aux anneaux où les chaînes de fer font arrêtées ; vous ferez palier la longue chaîne dans Panneau de la courte, & vous attacherez à Panneau de fer du bout de cette longue chaîne une ou deux longes de cuir,
- ify. La bride. La bride du mulet effc compofée d’un deifus de tête, d’un fronteau garni de trois plaques de cuivre, d’un fourchet, d’une fougorge, d’un mors de fer , d’une paire de rênes, d’un moreau avec fon deifus de tète, -d’un plumet, de flots & de lîmoulfes.
- ab rpg. Pour le deifus de tète, prenez une courroie de cuir de bœuf en blanc , pl. III, fig. f , de cinq empans de long , fur un pouce & demi de large ; mettez une boucle à chaque bout, & par - deifous la boucle un contre-fanglot de iîx pouces de long ; & pour l’épaifleur que ledit deifus de tète doit savoir, mettez quatre cuirs de même largeur & d’un empan & demi de long-; '-depuis chaque boucle au bout de cette longueur, vous retrancherez un cuir1, eainfî l’épaifleur ne fera plus que de trois cuirs pendant deux empans de long’; appointez le tout avec des clous de quatre , puis coufez à deux rangs avec 'du fil en quatre brins poiifé ; en faifant ces coutures , vous arrêterez fdans les cuirs à la diftance de quatre doigts de la boucle à la main , un paflànt d’un pouce de large * couvert de mouton rouge ; vous couvrirez du même mouton la bride depuis chaque boucle pendant deux empans. Quand la bride fer“a coufue , vous la battrez furJle" billots & la furtaillerez ; puis ‘vous la plierez •^en deux par la moitié ; vous brédifez au-‘deifous du pli les' deux côtés ensemble avec quatre points de gros*fil en tournant ,œe qui fe nomme faire la tête de'la bride , & vous ne laiflêrez au-delfus de la brédiffure que l’efpace néceT refaire pour palfer dedans par la fuite une attache j vous placerez à un empan au-delfous de ce milieu Meux flots, un de chaque côté. u- o -)' u if 9. 'Pour faire le fronteau, pl. III ,fig.V'fa 'a, il ‘vaut mieùiu fe fervir •’ d’un bout?de traits de -éheVaüx deycartolfe , que Me cuiriieuf, qui eft plus ‘ fujet à s?étendrè-; ces' traita font cômp’ofes de trois'cuirs ; vous en prendrez donc un bout de deux empans de long ; vous le couvrirez en entier de mouton rouge; vous le coudrez par lé milieu à demi-jointure, pour prendre en - même tems le mouton de’deiTus &- de deffous ; à chaque bout: dudit trait : vous ûcoudrez;Uirmorcedü( de cuir’de bœuf de la largeur du fronteau $ & de r 1jx> pouces -de long ; vous 'couvrirez ces morceaux par - defliis de mouton «• rouge, ils fervent de -chaque côté dal fronteau à envelopper- la têtiere~de la
- bride :
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- tfddc : arrêtez enfuite le fronteau fur la tètiere, à cinq pouces de là tète de chaque côté , avec un clou de quatre.
- 160. La bride du mulet fe décore de trois plaques rondes de cuivre; ces plaques'font, comme on les voit difpofées pl. V, fig. III, b b b-, à deffins re-poulfés au cifeau ; ce font fouvent les armes du maître, fon chilfîe ou autres deifins ; chacune , pl. III, fig. V, b b , a cinq pouces de diamètre , tenant à charnière à une lame plate de même métal e, de deux pouces & demi de long fur deux pouces de haut ; celle du milieu b b , eft fur le front qu’elle couvre ; les deux autres lui tiennene lieu d’aboutoires, & toutes les trois lui fervent d’ornement : ces plaques rondes font chacune percées vers le bord des deux côtés des charnières, de quatre trous deux à deux, pour palfer un lacet dans chacun , comme on va voir. Pour attacher d’abord celle du milieu en fa place, clouez fa lame plate à quatre clous jaunes fur le milieu du fronteau Rengagez deifous les deux branches d’un fourchet de cuir cc, d’un empan de long, qui fe termine en une pointe par fon autre bout. Ce fourchet fe recouvre en entier de laine de toutes couleurs, fabriquées comme plufieurs petites boulfettes qui feraient un corps contigu ; clouez enfuite de même les deux plaques de côté , les charnières fur le morceau de cuir qui recouvre la tètiere, duquel on a parlé ci-detTus; vous treiferez avec de la couture de mouton rouge douze lacets; vous en patferez quatre d d , deux à deux, dans les trous de chaque plaque ronde , d’où vous les irez arrêter au fronteau avec un point & demi de fil; entourez le deflùs de tète, depuis la tète jufqu’au fronteau, des deux côtés , avec du galon de laine, ce qui fe nomme les fimoujjes; vous clouerez le bout de ce galon de chaque côté fur le bout du fronteau , d’où pendra un flot; clouez autli en cet endroit un morceau de cuir rouge d’un pouce de large avec trois clous jaunes, l’un au bout de la fimoulfe, l’autre fur la tètiere , le troifieme au milieu dudit morceau ; vous paflerez le bout pointu du fourchet ci-delfus dans la tête de la bride par deux fois , & l’arrêterez.
- 161. La fougorge fera de cuir de bœuf de cinq empans de long & d’un pouce de large , rènettée , percée & en pointe par un bout, ayant à fon autre, bout une boucle coufue a"vec du mouton rouge & fon paflant : cette fougorge fera arretée fur la tète de la bride , comme il luit. Prenez un fil d’archal recuit ; fûtes en ferrant quelques tours au-bas de la tète, ce qui lui donnera l’af-pedl d’un gros bouton e, pl. II fi fig. V; & de peur que le fil d’archal ne remonte , enfoncez par-delfus un clou jaune de chaque côté , fous lefquels, avant de les clouer , vous placerez un petit morceau de drap rouge : quelquefois , pour plus de magnificence, on met fur la tète par-deflùs la fougorge un petit fourchet à quatre branches, garni de laine , d’où pendent quatre flots j
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- vous attacherez un flot aux deux côtés du fronteau contre le dernier lacet de la plaque de côté... Voye^ pl. V, fig. II & III.
- 16Z- Le mors du mulet eft une petite tringle de fer, pi. III' >fig. VI, retournée en équerre par les deux bouts , finiflant en deux anneaux de fer ; vous paiïe-rez dans ces anneaux les deux contre-lànglots de la bride, pour les boucler aux boucles du bas du deflus de tète; vous brédirezaux mêmes anneaux , avec du mouton rouge, une paire de rênes de cuir de bœuf, d’un pouce de large & dfr toute la longueur du cuir , auxquelles vous ferez un bouton de mouton rouge à un empan du bout.
- 16 y Le moreau,/?/. V, fig. IX, a, eft une efpece de filet à mailles quar-rées, travaillé en forme de panier rond , qui doit avoir feize pouces de diamètre & autant de profondeur ; on le fait avec de la corde de fpart de la dimen-fion d’une groflfe ficelle. Le fpart eft un gramen ou herbe imitant le jonc, très-commune en Efpagne ; on en fait de la corde. Le moreau doit renfermer tout le bas de la tête du mulet jufqu’à la hauteur d’une mufeliere:.il eft fufpendu par un deflus de tète dont on va parler : on met dedans un peu de foin pour amufer ranimai en chemin : on le maintient à la hauteur convenable par un deflus de tète, qu’on lui ajoute de quatre empans & demi de long ; pour cet effet, on commence par coudre au moreau à fes côtés, un peu plus en-devant qu^en-arriere * avec du fil* deux boucles demi-rondes enchapé.es , & leur paflant;. ce deflus de tète fera de cuir de bœuf & de la largeur defdites boucles, pointu parles, deux bouts ; vous le recouvrirez en entier d’un galon de livrée que vous coudrez d’un petit fil dans le milieu; vous le bouclerez aux fufdites boucles, 8c le paflèrez par-deflus la bride du mulet, fans l’arrêter en aucun endroit. Pour orner le moreau, vous coudrez fur le haut du devant un morceau quarré b, de drap faqonné à fleurs, avec une couture à furjet, faite de mouton blanc ; vous mettrez fous, le point aux côtés & au bas. une longueur d’une autre étoffe, garnie d’une petite frange que vous coudrez fur la pièce de drap ; vous cou*-drez auifi le drap par-deflous la frange avec une pointe de fil en deux; vous mettrez deux flots au moreau, un de chaque côté , entfe la. piece de drap & l’enchapure.
- 164. Le bât de mulet ,. nommé bât d’Auvergne. Ce bât eft compofé d’un fuft; de bois, nommé la fielle, pl. III, 8c d’un panneau nommé la forme. La Celle-eft compofée de deux courbes ,./?/. III,fig. VII,. aa , & de deux éleves b b ,. qui tiennent la place des aubes dans les autres bâts. Les courbes auront quatre-pieds de tour ; elles auront cinq,pouces de large depuis la pointe jufqu’à quatorze pouces au-deflus,.& enfuite fix pouces de large au tournant de la courbe * chaque courbe eft de deux pièces entées & engravées à mi-bpis l’une.fur l’autre: & clouées.
- 165. Les élevesfaites avec de la volige, auront, deux empans de long &
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- pied de large. Pour préparer les éleves, c’e(l-à-dire, poire leur donner'de la cambrure en-deifous , on leur fait prendre cette forme en les préfentant au feu s enfuite on les cloue fous les courbes avec fix clous de quatre pour chacune ; il faut que l’éleve aille en-haut jufqu’à l’engravure du dedans des courbes, & en-bas jufqu’à leurs pointes, on elle doit être un peu arrondie. Les courbes doivent être placées fur les éleves à fix pouces de diftance Tune de l’autre : il faut avancer l’éleve par-devant a-ifez pour qu’il y ait une fois autant de châlfe que par-derriere. Lorfque l’éleve n’eft pas allez large, on lui en ajoute au-def. fus une petite x 9 de deux doigts de large, qui ne dépaiilra la courbe dé devant que de deux pouces ; on percera la courbe de huit trous, quatre de chaque côté , favoir, deux en-bas au-delfus de la pente, & deux autres au-delfu» de l’éleve. On verra leur ufage par la fuite.
- 166. La forme du bât c ce c , fe fait avec de la groife toile forte & de réfif. tance. Pour la conftruire , lorfque le fuit de la felle eft alfemblé , pliez la toile par la moitié, & vous la couperez comme on taille le deifus d’un panneau ordinaire , en vous réglant pour fa longueur du devant au derrière fur celle des éleves , que vous palferez cependant de quatre doigts par - derrière , & feulement de deux doigts par-devant. A l’égard de (à largeur, il faudra la faire dépaifer auffi de quatre doigts au-delà du bas des éleves, & qu’elle fuive exactement le delfous des courbes ; vous en arrondirez les pointes au prorata de celles des éleves. On appelle la chdjfe , ce qui déborde le devant & le derrière, & la chargeoire, ce qui dépaife le bas des éleves ; ainlî la forme aura ( en termes de bourrelier) deux doigts de chalfe par-devant, quatre doigts par-derriere, & la chargeoire aura quatre doigts de chaque côté.
- 167. Quand la forme eft taillée comme il vient d’être dit, vous ferez quatre paillons : c’eft de grolfes mifes de paille droite ; les deux que vous deftinez au devant & au derrière feront d’un pouce de diamètre s vous entourerez ceux-ci de groife ficelle , dont les tours feront à un pouce l’un de l’autre ; les deux des chargeoires 11’auront qu’un demi-pouce de diamètre; vous les renfermerez toutes dans la toile, à laquelle vous les faufilerez; ainli la forme fera bordée tout autour avec des paillons ; en faufilant les paillons du devant & du derrière, ajoutez fur le haut des faces devant & derrière un morceau de toile de Mor-tagne neuve , de fix pouces de large au milieu , finiflant eu pointe par les deux bouts. Ces pièces fe nomment les brayes de la forme dd: celle du devant eft de deux morceaux joints enfemble par une couture ; on les appointe ; on ficelle le bas pour leur donner de la rondeur; on recouvre celle de devant d’un morceau de mouton rouge : la braye de derrière n’eft que d’une piece, & n’a point de mouton rouge. Couvrez enfuite la forme d’une peau entière de mouton noir ; étendez - la bien fur le deifus de la forme ; que le derrière de la peau qui eft le plus large fuit fur le paillon de derrière » vous ne coudrez cette peau que fur
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- les paillons- de devant & de derrière. Ces coutures fe font à furjet, depuis, le haut jufqu’au niveau des éleves, le reliant fur les. quatre pointes à point plat. Comme on neta-ille ni ne coud cette peau par les côtés, il faut faire en forte que le bord du ventre de l’animal puilie fe cacher fous les éleves de ia Celle * vous mettrez enfuit® la forme fous, la Celle, la faifant toucher par-tout fous les courbes; percez deux trous de petite vrillej/y, à chaque coin, aux'pointes des élèves-» pour y arrêter la forme à la Celle- avec un nœud , pl. VI y fig. IV, en patte d’oie , & trois à quatre trous le long de la pente. { { z de chaque éleve > pour y arrêter la pente de la forme » eu paflànt la ficelle au travers du paillon de-la chargeoire. ,
- y 1.6-8- Le tout ainfi préparé., il eft terns de commencer le remplilfage de la forme par l’empailler premièrement aux deux bouts avec le fer à bâtier donnant- une belle rondeur aux faces & aux brayes ; enfuite vous remplirez le corps de la forme avec de grades mifes de paille droite , que vous ferez prendre dans l’empliilage des brayes. U ne faudra pas que la forme foit trop g ondée de-paille., mais, qu’elle foit empaillée bien uniment. L’empaillement achevé-, il fautfe mettre à préparer la bourre qui doit fervir,.après la paille , à rembourrer tout le bât..
- - , 1-69. On ne fe fert point d’autre- bourre que de celle qui provient de la faine de mouton. Les bourreliers l’appellent de la bourre blanche, : cette bourre blanche eft ce que les lainiers tirent de delfus leurs étoffes, lorfqu’ils les. préparent fur la perche avec, le chardon à bonnetier , pour la mettre au point nécef-foire. Pour rembourrer le bât de mulet., il faut la battre jufqu’à ce qu’elle devienne très - divifée, douce & légère comme de la mouffe, d’abord avec des baguettes comme la bourre ordinaire, & enfuite avec le bat - à - bourre ypl. 1 » jig. AA. Pour cet effet , il faut être au moins deux avec chacun un. bac-à,-bourre fur le même plancher, que les cordes en foient bien fines,, & battre chacun à.fon tour bien promptement, jufqu’à, ce qu’il y en ait une braffade, c’eft- à- dire ,.1111e quantité-fuffiiante ,. fuivant la proportion du b.ât que l’on veut:remplir. Alors on prend une planche de la longueur du bât qu’on aura mis a portée» avec laquelle 011 ferre & foule la brailade ; enfuite.fe mettant à genoirprèsdu devant du bat., on l’enleve toute entière , dont 011 remplit tout ie bât ; onia prslfe bien fur les brayes devant & derrière pour relever leurs mottes-, c’eft- à.-dire , pour renfler & arrondir les faces de la forme. Si le bât me fe trouve pas affez. plein , on- le recharge fur la chargeoire ; c’eft - à - dire , qti’é.c.artant avec le fer à bâtier la bourre le long des chargeoires, on en êm-fbnee de nouvelle, tant qu’on en peut faire, entrer, & on la foule eni'uite à grands coups de. genou,; car il faut q.ue cette rembourrais en général foit tellement preffé.e: que, quoiqu’elle ne foit ni coufue ni couverte ». elle ne ^uiflefe. déranger. Prenez.enfuite du. fil - agor ou feizenne (terme de cordier.}.
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- /Grefî une efpece de ficelle que vous enfilerez dans une grande aiguille à bâtier .de deux pieds de long; percez en - deifus au défaut des paillons devant & derrière , & traverlant les mottes , vous reflortirez à huit pouces ; on fait aiiiii quatre points par - derrière & trois par - devant; on ferre ces points au moyen d’un petit ferre - point deifiné à cet ufage ; on finit par bien unir les mottes, en les frappant du plat du fer à bâtier, puis on les plume bien uniment, ainfi que toute la rembourrure. Il s’agit maintenant de garnir le bât de tout ce qui doit raccompagnertant pour le fervice que. pour i’ornement.
- 170. On place & 011 cloue l’enrènoire e,compofée d’un petit morceau de bois tourné, creufé d’une petite coche au milieu, dans laquelle on. brédit-une courroie de deux empans de long ; elle eh en pointe au bout que l’on brédit, & fait la fourche par l’autre bout : on palfe. cette fourche entre la forme & le delTous du milieu de la courbe de devant, pour être clouée en-de^ dans de ladite courbe : ce petit bâton elt dehiné à attacher les rênes de la bride' & le collier de fonnailie.
- 171. Ce qu’on nomme les clefs du bât /, fe placent une par- devant ,, l’autre par-derrière , & s’arrêtent en-dedans des courbes : chacune eh com-.pofée d’une courroie d’un pouce de large & de deux empans de long; oie palfe un anneau de fer au - travers ; puis en pliant en deux cette courroie-;, l’anneau fe trouve au milieu , où on le brédit par un1 point tourné ; on paiîe le cuir de dehors en dedans fous le milieu de la courbe, & on. le doue en-dedans comme limrênoire ci - deilus.
- 172. Il faudra mettre quatre gances en différens endroits de la forme r ces gances fe font avec de la ficelle à points coulés fur la longueur qu’on veut donner à la gance : on en fait cinq ,.les croifant un peu Pun fur l’autre , & 011 les entoure de la même ^ficelle avec un point noué d’un bout à l’autre ,y?/. Vl\. fig. IX, a a ; on en fera deux longues de deux pouces , pl. 111, fig. VII'dont l’uneg, fera au haut de la forme de devant, au travers de laquelle on fera pafler l’enrènoire , afin de l’empècher de fe déranger; l’autre h, femblable à la première , fe mettra au-haut de la forme de derrière pour les cavalons & cordons ci-après; & deux courtesfa voir,-une de chaque côté de la forme de devant ,fur fon paillon, vis-à-vis des trous percés dans la courbe près de. Péleve j.pour maintenir le poitrail & le poitraillon ci-deffous..
- 173. Le poitrail, pl. Vy fig, II ,,c, le tablier d, le poitraillon & le cuir de la petite fonnailie T font l’un avec l’autre un- tout enfemble, dont le tablier? tient le devant : le poitrail eh un cuir de fix pieds à fix pieds & demi de-long & d’un pouce de large ,hâifaut la fourche jufques.vers-les-deux tiers de faloiir-gueur par le bout hors la main & brédi par l’autre- bout à une boucle demi;. 2ioüdfi , qui. doit bouder le poitraiiioir. Le: goitraiilon eh uiiucuix de trois en»-
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- pans de long & de deux doigts de large , entier jufqu’au tiers de fa longueur j le refte eft fendu en fourchet: le bout entier fe boucle à-la main dans La boucle demi-ronde du poitrail ci-dedus. Le tablier eft un morceau quarré de toile rouge , de cinq empans en tout feus; on le garnit horizontalement de trois ou cinq rangs de franges, lefquelles s’étagent & enjambent l’une fur l’autre. Le cuir de la petite fonnaille ou cuir de déifias, qui enferme le haut du tablier entre lui & le poitrail, doit avoir trois pouces de longueur de plus que la mefure du tablier.
- 174. On attache le haut du tablier le long du cuir du poitrail, commençant à fa boucle demi-ronde j on ajoute par-dedus le cuir de la petite fonnaille , nommé le cuir de defius , qui fe brédit par fes deux, bouts au cuir du poitrail, les brédiifures paient aux coins du tablier. Le poitraillon s’ajoute à la main , en fe bouclant à la boucle demi-ronde du poitrail ; de là on parte fon fourchet dans la gance de la forme; on fait enfuite entrer fes bra iches dans les trous de la courbe , au - delà defquels on les noue d’un nœud quarré , pl. FfifigVlll ; d’autre part, le fourchet du poitrail fe partant de même dans la gance de la forme hors la main, 011 le fait pareillement entrer dans les deux trous de la courbe de ce côté , où on les arrêtera avec un nœud quarré.
- I7)-. La fangle, pl.lll, fig. VII, k k, dont on fe fert, eft une fàngle ordinaire de quatre pouces de large & de cinq pieds de long ; on coud en fil à un de fes boüts, un gros anneau enchapé , & à l’autre bout, qui étant la fin de la fangle ,fe termine en une efpece de frange faite avec les bouts des ficelles avec lefquelles elle eft tilfue, on prend cette frange avec un entrelacement de plu-fieurs rangs de nœuds d’un petit cordeau de deux pieds de long, au bout duquel on attache un petit anneau : on arrête à la fangle, au-delfus de ce petit cordeau, une grande courroie de cuir de bœuf d’un pouce de large. Lorf-qu’on veut fangler l’animal, on pofe la fangle fur la felle entre les deux courbes j. & pour la ferrer fous le ventre, on parte plufieurs fois la grande courroie d’un anneau à l’autre : on finit à la main par un nœud p'at, pl. FI, fig. A.
- 176. Le fous-ventre , pL V, fig, II, e, eft compofé d’un morceau de toile de Mortagne, ordinairement de la couleur du fond de la livrée du maître de l'équipage; fa longueur de devant en arriéré eft d’un pied deux pouces, & fa largeur d’un côté à l’autre fera de deux pieds & demi. Gette toile eft ourlée tout autour, & garnie de trois petites franges de laine»de toutes couleurs, une à chique bord, & une au milieu: ou fait une petite gance aux quatre coins pour fufpendre ce fous-ventre par quatre fils-agor, chacun de deux pieds de long : on les attache d’abord aux gances, puis par - devant aux cuirs de la courbe qui tiennent le poitraillon & le poitrail, & par-derrière aux polieres ci-deifous. ;
- Ï77. On n’ajoute jamais de croupiere à ceharnois; mais pour en tenir
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- h‘eu dans les defcentes, on garnit la croupe d’une fauchere. La faucherepl. 111, fig. IX, b b, elt une efpcce de tringle quarrée de bois, contournée comme on voit encore pl. V, fig. II : elle a un bon pouce & demi d’épailTeur en tous fens , tournée à fon milieu en arc rentrant, & par les bouts courbée en - dedans , gagnant l’équerre : on la fufpend derrière la croupe qu’elle traverfe ; à environ un pied; au - deifous de la queue on la joint au bât par des courroies qu’on nomme les, po’.ures. On tire les faucheres du Puy-en-Vélay. On la garnit de deux rangs; de clous dorés à grofle tête , qu’on appelle clous de fauchere,. l’un fur le deiïus,, l’autre fur le côté en-dehors ; on perce un trou à quatre doigts de chaque bout, pour attacher la fauchere au bât : on prend deux courroies d’un pouce; de large & de fix pieds de long : on-les fend en fourchet à un de leurs bouts;, le bout fimple fe pafle & s’arrête dans les trous des bouts de la fauchere : oit fait palfer enfuite les deux branches du fourchet au travers des trous qu’oiu a faits ci-devant à la courbe de derrière de la felle, au-déifias des éleves^ où on les noue l’une à l’autre en-dedans d’un nœud droit, pl. FI,. fig.A.. Ce font ces courroies qu’on nomme , comme on vient de le dire , les polieres. c c, pl. 111, fig. IX. Jufq.ua préfent, en parlant des pièces néceifaires au har~. nois du mulet, on a expliqué en même tems ce qui s’y ajoute pour les décorer,, maintenant on va détailler toutes celles qui ne font que de pur ornement : on commence par l’embelliifement de l’avant-main de l’animal.
- 17g. Pour parer la face du devant de la- forme , on attache une petite» bouflfette , pl. 111, fig. VIII, a ,.au milieu du bas de fa brave , & on coud du; galon de laine de deux doigts de large en compartimens b b />,. fur toute; cette braye : ce galon eft ordinairement celui de ia livrée du. maître de l'équipage.
- 179. Tous- les mulets d’un équipage ont la petite fonnaille , pl. F, fig.W^f^ c’eft - à - dire , onze ou treize petites fonnettes faites exprès- pour cet uîàge :: elles font applaties en ovale, & d’un pouce de haut. Au lieu de fonnettes, oa met également des grelots, on attache l’une ou l’autre de ces fonnailles le long-du.cuir de delfus le tablier dont on a parlé ci-devant ; on les y efpace à égale distance : onles attache avec du fil de fer , & dans chaque intervalle. 011 fait um nœud avec de la couture de: mouton rouge.
- 180. Tous les mulets ont aufli un collier tel qu’on va le décrire ; mais de* le gar.nirav.ee des fonnettes du double plus grandes que celles qu’on vient d’expliquer, eff une efpeee de diftiirclion qui 11e s’accorde qu’aux favoris, & qui; finement flatte plus le muletier que les animaux qu’il conduit, à caufe du choix: qu’il fait de ceux qu’il aime le mieux , imaginant qu’ils y font fenlibles. Le coL lier g elt fait d’une-courroie de bœuf de fîx empans & demi de long & de deux: doigts de large :on met à un bout, une boucle coufue aveede la. couture, de: mouton rouge &. un paflânt.
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- , 181. L’autre bout eft percé pour Te bouclera laTufdite boucle; on garnit cette courroie avec de la peau de bléreau en poil, qui ait un empan de large & toute la longueur de la courroie ; fur ce bléreau l’on attache au moins onze groifes fonnettes ovales, de deux pouces & demi de long, & de deux pouces de diamètre, efpacées de quatre en quatre pouces par des bouts de fil d’ar-chai, auxquels on fai.t traverfer le bléreau & la courroie , & palfer dans un bouton de cuir, où on les rive ordinairement : la bonnette du milieu a quatre pouces de haut & trois pouces de diamètre. Ce'collier ainfi garni fe nomme le collier de fonnaille. Pour arrêter ce collier fur le col du mulet qu’il doit entourer, on a une courroie de deux empans de long, fendue en fourcher dans la longueur d’un empan ; on fend vers le haut du collier les deux côtés vis-à-vis l’un de l’autre , à un empan du bout percé. Ces deux fentes fervent à paifer les deux branches du fourchet dont on vient de parler, que l’on noue enfuite l’un à l’autre avec le nœud quarré, pl. VI, fig. VIII ; l’autre bout de ce fourchet fe fend en boutonnière de quatre doigts de long, pour faire entrer dedans l’enrènoire, qui par ce moyen attache le collier au bât.
- 182 La groife fonnaille eft un gros cléran , pl. V. fig. III, a , ou cloche mince de fonte, égale en largeur du haut en bas , formant un ovale applati de dix pouces de long; fon ouverture eft de fîx pouces en long, & de quatre pouces en large ; fon battant eft un os rond & creux de huit pouces de long, dans lequel palfe une courroie prife à un crochet qui eft au fond, laquelle, après avoir traverfé l’os, doit être terminée par une bouffette pendante; 011 l’attache au milieu du collier, d’où elle pend fur le tablier, rendant un fon obfcLir quand le mulet eft en marche.
- 183. Le gros grelot eft de fonte, de forme fphérique, de trois à quatre pouces de diamètre , fendu en-delfous, attaché comme le précédent au milieu du coliier : toutes ces fonneries fe font au Puy-en-Vélay. Le collier de fon-11 aille eft toujours pour le premier mulet. La groife fonnaille ou clape^, pour le fécond. Le gros grelot, pour le troilieme. Cet ordre fe répété de trois en trois mulets. Tous les mulets d’un équipage portent la petite fonnaille ci-devant attachée au poitrail, fans en excepter les trois dont ou vient de parler.
- 184. Les deux plumets dont on décore les mulets pour paraître fur la fcene au théâtre de la guerre, fe placent l’un à leur tète , pl. fig. II, a, l’autre fur la forme au-deifus du garrot b ; tous les deux font compofés d’un bâton rond , fourni par le broffier, de trois pieds de long & d’environ un pouce de diamètre; les plumes ne commencent qu’à un pied d’un bout; le refte , jufqu’à l’autre bout, eft garni de plufieurs rangs de plumes, étagés en rond & en élargilfant du bas en-haut; ces plumes font de queue de coq. Au plumet de tête, les plumes doivent être plus courtes qu’a celui de bât. Four les foutenir, on cloue à tous les deux fur le bâton, au défaut des
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- plumes, une courroie de deux empans de long : tous les deux fe placent à la main. Le bâton de celui de tête paiTe dans la fougorge , de là fous la têtiere de la bride ; le bout va enfin s’arrêter dans le palïànt au-deifus de la boucle du montant de la bride (ci-devant dans la defcription de la bride), & le bout de fa courroie s’arrête à la boucle du moreau. Pour mettre le plumet du bât, on fend le haut de la forme à la main à quatre doigts de l’enrênoire ; on y enfonce environ à moitié le bâton du plumet ; on fend du bout de fa courroie trois pouces de long, pour la palfer dans l’enrênoire.
- 18)". Nota. Que dans un équipage de mulets un peu nombreux, les plumets du premier de tous font en plumes blanches.
- 186- La croupe du mulet a fa décoration particulière ; on va la commencer par le couvre-chef. Le couvre-chef, pl. III, fig. IX, aa> eft un morceau de galon de laine ordinairement de la livrée du maître de l’équipage , de 3 pouces de large , garni d’une petite frange de laine de couleurs par chaque côté & de cinq pieds & demi de long, fous lequel on attache en diftérens endroits un cuir de bœuf de deux doigts de large; le tout doit palfer par - deifus la croupe, & être cloué aux deux bouts de la fauchere de trois clous de bro-quette, fous lefquels on met de petits morceaux de mouton rouge; on attache le cuir au galon, directement au milieu, avec un point de couture de mouton rouge, qu’on noue d’un nœud droit. Des deux côtés de ce nœud droit, on fait une fente au cuir, chacune de quatre doigts de long; 8c à côté de ces fentes, on fait un point de mouton rouge qui fervira à arrêter le cordon avec le nœud droit, &à quatre doigts des deux bouts deux autres pour arrêter le cavalon.
- 187. Le cordon d d d eft fourni par le franger : il eft de laine de couleurs qui fe rapportent à celles du couvre-chef; il elt rond & de trois quarts de pouce de diamètre ; il doit avoir dix pieds de long. On le plie en deux par la moitié qu’on arrête & noue à la quatrième gance c dont il a été parlé dans la conftruction du bât, laquelle a été attachée au milieu du haut de la forme de derrière, entre fon paillon & la courbe; de là on en- Fait palfer chaque branche dans les fentes en long ci-deifus, faites à côté du nœud droit du milieu du couvre-chef, où elles s’arrêtent avec un nœud droit: on les fait enfuite remonter en les croilànt au-delfous du couvre-chef, aux côtés de la forme fur le paillon, à un empan du milieu de chaque côté , où 011 les arrête avec un point de ficelle.
- 188- Le cavalon eee eft un galon de laine pareil en tout "au couvre-chef, excepté que la petite frange ne. doit commencer qu’à un pied de fou milieu départ & d’autre; il aura cinq pieds & demi de long; 011 le plie par la moitié, on l’attache à la; gance fufdite par-deifus le cordon; puis on en palfe les deux côtés dans le,s fentes des bouts du cuir du couvre-chef, où Tome XIK ^ ' Q_q q
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- on les arrête avec un nœud droit : ils doivent enfuite dépafler de quatre doigts au-delà du couvre-chef. •'
- 189. On’terminera tout cet ornement par huit flots, deux au bout du couvre-chef, deux petits flots aux retours des deux branches du cordon,, deux grands flots au bout de leurs retours r fur le paillon de la forme de derrière, & enfin deux aux deux bouts du cavalon.
- 190. Les cordes à charger terminent tout l’attirail du mulet: elles confident en deux'chargeoires, une corde à biiîer & une corde de chargeoire. Les cliargeoires font deux cordes, chacune de deux pieds de long, qii’on pafle de la courbe de derrière à celle de devant, dans les trous précédemment faits à ces*'deux courbes , & dont on arrête enfuite chaque bout par un nœud'ordinaire , à la main & hors la main.
- 191. La corde à biller aura fept brades & demie de long ; on la pafle d’abord fous la chargeoire hors la main, de là dans la clef de derrière , dans la chargeoire à la main , dans la clef de devant ; puis on la ramene fous la chargeoire à la main, de forte qu’elle fait tout le tour du bât.
- ' Ie)?,. La corde de chargeoire aura de même fept brades & demie de long; ~on fait vers* le milieu de celle-ci deux gances à deux pieds de diilance l’une de l’autre; ces gances fe font de la même corde-pour en former'un anneau à la diifance fufdite. •u>- j »
- 193'. Dans le tems qu’on éleve les malles pour charger , on pofe ces deux gances en tendant leurs intervalles en-travers vers le haut des deux courbes à la main ; on jette les deux bouts de la corde par-deflus la malle à la main ; on la pafle par-delfous la malle hors la main, par-deflus celle-ci, par-deifous à la main ; amener aux gances & nouer-Voilâ tes malles ou ballots liées enfemble. Il s'agit maintenant de les attacher ferme au bât ; pour cet effet on rejette les deux bouts à la 'main de la corde à biller, précédemment reliés fous la chargeoire par-deffus ; bn tord le tout enfemble avec la bille; on en fait autant hors la main. Les billes ou garrots font des bâtons qui doivent avoir trois pieds de. long & être un peu cambrés ; on leur fait un trou à quatre doigts d’un de leurs bouts , dans lequel oii fait patfer une grofle ficelle qu’011 attache à la chargeoire pour les retenir. Comme la bourre blanche remplit tout le dedans du bât à l’uni du bas des éleves, & qu’elle elt extrêmement foulée ,il ne peut y avoir que la charge qui par là pefànteur puiffe la creufer & lui faire prendre la forme du dos du mulet. Pour y parvenir, on lui met fon bât ; & on le charge de plufieurs facs remplis de cailloux jufqu’àu poids de 300 livres ou environ ,& on le promene aiiifi à différentes fois, jufqu’à ce que la place du dos foït fuffifàniment creufée.
- 194. La grande cou verture fe met par-deflus la'charge ; elle aura fix pieds eu quarré ; on 'la-‘fait de drap, ordinairement de là couleur du fond de la livrée ; on la borde & on la brode plus ou moins magnifiquement : elle s’ar-
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- tète au poitrail & à la fauchere par quatre bouts de ficelle qui prennent aux coins de la couverture. Voyez la pl. IX, flg. B, où eft un rang de mulets avec leurs couvertures.
- 19Ï, Barde. Cette barde eft une efpece de panneau qui fe met à la guerre fur le dos du mulet, & qui lui fert de bàt pour porter uniquement un très-grand coffre conftruit par le coffretier : ce coffre fe nomme flandrien. O11 dit qu’il a été imaginé en Allemagne ; on s’en eft beaucoup fervi dans les guerres de Flandre : il fert à porter toutes les provifions de bouche, le vin, la viande, la vaiffelle, le linge de table, & fert encore de table à manger pour plus de douze perfonnes. Voici la defcription de la barde qui eft du diftrid du bourrelier.
- 196. Prenez une forte toile neuve , donnez-lui fept pieds de long en
- quarré ; pliez-la par la moitié , ce qui ne fera plus que trois pieds & demi de large fur fept pieds ; coufez enfemble les deux bouts doublés ou pentes de la toile ; laiifez ouvert le troifieme côté qui fera le derrière , 011 le coudra par la fuite; retournez la toile, afin que les coutures fe trouvent en-dedans. Dans cet état pliez encore par la moitié du fens de fa largeur ; vous fuivrez ce fécond pli par une couture fimple qui traverfera les deux doubles de la toile , observant de faire vers le bout de .cette couture une petite chambrure ou garrot d’un doigt de large de chaque côté ; faites enfuite un pli du même fens de cette couture au milieu de chaque moitié qu’elle partage , & fuivez ces deux plis par deux coutures pareilles : ces trois coutures partageront la barde eu quatre canons, qui peuvent avoir chacun vingt pouces de large ; rempli (Telles de bourre blanche, puis forcez de,paille par-deffus la boürre , pour que les canons Voient bien fermes ,*& rembourrez bien uniment; vous fermerez enfuite le derrière par une couture à furjet. .
- 197. Formez enfuite fur la barde deux paillons en travers , l’un devant,
- l’autre derrière. Pour faire ces paillons , on coud à quatre doigts du devant & du derrière une longueur de toile de huit pouces de large, les deux côtés de la longueur à trois -pouces l’un de l’autre » ils ne doivent defcendre qu’à quatre pouces de la ,pente ou extrémité fte* chaque côté .de la barde. Quand les deux bords de la toile font coufus, on remplit le milieu de .la paille bien ferme,'ce qui éleve ces paillons de quatre pouces ; on en ferme les bouts aveç de; la ficelle. ,
- 198. Prenez enfuite une peau de vache noire à grain, entière ; mouillez*. Ja ,,^,l'étendez fur la barde. Quand elle- eft bien étendue , coupez tout autour ptoehe des bords; puis vous la coudrezVur la barde avec fil ciré, obfer-.vant quelle ne fafle point de plis , & qu’elle porte bien, au pied des pailions qu’ejle doit envelopper , & au travers defquels vous palferez enfuitè, deux fangsrde boutons de laine de toutes couleurs, l’un au - deifous dfe l’aqtre.jç
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- premier au bas des paillons, l’autre au-deiTous ,avec de la ficelle, pour les rendre encore plus fermes.
- 199. Passez & brédifîez une enrênoire de bois , au milieu d’une courroie de deux pieds de long en pointe par les deux bouts , pour les pafler au-deflus du garrot au travers du paillon 5 après quoi vous les nouerez du nœud quarré: onpaflela bride du mulet dans cette enrênoire. Faites au paillon de derrière une gance de ficelle.
- 200. Mettez quatre anneaux de fer, deux aux coins des paillons de devant, & deux à ceux de derrière ; vous arrêterez chacun avec une courroie d’un pied & demi de long, que vous paiferez au travers du paillon ; vous brédirez à chacun des anneaux du devant une grande courroie de cuir de Hongrie , de deux pouces de large, & à ceux de derrière une boucle enchapée pour boucler les courroies de devant, afin qu’elles embraflent les bouts de la flan-driere , pour la maintenir en place quand fon arcade eft enchâflfée entre les deux paillons.
- 201. On fait tenir à cette barde toute la garniture du mulet, comme à un bât ; le tablier s’arrête au travers du paillon de devant, hors la main, avec le nœud quarré , le poitraillon de même de l’autre côté} par - derrière 011 paffe le cordon & le cavalon dans la gance dont 011 vient de parler : ils doivent être un peu plus courts qu’au bât. Les polieres de la fauchere pafleront dans les anneaux du paillon de derrière: on met la fangle & le fous-ventre comme à un bât: 011 galonné le paillon de devant de la livrée du maître de l’équipage.
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- CHAPITRE IX.
- La bàtine ou torche.
- 201. Cette pièce eft la plus fimple du métier; ce n’eft, pour ainfi dire , qu’une longue coufîinure de toile empaillée, pliée enfuite en deux parties égales, accollées & retenues au moyen de quelques cuirs traverfans, coufus de diftance en diftance, terminée par une croupiere & arrêtée fur le dos de l’animal,loit âne ou cheval, avec une fangle j ellefert à porter des facs ou à monter le payfan.
- 203. Pour un cheval ordinaire, prenez trois quarts un feize 9pl. VI, A 2, dans la longueur d’une toile écrue de trois quarts de large , forte & de. réfif. tance j étendez-la fur une table, pliez-la de carne en coin B, comme on a coiÿ. tume de plier un mouchoir de col ; par cette façon, l’excédant qui eft ici un feizé, n’entre point dans le quarré , dont le pli C C fait la diagonale i vous
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- couperez d’un bout à l’autre le long du pli, ce qui féparera la toile en deux triangles échancrés quarrément par un de leurs angles, à caufe du feizieme de furplus ; joignez exactement & coufez enfemble le côté de chaque triangle oppofé auxdits feiziemes, & vous aurez un grand triangle D 3 , équarri par les deux extrémités de là bafe ; échancrez de quatre doigts le fommet de chaque petit triangle réunis E E ; rapprochez les échancrures que vous continuerez à coudre jufqu’au bout. Ces échancrures, quand la bâtine fera achevée , formeront une élévation au-delfus du garrot de ranimai, afin qu’elle 11’y porte pas.
- 204. Votre toile ainfi difpofée, étendez - la à terre de toute fa longueur, la couture en - dedans j commencez à l’empailler par le milieu, y mettant de la paille droite en liaifon à tête - bêche par le gros bout, de maniéré que le tout foit bien égal d’épaifleur & bien uni, pour qu’il ne s’y forme point de grofleurs (que les bourreliers appellent des nœuds) qui puilfent blelfer l’animal; enfermez cette paille, quand il y en aura allez, en joignant par un point le fommet du grand triangle à fa bafe F , exactement dans le milieu ; appointez de même de diftance en diftance les côtés jufqu’aux bouts bien exactement, mettant toujours de la paille à mefure; vous fermerez enfuite le tout par une couture à furjet, les points près à près avec un fil en deux ciré : faites enforte que la tète qui elt le devant de la bâtine , (oit bien relevée; c’eft cette couture qui eft apparente le long des côtés : la torche en cet état, pliez-la e&nftement par la moitié GqGjen approchant les côtés l’un de l’autre, obfervant que les deux bouts H foient bien égaux, afin que l’échancrure du garrot fe rencontre jufte au bas du milieu de la tete , dont, pour raffermir, vous ferrerez les deux côtés avec une petite aiguille à réguiller & du petit Jfii en deux, comme on ferme à peu près la tète d’un collier de charrette.
- 20f. Vous couperez enfuite en arronditfant un morceau de bafane I, que vous échancrerez par le milieu pour répondre à l’échancrure du bas de la torche ; vous le coudrez fur fa face du devant avec un petit fil ; vous mettrez fous cette couture en guife d’agrément de la couture de mouton rouge ; vous ferez deux morceaux ronds de pareille bafane, dont vous fermerez les deux bouts de la torche ; enfuite pour joindre folidement & faire tenir enfemble les deux côtés , vous ferez trois traverfes de cuir L, L, L , chacune de quatre doigts de large & d’un empan & demi de long, que vous coudrez en-travers d’un côté à l’autre. Pour les joindre enfemble , vous mettrez la première à un. empan de la tête ; à celle - ci, en cas que la bâtine ferve à monter delfus , vous ajouterez à chaque bout un anneau enchapé pour y palfer des courroies d’étriers ; vous garnirez fous chaque anneau d’un petit morceau de cuir pour l’empêcher , ainfi que les porte - étriers , d’endommager la toile ; la fécondé fera coufue entre la première & la troifieme, qui fe pofera à un empan des
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- bouts; iffaudra que cette derniere. traverfe ait deux fentes en long qui doivent fetrouver fur les deux jambages de la torche, pour y pafler une gance de cuir de trois pouces de long. On coud toujours cette derniere traverfe bien fermé & ferré avec un petit fil en deux ciré , & fous le point une couture de tnoutôn'rouge : coufez les gances bien folidement aux. bâtines fur lefquelles fcn monte. On attache ordinairement fur le haut de la tête une petite poignée M, faite avec de la couture de vache tortillée comme la croifée d’un collier ; £>n la recouvre quelquefois de drap.
- 206. Vous terminerez toute la garniture de la torche par une croupiere & une fangle f faites une croupiere de deux empans & demi à deux branches avec fon euleron à l’ordinaire, garni de deux petites bouifettes; vous l’arrèr terez'dans les gances par un nœud coulant. La fangle fera de tiifu de quatre doits* dé large ’, garnie par >un bout, d’une boucle à roulon enchapée, & une courroie à l’autre bout ; on paife cette fangle par - déifias la bâtine, & on la ferre foüs le ventre. ' 'r
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- ^ : ' : ; . • - C . H A P I T R E X.
- Différent colliers pour les chevaux de chaife.
- 207. lufe rencontre des cheveaux de brancard qui ont la peau fi fine ou fi facile’à s’écorcher avec le poitrail de leurs harnois , dont le cuir à plat eft toujours plus dur1 qu’une peau rembourrée , qu’ils en deviennent hors d’état dé fervir. Pour éviter cet inconvénient, il faut fe déterminer à préférer au poitrail, & même au faux poitrail, un collier léger & dégagé.1 Il s’en fait de plufieurs fortes, dont l’un fe nomme collier à La flamande, l’autre collier à tringle ou à Canglaife.
- 208. Pour, faire le collier a la flamande^ on a des attelles 'étroites & fans pattes, c’eft-à-dire, toutes droites & égales au haut, peintes en noir.^vernies. On fera avec de la peau de veau ou de mouton noir , un petit collier bien dégagé & a la maniéré ‘'ordinaire ; mais il'fera entièrement rembourré de crin*; il s’ouvrira en - bas comme le collier d’âne ci-devant, par des croilfans à charnière ; & pour le rendre plus agréable à la vue , on garnira chaque attelle de deux rangs de clous dorés, un le long du bord extérieur du haut en bas., l’autre de même au hord intérieur; on'joindra le collier aux attelles avec des boutons plats; c’eft-à-dire, qu après avoir palfé le cuir noir du bouton au travers de la verge , au lieu de le repaffer par-delfus, on fera couler le cuir le long de la verge en-dedans; & la tiàvérfant une fécondé fois de dedans-en
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- dehors, on le fera fortir fur l’attelle pour un fécond bouton, &c. Tous ces boutons feront couverts de clous dorés.
- lO'j. Pour fatisfaire ceux qui ne {auraient s’accoutumer à.yoir un cheval fm & léger portant un collier à attelles-de bois’, à l’imitatiort-de celui d’un cheval de charrette, on a emprunté des Anglais , plus fufceptibîes que noujs d’une pareille dégradation, la* maniéré dont ils font ^dans ce 'cas unlcollier fins attelles de bois, fe fervant à leur place de tringles plates de fer, d’uri pouce & demi de large ; ces tringles font bien moins apparentes que les attelles, & foutiennent également le collier. On en va faire la defcription. :
- 2\o> Le collier à tringles ou à Canglaife s’ouvre par en-haut, ou par en-bas li on veut : il fèrt au même ufâge du précédent > Tes attelles font des tringles de 1er tournées, comme 011 voit pl.Vl, fig.X^bb, terminées par un anneau quarré à" chaque bout. On pofe chaque tringle fur un morceau de vache noir a; on lailfe dépaiîer en-haut le cuir de deux pouces, & l’on commence à couper par quatre pouces de largetant en-dehors-qu’en-de-dans , fans compter la largeur de la tringle, dont 011 fuivra le contour en-dedaiïs , toujours à la même diftance ; mais en- dehors on s’en"'éloignera en douceur & infenfiblemept jufqu’à un empan de, l’anneau de côtéc; puis 011 fe rapprochera de même jufqu’au bout , ou il n’y aura plus que deux: pouces de diftance : il'faudra que le cuir au ,bout de cette tringle la dé-paife d’un pouce. Sur cette piece àinfi taillée, coupez-en une pareille en bafane noire, qui la déborde un peu ; puis pour cacher la tringlé, coupez, en la fui va 111 d’un bout à l’autre, un morceau de vache noir > entourez-en le 'deffus de la,tringle, & coufez-le à,la grande piece,de pareille peajq que vous avez taillé la première, à laquelle vous coudrez enfuitç la bafane nioire $ vous embourrerez entre ces deux dernieres avec du .cri».,,..3^, , jl(:>
- 211. On joint le collier en -bas par unecoupliere, paffée dans les deiiy anneaux du bas de la tringle : on paife les traits du cheval dansées, deux: anneaux de côté, & on attache les deux d’en-haut avec ; une courroie a, boucle,, j que l’on cache enfuite au,moyencd’un morceau de cuir taillé en ovale* ,de4fix pouces, de'long, aux deux.bôufcsjiuquel fe} coulent deux petites co,ul> i,oies qui fe bouclent à deux, petites jDoucies:.attacjhées.derpqf^à 4’aiitie ay. :haup du collier.^. fL- -r.0V'2j| eô -
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- L'A R T DU BOURRELIER
- SECONDE SE.CTION.
- ; DU B0URRELIER-CARROSSIER.
- 212. Cette branche de la communauté des bourreliers s’adonne uniquement à la conhru&ion du harnois des chevaux de carrolfe, berlines, chaifes& autres voitures de tranfport pour les hommes ; à monter ces voitures fur leur train, & à ajouter à tous ces ouvrages les ornemens qui les accompagnent : leur travail eh moins varié , moins rude & plus délicat que celui des précédens. Leurs outils font expliqués dans le chapitre premier , atnfî que les matériaux dont ils fe fervent : on les retrouvera ici, à mefure qu’on avancera dans le détail de leur travail.
- CHAP ITRE XI.
- Des jîls, de leurs préparations & des coutures.
- 213. ]L<e bourrelier commence ,pour quelque cbofe que ce foit, par couper fon cuir & difpofer fes pièces en longueur & en largeur j pour cet effet, après l’avoir étendu fur l’écoffret qui eh une table fuhfifantc, il en examine le fort &'le faible, afin dé les’faire fervir dans fon ouvrage , de maniéré que le fort foit employé à la conftruélion des pièces qui fatiguent le plus, & le faible à celles qui n’ont befoin que d’une médiocre réfihance. O11 11e faurait donner de réglé juhe pour cette coupe, finon qu’il faut tirer de fon cuir le meilleur parti qu’il eh pofïible, afin que tout en puiffe fervir, foit à uiîe chofe, foit à l’autre , fuivant l’épaiffeur.,& la force qui convient aux ouvrages qu’on doit exécuter;.- Il eh confiant que' le dos de l’animal eh toujours le plus fort, quoi*-que lecôté du Ventre foit quelquefois plus épais ; du rehe, b’eh une expérience.
- 214. Ces bourreliers ne font prefque que d’une forte de couture, qu?i!s nomment couture piquée, laquelle eh à peu près la même que celle que le cordonnier nomme couture lacée -, la feule différence eh, qu’il ne fait aucun enlacement , ni nœud: c’eh aufîi la même que le bourrelier-bàtier appelle couture à joindre , à l’exception que celui-là ne fefert que d’aiguilles, au lieu que celui-ci n’emploie que la foie de fanglier, à l’inhar des cordonniers , obfervant l’un comme l’autre, en croifant leurs aiguilles ou leurs foies dans les trous de l’alène, de palier la droite la première, & la gauche en - deçà.
- 2If.
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- ET DU SEL fri E R. '
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- ' STf. POUR lier les foies à î’aiguilîée, enfilochez- en un bout , c’cft-à-dire , arrachez des brins du bout de l’aiguillée, afin de l’amincir en pointe alongce , que vous recorderez enfuite fur la cuilfe ; prenez une foie de fimglier , féparez-la en deux par fon bout mince , un peu au - delà de la moitié de fa longueur ; puis avançant la pointe de votre aiguillée entre les deux féparations, & même un peu au-delà de l’endroit où elles celfent, tordez le tout enfemble, mais chaque brin l’un après l’autre , afin d’en lailfer un des deux (ans le joindre par le bout à un travers de doigt près ; prenez enfuite une alêne, percez au travers de l’aiguillée au-dellous & tout auprès du bout de la foie relie en l’air-, retirez l’alêne , & prenant l’extrémité de la foie non divifée qui cfb le gros bout, vous l’abailferez pour l’amener au trou de l’alêne -, vous le ferez palier au travers, & le lierez en-haut jufqu’à ce que vous l’ayez ramené tout droit, comme iL était auparavant. On peut recommencer pour plus de folidité cette dernicre opération une fécondé fois, en faifant un trou d’alêne au-defous du premier ; mettez de même une pareille foie à l’autre bout de l’aiguillée , & alors elle fera garnie de deux foies, une à chaque bout. Les coutures piquées noires, blanches & brédiffures s’exécutent par ceux - ci de la même maniéré que celles de leurs confrères les bâtiers : voyeç au chapitre fécond les titres couture à joindre, à demi-jonction & brêdijjitre. Seulement aux coutures blanches qui , outre l’utilité, fervent fouvent de décoration, les points fe font très-courts & près à près , de façon qu’ils parailfent contigus , n’étant qu’à un quart de ligne l’un de l’autre.
- 216. Comme les coutures font ordinairement d’une grande étendue , 011
- prépare de gros pelotons de fil blanc ou brun, de dix à douze aunes, jufqu’à dix ou douze brins ; il s’agit de retordre enfemble tous ces brins à la grolfeur d’une ficelle plus moins forte. Quand l’ouvrier les aralfemblés en peloton fur fa main, il les palfe en double dans un crochet fcellé dans la muraille ; puis s’éloignant jufqu’à ce qu’il foit arrivé aux deux bouts, il les tend l’un & l’autre ; il en tourne un trois tours autour du pouce gauche , met le bras par-delfus au-delà du coude, comme s’il voulait s’y appuyer, porte l’autre bout fur le bas de la cuilfe vers le genou, où appuyant le plat de la main fur le fil, il le tord en la pouffant en-avant, & continuant cette manœuvre fans quitter fa place, le fil va fe tordant jufqu’au crochet. Quand il le juge fuffifiimment cordé, il en fait autant à l’autre double 5 puis il revient en dévidant les deux fils fur fi main, & les cirant ou avec de la poix pour les coutures noires , ou avec de la cire pour les blanches, (on va expliquer ces coutures) & les lilfe , fi le fil eftbrun &poilfé,avec un morceau dé cuir; &' s’il eft blanc, avec un linge. Enfin il les pelotonne , & les met à part' pour s’en fervir. .
- 217. Les coutures noires , appefleesainfi ,"quoiqu’elles ne foient que brunes ,fe font avec le fil gros poiùé avec dé ia poix noire & du fuif fondu mêlés
- Tome XIF» R r r
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- enfemble ; ou bien , pour que l’ouvrage en Toit plus agréable à la vue, avec de la poix grife. Voici comme elle eft compofée. Sur une livre de poix de Bourgogne demi-livre de poix-réfine & un quarteron de fuif ou graiife, moins quand il fait chaud. La première recette eft la meilleure pour la folidité de l’ouvrage : le fuif n’eft ajouté que pour rendre la poix plus coulante ; c’eft pourquoi on doit en mettre moins en été qu’en hiver; les coutures noires n’ayant aucun agrément, s’emploient pour la folidité dans la jon&ion des cuirs.
- 21 g. Les coutures blanches font, pour ainfi dire , les coutures d’ornement; elles fe font uniquement avec le fil de Cologne blanc, quoique , fuivant l’idée, on pourrait en employer de toutes autres couleurs; mais cela arrive rarement: elles expriment les définis & contours tracés fur les pièces ; alors les points piqués doivent être fi proches l’un de l’autre , qu’ils donnent l’apparence d’un trait contigu & relevé : ces deflins plus ou moins recherchés rendent les harnois agréables à la vue, en leur ôtant l’uniformité. Il fe trouve des cas où les bourreliers fe fervent avec l’aiguille & le fil, dufimple furjet ou autre couture commune.
- 219. La brédilfure eft une efpece de couture commune aux deux bourreliers ; elle leur eft également nécelfaire , principalement pour enfermer les boucles & anneaux aux bouts des courroies. Voye^ au Bourrelier-bàtier précédent, comment elle fe fait.
- CHAPITRE XII.
- Des divers attelages.
- 220. A. toute voiture à quatre roues ayant un timon , les chevaux font toujours attelés deux à deux à côté l’un de l’autre ; il eft nécelfaire que les harnois des chevaux attachés immédiatement au timon , aient quelques pièces de plus que ceux de devant : on nomme ceux-ci timonniers, chevaux de timon, chevaux de derrière ; les deux qui les précèdent, s’appellent les quatrièmes quand ils terminent l’attelage ; quand ceux-ci font conduits par un poftiîlon , leurs traits fe communiquent avec ceux des chevaux de timon; mais s’ils n’ont point de poftiîlon , on les attele à une volée qui tient au bout du timon : ainfi ils font chevaux de volée ; mais ce nom ne leur eft principalement donné que lorfqu’on attele à fix ou huit chevaux ; alors le poftiîlon eft abfolument nécelfaire. L’attelage^eft donc compofé des chevaux de timon, des chevaux de volée , des fixiemes & des huitièmes : ces quatre derniers n’ont point d’autre nom, fi ce n’eft que ceux qui terminent l’attelage _s’appellent chevaux de devant ou du portillon.
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- 221. Une autre efpece d’attelage n’eft que de trois chevaux, deux au timon, le troifieme attelé à un palonnier placé au bout du timon : c’eft ce qu’on nomme une arbalète.
- 222. Il y a des voitures légères à quatre roues, tirées par un feul cheval renfermé dans une efpece de fourche qui tient à l’avant-train, appellée une limonniere: cet équipage fe nomme une demi-fortune.
- 223. Depuis quelque tems, en mettant un avant-train à limonniere attaché à une chaife de pofte, on en fait une voiture à quatre roues ; alors on attele dans la limonniere le cheval de brancard, celui du poftillon à fa gauche, attaché à un palonnier, comme à l’ordinaire, & quelquefois un troifieme cheval à un autre palonnier à droite. Si au lieu de limonniere l’avant-train a un timon & un fiege de cocher, on fefertde la chaife comme d’un carrolfe.
- 224. Les harnois des chevaux qui tirent les voitures à deux roues font différens en quelques circonftances de ceux à quatre roues -, ces voitures font les chaifes de pofte j & depuis quelque tems les cabriolets, les chaifes, s’attelant à deux chevaux, quelquefois à trois d’un même rang: on en met un entre les brancards de la chaife ; celui - ci fe nomme le cheval de brancard. On attele l’autre à un palonnier hors des brancards à gauche ; c’eft celui que le poftillon monte j il fe nomme le bricolier, le cheval du pofillon , le cheval de côte ; le troifieme, lorfqu’on en met un, s’attele à droite , comme le cheval du poftillon à gauche.
- 22Le cabriolet n’a qu’un cheval dans les brancards, que le propriétaire a coutume de mener lui - même de dedans la voiture.
- CHAPITRE XIII.
- Les ouvrages du bourrelier-carrojfier.
- 226. Comme les pièces de harnois qui conviennent à tous chevaux de carrofle doivent marcher ici les premières, c’eft par elles qu’il convient de commencer ; elles fe réduifent au licol & à la bride : mais les harnois qui fe pofent fur leurs corps , dont la deftination eft de les attacher aux différentes voitures , peuvent fe divifer en harnois des voitures à quatre roues, & harnois pour les voitures à deux roues : ainfi , après avoir expliqué le licol & la bride, on commencera les harnois de carrofle par celui des chevaux de timon, comme étant le plus compofé, & enfuite on ira à tous les autres.
- 227- Explication de quelques termes, Avant d’entrer en matière , il eft bon
- R r r ij
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- *00 VA R.'T&B P U R R ELI E R
- de donner .l’explication de quelquas.-termcs- qu’on trouvera répandus dans- î& difeours , favoir ,,/d bordure^ le faux-bord, le. blanchet, la coujjînure. La bordure eft un morceau de cuir de veau ou de vache , qu’on taille alfez. large pour pafler faqg la piece:?de hatmois & fe redoubler eu -deifus le long de chaque côté tf un demi-pouce^ & [ être, enfuitë arrêtée .d’un bout à l’autre le long, du bord de foii redoublement avec..mie. couture piquée^.Le faux bord eft en^ deux-courroies-.de même cuir ,d’un pouce de largeavec ielquelles on borde la pi.ece avec, une pareille couture. Le bianchet eït un bout de courroie d’un pied de long ou. plus , qu’on ajoute vers, les bouts taillés en pointe de quelques pièces , par-delfusles cuirsqui les compofent, & que l’on perce pour les ardillons des boucles : il y,a 4es_piec.es.. où l’on fait aller le bianchet d’un bout k l’autre. La co.uilinure eft^en certaines pieçes.. le cuir de delfous , qu’on tient pJus large de demi - poucet<ie chaque côte,, que ceux de deflus :. elle ne fe borde, jamais. , ; ^ q
- Article" premier. . •
- . , Le HcoL . ,
- 't ' ; f ’ ' !
- . 22$. Toutes les pièces du licol .font de cuir de hœufhongroye , & toutes iFun pouce un quart de la*ge.. La tètiere, trois pieds huit pouces de long-La muieiiere , trois pieds deux pouces. Les deux jouieres, chacune treize, pouces. Une ou deux longes ; de huit pieds de long. Un anneau de fer. Les cuirs de la tètiere & de la mufeliere qui paifent dans l’anneau de fer, oà elles fe redoublent, font arrêtés & ferrés à l’endroit du doublement par un bouton de cuir.: ce bouton elî une efpece de brédiflure entrelacée ,_q,ui enveloppe les deux portions de cuir en les traverfant. Les jouieres fe brédif-fem. d'un bout à. la tètiere , de; fautie à la nuifeliete.
- , A R T I • C ; JEfih E I, JL
- v-; v- x; k ru-;ri ivuo) i: La bridel * w. .(/
- tum/:•--h' _? '‘-'V um- ; --si • . . m um-à;
- L* i bride fe? fait! en cuir noir .pah^j-au fuif ; elle eft eompolee des; p^tiesLifuiîVaintes*, La tètiere'f:atdeux pouce-s.'da large * & un pied jlxà. fepfc po-uces.de Ipog. jLes deux mamans ont chacun, un pouce de large & dix pouces;, de longu Le fron.tail:a un pouce,pe large ,,&_un pied de-long- Les deu-x œilleres; ont chacune cinq, pouce? en quarré. La niufeliere & la fou barbe , qui ns font, qu’un, ont un pouce de large & un pjed trois pouces.dejong. jLa fougorge a;-im poupe de large & deux pieds de long. Les deux porte-mors ont chacun ntt, pouce de:.large & huit pouces -de joug. _La, txouiie• eria^ un ponce de-lar^e
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- & deux pieds de long. Les rênes ont un pouce de large & fept pieds de-long , d^un feul cuir. ,
- 230. La tètiere & tous les autres cuirs de la bride font lîmples, excepté les œilleres qui ont deux cuirs ; ils feront tous bordés , excepté les porte-mors, le trouffe - crin & les rênes : pour former la tètiere , pliez le cuir par le milieu de itflongueur, puis fendez-le depuis chaque bout en deux parties égales chacune jufqu’à trois pouces du milieu , ce qui fera fix pouces qui ne feront pas fendus. Pour le ueifus de tète , chaque branche de devant le boucle aux mon-tans , & celles de derrière à la fougorge. ’
- 25 1. Les montans coulent le long des joues ; ils feront terminés à un bout par une boucle ; celle qui doit boucler en-haut la branche de devant du four-chet fera la plus grande; celle du boutd’en-bas qui eft plus petite, bouclera le porte-mors ci-deifous,
- 25 2. Les porte-mors, un de chaque côté , fe coufeut en-bas à Penvers des montans , à trois pouces au-delfus de la petite boucle; ils doivent traverfer l’œil du mors de dedans en dehors , pour le loutenir , & fe boucler à la,petite boucle du montant.
- i. 235-. La mufeliere & la foubarbe d’une feule pîece doivent palier entre le cuir du porte-mors & l’envers du montant; pour cet effet on laide le cuir du porte - mors atfez long pour donner paffage & foutùnir ces pièces en leurs places; & on lui fait deux coutures, l’une au-deffus , l’autre au-deffous du palfage de la foubarbe, ce qui forme une efpece d’anneau de cuir : avant de boucler la Joubarbe à laquelle eft attachée la boucle qui la ferme , 011 la paffe dans un petit anneau de fer vague.
- 234. La fougorge entoure la ganache vers le gober ; on la paffe dans Panneau vague fufdit : elle eft précédemment garnie de deux boucles , une à chaque bout ,qui vont boucler aux deux branches de derrière des fourchets de la tètiere.
- 23 f. Le frontad traverfe le front au-deffus des veux : on le redouble de chaque côté derrière le fourchet de la tètiere , où 011 le coud & on le traverfe d’un point au milieu du fourchet.
- ' 236'. Les œilleres fe pofent aux montans vers le haut vis-à- vis des yeux ; on les y coud en-dedans à deux rangs de couture noire.
- ; 237. Le trouffe-crin fert à envelopper le toupet de crin qui tombe fur
- le front du cheval ; on le taille en étréeiifant par un bout; on roule l’autre bôut en forme de bouton ; on fait une fente au milieu du deifus de tète ; on paffe le trouffe-crin dedans de delfous en deffus ; on raffemble le crin , & 011 le tourne autour jufqu a bout, où on le noue.
- 238. Les rênes d’une feule piece fervent à tenir la tête du cheval dans line belle fituation > fans cependant lui gêner la bouche ; on les palfe dans la
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- gargouille du mors ; pour cet effet on leur met à fix pouces de chaque bout une boucle enchapée ; on fait entrer le bout dans la gargouille, & on le boucle > quelquefois on fait les rênes de deux pièces pour pouvoir les alonger ou raccourcir fuivant le befoin : alors on place une courte rêne au mors, à laquelle, à un pied de diftance , on met une boucle dans laquelle on boucle la grande rêne.
- A R T 1 C L E I I I.
- Le harnois des chevaux de timon,
- 239. Le harnois des chevaux de carroffe, principalement des chevaux de timon, peut être divifé en pièces du tirage, en pièces de fufpenfion , & en pièces de différens ufages.
- 240. Pièces du tirage. La chaînette de timon pour reculer & tourner. Le poitrail pour avancer. Le reculement pour fortifier le recul. Les deux traits pour avancer. L’avaloire d’en-bas pour foutenir le recul.
- 241. Pièces de fufpenfion. Coussinet pour foutenir les bras de bricolle. Bras de bricole pour foutenir le gros anneau de devant. Barres de poitrail pour foutenir le poitrail. Troulfe-chaînette de timon pour fufpendre la chaînette de timon. Grande croupiere & culeron. Avaloire de deffus & furdos pour foutenir le gros anneau de derrière & les fourreaux. Barres de derrière pour foutenir l’avaloire d’en-bas.
- 242. Fourreaux. Sous-ventriere. Trouffe-queue. Sac à queue.
- 245. Pièces de différens ufages. Les guides. Enrênure à l’italienne. Plate-longe pour les rueurs.
- 244. La chaînette de timon A ,fig. I, pl. VII, eft compofée de trois cuirs Iblancs & un noir bordé ; elle a un pouce un quart de large, & quatre pieds & demi de long ; on coud à un de fes bouts une boucle & fou paflant ; on y. boucle l’autre bout, & on entoure le tout par-deffus d’un anneau de cuir, fait d’un fimple cuir, qu’on place au-deffous de l’endroit où eft la boucle, & qui rapproche à l'aile l’un de l’autre les deux doubles de la chaînette : on nomme cet anneau le bouton de la chaînette : ce bouton eft vague & n’eft point attaché j ce n’eft autre chofe qu’un coulant qui fait faire au bout de la chaînette une efpece de gros anneau de cuir. On paffe cette chaînette d’une part dans le reculement où elle eft vague , & d’autre part du côté du bouton au bout du timon, d’où elle ne fauraitfortir au moyen de la courroie de timon, dont 011 parlera dans la garniture des voitures ci-après : fon ufage eft de contenir les chevaux à égaie diftance du timon, & d’y communiquer l’effet du reculement ci-deffous.
- 34^. Le poitrail, pl. lXxfig. III, eft compofé de trois cuirs. Celui de
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- deftous , nommé la coujjînun a a, eft de cuir de vache, de quatre pouces & demi de large ; celui de deftus, nommé le fond b b , de trois pouces un quart, & par-deftus un blanchet a, d’un bout à l’autre d’un pouce trois quarts ; fa longueur eft de quatre pieds deux pouces; on en retourne trois pouces à chaque bout pour les brédir aux deux gros anneaux de devant. O11 le voit en place , pi. VII, fig. I.
- 246. Nota. Quelques-uns veulent que les couflinures du poitrail & de l’avaloire d’en-bas ci-après foient redoublées du fens de leur longueur, comme les avaloires des chevaux de charrette ; fon ufage eft d’ètre poufté parle poitrail & les épaules du cheval, quand il marche en-avant, ce qui fait tendre les traits & avancer la voiture.
- 247. Le reculement D , D, D , pi. VII , eft compofé de trois cuirs d’égale largeur , deux blancs & un noir lifté & bordé; il a un pouce de Fond, c’eft-à-dire de large, & dix pieds & demi de long ;il pafte devant le poitrail où il reqoit la chaînette de timon, puis de chaque côté au travers des fourreaux , d’où il va Fe boucler aux gros anneaux de l’avaloire d’en - bas , qu’il dépafte enfuite d’un pied , pour qu’on puifte le ralonger en cas de be-foin ; ce furplus fe prend dans un paftant attaché à l’avaloire d’en - bas , près de l’endroit où elle eft brédie à Ton gros anneau.
- 248. Nota. Que comme on vient de parler des gros anneaux de Fer du poitrail & de l’avaloire d’en - bas, il eft bon d’ètre inftruit qu’ils ne Font pas de largeur égale , ceux du poitrail ayant trois pouces & demi de diamètre de dehors en dehors , & ceux de l’avaloire un demi - pouce de moins.
- 249. Les traits E,E, E, font compofés d’autant de cuirs que le reculement , & difpofés de même: ils ont un pouce & demi de large & fix pieds quatre pouces de long. Le trait de chaque côté fe boucle dans le gros anneau du poitrail, & fon bout dépaftera en - devant d’un pied & demi. Ce furplus entre d abord dans un paftant attaché près de la brédifture du poitrail audit anneau , & à huit pouces au - delà dans un dé. Le dé ,pl. VI, fig. m , eft un anneau de fer demi - rond , ayant la forme d’un D romain : on le coud au poitrail par le côté où il eft droit ( le reculement y pafte auflî). L’autre bout des traits qui doivent embrafter les deux bouts des palonniers fe brédit à un anneau de fer totalement quarré & un peu cambré ; fon nom eft la boucle à trait. Avant de placer le bout dont on vient de parler, on l’aura pafté au travers de la boucle à trait, qu’on aura Fait defeendre enfuite jufqu’en -bas, pour que ce bout fe termine en un gros anneau de cuir, qu’on pafte fur le bout du palonnier, quand on attele : les traits 11e fervent de rien quand on recule ; leur ufage eft de faire avancer & tourner.
- 250. L’avaloire d’en - bas R,//. VII, & fig. IV,/?/. IX, eft compofée de deux cuirs, lavoir, une couiîinure a a> de trois pouces de large , & un
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- fond b b , de deux pouces de large ; on y ajoute , Ci on veut, un blanchet cc, de treize lignes de large d’un bout à l’autre : elle fe brédit à fes deux gros anneaux. Son ulàge elt d’appuyer la croupe du cheval, dont le poids , contraignant le reculement, foulage beaucoup l’animal qui s’appuie déifias quand U s’agit de reculer la voiture ou de defcendre une montagne.
- 2p. Remarque. Toutes les pièces que l’on vient de décrire font, pour ainfi dire , les travailleufes : c’eft par elles que la voiture efi mife en mouvement. Le poitrail & les épaules du cheval renferment fa principale force pour tirer; c’eft pourquoi elles doivent être & font effectivement fufpendues à la hauteur du milieu de fon poitrail, excepté les traits qui defcendent plus ou moins bas , félon que les roues de devant le font: ainfi , plus les roues de devant feront hautes , plus le cheval emploiera fa force avec avantage pour lui & pour la voiture. Suivent les pièces de foutien , félon la divifion qu’on en a faite.
- 2p. Le coufiinet, pl. IX ^jîg.V, q[f un petit panneau recouvert d’un quarré long, qu’on nomme la couverture dit coufjînet, fig. VI, & pL. 'Vil, fig. I, F ; le deifus du coufiinet fe fait de veau noir , & le delfous a a en toile ; la peau aura quatorze pouces de long fur cinq pouces de large, & la toile dix - fept pouces de long & huit pouces de large. La couverture du coufiinet qui fe fait à part, doit être de cuir gras de veau ; on la double d’un vieux cuir : elle aura vingt pouces de long fur fept pouces de large ; on la borde entièrement de veau. Pour faire le coufiinet, on commence par coudre la toile tout autour à l’envers du veau ; ,eette couture fe fait à furjet avec le fil de Bretagne noir ; on chambre enfuite le milieu en largeur par quelques grands points de fil. La chambrure c fera de deux pouces & demi de large dans tout le travers du coufiinet; on fait deux fentes en long à la peau du deifus , une à chaque moitié du panneau , par lefquelles on fera entrer le crin & la bourre avec lefquels on les remplit. La peau du côté de la fleur fera le deifus du coufiinet; la toile portera fur les épaules du cheval, & la chambrure c fe trouvera au-deifus du garrot. On verra au titre fui van t comment on fait tenir au coufiinet fa couverture. L’ulàge du coufiinet eft de tenir le bras de bricole, les barres de poitrail, les troufle- chaînettes de timon, & la grande croupiere : là couverture attache les rênes de la bride, & foutient les guides.
- Le bras de bricole G, pl. VH, aura trois pieds huit pouces de long & un pouce de large; il paffe entre le coufiinet & fa couverture du feus de leur longueur , & va s’attacher de part & d’autre aux deux gros anneaux du poitrail: il efi d’abord compofé d’un bout à l’autre de deux cuirs, un blanc & un noir liifé ; mais tomme dans felpace qu’il parcourt entre le couf-fine t & fa couverture on lui ajoute un fécond cuir blanc, il a trois cuirs
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- dans cet efpace ; c’eft à ces cuirs blancs , Tous le eouiîinet, qu’on coud du côté qui regarde le dos du cheval une boude enchapée, deftinée à boucler la grande croupiere ; plus du côté du col deux pareilles boucles pofées en biai-fant, chacune à cinq pouces du milieu; celles-ci boucleront les deux barres de poitrail ci - deifous ; enfuite ayant pafle deux attaches en double au travers des cuirs du eouiîinet à côté de fa chambrure, on les fera traverfer les trois cuirs du bras de bricole, au-deifus defquels on les nouera de deux nœuds ; on paifera de même au travers du milieu de la couverture une attache qui arrêtera une petite courroie à boucle qui doit fervir à tenir les rênes de la bride ; & à fept pouces des bouts de la couverture , on paifera pareillement les courroies nommées porte - anneaux , parce qu’elles tiennent deux anneaux de cuivre ronds, dans lefquels on fait paifer les guides; on fera fortir l’attacha de chaque anneau de dedans en dehors au milieu des bouts de la couverture , puis rentrer en - deifous dans le bras de bricole à fa fortie du eouiîinet ; le bras de bricole fe boucle par fes deux bouts à un boudetot attaché à un gros anneau du poitrail, de chaque'côté: fonufage eft de foutenir les gros anneaux du poitrail à la hauteur convenable.
- 2,f4. Les barres de poitrail C , au nombre de deux, font compofées d’un cuir de bœuf liifé, de deux pieds de long fur un pouce & demi de large ; elles fe brédiifent à un anneau de cuivre enchapé , coufu au poitrail, en-avant près du dé de fer ( voyeç les traits ci-deifus), & vont fe boucler aux deux: boucles coufues en biais fous la couverture du eouiîinet ( voyei le bras de bricole ci-deifus); elles fervent à maintenir le poitrail en fa place. ?
- 2fS- Le trouife-chaînette de timon H, eft une laniere ou courroie étroite d’un pied de long, qui s’attache au coin de la couverture du eouiîinet dans le bras de bricole ; dans une paire de harnois , on place l’un à droite , l’autre à gauche ; on fait à un bout un bouton roulé , & une fente vers fon attache : fon ufage eft, lorfqu’on détele, de prendre la chaînette de timon pour la tenir relevée.
- 2 j6. La grande croupiere N, & leculeron O, font deux pièces que l’on joint l’une au bout de l’autre ; la grande croupiere eft compofée d’un cuir liifé , bordé de veau ; elle a trois pieds huit pouces de long en comptant neuf pouces de fourchet. Ce qu’on nomme ainii , eft une entaille faite au bout de la croupiere , de neuf pouces de profondeur , évidée en triangle, ce qui la partage en deux branches qui vont s’écartant l’une de l’autre ainii d’un pouce & demi de large , qu’on donne à la grande croupiere depuis la boucle qui l’attache ay bras de bricole fous la couverture du eouiîinet, jufques vers l’avaloire de def-fus dont on va parler ; on doit la tailler en élargiiTant en douceur jufqu’au bout, afin que le fourchet ait deux pouces & demi d’ouverture. Le culeron aura un pied huit pouces de long, & deux pouces & demi de large ; on le rembourre, Tome XI F. ' S f f
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- on le coud , & on le termine par une boucle à chacun des bouts, qui fe boucleront aux branches du fourchet. La grande croupiere foutient les furdos & l’avaloire de delfus, & au moyen de ion culeron empêche le couiîinet defe porter trop en - devant, fur-tout dans les defcentes.
- 257. L’avaloire de delfus L, & les furdos K, I,font compofés d’un cuir lilfé, bordé d’un pouce un quart de large, chacun d’une feule pièce; l’avaloire aura quatre pieds de long ; le furdos K , trois pieds dix pouces ; le furdos I, trois pieds huit pouces de long ; on ne compte ici que deux furdos , parce que c’eft la mode adtuelle. Les furdos & l’avaloire de delfus doivent traverfèr le dos du cheval par.delfus ou par-deifous la grande croupiere , à diftance à peu près égale les uns des autres, le premier furdos patiant à deux ou trois pouces du couiîinet. Lorfqu’on les fait palfer par-delfus , 011 leur coud , à l’endroit du paf-iage , un cuir de même largeur, dans lequel on enferme la croupiere. Si i’011 veut qu’ils patient par-deifous , alors on double toute la grande croupiere d’une couf. finure, entre laquelle on les arrête avec des points de couture. Les bouts de l’avaloire de delfus vont fe boucler à un boucletot pâlie dans le gros anneau de l’avaloire d’en - bas , & ceux des furdos à des boucles enchapées , coulues aux fourreaux. L’avaloire d’en - haut fert à maintenir le gros anneau d’ava-loire en fa place, & les furdos à foutenir les fourreaux.
- 2^8- Les fourreaux V, au nombre de deux , font chacun d’unfeul cuir de bœuf liifé, de lîx pouces de large & de quatorze pouces de long; on les plie en double fur leur longueur , où on les coud d’un bout à l’autre : ils fervent , étant attachés aux furdos , à foutenir le reculement qui palfe librement au travers.
- 2^9. Les deux barres de derrière M, une de chaque côté de la croupe, relfembîent pour leur largeur & leurs cuirs aux barres de poitrail ci-devant; on les attache en biais fous la grande croupiere vers la croupe du cheval, à trois pouces de l’avaloire de delfus, d’où elles vont fe boucler à une boucle enchapée dans un anneau de métal arrêté à l’avaloire d’en-bas, à un pied de fa brédiifure , au gros anneau d’avaloire. Leur ufage eft de foutenir l’ava-loire d’en - bas en fi place.
- 260. Les pièces qui fuivent ont chacune un ufage particulier. La fouven-triere X eft lin cuir îimple, de deux pieds & demi de long, attaché d’un bout à un des gros anneaux du poitrail , palfant fous le ventre du cheval & allant fe boucler à un boucletot au pareil anneau de l’autre côté ; quand elle eft ferrée, elle empêche le harnois de varier à droite ou à gauche.
- 261. Le troulfe - queue, fig. 8, eft un morceau quarré de gros cuir, de fept pouces de long fur quatre pouces de large ; à gauche près des deux coins fur fa largeur on coud deux boucles c, & vis-à-vis à droite deux courroies b ; on troulfe & replie la queue du cheval plufieurs fois fur elle-même ; on l’entoure enfuite avec ce morceau de cuir ; on la ferre avec les boucles & leurs courroies :
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- au milieu du haut de ce trouife-queue, près de fou bord, eft paflee une laniere de cuir d, ayant un bouton roulé à un bout, & une fente à l’autre, pour le faire tenir au culeron. Cette piece fert à empêcher les chevaux de fe falir la queue dans les boues.
- 262. Le fac à queue Q_, eft un étui de cuir , qu’on taillera de vingt pouces de long fur un pied de large ; on l’arrondit en le coufant fur fa largeur par un bout à un rond de pareil cuir ; on taille les côtés en mourant jufqu’à l’autre bout, les diminuant chacun de deux bons pouces; on les coud enfemble; 011 attache à fix pouces près du haut, qu’on ne ferme point, une boucle & un contre-fanglot pour ferrer le fac en cet endroit; on met auffi à la croupiere deux contre-fanglots & deux boucles au-haut du fàc, qui bouclent lefdits contre-fangiots ; & pour tenir ce fac ferme & tendu , on lui ajoute par-dehors du haut en bas un blanchet, fur lequel on place quelquefois en guife d’ornement un rang de boucles dorées, bouclées avec leurs courroies; il fert, comme le précédent, à garantir la queue de la boue. Le trouife-queue eft d’un plus grand ufage.
- 26$. Les guides avec lefquelles le cocher conduit fes cheveaux, font au nombre de deux, la guide droite, & la gauche; on les fait d’un cuir fimple, d’un pouce de large ; la droite a douze pieds & demi de ; long , & fe termine par une boucle dans laquelle fe bouclent fous le même ardillon deux courroies du même cuir, celle de dehors de cinq pieds quatre pouces de long, l’autre en-dedans de fept pieds neuf pouces, ayant chacune une boucle brédie à neuf pouces du bout. La guide gauche n’a que deux pieds & demi de long, & deux boucles, une à chaque bout ; l’une de ces boucles fert à boucler la guide droite ; l’autre boucle reçoit également deux courroies dans les mêmes proportions de celle de la guide droite.
- 264. Afin que les deux chevaux s’apperçoivent de l’intention du cocher,
- & y obéiifent au même inftant, après avoir bouclé les guides droite & gauche enfemble, on fait paifer la plus courte branche de chacune,au travers des anneaux de dehors de la couverture du couffinet, d’où on les amenait fe boucler à la gargouille de la branche extérieure du mors, ou à l’anneau du touret ; mais maintenant on les boucle dans l’anneau à l’anglaife attaché à l’oeii du mors. Les plus longues branches fe paifent dans l’anneau de dedans de ladite couverture, d’où celle de la guide droiteevà rendre à la branche intérieure du cheval hors la main, & réciproquementrdu cheval hors latmain au cheval à la main, fe croifant en chemin.
- 26). Depuis quelque tems, plulieurs ont adopté une maniéré de guider les chevaux préférable à celle qu’on vient de décrire. A celle-ci, qui fe nomme Venrênure. à t italienne', les branches des guides font égales, vont au mors de chaque cheval, qu’pn peut par ce moyen conduire à part, fui vaut fa bouche j
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- & pour les lier enfemble, la communication de lun à l’autre fe fait par deux italiennes, nom qu’on donne à deux fimples cuirs d’un pouce de large & de quatre pieds huit pouces de long, qui fe prennent d’une part dans un anneau attaché exprès fous la couverture du couflinet dans le bras de bricole ou elles fe paflent, & de l’autre part vont fe boucler en fe croifant de l’un à l’autre cheval, comme les précédens.
- 266. La plate-longe pour les rueurs n’eft point elfentielle au harnois du timonnier 5 elle ne s’y ajoute que lorfque le cheval a la mauvaife habitude de ruer, à caufe du danger où eft le cocher d’en être blelfé dangereu-fement.
- 267. En commençant fa delcription par la partie qui entoure la volée, elle eft compofée de trois cuirs, deux noirs,& un blanc dans le milieu ; fa largeur eft d’un pouce trois quarts, & fa longueur de deux pieds & demi, jufqu’à la groife boucle enchapée, où elle s’arrête , formant un gros anneau de cuir, après lequel elle a vingt pouces de long jufqu’à fon fourchet; elle n’a plus que deux cuirs depuis le commencement du fourchet, dont chaque branche aura cinq pieds trois pouces de long & un pouce, un quart de large. A huit pouces du bout de chacune, eft une boucle enchapée qui fe boucle aux gros anneaux du poitrail > le fourchet a deux traverfes d’un cuir fimple ; celle qui eft la plus près du bout en eft à trois pieds : elle aura feize pouces de long; la fécondé , qui fera à dix pouces de la première, aura un pied de long : cette plate-longe fait très-bien fon effet, & l’on ne doit jamais négliger d’en mettre, pour peu que l’on voie le cheval dilpofé à ruer dangereufement.
- Article IV.
- Le harnois des chevaux de devant.
- 268. Le harnois des chevaux de devant, fig. II, pi. FÎI, comprend celui des quatrièmes ou des chevaux de volée, des fixiemes & huitièmes : il eft bien plus fimple que celui des chevaux de timon, 11’ayant ni reculement ni avaloire; il confifte dans les pièces fuivantes, pareilles aux mêmes des chevaux de derrière. Un couffinet a. Un poitrail b. Deux barres de poitrail c. Un bras de bricole d. Un furdos e. Une grande croupiere/, & fon culeron g. Deux trouffe - traits h. Deux porte-traits k, de fixiemes & huitièmes, deux porte-traits de volée n. Deux traits de volée II. Deux traits de fixiemes & de huitièmes mm. La fouventriere o.
- 269. Les porte-traits de fixiemes ou huitièmes font nécelfairement plus longs que ceux du timon, & partent de la grande croupiere, attendu qu’il n’y a point d anneau d’avaloire, Quand 1 attelage eft de quatre chevaux fans
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- poftillon, on attache une volée au bout du timon, aux palonniers de laquelle ont attele les deux chevaux de devant avec des traits pareils à ceux des chevaux de timon, mais qui auront fept pieds de long. Si on fait le même attelage de quatre avec un poftillon , les traits des quatrièmes feront tout droits, c’eft-à-dire, ne fe termineront point en un rond, comme ceux des chevaux de derrière, & feront de longueur inégale j car ceux du cheval à la droite du poftillon auront huit pieds de long, & ceux de celui du poftillon huit pieds & demi; & comme tous ceux-ci doivent fe boucler aux chevaux de timon, il eft néceffaire d’alonger leurs traits par-devant. Pour cet effet, on leur ajoute des faux traits de deux pieds de long ; ces faux traits lë terminent à un de leurs bouts par une boucle à trait, ( voyei ci-deiTus au titre les traits ) & à l’autre bout par une boucle à chaînette de timon j on défait le trait ordinaire ; on le fait paflêr dans la boucle à trait, puis on le remet en fa place. Les boucles à chaînette à l’autre bout des faux traits, font celles où fe boucleront les traits des quatrièmes. A fix chevaux les traits des quatrièmes auront fept pieds de long -, ceux des fixiemes dix pieds, ainfi que ceux des huitièmes. Les guides pour les quatrièmes auront dix pieds , & pour les fixiemes en cas de huitièmes, quatorze pieds. Toutes ces guides communiquent à celles du cocher -, pour cet effet, on commence par coudre à trois pouces en - deçà des branches des guides du timon une boucle encha-pée, à laquelle on boucle les guides des quatrièmes , après les avoir fait paffer dans un anneau attaché au milieu du deffus de tète des timonniers ; celles des fixiemes aux guides des quatrièmes, en cas tde huitièmes, & au deifus de tête des quatrièmes. Le harnois du cheval du poftillon a de plus une felle & un deifus de felle. ( Foyei ci-deffous les harnois de chaife. )
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- CHAPITRE XIV.
- Les harnois des chevaux de chaife.
- 270. 1L.es chevaux de chaife, qui font originairement au nombre de deux, ne peuvent avoir leurs harnois femblables l’un à l’autre, n’étajit pas eux-mêmes appareillés comme le doivent être les chevaux'de carroffe, attendu que les fondions de chacun exigent des qualités différentes ; car l’un doit être un cheval étoffé, léger & alongé, l’autre ramaffé & moins confidérable. Le premier fe nomme le cheval de brancard, parce que fa place eft entre les deux brancards de la chaife, qu’il doit foutenirj le fécond monte le poftillon: aufli eft-il nommé le porteur ; on le nomme encore le bricolkr ou le cheval de côté. On va
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- détailler le harnois de chacun à part, Commençant par celui du cheval de brancard.
- 271. Harnois du cheval de brancard. A, la fellette, fig. I, pi. VlIIy B, le poitrail j C, les deux barres du poitrail; D, les deux contre-iànglots ; E, les deux gros anneaux du poitrail ; F F , les deux traits ; G , la croupiere & Ion culeron ; H , lavaloire ; I, le gros anneau de l’avaîoire ; K , les deux petites barres ; L , les deux barres d’avaloire ; M , les deux reculemens ; O , la longe de main.
- 272. La façon de la fellette fera décrite ci-après dans l’art du feliier , attendu que quoique les bourreliers foient en droit de là conlfruire , ainfi que le fel-lier, néanmoins cette manœuvre s’éloignant de leur pratique ordinaire , & le 'Feliier y étant accoutumé, ils les reçoivent de lui,& y ajoutent le refte du harnois.
- 273. Le feliier aura percé , en failànt la fellette, vers le milieu de chaque côté , deux petites mortaifes éloignées l’une de l’autre de deux pouces & demi, deftiuées à y palfer les courroies de dojjiere X, qui doivent fixer la dolïiere de la chaife en fa place ; chaque courroie aura feize pouces de long ; on la palfera de dehors en dedans dans la mortaife de devant ; on la fera reflortir par celle de derrière ; le bout de devant eft garni d’une boucle. Quand la dolïiere eft pofée, on boucle ces courroies qui l’embralfent & l’empêchent de varier fur la fellette. La courroie à rêner Y, s’attache au milieu du haut de la fellette ; on commence par enfoncer en cet endroit un petit crampon quarrédefer , d’un pouce d’ouverture ; après quoi on pafîè au travers de ce crampon une petite courroie de .feize pouces de long ; on l’y redouble, & on coud le redoublement au haut du crampon. A un bout de cette courroie, qui ne fera éloigné que d’un pouce dudit crampon , on attachera une boucle, à laquelle l’autre bout viendra fe boucler quand on aura mis les rênes de la bride entre - deux : les anneaux des guides qui s’attachent fur la fellette de chaque côté en-devant, fervent à fou-tenir les guides, ordinairement de treifes de foie rondes ou plates, qui s’ajoutent quelquefois à la chaife de porte & toujours au cabriolet, afin que celui qui eft dedans puilfe conduire lui-même le cheval de brancard. Pour pofer ces anneaux , on a ce qui s’appelle un lacet, qui eft une petite bande de métal pliée en deux , formant une efpece d’anneau , dont les deux jambes en pointes fe touchent làns fe joindre; on fait entrer l’anneau des guides dans celui-ci ; puis enfonçant les deux queues raflemblées dans un trou qui traverfe l’arçon, on les rive à l’envers, taillant à l’anneau des guides la liberté de fe mouvoir. Le poitrail comme celui des chevaux de carrofle. Les deux barres de poitrail de même ; on les arrête à la fellete, en les bouclant à une boucle enchapée, clouée à l’arçon de devant à trois pouces du haut. Les deux contre - fanglots fe clouent fur les bandes d’arçon, & vont fe boucler à un boucletot pris dans le gros anneau. Les traits de cinq pieds de long s’attachent au gros anneau du
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- poitrail. La croupiere avec Ton culeron , fe boucle dans une boucle enchapée , clouée au milieu de l’arçon de derrière. L’avaioire comme celle d’en - bas des chevaux de carrofte. Les deux perites barres prifes dans le gros anneau de l’ava-loire, fc bouclent à une bouc'e enchapée, clouée à l’arçon de derrière à quatre pouces du haut. Les deux barres d’avaloire, comme aux chevaux de carroife. Les deux reculemens , chacun de trois pieds & demi de long, s’attachent d’une part au gros anneau de l’avaioire, & de l’autre, lorfqu’on aütele, à un crampon enfoncé dans les brancards de la chaife. La longe de main eft une iîmple courroie de fix pieds de long & d’un pouce de large ; on l’attache aux branches de la bride : le portillon la tenant à fa main , s’en fert pour guider le cheval de brancard.
- 274. Harnois du bricolier, fig. II. Ce cheval a pluiieurs épithetes ; il s’appelle le porteur, parce que le portillon le monte; bricolier, parce qu’il tire la chaife en biailant ; & cheval de côté, attendu qu’il ert hors du plan de la chaife : là place eft toujours à gauche du cheval de brancard. Comme porteur, il eft feîîé , & comme étant attaché à la chaife , il lui faut un harnois qui fe lie avec fa felle. Cette felle fera expliquée dans l’art du fellier ci - après ; mais attendu que le relie de fon harnois ne peut fe faire que par le bourrelier, c’eft ici fa place ; æ, un poitrail ; b b, un delfus de felle ; c, deux boucletots ; dd J, deux traits ; c, un furdos ; le poitrail comme le précédent.
- 27^. Le delfus de felle ert en deux pièces : une à droite , de deux pieds dix: pouces do long; l’autre à gauche , d’un pied de long: la droite eft d’un cuir lifté, bordé de treize lignes de large: elle fe brédit à un anneau de cuivre enchapéau poitrail à un pied en-avant du gros anneau : la gauche eft de même; cuir ; «lie fe termine en une boucle, à laquelle fe boucle la piece droite. Quand elles font jointes, le portillon les pofe fur fa felle le long des battes en - dedans : le delfus de felle fert à foutenir le poitrail en fa place. Les deux boucletots ont chacun quatre pouces de long; on les coud d’un bout aux gros anneaux du poitrail : leur boucle eft une demi - ronde ; elle fe boucle à un contre - fangîot attaché fous la felle. Les deux traits font de trois cuirs , deux blancs & un noir bordé ; ils ont quinze lignes de large & fept pieds & demi de long ; ils font brédis par un bout au gros anneau du poitrail. Le furdos fe fait d’un cuir lifté , bordé d’un pouce & demi de large, & de quatre pieds quatre pouces de long à droite: il eftbrédi, fur lui-même, formant un anneau.au travers duquel patfe le trait qu’on arrête en place par une attache qui, qui après l’avoir tra-verfé , fe noue autour : la même chofè s’opère à gauche par un boucletot arrêté de même, auquel le furdos fe boucle ; ce furdos pâlie entre les deux cuirs de la croupiere.
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- CHAP ITRE XV.
- De la garniture des voitures.
- 276. C’est au bourrelier - carrofïier à fufpendre fur le train du charron toutes les voitures à roues, qui tranfportent les hommes d’un lieu â un autre, & à les garnir de tous les cuirs nécelfaires à cette fufpenfion. Ces voitures font les coches , les carrolfes, les berlines, les chaifes , &c.Mais quoique les coches & les carrolfes aient rang d’ancienneté fur les berlines , ces dernieres ont tellement prévalu par leurs avantages, en comparaifon des premiers, qu’elles ont prefqu’anéanti les carrolfes.
- 277. Garniture de la berline. La courroie de timon. Les deux ronds de pa-lonnier. Les foupentes & leurs fourreaux. Les foupentes de marche - pied Si garniture. Les deux traits le long du brancard. Les courroies des pieds cor-niers. Les courroies de guindage. Le porte -Jfiege. Les courroies de côté du Lege. La courroie & mains de derrière.
- 278* La courroie de timon a , fg. III, pi. XIV, efl: une laniere de cuir de demi - pouce de large , garnie d’une petite boucle par un de fes bouts: on la noue vers fa boucle à l’anneau qui eft au haut du crochet du timon s elle fert, lorfqu’on a enfilé les deux chaînettes de timon jufqu’au crochet, à leur barrer le palfage, pour empêcher qu’elles ne fortent de leurs places, ce qui fe fait en palfant le long bout de cette courroie au travers d’un trou x, fait dans le timon au-delfous du crochet, d’où l’ayant faitfortir, on l’amene boucler à fa petite boucle.
- 279. Les deux ronds de palonnier b, font deux gros anneaux de cuir, qui embraffent les bouts de la volée & le milieu de chaque palonnier : le rond de palonnier fe fait d’un feul & même cuir blanc, tourné quatre fois en rond fur lui - même : on en amincit infenfiblement les deux bouts, afin qu’ils ne forment point d’épailfeur ; on met par- deifus un cuir noir lilfé , & le tout fe coud à quatre rangs de couture noire.
- 280. Les foupentes de la voiture c c , au nombre de deux , ont communément quatorze pieds de long & quatre pouces de large: elles fe compo-fent de cinq cuirs blancs coufus en long, à lix rangs parallèles de couture noire, avec fil poiifé -, on les brédit à la traverfe de devant, d’où elles coulent fous les brancards de la berline, palfant au travers d’une bride de fer quar-rée , mife à chaque pied cornier fous la voiture devant & derrière , & vont fe rendre à un cric attaché à la traverfe de derrière , où on les fait tenir ; & afin que la caille de la voiture 11e puiife pas couler en - devant ou en-arriere fur
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- les foupentes, on les traverfe fous chaque portière avec un tire-Fond qu’on ville dans le bots; on recouvre les foupentes avec des enveloppes de cuir, qu’on nomme des fourreaux : ces fourreaux font au nombre de quatre , parce que chacun celle où chacune commence à entrer dans la voiture ; ils fe font d’un cuir noir lilfé, bordé de vache, les pentes du bordé fe iacent fia ne à l’autre par - detfous ; chacun couvre la partie de la foupente qui eft en-dehors jufqu’à la caillé de la voiture devant & derrière. Quand la voiture elf à relforts , les foupentes ne font composées que de trois cuirs de Hongrie bordés de vache, & s’attachent aux relforts : on ne leur met point de fourreaux.
- 281. Les foupentes de marche-pied dd^ une pour chaque marche-pied, auront trois pouces & demi de large & fix pieds & demi de iong, parce qu’elles fe redoublent & paflent ainli fous la planche du marche-pied, ce qui réduit chaque côté à la longueur d’un pied jufqu’à la planche > elles font com-pofées de trois cuirs de Hongrie & un cuir littb bordé ; elles s’attachent vis-à - vis de chaque portière autour de deux boulons de fer qui fartent horizontalement des brancards.
- 282. Les deux traits le long des brancards font compofés de deux cuirs 9 un blanc & un lilfe bordé ; ils ont chacun un pouce de large & huit pieds de long ; ils s’attachent par - devant au côté d’en-dedans du brancard à un anneau de fer qui tient au boulon qui traverfe le brancard vis-à - vis la traverfe de parade , & par-derrière par un petit cric pofé au bout du brancard : ces pièces ne font pas anciennes ; elles fervent à adoucir les mouvemens de la voiture de bas en haut & des côtés , en fe prêtant à celui des guindages dont on va parler, lefquels , tant les petits que les grands, précédemment entouraient le brancard même , comme on voit en e e,//
- 283. Les quatre petites courroies de guindage des pieds corniers^^, une au-deffous de chacun, ont un pouce de large & trois pieds de long ; elles font compofées d’un cuir noir lilfe bordé, & s’attachent chacune à un anneau quarré , mis à côté des brides ci - delfus ( voye^ les foupentes de la voiture ) ; elles tournent autour des traits le long du brancard, comme les fuivantes pelles fe bouclent à elles-mêmes.
- 284. Les quatre grandes courroies de guindage ou de côté//, ont un pouce de large & lix pieds de long; elles font compofées de deux cuirs, un blanc & un noir lilfe bordé ; elles font prifes dans un anneau quarré de fer, placé au haut des pieds corniers devant & derrière, & defeendent em-bralTer les deux traits le long du brancard : on embralfe aulïi chaque courroie redoublée par un bouton ou coulant ; 011 met une boucle à un bout, & fous cette boucle, à l’envers, un paffant;on paflel’autre bout dans le palfant, de là dans l’anneau quarré , puis/ans la boucle, en-haut; puis on fait couler, le bouton en - bas pour refferrer l’ouverture.
- Tome XIV.
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- 285. L"E porte -fiege de cocher eff compofé de deux branches de cuir blanc , & de quatre traverfesdu même cuir: les deux branches ont chacune cinq pieds de long & un pouce & demi de large, s’attachant dans les anneaux quarrés du porte - fiege’de fer, arrêté fur les montans de devant; les quatre traverfes ont chacune deux pieds dè long, même largeur des branches ; on les redouble & on les attache d’une branche à l’autre àcdiltances égales : ce porte-fiege fert à foutenir l’efpeee de deffus de banquette, fur laquelle le cocher s’affied..
- 2%G. Les courroies de côté du fiege, qui le ferrent vers les deux bouts, fur le porte-fiege , ont de large un pouce deux lignes, & fix pieds de long; elles font d’un cuir blanc ; leurs bouts s’attachent aux porte-fieges de fer par plufieurs tours.
- 287. La courroie de derrière pour les laquais g-, a un pouce de large & quinze' pieds de long ; elle elb d’un cuir liffé, bordé ; on forme aux deux bouts de cette courroie deux poignées A, comme ou va voir. Pour cet effet, le lellier aura mis vers les deux coins de derrière de l’impériale quatre crampons, efpacés deux à deux , à fix pouces de diflrance l’un de l’autre ; oïl brédit d’abord l’un des bouts de la courroie au premier crampon; on forme la poignée de huit à neuf pouces de bas, en relevant la courroie, qu’on fait palPer au travers du fécond crampon, auquel on la brédit pour former la poignée , fuivant la mefure fufdite -, on prend l’autre bout de la courroie pour la relever, & la brédir de même aux deux crampons de l’autre bout de l’impériale : cette courroie & fies poignées , ainfi difpofées, fervent à aider rcs laquais à monter derrière la voiture, & à les y affermir.
- 218. Garniture de la chaife de pojle. La dofliere. Les deux foupentes de derrière. Les deux foupentes de devant. Les deux courroies de crémaillère. La courroie de ceinture. Les deux traits de deffous. Les deux marche-pieds. La courroie de portière. Les trois courroies de cerceau. Le rond de palonnier. La croifée de palonnier. La courroie de palonnier. Les deux enchapures de palonnier. Les deux poignées de derrière. Les fourreaux & couvertures de reffort quand ils font bordés ; mais c’elt l’ouvrage du fellier quand ils ne lé font pas. '• .
- 2851. La doffiere a,rfip\,pl.XIF\ efi: une piece de cuir placée près du bout des brancardsdeltinée à les. foutenir fur la fellette de harnois du cheval de brancard; elle aura deux pouces & demi de large 8c fix pieds & demi de long, compofée de deux cuirs ibîanes & d’un noir hile, bordé de vache i on brédit à deux pieds* de chaque bout une boucle enchapée & fou paiîànt ; on tourne ces. bouts'par-.deffous:les,!brancardsles paiïant dans.un crampon de fer qui y eff attaché, de peur que* la doffiere. ne fs. dérange ; &. on les boucle.. - / j > 1 :
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- apo, tfota. Que les relîbrts à écrevine étant préférables à tous,les autres , on a pris ici une chaife garnie de ces relions.
- 291. Les deux foupentcs de derrière b, b, fig. II, font chacun de deux pièces , c’eft à-dire, 3a foupente & le contre-fanglot, qui font enfemble dix pieds de long fur trois pouces & un quart de large, fans compter la bordure; elles fe compofent de trois cuirs blancs, un cuir liiié & la bordure de vache : les relîbrts à écrevilîè ont à leurs bouts élevés une barre de fer en forme du haut d’un T romain , tourné du feus de la longueur de la chaife, moitié en-arriere , moitié en-devant, terminé par un crochet à chaque extrémité ; 011 fait une lente à un bout de la foupente , par laquelle on l’accroche au crochet de derrière de ladite traverfe; on l’amene enfuite à un crampon de fer, attaché au brancard de derrière du corps de la chaife , au travers duquel l’ayant paifée on va la boucler au contre-fanglot accroché pareillement au crochet de devant de la traverfe : ce contre -fanglot aura trois pieds & demi de long, garni d’une grolfe boucle. Ces trois cuirs font cachés ici par le haut des fourreaux de reiiort **.
- 292. Les deux foupcntes de devant c, II, font pareilles aux précé-
- dentes pour la quantité & la largeur des cuirs; mais elles n’ont que quatre pieds & demi de long, lefquels redoublés ne font que deux pieds un quart; elles paflént de chaque côté dans un crampon qui elf au bas du corps de la chaife, d’où elles tournent autour de la traverfe de devant, & fe bouclent en - deiîus à elles - mêmes. _ ‘
- 293. Les deux courroies de cremaillere & leurs fourreaux b , é, éifig-ï* & d., d) difig. II; les courroies ont un pouce & demi de fond, c’eft-à-dire, de large, & neuf pieds & demi à dix pieds de long; elles partent d’un petit crie ee, fig. II, attaché au bout de derrière des brancards , palTant fur les confoles de fer à deux branches fig. II, ‘élevées fur chaque brancard vers leurs extrémités poftérieures ; delà traverfant la crémaillère de fer c, fig. I, attachée au^deifus du pied cornier de derrière, accompagnées en cet endroit de leurs fourreaux , elles finiifent au brancard près du marche-pied, où elles font liées , de (plufieurs tours mu brédies à un crampon. Les fourreaux 1, fig. I, ont un pied un quart de long & huit pouces de large,, qui, étant pliés par la moitié en longueur, ne font que quatre pouces à chaque face; on joint le redoublement par une couture que l’on borde par-delfus; on les arrête en place aux courroies par une attache à chaque bout : ces fourreaux garantirent leurs courroies du frottement de la cremaillere.
- 294. La courroie de ceinture gggg ,fig, II, elf pareille aux précédentes pour la quantité & la largeur des cuirs; elle aura fept pieds de long : fon milieu pafle dans un ou deux anneaux de fer, attachés au milieu de la planche de derrière hhh^fig, II, d’où elle va fe rendre à deux pareils anneaux mis
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- au brancard de chaque côté, à fîx pouces plus en-arriere que les précécfetî-tes ; elle a auffi deux fourreaux qui la- garantirent du frottement des coins d© la ciiaife : ceux-ci n’ont que neuf à dix pouces de long; ils fe travaillent & s’arrêtent comme les précédons : les courroies de crémaillère & celle-ci concourent à adoucir les fecoulfes de côté de la chaife.
- 29 f. Les deux traits de délions d, d, d, fig. I, bouclent les traits du har-ïtois du cheval de brancard ; ils font pareils en tout aux courroies de crémaillère ci - delîus , ils ont chacun huit pieds de long ; ils prennent depuis l’échan-tignole de la roue & vont par-deifous le brancard , fbutenus par quatre attaches de diftance en diftance ,'jurqu’au-delfous du cerceau , où ils fe terminent pas? leurs boucles ; on les fait quelquefois de corde recouverte de cuir.
- 296. Les deux marche. pieds i, i,fig. II , & e,fig.\-, ont chacun fept pieds de tour & trois pouces de fond ; ils font compofés de trois cuirs blancs & un noir liifé & bordé ; on les brédit à chaque bout autour du brancard, puis on les cloue déifias à un pied & demi Lun de l’autre.
- 297. La. courroie de portière/’, fig. I, fur laquelle tombe la portière quand on l’o.uvre , s’attache par fes deux bouts à un fupport de fer pofé debout fur chaque brancard ; elle a trois pieds de long & un ponce un quart de fond : elle eft compofée d’un cuir noir bordé1.
- 298* Les trois courroies de cerceau 1,1,U fig* II5 font deftinées à affermir le cerceau m , & le talfeau n ,fig. Il, & h h, fig. I, qui eft joint en leurs places ï elles font toutes, trois égales pour les cuirs & leurs largeurs à la précédente : deux prennent air milieu du cerceau en-dehors , & la troifteme part du haut du talfeau : celle-ci fera un peu plus courte que les.deux autres.;, elles vontfe clouer toutes trois furies brancards à un pied & demi en-avant, celle du cerceau à droite à gauche celle du talfeau , à côté de la courroie du cerceau , qui vient au brancard gauche.
- 299. Le rond 0 ,/g. I & II, du palonnier du cheval de côté , eft pareil en tout à ceux des palonniers de carroffe. Voye^ ci-devant.
- goo. La crôiiée de palonnierp ,fig. II, efb compofée de deux cuirs blancs & im noir bordé ; elle a un pouce & demi de-fond & cinq pieds & demi de long y on la palîe au travers du rond/d’où on va l’attacher par chaque bout lous chaque brancard q q, ligne ponctuée , fig. II, vis-à-vis de la traverfe de devant r cette courroie communique à la chaife le tirage du palonnier.
- g o 1. La courroie de palonnier r, fig. II, qui fert à le foutenir à hauteur convenable, eft un fimple cuir de deux pieds’de long , qui paffe au travers du rond, oi/ii- fe redouble &* va s’attacher fur le brancard à la main près le bas du talfeau. : f
- 202. Les deux bouts du palonnier is,fig. Il, font garnis d’une enchapure avsc la boucle : ces enchapures autour du palonnier n’ont que deux cuirs 3,012 en met un. trcuiieme depuis Je palonnier jnfqu’à. la. boucle pour; fortiLer*
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- 505. Les deux poignées de derrière a-, fig. I, pour les laquais, font d’un cuir bordé de dix - huit pouces de long, redoublées & brédies chacune à deux crampons à l’impériale (voyez. îa berline ci-deffùs. ) La courroie de derrière ne fé met point aux cliaifes. Le refte des cuirs , comme le fiege du cocher , le garde - crotte , les cuirs du cerceau de la couverture des malles, les panneaux l’impériale, la cave, les planches de marche-pied, les fourreaux & couvertures, des rellorts, font du dilirid du fellier.
- 304. Nota. Que lorfqu’on veut que les cuirs qui couvrent les reiforts foient bordés, c’eft alors aux bourreliers à les faire.
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- 'CHAPITRE XVI.
- Des ornemens du bourrelier de carrojfe--
- 30]L*es harnois (St la garniture des voitures, tels qu’on vient dé l'es; décrire, ont tout ce qu’il leur faut de la part du bourrelier pour les uiages auxquels ils font deftinés, mais fans aucun ornement. Il ell vrai que la parure n’eli pas d’une utilité abfolue ; mais comme elle eft agréable à la vue & qu’elle fitif-fait l’amour - propreon s’en palfe difficilement : elle n’a de bornes que la plus-grande magnificence où elle puilfe monter ; fur quoi il ne parait pas hors de-propos de parler ici de deux opinions-différentes à l’égard des harnois : les uns-prétendent que de beaux harnois fur de beaux chevaux les déparent plutôt qu’ils ne les font valoir, un beau cheval furpaffant par fa figure tout l’or k l’argent dont on pourrait le couvrir ; en eonféquence ils les font harnacher preff qu’à nu : les autres difent que plus les harnois font riches, plus ils attirent lesregards fur les animaux qui Jes portent. A l’égard des premiers, les harnois des chevaux de devant ci-deffus leur fuffifent; mais il elf nécellaire pour les autres de détailler tous les ornemens qui fe pratiquent dans fart. Il s’en fait de deux fortes,, ceux que le bourrelier exécute, & ceux qu’il ne fait que polér & mettre en place.
- 306 Les fiens font premièrement dés deffins-courans:, qu’il trace au compas ail milieu des pièces dans toute leur étendue , qu’il couvre enlüite avec la couture piquée de fil de Cologne blanc : les delfins les plus ordinaires font des portions de cercle qui fe-joignent l’une au bout de l’autre, mais à contre-fèns ; ils les nomment des ondes, pl. IX, fig. VIL II s’en fait en deux maniérés: telle qu’on vient d’exprimer, & une autre appellée ondes à pic ; à celle - ci 011 fait deux portions de cercle du même feus, côte à côte r & deux autres à contre-fens, Jig. VIII ; mais lorfqu’au lieu de ces deffins on demande dés fleurs , des eompartimens, &c. alors le deffin fe trace fur le papier. Le bourrelier commence par le piquer en entier avec une épingle, puis l’appliquant fur ie
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- cuir, il Je ponce fucceflivement avec de la chaux en poudre dans un uoireti enfuiteil le marque avec un poinçon pour le fuivre avec de la couture blanche piquée.
- 307. Les cuirs auxiliaires, c’eft-à-dire, qui partent du deflus du cheval, pour foutenir les pièces du tirage , peuvent être découpés quand on le defire. Alors le bourrelier les taille plus large qu’à l’ordinaire, leur donne enfuice par les bords différentes inflexions ; il les perce aufii à jour quand il en eft requis, en formant dans leur milieu des vuides de figures différentes, & borde le tout à faux bord.
- 308. Lorsqu’on emploie le cuir fauve, dit cuir d’Angleterre,'on 11’y ajoute ordinairement point de bordure.
- 309. Quand on veut que le harnois, au lieu d’être noir ou fauve , foit rouge , verd, jaune, &c. le bourrelier colle fur les cuirs avec de la pâte, qui elt de la forte colle de vitrier, des rnarroquins de toutes ces couleurs i pour le blanc , il fe fert de bafane blanche.
- 3 10. Les oruemens en laiton & en fonte dorés, font fournis par les cife-leurs & par les fondeurs , aux bourreliers qui les diftribuent & les attachent fur les harnois. Les pièces formées par ces métaux confident en boucles & demi-boucles ; fleurons , bouts, rofettes & contours : ces pièces en laiton ou cuivre jaune cifelées font beaucoup plus légères ; mais elles font codantes, ce qui arrive rarement à la fonte. Les boucles font de différentes grandeurs & de defiins plus ou moins riches ,/?/. VII ,2 & 3 ; les bouts fe terminent en pointe 4; leur place eft ordinairement aux bouts pointus des courroies : les fleurons f & rofettes 6 s’efpacent &Te placent fur tout le harnois félon le goût du bourrelier ou du propriétaire ; les contours ornent les couvertures de coufiinet, pi. IX,fig. VI. Aux ornemens en cuivre jaune , l’ouvrier a foin de faire des trous deux à deux en diiférens endroits de fa piece, afin que le bourrelier puiffe y paffer des fils de laiton, & au travers du cuir, au-delà duquel il les tord enfemble pour les y attacher folidement. Quant aux pièces de fonte, le fondeur laiffe des queues pointues à l’envers,pl. Vil, 7, avec lesquelles, après avoir percé le cuir, il les rive à coups de marteau. -
- 311. Quand on orne le deffus de la tète des chevaux avec des aigrettes, il arrive qu’ils les corrompent ou les caffent en fe frottant la tète , ce qui les a fait abandonner par plufieurs ; on fe contente à préfent de leur attacher au montant extérieur de la bride près de l’oreille une large cocarde de cartifane, au-deffous de laquelle pend un gros gland derrière l’œillere, ou un flot de rubans, le tout fourni parle franger: ce même ouvrier fournit encore des rênes de treflfe , terminées par un gros gland, & des guides plates ou rondes, que le bourrelier ajufte fuivant l’art. Les ornemens de la garniture des voitures, en ce qui concerne le bourrelier, confident en defiins piqués fur les cuirs, & en boueles & bouts dorés,
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- L’ART DU S E L 1 I E R.
- -«i>c> '.^=r a»»
- INTRODUCTION...
- 5L’art du fellier comprend en premier lieu la conftruélion des Telles qui*, fervent de (îege au cavalier, la bride pour conduire Ton cheval , le licol , &c-fecondement l’art de tapi (1er & garnir les voitures dans lesquelles on s-alîiedî à l’abri du tems , pour voyager ou pour palier d’un lieu à un autre , à l’aide de^ chevaux ou autres bêtes de tirage qu’on y attele.
- Cet art, tel qu’il eft à.préfent pour la façon des Telles, eft très-different de ce qu’il pouvait être anciennement: il y a même grande apparence qu’il:! n’a été amené au point de perfection où il eit aduellementque par degrés,, comme beaucoup d’autres arts, & qu’une des premières qui ait pu mériter: le nom de fdle, parut dans le tems de la monarchie , où les guerriers étaient tout couverts de fer, mais que l’inconvénient dangereux d’être enchâifé: dedans , de maniéré à ne pouvoir s’en débarraIfer en cas de chute du cheval ,, a fait reléguer dans les académies , dont la deltination eft de dreffer les hommes-& les chevaux aux évolutions militaires. Les maneges dans lefquels ils travaillent, Tout un terrein préparé, très-doux & de peu d’étendue, où il eft bien: rare que le cheval s’abatte. Nous défignons cetre Telle qui Te nommait [elle à corps , parle nom de /elle à piquer, après quelques changemens qui y ont été faits, comme on le verra chapitre V. La Telle à la royale & plufieurs autres ont pris Ta place pour la campagne.
- Le fellier a feul le droit de faire & finir toute efipece de Telle , à commencer par les arçons qui en font la bafe ; mais il ne lui eft pas permis de faire la Tel--lette des chevaux de chaife: c’eft au bourrelier à la conftruire, comme appartenant au harnois dont il eft chargé, Il eft rare que les Teliiers & les bourreliers Tachent ou veuillent faire des arçons : cette pratique s’éloigne trop du relie de leur travail ; de forte qu’ils Te trouvent en quelque façon obligés d’au-torifèr des-ouvriers Tans maitrife , à charpenter les arçons de leurs {elles ; en conféquence , les. uns fui vent les ventes des forêts , où ils achètent ; le bois de hêtre qu’ils travaillent en arçons fur le lieu , pour être vendus aux felliers; d’autres s’établilfent dans les villes. On commencera donc par l’arçonnier en particulier après quoi on détaillera le travail du fellier pour les Telles , brides , & autresuftenfiles qui fervent au cheval de Telle.
- Lorfque les litières., les chars & chariots, les coches, les oarroffes, parurent
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- fucceffivement en France , les carroiTes ayant pris le delfus , on ajouta aux Celliers le nom de carrojfjîers, qu’ils confervent toujours, quoique les carroffes foient prefqu’anéantis. Cette partie qui regarde la garniture des voitures a&uelles & quelques autres pièces de leur diftriél;, termineront l’art du Cellier.
- ---^ -irs^.gaani
- CHAPITRE PREMIER.
- L'arçonnier , arqonnetir ou charpcnteur d'arçons,
- T. TOU' r arçon eft de bois de hêtre : c’eftun bâtis de plufieurs pièces de-bois , alfemblées en forme d’un compas ouvert, ou 'd’un arc tendu ; l’arçon de devant eft attaché à celui de derrière par deux planchettes du même bois, qui le nomment les bandes.
- Outils , injl rumens & matériaux.
- Le compas d’arçon nier, a a,
- Différens aceaux , b.
- La hachette.
- Les faulfes bandes , c c c.
- La fcie, le compas de fer, la plane, la râpe à bois.
- Le bois de hêtre.
- La colle-forte la meilleure. '
- 2. Le compas d’arçonnier a a , pi. X, lui eft particulier ; il eft de bois ; Tes branches ont chacune environ un pied de long , il fert à prendre la mefure fur le dos du cheval. -,
- 3. Les faulfes bandes ccc, lui font aufîi particulières ; ce font trois réglés de bois , longues de dix - fept pouces , une percée aux deux bouts de quelques trous de vrille, les deux autres percées de même , mais feulement à un bout, & à l’autre bout fendues de fix pouces de long près du bout: elles fervent à égalifer les arçons entr’eux , pour ajufter enfuite les vraies bandes, comme on verra ci-delfous.
- 4. D’ailleurs , les aceaux b de différentes courbes, la hachette , la fcie, &c. dont il s’aide fuivant le befoin, lui font communs avec plulieurs autres métiers.
- Les pièces des arçons, fig. A A. Les arçons les plus compofés font de onze pièces : l’arçon de devant eft fait de quatre pièces, lavoir, les deux devants d d 1 les deux lieges e, e. L’arçon de derrière contient cinq pièces , le pontet/’, les deux pointes g9 g9 les deux bouts de trouffequin h , h. Les deux bandes //?
- aiiemblent
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- aflemblent les deux arçons : il s’en fait pour différentes Telles, de neuf & de fept pièces, par le retranchement de quelques-unes de celles ci-defilis. Les deux grandes pièces de l’arçon de devant, qu’on nomme les devants , ont îles noms différens à mefure que leur forme change j celui qu’on donne au fom-met des deux pièces aflemblées, eft le galme i; la voûte qu’elles forment au-delfous du galme fe nomme le garrot ou /’arcade 2 : le galme & l’arcade com-pofent le collet i l’efpace qui eft avant la diminution d’épailfeur qui va juf-qu’aux bouts , s'appelle les mamelles 3 , 3 ; les deux petites pièces fè nomment les lieges e , e ; les deux pièces qui vont de l’arçon de devant à celui de derrière pour les lier enfemble , fe nomment les bandes 11 8c 11, /zg. B B ; elles font plus larges derrière que devant. A l’arçon de derrière, le pontet f qui tient le milieu , & le milieu du troujjequin , ne font qu’une piece ; les autres font les deux pointes de derrière g, g ,6* les deux bouts du troujjequin h , h , qui fe joignent à fou milieu., & s’appuient fur les pointes.
- 6. Prendre la mefure. La première chofe que l’arçonnier doit faire, quand il a des arçous de commande , eft de prendre la mefure fur le dos du cheval. Pour cet effet, il pofe fon compas ouvert du fens où fes branches fe rapprochent par le haut au-deffus du garrot, jufqu’à ce que Ts pointes arrivent au •défaut du mouvement de l’épaule i il rapporte cette ouverture fur une réglé de vingt-deux pouces , divifée de pouce en pouce : il trouvera communément pour un cheval ordinaire quinze pouces d’ouverture 5 puis retournant le compas fur fon clou en fens contraire , il fait la même opération fur les reins du cheval, jufqu’à ce que les pointes arrivent au défaut des côtes , d’où le rapportant fur la réglé, il trouvera ordinairement deux pouces de plus que devant , ce qui fera dix-fept pouces d’ouverture : ces deux mefures lui fuffifent pour travailler fes arçons.
- y. Le travail de l’arçonnier. La mefure prife fur le cheval, comme 011 vient de l’expliquer, l’arçonnier commence par débiter fon bois, c’eft-à-dire, par feier de longueur toutes les pièces de fes arçons 5 enfuite il les dégroftit & les ébauche l’une après l’autre avec fa hachette j puis il leur donne la forme & les achevé avec les aceaux, la râpe à bois , &c. Les pièces achevées, il y en a qui fe collent à plat-joint, d’autres à mi-bois : à l’égard de celles-ci, il trace avec la pointe de fon compas de fer ou autrement les échancrures; puis en fuivant fes marques avec quelques traits de feie , il pénétré jufqu’à mi épaiffeur; il évide enfuite fes échancrures avec l’aceau ou la plane bien uniment, pour que les parties échancrées qui doivent fe remplir mutuellement, fe joignent bien jufte. Il affemble chaque arçon & en colle les pièces , celles de l’arçon de devant à plat-joint ; il y en a qui, pour le rendre plus folide , y ajoutent une petite clef en-travers en-dehors , entre le galme & l’arcade , celles de l’arçon de derrière à. mi-bois , le tout avec de la meilleure colle-forte ; & nour que les aiiemblatjes Tome XIV. ‘ V v v
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- à mi-bois ne fe dérangent pas en féchant, il frappe au milieu 'de chaque joint un clou , fous lequel il fait entrer un petit morceau de cuir : ces clous y reftent jufqu’à ce que les arçons foient parfaitement fecs. Les clous ôtés , il met fes arçons fous les faufles bandes c ce, ( voye^eur defcription aux inftrumens ci-deiius ) ; il commence donc par clouer les deux bandes fendues fur les pointes de larçon de devant, de là fur les pointes de derrière par le bout fendu : le clou qui parte dans la fente aura un petit morceau de cuir fous fa tète, comme les autres clous dont ou vient de parler ci-deifus. C’eft alors qu’en faifant couler les fentes fous leurs clous, plus ou moins , il parvient à égalifer la difiance des deux arçons , & fe donne la mefure de l’étendue d'u fiege en longueur , laquelle il prend avec un fil, le portant du haut du galme au haut du milieu du pontet, foit quinze, feize, &c. pouces ; alors il ferre le clou fur la fente, & cloue la troifieme fauffe bande d’un bout fous l’arcade , & de l’autre fous le milieu du pontet, le tout bien aifuré ; & après s’ètre confirmé en portant fon fil des pointes de devant à celles de derrière , en droiture & en diagonale, il taille & ajufte fes deux vraies bandes qu’il place & colle à mi-bois , tant à l’arçon de devant qu’à celui de derrière , à trois pouces du milieu du devant & à quatre derrière. 11 frappe un clou à chaque joint, laiife fécher , & finit par ôter les faulTes bandes ; alors fon travail ert achevé, & les arçons prêts à être employés par le fellier.
- g. Lifte détaillée des arçons des felles en ufage.
- Arçons De la felle à piquer. n
- De la felle à la royale tpl. X tfig. DD. «
- De la felle à trouflèquin. j
- De la felle de porte. „ T 11 pieccs»
- De la felle de portillon d’équipage. j
- De la felle ordinaire de femme , pi. X,fig. EE. i
- De la felle de charte de femme rafe à la polonaife. ^
- De la felle rafe ou demi-anglaife. ^ -»
- De la felle à guides. I
- De la felle de courier de malles. j ^ Pieces*
- De la felle de fourgonnier. J
- Delà felle à l’anglaife ,/?/. X, fig. FF. ?
- De la felle de cheval de brancard , pi. X^fig. 7. b ^ Pleces*
- 9. Proportions des arçons de la felle à la royale. Parmi les arçons compofés de onze pièces , on choilit ici pour modèle les proportions de celles des arçons à la royale, qui feront fui vis des différences qui fe trouvent dans les autres, fuivant la litte ci - deifus.
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- 10. Les arçons de la Telle à la royale font faits de onze pièces. Les deux grandes pièces de l’arçon de devant, qu’on nomme les devants, auront chacun onze pouces & demi de long à prendre du dedans du garrot, c’eft-à-dire, du milieu de l’arcade jufqu’aux bouts , & quinze pouces d’ouverture d’un des bouts à l’autre: leur largeur de trois pouces ou plus. Les deux lieges qui fe placent debout vers le haut des devants à un pouce du haut du galme, leur longueur arrafant les bords intérieurs des devants , auront quatre pouces & demi de long; leur haut bout aura deux pouces d’élévation ; leur largeur qui s’applique fur les devants, fera au milieu de demi-pouce. Les quatre pièces fuldites qui compofent tout l’arçon de devant, fe font & fe collent à plat-joint: à l’arçon de derrière, le pontet qui eft la piecedu milieu de l’arçon & le milieu du trouifequin, qui ne font qu’une feule piece, auront, pris en-femble,lix pouces de long & deux pouces de haut; le delfous du pontet aura deux pouces de large. Les deux pointes s’atfemblent & fe collent à mi-bois au pontet ; il y aura du milieu du pontet au bout de chaque pointe onze pouces de long: chacune aura trois pouces ou plus de large. Les deux bouts de trouifequin qui s’alfemblent & fe collent à mi - bois au milieu du troulfequiu fur leur hauteur, & à plat - joint fur les pointes , auront chacun huit pouces & demi de long , & leur largeur fur les pointes fera d’un pouce. Toutes les pièces de l’arçon de derrière alfemblées, il aura dix-fept pouces d’ouverture d’une pointe à l’autre.
- 11. Différences des autres arçons. Les arçons de la Telle à piquer, fur le modèle defquels ceux de la Telle à la royale ont été compofés , ont les mêmes onz.e pièces : les différences font, que les lieges ont lix pouces & demi de longueur 8c quatre pouces de haut à leur haut bout; que le trouifequin a cinq pouces & demi de hauteur, & qu’il n’a que treize pouces de liege: ces arçons ont un pommeau de bois de trois pouces de long, taillé en-dehors horizontalement dans la même piece du galme , qui fert à accrocher le chapelet des étriers, pour monter à cheval. Ce pommeau a été fupprimé à toutes les Telles fur lef. quelles on monte fansfe fervir d’un chapelet : ces arçons font le chef-d’œuvre de l’arçonnier.
- 12. Les arçons à trouifequin ont les onze mêmes pièces ; ils fe font pour les Telles de cavalier, de dragon & pour les valets ; les lieges s’y placenta rafê du haut du galme ; les bouts de trouifequin fe terminent en arrondif-Tant, parce qu’on n’y ajoute point de battes; les lieges auront de long lix pouces, & au haut bout deux pouces & demi de haut; la hauteur du troulfe-quin eft de deux pouces & demi : le liege eft de feize pouces pour la cavalerie, de quinze pouces & demi pour les dragons , & de quinze pouces pour les valets.
- 13. Les arçons de pofte relfemblent en tout aux précédens; mais ils ont
- dix - huit pouces de liege. V v v ij
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- 14. Les arçons de poftillon d’équipage de même ; mais ils n’ont que feize pouces de fiege. -
- if. Les arçons de femme,fig. E E, ont onze pièces , comme tous ceux dont on vient de parler ; les différences font qu’ils n’ont qu’un feul liege , qui fe place à gauche , côté du montoir , un trouffequin de quatre pouces de haut, duquel part hors la main un doffier qui eft une planche d’abord de même hauteur, qui coule le long de la bande hors la main, où elle augmente en hauteur, de maniéré que vers le milieu de fon étendue elle aura jufqu a fept pouces de haut s elle va fe rendre fur le bout du devant du même côté. Le gai me qu’on nomme en cette occafion le pommeau , s’affemble à mi - bois , & aura fix pouces & demi de haut ; il s’ajoute debout au - delfus du vrai galme : ils auront de dix - fept à dix-huit pouces de fiege.
- 16. Les arçons de la felle raie n’ont que neuf pièces, attendu qu’il n’y a point de trouffequin ; du refie, ils font femblables à ceux de la felle à la royale.
- 17. Les arçons de courier en guides ont neuf pièces, parce qu’ils n’ont point de lieges: du refie ils font femblables aux arçons à trouffequin ; mais de trois pouces à trois pouces & demi de haut, on met à ces arçons un pommeau pour y accrocher le chapelet du courier: ils ont feize pouces de fiege.
- 18. Les arçons de courier de malle, neuf pièces5 ils ont dix-huit pouces de fiege, le trouffequin fix à huit pouces.
- 19. Les arçons de fourgonnier ,neuf pièces y ils ont feize pouces- de fiege, le trouffequin trois pouces à trois pouces & demi y du refte, ces deux der.. niers font femblables en tous points à ceux de courier en guide.
- 20. Les arçons de la felle à l’anglaife m, n’ont que fept pièces ; ils font tout unis, n’ayant ni liege ni trouffequin ; ils ont pour un maître dix-fept pouces de fiege, & pour un poftillon dix-huit pouces.
- 21/ Les arçons de la fellette de cheval de brancard ont fept pièces& quinze pouces de fiege.
- La conjlru&ion des felles,
- 22. Avertissement. Une felle n’eft autre choie que des arçons tapiffés & garnis de tout ce qui leur eft néceffaire , pour que le cavalier-puiffe, pair ee moyen, être aflis commodément fur le dos du cheval. Ainfi les proportions des arçons, qu’on vient de donner au chapitre premier, font la proportion des felles; 011 s’y eft étendu fur les arçons à la royale, comme étant du nombre des plus compofés ; & attendu que la felle conftruite fur ces arçons eft la plus difficile à bien faire, & qu’elle donne les principes fur lefquels ou peut fe mettre en état d’exécuter toute efpece de felles fran-qaifes, on continuera à la prendre pour modelé, comm£ on aftait à l’égard
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- âe fes arçons. La felle que nous appelions à fanglaife, parce que nous l’ayons empruntée des Anglais, a une conftru&ion particulière , dont on donnera enfuite le détail 5 la felle de femme a quelques parties qui ne fe rencontrent dans aucune autre ; on les expliquera : on finira par la fellétte du cheval de brancard, qu’on met ici, quoiqu’appartenante à l’art du bourrelier, parce qu’elle aurait été la feule à décrire dans cet art, au lieu qu’ici elle aura été précédée de notions analogues à fa defcription.
- *P-' —---------~~......-.—Sffëy.- -v.tr--?r~-r--~:==--
- CHAPITRE IL
- Les quartiers des felles.
- 23. Toutes les Telles ont des quartiers, c’eff-à-dire, une efpece d’étoffe compofée , avec laquelle 011 remplit l’intervalle des deux côtés des Telles , le long des bandes dès arçons, & fur laquelle repofent les cuiffes du cavalier: cette étoffe fe fabrique ordinairement par des femmes, elle fe compofe par pièces. Pour y parvenir , on a pluiieius plates-formes ou deflus de table de bois d’environ trois pieds en quarré, & un tonneau ou un gros billot fur lequel on met la plate-forme pour pouvoir la tourner à fa volonté. Ayant placé votre plate-forme, étendez deifus une peau entière de mouton tannée , l’envers en-deflus ; bâtiffez-la tout autour avec des pointes de maréchal ; qu’elle foit bien étendue ; & comme tout quartier doit avoir vingt-huit pouces en quarré, coufez des morceaux de même peau dans les vuides qui pourraient fe rencontrer au pourtour, afin de la rendre fuivant ladite mefure.
- 24. Ayez de la pdte ; c’eft ainfi que le nomme une forte colle de farine 5 cette colle fe fait avec de la folle farine qui fe trouve répandue dans les moulins à bled, & de l’eau commune une chopine pour un litron de farine; 011 fait bouillir l’eau, & toute bouillante on la verfe fur la farine en remuant toujours; elle devient d’une bonne épaiffeur & très - collante. Mettez de cette pâte fur la peau, étendez-la bien uniment avec un morceau de bois taillé exprès, qu’on nomme le lijjoir X, pl. X. Ayez de groffe toile; la vieille toile à Tacs eff la meilleure , parce qu’elle prête moins ; étendez-la par-deifus la colle; étendez une fécondé couche de colle, puis une fécondé toile fur laquelle vous pafferez le liffoir , pour rendre le tout bien uni; mettez enfuite fécher à l’ombre fur la plate-forme. Quand cette étoffe fera parfaitement feche, vous la déclouerez de deflus, & vous aurez alors un corps de l’épaifleur d’un fort carton, mais plus ferme & plus folide ;
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- une peau de mouton ainfi préparée , fait les deux quartiers d’une Telle } & des recoupes, le fellier en compofe les battes de devant & de derrière/ comme on verra par la fuite.
- --M.—SMUL.; ----..'.ht—g-----------test—lima—
- CHAPITRE III. .
- Les outils, matériaux le commencement du travail.
- 2Ç. ILes felliers ont peu d’outils qui leur foient particuliers} ce fontles fui van s.
- La liifette A.
- Les cornettes B C, C C, D.
- Les rofettes E.
- Le miniftre.
- Les groifes tenailles.
- Du refte , ils fe fervent de plufieurs autres inftrumens qui leur font communs avec les bourreliers, comme le couteau à pied, le rembourroir, le tire-bourre, la rênette, le marteau, les pinces de bois & de fer, le bat-à-bourre, &c. fuivant le befoin qu’ils en ont.
- 26. On parlera du mini lire & dés groifes tenailles, en traitant ci - après la garniture des voitures , à laquelle ils fervent principalement. La lilfette A , pl.X, qui eft d’os ,fertàunir & lifler ce qui vient d’être collé, en la palfant delfus. Les cornettes B C, CC, D fervent à imprimer des traces & différens deffins fur le cuir. Les rofettes E font faites comme de gros clous évidés en étoile fur l’épailfeur de leur bout} on s’en fert pour imprimer de petites étoiles fur le cuir à coups de marteau.
- 27. Leurs matériaux font le nerf, la toile , le cuir , la colle-forte, la pâte ci-deifus, le velours , les galons, le fil-gros, les franges , la bourre , le crin, la plume, &c.
- 28. Les coutures doubles fe font avec des aiguilles comme celles des bâtiers, & fe nomment coutures piquées , comme celles des carrolliers } le point de cordonnet fera décrit chapitre IV, au titre Deffins de cordonnet.
- 29. Nerver, Tous arçons,avant de fonger à les garnir , doivent être ner-vés & encuirés. Ce qu’on nomme le nerf de bœuf, avec lequel on les nerve, eft dans l’animal la marque de fon fexe } il a huit à dix pouces de long.tout préparé. Cette préparation confifte à le divifer en filalfe avec de groifes cardes de fer; ceux qui l’apprêtent ainfi, le vendent en paquets d’une livre auxclin-caillers ou directement aux felliers. Ecartez ces fils de nerf, & les étendez
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- à mefure fur les arçons c3e tous côtés , & toujours du fens de la longueur des pièces ; ayez en même tems de la colie-forte chaude ; trempez dedans à mefure une brolfe de peintre, que les felliers appellent un pinceau , dont vous enduirez le nerf en tapant la brolfe delfus; paifez enluite la liifette par-tout pour bien unir & applatir le nerf» lai liez refroidir.
- 30. Encuirer. Pour, encuirer enfuite les arçons nervés, prenez de la toile de moyenne groifeur , taillez-la en morceaux fur la mefure de chaque piece d’arçon, car il faut que le bois en foit couvert entièrement ; trempez chaque morceau à mefure que vous voulez l’appliquer dans la colle-forte chaude, à plusieurs reprifes, le maniant & pèmifant dans vos mains à chaque fois avant de le pofer j paifez enfuite la liifette , afin que la toile fe colle bien uniment par-tout.
- 3 r. Ferrer. Les arçons nervés , encuirés & bien fecs , il s’agit de les ferrer : cette ferrure confifte en bandes de fer plates & autres ferremens , favoir , fous l’arçon de devant jufqucs vers les bouts, une bande d’un bon pouce de large , qui fuivra toutes les inflexions de l’arçon ; fous celui de derrière , une pareille bande ; une bande qui traverfe en-dedans le collet du devant de la felle, & fe termine fur les lieges ; on la nomme bande de collet ; du refte , les porte-étriers faits avec de petites tringles de fer , qui fe mettent fur les bandes d’arçon, comme aufli quelques boucles & anneaux enchapés. Toute cette ferrure fe cloue au bois des arçons : elle varie fuivant les Tell es.
- 32. Sangler & faux-Jieger. Sangler eft remplir avec des (angles le vuide q'ui fe trouve à toutes les Telles entre les deux bandes d’arçon ; faux-Jieger eft couvrir de toile par-delfus les deux bandes. Pour fangler, vous clouerez d’un arçon à l’autre en-deifous , quelquefois en-deifus, entre les deux bandes de la (angle fine, deux morceaux qui fe croiferont l’un fur l’autre au milieu de leur longueur. Pour faux-fiéger, vous couperez un morceau de toile de façon qu’étant tendu & cloué fur les bandes & fur les arçons, il couvre en entier par-delfus les fangles fufdites les bandes & l’intervalle entre les deux arçons.
- 4ÿii:"B.-=sr' ;---r------ -----—
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- CHAPITR E IV.
- Conjirutlion de la felle à la royale.
- 33. Maintenant que ces quatre opérations communes à toutes les felles font décrites ; luppofànt ici qu’elles foient exécutées fur les arçons d’une felle à la royale , vous continuerez par tailler les quartiers Jig. 2, pi. c’eft-a-dire, l’étotfe décrue chapitre fécond, deftinée à remplir les côtés de
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- L'ART DU BOURRELIER
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- la felle. Pour cet effet, vous couperez cette étoffe en deux quarrés longs ; on entamera un des longs côtés à trois pouces d’un de fes bouts : cette en-tamure fera le milieu du haut du galme a ; de là on conduira fa coupe en rafant les (lieges en-dehors ; on remontera de même en-dedans jufqu’à- un pouce & demi au-delà du dedans des bandes b , que l’on fuivra tout du long à cette diftauce jufqu’aux bouts de trouffequin, autour defquels on tournera de même pour terminer la coupe au milieu du haut du pontet en-dehors c, & à un pouce'& demi de l’autre bout dd\ le côté oppofé qui eft en-bas e e, doit palfer à quatre pouces au-deifous des pointés des devants d’arçon.
- 34. Chaque quartier ainfi taillé, vous couperez fur lui fon deffus qui fera de cuir de Ruffie, de velours, &c. Vous le couperez le long des trois côtés de dehors //, d’un demi-pouce plus large, & dans l’efpace du liege au trouffequin plus bas d’un pouce & demi gg,que l’étoffe du quartier b9 que vous laifferez à nu.
- 35". Vous pouvez alors achever chaque quartier à part, qu’il n’y ait plus qu’à les monter fur la felle quand il en fera tems. Pour cet effet, vous étendrez avec la liifette de la pâte fur le quartier; vous y collerez le deffus, puis vous pointerez fur une table fon excédant de demi-pouce , & voys laifferez fécher. Quand le tout fera bien fec, vous rabattrez en-deffous l’excédant du deffus , ce qui peut fe faire de deux façons. Si le deffus eft de roujji ( c’eft le nom qu’on donne par corruption au cuir de RuJJîe ) , après en avoir replié les bords en - deffous, on les arrête par une couture piquée ; s’il eft en velours, on les rabat à l’anglaife. Pour rabattre à l’anglaife, on décolle la double toile du quartier autour des bords; on y fait entrer dans l’intervalle les bords du deffus , & on colle le tout enfemble; 011 borde le deffus avec un galon , ce qu’on ne fait point en roufîi : la couture ci - deffus tient lieu de bordé.
- 36. Tracez fur le milieu du quartier, nommé Centre, -jambe., les defîîns de cordonnet; ces defîîns confident à marquer avec la réglé & la cornette B, du haut vers le bas , un peu en biais , des lignes parallèles deux à deux, chaque double ligne répétée quatre ou cinq fois à diftauce égale les unes des autres , qu’on termine par de petites portions de cercle auiïi doubles, faites au compas fig. 3 , a a , pour les fuivre enfuite d’un bout à l’autre avec le point de cordonnet compofé d’un fil & d’une foie rouge : pour le faire , vous piquez falène , puis vous paffez le ni avec l’aiguille de deffous en-deffus, & avant de lerepaffer en-deffous, vous engagez un bout de la foie dans le point avec lequel vous la ferrez enfuite, & ainfi de point en point, tendant toujours la foie : ces defîîns font une efpece d’ornement utile , pour empêcher le def-fus de fe déjoindre de fon quartier. Tout cela achevé, vos quartiers feront prêts à «îonter fur les arçons,
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- 37. Les quatre battes, tant les deux de devant que de derrière, font des pièces deltinées à garnir les bouts des lieges & du troulfequin ; 011 les fabrique avec les morceaux de l’étoffe des quai tiers qui relient après qu’ils ont été taillés; on les coupe fur des patrons : celles de devant, fig. 4, font cora-pofées de deux de ces morceaux; il en faut quatre des plus forts pour celles de derrière ,fig. 5 ; les battes de devant dépafferont les lieges de deux pouces , & celles de derrière de quatre pouces. A la Telle à la royale , la batte de devant a de long flx pouces & demi paiîé ; au bout d’en - dehors , deux pouces & demi de haut ; l’autre bout un pouce & demi. La batte de derrière a cinq pouces & demi pâlie de long , le bout en-dehors deux pouces & demi de haut, le bout bas un pouce & demi : on les amincit par le delfus & au bout haut. Pour eonftruire celles de devant , collez avec de la pâte les deux morceaux de chacune en-femble ; puis vous les pointerez fur une planche par les deux bouts , & les laiR ferez fécher ; on fait de même aux battes de derrière.
- 38. Pour achever ia batte de devant, vous collerez fur toute fa furface de dehors un morceau de cuir de Ruffie ; puis marquant fur cette face le contour du liege, à deux pouces près du bout quarré de la batte, vous y coudrez un petit galon qui le repréfentera ; vous coudrez aulïî de l’autre côté en-dedans un autre morceau de même cuir, que vous aurez taillé un peu plus large que le bout de la batte , pour qu'étant coufu & pliffé dans les angles, on puilfe le rembourrer par le côté en-dedans, qui ne fera point coufu vis - à - vis le bout quarré du liege. Cette façon eft ce qu’on appelle chauffer les battes.
- 39. Pour monter les battes fur les lieges, vous commencerez par décoller de delfus la batte le rouiîi qui eft dans l’enceinte du petit galon; vous-y ferez entrer le liege ; le corps de la batte fe trouvera en-dedans derrière le liege. Ayant pôle ainfi les deux battes avec un peu de pâte que vous aurez mife aux lieges , avant de les enfoncer, vous les clouerez , c’eft-à- dire , l’étoffe qui les couvre, qu’on lailfe toujours dépalfer un peu ; vous les clouerez, dis-je, fur les devants d’arçon de trois clous par-dehors, & d’autânt par-dedans.
- 40. Vos battes en place b, fig. 3 , & affurées, vous amincirez au haut ce qui n’en eft pas recouvert, en y taillant en-dedans un petit bifeau ; vous borderez tout le delfus garni d’un petit galon xx, fig. 4, que vous pafferezde l’une à l’autre par-delfus le galme de l’arçon, puis vous placerez les miroirs. On nomme le miroir un petit morceau de l’étoffe dont on fera le fiege ; on le taille fuivant le contour du petit galon ci- delfus, qui repréfente le tour du deffus du liege ; on le colle à plat fur le cuir de Ruffie qu’il encadre; on en fait entrer les bprds fous le galon.,. & on cloue le bas fur les bandes
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- .d’arçon. Les battes de devant ainfi travaillées, font les premières pièces de la feile montées à demeure fur les arçons. (*)
- 4î. Vous aifemblerez alors les quartiers par leurs bouts de devant a , avec line couture à fur jet ; vous couvrirez cette couture par une petite bande de routïî coufue à deux rangs, qui fe nomme un petit galme; vous poferez ce milieu fur le galme de l’arçon de devant ; vous porterez les deux quartiers en leur place, & vous les retiendrez par quatre clous que vous pointerez , deux vers les battes , & deux vers le troulfequin ; vous verrez avec le compas fi le bas des quartiers eft à diftance égale des pointes de l’arçon de derrière, ce qui doit être exactement i en même tems vous porterez les battes de derrière aux bouts du trouifequin fur les quartiers, où vous marquerez ce qui doit en dépafier le troulfequin ; vous ôterez enfuite les quartiers, & coudrez à points croifés lefdites battes fur l’endroit marqué. Vous coudrez enfemble les deux bouts de derrière des quartiers c ,jïg. 2, au-deifus du pontet, derrière le -trouifequin i recouvrez la couture d’un petit galme. Otez les clous qui pointaient les quartiers..
- 42. Coupez le vrai fiege dd,fig. 3, en chamois, velours, &c. d’un feul morceau , fur un patron repréfenté plié en deux , fig. 6 : celui de la feile à la royale a un pied dans fon plus large derrière , & quatre pouces devant ; vous le doublerez de toile j" vous marquerez fur l’étoffe cinq traces efpacées en-travers ; c’ell ce qu’on nomme les barres du fiege ; -vous les fuivrez toutes par une couture en foie à points devant, qui prendra le delfus'& la doublure que vous aurez coupée un peu plus large que le delfus, pour donner facilité à la rembourrure : vous coudrez au fiege le chaperon e par - devant, & le dedans de troulfequin /par - derrière ; vous ferez ces pièces de l’étoffe du fiege. Le chaperon eft deftiné à recouvrir en-dedans le collet de l’arçon jufqu’à la .garniture des battes, & le dedans de troutlequin doit recouvrir pareillement en-dedans tout l’intervalle entre fes battes garnies : chacun fera en deux morceaux égaux, coufus au bout l’un de l’autre, on les taille fuivant la place qu’ils doivent occuper; de plus on joint encore par une couture, le long du dedans de troulfequin, un morceau de cuir de Ruftie deftiné à le fortifier.
- 43. On couvrira'tout le derrière du troulfequin jufqu’à la garniture des
- battes: on en couvrira.la couture d’un galon qui répondra au fécond galon des battes; vous doublerez le chaperon de toile , & vous y ferez quelques
- (*) Quant aux battes de derrière , vous le tour d’un galon , & à un demi-pouce au-en garnirez la moitié la plus large c^fig. 3, delïbus vous coudrez un autre galon paral-qui doit dépalfer le bout du troulfequin de lele au premier; vous clouerez au troulfe-quatre pouces ; vous en amincirez le haut & quin en-dedans à demeure cinq o u lix clous ïe côté en bîfèau en-dedans; vous collerez à la partie de. la batte qui n’eit point cou:-en-dehors le cuir de Ruftie ; vous borderez verte.
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- barres , comme au fiege; vous ne doublerez point le dedans du trouflequin; mais pour 1’omement, vous le remplirez de petites barres de pouce en pouce ; enfuite retournant ces pièces à l’envers , vous fendrez en-travers la toile au milieu de chaque barre du fiege, pour y fairfe entrer de la bourre de laine , & les rembourrer mollement; puis vous ferez à la toile de côté & d’autre de ces fentes de petites taillades en long avec les cifeaux ; vous les femerez fuç toute la doublure : ceci'fe fait pour que la toile prête quand on tendra le fiege ; par la fuite , vous ferez la même opération à l’envers du chaperon ; vous coudrez un petit cuir en-avant, au - delfous du milieu du devant du fiege.
- 44. Pour faire enfuite la feutrure du trouifequin, coupez un morceau de toile aufli long que le trouifequin & les parties de fes battes qui 11e font point garnies, & aifez large pour qu’elle puiife paifer par-deifus; coufez-la d’une couture piquée le long du bas dudit trouflequin en-dedans; jetez-la enfuite par-deflus ; vous la couperez alors au haut du bout non garni de chaque batte , & l’y coudrez en lui donnant du jeu, pour pouvoir les rembourrer enfuite par le côté en - dedans , que vous ne coudrez point. Quand cette rernbourrure eft faite, pointez la toile de quelques clous le long de la moitié de la hauteur du trouifequin en - dehors ; rembourrez - la en- dedans ; continuez toujours de pointer des clous & de rembourrer, jufqu’à ce que vous ayez rempli l’intervalle d’une batte à l’autre, ce qui s’appelle faire la feutrure du trouffequin ; enfuite un peu au-deflus de ce rang de clous pointés, vous ferez un rang de piquures de pouce en pouce ; c’eft-à-dire que, perçant avec l’alêne de dehors en-dedans, vous traverferez le bois du trouflequin & la feutrure pour y paifer l’aiguille enfilée; puis la repaflant dans le même trou, vous engagerez dans le fil, avant de le ferrer, une pincée de bourre. Cette piquure faite, vous ôterez le rang de clous, & vous couperez le furplus de la toile au-deflous du fil de la piquure; vous recouvrirez la toile des deux battes d’un morceau de cuir de Rufîie , que vous leur coudrez en-bas, en-haut & à côté. Vous borderez d’un galon les deux côtés du fiege du chaperon & du dedans du trouffequin , que vous ne coudrez qu’à mi-bord ; & avant de les placer, vous coudrez au faux fiege la portion des quartiers qui n eft pas couverte de leurs deifus.
- 45. Placez le fiege bien au milieu entre les deux arçons par-deflus le faux fiege ; vous en coudrez le bout le plus large, qui eft le derrière, d’une couture piquée , traverfante le long du bas du trouifequin ; vous le tendrez enfuite en Ipng au moyen du petit cuir que vous avez ci - devant ajouté à l’autre bout, & que vous clouerez au collet ; coufez cet autre bout au bas du collet, comme vous avez coufu le derrière. Ces deux coutures prendront en même tems, l’une le bas du dedans du trouifequin ; l’autre, celui du chaperon , qui tiennent tous les deux au fiege, comme il a été dit.
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- 46. Vous rembourrerez le deifous du fiege par les côtés dans toute foit étendue bien également; vous en fermerez les côtés, en les tendant par une couture piquée en-avant fur les quartiers; puis vous la couvrirez de l’autre demi-largeur du galon que vous coudrez de même aux quartiers ; vous relèverez enfuite le dedans du trouifequin par-deifus fa feutrure,& vous collerez la piece de roulli qui y eft jointe , comme il a été dit, le long du dehors du trouifequin , & vous la clouerez en-bas de quelques broquettes. Pour faciliter votre opération, vous aurez précédemment enfilé par les bouts les deux derrières des quartiers qui cachent cette place; vous les aurez re-troùflés & attachés avec le fil par un nœud au bord de leurs côtés bas. Quand elle'fera faite , les quartiers retourneront d’eux-mêmes en leur place, & recouvriront les broquettes ; vous coudrez enfuite les galons des côtés autour des battes, & vous coudrez un galon fur tout le haut du trouifequin ; 4vous releverez le chaperon; vous coudrez le galon des côtés fur la chauifure des battes de devant, & le haut fur le haut des battes & du galme,le rembourrant à meiure ; vous recouvrirez cette derniere couture en coufant par-deifus le galon de communication d une batte à l’autre ; voye^ les battes ci-deil’us. Vous aifemblerez & coudrez les deux bouts de derrière des quartiers au-deifus du pontet, & vous en couvrirez la couture par un petit galme de galon.
- 47. Vous mettrez par-devant un rang de. clous dorés en-dehors, depuis le galme jufqu’au bout des battes de devant de chaque côté , & un derrière, le long du trouifequin , depuis le pontet jufqu’au bout des battes. Il ne fe fait point de felles dont le dedous ne foit garni de deux panneaux, deftinés à garantir le dos du cheval du bois des arçons ; c’eft pourquoi, tout le deifous de votre felle étant achevé, vous aurez coniiruit deux pan-i neaux égaux, pour être pofés l’un à droite, l’autre à gauche, fous les arçons. Or, comme la conftruétion des deux eft la même, le détail d’un feul fera fuffifant.
- 48. Prenez un morceau de bafane jaune, fig.% ,//; appliquez-la à l’envers des arçons, & tracez deifus leurs contours avec une pointe, fàvoir, depuis le milieu de l’arcade du garrot, tournant de la pointe de devant à celle de derrière, & finiifànt fous le milieu du pontet, d’où vous tracerez une ligne droite qui rende à l’extrémité de l’arcade de votre côté ; coupez Je long de ces traces, obfervant cependant de rentrer en douceur en-dedans entre les deux pointes, & de laiifer, quand vous ferez arrivé à un pouce & demi de l’arcade , une petite avance de peau g, que vous couperez quarré-ment jufqu’au milieu de l’arcade, par où vous avez commencé} alors le deifus de votre pannean eft taillé, & vous fervira de patron pour l’autre : coupez fur la nufure des pointes des arçons deux petits morceaux de rouffi, arrondis «omme elles par un bout, coupés quarrément par le bout oppofé s coufez-les
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- au-dehors de la peau à l’endroit des pointes d’arçon , excepté le bout quarré qui doit refter ouvert, ce qui formera une petite boude ou poche j cela fait, vous doublerez de toile tout l’envers de votre deifus de panneau ; puis prenant une fécondé toile, vous poferez votre panneau deifus, & vous la couperez autour du dehors d’un pouce plus large, excepté entre les deux pointes, où vous la rapprocherez de la petite échancrure que vous avez faite , & dont, en reportant, vous l’élargirez comme devant juiqu’à l’angle pris vis-à-vis du pontet, où vous la couperez pendant trois pouces tout près du delîùs ; puis reffortant un peu , vous couperez en droite ligne jufqu’au bout de la petite avance ci-deifus, fans vous embarraifer de fuivre davantage la forme du panneau ; vous coudrez cette toile par fes bords à ceux du deifus à grands points , la pliifant dans le tour des pointes ; vous coudrez enfuite à mi - bord deifus & deifous par-deifus cette couture, une bordure de bafane jufqu’à trois pouces au-delà du pontet, où vous avez arrafé la toile avec le deifus. La bordure finie, vous continuerez à coudre le long du deifus jufques vers le milieu de fa longueur, où vous lailferez une ouverture de trois pouces ou environ 9 après laquelle vous reprendrez la couture jufqu’au commencement de la petite avance i le furplus de la toile qui rede en-dehors , fe coudra au bout de ladite avance jufqu’où vous avez commencé à border ; vous ferez aufli entre les pointes vis-à-vis de la petite échancrure h h, une couture en quarré, qui occaiionnera un efpuce où la bourre n’entrera pas : toutes ces coutures faites, vous pointerez à l’envers fur une table par les deux bouts; vous rembourrerez d’un bon pouce d’épais & affez ferme par l’ouverture fufdite, que vous coudrez enfuite, & le panneau fera prêt à pofer.
- 49. Avant de pofer les panneaux, il faut attacher aux arçons tous les cuirs nécedaires au fervice de la felle ; ces courroies confident en trois contre-fanglots a , æ, a, fig, 8 , le long de chaque bande aux boucles du poitrail b, à Vanneau de la croupiere c, (*) aux attaches du‘coulîinet d} & aux troulfe - étriers e, & par - deffus aux crampons des fourreaux de pifto* lets g,,g, fig* l j & à ceux du porte-manteau h.
- fo. Les panneaux fe pofent les derniers. Pour cet effet, on commence par faire entrer les pointes des arçons dans le petites poches coufues fur le deifus du panneau, ce qui s’appelle chauffer les panenaux ; on ne le fait tenir du rede qu’à l’arcade par deux clous pour chaque panneau, & aux pointes de même; la Telle alors ed totalement achevée, & prête à fervir, quand 011 y aura ajouté la croupiere avec fou couifin, le poitrail , les fan* gles , les étriers avec les étrivierès ; du rede , il y a de quoi attacher le porte - manteau en padant des courroies dans les crampons rivés qui font
- ( * ) Pour le poitrail & la croupiere voyez le chapitre XII.
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- derrière le trouffequin & les fourreaux de piftolets à ceux de devant près-dès lieges.
- f i. On ajoute prefque toujours une couverture de bafane jaune à la felle , qui couvre entièrement tout le deffus, pour la confèrver & la garantir de la pouffiere; la felle même fert de patron pour tailler toutes les pièces de la couverture ; on double de toile de Cholet feulement ce qui en doit pofer fur le fiege i du refte , avant d’alfembler toutes les autres pièces , on paife à l’envers de chacune une couche très-légere de pâte, qui eft feche en un moment , pour garantir la felle d’une poufliere légère qui iafalirait perpétuellement (ans cette précaution.
- CHAPITRE V.
- Des variétés des formes & de conjlrudtion dans les /elles franqaifes, comparées à la felle à la royale.
- 52. IL, A conftru&ion de la felle à la royale que l’on vient d’expliquer , donne la manœuvre, en général, de toutes les autres felles franqaifes ; mais comme dans chacune il fe trouve différentes conformations relatives aux divers ufages auxquels on les applique, il fuffira d’expliquer la ftru&ure de ces différences, attendu que le travail effentiel eft déjà indiqué dans la précédente.
- 5^. La felle à piquer. La felle à piquer eft celle qui eft défignée par le corps des Celliers pour leur chef - d’œuvre de réception: cette efpece de felle ne fert que dans les académies pour monter à cheval , par les raifons qui ont été déduites dans l’introdudion, entr’autres , qu’elle doit fon origine à la felle à corps des guerriers aux tems des armures de fer, dont ils fè couvraient depuis la tête jufqu’aux pieds.
- 54. Nous avons découvert une de ces felles à corps chez un fellier, ( le fleur Hutin, rue d’Orléans au Marais ) qui avait été conftruite par fon bi-faïeul, & qui doit avoir environ cent ans. On verra par le deflin que nous en avons fait, comparé à celui de la felle à piquer aduelle, qu’en ayant retranché ce qui y ferait préfentement fuperflu, & l’ayant accommodé à notre ufage , elle n’a fait du refte que changer de nom. Cette felle eft entièrement couverte en veau lac.
- 5 f. La figure I, pl. XI, repréfente le deffus des arqons ; il eft d’une feule pièce; ( les arqons d’une felle à piquer font de onze pièces , voyeç chapitre premier ) les lieges & le troulfequin font collés deffus. La figure IIrepréfènte
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- l’arçon de devant vu de face, garni d’une plaque aaa, de la matière des cuiraiies , clouée fur tout le devant , haute de quatre à cinq pouces, terminée quarrément au - haut iàns pommeau , une partie b b du dedans du trouifequin vue en perfpective. La figure III repréfente la felle vue de profil ; c’elt dans ce profil que l’œil la détaille le mieux : on voit les deux plaques a a, celle du devant , celle de derrière , la batte de derrière , & la hauteur du trouiiequin. La figure IV repréiente le derrière de la felle ; on voit le dehors du trouifequin a , a , garni de fa plaque b b , le devant c c vu en-dedans en perfpedive.
- 56. Les différences entre la felle à corps «St notre felle à piquer , font que celle-ci n’a point de plaques de fer , que l’arçon de devant fe termine par un pommeau, «St qu’elle elt en général moins groiïiere ; St en la comparant pour la manufacture à la felle à la royale , on n’y trouvera de différence que les battes de derrière , qui lé conftruifent d’une façon toute particulière, dont on va donner le détail.
- 5-7. Pour les compofer, on commence par tailler un fond a a , pi. Il ,fig. 2; c’elt ainfi que le fellier appelle une portion de planche de bois de hêtre, épailfe d’un pouce, haute de fept pouces & large de trois pouces ; elle fera: plate fur la face extérieure ; le bas fera coupé quarrément; il l’arrondira en lime demi - ronde fur toute fa face extérieure , St la taillera fur les côtés du bas en haut, en la diminuant de largeur jufqu’au foin met, qu’il terminera en portion de cercle; ce fond ainli taillé fera le haut bout de la batte ; couvrez ce fond entièrement d’un fort coutil, auquel vous en coudrez un pareil qui fera la longueur de la batte : le bas des deux côtés de ce dernier coutil fe coudra au premier quartier, & enfuite en les rapprochant un peu l’un de l’autre en allant vers la moitié du trouifequin en-dedans de chaque côté j alors dans cette efpece de poche vous ferez entrer de la paille le plus que vous pourrez, en frappant à mefure à coups de marteau redoublés , pour que la batte devienne dure de paille comme du bois ; puis vous piquerez de gros, fil tout au travers, que vous ferrerez à force; après quoi vous la clouerez en-dedans du trouifequin. Comme ces battes ainfi rembourrées ont à leur bout une épaiifeur qui fait faillie fur le trouifequin en-dedans de chaque côté , de façon qu’il fe trouvera un efpace entr’elles moins épais au milieu du trouf-fequin, vous le remplirez bien uniment avec des morceaux de quartier, que vous y clouerez pour gagner l’épaiilèur ; enfuite vous feutrerez comme à fa?, felle à la royale. Vous obferverez, avant de coudre le fond au quartier , de l’y placer de façon que fa bafe fuive la direéfio-n d’une réglé pofée, endefeen-dant un peu de la batte de devant à celle de derrière : du refte procédez comme à la felle à la royale. On couvre ces Telles de veau retourné la chair en-dehors y ou de veau lae^
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- j"8. Les felles à troujfequin. Ce titre comprend toutes les Telles qui ont des trouffequins plus ou moins élevés , dont les bouts font arrondis, & auxquels le fellier n’ajoute point de battes: telles font la Telle de poftiilon d’équipage, de courier en guides , de courier de malles, de fourgonnier. Les proportions de ces Telles font détaillées ci-devant au chapitre de l’arçonnier > leur garniture Te travaille par le fellier comme celle de la Telle à la royale , mais ordinairement en étoffe moindre , attendu que la plupart font faites pour des poftillons, couriers de malles , ou valets.
- fy. La Telle de pofte , fig. 6 , pl. XI, a quelques parties ajoutées ou formées différemment des autres 5. elle eft ordinairement accompagnée d’une ventoufe a. On appelle veuoufe un creux ovale, enfoncé au milieu du fiege vers le trouffequin, pour éviter que le courier ne s’écorche par le frottement continuel du fiege. Pour faire cette ventoufe, on plie le vrai fiege par la moitié, & fur ce pli, depuis un pouce du trouffequin, on entaille la forme d’un ovale alongé de trois pouces en long; on coupe enfuite deux morceaux de la même étoffe du vrai fiege , qui auront chacun un pouce de haut, & un troifieme qui fera celui du vuide , & qui doit faire le fond de la ventoufe. On coudra d’une part les deux morceaux de côté le long du vuide ci - delfus , & de l’autre au morceau du fond, le tout à furjet;puis ayant mis le fiege en place, 011 coudra tout le tour du fond au travers du faux fiege, afin qu’il y îoit adhérent; après quoi on rembourrera le vrai fiege comme à l’ordinaire, & affez ferme autour de la ventoufe , qui alors formera un creux ovale d’un pouce de'hautpour l’effet que l’on defire. Quand 011 veut, on met les porte-étriers de fer b , par - dehors, en - dedans des battes ; des facoches , ou bour-fes c, devant ou derrière , &c.
- 60. La /elle de femme ordinaire a troujfequin & dojfer. Il fe fait de deux fortes de Telles de femme : l’une à trouffequin & à doiïier , pour celles qui s’affeyent les deux jambes du même côté , qui eft la plus ordinaire ; l’autre eft principalement pour les dames chaffeufes ; on la nomme à la polonaife pour femme', on en parlera après celle - ci.
- 6r. Pour la difpofition & la proportion de cette felle , voyeg le chapitre premier, qui traite de l’arçonnier , & lapl. X3fig. 9. En conféquence le fellier a à garnir un doiïier & un pommeau : les autres différences font un double faux fiege ou matelaffure , & un bourrelet.
- 62. Le pommeau a , fig. 9, fe rembourre légèrement fur Ton bois , & fe recouvre de deux morceaux de letoffe du deffus; les coutures fe couvrent de deux rubans ou galme.
- . 6g. La toile du faux fiege , coupée pour aller jufqu’au bas du doiïier & clouée fur les bandes, & enfuite au doiïier, 011 fait la matelaffure en étendant la bourre comme à la felle à la royale , & l’enfermant dans une fécondé toile qui renfermera auiîi le bourrelet b 3 b. * 64-
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- 64* Le bourrelet Te conflruit fur le quartier côté du montoir ; pour cet effet on met le quartier en fa place 5 on l’y arrête par quelques pointes de clous , alors on trace dédias deux lignes parallèles diftantes de trois quarts de pouce Lune de l’autre, depuis le’ liege du devant jufqu’au bout du trouifequin ; on dé-' bâtit le quartier, on coupe une largeur de toile fuflifante pour qu’après avoir1 été couiue au quartier le'-long d’une des traces fufdites par un de (es bords , elle forme étant coufue de même par- fbn autre bord fur l’autre trace, un vuide d’un pouce de haut tout du long ; on ferme ce conduit par le bout deJ devant, & par l’autre on.le rembourre le plus dur qu’on peut ; puis on pique ce bourrelet de plaideurs rangs de boutons de laine , afin qu’il devienne fo-lide prefque comme du bois. Lorfque le quartier elt placé à demeure , la fécondé toile de la matelaifure palferâ deflus, & fe coudra au bas de ce bourrelet: il elt deftiné à relever le bas du fiege, de peur qu’il ne- penche trop en - devant. -
- 65. Le vrai fiege fe taille comme on'le voitTfig. 20 ; l’avance a occupe l’intervalle entre le pommeau & le dotlier au - delfùs.-de la matelaifure, & s’y arrête ; on met une feutrure c ,'c , fig. 9 , tout le long du trouifequin & du dofiier , puis le delius , &c. comme à lafelle à la royale, &c.
- 66. Au lieu d’étriers, c’eft une planche d, fur laquelle la femme met fes deux pieds: cette planche a un-pied de long & trois à quatre pouces de large, plate par-deifus, un peu bombée par - deifous ; on fait deux mortaifes vers chaque bout poury palier une étriviere e , dont chacune fe boucle à des anneaux quarrés , attachés àia bande d’arçon ; on rembourre & couvre le déifias de cuir , qu’on attache autour à la planche avec des clous dorés.
- 67. La felle rafe ^fig. 5 , pi. XL 11 n’y a pas grand’chofe à dire de cette Telle , car elle fe travaille comme la felle à la royale: cette Telle fe nomme aulfi demi - anglaife, parce qu’elle n’a ni trouifequin ni battes; le fiege de celle - ci fe taille plus ample par - derrière que celui de la felle à la royale.
- 68. La felle rafe de femme, dite [elle à la polonaife, CELLE-CI elt une felle rafe accommodée à l’ufage des femmes qui veulent être à cheval en face des o’reilles du cheval, comme les hommes, fans cependant avoir jambe deçà & jambe delà; les dames qui chalfent s’en fervent principalement. Cette felle eft difpofée de façon que la femme palfe la euilfe droite au-delà du pommeau qu’elle embralfe enfuite avec Ton jarret, fa jambe droite revenant à gauche.
- Il y a de plus^à cette felle un pommeau fait par l’arçonnier élevé & recourbé par le haut en - devant, qu’on nomme aufli un col d'oie a, un liege b t hors la main, d’une forme particulière , qui s’appelle le liege de cuijfe , & par le* fellier un petit faux quartier ou matelas c, vis-à-vis du liege de euilfe à gau- , che, pour recevoir la jambe droite , & line poignée de fer garnie d, pour la* Tome XIV. J 4 * Y y Y
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- main droite ; on ajoute par - devant un couflinet piqué , qui tombe fur le cheval , pour que la jambe droite ne pofe pas fur le crin.
- 69. Après avoir compris la manœuvre des felles énoncées ci - delftis, il eft a-ifé de voir comment on parvient «à exécuter toutes ces pièces ; il s’agit de les tailler fur des patrons, les rembourrer, feutrer , couvrir , &c. ce qu’il eft inutile de recommencer. La figure 4 en fait aifez appercevoir la difpofition.
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- CHAPITRE VL La /elle à tanglaife.
- 70. v Oici une Telle d une conftrucftion toute différente des précédentes* nous la tenons des Anglais. Les arçons font repréfentés en m, où l’on voit que celui de devant eft joint à mi-bois en a : la felle eft repréfentée fig. 11,7il. X.
- 71. Les arqons nervés & encuirés à l’ordinaire , on les fangle par-defTus, au contraire des nôtres qui fe fanglent en-deffousj on attache par-devant les deux fangles l’une fur l’autre, & 011 les écarte par-derrière d’environ un pouce; puis par - delfus on cloue d’une bande d’arçon à l’autre deux ou trois traverfes de même fangle, à quelques pouces l’une de l’autre , plus en - devant qu’en - arriéré i puis on attache le faux fiege de toile par-deffous le devant, revenant par - deffus les bandes , finiifant deffous le derrière.
- 72. On arrange bien uniment la bourre fur le faux fiege , ce qu’on nomme la matdajjure ; on la recouvre de pareille toile qui doit dépafl’er d’un pouce & demi tout le tour de la Telle ; on la découpe par entailles de pouce en pouce plus ou moins ; on l’arrête fous le devant par deux clous, d’où on la renverfe fur la bourre , & on pointe toutes les taillades par - deffous les arçons , en les tendant à mefure fortement avec une pince de fer; ces taillades pointées font ce que les felliers nomment des tir an s ^ & la bourre fe trouve enfermée entre le faux fiege & cette fécondé toile ; alors on cloue un rang de broquettes près à près fur chaque bande , commençant par le milieu du devant de la bande, & defcendant vers le bas, ce qui forme un petit circuit imitant celui que doit avoir le vrai fiege : on continuera les broquettes fous le devant & fous le derrière , afin que cette toile Toit arrêtée dans tout Ton tour ; enfuite on débâtit. tous les tirausj on coupe la toile le long des broquettes, & on la rejette avec fes entailles comme inutile.
- 73. On a fes quartiers n, n, n , tout prêts & achevés ; c’eft-à-dire , qu’on les a taillés fur des patrons, puis recouverts de cuir fauve d’Angleterre qu’on y a collé & rabattu à l’anglaife par les bords -, on préfente chacun à la place qu’il
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- doit occuper; on trace le long de Ton contour fupérieur , fur la matelalfure , line ligne noire , puis on ôte le quartier : ces lignes noires ne fervent qu’à mdurer avec un El, fi les quartiers font taillés bien égaux, & fi l’un ne monte pas plus que l’autre.
- 74. Pour faire le vrai fiege à l’anglaife o , 0 , prenez dans une peau de vache fauve liflee un morceau quarré fuffifant pour envelopper & dépalfer de deux pouces tout le tour de la feile, comme vous avez fait à l’égard de la toile de la matelalfure ci -delfus; vous la mouillerez pour l’aifouplir ; vous l’étendrez fur la feile j vous lui ferez de pareilles découpures tout autour, que vous tendrez avec la pince, & pointerez; en un mot, vous recommencerez fur cette peau la même opération que vous avez faite fur la toile de la matelalfure. Vous rapporterez une fécondé lois les quartiers en leurs places , & pour cette fois vous en tracerez le haut fur la peau avec une pointe de fer ; vous couperez le long de ces traces ce qui formera le fiege & le féparera des tirans, que vous débâtirez enfui te.
- 7>. Le morceau des tirans étant ainfi féparé du fiege tout autour, vous l’y réunirez en les appliquant l’un contre l’autre, coupe contre coupe , l’envers du morceau des tirans & de celui du fiege chacun en-dehors, & les prenant dans la pince, vous les coudrez enfemble d’une couture à double branche alfez à grands points & à quatre lignes au-dellbus de leurs bords; puis vous coudrez de même par l’autre côté le haut des quartiers à l’envers , faifant cette couture au-delfus de la première & à points ferrés, prenant dedans les bords du fiege & du morceau des tirans ; alors dépliant le tout à l’endroit, vous aurez le fiege, les tirans & les quartiers joints enfemble, les tirans tenant au fiege par - delfous.
- 76. Vous mettrez le tout en place à demeure, en retendant les tirans & les clouant avec des broquettes, & vous arrêterez chaque quartier aux arçons par deux clous à l’anglaife/’,/» ,un devant, l’autre derrière, lefquels vous riverez en - delfous.
- 77. Pour doubler le garrot, vous couperez un morceau du même cuir de vache q q y de fix pouces de long & d’un pouce de large, que vous taillerez un peu arrondi ; vous le clouerez fous l’arcade, le faifant dépalfer en-devant de deux lignes.
- 78. Vous formerez une attache ou anneau de même cuir rr, dont vous joindrez les deux bords au milieu par une couture piquée , lailfant les deux bouts plats , c’efi-à-dirc , fans les coudre ; vous rapprocherez ces deux bouts à un pouce de dilfance l’un de l’autre fous le milieu du pontet, où vous les clouerez de façon que la partie coufue forte en - dehors d’un bon pouce , pour y attacher la croupiere : cet anneau fe nomme la petite croupiere.
- 79. Nota. Qu’il y a des Anglais qui 11e mettent ni poitrail, ni croupiere **
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- & qui n’ont qu’une fangle à l’endroit du furfaix ; mais les Français les garnit fent comme la Telle à la royale.
- 80. On finit par pofer les panneaux dont la forme , fig. 12, eft différente de ceux des Telles françaiTes , mais qui Te conftruiTent de même; ils ne T© chauffent que fur le devant, attendu que l’arçon de derrière ne Te termine pas en pointe.
- 8f. Il Te fait des Telles à Tanglaife avec de faux quartiers a^a , pi. XI, fig. f , Tous les véritables : ces quartiers font de la meme étoffe des autres ; ils Te taillent pour l’ordinaire quarrément, & tiennent en - dedans l’un à l’autre par un collet de l’étoffe du deffus , qui paffe fous l’arcade ou garrot , où on le doue. On 11e les recouvre de l’étoffe du deffus qu’en ce qui pourrait fè voir par - dehors ; car ils dépaffent les véritables de quelques pouces en - bas & par-derriere. Ces faux quartiers empêchent que les étrivieres ufent lesç,panneaux. Pour les pofer , on les fend en - travers à trois pouces au-deffus de l’extrémité des pointes de l’arçon de devant , que Ton Tait paffer dans ces fentes de dehors en dedans ; on leur Tait une entaille vis - à - vis de l’anneau du, furfaix, pour qu’il paffe en - dedans ; ou les paffe par - deffous le porte-étrier > & on les, arrête aux deux bouts fur les bandes par quelques clous. Quelques- uns de^ mandent le fiege & les quartiers en velours avec galons & frange.
- CHAPITRE VIL
- f De : quelques felle s de fantaifie.
- 82. chapitre eft deftiné à détailler les idées différentes de quelques-uns , tant pour la garniture de leurs Telles que pour y faire des changemens de forme qui leur plaifent davantage que il elles fuivaient la maniéré ordinaire. Les uns veulent que le fiege Toit très - dur , d’autres plus ou moins mollet: ce qui frit que le fellier emploie différentes matières, ou de la bourre bien preffée, ou du crin , de la plume , &c.
- 83. Il Te fait des Telles auxquelles Tarçonnier ne met que deux bouts de trouffequin, dont le fellier remplit l’intervalle par une feutrure bien ferme, qui doit avoir le contour & l’apparence d’un véritable trouffequin ; on les appelle des felles à la crapaudine. Les Telles à la ragot^y font des anglaifes , auxquelles on ajoute un trouffequin.
- 84. Il y a des Telles à Tanglaife aveoffes îieges & battes de devant. D’autres Te font à Tanglaife par - devant & rafes par - derrière ; c’elt Q- dire, que les pointes del’arçûn de derrière font comme aux Telles rafes. _
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- 8f. Quelques femmes demandent que le doifier de leur Telle Toit volant; •c’ett-à-dire, qu’il foit détaché du trouilèquin & de la mamelle, afin qu’elles puiifent le pofcr à droite ou à gauche, pour pouvoir toujours avoir le dos tourné du côté du veut: alors l’arçonnier fait à ces Telles deux lieges qui, partant du galme , s’élèvent en biais jufqu’à la hauteur du doifier, & forment une pointe à leur extrémité fupérieure , ce qui leur donne l’apparence de deux oreilles ou cornes ; on y attache le doffier par - dehors, ainfi qu’au trouftequin, avec deux boucles & leurs courroies à chaque bout.
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- CHAPITRE VIII.'
- De /’ornement des [elles.
- 86. plus fimple & en même tems le pins communément employé de tous les ornemens d’une Telleert le velours & le galon de foie ; on fait le fiege de velours , le chaperon, les battes, le trouftequin , & on borde le tout de galon de foie ; o-n couvre auffi les quartiers du même velours , & ou ïes bordé du même galon. Au lieu de fimple galon-, on met des galons à frange, qui lé nomment du molet, autour du fiege devant les battes derrière le trouifequin, & déplus, depuis la batte & depuis le troulfequin , en defeendant jufqu’auX bas des quartiers. Au lieu de galons & franges de foie , on en met d’or & d’argent. Les deffins de.cordonnet fur les quartiers, au lieu de foie , du fil d’or ou d’argent- Les boucles & étriers dorés ou argentés. Les barres du fiege. chaperon , trouftequin, en fil d’or ou d’argent.
- 87. A l’égard des leües à l’anglaife, il s’en fait, comme aux,.finançai Tes, fieges & quartiers?de velours, avec galons de foie , & les quatre gros clous dorés on argentés; & quand ces Telles font entièrement de vache fauve d’Angleterre, plusieurs veulent qu’on les égaye par différens deifins de fleurs , de rameaux , &c. gravés jtant fur les quartiers que fur le fiege. C’efi à cette manœuvre que fervent les différentes cornettes des félltèrs >',!<& un grosœloii qu’oit appelle une rofette , parce que fur fou bout eft gravé'profondément uii petit foleil. On fait donc les deffins iur ces Telles par dëux maniérés. i°. Si le deffin doit être fuivi fur toute la piece , on en a de tout tracés fur du papier plié en double ; on commence par les piquer avec une alêne ; puis on déplie le papier ; on l’étend fur la piece où on ponce le deffin- avec un ’ nœud de pou drè de chaux éteinte ; après quoi, ôtant le papier, on trouve le delfin marqué en blanc; en fui te prenant la cornette B , pl, X, on l’appuie en pelant d-effus affez fortpour qu’elle enfonce les traits du delfin dans- le cuir'par une petite-rainure'.
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- Les cornettes fervent à graver les bordures des quartiers, (impies ou doubles} la cornette C eft entièrement de fer : elle eft évidée par les deux bouts en trois pointes émouflees ; la plus longue ne fert que de guide aux deux autres, attendu qu’on la fait couler le long du cuir, pour que les traces qui fe font par les deux autres fe trouvent toujours à la même diftance des bords ; on prend le bout où les pointes font les plus disantes entr’eîles. Quand on veut y marquer un rang de rofettes, ce qu’on fait en donnant un coup de marteau étudié fur la tète du clou E, on les efpace plus près ou plus loin l’une de l’autre, fui-vaut l’idée. La cornette C , C, ne fait qu’un trait près du bord ; lu cornette B ell celle qui fert le plus fouvent aux felliers quand ils ont quelque chofe à marquer , & dans cette occafion-ci c’efi: elle qui fuit & enfonce le contour des définis. Ils fe fervent encore d’une efpece de fauife cornette à deux pointes émouflees D, pour faire des traits ferrés dans le corps d’un ornement, ce qu’on appelle ombrer en terme de deffm; avec cet inftrument ils tirent des lignes enfoncées côte à côte , & les traverfènt d’autres lignes en lofanges des premières. 2?- Quand on 11e veut pas fe fervir d’un defini fuivi, mais en placer quelques-uns à part à fa volonté, on découpe leurs contours fur des morceaux de cuir ferme ; on les pôle où on veut, & on en trace le pourtour. Quelques perfonnes font faire dans les traces, pour plujs de magnificence, le point de cordonnet en fil d’or ou d’argent.
- CHAPITRE IX.
- La fellette des chevaux de brancard. 5
- 83- On a dit chapitre XIV du bourrelier, la raifon pour laquelle on a tranfporté ici la façon de la fellette des chevaux de brancard. La fellette de brancard , fig. 7 , pl. X, quant à l’arçon , n’a que fept pièces comme la felle à l’an-giaife, & difpofées à peu près de même; on la nerve en cuir & fangle par-delfus. Il n’eft.pas nécelfaire de la faux-fiéger; on (ait deux mortaifes a, a, dans chaque bande d’arçon ; on couvre les quartiers qu’on taille en quarré ou en rond de cuir nmr lilfé ; on les coud enfemble à point piqué le long de leurs bords fupérieurs , & on recouvre la couture avec un jonc de cuir; on les entoure de definis à points blancs piqués , ou on les orne de contours en fonte ou en laiton ; on les attache le long des bandes avec un rang de clous dorés, excepté à l’intervalle où palfera la dofiiere; on fend vis-à-vis des mortaifes fufdites le cuir des quartiers pour y pafler de chaque côté une courroie qu’on fait entrer dans la mortaile poftérieure, & reifortir par famé-
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- ricure avec fa boucle ; on la cloue par - delfous la bande. Ces courroies fe bou_ clent par-deflus la dolfiere, afin de la maintenir en fà place ; plus, on fart entrer les lacets de deux anneaux de métal au milieu de la jondion de la bande , au devant d’arçon de chaque côté , & on les rive en- delfous ; on cloue à l’arçon dans le même endroit une boucle pour boucler le poitrail ; plus , une boucle au milieu de la longueur de la bande pour la fangle , le tout de chaque côté, & lous le pontet une boucle pour la croupiere ; on fait & on attache les panneaux comme à line felle à la royale.
- 89. La pL IX, fy. X, fait voir une fellette de cheval de brancard toute garnie ; la feule, différence entre celle-ci & celle qu’on vient de décrire , & qui la fait nommer felle à pont, confifte en deux petites courbes que l’arçonnier attache d’une bande à l’autre, dans l’entre-deux dcfquelles la dolfiere fe loge ; ces courbes fe garniflent en cuir, ainfi que le relie: a , a , petites courbes; b, anneaux des guides c, fentes pour les courroies, deflinées à fe boucler par - deifus la dofliere,
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- CHAPITRE X.
- Les coujjinets.
- 90. ]Les coulîinets font de deux fortes, le fimple coufïïnet & le co-ufîînet à flanc; tous les deux font utiles, principalement lorfqu’oh charge la croupe d’un cheval de quelque poids ; leur utilité confifte premièrement à empêcher la boucle de la croupiere de porter fur le nombril ou rein du cheval, & de le bleifer dangereufement en cet endroit, & par la même raifon à foutenir les chofes pefantes que l’on attache lur la croupe au défaut de la felle par-derrière. Le couffinet fimple eft fuflifant quand on y attache feulement fou manteau ; mais fi c’était un porte-manteau , une valife , ou autres paquets qui débordent de chaque côté, alors il eff néceffaire de fe fervir d’un couffin et à flanc pour garantir les flancs du cheval des coups qu’il en pourrait fourfrir , & de la fatigue, étouffure & écorchures que ces charges lui cauferaient.
- 91. LeJîmple couffnet ,fig. A ,pl. XL Le delftis fe fait, ou de bafane, ou de veau qui eft meilleur ; on le taille en triangle arrondi par les angles ; la bafe du triangle aura fept pouces de long : il y aura cinq pouces du milieu de cette bafe à l’angle oppofé ; on met le côté de la chair en-dedans : la doublure fe fait de toile; on la coupera d’un pouce plus large que le deifus tout autour; on joint la doublure au-deffus b , d’abord par le milieu des deux ; on bâtit en-fuite la doublure tout autour 5faifaut un pli à chaque angle ; puis ou recouvre
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- ce bâtis,d’un bord du même cuir du deifus ; la doublure alors forme deux petits panneaux féparés par la couture du milieu ; on (es fend en-travers d’un coup de cilenu à chacun , pour les rembourrer en crin , & le coulïinet eft achevé. On paii’è une attache c-, c,r, à chaque angle : ce font de petites courroies qu’on fait traverfer de dehors en dedans , & revenir en-dehors ; on met un petit bouton de crin ferré dans le retour fur la doublure ; tes deux attaches des bouts fe nouent à des gances de cuir mifes exprès de côté & d’autre à l’ar-qon de derrière de la telle ; la troilieme fe noue à la croupiere qui paife par-delfus le coulïinet.
- 92. Le cou(Jinu à flanc ou à garde- fane B. Le coulïinet à garde-flanc B, eft compofé d’un coulïinet & de deux ailes. Le coulïinet fe conftruit comme le premier ci-delfus ,/mais d’une forme 8c d’une dimenfion différentes ; car il eft formé en quarré-long & plus alongé vers la queue du cheval que le précédent; les deux ailes c, c, fe travaillent à parc, plus ou moins amples, félon l’étendue des fardeaux qu’on a intention de mettre fur la croupe du cheval; elles fe font de la même peau du coulïinet ; on les double de même; on les barre Sc on les rembourre comme le fiege d’une felle, & on les joint aux côtés du coulïinet a par une couture à double branche ; on met une attache au milieu de.fon extrémité poftérieure pour la croupiere & deuxanneaux de cuir, un à chaque extrémité des quarts de rond des ailes, pour les palfer à la làngle du cheval. & les y fixer.
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- CHAPITRE XI.
- Les bouffes & la couverture â'écurie.
- 93. ILiE fellier fait de trois fortes de houIfes qui ont chacune leurufàge particulier ; fa voir, la houlfe proprement dite , autrement le croupelin , la boulfe de pied , autrement houlfe en fouliers , 8c la houlfe demain. La première eft faite pour couvrir la partie de la croupe du cheval la plus proche de la felle & du cavalier , afin de garantir fon habit & fon manteau quand il les attache derrière lui, d’ètre falis par la tranfpiration de la peau du cheval ou par la fueur. La fécondé fe met à la place de la première , lorfqu’on veut' monter à cheval avec fes bas & fes fouliers,fans aucune précaution; elle1 fert. à les garantir des ardillons des fangles & des étrivieres ; c’eft pourquoi elle eft néceifaire aux dames cavalières, & quand on monte n’ayant que fes bas. La troilieme ne lé met que fur le cheval qu’on ne monte pas actuellement , lorfqu’un palefrenier le mene. en main ; fon utilité eft de couvrir &
- garantir
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- garantir de 1a ponfîiere ou de la pluie tout le harnois de corps du cheval.
- 94. La houjje ou croupdin C. La houlfe fe fait pref-jue toujours de drap ou de velours , bordée d’un galon d'or, d’argent ou de foie; fes proportions pour un cheval ordinaire font neuf pouces de large à la croujDiere, quarante pouces d’un bout à l’autre, dix-huit pouces de chaque co:é,& huit pouces en retour fous la leile, parce qu’apres ces huit pouces on coupe dans la, pièce une portion de cercle qui, puifant au bout des neuf pouces lufdits, le termine à huit pouces de l’autre côté; ce vuide elt caché fous le derrière de. la {'elle : on taille la doublurequi elt de toile de la couleur du de ifu s , auquel on la bâtit pour la coudre enfuite tout autour; 011 met toujours entre le dedus & la doublure une toile cirée ou un coutil , le coutil elt plus foiide; puis on-borde le tour & le milieu d’un galon , & on y ajoute trois attaches comme, celles du (impie coufîinet ci-dedus, favoir , une au milieu du côté de la queue,, qu'on noue a la croupiere; les deux autres fe mettent aux deux bouts de l’échancrure, & fe nouent lous la felle.
- 9^. La houfle de pied D. Cette houile D fe met au lieu de la précédente, lorfqu’on veut monter à cheval fans bottes ni guêtres; elle garantit les bas deSj ardillons de la felle & de la fueur du cheval ; on en accompagne d’ordinaire les Telles de femme : elles fe font des mêmes étoffes que la précédente. C’ed un.; quatre-long de trois pieds quatre pouces fur deux pieds huit pouces, au. milieu duquel on coupe l’étotfe, qu’011 enleve enfuite, ce qui fait un vuide, de la forme qu’on voit en D, dont les côtés a, a , a , a , doivent palfer fous la felle da îs tout fon pourtour : ce vuide fe difpofe de maniéré qu’il fe trouve neuf pouces d’étoffe fur la croupe, autant de chaque côté, & cinq pouces ait. milieu du devant fur le garrot du cheval ; ce milieu fe coupe en deux b, b > & on coud de chaque côté de la fente un ruban pour nouer fur le garrot. Le relie de la fabrique efl entièrement femblable à celle du croupelin ci - déifias , doublure , coutil , 81 c.
- 96. La houffe de main. Cette houlfe eft faite pour couvrir & garantir de, la pluie & de la pouifiere le harnois du corps d’un cheval , lorfqu’on le mene-en main , c’eft-a-dire , fans etre monté dedus. Elle fe fait toujours en drap : les proportions font un quarré d’une aune d’un feus & de quatre pieds de l’autre. Ayant plié le drap en deux du fens de l’aune, de la tin de ce pli, comme? centre, tracez fui l’étolfe un quart de cercle, dont la circonférence laiJera en-dehors huit pouces jufqu’à l’angle du quarré; coupez le long du quart de cercle, échancrez en ligne droite les huit pouces reliant depuis l’angle jaf, qu’au quart de cercle , en rentrant de quelques pouces ; dépliez votre érode ; vous aurez un demi-cercle-vuide & deux bouts en biais , ce qui fera le de-, vantde la houife. Portez au côté oppole votre quart de cercle de-drap-, que> vous avez ôté dudit devant, faites quefon centreafe rapporte fuite au milieu.! Tome. XL V. Z z z
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- du corps de lahoufie, ce que vous connaîtrez aifemcnt par la marque de leur pli ; coufez le diamètre au corps ; ce fera le derrière de la houfie. Vous doublerez & finirez celle-ci comme les précédentes. On n’orne pas le defius de ces hou fies de galons d’or & d’argent ; mais on les borde d’une bordure de laine de toutes couleurs, plus ou moins large , en fleurs & ornemens, &' ordinairement fur le rond les armes du maître. Pour attacher cette houlfe fur le cheval, on coud à l’envers , à quelque diftance du milieu du quart de cercle; vuide , en - travers , un morceau de fangle , aux deux bouts duquel feront attachées deux courroies : un furfaix terminé par deux boucles, fe boucle d’abord à une defdites courroies ; puis faifant le tour du ventre, il fe bouclera à l’autre. Plus , aux bouts en biais qui terminent le quart de cercle vuide, on met deux petites courroies d’un côté & deux boucles de l’autre î on le boucle fur le milieu du poitrail.
- 97. La couverture. d’écurie. On couvre le corps des chevaux dans l’écurie , pour le garantir de la poufliere & les tenir proprement ; on fait quelquefois leurs couvertures d’étoffes de laine, mais plus communément de coutil ou de toile. La couverture pour un cheval ordinaire aura fix pieds de large & cinq pieds de long. Pour en faire la largeur, coupez deux lez à cinq pieds de long, les lajfiant de toute leur largeur qui eff autour de deux tiers ; pliez un troifiemé lez en deux du feus de fa longueur; coupez double le long du pli, en prenant le contour que vous donne la fig. E, pl. XII, afin que la couverture prenne bien le rond de la croupe du cheval en a ; ces deux demi-lez fourniront ce qui manque aux premiers pour faire les fix pieds de large; bâti fiez tous ces lez enfemble , c’eft- à - dire , les deux demi - lez l’un à l’autre, puis-aux lez entiers de chaque côté. Coupez enfuite pour le devant une échancrure en biais b , la commençant fur la jonétion des demi - lez à trois pieds du derrière ; & la pourfuivant, vous entamerez les lez des côtés , que vous couperez en mourant jufqu’à deux pieds du bas, & votre couverture fera taillée ; vous joindrez le tout à demeure par de grofles coutures (impies , par-deifus lefquelles, pour les cacher, ce qui fervira en même tems d’ornement, vous coudrez des lifieres de drap d’un pouce de large, ainfi qu’à tous les bords de la couverture c,c , c, c, c , c ; & defious ces bords à l’envers; pour les fortifier , coulez pareillement un tiifu ou fangle étroite d’un pouce de large. On ne double point ces couvertures: pour les garnir, on ajoute un couifmet d, d, un furfaix e ,’une croupiere h, & quelques boucles f& contre - fanglots. r :
- « 98. Le couffinet fe fait quarrément de toile, &• fe rembourre avec de la bourre ; pofez-le?à un demi-r pied du commencement de l’échancrure fuf-dite, afin qu’il porte;aii défaut du garrot du cheval du côté du dos; & Payant couvert du milieu d’une fangle»ou furfaix ordinaire, garni à un de fes bouts
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- d’une boucle, & à l’autre d’un contre-fanglot, vous prendrez cette (angle dans une couture fimple qui partagera le couftinet en deux, & l’attachera à la couverture ; enfuite , à un pouce des côtés de ce couftinet de part & d’au-tre , vous ferez une fente gg, parallèle à fes côtés, qui foit capable de lailfer paifer le furfaix au travers ; vous borderez ces fentes avec du drap ; le furfaix pafle en-deifous, lignes ponduées, au travers des fentes i il doit avoir fa boucle hors la main : on le boucle au ventre du cheval pour alfurer la couverture fur fon dos. Pour la croupiere, vous coudrez un fourchet fous la couverture , auquel vous bouclerez un culeron h. Pour joindre la couverture fur le poitrail du cheval, vous efpacerez fur les deux pieds de haut reliant des lez de côté au-deifous des échancrures , d’un côté deux boucles f, 8c de l’autre deux contre - fanglots pour fe boucler fur le milieu du poitrail.
- 99. Lorsqu’on veut mener le cheval à l’eau fans lui ôter fa couverture ,
- 011 lui fait ajouter quatre boutonnières de cuir, favoir , deux au bas des échancrures i, & deux près la croupiere k; 011 coud quatre boutons de cuir /, l, aux quatre coins de la couverture ; au moyen de quoi, en les faifant entrer dans lefdites boutonnières , la couverture elt retrouvée de la moitié, & ne fe mouille pas. ;
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- CHAPITRE XII.
- Bu rejîe de l'équipage du cheval de fielle, contenant le-, licol 3 la bride ; le bridon, la cavejfiine, les cavejfons, &c.
- 100. La Bride. Ç^UOIQUE le terme de Bride{ comprenne en général le mors
- 8c fes agrès, fournis par l’éperonnier, & les courroies & boucles qui le fou-tiennent dans la bouche du cheval & l’attachent à fa tète, cependant on ne parlera ici fous le nom de Bride, que de l’arrangement & de la dilpofition de ces courroies, qui dorment .de qu’on appelle la monture de la bride, attendu que cela regarde le fellier:, & qu’on n’entreprend point l’art'de lepe-ronnier. On en agira lajnfi pour toutes les pièces fuivantes, où l’éperonnier a part. , . < r
- 101. La bride ,pl. XII, eft la plus compliquée des harnois de tête du cheval; tous les autres n’en font que des émanations : elle eft compofée .d’uii deifus de tête ou têtiere ara, d’un pouce un quart de large , faifant le fourchet aux deux bouts i de deux montans B, B, chacun terminé par .deux boucles, dont l’une, qui eft la fupérieure , va fe boucler à la branche .de devant dudit fourchet, & l’inférieure boucle le porte-mors.: Les porte-
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- mors c,c, fe coufent derrière les montans vers le bas, paflent au travers des yeux du mors, & fe bouclent en-dehors à la boucle batte de chaque montant; d’une fougorge d, d, terminée à chaque bout par une boucle qui prend la branche de derrière du fourchet; du frontail e, qui, fe pofant •horizontalement pour entourer le front du cheval, pa(Te au-dettus des boucles qui attachent les montans & la fougorge au fourchet, fe redouble en-dettous, où il fe coud à lui-même, premièrement entre les deux branches du fourchet, & fecondement patte la branche de devant, ce qui forme un anneau de cuir qui enferme chacune defdites branches ; d’une muferole/’, terminée par une boucle ; elle entoure le nez du cheval, patte entre les porte-mors & les montans, & fe boucle par-derriere à elle-même. Les proportions en longueur de toutes ces courroies ne peuvent fè fixer qu’a peu près j cela dépend de la groffeur & longueur de la tète du cheval : mais pour prendre un terme moyen , le dett'us de tête aura un pied & demi de long, les -montans treize pouces , les porte - mors neuf pouces & demi, la fougorge un pied dix pouces, le fronteau un pied huit pouces .la muferole deux pieds quatre pouces.
- toi. Les rênes de la bride g, g, au nombre de deux , auront chacune quatre pieds huit pouces ; elles fe font du même cuir & de la même largeur des pièces ci-defltis qui compofent la bride ; à quelques pouces de l’un des bouts de chaque rêne coufez une boucle enchapée &’un paflànt au-deflùs , pour recevoir le bout quand il aura patte dans.l’anneau de la branche du mors; joignez les deux autres bouts par un bouton de cuir h, que vous y coudrez, après avoir fait entrer fur les deux rênes un autre bçuüon de cuir i9 •coulant'librement du haut en bas. 1 - - " * • •
- ro;. Le bridon. LE.bridon qui eff un mors mince & léger , eft foutenu dans la bouche du cheval par un montant qui fait le tour de la tête par - delfus les oreilles va Rattacher'rds part &,diautre'àüxf anneaux des boùtsr'de ce .mors. Gomme on attache les rênes à la bride ci-delfus, ony ajoute'tm fron^ rtail &rune rêne de: dix pieds de long, qui fe boucle de la même maniéré aux-îdits anneaux.1 •: :: r l : n.. !
- .1.04a Remarque. Gomme on vient.de zcfétaiîler- îbs^ pièces de la bride du cheval defelle*, ainfi qure.ttaffaçon dettes alfembler & detta>monter, les autres •j harnais de. tète pour diîférens lufages?. fui v-ant à peu près . la même ftrudure , on n’a befoin , pour ainfi dire , que d'en faire mention , en difant l’elpeee de 1 cuir qui’convient à chacun pour former leurs têtiereslès '.places des boucles. & des anneaux de fer qui s’y ajoutent,, le tout enfemble deftiné à foutenir & fixer les différentes muièroles qui les .terminent, & enfin quels font leurs •jufoges. ..I l xca - , 1 'i
- ' ‘ io j.. Le Licol, Le licol, /%. II, du cheval de felie, efl: communément de -cuir de Hongrie ; ledeffus. de tète a fait aulH la fougorge.,1a bounie en fera
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- placée vers le milieu du côté gauche , le frontrail à l’ordinaire: la muferole b fe paffera dans un anneau de fer c, arrêtée & ferrée contre ledit anneau par un bouton de cuir; elle aura fa boucle placée au côté gauche ; la fougorge a fe paffera de même dans l’anneau; on n’y ajoutera point de bouton ; la muferole fera garnie de deux jouieres d3 d, de huit à neuf pouces de long, qui Js’v coudront, ainli qu’à la tètiere. On coudra ou on bouclera audit anneau une longe du même cuir, pour attacher l’animal à l’anneau de la mangeoire ; 'quelquefois on met deux longes e, e, qu’on lie à deux anneaux mis exprès aux mangeoires.
- 10(5. Les cavejjims. Les caveflines , favoir, la caveflïne d’écurie & la cavef-fine de main , fe font de cuir noir lifle , ou de cuir liffé fauve d’Angleterre.
- 107. La caveftme d’écurie ,/g. III, eft compofée d’une tètiere, d’un fron-tail & d’une muferole; le frontail & la tètiere ont leurs boucles à gauche ; le bas de la tètiere fe paffe dans deux anneaux de fer a, a , où ils fe coufent; le devant & le derrière de la muferole c féparés fe coufent pareillement aux deux fufdits anneaux, ainfi qu’une ou deux longes de cuir/,/ Cette cavef-fine fert principalement à panfer le cheval; on la met alors à la place du licol : elle le retient également, & lui débarrafle davantage la tête, ce qui donne plus d’aifance au palefrenier pour la lui bien nettoyer.
- iog. La caveflïne de main,/g. IV , n’a que la tètiere & la muferole prife# dans les deux anneaux de fer a, a ; le derrière de la muferole paflè dans un troifieme anneau de fer b, auquel il eft arrêté par un gros bouton de cuir qui y efl: coufu à demeure , contre lequel vient fe rendre un bouton plus petit c , coulant, de pareil cuir ; on attache une longe de cuir e , audit troi-fleme anneau. Cette caveflïne ne fert qu’aux domefliques , lorfqu’étant fur un cheval, ils en mènent un au£re : alors ils mettent cette caveflïne par-delfus la bride; ils font couler le petit bouton contre la barbe du cheval , & prennent la longe dans leur main •: le même homme peut en mener deux, un de chaque main.
- 109. Les cavejjons. Les caveffons font de deux fortes; le caveffon à trois anneaux, & le caveffon de piliers.
- 110. Le caveffon à trois anneaux ,fig. V, fe fait ou de cuir de Hongrie ou de cuir lifle ; il efl: compofé d’une tètiere a, a , avec frontail, fi on veut ; d’une fougorge b, b , & d’une muferole c ,c, la boucle de la tètiere à gauche ; la fougorge s’attache à la tètiere en-arriéré au-deffous du frontail, ce qui empêche les montans de venir fur l’œil de l’animal & de le bieiîèr ; elle aune boucle pour la ferrer : le bas de la tètiere fe paffe dans deux anneaux de'fer </,</; la muferole eft par-devant de fer en e,e, & de trois pièces, dont deux fe joignent à charnière avec celle du milieu; les anneaux
- ••de la têtière •paffent- 'dans le bout recourbé c c3.c des deux piétés de fer
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- des bouts ; chacune des trois pièces a dans fon milieu un anneau mobile/’*/? On recouvre ce devant de muferole de cuir, laiifant dehors fes trois anneaux j quelquefois on ajoute fous le cuir un peu de bourre, le tout afin d’empêcher que le cheval nefoit bleifé; le derrière de la muferole efi; de cuir , & s’arrête dans les deux anneaux de fer de la tëtiere ; il a fa boucle. Ce caveflon efi; celui dont on fe fert pour faire trotter les chevaux autour du pilier, au moyen d’une corde de la grolfeur du doigt, qu’on noue à l’anneau mobile du milieu ; les anneaux mobiles des deux autres pièces de fer font principalement utiles , ajoutant à chacun une corde , pour mener l’étalon à la jument , &c.
- m. Le cavelîon de piliers ,fg. VI, fe fait de cuir de Hongrie, d’un pouce & demi de large : il eft compofé, comme le précédent, d’une tètiere a a, mais fans frontail; d’une fougorge placée à la hauteur des yeux ; de deux anneaux de fer au bas les montans de la tètiere, & d’une muferole c c, de même cuir, entretenue en fa place par quatre petites jouieres i , z , 3,4, deux qui prennent par-devant les montans à la muferole , & deux par-derrière les montans au derrière de ladite muferole ; les boucles à l’ordinaire : la mufe-role devant & derrière s’arrête dans les anneaux de la tètiere c, c. Ce caveïfon fert dans les académies à attacher par la tète un cheval entre deux piliers, au moyen de deux cordes m, m , ou longes , qu’on arrête d’une part dans les anneaux de la tètiere, & de l’autre au travers du trou de chaque pilier pour lui donner leçon.
- 112. Nota. Que pour donner de la grâce à tous les harnois ci-deflus, les feîliers fe fervent du formoir, avec lequel ils tracent de petites bordures le long des courroies des cuirs liifés, & de la rènettepour les bords de celles du cuir de Hongrie.
- 113. De Lafabrique, des boutons qui fervent aux harnois ci - deffus. COMME il a été queftion dans les articles de la bride, du licol & de la cavefline de main , de boutons de cuir, foit arrêtés, foit coulans , il faut favoir que pour faire ces boutons, on prend, fig. VII, un petit morceau de courroie a, de la largeur dont on veut que foit le bouton j & après en avoir entouré l’endroit auquel 011 le deftine , 011 coupe & on arrête les deux bouts l’un à l’autre avec un ou deux points, vis-à-vis defquels on fait une petite fente au milieu du bouton déjà formé, dans laquelle on fait entrer le bout d’une laniere étroite de cuir bb, qui n’eft deftinée qu’à lui fervir d’ornement, en le cachant en entier ; & pour y parvenir, on a un moule à boutons c, qui n’eft autre chofe qu’un bâton rond, long de fixpouces, applatifur deux faces oppofées, en aminci/fant jufqu’à un bout& en étréciffant en douceur fur les côtés , le tout jufqu’à demi-pouce de large au bout ; on fait entrer le bouton fur le moule jufqu’à ce qu’il s’y arrête ; on finit par entrelacer en forme de treife^u enlacement fur tout fon contour la petite laiiiere jufqu’à ce .qu’elle l’ait couverte entièrement 5 011 retire le bou-
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- ton du moule, & on le place au lieu de fa destination ; s’il doit refter en place , on l’y coud, fi non on ne l’attache point, & on lui laide la liberté d’aller & de venir fur Tes courroies.
- 114. Le poitrail & la croupiere. Le poitrail du cheval de felle eft de deux fortes, il fe fait de cuir pareil à celui de la bride : celui qu’on nomme poitrail de chaffe , parce qu’il eft le plus ufité par les chafieurs , 11’eft compofé que de deux traversa, a ; chaque travers aura deux pieds & quelques pouces de long. On les boucle par un bout l’un à l’autre ; l’autre bout de chacun fe redouble fur lui. même , & forme un anneau de cuir alongé ,.qui fe nomme un lacet. Pour mettre le poitrail en place, on fait paffer le haut de la première fangle au travers des lacets , & la boucle fe trouve au milieu du poitrail de l’animal.
- 11 S- L’autre efpece, fig. VIII, a de plus deux potences de cuir d’un pied de long; elles fe coufent d’une part aux travers à fix pouces des lacets, & montent en biais vers le haut du devant de l’arqon , où elles fe bouclent : ces potences font principalement deftinées à y attacher les fontes de piftolets pour les affurer en place.
- 116. La croupiere, fig. IX, fe fait du même cuir du poitrail; elle a ordinairement un pied & demi de long; on la taille en élargiifant depuis un pouce de large par un bout jufqu’à un pouce & demi par l’autre , que l’on fend en fourchet a, a , dont on coud enfuite les branches au culeron b , & vers fon bout étroit on attache en - deifus une boucle enchapée c ; on le paffe dans l’anneau quarré du pontet, & on revient le bouclera ladite boucle. Le hautde la planche XI repréfente un cheval fellé & bridé ; a , la bride ; b, le mors ; c , le bridon ; d, d, les rênes de la bride ; e , e> le poitrail à potences ; les fangles & furfaix ; g, les étrivieres ; h, les étriers ; i, i, i, la felle ; /, /, la houfle ou. croupelin ; m, la croupiere \ le culeron.
- ...... •= ------------------ — ---------------------C»
- CHAPITRE XIII.
- ' La garniture des voitures.
- - îi 7. Les voitures de toute efpece, berlines, diligences , vis-à - vis, chaifes , cabriolets , &c. font devenues fi communes , fur - tout à Paris , que la plus grande partie des felliers de cette capitale eft occupée journellement à les garnir, c’eft-à-dire, à les tapiifer & matelaffer en-dedans pour les maîtres & en-dehors pour les domeftiques. Quelques-uns cependant font encore des Telles; mais les boutiques qui- en fournirent le plus, ainfi Jque tout
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- l’équipage du cheval de felîe , font des merciers clincailliers, qui font marchands & point ouvriers , qui achètent de chamberlands ou autres, & revendent à leur profit. C’eft la , loit dit en partant, qu’il eh bon d’ètre connailfeur , auffi bien qu’aux voitures de hafard chez les lelliers.
- 118. Pour revenir à leur conftruction, il s’en fait de tant de formes & de grandeurs , qu’il eft impolfible de donner ici aucur.e dimenlïon pour la garniture; on ne peut qu’expliquer en général les moyens dont le fellier fait ulage. On a tranlporté ici quelques inftrumens du carroîfier, parce qu’ils fervent plus particuliérement au travail des voitures.
- 119. Le minière, cliez les feîliers ,fig. 4 , pi. XIII, eft un inftrument de bois à quatre angles faillans, arrondis , long de deux pieds quelques pouces , & d’un pouce & demi de large, fépâré à chaque face par ui enfoncement ou gouttière d’un bout à l’autre ; 011 cloue au milieu d’un des bouts une petite courroie dont on forme un anneau , au travers duquel on parte la moitié d’un, écheveau de fil coupé, dont on redouble l’autre moitié par-dediis ledit anneau : on couche les portions dudit écheveau le long des rainures : toutes les aiguillées dépalfent le bois de quelques pouces; 011 couvre ce bois d’un fourreau d’étorfe quelconque , fermé du côté de la petite courroie , ouvert du côté des bouts de fil , tant pour maintenir le fil dans les gouttières , que pour empêcher qu’il ne s’évente; on tire par le bout chaque aiguillée a mél’ure qu’on en a befoin.
- 120. La grode pince , fig. 3 , eft faite comme une tenaille ordinaire, excepté que fes branches ont un pied & demi de long, & qu’elle a fur une de lés mâchoires un appui de fer pour arebouter la pince quand 011 veut tendre à force.
- 121. Le poinqon mordant, fig. fert lorfq.t’on met des gouttières de cuir autour des impériales , ce qui maintenant ne le fait plus guere. Il eft fait comme tout autre poinqon, excepté qu’il eft à deux pointes pour percer deux trous d’un feu! coup, pour enfuite faire entrer des clous dorés à deux queues, qu’on rive fous les gouttières à droite & à gauche.
- 122. Travail. Toutes les voitures pour le tranfport des hommes font compofées de la caiife & du train ; le fellier garnit la cailfe pour le maître de la voiture dehors & dedans ; il travaille auili au train en ce qui regarde les domeftiques.
- 12;. Garniture du dedans de la caijje. Les étoffes dont on garnit communément les voitures en-dedans, font le drap, le velours plein ou à ramages, velours d’Utrecht, marroquin , &c. Le menuifier ayant livré la caiife au fellier , il commence par ôter les portières & le pavillon ou impériale, pour avoir la facilité de nerver & encuirer en dedans tous les panneaux tant de la caille que des portières ; puis remettant le tout en place, il dqnne la caille
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- nu ferrurier pour la ferrer en entier : du ferrurier elle revient au fellier , pour la garnir dehors & dedans & la matelaffer.
- 124. Le fellier ayant ôté une fécondé fois l’impériale, la renverfe pour la'garnir en - dedans; pour cet effet il coupe un quarté de toile d’Alençon, de Mortagne , &c. proportionné à la place ; il tend cette toile tout autour avec de l’attache, efpece de petite broquette ; & avec la même attache & un jonc def-fous , il la cloue à toutes les courbes ; il pofe enfuite l’étoffe, qu’il coud à la toile le long de toutes les courbes , & qu’il cloue tout autour du chaflis de l’impériale ; puis il colle avec de la pâte une bande de toile de la couleur de l’étoffe autour dudit chaflis en - dedans.
- 12^. Le dofîier fe fait par le menuifier, de deux façons , ou en bois plein, on à jour , n’ayant qu’une croifée de bois ; s’il eft en bois plein , on pâte le bois par-dehors; puis après avoir ôté légèrement le gras du cuir , on l’applique fur la pâte , & on le tend bien en l’arrêtant avec quelques clous de diftance en dif-tance, que l’on chaffe en biais , de peur de percer le bois des pieds corniers ; s’il n’y a qu’une croifée, le cuir ne fe tendra que lorfque le dedans fera mate-îaflé ; il fe tend alors avec les groffes pinces à plufîeurs reprifes, & fe cloue comme l’autre.
- 126. Pour faire la matelaffure du dofîier en-dedans, fl c’eft un doffier plein , tendez un quarré de toile à la tringle de matelaffure en - bas ; arrangez votre crin d’abord & votre bourre fur cette toile, dans laquelle vous les enfermerez en la tendant & la clouant dans tout le pourtour. A l’égard d’un dofîier à croifée, vous commencerez à tendre une première toile qui bouchera la croifée ; puis vous ferez du refie ce qui vient d’être dit, après quoi vous finirez par tendre le cuir en - dehors , comme ci - deffus.
- 127. Matelassez les accotoirs, pofant d’abord de la bourre fur le bois, une groffe toile par-defîus , que vous clouerez , du crin enfuite par-defîus cette groffe toile, & vous couvrirez le tout d’une toile fine que vous y clouerez à demeure par-deffiis le total. Matelaflez de même les côtés des glaces avec bourre ou crin, mais fans matelaffer double , comme il vient d’être dit pour les accotoirs. On coud enfemble le doffier g, pi. XIJI, & toutes les pièces jufi-qu’à la portière ; il en eft de même du devant de la voiture , les portières à part. Garniffez alors, c’eft-à-dire, recouvrez avec l’étoffe que vous avez choifîe, •toutes les matelaffures , après l’avoir taillée , & bordez de galon de couture, •Comme il va être expliqué.
- ' 128. Ce que les felliers nomment galon de couture , eft une efpece de galon de foie ,/?/. XIII, A 1 & 2 , d’un pouce de large , de la couleur de l’étoffe 'qu’on a choifîe, terminé par les côtés de deux lifieres a a, formant un fîinple tiffu de quelques lignes de large; on ne l’emploie aux voitures qu’aprèsavoir ‘enfermé dans fou envers une groffe ficelle bb,fig. 2, par l’extrémité des Tome XIV. A a a a
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- deux lifieres , laquelle eft la plus proche du galon , en coufantà grands points devant les lifieres franches. Toutes les matelaffures étant achevées , & les pièces de l’étoffe taillées fuivant leurs places, c’eft-à-dire, pour garnir le doffier , les goutfets , les panneaux, les pilalires , 'es accotoirs, on met & coud les galons de couture à toutes les jonctions des pièces , lavoir, aux coins du doffier, aux accotoirs d d, & derrières d’accotoirs , autour des panneaux , devant & derrière les pilaftres, aux pieds d’entrée, au cadre de devant , aux portières, aux cadres des glaces , aux feuillures, avant de mettre le tout en place. On attache & on tend bien le tout au bois de la caitfe , le long defdits galons de couture, d’abord avec des clous d’épingle, & enfuite par leurs lilieres avec de petits clous qu’on nomme de P attache ou bardeau.
- 129. Nota. Le bas des portières, le tour des glaces, & les acc'otoirs fe montent à part.
- 130. On cloue d’une part aux côtés du fond un galon de couture , & d’autre part au même galon le côté des panneaux qu’on termine par un galon de couture, qui entourera le vuide des panneaux, puis les accotoirs & côtés d’en - bas , & au - delà du galou de couture l’étoffe qui garnira les couliffes des panneaux volans , s’il y en a de tels. Tous les galons étant coufus à l’étoffe, & ayant coufu haut & bas des bandes de toile, vous couvrirez bien, comme il eft dit, toutes les matelaffures, & tendrez bien l’étoife , chaque piece en fa place , la clouant le long des galons.
- 13 1. Il fe fait de deux façons de panneaux de côté b b,fig. A, lavoir, ceux qu’011 nomme cujlodes , & les panneaux volans. On nomme cuflodes, ceux qui tiennent à demeure à la voiture ; alors le dedans fe rembourre comme le doffier ci-deffus, & le dehors fe couvre en vache noire , tendue tout autour avec des clous d’épingle, & par - deffus des clous dorés ; les panneaux volans peuvent s’enlever de leur place, ou couler à fond dans des couliffes pratiquées exprès ; on les couvre en-dedans de l’étoffe, & en-dehors de marroquin noir, que l’on coud tout autour avec l’étoffe de dedans.
- 132. Les parclofes r rrr font les planches fur lefquelles fe pofent les couf. fins iz; on les garnit d’un peu débourré qu’on recouvre d’une toile -, 011 borde toute l’arête de devant d’un bourrelet n n de deux pouces ; quant au devant du coffre , dont la parcîofe fait le deiius, c’eft - à - dire, aux volets qui forment le coffre du fond du derrière de la voiture , ainiî que la planche du fond du devant, au - delfous de la parcîofe du devant, on colle deffus avec de la pâte de la peau de mouton marroquinée , rouge, bleue, &c.
- 133. Nota. Si la voiture eft coupée, n’ayant de fond que celui de derrière , il n’y a au - devant ni parcîofe , ni couffin, mais fimplement l’étoffe rembourrée légèrement.
- 134. Les couffins ii fe font d’abord de peau de mouton blanc, de la
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- forme , étendue & proportion que la place exige : c’eft ce qu’on nomme Ven-taille du couffin ; mais fi l'étoffe qui garnit eft du velours , cette entaille fe fera en treillis: dans l’un ou l’autre cas on la remplit .de plume; on la recouvre de toile colorée par le delîous , & de l’étoife du dedans pour tout le refte , & la pente qui tombe & cache le colfre & le devant au couifin de devant.
- ijf. Le plafond qui couvre au - dedans le dellus delà cave, & fur lequel on aies pieds, fe rembourre légèrement, puis fe couvre en vache , que l’on cloue tout autour avec des clous dorés. Le quarré de plafond fe met par-delfus le plafond ; il fe fait de vache , bordé de vache; on fait à chaque coin une fente qu’on boutonne à quatre boutons.
- 136. Le ferreur ayant pofé les fiches des portières, les poignées & les Hors , le menuifier ayant cloué les voliges fur toutes les courbes du pavillon a a a a , le fellier le remet en place ; puis tendant bien le cuir de vache qui couvre le pavillon en - dehors avec la groife pince ,/%.?, il l’arrête à mefure avec des clous d’épingle ; enfuite il cloue tout autour les deux rangs de clous dorés, d’abord le clou de jonc , puis plus près du bord les gros clous & les pommes, favoir , une à chaque coin , & une au - delfus des pieds d’entrée, ou bien à préfent en place des clous & des pommes , les baguettes de fonte avec des vis.
- 137. La cave o o fe garnit à part; on pâte tout le dedans qu’on recouvre avec de la toile , ou bien de la peau ; le dehors fe pâte également fur le bois, & la vache noire par-delfus; on la borde & on cloue le haut, puis on la pofe & on l’arrête de chaque côté aux brancards de la voiture par fix ou huit clous forgés de deux pouces & demi de long ; 011 la fortifie par deux bandes de fer qui traverfent le delfous à diftance égale , & fe replient en équerre jufqu’au haut.
- 138. Le fiege du cocher fe fait à part, de deux pièces, le deiTous en cuir fort, le delfus en treillis, bordé de cuir de veau , coufu à deux branches , c’eft-à-dire , à la façon des bourreliers , par-delfus le treillis à l’endroit où palfent les courroies qui le ferrent fur le porte - fiege ; on ajoute fur les deux bouts deux bandes de cuir de fix pouces de large; 011 recouvre l^tout de drap , velours , &c.
- 139. Le tablier ou garde-crotte eft de vache, ayant une tringle de ferle long de chaque côté, & bordé; il s’attache en-devant avec des courroies entre la voiture & le fiege du cocher , & à l’oppofite aux foupentes ; il fert à garantir de la boue la glace de devant.
- 140. Les chaliis des glaces fe recouvrent de l’étoffe du dedans, que l’on y colle, & que l’on coud feulement aux angles.
- 141. On rembourre toutes les pièces ci-après, favoir, les planches de
- marche-pied, les bourrelets de brancard, les heurtoirs des portières, le bourrelet de la tringle de coquille du cocher, A a a a ij
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- 142. Le matelas -des laquais : pour cet effet on commence par étendre de la bourre fur le bois, puis on la recouvre de cuir noir de vache, qu’on arrête tout autour avec des pointes, & par-detfus des clous dorés.
- 143. Nota. Le matelas des laquais fe rembourre communément aveG du foin.
- *-> ... ." - '.'. -u'JLJJL.-grr-f=sag."--=.rsa^e»
- CHAPITRE XIV ET DERNIER.
- Le nombre des ouvriers qui concourent à la perfection d'une voiture, & la lifte des garnitures du bourrelier & du fellier.
- 144. Apkè s avoir indiqué par curiofité la quantité d’ouvriers qui concourent à l’achevement total d’une voiture, c’eft- à-dire, la quantité d’arts qui s’y emploient, on termine ce chapitre par la lifte des pièces qui tombent dans le diftricft du bourrelier & dans celui du fellier ; ce dernier artifan entreprend ordinairement la voiture entière, & par conféquent fe charge de tous les ouvriers qui, de concert avec lui, la rendent parfaite & prête à fervir.
- 145". Arts qui concourent a la perfection des voitures & a leur beauté.
- Le menuifier, pour le bois de la cailfe.
- Le ferrurier , pour ferrer la caiiTe & faire les relforts.
- Le ferreur ( qui doit être maître fellier ) pour ferrer les portières , faire les ftors, &c.
- Le miroitier, pour fournir les glaces.
- Le peintre, pour peindre & vernir le bois en-dehors, ainfî que le train & les roues.
- Le fculpteur, pour toute la fculpture de la cailfe & du train.
- Le franger, pour fournir toutes les trelfes , glands & houppes qui fe placent dans l’intérieur de la caiife.
- Le fellier - carroflier, pour tapilfer d’étoffe l’intérieur de la cailfe, & de cuir plusieurs parties du dehors.
- Le bourrelier, pour les cuirs de fufpenfion, &c. qui joignent & attachent la cailfe fur le train.
- Le doreur, pour toute la dorure fur bois & clous dorés.
- Le fondeur, pour les ornemens de fonte.
- Le cifeleur, pour tous les ornemens de cuivre cifelés.
- Le charron, pour tout le train & les roues. j
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- 5)7
- Le tourneur, pour ce qui doit être tourné au train, [comme palonniers , volée, &c.
- Le maréchal groffier, pour les aifîieux, boulons, bandes de roues, &c.
- 146. Life des parties garnies par le bourrelier.
- Berline.
- Les foupentes , fig. III ,pl. XIV, & fourreaux de foupente, c , c.
- Les deux traits le long du brancard ne peuventfe voir ici, étant cachés par les brancards.
- Les courroies de guindage , e, e.
- Les courroies des pieds corniers,/,/
- Le porte - fiege................. ? ne peut fe voir ici, étant recouvert par
- Les courroies de côté du fiege. £ le fiege.
- La courroie & les mains de derrière, A, g.
- Les ronds de palonnier , b.
- La courroie de timon a.
- Chaise.
- Les deux foupentes de derrière, b ,b> fig. II.
- Les deux foupentes de devant , c, c.
- Les deux courroies de cremaillere , b b b, fig. I,
- Les fourreaux de cremaillere ,
- La croifée.
- La courroie de ceinture, g g g g, fig. II.
- Les deux traits de detfous ou contre - fanglots d’aiflieu , d, d, fig. L Les deux marche - pieds , i, i.
- La courroie de portière /, fig. IL
- Les trois courroies de cerceau , g, h >h,fig. \ f& Il fi fig. IL La croifée de palonnier }p q q ,fig. IL Le rond de palonnier, o.
- Les deux poignées de derrière, x, fig. I.
- Les fourreaux & couvertures du reiîort, quand elles font bordées j fition c’eft le fellier qui doit les faire.
- 147. Parties garnies par le fellier à la berline & à la chaife.
- Le pavillon ou impériale en - dedans par l’étoffe, & en - dehors par le cuir, 2,2, fig. III, pi. Xi V.
- Le doilier, uLm , g, pl. XIII.
- Les côtés, les accotoirs, le devant par l’étoffe, ainfi que les portières, c, d,fi
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- V A RT D U BOURRELIER
- Les panneaux ou dormans, appelles cufiodes ou volans , idem, en - dedans & par le cuir en - dehors , y, y, fig. III, pL XIV,
- Le plafond par le cuir nn > pl. XL1I.
- Le quarré de plafond de cuir.
- La cave en - dedans de toile ou de cuir, en - dehors de cuir , o o.
- Les couffins de peau recouverts par 1’étoffe , i i.
- Les chaffis des glaces par l’étoffe.
- Les parclofes par la toile, rr.
- Les devants des coffres par la peau.
- Lelîegedu cocher par l’étoffe , 5 ,/?/. XIV.
- La planche de marche-pied 3dd,
- Les bourrelets de brancard , 4.
- Les heurtoirs de portière,
- Le bourrelet de la tringle de coquille de cocher,
- Les matelas des laquais ,
- Le tablier ou garde - crotte,
- 1
- ^ De cuir. !
- J
- Defcription d'un char - à -banc. ,
- C omme l’art du fellier & bourrelier s’étend à différentes efpec'es de voitures, j’ai cru devoir placer ici une defcription abrégée de celle qui eft connue & employée fort utilement en Suiffe fous le nom de char- à- banc. Elle eft finguliérement propre pour les pays de montagnes i mais ce char ne différant point , quant à fa partie inférieure , des chars ordinaires à quatre roues , qui font partie du travail du charron , la defcription] qu’on va lire n’aura pour objet que la conftru&ion particulière de cette forte de voiture, & il fuffira, pour en donner une idée, de comparer les différentes figures de la planche qui s’y rapporte , avec les explications i & l’échelle déterminera leurs dimenfions refpectives.
- Fig. i , char-à-banc couvert & garni. Le char entièrement conftruit comme tous ceux dont on fait ufage en Suiffe.
- Fig. 2, profil du banc couvert, garni d’un cuir ou d’une toile cirée.
- Fig. 4, portière du char - à - banc , dont les panneaux font de bois ou de cuir.
- Fig. 4 & 5" , portes dormantes.
- Fig. 6 , char couvert vu par le bout, démonté , où l’on voit les vis à écrou qui fervent à l’attacher fur la planche , fig. 8 , 8c les vis qui attachent la portière ou le devant.
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- fï9
- Fig. 7, doffier démonté suffi garni de cuir ou de toile cirée en-dehors.
- Fig. 8 , char fimple avec doffier & accoudoir, &dont la planche peut fer-vir aux deux ufàges.
- Fig. 9, piece de fer pour foutenir le milieu du marche - pied. Les trois portières fe ferment au moyen de rideaux de peau ou de toile cirée, avec trois ou quatre clous à bouton qui l’arrêtent au bas.
- Fig. 10, impériale couverte de peau ou de cuir de veau.
- Fig. 11, planche d’un pouce d’épaifleur, qui fert à donner de la place pour L’avance des pieds.
- Fig. 12, reflort de nouvelle invention pour lâcher le cheval lorfqu’ii prend le mord aux dents. Comme il n’eft pas facile de fortir des bancs fermés de cette façon, l’on prévient par cette maniéré bien des accidens. On place un pareil relTort de chaque côté à la place des crochets pour les tirans pour en faire la fondion ; l’on place derrière le relfort une tige qui doit avoir un anneau dans le haut, aifez haut pour paiTer la courroie; enforte qu’en tirant, elle leve fuffilàmment le redort pour lâcher le menton où le tirant eft accroché : les courroies fe réunidcnt comme les rênes des chevaux de voiture. Il efi ailé de voir qu’il les faut peu longues : pourvu qu’elles atteignent au banc, cela fufht, parce que fouvent celui qui elt dans la chaife conduit le cheval. Ordinairement on n’a point de cocher.
- Fig. 13, profil du devant des trois portières.
- Fig. 14, menton.
- Fig. 1 f & 1G, courroies.
- Fig. 17, planche fur laquelle 011 effc affis fur le char - à - banc,'
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- S6o L'ART DU BOURRELIER
- *' -' ===^5^a=—-- 1 . J-MUB»
- 3XP LI CATION DES FIGURES.
- Planche première.
- 3La vignette repréfente les atteliers des deux bourreliers.
- A, bâtier qui coupe la peau pour faire le collier; B , bâtier qui travaille le collier avant de l’empailler ; C, bâtier qui travaille le collier fur la forme. D , bâtier qui attache les attelles au collier ; E, carroflier qui coupe le cuir avec le couteau à pied i F, carroffiers qui coufent à la pince ; G, un liarnois de carroife ; H , carroflier qui tord le fil ; I, L, veilloirs.
- Le bas de la flanche repréfente les outils & injlrumens des deux bourreliers
- & du fellier.
- AA, lebât-à-bourre.
- A, la pince de bois.
- B, le marteau.
- C, le couteau à pied.
- D, la ferpette.
- E E*, renettes.
- F, G, le grand & le petit emporte-piece.
- H , l’alêne à brédir.
- I, l’alêne à coudre. a , la forme.
- <* <z, le coin. b b ^ le maillet. cc, la faulfe - verge.
- dd , le faux - garrot.
- b, la verge à enverger.
- c, l’aiguille à réguiller. d} le palfe- corde.
- e, le ferre-point.
- /, la broche à piquer. e e , le fer à bâtier. g g, l’aiguille à bâtier.
- 2 , le ferre - attache.
- 3 , le poinçon.
- 4, le fermoir.
- 5 , g, les tire - bourres. 6, h> les rembourroirs.
- Planche II.
- Elle repréfente la coupe du collier des chevaux de charrette en neuf figures cotées depuis I jufqu’à IX.
- Les figures A ,B, font voir le collier achevé & monté. A, le collier vu par-devant. B, le collier vu par-derriere. C, une attelle.
- Planche III.
- Fig, i , le collier monté avec fes attelles, vu de face. Fig. II, le collier
- fans
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- ET DO SELLIER.
- S6i
- fins attelles vue de profil. Fig. 3 , le fût de la fellette dulimonnier de charrette. Fig. A , le bât du cheval de bât. Fig. B , le même bât vu par-devant. Fig. C, le haut de la courbe de devant d’un bât pour faire voir la vertevelle a. Fig. I, repréfente le panneau de chevilîier ; c’elt-à-dire, celui que les chartiers met' tent fur le cheval qui marche immédiatement avant le limonnier afin de monter deflTus. Fig. II, la coupe de la moitié du cuir du panneau de boucher. Fig III, le panneau de riviere, c’eft-à-dire, à l’ufage des chevaux qui remontent les bateaux fur les rivières. Fig. IV, le licol des mulets. Fig. V , la bride des mulets. Fig VI, le mors des mulets , féparé de fa bride. Fig. VII, le bat de mulet, nommé bât d'Auvergne. Fig. VIII, l’éleve de devant dudit bât vue de face. Fig. IX, l’éleve de derrière vue de face.
- Planche IV.
- Fig. I, repréfente un limonnier ou cheval de limon avec tout fon harnois & attelé aux limons d’une charrette. Fig, 2, un cheval de devant, foit chevilîier ou autre, garni de même de tout fon harnois. Fig. 3 , font deux petites bouf-fettes, l’une vue de face& l’autre de profil. Fig. 4, une grande bouffette ; la petite figure montre le commencement de fa façon. Fig. f , ornement des cuirs pour les chevaux de charrette, nommés bâtons rompus. Fig. 6, doubles bâtons rompus. Fig. 7 , une aboutoire ornée de broderie. Fig. £ , le billot à biiler pour atteler les chevaux l’un devant l’autre.
- Planc h e V.
- Fig. I, cheval de bât avec tout fon harnois.
- Fig. II, mulet avec tout fon harnois de guerre.
- Fig. III, le même vu par-devant.
- Planche VI.
- Fig. B , point de billot.
- Fig. A , nœud droit.
- Fig. I, II & III, nœud de coupliere.
- Fig. IV & V, patte-d’oie ou nœud croifé.
- Fig. VI, VII & VIII, nœud quarré.
- Fig. IX , ganfe.
- Fig. X, collier à tringle ou à l’anglaife.
- Fig. A2,D3&G4,la torche & fa coupe.
- Fig. ni, un dé.
- Tome XIV.
- B b b b
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- Z” A RT n U B. a Ü R R E L ï E R
- %6%
- Figi n , demi-boucle.
- Fig. o , boucletot.
- , Fig. p y boucle enchapée.
- Planche V I I.
- . Fïg. I, un cheval de carrofle defUné au timon, avec tout fon harnoîs..
- Fig.. II, lin cheval de carrofle appelle quatrième ou de devant, lorfqu’otî; attele àquatre chevaux & du milieu à i’attelage de fix chevaux ; on voit dans fon harnois, les différences entre, le harnais à quatre & celui, à ilx chevaux. *
- 2, boucle.
- 3 , boucle quarrée.,.
- 4, bout.. .
- 5 , fleuron..
- 6rofettes..
- 7, rofette vue de profil pour montrer les pointes fabriquées par le fonceur , qui fe rident à l’envers du cuir pour y attacher toutes, les.pièces fufdites;.
- g,-,. un troufle-que.ue déployé. , < .,
- Planche VIT I. -, k
- Fïg. I , Te cheval qui s’attele dans les brancards des.chaifes,, appelle-cheval de brancard y avec tout Ion harnois.
- Fig. II, le cheval nommé bricolier, cheval de. côte, on du poflillon , qui s’at-tc.le au côté gauche du cheval de brancard, avec tout fon harnois.
- P L A N C H E I X..
- Fig. A, une-charrette attelée de trois chevaux ; a , le limonnier ; b , le che~ villier ou- cheval en cheville:, furlequel eli monté le charrier fur fon panneau de: chevillier j.c, le cheval de faute.
- Fig. B , une file de mulets armés en guerre; a,.le premier mulet portant le collier de fonnaille ; b , le fécond mulet portant la groife fbimaiile ; c „ le troi-fi.eme mulet portant le gros, grelot.
- Fig. C , une berline attelée de fix chevaux; a-y les deux chevaux de timon.;. è,Jes quatrièmes , ou- chevaux de volée. 5. c, les fixiemes,, ou chevaux de.-dev.ant.
- Fig.. D , une chaife.de polie attelée de deux chevaux a ,1e che val de brancard ; b, le bricolier; c, le chevalin courier.. .
- Fig. I, repréfente une brédiflure ordinaire*. ' . . .
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- Fig, II, autre efpece de brédilïure marquée par les cfpaces qui ne font point ombrés comme la précédente ; a, le cuir j b , portion de Panneau oit eft la brédilïure.
- Fig. III, portion du poitrail du harnois d’un cheval de carroife; a% u, coullinure; b b, le fond; cc, blanchet.
- Fig. IV, portion de l’avaloir-e d’en-bas dudit harnois; u a , coullinure * b b , fond ; a, blanchet.
- Fig. V, le deiTous du coulîinet du harnois de timon ; a b b a , toile ; c , chambrure.
- Fig. VI, la couverture du coulîinet ; a , a ,a a , a, les contours du métal ; d d, les gros anneaux de cuivre pour patfer les guides s b ,b, les courroies qui attachent & arrêtent les rênes de la bride.
- Fig. VII , ornement fur les Cuits des harnois de chevaux de carrolîè, fait en couture blanche appellée ondes.
- Fig. VIII, ornement, idem , appelle ondes à pique.
- Fig. IX , un bout de trait de chevaux de carroife ; a, les deux cuirs blancs ; c t c, la bordure du cuir noir de dellous; A, le blanchet qui n’a qu’un pied de long.
- Fig. X, la Pellette du cheval de brancard.
- Planche X,
- a a, le compas d’arçonnier,
- b, diiférens aceaux.
- c ce, les faudes bandes qui joignent, efpacent & éloignent l’arçon de devant d de celui de derrière e.
- Fig. A A , l’arçon d’une felle à la royale vu de face.
- Fig. B B , arçon vu en - delfus pour voir les bandes fur leur longueur»
- Fig. D D , arçon vu par le côté pour en voir la ferrure.
- Fig. F F, arçon de felle à l’anglaifé.
- Fig. E E, arçon de femme.
- Fig, 2, un quartier de felle.
- r A, la liffette.
- Outils du fellier. J B C, CC, D, différentes cornettes,
- ( E, rofette»
- Fig. 3 , felle à la royale.
- Fig. 4, batte de devant.
- Fig. f , batte de derrière.
- Fig. 6 , patron pour le liege de la felle plié en deux.
- Fig. 7 , arçon d’une Pellette de chaife depofte pour le cheval de brancard,
- B b b b ij
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- VA RT D U BOURRELIER
- 564
- Fig. 8 , un panneau de Telle.
- Fig. 9 , une Telle de femme.
- Fig. 11 , une Telle à PanglaiTe.
- Fig. 12, un panneau de Telle à PanglaiTe.
- Fig. rr, attache de cuir qui Te met Tous l'arcade de la Telle à PanglaiTe. Fig. q q, autre cuir qui Te met Tous le pontet de ladite Telle.
- Fig. 10 5 la coupe du vrai (iege de la Telle de femme.
- Planche XI.
- Le haut de la planche repréfente un cheval Telle & bridé.
- a, la bride.
- b, le mors.
- d d, les rênes.
- c, le bridon.
- e e , le poitrail.
- /, les Tangles & furfaix. g, les étrivieres.
- A, les étriers.
- iii, la Telle à la, royale.
- Il, la houlfe ou croupelin. m, la croupiere.
- 77, le culeroti.
- Fig. 2 , Telle à piquer.
- a a , piece de bois qui termine le troulfequin , appellée U fond du troujfequin.
- Fig. 3 , Telle rafe.
- Fig. 4, Telle à la polonaiTe pour femme.
- a, col d’oie.
- b, liege de cuiife. c 9 faux - quartier.
- </, poignée de fer. e, coulîinet piqué.
- Fig. f , Telle à PanglaiTe avec de faux quartiers, flfl, faux quartier.
- Fig. 6, Telle de pofte. a, ventoufe. b , porte - étriers de fer.
- c, bourfes ou faccoches.
- Fig. A, le coulîinet fimple.
- b , couture qui joint le milieu de la doublure au milieu du def-fus.
- c,c,c, attaches du coulîinet à la Telle & à la croupiere.
- Le bas de la planche repréTente plulieurs Telles.
- Fig. I, les arçons d’une Telle ancienne qu’on appellait fdle. à corps; ils font d’une feule piece.
- Fig. II î la Telle à corps vue par - devant.
- a a a, piece de cuivre qui garnirait le devant des battes. b b, vue d’une portion du troulfequin.
- Fig. III, la même Telle vue de profil.
- #, vue d’une partie de l’armure du troulfequin par - derrière. Fig. IV 5 la même Telle vue par - derrière. à a > le derrière du troulfequin.
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- ET DU SELLIER. ^5
- B bt plaque de cuivre qui garnilîait le derrière du troulîequin. cc, portion du devant.
- Flanche XII.
- Fig. E, couverture des chevaux dans récurie.
- Fig. I, bride du cheval de carroffe.
- Fig. II, licol du cheval de carroffe.
- Fig. III, caveliine pour le panfement. /'•
- jFig. IV, cavelîine de main.
- Fig. V, cavelion à trois anneaux.
- Fig. VI, gros caveffon de piliers ou de maiiege.
- Fig. VII, bouton de bride prêt à treffer.
- Fig. VIII, poitrail du cheval de Telle.
- Fig. IX , croupiere du cheval de Telle.
- Planche XIII.
- La vignette repréfente Tattelier du fellier - carroffier. A, le fellier nervant . collant un arçon b ; B, le fellier tenant un quartier qu’il vient de tailler ;
- ^, le fellier garniffant une voiture en-dedans ; D, le fellier faifant une couvre piquée.
- Le bas de la planche.
- Voiture appellée berline quand elle eft fufpendue entre deux brancards. A, la coupe d’une berline pour en expliquer la garniture intérieure.
- le pavillon, autrement l’impériale. b9b9 les panneaux. c, c , les côtés. d9 d9 les accotoirs.
- e9 la glace de côté faifant partie de la portière f ; p, la main de la glace, g, le doffier ; A, le devant.
- i, i , les coullins polés fur les parclofes r , r, r 9r,
- /, le coffre ; m9 la planche du devant.
- n9 n , les bourrelets fur le devant des parclofes; o, o, la cave.
- Fig. i, le cordonnet à plat.
- Fig. 2, le cordonnet roulé fur la ficelle.
- Fig. 3 , la grofle pince.
- Fig. 4, le miniftre.
- Fig. j-, le poinçon mordant.
- Planche XIV.
- Fig. I, la chaife de pofte 9 élévation.
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- ’ste L'ART DU BOURRELIER
- Fig. Il, plan à vue d’oifeau de la chaife de polie.
- Ftg. III , berline à deux fonds , élévation»
- P L A N C H E XV»
- Char-à-banc, voiture de SuiiTe.
- .. ------J»
- ï J. jS I £
- DES CHAPITRE
- Avant-propos. page 429
- L’A rt du Bourrelier. CH AP. I. lnftrumens, outils & matériaux des bourreliers en général 432
- SECTION I. DuBourrelier-
- B A T I E R.
- CH A P. IL De la coupe du cuir ; les mefures , les coutures , les nœuds £5? les ouvrages en général du bourrelier-baiier. • 4
- GHAP. III. Le harnois des chevaux
- de charrette. 440
- Art. I. La bride. 441
- Art. II. Le collier. 442
- Art. III. La [elle ou fcllette de limon,
- & le rejle du harnois du limonnur.
- 4SO
- Art. IV- Le harnois des chevaux de
- devant. 4î^
- Art. V. U ornement du harnois. des chevaux de charrette. 4S9
- CHAP. IV. De l'attelage des coches <Af des fourgons. 463
- Attelage des coches. . ibid. Attelage des fourgons. 464 CHAP. V. Dis panneaux. 46$
- S ET ARTICLES.
- Le panneau de chevillier. p. 46$ Le panneau du boucher. 467 Le panneau a trouifequin. 469 Collier & panneau de riviere. 4^0 CHAP. VI. Les bâts. 572
- Le bât de cheval à boutonner.
- ibid.
- Le bât français à faiHîes gouttières, ou de guerre. 47Ç
- CHAP. VIL Du bat d'âne. Remarques fur fon collier. 478
- CHAP. VIII. Le harnois du mulet d'armée équipé en guerre. 479 Le licol. ibid.
- La bride. 480
- Le bât de mulet, nommé bât d’Auvergne. 482
- Barde. 491
- CHAP. IX. La bâtine ou torche.
- 492
- CHAP.. X. _ Dijférens colliers pour les chevaux de chaife. 494 SECT. IL Du Bourrelier - carrossier.,;
- CHAP. XI. Desfils , de leurs préparations'& des coutures. 49 6
- .CH, XII, Des divers attelages. 498
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- ET DU SELLIER.
- f$7r
- CH AP. XXII. Zw ouvrages du bourrelier-car rojjier. page 499
- Explication de quelques termes,.
- ibid.
- Art. I. Le licol. 500
- ART. IL La \bride. ibid.
- Art. III. Le harnais des. chevaux de
- - timon. • y o2
- Art. IV. Le harnois des chevaux de
- . devant. *08
- CHAP. XIV. Les harnois des cbe-
- " vaux de cbaijé. 509
- : Harnois du cheval de brancard.
- rSio
- Harnois du bricolier. S11
- GHAP..XV. De la garniture des
- voitures. 512
- Garniture de la berline. ibid.
- Garniture de la chaiTe de polie.
- 04
- CHAP. XVI. Des ornemens dit
- bourrelier de carrojfè. 517
- L'Art du Sellier. Introduction^ 09
- CPIAP. L Varqonnier, arqonneur
- ou ch arpenteur d'arçons. ^20
- Outils , initrumens & matériaux.
- ibid.
- Les pièces des arqo-ns. ibid.
- Prendre la meTure. S 21
- Le travail de l’arqonnier. ibid.
- Lille détaillée des arçons des {elles-
- en ufage. >22
- Proportions des arqons de la Pelle
- à la royale. ibid.
- Différences, des autres arqons.
- 03
- La confieuclion'des Telles.
- CHAP. II. Les quartiers des felles,
- page 2 f
- CHAP. III. Les outils, matériaux , le commencement du travail,
- S2&
- JJ Nerver. ibid.
- Encuirer. 527
- Ferrer. . - ibid.
- Sangler & faux-fiéger. ibid. CHAP. IV.. Confie uct ion de- la felle-. à la royale, - ibid.
- CHAP. V. Des variétés des former
- 1 £9" de confirucimf dans ' les fieiles
- -françaijescomparées a "la fiellé . à la royale. 534.
- 2 cLa ielle a piquer. .1. ibid..
- Les Telles à trou d'équin. 536 La Telle de femme ordinaire à- Xroiüifèquin ' doüier. ibid. La Telle raTe. s 37'
- La Telle raTe de femme,dite Telle*
- à la polouaife. ibid.
- CHAP. VL La fiel le à l'anglaifie,
- >38
- CHAP. VII. De quelques fieiles de-fan lai fie. 54a
- CHAP. VIII. De Vornement des feU les. $ 41
- CPI A P. IX. La fie dette deschevaux" de brancard,. y42
- CPIAP.. X. Les coufjinets, 743.
- Le firnple coufluiet. ibid.
- Le couffin et à flanc ou à garde-flanc. 5.>4,
- CHAP. XL Les bouffis & la couverture d'écurie, ibid,
- La houife ou croupelin, <[49
- La houfle de pied. ibid.
- La hoiiiïe de main. ibid.
- La couverture d’écurie.
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- VA RT DU BOURRELIER,.
- CHAP. XII. Du refte de ? équipage du cheval de /elle, contenant le licol, la bride, le bridon , la ca-veffme, les caveffons, &c.
- La bride. page ^47
- Le bridon. ^48
- Le licol. ibid.
- Les caveflines. 5-49
- Les caveflons. ibid.
- De la fabrique des boutons qui fervent aux harnois ci - deflus.
- Le poitrail & la croupiere. ççi CHAP. XIII. La garniture des voL tures. ibid.
- Travail. ffa
- Garniture du dedans de la cai/Te.
- page s fZ
- CHAP. XIV. Le nombre des ouvriers qui concourent à la per-fedtion d'une voiture, la lifte des garnitures du bourrelier & du fellier. 5^6
- Arts qui concourent à la perfection des voitures , & à leur beauté. ibid.
- Lifte des parties garnies par le bourrelier. fyj
- Parties garnies par le fellier à la berline & à la chaife. ibid. Defcription d’un char-à-banc. ffS Explication des figures.
- Fin de l'Art du Bourrelier & du Sellier.
- ART
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- ART
- DU MOULEUR
- EN PLÂTRE.
- Par M* F I Q. U e T*
- Tome XIV.
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- ART
- DU MOULEUR EN PLATRE.
- / N T R O D U C T I O N.
- 1. L’homme qui penfe 11e dédaigne aucun art : celui du mouleur* fon rang dans la chaîne immenfc qui les tient tous unis; ce talent eft à la' fculpture ce que la gravure e(t à la peinture , avec la différence que le mouleur n’agit dans fon opération que méchaniquaNient, & qu’au contraire le graveur a le mérite de l’art & de l’imitation. Le moulage a plus d’analogie avec l’imprimerie; l’un & l’autre art a l’avantage de multiplier les chefs-d’œuvres des grands hommes & des artiftes célébrés.
- 2. A.VA.NT d’entrer dans aucun détail, jetons un coup - d’œil rapide fur l’hiftoire de cet art,& tâchons de démêler ce qu’il a été chez les anciens. Nous fuivrons fes progrès chez les modernes, & nous finirons par examiner quelle eft fon utilité générale & quels fecours les artiftes & les amateurs en peuvent tirer.
- Tous les commencemens des arts font obfcurs : on ne peut former que des conje&ures fur la maniéré d’opérer des anciens. Quelques paffages de Moyfe, de Pline, de Vitruve , ne nous ont pas laiffé abfolument fans lumières; mais il eft impoflible d’en former un fyftême d’opérations fuivi ; on ne marche qu’à travers des ténèbres. Tout ce que l’on peut recueillir de quelques traits épars dans leurs ouvrages,fie réduit à très - peu de chofe ; & les monumens de ce genre, devenus fi rares, ou prefqu’abfolument détruits , ne peuvent fuppléer au filence des hiftoriens.
- 4. Il paraît que la méthode la plus communément fuivie parmi les anciens & particuliérement pour les grands ouvrages , était de fondre en lames de diverfes épaifleurs les métaux dont ils voulaient faire leurs ftatues; ils rafi.
- C c c c ij
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- s 7* L'A RT DU MOU LE U R
- remblaient enfuite ces platines ou pièces différentes fur une armature de fefr les rapprochaient au marteau & leur donnaient les formes defirées. C’eft ainfi que paraiffent avoir été conflruits le coloffe de Rhodes, la ftatue coloL laie de Néron, &c. monumens dont îa grandeur nous étonne > mais dont le merveilleux difparait dès qu’on s’eft formé une idée de la méchanique qui les a élevés. Tantôt ils fe fervaient d’une efpece de pierre , dans laquelle ils avaient'reconnu la propriété de réfifter à la violence du feu > iis la creu-faient & en faifàient un moule groflier, dans lequel ils coulaient la matière. Ils n’en retiraient, à la vérité, que des figures maflives, & qui le plus boivent ne préfentaient que des formes àpeine ébauchées ; mais on les perfection* naît au cifeau ; quelquefois même on coulait des métaux fans forme , on eu Faifait un bloc dans lequel, à force de travail & de patience , on parvenait à tailler une ftatue comme on travaille le marbre.
- Lorsque l’art fut perfectionné , l’on fe fervit de modèles qui n’étaient cependant point deftinés à l’ufage que nous en faifons aujourd’hui. Ces. modèles fe faifaient de terre préparée ; on en enlevait par-tout une épaif* feur égale à celle qu’on voulait donner à la matière qu’on devait couler de forte que le modèle devenait proprement ce que. nous appelions noyau* Ou faifait recuire ce noyau , on le couvrait de cdre ; l’artille terminait ces. cires, & c’était fur ces cires terminées que fe faifait le moule de potée ^en-fuite l’ouvrage s’achevait comme chez les modernes. Cependant i.1 y a lieu de croire que les anciens n’ont coulé, de cette maniéré que des morceaux ffu-ne grandeur médiocre ; telles font les oies du Capitole , qui fubfident. encore. Ils coulaient, fuivant la même méthode les. différentes parties de. la figure par morceaux féparés qu’ils raffe.mbiaient enfuite avec art. La. ftatue de Marc- Aurele, feu.1 monument de ce genre un peu confidérable qui nous foit refté de la main des anciens, paraît avoir été coulée en deux parties ,.la figure & le cheval féparément. On ignorait encore, il y a moins d’un . flecle, Fart de fondre un grand morceau d’un feul jet..
- 6. Il parait donc coudant que les anciens ont abfolument ignoré l’ufage: du plâtre liquide : ils s’en font fervis comme du marbre & de la pierre pour travailler au cifeau, ou pour faire des modèles, mais jamais pour prendre, des. empreintes faire des creux fur les reliefs & reproduire des originaux* On s’ed quelquefois fervi de la cire à peu près pour le même objet. Le-fxere du célébré Lyfippe fit des figures en moulant le vifage des petibnnes. avec de la cire qu’il peignait enfuite : travail peu e.ftimé fans doute ; car il* y a une grande différence entre l’ouvrage fait avec l’ébaucheur & celui qu; fe jette en moule: l’un eft le. fruit du génie, l’autre d’une manœuvre purement méchanique.. Le premier ouvrier eft créateur , & le fécond copi de ièrvüe j dans quelques cas cependant ou eft forcé d’employer cette m<kkodë>
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- EN P LA T R Z
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- mais o*i ne doit jamais fe la permettre pour fe difpenfer d’étudier la nature.
- 7. L’art de mouler, ou plutôt de jeter en moule, a fuivi le fort.de là fculpture, & la fcujptute celui de tous les autres arts. Après avoir été courbés pendant près de dix fiecies tous le joug de l’ignorance & des préjugés , ils commencèrent enfin à le fecouer peu a peu. Le premier trait de lumière partit de l’Italie : c’eft là qu’un philolophe le plait à contempler l’aurore d’un jour dont peut-être nous avons déjà pafl'é le midi. Tout s’élève à la fois , les arts font liés par la même chaîne. Tandis que d’une aile rapide , la poéfie vole à fa perfection , avec les noms du Dante, de Pétrarque, & dé Bocace ; que Cimabué & Léonard de VTnci créent de nouveau l’art de la peinture à Florence ; que la fculpture , fous le cifeau de Michel - Ange , ref-fufcite les merveilles d’Athenes & de Rome \ que l’invention de l’imprimerie étonne l’efprit humain; que le bafard Fuit naître la gravure qui nous reproduit les chefs-d’œuvres des peintres: l’art de mouler en plâtre, qui multiplie ceux de la fculpture, commence à naître entre les mains de Verrothio. Sculpteur habile autant que peintre célébré,, il ne moula le premier avec du plâtre le vifage des perfonnes mortes ou vivantes , que pour fixer des traits qui s’échapent, choifir ies formes les plus heureufes , embellir & copier plus finement la nature. Cette découverte s’applique bientôt à l’art lui-même v,on connaît le prix des chefs-d’œuvres de i’aiitiquicé on déterre les ruines précieufes s on. étudie ces modèles. LeRoifo, le Primatice paraiifent; ils reliufeitent, pourainfi dire, ces morceaux jufqu.’alors enfevelis; ils moulent quantité de (Fa tues , de buftes., de bas-reliefs antiques ,&e. Nos riclieifes fe multiplient, & chacun jouit de copies précieufes & fidelles ,. dont les originaux ne peuvent fe déplacer. Qu’importe la matière? L’art en fait tout le prix. Adors François Ter, jufte appréciateur des talens, attire en France les; artiftes célébrés. Us y viennent chargés de leurs, tréfors. Fontainebleau s’embellit de ftatues. jetées eu bronze. Les G.ougeon ,. les. Pileur étudient f art devenu pour eux une féconde nature plus fâre que la première. Leur goût fe développe , leur génie s’enflamme la France fe glorifie de produire des artiftes.
- g. Telle eft fur les bords de la. Seine la marche de cette révolution rapide , pendant qu’on éleve à Florence au pere de la patrie & des- arts , Gofme> de Médicis , une ftatue équeftre dont la figure & le cheval font coulés fé'-parénient. En F'rance tous les arts fe replongent dans les ténèbres fous les-fuccelfeurs de Henri. IL Le régné du fanatifme nleft pas moins- funefte aux arts> qu’à, l’humanité. Sous. LouieXHI enfin.,, ou plutôt fous Richelieu,, ils recommencèrent à paraître..
- On place1 fur uir pont magnifîqueja ftatue du plus ador-é des rojs. Uett ouvrage n’eft pas eu.entier de. la. main d’un. Français,.Un éleve de Michel-
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- V A R T D U 'M 0 ü L E ü R
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- 'Ange a fondu la figure du cheval à Florence , & Dupré a lutté avec fuccès contre Jean de Bologne, fon maître , dans celle du héros. La ftatue équeftre de Louis XIII s’exécute dans le même tems. On voit encore un Italien, Kicciarelli s’immortalifer par la figure du cheval, qui eft un chef- d’œuvre, tandis que celle du monarque coulée féparément par un Français, fait regretter qu’elle ne foit pas du même artifte.
- 10. Enfin fous le régné de Louis XIV, où tout eft perfectionné, Keller s’aflocie à la gloire de Girardon , & de leurs taîens réunis naît le plus grand & le “plus fuperbe ouvrage de ce genre , la ftatue de la place, Vendôme fondue d’un feul jet.
- 11. C’est là le plus’haut période de l’art. Il n’y a rien de mieux à faire en pareil cas, que d’étudier & répéter les procédés qu’on a fuivis alors. Auffi n’ignore-1-on pas que, cinquante ans après, lorfqu’on a voulu exécuter la ftatue de Louis XV à Bordeaux, la pratique en était prefqu’ou-bliée, & que fans les mémoires de Boffrand, l’art de fondre d’un feul jet une ftatue équeftre eût peut-être été trouvé ik perdu dans l’efpace de deux fiecles. Quant aux avantages qu’on retire de la méthode de mouler, ils font fenfibles. O11 a déjà vu que c’eft à cette heureufe découverte que nous forn-mes en partie redevables de la renaiflance de l’art. Les antiques moulées par le Rolfo & le Primatice ont jeté parmi nous les femences du bon goût. Les bons modèles ainfi répandus, les connaiffances multipliées, la nature enfin étudiée, les fineffes de l’art mieux failles, ont enfanté des artiftes.
- 12. Louis XIV avait bien fenti l’utilité de cette méthode , quand il fit mouler à grands frais à Rome les antiques & toute la colonne Trajane , qui fut apportée par pièces au Louvre, où l’on en voit encore quelques débris dans la fille des antiques. Ces objets de curiofité & d’inftru&ion ont été détruits par le tems, qui réduit le plâtre en falpêtre. Dans le même lieu font les creux des figures antiques, ou du moins ce qui s’en eft confervé , malgré les ravages du tems & peut-être le défaut des foins nécelfaires. Qu’il nous foit permis de former un vœu & de fouhaiter qu’il parvienne jufqu’au citoyen inf. truit & connaiffeur , qui chez nous prélide aux arts ; c’eft de voir renouveller fur les originaux ces moules fi utiles au maintien des arts en France , & maintenant détruits ou dépareillés , & d’en multiplier les plâtres.
- 15. Sans parler de la colonne Trajane, dont il n’appartient qu’à des fou-verains d’avoir des copies, & que l’impératrice deRuftie vient de faire mouler de nos jours : combien de morceaux précieux , dont les amateurs 11e font redevables qu’à l’art de mouler! Si la France jouit de l’Hercule Farnefe , du Laocoon, du Gladiateur, de la Vénus de Médicis; fi l’Amour de M. Bou-ehardon , le Mercure de M. Pigaîïe , la Vénus de M. Kouftôu , font les délices des coiinaiifeurs : ('car pourquoi ‘réfüferions - nôusjà-des artiftes célébrés les
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- '57 S
- éloges que leur prodiguera la poftérité reconnailTante ?) enfin fi nos jardins, nos veftibules , nos cabinets font ornés de ces chefs - d’,œuvres , nous ne les devons qu a cette méthode ingénieufe qui fait les multiplier. Grâces à fes foins , celui qui acheté n’eft point le polTelfeur exclufif d’un tréfor dont il connaît rarement tout le prix.
- 14. Si de ces avantages généraux, nous examinons en détail ceux que les artiftes en tirent journellement pour leurs travaux , nous verrons combien cette méthode a fervi aux progrès de l’art. Un homme utile à la patrie vient d’expirer, 011. veut faifir & perpétuer des traits chéris que la mort va détruire ; on fe hâte de le mouler; alors ce mafque donne à l’artifte le profil & les formes principales qui font la reflèmblance. Il ne le difpenfe pas de copier la nature, mais il lui tient lieu de ce. modèle qu’il doit avoir fous les yeux pour la faifir plus fûrement. D’ailleurs , quand un artifte a fait fon modèle en terre molle , qu’il l’a animé du feu de fon génie ; s’il veut travailler le marbre d’après le modèle , il faut en fixer les formes qui deviendraient maigres & arides en féchant, & les conferver fans altération. L’imitation ferait impofiible fans le fecours du mouleur. On coule le modèle eu plâtre -, & c’elt cfaprès'ce plâtre devenu le vrai modèle, qu’on travaille le marbre , à moins cependant que le feulpteur ne faife fou modèle en plâtre à la main ; opération qui refroidit le génie ; & dans ce cas même, il eft fouvent obligé d’en faire mouler des parties pour faciliter fon exécution. Quand enfin l’on veut avoir de bons modèles, foit d’après «nature, foit d’après les monumens, on fait mouler des parties féparées., un -bras, une jambe, une main , un bulle, &c. Ce font des études toujours fûtes , .qu’on multiplie à fon gré, c’eft.le moyen de faire un beau choix. C’eft ainfi que l’art eft parvenu à réunir tous les traits,. toutes les proportions qui confti-tuent elfentiellement la beauté parfaite, mais que la nature plus fiere & dès-lors plus inégale n’a peut-être jamais rafl'emblées dans le même individu.
- 15. Il eft vrai que l’art dé mouler, fur-tout pour les ouvrages de conféquence, demande une intelligence qu’on ne trouve pas toujours dans ceux qui i’exer-cent ; de là cette fonte de morceaux faits à la'hâte/& fans foin,, qu’on.rencontre par-tout'; copies infidelles cSt difformes, où l’œil même de. l’artifte a peine à.recon-îïoitre fon ouvrage. Les fculpteurs jaloux de leur réputation favent bien faite i-un choix ; pour les autres qui ne veulent que multiplier des plâtres bons ou
- mauvais , il importe peu de quelle main ils fe fervent. C’eft pour remédier en ^partie à ces inconvéniens , s’il eft poffibîe , que je me fuis déterminé à publier cet ouvrage. Il pourrait être encore utile à ceux qui ne délireraient faire de ‘ cet art qû’uii’fimple amufement, omà ceux même qui voudraient n’en prendre qu’une idée.
- -1 16. Après avoir expofé la nâifîance, les progrès & l’utilité d’un travail jufi
- ’qu’ici peu connu dans les détails , il ne relie plus qu’à dire un mot-de l’ordre
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- V ART B U MOULEUR
- obfervé dans ce travail. On a commencé par donner une idée des différentes matières relatives au moulage, orva indiqué les inftrumens «éceflaires pour 'opérer, ou eft entré dans le détail de l’exécution , en obfervant de mettre par degrés fous les .yeux du ledeur, d’abord les opérations les plus faciles;ou d’un, plus'commim uiage, enfuite les plus difficiles, Curieux de rendre ce traité le plus intelligible qu’il a été poffible', on a fait fuivre un dictionnaire des principaux termes de l’art, pour les mettre à portée de tout le monde. Rien n’a été tracé que d’après une longue expérience & de grands travaux. Ainfi le vœu d’un des plus célébrés auteurs de l’Encyclopédie le trouve accompli dans cet objets c’eft un artifte qui parle defonart.
- rirawarec.' ifissS C*
- CHAPITRE PREMIER.
- Des _ différentes matières relatives au moulage.
- ' 17.-Ïl eft néceflaire que Partifte fâche choifir & préparer par lui-même
- ces différentes matières. Leur bon choix & leur préparation peuvent contribuer beaucoup à la perfedion de fon ouvrage.
- 18. Du plâtre. Le meilleur plâtre eft celui qui devient le plus dur après qu’il eft détrempé avec de l’eau , ou, pour parler plus communément, lorf.
- - qu’il eft gâché. Celui des carrières de Pantin eft moins fufceptible d’efforts & de pouffiere, mais il a le défaut de fe relâcher , étant fouvent trop cuit ou brûlé. Pour éviter cet inconvénient, il faut choifir les pierres cuites à propos , ce qu’on connaît en les caffant, lorfqu’il n’y a pas de noyau dedans, & même
- r en gâchant le plâtre , s’il eft gras & s’attache aux doigts. Afin qu’il foit exempt de tous ces défauts, il eft à propos de le faire cuire foi-même dans un four
- 1 de boulanger, après avoir cafte la pierre en niorceaux de la groffeur d’un œuf.
- - Le choix de la pierre dans la carrière eft auffi effentiel i il y a des bancs préférables les uns aux autres , les lits tendres font meilleurs que les lits durs; cette pierre étant bien cuite ne fe gonfle pas & refte telle qu’elle a été employée. On ne faurait trop prendre de foins pour cette préparation s car c’eft de là que dépend la réuffite de l’ou vrage, fur-tout lorfqu’on doit mouler fur des figures de marbre.
- ï9. Pour bien préparer le plâtre, il faut le battre dans un mortier, ou le broyer le plus fin qu’il eft poffible j j’ai obfervé que cette fécondé maniéré était la meilleure, & quelle rendait le plâtre plus gras. Loriqu’ileft fuffifam-ment broyé, 011 le paflfç au tamis de crin & enfuite à celui 4e foie5 ( on
- dit
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- EN PLATRE.
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- dit fouventpafle au pas de crin, ou au pas de foie ) ce qui refte dans ces tamis s’appelle mouchette. On le rebat & le conferve fans être palfé, pour faire des chapes, ou de fortes pièces. On obfervera en général de conferver le plâtre dans dès caifles ou tonneaux, pour le garantir de l’humidité, qui le perd entièrement en lui ôtant fa première qualité de devenir dur en féchant. Si vous defirez qu’il foit bien blanc, vous le gratterez avant de le broyer dans le-mortier, fur-tout celui qu’on acheté aux carrières tout cuit, comme le plâtre pour la bâtiflè. On le vend à Paris fix fols le fac i mais cuit au four du boulanger , il vaut depuis vingt jufqu’à trente fols.
- 20. Du talc ainfi nommé improprement par les gens du métier, qui ejl le gyps cryjlallifé. Om fe fert aufli de talc pour couler de petites figures, ou autres pièces délicates ; c’eft un gyps fin & cryftallifé qui fe trouve dans les carrières de plâtre : il eft diaphane , d’un blanc verdâtre. On doit, avant de le faire cuire, le diviferpar feuillets d’une ligne ou deux d’épaiffeur, & le mettre au four comme le plâtre. Il fe prépare de même*; mais comme il prend plus vite, il faut le gâcher fort clair. On ne fe fert pas ordinairement de cette matière pour faire des creux, parce qu’elle n’a pas alfez de confiftance, à moins qu’on n’y mêle partie égale de plâtre commun. On fe fert de talc pour couler des figures de bas-relief, des médailles ou autres chofes précieufes qui doivent être parfaitement blanches.
- 21. De la terre à modeler. Cette terre fe trouve chez les potiers de terre, qui la préparent. Elle fe vend à préfent dix fols le pain, pefant depuis cinquante jufqu’à foixante livres : on fe fert de cette terre pour eftamper & pour faire des portées autour des moules, ainfi que des épailfeurs pour la fonte des plombs ; c’eft avec cette terre que le fculpteur fait fon modèle ; fouvent il le fait en plâtre à la main, fur-tout dans les grands ouvrages.
- 22. De la cire. L’USAGE de la cire eft très-fréquent dans l’opération du moulage: tout ce que l’on doit fondre en bronze eft coulé en cire , avant que le fondeur faflè fon moule de fable ou de potée. Voici comme elle fe prépare: fur une livre de cire neuve on met un quarteron de fuif & une demi-livre de poix de Bourgogne blanche; l’on fait fondre le tout enfembie, en obfervant de ne pas la lailfer bouillir. Cette cire devient liante; elle fert à faire des épaif-feurs pour les bronzes, à réparer des pièces perdues ou caffées dans les moules, &»même à durcir les creux ; mais dans ce dernier cas, il faut que la cire ne foit altérée par aucun mélange.
- 23. Du maflic. La compofition du maftic fe fait de plufieurs manières: prenez une livre de cire, une livre de poix - réfine , un quarteron de foufre en poudre, & faites fondre le tout dans un vaiffeau de terre ou de cuivre fur im feuunédiocre , en obfervant de ne pas le lailfer bouillir. Lorfque tout eft
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- V A R T D U M 0 U'ïTE ü R
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- fondu, vous ÿ joignez de1 là poudre de marbre ou de brique paflee.au tamis de foie , en remuant le tout avec une fpatule de bois. On ne peut déterminer au jufte ladofe de cette pouffiere j.c’eft ordinairement cinq ou fix poignées pour la quantité de cire donnée ci - defliis. Lorfque le maftic eft froid, il eft facile de voir s’il eft trop! dur ou trop mol ; dans le premier cas on y ajoute un peu de cire , dans le fécond on y met un peu de poudre de marbre. J’ai fait quelquefois ce même maftic qui s’eft trouvé fort bon, en fubftituant du plâtre fin au marbre ou à la brique.
- 24. Ce maftic fert pour mouler fur les marbres, fur les terres cuites, & autres morceaux de fculpture, dont la matière eft plus caflante. Lorfque l’on veut s’en fervir, on le fait fondre au bain - marie, afin qu’il ne brûle pas au fond du vafe. On emploie aufîi un autre maftic pour rejoindre les modèles en terre cuite , qui fe cafîent dans le four par l’aétion du feu, ou pour rejoindre les coupes que l’on eft obligé de faire fur cette terre. Les marbriers appellent cette compofition majlic gras .-il eft compofé de cire & de poix - réfine en égale quantité ; obfervez de chauffer les deux parties que l’on veut rejoindre.
- 25. Il y a une troifieme efpece de maftic, dont on fe fert plus particulière-, ment pour le.marbre ; il eft plus long à durcir & tient plus fortement que l’autre: il eft compolé de fromage blanc , nommé vulgairement à la pie,,8c-égale portion de chaux vive, que l’on mêle enfemble en le broyant fur un morceau de marbre ou pierre de liais. On emploie aufti au même ufage de l’alun de Rome, qui jaunit moins que toute autre matière ; il faut faire chauffer les parties que l’on veut rejoindre, fans toutefois les brûler : le marbre alors change de couleur , & la jonction paraît.
- ,26. Des huiles & de leurs préparations. On fe ièrt ordinairement d’huile d’œillet, pour enduire les creux dans lefquels on veut couler du plâtre:fi le creux eft durci, on emploie l’huile telle qu’elle eft : fi le creux eft tout frais, 011 fait fondre dans l’huile un peu de fuif ou delain-doux , ou bien l’on faitdif* foudre du favon blanc dans l’eau chaude lorfque le {avoir eft entièrement aiifous, l’on y ajoute de l’huile d’œillet dans la proportion de la moitié du favon employé : le tout fait une huile très - bonne pour les creux., qui font fiées fans être durcis. L’huile graflè eft une huile cuite , dont on fe fert pour durcir les creux & même les figures de plâtre que l’on veut mouler , ou qui font expo-fées à l’air ; cette huile doit être de lin, parce qu’elle eft plus deftîcative. Voicija maniéré de la faire cuire : mettez une livre d’huile de lin dans un vailfeau de terre, joignez-y un demi - quarteron dé cire neuve, puis prenez un quarteron de litharge, que vous envelopperez dans un linge & fufpendrez au milieu'.de votre huile, enforte que le .nouer y trempe entièrement* faites cuire cette huile à petit feu pendant cinq ouhx heures, elle s’emploie chaude. Je parlerai dans Ion lieu de la maipere de s’en fervir,
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- 27. Huile de Rome. On appelle huile de Rome la terre à modeler, que Pou a détrempée avec de l’eau en la battant avec la fpatule. Ce mélange forme une huile qui n’eft pas bien rare, mais qui a cependant fon utilité 3 on s’en fert pour enduire les grolfes pièces d’un moule que l’on doit calïer, & pour les autres ouvrages de peu d’importance. ( Voye^ C article Creux perdu. )
- 28. Eau defavon. L’on fè fert auffi d’eau de fa von blanc pour mouler fur lé marbre & pour enduire des creux que l’on coule tout frais \ on fait chauffer de l’eau de rivière, dans laquelle on jette des morceaux de favon que l’on remue en fuite ; on peut faire cette eau auffi épaiffe que l’on veut, en y mettant plus ou moins de favon ou d’eau.
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- CHAPITRE II.
- Des mjlrumens.
- 29. C^uand on aies matières toutes prêtes, il fautfe pourvoir des outils ïieceilàires. Ils confident en fpatules de différentes grandeurs, de cuivre ou de fer, avec un manche de bois ; en jattes de bois ou de faïance ; ces dernieres font plus commodes, le plâtre 11e s’y attache pas -, fi l’on fe fert de celles de bois, il faut, lorfqu’elles font neuves, les imbiber d’huile ou de cire. On le procurera enfuite des couteaux fort aigus, fort minces & bien affilés, des pinceaux & des broffes à longs poils, pour appliquer le plâtre détrempé clair fur la portion du modèle où vous voulez faire une piece, ou pour enduire les creux avant que d’y couler le plâtre; des pinces de fer terminées en pointes pour retirer les petites pièces dans le cas où elles ne peuvent fe dépouiller & pour faire les annelets de fil d’archal; des ripes de fera dents pour gratter ou ruftiquer la cire, ( afin que les épaiffeurs de cire puilfent s’attacher enfemble ) 8c autres ouvrages qui feront détaillés dans la fuite ; des ébauchoirs de buis ou de cuivre. On le fert auffi de petites agraffes de fil de fer, nommées annelets, & qui fe mettent dans les pièces que l’on doit retirer : la forme des annelets elt à peu près femblable à ce qu’on appelle la porte d'une agraffe.
- 30. Il faut déplus un fermoir, ou cifeau à manche de bois, des grattoirs pour unir les pièces de plâtre. Il y a plufieurs autres outils dont la forme efl; arbitraire ; car chaque opération oblige le mouleur à chercher des moyens & des outils propres à fon objet particulier. ni
- D d d d ij
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- L' a r:t du 3i o ü l eu n
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- : CHAPITRE III.
- . i. Maniéré d’ejlamper.
- 5 i- 1[J*ne des opérations les moins difficiles du mouleur, & qui demande beaucoup de foins, eft la maniéré d’eftamper. Lorfque les artiftes ontbefoin de différentes parties des figures qui compofent les monumens publics, comme d’une tête, d’une main, & qu’ils ne veulent pas faire la dépenfe d’un bon creux, alors on eft obligé d’eftamper, c’eft-à-dire, de prendre les formes avec de la terre molle fur toutes fortes de reliefs, marbre, bronze ou bois, &c. excepté fur la terre molle, par la raifon que cette même terre fert à faire l’opération, S’il s’agit, par exemple, d’une tête de marbre, vous commencerez ainfi : renfermez dans un linge un peu de cendre pour faire uneponce que vous frapperez contre ladite tète; il fortira de ce linge une poudre qui couvrira le marbre & empêchera la terre de s’y attacher ; prenez enfuite de cette terre, ( la plus ferme eft la meilleure) & faites-en des pièces en la pouffant contre l’ouvrage, en commençant toujours par les endroits les plus creux. Vous obferverez foi-gneufement de ne couvrir les parties les plus faillantes que les dernieres. Chaque piece que vous avezpouffée dans les fonds doit fe retirer , afin de la pouvoir couper & la remettre enfuite à fa place ; il faut jeter deffus chaque piece un peu de plâtre fin en poudre , ou les huiler, afin que les autres que vous placerez à côté aie s’y attachent point: tout étant ainfi couvert, vous faites une chape de plâtre fur toutes vos pièces que vous huilez auparavant; & lorfque le plâtre eft bien pris, vous les retirez. S’il refte des pièces de terre attachées à la tète , vous les retirerez avec foin pour les remettre dans les creux. Verfez enfuite du plâtre clair dans le creux ; lorfqu’il fera pris , vous dépouillerez entièrement toute la terre & vous aurez un plâtre qui reifemblera parfaitement au marbre , fi tout a été parfaitement bien eftampé. L’opération étant faite, il faut nettoyer le marbre- avec de l’eau & une éponge.
- 3 2. On 1e fert quelquefois de maftic & de cire molle pour eftamper de petits objets, comme médailles, &c. J’ai elfayé pour cet ufage une pâte qui réuffit affez bien : voici fa compofition. Prenez une livre de cire neuve, une demi-livre d’huile d’olive, une livre de poudre à poudrer ou de la belle farine. Lorfque la cire eft fondue, vous verfez l’huile , & cette compofition tirée du feu , vous mêlez votre poudre avec une fpatuie & remuerez jufqu’à ce que le plâtre foit d’une confiftance ni trop molle ni trop ferme.
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- I N PLATRE.
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- CHAPITRE IV.
- Creux perdu.
- 35. On appelle creux perdu, celui duquel on ne peut retirer qu’un plâtre. Il arrive quelquefois que, pour éviter la dépenfe , on moule ce creux perdu : il faut alors plus de précautions , attendu’que le creux & le modèle font également perdus , li celui qui fait cet ouvrage n’apporte pas aifez de foin & fe hâte trop en caffant le moule fur le plâtre. Il eftà propos que la terre du modèle foie encore fraîche ; car autrement l’on aurait beaucoup de peine à retirer du creux la terre qui, fans cette précaution , ferait calfer les parties faillantes & aiguës , formant les touches du moule.
- 34. Je fuppofe une figure ou un bulle grand comme nature, qu’oa, veuille mouler à creux perdu. Voici la méthode la plus fûre. Il faut d’abord faire de grandes pièces avec du plâtre fin , dans lequel on met un peu ,de rouge , ou de noir en poudre, ce qui produit deux effets avantageux > le premier, de rendre le plâtre moins dur que celui qui eft gâché fimplement; le fécond, d’empêcher, au moment où l’on caffece plâtre fur l’ouvrage, qu’il ne fe confonde avec le plâtre blanc : ces pièces fe font ainfi. Vous ne gâchez d’abord que la quantité de plâtre que vous jugez néceffaire pour couvrir la furface du modèle , vous prenez enfuite une broffe douce à longs poils pour appliquer le plâtre clair: lorfqu’il commence à prendre, vous donnez avec votre fpatule la forme que la piece doit avoir & l’épailfeur proportionnée au modèle. Le plâtre étant un peu pris, vous taillez avec la pointe de votre couteau la piece fur la terre lans rien gâter. Huilez enfuite ces furfaces que •l’on nomme coupes, afin que les autres pièces ne s’attachent pas enfemble. Continuez de même jufqu’à ce que votre modèle foit entièrement couvert de grandes pièces ; fur chacune defdites pièces vous ferez des repaires avec le bout de la fpatule, & vous huilerez tout avec telle huile ou graiffe qu’il vous plaira; vous ferez alors votre chape qui eft une enveloppe générale des pièces, & vous la compoferez de gros plâtre ; vous la foutiendrez par une armature de fer faite avec des fantons de fer doux que l’on nomme fer de Berry, pliés fuivant les contours de l’ouvrage. C’eft au mouleur à juger de la quantité néceffaire pour la folidité du creux : il faut que la chape du devant foit plus large que celle du derrière., parce qu’elle embraffe les côtés. Lorfque le plâtre eft pris, vous retirez la chape de derrière &: vous arrachez la terre qui fe trouve dans le creux : vous le nettoyez en-fuite & lavez avec de l’eau de favon claire, après cela vous donnez une couche
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- V A RT DU MOULEUR
- d’huile d’olive, dans laquelle vous avez fait fondre du fuif. La jufte proportion eft d’une chandelle d’un fol pour une livre d’huile.
- 35-. Le creux étant bien huilé fans laiffer aucune épaiffeur, coulez-y votre plâtre & faites enforte que les deffous foient bien imprimés. Servez-vous pour cela d’une broffe à longs poils. Si le creux eft en deux coquilles, c’eft-à-dire en deux parties , vous aurez foin qu’elles foient bien garnies de plâtre fin par-tout, fans en mettre fur les coupes ou joints qui doivent s’appliquer l’une fur l’autre. Lorfque le creux eft bien rejoint, il faut le lier très-fortement, afin que le plâtre par fon adion ne le faffe point ouvrir : c’eft pourquoi on bouchera les joints avec de la terre molle, puis on y coulera du plâtre clair afin de lier tout l’ouvrage. Si le creux eft facile à remuer, vous le roulez pour faire entrer le plâtre par - tout. Si cela n’eft pas poftible , vous vous fervez de la broffe pour gobeter les joints. On met ordinairement du fer dans le plâtre que l’on coule î il fe pôle fur le plâtre fin, & l’on recouvre le tout avec du gros plâtre ; le plâtre étant bien pris , vous caffez le creux fur l’ouvrage avec foin & patience. S’il arrive qu’il fe faife quelques éclats, on les met à part pour les recoller enfuite avec du plâtre fort clair. Ayant fuivi ce procédé à la lettre, vous aurez le modèle en plâtre tel qu’il était en terre,
- 36. Si on moule de plus petits objets, tels que des ornemens des fleurs, des bas-reliefs, &c. à creux perdu, même des figures , on emploie une autre maniéré de faire le creux. On pofe le modèle horizontalement fur une table, ou fur une planche;’on gâche du plâtre fin , dans lequel 011 a mis , comme j’ai dit ci - déifias, du noir ou du brun rouge, & 011 le verfe fur le modèle , faifant enforte que le plâtre foit d’une égale épaifîeur, de deux ou trois lignes plus ou moins : on laiffe prendre un peu le plâtre , afin de pouvoir y paffer une légère couche d’huile s enfuite on couvre le tout de gros plâtre garni de fantons à proportion de la grandeur du modèle. Ce moyen eft plus facile, mais il demande beaucoup plus de foins pour retirer la terre du creux, de crainte que cette petite couche de plâtre fin ne fe leve avec la terre qui doit être dans ce cas fort molle. Pour couler le plâtre dans le creux, on emploie le même procédé que j’ai expliqué ci-deifus: c’eft à l’intelligence du mouleur à prévoir les difficultés qui peuvent fe rencontrer dans cette opération.
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- chapitre V.
- Maniéré de mouler fur nature.
- 37* C3 N entend par mouler fur nature l’empreinte que l’on fait fur les différentes parties du corps humain vivant, ou mort. Plufieurs perfonnes fe
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- laifTent couvrir le vifage de plâtre , croyant ayoir par ce moyen leur portrait au naturel. Il eft bon de les défabufer. L’empreinte que l’on fait fur la figure efi toujours défagréable , les yeux font fermés, & la bouche efi fouvent de travers. Mais s’il s’agiffait d’un homme à qui 011 voulût élever un monument avec fon portrait, & qu’il n’eût point été fait de fon vivant,alors il 11’y aurait pas d’autre reüburce que de lui mouler le vifage. Ces traits, tout altérés qu’ils font, donnent toujours une relfemblance approchée & guident l’artifte dans (on travail.
- 38. Cependant quelques auteurs qui n’étaient point artiftes ont donné la maniéré', de mouler une perfonne vivante en entier. L’on voit le détail de cette opération dans un ouvrage intitulé : Secrets concernant Les arts & métiers', mais je ne confeille pas d’en fubir l’épreuve. Le plâtre en fe gonflant pourrait étouffer la perfonne qui aurait cette imprudence, à moins que le mouleur ne fût extrêmement prompt & intelligent. Cependant les artiftes, pour avoir fous les yeux de bons modèles, fe trouvent fouvent obligés de faire mouler des parties féparées, comme une tète, des bras, des jambes, &c. Il faut d’abord remarquer généralement qu’011 ne moule fur nature qu’à creux perdu, parce qu’il faut que tout foit couvert d’une feule fois, fi l’on veut avoir plufieurs épreuves; alors on moule, à bon creux fur ce premier plâtre.
- 39. Pour mouler le vifage( nous choififfons cet exemple comme le plus difficile) il faut avoir du plâtre très-fin & très - prompt : on commence par grailfer les fourcils, les cils & la naiflànce des cheveux avec de la pommade ou du beurre frais, le refie du vifage avec de l’huile d’olive ; enfuite 011 difpofe une ou deux ferviettes autour du vifage pour empêcher que le plâtre ne coule dans les cheveux & dans les oreilles. Tout étant prêt, & la perfonne étant couchée horizontalement, on gâche le plâtre avec de l’eau qui ne foit ni trop froide ni trop chaude, & on le faille un peu prendre : alors on en met une égaie épaiifeur fur tout le vifage , en commençant par les bords, & réfervant à couvrir en dernier lieu la bouche & le nez. Pour que la refpiration ne foit point gênée, 011 place dans la bouche & dans les narines un petit tuyau de plumes. Si l’on ne veut pas ufer de cette précaution, il faut au moins faire enforte que les narines 11e foient pas bouchées , en pofant le plâtre tout autour avec dextérité & promptitude. Lorfque le plâtre eft ton, c’eft l’affaire d’une minute au plus. On releve promptement la perfonne, & le mafque fe détache de lui-même ; on lave enfuite le vilàge avec de l’eau - de - vie, afin de prévenir le mauvais effet de la fraîcheur du plâtre. Cette opération finie , on fait fécher le creux, afin de pouvoir le durcir avec de l’huile graffe. Il faut que l’huile foit bien chaude & le creux bien fec. ( J’aurai bientôt occafion d’expliquer la maniéré de durcir toutes fortes de
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- creux.) Lorfque le creux eft durci, fi vous voulez y couler de la cire, il faut prendre garde qu’elle 11e foit trop chaude, parce qu’elle s’attacherait au creux & le ferait écailler ; on connaît le jufte degré de chaleur lorfqu’on peut • aifément y tenir le doigt.
- 40. A l’égard des autres parties du corps, comme le bras, qui peutfe-mouler fans courir le moindre rifque, on commence par rafer les endroits où il y a du poil, excepté le deffous des aiflelles , que l’on peut graiffer avec de la pommade, & l’on huile tout le bras. La perfonne ;doit être placée commodément près d’une table folide, fur laquelle on a bâti une efpece de caifle de planches minces arrêtées avec de la terre molle. Cette caiife doit fuivre à une certaine diftance la forme du bras & de la main qu’on veut mouler : alors 011 détrempe, s’il fe peut, la quantité de plâtre fuffifante pour couvrir le tout. C’eft toujours avec de l’eau chaude qu’il faut gâcher le plâtre : lorfqu’il commence à prendre, on la verfe dans la caiife, obfervant de la verfer également. Quand le plâtre eft pris, on ôte les petites planches qui compofent la caiife, & avec un ébauchoir de buis ou de cuivre bien mince on fait une entaille des deux côtés du bras fans toucher à la chair. Lorfque le plâtre eft bien pris, on approche un fermoir dont on a ôté le taillant fur un grès j on fait une petite pefée dans les entailles que l’ébauchoir a faites: alors le creux éclate en deux ou plusieurs parties ; on fe fert aufli de petites planches taillées en forme de coin , que l’on place à quelque diftance de la chair en fuivant les coupes qu’on defire de faire. Ces planches doivent être bien graiifées avec du fain-doux ou du fuif, afin que dans l’inftant où le plâtre eft fuffifamment pris , 011 puiffe les retirer. Le bras étant débarraffé du plâtre, il faut le laver avec de l’eau-de-vie & faire tremper le creux dans l’eau jufqu’à ce qu’il ne boive plus ; on le laiife enfuite égoutter & 011 le frotte avec de l’huile d’olive dans laquelle! on a fait fondre du fuif. Si en ouvrant le creux fur le bras, il fe détachait quelqu’éclat, on le recolle avec un peu de fain-doux en faifant l’aifemblage des morceaux du creux. Avant que de couler dans ce creux, il faut percer avec une groffe épingle les extrémités des doigts pour donner de l’air, afin que le plâtre ne fa ffe point de foufflure. Tout étant ainfi difpofé , l’on coule le plâtre & on le laiffe bien prendre avant que de caifer le moule. Cet ouvrage doit être fait avec précaution : on courrait, fans cela, le rifque de perdre le creux & le plâtre.
- 41. On emploie quelquefois du fil ciré pour faire les coupes du creux: on applique pour cet effet les fils fur la chair avec de la gomme , ou de la cire, dans l’endroit où l’on juge que le creux doit s’ouvrir; mais cette maniéré ne vaut pas la première , parce qu’il arrive que les fils fe dérangent & fe caffent toujours, ce qui fait que les joints 11e font pas nets.
- 42. Pour mouler les autres parties du corps , il faut faire une féru-
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- bîable opération relativement à l’objet ou à la pofe que Poil'donne an modèle.
- 4}. J’ai fait plufieurs épreuves pour mouler fur nature : voici celle qui m’a réulïi le plus ordinairement. Il eft très-rare de trouver des gorges bien formées dans les modèles de femmes qui fervent aux artiltes : c’eft pourquoi, lorfqu’il s’en trouve de bien proportionnées, on fe hâte de les mouler. ( On ignore aflez généralement que la fraîcheur du plâtre atfailfe la chair & gâte la gorge. ) Je place le modèle alïis fur une chaife,ie dos appuyé contre le dohîer du fiege & les bras croifés fous la gorge. Après avoir huilé la peau, je détrempe le plâtre avec de l’eau chaude ; & lorfqu’il commeqceà prendre , j’en fais un enduit fur la gorge avec un pinceau à longs poils fins perdre de tems. J’applique fur l’enduit plufieurs brins de filalfè de chanvre qui fe lie avec le plâtre & empêche la refpiration de faire gercer le moule. On donne à ce moule le moins d’épaiifeur, de peur de caufer trop de preifion fur l’ef-tomac. Si le plâtre eft prompt, c’eft l’aftaire d’un inftant.
- 44. Lorsqu’on moule fur un cadavre, on fuit le même procédé; mais on 11e prend pas les mêmes foins pour la confervation du fujet : cependant, fi c’eft le vifàge que vous voulez mouler, faites enlorte qu’il foit encore chaud , pour que les chairs ne foient pas retirées.
- Si l’on veut en retirer une cire colorée, il faut prendre de la cire blanche, dans laquelle on aura mis un peu de vermillon ; la cire étant fondue & le creux étant durci, on coule cette cire à la volée, c’eft-à-dire eu la ver-fant à plufieurs reprifes dans le creux, afin de lui donner une épailieur égale par-tout. Pour que la cire ne fé déjette pas , on coule ordinairement un noyau de plâtre par-derrière. Ces figures de cire que l’on voit par - tout & qui ne font, pour l’ordinaire, qu’ébauchées d’un a liez mauvais goût, fe font à peu près de cette maniéré, à l’exception du noyau dont elles manquent toujours. L’opération finit par la pofe des yeux d’émail. !
- 46. On peut auffi mouler fur nature, des animaux , des fleurs, &c. Voici une méthode aifée pour mouler les chofes les plus délicates , telles , par exemple, qu’une fleur. O11 prend un vafe un peu plus haut que la fleur , on l’attache fimplement au fond avec un morceau de cire à modeler, on remplit le vafe d’eau jufqu’à une certaine hauteur, & l’on coule dans ce liquide du plâtre fin fans l’agiter; il faut que le plâtre furmonte. la fleur & la couvre entièrement. Lorfqu’il eft bien dur, 011 caife le vafe1 pour en retirer le moule d’un feul morceau , on le partage enfuite en deux ou quatre pièces, afin de pouvoir retirer la fleur par morceaux en faifant recuire le creux. Les feuilles qui reftent dedans fe fechqnt &font faciles à détacher : on coule après cela de l’étain rouge , c’eft-à-dire très-chaud, dans le moule', ayant foin d’y pratiquer des ouvertures pour donner une ilfue à l’air * afin que tout fe remplilfe-: fi le moule eft bien net, la fleur fe .trouve rendue au naturel... , ,
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- L’ A R;T D U ~MiOM LEUR
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- 47. On fe fôrvait autrefois, pour les ornemens des tables, de fruits & de fleurs coulés-en cire ; mais la mode en eft paflee en France , & ne s’eft con-fervée qu’en Italie, où j’ai vu des tables fervies en fruits de différentes ef-peces, tous en cires colorées : ces moules fe font ordinairement en deux coquilles,& l’on ne coule pas la cire dedans qu’ils ne fuient bien durcis.
- 48. .LoilSQJJE ..les artiftes veulent conferver la forme d’une fleur, ils la plongent dans de la cire tiede à y pouvoir tenir le doigt : il fe forme alors une petite couche delfus la fleur, qui la conferve & n’empeche pas d’en apper,-cevoir à peu près toutes les formes.
- 49. On peut auffi mouler fur nature avec de la cire. Si c’eft, par exemple , fur une main , 011 la plonge à plufieurs reprifes dans la cire chaude , & on lui donne par ce moyen telle épaifleur que l’on veut : on recouvre le tout en fuite avec du plâtre pour maintenir la cire , & on ouvre le creux comme celui qui n’eft fait qu’en plâtre. Après avoir coulé dans ce creux, on ôte la cire qui peut fervir à d’autres ufages.
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- > : CHAPITRE VI.
- Maniéré de mouler à bon creux fur la terre molle.
- fo. Ç^uand le fculpteur a fini fon modèle en terre molle, il le confie au mouleür, dont le travail influe beaucoup fur le mérite du lien ; carie moindre défaut d’attention ou d’intelligence de la part du fécond peut ôter tout le prix de l’ouvrage du premier.
- 51. Il s’agit de mouler ce modèle à bon creux tandis qu’il eft frais , parce qu’en féehant , les parties fe retirent & s’amaigriflent. On apppelle bon creux celui duquel on peut retirer plufieurs plâtres, comme celui du petit modèle de la ftatue équeftre de Louis XV par M. Pi gai le. Ce creux a été fait par le fieur Potnel ; on peut le regarder comme un des bons dans ce genre : il en eft forti plus de cent plâtres tous également bien faits. Je fuppofe qu’on veuille mouler la Vénus.de Médicis, dont le modèle foit enterre molle; je choifiscette figure en particulier, parce qu’elle eft connue, foit en grand, foit en petit. On commence d’abord par faire les coupes des bras avec un fil de fer ou de laiton fort mince, & avec un ébauchoir on trace deux lignes appeîlées repaires , iur la coupe, afin de pouvoir rapporter les parties avec précision dorfqu’elles feront moulées : le bras féparé.du corps, on le pofe fur une planchemù l’on met en plufieurs endroits des morceaux de terre molle huilée afin que la terre''du bras qui eft molle :11e; s’attache pas à la planche, ni à
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- la terre fur laquelle il doit être placé: 011 fait enfuite des portées de terre aux endroits où fe trouvent terminées les pièces. Elles fe font ordinairement en quatre parties , d’une extrémité à l’autre du bras ; les petites pièces pour les doigts doivent fe renfermer dans les grandes. Lorfque les creux font faits, on retire les pièces de deffus la terre & on les raffemble afin de les lier , pour que le creux ne fe tourmente pas.
- 52. Le fécond travail a pour objet le grand creux de la figure , qui doit être en deux affifes de niveau. La première fe fait depuis la plinthe jufqu’à la moitié des cuiffes ; de là la fécondé s’étend jufqu’aux épaules ; on moule, fî l’on veut, la tète féparément pour pouvoir remuer le creux avec plus de facilité. Comme cette figure eft nue, les pièces doivent être plus grandes que pour une figure ornée de draperies.
- On commence donc les pièces par les fonds ,& toujours par le bas de la figure : il faut marquer avec un petit morceau de terre l’endroit où l’on doit mettre la pointe du couteau ou d’un outil, pour faire quitter la piece lorfque le plâtre eft coulé , évitant, autant que cela eft poffible , de tailler les pièces à angles trop aigus : la poulfée du plâtre les ferait cafter , & l’on ne pourrait pas en retirer beaucoup de copies. La meilleure façon de tailler ces pièces eft à angles droits autant que la forme du creux le permet. On peut retirer la piece pour la tailler à la main, & c’eft la meilleure façon, fur* tout pour les petites pièces. Il faut auiîi mettre des annelets dans les pièces des fonds, afin de pouvoir les retirer avec les pinces, & on les attache aux chapes dans certains cas.
- f 4. Il y a même des creux dans lefquels toutes des pièces font attachées : on peut alors tourner les creux lorfque le 'plâtre eft .coulé* C’eft la façon ordinaire des mouleurs Italiens, & de là vient qu’ils font des figures fi minces.
- y y. Pour bien raifonner les pièces d’un moule , il faut fe les-figurer déjà faites fur le modèle à la place qu’elles occuperont dans le moule: fans cette étude préparatoire, une piece entraîne l’autre. Si au.contraire les pièces ontété bien jugées , elles fe tiennent d’elles-mêmes, de façon quelorfquej’on coule le plâtre, rien ne fê dérange. Quand.ou aura faifeiplufieurs pièces dans un fond de draperie, 011 en formera une feule pourmecouvrir toutesobe&autres , ce qui donnera une très - grande facilité pour imprimer le plâtre dans le creux. Certains mouleurs n’ayant pas affez d’intelligence Lpour prévoir les difficultés qui doivent fuivre leur opération > croientileur objet remph , lorlque le modèle eft couvert entièrement de pièces rnifes au hafàrd, & s’embarraft fent très - peu de l’endroit où; feitrouvent les jointes defdites pièces : c’eft.à eux à profiter de1 l’avis que je donne rici ; il faut, pour réglé générale, que-toutes les coutures fe trouvent fur la. même ligne & fur les endroits les plus faciles à réparer. Ce ferait en effet une grande mal - adreffe de faire palier
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- L'A R~T 'J fil U M 0 TJ L E U R
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- 1a couture dans le milieu d’un œil : on obfervera, en faifant les pièces fur le vifage d’une figure , de placer la couture précifément fur le milieu du nez, & les autres en fuivant ; la couture de la mâchoire inférieure fur les endroits les plus faillans-de l’os ; pour un bras , une jambe , &c. l’on doit fuivre de même les endroits les plus élevés, Rien ne peut difpenfèr de cette attention dans les figures de ronde boffe.
- 56. Lorsque toute la figure eft couverte de pièces jufqu’à la hauteur de la première afiife, on fait des hoches ou marques arbitraires pour reconnaître leurs places , en les montant dans la chape ; enfuite on huile tout & on fait les chapes avec du gros plâtre gâché bien également. Quand il eft en état d’ètre employé , l’on commence à bâtir la chape par le bas, comme fi l’on élevait un mur, en obfervant que lepaiifeur foit égale par-tout : autrement elle voilerait. On- met pour plus grande folidité une armature de fer formée par des tringles de fautons doux, pliés & contournés fuivant la forme du moule.
- Lorsque les chapes font faites, il faut les lier fortement avec de bons cordages , & conftruire l’autre afiife avec les mêmes foins.
- 5 g. On peut cependant, dans les figure nues , faire ce qu’on appelle pièces & chapes aux endroits du corps dont la dépouille eft aifée ; c’eft - à-dire , que la piece doit avoir autant de force & d’épailfeur que fi elle était recouverte d’une chape dont elle tient lieu.
- 5:9. Lorsqu’on doit conferver le modèle en terre , c’eft-à-dire , lorft-qu’on veut la faire cuire , il faut défaire les chapes & les pièces avec foin & prendre garde de ne rien arracher. Ne veut-on pas attendre que le creux foit durci/* on peut couler un plâtre tout de fuite: mais alors on monte le moule en arrangeant les pièces dans les chapes. Pour celle de derrière , qui doit recouvrir l’autre, on attache les pièces , de crainte qu’elles ne s’échappent, avec des ficelles, paflées dans les* annelets à travers la chape. On fe fert ordinairement de petits morceaux de bois pour arrêter les ficelles. Quant aux pièces de la chape du devant, on fe contente de les arrêter avec du fain-douxi, afin qu’elles ne quittent pas leurs places. En appliquant le plâtre, chaqueJ.pâeioe.doit être jugée deidépouille avant que d’ètre placée.; mais fi l’oivappGEgoit quelque chofe qui y mette obftacl-e, il faut la couper fans endommager les formes.(Il faut même , pour que le creux fait bien fait, que l’on ne foit point obligé'<de recourir à cette méthode qui fouvent rend le plâtre très-différent de l’original fur lequel on.a fait le moule. (
- . 90. Tout étant ainii difpofé, l’onj padè de l’eau de favon claire dans le creux'pour en imbiber les pores du plâtre ; oiumet enfuite une.couche d’huile d’œiilet, dans laquelle on auraTait fondre un peu de fuif, ayant foin de. n’y .» point laitier d’épailfeur, parce qu’elle;rendrait le plâtre flou & altérerait le modèle: 011 détrempe du plâtre fort clair pour* en imprimer le creux.avec
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- xme broffe douce à longs poils, afin d’en remplir exactement toutes les concavités & d’empêcher la formation des vents, défaut très - difficile à éviter lorfque l’on coule dans un creux tout frais. La première couche de plâtre fin mife également par-tout, on la renforce avec une autre de gros plâtre ; on raffiemble les deux chapes l’une fur l’autre , en obfervant de bien nettoyer les coupes & de remplir les vuides des joints au-dedans du creux, afin que le tout ne faife qu’un feul corps.
- 61. Lorsque le plâtre eft bien pris, on détache les cordages qui retiennent les chapes & les ficelles qui font attachées aux pièces ; vous retirez alors les chapes , qu’on pofe dans un endroit fec : elles ne doivent pas porter à faux, car elles fe voileraient; on ôte enfuite les pièces de delfus le plâtre , en commençant par celles qui ont été faites les dernieres. A mefure qu’on les retire, on les met fur des planches ou fur des claies pour les faire lécher , afin de pouvoir les durcir & en retirer dans la fuite autant de plâtre qu’on jugera à propos.
- 62. Voici la maniéré de durcir les creux. On fait fécher toutes les pièces grandes ou petites au foleil fi c’eft en été, en hiver fur un four de boulanger, ou en quelqu’autre endroit de même température, parce qu’autre-ment on courrait rifque de brûler le plâtre. On fait chauffer de l’huile graffe fans toutefois la lailfer bouillir; & lorfqu’elle eft bien chaude, on met les plus petites pièces fur une grille ^de fil d'archal fufpendue avec d’autres fils de fer , comme le baffin d’une balance, pour les faire tremper dans l'huile : à mefure que les pièces en font imbibées, on les place fur des planches pour les laifler fécher naturellement. A l’égard des groffes pièces, on les imbibe d’huile avec une brolfe fur les faces où fe trouve l’empreinte du modèle ; 011 pâlie auffi de cette même huile fur les coupes , afin que le plâtre ne s’y attache pas. Toutes les pièces du creux étant ainfi durcies, 011 le remonte avec les mêmes foins détaillés ci-delfus, en obfervant feulement que dans la couche d’huile qui s’applique ordinairement avant de couler les plâtres , il n’eft pas néceifaire d’y mettre du fuif.
- 63. On durcit auffi les creux avec de la cire chaude : il faut pour cela que les pièces foient bien feches & d’un degré de chaleur qui cependant ne les brûle pas. On fe fert de cire neuve , à laquelle on mêle les deux tiers de réfine , & même fins aucun mélange fi l’on veut; lorlque toutes les pièces font imbues de cire , on les met de nouveau fécher au feu, à une telle diftance que le plâtre 11e recuile pas. Ces creux deviennent très-durs; mais on obfervern que la cire Iailfe plus d’épaideur que l’huile. Jufqu’ici nous n’avons parlé que d’une figure nue ; lorfqu’elle eft drapée, elle eft plus difficile à mouler. Si elle eft chargée de fleurs & d’ornem. ns , on multiplie les coupes pour faciliter l’opération , niais avec foin & intelligence, afin que les parties coupées puiiîent fe rejoindre
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- avec facilité. Les artiftes voient avec peine tailler en morceaux leurs modèles 5 ils citent au contraire avec compîaifance les creux qui font faits fans aucune coupe.
- 64. Avec du tems & de la patience, on peut mouler des figures entières ; mais il en refaite de grandes difficultés pour les pièces qui font multipliées à l’infini & deviennent très-petites , ce qui empêche qu’elles ne réfiftent long-tems dans le creux. On ne retire alors qu’un plâtre , tandis que l’on en retirerait deux & même trois dans un autre creux dont les coupes & les pièces feraient bien jugées. On doit encore avoir foin que toutes les petites pièces des fonds foient renfermées dans les grandes : comme il fe trouve fouvent des noirs qui 11e font pas de dépouille , dans ce cas on elf obligé de faire des pièces en cire. Par exemple , dans un fond de draperie où il faudrait mettre une douzaine de petites pièces , on peut en faire une de plâtre : on la moule enfuite pour en avoir le creux, dans lequel on coule de la cire qui prend la forme de la piece de plâtre ; mais à chaque figure que l’on coule 011 eft obligé de faire une nouvelle piece en cire.
- 6^. La. figure étant coulée, ainfi que les parties qui en dépendent, pendant que le plâtre eft frais 011 ruftique les coupes , & avec du plâtre gâché très-clair 011 les attache au corps avec foin & propreté , à l’aide des repaires pratiquées avant la coupe des parties ; c’eft ce qu’on appelle remonter une figure. Pour les grandes figures on eft obligé de mettre du fer dans les bras & les jambes, on met même dans les doigts qui lontifolés , du fil d’archaï que l’on entoure d’un antre''fil plus fin, pour que le plâtre s’y attache. Il faut enduire le fer que l’on emploie dans les figures , de cire chaude ou de poix-réfine : cela empêche la rouille de pénétrer le plâtre & de le faire caiïer. L’on peut auffi , pour empêcher la rouille , enduire le fer de chaux détrempée -, dans les figures où l’on 11'a pas pris cette précaution , on voit que le plâtre s’élève en éclats. Lorfque les figures que l’on coule font petites, on emploie du laiton au lieu de fer. Si l’on craint qu’une figure foit furmoulée , voici comme il faut s’y prendre pour empêcher cette fupercherie , fi cependant il eft poftible. Comme les ouvriers qui en font les frais font obligés de couper les parties pour faciliter leur opération en les montant, on creuiè allez avant les coupes pour y inférer un paquet de fil d’archal très-fin , dont on fait un rouleau ; après quoi 011 foucîe les deux parties avec du plâtre clair ; j’ai même imaginé de placer un goulot de bouteille entouré de fil d’archal : il n’eft pas polfible alors de fépa-rer les parties de la figure fans endommager les coupes ; on eft forcé de la mouler d’une feule piece, ce qui prend trop de téms à ceux qui veulent en faire un.grand débit.
- 66. Lorsque les creux font afifez légers & qu’ils peuvent fe remuer facilement, on les coule à la volée i il faut que ces creux foient durcis , & que
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- toutes les pièces foient attachées ; alors on verfe une quantiré de plâtre clair , qu’on tait pénétrer par-tout en roulant le creux ; quand il commence à prendre •on le verlè dans la jatte où il avait été gâché , & on le reverfc enfuite dans le moule, puis dans la fébille ou jatte : on donne ainfi à la figure telle épaiifeur qu’on veut, c’eft ce qu’on appelle couler à la volée. Les figures que les Italiens 'vendent à li bon marché font coulées de cette maniéré : fouvent tout leur mérite eft dans leur légèreté.
- 67. Si l’on veut avoir des plâtres colorés , il faut mettre du rouge en poudre dans l’eau qui eft deftinée à gâcher le plâtre, obfervant d’avoir la quantité d’eau fuffifante pour couler le corps adhérent à la figure , afin que la teinte du plâtre ne change pas. Les figures étant {orties du creux, on les laide fécher afin de les pouvoir réparer , ce qui fe fait en enlevant légèrement les coutures fans endommager les formes ; on fe iërt pour cela d’une ripe douce & de la peau de chien de mer. S’il fe trouve des vents ou foufflures dans les plâtres , on les bouche avec du plâtre noyé qui fe fait en le gâchant extrêmement clair ; lorfqu’il commence à prendre, il faut le battre plufieurs fois de fuite, il perd,alors fa force & devient parfaitement femblable à celui qui a été coulé.
- 68. Une figure de plâtre étant ainfi réparée, veut-on.la mettre en couleur de terre cuite '< on prendra du blanc de plomb broyé à l’eau, du jaune broyé également, du vermillon en poudre. L’on fait dilfoudre ces couleurs fépa-rément dans des vaifieaux propres ; on prend enfuite de la gomme arabique, fondue dans de l’eau tiede , on fait un mélange de ces couleurs avec l’eau de cette gomme. La quantité 11’eft pas abfolumcnt déterminée, elle eft plus ou moins confidérable à proportion du volume de la figure. Avant d’employer la couleur, il faut bien la remuer avec le pinceau & en faire l’elfai fur un morceau de plâtre ou b’anc d’Efpagne : fi elle eft trop rouge ,'on y ajoute du blanc ; fi elle eft trop blanche , on ajoute du jaune ; on obferve foigneufement de ne pas faire d’épaideurs, & de ne pas paffer plufieurs fois fur le même endroit. On vernit aufti les plâtres en leur donnant plufieurs couches de favon blanc, détrempé dans de l’eau claire. Le plâtre doit être bien fec ; & lorfque lé favon eft bien imbu dans le plâtre , on frotte légèrement la figure avec un linge fin; c’eft ce qui donne le poli au plâtre. Cette maniéré eft fufceptible de jaunir.
- 69. Marâtre de mettre les figures de plâtre en bronze. Il faut que le plâtre foit entièrement dépouillé d’humidité, afin que le bronze 11e poulie pas de verd-de-gris ; on paife.enfuite fur la figure une couche d’huile grade faite fuivant la méthode indiquée : lorfque cette première couche eft feche, on en met une {èconde, dans laquelle on ajoute du noir de fumée broyé à l’huile , ou (de la terre d’ombre, ou du rouge d’Angleterre ; cette fécondé couche étant feche, il faut appliquer le mordant; & lorfqu’il eft à fon point, qu’il happe le doigt en le pofant deffus fans fe détacher, on prend un blaireau,
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- avec lequel on couche le bronze en poudre pour faire plus d’illufion : il faut: mettre fur les parcies faillantes de la figure le bronze d’une teinte plus claire ; l’on peut aufîi mêler le bronze dans le vernis qui fert alors de mordant. On bronze de même les figures au vernis , en y mettant trois couches : la première imbibe la figure & bouche les pores du plâtre ; on met dans, la fécondé un peu de noir de fumée , & la troilieme doit être uniquement de vernis gras a l’huile ; lorfqu’il commence à fécher , on pofe le bronze avec une broife douce, comme je l’ai dit plus haut. Une figure ainfi bronzée & faite avec goût, trompe l’œil & imite la nature.
- 70. J’ajouterai ici que, pour conferver une figure en blanc, on l’enferme dans une caille de verre , ou on la recouvre d’une gaze blanche. Ces précautions empêchent les taches que les mouches font ordinairement fur les figures de plâtre.
- 71. On a trouvé depuis quelque tems une autre maniéré de bronzer dans ce genre antique ; il faut encoller le plâtre avec une eau de colle de Flandre, enfuite 011 fait la teinte verte au point déliré , & l’on détrempe le bronze avec cette eau ainfi que la couleur : après en avoir mis partout également, on prend un peu de bronze que l’on met fur les parties faillantes; lorfque la couleur efl: feche , on palfe une dent de loup fur les faillies, & un morceau de buffle fur toute la figure.
- 72. Maniéré d’eflamper dans les creux. Lorsqu’on eft obligé d’eflamper dans les creux (011 dit communément poulfer la terre dans le creux) avec de la terre molle , on commence par attacher folidement toutes les pièces aux chapes , & après avoir huilé le creux, on prend de la terre un peu ferme^ qu’on poulfe dans le moule en commençant parles fonds , ayant foin que les pièces ne fe dérangent : fi 011 ne remplit pas entièrement le creux de terre, il faut couler dedans un noyau de plâtre , afin que la terre nefe déjette pas, & que le modèle prenne de la confifiance ; la terre étant bien imprimée, 011 retire les pièces avec toute l’attention pofiible , afin de ne pas arracher la terre avec les pièces. L’huile laiffe ordinairement fur la terre un œil gras qu’011 peut faire palfer en foufflant du vinaigre deiTus.
- 7$. Les fculpteurs, dont le commerce confifte en figures de terre cuite , ef-tampent ainfi les vafes des jardins & autres figures & ornemens, dans des moules faits pour cet ufage , ainfi que ceux qui font des poeîes de finance ; ce font des creux plats fans pièces , dans lefquels ils pouffent la terre en frappant; ils la laiifent enfuite bien fécher avant de la mettre au four.
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- CHAPITRE VII.
- Maniéré de mouler fur la terre cuite, fur la terre feche fans être cuite , fur le plâtre & fur le marbre,
- 74- La terre cuite fe moule de même que la terre molle ; on remarquera feulement que la terre cuite eft caifante, & que le plâtre en fe gonflant fe relferre & donne beaucoup de peine pour le dégager.
- 75. Pour prévenir ces inconvéniens, il faut fe fervir de maftic Si de plâtre cuit au four. On fait des coupes fur la terre Cuite, ainfi que fur celle qui ne l’eft pas : Ton fe fert pour cela d’une fcie d’horloger la plus mince & la meilleure, on paife enfuite une eau de favon un peu forte fur la terre, & l’on commence les pièces de maftic dont j’ai donné la compofition au commencement de cet ouvrage. Il faut donner aux pièces la même forme que fi elles étaient en plâtre , il y a même des figures pour lefquelles on ne fe fert pas de maftic, on doit alors laitier à chaque piece le tems de faire fon effet avant que d’en placer d’autres à côté. Le maftic s’emploie chaud; 011 le fait fondre au bain - marie : lorfqu’il eft maniable, 011 le prelfe dans les noirs de la figure. ( O11 entend par les noirs les fonds de draperies. ) Ce maftic prend aufti vite & même plus vite que le plâtre: lorfqu’il eft: pris, on retire la piece pour la tailler, puis on la remet à fa place. On fait enfuite de cette maniéré les autres pièces, foit en maftic, foit en plâtre, en obfer-vant toujours qu’elles foient de dépouille: pour cet effet on les retire après qu’elles font mifes. Si l’on 11e peut pas faire des coupes à la figure , on forme le creux de façon que les moules des parties ifolées y tiennent, & qu’ils puiffent fe détacher quand on veut couler ces parties féparément.
- 76. SlJa terre eft: feche fans être cuite, il faut palfer delfus, avant de la mouler, une couche d’huile & de fuifj mais elle ne fert plus lorfque le creux eft: fait. Comme elle 11’a pas affez de force pour réfifter àTeffort du plâtre, on la retire fouvent en morceaux. Si le modèle eft fendu, comme il arrive à la terre en léchant, & fur-tout aux bas-reliefs, il faut boucher les fentes avec de la cire à modeler avant de faire les pièces.
- 77. Quant aux figures en plâtre coulées, ou faites à la main; fi elles font coulées on appelle cette opération furmouhr& le creux que l’on fait alors fe nomme un furmoule. On doit, avant de commencer , donner à toute la figure en plâtre une couche d’huile graflè chaude pour boucher les pores : cependant, fi l’on veut conferver la figure en blanc, 011 fe contente de palier delfus de l’eau de favon bien forte j on fabrique enfuite le creux comme
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- pour tout autre ouvrage. Plus le morceau eft précieux, plus il demande de îbins & d’intelligence.
- 78. Cependant il 11’y a pas autant de rifques à courir qu’en moulant fur les figures de marbre. S’il y arrivait quelqu’accident, il ferait irréparable , tandis que la terre cuite & le plâtre font fufceptibles de réparation. Lorfi. qu après avoir moulé une figure en terre cuite, on trouve quelque chofe de caffé, l’on fait chauffer les,deux parties brifées ,on les enduit enluite de maftic gras ou de maftic au fromage, & on les rejoint folidement. Il faut o'bfer-ver que ce dernier maftic s’emploie froid & qu’il eft long à prendre.
- 79. Les plâtres fe rejoignent avec du même plâtre qu’il faut gâcher bien liquide, en faifant attention de mouiller les endroits que l’on veut réparer.
- 80. Lorsque les plâtres caffés font bien fecs, on peut fe- fervir de colle forte, ou bien du blanc de plomb. La meilleure façon pour conferver des plâtres coulés, eft d’y paffer deffus, lorfqu’ils font bien fecs, une bonne couche^ d’huile graffe. L’opération qui demande le plus d’intelligence, eft celle de mouler fur le marbre : il ne faut qu’une pièce mal jugée pour faire caffer quelque partie de la figure. Le plâtre fait des efforts que l’on ne peut empêcher qu’en oppofant à là force du maftic qui produit ordinairement l’effet contraire ; car le plâtre tend à fe gonfler, tandis que le maftic fe refferre & fait retraite. On commence d’abord par laver le marbre avec une eau de favori un peu cpaiffe. (L’artifte n’oubliera jamais que l’huile fait fur le marbre une tache qui ne peut s’effacer, & pénétré toujours de plus en plus. ) On fait en-fuite chauffer le maftic au bain - marie, afin qu’il ne brûle pas, pour faire des pièces aux endroits que l’on juge trop fragiles : il faut que toutes les pièces de maftic foient faites avant que de commencer celles de plâtre, fi l’on doit en faire ; car dans le moule de l’Amour de Bouchardon, toutes les pièces font de maftic, les chapes feules font faites de plâtre cuit au four. On obferve de laiffer faire à chacune de ces pièces l’effet du plâtre avant que d’en former d’autres à côté', réfervant toujours les pièces qui forment les clefs du moule pour les dernieres. Toutes ces pièces , foit de maftic, foit de plâtre, doivent être coupées à la main, & non fur le marbre, que l’on gâterait avec la pointe du couteau. Quant à la maniéré d’opérer, elle eft abfolument la même que fur toute autre matière: la feule difficulté particulière, qui n’eft pas petite, eft de juger avec intelligence les pièces & les chapes , pour éviter les accidens. Lorfque la figure eft entièrement moulée & dépouillée, on aura foin de la laver avec de l’eau chaude pour emporter le favon qui ferait jaunir le marbre cil féchant.
- Si* II faut obferver que les nqirs qui fe rencontrent dans la compofition de la figure 'de marbre font très-difficiles à mouler. Si donc il fe trouve un fond très - grand qui ne foit pas de dépouille, il faut faire beaucoup de petites
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- pièces de maftic entaffées les unes fur les autres jüfqu’à ce que le noir foit bouché entièrement : alors vous faites une piece de plâtre qui reçoit Pem-preinte des petites pièces. Voici l’ufage de cette piece de plâtre. Lorfque votre moule eft fini, & que vous dépouillez la figure , vous raffemblez les pièces ci-deflus fur celle-ci; alors vous ferez un creux fur cet enfemble de pièces , & dans ce creux vous en coulerez une de cire, qui doit tenir lieu dans votre grand moule, de cet amas de petites pièces que vous avez été obligé de faire pour avoir l’empreinte des noirs relatifs à la forme de la figure de marbre.
- 82. On peut aufiî faire des creux fur les figures en bronze, & alors 011 ne craint pas l’effet du plâtre. On fe fert d’huile pour enduire cette matière avant que de faire les pièces ; mais lorfque le moule eft fait, on aura un foin particulier de nettoyer le modèle avec un linge fin & fec, de crainte du verd - de - gris.
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- CHAPITRE VIII.
- Maniéré de faire le creux d'une Jlatue êquejlre,
- 83. A.PRÈS avoir parlé des différentes maniérés de mouler relative-' ment à la matière fur laquelle on fait un creux, je vais eflayer de donner une idée de l’ouvrage le plus confidérable en ce genre : je veux parler du creux d’une ftatue équeftre. Les détails que demande une fembiable opération font immenfes ; ce que je préfente ici n’eft qu’un extrait, car je ne veux pa$s copier Félibien qui traite de la fonte des figures pédeftres avec beaucoup d’exactitude. Les mémoires de Boffrand font auili fort détaillés ; il traite de la fonte de la ftatue équeftre de Louis XIV à la placelVendôme. On a auflï la defeription de la fonte de la ftatue de Louis XV, par M. Lempereur : il a fuivi avec foin ce travail depuis le commencement du modèle jufqu’à la fin de la fonte. On peut confulter également l’article Bronzé de Y Encyclopédie. II eft même néeeffaire qu’un mouleur foit inftruit de toutes les différentes façons d’opérer, avant d’entreprendre cet ouvrage ; mais qu’il ne s’attache cependant pas à fuivre fervilement ce qui a été mis en pratique par les autres* le génie aidé de l’expérience , doit le plus fouvent être fon. feul guide.
- 84. Lorsque le modèle de la ftatue eft fini, comme il fe fait ordinairement én plâtre à la main, le premier foin du mouleur eft de paffer deifus une ou deux couches d’huile graffe ; pendant qu’elle feche on conftruit une plate -forme, nommée chajjis de charpente, à laquelle on fait des entailles nommées repaires ?
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- elle doit excéder d’un pied les plus fortes faillies du modèle, & être conftruite de façon qu’elle puilfe fe démonter lorfque le creux fera fait, pour être placé dans la foife où doit fe fondre la figure. Ce chafiis étant bien pofé de niveau , l’on commence les pièces qui doivent former la première alllfe ; ces affifes font pour l’ordinaire de dix-huit à vingt-quatre pouces de hauteur ; dans chacune des pièces on met de forts annelets pour retenir le tout enfemble en remontant le creux ; on choifit les endroits de la figure où l’ouvrage eft moins délicat, pour faire les coupes, afin que les coutures foient plus faciles à enlever. Ce creux fe continue de cette maniéré d’affife en affife jufqu’à la tète; chaque piece doit être taillée le plus quarrément qu’il eft poffible, & l’on doit faire pièces en chapes : ainfi les petites pièces doivent fe trouver enclavées dans les gran-des; de forte que le creux étant monté, il forme une pyramide qui doit fe foutenir par les coupes des affifes , afin qu’il ne refte aucun vuide dans les con-tours extérieurs des blocs de plâtre, qui fervent à faire les rempliffages. Chaque pièce doit être numérotée, pour éviter la confufion en démontant ou remontant le creux. Lorfqu’il eft entièrement fini, on le démonte & on range toutes les pièces de chaque affife en particulier : le chalfis de charpente étant débarralfé de toutes les pièces , il faut le démonter, le rétablir eufuite dans la foffe & le pofer de niveau fur la grille où fera fondue la figure. C’eft à cette grille que doit être attachée l’armature du noyau : tout étant ainfi difpofé, on remonte le creux qui doit être durci, afin que la cire ne s’y attache pas : autrement elle deviendrait farineufe & donnerait trop de pièces à réparer ; il faut faire les épailîêurs de cire convenables à chaque piece avant que de la mettre à fà place.
- 8y. Le creux étant remonté, l’on donne une couche de cire chaude au. degré de pouvoir y tenir le doigt ( on fe fert pour cela d’une brolfe douce que l’on nomme blaireau) fur la fuperficie des pièces y enfuite avec une ripe ou grattoire à dents , on ruftique cette première empreinte , afin de pouvoir adapter des épaiffeurs delfus. Il faut pour cela les faire un peu chauffer, afin que. cette cire fe lie avec la première : fans cela il arriverait qu’elles feraient bour-foufflées , & que le plâtre liquide , verfé dans le creux pour former le noyau paiferait entre les épaiifeurs de cire & produirait un très - mauvais effet. ( On entretient pour cela un degré de chaleur convenable dans l’attelier où fe fait l’opération. ) A. l’égard de»l’épaiifeur que l’on doit donner à la cire de la figure qui. réglera l’épaiifeur du bronze > le mouleur doit fe concilier avec le fondeur pour donner plus ou moins de force, fuivant l’ouvrage. Le principe le plus fur, &: dont on ne doit pas fe départir , eft de donner toujours plus de force dans le bas de la figure & de diminuer les épaiffeurs à mefure qu’on arrive au fommeü.. Lorfque la première afîife eft rnife en place, on procédé à la léconde & aux autres de même , en bouchant avec de la cire les joints qui fè trouvent entre chaque alfife.
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- 86. Tout étant garni de cire, on lie les pièces & toutes les aflifes les unes aux autres , avec des crampons de fer & du fil d’archa!, & l’on met pour,plus grande fureté, de peur que le creux ne s’écarte , des étréfillons de charpente, qui portent d’un bout contre les chapes , & de l’autre contre les murs de fa maçonnerie qui environne la foife. Ii faut lailfer plulieurs ouvertures, que l’on nomme jets ou évents , pour couler le noyau & pour donner de l’air lorf. que l’on coule le plâtre. Le principal jet fe pofe fur la tète de la figure, le fécond fur la tète du cheval, & le troifiéme fur la croupe : ces deux derniers doivent être élevés à la hauteur du premier; on pratique à chaque jet un godet ou auget auquel doit aboutir une rigole otf gouttière, pour conduire fans interruption le plâtre dans le creux. La cire étant refroidie on commence à couler le noyau que l’on détrempe fans relâche jufqu’à ce que tout foit rempli. Il faut mêler au plâtre de la pouiïiere de brique pilée : la dofe ordi-' naire eft d’un tiers de brique fur deux tiers de plâtre. Lorfque tout eft plein, on laide prendre le noyau pendant une journée entière ; on démonte en-fuite le creux que ion conferve afin de le retrouver s’il arrive quelqu accident à la fonte. On coulait anciennement le noyau à mefure que l’on élevait les afthfes du moule. Félibien , Principes d? architeiïtire ,fculpture , &c. livre II, chap. 8. Lorfque la cire eft entièrement découverte , le fculpteur s’attache à la réparer ; le travail du mouleur eft alors fini, à moins qu’il ne foit auffi fondeur, comme les célébrés Keller qui étaient l’un & l’autre & moulaient & fondaient eux-mêmes leurs ouvrages. Une partie des bronzes du parc de Verfailles a été fondue par ces deux freres. S’il était poffible que le mouleur fût fondeur, l’ouvrage en ferait mieux fuivi ; mais comme ces travaux fe fout très-rarement, les mouleurs ne s’attachent qu’à un feul objet qui eft le moulage en plâtre.
- 87. Le fculpteur ayant fini de réparer la cire, le fondeur commence ion
- opération qui eft beaucoup plus délicate que celle du mouleur ; car il faut peu de chofe pour faire manquer une fonte. U prépare d’abord la terre ou potée , dont il doit faire le creux fur la cire; il le forme en mettant plufieurs couches de cette terre liquide fur la figure jufqu’à ce que le creux foit d’une épaiifèur capable de fupporter l’a&ion du feu & le poids de la matière. Lorf. que ce creux eft fini, ainfi que les jets & les évents, on fait recuire ie moule pour en faire fortir toute la cire : à peine eft- elle- entièrement fortie , & le bronze étant à fou degré de chaleur, qu’on lâche le tampon pratiqué au centre du fourneau , & les cheneaux étant pleins, on leve les foupapes qui couvrent les jets: alors la matière fe précipite dans le moule. Lorfqu’eile fort par les évents , c’eft une preuve que tout eft plein. O11 laiiî’e refroidir le creux avant que de le cafter fur le bronze. Ou fait ordinairement une trappe fut la croupe pour^vuider le noyau, .. ' '.•r:.. ;
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- 75*» V ART DU MOULEUR
- 88. La fonte n’entrant qu’indire&ement dans mon plan, je me fuis contenté d’en donner une idée fuccinte pour fatisfaire ceux qui ne voudraient pas recourir à de plus grands détails. Les mouleurs fout cependant obligés d’être fondeurs , lorfqu’il s’agit de couler des figures en piomb, C’eft ce que je vais traiter dans le chapitre fuivant.
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- CHAPITRE IX.
- Maniéré de faire les creux pour fondre des figures en plomb.
- 89- 3Lià fonte des plombs9foit figures,foitornemens, eft fujette à quelques, difficultés : la moindre négligence ferait manquer tout l’ouvrage. Voici le procédé qu’il faut fuivre pour cette fonte.
- 90. Je fuppofe qu’011 veuille jeter en plomb une figure de terre molle de fix pieds de hauteur: le creux fe fait à grandes pièces de trois ou.quatre doigts d’épaiifeur ; on n’en fait ordinairement que deux ou trois pour la face de la première affife. Le moule doit être en deux affifes. On obferve foigneu-fcment de faire paüêr les joints dans les endroits où il fe trouve le moins d’ouvrage. Il ne faut pas épargner le fer dans les pièces, parce qu’il fait toute la force du plâtre qui perd fa confiftance après avoir été recuit. O11 fait les coupes néceifaires aux parties de la figure que l’on moule à deux coquilles ; 011 laiffe à chaque morceau de ces parties , des portées fuffifantes pour recevoir le noyau, fans féparer de la figure la jambe «qui porte le poids du corps & demande une force proportionnée à fa charge. Comme on doit arracher les pièces de deflus la terre & les caifer enfuite fur le plomb, il faut auparavant les bien juger de dépouille, fuivant la* forme que doit avoir le noyau.
- 91. La figure étant moulée de cette maniéré, 011 retire les pièces,que l’on recouvre d’une épailfeur de terre de trois lignes, épaiffeur d’ufage pour les figures de plomb. Afin que ces épaiifeurs foient égales, il faut avoir une planche de chêne que l’on creufe de trois lignes , on y laide des rebord? pour appuyer un rouleau ; il faut auffi que cette planche & le rouleau foient bien huilés , afin que la terre 11e s’y attache pas. La furface intérieure du creux étant couverte de ces épaiffeurs de terre, on remonte le creux dans la folle deftinée à la fonte ; elle doit être creufée à proportion de la hauteur du moule : on forme dans le fond de la foife une plate - forme de plâtre , dans laquelle on Icelle un bras de fer pour maintenir le contour de la figure qui doit être percée à différens endroits .afin d’en recevoir d’autres, fuivant là forme du noyau. On moule le creux fur plate - forme i il faut.alors, que les .pièces &
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- îés afiîies fbient bien attachées, & les joints bouchés avec de la terre, afin que le plâtre qui compote le noyau ne coule pas à travers.
- 92. On finit le moule' en pratiquant un godet de terre fur la partiela plus élevée: on commence alors à couler le plâtre qui doit être fort clair: îorfqu’il eit pris, on démonte tout le creux pour en retirer toutes les épaifi feurs de terre que l’on fait pefer ; chaque livre de terre produit ordinairement dix livres de plomb. On ajuftefur le noyau les fers de l’armature: il faut les contourner & les entailler fuivantles contours du noyau, & prendre garde qu’ils n’excedcnt pas le plâtre. Pour que les bandes de fer fe trouvent attachées au plomb, il faut faire de diftance cil difiance des ouvertures qui formeront des liens, étant remplies parle plomb. Enfuite on pratique des jets & des évents dans les endroits convenables, & ondifpofe le creux pour le faire recuire. Pour cet effet on construit, un four avec les pièces du moule, en y faifant une ouverture pour mettre le feu , qui ne doit pas être trop violent en commençant cette recuite des pièces. ^
- 9$. PLndaêt que le plâtre fe recuit, l’on bâtit un fourneau pour fondre la matière fur un trépied, ou fur des grès : on établit une chaudière affez grande pour foutenir cent ou deux cents livres de plomb de plus qu’il n’en, doit entrer dans la figure, afin que dans le cas où le creux prendrait jout par quelqu’endroit, l’on eût alfez de plomb pour verfer dans le creux fans diteontinuer pendant tout le tems qu’on emploierait à boucher le trou. Lorfc que les pièces font bien recuites, on commence à faire fondre la matière, on raifemble en même tems le moule autour du noyau qui doit être aufll Tecuit fans changer de plâtre ; on bâtit pour cela un petit mur de plâtre ou de briques autour, afin que le feu pénétré ce noyau en tous fens 5car s’il arri* .vait qu’il fê trouvât de l’humidité dans le creux ou dans le noyau , Ton manquerait l’opération . Ayant ralfemblé le creux avec foin , on lie fortement toutes les parties du moule. On fe fert aufii, pour retenir les pièces , de crampons dô fer que l’on ferre avec des coins de bois ; enfuite on couvre les joints avêô du plâtre & de la terre molle, afin que dans le cas où le plâtre fe gercerait , la terre empêchât le plomb de pailèr à travers. Il faut enfin'remplir la fûlfe avec la terre qui en eft fortie, & la bien battre à mefure que l’on remplit* Toute cette opération dcit'fe faire le plus promptement poffible, de crainte que le plâtre ne prenne de l’humidité.
- 94. Le plomb étant chaud , on fe difpofe à couler la figure. Cette opération demande quatre ou cinq perfonnes , deux defquelles doivent fournir faits interruption du plomb dans la cuiller de celui qui verfe dans le creux i celui-ci ne doit pas discontinuer de verfer, telle cholè'qu’il puide arriver. Les autres aides font occupés perpétuellement à boucher avec de la terre moite les endroit3où le plomb trouverait un paflage* Le creux étant plein * îâ ntâ*
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- (09 L'ART DU MOULEUR
- tiere monte par- deflus les évents & commence à bouillonner. Pour éviter les vents ou fouffiures , il faut y jeter de la réfine avant que de couler : le fuif remplit la même indication. On fait à fou choix les godets de tôle ou de fer-.blanc. Pendant que le grand creux fe refroidit, on coule les autres creux des parties de la figure ; tout étant ainfi coulé, s’il refte du plomb dans la chaudière, on le verfe à plulieurs reprifés dans des cuillers, on caiTe enfuite le moule. Cette opération fe fait avec des morceaux de bois taillés en forme de coins, pour ne pas endommager le plomb avec les outils de fer. On coupe les jets & on ébarbe les coutures des jointes ainfi que les coupes, pour rejoindre les parties au corps, ayant pour cela rapporté les deux parties en-femble , & les ayant attachées avec du fil d’archal, on coule du plomb rouge pour les fondre : on connaît que le plomb ett allez chaud pour le couler, en y jetant un morceau de papier. Si le feu s’y communique lubitement, le plomb elt à fon degré de chaleur. Veut-on que la figure foit bien finie ? il faut la faire cifeîer par les artiftes qui s’occupent uniquement de ce travail. Le parc de Verfailles offre ce que l’on a fondu de plus confidérable en ce genre.
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- C H,A P I T R E X.
- Des creux pour les cartonnages, & de la maniéré de faire les cartons.
- On emploie ordinairement les figures & autres ornemens de carton dans les lalles des fpeétacles , dans les catafalques-, les fêtes , &c.
- 96. Il y a deux maniérés différentes de cartonner , l’une en papier ordinaire , & l’autre en papier battu qui s’appelle auiïi papier pourri ou mâché. Les creux fe font en conféquence. Pour le papier ordinaire, les creux font prefque fans pièces, parce que le cordonnage eif très * facile à dépouiller ; mais pour,le papier battu , ils font à pièces plus grandes que pour les creux .où l’on.doit couler des plâtres. Lorfque la pâte eft bien imprimée , l’ouvrage réuflit auffi bien que les plâtres. Je fuppofe que l’on ait à mouler une figure en terre grande comme nature : pour la faire enfuite en carton, on commence par pratiquer les coupes néceflaires , & même en plus grand nombre que dans les autres creux : fans cette multiplication des coupes , le papier ou la pâte 11e fécherait pas dans les fonds.
- 97. Toutes les parties ifolées de la figure étant coupées, on pratique ce que l’on appelle pièces & chapes , toujours en deux coquilles. On n’oubliera pas de faire des repaires à chaque partie que l’on fëpare de la figure, afin de pouvoir les remonter lorfqu’elles feront cartonnées. Le corps fe moule en
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- deux affifes pour faciliter l’opération, & chaque affife eft compofée de deux chapes qui doivent renfermer le petit nombre de pièces qu’on eft obligé de faire. Le creux étant Bni, on le retire de deflus la terre ; & fi le tems ne permet pas d’attendre qu’il foitfec & durci, on pâlie une forte couche d’huile d’œillet mêlée avec du fuif: alors on prend de la pâte qui a été compofée de la maniéré fuivante : on laide pourrir des rognures de papier dans de l’eau que l’on change fouvent pour empêcher la corruption ; lorfque le papier eft détrempé, on le retire de l’eau, on le bat dans un mortier pour le réduire en pâte, & pour derniere préparation on le fait bouillir dans une chaudière.
- 5>S. Afin que la pâte ait de la confiftatice ,ony ajoute un peu décollé de farine: la pâte étant ainfi préparée pour les ouvrages même les plus délicats, on la fait fécher, on la râpe fur une grille; par ce moyen on a une pâte très - fine qui prend les empreintes les plus finies. On met de cette pâte dans une terrine ou jatte avec un peu d’eau, alors on l’étend avec les doigts dans les fonds du moule de l’épailïèur d’une ligne , le plus également qu’il eft poffible ; enfuite avec une petite éponge fine on abforbe l’eau que l’on a été obligé de mettre dans la pâte peur qu’elle s’imprime facilement. Lorfqu’elle eft toute imbibée & que la fuperficie du creux eft garni, on palfe deflus une couche de colle , on fait après cela fécher le creux à un feu qui ne foit pas trop fort en commençant, de crainte que le carton ne fe déjette. Lorfqu’ii fe trouve dans les creux des endroits profonds , ou la chaleur pénétré difficilement,il faut y verfer du labié chaud ou de la cendre chaude, pour que toutes les parties foient également feches. Cette première couche eft feche, lorf-qu’en frappant deflus, elle fe détache du creux : alors on le retire du feu pour donner les couches de papier qui font la force du carton.
- 99. On emploie à cetufage du papier appellé Jofeph , que l’on colle double , & l’on en couvre la pâte avec de petits morceaux d’un pouce tout au plus. Ce papier étant bien appuyé par-tout, on donne une couche de colle pour recevoir la fécondé couche de papier gris : celui - ci fe colle de même que le blanc & double comme le premier papier. La troifienie couche doit être en trois doubles, ce qui fait en tout cinq épaifleurs de papier gris & deux de blanc: on donne encore une couche de colle pour remettre enfuite le creux au feu. Lorfque les morceaux que l’on cartonne font d’une grande étendue , on met entre la fécondé & la troifieme couche de papier gris des lames de fer mince pour donner de la force"; quand le carton eft fec, on le retire du feu, & on le découpe pour coudre les morceaux qui doivent former la figure : on fe fert de fil d’archal mince & recuit; & afin que les joints ne paraiflent pas, on les recouvre de papier collé.
- 10©. S’il arrivait que . les contours fuflent altérés * on réparerait ces incoiï-Toiik XIV. G g g g
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- véniens avec de la terre molle, & on collerait du papier blanc par - deffus. Si l’on veut que le carton foit encore plus durable, on colle de la toile par-derriere avec de la colle forte, & on y met quelquefois des étoupes trempées dans la même colle. La figure étant tout-à-fait moulée, on la fait fécher de nouveau. Si elle eft placée dans un endroit fec, elle durera très-long-tems. Lorfque les cartonnages doivent être dorés, les doreurs patîent deflfus jufqu’à vingt couches de blanc à la colle de Flandre , qu’ils réparent enfui te avec des crochets. Si le répareur eft intelligent , il tait renaître fur cette matfe de blanc les formes que le fculpteur avait données à la figure ou à l’ornement qui lui eh confié.
- 101. L’autre maniéré de cartonner eft plus fimple, elle ne différé de la première que par l’exception de la pâte de papier pourri. Ce cartonnage réulfit auffi bien que l’autre : aufli ne s’en fert-on que pour des chofes qui ne doivent durer qu’un jour, tels que fêtes, catafalques, &c. Les Anglais font en carton les urnemeiis des plafonds que nous faifons en plâtre : ils font plus durables, fe détachent difficilement, ou s’ils fe détachent, le danger eft nul» & la réparation peu difpendieufe. : f.
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- De lar maniéré de faire des, creux relativement à diffère ns arts 6?
- manufactures, &c.- «
- 102. Creux pour les manufactures de porcelaine. C3n fait ordinairement des modèles en terre, que l’on moule enfuite. Quanta la maniéré de faire ces creux, il faut que les pièces foient parfaitement de dépouille, comme fi on voulait en retirer des plâtres : ce qui arrive quelquefois. La feule chofe particulière que l’on doive obferver , c’eft que les pièces foient enchâilées dans les chapes ; autrement elles s’écarteraient en pouilant la pâte dans le moule. On fait autant de coupes à la figure que le modèle l’exige , & on les moule en deux parties. Les creux étant faits, il faut les durcir#;la cire,: on prend pour cet effet de la cire neuve que l’on fait chauffer. Lorfquelle eft bien chaude, on trempe dedans les pièces qui doivent être un peu chaudes , afin que la cire s’imbibe dans le plâtre. On doit fe fervir deplqtre cuit au four, pour faire ces creux.
- 103. Les preux à l’égard des officiers de bouche fe font à peu près comme ceux-là. Suppofions une figure nue de fix pouces de hauteur y telle eft toujours la hauteur de leurs modèles: il faut couper toutes les parties faillantes de la figure , comme les bras, les jambes » afin de pouvoir mouler ces parties
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- en deux coquilles fans y faire d’autres pièces. C’eft n’eft que par le moyen des coupes que l’on rend le creux de dépouille. Cette opération exige beaucoup de propreté & le creux doit être taillé avec netteté dedans & dehors : on le durcit enfuite à la cire chaude , ainfi que les précédentes. C’eft dans ces creux que les officiers eftampent une pâte compofée avec du fucre, qu’ils font fëcher enfuite. Lorfqu’elle eftfeche, elle fe retire facilement du creux ; mais 011 ne fait prefque plus ufage de ces figures de fucre, appeîléespajlïllages: 011 y a fubftitué des figures en porcelaine.
- 104. A l’égard des creux pour l’orfèvrerie, on doit les compofer fuivant l’ufage auquel ils font deftinés. Si l’on veut couler des cires, il faut que le creux foit fait de faqon que toutes les pièces puiifent s’attacher aux chapes, afin de pouvoir les retourner & couler la cire à la volée; il faut aufti que les pièces foient de dépouille: fans quoi on ne pourrait pas retirer les plâtres du* creux. Si au contraire on doit couler de l’étain dans le creux, il faut qu’il foit en deux coquilles & en très-peu de pièces. Le creux doit être recuit lorfque l’on doit couler de l’étain , comme je l’ai dit en décrivant la maniéré de couler les plombs ; j’ai même obfervé que l’ufage d’enfumer les creux avec un flambeau de poix-réfine , rendrait, la matière plus nette. Lorfque l’étain eft forti du1 creux , oh le répare au cifelet, & l’on fait fur ce modèle un autre1 creux dansv lequel on coule des cirés d’épaifleur, fuivant la force que l’on veut donnera la matière. Il faut couler la cire à la volée, en verfant à plufieurs reprifes dans le creux qui doit être durci auparavant. La cire étant coulée, on verfe dans le moule du plâtre corrigé avec de la poufiiere de brique , pour faire un noyau comme dans la fonte des bronzes. On moule aufil des modèles faits en cire pour les fondeurs , cifeleurs & autres artiftes.* Les creux fervent à couler la cire pour fondre enfuite en bronze toutes fortes d’ornemens, tels que pendules, feux, &c.
- ioy. L’on moule des médailles , des bas-reliefs d’orfèvrerie : l’on peut faire ces creux en plâtre, en foufre, & même en corne. Veut-on mouler une médaille d’argent ou de bronze? 011 commence par huiler la médaille que l’on, pofe enfuite fur une planche; on prend de la terre molle, dont on fait une petite portée à un doigt de diftance du bord de la médaille, & l’on coule deffus du plâtre clair qu’on imprime avec la brofle. Le plâtre étant pris , on retire la médaille, ou le bas-relief. Lorfque le creux eft durci, on peut y couler du talc, ou du foufre ; on peut même faire les creux en foufre. Ces creux font plus durs que ceux de plâtre ; mais ils ne reçoivent que le plâtre & le raie, car le foufre s’incorporerait avec le creux. Il faut être très-prompt à verfer le foufre fondu , car il 11’y a rien qui fe fige plus promptement.
- 106. Les creux de corne fe font de la maniéré fui vante : on les met d’abord tremper dans de l’eau bouillante;& lorfque la corne eft maniable, on pofe la médaille deflus, enfuite on place la corne & la médaille entre deux planches
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- que l’on met enpreffe afin que tous les traits foient bien imprimés. Les per-formes qui font le commerce des moules, coulent auffi des moules en étain : ils peuvent par ce moyen couler une très-grande quantité de reliefs avant que le creux foit endommagé.
- 107. On peut auffi mouler des médailles avec de la mie de pain chaude, après l’avoir réduite en pâte avec un rouleau. Lorfque cette pâte eft foche , elle eft extrêmement dure5 mais de crainte que les piites 11e s’y attachent, on y mêle un peu d’aloès. Les graveurs en creux fe fervent de cette pâte pour ettamper à mefure qu’ils forment leurs ouvrages. Je dois à l’expérience tout ce que je viens d’expofer : c’eft le guide for de tous les arts.
- io8- Celui du mouleur eft de la nature de tous les autres. On rencontre journellement des difficultés que la pratique & l’ufage feuls peuvent lever. Plus le morceau fur lequel on fait un creux eft précieux , plus il demande de foins j c’eft à celui qui opéré à réfléchir for la forme, fur l’effet & fur la façon de monter fon moule : il faut qu’il puiffe rendre raifon de fou ouvrage ; car il ne s’agit pas fimplement de couvrir une figure de pièces,fans s’embarrafler de ce qu’elles deviendront dans le creux. Chacune doit retrouver fa place, & y tenir facilement.
- 109. J’ai tâché de rendre les termes de l’art le plus intelligibles qu’il m’a^ été poffible , & même j’ai cru qu’il était néceffaire , pour plus grande intelligence , de joindre à ce traité un petit di&ionnaire des mots qui font en ufage dans le moulage.
- 110. J’ai cru qu’il ne ferait pas même inutile de donner ici quelqu’avis fur la maniéré d’entretenir les figures de jardin & de les réparer , ainfi que plufieurs compofitions de maftics qui entrent dans différens ouvrages , tels que rocails, niches , &c.
- ni. On eft dans l’ufage de décorer les jardins de figures de marbre, de plomb , de terre cuite & de plâtre ; ces dernieres font les moins difpendieu-fes , & l’on en peut jouir à l’inftant qu’on le defire. Les figures de terre cuite fe dégradent à l’air ainii que les figures de plâtre , le marbre même fe détruit par' le tems : cependant plufieurs perfonnes préfèrent les terres cuites au plâtre. Je ne prétends pas élever l’un fur les ruines de l’autre, je vais enfeigner feulement la maniéré de préparer une figure de plâtre , afin qu’elle puiffe réfifter aux injures de l’air. Il faut d’abord que la figure foit coulée avec du bon plâtre, très - fin , d’une épaiffeur convenable, d’un pouce au moins également par - tout j qu’elle foit enfuite fortifiée avec du fer que Ion appelle fantons , que l’on aura enduit de chaux détrempée : on recouvre tout 1 ouvrage d’un bon pouce de gros plâtre, & même plus particuliérement dans le bas de la figure.
- 113, Lorsqu’elle eft réparée & pofée en là place , il faut attendre qu’elle
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- foit bien feche avant que d’y mettre la préparation fuivante : ces réparations fe font pour l’ordinaire dans les tems chauds. Lorfque le foleil a pompé toute l’humidité qui pouvait relier dans le plâtre , on met fur le foir une couche d’huile grade, dont j’ai donné précédemnient la compofition , prcfque bouillante ; fi la journée fuivante elt encore belle & que le foleil foit chaud, cette fiuile pénétré dans le plâtre: alors on en remet une fécondé couche par-tout également , fans faire d’épaiifeur. Le troifieme jour on détrempe du blanc de cé-rufe ou de plomb, broyé avec de l’huile de lin 5 on y joint un peu de litharge en poudre pour rendre cette compofition delficative. Elle doit être claire , afin qu’elle ne mafque pas le travail de la figure : on doit mêler avec le blanc un peu de bleu , pour donner un ton de marbre , & obferver fur - tout de ne point mettre de vernis ; car il ferait écailler la couleur, & donnerait même un brillant à la figure, qui ferait défàgréable à l’œil. D’après ce que je viens de dire , onfent que le plâtre doit être bien dépouillé d’humidité; fans quoi l’on verrait en peu de tems fe former des crevalfes. On e(t obligé de les boucher enfuite avec du maftic à l’huile & de remettre de la couleur par-déifias. Une figure ou un vafe de plâtre étant préparé de cette maniéré, 011 peut répondre de fa durée : on fera bien de les couvrir de toile peinte ou cirée pendant l’hiver. On eft obligé d’y remettre une couche claire à peu près tous les deux ans ; & ce terme dépend de la place que la figure occupe dans le jardin , car elle devient plus noire fous les arbres qu’en plein air.
- 113. Quoique le tranfport des figures de plâtre paraiife difficile & dangereux , il peut fe faire cependant fans rifque & à peu de frais. Je vais dire un mot.de la maniéré d’encaiifer & de voiturer ces figures.
- 114. Il faut conftruire une caiife dont le fond & les côtés foient de fortes planches de fapin, que l’on nomme madriers, lefquelles doivent être emboîtées à queue d’aronde. ( Ce terme eft connu des ouvriers. ) On place la figure fur le fond qui fait la bafe de la caiife , enfuite on attache des traverfes de planches autour de la plinhte ; il faut en contourner d’autres , fuivant les faillies de la figure, qui doit être attachée à la caiife avec des clous ou des vis ; il faut placer entre la figure & ces talïeaux de bois, de l’étoupe, ou du linge , ou du papier. Pour plus grande fureté, l’on remplit les vuides de la’caiife de fciure de bois bien feche. Si les planches de la caiife ne font pas exactement jointes , on colle du papier fur les joints : fans cela la fciure de bois paiferait au travers ; & parle vuide'qu’il en réfulterait, la figure pourrait vaciller & fe brifer. Cette maniéré eft ufitée en Italie, & toutes les figures qu’on nous envoie de ce pays font ainlî emballées. J’ai fait cependant quelquefois tranfporter des figures fans être encailfées : je les plaqais fur une voiture où il y avait moitié de la litiere qui avait fervi aux chevaux.
- 115. Manière de faire le majlic pour les grottes & autres ouvrages de racailles
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- V A RT DU MOULEUR
- M
- pour les décorations des jardins. Quoique cet article ne foit pas ordinairement du reflort du mouleur, il y a cependant des cas où i’on voudrait eu connaître les détails. La pratique que j’en ai acquife m’engage à en faire part au public. -
- 116. Un célébré artifte , M. Loriot, vient de publier un ciment qui ref-femble beaucoup à celui des anciens ; il confifte dans une préparation de mortier ordinaire, dont on abforbe l’humidité avec un tiers de chaux vive en poudre. J’en ai fait plulieurs épreuves, une partie n’a pas réuffi comme je l’efpérais : j’ignore ce qui a pu s’y oppofer , foit la dofe , foit la qualité , la cuilfon de la chaux, ou la nature de la pierre qui la compofe : fouvent ce ciment s’eft gercé ou a fermenté, de façon que l’enduit s’eft réduit en pouffiere.
- 117. Voici donc le mien, qui peut-être fe trouve par hafard être la même chofej on le connaît fous le nom de ciment. On broie de la tuile , de la brique ou du carreau ( ! a tuile eft préférable ), on prend enfuite de la chaux détrempée, & on fait un mortier un peu clair : lorfqu’il faut l’employer, 011 mêle de la pouffiere de chaux vive , & on remue bien le tout avec une fpatule. C eft avec ce ciment que les coquilles & autres pétrifications s’attachent aux murailles , où elles doivent, malgré cela, être retenues avec des fils de laiton. Ce même ciment peut fervir auffi pour les enduits des baffins & les joints de pierre ; il empêche la filtration de l’eau. Si l’on déliré qu’il devienne dur à l’inftant, on joint aux matières ci - deifus mentionnées , un peu de plâtre très-fin, & cet amalgame fait un corps qui durcit promptement.
- 118. J’ai fait auffi un autre maftic qui m’a toujours réuffi pour raccommoder des joints de figures en terre cuite : je crois qu’il pourrait bien être le même que celui de M. Corbel , maître marbrier, allez connu par la bonté de fou maftic pour remplir les joints des terraffes & autres : le voici.
- 119. On prend du ciment broyé très-fin , détrempé avec de l’huile de lin; & pour rendre ce maftic defficatif, on y ajoute de la litharge en poudre j il faut avoir foin de ne préparer que ce dont on a befoin pour l’inftant, & de l’appuyer fortement avec la fpatule, en obfervant fur-tout qu’il n’y ait point de pouffiere dans les endroits qu’on veut remplir de maftic: on fe fert auffi de blanc de plomb broyé à l’huile, pour réparer des fradtures faites à des terres cuites, figures ou vafes, expofés à l’air.
- 120. Le maftic de vitrier fert auffi pour la reftauration des figures de jardin. Tout le monde en lait la compolition, qui n’eft autre que du blanc d’Efpagne broyé avec l’huile de lin ou de noix & de la litharge. Le blanc d’Efi-pagne fe fait de cette maniéré: on prend du plâtre très-fin & bien cuit, que l’on détrempe avec de l’eau; lorfqu’il commence à prendre, on le remue beaucoup, en y ajoutant toujours de pareille eau, jufqu’à ce qu’il devienne
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- EN FL A T R E, ëo}
- comme du lait & qu’il ne fermente plus : cela s’appelle noyer h plâtre. On lailfe dépofer ce mélange d’eau & de plâtre jufqu’à ce que l’eau ioit claire. On la fait enfuite écouler, & le plâtre fe trouve aiufond-du vafe en forme de limon ; on en fait des pains qui, "étant bien féehés à l’air ou au four, peuvent être remis en poudre & fervir enfuite à dirf’erens ufages , fur-tout pour les peintres de bâtimens & autres. On fait auiîi avec le blanc une détrempe blanche ou couleur de pierre, en y mêlant dans le premier cas un peu de noir de charbon , & dans l’autre du'jaime,en poudre. Si l’on doit l’employer à l’air, on y fait fondre de l’alun de roche & un peu de poudre dé chaux vive: il au contraire c’eft dans l’intérieur des bâtimens, on fe contente d’y mêler de la colle de Flandre fondue dans de l’eau. L’ufage & l’expérience apprennent la quantité fuffifaute de ces matières ; je ne fuis entré dans ces détails que relativement à l’utilité qui en réfulte dans les maifons de campagne éloignées des villes, où l’on fe trouve dans l’impoifibilité de recourir aux artiftes. C’elf par cette mêmeraifon que je fuis fou vent obligé de faire moi - même toutes ces cliofes , fur-tout dans les parcs & jardins dont la décoration & la reftauration font confiées à mes foins.
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- L'A RT DU MOULEUR
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- =5m=z
- »•
- DICTIONNAIRE
- Des termes ujïtés dam le moulage.
- A
- nnelets. Ce font de petites agraffes de fil d’archal recuit, que Ton met dans les pièces afin de les pouvoir retirer avec des pinces , ou pour les lier aux chapes avec des ficelles que l’on paffe à travers leur.forme ; ils font à peu près fembîables à une porte d’a-graife.
- Armatures. C’eft le fer que l’on met dans les chapes & dans les figures coulées en plâtre ou plomb 5 la groifeur 8c la forme font arbitraires relativement à l’objet que l’on moule : on fe fert de fantons ( voyez Fumons ) pour faire les armatures.
- Attaches. Lorfqu’on coule des bas-reliefs ou autres pièces qui doivent fe fufpendre contre un mur, il faut y mettre une attache foit de fil d’archal ou de cadre.
- B
- Blaireau. On nomme blaireau une broife à longs poils,qui fert à imprimer la cire ou le plâtre. On l’appelle blaireau parce que c’eft avec le poil de cet animal qu’on fait cette efpece de pinceau.
- Bon creux. On appelle bon creux celui qui eftfait de façon à pouvoir y couler plufieurs plâtres.
- Brojjes. On donnele nom debroife à des pinceaux faits avec du poil de fàn-glier:elles fervent à huiler les creux, à imprimer les pièces, à mettre les moules lorfqu’ils font remplis depouf-
- fîereron acheté du poil de fanglier, dont on fiiit foi-même des broifes de la groifeur que l’on juge à propos.
- C
- Caler. Lorfqu'un creux eft pofé horizontalement 8c qu’il porte à faux , il eft à propos de le caler, pour qu’il ne fe tourmente pas.
- Cartonner. C’eft couvrir la furface d’un moule de papier ou de pâte faite avec des rognures de papier : tous les ouvrages de ce genre frnomment cartonnages.
- Chapes. C’eft l’enveloppe extérieure d’un moule, dans laquelle on raf-fernble les pièces qui compofent le creux.
- ChaJJîs. C’eft un alfemblage de charpente qui forme la bafe du moule d’une ftatue équeftre ou autre creux de cette nature j ce même chaflis s’appelle auflî plate-forme.
- Coquilles. Lorfque les moules font eii deux parties égales, on dit que le creux eftfait en deux coquilles. Si l’on moule,par exemple,une pomme ou une boîte en deux parties , il fautobferver que le joint foit bien au milieu, fans cela il fe trouverait une partie qui ne ferait pas de dépouille.
- Coulage. Lorfqu’on jette du plâtre dans un creux , on dit communément coder des figures : on coule auffià la volée du plâtre ou de la cire, lorfqu’on
- les
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- les verfe dans les creux à plufieurs re-prifes.
- Coupe. Coupe fe dit communément des furfacesdes pièces qui ne portent rien de relatif au moule dont elles font partie.
- Couper. Couper ou féparer d’une figure les parties faillantes pour faciliter l’opération du moulage : avant que de faire un creux fur une figure en terre molle , il faut commencer par faire les coupes.
- Coutures. Lorfqu’on a retiré les pièces qui compofent le moule d’une figure ou d’autres ornemens, il refte une marque des joints fur le plâtre: c’eft ce que l’on appelle coutures.
- Crampons. On appelle crampons des morceaux de fer dont la forme elt d’un quarré ouvert : ces crampons fervent à fermer les creux lorfqu’on coule des plombs j la grandeur en eft arbitraire.
- Creux. On appelle creux les dif-férens moules dans lefquels on peut couler, foit de la cire ou du plâtre.
- Creux perdu. Lorfqu’on caife un creux fur le plâtre que l’on a coulé dedans, cela s’appelle mouler à creux perdu.
- D
- Dépouille. Une piece eft de dépouille, lorfqu’elle fort facilement de la place qu’elle occupait dans le moule après que le plâtre a été coulé dedans.
- Dépouiller. Lorfque le plâtre eft pris, on retire toutes les pièces pour les remettre à leur place, afin de pouvoir couler d’autres figures : c’eft ce qu’on appelle dépouiller un creux.
- Dejjous. Lorfque les pièces font arrangées dans leurs chapes, les pièces Tgm XIV.
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- qui font faillantes préfentent des fonds que l’on appelle deifous j il faut avoir foin, lorfqu’on coule du plâtre dans ces moules, de le faire entrer avec une broife dans les cavités, afin de pouvoir éviter les foulflures ou vents.
- Durcir. On dit durcir un creux, quand après l’avoir laiifé lécher fuffi-famment, onpalfe delfus une ou deux couches d’huile gralfe chaude pour lui donner de la confiftance & le durcir.
- E
- Ebauchoir. C’eft un inftrument de buis , de fer, ou de bronze : on fe fert d’ébauchoir pour réparer le plâtre, ou pour engraifter avec de la cire les endroits qui ne peuvent pas être de dépouille fur la terre cuite & fur le marbre ; la forme en eft arbitraire. Lorfi-qu’une piece eft coupée trop mince, elle préfente des parties aiguës qui fe caftent facilement, ce qu’il faut éviter foigneufement.
- EngraiJJer. Une piece étant faite fur de la terre molle, le mouleur coupe ce qui pourrait la retenir avec le plâtre coulé ; le peu qu’il a ôté à cette piece, fait que le modèle de plâtre fort plus bouché qu’il ne devrait être : c’eft ce que l’on appelle engraifter.
- EpaiJJeurs. Ce font des morceaux de terre ou de cire que l’on rend d’une égale épaifteur fur une planche. Lorfi. qu’on huile un creux, il ne faut pas y laifter d’épaiifeur d’huile.
- EJlamper. C’eft prendre l’empreinte de quelque chofe avec de la terre, de la cire ou de la mie de pain chaude.
- Etréjillon. On appelle étréfilion un morceau de bois que l’on met entre un moule & un corps folide pour arrêter la poulfée du plâtre.
- H h h h
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- V ART DU MOULEUR
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- Event. C’eftune ouverture que l’on fait à un creux pour donner de Pair aux endroits où la matière qui coule doit monter.
- F
- Fantons. Les fantons font des tringles de fer qui fe vendent en bottes de cinquante à cent pefant : ils coûtent depuis 20 à 24 liv. le cent. On fe fert de fantons pour faire les armatures des chapes * le meilleur fanton eft celui qui vient de Berry. Si l’on craint que la rouille 11e poulie à travers le plâtre, on fait chauffer le fer que l’on met dans les figures, & on le frotte de cire ou de poix-réfine.
- Farineux. Lorfqu’on coule dans des creux qui font trop fecs , l’huile s’imbibe promptement , & le plâtre devient farineux ; pour éviter cet inconvénient, il faut, avant que de couler en creux , fur-tout s’il y a long- tems que l’on n’en ait fait ufage , laver toutes les pièces avec une eau de favon bien claire , & paffer en fuite une couche d’huile d’œillet très-chaude , & lailfer repofer le creux pendant une journée.
- FauJJes pièces. Les fauffes pièces font celles qui en renferment d’autres , & qui ne portent aucune empreinte de l’ouvrage que l’on moule.
- Fermoir. C’eft un infiniment .de-fer ou d’acier de la forme d’un cifeau : ilfèrt à ouvrir les chapes ou d’autres ouvrages qui appartiennent au moulage.
- Flou. Lorfque l’on coule du plâtre dans un creux où il y a trop d'huile, ce plâtre devient gras & flou.
- G
- Gâcher. Détremper du plâtre avec
- de l’eau. Il eft eifentiel que le mouleur fâche gâcher le plâtre également-, car s’il arrive qu’il foit plus ou moins ferré dans les différentes pièces qui compo-fent un moule, alors le fort emporte le faible & le fait travailler.
- Garrot. Lorfqu’un creux eft attaché avec des cordages , pour qu’il foit ferré davantage , on pâlie un morceau de bois qui fe nomme, garrot, que l’on tourne & qui s’attache enfuite avec une ficelle : on dit aufli garrotter un moule.
- Gaupter. Lorfque les deux parties d’un creux font rejointes l’une à l’autre, on gaupte du plâtre fur les joints avec unebroffe; & lorfqu’on veut boucher les coupes d’un moule dans lequel 011 doit couler du plomb, on gaupte les joints avec du gros plâtre.
- Gerjer. Lorfqu’on met du plâtre frais fur du plâtre qui eft fec , il fe gerfe ; pour éviter cet inconvénient, il faut mouiller lé plâtre.
- Godet. On fait avec de la terre molle une efpece d’auget que l’on nomme godet, afin que le plâtre que l’on verfe dans un creux, ne coule pas à côté.
- Grattoir. On appelle grattoir un inft trument fait en forme d’uneS large par les deux bouts qui doivent être dentelés : il fert à ruîtiquer les couches de cire ou déplâtré, que l’on veut adapter l’une à l’autre: la ripe fait à peu près le même effet.
- J
- Jaune. On dit communément ochre jaune : elle eft d’une confiltance peu ferme, friable : elle a la propriété de tacher les mains. Il s’en trouve des minières dans le Berry, dont les lits en couches ont depuis cinquante juf-
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- qu’a cent & deux cents pieds de profondeur, & l’épaiiieur de quatre juf-qu’à huit pouces.
- Jet. C’elt l’ouverture que l’on fait à un creux pour couler la matière.
- I
- Imprimer. On imprime avec une broife du plâtre clair ou de la cire chaude fur la fuperficie d’un creux.
- L
- Liante, On dit que la cire eft liante lorfqu’elle fe pétrit facilement avec les doigts , & qu’elle ne le fépare pas en la tirant.
- Lié. Lorfqu’on coule des plâtres , il faut prendre garde que les différentes couches foient bien liées enfemble , fur-tout lorfqu’on met du gros plâtre fur du fin.
- ' Liens. Ce font les attaches de plomb qui lient le fer aux figures que l’on fond en cette matière.
- M
- Maflic. Les différentes fortes de maftic fe font avec des corps gras, & fervent à rejoindre les parties d’une figure. caffée, ou à mouler fur les marbres.
- Monter les plâtres. Lorfque les figures font coulées , on rejoint les parties qui doivent être coupées avant que de mouler, c’eft ce qui s’appelle monter le plâtre.
- Mouchettes. On appelle mouchettes ce qui fort des tamis de crin ou de foie lôrfque l’on paffe le plâtre: on rebat les mouchettes, ou on les emploie fans être paifées pour les chapes & pour les fauffes pièces. • » .
- N
- Noyau. Le noyau eft compofé de plâtre , dans lequel on met un tiers de briques pilées, & que l’on cou'e dans le creux pour les plombs ou pour les bronzes : on appelle aufli le noyau l’ame de la figure.
- Noyau de plâtre. Comme le plâtre qu’on acheté n’eft louvent cuit qu’en partie, il fe trouve au centre de cette pierre une portion des plâtres qui n’eft pas cuite, c’eft ce que l’on appelle noyau.
- Noirs. Onfe fert du mot noirs pour exprimer les parties les plus renfoncées de la figure.
- P
- Papier Jofeph.Ce papier eft connu pour être très-mince ; en conféquence il prend bien l’empreinte des moules.
- Papier mâché. Ce font des rognures de papier qu’on Iaiffe pourrir dans l’eau pour faire une pâte dont on fe fert pour cartonner.
- - Parties. Lorfqu’on coupe les bras ou les jambes d’une figure pour faciliter l’opération du moulage, c’eft ce qu’on appelle communément couper les parties : ôn fe fert pour cela de fil d’archal & de laiton fort milice. Voyez Coupes.
- Pafiillage. Pâte de fucre compofée pour former les petites figures qui décorent les tables.
- Pefée. Lorfqu’on veut ouvrir un creux ou lever une chape , on fait une petite pefée avec un fermoir ou un autre outil propre à cet ufage.
- Pièces. Ce font des morceaux de plâtre taillé, qui portent l’empreinte d’une partie du modèle : c’eft l’aifem-H h h h ij
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- L'A RT DU MOULEUR
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- blage de ces pièces dans les chapes, qui forme les creux.
- Pièces Ù chapes. Lorfqu’une piece eft allez forte pour ne pas être recouverte d’une chape.
- Pinces. Ce font des outils en forme de tenailles aiguës, qui fervent à retirer les pièces fur le modèle ou fur le plâtre coulé.
- Plomb rouge. Pour bien réuffir à fondre des figures en plomb ou en étain , il faut que cette matière foittrès-chaude : c’eft pour cela que l’on dit qu’il faut couler à plomb rouge. On connaît ce degré de chaleur lorfqu’en y jetant un morceau de papier , il s’enflamme fubitement: alors on peut couler fi le creux eft bien fec. ’
- Ponce. On renferme dans un linge de la litharge pour faire de l’huile gralfe ou de la cendre pour poudrer les endroits que l’on veut eftamper : c’eft ce qu’on appelle une ponce.
- Portées. Ce font les parties excédantes d’un moule: on fait aufii des portées avec de la terre molle pour recevoir le plâtre.
- Poujjee. C’eft l’effort que le plâtre fait dans les creux ou fur les modèles*
- PouJJer la terre dans les creux. C’eft-à-dire, prendre l’empreinte d’un moule avec de la terre molle.
- Prendre. On dit qu’il faut laifîer prendre le plâtre avant que de l’employer, & attendre qu’il foit bien pris avant que de dépouiller le creux.
- R
- Raifonner. Se dit communément pour marquer le foin qu’il faut avoir pour juger la piece que l’on fait fur une figure ou autres morceaux de fculpture.
- Recuit. On fait recuire les moules deftinés à recevoir du p'omb ou de l’étain : il faut prendre garde de ne pas lailfer brider le plâtre en le rec-uifant.
- Relâcher. Le plâtre fe relâche lorf. qu’il eft trop cuit ou éventé : il durcit à l’inftant qu’il eft détrempé, puis il devient mol j c’eft ce que l’on appelle fe relâcher.
- Repaires. Ce font de certaines marques que l’on fait aux pièces & aux coupes pour les remettre exactement dans leurs places : la forme en eft arbitraire.
- Répareur. Le nom d’un artifte qui fe fert d’un crochet pour reformer & faire revivre la fculpture qui eft effacée par la quantité de blanc dont on la couvre avant que d'ètre dorée.
- Ripe. C’eft un inftrument de fer ou d’acier qui a des dents : il fert à ruftiquer la cire fur laquelle on doit mettre des-épaiffeurs.
- Rufiiquer. Lorfqu’on a à fondre les parties des figures, foit en plomb, foit en plâtre, il faut ruftiquer les deux parties que l’on veut rejoindre , c’eft-à-dire , bien piquer les endroits, afin que le plâtre que l’on met entre deux, s’y attache & ne faife plus qu’un corps.
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- Serré. Lorfque le plâtre eft long à, prendre, il faut le gâcher ferré, c’eft-à-dire , mettre beaucoup de plâtre dans l’eau.
- Souder. C’eft faire la réunion de deux parties, foit en plomb , foit eh plâtre-, Sic.
- Soufflures. Voyez Vents.
- Spatule. C’eft une efpece de truelle dé fer ou de, cuivre avec un manche de bois ou fans manche, qui fert à prendre le plâtre dans la jatte où il eft gâ-
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- elle : il faut, avant de fe fervir d’une fpatule , la faire chauffer & palier un peu d’huile ou de cire delfus, afin que le plâtre ne s’y attache pas.
- Surmouler. Faire un moule fur une figure ou autre ornement de plâtre coulé.
- Surmoules. Ces creux ne font pas fi fideles que les premiers moules faits fur le modèle original.
- T
- Talc. Les ouvriers donnent par abus ce nom au gyps cryftallifé en fer de fléché cunéiforme & en crête de cocq, fans doute parce qu’il a la même tranf-parence que le mica ou le vrai talc.
- Toucher. Les coups d’éb au choir que
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- le fculpteur donne pour produire l’effet à Ion ouvrage.
- Tourment. On dit aufli voilée. On dit vulgairement que le plâtre fe tourmente lorfqu’une chape ne porte pas également fur l’endroit où elle fe trouve pofée : on fe fert aufli du mot voiler pour exprimer la même chofe.
- Travail du plâtre. La nature du plâtre eft de fe gonfler : il fait par ce moyen écarter ce qui s’oppofe à fon a&ion i c’eft ce qu’on appelle travail.
- V
- Vents ou foufflures. Se dit des petites cavités ou bouillons dans les plâtres que l’on coule fans précaution en comprimant l’air,
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- 6i4 L’ART DU MOULEUR EN PLATRE. 4t-rz=zz.'=z—:,:r:-——%♦
- XlS X X
- DES C H A
- XntroductiOîï. page 571
- CH A P. I. Des différentes matières relatives au moulage. 576 Du plâtre. ' ibid.
- Du talc ainfl nommé improprement par les' gens du métier, qui eft le gyps cryftallifé. ,,577
- De la terre'à modeler. 'ibid.
- De la cire. ibid.
- Du maftic. ibid.
- Des huiles & de leurs prépara-
- tions. 578
- Huile de Rome. 579
- Eau de favon. ibid.
- CHAP. II. Des inftrumens. ibid.
- CHAP. III. Maniéré dejlamper.
- f8o
- CHAP. IV. Creux perdu:' 58i
- CHAP. V. Manière de mouler fur
- nature. 58*
- CHAP. VI. Maniéré de mouler à bon creux, fur la terre molle.
- 586
- Maniéré de mettre les figures de plâtre en bronze, ' 591
- PITRES.
- Maniéré d’eftamper dans les creux. page 593
- CHAP. VII. Maniéré de mouler fur la terre cuite ,fur la terre feche fans être cuite, fur le plâtre ' & fur le marbre. 595
- CHAP. VIII. Maniéré de faire le creux d'îinë ftatue équejlre. 595 CHAP. IX. Manière de faire les creux pour fondre des figures en plomb. 598
- CHAP. X. Des creux pour les cartonnages , & de la maniéré de faire les cartons. 600
- CHAP. XI. De la maniéré de faire des creux relativement à diffé-rens arts & manufactures , &c.
- Creux pour les manufactures de porcelaine. 602
- Maniéré de faire le maftic pour les grottes & autres ouvrages de rocailles pour les décorations des jardins. 606
- Dictionnaire des termesnfitis dans le moulage. 608
- Fin du tome XIV.
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